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Full text of "Histoire naturelle et morale des Indes, tant Orientales, qu'Occidentales. : où il est traicté des choses remarquables du ciel, des elemens ... qui sont propres de ce pays, : ensemble des murs, ceremonies ... des mesmes Indiens."

NATURELLE 

ET MORALE DES 

Indes, tant Orientales, 
qu'Occidentales. 

Ouïleft traitté des chofes remarquables du Ciel, des \ 

EUmcns métaux, plantes, & animaux qui font 

propres de ce pays, enfembledes mœurs , cere- 

monies>kix,gouuernemens & guerres 

de s me/mes Indiens. 

CompofeecnCaftilIanparlosEPH A Costa Ôc 
tradui&e en François par Robert 
Regnavld, Cauxois, 

DEDIEE AVROY. 

BM^NIX^B EDITION, M Z r E KM , 
0* corrigée de nonnem. 




A PARIS, 

TlFFAINJB, ri 

Gril , pres fainéï: Bcnoifo 



Chez Adrja-n Tiffaine, ru* Saînd Iacquci , t« 



■At^ûS. XVII. 





?£ 



AV ROY 'TRES-CHRESTJtfîk 
Hinry IV. de ce nom.' 



Cet admirable <£ inuhcibU% 
guerrier Alexandre, iadà r\ des *?- 
, Macédoniens, qui par favak 
& heureufe fortune rangea fiubs fin poule* 
toutes les Prouinces de Grèce, auparauantjef. 
mm en plufieurs Cantons & Républiques, 
fttspaffknt lamerdefautreeojlé, /ubtugua le 
tres-grando- très- opulent Royaume dePerfa 
& de l'Uominuantplusoutre^ftretentirfes 
'mestufquti -bien auam dedans l'Inde Orien- 
tale, borne de [es dejjeins, & pour lors la plus: 
gommée, & plu* heureufe région delà tïrre. 
Hntre mille grandes & belles affections mi lo- 
gent en fin ame genereufe & prière, 
Wttcejle-cy, qùildeftrott & de vaincre, À 
vrmontertous les autres , non pomt feulement 
pâleur & réputation i armes, maisaufi m 
unir &cognoiffancedeschofes, &f»rioui 




ËPISTRE 
des terres & régions efir ange s. De telle façon 
quilfaifoit entièrement rechercher, & à quel- 
que prix que cefufi, tout les Hures rares & ex- 
quis que ton fournit recouurir de fon temps. 
Et luy encore fort ieune , comme les Ambajfa- 
dturs de Perfefufent venus vn iour deuers fon 
père , il les cnquiflfi particulièrement de la na- 
ture, grandeur, & fituation du Royaume de 
ferfe , des villes ,fleuues , & montagnes d'ice- 
luy , mefme des mœurs du peuple , & de la gen- 
darmerie, qu'il apprit par leur bouche tout ce 
qu'ils auoient en leur Royaume de plus grand 
& de plut fwgulier Jont il fçeutbien faire fon 
profit par après, & ne ceffaiamais depuis , tuf- 
que s a ce qu'il euft conquis ce grand & florifi 
fant Empire r\ de forte qu on pourroit direauec 
raifon, que le s propos é ' aduertifemens de ces 
Ambaffadeurs furent comme la première efiin- 
celle, ou caufe des grandes victoires & heureux 
fuccelqui luy arriuerent depuis. Vequoy me 
reffouuenant ,SiKB y &dela comparaifon 
que plufieur s font amour dhuy de favaleur, clé- 
mence, & bonne fortune, àlavoftre, voire de 
plufieurs autres dons & vertus héroïques dont 
ileftoitdoue, qui vous font pareillement com- 
munes. Outrece, que tous deux puifans & re- 
doutez, Princes, efiesyffus, quoy qu'en diuers 
fmkf) dvn mefme ejlçc de noblefe , & ta* 



€e d'Hercules , luy par Cananus ] & vous* 
Sire, par Charlemagne, qui , [muant Us 
anciens tefmoignages , en efloit au fi défen- 
du , & de la race duquel votts efles extrait 
far le Royfainff Loys \>& Us autres Roy 's de 
France vos predeceffeurs , yfftu de la race du 
mefme Charlemagne par fexe fœminin. le 
me fuis enhardy de traduire en langue Iran* 
çoife l'hifloire naturelle & morale des In-» 
des Orientales y nouuellement cowpofee enCa- 
ftillanparlofeph Acofta> homme certainement 
doc7e , & fort curieux > pour la pre [enter aux 
pieds de vofire Maiefié 7 fous ejpoirque ce luyfe- 
roit chofe agréable , pour la dekciable variété 
& nouueauté des chofes qui y font contenues-^ 
comme te croy qu'Alexandre mefme ï droit fort 
volontiers filviuoit en ceprefent fiecle^ luy qui 
tant de fols defon temps defira qu'il fuj} encore 
vn autre monde , afin â'auoir vmplm. large 
champ d exercer fes proue ffes \ Ht ce qui plus m'a. 
incite de ïentreprendre> a e fié que les EJpagnols 
ialoux & enuieux de ce bien , ay ans fait brufer 
par EdicT; public (comme l'on m' a aduerty de- 
puis quelque temps ) tous les exemplaires de ce- 
fie hifioire, afin d'en prïuerlesautres nations \ 
& leur celer la cognoijfance des Indes\ i'aypen* 
fé que ie ferais faute Jï ie laijfoi s perdre a la 
France (ftcurieufe des chofes rares & belles} 

S iij 




vnfi riche ioy au, & v ne fi gentille hiftoire, qui 
l'Autheur a compofee , la plus grande part a 
veuedœil, & fur les me/mes lieux , dvn tel 
ordre & brieuetê, quauec bonne rai [on il peut 
tfire appelle ï Hérodote, & le Pline de ce monde 
nouuellement defcouuert. Bref ie peux dire de 
ce Caftillan , Sire, que c'efî vn prifonnier 
i entre vos ennemis /lequel ïay furpris en fa, 
terre, luy ayant appris tellement quellement no- 
Jire langue Françoife , pour vous le prefenter^ 
afin qu'ilvotu conduife, & faffe voir les ftngu- 
lariîez* plus exquifes de ce nouueau monde, 
fans crainte & danger de naufrage. £)ue ft 
comme Alexandre fouuerain d'vne grande ré- 
gion de l'Europe en la partie d'Orient, a voulu 
tourner fesdefeins fur l Inde Orientale-, ainfi 
vous, SiKZ,yffudefamefwerace, &com- 
meluy, Prince , & poffeffeur triomphant dvn 
grand & floriffant Royaume de l Europe enh 
partie d Occident, veuillez, aufii voir, ejr regar- 
der de plus près ce s Inde s Occidentales^ encore s 
plus riches & renommées àprefent, que ne fu- 
rent oncques les Orientales : cefiuymejmevoui 
yferuira de guide, & de tresfidelle efpion^ 
pour vous aduertir des ports, villes , & monta- 
gnes d'iceluy, & de i ordre & nature du peuple, 
dontilvous diradauantage, que ne firent encq 
les Ambaffadeurs de Per/e au Roy Alexandre* 



Jlplaiu donc à voftre Maieftê + S i r e > rece- 
voir de bonne part ce thre for eflranger quevjm 
offre tvnde vos humbles &f de lies fubjeâfs, 
ponrtefmoignageduferuice qu'il vous doit, & 
vous a voilé four toute/* vie. 



DuHaure de Grâce, le premier tour de Dé- 
cembre, iS97* 



Voftretres-humblc, & trcs-obeyflàntfubjei 
&feruitcur > Robert Regnavlp^ 



* nii 



ZéDVEKTISSEMENT DE 

ÏJutheur aux LeÛeurs. 

L v s i e v R s Autheurs ont efcric 
des liures , & des narrations du 
nouueau monde , & des Indes 
Occidentales, efquels ils defcri* 
uent les chofes nouuelles Se 
eftranges que Ton adefcouuertesen ces parties 
là i les a&es & lesaduehtures des Efpagnols qui 
lesontconqueftees, & peuplées. Maisiuiques 
àprefent ien>y veu aucun autheurquitraitte, 
& déclare les caufes Se raifonsde telles nouueau- 
tez Se merueiiles de nature, ny mefme qui en 
faflTe aucun difeours Se recherche. le n'ay point 
veu auffi liure qui falTe mention des beftes Se 
hiftoires des mefmes Indiens , anciens Se natu- 
rels habitans du nouueau monde. A la vérité 
ces deux chofes font affez difficiles; la première, 
d'autant que cefontœuures dénature qujfor- 
tent, & font contraires à la Philofopbie ancien- 
ne , receîie & pratiquée , comme de monftrer 
queja région qu'ils appellent Torride , eft fort 
humide, Se en plufieurs endroits fort tempérée, 
êe qu'il pleut en icelle quand le foleil en eft plus 
proche, Se autres femblables chofes. Car ceux 



qui ontefcrit des Indes OccidentaIes,aontpas 
faitprofeflîondetantde philofophie, voire la 
plus part d'iccux efcriuains ne fe font pas apper- 
ceus de telle choie. La féconde eft,quelle traicfce 
des belles , & hiftoire propre des Indiens 5 la- 
quelle chofe requeroit beaucoup de commu- 
nication , & de progrezdansle pays auecies 
mefmes Indiens, ce que la plus- part de ceux qui 
ont traîné des Indes , n'ont peu faire, ou pour 
n'entendre leur langue , ou pour ne vouloir re- 
chercher leurs antiquicez , tellement qu'ils fe 
font contentez de racôter quelque chofe d'eux, 
qui eftoit le plus commun & fuperfîciel. Déli- 
rant donc auoir quelque plus particulière co- 
gnoiflance de leurs chofes, i'ay fait diligence de 
m'informer des hommes les plus expérimen- 
tez^ verfez en ces matières , pour tirer & re- 
cueillir de leurs difeours & relations, ce qui m'a 
femblé fufhre pour donner cognohTance des 
faits & couftumes de ces peuples. Et en ce qui 
cft du naturel du pays,& dedeurs proprietez, ie 
i'ayapprins par l'expérience de plufieurs amis, 
& par la diligence que i'ay faite de chercher,dif- 
courir, & confererauec perfonnes fages Se ex- 
périmentez. Il me femble rnefme qu en ce fai- 
fant il fe prefente quelques aduertiiTements, 
qui pourront feruir & profScer à d'autres ef- 
prits meilleurs , afin de chercher la vérité, ou 
<ie pafler plus outre , en trouuant agréable ce 
qu'ils trouueront cy dedans. Ainû combien 
que le nouueau mode n'eft plus nouueau 9 mais 
vieil, veu le beaucoup que Ton a eferit d'ice- 
luy, ce neantmoins celle hiHoire pourra eftrc- 



tenue en quelque façon pour nouuellcd'autant 
cm eileeft en partie hiftoire, & en partie philo- 
fophie ,& non feulement d'autant que ce font 
amures de nature,mais auffi celles du libéral ar- 
bitre, qui font les faits &eouftumes des hom- 
mes, ce qui m'a donné occafion de iuy donner 
nom d'Hiftoire Naturelle & Morale des Indes, 
comprenant ces deuxchofes.il eft fait mention 

es deux premiers liures de ce qui touche le ciel, 
température, ôc habitation de ce monde , lef- 
qaels liures i'auois premièrement efcrits en La- 
tine maintenant les ay traduits , vfant plus de 
la licence d autheur,que de l'obligation d'inter- 
prète, pourm'accommoder mieux à ceux pour 
qui elle eft efcrite en vulgaire. Es deux liures 
fuiffans eft trai&é ce qui touche ces éléments 
ôc mixtes naturels, qui font métaux, plantes, ôc 
*ammaux,& ce qui femble remarquable aux In- 
des, le refte des liures difeourant ce que i ay peu 
difeourir au certain , ôc ce qui m'a femblé digne 
de mémoire des hommes,de leurs beftes, (ie 
veux dire des mefmes Indiens)dc leurs ceremo- 
nies.couftumes.gouuerncment, guerres, ôc ad- 
uentures.Il fera dit en la mefme hiftoire , com- 
mei'ay peu apprendre ,& cognoiftre les beftes 
des anciens Indiens ,veu qu'ils n auoient aucune 
efcriture,ny chara&ere , comme nous auonsjce 
qui n eft pas peu d'induftrie d'auoir peu confer- 
ucr leurs anriquitez fans i'vfage des lettres. En 
fin l'intention de ce trauail eft , afin qu'ayant la 
cognoiffance desœuures naturelles, que le fage 
Autheur de toute la nature a faites , l'on loue ôc 
glorifie le haut Dieu , qui eft merueilleux eg 



tout & par tout ; Se qu'ayant cognoifïànce des 
couftumes& chofes des Indiens, l'on leur avde 
plus facilement à fuiure,& perfeuerer en la hau- 
te vocation du S. Euangile , à la çognoifTance de 
laquelle leSeigneur a voulu amener cefte nation 
il aueugîee en ces derniers ficelés. Outre toutes 
ces chofes, vn chacun pourra mefme tirer pour 
loy quelque frui^attendu que le fage tire touf- 
îours quelque chofe de bon de quelque petit 
lubieét que ce puifTe eftre , comme Ton peut ti- 
rer des plus vils ôc petits animaux vne grande 
philof ophie. Il refte feulement d'aduertir le Le- 
deu^que les deux premiers liures de cefte hi- 
itoire,oudifcours, ontefteeferitseftant auPe-. 
ru,&les autres cinq depuis en Europe, l'obe- 
diençe m'ayant commandé de retourner par 
deçà: ainfiles vnsparlenr des chofes des Indes 
comme de chofes prefen tes, & les autres com- 
me de chofes abfentes. Ceft pourquoy il ma 
fcmblé bon d aduertir le Lecteur de cecy , afin 
que cefte diuerfité de parler ne luy foit en- 
nuyeufe. " 



massait 



IN HISTOKIAM 1N- 

à Iofepho jcofta Hifawco fermone 
çomplatarn,Mperà Roherto Regtnd- 
do Çallicè redditam. 

AD LECTOREMv 

I luftrare nonos retinere cupidine 

mundos, 
Lataq-,fi pelagilittoranoiTecupis: 
Hue curfus difpone tuos , non riau- 
fea laedet, 

Necftomachus ciuem tevetet eftemans. 
Nil opus eft vélo , rimas farcirc canms, 

Aut magnetiaca pixide, nil opus eft. 
AlterTiphysadeft,extrernas ire péroras 

Edocet,& populos, iarn breuiore via: 
Sidéra fub terris veteri non cognita leclo., 

Ortaq-, in occiduo lirnine ligna, refert. ^ 
TemperiemZonar,qus non habitabihs ante 

Iudicio veterum, tunebabitata tamen: 
Noueris in curfu quo figno vtatur , & aura, 

Vendicet atque fibi quidquid vterq-, polus. 
Noueris & montes,Germanîqj ora Ty phœi 
Igniuoma,& pifces,flumina magna,lacus, 
Tempia>facerdotes , verique imitamina cultus, 
Chrifticolum ritus vc coluiffe putes. 



Annales, faftofqj libros, elementàq;, regnaj 

Imperiun^reges^praelia magna, duces. 
Terra ferax gemmis, fuluoq; referta métallo," 

Se peregrina tibi confpicienda dabit. ■ 
Deniq; quod luftris > & fumptîbus haufît Ibêrus^ 
Bis quarto poteris parcus adiré die* 



An T O N I V S B KDOR, 



Ad 'Rpbertum Keginaldùm TràduSorem. 



TE Francifcisalit, quem nobis cdidit vrbs, 
quae 
Velierij montis nomine,nomjen.habet. 
Baetica (demirans geniurrï) mutare loquelam 

InftititjVtpotiusdicercteiTe iuum. 
Ipfe tain en patrie reducem te reddis,& illa 

Quse fecreta cupit, cbgnitiora facis. 
Nontepœniteattant^ReginaldeJaboris, 
Hoctibinam patrie pignusamoriserit: 
Paruavidereputasvidorem pra?fnia Regedi 

Hemicum,& facrasçonteruiffe manus? 
Qui gratus patria* 3 tum Regi,defcrit auras, 
Re&ius ille fuo munere fun&us abit 

AHTONlVà BONDOR, 



AdenndeWi àe infcriptlone librii 

TJ Cquid id?in prima promitcit fronte libellus 
£2, Indos, éoos,occiduofque fîmul. 
Atramen hefperias tantummododetegit oras^ 

Nulla ferè eoi eft roentio fada foli. 
Hoc.Reginalde , typis debetur,non mus crror. 

(Error Ci fuerit confpiciendus ibi.) 
Occiduus nobis ? aliis oriturus habetur 

Phcebusrnil prius eft^pofteriûive globo* 
Antonivs Bondor. 



M. CHARLES REGNA VLD, 
a Robert Régna vd 
fon frère , fur la tradu&ion de 
l'Hiftoire Naturelle des Indes Oc- 
cidentales. 



S ONN E T. 

ON ditqn^Eta iadis ^oy des Scythes-Coléeyi, 
<st qmlamfon d'or auoit eûè 'donnée 
Pour vngagefittd défi vie honorée, 
lafatfoitd'vngranâfimggardet dedans vn hk. 

rn drtgn er deux bzufs.de qui l'horrMe vols 
Hemploit tout l'air de flamme, en dtffendoient ï entrer! 
Mats lafon néanmoins, 4 Me de Med<e y 
lé (rit, CrUfit 'voir afin Prince Grégeois. 

xAmfifais-tu> B,egnauld\ car maigre les exciT 
Desfeldats Eflagnols , qui en gardent acerf, 
Malgré 'tous leurs canons , cr leur namharmee, 

Tu fais voir aux François ces Threfers retenus, 
Et du riche Peru les Jecrets mcogmts, 
2r*f, (Cim éHtrs Olcfos U mfon defree. 



A M.REGNAVLD, SVR 

L A VERSION DE £ H I- 

ftoire des Indes de l'Efpagnol de 
Iofcph Acofta. 

SONNET. 

Ppfydete imager burinott vft vifagi 
Si bien après le vif que nature auoit peu? 
ç£ellefembUftduoirfir l'image trmfeur 
Mlle mefme imité les traitts de [on ouvrage. 

Mais le fini Hiponie entre ceu* de fin aage, 
Meftnficeftouimer,defireux que l'honneur 
V y lntMuuftiU$roitfetmrn*iï au donneur i 
Konàïartquel'oneHft admiré davantage. 

^infitoutEffagnol qui verra que tes doigts 
Ont d'vn tmiïfidtmnfait ^cofla François > 
gmdeuancêpar toy ne fait plus que tefmurey 

Craindra que ton labeur fat du [un le tombeau, 
Tonrenomfin oubïy/a cendre ton flambeau , 
Frira que t pinceau ne nom change fon hure. 

F 'L'EPARrMEtf TïEIU 



LIVRE 




LIVRE PREMIER DE 

L'HISTOIRE NATVRELLE ET 

morale des Indes, tant Orientales, 
qu'Occidentales. 



De ï opinion que quelques Autheurs ont eik 3 

penfans que le Ciel ne fefiendoit iufques 

au nonuem Monde. 

Chapitre premier. 

Es anciens ont cfté fi eiloignèss 
depenfer qu'il y euft peuple, ou 
nation habitante en ceftuynou- 
ueau monde, queplufîcursmef. 
. me d'entr'eux n'ont peu ftmagi- 
ner que de ce cofté cy y euft feulement terre , ôc 
qui plus eft digne de merueille, f en font trouué 
aucuns qui ont nié tout ouuertement que le cie l 
que nous y voyons à prefent? y peuft eftre : car 
iaçoitque la plus grand' part, voire les plus re- 
nommez entre les Philofophes, ayent bien re- 
cogneu que le ciel eftoit tout rond ( comme en 
cfFed il l'eft ) ôc que par ce moyen il entouroit, 
Se ceignoit toute la terre, l'enferrant ôc compre- 
nant dedâs foy$ neantmoins plusieurs du nom- 




Çhvyjbft. ho- 
mtl. 14 W 
Vj. m cptft. 
, Ma Hebr. 



Fï eh. 19 • 
jdem Cbryf 
homil. 6. 15. 
in Genef. & 
homil. it. ad 
fop.^stntio- 
chenum. 



Tbadarit. 



J-îiftoire naturelle 
brc mefme des Do&eurs facrez , de plus grande 
authorité , ont eu fur ce point différentes opi- 
nions , fimaginans la fabrique de cet vniuers à 
la façon d'v ne maifon, en laquelle le toid qui la 
couure , circuit & feftend tant feulement en la 
partie d'enhaur, & non pas par toutes les autres 
parties, alleguans pour leur raîfon , que la terre 
autrement demeureroit fufpenduë au milieu de 
l'air. Ce qui leur fembloit chofe du tout hors 
d'apparence \ & tout ainfi que l'on void en tout 
baftiment le fondement & Tafîïette fituez d'vne 
part, &letoi& &couuerture d r vne autre op- 
pofite & contraire, ainfi qu'en ce grand édifice 
de lvniueis tout le ciel demeuraft en la partie 
d'enhaut , & la terre en la partie d'embas. Le 
glorieux Chryfoitome , corne homme qui f eft 
plus occupé en l'eftude des lettres facrees, que 
non pas aux feiences d'humanité - y femblc eftre 
de cefte opinion, quand il fe rit en fes Com- 
mentaires fur l'epiftre aux Hebrieux, de ceux-là 
qui afferment la rotondité du ciel. Etfemble 
que la fainde Efctiture ne veuille fignifier autre 
chofe, appellant le ciel , Tabernacle, ou Taudis 
fait de la main de Dieu. Etfurcefubjet ilpaiTe 
plus outre, difant que ce qui fe meut & chemi- 
ne, n'eft pas le ciel, mais que c'eft le foleil, la lu- 
ne, &leseitoillesquifemeuuentauciel. En la 
façon que les paflereaux & autres oyfeaux fe 
meuuent parmy l'air, tout au contraire de ce 
quelesPhilofophespenfent, qu'ils fe tournent 
auec le mefme ciel, comme les bras d'vne roue 
auec la mefme rôtie, theodoret autheur fort 
graue fuit en ceiU opinion ,Chryfoftome, ôc 



des fndes. Liure L % 

Théophile aufù, félon qu'il a de couilume pref- ^h h ^ 
qu'en toutes chofes. Mais La&ance Fit mian de- g. adiJlll 
uant tous les deffufdits ayant la mefme opinion, Laft hbr.^ 
fe mocque des Peripateticiens & Académiques, di,iin - * W M 
qui donnent vue figure rondeau ciel, ccnfti- CA t :i + % 
tuans la terre au milieu du monde , pour autant 
que ce luy femble chofe ridicule que la terre de- 
meure fuipendué en rair,côme ileftdeuant dir. 
Par laquelle iîéne opinion il fe conforme à cel- 
le d'Epicure , qui tient que de l'autre part de la 
terre il n'y a autre chofe qu'vn chaos , ou abyf- 
me inflny. Etfemble mefmeque S.Hierofme . , 
s'approche aucunement de cefte opinion, eferi- ^XçaI 
Uant fur l'epiftre auxEphefiens en ces termes: *. ùJç, £ 
le Philvfcphe naturel par fi contemplation pénètre tu fanes 
au haut du ciel i O" de F autre part il troime vn grand 
vmde aux profonds cr aby fines de la terre. On dit auflî 
que Procope afferme ( ce que ie n'ay veu toute* 
fois) fur le liure du Genefe, que l'opinion d'Ari- A, 
ftote touchant la figure & mouuement circu-p/^L^I 
laire du ciel, eft contraire & répugnant à la fain- îhu. *nno. $, 
cle Efcriture. Mais quoy que difent & tiennent 
làdefïus tous les anciens, il ne s'en faut efrnou- 
uoir , pource qu'il eft tout cogneu & approuué 
qu'ils nefe font pas tant foutiez des fciencesfc 
demonftrotions de Fhilofophie , pour autant 
qu'ils fe font occupez à d'autres de bien plus 
grande importance. Mais ce qui plus eft à efmer- 
ueiller, eftqueS. Auguftinmelme, tantverle 
en toutes les feiences naturelles, voire fort do- ^u^l.%: 
&e en l'Aftrologie & Phy fîque, neantmoins de- de Gtnt^U 
meure toufïours en doute , fans fepouuoir re» #*.«*£•*• 
foudre fi le ciel circuit la terre de toutes pans, 



Hifloire naturelle . 
, a • ou non: Me ««Jîwie-» (difoit-U )<{™ ""« t m T 

peljniefilkfindreau^mren^àfions^dneji 

Au «efine Heuq'ue detus i femb e demonftrer 
voitcdi t claircinent,« l u'.lrfyademonftnnon 
cerraine pour affermer langure ronde ducie , 
£2 feulement de fimples coniedures. E fou es 
heux alléguez, & en d'autres endroitsmdmes, 
ils tiennent pour chofe douteufe le «ment 
circulaire du ciel. N eantmoms on ne fe doit oF- 
fenfer, ny auoir en moindre eftime les podeurs 
de la fainfte Eglife , fi en quelques pomfts de la 
phuofophie & feiences naturelles ils ont eu diF- 
Lrnreopinionàcequieatenu&receupour 
bonnepSlofophie-.veuquetoureleureftudea 

eRé de cognoirfre prefeher , & fa», le Créa- 
teur de toutes ehofes, en quoy ils ont e fl «or- 
ients , & comme ayans bien employé leur eftu- 
de en chofe plus importante , c'eft peu de chofe 
en eux de n'auoir cogne, toutesles partie.^ 
tez concernantes les créatures Maisbicn dauan 
tage font à reprendre les Philosophes vainsdc 
ce S uecle, quiattaignans iufques à la cogno.ffan- 
ce de lettre , & ordre des créatures , du cours & 
oonuement des cieux , ne font pas paruenus 
( mal -heureux qu'ils font) à cogno.ftrel Crea- 
Lt de toutesïes chofes. Et i^*"^ 
toutenfaœuutes, n'ont po.nt monte par leu s 
imaginations iufques à > cognoiftre A«hear 
i* * fouueraind'icelles, ainfiq.e nous enfeignek 




des Indes. Liure I. 3 

iaincle Efcriture; ou bien s'ils l'ont cogneu, nt 
1'ontpoinc feruy 8c glorifié comme ils deuoiér, 
aueuglez de leurs inuentions , dequoy les accu- 
fe & reprend l'Apoftre. 

Jgue le Ciel efi rond de toutes parts , fe mou- 
uant en/on tour defoy - me fine. 

Chapitre IL 

R venansànoftrefujet, il n'y a point 
dedouteque l'opinion qu'ont eu Ari* „. , , 
itote&: les autres Peripatetieiensauee cn »bii. hb, 
ks Stoïques,que la figure du ciel eftoit %. cap. %. ' 
ronde, & fe mouuoit circulairement en Ton 
tour; eft fî parfaitement véritable, que nous 
qui fommes, &: viuons à prcfent au Peru, le 
voyons de nos propres yeux, Enquoy l'expé- 
rience doit valoir dauantage, que toute autre 
démonstration philosophique , dautant que 
pour faire cognoiftre que le ciel eft tout rond, 
& qu'il comprend & circuit enfoy la terre de 
touscpftez; &pourenefc!aircir tout îe doute 
que l'on en pourroit auoir, il fufSt que i'aye yen 
& contemplé en ceftuy nolhe hemifphere h 
partie & région du ciel qui tourne autour de ce- 
fte terre , laquelle n'a eftç cogneiiè des anciens, 
oubiend'auoir veu & remarqué , comme i'ay 
fait, les deux pôles efquels le ciel.fe tourne, 
comme dans fes fiches. le dy le pôle Arctique, 
ou Septentrional que voyent ceux de 1 Europe^ 
& l'autre Antarctique, ou Méridional, duquel ^kfjx 
faincl; Auguftin eft en doute, ôc lequel noua A â^f. a 



Hiftoire naturelle 

Rangeons & prenons pour leNort ky auPe- 
ru, a yanspairékligneeqmnoaiale.Ilfuftitn- - 
nalement quei'aye couru par nauiganon plus 
de feptantc degrez du Note au Sud, fçauoir, 
quarante dVn codé de la ligne,& vingt-trois de 
Faune. LailTant quant à prefent le teimoignage 
des autres, qui ont beaucoup plasnauige que 
tnoy,& en plus grande hauteur, eftans parue- . 

nus prefque iufques à feptante degrez au Sud. 
Qui dira que la nauire appellee Viûoire, digne 

certainement de perpétuelle mémoire , tfaye 
cagné le prix & le triomphe d'auoir le mieux 
defcouuert & circuit la rondeur ^ la terre, mef- 
me le chaos vain & le vuide infiny , que les an- 
ciens Philofophes difoient eftre au deffoubs de 
la terre, ayant fait tout le tour du monde K cir- 
cuit l'immenfité du grand Occean. Qui eft donc 
celuv qui ne recognoiftra par cefte nauiganon, 
que toute la grandeur delaterre, quoy quelle 
puiffe eftre plus grande qu'on ne la dépeint pas 
ne foit fubjeae aux pieds d'vn home, puis qu i 
la peut mefurer ? Ainfi fans aucun doute le ciel 
eft de figure ronde & parfa.de; & la terre auffi 
s-embraffant & .oignant auecl eau, fait vn glo- 
be , ou boule tonde compofee de ces deux dé- 
mens, ayans leurs bornes & limites dans leur 
propre rondeur & grandeur. Ce qui fe peut fuf- 
nfamment ptouuer , & demonftrer par raifons 
de Philofophie & Aftrologie, lainant arrière les 
fubtiles définitions que l'on peut alléguer com- 
munément; ou;au corps le plus parfait : (qu» 
eft le ciel) fe doit attribuer la plus parfaire li- 
gure, qui eft fans doute la figure ronde. Duquel 



des Jndes. Liure I. $ 

«ncores le mouuement circulaire ne pourrok 
cftre ferme ôc égal en foy, s'il auoic quelque 
coing, ou deftour en quelque part, ou s'it efloit 
tortu, comme il le faudroit dire par necefiué, il 
lefoleil, la lune , Ôc les eftoilles ne faifoient le 
tour, & circuifibientTout le monde. Maisfans; 
confiderer toutes cts raifons , il me femble que 
. la lune feule eft fufhTante en ce cas, comme vn 
fi délie tefmo r ng du ciel mefme ; veu que fon ec- 
clypfe aduient feulement lors que la rondeur de 
la terre s'oppofe diametrallement entre elle ôc 
le foleil , ôc par ce moyen empefche que les 
rayons du foleil ne donnent furicelle. Ce qui 
ne pourroit certainement aduenir, fi la terre 
n'eftoit au milieu du monde , -circuit e ôc entou- 
rée de tout le ciel. Il y en a eu aucuns qui ont ^f^* eff 
douté iufqueslà, fi îarefplendeur qui eftenla 10 g Jd '/£ 
lune , luy eftoit communiquée de la lumière du nuat. <•. 4. 
folei', Maisc'efi par trop douter, puis qu'il ne 
fe peut trouuer autre cauferaifonnable desec- 
çly pies, du plain, & quartiers de la lune , que la 
communication de la refplendeur ôc lumière* 
qui procède du foleil. Auffi fi nous voulons di- 
ligemment rechercher eefte matière, nous trou- 
verons que lobfcurité de la nuiçt n'eft caufee 
d'autre chofeque de l'ombre que fait la terre, 
cmpefchant la clarté du foleil depafier de lou- 
tre coftédu ciel, où il neiette fes rais. Si donc il 
cft ainfi que lefoleil n'outrepaiïè point, ôc ne 
iette fes rais fur l'autre partie de la terre, ains 
feulement fe deftourne à fon coucher, faifanj: 
fcfchine à la terre par vn tournoyernent ( ce que 
par force fera contraint d'accorder çeluy qui 

À iiij 






Hiftoire naturelle 

voudra nier la rotondité du ciel , puis qu'à leur 
dite le ciel comme vn plat feulement couureJa 
face de la terre.) Il s'enfuit clairement que ion 
ne pourra remarquer la différence que nous 
voyons eftre entre les iours ôc les nui£ts , les- 
quels en quelques régions font courts ôc longs 
félon les faifons, & en ^autres perpétuelle- 
ment efgaux. Ce que faind Auguftin efcrit aux 
t4$P- ti. limes, de Genef.4dLi!ïer*m, que i'on pourra bien 
deGetief ^comprendre les oppofitions, conuerfîons, efle- 
- " c * IO * uations , defcentes , Ôc tous autres afpe&s , ôc 
difpofitionsdesplanettes, & eftoilles, quand 
nous cognoiftrons qu'ellesTe meuuent , ôc que 
neantmoins le ciel demeure ftable, & immo- 
bile. Choie qui me femble bien ayfeeà enten- 
dre ,& le fera à tout autre, m'eftant permis dç 
feindre ce!qui me vient en lafantaiiie. Car il 
; nous pofons le cas que chaque eftoiile &pla- 
nette foit vn corps en foy , ôc qu'elle foit déme- 
née ôc conduitte parvn Ange, en la façon que 
fut porté Habacuc en Babylone : qui iera, îe 
V ** H ' vous prie,celuy tant aueuglé, qui ne voye bien 
que tous les afpeclrs diuers qu'on void apparoir 
aux planettes Ôc eftoilles, peuUcnt procéder de 
la diuerfité du mouuement que celuy qui les 
mene& conduit, leur donne volontairement? 
Cependant Ton ne peut dire auec raifon, que 
cefte efpace Ôc région , par où Ion feint que 
marchent ôc roullerit continuellemét les eftoil- 
les, ne foit élémentaire, & corruptible, puis 
qu'il fediuife&fepare quand elles palfent, lel- 
quelles certainement ne patient pas parvn heu 
yuide. Que; fila région en laquelle les cftoit- 



des Indes. Liure L / 

les Se planettes fe meuuent , eft corruptible, 
parraifon donc les eftoilles Se planettes ledoi- 
uent eftre elles mefmes de leur propre natu- 
re , ôc par confequent fe doiuent changer, al- 
térer, ôcfînablement prendre fin; pource que 
naturellement le contenu n'eft pas plus dura- 
ble que le contenant. Or dire que les corps ce- 
leftes foient corruptibles , cela ne s'accorde 
point auec ce que l'Efcriture dit au Pfaime, Que p fâ m > l ^' 
Dten les fift pour toujours : Et encore moins fe rap- 
porte à l'ordre ôc conferuation de çeft vniuers. 
le dy dauantage pour confermer cède vérité, 
que ce qui fe meut > font les mefmes Cieux , & 
en iceux les eftoilles cheminent en tournoyant. 
Ghofe que nous pouuons cognoiftre auec les 
yeux, puis que nous voyons que non feulement 
les eftoilîesfe meuuent, mais auiîî les régions & 
parties entières du Ciel, le ne parle point feu- 
lement des parties luifantes ôc refplendiiïantes, 
comme celle que l'on appelle ,1a voyelai&ee, 
que le commun appelle ,ie chemin fainct Iac- 
ques ; mais ie dy cela dauantage , pour les autres 
parties noires ôc obfcures qui font au Ciel. 
Pour-ce que nous y voyons reàlement comme 
des taches &obfcuritez, qui font fort manife- 
fteSjlefquellesien'ay point fouuenance d'auoic 
iam ais veùes en Europe : mais au Peru , en 
ceft autre hemifphere, ie lesay vcue's plufîeurs 
fois fort apparentes. Ces taches font de la cou- 
leur Ôc forme de la portion de la Lune èdipfee. 
& luy refl'emblent en noirceur Se obfcurité. El- 
les marchent attachées aux mefmes eftoilles, ôc 
tQufipurs4Vne mefme teneur ôc figure, corn- 






Hiftoire naturelle 

me nous Panons cogueu & remarqué par ex- 
périence tres-claire. Parauenture cela femble- 
ra à quelques-vns chofe nouvelle , & pourroiét 
demander d'où procède tel genre de taches au 
CieHie ne puis certes refpôdre autre chofe pour 
l'heure, fïnon que, comme difent les Philo fo- 
phes, quelavoyela&ee eft compofee des par- 
ties du Ciel les plus denfes & efpeffes , & qui 
pour cefte caufe reçoiuent plus grande lumière: 
ainiî par contraire'raifon il y a d'autres parties 
fort rares, déliées, & tranfparentes, lefqueiles 
pour receuoir moindre-lumière, femblent plus 
noires & obfcures. Que cecy en foit la vraye 
xaifon, ou non, ( ie n'en peux rien affermer 
de certain) fi eft- il pourtant véritable , que fé- 
lon la figure que ces taches ont au Ciel , elles 
femeuuentauecvne mefme proportion quant 
& leurs cftoilles , fans aucunement fe feparer 
d'elles. Qui eft vne expérience certaine & re-i 
marquée par pluficurs fois tout exprès. Il s'en- j 
fuit de tout ce que nousauons di& , que fans 
doubteie Ciel contient en foy de toutes parts 
la terre, tournoyant continuellement à l'en tour 
«ficelle, fans que Ion puiffe plus propofer que- 
ftionlàdeffus. 



guelafamtfeEfcriturenous enfeigne que Ui 
terre efi au milieu du monde. 
Chapitre III, \ 

Ombien qu'il femble à Procope,à Ga- 
ze^ à aucuns autres de fon opinion, 
que ce foit cotreuenir à la fain&e Ef-i 



"1 



*t . 



des Indes. Liure l. € , 

i-i j &efl*r 13. 

criture > de%urer la terre au milieu du monde, $a ^ u z>7 ; 

& de dire que le ciel eft tout rond: fi eft-ce que n.,8. 
à la venté cède doctrine non feulement ne luy Pfalm.9i.7- 
eft point contraire, mais aufïïfe trouue du tout ^ # 3 ^/ 7- 
conforme à ce qu'elle nous enfeigne. Car £ ° ff J^ ^ 
laitfant à part les termes dont vie la mefme Ef- 
criture en plufieurs endroits: Larodeurde h terre: 
(&ce quen autre endroit elle dit, que tout ce 
qui eft corporel , eft circuit & entouré du Ciel, 
& comme embrafle de fa rondeur ) à tout le 
moins ne peut-on nier que le paiïage de l'Ec- 
ciefiafte ne foit fort clair, où il eft did : le Soleil 
naiftfe couche , çr retourne en (on mefme lieu, £T va 
recommençant a naiftre : dprend [on chemin p4r le mt- 
dy, fi tournant wfquesau Septentrion, cefi efpnt chemi- 
ne firent fant a ïentour toutes choses , £T s'en retourne « 
fin mefme endroit. En ce lieu la paraphrafe & ex- 
poiition de Grégoire Neocefarien, ou Nazian- 
zene,dit: Le Soleil Ayant couru toute U terre , ienreuïet 
comme en tournoyant lufynes À fin mefme point! O* ter- 
me. Ce que dit Salomon interprété par Gregoi- 
r e 5 ne pourroit certainement cftre vray , fi quel- 
que partie de la terre delaiflbit d'eftre circuite 
du Ciel. Etainfi l'entend famé* Hierofme ef- H ^'^l 
criuant fur lepiftre aux Bphefiens, de cefte ma- * ai t eJ ' 
niere. La plus commune opinion afferme ( fi conformât 
4uec l'Ecclefiafte ) que le Ciel e f rond Je mouuant en 
circuit 4 la manière d*vne boule. Et cft choie certai- 
ne qu'aucune figure ronde ne tient ny latitude, 
ny longitude,n) hauteur,ny profondeur,pour- 
ce qu'en toutes ces parties elle eft efgalc& pa- 
reille, Par cela il appert félon fainct Hierof- 
me, <jue ceux qui tknent que le Ciel eft rond, 






Z,hextm. 
pope finem. 



hexam. c. 6. 



Hifloire naturelle 
non feulement ne font pas contraires à la fàin- ? 
été Efcriture, ainsau contraire fe conforment 
à icelie: attendu principalement que S. Bafile ôc 
S Ambroife (qui limite ordinairement aux li- 
ures appeliez Hexameron) fe trouuentvn peu 
douteux en cepoincl:. En fin toutesfois ils re- 
uiennent à concéder la rondeur de ce monde. 
Ileftvray que S. Ambroife ne demeure point 
d'accord de cette quintelTence qu'Ariftote at- 
tribue au Ciel. Et certainement s'efi: chofe bel- 
le de voir auec quelle grâce, &quel (îyleac- 
comply lafain&e Efcriture traite de la fîtua- 
tion de la terre & de fa fermeté, pour caufer en 
nous vne grande admiration , & non moindre 
contentement fur l'ineffable puifTance & fa- 
geiïe du Créateur. D'autant quenvnendroi6t 
Dieu nous réfère que ç'aefté luy qui a eftably 
Pfalm.74> i €S co tomnes qui fouftiennent la terre , nous 
donnant à entendre , comme bien l'explique S. 
Ambroife , que le poids immenfede toute la 
terre eft fouftenu parles mains du diuin pou- 
uoir. Lafaincre Efcriture a de couftume deles 
appeller ainfi,& vferdeceftephrafe , les nom- 
mant colomnes du Ciel & de la terre , non 
point celles de l'autre Atlas , qu'ont feint les 
Poètes, mais celles propre de la parole éter- 
nelle de Dieu , qui par fa vertu fouftient les 
Cieux&fa terre. Dauantage la fain&e Efcri- 
ture en autre lieu , nous demonftre comme la 
terre, ou grande partie d'icelle , eft ioincle& 
enuironnee de Vêlement de l'eau, difant gene- 
rallement que Dieu mit la terre fur les eaux. Et 
en ajitre endroit, qu'il fonda la rondeur delà 



t^fmbr.J.he 
xam. c. 6. 



des Indes. Liure L 7 

terre fur la mer. Er encore que faind Auguftin 
n'accorde pas que de ce paflage (comme de fen- «^«£«#- in> 
tencedefoy) Ton puifTe inférer que la terre ôc F f aimA ÏÏ* 
l'eau fane vn globeau milieu du monde, pre r 
tendant par ce moyen donner autre expofition 
à ces paroles du PÎalmej ce neantmoins il eft 
tout certain a que ce qui eft porté en ces paro- 
les du Pfalme, nous veut doner à entendre qu'il 
n'y a d'occafîon d'imaginer autre ciment, ou 
liaifon à la terre , que l'élément de l'eau, lequel, 
quoy qu'il foit facile ôc muable, neantmoins 
(ouftient ôc enceint cefte grande machine delà 
terre. Cequiaefté faid par la fagefledu très- 
grand Architede. L'on dit que la terre eft fon- 
dée &baftie fur les eaux, Ôc fur la mer: mais au 
contraire la terre eft pluftoft au défions de l'eau, 
quenonpasdeiTus, pour- ce que félon fimagi- 
nation & iugement commun , ce qui eft de l'au- 
tre cofté de la terre que nous habitons, femble 
eftre au defïbus de la terre, ôc par mefme moyen 
les eaux ôc l'amer qui ceignent la terre de l'au- 
tre part, font au deifous, ôc la terre au de (Tus. 
Neantmoins la vérité eft feulement , que ce qui 
proprement eft en bas, eft ce qui eft toujours 
plus au milieu de l'vniuers: mais la fainde Efcri- 
ture s'accommode à noftre façon d'imaginer Ôc, 
parler. Quelqu'yn pourra demander, puisque 
la terre eft eftablie fur les eaux (comme dit la. 
fainde Efcriture) fur quoy font cftablies les 
mefmes eaux, ou quel appuy les fouftient ? Et & 
tant eft que la terre ôc l'eau font vne boule ron- 
de, où fe peut fouftenit toute cefte horrible ma- 
chine > A cela reipond en autre endroid la fairt- .. 




Job'lê. 



Pfalm. 3S. 



Hifwire naturelle 

&eEfcriture, nous donnant bien plus grande 
admiration de la puiiTance du Créateur: Et dit 
ces propos : U. terre s>eftend vers aquilon fur vn 
vuide. <cr demeure fendue fur rien. Ce que certes 
efttrefbkndit, pour-ce que realement il iem- 
ble que cette machine de la terre & de la mer 
eft aflife fur rien, quand on la depeindroit au mi- 
lieu de l'air, comme en vérité elle y eft. Mais 
cette merueilie que les hommes admirent tant. 
Dieu ne l'a-il pas luy-mefmeefclarde, deman- 
dant au mefme lob en ces termes : Vy moy fi tu 
fats qui * tetté le flombouU ligne four U fabrique du 

monde , et *»" I™ 1 cmm m $ éé P V 10171 ® 5 )'* 
fondement ? Finalement, afin de nous faire enten- 
dre la trace & modelle de ce merueilkux édifice 
rtfeioi. an monde, le Prophète Dauid accouftumé de 
* chanter & louer les ceuures diurnes, dit fort 

bien en vn Pialme compofé fur cette matière 
en ces propos , Toy qui m fonde la terre fur U mefme 
Milité <ct fermeté fans quelle chancelle , ny tourne d vn 
ceflèny d'autre, four toufours et kiamats. Voulant 
dire la caufe pourquoy la terre eftant affile au 
milieu de l'air ne tombe, ny ne chancelle d'vn 
coité ny d'autre, eft, pour-ce que defanature 
dk a des fondemens affeurez, qui luy ontefte 
donnez pat fon treflage Créateur: afin que de 
foy-mefme elle fe fouftienne , fans auoir befom 
d'autres appuis, ou fouftenemens. Donc en cet 
endroit fe trompe l'imagination humaine,cher- 
chant d'autres fondemens à la terre, quelesfuf- 
dits: & vient leur faute de mefurerles choies 
diuines,à la façon des humaines. Ainfi ne doit- 
on craindre, que quelque grande fcpefante que 



j_ 

des Indes. Lime h "g 

I fembie cefte machine de h terre fufpenducen 
I l'air, quelle puilTe tomber , ou contourner s'en 
1 ddlusdefïbus; nous eftans aileurez fur ce point, 
I par-ce que le mefme Pfalme dit, que pour ia- 
; n»is elle ne fe renuerfera. Certes auec raifon T&Imjùi; 
I Dauid après auoir contemplé & chanté I'eftac 
1 de fi merueilleufes ceuures du Seigneur , ne 
1 cefTe de fe refiouïr auec luy en icelJes, difant: 

I O combien les œuures du Seigneur [ont dggrtndies a* 

II éccreuës, il appert bien que toutes font finies âefonfea- 
|| tmr. Et en vérité fi ie dois raconter ce qui fepaf- 
|i ff ^ ur cc P ro P os : * e <ty que fouuentesfois que 
! i'ay voyagé, paflant les grands golphes de l'Oc- 
1 cean, & cheminant par les autres régions de ter* 
J| res fi effranges, m arreftant à côtempler &con- 
Ijfidererla grandeur de ces ceuures du Seigneur, 
I ie fentois vn admirable contentement de celle 
| fouueraine fagetfe ôc grandeur du Créateur, qui 
| reluit en ces mefmes ceuures, en comparaifoa 

! defquelles tous les Palais, Chafteaux, ôc bafti- 
ji mens des Roys, enfemble toutes les inuentions 
I humaines, femblent bien peu, voire chofes bai- 
fes ôc viles , au refpecl: d'icelles. O combien de 
fois me venoit en la penfee , ôc en la bouche cc 
pafiage du Pfeaume,qui dit ainfi ; Grande recrsmm 
m aueT^donnêySeigneur , par vos œuures, & necefferay 
de me rejïouyr en la contemplation des œuures de vos mains. 
Realement & de fait, les ceuures diuincs ont ne 
fçay quelle grâce & vertu cachée ôc fecrette 5 qui 
combien qu'elles foient contemplées plufieurs 
Se diuerfes fois , neantmoins caufent toufiours 
vn nouueau gouft Ôc côtentement: &u contraire 
Us œuures humaines, encor qu'elles foient cen- 



ffifiohe naturelle 

fttuiâes auec vn exquis artifice toutesfoîs 
eftansveuësfouuent, nefontphiseftimees, au 
contraire deuiennent cnnuyeufes, foit que ce 
foient lardins très plaitans, ou -Palais, ou Tem- 
ples magnifiquement baftis , foit Pyramides de 
îuperbe édifice, foit peintures, factures , ou 
pierres d'exquife inuention & labeur, quoy 
qu'elles foient douées de toutes lesbeautez qu il 
eft poffible : toufiours ccft chofe certaine qu en 
les contemplant deux ou trois fois auec atten- 
tion , les yeux fe dmextiffent toft de cefte veue 
à vneautre , eftans incontinent foulez dicell es. 
Mais fi auec attention vous confiderez laitier, 
ou quelque haute montagne, yffante hots la 
plaine d'vne eftrange hauteur ou les champs 
reueftusde leur naturelle verdure ,& de belles 
fleurs , ou bien le cours furieux de quelque Heu- 
ue, qui fans ceffer bat continuellement les ro- 
chersen bruyant, finalement quelques amures 
dénature que ce foient, quoy quelles foient. 
contemplées plufieurs fois, toufiours caufent 
nouuelle récréation , & iamais ne s ennuyé la 
veuë Ce qui refleroble vn banquet manifique 
& abondant de la diuine fagefle, qui fans jamais 
ennuyer, caufe toufiours nouuelle confidera- 



«on, 



Ontemni 






(les Indes. Liurel. 




Contenant U rejponfi i ce qm eft allégué de LféùnÛt 

Efcnture contre U rondeur de U terre. 

Chapitre ïijfj 

Euenant donc à la figure du Citl>ic 
ne fçay de quelle autorité de k 
fain&e Efcritute on ayt peu tirer 
qu'elle ne foitpas ronde, ny Ton 
■^^^^ mouuement circulaire,pource que 
ie ne voy point que ce que S. Paul appelle le **&% 
Ciel tabernacle,ou taudis,que Dieu â eftably & 
nonpoint l'homme, punTeeftre appliqué i ce 
propos. Car quoy qu'il nous dife qu'il eft ftiéb 
par Dieu,l'on ne doit pour cela entendre que le 
CieJ, toutainfi comme vn toi& 3 couurela ter- 
re dVne part feulement , ny mefme que le Ciel 
ioit bafty fansfe mouiwir,comme il femble que 
quelques- vns l'ont voulu doner à entedre. L'A- 
poftre en ce lieu traittoit de la coformité du ta- 
bernac e ancie de la loy,disât là deffiis que le ta- 
bernacle de la loy nouuelle de grâce, eft le Ciel 
auquel eft entre le grand Preftre Iisvs-Chris? 
vne fois par fon fang .ôcdclk s'entend qu'il y à 
autant de preeminence,du nouueau tabernacle 
au vieil , comme il y a differece d'entre l'authcur 
du no«ieau,qui eft D ieu s & cil du vieil qui a efté 
1 nomme encor qu'il foit vray que le vieil taber- 
nacle fuftauffi bien bafty par la fagefîe de Dieu 
qui I enfeigna à fon ouurier Befckd.ôc ne doit- **^3*. 
on penfer que ces cÔparaifons^paraboies & aile- 
gories fe puiftent rapporter en tout & par tout à 
?c a quoy elles (ont accommodées, comme le 

, • b ■: 



Cbryfoft. I 
Pfalm.ioy 



deGen.ai 
f littr.e.y. 



2piytt>66< 



' Hiftoire naturelle 
bien- heureux Chryfoftoroe a bien fceu dire à 
ce propos. L'autre authorité que rapporte S. 
Aueuftin allègues d'aucuns,pour monftrer que 
le Ciel n'eft pas rond, eft telle en difant, Le Ciel 
s'cjrend comme vne pedu. Dont ils concluent qu'il 
n'eft pas rond,mais plat en la partie d'enhaut. A 
quoy refpond fort bien & fort familieremétlc 
xnefme S Dodeur, mais donnant à entédre que 
ce paffaçe du Pfalmifte ne parle,ny s'entéd pro- 
prement de la figure du Cicl,mais dit cela ieuie- 
ment,afin de nous demonftrer auec quelle faci- 
lité Dieu battit vn Ciel fi grandie luy ayat efté 
non plus difficile de baftir vne fi immenfe cou - 
uerture,comme eft le Ciel,quil feroit à nous de 
defployervne peau double,ou bien prétendant 

le Pfalmitte nous donner à entendre , la grande 
majeftéder>ieu,auquelleciel fert 3 quieftfibeatt 
& fi^grad, de mefme façon que nous leruent les 
tentes ou couuertures aux champs.Ce qui a elle 
fort bien déclare par vn Poete,difant;Z> uududt* 
cUir Ciel Mefme le pafiage d'ifaye qui dit.I* CM 
mefertdecbme, 0< U terre d'efeabea» fourmes pieds. 
Que fi nous enfuiuons Terreur desAnthropo- 
mSrphites, qui attribuoient des membres cor- 
porels à Dieu félon fa diuinité,nous aurions oc- 
cafion fur le dernier partage de rechercher corn- 
ment il feroit pofîible que la terre fuïMefca- 
beau des pieds de nieu,& comme le mefme Dieu 
pourroit tenir ces pieds d'vne partie & d'autre, 
& plufieursteftestoutàl'entour, puis qu'il eft 
en tout & par tout le monde, qui feroit choie 
vainefc totalement ridicule. Il faut donc con- 
clure qu'aux fain^es Efcritures nous ne de : 



des îndes. Dure. I. 15 

uons pas fuiure lalettre qui tuëjmaisl efprit qui 
viui fie, comme dit faihcl: Paul. 



iXcrlni, 




De la façon é figure du Ciel du nouueaa 
monde. 

Chàêitkb V. 

Lufieurs en Europe demandent quelle 
eft la façon & figure de ce Ciel quicfl 
en la partie du Sud,pource qu'il ne fen 
peut trouuer chofe certaine aux liures des an- 
ciens,lefquels encor qu'ils accordent y auoir vn 
Ciel en celle autre part du monde ; ce neant- 
moins n ont peu atteindre iufques à la cognoif- 
fance de la façon & figure , quoy que à la vérité 
ils fajTent mention dvne belle & grade eftoille, ptMïïh h 
qui le void en ces parties cy,laquelle ils appcller «?.ix/ 
Canopus.'Ceux qui de nouueau ont nauigé en 
ces parties , ont accouftumé d eferire & racoter 
chofes grandes de ce Ciel,à fçauoïr qu'il eft fore 
refplcndilTant 3 y ayant grand nombre des belles 
eftoilles. Et en efFed les chofes qui viennent de 
loing,fe défendent ordinairemét auec augmen- 
tation. Mais il me femble tout au contraire , te- 
nant pour certain , qu'en noftre cofté du Nort, 
il y a plus grand nombre d'eftoilles , & de plus 
illuftre grandeur, ne fe voyant point par deçà 
eftoilles qui excédent lapouflîniere, ny le cha- 
riot. Ileft bienvray que la Croifeededeçàeil 
fort belle & agréable à voir. Nous appelions 
Croifee , quatre eftoilles notables & apparen- 
tes qui font enti'elles vne forme <$e Grorxj? 




Hiftoire naturelle 
affifes cfgalemcnt & auec proportion.Lesigno* 
rans croyent que cefte Croifee eft le Pôle du 
Sùdj d'autant qu'ils voyent les mariniers pren- 
dre leur hauteur par icellc , comme nous auons 
icy accouftumé de la prendre par le Nort. Mais 
ilsfe trompent. Et la raifon pourquoy les ma- 
riniers lefont deceftefaçon, eft, pource que 
dececofte du Sud il n'y a aucune eftoille fixe, 
qui marque le Pôle, cbmme ànoftre Pôle le 
faid Teftoille du Nort. Et ainfi ils prennent 
leur hauteur par I'eftoille du pied de la Croifee, 
diftante du vray & fixe Pôle Antarctique , de 
trente degrés, comme de là I'eftoille du Nort 
eft' diftante du Pôle Ardiquc de trois degrez, 
ou peu dauantage. Et ainfi il eft plus difficile de 
prendre la hauteur en ces parties , pource que 
ladi&e eftoille du pied de la Croifee doit eftrc 
droi&e , ce qui aduient feulement en vne heure 
de la nui&,qui eft en diuerfes parties de l'an , en 
différentes heures, &bienfouuent en toute la 
nuicl: ne fe monftre.qui eft chofe fort mal corn- 
mode pour prendre la hauteur. Par ainfi les 
plus experts pilotes ne fe foucient de la Croi- 
fee, prenans la hauteur du foleil par l'Aftrola- 
be,' par lequel ils cognoiftentla hauteur où ils 
fe trouuent.En quoy communément les PortUr 
gais font plus experts , comme nation qui a 
grand difeours en Part de nauiger fur toutes 
les autres nations. Ilyaauffi decefte partie du 
Sud d'autres eftoilles, qui en quelque façon ref- 
fcmblent à celles du Nort. Ce qu'ils appellent 
la voyc la&ec, s'eftend beaucoup, & eft fort 
refplendiffantence coftéduSud, fc voyant en 




I 



des Jndes. Liure X H 

icelle ces taches noires tant admirables , des- 
quelles cy deuant nous auons fai& mention. 
Pour les autres particularitez,d autres les diront 
auec plus grande curiofî té, ànous fuffitpour 
l'heure de ce qu auons di&. 

gif il y a terre & merfonbs les deux Tôles. 

Chapitre VI. 

i ne nous eft point peu de chofe fai- 
etc, d'eftre fortis de celle matière 
auec cefte cognoiifance & refolu- 
_ tionquily avn Ciel en ces parties 
des Indes, qui k$ couure, comme à ceux d'Eu- 
rope, d'Afie& Afrique, Et nous fertee point 
quelquesfois contre beaucoup d'Efpagnols,qui 

par deçà foufpirent pour leur Efpagne, ne fça- 
ehans dequoy parler que de leur pays , lefquels 
i'efmerueillent, voire fe fafchcnt contre nous 
autres, eftimans que nous auons oublié, & fai- 
sons peu de cas de noftrepatrie. Aufquels nous: 
reipondons , que pour cela le defir de retour- 
ner en Efpagne ne nous trauaille point. Pource 
que nous trouuons que nous fommes auflî pro- 
ches du Ciel eftansauPeru, comme nous en 
fommes eftans en Efpagncrcomme dit fort bien 
S. Hierofme efcriuant à Pauline, fçauoir que la 
porte du Ciel eft auffi proche de Bretagne,com- 
me de Hierufalem. Mais encor que le Ciel cir- 
cuife le monde de tous coftez, il ne faut pas 
pour cela penfer, que necefTairement il y ayt 
terre de tous coftez dumonde. Careftantainfi 

B iij 




Hiftoire naturelle 

aue les deux démens de la terre & l'eau, com, 
pofentvnglobe.ou boule ronde, félon que la 
plus- part, & les plus renommez autheurs des 
CbM».Z. JU anciens l'ont tenu(à ce que rapporte Plutarque) 
}Udù phil. & comme on le prouue par demonlirations 
s .,.&u. ues -certaines l'on pourroic conjeaurer que 
lameroccupaft toute celle partie qui eft foups 
le Pôle Antarctique ou Sud,de telle façon qu U 
ne reftaft aucune place en ces parties pour la 
■tstw.Ut. tetr e ; felonqueS. Auguftinreprentrortdotte- 
ieçim.c.9. mcnt con tte ceux qui tiennent les Antipodes; 
difant , qu'encor que l'on faffe preuue , & que 
l'on croye que le monde foit défigure ronde, 
comme vne boule.il ne faut inférer de cela.que 
en cefte autre partie du monde la terre : foit del- 
couuerte& fans eau. Et fans douoteS. Augu- 
ftin dit fort bien en ce poinct, ce neantmoms le 
contraire de ce ne fe prouue , & ne s enfuit non 
plus, fçauoir qu'il y aye terre defcouuerte au 
Pôle Antaruique.ee que l'expérience nous a ,a 
rnonftréa veuedœileftreainfi corne, eneftect 
ill'eft. Car iaçoit que la plus grande partie du 
monde, qui eft foubsle Pôle Antara.que, foit 
occupée delà mer i ce neantmoms elle nelelt 
pas entièrement : mais y a terre , de forte qu en 
toutes les parties du monde , la terre & 1 eaue (e 
vontembraifans l'vnl'autre, quieft ventab e- 
ment vne chofe pour nous faire admirer & glo- 
rifier l'art du fouuerain Creareur ; Nous fçauos 
doncparlafainfte Efcritute, qu au commen- 
cement du monde les eaux furent affemblees, 
Scfeioignirent en vn endroit, tellementquc 
la terre demeura defcouuerte. Dauantage,!* 



@tr,e* %• 



des fndes. Lime I. il 

rhefme Efcriture fatn&e nous enfeigne,que ces 
afTemblemés d'eaux s'appelkrent mer, & com- 
me elles fontplufîeurs , il eft de neçeflîté qu'il 
y ay t plufïeurs mers. Et non feulement eft cefte 
diuerhté dessers en la mer Méditerranée, les 
vnes s'appellans Euxine, les autres Cafpie , au- 
tre Erythrée, ou rouge , autre Prefique ] autre 
dltaiie,& ainfî plusieurs autres. Mais aufîi bien 
au grand Occean que f Eicriture fain&e a ac- 
couftumé d'appeller abyfme, encore que reale- 
ment & en vérité cenefoît qu'vnerner, mais 
en plufïeurs bc différentes manières: comme au 
refpect de tout le Peru & de toute l'Amérique, 
ils appellent IVne la mcrduNort, & l'autre la 
mer du Sudjen l'Inde Orientale l'vne s'appelle 
la mer d'Inde, &l'autredela Chine. Et ay re- 
marqué tat en ce que i'ay nauigé moy meime, 
que par la relation des autres, queiamais la 
mer ne fe fepare de la terre de plus de mil 
lieues. Et quoy que fè puifTe eftendre la gran- 
deur del'Occean, fi eft- ce qu'il n'outrepàrfeia- 
mais cefte mefure. le ne veux pas pour cela di- 
re que l'on ne nauigé plus de mil lieues de la 
mer Occeane : qui feroït contre la vérité , puis 
que nous fçauons que les nauires de Portugal 
ont nauigé quatre fois autant, voire dauanta- 
ge , que tout le monde en rondfe peut nauiger 
par mer, comme en ce temps nous l'auons défia 
veu , fans que plus on en puifîe douter. Mais ce 
que ie dy êc afferme , eft qu'en ce qui eft au- 
iourd'huy dcfcouuert,aucune terre n'eft diitan- 
te & eflongnee par ligne directe de l'autre ter- 
referme j oulfles, qui luy foient plus proches^ 

B iiij 





ffifloire naturelle 
au plus que de mil lieues , ôc que par ainfî entra 
deux terres il n'y a point plus grand efpacc 
de mer, le prenant par les parties des terres 

Î>lus proches les vnes des autres. Pource que de 
a fin de rEuropc,ou de rAfrique,& de leur co- 
pies Canaries, les Açores, les l lies du Cap 
cj.evert,& les autres qui font en ce pareilles, 
ne font disantes de plus de trois cents lieues, 
ou cinq cents de la terre ferme, Defdites Ifles 
prenant fon cours vers les Indes Occidentales, 
à peine y a-il neuf cents heue'siufques aux Ifles 
S. Dominique,ies Vierges , la bien-heureufe ÔC 
les autres , & les mefmcs Ifl.es vont courant 
par leur ordre, iufques aux Ides de Barlouentc, 
qui font, Cuba, Efpagnolla, ôc Boriquen. Ex- 
celles iufqu'à la terre ferme à peine y a-il deux; 
cents ou trois cents lieuës,&en l'endroit le plus 
proche beaucoup moins. La terre ferme court 
vnefpaceinfiny, depuis la terre delà Floride* 
iufquala terre des Patagons, & de l'autre cofte 
du Sud,dcpuis le deftroit de MageHan,iufqu*au 
CapdeMendoce,courtvne terre très-longue, 
mais non beaucoup large: car le plus large gift 
le trauers du Peru,qui eft diftâte du Brefil y d'en- 
iiiron mil lieues. En çefte mefme mer du Sud t 
çncor qu'on ne fçache rencontrer la fin , en ti- 
xantvers le Ponant , neantmoins il y a peu de 
tieps que 1 on defcouurit les Ifles , qu'ils ont ap- 
pellees de Salomon, qui fon t plusieurs ôc gran* 
des, diftâtes du Pcru comme huid cents lieues, 
Et pource que Ton obferue , ôc fe trouue ainfi, 
que là, ou il y a plufieurs ôc grandes Ifles , la ter- 
çefejge çneft peu eflongnec: de là vient que 



des Jnda. Uure L ij 

puifîeurs, &moy-mefmeaueceux, ayansopi- 
nion qu'il y a quelque grande terre ferme pro- 
che defdkes Ifles de Salomon, laquelle refpond 
ànoftrc Amérique du codé du Ponent ; & fe- 
roit poflible qu'elle couruft par la hauteur du 
Sudiufques au deftroit de Magellan. On tient 
que la neuue cuinee eft vne terre ferme,& quel- 
ques dodes la peignent fort près des Ifles de Sa- 
lomon; de forte que ceft chofe vray-femblable 
de dire qu'il y a encor vne bonne partie du mon- 
de a deicouurir, puis qu'au jourd'huy les noltres 
nauigent en cefte mer du Sud iufques à la Chi- 
ne & Philippines, & difonsque pour aller du 
Peru en ces parties- là, qu'ils palïent vne plus 
longue mer, que non pas allant d'Efpagneau 
melmePeru. Dauantage,on cognoift que ceft 
par le tant %nalé deftroit de Magellan , que ces 
deux mers fe joignent & continuent lVne aucc 
l'autre (ie dy la mer du Sudauec la mer du Nort) 
par la partie duPole Antardique, qui eft en 
hauteur de ;i. degré. Mais c eft vne belle & gra- 
de queftion où plufieurs fe font employez , (ça- 
uoir iî ces deux mers fe joignent , ôc continuent 
auflï bien du coftc du Nort. Maisjen'ay point 
cognoitfanceque iufqu'auiourd'huy aucun ave 
peuatteindre àcepoind, û ce ri eft feulement 
par ie ne fçay quels indices & coniedures ouel- 
qucs-vns afferment qu'il y a vn autre deftroit 
fous le Nort, à loppofite de ceky de Magellan: 
toutefois pour noftre fujet , il fuffift de fçauoir 
maintenant au vray qu'il y ayt terre de ce codé 
du Sud> ôc que c eft vne terre aulîî grande corn- 
ue toute rE^rope, rAflcfc l'Afrique raefme, 









Hiftoire naturelle 
que à tous les deux Pôles du monde,l'on trouue 
& récontre terre,& mer , embrafTees lvne auec 
l'autre Enquoy les anciens ont peu entrer en 
doute & le contre- dir? par faute d'expérience. 



Loft. Uh. 7 
Jnjht.diuin 
cap, ij 



four reprouuer l'opinion de Laffdnce* qui tient 
qu'il ri y a point d'Antipodes. 

Chapitre VIL 

Vis doc que c'cft chofe cogneuë, qu'il 
y a terre au-cofté du Sud, ou pôle An- 
tarctique: refte maintenât de voir s'il y 
a des hommes habitans en icelle,qui a 
efté au temps pafîcvnequeftion fort debatuë. 
La&anceFirmian& S.Auguftinfemocquét de 
ceux qui afferment les Antipodes ( qui vaut au- 
^€»gnfilih. tant à dire comme hommes qui ont leurs pieds 
u.decinit. au contraire des noftres.) Mais encor que ces 
sa f' 9 * deux autheurs s'accordent en cefte mocquerie, 
ceneantmoinsauxraifonsA mot tf s<Je ^ eur °"' 
pinion, font fort différents l'vn de l'autre,com- j 
meilseftoientfortdiuersd'efprit, & dxnten- 
dément. La&ance fuit le vulgaire , eftimât cho- 
fe ridicule de dire que le ciel eft formé enrond 
& circuit:& que la terre foit au milieu enuiron-j 
«ce&enclofed'iceluy comme vne pelotte.Eri 
pourceileferiten ces termes. Qjullemfony +f 
À ce que quelques vm veulent dire % qutlya âes^ént^ 
foâes, qm ont leurs p*s contraires aux mflres ? Ep $lfoft-\ 
bU quily Ait homes fiUurds,er fi troj?*" , 1™ croyent 
quily ait vn peuple, ou nation cheminant les fieds en 
Uulh&l* teftctnbat, crqutUtcbojès, qui fin* ig 



des Indes. Liure L x+ 

dfifes>(?' arrefieesiï vne façon, fient de ce fie autre part 
pendantes, ey renuerfees, au contraire:que les arbres i O* 
Us grains croijfent la contre bas,0" que lapluye , la neige, 
CF lagrefie tombent, O* s'efioulent de terre contremontf 
Puisapresquelques autres propos, le mefmc 
Ladance tient ces propos: L'opinion cr imagina- 
tion que quelques vns ont eue efiimans le Ciel rond , 4 efii 
la caufe ty le motif iïmucnter ces ^Antipodes fùfitendus 
en l'air ,par atnfi te ne puis que dire de tels Philofofbes , fi~ 
non qùayans vnefois erréjlspourf muent , O* sobfitnent 
toufiours en Lmr opinion ,fe défendons les vns les autres» 
Iufques icyfont les propos de Ladance. Mais 
quoy qu'il die , nous autres qui pour leprefenjt 
çftans au Peru , habitons la partie du monde 
contraire à l'Afie., & fommes leurs Antipodes, 
(ain(î que les Cofmographes l'enfeignent) ne 
nous voyons pas cheminans fufp en dus en l'air, 
latefteen bas, ny les pieds en haut. Certaine- 
ment c'eftchofemerucilleufedeconfiderer que 
l'efprit & entendement humain ne peut attein- 
dre & paruenir à la vérité , fans vfer d'imagina- 
tion; & d'autre part qu'il luy eft impofïible qu'il 
n'erre , 6c ne faille , fil fen veut totalement ab- 
ftenir. Nous ne pouuôs comprendre que le ciel 
(bit rond , comme il l'eft , & que la terre foit au 
milieu, fans l'imagination. Mais fi cette mefme 
imagination n'eftoit corrigée , 6c reformée par 
la raifon, & que nous renfuiuifîions du tout, en 
fin nous nous trouuerions trompez. D'où nous 
pouuons conclure vne expérience aifeurec, que 
en nos âmes il y a vne certaine lumière ducieï, 
par laquelle nous voyons Se iugeons , voire les 
mefmcs images , & formes intérieures qui fe 



Hiftoire naturelle 
prefententànous, pour les cognoiftre , &par 
ceflc mcfme lumière nous approuuons &r rejet- 
tons ce que l'imagination nous reprefente. Et 
de là voit on clairement comme l'ame rationel- 
leéft par deflus toute la nature corporelle , & 
comme la force & vigueur éternelle de la vérité 
preiîde au plus eminent lieu de l'homme, mef- 
nieon recognoift facilement comme cefte lu- 
miere fi pure eft participante^ procède de cel- 
le première & grande lumière ; que qui ne fçait 
cela, ou qui en eft en doute, nous poauons dire 
deluy, qu'il ignore, ou doute fil eft homme,ott 
non. Ainfifinous demandons à noftre imagi- 
nation ce qui luy femble de la rondeur du ciel, 
à la vérité elle ne nousrefpondra autre chofe, 
finon ce que dit le mefme La&ance, fçauoir que 
fi le ciel eft rond, le foleil & les eftoiiles dc- 
. uroient tomber lors qu'ils fe meuuent , & qu'ils 
changent de place, & f'efleuent en cirant au mv- 
dy. Tout de mefmeque fi la terre eûoit pendue 
en Pair, les hommes qui habitent en l'autre pat- 
rie d'icelle, doiuent cheminer les pieds en haut, 
& la tefte en bas, & que les pluyes ne tombent 
point d'enhaut , mais coulent de bas en amont, 
& plusieurs autres monftruofitez ridicules. Mais 
fi l'on confulte la force delà raifon, elle fera peu 
de cas de toutes ces peintures vaines, & fera que 
l'on n efeoutera non plus l'imagination, qu yne 
vieille folle. Maisauec cefte fienne granité & 
intégrité ref[ idra la raifon, queceftvn er- 
reur fort grand de fabriquer en noltre imagina- 
tion tout le monde en la façon dvnemaifon, 
cnluy-donnant pour fondement la texte, &1© 



^ , 

des fades. Liure 1. tj 

cieî pourtoicl: &couucrture. Et dira dauanta- 
gc , que comme aux animaux la tefte eft la par- 
tie la plus haute & la plus efleuee (bien que tous 
les animaux n'ayent pas la tefte pofee en mefme 
fîtuation , les vns l'ayans au plus haut , comme 
l'homme* les autres trauerfantes, corne hs bre- 
feisj les autres au milieu , comme les fefchcs , ôc 
aragnees: ) ainfi le ciel, en quelque endroit qu'il 
(bit, eft toujours en haut ; & la terre ny plus ny 
moins , en quelque endroit qu'elle foit, demeu- 
re tou/îours en bas.Parquoy cftant ainfi que no» 
ftre imagination eft fondée fur le téps & le lieu, 
lefquels elle ne peut pas mefme comprendre Ôc 
conceuoir vniuerfellement, mais feulement en 
particulier; il fenfùit que quand on la veut efle- 
uerà la confideration des chofes qui excédent, 
&furpaflent le temps ôc lieu qui luy font co- 
gneuz, auflï toft elle defehet, ôc ne peut bonne- 
ment fubfifter, Ci laraifonnelafouftient, ôc 
foufleue , ôc elle ne peut bonnement fe tenir en 
pied. De mefme nous voyons que fur le difeours 
de la création du monde noftre imagination ex- 
trauague pour chercher vn temps auant la créa» 
non d'iceluy , ôc pour fe baftir le monde elle re- 
marque vnlieu: mais elle ne paiîe pas outre à 
confïdercr que le monde pouuoit eftre fait dV- 
ne autre façon; corne ainh foit neantmoins que 
I la raifon nous appred qu'il n'y a point eu temps 
auant qu'il y ayt eu mouuemet, duquel le temps 
| eft la mefure, Ôc qu'il n'y a eu aucun lieu aupara- 
|uantrvniuers,qui comprend ôc contient en foy 
tout lieu. En quoy l'excellent Philofophe ArU 
ftotc fatisfait clairement , ôc en peu de paroles, 




fftfloire naturelle 

à iWurhent qu'on fait contre le lieu de la tèrf Ci 

Caydant de noftre mefme y fage d imaginer, lors 

*£*$' ïJe qu'il dit & aucc vérité: Quémande cemejmeltet* 

«*«;.}. 2e Uterreefîattm l ie „o~<»ya*, Ct ■,* ***** t lm V ™ 

Me*tl™»» l «»> tan 't lus ~'ft- ea " nhdS ; La 4 uclic 
refponfe ayant efté alléguée, &mife enauant 
par Ladanee Firfnian, luy- mefme neantmoinS 
pafle fans la débattre fcconfuterd aucune rai- 
fon, fepaflant de dire qu'il ne f'y peutarrefter* 
pour traitter & aduancer d'autres choies. 

De la caufe fourquoy faintt Auguftïn a nié 
les Antipodes. 
Chapitre VIII. 
A raifon qui ameufaincl Auguftindé 
nier les Antipodes, a efté bien autre 
que celle preaileguee, comme eftant 
à'vii entendement plus fublime-, pour- 
ee que la raifon qu'auons déduite cy deuant (qui 
eft que les Antipodes chemineroient au rcuers) 
eft deftruite par le mefme faine* noéteur en ion 
liure des prédications, par ces paroles: Les *n- 
tsfuguji. U> denstiennent queti terre de tom coïlel^eft en Us y 0* le 
uugonamm eie i pâr Jgfa : u m r aifon decfiioy les ^i nttpdes <p ils di- 
"*' 10 ' m Cent tUmmer m contraire de nom , ont de mefme mm le 
ciel a» dejfat de leurs tefies. Puis donc que fai*ct 
Aueuftin arecogneu celaainfifivray-femb a- 
ble;& conforme àbonnePhilofophie; quelle 
fera la raifon, dirons-nous, pour laquelle vn 
perfonnage fidotte &fifuffifantqueluy, aye 
efté pouffé d'enfuiure l'opinion contraire? Pour 
€eruin qu'il en a tiré le motif & la caufe,dcs ens 



x. tomo. 



é.es Indes. Liure î. ig 

Il «ailles de la facree Théologie , félon laquelle 
les lettres diurnes nousenfeignent que tous les 
hommes du monde defeendent d'vn premier 
homme, qui fut Adam. Et de dire que les hom-* 
mes eufTent peu pafler au nouueau monde tra- 
uerfans le grand Occean, cela fembleroit in- 
croyable, &vnpurmenfonge. Et àlaveritcfï 
le fuccez & expérience de ce que nous auons 
veu en nos fiedes, ne nous euft efclaircy fur ce 
point , l'on euft tenu iufques à maintenant ce- 
tte raifon pour bonne. Maisencores que nous 
fçaehions que cefte raifon n'eft pertinente , ny 
véritable , ce neantmoins voulons-nous bien y 
donner refponfe , en déclarant de quelle façon, 
& par quel chemin le premier lignage des hom- 
mes peut patfèricy; comment, & parquelen- 
droit ilsvindrent pour peupler, & habiter ce* 
Indes. Or parce que par cy après nous rrai&e- 
ronscefubjecl: fortfuccin&emenc, il fera bon 
d'entendre pourleprefentcequecegrand Do- 
cteur faind Auguftin difpute fur cefte matière, 
aux liures de la Cite de Dieu , difant en ces ter- •£» ï*<**.*. 
mes: Ce rieïl point chef? que l'on dôme croire , ce que 
quelques vns afferment , qu'il y a des antipodes , ces! i 
dire , des hommes qui habitent de C autre partie de la terre , 
en la région defquels le Joleil fi leue lors cr au temps qu'il 

fe couche en la nojire, ey que leurs pas {ont au rehurs, er 




concluent que la terre e fiant au milieu du monde , <U 
toutes parts enuironnee , çr couuerpe également du 
ft/l, nttcjfainmtnt dois eftrt le plus bas Im ttUy qui 



fîijloire naturelle 

h PÎHéifi au milieu dutnonde. Puis après ilcontinueëH 
cesjermesJafamcleEfcriture n'erre, nyfe trompe en au- 
cune manière, la vérité de laquelle eft fi bien approuueee» 
ce qu'elle propofe deschofes qmfontpajfees, Pour autant que 
ce quelle a prophetifé deuoir adumir , eftde point en point 
arriué, comme no* levoyons. Et eft chofe hors de toute 
apparence, de dire que Us hommes ayent peupajfer dece 
cYntinenttcy,enl'autrenouueaumonde , ertrauer[erce- 
(temmenfitedela merOcceane, puis que à ailleurs il Je 
trouue impopible que les hommes ayent paffè en ces parties^ 
Il efiant chofe certaine que ton hommes descendent de et 
premier homme. En quoy l'on recognoift que tou- 
te la difficulté que faine* Auguftin y trouue n â 
point eaé autte que l'incomparable grandeur 
^ nr de ce large Occean. Saine* Grégoire de Nazian- 
SfSÏÏ zene a eu la mefme opinion afleurant ^cottinc 
rifimùmi. chofe fans doute ) que parte le dcftroit de Gibal* 
tar, il eft impoflible de nauiger plus outre 5> « 
fur ce fu jet eferit en vne Tienne epiftre : le mac- 
corde bien auec le dire de Pmdare , qui dit que paJJeCadi^ 
la mer efl innanwable aux hommes. Et luy- mefme en 
loraifon funèbre qu'il M pour fainél Bafile* 
dit: Qùilna efié permis à aucun nautgeantlamer, de 
paffer le defimt deGibaltar. Et eft véritable que ce 
partage de Pindare, où il dit : Qu il efi défendu aux 
faes er aux fols de feauoir ce qmeft plut outre que le dé- 
ficit deGibaltar: a eftéprins fcreceu pour pro- 
uerbe. AufiT voyons-nous par l'origine de ce 
prouerbe, combien les anciens fe font fichez & 
arreftez obftinément fur celle opinion, comme 
auffi par lesliures des Hiftoriographes & Cof- 
mographes anciens, que la fin & borne de hM 
terre aefte mife en Cad» d'Efpagne, ouilsfa- , 
- — — brujuent ! 



des Jndes. Liure I. jy 

& limites de l'Empire Romain,îà ils dépeignent 
les limites du monde. Et non feulement les let- 
tres prophanes en parlét de celte façô, mais auf- 
fi ks fain&es Efcritures pour s'aecômoder à no« 
ftre langage,difen.r que, L'tâtft d'^ugufte Cefirfut 
fublié y afin f*e tout le mode fut enregtfiré:&c d'Alexan- 
dre le Grand r qû'U eftenditfon Empire iufques aux fins 
CT limites de L terre. Et en autre endroit ils difent 
que ÏEuAtigile * fructifie &* creuentoutle monde vni~ 
uerfeLQzx: la faincle Efcriture par vn ftyîe qui luy 
eft commun, appelle tout Je monde ce qui eft la 
plus grade partie d'iceluy, ôc qui iufqu'auiour- 
d'huy a efté defcouuert &cogneu.Et ont igno- 
ré les anciens,que la merde l'Inde Orientale.ny 
cette autre de rOccidentale,peuft eftre nauigee ; 
en quoy ils fe font generaiemét accordez.Pour 
raifondequoy Pline eferit comme chofecertai- plln - 
ne,que les mers qui font entre deux terres,nous * 7 ° 
ôftét Tentiere moy tié de la terrehabitabletpour- 
ce (dit-il) que cTicy nous ne pouuons aller-là,ny 
de là non plus venir icy. Et finalement, Tulle, 
Macrobe, Pomponie Mêle, & les anciens efl 
uains ont cefte mefme opinion. 

De l'opinion d'Ariflote touchât le nouueau mon- 
de , & Ce qui Va deceupour luy faire nier. 
Chapitre IX, 

Vtre toutes les raifons fufdi&es, ilf 
en a eu vne autre , pour laquelle mef- 
me les anciens furent efmeuz à croire 
qu'il eftoit impoffible aux hommes de 
paner en ce nouueau monde. C eft qu'ils tenoiér 

G 



,i.ta$ { 






f/îfloire naturelle 

qu'outre l'immenfité & grandeur de rOccean, 
la chaleur de la région que l'on appelle Torn- 
deoubruflee , eftoit tant exceffiue, qu'elle ne 
pouuoit permettre aux hommes , quelques ha- 
sardeux & laborieux qu'ils Ment , de la pafler, 
ny par mer,ny par terre,pour trauerfer d'vn Po - 
le à l'autre. Car iaçoit que ces Philofophes ayen t 
eux-mefmes affermé que la terre eftoit ronde 
(comme en effed elle l'eft ) & que fous les deux 
Pôles y a terre habitable: ce neantmoins ont-ils 
mefcogneu, que la région comprenante tout ce 
quieft entre les deux Tropiques (qui eft la plus 
grande des cinqZones ou regions.par iefquelles 
les Cofmographes , & Aftrologues diuifentle 
mondeWuteftre habitée de l'humain lignage. 
La raifon qu'ils donnoient pour fouftenir que 
cefteZonetorride eftoit inhabitable, eftoità 
caufe de l'ardeur du Soleil, lequel fait fon cours 
droittement par defliis celle région , & s en ap- 
proche de fi près , quelle en eft totalement em- 
brafee , &par confequent iuy cauie vnderaut 
d'eaucs &c de pafturages. Decefte opinion a 
efté Ariftote, lequel encore qu il fuft grand 1 hi- 
• lofophe 5 neatmoins s'eft trompé en cet endroit, 
pourl'efclarciiTement dequoy il fera bon de di- 
re & remarquer les points où il a bien dilcou- 
1*9*- ru &lesautresoùilafailly.CePhi4ofophedoc 
Metath.cs. metena uant vnedifputefur le vent Méridio- 
nal, ou du Sud , à fçauoir fi nous douons croire 
qu'il prenne fa naiffance du Midy , ou bien de 
Tautre Pôle contraire auNort, &efcnt en ces 
termes. Umfon mm en feigne que U Umude (T Ur- 
gent de U terre UUMe , eft bornée V déterminée , O*, 



des Indes. Liure. I. ig 

'nuHtrmms toute cefte terre habitable ne peutcftre ton* 
teinte CT commuée L'vne a l'autre; pour autant que la re~ 
gion au milieu *ft trop wtemperee. Car il eft certain que 
enfaltngitude, qui eft d l'Orient au P-nent , il n'y «point 
de trop grand frotdjiy d'exceftiue chaleur , mais il eft enfk 
latitude cr hauteur , qui efî d'vn Pelé a la ligne Equiw- 
cliale. Et par amfi pourroit-on cheminer çr trauerfer 
toute la terre en fi longitude, ji la grandeur de la mer , la - 
quelle comoint les terres enfimbUment , ne dmnôit empefi 
chement. Iufques icy il n'y a rien a contredire en 
ce que dit Ariftote, 8c a fort bonne raifon de di- 
re que la terre par fa longitude, qui eft d'Orienc 
au Ponent , court plus vniment, & eft toujours 
plus commode à la vie & habitation humaine, 
que non pas par fa latitude, qui eftduNortau 
MidyXe qui eft véritable, non feulement pour 
cefte raifon fufdite d'Ariftote , à fçauoir pource 
qu'ilyavnemefme &toufiours femblable te- 
perance du Ciel, de l'Orient au Ponent: attendu 
qu'elle eft efgalement diftante , & du froid Cep- 
tentrional , & de la chaleur du Midy: Mais aufti 
pour vne autre raifon, qui eft qu'en allât & che- 
minant toujours en longitude, Ton trouue&: 
apperçoit-on hs iours &les nui&s fuccedans 
lesvns aux autres alternatiuement. Ce qui ne 
peut eftre en allant par la latitude ; d'autant que 
parneceffitéilferok befoind'arriuer iufquesà 
cefte regio polacque,en laquelle il y a nuidt- con- 
tinuelle de lîx mois, chofe grandement incom- 
mode pour la vie humaine .Le Philofophe patf© 
plus outre , reprenant les Géographes , qui def« 
criuoient la terre en fou temps , & dit ainfa 
Von peut bien cognoiftrt ce que ïay dit , par les chemins 

C ij 






Il 



Hiflc 






itjloire naturelle 

que Von peut fore par terre, CT par les nauigations mAritU 
mes. Car il y a grande différence entre la longitude, 0* U 
latitude, d'autant que l'efpace £T interna lie qui efi de- 
puis les colonnes d' Hercules y ou defiroit de Gibaltarjufquef 
à ïlnd* Orientale , excède de la proportion déplus de cinq À 
trois , celle qui eft depuis l'Ethiopie , iufques au lac Meotis 
CT derniers confins deScythiei ce qui efi approuué parle 
compte des tournées des chemins y O" delà nauigation que 
nomfcauorys aprefent par la mejme expérience. D'autre 
partout auons aufst cognoijfance de la terre habitahle ^iuf- 
ques aux parties ficelle, qm font inhabitables. Et certes 
en ce point Ton doibt pardonner à Ariftote, i 
puis que de Ton temps l'on nauoit point encore 
defcouuertplus outre que la première Ethio- , 
pie appellee extérieure, qui eft ioignat l'Arabie, I 
ôc l'Afrique j & que l'autre Ethiopie intérieure a j 
efté totalement incogneue de fon temps , mef- j 
me toute cefte grande terre que nous appelions j 
auiourd'huy la terre de Prete-Ian. Comme aufîî 
n'ont point eu cognoiffance du refte de la terte j 
qui gift foubs l'Equinoxe, & va courant iufques 
à outrepaiTer le Tropique de Capricorne , pour 
s'arrefterau Cap de bonne efperance, fi bien | 
cogneu & renommé par la nauigation des Por- 
tugais; que fi l'on mefure la terre depuis ce Cap 
iufques à la Scy thie & Tartarie,il n'y a point de 
doubte que cefte efpace & latitude fetrouue- 
ra auiïï grande comme l'efpace & la longitude j 
qui eft depuis Gibaltar iufques à l'Inde Orien-I 
taie, C'eflchofe certaine, que les anciens n'ont 
point cogneu les commencemens &fourcesdu 
Nil, ny la fin de l'Ethiopie-, ôc pour cela Lucain 
reprend la euriofité de Iules Cefar, de vouloir 



■i 



Xucan.io. 
PharfaU 



des Indes, Liure l. 19 

rechercher & enquérir lafourcedu Nil, difane 
par ces vers. 

Que te fin- Humain, de prendre tant de peine 
^rechercher du Nil les faunes çr fontaines? 
Et le mefme Poète parlant auec le Nil , dit: 
Fuis que ta prime fource efi fi cachée encer, 
Que qui tufiis, o Nil, tous l'vniuers ignore. 

Mais par la faincte Efcriture mefme l'on peue 
entendre que cefte terre eft habitable. Car fî 
elle ne l'efloit, le Prophète Sophonias nedw 
roit,parlantdeces nationsappellees à l'Euan- 
gik: Les fils de mes dipr/e^zmû appelle-il ks Apo- 
&lts)m apporteront des prefens de plus outre que les nua- 
ges d'Ethiopie. Neantmoins,commeilaeftédit, 
il eft raifonnable de pardonner au Philofophe 
d'auoir creu les hiftoriens, & Cofmographes 
de fon temps. Pourfuiuons donc maintenant, 
& examinons ce qui s'enfuit du mefme Arifto- Sophx.^ 
te. Fne partie du monde (dil-il) qui efi la fepteatfio- 
nale,fitueeauNort outre la Zone tempérée , eft inhabita- 
ble pour ïexce\de froidure : l'autre partie , qui efi au mi- 
dy , de mefme ne peut efîre habitée outre le Tropique , pour 
iexcefiiue chaleur qui y ett. Mats les parties du monde 
fintergifint outre ïlnde, d'vncofté, <Lr les coulomnes 
d Hercules de l'autre , pour certain nefepeuuent iomdre, 
<T continuer Vvne à l'autre: de telle façon que toute U ter- 
re habitable fe tienne en wfeul continent a caufe de la mer 
qutlesfepare. En ce dernier poind il dit la vérité, 
puisilpourfuittouchant l'autre partie du mon- 
de , & dit : // efi neceffaire que la terre aye mefme pro* 
tyrtkn weefon Pjle *Am*rftique y que ceflenoslre partit 

G iii 




Hiftoire naturelle 

hxhiuhle* duec le fie*, qui efl le mrt , &"?}* point de 
doute cm en l 'autre monde toutes chofes doiuent eftre difpo- 
fées comme en ceïluycy.ffecialeméi en U naiffance cr or- 
dres des vents. Et après auoir mis en auant d'autres 
raifons hors de propos , conclud le mefme An- 
ftote,difant: Nous douons donc confefîerparnecefitte, 
que le Méridional efl le mefme vent qui foufjle,£r procède 
de cefte regw embrafee de chaleur: laquelle région four eftre 
fort proche du S oleil.de faut €T manque Xemx, erdepa- 
ffura?es.Cccy eft l'opinion d' Ariftotc , & à la vé- 
rité , l'humaine conie&ure à grand peine a 
peu pafler plus outre. D'où fouuentesfois le 
viens à considérer , ( par vne contemplation 
Chreftienne) combien débile, & petite a cite 
laPhilofophie des fages de ce iicclc, en la re- 
cherche des chofes diuines , puifque mefme aux 
chofes humaines, où ils femblent fi bien ver- 
fez,ils ont rnaintefois erré.Ariftote eft d opinio, 
& afferme que la terre habitable au Pôle An- 
tarctique en longitude eft trei-grande, qui eft 
d'Orient au Ponent , & qu'en latitude du Pôle 
Antarctique à la ligne equinoctiale elle eft très- 
petite. Ce qui eft fi conrraire à la vérité, que 
toute l'habitation prefque qui eft en ce cofte 
du Pôle Antardique , afafituation en la latitu- 
de , ( i'entens du Pôle à la ligne , ) & en la longi - 
tude d'Orient au Ponent eft tant petite, que la 
latitude l'excède trois parts, voire dauantage. 
L'autre opinion eft , qu'il afferme que la ré- 
gion du milieu eft du tout inhabitable , pour 
eftre fous la Zone Torride embrafee de lex- 
ceffiue chaleur que luy caufe la prochainete 
iu Soleil, & par cefte raifon na point d eaux» 






des fndes. Liure I. 20 

nyde pafturages, Ce qui eft au/Il tout au con- 
traire, d'autant que la plus grande part de ce 
nouueau monde eft fltuee entre les deux Tro- 
piques fous la m efme ZoneTorride: & neant- 
moins fe trouue fort peuplée, & habitée d'hom- 
mes, & d'autres fortes d'animaux, eftant la ré- 
gion la plus abondante de tout JYniuers en 
eaiies & pafturages : & qui plus eft,fort tempé- 
rée en laplus grande partie. Ce que la volonté 
de Dieu a difpofé de telle façon, afin démon- 
flrer comme mefme aux chofes naturelles il a 
renuerfé& confondu lafagefTe decefiecle. En 
refolution il faut croire que la Zone Torride 
eft fort bien peuplée & habitée, quoy que les 
anciés l'ayent tenu pour chofe impofîible. Mais 
l'autre Zone ou région , qui eft entre la Torri- 
de&laZone du Pôle Antarctique, encore que 
en fon afliete elle foit fort commode pour la 
vie humaine , ce neantmoins eft peu peuplée 
& habitée, puis que l'on ne cognoift autre ha- 
bitationenicelle, que le RoyaumedeChiilé,&: 
vne petite portion ioignant le Cap de bonne ef- 
perance. Lerefte eft occupé de la mer Occea- 
ne, bien que plufîeurs foient d'opinion ( la- 
quelle ie veux bien enfuiure de ma part) qu'il 
y a beaucoup dauantage de terre > non encore 
defcouuerte , laquelle doit eftre terre ferme à 
l'oppoiitedu Royaume de Chilié, qui va cou- 
rant plus outre, que le cercle ou Tropique de 
Capricorne. Que s'il y en a, fans doute ce doit 
eftre vne terre d excellëte teperature,pour eftre 
au milieu des deux extremitez,& fîtuee en mef- 
me climatique la meilleure région de l'Europe, 

C iiij 




ffiftoire naturelle 
Et pour cefte confédération eft fort bonne k 
çonie&ure d' Ariftote: mais parlant de ce qui eft 
auiourd'huy defcouuert , ce qui eft en cefte Zo- 
ne eft peu de chofe , en comparaifon de la gran- 
de efpace de terre habitée eilenduë fous la Zone 
Torride. 



Plia lib. l.c. 



9 ne Pline & les anciens ont en la mefme 
opinion qtt Ariftote. 

Chapitre X. 

'Opinion fufdi&e d' Ariftote a efté 
fuiuie& tenue par Pline, qui dit 
ainfi: La température de la région 
du milieu du monde , par où & à 
: , l'endroit de laquelle continuelle- 
ment chemine le Soleil, eft embrafee & bruftee 
comme dVn feu prochain, ioignât icelle région 
du milieu. Il y en a deux autres aux deux coftez, 
qui pour eftre entre l'ardeur de cefte Torride,& 
le froid cruel des deuxautres extrêmes., font fort 
temperees,&ne peuuent auoir communication 
les vncs auec les autres,à caufe de l'ardeur excef- 
fiue du Ciel. Qui a efté la mefme opinion des an- 
ciens,generalement d'efcrite par le Poète en ces 

vers. 
Tmtle Ciel efi circuit de cinq Zones dont l'vne 
Que vhebm ardtoujiours d'vnebmXe importune, 
Rend la terre au de fus toute rougi d! ardeur. 

ÏEtle mefme Poète en autre lieu, 
Oye\fi ftdjue gent habite en celle fart, 



des Indes. Liure L 21 

Qui fim la large l^one a fin quartier à part, 
Que Phœbus au milieu des quatre autres allume, 
;; Et vn autre Poète dit plus clairement: 
il y a fur la terre autant de régions y 
Comme au ciel qu'on diuife en ces cinq portions ? 
Dont celle du milieu par l'ardeur excitée 
Des chauds rais dufôled, efi toute inhabitée. 
Les anciens ont fondé leur opinion commune 
fur vne raifon qui leur a femblé cerraine ^in- 
expugnable: carvoyans quêtant plus vne ré- 
gion apprôchoit duMidy, tant plus elleeftok 
chaude (laquelle preuue eft iî certaine en cds ré- 
gions , que pour cette mefme raifon , en la Pro- 
uince d'Italie la Pouilk eftplus chaude que la 
Tofcane; &enEfpagne, l'Andalufie plus que 
la Bifcaye j chofe fi apparente , que iaçoit qu'il 
n'y ait point de différence entre l'vne ôc l'autre 
de plus de huiét degrez , Se encores moins, on 
void que l'vne eft fort chaude, & l'autre au con- 
traire, bien froide. De là ils inferoient que la ré- 
gion il proche duMidy, ayant le foleil droiét 
pourZcnithjneceffairement deuoit eftre conti- 
nuellement embrafee de chaleur, llsvoyoienc 
dauantge, que toutes lesdiuerfîtezdesfaifons 
de l'année, du Printemps, de l'EftéVde l'Autône, 
& de l'Hyuer, eftoient caufees de l'approchemér 
& efloignemét du foleil. Voyans auilï que com- 
bien qu'ils fuffent fort eiloignez du Tropique, 
par où chemine le foleil en Elle, ce neantmoins 
lors qu'il f approchoit d'eux en la mefme faifon, 
ils fentoient de terribles chaleurs, ôc de là ils iu- 
geoient que fris eufTent eu le foleil fi proche 
d'eux, qu'il cheminait au delTus de leurs telles, 



Hifioire naturelle 

& tout le long de la nuée la chaleur feroit tant 
infupportable, que fans doute elle confumeroit 
&embraferoit les hommes par fon excès. C a 
cfté la mcfmc raifon qui aclmcu les anciens à 
croire que la région du milieu neftoit point ha- 
bitable, fcpour cela l'appelierent-ils la Zone 
bradante. Et à la vérité fi l'expérience oculaire 
que nous en auons, ne nous euft efclarcis fur ce 
point, nous dirions aujourd'huy que cette rai- 
fon eftoit fort peremptoire , & Mathématicien, 
ne ; d'où nous pouuons voir combien foible elt 
noftre entendement, pour comprendre feule- 
ment ces chofes naturelles. Mais ores que nous 
pouuons dire qu'il eft efcheu au grand heur & 
félicité de noftre fiecle , d'auoir la cognoiilance 
de ces deux grandes merueilles, à fçauoir que 
Ton peut fort facilement nauigcr la grande mer 
Occeane, & que fous la Zone lorride les hom- 
mes iouy fient dVn ciel fort tempéré (choie que- 
les anciens n'ont peu iamais croire. ) De la der- 
nière de ces deux merueilles, touchant la quali- 
té & habitation delaZoneTorride, nous en 
traitteronsaueçrayd e de Dieu fort amplement 
au liure enfumant. Etpource mefembie con-J 
uenahle de difcoutir.cn ce liure de 1 autre, qu« 
eft de la manière de nauiger l'Occean , d autand 
que cela nous importe beaucoup pour le fujecï 
de cet œuure. Mais auant que de venir a c^ 
roinct , il fera bon de dire ce que les anciens onj 
tenu de ces nouueaux hommes, que nous appel! 
Ions Indiens. 



des Indes. Dure I. 



zz 




Sue ton troune quelque cognoiffance de cenou^ 
ne au monde , dedans les Hures des anciens. 

Chapit.^e\XÏ. 

Eprenant donc Ce qui a efté mis en 
anant cydeiTus, il tau t n\e ce lui re- 
nient conclure^ ou que les anciens p ^ t g ^ 
ont creu qu'il n'y auoit homes par^. # philof. 
delà le Tropique de Cancer, corne cap. n. 
S. Auguitin & Lactance Font tenu; ou que f'il y 
en auoit, à tout le moins ils ri habitoient pas en- 
tre les deux tropiques ( corne Tont affermé Ari- 
ftote & Pline, 6c deuant eux le Philofophe Par- 
menides) dont le contraire eft a(ïez prouué cy 
deuant, tant pour l'vn que pour l'autre. Mais ce- 
pendant plusieurs par curiofitépourroient de* 
mander, iï les anciens n ont eu aucune cognoif- 
fance de cède vérité, qui nous eft àprefentfi 
claire & fi notoire-, d'autant qu'à la vérité cela 
femble vne chofe fort eftrange, que ce nou- 
ueau monde eftant fi grand, comme nous le 
voyons oculairement, aytefté neantmoinsin- 
cogneu des anciens, par tant de ftecles paft'ez. 
D'où quelques- vns aujourd'huv, pretendans 
amoindrir en cet endroit la félicité de noftre 
fiecle, & la gloire de noftre nation, f'eftorcent 
de monftrer que ce nouueau monde a efté co- 
gneu des anciens. Et de fait l'on ne peut pas nier 
qu'il n'y en ayt quelques apparences. Sainét 
Hicrofme efcriuant fur l'epiftre aux Ephefiens, 
dit : ^uecqnes raifort mm recherchons ce que veut dire filer, fup c. 
l'^peflre en ces paroles au\l ait : Km mil chemine *» ^ £ i )he f' 



'^pofire en ces paroles f 






Hijioire naturelle 

*vn temps filon le cours de ce monde , fiauoir fi £ Udutnturi 
%l nom veut faire entendre qu'il y ayt vn autre fiecle , qui 
nefôity ny dépende point de ce monde , mais d'autres mon- 
des, defqucls efcrit Clément enfin epiflre, ÏOccean , O* lu 
mondes qui font far delà ÏOccean, Ce font les termes 
de faind Hierofme. Mais à la vérité ienepeui 
trouuer quelle epiftre foit celle de faind Clé- 
ment que cite faind Hicrofmq neantmoinsfans 
doute ie ctoy que faind Clément Ta efcrite,pui| 
que faind Hierofme Tamis en auant. Etauec l 
raifon dit faind Clément , que par delà la met G 
Qcceane il y a vn autre monde \ voire plufîeurM 
mondes, comme c'eft la vérité, puis qu'il y a $1 
grande diftance d'vn nouueaumondeàl'autrlj 
nouueau monde ( j'entends dire du Peru Ôc de* ) 
Indes Occidentales, à la Chine & Indes Orien- [ 
taies.) Dauantage, Pline qui a efté fi diligent r J| 
chercheur des chofes eftranges& admirables^ 
rapporte en fon hiftoire naturelle, que Hannon' 
Capitaine Carthaginois nauigea parTOccean,' 
depuis le deftroitdeGibaltar, coftoyant touf- 
iours la terre, îufqucs aux confins d'Arabie , & 
qu'il laiiFa par efcrit cefte fîenne navigation. qu$| 
f'ileft ainfi comme Pline l'efcrit, il fenfuit quç 
Hannon nauigea autant , comme nauigent auJ 
jourd'huy les Portugais, trauerfans deux fois pan 
deflous l'Equinoxe, qui eftjvne chofe efpoiw 
uentable. Et qui plus eft, le mefme Pline rap- 
porte de Corneille Nepueu autheur fort graue. 
& dit que le mefme chemin a efté nauigé par vnj 
autre homme , appelle Eudaxius , toutefois paij 
chemins contraires i d'autant que cétEudaxiu* 
fiiiuant le Roy des Latyres, fprtit par la mcij 



des Jndes. Liure I. 23 

rouge dans l'Occean , & en tournoyant paruint 
iufqu'au deftroitde Gibaltar; cequelemefme 
Corneille Nepucu afferme eftre aduenudefoit 
temps. Comme auffi d'autres autheurs graues 
efcriuent qu'vnnauire de Carthaginois poulie 
par la force des vents dans la mer Occeane , ar- 
riua en vne terre qui iufques à ce temps n'auoit 
efté cogneu , & qu'eftant de retour à Carthage, 
donna vn grand defir & enuie aux Carthaginois 
dedefcotmrir, & peupler cette terre j ce que le 
Senatvoyant, par vn rigoureux décret dépen- 
dit telle nauigation, craignant qu'auec le defir 
de nouuelles terres l'on delaiflaft à aymerfon 
pays. De tout cecy on peut tirer que les anciens 
ont eu quelque cognoifTance du nouueau mon- 
de, encores que parlant de noftre Amérique, ôc 
de toute cefte Inde Occidentale , à peine en 
trouue-t'on chofe certaine es Hures des Efcri- 
uains anciens. Mais de l'Inde Orientale, ie dis 
qu'il y en a allez ample mention , non feuleméc 
de celle de par delà, mais aufli de celle de par de- 
çà, qui anciennement eftoit la plus elloignee, 
pource qu'on y alloitpar contraire chemin, que 
celuy qu'on fait aujourd'huy. Pourquoy n'eft il 
pas ayfé detrouuer auxliures anciens Maîaça, 
qu'ils appelloicnt le doré Cherfonefe- le Cap de 
Comorni, quif'appelloitle PromôtoiredeCo- 
rij & la grande & renommée Ifle deSumatre, 
tant célébrée par l'ancien nomdeTaprobane? 
Que dirons-nous des deux Ethiopies, des Brach- 
manes, & delà grande terre des Chinois? Qui 
doute qu'aux liures des anciens il n'en foit faite 
mention plwfieurs fois ? Mais des Indes Occi- 



rUn. n. g, 



$en. in Aie- 
dea au. 1, 
%n fins. 



Hifioire naturelle 

dentales nous ne trouuons point dedans Phne 
qu'en cefte nauigation l'on pafiait les Mes CaJ 
naries, qu'il appelle Fortunées , la principalJ 
defquelles il dit auoir elle nommée Canari J 
pour la multitude des chiens qui eftoient enj 
icelle. Mais à peine il y a aucune apparence aui 
liures anciens de la nauigation que Ion fait auj 
jourd'huy plus outre que les Canaries , par \j 
golphe, qu'auecfort bonne raifon ils appelloiéc 
grand. Ceneantmoins beaucoup ont opinion 
que Seneque le Tragique a prophetifé de <r 
Indes Occidentales, parce que nous lifons en 
tragédie de Medee, enversAnapeftiqucs, q 
réduits en vers François, difent ainfi ; 
// viendra fur le dernier aage 
} r n ftecle nouueau bien-heureux y 
Ou nojire Gccean jfacieux 
. Eflendra fins loing [on nuage, 
r ne grand" terre fe verra, 
filauigeant cefte mer profonde, 
Et lors vn autre nouueau monde 
sAux humains fe defcouunra. 
La Tuîlee far tout renommée 
Tour vn bout du monde eflotgne 9 
Tantoft afres ce foinft gagné , 
Sera four voifme contrée. 
Cecy raconte Seneque en ces vers, & ne po 
uons bonnement nier que la prenant à la letti 
fa predi&ion ne foit véritable : car fi l'on con 
les longues années qu'il dit, à commencer dés 
temps du Tragique, l'on trouuera plus de mil 
& quatre cents ans partez, & fi c eft dés le temps 
de Medee , il y en aura plus de deux nul. Ce que 



■ 



des Jndes. Liure 1. 24 

nous voyons aujourd'huy à veiie d'ceil telle- 
ment accomply, veu qu'il n'y a point de doute 
que l'on n'aye trouué lepaflage de l'Occean fî 
long temps caché , & que l'on a defcouuert vne 
grande terre & nouueau monde habitée, plus 
grande que tout ce ccntine^r de l'Europe. Ôc de 
l'Afie. Mais ce que loupent en cela raifonna- 
blement difputer , eft y à fç/àuoir fi Senéque a dit 
cela par diuination 5 ou fi c'a eflé poétiquement, 
& à la volée. Et pour en dire mon opinion, 1e 
croy qu'il l'a prognoftiqué auec la façon dedz- 
uiner qu'ont les hommes fages ôc aduliez ; at- 
tendu qu'en Ton temps on entreprenoit délia de 
nouuelles nauigations &c voyages par mer. Il co- 
gnoiiïbit bien aufïî comme Phijofophe, qu'il y 
auoit vne autre terre, contraire.^ ^ppofitea 
nous, qui eftoit celle qu'ils appellent Antich- 
thon. Et par ce fondement il a peu confiderer 
que la hardiefie & induftrie des hommes en fin 
pourroit atteindre iufques là que de trauerfer la 
mer Occeane , Se l'ayant trauerfee , pourroient 
defcouurir de nouuelles terres , 8c, vn autre 
monde ; attendu que du temps de Senequel'on 
auoit cognoifiance du fuccés de ce naufrage que 
Pline raconte, par lequel on pnifa le grand Qc- 
cean. Ce qui appert auoir elle le motif de la 
prophétie de Seneque, comme illedonneà'en- 
tendre parles vers cy deuant recirez ; après lef- 
quels ayant acheué d'eferire le foucy ôc la vie 
peu malicieufe des anciens, il fuit en cette 
façon : 

KAwourAhuy cefl vn antre temps : 
Car U mer contente , ou- forcée , 







Hifloire naturelle 

Se i/otd de lharfy trauerfee , 
Qui ri y prend que du pajfetemps. 
Etplusbasiiditainfi: 

Tout hatteaufitns craindre naufrage 
Seiette or' fer la haute mer, 
Et là le hciiillant fajfiger 
Tient pour brefvn fi long voyage. 

il riefi plu* rien k defcouunr, 
&y lieux qui fient encor a prendre : 
Celuy> la qui je veut défendre , 
J) y vn nouueau mur fe doit couunt. 
Tout efi renuersépar le monde, 
Fjen riefi enfin lieu demeuré, 
J{ten fecret, nynend'ajfeuré 
N'y aparmy la terre ronde. 

On void que le chaud Indien 

Soit l'isïraxe en froideur extrefme, 

Etïllhe i crl^hintoutdemefmè > 

Lauentle peuple ferjien. 

*t de céte fi grande hardiefte des hommes Séné. 

Mm a conje&uté ce qu'il a eferit, comme le der- 

îiierpointquidoitarriuer, difanr : llviendra /« 

le dernier âge, cre ainfi qu'il a efté mis cy demis. 



De hfwion que FUton d eue des Indes 
Occidentales. 
Chapitre XI I. 
R fiquelqu'vn atrai&é plusparticu^ 
lierement de cefte Inde Occidentale* 
* que l'honneur en doit cftrcdôné à Pla- 
ton, qui en Ton Timee dit ainfi : En ce temps l'onne 
fournit nauiger ce Golphc (il entend de la mer Atlan- 



des Indes. Litire î. . J^ 

tique, qui eft l'Occean qui fe rencontre au fouir 
du deftroit de Gibaltar) fource que Te fajfage eftoti 
clos k U bouche des colomnes d'Hercules ( qui eft le m ef= 
me deftroit de Gibaltar. ) Et cefle iflee^itiomBeerî, 
ce temps kU bouche fifdtte , &efttt de telle grandeur* 
fi elle excédait toute t^î 'fie cri Afrique en femblement: 
CT alors il j auoit vnptjfage pour aller de ces ijles a d'au- 
très y cr de ces autres ijles on alloit À la terre ferme qui efteit 
froche, enuironneede lavuyemet. Cela eft raconté 
■ par Critias en Platon. Et ceux qui fe perfuadentî 
que cette narration de Platon eft vne vraye hi- 
ftoïre, déduite & contenue fous ces termes di- 
rent que celle grande Ille appellee Atlantique, 
laquelle excedoit en grâdeur l'Afrique «5c l'Aile 
tout enfemble, occupoit alors la plus grande 
part de lamerOcceane, appellee Atlantique, 
que les Efpagnols nauigent aujourd'huy, 8c que 
les autres Mes qu'il difoit eftreproches de cette 
grande, font celles que maintenant nous appel- 
ions ; Mes de Barlouente , à feauoir Cube, Efpa- 
gnolle, fain& Ieandu Port-riche, Iamaïque ôc 
autres Mes de cette centrée* mefme que 1a terre! 
terme dont il fait mention, eft celle qu'aujour- 
d'huynoûs appelions terre ferme, à feauoir le 
1 eru & 1 Amérique, & que cefte vraye m er qu'il 
dit, eft joignante icelle terre ferme, fçauoirla 
mer du Sud, qu'il appelle vraye mer, pourcë 
quen comparaifon de fa grandeur , ks autres 
mersMediterranees, voire la mefme Atlanti- 
que (ont comme petites mers. Par cela à la ve- 
nte ils donnent vne interprétation fort ingre- 
Jieuie & artificieufe à ces propos de Platon, 
Mais h cefte interprétation doit eftre tenus 



'jfïfiùire naturelle 
pour veritabe , ou non , j'ay délibéré Mclaircir 
en autre lieu. 



Que quelques vns ont eu opinion qu'aux lieuxi 
de ÏEfcriture [ainÏÏe , ouilefifaitmentionW 
yofhir y on le doit entendre de noftrePcruM 

Chapitre XIII. 

Velqjes-vns ontcefteopij 
nion qu'il eft fait mention en lafl 
fainde Efcriturede cefte Inde Oc* 
cidentale , prenans la région du 
Peru pour cet Ophir tant celebréj 
en icellc Robert Eftiénne, ou pour mieux dire» J 
François Vatable, homme fort verfé enlalanj 
eue Hébraïque ( comme ïay ouy raconter à no-; 
£> _ * _._: r.._ /"~« Jif^îtil^^ A\r aux an- 



me iiure ces ivoys, 4" 1 - ' "*r ; r ? ,, SA 
ttonua Chriftophle Colomb, eftoit celle dQ 

phir , dont Salomon faifoit apporter quatre 

cents vingt , ou quatre cents cinquante talents 

d'or très -fin & rres-pur ; pource que 1 or de O- 

I» ^ f -r. bao quelesnoftres apportent de 1 Efpagnolle 

i»B.««. eft de telle façon & qualité. Et fe tiennent en 

imihdeg es cores pl u fieurs autres gui afferment que cettu 

noftrePeru eft Ophir, d&uifans, & titans vj 

nom de l'autre, lelquels croyent que des or, 

% .P<*. 9. que leliure de Paraiipomenon fut efcrit lo 

î, ** to. l'appelloit Peru (comme aujourd huy ils le foi 

dent) en ce que la fain<aeEfcriture rapport 



des Indes. Liure I. z g 

que Ton apportoic d'Ophir de l'or trcfpur, de 
des pierres fort precieufes , auec du bois qui 
eftoitrort beau & fort rare: lefqueiles chofes 

font abondantes au peru,comme ils difent. Mais 
(à mon opinion) c'eft chofe fort eiloignée de 
vérité, que le Peru foit Ophir tant célèbre par 
les lettres facrées.Car jaçoit qu'en ce Peru il y 
ait afTez grande abondance d'once neft pas tou- 
tesfois de telle façon, que Ion le doiue efgaler 
à la renommée des richeiïes qu'a eue ancienne- t ;w 9 
ment l'Inde Orientale. lenetreuuepointque 4 ' *"„ 
ence Peru ilyayt despierres iTprecieufes, ny h *£. 9' 
de bois fi exquis, que l'on nen aytiamais veu 
de femblables en Hierufalem. Car encores qu'il 
yaytdesefmeraudes exquifes , Ôc quelques ar- 
bres d vn bois dur & aromatique , ce néant- 
moins lenj trouue point chofe digne de telle 
louange que la fain&e sferiture donne à Ophir 
Mefme il me femble qu'il n'eft pas vray-fembla" 
ble que Salomoneuft laifle l'Inde Orietale très- 
riche & opulente , pour enuoyer Ces flottes de 
nauires à celle dernière terre. Que û elles y 
eftoient venues nmdcfois (ainfi comme il eft 
elcnt) certainement nous trouuerions plus de 
refte, ôc de tefmoignage d>icdks> que nous n a- 
uons pas. Davantage, l'etymologie du nom 
<i Ophir, ôc le changement, ou réduction d'ice- 
luy au nom du Peru , me femble chofe peu con- 
hderable eftant aiTeuré que le nom du Perû 
nelt pas rort ancien, ny commun àtoutecefte 
contrée. JL on a eu de couftume ordinairement 
en cesdefcouuertures du nouueau monde, de - 

donner nom aux terres Sports de mer, (don 

D ij 




fe*. 



I ><■ 



J-hjloire naturelle 

îoccâfion qui k prefentoic alors de l'arriuee , & I 
«S que le nom du Peru a eftc ainfi trouue & 
rnTsenvfaee-. carnoustenons icyquelenoma 
Sldonnl à toute cefteterte duPetu acaufe j 

annuel les Elpagnols arnuerent quandils hrent | 
£ mem ère defcouuerte. Et de là nousdifons I 
«SteSmes Indiens naturels du Peru >gno- • 
vent & ne fe feruent aucunement de ce nom & 

*rt«r.G». mentionne lesnoms de Tue & Paul, 

ne pouuons dire que " dc ce p eru >| 

,.*.«* defquels ont vfe '« £™ n f ^chreftknsj! 
istbnh* ex r icnt pt0 uenus des Romains , ou v 

que quelques-vns ont efcrit que Tharlis œ 
Onhir neftoient envne mefme route &Iro 

Afiongaber , pour aller queni a? 1 « » OP hK 






des Indes. Liure I. 27 

cft aufîî référé au Paralipomenon % que cefte 
mefme flotte fut dreflee pour aller à Tharfis. 
D'où l'on peut facilement iuger qu'en ces liures 
fufdits, quand l'Efcriture parle de Tharïîs, ôc 
Ophir, elle entend vne mefme chofe. Quel- 
qu'vn mepourroit demander fur cecy, quelle 
région ou Prouince eftoit cet Ophir, oùalloit 
de Salomon , auec les mariniers de Hyram Roy 
deTyr& deSidon, pour rapporter de l'or , ôc 
où prétendant aller la flotte du Roy îofaphat, Re 
périt, &fift naufrage en Afiongaber, comme \ m & [l 
rapporte l'Efcriture. En cecy ie dis que ie m'ac- 
corde fort volontairement à l'opinion de Iofe- 
phe en fes liures des Antiquitez, où il dit que 
c'eft vne Prouince del'Inde Orientale ~ laquelle 
fut fondée par cet Ophir fils de lecW, duquel 
ileftfaitmentionauGenefedixiefme, &eftoic Gene[,iol 
celle Prouince abondante d'or tres-fin. De là eft 
venu que l'on célèbre tant l'or d'Ophir, ou dé- 
plias, ou félon qu'aucuns veulent dire que ce 
mot d'Obrife vaut autant comme qui diroic 
l'Ophirife; pource qu'y voyant fept fortes ôc ef- 
pecesd'or ( commereferefainéfcHierofme) ce- 
luy d'Ophir eftoit tenu pour le plus fin, comme 
îcy nous louons &e(timons lor de Valdiuia, 
ou deCaranaya. La principale raifon qui me 
fait croire qu'Ophireft en l'Inde Orientale, ôc 
non en cefte Occidentale, eft, pource que la 
flotte de Salomon ne pouuoit venir icv fans 
pafler toute l'Inde Orientale , toute la Chi- 
ne, & autre grande efpace de mer, n'eftantpas 
vray-femblable qu'ils eufîent trauerfé tout ie 
monde, pour venir icy chercher de l'or, princi- 

D iij 



*.* 



Hiftoire naturelle 

paiement éftantcefte terre de telle façon , que 
fon n'en peut auoïr eu cognoiffance par aucun - 
voyage déterre, & montrerons après que les 
anciens n'auoient cognoiffance deiatt de naui- 
ccr dont nousvfonsaujourd'huy, fans lequel 
fis n'euffentpeu f engouffrer, & auancer fi auanç 
dans la mer. Finalement en ces chofes quand il 
n'apparoit indices certains, mais feulement con- 

ieautes légères, l'on n'eft obligé d'en croire da- 
vantage quecequ'ilenfembleà vnctiacun. 

~^J^ifiJn lafaintfe Efiritnre, tharjis, 
& Ophir. 
Chapitre XIV. 

I les opinions & coniedures d'v 
chacun doutent eftre receiies, 
tiens quantàmoy, qu'en la fam 
été Efcriture ces mots deTharii^ 
, Se Ophir le plus fouuent ne figm- 1 
fient aucun lieu déterminé, mais que c-eftvn 
mot & fignification générale aux Hebrieux,| 
comme en noftre vulgaire ce mot des Indes | 
nous eft général en noftre vfage & façon de 
parler: car nous entendons par les Indes, des 
terres fort riches , efloignees , &eftrangesdes 
rioftres. Ainfi nous autres Efpagnols indiffé- 
remment appelions Indes, le Peru, le Mexique, 
laChine, Malaque, & le Brefil; & de quelcon- 
ques parties de celles-cy que viennent lettres, 
nous difons que ce font lettres des Indes, eftans 
néanmoins iefdites terres & Royaumes de 



28 

, iaçoit 



desjndes. Liure I. 

grande diftance & diuerfité entr'elles , 
auflî qu'on nepuuTe nier que le nom des Indes 
f entend proprement de l'Inde Orientale. Fc 
pource qu'anciennement Ton parloir de ces In- 
des comme d'vne terre fort efloignee, delàcft 
venu qu'à la defcouuerte de ces autres terres 
aufîi bien efloignees , a- t'on donné le nom des 
Indes , pour eftre diftantes des autres, & te- 
nues comme. le bout du monde. Et demefme 
façon il me femble que Tharfis en la faincte £f- 
criture le plusfouuent nefignin^ ny lieu, ny 
partie déterminée , mais feulement des régions 
tort eiloignees, & félon l'opinion du peuple, 
fort riches, & fort effranges: car ce que ïofephe 
& quelques- vns veulent dire que Tharfis eft 
Tarfo , félon l'intention de TEicriture , il me 
femble auec bonne raifonauoir eftéreprouué 
par fainct Hierofme , non feulement dautât que HUron.ai 
ces deux vocables f'efcriuent par diuerfes let- Marcel, m 
très , iVn auec vne afpiration , & l'autre fans af- h 
piration , mais auflï pource que Ton efcrit beau- 
coup de chofes de Tharfis, quinepeuuentpas 
bienconuenir, ny fe rapporter à Tarfo Crtë de 
Cilicie. Il èft bien vray qu'en quelques endroits 
del'Efcriture il eft dit que Tharfis eft en Cili- 
cie.Ce qui fe trouue au liure de Iudïth, quand il 
eft parlé d'Holofernes, duquel il eft dit qu'ayant 
pane les limites d'Aflyrie , il paruint iufques 
aux grands monts d'Ange (qui par aduenture 
eft Taurus: ) lcfquels monts font à la feneftre de 
Cilicie, & qu'il entra en tous les chafteaux, où ?{'*■&:£ 
ilaiïèmbla toutes fes forces, ayant deftruitcel- " 
le tant renommée Cité de Melothi, defpoiulla^ 

D iiij 



,tomo, 



Itiâith, 



ca.ij 



LJA. 



^h&L in I. 
Joan. 

iSirtafmon. 
ib'tà. & i» 
^yflphabeto 
- i/fpparaw. 



$Iieron>. ai 
MaictU. 






Hiftoire naturelle 
Bc ruina tous les fils de Tharfis 6^'lfraël, qui 
eftoient ioignant le defert , & ceux qui eftoienc 
auMidy, vers laterredeCellon, ôcdelàpalTa 
l'Euphrates : mais comme i'ay dit, ce qui eft ain- 
fi efcrit de Tharfîs -, ne fe peut accommoder à la 
Cité de Tarfo. Theodoret & autres, fuiuans 
l'interprétation des Septante, en quelques en- 
droits mettent Tharfis en Afrique, vouians dire 
quec'eftoit la ville mefme, qui anciennement 
f'appelloit Carthage, & aujourd'huy Royaume 
de Thunes; & difent que c'eftoit là où Ionas 
youloit aller, quand l'Efcriture rapporte qu il 
fenfuyoit du Seigneur en Tharfîs. Autres veu- 
lent dire, que Tharfîs eft vne certaine région 
des Indes , comme il femble que fain£t Hierof- 
me T'y veuille incliner. le ne veux pas à prcfent 
débattre ces opinions: mais ieveux bien dire 
que l'Efcriture fur celle matière nefignifîepas 
toufiours vne région , ou partie du monde cer- 
taine, & déterminée. Il eft certain que les Ma- 
ees ou Rois qui vindrent adorer Iefus-Chrilt, 
eftoient d'Orient , & auffi dit l'Efcriture , qu ils 
eftoient de Saba, Epha, & Madiam. Et quelques 
hommes do&es font d'opinion qu'ils eftoienc 
d'Ethiopie, d'Arabie, & de perfe-,&: neantmoins 
le Pfalmifte & TEglife chante d'eux : Les tys de 
Tharfis apporteront des frefens. Nousnous accordons 
donc auec S. Hierofme, que Tharfis eft vn mot 
qui a plufîeurs & diuerfes fignifications en 1 El- 
çriture, & que quelques fois il fignifie la pierre 
Chryfolithe s ou Iacinthe j tantoft quelque cer- 
taine région des Indes, tantoft la mer mefme, 
qui eft de couleur de Iacinthe à la reuerberatioç 



- 



desjnâes. Liure I. 2.9 

du Soleil. Mais auec raifon le mefme faind Do- 
deur nie que Tharfis foit région des Indes où 
vouloir fuyr lonas, puis que partant de Ioppé,il 
iuy eftoit impoffible de nauiger iufques es In- 
des par icelle mer. Pource que loppé ( qu'au- 
iourd'hny nous appelions lafFe ) n'eft pas vn 
port de la mer rouge, laquelle eft jointe auec la 
mer Indique Orientale, mais de la mer Médi- 
terranée, qui n'a point d'ifFué par la mer Indi- 
que. D'où il appert clairement, que la nauiga- 
îion que faifoic la flotte de Salomon , partant de 
Aiîongaber (où fe perdirent lesnauiresdu Roy 
Iofaphat) alloit par la mer rouge à Tharfis Ôc 
Ophir 5 ce qui eft expreiTémentatteitç en l'Efcri. 
ture. Et aeftécefte nauigation fort différente 
de celle que pretendoit faire lonas à Tharfis, 
puifque Afiongaber eft leport dvne CitédT- 
dumee, afîife fur le deftroit , où la mer rouge fe 
ioint auec le grand Occean. Qeceft Ophirïon' 
apportoit à Salomon de l'or, de l'argent, du 
morphie } des monnes , ôc coqs d'Inde , ôc eftoit 
leur voyage de trois ans , toutes lefquelks cho- 
ies fans doubtedoiuenteftre entendues de l'In- 
de Orientale , qui eft féconde ôc abondante en 
tour ce que deiïus,ainfi que Pline l'en feigne, ôc 
que nous en auonsà prefent certaine cognoif- 
fance.De noftre Peru certainement ils n enflent 
peu apporter du m orphie , d'autant que les elè - 
phansyfontdutoutineogneus: maisileuflene 
bien peu apporter de l'or, de l'argent , ôc de fort 
plaifantes & gentilles monines. Finalement il 
rnefembîequeJ'Efcriture faincte entend corn- 
nîunem ent par ce mot de Tharfis , ou la grande 







ffiftoire naturelle 
mer: ou des régions fort cfloignccs & eftran^ 
cres. Parainfiil fuppofe que les Prophéties qui 
parlent de Tharfis(puifque l'efprit de prophétie 
peut tout feauoir) fe peuuentbien fouuentac- 
commoder aux chofes denoftrenouu eaumode. J 

Dek Prophétie d'Abdias , me quelques -vm 
interprètent efire des Indes . 

Chapitre XV. 

Lu ficurs difent & afferment qu e 

laïam&e Efcritureila efté prédit 

bien long reps dejiant que ce nou^- 

ueau monde deuoit eftre couertyj 

9 àlESVS-CHRisTpatlanatiÔEfpHj 

Jin^Com. eno ll e & à ce propos mettét en auant & explij 

f^ML in | uende tcxtc Je la Prophétie d'Abdias, qui difl 

Wiïtm ainfi: ^ î- mm/^*» * cefl exemtedes enfans à M 

# M uelptfedera «Les les chofes des Cananéens tvfreseuà 

S*4te i &'Utr*nfmmàtu>u de merufiltm , f>"fi*»\ 

BofphorejofZedeu les Ote^duMidj 3 €T monterot les M 

uiursJmontdeSmpmiugerUmontdyfA^ÇeuM 

Rnéumepiurk Semeur. Cecy a elle mis ainii en 

Mm V-j irc r fuiuantla iettre.Maislesautheursqu(J 

ff.^Tj i'entensen rHebriculifcnr ainfi: E^^wj^gr*. 

V».. /«.» m» ieceflexemte des enfrm à'ijuel (qui font les) Ci-, 

**M«- nt»eh i«/a»f^Z^U(quieft France) cr « "«/««- 

**»» de SieruUK^ 'fi <» saphuud (entedez pour 

E^sn^ojfâc^fmrhenUgeUsOte^Mdy,^ 

montmnt ceux <pi jument Ufdumm m ment desm 

fftm. Toutesfois aucuns d'eux n allèguent luttiJ 



desjndes. Liure. I. 30 

fant tefmoignage des anciens , nyraifonper- 
tinentejpourmôftrerqueSapharadjqueS.Hie- 
rofme interprète le Bofphore ou deflroit, Ôc les 
feptante Interpretes,i'Euphrate, doiue fignîfier 
rÉfpagne, que leur feule opinion. Les autres 
allèguent le Paraphrafe Chaldaïque, quieftde 
cède opinion , ôc mefme les anciens Rabis qui 
l'expliquent de celle façon , comme aufii ils ex- 
pliquent Zarphat efr,re France ( que noftre vul- 
gaire & les Septante difent eîhe Sarepte. ) Ec 
laiifant cefte difpute, qui appartient aux gens 
plus de loifir , quelle necefficé y a-il de croire 
que les Citez de l'Auftre , ou de Mageb(ainii 
qu'efcriuentles Septante) foient les gens de ce 
nouueau monde?Dauantage 5 quel befoing eft-ii 
de croire, & de prendre la nation Efpagnolle 
pour la tranfmigration deJHierufalem en Sa- 
pharad , fi ce n'eft que nous vueillons prendre 
Hierufalemfpirituellement , &,quepouricelle 
nous entendions l'Eglife ? De forte que par la 
tranfmigration de HierufalemenSapharad , le 
fainéfc Efprit nous demôftre les enfans de la fain- 
cte Eglile , qui habitent aux fins de la terre , ÔC 
aux riuageSj pource cela en langue Syriaque eîl 
dict Sapharad,& fe rapporte bien à noftre Efpa - 
gne, qui félon les anciens, efl la fin ôc le bout de 
la terre, eftant prefque toute enuironneéde 
lamer. Or parles Citez d'Auftre, ou, de Sud, 
l'on peut entendre ces Indes:attendu que la plus 
grande part de ce nouueau monde eftaffife au 
-Midy, ôc la meilleure partie duquel regarde le 
Pôle Antar6tique.Ce qui s'enfuit eft facile à in- 



H'iftoire naturelle 

feront au mont de Ston four iuger le mont <£Efau : parc 
qu'on peut dire que ceux-là fe retirent à la do 
àrine, & au fort de la S. Eglife qui prétendent 
rompre & diffiper les erreurs profanes des gen 
tils , car cela peut eftre interprété iuger le mon 
d'Efau.D'oùils'enfuitbien, qu'alors le Royau 
me ne fera pour les Efpagnols , ny pourceu: 
d'Europe , mais pour Iesvs -Christ noftre Sau-, 
ueur. Quiconque voudra expliquer de cefte fa-! j| 
çon la Prophétie d' Abdiasme doit eftre reprins, | 
puis qu'il eft certain que le faindb Efprit a fceu J| 
&cogneu tous les fecrets long temps aupara- 
uant. Etfemble qu'il y a grande apparence de 
croire qu'il eft faicl: mention en la fain&eEf- j 
criture d'vne affaire de telle importance 5 corn-, j 
meefUa defcouuerture des Indes & nouueau (1 
monde > & conuerfion d'iceluy en la foy. l ^YM 
mefmes dit ces termes. <Ah les ailles des navires qui I 
vont de l'autre fart d'Ethiopie. Plufieurs autheurt jj 
tresdo&es déclarent que tout ce chapitre eftji 
entendu des Indes , & lemefme Prophète erij 
d'autre endroit dit: Que ceux qui efchaperontd IJraet, jj 
iront fort lomg a Tbarfis,0> en des jjles fort eflongnees , ot* j 
ils conuertiront au Seigneur flufieurs o> diuerfes nations, J 
Entre lefquelies il nomme la Grèce , 1 Italie &C \ 
l'Afrique, & beaucoup d'autres. Ce qui fans 
doute fe peut bien rapporter à la conuerfion de 
ces nations des Indes. Car eftant chofe afleuree 
#iatth M . que l'Euangile doibt eftre prefchee par tout! 
l'vniuers, ainfiqueleSauueurnous la promis*. 
& qu'alors viendra la fin du monde , il s'enfuit, ! 
&ainfi le doibt-on entendre, qu'en toute le-, 
{tendue du monde il y a beaucoup^ nauons* 



Ifay.iZ.ittx- 
t*7Q.f nter. 



Jfayét 66. 




des Indes. Liure I. 31 

i qui ï E s v s-C h r i STn'a efté annoncé. Partant 
nous debuons de là recueillir, qu'il eft demeuré 
grande partie du monde incogneuë aux anciens* 
ôc qu'auiourd'huy il y en a encore vne bonne 
partie à defcouurir. 




Par quel moyen ont peu arriuer aux Indes les 

premiers homme s, & qtiilri y font arriuez* 

degré, & félon leur intention. 

Chapitre XVI. 

Aintenant il eft temps derefpôdre 
à ceux qui difent qu'il n'y a point 
d'Antipodes, & que cefte région 
où nous viuons,ne peut eftre habi- 
tée. L'immenfe grandeur de l'Oc- 
cean efpouuenta tellemit faind Auguilin, qu'il 
ne.pouuoit penfer comment le lignage hu- 
main euft peu paffer à ceftuy noftre nouueau 
monde. Mais puis que d'vne part nous fçauons 
de certain que pafïèz font plusieurs ans, qu'il y a 
des hommes habitans en ces parties cy, 8c d'au- 
tre part ne pouuôs nier ce que la fain&eEfcritu- 
res nous enfeigne clairement, que tous les hu- 
mains font procédez d'vn premier homme, que 
fans doute ferons contraints de croire 8c con- 
feffer que les hommes feront partez icy de l'Eu- 
rope, dcl'Aficj ou de l'Afrique : toutesfoisce 
pendant il nous faut rechercher & difeourir par 
guel chemin ils y ont peu venir. Il n'eft pas 



' . Zfiftoire naturelle 

vray-femblable qu'il y ait eu vne autre arche de ; 
Noé,en laquelle les hommes puiflent eftre arn- 
uez aux Indes, '& moins encore que l'Ange aie 
tranfporté les premiers hommes de ce nouueau 
monde^attachez & ïufpenduspar les cheueux, 
comme il fit le Prophète Habacuc , car nous ne 
traittons-pas de la toute- puiiTance de Djeu,mais 
feulement de ce qui eu: conforme à la raifonôc 
à Tordre -&difpofuion des chofes humaines. 
Ceftpourquoy ces deux chofes doiuent eftre 
tenues pour admirables ,& dignes de merûeil- 
le , voire d'eftre comptées entre les fecrets de 
Dieu. L vne que le genre humain ayt peu pafler 
vne il grande trauerfe de mer 5 & de terre. L'au- 
tre qu'y avant icy fi grand nombre de peuple, 
ils ayent efté neantmoins incogneus^ par tant 
de fiecles. Pour celle caufe ie demande par 
quelle délibération, force &induftrie , le li- 
gnage des Indiens a peu pafler vne fi large mer, 
Se qiripouuoit eftre l'inuenteur d'vn palTage fi 
eftiange. Véritablement ie l'ay piufieurs fois 
recherché & ruminéà moy-mefme, (comme 
piufieurs aurres ont fait, ) &iamais n'ay peu 
"■ trouuerchofequime peuft fatis faire. Toutes- 
fois l'en veux bien dire ce que l'en ay conceu,&: 
qui me vient à prefent en la fantafie , puis que 
les tefmoins me manquent lefquels ie puine 
fuiure, & melaifier aller parle fil de la raifon, 
(quoy qu'il foit fort délié) iufques à ce qu'il fe 
difparoifle.du tout de deuant mes yeux. C'eft 
vne choCe certaine que les premiers hommes 
font venus en la terre du Perupar l'vnedeces 
deux manières, fermoir ou par terre, ou par 



-des Indes. Liure. I. 3^ 

mer. Que s'ils font venus par la mer, c'a efté 
ou fortuitement Ôc par hazard , ou de gré ôc 
propos délibéré. I'entens par hazard,eftans iec- 
tez par quelque orage & force de tourmente, 
comme il aduient en temps rude , ôc tempe- 
ftueux. Tentens auiîî de propos délibéré qu'ils 
euiTent dreilc leur nauigation,pour chercher ÔC 
defcouurirde nouuelles terres. Outre ces deux 
manières , ie trouue qu'il n'eft point poiîible 
d'en trouuer d'autres , h* nous voulons fuiure le 
cours des chofes humaines, & ne nous arrefler 
à fabriquer des fixions Poétiques &fabuleu- 
ùs. Car il ne faut pas que quelquvnfe perfua- 
dede trouuer vn autre aigle, comme celle de 
Ganimede , ou quelque cheual volant , comme 
celuy de Perfeus, qu'il maintienne auoir ap. 
porté les premiers Indiens par l'air , ny que par 
aduemure ces premiers hommes fe foientfer- 
uisdepouTons, comme Serenes, ou Nicolas, 
pour les auoir partes là. Mais delaiffant arrière 
ces propos de menfonge,& dignes de rifee s exa~ 
minôs vn peu chacune de ce deux manières mi- 
fes en auant,attendu que celte difpute fera plai- 
fante&vtile. Premièrement ilmcfemblc que 
ceneferoitpas chofetrop eilojgnee de raifen 
de dire , que ks premiers ôc anciens peuples de 
ces Indes font venu^omdefcouuerr, Ôc peuplé 
parla mefme façon que nous autres à prefenc 
y venons iournellement,à fçauoir par Tare de 
nauiger, Sdaydedes pilotes', lefquels fecoa- 
duifentparla hauteur &cognoiffàncc du Ciel, 
&auec rinduftrie qu'ils onc de changer '&■ ma- 
merles voiles, félonie temps qui fe prefence. 





s.para.9. 



Hifîoire naturelle 

Pourquoy cela ne pourroit-il pas bien eftr 
faut-il croire que nous fculs hommes , & en ce 
ftuy noftte fieclc tant feulement , ayons corn 
priL& cogneu l'art de nauigerl Occeanî Nou» 
voyons que de ce temps mefme 1 on nau.ge , dtf 
irauerfeencor l'Occean pour defcouunr nouj 
miles terrc3,comme peu de temps y a qu Aluaro| 
Mendana &fes compagnôs o nt nau.ge eftan sfl 
partis du port Lima, & fu.uy la toute du PonenJ 
Lut deicouurir la terre qui gift àl'Eft, ou eft 
le Peru , & au bout de trois mois, defconunjl 
rentkslflcs qu'.ls appelletcnt , ^ JSaloJ 
won, oui font plufuurs& fort grandes. Etyj 
a grande apparence qu'elles gifent .o.gmn | 
nouuelle Guyuee : ou pour le moins quelles, 
font fort proches d'vne aurre terre ferme Et en-4 
coreauiourd'huyparkcommandemetduRoy« 
& de fon Confeil, l'on délibère d'appreftervnj 

nouuelle armée pour aller à ces Ifles. Puis don" 

qu'il eft ainfi, P ourquoy ne d.tons nous pas qu 

les anciens auffi bicnn'ayent peu auou le cou 

rage.&refolutionde voyager par mer a me 

me délibération de defcouurir la terre , qui 

appellent AntiSthon , oppofite à la leur A qu 

fclon le difcours de leur ph.lofophie deuoi 

eftre auec deffein de ne s'arrêter u#« >> •! 

vetie des terres qu'ils cherchoient > Certain^ 

ment il n'y a aucune répugnance ou contrarie | 

te , que ce que nous voyons amourd huy artij 

uer^oit amf. anciennement ""«é : attendu 

ro efme que la faincte Efcriture tefinojgne ^que, 

Salomon print des maiftres pilotes de Tyr & 

de Sidon , fort adroits & expérimente* à la| 



Il 

des Indes. Liure. I. 33 

mer ,& que par leur induftrie , l'on Et cette na- 
uigation de trois ans. A quel propos pefez vous 
qu'elle remarque l'art des mariniers , & leur 
feience, enfe m ble leur nauigationfi longue de 
troisansj fînon pour nous donnera entendre 
que la flotte de Salomon nauigeoit le grand 
Occean ? Il y en a beaucoup qui font de celle 
opinion, aufqueJsil.femblequefain& Auguftin 
auoit peu de raifon de s'efpouuenter , & efmer- 
ueiller de la grandeur de rOcccan.puifq^il pou- 
uoit conietfurer qu'il n'eftok fi difficile à naui- 
|er , veu ce qui eft rapporte de la nauigation de 
Salomo.Mais pour dire la verité^mo opinion eft 
bien autre, & ne me puis perfuader que les pre- 
miers Indiensfoient arriuez en ce nouueau mÔ« 
de par vne nauigation ordonnée, & faite à pro- 
pos. Mefmciene veux pas accorder que les an* 
:iens ayent cogneu l'art & induftrie de naujger 
>ar le moyen duquel ks hommes auiourd W 
rauerfent la mer Occeane de quelque partie 
luecefoit, à quelconque autre qu'il leur pren- 
iTt W^ont a ^^ne incroyable 
'iftefTe&refolunon ■ a ^^«queienetrouue 
■n toute 1 antiquité* aucun refte, ou tefmoigna- 
p à vne chofe fi notable, ôedefi grande impor- 

ance.Etnetrouuequ'auxliuresdesanciensfoit 
a te aucune mention de l'vf age de la pierre 

ul'œ V ™^, cn a y cnt « aucune co- 
£fc ^ fi ^ nofteI ^o g noiflance de 
SHt T' » co gn<>«» facilement 
iUiicftunpoffiblc qu'ils ayent trauerfé 1 cften- 
* du grand Occean, Ceux qui ont quelque 




Hifioire naturelle 

cognoilîancedelamer , entendentbienceque 
ie dis. Pource qu'il eft auflî facile de croire 
queles mariniers eftans en plaine mer puiffenc 
dre(Ter la proue delanauite ou ils voudront^ 
fi l'aiguille de nauiger leur défaut, comme d«J 
penftr que l'aueugle puiffe monftrer aueç le 
5oi« cequieft proche, ou ce qui eft efloigne en I 
quelque endroit. Et eftvnechofe efmerneiUa- 
ble que les anciens ayent ignore par tant de 
tempsvne fi excellente propriété de la pierre) 
,t d'avmant , & qu'elle ait efté defcouuerte & ofl 
TA »: S par 1« modernes. 11 appert bien que 1* 
'.&"* fnctaî ont ignoré cette propriété , en ce que 
J*.7-'-4- Pline, quieftficurieuxhiftoriendeschoiesna-i 
tnrellesmeantmoins parlant de cefte pierre d ay,| 
mant, ne dit aucune chofe de cefte vertu & «oj 
nrieté qu'elle a de faire toufiours tourner daj 
LrsïeNort lefet qu'elle aura touche , qui c». 
la vertu la plus admirable qu'elle ayt. Anftorj 
Biofr.Ux. T heo phrafte, Diofcotide, Lucrèce, nyaucuij 
■}°\l 6 hiftotiens,nyPhilofophes naturels quei ayveu 
*"** '■ ï en font aucune mention , encore qu ,1s tra 
- , ied- dent delapierre d'aymant. Sainft Auguftin I 
^1,tr4.aUd'auLpattplufieu f s & diuerfespropn| 

Zu m* ta , & merueilleufes excellences de la pieri 

dtm»g>«<' d'avmant.aux hures de la Cire de Dieu, nq 

parle nullement. Et eft certain que toutes 1 

Lrueilles que l'on cote de cefte pierre , ne fo 

Sen ao ie?peft de cefte propriété fi eftran 

ouelle a de regarder toufiours au Nort, qui« 

£ grand miracle de nature. Il y a encore vn» 

Pli», t. 7-<- se arguwenr.qui eft que Pline traitant des p 

$«• jni«s inuenteuts de la nauigauon, & racontai 



des Indes. Liure I. 34 

tous les inftrumens & appareils , ne parle aûcU* 
Bernent de l'aiguille à nauiger, nydelapierre 
daymant: mais iedy feulement que l'art de re- 
cognoiftre les eftoilles a efté inuenté d-es Phéni- 
ciens. Et n'y a point de doute que ce que les an- 
ciens ont fçeu & cogneu de Fart de nauiger, ne- 
ftoit qu'au regard des eftoilles, & remarquas les 

«uages,Caps,&diffcréccs des terres. Qucs'ilsfe 
trouuoient flauant en haute mer,que du tout ils 
perdirent la veaë de la terre, ifs ne feauoient en 
quelle part dreiïerla proue par autre difcours^ 
[mon par les eftoilles, foleil,& la lune, &ccla 
leur defFai!lant,(comme il aduient en temps né- 
buleux, & couuert 5 ) ils fe gouuetnoicht par là 
qualité du vent, &parconie&ures duchemiri 
qu'ils pouuoient auoir fai& , finalement ai- 
oient conduits de leur inftinft. Comme en ces 
ndes les Indiens nauigentvn long chemin de 
nerxonduits feulemét par leur induftrie & in- 
tiricT: naturel. Etfert beaucoup à ce fubjedc ce 
[u'eferit Mine , des ihfulaires de la Trobane, 
qu'auiourd'huy nous appelions Sumatra J di- 
ant en cefte façon , lorsqu'il trai&e de l'art ëc 
nduftne dont ils vfoient à nauiger. Ceux de h Ta - 
robane ne voyent point le Nort.cr pour Muigerjuppleené 
ce défaut, portas mec eux certains petits oyfiM* Je/quels 
s Uijfent aller fitatent, CT comme ces petits oy féaux par 
Murclmpin voilent toujours vers la terre Jes mariniers 
■refent leur proue a Uurfuitte. Qui doubtc dpnc que 
iIseufTenteucognoiftance de l'aiguille, ils né 
e ruiset aydez pour guide de ces petits oyfeaur, 
our defcouurirla terre?Bref il fuffit pour m& 
m que les anciens n'on? cogneu ce fecret ste 




f/ïftoire naturelle 
la pierre d'aymant, de voir que à chofe C\ re- 
marquable, il n'y a aucun mot, nyvocableLa- 
tin,nyGrcc,nyHebreu 5 quiluyfoitpropre.Cari 
vne chofe de telle importance n'euft point ma-i 
que de nom en ces langues , s'ils l'eullent co-| 
eneu. De là vient qu'auiourd'huy les Pilotes 
pour faire drelTer la route, àceluy qui tient W 
gouucrnail,fc feent au haut de la ppuppe qui el 1 
afin qu'il puîffc de ceft endroit regarder 1EH 
puille,là où anciennemet ils feoient en la proucl 
pour regarder les différences des terres & de 
mers, 8c duquel lieu ils commandoient au gou 
uernaiLCôme auiourd'huy l'ô vfe encore à l'en 
trer ou forrir de quelque port & haure, & pou 
cefteoccafion les Grecs appelaient les Pilou 
Troritds, pource qu'il fe tenoieriten la proue. 

De UfYoprieté& vertu admirable de laperj 

iaymant , pour le fait de la navigation , & 

que les anciens n'en ont eu 

cognoijfance. 

Chapitre XVII. 

Ar ce qui cft dit cy dclTus,il appertqfc 

l'on doit tenir la nauigation des lndji 

fi briefue & fi certaine,que nous 1 aul 

de la pierre d'aymant. Comme 1 

iourd'huy nous voyons plufieurs hommes ë 

ont voyagé de Lisbonne à Goa, de SeuiUj 

Mexique , à Panama ôc en toute cefte autre rt 

duSud, iufques à la Chine, * au dcftroi* 




des Indes. Liure. I. 3 j 

Magellan, & ce auiîî facilement ÔC certaine- 
ment, comme le laboureur peut aller delame- 
:airie en la ville. Nqus auons veu aufïi des 
îommes qui ont faict quinze voyages aux In- 
les , voire dixhuicl: , Ôc auons entendu parler 
i'aucuns anciens lefquels ont fait plus de vingt 
r °y a £ cs > palans ôc repafTans la largeur de ce 
rrand Occean , aufqueis ils n'ont apperceus au- 
:unsreftes, ny apparences de ceux qui auoient 
>affé, ny rencontré voyagers à qui demander le 
hemin. Car (comme dit le Sage) la nauirc cou- Stt ï' > : 
>e l'eaiie ôc fes ondes, fans laiiîer vçdigcs par où 
lie paflè,ny faire chemin dans les ondes. Mais 
>arla vertu & propriété de la pierre daymant, 
l fe fai& en ceft Occean comme vn chemin 
tacé ôc defcouuert, le très haut Créateur de 
outes chofes luy ayant communiqué telle ver- 
u,quepar fon attouchement au fer,illuy corn- 
aunique cefte propriété, d'auoirfon mouue- 
lent Ôc regard vers leNort, fans y faillir , en 
[uelque partie du monde que ce puùîe eflre. 
^uelques-vns recherchent quelle eft la caufe 
c cefte propriété merueilleufe, & veulent di- 
e, & s'imaginer iene fçay quelle fympathie: 
aais quant à moy,ie prends plus de plai/ïr ôc de 
ontentement confiderant ces merueiiles , à 
ouer la grandeur ôc pouuoir du Tout- puifTan t, 
kmerehouyren la contemplation defés ceu- 
Ues admirables,^ à dire auecSalomon, parlant . 1 
ur ce props: Pere\ duquel U providence gouuerne et **' 4 
maintient vn bois y lu) donnant vn chemin afeuré 'fur U 
W , cr 4u milieu des bondifantes ondes , four montrer 
wàcmefme façon tu fournis fiuuer cr deliurer l'bom* 

£ iij 



ÉJà. 



Il 

j/ïfioire naturelle 

me de tout perd CT mufrtge , encor qu'dfujrfins **4 
a „md,eu deUmer. Mus îi»unt cpe tes autres font 
plemestUfateft, les hommes mettent erh*\*rdent leur, 
vmfm InpeudeUs^pourtrmerferUmer , s efcb^i 
tenta- fi Lifatdert» vn btftetu.Et fur ce mefmaJ 
propos le Plalmifte dit : Ceuxqu, montent fur mer \ 
PU. urf. ïndïsnauires, <r q m font leurs rfanes e» trtuerfintle.l 
'■ ttl ux, font ceux ,u,aufr f fond de U me, ont veules œu-l 
W esdL,mJ, a-fismeruedles. Et à U vente ce 
n'eft pas vne des moindtes merueilles de Dieu 
que la force d'vne piette fi petite commande à 
la mer , & contraigne l'abyfme infiny de luy 
obéir & future fon commandement. Mais pour 
autant que c'efl chofe qui fe void tous les tours, 
& femble fi facile , les hommes ne s'en efmerH 
ueillent point, & ne fe fouuiennét pas dy prenH 
dre garde:& d'autant que cefte libéralité eft tefc 
le.lesienorans pour cela en font moins deftat 
Neantmoins ceux quile veulent conliderer d 
près , font conduits parlaraifon a bemr lafaj 
geffe de Dieu , & luy rendre grâces dvn 1 
Irand bénéfice. Eftant donc ordonne duCie 
aueces nations des Indes.qui tant de temps on, 

efté cachées , fuffent cogneues & defcouuertes 
& quecefte route fut hantée & frequentee,afi. 
que tât d'ames vinflent à la cognoiffance de H 
svs-Chrwt , & gaignaflent le falut éternel , il 
cfté pourueu de guide aiTeuree pour ceuxqt 
font ce chemin.fçauoir l'aiguille de nau.ger c 
lavertudela pierre d'aymatit. Onncpeut Iça 
uoir au certain , depuis quel temps ceft vlage S 
art de nauiger a elle mis en lumière : mais quan 
àmoy, ie tiens pour certain quilneftpas fo* 



desjndes. Liure I. 36 

ancien , d'autant qu'outre les raifons déduites 
au chapitre précèdent , ie n'ay leu en aucun 
autheur ancien, traittant des horloges , qu'il 
foitfaict aucune mention de la pierre d'ay mat. 
Et neantmoinsileft certain que le principal Se 
plus neceflaire instrument des cadrans au loleil, 
dont nous vfons auiourd'huy , eft l'aiguille de 
fer touchée de la pierre d'aymant. Quelques au- 
theurs approuuez efcriuent en Thiftoirc des In- 
des Orientales, que le premier qui commen- 
ça à defcouurir ce fecret fur mer, fut Vafco de jJa de lu. 
Gamajequel à la hauteur de Mozambique ren- ilfoftr. ngni. 
contra certains mariniers Mores, qui vfoient 1 *-, 
del'aiguille de nauieer,& que par le moyen d'i- ^'^'l*! 
celle aiguille îlnauigea ces mers : toutesrois ils ca p^lt. 
n'eferiuent point de qui ils auoient apprins ceft oz^orim d* 
artifice.-^ quelques- vnsd'entr'eux mefmesfont rehwi &$* 
denoftreopinion,quieft,que les anciens ont £ 
ignoré ce fecret. Dauantage, ie diray vnc autre 
& plus grande merueille de l'aiguille de naui- 
ger , que l'on pourroit tenir pour incroyable , fi 
l'onnel'auoit veu & cogneupar expérience fi 
afîcuree & manifefte. Le fer touche & frotté 
de la pierre d'aymant par la partie d'icelle pier- 
re, qui enfa nahTance regarde le Sud ouMi- 
dy, a cefte vertu de fe tourner & encliner tou- 
jours & en tous lieux vers le contraire, qui efè 
le Nort : toutesfois en tous lieux ilne le re- 
garde pas directement , mais y a certains points 
& climats, où il regarde droitement k Nort &C 
(y arrefte : mais paffant ou changeant de ce cli~ 
mat,il coftoye vn peu,ou à l'Orient ou Ponent, 
îantplus qu'il fe va efloignant de ce climaç, c'eft 

E iiij 



M. u 






Hijloire naturelle 

ce que les mariniers appellent nordefter, ou 
nortoefter. Nordefter vaut autant à dire com- 
me coftoyer, s'inclinant au Leuant, & nor- 
toefter s'inclinant au Ponent.Et eft chofe de tel- 
le confequence , & qui importe tant de fçauou* 
cefte declinaifon, &coftoyementderEfguille, | 
que fi Ton n'y penfoit, & regardoit de près,, 
(quoy qu'elle foit petite) l'on s'efgarcroit mer-J 
ueilleufement en la nauigation , & arriueroit 
Ton en autre lieu que celuy où l'on pretendoU; 
aller. Vn iourvn pilote Portugais fort expéri- 
mente me difoit qu'il y auoit quatre points en 
tout le monde,où PEfguille fe dreiïbit au Norr, 
& me les contoit par leurs noms , que n'aytete- 
nus , vn d'iceux eft la hauteur de Mie de la Cor- 
ne en la Tiercyere,ou Alçores, qui eft chofe fort 
cogneuc à tous> mais tirant outre de là à plus de 
hauteur , il nortoefte , qui eft à dire décliner an 
couchant. Mais tirant au contraire à moins del 
hauteur, vers l'Equino&ial , il nordefte , qui eft | 
incliner à l'Orient, Les maiftres en ccft arc| 
pourront enfeigner de combien & iufquesoùj 
de ma part ie demanderois volontiers aux ba- 
cheliers qui prefumentfçauoirtout ce qui eft, 
qu'ils me dùîent la caufe de ceft erTed , & pour 
quelle raifon vn peu Je fer frotte à la pierre 
d'aymant, reçoit tant de vertu que de regar- 
der toufiours au Nort : mais encor auec telle 
dextérité, qu'il cognoit les climats Scdiuerfes 
fituations du monde, & oùilfe doit ficher & 
dreffer, où s'incliner en vn cofté ou en l'autre^ 
suffi bien qu'aucun Philofophe & Cofmogra-i 
j>he qui foit. Que fi ne pouuons bonuemoru; 



àts Indes. Liurel. $? 

< defcoûurir la caufe & la raifon de cçs chofes 

que nous voyons iournellemet à l'œil, qui fans 

douce feroient fort difficiles à croire , fi nous ne 

les voyons ainfi ouuertement. Certes Ton co- 

gnoift bien par là noftre folie & vanité, de nous 

vouloir faire luges , ôc aflujcttir à noftre raifort 

& difeours, les chofesdiuines, & fouueraines. 

Ceft pourquoy il vaut mieux , comme dit Gre- 

; goire Théologien, que la raifon f'afïuj étrille à h 

j foy , puis qu'en fa maifon raefmc elle ne fe peut 

i pas bien gouuerner. Mais cecy nous doit fuffire> 

iretournons à noftre propos, & concluons que 

jl'vfagc de l'aiguille inauiger n'a point ckéco- 

gnciie des anciens , d'où l'on peut refoudre qu'il 

| leur a efté impoiîible de faire voyage de propos 

! délibéré , partans de l'autre monde, pour venir 

en ceftuy- cy par I'Occean. 

Refponfe a ceux qui difent qu'au temps pafse, 
comme autour d h uy , l'on a nauige 
fur I'Occean. 
Chapitre XVIIL 

E que l'on allègue au contraire de ce 
qui a efté dit que la flotte de Salomort 
nauigeoit en trois ans^'eft pas preuue 
fuffifante, puisque les fain&es Ecritures n'af- 
I ferment pas expreflement que ce voyage duraM 
troisans, mais bien qu'il fefaifoit vne fois en 
trois ans. Et encore que nous accordions que h 
nauigation duraft 3. ans, il pouuoit eftre , com- 
Ime ileft plus vray-femblabie, que cefte flotte 
Nuigeant vers l'Inde Orientale, fut retardée de 




ÀàÊ> 



ïo». 10. 



; 



Hifloire naturelle 

fa route, pour ladiuerfité des ports & région 
qu'elle alloit recognoifTant, côme aujourd'huy 
en toute la mer du Sud Ton nauige depuis Chi- 
lé iufqu'à la neuue Efpagne, laquelle nauigation 
encore qu'elle foit plus certaine , neantmoirîs 
elle eft bien plus longue à caufe de ce tournoye- 
menr qu'elle eft contrainte de faire par les co- 
ites, & le retardement qu'elle peut auoir en dî- 
uers ports. Et à la vérité ie ne trouue point es li- 
mes des anciens qu'ils fe foient beaucoup ad- 
uancez & engolphez enl'Occean, & ne peux 
croire que ce qu'ils enontnauigé, ayteftéau-j 
trement, que de la façon qu'on nauige encore* j 
aujourd'huy en la mer Méditerranée. Qui don- 
ne occafion aux hommes do&es de ctoireque j 
anciennement l'on nenauigeoit point fans ra 
mes, d'autant qu'on alloit toufiours coftoyan 
la terre; & femble que l'Efcriture le veuille ainl 
donner à entendre, quand elle parle de cette iM 
meufe nauigation du Prophète Ionas, où il eft- 
dit que 1 es mariniers eftans forcés du temps, r'a* 
menèrent à terre. I 

~~Ôu~e Ton peut conietturer que les premiers peth 
fleurs des Indes y font arriue^par tour- 
mente , ejr contre leur volonté. 
Chapitre XIX. 
Yaht raonftté qu'il n'y a point 
d'apparence de croire que les pre- 
miers habitans des Indes yfoiens 
venus de propos délibéré, il ren-t 
_ fuie doneques que fils y font vc«j 
nus par mer, c'a eftç par cas fortuit , & par iM 





des Indes. Liure I. jg 

ce de tourmente 8c tempefte; ce qui n'eftpas 
incroyable , quelque grande que (bit la mer 
| Occeane, puis qu'il enefttout autant aduena 
! de noftre temps, lorsque ce marinier (duquel 
| nous ne fçauons encores le nom, à celle fin 
i qu'en vn ceuure fi grand, S^de fi grande impor- 
tance, ne T'attribue point à d'autre autheur qu'à 
Dieu) ayant par vn terrible & mauuais temps 
recogneu ce nouueau monde; laifTa pour paye 
de Ton logis où il lauoit receu , à Chriftophle 
: Colomb, la cognoiffance d\nc fi grande chofe. 
Ainfi a-t'ilpeu arriuer que quelques hommes 
de l'Europe, ou Afrique, au temps p ailé ayent 
I efté poullèz par la force & violence du vent, Ôc 
îiettez à des terres incogneiies par delà, la mer 
Occeane. Qui eft- ce qui ne fçait point que plu- 
fieurs, ou la plus grande part des régions que 
l'on a defcouuertes en ce nouueau monde,a efté 
par ce moyen , defquelles on doit pluftoft attri- 
buer la defcouuerture â la violence des temps 
& orages, que non pas à I'efprit&induftriede 
Ceux qui les ont defcouuertes? Et afin que l'on 
recognoifle que ce n'a pas efté de noftre temps 
feulement que l'on a fait, & entreprins de tels 
voyages, pour la grâdeur de nos nauircs, valeur 
& hardiefie de nos hommes, on peut voir de- 
dans Pline que plufieurs des anciens ont fait de 
femblables voyages. Il dit donc de cefte façon: 
• l'on raconte que Caïus Cefir fils â'^ugu fie , eft an t en pll x ■ 
charge fur la mer d'Arabie , l'on vid çr recogneut cap. 6$. 
I des pièces & refies de neutres Eftagnols qui y tuaient pe - 
y. Et dit après: Nepos raconte dit circuit Septentno- 
ul 9 que Un apporta « QmntPtf Metelltn Celer , çompa-, 



PVm. U. 6, 



Hiftoire naturelle 

grnn m tonfulat de Caïtt* sAjfranm , eftant Un iïelA 
MeteUm Proctnful en Gaule , certains Indiens qui auoient 
efiê prefentès Par le %oy de Sueue , UfféeU Indiens naui- 
geans de l'Inde peur leur commerce , furent itttés en Ger* 
marne par la force des tempefies. Pour certain fi Pline 
dit vérité , les Portugais ne nauigent point au- 
j ourd'huy dauantage , que rirent ceux là en ces 
deux naufrages, i'vn depuis l'Efpagne iufqu'cn 
la mer rouge , & l'autre depuis l'Inde Orientale 
iufqu'en Allemagne. Le mefme Autheur elcrit 
en vn autre liure,qu'vn feruiteur d' Annius Plo- 
canius, qui tenoit la ferme des droits de la met 
rouge, nauigeant la route d'Arabie , furuint de» 
vents du Nort furieux , tellement qu'en quinze 
ïours il pana la Carmanie , iufqu'à recognoiftre 
Hippures, port de laTaprobane, qu'aujour- 
d'huy nous appelions Samatre. Mefme l'on ra* 
conte d'vn nauire de Carthaginois , qui de la 
mer de Mauritanie fut poufle d'vn vent de bize 
iufqu'à la veùe du nouueau monde. Ce qui n'eit 
pas chofe nouuelle à ceux qui ont quelque ex- 
périence de la mer, d'entendre que quelquefois 
vne tempefte dure fi long temps & obfhnemét J 
fans appaifer fa fureur. Il m'eft aduenu allât aux 
Indes, que partant des Canaries i'ay defcouueff 
$c apperceu en quinze iours la première terre, 
peuplée des Efpagnols. Et fans doute ce voyage 
euft efte plus bref, fi les mariniers euflent appa- 
reillez toutes leurs voiles àlabizcquicouroitJ- 
Ainfi me femble-il chofe vray-femblable, que 
au temps pafie les hommes foient arriuezauxj 
Indes contre leur intention, pouffez, & vaincus;! 
de la fureur des vents. Ils font auPeru grande 



L 



des Jndes. Liure L $p 

! mention de quelques oeansqui ontefte en ces 
quartiers, lesosdefquelsfevoyentencoresau- 
jonrd'huy enManta, & Port- vieil, d'vnegran- 
! deur énorme, & à leur proportion ces hommes 
deuoient eflre trois fois plus grands que les In- 
diens d'aujourd'huy. Ils racontent que cesceans 
vindrent par mer, &faifoient laguerreàceux 
du pays, qu'ils battirent de fomptueux édifices, 
dont ilsmonftrent encore aujourd'huy vn puits 
fait de pierre de grand valeur. Us difent dauan- 
rage, que ces hommes cômettans péchez énor- 
mes, & fpecialement celuy contre nature, fu- 
rent embrafez & confumez du feu qui vint du 
ciel MeCme racontent les Indiens d'Yca & d'A- 
rica, qu'ils fouloient anciennement nauiger fort 
loing à des lfîes du Couchant, ôc faifoientleur 
nauigation en des cuirs de loup marin enflez; 
defaçon qu'il n'yapoint faute de cefmoigna- 
gespour monftrer qu'on aytnauigé la mer du 
Suddeuantque les Efpagnols y virulent. Ainfi 
pouuons-nous penfer que le nouueau monde a 
commencé d'eure habité par des hommes qui y 
ont eftéiettezpar iatempefte des vents, & la 
force du Nort, comme finalement on la veiic 
defcouuerte en noftrc temps. Il cft ainfi ( cfcofe 
bien confidcrable ) que les œuurçs de nature de 
grande importance , pour la plus grade par t ont 
cfté trouuees fortuitement fans y penfer, & non 
paspar Tinduftrie & diligence humaine. La plus 
part des herbes médicinales, des pierres, des 
plantes, des métaux, des perles, del'or.aymant, 
ambre, diamant, &laplufpartdechofesfem- 
|blabie«, & leurs propriété* & vertus font plu- 



Hifloire naturelle 

ftoft venues enlacognoitfance des nomes paf f 
accident , que par art, & par leur induftrie -, afin* 
que l'on voye que la gloire & louange de celle» 
rnerueilles, fe doit pluftoft attribuer à la proui- I 
dence du Créateur , que non pas à rentendemétl 
humain, pour autant que ce qui nous femblel 
arriuer fortuitement, procède toufiours de l'or-I 
donnance ôtdifpofition deDieu, qui fait touJ 
tes chofes auec raiion. 






mte néanmoins tout ce qui a e fié dit cy deJfasjL 
efiflus vrayfemblable de f enfer que lespreM 
mïers peupkurs des Indes y font venum 
j?ar terre. 



Chapitre XX, 



E coclus donc qu'il eft bien vray4 
femblable depenfer quelesprë| 
miers qui arriuerenc aux lndesj 
fut par naufrage, &cempefted^ 
9 mer : mais il le prefente fur cl 
poinct vne difficulté, laquelle me trauaille gran- 
dement, qui eft, qu'encores que nous accor- 
dions que les premiers hommes (oient venus à 
des terres fi efloignees que celles- cy , & que les 
natiôs que nous voyons îcy, foient forties d'eux, 
& fe foient tellemét multipliez comme ils font 
àprefent -, neantmoins ie ne me pui; imaginée 
par quel moyen, ny de quelle façon les belles 
& animaux , dont ilîe txouue grande abondant 



des Indes, Lîure L ^o 

Ce aux Indes, yayentpeuarriuer, n'eftantpas 
; croyable que l'on les y ayt embarquez , & por- 
; tez par mer. La raifon pour laquelle nous fora- 
ines contraints de dire que les premiers hom- 
;mes des Indes font venus de l'Europe, oude 
il'Afîe, eft pour ne contredire à la fain&eEfcri- Cm. ?2 
1 ture, qui nous enfeigne clairement que tous les 
hommes font fortis d'Adam* Parainfinousne 
pouuôs donner autre origine aux hommes qui 
font es Indes, veu que la mefme Efcriture nous 
dit que toutes les belles & animaux de la terre 
périrent, finon celles qui furent referuees en 
l'arche deNoé, pour la multiplication ôc en- 
tretien de leurefpece. De façon que nous dé- 
lions neceiïairement référer la multiplication 
de tous les animaux fufdits, à ceux qui formant 
de l'arche de Noé aux monts d'Araraat où elle 
f arrefta , &:par ce moyen nous deuons recher- 
cher, tant pour les hommes que pour les belles, 
le chemin par lequel ils font paiïèz du vieil 
monde au nouueau. Saine! Auguftin traidfcanc 
celle quefîion, pour quelle railon Ion trouue ^' im 
en certaines Mes desloups, des tigres, &au- "*'** '* 7 ~ 
très belles rauifTantes, qui n'apportent aucun 
profit aux hommes, veu qu'il n'y a point de dou- 
te que les elephans,cheuaux, bœufs, chiens, ôc 
autres animaux dont fe feruent les hommes, y 
ont elle portez tout exprès en des nauires, com- 
me nousvoypns aujourd huvque l'onîespor- 
te depuis l'Orient iufques en l'Europe, &de 
rEurope au Peru, encores que les voyages en 
foientfi longs. Et par quel moyen ces animaux 
«jui font de nul profit, au contraire font dorn- 



Hifioire naturelle 

maeetbles côme les loups, & autres de telle fl- 
eure farouche , ayent peu paOer aux Indes , fup- 
pofe (comme il efteerrain) que le déluge noya 
toute la terre.Sur lequel traidté* ce dofte& faing 
homme etfaye à fe démefler de ces difficultez,di. 
fant qu'ils peurent patfer à nage en ces Mes , ou 
quequelqu'vn lesyaportez exprès pour le dej 
duitde lachaiîe-, oubienque parla volonté de 
Dieu ils euiïent efté cteez toutde nouueau de 1* 
terre, enlamefme forte & manière de la pre- 
mière création , quand Dieu dift : Que U terre m- 
Gtntï i. àmfe tout animal vtuant enfin genre animaux reptiles, 
*' Crbefies fauuages deschamps filon leureflecc. Mais II 

nous voulons appliquer cette folutiôn a no- , 
ftre propos, la chofe en demeurera plus amba- 
raljbe : car cômençant au dernier point , il n'eitti 
pas vray- fcmblable , félon l'ordre de nature , nf\ 
n'eft pas chofe conforme à 1 ordre du gouuerne* 
ment que Dieu a eftably , que les animaux par-,1 
faits, comme les lyons, les tigres, &leslou P s^ 
f'engendrent de la terre fans leur génération^ 
comme l'onvoid quelesrats, les grenouilles! 
les abeilles , & tous autres animaux. împarraict* 
f' engendrent communément. Dauatage, à quefl 
propos eft-ce que l'Efcriture dit , & répète tarif 
de fois • Tu Prendras de teu* les Animaux tr ojfeaux dt* 
Geneî.j. cul 9 feft & 'fift ^afies & femelles afin ^eleurgen^ 
ration s entretienne fur la terre : fi tels animaux après 
le déluge deuoienteftre créez derechef par vne 1 
nouuelle manière de création, fanslaconjon-; 
aion dumafle & femelle? Ëtfurce, pourroit 
encores fe faire vne autre queftion; -pour quoy 
tels animaux naiffans de la terre, félon cette opi- 
nion, 



des Indes. Dure î. Z} 

hioh ) il n'y en a pas auffi bien en toutes ïe&au- 
très parties de la terre ferme , & es autres m es 
fmifque nous ne deuonspas confiderer l'ordre 
naturel de là génération, mais feulement la libé- 
ralité du Créateur. Dautrepart, que Ion ayt 
pafïéquelques-vns deces animaux pour le dé- 
duit de lachafTe (quieftfon autre refolution) ie 
ne le yeux pas tenir du tout pour clïofc incroya- 
ble, d'autant que nous voyons fouuentefois que 
'es Princes &grads Seigneurs tiennent &=-hour- 
ifïent en leurs cages, pour Ieur^laifu:^gran« 
leur tant feulement , des lyons, des oûr^Sc au- 
tes bettes fauuages, principalemet quand elles 
ont amenées de terres Iôingtaines. Hais de dire 
eïa des loups, renards, & autres animaux qui 
l'apportent aucun profit, ôc qui n'ont rien de- 
are, nydebort, que de faire dommage au be- 
:ial$ & de dire aufîi qu'ils ontprinslapeinede 
es apporter par la mer pour la chatte , certaine- 
ient c'eft chofe qui n'a point de raifon. Qui 
ft ce qui pourra penfer qu'en vne nauigation fi 
)ngue & infinie il y ay t eu des homes qui ayent 
rins la peine de porter au Peru des renards, 
rincipalement de ceux qu'ils appellent anas, 
m eft vneefpecé des plus ords ôc infects que 
lye ïamaisveu? Qui-voudra dire an ffi qu'ils y 
yent apporté des tigres & des lyons, certaine- 
lent c'eft chofe digne de rifee ôc mocquerie de 
; vouloir penfer : car c'eftoit âifez , voire beau- 
aup aux hommes, pouffez malgré eux par 1 a- 
igc & latempefte en vn fi loingtain ôc inco- 
leu voyage, depouuoirefchapper dudange* 
i la mer leurs propres vies, fans f amufer à pot* 





jltfioire naturelle 
ter des renards & des loups , & les nourrir par la 
îner. Si donc ces animaux font venus par mer il 
fout croire que ç'aefté à nage; ce qui le peut fai- 
fe en Telques lues peu distantes & efio.gnees 

des autres ou delà terre ferme, comme 1 on ne 
feeutnler.veufexperiencecertainequenous 

en auons, & que nous voyons que ces animaux 
Sans prêlfe^nagenr iour & nui£t ^s fe kffe , 
& en fin ils fefchappenr delafaçon. Mais cela 
Femend en de petits" golphes & trauerfes, pour- 
ce qu'en noftreOccean l'on fe mocqueroi M 
tels nageurs; veuque les ailles faillent aux oy- 
Seaux , mefme de grand vol , fur le paffage d vi 
f grand abyfmeAt combien qu'il fe uouuc 
bifn des petits oyreaux qui volent plus de cen,| 
Es, comme nous l^ns y eu plufieursfo.se J 
voyageant, toutefois ceft enofe impolfible au 
ovfeaux , à tout le moins fort difficile, depou^ 
Sir paffer toute la merOcceane. Or tout cj 
^e n P ous auons dit cy deffus eftant véritable p 
quelle part ferons-nous le chemin acesbeft 
Luages & aux oy filions pour les paffer aux I 
des ; & comment dirons-nous qu ils font paflt 
d'vn monde à l'autre; le conjecture donc par 
difeours que j'ay fait, que le nouueau raond 
Îue nous appelions Indes, n'eft point du to 
S-ny&-del'autremonde,&pour. 

dire mon o/ni° n . ^ f ' à fort lon S tetn P S ^, 
i'ay penfé que l'vne & 1 autre terre feio.gnei 
& continuent en quelque part, ou à tout» 
moins f auoifinent & approchent de bien pi< 
Et toutefois encor iufques a prefenr n y a au j 
ne certitude du contraire, poureeque versg 




des Indes. Liure I. "72 

Pôle Aréique, que nous appelions le Noîr* 
toute la longitude de la terre n'eft pasdefcou! 
«rtc & cogneuc 8c y en aplufieurs qui affer- 
ment qu au deffus de la Floride f eftend au Sep- 
tentrion vne terre fort large , qu'ils difent fe ve- 
n r rendre mfqu a la mer Scy tique, ou Germani. 
que. D autres adjouftent qu'il yaeuvnnauire, 
qui nauigeanr en ces parties , raconte auoir veu 
acofte deBacaleos, quifeftend quafiiufques 
»ux fins de l'Europe Dauantage, l'on neLit 
ion plusiufques où [> eftend la terre qui court 
m deinrs du cap de Mendoce, en la mer du Sud 
monquelonditque c'eftvneterre fortgran' 
e & qm court vne longueur infinie; & retour. 
ma 1 autre Pôle du Sud, il n'y a pas homme 
|u.fçacheoùParrefte la terre qui e* de l'autre 
ofte du deftroit de Magellan. Vn nauire de l'E- 
efque de Plaifance qui pafTa le deftroit, racon- 
= nauo,r perdu laveuç de la terre, Je mefme 
JtHetnandeLamer pilote, quipar tourmen- 

Xï /■" r°? tr °, is de r& ez au defrus d "dift 
eft oit. Ainfi n y a-il raifon , ny expérience qui 
ontredife mon imagination , ou opinion , fea- 
onreft que toute la terre fe ioint & continue 
n quelque endroit, ou à tout le moins qu'elle 
approche fort 1 vne de l'autre. Si cela eftvray 
omme en effet il y a de l'apparence, la refponf ê 
ftayfee au doute fi difficile que nous auions 
ropole , comment peurenr pafTer aux Inde» 
a premiers peupleurs d'icelles ; pource que 
on doit croire qu'ils ne peuuent pas tant y 
•tre venus nauigeans par la mer, comme che- 
unanspar terre, &auroientpeu faire ceche- 

Fij - 






Il 

Wftbire naturelle 

langues que nous y voyons . I . 

Chapitre XXI. 

Es lignes 8c argumens q«i fe / e H 
Tent à ceux qui font curieux d examd 

que les anciens ne nau.geoien qu aux c 

™oes 7 ad toutes font moindres que challoj 
/.Ses fortes de vailTeaux feuleme. 
& efSlÏ, auLlefquelsilsnepourroK 
f ngolpher envne fi grande trauerfe, ans 
Î3efte dan-et de naufrage, & ores qu ils e 




desjndes, Liure II »1 

de laiguille^flrolabe, ou cadran. Que fils euf- 
fent efté 8. ou lo.iours fans voir la terre, il eftoit 
impofîîble qu'ils ne fe perdirent , fans pouuoir 
recognoiftre où ils euflent efté. nous recognoif- 
fens plufieurslfles fort peuplées d'Indiens, Se 
leur nauigation fortvfitee: mais c'eftoit celle 
qu'ils pouuoient faire en canoës & barquettes 
fans l'aiguille denauiger. Quand les Indiens du 
Peru qui demeuroient en Tombes, virentlapre- 
mierefois nos nauires Efpagnolsnauigeans au 
Peru, & recogneurent la gradeur des voiles ten- 
dus , & du corps des nauires , demeurèrent fort 
eftonnez, & nepouuans fe perfuader que ce 
fuffent nauires , pour n'en auoiriamais veude 
telle forme & grandeur, f'imaginoient que ce 
fuilent des roches. Maisvoyans qu'ils aduan- 
çoient fans f enfoncer , demeuroiem tous raui$ 
&tranfportezd'efpouuentement, iufquesàcç 
que regardans de plus près, ils recogneurent des 
hommes barbus qui cbeminoiét en iceux,qu ils 
eftimerent alors deuoir eftre quelques dieu^ 
ou gens du ciel. D'où il appert combien c'eftoit 
chofe încogneiie aux Indiens d'auoir de grands 
nauires. Il y a encore vne autre raifon qui nous 
fait croire, & tenir pluftoft l'opinion fufdite, 
fçauoir que ces animaux , defquels nous difons 
n'eftre pas croyable qu'ils ay ent efté embarqués 
par aucuns horam es pour p'orter es Indes;ne fe 
tiennent qu'en la terre ferm e , & non point aux 
Iiles qui font à quatre iournees de terre ferme. 
I'ay fait cefte recherche pour faire preuue de cen 
7i d'autant qu'il m'a femblé que c'eftoit vn> 
point de grande importance, pour merefou^ 






Hijtoire naturelle 

dre eh l'opinion que i'ay dite, que la terre des 
Indes, d'Europe, d' Afie & d'Afrique , ont quel- 
que communication enfemble , ou a tout le 
moins qu'elles Rapprochent fort par quelque 
partie. Il y a en l'Amérique & Peru beaucoup 
debeftesfauuages, comme deilyons, encore* 
qu'ils ne foient femblables en grandeur, fierté, 
ny en la mefme couleur de roux, aux renommes 
lvons de l'Afrique. Il y a auffi grand nombre de 
tygres qui font fort cruels, & plus commune- 
ment aux Indiens , que non pas aux Efpagnols. 
Ilyaanflidesouts, non pas toutesfms en tort 
grande abondance. Des fangliers & des renards 
vn nombre infiny. N eantmoins fi nous voulons 
chercher de toutes ces efpeces d'animaux en 
l'IfledeCuba.Efpagnolle, Iamaïque , la Mar- 
guerite, oulaDominicque, il ne f'en trouuera 
lucuns Tellement qu'efdites Ifles , quoy qu el- 
les fuffent fertiles, & degrandeeftendue,ilny 
auoit aucune forre d'animaux de feruiçe, quand] 
les Efpagnols y arriuerent. Mais pour le prefend 
il y a fi grand nombre de rrouppeaux de chej 
«aux, bœufs , vaches , chiens & pourceaux , qui 
ont multiplié de telle façon, que jà les troupe 
peaux de vaches n'ont plus demaiftre afleurc 
mais appartiennent au premier qui les rue, Si 
iartiere, foit en la montagne , ou aux champs 
ce que les infulaires font feulement pour auoi 
le cuir dont ils font grand traffic, laifians perdr 
lachair fanslamanger. Les chiens y onttellej 
ment multiplié, qu'ils marchent en trouppes.fi 
endommagent fort le beftial , & font autant d. 
dégaft que les loups , qui eft vne grande incon 




des Indes. Liure 1. ^ 

moditc en ces Ifles là. Il n y a pas feulement 
faute debeftes fauuages en ces Ifles, mais en la 
plus grande part, d'oy féaux , & oy (liions. Pour 
les perroquets, ily enabeaucoup qui ontvn 
grand voj, ôc vont par bandes: mais il y en a peu 
comme i'ay ait, & d'autres fortes d'oyfeaux. De 
perdrix il ne me fouuientpas d'yen auoirveu, 
ny entendu qu'il y en aye comme au Peru. Auflî 
peu y a-il decesbeftes qu'ils appellent au Peru 
guancos,& Vicunas, qui font comme chèvres 
fauuages, fort viftes, en l'eftomac desquelles fc 
trouue la pierre bezaar , que plufieurs eftiment 
de grand prix, Se f en trouue quelquefois d aufîî 
grofles quvn œuf de poulie, voire la moitié 
dauantage. Ils n'ont non plus d'autre forte de 
beftial, que de ceux que nous appellonsmou- 
tons d'Inde, lefquels, outre la laine & la chair, 
de laquelle ils fenourriflent, &feveftent, leur 
feruent d'afnes , & de voi&ures à porter charge. 
(ls portent la moitié delà charge dvne mule, 
& font de peu de frais à leurs maiftres , pource 
qu'ils n'ont befoin ny de ferrures , ny dp bas, ny 
i'auoine pour leur viure , ny en fin d'autre har- 
lois, d'autant que de tout cela ils en font pour* 
neuz de nature , qui a voulu en ce fauorifer ces 
pauures Indiens. De tous ces animaux, & de 
plufieurs autres fortes, dont ieferay mention 
en fon lieu , la terre ferme des Indes cft fore 
abondâte & remplie. Mais il ne f'en trouue aux 
Ifles que ceux que les Efpagnols y ont appor- 
tez. Il eft bien vray qu'vn de nos Frères vid vn 
iouryntygre envnelfle, comme il nous a ra- 
conte fur le propos d'vnefienne pérégrination 

F iiij 




Hifloire naturelle 
& naufrage. Mais interroge combien cède Me 
eftoit efloignee de terre ferme , rcfpondit com- 
me de fix à huit lieues pour le plus, laquelle ira- 
uerfe de mer les tygres peuuent alternent palier 
à nacre. On peut inférer par ces argumens & au-, 
tresïemblables, que les premiers Indiens ont. 
pafle pour peupler ces Indes plus par le chemin! 
He terre que de mer; ou ('il y a eu nauigation,J 
quelle naefte ny grande, ny difficile, pource 
que c'eft chofe indubitable qu'vn monde doit 
eftre ioint ÔC continué auec l'autre , ou à tout le 
moins eftre en quelque endroit fort proche 1 vrt 
de l'autre. 



gue le lignage des Indiens ri eft point p appât 
' iljle Atlantique, comme quelques-vus 
simaginent. 
Chapitre XXII. 

PA Lyenaquelques-vnsquifuiuansrol 
g? pinionde Platon, mentionnée cy deP 
|é fus, rapportent que cts gens là par- 
$ tirent de l'Europe, ou bien d' Afrique* 
pour aller en cefte tant fameufe, & tant re- 
nommée Ifle Atlantique, & que delà ilspafl** 
jfcnt d'Ifle en autre, iufques à paruenir à la terre 
me des Indes \ pource que le Crifias de Platon 
çA fon Timee , en difeourt de cefte manière, 
Car fi Me Atlantique eftoit auffi grande com- 
me toute r A fie & l'Afrique enfemble , ou bieri 
encore plus grande, comme veut dire Platon, 
çlle deuroit par neceflïtc comprendre tout 
l'Occean Atlantique , & paruenir préface wf 



des Indes. Liure. T. 4j 

quesauxlslesdunouueau monde. Et dit dauan- 
■ tage Platon, que par vn grand & eftrangedelu- 
< gefonlsle Atlantique fe noya, & parce moyen 
i rendit cefte mer innauigable , pour la grande 
j abondance des bancs, rochers, &impetuofite 
àes vagues qui y eftoient encore de Ton temps. 
Mais qu'en fin les ruines de cefte Isle noyée, Te 
raflîrent & rendirent cefte mer nauigabie." Cecy 
aeftéfortcurieufementtrai&é& difeouru par 
aucuns nommes doctes, & de bon entende- 
ment i & neantmoins eftant de près confid ère, 
a vray dire fe treuuent chofes ridicules, qui ref- 
femblent plus les fables, pu contes d'Ouide, 
qu'vne hiftoire,ou Philofophe digne d'eftre 
mile en auant. La plus part des interprètes & 
expofîteurs de Platon, afferment que c'eft vne 
/raye hyftoire tout ce que Crifias raconte de 
. cftrange origine de liste Atlantique , de fa 
grandeur &profperité, des guerres qu'ils ont 
mes contre ceux de l'Europe,&plufieurs autres 
rhofes. Ce qui fait croire dauantage que c'eft: 
îiftoirevraye font les paroles de Crifias, que 
?laton introduit en Ton Timee, difant, que le 
ubied qu'il veut traiter eft de chofes eftran- 
> es > ma * s qui font neantmoins véritables.' Les 
Mttes difciples de Platon confiderans que ce 
iifcours a plus d'apparence de fable , que non 
3as a'niitoire, difent, que l'on doit entendre ce- 
a par allégorie, & que ça elle l'intention de 
eurdiuin Philofophe. De cefte opinion eft 
rocle,& Porphyre, voire Origene , lefqueîs 
ituxicnt rant ks eferits de Platonique quand 
??0|*arlent,il fembleque ce foientles liurès 



jjtfloire naturelle 
de M oyfe,ou d'Efdras,& là où il leur femble que 
les efcrits de Platon ne font pas vray Semblables, t 
difent qu'on les doit entendre en fens allégorie 
& myftic. Mais pour dire la venté, «neporte 
point tant de refpeft i l'authorite de Platon, 
cuoy qu'ils l'appellent diuin, qu il me lemble 
trop difficile de croire qu'il ayt peu efcnre ces 
chofesde llsle Atlantique , pourvne vraye hi- 
ftoire.lefquellespourcelanelaiffentpointde- 

ftre de pures fables : veu qu'il confeffe ne 1 auoir| 

appris que de Critias qui eftoit petit enfant , & 

entre autres chanfons chantoit celle de 1 Isle At-, 

lantique.Quoy que c'en foit,que Platon 1 ayt efl 

crit pour hiftoire.ou pour fable , quant a moy, 

ie croy que tout ce qu'il a efcntde cefte Isle., 

commençant au dialogue du Timee , & pour 

fuiuant à celuy de Critias , ne peut eftre tenj 

pour chofe vraye , finon entre les enfans & e 

vieilles. Qui ne tiendra pour fable, dédire qui 

Neptune^ amoura de Clyté,& eut d elle an 

fois des gémeaux d'vne ventrée , & que d vnl 

montagne il tira trois pellottes rondes de raeri 

& deul de terre , qui fe reffemblo.ent fi bied 

que l'on euft dit qu'elles euflent efte faift 

toutes en vntour ? Que dirons -nous dauantj 

ge de ce temple de mil pas de long, &de ciri 

cents de large, duquel les parois par cfehoi 

eftoienttoutes couuertes d argent toutle laq 

bris d'or , & le dedans d'yuoire c.felle & entid 

lafTéd'or.d-argent.&de perles; Enfin parlant 

fa ruine finale , il conclud ainfi au Timee : En 
mt CT vne miS furent vn guni Muge , f « Uf 
nmm fMttsfwtnt ufrmu * mmut» f™«fi 




'" 



des Indes. Lime. F. 4<î 

I O* de cefte façon l'ijle ^tUntijueeftdntfi&metvee, 
Ifamt entamer. Pour certain ce fut bien à pro- 
osque cette Iflc difparut fi fubitement, veu 
ueJie cftoit plus grande que l'Afie & l'Affi- 
ne enfemble, ôc qu'elle eftoit fai£te par en- 
untement. C'eftchofe auffi demefme fort à 
•opos , dédire que les ruines de cette Me iî 
■aiïde fe voyent au fonds de la mer,& que ceux 
n les voyent, qui font ks mariniers ; ne peu- 
^ntnauigerparlà. Jïuis il adioufte ; Pour cette 
éfe-iufittes amouMuy cefte mer ne fe nature point, 
nef eut eflre namgee pour raifon du Une Jm peu l 
tseflformi en ce fie ijle fubmergee. le demandé- 
es volontiers quelle.mer apeu engloutir vne 
Je infinité de terre, qui ettoit plus grande 
e toute l'Afie& l'Afrique enfembie , & qui 
confinoitiufques aux Indes, & encore l'en- 
>utirde telle façon, qu'il n'en foit demeuré à 
"lent aucuns reftes, ny apparences quelcon- 
es : veu qu'il eft tout cogneu ôc efprouué 
e les mariniers ne trouuent aucun fondCquoy 
e longue foit leur fonde) en la mer ou ils di- 
tauoir efté cefte Me. Toutesfbis ce pourra 
flbler chofe indiferete ôc eiloignee de rai- 
E de vouloir difputerferieufement les cho- 
qui ont efté racontées par paiTetemps feule- 
nt, ou bien fi Ion doit auoir tant de refpeft 
authorité de Platon (comme il eft bien rai- 
gable) on les doit pluftoft entendre , pour 
niher fimplement , comme en peinture la 
)fperité dVne ville , ôc quant & quant fa per- 
( on. Car l'argument qu'ils font pour prou- 
que réellement ôc defai&ceftelfie Atland- 




_ 

ffifioire naturelle 

oue ayt eue , difans que la mer en ces parties 1| 

retient encor auiourd'huy ce nom d'Atlantique, 

eftde peu d'importance-, veu que nous fçauons 

*Biir*<î- que le mont Atlas, duquel Pline ditcefte mer 

& l > *■ *' 3 T * auoir pnns Ton nom , eft aux confins de la met 

de Mauritanie. Et fi le mefme Pline raconte quef 

ioi^nant le mont fufditily avnelflenommecf 

Atlantique, qu'il dit eftre fort petite & de fonj 

peu de valeur. _— 

^ f opinion de plu/leurs qui affament que il 

^première race des indiens vint des îuif s, 

neji point véritable. 

Chapitre XXIII. 

Aintenant que nousauons mofti 

i qu il n'eft point vray-séblabk qi 

les premiers Indiens ayent paf 

! aux Indes par l'Ifle Atlantique,il 

1 ena d'autres qui difent & ont op 

niô que ce fut par ce chemin dont parle Efdr 

4.Ï/&.13. Iiurequau-iefme,difantainfi: Et fource quetu m 

quihJfembUitvne autre troufe & multitude dhwt 

parles Jufauras que ceux-là font les dix tributs qui j 

rtnt mene\en captiuitè au temps du Ksy O^que Sain 

nalar I{oy des Syriens mena prifinmers , CT UtfW 

ï autre (art du fleuue, &> furent tranftorte\envnei 

tu terre, ils arrefterent <tr refolurent entreux de IdtJJe 

multitude des Gentils, 0-de fafer en autre rewnf 

efioignee, ou ïamais les humains n'habitèrent , afin de£ 

derleurloy quils riauoient feu conpruer en leur te 

ils payèrent donc [4t deschemins efimts du fient* i 




des Jndes. Liure t. ^ 

hite.tar alors Dieu monfira fis merueilles en leur en- 
(royrrtjfant le cours du fient lufques k et quds eujfent 
>afe, d'autant que le chemin four aller en ceftere?ion, 
fitt très-long, o*d'vnan erdemy, <&> appelle ce fie 
mon ^trfaretb. ^ilors tlsy dtmturerent iufques aux 
Urmtrs temps. Maintenant quand ils commenceront à 
tutmr , le Tout-puiffant retiendra derechef W autrefois 
f cours dufiettue, afin qu'ils put tfntpafer, erpour cefit 
mfe tu 04 veucefie multitude aucepaix. Quelques- 
'ns veulent accommoder cefte eferiture d'hf- 
!ras aux Indiens, difans qu'ils furent conduits 
'.eDieu ou iamais n'habita genre humain, ôc 
juc-Ia terre où ils demeurèrent eft il efioignee, 
[u'ilyavn an &demy de chemin pour y aller,* 
(tant celte nation naturellement paifible , & 
mil y a de grands indices & argument entre 
: vulgaire de ces Indiens , pour faire croire 
u'ils defeendent de la race des Iuifs, d'autant 
ue lonles voit communément efchars,rabaif- 
:z, cérémonieux, &fubtils enmenfonge. Et 
îfent dauantage que leurs habits refTemblene 
m à ceux dont vfoient les Iuifs , pour ce qu'ils 
ortent vne tunique ou chemifolle , & vn man- 
:au brodé tout au tour, vont les pieds nuds, 
u feujemeut auec des femelles attachées de 
Durtoyesfur lepied , qu'ils appellent Ojotas. 
t dncnt qu'il appert par leurs hiftoir es^comm* 
ufli par ks anciennes peintures , qui les repre- 
nnent en cefte façon , que ccit habit eftoic 
ancien veftement des Hebrieux , &que ces 
eux fortes d'habits dont les Indiens vfent tant 
élément, eftoient ceux dont vfoit Samfon, 
ne lïfcriturc appelle , Tumcam, & Swdwm, 



J^floire naturelle 



qui eftlemefme que les Indiens appellent che.. (| 
mifollc & manteau. Mais toutes ces conieftu- 
res font légères , & pluftoft contr'eux,que pour 
eux- car nous (canons bien que les Hebneux 1 
vfoient de lettres, & il n'y en a aucune appa- 
rcnce entres les Indiens. Les autres eltoientl 
fort amy s de l'argent, & ceux-cy n'en ont point 
de cure. Les Iuifs s'ils nettoient circoncisse s'c-J 
ftimeroient pas Iuifs,& les Indiens au contraire 
ne le font ny peu , ny point, & iamais n'ont vi 
de cérémonie qui en approche , corne pluiieun 
des Orientaux. Mais quelle apparence y ail dd 
coniedurer cecy,veu que les Iuifs font tant dili- 
gens à conferuer leur langue & leurs antiquitezjj 
de forte qu'en toutes les parties du monde 01 
ils font,ils différente les cognoit-on toufiour 
d'auec les autres , Ôc neantmoins qu'aux Inde 
feulement ils avent oublié leur lignage,leur lof 1 
leurs ceremonies,leur Mcffie,& finalement tôt 
leur ludaïfmeîEnce qu'ils difent que les Indiel 
font efchars,rabaiffez,fuperfticieux& fubtils ej 
menfonge- pour le premier c'eft chofe qui n e 
point commune à tous:car il y a des nations ei 

rre ces Barbares exemptes de ces vices. Il yen 
d'autres généreux. & hardis , il y en a auffi < 
oroffiers,& fort lourds d'entendement. Quai 
aux cérémonies &fu perditions, les Gentils < 
ont toufiours fortvfé. De leur façon d'habit 
comme il a efté deferitcy deuant, ils en vfe 
ainfi, pour ce que c'eft le plus fimple & natuij 
du monde,fans artifice, & qui ptefque a efte c 
mun 5 non feulement aux Hebrieux , mais a toj 
tes les autres nations. Veu mefme que l'hiftoi 




desjndes. Liure. I. 4 8 

|i'£fdras ( Ci nous deuons adiouftcr foy aux Ef~ 
:ritures apocryphes) eft plus contraire, qu'elle 
!ie(e rapporte à leur intention. Car il dit en ce 
Pliage, que les dix tributs sefloignerencdela 
nultitudedes Gentils, pour garder leur foy ôc 
:eremomes 3 & l'on voit que ks Indiens font ad- 
tonnez à toutes les idolâtries du monde. Et 
:eux qui ont celte opinion mefme, voyent bien 
îles entrées du fleuue Euphratc vont iufques 
ux Indes &s'il eft neceiïaire aux Indiens de re- 
•aller par la, comme il eft dit au lieuprealleçué. 
Dutrece,ienevoy point comme ilsfepui&nt 
lommer pacifiques, veu qu'ils feTont connue!- 
ement guerroyez ks vns ks autres. En conclu- 

lonienevoypointquerEuphratedelapocry- 
•hc Eldras, foit vn pafTage plus propre pour al- 
er au nouueau monde,que l'enchantée ôc fabu- 
°u(e lue Atlantique de Platon. 

Four quelle raifon l'on ne peut bien trouver 
l'origine des indiens. 

Chapitre XXIV. 

Leftplusayfc-de réfuter & contredire 
- es huiles opinions mifesen auantfur 
- 1 origine des Indiens,que non pas d'en 
dire & arrefter vne refolution certai- 
ne & véritable: pour autant qu'il nva aucune 
renture emreles Indiens , ny mémoires cer- 
âmes de leurs fondateurs; Et que mefme il 
* eu fait aucune mention de ce nouueau mon- 





fc 




I 



tiifloire naturelle 

deésliuresdeeeux q* «»"*'%, cespart ie, 
| ettres : nos aucuns ont tenu qu en p , 

là n'y auoit ny ^Cfo < téméraire ", 

iondequoy «W ^ femb J«° oi defcouutit & ic 

& pre^nptuetn qui > -^L, & des ' 

rnonftrer la première origine lndes . Mais *■ 

r«»i« h0 »ïîr.°ï nelu-entpatle;; 
nous pouuons de loln S a ° . £ nt «.défia* ' 

difcou sirareftr u :":duan Ç a [P ea », 

que ce peuple ciesin n ouueatf . 

monde,& ee P ar ' a ? ftres ou bien par quel- 
que ou,vo.f.nage de««es o ^ eft , 

que nau.gation Ce ^ nie & non ^ 

moyen, parlequeiusj 

qui ayent ^.^^Zi^JM 
délibéré , ny qn >1 le*, fo* « ; combie 

g e , ou ternpefte ^qu lesj ay p ^ ^ 

qu'en quelque partie des ina ce , 

régions eftans h grandes q u r u 

«"elles des nations fans nombre no p 

Ç erdVn fiÏrme«Sàcepoint )q uelavray« 

plufieurs mihers d année , , qu^ 0cd J 

Latent ce -^^^rn'ieïhornrnesqui 
dentales ; mefme que les prenne ^ ^ 




des Indes. Livre. I. 49 

Vf entrèrent, & eftoient pluftoft hommes fauua- 
ges,& chafTeurs, que non pas efleucz & nourris 
en Republique ciuile& policée, & qu'ils arri- 
vèrent au nouueau monde , pluftoft s'eftans per- 
dus de leur terre, ous'yeftans trouuez en trop 
jgrand nombre, & en neceffitc d'en chercher 
jvne autre,laquelle ayant trouuee , ils commen- 
cèrent peu à peu à la peupler^ ayans point d'au- 
tre loy, qu vnpeu d'inftinci: naturel , & encor 

fort obfcur,& pour le plus,quelquescoufhimes 
qui leur font demeurées de leur première patrie. 
Et bien qu'ils fuffent fortisde terres policées & 
bien gouuernees,(î eft-ce qu'il n'eft pas incroya- 
ble de penfer qu'ils eutfent oublié le tout pour 
la longueur du temps, & le peu d'vfagerveu que 
l'on fçait qu en Efpagne & en Italie mefme,l'on 
trouue des compagnies d'hommes qui n'en ont 
rien que la figure & gefte feulement, d'où l'on 
peut coniedturer que de la façon les mceurs bar- 
barefques & inciuils, font venus en ce nouueau 
nonde. 

De ce que les Indiens racontent de IcurirMne* 

Chapitre XXV. 

E n'eftpas chofe de grande important 
ce de fçauoir ce que les mefmes Indies 
ont accouftumé de raconter de leur 
commencement & origine, veu qu'ils 
eflemblent plus leurs fonges que vray es hiftoi - 
es.IIs font entr'eux grande mention d vn delu. 
;eaduenu en leurs pays, mais Ion ne peut pas 

G 





Il 

Hijloire naturelle 

bien iùger fi ce déluge eft l'vniuerfel, dont par 
le PEfcriture , ou fi ça efté quelque autre delu 
ce ou inondation particulière des régions 01 
ils font. Ancuns hommes experts difent qnl 
l'on voit en ces pays.là,plufieurs notables appa 

rences dequelque g«" dt :! n ° ndat ï on >f J^ d . 
l'opinion de ceux qui penfent que les veft.ge 
marques qu'il y a de ce déluge , ne font de ce lu 
de Noé, mais de quelqu'autre particule 
comme de celuy que raconte Platon, ou cek 

eue les Poètes chantent de Deucahon. Que 
qu'il enfoit, les Indiens difent que tous 1 
hommes furent noyez en ce déluge ,& raco 
tent que du grand lacTiticaca, fortit vn Vu 
cocha qui s'arrefta en Tiaguanaco , ou Ion v< 
auiourd'huy des ruines & yelhges d anciens e 
fices fort eftranges, & delà vint à Cufco : ai 
recommença le genre humain 1 femjH 
Us monftrent en ce mefroe lac vn petit Met , 
ilsfei-nent que lefoleil fe cacha & s y conf 
ua & P our cefte raifon ils luy fafoient 
grands facrifices en ce lieu , non Seulement 
brebis, mais d'hommes mefmes. D autres] 
contét, que fix,oune fçay quelnombre d hd 
mes fortirentd'vne cerraine cauerne , par 
feneftre, qui donnèrent commencement j 
mu tipHcation des hommes, & àcefte occai 
Us appellent Pacaritampo. C eft pourquo 
font d'opinion que les Tambos eft la rac 
plus ancienne des hommes. Ils .difent que* 
goCapa,lequel ils recogno.nentpoutfoi 
feur & chef des Inguas . eftoit y (Tu de cefte 
là,& que de kiy fottirent deux familles & W 



ii 

âesJndes.Liurel. jo 

i ges,lVn de Hauâ Cufco, Ôc l'autre de Vrni Cuf- 
! co Ilsdifentdauantage, que quand les Roys ïn- ' 

guas entreprenoient guerre, Ôc conqueftoienc 
I diuerfes Prouinces, iis donnoient couleur; ôc 
I prenoient prétexte de leur entreprinfe, difans 
! que tout le monde les deuoit recognoiflre: 
pour autant que toutle mondes'eftoit renou- 
uellé de leur race& de leur patrie. El mefme 
que la vraye Religion leur auoit eflé reuelee 
du Ciel. Mais que fert d'en dire dauantage , veu 
que tout y eft plein de menfonge Ôc de vanité, 
ôc du tout efloigné de raifon ? -Quelques hom- 
ines do&es efenuent 3 que tout ce dont ks In- 
diens font mention, Ôc n'eft plus ancien que de 
quatre cents ans, ôc tout ce qu'ils difent du pa* 
xauant, n'eft: qu'vne confufion embrouillée de 
fi obfcures tenebres,qu'on n'y peut trouûer au- 
cune vérité": Ce qui ne doit fembler eftrange, 
d'autant que les lîures ôc eferitures leur déf- 
aillent, au lieu defqu elles ils fe féru en t de leur 
conte de leurs Quipocamay os, qui leur efl par- 
ticulier. Par lequel conte tout ce qu'ils peu- 
vent rapporter ne peut eftre plus long que 
de quatre cents ans. M'informant diligemment 
d'eux,pour fçauoir de quelle terre, ôc de quelle 
nation ils parlèrent autres fois là où ils font, ôc 
viuent à prefent , ie les ay trouué Ci efloignez de 
pouuoir donner raifon de cela, qu'ils tiennent 
pour certain qu'ils font créez de leur première 
origine en ce nouueau monde , où ils habitent. 
Mais nous leurauons ofté cefte erreur par no- .„ ■'■* 
ftrefoy, qui nous enfeigne que tous les hom> ** 
fnes procèdent d'vn premier homme. Il y a J 

G ij 






Cen-io. 



j/iftoire naturelle 

grande coniectae & fottappatente ', que cesi 

hommes pat longue efpace de temps , nom 

point eu de Roy s,ny de Repubhques,ma.s que 

Liuoient pat ttouppes.comme font amour- 

d'huy ceuxdelaFlot.de, de Chmquanas , dt 

Btefil,& plufieurs auttes nations qui n ont au 

cuns Roy s affeutez , finon félon 1 occafion qu 

s'offre, ou en paix , ou en guette , qu > s efofen 

leuts Capitaines, comme .1 lent plaift. M» 

quelques hommes futpaffansles auttes en , fore 

&induftrie,auec le temps commencetent à fei 

gneutier & commander -, comme fit ancienne 

lient Nembtot : puis croiffant : peu a peu for, 

venus à fondet les Royaumes du Petu & de m< 

xique, que nos Efpagnols ttouuetent , & corn, 

bien qu'ils fuffent batbates,futpafToient nean 

moins de beaucoup les autres Indiens. Vo.l 

Comment la raifon fufdifte nous demonft 

que la race des Indiens a commence àmul 

plier, pour la plus grande patt , d hommes fai 

s g e& *»&*> &** d ° itfu , ffire îsa 

l'origine def gens dont nous nations , biffant I 
fotplus quand Ion ttaitteta leur hiftoire plud 
loifir. 



1 




LIVRE SECOND DE 

L'HISTOIRE NATV- 
relie & morale des Indes. 




gue ce tf eft pas hors de proposants neceffaire y 

de trait ter de la nature de ÎEquinoxe* 

Chapitre premier. 

O v r bien comprendre les chofes des 
Indes, il eft neceflàire de cognoiftre la 
nature & diipoiîtionde cette région, 
& que les anciens appelloient Zone Torride,& 
latenoienc pouf inhabitable, veu quelaplus 
grande part de c^ nouueau mode que l'on a der- 
nièrement defcouuert,gift & eft fitué fous cefte 
région du milieu du Ciel, Et me femble chofe 
fort à propos ce que quelques- vns difent que la, 
çognoifTance des chofes des Indes dépend de 
bien entendre la nature de l'Equinoxe:dautanc 
que la différence qu il y a prefque, entre lVn & 
l'autre monde , procède des proprietezdeceft 
Equinoxe. Et faut noter que toutceft efpace 
qui eft entre les deux (Iropiques, fe doit tenir $ç 
entendre propremét pour cefte ligne du milieu, 
qui eft TEquïnoxe, ainfï appellee pource que le 
foieilfaifantfon cours en icelle, rend par tour 

G U} 



- 




Hiftoire naturelle 

le monde les iours & les nuifts efganx j mefine 
que ceux qui habitent au deffous d icelie.touy 
Lt tout le lôg de l'année de cette mefme e ga 
té des iours & des nuias.Or en cefte henc Equ. 
noxialle, nous trouuons tant d admirables po 
prierez que c'eft auec bône raifon que lenten 
dément humain fe tefueille & ttauaille pour e 
rechercher les caufes, n'eftant point tant efme 
àceparladoârinedesanciensrhilofophes.qu 

par la mefme raifon & certaine expérience. _ 

~^q~^7alfin les anciens ont tenu que / 
Zone Torride pour certain efiott 
inhabitable. 

Chapitre II. 
Echerchantàprefentcefujed d 
fon cÔmencement.aucun ne pou 
ranier ce que nous voyons clair 
mét.que le foleil en s'approchar 
, efchauffe,& refroidit en s eflc 

gnant. Tefmoinsenfont lesiouts& :l«nuitf 
fefmoinsrhyuer &l'efté ) lavanetcdefquels 
le froid&l/chaudeftcaufépatlapprochen 
& efloigneme't du foleil D'autre pareil eft au i 
certainfque plus le foleil s'approche,&iete_ ; 
rayons directement , plus la terre en eft arfe 
embrafee,ce qu'on void c airemet en U chai* 
du midy ÔC en la force de l'efté. D ou 1 on p 
iuger (àecqu'ilmefemble) que tant plosv. 
teïre eft efloignee du cours du foleil , tant p s 
eft-elle froide. Ainû nous expérimentes que s 
terres & régions qui s'approchet dauantagei 




des Indes. Dure. II. 52, 

Septentrion ou Nort,font les plus fr oides,& au 
contraire celles qui s'apprbchent du Zodiaque, 
où chemine le foleil , (e trouuent les plus chau- 
des. Pour cefte caufe l'Ethiopie furpafle l'Afri- 
que & Barbarie en chaleur, la Barbarie furpatfe 
FAndalouzie,rAndalouzie, Caftille & Arrago, 
& Caftille Se Arragô furpaiïent aufti la Bifcayc 
& la France. Et d'autant plus qu'elles (ont Sep- 
tentrionalles, d'autat moins font elles chaudes: 
par confequent celles qui s'approchent le plus 
du foleil, Se font plus à plomb frappées de fes 
rayons,fe rerTentent dauantage de la chaleur du 
folei|. Quelques- vns mettent en auantvne au- 
tre raifon à cefte fin , qui eft que le mouuement 
du Ciel eft fort foudain & léger deuers les Tro~ 
piques j mais qu'à l'endroit des Pôles au con- 
traire il eft fort lent Se pefanr.d'où ils concluent 
que la région que le Zodiaque circuit éccon- 
tienr 5 eft embrafee de chaleur^pour trois caufes 
& raifons; l'vne pour le voiirnage du foleil, 
l'autre pour receuoir directement fes rayonsja 
troiilefme,pource qu'elle participe Se fe retient 
aucunement de ce plus vifte & foudain mouue- 
mentdu Ciel. Voila ce que la raifon & le dif- 
cours nous enfeignent , touchant la caufe du 
froid Se chaleur des régions de la terre. Mais que 
dirons^nous des deux autres qualitez 5 qui font 
l'humidité Ôc la fechereiTe ? tout le mefrne. Car 
la fecherelfe femble eftre caufee par l'appra- 
chement du foleil , Se l'humidité de fon cûoig-* 
nement , d'autant que la nui& eftantplus froi- 
de que le iour , eft aufii plus humide 3 & le io.ur 
eft piusfec^comme eft an t le plus chaud. L'hyuex. 

G iiij 



- 




» 



Hifioire naturelle 

pendant que le foleil eft plus efloignc , fe voi. 

plus froid ôc pluspluuieux, ôc TEftc au contrai 

re,auquel Soleil eft plus proche , certainemer 

eft plus chaud & plus fec.Pource que tout ain 

que le feu a la propriété de cuire &de bruflei 

auflî la-il pareillement de deflècher l'humidité 

Confiderans donc ce que deflus, Ariftote ôc i< 

autres Pfeilofophes attribuent à la région d 

Midy , qu'ils appellent Torride , vne exceflîi] 

chaleur , ôc vne fecherefle tout enfemble. Ce 

pourquoy ils difent que cefte région eftoit me 

ueilieufement embrafee & defechee: ôc que p; 

confequent elle n'auoit point d'eaux, ny de p 

fturages , caufe pour laquelle elledeuoit eft 

par necefîité fort contraire ôc fort incommo< 

à la vie humaine. 

^ue la Zone Torride eft fort humide , cent 
F opinion des anciens. 
Chapitre III. 

O v t ce que nous auons prope 
cy deflus, femble certainement eft 
vray Ôc bien à propos, ôc neantmoi 
laconclufion qu'ils en veulent tir< 
fetrouueappertement faufle : d'autant que t 
région du -Mfdy , qu ils appellent Torric 
eft peuplée ôc habitée d'hommes realement 
de faiâ: ; Ôc nous-mefmes y auons demei : 
long temps : aufli eft-elle fort commode, pli - 
fante& agréable. Si donc il eft ainfi, comij: 
on ne le peut nier , que dVne propofition vej • 
table l'on ne peut tirer vne conclufion fauf 




des Jndes. Lîure IL fj 

êc que neantmoins cefte conclufîonfoîtfau(Te 8 
comme elle 1 eft, il nous eft befoin de retourner 
arrière par les mefmes pas , pour confiderer , ôc 
regarder vn peu de pluspres cefte propofïtion, 
& d'où procède Terreur & la faute. Nous di- 
rons donc premièrement quelle eft la vérité, fé- 
lon que l'expérience certaine nous le monftre, 
puis après nous le prouuerons (combien que ce 
foit chofe fort difficile) omettrons peiné d'en 
donner la raifon, fuiuant les termes de Philofo- 
phie. Le dernier point que nous auonspropofé 
çydefTus, que la fecherelfe eft plus grande lors 
que lefoleil eft plus prochain de la terre, fem- 
bie chofe certaine & véritable, & ne l'eftpas 
toutefois, au contraire eft totalement faufle: 
car il n'y a Jamais plus grande abondance de 
pluyesen laZoneTorride, que lors quelefo- 
leil patte par deffus, & en eft fort proche. Ceft 
certainement chofe admirable , & digne d'eftre 
remarquée , que l'air eft plus ferain, & fans 
pluyes, fous cefte Zone Torride, lors que le fo- 
leilen eft plus efloigné; & au contraire qu'il y a 
plus de pluyes , de neiges , 6c de brouillards , au 
temps quele foleil en eft plus proche. Ceux qui 
n'ont point efté encenouueaumonde, parad- 
uenture tiendront cecy pour chofe incroyable, 
& femblera eftrange mefme à ceux qui y ont 
efté , fils n'y ont prins garde : mais les vns & les 
autres f y accorderont volontiers, en remarquât 
l'expérience certaine de ce qui a efte dit en ce 
çoftéduPeru, qui regarde le Pôle du Sud, ou 
Antarctique, le foleil en eft plus efloigné lors 6c 
au mefme temps qu'il eft plus proche de l'Euro- 




* 




Hifioire naturelle 

pe , à fcauoir , en May , Iuin , Iuillet , & Aouft 
qu'il fait fon coûts au Ttopique de Cancer du t 
rant lefquels mois au Peru y a vne grande 1ère 
nitc & tranquillité de l'air, &ny tombealor 
aucuneneige, nypluye. Tous les fleuues&r 
mères y diminuent fort, & quelques-vns y ta 
riflent du tout. Mais comme l'année f'aduance 
& que le foleil f'apptoche du Tropique de C 
pricome, alors commencent les eaux , pluye 
& neiges, & fe font les grandes cteiies des nuu 
res , qui eft depuis Oftobre mfques en Dece 
bre; puis après , lefoleil fe retirant du Capnc 
ne, lort que fes rays donnent droittement 
les teftes de ceux du Petu, c'eft alors^ue la ta 
& fureur des eaux eft grande , ceft le temps d 
pluyes , neiges , Se grands débordements des , 
uieres,qui eft en la mefme fa.fon de 1 année qc 
y a plus grande chaleur, fçauoir depuis lanm 
lufquesà la my-Mars. Et eft chofe fi vraye, & 
certaine, que perfbnne ne le peut contredire, 

tout le contraire alors fe rencontre esregio: 
du Pôle Ardtique outre ÏEquinoxe, ce qui pr 
cède d'vne mefme raifon. Mais voyons main' 
nant de la température de Panama , & de to' 
ceftecofte, tant delà neuueEfpagne des 1 

de Barlouente,de Cuba, Efpagnolle, Iamaïqt , 
que de faind Iean de Port- riche , nous trouu • 
rons fans faute que depuis le commencement > 
Nouembre iufques en Apuril, ils y ont lui & - 
ciel fort clair &fort ferain, dont la railon < , 
pour autant que le foleil paftant par 1 Equmc ; 
pour aller au Tropique de Capricorne, il le 
elloignant de ces régions plus qu en autre lull ï 




des Indes. Dure IL j* 

de Tannée. Et au contraire, ils y ontdegrofïès 
pluyes , 8c de fort grands rauages d'eaux, quand 
lefoleil retourne vers elles, 8c qu'il en eft plus 
proche , qui eft depuis luira iufques en Septem- 
bre , pource qu'alors Tes rayons donnent plus 
fort fur eux. Onvoid aduenirlefemblable en 
l'Inde Orientale, comme nous l'apprenôs iour- 
nellement par les lettres qui en viennent. Par 
ainfî c'eft vne règle générale (bien qu'en aucuns 
lieux il y ayt exception ) qu'en la région du Mi - 
dy, ou de iaZoneTorride, quieftvncmefne 
chofe, l'air y eft plus ferain, 8c y*a plus de feche- 
refle alors que lefoleil en eft plus efloigné; 8c 
au contraire, que quand il fen approche , il y a 
plus de pluyes 8c d'humiditez-, 8c tout ainft que 
le Coldl Paduance, ou fe retire peu, ou plus; ain- 
fi la terre abonde, ou manque d'eaux, ou d'hu- 
midité. 



Quau régions qui font hors des Tropiques il y 
apius d'eaux lors que le foleil en efi plus 
efloigné, tout an contraire decequiefi fou^ 
la Zone Torride, 

Chapitre IV. 

S régions qui font hors les Tropiques 
<f Ton void tout le contraire de ce qui eft 
p dit cy deiïus, pource que îa pîuye fe 
m elle auec le ft oid, 8c la fechereffb 
auec la chaleur -, ce qui eft fort bien cogneu en 
toute l'Europe, 8c en tout le vieil monde, corn- 





Hiftoire naturelle 
me onle void de mefme façon en tout ce nouj 
ueair, dont eft tefmoing tout le Royaume d 
Chillé, qui pour eftre dehors le Tropique d 
Capricorne, &en mefme hauteur quel'Efp; 
gne , eft fujet aux mefmes loix de l'hyuer, Ôc c 
l'efté , excepté que l'hy uer eft là quand l'efté e 
en Efpagne, d'autant qu'ils font en diuers pôle 
Par ainfi quand le froid eft en ces Prouinces, 1<| 
eaux y font en fort grande abondance , qui efl 
quand le foleii fen efloigne le pins, depuis 
commencement d'Auril iufques à la fin de Sej 
tembre. Finalement la difpofition des faifons 
eft telle qu'en Europe, fçauoir, quelachalei 
& fecherefte y viennent quand le foleii y r<j 
tourne. De là vient que ce Royaume de Chili 
approche plus de la température deTEuropl 
qu'aucun autre des Indes, tant aux fruicts de 1 
terre, qu'en la difpofition du corps ôc de 1'efpil 
des hommes. Ce qu'ils difent eftre de la mefnï 
façon en cefte partie de terre qui eft deuant l'ii 
thîopie intérieure, laquelle fe va eflargiflant e| 
faconde pointe, iufques au Cap de bonne efp<| 
rance. Ce qu'ils tiennent pourvraye caufedl 
inondations du Nil qui font en efté , defquelhl 
les anciens ont tantdifputé i d'autant qu'en cl 
fie région là l'hyuerôc les pluyes y commence! 
au mois d'Auril , quand le foleii palle défia le il 
gne d' Aries. Et ces eaux qui en partie procédai 
des neiges, ôc en partie des pluyes, faffemblenl 
&font de grands lacs &eftangs, defquelsprl 
cède , par bonne ôc vraye Géographie , le fleuj 
duNiL Et parce moyen va peu à peu eflargil 
fant fon cours, iufques à ce qu après auoir coujf 




des Indes. Liure IL jf 

|vn long chemin, il vient finalement au temps 
jde l'etté inonder l'Egypte, qui femble chofe 
i contre nature, &neantmoins eft chofe qui T'y 
^apporte: caraumefme temps qu'il eft eux en 
jEgypte fîtuee au Tropique de Cancer , l'hy uer 
ieftaux fources du Nil , qui eft en l'autre Tropi- 
ique de Capricorne. Il y a en l'Amérique vne au- 
jtre & femblable inondation que cdle du Nil, au 
jParaguey, ou autrement, riuiere de laPlatte 
|(qui vaut autant à dire comme riuiere d'argent:) 
lequehous lesansreceuant vne infinité a eaux 
qui tombent des montagnes du Peru , vient à fe 
déborder fi terriblement de fon cours, & va ga- 
gnant tellement celle région , queleshabitans 
lont contraints, durant ces mois là, de fe retir er 
& fe tenir en des barques & cano es, & de quit- 
ter l'habitation de la terre. 

gu "entre les deux Tropiques en Efté, ou temps 
de chaleur 9 eft Ufaifon où il y a plus grande 
abondance de pluyes ; auec <vn dif cours de 
tHyuer, & de t Efté. 

Chapitre V. 

Ovr refolution, l'efté efttouf- 
jours fuiuy , & accompagné de 
chaleur Se de fecherefte es deux 
régions , ou Zones tempérées , de 
Thyuer auflï de froidure ôc d'hu- 
nidité. Mais en la Zone Torride ks fufdites qua* 
itez ne fe trouaient point enfemble de lamef- 







Hiftoire naturelle 

me façon, d'autât que les pluyes y fuiuét la ch| 
leur , ôc le froid y eft accompagné de fecherefl I 
& d'vn air ferain. l'entends par le froid , le d I 
faut de chaleur exce(£wg 9 d'où vient que l'hyu I 
fe prend en noftre Europe pour Je froid, &| 
temps pluuieux & tfté pour le temps de chale j 
& ferenité de l'air. Nos Efpagnols qui font i 
Peru 8c en la neuueEfpagne, voyans quecf 
deux qualités ne fe trouuoient point enfemb 1 
comme elles font en Efpagne,appellent l'hyu I 
la faifon en laquelle il y a beaucoup d'eaux & 
pluyes;&r£tïccclleoùilyenapeu, ou poil 
En quoy ils fe trompent euidément, quoy qu l 
veuillent dire par v ne règle cômune, que Te : 
eft aux montagnes du Peru depuis le mois d' ■ 
uril iufqu'en Septembre ,pource que les plu; ; 
cefTcnt en ce temps-là, & que l'hy uer efl dep I 
le mois de Septembre iufques au mois d' Au; f 
pource qu'alors elles y reuiennent, 6V par ai i 
ilefthyuer & efté au Peru , lors, & aumef I 
temps qu'il l'eft en Efpagnej de forte que que 1 
lefoleil chemine au defïus de leurtefte, al s 
ils croyent que c'eft le fond del'hyuer, po - 
ce qu'à y a plus grande abondance de plu\ !. 
Mais c eft chofe digne de rifee, comme ven t 
de gensignorans & fans lettres : car tout a (i 
comme la diuerfité qui eft entre le iour <5 a 
nuict, procède de la prefence ou abfence du i- 
leilennoftrehemifphere, félon le mouuem ît 
du premier mobile, qui eft la caufe du iou k 
de la nuict i ainû la différence que nous voy is 
entre l'hyuer &i'efté, procède del'approc ï 
ment,ouefloignementdufoleil, félon le m i- 



des Jndes. Liure II. }g 

tiement du mefme foleil, qui eft en la propre 
caufe. Doncquesàvraydire, iîeftifté lorsque 
le foleil eft plus proche , & hyuer quand il elt le 
plus efloigné. La chajjgj*, le froid , & toute au- 
tre température, fontcaufees par/ne^eiijté de 
rapprochement , ou efloigne-merit du foleil: 
mais lepleuuoir &nonpleuuoir, qui eft l'hu- 
midité & la fecherefTe, ne fen enfument pasne- 
cefTairement. Ceft pourquoy il eft aifé de iuger 
(outre cefte opinion vulgaire) qu'au Peru l'hy- 
uereftferain, &fanspluyes, ôc que le (té y eft 
pluuieux,^: non pas au contraire , comme plu- 
fîeurs penfent que l'hyuer foit chaud , & l'eftc 
foit froid. Us tombent en la mefme erreur fur 
la différence qu'ils font, entre la plaine, Scks 
montagnes du Peru, difans que quand il eft Efté 
en la montagne , l'hyueroeft en la plaine, qui eft 
en Auril , May \ Iuin, Iuillet, & Aouft $ pource 
qu'alors l'air eft fort clai^ ôpïemnen la mon- 
tagne, fans aucunes pluyès/ny bruines, ôc en ce 
temps.-là neantmoins l'on void ordinairement 
en la plaine des brouillards qu'ils appellent gua- 
nia, qui eft comme vne rofee fort douce , de la- 
quelle eft couuert le foleil: mais l'hyuer & l'e- 
ftc, comme il eft dit , font caufçz de rapproche- 
ment & elloignement du foleil. Puisdoncquil 
cftainfi, qu'en tout le Peiu , tant en la monta- 
gne, comme en la plaine, le foleil f'en appro- 
che, &• efloigné en vn mefme temps j il n'y a 
donc point deraifon dédire, que quand il'eft 
ifté en vne partie , l'hyuer foit en vne autre. 
Toutesfois c'eft chofe de peu d'importance de 
^ebatre fur la fignificatiarj des mots, qu'ils l'ap- 



fjifloire naturelle 

sellent comme ils voudront, & difent qu'il foi 
ï&é quand tlnepleutpoint, encore* qu ,il fatt 
dauantage de chaleur. Mais ce ou 1 on doit auoi 
plus d'efeard, eft à la v«^ dufubjet qui eft de 
claré , à Luôir que la fecWffe , ou défaut d 
pluyes, ne font pastoufiours eh plus grand 
Loldance, quand le foleil f approche le plus 
ainfi que l'on void en la Zone Torride. 

QuelaZoneTorride abonde en eau & pa(?A 
"^ages, contre [opinion d'Aripte, qm * 
■mis en auant le contraire. 

Chapitre VI. 

'O k peut facilemeht entendre pari 

difeours precedenr, que la Zone To 

ride n'eft feche , mais abondante e 

eaux; ce qui eft tellement vray, qu'e 

le furpaffè les aurres régions du mode en abor 

dance d'eaux , fi ce n'eft en quelques endroict 

où il V a des fablons, ou terres déferres, comrr 

l'on trouue meftne es autres parries du mond 

Quant eft pour les eaux du ciel, l'on a del 

mSnftré qu'il y a grande abondance de pluye 

neiges & grefles, qui fpecialement abondent c 

laProuince duPeru: mais pour les eaux de 

terre , comme fontles riuieres , fontaines , rui 

féaux, puits, torrents & lacs , ie n en ay rien d 

iufquiicy, toutesfois eftant chofe ordina 

que les eaux d'embas fe rapportent a cell 

d'enhaut , l'on doit entendre qu'it^e peur y < 

auoir feute. Et de vray il y a vne telle & h ff» 

deapo; 



" 






des îndes. Littre tt fi 

; de abondance de fources , & de fontaines, Ji\ 

■ aI^TT^' re « ion ' «contrée de- 

1 lt< T f reftC dun î on , de ' oùi Iy^ttantde 

acs marefeages & de jî grandes riuieres : car 

nËKT Pame l el Ame «'q«c eftprefque 
inhabitable, pour cefte trop grande abondan- 
ce &quannte d'eaux, d autant que les riuieres 
enflées de grandes pluyes de l'efté , fortent à 
tous couple leurM , auec vne telle furie & 
impe uofite, qu-elles rompent & brifenttout 
ce qu elles rencontrent , & ne peut on en aucu, 
ne façon cheminer en plufieurs endroits, à eau- 
fe de la boue & fange des marefeages & vallons. 
A cette occafion ceux qui demeurent proche & 
joignantle Paraguev , duquel nous auons fai* 
mention cy deffus , preuoyans la creue du fleu- 
ue auparauant qu'elle aduienne, fe mettent en 
leurs canoës auec leurs meubles & leurs hardes, 
fcprefque parleipace detroismois, ou enui- 
ton, ilsguarantiflentleursvies & leursmoyens 
en nage ant . Puisapres , lefleuue retournanten 
lonhcl, ilsremennent enleursmaifons com- 
ZtTTl- en c° restou tcsmoittes, &degou- 
tantes dehnondation. Ereft cefleuue delelle 
wmdeur, quele Nil, le Gange, & fÉophrate, 
ils efto.ent amaflez tous enfemble, ne le pour ' 
ment pas efgaler à beaucoup près. Mais que 
lirons-nous de la gramieriniere delaMagde- 
wTr^ qU i { '™&°ty he en la «et entre fairtde 

S 6 ' r Cartha gf ne > & ^ appellee auec 
)onne ralfon de riuicrc , >£\ ^ en 

«P«aes.la, j'eftois grandement efmerueillé 
?mmefon ?au , quiefttres-elaire, demeuroie 

H 



.-•WJ. 



I 



» 



Hiftoire naturelle 

& s'efcouloit dans h «net plus de dix Ue3« 

► „^nr en fa largeur deuxhcues, & da- 

S ï s C ;.5lc & mefiaft ny oeuft eftre 

S des vagues impetueufes de lamerOc- 

ceane 4 e s-iîcftqueftion de parler plus Ion- 

CuemenTdes fleuues, ce grand fleuue appelle 

Esvnslariuiere des Amazone., parlesau. 

£es Maranou,&parlesautres,ri U «ere dOreU 

anâ laquelle nos Efpagnols nau.gcrent lors de 

leurs defcouuertes , doit efteindre la renommée 

dcouîUaurres.Etàlaverhéufu.sendouti 

fi ie le do 1S appeller, ou tiuiere , ou mer II nue 
■ ££, t montagnes du Peru . dcfqu dta i r* 
cou vne abondance infime d eaux, de pluyes « 
S de iukres, qu'il va recueillant, & attuant 
?oy , puis pâlfant 1« grandes campagnes & pla 
ne. dePotiti, du Dorado, & des Amazone 
ventenfins'emboucherdanslOccean pre 

«U trauers des lues de la Marguerite & de 
Trin^é. Il afacouche fi large, & fi fpaceufe 
princ paiement au dernier tiers de alongueu 
Ç contient au milieu de foy plufieurs l 
Lndeslfies.Etcequifemblemcroyablelo 

Le Von lenauige par le milieu , 1 on nev« 

le du ciel & de l'eau. L'on dit bien dauant 

le quede ce milieu l'on ne peut pas voir, « 

lefcouurir à l'œil plufieur. grandes Se haut 

montagnes quifont àfonriuage, àcaufede 

rande g largeu<- Nous auons appris de bon 

fan * a grfndeur & largeur ****&H 

ce fleuue ( qui doit bien, ce me femble, men. 

îe nom d'Empereur & Monarque de. fleua 

quUurparlerapportdVnneredcnoftreCo 



des Jndts. Liure / /. j^ 

fjàgnie, lequel eftantieune pour lors, le nauigca 
en la compagnie de Pierre d'Orfua, auec lequel 
ilfetrouua à toutes les aduentùres de cefte C\ 
eftrange entrée & defcouuerte ,& aux feditions 
k pernicieux a&es decemefehant Diego d'À- 
}uirre, d'où Dieu luy fift la grâce de fortir, & en 
;ftr e deliurc , pour le mettre de noftrc Compa- 
gnie. Telles donc font les riuieres qui font en 
a région qu'ils appellent Zone Torride, cV la 
cgion feche & bruflee, en laquelle Ariftote Se 
es anciens difent qu'il n'y a point d'eaux , ny de 
.afturages. Mais d'autant que j'ay fait mention 
a fleuue Marannon , afin de monftrer labon- 
ance des eaux qui font en la Torride , il ne fera 
aal à propos de toucher quelque chofe de ce 
rand lac qu'ils appellent Titicaea, qui eft an 
nlieude la Prouincc de Collao. Il y a plus de 
ix flcuues fort grands, quife perdent en en- 
ant dans ce lac, 6c ncantmoins n'a pour fa vui- 
equ'vnfeul courant d'eau, qui eft petit, bien 
iTon dife qu'il eft très-profond, & de telle fa- 
>n, qu'il eft impoffible d'y baftir,ou faire pont, 
3ur la profondeur defoneau, & qu'on ne le 
eut non plus pafTer par batteaux, pour la gran- 
froideur & rapidité du courant. L'onlepaïïe 
ir vn gentil , & remarquable artifice , propre, 
particulier aux Indiens y qui eft auec vn ponc 
î paille poféfur lamefmeeau; lequel, d'au- 
nt qu'il eft fait dVne matière fi légère, ne f'eh- 
nce point, &neantmoinSeft ce paffage foré 
ur, &fortayfé\ Ce lac contient prefquequa- 
t vingts lieues, trente cinq en fa longueur & 
unze lieues au plus large, llvapluûearslfles 



" 



Hiftoire naturelle 

«u anciennement eftoient habitées, & culd- 

S. Sais aujourd'huy elles font defettes II 

™Vnfc wieerande abondance de joncs, que 

SaasspaSS 

aux pourceaux , aux chenaux , & aux bonma 
Ses Ils en font des maifons , du feu , & des 
melroes. lis en trouuent en ceftuy leutl 

bMqtttt ; o ut«?ont£o«dcbefoing,&fon| 
rv"ôsvnpupkfibr»tal & f 1 lourd, q u'eux 

d'eux qu'eftans interrogez Séquelle nation" 
eftoknt ils refpondirent qu'ils n'eftoient pa 

îouuent changent ainfi de lieu à autre tout 
£ enLble. Par ainfi qui voudroit a, 
3h«yles chercher oùilseftoienthier c 

£ rouueroit aucun refte , ny apparenc d eu 
nv de leur village. Lecours & vuidedecegra 
hcavant couru enuiron cinquante heues , fa. 
SrÏvn autrelac, moindre toutesfois que 
pS" qu'ils appellent de Pary a & conne 
£ foy quelques Mette, : mais l'on n y • vo 

délïbus terre, 6c qu'il va donner en la mer 
Sud, mettant en auant acefte fin , quUya 
bras de ffoue que l'on void naiftre & entrer 
£me7, fort proche du nuage, fans en çogn 
ftr?&i g ine. P AuconuaireiecroyqueUse^ 



des Indes. Liure IL /j> 

decelacferefoluent, ôc diiïïpent danslemef- 
jme lac, par l'ardeur ôc chaleur du foleil. Ce dif- 
cours mefemble fuffifantpour monftrer qu'à 
; tort les anciens on: tenu la région du milieu în- 
,habitable par faute d'eaux , d'autant qu'il y en a 
grande abondance ôc du ciel , & de la terre. 



TraiSi delaraifon pourquoy le foleil h or s des 
Tropiques, engendre plus grande quantité 
d'eaux quand il ejl pin ejloigne : & pour- 
quoy au contraire, au dedans dueux il en 
engendre moins quand il en efi plus proche. 

Chapitre VII. 

Ensant plufîeurs fois à part 
j moy d'oùpouuoitprocederqùci 
l'Equinoxe eu fi humide, com- 
me j'ay die, pour réfuter l'opi- 
nion des anciens , ie n'en trouue 
point d'autre caufe, que la gran- 
le force du foleil en ces parties-là , par laquelle 
lefleuc ôc attire à foy vne grande abondance de 
japeurs de tout TOccean , qui en cet endroit eft 
on grand, ôc fort eftendu ; & ayant tiré à foy 
:efte grande abondance de vapeurs, aufîj toft 
csrefoult, ôc conuertit en pluyes, ôc eftap- 
>rouué par plufl eurs expériences certaines, que 
:es pluyes ôc ces torrens celeftes prouiennent 
les plus grandes chaleurs du foleil. En premier 
ieu, comme nous auons défia dit-par cy deuant, 

H iij 




~ 




Il 



Hiftoire naturelle j 

il pleut en ces pays là au temps que le foleil 
ette fes rayons oireftement fut la tette , & que , 
'encefaifant, ilaplus de force = mais quand^ 
foleil s-en efloigne , la chaleur fe tempête & 
peut lotsil n'y fombe point de pluye D ou 1 on 
Lut bien inférer que la force & ardeur dufoJ 
feileft cequicaufelespluyes en telles régions 
Auffi 1-onobfctue, tantauPeru, neuueEfpaJ 
g„e qu'en toute laTorride, que les p hryesj 
fiennent ordmairement aptes nndj , lo« jl 
les rayons du foleil fontaupomd de leurpluj 
Î3e force & que e'eft chofe rare de voil 
| uui?u^C-eftpourquoyleS r Vo y J 

Luts y pteuoyent , & commencent lent .ou j 
fee de gtand matin, afindel'acheuer, &fe«l 

Jofet fmidy, pource q^T^ouiorl 
Lrement il y pleut •^■^^3 
hanté & cheminé par ce pay là , en peuue 
parler fumfamment: car mefmes .1 >y en 
Lus qui y ayans fait quelque tefîdence, difer 
ou" k plis grande abondance des pluyes e 
land la lune eft en fon plein encore, que »« 
3irela vérité, ien'en aypeu fiurepreoa fufl 
(knte , bien que j'y ay e prms garde q™^™ 
Dauantage , les iours \ l'an, & les mors donne, 
à entendre la vetité deeeque deffu , affano 
qu'en laTotride lexcemue chaleur du fol. 
Jaufe les pluyes. L'expérience nous enfe.g, 
le mefme aux chofes artificielles , comme al 
llambics, aufquel.ondifti.te «-«« *H 
be$ , ou des fleurs : car la véhémence du feu e 
(être, & contraint, pouffe, & efleu | enhj 
W abondance de vapeur., lefquelles eftal 



des Indes. Liure II. £ 

preflèes , & ne trouuans y (Tuë , font conuerties 
en liqueur & en eaux. L'on voici tout le mefme 
en lor ôc en l'argent que l'on tire & affine par le 
vif argent, d'autant que fî le feu eft lent &pe* 
tit, l'on ne tire quafi rien du vif- argent: mais fil 
eft afpre & violent , il euapore beaucouo le vif- 
argent, lequel fe rencontrant en haut contre le 
chapiteau qu'ils appellenr , le tournent inconti- 
nent en liqueur , & commence à dégoutter en 
bas. Ainfi la grande ardeur du foleil produit ces 
deux effets, quand elle trouue matière difpofee, 
qui eft de leusr les vapeurs en haut; & l'autre de 
les refoudre incontinent, & les tourner en li- 
queur, lors qu'il y a quelque obftacle pour les 
confumer & refoudre. Et bien qu'il femble que 
ce foient chofes contraires, qu'vn mefme foleil 
dans la Zone Torride, eftant proche, caufelcs 
pluyes , & que hors la Torride , eftant efloigne, 
il caufe vn mefme effecl: ; fi eft-ce que tout bien 
confideré , il ne l'eft pas réellement , & de fai&. 
Mille cffe<5ts es chofes naturelles procèdent de 
chofes contraires par vn moyen diuers. Nous 
mettons fecher le linge au feu & à l'air, dcC- 
quels neantmoins l'vn efchauffe, &f autre re- 
froidit. Les partes font fechees & endurcies 
par le foleil & par la gelée. L'exercice modè- 
re prouoque le dormir, f'il eft trop violent, il 
I cmpefchei fi Ton ne met du bois au feu , fina- 
lement ilPefteintj fi l'on y en met beaucoup, 
& trop, il Pefteint auflî : car la feule proportion 
l'entretient, & le fait durer. Pour bien voir vue 
chofe , elle ne doit eftre ny trop proche des 
i$W*>ny trop îoing , maiseadiftancerajfoiira^ 

H iiij 



il 



Efiftoire naturelle 

fele& proportionnée; eftanttropefloignédV- 
nechofe, Ton en perd laveiie, & trop proche 
aufli , ne la peut voir. Si les rayons du foleil 
font foibks, ils n'attirent pas les bruines des 
riuieres; fils font violens, auflî toft qu'il a attiré 
les vapeurs, il les refoult & confomme, mais la 
chaleur modérée les attire & conferue. Pour ce- 
fleraifon les vapeurs ncs'efleuent point com- 
munément de nuid , ny à midy, mais au matin, 
quand le foleil commence à entrer en fa force. 
Sur ce fubject il y a mille exemples dechofes 
naturelles, que Ton void procéder fouuent de 
chofes contraires; qui doit faire que nous ne 
nous deuons pas efmerueiller , file foleil pour 
eftre fort proche, engendre les pluyes , & qu'il 
en fait tout autant eftant fort efloi^né : mais 
qu'eftant fon approcheraient modéré, & pro- 
portionne, il n'en produit, ny caufe aucune- 
ment. Cependant il refte encore vn poinft que 
Ion peut demander, pour quelle raifon en la 
Zone Torride rapprochement du foleil caufe 
lespluyes, & hors d'icelle fonreaufeesparfon 
efloignement. A cequeiepuisiuger, laraifon 
eft , que hors des Tropiques en hyuer , le folei 
n'a point tant de force , qu'il foit fuffifant poui 
confumer les vapeur^quif'efleuent de la terre 
& de la mer : car ces vapeurs f amaffent en gran- 
de abondance en la région froide de l'air, où 
elles font congelées, &efpaiflies par la grande 
froideur, puis après eftans preffees, fe refoluen 
& conuertiffent en eau. Ceft pourquoy en et 
temps d'hyuer, que le foleil eft plusefloigne 
que les iours font courts , & les nui&s plus WM 



* 



des Indes. Lime. II. <fx 

|gues, la chaleur du foleii a peu de force ^ mais 

Hquand le foleii s'approche de ceux qui font 

[hors des Tropiques, qui cft au temps d'efté, la 

[Force du foleii cft deira telle, qu'elle efleue les 

l/apeurs , & tout enfemble les confomme , les 

[liflîpe & refoult : car la chaleur & la longueur 

■lès jours font caufees par rapprochement du 

l.oleil. Mais au dedans des Tropiques , en la 

région Torride, l'efloignement du foleii a tout 

liutantdeffe&jque le plus grand approchement 

Ijui foit aux relions defdits Tropiques. Au 

Inoyen dequoy il ne pleut pas en la Torride, 

jilors que le foleii e/t elloigné, non plus que 

liors les Tropiques,quand le foleii e(t plus pro - 

jhe,* d'autant qu'en ceft approchement &et 

loigncment, le foleii demeure toujours en 

|ne mefme diftance , .d'où procède vn mefme 

ffect de ferenitc. Mais quand le foleii eft au 

>eriodcï de fa force en la Zone Torride,& qu'il 

ettefes.rayons dire&ementfurla teftedesha- 

»itans, il n'y a ny ferenitc^iyfechereffe, com- 

ne il femble qu'il deuroit y auoir, mais pluftoft 

le grandes àc effranges pluyes,d'autant que par 

a force excefîîue de fa chaleur , il attire & efle- 

leprefque en vn inftant vne grande abondan- 

e de vapeurs de la terre, c^merOcceane, lef- 

{ueltes îontfiefpaiflescV en fî grade abondan- 

c , que le vent ne les pouuant diflîper , ny re- 

oudre facilement, elles viennent à fe fondre 

neaiie, quicaufe les plûyes fi froides,& en fi 

rande abondance: car la grande véhémence 

ela chaleur peut attirer en peu de temps beau - 

oup de vapeurs, lefquelles elle ne peut fitoil 




Il 



l/tjloke naturelle 
confumer & refoudre, &eftans attirée** af- 
iemblees par leur grande abondance fe fon- 
dent & tournent en eaiie. Ce que 1 on cognoi- 
ftrafort bien par ceft exemple domcftique Se 
familier. Quand l'on met roftirvn morceau de 
porc.de moutô.ou de veau, fi le feu eft violent, 
& la viande en foit fort proche , nous voyons 
que la graiffe fc fond toft & dégoûte en bas, 
qui vient de ce que la grande chaleur attire & 
efleiieceft humeur & gtaifle de la chair,& pour: 
eftre en grande abondance ne la peut refoudre,; 
& ainfi diftille & rombe dauantage. Mais quand 
le feu eft modéré , & ce que l'on roftit eft en di- 
ftance proportionnerons voyons que lâcha" 
fe roftit proprement , fans que la graine diftillfl 
trop à coup, pource que la chaleur modère, 
attire l'humidité, quelle confomme& refoui 
en vn inftant.C'eft pourquoy les cuifiniers fom 
le feu modéré, & n'en approchent la viande, n] 
tro-p pres.ny trop loin.de peur qu elle ne fe Fon 
de. On le peut voirpar vne autre cxperiéce au: 
chandelles de fuif Se de cire: car fi la mefche : ei 
eft grofle , elle fait fondr e Se découler le futf Ô 
la cire, pource que la chaleur ne peut confom 
mer ce qui s'efieue d'humeur : maisfilatlam 
eft proportionnée.^ cire ne fe fond.ny decoul 
le, pource quetafiame va consommant peu 
peuce qui s\fieue. Cequimefemblelavray 
raifon pourquoy en l'Equinoxe, & en laTorr 
de,la gtand'force de la chaleur caufeies pluy« 
lefquellesenda-utres régions font caufeesps 
la foiblefle & peu de chaleur. 




I 

des ^ndes. Liure IL 6% 

^Comment ton doit entendre ce qui a efii diçi 
cy dejfus de la Zone torride. 

Chapitre VIII. 

'Il eft: ainfi qu'es chofes naturelles 8c 
phyfiques l'on ne doit rechercher de 
règle infaillible &c mathématique, 
mais ce qui eft ordinaire, & ce qu'on 
Ivoid par experiéce, qui eft la pi 9 parfai&e regîej 
il faut croire que ce que nous auons dit,quM y a 
■plus d'humiditc en la Torride qu'aux autres re- 
Igions , & qu'en icelle il ne pleut point lors que 
lie foleii en eft plus proche, fe doit prédre & en- 
tendre de mefme, & de vray c'eft bien ce qui eft 
le plus cômun & le plus ordinaire. Mais ce n'en: 
pas pour empefeher les exceptiôs que nature a 
voulu mettre à cefte regle,rendant quelques re~ 
giôs de la Torride extrememét feches.Cc qu'on 
racptederEthiopie,& nous louons veu en vne 
| grande partie du Peru , où toute la terre ou co- 
Jne,qu'ils appellent plaines, maqueht de pluyes, 
Ivoire d'eaux de la terre , excepté quelques val- 
Ilees où il y a âcs eaues de riuiercs qui defeen- 
fltient des montagnes , le furplus font fablons de 
I terres fteriles, où à grande peine l'on trouue des 
(fontaines, mais bien quelques puits très-pro- 
fonds. Mais nous dirons (Dieu aydant) en 
fon lieu,quelle eft la caufe pourquoy il ne pleut 
point en ces plaines(chofe que pluileurs demâ- 
dent ) car à prefent ie prétends de monftrer feu* 
lement qu'il y a plufieurs exceptions aux règles 




Il 



Hifioire naturelle 
naturelles , d'où vient qu'il peut aduenir en 
quelque patrie de la Torride, qu'il ne pleutpas 
lors que le foleil eft plus proche , mais quand il 
eft plus efloigne. Bien que iufquesauiourdhuy 
ienerayeveu,ny entendu>toutesfois s'il y en a, 
on le doit attribuer à la qualité particulière de 
îa terre; mais auffi quelquesfois s'il aduientle 
contraire , Ton doit auoir efgard qu en ces cha- 
fes naturelles il arriue plufieurs contrarierez &i 
empefehemens , par lefquels elles fe changent 
êc déffont les vnes les autres. Pour exemple , îlj 

1>eut eftre que le foleil caufera les pluyes, & que 
e vent les empefehera , ou bien les rendra plus 
abondantes quelles n'ont accouftumé d'eftre. 
Les vents ont leurs proprietez & diuers corn- 
mencemens, par lefquels ils opèrent dediffe- 
ïens effe&s,qui font le plus fouuent contraire* 
à ce que Tordre & la faifon requièrent. Puii 
donc qu en chacun endroit l'on void arnuer d< 
grandes varierez en l'annce,qui prouiennent dt 
ladiùerfitédes mouuemens&afpe&sdes pla 
nertes,ce neft point chofe mal à propos de dm 
qu'en la Zone Torride Ton peut voir & remar 
quer quelques chofes conrrairesàcequenou 
auons expérimenté. Mais pour refolution , c 
que nous auons conclu , eft vnevetité bien cer 
taine & expérimentée, à fçauoir la grande fe 
cherelTe que les anciens ont penfé eftre en la re 
gion du milieu , que nous appelions Torride 
n'y eftre point du tout , & qu'au contraire il y 
beaucoup d'humidité , & que les pluyes y fon 
^lors que le foleil en eft plus proche. 



- 



des Indeft Linre. II. 



6} 




guela Torride nejl point exe efôuemeni 
chaude , mais plu ftoft modem* 

Chapitre IX. 

Vfques icy nous auons traité de l'hu* 
midité de la Zone Torride,maintenat 
il fera bon de parler de deux autres 
qualitez \ qui font le chaud & lefroid. 
INous auons demonftré fur le commencement 
de ce difcourSjComme les anciens ont tenu,que 
jla Zone Torride eftoit chaude, & feche excelîî- 
uement,cc qui n eft pas ainfi toutesfoisj car elle 
eft chaude & humide , & en la plus grande par- 
|tie,fa chaleur n'eft pasexceffiue, mais pluftoft 
tempérée ; de que Ton tiendroit pour incroya- 
ble^ nous ne Kauions alTez experimétc. Quand 
ie paiîay aux Indes ( ie diray ce qui m'arriua) 
ayant Jeu ce que les Poètes & Phiîofophes di- 
set de la Zone Torride, ie me perfuadois qu'ar- 
riuant à l'Equinoxe, ie ne pourrois y fupporter 
celle exceffiue chaleur. Mais il m aduint tout au 
contraire, car au temps quei'ypaiTay, qui fut 
alors que le foleiîy Çftoitpour Zenith, citant 
entre au figne d'A ries^à fçauoir au mois de Mars, 
iy fenty fï grand froid que i'eilois contraint 
(me mettre au foleil riour m'efehauffer : que 
pouuois-ie moins faire ajors , que de me rire êc 
me mocqœr des météores d'Ariftote, &defa 
Philofophie ,- voyant qa'ato lieu , & en la faifon 
que tout y debuoit eftreVmbraf&de chaleur, 
fuiuant fes règles, moy 6& tous mes coropa- 



ffijïoire nafêrellé 
gnons auions froid ? Il n'y a à la vérité région 
au monde plus douce, ny tempérée, que fous 
î'£quinoxe,combien qu elle ne foit pas en tous 
endroits d'efgale ou femblable température, ôc 
qu'ily ait beaucoup de diuerfitez.La Zone Tor- 
ride en quelques endroits eft fort tcmperec.cô- 
me en Quitco,& aux plaines du Peru ; en quel- 
ques endro ts fort Fioide,comme en Potozi -, ÔC 
aux autres fort chaude, comme en l'Ethiopie, 
Brefil,&auxMollueques. Cette diuerfuedonc 
nous eftant certaine, & toute cogneue,nous de- 
uons par force réchecher vne autre caufe du 
froid ôc du chaud, quelesrayôsdu foleily font 
riaiftre, veu qu'en vne mefme faifon de l'année* 
& en lieux qui font d'vne mefme hauteur & di- 
{lance du Pôle & de l' Equinoxe i on y retrouuc 
vne fi grade diuerfité, que les vns sot embrafez 
de chàleur.ies autres de froidure, & les autres fc 
trouuent tempérez d'vne chaleur modcree.Pla- 
JrJilu ton met fa tant renommée lue Atlantique fous 
^ la Zone torride, puis dift qu'en certain temps 

de l'année elleauoit le foleil pour Zenith, ôc 
neantmoins qu'elle eftoit fort tempérée , fort 
abondâte,& fort riche. Pline dit que Taproba- 
ne, rquilsappellentauiourd'huySamatre) eft 
fousÏEquinoxe, comme en effecT: elle y eft cf- 
eriuant qu'elle neft pas feulemet riche, & heu- 
reufe , mais auffi peuplée d'hommes fcd'ani- 
maux.D'oùl'on peutfacilemét cognoiftre,qu'€- 
cor que les anciens ayent tenu la chaleur de la 
Torride infupportable,neâtrnoinsils pouuoiêc 
bien entendre qu'elle ne l'eftoit pas tant corne 
ils difoient.Le tres-excellct Aftrologuc & Cég 



Plat.inTim 



fUn.lib.6 



- 




des Indes. Dure. IL 64 

jiiOgraphePtolomee, ôcVinfignc Philofophe 

Ile médecin Auiccnnc.cn curent meilleure rc- 

blurion,eftanstous deux d opinion» quefous 

iquinoxey auoit de fort cômodes habitatiôs. 

$>ue la chaleur de la Totride ejl tempérée four 
{abondance despluyes,eJrpourl* 
brie fueté des tours. 

Chapitre X* 

Epuis que le nouueau monde àefté 
dcficouuertj'ô a cogneu & sas doute, 
ce que les derniers autheurs ont tenu 
eritable.Maisceft chofe naturelle, que quand 
mclquc chofe qui eft hors de noftre opinion, 
ious vient à eftrc cogneiie par rexperiéce, nous 
oulôs incôtinent en rechercher la caufe, Ceft 
>ourquctynous defïrôs fçauoir pour quelle cau- 
eiaregiô,de laquellele Soleil eft plus proche* 
à'eft pas fculemét tempérée , mais eft froide en 
)luficurs endroits. Confîderant cefte madère 
jeneralemét , ic trouue deux caufes generalles, 
>our rendre cette région tempereejrvne eft cêl- 
c cy deuant déclarée, d'autant que cefte région 
:ft fort humide, & fu jette aux pluies, &n'ya 
>oint de doute que la pluye ne rafraïchifle, 
>ource que l'efleuement de l'eaûe eft de fon.na- 
urel froid, &cncot que l'eaûe par la force du 
eus*efcauffc,ce neâtmoins ne lajflepas detepe^ 
cr l'ardeur caufec des rayons dufbleil pure- 
nent. Ce qu'on void par expérience en l'Ara- 
>ieiatcriciirc, laquelle eft «rnbrafee du foleil, 




— __ll 

Hifloire naturel 

pour n y auoir aucunes pluyes qui tempèrent j 

fa furie. Les nuages & bruines empefehent 

que les rayons du 5 fc>leil n offenfent tant , & les! 

pluyes qui procèdent d'icelles mefmes , rafrai-I 

chifTent l'air de la terre, &l J hume&ent aufïî,| 

quelque chaude qu elle puifle eftrc. L'on boira 

l'eaùe de la pluye, & elle eftanche la foif , com J 

me les noftresl'ont bien efprouué , ayant faut J 

d'eaue pour boire. De forte que la raifon ôâ 

l'expérience nous enfeigne, que la pluye de foyl 

appaifela chaleur , & parce moyen ayant jà 

monftré comme la Zone Torride eft fort plu- 

uieufe, ilappertauffiqu'ilyaenicelle , chofc 

qui peut rendre fa chaleur tempérée. A cecy l'en 

diray encor vne autre raifon, qui mérite bien! 

qu'on entende , non feulement pour cefte ma- 

tiere>maisauflipour plusieurs autres : carpoui 

le dire en peu de paroles j lefoleil quoy qu'ii 

foit fort chaud & bruilant en l'Equftioxe , ce 

neantmoinsceft pour peu de temps, de forte 

que la chaleur du iour y eftat plus briefue & de 

moindre duree,ne fait pas tant d'embrafement, 

Ce qu'il conuient déclarer & entédre plus par* 

ticulieremét.Ceuxquifontverfezàlacognoif 

fancedela Sphère, enfeignent fort bien, qu( 

doutant plus que le Zodiaque eft oblique & 

trauer fant fur noftre hemi (phere , d'autant plui 

les iours & les nui&s font inégaux -, & au con< 

traire où la Sphère eft droitte, & les fignes mô- 

tent droitement, lesiours & les nui&s y foni 

égaux. Ceft pourquoy en toute la région qu 

eil entre les deux tropiques , il y a moins d'iné-i 

calité aux iours & aux nui&s, que hors Vieeux, 

h ■- &pta 



des Indes. Lime II. £j 

fcpîus approche de la ligne, moins y trouue-ori 
l'mcgalit£,ce que nous auons experirriété en ce* 
orties. Ceux de Quitta, pource qu'ils fontau 
iefloubsde la ligne, n'ont point en toute l'an- 
eelesiours,ny les nuids plus courts en vne far- 
an qu'en l'autre, mais y font continuellement 
fgaux.Ceuxde Lyma, pource qu'ils font di- 
ans de la ligne prefque de douze degrez ,aper- 
oiuent quelque différence entre les iours &j e s 
uids, mais c eft fort peu, d'autant qu'enDecé- 
:e&enIanuierlesioursy crdiflent.d'vne heure* 
u peu moins. Ceux de Potozi y recognoiiTent 
îaucoup plus de différence, tant l'Hyuerque 
ifté , pource qu'ils font prefque foubs le Tro- 
que.Mais ceux qui font du tout hors des Tro- 
ques, remarquent d'autant plus la briefueté 
•sioursderHyuer, & la longueur de ceux de 
ifté, qu'ils font esloignez de la ligne, & font 
oches du PoIe ; comme l'on void qu'en Atte- 
igne & en Angleterre les iours font plus longs 
Efté, qu'en Italie 8c Efpagne. C eft chofe qui 
void , que la Sphère enfeigne, 8c l'expérience 
monftre clairement. U fautadioufter vneau- 
propofition , qui eft aufsi vraye, & bien con- 
érable pour tous les effeds de la nature , fça- 
ir la perfeuerance & continuation de fa caufè 
içiente a opérer 8c agir. Cela fuppofé, fi l'on 
demande, pourquoy enl'Equinoxe il n'y a 
ntdefi violentes chaleurs enÈité,quily a 
quelques autres régions, ( comme eh An.da- 
ie es mois de Iuillet & Aouft ) ie refpondray 
irce que les iours d'Efté font plus longs en 
y!ïï z 5^. les wi&s y font plus courtes, & lé 




^fiftoire naturelle 

iour comme chaud qu'il eft , enflame & caufe là 
chaleur,la nuicl: aufsi comme froide & humide, 
donne du rafraichiiîement. Suiuant quoy,au 
Féru il n'y a point tant de chaleur , pource que 
les iours d'Efté n'y font pas fi longs,ny les nuids 
fi courtes, qui caufe que la chaleur du ioureft 
beaucoup tépere'e par la fraifeheur de la nuicl:. 
Mais là où les iours font de quinze, oufeize heu- 
res, par raifon il doit y auoir plus de chaleur, 
que là où ils ne font que de douze, ou de treize, 
& où il en demeure autantdela nuicl: pour ra- 
fraifchiffement.Et bien que laZoneTorride foil 
plus proche du Soleil , que toutes les autres ré- 
gions, fi eft- ce toutesfois que la chaleur du So 
leii n'y demeure pas fi long temps: car c'eft cho- 
ie naturelle qu'vn feuencor qu'il foit petit , s'i 
perfeuere , efchauffe dauantage qu'vn plu 
grand qui durera peu, principalement s'il ; 
furnient du rafraifchiiïemét. Qiji voudra mettr 
donc ces deuxproprietezdelaTorride en vn 
balance, fçauoir qu'elle eft plus pluuieufe au té j 
de fa plus grande chaleur,& que les iours y for 
plus courts, on pourra bien parauanture trou 
uer qu'elles feront efgales à ces deux autr< 
contraires qui font que le Soleil y eft plus pr< 
che &r plus droit qu'es autres régions , à tout 
moins que l'on n'y recognoiftra pas beaucou 
dauantage. 



- 



I' 



des Indes. Liurell. 66 




£>uilya d'autres rai fins outre les de f dûmes 
cy dejjus, qui monfirent que la Torride eft 
tempérée, principalement en la cofte de 
la mer Occeàne. 
Chapitre XL 

rStant chofe refoluë que les deux 
.propriere-z fufdides font commu- 
nes & vniuerfellesi toute la région 
orride, & qu'en icelle heantmofns 
il fe trouue aucûs lieux fort chauds 
rlesautres ou il y a fort grand froid-Bref la tçn- 
erature n'y eft efgale eh tous lieux, mais en vn 
îefme climat, vne partie eft chaude,! autre froi- 
e,& l'autre tempérée tout en vn mefme temps; 
dus fommes contraints de rechercher d'autres 
ifonsjd'ou procède cefte grande diuèrfîté qui 
trouue ainfi en la Torride. Difcourant donc- 
Jes fur cefte queftion, j'en trouue trois caufes 
parentes & certaines >&r vnè quatriefme plus 
>fcure & cachée. Les caufes apparentes & cer- 
ines font, la première l'Occean, la féconde 
tfsiete & fituation de la terre , & la troifefme 
naturel & propriété de plufieurs & dîners 
;nts. Outre ces trois que je tiens pour mani-t 
ftes, ie croy qu'il y en a vne autre quatriefme,* - 
chée & moins apparente , qui eft la propriété 
: la mefme terre habitée -, & la particulière in- 
lencedefonCieh Qui voudra confiderer de 
ez les caufes & raifons générales, cy defïïis 
fduites 3 ontrouuera quelles ne font fùffi* 

1 M 




Il 

Hiftoire naturelle 

fantes pour la refolutiôft totale de cefte m* 
Se veu ce quiarriue Journellement en d» 
ùe! ÛeusderEquinoxe-ManomotapaA gran- 
de prtie du Royaume de Prefte-Iean,fontf- 

les régions ils endurent de ternbles chaleur 

& v biffent les hommes tous noirs ; Ce qui 

K pas feulement en ces parues : de terre fer j 

me eLignées de la mer, maisaufsieneft 1 d ; 

S^Islesenuironnéesdelamer. L Isle d< 

^Thomas eft foubs la ligne, les ste J 

Cap de vert en font prochaines, fit en 1 vne ^ 

«, l'autre y regnentde furieufes chaleurs & 

font mefmes tous les hommes noirs. Soubs 1 

mefme ligne , ou bien proche d icelle , gilt vn 

ïanTe du Pe u, & du nouueau Royaume d 

Eade qui neantmbins font terres fort tenj 

peXs binantes pluftoftà froidure ; quenJ 

Là chaleur, & les hommes oui habitent d 

kelles fontblancs. Laterre du Brefileftenl 

Smdiftancedela ligne, quelePeru&nead 

ïoinsle Brefil & toute cefte cofte eft extr 

mement chaude, encore quella foiten la m 

Sort, & l'autre coftédu Peru qui eft en I 

mer du Sud, eft fort tempérée. le dis donc qj 

quivoudra confiderer ces d.fferences, & do J 

net la raifon d'icelles, ne fe pourra contend 

desgeneralles cy deffustraittees, pour decll 

. «r comme la Torride peut eftre ^ terre M* 

perée. Entre les claufes & ra.fons fpeciales.l 

mis pour la première la mer, poureeque fl 

doutefonvoifinageaydeà tempérer, & refrd 

dir h chaleur. Car combien que fon eau 1" 



des Indes. Liure, II. 



*7 



faltee, elle eft toufiourseau toutesfois, & leau 
de fa nature eft froide , & fi encore eft remar- 
quabIe,quepourlaprofonditédel'Occean,reaU 
n'en peut eftre efchauffee pjr la chaleur du So* 
leil, comme les eaux des rînieres. Finalement 
tout ainiï comme le fel nitre ( quoy qu'il foit du 
naturel du fel ) a la propriété de refroidir l'eau 1 
ainfî voyons-nous par expérience en quelques 
ports & haures que l'eau de la mer y rafraifehit, 
cequenousauons veu en celuy de Cailaq, ou 
l'onmettoitrafraifchir l'eau ou vin, pourboi- 
re dedans des cruches ou flafeons mifes en la 
mer. D'où Ton peut fans doute recognoiftre 
quel'Occean a cefte propriété de tempérer 5c 
rafraifehir l'excefsiue chaleur Pour cefte occa- 
fion l'on relfent dauantage la chaleur en la terre, 
qu'en la mer, cxtensfmbus, & communément 
les terres (ituees fur la marine,font plus fr aifches 
que celles qui en font esloignees, cdtem pdrtbtu 
commei'ay di<5L Ainfi la plus grande partie du 
nouueau monde eftant fort proche de la mer 
Occeane, nous pouuons dire auec raifon, encor 
qu'il foit foubs la Tornde,qu*il reçoit de la mer 
vn grand bénéfice, pour tempérer fa chaleur. 

J>)ue les plus hautes terres font le s plus froide s x 
& quelle en efi la raifon . 

Chapitre XII. 
ffînBAis fi nous voulons encor rechercher 
fparticulierement,noustrouuerons qu'en 
_* toute cefte terre il n'y a pas vne chaleur 
totalement elgale , quoy qu'elle foit en pareille 







i 

j/ïftoire naturelle 
diftance de la mer, & en mefme degré, veii 
qu'en quelques parties d'icelle il y a beaucoup 
de chaleur , & en d'autres y en a fort peu. 
Il n'y a point de doute que la caufe de cecy 
ne foit pourautant^ue l'vne eft plus baffe, & 
que l'autre eft plus haute & plus esleuee, d'où 
vient que l'vne eft chaude, & l'autre rroide, 
C'eft chofe certaine que le Commet des mon- 
tagnes eft plus froid que le profond des 
vallées, ce qui ne procède point feulement de 
ce que les rayons du Soleil ont plus dereper- 
cufsion auxlîeux bas & profonds, encor qu >l 
en foit vne grande raifon, mais il y en a vne au- 
tre, qui eft que la région de l'air eft plus froide, 
d'autant plus qu'elle eft haute & eskwgnee de 
la terre. Les plaines de Collao au Peru, & de 
Fopajan en la neuue Efpagne, font preuue lut- 
fifante de cecy. Car fans doute toutes ces par- 
ties font terres hautes, & pour cefte raifon aufsi 
font-elles froides , combien qu'elles foient tou- 
tes enuironnees de hauts pics de montagnes 
fort expofees aux rayons du foleil. Mais fi nous 
demandons pourquoy au Peru & en la neuue 
Efpagne, les plaines de la cofte font terres chao- 
des s & les plaines de la mefme terre du Peru& 
de la neuue Efpagne font au contraire terres 
froides: Ma vérité ie ne voy point quil s en 
puiffe donner autre raifon, finon que les vnes 
font en terre baffe, & les autres en terre nau- 
te. L'expérience nousenfeigne que la moyens 
ne région de l'air eft plus froide que l intérieu- 
re :&pource tant plus les montagnes s*ppro- 
chent d'icelle région moyenne , tant plus elles 




des Indes. Liure. 1 1. 68 

font froides, couuertes déneiges & dégelées* 
La raifon mefme f y accorde, pource que s'il y a 
vne fphere ou région du feu, comme Ariftote & 
Jesautres Philofophes difent , la région moyen- 
ne de l'air doit eftre plus froide parantiperifta- 
fe,!a froidure eftant reposée, &fereiTerrant 
en icelle, comme en temps d'Efté nous voyons 
aux puits qui ont de la profondité. Pour cefte- 
occafion , les Philofophes afferment que les 
deux extrêmes régions de l'air, celle d'enhaut, 
& celle d'embas, font les plus chaudes, & la 
moyenne plus froide. Que s'il eftainfi comme 
de fait l'expérience le monftre, nous en tirerons 
encor vri argument ôc raifon remarquable 3 pour 
monftrerquelaTorride eft tempérée; fçauoir 
que la plus grande partie des Indes eft vne ter- 
re haute, remplie de beaucoup de montagnes, 
qui par leur voifïnage rafraifchirTent les terres 
prochaines. L'on Void continuellement e'sfom- 
mets des'montagnes dontie parle, de la neige ■> 
de la gresle, & des eaux toutes glacées , & le 
froid qu'il y fait eft fi afpre, que l'herbe en eft 
toute grefil/onnee, tellement que les hommes 
fccheuaux cheminans par là ,y font tous en- 
Çourdisde froid.Cecy 3 commei'ay défia di<5t 5 eft 
en la Zone Torride , Ôç aduient le plus fouuent 
quand ilsont le Soleil pour Zenith. Ainfi eft- 
ce chofe notoire & conforme à la raifon , que 
les montagnes font plus froides que ne font les 
vallées & les plaines, d'autant qu'elles partici- 
pent de la région moyenne de l'air, qui eft très* 
froide. Or la caufe pourquoy la région moyen- 
ne de l'air eft plus froide, a çfté mefme dicle cy 

î i:i-j 






~ 



-*.^_ 



JF/ïftoire naturelle 
deuant, qui eft que la région de l'air prochaine 
de l'exhalation ignée, laquelle (félon Ariftote) 
eft fur la fphere de l'air, repoufle & reiette ar- j 
rieie toute la Froidure , laquelle fe retire & re • 
ferre en la moyenne région de l'air par antipe- 
riftafe,comme parlent les Philofophes.En après 
fiquelqu'yn me demande & veut interroger de 
ygnUMa.^ €e ft e façon , s'il eft ainfi que l'air foit chaud & 
humide, comme tient Ariftote, & comme l'on 
dit communément, d'où procède ce froid quife 
retire en la moyenne région de l'air, puis qu'il 
ne peut venir de la fphere du feu ? Car s'il pro- 
cède de l'eau ou de la terre, par cefte raifon la 
baffe région de l'air deuroit eftre plus froide 
que celle du milieu. Certes a refpondre au 
vray ce que i'en penfe, ie confefleray que ceft 
argument &obie&ion m'eft tant difficile, que 
le fuisprefque difpofé de fuiure l'opinion de 
ceux qui reprouuent les qualitez , fymboles & 
diffymboles que met Ariftote aux éléments, 
difant que ce font imaginations, lefquels pout 
cefte occafion tiennent que l'air de fon nature 
eft froid, & à cefte fin iisfe feruent de plulîeur; 
argumens & raifon?, du nombre defquels noui 
en propoferons vn aflez vulgaire & cogneu 
lailfans les autres a part, fçauoir qu'es iours ca- 
niculaires nous auons accouftumé nous don- 
ner de lairauecvnefuentàil, & trouuons qui 
nousrafraifchit: de forte que ces Autheursaf- 
ferment quela chaleurn'eft vne propriété par- 
'^pionyf.ap ticuliere d'aucun autreelementquedu feulfeu 
u.decœl. qui eft efpars&meslé parmy toutes les choies 
(félon que le grand Denysfiousenfeigne) mag 



hUw. 



des Indes. Liure. 1 1. 6$ 

, qu'il foit ainfi, ou qu'il en foit autrement ( car ïe 

| ne veux pas contredire a Ariftote, ficen'eft en 

1 chofe fort certaine ) en fin ils facordent tous 

que la moyenne région de l'air eft plus froide, 

quelaplus baflfe prochaine à la terre, comme 

mefme l'expérience le monftre, puis qu'en cette 

région du milieu, les neiges, les gresles/fnmats 

& autres indices d'extrême froid s'engendrent» 

Or donc la région du milieu qu'ils appellent 

Toçride.ayant d ? vn cofté la mer, & de l'autre 

les hautes montagnes , l'on doit tenir cela pour 

caufes fuffifantes pour tempérer & rafraifêhir 

fa chaleur. ^ 




Jg-ue les vents froids font la principale cau/è 

de rendre la Tonide tempérée* 

Chapitre, XIII. 

A température de celle région fe 
doit principalement attribuer a la. 
propriété du vent qui court en 
cette terre là, lequel eft fort frais ôc 
gi-cieux.La prouidéce du grand Dieu,Createur 
de toutes chofes a efte telle,qu'il a ordonne' qu'il 
y euft des vents merueilleufement frais en la ré- 
gion où le Soleil fait fon cours ( qui femble de- 
voir eftre du tout embrafee) afinquepar leur 
firaifcheurj'excefsiue chaleur duSoleil fuit tem- 
pérée. £t ne font pas ceux-là trop esloignez d'ap. 
parence de raifon, qui ont eu opinion que le Pa- 
radis terreftre eftoit fous TEquinoxe , s'ils ne fe 
FufFent trompez eux mefmes par la caufe de 
Wfor opiniorj, en ce qu'ils difojent que légalité 



" 




ififtoire naturelle 
3es iours & des nui&s cftoit feule fufnTante 
caufe de rendre cefte Zone tempérée, à laquelle 
opinion toutesfois plufieurs autres ont eflé 
contraires, dunombredefquelsa efté le Pccce 
renommé, difant. 

--- excelle région 

Sembr^le mcejftmment aux chaleureux rdjons 

Vu Soleil, quid'illec tarnais ne Ce retire* 

Donques la fraifcheur de la nuicfc n'eft pas telle * 

quelle foit feule fufflfante pour modérer ôç 

corriger de fi afpres & furieufes ardeursduScn 

leil, mais pluftoft cefte Torride reçoit vne fi 

douce température parle bénéfice de l'air frais 

&gracieux,de telle forte que combien qu'elle 

ait elle tenue des anciens, plus embrafee qu'vn« 

fournaife ardente, &ceux qui l'habitent à pre- 

fent, la tiennent pour vn Printemps délicieux, 

Il appert par argument & raifons fort euiden- 

tes, que la caufe de cecy gift principalement enS 

la qualité du vent. Nous voyons en vn mefmê 

climat quelques régions & villes mefmes plus 

chaudes les vnes que les autres , pource feule- 

ment qu'ils fe relTentent moins des vents qui 

rafraifchiiTent. De mefme eneiVil en d'autre; 

terres, où le vent ne court point , lefquelles foni 

toutes embrafees comme vn fourneau , Se y eft- 

on fi fatigué delà chaleur, que d'y eftre,c'ef 

autant que de fe voir dans vne fournaife. Il y; 

beaucoup de ces bourgades & de cesterresai 

Brefil,en Ethiopie & au Paraguay,çomme cha 

cun fçait : & ce qui eft plus confiderable , c ef 

que 1 on void ces différences , non feulemen 

parmy ks terres, mais aufft en la meï.Ilya.d< 



des Indes. Dure I I. 70 

i mers, ou l'on fent beaucoup de chaleur, comme 
; ils racontent de celle de Mozambique & Or- 
t mus, & en l'Orient, & de la mer de Panama 5 en 
; Occident (laquelle pour celle occafion engen- 
dre & produit en foy des Cayamans)côme aufsi 
lenJa mer du Brefil. Hya d'autres mers, voire 
!en mefme degré de hauteur, fort froides , corne 
eft celle du Peru, en laquelle nous eufmes froid, 
comme i'ay raconté cy deffus, quand nous la na- 
uigeafmes la première fois, quieftoiten Mars, 
i& au temps que le Soleil cheminoit par deffus. 
I A-la vérité en ce continent, où la terre & l'eau 
font de mefme forte, l'on ne peut imaginer au-. 
Ère occafion de (i grande différence , finon la 
propriété du vent qui les rafraifchit. Que il l'on 
veut de près aduifer à cefte confideratiô du vét, 
dont nous auôs parlé, l'on pourra refoudre plu- 
(îeurs doutes qu'aucuns mettent en auant , &qui 
(èmblent choies effranges & merueilleufes,fça- 
ioir pourquoy le Soleildonnant de fes rais fur la 
?egion Torride , de particulièrement au Peru, 
^oire beaucoup plus violemment qu'il ne fait 
pas en Efpagne es iours caniculaires , néant- 
noinsfon refifle à fa chaleur auec vne fort lé- 
gère couuerture , fi bien qu'au couuert d'vne 
latte, ou d'vn fimple toid de paille , l'on eft 
îïieux contregardé de la chaleur , que l'on n'eft 
?as en Efpagne deffous vn toict de bois , & mef- 
ne d'vne voûte de pierre. Dauâtage pourquoy 
esnuids d'Efléne font chaudes ,nyennu vou- 
es au'Peru, comme en Efpagne? Pourquoy aux 
)lus hauts fommets des montagnes , & mefme 
intre les monceaux de neige, il y fait quel- 



~ 



^jitdk 



frfifloire naturelle 
ques-fois de grandes & infup portables cha-; 
leurs. Pourquoy en toute laProuincede Col- 
lao, quandl'on fetrouueà l'ombrage,quelque 
petit qu'il puiffe eftre, Ton y fent du froid, mais 
quand l'on vient a en fortir aux rayons du So-j 
leil , incontinent Ton vient à y fentir vne excef- 
fme chaleur. Pourquoy toute la cofteduPeru 
eftant pleine de Tablons, neantmoins fe trouuc 
fort tempérée, & pourquoy Potozidiftantdela 
cité d'Argent tant feulement de dixhuid lieues 
& en vn mefme degré, eft toutesfois de fi diffé- 
rente température, que Le pays eftant très- froid, 
îleftfterille&fec a merueilles: au contraire la 
ville d'Argent eft tempérée, déclinant à la cha- 
leur & à vn terroir fort gracieux & fertile. 
C'eft donc pour certain le vent , qui principale- 
ment caufe toutes ces eftranges diuerfttez : cai 
fans le bénéfice du vent frais, l'ardeur du Solei 
eft telle, quencor queccfoit au milieu des nei 
ges, elle brusle & embrafe , mais aufsi quand 1« 
fraîcheur de fair reuient, aufsi toft toute la cha- 
leur s'appaife,quelque grande qu'elle foit: & oi : 
ce vent frais eft ordinaire, & règne fouuent , i 
empefche que les vapeursterreftres&grofsie 
res qu'exhale la terre, ne fe ioignent , & caufen 
vnepefante&- ennuyeufe chaleur, dont leçon 
traire aduient en Europe; d'autant que par l'ex 
Jialation de ces vapeurs, la terre demeure corn 
mebrusîeeduSoleildu iour,qui eft caufe qu 
les nui&s y font fi chaudes & ennuyeufes, telle 
ment qu'il femble plufieurs fois que l'air fort 
comme d'vne fournaife. Pour cefte mefme rai 
fon, au Pçru cefte fraiïcheur du vent caufe cp 



i 



des Indes. Lime I I. 71 

par le moyen de quelque petit ombrage au cou- 
cher & déclin du Soleil, Ton y eft allez fraifche- 
ment: au contraire en Europe le temps le plus 
doux & plus agréable en Efté eft le matin , & le 
foireftleplus froid, & le plus ennuyeux. Mais 
au Peru, en tout l'Equinoxe il n'en eft pas de 
mefme, d'autant que tous les matins, que le vent 
de la mer y celle, & que le Soleil y commence à 
ietter fes rayons, pour cefte raifon l'on y fent la 
plus grande chaleur aux matins, iufqu es aure^ 
tour dudit vent qu'ils appellent autrement,Ma- 
rée, ou vent de la mer, qui fait qu'on commen- 
ce a fentir le froid. Nous auons expérimenté 
tout cecy du temps que nous eftionsauxlsles 
qu'ils appellent de Barlouente , où au matin 
nous fuyons de chaud , & à midy nous fentions 
vn bon frais pour ce que la bize ordinaire; qui eft 
vn vent frais & gracieux, y fouffie alors. 

gueceux qui habitent foubs l'Equinoxe > vï- 
uent dvne vie fort douce &delicieufe. 
Chapitre. X V. 
jl ceux qui ont eu opinion que 
1 Paradis terreftreeftoit en l'Equino 
!xe , fe fuffent conduits par ce dif 
^cours, encor ne fembleroient-ils 
t point eftre du tout hors <îu chemin 
non que ie vueille refoudre que le Paradis délice 
eux, dot parle l'Efcriture, foit en ce lieu li 5 d'au- 
tant que ce feroit témérité de l'affermer pour 
ch ofe certaine; mais ie dis, que fil on peut dire 
qu'il y ait quelque^ Paradis en la terre ce doit 




Viues.Hb.Tf 
le deci.ii, c.xl. 






**", 



i 



Hifioire naturelle 
eftreenlieu, où l'on ioûift d'vne température I 
fort tranquille & fort douce. Car il n'y a chofe 
fi fafcheufe & répugnante i la vie humaine, que 
die viure fous vn Ciel , ou vn air contraire , en* 
nuycux& maladif,côme il n'eft chofe plus agréa- j 
ble que de iouyrd'vn Ciel& d'vn airquifoitj 
fain. doux , fubtii & gracieux. Il eft certain que | 
nous ne participons point d'aucun des éléments, 
ny n'en auonslvfage fi fouuent en l'intérieur du 
corps, que nousauons deTair. C'eft celuy qui 
enuironnenos corps de toutes parts, qui nous 
entre iufques dans les entrailles, & à chaque 
moment nous va vifitant le cœur * auquel il 
imprime fes propriété*. Si l'air eft tant foit peu) 
corrompu, il caufe la mort: s'il eft pur & falu* 
bre, il augmente les forces , Finalement nous 
nouuonsdire, que l'air feui eft toute la vie àt%\ 
hommes-, dé forte que combien que l'on aye des 
biens &• des richeffes,fi eft-ceque fi le Ciel eft 
fafcheux&malfain,lonnepeut viure à l'ayjeJ 
n v auec du^contentement: mais fi l'air & le Ciel 
eftfalubre gracieux &plaifant, encôr' que l'on 
n'ait d'autres richeifes,ne laiife de donner du 
contentement & du plaifir. Confiderant à part 
moy l'agréable température de plufieurs terres 
des Indes, où Ion ne fçait que c'eft de l'hyuer, 
qui par fon froid gelle & eftraint ,ny de l'efté,] 
qui ennuyé par fes chaleurs,mais auec vne natte , | 
l'on fe guarantit de quelque iniure du temps | 
que ce foit, & où il eft à peine befoin de changer 
d'habit en toute l'année: le dis certes que confi- 
derant cela plufieurs fois , ie trouue & me fern- 
ble cncor auiourd'huy, cjue fi les hommes fe 



des Indes. Liure, 11. *£ 

vouloient vaincre eux^mefmes , & f e deslief 
deslacsquela cupidité leur dreffe, fe defiftans 
ideplufieurs inutiles & pernicieux defTeings; 
i fans doute qu ils pourroient viu re aux Indes fort 
doucement & heureufement .-car ce que les au- 
tres Poètes chantent des champs Elifées, & Je 
hfameufe Tempe, ou ce que Platon raconte, 
ou font de fonlsle Atlantique, certes les hom- 
mes les trouueroient en ces terres , fi d*vn cœur 
généreux ils aymoient mieux eftrefeigneursde 
leur argent & de leur conuoitife , que d'en 
demeurer efclaues comme ils font. Ce que nous 
auons tra.tte iufques icy.fuffira touchant les 
quahtez de 1 Equinoxe, du froid.chaud, feche- 
refle pluyes,& des caufes de fa température. 
Le difcours en particulier des diuerfitez des 
vents, eaux , des terres, des métaux , plantes & 
animaux qui y font.&dont y a aux Indes grande 
abondance reftera pour d'autres liures, caria 
difficultede ce qui eft traittéen ceftuycy , 
quoy qu au bref I e fera parauanture trouuer 
plus long qu 'il n eft. 




Aduertiffement au Lefteur, 



LE Lecteur doit efire aduerty, que tejcriuy 
les deux Hures precedens en Latin, lors 
que ieftoisau Veruy & pourceparlem-ils des 
chofes des Indes , comme de chofes pre fentes : 
depuis eflant venu en Efpagne , mejembla bon 
de les traduire en langue vulgaire 3 & ne voulus 
changer la façon déparier qui y efloit couchée: 
mais aux cinq liuresfuiuan s, parce que te les 
ay faits en Europe y i'ay efie contraint de chan- 
ger la façon de par 1er >& de traitteren iceux les 
chofes des ïndes .comme terres é* chofes abfen- 
tes y & parce que cesie diuerfttc de parler 
pourroït auec raifon ojfenfer le Lecteur yilm* a 
femblê bontaducrtirdececy. 

LIVRE 




UVRE TROISIESME 

D E L'H I S T Ô I R E N A T V- 

rellè & morale des Indes* ' 




$ue l'hififm naturelle des liides^fl pUif anti 
& agréable. 

Chapitre premier.. 
tt& O v t e IfiHSrre naturelle de foy 
cft agréable, & mefme eft vtiJe,& 
de grand prioffi t à ceux qui veuîec 
eflcuer Jeur difcours & contem- 

platJonen haut, en ee qu'elle les 
cite à glorifier 1 Autheur de toute la nature 
mme nous voyorn que font les fages & Mtm 
rfonnages, principalemet Dauid en plufieurs 
d.uers f feaumés, où il célèbre l'excellence W m 
sœuuresdeDieu. Et lob auffi traitant des fe- 1 "' S,J "* 

nd à lob fi amplement. Celuy quife plaira M lt « 

le fêîfiï V T SœmieS dC CC « e nat « re » 4 4^ 
i«le& fiabondante.auravrayementleplai- 
& contentement del'hiftoire, & pl us encoc 
and ,1 cognoiftt. que ce ne font point fim- 

■L7* "4" £°*T? ' ffia ' s * 'Createu, 
**«A <& il paireraplus eutre î &f.aruiend«* 

J5 



n 

Hiftoire naturelle 

à comprendre les caufes naturelles de ces œ* 
ures , 5 fera occupé en vn vray exercice de Phi- 
lofophie. Mais qui efleuera plus haut façon- 
fideration, regardant augtand & premier Ar- 
chitecte de toutes ces merueilles , cognoiltra la 
fapience & grandeur infinie diceluy, pourrons; 
dire qu'il traidera vne excellente Theoogie,& 
par ainfi la narration des chofes naturelles peu. 

Uuconp feruir pour pla»™" b ° n "« '^l 

fiderations.combienquela foibleffe & debili, 

té deplufieurs appétits ayt accouftume ordii] 

«airernent de s'arrefter au moins profitable , qu : 

eft le défit de fçauoir chofes nouuelles , appell.1 

emiofité. Ledifcours& hiftoire des chofes naj 

tutelles des Indes, outre le commun content ()l 

ment qu'il donne.il en a encore vn autre.qu. etl 

de rraitter de chofes tfloignées, la plus-part de| 

quelles ont eftéincogneucs aux plus exceller! 

autheurs de relie profefllon.quiayent efteej 

tre les anciens. Que s'il falloic efenre ces chofl 

naturelles des Indes, auffi amplement comnl 

elles le requièrent bien , eftans chofes fi remal 

quables, ie ne doute pas qu'on n en peuii rail 

desœuures qui neferoient pas moindres ql 

celles de Pline.Theophrafte & Anftote.Mais 

ne me repute point aflez fuffifant,&(encor qj 

ie le fufïe) ce ne feroit mon intention , ne tej( 

dat à autre fin que de remarquer quelques cM 

fesnaturelksque i'ay veuës& cogneues efti 

aux Indes , ou bien que i'ay entendues de P 

fonnes Agnes de foy ; lefquelU s me fembl 

«ftrerares,& peu cogneues en 1 Europe. A l 

fondequoy iepaflaay fuccinftementfur bel 




des Indes. Liure. II I. 74 

i coup d'icelleSjtantpource qu'elles font ià eferi* 
i tes par d'aunes, ou bien qu'elles requièrent da~ 
! uantaged'efciarciflcment & de difeours, que ce 
! queie leur pourrais donner» 




\Des vents 3 de leurs différences , propriétés # 
eau fi s en général. 

Chapitre Ife 

Y a n x traitte aiix deux îiures pre- 
cedens ce qui concerne le Ciel , ôà 
l'habitation des Indes en gênerai, 
il nous conuient parler des trois 
elemens,rair,Peau, &la terre ± ôc 
de leurs compofez, qui font les métaux , plantes 
& animaux ; car pour le regard du feUiie ne voy 
phofe fpeciale aux Indes qui ne Toit es autres re- 
giôs/iquelquvn nevouloit direquelafaçôdê 
[tirer du feu en frottant deux ballons l'vn contre 
autre, comme en vfent quelques Indiens \ de 
luire quelque chofe en des courges, y iéttât vne 
pierre ardente , & d'autres choft s femblables 
fufTent à remarquer,auflî en ây-ic eferit , ce que 
l'onenpouuoitdire.Mais de ceux qui font aux 
Vulcans ou bouches de feu des Indes, dignes 
:ertainement de remarque, i'en diray à leur or- 
Jre, en trâittant de h diuerflté des têrres,ef- 
buclles l'oh trouue ces feux ou Vukâs.Parquoy 
bour commencer par les vents,ie diray premiè- 
rement, que c'eft à bonne caufe que Salomdïfc 
tntre les grades fciêces que Dieu luy auoit doii- 
Wes , eftime beaucoup la cognoifîance de U 

Kij 



:r 




riÉ^k 



Hiftoire. naturelle x 

force des vents,& de leurs proprietez certaine^ j 
ment admirables. Pourcequeles vns font p lu- | 
uicux,& les autres fecs ; les vns maladifs & les j 
autres fains-,les vns chauds, & les aunes ttoidsj , 
ks vns doux&gratieux, & les autres ludesfc . 
rempeftueuxyles vns fteriles& les autres fetules, 

auecvne infinité d'autres différences. H y ad*; 
vents qui courent en certaines régions & lont I 
comme teigneurs d'icelles , fans fouffnr 1 en- 
trée ou communication de leurs contraires. En L 
d'autres parties ils foufflent de telle façon.que, 
tantoft ils font vainqueuis,& tantoft font vain-k 

eus , & bien fouuent il y a des vents <huets& 
contraires, kfquels courent enfemblerout en 
v„ mefme temps.diuifans le chemin en» eux & 
«uelquesfoislesvns foufflent en haut dvne fit- 
çon,& les autres par le bas d'vne autre ; quel, 
ouesfoisfe rencontrent violemment les vns la 
autres , qui fait courir de grandes fortunes à 
ceuxquifontlors fur mer. Il y a des ^entsqu 
ay dent à la génération des animaux, & d autre! 
quil'empelchent.&yfont contraires. Il yav 
certain vent de telle propriété^ que quand i 
(buffle en quelque contrëe,.l y fait pleuuo.r de* 
pulces, non point par manière de dite, maisej; 
l grande abondance.qu'ils en troublent & obj 
(curciflent l'air,& en couutent tout le riusge dé 
la mer , & en d'autres endroids il fait pleuuoj 
des petits crapaux. Ces diuerfitez & dan, 
très qui font alfezcogneues.s attribuent corn, 
munement au lien par où patient ces ven t 
pource qu'ils diient , que de ces lieux J: 
prennent leurs qualuez d'eftre froids, chauds, 



des Indes. Liuré. III. 75 

; fées, ou humides , maladifs, ou fains,&ain{î 
i de tout le refte , ce qui eft en partie verira- 
; ble , cV4îe le peut-on nier , d'autant qu'en 
l peu de diftance Ton void en vn mefme vent 
! beaucoup de diuerfitez. Pour exemple , en 
lEfpagneJeSoltnusouventdeLçuant cftcom- 
j munement chaud & ennuyeux^en Murcia, c'eft 
i le plus frais Se plus fain qui y foit , pource qu'il 
j pafle par ces vergers , &c celle C\ large campagne 
j qu'on void aftèz fraifehe. En Carthagene, qui 
jn'eft gueres eiloignéedelà, Je mefme vent eft 
ennuyeux & mal fain. Le Méridional , que 
) ceux delà mer Occeane appellent Sud, & ceux 
de la mer Mediterranee,Meziozorne, commu- 
nément eft pluuieux& molette , & en la mef- 
me ville que ie dis , eft fain & gracieux. Pline &** #£.*• 
raconte qu'en Affrique il pleut du vêt de Nort, ca ?' 47# 
& que le vent de Midy y eft ferain. Qui voudra 
donc confiderer de près ce que i'ay di&decss 
Vents, il pourra bien comprendre qu'en peu de 
diftance & efpace de terre ou de mer,vn mefme 
vent a plufîeurs & diuerfes proprietez, voirç 
quelquesfois toutes contraires. D'où Ton peut 
inférer qu'il tire «5c acquiert fa propriété & qua- 
lité du lieu par où il pa(Te. Cequieftvrayde 
telle façon , que l'on ne peut pas toutesfois dire 
infailliblement que ce foie la feule Ôc princi- 
palle caufe des diuerfîtez & proprietez des 
vents. Car c'eftehofeque l'on apperçoit&re- 
cognoitrort bien, qu'en vne région qui con- 
tienne cinquante lieues de circuit , ie le mets 
lainfi pour exemple , le vent qui fouffle d'vn co- 
|fté eft chaud & humide , ôc celuy qui fouffle 

K iîj 




É^LMik 



Jififtoire naturelle 

dVn autre, eft froid & fec Toutesfois cède di* | 
uerfiténefetrouuepointéslkuxpar où iipaf- i 
fe,qui me fait dire pluftoft,que les vents d'eux- | 
mefmes apportent quant & eux ces quahtez, j 
Souvient que Ton leur approprie les noms de ! 
cesqualitez. Pour exemple Ton attribue au vet j 
deSeptentrion,aUtrement appelle Cierço , ou U 
Nort.la propriété d'eftre froid Ôc (ec & de con- 
fommer les bruines. Afon contraire, qui eft le 
vent de Midy ,Leuéche ou Sud,e(Uuffi attribue I 
tout le côtrairequi eft d'eftre humide ôc chaud, « 
& d'engendrer des brouillars. Cccy donc eftant 
gênerai & commun , l'on doit rechercher vne 
autre caufevniuerfelle, pour donner raifon de 
ceseffeds, & ne iuffit pas de dire que les lieux 
par où ilspaiTentJeur donnent ces propriété* 
qu'ils ont , puis que paffans par de mefmeft 
lieux , on void qu'ils ontappertement effects 
tous contraires. Tellement que nousdeuons 
confefler par force,que la région du Ciel ou ils 
foufflent, leur donne ces proprietez & qua* 
litez. Comme le Septentrional de foyeft froid, 
pource qu'il procède du Nort , qui eft: la région 
plus eftoignée du Soleil. Le Sud qui fouffle 
du Midy,ettchaud,& pource que la chaleur de 
foy attire les vapeurs , il eft aufli humide & 
pluuieux: au contraire le Nort eft fec ôc fubtil, 
d'autant qu'il ne laifle efpaiflir les vapeurs , ôc 
de cefte façon Ton peut difeourir des autres 
vents , leur attribuans les proprietez des ré- 
gions de l'air deuils foufflent.Mais confiderant 
cela de plus près, cefte raifon encores ne me 
peut fetisfaiue. Parquoy ie veux demander, 



-1 



des Indes. Liure. III. 7 <S 

: que fait la région de Pair par où paffent ces vé rs, 
fi elle ne leur attribue point fa qualité. le le dy, 
pourautant qu'en Allemagne le Méridional eft 
chaud & pluuieux , & en Afrique le Nort eft 
froid &fec. Neantmoîns il eft très certain que 
de quelconque région d'Allemagne où s'engen- 
idrele Sud, doit eftre plus froide qu'aucune d'A- 
jfrique où s'engendre le Nort. Que s'il eftainfl 
jdonques, pour quelle raifon eft- ce que le Nort 
eft plus froid en Afrique,que n'eft le Sud en Al- 
jlemagne , veu qu'il procède d'vne région plus 
Ichaudc ? L'on me pourra refpondre que c'eft à 
icaufe qu'il fouille du Nort qui eft froid,mais ce- 
jla n'eft pas chofe fuffifante, ny véritable •, Car 
[s'il eftoit ainfi , lors que le Septentrional foufflc 
en Afrique il deuroit auflî courir & continuer 
fon mouuementen toute la région . iufqu.es au 
Norttcequi n'eft pas toutes Fois, cartnvnmef- 
jme temps il court des vents de Nort fort froids 
les terres qui font en moins de degrez , & des 
ivents d'embas , qui (ont fort chauds çs terres 
fitueesenplus de degrez , ce qui eft tout ccr- 
tain,couftumier& notoire. D'où l'on peut , à 
poniugement, inférer que ce n'eft pas raifo» 
(pertinente, de dire que les lieux paroùpaflent 
les TentSjleur donnent ces qualitez, ny mefmc 
qu'ils font diueriîfiezjpourcc qu'ils foufflent de 
diuerfes régions de 1 air, encor quel'vn & l'au- 
Itre en fpit quelque rai(on,comme i'ay di&.Maiç 
il eft befoin de s'enquérir plus auant, pour fça* 
luoir quelle eft la vraye & originelle caufede 
|ces différences fi cftranges qu'on void entre les 
vems.ie m en peux imaginer d'autre , linon que 

K iiij 



- 




H 



Hiftoire naturelle 

la mefme caufe efficiente qui produit Se fait nak j 
lire les vents, leur donne ôc imprime quant ôc \ 
quant cette première & originelle propriété. | 
Car à la vérité, la matière de laquelle les vents 
font formez(qui n'eft autre choie félon Arifto- | 
te,querexhalation des elemens intérieurs) peut i 
bien caufer en efFedrvne grande partie de celle j 
diuerfité poureflte plus grotte , plus fubtile, 
plus feche, ou plus humide Mais ce n'eftpas j 
pourtant vneraifon pertinente , veu que nous, 
voyons en vne mefme région où les vapeurs & 
exhalations font d'vne mefme forte Ôc qualité 
qu'il s'y eïleue des vents & effets tous contrai- 
res. Parquoy Ton en doit référer la caufe à l'ef- 
ficient fuperieur ôc celefte , qui doit eftre le So-j 
leil,&au mouuement & influence des Cieux/ 
Iefquels par leurs mouuemens contraires don-u 
nent&caufent de diuerfes influences. Mais les 
principes de ces mouuemens ôc influences fontf 
fi obfcurs& cachez aux hommes, & d'ailleurs) 
fi puiiTans & de il grande efficace , que le fair,6fc 
Prophète Dauiden efprit prophétique , & le 
Prophète Hieremiecelebrans les grandeurs dit 
pfali^'.c. Seigneur, en parlerrt ainfi : Qt*ifrofertventosdë\ 
■gtier, io. thcftmisfnis x c^\ii tire les vents de Ces threfors . \ 
la vérité ces principes ôc commencemensfont 
des threfors bien riches ôc bien cachez : car 
l'Autheur déroutes chofes les tient en fa main- 1 
Se en fa puiffance , quand il luy plaifl les tire ÔC j 
les met dehorSjpourle bien,ou pour lechafti- | 
rnent des hommes , ôc enuoye tel vent qu'il 
veut,nonpasenlafaçondeceftEolus , lequel 
|e$ Poètes ont. follement feint auoix la charge 



des Indes. Liure III. 77 

i <fe tenir les vents arreftez & enfermez dans vn 
p antre, tout ainfi que des beftes fauuages. Nous 
: ne voyons point Je commencement de ces 
■i vents, fcnefçauons non plus combien ilsdoi- 
uent dureY, d'où ils procèdent, ny iufques où ils 
doiuent aller. Mais nous voyons & cognoûîons 
l^rt bien les diuerseffeéfc & opérations qu'ils 
Itent, ain/i que la fupreme vérité, Aurheurd® 
toutes chofes, nous l'a appris, diCantiSpiritasvki 
vultjfiw , CT vocem nm aUdis , <&> nefeis vnàe venir 
m <mo vadtr. L'efprit ou vent fouffîe où bon luy 
lemble, & bien que tu fentes fon foufflement, 
tu ne fçais pas toutefois d'où il procède , ny iuf- 
ques où îldoitarriuer; afin de nous enfeigner 
que comprenans fi peu es chofes qui nous font 
l^relentes, & communes, nous nedeuons pas 
'Wfumer d'entendre ce qui eitfi haut & fi ca- 
che, que les caufes & motifs du fainct Efprit. 
teftpourquoy ilfufïïftque nous cognoiffion* 
les opérations & effets, lefquels nous font fuf- 
Ifemment defcouuerts en fa grandeur & perfe- 
jtion, &d'auoir en gênerai philofophé ce peu 
es vents, ôc des caufes de leurs différences; pro- 
jetez & opérations que nous auons réduites 
In trois, qui font le lieu par où ils partent, les rc 
rions où ils foufflent, & la vertu celefte, princi- 
er motif des vents. 




Hiftoire naturelle 



Aiet.ct. c. 



D'aucunes profrieteT^de vents qui coûtent 
au nouueau monde. 
Chapitre III. 

'Est vne queflion fort difputec pat | 

Ariftote , fçauoir fi le vent Aufter, que 

nous appelions Abrcguo , ou Sud, i 

A fouffle depuis le Pôle Antarctique, oui 

bien tant feulement depuis l Equmoxe & Ml- \ 

dy, qui eft proprement demander h par dettr 

l'Equinoxe il a & retient auffi la meimc qualité I 

de chaud ôc pluuieux q»e nous voyons icy,c ett 

vn poincl: fur lequel Ion peut , non fans railon, j 

entrer en doute : car encores qu'il pafle 1 Equi- 

noxe , il ne lailTe pas toutefois d'eftre vent d Au- 

lier ou Sud , puis qu'il vient du melrae coite du 

Blonde , comme le vent de Nort , qui court <M 

cofté contraire, nelaiflepas aufTideftreNortJ 

encor qu'il pafle outrelaTorride & ligne Equij 

noxiale. Etfemble bien par cela que cesdeu* 

vents doiuent retenir leurs premières propricj 

tez; lVn d'eftre chaud & humide,* 1 autre froid 

& fec;l'Aufter de caufer les bruines & les pluy cs| 

&leBoree, ouNortdelesconfommer, &dd 

rendre le ciel ferain, & tranquille. Toutesroi 

Ariftote f'encline à la contraire opinion, pou 

autant qu'en Europe le Nord eft froid , pourcj 

qu'il vient du Pole,region extrêmement rroidq 

& le Sud au contraire, eft chaud, pourceqpj 

vient du Midy,qui eft auflï la région que le folei 

efchauffe dauantagcPar céte raifon donc îlrau 

droit croire que l'Auftcr fcroitfroii àceuxqui 



-i 



desjndes. Liure III. y 2 

jhabitent l'autre partie de la ligne, & que le Norc 
leur feroit chaud : car en ces parties l'Aufter viét 
du Pôle, &leNortvientduMidy. Et combien 
qu'il femble par cefte raifon, que l'Aufter, ou 
Sud, doiueeltreplus froid par delà , que neft 
ipas leNort par deçà, attendu que l'on tient la. 
jregion du Pôle du Sud plus froide , que celle du 
Pôle du Nort. à caufc que le foleil demeure fept 
ours dauantage par an, au Tropique deCan- 
;er, qu'il ne faict pas au Tropique de Capricor- 
îe, comme il appert par ks Equinoxes & fol- 
lices qu'il fait es deux cercles. En quoy il fem- 
ble que la nature ayt voulu monftrer la préémi- 
nence & excellence que cefte moite du mon- 
Se qui eft au Nort, a fur l'autre moitié qui eft au 
Uud; d'où il femble qu'il y ayt raifon de croire 
ue cesqualitez des vents fe changent enpaf- 
ne la ligne , mais à la vérité il n'en eft pas ainfî, 
ce que i'ay peu comprendre par l'expérience 
e quelques années que i'ay efte en ces parties 
es Indes , qui gifent au Sud , de l'autre cofté de 
ligne. Il eft bien vray que le vent du Nort 
eft pas iî communément froid & ferain par 
elà , comme il eft icy. En quelques endroits du 
>eiu, comme en Ly ma, & aux plaines, ils expe- 
jimentent que le Nort leur eft maladif, &en- 
pyeux , & par toute cefte code , qui dure plus 
te cinq cents heu es, ils tiennent le s ;ud pour vn 
lent fain & frais , & qui plus eft , tres-ferain , ôc 
tracieux , mefme que iamais il n'en pleut , tout 
ju contraire de ce que nous voyons en Euro- 
pe, &en cefte partie de la ligne. Toutesfoisce 
ui eft en lacofteduPeru, n eft pas vne regiç 




Hiftoire naturelle 
générale, mais pluftoftvne exception, &vne 
merueille dénature, de ne pleuuoir iamaisen 
cefte code là, ôc qu'il y règne toufiours vn mef- 
mevent, fans donner lieu à fon contraire -, de- 
quoy nous dirons après ce qu'il nous en femble- 
ia. Maintenant demeurons à ce point, queic 
Nort n'a point de l'autre cofté de la ligne, lest." 
proprietez que T Aufter a par deçà . encores que 
tousdeuxfouftlétduMidy,àdesregions&paf 
ties du monde oppofites& contraires: car o 
n'eft pas règle générale par delà, que le a ort { 
chaud, ny pluuieux, comme l'Autter l'eft par 
çà-, au contraire il pleut là aufli bien lors que n 
lire Aufter y règne, comme l'on void en toute 
laSierre, ou montagne du Peru, enChillé,& 
en la terre de Gongo , qui eft de l'autre cofté dr 
la ligne, &bienaduanceeenlamer. EtenP< 
tozimefme, le vent qu'ils appellent Tomah 
ni ( qui eft noftre Nort , fi j'ay bonne mémoire 
eft extrêmement froid, fec, & mal plaifant 
comme il nous eft par deçà. Il eft vrayqueo 
H'cft pas chofe couftumiere par delà que ce n or 
diflîpe les nuages comme icy; au contraire ( fi i< 
ne me trompe)il caufe fouuentefois de la pluye 
Et n'y a point de doute que les vents ne tirent, 
& n'empruntent cefte grande diuerfné d'effeâ 
contraires, des lieux par où ils partent, ôc de 
prochaines régions d'où ils naitfent , corne cha 
' ,que iour Ton expérimente en mille endroits 
Mais parlant engeneralde la qualité des vents 
l'on doit pluftoft regarder aux coftes& partie 
du monde, d'où ils nailTent& procèdent, ' 
non point pour eftreducoûç de deçà UU 



ligne! 



des Indes. Liure III. ?$ 

m autrement , comme il me femble que le Phi- 
■ilofophe en a eu opinion. Ces vents capitaux* 
qui (ont le Leuant & le Ponent , n ont point de 
jqualitez il vniuerfelles, nyfi communes en ce 
continent, ny en l'autre, comme les deuxfuf- 
|dits. Le Soîanus , ou Leuant , efticy ordinaire- 
jment ennuyeux, Ôc mal fain; & le Ponent, ou 
jZephyre, eft plus doux, & plus fain. Aux ïndes 
& en toute laTorride, lèvent d'Orient qu'ils 
appellent brife , eft au côtraire d'icy fort fain ôc 
délicieux. Du Ponent,ie n'enpoùrray dite cho- 
fe certaine,ny générale, d autant qu'il ne fouffl e 
jpoint du tout, ou bien fort rarement, en la -ror- 
iride: car en tout ce que Ion nauige entre ces 
$eux Tropiques, le vent de la brife y eft ordinal- 
(re, mais pource que c'eft vnedesmerueilleufes 
jruures dénature, ilferabon d'en entendre la 
pufe & l'origine. 

£hte les brife s courent toufiours enlaTorride % 

& hors tticelle les vents d'abas &ks 

brifes y font touftour s ordinaires. 

Chapitre IV. 

E chemin de la mer n eft pas .comme 
celuydelaterre, pour retourner par 
| bu l'on apafTc, il y a vnmefme che- 
min, ditlePhilofophe, d'Athènes à \ 
(Thebes, que de Thebes à Athènes : maisil n'efl: 
|>as ainfi en la mer , pource que Ton va par vr* 
fhemin, & retourne- on par vn autre. Les pre- 
miers qui defcouurirent les Indes Occidenca- 




r 



Mifloire naturelle 

les, voire Orientales, trauaillerent beaucoup & 
TinlZîa curent de grandes difficulté àtrouuer larou- ; 
î./. 4 . c.6. te, iufques à ce quel expérience, mailtreHede| 
ces fecrets , leur euft enfeigné , que de nauiger 
par l'Occean , n'eft pas choie femblable , que de 
palier en Italie par la mer j^^ttërranee , où l'on ! 
varecognoiijant âuretou^ïesrnefmespOrts &j 
caps, que Ion a veuz à l'aller* Ôc ne fait-on touf- 
iours qu'attendre la faueur du vent qui f y chan. 
ge en vn inftant,& encor quâd il leur deffaut, ils 
ont recours i ôc fe feruent fort bien de la ramcJ 
& ainfi vont ,& viennent les galères toufioursd 
en cofloyant la terre. En certains endroits de la! 
mer Occeane on ne doit efperer autre vent que 
celuy qui court , parce qu'ordinairement il y| 
dure longtemps. En fin celuy qui eft bon pour 
aller, ne left pas pour retourner: car en la met 
outre le Tropique, ôc dedans la «rorride, les vents 
cte Leuant y régnent toufiours, foufflans conti- 
nuellement fans permettre leurs contraires , en 
laquelle région y a deux chofes merueilleufesj 
l'vne, qu'en icelle (qui eft la plus grande derf 
cinq en quoy ils diuifent le monde ) régnent ki 
vents d'Orient qu'ils appellent brifes , fans qud 
ceux du Ponent ôc Midy, qu'ils appellent vend 
d'abas, ayent lieu de courir en aucune fàifon àè 
Tannée. L'autre merueille eft, que ces brifes d 
celTent iamais de foufïler , & lepluscommune^ 
ment es lieux qui font plus proches de la ligne! 
éfquels ilfemble que les calmes deullcnt eftrd 
plus ordinaires, d'autant que c'eft la partie dd 
monde plus fnbjette àl'ardeur dufoleil. Mair 
gfeft au contraire ; car à peine on y void des cal 




des Indes. Liure 111. Su 

j nies , & fi la brife y eft beaucoup plus froide , 6c 
\y dure plus longtemps; ce qui a eflérecogneu 
;en toutes les nauigations des Indes, C eft donc 
là l'occafion pourquoy la nauigation que l'on 
(Fait allant d'fcfpagne aux Indes Occidentales, 
eft plus briefue, & plus facile, voire plus aiîcu- 
}rec, que celle que l'on faict au retour d'icdles 
jen Efpagne. Les flottes fortans de Seuille , ont 
le plus de peine & de difficulté à paiîer & arri- 
uer iufques aux Canaries , d'autant que ce Gol- 
phe desYegues, ou desiuments, eft variable, 
êftant battu de plusieurs &diuersvents: mais 
ayant parte les Canaries , elles vont baifTans iuf- 
ques à entrer en la Torride , où ils trouuent in- 
continent la brife, & y nauigét vent en pouppe 
de telle forte , qu'à peine eft befoing en tout Iç 
voyage de toucher aux voiles. Pour cefte raifort 
ils appelèrent ce grand Golphc, le Golphe des 
Dames, pour fa douceur &ferenitc. En après, 
fuiuant leur route, elles arriuent iufques aux Ik 
les de la Dominique, Guadelupe, Defîree, Ma- 
rigualante, 6c les autres, qui font en cet endroit 
Comme les fauxbourgs des Indes. Là les flottes 
fe feparent & fe diuifent, dont les vns (qui vont 
en la neuue Efpagne) tirent à main droite, pour 
recognoiftre l'Efpagnolle , & ayans recogneu le 
Cap fainét- Antoine, donnent iufques àfaindl 
Ican Delua, leur feruant toufiours la mefme 
brife Celles de terre terme prennent la main 
I gauche, &vont recognoiftre la haute monta- 
jgne de Tayrone /puis ayanr touché en Car- 
j thagene, palFentoutreà Nombfede Dios , d'où; 
par terre on Y a à Panama, & de là par la mer du 



fftfîoire naturelle 

Sud auPeru. Mais lors que les flottes retout- 
îient en Efpagne,elles font leur voyage en cefte 
façon. La flotte du Peru varecognoiftreleCap 
fain£ Antoine, puis entre en la Hauane, qui eft 
vn fort beau port , de fille de Cube , & cellede 
la neuue Efpagne vient mefme toucher en la 
Hauane , eftant fort-e de la v raye Croix , ou de 
Tlfle de fainé* Iean Delua; toutefois ce n'eft fans 
trauail, pource que là ordinairement ventent 
les brifes, qui eft vn vent contraire pour aller à 
ce port de la Hauane. Ces flottes eftans join&es 
pour retourner en Efpagne, vatft chercher leur 
hauteur hors des Tropiques, où incontinent ils 
trouuent des vents d'abas, qui leur feruentiufc 
ques à la veiie des Ifles des Açores , ou Ty erce^ 
res, ôc de là à Seuille. De forte qu'ils font le 
voyage de l'aller en peu de hauteur, nef'eflow 
gnans point de la ligne de pi us de vingts degrez* 
quieft }à dans les Tropiques Maisle retour fé 
fait par le dehors d'iceux Tropiques, en 28. ou 
trente degrés de hauteur pour le moins; ce qu'ils 
font pour la raifon fufdite, d'autant que dans les 
Tropiques continuellement régnent des vents 
d'Orient , lefquels font propres pour aller d 3 Ef- 
pagne aux Indes Occidentales, pource que la 
route eft d'Orient au Ponent, & hors les Tropi- 
ques, qui eft en i3.degrez de hauteur, l'on trou- 
lie des vents d'abas, lefquels font plus certains, 
& ordinaires, plus l'on fefïoigne de la ligne^qui 
font propres pour retourner des Indes, d'au- 
tant que ce font vents de Midy & dePonenr^ 
quiferuent pour courir à l'Orient &auNort.i 
Le mefme difeours eft aux nauigations que l'on 

fais ei* 



Jesfndes. Liure ÏJI. $ t 

lit en la mer du Sud, allant de laneuucÉfpa- 
ne & du Peru, au* Philippines, ou à la Chine; 
: retournant des Philippines, ou Chine, à la 
euueEfpagnè: car cela leur eft facile, pourec 
u'ils nauigent toujours d'Orient ail Ponentj 
roche de la ligne, ou ils trouùent continuelle- 
tel : le vent de brife , qui leur donne en pouppe. 
n I an quatre vingts quatre forcir de Gallao eri 
ymavn nauire pour aller aux Philippines, le- 
jel courut Se rtauigea deux mille fept cents 
nies fans voir terre * & la première qu'il def- 
mdrit, fuftTlfle dcLiïflbn, où ilalloit, ôcy 
int port, ayant fait fon voyage en deux mois, 
nsauoir eu aucune faute de vent, ny foufrert 
cune tourmente, & fut fa route prefque touf- 
urs tous laligne 5 pource que de Lyma qui eft 
louze degrez au Sud, il vint àrriuer à Menilla; 
11 eft quafi autres tant au Nort. Le mefme 
ur accompagna Aluaro de Mandana, quand 
ut àladefcouuerte deslfîes appellees de Sa- 
mon, pource qu'il eut toujours le vent en 
•uppe iufques à la veùé de ces Iflcs , Iefqudlesî 
ment eftrediftantesdulieudu Peru, d où ils 
tuent 3 corrtmemil Jieties, ayant fait fa route 
inours en vne mefme hauteur au Sud. Le re- 
ir eft comme le voyage des Indes en Efpa- 
t: car ceux qui retournent des Philippines oii 
une à Mexique, afin de trouuer les vents d'à-' 
\> montent à beaucoup de hauceur, iuïqués |t 
nettre au droit des Mes de Iappon,& venant? 
îcognoiftrc les Calliphornes, retournent par 
ofte de a neuue Efpagne , au port d'Acapui- 
» d ou ils eftoient fortis. De forte qu'il e& 

L 





- . M 



H 

Hiftoire naturelle 

mcfmc prouué parceftenauigation, que d'O- 
rient au Ponent l'on nauige fort bien dans les 
Tropiques , d'autant qu'il y règne des vents 
Orientaux: mais retournas du Ponét en Orient, 
l'on doit chercher les vents d'abas , ouduPo- 
nent , hors des Tropiques en hauteur de 17. de- 
grés. Les Portugais expérimentent le mcfme en 
la nauigation qu'ils font à l'Inde d'Orient , bien; 
qu'au rebours , pource qu'allant de Portugal, le 
voyage eft ennuyeux , & de trauail , mais le rc-r 
tour eft plus ay fé , d'autant qu'à l'aller leur r ou, 
te eft du Ponent à l'Orient j tellement qu'il leu 
conuient monter iufqu'à ce qu'ils ayent trouu<i 
les vents généraux qu'ils difent, qui font au delj 
fus de vingt- fept degrez. Et au retour ils reca; 
gnoiflent les Tyercieres, mais c'eft plusayfct! 
ment, pource qu'ils viennent d'Orient, enquoj 
les brifes ou Norts leur feruent. Finalement Jd 
mariniers tiennent jà pour règle & obferuatiof 
certaine, que dans les Tropiques régnent cont^ 
nucllementlcs vents deLeuant, parquoy il y e|j 
très-facile de nauiger au Ponent. Maisdchoj 
iceux Tropiques, il y a en quelques faifons d|j 
brifes , en d'autres , & plus ordinairement , d| 
vents dabas; à raifon dequoy ceux qui nauigq 
du Ponent en Orient , procurent toufiours fd 
tir de la Torridc , & fe mettre en hauteur de J 
degrez , & pour cefte raifon les hommes fe fo 
ia hazardez d'entreprendre des nauigatio| 
eftrangcs , & à des paxtics efloignees > & inq 
gneucs. 



— 1 



dés Indes. Liure ///. 



$& 




Dt la différence des hrijes , rjr vents dUbas* 
wfetnble des autres vents. 

Chàpiïre V* 

I e n que ce qui a efté dit cy deflus , foif 
vncchofefiapprouuee, ôc C\ vniuerfei- 
kj neantmoins il me refte toûfîouis vn 
dtfir d'enquérir la caufe de cefecret, 
jpourquoycn laTorride l'on nauige toujours 
i d'Orient en Occident aucc telle facilité, & non 
au contraire , d'Occident en Orient* Qui eft le 
roefnc que il l'on demandoit pourquoy les bri- 
fes régnent là , & non les vents d'abas, puis que 
félon bonne Phiiofophie, ce qui cftpcrpetuel, 
Vniuerfel & de par foy (comme difent les l'hilo- 
fophcs)doit auoirvne caufe propre, & de pat 
foy. Orauant que m'airefler à ceftequeftion, 
qui me femble remarquable, il fera befoing de 
déclarer ce que nous entendonspar les brifes & 
vents d'abas , à caufe que cela feruira beaucoup 
pour ce fujet , & pour plusieurs autres ehofes & 
matières des vents ~& nau 'gâtions. Les pilote* 
mettent trente-deux différences de vents, par- 
ce que pour conduire leur proue au port defî- 
ré , ils ont befoing de faire leur Conte fort pun- 
c^uellement, & le plus diftin&ement, & au me- 
ftu qu'ils peuucnt, veu que pour peu qu'ils ti- 
râflcnt en vn code, ou à l'autre, enfin deleut 
chemin , fe trouueroient grandement eiloigne^ 
d'où ils penferoient aller, & ne content plus d« 
ttente-deux ycms 5 d'autant que ces diuihou$ 




i 

Hiftùirè naturelle 

fumfent, &nepourroit-on auoir la mémoire 
pour en retenir dauantage. Mais à langueur, : 
comme ils mettent trentre deux vents, l'on en 
pondit conter 64. "8. & aj<5. finalement al- 
ler multipliant ces parties îufques à l'mnny: 
car le lieu où fetrouue lenauire eftant comme | 
îe centre, & rout hemifpherc en circonférence, 
quieft cequiempefche quel'onnepuiflecon* 
ter des lignes fans nombre, lefque les fortans 
de ce centre, tirent droiéï à ce cercle hnealen 
tout autant de parties, qui ferôt autant de vents 
diuers, puifque ainfieft, que le vent vient de 
toutes les parties de l'hemifphete , & qu'on le 
peut diuifer en autant de parties que nous vou- 
drons imaginer ? Toutefois la fageiïe des nom- 
mes fe conformant à la fainfte Efcnture , re- 
marque quatre vents, qui font lesptincipauï 
de tous , & comme quatre coings de 1 vnmers, 
que l'on ferme, en faifant vne croix aueedeux i 
ligne», dontl'vnevadvnPoleàlautre,&lau- 
tred'vn Equinoxe à l'autre, & font d vn cofte le 
Nort , ou Aquilon , & l' Aufter , ou vent de Mi- 
dy , fon conrraire ; & de l'autre cofte l'Orient, 
qui procède d'où forr le foleil, & le Ponem d ou 
ilfccouchc. Et combien que l'Efcnturefainae 
parle en quelques endroirs d'autres dmerfites de 
vents, comme de l'Eurus , & Aquilon que ceux 
de la mer Occeane , appellent Norr d eft, & ceux 
de la mer Méditerranée Gregual duquel ileit 
feit mention en la nauigation défaut Paul, h 
eft-ce que lamefmeEfcriturefaincte rapporte 
&s quatre différences remarquables que tout le 
monde cognoir, qui font comme il eft du , Sep-, , 



des Indes. Liure IIL S 3 

Itentrion, Midy, Orient ôc Ponenr. Mais d'autant 
que I on trouue trois différences au leuer , ôc 
naiflance du foleil ( d'où vient le nom d'Orient ) 
à fçauoir , les deux plus grandes deçlinaifons 
iqu'ila accouftumé de faire, ôc le milieu d'icel- 
jles, félon qu'il naift endiuers lieux en hyuer, 
jl'eftc , ôc en celle qui tient le milieu de ces deux 
jfaiions. Pour cefte raifon l'on conte deux autres 
(vents, qui font l'Orient d'e (lé, & l'Orient de 
l'hyuer, & par confequent deux autres Ponents 
id'hyuer & d'efté , contraires aux deiîufdits. De 
forte qu'il y a huit vents en huit points notables 
du ciel , qui font les deux Pôles , les deux Equi- 
Inoxes, les deux folftices, 6Y leurs oppofites au 
mefme cercle, lefquelsfont appeliez de diuers 
noms ôc appellatiôs en chacun heu de la mer ÔC 
te la terre. Ceux qui nauigent POcceatiront ac- 
:ouft umé les appeller ainii. Ils dônnct le nomde 
Mort aux vents foufïlans de noftre Pôle, qui re- 
lient le mefme nom de Nort, & de Nordeft, Ce- 
uy qui luy eft prochain ôc qui vient de l'Orient 
îftiual, ils l'appellent £ft$ celuy qui fort du vray 
prient, Equinoxialj ôc vSueft, celuy qui vient de 
l'Orient d'hyuer. Au Midy, ou Pôle Antarctique 
jlsdonnent le nom de Sud, & à celuy du Cou- 
chant d'hyuer, le nom de Suroeft; au vray Cou- 
rbant Equinoxial, le nom de Oeft, & au Cou- 
phant d'efté, celuy de Nort-oeft. Ils diuifent en- 
:feux le refte des vents , Ôc leur donnent les 
jioms, félon qu'ils participent, & f approchent 
ies autres, comme Nortnortoeft,nortnoitdeft, 
Ht nordeft , eft fueft , fur feroeft , fufueft , oeft, 
r ur-oeft, oeft, nortoeft j de forte que parleurs 

L iij 




j/ifloire naturelle 
dénominations l'an cognoit d'où ils procèdent. 
En la mer Méditerranée encor qu'ils fument la 
mefme diuifion & façon de conter, neantmoins 
Us leur donnent d'auttes noms différents Ils ap- , 
pelientle N or t, Tramontane, & fon contraire, 
qui eft le Sud, Mezojorne, ou Midy. L Lit ils 
rappellent Leuant, & l , OwftPuncnt > & ceux 
qui trauerfent ces quatre, ils les nomment ainir, 
le Sueft eft par eux dit Xirocque , ou Xalocque, 
& fon oppofitc qui eft le Nortoeft, Mettrai Ht 
appellent Grec, ouGregual, lcNordeit, 6c le 
Surocft fon contraire , Leuefchc , Lybique , ott 
«Afriquain. En latin les quatre cogneus font, St- 
ptentm , ^£rfer 9 StihfoUnm, Umnms : Et les entre- 
meilwz font, ^mh, V*kwnm % ^tfhtm cr Cor*. 
Selon Pline, VHUurnw&Eww, fontvnmefmc 
vent, qui eft le Sueft, ou Xalocque : Uumrn* eft 
le mefme que l'Oeft, ou Ponent : *4yuU , &*H 
r^, le mefme que Nortcft, ou Gregual, & Tra- 
montane: jtfmm, & Lybique, eft ce Suroeft, 
ou Leuefchc: *A»ft* 9 Sc&tm 9 ek le Sud ou 
Midy : Or ** , ScZephir* n'eft autre que le Norf 
oeft, ou Meftral, & à fon prochain qui eft Norc 
deft , ou Gregual , on ne luy donne autre nom 
que Phénicien. Queiqu es autres les diuifentd y- 
ne autre manière: mais parce que cen'cft pas à 
prefent noftre intention de raconter les noms! 
Latins & Grecs de tous les vents y difons feule- 
înet qui foat ceux d'entre ces vents que nos m* 
tiniers de fOccean dinde appellent bnies, & 
yentsdabas. Iayeftc fort longtemps en difh 
çuité fur ces noms, voyant qu'ils en vfoient ton 
différemment , iufqucs à ce que j'aye recogneu 



des Indes. Liure 111. $4. 

que ces noms font plus généraux, que propres, 
& particuliers. Ils appellent brifes, ceux qui fer- 
uent pour aller aux Indes , & qui donnent quafî 
enpouppe, lefquclspar ce moyen coprennent 
tous les vents Orientaux, & ceux qui en dépen- 
dent y & appellent vents d'^bas , ceux qui font 
près pour retourner des Indes , & qui fouftlent 
depuis le Sud iufques au Ponent eftiual ; de ma- 
nière qu'ils font comme deux efcoiiades des 
vents de chacun cofté , les Caporaux defquelles 
font d'vne part le Nortdeft, ouGregual; &dc 
l'autre le Suroeft, ouLeuefche. Mais Ton doit 
entendre que du nombre des hui& vents ou dif- 
férences que nous auons cottez , il y en a cinq 
qui font propres pour nauiger , & non les trois 
autres.Ie veux dire que quand vn nauire nauige 
en la mer, il peut aller & faire long voyage auec 
l'vn de ces cinq vents,encorqu'ils ne luy feruent 
pas cfgalement: mais il ne fepeut point feruic 
d'aucuns des trois , côme fi le nauire va au Sud, 
il nauigera auec le Nort , le Nortdeft , le Nort- 
oeft, & auec l'Eft, & l'Oeft : car ceux des coftez 
feruent efgalement pour l'aller, & pour le ve- 
nir. Mais du Sud , il ne f'en pourra feruir, pour- 
ce qu'il luy eft directement contraire , ny de fes 
deux collatéraux qui font Sueft & Suroeft, qui 
cft vne choie fort triuiallc, & commune à ceux 
qui nauigent .Ceft pourquoy il n'eftoit befoing 
de le déduire icy, finon pour fignifier queles 
vents latéraux du vray Orient, font ceux qui 
communément foufïlent en laTorride, qu'ils 
appellent brifes, & les vents de Midy declinans 
au Ponent, qui feruent pour nauiger 4'Occi- 

L iii) 



Hiftoire naturelle 
4ent à l'Orient, nefpntpoint ordinaires en la 
To rride , parquoy l'on les va chercher hors des 
Tropiques , 6c les appellent les mariniers des 
Indes communément vents d'abas. 



«: 



Quelle eft la caufe pûtirquoy nauigeant en la 
Torrzde, ilya tofifiotirs des vents d'Orient. 

Chapitre VI. 

I s o n s maintenant ce qui touche la 
queftion proppfee, fçauoir, quelle eft 
la caufe ppurquoy Ton nauige bien en 
la Torride d'Orient au Ponét , 8c non 
au contraire. Sur quoy nous deuôs prefuppofer 
deux fondemés certains : l'vn eft que le mouue- 
ment du premier mobile, qu'ils appellent rauif* 
fant , ou diurnel , non feulement tire ôc efmeut 
quant & iuy les fpheres celeftes qui luy font in- 
férieures , corne il fe void chacun iour au foleil, 
lune & eftoilles , mais auffi ks éléments partici- 
pent de ce mouuement , entant qu'ils n'en font 
point empefchess. La terre ne fe meut à caufe de 
îa grande peianteur qui la rend mobile, & qu'el- 
le eft auflî beaucoup éloignée de ce premier mp» 
bile. î. élément de l'eau ne fe meut non plus de 
ce mouuement diurnel, d'autant qu'il eft joinék 
& afTemblé auec la terre , & font enfemble vna 
flpherej de façon que la terre l'empefçhe dcfe 
mouuoir circulairement ; mais les deux autres, 
clemens, le feu & l'air , font plus fubtils, & plus 
proches des régions celeftes, d'où vient qu'ils 
participent de Jeuxmçuuement, &foi*tmeus 



des Indes. Liure. III. s$ 

<& agitez circulairement , comme les mefmes 
! corps celeftes. Pour le regard du feu , il n'y a 
point de doute qu'il n'ait fa Sphere,ainfi qu'A- 
riftote&les autres Philofophes font tenurmais 
pour lair (qui eft le point de noftre fubiet ) il eft 
très-certain qu'il fe meut du mouuementdiur- 
nel,quieft d'Orient à l'Occident, ce que nou$ 
voyons clairement es Comètes qui fc meuuét 
d'Orient à rOccident,montan$, defcendans, & 
finalement tournoyansen noftre hemifphere, 
idelamefme façon queleseftoilles femeuuenc 
lau firmament. Car autremét ces Comètes eftas 
en la région & Sphère défaire ù elles s'engen- 
drent,apparoiirent & fe c Ji^fomment,}! leur fe- 
roit impoffible defe mouuoir circulairement 
comme ils fe meuuent 3 fi l'élément de l'air où ils 
font,ne femouuoit du mefme mouuemcnt du 
(premier mobile. Careftansces Comètes d'vne 
jmatiere enflammée , parraifon deuroient de- 
imeurer arreftees fans fe mouuoir circulaire- 
imenr,fî la Sphère où elles font,demeuroitfans 
jfe mouuoir, fi ce n'eft que nous faignions que 
quelque Ange ou Intelligence chemine auecla 
jCometc , la menant circulairement. En Tan 
JJ77. apparut cefte merueilleufe Comète ( de 
(figure reflemblant vn plumage) depuis Thori- 
ifon prefqueiufques àla moitié du Ciel, & dura 
idepnis le premier Nouembre iufques au hui- 
i&iefme de Décembre. le dis depuis lepremier 
|de Nouembre j cariaçoit qu'en Efp3gneonla 
preid & remarqua premièrement au 9. de No- 
vembre (fuiuant le récit des Hiftoriens de ce 
réps)neantmoinsauFeru, où i'eftoispourlors^ 







\ ififtotre naturelle 

il me (buuienc bien que nous la vifmes êc re- j 
marqaafmes hui& iours deuant,&tous les iours j 
cnfuiuans.Pour la caufe de cefte diuerfité,quel- t 
ques-vns la pourront dire particulièrement, , 
mais ie veux dire qu'en ces quarâte iours quel- \ 
le dura,nous remarquafmes tous , tant ceux qui 
eftoient en Europe, que nous autres aufliqui 
cftions alors aux Indesjqu'ellcfc mouuoit cha- 
que iour du mouuement vniuerfel , d'Orient au 
Ponent, comme la Lune & les autres eftoilles. 
D'où il appert que la Sphère de l'air eftantfa 
région, il faut que le mefme élément femeuuc 
de cefte façon. Nous recogncufmes auflî,quc 
outre ce mouuement vniucrfcl,elle en auoit en» 
cor vn autre particulier , par lequel elle fe mou- 
uoit auec les plancttesd'Occidét en Orient: car 
chaque nui& elle deuenoit plus Orientale, ainfi 
que font la Lune , le Soleil , & Y t ftoille de Ve- 
nus. Nous remarquafmes dauantage vn troi- 
ficfme mouuement particulier, dot elle le mou- 
uoit au Zodiaque vers leNort , d'autant que 
paflees quelques nuitts , elle fe trouuoitplus 
(5on jointe aux fignes Septentrionaux. fct para- 
uanture cela fut caufe pourquoy cefte grande] 
Comète fuft pluftoftveucdeceuxquieftoient| 
plus Méridionaux , corne le font ceux du Peru.) 
Et d'autre part,ceux de l'Europe commccercnd 
à la voir plus tard , à caufe que par ce troiiiefmej 
mouuement que i'ay dit , elle s'approchoit plus 
des Septétr ionaux. Toutesfois vn chacun a peu; 
remarquer les différences de ce mouuement, de 
façon que l'on peut bien voir que plusieurs & 
4iuers corps celcftc*, donnent leurimpreflîon 



àeslnàes. LiureAll. 86 

USpHeredei'air.ainfieft-il certain que l'air fe 
ticuc du mouuemét circulaire du Ciel/TOrient 
u Ponent,qui eft le premier Fondement misen 
uant cy délias Le fecôd neft pas moins certain, 
,iy nocoire,qui eft que le mouuemét de l'air aux 
Parties qui font fous la ligne, ou proches d"iccl- 
je,eft tres-vifte &leger,&d'autât plus qu'ils ap- 
Coche de l'Equinoxe , par confequent ce mou- 
icmcnt eft d'aueât plus lent Se pefan t,qu*il s'ef- 
oigne de la ligne en Rapprochant des Pôles. La 
•aifon de cecy eft manifefte , parce que le mou- 
vement du corps celefte.eftât la caule efficiente 
le ce mouuement de l'air, il doit par neceflîte 
fcftre plus prompt 6c plus léger à l'endroit où le 
fcorps celeffe a Ton mouuement plus vifte.Or de 
Couloir enfeigner la raifon pourquoy le Ciel a 
|vn plus vifte mouuemét en la Torridc,qui eft la 
iugne,plus qu'en autre partie du Ciel, ceferoie 
(peu citimer les hommes , puis qu'il eftaifé de 
Voir en vneroiic que Ton mouuement eft plus 
tardif & pefant à l'endroit de (a plus grande cir- 
iconference.qu'à l'endroit de fa plus petite , & 
quelle acheue (on grand tour au mefme efpacc 
de temps,que la moindre acheuc fon petit. De 
•ces deux fondemens procède la raifon pour la- 
| quelle ceux qui nauigent grands Golphes,d'0- 
1 rient au Ponent,ttouuct toufiours vent en pou- 
! pejallans en peu de hauteur, 6V tant plus ils font 
1 proches de l'Equinoxc^ant plus leur eft certain 
i cV durablele vent Etau contraire nauigeans du 
IPonent à l'Orient, ils trouuent toufiours vent 
I en proue, & contraire. Pourcc que lcmouue- 
! ment ires-vifte de lEquinoxe , tire après foy 







Jjîftoire naturelle 
l'élément de l'air , comme il fait le furplusclef 
Sphères iuperieures.Parainfi l'air fuit toufiours 
le mouuement du iour allant d'Orient au Po- 
nant,fans iamais varier , & le mouuem et de l'air 
vifte amené mefme après foy les vapeurs & ex- 
halations qui s*efleuent de la mer , ce qui caufe 
en ces parties & régions vn continuel vent de 
brife qui court de Leuant. Le Père Alonfo San- 
chez,qui eft vn Religieux de noftrc Côpagnie, 
qui a voyagé en l'Inde Orientale & Occiden- 
tale^omme homme ingénieux & expérimen- 
té , difoit, qu'en nauigeant deiTous la ligne,oi| 
proche d'icelîe,auec vn temps continu & dura/ 
ble, il luy fembloit que c*eftoit le mefme air^ 
meu du Ciel } qui conduifoit les nauires , & n'e- 
ftoft pas proprement vn venr, ny exhalation^ 
maisceft airefmeu du cours iournalier duSo< 
leiljpour preuue dequoy il mettoit en auant que 
le temps eft toufiours égal & femblablc au Gol* 
phe des Dames , & es autres grands Golphc* 
que l'onnauigeenlaTorride. Pour raifon de- 
quoy lesvoiles des nauires y font toufiours de 
mefme façon, fan? aucune impetuofité , 8c fan* 
qu'il foit befoing les changer prefque en tout le 
chemin. Que fi l'air n'effoit efmeu du Gel, il 
pourroit quelquesfois défaillir > quelquesfois 
le changer au côtraire, 8c quelquesfois y auroic 
des tourmentes. Toutesfois combien que cecjr 
foit dit doctement , Ton ne peut pas nier que ce 
ne foit vent,& qu'il n'y en aye , attendu qu'il y a i 
des vapeurs 8c exhalations de la mer , & que 
nous voyons quelquesfois que tantoft la brife 
eft plus forte, & tantoft plus foible, &remife, | 





des Indes. Liure. II î. %y 

h telle façon qu'il aduient quelquesfois que 

>n ne peut porter toutes les voiles. L'on doit 

t, >nc entendre,&eft la verité,que l'air efmeu at- 

:e quant &foy les vapeurs qu'il trouue, dau- 

int que la force eft grande , & qu'il ne trouue 

pintderefiftance, pourraifondequoy lèvent 

(Orient & Ponent eftaum* continuel ôc pref- 

|ie toufiours femblable es parties qui font 

I oches de la ligne , & prefcjue en toute la Tor- 

Hie , qui eft le chemin que fuit le Soleil entre 

h deux cercles du Cancer àc du Capricorne. 

j i ; . „ 

hurquoy fort ans delà Torride enfin de hau~ 

tcuYjïontrouuefluôfouuent des 

vents iâbas. 

Chapitre VIL 

V i voudra bié regarder de près ce qui 
a efté dit, pourra aufli bien entendre, 
qu'en allant du Ponent à l'Orient , en 
hauteur plus outre que lcsTropiques, 
n trouue des vents d'abas } d'autant que le 
ouuemcntdel'Equinoxeeftant il vifte, il eft 
ufe que l'air fc meut deflbus luv/uiuant fon 
ouuement , qui eft d Orient au Ponent,atti- 
nt quant & foy les vapeurs qui s'efleuent de 
mer, de forte que les vapeurs Ôc exhalations 
i s'efleuent des coftes de l'Equinoxe, ou Tor- 
le, venansà rencontrer le cours &mouue- 
:nt de la Zone, font contraintes par la reper- 
flîon de retourner quafî au contraire , d'oà 
:nnent les vents d'abas,& Suroeft , communs 
(1 ordinaires en ces parties là. Tout ainfî que 
rus voyons au cours des eaùes, lesquelles fi et- 





}jifloife naturelle 
les font rencôtices dWrcs qui foient plus for- 
tes , retournent quafi au contraire. Et fcmble 
qu'il en foit ainfî des vapeuts & exhalations, 
d'où vient que les vents (e tournent & fefepa- 
itntd'vnepait à l'autre. Ces rents d'abas ré- 
gnent le plus communemet cnlamoyéhehau-; 
teur,qui eft de 17 i 37. degrez! combien qu'ils. 
ne foient pas fi certains &fi réguliers que lest 
brifes le font en peu de hauteur. Laraifon e(U 
poureeque les vents d'abas ne font pascaufei 
de ce mouuement propre & égal du Ciel, com4 
rne les brifes le font , cftans proches de la ligne.i 
Mais comme i'ay dit , ils y font plus ordinaires, 
& bien fouuent plus furieux, & plus tempe- 
ftueux. Mais en allant en plus grande hauteurJ 
comrfl€ de quarante degrez , il y a auffi peu d'af- 
ieuranec es vents eh la mer , comme en kterrd 
car tantoft les brifes , ou Norts y foufflent , m 
tantoft les vents d'abas , ou Ponents, d où vientt 
que les nauigations y font plus incertaines ôà 
plus dangereufes. 

Des exceptions quily a enU règle fufditeM 
des vents & calmes qùily aenU 
mer & en la terre \ 
Chapitre VIIL 
E que nous auons dit des vents qui 
courét ordinairement dedans & deJ 
horslaTorridc,fc doit entendre ert 
„ la haute mer cVaux grâdsGolphetf 
car en la terre , c'eft tout autrement , en là* 
quelle l'on trouue de toutes fortes de vents,à 
caufe de l'inégalité qu'il y a entre les montagnes 




des fades. Dure III. 8% 

t les valléesjc grand nôbre des ruiieres&de* 
ics,Ôc les diueries fîtuatiôs des pays, d'où s'efle- 
tét les vapeurs grofîes,&efpaifles,lefquelles soc 
fmeuës de rvne,ou de l autre part , félon la di<- 
icriité de leur origine & commencement, qui 
ait ces vents diuers, fans que le mouuemrentdc 
airjCaufcduCieljayttantde puiiTàncc,quede 
es attirer & mouuoir quant ôc foy. Et celte di- 
lerfucdc vents ne fc trouuc point feulement 
tn la terre , mais auffi es codes de la mer qui 
"ont enlaTorride, pource qu'il y a des vents 
brains qui viennent de la terre, & marins , qui 
bufflent de la merjiefquels vents de la mer font 
ordinairement plus fains,& plus gratieux , que 
ion pas ceux de la terre , lefquels fontaucon- 
:rairc ennuyeux ôc mal fains, bien que ce foit la 
îirTerenCedes coftec qui caufe cefte diuerfitc. 
Communément les forains ou terriens fauf- 
ilent depuis la minuidfc,iufques au Soleil leuanr, 
Sciceuxde la mer , depuis que le Soleil com- 
mence à s'efchaurTer,iufques après qu'il eft cou- 
ché. Dequoy la caufe eft parauanture que la 
terre,commc matière plus grolTe , fume dauan- 
rage alors que la âame du Soleil ne donne plus 
defTus , tout ainfî que le bois vert, ou mal fec, 
fume dauantage en eftaignant la (lame, Mais la 
mer comme elle eft compofee de parties plus 
fubtileSjn'cngendre point de fumées, finô quâd 
Ton l'efehauffe 5 de mcÇflc que la paille, ou le 
foing,eftant humide,&'Cn petite quantité, en- 
gendre de la fumée , quand on les brufle; ôc 
lors que la flame cette , la fumée deffaut tout 
aufli toft.Quoy qu'il.en foit^il cfl certain que le 




JHifloire naturelle 
vent delà terre foufïlepluftoftJanuidt , &ce- 
luy dé îa mer au contraire durantle iour.Telle- 
ment que toutaihfî qu'ilya fouaemesfois des 
vents contraires, violents , cV tempeiïueux es 
conSesdelamer , ainfî y voit-onde très-grands 
calmes. Quelques hommes fort expérimentez 
racontent qu'ayans hauigé plufîeurs grandes 
trauerfesde mer fous la ligne, ils n'y ont neant- 
moinsiamais Veu de calmcs,mais que toujours 
peu ou beaucoup l'on y fait chemin , à caufe de 
l'air efmeu du mouuementcelefte,qui fuffiti 
conduire la nauire donnant en pouppe,commc 
il fait.lay deiîa dit,comme vne nauire de Lyma, 
allât à Manilla, nauigea & courut deux mil fept 
cens lieues tôufîours fous la ligne , à tout le 
moins n'en eftant efloigné que de douze degrez 
& ce au mois de Feurier,& de Mars, qui eft lors 
que le Soleil y eft pour Zenit, & en tout ceii ef- 
pacene trouuerent aucuns calmes ,maistouf- 
ioursvn vent frais, tellement qu'en deux mois 
ils firent ce grand voyage.Mais en la Torride,& 
hors d'icelle , Ton a accouftumé de veoir de 
grands calmes es codes où arriuent lesvapeurS 
des lïks , ou de la tetre ferme. C'eft pourquoy 
les tourbillons & tempeftes , cVles inefperees 
efmotions de l'air font plus certaines & ordi- 
naires auxeoftes où arriuent les vapeurs deiat 
terre,que non pas en la plaine mer. I'entensert 
la Torride, car hors d'icelle, cV en la haute mer^ 
l'on y trouue des calmes , & des tourbillons de 
vents.Toutesfois il ne lailîè pas d'y auoir quel- 
ques fois entre les deux Tropiques, voire en la 
mefmeligne^des grands vents & des pluyes fu- 

bites^ 




des Indes. Lime. III. g 9 

il ïites , encor que ce foit bien auant dans la mer: 
lar pour ce fairejes. vapeurs & exhalations de 
amer font afîez fuffifantes , lefquelless'efmoa- 
ans aucunefois haftiuement en l'air 9 caufent 
es tonnerres ôc tourbillons , mais cela eft plus 
rdinairepresdela terre,& defïùs la terre. Quad 
:nauigeaydu Peru en la neuue Efpagne ,ie 
îmarquay qu'en tout le temps que nous fuf- 
les en la code du Peru,noftre voyage fut(com- 
ie toufîours a acco uftumé) fort doux & facile, 
caufe du vent de Sud qui y court, & auec le* 
l uel l'on va vent en pouppe,retournant d'Efpa- 
pe&delaneuueEfpagne. Comme nous tra- 
-rfionsleGolphe, & allions toufîours auanc 
mslamer , prcfque toufîours fous la ligne, 
?us trouuafmes vn temps frais^paifibleAgra- 
eux,ventenpouppe : mais arriuant comme 
oche de Nicaragua , & de toute cefte cofte, 
)useufmes des vents contraires,auec grande 
iantitëdepIuyes&brouïllars,qui quelouès- 
is bruyent horriblement. Toute cefte nauiga- 
)n fut dans la Zone Torride> car de douze de- 
ez au Sud qu'eu: Lyma , nous nauigeafmcsà 
sfept,oùgiftGuatulco, port delà neuueEf- 
gne,&croy que ceux qui auront prins garde 
xnauigations qu'ils ont faites dans laTorri- 
^rouueront à peu près ce que l'en ay dit , qui 
Era pour la raifon des vents qui régnent par 
tnerenlaZoneTorride. 



M 




m 



oire na 



tureîlt 






D'aucuns effecis merueilleux des vents qui j 
font en quelques endroitts des Indes. 

Chapitre IX. 

E feroitchofefort difficile de racon- 
ter par le menu les effeds admirables 
que caufent aucuns vents endiuerfes 
^ régions du monde, ôrd'en donner k 
raifon. Il y a des vents qui naturellement trou^ 
'blentreaue de la mer, & la rendent verte- noire 

de d'autres qui la rendent claire comme vn mi- 
roir ,les vm> efgayent & refiouyiïent defoy , g 
les autres apportent de l'ennuy & de la trifteflc 
Ceux qui noutrilTent des vers à foye ont gran 
foins de fermer les feneftres , lors que lester. 
. d abas foufflent , & de les ouurir quand leurs 
contraires courent, ayans trouuepar certaine 
expérience que leurs vers fe meurent & dimi- 
nuent par les vns , s'engraiffent & deuiennent 
meilleurs par le moyen des autres , & qui y 
voudra prendre garde de près , il pourra remar- 
quer en foy-meCme que les diuerfitez des vents 
caufent de notables impreffions & changemens 
en la difpofition des corps, principalement aux 
parties dolentes & indifpofees , & lors qu'el ei 
**.«U io- font plus tendres & debiles.L'Efcriture appelle 
«"*• Pvmventbruflant, & l'autre, vent de rofee & 
W I7 1 plein de douceur. Et n'eft ?*& ofe £ m ^± 
l °T' 4# UU\e nue Ton apoerçoiue de C\ notables efteas 
gR dt ^ELfi , Limaux, fc es homme, 




des Indes. Dure. 1 I f . $ q 

puis que l'on en cognoift vifiblemct au fer mef- 
me,qui e/l le plus dur de tous ks métaux. Pav 
veu des grilles de fer en quelques endroits des 
Indes,de telle façon moulues ôc confommccs, 
qu'en ks preflanc encre les doigts, dks Ce refoU 
uoient en poudre , comme fi c'euft eftc du foin, 
ou de la paille feche. Ce qui procède tant feu- 
lement du venr,qui le. corrompt du tout, & fans 
qu on lepuitfe empefcher. Mais laûTantà parc 
piuheurs autres grands ôc merueiileux cffe'&s* 
i'en veux feulement raconter deux -, l'vn dcd 
quels 5 encor qu'il caufe des douleurs plus gran- 
des que la mefme mort,n J apporte point de -mal* 
ny d'incommodité dauantage- l'autre deftruitl 
&ofte la vie fans le feu tir. Le mal de la mer^ 
dont ceux-là font trauaillez qui commencent à 
nauiger,eft vnechofeforc ordinaire , ôc neant- 
moinsil ionignoroit fon naturel, qui efttanc 
cogneu à tous les hommes , l'on penferoit que 
ce fuit le mal delamort,de la façon qu'il afflige 
& tourmente pendant le temps qu'il dure, par 
le vominement d'eftomach,douleurs de tefte Ôc 
autres mil accidensfafcheux. Mais à la verité,ce 
mal Ci commun Ôc Ci ordinaire, vient aux horn- 
mes pourlanouueautédeJ'air de la mer : car 
combien qu'il foit vrayqueiemouuementdu 
nauire y ayde beaucoup 3 en ce qu'il s'efmetn pi* 
ou moins 5 & mefme l'infection Ôc mauuaife. 
odeur des chofes des nauires,neâtmoinsla pro- 
pre ôc naturelle caufe eft l'air Ôc ks vapeurs de h 
^^q uel débilite^ trauaille tellemet le corps 
&reftomach qui n'y font point accouftumez, 
qu ils en font merueilkufemem efmeus Se châ- 

M i j 







ffifloire ridturtlle 
gczï car Pair eft l'élément par lequel nous vl- 
uons&refpironsj'attirant dedans' nos mefmes 
entrailles, lefquelles nous baignons fcarrou- 
fonsd'iceiuy : c'eft pourquoyiln'y a choie qui 
altère fi toft & auec tant de force, que le chan- 
gement de l'ait que nousrefpirons, comme l'on 
void en ceux qui meurent de pefte* C'eft chofe 
approuueepar plufieurs expériences , que l'air 
de la mer cft principal moteur de ccftc eftrange 
indifpofuion , i'vne eft,que quand il court de la 
mer vn air fort, nous voyons que ceux qui font 
en terre, fe Tentent du mal de la mer,comme il 
m'eft aduenu ploficuis fois. Vne autre.que tant 
plus auant l'on entre dans la mer , & que l'on 
s'eOoigne de terre , plus on eft atteint & eftour- 
dy de ce mahvnc autrc,quallas le long de quel- 
que Iile,& venans par après à emboufcher en la 
plaine mer , l'on ytrouue enceft endroit l'air 
plus fort. Encore que ie ne vueilte pas nier que 
le mouuement & agitation ne puuTecauferce 
mal , puis que nous voyons des hommes qui en 
font épris , paiTans desriuicres en des barques, 
6c d'autres qui en font de mefme en allant dans 
deschariots ou carolTes, félon les diuerfescom- 
plexions d'eftomacs:comme au contraire y en a 
d'autres , qui pour groiTe &cfmeuc que puilTe 
cftrela mer , ne s'en fentent iamais. Parquoy 
c'eft chofe certaine & expérimentée , que l'air 
de la mer caufe ordinairement ceft effed en 
ceux qui de nouueau entrent fur icelle. I'ay 
voulu dire toutcecy', pour déclarer vn effe& 
eftrange quiaduient en certains endroits des 
Indes, où l'ait & lèvent qui y court eftourdxc 




des Indes. Liure. III, 91 

les hommes, non pas moins, mais dauantage 
qu'en la mer. Quelques-vns le tiennent pour 
fable,d 7 autresdifentquec'eft addition , de ma 
part,iediraycequim'eftaduenu. Il y a au Fera 
vne montagne haute , qu'ils appellent Pariaca- 
ca, & ayant ouy dire & parler du changement 
qu'elle caufoit , i'allois préparé le mieux que ie 
pouuois,felon l'enfeignement que donnent par 
delà ceux qu'ils appellent Vaquianos, ou ex- 
perts : mais neantmoins toute ma préparation, 
quand ie vins à monter les cicalliers qu'ils ap- 
pellent, qui eft le plus haut de cefle montagne, 
ie fus fubitement atteinte furprins d'vnmalfi 
mortel & eftrange , que ie fus prefque fur le 
poinct de me laifler choir de la monture en ter- 
re, & encor que nous fullîons plufieurs de com- 
pagnie, chacun haftoit le pas fans attendre fon 
compagnon , pour fortirviftement de ce mau- 
vais palfagc. Me trouuant donc feul auec vn 
Indien,lequel ie priay de m'ayder à me tenir fur 
la monture, ie fus épris dételle do u leur,dc fan- 
glots & de vomiiremens, que ie pehfay iettcr Se 
rendre lame. D'amant qu'après auoir vomv la 



viande, les phlegmes ôc h colère, l'vne ïaune Se 
l autre verde,ie vins iufques I ietter le fang de 
la violence que ie fentois en l'eflomach, ie dis 
en fin,que fi cela euft duré , i'eutfe p éfé certaine- 
ment eftrc arriué à la mort. Mais cela ne dura 
que comme trois ou quatre heures, iufques à ce 
que nous fuilîons defeendus bien bas ,& que 
nousfuflîonsarriuezen vne température plus 
conuenable au naturel , où tous nos compa- 
gnôs a qui eftoient quatorze ou quinze, eftoient 

M iij 







Hifioire naturelle 

fatiguez,quelques-vnscheminansdemandoient j 
confeiîïon,penfans reallement mourir, Us au- j 
tresmettoientpiedàterrre, &eftoient perdus, j 
de yomiITement,& de force d'aller à la felle, ôc | 
mefutditquautresfois quclquesvnsy auoient 
perdu la vie de ceft accident. le veis vn homme 
quifedefpitoit contre terre, s'efcriantde rage | 
ôc douleur que luyauoitcaufé le paflage de Pa- 
riacaca. Mais ordinairement il ne fait point 
aucun dommage qui importe, autre que ceft 
ennuy àc fafcheux defgouft qu'il donne pen- 
dant qu'il dure , ôc n'eft pas feule v ment le pas de | 
la montagne Pariacaca > qui a cette propriété, | 
mais aufli toute cefte chaîne de montagnes qui 
court plus de cinq céts, lieues de lôg$& en quel- 
que endroit que l'on la pafle , l'on fent cette ! 
eftrange intemperature, combien que ce foit en ! 
quelques endroits plus qués autres , & plus à] 
eeux qui montent du cofté de la mer , qu'à ceux I 
qui viennent du cofté des plaines. Iei'aypaf-I 
fee mefme outre de Pariacaca, par Lucanas&j 
Soras, ôc en autre endroit par Colleguas, ÔC\ 
en autre par Cauanas , finalement par quatre J 
lieux differens en diuerfes allées & venues, &l 
toufîours en cet endroit ay fenty l'altération j 
Ôc eftourdifTement que i'ay dit, encor qu'en 
nul endroit , ce n'a efté tellement que la pre- 
mière fois en Pariacaca , ce qui a efté expéri- 
menté par tous ceux qui y ont paflTé. Et n'y a 
point de doute, que la caufe de cefte intempe- 
rature & fi eftrange alteratiô, eft le vent, ou l'air 
qui y règne, pource que tout le remède ( & le 
meilleur qu'ils y trouuent) eft de fe bouCcher, 



des ^ndes. Liure III. 92, 

eant que l'on peut,le nez, les oreilles & h bou- 
che. & de fecouurir d'habits, fpecialement le- 
ftomachj d'autant que laireft Ci fubtil & péné- 
trant, qu'il va donner iufques aux entrailles : ôc 
non feulement les hommes Tentent cette alté- 
ration , mais aufïl les belles, quiquelquesfois 
s'arreftent , de forte qu'il n'y a efperon qui les 
puiiTe faire aduancer. Pe ma part, ie tiens que 
ce lieu eft vn des plus hauts endroits de la ter- 
re qui foit au monde: car l'on y monte vneef- 
pacedémefuree , & me femble que la monta- 
gne Neuade d'Efpagne , les Pyrénées & les Al- 
pes d^Italie , font comme maifons communes à 
Fendroit des hautes tours. Parquoy iemeper- 
fuade que l'élément de l'air eft en ce lieu là fi 
fubtil & 11 délicat , qu'il ne fe proportionne 
point à la refpiration humaine ,. laquelle le re- 
quiert plus gros & plus tempéré , Ôc croy que 
c'eft la caufe d'altérer fi fort l'eftomach,& trou- 
bler toute la difpofkion. Les pafTagesdes mon- 
tagnes Neuades & autres de l'Europe , que i'ay 
veuès, combien que l'air y foit froid ,& qu'ii 
trauaille & contraigne ceux qui y pa(Tent,de fe 
veftir, neantmoins ce froid n'ofte pas l'appétit 
démanger , au contraire il le prouoque,ny ne 
caufe point de vomifTemem en reftomach,mais 
feulement quelque douleur aux pieds > &aux 
mains. Finalement leur opération eft extérieu- 
re , mais c il des Indes que ie dy,fans trauailler, 
ny les pieds,ny les mains , ny aucune partie ex- 
térieure, brouille toutes les entrailles au de- 
dans^ ce qui eft plus admirable , il aduient au 
rnsfmc endroit que le Soleil y eft chaud , qui 

M iiij 




Hifloire naturelle 

me fait croire que le mal que Ton en reçoit, 
vient de la qualité de l'air que Ton y refpire, 
d'autant qu'il eft tres-fubtil & tres-delicat , & 
quefon froid n'eft pas tant fenfible comme il 
cft penetrant-Toute celte chaîne de montagnes 
cfl: communément deferte , Tans aucuns villa- 1 
gtSytiy habitations des hommes ; de forte qu'à I 
peine l'on y trouuc des petites maifons oure-j 
traittes pour y loger les pafîans de nui&.Il n'y a 
non plus d'animaux,ou bons, ou mauuais , fi ce 
n'eft quelques Vicunos , qui font des moutons 
du paysjefqueis ont vne propriété eftrange & 
merueilleufe, comme ie diray en fon lieu. L'her- 
be y eft fouucntesfoisbruflee, & toute noire de 
l'air que ie dis , & ce defert dure comme vingt- 
cinq à trente lieues de trauerfe , & contient de 
longueur , cpmmci'ay di6fc, plus de cinq cens 
lieuës.Il y a d'autres deferts ou lieux inhabitez, 
qu'ils appellent au*Peru , Punas (pour parler du 
fécond poin& que nous auons promis ) où* là 
qualité de l'air trenche les corps & la vie des 
homes fans le fentir. Au teps pafTé les Efpagnols 
cheminoient du Peru au Royaume deChillé, 
par la montagne:auiourd'huy l'on va ordinaire- 
ment far mer , &'quelquesfois le long de la co- 
ite : & combien que le chemin y foit ennuyeux 
Ôc fafcheux , il n'y a pas toutesfois tant de dan- 
ger qu'en l'autre chemin de la montagne , où il 
y a des plaines, au pafïagc defquelles plusieurs 
hommes font morts & peris,& d'autres en font 
tfchappez par grande aduenture , dont les vns 
font demeurez eftropiez. Il court en ccft en- 
droit ?n petit ak , qui n çft pas trop for t,ny vio- 



des Indes. Liure III. $$ 

lent: mais il pénètre de telle façon,que les nom- 
mes y tombét morts quafi fans fefentir, ou bien 
ks doigts des pieds & des mains y demeurent^ 
ce qui pourra fembler chofe fabûleufe, &tou- 
i tefois c'eft chofe véritable. I'ay cogrteu , & long 
•temps fréquenté leGenerafHierofmeCoftilla, 
j ancien peupleur de Cufco,qui auoit perdu trois 
-ou quatre doigts des pieds, qui luy tomberont. 
i en paffànt les deferts de Chillc ,. parce qu'ils 
îfauoient efté atteints & pénétrez de ce petir air; 
i& quand il ks vint à regarder , ils eftoient défia 
i tous morts , & tombèrent d'eux-mcfmes t fans 
• îuy faire aucune douleur, tout am fi que tombe 
îdel'arbre vne pomme gaftee. Ce Capitaine ra- 
: contoix que d'vne bonnearmee qu'il auoit con- 
duite, & pafiTee par ce lieu les années précéder* - 
i tes , depuis la defcouuerte de ce Royaume faite 
,par Almagro, vne grande partie des hommes y 
demeurerêt morts, &qu'ilyvid les corps eîlen- 
dus parmy le defert , fans aucune mauuaife cor- 
ruption & odeur. Adjouftant dauantage vne 
smofeforteftrange, qu'ils y trouuerent vnieu- 
,(îc garçon viuant, lequel eftantenquis comme 
-iauoit vefcu en ce lieu , dift qu'il feftoit caché 
•m vne petite caue^ne , d'où il fortoit pour coa- 
i Per auec vn petit coufteau de la chair d\m che- 
■Jal mort, & quilf'eftoit ainfi fubftanté long 
i:emps, auecnefçay combien de compagnons 
pu fe maintenoient de cefte façon: mais que 
: îefîa ils y eftoient tous demeurez, l'vn mourane 
juijourd'huy, & demain Pautre, difant qu'il ne 
jlefiroic autre chofe que de mourir là auec les' 
liutrcs , veu qu'il ne fentoit délia plus en luy au^ 




Hifloire naturelle 
cune difpofîtion pour aller en vn autre endroit,, 
«y pour prendre gouft en aucune chofe. Fayj 
entendu le mefme d'autres, & parriculierementj 
dvn qui eftoit de noftre Compagnie , lequel; 
pour lors eftant feculier , auoit palïc par ces de-i 
ferts, de eft vne chofe merueilleufe que la qualij 
té de cet air froid, quituë, & conferue aufli 
tout enfemble les corps morts fans corruption] 
le l'ay aufli entendu d'vn vénérable Religieux) 
de Tordre de fainft Dominique, & Prélat d'icel 
le, qui Pauoit veu paflant par ces deferts , & qui 
plus eft , me conta qu'eftant contraint d'y patfd 
lanuicl:, pour fe defFendre & remparer contre 
ce vent il mortel qui court en ce lieu, netrouj 
uant autre chofe à propos, aflembla vne grande! 
quantité de ces corps morts qui eftoient là , &| 
£ft cficeux comme vne muraille, &cheuetdj 
li&, de celle façon il dormit, lesmorts iuy don 
nans la vie. Sans doute c'eft vn genre de froid 
queceftuy-là 11 pénétrant, qu'il efteint lâcha) 
leur vitale en coupant fon influe nce; & d'autan 
qu'il eft auflj tres-froid, il ne corrompt, ny dort 
ne putréfaction aux corps morts, parce que 1 
putréfaction procède de chaleur & d'humiditéj 
Quanta l'autre forte d'air que l'on oyt refonne 
fous la terre, & qui caufe des tremblemens plu 
aux Indes qu'es autres régions, j'en parleray ej 
traittant des qualitez de la terre des Indes- 
Maintenant nous nous contenterons de ce qq 
eft dit des vents & de l'air , & pafl'crons à ce qtj 
fe prefente du fujet de l'eau. 



des Indes. Lime III. 



U 



De lOccean qui circuit les Indes de Umerdtt 
Nort^ ejr celle du Sud. 

Chapitre X. 
■Kj© N t r e les eaux la mer Occeane a îa 
IRKfè principauté, par laquelle les Indes ont 
Ijjj^^^eiteclelcouutrtes, qui toutes ionten- 
uironneesd'elie-meime: car ou ce font 
[fies de la mer Occeane, ou bien terre ferme, 
laquelle mefme en quelque endroit qu'elle ff- 
liffe, &facheue, eft toufîours bornée de cet 
Dccean. fufques au jourd'huy Ton n'a point de£ 
:ouuert au nouueau monde aucune mer Medi- 
:erranee, comme il y en a en Europe, Afîe, ôc 
Afrique , efquelles il entre quelque bras de ce- 
te grande mer , ôc font des mers diftin&es, pre- 
lans les noms des Prouinces & terres qu'elles 
'ont baignant, &prefque toutes les mers Me- 
literranees fe continuent , ôc fe joignent entre 
ux ôc auec le mefme O ccean , par le deflroit de 
îibaltar , que les anciens nommèrent, Colom- 
les d'Hercules , encores que la mer rouge / 
:ftant feparee de ces autres Mediterranees , en- 
te toute feule en TOccean Indique, Ôc la mer 
-afpie ne fe joint auec aucune autre. Donc 
lùx Indes, comme j'ay dit, l'on ne trouue point 
(l'autre mer que cet Occean, lequel ils dîuifenr 
m deux j l'vnqu ils appellent mer duNort, & 
fautre mer duSud,pourceque la terre des In- 
les Occidentales , qui fut premièrement def- 
louuertepar i'Occean, qui arriueiufques à l'Eu 
uagne, eft toute fhueeauNort, &pariceli-e 



r 





g$eri>ctot. 



Hifioire naturelle 

terre on adefcouuertdepuisvnemerderautri 
cofté, laquelle ils ont appellee mer du Sud,d'auj 
tant qu'ils dépendirent , iufqu'à pafTer la ligne 
ôc ayans perdu le Nort, ou Pôle Ar&ique, qu'il! 
appellerent Sud ; pour cefte caufe l'on a appellj 
la mer du Sud tout cet Occean qui eft de Fautr j 
cofté des Indes Occidentales, encotes quvnj 
grande partie d'icelle foit fituee au Nort , coml 
me l'eft toute la coiie de la neuue Efpagne, Nua 
îagna, Guatimala, & Panama. L'on dit que il 
premier defcouureur de cefte mer futvnBlad 
conunes deBalboa, ôc qu'il la defcouurit pd 
l'endroict que nous appelions aujourd'huy Tci 
re ferme , où la terre f'eftre-ffit , & les deux mer 
T'approchent de Ci près l'vne de l'autre , qu'il n 
a que 7. lieues de diftance: car bien quel on ej 
chemine 18.de Nôbre de Dios à Panama, neanJ 
moins c'eft en tournoyant,pour chercher la ce] 
modité du chemin : mais tirant par la droicle U 
ghe , vne mer ne fe trouuera diftante de l'autrd 
de plus que j'ay dit. Quelques-vns ont difeour 
&: mistn auât de rompre le chemin de 7. lieiiea 
#fîn de joindre vne mer auec l'autre, pour reii 
dre le paflage du Peru plus cômpde & plus ayfd 
parce que ces 18. lieues de terre qu'ily a entn 
nombre de Dios & Panama, emportent plus cU 
defpenfe Ôcdetrauail, que deux mil trois cenfl 
qu'il y a de mer. Sur quoy toutefois quelques 
vns ont voulu dire que ceferoit pour noyer i| 
terre , difans qu'vne mer eft plus bafle que l'aq 
tre. Comme au temps pa(Té l'on trouue parle 
hiftoires, que pour la mefme confideration l'o: 
delaifla l'entreprife de vouloir joindre & contii 



des Jnâes . Liure III. j>J 

itiuer la mer rouge auec le ml , du temps du Roy 
iSefoftris , ô^depuis de l'Empire d'Gthomam 
Mais de ma part , ie tiens tel difcours & propo- 
sition pour chofc vaine , encore que cet incon- 
vénient allégué n'y deuft: point efcheoir, lequel 
Uufliie ne veux pas tenir pour certain, &croy 
iju'il n'y a puiifance humaine qui fuft fufEfante 
oour rompre & abattre ces très- fortes & impé- 
nétrables montagnes que Dieu a mifes entre les 
(Jeux mers , & lésa faites déroches très- dures, à 
in de fouftenir la furie des deux mers. Et quand 
|)ien ce feroit chofe poflîble aux hommes, il me 
ièmble que l'on deuroit craindre le chaftiment 
lu ciel, en voulant corriger lesceuures que le 
Créateur par fa grande prouidence a ordonnées 
fcdifpofees enlafabriquedecétvniuers. Laif- 
ant donc ce difcours d'ouurir la terre, &vnir 
es deux mers enfemble, il y en a vn autre moins 
!cmeraire,mais bien difficile & dangereux de re- 
chercher , fi ces deux grands abyfmes fe j oigne t 
|n quelque partie du monde, qui fut l'entrepris 
fe de Fernâde Magellan, gentilhôme Portugais, 
uquel la grande hardiefïe & confiance en h re- 
|herche de ce fujet, & heureux fuccez qu'il euft 
nletrouuant, donna le nom d'éternelle me- 
aoire àcedeftroit que iuftement Ton appelle 
unomdefon defcouureur, Magellan. Duquel, 
leftroit nous traitterons quelque peu , comme 
l'vne des grandes merueiiles du monde. Qj^el- 
!ues-vns ont creu que ce deftroit que Mageifan 
rouua en la mer du Sud, n'eftoit point, ou qu'il 
leftoit rerTerré,comme nom Alonfe d'Ariîlla cf. 
fit en fon Auracane, & aujourd'huy y en a qui 






I 

Hifîoire naturelle 

ditent qu'il n'y a point de tel deftroit , mais qn!j 
ce font des Mes, entre la mer & là terre, pourd! 
que la terre terme prend fin en cet endroit, & ai 
boutd'icelle font toutes Ifles, outre lefquelie! 
vne mer fe joint plainement auec l'autre, o] 
pour mieux dire, eft toute vne mefme meij 
JVÎais àlaverité cedchofe certaine qu'il y a v| 
deftroit, ôc de L terre fort longue, ôc fort efteni 
due d Vn cofté ôc d'autre, bien qu'on n ayt encofl 
peu cognoiftre iufquesou iepeut eften'dre celfe 
qui eft de l'autre cofté du deftroit au Sud. Apre! 
Magellan pafta le deftroit vnnauire de l'Eue!) 
que de Plaifance , Dom Guitieres Caruajal , cfl 
laquelle ils difent que le maft eft encores à LyJ 
ma, à l'entrée du Palais , l'on alla depuis parlj 
colté du Sud pour defcouurir ce deftroit , parlj 
commandementdeDomGuarciadeMendocd 
qui pour lors auoitle gouuernement de ChilM 
Suiuant quoy le Capitaine Ladrillero le troud 
ôc le palîa I'ay leule difcours & lanarratiô qui 
en a faite, où il dit qu'il ne fe hazarda de déferai 
barquer le deftroit^ mais qu'ay at défia recognej 
la mer du N ort , il retourna arrière pour rafprd 
té du temps, & que l'hyuer eftoit défia entré, cj 
qui cauloit que les vagues venans du Nort , ella 
eftoient grottes ôc bondiffanteSj ôc les mers tcn| 
tes efeumantes defurie. De noftre temps Fran 
çoisDrachAnglois, apaiîece mefme d eft roil 
Depuis luy , le Capitaine Sarmiento le paiïàpal 
le cofté du Sud , ôc tout dernièrement , en l'ai 
ijc?7. d'autres Anglois l'ont parte par l'infini) 
clïon deDrach, lefquels de prefent rodentli 
code du Peru, & pource que le rapport qu'en ! 




desfndes. Liùre Ht. $g 

i fait le maiftre pilote qui le pafTa, me femble no« 
| table, ie l'infereray icy. 

Du définit de Magellan , & comme on le paj/i 
du cofiê du. Sud. 
Chapitre XL 

N Tan de noftre falut mil cinq cents 
foixante & dix-neuf, ayant François 
Drach paffe ledeftroit de Magellan* 
& couru la cofte de Chillé, & de touc 
lePerû, &prins lenauire de fain&Ieand'An- 
thona, où il y auoit grande quantité de barres 
d'argent, le Viceroy Dom François deTollede, 
arma, ôc enuoya deux bons nauires, pour re- 
cognoiftre le deftroit , allant pour Capitaine 
d'icelles, Pierre Sarmiente, homme do&e en 
Aftrologie. Ils fortirent de Callao de Lyma , au 
commencement d'Ô&obre , & pource qu en 
cefte cofte il court vh vent contraire,qui fouffîe 
toufîours du Sud 5 ils f'aduancerent beaucoup 
en la mer, & ayans nauigé vn peu plusde trente 
iours, auecvn temps fauorable, fe trouuerenc 
en la hauteur du deftroit. Mais d'autant qu'il eft 
fort difficile de le recognoiftre , ils rapprochè- 
rent de terre, où ils entrèrent en vne grande 
Anfe , en laquelle il y a vn Archipelague d'iûzs. 
Sarmiento f'obftinoic que là eftoit ledeftroit, 
& tarda plus d'vn mois à le chercher par diuers 
endroits , montant fur de très-hautes monta- 
gnes en terre. Mais voyant qu'il ne letrouiioit 
point, àlarequeftequeceux del'àrmee luy fi- 
rent, retournèrent en fin à fortir en la mer, où il 




Hiftoire naturelle 

fift largue. Lemefmeiour furuint vn téps aïîez 
rude, aucc lequel ils coururent, ôc au cômence- 
ment de la nui<5fc virent le feu de la Capitaine, 
qui auffi toft difparut ^tellement que l'autre na. 
uirene la vidiaïnais depuis. Le îour enfin uantJ 
durant toufiours la force du vent qui eltoit tra- 
uerfain, ceux de la Capitaine recogneurent vnc 
cuuerture que faifoit la tei re, & trouuerét bon 
de fy retirer à l'abiy , iufqu à ce que la tempefte 
fuft appaifee. Ce qui leur fucceda de telk façon, 
quay ans recogneu l'ouuerture , ils virent qu'el- 
le alloit de plus en plus entrant dans la terre , Ôi 
foupçonnans quecefuft le deftroit qu'ils ^cher- 
choient, prindrent hauteur aufoleil, oùilsfc 
trouncrent en ji. degré & demy , qui eft la pro- 
pre hauteur du deftroit; & pour f'affeurer dauâ^ 
rage, mirent le briguantin hors, lequel ayant 
couru plufieurs lieues dans ce bras de mer, fana 
en voir la fin, recogneut que c'efloit là le dé- 
croît. Et pource qu'ils auoient ordre delepaf- 
fer, ils lailTerentvne haute croix plantée là, & 
des lettres au bas , afin que fi l'autre nauire arri- 
uoit là , elle euft nouuelles de la Capitaine, & la 
fuiuift. Us payèrent donc ledeftroit entemps 
fauorable, & fans difficulté , Scfortisenlamer 
duNort, arriuerenten ie ne fçay quelles Ifles, 
où ils recueillirent de l'eau, & fe rafraifehirent. 
Delà prindrent leur route au Cap de vert , d'où 
le pilote majeur retourna au Peru par la voye de 
Carthagene &de Panama, & apporta au Vict- 
roy ledifeours dudeftroit & de tout le fuccez, 
dont il fut recompéfé félon lebonferuice qu'il, 
auoit fait. Mais le Capitaine Pierre Sarmiento, 

du Cap, 



desîndes. Liure ÏIÎ. $? 

jàu Cap de vert pafTa en Seuille au meime nauire 
iqu'il auoitpaflé le deftroit , & fut à Ja Court, où 
h Majeftc le recOmpenfa , & à Ton inftance fift 
jcommandement de drefïer vue grolTe^rmee, 
qu'il enuoya fous la conduite de Diego Flore* 
jde Valdez, pour peupler & fortifier ce deftroit* 
Toutefois cefte armée , après diuers fuccez , fift 
beaucoup de defpenfe ôc allez peu d'effet. Reue- 
nant donc à l'autre nauire Viçadmiralle , qui al- 
(oit en la corn pagnie de la Capitaine , l'ayât per- 
due, auec le Temporal que j'ay dit , elle fe mit à 
prendre la mer le plus qu'elle peut : mais cômç 
!e vent cftoit trauerfain ôc tempeftueux, ils cui- 
lerent certainemét périr, de forte qu'ils fe con- 
férèrent tous > fe preparans à la mort. La tem- 
jefte leur continua trois iours fans f'appaifer, 6V: 
t chaque heure ilspenfoient deuoir donner en 
:érre , mais il leur aduint bien au contraire : car 
h alloient plus eiloignans de la terre , iufqu'à 
à fin du troifîefme'iour qae la tempefte f'appai- 
a , Ôc lors prenanshautcur , ils fe trouucrent en 
6. degrez : toutefois voyans qu'ils n'auoient 
lonné au trauers, Ôc au contraire eftoient efîoi- 
;nez de la terre, fe trouuerët tous efmerueillez* 
) où ils iugerent (comme Hernâde Lamero pi- 
ote dudit nauire me le Conta) que la terre qui 
ft de l'autre cofte du deftroit, comme nous aU 
ons par la mer du Sud > ne couroit pas mefma 
umb que iufques au deftroit , mais qu'elle fe 
purnoit vers leLeuant: car autrement c*eu(l 
ftéchofe impoflible qu'ils n'eufîent abordé la 
erre , ayans couru tant de temps pouffez de ce 
uuerfain: gais ils ne paflerent point plus ©à* 




I 






J 

Hiftoire naturelle 

tre, Se ne virent non plus fi la terre f acheucrit là 

( corne quetques-vns vculenr dire ) que c'eft vnc 

Iflecme la terre de l'autre codé du deftroit, & 

que là les deux mers deNort&Sudfe joignent' 

enfembie, ou fi elle alloit courant vers l'Eft, juG 

qu'àfeioindre aueclaterrede Vifta, qu'ils apJ 

pellent, qui refpond au Cap de bonne Efperanj 

ce, comme c'eft l'opinion d'autres. La vérité ddi 

cecy n'eft encore aujourd'huy bien cognciie , ôi 

ne fe trouue aucun qui ay t couru cefte terre. LA 

Viceroy Dora Martin Henricque me dit qu'il tej 

noit pour inuention del'Angiois, le bruit quj 

auoit couru, de ce que ce deftroit faifoit ineon-j 

tinentvnelile, & fe joignoient les deux mern 

pource qu'eftant Viceroy de la neuue Efpagne| 

il auoit diligemment examiné le pilote Portuj 

gais que François Drach y lailTa , & neantmoin: 

ji'auoit aucunement entendu telle chofe de luy 

Mais c'cftoitvnvray deftroit & terre ferme dtj 

deux ceftez. Retournant donc ladite Viçadml 

ralle, ilsrecogneurent le deftroit, comme ledij 

Hcrnande Lamero me raconta, mais par vne auj 

tre bouche ou entrée qui eft en plus de hauteur' 

à caufe de certaine grande Iile qui eft à l'embort 

cheure du deftroit qu'ils appellent la Cloche 

pourlaformequ'ellea; & comme il di (bit, îil 

voulut paffer: mais le Capitaine & les (oldatj 

ne le voulurent point contenir, & leur fera 

bloit que le temps eftoit jà bienaduanec, ff 

qu'ils couroient grand danger; parainfi îisrd 

tournèrent à Ghilic , ^ au Peru, fans l'aud 

paffe* 




des Indes > Liure Ht pi 




Vu définit que quelques vns afferment ejln 
en h Floride* 

Chapitre XIÎ. 

Ôvt ainfî que Magellan rrouuâ 
cedeftroitqui eftau^ud, il y en a 
eu d'autres qai ont prétendu de£ 
couurir vn autre deftroit qu'ils di- 
fent eftreauNort, ôc l'imaginent 
:n la Floride, dont la cofte court de telle façon, 
taue l'on ne fçait la fin. L' Adelantade Pierre Me- 
.endez, homme fçauant & expérimenté en la 
lier, afferme que c'eft chofe certaine qu'il y a là 
;h deftroit , & que le Roy îuy auoit commandé 
le le defcouurir , en quoy faire il monftroit vn 
res-grand defir. Il raettoit en auant ces raifons 
lour prouuer fon opinion, ôc difoit que Ton 
tuoitveu en la mer du Non des reftes de naui- 
esfemblables à ceux dont vfoient les Chinois, 
:c qui euft efté impoflible fil n'y euft eu paflage 
l'vne mer à l'autre ; & racontoitmefme qu'en 
lertame grade baye qui eft en la Floride, laquel- 
e entre trois cents lieues dans la terre , on y voie! 
les baleines en certain téps de l'année, qui vien- 
jient de l'autre mer. Apportant outre ce , quel- 
lues autres indices , concluoit finalement eue 
reftoit chofe côuenabic à la fageffe duCreateuç 
K au bel ordre de la nature , que corne il y auoit 
fommunication & partage entre les deux mers, 
«PoJe Antarctique, il yen euft auffi toutds 

K ii 




- ffiftùire naturelle 

rîiefme au Pôle Ar&ique , qui eft le principal j 
Pôle. Quelques-vns veulent direqueDrachaj! 
eu cognoiffance de ce deftroit , & qu'il a donné; 
occaffon de le iuger ainfi , quand il paffa le long 
de la cofte dclanéuueEfpagne, par la mer du i; 
Sud. Mefme on a opinion que d'autres Angloish 
qui cette année 1587. prindrétvnnauire venant;, 
des Philippines, auec grande quantité d**r, & 
autres richefTes , ayent aufïî pafle ce dcftroitj 
Laquelle prifeils firent joignant les CalliphorJ 
nés, que les nauires retour nans desPhilippine» 
ëc de la Chine en la neuue Efpagne , ont accouJ 
ftumé de recognoiftre. L'on Patfèure que com- 
me au jourd'huy cfVgrande la hardieffe des ho tn-l 
mes , & le defîr de trouuer nouueaux moyensl 
ty f'àggrandir , tel , qu'auant peu d'années Ton 
aura defcouuert ce fecret. Et eft certes vne cho- 
fe digne d'admiration, que comme lesformis 
vont toujours fuiuant le chemin & la trace des! 
autres \ aufïi les hommes en la cognohTance 8â 
recherche des chofes nouuelles, ne farreftend 
iamais iufques à ce qu'ils ayent atteint le but dej 
fîré pour le contentement 8c gloire des homJj 
mes. Et la haute & éternelle fageffe du Crcateui 
fcTcrt decefte naturelle curiofîté des hommesj 
pour communiquer la lumière de fon faindj 
Euangile, aux peuples quitoufîours viuent cjj 
ténèbres obfcures de leurs erreurs. Maisenfuj 
le deftroit du pôle Ar&ique, f'il y en a n'a poinj 
encores efté defcouuert iufques auiourd'huy 
Ceft pourquoy ce ne fera point chofe hors eu 
propos de dire ce que nous cognoiifonsdes par 
ticularitez du deftrok Antalgique jà defcou| 




des Indes. Liureîîl. y? 

açrt & recogneu par le rapport de ceux qui 
l'ont veu & remarqué oculairement. 

Des fropriete^dtt deftroit de Magellan. 

Chapitre XIII. 

E deftroit, comme j'ay âk, eft à 50, 
degrez iuftesau Sud , & y a dVne 
mer en l'autre , 1 efpace de quatre 
vingts dix, ou cent lieues. Au plus 
eftroit il eft dVnelieue, ou quel- 
que peu moins > auquellieu ainfi eftroit ils pre- 
tendoient que le Roy fift baftir vne foiterelfe 
jpourdefrendre lepaiïage. Le fond en quelques 
endroits eft fi profond, qu'on ne le peut fonder, 
& en d'autres l'on trouue fonds à 18. voire à ij* 
jbraiïees. De cent lieues qu'il contient de Ion- 
igueur d'vne mer à l'autre, l'on recognoift claire- 
jmentque les vagues de la mer du Sud courent 
jiufques à 30. lieues , & les autres 70. lieues font 
occupées des ondes & des flots de la mer du 
Nort. Mais il y a celte différence, que les trente; 
lieues du cofté du Sud courent entre des roches 
&rnontagnes très-hautes , les fommets def- 
quelles font continuellement couuerts des nei- 
ges; tellemét qu'il femble ( à caufe de leur gran- 
de hauteur) qu'elles fe joignent les vnes auec les 
autres , cerqui rend l'entrée du deftroit du cofté 
du Sud , fi difficile à recognoiftre. En ces trente 
lieues la mer y eft très- profonde, fi bien qu'on 
n'y peut trouuer fonds , toutefois Ton y peut 
amarcr les nauires en terres , d'autant que le ri- 

N iij 

| ._ 




-i 



Hjtt 



Ujtotre naturelle 

Uigc yeftdroK & coupé: mais aux autres foi- 

xante & dix lieiies qui viennent de la met du 

Nort, Ton ytrouuefonds, & y a d'vn cofté & 

d'autre de grandes campagnes, qu'ils appellent 

Cauanas. Plufîeurs grandes riuieres d'vneeauj 

belle & clait e , entrent dans ce deftroit, & y a es 

enuirons d'iceluy de grandes & merueilleufes 

forefts , où Ton trouue quelques arbres d'vn 

bois exquis & de bonne odeur, lefqueh font iiu| 

cogneuz par deçà,dont apportèrent pour mon«| 

ftre ceux qui y palîcrent du Peru. Il y a de granJ 

des prairies auant dedans la terre, &y aplu4 

fleurs Ifles qui fe font au milieu du deftroit. Lest 

Indiens qui habitent aucoftéduSud, fontpe-j 

tits & mefehans ; ceux qui habitent du cofté du! 

Mort font grands & vaillans, ils en apportèrent, 

en Efpagne quelques vns qu'ils prindrent . Us y 

trouuerent des morceaux de drap bleu ,' & au-! 

très enfeignes , & apparences que quelques! 

hommes de l'Europe auoient pafieparlà. Les! 

Indiens faliierent les noftres, au cqueslenomi 

de I e s vs. Ils font bons arcners,& vont veftusj 

de peaux debeftes dechallè, dont il y en a là 

grande abondance. Les eaux du deftroit croif-j 

fenfr& décroilîènt , comme les m.avees, & void-| 

on à l'œil que les marées d'vn cofté viennent dd 

la mer du Nort, & les autres de la mer du Sud 

Au lieu où elles fe rencontrent , lequel comme 

j'ay dit , eft à trente lieues du Sud , & à foixante 

Se dix du Nort, combien qu'il femblc qu'il deufl 

y auoir plus de danger qu'en tout le r eft e, neanfc 

moins quand le nauirt du Capitaine Sarmien- 

?©, dont j'ay parlé cy deflus, lapaila, ils n'eurent 



1 



desjndes. Dure III. 100 

point de grande tourmente, au contraire ils y 
trouuerent beaucoup m oins de difficulté qu'ils 
ne penfoient, parce qu'alors le temps eftoit fort 
doux & gracieux, & dauantage, les vagues de la 
merduNort y venoientdefia fort rompues , à 
caufe du grand efpace defo.xante & dix lieues 
qu'ils cheminent , & les flots de la mer du Sud 
n'y font non plus furieux , à caufe de la profon- 
deur qui eft en cet endroit, dedans laquelle pro- 
fondeur ces mefmes flots fe rompent , & fe 
noyent. Il eft bien vray qu'en temps d'hyuer le 
deftroit eft innauigable pour les tempeftes ôc 
furies des mers qui y font alors. Ceft pourquoy 
quelques nauires qui fe font ingérez de pafler ce 
«deftroit au temps d'hyuer, fe font perdus. Vn 
feul nauirel'a paflé du codé du Sud , qui eft la 
Capitaine que j'ay ditte , & ay efté bien ample- 
ment informé de tout ce que j'ay dit , par le pi- 
lote d'iceluy , appelle HernandeAlonfe, &ay 
veu la vraye description & cofte du deftroit 
qu'ils firent & tracèrent en le partant, de la- 
quelle ils apportèrent la copie au Roy d'Efpa- 
gne , & l'original à leur Viceroy au Peru. 

Du flux ér reflux de la mer Occeant es Indes. 

Chapitre XIV. 

N des plus admirables fecrets de natu- 
re eft le flux & le reflux de la mer , no'n 
pas feulement pour cefte eftrange pro- 
priété de croiftre Se décroiftre, mais 
encores beaucoup dauantage 3 pour la dirTe- 

N iiij 





Hiftoire naturelle 
rcnce qu'il y a en cela en diuerfes mers , voiîe 
en, diuerfes coftes d'vne mefmemer. Il y a des 
mers qui n'ont ny flux, ny reflux iournel, com-i 
me l'on void en la Méditerranée intérieure qui; 
eft en la mer Thyrrene, & toutefois il y a flux & 
reflux par chacun iour en la mer Me&iterra-I 
née fuperieure, qui eft celle de Venile^ qui don- 
ne occafïon à bon droit de f'en efmerueiller en 
ce que toutes ces deux mers eftans Mediterra- 
nées, & celle deVenife non plus grande que 
l'autre, il eft -ce qu'elle a du flux & reflux com- 
melOccean, & cefte autre mer d'Italie n'en a 
point. Il fe trouue quelques mers Mediterra- 
nees qui manifeftement croiflent, & diminuent 
chaque mois, & d'autres qui ne croisent, ny 
au iour, ny au mois. Il y a d'autres mers comme 
l'Occeand'Efpagne, quj ont le flux & reflux de 
chaque iour ; & outre ceft uy-là , ils ont auflî ce- 
luy de chaque mois , qui vient deux fois , à f ça- 
uoir à l'entrée , ôc au plein de la lune, & l'appel- 
lent grande mer. Or de dire qu'il y ayt quelque 
mer qui aye le flux & reflux de chaque iour , & 
n'aye celuy du mois , ie n'en fçache point. Ceft 
chofe efmerueillable , que la diuerfîte que l'on 
void es Indes fur ce fubjecV. car il y a des en- 
droits où la mer chaque iour monte & dimi- 
nue deux lieues , comme Ton void en Panama, 
Se au haut de l'eau elle monte beaucoup da- 
vantage ; il y en a d'autres où elle monte Ôc f'ab- 
bailTe fi peu , qu'à peine en cognoift-on la dirre- 
rence. C'eft l'ordinaire de lamerOcceane d'a- 
uoir fon flux & reflux iournel, & ce reflux iour* 
ngl eft deux fois au iour naturel, & f'aduaa- 



des Inde r. Liure.lll. loi 

ce toujours de trois quarts d'heure en vniour 
pluftoft qu'en fautre,(uiuant le mouuement de 
la Lune. Par ainfi la marée neft iamais en vne 
mefme heure d'vniour qu'elle eft en celle de 
l'autre. Quelques-vns ont voulu dire que ce 
flux & reflux procedoitdu mouuement local 
de i'eaiie de la mer, de forte que l'eauë qui vient 
croiiTantenvncofté , va décroisant en l'autre 
qui iuyefl: contraire, tellement qu'il s ft plaine 
mer en vn endroit , lors que la mer eu baife en 
la partie oppoiîte, tout ainûque Ton voiden 
vne chaudière pleine d'eaue que l'on remue, 
quand ellepanche d'vn codé , l'eauë augmente, 
êc à l'autre cofto elle diminue. Il y en a d'autres 
qui afferment que la mer en vn mefme temps 
croift en tous endroids, 6c en vn mefme temps 
elle y diminue , tout ainfi que le bouillon d'vn 
pot,fortant du centre^'eftend à tous endroi&s, 
ôc quadil ce(Te,il diminue aufîl déroutes parts, 
Ceftc féconde opinion eft vraye, & la peut- on 
tenir,felonmoniugement, ceitaine& expéri- 
mentée, non pas tant pour les raifons que les 
Philofophes en donnent en leurs Météores 
que pour l'expérience certaine que 1 on en a peu 
faire.Car pour me fatisfaire de ce point & que- 
ftion,ie demanday fort particujierement au fuf- 
dit pilote , comment eftoient les marées qu'il 
trouua au deftroit, & s'il eftoit ainfî que les ma- 
rées de la mer du Suddefcroiflbient au temps, 
que celles de la mer du Nort montoient. Et au 
contraire,pourqucy cefte demande eftant veri- 
table^laduenoitquelecroiftre de la mer en vn 
çndroit,cftoit dclcroiftre en l'autre, qui eft ce 






Hifloire naturelle 

que la première opinion afferme , il me refpon^ 
dit qu'il n'en eftoif pas ainfi , mais que Ton 
voyoit & recognoifïbit appertemét que les ma* 
réesdelamcrduNort , & celles de la mer du 
Sud , croifïbient en mefmciemps, tant que les 
vagues d'vne mer fe rencontroient auec celles 
de l'autre, & qu'en vn méfme temps aufîî elles! 
commençaient à deferoiftre chacune en fa merj 
difant que le monter & defeendre eftoit chofe 
qu'ils voyoient chaque iour, & que le coup& 
le rencontre dVn flux à l'autre fe faifoit(comme 
i'ay dit ) aux foixante & dix lieues de la mer du 
Nort,& aux trente de lamer du Sud ; d'où l'on 
peut recueillir manifeftement que le flux & re- 
flux de l'Occean n'eft pur mouuement local, 
mais pluftoftvne altération & ferueur, par la- 
quelle rcallement toutes les eailes montent & 
croiffent tout en vn mefme temps , & en autre 
elles s'abbaiffent & diminuent , ainfi que le 
bouillon du pot,dont i'ay parlé cy defTus. Il fe- 
rait impofîi ble de comprendre ce point par ex- 
périence , fi cen'eftoit en ce deftroit où fe ioint 
tout l'OcceandVne part & d'autre , car il n'y a] 
que les Anges qui le peufTent voir, & recognoi 
lire par les coftes oppefites , d'autant que les 
hommes n'ont point la veue aflez loingtaine, 
ny le pied affez vifte & léger qu'il (èroit debc^ 
foing, pour porter les yeux d'vncoftc à l'autre 
en fi peu de temps, quvne marée donne de loi- 
fir,qui font feulement fix heures. 



des Indes] Liure. III. io* 




VcdiHcrs coiffons ,& de la manière de çefcher 
des Indiens. 
Chapitrb X V* 
L y a en l'Occean des Indes vne inno- 
brable multitude de poiilbns, lesef- 
peces & proprietez desquels, le feul 
Créateur peut declater.ïl y en a plu- 
fieuisquifontdemefme genre , que ceux que 
voyons en la mçt de l'Europe.comme font fain- 
tes & allofes , qui montent de la mer aux riuie- 
res,dorades,fardines, &plufieurs autres II y 
en a d'autres , dont ie ne penfe point enaupir 
veu par-deçà de femblables, comme ceux qu'ils 
appellent Cabrillas, qui refTemblent de quel- 
que chofelestruittes,& les appellent en la neu- 
ueEfpagnc, bobos, & montent delà mer aux 
riuieres. le nay point veu par delà debefugues, 
ny de truittes^ncor qu'ils difent qu'on en trou- 
ue en Chillc. De Tonine il y en a en quelques 
endroits de la cofte du Peru, mais c'eft fortra* 
rement , & font d'opinion qu'à certain temps 
ils vont frayer au deftroit de Magellan , comme 
ils font en Efpagne , au deftroit de Gibaltar. 
Et pour cette occafîon l'on en trouuedauan- 
tage en la cofte de Chillc, combien que celle 
quei'ay veuë par delà,n eft telle que celles d'Ef- 
pagne. Aux Ifîes qu'ifc appellent de Barlouen- 
te,qui font Cube , fain& DominiquCjPort-ri- 
che ôdamaiquej'on trouue vn poifsô qu'ils ap- 
pellét Manat^eftiageefpecedepoiflbn, fïpoif- 
fonlon doitappelkr, vn animal qui engendre 





■ 



l/ifloire naturelle 

fes petits vitiants,&a des mammelles &du laid* 
dont il les nourrift,paifTant l'herbe aux champs, 
mais en effe&ii habite ordinairemét en l'eau, 
&pour cefte occafion ils le mangent comme 
ponTon toutefois lors que l'en mangeay,qui fut 
à S. Dominique,vn iour de Vendredy , i'auois 
quelque fcrupule,non point tant p®urce qui eft 
ait , comme parce qu'en couleur & faueuril 
cftoit fembîable à des morceaux de veau,& auffi 
eft-il grand, & delà façon d'vne- vache parla 
partie de derrière. Des Tiburons, & de leur in- 
incroyable voracité , ie m'en efmerueillayauec 
raifon , lors que ie veids que d'vn qu'ils auoient 
prins,(au port que i'ay dit ) luy tirèrent du petit 
ventre vn grand coufteau de boucher , vn granà 
haim de fer,&vn morceau de la tefte d'vneva- 
che,auec fa corne entière , encor ne fçay fi toiw 
tes deux yeftoient point. le veids envneanfe 
que fait la mcr,où l'on auoit pendu envn pieu, 
pour pafîetemps,vn quartier de cheual,qu*en vn 
moment vne compagnie de Tiburons vindrent 
à i odeur 3 où à fin d'auoir plus de plaifir, la chair 
ducheualne touchoit pas en l'eau, maisefloit 
«fleuee en l'air ie ne fçay combien de palmes, 
& cefte bande de poisons eftoient à lentour, 
qui fautoient , & d Vne atteinte en l'air coup- 
poient chair & osd'vnceftrange viftelTe , telle- 
ment qu'ils decoupoiét Je mefme iaret du rouf- 
£n,comme fi c euft efté vn troc de lai&uc, d au* 
tant qu'ils ont les dets trichantes corne rafoirs. 
Il y a des petits poiflbns qu'ils appellent ram- 
bos,qui s'attachent à ces Tiburons, & lefquels 
iisnepeuuent chaflcrA fe nourrirent de ce qui 



~ 



des Indes. Dure. ÎIÎ. 105 

jefchappe parles coftez à ces Tiburons : iiyâ 
(d'autres petits poiffons, qu'ils appellent^poif- 
fons volans , iefquels Ton trouue dans les Tro- 
|piques,& ne pente point qu'il y en ayt ailleurs: 
ils font pourfuiuis par les Dorades, & pour s'ef- 
Ichapper d'icelles,fautent de la met 3 6c vont allez 
^loing en l'air, &pour cefte caufe les appellent 
poilîbns volans. Ils ont des ailles comme de 
toille,ou parchemin,qui les fouftiennent quel- 
que temps en l'air. Au nauire où i'allois, en 
vola ou fauta vn queieveids, &remarquayîa 
façon queie dy des aides. Il eft fouuent faitmé- 
tion es hiftoires des Indes , des lézards , ou cay- 
mans,qu ils appellent , &c font de vray ceux que 
Pline,& les anciens appellent crocodiles : on les 
trouue es codes & riuieres chaudes; car aux co- 
ites & riuier es froides , il ne s'en trouue poinr, 
C'eftpourquoy il n'y en a point en toute la co- 
fte du Peru, iufques à Pay ra, mais de là en au ant 
l'on en trouue ordinairement es riuieres. C'elfc 
Vn animal tres-fier & cruel , combien qu'il foit 
fort lent & pelant. Il fait fa chalTe , & va cher- 
cher fa proy e hors de Peau , 8c ce qu'il y prend 
vif,le va noyer en l'eau , toutesfois il ne le man- 
ge point que hors de l'eau , d'autant qu'il a le 
gohèr de telle façon, que s'il y entroit de l'eau, 
il fe noyeroit facilement. Ceft vnechofe ef- 
merueillable,que le combat d'vn caymant auec 
le tygre,dont il y en a de très- cruels aux Indes, 
Yn Religieux desnoilres me raconta qu'il auok 
wu ces belles combatre cruellement Tvne con- 
tre l'autre au riuage de la mer. Le caymant, 
«ucc fa queus donjioit de fore grands coups an 







; 



J/iftoire naturelle 
tygre ] & tafchoit par fa grande force de lenv ! 
porter en l'eau , & le tygre auecfes griffes re*| 
fîftôit au caymant,l'attirant à terre. En fin le xyJ, 
gre vainquic,& ouurit le lézard , ce deuft eftrc! 
par le ventre qu'il a fort tendre, & fort délicat* j 
car en autre partie il eft 11 dur , qu'il n'y a lance, | 
voire à peine arquebufe qui le puiife percer. La! 
vi&oire qu'eut vn Indien d'vn autre eaymanr, 
fut encor plus excellente , le caytttant luy auoit 
emporte vn lien petit fils , & quant & quant | 
s'eftoit plongé en la mer, dont l'Indien cîmeu 
6c courroucé, feietta incontinent après , aucc 
vncoufteauenlamain , & comme ils font ex- 1 
cellens nageurs & pion peurs, 6c que le cay mant j 
mge toujours à fleur d eau, il le bletfa au ven- | 
tre de telle façon, que le caymat fe fentant bief- i 
fé,fortit hors au riuage,& lafcha le petit enfant 
ià mort. Encor plus efmerueillable eft le corn* 
bat que les Indiens ont aucc les balâines , en* 
quoy patoift la grandeur & magnificence du 
Createur,de donner à vne nation fi balTe , com- 
me font les Indiens , l'induftrie & la hardiefle 
d'attaquer la plus fi ère & plus difforme bette 
qui foit en Tvniuers , & non feulement de la cô* 
battre,mais aufîl de la vaincre , & d'en triom* 
pherfi gaillardement. Gonfideranf cela, ie me 
fuis fouuenuplufïeurs- fois du paflage du Pfal* 
jmifte,qui dit de la balaine: Draco tfte , eptm formé* 
fiiAdtlludendumei Quelle plus grande moquerie 

Î>eut-il eftre,que ce qu vn Indien meine vne ba- 
eine aufli grande qu'vne montagne , vaincue 
& attachée auec vne corde? La façon 6c maniè- 
re dont y fent les Indiens de la Floride , (fclon 




des Indes. Liure. III. 104 

j«jue m'ont raconté prfonnes expertes) pouî 
prendre ces balaines,defquelles y a grande qua- 
iirc,e{t qu'ils fe mettent en vue canoë, ou bar- 
ique,quicft comme vneefcorfe , & en nageant 
s'approchent du codé de la balaine , puis d\nc 
({grande dextérité ils luy fautent & montent fufe 
le col, & là le tient commeàchcual, en atten- 
jdant Ton point} puis à fa commodité met vn ba* 
;jfton aigu & fort, qu'il porte auec foy dans la 
rifeneftrede la narine de la balaine , Rappelle na- 
jrine,le conduit , ou pertuis par où refpirent les 
ibalaines. Incontinent le pouffe auant auec vn 
lautrebafton bien fort , &le fait entrer le plus 
(profondément qu'il peut. Cependant la balai- 
jne bat furieufement la mer , & cileue des mon- 
tagnes d'eau , s enfonçant dedans dVne gran- 
de violence, pu s reffort incontinent , ne fça- 
Ichant que faire de rage , l'Indien neantmoins 
I demeure toujours ferme & alïïs , & pour luy 
S payer l'amende de ce mal,luy fiche encor vn au- 
jtrepieufemblable en l'autre narine , le faifanfc 
I entrer de telle façon qu'il l'eftouppe du rout,&: 
jluy oftclarefpiration, & alors il fe rem et en fa 

i 1 canoë , qu'il tient attachée au côfté de la balai- 
ne, auec vne corde,puis fe retire vers terre, ayâc 
premièrement attaché fa corde à la balaine , la- 
quelle il va filant , & lafehant fur la balaine , qui 
jeependât qu'elle trouue-beaucoup d'eau, faul- 
te d'vn codé &d'autre,comme troublée de dou- 
leur^ en fin s'approche de terre , où elle de- 
meure incontinent à fec , pour la grande enor- 
mité de fon corps , fajis qu elle puiiïe plus fe 
! juouuoir 9 ny fe raanier , & lors grand nombre 




Hifioire naturelle 

d'Indiens viennent trouuer le vainqueur , polir 
cueillir Tes defpouilles,ils acheuent de la tuer, W 
decouppant,8tfaifant des morceaux de fa chair, 
qui eft allez mauuaife, lefquels ils f eehent & pi- 
lent pour en faire de la poudre , dont ils vfent 
pour viande, qui leur dure long temps. Enquoy 
eftaccôplycequieft dit en vn autre Pialmc de 
la mefrn e baleine: Dedtiii eum efcapopulù jEthiofi* 
L'Adelentade Pierre Médés, racôtoit plufieurs 
fois cefte pefcherie,de laquelle mefme fait men- 
tion Modardes en fon liure.il y a vue autre pef- 
chérie , dont vfent ordinairement les Indien» 
en la mer , laquelle, quoy qu'elle foit moindre* 
ne laifîe d'eftre digne de raconter. Ils font com- 
medes fagots deiong , ouVarigfec, bien liez* 
qu'ils appellent Balfas,& les ayants portez fut 
leurs efpaulcs iufques à la mer , les y iettent , &• 
incontinent ils fe mettent deflus , & ainfiafliS| 
entrent bienauaht en lamer,vogans aueede 
petites cannes dvn codé & d'autre , ils vont 
vne&deux lieues en haute mer potfr pefcher, 
portants fur ces fagots leurs cordes & leurs rets, 
Se fe fouftenants fur iceux , ils'iettent leurs rets, 
&fontlàpefchants la plus grande partie de la 
tiuid.ou du iour, iufques à ce qu'ils ay et emply 
leur mefure , auec laquelle ils retournent fort 
contens. Certes ce m'eftoitvne grande récréa- 
tion, de les Voir aller pefcher au Callao de Ly- 
ma,pource qu'ils eftoient grand nornbre,& ain* 
fi chacun cheualier,où aflis,couppant les onde* 
de la mer,à qui mieux mieux , lefquelles à l'en- 
droit où ils pefchent,font grandes* & furieu* 
fa, reffembloicnt.lçs Tritons, ou Neptune^ 




desjndes. Liure ///. JO j 

qu'on peint defîus l'eaùe,& eftas arriuez en ter- 
re tirent leur barque del'eauefurleur dos la- 
quelle auffitoft ils deffont &eftédent fur le ri, 
iage à fin que les herbes fe fechét & efgoutent 
(1 y auoit d'autres Indiens des vallées de Yca* 
luiauoientdecouftume d'aller pefcher fur des 
:uirs ou peaux de loups marins, en fiez & pleins 
lèvent, ôc de fois à autre les fouffloient cômfe 
■dotes de yent, depeur quelles ne s'enfonfaf, 
ent. Au val de Canete^qu'anciennement ils ap- 
>elloient le Guarco, il y auoit grand nombre 
lepelcheurs Indiens, mais pource qu'ils refi- 
rent à l'Ingua , quand il fut- conqueftet celte 
pe, il feignit faire paix auec eux: c'eft pour- 
.uoy à fin de luy faire fefte , ils ordonnent vne 
iclcne folemne/le de plufieurs milliers d'In- 
icns, quien leurs vaifîeaux de ionc, entrèrent 
i la mer, & auretour de Hngua, qui auoit ap* 
|areille quelques foldats couuerts ; fit d'eux Vn 
■uel carnage , & de là demeura cefte terre tant 
peuplée, combien qu'elle foit © abondante 
: rertiie le vis vne autre façon de pefcher ou 
,e mena Je Viceroy Dom François de Toile- 
"toutesfoiscen'eitoitpofntenla mer, mais 
i vne nuiere qu'ils appellent Grade,en la pro- 
nce des Charcas,où des Indiens Chiraquanàs 
plongeaient enl'eaùc, ôc nageans auec vne 
>nurablc viiteiTe fuiuoient ks poiiTôn$,&: âuec 
s dards ou harpôs qu'ils portoient en la main 
oite, nageans feulement auec la gauche, blef- 
lient lepoiflbn, ôc ainfi navré le tiroient en 
jut : reifemblansen cela eftre plus poiffons 
il hommes de terre. Mais ores que nous fom 

O 








Hiftoire naturelle 
ines forties de la mer,venons à ces autres forte* 
d'eauës qui reftent à dire. 

~~Ves lacs ér des epangs que ionmnut 
es Indes. 
Chapitre XVI. 

Y lieu de ce que la mer Méditer! 

ranee eft au vieil monde , le Créai 

teur a pourueu ce nouueau d 

plufieurs iacs,dôtyenaquelqud 

w vnsû grands que Ton peutprcj 

prement appeller mers:veu que l'Efcriture ad 

pelle ainfi celuy de Palcftine.qui n'eft pas fi gtaj 

que quelques vns de ceux-cy. Le plus renom 

me eft celuy de Titicaca, quieftauPeru cn^ 

Prouince de Coilao, lequel , comme i'ay ditaj 

liure precedent,contient prefque quatre vingj 

liciies de tour, & y entrent dix ou douze gran<| 

fleuues.il y a quelques tempsque Ion cornent 

à le nauiger auec des barques Se des nauires,& 

procédèrent fi mal , que le premier nauire qd 

entra s oùurit dvnetempefte quisefleua en 

lac. L'eau n'eft pas totalement amerenyfall 

comme celle de la mer , mais elle eft fi efpaU 

qu'on ne le peut boire. Deux efpeces depo 

fons s'engendrent en ce lac en fort grade aboi 

dance, lVndefqueis ils appellent Suches, à 

eft grand & favoureux, mais flegmatique I 

mal (ain:& l'autre Bogas,qui eft plus fain,co4 

bien quilfoit petite fort efpineux.Il y a tri 

grand nombre de canards fauuages & de et 

ssreulles. Quand le* Indiens veulent fcirçi 




des Indes. LiuresîIL jo§ 

fteou dônerdu pafTetemps à quelque perfb no- 
uage quipaÇeJe long des deux nuages, qu'ils 
appellent Chucuyto Se Ûmafuyo, ils affènv* 
bknt vne grand quantité de Canoës, & vont 
Éuïànt vn rond pourïuiuans & enferrans ks ca- 
nards iufques à en prendre auée les mains tanc 
qu'ils veulent, ôc appellent çe&e façon de pefl 
cher* Chaco. En l'vn & en l'autre ritiage de ce 
lac font les meilleures habitations du Peru. De 
(on yfïuë il naift & procède vn autre îacplus 
Petit, encore qu'il ibit bien grand, qu'ils appel- 
lent Paria, auriuage duquel y a grand nombre 
de beftial , fpecialement de porcs,qui s'ehgraif- 
lent extrêmement des herbiers qui croisent erk 
ces nuages. Il y a beaucoup d autres hes aux 
lieux hauts de la montagne d'où naifTent des 
^riuieres & des ruifïèaux , qui viennent de là eii 
à'uànt à eftre fort grands fleuues. Au chemin 
|d'ArequippaàCollao,ilya au haut deux beaux 
ilacs d'vn cofté & d'autre du chemin : de iVri 
fort vn ruilîèâu, qui depuis deuiènt fieuue, & fë 
jperdàla mer du Sud. De l'autre ils dtfent que 
la fameuferiuiere d'Àporima prend Ton origi- 
ne, de laquelle l'ont dit que là renommée riuié- 
re des Amazones^utremét ditte de Maragnoh/ 
Jprocede auec fa grande quantité & aiïembJeë 
jd'eaucs qui fe ioigneht en ces montagnes . C'ett 
^Vne chofe que l'on peut Fouuéntesrois deman- 
ider, d'où viét qu il y a tant de lacs au haut de ces 
Ittiontagnes , efquels il n'entre aucune, nuierë, 
^toais au contraire plufieùrs grands ruilfeaux erl 
portent, & fi n'apperçoit-on point que ces lacs 
diminuent prefque en aucune faiibn de lW 



r 




ïfiftoire naturelle 
née. t>e penfer que ces lacs s'engendrent des 
neiges fondues ou des pluy es du Gel, celane i 
fatisfait point du tout , car il y en a plusieurs de , 
ceux-là qui n'ont celle abondance de neiges 
ny tant de pluyes,& fi l'on ne s'apperçon point ; 
qu'ils dirainuent.Ce qui fait croire que ce font j 
fources qui y naiffent & fourdenr naturelle- 
ment, bien qu'il ne (oit pas mal à propos de 
croire que les neiges &'les pluy es y peuuent 
aider en quelques faifons.Ces lacs font fi com- 
muns aux plus hauts Commets des montagnes, 
qu'à peine y a-il riuiere fameufe qui ne tire fon 
origine de quelqu'vn d'iccux. Leur eaue eft fore 
nette & claire, & fi engendre peu déposons, 
cncor fi peu qu'il y en a, eft fort menu à cau- 
fe du froid qui y eft continuellement : corn- 
bien qu'il y ait toutesfois quelques vns de ces 
lacs qui font véritablement chauds, qui eft vne 
autre merueille: Au bout de la valleeJe Tara- 
paya proche de Potoii y a vn lac de forme rode 
tel qu il femble auoir efté faitpar compas.l eaue 
duqueleft tres-chaude, combien que la terre en 
foit extrêmement froide. Ils ont accouftumé de 
s'y baigner près du riuage , d'autant qu vn peu 
auant l'on ne pourroit fouffrir la chaleur. Au 
milieu de ce lac y a vn bouillon de plus de vingt 
pieds en quarré,qui eft fa vraye fource:& neat- 
moins quoy que cefte fource en foit ainfi gran- 
de , iamais on ne le void croiftre en aucune fa- 
çon, & femble qu'il s'exhale de foy-mefme, ou 
qu'il ait quelque ifiuë cachée & incogneue. On 
nele void non plus diminuer , qui eft vne autre 
merueUle, iacoit que l'ô en ait tiré vn gros riul- 





desjndes. LiurellL 107 

feaucouratpour faire moudre certains engins 
pour le meta!, veu que pour la grande quantité 
de l'eaiie qui en fort, par raifon il deuroit dimi- 
nuer. Or laiffant le Peru &pa(ïàntàlaneurue 
Efpagne, les lacs qui s'y tiouuent ne font pas 
moins remarquables,fpecialemét ce tât fameux 
de Mexique , auquel l'on trouue de deux fortes 
d'eaiies , i'vne faîlee Se femblable à celle delà 
mer , & l'autre claire & douce à canfe des riuie- 
res qui y entrent. Au milieu de ce lac y a vn ro- 
cher fort plailant &c délicieux où il a des baings 
d'eau e chaude qui y fourdent , lefquels iîsefti- 
mét beaucoup pour la fanté.ll y a des iardins au 
milieu de ce lac, fôdez & portez furl'eaùe mef- 
me ou Ton vôid de parterres pleins de mille for- 
tes d'herbes 8c de fleurs, & font de telle façon 
■qu'on ne les peut bien comprendre fînon en les 
voyant La Cité de Mexique eft fôdeefcr ce lac, 
encor que les Efpagnols ayentremply déterre 
tout le lieu & affiette d'icellejIaifTans feulement 
quelques courants d'eaiie, grands ^petits qui 
entrent & tournoyer dans la ville pour voi&u- 
rer ce qu'ils ont de befoin,comme bois,herbes, 
pierres,fruicT:s du pays, &• toutes autres chofes. 
Quand Cortes conquefta Mexique, il fit faire 
des brigantins , & depuis luy fembla qu'il eftoit 
plus feur de ne s'en feruir point.C'eft pourquoy 
ils vfent des Canoës , dont y a grande abondan- 
ce.lly a en ce lac beaucoup de poifTon &devi- 
uier , combien que ie n'y ay pas veu de poifTon 
«le prix,toutesrois ils difent que le reuenu de ce 
lac vaut trois cens mille ducats. Il y a plusieurs 
autres lacs nonloing de là, d'où l'on porte beau- 

O iij 




Hifîoire naturelle 
coup de poiflbn àlyf exique.La Prouince dçM* 
çhouacâ cil ainfi appellee , pource que c eft vne 
Prouince abondante enpoiffon,tty- adetrcs- 
îeaux ôc srands lacs, efqueis y a, beaucoup de 
poiffon , % eft çefte terre faine Ôc ftaifcheJly a 
pluficurs autres lacs , defqueb il n eft pas poffi. 
Me faire mention,!^ lçsfçauoir en particulier, 
feulement Ton* peut remarquer par ce qui en a 
efté diicouru auljure précèdent, que louz la 
Torride il y a plus grande abondance de lacs, 
qu'en autre partie du monde : & ainfi parce que 
nous auons dit cy-defïus , êç le peu que nous di- 
rons des riuieres & fontaines,naus mettons ha 
à cefte matière d'eaues, 



Vefluficurs & diuerfes fonrea 
& fontaines. 

Chapitre XVII. 

Lyaés Indes comme es autres 
parties du monde grande diuer- 
fïtédefources, fontaines &ri« 
uieres, & quelques vnes de pro- 
priétés eftranges.En Guancaue- 
licadu Peruoù font les mines 
du vif argent , il y a vne fontaine qui iette l'eauc 
chaude , & en coulant,fon eaue feconuertit en 
roche, de laquelle roche ou pierre l'on ediJ 
jfiequafî toutes les maisôs du bourg. Cefte pier- 
re eft molle , ôç aifeç à coupper 9 car aueç vn fc* 





desjndes. Lime III. ïo 8 

Ton la couppe, & taille auflî facilement comme 
iic'cftoitdubois, &cft/egere,& de durée. Si 
, quelques hommes , ou animaux boiuent de ce- 
jfte eau , ils meurent d'autant qu'elle fe congelle 
, dedans leur vétre,& s'y côucrtit en pierre:pour 
cefte caufe en font morts quelques cheuaux. 
i Comme cefte eau fe va conuertiÂant en pierre, 
! celle qui decoulle bouche le chemin aurefte, 
l tellement qu'elle eft contrainte de changer fon 
I cours, &pour cefte raifon elle court endiuers 
| endroits, au pris que va croiiïànt la rochc.En la 
pointe ou Cap de fain&e Hélène, y a vne fouroe 
; ou fontaine de betum, qu'au Peru ils appellent 
Coppey. Ce doit eftre vne chofe femblable,à 
ce que dit TEfcriture, de ce val fauuage oùfc 
trouuoient des puits de betum. Les mariniers, 
fefetuent de cefte fontaine , ou puitsde Cop- 
pey , pour oindre & poiifer leurs cordages 
& appareils , pource quelle leur fert corn* 
mêla poix& lebray en Efpagne. Lors que ie 
nauigeois en la neuue Efpagne par la cotte du 
Peru , le Pilote me monftra l'Iflc qu'ils appel* 
j| lent rifle des loups , où il y a vne autre fontaine 
& puits de Coppey , ou betum , auec lequel 
mefmement ils breent les cordages. Il y a d au- 
, très fontaines & fources de goultran , que le 
fufdit Pilote, homme excellent en fa vacation* 
médit auoir veues ,<& qu'il luyeft oit aduem» 
que nauigeant quekmesfois par cefte cafte là, 
ils'eftoit trouué fîauànt en la mer, qu'il auoit 
perdu la vcué de terre, & neantmoirisilauoie 
| iccogneu par l'odeur du Coppey o&iie&oit, 
| tufficertaineracot,cornme s'il euft recogneula 

O ui) 



r 




Hifloire naturelle 
terre,teîle eft l'odeur qui fort continuellement 
de cefte fource. Aux baings, qu'ils appellent les 
baings de l'Ingua, y a vn canal d'vne eaùe qui i 
ibrt toute chaude & bouillante, ôc ioignât icel - j 
le y en a vne autre dont l'eau eft aufti froide que i 
neige : L'Ingua auoit accouftumé de lesmo- 1 
derer l'vne auec l'autre, ôc eft vne chofe remar- ; 
quable,qu'il y ait des fources de qualitez Ci con- j 
traires r qui font ôc viennent fi près l'vnede j 
l'autre. Il y a vn nombre infini d'autres fources | 
chaudes,fpecialement enlaprouince des Char* 
cas , en l'eau desquelles Ton ne peut endurer Ôc j 
tenir la main l'efpace d'vn *Ane Maria , comme j 
ie l'ay veu par gageure. En vne maitairie proche i 
de Cufco fourd vne fontaine de fel , qui ainfi i 
comme elle va courant , fe va conuerthTant en 
£el,qui eft blanc, ôc bon à merueilles: que fi elle j 
eftoit en autre contrée, ce neferoit petite ri* j 
che/Tc , toutesfois ils en font peu d'eftat , pour j 
l'abondance du fel qu'il y a là. Les^eaues qui { 
courent en Guayaquil qui eft au Peru , prefque 
foubsla ligne Equinoxialle, font tenues pour! 
falutaires, pour le mal Neapolitain, & autres | 
femblables. A raifon dequoy l'on y vient de I 
plufieurs lieux fort efloignez pour y receuoir 
guarifon. Et difent que la caufe de cela eft, 
pour ce qu il y a en cefte contrée grande abon- 
dance de racines, qu'on appelle falccpareille, 
la vertu & opération de laquelle eft d cogneiie, 
ôc qu elle communique fa propriété aux eaux 
où elle eft mife , de guarir cefte maladie. Bilca- 
îiota eft vne montagne , qui félon l'opinion du 
commun 5 eft au plus haut lieu du Pcru > le fom- 




des fades. Liure II L 109 

met de laquelle eft tout couuert de neige, Ôc en 
quelques endroits eft noir comme charbon. Il 
fort d'iceluydeuxfources en lieux tout entrai- 
res, qui deuiennent incontinent fort grands 
ruifïéaux , ôc peu à peu grands fleuues , 1 vn def- 
quels va à Coilao dans ce grand lac Titicaca, ôc 
l'autre va aux Landes , ôc eft cel uy qu'ils appeU 
IkntYucay, qui fe joignant auecvn autre, fort 
à la mer duNort, ayant vn cours furieux êc 
impétueux. Ceftefource quand elle fort de la 
|j roche Bilcanota que j'ay dit, eft de la mefme 
Morte ôc couleur que l'eau de lexiue, ayant la 
couleur cendrée, ôc jettant vue fumée , comme 
Me chofe bruflee, laquelle court ainfivn long 
fjtemps, iufques à ce que la multitude des^aux 
|qui y entrent, luy efteignent ce feu & fumée, 
(qu'elle tire de fon commencement. Enlaneu- 
Ijue Efpagne j'ay veu vne fource, comme d'ancre 
Quelque peu bleue, vne autre au Peru , de cou- 
peur rouge comme fang, d'où ils l'appellent la 
Iriuiere rouge. 



Des Rimeres. 
Chapitre XVIII. 

Ntre toutes les riuieres non feule- 
ment des Indes , mais auftï de tout îe 
monde vniuerfel, le fleuue Mara- 
gnon, ou des Amazones, tient la 
principauté , duquel nous auons parlé au hure 
précèdent. Les Efpagnols l'ont pluileurs fois 
tauigé, pretendans de/couurir des terres, qui 





Hiftoire naturelle 
félon le bruit commun,font fort riches,fpecia- | 
lement celles qu'ils appellent de Dorado r & t 
Paytiti. L'AdelentadeleandeSallines, fitvnc 
entrée mémorable , encor quelle fut de peu \. 
d'erTecl: Il y a vn pafFage qu'ils appellent le Pon- j 
go, qui doit eftrevn des plus dangereux pas de | 
tout le monde: car lariuiere eftant refïcrrce en ^ 
cet endroit, & contrainte entre deux roches y 
très-hautes en précipice, vient à tomber droi* 
ôement du haut en bas, auecvne grande roi* |j 
deur, ou l'eaiïe parlacheute qu'elle fai&defi|j 
haut/ait vn tel bouillon , qu'il femble impoffi-|| 
ble de le pafTer fans fe noyer. Neantmoinsla 
hardieflè des hommes a bien ofé entreprendre | 
de palier ce patfage , pour le defir de ce Dorado j 
tantrenommé. Ils felaifTercnt couler du haut j 
en bas, pouîfez delar©ideur& du courant du) 
fleuue , fe tenans bien aux Catioes ou barques,) 
où ils e{loîent,& encor qu'elles fuffent renucr-) 
fées fans defîus defïbubs en tombanr, & eux &( 
leurs Canoës s'enfonçaiïent en l'eau; neant-j 
moins parleur force & par leur induftrie ils fe 
t emettoient & retournoient toufiours en hautj 
ôc de cède façon efchappa toute rarrace,excep-) 
té quelque peu qui fe noyèrent. Çt ce quieffi 
plus admirable , ils s'y comportèrent fi dcxtr©4 
ment qu'ils ne perdirent pas mefme la muni- 
tien &la poudre qu'ils portoient. Au retour^ 
(pource que après auoir endure beaucoup dej 
trauaux,& de dangers,ils furent côtraintf en fi'm 
de retourner pafree mefme lieu) ils montèrent 
par l'vne de ces roches très- hautes auec leurs] 
poignards qu'ils fichoient en la roche. Le C*i 




des Indes. Liurelll. 
mitaine Pierre d'Qrfua fît vne autre entrée par le 
^ nefme fleuue , lequel eftat more fur ce voyage, 
ik lesfoldats seftans mu tinez,d autres Capitai- 
îes pourfuyuirent rentreprinfe,par le bras qui 
l'ient ufques en la mer du Mort. Vn Religieux 
jle noftré Compagnie nous difoit, qu'eftant fe~ 
plier, il fè trouua quafî en toute cette entre- 
prinfe, & que les marées montoient bien près 
Ile cent lieues à mont le fleuuç, & que à l'en* 
jjroit où il va fe ietçer dans la mer , qui eft quafi 
loubslaligne, ou fort proche d'icellç, ilafoi- 
ii:ante& dix lieues d'emboucheure , ehofe in- 
croyable, & qui excède la largeur de la mer 
Mediterraneejencor qu'il y ait quelques autres, 
nui en leurs deferiptions ne luy donnent que 
ingt cinq , ou trente lieues d'embouchure. 
Kpres celle riuiere, tient le fécond lieu en IV- 
liuers la riuiere de Plata , ou d'argent, qui s'ap- 
|elîe autrement le Paraguey, laquelle court des 
hontagnes du Perd, &fe va perdre en la mer, 
h la hauteur de trente cinq degrez au Sud. 
iile croift , comme ils difent , en la mefme 
façon du Nil, mais beaucoup d'auantage fans 
lompairaifon, & rend les champs qu'elle bai- 
rnc comme vne mer,par l'efpace de trois mois B 
jpres retourne à fon cours , où les nauircs 
jiontent beaucoup de lieues à mont. Il y a plu- 
leurs autres rleuùes , <jui ne font pas toutes- 
pis de telle grandeur , & neantmoins efgalient s 
(oire furpalTent les plus grands de l'Europe, 
lomme celuy de la Magdaleine , proche de 
frinte Marthe, la riuiere grande, ôc celuy d' AU 
uradp c» h aeuue Efpagne 9 te vn nombre 



r 




» *Jtnfli» 



Hijtoire naturelle 
infiny d'autres. Ducoftc duSud aux monta- 
gnes du Peru, les fleuues communément ne| 
font pas fi grands, pource qu'ils ont peu d'efpa- ] 
ce de courir, & ne peuuent aflembler tant! 
d'eaux , mais ils font fort roides * a caufe qu'ils ! 
tombent de la montagne , êc ont des auallagesl 
8c des crues fubites 5 àraifon dequoy ils font 1 
fort dangereux , & ont efté caufe que plufieurs 1 
hommes y font morts. En temps de chaleur il$[ 
etoiffent, &fe débordent le pfus. I'aytrauerfc 
vingt- fept riuieres en cefte cofte , donne n'enf 
qj pas paffé vne feule à gué. Les Indiens vfent 
de mille artifices pour palier les riuieres. En 
quelques endroits ils ont vne longue corde quif 
trauerfe d'vn cofté à l'autre , & en icellependj 
vn panier, ou corbeille , dans laquelle fe met 
celuy qui veut pafTer , & alors ils le tirent du ri- 
uage auec vne autre corde , tellement qu'il paf- 
fe dedans cefte corbeille. En d'autres endroit» 
l'Indien pâlie comme à cheual fur vn boteauf 
de paille , & derrière luy celuy qui veut pafTerJ 
êc voguant auec vn bout d'aixpalfe de cefte fa- 
çon. En d'autres endroits ils ont vn radeau de 
courges , ou citrouilles , fur lefquelles ils met-j 
tent les hommes, ou hardes qu'ils doiuent pafl 
fer, & les Indiens liez auec des cordes vont na-^ 
geans, & tirans après eux ce radeau de citroiïiw 
les, comme des cheuaux tirent vn coche, ou cai 
roïTe ; d'autres vont derriete poutfans les ci-i 
trouilles pour leur ayder. Pafîez qu'ils font , ih 
prennent fur leurs cfpaules leur barque de ci- 
trouilles, & retournent à nage ; ce qu'ils font 
ça lariuierede la Sainte au Peru. Nouspafla- 



des Indes. Lime II h ht 

jjmes ceiuy d'Aluarada en la neuue Efpagne, 
jfur vne table que les Indiens portoient fur 
ileurs efpaules , ôc quand ils perdoient terre, ils 
jnageoient. Ces artifices ârmii autres, dont ils 
feferuent pour pafîer ainfî lesnuieres , certai- 
inement font auoir crainte en les regardante 
jcontemplant, en ce qu'ils f aydent de moyens fi 
débiles & fragiles, mais neantmeins ils font 
fort afleurez. Ils n Vfent point d'autres ponts* 
que de crins ; ou de paille. Il y a défia en quel- 
iques riuieres des ponts de pierre, baftis parla, 
[diligence de quelques Gouuerneurs , mais 
jbeaucoup moins qu'il ne feroit de befoing en 
jme terre, où tant dhomraesrfe noyentpar fau- 
te d'iceux, & laquelle donne tant de deniers, 
Sdefquels non feulement l'Efpagne, maisauflî 
«autres Royaumes eftranges baftiifent de fu- 
herbes édifices. Les Indiens tirent & dëriuent 
fies fleuues qui coulent des montagnes aux val- 
lées Se es plaines , plufîeurs & grands ruifTeaux 
pour arroufer la terre-, ce qu'ils ont accoutu- 
mé de faire d'vne telle induftrk, qu'il n'y en a 
pas de meilleurs en Murcya , ny à Milan mef. 
jme: ce qui eftauilîla plus grande ôc totale ri- 
pheiïè des plaines du Peru, Ôc de plufieurs au- 
tics parties des Indes. 



r 





Pliftoire naturelle 



Dt la qu-alttê de U terre des Indes en générale 
Chapitre XI Xi 

'O n peu cognoiftrc la qualité delà, 
terre des Indes en la plus grande part* 
puis que c'eft le dernier des trois Ele-j 
mens, defquels nous auôs propofé de 
traitter en ee liure, partie difcours quehousj 
auons fait au liure précèdent de la Zone Torri-j 
«îc, veuque la plus grande partie des Indes fd 
trouue firuec enicelîe. Mais pour ce faire «M 
tédre plus particuliereract , j'ay remarque trouj, 
fortes de terrés , en ce que j'ay cheminé par ces; 
régions, dont il y en a vne qui eft baffe, vne au-j 
tre très- haute, & Vautre qui tient le milieu dq 
ces deux extremitez. La terre baiTe eft celle quij 
cft en la cofte de la mer, dont il t'en trouue paij 
toutes les Indes * & cft ordinairement h» 
chaude & humide , qui caufe qu'elle n'eft pas & 
faine, & qu'a prêtent on la voit moins peuplée] 
combien qu'au temps pafle elleaye eftcbierj 
peuplée d'Indiens , comme il af pert par les hij 
ftoires de la neuueEfpagne&duPerUj &f'J 
conferuoient & viuôient, entant que la région 
leur eftoit naturelle^ommc ceux qui y auoieni 
efte engendrez. Ils y viuôient de la pefchc de h 
mer, & des femences qu'ils faifoient, tirans dqj 
ruiiTeaux des riuieres , defquels ils fe feruoic»! 
faute de pluye, d'autât qu'il y pleut fortpeu>& 
en quelques endroits n'y pleut point du tout 
Cette terre bafle a beaucoup de Ucux inhabit» 





des Indes. Liure III. ni 

b!c$ , tant à caufe des fablons qui y font dange- 
reux y car ils'ytrouuc des montagnes entières 
de ces Tablons , qu'à caufe des marefeages qui 
f y font des eaux dépendants des montagnes, 
î Icfquelies netrouuanspointd'yfluëences ter- 
1 tes plates & ba{Tes,îes noy et du tout,& les ren- 
i dent inutiles. Et à la vérité la plus grande partie 
' detoute ceftecofte delamer eftde cefteforte 
1 es Indes , principalement du eofté de la m er du 
1 Sud: l'habitation dcfquelles coftes eft àpre- 
j fent fi diminuée &mefprifce, que des trente 
) parts du peuple qui y habitoit, les vingt- neuf y 
I défaillent, & à fon opinion, que le refle des In* 
I diens finira auant peu de temps.Plufîeurs félon 
| leurs diuerfes opinions attribuent cela à diuer- 
(es caufes,les vns au trop grand trauail que Ton 
adonné à ces Indiens, les autres au changeméc 
& diuerfitc des viandes & boire dont ils vfent, 
I depuis qu'ils cômuniquent auec ks Efpagnols: 
les autres au trop grand excès de boire, & au- 
tres vices qu'ils ont. Quant à moy , ie croy que 
ce defordre eft la plus grande caufe de leur di- 
minution, cVn'eftpas temps maintenant d'en 
difcourirdauantage. En cette terre baiïè (que 
ie dis généralement eftre mal faine Se peu con- 
ucnable à l'habitation des hommes) il y a exce- 
ption en quelques endroits qui font têperez Se 
fertiles, comme la plus grandepartic des plai- 
nes du Peru, où il y a des vaiôs trais Se qui font 
fort fertiles. La plus grande partie de l'habita- 
tion de la cofte entretient tout le commerce 
d'Efpagnepar mer , duquel dépend tout TEftat 
£ es ??^?f« i? cçftccoftc il/ a quelques villes 



h 





I. 






Hiftoire naturelle 

a(Tez bien peuplées, comme ty ma & Truxillo, 
au Peru, Panama & Carthagene en la terre fer- 
me , & es lues S. Dominique Port- riche, &la j 
Hauane , & plusieurs autres villes qui font ; 
moindres que çelle-cy, corne eft la vraye Croix, l 
enlaneuueEfpagne,Yça,Aricgua, & autres | 
au Peru,& meimes les ports font cômunement I 
habitez, combien que ce foit affez petitement. J 
La féconde fortéde terre eft au contraire fort I 
haute,& par confeqaent froide & feiche, com- 1 
me toutes les montagnes le font ordinairemét. 
Cefte terre n'eft point fertile, rty plaifante } mais 
elle eft fort faine , qui la rend peuplée , & habi- 
tée. Il y a des pafturages, & en iceux beaucoup 
de beftial , ce qui fuftante en la plus grand* part 
la vie humaine , & auec le beftial , ils fuppleent 
le derlaut qu'ils ont de bleds & femences , par 
leurs trocs , & efchanges. Mais ce qui rend en- 
core dauantage €es terres habitées, de quelques 
vnes fort peuplées, eft la richefle des mines qui 
fe trouuent en icelles , pource que tout obey t à 
l'argent & à l'or. A caufe des mines ilyaquel- 
ques habitations d'Efpagnols & d'Indiens, qui 
fe font accreues & augmentées, comme eft Po« 
tofi , & Guancauelicqua au Peru , & Cacatecas 
en la neuue Efpagne. Il y a aufli par toutes ces 
montagnes de grandes habitations d'Indiens* 
qui aujourd'huy fe maintiennét , voire veut-on 
dire qu'ils vont en augmentât, finon que le tra- 
uail des mines en confume beaucoup , & quel- 
ques maladies generalles en ont mefme de- 
flruit vne grande partie, comme leCocolifté 
en la neuue EXpagne. Toutesfois l'on nef'ap- 

pçrsoic 



des Indes. Liiïn ///. ÎT ^ 

perçoit point qu'ils diminuent beaucoup. ; En 
! celle extrémité de terre haute, froide , ôcfd- 
iche, ilyadeuxcommoditez, que j'ay dites des 
jpafturages & dts mines, qui recompenfent bien 
les autres deux qui font es terres baffes de la 
cofte, à fçaUoir le commerce de la mer, êch 
fertilité du vin, qui ne croifl qu'en ces terres 
fort chaudes. Entre ces deux extrêmes il y a te 
terre de moyenne hauteur, laquelle, combien 
qu'elle foit en quelques endroits plus baffe , ou 
plus haute Tvne que l'autre , ce neantmoins clic 
n'approche ny de la chaleur delà cofte, ny de 
l'intenaperature des montagnes, ggaeefle forte 
de terre il croifl: beaucoup de femences , de fro- 
ment, d'orge , & de mays Jefquelîes ne fe trou- 
uent aucunement es terres hautes, mais bien 
lux baffes ; ilyamefme abondance dépaflura- 
jes, debeftiai, de fruicls, & de foreifs afTez 
verdoyantes. Celle partie efl la meilleure habi- 
:ation des trois, pour la fahré, Se pour la récréa- 
:ion -, c'efl pourquoy auffi ce qui efl le plus peu- 
île es Indes, efl: de celle qualité > ce que j'ay te- 
narqué fort curieufement en plusieurs che- 
nins & voyages que j'ayfaifts, & ay trouué 
)our vray, quelësProuirtces & parties mieux 
Peuplées d'Indiens, font en ce/le Situation. Que 
on regarde de près enlaneuueEfpagne (qui 
:ft fans doute la meilleure Frouince que leSo- 
eilenuironne) par quelque endroit de la code 
[uelon y entre, l'on y va toujours montant* 
K encores qu'après auoir monté beaucoup, 
jOri commence à defeendre : toutesfois C'en: 
Mtpeù, &toufiours la terre y demeure beats-. 



i- 




Hifiotre naturelle 

coup plus haute , que celle de la code. Tout ic 

terroir de Mexique efl de cette nature & fitua- 

tion, & ce quie'ftés enuirons du Vulcan, qui 

cftlameilleure terre des Indes, comme auflilc 

fontauPeru, Arequipa, Guamangua, & Cuf-j 

co> combien que ce (bit l'vn plus que l'autre.) 

Mais en fin tout y eft terre haute, encoresquq 

Ion y dépende à des vallées profondes, & qucj 

l'on monte de hautes montagnes, ilsendifemj 

autant de Quito, faindeFoy, & du meilleur] 

du nouueau Royaume. Four refolution, ie croyj 

que la fagelîe & prouidence du Créateur a pour-j 

ueuencecy, & voulu pour le mieux, &quela| 

plus grande part de cefte terre des Indes fiill 

haute, &eûeuee, à fin quelle fuft d'vnemeil-i 

leure température : car ëftant baffe , elle euflj 

cfté fort chaude foubs laZoneTorride, prinj 

cipalement eftant diftante ôc efloignee de lj 

mer. Auffi toute la terre que i'ayv eue es Indes) 

eft auoifinee de montagnes d'vn cofté , ou dj 

l'autre, & quelques fois de toutes parts. Telle) 

ment que i'ayplufieurs fois dit par delà, quei| 

defiroisme voir en vn endroit, d'où rhorifoij 

fe formaft & finift par le Ciel, & vne terre efterç 

due & vnie, comme Ton voit en Efpagne t 

mille campagnes : toutesfois ie n ay point d 

fouuenance d'auoir iamais veu de telles veiiq 

aux Indes, fuft aux lues, ou en la terre ferrm 

encores que j'y aye cheminé plus de feptcem 

lieues en longueur. Mais comme j'ay dit, le voj 

fmage des montagnes eft fort à propos en ceflf 

région , pour tempérer la chaleur du Soleil. P; ; 

âinfi tout ieplus habité des Indes, eft de laf 




des Indes. Dure ÎII. fA 

çôn que i'ay dit, & généralement toute cette 
1 terre eft abondante en herbages, pafturages, 3c 
;■ forças , au contraire de cequ Ariftoce & les an- 
|i ciens ontpenfe. De forte que quand Ion va de 

î'Europeaux Indes, Ion Pefrneruciilede voir U 
:i terre belle , il verdoyante, & pleine de fnkadesr, 
jj neantmoins cette règle a quelques exceptions* 

ôc principalement en la terre du Peru, qui eft 
f d'vn naturel eltrange entre toutes les autres, de 

laquelle nous dirons maintenante 



Des propriete\de la terre du Peru. 
Chapitre XX* 

O v s entendons par Je Peru à noii 
point toute cède grande partie du 
monde, qu'ils appellent l'Améri- 
que j puis qu'en icelle eft compris 
~ leBreiil, le Royaume de Chilié,3£ 
celuy de Grenade, & toutesfois aucun d'keux 
Royaumes n'eft le Peru, mais tant feulement ce- 
fte partie qui giftau coite du Sud , commençant 
au Royaume dsQuitto, qui eft icubs la ligne ôc 
qui va courant en longueur iufqu'au Royaume 
deChilîé, lequel eft hors des Tropiques, qui fe- 
raient ilx cens lieues en longueur \ & en largeur 
jne contient point dauantage que ce que corn- 
iprennent les Indes^ ou môtagnes, qui font côm- 
'me cinquante lieues communes, encoresqu'eri 
quelques endroits 3 comme à Chachapoays, il y 
ayt dauantage. Cefte partie du monde que Ton 
appelle Peru, eft fort remarquable, & cen* 




1 




Hifioire naturelle 

tient en foy des proprietez fort effranges , qui 
font qu'elle fert d'exception à la tegle générale : 
des Indes. La première eft qu'en toute la cofte 
il ne fouffle continuellement qu'vn feul vent, 
qui eftleSud &Suroeft, contraire a çeluy qui i 
aaccouftumé de courir foubs la Tornde. Lale-j 
coode eft , qu'eftant ce vent de fa nature le: 
plus violent, tempeftueux , Se maladif de tous, j 
néanmoins il eft encefte région merueilkufe- 
ment gracieux , fain , & aggreable , de telle fa- 
çon que l'on luy doit attribuer 1 habitation de 
ceftecofte, laquelle fans doute feroit inhabita- 
ble , & ennuveufe , à caufe de fa chaleur , fi par 
fon foufflemént elle n'eftoit addôucie. La troi- 
fiefine eft, queiamais il ne pleut, tonne nei- 
ee nv erefte en toute cefte cofte, quieftvne 
chôfe diene d'admiration. En quatriefme heu, 
à peu de diftance de la cofte il pleut & neige 
terriblement. En cinquiefme lieu, i y a deux 
chaînes de montagnes, qui courent lvne com- 
me l'autre, & envne mefme hauteur du Pôle, 
neantmoins enl'vney a de très-grandes forefts, 
& y pleut la plus-part de l'année, eftant tort 
chaude. L'autre tout au contraire eft toute nue, 
& defcouuerte, & fortfroide -, de forte que 1 hy. 
uer & l'Efté font départis en ces deux monta- 
gnes, & les pluyes, & la ferenite mefme Ot 
Ifin d'entendte mieux cecy, 1 on doit configu- 
rer que lePeru eft diuifé comme en trois pat- 
lies, longues &eftroittes, qu'ils appellent La- 
nos, Sierras, & Andes. LesLanos font laco- 
fte de la mer : la Sierra font toutes montagnes, 
& quelques vallées; & les Andes font monta; 



des Indes. Dure III. iij 

î gnes afpres & rudes. Les Lanos , ou code de la 

| mer , ont quelques dix lieues de large , en quel- 
ques endroits moins , & en d'autres quel- 

■ que peudauantage. La Sierra contient comme 
vingt lieues en large, & les Andes autant, tan- 

! toft plus, rantuft moins. Ils courent en leur 
longueur Nort &Sud, & en leur largeur, d'O- 
rient au Ponant. C'eft doncques çhofe merueil- 
leufe, qu'en il peu de diftance, comme font 
cinquante lieues efgalement efloignees de la li- 
gne ôc Pôle, y aye vne il grande diueriité, qu'en 
vn lieu il y pleuue prefque touflours , ôc en l'au- 
tre il n'y pleuue quaiiiamais. Ilnepleutiamais 
en ceftecofte ou Lanos, encores qu'il y tombe 
quelquesfois vne eau menue, qu'ils appellent 
Guarua , & en Caftille , Mollina , laquelle quel- 
quesfois s'efpaifîlt en certaines gouttes d'eau 
qui tombe, toutesfois ce n'eft point chofe en- 
nuyeufe, ny telle, qu'il foit befoing de fe cou* 
«rir pour cela. Les couuerturesy font de nates, 
auec vn peu de terre par defïus , & leur eft cho- 
fe fufïifante. Aux Andes prefque durant toute 
l'année il y pleut , combien qu'il y ayt en vn 
temps plus de ferenité qu'en l'autre. En la Sier- 
ra , qui gift au milieu des deux extrêmes , il 
pleut au mefme temps qu'en Bfpagne, qui eft 
depuis Septembre , iufques en Auriî : mais en 
l'autre faifon le temps y eft plus ferain , qui eft 
quand le Soleil en eft. plusefloigné, &ie con- 
traire, quand il en eft plus proche, dequoy 
nous auons a{Tez amplement traiété au îiure 
précèdent. Ce qu'ils appellent Andes, &.*cg 
qu'ils appellent Sierra, font deux chaines dç 

P ii) 




Hiftoire naturelle 

montagnes très-? hautes , qui doiuent courir 
plus de mille lieues à veiïel'vne de l'autre, Ôs 
prefque tfgalement. Il y a vn nombre infiny 
de vicugnes, qui naiilènt & f'engendrent aux 
Sierres, qui font proprement comme chèvres 
fauuages, fortviftes, êc fort agiles. Ilyamef- 
mes de ces anirnaux/qu'ils appellent Guanacos, 
Se Pacos , qui font des moutons , que Ton peut 
suffi bien dire, lesafnes de ce pays , dequoy il 
fera traidé en fon lieu : & aux Andes fe trou- 
vent des Anges fort gentils, de plaifants , & des 
perroquets en grande quantité. L'onytrouue 
suffi Therbe, ou arbre, qu'ils appellent Coca, 
qui eft tant eftimé des Indiens-, 6c latrai&equc 
l'on en fait, y vaut beaucoup d'argent. Celle 
qu'ils appellent Sierre , fait des vallées es en-» 
droi&s o*ù elle fouure , qui font les meilleures 
habitations du Peru , comme eft la vallée de 
Xauxa,&d J Andaguaylas, &deYucay. En ces 
vallées il croift du froument, dumays, & d'au- 
tres fortes de fruids, toutesfois es vnes moins 
qu'aux autres. Plus outre que la Cité de Cufco, 
(■ qui eftoit anciennement la Cour des Seigneurs 
de ces Royaumes) les deux chaînes de monta- 
gnes que i'ay dites , fe retirent, &Vefloignent 
dauantage les vnes des autres, ôc laillcnt au mi- 
lieu vne plaine & large campagne , qu'ils appel- 
lent, la Prouince de Coliao , où il y a grand 
nombre de riuieres , & beaucoup d'herbages, & 
pafturages fertiles , & là eft auili le grand lac de 
Titicaca : mais encor que ce foit terre plaine , & 
à la mefme hauteur & intemperature que la Sier- 
w ? & qu'il n'y ayt non plus d'arbres , ny de fo- 




des Jndes. -Liure III. 116 

refis , toutefois le défaut qu'ils ont du pain , y eft 
recompenfé par les racines qu'ils fement, les- 
quelles ils appellent Papas; & croiiTent dedans 
la terre. Celte racine eft le manger des Indiens: 
car les feichans de nettoyans, ils en font ce qu'ils 
appellét Chugno, de qui eft le pain & nourritu- 
re de ces Prouinces. Il y a mefme d'autres raci- 
nes &" petites herbes qu'ils mangent. Ceftvne 
terre faine, & la plus peuplée des Indes, & la 
plus riche, pour l'abondance des beftiaux qui fy 
nourrirent, tant de l'efpece mefme de ceux qui 
font en Europe, comme brebis , vaches, 5c che- 
vres; que de celles du pays qu'ils appellent Gua- 
nacos , &Pacos, & y a des perdrix aflez abon- 
damment. Apres laProuince de Collao vient 
celle deCharcas, où il y a des vallées chaudes 
de grande fertilité, & des roches tres-afpres, 
lefquelles font fort riches démines; tellement 
qu'en nul endroit du monde il n'y en a point de 
meilleures, ny dcplus belles. 

Des caufes qùils donnent pourquoy Une fie ut 
aux Lanos, ou ceftes de Lmer. 
Chapitre XXI, 

'Autant que c'eftehofe rare & ex- 
traordinaire qu'il y ait quelque ter- 
re où il ne pleuue iamais,ny tonnej 
les hommes défirent naturellemés 
fçauoir la caufe de telle nouueauté. 
La raifon que donnent quelques-vns qui ont re- 
cherché & conïideré cecy de près, eft qu'il ne 

P iiij 





Hifioire naturelle 

$ r cfleue en celle code des vapeurs afTez groflès 
& fufHfantes pour engendrer la pluye faute de 
matière : mais qu il y a feulement des vapeurs 
petites 8c légères, qui ne peuuent engendrée 
autre choie que les broiiillars &c rofees , com- 
me nous voyons en Europe qu'il y a bien fou- 
tient au matin des vapeurs qui s'eileuent, lef- 
qu elles ne fe conuertillent pas en pluyes , mais 
feulement en broiiillars. Ce qui prouientdela. 
matière qui n'eft point allez grolTe&fufrifante 
pour fe tourner en pluye. Etdifentque la caufe 
pourquoy cela, qui n'aduient quaucunefois 
en Europe, arriue continuellement enlacofte 
du Peru j eit pource que cefte région efttres-fe- 
çhe, &: ne rend point de grofles vapeurs. On re« 
cognoift fa fecherefle par le grand nombre de fa* 
blons qui y font, Se parce que Ton n'y trouue 
ny puits, ny fontaines, finonen vne très-gran- 
de prpfondïté de quinze ftades , ( qui eft la hau-» 
teur d'vn homme , ou plus ) & encor eft-ce près 
âcs riuieres , Teau defquelles penetranr la terre, 
eO; caufe que l'on y peut faire des puits. Tel- 
lement que Ton a veu par expérience, que 1© 
cours des riuieres eftant deftourné , les puits fe 
font taris, iufques à ce qu'elles fuiîent retour- 
nées en leurs cours ordinaires, ôc donnent ce- 
lle raifon, pour caufe matérielle de céterTe<5t: 
mais pour la caufe efficiente, ils en ont vne au- 
tre qui neft pas moins confiderable, qui eft, 
que la hauteur exceflîuc de la Sierre, qui coure 
par toute la cofte, porte abryà cesLanos; de 
forte quelle empefche qu'aucun vent nyfouf- 
fie du cefté de la terre, fi ce n çft û haut , qui! 



I 




1 



des Indes. Uure III. II 7 

foit pardeflus les croupes de ces montagnes, 
au moyen dequoy ïi n'y coure qu'vn feul vent 
qui eft celuy de la merjequel ne crouuant point 
de contraire, ne preife n'y exprime point les va- 
peurs qui s'efleuent pour engendrer la piuye, 
, de manière que l'abry de la Sierre empefche 
que les vapeurs ne s'efpaiffifTent , & fait qu'el- 
jles fe conuerriifent toutes en bruines. H y a 
: quelques expériences quife rapportent à ce dif* 
: cours d'autant qu'il pleut en quelques collines 
i de la code qui ont le moins d'abr y, comme font 
i les roches d'Atico Se d'Arequipa : mefmes qu'il 
iya pieu eh quelques années que les Norts ou 
! Brifes y fouf£oient,voire pendant tout le temps 
i qu'ils durèrent , comme fi arriua en foixante 6C 
dixhui6t aux Lanos de Trugillo , oil pleut 
abondamment; ce qu'ils n'auoient point veu 
plufieurs Irecle^auparauant. Dauantage il pleut 
$n la mefme cofte es lieux où les Brifes ou 
Norts font ordinaires, comme en Guayaquil, 
& es lieux où la terre fe hauffe beaucoup & fe 
deftourne de l'ombrage ôc abry des montagne* 
comme en ceux qui font plus outre que Ariqua 
Quelques vns en difeourent de celle façon,mais 
que chacun en penfe ce qu'il voudra: c'eft vne 
chofe certaine que defeendant de la Sierre 
i en ces Lanos l'on a accouftumé de voir comme 
deux Ciels, l'vn clair &ferain par le haut , ôc 
l'autre obfcur, & comme vn voile gris tendu 
au defloubs , qui couure toute la cofte i mais 
encor qu'il n'y pleuue pas, cefte bruine y eft 
Imerueilleufement profitable pour produire de 
iherbe, &pourefleucr 3 & nourrir les femen* 




Hifloire naturelle 

ces: car cncor qu'ils ayent l'eau e au pied tant î 
qu'ils veulent qu'ils tirent des eftrangs ou lacs,|j 
toutesfois celle humidité du Ciel a vne telle ver-| 
tu , que .ceflànt de tomber fut la terre, elle caufej 
vne grande incommodité & diminution auxi 
grams & femences.Et ce qui eft plus digne dad-H 
miration, les fablons Cccs & ft eriles par cefte ro-fl 
fee ou bruine, fereueftent d'herbes &de rieurs! 
qui eft vne chofe plaifante & agréable à voir &CÊ 
degrande vtiîképour lespafturages dubeftialJI 
comme Ton void en la montagne , qu'ils appel*! 
lent de fablon, proche de la Cité des Roys. 



De la propriété de laneuueE/pagne, 
des //les & des autres terres. 

Chapitre XXII. 

A neuue Efpagne furpaflè les au! 
très Prouinces enpafturages, qui 
caufe qu'il y a vn nombre infiny d<i 
troupes decheuaux, vaches,brebil 
& autres beftiaux ; Elle eft fort abôL 
dante en frui&s , & en toute forte de grain j em 
fommec'eftla terre la mieux pourueiïe, & 11 
plus accôplie qui foit es îndcs.Toutesfois lePd 
ru la furpaflè en vne chofe, qui eft au vin , pour| I 
ce qu'il y en croift abondamment, &de bon,3|j 
de iour en iour les vignes y vont multipliante 
augmentant,lefquelles croiffent aux vallées ton 
chaudes où il y a arroufement d'eaiies. Et corni 
bien qu'il y ait des vignes en la neuue Efpagne 
toutesfois le raifîn n'y vient point en fa maturû». 



Des Indes. Liurelll. uS 

propre Se conuenabîe pour en faire du vin. La 
icaufe eft, pource qu'il pleur par delà, en Iuillet 
& Aouft,qui eft quand le raifin meuric : c'eft 
ipourquoy il ne paruientàfa maturité. Que fi 
iparcuriofné Ton vouloir prendre la peine d'en 
iraire du vin, il ferait comme celuy du Gene- 
vois & de Lombardie , qui eft fort petit Se fore 
jafpre, ayant vn gouft comme de verjus. Les 
jlfles qu'ils appellent de Barlouente, qui font 
ll'Efpagnole, Cube, Port-riche ,& autres en ces 
!enuirons, font ornées de beaucoup de verdure, 
& pafturages, & font abondantes en beftial, 
ifçauoir eft de vaches Se dépotes qui y font de- 
Menus fauuages. La richefle de ces liles font, les 
|cngins de fucre, Se les cuirs. Il y a beaucoup 
deca(Te 3 fiftulle,& de gingembre. Et eft chofe' 
incroyable de voir le grand nombre de ces 
(marchandées, que Ton enleue en vne flotte, 
neftant quafl pas vray femblable , qu'en toute 
11'Europe on en peuft tant gafter. Ils en enleuent 
Imefmedu bois.de qualité Se de couleur excel- 
lente, comme l'Ebene Se autres qui feruene. 
iaux édifices Se menuiferie. Il en y a beaucoup 
qu'ils appellent , lignum finBum , ou Guayac 
propre po&rguarir la verolle. Toutes ces liles 
& celles qui font en ces enuirons,qui font en 
Itres-grand nombre, ont vn très-beau Se très* 
jplaifant regard, pource que durant toute l'an- 
jnce elles font reueftuè's d'herbes Se d'arbres , tel- 
lement qu'ils ne peuuent difeerner , quand il eft 
|Autonne,ou Efté, pour la continuelle humidi- 
| té qui y eft ioin&e auec la chaleur de la Torride, 
I & combien que cefte terre foit de très grande 




Hiftoire naturelle. 

eîtenduê' , il y a neantmoins peu d'habitations", 
d'autât que d'elle-mefme elle engédre de grands| 
Arcabutos,qu'ils appellent,qui fonr des bois,oui 
taillis fort dpais,& qu'il y a beaucoup de maref-, 
cages &: bourbiers es plaines. Ils donnent vne 
autre raifon notable 3 de ce qu elles font peu ha«j , 
bitees , qui c'a d'autant qu'il y eft refté fort peu) 
d'Indiens naturels, parl'inconiideration & défi 
ordre des premiers conquefteurs &c peupleursJI 
parquoy ils fe feruent la plus grand part de Ne-j 
grès , mais ils couftent cher , à caufe qu'ils fonâ 
tort propresà cultiuer la terre. Une croiftnJ 
pain,ny vin en ces Iiles,pource que la trop graii 
de fertilité & vice de la terre ne les laiiîe grener. 
mais elle iette le tout en herbe fort inegallemét, 
Il n'y a non plus d'oliuiers,au moins ils ne poç* 
tent point doliues, mais beaucoup de feueiliçs 
vertes & plaifantes à la veiie,qui toutesfois n ap- 
portent aucun fruict. Le pain dont ils vfent êû 
de laCacaue^de laquelle nous dirons en fon lieç, 
Il y a de l'or es riuieres de ces Iilesjque quelques 1 
vns tirentjinais c'eft en petite quantité,par faute 
de naturels, qui l'approfEtent. I'ay efté pci| 
moins d'vn an en ces !iles,& à ce qui m'a elle raji 
conté de la terre ferme des Indes , où ie n'a^i 
point eltéjComme la Floride,Nicaragua , Guatij 
malla, de antres , i'ay entendu & apprins , qu'el-l 
le efl prefque de cefte qualité que i'ay ditte 
Toutefois ie ne mets les chofes plus particulie-l 
res de nature, qui font en ces Prouinces de terre! 
ferme, pour n'en auoir parfaite cognoiflance.La 
terre qui plus reiTemble à l'Efpagme, & aux ré- 
gions de i Européen toutes les Indes Occident 




Des Indes. L iure III. ï/p 

taies, eft le Royaume de Chillé, qui eft hors de 
la règle generalle de ces autres régions, d'autant 
'qu'il eft fnué hors la Tornde 6c le Tropique de 
Capricorne. Cette terre de foy eft frefche ôc 
l fertile > & produit de toutes les cC^gccs de frui&s 
iquifont en Efpagne, & rapporte aufïï grande 
'abondance de pain ôc de vin , comme mefme 
telle abonde en pafturages & beftial. Le Ciel y 
ieft faite & ferain, entre le chaud ôc le froid. L/hy- 
!uer& TEfté y eft parfaitement, ôc s'y trouue 
'grande quantité d'or, qui eftues-rin. Néant- 
(moins cefte terre eftpauure'& peu peuplée^ 
1 pour la guerre continuelle que les Auracanos* 
!& leurs alliez y font, d'autant que ce font des 
I Indiens robuftes,6c amis de leur liberté. 



»i ■ ' — ■ 

£>e la terre incognué, ejr de U dwerjitédvn tour 

entier, qui eft entre les Orientaux & 

Occidentaux. 

Chap. XXIII. 

» ifr L y a degrandes conie&ures qu'enîa 
P|zone Tempérée, qui eft au Pôle An- 
*° tartique , il y ait des terres grandes ëc 
fertiles, maisiufques auiourd'huy elles 
*ie font defcouuertes , & ne cognoift-on d'autre 
terre en cefte Zone, que celle de Chillé Se quel- 
q e partie de la terre qui court d'Etiopie au 
Cap de bonne Efperance, commeilaeftédiel: 
au premier Hure. On fçait auffi peu , s il y a ha- 
bitation aux deux autres Zones des Pôles, & 



r 




Hiftoire naturelle 

fî la terre continue 8c paruient iufqucs à celL|< 
du codé de l'A ntar clique ou Sud. L'on ne col] 
gnoïft pas melme la terre qui gift pafle le de 1 
itroit de Magellan, d'autant que la plus grand»; 
hauteur que l'on a cognuë d'icelle, eft de cin-ji 
quanteiîx degrés, ainn qu'il eftditcy-deuanru 
.&dueoftéduPoleArdticquejOuNort,nenfçai| 
on non plus iufques où va la terre, qui courfl 
pafTéle Cap de Mendoçin&lcs CaliiphomesJ 
ny les bornes & fin de la Floride, 8c iufques oui 
elle peut s'eftendre vers l'Occident, ilyapeil 
de temps que l'on a defcouuert vne nouuelîJ 
terre, qu'ils appellent le nouueau Mexicque, où] 
ils difent, qu'il y a beaucoup de peuples qui pari 
lent la langue des Mexicquains. Les Philippines 
,&les Ifles fumantes, comme racontent aucun! 
quilefçaueiit par expérience, courent plus dej 
neuf cens lieues : mais de traitter de la Chine! 
Cochinchine , & Syam,& autres régions qui 
font de l'Inde Orientale, ce feroit contre mori 
intention , qui eft feulement de trai&er des Oc! 
cidentales. L'on ne cognoift pasmefmelanluJ 
grand part de l'Amérique qui gift entre le Perd 
& le Brefil, combien que de toutes parts l*on ed 
cognoiife les bornes. Surquoy il y a diuerfesh 
opinions des vns 8c des autres , qui difent , quej 
tout eft vne terre noyée, pleine de lacs 8c di 
lieux aquatiques. D'autres afferment qu'il y J 
de grands 8c fleuriiïans Royaumes , s'imaginansi 
que là font le Paytiti, le Dorado , 8c les CsefarsJ 
où ils difent qu'il y a des chofesmerueilleufes} 
l'ay ouy dire à vn de noftre Compagnie, hommel 
4igne de foy , qu'il y auoit veu de grandes habi-l 



des Indes. Liure III. no 

tations , Ôc des chemins autant rompus & baN 
tus comme font ceuxdeSalamanqueà Vailla- 
dolid y ce qu'il veid alors que Pierre d'Orfua , ÔC 
depuis luy, ceux quiluyfuccederent rirent l'en- 
trée Ôc defcouuerte, par la grande riuiere des 
Amazones, lefquels croyans que le Dorado, 
qu'ils cherchoient eftoit plus auant,nefefou- 
cierent de peupler là, ôc après demeurèrent fans 
le Dorado qu'ils ne trouuerent point, ôc fans 
cefte grande Prouince qu'ils laifïèrent. Devray 
c'eft chofe iufques auiourd'huy cachée, que 
l'habitation de l'Amérique, excepté les extre- 
mitez , qui font le Peru,le Brefîl , ôc l'endroit où 
la terre commence à s'eftrefîir, qui eft en la riuie- 
re d'argent, puis Tucuman, qui fait le tour à 
Chilié , & aux Charcas. Il y a fort peu de temps 
que nous auons entendu pat lettre àes noftres 
qui cheminent en faincte Croix de la Sierre, 
que l'on va defcouurant de grandes Prouinces 
& habitations , qui tombent en cefte partie, qui 
eft entre le Brefîl ôc le Peru. Le temps les dëf- 
couurira, car comme la diligence Ôc hardielïe 
des hommes eft auiourd'huy grande à vouloir 
circuir le monde d'vne part ôc d'autre, nous 
pouuons croire, que tout ainfî quei'onadef- 
couuerttout ce qui eft cogneu iufques à pré- 
sent, l'on pourra de mefme defcouurir ce qui re- 
fte, afin que le S. Euangilefoit annoncé à l'vni- 
uerfel monde, puifque défia les deux Couron- 
nes de Portugal , ôc de Caftille , fe font rencon- 
trées par rOrient ôc par le Ponent, iufques à 
ioindre leurs defcouuertures enfembîe,quieft 
à la mité vne chofe remarquable, que tes vas 



~~ 




JMb 



ÏHfifloire naturelle 

foientparuenusiufques en la Chine, & Iappoh j 
par l'Orient, & les autres aux Philippines qui! 
ibntvoifînes & prefque contiguësàla Chinai 
parTOccidenr. Car de Tille de Lullbn,quieft : 
la principalle des Philippines, ou eft la cité de 
Mammille, iuiques à Macan, qui eft Tlfledej 
Cauton,ii n'y a que quatre vingts ou cent lieitaftl 
de mer entre deux , & trouue chofe merueilleu- 1| 
fe , qu'encore qu'il y ait fi peu de diftance de l'vn I 
à l'autre, il y a neantmoihs, félon leur conte, vn I 
iour entier de différence entre eux,de forte qu'il A 
eft Dimanche à Macan , lors que à Mammille il ij 
eft Samedy, cV ainfidu refte. Ceux de Macan 1 
ëc la Chine ont vn iour aduancé, & ceux des! 
Philippines en ont vn retardé. Il aduint au Perc I 
^llonfe S anches , duquel il eft faick mention cy I 
deuant, que partant des Philippines il arriua à I 
Macan,le deuxiefme iour deMay félon fon con- J 
te, & voulant dire l'office de faincl: Athanafe^ I 
trouua qu'ils celcbroiet la fefte de rinuentiortl 
fainde Croix , par ce qu'ils contoient là le troi- 1 
fiefme de May. Il luy en aduint tout-autant , en I 
vn autre voyage qu'il fit par delà. Quelques vns I 
ont trouuéjcefte variation & diuerlité eftrange, jj 
Se leur femble , que cela procède de la faute des | 
vns, ou des autres , ce qui n'eft pas toutesfois, I 
mais eft vn conte vray & bien obferué : car fui- I 
liant la différence des chemins paroùonteftc 
les vns & les autres, il faut neceflairement di- 
re , que quand Ton fe rencontre on doit auoic 
vn iour de différence. La raifort eft,pource que 
nauigeant d'Occident à T Orient, Ton va touf- 
iours gagnant le iour * & trouue Ton pluftoft lé 

- leuer 



âesJndeL Liure. III j 2l 

euer du Soleil, &au contraire ceux quinaui- 

jent d'Orient au Ponent,vontroufiours perdant 
eiour,& s'en retirent arriere,pource que le So- 
eil de plus en plus leur Va ieuât plus tard, & cô- 
ne plus ils vont approchant du hbuàht ou du 
>onent, plus ils ont lé iour toit ou ta rd. Au Peru 
lui eft Occidental, au refpeél de rEfpagne^oiî 
demeure de plus de fix heure* arriere-de farori 
ue quand il eft midy en Efpagne , il eft aube'ou 
oind du iour au Peru; 6V quand l'aube du iour 
û par deçà , la minui& fé trouue eftre par delà; 
ay fai& prëuue certaine de cela, par la compu- 
ition dés Eclypfes du Soleil & de la Lune, 
laintenant donc, que les Portugais ont taSE 
ur nauigation d'Occident a l'Orient, & l cs 
aftillans d'Orient en Occident, quand ils fé 
font venus à ioindre & rencontrer, quiaefté 
ix Fhilipines & Macan,les Vus ont gaigrie dou - 
: heures d'aduance , & les autres en ont per~ 
i tout autant. Par ainfi en vnmèfme poinct 
envn mefmé temps ils trouuènt la différen- 
ce vingt heures, qui eft vn iour entier. Aii 
oyen dequoy neceilairement les vns font au 
Diliefme de May quand Its autres content le 
mxiefme : & quand les vns ieufnent le Samèdy 
ind, les autres mangent delà ch?ir pour le 
ur de la Refurre&ion. Que fi nous, voulons 
indre qu'ils pailaiTent plus outre, tournoyans 
corvne autre fois le monde, & qu'ils vfafTent 
i mefme conte , quand ils tournoient à fe ioin- 
^îlsfetrouueroient aufsi bien parleur mef- 
î conte en deux iours de différence. Carcom- 
\*y dit^ ceux qui vont au ieuer du Soleil 





'j/tftoire naturelle 

vont contant le iourpluftoft ; comme le Soi* 

leur va leuant pluftoft,& ceux qui vont au coi 

chant au contraire, vont contant le iour pli 

tard d'autant qu'il leur va fortant plus tard. F 

nakmét la diuerfité des midis fait les diuers coi 

tes desiour s. Et d'autant que ceux qui vôt nau 

géants du Leuant au Ponent,, vontchangear 

leurs midis fans le fentir,& toufiours neantmoj 

pourfuiuentle mefme conte où ils fetrouue 

quandils partent,il eft neceffaire qu - 

circuit du monde ils trouuent faùt( 

d'vn iour entier. 



* 



acheuants 
*aûte à leur coi 







Des VolunSyOU huches de feu, 
Chap. XXIIIÏ. 



'Ombien que Ton trouue en daut 
i endroits des bouches de feu , . corn 
•lemontjfctna Vvefuuio , quauioi 
. id'huy ils appellent le mont de Sor 
neantmoinsc'eft chofe remarquable que ce 
fetrouue es Indes. Ordinairement ces Vole 
font rochers ou pics de montagnes tres-hai 
qui s'esleuent pardeffus les fommets de toi 
lesautresmontagnes. Ils ont en leurs fomm: 
vne planure , &au milieu vne fofle,ou gra 
bouche qui defeend iufques au profond ou t 
d'icelle, qui eft chofe efpouuentable a voir, 
ces bouches il fort de la fumée , & quelques 
du feu. Il yen a quelques -vns qui îettent 1 
peudefumee, & prefque n ont aucune toi 
de Volcans,comme eft celuy d'Arcquipa , 



âes Indes. Lîure. III. f^ 

éft d'vne hauteur démefuree,& prefque du tout 
de fable qui ne fe peut monter en moins de deux 
jours , neantmoinsonn'yatrouuéaucune ap- 
parece de feu,mais feulemet les veftiges de quel- 
ques facnfkes que faifoient là les Indiens lors 
qu'ils eftoient Gentils.Et quelque peu de fume- 
qu iliette quelquesfois.Le Volcan de Mexique^ 
qui eft proche du bourg des Anges,eft aufsi d V- 
ne hauteur admirable où l'on mote trente lieues 
en tournoyant.De ce Volcan fort 5 non pas conti- 
nuellement , mais de fois à autre ôc prefque cha~ 
que lour, vne grofle exhalation & tourbillon de 
fumée qui fort droit en haut corne vn trait d ar- 
fealefte, qui par après fe fait femblable a vn tref- 
grand plumage iufquesi ce qu'il celle Ju tout & 
aufsitoftfe refoult en vne nuée noire &obfcu- 
re. Plus communémet^lle fort au matin après lé 
kuer du Soleil,& au foir quand il fe couche,en- 
cor que l'enay veufortiren autres heures! Il 
fortaufsi quelquesfois après celle fumée beau- 
Coup de cendres. De feu Ion n'en a eftcor veii 
lorunufquesâprefent, toutesfoisPon a crainte 
qu'il ne forte & brusle la terre qui eft à l 'entour, 
laquelle eft la meilleure de tout le Royaume.Et 
tient-on pour certain qu'il y a quelques corres- 
pondance entre ce Volcan & la Sierre de Tlax- 
calaqui eneftaffez proche, quicaufeles ton- 
oerres & efclairs fi grands que Ion void êcoit 



Bêla poudre.Cortez raconte la diligence qu'il* 
gîte pour defcouurir ce qu'il y auok en ce VoP 



SJî. 




•a*»/ li 



" 



Hifîoire naturelle 
tan." Les Volcans de Guatimalla font plus re- 
nommez tant pour leur grâdeur & hauteur,que 
les nauigeans en la mer du Suddefcouure.it de 
fort loimque pour l'efpouuentement & valen- 
ce des feux qu'ilsiettent defoy. Ilarnuaaui 5 
de Décembre de l'an paffé i 5 86.que toute la Ci- 
té de Guatimalla prefquc tombad vn tremble- 
ment de terre , où demeurent mefme quelque 
perfonnes. Ilyauoit défia f.x mois que de .ou 
&de nuiaie Volcan ne ceflbit de letterpar 1 
haut & comme vomir vn fieuue de feu , la ma 
tiere duquel tombant aux çoftéz du Volcan ,1 
conuertiffoit en cendre corne terre bruslee(chc 
fequi furpaflele iugement humain d'entendt 
comme il peut tirer de fon centre tant de matie 
re qu'il iettoithors defoy durant ces lix moi 
pource qu'il n'auoit accouftume' de îetter qr 
3e la fumée & non pastoufiours , mais quelqu 
foisde petites aammefches. Celamefut de. 
eftant en Mexique par vn Secrétaire de 1 A' 
dience de Guatimalla,homme digne de roy,vc 
r« n'auoit pas encor alors cefsé ce Volcan de le 
terces feux queiedy. Cesans paflezmetro. 
uantenQuitto enlaCitddes Roys^le Vole, 
ou ilsont proche iettoit tant de cendre, qu . 
beaucoup de lieux en circuit il pleut tant I 
cendre quelle obfcurciffoit la lueur du >ourJ 
en tomba telle abondance en Quitto qu'il n 
ftoitpofsible de cheminer par les rues. Lo. 
veu d'autres Volcans qui ne Jettent ny flami 
ny fumée, ny cendre mefme, maisl on lesvc 
brusler au fondsd'vne viue flamme fans s amc 
ur.de tcUe f*c,on eftoit ecluy qu'en noftre «m 




des Indes. Liure III. T23 

vn Preftre cupide & auariçieux fe perfuada que 
ce qu'il voyoit bruslant,eftoient maffes d'or, iu- 
géant en foy-mefme,que ce ne pouuoit eftre au- 
tre métal ny matière, chofe qui depuis tant d an- 
nées ardoit fans fe confommer, & eftant en cefte 
perfuafion , il fit de certaines chaudières & chaî- 
nes , auec ne fçay quel infiniment pour cueillir 
& retirer l'or de ce puits ou Volcan • mais le feu 
fe moqua de luy , pource que la chaîne de fer 8c. 
la chaudière n'approchoient pas pluftoft du feu, 
qu'aufsitoft elles ne fe défirent &fufTent cou- 
pées comme fi c'euft eftë des eftoupes.Ce neant- 
moinsonme diftquece perfonnage s'obftinoit 
toufiours , & alloit recherchant d'autresinuen- 
tiôspour tirer Sç puifcr ceft or qu'il s'imaginoit. 




JjhtelU eft la cm/è çeurquoy le feu & la fumée 
durentjilong temps en ces^olcans. 
Chapitre XXV. 
L n eft jabefoin défaire mention des; 
autres Volcans, puifque par ks defïuf- 
di&slon peut entendre ce qui en eft, 
toutesfois c'eft chofe digne de recher- 
cher quelle eft la caufe qui fait durer le feu & la 
fumée en ces Volcans: pource qu'il fembleque 
ce foit chofe prodigieufe, voire qui excède le 
cours naturel deietter de leur eftomac tant de 
flammes comme ils en vomaTent. D'où procède 
cefte matière qui la leur donne, ou comme eft- 
clle engendrée là dedans ? Quelques- vns ont eu 
opinion que ces Volcans vont confommant la. 
çutierç intérieure qu'ils ont de leur nature, & 




mêmbià 



ififtoin 
croyent pour cefte cai 
prendront fin quâd ils -* 
par manière de dire, q 
cefte opinion , l'onvo 
montagnes ou rochers. 
bruslee, qui eft fort leg 
excellente à*faire edifi< 
celle que l'on apporte < 
Et en effeâ: il y a des a] 
ces montagnes ou roc 
feu naturel,qui s'eft eft 
fommee. Et par ainfi c 
bruslees & pénétrées di 
Quant eft de moy , i( 
qu'il n'y ait eu airtrefî 
lieux, au temps parte 
Mais ce m'eft chofe d 
Toit ainfi de toits les Vo 
qu'ils mettent h ors , ef 
ne pourrait plus,eftant 
comprinfe dans cefte o 
■fort.O litre cela il y a d< 
ries, voire milliers danr 
mefme façon , iettans 
mee,du feu,& de la cei 
naturel(felo que réfère 
recherchant ce fecret 
foit cefte affaire, & s'af 
l'exhalation du feu de 1 
rut & penfant en veni 
vint a bout de fa vie. Pc 
jation, ie penfc, & eft i 
i! y a des lieux en la ter 




desjndes. Liure III. 12 4 

Ter à foy la matière vaporeufe , &r Je la conuer- 
tir en eau , qui font; les fontaines lefqu elles tou- 
jours découlent, & toujours ont dequoy dé- 
couler , entant qu elles attirent a foy la matière 
del'eauraufside mefme il y a des lieux qui ont la 
propriété d'attirer à eux les exhalations chau- 
des^ de les conuertir en feu & en fumee,& par 
leur force & violence iettent mefme d'autres 
matières efpaiftes qui fe refoluent en cendre , en 
pierre de ponce, ou autre matière femblable , 8c 
qui eft vn argument fdfnfant,qu'és Volcans cela 
foit ainfi , c'eft qu'ils iettent en certain temps de 
la fumee,non pastoufiours, & en certain temps 
du feu,& non toufiours , qui eft félon quils ont 
peu attirer à foy & digérer, comme les fontaines 
en temps d'hyuer abondent , & en eftè dimi- 
nuent, voire quelques- vnes fechent du tout, fe - 
i "on la force & vigueur quelles ont, & félon la 
matière qui fe prefente ; ainfi eft-il de ce que ces 
Volcans en diuers temps iettent du feu, plus ou 
moins. Les autres difent que c'eft le feu d'enfer, 
& qu'ilfort par la pourferuir d'aduertnTement, 
à fin de conhderer par là ce qui eft en l'autre vie : 
mais fi f enfer, comme tiennent lesT heologiens, 
eft au centre de la terre,laquelle tient de diamè- 
tre plus de deux mille lieues,! on ne peut pas iu- 
ger que ce feu foit du centre , d'autant plus que 
le feu d'enfer , félon que S. Bafîle & autres en- Baf. m tf<& 
feignent, eft fort différent de ceftuy que nous z8 - & in 
voyons , pource qu'il eft fans lumière , & ard Se exam ' 
bru$le 5 fans comparaifon plus que le noftre. Ain- 
fi ie conclus que ce que i'ay dict me femble plus 
raifonnabk, 

Q^iiij 





Hiftoire naturelle 



Des tremblemens de terre* 
Chapitre XXVÏ. 

Velques-vns ont penfé,que de ce$ 
Volcas qui font es Indes,procedent 
es tremblemens de terre, allez fre- 
quens par delà: mais parce qu'ils 
viennent ordinairemét es lieux qui 
font esloignez de ces Volcans , ce n'en peut pas 
eftre la caufe totale. Il eftJbié vray qu'ils ont cer- 
taine forme & fympathie les vns auec les autres; 
pource que les exhalations chaudes qui s'engen-r 
drent es intimes concauitez de la terre , femblent 
eftre principale matière du feu de ces Volcans, 
par lefquels mefme s-allume vne autre matière? 
plusgrolfe, de rend ces apparences de flamme & 
Fumée qui fortent . Et ces mefmes exhalations ne 
trouuarïsau dedans de la terre aucune fortieai- 
feejmeuuent la terre pour fortir auec vne gran- 
de viq\ence, d'où vient le bruit horrible qu'on 
entend au defîbubs de la terre,& mefme le mou- 
uement de la terre,eftant agitée de cefte bruslan* 
te exhalation.Tout ainfi comme la poudre à ca- 
non es mines & artifices , eftant touchée du feu, 
rompt les roches & les murailles: & comme la 
çhaftaigne mife au feu, faute & fe rompt en fai- 
fant bruit, lors au'elle iette dehors l'air quieft 
enferme dedans ion efeorce , parla vigueur du 
feu: Aufsile plus ordinairemét ces tremblemens 
de terre ont accoufturne d'aduenir aux endrojtg 




des Indes. Liure. III. ijj 

jBaritimes 5 <juifont voifinsde l'eau. Commelon 
voit en l'Europe,& aux Indes, que les bourgs & 
villes plus esloignees de la mer & des eaux , Ten- 
tent moins ce trauail, &au contraire ceux qui 
font es ports de mer, esriuieres,éscoftes, &ës 
lieux qui en font voifins , endurent plus cefte 
calamité. Ileft aduenuauPeru vneehofemer- 
ueilleufe,& digne de noter , fçauoir qu'il y a eu 
des tremblemens de terre qui ont couru de- 
puis Chillé, iufques à Quitto, quifont plusde 
cinq cens lieues, ie dy des plus grandes dont 
on ayt ouy parler , car les autres moindres y 
font aflez ordinaires. En lacofte de Chille ( ilne 
mefouuient quelle année) fut vn tremblement 
jde terre fi terrible, qu'il renuerfa les monta- 
gnes entières , & par ce moyen empefcha le 
courant des fleuues, qu'il conuertit en lacs , il 
abbatit des villes, & tua grand nombre d'hom- 
mes, faifantfortirlamerdefonlieu, quelques 
lieues bien auant, de façon qu'elle laiualesna- 
uiresà Çec y bien loing de la rade ordinaire, Se 
plufieurs autres chofes triftes & cfpouuenta- 
blés. Et fi bien m en fouuient , ils difent que le 
trouble & efmotion que fit ce tremblement, 
courut trois cens lieues le long de la cofte. A 
ipeu de temps delà , qui fut l'an de quatre vingts 
deux,vint le tremblement d'Arequipa, qui ah- 
bâtit & ruina prefque toute cefte ville la. Du 
jdepuis en Tan quatre vingts fix , le neufiefme de 
Juillet , aduintvn autre tremblement en la Cite 
desRoys, lequel^felon qu efcriuit le Viceroy, 
auoit couru le long delà cofte cent foixantete 
Aix lieues, & de trauers dedags la Sierre cin- 




*«fc/3v £H» 



Hiftoire naturelle 
quânte lieues. La mifericorde du Seigneur fut 
grande en ce tremblement , de preuenir le peu- 
ple par vn grand bruit , qu'ils ouyrent quelques 
peu deuant le tremblement , & comme aduertis 
par les expériences paffees, incontinent fe mi- 
rent en fauueté,fortant es ruës,places & iardins, 
finalement es lieux defcouuerts, par ainfi en- 
cor quelle ruina beaucoup ladite ville, &que 
les principaux édifices d'icelle tombèrent , ou 
furent a demy ruinez , neantmoîns on dit qu'il 
n'y demeura que quinze ou vingt perfonnesfeu- 
lement de tout le peuple. Il fit en la mer le mef- 
me trouble & mouuement qu'auoit fai<5t ceîuy 
de Cfrujé , qui fut incontinent apresle trem- 
blement de terre, fi que l'onveidla merfortir. 
furieufe & bondiflante de fes riuages , & entrer 
au dedans de la terre prefque deux lieues auant: 
car elle monta plus de quatorze brades , & cou^ 
urit toute ccfte plage , tant que les digues & 
pièces de bois qui eftoient là , nageoient en 
l'ea-. En après l'an enfuiuant , il y eut encor 
vn autre tremblement de terre au Royaume & 
Cité de Quitto , & femble que tous ces notables 
tremblemens de terre en cefte cofte , ayent fuc- 
cédé les vns aux autres par ordre , & de faiet elle 
cft fubiette a ces inconueniens. C'eft pourquoy 
encor qu'en la cofte duPeruils nefoicnt tour- 
mentez du Ciel,des tonnerres & foudres, ils ne 
laufent pas toutesfois d'auoir de la crainte du 
cofte delà terre, & ainfi chacuna deuant foyi 
Veûed'ceilles hérauts de ladiuinelufticé, afin 
de craindre Dieu. Car , comme dit l'Efcriture, 
ïmthœcvttimemr. Retournant donc à noftre 





des Indes. Lime 1 1 L iz 6 

propos, iedyque les lieux maritimes font plus 
fubiets a ces tremblemens' , dont la eaufe eft, 
comme il me femble,que l'eau bouche & eftou-» 
pelés conduits & ouuertures de la terre , par 
où fe deuroyent exhaler & fortir les exhala- 
tions chaudes, qui s'engendrent en icelle. Et 
mefme que l'humidité efpaifsiifant lafuperficie 
de la terre , fait que les fumées & exhalations 
jehaudes fe referrent & fe rencontrent plus vio- 
lemment là dedans , qui par après viennent a 
rompre en s'enrlammant. Quelques-* ns ont ob- 
|ferué que tels tremblemens de terre ontaecou-^ 
ftumé de s'efmouuoir , lors qu'il vient vn temps 
pluuieux, après quelques feches années. Doii 
j/ientquelon dit que les tremolemens de ter^* 
|j:e font plus rares es lieux où il y a grand nombre 
jfe quantité de puits, ce qui eft approuué par 
'expérience. Ceux de la Cite de Mexicque ont 
ippinion que le lac,fur lequel elle eft fituee,cau- 
je les tremblemens de terre qui y furuiennent, 
;ncor qu'ils n'y foient pas beaucoup violens, $S 
; eft chofe certaine,que les villes &Prouinces fî- 
pees auant dedans les terres, & qui font plus ef- 
oigneesMela mer, reçojuent quelquesfois de 
jran ds dommages de ces tremblemens , comme 
aCitédeChachapoyasaux Indes, &en Italie 
relie de Fçrrare, encor que fur ce fubied il fem- 
île que ceWe-cy,pour eftre voifine d'vne riuiere, 
fen'eftre pasaulsi fort esloignee de la mer A- 
iriatique , doiue pluftoft eftre mife au nom- 
mes des villes maritimes. En l'an mil cinq cens 
juatre vingts & vn,en Chuguiano, Cite du Pe- 
fu , autrement appellee la Paix , arriua vn 





Hifloire naturelle 
cas fort eftrange fur ce propos , c'efl: quVii 1 
bourg, appelle Angoango, auquel habitdient 
plufieurs Indiens,enchanteurs & idolatres,tonv' 
ba inopinément en ruine, de forte qu'vne gran- 
de partie de ce bourg fut enleuee & emportée,! 
dont plufieurs de ces Indiens furent eftoufez, &|, 
ce qui femble incroyable (neantmoinsattefteparl 
perfonnages dignes de foy ) la terre qui fe ruina 
& qui s'abbatit ainfî , courut & coula fur le pays 
l'efpace d vne lieuë-& demie , commefic'euft 
efte de l'eau ou de la cire fonduè'jde façon qu'el- 
le toucha & remplit vn lac , & demeura ainfil 
cftendué parmy toute celle contrée. 



Comme la terre &la mers'embrajfint 
t'vne t autre. 
Chapitre XXVII. 

'Acheueray par cet élément de 
la terre , le ioignant auec le pré- 
cèdent de l'eau, l'ordre &em- 
braflement defquels eft de foy 
certainement admirable. Ces 
deux elemens ont vne mefme 
fphere départie entr'eux , & fe vont embraffans 
& accollans en mille façôs & manieres.Par quel- 1 
ques endroits l'eau combat furieufement la ter-! 
re, comme fon ennemie ,& en autres,elle la vient} 
enceindre dvne façon fort douce & amiable. Il 
y a des lieux où la mer vient entrer dedans la ter-' 
re bien auant , comme venant la vifiter,& d'au- 1 
très efquels la terre fe recompenfe , iettant en H 





deslnâes. Liure. ÏII. izj 

mer Tes caps, pointes , & langues auancees , qui 
ivont pénétrant iufques aux entrailles. Enquel- 
quesendroits vn élément sacheue, & l'autre fe 
■commence , fe donnant place peu a peu l'vn à 
l'autre. Aux autres, chacuns d'eux ( lors qu 'ils fe 
jiûignent) ontvne tref-grande profondeur, & 
lesleuation, comme il fe trou u e des Isles en la mer 
du Sud,& mefme en la mer du Nort , defquelles 
lesnauires s approchent tout contre. Et qùoy 
qu'ils y iettent la fonde en foixante& dix,& qua- 
tre-vingts braffees , fiefl-ce qu'ils n'y trouuent 
point de fonds ; qui faiâ: iuger que ce font com- 
me des pics ou pointes de terre , qu i montent du 
profond , & s'esleuent en haut , chofe digne de 
grande admiration. A ce propos me dit vn Pilote 
fort expérimente , que les Isles > qui'ls appellent 
des loups, & d'autres qui font furie commence- 
ment delà cofte delà neuue Efpagne , qu'ils 
appellent des* Cocos, eftoient de cefte mef- 
me façon. Dauantage,il fe trouue vn endroit au 
milieu du grand Océan, hors de la veuë de terre, 
&esloigné d'icellede plufieurs lieues , auquel 
Ton voit comme deux tours , oupics , d'vne ro- 
che fort hault esleuez , qui fortent du milieu de 
la mer,& neantmoins ioignât icelles 1 on ne peut 
trouuerny fonds, ny terre. L'on ne peut encor 
certainement comprédre,ny recognoiftre quel- 
le eft la forme entière & parfaite de la terre des 
Indes, pourn'auoir efte lesextremitez d'icelle 
du tout defcouuertes iufqu'à ^relent. Néant- 
moinsnous pouuôs dire comme âlrauers,qu'ei- 
jlc peut eftre comme vn cœur , auec les poul- 
[Çions.Le plus large de cç cœur % cft du Brefii au 



Y 




ffiftoire nat. des Indes. Liure. III. 

1?eru , la pointe au deftroit de Magellan , & 
le hautfcdil s'acheue eft la terre ferme , & de la 
commence le continent a s'eslargir peu à peu iuf. 
ques a arriuer à la hauteur de la Floride & terres 
fuperieures, qui ne font encorbien cogheiies. 
L'on pourra entendre d'autres particularitez de 
cefte terre desirdes, par les commentaires que 
lesEfpagnols ontefcrit de leurs fuccés &def- 
couuertes , & en autre, de la pérégrination que 
iay efcrite, qui a la vérité eft eftrange, & en 
peut donner beaucoup de cognoinance,& eft ce 
qui m'a femblé fufrire àprefent pour donni 
quelque intelligence des chofes des Indes, quant 
aux communs elemens , defquels toutes les par-» 
ties du monde font formées & compofees^ 





LIVRE Q^VATRIESME 

DE ^HISTOIRE NATV : 

RELLE ET MORALE DES 

Indes. 
CHAPITRE I. 

Des trois genres de mixtes, ou compo/èz,dontie 
dois trait ter en cefie hifoire. 




Y an Ttraittéauliure précèdent 
de ce qui touche les elemens, Ôc 
les (impies des Indes, nous parle- 
rons en ce prefent liure , des mix- 
tes & des compofez , entant qu'il 
bous femblera conuenable au fubjecl:,dont nous 
Voulons traitter.Et combie qu'il y ait beaucoup 
d'autres genres diuers,nous réduirons toutesfois 
cefte matière en trois , qui feront les metaux,les 
plantes & lesanimaux.Orles métaux font corne 
ces plates couuertes & cachées dedâs les entrail- 
les de la terre , qui ont quelque refTemblance 
cntr eux , en la forme Se manière de leur 
production : d'autant que l'on voit, & reco- 
gnoift mefme entre eux des rameaux & com- 
me vn tronc , duquel ils naiflent & procè- 
dent, <jui font les greffes veines & les moindres, 




Hifioire naturelle 
tellement qu iisoht entrée eux vne liaifon, telle ! 
qu'il femble proprement , que ces minéraux ; 
croiiTentàla facondes plantés. Non pas qu'ils j 
ayentvneVraye vie vegetatiue intérieure, car j 
c'eftehofequieft feulement propre auxvrayes j 
plantes, maisilsfe produifent aux entrailles de | 
la terre, par la vertu,& la force dii Soleil , & des j 
autres planètes , & dans vne longue efpace de 
temps fe vont augmentant , &prefque multi- 
pliant, à la façon dés plantes. Et tout ainfi com* 
me les métaux, font des plantes cachées enter- 
re,ainfi pouuons nous dire que les mefmes plan- | 
tes font des animaux fixes &arreftez en vnlieu^ 
îavie defquélles s'entretient par l'aliment que 
nature leur va fourniilant , dés leur propre naif- 
fance. Mais les animaux furpailent les plantes, 
en ce qu'ils ont vn eftre plus parfait , & deli 
aufsi ont-ils befoin d'vn aliment & norriturë 
plus parfaite. Pour lequel chercher nature leur 
adonné vn mouuement & vn fentiment , afin 
de le defcouurir& cognoiftre. De forte que la 
terre rude & fterille , & comme la matière , ôc 
aliment des métaux , & celle qui eft fertile 
& mieux affaifonnee , la nourriture des plantes; 
Les mefmes plantes feruent d'aliment aux ani- 
maux, & les plantes & animaux tousenfemblc 
font l'aliment des hommes , feruant toufiours 
la nature inférieure à l'entretien & fuftentatiort 
delà fuperieure, & la moins parfai&efe fub- 
mettant à la plus parfai&e. D'où l'on peut voir 
combien il s'en faut,que l'or , l'argent,& les au- 
tres chofes que les hommes eftiment tant par 
kurauarice* foient lafin&k but de l'homme 

auquel 



defjndes. Liure I V, ït 9 . 

l auquel il doiue rendre , puis qu'ils font tant de 
idegrez plus bas en qualité que Thomme,iequei 
! aefté créé Se crdoné , pour eftre fu j e£l de feruir 
feulement au Créateur vniuerfel de routes cho- 
i fes, côme àïa-propre fin , & fon parfai ci repos: 
ôc auquerhonime,toutes les autres chofes de.ee 
mode n'ont eflé propofees, ou delaiiïees, ïïiicm 
pour s'ènféruir à gagner celle dernière fin. Qui 
voudra côiîderer les chofes créées ce en difeou-, 
rir félon celle Philofophié; pourra certes tiret 
quelque fruit de leur cognoiilànce 6c considéra- 
tion fe feruant d'icelles^ poùir côgnoidre SfigSb- 
rifîerieur Aucheur. Mais qui fe voudra aduâcec 
plus outre à la cognoifTance de leurs proprietèz 
& vtilitez, & voudra fe rendre curieux de les re* 
chercher, eeluy-là trouUerafiuailementen ces 
treatures , ce que le Sage dit, grfj <fint aux :fMs s a p 24 
des fils cr tgnèuns y fçauoir deslacs , -Ôc des pièges 
ù ils fe' précipitent, & fe perdent iounieilemSt. 
À cette intention donc, &"arîn que le Greaceur 
foitglorifié'en'fes créatures, iepretens dire en 
ce hure quelques-vnes des chofes dont il y a 
beaucoup es Indes , dignes d-liirToiro, ôc d efîre 
racontées, touchant les métaux « plantes Scani*. 
maux , qui font propres , Se particuliers en çèg 
parties. Mais d'autant que ce fer oit vne ceuure 
tref-grande, que de traicrer cecy exadement^ 
\6c qui requerrôit plus grand fçauoir & cognoif- 
jfance, voire beaucoup plus de loinr^ que îe n 5 ay 
pas, ie dis, que feulement mon intention ed de 
traicrer fuccintement quelques chofes quei'ay 
comprinfes,& remarquées tant par expérience, 
«juepar le rapport de gens dignes de^oy* tou^ 



r 





Hiftvire naturelle 

chant ces trois chofesquei'aypropofees, îaif- 
fant aux autres plus curieux & diligens, de pou« 
uoir trai&er plus amplement de ces m atieres. : 



De l'abondance & grande quantité des metauÀ 
qui font es Indes Occident aile s. 

Chapitre II. 

A fageiïe de Dieua créé les métaux 
pour médecine & pour deffence,poui| 
ornement , & pour inftrument des 
opérations de l'homme. Defquellesj 
quatres chofes Ton peut facilement donnez 
exemple, mais la principale fin des métaux, & 
la dernière d'icelles, eft pour-ce quelavierm. 
mainenapasbefoin feulement de fe fuftanterj 
comme celle des animaux, mais auffi de trauail-j 
1er, & ouurer félon la raifon, & capacité qiKj 
luyadonnéle Créateur: &ainficômc l'enten- 
dement humain s'applique à diuers arts & i 
cultez, ainfi le mefme autheur adonne ordrd 
qu'ilyeuft matière & fubje&àdiuers artifices 
pour la conferuation, reparation,feureté, ornej 
ment,&: exaltation de fes œuures. DoncquesH 
diueriité des métaux que le Créateur a enfer4 
iczés armaires,& concauitez de la terre 5 cft tcl-j 
le & Il grande, que la vie humaine tire profit & 
commodité de chacun d'iceux. Des vns elle fcj 
fert en la guarifon des maladies,des autres pouij 
kg armeures, êc pour deffenfes contre ka ennç^j 




des Indes. Liure IV. r?o 

| mis; iesvns font pour l'ornement 8c parure de 
| nos perfonnes , 8c de nos maifons , 8c les autres 
font propres à faire des vaifTeaux , 8c ferremens, 
auecles diuerfes façons d'inftrumens quel'in- 
! duftrie humaine a inuenté 8c mis en vfage. Mais - 
fur tous les vfages des métaux , qui font fimples 
8c naturels,la communication des hommes en a 
trouué vn,qui eft Tvfage de la mônoye, laquelle ^frifif. 
corne dit le Philofophe , eft la mefure de toutes Ethk.c.^ 
chofes. Et côbien que de foy 8c naturellement, 
elle ne foit qu vne feuîe chofe, neantmoinsen 
valeur 8c eftimation, l'on peut dire quelle eft 
toute s-chofes. La mônoye nous eft corne vian- 
de, veftement,maifon,cheuauchure, 8c général- 
ement tout ce que les homes ont debefoin . Par 
ce moyen tout obeift à la monnoye , 8c comme 
ait le Sage-, pour faire vne inuention, qu'vne E«lvo>] 
mofefuft toutes, les homes guidez ou poufles 
i'vn inftind naturel, eileurent la chofe plus du- 
rable^ plus maniable, qui eft le metail , 8c en- 
tre ces métaux voulurent que ceux-là euiTent la 
preéminenceen cefte inuention de monoye,qui 
ie leur naturel eftoiét plus durables, & incorru- 
ptibles, à fçauoir l'argent 8c l'or. Lefquels non 
feulement ont efte en eftime, entre les He- 
brieux, A(Tyriens,Grecs, Romains, & autres na- 
dons de l'Europe & d'Afie, mais auffi entre les 
olus efloignees 8c barbares nations de Tvniuers, 
:omme font les Indiens tant Orientaux, corn- 
rie Occidentaux, où l'or & l'argent eft tenu en 
tufti grand pris 8c eftime, l'employanseniou- 
irage de leurs Temples & Palais, 8c aux vefte- 
aens,&açcpuftremens des Roys, &des grands 

R ij " 



: 



t/iftoire naturelle 

Seigneurs.Mais er.cor que L'on ayt trouué quek 

ques barbares, qui ne cognoitfbient, ny i or, nyj 

l'argen^comme Ton raconte de ceux deFloridei 

qui prenoient les poches, & les facs, où eftoiij 

largenr, lequel ils iettoient cV delaiflbient ef-| 

pars parmy la terre, comme chofe inutile. Et 

Pline mefme recite des Babitacques, qui abhorj 

roient l'or ,&: pour cela , renfeueliffoient , afiri 

que perfonne ne s'en peuft feruir. Toutesfoii 

il fe trouue auiourd'huyforrpeude ces Floril 

diens& Habitacques,& grand nombre au coni 

•traire, de ceux qui eftiment, recherchent, &| 

•font eftat de For Ôc de l'argent , fans qu'ils ayen 

befoing de l'apprendre de ceux qui y vontdj 

l'Europe. Il eft vray que leur auarice n'eft poinj 

paruenué au but de celles des noftres, & nonj 

pas tant idolâtre' lor & l'argent, quoy qu'il) 

fuffent idolâtres , comme quelques mauuai 

Chreftiens , qui ont commis plufieurs grand 

excès pour l'or & l'argent. Ncantmoins c'eH 

vue chofe fort digne de confédération, queîj 

fageffedu Seigneur éternel ayt ainfi voulu enrj 

chir les terres du monde plus elloignees , & qti 

font peuplées d'hommes moins ciuils, & polj 

tiques, qu'en ces lieux-là il ayt mis le plusgranl 

nombre de mines , & en plus grande abondari 

ce que iamais ay t efté, afin d'inuiter les hommd 

par tel moyen à rechercher ces terres ôc les po| 
feder, afin auffi, fur cefte occafîon , de commû 
niquer la religion, ôc culture du vray Dieuj 
Ceux qui ne le cognoifîoient point, s'accorrj 
*&' H. pHffant en cela la Prophétie d'Ifaye, difant, qui 
FEglife deuoit dlendtc fes bornes, n on feuh, 



des Indes. Lime IV. 131 

Ircentàladextre, mais aufïî à la feneftre, qui 
L'entend, comme dià faincl Auguftin , que TE- isfiiguJU.f, 
(jangilc fe doit eflargir ôc eftendre, non feule- âeConC9Td - 
ixitnt par ceux qui fincerernent & auec vne mn & c î x% 
l/raye-& parfaicte chanté le prefchent & an- 
jioncent , mais aaffi par ceux qui l'annoncent, 
:endans à fins Ôc intentions temporelles. D'où 
ious voyoas les terres des Indes, pour eftre 
plus abondantes de mines & de richefTes , eftre 
ienoftre temps les mieux cultiuees en la Reli- 
gion Chreftienne, s'aydant le Seigneur pour 
Tes fins & intentions (ouueraines de nos defirs 
k inclinations. Là defîus difoït vn homme 
Page, quecequefaictvnperc à farfille pour la 
sien marier, eft de luy donner beaucoup de '■ 
lot ôc de moyens en mariage , ce que Dieu a 
iaict à cefte terre tant afpre&laborieufe, luy 
lonnant de grandes richeiTes en fes mines, afin 
|ue par ce moyen elle trouuafl mieux qui la 
finit rechercher. Il y a donc aux Indes Occi- 
dentales grand nombre Ôc abondance de mines, 
le toutes fortes de métaux, commeidecuiure, 
le fer , de plomb , d'eftain , de vif argent , d'ar- 
gent, 8c d 3 or : & entre toutes les régions Ôc par- 
ties des Indes, les Royaumes da Peru, font ceux 
qui abondent le plus en ces métaux , fpecialle- 
tnent en argent, or, & vif argent, ou mercure, 
Scsy en trouue grand nombre, pource que 
tous les iours l'on defcouuredenouuellesrai- 
Et eft chofe fans doute, que félon laqua 



es. 



ité de la terre, celles qui (ont àdefcouurir, 
l'ont en plus grand nombre, fans comparaifo», 
que celles que l'on void àprefent defcouuertesi 

R iij 





JUHtlk 



Efiftbire naturelle 

voire femble que toute la terre eft femee de ces 
métaux plus qu'aucune autre terre qui nous 
foit à prefent cogneuë au monde , ou de la- 
quelle les autheurs anciens ay ent faict mention 
par le paire. 



de Genef. 
tnund. 



De la qualité & nature de la terre, oufetrouÀ 

uent les métaux, dr que tau* ce s métaux. 

nefe mettent en œuure es Indes , & 

comme les Indiens fe fer uoient 

dïiceux. 

Chapitre III. 

A raifon pourquoy il y a tant dej 
„ ' richclTes de métaux es Indes 3 fpc-l 
^ cialement aux Occidentales du Pe-j 
ru, eftcommci'aydi<5fc,lavolon-! 
^té du Créateur, quiadeparty fesl 
dons comme il luy a pieu. Mais venant à la rai-j 
fon naturelle & Philofophique, c'eft chofe bien» 
vraye ce qu'en a eferit Philon homme fage, di-l 
faut , que l'or, l'argent de métaux naiiïent natu-l 
rellement aux terres plus fteriles & infructueu-l 
fes. De vray nous voyons qu aux terres de bon-j 
ne température, & qui font fertiles d'herbes &j 
defriù&s, rarement ou iamais on n'y trouuej 
des mines , pource que la nature fe contente dej 
Eufeb.Ub.%. l eu t donner vigueur, pour produire les fruits!! 
%*ITL< P lus neceflaires à la conferuation & entretien? 
de la vie des animaux & des hommes. Au eon-*. 
traire, aux terres qui font fort af|>res,feiches, 8à 




desjndes. Uure IV*. 132. 

fteriles , comme en des montagnes trekhautesy 
& en des roches qui font afpres, ôc d'vne tem- 
pérature fort rude, l'on y trouue les mines d'ar- 
gent , de vif- argent , &? de l'or , ôc toutes ces ri- 
cheffes (qui font venues en Efpagne,depuis que 
les Indes Occidentales ont efté defcouuertes) 
ont efté tirées de lieux comme cela, qui font af- 
pres, pénibles, defcouuerts ôc fteriles. Toutes- 
fois le gouft de cefte monnoye rend ces lieux 
doux ôc agréables voire habitez de grand nom- 
bre de peuple. Or combien qu'il y ay t aux Indes 
(comme i'aydid) plusieurs veines & mines de 
toutes fortes de métaux, toutesfoisilsn'enli- 
rent , ny fe feruent point d'antres , que des mi- 
nes d'or ôc d'argent , ôc mefme de vif-argent, 
d'autant qu'il eft neceflaire , pour tirer & affiner 
l'or ôc l'argent. Ils y portent le fer d'Efpagne, 
&de la Chine. Quant au cuiure, les Indiens 
en ont tiré Ôc mis en œuure quelquesfois pour 
ce que leurs ferremens ôc armes n eftoient 
point ordinairement de fer , mais de cuiure. 
Depuis que les Efpagnols tiennent les Indes 
l'on en a tire fort peu, Ôc ne prennent point la 
peine d'en rechercher les mines, encorquily 
en ayt pluiîeurs,pour-ce qu'ils s'arreftentàla 
recherche des métaux plus riches ôc précieux 
& y employent leur temps ôc leur trauail. ils fe 
feruent des autres métaux de cuiure ôc fer » tant 
feulement de ce qu'on leur en enuoye d'Efpa- 
gne , ou bien de ce qui refte de raffinement de 
For & l'argent. L'on ne tiouue point que les 
Indiens vfafTent cy- deuant d'or,ny d'argent, ny 
à autre metail.paur monnoye, ôc pour prix des 
- * R iiii 




fUnM 
chah, 5, 



Hiftoire naturelle 
chcfèsy mais feulement s'en feruoient pour or- 
nement,commeii a efté dit, & ainfi il y en auoit I 
gHandefomme Se quantité aux Temples,Palais, : 
£c feouitures , àuec mil genres de vafesd'orôc 1 
d'argent qu'ils auoient. Ils ne fe feruoiét point i 
d'or iiy d'argent pour trafîcquer & acheter, 
mais changeoient&troquoient des chofes aux | 
autres , comme Homère & Pline racontent des i 
anciens. Ils auoient quelques autres chofes de | 
plus grande eftime, qui couroit entr'eux pour ! 
prix; au lieu de monnoye, ôc iufqucs auiour- 
d'huy dure cette couftume entre les Indiens, t 
comme aux Prouincesde Mexicque, ils vfent | 
au lieu de monnoye du Cacao (qui eftvn petit; | 
fun£t) & auec iceïuy acheptent ce qu'ils veu- | 
lent. Au Peru ils fe feruent du Coca, pour cefte. | 
mcCmefin, quieft vne feuille que les Indiens j 
eftimént beaucoup, comme auParaguey ils ont» 
des- coings de fer pour monnoye, & du coftonj 
nfïu en-fainde Croix de la Sierre. Finalement la | 
manière de trafkquer des Indiés , & leur ache- j 
te* ôc vendre , eftoit efohanger ôc bailler chofes | 
pourchofes : ôc bieaqu il y euft de grands mar-J 
chez , &c des foires fort célèbres, fi efVce qu'ils i 
n'ont eu befoing, ny.neceffité 4e monnoye , ny.j 
mefmcdecourratiers,- poureeque tous eftoiétj 
fort bien apprins , à fçauoir côbien il eftoit be^ | 
fongdedonerdVnefortedemarchandife pour i 
vné, tant dVne autre. Depuis que les Efpagnols : 
y font entrez -, les Indiens fe fontmefmes feruis 
de l'or & de l'argent pour acheter, & au com- 
mencement n'y auoit aucune monnoye 5 mais 
l'argent au poids eftoit leur prix & leur mon- 1 




desjndes. Liure IV. 133 

iiioye , comme Ton raconte des. anciens &o- 
i mains. Du depuis pour la plus grande commo- ,^ 4 
dite, Ton forgea de la monnoye en Mexique, & 
jau Peru : toutefois iufqu' à prefent , en ces Indes 
: Occidentales Ton n'a battu aucune monnoye 
de cuiure, ou autre métal , mais feulement d'ar- 
gent ôc d'or , pource que la richetfe d'iceîle ter- 
ire n'a admis, ny receu la monnoye qu'ils appel- 
llent debillon, ny autres genres d'alloy dont ils 
! vfent en Italie, & aux autres Prouinces de l'Eu- 
rope; bien qu'il foit vray qu'en quelques Ifles 
Ides Indes, comme fainct Dominique, ôc Port- 
riche , ils vfent de monnoye de cuiure , qui font 
des quarts , lefquels ont cours feulement en ces 
Ifles, pource qu'il y a peu d'argent ôc d'or. le dis 
jpeu , encore qu'il y en ayt beaucoup , toutefois 
lil n'y a perfonne qui le tire, ou affine. Mais par- 
ce quelarieheuedes Indes, &l'vfage de trauaik 
1er aux mines, coniifte en or, argent, vif-argent* 
ie diray quelque chofe de ces trois métaux, laif- 
! jfant pour l'heure le refte. 




Hifloire naturelle 



De lor que l'on tire, & affine es Indes. 
Chapitre IV. 

fe-rv^g 'O r entre tous les métaux a eftc tou- 
/ H/P fiourseftimé pour le plus excellent ,âr 
^Jj^/ auecques bonne raifon, d'autant qu'il 
eft le plus durable , & incorruptible de 
tous : carie feu , qui confume , & diminue tous 
les autres , l'amende, & le rend en fa perfe- 
ction. L or qui a parte plufîeurs fois par le feu, 
demeure en fa couleur , très-fin, & tres-pur, le- 
Plm. îih. 35. quel proprement fappelle (félon que Pline rap- 
ta t' h porte) Obrifo,dequoy fait tant de mention TEf- 
criture, & l'vfage qui confomme tous les au- 
tres métaux (comme dit le mefme Pline) n'a- 
moindrit aucunement l'or, & n'y faid aucun- 
dommage, mefme il ne fe mange, nynef'ea- 
uieillit. Et encores que fa matière & ion corps 
foit (î ferme , ôc fi foiide qu'il eft, il fe laide 
neantmoins tellement doubler, & tirer, que 
c'eft chofe merueilleufe. Les batteurs d'or & 
tireurs fçauent bien la force qu'il a de fe laifler 
fîfortamenuifer, fans fe rompre iamais. Tou- 
tes lefquclles chofes bien confédérées, auec au- 
tres excellentes proprietez qu'il a, donneront 
à entendre aux hommes d'entendement , pour- 
î.quoy enl'Efcriture fain&e la charité f'accom- 
pare à l'or. Au refte, il eft peu de befoing de 
raconter fes excellences , pour le faire efti- 
mer &rechercher: car la plus grande excellence 
qu'il ayt, eft d'eftre ià cogneu , comme il 1 eft en- 
tre les hommes, pourlafuprémepuifTance,& 



ver 11. 

\catt 3. 
\Pfalm. 67. 

hren. 4. 
. Reg 6. 



des Indes. Liure IV. 134, 

I grandeur du monde. Venâtdoncànoftrefujer, 
il y a aux Indes grande abondance de ce métal, 
& fçait-on par les hiftoires certaines, que les In* 
j guas duPeru nefecontentoientpasd'auoirde 
: grads & petits vafes d'or, des cruches, des coup- 
; pes, des talTes, & des flacôs, voire des tinnes, ou 
! grands vaiiïeaux ; mais auflî en auoient-ilsdes 
j chaires,des brâcars, ou littieres rout d'or maffif, 
| & en leurs Temples auoient mis plufleurs fta-» 
| tues & images d'or maiïi^defquelles on en trou- 
j ue encore en Mexique quelqu'vnes, mais non 
! pas en relie quantiré, que quand les premiers 
Conquefteurs arriuerent en i'vn Ôc en l'autre 
Royaume , qui y trouuerent de grandes richef- 
fes, & en fut encor fans comparaifon caché dans 
terre beaucoup dauantage par les Indiens. Ce 
f croit chofe qui fembleroit fabuleufe de racon- 
ter qu'ils ayenr fait des fers à cheuaux d'argent, 
à faute de fer, 6c qu ils ayent payé trois cents éf- 
cus d'vne bouteille de vin, & autres chofes 
eftranges ; & toutefois en vérité elles' font ad- 
uenues , voire & des chofes encores plus gran- 
des. L'on tire For de ces parties en trois façons 
& manières , ou à tout le moins i'av veu vfer de 
ces trois: car il fe trouue de l'or en paille, ou 
pépin, de l'or en poudre, & de l'or en pierre.îls 
appellent l'or en pépin, de petits morceaux d'or 
qui fetrouuent ainfi entiers , & fansmefiange 
d'autre métal , lequel n'a befoing d'eftre fondu, 
ny affiné par le feu j & les appellent pepins>pour 
ce qu'ordinairement ce font de petits morceaux 
comme pépins, oufemence démêlions &: ci- 
f trouilles , & celuy dont parle lob , quand il dits 




Hifioire naturelle 

loS i». Leueiïïïm aurttm. Combien qu'il arriue quelque-, 
fois, qu'il y en a de plus grands, & de tels que 
j'en ay veu qui pefoient plufîeurs liures. Ceft 
l'excellence ôc la grandeur de ce métal feul (fe- 
MnM.$. Ion que Pline afferme) defetrouuer ainfipur, 
É*.J« & parfaicl: , choie qui n'aduient point à tous au- 

tres métaux , lefquels ont toufiours de l'efcumc 
ôc du terreftre , ôc ont de befoin qu'on les affine 
auec le feu. l'ay veu mefme de l'argent naturel, 
en façon mefme il y en a 

d'aurre que les Indiens appellét Papas, ôc quel- 
ques-fois il fen trouue des morceaux de tout 
pur &fîn, en façon de petites racines rondes: 
ce qui eft rare toutefois en ce métal, mais allez 
ordinaire en for. Il fe trouue peu de cet or en 
pépin, au refpe& des autres efpeces. Cet or en 
pierre eft vne veine d'or qui naift ôc f engendre 
dans la mefme pierre ou caillou,comme i'ay veu 
aux mines de Caruma au gouuernement de Sal- 
lines , des pierres fort grandes, toutes pénétrées , 
ôc trauerfees d'or. D'autres qui eftoient la moi- 
tié d'or , & l'autre moitié de pierre. L'or qui eft 
de cette façon fe trouue en des puks, ou des mi- 
nes, qui ont leurs veines comme d'argent , mais 
ils font très -difficiles à tirer. Agatarchides ef- 
crit au liure cinquiefme de la mer Erythrée , ou 
rouge (ainfi raconte Phocion en fa Bibliothè- 
que) la façon ôc manière d'affiner l'or tiré des 
pierres, de laquelle ont vfé anciennement les 
Roys d'Egypte, &eft vnechofe admirable de 
veoir comme ce qu'il en efcrit, reflcmble , & fe 
rapporte proprement à la façon dont l'on vfe 
encore maintenant à r'affiner ces métaux dor 



des Jnâes. Liure IV. 13 f 

ôc d'argent. La plus grande quantité d'or qu'on 
tire ôc recueille es Indes , eft de celuy qui eft en . 
-poudre , qui fe trouue es riuieres, ou es lieux ÔC 
torrens où beaucoup d'eaux ont paflc , d'autant 
que les fleuues des Indes font abondans en céte 
efpece d'or. Comme les anciens ont célébré 
pour cefteoccafion JeTage enEfpagne, le Pa- 
role en Afie, ôc le Gange en l'Inde Orientale, 
ôc appelloient , lamenta auri > ce que nous autres 
appelions l'or en poudre , ôc eftoit la plus gran- 
de quantité de l'or qui fe faifoit à prefent que 
ces raclures & poudres qui fetrouuoient es ri- 
uieres. A prefent aux îfles de Bralouente, Efpa- 
gnolle , Cube & Port-riche , y en a eu , & y en a 
encore en grande abondance es riuieres : mais 
on en rapporte fort peu enEfpagne, par faute 
de naturels du pays, ôc pour la difficulté qu'il y a 
de le tirer. Il y en a grande quantité au Royau- 
me de Ghilléi de Quitto ôc au nouueau Royau- 
me de Grenade. L'or le plus célèbre eft celuy de 
Caranaua au Peru, Se celuy de Vaîdinia en Chil- 
lé, d'autant qu'il vient auec l'aloy Se perfection, 
qui font vingt-trois quillats ôc demy, voire 
quelquefois plus. L'on fait eftat aufli de l'or dfc - 
Veragua, pour eftre très -fm. Ils apportent mef- 
me beaucoup d'or à Mexique des Philippines Ôc 
de la Chine, mais communément il eft foible ôc 
de bas aîoy. L'or fe trouue méfié ordinairement 
ou auec l'argent, ou auec lecuiure. Pline dit PlinM* j 
qu'il n'y a aucun or où il n'y ayt quelque peu **t- 4- 
d'argent, ou de cuiure: mais celuy qui eft méfié 
d'argent, eft communément de moins de quil- 
kts, qaccsluy qui eft mefle de caiure. S'ily a la 




i*+- > 



Hiftoire naturelle 

cihquiefme partie d'argent, Pline dit qu'il Pap- 
pclîe proprement, Elettrum, qui a la propriété de 
reluire plus à la lumière du feu, que l'argent fin, 
ny l'or fin. Celuy qui eft auec le cuiure , eft ordi- 
nairement du plus haut aloy. On raffine l'or en 
poudre en des lauoirs, en le lauant en beaucoup 
d'eau, iufquesàceque le fable tombe des pla- 
teaux , & l'or comme le plus pefant demeure au 
fonds. On l'affine mefme auec du vif argent, 8c 
auec de l'eau forte , pource que l'allun dont Ton , 
fait cefte eau , a la vertu de feparer l'or d'auec 
l'ordure, ou des autres métaux. Apres qu'il eft 
purifié & fondu, ils en font des briques , ou pe- 
tites barres pour l'apporter en Efpagne, pource 
qu'eftant en poudre on ne le pourroit tirer des 
Indes : car on ne le peut quinter , marquer , ny 

Tlln. U. 33. elTayer qu'après qu'il eft tondu. Le fufdit, hifto- 
tef 3« riographe raconte que l'Efpagne fur toutes au- 
tres Pr,ouinces du monde, eftoit abondante en 
des métaux d'or & d'argent, fpecialement Gal- 
lice & Portugal , & fur tout les Aftures , d'où il 
raconte qu'on rapportoit par chacun an à Ro- 
me vingt mille liures d'or , ôc qu'il ne l'en trou- 
uoit en aucun autre lieu vne telle abondance. 
Ce qui femblc eftre tefmoigné au Hure des Ma- 

LMd<kd.2. chabees, où il eft dit entre les grandes richef- 
fes des Romains,qu'ils eurent en leur puifîance 
les métaux d'or & d'argent qui font en Efpa- 
gne. Aujourd'huy ce grand threfor d'Efpagnc 
îuy vient des Indes -, enquoy la diuineproui- 
dence a voulu qu'aucuns Royaumes feruent 
aux autres, & leur communiquent leurs richef- 
k$> afin de participer de leur gouuernemcm, 



des Indes. Liure 1 V* 
pour te bien desvns & des autres; en fccom- 
j rnuniquanc réciproquement les biens & grâces 
\ dont ils iouyiFent. On ne peut bien apprécier, 
; nyeftimet le nombre & quantité d'or que l'on 
i apporte des Indes : mais Ton peut bien affermer 
I que c'eft beaucoup dauantageque ce que Pline 
; raconte qu'on apportoit chaque an d'Efpagne à 
Rome. En la flotte où ie vins, qui fut l'an ij8 7. 
la déclaration de la terre ferme fut de douze caf- 
I fons d'or,defquels chaque caiïbn pour le moins 
pefoit quatre arobes, qui font cent liurespe- 
| Tant, & mil cinquante- fix marcs de la neuuc £f- 
! pagne, quieftoit tant feulement pour le Roy, 
fans ce qui vint pour les marchands & particu- 
liers, eftant enregiiiré, ôc ce qui vint non enre- 
gistré , comme Ton en apporte beaucoup. Cela 
fuffit en ce qui touche Tôt des Indes : de l'ar- 
gent nous en dirons maintenant. 

De l'argent des Indes. 

Chapitre V. 

O v s lifons au liure de lob ces paro- 
les : V argent a certains commencemens cr ra~ loh xS 
ânes enjes veines , & l'or afin lieu arrêté ou 
il f engendre crfefpaifiit , le fer en f cm fiant ^ 
fe tire de U terre , çr la pierre fendu è par la chaleur , fi 
tourne en future. Par cela il déclare en peu de pa- 
roles fprtfagement, les propriété? decesme- 
raux 5 l'argentjor, le fer & le cuiure. Nous auôs 
dit quelque chofe deslieux où l'orP engendre, 
& k eongek t qui font des fufdites pierres m 





Hiftoire naturelle 

profond des montagnes& es entrailles de la ter- 
te, ou de l'arène des riuieres, & es lieux par où 
les' torrents ontpalTé, ou bien aux très -hautes 
montagnes; iefquelles poudres d'or defcendenc 
Se f'efcoulent auec l'eau, qui eft la plus commu- 
ne opinion que ion- tient es Indes. D où vient 
que pinfieurs du vulgaire croyent que le délu- 
ge ayant noyé toute la terre iufques aux plus 
hautes montagnes, a efté caufe qu'à prefent 
l'on trouue cet or es riuieres, & en des lieux fi 
efloignez. Nous dirons maintenant comme Ion J 
defcouure les mines d'argent, de leurs veines, 
racines &commencemens, dont parle lob. Et 
diray en premier lieu , que la caufe pour laquel- 
le l'on donne le fécond heu à l'argent entre les 
métaux, eftpource qu'il approche de l'or plus 
que nul autre d'iceux , en ce qu'il eft plus dura- 
ble, ôc fe fent moins endommagé.du feu, fe laïUl 
fant auui manier , ôc mettre en œuure plus faci-j 
lemenr que les autres , voire il furpaOe l'or en (a 
clarté Ôc fplendeur , ôc au fon qu'il a plus clair,* 
& plus agréable : car fa couleur eft plus confor- 
me, & reuëmblante la lumière, & fon fon eft 
plus pénétrant, plus vif & plus délicat. Aufïïyl 
a-il certains lieux efquelsils eftiment l'argét daj 
uantàge que non pas l'or. Toutefois ccft vn arj 
gument & %ne, pour iuger que l'or eft plus 
précieux de tous les métaux , en ce qu'il fe trouj 
ue plus raremét ôc que la nature fe monftre plud 
efcharfe à le produire, que nonpaslesautresj 
encore qu'il y ay t des terres ( Côme l'on dit de H 
Chine ) efquelles l'on trouue plus facilement 
deTor, que de l'argent mefme. Toutefois c'eft 

"" ' chofe 



s 

âesjndes. Liure IV. JJy 
,chofe plus cômune ôc ordinaire , que Ton trou-^ 
;uc plus facilement, ôc en plus grande ahondan- 
jce de l'argent, quedeTor. Le Créateur a pom> 
jueu les Indes Occidentales d'rne il grande ri- 
kfeelTe d'argent , que tout ce que l'on void es hi- 
ftoires ancienne» , ôc tout ce que l'on dit des ar- 
genteries , ôc minières d'Efpagne , ôc des autres 
iProuinces , efl: beaucoup moins que ce que l'on 
[iroid en ces partieslà. Les mines d argent fe 
Itrouuent communément es montagnes , ôc ro- 
ches très-hautes, ôc du tout defertes , encores 
Qu'autrefois on en ayt trouué es plaines ôc cam- 
pagnes. Il y en a de deux fortes différentes, les 
j/nes qu'ils appellent efgarees , ôc les autres fixes 
& arreftees. Les efgarees font des morceaux de 
petal qui fe trouuent amaflez en quelques en- 

Êoits, lefquels eftans tirez &leuez, Ton n'en 
mue point après dauantage. Mais les veines 
es font celles qui en profondeur & longueur 
>nt vne fuite continue en façon de grades bran- 
les ôc rameaux d'vn arbre * ôc quand l'on en & 
:rouué vned'icelles, Ton en trouue ordinaire- 
ment plufîeurs autres au mefme Heu. La façon 
ie purger Ôc d'affiner l'argent, de laquelle ont 
/fêles Indiens, eftoitparfondure, en fondant 
& faifant refoudre celte maiTe de métal par le 
Feu qui iette le terreftre d'vn coite > Ôc par fa 
[Force fepare l'argent dauecle plôb \ TeMain d'a- 
jiieclecuiure, & les autres métaux qui fetrou- 
lient méfiez. Aceftefinilsfaifoient, ôc baflif- 
loient des petits fourneaux en lieux où le vent. 
Jouffloit le plus communément,^ auec du bois 
j3c du charbon qu'ils y mettaient , faifoient leur 
\1 § 



r 




fflfloire naturelle 

artifice & leur affinement, & appellent au Péri A 

ces fourneaux, Guayras. Depuisque lesEfpaJ 

miols Y ont entrez, outre cefte façon de fon-J 

dre Raffiner dont ils vfent encores àprefentj 

ils affinent aaffi l'argent auec du vif -argent, &| 

en tirent dauantage par ce moyen, que non pal 

en le faifant fondre, & l'affinant parle feu. Ca I 

il fetrouue du métal d'argent que l'on ne peu 

affiner, ny purger aucunement auec le feu, mai 

feulement auec le vif argent. Mais cefte forte d 

métal eâ communément métal pauure, &foi 

ble, qui cft ecluy toutefois qui fe trouue en plu 

grande abondance. Ils appellent pauure, celu 

qui rend &r donne peu d'argent, & grade quan 

titc de métal : & celuy là riche au contraire, qu 

donne, & rendplus grande quantité d'argem 

Ceft vne chofe merueilleufe, non feulement d 

cefte différence & diuerfné qui fetrouue à ai 

finer vn métal par le feu , & l'autre fans feu aue 

du vif argent; maisauffi de ce qu'aucuns de ce 

métaux qui s'affinent au feu, ne peuuent p; 

bien eftre fondus, quad le feu en eft allumé aue 

du vent artificiel, comme de foufflets, mais feu 

Jement quand il eftfoufflé & allumé auec l'aï 

naturel. & le vent qui court. Et d'autres au cor 

traire, qui font plus facilement fondus auec l'ai 

artificiel des foufflets, que non pas auec l'air* 

le vêt naturel. Le métal dts mines de Porco fil 

fine facilem et auec des foufflets, & celuy des m 

nés de Potozi ne peut eftre fondu auec les foui 

fiets, mais feulement par le moyen de l'air de 

Guayras, qui font de petits fourneaux aux co 

fiez des montagnes, baftis exprès du colle d 



- 



âesjndes. Lîure IV. Ij£ 

Vent , au dedans defqueis ils fondent ce metaî$ 
(k combien que ce foit chofe difficile de donnet 
raifon àceftediueriué^ toutefois elle eft toute 
certaine 8c approuuee par la longue expérien- 
ce. Tellement que l'auaricieux defir de ce métal 
tanteftimé des hommes, leur a fait recherchée 
mille inuentions & gentils artifices, d'aucuns 
defqueis nous ferons mention cy après. Les 
principaux lieux des Indes où Ton tire l'argent* 
font la neuue Eïpagnè , & le Peru : mais les mi-» 
nés du Peru furpafîent de beaucoup ks autres^ 
Centré toutes les autres du m onde, Celles de 
Potozi, desquelles nous traiterons vn peu à 
loifir , pource que ce font des chofes plus célè- 
bres & plus remarquables qui foient es Indes. 



De U montagne, on colline de Foto^ & dé 
fa de/couuerturei 
Chapitre V L 

^raô,fe£^ A montagne ou colline de Poto- 
■£q IMOs? zi tant renommée, eftfîtuee en la 
* Prpuince de Charcas, au Royau- 
me du Peru,diftant derEquinoxë 
verslecoftéduSud, ou Pôle An- 
tarctiq ue , de 21. degrez 2. tiers ; de forte qu'elle 
tombe fous le Tropique aux confins de la Zone 
Torride, ôc toutefois cefte région eft fort froide, 
Voire plus que n'eft pas Gaftille la vieille au Roy- 
aume d'Efpagne* & plus encores que la Flandre 
mefme , combien que par raifon elle deuil: eftrë 
chaude* ou tempérée, eu efgard à la hauteur, U 

Sij 




Hifloire naturelle 
cdeuâtiondu pôle où elle eft G tuée. Laraifon 
<de celle fi froide température eft que cefte mon- 
tagne eft fort efleuee, & qu'elle eft agitée , & 
hantée de vents qui font fort froids , & intem- 
perez, fpecialement de eeluy qu'ils appelle nt, 
Thomahaui, qui eft impétueux &tres-froid. Il 
règne ordinairement es mois de Iuin, Iuiilet, & 
Aouft. Le fonds & terre de cefte montagne eft 
fec, froid & fort mai agréable, voire du tout fte- 
rile, qui n'engendre, ny ptoduit aucun frui&, 
ny herbe, ny grain, auffi eft-il naturellement in* 
habitable pour Pinternperature du ciel, & la fte- 
rilité de la terre. Mais la force de l'argent qui at- 
tire à foy l'auariee & le defir des autres chofes, 
a peuplé cefte montagne plus qu'aucun autre 
iieu qui foit en tous ces Royaumes , la rendant ' 
fi abondante de toutes fortes de viandes, qu'on 
îie peut defirer chofe qui ne fy trouue , voire en 
grande abondance ; & combien qu'il n'y ayt 
rien que ce que Ion y apporte par voicrure, 
neantmoins les places y font Ci pleines de fruits, 
conferues , vins exquis , foy es , ôc toutes autres 
délices, qu'il ne f'en trouue en autre endroit da- 
uantagk Cefte montagne eft de couleur tirant 
fur le roux & obfcur , & eft fa façon d'vne allez 
agréable rencontre àiaveiie, relTemblant par- 
faitement la forme d'vn pauillon rond , ou bien 
<Tvn pain de fucre. Elle f'eileue , & furpafle tou- 
tes les autres montagnes & collines qui font à 
Tenuiron. Le chemin par lequel on y monte, eft 
fort afpre, & fort roide, encor qu'on y aille tout 
à cheual Elle finit par le haut en pointe de for- 
me ronde, &a en fon pied vne lieue de circuit. 




desfndes. LimrIV. 13 p 

Elle contient depuis le Commet iufques au pied 
mil fix cents vingt- quatre verges communes, 
Iefquelles réduites à la mefure des lieues-d'Ef- 
pagne , font vn quart de lieue. Au pied de cefte 
montagne Ton void vne autre petite colline 
qui naift d'icelle , en laquelle anciennement il y 
a eu quelques mines de ces métaux efpartis , & 
fans fuitte, qui fe trouuoient là comme en des 
bourfes , 6c non pas en des veines fixes , & con- 
tinués , & neantmoins elles eftoient fort riches., 
encores qu'elles fulTent en petit nombre. Ce 
petit roc eftoit appelle des Indiens, Guayna 
Potozi , qui veut dire , le ieune Potozi ; au pied 
duquel commence l'habitation des Efpagnols 
& Indiens, qui font venus à la richefïe, &à 
rœuure de Potozi ; laquelle habitation peut 
contenir quelques deux lieues de circuit , & 
toute la plus grande traitte & commerce qu'il 
y ay t en aucun lieu du Peru , fe faid en cefte ha- 
bitation. Les mines de cefte montagne n'ont 
point efté fouies, ny defcouuertes du temps 
des Inguas , qui eftoient les Seigneurs du Peru, 
auparauant que les Efpagnols y entrafTent, 
combien qu'ils ayent foliy, ôc ouuert les mi- 
nes de Porco , allez proches de Potozi , n'en 
eftant diftantes que de fix lieues tant feulement. 
Lacaufe en pouuoiteftre, faute d'enauoireu 
la cognoiflance , combien qu'aucuns racontent 
ie ne fçay quelle fable , que comme on vou- 
lut quelques-fois ouurir ces mines, vne voix 
fut entendue, quidifoit aux Indiens qu'ils n'y 
touchaient pas, & que cefte montage eftoit 
referuee pour d autres. De vray > Ton n'euft au- 

S iij 




»*» 



Mifloire naturelle 

eiine cognoiftance de Fotazi j ny de fa richeïTe* 
que iufques à douze ans après l'entrée des Efpa- 
gnolsau Peru, duquelkdefcouuerturefenfift 
en cefte façon. Vn Indien appelle Gualpa , de la 
nation de Chumbibilca, qui eft vne Prouince 
de Cufco , allant vn iour à la chade ôc pourfuite 
de quelque venaifon , & cheminant vers la part 
duPonent, oùla befteferetiroit , commença 
de courir à mont le roc> qui pour lors eftoit 
couuert , &; planté pour la plus-part de certains 
arbres qu'ils appellent, Quinua , & de buiiîbns 
fort efpais , & comme il f'efleuoit pour monter 
en vn paiFage quelque peu afpre & difficile , fut 
contraint mettre la main en yne branche qui 
fortpit de cefte veine d'vne mine d'argent (à 
laquelle depuis ils ont donné le-nom de riche) 
qu'il arracha, &apperccut en la fo (Te & racine 
d'icelle, le métal qu'il recogneut eftre fort 
bon, par l'expérience qu'il auoit de ceux de 
Porco ■ $ puis ayant trouué en terre , ioignant ce- 
lle veine, quelques morceaux de métal qui f'e- 
iloient rompus & départis d'icelle, fans toute- 
fois qu'on les peuft bien cognoiftre à caufe que 
leur couleur eftoit changée, & gaftee du foieil 
&' de l'eau, il les porta à Porco eiîayer par 
Guayras ( qui eft efprouuer le métal par le feu) 
payant recogneu parla fa grande richeiîè , ôc 
heureufe fortune, fouyiïoit, & droit fecrette- 
ment cefte veine, fans le communiquer* ou en 
parler à perfonne, iufques à ce qu'vn Indien, 
ïîQmmé Quaca , natif de la vallée de Xaura , qui 
çftaux limites de la Cité desRoys, lequel de- ' 
g^uraiu m li?a de Porco , proche voifin de çç 



ïjlO 



des Indes: Dure IV. 

GUalpa > Chumbibilquaf-appcrcetttvn iota qu'il 
Édfoit quelque affinement, & qu'il feifoit de 
'plus grands fomons & briques,que celles qu'on 
Faifoic ordinairement en ces lieux , pource mel- 
m e qu'il augmentoit en defpenfe d'habit S) ayant 
iufques alors vefeu allez pauuremenr. Pour cè- 
de occafion, Se que ce meta! que (on voiuii atti- 
noit Se mettoit en œuure-, eftqit différent de ce - 
luy de Porcoi il penfa de defcouurir ce fecret, & 
filt tant, que combien que l'autre tinft Ton affai- 
re fecrette autant qu'il luy eftoit poffiblc,neant- 
nioins parimportunité fut contraint de le me- 
ner aurocdePotozi, ayant de fia paiïc z. mois 
en la iouyûànce de ce riche threfor. Et lors 1 in- 
dien Gualpa dit àGuanca qu'il print pour (a part 
vne veinequ'il auoit dçfcouuerte,laquelle cltoit 
proche de la veine riche, & eft celle que 1 on ap- 
pelle aujourd'hui la veine de Diego Centcno, 
qui nfeûoit pas moins riche, mais feulemet plus 
dure àfouir, Se plus difficile à tirer. Parainu 
rout d'vn accord partirët entr'eux le roc le çius 
riche du monde. Il aduint du depuis quel In- 
dien Guanca trouuant quelque difficulté à fouir 
& cauer faminequi eftoit très-dure ,& l'autre 
Gualpa ne luy voulant faire part de lafienne, 
eurent débat enfemble > ôc pour cefte came le 
Guanca deXaura irrité de cela, & de quelque 
autre chofe, alla defcouurir cefte affaire à ion 
jnaiftre qui Pappelloit Vuillaroel, Etpagnol, 
quilorsrendoitàPprco. Ce Vuillarocl en vou- 
lant cognoîftre la vérité, alla en Potofi, , & trou- 
-wantlaricheiîeqilefQnYanacona 2 ouieruiteur 
luy auoit dit, fift çaregiftr'çr l'Indien Guanca* 
- ; S iiij 



r 



Jtautti* 



■ 

Lfifloire naturelle 

f'eftaquant auec îuyà la fufdite veine, quifurj 
diteCenteno; ils appellent ceiaeftaquer, qui;i 
vaut autant que fîgnaler, Ôc remarquer poux j] 
foy îa mine, ôc autant d'efpace que la loy conce-i 
de Se permet à ceux-là qui troùuentvne mine J 
ôubien à ceux qui la fouy fient; au moyen de-l 
quoy après l'auoir monftree Ôc defcouuerte à la 
luftice, ils demeurèrent Seigneurs de la mine, 
pour lafoiiir, & en tirer l'argent, eommede 
leur propre, en payant feulement auRoyfori 
droid de cinquiefme. De forte que lepremiet 
enregiftrement ôc déclaration que Ion fift des 
mines de Potozi, fut le vingt-vniefme iour du 
mois d'Auril , de Tan 154/, au territoire de Por> 
co, par lefdits VillaroelEfpagnol, ôc Guanca 
Indien, Incontinent après Ton defcouurit vne 
autre veine , qu'ils appellent veine d'eftain , qui 
a efté tres-riche , quoy que rude ôc laborieufe à 
y trauaiîler , pour eftre ion métal auffi dur que 
le caillou. Du depuis le trentiefme iour d'Aouft, 
au mefme an de quarante-cinq , la veine appel- 
îee Mendieta, fut enregiftree, qui font les qua- 
tre principales veines de Potozi. Ils difent de 
la veine riche , îa premiet e qui fut defcouuerte, 
que fon métal eftoit hors terre la hauteur d'vne 
lance en façon de rochers, foufleuant la fuperfi- 
cie de la terre, comme vne crefte de trois cents 
pieds de longueur, &decrezedelarge, &que 
cela demeura defcouuert ôc defeharné par h de* 
luge , ayant cefte veine , comme la partie la plus 
dure , refifté à la force Ôc impetuoiuc des eaux. 
Son métal eftoit fî riche, qu'ilyauoit la moitié 
ff argent, & continua çefte veine en fariçheiïc 




des Indes. Liure IV- Lft 

| iufques à cinquante ôc foixante ftades , à la hau- 
I reurd'vn homme de profondeur, où elle vint 
| à défaillir. De cette façon furent deicouuertes 
ks mines de Potozi par la prouidence diuine, 
laquelle a voulu pour la félicité d'Efpagne, que 
la plus grande riche lie qu'on fçache , ôc qui la- 
mais ayt efté au monde, fuft cachée pour vrt 
temps, pour la defcouurir au temps que l'Em- 
pereur Charles le Quint , de glorieufe mémoi- 
re, tenoit l'Empire, les Royaumes d'Efpagne/ 
te la feigneurie des Indes. Incontinent après 
que la defcouuerture de Potozi fut cognuë aux 
Royaumes du Peru, plufieurs Efpagnoîs, ôc 
prefque la plus-part d^s bourgeois de la Gité 
d'Argent, qui eft à dixhui& lieues de Potozi, 
vindrent pour y prendre des mines, mefmesy 
vindrent plufieurs Indiens de diuerfes Prouin- 
ces, &fpecralement les Guayzadores de Porco, 
•li qu'en bref temps ce fut la meilleure ôc plus 
grande habitation de tout le Royaume. 



île la richeffe que F on a tir'ee & tire chacun tour 
du roc ou montagne âe Potozi . 

Chapitre VIL 

3 Ay efte plufieurs fois en doute s'il fe 
trouuoit aux hiftoires des anciens vne 
fi grande richefle de mines, comme 
celles que nousauonsveues denoftre 
Itempsau Peru. S'il yaeuiamaisaumonde des 
mines riches & renommées pourcçteffeft , ce 





jêhM* 



Il 






Plin.U.tf 
eaf.6. 



Hiftoire naturelle 

ont eue celles d'Efpagne, dont les Carthaginois 
ontioiiy, & du depuis les Romains ; lefquelles, 
. comme i'ay dit , ne font pas feulement eftimees 
& renommées par les liures profanes, mais aul- 
fi par les Efcritures fain&es. Celuy qui plus par- 
ticulierement fai& mention de ces mines, au 
moins que faye veu, eft Pline, qui efcnt amii en 

fon hiftoire naturelle: il fi trouue de l'argent prefyue 
en toutes Provinces, maûceluy d'Ejfagnee (lie meilleur 
detom, lequel cm fi fT s'engendre en vne terre fiente, 
■aux montagnes <CT rochers , CT efi chofe cerrame <? tn- 
faillible au es lieu* m l'on a vnt f fois de fcouuert aucunes 
de ces veines, il y en a d'autres qui n'en font gueresefiot* 
çnees : ce qui fi trouue aufi prefque en tows^utres mr 
taux y <CT four cela les Grecs (amonaduis) les appt 
lèvent métaux, c'eïl vne chofe efirange , que les futi 
m mm de ces mines d>E$agne, le/quels on commença 
fiuyr du temps de Hanmbal,fi voyent encor a prefent, 
CT retiennent encor les me/mes noms de ceux qui les def 
couvrirent. Entre ces mines , celle quedefcouuntBebel 
lo, qui en retient te nom encor autourd'huj , fut fort re- 
nommée , er dit-on quelle donnoit CT rapportoitfi gran- 
de riche fe afin matÛre Hanmbal, que chaque tour U* 
yecueilloit trois cens liures d'argent , O" tufques a main- 
tenant on a toufiours contmué-de trauailler a cette mi- 
ne, de telle forte quelle efi a prefent de mil cinq cens pat 
de profondeur cauee en la montagne. De fquels puits 
néanmoins ce fie grande profondeur, les Gafcom qui y 
trauaillent tirent l'eau qu'ils y trouuent four les ajfc- 
, cher, erycauermieuxàleuraifi, tout durantletemps 
t m ctZT queleschandelleserhl»miereleurdurent,entclle.akn* 
Iraphia. dame qu'il femble que ce qu'ils en tettent (oit vne xmw~ 

n. lufques icy font les paroles de Pline, que \ ay 



des Indes. Liure IV. 142, 

voulu icy réciter de mot à mot, pour conten> 
ter dauantage ceux qui entendent que c'eft de 
mines, voyant que la mefme chofe qu'ils expe-- 
rimentent auiourd s huy ? â efté excercee par les 
anciens. Et certainement la richeiFe de cefte 
mine d'Hannibal aux monts Pyrénées , eftoir 
grande & bien remarquable, laquelle les Ro- 
mains poiFederent, y ayans continué Ton ouura- 
*e iufquesau temps de Pline, qui fut comme 
rois cens ans. La profondité de cefte mine 
:ftoit de mil cinq cens pas , qui eft vn mil & de- 
ny , & fut fi riche au commencement, qu'elle 
/alloit à Ton maiftre par chacun iour trois cens 
iures, de douze Onces la liure. Mais combien 
jue cefte richeiFe ayt eflé grande , elle n'appro- 
he neantmoins à celle qui de noftre temps 
i'eîl retrouuee en Potozi. Car comme il appert 
>ar les regiftres de la maifon de la. çontra&a- 
ion de cefte Prouince, ôc comme plusieurs 
lommes anciens dignes de foy l'atteftent,au 
emps que le Licentié Polio gouuernoit cefte 
^rouince , quifutplulieurs années après la def- 
:ouuertede cefte montagne, Ton enregiftroit 
ktir oit pour la cinquiefme, chacun Samedy, 
:ent cinquante & deux cens milpezes, dont le 
:inquiefme reuenoit à trente & quarante mil 
>ezes , ôc pour chacun an vn million ôc demy, 
)u peu moins. Tellement que fuiuant ce con- 
e Ton droit chaque iour de cefte mine, corn- 
ue trente mil pezes, dont il reuenoit au Roy 
>our la cinquiefme, fîx mil pezes par iour. ïl y a 
ncor vne chofe à mettre en auant , pour mon- 
trer la ri ch elle de Potozi, que le conte quia 



r 



.i***i :i .* 



Hiftoire naturelle 

efté fai& , n'eft feulement que de l'argent qui fi 

marquoit & quintoit, & eftchofe cognuëat 

Peru, que Ton avfélong temps en ces Royati| 

mes d'argent qu'ils appeiloient,courant,leque 

n'eftoit marqué ny quinte. Et tiennent pou 

-certain ceux qui cognouîent ces mines, quel 

ce temps, la plus gtande partie de l'argent qu 

l'ontiroit de Potozi, ne fe quintoit point, S 

eftoit celuy qui auoit cours entre les Indiens 

& beaucoup entre les Efpagnols, comme i 

lay veu continuer iufques à mon temps. Pa 

cela Ton peut bien croite, queletietsdelati 

chefïède Potozi, voire la moitié ne fe manife 

•ftoit, nynefe quintoit point. Il y aencor vn 

autre considération plus remarquable, en C 

que Pihïe met que Ton auoit fouy mil cinq cet 

pasencefteminede Babello, & que toufïoui 

Ton trouuoit de l'eau, qui eft- ce qui donne 1 

plus grand empefehement qui foit à tirer 1 

métal des mines. Mais en celle de Potozi, er 

cor que l'on y ayt fouy & caué plus de deu 

cens ftades ou hauteurs d'vn homme en pre 

fondeur, iarnais on n'y a trouué d'eau , qui e 

le plus grand heur de cefte montagne. Ma 

quoy ? les mines de Porco, dont le métal c 

trefbon&tref-riche, font auiourd'huy délai 

fées pour l'incommodité de l'eau qu'ils y oi 

rencontrée en y fouy flan t. Pour ce que ce foi 

deux trauaux infupportables en recherchant: 

métal, de cauer & rompre les roches, & d'e 

tirer l'eau tout enfemble. Le premier defquel 

à fçauoir de cauer la roche , donne afTez de pe 

îïq\ voire efl trop dur & trop exceffif. Final 



des Indes. UurelPZ 1^5 

tient auiourd'huy fa Majefté reçoit pour (oit 
ijuint par chacun an^lVn portant l'autre, vn mil- 
'ion de l'argent des mines de Potozi, fans l'au- 
be richelîe, qui luy vient de vif-argent, ôc au- 
nes droi&s Royaux, qui eftvn grand threfor. 
Quelques hommes experts ayans iuppiné les 
:ontes, difent, que ce que Ton a apporté à quin- 
:er en la caiTe , ou douane de Potozi, iufques en 
l'an mil cinq cens quatre vingts cinq, fe monte 
à cent millions de pezes d'eftay, dont chaque 
peze vaut treize reaux & vn quart , fans conter 
l'argent que Ton a peu tirer fans quinter , Ôc qui 
Sa efté quinte es autres calTes Royalies, ôc faos 
l'argent courat que l'on a mis en œuure au pais* 
qui n'eft point quinté,qui eit vne chofe innom- 
brable, combien que les premiers regifhes des 
quints nefoient pas fi clairement, ou intelli- 
giblement eferits, que font ceux d'auiourd'huys 
pour ce qu'aux commencemens , Ôc premiè- 
res defcouuertes , l'on faifoit la recepte par Ko- 
rnaines, tant eftoit grande l'abondance qu'il f 
en auoit. Mais par les mémoires Se recherches 
que Mil le Viçeroy Dom Francifque de Toile- 
de, en l'année mil cinq cens foixante&r qua- 
torze, fetrouua qu'il y auoit foixante ôc feiza 
millions, iufqu'en ladite année, ôc depuis le- 
dit an iufques a celuy de quatre vingts cinqia- 
clufiuement, il appert par les regiftres Royaux 
qu'il s'eft quinte iufques à trente cinq millions. 
L'on enuoya au Viçeroy ce conte de Potozi, 
en l'an que i'ay dit , lors que i'eftois au Peru , êc 
du depuis la richelle qui eft venue aux Hôtes da 
Peru ,eft montée à beaucoup dauantage. En h 




Hijîoire naturelle 
flotc où ie vins , de Tan mil cinq cens quatre ! 
vingts fept, ii y auoit onze millions qui vin-| 
drent aux deux flottes du Peru,&Mexicque,dôt I 
les deux tiers eftoienr en celle du Peru, & y en 
auoit prefque la moitié pour le Roy. l'a y voulu 
déduire cecy particulièrement , afin de faire| 
entendre la puiflance que la diuine Majefté a 
voulu donner aux Roys d'Efpagne fur les chefs 
defquels tant de Couronnes & de Royaumes 
ont efté amalFez, 6c lefquels par fpeciale fa- 
ueur du Ciel.ont joint les Indes Orientales auec 
les Occidentales, enuironnans tout le monde 
par leur puiflance. Ce que Ton doit croire 
eftre ainfî arriué par la prouidence de noftre 
Dieu 5 pour le bien de ces peuples qui viuentj 
fîefloignez de leur chef, quieftle Pontife Ro- 
main, Vicaire de Chrift noftre Seigneur, en la 
foy & obeïiîànce duquel tant feulement l'on 

Î>eut eftre fauué , & mefme pour la deffence de 
a foy Catholique & del'Eglife Romaine, en ces 
parties où la vérité eft tant oppugnee , ëc pour- 
iuiuie des hérétiques. Et puifque le Seigneut 
<les Cieux,qui donne & ofte les Royaumes à qui 
il veut , & commeil luy plaift l'a ainfi ordonne, 
nousledeuons fupplier qu'il luy plaife fauori- 
fer le zèle pieux du Roy Catholique, luy don- 
nant heureux fuccés , Se profpere victoire con- 
tre les ennemis de la fain&e foy , veu que en ce- 
lle caufe il gafte le threfor des Indes , qu'il luy a 
donné, voire en a befoing de beaucoup dauan- 
tage. Cependant il fufEt d'auoir fait cefte dh 
greffion pour monftrerlesricheflesde Potozi 
C'eft pourquoy nous retiendrons à dire com- 




des Indes, Liure IV. 144. 
me Ton rrauaillees mines, ôc comme l'on affine 
les métaux que Ton en tire. 




Comme l\on trauaille es mines de 
TùtoQ 

Chap. VIII. 



Oècc fc plaignant du premier inuen- s^tlmié 
teur des mines, dit fort tien > confoUt. 

Hem fùmusy fus fuit ille, 
iAim fondera refit, 
Gemmàjque >Utsre volenîes > 
Preaojàpericttlafodit? 
Auec raifon , il les appelle précieux dager, pour 
le grand trauail & péril auec lequel Ton tire les 
métaux, que les hommes eftiment tant. Pline pîm - &4h 
dit qu'en Italie il y a plufieurs métaux, mais que c ^' 4 " • 
les anciens ne voulurent pas permettre cfy tra- 
vailler , afin de conferuer le peuple. Ils appor- 
toient ces métaux d'£fpagne ôc faifoient tra- 
uailler les Efpàgnols aux mines , comme tribu- 
taires. L'Efpagne en fait auiourd'huy tout de 
mcfme aux Indes, en-Ce quey ayant & reftant 
fans doute en Efpagne plufieurs mines de mé- 
taux, neantmoins ils ne les veulent pas cher- - 
cher, ny permettre qu'on y trauaille, à caufe des 
incôueniens , que l'on y voit chacun iour: mais 
ils les font apporter des Indes, où on les tire 
auec beaucoup de trauail , & rifque. Ce roc de 
Potozi contiens en foy , comme i'ay dit , quatre ; 




^■u 



Hiftoire naturelle. 

veines principales , qui font la veine riche , cel- 
le de Centeno , celle d'Eftain , & celle de Men- ; 
dieta. Toutes ces veines font en la partie Orien- 
tale de la montagne, comme regardansleleuer. 
du Soleil : car en l'Occidentale il ne s'en trou- 
ueaucunej Lefdictes veines courent Nort & 
Sud 3 qui eft de Pôle en Pôle. Elles ont à l'en- 
droit le plus large fix pieds, & aupluseftroit 
vnepaulme. liy enad*autres de diuerfe façon 
qui fortentd'i celles veines, comme hs grands , 
rameaux des arbres , ont de couftume d'en pro-. . 
duire de petits. Chaque veineadiuerfes mines 
qui font parties ou portions d'elle-mefme, di-, 
dindes, & feparees entre diuersmaiflres, de** 1 
noms defquels elles font ordinairement appel- j 
lees. La grande mine contient quatre vingts^ 
verges, & ne peut contenir dauantage par Tor-4 
donnance, & la moindre en contient quatre*." 
Toutes ces mines font auiourd'huy fort pro-: 
fondes. L'on conte en la veine riche foixante- 
& dixhuid mines s qui font profondes de quatre 
vingts Ôc centftades, ou hauteurs d'hommes, 
voire en quelques endroi&s iufques à deu* 
cens. L'on conte en la veine de Centeno vingt 
quatre mines, dont quelques vnes s'aduancent 
iufques à feptante ou quatre vingts ftades,de 
pi ofond,& ainii des autres veines de cefte mon- 
tagne. L'on inuenta pour remède à cefte gran- 
de profondité,des mines qu'ils appellent focca- 
bones, qui font caues ou mines faidfces au pied 
de la montagne, lefquelles vont trauerfant iuf- 
ques à rencontrer les veines. Carl'ondoiten- 
tendre.que côbien que les veines couientNort, 







des Indes. Livre î V. 14 y 

& Sud , comme il a eflc dit 5 neantrrioins c eft eri 
rabaiiTant depuis le fommet iuiques au pied&. 
bas de la montagne , qui fera félon qu'on croit 
iparconié&urè 5 plus de douze cens fiades.Etâ 
ce conte encor que les miness'eftendenten tel- 
le profondeur , il refte neantmoins encore plus 
de fix fois autant d'efpace, iufqucsà leur fonds 
& racine , laquelle, félon qu'ils difent j doit eftre 
tres-riche& abondante , comme le tronc & la 
fôurcede toutes les veinés. Combien que iuf- 
qu'auiourd'huy nous ayons veu le contraire par 
expérience , car tant plus haute & esleuee eft la 
veipeà lafuperficie delaterrejtantplusfetrou- 
ue riche;plus aufsi qu'elle va en profcndeur 5 l'on 
trouuë fon métal plus pauure, & moindre d'aï- 
loy. Cependant ilsinuenterent les Soccabons, 
par lefquels on entre & fort aifement , pour tra- 
uailler aux mines,auec moins de court , de peine 
Se de danger. Ils ont huièt pieds de largeur &c 
vne ftade de hauteur , & les ferment auec des 
portes ; L on tire par iceux les métaux fort faci- 
lement, en payant au propriétaire du Soccabon, 
le cinquiefmede tout le métal que l'on tire par 
iceluy. Il y en a défia neuf de faids:& autres que 
Ton a commencé à faire* L'on fut vingt neuf ans 
à faire vnSoccabon, qu'ils appellent,du venin; 
qui va fe rendre & donner a la v eine riche , ayant 
efté commencé en Tan mil cïnq cent cinquante; 
'vnziefme année de la defcouuerte 3 & acheuc en 
i'an mil cinq cens quatre vints cinq,lvn{iefme 
iauril; Ce Soccabon rencontra la veine riche , a 
:rente cinq ftades près de la fource ou racine , 6é 
f'auoitde la où il rencontra i a veine iufques m 

T 



r 





I 

tJifioire naturelle 
faut & emboucheure de la mine , autres cent 
& trente cinq ftades. De façon qu'il falloit def ! 
cendre toute cefte profondité pour trauailler à la' 
mine. Tout ce Soccabon contient depuis for; 
ouuerture , iufques à la veine du CruferoJ 
qu'ils appellent , deux cent cinquante vergeSj 
à laquelle œuure furent employez les vingt- 
reuf ans de temps , qui ontefté dits a fin qu< 
Ton voye le grand trauail que prennent lei 
hommes pour rechercher l'argent aux entrail 
les de la terre. Cependant ils trauaillent en ce 
mines en continuelles ténèbres , & obfcuritc 
fans fçauoir aucunement quand il eft iour 01 
nuiâ:. Or d'autant que ce font lieux queleSo- 
leil ne vifite aucunement , il n'y a pas feulemeni 
de perpétuelles ténèbres, maisaufsi y fait vn ex- 
trême froid, & y court vn air fi grofsier, & con 
traire à la nature & difpofition humaine, que le: 
hommes qui y entrent de nouueau,s'y eftour- 
dilfentcommedumaldela mer. Ce qui m ad 
uintà moy-mefme en vne de ces mines, oùi( 
fenty douleur de cœur , & fanglots d'eftomach 
Ceux qui y trauaillent feferuentde flambeaux 
& chandelles pour leur efclairer, en départant I< 
labeu r , & Touurage de telle forte,que ceux qu 
trauaillent le iour , y repofent la nu i&,& les au 
très au contraire les viennent efchanger , pou] 
trauailler la nuift & repofer le iour. Le métal ) 
eft cômunement dur, & à cefte caufe ils le tiren 
a coups de marteaux , le rompant & efclattan 
par force, comme fi c'eftoit vn caillou. Par âpre: 
ils montent ce métal fur leurs efpaules par dei 
efcheiles à trois branches , faites de cuir de va- 



âesjndes. Liure IV. 146 

che retors , comme pièces de bois, qui fonttra- 
uerfeesd'efchellonsde bois : de forte qu'en cha- 
' cune de ces efchelles, Ton y peut monter & des- 
cendre tout enfemble. Ces efchelles font lon- 
gues dedix ftades, & à la fin d'ieelles en recom- 
méce vne autre de la mefme longueur,commen- 
çant , & finilfant chaque efchelle a des éta- 
blies & plattes formes de bois, où il y a des fie- 
ges , & lieux pour fe reçofer, comme galleries; 
d'autant qu : il y a plufieurs de ces efchelles à 
inonter,boutabout. Vn homme y porte ordi- 
nairement, fur fes efpaules , le poids de deuxar- 
robes de métal, auec vne toiile attachée , en 
façon d'vne hotte,& y montent trois à trois. Ce- 
luy qui va deuant , porte vne chandelle attachée 
à fon poulce: car comme il eft dit , il n'y a nulle 
lumière du Ciel, & vontfe tenansa lefchelîe 
des deux mains pour monter fi grande efpace de 
hauteur , qui furpafle communément cent cin- 
quante ftades de hauteur , chofe effroyable , & 
qui donne fefpouuente feulement à y penfer, 
tant efl grand le defir d'argent , pour la recher- 
che duquel les hommes endurent tant de ffà* 
uail. Et certes ce n'eft point fans raifon que 
Pline traittant de celle matiere,s'exclame & dit 
ainfi; Nom entrons lufyues aux entrailles de h terre , ey 
dons fourfmuant les rubéfies m fque s aux lieux descon- ^f* f 
damne^ Et par après au meîme liure , il ditain> c 7^'. '** 
Iv.Ceuxqut recherchent les métaux, fint les œuuresplus 
]ue de géants , faifins des troua , çr mettes au vra~ 
f ond delà terre > ferceans les montagnes fi auant , çy> 
profondément, à Ulueur des chandelles i mUit»** 




Hifioïre naturelle 

&* la nuiïl font seblables , çr en f lu-peuf s mois ne voyent 
autour, d'où bien fouumt il aduient , que les parotides 
mines fondent er tombent, accablans dejfoubs plufteurs 
des miniers qui y tramaient. Et en après il adioufte: 
ils entament U roche dure, auec des marteaux de fer, fe- 
fants cent cinquante hures, cT tirent les métaux fur leurs 
tfp*ulles- 9 trdH*ilUnsdeùur <T de nuill , les vnsdefquels 
baillent leur charge aux autres , & tout cela efl en •bfcu- 
rite , putfque les derniers feulement voyent U lumière. 
^Auec des coing de fer , O" des marteaux ds rompent les 
tMÏlom, tantdurs, er forts qu'ils filent ,pourcequelé 
faim de l'argent eft encor plus afpre , £T plus forte. Cela 
eft de Pline, qui encor qu'il parle comme hifto- 
riographe d'alors , neantmoins femble prophète 
d'auiourd'huy.Et n'eft moindre ce quePhocion 
d'Agatbarchides raconte du grand trauail 
ou enduroient ceux,qu'iis appelloient Chryfios 
a tirer lo^pource que comme le fufdit autheur 
dit l'or & 1 argent donnent autant de trauail aie 
tirer &r rechercher, comme il apporte de con- 
tentement eftant poffede. 



C$mme l'on affine le métal d'argent 
Chapitre IX. 



ZecUf 3- 



Es veines que i ay dit,où Ton trou- 
ue f argent,courent ordinairement 
entre deux rochers qu'ils appelleni 
la chaffejdontl'vn d'iceux a accou- 
ftumëd'eftretres-dur comme cail 
lou,& Pautre mol & plus facile a rompre. Tou 




'des Indes. Liure.lV. 147 

cemetalnefetrouue pas toujours efgaî&d'v- 
ne mefme valeur. Car il y en a vne mefrae veine, 
dVne forte fort rie h e 5 qu'ils appellent Cacilla,ou 
Tacana, d'où 1 o tire beaucoup d'argét , & 1* au- 
tre eft pauure, duquel l'on tire peu d'argent. Le 
métal le plus riche de cefte montagne eft de cou- 
leur d'ambre , & après celuy quitire le plus fur- 
ie noir. Il y en a d'autre, qui eft comme roux, 
dVutre femblable a la couleur de cendre: en. 
fomme de plufieurs & diuers couleurs , & ferri- 
bleà ceux qui ne les cognouTeot point , que ce 
foientdes pierres de nulle valeur. Mais les mi- 
niers cognoiilent incontinent fa qualité & fa per- 
fe&ion,par certains fignes & petites veines,qu'ils 
yvoyent. On porte tout le métal que Ton tire 
des mines,fur des moutons du Peru , qui feruent 
d'afnes a porter aux moulins.Le métal le ptusri- 
che s'affine en le fondant dedans ces petits four-, 
neaux que i'ay dit,qu'ils appellent Guayras: car 
ceftuy eft le plus plombeux,pour raifon dequoy 
il en eft plus facile a fondre , aufsi pour le mieux 
fondre , les Indiens y iettent ce qu'ils appel- 
lent Soroche,qyi eft vn métal fort plombeux,& 
le métal eftant en ces fourneaux , l'ordure & le 
terreftre : par la force du feu , demeure en bas ,& 
le plomb , & largent fe fondent de telle fa- 
çon, que l'argent eft porte nageant fur le plomb,, 
iufques a ce qu'il foit purifie , puis après ils raffi- 
nent encor plufieurs fois ceft argent par cefte 
manière de fondçure. L'on a açcouftumë de ti- 
rer d'vn quintal de métal , trente , quarante, 
voire cinquante pezes d'argent,& toutesfois i'en. 
ay veu dVne forte que Ion me monftra par ex- 
— — -■ *■-•-■ Tiij 



lu 



Hiftoire naturelle 

eelîence,duquei l'on tiroit en le fàifant fondre de 
cefte façbn,deux cens, voire deux cens cinquante 
pezes d'argent du quintal,richelTe vrayement ra- 
re &prefque incroyable , fipar le feu nous n'en 
auionsveu l'expérience, mais tels métaux font 
fort rares. Le pauure métal eft celuy quid'vn, 
quintal rend deux* pu trois , cinq ou fix pezes, 
ou peu dauantage . Ce métal ordinairement n 'eft 
point plombeux, mais eftfec: c'eft pourquoy 
î on ne le peut affiner par le feu. Et pour celle 
raifonilyauoitenPotozi vne grande quantité 
decespauures métaux, defquelsl'on nefaifoit 
pas grand eftat, & eftoient deiettez comme la. 
paille & comme Tefcume des bons métaux , îuf- • 
quesace que l'on mit en auant le moyen d'afc 
finer auec le vif argent , par le moyen duquel ce - 
fte efeume qu'ils appelloient Oquiache, fut de 
grand profit. Car le vif argent par vneeftran- 
ge & mérueilleufe propriété purifie l'argent,& 
efl: propre pour ces métaux qui font fecs ôc pau- 
ures , efquels toutesfois il fe confume moins de 
vifargent,quenon pas es riches : car tant plus 
ils font riches, plus ils ont befoin de vif argent, 
Auiourd'huyla façon d'affiner , qui eftlaplus 
commune & plus exercée en Potozi,eft celle qui 
fe fait par le vif argent , comme aufsi es mines de 
Cacatecas& autres de la neuue Efpagne. Il y 
auoit anciennement aux flancs & aux fommets 
dePotozi plus de fixmilGuayras, quifont ces 
petits fourneaux où l'on fond le métal , lefquels 
eftoient pofez en façon de luminaires , telle» 
ment que c eftoît vn plaifant fpe&acle de les 
yqir de nui ft 3 & iettoiét la lumière fi loin,qu'ils 



des Indes. Liure. IV. I48 

(èmbloient n'eftre qu'vn brader ou flamme de 
feu. Mais auiourd'huy pour le plus qu'on y en 
trouuejCeft deux mil > d'autant que comme i'ay 
dicl:,ils vfent peu de la fonte , mais affinent auec 
le vif argent qui efl de plusgrâd profit. Et pour 
ce que les proprietez du vifargent font admira- 
bles, & que cette manière d'affiner l'argent eft 
fort remarquable , ie traitteray du vif argent 
de fes mines & ouurage, & ce qui femblera con^ 
uenableacefujed. 



Des propriete^memeilleufes du vif argent. 

Chapitre. X. 

E vif argent ainfi appelle par les 
Latins , pour- ce qu'il coule &. 
fe gliiTe viftement d'vn lieu en 
autre,entre tous les métaux a de 
grandes & merueilleufes pro- 
prietez. La première , que combien que ce 
ioit vn vray métal, fieft-ce toutes-fois qu'il 
n'eft pas dur , & fi n'a point de forme arre- 
ftee,ny de confiftance comme, les autres me-» 
taux , mais il eft liquide & coulant , non pas 
comme l'or & l'argent fondu,ains de fa propre 
nature ; combien qu'il foit vne liqueur , il eft 
neantraoins plus pefant qu'aucun autre métal: 
c'eft pourquoy tous lesautres nagent defïus& 
ne vont point au fond, d'autant qu'ils font plus 
légers. I'ay veu mettre en vn baril de vif argent 
deux liuresdc fer, lefquelbs nageaient délias 
T iiij 





m 



M- 



Hiftoire naturelle 
j>lh. hb. 5 j. comme fait du bois ou du liège fur leau. Pline ' 
met vne exception a cela, difant que l'or tant 
feulement s'y enfonce &nç nagepasdelTus:ie 
n'en a y pas veu l'expérience , mais parauenture 
cela procède de ce gue le vif argent naturelle- i 
ment circuit l'or & le cache dedans foy, quieft 
vne des plus importantes proprietez qu'il ait. 
Car il s attache à l'or d'vne façon merueilleufe, 
le cherche & le va trouuer la où il le fent , & ce 
non feulement , mais aufsiii l'enuironne & le 
ïoint de telle façon , qu'il le defpoùille &fepa-l 
re de quelconque métal & autre corps où il foie 
rnesle. Pour cefte raifon ceux-là prennent de 
lor qui fe veulent preferuer du dommage & 
des incommoditez duvifargent.L'on s'eft feruy j 
pour donner remède a ceux , es oreilles defquelsj 
on auroit mis du vif argent pour les faire mou rir i 
fècretement , de certaines petites platines d'or 
qu'on leur mettoit es oreilles, àcaufede laver-, 
tu qu'a l'or d'attirer le mercure. Et par après ils; 
tiraient les platines toutes blanches du vif ar-i 
gent quis'y efloit attache, Eftant vn iourâ 1 Ma-| 
drilallé voir les ouurages exquis que Iacomo de 
■Treço, excellent ouurier Milannois faifoit pour j 
fàinâ Laurens le Royal , iladuint queiem'yj 
trouuay le iour qu'ils doroient quelques pièces! 
d'vn contre -table qui eftoient la bronze , ce qui i 
fe fait auec vif argent. Et d'autant que la fumée I 
du vif argent eft mortelle , il me dift que les ou-; 
uriers fe preferuoient de ce venin en prenant vn 
doublon d'or roullé qu'ils aualloient , lequel 
éftanten l'eftomac attiroità foytout le vif ar- 
gent qui leur entrojt en fumçepaj* les yeux, pari 



des Indes. Liure. IV. 149 

les oreilles, par les narrines& par la bouche , & 
par ce moyen fe garantiiToient du dommage du 
vif argent que l'or attiroit ainfi en leftomac, 
&iettoient en après le tout auec les excremens, 
chofe certes digne d'admiration. Apres que le 
Vifargenta purifié l'or , & qu'il la nettoyé & 
purgé des.autres métaux, & de tout meslange, 
il eft feparé luy-mefme d'auec l'or fonamy par 
la chaleur du feu,lequel le laifle du tout purifié 
& fans vif argent. Pline dit que par certain art 
& inuention l'on feparoit l'or d'auec le vif ar- 
gent, toutesfoisiene voy point qu'auiourd'huy 
l'on vfe de tel art , & me femble que les anciens 
n'ont point fceu & entendu que l'argent fc 
peuft affiner auec du vif argent , qui eft au* 
ïourd'nuy le plus grand vfage & principal pro- 
fit du vif argent , pour ce qu'il dit expreflement 
que le. vif argent nefe iointd aucun autre métal 
qu'a l'or , & lors qu'il fait mention d'affiner l'ar- 
gent il ne parle feulement que de la manière de 
fondre, d'où l'on peut inférer que lesanciem 
n'ont point cogneuce fecret. A la vérité iaçojt 
qu'entre 1 or & le vif argent il y ayt vne amitié 
& fympathie , neantmoins la où le vif argent ne 
trouue point d'or, ilfeva rendre à l'argent & 
fe ioint auec luy , bien que ce ne foit pas de telle 
-façon qu'il fait auec Tor. Mais en fin il le net- 
toyé, il le fepare d'auec la terre , le cuiure & îe 
plombjparmy lefquels s'engendre l'argent , fans 
qu'il foit befoin de feu pour le raffiner par fon- 
dure, encor qu'il fe faille feruirdufeu pour! 
feparçr d'auec l'argent, comme ie diray cya- 
près? ^e vif argent ne tient conte d&s autres 




Hiftoire naturelle 
métaux, horf-mis lof & l'argent :au contraire 
îl les-corrompt, les parforce & confomme, & les 
va fuyant tant qu'il peut. Ce qui eft aufsi vne 
chofe admirable, & pour cefte caufe l'on le met 
en des vafes de terre ou dâs les peaux d'animaux, 
d'autant que fi on le met dans desvahîeauxde 
cuiure, de fer,ou d'autre métal, aufsi tofl il les 
perce & corrompt , & pénètre aufsi toute autre 
matiere.C eftpourquoy Pline l'appelle le venin 
de toute chofes , & dit qu'il confomme & gafte 
tout. L'on trouue du vif argent es fepultures des 
hommes morts, qui après auoir confomme les 
corps, en fort fort net & fort entier. Il s'en eft 
mefme trouué dans les os & moiielle des hom- 
mes & des animaux,lefquels l'ayant receu en fu- 
mée parla bouche h parlesnarines,ilfecongel- 
le au dedans,& leur pénètre ainfi les os.Et pour - 
cec'eftvne chofe fort dangereufe de hanter Se 
fréquenter auec vne créature fi venimeufe & il 
mortelle. Il a aufsi vne autre propriété d e courir 
& faire cent mil petites goûtes , defquelles pour 
petites & menues qu'elles puiffent eftre, il ne 
s'en perd pas vne, mais vont retournant par cy 
par là fe ioindre auec leur liqueur. Et eft qua- 
ïi incorruptible,n'y ayant chofe prefquequile 
puhîe gafter,d'où vient que le mefme Pline 1 ap- 
pelle fueur éternelle. Ilaencorvne autre pro- 
prieté,c'eft que côbien qu'il foit celuy qui fepar- 
re l'or d'auec le cuiure,& de tous les autres me- 
taux,neantmoins ceux qui veulent dorer du cui- 
ure,du bronze ou de l'argent,fe feruét du vif ar- 
gent, pour eftre le moyenneur de ceft aflgmble- 
menn car on dore les métaux par fon ay de. En : 



des Indes. Lium I V. 150 

cre toutes lesmerueilles de cefte eftrâge liqueur, 
celle qui m'a femblé plus digne deftre remar- 
quée , eft que combien qu'il foit la chofe la plus 
pefante du monde,neantmoins il fe tourne tota- 
lement en la chofe plus légère du monde,qui eft. 
la fumée par laquelle il monte en haut ayant elle 
conuertyen iceile, aufsi toft lamefme fumée, qui 
eft vne chofe Ci légère , fe retourne du tout en 
vne chofèfi pefante, comme eft la propre li- 
queur du vif argét: enquoyilfe refout :car cefte 
famée venant a rencontrer en haut le métal qui 
eft vn corps dur , ou bien venant à vne région 
froide , aufsi toft il s'efpaifsit & fe tourne en vif 
argent ; que fi l'on luy donne vne autre fois 
le feu , tout de mefme il fe retourne en fu-; 
mee pour fe refoudre encor en vif argét.Tranf- 
mutation vrayement eftrange d'vne chofe fi pe- 
fante en chofe Ci légère , & d'vne fi légère en vne 
11 pefante , ce que Ton peut tenir pour chofe ra- 
re en nature. Et pour ce l'Autheur de la nature 
eft digne deftre glorifiéen toutes ces& autres 
eftrangesproprietezde ce métal , puifque toute 
chofe engendrée obeyt promptement à fes loix 
cachées & incogne u es. 

J>h lieu oh ton trome le vif-argen t , & comm e 
l'on defeomrit ces très -riches mines en 
Gtsancauilca. 
ChnAPitre XI. 
E vif argent fe trouue en vne manière 
de pierre, laquelle donne & apporte 
aufsi tout enfemble ce vermeillon que 
'ic^anciè/is appellerent Mimmç >. & encor au- 





MMÉDil 



Hifioire naturelle 
iotird'huy Ton appelle les images de enflai mi- 
niades , lefquels font peints auec du vif argent» 
Les anciens ont beaucoup fait d'eftat de ce mi* 
1>*>\-<1* nmm , ou vermeillonje tenant pour vne couleur 
lacree, comme Pline raconte , difant que les' 
Romains auoient accouftumë d'en peindre la 
face de IupiterSff 'les corps de ceux quitriom- 
phoient en Ethiopie jmefmes les idoles &les 
Gouuerneurs aufsi auoient la face peinte de ce 
minium. Et que ce vermeillon eftoit tellement 
fcftiméàRome (lequel on y portoit feulement 
dEfpagne , oùilyauoit beaucoup de puits& 
«de mines de vif argent, qui y font encor au- 
îourd'huy) que les Romains ne permettoient 
pas que Ton laffinaft & accommodaft en Ef- 
pagne , de peur qu'ils n'en defrobaffent quel- 
que chofe , mais on le portoit à Rome , feellc, 
tout ainfien pierre comme ils le tiroient de la 
mine, puis l'affinoient. L'onyenapportoitpar 
chacun an de l'Efpagne , fpecialement de l'An- 
dalufîe , enuiron dix milliures, que les Romains 
eftimoientvneexcefsiue richeffe. I'ay rapporté 
toutcécy de cet Autheur , afin que ceux qui 
voyent auiourd'huy ce qui fe pafle au Peru, 
ayent le contentement de fçauoir ce qui s'eft 
pa (Té anciennement entre le plus punTants Sei- 
gneurs de l'vniuers. le le dy pour leslnguas, 
Roys du Peru,& pour les Indiens naturels d'ice* 
îuy , qui trauaillerent & fouyrent long temps es 
mines de vif argent, fans fçauoir ce que c'eftoitj 
du vif argent,& fans le cognoiftre , ny fans y re-; 
chercher autre chofe que le Cynabre ou ver- 
Hieilton , qu'ils appellent Limpy > lequel ils ef)zV 






des Indes. Dure. IV. î|X 

ment beaucoup, pour ce mefme efTed que Pli- 
ne a raconté des Romains, & des Ethiopiens,qui 
eft pour Te peipdre & teindre la face & le corp 
d'eux & leurs idoles;ce qui a efte beaucoup pra- 
tiqué par les Indiens,fpecialement quand ils al- 
louent a la guerre, de en vfent encor auiourd'huy 
quandils font quelques dances & fefteS", &ap- 
pellét cela febarbouiller,pour ce qu'il leur fem- 
bloit que les faces & vifages ainii barbouilles 
efpouuentoient beaucoup , & auiounThuy je 
tiennent pour vn ornement & mignardife. Pour 
cefte caufe il y a eu d'eftranges ouurages demi- 
très, aux montagnes de Guancauilca, qui font au 
Peru , proches de la Cite de Guamangua, def- 
quelles ilstiroient ce metal,& eft de la façon,que 
fiauiourd'huyl'on entre par les caues & Ïqccsl- 
bons, que les Indiens firent de ce temps là, tes 
hommes s'y perdent, &ne trouuent point de 
chemin pour en fortir : mais ils nefe Coudoient 
point du vif- argent , qui naturellement eft en k 
mefme matière , ou métal de vermeillon > ny ne 
cognoiffoient pcânt qu'il y euft au monde de 
telle matiere.Les Indiens n'ont paseftéfeuls qui 
ayentefté long temps fans auoir cognoiffance.de 
cefte richeffe , mais aufsiles Efpagnols ontefte' 
de mefme, iufquesa ce que en fan mil cinq cens 
foixante fix,& foixante f ept,que le Licentié Ca- 
ftro gouuernoit auPeru,l'on defeouu rit les mi- 
nes de vif arget, ce quiaduint de cefte façon. Vn 
home d'entendemét , appelle Henricque Guar- 
çes,Portugais de nation,ayant vn morceau de es 
métal colorë,que i'ay dit que les Indiensappel- 
knt Limpy,auec lequel ils le peignent le vifage 




Hiftoire naturelle 
comme illegardoit & contemploit , cogneut 
quec'eftoit la mefmechofe qu'en Caftille l'on 
appelloit vermillon , d'autant- qu'il fçauoit bien 
que le vermillon fe tire demefme métal que le 
vif argent , il conie&ura que ces mines de- 
uoient eftre de vif argent , & fe tranfportaau 
lieu d'où l'on tiroit ce metal,pour en faire l'efTay 
& l'expérience. Ce quil trouua eftre ainfï, & 
ayant de ceftefaçon efte defcouuertes les mines 
de Palcasau terroir de Guamangua,il y alla grâd 
nombre d'homes pour tirer le vifargent,& de là 
le portera Mexicque , où l'on affine l'argent par 
Je. moyen du vif~argent , dequoy plulïeurs fe 
font enrichis.Cefte contrée de mines , qu'ilsap* 
pèllentGuancauilca, des lors fe peupla d'Efpa- 
gnols& d'Indiens quiyarriuerent , &auiour- 
d huyyarriuent encor pour trauailler aTou- 
v rage de ces mines de vifargent , lefquelles font 
en grand nombre & fort abondantes. Mais fur 
toutes cesmines, celle qu'ilsappellent d'Ama- 
dor,deCabrera,autrement des Saints 5 eft belle & 
remarquable.C'elt vn rocher de pierre tres-du- 
re,toute femee de vif argent,& de telle grâdeur, 
qu'elle s'eftend plus de quatre vingts varresen 
Jongueur,& quarante en largeur,en laquelle mi- 
ne l'on a fait plufieurs puits & foifes de foixante 
Se dix ftades de profondeur ? de forte que plus de 
trois cens hommes y peuuent trauailler tous en- 
femble tant eft grade fa capacité. Celte mine fut 
defcouuerte par vn Indien d'Amador de Ca- 
brera, appelle Nauincopa , du bourg d'Acoria* 
&lafitenregiftrer Amador de Cabrera en fon 



s, 




j 



des Indes. Liure IV. jji 

Hom. Il en fut enprocez contre le Procureur 
hTcal , mais par arreft Fvfufruid luy en fut ad- 
jugé, comme ayant eftë le defcouureur. Du 
depuis il vendit fon droict à vn autre , pour le 
prix de deux cens cinquante mil ducats, & par 
après ayant opinion qu'il auoit eflé trompé eu 
céfte vente, mit en ad ion l'acheteur, pour ce 
qu'ils difent qu'elle vaut plus de cinq cens mil 
ducats , voire quelques- vns tiennent qu'elle 
vaut bien vn million'; d'or : chofe rare , qu'il y 
ait vne mine de telle valeur & richeiîe ! Lors 
que Dôm Francifque de Tollede gouuernoit 
au Pcru , il y eutvn homme qui auoit efté en 
Mexicque, & remarqué comme Ton affinoit' 
l'argent , auec le mercure, appelle Pero Fernan - 
des de Veîafco , qui s offrit & s'ingéra d'affiner 
& de tirer l'argent dePotozi auec le mercure, 
& en ayant fait preuue en Tan mil cinq cens foi* 
xante & onze, en vint à fon honneur , ê lors on 
commença en Potozi à affiner l'argent auec le 
vif-argent que l'on y portoit de Guancauelic- 
qua, qui fut vn beau remède pour les mines : car 
par le moyen de ce vif-argent, l'on tira vn nom - 
bre infiny d'argent de ces métaux , dont ils ne 
faifoient point d'eftat , lefquels ils appelaient 
racleures. Car comme il a eftë dit 3 le vif-argent; 
purifie l'argent encor qu'il foit &c , pagure , & 
de peu dalloy , cequel'onne peut faire en le 
faifant fondre par le feu. Le Roy Catholique 
tire de l'ouuragedes mines du vif-argent , fans 
couft ny rifque aucune, prefque quatre cens 
milpezesdemine, qui font de quatorze reaux 
jhaçun, ou peu moin^ outre le droit qui luy w 




ffiftoire naturelle 
tiientènPotozi , où il eft employé, quieftvni. 
autre grade richeflè. L'on tire chacun an r ïvn 
portantl autre, de ces mines de Guancauilca , 8* 
mil quintaux de vif argent , & voire dauantage. 

De la fat m de tirer le vif argent , comme on en 
affine l'argent. 

Chapitre XII. 



^g^y Ifcns maintenant comme 1 on tire 
le vif argent, & cômë auec luy Ton 
affine l'argent. L'ô prend la pierre 
ty ou métal, où fe trouue le vif argét, 
ê laquelle ils mettent au feu dedans 
des pots de terre , bien bouchez^presqu'ilsl ot 
premievement pillée & moullùe,de forte que ce 
métal ou pierre, venant âfe fondre parla cha- 
leur du feu,le vif argent s'en fe pare,& en fort eri 
<exhalation,& quelquefois melméauec la fumée 
de mefme feu, iufques a ce qu'il rencontre quel- 
que corps,où il s arrefte & fe congelle : que s'il 
luffe outre en haut fans rencontrer aucun corps 
dur,il va a mont iufques à ce qu'il foit refroidy* 
& lors e fiant congelle il retombe en bas, Quand 
la fondure eft acheuee, ilsdefloupentles pots 
& en tirent Je métal , attendants toutesfois à 
ce faire,qu'ilfoit bien refroidy , car s'il y reftoit 
encor quelque fumée ou vapeur, qui rencon- 
trait les perfonnes qui les deftoupent, ceferoit 
pour les faire mourir,ou demeurer preclus , ou 
atout le moins pour en perdre les dents. Et 
d'autant <jue l'onvfe& defpendvn nombre in*' 

finy 



des Indes. Unie IV. i jf 3 

finydebois, pour entretenir le Ru à fondre les 
métaux. Vn meufnier nommé Rodrigo deTor- 
res, trouua vne inuenrion tresvtile, qui fut 
de cueillir d'vne certaine paille qui croiit par 
Jtoutes ces montagnes du Peru, laquelle ils ap- 
pellent Ycho , de eit comme vneefpece de ionc 
'durauecquoy iis font du feu. C'eft chofemer- 
jueilleufe, que la force que cette paille a pour 
fondre ces métaux, ce qui eit, comme Pline dit, L( '-3jM 
(qu'il y a de l'or que l'on fond plus facilement 
jaueclaflâmedelapailie, que non pas auec vn 
trosbrafîer, quoy qu'il foit bien ardent & en- 
flâmé. Ils mettent le vif-argent ainn" fondu dans 
.des peaux, d'autant qu'il fe gardent fort bien 
dâs du cuir,& de celle façon Ton le met aux ma- 
^afinsdu Roy, d'où l'on le tire pour le porter 
aarmerà Aricqua, puis à Potozi par terre, fuc 
es moutons du pays. Il feconfume ordinaire- 
ment chaque an en Potozi, pour raffinement 
des metaux>enuiron fix ou fept mil quintaux de 
rif-argent, fans ce que l'on tire des lames, (qui 
eftleterreitre, &: ordure d^s premiers lauoirs 
des métaux, qui fe font en des chaudières.) Lcf- 
quelles lames ils bruilét & mettent en ces four- 
neaux pour en tirer le vif. argent qui demeure 
: enicelles. Et y a plus de cinquante de ces four- 
neaux en la ville de Potozi ,& en Tarpaya. La 
quantité des métaux que Ton affine ( comrrje 
quelques hommes expérimentez en ont fait le 
conte,; fe peut monter à plus de trois cens mil 
quintaux par an,des lames & terreftres defquels 
refondues & rafinees > l'on peut tirer plus de 
deux mil quintaux de vif argent. Or l'on doit 




fftiftoire naturelle 

fçauoir, qu'il y a diuerfes fortes de métaux pouJ 
ce qu'il y a quelques métaux qui rendent beau-l 
coup d'argent ôc côfomment peu de vif- argent! 
ôc d'autres au contraire qui confomment bcau-l 
coup de vif~argent,&: rendent peu d'argent, il 3 
en a d'autres qui en confomment beaucoup , & 
rendent beaucoup d'argent, & d'autres qui con 
fomment peu de vif-argent,& rendent peu d'ar 
gent:& félon que les hommes rencontrent er 
ces métaux, ainil ils enrichifïent & appauurif 
fentenleurtraitte. Combien que le plus ordi 
naireméc il arriue, que tout ainfi comme le me> 
tai riche donne plusd'argent,auiîî il confomm< 
beaucoup plus de mercure, & le pauure au con- 
traire ainfi qu'il donne peu d'argent, il confom 
meauffipeu de vif-argent. L'on pile & meut 
premièrement le métal fort menu , auec dej 
mafles Ôc inftruments, qui frappent ôc pilent 
cette pierre,comme des moulins à tan, Ôc eftant 
le métal bien pilé, ils le faifentendes facsde 
cuiure , qui font Ôc rendent la poudre auffi def 
liée êc menue, comme ceux qui font faits d< 
foye de cheual , ôc fafsét ces facs lors qu'ils font 
bienaccommodez&: entretenus, trente quin 
taux en vniour ôc vne nuid, puis l'on met h 
poudre de ce métal , eftant faflee, en des caftons 
de buitrones, où ils la mortifient ôc defgraiftent 
auec de la faulmure , mettât à chaques cinquan- 
te quintaux de poudre cinq quintaux de fel, ôc 
font cela , pource que le fel defgraifle ce métal, 
& lefepare d'auec la terre ôc l'ordure qu'il a, à 
6n que le vif-argent recueille plus facilement, 
& attire l'argent. Apres ils mettent du yif-ar : 




desjndes. Luire Jfr ^ 

g'ent en vn linge de Hollande cru, & ] e pre £ 
fent & expriment fur le métal, forrant le vif-ar- 
gent comme vne rofeé , en tournant Ôc méfiant 
toufiours cependant le métal, afin que ccfte ro- 
fee de vif-argent fe cômunique à tout. Auoarâ* 
uant qu'ils eulïènt inuenté les biiy trônes de feu 
Ton amaflbit ôc paiftriflbit plu/leurs ôc diuer- 
Bs fois le métal auec le vif-argent, dans de gran- 
des auges, ôc le laiflbientainfipofer quelques 
iours , puis retournoient à le remefler Se amaf- 
fer vne autre-fois , iufques à ce qu'ils penfoient 
que tout le vif-argent eftoitja incorporé auec 
1 argent , ce qui tàrdoit vingt iours ôc plus , ôc 

quandil tardoitpeu,c'eftoit comme neuf iours. 
Du depuis l'on defcouurit, (comme le defir 
d'acquérir eft diligent) que pour abbreger le 
temps, le feu y aydoit beaucoup pour caufer 
que le vif-argent recueillift pluftoft l'argent, 
&ain(ulsinuenterent ks buy trônes, ou l'oit 
mettoit des cafles pour mettre le métal auec 
du fel & du vif-argent, ôc par deflbus met- 
toient le feu petit à petit en des fourneaux faits 
exprès , par defïous terre , ôc en l'efpace de cinq 
ou iix iours le vif- argent incorpore à foy l'ar- 
gent, puis quand ils cognoi/Tent que le mercure 
a ait f on dcuoir, rçaucirqu'iladutoutaffcm-.- 
blc 1 argent, fans laiiTer rien arrière, ôc qu'il s'en 
citimbu, comme fait l'efponge de l'eau, l'in- 
corporant auec foy, ôc le feparantdela terre, 
du plomb & du cuiure, auec lefqueîs ils s'en-' 
gendre, puis ils le tirent ôc feparentdumefmë 
rit-argent. Ce qu'ils font en eefte manière, ils 
jettent le métal en des chaudières , ôc vaiffcâu* 

V ij 




iJiftoire naturelle 
pleins d'eau, ou auec des moulinets ou roues," 
vont tournant tout à i'entour le métal , comme 
qui feroit delà mouftarde, ôc lors va fortant la 
terre & ordure du métal, auec l'eau qui court; 
Ôc l'argent & vif-argent, comme plus pefans 
demeurent au fond de la chaudière , & le métal 
qui demeure eft comme du fable : delà ils le ti- 
rent ôc portent lauer vne autre fois auec de| 
grands plats de bois en des cuues pleines d'eau, 
&làilsacheuent défaire tomber la terre, làif| 
fant l'argent ôc vif argent feuls. Toutesfois il 
ne laifle pas de couler quelquefois vnpeu d'ar- 
gent ôc vif- argent auec la terre ôc ordure , ôc eft 
ce qu'ils appellent relaué, lequel ils approufi- 
tent par après , êc en tirent ce qu'il refte. Apres 
donc que l'argent ôc vif-argent font nets, ôc\ 
qu'ils commencent à reluire à caufe qu'il n'y 
refte plus de terre, ils prennent tout ce métal 
lequel eftantmis dans vn linge, ils le pre(Tent& 
expriment très-fort, & par ce moyen fort tout 
le vif-argent qui n eft point incorporé auec l'ar- 
gent, & demeure le refte fait comme vnpain 
d'argent, ôc vif- argent, ainfi que demeure le 
marc des amandes quand [elles font prefTees 
pour faire de l'huyle , Ôc eftant ainfi bien prciTé, 
le marc qui demeure contient en foy feulement 
la fixiefme partie d'argent , ôc les cinq autres de 
mercure; tellement que s'il refte vn maredej 
foixante liures, les dix font d'argent , ôc les cin-i 
quante de vif- argent. De ces marcs ils font desi 
pines qu'ils appellent, ou pommes de pin, en la; 
façon de pains de fucre, creufes par dedans, lef- 
quelles ils font ordinairement de cent liures 



des Indes. Liure IV. ijç 

pefant, puis pour feparer l'argent d'auec le vif- 
argentjes mètrent au feu violenr, où ils les cou- 
urentd'vn vafe de terre, à la façon d'vn moule 
à faire hs pains de fucre qui font comme capu- 
chons, ôc les couuranr de charbon, leur don- 
nent le feu, par lequel le vif- argent s'exhale 
en fumée, ôc rencontrant ce capuchon de ter- 
re, là s'efpafik Ôc diftille ainfi que fait la fumée 
dupotaucouuercle, ôc par vn canal en façon 
d'allembicq, Ton reçoit tout le vif-argent qui 
fe diftiiie , demeurant l'argent feiil , lequel ne fe 
change en la forme & figure, mais aux poids il 
diminue de cinq parts moins quauparauant,Ôr 
demeure crefpu ôc fpongieux, qui eft vne chofe 
digne de voir. De deux de ces pines Ton fait 
vne barre d'argent , du poids de foixante cinq 
ou foixante fix marcs,& de celte façon ils la por- 
tent eflayer , quinrer ôc marquer. L'argent tiré 
auec le mercure eft fi fin , que iamais il n'abaifîe 
de deux mil trois cens quatre vingts d alloy , ÔC 
eft fi excellent que pour le mettre en œuureles 
Orfeures ont ont befoin de labaifler d'aîîoy, en 
y mettant de la foulde, ou meflange, corne aufll 
Ton fait es maifonsde la monnoye, où l'argent 
fe met en ceuure fous le coing. L'argent endure 
tous ces tourmens ôc martyrs (s'il faut dire ain- 
fi) pour eftre affiné : que filon confiderebien, 
c'eflvn amas tout formé, où Ton meut, l'on s'af- 
fe , Ton paiftrit , l'on fait le leuain , 6c l'on cuit 
l'argent: outre tout cela, l'on le laue,telaue,cuir 9 
& recuit, parlant par les pilions, facs, auges 
buy trônes, chaudieres,batoirs 5 preffoirs. fours, 
& finablement par l'eau ôc par le feu. le dis ceey 

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Vfal. II. 



Hifîoire naturelle 

pour-ce que voyant cet artifice en Potozi,iç j 
confiderois ce que diti'Efcriture des iuftes,que: 
CoUbit eos , çr purgahit quafi argentam , ÔC ce quel- j 
le dit en autre part , Sicut argentum purgatum terr* \ 
purgatum feptuplum. Tellement que pour purifier 
l'argent , l'affiner & le nettoyer de la terre ôc 
pierre où il s'engendre, Ton le purge & purifie 
îep t fois : car en effecl: ils le tourmentent ôc paf- 
fent par les mains fept fois, voire dauantage, 
iufques à ce qu'il demeure pur & fin, ce quieft 
de mefme en la doctrine du Seigneur, Ôc doi- 
vent eftre telles , & ainii purifiées les âmes , qui 
doiuent participer ôc ioiiyr de fa pureté diuine. 



lk 



Pes engins à moudre les métaux > &deïeffay 

de l'argent. 

Chapitre XII î. 

é^Our conclure cette matière ôc fujed 
"de l'argent ôc des métaux, il nous refte 
W^deux chofes à<Iire, l'vne jdefqueUes eft 
4e traitter des engins ôc moulins , & 1 autre des 
eiïàis. I'ay défia dit comme Ton meut le mé- 
tal pour receuoir le vif argent, laquelle mou- 
lure fe fait auec diuers inftrumens & engins, 
les yns auec des chenaux comme des moulins à 
bras , ôc les autres comme moulins à eau , def- 
quelles deux fortes y a yne grande quantité. 
Mais d'autant que leau qu'ils ont là commune* 
ment 5 n'eu: que de la pluyç /il n'y en a pas fuf- 
Sfammenî: en Potozi, qu'en trois ou quatre 
mois, quifonten Décembre, Ianuiçr, Fçurjen 



des Indes. Liure IV- tj'S 

pour céRe occafion ils ont fait des lacs ôc 
eftangs qui contiennent de circuit , comme 
mil & fix cens verges , & de profondeur trois 
ftades , il y en a fept auec leurs efclufes, telle- 
ment que quand il eft befoin d'eau , l'onjeue 
vneefciufe d'où fort vnruhTeau d'eau , lequel 
ils referrent aux feftes. Et quand les lacs Ôc 
eftangs fe rempliiTent , &" que l'année eft abon- 
dante en pluyes,le moudre y dure fix ou fept 
mois, de façon que mefme pour Large t les hom- 
mes défirent ôc demandent vne bonne année 
d'eau en Potozi, comme Ton fait aux autres 
endroits pour le pain. Il y a d'autres engins en 
Tarapaya, qui eft vne vallée diftante trois ou 
quatre lieues de Potozi, où il court vne riuiere, 
comme mefme en d'autres endroits. La diuerfi- 
té qui eft entre ces engins, eft que les vns font de 
fix pilons, les autres de douze, &les autres de 
quatorze. L'on meut ôc pile le métal en.des 
mortiers où iour ôc nni<k ils trauaillent , & de là 
l'on porte ce qui eft moulu pour faller. Il y a au 
riuage du ruuTeau de Potozi quarante huid in- 
ftrumens ôc engins à eau, de nuicl:, dix ôc douze 
pilons , ôc quatre autres de l'autre cofte , qu'ils 
appellent Tanacognugno. En la vallée de Tara- 
paya, y en a vingt deux tous à eau, outre lefquels 
y en a trente à cheual en Potozi, Ôc pluneursau- 
tres en d'autres endroits , tant a efté grand & eft 
encor le defir ôc induftrie de tirer l'argent. Le- 
quel fïnaleraét eft eifayé ôc efprouué par les mai- 
ftres à ce députés par le Roy. Pour donèr l'alioy 
à chaque pièce l'on porte les barres d'argent à 
î'elTayeur, qui met à chacune fon numéro, pou.r 

V iiij- 




Ht '/foire naturelle 



* 






ce que Ton luy en porte plufieurs à la fois, a 
coupe de chacune vn petit morceau, lequel il 
poife iuftement , & le met en vn creufet , qui eft 
vn petit vafe fait de cendres d os bruflez ôc bat- 
tus \ puis il pofe tous ces creufets chacun en fon 
ordre au fourneau , leur donnant le feu violent, 
lors ie métal fe fond , ôc ce qui eft plomb fe re-l 
fout en fumée , ôc le cuiurc ôc eftain fe diiïôuL 
uent , demeurant l'argent très- fin de couleur de 
feu: &eftyne chofe merueilleufe, que quand 
il eft ainfi raffine, encor qu'il foit liquide & 
fondu , il ne s efpand point , quoy que Ion ren- 
uerfe le creufet la bouche en bas, mais il demeu*. 
re toufiours fixe , ôc fans en tomber vne goû- 
te. L'efFayeur recognoift en la couleur ôc au* 
ttes figues quand il eft affiné, ôc lors il tire ks 
creufets du feu ôc repefe délicatement chaf- 
que morceau, regarde ce qu'il eft diminué, d 
fon poids, pour-ce que celuy qui eft de haut 
loy , diminue peu , Se celuy qui eft de baffe loy, I 
beaucoup, Ôc ainfi félon qu'il eft diminué il voit* 
falloy qu'il tient, fuiuant quoy il marque pun^J 
cruellement chaque barre. Le poids ôc bal- 
lance font fî délicats ôc les grains fi menus , que 
Ton ne les peut prendre auec lamaîn , mais feu- 
lement auec des pincettes , Ôc fait l'on cet ef- 
fayàla lumière de la chandelle, afin qu'il n'y 
ayt aucun air qui face mouuoir les balances: car 
de ce peu défpend le prix Ôc valeur de toute la 
barre. Ceft à la vérité vne chofe délicate, & 
, 7 qui requiert vne grande dextérité, dequoy 
mefmes'aydelàfainc'tc Efcriture en diuers en- 
çkoîfts, partie pour déclarer de quelle façon 



àes Indes. Liure IV. xj? 

JDieù efprouue les liens, & pour noter, & re- 
marquer les différences des mérites ôc valeur , 
desaraes, où au Prophète Hieremie Dieu don- Prmt lm 
ne le tiltre d'efîàyeur , afin qu'il cognoifle ôc dé- 
clare la valeur fpiritueile des hommes , & de Tes 
œuuresj qui eftvn propre négoce delefpritde 
Dieu,eftantceluy qui pefe Teiprit des hommes. 
Nous-nous contenterons de ce qui eft dit fur le 
ïubjec de l'argent, métaux 6c mines, & paie- 
rons aux deux autres mixtes propofez , qui font 
les plantes ôc animaux. 



i Des Efmêraudçs. 
Chapitre XIV. 




L ne fera pas hors defujet de dire 
quelque chofe des efmeraudes, 
tant pource que c'eft vne chofe 
precieufe comme l'or & l'argent, 



& „_ 

£Z^j dont nous auôs traitté, que pour- 



ce qu'ils viennent , & prénent leur origine mef- 
me des mines & des métaux, ainn" que raconte 
Pline. L/efmeraude a efté anciennemét en gran- plfaU** 
deeftime, comme leroefmeautheurefcrit, & cap. s. 
luy donnoit-on le troifiefme lieu entre hs 
ioyaux ôc pierres precieufes , fçauoir après le 
diamant Ôc la perle. Aujourd'huyronn'eftime 
plus tant Tefmeraude, ny la perle, pour ia gran- 
de abondance qu'on a apportée des Indes de ces 
deux fortes de pierres, & n'y a que le diamant 
feiil qui retienne ôc demeure en fa principauté 




[vHn. Z.37. 



Ipîln. I. y. 

W 3;. 



Hiftoire naturelle 
laquelle on ne luy peut ofter. Apres viennent en 
eftime les rubis fins & les autres pierres, qu'on 
tient plus precieufes que les efmeraudes. Les 
hommes font tant amis des fingularitez , & des 
chofes rares , que ce qu'ils voyent eftre cômun, 
ils ne i'eftiment plus. On raconte dVn Efpagnol 
qui aucomencement deladefcouuerte des In- 
des fut en Italie , & mon&ra à vn lapidaire vne 
«fmeraude \ auquel demandant le prix d'icelle, 
#pres que le lapidaire l'eut regardée de près, ÔC 
bien confédérée corne elle eftoit d'vne excellen- 
te qualité & figure , refpôdit qu'elle valloit cent 
ducats. Illuy en monftra vne autre plus grande, 
que le lapidaire eftima trois cens ducats. L'Ef* 
pagnol eftant enyuré de ces proposée mena en 
îbn logis, & luy en môftra vn cafîion tout plein: 
lors ritaîien voyant vn fi grand nombre de ces 
efmeraudes, dift , Monfieur , celles-là vaudront 
bien vnefeu la pièce. Ileneftaduenuautantés 
Indes & en Efpagne , que Ces pierres ont perdu 
leur valeur, pour la grande richeife & abondan- 
ce d'icelles qui f y en eft trouuee. Pline raconte 
plufieurs excellences des efmeraudes, entre lef- 
quelles il dit qu'il n'y a chofe plus agréable , ny 
plusfaluble àlaveiie, enquoyilaraifon: mais 
îbn authorité importe peu , pendant qu'il y en 
aura telle abondance. Laslia Romaine, de la- 
quelle il raconte qu'en vn fcofRon & veftement 
brodé de perles & efmeraudes, elle employa la 
valeur de quatre cens mille ducatsj pourroit au- 
jourd'huy auec moins de quarante mil en faire 
deux paires tels que celuy-là. Ilfen efttrouuc 
en diuerfes parties des Indes, & les Rois dç Me- 



desjndes. LiurelV. j'fg 

xique les eftimoient beaucoup, voire auoient 
accouftumé quelqu'vns de fe percer tes narines, 
Ôc d'y mettre vne excellente efmeraude. Ils les 
mettoient aux vifages de leurs idoles -, mais le 
lieu où l'on en a trouue, ôc feu trouue encor au- 
jourd'huyplus grande abondance, eft aunou- 
«eau Royaume de Grenade , ôc au Peru, proche 
de Manta ôc Port- vieil. Il y a vers ce lieu vn ter- 
roir qu'ils appellét, Terre des efmeraudes, pour 
la cognoiiîance que Ton a qu'il y en a beaucoup, 
encores que iufques aujourd'huy Ion n'a point 
conquefté cefte terre. Les efmeraudes naiilënt 
en des pierres, en forme decryftaux, &lesay 
veiies en la mefme pierre, qu'ilsvontcommey 
formant vne veine, Se comme il femble, fe vonc 
peu à peu efpaiffiflant & affinant. Pourceque 
j'en vids quelques -vnes qui eftoiét moitié blan- 
ches & moitié vertes , d'autres toutes blanches, 
Se d'autres jà toutes vertes, Ôc parfaites du toute 
l'en ay veu quelques- vnes de la grandeur d'vne 
noix, Se f'en trouue de plus grandes; maisie 
n'ay point feeu qu'en noftre temps l'onenaye 
trouue de la grandeur ôc figure du plat ou ioyau 
qu'ils ont à Gennes , qu'ils eftiment auec raifon 
pour ioyayx de grand prix, & non pas pour re- 
lique, puis qu'il napparoift point que ce foit 
vnerelique, mais eft le contraire. Neantmoins 
fanscomparaifon, ce que Theophrafte raconte pîin - ï**\i 
'de l'efmeraude, que le Roy de Babylone prefen- € *' u 
ta au Roy d'Egypte, furpa/fe celle de Gennes. 
Or elle auoit quatre couldees de long , ôc trois 
de large , ôc dit qu'au Téple de Iupiter il y auoit 
jnç eiguille, ou pyramide, faite de quatre pier- 




Hifit 



itjtoire naturelle 

res d'efmeraudes, de quarante coudées de long, J 
& en quelques endroits, de quatre coudées de | 
large , & de deux en d'autres endroits, ôc que de I 
fon temps il y auoit à Tyr, au Temple d'Hcrçu- jl 
hs y vnpillierd'efmeraude. Ueftoitparauentu- ! 
renomme dit Pline, depierre verte, qui tiroic | 
* fur l'efmeraude, & i'appelloiét, efmeraude fauf- j 
fe: comme quelques-vns veulent dire que cer- | 
tains pilliers qui font en PEglife Cathédrale de I 
Cordoiïe, font de pierre d'efmeraude, & y font J 
depuis le temps qu elle fut mefquitte des Roys j 
Miramamolins Mores , qui régnèrent en icelle. J 
En la flotte de 1^87. en laquelle îevins des In- I 
des, ils apportèrent deux calions d'efmcraudes, J 
dont chacun pefoitpour le moins quatre arro- j 
bes, d'où Ton peut voir l'abondance qu il y en a. J 
Exod.1.9. L'Efcriturefain&e célèbre les efmeraudes corn- 
30. ''- me ioyaux fort précieux -, on la met entre les 
nsffoc.zi. 'pierres precieufes que le grand Pontife portoit J 
en fonEphod, ou Pectoral , comme celles qui 
ornoient les murs de la celeile^merufalem. 



Des Perles. 

Chapitre XV. 

Aintenant que nous traitons 
é de la principale richeffe que l'on 
4 apporte des Indes , il neft pas rai- 

^1 IWIl I fo nnableci ' oublierles P erles > <l ue 
fQ^tM les anciens appelloient , marguari* 
tes, 6c eftoient aux premiers temps en fi gran<k 



des Indes. Liure IV. rj9 

eftime , qu'il n'appartenoit qu'aux personnes 
royales d'en porter*, maisaujourdhuy ilvena 
en telle abondance, que les Negreifes meimes 
en portent des chaines. Elles T'engendrent es 
conches ou huiftres de la mer auec leur chair, & 
nVeft arriué, mangeant des huiftres, d'y trouuer 
des perles au milieu. Ces huiftres font par dedas 
d'vne couleur comme de ciel, fortviue, &en 
quelques endroits l'on en fait des cuciilieres 
qu'ils appeilét de nacre. Les perles font de très- 
différentes formes en la grandeur , figure, cou- 
leur &poîifmre, comme auflî en leur prix elles 
différent beaucoup. Ils appellent les vnes Aue- 
marias, poureftre comme les peurs grains du 
chappelet*, les autres Patenoftres, parce qu'elles 
font grottes. Peu fouuent l'on en trouuedcux 
qui foient tout d'vne grandeur , forme > 6c cou- 
leur. Pour celle occafîon les Romains , félon 
qu'eferit Pline, les appelîoient Vnions. Quand 
il aduient que l'on en trouue deux qui fe reiïem- 
blent du rout, ils haulfent beaucoup de prix, 
fpecialement pour des pendants d'oreille. l'en 
ay veu quelques paires qu'ils eftimoie.nt a mil- 
liers de ducats, encore qu'elles ne fu lient pas de 
la valeur des deux perles de Cleopatra, desquel- 
les Pline raconte que chacune valoit cent mille 
ducats, auec lefquelîes cède folle Pvoyne gagna 
la gageure qu'elle auoit faite contre Marc An- 
toine , de gafter , & defpenfer en vn fouper plus 
de cent mille ducats , d'autant que fur le deifert 
elle mitvne de ces perles en de fort vinaigre, 
puis après la perle eftantdidoute auec le vinai- 
gre , elle la beut ainiî. Ils dikm que l'autre per- 




llîfloirè naturelle 
le fut coupée en deux, &mife au Panthéon de 
Rome , aux pendants d'oreille de la ftatuede 
Venus. Efope raconte de Clouis fils du bafte- 
leur ou comédien , qu'en vn banquet il fit pré- 
senter aux conuicz, entre les autres mets, à cha- 
cun vne perle riche, duToute en vinaigre, afin de 
xendre lafefle plus magnifique.Ce font efté des 
folies de ces temps -là, mais celles d'aujourd'huy 
ne font pas moindres,attendu que nous voyons 
non feulement les chapeaux 8c les cordes, mais 
auflï les bottines à 8c lespattins des femmes de 
baffe condition, eftre tout femez de broderie de 
perles. Onpefche des perles en diuers endroits 
des Indes: mais la plus grande abondance eft en 
la mer du Sud , proche du Panama , ou font les 
îfles qu'ils appellent pour cefte occafion , les 
Ifles des perles. Mais Ton en tire aujourd'huy 
en la mer duNort en plus grande quantiré, 8c 
de meilleures, qui eft proche de la riuiere qu'ils 
appellent , de la hache. le vis là comme Ton en 
faifoit la pefche , qui fe fait auec afTez de couft,. 
& de trauail des pauures efclaues, lefquels fe 
plongét fix, neuf, voire douze braffes en la mer, 
à chercher les huiftres, lefquelles ordinairement 
font attachées aux rochers & grauier de la mer. 
Ils les arrachent delà, 8c en chargent pour re- 
uenir fur l'eau, 8c les mettre en leurs canoës, où 
ils les ouurét après pour en tirer le threfor qu'ils 
ont dedans. L'eau de la mer eft en cet endroit 
tres-froide, mais encore ce leur eft beuaucoup 
plus grand trauail de retenir leur haleine quel- 
quefois vn grand quart d'heure , voire demie! 
heure, en failant leur pefche* £tafin que eeà 



desjndes. Liure IV. j^o 

jpauures efclaues puifïent mienx retenir leur ha-» 
leine, ils leur font manger des viandes feiches, 
& encore en petite quantité -, tellement que l'a- 
uarice leur fait faire ces abftinences ôc conti- 
nences contre leur volonté. L'on met des perles 
en reuure en diuerfes façons , ôc les perce-ton 
pour faire des chaines, ôc y en a jà grande abon- 
dance en quelque lieu que cefoit. £n Tan 1^87. 
ievids au mémoire de ce quivenoit des Indes 
pour le Roy, qu'il y auoit dix-huicl: marcs de 
perles, ôc encores trois caftons dauantage, Et 
pour les particuliers il y en auoit mil deux cens 
îôixante ôc quatre marcs , & outre tout cela, 
fept fachets qui n'eftoient point pefez,cequ on 
eufï: tenu en autre temps pour fable. 



D h pain des Indes, & du mays. 

Chapitre XVI. 

Aintenant pour traitter des 
plantes nous commencerons à cel- 
les qui font propres &particulie- 
res es Indes; & puis après de celles 
I qui font communes aux Indes, & 
— à l'Europe. Et pource que les plan- 
tes ont efté créées principalement pour 1 entre- 
tien de l'homme; ôc que la principale dont il 
prend nourriture , eft le pain, il fera bon de dire 
quel pain il y a aux Indes, &dequoyiIsvfentà 
faute d'iceluy. Ils ont comme nousauonsicy, 
jnnompropre, par lequel ils defïgnent ôc £- 




*~-% 




Hifioire naturelle 

gnifient le pain, qu'ils difent au Peru, Tanta, Se 
en d'autres lieux d'vne autre façon. Mais la qua- 
lité & fubftance du pain dont ils vfoient aux In- 
des , eft chofe fort différente du noftre , pourcé 
qu'il ne fetrouue qu'il y euft aucun genre de 
frornent 5 ny orge, ny mil, ny de ces autres grains 
dont on fe fert en Europe à faire du pain,au lieu 
de cela ils vfoient d'autres fortes de grains & ra- 
cines, entre lefquels lemays tient le premier 
lieu,& auec raifon legrain qu'ils appellét mays, 
que l'on appelle en Caftille, bled d'Inde, & eu 
Italie, grain de Turquie. Et ainu comme le fro- 
ment eit le plus commun grain pour Mage des 
hommes, es régions de l'ancien monde, qui 
font Europe, Afie & Afrique; ainfl aux endroits 
du nouueau monde le grain de mays eft le plus 
commun, & qui prefque f'eft trouué en tous les 
Royaumes des Indes Occidentales , comme au 
Peru, en la neuue Efpagne, au nouueau Royau- 
me , en Guatimalla , en Chillc , en toute la ter- 
re ferme. le ne trouue point qu'anciennement 
éslfles de Barlouente, qui font Cuba, faincT: 
Dominique, lamaycque, &c faincT: Iean, ils vfaf- 
fent du mays, aujourd'huy ils vfent beaucoup 
de là Yuca, & Caçaui, dequoy nous traiterons 
incontinent. le ne penfe point que le grain de 
mays foit inférieur au froment en force , ny en 
fubftance,mais il eft plus chaud,& plus groÂîer, 
& engendre beaucoup defang,d'où vient que 
ceux qui n'y font point accouftumez s'ils en 
mangent trop, ils deuiennent enflez & ro- 
gneux. Il croift en des cannes , ou rofeaux , cha- 
cun defquels porte vne ou deux grappes, auf- 

quelles 



desjndes. Liure IV. 
quelles le grain eft attaché 5 ôc combien quele 
grain en foir aflez gros, -fi eft-ce qu'il [y en trou- 
ue en grande quantité ; teljemet qu'en quelques 
grappes j'ay conté fept cens grains. Il le faut fe- 
mer à la main vn à vn, & non pas efpars. Il veut: 
la terre chaude & humide, ôc en croift en plu-, 
fïeurs lieux des Indes en fort grande abondance^ 
& n'eft point chofe rare «n ces pays de recueillir 
trois cens fanegues ou mefures d'vne feule de 
femence. Il y a de la différence entre le mays, 
comme il y en a entre le froment , l'vn eft gros* 
&fortnourriirant; &Tautre petit &fec, ou'ils 
appellent moroche. Les feuilles & la canne 1 ver- 
te du mayseft vn manger fort propre pour les 
mules &pour les chenaux, & leur fcrt suffi de 
pailje quâd elle eft feiche j le grain en eft de plus 
de iubftance ôc nourriture pour ks cheuaux, 
que n'eft pas l'orge. Ceftpourquoy ils ont ac- 
couftumé en ces pays de faire boire lesbeftes 
auant que leur donner à manger: car fi éks 
beuuoienr après, ce feroitpour les faire enfler 
comme elles feroient ayant mange du froment! 
Le mays eft le pain desIndes, Ôc le mangenc 
communemét bouillyain/ï en grain tout chaud, 
,& l'appellent mote, comme les Chinois ôc Jap- 
pons mefmes mangent le ris cuit auec foneau 
Chaude, quelquefois le mangent rofty. Il y a du 
mays rond& gros comme celuy deLucanas, 

|que les Efpagnols mangent rofty comme viande 
iehcieufe, ôc a meilleure faveur que lesguar- 
fenfes, ou pois roftis. Il y avne autre faconde 
f c manger plus delicieufe , qui eft de mouldre k 
pays, & en ayant amaffé la fleur, enfairedepe- 

X 



k 



— ■ 





























1 








-ffl r 









pli». I 



H 



11. 



Hiftoire naturelle 
tits tourteaux qu*ils mettent au feu , qu'on a ac* . 
couftumé deprefenter tous chauds à la table, if 
En quelques endroits ils les appellent Arepas. || 
Ils ront mefme deceftepafte des boullesron- I 
des, & les acc'ouftrent dVne façon qu'ils durent I j 
& fe conleruent long tcmps,les mangeant corn- i ; 
me vn mets délicieux. Ils ont inuenté aux Indes jj 
(pour friandife & délices) vne certaine façon de j j 
paftez qu'ils font deceftepafte & fleur auecdub) 
fucre, lefquels ils appellent bifeuits , & mellin*! 
dres. Le mays ne fert pas feulement aux Indiens! 
de pain , mais aufîî il iert de vin : car ils en font! 
leur bouton , de laquelle ils fenyurent pJuftoftJ 
que de vin de raifins. Ils font ce vin de mays en! 
diuerfes façons , Tappellans au Peru , Acua, &jl 
pour le nom le plus commun es Indes, Chicha.1 
Le plus fortfe fait en façon de ceruoife , met- 
tant tremper premièrement le grain de mays 
iufques à ce qu'il fe creue > par après ils le cuifent 
dVne telle façon, & deuient fifort, qu'il en faut 
peu pour abbatre fon homme. Us appellent ce- 
ftuy là auPeru, Sora, & eft vn breuuage def 
fendu par la loy, à caufe des grands inconueniéi 
qui en prouiennent, enyurant les hommcs.Maii 
cefte loy y eft malobferuee, d'autant qu'ils n< 
laiflent point d'en vfer, ains partent les nuic"t! 
& les iours entiers à en boire en dançans & bal 
lans. Pline raconte que cefte façon debreuua 
gc , qui eftoit de grain trempé, ôc cuit par après 
auec lequel on Penyuroit , eftoit anciennemen 
en vfage en France , en Efpagne , ôc en d autre 
Prouinces , comme au jourd'huy en Flandres il 
yfent delà ceruoife faite de grain d orge. Il jl 




des Indes. Liure IV. itfz 

vnê autre façon de l'Acua, ou Cracha, qui eft de 
mafcherlemays, &: faire duleuain de ce qui a 
eftéainfi mafché, après le faire bouillir, voire 
eft l'opinion des Indiens, que pour faire de bon 
Jeuain il doit eftre mafché par des vieilles pour- 
ries , ce qui fait mal au cœur àl'ouyr feulement 
toutefois ils ne laiiîent pas de le boire. La façon 
la plus nette , la plus faine , & qui fait moins de 
dommage, eft de roftircemays, qui eft celle 
dont vfent les Indiens les plus ciuiliiez, & quel- 
quesEfpagnols 3 mefme pour médecine: car en 
efFe<5t- ils trouuent que c'eft vne fort falubre 
boiiîon pour les reins, d'où tient qu'es Indes à 
peine fe trouue il aucun qui fe plaigne de ce mal 
de reins , à caufe de ce qu'ils boiuent de ce Chi- 
eha. Les Efpagnols & Indiens mangent pour 
ffiandifes ce maysboiïilly, ourofty, quand il 
eft tendre en fa grappe comme laict , ils le met- 
tent au pot, & en font desfaulfes, qui eft vn 
bon manger. Lesrejettons du mays font fort 
gras, & feruent au lieu de beurre &d'huil!e$ 
tellement que le mays es Indes fert aux hom~ 
mes & auxbeftesdepain, devin, &d'huillé. 
Pour cefte raifon le Viceroy Dom f rancifque 
de Tollede difoit que le Peru auoit deux chofes 
fiches, & de grande nourriture, quieftoientlé 
mays & lebcftial du pays. A la venté il auoit' 
raifon, d'autant que ces deux chofes yfetuenc 
de mil. Iedemanderay pluftoft que iè neref- 
ondray , d'où a efté porté le premier mays au* 
Indes, & pourquoy ils appellent en Italie ce' 
çrain tant profitable a grain de Turquie : car à h 
r frite ie rie trouue point que les anciens faftenl 

Xij 




Htfloire naturelle 
mention de ce grain , combien que le mil ( que I 
Pline efcrit eftre venu de l'J nde en Itaiie,y auoic | 
dix ans lors qu'il efcriuoit ) ay t quelque refTem- 1 
blanceauec iemays, en ce qu'il dit que c'eft vn I 
grain qui naift en rofeau, &: fe couure de fal 
feuille, ayant le coupeau comme des cheueux,! 
Se en ce qu'il eft fertile. Toutes lefquellescho- 
fes ne-fe rapportent pas au mil. En fin le Créa- 
teur a depany & donne à chaque région ce qui 
luyeftoitneceiTaire. A ce continent ri adonne 
le froment, qui eft le principal entrerenement 
des hommes; & au continent des Indes il a don- 
né le may s , qui tient le fécond lieu après le fro- 
ment, pour l'entretenement des hommes & des 
animaux. 

Des-XucASfCaçauiy Papas -jCh/tnes&d»Eis. 
Chapitre XVII. 
j N quelques endroits des Indes Ton vfe 
j'dVri genre d, pain qu'ils appellemCa- 
.^cau: ; lequel fe fait dvne certaine raci- 
^ qu'ik appelant Yuca. L'Yuca eft vne grande 
& girofle racine qu'ils coupent en petits mor- 
ceaux, la râpent, puis la mettant comme en vne 
preiïe', il i'efpreignent pour en faire vne tourte 
defliee&r grande, de la forme prefquc d'vne rar- 
miç ou bouclier de More , puis après ils la font 
feicher , èc eft le pain qu'ils mangent. Ceft vne 
chofe fans gouft, mais qui eft faine, & de bonne 
nourriture. Pour cefteraiton nousdifions, eitas 
à S. Dominique, quec'eftoit le propre manger 
des gourmands; car l'on en peut manger beau- i 
coup, fans craindre que l'excès en faite mal. Il 



des Indes. Liure 1 V. }<fj 

eft befcin d'humecter laCaçaue pour la man- 
ger, d'autant qu'elle eft afpre, & f humecte faci- 
lement auec de Peau , ou du potage , où elle eft 
fort bonne, pource qu'elle Q enfle beaucoup , 8c 
ainfi ils en font des capirotades. Mais elle fe tre- 
pe malaifément en du laict, ny en du miel de 
canes , ny en du vin , parce que ces liqueurs ne 
la peuuentpenetrer , comme ils font le pain de 
froment. Il y a de cefte CsçaueJ'vne plus délica- 
te que Tautre, qui eft celle qu'on fait de la fleur 
qu'ils appellent Xauxau, laquelle ils eftiment 
beaucoup en ces parties là. Quat à moy,i'eftime- 
rois dauâtage vn morceau de pain, quelque dur 
ôc noir qu'il peuft eftre. Ceft chofe merueilleu- 
fe que le fuc ou eau qui fort de cefte racine lors 
qu'ils refprcignent ainfi, 8c qu'ils font la Caça- 
ue, eft vn venin mortel, Se fi on en boit il occit: 
mais le marc quienrefte eft vn pain & nourri- 
ture fort faine, comme nous auons dit. Il y a vn 
autre genre d'Yuca qu'ils appeîlét doux , qui n'a 
pas ce venin en fon fucjceftuy -là fe mange en ra- 
cine, bouilly, ou rofty, & eft vn bon manger.La 
Caçaue f e conferue long téps , aufîi la porte-on 
fur mer en lieu de bifcuit.Le lieu où l'on vfe da- 
Uantage de ce pain, eft aux Ifles qu'ils appellent 
de Batlouente,, lefquelles font, comme nous 
auons dit , S.Dominique, Cuba, Port-riche, 
lamayque , & quelques autres de ces enuirons, 
àcaufeque la terre de ces Mes ne rapporte pas 
de froment, nydemays: car lors qu'on y feme 
du froment, il y vient bien, 8c naift quant 8c 
quant en fort belle verdure : mais c'eft fi inéga- 
lement, qu'on ne peut le recueillir , pource que 

X iij 




Hiftoire naturelle 

à^memefmefemence&cnvnmefmetcpslVn, j 
eft en tuvau, & l'autre en efpic,& l'autre qui ne 
fait que germer -, l'vn eft grand , & l>tre petit* i 
l'vnneft que de l'herbe ,& l'autre eft défia en 
grain; Ôc combien qu'on y aytmené éts labou- i 
reurs pour voir fils y pourroientvfer de 1-agri- | 
culture du bled, fiefUce qu'ils nyont trouué ; 
aucun moyen de ce faire, pour la qualité de la i 
terre. On y apporte de la farine de la neuue £{- j 
pagne , ou des Canaries , laquelle eft fi humide, 
qu'à peine en peut-on faire du pain qui foit pro- j 
fuable, & de bon gouft. Les hofties quand nous \ 
difions la Meife, lé plioient comme & c'euft efte 
du papier mouillé; ce qui eft caufé par *''»"*! 
me humidité & chaleur qu'il y a tout cnfemble 
en cefte terre. Il y a vn autre extrême, & con- 
traire à ceftuycy, qui eft qu'en quelques en* 
droits des Indes il n'y croift de mays, ny de fro- 
ment, comme eft le haut de la Sierre du Peru & 
!es Proujnces qu'ils appellent de Collao, qui eft 
la plus grande partie de ce Royaume, où la tem- 
pérature eft fi froide & fi feiche , qu'elle ne peut 
endurer qu il y croûfe du froment , ny du mays; 
au lieu dequoy les ïndiés vfent d' vn autre gén- 
ie de racines qu'ils appellent Papas, Iefquellcs 
font de la façon de turmes de terres , qui font 
petites racines, & iettentbien peu de feuilles. 
Ils cueillent ces Papas, & les laiifent bien fecher 
au foleil, puis les pilans, en font ce qu'ils appel- 
lent Chuno, qui fe côferue ainfi plufieurs îours, 
& leur fert de pain. Il y a en ce Royaume fort 
grande traitte de ce Chuno pour porter aux mi- 
| 6 « de Potoçij on mange mefme ces Papas ainfi 



des Indes. Liure IV. i^ 

fraifches, bouillies, ourofties, ôc desefpeces 
d'icelles yen a de plus douce, fcquicroiftés 
lieux chauds, dont ils font certaines fauftes&r 
hachis qu'ils appellent Locro. En fin ces racines 
font tout le pain de cefte terre -, tellement que 
quand l'année en eft bonne, ilsf'en refiouyifenc 
fort , pourcc qu'arTez fouuét elles fe gellent de- 
dans la terre, tant eft grand le froid & intempc- 
rature de cefte région. Ils apporter les mays des 
vallées , ôc de la cofte , ou riue de la nier, 3c les 
Efpagnols qui font friands, font apporter des 
mefmes lieux de la farine de bled,laquelle fe cô- 
ferue bien , ôc fen fait de bon pain , à caufe que 
la terre eft feche. En d'autres endroits des Indes 
comme es Mes Philippines, ils fe feruent de ris 
au lieu de pain,dont il y en croift de fort exquis ? 
& en grande abondance en toute cefte terre; ôc 
en la Chine , où il eft de bonne nourriture, ils le 
cuifent en des pourcellaines , Ôc après le meflét 
tout chaud auec fon eau parmy les autres vian- 
des: ilsfontmefmedeceris en beaucoup d'en- 
droits leur vin & breuuage , le faifant tréper, ôc 
puis bouillir corne l'on fait labicrc en Flandres, 
ou l'Acua au Peru. Le ris eft vne viande qui n'eft 
gueres moins commune , ôc vniuerfelle en tout 
le monde que le fromét & le mays , ôc parauen- 
ture encore l'eft-il dauantage:car outre ce qu'ils 
cnvfent en la Chine, an lapon, es Philippines, 
&en la plus grande partie de l'Inde Orientale, 
c eft le grainqui eft le plus commun en Afrique 
Ôc en Ethiopie. Le ris demande beaucoup d'hth» 
midité , & prefque vne terre toute ré prie d'eau, 
comme vne prairie. En Eaçope . au Peru , ôc en 




Hifloire naturelle 

Mexique, où ils ont fvfagedu bled, on mangé 
le ris pour vn mets & viande, & non pour pain, 
ôc lecuifent auec du laid, ou du bouillon du 
pot, ou d'vne autre manière. Le ris le plus ex- 
quis eft celuy qui vient des Philippines ôc de la 
Chine, comme il a efté jà dit; ôc cecy fufrife 
pour entendre généralement ce que l'on mange 
es Indes au lieu du pain. 



De dinerfes racines qui croijfent es Indes. 
Chapitre XVIII. 

||3| Ombun que la terre de deçà foie 
'*$$ plus abondâte ôc plus fertiîe en trui&s 
H$ qui croiiTent fur la terre , à caufe delà 
grande diuerfîté des arbres fruictiers, 
Se des iardinages que nous auonsj neantmoins 
quant aux racines ôc autres chofes cronTants 
deiïbubs la terre, dont l'on vfe pour viande, il 
me femblequ'ily en a plus grande abondance 
par delà : car de ces efpeces de plantes nous 
auons bien icy véritablement des raues, des na- 
ueaux, des paftenades, des chicorées , des ci- 
boules, des aulx ôc quelques autres racines pro- 
fitables: mais en ce 'pays -là il y en a tant de di- 
uerfes fortes, que ie ne les pourray conter. Cel- 
les desquelles maintenant il me fouuient, outre 
le Papas qui eft le principal, il y a les ocas, yano- 
cocas, camotes, vatas , xiquimas , yuca , cochu- 
cho, caui, totora, mani , ôc vnc infinité d'autres 
efpeces, côme de patattres,lefquelles on man- 
ge comme vne viande délicate Ôc favoureufe. 
On a de mefme apporté aux Indes des racines 



desjndes. Liure IV. 16$ 

de par deçà , lefquelles ont cela de plus, qu elles 
y profitent ôc fructifient dauantage que ne font 
pas les plantes des Indes , quand elles font ap- 
portées en Europe : la caufe en eft corne le croy 
damant que par delà il y a plus de diuerlttez de 
température que non pas par deçà, pourraifon 
dequoy il eft aifé d'efleuer, & nourrir les plâtres 
en ces régions, & de les accômoder à la tempe- 
rature qu'elles requièrent*; Ht mefrn'e les racines 
Ôc les plantes qui y croirTênt, fans y auoir eitc 
portées, y fo nt meilleures que par deçà ; car les 
oygnons,les aulx, ôc les paftenades, ne font pas 
telles en Efpagne , qu'elles font au Féru : pour 
les naueaux , ils y font en (I grande abondance, 
qu'ils ont augmenté en quelques endroits de 
telle façon , que l'on m'a affermé qu'ils n y pou- 
uoient efpuifer l'abondance, Ôc force des na- 
ueaux , qui y pulluloient ainfî pour y femer du 
bled. Nous auôs veu aflèz de fois des raues plus 
grottes que le bras d'vn homme, fort tendres ôc 
debongouft, ôc de ces racines que-i'ay dites, 
quelques vnes feruét pour viande, &: manger or- 
dinaire, corne les camotes , lefquelles eftant ro- 
fties,feruet de fruit,ou de légumes ,Ily en a d'au- 
tres qui leur feruent de délices , cô me le cochu- 
cho, qureftvne petite racine douce, que quel- 
ques vns côfilTent pour plus grande delicateiîe, 
Il y a d'autres racines qui font propres pour ra- 
fraifehir, comme la xiquima qui eft d'vne quali- 
té fort froide & humide, ôc en temps d'Efté ra- 
fraîchit , ôc eftanche la foif, mais les Papas ôc les 
oças font les principales pour la nourriture , ôc 
fubftance. Les Indiens eftiment l'ail fur toutes 





Hiftoire naturelle * 
les racines de r£urope,& le tiénét pour vn fruit 
de grande efficace. En qupy ils n'ont pas faute 
«le raik>n,pource qu'il leur conforte & efchauffe 
Teftomach, à caufe qu'ils le mangent d Vn appé- 
tit, & ainfi crud, comme il fort de la terre. 



Ve plujîeurs fortes de verdures, & légumes, & 

de ceux quils appellent concombres opines. 

ou pommes de pin, petits fruits de 

Çhillé, & des prunes. 

Chapitre XIX. 

Vis que nous auons commencé par les 
moindres plantes , ie rxourray toucher 
en peu de paroles ce qui concerne les 
verdures , & les porees , 6c ce que les 
Latins appellét ^rfo/^fans toucher encor rien 
des aibres. Il y a quelques genres de ces arbrif- 
feaux ou verdures aux Indes, qui font de fort 
bon gouft. Les premiers Efpagnols nommèrent 
heaucoup de chofes des Indes des noms d'Efpa- 
gne prins des chofes à quoy ils reflembloient le 
pluSjComme les pines, concôbres & les prunes, 
combienquecefuiTentàlavefitédes fruits di- 
uers & fort differens, fans comparaifon,de ceux 
d'ffpagne, qui s'appellent ainfî. Lespinesou 
pommes de Pin, font de la mefme façon & figu- 
re extérieure, que celles de Caftille : mais au de- 
dans elles differét du tout, pource qu'elles n'ont 
point de pignôs, ny d'efcailleSjmais le tout y eft 
vne chair,que l'ô peut manger quadTefcorceça 
eft dehors, àc eft vn fruit qui a l'odeur fort excel- 



des Indes. Liure IV- 166 

Jente,&: eft fore favoureux & délicieux au gouft. 
Il eft plein de fuc, & a la faueur d'aigre- doux, ils 
le mangent l'ayant couppé en morceaux, & laif- 
fé tremper quelques temps en de l'eau Ôc du fel. 
Quelques-vns difent qu'il engendre la choiere, 
& que l'vfage n'en eft pas trop fain. Mais ie n'en 
ay peint veu~aucune expérience qui le puifl'e fai- 
re croire. Elles naiflent vneàvne, comme vne 
canne ou tige qui fort d'entre plufîeurs feuilles, 
comme le lys , combien qu'elle foit vn peu plus 
grande, & plus grotte. Le haut &: couppeau de 
chaque canne eft la pomme, elle croift en rerres 
chaudes & humides , cV les meilleures font cel- 
les des Ifles de Barlouente. Il n'en croift point 
au Peru, mais l'on y en apporte des Andes, lef- 
quelles toutesfoisnefont ny bonnes, ny bien 
meures. L'on prefenta vne de ces pines à l'Em- 
pereur Charles, qui deuoit auoir donné beau- 
coup de peine ôc de foucy à l'apporter des In- 
des , ainfî auec fa plante a car on ne Teuft peu au- 
trement apporter: toutesfois il n'en voulut pas 
cfprouuer le gouft. I'ay veu en la neuue £f pagne 
de la conferue de ces pines , qui eftoit fort bône. 
Ceux qu'ils appellent concombres,nc font point 
arbres non plus, mais feulemét des arbrifTeaux, 
parce qu'ils n'ôt qu'viran de durée. Ils îuy don- 
nèrent ce nom, pource que quelques-vns de ces 
fruits , & la plus part font en lôgueur & en ron- 
deur femblables aux concôbres d'£fpagne,mais 
au refte ils font beaucoup differéts , parce qu'ils 
nont pas la couleur verde,mai s violette,ou iau- 
ne,ou blanche, &ne font point efpineux, ny Ica- 
Lreux,mais fort vnis Ôc polis,ayansJe gouft très 




Hlfioire naturelle 
€?i£Fercnt& trop meilleur que le eoncobre d'Ef- 
pagne : car ils ont vn aigre- doux fort favoureux 
«uiand ils (ont meurs, cùbien que ce fruidt n'ait 
jasle goufl fî aigre , corne la Pine. lis font fort 
frais, pleins de fuc , & de facile digeftion, & en 
temps de chaleur font propres pour rafraifchir. 
L'on en ode iefcorce qui eft blanche, ôc tout 
ce qui relteeft chair. Ils croifïenten vne terre 
tempérée, & ., veulent eftre arroufés, ôc en- 
cor que pour la reffemblance ils les appellent 
concombres, il y en a beaucoup neantmoins 
quifont ronds du tout, Ôc d'autres de différen- 
ce façon, tellement qu'ils n'ont pas mefme la 
figure des concombres. Il ne me fouuient point 
auoir veu de cède forte de plante en la neuuc 
Lfpagne, ny aux Ifies, mais bien aux Lanos 
du Peru. Ce qu'ils appellent petit fruid de 
Chillé, etë de mefme fort plaçant à manger, 
êc tire prefque au gouft de cerifes, mais en 
tout le refte il eft fort différent, d'autant que 
ce n'eft pas vn arbre, mais vne herbe, qui 
croifl peu, ôc s'efpand fur la terre, iettant ce pe- 
tit fruicl: , qui en couleur ôc grains reiTemble 
quafl, ôc approche des meures quand, elles font 
blanches, encore à meurir, bien que ce fruicl; 
foit plus rude, ôc plus grand que les meures. Ils 
difent que ce petit fruict- fe trouue naturelle- 
ment aux champs en Chillé, où i'yenayveu. 
L'on la feme de plantes Ôc de branches, ôc croift 
comme vn autre arbriiïeau. Ce qu'ils appellent 
prunes , font véritablement fruids d'arbres, & 
ont plus de reffemblance que les autres, aux 
vrays prunes. Il y en a de diuerfes fortes , dont 



des Indes. Liure 1^ \6j 

ils appellent les vnes prunes de nicaragua, qui 
font fort rouges & petites, & ont fort pends 
chair au defîus du noyau,mais le peu qu'ils tien- 
nent, eft d'vn gouft exquis , ôc d'vn aigret auffi 
bon ou meilleur que ceiuy des cerif es. L'on efti- 
me ce fruict eftre fort fain , <jui caufe que Ton le 
donne aux malades , fpecialement pour prouo- 
quer l'appétit II y en a d'autres grandes & de 
couleur oblcure, qui ont beaucoup de chair, 
mais c'eft vn manger groiner,& de peu de gouft, 
qui font comme Chauacanas, lefqueîs ont cha-. 
quVn deux ou trois petits noyaux. Or pour 
reuenir aux verdures 8c porees, ie ne trouue 
point que les Indiens euflent des iardins de d 
uerfes plantes & porees, mais qu'ils cnltiuoient 
la terre, en quelques endroits feulement, pour 
les légumes , dont ils vfent, comme ceux qu'ils 
appellent Frifolles 6c Pallares, qui leur fert 
comme icy de guarbences, febves, ou lentil- 
les, Se n'ay point recogfieu que ceux-cy,ny au- 
tres genres de légumes d'Europe, s'y foient 
trouuez auant que hs Efpagnols y entraient, 
lefqueîs y ont porté des plantes & légumes d'Efc 
pagne , qui y croiffent & multiplient fort bien, 
voireen quelques endroits, ils excédent beau- 
coup la fertilité de par deçà. Comme fi nous 
parlions des mêlions , qui croiffent en la vallée 
de Yuca au Peru , defquels laxacine fe fait tige, 
qui dure plulieurs années , portant chacune des 
mêlions, & l'accommodent comme fi c'efloit 
vn arbre, chofe que ie ne fçàche point qui foie 
en nulle partie d'Efpagne. .Mais ceftvne autre 
monftruofîté que les cailabaffes ou ckroliillcs 



- • 




£fiftoiie naturelle 

des îndcs en la grandeur qu'elles ont, comme 
elles croûTentfpecialement celles qui font pro- 
pres & particulières du pays, qu'ils appelions 
Capallos, lefquelles ils mangent le plus fou- 
uent en Carefmejboùillies ou accommodées en 
vnc autre faufTe. Il y amil différences de genre 
de callabailes : car quelques-vnes font tant dif- 
formes pour leur grandeur, qu'ils fontdeleu* 
efeorce, eftant coupée par le milieu & nettoyée, 
comme des paniers où ils mettent toute la vian- 
de pour vn difner. Des autres petites ils en font 
des vafes pour manger * ou boire dedans , & les 
accommodent fort proprement, pour plufieurs 
& diuers vfages . l'a y dit cecy des petites plan- 
tes, nous dirons maintenant des grandes, où 
nous parlerons de l'A xi, qui neantmoins eft 
encordes petites. 



De l'Axis Toivre dinde. 
Chapitre XX. 

s On n a point trouue es Indes Oc- 
cidentales^ aucune efpicerie qui 
Z± leur fuft propre, & particulière, 
corne Poivre,Clou,Canelle, Muf- 
cade,ou Gingembre : iaçoit quvn 
frère de noftre Côpagnie>qui a voyagé en beau- 
coup & diuers endroits, nous ayt recité qu'eri 
desdefertsde l'Iile Iamaycque,ilauoittrouué 
des arbres, où croiiToit du Poivre. Mais Tort 
neft point encor certain quefenfoit, & n'y a 




des Indes. Liure /f; 
psint mefme de traitte de ces efpiceries aux Iîî- 
I des. Le Gingembre fut porté de l'Inde à TEfpa- 
gnolie,& y a multiplicde telle façon,que Ton ne 
(çauroit auiourd'huy que faire du gtandnôbrc 
qu'il y en a. En la flotte de Tannée mil cinq cens 
quatre vingts fept,i'o_n apporta vingt deux mil 
cinquante trois quintaux de Gingembre àSeuii- 
\/\ mais l'efpicerie naturelle que Dieu a donne 
aux Indes Occidentales, eftee que nous appel- 
ions en Caftille, Poivre des Indes, & aux Indes 
Axi, par vn mot gênerai, prins delà première 
terre des Ifles, qu'ils conquefterent. Il eft dit en 
langue deCufco Vchu 5 & en celle de Mexicque, 
Chili. Celle plante eftdcfîa fort cognuc, par- 
quoy i'en diray peu de chofe, feulemét Ton doit 
entendre qu'anciennement entre les Indiens, 
elle eftoit fort eftimee, & en portoient aux en- 
droits où elle ne croiflbit point, corne vne mar- 
chandife de confequence. Elle ne croiltpasés 
terres froides,comme en la Sierre du Petu, mais 
auxvallees chaudes,où elle eft fouuent arroufee* 
Il y a de cet Axi de diuerfes couleurs, l'vn eft 
verdj'vn rouge,&rautre de couleur iauîne,& y 
en a d Vne forte de fort cauftique,qu'ils appelée 
Caribe, qui eft extrêmement afpre & poignant, 
& d'autre qui n'a point celle afpreté,maisaa 
côtraire eft il doux que l'on le peut manger feul, 
corne vn autre fruit. Il y en a qui eft fort menu, 
& odoriférant en la bouche, quaïî côme d'odeur 
de mufe , & eft trefbon. Ce qui eft afpre ôc poi- 
gnant en cet Axi,font les veines & la graine feu- 
lement ; car le refte ne lcft point, attendu qu'on 
le mage verd & fec,entier & broyc,au pot,& en 




Hiftoire naturelle 

desfaufTes, car c'eft la principale faufl^S: tou- 
te l'efpicerie des Indes. Quand cet Axieft prins 
modérément, il ayde ôc conforte Peftomach 
pour la digeftion ; mais fi l'on en prend trop , il 
a de mauuais effets, pour-ce que de foy il eft fort 
chaud, fort fumeux, Ôc fort penetratif, d'où 
vient que l'vfage en eft preiudiciableàlafanté 
des ieunes gens, principalement de lame, d'au- 
tant qu'il prouoque à la fenfuahté, ôc eftvne 
chofe effrange , que côbien que le feu ôc la cha- 
leur qui eft en luy, foit affés cogneue par l'expé- 
rience que tous en rontjveu que chacun dit qu'il 
brufle ea la bouche ôc en i'eftomach 3 neatmoins 
quelques-vns voire plufieurs veulent maintenir 
que le poivre d'Inde n'eft pas chaud, mais qu'il 
eft froid Ôc bien tempéré. Mais ie Jeur pour- 
rois dire , qu'il en feroit tout autant du poivre, 
encor qu'ils m'amenaflent toutes les expérien- 
ces qu'ils voudroient de 1 vn ôc de l'autre. Tou- 
tesfois , c'eft vne mocquerie de dire qu'il n'eft 
point chaud, veu qu'il 1-eft extrêmement. L'on 
vfe du fel pour tempérer l'axi , d'autant qu'il a 
grande force de le corriger, ôc fe modèrent ainfi 
i'vn l'autre par la contrariété qui eft entr'eux. 
Ils vfent aufli de Tomates qui sot froids Ôc bien 
fains. Ceft vn gère de grain qui eft gros,& plein 
de fuc, lequel dône bon gouftàlafaufTe,& font 
bons aufli à manger. Il fe trouue de ce poivre 
d'Inde vniuerfellemét en toutes les Indes, & If- 
les 3 neuueEfpagne, Peru,& en tout le reftequl 
eft defcouuert,tellemét que côme le mays eft le 
grain le plus gênerai pour le pain , ainfi Taxi eft 
1 efpicerie la plus commune pour les fauflès. 




des Indes. Liure. IV.  



Du Plane, 



Chapitre XXI, 




Enant aux grandes pîantes 3 ou aux 
arbres, le premier des Indes du- 
quel il eft conuenabîe parler,eft le 
plane ou platane , comme le vul- 
gaire l'appelle. l'ayefté quelque 
téps en doute,!! le plane , que les anciens ont cé- 
lèbre,^ celuy des Indes, efloit vne mefme efpe- 
ce : ceftuy-cy bien confideré , & ce qu'ils efcri- 
uent de l'autre, il n'y a point de doute qu'ilsn^ 
foienten diuerfes cfpeces. La caufepourqucy 
les Efpagnols l'ont appelle plane (car les natu- 
rels n'auoient point de telnom ) a elle corrmé 
ésautres arbres, pour autant qu'ils ont trou né 
quelque relïèmblâce de l'vn à l'autre, en la mef- 
me façon qu'ils ont appelle prunes.pine^aman- 
^cs, & concombres, deschofes fi différentes à 
celles qu i en Caftille font a ppellees de Cesnoms* 
La chofe enquoy il me femble qu'ils trouuerent 
plus de reilemblance entre ces planes des Indes* 
& les planes qu'ont célèbre les anciens , a efcéen 
la grandeur des feuilles .-pour ce que ces planes 
lesonttres-grandes&tres-fraifches, &lesan- 
riens les ont tant eftimez aufsipour cefte gran- 
deur, & cefte fraifcheur de leurs feuilles. -C'eft 
aufsi vne plate quia befoing debeaucoup d'eau 2 
& prefque continuellement , ce qui s'accorde 

?5? c l'Ecriture, qui dit ? Cmme le plane 4hPra des 

— -- y 




I 



£cl. M 



\ 



m* 



Hifioire naturelle 

taptx. Mais à la vérité il n'y a non plus de compa- 
raifon ny de reflèmblance de l'vne à l'autre , non 
plus qu'il y a,comme dit le prouerbe, de l'oeuf i 
h chaftaigne. Car premièrement le plane an- 
cienne porte point de fruid , au moins ils n'en 
faifoient point d'eftat , mais la principalle occa- 
fion pourquoy ils l'eftimoient , eftoit à caufe de 
fon ombrage , parce qu'il n'y auoit non plus de 
Soleil deflbus vn plane, qu'il y a deflbus vne cou- 
uerture.Au contraire , la raifon pourquoy l'on 
ledoiteftimeren quelque chofe es Indes, voi- 
re en faire beaucoup d'eftat , eft à caufe de foi 
fruiâ:., quiefttres-bon, car d'ombrage ils n'en 
ont aucunement. Dauantage le plane ancien 
auoit le tronc 11 grand , & les rameaux fi efpars, 
pîwelib. i. que Pline raconte d'vn Licinius , Capitaine Ro- 
**$&* main , lequel ajccomppagné de dix-huict de fej 

compagnons., print fa réfection fort à l'aife,dan! 
le creux d'vn de ces planes. Et de l'Empereui 
CaiusCaligula, qui s'afsit luy & vnze conuier 
furie haut des rameaux d'vn autre plane &k 
leur fit vnfuperbe banquet. Les planes des In- 
des^, ot point de tels creux, troncs, ny rameaux 
II dit dauantage que les anciens planes croif- 
foient en Italie , & en Efpagne , combien qu'il 
yeuflentefté apportez premièrement de Grè- 
ce , &auparauant del'Aiïe : mais les planes de 
Indes ne croiffent point ny en Italie , ny en Ef- 
pagne. le dy qu 'ils n'y croiifent point, car enco 
que l'on en ait veu quelques vns à Seuille au iar 
dm du Roy, ils n'y cjpoiflent , & ny vallent rien 
Finalement la chofe enquoy ils trouuent del; 
reflernblance entre l'vnfc l'autre eûfortdift 



âesjnâes. Liure 1 V. 17 û 

fente. Car iaçoit que la feuille de ces planes an- 
ciens fuft grande , toutesfois elle n'eftoit pas tel- 
le,ny femblable à ceux qui font éslndes veu que 
Pline l'accom pare à la feuille d'vne vigne, bu de pîlnelih \û 
figuier. Les feuilles du plane des Indes font d'v- ca £< *•♦ 
ne merueilleufe grandeur , &fontprefquefuf- 
fifantes pour couurirvn homme des pieds iuf- 
ques à h tefte , tellement qu'aucun ne peut met- 
tre en doute,qu'il n'y ait grande différence entre 
lvn & 1 autre* Mais pôle le cas , que ce plane 
des Indes foit différent de l'artcien , pour cela il 
n'en mérite pas moindre loûange,maispeut eftrê 
encor dauantage , à caufe des proprietez tant 
vtiles , & profitables qu'il a enluy. C'eft vne 
plante qui fait vn ceps dedans la terre, duquel 
fbrtent plufieurs reiettons diuers & feparez,fans 
eflre ioints enfemble. Ces reiettons croiffent 
& groifsiffent , faifant prefque chacun vn ar«* 
brilîeau à part , & en croi fiant ils jettent ces 
feuilles qui lont d Vn vert fin , &lijTé, &dela 
grandeur que i'ay dit. Quand il eftcreu , com* 
me de la hauteur d'vne ftade & demie , ou de 
deux,iliettevn feul rameau ou grappe de fruift, 
auquel il y a quelquesfois grand nombre de ce 
fruic~r, , & quelquesfois jnoias. l'en ay conté 
en quelques vns de ces rameaux, trois cens, dont 
chacun auoit vne paulme de long , plus oii 
moins, & eftoit gros comme de deuxoutroi$ 
doigts, bien qu'il y ait beaucoup de différence 
en.cela , encre les vns & les autres. L'on en ofte 
la coque,ou efcorce , tout le refle eft vne chair, 
pu noyau ferme , & tendre , qui eft bon à 
Çanger, fain & de bonne norriture. Cefrui& 

1* 




Hifioire naturelle 
Incline vn peu plus à froideur qu'a chaleur. Ils! 
ont. accouftumé de cueillir les rameaux , ou 
grapp*ss,que i'ay dit, eftants verds, & les mettre I 
en des vailTeaux où elles fe meuriilent, eflans 
bien couuertes , fpecialefnent yiand il y a d'vne ). 
certaine herbe,qui fert à cet effedrli Ton les laif- j 
femeurir en l'arbre, ilsont meilleur gouft, &< 
vne odeur tres-bonne,comme de camoifTes , ou !: 
pommes douces. Ils durent prefque tout le 
long de l'année , a caufe qu'il y a toufiours de$ 
retenons, qui riàifféht de ce ceps, tellement que 
quand rvnacheue, l'autre commence à donne* 
fruict, l'vn eft à demy parcreu , & l'autre com- 
mence à iettonnerde nouueau, de façon que les] 
vns fuccedent aux autres , & ainfi y a toufiours 
dufruicl: toute l'année durant. En cueillant lâ\ 
grappe ils couppent le reietton-, d'autant qu'il! 
n'en iette point plus d'vne , ny plus d'vne fois,) 
mais comme i'ay dit, le ceps demeure & reiettej 
continuellement de nouueaux reietttons , iufl 
ques à ce qu'il fe ïafle , & vieillifle du tout. Cca 
plane dure quelques années, & demande beau- 
coup d'humidité, & vne terre fort chaude. Ilsj 
îuymêttentdelacehdreau pied pourlemieutf| 
entretenir , Se en font des bocqueteaux fort ef4 
pais , qui leur font de grand profit & réuenu,j 
pourcequec'eft lefruicl: dont l'on vfe le plus 
es Indes, & y eft prefque vniuerfellement com'H 
mun "en- tous endroits , iaçoit qu'ils difentquej 
fon origine foit venue de l'Ethiopie. Et a la vm 
rite les Nègres en vfent beaucoup , & en quel- 
ques endroits s'en feruent au lieu de pain, voiré 
^en font du vin. L'on mange ce ^uiâde plané 



des Indes. Liure. IV. 171 

tout cru comme vn autre fruicl:, l'on le roftit 
irtefme , & en fait-on plufleurs fortes de pota- 
ges, voire (iesconferues, & en toutes ces chofèî 
il s'accommode fort bien. Il y a d'vne efpece de 
petits planes blancs & fort délicats ,lefquels ils 
appellent en lEfpagnol , Dominique. Il y en a 
d'autres qui font plus forts & plus gros,& d'vne 
couleur rouge. Il n'en croift point en la terre du 
Peru,maisl'on les y apporte des Indes 3 comme à 
Mexique deCuernauaca, Se des autres vallées. 
En la terre ferme & en quelques Isles y. a. de 
grands planares, qui font comme boqueteaux 
fort efpais. Si la plante eftoit propre pour bruf- 
ler , c'euft efté la plus vtile de toutes , mais elle 
n'y eft aucunement propre: car fa focille , ny fes 
rameauxnepeuuét brusler,&encor moins feruir 
de mefrain , à caufe que c'eft vn bois moiielleux, 
& qui n'a point de force. Neantmoins Dom Al- 
longe Darzilla(comme ii dit ) fe feruit des feuil- 
les feches de cet arbre pour eferire vne partie de 
l'Auracane, & à la vérité a faute de papier on s'en 
pourroit feruir , v.eu que fa feuille eit de la lar- 
geur d'vne feuille de papier, ou peu moins 8ç 
longue de quatre fois autant. 



Du Cacao & de la Coca. 

Chapitre XXII. 

Açoit que le plane foit le plus profi- 
table , neantmoins le Cacao eft plus 
WJS^ eftimé en Mexique , & la Coca au Pe- 
ru,efquelsdeux arbres ils ont beaucoup de fit- 

Y iij 




ii'%i 



Hifioire naturelle 
perftition.Le Cacao eft vn fruiâ: vn peu moin- j 
dre qu'amendes, & toutesfois plus gras , lequel \ 
cftantroftyn'apas mauuaife faveur. Il eft tant ; 
eftimé entre les Indiés,voire entre les Efpagnols, | 
que c'eft vn des plus riches, voire plus grands 
commerces de la neuue Efpagne. Car comme j 
c'eft vn fruid feede qui fe garde long temps j 
fan^fe corrompre , ils enamdnent desnauires 
chargez de la Prouince de Guatimalla. En l'an 
paffé vn corfaire Anglois bru sla au port de Gua- 
tulco en la neuue Efpagne plus de cent mil 
charges de Cacao. L on s'en fert mefme corn-» 
medemonnoye , d'autant qu'auec cinq Cacaos i 
ils acheptent vne chofe , auec trente vne autre, 
&auec cent vne autre, fans qu'il y aye contra- | 
di&ion , &ont accouftumé de les donner pour 
aumofne aux pauures qui leur demandent. Le 
principal vfage de ce Cacao eft en vn breuuage 
qu'ils appellent Chocholaté, dont ils font grand | 
cas en ce pays, follement & fans raifon, & fait! 
mal au coeur a ceux qui n'y font point accouftu* j 
mez , d'autant qu'il y a vne efeume & vn bouil- 
lon au haut qui eft fort mal agréable pour en 
vfer , fi 1 on n y a beaucoup d'opinion. Toutes- 
fois c'eft vne boilfon fort eftimee entre les In- 
diens, de laquelle ils traittçnt , & feftoyentles 
Seigneursqui viennent ou parlent par leur ter-* 
re. Les Efpagnols qui font ja accouftumez au 
pays, font extrememét friands de ce Chochola-| 
té. Ils difent qu'ils font ce Chocholaté en diueiH 
fes façons & qualitez , fçauoir l'vn chaud,f autre 
froid, & l'antre tempéré , & y mettent desef- 
yices beaucoup de.ee cfeili, Mefmes ils en font 



des Indes. Liure. IV. 17* 

clés pafteSjqu'ils difent eftre propres poutTefto- 
mach,& contre le catarrhe. Quoy qu'il ne foit, 
ceux qui n'y ont point efté nourris n'en font pas 
beaucoup curieux. L'arbre où croift cefruicb 
eft d'vne moyenne grandeur & d'vne belle fa* 
çon,il eft fi délicat que pour garder que le Soleil 
ne le brusle ils plantent auprès deluy vn autre 
grand arbre quiluy fert feulement d'ombrage, 
&■ l'appellent la mère du Cacao. Il y a des lieux 
où ils font ainfi que les vignes & les oliuiers font 
en Efpagne. La Prouince qui en a plus grande 
abondance, pour le commerce & la marchand!- 
fe eft celle de Guatimalla.il n'en croifl: point au 
Peru, mais il y croift de la Coca, qui eft vne 
autre chofe où ils ont encor vne autre plus gran- 
de fuperftition qui femble eftre chofe fabufeu- 
{è. A la vérité latraitte de la Coca enPotozife 
monte à plus de demy million de pezes par cha- 
cun an,d'autant qu'onyenvfe quelques quatre 
vingts dix ou quatre vingts quinze mille cor* 
beilles par an. En Tan rail cinq ces quatre vingts 
& trois on y en confomma cens mil. Vne cor- 
beille de Coca en Cufco vaut deux pezes & de- 
* my, & trois , & en Potozi elle vaut tout contant 
quatre pezes & cinq tomines , & cinq pezes ef- 
fayez. G'eftl'efpecede marclianSife à l'occa- 
iion de laquelle prefque fe font tous les marchez 
& foires , parce que c'eft vne marchandife dont 
il y a grande expédition. La Coca donc qu'ils 
eftiment tant , eft vne petite feuille verde qui 
naift en des arbrhTeaux qui font comme d'vne 
brade de haut , elle croift en des terres fort; 
chaudes & humides , & iette ceft arbre de qua* 






Jrfiftoire naturelle 
tremoken quatre mois cefte feuille qu'ils ap* 
pelîent la trefmkas ou tremoy • elle requiert 
beaucoup de foin à lacultiuer, pource qu'elle 
cft fort délicate , & beaucoup dauantage a la 
conferuer après qu'elle eft cueillie. Ils les met- 
tent par ordre en des corbeillôs longs & eftroits, 
& en chargent les moutons du pays , qui ^ont 
auec cefte marchandife en trouppes chargez de 
mil & deux mil, voire trois mil de ces corbeil- 
Ions. On l'apporte le plus communément des / 
Andes & vallées, efqueiles il y a vne chaleur in- 
fup portable, & où il pleut toufiours la plus part 
de l'année. Enquoy les Indiens endurent beau- 
coup de trauail & de peine pour l'entretenir , & 
bien fouuét piufieurs y pertlét la vie, parce qu'ils 
partent de la Sierre & de lieux tres-froids pour 
l'aller cultiuer & recueillir en ces Andes. C'eft 
pourquoy il y a eu de grandes difputes & diuer- 
iité d'opinions entre quelques hommes doctes 
& fages , à fçauoirs'il eftoit plus expédient d'ar- 
racher tous ces arbres de Coca, ou de les huiler, 
mais en fin ils y font demeurez. Les Indiens le-* 
ftiment beaucoup , & au temps des Rois Inguas 
Iln'eftoit pas licite, ny permis au commun peu- 
ple d'vferdelaCocafansla licence du Gouuer- 
neur. L'vfage en eft tel, qu'ils le portent en la 
bouche & le mafchent , fucçant,fans toutesfois 
l'aualler. Ils difent qu'elle leur donne vn grand* 
courage , &leur eft vne finguliere friandifc.- 
Piufieurs hommes graues tiennent cela pour fu* 
perftition & chofe de pure imagination. De ma 
part, pour dire la vérité , ie me perfuade que ce 
n'eft point vne pure imagination , mais au con* 



des Indes. Liure. IV. 173 

traire i'entends qu'elle opère & donneforce Se 
courage aux Indiens : car Ton en voit des erfects 
qui ne" peuuent eftre attribuez a îmaghation, 
corne de cheminer quelques iournees fans man- 
ger auec vne poignée de Coca , & autres eflfe6cs 
femblables. La faulfe a»jec laquelle ils mangent 
ce Coca leureftaTez conuenable , pource que 
l'en ay goufte , & a comme le goufi: de Su m icq* 
Les Indiens la broyent auec de la cendre d'os 
bruslez &mis en poudre , ou bien auec delà 
chaux,commedautresdifent,cequileurfemble 
fort appetiffant & de bon gouft , & difent qu'il 
leur fait vn grand profit. Ilyemployent libre- 
ment leur argent,& s'en feruent en mefme vfage 
que de la monnoye. Encor toutes ceschofesne 
feroient point mal a propos , n'eftoit le hazari 
&rifquequ'ilyaen fon commerce , &aTap- 
profiter, en quoy tant ces gens font occuper 
Les Seigneurs Inguasvfoientdu Coca comns 
de chofe royale & friande , & eftoit la chofe 
qu'ils offroient le plus en leurs facrhices 5 le bruf- 
lant en l'honneur de leurs idoles. 



Du Maguey, du Tunal, delà Cochenille y de 
î mir & du cotton. 

Chapitre XXIII. 



^ E maguey eft l'arbre des merueiU 
L^les, duquel les Nouueaux ouCha- 
i petones ( comme ils les appellent 
fslade»') ont accouftumé d'eferire des mira- 



it 



f/ifloire naturelle 
cîes,en ce qu'il donne de l"eau,du vin, de l'huil- 
le,du vinaigre , du miel, du firop, du fil, des ef- 
guilles,& mil autres chofes. C'eft vn arbre que 
Jes Indiens eftimét beaucoup en la neuue Efpa- 
gne , &r en ont ordinairemét en leurs habitations 
quelqu vn pour entretenir leur vie. 1 1 c toift & 
Je cultiuent'aux champs , & a les feuilles larges 
& grofsieres,au bout defquelles il y a vne pointe 
forte & aigûe,qui fert pour attacher comme des 
efplingues , ou pour coudre comme vne efguil- 
le, & tirent aufsi de cefte feuille comme vn cer- 
tain fil , dont ils fe feruent. Ils coupent le tronc 
qui eft gros quand il eft encore tendre , & de- 
meure vne grande concauité,par laquelle mon- 
te la fubftance de la racine, & eft vne liqueur 
que Ton boit comme de l'eau qui eft frefche& 
douce. Cefte mefme liqueur eftant cuitte fe 
tourne comme vin, lequel deuient vinaigre en 
le lardant aigrir , & en le faifant boliillir d'auan- 
tageil deuient comme du miel , &rlecuifanti 
demy il leur fertoèikop, qui eft afïez fain & de 
bonne faveur, voire me femble meilleur que le 
firopde raifins. Voyla comme ils font cuire & 
fe feruent de cefte liqueur en diuerfes façons , de 
îaquell&ils tirent bonne quantité,d'autant qu en 
certaine faifon ilstirentpar chaque iour quel- 
ques pots de cefte liqueur. Il y a mefme de ces 
arbres au Peru , mais ils ne les rendent point fi 
profitables comme en la neuue Efpagne. Le 
bois de ceft arbre eft creux & moi, & fert pour 
conferuer le feu , pource qu'il le retient comme 
vne mefche d'arquebuze, & s y garde long tlps, 
dont i'ay veu que les Indiens s'en feruoient i ceft 




des Indes. Luire IV 174 
effed. Le tunal eft vn autre arbre fameux en 1* 
neuue Efpagne, fi arbre nous deuons appel- 
1er vn morceau de feuilles amaîfees lesvnesfur 
les autres, lequel eft de la plus eft range façon 
d'arbre, qui foîti Pource qu'il fort déterre pre- 
mièrement vne feuille , & d'icelle vne autre , 8c 
de celle - cy vne autre, & ainfî va croifsât iufques 
à fa perfedion , finon que comme fes feuilles 
vont fortant en haut & aux coftez , celles d'em- 
bas s'engrofsiffent, & viennent prefque a perdre 
la figure de feuilles , enfaifantvn tronc & des 
rameaux qui font afpres , efpineux & difformes, 
d'où vient qu'en quelques endroits ils l'appel- 
lent chardon. Il y a des chardons , ou Tunaux 
fauuages qui ne portent point de fruid, ou bien 
il eft fort efpineux , & fans aucun profit. Il y a 
mefmedesTunauxdomeftiques, qui donnent 
du fruid fort eftimé entre les Indiens,qu 'ils ap- 
pellent Tunas , & font de beaucoup plus gran- 
des que les prunes de frère , & ainfi longues. Ils 
en ouurent la cocque,qui eft gra(fe,& au dedans 
y a Je la chair , & des petits grains femblablesl 
ceux des figues , qui font fort doux , &ontvn 
bon gouft , fpeciallement les blanches , lefquels 
ont vne certaine odeur fort agréable, mais les 
rouges ne font p*s ordinairement a bons. Il y a 
vne autre forte de Tunaux , lefquels ils eftiment 
beaucoup dauantage , encor qu'ils ne donnent 
point de fruid , & lei cultiuent auecvn grand 
foing&r diligence: &iaçoit qu'ils n'en recueil- 
lent point de ce fruid , neantmoins ils rappor- 
tent vne autre commodité & profit qui eft de 
la graine, d'autant que certains petits Versnaif* 






.1 



Hiftoire naturelle 

fent aux feuilles de cet arbre , quand il eft bien 
cukiué, & y font attachez , conuerts d'vne cer- 
taine petite toile délice , lefquels on circuit déli- 
catement y & eft la cochenille des Indes tant re- 
nommée, de laquelle l'on teint en graine. Ils les 
laifFent fecher , & ainfi fecs, ils les apportent en 
£(pagne,qui efl vne greffe, & riche marchandi- 
fe. L arrobe de cefte cochenille, ou graine, vaut 
plufieurs ducats. On en apporta en la flotte de 
l'an mil cinq cens quatre-vingts le pt , cinq mil 
fix cens foixante dix-fept arrobes,qui montoient 
à deux cens quatre vingts trois mil , fept cens 



en 



& cinquante pezes , & ordinairement il 
vient tous les ans vne femblable richeffe. Ces 
Tunaux croiffent es terres temperees,qni décli- 
nent a froideur. Au Peru il n'y en croift point 
encor iufquesâ prefent. Ienayveu quelques 
plantes en Èfpagne , qui ne méritent pastoutes- 
îbis d'en faire aucun eftat.Ie diray aufsi quelque 
chofe de TAnir , combien qu'il ne vient pas d'vn 
arbre,mais d'vn herbe, parce qu'il fert à la tein- 
ture des draps, & que c'eft vne marchandife qui 
s'accommode auec la graine , & mefme qu'il 
croift en grande quantité, en la neuue Efpagne, 
d'où il en vint en la flotte que i'ay dit , cinq mil 
deux cens foixante & trois arrobes , ou enuiron, 
qui montent autant de pezes. Le cotton mefme 
croift en des petits arbriffeaux , & en des grands ' 
arbres qui portent comme des pommettes , lef- 
quels s omirent & donnent cefte filaffe , & après 
l'auoir cueillie, la fillent, & la tirent pour en fai- 
re des eftoffes. C eft vne des chofes qui foit es In- 
des de plus grand profit , & de plus d'vfage , car 



*j' 



des Indes. Liure I V. 175 

H leur fert de lin , & de laine pour faire des ha- 
bits.il croift en terre chaude, & y en a vfie gran- 
de quantité es vallées &: cofte du Peru,en la neu- 
Vie Efpagne,ës Philip pines,&- en la Chine. Ton-- 
tesfoisilyenabeaucoup dauantage, qu'en au- 
cun lieu que ie facile \ en la Prouince de Tucu- 
man,en celle de fainéte Croix delaSierre, & au 
Paraguey,& leur eft le cotton le principal reue- 
nu. L'on apporte en Efpagne du cotton des IF- 
les de S. Dominique , &" en vint l'année que i'ay 
dit foixante & quatre arrobes. Aux en droits des 
Indes où croift le cotton ils en font de la toile 
dont les hommes & les femmes vfent le plus 
communément, mefmes en font leurs fermettes 
Jetables, voir des voiles de nauire- Il y en a de 
gros , & d'autre qui eft fin & délicat. Ille tei- 
gnent en diuerfes couleurs , comme nousfaifons 
les draps de laine en Europe. 



Des M4meycs>Guayauos>& Faites. 
Chapitre XXIV. 




Es plantes dont nousauonsparîé,fbnt 
les plantes les plus profitables des lu * 
des , & celles qui font les plus necef- 
faires pourleviure: toutesfois il y en 
a beaucoup d'autres qui font bonnes a manger, 
«ntre lefquelles les mameyes font eftimees 
eftans de la façon des groffes pefches , voire 
plus greffes. Ils ont vn ou deux noyaux dedans, 
1k h chair quelque peu dure. Il y en a qui font 



'}>.» 



Hlfloire naturelle 

«taux & d'autres qui font aucunement aigres, & 
©ntl 'efcorce forte & dure. On fait de la confer- 
ue de la chair de ce frui&,qui reflemble au coti- 
gnac, l'vfage de ce fruiâ: eft aiTez bon , & encor 
meilleure la conferue,que l'on en faictjîscroif- 
fent es Isles, &r n'en a y point veu au Peru. C'eft; 
vn arbre qui eft grâd,& bien fa it,d'vn allez beau 
feuillage. Les Guayauos font d'autres arbres qui 
portent communément vn mauuais fruict, plein 
de pépins •afpres, & font de la façon de petites 
pômes* C eft vn arbre mal eftimé en la terre fer* 
jne,& aux Isles,car ils difent qu'il a l'odeur com- 
me des punaifesXe gouft & faveur de ce frui&, 
•ft fort grofsier, & fa fubftancc mal faine* 11 y a 
cnS. Dominique,& es autres Isles.desmôtagnes 
toutes pleines de ces Guayauos, & difent , qu'ils 
n'y auoit point de telle forte d'arbres ,auant que 
lesEfpagnolsyarriuaiîent , mais que l'on les y a 
apportez de ie ne fçay où. Cet arbre a multiplie 
infiniment,parce qu'il n'y a aucun animal,qui en 
rnange les pépins, ou la graine, d'où vient qu'e-» 
ftans ainfi femez parmy la terre , comme elle eft; 
chaude & humide,il y a ainfi multiplié. Au Peru 
cet arbre diffère des autres Guayauos , pource 
que le fruiâ: n'en eft point rouge,mais eft blanc, 
& n'a aucune mauuaife odeur, mais eft d'vn fort 
bon gouft:& de quelconque forte deGuayauos, 
que ce foit le fruid en eft aufsi bon comme le 
meilleur d'Efpaigne fpecialement de ceux qu'ils 

Ïpellét Guayauos de matos, & d'autres petites 
uayauilles blanches. C'eft vn fruiâ: aiTez fair>, 
Se côuenable pour l'eftomac, pource qu'il eft de 
forte digeftipn, & afle* froid ; les Paltas au con- 






deslnâes. Liure.lV. ij6 

traire font chaudes & délicates. Le Palto eft vn 
arbre grand & de beau feuillage /fcjui a le fruid, 
comme des grofles poires , il a dedans vn gros 
noyau,& tout le relie eft vne chair molle , telle- 
ment que quand ils font bié meu rs, ils font com- 
me du beurre,& ont le gouft délicat. Les Paîtas 
font grands au Peru , & ont vne efcaille fort du- 
re,que Ton peut ofter toute entière. Ce fruid eft 
en Mexique,pour la plus part fort,àyant l'efcor- 
ce déliée , qui fe pelle comme des pômes. Ils les 
.tiennent pour vne viade faine, & comme i ay dit, 
qu i décline quelque peu a ehaleur.Ces mamay es 
Guay auos, & Paftos i font les pefches , hs pom- 
mes, & les poires des Indes , encor que ie choifi- 
roispluftoft celles de l'Europe. Maisquelques 
autres par l'vfage , ou peuteftre, par affection, 
pourront eftimer dauantage ceux-cy des Indes* 
le ne doute point,que ceux qui n'ont point veu, 
ny goufte',de cesfruicl,prendrôtpeu de pîaiîiri 
lire cecy,voire felafïèrôt de roiiyr 3 & moy mef- 
me ie m'en laffe,qui caufe que fabregeray enra- 
cotant quelques autres fortes de fruit.Car ce fe- 
roit chofe impofsible de pouuoir traiter de tous, 

Du Chicocapot^des Annonas & des Capolljes. 
Chapitre. XXV. 



Velquesvnsqui ont voulu augmen- 
ter les chofes des Indes , ont mis en 
âuant qu'il y auoit vn fruift,qui eftoit 
femblableau cotignac , & l'autre qui 
«ftoit comme du bknc manger : pource que la 




hJiftoire naturelle 
faveur leur fembla digne de ces noms. Le coti- - 
gnac ou mermelade(fi ie ne me trompe)eftoit ce 
qu'ils appelloient,çapotes,ou chicoçapotés, qui 
fontd'vn gouft fort doux, & approchant à la 
couleur de cotignac. Quelques Crollos,(qui eft 
Je nom dont ils appellent les Efpagnols nais aux 
Indes)difent que ce fruid furpalTe en excellence 
tous les fruits d'Efpagne. Toutesfois ce n'eft 
mon opinion, mais ils difent qu'au gouft prin- 
cipalement il furpaiïe tous les autres fruids, où 
5e ne me veux pasarrefter neâtmoins , parce que 
cela ne le mérite pas.Ces chicocapotés ou çapo- 
• tes, entre ieiquelsil y a peu de différence , croif- 
fent es lieux chauds de la neuue Efpagne,& n'ay 
teint ccgnouTance, qu'il y ait de tel fruid en la 
terre ferrie du Puru.Pour le blanc manger 5 c'eft 
l'Amené v ou guanauara , quicroift enterre 
ferme. l'Annonaeft de la façon d'vne poire, & 
ainfi quelque peu aiguê"& ouuerte , tout le de- 
dâs eft tédre & mol comme beurre, & eft blanc, 
doux & d\ n gouft fort favqureux. Ce n'eft pas 
manger blanc, encor qu'il foit blanc manger, 
mais à la vérité c'eft beaucoup augmente de hiy 
donner tel nom, bien qu'il foit délicat & d'vn 
gouft favoureux, & quoy que félon le iugemêt 
d'aucuns, il foit tenu pour le meilleur fruid des 
ïndes,ila en foyvne quantité de pépins noirs, & 
les meilleurs quei'ay veu, a efté en la neuue Ef- 
pagne,où les capolyes croifsét aufsi,qui font co- 
rne des cerifes,& vn noyau,bié que quelque peu 
plus gros. Mais la forme & figure eft comme de 
cerifes,de bône faveur,ay at v n doux-aigret:maîs 
ïe nay point veu de capollyes en autre contrée* 
-~- Ve 



des Indes \ Liure IV* ijj 




De plqfieurs fortes de fruitiers , des Cocos a des 
Amendes, des Andes, & des Amen- 
des de Chacbapoyœs, 

Chapitre XXVI. 

L ne feroit pas pofîible de racôter tous 
les fruits & arbre des Indes, attendu 
queienc m'en refouuiens pas de plu- 
fïeurs , êc qu'il y en a encor beaucoup 
dauantagedefquelsien'ay pas cognoifïance, ÔC 
me femble chofe ennuyeufe de parler de toutes, 
dontilmefouuienr. Ilfetrouuedonc d'autres 
genres de fruitiers Ôc de fruits plus greffiers, 
comme ceux qu'ils appellent lucumes , du fruit 
defquelsils difent, par prouerbe, que c'eft vn 
prix difïimulé, comme les guauas, pacayes , les 
hobos, & les noix qu'ils appeliét emprifonnees, 
lefquels fruits femblent à plufïeurs eftre des 
noix de la mefme efpece que font celles d'Efpa- 
gne. Voire ils difent, que Ci l'on les trâfpîantok 
fouuent d'vn lieu en autre , qu'ils rapporteroiéc 
des noix toutes femblables à celles d'Efpagne Se 
ce qu'ils donnent ainfi vn fruit fauuage, & fi mal 
plaifant, eft à caufe qu'ils font fauuages. En fin 
l'on doit bien côfîderer la prouidence & richef- 
fe du Créateur, lequel a departy à tant de diuer- 
fes parties du monde, telle variété d'arbres frui- 
tierSjle tout pour le feruice des hommes qui ha« 
bitent la terre, & eft vne chofe admirable de 
veoir tant de différentes formes, gouft, ôc effets 
du tout incognus>& dont on n'auoit iamaû ouy 



Hifioire naturelle 
parler au monde , auparauant la defcouuertc 
des Indes, Er defquelles mefme Pline , Diof- 
coride &Theophrafte, voire les plus curieux, 
n'ont eu aucune cognoiffanec , neantmoins 
toute leur recherche & diligence. Ils'efttrou- 
uc des hommes curieux de noftre temps qui ont 
eferit quelques traittez de ces plantes des In- 
des,des herbes, &riuieres , & des opérations 
qu'ils ont en lVfage de médecine, aufquels l'on 
pourra recourir , qui en voudra auoir plus am- 
ple cognoilïance , parce que ie prétends traitter 
feulement en peu de mots & fuperficiellement 
ce qui me viendra en la mémoire , touchant ce 
fabie&. Neantmoins il ne me femble pas bon 
palier foubs filence les cocos , ou palmes des 
Indes , à caufé d'vne propriété qu'ils ont,qui eft 
fort notable, & remarquable. le les appelle pal* 
mes,non pas proprement.ny qu'il y ait des dat- 
tes, mais d'autant que ce (ont arbres fembla- 
blés aux autres palmes Ils font hauts & forts, 
6c plus ils montent en haut>plus vont-ils iettans 
des rameaux grands & fort eftendus. Ces pal- 
mes ou cocos donnent vn fruit qu'ils appellent 
aufli cocos , dequoy ils ont accouttumé faire 
des vafes pour boire, & dilent qu'il y en a quel- 
ques vns qui ont vne vertu,& propriété contre 
lepoifon, Ôc pour guérir le mal de cofté. Le 
noyau & la chair d'iceux( quand il eit efpoifîî ôc 
fccjeft bon à manger , ôc approche quelque peu 
dugouft dechaftaignesverdes. Quand le coco 
eft en l'arbre encor tendre, tout ce qui cft dedas 
çftcoramevn laid qu'ils boiuent par délices, 
& pour rafraifehir en temps de chaleur.. I'ay 




des Jndes. Liure IV. 17 Ê 

veu de ces arbres en fain& Ieande port riche 
& autres endroits des Indes,& m'en dirent vne 
choferemarquableique chaque mois ou Lune 
cet arbre iette vn nouueau rameau de ces co- 
cos , tellement qu'il donne du fruit douze fois 
par an, comme ce qui eft eferit en 1* Apocaiypfe, 
& à la venté il me fèmble que ce fuft de mefme* 
pource que tous les rameaux fontd'aages fort 
differens, ks vns commencent, les autres font 
delia meurs , Se ks autres le iont à demy. Ces 
cocos que iedy font ordinairement delà figu- 
re & grofTeur d'vn petit mellon : Il y en a dVnc 
autre forte qu'ils appellent coquilios , qui eft 
vn fruit meilleur , dont il y en a en Chillc. Ils 
font quelque peu pluspetits que noix, mais vn 
peu plus ronds. Il y a vne autre efpece de cocos 
qui ne donnent point ce noyau ainfî efpoiffi, 
mais ils ont dedans vne quantité de petits fruits 
comme Amendes, à la façon des grains de gre- 
nade* Ces amendes font trois fois auflî grandes 
que celles de Caftille , & leur reilemblent au 
gouft, encor qu elles foient vn peu plus afpres 
& font auflî humides & huilleufes. C'eft vn a£ 
fez bon manger , auffi ils s'en feruent en deli* 
ces, faulte d'amendes * pour faire des malfe- 
pains j & autres telles chofes. Us les appellent 
amendes des Andes * pour ce que ces cocos 
croifTent abondamment es Andes du Peru, 
& font Ci forts &durs,que pour les ouurir, il eft 
befoingdclesfrapper rudemét âuec vnegrolTc 
pierre. Quand ils tombent del'arbre/ils ren- 
controientlateftede quelquvn > il n'auroit ià 
befoing d'aller plus loing. £t femble vne choft 




Hifloire naturelle 

incroyable, que dedans le creux de ces cocos 
qui ne font pas plus grands que les autres, ou 
gueres dauantage, il y aneantmoins vne telle 
multitude & quantité de ces amendes. Mais 
en ce qui concerne les amendes, & tous les au- 
tres fruits femblables, tous les arbres doiuent 
céder aux amendes de Chachapoyas, lefquel- 
les ie ne peux autrement appeller. C'eft le fruit 
le plus délicat , friand , & plus fain de tous , tant 
quei'ayeveu es Indes. Voire vndo&e Médecin 
affermoit qu'entre tous les fruits qui font es In- 
des, ou en Efpagne, nul n'approchoir de l'excel- 
lence de ces amendes. Il y en a de plus grades & 
de plus petites que celles que i'ay dit des Andes, 
mais toutes font plus gralîès que celles de Caftil- 
le. Elles font fort tendres à manger, ont beau- 
coup de fuc,& de fubftance,& corne onétueufes 
èc fort agréables , elles croifTent en des arbres 
très hauts, & de gtand feuillage. Et comme 
Veft vne chofe precieufe,naturc aufll leur a don- 
ne vne'oonnecouuerture ôc deffenfqveu qu'el- 
les font envneefcorce quelque peu plus gran- 
de & plus poignante, que celle des chaftaignes, 
toutesfois quand xefte efeorce efl: feche, Ton 
en tire facilement le grain. Ils racontent que 
les fînges, qui font fort friands de ce fruit, & 
defquek il y a vn grand nombre en Chacha- 
poyas du Peru , (qui efl: la contrée de toutes, 
où iefçache qu'il y ayt de ces arbres) pour ne 
fe picquer en l'efcorce, & en tirer l'amende, 
les iettent rudement du haut de l'arbre fur les 
pierres, & lesayans ainfi rompues, les ache- 
nent d ouurir pour les manger à leur plaifir. 



desjndes. Uure IV. i? w 9 




Deplufleurs & diuerfc s fleurs , & de quelques 

arbres qui donnent feulement de laflïur, 

ejr comme les Indiens en vfent. 

Chapitre XXVII. 

Es Indiens font fort amis des fleurs, 
&enlaneuue Efpagne plus qu en au- 
tre partie du monde , parquoy ils ont 
accouftumé de faire plufieurs fortes 
de boucquets, qu'ils appellent là fuchilles,auec 
vne telle variété & gentil artifice, que Ton n'y 
peut rien defirer dauantage. Ils ont vne couftu- 
mc entr'eux que Les principaux offrent par hon- 
neur leurs fuchilles,ou bouquets aux feigneurs, 
& à leurs hoftes , & nous en donnoient en telle 
abondance, quand nous cheminions par cette 
Prouince, que nous ne fçauions qu'en faire, 
bien qu'ils fe feruent auiourd'huy à cet effet, 
des principales fleurs de Caftille ', pour-ce 
qu elles croiflent là mieux qu'icy, comme font 
les œillets ,rofes ,iafmins , violettes, fleurs d'o- 
ranges,©^ les autres fortes de rieurs, qu ils y ont 
portées d'Efpagne , y profitent merueillêufe- 
ment. Les rofiers en quelques endroits y croif- 
foient trop , tellement qu ils ne donnoiét point 
derofes.il arriuavniour quvn rofier fut bru- 
lé, * les reiettons & fcyonsqui ietterent in- 
continent, portèrent des rofes en abondance, 
&de là ils apprindrent à les efmonder, &en 
©fter le bois fuperflu a tellement qu amour- 

Z iij 



II 



hâ 



LTiftoire naturelle 
d'huy ils donnent des rofes fufEfammenr; 
Mais outre ces fortes de fleurs que Ton y a 
portées dicy , il y en a beaucoup d'autres , les 
noms defquelles le ne peux pas dire: qui font 
rouges , iaunes , bleiies,violettt*s, & blanches, 
auec mil différences , lefquelles les Indiens 
ont accouftumé de porter en leurs telles, 
comme vn plumage pour ornement. Il eft 
yray que plulîeurs de ces rieurs n'ont que la 
vciïe, pour ce que l'odeur n'en eft point bon- 
ne , ou elle eftgrofliere, ou elles n'en ont 
point du tout , encor qu'il y en ait quelques 
vnes d'excellente odeur. Comme celles qui 
cronTent en vn arbre qu'ils appellent floripot- 
dio, ou porte-fleur, qui ne donne aucun fruit 
niais porte feulement de ces fleurs , lefquelles 
font plus grandes que fleurs de lys, & font qua^ 
fi en forme de clochettes, toutes blanches, Se 
ont au dedans des petits filets comme Ion voil 
au lys 2 il ne celle toute Tannée de produire 
ces fleurs , l'odeur defquelles eft merueilleufe- 
ment douce ôc agréable fpecialement en la 
frailcheur du matin. Le Viceroy Dom Fran- 
çifco de Tpllede enuoya de ces arbres au Roy 
Dom Philippes , comme vne chofe digne 
d'eftre plantée aux iardins Royaux. En la neu- 
ue Efpagne les Indiens eftiment beaucoup 
la fleur qu'ils appellent yolofuchij, qui fignific 
fleur de cœur, pource qu'elle eft de la mefme 
forme d'vn cœur, &neft pas gueres moindre. 
Il y a méfiée vn autre grand arbre, qui porte 
^e cefte forte de fleurs, fans porter d'autre fruit, 
MM Y5?94fur^uiçft forte, & comme il me 



âesjndes. Dure IV. 280 

femble, trop violente, à d'autres elle leur pour- 
ra fembler aggreable. C'eft vne chofe aflez co- 
gneueque la fleur qu'ils appellent fleur du So- 
leil, a la figure du Soleil , & fe tourne félon le 
mouuemcntd'iceluy. Il y en a d'autres qu'ils 
appellent œillets d'Inde , lefquels reflèmblent 
à vn fin velours orangé & viole^celles-là n'ont 
aucune fenteur qui foit d'eftime,mais feulemét 
font belles à la veiie. Il y a d'autres fleurs , qui 
outre la beauté de la veiie , combien qu'elles 
n'ayent aucune odeur, ont vne faveur comme 
celles qui reflèmblent à ceHe du crefl^n alié- 
nons: que fi l'on les mangeoit fans les voir , l'on 
ne iugeroit point que ce fuft autre chofe» La 
fleur de granadille eft tenue pour chofe re- 
marquable, & difent qu'elle a en foy les mar- 
ques & enfeignes delà paflion , & que l'on y 
remarque les clouds, îacoulomne, Us fouets, 
là couronne d'efpines , & les playes , enqucy 
ils ne font pas du tout efloignez de raifon , 
iaçoit que pour y trouuer & remarquer tou- 
tes ces chofes , il foitbefoing de quelque pie- 
té, qui ayde à en faire croire vne partie , mais 
elle eft fort exquife, 8c tresbelle à la veiie , en- 
cor qu'elle n'aye point d'odeur. Le fruit qu'ils 
appellent auffi granadille, fe mange, fe boit, 
ou poix mieux dire,fe fucce s pourrafraifchir: 
ce fruit eft doux , & félon l'opinion de quel- 
ques-vns , il Peft par trop. Les Indiens ont 
accouftumé en leurs feftes , &dances déporter; 
des fleurs en leurs mains, Odes Roys,& Sei- 
gneurs en portent pour la magnificence. Pouc 

£ iiij 



Ju 




Hifloire naturelle 

cefteoccafîon l'on void des peintures de leurs 
anciens ordinairement aaec des fleurs en la 
main , comme l'on void icy auec des gands. 
Il me femble en auoir affez dit fur ce qui con- 
cerne les fleurs. L'on vfe auflî à ceft efFect du 
bazilic,encor que ce ne (oit point vne fleur, 
mais feulement vne herbe , ôc ont accouftu- 
mé d'en auoir en leurs iardins , & delà bien 
cultiuer , mais maintenant ils en ont fi peu de 
foing , qu'il n'eft plus auiourd'huy bazilic, 
mais s'eft vne herbe qui croift autour des 
eftangs . 



DuBaulme. 

Chapitre XXVIII. 

E fouuerain Créateur n'a pas feule- 
ment formé les plantes pour feruir 
de viande, mais auflî pdur la recréa-» 
tion & pour la médecine &guarifon 
de l'homme. I'ay dit quelque peu de celles qui 
feruent pour la nourriture , qui eft le principal: 
Et mefme quelque peu de celles qui feruent de 
récréation, il refte donc maintenant de traitter 
de celles qui font propres à la médecine, dont 
ie diray auflî quelque^ peu de chofe. Et encor 
que toutes les plantes foient medecinales quâd 
elles font bien cogneiïes & bien appliquées, 
toutesfois il y a quelques chofes particulière- 
ment, que l'on void notoirement auoir efté or- 
donnes duCreateur pour la médecine, & pour 



âesfnâes. Lime IV '*' 

h fanté des hommes , comme font les liqueurs, 
huiUes, gommes & rezines qui prouiennent de 
diueifes plantes & hetbes , Se qui facilemet de- 
monftrent à l'expérience à quoy elles font pro- 
près. Sur toutes ceschofes le baufme auecrai- 
fon eft renommé pour fon excellente odeur, & 
beaucoup dauantage pour l'exquis efteft qu-il a 
de curer les playes & autres diuers remèdes que 
Ion expérimente en luy fur la guarifon des ma- 
ladies. Le baufme qui vient des Indes Occiden- 
tales n'eit pas de lamefmeefpçce que le vray 
baufme qu'on apporte d' Alex'adrie ou du Cai- 
re, & qui ancienneméteftoit en ludee, laquelle 
Iudee?felon que Pline eferit , poflèdo.t ftule au £.1 ■ «, 
monde celle grandeur, iufquesà ce que 1 Empe- l 
reurVefpafun l'apporta à Rome & en Italie. 
Ce qui me donne occafionde dire que 1 vne li- 
queur «d'autre nefont point d vne mefme ef- , 
pece, c'eftàcaufeque les arbres d ou elles leur- 
rent font entr'eux forr différentes: car 1 arbre du 
baufme de Paleftine eftoit petit, Se à la façon de 
vigne, comme raconre Pline pour lauoirveu; 
& Tceux d'aujourd'huy qui l'ont yen enOnent, 
en difent autant. Comme auffi UGunâeEIcn- 
ture appelle le lieu où gtoffit le baufme, vigne CMU ,. 
d'Enguaddi, pourlareiTemblance qui aauec 
les vignes.I'ay veu l'arbre d'où fe tire le baufme 
des Indes , quieftauflî grand comme vn grena- 
dier , voire approchât quelque peu de fa façon, 
fii'ay bonne mémoire, n'ayant rien de comun 
auec la vigne-.combien que Strabon efenue >que S«£U<. 
l'arbre ancien du baufme eftoit de la grandeur l l 
des grenadiers. Mais aux accidens ôc opérations 



Y 4 



Hifioire naturelle 
ce font liqueurs fort femblables , commcelle, 
le font en eur odeur admirable, & en la cure & 
guanfon des playes, en la couleur , & en la fub- 
itancej veu qu'ils racontent de l'autre baufnuv 
qu il y en a de blanc, de vermeil , de verd , & de 
noir; ce que Ion void aufïï en ceux des Indes Et 
tout ainfi qu'ils riroient l'ancien en coupant, fc 
incifantl'efcorce, pour en faire diftiller cefte li- 
queur* ainfi en font-ils de mefme en celuy des 
Pli». lib. ii. Indes, encore qu'il diftille en plus grande quan- 
9MJ.J tite. Et comme en cet ancien il y en a d'vne for- 
„ te qui eft tout jpur, lequel ils appellent Opobal- 
lamo , qui eft la propre larme qui diftille ; & vn 
*utre qui n eft pas fi exquis , lequel on tire du 
boisde i'efearec & des feuilles efpreintes&r cui- 

tes au feu, lequel ils appellent Xylobalfami. De 
mefme aufli entre le baufme des Indes il y en a 
vn pur qui fort ainfi de l'arbre , & d'autres que 
les Indiens tirent encuifant &efprcignant les 
feuilles cV le bois, mefmesilslefophiftiquent, 
Se augmentent aucc d'autres liqueurs , afin qu'il 
y en ay t dauantage. Et n'eft pas fans raifon qu'ils 
1 appellent baufme: car il l'eft véritablement, 
encores qu'il nefoitpas de la mefme efpeccde 
l'ancien, & eft beaucoup eftimé , & le feroit da- 
uantage, fi ce qui eft auiourd'huy es efmeraudes 
& perles ny eftoit, à fçauoir d'eftre a prefent en 
grande quantité. Ce qui importe dauantage, 
eft Ivfage auquel il eft employé de feruir de 
chrefme qui eft fi neceflàire en la fain&e Eglife, 
& de telle vénération, ayant déclare le Siège 
Apoftoliquc, qu'on fafTe le chrefme aux Indes 
aucc le baufme , & qu'on en vfc au Sacremét do 



des Indes. Liure IV. tt* 

Confirmation, & aux autres Sacremens, dont 
l'Eghfe vfe. On apporte lebaufme enEfpagnc 
de la neuuc Efpagne , de la Prouince de Guati- 
rpalla , deChiappa, & d'autres lieux où il abon- 
de dauantage, encore que le plus eftimé foit ce- 
luy qui vient de l'Ifle de Tollu , qui eft en la ter- 
re ferme, non pas loing de Cartagene. Ce bauf- 
me eft blanc, Ôc. cômunement ils tiennent pour 
plus par fai& le blanc que le rouge, encore que 
Pline donne le premier lieu au vermeil, le fecôd 
laublanc, le troiïïefmeauvcrd,& le dernier au ... , 
moir. Mais il femble que Strabon eftime dauan- (apt \' 
tage le baufme blanc , comme les noftres lefti- 
mcnt. Monardes traitte amplement du baufme 
dçs Indes en la première & féconde partie , fpc- 
cialement de celuy de Cartagene & de Tollu, 
qui eft tout vn. Ien'aypointtrouuéquelcsln- StrAb.lïbr. 
idiens anciennement eftimaflènt beaucoup le Geo Z r4 ï r 
baufme ; ny mefmes l'employaiFent en vfage 
d'in portance, encores que Monardes difeque 
les Indiens curoient auec iceluy leurs playes , ôc 
que delà rapprindrenclesEfpagnols. 



J)el ambre , & des autres huilles , gammes , & 
drogues que l'on apporte des Indes* 

Chapitre XXIX. 

g^Sjfe Près le baufme l'ambre tient le fccôd 
$V^ lieu -, c'eft vne autre liqueur qui eft auflî 
odoriferente & médicinale, mais plus 
lefpaiiïè de foy, qui fe tourne & fefpaiiîk en vn»- 
jpafte de complexion chaude, & de bon parfum, 



J-fifioire naturelle 

lequel ils appliquent auxplayes, ble/fures, 8c\ 
autres neceilitez. Surquoyie me rapporte auxl 
Médecins, fpecialement au DO&eur MonardesJ 
qui à la première partie a eferit de cefte liqueur,! 
& de beaucoup d'autres médicinales quivien>| 
nent des Indes. Cet ambre vient mefme de lai 
neuue Efpagne , laquelle a cet aduantage fur les] 
autres Prouinces, en ces gommes , liqueurs , &| 
fucs d'arbres ; qui caufe qu'ils ont là abondance! 
de matières pour le parfum , & pour la medeci-l 
ne, comme eft l'Animé" qui y vient engrandel 
quantité , le Copal , ou Suchicopal , qui eft vnj 
autre genre, comme de Storax& Encens, qui al 
mefme d'excellentes opérations , & eft d'vnej 
très-bonne odeur, propre pour lesfuffumiga-l 
tions. Mefme laTacamahaca, & la Caranna, 
qui fontauffi fort médicinales. On apporte de 
cefte Prouince de l'huille d'afpic, de laquelle les 
Médecins & Peintres feferuentafïezj les vns 
pour leurs empiaftres, & les autres pour vernir 
leurs peintures. L'on apporte mefme pour les 
Médecins la cafte fïftule, laquelle croift abon- 
damment en faindfc Dominique. C'eft vn grand] 
arbre qui porte fes cannes comme fon fruiclJ 
L'on apporta en la flotte où ie vinsde faincl DoJ 
minique, quarante -huicl: quintaux de cafte n*J 
ftule. La falcepareille neft pas moins cogneùeJ 
pour mille remèdes à quoy on l'employé j il en 
vint en cefte flotte cinquante quintaux de Iaj 
mefme Iile. Il y a beaucoup de cefte falcepareil-f 
JeauPeru, & de fort excellente enlaProuincef 
deGuayaquil, quieftfoubs la ligne. Plufieursj 
fe vont faire guarir en cefte Prouince, & eft l'o- 



des Jndes. Liure IV. iS} 

pinion de quelques-vns , que les feules eaux 
(impies qu'ils bornent , leur donnét famé à caa- 
fe quelles palîent par racines , comme nous 
auons dit cy deflus , d'où elle tire fa vertu > telle- 
ment que pour fuer en cefte terre , il n'eft point 
befoing de beaucoup de couuerture, ny d'ha- 
bits. Leboisdeguayac, qu'ils appellent autre- 
ment, boisfainft, ou bois des Indes ,cioift en 
abondance aux mefmes Ifles , & eft auffi pefant 
que le fer ; tellement qu'il i'enfoniFe incontinent 
en l'eau. De ceftuy l'on en apporta en cefte flot- 
te trois cens cinquante quintaux , & en euft-oa 
peu apporter vingt , voire cent mil , fil y auoic 
diftribution-de ce bois. Il vint auffi en la meime 
flotte, Ôc de la mefme Ifle , cent trente quintaux 
de bois de brefil , qui eft fi rouge , enflambe , de 
fi cogneu , & dont on vfe tant pour ies teintu- 
res & autres chofes. Il y a es Indes vne infinité 
d'autres bois aromatiques, gommes, huilles& 
drogues i de forte qu'il n eftpaspoîïibîe de les 
pouuoir tous raconter , & eft chofe auffi de peu 
d'importance à prefent. le diray feulement que 
au temps des Rois Inguas de Cufco, & des Rois 
Mexiquains, il y eut beaucoup de grands per- 
fonnages experts à curer & medecîner auecles 
fimples, &faifoient de fort belles cures, d'au- 
tant qu'ils auoient cognoiftance de plusieurs 
vertus & proprietez des herbes , racines , bois, 
& des plantes quicroiffent par delà, &dorit 
les anciens d'Europe n'ont eu aucune cognoik 
fance. Ilyarnille de ces (impies qui font pro- 
pres pour purger, comme les racines deMe- 
choaçan , les pignons de la Punna , la conferuc 



Hifîoire naturelle 

•téGuanucquo, l'huille de figuier, &plufieut$ 
autres chofes, lefquelles eftans bien appliquées 
& en temps, ne font pas (comme ils tiennent) 
de moindre efficace que les drogues qui vien- 
nent d'Orient. Cequi fepeutvoir enlifantle 
difcours qu'en fait Monardes en la première Ôc 
féconde partie où il traitte amplement du Ta- 
baco , ou petun , duquel Ton a fait de notables 
expériences contre le venin* LeTabaco eflvn 
arbriffeau, ou plante afîez commune 4 qui a en 
foyneantmoins des rares vertus, comme entre 
autres de feruir de contrepoifon , ainfi que plu- 
ficurs &diuerfes plantes j parce que l'Autheut 
de toutes chofes adeparty fes vertus comme il 
luyapleu, & n'a point voulu qu'aucune chofe 
nafquift au monde ocieufe. Mais c'eftvn autre 
donfouuerain à l'homme de les cognoiftre, ôc 
en fçauoir vfer comme il conuient, ce que le 
mefme Créateur concedeàqui illuyplaift. Le 
Do&eurFrançois Hernande a fait vn bel œuure 
de cefte matière, des plantes des Indes, liqueurs 
& autres chofes médicinales, par l'exprès com- 
mandement èV commiffiô de fa Majefté, faifant 
peindre & pounaire au naturel toutes ks plan* 
tes des Indes, lefquelles, corn me ils difent, font 
en nombre de plus de mille deux cens, & difent 
<me cet œuure acoufté plus defoixante mille 
ducats-, duquel œuure le Docteur Nardus An* 
tonius Médecin Italien,a fait vn extrait curieux, 
&renuoye aulditsliures celuyqui voudra plus 
cxa&ement cognoiftre des plantes des Indes, 
principalement pour la médecine. 



des Jndes. LfartlV. - i$^ 



Des grandes forefis des Indes , des Cèdres, des 
Ceiuas y & autres grands arbres qui y font. 

Chapiîre XXX. 




Açoit que des le commencement 
du monde la terre a produit des 
$ plantes & des arbres par le com- 
mandement du Seigneur, néant- 
moins elle n'a laiiFé d'en produire 
en quelques lieux plus qu'es au- 
tres; & outre les plantes & les arbres, qui par 
l'induftrie des hommes ontefté tranfpîantees, 
& apportées d'vn lieu en autre , il y en a encore 
beaucoup que nature a produits de foy-mefrce. 
le croy que de cefte forte il y en a dauantage au 
nouueau monde que nous appelions Indes, foit 
en nombre , ou en diuerfitez , que non pas au 
vieil monde, & terres de l'Europe, de l'Aile, Ôc 
Aftrique. La raifon eft, pource que les Indes 
font dVne température chaude & humide, 
comme nous auons monftrc au fécond liure, 
contre l'opinion des anciens ; qui caufe que la 
terre produit en grande abondance vne infini- 
té de plantes fauuages & naturelles , d'où vient 
que prefque la plus grande partie des Indes eft 
inhabitable, & qu'on n'y peut cheminer pour 
les bois & efpaifles forefts qui y font , aufquel- 
leslon trauaille continuellement pour les ab- 
batre. Il aeftébefoing&neceflaire, pour che- 
miner par quelques endroits des Indes , princi - 
paiement aux nouuellcs entrées, de fofrele che» 



\ 




Hifloire naturelle 

min, en coupant les arbres>& eflartant les buif- 
fons: de forte que comme nous l'efcriuét quel- 
ques Religieux qui l'ont efprouué, il a efté tel- 
le fois qu'ils n'ont peu cheminer en vn iour 
plus cTvne lieue. Vn de nos frères, homme di- 
gne de foy, nous contoitque feftantefgaré $c 
perdu dans les montagnes, fans fçauoir quelle 
part, nypar oùildeuoit aller, il fc trouua de- 
dans des buiflbns fiefpais, qu'il fut contraint 
de cheminer furiceux fans mettre les pieds en 
terre, par l'efpace de quinze iours entiers, & 
que pour y voir lefoleil, & pour remarquer 
quelque chemin en celle foreft fi efpaiiïe & 
pleine de bois, ilauoit befoing de monter au 
coupeau des plus grands arbres , pour de là def- 
couutir le chemin. Qui lira le difeours traktant 
de (on voyage, & combien de fois il f eft perdu 
&efgaré, & les chemins qu'il a cheminez, les 
eftrangesaduenturesquiluy fontaduenuès, ce 
que ) ay eferit fuccinctement , pour me fembler 
chofe digne d'eftre feeuej & qui aura quelque 
peu cheminé par les montagnes des Indes , en- 
core que ce ne foient que les dix- huiéfc lieues 
qu'il y a de Nom de Dieu à Panama,pourra bien 
penfer de quelle grandeur font ces forefts des 
Indes y de forte que n ayant aucun hyuer en ces 
parties là qui faffe fentir le froid , & que l'humi- 
dité du ciel & de la terre y eft fl grande , que les 
montagnes produifent vne infinité de forefts, 
& la campagne qu'ils appellent Sauanas,vne in- 
finité d'herbe. Il n'y a point faute d'frerbe pour 
les pafturages , de mefrain pour les édifices , ny 
de bois à faire du feu. Ceftvne chofe impoflî- 

blcdc 



des Indes. Liure. IV. i%$ 

ble de pouuoir raconter les différences & figu- 
res de tant d'arbres (au nages 5 d'autant que de la 
plus part l'on n'en fçait pas les noms. Les cèdres 
iiefîimez anciennement, font là fort communs, 
pour les édifices 8c pour les nauires , & y en a de 
diuerfesfaçoi'iS^es vns blancs, & d'autres roux, 
qui font fort odoriferas.il y a vne grande quan- 
tité de lauriers d'vn piaifant regard aux Andes 
du Peru. Aux montagnes de la terre ferme, aux 
Isles , en Nicaragua, & en la neuue Efpagne* 
Comme aufsi il y a vne infinité de palmes , & de 
ceiuas, dequoy les Indiens font leurs canoës, qui 
font des bafteaux faits tout d'vne pièce. L'on ap- 
porte en Efpagne du mefrain de bois fort exquis 
de la Hauane,en l'Isle de Cube , où il y a vne in- 
finité de femblablesarbreSjComme font i'Ebene a * 
le Caouana,la Grénadille, les Cèdres, 8c autres 
éfpeces que ie ne cognois point. Il y a mefme de 
grands Pins en laneuue Efpagne, encor qu'ils né 
foient pas fi forts que font ceux d'Efpagne.Us ne 
portent point de pignons , mais pommes vui- 
des*Les Chefnes qu'ils appellent de Guayaquil, 
eft vn bois exquis, & odoriférant , quand on le 
taille , mefme il y a dés cannes & rofeauxtres - 
hauts,des rameaux & petites cannçs, defquels ils 
font des bouteilles & cruches pour puifer de 
l'eau , & s'en feruent mefmesen leurs baftiméns* 
Il y a aufsi le bois de mafisle , dequoy ils font des 
arbres &mafts de nauires, & les eft i ment aufsi? 
forts comme fi c'eftoit du fer. Le Molle eft vn 
arbre de beaucoup devenus, lequel iette des 
petits rameaux , dont les Indiens font du vin , ils 
l'appellent en Mexique,arbre du Peru , pour ce 



{ 






Hifloire naturelle 
qu'il tftvenu de la*, mais il en croiftaufsienla 
neuue Efpagne , & de meilleur que celuy du 
Peru.il y a mil autres fortes d'arbres dont ce fe- 
roitvn trauail fuperrlu d en traitter-Quelques 
p. vns de ces arbres font d'vne énorme grandeur,& 

parleray feulement d'vn qui eft en TlacoCha- 
uoya,trois lieues de Guayaca,en la neuue Efpa- 
gne. Cet arbre eftant mefuré , fe trouua feule- 
ment en vn creux auoir par dedans neuf graças, 
& par dehors ioignant la racine , feize , & plus 
haut douze. Cet arbre fut frappe de foudre de- 
puis le haut iufques en bas,au droit du cœur ,qui 
fit ce creux, qui y eft. Ils difent que auparauant 
que le tonnerre fuft: tombé deflus, il eft oit fufri- 
fant pour ombrager mil hommes. C'efl pour~ 
quoy il s'y aifembloient pour faire leurs dances, 
bals & fuperftitionsjneantmoins il refte encor de 
prefent des rameaux & de la verdure, mais non 
pas beaucoup. Ils ne fçauent quelle efpece d'ar- 
bre e'eft , (inon qu'ils difent que c'eft vne efpece 
de Cèdre. Ceux qui trouueront cecy eftrange, 
lifent ce que Pline raconte du plane de Lydie, le 
PUntlih il treux duquel côtenoit quatre vingts cV vn pied, 
«*/.i. " '&" reffembloit pluftoft vne cabane ou maifon, 
que non pas creux d'arbre , fon branchage vn 
bois entier, 1 obrage duquel couuroitvne gran- 
de partie de la campagne .Par ce qui eferit de cet 
arbre , Ton n'aura point tant d'occafion de s ef- 
merueiller du Tyflèran quiauoit fa maifon & 
meftier dans le creux dvn Chaftaignier.Et d'vn 
autre Chaftaignier ,ficen'eftoit ceftuy-làmef- 
me , dedans le creux duquel entroient hui& 
hommes à çheual,& en reflortoient fans s'incon* 



des Indes. Livre. IV. \Î6 

imoder les vns les autres. Les Indiens exerçaient 
ordinairement leurs idolâtries en ces arbres ain- 
fi eftranges,& difFormes,âin{i que fàifoient mef- 
me les anciens Gentils , comme racontent Quel- 
ques autheurs de ce temps. 




V es plantes & fruitiers que ton a apportez de 

l'E {pagne aux Indes. 

Chapitre. XXXI. 

Es Indiens ont eu plus- de profit* 
& ont efté mieux recompenfés es 
plantes que Ton y a portées d'Ef- 
pagne, qu'en autres marchandi- 
Tes, pource que le peu qui font 
venues des Indes en Efpagne,y croisent peu & y 
ont mal multiplié,& au contraire le grand nom- 
bre que l'ô a porté d'Efpagne aux Indes, y vient 
tref bien , & y font grandement multipliées. le 
ne fçay fi nousdeuons dire que ce foit a caufe de 
la bonté des plantes, pour donner gloire a ce qui 
cft d icy,ou bien fi nous dirons que c'eft la terre, 
pour la donner a ce qui efl de delà» Finallement 
il y a par delà de tout ce qui fe produitde bon en 
Efpagne,& en quelques endroits meilleur, & en 
quelques endroits pire,comme le froment,!* or- 
ge, les porees, ou verdure, & toutes fortes dé 
légumes , aufsi leslaidues , choux i raues, 
oygnons , ail , perfil , naueauX , paftenades, 
berengenes , ou pommes d 'Amour , fcariolles, 
betes , efpinards , garuences, ou poids , febues, 
lentilles , & finallement tout ce quicroiftpar 

Aa ij 




"Ni 

Jfiftoire naturelle 
deçà de domeftique , & de profit : de forte que 
ceux qui y ont fait voyage , ont efté curieux d y 
port«r des femences de toutes fortes,& le tout y 
a beaucoup frudifié encor queç/ait efté diuer- 
femét,fcauoir aux vns mieux, aux autres moins. 
Quant auxarbes , ceux qui plus generallement, 
& plus abondamment y ont frudifié,ontefte les 
oranges-,lymonniers,citronmers } &autresfruias 
de cette forte . Il y a défia en quelques endroits, 
comme des bois , & des forefts d orangers. Ce 
que trouuant eftrange, iedemanday quiauoit 
remplaces champs de tant d'orangers, Ion me 
reipohdit, que cela eftoit aduenu fortuitement, 
d'autant que les oranges eftans tombées a terre, 
& pôurries,leur femence auoit germé, & de cel- 
les que leseaux auoient emporté en diuers en- 
droits,venoient a naiftre ces bois ainfi efpais. Ce. 
qui me fembla vne bonne raifon. I'ay dit que 
c'eftoit le fruid,qui generallemet s'eft plus aug- 
mente es Indes, pour ce que ie n'ay efte en nul 
endroit où il n y ait des oranges , d'autant que 
toutes les Indesfont vne terre chaude &hmrii~ 
de quieft ce requiert cet arbre. Ilsnecroiuent 
point en la Sierre,maisl'on les y apporte des val- 
lees,ou coftedelamer. La conferue d oranges 
clofes qu'ils font es Isles,eft la meilleure que i ay 
veiie par deçà, ny par delà mefme. Les pefcbes, 
les preu~es,& abricos, y ont fort multiplie , & en 
laneuue Efpagne plus qu'en autre endroit. U| 
croift au Peru fort peu de ces fortes de truicts, 
outre les pefches, &encor mojns éslsles. H y 
croift des pommes & des poires, mais c'eit allez 
moyennement , il y a des prunes rarement , raatf 



des Indes. Liure. IV. "187 

des figues en abondance, principalement au Pe~ 
ru. Il Te trouue des coings en toutes les contrées 
«les Indes, & en la neuue Efpagne,en telle a-bon- 
dance,quils nous en donnoient cinquante à choi- 
firpour demie reaile. Il yi affez de grenade? 
aufsi,bien qu'elles foient routes douces, caries 
aigres n'y font point bien venues. Il y a de très- 
bons mêlions en quelques endroits du Péril. Les 
cerifes & les guignes iufques auiourd'huy n'ont 
point encor bié fru&ifié es Indes, & crOy que ce 
n'eft pas faute de temperature,pourcequ il yen 
a de toutes fortes,mais peut-eftre faute de foing, 
ou par ce que Ion n'a pas bien rencontré fa tem- 
pérature. En fin ie ne trouue point que par delà 
ils ayent faute d'aucun fruid délicieux. Quant 
aux frui&s grofsiers,ïls n'ont point de beillottes, 
ny de chaitaignes, Se n'ay- point de cognoîiîance, 
que iufques auiourd'huy il y en ait creu.^ L*s 
amendes y croilfent, mais c ? e ft fort peu. L'ony 
porte d'Efpagne pour les friands, des amendes, 
de noix , desàueîlaines , &n'ay point entendit 
qu'il y ait desnefles,nydescormes;ce qui impor- 
te pêu.Mefembleque cecy doit fuffire pour fai- 
re entendre qu'iln'y manque aucune délice de 
fruiéts. Maintenant difons quelque chofe des 
plantes de profit,que l'on y a portées cFEf pagrîe, 
Ôc acheuerons ce traitté desplantes, qui eit 'délia 
ennuyeux. 






A a- iij 




naturelle 



Des raijzns, vignes, oliueS) meures > & des 
cannes diifucre. 

Chapitre XXXII. 

'Entens par les plantes profitables cel- 
les qui outre ce que L'on en mange au 
logis , apportent de l'argent à leur 
maiftre. La. principale defquelles efl 
la vigne,de laquelle vient le vin ,1e vin-aigre , le 
raifin vert & fec.le verjus & le firop. Mais le vin 
eftceluya^ui vaut le mieux. Ilnecroift point de 
vin ny raifin es Isles, ny terre ferme , mais en la 
neuue Efpagne il y a quelques vignes qui por- 
tent du raifin , toutesfois Ion n'en fait point de 
vin. La caufe en doit eflre pource que le raifin 
ne,:femeuritpasbien,à caufe des pluyes qui y 
viennent aux mois deluillet &Aouft, qui les 
empefehent de meurir : ils s'en feruent tant feu- 
lement pour manger. L'on y porte le vin d'Ef- 
pagne de des Canaries , comme en tout le refte 
des Indes, referué au Peru & au Royaume de 
Chillé , où il y a des vignes qui rapportent de 
tres-bon vin, lefquelles vont chaque iour croif* 
fant en quantité à caufe que c'eft vne grande ri - 
chefïe en ce pays ; & en bonté, parce qu'aueç 
le temps ils deuiennent plus expérimentez vi- 
gnerons. Les vignes du Peru font communes es 
vallées chaudes,où il y a des eaûes , & les arrou- 
fent auec la main, parce qu il n'y tombe point de 
pluyes du Ciel; & auxLanos, & en la Sierredie 



desjndes. Lime IV. 188 

n'y vient point à temps. Il y a des endroits où les 
vignes ne font point arrofeesjiy du Ciel,ny de îa 
terre,& toutesfoiselle ne laiflent de fru&ifier en 
grande abondance,comme en la vallée d'Yca, 8ç 
aux fo{fes qu'ils appellent de Viilacuri , efquels 
lieux il Te trouue des fofTez, ou terre enforcees 
parmy les morts fablons,lefquels font toute Tan- 
née dVne incroyable fraifcheur , fans qu'il y 
pleuue aucunement en quelque faifon que ce 
foit , ny qu'il y ait des eaiies pour lesarrofer arr 
tificiellement. La caufe eft parce que le terroir 
eftefpongieu^ , & qu'il fuccel'eaûe desriuieres 
qui viennent de la Sierre , qui hume&ent ces fa - 
bIons,ou bien c'eft l'humidité de la mer (comme 
d'autres penfent ) laquelïepaflant au trauers de 
ce fable, caufe que l'eau e"n ? éri eft pas{re'rile,ny 
inutile, ainfi que le Philofophè l'enfeigne. Les 
vignes y ont tant multiplié , qu'à cefte occafion 
lesdifmesdes Eglifes y font augmentez de cinq 
&fixfoisau double depuis vingt ans. Les val-* 
lee~ plus fertillesde vignes font Viâfôr ,' ; pro- 
che d'Arequipa , Yca , au terroir de Lyrna & 
Caraguato, au terroir de Chuquiauo. Ilspor;* 
tent ce vin à Potozi , Cufco & endiùev's en- 
droits , ce qui eft'vn grand reuenu : Caràucç 
toute l'abondance qu'il y en a , vneboifteille oit 
arrobe y vaut cinq ou'fix ducats ; que il c'eft: 
vin d'Efpagne , comme on y en porte commu- 
nément aux flottes , il en vaut dix ou douze. 
L'on fait du vin comme celuy d'Efpagne au 
Royaume de Chillé, poureeque c'eft le mef? 
me climat , mais il fe gafte quand l'on l'apporte 
au PerUJls mangent des railins, où l'on ne peut 

Aa iiij 






Hifioire naturelle 

boire de vin, &efl chofe admirable, que Ton 
trouue en la Cité de Cufco des raifins frais 
tout le long de Tannée, qui vient ( comme ils 
médirent) de ce que les vallées produifent du 
fruiâ: en dîners mois de Tan, Toit qu'ils entent 
[es ignés en diu.erfes faifons, ou que celle va- 
rie^ vienne de la qualité de la terre :quoy qu'il 
enfoit, c'eft vne chofe certaine qu'il y a quel- 
ques' vallées qui portent du frui&toutle long 
de l'année. Si quelqu'vn s/efmerueille de cecy, il 
fe ^pourra efmerueiller dauantage de ce que i© 
<diray, & peuteftrene le croira ps. Il y a des 
arbres au Peru , defquelsi'vne moitié donne du 
frui&fix mois durant , & l'autre moitié en don- 
ne les autres fix mois, En Malîa., qui eft treize 
lieues diftante de la Cité des Koys , y a vn fi- 
guier , duquel la moitié, qui eft au cofté du 
Sud, eft verte , & donne du fruid vne faifon de 
l'année , fçauoir quand il eft Efté en la Sierre , & 
l'autre moitie^qui eft vers les Lanos du coftéde 
la mer , eft veri;e,, c & donne fon fruid en l'autre 
faifon contraire, quand il eft Efté aux Lanos. Ce 
qui. p rodent delà variété delà température & 
dela^qpi vient d'vne part, pu d'autre. Le re- 
tenu doi} vin qui y eft, n'eu pa^petit, mais il ne 
fort point de la Proui&ce. Mais la foye quife 
faitenlaneuue Efpagne',fe transporte es autres 
Royaumes ., comme au féru, Il n'y en auotf 
point au temps des Indiens , mais Ton y a porté 
des meuriers. d'Ef pagne > & y viennent bien, 
principalement en la Prouince qu'ils appellent 
Miftecqua , où il y a des vers a foye , & mettent 
tnçeuurç iaftye quilsej) recuiçlkot, 4oQt.j|i 



des Indes. Liure. IV. 189 

font de tref-bon tafetas. Toutesfois ils n'en ont 
point fait iufques à prefent de damas , de fa- 
tins , ny de velours. Le fucre efl vne autre reue- 
nu plus grand , veu que non feulement on en 
confomme es Indes , maisaufsi l'on en Ppporte 
beaucoup en Efpagne \ car les Carmes croif- 
fent fort bien en diuerfes parties des Indes. Ils 
ont bafty leurs engins aux Isles, en Mexique, 
au Peru& en d'autres endroits quiîeur appor- 
tent vn fort grand reuenu. L'on me dift que 
l'engin à fucre de Nafca fou loit valoir de reue- 
nu, phis 4e trente mil pezes par chacun an. 
Ceîuyde Ohicama, ioignant Truxillo, eftoit 
mefme d'vn grand reuenu , & ceux de la neuue 
Efpagne aufsi ne le font pas moins : car c efi: 
vne chofe eftrange que ce que l'on gafte & con- 
fomme deiucne es Indes. L'on apporta de rif- 
le de fainâ:. Dominique , en la flotte ou ievins, 
h uicl cens quatre vingts & dixhuiâ; caiTonsde 
fucre ,. lefquels eftans comme ie les vids. char- 
ger en Port-riche, cha-que caffe deuoit eftreà 
mon opinion, dehuid arrobes pefant, qui font 
deux cens.; Le fucre eft le principal reuenu de 
ces Isles, tant fe;font addonnez les hommes à l'ap- 
pétit des chofes douces. Il y a mefmes desoli- 
-ues& oliuiersaux Indes., iedy en Mexique & 
au Peru: toutesfois il n'y a point eu encoir iuf- 
ques auiourd huy aucun moulina huille , & ne 
s'en fait- point j parce qu'ils confomment tou- 
tesles oliues a manger , & les accommodent fort 
i>ien: ils trouuent que pour faire l'huille,le:gouft 
y eâ plus grand quele profit. C'eft pour'quoy 
l'on y porte toute l'fauille qu'il va d'il f pagne* 






* 



Hifioire naturelle 
En ceft endroit i acheueray la matière des plan- 
tes^ venons aux animaux des Indes. 

Dtt bejtial portant faine \& des vaches* 
Chapitre XXXIII. 



E trouue qu'il y a trois fortes d a- 
WJ*\ nimauxés Indes, dont les vnsy 
f^l ont ^^ portez d'Efpagne,Ies au- 
M§jj très font de. la mefme efpece de 

ceux que nous auons en Europe, 



& toutefois n y ont point efté portez par lesÉf- 
pagnols, & les autres font animaux propres des 
Indes, & defquelslonnetrouue point en Efpa- 
gHe.De la première forte font les brebis,vaches, 
-chevres,porcs,cheuaux, afnes, chiens, chats, 8c 
autres tels animaux : car il y en a es Indes de tou- 
tes ces efpeces. Le menu beftial y a beaucoup 
multiplie ,.quefi Tony pouuoit approfiterles 
laines pou ries enuoyer en Europe, ce feroitvne 
dés plus grandes richeffes qu'ils euflent es Indes: 
„pource que les troupeaux de brebis ont là vn 
grand nombre de pafturages , fans que l'herbe y 
diminue en beaucoup d'endroits; Il y a au Pera 
vnettelle abondance de ces pafturages & herba- 
ges, que perfonne n'en poflede en propre , mais 
chacun fait paiftre fes troupeaux ou il veut. 
Pour cefte raifon il y a communément grande 
abondance de chairs , lefquelles font à fort bon 
marche', mefme les autres chofes qui procèdent 
des brebis , commele laid & le fromage. Ils fu- 
rent vn temps qu'ils- laifferent perdre toutes les 



des Indes. Liure. IV. 190 

laines, îufques a ce que quelques vns fe mirent 1 
les mefnager & en faire des draps & couuertu- 
res, qui a elle vn grand fecours pour le corn* 
mun peuple de celle terre : d'autant que le 
drap de Caftiiley eftfort cher. Xlyaplulieurs 
drapiers drapans auPeru, & beaucoup dauan- 
tage en là neuue Efpagne , encor que les draps 
que Ton y porte d 'Efpagne foient beaucoup 
meilleurs , foit que la laine en foit plus fine , ou 
que tes ouuriers foient plus experts. Autres- 
fois fe font trouuez des hommes qui poffe* 
dbient foixante & dix,& cent mil teftes de bre- 
bis , encor qu'iprefent n'y en ait gueres moins. 
Que fi c'eftoit en Europe ce feroit vne très- 
grande richeflè , mais en ces^ pays-là ce n'eft 
qu'vne moyenne richeife. En plufieurs endroits 
des Indes , &croy que c'eft en la plus grand* 
part, Iemenubeftialnefrucl:ifie ) & n'y profite 
pas bien à caufe que l'herbe eft haute , & la ter- 
re fi vicieufe,qiMl n'y peut pas bien paiftre com- 
me le grand beftiaî. Ceft pourquoy il y a vne 
innumerable multitude de vaches , defquelles y 
a de deux fortes. Les vnes font domeftiques , & 
gui vont en trouppeaux , comme en la terre de 
Charca , cVenautres Prouinces du Perucom^ 
memefme en toute la neuue Efpagne. De ces 
vaches domeftiqu es ils s'en fe ruent Se en tirent 
de la commodité * tout ainfi qu'en Efpagne, 
fçauoir la chair, le beurre , lés veaux , & tes 
boeufs pour labourer, la terre.. L'autre forte de 
vaches font fauuages^quife tiennent ésmonta- 
gnes & forefec'eft pourquoy on mtes dom pte, 
jointe n'ont aucun maiftre à qui elles.foient en 






Htfloire naturelle 
propre ] tant pour l'afpreté & efpeflTeur des fo- 
refis, que pour la grande multitude qu'il yen 
a : & celuy qui le premier les tue , en eft l&mai- 
ftre comme d'vne befte de chafle. Ces vaches 
fauuages ont tellement multiplié en S. Domini- 
que, & en autres endroits des enuirons , qu'elles 
vont à milliers par les campagnes & bois,n'ayans 
aucun maiftre à qui elles appartiennent.!- on fait 
la chafle à ces bettes , pour leur cuir tant feule- 
ment, &fortentenla campagne des nègres ou 
des blancs a cheual , auec leurs coupe-iarefls, 
qui courent les toreaux& vaches, & quand ils 
les ont frappez , & arreftez , ils leurs appartien- 
nent. Ilsles efeorchent, & en portent la peau 
en leur maifon , lahTant la chair perdue, fans 
qu'il y ait perfonne qui la prenne ou emporte, 
à caufe de l'abondance qu il y en a. Tellement 
qu'ils m'ont attefté en cefte Isle , qu'en quel- 
ques endroits l'air s'y eftoit corrompu , pour 
l'abondance de ces chairs empuanties. Le cuir 
que Ton apporte en Efpagne, eft vn des meil- 
leurs reuenus des Isles , & de la neuue Efpagne, 
En la flotte de quatre vingts & fept, il vint de S. 
Dominique le nombre de trente-cinq mil quatre 
cens quarante quatre cuirs de vaches, &delâ 
neuue Efpagne foirante -quatre mil trois cens 
cinquante , qu'ils eftimerent a quatre vingts fei- 
ze mil cinq i cens trente deux pezes. De forte que 
quand Ion defeharge vne de ces flottes , c'elt 
chofè admirable ,de voir la rjuiere de Scuille & 
ce't arcenaKdù fe defehargent tant de cuirs & de 
marchandise II yaaufsi des chèvres en grand 
nombre, le principal proflt desquelles çit Iç 



des Indes. Liure IV. 19I 

faif,outre les cabrits, le laid, & autres commo- 
ditez qu'on en tire: d'autant que les riches, & 
les pauures fe feruent de ce fuifpour leur efclai-» 
rer,car comme il y en a grande quantité, aufsi y 
cft-ilà fort bon conte , & plus que rhuillemef* 
me. Ileftvrayque tout le fuit dont ilsfe fer- 
uent,n'eft pas feulement de ceiuy desmasles. Ils 
en accommodent les marroquins pour la chauf- 
fure , toutesfois ie n'ay point opinion qu'ils 
foient fi bons comme ceux que Ton y porte de 
Caftille. Les cheuaux y ont multiplié, & y. font 
exquis en beaucoup d'endroits , voire en la plus 
part s'yentrouue des races d'aufsi bons, com- 
me les meilleurs d'Efpagne, tant pour courir 
vne carrière & pour parade, que pour le trauail, 
& pour faire chemin. C'eft pourquoy ils fe fer- 
uent pour belles de louage , & pour voyager le 
plus ordinairement des cheuaux , combien qu'il 
n'yait pas faute de mulles,car il y en a beaucoup, 
fpeciallement es lieux où fe font les voitures par 
terre, comme en la terre ferme. Iln'yapasvniï 
grand nombre dafnes, aufsi ils ne s'en feruent 
gueres à cet vfage , ny pour le trauail & ferui- 
ce. Des chameaux il y en a quelque peu, &en 
ay veu au Peru qui y auoient efté portez des Ci* 
naries,& qui y auoient multiplié , mais affez pe- 
titement. En S. Dominique les chiens y ont 
multiplié en nombre ,& en grandeur d' vne telle 
façon,que c'eft auiourd'huy la playe , & l'affli- 
âion de cefte Isle. Cai ils mangent les brebis , &: 
Vont en trouppes par les champs. Ceux qui les 
tuent y ont vn tel falaire , que ceux qui tuent les 
loups en E{pagne:de vray s chiens, il n'y en auoit 



Hiftoire naturelle 
point premièrement es Inces,mais quelques ani- 
maux femblables a des petits chiens , Iefquels les 
Indiens appellent AIco; c'eft pour-quoy ils ap- 
pellent du mefme nom d'AIco , les chiens que 
l'onyaportezd'Efpagne, àcaufe de larefTem- 
blancequi eft entr'eux , & font les Indiens fi 
amis de ces petits chiens, qu 'ils efpargnerôt leur 
manger pour leur donner : tellement que quand 
ils vont par païs,ils les portent aueceux fur le^irs 
cfpaulles,ouenleurfein,& quand ils font mala- 
des ilstiennent ces petits chiens auec eux , fai/s fe 
feruir d'eux en autre chofe que pour l'amitié Se 
compagnie. 



I>e quelques animaux de t Europe que les EJ} a* 
nols tr ornèrent es Indes, & comment Us 
peuuenty auoirpafsê. 

Chapitre XXXIV. 

'Eft yne chofe certaine , que Ton a 
porté d'Epagne tous ces animaux 
dont i'ay parle , & qu'il n'y en auoit 
point es Indes , quand elles furent 
premièrement defcouuertes , il n'y a pas cent 
ans : car outre que c'eft. vne chofe quipeut eftre 
approuuee par des tefmoingsquiviuent enco- 
re$ , c'en eft vne preuue fuffïfante , de voir que 
les Ind iens n'ont en leur langu e aucun mot pro- 
pre pour (ignifier ces animaux, mais ilsfe fer- 
ment de*mefmes noms Efpagnols, combien qu'ils 
f?î ent corrompus. Pour autant que ne cognoifr 





des Indes. Liure. IV. 19% 

fims point la chofe, ils prindrentle mot com- 
mun aux lieux, dont elle auoit elle apportée, 
Iay trouué cette règle bonne pour difcerner 
quelles chofes auoient les Indiens, auparauant 
que les Efpagnols y vinffent , & cellesqu'ils nV 
uoicnt point: carilsdonnoient vn nom à celles 
qu'ils^ auoient , & cognoiflènt délia 5 & ont 
donné des noms nouueaux a celles qu'ils ont 
eu de nouueau , qui font les mefmes noms E fpa- 
gnolsle plus communément , quoy qu'ils les 
prononcent à leur mode , comme au cheuaî, au 
vin & au froment. L'on y crouua des animaux 
delà mefme efpecede ceux que nousauonsen 
l'Europe/ans qu'ils y euffent efté portez par les 
Efpagnols Jl y a des lyons,des tigres, ours ; fan- 
gliers, renards, & d'autres beftesfïeres & fauua- 
%cs, dequoynous auonspropofé vn argument 
au premier liûre, fçauoir que n'eftant pas vray- 
femblable qu'ils euiïent paffé aux Indes par 
mer, attendu que ceft chofe impofsible de paf- 
fer rOcccan à nage, & feroit vne folie , de penfer 
que les hommes les euflènt embarquez auec 
eux, il s'enfuit que ce monde fe continue en 
quelque endroits auec l'autre nouueau , paroù 
ces animaux peuuentauoirpaiTé, & peuplé peu 
à peu ce nouueau monde: puifque fu iuant ÏEf- 
criture, ces animaux fe fauuerent en larche.de 
Noé , & de la ils ont multiplié au monde. Les <»«.*« 
lyons que i ay veus ne font rouges , & n'ont 
pointées crins, auec le r quels on a accouftumé 
de les peindre. Ils font gris, & non pas fi furieux 
comme on le voiden peinture. Les Indiens 
«"aniaflènt » & * a&mblent pour prendre & 






• I 

H 



Hiftoire naturelle 
ehaffer les lyôs 3 & font comme vn circuit , qu'ils 
appellent chaco, dont'ils les enuironnent , puis 
les tuent à coups de pierres, de ballons , & d'au* 
très inftrumens ; Ces lyons mefmes ontaccou- 
fbme' de grimper aux arbres , où eftans montez 
kslndiens les tuent auec des lances , ou.arbal* 
lettres , 8c plus facilement auec des a rquebuzes. 
Les tygresy font plus furieux , &plus cruels, 
& ont la rencontre plus dangereule , à caufe 
qu'ils s'eilancent & afTaillent en trahifon. Ils 
font tachetez, cVdelamefme façon queles hi* 
ftoriographes les peignent. I'ayouy quelques- 
fois conter que ces ty grès efloient animez con- 
tre les Indiens , & qu'ils n'aifailloient point les 
Efpagnols , ou bien peu, & qu'ilsalloient pren- 
dre & choifir vn Indié au milieu des Efpagnols* 
& qu'ils femportoient. Les ours quils appel- 
lent en langue de Cufco , otoioncos , font de la 
melme efpece que ceuxd'icy, &fe terrifient. 
L'onyvoid peu de ruches, pourcequelesrays 
de miel qui font es Indes ï fe trouuent aux arbres 
& dellbubslaterre,& non pas aux ruches, com- 
me en Caftille. Lesrays de miel que i'av veusen 
laProuince de Charcas, que là ils appellent le 
chiguanas , font d'vne couleur grife,a\ant peu 
deiuc, & reilemblent plus à vne paille douce, 
qu'à des rays de miel. Ilsdifent que lesabeilles 
font petites comme mouches , &r qu'elles iettent 
leur efîfain deflous la terre. Le miel en eft afpre, 
& noir, toutesfoisen quelques endroits il yen 
a de meilleur , & des rayons mieux formez, 
comme en la Prouincede Tucuman enChillc, 
& en Cartagene.Ie n'ay point veu ny ouy parler- 



des Indes. Liure IV. ijj 

qu'il y ayt des fangliers.mais des regnards 8c au- 
tres animaux qui mangent les bettes, & lavo- 
laille.il y en a plus que les pafteurs ne voudroiér. 
Outre es animaux qui font furieux & domma- 
geables, il y en a d'autres profitables, qui n'y onc 
point efté portez par les Lfpanols , comme font. 
les cerfs & autres,dont y en a grande abondance 

en toutes les forefts. Mais la plus grande partie 
eit vne venaifon fans cornes, à tout le moins ie 
n y en ay point veu d autres,ny ouy parler qu'on 
y en ayt veu , ôc tous font fans'cornes corne cor- 
cos. Il ne me femblepas difficile de croire, mais 
eft prefque certain que tous ces animaux par 
leur légèreté, & pour eftre naturellement fau- 
uages , ayent paffé d Vn mode à l'autre par quel- 
que endroit où ils le ioignent , puis qu'aux gran- 
des Mes & efloignees de la terre ferme, len'ay 
point de cognoiilàncequils'yentrouue^quoy 
que l'aye fait recherche de le defcouurir. 



Des ûj '/eaux de par deçà qui font es Indes, & 
comment ils feintent y auoirpaf£ 

Chapitre XXXV. 

'On pourra plus facileraét croire qu'il 
en foit aùifi des oyfeaux, & qu'il y en * 
delà mefme efpece de ceux de par de- 
çà, comme font les perdrix, les tour» 
tes, pigeons, ramiers, caillés &plmîeurs& di- 
uerfes fortes de faucons, lefquels l'on enuoye de 
U neuue Efpagne & du Feru,aux feigneurs d'Efi 

Bb 




P lin. Ub. 10 



jfftoire naturelle 
pagne, d'autant qu'on en fait grande eflime. Il 
y a mefme des Herons,& des Aigles de diuerfçs 
fortes, & n'y a point de doute que ces efpeces 
d'oy féaux & autres ftmblables, n'y ayentpafle 
bien pluftoft que les lyons, les tigres , & les 
cerfs. Il feuouueaufli es Indes vn grand nom- 
bre de Perroquets , fpeciallement aux Andes 
du Peru,& es Ifles dcPoLt-riche^ S. Domini- 
que y où ils vont par bandes , comme font les 
pigeons par deçà. £n fin les oyfeaux auec leurs 
aiflesjvont où ils veulent, & certainement plu- 
fleurs efpeces d'iceux pourront bien pafler le 
Golphe,puis que c'en: chofe certaine, comme 
Pline l'afferme, qu'il y en a beaucoup qui paf- 
fentlamer,&vonten àzs régions fort eftran- 
ges, combien que ien'aye point leu qu'aucuns 
oyfeaux paifent au vol vn fi grâd Golphe, com- 
me eft celuy de la mer Occeane des Indes. Tou- 
tefois ne le tiens-ie pas pour du tout impofli- 
ble, puis que l'opinion commune des mariniers 
cft.qu'il s'en trouue deuxeens lieués,voire beau- 
coup dauantage loin de la terre. Et que mefme, 
IM03&4- côme Ariftotclenfeigne, les oyfeaux endurent 
dcpart\ani- facilement eftre dans l'eau , d'autant qu'ils ont 
mat.cap.6. p eu derefpiration , corne nous voyons aux oy- 
feaux maritimes,lefquels fe plongent& font vn 
lon^tempsdedans l'eau. Ainfi pourra-on dire, 
quelles oyfeaux qui fe trouuent à prêtent en U 
terre ferme , & es Ifles des Indes, ont peu pafTer 
- Umer,fedéla(îkns en des Mettes & en des ter- 
res qu'ils recognoiflent par vninftincl: naturel, 
(comme Pline raconte de quelques vns) ou par- . 
aduanture fe laiffans to mber en l'eau , quand ils 



PUn.Uh. 10 






àesJndesLiure.îir ' 7 . 

font fanguez dévoiler ^ 7 -V 

apx oyfeaux q ueïv ; if ^ ^ 
« > a point d'animaux terteïe t * - f"' 1 " l! 
te . qu'ils y ont pafFé o!r j ' tles fans do "- 

la mefme efpece de cenJ^F A * m Comds 

I"d« degta P nds o/C ? o f f U T Canl ' âaux 

i« monté, du pa^s nuit , nter rt" fois 

»«', ransquekX.Sr Uern£ ? td ' eux m ^ 
a'eft pour il chlfn. , en V™ ,e fo »* , « ce 

q^'y enauoitauxTnï' a , P ° U,IeS ; att «"h 

gno/ S vattiua^nt/ce^S ** K fi %* 
« qu'elles ont vn nom Voit F0U " é ' P ar - 

^ndapoulleGualp^P^X 75 ^^ 6 '- 

Js««à ia defcouuerte 3« Ifl^Sl "î ^ 

content qu,^ y " '"«deSalomon, ta- 

aux noftres. LW D ™ P °ï" M tables 
eftant vn oyfa fiE" t ,ff" tendre ^^ la poulie 
<*<™ elle eftJ«hôme?I«l qUe ' & R pr ° fitabl * 
*ux, q uandJ S p a Cmfe ntpeUp0,tersucs 

Bb ij 



j-Jifioire naturelle 
8c mefmes les portent facilement en leurs poul- 
liers & cages de ionc , ou de bois. Finalement 
il V a es Indes beaucoup d'efpeces d'animaux,*: 
d'oyfeaux de ceux de l'Europe,que ïay dûtes,* 
d'autres fortes que d'autres pourront raconter. 



CommTileftfoÇiblequ'ily aylés Indes quel- 
ques fortes d'animaux , donttlnyayt 
point ailleurs. 

Chapitre XXXVI. 

•Eft chofe plus difficile de monftrer 
' & prouuer quel cômencement ont 
eu plufieurs & diuerfes fortes d'ani- 
. ft maux qui fetrouuentés Indes, de 
pelpece defquels nous n'auons point en ce con- 
tinent. Car file Créateur les a produits en ces 
parties, il ne faut point alléguer, nyauo.t re- 
cours à l'Arche de Noé, &n'eftoupointdebe- 
foin de fauuet alors toutes les efpeces d oy féaux 
& animaux , fi d'autres deuoient eftre créées de 
nouueau : d'autre partonnepourroitpasdire, 
le le monde euft elle fait & acheue es fix lours 
de la création , s'.l y euft eu encor d autres nou- 
uelles efpeces à former, Se pnnapa kment des 
animaux parfaits , & non moins exceilens , que 
cZ qui nous font cogneus. Si nous d.fons 
donc que toutes les ef?eces d-animaux furent 
conferuees en l'arche de Noé.ils enfmtqueles 
animaux, de l'efpece defquels ilnes enttouue 
end'autres endroits qu'es Indes,y ayentpafle 



des fndes. Liure I V. i^j 

de ce continent, tout ainfî comme nous auons 
dit des autres animaux qui nous font cogneus. 
Cela fuppofé , ie demande comme ii eft pofîî- 
ble qu'il n'en (bit refté par deçà aucun de leur 
efpece, & comme il s'en trouue feulement par 
delà, où ils font comme voyagers Se eftrangers, 
Ceftàlaveritëvnequeftion qui ma longtéps 
tenu en perplexité, le dy pour exemple, fi les 
moutons du Peru,& ceux qu'ils appellent Pa- 
cos, & Guanacos, ne fc trouuent point en d'au- 
tres régions du monde, qui les a portez au Pe- 
ru, ou comment y ont ils eité, veu qu'il n'eft de- 
meuré aucune apparence, ny refte d'iceux en 
routeemonde? Que il ils n'y ont point pafTé 
dVne autre région, comment fe font- ils formés 
& produits par delk ? Paraduanture Dieu a-il 
fait vne autre nouuelle création d'animaux? 
Ce que ie dy de ces Pacos, ôc Guanacos, ie le 
dy de mil autres différentes efpeces d'oyfeaux 
ôc d'animaux de forefh,qui iamais n'ont efté co- 
gneus,ny de figure, nydenom, ôc defquelsil 
n'eft fait aucune mention, foitentreles Latins, 
foit entre les Grecs, ou quelques autres nations 
de ce monde. Il faut donc dire, que combien 
que tous les animaux foient fortis de l'Arche, 
neantmoins par vn inftinct naturel, & proui- 
dence du Ciel, diuers genres d'iceux s'efparti- 
rent en diuerfes régions , en aucunes defquelles 
ils fe trouuerentfibien , qu'ils n'en voulurent 
point partir ; ou s'ils en fortirent , ne fe confer- 
uerent, ou bien en fin de temps ils périrent to- 
talement, comme l'on void arriuer en beau- 
coup dechofes : car fi l'on y veut regarderde 

Bb iij 



j/ifioire naturelle 

près, on trouuera que ce n'eft pas tant feule- 
ment.vne chofc propre ôc particulière es In- 
des , mais auiîî generalle en beaucoup d'autres 
régions ôc Promnces de l'Aile, d'Europe, ôc 
d'Affrique, efquelles l'on dir qu'il y a de certai- 
nes efpeces d'animaux, qui ne fe trouutnt point 
en d'autres régions, au moins s'il s'en trouue 
ailleurs , l'on recognoift qu'ils y onrefté portez 
de h. Puis donc que ces animaux font for tis de 
l'arche , comme poar exemple , les Elephans 
que l'on trouue feulement en l'Inde Orientale, 
& de là Te font communiquez en d autres ré- 
gions, nous en pourrons dire autant de ces ani- 
maux du Peru > ôc des autres des Indes qui ne fe 
trouuenten autre partie du monde. L'on peut 
bien aufli conilderer fur ce fubjet , fi tels ani- 
maux différent en efpece , Ôc elfcntiellement de 
tous les autres, ou il celle leur différence eft ac- 
cidentalle, laquelle peut y auoir eftécaufee par 
diuers accidens, comme nous voyons au ligna- 
ge des hommes, que les vnsfont blancs, & les 
autres font noirs ', les vns geans,les autres nains, 
6c en l'efpece des linges , les vns n'ont point de 
queue , ôc les autres en ont : entre les moutons, 
les vns font ras,& les autres vellus; les vns gi ads 
ôc forts, qui ont le col fort long, comme ceux 
du Peru , ôc les autres foibles ôc petits , ayans le 
col court comme ceux de Caftille. Mais pour 
en parler plus fainement, qui voudra par ce dif- 
cours , en mettant feulement ces différences ac- 
cidentalles , conleruer la propagation des ani- 
maux es Indes , Ôc les réduire à ceux d'Europe, 
prendra vne charge de laquelle il pourra mala> 



T) es Indes. Liure IV. x pgi 

fe'ment forcir à Ton honneur. Car il nous de- 
uons iuger les efpeces d'animaux par leurs pro- 
prietez, ceux des Indes font Ci differens, que 
c'eft appeller l'œuf chaftaigne, de les vouloir ré- 
duire aux efpeces cogneucs de l'Europe-, ' 




Des Oy féaux qui font propres es 

Indes, 

Chapitre XXXVIî. 

^ L , y a aux Indes de pluifîeurs fortes 
pd'oyfeaux remarquables, foit qu'ils 

" foient delà mefme efpece de ceux d'i- 
cy, ou autres dirferens. Ils apportent 
delà Chine cerrains oyfeaux, qui ri ont point 
de pieds aucunement, & tout leur corps eft qua- 
« plume. Ils ne s'affient point en terre, mais 
hs fe pendent aux rameaux par des filets, ou 
plumes qu'ils ont, ôc ainfiferepofent comme 
des mouches, cVchofes aériennes. Au Peruiiy 
*des oyfeaux qu'ils appellent Tomineios, h" pe- 
tits, que beaucoup de fois i ay douté, les voyant 
voler, fi c'eftoient abeilles, ou papillons : mais à 
la vente, ce font oyfeaux. Au contraire çiux 
qu ils appellent condores, y font dVne extrême 
grandeur, & dvnc telle force, que non feule- 
mentils ouutent Se defpecent vn mouron, ôc le 
mangent, mais aufîî vn veau tout entier. Ceux 
qu ils appellent Auras, ôc les autres poullazes, 
(Iciquelles ie croy quant à moy eftre du genre 

Bb iiij 



I 



Hijîoire naturelle 
des corbeaux) font d'vne eftrange légèreté , & 
ont la veuë fort aiguë , eftans fort propres pour 
nettoyer les Citez , d'autant qu ils ny laiflent 
aucunes charongnes , ny chofes mortes.llspaf- 
fent la nuid fut les arbres, ou iur les rochers, &. 
au matin viennent aux Citez iemettans lut le 
fommet des plus hauts édifices , d ou ils elpient 
& attendent leur pnfe. Leurs petits ont le plu- 
mage blanc, comme l'on raconte des corbeaux, 
& changent le poil en noir. Les guaoamayacs 
font oyfeaux plus grands que perroquets & 
leur refiemblent en quelque choie, ib tout elti- 
mezpout la dmerfe couleur de leur p limage, 
qui eft fort beau, & fort agg. eable En la neuue 
Efpaene il y a abondance doyleaux, d vn excel- 
ler plumage, de forte qu'il ne s en trouue point 
en Europe,qui en approchenecômrae 1 on peut 
voir parle! images de plum« , qu'ils apportent 
de l&fquels auec beaucoup de raifon,font pn- 
fés &eftimés, donnans occafion de selmer- 
ueiller que l'on pu.ffe faire auec des plume? 
do.feaul.vne cenure fi délicate , & fi parle- 
ment efgale, qu'il, femblent proprement eftte 
de .rayes couleurs de peinture , & ont vn ce !, 
& vn regard fi gay, fi vif , & fi agréable que le 
peintre tf en peut pas faire de fi beaux auec fon 
pinceau , & (es couleurs. Quelques Indiens, 
tons o n uriers& experts en cet art, pourtrayent 
de ces plumes , & reprefentent P^' a f men *. 
ce qu'ils voyent peint auec le pinceau, de telle 
façon que les peintres d'Efpagnè nont en ce 
point aucun aduantage fut eux. Le ?"«£"« 
# Prince d'Efpagne Dpm PhObppe.luy donna 



des Indes. Dure IV. 197 

trois eftampes, oupourtraits fai&s déplume, 
comme pour mettre en vn Breuiaire-, lefqnelles 
(on Altelfe monftra au Roy Dom Phiîippes 
noftre fieur fon père j lefquels fa Majefté con- 
templant, Ôc regardant de pres,dift qu'il n'auoit 
iamais veu en ceuure fi petite vne chofe de fî 
grande perfection & excellence. Comme Ton 
euft. vn iourprefenté àlaSaincleté de Sixte V. 
vn autre quarre plus grand où eft oit pourtraic 
fainct François, & qu'on luy euft dit que les in- 
diens faifoient cela de plume; il le voulut ef- 
prouuer, touchant des doigts le tableau , pour 
voir fi c'eftoit plume,d'autant que cela luy fem- 
bloit chofe merueilleufe deftre û proprement 
ageancé, que lavetienepouuoitiuger, & dif- 
cerner fi c'eftoient couleurs naturelles déplu- 
me , ou Ci elles eftoient artificielles, de pinceau. 
Ceft vne chofe fort belle , que les rais ôc regard 
que ictte vn verd , vn orengfé , comme doré, ôc 
autres couleurs fines, & vne chofe digne de re- 
marquer, quelesregardans d'vne autre façon, 
on les vpid comme couleurs mortes.Ils font les 
meilleures & plus belles images de plume, en la 
Prouince de Mechouacan , ôc au bourg de Paf- 
çaro* La façon eft qu'auec de petites pinces deli-, 
cates ils arrachent les plumes des mefmes oy- 
féaux morts, & auec vne colle defliee qu'ils ont, 
les vont attachant légèrement Ôc poliement. Us 
prennent ces plumes fl délicates ôc petites de 
cesoyfeaux qu'ils appellent auPcru, Tomjn- 
cios, ou d'autres femblables, qui ont de très- 
parfaites couleurs en leurs plumes. Les In- 
dien^ outre ces images A feferuoient des plumes* 



Hifloire naturelle 
en beaucoup d'autres ouurages fort précieux, 
fpecialement pour l'ornement des Roys & Sei- 
gneurs, de leurs temples & idoles : car il y a 
auffi d'autres grands oyfeaux qui ont des plu- 
mes excellentes & très-fines, dequoy ils fai- 
foient des pennaches & plumages bigarrez,fpe- 
ciallement quand ils alloient en guerre , les en- 
richiiïànt d'or & d'argent, fort artificiellement, 
quieftoit vne chofe de grand prix. Lesmefmes 
oyfeaux y font encores aujourd'huy, mais ils 
n'en font pas tant curieux, &" n'en font plus 
tant de pennaches, ny de gentillettes, comme 
ils fouloient. Il y a aux Indes d'autres oyfeaux 
du tout contraires à ceux-cy , de fi riche pluma- 
ge, lelquels outre ce qu'ils font laids,oe feruenc 
d'autre chofe que de faire de la fiente , Ôc neant- 
moins ne font ils pas, peuteftre, de moindre 
profit. l'ayconfiderécela, m'efmerueillant de 
la prouidence du Créateur qui a ainfi ordonne 
que les autres créatures feruent aux hommes. 
En quelques Illes ou Phares , qui font ioignanc 
lacofteduPeru, l'onvoidleloing des pics, ÔC 
montagnes toutes blanches, & diroit-on à les 
voir, que ce feroit de la neige, ou que tout y eft 
vne terre blanche : mais ce font des monceaux 
de la fiente de ces oyfeaux marins qui vont là 
continuellement fienter , & y en a fi grande 
abondance, qu'elle fehaufle plufieurs aulnes, 
voire plufieurs lances en haut, cequifemble 
chofe fabuleufe. Ils vont auec des bafteaux à 
ces Illes, feulement pour charger celle fiente, 
pource qu'il n'y a autre fruict, grand, ny petit' 
en icelles -, & eu celle fiente fi commode, & fi 



des Indes. Liure I V. ips 

profitable, que la terre qui en eft fumée, rap- 
portedu fruid en fort grade abondance.Ils ap- 
pellent cette fier. te,gtiano, d'où a pris le nom la 
vallée, qu'ils difent de Hmaguana, es vallées du 
Peru, où ils feferuent de cefte fiente, & eft la 
plus fertile de ce terroir. Les coings , grenades, 
& autres fui&s y excédent en grandeur & bon' 
té tous les autres , cV difent que c'eft pource 
que l'eau auec laquelle ils lesarroufent, pafïe 
par delà terre fumée de cefte fiente, quicaufe 
la beauté de cefruicl:. Tellement que ces oy- 
feaux n'ont pas feulement la chair pour feruir 
de viande, lechantpourlarecreation, lapîume 
pour l'ornement &gaillardife ; tnais auffileur 
fîente fert pour engraiiïèr la terre. Ce qui a eité 
ainfi ordonné par le Créateur fouuerain, pour 
le feruice de l'Homme, afin qu'il Ce refïbuuien- 
ne de recognoiftre, & eftre loyal à celuy duquel 
tout fon bien procède. 



Des beftes de chafe. 
Chapitre XXXVIII. 

V t r e les animaux de chafTe dont 
nous auons parlé, qui «font com- 
muns es Indes & à l'Europe, il y 
% en ? dautres <I ui (e trouuentpar 
} ddi 9 dont ie ne fcachepoi.t qu'il 
"en ayt par deçà, finon que parauenture ils y 
|aycnteft e apportez de ces parties là. Ils appel- 
,lent ^ainos, des animaux qui font faits comme 
petits porcs, qui ont cefte chofe eftrange d'à- 




Hifioire naturelle 
noir le nombril fur i'efchine du dos. Ceux là 
vont par les bois en trouppe, ils font cruels fans 
cftre aucunement craintifs,, au contraire ils al- 
faillent , & ont des crocs comme razoirs , auec 
lefquels ils font de dangereufesbleiïures & in- 
citions, fi ceuxquiles chaffent ne fe mettent en 
lieudefauuetc. Ceux qui les chalTent, pour les 
tuer plus feurement montent en des arbres , ou 
incontinent lesSainos ou porcs accourent, & 
arriuent en trouppe à mordre l'arbre quand ils 
ne peuuent nuire à l'homme, & alors du haut 
auec vne lance ils Mènent & tuent ceux qu'ils 
veulent. Ils font très-bons à manger : mais il 
eft befoing aufli toft leur ofter ôccoupperçe 
rond qu'ils ont au nombril de l'efpine, car au- 
trement dans vn iour ils fe corromproient. Il y 
a vne autre race de petits animaux qui reiïem- 
blent à des cochons de laid, & les appellent, 
Guadatinaias. le doute f'ii y auoit aux Indes, 
auant que les Efpagnols y vinrent, des porcs de 
la me(me efpece de ceux d'Europe, d autant 
qu'en la defcouuerte des Ifles de Salomon, il eit 
dit qu'ils y trouuerent des poulies & des porcs 
d'Efpagne, Mais quoy que ce foit, c'eft vne cho- 
fe certaine que ce beftial a multiplié prefque en 
toutes les parties des Indes fort abondammet. 
Ils en mangent la chair fraifche,la tiennent aufli 
faine & bonne, comme fic'eftoit du mouton; 
comme en Carthagene en quelques endroits ils 
font deuenus fauuages & cruels, & leur fait- on 
la chafle comme à des fangliers , ainfi que 1 o* 
void en fainft Dominique , & es autres Ifles ou 
le beftial s'eft habitué auxforefts. En quelque 



X. 




des fndes. LiurelV. *99 

endroits ils les ndurriflent auec le grain de 
mays, & ils s'engraiiîènt merueilleufementafm 
d'en auoir le Cain , dont ils vfent a faute d'hmlle. 
£ n aucuns lieux Ton en fait des iambons, com- 
me en Tolluca de la neuue Efpagne , & en Paria 
du Peru. Retournant donc à ces animaux de par 
delà , tout ainfî comme les Sainos font fembla- 
bles aux porcs, quoiqu'ils foient plus petits^ 
ainfi lesdantes reïlemblent aux petites vaches, 
combien qu'ils reflemblentmieuxà desmulles, 
pour n'auoir point de cornes. Le cuir de ces ani- 
maux eft forteftimé pour des collets & autres 
couuertures, & font Ci durs, qu'ils reliftent à 
quelque coup quecefoit. Et comme lesdantes 
font derTendus par la force & dureté de leur 
cuir, ceux qu'ils appellent armadillos , le font 
auflî par la multitude des efcailles qu'ils onr, 
lefquels s'ouurent, & fe ferrent comme ils veu- 
lent en façon de cuiratfe. Ce font des petits ani- 
maux qui vont par les bois, lefquels ils appel- 
lent armadillos , à caufe de la derfenfe qu'ils ont 
fe mettans dans leurs coquilles , &lesdefcou- 
urant quand ils veulent. l'en ay mangé, & ne 
me femble pas chofe de grande valeur : mais îa 
chair des yquanas eft vn meilleur manger, com- 
bien qu'ils foient hideux cV horribles à la veiie; 
car ils reflemblent aux vrais lézards d'Efpagne, 
encores qu'ils foient dVn genre ambigu & dou- 
teux, d'autant qu'ils vont en l'eau , & fortans en 
terre, montent aux arbres du riuage. & comme 
ilsfeiettent des arbres en l'eau, les batteaux fe 
mettent defTbus qui les recueillent. Les chin- 
chilles eft vn autre genre de petits animaux^ 



l/ïfîoire naturelle 

comme efcurieu* * ils ont vn poil merueilîeufe-* 
ment doux & liiTé , ôc porte t'on leurs peaux 
comme vnecbofeexqmfe ôc falutairepour ef- 
chauffet l'eilomach, Ôc les parties qui ont be- 
foing de chaleur modérée. Ils font des couuer- 
tures <3c des caftellongnes du poil deceschin- 
chilles , & fe trouuent en la Sierre du Petu , où 
il y a mefme vn petit animal fort commun qu'ils 
appellent cuves ; que les Indiens eftimentpour 
vntres-bon manger, &ont accouftumé d'of- 
frir fouuent en leurs facrifices ces cuyes. Ils 
font comme petits connins, & ont leurs creux 
& tanières dans la terre, & en quelques lieux 
ont miné toute la terre \ les vns font gris, les au- 
tres blancs, & les autres méfiez. Il y a d'autres 
petits animaux qu'ils appellent vifeachas, qui 
font comme des lièvres, combien qu'ils foient 
plus grands, aufquels ils font lachafle, &les 
mangent. Des vrais lièvres il y en aalTezgrand 
nombre pour lachafle en quelques endroi&s. 
L'on trouue aulîi des connins au Royaume de 
Quitto , mais les bons y font venus de fpagne. 
C'eft vn autre animal eftrange que celuy,lequel 
pour fon excellîue pefanteur& tardiucté à fe 
mouuoir , ils appellent Perico legero , ou petit 
Pierre le léger : il a trois ongles à chaque main y 
& meut ft s pieds & fes mains comme par com- 
pas, ôc fortpefamment, ôc reflembledefaceà 
vne guenon: il a vn cry hautain, il monte aux 
arbres, ôc mange des fourmis. 




des Jndes. Liure iy % 



zoo 




Des Mïcosy oh guenons des Indes. 

Chapitre XXXIX 

H A r toutes les montagnes de ces 
1 ïiîes de la terre ferme, & des An- 
des, il y a vn nombre infiny de 
micos , ou guenons , qui font de 
la race des linges, mais différents 
en ce qu'ils ont vne queue, voire 
fort longue. Etyen a entr'eux quelques races 
qui font 3. fois plus grands, voire 4. quelesor- 
dinaires; les vns font du tout noirs, les autres 
bays, les autres gris, ôc les autres tachetez, & 
meflez Leur légèreté & leur façon de faire d 
admirable, pource qu'il femble qu'ils avent de 
Jaraifon & du difcours acheminer parles ar- 
bres, en ce qu'ils veulent prefque imiter les oy- 
ieaux. En allant de Nom de Dieu en Panama/ie 
vids en Capira qu'vne de ces guenons fauta d Va 
arbre en l'autre qui eftoiede l'autre cofte delà 
nuiere, ce qui me fin: beaucoup efmerueÙler ïîs 
fautent où ils veulent, entortiiians la queue ea 
vne branche pour f efbranler ; ôc quand ils veu- 
lent fauter en vn lieu éloigné, ôc qu'ils ne peu- 
uentdVn faut y atteindre, ils vfent alors dvne 
gencillefaçon, qui eft qu'ils f arracher à la g ueiie 
les vns dts autres, ôc font par ce moyen comme 
vne chaine deplulleurs, puis après ils f élancent 
Se Ce îettent auant , ôc le premier eftanr ay dé de 
iaforcedesautres,atteintoùil v«ft;& fatrache 
ça vn rameau, puis il ayde &fouftiencroude 



t 



Wfloire naturelle 

refte iufbu'à ce qu'ils foiét tous paruenus atta- 
chez', c*Le j'ay du , à la queue les vus des au- 
tres. Ce ferait chofe longue à raconter quelles 
folie. , embufehes , & trauerles , & les leux , & 
oa,llardifesq«'.ls font quand on es drell*lef- 

|«elles ne tUlent pas venu: ^«^S 
t\ux,maisd'vnenteude m enthumain,Unvids 

vn en Carthagene en la maifon du Gouverneur 
«"lient dîelîc.que les chofes qu'il faifo.t fern- 
bloient incroyables. Ils l'enuo.oient a la tauer- 
ne pou auoir du vin , & luy «nettoient en vne 
Lin de l'argent, & le pot en l'autre, * n eftou 
pas poffible de lav tirer l'argent de la main, lui 
qu'à ce qu'on luy euft donné le pot plein de v n, 
1 les enta, le renc,nuoient par la rue & qu > 
levinirent agalTer, ou luy ietrer des pierres, il 
rnettoir bas fe pot d vn corté & tut les pierres 
ruant de fa part contre les enfans, iniques a ce 
ou'il euft alîeuréle chemin j puis retOurnoK à 
Lterïon por, 6V qui plus eft encore, qu' ! fuft 
Ln beuueutdc vin (côme plufieurs fois ie luy 
en ay veu boire , lors que ton maiftre luy en let- 
toit d'enhaut) néanmoins il n'y «ftiarnais tou- 
ché qu'on ne luy en euft donne corge Ils me 
dirent mefmeque s'il voyoit des ^«far- 
dées, il fe iettoii fut elles, & leur t,r. it la co.rTa- 
« lés des-accommodât, & les voulant «ordre. 
Cècv pourra eftre addition pource que te ne 
i'ay point veu : mais ie ne pente point qu'il y ayt 
animal qu. plus approche de la côuetfation hu- 
maine, que cette race de guenons. Ils en racon- 
tent tant de chofes , que de peur qu'on ne pente 
quej'adjouftefoyà de.fabîes, ouquonnek» 



des Indes. Livre IV. zot 

tienne pour telles, ietrouue meilleur de îaTfler 
cefubie& & conclure ceite matière, enbenif- 
iantlautheurde toutes créatures de ce qu'il a 
voulu creer vne efpece d'animaux feulement 
pour la récréation 6c le plaifir des hommes. 
Quelques vns ont efent que l'on apportoitecs 
nncos ou guenomà Salomon de l'Inde Occi- 
dentale, mais iecroy de ma part aue c'eftoitde 
lOnentaîe. V 




Des vkugnes é tarugues du Féru. 
Chapitre X£r. 

Ntr e ks chofes remarquables des 
Irdesdu Peru,font ks vieugnes ôt 
moutons du pays qu'ils appellent, qui 
lont des animaux traidables & de 
beaucoup de profit. Les vieugnes font fauuages 
& les moutons eft vn beftial domeitique. Q „ J. 

ques vm ont pen fé que les vieugnes font ce que 
Anttote, Plme, & autres autheurs tramât" „ * ) 
quand ils efcriuem de ce qu'ils appellent CavrJ *f n ^ ?' * 

amemenrque quereflembknce pour la légère- * U'J 
pour reflembler aufîi en quelque chofe aux cne- 

vre SA a, S e„effecelIesn^ontpoin t dV„ ei îef. 
mecfpece, car les vieugnes n'ont point de cor- 
«es mais celles-là en ont, comme Ariftotera- 

JlndeOaenaU, i, l'efpece defquels ils cirene 

Ce 



Hifloîre naturelle 

les pierre* de bezaar : car s'ils font de ce genre, 
ceferoit vneefpecediuerfe, comme en la race 
cks chiens l'efpecc du maftin eft autre que celle 
du lévrier. Les vicugnes du Peru ne font point 
aiuTi les animaux qui portent la pierre de bezaar 
en la Frouince de la neuue Efpagne , ieiquels lis 
appellent là bezaars , d'autant que ceux-là (ont 
de l'eipece des cerfs & venaifon. Neantmoms le 
ne fçaehe autre partie du monde où iWayedc 
ces animaux, finonauPeru, &enChille, qui 
fontProuinces joignantes l'vne de 1 autre. Les 
vicugnes font plus grandes que les chèvres, & 
plus petites que les veaux. Ils ont le poil tirant 
àcouleur derofefeche, quelque peu plus clai- 
re Ils n'ont point de cornes comme les cerfs ôc 
capreas. Ils paifTent, & fe retirent es endroits les 
plus hautains des montagnes, qu'ils appellent 
Pucmas. La neige, ny la gelée ne les offenfe pas, 
au contraire il femble qu elle les recree.lls vont 
en trouppe, & courent tres-legerement. Quad 
ils rencontrent des voyageurs, ou quelques be- 
lles ilsf'enfuyent comme beftes tort timides, 
& en fuyant ils chaffent deuant euxleurs petits. 
On ne f apperçoit point qu'ils multiplient beau- 
coup. Celt pourquoy les Roislnguas auoient 
défendu la chatte des vicugnes, fi ce nettoie 
pour leurs feftes, & par leur commandement. 
Quelques*vns fe plaignent que depuis que les 
Eipagnols y font entrez , on a donné trop de li- 
cence à la chaffe des vicugnes , & quMs font di- 
minuez pour celle occafion^ La manière de 
charter dont les Indiens vfent, eft de cechaco, 
«jii eft qu'ils famaflent plufaurs hommes cn« 







des hâet. Liure IV. 2 a z 

femble, quelquefois iu fques à mil, ou trois mil, 
Voitedauar rage , 8< entourant vn grand elpace 
deboM j > ,von.cb ? flàntl,.v ena ifo n ,,u fquesàce 
qnii» fe fuient mincis de.tous coftez par ce 
moyen ils fe prennent d'ordmaire de 5. à 4. cens 
ou enwron, & lors ,1s ptennét ce 'qu'ils veulent, 
laiilans aller lerefte, fpecialement fefemeJles 
pour la multiplication. Ils ont accouftuiné de 
tondre ces animaux, & de faire de leur laine des 
couuertures & caftellongnes de grand prix, par- 
ce que cefte lame eft comme vne foye'blanche 
qui dure longtemps; &cômeJa couleur eft na- 
turelle & non point de teinture, elle eft perpé- 
tuelle Us eftoffes faites de cefte laine, font fort 
Wches, &rortbonnespourletempsdécha" 
eurs, & tiennent qu'elles W profitables pour 
mflamation des reins & autres parties, tempe- 
rans la chaleur exceflîue. La mcfme vertu a cefte 
Jatne, quand elle eft mife en des mattelas. C'eft 
pourquoy quelques vns en vfent à céte fin pour 
J xpenence qu'ils en ont. Ils difent dauanLë, 
que cefte laine, oucouuerturefa.ted'ieelle eft 
médicinale pourd'autres ind,fpofitions,commï 
pourla goutte, toutefois .e nay pascognoilTan- 

la I™f Syt fâU 3UCune «P^ence certaine, 
La char de ces v.cugnes n'eft pas bonne, enco- 
re que jes Indiens la mangent, & qu'.lsenfont 
de la cec.ne,ou cha.r fechee, pour les effecîs de 
la mede Clne . j dlra f ^ *£ 

par Ja S.erre duPeru , j'arriuay en vn tambo , ou 

în, . T Vnf ° ir ' eft ^^ffli g éd'vne terrible 
douleur des yeux, tellemencqu 'il me fe mb o t 
S** vouloient fortir dehors ( qui eftvnaS 

Ce ij 



Il 






Wfloire naturelle 

Eftani donc couche auec te " Ind ] enne 

? U1 """.tv c eaôk vn morceau de chair de vi- 
feras guary, ";X me «,& encore toute fan- 
C , gnC \ U :LTdeceftTrned;cine J &incontinent 

ifte tattoufol"etrchat< 1 ueVdu, 
m e quitta du tout, vu co mmune de 

T l f ' 'Ïef û ol aSurné d'en vfer 
chaflet «^«'iSe pour les prendre, qui 
d'vne autre particulier ej dcs 

eft qu'en approchant affezpre . > 
cotdeaux aueccertam plomb s, q^ p 
& fe méfient entre leur .pieds , ■ « / ^ 

prennent la vieugne. La prn i 

resde bezaarc l u onrP c il Y a vn autre 

nous «aillerons çyapr-iy^^ fef ? 

^'S2 S^fontplusfegersque 
quels auffi fon^. 1 ^^,' „ an jj de corps , & 

?6S ViCUg raie r Ïu fr § llsont les oUeJ 
ont vne chaleur pm hen tpoint en 

mo lles fc P^ Victnes,àioutlemoinsie. 
trouppe comme les vicug ^ commU ne- ;. 

yeitu. ' 




des Jndes. Liure I V 




Des Pacos , Guanacos y & moutons du Peru. 
Chapitre XLI. 

L n'y a chofe au Perude plus gra- 
de richefîe & profit que le beftial 
du pays, que lesnoftresappellét 
moutôs des Indes , & les Indiens 
en langue generalle l'appellét la- 
ma: car tout bien confideré^c' efb 
l'animal du plus grand profit , &delamoindie 
delpenfe de tous ceux qu'on cognoifTe. Ils tirent 
de ce beftial la viande Ôc le veftement, comme 
ils font des brebis en Efpagne. Dauantage ils en 
tirent la commodité de la charge ôc de la voitu* 
re de tout ce qu'ils ont befoin , attédu qu'il lcujjr 
fert à porter leurs charges, & d'autre codé, il 
n'eft point de befoin dédefpendre aies ferrer, 
«yen Telles, ou en bafts, & non plusenauoine: 
mais il fert fesmaiftresgratuitement^fe conten- 
tant de l'herbe qu'il trouueparmy les champs 
de manière que Dieu lésa pourueus de brebis 
&dejuments en vn mefme animal. Et comme 
ceft vne nation pauure, il a voulu auffi les 
exempter en ce poincl:, de couft & de def penfe, 
pource qu'il y a beaucoup de pafturages & her- 
bages en la Sierre , & ce beftial n'a point befoin 
d'autre couft. Il y a deux efpeces de ces moutons 
ou lamas, lesvns defquels ils appellent pacos, 
ou moutons porte laine, &Jes autres font raz, 
& de peu de laine ; auiîî font-ils meilleurs pour 
là charge. Ils font plus grands que des grands 
moutons, & moindres cu,ie des veaux -, & ont le 

Ce iij 



Hiftoire naturelle 
col fort long, à la femblance d'vn chameau, 
dont ils ont* bien befoing: car eftans haut sèc 
dleuez de corps, ilsontbefo.ng dvncola.nii 
Ion* pour ne Ublet point difformes. Us font 
de diuerfes couleurs, les vns tous blancs, les 
autres noirs , les autres gris, & l« autr « mef ' 
lez qu'ils appellent Moromoro. Les Indiens 
«tf£ de grandes fuperftitions à cho.fit ce. 
San* , pour les facrifices , de que le couleur 
ils deuoient eftre , félon la diuerfité des fa.fons, 
& des facrifices. La chair en eft bonne, encore* 
qu'elle fo.tdure: mais celle de leur, agneaux 
eft la meilleure, & la plus délicate que 1 onfçau- 
ro.t manger , toutefois l'on n en *f%T& 
beaucoup à manger, poutee que le p me pal 
fruift c/profit qu'ils rapportent, ^ /» «»« 
pour faire des draps, & leferu.cequil font : à 
porter charge. Les Indiens mettent la laine en 
Lute, & fontdeseftoffes, dont.lsfeveften , 

IV ne qui eft gtoffiere & commune qu ils appel- 
;chlnafcaf & rau t tefine & dehcate,qu 1 sap 

pellent cumbi. De ce cumbi lit font des tapis de 
table descouuertures, & autres ouuragese^- 

qu, , qui fo" de lon g UC dureC ' ? ° n r " fc 
beau luftre, approchant comme du m.foye & 
ce qu'ils ont de f.ngul.er , eft leur façon de tiftre 
kU ne d'autant V'' sfontà deux faces tous 
le! «es qu'ils veulent , fans que Ion voye 
aucune fin, ny bout ««'"g^ 
e uaRoy duPeru auoitde grands ^ llttesou 
uriers àfaire cefte matiete de «**£*W 
cipaux refidoient au quartier ^ Capach.ca joi- 
gnant le grand lac de Titicaca. «s teignent cette 



des Jndes. Liure IV* 104. 

laine de diuerfes couleurs très fines, auec plu- 
fieurs fortes d'herbes , de laquelle ils font beau- 
coup de difFerencs ouurages, degrofîîers, ou 
communs, Ôc de fins. Tous les Indiens & In- 
diennes y trauaillent en la Sierre , Ôc ont leurs 
meftiers en leur maifon, fans qu'ils ayent befoin 
d'acheter, ny faire faire les eltofFes qu'ils vfent 
chez eux. Us font delà chair de ce beftial, du 
eufehargui , ou chair fechee , qui leur dure long 
temps & en font grade eftime. Ils ont accôuftu- 
me de conduire des bandes de Ces moutons, 
chargez comme voituriers , ôc vôt en vne ban- 
de de trois cens , ou cinq cens , voire mil mou- 
tons, lefquels portent du vin,du mays, du coca, 
du chuno, du vif argent, ôc toute autre forte de 
marchandage, ôc qui plus eft,de l'argent la meil- 
leure de toutes : car on porte les barres d'argent 
depuis Potozi iufquen Ariqua , où il a foixante 
ôc dix lieues , & auoient autrefois accoafhimé 
de les porter à Arequipa,qui font cent cinquan- 
te lieues. le me fuis beaucoup de fois efmer- 
ueillc de v oir ces trouppes de moutons chargez 
de mil & deux mil barres d'argent , Ôc beaucoup 
dauantage, qui font plus de trois cent mil du- 
cats, fans autre garde, ny efeorte, que quelques 
Indiens , qui feruent feulement pour guider les 
moutons, ôc les charger, ôc defeharger, ou 
pour le plus quelques Efpagnols ; & dorment 
ainfi toutes les nui&s au milieudes champs fans 
autre garde que cela. Et neantmoins en vn(i 
long chemin, &auec fî peu de garde, l'on ne 
trouue iamais qu'il y ayt faute, ou perte d'aucu- 
ne chofe fur vn fi grand nombre d'argent , tant, 

Ce îiij 



Hifioire naturelle 

eft grande la feureté , deffoubs laquelle on che- 
mine auPeru. La charge que porte ordinaire- 
ment vn de ces mourons , eft comme de quatre 
ou fix arrobev \ quand le voyage eillong , ils ne 
cheminent par iour que deux, ou trois lieues, 
ou quatre pour le plus. Les moutonniers qu'ils 
appeilét, qui font ceux qui côduifent les troup - 
pes & bandes, ontleursgiltts, & repaires or- 
dinaires, qu'ils cognoiffent où il y a de l'eau, 
& des pafturages , & là ils defcharge nt , cV font 
leurs rentes, y Fa fans du feu ,& accommodai 
Jeurmanger, & ne font pas trop mal, encores 
que ce foit vne façon de cheminer affez flegma- 
tique &tardiue. Quand il n'y a point plus d'v- 
ne iournee de chemin à faire, v n de ces mou.tôs 
portetienhuiclarrobes pefant , & dauautage, 
& chemine auet fa charge vneipurnee entière 
dehuicl, ou dix lieues, ainfi qu'en ont vféde 
pauures foldars qui cheminoient par le Peru, 
Toutcebeftialfeplaiften vn air froid, & pour 
cefte occafion il fe trouue bien en la Sierre , & 
meurt aux Lanos à caufe de la chaleur. Il ardue 
par fois que cebeftialefttout cpuuert déglace 
& de gellee , & neantmoins demeure fain , & fe 
porte fort bien. Les moutons ras font plaifans 
à regarder , pource qu'ils f'arreftent aU chemin, 
&haufTentlecol, regardans les perfonnes fort 
artentiuemenr, & demeurent làainfi vne lon- 
gue efpace de temps fans femouuoir, ny faire 
iemblant de crainte, ny de contentement v ce 
<qui donne occafion de rire , les voyant ainfi ar- 
ïeftez , encores que quelquefois ils f'efpouuen- 
Um fubitement , & fen coûtent auèc la charge 



des Indes K Liure ÎV. T z of 

iufques aux plus hauts rochers. De façon que 
ne les pouuans atteindre, on eft contraint deles ' 
tuer, ôc cirer à l'arquebuze, de peur de perdre 
les barres d'argent, qu'ils portent quelquefois. 
Les Pacos fe fafchent & sobftinent contre la 
charge, fecouchansauecicelîe, fans qu'on les 
puiife faire releuer, mais pluftoft fe lai (Feront ils 
coupper en mil pièces que de fe mouuoir,quand 
cedefpit leur vient, d'où eft ve ule prouerbe 
quils ont au Peru, de dire que quelquVns'eft 
empacqué, pour fignirler qu'il s'eft obftiné, 
d autant que quand ces animaux fe fafchent, 
c eft auec excès. Le remède que les Indiens ont 
alors, eft de s'arrefter, &s'aflèoir auprès du Pa- 
co, & luy taire beaucoup de carefTes , iufqu'à ce 
qu i oftela fafcherie , ôc qu'il fereleue Ôc auient 
quelquesfois, qu'ils font contraints d'attendre 
deux ou trois heures,iufqu'à ce qu'il foit defem- 
pacqué ôc defennuye. Il leur vient vn mal com- 
me de la galle, qu'ils appellent carache, qui les 

tait mourir ordinairement. Les anciens auoienc 
en ce vn remède, d'enterrer toute vifue celle 
qui auoit le carache, de peur qu'elle n'en infe- 
étaft le refte : pour-ce quec eft vn mal fort con- 
tagieux, Ôç qui vadelVnà l'autre. Vn Indien 
qui aura vn ou deux de ces moutons, n'eft pas 
repute pauure ; car vn de ces moutons de la ter- 
re v aut nx & fep r pG2es e%és,&dauantage 
ielon le temps & les lieux. 



H'ifloire naturelle 



Des pierres Be^aars. 

Chapitre XLII. 

A. pierre Bezaar fe trouue en tons 
„ ces animaux, que nous auons die 
IL cy deffus eltre propres & particu- 
hers du Peru, de laquelle quelques 
autheurs de noftre temps ont et- 



cric des nures entiers, que pourront voir ceux 
qui en voudrôt auoir plus particulière coenoil- 
fance. Pour le fubieft prefent , il fuftira de dire 
que cefté pierre qu'ils appelle't bezaar, fe trouue 
enl'cftomach & ventre de ces animaux , quel- 
quefois vne feule, & quelquefois deux, & «ois, 
& quatre. Elles font beaucoup différentes entte 
elles, en lafortne.en la gradeur,& en lacouleur: 
d'aurât que les vnes font petites,côme auelines, 
& encor moindres, les autres font comme des 
noix ,les autres comme des ceufs de pigeons , « 
quelquesvnesauffi grades cômevn œuf de poul- 
ie & en ay veu d'aucunes de la grandeur d vne 
• orange:en la forme.lesvnes font de forme rode, 
ksaurres d'oualle, lesautres de façon de lentil- 
le & de plufieurs aurres formes. Pour leur cou- 
leur , il y en a de noires , de blanches , de gnles 
deverd-brunes.d'autresquifontcomedorees 
' Ce n'eft pas vne règle certaine , que de regarder 
la couleur , nv la figure , pour .uger quelles font 
les meilleures, ou les plus fines Toutes ces p er- 
rcs font formées 8c compofees de diuerfes tum- 




desjndes. Liure IV. 2 o6 

ques, ou pellicules fclesvnes fur les autres. En 
la Prouince de Xaura , Se en d autres Prouinces 
du Peru, l'on trouue de ces pierres en diuerfes 
fortes d'animaux , fiers ôc domeftiques, comme 
ésGuanacos^ç5.Pacos,ésVicunes,&ésTaru. 
gues,d autres y adiouftet vne autre efpece,qu'ils 
difent eftre chèvres fauuages , ôc font celles que 
les Indiens appellent Cypris. Ces autres fortes 
d animaux font fort cogneuè's au Peru, ôc en 
auons défia traitté cy defTus. Les Guanacos ou 

moutons du pays, & les Pacos,ontcommune- 
ment ks pierres plas petites, ôc noirettes, ÔC 
rie font pas tant eftimees, ny approuuees pour 
j vfage de la médecine. On tire les plus grof- 
fes pierres de bezaar, des Vicunes, êc font gri- 
sou blanches, ou de verdobfcur, lefquelles 
font tenues pour ks meilleures. L'on eftime 
quecellesdes Tarugues font les plus excellen- 
tes, dont il y en a quelques-vnes,bien groiîes, 
elles font communément blanches, tirans fur 
le gris, & ont leurs tuniques .V pellicules, com- 
munément plus grottes <k efpaiiTes que les au- 
tres. Lon trouue la pierre bezaar efgalement 
autant aux mafles, qu'aux femeUes. Tous les 
animaux qur l'engendrer ruminent, & ordinai- 
rement paiuent parmy les neiges, & les ro- 
ches. Les Indiens racontent de tradition ôc en- 
feigncment de leurs pères Ôc anciens, que en la 
Prouincede Xaura, & en d'autres Prouincesdu 
Peru, il y a plufieurs herbes ôc animaux veni- 
meux, Iefquels emrjoifonnent l'eau, & les pâ- 
turages où ils boiuent Se mangent, & où ils 
fleurent. Defquelles herbes venimeufesily en 




Hifioire naturelle 

avne qui eft fort cogneuë de la vicugnepatvn 
inftinÛ naturel, & des autres animaux qui en- 
eendrent la pierre bezaar, lefque ls mangent ce- 
le herbe, & par le moyen Scelle Us fe préfet- 
uentdupoifon des eaux & des pafturages , & 
ainft difent-ils que de cefte herbe fe forme en, 
leur eftomach cefte pierre, d'où elle tire toute 
la vertu qu'elle a contre le poi(on,& les autres 
opérations merueilleufes. C'eft 1 opinion & 
tradition des Indiens , defcouuerte par des per- 
fonnes fort expérimentes au Royaume du 1 e- 
ru, ce qui s'accorde auec la raifon , & auecce 
que Pline raconte des chèvres montagneres, 
in.hb.io. Quelles f e noumlTent, &paiffentdepoilon, 
* 7Î ' fans qu'il leur falTe mal. Les Indiensinterrogez 
poutquoyles moutons, les vaches, chèvres K 
veaux", del'efpece de ceux de Cartille , n ont pas 
la piètre de bezaar, veu qu'ils paiflent es melmes 
roches que font les auttes ; refpondent qu ils 
necroyent pas que ces fufdits animaux de Ca- 
fi die, mangent cefte herbe, & qu'ils ont mefme 
trouûé la piètre bezaar en des Cerfs , & des 
Daims.Cela femble f accorder auec ce que nous, 
fçauons , qu'en la neuue Efpagne il fe ttouue de 
pierres de bezaar, combien quilnyaytpouu 
de vieugnes, de Pacos.de Tarugues, ny de Gua- 

n acos,mais feulementdes Cerfs , en quelques 
vns defquels l'on ttouue cefte piètre. Lepnn- 
cipal effet de la pierre bezaar, eft contrele ve- 
nin & maladies venimeufes, encor quily ayt 
fur ce diuerfes opinions, & quelques-vns tien- 
„ent cela pour mocquerie , & les auttes en fon 
des miracles. Comment que s en fou, celt vne 



des Indes. Liure I V* z§? 

chofe certaine , quelle eft de grande opération* 
quand elle eft appliquée à temps, d'vne façon 
coue-nable, ainû que les herbes,& à des perfon- 
ncs capables & difpofees. Car il n eft pas de mé- 
decine, qui guarifïe infalliblement ronfleurs. 
En Efpagne, & en Italie, Ton a veu d admirables 
effedts de cefte pierre contre la Tauerdette, qui 
eft vne efpece de pefte,roais non pas tât auPeru. 
L'on l'applique pilee&mife en quelque liqueur, 
quife puiiTe accommoder pour la guerifondç 
lamelancholie,mal caduc,flebvres peftilentieu- 
fes,&pourpIufieurs fortes de maladies. Lesvns 
la prennent auec du vin, ks autres auec du vin- 
aigre , auec eau dazahac, de langue de bœuf, de 
bourraches, & d autres fortes, que diront les 
Médecins & Apoticaires. La pierre de bezaar 
n'a aucune faveur propre , comme mefme le dit 
Rails Arabe, L'on en a veu quelques experien* 
ces remarquables, & n'y a point de doute que 
Tautheur de tout ce t vniuers,n'ait dôné de gran- 
des vertus à cefte pierre. Les pierres de bezaar, 
qui viennent de l'Inde Orientale, ont ie premier 
lieu d'eftime entre ces pierres, lefque/ies font 
de couleur ôliuaftre, le fécond celles du Peru,<3c 
le troiiiefme celles de la neuue Efpagne. Depuis 
queronacômencé de faire eftat de ces pierres, 
ilsdifentqueles Indiens en ont fophiftiqaé, 8c 
fait d'artificielles; & plufleurs quand ils voyent 
de ces pierres plus grandes que les ordinaires, 
croyent que ce font pierres faufles,& vne tronv 
perie: neantmoins il y en a de grandes fort fines, 
& de petites qui font contrefaites. L'efpreuue 
& expérience, eft le meilleur maiftre deles co- 



ffifioite naturelle 

gnoiftrc. Vnechofeeft digne d'admirer, qu'ils 
naifTent & fe forment fur des chofes fort ettra/ï- 
ges, côme fur vn fer d'efgaillette fur vne efplin- 
gue, ou fur vne bûchette, que l'on trouue au 
centre de la pierre, ôc pour cela ne tiennent-ils 
pas, quelle foit faufil-, pour-ce qu'il a-rriue que 
l'animal peut auoirauallé cela, & que la pierre 
fe caille& s'épaiffit là deffus,qui va croiirant vne 
coquillel'vne fur l'autre, cV ainfi s'augmente. Te 
veidsau Peru deux pierres fondées & formées 
fur des pignons de Catfille , ce qui nous fit tous 
beaucoup efmerueiller, pour- ce qu'en tout le 
Peru nous n allions point veu de pignes , ny de 
pignons de Caftille, s'ils neftoient apportez 
cTEfpagne,ce qui me femble chofe fort extraor- 
dinaire. Ce peu fuffile , touchant les pierres bc- 
zaars. On apporte des îndes d'autres pierres me- 
decinalles , côme la pierre d'Hyiada ■ ou de Ra- 
te, la pierre de fang , de laid , & de mer : Celles 
qu'ils appellent Cornerinas, pour le cœur def- 
quelles il n'efl; point de befoing de parler, pour 
n auoir rien de cômun à la matière ècs animaux 
dont nous auô traitté. Ce qui eft dit, (oit pour 
faire entendre comme le grand Maiftre & Au- 
theur tout puiflant de lvniuers , a departy Ces 
dons , & fecrets merueilleux à toutes les parties 
du monde, pour lefquels il doit eftre adoré & 
glorifié par tous les fiecies des fiecles. Amen, 




20S 





Prologue des Liures fuiuans. 

Tant traitfé ce qui concerne l'hi- 
i foire naturelle des Indes, te trait- 
teraycy après de thifioire morale, 
_ Cefàdire, des coutumes, & fait s 
des Indiens. Car après le Ciel,la température^* 
Situation, é- les qualiteTju nouueau monde, 
après les éléments,^ les mixtes ,ie veux dire 
les metaux,plantes, & animaux, dequoynom 
*w»s farté aux liures precedens.ee qui s t (l pre- 
fente: L'ordre & rai/on noitt inuite à pour) mure 
& entreprendre le tramé des hommes qui ha- 
Ment aunouueau monde. C'eftpourquoyiepre- 
tens dire aux liures fuiuans, ce qui me femble- 
radtgned'eftre recité fur ce fuiet. Etpourceque 
1 intention de cefe h foire Xeft ftU fajJtu 
four donner cognoiffance de cequijepafe aux 
Indes, mats aufi pour acheminer cefe cornetf- 
Jjf'^fruiffquel'onpeutttrerdtcelle^utU 
dardera ce peuple à faire leurfalut, é-ghrifier 
le Créateur & Rédempteur qui les a tirez des 
tendres trefobfcures de leur infidélité, & leur 
Acomumque l'admirable lumière de fin Evan- 
gile. Fartant premièrement te dirayen ces li- 
wvjitmnt, ce qui touche leur religion, ouf». 




perfiitic*, leurs couples, leurs Mairies ,& 

teurs/aiffs.Etpourceq^lamemotres^cn- 

fruee entre la nation Mexiquaine , de leurs 
itmencemens^afiions,guerres^ autre 
cbo/esdignesderaconter,outrecequi/erata- 
têLliurefixu/rne^feray-vnpropre &paru- 
iutierdi jLrsaulwe feptiefme^qu amon- 
flrer la dtfofinon & Augures que ces nations 

Seknm M utJedeuo i t t ftendreencesterres& 
Z%bJueràjoy,comn l edafaitentcHtler' 

Ledegrandewfiderawn devoir comme la 
^ t uinfprouidence^ordonné,quelalumieredc 
fatal trouva? entrée aux dernières fins & 
J bines delaterre. Ce nefi point ehofe qui fi 

de mon protêt défaire maintenant ce que les . 

Efpagnolsontfaitencespartieslacanlya^ 

% de liures e/critsfur cefte marne, & non 
pluscequelesferuiteursduSeig^uyonttra- 

Zte à fruthp, d'autant que cela requiert 

Seulement de mettre ccfie hiftom Relation, 
auxportesde t 'Euangik ,puis *'**&■ 
toute acheminée àf^ecognojfireleschofis 
naturelles & moralles des Indes, afin qu Je 



fimtuel &le Ckrejïunifmcy f oit f i mté l 
trente , comme Uefi amplement cxpl^f 
presque nous auhefcrttA^JU^ 
uctlled aucunes façons , & coufiumes deTi 

f^^ut m e/pr>/ercommetdtots,oules 
auoten horreur tmm M w£& 

?»c les me/mes cbefis, votre dep/res , ont 1 
«eues entre les Grecs & Us Romains] auii t 
commandes tout lemonde , commet nZZZ 
facilement entendre non feulement deLZ 

Tbeoaoret, & autres, matsaufst des leurs mef- 

[ff 4r k rnnce de * ténèbres e/lant le 
cbefde toute infidélité, cen'efipas «$*£ 

M d ^uuer entre les tnfiilcs des crÎZi 
destmmondtces^âesfolltes, propres &, £ 
ucnablesàvntelmatftre. EttLnLekZ' 
cccns Gentils ayentde beaucoup /Ǥ&*& 
cy du nouueau monde, en JeJ^ ^ 
^^»eantmotnspeuUon r eZ^Z 
jylfurscbo/esdtgnes de mémoire. Mati 
™J'»l¥>p U 'Uya,efico mmt de g ens barbZ 
rcs,lef qU els priuez, de la lumière Lernaturel 




LIVRE CINQJVIESME 

DE LHIS^TOIRE NATV- 
relle & morale des Indes. 




lob. 41. 



J>)ue l'orgueil & l'enuie du diable a ejléla 
caufe de l "idolâtrie 

Chapitre premier. 

S 'O R g v e 1 e & la prefomption 
du diable eft fï grande & fi obfti- 

j! née , que toujours il appette& 
s'efforce de fe faire honorer 
pour Dieu ,& tout ce qu'il peut 

{ defrober & s'approprier de ce 
qui appartient au très-haut Dieu, iine celle de 
le faire aux nations aueugles du mondejefquel- 
les la lumière &refplendeurdufainc"t Euangile 
n'a point encore fclaircies. Nous lifonsen lob 
de cet orgueilleux tyran, qu'il met fes y eux au 
plus haut , & qu'entre tous les fils de l'orgueil il 
eft le Roy. Lesdiuines Efcritures nous enfek 
gnét fort clairement fes mauuaifes intentions, & 
fatrahifonfi outrecuidee, par laquelle il âpre- 
tendu efgaikr fon tkofne acéluy de Dieu^ 




des Indes. Liure. V 2.10 

iœluy difanten Efty e: n, 4/.***/.^ ■ iem ^ ; 

^»^^f e jd^ qH u mufafovUh J 

n^crferyfimUMe™ Très baur.Et en EzechieJ: 

*fi» en U chaude D,e» au m,l,eu de h mer Ainfi ton % , 
jours prefifte Satan d ce mefchant «±fc£fe *^' i8 ' 
fcm-eD.eu. Et combien queleiufte, & feuere 
chafhment du tref haut l'ait defpouilWd Su! 
tefa pompe, &fa beauté', par laquelle il s'eftoit 
enorpeuly .ayant eftétraftté comme merico/t 
la telonme & indtfcretion , ainfi qu'il eftefcric 
auxmefmes Prophètes: neâtmoin^na pasd 1 
m.nue d vn pomt fa mefchante & peruerfe in- 
tention % laquelle il domonftre L tous les 
moyens qui luy font pofsibles , comme vn chien 
enrage, mordant lefpee de laquelle Ion le frap 
pe. Car comme il eftefcrit, l'orgueil de ceux 

croiflant. D ou vient le perpétuel & eftrange >***7h 
foacy que cet ennemy de Dieu a toufiourseu 
de fe faire adorer des hommes,i n u e „tant tant de 
genres d idolâtries , par lefquelles il a tenu fi 
long temps fubjette la plus grande partie du 
monde de forte qu '/peine refte-if 1 Dieu 
vn coing de Ton peuple d'Ifrae! VrA^ - 
kfortdf l'Euaiil/la ^a^S^ ****• 
que par la force de la croix, il a brifé & ruiné les 
plus importantes & puiffantes places de fon . 
Royaume; par fa mefme tyrannie il a com- 
mence d-affaillir les peuples & nations les Tus 
ignées & barbares ^'efforçant de gjg 

Ddi; — 







Hiftoire naturelle 
lier entr'euxla fauiTe & menfongere dîuinité, 
laquelle le fils de Dieu luy auoit oftee en fon 
Egile l'enchaifnant & enfermant comraeen 
vne cage ,ou prifon,ainfi qu'vne belle funeufe a 
fa dandeconfufion , & refiouyffance desferm- 
teurs de Dieu, comme ille fignifie en lob. Mais 
en fin ores que l'idolâtrie aefté estirpee de la 
meilleure , & plus notable partie du^nonde , il 
• s'eft retiré au plus esloigné , & a règne en celle 
autre partie du monde,laquelle combien quelle 

foit beaucoup inférieure en noblefle.ne l'eft pas 
toutesfois en grandeur & largeur, il y a deux' 
caufes & motifs principaux,pour lefquels le dia- 
ble s'eft tant eftudiéd planter l'idolâtrie & toute 
infidélité , de telle façon qu'a peine l'or itrouue 
aucune nation , où il n'y ait quelque idolâtrie. 
L'vne.eft fa grande préemption & orgueil,qui 
eft telle , que qui voudra confiderer comme il * 
&*i +• bien olé s'attaquer au mefme Fils de Dieu & 
vrayDieu , en luv difant eftrontement qu il fe 
profternaftdeuant'luy,& qu'ill'adoraft,cequ il 
faàfoit , combien qu'il ne fceuft pas afferment- 
que c'eftoit le mefme Dieu , mais pour le moins 
aW quelque opinion qu'il fiift fetW de Dieu. 
Cruel & efpouuantable orgueil , d ofer ainfi in- 
dignement attaquer fon Dieu ! certainement ce- 
luv-!à ne trouuera pas beaucoup eftrange , qu il 
fe fafie adorer côme Dieu , par des nations ,gno - 
rantes , puis qu'il s'eft voulu faire adorer par 
Dieu mefme , en fe difant Dieu , bien qu il fo.t 
vne fiabominable& deteftable creature.L autre 
caufe& motif de l'idolâtrie, eftlahaynemor- 
téll^&mimiUéqu'ilaconccûçpouuamajïfion- 



des Indes. Liure. V. m 

très les hommes. Car comme dit le Sauueur dés 
le commencement il aeftc homicide ; & retient 
cela comme vne condition. & proprietéinfepa- 
rabJedefa mefchanceté. Et pource qu'il fçaic 
que le plusgrand mal'heur dej'homme, eft d'a- 
dorer lacreature,comme Dieu; à cefte occafïon 
xi ne celle d'inuenter toutes fortes d'idolâtries, 
pour deftruire les hommes & les rendre ennemis 
deDieu. Ily adeuxmauxque le diable faiten 
i idolâtrie, 1 yn qu'il nie fon Dieu , fuiuant ce 
p^ge^deUfelcDieu^racre/: Etlautre, Veut. 
qu ils affublent à vnechofeplus baiTe queluy 
pource que toutes les créatures font inférieures 
a la rauonnable, & le diable, encor qu'il foit fu- 
peneur de l'homme en nature , neantmoinsen 
cftat il eft beaucoup inferieur,puis que l'homme 
en cefte vie eft capable de la diuinité & éternité 
Parce moyen Dieu eft des honoré, & l'homme" 
perdu en tous endroits par l'idolatrie 3 dequoy le 
diable fuperbe & orgueilleux eft fort content. 



Veplufaurs fortes d'idolatrié >, de/que lies les - 
Indiens ont <vfé. 

Chapitre II. 

'Idolâtrie, dit le faind Efprit parle fy i4- 
Sage,eftlacaufe, le commencement, 
& la fin de tous maux , pour cefte oc- 
caiion i'ennemy des hommes a mul- 
tiplie tant de fortes Ôc diuerfitez d'idolâtrie, que 

Dd m 





Hiftoire naturelle 
ce feroit chofe infinie de les conter toutes parle 
menu ; Toutesfois on pourra réduire toute 1 1- 
doladrie en deux chefs.l'vn qui eft fur les choies 
naturelles , & l'autre fur celles qui font imagi- 
nées , & compofees par inuention humaine. La 
première d'icelles eftdiuifee en deux, car ou la 
chofe que l'on adore eft generalle,comme le So- 
leil,laLune,lefeu,laterre,&lesElemens:ou el- 
le eft particulière , comme vne certaine nuiere, 
vné fontaine, vn arbre , & vne foreft, quand ces 
chofes ne font point adorées généralement en 
l'efpece dont elles font , mais qu'elles Contant 
feulement adorées en leur particularité. De ce 
premier genre d'idolâtrie , ils ont excefsiuement 
vféau Peru, & l'appellent proprement guaca. 
Le fécond genre d'idolâtrie qui defpemldvne 
inuention ou fiaion humaine,fe peut me.me di- 
uiferen deux fortes. L'vne qui regarde le pur 
art , & inuention humaine , comme d adorer les 
idoles,ou les ftatues d'or.de bois,ou de pierre.de 
Mercure , ou de Pallas.quine font , ny n'ont la- 
mais efté rien autre chofe que la peinture: & 
l'autre q ui concerne ce qui reallement a elte , ec 
eft véritablement quelque chofe mais non pas 
telle , que ce que l'idolâtrie qui 1 adore en feint 
comme les morts, ouïes chofes qui leur font 
propres, que les hommes adorent par vanité , & 
Lterie. De forte que nousles redu.fons toutes 
en quatre fortes d'idolâtrie, dont vfent les inh- 
delles , de toutes lefquelles il nous conuiendra 

dire quelque chofe. 



des Indes. Liure. V. 



ut 




^ue le s Indiens ont quelque cogvoiffance 

de Dieu. 

Chapitre. III. 

'N premier lieu, iaçoit que ks ténè- 
bres de J infidélité tiennent l'enten- 
'dément de ces nations obfcurcy; 
toutesfois en beaucoup de cho- 
^ Tes, la lumière de la vérité, &dela 
rai/bn ne laine pas d'opérer quelque peu en eux, 
C'eftpourquoy communément ils tiennent, & 
recognoiffènt vn fupréme Seigneur, 8c Autheuf 
detputeschofes , lequel ceux du Peru appel - 
loient,Viracocha , & luy donnoient des noms de 
grande excellence , lappellans Pachacamac ■ ou 
Pachayachachic, qui eft Créateur du Ciel & de 
la terre, èVVfapu, qui eft admirable, & autres 
nomsfemblables.C' e ftceluyqu'ilsadoroient,&: 
eftoït le plus grand de tous,lequel ils honoroient 
en regardant au Ciel.On en peut voir autant en- 
tre ceux de Mexique , & auiourd'huy entre les 
Chinois, & entous autres infidelles. Cequife 
rapporte fort bien à ce que raconte le liure des 
Ades des Apoftres^uefaind Paul fetrouua 
en Athènes, où il veitvn autel intitulé, ignoto 
Deo , au Dieu incogneu, d'où l'Apoftre print *Ç*& 
occafîon de les prefcher leur difant, Ceïtpy^e 
vom Autres adore^fins le cognoiftre , efi cdm ^ue tepref- 
<be. Demefme ceux quiprefchentauiourd'kiy 
l'Euangile aux Indiens, netrouuent pas beau- 
coup de difficulté à leur perfuader qu'il y a vn 
Dieu fuprcnae , 8c Seigneur de toutes chofes, 

Dd iiij 



17. 



Hiftoire naturelle 
& que ceftuy-là eft le Dieu des Chreftiens,& le 
vray Dieu, combien que c'eft vne chofe qui m'a 
beaucoup fait efmerueiller,que iaçoit qu'ils euf- 
fent bien cefte cognoiffance , ilsn'auoient point 
neantmoins de nô propre , pour nommer Dieu: 
car fi nous voulonsrechercher en langue des In- 
diens vnmotj qui refpondeâ ce nom de Dieu, 
comme le îatin.DW* , le grec, rW, l'Hébreu,*/. 
l'Arabie, .Ma, l'on n'en trouuera aucun en lan- 
gue de Cufco, ny en langue de Mexicque. D'où 
vient que ceux qui prefehent, ou efcriuent aux 
Indiens, vfent denoftrc mefmenom Efpagnol, 
Dios, s'accommodansà l'accent & prononcia- 
tion propre des langues Indiennes , qui font fort 
différentes. D'où il appert le peu de cognoiiTan- 
ce qu'ils auoient de Dieu , puis qu'ils ne le peu- 
uent pas mefm es nommer , fi cen'eft par noftre 
mefmemot. Toutesfois à la vérité, _ ils ne laïf- 
foient pas d'en auoir vne cognoiflance telle 
quelle. C'eft pourquoy ils luy firent au Peru vu 
tres-richetemple,qu'ils appelaient la Pachaca - 
mac,qui eftoit le principal Sanctuaire de ce roy- 
aume. Et comme il a efte dit,ce mot de Pachaca- 
mac, vaut autant que Créateur , combien qu en 
ce temple ils excerceaflent auisi leurs idolâtries, 
adorant le diable,& lesfigures.IJs faifoient mef- 
me des facrifices,& offrandes au viracocha , qui 
tenoit le fuprefme lieu entre les adoratoires que 
lesRoysInguas ont eu. Delà vint qu'ils appel- 
ioient les Efpagnok viracochas, parce qu ils 
auoient opinion qu'ils eftoient fils du Ciel , & 
diuins , de mefme que les autres attribuèrent 
ynedeïtéà Paul,& a Barnabé^ppellansl'vnl^ 



Plat.i» Tiw 

■.yfnfi.C. 



des Indes. Livre. V. zl$ 

pker,& l'autre Mercure; ainfi ils vouloient leur 
offrir des facrifices , comme à des dieux, & tout 
de mefme que les Barbares de Melite ( quieft 
Malthel) vo vans que la vipère ne faifoit point de 
malàTApoftreJ'appelloient Dieu. Doc comme ^tf. x p 
airffifoit queceftvne vérité conforme a toute 
bonne raifon , qu'il y ait vn fouuerain Seigneur 
& Roy du Ciel, lequel les gentils auec toutes 
leurs idolâtries &infidelité, n'ont pas nié ,- ainfî 
que l'on voit en la PhilofopSie du Timee de 
Platon, enlaMethaphyfiqued'Ariftote, &en 
l'Jifculape de Trifmegifte , comme mefme es v Utmo.^. 
Poéfies d'Homère, & Virgile. Delà vient que les Metbap. 
Prédicateurs Euangeliques n'ont pas beaucoup T**m*g~ J 
de difficulté à planter , 8c perfuader cefte vérité P ^*tf t 
d'vn fupréme Dieu , quelques barbares & be- 
(Halles que foient les nations, aufquellesils pref- 
chent.Maisilefttres difficile de leur defraciner 
de lentendement qu'il n'y ait nul autre Dieumy 
autre deïté qu'vne feule, & que toutes les autres 
chofesdefoy n'ont point de puiffance ny de- 
ftre, ny d'opération qui leur foit propre , linon 
ce que le tres-grand,feulDieu , & feul Seigneur 
leur donne, & leur cômunique. En fin il eft ne- 
ceiîaire de leur perfuader cela par tous moyens, 
en reprouuant leurs erreurs , tant en ce qu'ils 
faillent vniuerfellement , d'adorer plus d\n 
Dieu, qu'en particulier (qui eft beaucoup da- 
uantage) de tenir pour dieux , & de demander 
ayde , & faueur , des autres chofes qui ne font 
point dieux,& n'ont aucun pouuoir , que celuy 
que le vrayDieu^leurSeigneur^Createur leur 
concède. 




Hiftoire naturelle 



Va premier genre de l'idolâtrie fur les chvfes 
naturelles y érvniuerfelles. 

Chapitre IV. 

PresleVirachocha, oulefuprc- 
! me Dieu (le plus fouuent & corn - 
munement entre tous les inndel- 
les)ce qu'ils ont adoré,& adorent, 
_ eft le Soleil , & après les autres 
chofes qui font les plus remarquables en natu- 
re celefte ou élémentaire , comme la Lune, 
lesEftoïlles, k mer, & la terre. Lesguacas, ou 
adoratoires que les Inguas Seigneurs du Peru, 
auoient en plus grande reuerence , après le vi-ra- 
coeha,&r le Soleil ,eftoit le tonnerre,quils appel- 
aient par trois diuers noms,Chuquilla, Catuil- 
Ia,& Intiillapaj f'imaginans que c'eft vn homme 
qui eft au Ciel,auec vne fonde,& vne maUue, & 
qu'il eft en fa puhTance de faire pleuuoir , gref- 
Ier,tonner,& tout le'refte qui appartient à la ré- 
gion de l'air ,oû fe créent les nuages. C'eftoit vne 
guaca(ainfiappelloient-ils leurs adoratoires)ge- 

neralle a tous les Indiens du Peru , & luy ot- 
froient diuers facrinces,& en Cufco,qui eftoit la 
Cour & ville Métropolitaine, ils luy facnnoient 
rnefmedesenfans,comme au Soleil. Ilsadoroiet 
ces trois, Viracocha,leSoleil,& letonnerre,d v- 
ne autre façon que tout le refte , ainfi que Pol- 
io cfcrigt lauoir expérimente' , qui eftqit quils 



desjnâes. Liure. V. 114 

mettaient , comme vn gantelet , ou bien vn 
gand en leurs mains , quand ils les hauiloient 
pour les adorer. Ils adoroient mefme la terre, 
laquelle ils appelloient , Pachamama , à la fa- 
çon que les anciens celebroient la deefle Tel- 
lus : & îa mer aufsi , qu'ils appellent Mamaco- 
cha, comme les anciens adoroient Thetis, ou 
Neptune. Dauantage ils adoroient Tare du 
Ciel, & eftoient les armes & blafons de l'In- 
gua, auec deux couleuures eftenduës auxeo- 
fiez. * Entre les Eftoilles communément tous 
adoroient celle qu'ils appellent Colça , que 
nous appelions par deçà les Cabrilles. Ils at- 
tribuoient àdiuerfes Eftoilles diuers offices, & 
ceux qui auoient befoing de leur faueur , les 
adoroient comme les Pafteurs adoroient, & fa- 
crifiojent à vne Eftoille qu'ils appelloient , Vr- 
cuhillay , qu'ils difent eftre vn mouton de plu- 
fieurs couleurs, ayantlefoingde la conferua- 
tion du beftial , & tient Ton que c eft celle que 
les Aftrologues appellent Tyra. Ces Pafteurs 
mefme adorent deux autres Eftoilles qui vont 
& cheminent proches d'icelles , lefquelles ils 
nomment , Catuchillay & Vrcuchillay , & fei- 
gnent que c'eft vne brebis & vn agneau. D'au- 
tres adoroient vne Eftoille qu'ils appellent Ma- 
chacuay , à laquelle ils attribuent h charge & 
puuîance furies ferpens & couleuures , pour 
empefeher qu'ils ne leur filîent mal. Ils attri- 
buoient la puiflance d'vne autre Eftoille , qu'ils 
appelloient Chuquinchinchay , qui vaut autant 
que tigre fur les tigres , les ours & les lyons, 
Se ont creu généralement que de tous les ani^ 



• 





j/îfioire naturelle 
maux qui (ont en la terre , il y en avn feu! au 
Ciel qui leur eft femblable, lequel a la charge 
&le loin de leur procréation & augmentation. 
Etainfiils remarquoient & adoroient plufieurs 
& diuerfes eftoilles , comme celles qu'ils ap- 
pelaient Chacana, Topatarca, Mamanâ , Mir- 
co,Miquiquiray,& plufieurs autres. Tellement 
qu'il femble qu'ils approchoient aucunement 
des propofitions des Idées de Platon. Les Me- 
xiquains prefque delà mefme façon , après le 
fuprémeDieu adoroient le Soleil. C'cft pour* 
quoy ils appelloient Hernando Cortez (com- 
me il l'efcrit envne lettre, enuoyee à l'Empe- 
reur Charles le Quint) fils du SoleiLpour fa di- 
ligence & courage à cîrcuir la terre. Mais ils 
fâifoient la plus grande adoration à l'idole ap- 
pellee Vitzilipuztli , lequel en toute cefte ré- 
gion ils appelloient le Tout-punTant & Sei- 
gneur de toutes chofes. Pour cefte caufe les 
Mexiquains luy battirent vn temple le plus 
grand , le plus haut , le plus beau, & le plus 
magnifique & fomptueux de tous. La fituation 
& fortererene duquel fe peut conie&urer par 
les ruines qui en font demeurées au milieu de la 
Cité de Mexique Mais en ceft endroit l'idolâ- 
trie des Mexiquains a efté plus pernicieufe & 
dommageable, que celle des Inguas , comme 
l'on verra mieux cy après, d'autant que la plus 
grade partie de leur adoration & idolâtrie, s'oc- 
cupoit aux idoles, &non pas aux mefmes cho- 
fes naturelles , combien qu'ils attribuoient les 
effe&snaturelsauxidoles, comme des pluyes, 
de 'la multiplication du beftial, delaguenc.dc 



des Indes. Liure V. zi$ 

h génération, ainfi que les Grecs & les Latins fe 
font forgez des idoles de Phcebus , de Mercure 
delupiter, deMinerue, & de Mars. En fin qui 
voudra bien confiderer cecy depres ? trouuera 
que la façon & manière dont le diable a vféà 
tromper les Indiens , eft la mefme auec laquelle 
il a trompé & deceu les Grecs & Romains,& les 
autres anciens Gentils, leur faifant entendre que 
ces créatures remarquables,le Soleil,la Lunejes 
Eftoilles & les Elemens ] auoient d'eux mefmes 
le propre pouuoir & authoritéde faire du bien, 
ou du mal aux hommes : Et combien que Dieu 
ait créé toutes ces chofes pour le feruice de 
1 homme, neantmoins il s'eft tant oublié qu'il 
s'eft voulu esleuer contre tu y. Et d'autre part il 
a recogneu & s'eft affubjetty aux créatures qui 
lu y font mefme inférieures, en adorant & inuo- 
quant fes propres ceuures, & lailfant d'adorer & 
înuoquer le Créateur, comme le propofefort 
bien le Sage par ces paroles: Tous les hommes font dj V* 
vainsey abufi^e/quels la cojmoijfiince de Dieu ne fe trou- 
ue point, veu qu'ils ri ont pas peu cognoijtre celuy qui efi 9 
Jat les chofès mefmes qui leur fèmbloient ejire bonnes* Et 
îaçoit qu'ils cwtemplaffent fes œuvres , ils ri ont pas ts&us- 
fois attaiht lufquesk la cognotffance de Cautheur cr s»- 
urier d'tceHes:mais tls ont creu que le feu , le vent f air agi- 
té Je circuit des Ejfoilles, les grandes eaiiet , le Soleil ey U 
lune ejloient Dieux crgouuemeurs du mdje ) cr s'e fiant 
tendu* amoureux de la beauté de telles chofès , il leurfèm^ 
bloit qu'ils le deuotent eflimer comme Dieux, C'eft m- 
fin qu'ils confderent de combien plu* beau e fi leur Cre4* 
tcur> puis que cefiteluy qui donne les beaute7 y $r qui « 
fÔ.™ *$M{ctyf*f*- Vautre Part s tls mwentâmi* 



I 




Hifloire naturelle 

ration U puijfance & les ejfetts de ces chofes , par iceïles 
mefmes ils dament entendre de combien doit ejlre pluspuif- 
font qu elles toutes > celuy qui leur a donné ce/} ejlre quel- 
les ont , pource que l'on peut cometfurer parla beauté o* 
grandeur qu'ont les créatures^ quel doit ejlre le Créateur de 
toutes ces chofes, Iufques icy font les paroles-du li- 
" ure de Sapience, defquelles l'on peut tirer vn 
bon & fort argument, pour conuaincre la gran- 
de tromperie des idolâtres infidelles, qui veu- 
lent pluftoftjferuir & reuerer la créature que le 
Rom.x. Créateur: comme iuflement l'Apoftre les re- 
prend. Mais d'autant que cecy n'eft point du 
prefent fubied , & qu'il eft fufhTamment rap- 
porté aux Sermons que l'on a efcrits contre \ts 
erreurs des Indiens, il fuffit quant à prefent de 
dire qu'ils adoroient le grand Dieu , & leurs 
Dieux vains & menfongers tout d'vne mefme 
façon: pourceque la faconde faire oraifon au 
Vira cocha,au Soleil, aux Èftoilles, &au refte 
des Guacas ou idoles, eftoit douurir les mains 
& faire certain fon auec les lèvres , comme de 
perfonnes qui baifenf, & de demander ce que 
chacun defiroit,en leur offrant facrifices. Com- 
bien qu'il y eu il grande différence entre les pa- 
roles dont ils vfoient pour parler auec le grand 
Ticciuiracocha, auquel ils attribuoient princi- 
palement le pouuoir & commandemet fur tou- 
tes chofes , & celles dont ils vfoient a parler aux 
autres, lefquels ils n'adoroient feulement que 
chacun en fa maifon commeDieux ou Seigneurs 
particuliers , &difoient qu'ils eftoient leurs in- 
terceffeursenuersle grand Ticciuiracocha. Ce- 
tte façon d adorer ouurantks jjjjJjftfe^MBj 



des Indes. Lime. V. ixè 

en baifant , a quelque chofe de femblable à celle 
que lob auoit en horreur, comme chofe propre *•*- ji» 
des idolâtres, difant; Si Uybaifé mes mamt auecmt 
louche regardant le Soleil quand d reluit , ouU Lutte 
quand elle efi claire : ce qui efi vne très-grande miqutte\ 
ÇT efi m er le très grand Die». 




De F idolâtrie dont les Indiens vferen tfur < 
Us cbofes particulières. 

Chapitre V. 

E diable nes'eft pas côtenté de faire que 
ks aueugles Indiens adoraflène le Soleil, 

laLune^esEftoillesJaterre^&Iamer 
ce pluheurs autres chofes générales en la nature* 
mais ila paiTé plus outre en leur donnant pour 
Dieu, & les aflubieâif&ns à des chofes baifes& 
petites,* la plusgrad part,ordes&iniames.L o 
nesefpouuentera point de ceft aueuglemétdes 
barbares , qui fe voudra fouuenir de ce que l'A- Rom 
poftre dit des Sages & des Philofophes,qu ayans 
cogneu Dieu,ilsne le glorifierez pomt,ny ne luy 
rendirent grâces comme a leur Dieu, mais qu'ils 
le perdirent en leurs opinions & penfees , & leur 
cœur a efté endurcy en leur follie,& ont changé 
la gloire & deïté de l'éternel Dieu à des &L 
blançes& figures des chofes caduques & cor- 
ruptibles, corne d'hommes,doyfeaux,de befles 
& de ferpens. L'on fçait aflez que lesE-vptiens 
adoroient le chien d'Ofiris , la vache d'Ifis, & le 
B§§8S * Amçion : lesRoma^ns adoroient la 



Hiftoire naturelle 
deefle Februa, des fleures, &l'oye Tarpeïen- 
ne & qu'Athènes la fage adoroit le Coq & le 
Corbeau, &femblables autres vanitez & mo- 
queries , dont leshiftoires des anciens Gentils 
font toutes remplies. Et font tombez les hom- 
mes en vn f. grand malheur , pour n auoir voulu 
s'alfuiettirâ laloy de leur vray Dieu & Créa- 
teur , commefaind Athanafeletraide docte- 
ment efcnuant contre les idolâtres. Mais cet 
v.nechofe merueilleufement effrange , que le 
desbordement & perdition quia elle en cela 
entre les Indiens , fpecialement du Peru : car ils 
adoroient les riuieres , les fontaines , les em- 
boucheures desriuieres, lesentrees desmon- 
taenes , les roches ou grandes pierres les col- 
lines , lesfommetsdes montagnes qu ils ! appel- 
lent Apachitas, &les tiennent pour choie de 
erande deuotion. En fin ils adoroient toute 
chofeennature , quifur fembloit remarquable 
& différente du refte, comme y recognomant 
quelque particulière deïtë. L'on me monftra en 
• Caxamalca de la Nafcavne colline, ou grance 
terre de fable qui fut le principal adoratoire, 
ou Guacadesantiens. ie leur demandois quelle 
diuinite ils y trouuoient , & ils me refpond.- 
rent qu'ils fadoroient à caufe de cefte mer- 
ueille qu'il auoit deftre vne terre de fable trefi- 
haute au milieu des montagnes de pierre qui 
eftoient tref-efpaiffes. Nous eufmesbefomg en 
la Cité desRoys.d'vn grand nombre de gros 
bois , pour fondre vne cloche , & pource 1 on 
coupa vn grand arbre difforme , qui pour i* 
griur&fonantiquité auoitefte tagog 



des Indes. Liure V*. xi/ 

adoratoi^&Guacades Indiens. Etleurfem- 
bloit qu'il y auoit quelque diuinité en tout ce 
qui auoit quelque chofe d'extiaordinaire & dV- 
ftrangeen Ton genre, iufquà en attribuer au- 
tant aux petites pierres àc métaux, voire aux: 
racines ôc aux fruits de la terre, comme aux ra- 
cines qu'ils appelaient Papas. Ilyenad'vne 
iorte eftrange qu'Us appelaient Lallahuas , lef- 
quel/es ils baifoient ôc ks adoroient. Ils ado- 
rent auiTi les Oursiles Lyons, les Tigres & les 
eouleuures, afin qu ils ne leur fa.sét aucun mal' 
& tels que font leurs Dieux , telles & auffî plai- 
iantes font les chofes -qu'il leur offrent en k$* 
adorant. Ils ont accouftnmé quand ils vont par 
chemin d'y ietter ou aux carrefours, aux colli- 
nés &principalementauxfommets,qu î iisap^ 
pellcnt Apachittas, des vieux fouliers, des plu- 
rr jes, du Coca mafché, qui eft vne heibe dont ils 
vfent beaucoup. Et quand ils n'ont rien dauan- 
tage, leur îectenr vne pierre, le tout en offrande, 
annqu ils les lailfentpaiïèr, & qu'ils leur don- 
nent bones forces, lefquelles ils difent leur aug- 
men ter par ce moyen, comme il efl rapporte en 
vn Cocile Prouincial du Peru. C'eft pourciuoy Ccnc j?' *$ 
1 on trouue en ces chemins de grands monceaux TaflT 
de ces pierres offertes, & des autres chofes fui- 
dites. De fcmblable folie vfoient its anciens 
defquelsileflditauxProuerbes;^^^ ,; Pf9mh 
fredemermMmoceande Mercure ,*infiaue ccLylui 

W/«M :q^icft à diçc, que l'aine rire non 
plus de fruit ny d'vtilité du fécond , que du pre- 
mier : pource que le Mercure de pierre ne reco, 
gnoift point l'offrande, ny lç fol ne peut reco* 

JE* 




l/iftoire naturelle 

gnoiftrc l'honneur que l'on lu; J* .^^ 
3'vne autre offrande, non moins plainte Bc ri 
dicule qui eft d'arracher le P 6il des fourc.h ** 
f «Fr'iraù Soleil & aux collines , aux Apachi- 

ipitÉl 

derable comme Js s afluM^ ^ ^ 

t -1 & eft ce «V ûquel tous les Gentils comrnu- 
fcilj&ett.ceiuyrcH caD i ta inedifcret &bon 
hcmentadoroient- Vn«pj a b eraifon 
Chreftienniecontoit .q«»« Soleil a> 

il auoit perfuade aux f ™^ aeature de 
r^furiV^mSauCaciqueScfe, 
Dieu,6c """J- ".jj^donnaft vn Indien k- 
gneur principal q^ llu J ah. «, donna vn, 

porte la lettr «i l '^ d ut r efpondit, c'eft rnoy 






T'es Indes. Liure V. 2I « 

chofequecequcieluy commande. Ainfirepli, 

^ r Ltnîr mec,eft contre Ssœs 

«eau SoleiII honneur qui cftdeu au Crearenr 
&fagne„rderour. La ta.fon du capïelcs 
content, tous, & dit Je Cacique & ffikaS 

entTndac L'" nt ^^ *WîEï 

Fessas 

FWsSSîgae 

» f chofe qui traU a, Hoit târj ÏSgjJSHÊ 
bier f lire Dieu, en q„ y il dift vemé Ainfif 
eue 1 on vient à déclarer aux i„ J i '° rS 
„.,„ », , lr aux indiens leurs pr 



Ec 




Hijïoire naturelle 



m 



D'^me ilàoktrkfur les defunSs. 
Chapitre VI. 

L y a vn autre genre d'idolâtrie 

fort différent des fufdits, dont les 

Gentils ont \fé à l'occafion de 

leurs deffunds, qu'ils ay «noient 

a & eftimoient, & femble que le 

S^ettTe donner à entendre que le comrnen- 

cernent de l'idolâtrie fo« procède de là d lant 

0>]4cnjtces. u j Jr A »thor>(ee y ÀemeM* cet erreur 







des Jndes. Liure V. 2l p 

hient adorer. Lacumjttédes excelle» s ouuners augmenta 
ce ftemuentlond' idolâtrie y tellement que par leur art ces 
flattées furent fi élégantes , que ceux qui ne fcauoient ce 
que fe/tott , efloient prouoque\a les adorer , d'autant 
que par l'excellence deleurart y pmendans contenter celuy 
qui leurbadloit k faire , tls tiraient des psurtraits 0> 
peintures beaucoup plus excellentes, o" le vulgaire conduit 
de l'apparence a- grâce del'ouurage, vint a tenir er e fil- 
mer pour Dieu celuy qui peu auparauant mottefté hono- 
ré comme homme. Et cela fut l'erreur miferabledes hom- 
mes ,quts 'accomo dans ores a leur affSion crfentiment, 
ores a ta flatterie de leurs fyys, vindrent a impofir aux 
pierres le nom incommunicable de Dieu , les adorant pour 
Dieux, Tout cecy eft au liure de Sapience , qui 
eft cligne d'eftre notté , & trouueront au pied la 
lettre ceux qui feront curieux rechercheurs de 
l'antiquité, que l'origine de l'idolâtrie ont efté 
ces pout traits & ftatuès des defFunts,ie dy de l'i- 
dolatrie, qui eft proprement d'adorer des idoles 
& images: car il n'eft pas certain que cette autre 
idolâtrie d'adorer les créatures, cômele Soleil, 
& la milice du Ciel , ou le nombre des planettes 
&eftoilles ; dequoyil eft fait mention aux Pro- 
phètes, ayt efté depuis l'idolâtrie & les ftatuès: «/Wio. 
combien que fans doute l'on ayt fait des ftatuès So t h ' u 
& idoles en l'honneur du Soleil,de la Lune ôc de 
la terre. Venant à nos Indiens, ils vindrent au 
lommet de l'idolâtrie par ks mefmesvoyes que 
demÔftrerEfcri'ure, Premièrement ils auoknc 
• ioing de conferuer les corps de leurs Roys 6c * 

Seigneurs, & demeuroient entiers fans aucune 
mauuaife odeur, & fe corrompre plus de deux 
cens ans. De cefte façon eftoient les Roysln-^ 

Ee- iij 




f/ifloire naturelle 

guasau Cufco, chacun en fa chappelle&adç- 
ratoire, donc le Viceroy Marquis de Canette, 
pour extirper l'idolâtrie, fit tirer ôc porter en la 
Cité des Roys trois ou quatre Dieux , qui caufa 
grande admiration de voir ces corps morts de- 
puis tant d'années fi beaux Ôc Ci entiers qu'ils 
eftoient. Chacun de ces Roys Inguas lailîbic 
tous Ces threfors,moyens & reuenu pour entre- 
tenir fon adoratoire où Ponmettoit Ton corps, 
& y auoit beaucoup de miniltres, auec toute fa 
famille, qui eftoient dédiez à fonferuice. Car 
nul Roy fuccefkur n vfurpoit le* threfors ôc 
vaiffellede fon predecefTeur, mais il en aflèm- 
bloit tout de nouueau pour luy ôc pour fon Pa- 
lais. Ils ne fe contentèrent point de cette idolâ- 
trie enuers les corps des deffun&s , mais aufli ils 
faifoient leurs (tatuës & reprefentations,& cha- 
que Roy durant fa viefaifoit taire vne idole où 
iî eftoit reprefenté, laquelle ils appelaient Gua- 
oigui, qui lignifie frère. Pource que 1 on deuoit 
faire à cefte ftatuë durât la vie Ôc la mort de Pln- 
gua , autant d'hôneur & de vénération qu'à luy- 
mefme. Et portoient cefte ftatuë en la guerre ÔC 
en procefïion , pour auoir de la pluye Ôc du bon 
temps, & leur faifoient diuerfes feftes , ôc facri- 
iîces. Il y a eu beaucoup de ces idoles au Cufco, 
ôc en fon territoire : toutesfois l'on dit à prefent 
que cefte fuperftition d'adorer les pierres y a cef- 
fé du tout, ou en la plusgrande^partie Apres 
qu'on les euft defcouuertes , par la dihgence du 
Licencié Polio , ôc fut la première celle d'Ingua 
Rocha, chef de la partialité ou race principale 
^e Hanam Cufco ,-& trouue l'on de cefte façon, 




des Jndes. Liure V. 220 

qu'entre ks autres nations ils auoient en grande 
c{frme,Sc reueroientles coips de leurspredecef 
feurs, & adoroient auffi leurs ftatuës. 




Des fuperjlmons dont ils vfoient anec 
les morts. 

Chapitre VIL 

Es Indiens du Peru ont creu com- 
munément que les âmes viuoicnc 
japres cefte vie, & que les bons 
jeltoient en la gloire, & ks mauuais 
enlapeine: tellement qu'ilyapeu 
de difficulté , ileur perfuader tels articles. Mais 
U ne sot pas paruenus hifqu'au point de cognoi- 
lire que les corps deuoient refuf citer auec les 
âmes. Ceft pourquoy ils employ oient vneex- 
ceilme diligence, c6meilaeftédit,àconferuer 
les corps lefquels ils honoroient après la mort 3 à 
£efte fin leurs fuccefleurs leur baiiloient des ro. 
bes,& leur faifoient des facrifices, fpecialement 
ks Royslnguas en leurs enterremens deuoient 
eftre accompagnez de grand nombre de ferui. 
leurs Se femmes pour Ton feruice en l'autre vie. 
Païquoy le iour qu'il decedoit, l'on mettoit à 
mort les femmes qu'il auoit le plus aymees, ks 
icrukemsSc officiers, afin quilsl'allafTent fer- 
uir en l'autre vie. Quand Guanacapa mourut, 
qui fut père d'A tagualpa , au teps duquel entrè- 
rent les Efpagnolsjl'on mita mort mil & tant 
aeperfonnes>detousaages,& conditions, pour 
*0nferuice â & pour l'accôpagner en 1 autre vie» 

Ee lin 







j/i/loire naturelle 
Ils les tuoient après plufieurs châfons, cV yuro- 
gneries, & ces deftinez à la mort fe tcnoiët bien 
heureux. Ils leur facrifioient plufieurs chofes, 
fpccialement des petits enfans,& deleurfang 
fai foient vue raye au vifage du defîund d'vne 
oreille en l'autre » Celte mefme fuperftiuon , & 
inhumanité de tuer des hommes, & des femmes 
pour accompagner Se feruir le deffund en i au- 
tre vie, a efté fuiuie d'autres , & cft encor à pre- 
fent vifuee parmy d'autres nations barbares; 
Voire comme eferit Polio, elle a efté prefque 
générale en toutes les Indes. Le vénérable Beda 
feefm e racôte , que les Anglois auparavant que 
feconuertir à l'Euangile, auoientcefte mefme 
couftume de tuer des hommes , pour accompa- 
gner & feruir les deffunds. L'on raconte dvn 
Portugais, qu'efiant captif entre les barbares, 
auoit receu vn coup de flefche, dont il perdit vn 
œil ôc comme ils le voulurent (acnfier , vn îour 
pour accompagner vn Seigneur deffund, il ref- 
pondit que ceux qui demeuroient en l'autre vie, 
Feroientpcud'eftat du deffund, fionluy don- 
noit pour copagnon vn homme borgne & qu il 
eftoit meilleur luy en dôner vn qui euft fes deux 
veux L & cette raifon eftant trouuee bonne par 
les barbares , fuft caufe qu'ils le laiflerent. Ou- 
tre cefte fuperftitiondefacriner les homes aux 
deffunts, dont l'on n vfe qu'à endroit des grads 
feieneurs , il y en a eu vne autre beaucoup plus 
commune ôc générale en toutes les Indes, qui 
cft de mettre à boire , & à manger fur les fepul- 
turesdes deffunds, croyans qu'ils fe nournt- 
fôient de cela , quia mefrac efte vn erreur entre 








des fndes. Liure V. zit 

les anciens, comme efeript faim Auguftin. Et 
pourcefttffecl:,dèleur donnera manger & à 
boire. Au oufd'huy plufieurs Indiens inndel- 
ks , tirent de terre fecrettement leurs defFuncts 
des cimetières , ôc ks enterrent en des collines, 
ou en des partages des montagnes , ou bien en 
leurs propres maifons. Ils ont mefme accou- 
tumé de leur mettre de l'argent, & de l'or en la 
bouche, aux mains ôc au fein, ôc de les reueftùr 
de robes neuues , ôc du râbles , doublées , ôc 
pliees par deffous le lict mortuaire. Ils croyent 
que les âmes des defFun&s vont vagabondes, ôc 
endurent le froid, la foif\ la faim, &letrauailj 
&par cefteoecafion , ils font leurs anniuetfai- 
res, en leur portant des habits, à manger & ^ 
boire. A rai-fon dequoy les Prélats en leurs Sy- 
nodes aduenifTent fur tout que les Preftres don. 
nent à entendre aux Indiens que les offrandes 
que lonmet auxEglifes furlesfepultures, ne 
font pas le manger, ny boire des derïun&s, mai? 
pour les pauures, 6c pour les mimftres, &que 
Dieu eft feul qui fuitante les âmes en l'autre vie, 
puis qu'ils ne mangent, ny ne boiuent aucune* 
chofe corporelle, ôc importe beaucoup qu'ils 
fçachent bien cela, afin qu'ils neconuertiflenc 
cet yfage religieux en fuperftition gentile, corn- 
me le font plufieurs. 



Hfflàire naturelîi 



I 



il 



De ta façon d'inhumer Us deffunSls entre les 
Mexiquains & autres nations. 

Chapitre VIII» 

i Y a n t raconté ce que plufîeurs 
I nations du Peru ont fait auecles 
deftunds, il ne fera mal à pro- 
pos de faire mention particuliè- 
re des Mexiquains en cet en- 
■ droit , les mortuaires defquels 
eftoient fort folemnifez , & pleins de grandes 
folies C'eftoit l'office des Preftres & Religieux 
çn Mexique (car il y en auoit quiviuoient en 
vne eftrange obferuance , comme il fêta dit<y 
après) d'enterrer les motts , & faire leurs obfe- 
ques. Les lieux oùilslesenterroient, eftoient 
en lieux iardins , & aux courts de eurs maifons 
propres i les autres les portoient es lieux des la- 
crifices quife faifoientés montagnes. Les au- 
tres les bruftoient , & après enterroient les cen- 
dres en leurs temples, &les emerroient tous, 
auec tout ce qu-ils auoient d'habits , de piètres, 
& de loyaux. Ils mettoient les. cendres de ceux 
qu'ils bruftoienr, en des pots, & auec icelles.les 
loyaux, pierres & affiquets d es deffunds . Rel- 
oues riches & précieux qu'ds fuffent. llschan- 
toient les offices funèbres , comme refponfes, 
&leuoient les corps des defrunûs beaucoup de 
fois,faifansplMfteurs cérémonies. En ces mor- 
tuaires ils mangeoient &beuuoient ; & fice- 
ftoient perfonnes de qualité, on luy donnoit des 



des Indes. Liure V. 222 

habits à tous ceux qui eftoicnt venus à l'enter- 
rement. Quand quelqu'vnmouroit, ils le met- 
toient eftendu en vne chambre, iufqu'àceque 
de tous codez les parens & amis fuflent venus, 
Jefquels apportoient des prefens au mort , & le 
faluoient, comme Où euft efté en vie. Et fi Ce - 
ftoitvnRoy, ou Seigneur de quelque ville, ils 
luy offroient des efclaues pour eftre mis à mort 
auec luy , afin de l'aller feruir en lautre monde. 
Ils faifoient mouriraufli le Preftre ou ChappeU 
lain qu'il auoit (car tous les Seigneurs auoienc 
vn Preftre qui dans leur maifonadminiftroit les 
cérémonies ) & le tuoient alors , afin qu'il allait 
adminiftrer fon office au mort. Ils tuoient le 
cuifinier , le fommellier, les nains & les boiVas, 
defqucls ils fe feruoient beaucoup , &nepar- 
donnoient pasmefmes aux frères du defFundfc, 
qui l'auoient le plus feruy : car c'eftoit v ne gran- 
deur entre les Seigneurs de fe feruir de leurs frè- 
res, &desdetlufdits. Finalement, iistuoienc 
tous ceux de fon train pour aller entretenir fa 
maifon en lautre monde; & de peur que la pau- 
uretc ne les vinft accueillir, ils enterr oient auec 
eux plufieurs richeiïes d'or, d argent, de pierre- 
ries , de courtines d'vn ouurage exquis , de bra- 
celets d'or, & d'autres riches pièces. Qu,e {'ils 
brufloient le defFund , ils en faifoient autant de 
tous fesferuiteurs ôc ornements qu'ils luy bail- 
loientpour l'autre monde; puis ils prenoient 
toute cette cendre, laquelle ils enterroient auec 
vne grande folemnité. Lesobfeques duroienc 
dixiours, auec des chants de pleurs, & de la- 
mentation/ &Ue«Preftres emporcoknt les def- 





Hiftoire naturelle 
fundsauec tant de cérémonies (félon qu'onles 
enrequcioit) & en fi grand nombre, qu'on ne 
les pourroir conter. Ils mettoient aux Capitai- 
nes & Seigneurs leurs marques d honneur, «x 
leurs trophées , félon leurs entreprîtes & la va- 
leur qu'ils auoient employée aux guerres, & es 
gouvernements. Car pour cet effeét Us auoient 
Sesblafons & armes particulières.! s corroient 
ces marques & blafons au lieu ou ils defiroient 
eftre enterrez , ou bruflez , marchanr deuant le 
corps ,- & l'accompagnant comme en proce - 
non, oùlesPreftres & dignitez du temple al- 
loient auecdiuers ornements & appareils ; les 
vnsencenfans, les autres chantans , & les au- 
tres fonnants de fluftestriftes , & de tambours v 
ce qui augmentoit beaucoup les pleurs desvaf- 
faux & parents. Le Preftre qui faifoit 1 office, 
eftoit orné des marques de 1 idole que le Sei- 
gneur auoit repreferité: car tous les Seigneurs, 
feprefentoient les idoles, & en prenoient le 
nom de quelqu'vn , & à cefte occafion eftoient 
eftimez&honorez.L-ordredeCheualeriepor- 
toit ordinairemenr ces marques dellufdues.p. 
luy qu'ils deuoient brufler, eftant apporte au 
lieuàcedeftiné, ilsl'enuironnoient de bois de 
pin , & tout ce qui eftoit de fon bagage , puis y 
Lttoient le feu, comme j'ay dit cy deflus.l aug- 
mentant toufiours auec du bois gommeux , mi- 
ques à ce que le tout fuftconuerty en cendre, 
^continent fortoit vn Preftre en habit & or. 
nement de diable, ayant des bouches a toutes 
les iointures, & plufieurs yeux de m.ro.r & : te- 
noit vn gtand bafton, auec lequel il mefloK 



v 



des Indes. Liure V. ^ 2 j 

toutes les cendres fort audacieufement , & auec 
vn g fte, & vne représentation fi terrible , qu'il 
cfpouuentoit tous les aflîftans. Quelquefois ce 
miniftre auoit d'autres habits différents, félon 
qu'eftoit la qualité du mort. Tay fait cefte di- 
greffion des obfeques & funérailles , fur l'idolâ- 
trie & fuperftition qu'ils auoient aux defFun&s; 
maintenant il eft raifonnable de retourner à 
l'intention principale , & d'acheuer celle ma- 
tière. 



■ 



Du quatriefme & dernier genre iidoUtrk^ 
dont les Indiens ontvfé>JpecUlement 
les Mexiquains, entiers les ima- 
ges &ftatuès> 

Chapitre IX. 

O m b i e n que véritablement Dieu 
! foit grandement offenfé en ces ido- 
lâtries fufdires, où Ton adoroit ks 
, créatures, fi eft- ce que le faincl Ef- 
pnt reprouue, & condamne encores dauantage 
vn autre genre d'idolâtrie, qui eft de ceux qui 
adorent feulement lesimages & figures f aides 
de la main des hommes, lesquelles n'ont autre 
chofe en elles, que d'eftre vn bois, ou pierre, ou 
métal, & la figure que Dieu leur a voulu don- 
ner. CeftpourquoyleSage parle ainfi de telles 
gens : Malheureux font, ZT entre Us mort s fe peut conter Sap. ta 
lepwce de ceux <fui ont appelle les œuures des mains des 
htmmes, Dhhx, Ur^ argent t q> Cmmtimdc Ufem- 







J-fierem. 
Bayuc. 6. 
Ffitim. 113 



OfcA %. 



Hifloire naturelle 

liante d'animaux , ou vne pierre mutile, qui n a rien da~ 
uantariqued'ejtre vne antiquaille. Et pourfuit diui- 
nement ces propos à l'encontre de cet erreur ôc 
folie des Gentils. Cômeaûill le Prophète Efaïe, 
le Prophète Hieremie, le Prophète Baruc, & le 
faind Roy Dauid, en traînent amplement. Et 
eft necellaire ,& conuenable que le miniftre de 
lefus-Chrift, qui reprouue les erreurs de Tido- 
Jauie, aye bonne veiie, & qu'il confidere bien 
cespaiTages, & lesraifons quele fainct Efprit 
touche fiviuement eniceux , & comme toutes 
fereduifent envnebrieuefentence que met en 
auant le Prophète Ofee : Celuy qui l'a fuit \aeftevti 
muritr-, parquoy il n'efi f>omt Dieu: le veau donc de Sama- 
neferuira aux toilles d'araignées. Reuenât donc à no - 
(trepropos,ilya eu aux Indes vne grande cu- 
riofité défaire des idoles & peintures dediuer- 
fes formes, &de diuerfes matières, lefquelles 
ilsadoroient pour dieux, &les appelloientau 
Peru , Guacas, eftans ordinairement des beftes 
laides ôc difformes, au moins celles que j'ay 
veiies eftoient toutes ainfi. le croy certaine- 
ment que le diable, en 1 honneur duquel on fai- 
foit ces idoles, prenoit plaifir de fe faire adorer 
en cesdifîormitez. Et à la vérité ilfetrouuoic 
aufli que le diable parloir ôc refpondoit en 
beaucoup de ces Guacas, ou idoles ; ôc ks Pre- 
ftres & miniftres venoient à ces oracles du pè- 
re de menfonge ; ÔC quel il eft , tels eftoient fes 
confeils, aduis & prophéties. CaeftéésPro- 
uinces de la neuue Efpagne, en Mexique, Tef- 
çuco , Tlafcalla , Cholula, ôc aux parties voifi- 
nés de ce Royaume, où ce genre d'idolâtrie a 




desjndes. Liure f r . zz ± 

elle leplaspiadiq.equ.en Royaume dumon- 
de fctcft vnechofe prodigieufe doiiir conta 
1 -s fuperflitions qu'ils ont eues en ce point; ton, 
tesfo.s il ne fera pas malpiaifan, d'en raconter 
quelque chofe. Le principal idole de Mexique 
eftoit, comme l'ay dit, Vitzilipuztli.. Ceftofr 
vne ftatuè de bois, taillée en fembiance d'vn 
homme affis en vnefcabeau de couleur d'azur 
pofe fur vn branquard, de chaque coin duquel 
iorto.t vnbois, ayant la forme d vne tcâc de 
lapent : 1 efcabeau denotoir qu'il eftoit affis an 
cieJ; cet idole aueit tout le front azuré, & eftoit 
lie pardetfuslenez d'vne bande décodeur d'a- 
zur qui prenoit d'vne oreille à l'autre ; iJauoit 
iurla tefte vn riche plumage , en façon d'vn bec 
de petit ovfeau , qui eftoit couuerr pat le haut 
ovn orb.enbruny; ilauoit en la main gauche 
vne rondelle blanche auec cinq formes de pom- 
mes de pin faites de plumes blanches , q„iv 
efto.enr polies en croix , & du haut fortoit vn 
gail ardet dor, ayant aux coftez quatre fai- 
tes, lefquelles, au dire des Mcxiquains, auoïenr 
cite enuoyees du ciel , pour faire les ades & 
prouefles qui fe d.ronc en fonlieu. Ilauoiten 
ia main dextre vn ballon azuré , qui eftoit taf lé 
en façon d vne couleuure ondoyante. Toutcét 
ornement & le tefte qu-iLauo.t, portoit fon 
fens, ainfique le declaroient les Mexiquains. 
1-enom de vitzihpuztli, main gauche de P l ume 
reluifante. le diray cy après du temple fuperbe, 
des facrifices, feftes, & cetemonies de ce grand 

Dtefentirr f C , h ° feS '«""VM* Mais à 
ptelent il fera feulement dit que cet idole V eûu 







f/iftoire naturelle 

& orné richement, eftoitmis en vn autel fort 
haut, en vne petite pièce, ou encaftillement, 
fottcouuertedehnceux, deioyaux.de plumes, 

& d'ormmens dot, auec beaucoup de rondel- 
les de plumes les plus belles & plus gentilles 
qu'ils pouuoient .ecouuret , & auoit toofionrs 
deuant ioy vne couttme, pa«r plus grande ve- 
nerauon. Ioignant la chambre ou chappelle de 

cet idole.il y auoit vne pièce qm eftott de mon. 
dre curage, & non pas fi bien ornée ou il y 

auoit vn autre idole qu'ils appellent Tlaloc. 

Ces-deux idoles eftoknt toujours enfemble, 

pource qu'ils les reputo.ent côpagnons, & d v- 

ne efeale puiflance. Il y auoit vn autre idole en 

Mexique , fort eft.mé , qui eftoit le Dieu .& : poj- 

nitence, & des tub.lez & pardons &£***& 
appellent céudoleTezcall.puca.&efto.t fait 

dVne pierre fort reluifante & noire, comme 
iayel,eftantvcftu de quelques gentils afcquets 
à eut mode. Il auoit des pendants d ote. les 
d'or & d'argent , & en lalevre d'embas vn pet 
canon de «yftal , de la longueur d vn «me , ou 
demy pied /dans lequel ils mettoient quelques 
fois vne plume verte,* quelquefois vne azurée, 
qui le faifoitreffembler tantoft vne efmeraude 
"antoft vne turquoiM auoit les cheueux ce.n s 
& bandez auec vn lifct dor bruny , au bout du- 
«uelpendoit vne oreille d'or auec deux bran- 
dons de fumées peintes enicelle qmfigmnoiet 
les prières des affligez ,& péchez q*«»«£fi 
quand ils fe reconurando.enta luy. Entre « 
deux oreilles pendoient vn ™> œbre . J e £"? 
hérons. Il auoit vnioyau pendu au col fi grand. 



des Indes. Liure V 

t"«Ic B d'or, au *££$£&* ht ^ eS 

«>«« dVn chafton d or rlff' f ^ ui for " 
n 7i ««««,« tqu ^? c S» ,fiu «. & fort bru. 

-utc q eoui 8 fefaSuttl!T in ' , i r^ it 
ce miroir, ou chafton d'or wtV a PP e,, <Mcnr 

dire, fonregardoir H* Wach , ea y a > qui veut 
quatre fi^Stef." ^^ndextre 
*•* donnoir aux ï22 ° lent ^^menc 
C-cft la ttCrSf ks P ec ^ Z . 
Plus cet idoie, d P e £S B V? r Cra, ê no ^nt h 
fautes. U y auoit pardon iu C0UUriftJeu » 

raditcy après Ijçr*w 4 * » co ™meilfc- 

m '"e, fe f 4^ & d TÏÏ fccn£t ^ delà 6. 
Ploient *ffi * ^ «•«! parcuoy tf, le 

«beau, enrourédW " P a,eftdTurvn ef 
& élabouree de *&£%£?* < 0u g e , P«nte. 

f«cheiiauo It vneoîd e/e e ar nS - £nJamain 
« la droite vue dardffi' ™ tesde *>«<>«; & 
* a voudra jener ^n^"' commf <j î 
f courroucé, & de chô/ej le? & Sp P arence 




Hiftoite naturelle 
luy. En Cholula, qui eftoit vne Republique i è 
Mexique, ils adotoient vn fameux idole , qui 
eftofclenieù des matchandifes, pource qtfi ls 
eftoient grands marchands, & eneoresau,ou- 
d'huy folt-ilsfort addonn» au commerce. Ib 
fappdloient Quetzaalcoalts. Cet idole efto« 
en vue grande place, en vn temple fort haut, & 
Zok altout de luy de l'or, de l'argent, des 
iovàùx, des plumes'fort riches , & des habits de 
Ses couleurs. Il auoit le corps en forme 
a'Cmrne >m aislevifaged'vnpetitoyfeauauec 

vn bec rouge , *c au deflus vne crefte pleine de 
verrues, ay^ant des rangs de dents &lalangue 
qui luy fortoit dehors. Il portoit fur la tefte vne 
r«re y pointuëde papierpeinr vnefaulx en la 

Sain , & beaucoup d'affiquets d'or aux ïambes, 
& mi autres folles inuentions qui toutes 
fuoTnt leur figmncation , & fadoroient 
parce qu'il fafoit riche ceux quil vou 
foit , c q omme Memnon&Plutus Et a la vé- 
rité ce nom que les Choluanos donnoient à 
leur Dieu, eftoit bien à propos, encore qu'ils ne 
•entendifl-ent pas. Us l'appdloient Querzaal- 
coalt, qui lignine couleuure de plume nche.car 
teleftk diable del'auarice. Ces barbares nefc 
conten oientpointd'auoirdes pieux maisauffi 
ifs Lient des deefles, comme les table -de. 
Poètes les introduirent , & l'aueugle gentil te 
desGrecs&desRomains, lesootvenerees La 

J ndpak des deefles qu'ils adoroient , eftoit 
l npellee Tozi , qui veut dire, noftre ayeule la- 
qEcomme racontent les hiftoues de Mex.- 

que futfiUe duRoy deCulguacan, qui fal* 



àesjndes. Liurep* '-,> 

SrFSSSâSâS 

wcnnces, & de veftir les viuans des peaux d« 
ûcnfiez.ayansap prin squeleu roieuT pIa if 
en cela, comme mefme d'arracher" S 1 
ceux qu',1, ;facrifioienr ; ce qa ih appr £££ de 
leur BIeu j eque | tira & z 2chz k %g™& 

h s grand chafTeur, que ceux de TJafcaila depm" 
pnndrentpour pieu, & ceux-là eftoienfi- 

pou quoy ,1s fofoienr vne grandc feft e ; f * 
oî „'. W '^«"«'«"«IVne telle forme! 
crire J • J ? ^« de P erdre ie «™P» à la dcd 

5 Cn'X l f C faÇ ° n - I,s fonnoie « vne trom- 
pelurlaubeduiour, au fonde laquelle jlsflf 

6 antres mitruments de chafTe, & alloienc a U £ 
leur ,doie en proceffion, fuiuis dVn grand nom! 
bre de peuple à vne Sierre haut* , auW raet % 
1 quelle J, auoi drdr . & ac ' COmm ^f de 
feu. ke, & au mIi aute l tres . richein V e n n 
orne , ou l]s mettol entlïdo!e. JlsalloientchL 
«inans auec vn grand bruit de trompettes J. 

Ffij 







Hiftoire naturelle 
lescoftez decefteSietre, ou montagne , où ils 
metto "t le fen par tousles endroits.au mo.en 
Svfôitoient plufieuts& dîners animaux 

lefauels alloient vers le fommet fuyants le ieu. 
Ceschaffeuts coutoient aptes, aueç de gtands 

pTenotfvn gland laifu, fc tefiouyffanc, 

î s Se (Lifioient deuant l'idole les cerfs , & 
j in?,,,* leur attachant le cœur, auec la 
gtands animaux, leur arr 

r^ C Tce n iuiTant cheué.ilsprenoient 
des homme ^ceq £« « g f & fe ^ 

t0 - U ^ Scieur idole de la mefme façon qu'ils 

bours , iui^ rrrande reuerence , & lo- 

k Tr ks cla s de cefte chaffe , dequoy ils W- 

n0mbt ^t et entenhn«ion Mexique, 
rrpeuples^L.ainfiqu^eflédit. 




desjndes. Liure V. 



2ZJ 




D'vne efirange façon d'idolâtrie , pratiquée 
entre les Mextqminu 

Chapitre X. 

O m m e nous auons dit que les 
Rois Inguas du Peru firent faire à 
leur femblance de certaines fta- 
tués, qu'ils appelaient leurs Gua- 
oiquies, ou frères ; & leur fai- 
loientporter autant d'honneur, qu'à eux rnef- 
mes. Ainfien ont failles Mexiquâins deleurs 
dieux : mais ils ont palïë plus outre, pource 
que des hommes vifs ils faifoient des dieux, qui 
eftoit en cefte manière. Ikprénoientvn captif, 
tels qu'ils aduifoient boneftre, & auparavant 
que ce le facrifier à leurs idoles , luy donnoient 
lemefme nom de l'idole auquel il deuôic eftre 
lacrinc , & le veftoient & ornoientdes mefmes 
, ornements q Ue leur idole, difans qu'il rëprefen- 
toit lemefme idole. Et pendant tout le temps 
que duroit cefte représentation (qui eftok d'vn 
an en certaines fedes, en d'autres de fix mois, & 

«ndautresmoins)ilsl'adoroient&veneroient 
delà mefme façon que le propre idole ; cepen- 

oLl ra . a T 0,t ' b , eUUoit ' & fc'efiouvlToit. 
Quand ,1 alloïc par les rues, lepeuple foitoit 
pourladorer, &tous luy offraient beaucoup 
daumofnes & luy porroient les enfans, &fê 
malades, afin qu'il les guarift_& benift , & Juy 
faiflbient en tout faire fa volonté , S qu fj 

F f iij 







Hiftoire naturelle 

eftoit toufiours accompagné de dix ou douze 
hommes, de peur qu'il ne i'enfuyft. Et luy afin 
que l'on luy fift teuetence pat où il palloit, ion- 
noitdefois » autre a'vne petite flufte, afin que 
Je peuple f'appreftaft pour l'adorer. La fefte 
eftant wnuë , & luy eftant bien gras, ils le 
tuoient, l'ouuroient , & le mangeoient , failans 
vn folemnel facrifice de luy. A la vente c'aft 
vne chofe pitoyable de confiderer la façon de 
laquelle Satan tenoit ces gens en fapu.llance, 
& rient encores'aujourd'huy plufieurs qui tonr 
de femblables cruautez & abominations , aux 
defpens des triftes âmes , & des miferables 
côrpsde ceux qu'ils luy offrent ; &luy femoc- 
que&rit de la bourde & mocquene qu'il faiéc 
aux pauures mal-heureux , lefquels mentent 
bien par leurs péchez que le rres-haut Dieu les 
delaifie en lapuiflance de leurennemy, qu'ils 
ont choifi pour Dieu, & pour fouftien. Mais 
puisque ïay dit ce qui fuffit de l'idolâtrie des 
Indiens , il P enfuit que nous traînions de leur 
religion , ou pour mieux dire fuperftmon , de 
laquelle ils vfent en leurs facrifices temples , & 
cérémonies, Se ce qui touche le refte. 



des Indes. Liure V*. 



11S 




Comme le diable s'eft efforcé de s'égaler à Dieu, 
& dehyreffembler aux façons de facrifi- 
ces, religion, &Jacrements> ' 

Chapitre XL 

V A n t que de venir à ce poinclrî on 
doit confiderer vne chofe, qtri eft 
fort digne de regarder de près, qui 
eft, que comme le diable par Ton or- 
gueil a prinsparty, ôc Peft rendu contraire à 
Dieu s ce que Dieu par fa Cage/Te ordonne pour 
ion honneur ôc feruice , & pour le bien Ôc falut 
de 1 homme ; le diable f efforce de l'imiter , ôc le 
peruernr , pour eftre honoré , ôc faire que 
1 homme en foit condamné. Car comme nous 
voyons que le grand Dieu a des facrifices, des 
Ireltres, des Sacrements, des Religieux, des 
1 ropheties , ôc des gens dédiez à fon feruice di- 
uin , & fain&es cérémonies ; ainfi le diable a fes 
Sacrifices, Preftres, fes façons de facremens, fa 
gent dediee, Ces reclus ôc faindtetez feintes, auec 
mil fortes de faux Prophètes; tout ce qui fera^ 
plaifantd entendre, eftat déclaré en particulier, 
f nonpoint de petit faite.,, pour celuy quife 
fouuiendra comme le diable eft le père de nien* 
longe, ainfi que la vérité ledit enl'Euangile; 
parquoy il procure vfurper pour foy la gloire , 
deDieu, ôc contrefaire la lumière par fes tene- '' 

bres. Les enchanteurs d'Egypte , enfeignez de 
leur maiftre Satanas , f efforçoient de faire d'au- 
^eimerueilles, femblables à celles deMoyfe, Exal 7- 

F f iiij 







Hifloire naturelle 
& (TAaron , pour fefgaler à eux. Nous lifons au 
1 1 i% liure des luges, dé ce Micas Prcftre du vain ido- 
le, qui fe feruoit mefme des ornemens dont Ton 
vfoit au Tabernacle duvrayDieu, comme de 
l'Ephod du Séraphin , & des autres chofes. Soit 
que ce foit , à peine y a- il chofe inftituee par Ie- 
fus- Chrift noftre Seigneur , en fa loy Euangeli- 
que, que le diable ne l'aye fophiftiquee en quel- 
que façon , & portée à fa gentilité , comme Ton 
pourra voir enlifant ce que nous tenons pour 
certain, par le rapport de gens dignes defoy» 
des couftumes & cérémonies des Indiens , des- 
quelles nous traiterons en ce hure. ■ 





Des Temples qui fe font tronue%J$ Indes. 
Chapitre XII. 

Ommenç ant donc par les Tem- 
ples, tout ainfi que le grand Dieu a 
voulu qu'on luy dediall: vne maifon 
j où fon fainct Nom fuft honoré , ôc 
qu'elle ruft particulièrement voiiee à fon ferui- 
ce; ainfi le diable par fesmefehantes intentions 
perfuada aux infîdelles qu'ils luy fifsét de fuper- 
bes tempes, & des particuliers adoratoires, ÔC 
fanduaires. En chaque Prouince du Peru il y 
auoit vn principal guaca ou maifond'adoration, 
& outre icelle , il y en auoit vne vniuerfelle par 
tous les Royaumes des Inguas, entre lefquelles 
il y en a eu deux fignallees & remarquées -, l'vne 
qu'ils appelloiét de Pachacama , qui eft à quatre 



des Indes. Hure V. 2 z9 

lieues de Lyma, où l'on voit encor auiourd'huy 
les ruines d vn très-ancien , & grand édifice, du- 

ncheffc infime des vafes, & dss cruches d'or Se 
d argent qu us apportèrent quand ils prindréc 
1 ngua Alfagualpa. H y a certains mémoires & - 

» rlT W *"' ** le diab,e en ce Temple • 

parlo.t vifiblement, & donnoit refponfes par 
Ion oracle , & q ue quelquefoisils vovoient vne 
couleuure tachetée; & eft vne chofe fort com- 
fflune&approuuee es Indes, que le diable par- 
oit,&refpondoit en ces fa U * fancWes.en 
trompait fes miferables. Maislàoù l'Euângile 

a£fi * ,e P, eredemenfo nge.yeftdeuenu muet, - 
amfi que Plutarque eferit de fon temps. CurJ- 
JMnuVjthy.ufnàireowuU. Et faind luftin mar- ****&* 
tyr traite amplement dece filence que Chrift Vf 'f-- T 

e7:o m U m > e d i r 0nS> ^^«.p^Icido- #£g 
les comme il auoit efté beaucoup aupatauant 

prophétie en la diuine Efctiture. La façon 
quauoient les miniftres infidelles & enchan- 
teur, de confulcer leurs dieux, eftoit comme le 
diable les enfeignoit. C'cftoit ordinairement 
de nuiél-, & pour le faire, entroient, les efpaules 
tournées vers l'idole, marchans en arrière, & 
pnans les corps en melinans la tefte, & fe met- 
toienten vne laide pofture, & ainfiilslescon- 
iultoient; La tefponfe qu'ils faifoient ordi- 
nairement eftoit en manière d'vn fiffkmentef- 
pouuentable, ou comme vngrinftement, qui 
leurfaifoit horreur, Sç tource dont il les aduer- 
tiftoit, &leurtonraiandoit, eftoit vn achemil 



Hifloire naturelle 
nement à leur déception & perdition. Mainte- 
nant l'on trouue peu de ces oracles , par la rnife- 
ricordedeDieu, & grande puinance de Iefus- 
Chrift. Il y a eu au Peru vn autre temple, & ora- 
toire plus eftimé, qui fut en la Cité de Cufco, 
où eft auiourd'huy le monafteredefainét. Do- 
minique. Et l'on peut voir que ça eftévneœu- 
ure fort belle &. magnifique par le paué & pier- 
resde l'édifice, qui reftent encor auiourd'huy. 
Ce temple eftoit comme le Panthéon des Ro- 
mains, en ce qu'il eftoit la maifon & demeure 
de tous les Dieux; Caries Roy s Inguas mirent 
en iceluy les Dieux de toutes les natiôs , & Pro- 
uinces qu'ils conqueftoient, ayant chaque idole 
fon lieu particulier, où ceux de leur Prouincc 
îesvenoient adorer, auec vne defpenfe excefliue 
déchoies que l'on apportoitpout fon minifte- 
re. Et par cela ils auoient opinion de retenir 
feurement,ôc en deuoir, les Prouinces qu'ils 
auoient conqueftees, tenans leurs Dieux com- 
me en oftage. En cefte mefme maifon eftoit le 
Pinchao, qui eftoit vne idole du Soleil , de très- 
fin or,ouuré d'vnegrande richefTe de pierreries, 
lequel eftoit pofé vers l'Orient, auec vn tel arti- 
fice, que le Soleil à fon leuer iettoit fes rayons 
fur luy , & comme il eftoit de tres-fin métal , les 
rayons reuerberoient auec telle clarté , qu'il ref- 
fembloit vn autre Soleil. £.es Inguas adoraient 
ceftuy-là pout leur Dieu , & le Pacha yacha , qui 
lignifie le Créateur du Ciel; ils difent qu'aux 
defpoiïilles de ce temple fi riche, vnfoldat eut 
pour fa part cefte trefbelle planche d'or du So- 
leil. Et comme le ieu eftoit lors»defaifoniil.l* 



des Indes. Liure V. 2 jo 

perdit vne nuid en ioiiant , d'où vint le prover- 
be qui eft au Peru,pour les grands ioûeurs, ai- 
fant qu'ils iou^nt le Soleil auant qu'il naùTe. 




Vesfuperbes Temples de Mexique. 

Chapitre XIII. 

A. fuperftition des Mexiquains aefté 
ians comparaifon plus grande que cel- 
le de,ceux-cy, tant en leurs cérémo- 
nie?, comme en la grandeur de leurs 
temples, lefquels ancienhement les Efpagnols 
appelloiét de ce mot Cu, lequel mot peut auoir 
efté prins des infulaires de fainft Dominique, 
ou de Cuba, comme beaucoup d'autres mots 
qui fonten viage , lefquels ne font ny d'Efpa- 
Çne,ny d'autre langue dont l'on vfe auiourd'huy 
es Indes, comme font Mays, Chico, Vaquiano, 
Chapeton , & autres femblables. Il y auoit dôç 
en Mexique le Cu, fî fameux temple de Vitzili- 
puztli, qui auoit vn tour & circuit fort grand, 
& faifoit au dedan? de foy vne belle court. Il 
eftoit tout bafty de grandes pierres en faconde 
couieuures, attachées les vnes aux autres, 6ç 
pour cela le circuit eftoit appelle Coatepantli, 
qui veut dire circuit de couieuures. Sur chacun 
des coupeaux des chambres 6c oratoires où, 
eftoientles idoles,y auoit vn perron fortioly, 
ouuragé des petites pkrres menues , noires 
comme du geais, arrangées d'vn bel ordre, auec 
le champ tout releué de blanc & de rouge , qui 




Il 



Hijîoire naturelle 

rendoit à le voir d'embas vne grande clarté. Et 

au delfus du perron il y auoit des carneaux fort 

mignonnement faits, ouuragez comme en li- I 

maçons , & auoit pour pied & appuy deux In- I 

diens de pierrre aflis, tenansdes chandeliers en I 

leurs mains, & d'iceux fortoient corne des croi- I 

(bnsreueltus auec les bouts enrichis de plumes I 

iaunes& vertes, & des franges longues demef- I 

me. Au dédits du circuit de cefte court il y auoit I 

plufieurs chambres de Religieux, & d'autres | 

quieftoientaudeffuspourles Preftres Se Papes, I 

car ainfi ils appelloient les fouuerains Pretlres | 

qui fertroient à l'idole. Cefte court eft fi grande I 

& Ci fpatieufe , que huiâ: ou dix mil perfonnes y I 

dançoient en rond fort à laife , s'entretenans les I 

mains les vns des autres , qui efloit vne couftu- j 

me dont ils vfoient en ce Royaume; ce qui fem- 1 

blechofe incroyable. Il y auoit quatre portes! 

ou entrées à l'Orient , au Portent , au Nort , & I 

auMidy, De chacune de cçs portes fortoit&j 

commençoit vne chauffée fort belle de deux àj 

trois lieues de long. Parquoyilyauoitau mi-j 

lieu du lac où eftoit fondée Ja Cité de Mexique! 

quatre chauffées en croix fort larges , qui rem-j 

beliiffoient beaucoup. Sur chacun portail oui 

entrée il y auoit vn Dieu ou idole, ayant le vifa-p 

ge tourné du codé des chauffées vis k vis de laf 

portede ce tepfedeVitzilipuztli.il y auoit tren!l 

te degrez de trente braffes de long, & efioienrl 

feparez de ce circuit de la court par vne rue qui! 

eftoit entr eux. Au hautdecesdegrezilyauoii 

vn pourmenoir de trente pieds de large tout en 

duit de chaux , au milieu duquel pourmenoir (t 



des Indes. Liure V. 231 

Voyoit vncpallifladetrefbien faite d'arbres fort 
hauts planter de rang , à vne braiTe lVn de l'au- 
tre. Ces arbres eftoient fort gros, ôc tous percés 
«le petits trous, depuis le pied iufqu'au coupeau, 
& y auoit des verges trauerlans d'vn arbre à 
1 autre,aufquelles eftoient tra-uerfees & enchaiC 
nées plufïeurs telles de morts par les tamples. £a 
chafque verge il y auoit vingt teftes , & ces râgs 
de teftes côtinuoient depuis le bas iufqu'au haut 
des arbres. Ceftepallilîade eftoit fi pleine de ces 
teftes de morts depuis vn bout iufqu'à Pautre, 
que c'eftoit vne chofe merueilleufementtrifte 
& pleine d'horreur. Les teftes eftoient de ceux 
qu'ils auoient facrifiez ; car après qu'ils eftoient 
morts, &: que l'on en auoit mangé la chair, la 
refte en eftoit apportée & baillée aux mimftres 
é\i temple, qui les enchaifnoit ainfi iufqu'à 
ce quelles tôbaftent par morceaux, & auoient 
Je foing de remplacer celles qui tomboieat, par 
d'autres qu'ils mettoient en leurs places. Au 
fommet du temple il y atioit deux pierres ou 
chapoelles , ôc en icelles eftoient les deux idoles 
que i'ay dites de Vitziîipuztli, & fon compa- 
gnon Tlalot. Ces chappelles eftoient taillées ôc 
cifellees fort artifîcieufement, & il hautes elle- 
uees, que pour y monter il y adok vn'efcallicr 
4e pierre de fix vingts degrez. Au deuant de ces 
chambres ou chappelles il y auoit vne court de 
quarante pieds en quarré , au milieu de laquelle 
il y auoit vne pierre haute de cinq paumes , qui 
eftoit verte ôc pointue en façon de pyramide^ 
eftoit là pofee pour les facriticesdes hommes 
«|ueiVn y faifoit ; Car vn homme eftant couché 



Hifloire naturelle 

defîus à la renuerfe , elleluy faifoit ployer le 
corps , ôc ainfi ils l'ouuroient, & luy tiroient le 
cœur , comme ie diray cy après. Il y auoit en la 
Cité de Mexique 8. ou 9. autres temples corne 
celuy que i'ay dit, lefquels. eftoient attachez ôc 
continuez les vus aux autres dans vn grand cir- 
cuit >ôc auoient leurs degrez particuliers , leur 
court , leurs chambres ôc leurs dortois. Les en- 
trées des vns eftoient au Ponent, des autres au 
Leuant, des autres au Sud , ôc celles des autres 
au Norr. Tous ces temples eftoient ingenieufe- 
ment élaborez, & enceints de diuerfes façons 
de créneaux ôc peintures , auec beaucoup de 
figures de pierres, eftans accompagnez & forti- 
fiez de grands & larges efperons. Ils eftoient 
dédiez à diuers Dieux , mais après le temple de 
Vitzilipuztli, îuiuoit celuy de Tezcalipuca,qui 
eftoitleDieu de peenitence & des chaftimens, 
fort efleuéjiaut, & fort bien bafty. Il y auoit 
quatre vingts degrez pour y monter, au haut 
defquels fe faifoit vne planure ou table de fîx 
vingts pieds de large,& joignant icelle,vne falle 
tapiftee de courtines de diuerfes couleurs & ou- 
urages. La porte d'icelle eftant baffe Ôc large, 
toujours couuerted'vn voile, ôc n'y auoitque 
les preftres feulement qui y pouuoient entrer. 
Tout ce temple eftoit elabouré de diuerfes taiU 
les ôc effigies auec vne grande curiofîté, d'au- 
tant que ces deux temples eftoient comme les 
Eglifes Gathedrales, ôc le refte à leur refpedfc 
comme Paroiftes ôc H ermitages j ôc eftoient fi 
fpacieux ôc de tant de chambres qu'il y auoit en; ! 
iceux ks mjntfteres, Us collèges, les eïcholes & 



Ss 



des Jndes. Liure V. 2 j z 

les maifons des prefrres, dont ie parleray cy 
après. Ce qui eft dit peut fuffire pour entendre 
l'orgueil du diable , 6V le malheur de cette mife- 
rable nation , qui auec fî grande defpenfe de 
leurs biens, de leur trauail,'&- de leurs vies,fer- 
uoientainfî leur propre ennemy, qui ne preten- 
doit deux autre chofe,que de deftruire leurs 
âmes , & confommer les corps, Neantmoins ils 
s en contentoient fort , ayans opinion en leur û 
grande erreur, que c'eftoient de grands & ptu'f- 
.<ans Dieux que ceux aufquelsils faifoient ces 
feruices. 




Des Preftres & de leurs offices. 

Chapitre XIV. 

'On trouue entre toutes les na- 
tions du monde,des hommes par- 
ticulièrement dédiés au feruice du 
rray Dieu, ou de ceîuyq ui eft faux, 
lefquels feruentauxfacriflces, cV 
poui déclarer au peuple ce que leurs Dieux leur 
commandent. Il y a eu au Mexique fur ce point 

vnc cftrangccuriofîtc. Et le diable voulant con- 
trefaire lvfage de l'Eglifc de Dieu, en mis al or- 
dre de ces Preftres de plus grands ou Supérieurs, 
& de moindres , ks vns comme Acolvtes , &• kl 
autres comme Leuites. Et ce qui m'a plus faid 
efmerueiller , c'eft que ie diable a voulu vfurpec 
pour foy le feruice de Chrift, iufqu'à fe feruir du 
piefmenom : Caries Mexiquains appelloienc 



Hiftoire naturelle 

leurs grands Preftres en leur ancienne langue, 
Papas, comme pour lignifier fouuerains Ponti- 
fei,ain(l qu'il appert à prefent par leurs hiftoires. 
Les Preftres de Vitzilipuztli fuccedoient par 
lignages de certains quartiers de la ville,deputés 
à cet effet v & ceux des autres idoles y venoient 
par eïle&ion, ou pour auoir efte offerts au tem- 
ple dés leur enfance. Le continuel exercice des 
Preftres eftoit d'encenfer les idoles, ce qu'ils 
faifoient quatre fois dorant le iour naturel La 
première à l'aube du iour , la féconde à midy , la 
troifiefmeau Soleil couchant , & la quatrkfme 
à minuict. A cefte heure de miRuict fe leuoient 
tontes les dignitez du temple, & au lieu de clo- 
ches ils fonnoient des buccines & de grad s cor- 
nets, &Jes autres des fluftes , & fonnoient long 
temps vn fon trifte , & après auoir celle le fon, 
fortoit le femainier , veftu d'vne robbe blanche 
en façon de Dalmatique , auec l'encenfoir en la 
main plein de brafîer qu'il prenoit au foyer, 
bruilant cotinuellement deuant l'autel ; en l'au- 
tre main vne bourfe pleine d'encens, lequel il 
iettoit en l'encenfoir, ôc comme il entroitau 
lieu où eftoit l'idole,il encenfoit auec beaucoup 
de reuerence;apres il prenoit vn linge, duquel il 
nettoyoïtTAutelSc les courtines. Cela acheuc 
ils s'en alloiét tous enfemble en vne chappelle, 
& là faifoéit certain genre de pénitence fort ri- 
goureufe & auftere,fe frappas& tirans du fang, 
de la .façon que ie diray cy- après au traitte de la 
pénitence, que le diable à enfeignee aux liens 
& ne failloient iamais à ces matines de minuicl:. 
A ueuns autres que les Preftres ne pouuoient fc 

méfier 



des Indes. Liure V, -i. 




^Monafleres des vierges que le d f Me 
'"«entapourfonfemice. 

Chapitre XV. 

Ommel^iereligieufeCcielaaueJ- 
[ieplufieursferuïteurs&feln. 

battre auec r>,Vn ,?* îvîlr ' ô comn]e de. 
v,\* Tr -n de J-obferuance & aufteri^ J+ 

v«?defe$ mimftres. Il v auoitau P*», i ? 

^onafleresdeviemesrlr r / piu{îeurs 
nV*Ar/ " uc vier g es (car d autre qualité eIJ*« 




Wjloire naturelle 

enauoit vn en chaque Prouince. I!y auoiten 
ces Monafteres deux fortes de femmes , les vnes 
anciennes.qu'ih appelaient Mamacomas , pour 
l'inftruaion &enfeignementdesieunes ; &Ies 
autres eftoient deieunes filles deftinees la pour 
vn certain temps , puis après l'on les woit de a 
pour leurs Dieux ou pour TIngua. Ilsappel- 
loient celle maifon ou Monaftere,Acllaguagi> 
quieftàdire,maifondechoifies. Chaque Mo- 
naftere auoitfon vicaire ou gouuerneur, nom- 
mé Appopanaca , lequel auoit la puiifance & li- 
berté de choifir toutes celles qu il vouloit,de 
quelque qualité qu'elles fuffent eftans au def- 
foubsde Huidans , Il elles leur fembloient de 
bonne taille & difpof.tion. Ces fallesataG enfer- 
rées dans ces Monafteres,eftoient endoannees 
par les Mamacomas en diuerfes chofes necellai- 
res pour la vie humaine,& aux couftumes & cé- 
rémonies de leurs Dieux , &parapresilslesti- 
roient de là eftans au de&s de quatorze ans , 5c 
les enuoyent en la court auec bonne garde vne 
partie defquelles eftoient députées pour feruir 
auxGuacas & fanduaires , conferuans perpé- 
tuellement leur virginité vnepart.e pourles 
facrifices ordinaires qu'ils faifoient de pucelles, 
& autres facrifices extraordinaires qui le tai- 
foientpourlefalut, la mort, ou les guerres de 
l'Ingua,& vne partie mefme pour feruir de fem- 
rnes& de concubines à l'Ingua,& à d'autres Cens 

oarens & Capitaines aufquels il les donnoit,qui 
leur eftoit vne grande & honorable récompen- 
se: & ce département fe faifoit par chacun an. 
Ce* Monafteresauoient & poffedoient en pro- 



des Indes. Lime. V. i»* 

prêtes héritages , rente S & reuenus pour l'en- 
tretien , nourriture & fifetatian de ces vie", 
ges,qui efto.ent en grand nombre. Uneftoit 
pomtJ Iclte a vn père de faire refus de bailler fe 
fil es lors que 1 Appopacana les demandoit pour 
les enferrer & mettre en ces Mpnafteres , Voire 
Plufîeurs offroient leurs filles de leur bonne vo! 
lonte.leurfemblantquec'ëftoit vn grand meri 
epour ellesd eftre facrifiees pourl & 
lontrouuo.t que quelques- vus de ces Marna. 

comasou Acllaseuft faifly contre fon honneur 
ceftottvn ineu.table chaftiment delesenterre r 
toutes v.ues, ou de les faire mourir par vnau- 

tregenredecruelfupp,ice.LediabIe P aeumef: 
me en Mexique fa façon & manière dereligieu- 
i« , encor que leur profefsion nefuft de plus 

iZZT- A eftoit en cefte forîe - Au ^an* 

deceg,and circuit que nous auons dit cv-def 
fl» qui eftoit au téple principal , il y aùoit deux 
maifonscommeclauftrales.visivisi-vueder^! 
tre, 1 vne d hommes & l'autre de femmes. En 
celle de femmesilyauoit feulement des pucel- 
esde douze a treize ans , lefquelles ils appel- 

Z ' M r ^P enit ««- Elles eftoienÏÏ. 
tant comme les hommes, viuoienten chafteté& 
règle comme pucelles.dediees au feruiee de leur 
iJieu.L exercice quelles auoient eftoit de net- 
toyer & ballier le temple , & apprefter g 
que matin à manger a ftdok&Zfes minimes 

La X7 'V 6 rec ™"°™ 1« religieux.- 
Lavande qu ,Is appreftoient à l'idole eftoit 

confmlj Pa "]v en tigUrede mains& de P^s, 
commedumaffe paan , & appreftoient auece» 



j/ifioire naturelle 
pain de certaines faulces qu'ils mettaient cha- 
que iour au deuant de l'idole , & Tes £re'ftres le 
mangeoient comme ceux de Baal , que conte 
Vankl 14. Daniel. Ces filles auoient les cheueuxcoUpez, 
& les laiiloientcroiftre par après iufqua quel- 
que temps: elles feleùoient à minuid aux mati- 
nes de l'idole, qu'ils celebroient tous les iours, 
faifans les mefmes exercices que les religieux. 
Ils auoient leurs Abbaiffes qui lesoccupoient a 
faire destoiles de diuerfes façons pour l'orne- 
ment de leurs idoles & dés temples. Leur habit 
ordinaire eftoit tout blanc fans aucun ouurage, 
nv couleur. Elles faifoient aufsi leurs péniten- 
ces à minuid , fe facrifians en fe bleflans elles. 
mefmes,& <e perçansle bout d'enhaut desoreil- 
les & mettans en leurs iouës ie fang qu'elles en 
riroient,& parapresfe lauoient pour ofter ce 
fang en vn petit eftang qui eftoit dedans leur 
monaftere. Elles viuoient en grande honneite- 
té & diferetion: & s'il fe trouuoit que quelqu'u- 
ne euft failly i quoy que ce fuft legerement,m- 
continent elle eftoit mife à mort fans remil- 
fion.difants qu'elle auoit violé la maifon de leiir 

Dieu. Ils tenoient pour vn augure & aduertiffe- 
\ met que quelquvn de ces religieux ou religieu- 

fes auoient fait faute, quand ils voyoïent palier 
quelque rat ou fouris , ou chauue-founs en la 
chappelle de leur idole,ou qu'ils auoient ronge 
quelques voiles : pource qu'ils difoient que le 
mouchauue-fourisnefe fuft point hazarde a 
faire vne telle indignité, fi quelque delift n'eulc 
procedé,& deslors commençaient a faire mqui - 
fitiôn* recherche du fait , puisayant defcou* 



V 




des Indes. Liure V ±À 

«ert le délinquant ou delinanan^ 3 > 5 



**"*tt*p*rUf»ttrftuit*. 
Chapi TRe XVI. 

'On cognoift alTezparles lettres 
^PeresdenoftreCôpagnieef! 

perft.t:on, & menfonges. Quelcjues P w « q „i 

Gg iij 




Hifloire naturelle 
ont efté en ces pays, racontent de ces boncos, & 
re li g ieuxdelaÇhine,difans,qu'ity en ade plu- 
- fieurs ordres,&'de diuerfes fortes, que les vns les 
vindrent voir veftus d'vn habirblanc , portans 
des bonnets , & les autres, d'vn habit noir , ians 
cheueux & fans bonnet,& que ces religieux or- 
dinairement font peu eftimez , & les Mandarins, 
ouminiftresde iuftice les fouettent comme ils 
font le refte du peuple. Ils font profefs.on de ne 
mangerde chair , ny de poillon,ny de chofeau- 
cune ayant vie, ains feulement du ris , &des 
herbes, maisen fecretils mangent de tout , & 
font pires que le commun peuple. Ils d.fent que 
lesrelieieux quifont en la court quieftenPa- 
quin.font fort eftimez. Les Mandarins vont or- 
nement fe recréer aux Narelles, ou Mo^ 
fteres decesmoines, & en retournent prelque 
toufiours yures. Ces Monastères font ordinai- 
rement hors des villes, & ont dedans leur enclos 
?eTtemples. Toutesfois ils font peu ^ curieux 
en la ChW des idoles , ou des temp es • car le 
Mandarins font peu d'eftat des idoles , & les 

ne crovent pas qu'il y ait autre vie,ny autre Pa- 

adï° queWre en officede Mandarin , ny 

-dieifer, que les prifons qu'ils donnenr aux 

eft necettaire de l'entretenir pai :l idola rie.com- 

me mefmele Philofophe l'enfeigne afes gou- 

t - ™r^Etaefréenl'Efcriture ; vneexcufeque 

' donna Aaron.de l'idole duveauquilauoit fa.£t 

. S Neantmoins les Chinois ont accouftume 

de porter aux pouppes de leurs nauires, end? 






des Indes. Liure. V. 3,3e 

petites chappeles vne pucelleen bolTe afsifeen 
la chaire auec deux Chinois audeuant d'elle 
agenouillez en façon d'Anges ; & y ade la lu-' 
miere ardente de iour &denuid. Et quand ils 

doiucntfairevoilc,iJsluyfontpluCeuKfacrifi. 
ces 3 & cérémonies , auec vn grand bruit de tam- 
bours^ de cloches , iettans des papiers bruslans 
par la pouppe. Venas donc aux Religieux, ie ne 
içache pomtquauPeruily ait eu maifon pro- 
pre d hommes retirez outre leurs Preftres & 
lorciers, dont y en a vne infinité. Mais ça efté en 
Mexique ou il femble que Je diable aitmis vne 
propre obferuance : Car il y auoit au circuit du 
grandtemple deux Monafteres , comme i'ay dit 
cy.deflus,IVn de pucelles, dequoy i'ay traidé,& 
I autre de leunes hommes reclus de dix-huicfU 
vingt ans, Iefquels ils appelloient Religieux. Ils 
portaient vne couronne en la telle comme les 
frères de par déciles cheueux vn peu plus Ion** 
qui leur tomboientiufquesâ moytiéde l'oreil- 
le , excepté qu'au derrière de la tefte ils les laif- 
ioient croiftre quatre doigts de longs qui leur 
defcendoient fur les efpaulles , & les trouflbient 
Se accommodoient par trèfles. Ces ieuncsgens 
qui feruoient au temple de Vitzilipuztli, vi- 
uoient en pauureté, & chafteté,& faifoient Pof- 
fice de Leuites,adminiftrans aux Preftres, & di- 
gnitez du temple , lencenfoir , le luminaire , & l 
lesveltemens. Ils ballioyent, & nettoyoient les 
lieux facrez apportans du bois, afin qu'il bruf- 
laft toufiours, au brafier , oufouyerdu Dieu, 
quieftoit comme vne lampe qui ardoit conti- 
nucUemem deuantrautel de l'idole. Outre ces 

9ë $j 



Hiftoire naturelle 
îeunes hommes , il y auoit d'autres petits gar- 
çons,quTeftoient comme nouices, qui feruoient 
auxchofes manuelles, comme eftoit d'accom- 
moder le temple de rameaux , rofes , & ioncs, 
donner l'eaue à lauer aux Preftres, bailler les ra- 
zoirs pour facrifier , & aller auec ceux qui de- 
mandoéit laumofne pour la porter. Tous ceux - 
cy auoîent leurs fuperieurs? qui auoient la char- 
ge & commandement fur eux \ & viuoient auec 
vne telle honnefteté , que quand ils fortoient en 
public, où il y auoit des femmes, ils alloient tou- 
jours les telles fort baiflees , les yeux enterre, 
fans les ofer hauffer pour les regarder. Ils auoiét 
pour veftement des linceux de red,& leur eftoit 
permis de fortir par la Cité quatre a quatre , & 
fix i fix pour aller demander laumofne aux 
quartiers. Et quand 1 on ne leur la donnoit , ils 
auoient licence d'aller aux grains des champs, & 
cueillir les efpics de pain , ou grapettes de mays, 
qu'ils auoient de befoing, fans que le maiftr e en 
ofaft parler, ny les empefcher. Ils auoient cefte 
licence, pou rce qu'ils viuoient pauurement , & 
n 'auoient autre reuenù que laumofne. Us ne 
pouuoient eftre plus de cinquante, & s'exer- 
çoiënten pénitence, fekuansi minuit à fonner 
des cornets & buccines,pour efueiiler le peuple. 
Us faifoient chacun leur quart à veiller l'idole, 
de peur que le feu deuant l'Autel ne s'eftaignift . 
Us adminiftroiétenfencenfoir, aueclequelles 
Preftres encenfoient l'idole a minuit, au matin,â 
midy, & au foir. Ils eftoient fortfubjeâs & 
obeyiTansaleurs fuperieurs& noutrepaffoient 
pas d'vn point ce qu'ils leur cominandoient. Et 



des Indes. Lîure. V. , %,j 

après qu'i minuit les Preftres auoient acheué 
d encefer.ceux-cvs'en alloient en vn lieu fecret 
&efcarte, & facrifioient, fe tirans du fan? des 
mollets auec des pointes dures & aiguës. Et de 
ce rang qu'ils tiroientainfi,ils s'en frottoient les 
temples.mfque au deflous l'oreille, & a vas ache 
ue ces lacnfices,ils s'en alloient incontinent fe la- 
ueren vn petit eftang, deftinéace't effet. Ces 
Jeunes gens ne fe oignoient point d'aucun be- 
tum, par/a tefte,nvpar lecorps, commefai- 
fojent les Preftres, & leurs vefteméns eftoient 
dvne toile, qu'ilsfont là fort rude , & blanche. 
Cet exercée & afpretéde pénitences leur du» 

co! ZT S 1 û •" *. a ? quelils viuoient auec beau " 

coupdauftenteAfolitude.C'eftiIaveritévne 

a tnff f nge 'T e H- Êuffi °P inion de reIi g io « 
SeS f t Ceilendro . it Jece^sieunes hommes 
& tilles de Mex.que,quïls vont feruans le diable 
auec tant de ngueur&daufterité : cequeplu- 

tres-hautD,eu, qu, e ft vne grand'honte & con- 

tuhonpourceuxdentrelesnoftresquifeglori. 
fient d auoir fait vn bien peu de pénitence .com- 
bien que l'exercice de ces Mexfquains n'eftpas 
perpétuel, mais dvn an feulement, cequileur 
eftoitplustolerabk. " =qu.ieuc 




Hifloire naturelle 



% 



* Des pénitences ,& de Iditfteriti dentksln* 

• diensontvfé, à laferfuajtondu diable. 



Chapitre XVII. 




Vifque nous fommes venus à ce 
point.il fera bon , tant pour def- 
couurir le maudit orgueil de Sa- 
tan, comme pour confondre, & 
- refueiller quelque peu noftrelaf- 
cheté & froideur au feruice du grand Dieu,que 
«ousdifions quelque chofe des rigueurs & péni- 
tences eftrangesque ceftemiferablegentfaiToit 
,*-il parla perfuafion du diable comme les faux Pro- 
1 ïhetes P de Baal , qui fe bleffoient, & frappoient, 
. Lee des lancettes,& fetiroient du fang,& com- 
me ceux qui facrifioient leurs fils & filles au fale 
Belphegor,& les paffoient parle feu felonque 
»-, - tefinoicnent les diuines lettres. Car Satan a tou- 

defnensdeshommes.Ilaeftédefiadit comme 
les Preftres& Religieux de Mexique fe leuoiet 
à minuit, & ayans encenfé deuans l'idole , com- 
me dignitez du temple.ils s'en allouent en vn Ueu 

aflez large où il y auoit beaucoup de cierges , « 
làs'afleoient, & prenans chacun vne ponte de 
mnguey,quieftcommevnealefne,oupo.nçon 
S, aueclefquelles.ouauecautresfortesde 
ILttes, ou rafoirs, ilsfe peigno.ent & pe - 
çoient le mollet desiambes, toignantlos, leu-l 
^beaucoup de fang,«iec lequel ils s o.gno.ent 
par les temples, & mettoient tremper ces poin-. 



des Indes. Liure. V. Zjg 

res, ou lancettes, dedans le refte du fang , puis 
après les mettoient aux créneaux delà court, fi- 
chez en des gIobes,ou boulles de paille^ fin que 
tous veiffent &cogneufTent la pénitence qu'ils 
faifoient pour le peuple. Ilsfe Jauent, &net- 
toyent ce fang , en vn lac député pour cet effet, 

qu'iIsappellentEzapangue,quieil:^dire,eaude 
fang ; Et y auoit au Temple vn grand nombre 
de cespointes & lancettes , parce qu'ilsne pou- 
noient faire feruir vne deux fois. Outre cela ces 
Preftres & Religieux faifoient de grands ieuf^ 
nés , comme deieufner cinq& dix iours fui- 
uants, deuantquelqu'vne de leurs grandes fe- 
ftesA leur eftoient ces iours comme noz quatre 
tempsnls gardoient H eftroittement la continen- 
ce, que quelques vns deux pour ne tomber en 
quelque fenfualité, fe fendoient les membres vi- 
nlz par le milieu,^ faifoient mil chofes,pour f© 
rendre impuiflans , à fin de n offenfer point leurs 
Dieux. Ils ne beuuoient point devin , &dor- 
moiet fort peu , pource que la plus part de leurs 
exercices eftoient de iviid, & commettoient fur 
eux-mefmes, de grande çruautez, fe martvrifans 
pour le diable, le tout à fin qu'ils fuffent reputez 
grands xeufneurs & penitens. Ils auoient accou- 
tumé de fe difeipliner auec des cordes pleines 
de nœuds, & non pas eux feulemet , mais encore 
le peuple faifoit cefte macération & fuftigation 
en la procefsion & fefte qu'ils faifoient i l'idole* 
Tezcahpuca,que i'ay dit cy-deflus eftre le Dieu 
de pénitence. Car alors ils portoient tous i 
leurs mains des cordes neuues de fil de mâguey, 
4 Vue braflè de long, auec vn nœud au bout* 



Hiftoire naturelle 
& d Scelles ils fe fuftigeoient , s'çn donnant de 
grands coups par les efpaules. Les Preftres ieuf- 
noiont cinq iours fuyuans s auant cefte fefte,man- 
geans vne feule fois le iour , & fe tenoient fepa- 
rez de leurs femmes,fans fortir du temple , pen- 
dant ces cinq iours fe fouettans rigoureufement 
auec les ordres fufdits. Les lettres des Pères de 
la Compagnie de I £ s v s , qu'ils ont efcrites des 
Indes,traittent amplement dcspenitences,6V ex- 
eefsiues rigueurs dontvfent lesBoncos, encor 
que le tout y ait eftc fophiftiqué, & qu'ii y ait 
plus d'apparenee que de vérité. Au Peru pour 
folemnifer la fefte de l'Yta , qui eftoit grande, 
tout le peuple ieufnoit deux iours, durant lef- 
quelsils ne touehoient point à leurs femmes , ny 
ne mangeoient aucune viande auec du fel , Se 
d ail,ny ne beuuoient point de Chica.Ils vfoient 
beaucoup de cefte façon de ieufner , pour cer- 
tains péchez , & faifoient pénitence en fe fouet- 
tans auec des orties fort alpres. Et tantoft s en- 
trefrappans plufieurs coups par les efpaules dV- 
ne certaine pierre en quelques endroits. Cefte 
gent aueuglee par la perfuafion du diable , fe 
tranfportoit en des Sierres, ou montagnes fort 
afpres , où quelques fois ils fe facrifioient eux- 
mefmes , fe precipitans du haut en bas de quel- 
que haut rocher , qui font toutes embufehes de 
tromperies de celuy qui ne deïîre rien tant , que 
îe dommage & perdition des hommes. 




des Indes. Lîure. V. 



239 




Desfacnftes que les Indiens faifiknt audia . 
ble,ér de quelles dp/es. 
Chapitre XVIII. 

, 'A efte'en l'abôdance & diuerfité d'of- 
frandes & facrifices , enfeignez aux in- 
.fidelles pourleur idolâtrie , que l'en- 
'nemy de Dieu & des hommesa plus 
demonftre fon aftuce & fa mefchancete. Et 
comme ceft vne chofe conuenable, & propre 
de la religion de confommer la fuftance des 
créatures au feruice & i l'honneur du Crea- 
teur,quieftlefacrifice : ainfîlepereJemenfon- 
ge a muente de fe faire offrir & facrifier les créa- 
tures de D,ed , commeàl'autheur& feig„ eur 
d icelles. Le premier genre de facrifices, duquel 
Ieshommesontvfé 5 aeftéfortfimple : carCain 

de for beftail, ce que firent au fsi depuis Noé r t - 
Abraham , & les autres Patriarches, iuYquesYcê ^ 
que ceftample cérémonial du Leuitique ait efte' 

dSr ^f*?™ ^ » 7 » «* de fortes Se 
differencesde facrifices , pour diuers affaires, de 

d.uerfeschofes,& auec diuerfes cérémonies. De 
lamefmefaconil s'eft contenté, entrequelques 
muons , deleurenfeignerqu-ilsluy fac^fiX 
de ce qu ils auoient : mais enuers d'autres il a 
paire fi outre , en leur donnant vne multitude 

tîl ^ & Z%\ & r decermonies • f -'«fKri- 
ueU ⣫ P ° f bfer u l ! ânces ' W'^ font efmer- 
uedlablcs. Et femble clairement, que parla il 




Hiftoire naturelle 
Viieillez débattre , & s efgallerà laloy ancienne, 
&en beaucoup de chofes vfurper fes propres 
ceremonies.Nousfouuons réduire en trois gen- 
res de facrifices tous ceux dont vfent les infidel- 
îes, les vnes des chofes infenfibles , les autres 
d animaux ,"& les autres d'hommes. Ilsauoyent 
accouftumé'au Perude facrifier du Coca, qui 
eft vne herbe qu'ils eftiment beaucoup, & du 
mays, qui eft leur bled, des plumes de couleurs 
& du Chaquira , qu'ils appellent autrement 
Mollo, des conches ou huiftres de mer , & quel- 
ques fois de 1 or & de l'argent, qui eftoit aucu- 
nes fois en figures des petits animaux. Mefme de 
la fine eftophe de Cumbi , du bois taille , & 
odoriférant , & le plus ordinairement du fuif 
brusle'. Ilsfaifoient ces offrandes ou facnfices, 
pour obtenir des vents propices , & vn bon 
temps , ou pour la fanté & deliurance de quel- 
ques dangers, ou mal-heurs. *Au fécond gen- 
re , leur ordinaire facrifice eftoit des Cuyes, qui 
font des petits animaux, comme petits connus, 
que les Indiens mangent ordinairement. Et en 
chofesd 'importance , ou quand c'eftoient quel- 
ques perfonnes riches, ils offroientdes Pacos, 
ou moutons du pays , ras ou vellus, &pre- 
noient garde fort curieufement au nombre, 
aux couleurs , &au temps. La faconde tuer 
quelconque vi&ime, grande ou petite , dont 
vfoient les Indiens félon leurs cérémonies an- 
cîennes, eft la mefme de laquelle vfent auiour- 
d'huy les Mores , qu'ils appellent Alquible, qui 
eft de prendre la befte fur le bras droit , &hiy 
tourner lesyeux vers le Soleil, difant certaines 






des Jndes. Liure. V. 24 1 

paroles, félon la qualité de la vidime que Ion 
tue. Car fî elle eftoit de couleur, ks paroles 
s addreflbient au Chuquilla , & tonnerre , à fin 
qu'il n y euft difetted' eaux : îl elle eftoit blan- 
che &r rafe, ils l'onroientauSoleilauec certain 
fies paroles , fi elle eftoit velue , ils 1 offroient 
aufsi auec d'autres , à fin qu'il donnaft fa lu- 
mière, & fuft propice à la génération : fi c eftoit 
vn Guanaco,qui eft de couleur grife, ils addref- 
foient lefacrificeauVïracocha. AuCufcoI'on 
tupit & facrifioit chacun an, aueccefte céré- 
monie, vn mouton ras au Soleil , & Je bruf- 
loient veftu d'vne chemifolle rouge , ôc ïors 
qu'il brusloient , ils iettoient au feu certains pe- 
tits panniers de Coca, qu'ils appelaient Vilca- 
ronca, pour lequel facrifice ils auoient des nom- 
mesdeputezfc du beftail, quineferuoit iau- 
trexhofe. Ils facrifioient mefme des petits oy- 
feaux, encorquecelane fuft pas fi fréquent au 
Peru , comme en Mexique , où les facrifices des 
caille s eftoit fort ordinaire. Ceux du Peru facri- 
fioient des oy féaux de la Puna ,(ainfi appellent 
îlsledefert (quand ils deuoientallera la guer- 
re pour faire diminuer les forces des Guacasde 
leurs contraires. Ils appelaient ces facrifices 
Cuzcouicça, ou Conteuicça , ouHaullauica 
ou Sopauicça , & le faifoient en cefte forme. Ils 
prenoient plufieurs fortes de petits oyfeaux du 
defert, & alTembloient beaucoup d'vn bois ef- 
pineux, qu'ils appellent Yanlli, lequel eftant 
allumé /alfembloient ces petits oy feaux.Cet af- 
femblement eftoit appelle Qujco, puis les iet- 
toiexit au feu, au tour duquel allaient les offi- 






; 



j/ifloîre naturelle 
cîers du facrifice , auec certaines pierres ron- 
des & cottellees s où eftoient peintes plufieurs 
couleuures, lyons, crapaux, & tigres, p?ofe- 
rans ce mot Vfachum, qui lignifie, la vidoire 
nous foit donnée, & autres paroles. Enquoy 
ils difoient que les forces des Guacas de leurs, 
ennemis feperdoient, & tiroient certains mou- 
tons noirs , qui eftoient en prifon , quelques 
îours fans manger, lefquels ils appelaient Vr- 
ca, & en les tuans, difoient ces paroles, com- 
me les coeurs de ces animaux font affoibhs, 
ainfi foient affaiblis nos contraires î que f'ils 
voyoient en ces moutons , qu vne certaine 
chair qui eftoit derrière le cœur , ne fe fuit 
point confommee par les ieufnes & pnfons 
panées , ils les tenoient pour vn mauuais au- 
gure. Ils amenoient certains chiens noirs, qu ils 
appelloient Appuros , & les tuoient, les ict- 
tans en vne pleine auec certaines cérémonies, 
faifans manger cefte çiiair à -quelques fortes 
d'hommes, lefquels facrifice^ils faifoient, de 
peur que l'Ingua ne fuft offenfé auec du poi- 
Ton & pour cet effet ils ieufnoient depuis le 
matin iufques au leuer des eftoilles ; & lors 
ils fe faoulloient, & fe honnilïoient a la façon 
des Mores. Ce facrifice leur eftoit le plus con- 
venable , pour foppofer aux Dieux de leurs 
contraires, & combien que pourleiourd nuy 
vne grand' partie deces couftumes ayent cefle^ 
les guerres ayans prins fin , toutesfois il en eit- 
demeuréencor quelques reftes, pour 1 occa- 
sion des difputes particulières ou communes des 
Indiens, ou des Caciques, ou d'entre les villes. 




des Indes. Liure V. ±A 

ïls facrifioient & offroierfc aufsi des concheç 
de la mer, qu'ils appellent Mollo, ôc les offroiët 
aux fontaine & four ces , difans que les cou- 
ches eftoiet filles dé la mer , mère de toutes les 
eaux, ils donnent a ces conçues des noms dif- 
ierens félon la couleur ,& senferuent aufsi a 
dmerfes fins. Ils en vfentprefque en toutes for- 
tes de facnfices , & encor auiourd'huy quelques 
vns mettent des couches filées dedans leur 
Chica, par fuperflition. Finalement il leur " 
iembloitçonuenable d'offrir facrifices de touc 
ce qu'ils femoient & esleuoient. Il yauoit des 
Indiens députez pour faire ces facrifices aux 
fontaines , fources, & ruifleaux qui ôaffoient 
par les villes , ou parleurs Ghacras - 9 qui font 
leurs meftairies,& les fcifoierit,- après auoir 
acneue leurs femailles, afin qu'ils ne ceflaffenr. 
de courir, & qu'ils arroufaffenttoufiours leur? 
héritages. Leslorciers iettoient leur fort pour 
cognoiftre le temps auquel les facrifices fe de. 
iioient faire, lefquels eftans acfieuez v l'on al- 
iembloit delà contribution du peuple, ce que 
1 ondeuoit facrifier , & les bailloit-on à ceux 
quiauoient la charge défaire ces facrifices. Ils 
les railoient au commencement de l'Hyuér 
quieftlorsquelesfontaines , fourcés, & riuie- 
rescroifient pour l'humidité du temps, & eux 
rattnbuoient a* leurs facrifices^ Ils ne facri. 
fjoiertt point aux fontaines & fources des de- 
ferts.Aujourd'huy demeure encor entr'euxle 
refped qu'ils auoient aux fontaines , fources 
eftangs, ruifieaux, ou riuieres qui parlent pàsles 
nites,&Ghacras,mefmesaufsiaux fontaines & 




j/ifioire naturelle 
Aiieres des deferts. Ils font particulière reué- 
rence& vénération à la rencontre de deux ri- 
uieres , & la fe laucnt pour la fanté , s'oignans 
premièrement auec de la farine de mays , ou 
auec a litres chofes , en y adiouftant diuerfes cé- 
rémonies, ce qu ils font mefme en leurs baings. 




Des facrïfices d'hommes qu'ils faifiient. 
Chapitre XIX. 
A plus pitoyable mefauanture de 
ce pàuure peuple , eft le vaflellage 
qu ilspayoient au diable , luyfa- 
crifiant des hommes, quifontles 
' images de Dieu, & ont efté créées 
pouriouyr de Dîeu. En beaucoup de nations ils 
auoient accouftumé de tuer, pour accompa- 
gner les deffuncts,comme a efte dit cy deftus,les 
perfonnes qui leur eftoient les plus aggreables, 
& de qui ils imaginoient qu'ils fe pourraient 
mieux feruir en l'autre monde. Outre cefteoc- 
cafion,ilsauoient accouftume au Peru, de facri- 
fier des enfans de quatre ou fix ans,iufques a dix, 
&lapluspartdecesfacrifices , eftoient pour les 
affaires quiimportoient al'Ingua , comme en 
fes maladies, pour luy enuoyer faute, meirae 
quand il alloit en guerre , pour la vidoire, & 
quand ils donnoient au nouueau Ingua le 
bourrelet, qui eft l'enfeigne du Roy ; comme 
font icy le feeptre & la couronne En celte io- 
lemnité , ils facrifioient le nombre de deux 
cents enfans de quatre i dix ans , qm eftoitvn 



V 



àesjnâes. Lhre y. ,,, 

cruel & inhumain fpedtade. La faeo„ deJeX 
tnhercftou dele. hoyer & enterrer a«ec cer" 
tames reprefentatio ns & «remonta L Z il 
îlsleurcouppoientlatefte &«'n*v,T 

a&c fembla fi rrift? , > ï ' aa(c i uel * cet 

Pre/Ferltnrllf ^S s ^ V0U,Urent P aS,e 
leurs maifons f pV "tournèrent en 

me genre ^r L J fcnrure rac °<»e SM Je mef- 

"icgenre de facnfice auoir efté rh *f, 

les natiôs barbares de. r! en vfaee entre 

Utre hn fin? m f 4r J mMt 'A U-vki Um,e 



'jUUoj. 



let 



ffiftoirê naturelle 

Ut " Â2s Tfquds Dauid fe plaint que ceux 
ces peuples .deiqu coufturneS) lufqua 

d'Ifrael «PP^™^, au «fable. Cequeia- 
fàaifiet leurs fils & «^ , pointe fté ag- 
mais Dieun avoulu & ne'uj P kvi 

çteable. Car comme .1 a Ç&^f^ u 




ies hommes £™<» ■ - —, & acccp téla 
Bien que le Semeur aypp g ^ U ne 

volonté du hdtie iw qu ieftoitdecou- 

confentitpasponttantau-^^^ 

petlate-Reafonfil^nq Y vouluen fur . 
& tyrannie du diable ado iéauec 

paffer Dieu , prenant pla.lu r ce 

Sm-Smm^ct^etfaite. 

UsMextquams. 

Chatitrï XX. 
A .çoit q ueceu X duPer U a £ „tfur^é 
' C e'ux de Mexique en lo« g« « 

^ï',2 ^-^s orifices ? tou- 



Des Indes. Liure V. z+3 

toutes les nations du monde, au grand nom- 
bre d'hommes qu'ils facrifïoient , & en la façon, 
horrible qu'ils le faifoient. Et afin que Ton voye 
le grand mal-heur enquoy le diable tenoir ce 
peuple aueuglé, ie raconterayparle menu IV- 
fage& façon inhumaine qu'ils auoientencela. 
Premièrement les hommes qu'ils facrifïoient, 
eftoientprins en guerre. Et ne faifoient point 
cesfolemnelsfacrifïces, iî ce n'eftoient de cap- 
tifs, de forte qu'il femble qu'en cela ils ont fui- 
uy le ftiie des anciens. Car félon que veulent 
dire certains Autheurs, pour cette occafion ils 
appelloient le facrifice, vtflima, d'autant que c'e- 
ftoit de chofe vaincue: comme mefmeils l'ap- 
pelloient, Hoftia, quajîab hojle^omce que c'eftoit 
vne offrande faite de leurs ennemis, combien 
que l'on ayt accommode ce mot à toutes for- 
tes de factifî ces. A la vérité les Mexiquains ne 
facrifïoient point à leurs idoles que leurs cap- 
tifs, Se n'eftoient les ordinaires guerres qu'ils 
faifoient, que pour auoir des captifs pour les 
facrirlces. C'eft pourquoy quand les vns & les 
autres fe battoient, ils tafehoient de prendre 
vifs leurs contraires, ik de ne les tuer point pour 
iouyr de leurs facrifices. Et cefte fut la raifon 
que donna Alotecuma au Marquis du Val, 
quand il luy demanda , pourquoy eiîant fi puiu 
fant, & ayant conquefté tant de Royaumes, 
ilnauoit pas fubiugué la Prouince deTaica]- 
la, qui eftoit fi proche: Motecuma refpou- 
dit à cela, que pour deux caufes, il n'.uioit 
as conquefté cefte Prouince. combien qu'il 
uy euft efté fi facile s'ili'euft veuiu entrepren» 

Hh iij 



l 



ffiftoire naturelle 

.dre : l'vne pour auoir enquoy exercer la icu- 
ne(Tc Mexiquaine, de peur qu'elle nefe nour- 
rift en oyfiuete' & delicateii'e : l'autre & prin- 
cipale, quilauoitreferué cefte Prouince pour 
auoir d'où tirer des captifs pour ^acrifier à 
leurs Dieux. La façon dont ils yioient en 
ces facrifices, eftoit qu'ils aiTembloient en cefte 
pallilïade de teftes de morts , qui a efté ditte cy 
delTus , ceux qui deuoient eftre facrifiez , &c fai- 
foit l'on auec eux au pied de cefte pallhTade vne 
cérémonie , qui eftoit qu'ils les mettoienttous. 
arrangez au pied decefte paliilîade auec beau- 
coup cThommes de garde qui lef entouroient. 
Incontinent fortuit vn Pieftreveftu d'yne au- 
be courte pleine deflocquons, ou houpettes 
par le bas , & defeendoit du haut du temple 
auec vne idole fai&e de pafte de bled, & mays 
amafte auec du miel , qui auoit les yeux de 
grains de voirre vert, & les dents de grains de 
mays , 8c defeendoit auec toute la viftefTe qu'il 
pouuoit les degrez du temple en bas, &mon- 
toic par deifus vne grande pierre qui eftoit fi- 
chée en vne fort haute terratle au milieu delà 
court. Cefte pierre s'appelloit Quauxicalli, qui 
veut dire , la pierre de 1* Aigle ,6c y montoitle 
Preftre par vn petit efcailier qui eftoit au dé- 
liant de la terraile, & defeendoit par vn autre 
qui eftoit en l'autre code, toufîqurs embralTant 
fonidole: puismotoit aulieuoueftoient ceux 
que l'on deuoit facrifier , & depuis vn bout 
iufqu'à l'autre alloit monftranttefte idole à vn 
chacun d'eux en particulier, leur difant, ceftuy 
eft voftre Dieu.&t en acheuant de monftrer,dc£ 



des Jndes. Liure V. 24+ 

ccndoit par l'autre codé des degrez, & tous 
ceux qui deuoient mourir s'en alloientenpro- 
eefîîon iufqu'au lieu où ils deuoient eftre fa- 
crifiez,&làtrouuoient appreftés les minières 
qui ks deuoient facrifiet. La façon ordinaire 
defacrifier, eftoit d'ouurir l'eftomach àceluy 
qu'ils facrifîoienr: après luy auoir tiré le cœur 
encor à demy-vif, ils iettoient l'homme & le 
faifoient rouler par les degrez du temple, les- 
quels eftoient tous baignez & fouillez de ce 
fang. Et afin de le faire entendre plus particu- 
lièrement, fix Sacrificateurs confticués en ce- 
lle dignité, fortoient au lieu du facrifice , qua- 
tre pour tenir les mains & les pieds de celuy 
que l'on deuoit facrifier : l'autre pour tenir la 
tefte, & l'autre pour ouurir l'eftomach , & tirer 
le cœur du facrific. Ils appeiloient ceux-là Cha- 
chalmua,qui en noftre langage vaut autant que 
miniftrc de chofe facree. C eftoit vne dignité 
fupréme & beaucoup eftimee entr'eux , où l'on 
heritoit & fuccedoit comme en vne chofe de 
Mayorafqueoufief. Le miniftrc qui auoit l'of- 
fice de tuer, qui eftoit le fixiefme d iceux , eftoit 
eftimé & honoré comme fouuerain Preitre &c 
Pontife, le nom duqud eftoit différent, félon 
la différence des temps & folemnitez. Tout de 
mefme eftoient leurs habits differens quand ils 
fortoient à excercer leur office, félon la diuer- 
fité de temps. Le nom de leur dignité eftoit 
Papa Se Topilzin, leur habit & robbe eftoit vne 
courtine rouge en façon de Dalmatiqoe auec 
des houpes au bas , vne couronne de riches plu- 
mes verdes, blanches ôc iaulnes fur la tefte, & 

Hh iiij 



■ !;É 



j/ifloke naturelle 

aux oreilles comme des pendans d'or, aufqueîs 
y auoit des pierres vertes enchallees , & au de(- 
fous de la lèvre ioignant le milieu de la barbe, 
auoit vne pièce comme vn petit canon d'vne 
pierre azurée. Ces fix Sacrificateurs venoient 
les vifages & les mains ointes d'vn noir fore 
luifant. Les cinq autres auoienr vne chcuelu- 
refortcrefpue &' entortillée auec des lifets de 
cuir , defcuiels ils font ceints par le milieu de la 
tefte, & portans au front de petites rondel- 
les de papier, peintes de diuerfes couleurs, & 
eftoient veftus d'vne Dalmaticjue blanche ou- 
urée de noir. Ils reprefentoient auec ceft or T 
nement, la mefme figure du diable : de forte 
que cela donnoit crainte & tremeur à tout le 
peuple de les voir fortir auec vne fi horrible 
reprefentation. Le fouuerain Preftre portoit 
en la main vn grand coufteau d'vn caillou fort 
large & aigu , vn autre Preftre portoit vn col- 
lier de bois, ouuré en façon d?vne couleuure, 
Tous fix fe mettoient en ordre iojgnant cefte 
pierre pyramidalle, de laquelle iay parlé cy 
deuant, eftantvis à vis de la porte de la chap- 
pelle de l'idole. Cefte pierre eftoit fi pointue, 
que l'homme qui deuoit eftre facrifié , eftant 
couché deflus à la renuerfe, fe plioit de telle 
façon, qu'en luylaifTant feulement tomber le 
coufteau fiir l'eftomach , fort facilement il sou- 
uroit par le milieu. Apres que ces facrificateurs 
eftoient mis en ordre, Ton droit tous ceux 
qui auoient efté prins es guerres, lefquels de- 
uoient eftre facrifkz en cefte fefte. Et eftans 
fort accompagnez d'hommes pour la garde Oc 




des ^ndes. Liure V. i+f 

tous nuds, on les faifoit monter de rang ces lar- 
eesdegrez, au lieu où eftoient appareillez les 
miniftres^ & comme chacun d'eux venoit en 
fon ordre, les fix Sacrificateurs le prenoient l'vn 
par vn pied, l'autre par vn autre, i'vnparvne 
main, & l'autre par l'autre, &k iettoient à la 
renuerfe fur cefte pierre poindue, où lecin- 
quiefme de cesminiftres luymettoit le collier 
de bois au coi, & le grand Preftre luyouuroïc 
l'eftomach auec le coufteau , d'vne eftrange 
promptitude & légèreté , luy arrachant le cœur 
auec les mains , & le monftrok ainfi fumant au 
Soleil, àquiilofFroit cefte chaleur & fumée de 
cœur, & incontinent fetournoit vers l'idole, 
& luy iettoit au vifage , puis ils iettoient le 
corps du facrifié , le roulant par lesdegrez du 
temple fort facilement , pource que la pierre 
eftoit mife fi proche des degrez , qu'il n'y auoit 
pas deux pieds d'efpace entre la pierre & le pre- 
mier degré ; de forte que d'vn feul coup de pied 
ils iettoient les corps du haut en bas. De cefte 
façon ils facrifîoient vn à vn tous ceux qui y 
eftoient deftinez 5 & après qu'ils eftoient morts, 
& que l'on auoit iett^ les corps en bas, leurs 
maiftres, ouceuxquiles auoientprins, lésai- 
îoient releuer , & les emportoient, puis après 
lesayan* départis entreux, ilslesmangeoienr, 
celebrans leur fefte & folemnité.Il y auoit tou- 
jours pour le moins quarante, ou cinquante de 
cesfacrifiez, pource qu'il y auoit des hommes 
fortaddroitsà les prendre. Les nations circon- 
uoifines en faifoient autant , imitans les Mexi- 
quains en leurs cquftumes ôc cérémonies fur lç 
feruice des Dieux, 



l/jftoire naturelle 



JXvne autre forte defacrifices £ hommes , dont 
vfoient les Mcxiquains. 

Chapitre XXL 

J- yauoitvne autre forte defacrifices 
qu'ils faifoient en diuerfes feftes , lef- 
quels ils appelloient Racaxipe Velizt* 
li y qui eft autant qu'efcorchement de 
perfonnes.On l'appelle ainfi, pource qu'en cer- 
taines feftes ils prenoientvn, ouplufieurs efcla- 
ues, félon le nombre qu'ils vouioient, & après 
fauoir efcorché, enreueftoient de la peauvn 
liomme qui eftoit députe à cet effed. Ceftuy- là 
f'enalloit par toutes les maifons & marchez de 
la Cité, dançant & ballant, & luy deuoient tous 
offrir quelque chofe v & fi quelqu'vn ne luy of- 
froit rien , il le frappoit d'vn coin de la peau au 
vifage, le fouillant de cefang figé qui y eftoit. 
Cefte inuention duroitiufques à ce que le cuir 
fe corrompift , pendant lequel temps ceux qui 
ploient ainfî, aflembloient beaucoup d'aumof- 
nés qu'ils employoient aux chofes necefiaires 
pour Je feruice de leurs Dieux. En beaucoup de 
ces feftes ils faifoient vn deffy entre ceJuyqui 
facrifioit, &celuyquideuoit eftre facrifié , en 
cefte forme. Ils attachoient Tefclaue par vn 
pied à vne grande roue de pierre, & luy bail- 
loient vne efpee & vne rondelle aux mains, afin 
qu'il fe deffendift , & fortoit incontinent celuy 
qui le deuoit factifier, arme d'vne autre efpec 



des Indes. Liure V- 24.fi 

Se rondelle ; que fî celuy qui deuoit eftre facri- 
fié 3 fe deffendoit vaillamment contre l'autre, 
& l'empefchoit , ildemeuroit exempt &deli- 
uré du facrifice , acquérant le nom de Capitaine 
fameux ; & comme tel, eftoit du depuis enten- 
du: mais fil eftoit vaincu, ilslefacrifïoienten 
la mefme pierre où il eftoit attaché. C'eftoit vn 
ititre genre de facrifice , quand ils dedioient 
quelque efclaue poureftre la représentation de 
.'idole, & difoient que c'eftoit fa retfemblance. 
Ils donnoient aux Preftres par chacun an vn eC> 
:laue, afin qu'il n'y euftiamais faute delà fem- 
élance viue de l'idole; & incontinent qu'il en- 
roit en l'office, après qu'il eftoit bien laué, ils le 
feftoient de tous les habits &ornemensderi- 
lole, luy donnans fon mefme nom. Il eftoit 
oute l'année reueré& honoré comme le mef- 
ne idole, ôc auoit toufîours auec luy douze 
lommts de garde, de peur qu'il ne f'enfuift, 
uec laquelle garde on le laifïbit aller libre- 
nent où U vouloitj& G d'auenture il f enfuyoit, 
e chef de la garde eftoit mis en fon lieu, pour 
eprefenter l'idole, & après eftre facriflé. Çé.c 
ndien auoit le plus honorable logis de tout le 
emple , où il mangeoit ôc beuuoir , & où tous 
es principaux le venoient feruir & honorer, 
uy apportans à manger auec l'ordre & appareil 
[ue Ion fait aux grands. Quand il fortoit par- 
ti y les rues de la Cité , il alloit fort accompagne 
:e Seigneurs, cVportoit vne petite flufte en la 
nain , qu'il touchoit de fois à autre , pour faire 
ntendre qu'il pafloit. Et incontinent lesfern- 
aes fortoient auec leurs petits enfans en leurs 



Hifloire naturelle 
bras , & les luy prefentoient , le faliians comme 
Dieu; toutlerefte du peuple en faifoit autant. 
Ils le mettoienr de nuiefc envne forte prifon, 
ou cage , de peur qu'il ne f'en allait , iufques à ce 
qu'artiuant la fefte ils le facrifîoient , comme 
j'ay dit cy deiTus. Par ces façons , & beaucoup 
d'autres , 'le diable abufoit , & entretenoit ces 
pauures miferables , & eftoit telle la multitude 
de ceux qui eftoient facrifîez par cefte infernale 
cruauté, qu'il femble que ce foit chofe incroya- 
ble: car ils afferment qu'il y en auoit quelques 
fois plus defînq mil; & que tel iour f'eft pallé 
qu'ils en ont fac'rifié plus de vingt mil en diuersl 
endroits. Le diable vfoit , pour entretenir cefte 
tuerie d'hommes, d'vne plaifante & eftrange in- 
uention, qui eftoit, que quand ilplaifoit aux 
Préfères de Satan, ils alloient aux Rois, cVleur 
declaroient comme leurs dieux fe mouroient de 
faim , & qu'ils euiîent mémoire d'eux. Inconti- 
nent les Rois f* appareilloient, & aduertitïbient 
lesvns les autres que les dieux demandoient à 
manger, partant qu'ils commandafïent au peu- 
ple de fe tenir preil à venir à la guerre > & ainfi 
le peuple afïemblé , ôc les compagnies ordon- 
nées, ils fortoient aux champs, où ilsafTem- 
bloient leur armée , & toute leur difpute & 
combat eftoit de fe prendre les vns les autres 
pour facrifier, tafehans de fe faire paroiftre tant 
d'vn cofté que d'autre, en amenant le plus de ca- 
ptifs pour le facrifîce ; tellement qu'en ces ba- 
tailles ilstafchoientplusàfentre-prendre, qu'à 
f entre-tuer, pource que tout leur but eftoit d'a- 
mener des hommes vifs pour donner à manger 



deslitâes. Dure P r . 2.4? 

\ leurs idoles , qui eftoit la façon pat laquelle ils 
apportoient les vi&imes à leurs dieux. Et doit- 
on fcauoir queiamais Roy neftoit couronné, 
qu'au préalable il n euft fubiugué quelque Pro- 
uince , de laquelle il aracnaft.vn grand nombre 
de captifs pourles facrificesde leurs dieux, ÔC 
ainfipar tous moyens c'eftoitchofe infinie que 
le fang humain que l'on efpandoit en l'hon- 
neur de Satan. 



Comme défia les Indiens épient latfez, * & ne 

pouuoient plus fouffrir la cruauté 

de leurs dieux* 

Chapitré XXII. 

Lvsievrs de ces barbare^ 
eftoient défia laflez & ennuyez 
d'vne fi exceffiue cruauté à ef- 
pandre tant de fang d'hommes, 
ôc du tribut fi ennuyeux d'eftre 
toufiours en peine de gagner des 
captifs pour la nourriture de leurs dieux, leur 
femblant vne chofe infupportabïe-, & néant- _ 
moins ils ne laifloient de fuiure, & exécuter 
leurs, rigoureufesloix, pour la grande crainte 
que lesminiftres des idoles leur donnoient de 
leur cofté, & par les rufes aueclefquelles ils te- 
noient ce peuple en erreur: mais en l'intérieur 
ils defiroient atfez de fe voir libres d'vne fi pe- 
fante charge. Et fut vne grande prouidencede 
Dieu, que les premier .qui leur donnèrent la 




Hiftoire naturelle 

cognoiflance de la loy de Ièfus-Chrift, les tîoit 
toaflenr en cefte difpofuion, pource que fans 
doute ce leur fembla vne bonne lo v , ôc vn bon 
Dieu, qui vouloir eftre feruy de cetfe façon. Sur 
ce propos me conçoit vn Religieux graue en la 
ncuuc fifpagnc , que quand il fut en ce Royau- 
me il auoit demandé à vn ancien Indien, hom- 
me de qualité , comment les Indiens auoient 
il toft receu laloydelefus-Chrift, ôc lai/Té la 
leur, fans faire dauantage de preuue, d'eflàv,- ny 
de difputè furicelle: car il fembloit qu'ils Pc- 
Itoient changez fans y auoir eftc efmeus par rai- 
ion tumfante. L'Indien refpondit: Ne crois 
point , Père , que nous prenions ïî inconfideré- 
ment la loy de Iefus-Cbrift , comme tu dis 
pource que ie t'apprends que nous eftions défia 
laffez , ôc mefcontents des chofes que ks idoles 
nous commandoient, ôc que nous auionsdefia 
parle de les laiiTer , Ôc de prendre vne autre loy 
Et comme nous trouuafmes que celle que vous 
nous prefehiez, n'auoit point de cruauté, ôc 
qu elle nous eftoit fort conuenable, iufte 6V 
bonne 5 nous entendifmes, ôc creufmes que ce- 
itoitlavrayeloy, &ainfinôuslareceufmes fore 
volontairement. La refponfe de cet Indien fac 
corde bien auec ce qu'on lit aux premiers dif- 
coursqu'Hernâde Cortez enuoyaà l'Empcreu* 
Charles le quint, ou il raconte qu'après auoir 
conquefté la Cité de Mexique , eftant en Guy- 
oacan, luy vindrent des Ambaflàdcurs de la Ré- 
publique & Prouince de Mechoacan , deman- 
dai quil leur enuo r yaftfaloy, &quil!aleuf 
appnit de m entendre, pour autant qu'ils pre« 



des Jades. Liure p* z^È 

tehdoient de îailTer la leur , qui ne leur fembloit 
pas bonne; ce que leur accorda Cortez, & au- 
jourd'hui font les meilleurs Indiens, Ôc plus 
vrais Chreftiens qui foient en la neuue Efpa- 
gne. Les Efpagnols qui virent ces cruels facn£- 
ces d'hommes* fe déterminèrent d'employer 
toute leur puiiïance àdeftruire vn fi deteftablc 
& maudit carnage d'hommes; & d'autant plus 
qu'ils virent vn loir deuant leurs yeux facrifier 
foixante , ou foixante & dix foldats Efpagnols, 
qui auoient efté prins en vne bataille, qui fc 
donna fur la conquefte de Mexique , & vne au- 
tre fois trouuerent eferit de charbon, en vne 
chambre en Tezcufco , ces mots : Icy fufl fnfin- 
mr vn telmdheureux , atéec fis compagnons , ûtte cm* 
ieTe\cHfco ftmfierent. Il aduint mefme à ce pro- 
pos, vn cas fort eftrange, & neantmoins vérita- 
ble, ayant efté rapporté parperfonnes dignes 
de foy , 6c fut que les Efpagnols regardans vn 
fpectacle de ces facririces, & comme ris auoient 
ouuert ôc tiré le cœur à vnieune homme fort 
difpos, l'ayant ietté, ex: fait rouler du haut en 
bas des degrez , comme eftoit leur coudume; 
quand il vint en bas , dift aux Efpagnols en fa 
langue, Cheualiers, ils m ont tué; ce qui ef- 
meut grandement les noftres d'horreur , «&de 
pitié. Et n'eft point chofe incroyable que ce- 
ftuy-là ayant le cœur arraché, ayt peu parler, at- 
tendu queGalien raconte qu'il eftarriué plu- Gitl.U.uié 
fleurs fois aux facririces des animaux, après leur uippoc &> 
auoir tiréle cœur, & ietté fur l'autel, que les ani- pUtor - f*z 
mauxrefpiroient, voire bramoient & choient "'•"M* 
hautement , inefrnp couroient quelque temps. 




Hifîoire naturelle 

Laiffans maintenant ceftequeftion, comme il 
foit pofïible que cela puifte eftre par nature , ië 
pourfuiuray mon intention, qui eft de faire voir 
combien ces barbares abhorroient défia cefté 
infupportable feruitude qu'ils auoient à l'homi- 
cide infernal , & combien grande a efté la mife- 
ficorde que le Seigneur leur a faite, en leur 
communiquant fa lo y douce^ & du tout agréa- 
ble. 

Comme le diable fefî efforcé d'en future , & de 

contrefaire les facrements de la 

faincîe Eglife. 

Chapitre XXV. 

E qui eft le plus cfmerueillable de l'erï- 
uie & preiomption de Satan, eft, qu'il 
ayt contrefait non feulement enTido- 
iatrie & facrifîces, mais aufîi en certai- 
nes cérémonies nos Sacrements, que Iefus-Ch. 
noftre Seigneur a inftituez, & defqueis vfe la 
faincte Eglife , ayant fpecialement prétendu 
imiter en quelque façon le facrement de Com- 
munion , qui eft le plus haut, & le plus diuin de 
tous, pour le grand erreur des infîdelles, qui y, 
ptocedoient en céte manière. Au premier mois - , 
qu'au Peru ils appellent Raymé, & refpond à 
noftre Décembre, fe faifoit vne très folemnellc 
fefte, appclleeCapaerayme, & enicellefefai- 
foient beaucoup de facnfîces & cérémonies, 
qui durpient plufîeursiours, pendant lefquels 
nul forain &eftranger ne fe pouuoit trouuer 

en la 




des Indes. Dure V. 14.9 

en la Cour ,*qui eftoit en Cufco. Ces ioUrs eftâs 
paffez, ils donnoient congé & licéce aux eftran- 
gers d'entrer r afin qu'ils participaient à la fefte, 
Ôc aux facrifices , leur communiant en cefte for- 
me. Les Mamacomas du Soleil, qui eftoient 
comme Religieufes du Soleil, faifoient de petits 

!>ains de farine de mays ^ teinte, ôc paiftrie auec 
e fang des moutons blancs qu'ils facrifioient ce 
iour là , incontinent ils commadoient que tous 
les forains des Prouinces entraient, lefquelsfe 
mettoient en ordre , & les Preftres qui eftoient 
de certain lignage, defcendans de Liuquiyupan- 
guy, donnoient à chacun vn morceau de ces pe- 
tits pains , leur difans qu'ils leur donnoient ces 
morceaux, afin qu'ils fufîent confederez ôc vnis 
auec l'ingua , ôc qu'ils les aduifoient qu'ils ne 
diiî'ent , ny penfalîent mal contre l'ingua : mais 
qu'ils luy portaient toufiours bonne affection* 
pource que ce morceau feroit tefmoin de leur 
intention, & volonté, quef'ilsne faifoient ce" 
qu'ils deuoient, il les defcouuriroit , Ôc feroit 
contre eux. L'on portoit ces petits pains en de 
grands plats d'or, ôc d'argent, qui eftoient defti- 
nez pour cet effet, ôc tous receuoient , ôc raan» 
geoient ces morceaux remercians infiniment le 
Soleil d\n& fi grande grâce qu'il leur faifoit , di- 
fans des paroles , & faifans des lignes d Vn grâd 
contentement ôc deuotion : proteftans qu'en 
leur vie ilsneferôient, ny penferoient chofe 
contre le Soleil , ny contre l'ingua , Ôc qu'auec 
cefte condition ils receuoient ce manger du So- 
leil a ôc que ce manger demeureroit en leurs 
corps pour tefmoignage de la fidélité qu'ils gar- 



~ 



Hiftoire naturelle 

doiem au Soleil, ôc à l'Ingua leur Roy. Cefte fa- 
çon de communier diaboliquement fe faifoit 
mefme au dixiefme mois appelle Coyarayme, 
qui eftoit Seprébre, en la fefîe folemnellê qu'ils 
appellent Cytua, faifant la mefme cérémonie, 
Ôc outre celle communion (f'ileu^permisd Vfer 
de ce mot en chofe diabolique) qu'ils faifoient à 
tous ceux qui venoient de dehorsjils enuoyoiét 
auflî de ces pains en tous les guacas, fan&uaires, 
ou idoles de tout le Royaume , & tout envn 
mefme temps f'y trouuoient desperfonnesde 
tous codez, qui venoient exprès pour les rece- 
uoir , aufquels ils difoient en leur baillant , que 
le Soleil leur enuoyoit cela en fîgne qu'il vou- 
îoitque touslevenerafTent ôc honorafTent , ÔC 
en enuoyoiertt mefme par honneur aux Caci- 
ques. Quelqu'un parauenture tiendra cecy pour 
fabie ôc inuention : mais pourtant c'eft vne cho* 
fe très- véritable, que depuis Ingua Yupangi, 
( qui eft celuy qui a fait plus de loix , de couftu- 
mes, Ôc cérémonies, comme Numa à Rome) 
dura celle manière de communion, iufques à ce 
que FEuangile deroftreSdgneur Iefus-Chrift 
mi&hors toutes ces fu'per Muions, leur donnant 
le y ray manger dévie, quiconferue &vniflles 
am es auec Dieu. Qui voudra s'en fatisfaire plus 
amplement , life la relation que le Licencié Po- 
lo efcnuit à rArcheudque des Rois, DomHie- 
ronymo de Loayfa, ou il trouuera cecy, Ôc beau- 
coup d'autres criofes qu'il a delcouuertes & tp^ 
prèuuees par fà grande diligence. 



x 




des Jnâes. Liure V- z/o 

De h façon que le diable s'ejl efforcé de contre- 
faire en Mexique U fefte du fainct Sacre* 
ment & Communion > dont vfelaJawcJe 
Eglife. 

Chapitre XXIV. 
E (era chofe encor plus eiraerueilla* 
ble d'ouyr parler de la fefte ôc fo~ 
lemmité de la Communion, que le 
mefme diable, Prince d'orgueil, or* 
donna en Mexique, laquelle, bien qu'elle foie 
vn peu longue, il ne fera mal à propos de racon- 
ter, lelon qu'elle eft eferite par personnes dignes 
de foy. Les Mexiquains faifoient au mois de 
May leur principale fefte de leur dieu Vitzili- 
puztli, & deuxioursauparauantcefte fefte, ces 
filles dont i'ay parlé cydefîus, qui eftoient re- 
clufes au mefme temple, ôc eftoient comme re- 
Jigieufes , moulloient vne quantité de femençe 
de blettes, auec du maysrofty, ôc après qu'il 
eftoit mordu, le paiftriflbiét, ôc amaiîoient auec 
du miel, & faifoient de cefte pafte vn idole de 
la mefme grandeur qu'eftoit celuy de bois, luy 
mettans au lieu des yeux, des grains devoirres 
verds, azurez, ou blancs; ôc au lieu de dents,des 
grains de mays, aflîs auec tout l'ornementa 
appareil que i'ay dit cy deiliis. Apres qu'il eftok 
du tout acheué, tous les Seigneurs venoient, ôc 
luy apportoient vn veftement exquis , ôc riche, 
tout femblableà celuy de l'idole, duquel ils le 
veitoient. Et après l'auoir ainfî veftu ôc orné, ils 
ftifleoient en vnefeabeau azuré, 3c' fur vnbran- 

liij 



Hifioire naturelle 

card, pour le porter furlesefpaules. Le matin 
de la fefte venu , vne heure auant le iour for- 
toient toutes ces filles veftués de blanc, auec des 
ornemens tousneufs , lefquelles eftoient apfel- 
lees ce iour là , Sœurs du Dieu Vitzilipuzth. El- 
les venoient couronnées de guirlandes de mays 
rofty.&crcuaffc , reffemblantazaar, ou fleur 
d'orenge, & portoient en leur col de grottes 
chaines de mefme , qui leur pafïbient en ef- 
charpe par deiïbus le bras gauche. Elles efloienc 
colorées de vermillon par lesioiies, & auoient 
les bras , depuis les couldes iufques aux poings, 
couuerts de plumes rouges de perroquets, êc 
âinfi ornées , elles prenoient l'idole fur leurs ef- 
paules , le tirans , Ôc portans en la court où 
eftoient defia tous les ieunes hommes veftus 
d'habits faits d'vn red artificieux , eftans coron- 
nez de la mefme façon que les femmes. Alors 
que ces filles fortoient auec l'idole, les ieunes 
hommes s'approchoient auec beaucoup de re- 
uerence, &prenoient lalittiere, oujjyranc^rd^ 
où eftoit l'idole, fur leurs efpaules, iTportans 
au pied des degrez du Temple, où tout le peu- 
ple s'humilioit, & prenant de la terre de l'aire, 
fe la mettoit fer la tefte , qui eftoit vne cérémo- 
nie ordinaire qu'ils obferuoient entr'eux , aux 
principales feftes de leurs Dieux. Celte céré- 
monie faite, tout le peuple fortoit en procef- 
fio n, auec toute la diligence & légèreté qui leur 
eftoit pofïible , & alloient à vne montagne qiu 
eftoit à vne iietie de la Cité de Mexique , appel- 
iee Chapultepec , & là faifoient vne dation , ÔC 
des facrifices. Incontinent ils partoienc de U 



des Jndes. Liure V. zji 

âùec la mefme diligence , pour aller en vn lieu 
quieftoit proche de là, qu'ils appelloient Atla- 
cuyauaya, où ils faifoient la féconde dation > ôc 
au partir de là , alloient en vn autre bourg , vne 
lieiîe plus outre , qui fe nomme Cuyoaquan, 
d'où ils partoknt , retournans en la Cité de Me- 
xique, fans faire aucune autre ftanon. Ils fai- 
foient ce chemin de plus de quatre lieues , en 
trois, ou quatre heures^ & appelloient cefte 
proceffion , Ypayna Vitziîipuztli , qui veut di- 
re, le vifte& diligent chemin de Vitziîipuztli. 
Arriuez qu'ils eftoient au pied des degrez 5 ils 
mettoient en bas le brancard de l'idole , & pre- 
noient de greffes cordes, lefquelles ils atta- 
choient aux bras d'vn brancard , puis après auee 
beaucoup de diferetion & de reuerence , ils 
montoient la littiere àuec l'idole , au fommet 
du temple, les vns tirans d'enhaut, & les autres 
leur aydant d'embas, cependant l'on n'enten- 
doit retentir que le fon des fluftes,des buccines, 
des cornets , Se des tambours qui fonnoient. Ils 
le montoient de cefte façon, d'autant que les 
degrés du temple eftoient fort roides & eftroits, 
ôc l'efcallier fort large , tellement qu'ils n'y 
pouuoient monter cefte littiere fur leurs efpau-. 
les. Pendant qu'ils montoient cefte idole, tout 
le peuple eftoiten la court, auec beaucoup de 
reuerence & de crainte. Apres qu'il eftoit mon- 
té iufques au haut, &qu'on^auoitmisenvne 
petite loge de rofe , laquelle ils luy tenoient ap- 
preftee, incontinent v enoient les ieunes hom- 
mes, lefquels femoient,& refpandoient vne 
grande quantité de fleurs dediuerfes couleurs,. 

Ii iij 




Hiftoire naturelle 
3ont ils rempliflbient tout le temple dedans 
& dehors. Cela fait, toutes les filles fortoient 
auecques l'ornement que nous auons dit cy 
defïus, & apportoicnt de leur Conuent des 
tronçons , ou morceaux de pafte , compofee de 
blettes , & de mays rofty , qui eftoit de la mef- 
me pafte de laquelle l'idole eftoit fait &com- 
pofé, & cftoient en forme de grands os. Us les 
bailloient aux ieunes hommes, lefquels les por- 
toient en haut , les mettans aux pieds de l'ido- 
le, dont ils remplifloient tout le lieu, iulques 
à ce qu'il n'y en peuft entrer dauantage. llsap- 
pelloient les tronçons de pafte, les os l Ôc chair 
de Vkzilipuztli. Et ayans ainfi eftendu ces os, 
aufïï toft venoient tous les anciens du Temple, 
Preftres ; Leuites , & tout le refte des miniftres, 
félon leurs dignitez, & leurs antiquitez : car il y 
auoitentr'eux fur ce point, vne belle règle, & 
ordonnance, &venoient les vns après les au- 
tres auec leurs voiles dered, dediuerfes cou* 
leurs, &ouurages, félon la dignité, & office 
dvn chacun, ayans des guirlandes en leurs te- 
ftes, & deschaines de fleurs pendues au col. 
Apres euxvenoient les dieux & deefles, qu'ils 
adoroient en diuerfeS figures , veftus de la mef- 
meliuree, puis fe mettans en ordre au tour de 
ces tronçons ôc morceaux de pafte, faifoient 
certaine cérémonie, en chantant, & ballant fur 
keux. Aumoye^dequoy ils demeuroient bé- 
nits & confacrez pour la chair & os de cet ido- 
le. La cérémonie & benedi&ion de ces tron- 
çons de pafte, par laquelle ilseftoient tenus & 
eftimez pour os & chair de l'idole, eftant ache> 



ué 



des Indes. Liure V. ijz 

ilshonoroient ces morceaux delà mefme 
manière que leur dieu. Puis fortoientles Sacri- 
ficateurs qui commençoient le facrifice d'hom- 
mes en la façon qu'il aeftédit cydelîus, ôcen 
facrifioit-on ceiour là vn plus grand nombre 
qu'en nul autre , pour autant quec'efteit lafe- 
fte la plus folemnelie qu'ils euiîent. Les facri- 
fices eftans acheuez, fortoient tout auflî toft 
tous les ieunes hommes Ôc filles du temple, or- 
nez comme il a eftédit, ôc après s'eftre mis en 
ordre, &£e£re rangez les vns vis avis des au- 
tres, ils balloient, &dançoient au fondu tam- 
bour qu'on leur fonnoit en loiiange de lafo- 
lemnitc ôc de l'idole qu'ils celebroient. Auquel 
chant tous les Seigneurs anciens, & les plus 
notables leurrefpondoient, ballans àl'entour 
d'iceux , ôc faifans vn grand cercle , comme ils 
ont de couftume , demeurans toujours les ieu~ 
nés hommes & filles au milieu. A cebeaufpe- 
ctacle venoit toute la Cité , ôc y auoit vn corn- i 
mandement fort diligemment obferuc en cette 
terre, queleiour de l'idole Vitzilipuztli, Ton 
ne deuoit manger autre viande que ceftepafte 
emmiellée, dequoy l'idole eftoit fait. Et celle 
viande fe deuoit manger incontinent au poincl: 
duiour, &nedeuoit-on boire d'eau, ny aucu- 
ne autre chofe après , iufques après midy, ôc te- 
noient que c'eftoit vn mauuais'augure, voire 
facrilege, que de faire le contraire: mais après 
les cérémonies acheuees, il leur eiloit permis 
de manger toute autre chofe. Pendant le temps 
de cefte cérémonie ils eachoient l'eau aux pe- 
tits enfans, aduertiffans tous ceux quiauoient 

Ii iiij 






s- 



Hiftoire naturelle 

l'vfage de raifon , de ne boire point d'eau % que 
fils le faifoient , Tire de Dieu viendroitfur eux, 
& mourroient \ ce qu'ils obferuoient fort dili- 
gemment, ôc rigoureufement. Les cérémonies, 
bal, 6c facrifices acheuez ; , ils T'en alloient tous 
defpouiller, &lesPreftres & dignitez du tem- 
ple prenoient l'idole de pafte, lequel ils def- 
poiiilloient de ces ornements qu'il auoit , & 
faifoient plufieurs morceaux, tant de cet ido- 
le mefme , que de ces tronçons qui eftoient 
confacrez, puis après ils les depactoient au peu- 
ple en forme de Communion, commençans 
aux plus grands, & continuans au refte, tant 
hommes, femmes, que petits enfans , lefquels 
les receuoient auec tant de pleurs, de crainte, 
3c de r euerence , que c'eftoit vne chofe du tout 
admirable, difans qu'ils mangeoient la chair, 
&les os de Dieu, dequoy ils le tenoient indi- 
gnes. Ceux qui auoient des malades , en de* 
mandoient pour eux , & leur portoient auec 
beaucoup dereuerence, & vénération. Tous 
ceux qui communioient, demeuroient obliges 
de donner le difme de cefte femence , ou grain, 
dequoy eftoit faict l'idole. La folemnitc de la 
Communion eftant achcuee, vn vieillard de 
beaucoup d'authorité montoit fur vnlieu emi- 
nent, & d'vnevoix fort haute, prefchoitleuç 
loy, & leurs cérémonies. Qui ne fefmerueille- 
ra doncques que le diable ayt eftc Ci curieux de 
fe faire adorenfe receuoir en la façon que le- 
fus Chrift noftre Dieu a ordonne , & enfei- 
gné, & comme lafain&eEglifeaaccouftuméï 
Par cela certes , l'on voi4 clairement vçrific ce 



.. 



des Indes. Liure V. *fi 

qui a efté propose au commencement , que Sa- 
tan tafche & s'efforce tant qu'il peut d'vfur- 
per &de defrober pour fo y V honneur & feruice 
qui eft deu à Dieu fe tilencor qu'il y mefle tous- 
jours les cruauté's & ordures ^ pource que c'eft 
vnefprit d'homicide & d'immondicité, & père 
demenfonge. 




Ves Confefeurs, & de kConfepon dont ^ 
v foient les Indiens. 
Chapitre XXV. 

E père de menfônge a voulu mefme 
contre-faire le facrement de Con- 
fefsion , & en Tes idolâtries fe faire 
honorer auec des cérémonies fort 
femb labiés à l'vfage des fidèles. Au Peru ils 
auoient opinion que toutes les maladies & 
aduerfitezleur venoient pour les péchez qu'ils 
auoient faits, & pour remède ils vfoient de fa- 
crifices, & outre cela,fe confeflbierit mefme 
verbalement prefque en, toutes les Prouinces, 
& auoient des ConfefTeurs députez pour ceft 
' effed , des fuperieurs , & d'autres qui leur 
eftoient inférieurs :& y auoit des péchez refer- 
uezaufuperieur. Ilsreceuoient des pénitences, 
voire quelques fois tres-rigoureufes : & prin- 
cipalement quand le pécheur efloit quelque 
pauure homme,quin'auoitque donner auCon- 
fefièur, & eftoit ceft ofrlce.de Gonfeifeur mef- 
me exercé par les femmes. L'vfage de ces Con- 
fefleurs forciers , <ju ils appellent Ychuiri ou 




Efiftoire naturelle 
Ychuri i a efté le plus yniuerfel ésProuinces 
de Collafuio. Ils ontvne opinion que ceft vn 
énorme péché d'en celer en la Confefsion quel « 
qu'vn qu'ils ayent commis. Et les Ychuris ou 
Confeffeurs defcouuroient fi Ton leur en ce- 
loit,par des forts, où par le regard delacour- 
roye de quelque animal, & les chaftioient en 
leur donnant vn nombre de coups d'vne pier- 
re fur Jes efpaules,iufques à ce qu'ils èuffent 
toutdefcouuert, puis après luy donnoientvne 
pénitence , & faifoient le facrifice. Ils fe fer- 
uentmefme de cefte Confefsion, quand leurs 
enfans, leurs femmes, leurs maris ou leurs Ca- 
ciques font malades , ou qu'ils font en quel- 
ques grands trauaux. Et quand llngua eftoit 
Malade, toutes les Prouinces fe confeflbient, 
principalement ceux de la Prouince de Col- 
lao. Les Confeffeurs eftoient obligez de tenir 
fecrettes les confefsions qu ils receuoient , 
fînon en certains cas limitez. Les péchez def- 
quels principalement ils fe confeflbient , eftoit 
le premier de tuer fvn l'autre hors la guer- 
re : en après de defrober , de prendre la femme 
d'autruy, de donner du poifon ou forcellerie 
pour faire mal,& tenoient pour vu grief pé- 
ché, de s'oublier à la reuerence de leurs Gua- 
cas ou chappelles , de ne garder point les fe- 
Iles , de dire mal de PÎngua , de ne luy obeyr 
point.Ils ne s'accufoient point d'actes & péchez 
intérieurs , mais félon le rapport de quelques 
Preftres , depuis que lesChreftiensvîndrenten 
ce pays , ils s'accuferent aufsi à leurs Ychuris, 
& confeljeurs de leurs penfees. Llngua ne con- 



des Jndes. Dure V. ^H 

fefïbit Tes péchez à nul homme, mais feulement 
au Soleil , afin qu'il les dift au Viracocha , Se 
qu'il les luy pardonnait. Apres que i'Ingua se- 
ftoit 'confefle , il faiioit vn certain bain pour 
acheuer de fe nettoyer en vne xiuiere couran- 
te, difant ces paroles : Iay dit mes péchez au 
Soleil , toy riuiere reçoy les , & les porte a la 
mer,où iamais ils ne puiifent paroiftre. Les au* 
très qui fe confelfoient vloient mefmement 
de ces bains, auec certaines cérémonies fort 
femblables à celles dont les Mores vfent au- 
iourd'huy, qu'ils appellent Gu.idoy,&ies In- 
diens ies appellent Opacuna. Et quand il arri- 
uoit à quelque homme que fes enfans lujr 
mouroient , il eftoit tenu pour vn grand pé- 
cheur, &luydifoiert que c'eftoit pour fes pé- 
chez que le fils eftoit mort premier que le père. 
C'eftpourquoyceuxàquicelaarriuoit , après 
qu'ils s'eftoient confeirez,ilseftoient baignez en 
ce bain appelle Opacuna , comme il a efté dit 
cy delfus : puis quelque Indien monftrueux, 
comme boflu & contrefait de nature , les venoit 
fouetter auec certaines orties. Si les Sorciers 
ou enchanteurs parleurs forts ou augurés, af- 
fermoient que quelque malade deuoit mou- 
rir ,1e malade ne faifoit point de difficulté de 
tuerfon propre fils, encor qu'il n'en euft point 
<Tautres.,efperant par ce moyen fe fauuer de la 
mort, & difant qu'au lieu de luy il offroit fon 
fils en facrifice. Et depuis qu'il y a des Chre- 
ftiensen cefte terre, cefte cruauté a efté encor 
exercée en quelques endroits. C'eft à la vérité 
vne chofe eftrange^ue cefte couftume de con- 





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Hiftoire naturelle 
feflcr les péchez fecrets , foit demeurée, fi long 
temps, & de faire défi rigoureufes pénitences 
qu'ils faifoient, comme de ieufner, de donner 
des habits,deror 3 de l'argent, de demeurer aux 
montagnes , & de receuoir de grands coups fur 
lesefpaulles. Les noftres difent, qu'en la Pro- 
uincede Chiquito, ils rencontrent encor au- 
iourd'huyceftepeftede confefTeurs,ou Ychu- 
lis , .&-que beaucoup de malades fe retirent 
verseux : mais def-ja par la grâce de Dieu , ce 
peuple va du tout s'efclairfiffant , & recognoif- 
îent l'efFecl; & le grand bénéfice de noftre con- 
fefsion facramentale , a laquelle ils viennent 
auecvne grande deuotion. Et en partie cctvfa- 
ge paflc leuraefté permis par la prouidence du 
Seigneur , afin que la confefsion ne leur fem- 
blaft difficile. Parce moyen le -Seigneur eft en 
tout glorifie , & le Diable mocqueur, demeuré 
môcqué. Or d autant que ceft vne chofequi 
touche à ce propos , ie racontera^ icy Tvfage 
d'vne eftrange confefsion que le diable auoit 
introduite au lappon, comme il appert par vne 
lettre venue de là , qui dit ainfi. Il y a en Ocaca 
des roches très grandes, & fi hautes , qu'ai y a 
dés picsenicelles, déplus de deux cens braites 
de haut. Entre ces grands rochers, il y a vnde 
ces pics, ou pointes qui s'efleue fi terriblement 
haut , que quand les Xamabuzis ( qui font les 
pèlerins) le regardent feulement, les membres 
leur en tremblent , & les cheueux s'en heriiTon- 
nent , tantefl: ce lieu terrible & efpouuenta- 
ble. Il y a au fommet de cefte pointe vne gran- 
de verge de fer de trois braffes de long, qui y 



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des Indes. Liure V. 255 - 

eft pofee par vn eftrange artifice. Au bout de 
cefte verge eft attachée vne balance, dont les ef- 
cailies font fi grandes,qu'en vne d'icelles fe peut 
aftbir vn hôme,& les Goquis, (qui font des dia^ 
blés en figure humaine) commandent quVnde 
ces pèlerins y entrent les vns après les autres, 
fans qu'il en refte vn feul , puis auec vn engin 8c 
inftrumentquife remue, moyennant vne roue, 
ils font que cefte verge de fer , en laquelle la ba- 
lance eft pendue', forte dehors , 8c demeure tou- 
te fufpenduë en l'air , eftant affîs l'vn des Xama- 
buxisenl'vn des plateaux de cefte balîance. Et 
comme l'efcaille où eft afîls l'homme , n'a point 
de contrepois de l'autre codé, incontinent elle 
pend en bas, 8c l'autre s'efleue iufqu'à ce qu'elle 
rencontre & touche à la verge. Alors les Go- 
quis leur dilent du rocher, qu'ils fe eonfeïTent, 
8c dient tous les péchez qu'ils auront commis, 
dont ils fe fouuiendront, & ce à haute voix, afin 
que tous les autres qui fonda le puifîent ouyr. 
Incontinent il cômence à fe confefîer , pendant 
quoy queîques-yns des afîiftansfe rient des pé- 
chez qu ils oyent, 8c les autres en gémirent. Et 
à chaque péché qu'ils difent, l'autre efcaiîle de la' 
balîance bailfe vn peu , iufqu'à^ce que finale- 
ment ayant dit tous ces pechez,lavuide demeu- 
re efgale à l'autre, où eft le trille pénitent, puis 
les Goquis refont tourner la roiie, & retirent 
vers eux la verge & balance d'où fort le pèle- 
rin , & après y en entre vn autre , iufqu'à ce que 
tous y ayent patte. Vnlapponnois contoiteek 
après qu'il fuft Chreftien , difant qu'il auoit efté 
en ce pelerinage,& entré en la balîance fep t fois, 



l/ifîoire naturelle 

où publiquement il s'eftoit confefle. Il difoig 
mefme, queiidauanturequelqu'vndeceuxqui 
font mis en ce lieu, ne raconte le péché comme 
il eft patfe, ou qu'il en ceîe quelqu'vn , l'efcaille 
delaballancevuide ne, s'abbaifte point, & s'il 
s'obftine après qu'on luy a fait inftance de fe 
confefter , & nevueille defcouurir tous ces pé- 
chez , les Boquis le iettent & font choir du haut 
en bas, où en vn moment il eft rompu & brifé 
en mille pièces. Neanf moins ceChreftien nom- 
me lean, nous difoit qu'ordinairement la crain* 
te Se tremeur de ce lieu eft il grande à tous ceux 
qm s'y mettent ,. & le danger que chacun voit à 
l'oeil, de tomber de la ballance, & eftre defrom- 
pu&briféenbas, qu'il aduient fort peu fou- 
uent qu'il y en aye qui ne defcouurent tous 
leurs péchez. Ce lieu eft appelle d'vn autre nom 
Sangenotocoro, qui veut dire,lieu de côfeffion. 
L'on voit bien clairement par ce difeours, com- 
me le diable a prétendu vfurper pour foy le fer- 
uice diuin, en faifant de la confeffion des pèches 
(laquelle le Sauueur a inftituee pour le remède 
des hommes) vne fuperftkion diabolique , pour 
leur grand dommage & perdition. Et ne lapas 
fait moins à l'endroit de la gentihté du Iappon, 
qu a l'endroit de celle des Prouinces de Collao 
auPeru. 




deÊ Indes. Liure JT. z$6 




De l'abominable on c~Hon dont vfoient les Pré- 
férés Mexicains & autres nations, & de 
leur for tileges. 

Chapitre XXVI. 

leu ordonna en la Loy ancienne, 
| la façon comme Ton deuok confa- 
> crer la perfonne d'Aaron & les au- 
i très Preftres , & en la Loy Euange- 
lique nous auons mefme le fainct 
Chrefme, ôc on&ion , dequoy l'on vie quand 
Ton nous facre Preftres de Chrift. Il y auoit mef- 
me en la Loy ancienne , vrie certaine côpofmon 
odoriférante, que Dieu deffendoit d'employer 
en autre chofe quau feruice diuin. Le diable a 
voulu contrefaire toutes ces chofes à fa façon, 
côme il a accouftumé , ayant inuenté à cefte fin 
des chofes fïordes , Se fi fales , quelles mon- 
trent afTez quel en eft l'Autheur. les Preftres 
des idoles en Mexique, s'oignoient en cefte ma- 
nière. Ils s'oignoient le corps depuis les pieds 
iufqu'à la tefte,& tous les cheueux auflï,lefquek 
leur demeuroient en forme de trèfles reiïem- 
b ansàdescrinsdecheual, à caufe quilsvap- 
phquoient cefte ondion humide & mouillée, 
i,es cheueux leur croiiïbient tellement auec le 
temps, qu'ils leur tomboient iufqu'aux iarers, 
ii pefans, qu'ils leur donnoient beaucoup de 
peine à les porter, car ils ne les coupoient, 
ny tondoient point, iufqu'à ce qu'il* mou- 
juiTent, ou qu'on ks en difpeàfaft pour leur 



£fïfîoire naturelle 
grande vieille ffe, ou bien qu'on lenémplôyaft 
aux gouuemements ôc autres offices honora- 
bles en la Republique, ils portoient leurs che- 
uellures trcflees, de fix doigts de long, & fe 
noirciftoient Ôc teignoient auec de la fumée de 
bois de pin, ou raiiine, pouree que de toute 
-antiquité entr'eux, c'a efté toufiours vne of- 
frande qu'ils raifoient à leurs idoles. Et pour ce- 
fteoccafion elle eftoit fort eftimee & reuerce, 
Ils eftoient toufiours noircis de celle teinture, 
depuis les picdsiufqu àla tefte ^tellement qu'ils 
rcflembloientà des Nègres fort reluifants, ôc 
celle-là eftoit leur ordinaire ondion. Toutes- 
fois quand ils alloient facnfier Ôc encenfer de- 
dans les montagnes, ou aux Commets dicel- 
les ôc aux cauernes obfcures ôc tenebreufes, 
où eftoient leurs idoles, ils vfoient d'vne au- 
tre onction- fort différente, -faifont de certai- 
nes cérémonies pour leur ofter la crainte, & 
augmenter le courage. Cette on&ion fe fai- 
foit auec diuerfes beftiolles venimeufes, com- 
me d'araignées, de fcorpions.-dec bportes,de 
fallemandres ôc de vipères, lefquelles les gar- 
çonsdes Collèges prenoient Ôc amaffoient , à 
quoy ils eftoient fi adroits, qu'ils en eftoient 
ttufiouts garnis, quand les Preftres leur en de- 
mandoient. Le principal foing&foucydeces 
carçons , eftoit d'aller a la chafle de ces beftiol- 
les- ques'ilsalloientautre-part, & quedauan- 
ture ils rencontraient quelqu'vne de ces be- 
ftiolles, ils s'atreftoient àla prendre, auec au- 
tant de peine, comme fi leur propre yie euft 
defpendudcGela, A raifon dequoy les Indiens 



des Indes. Liure. V. £57 

rie crai^noient point ordinairement ces be- 
ftiolles venimeufes, n'en fa il ans non plus dé- 
fiât, que fi elles ne feuiTent point elle , d'autant 
qu'ils auoient tous efté nourris en cet exerci- 
ce. Pour faire cet vnguent de cesbcftiolles , ils 
les prenoient toutes enfemble , & les bruf-^ 
loient au foyer du temple , cjui eftoit deuant 
l'autel ,iufques à ce qu elfes fuifent reduitresen 
cendre, puis les mettoienten des mortiers auec 
beaucoup de Tauaco, ou betû (qui efl vne her- 
be,dont cefte nation vfe pour endormir la chair, 
&pour nefentir point letrauail ) auec lequel 
ils mesloient ces cendres , qui leur faifoit perdre 
la force.Ils mettoient mefmeauec cefte cendre, 
quelques feorpions , araignes & cloportes vi- 
ues, meslans& amaflàns le tout enfemble, puis 
ils y métroient d'vne femence toute moullue, 
qu'ils appeiloient Ololuchqui , dequoy les In- 
diens font vnbreuuage , pour voiries voifins, 
d'autant que l'effed Se cefle Herbe eft d'ofter, 
& priuer l'homme du fens. Ils moulloient met- 
me auec ces cendres, des vers noirs & velus, 
defquels le poil feulement efb venimeux , & 
amalfoient tout cela enfemble auec du noir , ou 
fumée de rezine, lemettansen des petits pots, 
lefquels ils pofoient deuant leur Dieu, difans 
que c'efloit la leur viande. C'eft pourquoyils 
appeiloient cela, manger4iuin.Par le moyen de 
cet oignement ils deuenoient forciers , & voy- 
oient,& parloiét aux diables.Les Preîtres eftans 
barbouillez dé cefte pafte,perdoiét toute crain- 
te , prenans en eux vn efptit de cruauté. A rai- 
ion dequoy ils tuoisntles hommes aux facnfi- 
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Hifloire naturelle 
ces fort hardiment, ôc alloient de nuict tous 
feuls aux montagnes Ôc dedans les cauernes ob- 
fcures, mefprifans les belles fieres , Ôc tenans 
pour certain & approuué, que les lyons, tigres, 
ferpens ,& autres beftesfurieufes qui s'engen- 
drent aux montagnes & foreils , f enfuyroient 
d'eux, par la vertu de ce betum de leur Dieu.Et 
a la vérité , fi ce betum ne les pou u oit faire fuyr, 
c'eftoit chofe fuffifante pour ce faire, que le 
gourtraid du diable enquoy ils eftoient tranf- 
iormez. Ce betum feruoit mefmepourguarir 
les malades & les enfans, parquoy tous l'appel - 
loient,la médecine diuine ,&ainfî de toutes parts 
venoient ils par deuers les dignitez& Préfixes, 
comme vers leurs Sauueurs , à fin qu'ilslèur ap^ 
pîicaflentla médecine diuine, &les oignoient 
d'icelle, par les parties deuilantes. Us afferment 
qu 'ils fentoient par ce moyen vn notable allége- 
ment, cequideuoiteftreà caufequele Taua- 
co,& Ûloluchqui,ont d'eux mefmescefte pro- 
priété d'endormir la chair, eftans appliquez en 
façon demplaftxe, ce qu'ils doiuent opérer, à 
plus forte raifon. eftans mesiez auec tels poifons. 
Et pource qu'il leur amortillbit , & appaifoit la 
douîeur,illeur fembloit que ce fuit, vn erTect. de 
fanté, & de vertu diuine. C'eft pourquoyils 
sccouroientaVes Préfixes, comme a des hom- 
mes faims, lefquclsentretenoient en cet erreur 
& esblouyfiemenr lesignorans, leur perfuadans 
ce qu'ils vouloient, ôc les faifuns venir à leurs 
médecines, & cérémonies diaboliques, parce 
qu'ils auoient telle authorité ;., qui'J fuffifoic 
gu'ils lediflent, pour le faire unir ç omme *f- 



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des Indes. Liure. V. 25S 

ticle de foy. Etainll ils faifoient parmy le vul- 
gaire mille fuperftitions , en la façon d'offrir 
l'encens , en la façon de leur couper les che- 
ueux, en attachant de petites bûchettes au col, 
& des filets auec des petits os de couleuures,- 
leur commandant qu'ils fe baignaflent à certai- 
ne heure , qu'ils veillaflent de nuict au fouyer, 
de peur que le feu ne s'eftaignift , qu'ils ne man- 
geaiTent point d autre pain que celuy quiauoit 
efté offert à leur Dieu , qu'ils fe retiraient eri 
leur befoing incontinent par deuers les forciers, 
lefquels auec certains grains iettoient les farts 
& deuînoient , regardans en des cuues, & poëi- 
les pleines d'eau. Les forciers & rjainrftres du 
diable auoient accouftumé mefme d'emba- 
durnofer beaucoup. Et eft vne chofe infinie 
delà grande multitude qu'il y a eue de ces de- 
uins, fortiileges , enchanteurs , deuineurs 8c 
autres fortes de faux prophètes. Auiourdhuy 
il refte encor de cefte peftilence , quoy qu'ils fe 
tiennent fecrets & couuerts, n'ofan s ouverte- 
ment exercer leurs facrijégeS , & diaboliques 
cérémonies , & fuperftitions , mais leurs abus? 
& maléfices font defcouuerts plus au long , & 
particulièrement aux confefsionnaîres faits par 
les Prélats du Peru. Il y a vn genre de forciers 
entre les Indiens permis par les Roys Inguasy 
qui font comme deuins ,' lefquels prennent 
vne telle forme & figure qu'ils veulent , al- 
lons & faifans par l'air beaucoup dé chemin* 
en fort peu de temps r & voyent ce qui fe 
paiïè. Ils parlent auec le diable , lequel leur 
jefpond en 4e certaines pierres , ou autre 

Kfe tj 



l/ijîoire naturelle 
chofes qu'ils vénèrent beaucoup.Iis fe feruet cîe 
deuins , & pour dire ce qui fe pafîe en des lieux 
les piusesîoignez,auant que la nouuelle en vien- 
ne ou puifle venir. Comme mefme ileftencor 
arriué depuis que les Efpagnols y font, qu'en 
diftance de plus de deux ou trois cens -lieiie-sj'on 
a feeu les mutineries, les batailles, les rebellions^ 
les morts, tant des tyrans, comme de ceux qui 
eftoient du eofté du Roy, & des perfonnes par- 
ticulieres, ce que Ton a fçeu du mefme iour que 
les chofesarriuerent, ou bienle iourenfuyuant, 
qui eftoit chofe impofsible, félon le cours de 
nature. Pour faire celte diuination, ils fe met- . 
tentenvne maifon fermée par dedans, &s 9 en- 
yurentiufquesa perdre le iugement, puis vn 
iour après ils refpo.ndenta ce que f on leur de- 
mande. Quelques vns afferment qu'ils vfent de 
certaines ondions. Les Indiens ^difent que les 
vieilles exercent ordinairement cet office de for» 
tileges , & particulièrement celles d vne Pro- 
uîncc,qu ils appellent Coaillo , d'vne autre vil- 
fe,appellee Manchey,& de la Prouince de Gua- 
rochiri. Ilsenfeîgnent mefme où font les chofes 
perdues & defrobees. De toutes ces fortes de 
forciers, il y en a eu en tous endroits, vcrslef- 
quels viennent ordinairement les Anaconas , & 
Cyuas, qui feruent aux Efpagnols quand ils ont 
perdu quelque enofe de leurmaiftre , ou qu'ils 
défirent fçauoir quelque fuccez des chofes paf- 
fees , ou aduenir. Comme quand ils defeendent 
& vont aux Citez des Efpagnols pour leurs af- 
fiires particulières, ou pour les publiques, ils 
fcùrs demandent fi leur voyage fe portera bie^' 



des Indei. Dure Jf. 2.59 

s'ils feront malades,s'ils mourront,ou retourne- 
ront fains,s'ils obtiendront ce qu'ils prétendent? 
&lesforciers J oudeuineursrerpondent ) ouy,ou 
non , ayans premièrement parlé auec le diable, 
en vn lieu obfcur, de manière que ces Anaconas 
oyent bien le Ton de la voix 3 mais ils ne voyent 
pas à qui les deuins parlent , ny n'entendent pas 
ce qu'ils difent. Ils font mil cérémonies & facri- 
fkes pour cet effecl:, auec lefquels ilsinuoquent 
le diable , & f'enyurent brauement. Et pour ce 
jàire,ils vfent particulièrement d'vne herbe,ap- 
pellee Villea * le fuc de laquelle ils mettent de- 
dansle Chica, ou le prénent d'autre façon. L'on 
peutvoir en cecy,combien eft grand le mai'heur 
de ceux qui ont pour maiftres , lesminiftres de 
celuy-là, duquel l'office eft détromper. Eteft 
vne choie approuuee, qu'il n'y a rien qui em^. 
pefche tant les Indiens dereceuoirla foy du S. 
Euangile > & de perfeuerer en icel<le,que la com- 
munication de ces forciers quiontefté,& y font 
encoren tref grand nombre , bien que parla 
grâce du Seigneur & diligence des Prélats , 8c 
des Preftres , ils vont diminuant , cV ne font plus 
fi preiudiciables. Quelques* vns d'iceux fe font 
conuertis& ont prefché publiquement,defcou- 
urans , & bhfmans eux-mefmes leurs erreurs & 
tromperies» & declarans leurs fineiles & mente- 
ries , dequoy on a veu fortir des grands frui&s, 
comme mefme nous fçauons par lettres du lap- 
pon, qu'il eft arriué de mefme en ces parties , le 
tout a la gloire & honneur de noftre Dieu& 
Seigneur, 
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Hifloire naturelle 




Pes autres cérémonies & coujlumes des 

Indiens ? qui font fembUbks au$ 

nofires. 

Chapitre XXVII. 

Es Indiens ont eu va nombre in- 
finy d ? autres cérémonies & cou- 
ftumes, plufieurs defquellesre- 
fembloierit à la loy ancienne de 
Moyfe , les autres a celle dont 
vfent les Mores,& les autres approchoient de la 
lov Euangeîique, comme les baings,ou Opacu- 
pa', qu'ils appellent, qui eft oit qu'ils fe lauoient 
en l'eau, pour fenettbyer de leurs péchez. Les 
Mexiquains auoient aufsi entr'eux quelque for- 
te cte baptefme, qu'ils faifoient auec cérémonie, 
qui eftoit qu'ils incitaient les oreilles & le mera - 
bre viril aux petits enfans nouueaux nez , con- 
trefaifans aucunement la Circoncifion des Iuifs. 
Cefte cérémonie fe faifoit principalemét a l'en- 
droit des fils de Roys,& des Seigneurs. Inconti- 
nent après leur naûTance les Preftres les lauoiet, 
& leur mettoiét vne petite efpee à la main droit- 
te,& à la gauche vne rondelle , & aux enfans du 
commun & vulgaire,ils leur met-toy ent les mar- 
ques de leursoffices, & aux filles des inftrumens 
'à filer, à tiltre,& a trauailler. Et duroit celle cé- 
rémonie quatre iours,qui fe faifoit deuant quel- 
que idole. Ils contradoient leurs mariages a 



des Indes. Liure V. *6o 

leur mode,dcmt le Licecié Polo a écrit vn trait- 
té tout entier , & eji diray cy après quelque 
chofe. En autres chofes, mefmes leurs cérémo- 
nies & couftumes au oient quelque apparence 
de raifon. Les Mexiquains femarioient parla 
main de leurs Preftres en cefte façon. Lelpoux 
& efpoufe fe mettoient enfemble deuant le 
Preftre , lequel les prenoit par les mains , & 
leur demandoit s'ils fe vouloient marier, puis 
ayant entendu la volonté de tous deux, il pre- 
noit vn coing du voile , dont la femme auoit la 
tefte couuerte , &vn autre coing de la robe de 
ihomme,lefquels il attachait enfemble , farfant 
vnnœud, &lesmenoit ainii attachez àumai^ 
fon de r efpoufe, où il y auoit vn fouyer allumé, 
& lors il faifoit faire à la femme fept tours i l'en- 
tour de ce fouyer, puis les mariez fe feoiem en • 
femble, & par ce moyen eftoit contracté leur 
mariage. Les Mexiquains eftoient tref-iaioux 
de 1 intégrité de leurs femmes & efpoufes , tel- 
lement que s'ils s'apperceuoient qu'elles ne fuf- 
fent telles qu'elles deuoient eftre (ce qu'ils re- 
cognoiûoient par llgnes,ou par paroles eshon- 
tees)iis le faiioient incontinent entendre aux pè- 
res & parens de ces femmes, à leur grande hon- 
te & deshonneur : parce qu'ils n'auoient pas bien 
prins garde f-ir elles. Mais ils honoroient de 
eftimoient beaucoup celles qui conferuoient 
letir honnefteté , leur faifans jes grandes feftes, 
& donnoient plufieurs prefents à elle &: a fes 
parens. Ils faifoient pour cefte occafion oes 
grandes offrandes à leurs Dieux , & vn ban- 
quet folçmnel en la maifon de la femme, & vn 

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Hiftoire naturelle 
autre gn la maifon de l'homme. Q^ind on les 
menoit en leur maifon , iismettoienc par mé- 
moire tout ce que l'homme & la femme appor- 
taient enfemble de prouvions de maifon , de 
terre, de loyaux & d'ornements , lequel mé- 
moire chaque père d'iceux gardoit par deuers 
luy , pourcequefid'auenture ilsvenoient à fai- 
re diuorce ( comme il eftoit ordinaire entr eux) 
ne fe trouuans bien Pvn auec l'autre , ils par- 
taient leurs biens , félon que chacun d'eux en 
auoit apporte, ayant chacun d'eux liberté en 
tel cas , de Ce remarier auec qui bcmluyfem- 
bleroit , &bailloient les fillesà la femme, & 
à l'homme les fils. Ils leur defFendoient expref- 
fément, fur peine de mort, deCç remarier en- 
femble , ce qu'ils obferuoient fort rigoureufe- 
ment. Et iaçoit qu'il femble queplufieurs de 
leurs cérémonies s'accordent, auec les noftres, 
ncantmoins elles font fort différentes, pour le 
grand meslange d'abomination qui y eft touf- 
iours. C'eftvnechofe commune & générale 
en icelles , qu'il y a ordinairement vne de cqs 
troischofes, ou de la cruauté , ou de l'ordure, 
ou de la parelfe i car toutes leurs cérémonies 
eftoient cruelles Se dommageables, comme de 
tuer les hommes , & de refpandre le fang : ou 
elles eftoient ordes & fales^, comme de boire & 
de manger au nom de leurs idoles , & dvriner 
mefme en leur honneur, lesportans fur leurs 
efpaulîes, de s'oindre & barbouiller fî laide- 
rient, & de faire mille autres' fortes de vile- 
nies , qui eftoient pour le moins vaines, ou ridi- 
cules Ôc oyfeufes, & qui reffembioient plus œu- 




des Indes. Liure. V. z6l 

uresd'enfans, que d'hommes. La caufe de ce- 
la,eft la propre condition de 1 efpnt malin du- 
quel l'intention eft toujours drelTee a faire 
mal, provoquant les hommes à des homicides 
& ordures, ou pour le moins a des vanitez & 
occupations inutiles. Ce qu yn chacun peut af- 
ffez bien cognoiftre , en conf.derant a«ennue- 
ment les adions & comportemens du diable 
à l'endroit de ceux qu'il va deceuant. Car en 
toutes fesillufions l'on y trouue tounours met- 
lees toutes, ou quelqu'vne des ces trois chofc. 
Les Indiens mefme depuis qu ils ont la lumie, 
redenoftre Foy.fe rient, & le moquent des 
folies & inepties, efqueUes leurs Dieux leste- 
noientoccupez, &aufquels ils feruoient beau- 
coup plus , de crainte qu ils auoient deux 
qu'ils ne leurfiffent du mal, en ne leurobeyf- 
fant point en toutes chofes, que. non pas pour 
l'amour qu'ils leur portoient. Combien que 
quelques-vns , voire en grand nomore , vei- 
quiflent trompez & deceus de vaines efperan- 
ces des biens temporels." car d éternels ils nen 
auoient point cognoiflànce. Et certainement 
« où la puiffance temporelle s eft plus agran- 
die , la s'eft plusaccreii» Se augmentée la iu- 
perftition. Comme l'on void aux Royaumes 
5e Mexique & de Cufco, ou ceft vne choie 
incroyable quetovombre des adoratoires qu il 
y auo t : veu que dans l'enclos de la Cité de Me- 
xique il yen auoit plus de trois cents Mango- 
Irtgua Yupanguy ,entreles Roys du Cofco , £ 
eftl celuyV a le plus augmenté le feru.ee de 
leurs idoles , inuentant miile diuerutez de fa- 




Utftoires naturelle 
erifices, feftes& cérémonies. Autant en fit en 
Mexique le Roy Ifcoait , qui fut le quatriefme 
Roy. Ilyauoit aufsi grand nombre de fu per - 
lhtions & facnficesen ces autres nations d^In- 
d.ens,comme en la Prouince de Guatimalla.aux 
Mes au nouueau Royaume , en la Prouince de 
t-hille, & autres qui eftoient comme Républi- 
ques &Çommunautez.Mais cen'eftoitrîenau 
refpeâ deMexique,& de Cufco,ou fatan eftoit 
comme en fa Rome , &enfaHierufalem, iuf. 
quesa ceq u'ilait efte'ietté dehors contre fa vo- 

i r C - C 'A a " e ^ é P° fee & co "°quee en fon lieu 
la iam<3e Croix,& que le Royaume de I e s v s- 
Chrit noftre D leu ait occupe celuy que le 
tyran auoitvfurpé. ^ 



De quelques fefies cekbreespdr ceux de Cufeo, 
& comment le diable a voulu me/me imi- 
ter le mystère de la tres-faiulfe 
Trinité. 

Chapitre XXVIII. 

Our conclure ce qui touche la ReJU 

gion il refte de dire quelque chofe 

des feftes & folemnitez que celebroient 

les Indiens, lesquelles pource quelles font 

diuerfes, & en grand nombre , ne pourront 

pas*ftre toutes racontées. Les Inguas Seigneurs 

dn Peru auoiet deux fortes de feftes, les vnes qui 

eftoient ordinaires & qui efcfieoient en certains 

mois de l'année, & d'autres extraordinaires , qui 




des Indes. Lime. V. *■** 

fe faifoient pour caufes occurrentes & d impor- 
te comme quand Ton couronne» que *j£ 
nouuèau Rov, quâd l'on commençât que que 
^rred^ponlnc e ,quandilyauo«quelqu^ 
! rande neceïsïté deade , ou de fech eteiTe , ou 
Etre s chofes femblables. Pour les feftesordy 
naires l'on doit entendre que chaque mois de 
Tan ih faifoient des feftes& iacrifices différents, 
Lenorqurtouseuffentceladefemblableque 

l'on y offroit cens moutons.toutesfo.s en la cou, 
leur & en la forme les moutons deuoient eitie 
fortdifirent,.Au premiermoisqu ds appellent 
Ravine, qui eftle moisde Décembre, ilsM 
tS ù première fefte qui eftoit * «gj* 
detoutes;& pour cefte occafion ds 1 appelaient 
Canacra me P quieft à dire , fefte riche ou pnn- 
dEI ceftl fôfte l'on offroit vn grand ^om- 
bre de moutons* d'agneaux ^feenfiee^ * 

les brusloit-on auec du bois tad le & odon e 
rant.puisilsfaifoientappotterdelor&del^ 

gent dettus certains moutons , & "«"""if 
froisftatuësduSoleil , & «««WfeffiS- 
lê oere le fils, & le frère. En ces fefte 1 on de 
^tre^nfansIn g uas > enleurme«antesGua : 

rasou enfeignes, & leurs perço.ent les -oreil- 
les, puis quelque vieillard les ,fouetto.t auec d^ 
fonles, àleuroignoit le vifage '™£*g 
le tout en figne qu'ils deuoient eftre Cheualiers 
oyaux de f'IngU. Nul eftrangei : n| jjuuoj 
eftre enCufco,durât ce mois & cefte efte, ffiais 
fuLfinilsyentroient, & leurdonno.tona^ 

de ces morceaux de may s.auec du fane du figt 
fice, qu'ils mangeaient e^nç de cofedciatiop 








Il 9 




iiii 

■llll El 

H 11 11 f 

lin! I 1 ! 
■llll 11! 




Il 




||l| p 




Mil II 
■Ui 



fftftoire naturelle 

*wclW a oommedaeftéditcy-de(ïus,C'eft 
we chofc eftrange quele diable félon fa mode 
aïtmefme,ntroduiî,en Idolâtrie, vne Trinité- 
or tes.tmis ftatués du Soleil , eftoient appellee; 
Ajkmbo, Ckmmty, & Intiquaoquy,quifig n j. 
fctepere&SeigneurSoteil.IefifsS^il, II 
frere5.oled.de hmefme façon ils «ondoient 
fcstroisftatii««fc Chuquilla , quieftleDieu 
quiprefideen h région de I air.où iltône, pleut 
& neige.IIme fouuientqu eftant en Chuquifa- 
«, va Preftre honorable me monftra vne in- 
formation , quei'euz affez long temps entre 
nwsmaiB , ou il eftoit prouué qu'il y auoit vn 
certain Guaca , ou oratoire, ou les Indiens ado- 
xorcnt vn .dole .nommé Tangatanga , laquelle 
ds difoient eftre vne en trokj & f ro . s ç H yn 

Etcommece Preftre eftoit emerueillé décela 
ieteydyquelediabIe,parfoninfernal&obfti- 
ne orgueil, par lequel il prétend toufîours fe 
faire Dieu, defroboit tout ce qu'il pouuoit de 
la vente, pourlemployerafesmenfonges, & 
tromperies. Reuenans donc aux feftes du fé- 
cond ( moK qu'ils appellent Çamey, outre les 
Jacrifices qu ils faifoient , ils iettoient les cendres 
aual vn ruiffeau, allans cinq, ou fix lieues aptes, 
auec des bourdons , ou baftons , le priant qu'il 
tes portait mfquesalamer, pour autant que le 
Viracocha y deuoit receuoir ce prefent: Au ' 
trowefme, quatrième , & cinquiefme mois , ils 
oirroient cent moutons noirs meslez , & gris 
auec beaucoup d'autres cbofes, que ie laiflè , dé 
peurdeftre ennuyeux. Le fixiefme mois s'ap- 
pelle HatuncuzquyAymorey, qui refpondà 



des Indes. Dure. V. ^3 

Mav auquel Ton facrifioit cent autres montas 
deto'utescouleurs.en cefte Lune & mois , qui 

eft quand l'on apporte le Mays As champs en 
kmaifon.lonfaifoitla feftequieft encor m- 
iourd'huy fort en vfage entre les Indien & 
rappellent Aymorey. Ceftefeftefe fait en me- 
nant depuis la Chacra , ou métairie iufques a 1* 
maifon; difans certaines chanfons , ou * prient 
que le Mays puiffe durer long temps,& 1 appel- 
lent Mamacora. Ils prennent certaine pcromi 
du plus fécond Mays, du creu de leurs me««- 
riesflequel ils mettent en vn petit grenier qw ils 
appellent Pirua , auec certaines cérémonies, 
veillants troisnuiâs, & mettent ce Mays dans 
les plus riches habits qu'ils ayent & des qu il 
eftainfi enueloppé & accommode, ilsadorent 
cefte Pirua, & l'ont en grande vénération, <3i- 
fants que c'eft la raere du Mays de leurs f enra- 
ges &que par ce moyen le Mays augmente, Se 
Te c'onferue.En ce mois ils font vn lacrifice par- 
ticulier, & les forciers demandent à la Pirua,«i 
elle a de la force affez pour durer iufques à 
l'an i venir ,& fi elle ref pond, que non.ils por- 
tent le mays brusler à la métairie , d ou ils i ont 
apporta, félon la puiffance d'vn chacun, après 
ils font vne autre Pirua , auec les mefmes céré- 
monies, difans qu'ils la renouuellent abnque 
lafemence du Mays neperiffe ,& fi elle refpond 
qu'elle a de la force alfez , pour durer d auan- 
tage.ilsla laiffent iufques à l'autre année. Cefte 
fottè vanité dure iufques auiourd'huy , & eft 
fort commune entre les Indiens , d'auoir ces 
Piruas,& frire la fefte d' Aymorey.Le feptieime 



II 



hJifioire naturelle 

mois rcfpond a Iuin, & s'appelle Aucayctizquy' 
Intiraymy. En iceJuy ils faifoient k fefte appel- 
le Intiraymy , ou J on facrifioit cent moutons, 
guanacos, & difoient que c'eftoit Ja fefte du So- 
leil .- en ce mois ils faifoient. vn grand nombre 
de ftatuè's de bois de qm'nua taillé, toutes ve- 
ftucs de précieux habits , & fe faifoit le bai 
qu'ils appelaient Cayo. En cefte fefte 1 on ef- 
pandoit beaucoup de fleurs par le chemin, & 
y venoientles Indiens, fort barbouillez , & 
ks Seigneurs y eftoient ornez auéc àes petites 
platines d'or à la barbe , & chantoient tous; 
& doit-on fçauoir que cefte fefte tombe qua- 
i\ au mefme temps , que nous autres Chreftiens 
faifons la folemnité au faincl: Sacrement, qui 
lay reflembïe en quelque chofe, comme aux 
dances, chants & représentations. Et pour ce- 
lte raifon, il y a eu , & a encor entre les fn- 
diens ( Jefquels celebroient vne fefte aucune- 
ment fembîableàcelle que nous célébrons du 
faind Sacrement ) beaucoup de fuperftitions 
à célébrer cefte fefte ancienne de l'Intiraymy. 
Le hui&iefmemoiseft appelle, Chahua,Huaiv 
quy, auquel ils brusloient cent autres moutons,' 
tous gris,de couleur de Vizcacha , félon Tordre 
fufdit, lequelmoisrefpondànoftreluillet.Le 
neufîefme mois s appelloit Yapaguis , auquel 
l'onbrusloit cent autres moutons^ de couleur 
de chaftaigne î & couppoit- on la gorge,& bruf- 
loit-onaufsimilCuyes, afin cme Ja gellee , ny 
l'eau, ny l'air, ny le Soleil ne fiffent aucun mai 
aux métairies , & refpond ce mois a l'Aouft. Le 
di^Ghe mois § 'appelloit Coyaraymy, auquel 






des Indes. Dure. V. *<>4 

l'on brusloit cent autres moutons blancs, qui 
eftoient vellus. En ce mois, qui rcfpond a Sep- 
tembre , l'on faifoit la fefte appellerfitua , eri 
cefte forme. Ils s'aflèmbloient le premier îour 
de la Lune,auant qu'elle leuaft , & en la voyant 
ils s'efcrioient hauteme't , portant en leurs mains 
des flambeaux de feu, difans, que le mal s en 
aille dehors, en s'entre frappans les vns les au- 
tres auec ces flambeaux. Ceux qui faifoient ce- 
la s'a ppelioient Panconcos . Et ap res auoir ache- 
ué.s'enalloientenbaing gênerai , auxruifleauX 
& aux fontaines, chacun en fon propre eitang. 
& fe mettoient à boire quatre îours durans. fcn 
ce mois les Mamacomas du Soleil failoient 
grande quantité' de petits pains , faits auec le 
fans desfacrifices , & endonnoient va morceau 
à chacun deseftrangers,& forains, mefmeilsen 
enuoyoientauxGuacas, eftrangers, debout le 
royaume , &à plufieurs Curacas, enfignede 
confédération^ loyauté.au Soleil & a l'Ingua, 
comme ilaeftéjà dit. Lesbaings.yurognenes, 
& quelque reftes de cefte fefte Situa.demeurent 
encor auioufd'huy en quelques endroits, auec 
des cérémonies quelque peu différentes, ce qui 
eft fecretement toutesfois, parce que ces te- 
fies principalles, & publicques ont celle. L vn- 
fiefme roois.Homaraymy Punchaïquis .auquel 
Us facrifioient cent autre moutons. Et s ils 
auoient faute d'eaiiepourvn remède, & afin 
■ de faire pleuuoir , ils mettoient vn mouton tout 
noir, attaché au milieu dVne plaine efpandant 
beaucoup de Chicatout autour de luy, & ne 
luy dennoient point à manger, Haussa ce qu A 



hlifloire naturelle 
pleufl^cequieft encor praticquéaujourd'huy 
en plmieurs endroits, en ce mefme temps qui 
cit GâoDre. Le douziefme, & dernier mois 
s appellent Aymara, auquel l'on facrifioit cent 
autres moutons , & faifoient k fefte appellée 
Ra> micantara Rayquis. En ce mois qui refpod 
aNoucmbre,lon appareilloitee qui eftoit ne- 
ceflaire pour les enfans qui fedeu oient faire no- 
tices Jemoisenfuiuant , & Jes enfsns auecles 
vieillards faifoient vne certaine monftre auec 
quelques tours, & celte fefte eftoit appellée Itu- 
xaymi, laquelle fe fait ordinairement quand il 
pleut trop , ou trop peu,ou qu 'il y a de la pefti- 
lence. Entre les feltes extraordinaires , qui y 
eftoientaufsi en grand nombre, la plusfameu- 
ie eftoit celle qu'ils appelaient Ytu. Cefte fe- 
fte Ytun auoit point de temps, ny defaifonar- 
xeftee, autrement, que en temps de necefsite. 
Pour fe préparer a icelle , tout le peuple ieuf- 
xioit deux iours durants , aufquels ils ne tou- 
chaient point à leurs femmes jny ne mangeoient 
point de viande auec le fel,ny aiï, & ne beuuoiet 
point de Chica. Tous s'afiembloient en vne 
place,où il n'y auoit aucun eftranger , ny aucun 
animal, & auoient de certains habits; & orne- 
ments, qui feulement feruoientpour cefte fe- 
fte. Ils marchoient en procefsion fort douce- 
ment, les telles couuertesde leurs voiles, bat- 
tans des tambours fans parler Tvn à l'autre. Cela 
duroit vn iour & vne nui&,puis le iour enfui- 
uant,ils danfoient,& faifoient bonne chère, par 
deux iours & deux nuits continuellement, di- 
fans que leur oraifon auoit efté acçepte'e. Et 

encor 



x 



dès îndes. Liure V. i-6$ 

éncor que cefte fefte ne fe fatfe auiùurd'huy 
auec toute cefte cérémonie ancienne, fi eft-cé 
que cômunement ils en font vtte autre , qui eft 
fort femblable, laquelle ils appellent Ayma, 
auec des veftemens qui feruent feulement à cet 
effecl:, & font cefte manière de procelîion auec 
leurs tambours , ayans auparauant ieufné , puis 
après fe mettent à faire bonne chère; ce qu'ils 
ont de couftume de faire en leurs vrgentes ne- 
ceflîtcz* Et combien que les Indiens ayentde- 
laiiTé en public de facnfier des beftes 3 ôc autres 
chofesquihefe peuuent cacher des Efpagnols, 
neantmoins ils fe feruent roufïours de pluiîeius 
cérémonies qui ont leur origine de ces fedes ôc 
fuperftitions anciennes. Carilsfontencorau- 
iourd'huy côuuertemét cefte fefte de l'Ytu aux 
dances de la fefte du Sacrement , en faifans les 
dances de Lyamallama, & de G uacon , ôc d'au- 
tres félon leur cérémonie anciéne , à quoy Tort 
doit bien regarder de près. L'on a fait des trait- 
iez plus amples de ce qui concerne cefte matiè- 
re , pour les lieux où il eft neceftaire remarquer 
les abus ôc fuperftitions qu'auoient les Indiens 
lors de leur gentilité, afin que les Preftres ôc 
Curez y prennent garde. Suffifedoncàprefent 
d'aûoir traitté de l'exercice^auquel le diable oc- 
cupoit fes deuots , afin que contre fa volonté 
Ton voye la differencequ'il y a de la lumière aux 
ténèbres, ôc de la vérité Chreftienne, au men- 
Ifonge gentil, quoy que rennemyde Dieu ôé 
des homes ayt tafchc auec tous fes artifices dé 
contrefaite ks ehofes d§ Dieu. 

Il 



ffijloire naturelle 




De la fefte du lubile que celebroient les 
Mexiquains* 

Chapitre XXIX. 

Es Mexiquains n'ont eftc moins cu- 
rieux en leurs feftes & folçmnitez,lef- j 
quelles eftoient de peu de defpenfe | 
de biens \ mais d'vn grâd couft de fang I 
tiumain. Mous auonscy deflus parlédelafefte j 
principale de Vitzilipuztli, après laquelle h fe- 
fte de Tezcalipuca eftoit la plus folemnifee. 
Cefte fefte tôboit enMay,& en leurKalendrier 
ils l'appelloient Toxcolt , elle efcheoit de qua- 
tre ans en quatre ans auec la fefte de pénitence, 
où il y auoit planiere indulgence ôc pardon des 
péchez. En ce iour ils facrifioient vn captif,qui 
auoitlafemblancederidole Tezcalipuca, qui 
eftoitle19.de May. En la veille de cefte fefte, 
les feigneurs venoient au réple, & apportaient 
vnveftement neuf,femblable à celuy de l'idole, 
lequel les Preftres luy veftoient, luy ay ans pre- 
mièrement oftc les autres habits, lefquels ils 
gardoient auec autât ou plus de reuerence que 
nous faifons les ornemens II y auoit aux coffres 
de l'idole plufieurs ornemés, ioyaux, affiquets, 
& autres richeffes, de bracelets, de plumes pre- 
cieufes, qui ne feruoient d'autre chofe que d'c- 
ftre là, & adoroient tout cela comme le mefmc 
0ieu. Outre le vertement, auec lequel ils ado- 

roient l'idole ce iour- là 3 ils luy meteoientde 







T)e$ Indes. Lime V. 26S 

certaines enfeignes de plume, des garde- foleils, 
des ombrages, & autres chofes: layans ainfî 
reueftu & orné, ils oftoient la courtine ou voi- 
le de la porte, afin qu'il fuft veu de tous,& alors 
fortoit vne des dignitez du Temple , veftude 
lamefme façon que l'idole, portant des fleurs 
en la main, & vne petite flufte de terre, ayant 
Vn Ton fort aigu, & fe tournant du côfté de l'O- 
rient, il la touehoit, puis retourné vers l'Occi- 
dent , le Nort & le Sud , il faifoit le femblable, 
Et apre$auoir ainfî fohné vers les quatre par- 
tics du monde (dénotant que ks prefens & ab- 
fensl'oyoient) il mettoit le doigt en Taire , ôc 
cueillant de la terre d'icelle, la mettoit en la 
bouche y àc la mangeoit eh ligne d'adoration. 
Autant en faifoient tous ceux qui y eftoienc 
prefens, & en pleuransfe profternoient, in- 
uoquans robfcurité de la nuict & les vents , les 
prians qu'ils ne les delaiflaflènt,, ny oubliaient 
point , ou bien qu'ils leur oftafîent la vie , pour 
donner fin à tant de trauaux qu'ils enduroienc 
en icelle. Les larrons , les fornieâteurs , les ho- 
micides, 6c tous les autres delinquansàuoient 
grande crainte & trifteiïe en eux pendant que 
Cefte flufte fonnoit : tellement que quelques 
yns ne pouuoient diffimuler , hy cacher leurs 
delicts. Par ce moyen tous ceux-là ne deman- 
doient autre chofe à leur Dieu, finon que leurs 
deli&s ne fufTent point manifeftez, efpandans 
beaucoup de larmes, & auec vne grande rçpen- 
tance & regret, orfroiént quantité d'encens 
pourappaiferlejirs Dieux. Les hommes cou- 
jrageux ôc vaillans, & tous les vieux foldaté 

tîij 






j/îftoire naturelle 

qui fuiuoient l'art militaire , en oy ant cefte flu- 
ftedemandoientauec vne grande deuotion à 
Dieu le Créateur, au Seigneur pour lequel 
nous viuons au Soleil,& à d'autres leurs Dieux, 
qu'ils leur donnaient vi&oire contre leur s en- 
nemis, & des forces pour prendre beaucoup de 
captifs, afin d'honorer leurs facrifices. Lace- j 
remanie fufditefefaifoit dix iours auparauanc 
lafefte, pendant lefquels dix iours le Preftre 
fonnoit cefte flufte, afin que tous fifTent cefte 
adoration de manger de la terre, & de deman- 
der à leur idole ce qu'ils voudroient , & fai« 
(oient chaque iour oraifon, les yeux haufTez 
au Ciel,auec des foufpirs cV gemiflemenSjCom- 
me perfonnes qui fe contriftoient de leurs fau- 
tes & péchez. Iaçoit que cefte contrition ne 
f uft que par crainte de la peine corporelle que 
Ton leur donnoit, & non pas pour crainte de 
l'éternelle , parce qu'ils croyoient pour certain 
qu'il n'y auoit point de peine fi eftroitte en 
l'autre vie. C'eft pourquoy ils s offroient à la 
mort volontairement, ayans opinion que c'e- 
&oit à tous vn repos aflèuré. Le premier iour 
delà fefte de cet idole Tezcalipuca eftant ve- 
nu, tousceuxdela Cité s'aflèmbloient en vne 
court pour célébrer auflî la fefte duKalendrier, 
dont nous auons parlé, qui s'appelloit Tox- 
eoalth,qui fignifie chofe feche : laquelle fefte 
ne fe raifoit à autre fin , que pour demander de 
l'eau en la façon que nous autres folemnifons 
les Rogations: & ainfi cefte fefte eftoit touf- 
ioursen May, qui eft le temps que l'on a plus 
faute d'eau en ce pays-là. L'on commençoit à 



des Indes. Liure V. 167 

la célébrer le neufiefme de May , finiflant lç 
dixneufiefme. Le dernier iour de la fefte au ma-' 
tin, les Preftres tiroient vn branquart ou lir- 
tiere, fort bien ornée de courtines, & de fan- 
dos de diuerfes façons. Ce branquart auoit 
autant de bras & tenons, qu'il y auoit de mi- 
niftres qui le deuoient porter. Tous lefquels 
fortoient barbouillez de noir, les cheueux 
longs, treflez par la moitié auec des lizets 
blancs, & veftus de la liuree de l'idole. Deflus 
ce branquart ils mettoient le perfonnage de 
l'idole, député pour cette fefte, qu'ils appel- 
aient, femblancedu Dieu TezCalipuca,&lc 
prenans fur leurs efpaules,le tiroient en pu- 
blic au pied des degrez, éV incontinent for- 
toient les ieunes hommes, & les filles reclufes 
de ce temple, portans vne groffe corde torfe 
de chaifnes de mays rofty , auec laquelle ils en- 
uironnoient le branquart, & mettoient au 
col de l'idole vnechaifnedemefme, & en la 
tefte vne guirlande. Ils appellent la corde 
Toxcait , dénotant la fecherefTe , Ôc fterilité du 
temps. Les ieunes hommes fortoient entou- 
rez auec des courtines de red, des guirlan- 
des, Ôc des chaifnes de mays rofty. Les filles 
eftoient veftuè's d'habits ôc orneraens tous 
neufs , portans au col des chaifnes de mays ro- 
fty, ôc en leurs teftes des Tyares fai&es de ve*- 
gettes toutes couuertes de mays. Ils auoient 
les pieds couuerts de phimes, & les bras ôc 
loues colorées de fard. Ils apportoient aufîi 
beaucoup de ce mayS rofty, Ôc les principaux 
fc les mettoient à la tefte & au col, prenans 

Ll iij 



Hifloire naturelle 
ics fleurs en leurs mains. Apres que l'idole 
eftoit mis en fon branquart & littiere, ilsfe- 
moient par tout^au tour grande quantité de ra- 
meaux de manguey,les feuilles duquel font lar- 
ges & efpineufes. Ce branquart mis fur les ef- 
paules des deflufdits Religieux, ils le portoienc 
en proceflîon par dedansle circuit de la court, 
& deux Preftres marchoient deuant auec des 
brafîers ou encenfoirs, encenfans fort fouuent 
l'idole , & chaque fois qu'ils mettoient l'en- 
cens, ils hauiîbient le bras|le plus haut qu'ils 
pouuoient vers l'idole & vers le Soleil, leur di- 
fans qu'ils efléuaflent. leurs oraifons au Ciel, 
comme cefte fumée s'efleuoit en haut. Alors 
tout le peuple qui eftoit en la court, aljoit & fc 
tournoit en rond vers ielieuoùalioit l'idole, 
portanstous en leurs mains des cordes neuues 
de fil de manguey,d'vne brafle de lôg, ayans vn 
nœud au bout , êc auec icelles fe difcipli noient 
s'en donnans de grands coups fur les efpaules, 
de la façon que l'on fe difcipline en Efpagne lé 
leudy fainct.Toute la muraille de la court &les 
créneaux eftoiét pleins de rameaux& de fleurs, 
fi bien ornez, & auec telle fraifcheur , qu'ils 
donnoient vn grand contentement. Cefte pro- 
ceflîon eftanr achcuee , ils rapportoient l'ido- 
le au lieu où il auoit accouftumé d'eftre: puis 
après venoit vne grande multitude de peuple 
auec des fleurs accômodees de diuerfes façons, 
dont ils remplifloient le téple & toute la court, 
de forte qu'il fembloit ornement d'oratoire. 
Tout cela eftoit accommodé & mis en ordre 
par les mains des Preftres, les ieunes hommes 







des 'Indes. Lime V. z^8 

du Temple leur baillant, & feruant ces chofes 
de dehors. La chapelle ou chambre de l'idole 
demeuroitceiourlàdefcouuerte fans y mettre 
îevoile. Cela fait chacun venoit offrir des cour- 
tines, des fandaux, des pierres precieufes, des 
ioyaux, de l'encens 5 du bois gommeux, des gra- 
pe's, ouefpicsde mays, des cailles, & finale- 
ment tout ce qu'ils auoient accouftumé d'offrir 
en telles folemnitez. Quand ils offroientees 
caHles, (qui eftoit l'offrande despauures) ifs fai- 
foient cefte cérémonie, qu'ils les bailloient aux 
Preftres, lefquels les prenans, leur arrachoient 
latefte , & aufli toft les iettoient aux pieds de 
l'Autel, où ils perdoient leur fang , & autant en 
fai foient- ils des autres qu'ils offroient. Chacun 
o'ïfroit félon fon pouuoir, d'autres viandes , 6c 
fruits lefquels eftoient aux pieds de l'Autel des 
miniftresdu Temple, & eftoient ceux qui les 
recueilloient, & les portoient en leurs cham- 
bres. Cefte folemnelle offrande faite, le peu- 
ple s'en alloit difner chacun en fon bourg & en 
la maifon , laiffans ainfi la fefte fufpendué , iuf- 
qu'après difner. Pendant ce temps les ieunes 
homes & filles du Temple, auec les ornements 
fufïits s'occupoientà ieruir l'idole de tout ce 
qui luy eftoit dédié pour fon manger. Laquelle 
viande eftoit appreftee par d'autres femmes qui 
auoient fait vœu de s'occuper ce iour- la à faire 
le manger de l'idole, & d'y feruir tout le iour. 
C'eft pourquoy toutes celles qui auoient fait le 
vœu,?enoiét au point du iour, s'offrans aux dé- 
putez du Temple,afin qu'ils leur comandaffènt 
ce qu'elles deuoient faire , & Taccomphifoient 

Ll iiij 



Hiftoire naturelle 
fort diligemment Elles faifoient & appreiloiét 
tant de diuerfités & inuentions de viandcs,quc 
ç'eftoicvne choie admuable. Cède viande eltât 
accqmodee , & l'heure du difner venue , toute? 
ces filles fortoient du Temple en procefîion, 
chacune vn petit panier de painenlamain,& 
en l'autre vn plat de ces viandes, & marchoiç 
deuant elles vn vieillard qui feruoit de maiftre 
d'hoftel, auec vn habit allez plaifanr, ileftoic 
veftu d Vn furplis blanc, qui luy venoit iufqu'au 
mollet des ïambes, fur vn pourpoint fans man- 
ches, de cuir rouge, à la façon d'vne tunique. Il 
portoit des ailles, au lieu de manches, d'où for- 
toient des lifets larges , aufquels pendoit fur le 
milieu des efpaules, vne moyenne callabafTe 
ou citrouille , qui eftoit toute remplie , & cou- 
uerte de fleurs,par des petits trous qui y eftoiét, 
& au dedans y auôit pluiieurs chofes de fuper- 
ftition. Ce vieillard marchoitainfi accommo- 
dé deuant Pappareil, fott humble, & trifte, 
ayant la tefte baifïee , & en approchant du lieu 
qui eftoit au pied des degrés, il faifoit vne gran- 
de humiliation & reuerence, puisfe retirant 
d'vn cofté,les filles s'approchaient auec la vian- 
de, & Palloient prefenter de rang , & par ordre 
les vnes après les autres , auec beaucoup de re- 
uerence. Puis ayans prefenté toutes ces vian- 
des, le vieillard s'en retournoit comme deuanr, 
Se remenoit les filles en leur Conuent. Cela 
fait,les teunes hommes & miniftres de ce Tem- 
ple fortoient , & recueilioient cette viande , la- 
quelle ils portoientaux chamfcresdesdignitez 
#c Prellres du Temple , lefquels auoient ieufné 







10 



des Jndes. Dure l r . 

par l'efpace de cinq iours, mangeans feulement 
vnefois leiour, &Pe(loient abftcnus de leurs 
femmes , fans fortir du temple , durant ces cinq 
iours, pendant lefquels ils fefoittoient rigou- 
reufement auec des cordes, & mangeoientde 
celle viande diuine (ainfî l'appelloient-ils ) tout 
ce qu'ils pouuoient, & neftoit licite à aucun 
d'en manger, finon à eux. Tout le peuple ayant 
acheué de difner, fe raffcmbloic à la court pour 
célébrer & voir la fin de la fefte, où ils faifoient 
venir vn captif, qui par l'efpace d'vn anauoit 
reprefenté l'idole, eftant veftu, orné, & honore 
comme le mefme idole, & luy faifans tous re- 
uerence , le mettoient entre les mains des facn- 
fîcateurs , lefquels fe prefentoient au mefme 
temps , & l'alloient faifir par les pieds & mains. 
Le Papa luy fendoit & ouuroit l'eftomach, luy 
arrachant le cœur, puishauflbit la main tant 
qu'il pouuoit, le monftrant au Soleil, & à l'ido- 
le , comme il a efté dit cy deuant. Ayans ainfi fa- 
crifié celuy qui reprefentoit l'idole, ilsPenal- 
loient en vn lieuconfacré, & députe pour cet 
effet , où arriuoient les ieunes hommes , & filles 
du temple , auec les ornements fufdits , lefquels 
eftans mis en ordre, dançoient , & chantoient à 
l'enteur des tambours, & autres inftruments, 
dont les dignitez du temple ioiioient, &fon- 
noient. Puis venoient tous les Seigneurs, ayans 
les mefmesenfeignes & omemensque les ieu- 
nes hommes, lefquels dançoient en rond au- 
tour d'iceux. On ne tuoit point ordinairement 
en ce iour d'autres hommes que le facrifié, tou- 
tefois de quatre en quatre ans feulement on en 



Hijloire naturelle 

auoit d'autres auec luy , qui cftoit en Tan du Iu- 
bilé & indulgence pleniere. Apres le Soleil cou- 
ché /chacun eftant content de fonner , de man- 
ger & de boire , les filles Pen alloient toutes à 
leur Conuent ,' & prenoient de grands plats de 
terre, pleins de pain paiftry de miel, qui eftoiét 
couuerts de petits paniers ouurez , & façonnez 
de teftes & os de mort, & portoient la collation 
àl'idole, raontansiufques àlacourt quieftoit 
deuant la porte de l'oratoire, & l'ayans pofee en 
ce lieu , elles defeendoient auec le mefme ordre 
qu'elles y auoient monté, le maiftre d'hoftel al- 
lant toujours deuant. Incontinent fortoient 
tous les ieimes hom mes en ordre, auec des can- 
nes, ou rofeaux es mains , qui commençoient à 
courir au haut desdegrez du temple, àl'enuie 
l'vn de l'autre , pour arriuer les premiers aux 
plats de la collation. Cependant les dignitez re- 
marquoient celuy quiarriuoit le premier, fé- 
cond , troifiefme & quatriefme, fans faire eftat 
du refte. Cefte collation eftoit auffi toft enleuee 
par ces ieunes hommes, laquelle ils emportoiét 
comme grandes reliques. Cela fait, les quatre 
qui premiers eftoient arrfuez, eftoient mis au 
milieu des dignitez & anciens du temple, & 
auec beaucoup d'honneur les mettoient en 
leurs chambres, les loûans , & leur donnans de 
bonsornemens, & delà en auant eftoient reue- 
rez & honorez comme hommes fîgnalez. La 
prinfe de cefte collation eftant acheuee, & la fe- 
fte célébrée auec beaucoup de refiouylFançe , Ss 
decrierie, ils donnent congé à tous cesieunes 
hommes & filles qui auojtnt feruy l'idole $ aa 




des fndes. Liure V". 270 

fnoyen dequoyils fenalloient les vns après les 
autres, au temps qu elles fortoient. Tous les pe- 
tits enfans des collèges & efcholes eftoient à la 
porte de la court, auecdespelottesdeionc, ôc 
d'herbes aux mains, lefquelles ils leur iettoient 
fe mocquans & rians d'elles, commede perfon- 
nes qui fe retiroient du feruice de l'idole, ils 
fortoient aueç liberté de difpofer de foy à leur 
yolontc, & auec cela prenoit fin la fefte. 

De la fefte des marchands que célébraient 
ceux de Choluîecas* 

Chapitre XXX. 

Ombien que faye aflez cy def- 
fus parlé du (eruice que les Mexi- 
quains faifoientà leurs dieux , fî 
eft-ce que ie diray encore quelque 
chofe de la fefte de celuy qu ils ap - 
pelloientQuetzaçoaalt, qui eftoit le dieu des 
riches, laquelle fe folemnifoit en celle forme. 
Quarante iours auparauat les marchands ache- 
toient vn efclaue , bien fait , fans aucun vice , ny 
tache, tant de maladie, comme de bleflure, le- 
quel ils v^ftoient des ornements de l'idole , afin 
qu'il le reprefentaft quarante iours. Auant que 
de le veftir ils le purifioient > le lauant deux fois 
envn lac qu'ils appelloient, lac des dieux, & 
apresquileftoitpurifié, ils le veftoientdemef- 
mequeridole eftoit veftu. Il eftoit fort reueré, 
durant quarante iours, à caufe de ce qu'il repre- 
ftatoit, ïlsl'emprifonnoientdenuici, comme 



Hifloîre naturelle 
îlacftc ditcydefïus, de peur qu'il ne fenfuyfr, 
& le matin le ciroientde la prifon, lemettans 
en vn lieu eminent où ils le feruoient , en luy 
donnant à manger des viandes exquifes. Apres 
qu'il auoit mangé, ils luy mettoient des chaifnes 
de fleurs au col , ôc beaucoup de bouquets aux 
mains. Il auoit fa garde fort accomplie, auec 
beaucoup de peuple qui l'accompagnoit , & al- 
loit auec luy par la Cité.ll alloit chantât & dan- 
çant par toutes les rues, afin d'eflre cogneu pour 
la femblance de leur dieu , & lors qu'il com- 
menç oit à chanter , les femmes & petits enfans 
fortoient de leurs maifons pour le (allier, & luy 
faire leurs offrandes comme à leur dieu. Deux 
vieillards d'entre les dignitez du temple, vc- 
noient par deuers luy neuf iours auparauant la 
fefte, lefquels f'humilians deuant luy, luy di- 
foient d'vne voix fort humble & bafTe , Sei- 
gneur, tu dois fçauoir que d'icy à neuf iours f'a- 
cheue le trauail de danfer & de chanter : car lors 
tu dois mourir, &ildeuoitrefpondre, que ce 
fuft à la bonne heure. Ils appelloient cefte céré- 
monie Neyolo Maxiltleztli, qui veut direl'ad- 
uertifTement ; & quand ils l'aduertifïbient , ils 
prenoient garde fort attentiuèment filfecon- 
triftoit point, & fil dançoitauflî ioyeufement 
que de couftume -, que frl ne le faifoit auec vne 
telle gayeté qu'ils defiroient , ils faifoient vne 
fotte fuperftition en cefte manière. Ilsf'enal- 
loient incontinent prendre les razoirs des facti- 
^iccs 9 lefquels ils lauoient, & mettoient du fang 
humain qui y reftoit des facrifices paflez. Et de 
ces laueures luy faifoient vn breuuage méfié 



des Indes. Dure P r . z?t 

auec vne autre liqueur faite de Cacab , 6c luy 
donnoient à boire , 6c difoient que ce breuuage 
auoit telle opération en luy, qu'il luy feroit per- 
dre la mémoire de tout ce qu'on luy auoit dir, 
& que cela le rendroit prefque infenfible, & rc- 
tourneroit àfonchant &gayeté ordinaire. Ils 
difentdauantage, qu'il f'offroit allègrement à 
mourir, eftant enchanté de ce breuuage.La cau- 
fe pourquoy ils tafehoient de luy ofter ceftè tri- 
ftefTe, eftoit, pour autant qu'ils tenoienteela 
pour vn mauuais augure ; & pour vn pronoïlic 
de quelque grand mal. Leiour de la fefte eftan* 
venu, apresluyauoir fait beaucoup d'honneur, 
chanté lamufique, & luy auoir prefente l'en- 
cens, les Sacrificateurs fur la minuid le pre- 
noient & le facrifioient àlafaçonfufdite, fai- 
fans offrande de fon cœur à la Lune, lequel ils 
iettoient après contre l'idole , laiflant tomber le 
corps au bas des degrez du temple , où ceux qui 
l'auoient offert te releuoient, qui eftoient les 
marchands defquels eftoit lafeftej puis l'ayant 

Î>orté en la maifon du plus notable d'entr'eux* 
efaifoient apprefter endiuerfesfaufTes, pour 
célébrer à l'aube du iour le banquet & difné de 
la fefte, ayans premièrement donné le bon iour 
à l'idole, auec vn petit bal qu'ils faifoient pen- 
dant que l'aube fortoit , & qu'on accornmodoïc 
le facrifié. En après tous les marchands s'afïem- 
bloient à ce banquet, fpecialement ceux qui 
faifoient le commerce de vendre & acheter des 
efclaues, qui auoient en charge d'offrir par cha- 
cun an vn efclaue pour la femblance de leur 
x>icu*Cét idole eftoit vn des plus honorez de ce^ 




l/iftoire naturelle 

Ûe terre, comme j'ay dit, c'eft pourquoy le teni* 
pie où il eftoit, eftoit de beaucoup d'authorité. 
Il y auoit foixante degrez pour y monter , & ad 
defïiis d'iceux y auoit vne court de moyenne lar- 
geur , fort propremét accommodée & plaftree > 
au milieu de laquelle il y auoit vne grande pièce 
ronde, en la façon de four, ayant fon entrée 
baffe ôc eftroite , tellement que pour y entrer il 
falloit fe bailler bien fort. Ce temple auoit fes 
chambres , ou chappelles comme les autres, ou 
il y auoit des Conuents de Preftires* déjeunes 
hommes , de filles ôc d'enfans, comme il a efté 
dit, ôc toutesfois il n'y auoit qu vn feui Preftre 
quireftdoit continuellement là, ôc eftoit com- 
me femainier : car combien qu'il y euft en cha- 
cun de ces temples trois ou quatre Curez ôc di- 
gnitez , chacun y feruoit fa femâine fans en for- 
tir. L'office du femainier du temple (après auoir 
endoctriné les enfans ) eftoit de battre vn grand 
tambour tous les iours à l'heure que fe eouchoit 
le Soleil, pour la mefme fin que nous auons ac- 
çouftumé de fonner l'oraifon. Ce tambour 
eftoit tel, qu'on en entendoit le fon enroué de 
toutes les parts de la Cité , alors vn chacun fer- 
roi t fa marchandife , & fe retiroit en fa maifon^ 
Ôc y auoit vn ft grand fiîence, qu'il fembloit 
qu'il n'y euft homme viuant dans la ville. Au 
matin , lors que l'aube du iourcommençoità 
fortir , il recommençoit à battre ce tambour, 
quiefto.it leiîgneque leiour commençant, au 
moyen dequoy les voyagers ôc forains s'arre- 
ftoient à ce fignal pour commencer leurs voya- 
ges, gourée qu'il n'eftoit point permis iufquesà 



des Indes. Liure V- 2,7 'z 

ce temps de fortir de la Cité. Il y auoit en ce 
temple vne court de moyenne grandeur, en la- 
quelle on faifoit de grandes dances & refiouyk 
fances $ auecdes farces , ou entremets, le iour 
de la fefte de l'idole. Pour lequel effed il y 
auoit au milieu de cefte court vn petit théâtre 
de trente pieds en quatre, fort propremét agen- 
cé, lequel ils accommodoient de feuillages pour 
ce iour, auectout l'artifice & gentillette qu'il 
eftoit poffible, eftant tout ehuironné d'arcades 
de diuerfes fleurs & plumages, & y tcnoient at- 
tachez en quelques endroits beaucoup de petits 
oyfeaux, connils, & autres animaux paifibies. 
Apres difner tout le peuple PaïTembloit en ce 
lieu, & les bafteleurs fe prefentoient, & ioiioiét 
des farces -, les vns contrefaifoient les foutds Si 
les enrumez, les autres les boiteux, les aueugles 
ÔC les manchots, lefquels venoient demander 
guarifon à l'idole. Lesfourds refpondoientdu 
coqàl'afne, les enrumez touiïbient, les boi- 
teux clochoient , racontans leurs miferes & en- 
nuis, dequoy ils faifoient beaucoup rire le peu- 
ple ; les autres fortoient en forme de beftioles, 
les vns eftansveftus comme efcargots, les au- 
tres comme crapaux, & d'autres corne lézards, 
puisPentre-rencontrans racontoient leurs offi- 
ces, &feretirans chacun de foncofté, ils tou- 
chaient de petites fluftes, qui eftoit chofeplai- 
fante à ouyr. Ils contrefaifoient mefme des pa- 

fùllons, éc des petits oyfeaux dediuerfescou- 
eurs, & eftoient lesenfans du temple quire- 
prefentoient ces formes ; puis ils montoient eu 
y ne petite foreft qui eftoit là plantée exprès r ou 



Hiftoire naturelle 
îesfreftres du temple les tirôient auecdesfar- 
bacanes. Et cependant ilsfe difoient plufieuts 
plaifans propos, les vns en attaquant, & les au- 
tres tn défendant , dequoy les afîîftans eftoient 
ioyeufement entretenus. Cela acheué, ils fai- 
foient vn bal, ou mommerie auec tous ces per- 
fonnages, cVpar ce moyen s'acheuoit la fefte. 
Ce qu'ils auoientaccouftumé de faire aux plus 
principales feftes. 



1 1 







Jguel profit ton f eut tirer du traifîi des 
fuçerjlitions des Indes. 

Chapitre XXXI. 

E qui a efte dit, fuffife pour entendre 
le foing & la peine que les Indiens 
employ oient à feruir Se honorer leurs 
idoles , ôc pour mieux dire , le diables 
car ce feroit vne chofe infinie, & de peu de pro- 
fit, de vouloir raconter entièrement ce qui s'y 
paflej veumefme qu'il pourra fembleraquel- 
ques-vns qu'il n eftoit point de befoing d'en di- 
re tant comme j'ayfait; &que c'eft perdre le 
temps , comme on fait , en Iifant les contes que 
feignent les Romans de Cheualerie. Mais fi 
ceux qui ont cefte opinion , y veulent regarder 
de près, ils trouueront qu'il y a grande différen- 
ce entre Tvn & l'autre, & recognoiftront que 
ce peut eftre vne c^oïe vtile , pour placeurs 
conflderations d'auoir lacognoitiancedescou- 

ftumes & cérémonies dont yfoient les Indiens; 

-._ , — - - p fç- . 



des fncles. Liure p*. 273 

Premièrement cette cognoiftancen'eft pas feu- 
lement v tile , mais au/Ij neceftaire aux terres ou 
ils ont vfé de ces fuperftitions, afin que les Chré- 
tiens , & ma'.ftres de la loy de lefus-Chrift, fça- 
ehent les erreurs & fuperftitions des anciens, 
pour voir fi les Indiens en vient point encores 
aujourdhuy ouuertement, ou couuertement* 
Pour cefteoccafion pluiîeurs doctes Se fignalez 
perfonnages onr eferit des diicours affez am- 
ples de ce qui s'en eft trouué , voireles Conci- 
les Prouinciaux, ont commandé qu'on les efcri~ 
ut de imprime, comme on a fait en Lima, où vn 
difeoursa eiié fait plus ample, que ce qui en eft 
icy traitté. Ceftpourquoy c'eîl: chofe impor- 
tante pour le bien des Indiens, que les Bfpa- 
gnols eftans en ces parties des Indes , avent la 
cognoiiïànce de toutes ces chofes. Cefte narra- 
tion mefmepeut feruir auxtfpagnols dedelk, 
ôc à tous autres , en quelque endroit qu'ils 
foient, pour remercier Dieu noftre Seigneur, 
ôc luy rendre grâces infinies dVn fi grand bien 
que celuy que nous a departy , & va donnant fa 
iaincte loy, laquelle eft toute iufte, toute nette, 
& toute profitable. Ce qu'on peut cognoiftre 
en la comparant auec les loix de Satan , où tant 
de malheureux ont vefeu fi miferables. Elle 
peut mefme fermr pour defcouurir l'orgueil,' 
renuie, les ttromperies, & les embufchesdiï 
diable, qu'il exerce contre ceux qu il tient cap- 
tifs ^veu que dVn cofté il veut imiter Dieu, ôâ 
faire comparaifon auecluy&fafaincteloy; ôc 
d'autre cofte il entremette en Ces a&es tant dé 
vanitez , d'ordures , & de cruautez , comme ce* 

Mm 




Hifioire naturelle 
luyqui n'a point d'autre exercice que de fophi- 
{tiquer, & corrompre tout ce qui eft bon. Fina- 
lement qui verra les ténèbres ôc l'aueuglement 
auquel tant de grandes Prouinces & Royaumes 
ont refeu fi long temps, & que beaucoup de 
peuples, voire vne grande partie du monde, vi- 
uent encores deceus de femblables tromperies* 
ne pourra ( fil a le cœur Chreftien) qu'il ne ren- 
de grâces au très -haut Dieu , pour ceux qu'il ap- 
pelle de fi grandes ténèbres, à l'admirable lu* 
miere de fon Euangile , fuppliant l'immenfc 
charité du Créateur quil les conferue, & aug- 
mente en fa cognoifiance, & en fon obeyfiancej 
&que demefme aufîiil fecontrifte pour ceux 
qui tojdfiours fuiuent le chemin déperdition: 
& qu en fin il fupplie le Père de mifericorde 
qu'il leur defcouure lesthrefors &richeiïcs de 
lefus-Chrift , lequel auec le ère v le fainct £f- 
prit règne par tous les fiecles. Amea. 



s. 



±74 



LIVRE SIXIESME DE 

L'HISTOIRE NAÎVRELLE 

êc morale des Indes, 




gïueî opinion de ceux-là efifauffe, qui tien-* 

rient que les Indiens ont faute 

d'entendement* 

Chapitre premier, 

Y a n t trâitté cy deûant de la re- 
ligion donc vfoient les Indiens, ié 
pretens eferite en ce liure de leuré 
couftumes > police &gouuerrie- 
ment , pour deux fins \ l'vne , afin 
d'ofter lafaufïe opinion que Ton a communé- 
ment deux, qu'ils font hommes groiliers , ÔC 
brutaux, ou qu'ils ontfi peu d'entendement; 
qu'à peine meritent-il* que l'on die qu'ils en 
ayent. D'où vient quel'on leur fait plufieursex- 
eez& outrages, en fe féru an t d'eux prefqueen 
la mefme façon que fi c'eftoient beftes brutes, 
& les reputans indignes d aucun refpeét, qui eft 
vn fi vulgaire & fi pernicieux erreur(ainfi que le 
fçauent fort bien ceux qui auec quelque zèle Sç 
Confi4eration , ont chçminé parmy eux , & qui 

Mm ij 



Hiftoire naturelle 
ont veu&cogneu leurs fecrets & confeils: ) & 
d'autre part, le peu de cas que font de ces In- 
diens pluiieursqui penfent fçauoir beaucoup, 
& neanrmoins qui font ordinairement les plus 
ignorans,& plusprefomptueux, queiene voy 
point de plus beau moyen pour confondie ce- 
ite pernicieufe opinion % qu'en leurdeduifant 
l'ordre & façon de faire qu'ils auoient au temps 
qu'Us viuoient encore fous leur loy, en laquelle 
combien qu'ils euffent beaucoup de chofes bar- 
bares , & fans fondement , neantmoins ils en 
auoient beaucoup d'aurres, dignes de grande 
admiration, par lefquelles Ton peut entendre 
qu'ils ont le naturel capable de receuoir toute 
bonne instruction , &de fait ils furpaflent en 
quelques chofes, plufîeurs de nos Républiques. 
Et n'eft point chofe demerueille qu'ilyayteuv 
entr'eux de iî grandes & fi lourdes fautes, veu 
qu'il y en a eu aulîî entre les plus fameux Légis- 
lateurs & Philofophes, voire fans excepter Ly-j 
curgue , ny Platon. Et entre les plus fages Re* 
publiques, comme ont cftcla Romaine, & l'A- 
thénienne, où l'on peut recognoiftre des cho- 
fes fi pleines d'ignorance, &fi dignes de rifee, 
qu'à la vérité filesRepubl. desMexiquains & 
Inguas eulTent efté cogneiies en ce temps des 
Romains & des Grecs , leurs loix 8c gouuerne- 
mens euflent efté beaucoup eftimez d'eux. Mais 
nous autres à prefent ne confiderans rien de ce- 
la , y entrons par l'efpee , fans les ouyr , ny en- 
tendre, nousperfuadans que les chofes des In- 
diens ne mentent qu'on enfaiïe autre eftimc,i 
quecomme l'on fait d'vnevenaifon prife enlaj 



des Indes. Dure VI. 27 S . 

foreft , qui ay t efté amenée pour noftre feruice 
&pafTetemps. Les hommes plus profonds, & 
plus diligents, qui ont pénétré & atteint iuf- 
ques à la cognoifîance de leurs fecrets , couftu- 
mes & gouuernement ancien, en ont bien au- 
tre opinion , & f'efmerueiilent de l'ordre, & du 
difcours qui a efté entr'eux', du nombre def- 
quels eft Polo Ondeguardo, lequel ie fuisxom- 
munement au difcours deschoïesduPeru-, & 
pour celles de Mexique, lean deToiiar, qui 
auoit eu vne prébende en l'Eglife de Mexique, 
& aujourd'huy eft Religieux de noftre Compa- 
gnie de Iefus , lequel par le commandement du 
Viceroy Dom Martin Enrriques , a fait vn dili- 
gent ., & ample recueil des hiftoires de cefte na- 
tion, & plufleurs autres gf aues & notables per • 
Tonnages, lefquels tant par -parole, que par ef- 
crit , m'ont fuffifamment informé de toutes ces 
chofes que ie raconte icy. L'autre fin & inten- 
tion, & le bien qui fepeutenfuiure parlaco- 
gnoiflance de ces loix , couftumes & police des 
Indiens, eft afin deleurayder, & les régir par 
les mefmes loix & couftumes, attendu qu'ils 
doiuenteftre gouuernez félon leurs couftumes 
& priuileges, entant qu'ils ne contreuiennent à 
la loy delefus-Chrift , & de fafaincleEglîfe, 
qu'on leur doit conferuer & entretenir comme 
leurs loix principales: car l'ignorance des loix 
& couftumes a efté caufe qu'on y a commis plu- 
Heurs fautes de grande importance, parce que 
les luges & Gouuerneurs ne fçauent pas bien 
comment ils doiuent donner iugement, & y ré- 
gir leurs fujets. Et qu'outre ce que c'eft ieurfai- 

Mm iij 



Hifloire naturelle 
revn grand tort, &al/er contre raifon, ce nous, 
efl chofe préjudiciable & dommageable, parce 
que de là ils prennent oceailon de nous abhor- 
rer , comme gens qui en tout , (oit au bien , ou 
aumal, leur auonsefté, & fommestou fi our$ 
contraires. 



J)e lafupputation des temps , ejr du Kalendrier 
duquelvfoieM les Mexiqudns* 

Chapitre II. 

Ommençant donc par la diui- 
fîon & fupputation des temps que 
les Indiens taifoient (en quoy certes 
l'on peut rtxognoiftre vn des plus 
grands fignesde leurviuacitc & bon entende- 
ment ) ie diray premièrement de quelle maniè- 
re ks Mexiquains contoîent , & diuifoient leur 
année, de leurs mois, de leur Kalendrier, de 
leurs contes, desfiecies, &desaages. Ils diui- 
foient Tan en dix-huid mois, à chacun defquels 
ils attribuoient vingt iours, en quoy les trois 
cents foixante iours font accomplis, fans com- 
prendre en aucun de ces mois, lescinq iours 
qui refient du furplus , faifant l'ace ompliifemée 
de Tan entier: mais ils les contoîent à part, & 
les appelloient, les iours de rien , durant lef- 
quels le peuple ne faifoit aucune chofe , & n'al- 
îoient pas mefmes en leurs temples , mais ils 
S'occupoient feulement à fe viflter ks vns les 
autres , perdans ainfi le temps , & les S acrifîca- 
ÏÎM.Ï 4^ temple ceflbknç auffi dç facrifieç. 



des f rides. Dure VL zf6 

Apres ces cinq iours paitez, ils recommençoiét 
leur conre de l'an, duquel le premier mois & le 
commencement eftoit en Mars, quâd les feuil- 
les commençaient à reuerdir, encores qu'ils 
prinflent 3. iours du mois deFeurier: car leur 
premieriour defaneftoit comme le 26. deFe- 
urier, ainfi qu'il appert par leur Kaiendrier, de- 
dans lequel mefme le noftre efteomprins & 
employé d'vn fort ingénieux artifice , & fut laie 
par les anciens Indiens, qui cogneurent les pre- 
miers hfpagnols. I'ay veu ce Kaiendrier , & l'ay 
encores en ma puifiance, qui mérite bien d'eftre 
veu, pour entendre ledifeours, & l'induitrie 
qu'auoientles Indiens Mexiquains. Chacun de 
ces dix -hui6t mois auoit fon propre nom , 6c fa 
propre peinture, qu'il prenoit communément 
de la principale fefte qui fefaifoit encemois, - 
ou de la diuerfué du temps que l'an caufeen 
iceux. Ils auoiét en ce Kaiendrier certains iours 
marquez & deftinez pour leurs feftes , & con- 
toient les fepmaines de treize iours, en y remar- 
quant les iours par vn zéro, qu'ils multiplioient 
iulqu'à treize, & incontinent recommençoient 
à eonrer , vn , deux , &c. Ils remarquoient auiïi 
les années de cesroues, par quatre lignes, ou 
figures, attribuans à chacun an vn ligne, dont 
V.vneftoit d'vne maifon, l'autre d'vnconnin, le 
troifiefme d'vn rofeau, & le quarriefme d'vn 
caillou, ils les peignoient de celle façon, denoj? 
tans par icelles figures l'an qui courcit 5 difans 
a tant de maifons , ou à tant de cailloux de telle _ 
roiie fucceda telle chofe: car l'on doit fçauoir 
que leur roiie, qui eftoit comme vn (îecle, con* 

Mm iiij 



Hifloire naturelle 
tenoît quatre fepmaines d'années, eftant cha- 
cune fepmaine de treize ans qui accompli'Toiéc 
en tout , cinquante deux ans. Ils peignoient au 
milieu de celle roue vn Soleil, d'où fortoiene 
en croix quatre bras, ou lignes iufoues à la cir- 
conférence de la roiie , &faifoiendeurtourert 
telle façon que la circonférence eftoit diuifee 
en quatre parties efgales, chacune defquelles 
auec fon bras, ou ligne, anoit vne couleur par- 
ticulière, & différente des autres, &eftoient 
les quatre couleurs, verd, azuré, rouge & iaune. 
Chaque portion de ces quatre , auoit treize fe- 
parations,qui auoient toutes leurs fignes, ou fi- 
gures particulieres,de rnaifon,ou de connin,ou 
derozeau, oudecaillous, fignifiantpar chaque 
figne vne année, & en tefte de ce ligne, ils pei- 
gnoient ce qui eftoit arriué ceft an là. Ceft pour 
quoyieveids au Calendrier, que i'ay dit, l'an- 
née, en laquelle les Efpagnojs entrèrent en Me- 
xique, marquée par vne peinture d'vn homme 
vedu de rouge, à noftre mode,car tel eftoit l'ha- 
bit du premier Êfpagnol, qu'enuoya Fernand 
Cortez, au bout de cinquante deux ans, quefe 
fermoit, & accomplifToic la roiie. Ils vfoiènc 
d'vne plaifante ceremonie,qui eftoit que la der- 
nière nuid ils rompoient tous les vafes & vten- 
fïles qu'ils auoient, <5cefteignoienttout le feu, 
& toutes les lumières , difans que le monde de- 
uoit prendre fin à l'accompliflement d Vne de 
ces roues, & que d'auenture ce pourroit eftre 
ceiie où ils fe trouuoient : car (difoient-ils) puis 
que le monde doit alors finir, qu'eit-il plus de 
feefoingd'apprcfter de viande, ny de manger? 



des Indes. Dure VI. 277 

Ceft pourquoy ils nauoient plus que faire de 
vafes, ny de feu. Sur celte opinion ils pafïbienc 
toute la nuxt en grande .crainte, difans que 

Î>euteftreilne viendroitplusdeiour , & veil- 
oient tous fort attenriuement pour voir quâd 
le ipur viendroit . mais voyans que 1 aube com- 
mençoit à poindre; incontinent ils battoient 
plufîeurs tambours,& fonnoientdesbuccines, 
des fluftes, & autres inftrumens de refioyfîan- 
ce & allegrelle , difans que défia Dieu leur al- 
longeoit le temps d'vn autre fïecle, qui eftoient 
cinquante deux ans. Et alors ils recômençoient 
vne autre roue. Ils prcnoiét en cepremier iour, 
& commencement du fiech du feu nouueau,& 
achetoient des vafes 8c vtenfiles neufs pour ap- 
prefter la viande , & alloient tous quérir ce feu 
nouueau chez le grand Preftre, ayans fait au- 
parauant vne foiemnelle proceflion d'action 
de grâces pour la venue du iour, & prolonga- 
tion d'vn autre fïecle Telle eftoir leur façon, 
& manière de conter les années, les mois les 
fepmaines, & les ficelés. 



Comment les Roy s Inguœs contoientles ans 
& les mois. 

Chapitre III. 

Ombien que cefte fupputation des 

emps pratiquée entre les.Mexk:- 

mains, foit ailes ingenieufe & certti- 

it pour des hommes qui n'auoienc 

aucunes iettres, toutesfoisilme femble qu'Us 




ififloire naturelle 

ont/ru faute de difeours & de confideration, 
n'ayans point fondé leur conte fur Je cours de 
la Lune,ny diftribué leurs mois félon icelle, en 
quoy certainement ceux du Peru les ont fur- 
palfés, pource qu'ils partoient leur an en autant 
de iours parfaitement accomplis, cômenous 
faifons icy , Ôc le cliuifoient en d ouze mois , ou 
Lunes, efquels ils employoient ôc confom- 
moient les vnzeiours, qui reftentdela Lune, 
ainfi que Tefcrit Polo . Pour faire leur conte de 
l'anfeur ôc certain, ils vfoient de cette indu- 
ftr~ie,qu aux montagnes qui eftoient au tour de 
laCuédeCuico(oùfetenoitlacourtdes Roy s 
Inguas, ôc le plus grand fanctuaire des Royau- 
mes, comme lî nous difions vne autre Rome) 
ilyauoit douze coulomnes affifes par ordre^ 
en telle diftance l'vne de l'autre, que chaque 
mois vne de ces coulenes remarquoitleleuer 
6c coucher du SoieiL Ils les appelloient Suc- 
canga, ôc parle moyen d'icellesils enfeignoient 
ôc annonçaient les feftes, ôc les faifons propres 
à femer, à recueillir ôc à faire autres chofes. Ils 
faifoient de certains facrifïces à ces pilliersdu 
Soleil, fuiuant leur fuperftition. Chaque mois 
auoitfon nom propre, ôc fes feftes particuliè- 
res, lis commençoientranpar lanuier, com- 
me nous autres, mais depuis vn Roy Ingua, 
appelle Pachacuto, qui fignifîe reformateur du 
Temple, fit commencer leur an par Décembre, 
àcaufe (comme ieconie&ure) qu'alors le So- 
\0 commence à retourner du dernier point 
de Capricorne, quieftlc Tropique plus pro- 
che d'eux. le ne fçay point que les Vns , ny les 



âesJndes.LiureVL 278 

autres, ayent remarque aucun Bifexte,com-. 
bien que quelques-vns difent le contraire. Les 
fe m aines que contoient les Mexiquains n'e- 
ftoient pas proprement femaines, puis q#'el~ 
lesnVttoient pas de fept iours , auïîi les Inguas 
n'en firent aucune mention , ce qui neir pas de 
merueiile, attendu que le conte delà femaine 
n'eft pas fondé fur le cours du Soleil, comme 
celuy de Tan,ny fur le cours de la Lune comme 
celuy des mois, mais bien entre les Hebrieux 
eft fondéfurla creatioji du monde, que rap- 
porte Moyfe, & entre les Grecs, & les Latins, 
îur le nombre des fept planètes, du nom dzC- 
quelles mefmeles iours de la femaine ont prins 
leur nom. Neantmoins c'eftoit beaucoup à ces 
Indiens, eftans hommes fans liures, & fans let- 
tres comme ils font, qu'ils eu (lent vnan des 
{âifons&desfeltes iibien ordonnées comme 
lleftdiccy-deffus. 



J&ue Ion tf a point trom&aticune nation d' 'In- 
dien s qui vfafi de lettres. 

Chapitre IV. 

Es lettres furent inuentees pour re- 
prefenter & iignifîer proprement 
les paroles que nous prononçons, 
ainfi que les paroles mçfmes ( félon 
le Philofophe) font les (îgnes& marques pro- 
pres des conceptions & penfees des homme^ 
Et iVn Ôc l'autre (iedy Illettrés & les mots) 
prit eftç ordonnez pour faire entendre les çho* 







Lfifioire naturelle 
fes. La voix pour ceux qui font prefens , & les 
lettres pour les abf ens , & pour ceux qui font à 
venir. Les fignes & marques qui ne font pas 
propres pour fignifier les paroles,mais les cho- 
lésine peuuent eftre appelles , ny ne font point 
à la vérité des lettres, encor qu'ils foienteferits. ■ , 
Car Ton ne peut dire quvne image du Soleil 
peint , foit vne eferirure du Soleil , mais feule- 
ment vne peinture, autant en enVil des autres 
fîgnes & chara&eres qui n'ont aucune refTem- 
blanceàlachofe, mais qui feruent tant feule- 
ment de mémoire. Car eduy qui lés inuenta, 
ne les ordonna point pour lignifier des paro- 
les : mais feulement pour dénoter vne chofe. 
On n'appelle point aufli ces chara&eres let- 
tres ny eferitures , comme de fait ils ne le font 
pas, mais pluftoft des chiffres ou mémoires, 
ainfi que font ceux dont vfent les Spheriftes & 
Aftrologues, pour fignifier diuersfignes où pla- 
nettes de Mars, de Venus, de Iupiter, &c. Tels 
chara&eres font chiffres, 6c non pas lettres, 
pourautant que quelque nom que Mars puhTe 
auoir en Italien , François, en Éfpagnol, touf- 
iours ce charactere le fignifie; ce qui ne fe trou- 
ue point es lettres : Car iaçoit qu'elles déno- 
tent les chofes, c'eft parle moyen des paroles: 
D où vient que ceux qui n'en fçauét la langue, 
ne les entendent pas, comme pour exemple 
le Grec, ny THeorieu^ ne pourra pas compren- 
dre ce que fignifie ce mot Sol, iaçoit qu'ils le 
voyent eferit, pource qu'ils ignorent le mot 
Latin. Tellement que l'efcriture& les lettre* 
font feulement pratiquées par ceux qui aue£ 



V 



- 



des Jndes, Liure VI. 279 

icellcs fîgnihentdes mots, car fî immédiate- 
ment elles iîgnifient les chofes, elles ne font 
plus lettres ny efcriturrs,mais des chiffres ÔC des 
peintures, dequoy 1 on tire deux chofes bien 
notables. LVne que la mémoire des hiftoires ôc 
antiquités peut demeurer aux homes parFvnc 
de ces trois manières , ou par les lettres & eferi- 
tures, corne il a efté pra&iqué entre les Latins 
les Grecs , les Hebrieux, ôc beaucoup d'autres 
nations, ou par peinture , corne Ton a vfc pref- 
que en tout le monde : car il eft dit au Concile 
de Nice fecôd. La femture eft vn Uurej?onr Us idwts 
qui ne fanent lire y ou par chiffres & chara$eres s 
comme le chiffre lignifie k nombre de cent, de 
mil Ôc autres, fans lignifier celte parole de cent» 
ou de mil. L'autre chofe notable que l'on en 
peut tirer, eft celle quis'eft propofeeen ce cha- 
pitre, à fçauoir que nulle nation des Indes def- 
couuertes de noftre temps, n'a vfé de lettres, ny 
d eferiture , mais de deux autres manières , qui 
en font images ÔC figures. Ce que l'entends dire 
non feulement des Indes, du Peru ôc de îa neu- 
ue Efpagne, mais auffi du Iappon & de îa Chi- 
ne. Et bien que ce que ie dis parauanture pour- 
ra fembler à quelques-vns eftre faux , veu qu'il 
eft rapporté par les difeours qui en font eferits, 
qu'il y a de 11 grandes Librairies & Vnïueriltes 
en la Chine & au Iappon, ôc qui! eft fait men- 
tion de leurs Chapas, lettres Ôc expéditions, 
toutefois ce que ie dy eft chofe véritable ainfî 
qu'on pourra entendre par le difeours fuiuant. 



Hiftoire naturelle 



De la façon des lettres & des Hures dont 
vf oient les Chinois. 

Chapitre V. 

L y en a plusieurs qui penjent , & eft 
bien la plus commune opinion, que 
s eferitures dont vfent les Chinois, 
fontlettres, commecellés dont nous 
vfonsen Europe, & queparicellesronpuiire 
eferire les paroles & difedurs* & que feule- 
ment ils différent de nos lettres & eferitures en 
ladiuerfitédes characleres, comme les Grecs 
différent des Latins , & les Hébreux des Chai- 
deans. Mais il n'en eft pas ainfi, pource qu'ils 
n'ontpoint d'Alphabe^ny n'eferiuent point de 
lettres, mais toute leur eferiture n'eft autre 
chofe que peindre & chiffrer, & leurs lettres ne 
lignifient point des parties de dictions, comme 
font les noftres , mais font des figures & repre- 
fentations des chofes , côme du Soleil , du feu, 
d'vnhommejde la mer,& des autres chofes. Ce 
qui appert évidemment, par ce que leurs eferi- 
tures ôc Chap'as font entédues d'eux tous,com- 
bien que les îangnes dont parlent les Chinois, 
foient en grand nôhre,& fort différentes entre 
elles, en la mefrne façon que nos nombres de 
chiffre font entendus efgaiement en Fraçois^ix 
EfpaghoI,& en Arabie, Car celte figure hui&, 
du que ce foit fignifie huiclr, encor que le Fran- 
çois appelle ce n6bKd > Ynefaçon^l , EfpagnoJ 



V 



des Indes. Liure VI. 180 
tTvne autre D'où vient que les chofes eftans ds 
foy innumerablesjes lettres aufîi ou figures doc 
vfentles Chinois, pdur les dénoter font pref- 
que infinies: tellemét que celuy qui doit lire ou 
efcrirc à la Chine (comme font les Mandarins) 
doit fçauoir & retenir pour le moins quatre 
vingts cinq mil chara&eres ou lettres, & ceux 
qui font parfaits en cefte leâ:ure,en fçauét plus 
de fix vingts mil. Ghofe prodigieufe Ôc eftrage, 
voire qui feroit incroyable , fi elle n'eftoit atte- 
stée par des perfonnes dignes de foy, corne les 
Pères de noftre Côpagnie, qui font là côtinuel- 
lement apprenans leur langue ôc efcriture, Ôc y 
a plus de dix ans que de nuict ôc de iour ils- s'e- 
fhidientà cecy,auecvn perpétuel trauail. Caria 
charité de IefusChrift,& le defir de la faluation 
des âmes, furmôte en eux tout ce trauail Ôc dif- 

: ficulté , qui eft la raifon pour laquelle les hom- 
mes lettrez font tant eftimés en la Chine, à can- 
fe de la difficulté qu'il y a à les comprendre , Ôc 
ceux-là feulement ont les offices de Manda- 
rins, Gouucrneurs, luges & Capitaines, Pour 
celle occafion les pères prennent beaucoup de 
peine de faire apprendre à leurs enfans à lire ôc 
eferire. Il y a grand nombre de ces cfcholes 
où les enfans font inftruits, & où les maiftres 
les font eftudier de iour, & le père de nuicl: 
en la maifon. Tellement qu'ils leur endomma- 
gent beaucoup les yeux, ôc les fouettent fort 
tbuuent auec des rofeaux, bien que oe ne foie 
pasde ces rigoureux , defquels ils foiiettent les 
mal-fai&eurs; ils appellent cela la langue Man- 

i clarine , qui a befoin de lage 4Vn lomme pour 



Il 




Hiftoire naturelle 

cure comprinfe : & doit-on fçauoir qu'eneor 
que la langue de laquelle parlent les Mandarins 
foit particulière êc différente des vulgaires, lef- 
quelles font en grand nombre, & qu'on eitudic 
corne l'on ùit par deçà en Latin & en Grec , ôc 
que les lettrez qui font par toute la Chine la 
fçauent , & entendent tant feulement ; fî cft-ce 
toutefois que tout ce qui eft eicnt en icellc , eft 
entendu en toutes les langues, & iaçoit que les 
Prouinces ne s'entr'entendent point de parole 
les vnes les autres , toutefois par elerit ils s'en- 
tr'entendent J'vn l'autre, car il n y a qu'vne for- 
te de figures ou caractères pour routes, quifï- 
gnifle vne mefrne choie, mais non pas vn mef. 
me mot , ny prolation veu que comme i'ay dit, 
ils font feulement pour dénoter les chofis, & 
non pas les paroles, corne Ton peut facilement 
entendre par l'exemple des nombres de chif- 
fre Ceft pourquoy ceux du lappon & Its Chi- 
nois lifent & entendent fort bien les eferiturcs 
les vns des autres, combien que ce foient des 
nations & des langues fort différentes. Que 
s'ils parloient ce qu ils lifent , ou ekriuent , ils 
ne le pourroient pas entendre.Telles font donc 
les lettres , & les hures dont vfent les Chinois 
fi renommez au monde. Pour faire leurs im- 
prenions ils grauentvne planche, des figures 
qu'ils veulentimprimer. Puis en eftampent au- 
tant de feuilles de papier qu'ils veulent, de la 
mefme façon que ïun fait icy les peintures, qui 
font grauees en du cuiure, ou du bois. Mais 
quelque homme d'entendement pourra de- 
mander, comment ils peuuent lignifier leurs 

conceptions 






Y 




I 

âesjnâes. Livre. VI. *Sc 

| conceptions par des figures qui approchent , ou 
fcreilemblent à la chofe qu'ils veulent reprefen - 
Bter, comme de dire que le Soleil ëfchaurTe, ou 
[ qu'il a regardé le Soleil 3 ou que le iour eft du So- 
6 leil.Finalement , comment iileur eft pofsible de 
t dénoter par de mefmes figures , les cas, les con- 
îon&ionsA les articles qui font en plufieurslan- 
gues& efcritures. Ierefpondsàcela, qu'ilsdi- 
fftinguent , & fignifient cefte variété" par certains 
tpoîn&srayeZj&difpofitionsdelafigure.MaisU 
eft difficile d'entendre comment ils peuuentef- 
t crire en leur langue des noms propres , fpeciale- 
: ment d'eftrangers ,veu que ce font chofesque ia- 
[mais ils n'ont veiies, &qu'ilsne peuuentmuen- 
j ter des figures qui leurfoient propres. Ienay 
[voulu faire l'expérience me trouuant en Mexi- 
que auec des Chinois , & leur dy qu'ils efcriuif- 
i fent en leur langue cefte propofition. Iofepn 
d'Acofta eft venu du Peru,& autres femblables, 
furquoy le Chinois fut vn long temps penfif, 
jimaisenfinil lefcriuit. Ce que d'autres Chinois 
Jeurent après , bien qu'ils variaient vn peu en la 
i prononciation dunom propre. Carilsvfent de 
ceft artifice pourefcrirelenom propre , qu ils 
cherchent quelque chofe en leur langue qui ay e 
refiemblance à ce nom , & mettent la figure de 
cefte chofe. Et comme il eft difficile entre tant 
de noms propres, de leur trouuer des chofes qui 
leur portent refiemblance en la prolation t aufsi 
leur eft- ce chofe fort difficile & fort laboneufe 
! d'efcrire telsnoms.Sur ce propos le Père Allon - 
ifeSanchez nous contoit que lors qu'il eftoat en 
kChine î & que l'on le menoit endmers Tuba* 




Hiftoire naturelle 
naux , de Mandarin e^MadarnvIs eftoient fort! 
long temps à mettre foii nom par efcrit en leurs, 
Chapas,toutesfois ils l'efcriuoient en fin,le nom. 
mans en leur façon , & tellement ridicule , qu'ai 
peine approchoient-ilslenom, qui eft la façon! 
des lettres & efcritures dont vfoient les Chinois. 
Celle deslapponnoisen approchoit beaucoup, 
encor qu'ils afferment que les Seigneurs Iappon- 
noisqui vindrent en Europe, efcriuoient facile- 
ment toutes chofes en leur langue , quoy que ce 
fuiTent des noms propres d'icy, mefme l'on m'a 
monftré quelques efcritures d'eux : parquoyil 
femble qu'ils doiuent auoir quelque forte de 
lettres, encor que la plus part de leurs efcritures 
foientparcharac~teres& %ures,comme il a efté 
dit dts Chinois. 







Des ef choie s & vnwerfitezj de U Chine. 
Chapitre VI. 



Es Pères delà Compagnie difent 
qu'ils n'ont point veu en la Chi- 
^C3% ne ^ e S r * ndes efchdles & Vni- 
SS*^* uerlitez de PhiIofophie,& autres 
~K feiences naturelleSj&ccoyétqu'ii 




n'y en a point , mais que toute leureftude eft en 
la langue Mandarine,qui eft tref ample de tref- 
difficile, comme i'ay dit , & que ce qu'ils eftu- 
dientfont chofes qui font eferites en celle lan- 
gue , qui font des hifioires des ÇqÔlqs & opi- 
nionsxies loix ciuiles , des prouerbes moraux, 




des Indes. Liure. VI. i%£ 

des Fables, & plufieurs autres telles côpofitions, 
& ce qui en defpend .Des fciences diuines ils n'en 
ont aucune cognoiiTance,ny n'ôt autre chofe des 
naturelles que quelques petits reftesqu'ils ont en 
des proportions èfgarees, fansart& fans mé- 
thode , félon l'entendement & eftude d'vn cha- 
cun. Pour les Mathématiques, ils ont expérience 
des mouuemens celeftes, & des èftoiies • & pour 
Ja Medecine,ils ont cognoiffance des herbes, par 
Je moyen defquelles ils guariifent plufieurs ma- 
ladies, & en vient beaucoup. Ifs efcriuént auec 
des pinceaux, & ont plufieurs Hures efcrir s à la 
main, & dautresimprimez qui font tousd aflez 
mauuais ordre. Ils font grands ioiieurs de Co- 
médies: ce qu'ils font auec Vrt grand appareil de 
thearres, veftemens , cloches , tambours, & de 
voix,felon qu'il eft conuenable. Quelques Pères 
racontent y auoir veu des Comédies qur du- 
raient dix & douze iours auec leurs nuicls , fàjns 
qu'il y euft faute de loueurs fur le théâtre, ny 
de fpe&ateurs pour les regarder. Us font plu-* 
Geurs Scènes différentes , éc pendant que les vris 
reprefentent b les autres dorment ou repaiifenta 
Ilstraittent ordinairement en ces Comédies dés 
chofes, morales & de bon exemple, quifonc 
heantmoins entremesîees de chofes gayes & 
plaifafttes. Voila en fomme ce que les noftres 
racontent des^ lettres & exercices de ceux oV 
la Chine * où l'on ne peut nier qu'il n'y aie 
beaucoup d'entendement, & d'indu ftrie. Mais 
tout cela eft de peu de fubftance , pour ce 
«ju'en effed toute la feience des Chinois tend 
feulement a f§auoir eferire & lire * & non poim 



Hiftoire naturelle 
dauantage : carîlsne paruiennent point es fcien-- 
ces plus hautes . & leur eferire & lire n eft point 
proprement eferire & lire , puifque leurs lettres 
ne font point lettres,qui puilïent reprefenter les 
paroles, mais fontfiguresde chofesinnumera- 
bleSjlëfquclles ne fe peuuent apprendre que par 
vnbienlong temps, & auecvn trauail infiny. 
Mais en fin auec toute leur fcience,vn Indien du 
Peru, ou Mexique qui a apprinsâ lire & eferire, 
fçait plusque le plusfage Mandarin d'entr'eux, 
veu que l'Indien auec vingt quatre lettres qu'il 
fçait , eferira & lira tous les mots & paroles qui 
font au monde, & le Mandarin auec fes cent mrl 
lettres aura beaucoup de peine pour eferire 
quelque nom propre de Martin, ou Allonfe , & 
a plus forte raifon ne pourra-il pas eferire les 
noms des chofes qu'il ne cognoift point. Car en 
fin refaire de k Chine n'eft autre chofe qu'vne 
façon de peindre,ou chiffrer. 



Dt Ufdfopdes lettres & eferitures dont ont 
<vfé les Mexiquains. 

Chapitre VII. 

'On trouue qu'il y a entre les nations 
de la neuue Efpagne vne grande co- 
>gnoiffance , & mémoire de l'antiqui- 
• té. C'eft pourquoy recherchant de 
quelle façon les Indiens -auoient conferué leurs! 
hiftoires , & tant de particularitez , i appris que 
cftcorquilsne fuffent p^gfubtils, nyfiçw? 





des Indes. Liure. VI. 285 

rieux comme iont les Chinois &■ les Iapponnois, 
fi eft-ce qu'ils auoient entreux quelque forte 
de lettres & de liures, par lefquels ilsconfer- 
u oient a leur mode les chofesde leurs predecef- 
feurs.En la Prouince de Yu-latan,où eil l'Euef- 
ché, qu'ils appellent de Honduras, il y auoitdes 
liures de feuilles d'arbres à leur mode ployez 8c 
efquarris,efquels les fageslndiens tenoient coii}~ 
prinfes &defduitesla diftribution de leurs teps, 
la cognoiflance desplanettes, des animaux & des 
autres chofes naturelles , auec leurs antiquitez: . 
chofe pleine de grande curiofité & diligence. 
Il fembla à quelque Pédant que tout cela eftoit 
vn enchantement & art de magie, & fouftint ob- 
stinément que l'on les deuoitbrusler, de forte 
qu'ils furent mis au feu, Ce que depuis non feu- 
lement les Indiens recogneurentauoir eftcmai 
fait, mais aufsi lesEfpagnols curieux qui defi- 
roient cognoiftre lesfecrets du pays.U eneft ar- 
riué autant es autres chofes, car les noft res pen - 
fans que le tout fuft fuperftition,ont perdu plu - 
fleuri mémoires des chofes anciennes & facrees, 
qui pouuoient beaucoup profiter.Cela procède 
d'vn zèle fol & ignorant, qui fans fçauoir, ny 
vouloir entendre les chofesdes Indiens, difent 
(comme à charge clofe ) que ce font toutes for- 
celleries, & que tous les Indiens ne font que des 
yurongnes , qui font incapables de fçauoir , ny 
d'apprendre aucune chofe.Car ceux qui fe font 
voulu diligemment informer deux, y ont trou- 
ué beaucoup de chofes dignes de confîderation. 
Vn de noftre Compagnie de Iesvs, homme 
fortaccort & expérimente", aflVmbla en la Pro- 

Nn iij 



Izfifioires naturelle 
inncede Mexique les anciens de Tefcuco, de 
Tulla, &de Mexique , & conféra fort ample- 
ment auec eux , lefquels luymonftrerent leurs 
liures,hiftoires,& Calendriers,qui eftoient cho- 
fes fort dignes de voir , pource qu'ils auoient 
îe urs figu res , & hieroglyficques , par lefquelles 
ils reprefentoient les chofes en cefle manière. 
Celles qui auoient forme, ou figure,eftoient re-, 
prefentees par leurs propres images,& celles qui 
n en auoient point, eftoient reprefentees par des 
characteres qui les fignifioient , & par ce moyen 
ils figuroient , & efcriuoient ce qu'ils vouloient. 
Et pour remarquer le temps auquel quelque 
chofe arriuoit , ils auoient cesrolies peintes, car 
chacune d'icelles contenoit vn fiecle , qui eftoic 
cinquante- deux ans, comme aefté dit cy-defTus, 
&au cofté de ces roues , ilspeignoient auec ces 
figures & chara&eres,à l'endroit de l'année , les 
chofes mémorables qui aduenoieht en icelle. 
Comme ils remarquèrent l'année , que les Es- 
pagnols entrèrent en leur pays, en peignant vn 
homme auec vn chapeau , & vne iuppe rouge, 
au figne du rofeau 3 qui couroit alors. Et ain(î des 
autres accidens. Mais pource que leurs efcritu- 
res &r chara&eres n'eftoient pas fi fuffifans.com- 
mewsjettres &r efcritures , ils ne pouuoient ex- 
primer de n prés ks paroles , ains feulement la 
fubftance des conceptions. Et d autant qu'ils 
auoient accouftumé de raconter par coeur des 
difcours , & dialogues compofez par leurs Ora - 
teurs , & Rhetoriciens anciens , & beaucoup de 
Chapas dreflez par leurs Poètes (ce qui eftoic 
jropofsible d apprendre par les hieroglyphi- 




des Indes. Liure VL 284 

ques, & chara&eres) les Mexiquaïns eftoient 
tort curieux,que leurs enfans appriilent par mé- 
moire ces dialogues & comportions. A raifon 
dequoy ils auoient des eicholes & comme des 
collèges , ou feminaires, où les anciens enfei- 
gnoient aux enfans ces oraifons , & beaucoup 
d'autres chofes , qui fe conferuoient entr'eux 
par la tradition des vns aux autres aufsi entière- 
ment, comme fi elles eufïent elle couchées par 
efcrit. Spécialement les nations plus renommées 
auoient foing que leurs enfans ( qui aucienc 
inclination pour eftre Rhetoriciens & exer- 
cer l'office d'orateurs y apprinnent de mot a 
mor ces harangues. Tellement que quand les 
Efpagnolsvindrenten leur pays, & qu'ils leur 
eurent enfeigné à lire &- efcrire noftre lettre, 
plufieursde ces Indiens efcriuirent alors ces ha - 
.rangues,ainfique le tefmoignent quelques hom- 
mes graues qui les leurent. Ce qui eft dit pource 
que ceux qui liront en Thiftoire Mexiquainede 
tels difcours longs fcelegans, croiront facile- 
ment qu'ils font inuentez des Efpagnols , & non 
pas reallement prins, & rapportez des Indiens. 
Maisen ayant cogneu la vérité certaine , ilsie 
laifferont pas d'adioufter foy, comme c'en: la 
raifon , a leurs Liftoires. Ils refermaient au&i ces 
mefmes difcours à leur mode , par des images 
& chara&eres , & ay veu, pour me fatisfaire en 
cet endroit, les oraifons du Patemofter, 8c^€ue 
Maria , Symbole , & confefsion generalle , ef- 
crites en cefle façon d'Indiens. Et à-la vérité 
quiconque les verra , s'en efmerueilîem. Car 
pour Çgnifier ces paroles , Moj/ pécheur me co*fe{fe. 

Nn iiij 



Hjfloire naturelle 
ils peignoient vn Indien à genoux aux pieds d'vn 
Reiigieux,comme qui fe confeffe , & puis pour 
celle -cy >k Dieu tout- ptvjfant , ils peignoient trois 
vifages auec leurs couronnes , en façon de la 
Trinité,^ ' U$°neu[e vierge Marie 9 ih peignoient 
vn vîfage denoftre Dame , & vn demy corps de 
petit enfant , O* afamft Pierre çrfatntt tendes te* 
ffces auec de's couronnes,^ vne clef,* vne efpee, 
& ou les images leur deffailloient , il mettoient 
des chara&eres , comme , etupy tay pechê ■ , crc 
D'où Ton peut cognoiftre la viuacite de lenten - 
dément de ces Indiens, puifque cette façon d'ef- 
crire nos otaifons , & chofes de la foy ,ne leur a 
pas eflé enfeignee par les Efpagnols,ny ne leuf- 
fent peu faire, s'ils n'euffent eu particulière con - 
ception de ce qu'on leur enfeignoit .l'a y veu au 
Perula confefsion de tous les péchez qu'vn In- 
dien apportoit pour fe confelïer , efcritedela 
mefme forte, de peintures, & de chara&eres, 
en peignant chacun des dix commandements 
d'vne certaine façon,où il y auoit certaines mar- 
ques comme chiffres , qui eftoient les péchez 
qxû\ auoit faits contre ce commandement, le ne 
doute point que fi beaucoup des plus habiles 
Efpagnols eftoient employez à faire des me- 
ïftoires de ehofes femblables par leurs images & 
marques , qu en vn an ils n'y pourroient parue- 
Ijir , non pas en dix. 










Des regïftr es >& façon de conter, dontvfoient 
les Indiens dtp Pew. 

Chapitre VIII- 

Vparauant que les Efpagnols vinffent 
es Indes , ceux du Peru n'auoient au- 
cune forte d'efcriture, fuft par let> 
tres,par chara&eres, chiffres , ou fîgu- 
res,côme ceux de la Chine & de Mexique: tou- 
tesfoisils ne biffèrent pas de conferuer lame- 
moire de leurs antiquitez , ny de retenir l'ordre 
de toutes leurs affairesjde paix, de guerre, &de 
police , pource qu'ils ont eilé forts diligens en la 
tradition des vns aux autres, & les ieunes gens 
apprenoient & gardoient, comme chofe facree, 
ce que leurs fuperieurs leur racontoient,& 1 en- 
feignoientauec lemefme foing à leurs fuccef- 
feurs. Outre cefte diligence, ilsfuppleoientla 
faute d efcritures& des lettres , en partie par la 
peinture,comme ceux de Mexique(combié que 
ceux duPeru y fuffent fort grofsiers &lourds)& 
en partie,& le plus communément par des quip- 

5os. Ces quippos font des mémoriaux , ou régi- 
res,qui font fai&s de rameaux, efquelsiiy a ai- 
uers nœuds & diuerfes couleurs , qui fignifienc 
diuerfes chofes: & eft vne chofe eftrange ,que ce 
qu'ils ont exprimé & reprefenté parce moyen. 
Car les quippos leur vallent autant, que les li- 
uresd'hiftoires ,iieîoix , de cérémonies , & des 
contesdeleursarTaires.il y auoit des officiers dé- 
putez pour garder cesquippos(qu'auiourd'huy 



JHiftoire naturelle 
ils appellent Quipocamayos ) lefquels efioîent 
obligez de tenir & redre conte de chaque chofe 
comme les Tabellions par deçà.C'eft pourquoy 
en tout 1 o leur adiouftoit entière foy , & crean- 
ce,car félon diuerfes fortes d'affaires, comme de 
guerre,depolice,de tributs, de ceremonies,& de 
terres,il y auoit dîuersquippos, ou rameaux, en 
chacun defquels il y auoit tant de nœuds petits 
& grands,^ de fîlletsattachez,lesvnsrouges,îes 
autres verts,Ies autres azurez,& lesautres blâcs; 
& finalement tant de diuerfitez, que toutainfi 
que nous autres tirons vne infinité de mots de 
vingt-quatre lettres , en les accommodansen di- 
uerfes façons , ainfiilstirojent des lignifications 
înnumerables de leurs nœuds & diuerfes cou- 
îeurs.Ce qu'ils font d'vne telle façon, qu'il arri- 
ue auiourd'huy au Peru, que quand au bout de 
deux ou trois ans , vn Cômiflaire va informer de 
la vie de quelque officier , que les Indiens vien- 
nent auec leurs menus contes & approuuez,di- 
fans, qu'en tel bourg ils luy ont baillé tat d 'œufs 
lefquels ils n'a point payez, en vne telle maifon 
vne poulle,en vne autre deux faix d'herbes pour 
fes cheuaux , & qu'il n'a payé que tant d'argent, 
& demeure en reftedetant. La preuue eftant 
faite fur le champ , auec celle quantité de 
nœuds & de poignées de cordes , cela demeure 
pour telmoignage,& efcriture certaine. le vids 
vne poignée de ces filets aufquels vne Indienne 
portoit efcrite la confefsion generalle de touti 
Ta vie, & par iceuxfe confeffoit comme i'euile 
peu faire en du papier efcrit,& luy demanday ce 
que c'eftoit , que quelques filez qui me femblev 




f 

des Indes. Liure. VI. 18 & 

rent quelque peu differens , elle me dift que c'e- 
ftoient certaines circonftances que le pèche' re- 
queroit pour eftre entièrement confeffe. Outre 
ces quippos de fil , ils ont vne autre comme ma- 
nière defcrire auec de petites pierres , par le 
moyen defquelles ils apprennent punâuelle-- 
ment les paroles qu'ils veulét fçauoir par cœur- 
Et eft vne chofe plaifante de voir les vieillards 6c 
caducs,auçc vne roiie faite de petites pierres,ap- 
prendre le Pater nofter^MQC vne autre, l'^ae M*-* 
ru , &'auec vne autre le Credo, & de retenir quel- 
le pierre tft y qw fut conç-e» du S. Eijnt y & laquelle, 
fouffnt foubs Ponce Pilate. C'eftaufsi vne chofe plai- 
fante , de les voir corriger quand ils faillent , car 
toute la correction ne gift qu'à contempler 
leurs petites pierres, & feroit vne de ces roues 
fuffifante pour me faire oublier tout cequeie 
fçay par cœur. Iiy a vn grand nombre de ces 
roues aux cimetières desEglifes, pour cétef- 
feclt. Mais c eft. chofe qui femble enchante- 
ment de voir vne autre forte de quippos qu'ils 
font de grains de mays. Car pour faire vn con- 
te difficile , auquel vn bon Arithméticien feroit 
bien empefehéauee la plume , & pour faire vne 
partition , a fin de voir combien vn chacun 
doit contribuer, ils tirent tant de grains d'vn 
cofté , & en adiouflent tant de l'autre , aueç. 
mil autres inuentions. Ces Indiens prendront 
leurs grains , & en mettront cinq d'vn cofté, 
trois d'vn autre, & huid en vn autre, & change- 
ront vn grain d'vn coftc,& trois d'vn autre.Tel 
lement qu'il fortent a^uec leur conte certain, 
fans faillir d'vn point. Et fe mettent pluftqfta 



l/ifioire naturelk 
îaraifon par ces quippos, fur ce quVn chacun 
doit payer,que nous ne pourrions faire nous au- 
tres auec la plume. Par cela l'on peut iuger s'ils 
ont rentendement,& fi ces hommes font belles. 
De ma part ie tiens pour certain qu'ils nous fur- 
paffent es chofes où ils s'appliquent. 





Vè l'ordre que les indiens tenaient en 
leurs efcritures. 

Chapitre. IX. 

L fera bon dadioufter icy ce que nous 
Çauons remarqué touchant lesefcritu- 

*es des Indiens: car leur façon n'eftoit 
'pas d efcrire auec vne ligne fuiuie, 
suais du haut en bas, ou en rond. Les Latins & 
Grecs efcriuoient du cofté gauche au droit, qui 
eft h commune , & vulgaire façon dont nous 
vfons. Les Hebrieux au contraire commen- 
çaient de la droite à la gauche , c'eft pourquoy 
leurs liures commencent où lesnoftresfinifTent. 
Les Chinois n efcriuent pas, ny corne les Grecs, 
ny comme les Hebrieux , mais de haut en bas, 
car comme ce ne font pas des lettres, mais des 
di&ions entières, & que chaque figure, ou 
chara&ere fîgnifie vne chofe , ils n'ont point 
de befoingd'alTembler les parties des vnes auec 
les autres, & ainfi peuuent-ils bien efcrire du 
haut en bas. Ceux de Mexique pourlamefme 
raifonn'efcriuoientpas en ligne , d\n cofté a 
l'autre, mais au rebours dès Chinois commen- 



des Indes. Liure. VI. *8? 

çans en bas, montaient toujours en haut. Ils fe 
feruoientdecefte façon d'efcrire au conte des 
iours,& du refte des chofes qu'ils remarquoient* 
Côbien que quand ils efcriuoient en leurs roiies, 
ou fïgnes,ils commençoient du milieu où ils pei- 
gnoient le Soleil, & delàalloient montant par 
leurs années iufques au tour,& circonférence de 
laroiïe. Finalement ils fe trouue quatre diffé- 
rentes fortes d'efcrire, les vns efcriuans de la 
droitte à la gauche , les autres de la gauche a la 
<lroitte , les vns de haut en bas , & les autres du 
bas en haut,enquoy l'on .voit la diuerfitédes en- 
tendement humains. 




Comme les Indits ennuyaient leurs mejfagers. 

Chapitre X. ! 

Our acheuer la façon qu'ils auoiéc 
d'efcrire , quelqu'vn pourra dou- 
ter auec raifon,comment les Roys 
de Mexique ■#: duperu auoient 
cognoiflanee de to us leurs royau- 
mes qui eftoient fi grands , ou de qu elle façon ils 
pouuoient defpefchèr lès affaires qui fe p refen- 
toient en leur Cour , veu qu'ils n'auoient l'vfage 
d'aucunes lettres,ny d'efcrire mifsiues.Surquoy 
1 on peut eftre fatisfait de ce doute , quand on 
fçauraque par paroles, parpeintures,ou par ces 
lÂSmoriaux, ils eftoient fort fouuent aduertisde 
tout ce qui fepafloit. Pour cet effecl: ilyauoit 
«tes homms* fort viftes , & difpos , qui fsr uoient 




! 




Hlfîoire naturelle 

de courriers, pour aller & venir, lefquels ilsj 
nourrirToient en cet exercice de courir dés leur 1 
enfance, & prenoiet peine qu'ils fuiTent de lon-l 
gue haleine, afin qu'ils peuvent monter en cou- 
rant vne montagne fort haute , fans le laiTer* 
C'eft pourquoy en Mexique ils donnoienc le 
prix aux trois & quatriefmes premiers , qui 
montoient ces grands degrez du temple, com- 
me il a eflé dit au liure -précèdent. Et en Cufco^ 
lors que fe faifoit leur foie mnelle fefte de Ca- 
pacrayme,lesnouices montoient à qui mieux 
mieux le roc de Vanacauri , & généralement 
l'exercice de la courfe a eflé & eft encor fort en 
vfage entre les Indiens. Quand il fe prefentoit 
\ne affaire d'importance , ils enuoyoient dé- 
peinte aux feigreurs de Mexique la chofe dont 
ils les vouloient informer , ainfi qu'ils firent, 
alors que les premiers nauires Efpagnols paru* 
rentà leurveûe, & lors qu'ils prindrent Topô- 
chan. Ils eftoient au Peru fort curieux des cour- 
riers, & l'ïngua en auoitpar tout fon Royau* 
me, corne d es poftes ordinaires, appeliez Chaf- 
quis , defquels feratraitte en fon lieu. 

- — ! '-* ~ y " -'--' - j ■■■■ , i 

De la façon de gouuernement , &_ des Roys 

qu'ont eu les Indiens. 

Chapitre XI. 

Left allez expérimenté que la chofe 
en quoy les Barbares montrent plus 
^n leur barbarifme , eft en leur gouuer- 
nement, & faconde commander, pour ce que 
tant plus les hommes approchent de la rai- 




i 

des Indes. Liure. V I. zg$ 

< fon, tant plus leur gouuernement eft humain 
I & moins infolent , & les Roys & feigneurs 
I lpntplus traittables, & s'accommodent mieux 
lauecleur vaffaux , en recognoiffants qu'ils 
I leur font efgaux en nature , & toutesfois in- 
teneurs en l'obligation d'auoir foing de la 
I République. Maisentre les Barbares, tout y eft 
1 contraire, d'autant que leur gouuernement eft 
tyrannique , & traînent leurs fubjets comme 
belles , & de leur part veulent eftre traittez 
comme Dieux. Pour celle occafion plufieurs 
peuples & nations dès Indes, n'ont point fouf- 
fert de Roys, ny de feigneurs abfolus, &f ou , 
uerains,mais viuenten communauté, & créent 
& ordonnent des Capitaines , & P r i nce s pour 
certaines occahons feulement , aufquels ils 
obeyflent durant le tempsde leur charge & 
après ils retournent a leurs premiers offices. 
La plus grande partie de ce nouueau monde, 
ou il nyapointde Royaumes fondez , ny dé 
Républiques eftablies, ny Princes, ou Roys 
perpétuels, fe gouuernent de cefte Façon; iacoic 
quil y a.t quelques feigneurs & principaux 
hommes , q U1 font esleuez entre le vulgaire. 

Amh eft gouuernée toute la terre de C hillé , en 
laquelle les Auracanes.ceuxde Teucar.eL&r au- 
tres, ont par tant d'années refifté contre les Ef- 
pagnols. Et de mefme aufsi tout le nouueau 
Royaume de Grenade.celuy de Guatimalla les 
^s,toutelaFloride,leBrefil ) Luffon & d'au- 
tres terfes de grande eftendue , excepteW 
p ufieurs de ces lieux ils y font encoreVu" 
baibares, veuquipeiney recognoiflent ils de 



flifloire naturelle 
chef,mais tous commandent , & gouuernenten 
commun, n'y ayant autre chofe que delà volon- 
té,de la violence,de finduftrie , & du defordre; 
tellement que celuy qui peut dauantage , com- 
mande^ y a le deiTus. Il y a en llnde Orientale 
de grands Royaumes , bien fondez , & bien or- 
donnez,comme eft celuy de Sian , celuy de Bif- 
naga, & autres, qui peuuent aflcmbler & mettre 
en campagne quand ils veulent ,iufques à cent & 
deux cens mil hommes. Comme aufsi le Royau- 
me de l.a Chine , lequel en grandeur & puiiTance 
furpafïetous lesautres, & dont les Roy s, félon 
qu'ils racontent , ont duré plus de deux mil ans, 
pour le bel ordre & gouuernement qu'ils ont. 
Mais en l'Inde Occidentale , l'on y a feulement 
trouué deux Royaumes , ou Empires fondez, 
quiefloient celuy des Mexiquains en laneuue 
Efpagne, & celuy des Inguas au Peru. Et ne 
pourrois pas dire facilement lequel des deuxa 
efté le plus puiiTant Royaume , d'autant que 
Motecuma furpaiToit ceux du Peru en édifices, 
&enîa grandeur de fa court. Mais les Inguàs 
aufsi furpaffoient les Mexiquains en threfors, 
richelles, & en grandeur des Prouinces. Pour le 
regard de l'antiquité, leRoyaurne deslnguas l'eft 
dauantage , bien que ce ne foit pas de beaucoup, 
& me femble qu'ils ont efté efgaux en faits d'ar- 
mes, &en vidtoires. C'eft vnechofe certaine, 
*jue ces deux Royaumes ont de beaucoup exce» 
dé tout le refte des Seigneuries des Indiens de£-* 
couuertes en ce nouueau monde,tant en bon or- 
dre & police,qu'en pouuoir& richefle,& beau- 
coup dauantage en fuperftition & f#ruice de 




des Indes. LiureVL 189 

■ leurs idoles , ayans pîufieurs chofes femblables 
, les vnes aux autres. Mais en vnechofeiAseftoiéc 
| bien duferens, car entre les Mexiquainslafuc- 
; ceifiondu Royaume eftoit par efle&ion, com- 
, me l'Empire Romain, & entre ceux du Peru el- 
le eftoit héréditaire, & fuiuoit l'ordre du fang, 
comme les Royaumes de France & d'Eipagne. 
le trai&eray donc cy- après de ces deux gou- 
vernements, (commedelachofe principale ôc 
plus cogneué d'entre les Indiens*) en tant qu'il 
me femblera eftre propre à ce fubjed , laiilànÉ 
plufîeurs chofes menues cV prolixes, qui U6 
font pas d'importance. * 

Du gouuernement des Roy s & ïnguas 
du Peru, 

Chapitre XII. 



isSSra'Ingua qui regnoitau Peru eftat mort* 
ht ll^fon fils légitime luy fuccedoit, & te* 
noient pour tel celuy qui eftoit né 
de la principale femme de l'îngua, la- 
quelle ils appelloient Coy a. Ce qu'ils ont touf- 
ioursobferué depuis le temps dvn Ingua, ap- 
pelle Yupangui, qui efpoufa fa fœur. Car ces 
Roys reputoienr pour hôneur d'efpoufer leurs 
fours. Et bien qu ils euffent d'autres femmes 
ou concubines , toutesfois la fuccefïion du 
Royaume appartenoit au fils de la Coya. Il etë 
vray que quand le Roy auoit vn frère légitime, 
il fuccedoit au deuanc du fils > & après iuy fou 





ffîjloire naturelle 
nepueù, & fils du premier. Les Caracas & Sei- 
gneurs gardaient le mefme ordre de fuccef- 
iion en leurs biens & offices. Et faifoient à 
leur mode des cérémonies , & obfeques excef- 
fïuesaudeffuncl:. Ils obferuoieïit vne couftu- 
me, verirablement gïâde ôc magnifique, qu'vn 
Roy qui entroir au Royaume de nouueau,n'he- 
ritoir point d'aucune chofe des meubles , vten- 
fïles & threfors de fon predeceffeur, mais il de* 
uoit eftablir fa maifon de nouueau , & aflem- 
blerdel'or&de l'argent, ôc les autres chofes 
quiluyeftoientneceiîaires, fans toucher à ce- 
luy du derYuncT:, qui eiloit totalement dédié 
pour fon adoratoire, ou Guaca, ôc pour l'entre- 
tien de la famille qu'il laifïbit , laquelle auec fa 
fuccefïion s'occupoit continuellement aux fa- 
crifices, cérémonies & feruicedu Roy mort. 
Car aufll-toft qu'il cftoit mort,ilsletenoient 
pour Dieu, & auoit Ces facrifices, ftatuès & au- 
tres choies femblables. Pour celte occailon il 
y auoit au Peru vn threfor infiny, car vn cha- 
cun des Inguas s'eftoit efforcé de faire que foa 
oratoire Ôc threfor farpalfaft celuy defes pre- 
decefleurs. La marque ou enfeigne par la- 
quelle il prenoit la poifeflion du Royaume, 
eftoit vn bourrelet rouge , d'vne laine plus fine 
que foye , lequel luy pendoit au milieu du frôt, 
n'y ayant que l'Ingua feul qui le pouuoit por- 
ter, pour autant que c'eftoit comme la couron- 
ne, Ôc diadème Royal. Toutesfois Ton pou- 
uoit bien porter vn bourrelet pendu au cofté, 
proche de roreille,comme quelques Seigneurs 
en portoient , mais l'Ingua feul le pouuoit por- 



-t 




TDes Indes, Liure VÎ. 2J0 

i terâu milieu du front. Au temps qu'ils pre- 
j noient ce bourrelet, ils faifoienr des feftes fore 
j folemnelles , & pluiieurs facnfîces auec grande 
quantité de vafes d'or & d'argent , grand nom- 
bre de petites formes, ou images de brebis, fai- 
tes d'or & d'argent, grande abondance d'eftof- 
fes de Cumby, bien eilabourecsdefine& dé 
moyenne , plufieurs conches de mer de toutes 
fortes, beaucoup de plumes riches,& mil mou- 
tons qui deuoient eftre de diuerfes couleurs. 
Puis le grand Preftre prenoit vn enfant entre 
fes mains de i'aagc de il x à hui&ans, 6c pro- 
nonçoit ces paroles auec les autres miniftres, 
parlant à la ftatuë du Viracocha, Seigneur? nous 
f offrons cela , afin que tu nom tiennes en repos , £?* mus 
aydes en nos guerres, çonferue nofire Seigneur hngUA 
en fit grandeur & eftat y qu'il aille toufiours augmentant ± 
& luy donne beaucoup de fcauoir afin qu'il non* goa- 
uerne» Il fe trouuoit des hommes de tout lé 
Royaume, àc de tous les Guacas, 8c fanctuai- 
res à cefte cérémonie & ferment. Et fans dou- 
te l'affection 6c reuerence que ce peuple por- 
toit aux Roys Inguas , eftoit fort grande j car il 
ne fetrouue point que iamais aucun des fîens 
luyaye fait trahifon: pour autant qu'ils pro- 
cedoient en leur gouuernement non feule- 
ment auec vne puifTance abfolue, mais au(B 
auec vn bon ordre & iuftice,ne permettant pa3 
qu'ancun y fuft foulé. L'ïngua pôfoit fes gou- 
uerneurs en diuerfes Prouinces , entre lefquels 
les vns eftoient fuperieurs, ôc qui ne recognoif- 
foient autre que luy, d'autr&s qui efïoiét moin- 
dres^ ôc d'autres plus particuliers auec vn û" bel 

0d il 



Hifloire naturelle 
ordre & vne telle grauité qu'ils ne s'enhardif- 
foient pas de s'enyurer, ny de prendre vn efpic 
de mays de leur voifin. Ces Inguas tenoient 
pour maxime qu'il conuenoit toufiours entre- 
tenir les Indiens en occupation, de là vient que 
nous voyons encor auiourd'huy des chauffées 
des chemins, & des œuures d'vn fort grand tra- 
uail , lefquels ils difent auoir efté faites pour 
exercerles Indiens, de peur qu'ils ne demeu- 
raient dy fifs. Quand il conqueftoit vne Pro- 
uince de riouueau , il auoit accouftumé d'en- 
uoyer incontinent la plus grande part& les 
principaux des naturels de ce pays , en d'autres 
Prouinces, ou bien en fa court, & les appel- 
lent auiourd'huy au Peru, Mitimas. Puis au lieu 
d'iceux il enuoyoit d'autres de la nation de Cuf- 
co,fpecialemcnt les Oreiones, qui éftoiét com- 
me les Cheualiers d'ancienne maifon. Ils cha- 
Ôioient rigoureufement les crimes, & deli&s, 
ceft pourquoy ceux qui ont cogneu quelque 
chofe de celâ,font bien d'opinion qu'il n'ypeut 
auoir de meilleur gouuernement pour les In- 
èkn$> ny plus affeurc^ue celuy des Inguas, 




desjndes. Liure VI. 29? 




De la diftribution que le s Inguas f ai/oient de 
leurs vajjaux. 

Chapitre XIII. 

Our particularifer dauantage ce que 
pSjj iay dit cy-deiïus,ron doit fçauoir que 
~ la diftribution que faifoient les Li- 
guas de leurs vaflàux , eftoit fî exacte 
& particulière, quelles poauoittous gouuer- 
ner fort facilement , combien que fon Royau- 
me fuft de mil lieues d'eftenduë; car ayant cpn- 
quefté vne Prouince, il reduifoit incontinent 
les Indiens en villes & communautez, lefquels 
il diuifoit en bandes. Sur chacune dixaine d'In- 
diens il en cômettoit vn pour en auoir la char- 
ge, fur chaque centaine vn autre, fur chaque 
millier vn autre , Ôc fur dix mil hommes vn au- 
tre, lequel ils appelaient Humo, qui eftoit 
vne des grades charges, & par defTus tous ceux- 
là encor, en chaque Prouince il y auoit vngou- 
uerneurdelamaifondes Inguas, auquel tou* 
les autres obeyflbient, & luy rendoient conte 
tous les ans par le menu,de tout ce qui eftoit ar- 
riué, a fçauoir de ceux qui eftoient nez, de ceux 
qui eftoient morts , des trouppeaux ôc des fe- 
mences. Les gouuerneurs fortoient par chacun 
an de Cufco, où eftoit la courte y retournoiét 
pourlagrandefeftedu Rayme, en iaquelleiîs 
apportoient tout le tribut du Royaume à la 
court,& n'y pouuoTent Centrer qu'à cefte co fi- 
nition. Tout le Royaume eftoit diuifé en qua- 

Oo iij 







Hifioire naturelle 

tre parties, qu'ils appelaient Tahuantinfuyo, 
fçauoir Chinchafuyo, Collafuyo, Aridefuyo Ôc 
Condcfiiyo, fuiuant les quatre chemins qui for- 
toientde Cufco oùrefidoitlacourt, ôc fefai- 
foient les afremblees générales du Royaume. 
Ces chemins ôc Prouinces correfpondantes à 
iceux, eftoient vers les quatre coings du mode , 
Collafuyo au Sud,Cmnchafuyo au Nort,Con- 
defuyo au Ponent, & Andefuyo au Leuant. En 
toutes les villes ôc bourgades il y auoit deux 
fortes de peuple, qui eftoient de Hananfaya& 
Vrinfaya , qui eft comme dire, ceux d'enhaut & 
ceuxd'embas. Quand Ton cômandoit de faire 
quelque œuure,ou de fournir quelque chofe à 
l'ingua les officiers fçauoient aufti toft de com- 
bien chaque Prouince , ville Ôc partialité y de- 
uoit côtribuer, dot le département ne fe faifoit 
point par parts efgales,mais par cottifation, fé- 
lon la qualité ôc moyens du pays. Tellement 
que s'il falloir cueillir par manière de dire, cent 
mil fanegues de mays , Ion fçauoit aufli toft: 
cobien il fall oit que chaque Prouince en bail- 
laft , fuft la dixiefme partie , la feptie fme, ou la 
cinquiefme. Autant en eftoit des villes & bour- 
gades , & Aillos , ou lignages. Les Qutpoca- 
ttiayos, qui eftoient les officiers & intendans, 
îenoient le conte de tout auec leurs filetz & 
neuds, fans y faillir aucunement, rapportans ce 
quel'onauoitpayé,iufquà vne poulie &vne 
charge de bois, ôc en vn moment voyoït-on 
|>ar leurs regiftres ce que chacun deuoit pay çr. 



âesjnâes. Dure VI. 291 



Des édifices & façon de baflir des InguM. 

Chapitre XIV. 

Es édifices ôc baftimens que les 
nguas ont faits en temples ôc for- 
cerefTes, chemins, maifons des 
.hamps v &* autres femblables qui 
ont efté en c^rand nombre ôc d'vn 
excean uauail comme l'on peut voir encor au- 
iourd'huy par les ruines ôc veftiges qui en re- 
lient, tant en Cufco, qu'en Tyaguanaco,Tam- 
bo ôc en autres endroits, où il y a des pierres 
d'vnegrâdeurdémefuree : de forte que l'on ne 
peut penier corne elles furent couppees , ame- 
nées & aflifes au lieu où elles eftoient. Il venoiç 
vn grand nombre de peuple de toutes les Pro- 
uinces pour trauailler à ces édifices Ôc forteref- 
fes que l'Ingua faifoit faire en Cufco, ou en 
d'autres parties de fon Royaume ; d'autant que 
tels ouurages eftoient eftranges,& pour efpou- 
uenter ceux qui les contemploient : Ils n'v- 
foient point de mortier ou ciment, ÔC n'a- 
uoient point de fer, ny d'acier pour couper ôc 
mettre enœuure les pierres. Ils n'auoientnon 
plus de machines, ny d'autres inftruments pour 
les apporter: ôc toutesfois elles eftoient fi pro- 
prement mifes en ceuure, qu'en beaucoup 
d'endroits à peine voyoit-on la iointuredes 
vues auec les autres-, & y a plufieurs de ces 
pierres fi grandes, comme il eft dict, que ce 
leroitvne choie incroyable fi on ne les voyoir, 
Iemefuray à Tyaguanaço vnepjerre de trente 

O o iiij 



ffifloire naturelle 

huid pieds de long, de dix huid de large,& fix 
d'efpais. Et en la muraille de la forterefTe de 
Cufco , qui eft de Moallon , il y a beaucoup de 
pierres qui font encor d' vne plus eftrange gran- 
deur , & ae qui eft plus efmerueillable, eft que 
ces pierres n'eftans point taillées, ny efquarries 
pour les accommoder, maïs au contraire fort 
inégales les vnes aux autres en la torme & gran- 
deur , neanemoins ils les ioignoient Se enchaf- 
foient les vnes auec les autres, fans ciment, dV- 
ne façon incroyable. Tout cela fc faifoit à for- 
ce de' peuple, ôc auec vne grande patience à 
y trauailler. Car pour enchafler vne pierre auec 
l'autre, félon qu'elles eftoient adiuftees, il 
eftoit befoing de les eflayer, & manier plu- 
sieurs fois la plus-part d'icelles, n'eftans pas 
efgales, ny vnies. L'Ingua ordonnoit par cha- 
cun an ie nombre du peuple qui deuoit venir 
pour trauailler aux pierres & édifices , & en 
faifoient les Indiens le département entr'eux 
corne des autres chofes, fans qu'aucun fuft fou- 
lé. Neantmoins encor que ces édifices fuiTent 
grands, ils eftoient communément mai ordon^ 
nez & incommodes, & prefque comme les 
Mofquittes, ou édifices des barbares. Ils n'ont 
feeu faire d'arcades en leurs édifices ny de ci- 
ment pour les baftir. Quand ils virent drefTer 
des arcs de bois en la riuiere de Xaura, & après 
quelepontfutacheué qu'ils virent rompre le 
bois, tous commencèrent à fuyr, penfansque 
ie pont qui eftoit de pierre de taille deuft tom- 
ber à rinftant j & comme ils eurent veu qu'il 
demeuroit ferrne, & <jue les Efpagnols mar- 




des Jnâes. Dure VL 2P3 

choient delTus, le Cacique dift à fes compagnes: 
lleHienmfonme nou* jemionsà ceux-cy qm Jemblent 
hieneflrea U venté fils d»Scled. Les ponts qu'ils fcu- 
foienc eftoient de ioncs titîus, qu'ils attachaient 
au riuage auec de forts pieux, d'autant qu'ils ne 
pouuoient faite aucuns ponts de pierres , ny de 
bois. Le pont qui eft- aujourd'huy au cours de 
Teau du grand lac de Chiquirto en Coilao , eit 
admirable : car ce bras d'eau eft fi profond que 
l'on n'y peut aiTeoir aucun fondement ; & ii lar- 
ge, qu'il n'eft pas poflibk d'y faire vne arche qui 
le trauerfe; tellement qu'il *ait du tout impol- 
fible d'y faire aucun pont , fuft de pierre ou de 
bois. Mais l'entendement & induftne des In- 
diens inuenta le moyen d'y faire vn pont allez 
ferme & alterne, eftant fait feulement de paille; 
chofequifemble fabuleufe, & toutefois quieifc 
veritable : car comme nous auons dit cy deffus, 
ils amatfent & attachent enfemble certaines 
bottes de joncs & d'herbiers qui f engendrent 
au lac qu'ils appellent Totora-, & comme c'eft 
vne matière fort légère, Ôc qui ne f enfonce pas 
en l'eau, ils iettent detfusvne grande quantité 
de ioncs, puis ay ans arrefté Rattaché ces bot- 
tes d'herbiers d'vn cofté & d'autre de la nuiere 
les hommes Se les befteschargez panent par de j • 
fus fort à l'aife. le me fuis quelquefois efmerueil- 
lcen paiTant ce pont, de l'artifice des Indiens 
veuqued'vnechofe fi facile * fi commune ri$ 
font vn pont meilleur, & plus aiTeuré que n'eu: 
pas le pont de batteaux de Seuille à Tnane. 1 ay 
mefurélalongueur decepont, &fibienm'en 
fouuicnt,iieftoit-depltts de trois cents pieds, 



M 



Hiftoire naturelle 

& difent que la profondité de ce courant eft u 
très -grande, &femble pardeflusque l'eau n'a i 
aucun mouuement, toutefois ils difent qu'au f 
fonds il a vn cours furieux & violent. Cecy fuf- 
fifepour les édifices. 




Pu reuenu de llngua , & de tordre des tributs 
qu'il impofoit aux Indiens. 

.Chapitre XV. 

A ricSïeâTe des Inguas eftoit in- 
comparable : car bien qu'aucun 
Roy n'heritaft point des moyen* 
Se thrèfors de fon predecefleur, 
neantmoins ils auoient à leur vo- 
lonté toutes les richefTes qui eftoient en leun 
Royaumes, tant d'argent & d or, comme dV 
ftotfe, de cumbi & beftiaux,en quoy ils eftoient 
tres-abondansi &laplusgrade richefTe de tou- 
tes eftoit l'innumerable multitude de vaflàux 
qui eftoient tous occupez & attentifs à ce qui 
plaifoit au Roy. Us apportoient de chaque Pro- 
uince ce qu'il auoit choiiï pour fon tribut. Les 
Çhichas luy enuoyoient du bois odoriférant 8c 
riche, lesLucanas desbracards pour porter fa 
littiere, les Chumbilbicas des danceurs; & ainu* 
tout le refte des Prouinces Juy enuoyoit de ce 
qu'ils auoient en abondance, & ce outre le tri- 
but gênerai auquel touscontribuoient. Les In- 
diens qui eftoient nommez pour cet effe&, tra- 
iiailloient aux mines d'argét & d'or qui eftoient 
au Peru en grande abondance, lefquels llngua 



des Indes. Dure VI. 29+ 

entretenoit de ce qu'ils auoient debefoinpout 
Jleursdefpensi &tout ce qu'ils tiroient a or & 
L'argent eftoit pourluy. Par ce moyen .1 y a eu 
en ce Royaume de fi grands thtefors , que c eft 
l'opinion deplufieurs, que ce qui tomba entre 
les mains des Efpagnols , combien que c'ait elle 
vn çrand nombre , côme nous fçauons n eftoit 
paskd.xiefme pattiedece que les Indiens en- 
fouyrent & cachèrent, fans qu'on 1 aye peu def- 
couurir, neantmoinstoutes lesdil.gencesque 
Pauarice y a enfeignees pour «faire. Mais la 
plus grande richefie de ces barbares eftoit , que 
leurs valîeaux eftoiêt tous leurs efclaues, du tra- 
uail defquels ils ioiiilToient à leur contentera"}- 
& ce qui eft admirable, ils fe feruoient d eux d v- 
ne telle façon, que cela ne leur eftoit pas ferui- 
tude, ma.spluftoft vneviefottdeliçieufe Or 
pour entédre l'ordre des ttibuts que les Indiens 
payoient à leurs Seigneurs, on doit fçauoir que 
fors que l'Ingua conqueftoit quelques villes , il 
endiuifoit toutes les terres en trois parties ; la 
première d'icelles eftoit pout la Religion & cé- 
rémonies; dételle forte que le Pachayachaqm, 
oui eft le Créateur, & le Soleil, le Chuquilla, 
qui eft le tonnerre , le Pachamama & les morts 
& autres Guacas &fanftuaires eullent chacun 
leurs propres terres , & le fruid defquelles fe 
eaftoit, & confommoit en facrifices, & en la 
lournture des miniftres & Preftres: car il auoit 
i des Indiens députez pour chaque Guaca&ian- 
ftuaite, & la plus grande partie de ce reuenu ie 
defpendoit en Cufco.où eftoit 1 vmuerfel & gê- 
nerai fan<3uaire ; &,l'autte en la mefine ville ou 




ififtoire naturelle 
iî fe cueilloir, pource qu'à limitation de Cufco^ I 
il y auoit en chaque ville des Guacas & oratoi- 1 
res dumefme ordre, &auec les rnefmes fon- I 
cirions, qui eftoient feruis de la mefme façon, ôc I 
cérémonies, que celuy deCufco, qui eftvne' 1 
chofe admirable, ôc dont l'on eft bien informé, P 
comme on Ta trouué en plus de cent villes, &l 
quelques-vnes diftantes deux cents lieues de ' 
Culco. Cequeronfemoit ôc recueilloit en ces \ 
terres, eftoit mis en des maifons comme dépoli- 
taires , bafties pour cet effecl: , ôc eftoit cela vne 
grande partie du tribut que les Indiens payoiét. 
le ne peux dire combien femontoit celle par- 
tie, pource qu'elle eftoit plus grande en des en- 
droits, qu'en autres, Ôc en quelques lieux eftoit 
prefque le tout , ôc cefte partie eftoit la premiè- 
re que l'onmettoit à profit. La féconde partie 
des terres & héritages eftoit pour i'Ingua, de la- 
quelle iuy ôc fa maifon eftoient fuftantez , mef- 
me fes parents , les feigneurs , les garnifons , ôc 
fcldats. C'cftpourquoyc'eftoit la plus grande 
portion de ces tributs, ainfî qu'il appert par la 
quantité delor, de l'argent, ôc autres tributs 
qui eftoient es maifons à ce députées, lefquelleS 
font plus longues , ôc plus larges , que celles où 
Ton garde les reuenus des Guacas. L'on portoit 
ce tribut fort foigneufement en Cufco, ou bien 
es lieux où il en eftoit debefoing pour lesfol- 
dats , ôc quand il y en auoit quantité , on le gar- 
doit dix ôc douze ans, iufques au temps de ne- 
ceiîité. Les Indiens cultiuoient Ôc approfitoient 
ces terres deTïngua, après celles des Guacas, 
pendant lequel te«ips ils viuoient, Ôc eftoient 



des fades. Dure VL z9f 

nourris aux defpes de l'Ingua, du Soleil, ou dts 
Guacas, félon les terres qu'ils labouroient. Mais 
les vieillards, les femmes & les malades eftoienr 
,!referuez & exempts de ce tribut ; & combien 
-jque ce qu'on recueilloit en ces terres , fuft pour 
iTlngua, ou pour le Soleil, ou Guacas, neant- 
I moins la propriété en appartenait aux Indiens, 
I & leurs predecefleurs. La troifiefme partie des 
| terres eftoit donnée par l'Ingua pour la commu- 
I nauté , & n'a- on point defcouuert fi cefte por- 
\ tio n eftoit plus grande , ou moindre , que celle 
de l'Ingua, ou Guacas: toutefois il eft certain 
que l'on auoit efgard à ce qu'elle fuft militante 
pour la fuftentation & nourriture du peuple. 
Aucun particulier ne pofledoit chofe propre de 
cefte troifiefme portion, nyiamais les Indiens 
n'en poflederent, fi ce n'eftoit par grâce fpecial» 
de l'Ingua, & toutefois cela ne pouuoit élire en- 
gagé, ny diuifé entre les héritiers. On departoit 
par chacun an ces terres de communauté , en 
baillant à vn chacun ce qui luy eftoit de befoing 
pour la nourriture de fa perfonne & famille. 
Par ainfi félon qu'augmentoit , ou diminuoit la 
famille, l'on hauflbit, ou retranchoit la part: cac 
il y auoit des mefures déterminées pour chaque 
perfonne. Les Indiens ne payoient point de tri- 
but de ce qui leur eftoit departy: car tout leur 
tribut eftoit decultiuer , & maintenir en bon 
cftatles terres del'Ingua & des Guacas, &de 
mettre les frui&s d'icelles aux depofitaires. 
Quand l'année eftoit fterile, on donnoit de ces 
mefmes fruits ainfi referuez , auxneceffiteux, 
d'autlt qu'il y en auoit toufiours de fuperabon- 



è 




Hiftoire naturelle 

dant. L'Ingua faifoit la diftribution du beftial 
ainfi que des terres, qui eftoit de le conter & di~ 
uifer, puis ordonner les pafturages & limites, 
pour le beftial des Guacas, de l'Ingua, ôc de cha« 
que ville j c'eftpourquoy vne partie du reuenu 
eftoit pour la religion , vne autre pour le Roy i 
& l'autre pour les mefmes Indiens. Le mefme 
ordre eftoit gardé entre leschaffeurs, n'eftanc 
permis d'enleuer, ny de tuer des femelles. Les)] 
trouppeaux des Inguas ôc Guacas eftoient en 
grand nombre, & fort féconds; pour cefte eau- 
fe ils les appelloienr Capaëllama : mais ceux du 
commun ôc public eftoient en petit nombre, & 
de peu de valeur , parquoy ils les appelloient 
Bacchaîlama. l'Ingua prenoit vn grand foing 
pour la conferuation du beftial, d'autant que 
c'eftoit, &eft encores route la richefte de ce 
Royaume, & comme il a efté dit , ils ne facrif . 
fioient point de femelles, ôc ne les tuoiét point* 
nyne les prenoient à la cha(Te. Silaelaueleeon 
rongne, qu v ils appellent catache, venoit à quel- 
que befte , elle deuoit eftfe à i'inftant enterrée 
toute vine, de peur qu'elle nebaillaftlemalà 
d'autres. Us tondoient le beftial en leur faifon^ 
Ôc en diftnbuoient à vn chacun pour filer Ôc tir- 
tre de la matière ôc eftoffe pour le feruice de fa 
famille , y ayant des vifiteurs pour f'enquerir 
fils f accomplûToient , lefquels chaftioient les 
négligents. L'on tilîoit ôc faifoit des eftoffes de 
la laine du beftial de l'Ingua , pour luy , Ôc pour 
les liens, l'vne fort fine, & à deux faces, qu'ils 
appelloient cûbi yôc l'autre grofliere Ôc moyen- 
ne, qu'ils appelloient Abafea. Il n'y auoù aueu» : 



des Indes. Liure Vh 2 ^^ 

nombre de ces eftoffes ou habits arrefté , finon 
ce que l'ondepartoit à vn chacun. La laine qui 
reftoit eftoit mife aux magazins , dequoy les Lf- 
ipagnols les trouuerent encores tous pleins, & 
jde toutes les autres chofes necefTaires à la vie 
humaine. Il y aura peu d'hommes d'entende- 
|ment qui ne foient efmerueiliez d'vn fi notable 
\ôc bien ordonné gouuernement, puisque les 
Indiens (fans eflre Religieux, ny Chreftiens) 
gardoient en leur façon cefte perfection , de ne 
tenir aucune chofe en propre , & de pouruoir à 
toutes leurs riecefïitez, entretenans fi abondam* 
ment les choies de la Religion , & celles de leur 
Roy & Seigneur. 



Des arts & offices quexerçoïent les Indiens, 

Chapitre XVI. 

Es IndiensduPeruauoientvne per- 
fection , qui eftoit d'enfeigner à vn 
chacun des petits enfans tous les arts 
& les meftiers quieftoientvtiles, & 
neceiïaires pour la vie humaine : la raifon eftoiC 
pource qu'il n'y auoit point entr'eux d'artifans 
particuliers, comme le font entre nous autres 
les coufturiers, les cordonniers, les tifTerans, & 
autres j mais tous apprenoient tout ce qu'ils 
auoient de befoin pour leurs perfonnes & mai- 
fons, &fepouruoyoientàeux-mefmes. Tous 
fçauoient tiltrc & faire leurs habits , c'eft pour- 
quoy llngua les fourmifant de laine , leur don- 



*J 



Hifioire naturelle 
noit des habits. Tous feauoient labourer la ter- 
re, & l'approfiter , fans loiier d'autres ouuriers* 
Tous baftiiïbient leurs maifons , & les femmes 
eftoient celles qui en fçauoient le plus, lef- 
quelles n'eftoient point nourries., en délices, 
maisferuoient leurs maris fort foi gneufement. 
Les autres arts & meftiers qui n'eftoient point 
pour leschofes communes & ordinaires delà 
vie humaine, atioïent leurs propres compagnôs 
& manufa&eurs , comme eftoient les orfèvres, 
les peintres, les pottiers, les barquetiers, les co- 
teurs, ÔV les ioùeurs d'inftruments. Il yauoit 
aufh* mefme des tifïerans & architectes, pour 
les œuures exquifes, defquels fe feruoient les 
Seigneurs : mais le commun peuple , comme il 
a. efté dit, auoit chez luy'tout ce qui luy eftoit de 
befoing, pour fa maifon, fans qu'il luy conuinft 
rien acheter. Ce qui dure encores aujourd'huy, 
de forte que nul n'a befoing dautruy pour les 
chofesnece(ïaires,pourlaperfonne, &pour fa 
maifon, comme eft de chauiTure , veftemenr, & 
de maifon, de femer, de recueillir, & de faire les 
ferremens & instruments à ce neceflaires. Les 
Indiens imitent prefque en cela les inftitutions 
des Moines anciens , defquels il eft traitté en la 
vie des Pères. A k vérité c'eft vn peuple peu 
auare, &peu délicieux; àraifon dequoyilsfe 
contentent de pafTer le temps aflèz doucement, 
ôc certes f'ils choififlbieni cefte faconde viure 
par eilection , & non pas par couftume , ny par 
nature, nous dirions que ce ieroit vne vie de 
grande perfe&ion, veu qu'elle eft aiTez idoine 
pour receuoir la do&rine du fain& Euangile , fi 

con- 



des Jndes. Liure VI. i9r 

contraire , & fi ennemie de l'orgueil, de Tauaii» 
ce, & de la volupté. Mais les Prédicateurs ne 
; donnent pas toufiours bon exemple, fdonlà 
doctrine qu'ils prefcherit aux Indiens, C'çftvne 
chofe remarquable, que combien que les Indies 
! foient fi fimples en leur mode «5c habits , toute- 
fois on y vôid vnegrâdé diuerfité entre les Pro- 
uinces , fpecialement en leur Habit de tefte : car 
| en quelques endroits ils portent vn loftgtifîu, 
j duquel ils font plufieurs tours ; en d'autres vn 
i autre tiflu large qui rie fait qu'vn to ur ; en d'au- 
; très comme de petits mortiers ou chapeaux; eiï 
! quelques endroits comme des bonnets hauts ÔC 
; ronds; &en d'autres comme des fonds de facs, 
iauec mil autres différences, llsauoient vneloy 
| eftroitte & inuiolable, qu'aucun ne peuft chan- 
ger la mode ôc façon d'habits de fa Prouince, 
encore qu'il f en allait viure eh vne autre; ce que 
l'Ingua eftimoit eftre de grande importance 
pour Tordre , ôc bon gouuerncment de forî 
Royaume, ôc lobferuent encores aujourd'hui 
bien que cène foit pas auecvn tel fôing qu'ils 
aUoient accoufturné. 



Despotes & Chafqnis dont les Inguns 
fi fer votent. 

Chapitre XVÏL 

L y âuoitvn grand nombre de portes^ 
ôc courriers,dont l'Ingua fe feruoit en 
tout fori Royaume, lefquels ils appel- 
aient Cha'fquis, ôc eftoient ceux qui 
portoient les mandemens aux Gouuerneurs, & 




-J 



Hifîoire naturelle 

ràpportoient leurs aduis & aduerti(Tements à la 
cour. Ces Chafquis eftoient mis & pofez à cha- 
cune courfe quieftoit àlieiie & demie l'vnc de 
l'autre, en deux petites maifons, où ils-eftoient 
quatre Indiens, lefquels on y commettoit de 
chaque contrée, &eaoienteichangez de mou 
en mois. Ayansreceu le paquet ou meflage, ils 
couroient de toute leur force iufques à ce qu'ils 
l'eulîbnt baillé à l'autre Chafquis, eftanstouf- 
jours appareillez & au guet ceux qui dcuoient 
courir, lis couroient en vniour & vnenuid, 
cinquante heiies, combien que la plufpart de M 
pays- là foit fort afpre. Usferuoient auflipout 
apporter les chofes que i'Ingua vouloir auoit 
promptement; ceftpourquoy il y auoit tout- 
jours en Cufco du poilîon de mer, frais de deux 
iours, ou peu davantage ,bien qu'il en fuft eûoi. 
gné de plus de cent lieues. Depuis que les Efpa- 
gnols y font entrez , l'on a encore vfe tk ces 
Chafquis aux temps des feditions , ôceneftoit 
grand befoing. Le Viceroy Dom Martin les mit 
ordinaires à quatre lieues l'vn de l'autre , pour 
porter & rapporter lesdefpefches, quieftvne 
chofe forr neceiTaire en ce Royaume, encore* 
qu'ils ne courent pas auec lajegerete que fat- 
foient les anciens, & qu'ils ne foient pas en fi 
grand nombre, neantmoins ils font bien payez, 
&feruent comme les ordinaires d'Eipagne, ou 
Ion donne les lettres qu'ils portent à quatre, ou 
cinq liciies. 




des înàes: Liure Vl. iH 



Vêla iupice, loix y & peines que les Inguas ont 
ordonnés, & de leurs mariages. 

Chapitre XVIII. 

Ovî àihfî comme ceux quÈ fal- 
Sfj foiét quelque bon feruice en guer* 
re, ouàiadminiflration delaRe- 
pubh eftoient hohorefc, Ôc recom- 
péfèz de charges publiques, de ter- 
res qui leur eftoient données en propre, d'armes 
& marques d'honneur , de mariages auec fem- 
mes du lignage dei'lngUa: ainfi donnoient- ils 
de feueres chaftimens à ceux qui eftoient def o- 
beïiïans Ôc couîpables. ils puniflbiét de mort leè 
homicides, les larcins, les adultères, ôc ceux qui 
cômettdient incèfte auec les afeendans, ou def 
cendans en droite ligne , eftoient auffi punis de 
mort. Mais ils ne tenoient point pour adultère 
d'auoirplufieul's femmes, ou concubines, ocel- 
les n'ericouroient point la peine de mort pour 
eftre trouuees auec d'autres , ains feuleméYcelle 
quieftoitlavraye ôc légitime efpoufe, auec la- 
quelle proprement ils contractaient mariage; 
car ils n'en auoient point plusd'vne, laquelle 
ils efpoufoient , &reccubient âuec vhe parti- 
culière iolemhité& cérémonie, quieftoitque 
l'efpoux fe tranfportoit à la maifon d'elle, & de 
là lamenoitauecluy , luy ayant premièrement 
mis au pied vneôttoya. Ils appellent ottoyala 
chaufïure dont ils vfent par delà, qui eft vri 
chauiïbn ou fouiier ouuert comme ceuxdes frs* 

Ppfj 




Hiftoire naturelle 

rés de fainft Frâçois \ fi refpoufc eftoit pucellcj 
fon otcoya cftoit de laine: mais fi elle ne l'eftoit, 
il eftoit fait de jonc. Toutes les autres femmes, 
ou côcubines du mary honoroient,& feruoient 
celle- la comme femme légitime, qui feule au/fî 
après le deceds du mary, portoit le dueil de noir 
l'efpace d'vn an , & ne (e marioit point qu'après 
ce temps palfé^ eftoit communemét plus îeu- 
ne que le mary. L'Ingua donnoit de fa main cè- 
de femme à (es gouuerneurs & capitaines, & les 
gouuerneurs & Caciquesaflembloient en leurs 
villes tous les ieunes hommes & ieunes filles et» 
vne place,& leur donnoient à chacun fa femme, 
auec la cérémonie fufdite, de luy chauffer ceft 
ottoya, &,de cède façon contracltoiét leurs ma- 
riages.Si cefte femme eftoit trouuee auec vn au- 
tre que le mary, elle eftoit punie de mort, & l'a- 
dultère au(fi:& bien que le mary leur pardon- 
flaft, elles ne laifïbient pas d eftre punies , mais 
elles eftoient difpëfees delà mort.Ilsdonnoienc 
vre femblable peine à celuy qui commettoit in- 
cefte auec fa mère , ayeule , fille , ou petite fille: 
car il neftoit deffendu entr'eux de fe marier , ny 
de cpneubiner auec les autres parentes : mais le 
premier degré feulement eftoit deffendu. Ils ne 
perraettoient point aufîi que le frère eufteo- 
gnoitfance auecfafœur, en quoy ceux du Pem 
fe trompoientfort, croyansque leslnguas Se 
Seigneurs pouuuient légitimement contracter 
mariage auec leurs feeurs, voirtde père ^ 6c de 
mère; car à la vérité il a toufiours efté rentt 
pour illicite entre les Indiens , & deffendu de 
contracter au premier degré > ce qui duraiuf- 




-h| 



des Jndes. Liure Vh z99 

qu'au temps de Topa Ingua Yupangui , père de 
Guaynacapa , & ayeul d'Atahualpa, au teps du- 
quel lesEfpagnols entrèrent au Peru, pource 
que ce Topa Ingua Yupâgui fut le premier qui 
rompit celte couftume, & fe maria auecMama- 
oello fa fœur du cofté paternel , & ordonna que 
les Seigneurs Inguas Te peulîent marier auec 
leurs fœurs de père, &non point d'autres. Ce 
qu'il fiftdeiapart, & de ce mariage eufl: pour 
fils Guaynacapa, & vne fille appellee Coya Cuf- 
{îllimay j fe Tentant proche de la mort,il com- 
manda que Tes enfans de père & de mère fe ma- 
riaiîent enfemblc , & donna permiflion au refte 
des principaux defon Royaume , de fe pouuoir 
marier auec leurs fœurs de père. Et d'autant que 
ce mariage fut illicite , & contre la loy naturel- 
le, Dieu voulut mettre fin au Royaume des In- 
guas, pendant le règne de Guafcar Ingua, 3c 
Atahualpa Ingua , qui eftoit le fruicl: procrée de 
ce mariage. Qui voudra plus exactement en- 
tendre la façon des mariages entre les Indiens 
du Peru , qu'il life le traître que Polo en a eferit 
àl'inftance de Dom Hierofme de Loayfa Arche- 
cheuefque des Rois, lequel Polo en fîft vne fort 
curieufe recherche , comme il a fait de plufieurs 
autres chofes des Indiens. Ce qui importe bien 
d'eftre cogneu , pour euiter Terreur & inconue- 
nient où plufieurs tombent, qui ne fçachans 
quelle femme entre les Indiens eftl'efpoufe lé- 
gitime, ou la concubine, font marier l'Indien 
baptizé auec fa concubine , en laiflant îà la legi^- 
timeefpoufe. Par là voit on auflile peuderai- 
fon qu'ont eu quelques-vns qui ont prétend» 

s Pp iij 









Hifloire naturelle 

eKreque l'ondeuoit ratifier le mariage de ceux 
qui fe baptifoient, encore qu'ils fuflent frère & 
fœur.Le contraire a efté détermine par le Syno- I 
deprouincialdeLyma, auec beaucoup de rai- 
fon, puis qu'il eft ainfi qu'entre les Indiens mef- 
me ce mariage n'eftoit pas légitime. 

Djs l'origine des Inguas Seigneurs du Peru, & 
de leurs conquêtes & yitfoires. 

Chapitre XIX. 

-, 

Ar le commandement de la Maje r | 
fté Catholique du Roy Dom Philip- h 
pes, l'on a fait la plus diligente & exa- j 
c~fce recherche qu'il a efté poflîble , de j 
l'origine, cquftume, & priuileges des Inguas, j 
ce que Ton n'a peu faire fi bien comme Ton euftj 
defiré , à caufe que ces Indiens nauQient po'mçj 
d'eferitures : toutesfois l'on en a reçouurc ccj 
que j'en diray icy> par leursquippos & regiftre$J 
lefquels, comme j'ay dit, leurferuent de liures. j 
En premier lieu, il n'y auoit point anciennemet 
au Peru aucun Royaume, ny Seigneur à qui tous 
obeyiïènt ,maiseftoientcômunautez, commet 
il y a encor aujourd'huy au Royaume de ChilléJ: 
& prefquc en toutes les Prouinces que les Es- 
pagnols ont conquifes en ces Indes Occiden-j 
taies, excepté le Royaume de Mexique. Par- 
quoy on doit fçauoir qu'il feft trouué aux Indesji 
trois genres de gouuernement , & façon de vi- 
ure. Le premier & meilleur a efté de Royaume, 
pu Monarchie, comme fut çeluy des Inguas, & 



\ 



des Jndes. Liure Vh 300 

ceiuy de Motecuma , combien qu'ils furent en 
la plus-pait tyranniques. Le fécond eftoit de 
Coromunautez, où ils fe gouuernoient par 1 ad- 
uis & authortté de plufieurs , qui font comme 
Confeillers. Ceux-là en tepsde guerre ehfoient 
vn Capitaine , à qui toute vne nation , ou Pro- 
uince obey flbit,& en temps de paix chaque vil- 
le ou congrégation fe regiflbic, & fegouuer- 
noit foy-mefme, y ayant quelques homes prin* 
Cipaux, quele vulgaire refpede, ôcqueLques- 
fois, mais peu fouuét, aucuns d'eux Paflemhlent 
pour les affaires qui font d'importace, ahndad- 
uifer ce qui leur eft conuenable. Letroifiefme 
genre de gouuernemét eft du tout barbare qui 
eft compofé d'indies fans loy, fans Roy, & fans 
lieu arrefté , qui vont par trouppes , comme be- 
ftes fauuages. A ce que j'ay peu comprendre,^ 
premiers habitans des Indes eftoient de ce gen- 
re, comme le font ençores aujourd'hui vne 
grande partie des Brefilliens , Chyraguanas,, 
■Chunchos, Yfcaycingas , Bïkôçones, & la plus 
grande partie des Floridiens , Ôc tous les Chi- 
chimaquas en la neuue Efpagne. De ce genre fe 
forma l'autre forte de gouuernement en Com- 
munautez , par l'induftrie & fçauoir de quel- 
ques principaux d'entr'eux , efquels il y a quel- 
que peu plus d'ordre, & qui tiennent vnheu 
plus arrefté, comme lefont au|ourd'huyceux 
d'Auracano , & de Teucapel en Chillé ;&ce- 
ftoient au nouueau Royaume de Grenade les 
Mofcas, & lesOttomittes en la neuue Efpa- 
gne, & en tous ceux-cy îUg a moins de n>r:e, & 
beaucoup plus de raifon' qu'es autres. De ce 
r r P p îiij 







Hifioire naturelle 
genre parîavaillantife Ôc fçauoir de quelques 
excellens hommes fortit l'autre gouuernement 
pluspuifïànt quiinftirua le Royaume & la Mo- 
narchie que nous trouuafmcs en M exique & au 
Peru, ponrce que les Inguas mirent toute cefte 
terre en Jeurfubje&ion, & y eftablirent leurs 
loir Ôc gouuernemêt. Il fe rrouue par leurs mé- 
moires que leur règne a duré plus de trois cents 
ans, mais n a pas atteint iufques à quatre cents, 
combien que leur feigneurie ayt efté vn long 
temps fans feftendre plus auant que cinq, 014 
'fîxlieiies autour de Cufeo. Leur commence- 
ment & leur origine a efté en la vallée de Cuf- 
eo, d'où peu à peu ils conquefterent la terre que 
nous appelions Peru, & pafTereht plus outre 
que Qujtto , iufques àlariuiere dePafto, vers 
le Nort , ôc paruindrent iufques à Chillc vers le 
Sud, qui feroientprefque mil lieues de long. l\ 
feftendo.it en largeur iufques à la mer du Sud, 
qui leur eft auPonenr, ôc iufques aux grandes 
campagnes qui font de l'autre part de lachaif- 
ne des Andes, où Ton voit encor aujourd'huy le 
chafteau qui fe nomme le Pucara de l'Ingua, 
qui eft vne fortereflè qu'il fift baftir pourdef- 
fenfe , ôc frontière vers l'Orient. Les Inguas nç 
f'aduancerent point plus outre de cefte part, 
pour l'abondance des eaux, marefeages, lacs, ôc 
riuieres qui courent en ces lieux 5 de forte que 
la largeur de ce Royaume ne feroit pas droitte- 
ment de cent lieues. Ces Inguas furpalTerent 
toutes les autres nations de l'Amérique , en po«? 
Jice & gouuernemeijt , & beaucoup dauantage 
en valeqr 6c f n armes* combien que les Canaris 



\ 




des Indes. Dure VI. jox 

qui eftoient leurs mortels ennemis, &" quifa- 
I uoriferent les Efpagnols, n'ayent iamais voulu 
recognoiftre, ny confeffer cet aduantage fur 
eux, de telle façon que Ci encor auiourd'huy ils 
viennent à tomber fur ce difeours & compa- 
; raifons,& qu'ils foientvn peu inftiguez,& ani- 
mez, ils s entretueront à milliers fur ceftedif- 
l pute qui font les plus vaillans, ainfi qu'il eft ar- 
| riuéen Cufco. L'artifice & couleur delaquel- 
! le ks Inguas fe feruoient pour conquefter cV fe 
j faire Seigneurs de toute cefte terre , fut en fei- 
! gnant que depuis le déluge vniuerfel, duquel 
i tous les Indiens ont cognoiffance. Je monde 
| auoiteftéreftauré & repeuplé par ces Inguas, 
& que fept diceux forcirent de lacauemede 
Pacancambo, à raifon dequoy tout le refte des 
homes leur deuoient tribut & vaifellage, com- 
me à leurs progeniteurs: outre cela,ilsdifoient 
& affermoienr que eux feuls tenoient la vray e 
Religion, & fçauoient comment Dieu deuoft 
eftreferuy& honore', & que pour cefte occa- 
fion ils y deuoient inftruire tous les hommes. 
C'eft vne chofe infinie que le fondemét qu'ils 
4ônent à leurs couftumes& cérémonies , & y 
auoit en Cufco plus de quatre cents oratoires, 
comme en vne terre fain&e, & tous les iieux 
yeftoiét remplis de leurs myfteres. Comme ils 
alloient conqueftans les Prouinces , aufti al- 
loient-ils introduifans leurs mefmesGuacas,6c 
couftumes. En tout ce Royaume le principal 
idole qu'ils adoroient , eftoit le Viracocha 
Pachayachachic,qui lignifie Créateur du mon- 
4e s & après luy le Soleil. Ceft pourquoyils 





Hifioire naturelle 
difoientquele Soleil reccnoit favcttu 8c fon 
eftredu Créateur, ainfî que les autres Guaca*, 
& quilseftoient interceflèurs enuers Juy. 



Du premier Ingna, & àefesfuccejfeurs. 
Chapitre XX. 

E premier home que les Indien! | 
racontent eftre le cômencement 
& le premier des Inguas, fut Man- 
gocapa, duquel ils feignent qu'a- j 
près le déluge il fortit de la cauer- j 
ne, ou feneftre de Tambo , qui eft efloignee dç j 
Cufco, enuiron de cinq ou fix lieues. Ils difent | 
que ceftuy-là donna commencement à deux ) 
principaux lignages , êc familles d'Inguas, les j 
vns defquels furent appeliez Hanancufco, & j 
les autres Vrincufco. Du premier lignage vin- j 
drentles Seigneurs, quicôquefterent, &gou- I 
uernerent cefte Prouince, & le premier qu'ils j 
font chef, & fouche du lignage de ces feigneurs 
queiedys, s'appelloit Ingaroca, lequel fonda 
vne famille, ou Aillo, qu'ils appellent > nômee 
Viçaquiquirao. Ceftuy-là encor qu'il ne fuft 
pasgrandfeigneur,feferuoitneantmoinsauec| 
de la vaiftelle d'or & d'argent , & ordonna en | 
rrtourât, que tout fon threfor fuft deftiné pour 
le feruice de fon corps,& pour la nourriture de j 
fa famille : fon fuccefleur en Ht de mefme , & fc ! 
tourna cefte façon de faire , en couftume genc^ 
laie, corne i'ay dit, que nul Ingua ne peuft hçT 1 




desjndes. Dure VI 3°* 

•riter des biens & maifondefon predeceilèur, 
mais qu'il fondaft vne nouuelle maifon. Au 
temps de cet Inguaroça les Indiens auoient des 
•idoles d'or,cY luy fucceda Yaguarguaque,hom- 
-medefia vieil, & difent qu'il eftoit appellede 
xenomlà, qui lignifie larme de fang, pourcc 
que ayant eftë vne fois vaincu, & prins paries 
i ennemis,de dueil & ennuyil en pleura du lang. 
111 fat enterré en vn bourg appelle Polio, qui 
|eft au chemin d'Omafuyo, 6c fonda la famille 
j appellee AocaMipanaca. A ceftuy fucceda vn 
fiebnls Viracocha Ingua, qui fut fort riche, 
& fit faire beaucoup de vahTclled'or & d'ar- 
«rent : il fonda le lignage, ou famille de Cocco- 
panaca. Gonfalles Pizarre chercha le corps de 
ceftuy-cy,pour la renommée du grand threlor 
qui eftoit enterré auec luy , & après auoir don- 
né de cruels tourments à plusieurs Indiens, 
en fin il k trouua en Xaquixaquana, où le mef- 
me Pizarre fut après vaincu en bataille, pnns 
& fait exécuter par le Prefidenc Gualca. Gon- 
falles Pizarre fit brufler le corps de ce Vira- 
cocha Ingua, &les Indiens prindrent depuis 
ces cendres , iefquelks ils mirent en vn peut 
vafe, & les conferuerent, y faifans de grands 
facrifices , iufqu'à ce que Polo y remédia, & 
aux autres idolâtries qu'ils faifoicnt fur les 
corps des autres Inguas, lefquels auec vne ad- 
mirable addreiTe & diligence , il tira des mains 
des Indiens , les trouuans fort entiers , & 
fortembaufmez,enquoyiieftdgnit vn grand 
^ nombre d'idolâtries qu'ils y faifoicnt . Les 
Indiens trouuerent mauvais que cet Ingua 







Hifioire naturelle 
slntitulaft Viracocha, qui eft le nom de lent 
Dieu, Ôc luy pour s'en exeufer, il leur fit enten- 
dre que le mefme Viracocha luy eftoit apparu 
en fonge , qui luy auoit commandé de prendre 
fon nom. A ceftuy fucceda Pachacuti Ingua 
Yupangui,qui fut fort valeureux, conquérant, 
Se grand politique, inuenteur de la plus gran- 
de partie des couftumes, & fuperftitiôs de leur 
idolarrie comme ie diray incontinent. 




De Pachacuti lngua Tupangui, & de ce qui 

advint depuis fin temps iufqua 

Guaynacapa. 

Chapitu XXI. 

Àchàcvti Ingua Yupangui régna I 
foixante ôc dixans, & conquefta beau- 
S^coupde pays. Le commencement de 
fes con quelles fut par le moyen d'vn fien frère j 
aifné, quiayantduviuantde fon père tenu la 
feigneurie, ôc de fon confentement faifoit la 
guerre, Fut defeonfîten vne bataille qu'il euft 
contre les Changuas, qui eft la nation qui pof- 
fedoit la vallée d'Andaguayllas , diftante de tré- 
te ou quarante lieues de Cufco , fur le chemin 
de Lima. Cet aifné ayant ainli elle defconfït, fe 
retira auec peu d'hommes, ce que voyant fon 
frère puifné Ingua Yupangui , pour fe faire 
feigneur, inuenta & mitenauant qu'vn iour 
luy eftant feul ôc ennuyé, le Viracocha Créa- 
teur, auoit parlé à luy, fe plaignant que côbieç^i 
au'il fuft le feigneur vniuerfel, ôc Créateur de 



1 



des fndes. Liure V^ï. 30$ 
routes chofes,& qu'il euft fait le Ciel, le Soleil* 
jie monde & les homes , & que lejtout fuft fous 
|fapuifsace,toutefoisilsneluyrêdoienti'obeïf- 
Ifance qu'ils deuoient, au contraire, ils hono- 
Iroient & adoroient efgalement le Soleil, M 
jtonnere , la terre , & les autres chofes qui^' a- 
juoient aucune autre vertu que celle qu'il leur 
|departoit,& qu'il luy faifoit fçauoir,qu'au Ciel 
(où il eftoit, l'on l'appelloit Viracocha Pachaya- 
Ichachic, qui lignifie Créateur vniuerfel, ôc afin 
que les Indiens creufTent que c'eftoit chofe 
vraye , qu'il ne doutaft bien qu'il fuft tout feul„ 
de leuer des homes fous ce titre , qu'il luy don- 
aeroit la victoire contre les Changuas, quoy 
qu'ils fuflènt pour lors vi&orieux,& en fi grand 
nombre, &leferoit Seigneur de ces Royau- 
mes , pource qu'il luy enuoyeroit des hommes 
qui luy ayderoient fans eftre veus, ôc fictane 
que fur cette couleur ôc fantafie, il commen- 
ça d'aiTembler vn grand nôbre de peuple , dont 
Il drelTa vne puifiànte armée, auec laquelle il 
obtint la vicl:oire,fe faifant feigneur duRoyau- 
me , oftant à fon père , ôc à fon frère la feigneu- 
rie. Puis après il conquefta^ ôc defeonfit les 
Changuas, Ôc dés lors il ordonna que le Vira- 
cocha feroit tenu pour feigneur vniuerfel , Ôc 
que les ftatucs du Soleil & du tonnerre luy fe- 
roient reuerence Ôc honneur. Dés ce temps 
auffi l'on commença de mettre la ftatuë du Vi- 
racocha plus haut que celle du Soleil, du ton- 
nerre, & du refte des Guacas Et iaçoit que cet, 
Ingua Yupangui euft donné des meftairieSj, 
«erres & beftiaux au Soleil^ au opnnerie, & au- 







Hijloire naturelle 

hes Guacas, il ne dédia toutesfois aucune cridi 
fe au Viracocha, donnant pour raifon, qu'il n'eri 
àuoit point de befoing -, par ce qu'il eftoit fei- 
gneur vniuerfel, & créateur de toutes chofes. 
Il déclara à Tes foldats après l'entière vi&oire 
des Changuas , que ce n'auoient point efté eux 
qui auoient vaincu^mais certains hommes bar- 
bus iquéie Viracocha luy auoit enuoyez , 6c 
que perfonne ne les auoit peu voir que luy,lef- 
quels du depuis s'eftoient conuertis en pierre*, 
parquoyil cbnuenoit Jes chercher, & qu'il les 
rëccgnoiftroit bien , & par ce moyen aiTemb 
& rama (Ta aux montagnes vne grande multi- 
tude de pierres, qu'il choifït , & les mit po 
Guacas, kfquels ils adoroient, & leur facri 
fîoient, ils les appellerent les Pururaucas, & les 
portoient en la guerre auec grande deuotion, 
tenan* pour certain qu'ils auoient obtenu la 
victoire par leur aide. L'imagination &fïétiô 
decctlnguaeut tantdepuiiîance, que par ce 
moyen il obtint de fort belles'vi&oires. Ceftuy 
fonda la famille appeilée Ynacapahaca,& fie 
t?ne grande ftatue d'or, qu'il appella Indillapa^ 
laquelle il mit en vn brancard d'or >■ fort richej 
ôc de grand prix , duquel or les Indiens prin- 
drent beaucoup pour porter àXaxamalca,pour 
la liberté ôc rançon d'Athahulpâ , quand le 
Marquis François Pizarrè le tintprifonnier. 
te licentié Polotrouua en Cufcodansfamai- 
fon, fes feruiteurs & Mamacomas,quifcruoiét 
à fa mémoire, & trouua que le corps auoit efté 
tranfportédePatallacla,àTotocache, où de- 
puis les Efpagnols ont fondée la parroiffe S» 




des Indes. Liure VÎi 30$ 

Blas. Ce corps eftoitfî entier y & bien accom- 
modé , auec certain betum , qu'il {embloir eftre 
tout vif. Il auoit les yeux faits d'vne petite toil- 
'le d'or, fi proprement agencée , qu'ils sera- 
; bloientdes propres yeux naturels. Il auoit en 
; la refte vn coup de pierre qu'il euft en vne guer- 
| re, & eftoit gris, & chenu, fans auoir perdu va 
(eul cheueu, non plus que s'il ne fuft mort que 
de ce iour- là mefme , combien qu'il y euft plus 
defoixante & dixhui&ansquiieftoitdecedé. 
Le fufdit Polo enuoya ce corps auec ceux de 
quelques autres Inguas, en la cité de Lima, par 
le commandement du Viceroy, le Marquis de 
Canette, qui eftoitchofe fort neceiTaire, pour 
defraciner l'idolâtrie de Cufco, & piuûeurs Ef- 
pagnols ont veu ce corps , auec les autres en 
rhofpitai faind Andié, que fonda ce Marquis, 
combien qu'ils fuiîent défia bien gaftez. Dora 
Philippe Caritopa, qui fut arrière- fils * oubi- 
(arrière fils de cet Ingua, affermoit que les ri- 
che/Tes que celuy laiffa à fa famille , eftoient 
grandes, & qu'elles deuoient eftre en la puif- 
(ance des Yanaconas, Amaro & Toto , & au- 
tres. A cet Ingua fucceda Topaingua Yupan- 
gui, auquel vn fien fils appelle de mefrae nom, 
(iicceda, qui fonda la famille appelles Capac 
Aillo. 



Èfifîoire naturelle 






Du plus grand & plus illuftre Ingud> a(pdti\ 
Guaynàcapa,. 

Chatitre XXII. 

Ce dernier Ingua , fucceda Guay- ; 
rracapa , qui vaut autant à dire^ 
que ieune homme , riche 6c va-l 
ieureux, &fut tel à la vérité plus 
quenulde Tes predecefTeurs» ny 
de Tes fucceiîeurs. Ii fut fort prudent, & mit vri 
fort bon ordre par tous les endroits de fori I 
R oyaume , fut bôme hardy & déterminé , vail- 
lant & fort heureux en guerre. Parqùoy il or>- 
tint de grades victoires, il eftendit Ton Royau- 
me beaucoup plus que tous (es predecefTeurS i 
cnfemble n'auoient fait, ôc mourut au Royau- 1 
nie de Quitto, qu'il auoit conquefté^eftât ell oi- 
gne de fa Cour de quatre ces heiies. Les Indiës 
louurirent après fondecez , & en laifTerent le j 
cœur ôc les entrailles en Quitto , Ôc le corps fut | 
apporté en Cufco , lequel fut mis au renomme \ 
temple du Soleil. L'on voit encorauiourd'huy 
plufîeurs edifice$,chauiTees , forterelTes, Ôc ceu- 
ures notables de ce Roy, ôc fonda la famille de 
Terne Bamba. Ce Gtfaynacapa fut adoré des 
fiens pour Dieu,eftant encor en vie , chofe que 
les vieillards afferment, ôc qui ne s'eftoir point 
faicte à l'endroit d'aucun de fes predecefïeurs. 
Quand il mourut , ils tuèrent mil perfonnes de 
fa maifon pour Taller feruir en l'autre vie , lef- I 
quels mouroient ainfî fort volontiers pour al- I 
kràfonferuicc. Tellement quepluficurss'of- I 

froyent i 




iesînâes. Dure. VI. ï°$ 

fonferuice. Tellement que plufieurs f'offroient 
j i la mort pour le mefme effed, outre ceux qui y 
' eftoientdeftinez. Et eftoit vne chofe admirable 
que fa richefle & fon threfor. Et dautartt que 
! peu de temps apresfa mort lesEfpagnols y en- 
trèrent , les Indiens prirent beaucoup de peine 
pour faire difparoiiïre le tout, combien qu il 
y en euft vne grande partie qui fut portée i Xa- 
xamalca , pour la rançon de Atahulpa Ion fils. 
Quelques hommes , dignes de foy , afferment 
cmil auoit en Cufco plus de trois cens fils & ar- 
rière -fils. Sa mère appelleeMamaoello,ruten- 
tr'eux fort eftimee. Polo enuoya en Lyma les 
corps d'îcellc, & de Guaynacapa , fort bien em- 
bauchiez , & defraciha vne infinité d idolâtrie 
que l'on faifoit en ceteniroit. A Guaynacapa 
fucceda en Cufco vn fien fils nomme Titoculsi- 
gualpa^uidepuiss'appella Guafpar Ingua Ion 
corps fut bruslé par lés Capitaines de Atahulpa, 
qui fut aufsi fils de Guaynacapa , & lequel le re- 
bella en Quitte contre fon frere,& marcha con- 
tre luyauec vnepuiffante armée. Ilarriuâque 
Quifquits& Chilicuchi, Capitaines de Atahul- 
pa: prindrent Guafpar Ingua en la Cite de Cuf- 
co, après qu'il eut efte' receu pour Seigneur & 
Rov (car il eftoit légitime fuccelïeur) ce qui 
caufa entoutfon Royaume vn grand dueil,ipe- 
cialement en fa court. Et comme toufiours en 
leurs necefsitez ils auoient recours auxiaenh- 
cesme fe trouuans alors aflez puillàns pour met- 
ire leur Seigneur e„n liberté , tant pour les forces 
des Capitaines qui le prindrent , comme pour 1* 
crofle armée qui venait auec Atahulpa. Ils 4el»; 

8 „__ .-t. Q^ 



\i 





Hifioire naturelle 
bererent (voire quelques- vns difent que Ce fut' 
par ie commandement de cet Ingua ) de faire vn 
grand & folemnel faciificeau Viracocha Pa- 
chayachachic, quHïgnifie Créateur vniuerfel,i 
luy demandant que puis qu'ils ne pouuoientde- 
liurer leur Seigneur , il enuoyaft du Ciel des! 
hommes qui le deliuraflent de prifon.Et comme [ 
ils eftoient en grande efperance fur ce faci ifice,il j 
leur vint nouuelle comme vn certain peuple qui' 
eftoit venu par mer, auoit mis pied à terre , &j 
prinsprifonnier Atahulpa : pour cefteoccaiicn 
ils appeilerent les Efpagnols Viracochas, croyasj 
qu'ils eftoient hommes enuoyezdeDieu* tant 
pourîe petit nombre qu'ils eftoient à prendre! 
Atahulpa en Xaxamalca , comme pource que 
celaaduint incontinent après learfacritice fuf- 
ditfaitau Viracocha. Et de la vint qu'ils com- 
mencèrent d'appeller les EfpagnolsViracochas, 
comme ils le font auiourd'huy. Et à la vérité , fi 
nous l«ur eufsions donné vn bon exemple, & tel 
que nous deuions , ces Indiens auoient bien ren- 
contré , difans qv>e c'eftoient hommes enuoyez 
de Dieu .Et eft vne chofe fort confiderable , que 
la grandeur & prouidencediuine, comme il dif- 
pofaî entrée des noftresauPeru , laq'ietleeuft 
efté impofsible. n eufl eftéîa diflenfion des deux 
freres,& de leurs p c rtifans,& l'opinion (i grande 
qu'ils eurent des Chreftiens , comme d'hommes 
du Ciel, obligez certes en gagnant la terre des 
Indes à prendre peine de faire gagner beaucoup 
d'âmes au Ciel. 




des Indes. Dure VI. 206 




Des derniers fuccejjêurs des Inguas. 

Chapitre XXIIL 

E refte de ce fubiet eft affez amplement 
traitté par les autheursEfpagnols aux 
hiftoires des Indes, & d'autant que cela 
eft outre la prefente intention , ie diray feule- 
ment de la fuccefsion qu'il y eut des Ingtias. Ata- 
hulpa eftant mort en Xaxamalca , & Guafcar en 
Cufco, & François Piza,rre auec les fiens s'eftant 
emparé du Royaume, Mangocapa filsdeGuay- 
nacapa les afsiegéa en Cufco, & les. tint fort 
j>reflez,mais en fin il quitta tout le pays,& fe re- 
tira en Vilca-bamba aux montagnes, efquellesil 
fe maintint à caufe de l'afpreté & difficile ac- 
cez d'iceiles, &la demeurèrent les fuccefleurs 
InguaSjiufquesi Amaro, qui fut prins& exécu- 
te eh la place de Cufco, auec^ne incroyable 
douleur^ regret des Indiens, voyans publique- 
ment faire iufticede celuy qu'ils tenoient pour 
Seigneur. Apres cela l'on en emprifonna d'au- 
tres du lignage de ces Inguas ; i'ay cogneu 
Dom Charles, petit fils de Guaynacapa , 8t. 
fils de Polo , qui fe fit baptifer , & fauorifa touf- 
iours les Efpagnols contre Mangocapa fon 
frère. Lors que le Marquis de Canette gou~ 
uernoit en ces pays . Sarritopaingua fortit de 
Vilca bamba j 8c Vint foubs aifeurance à ia Cité 
desRoys, oùluy fut donnée la vallée Yucay* 
& d'autres chofes , à quoy fucceda vrïé fiennê 





Hiftoire naturelle 

fîile. Voila la fuccefsion qui eft auiouf d'huy co- 
gneiïe de cefte fi grande & riche famille desln- 
guas, defquelsle règne dura plus de trois cens 
ans, où l'on conte onze fucceiTeurs en ce Royau- 
me, iufquesàcequ'il ceifa du tout. En l'autre 
partiallite & Vrincuïco, qui comme a efté dit cy 
defïus, eut Ton origine mefme du prem ierMan- 
gocopa,l'on conte huicl: fuccefTeursen cefte ma* 
niere. AMangocapafuccedaCinchoroc;, ace-* 
ftuy,CapacYupanguy 5 àceftuy,LuquyYupan- 
guy,à ceftuy,Maytacapaefte Tarcogumam,au- 
quel fu cceda vn fien fils,qu 'ils ne nomm et point, 
a ce fils fucceda Dom IeanTambo Maytapa- 
naca. Cela fuffife pour 1 origine & fuccefsion 
deslnguas quigouuernerent la terre duPeru, 
auecce quiaefté dit de leurs loix. gouuerne- 
ment,& manière de viure. 



De U manière de République qtiauoient les 
Mexiquains. 

Chapitre XXIIIL 

Ombien que Ton pourra voir par ; 
l'hiftoire qui fera eferite du Royau- 
me, fuccefsion, & origine des Mexi- 
quains,leur manière de Republique 
& gouuernement , û eft-ce toutesfois que ie di - 
ravicy fommairement ce qui me fembleraplus 
remarquable en gênerai , dôntil fera cy après 
plus amplement difeouru en l'hiftoire. La pre- 
mière chofe par laquelle on peiît iuger quel* 




des Jndes. Liure> VI. 307 

gouuernement des Mexiquains aefté fort poli- 
tic,eft l'ordre qu'ils auoient, & gardoientinuio- 
lablement d'eslire vn Roy. Pource que depuis 
le premier qu'ils eurent, appelle' Acamapach, 
iulques au dernier qui fut Moteçuma/econd de 
ce nom , il n'y en eut aucun qui vint au Royau- 
me par droit de fuccefsion, ains feulement y ve- 
noient par vne légitime nomination, & esîeâion, 
Cette esledion au commencement eftoit aux 
voix du commun, combien que les principaux 
fuifentceux qui conduifoient l'affaire. Du de- 
puis au temps d'Yfcoalt quatriefme Roy, par le 
confeil & ordre dvn fage & valeureux homme, 
qu'ils auoient appelle Tlacael , il y eut quatre 
eslecteurs certains & arreflez,lefquels auec deux 
Seigneurs, ouRoys, fujetsauMexiquain, qui 
eftoient celuy de Teicaco, &celuyde Tacu- 
ba, auoient droit de faire cefteesle&ion. Ilsef- 
lifoient ordinairement pour Roys , des ieunes 
hommes,pource que les Roys alloient toujours 
âlaguerre,&eftoitprefque la principale occa- 
lîon pourquoy ils les vouloient.C'eft pourquoy 
ils prenoient garde qu'ils fuffenr. propres & 
idoines a k guerre , & qu4ispriniient plaifir , & 
fe glorifiaient en icelle. Apres l'esleclion ils fai- 
ioient deux manières de feftes, l'vne en prenant 
polTefsion de l'eftat Royal , pour laquelle ils al- 
loient au temple, &faifoient de grandes céré- 
monies , Ôc facrifices fur le brader appelle diuin 3 
puilyauoit toufiours du feu deuant l'autel de 
l'idole, & après, quelques Rhetoriciens qui f e- 
ftudioient en cela , faifoient pluîleurs oraîfons & 
harangues. L autre fefte & la plus folemneile, 



. 




Hîftoire naturelle 
eftoit de Ton couronnement , pour laquelle il 
deuoit premièrement vaincre en batail!e,& ame- 
ner vn certain nombre de captifs,que l'on deuoiç 
facrifier a leurs dieux, & entroit en triomphe 
auec vne grande pompe , luy faifans vne folem- 
nellc réception , tant ceux du temple , lefquels 
alloienttousen procefsion , touchans & ioiïans 
de plufieurs fortes d'inftrumens , & encenfans ôç 
chantans comme les feculiers, & lescourtifans, 
qui fortoient auec leurs inuentions à receuoir le 
Roy vi&orieux. La courons & enfeigne Roya- 
le eftoit *en façon de mitre pardeuant,& eftoit 
par derrière coupée, de forte quelle n'eftoit pas 
toute ronde,car le deuant eftoit plus haut, & al- 
loit s'esleuant comme en poin&e. Le Roy de 
Tefcucoauoit le priuilege de couronner de fa, 
main le Roy de Mexique. Les Mexiquains ont 
efté fort loyaux & obeyifans à leurs Roys , & ne 
fe trouue point qu'ils leur ayent fait de trahifon. 
Les hiftoires racontent feulement qu'ils tafehe- 
rent de faire mourir par poifon leur Roy ap- 
pelle Ticocic , pour auoir efté couard & de peu 
d'effed. Mais il ne fe trouue point qu'il y ait eu 
cntr'euxdediuenfiqns, & partialitezparambi- 
tion, combien que ce foit chofe aflez ordinaire es 
commanautez: au contraire elles raçôtent com- 
me l'on verra en fun lieu, qu vn homme le meil- 
leur des Mexiquains, réfuta le Royaume, luy 
femblant qu'il eftoit expédient à la République 
d'auoir vn autre Roy. Au commencement que 
les Mexiquains eftoient encor pauures, & aifez 
petits corn pagnons , les Roys eftoient fort m odte- 
irez i leur entretien, & en leur cour 3 mais comme 



*■ des Indes Dure VI. 308 

îîs augmentèrent en pounoir , ils augmentèrent 
aufsien appareils & en magnificence , iufquesa 
paruenira la grandeur de Motecuma, lequel 
luan i il n'euft eu autre chofe que la maifon des 
gnimaux,c'eftoit vnechofeaife*fuperbe,& tel- 
le qu'on n en a jamais veu d'autre femblable.Car 
il y auoit en cefte Tienne nuifon de toutes fortes 
de poiflbns. d'oyfeaux deXaeamamas, & de be- 
ftes 5 comme en vne autre arche de Noe'. Pour les 
poiflbns de mer, il y auoit des eftangsdealteia- 
iee>&r pour ceux des riuieres , des eftangs d'eaue 
douce. Les oyfeaux de proye y auoient leurs 
viandes,& les beftes fieres aufsi en fort grande 
abondance , & grand nombre d'Indiens eftoient 
occupez à entretenir ces animaux. Quand il 
voyoit qu'il n'eftoit pas pofsible <Tentretenir,ott 
nOumr quelque forte de poifsô,di>yfeau,ou de 
befte fauuagcii en faifoit faire l'image & la fem- 
blance richement tailiee en des pierres precieu- 
fes en argent , en or , en marbre ou en pierre : & 
pou r toutes fortes d'entretiens , il auoit des mai-. 
ïbns& palais diuers, les vnsieplaiGr, les autres 
dedueil& trifteffe, &r les autres pour y traitter 
les affaires du Royaume. Il y auoit en ce palais 
plufieurs chambres , félon la qualité des Sei- 
gneurs qui le feruoientauec vn eftrange ordre 
& diftin&ion, 

Qq iijj 



f/ifloire naturelle 





Des filtres & dignitez, qui eftoient entre les 
Mexiquains. 

Chapitre XXV. 

Es Mexiquains ont eflé fort curieux I 
de départir les grades & dignitez entre I 
les nobles & les Seigneurs, afin que G 
Ton recogneuft ceux d'entreux auf- 
quelsl'on deuoit faire plus d'honneur. La digni- 
té" des quatre esle&eurs eftoit celle qui eftoit la 
plus grande & la plus honorable après le Roy, 
& leseslifoit-on 5 incontinent après l'eslection du 
Roy. Ils eftoient ordinairement frères , ou fort 
proches parens du Roy , & les appelloient Tla- 
cohecalcalt , qui fignine Prince de laces que Ton 
ïette, ou darde , qui efl vne forte d'armes , dont 
ils v&ient fouùent.La dignité d après eftoit cel- 
le de ceux quilappelloient Tlacatecati , qui eft 
a dire, circoncifeurs , ou coupeurs d'hommes, 
La troifiefme dignité eftoit de ceux qu'ils ap- 
pelloient Ezuahuacalt,qui fignifie,efpandeur de 
fang par efgratignement.Tous lefquelstiltres 8c 
dignitez eftoient exercez par des hommes de 
guerre. Ilyauoit vn autre quatriefme intitulé 
Tlilancalqui , qui vaut autant adiré, que Sei- 
gneur de la maifon noire , ou de la noirceur, à 
caufe dvn certain encre , duquel les Preftres 
soignoient , & qui feruoit en leurs idolâtries. 
Toutes ces quatre dignitez eftoient du grand 
Confcil, fansl'aduis defquelsle Roynefaifqit^ 



V 



des Indes. Liure. VI. 309 

nv pouuoit faire aucune. chofe d'importance,& 
le Kov eftant mort, l'on en deuoit eslire en la 
place vn qui fuft en quelqu'vne de ces quatre di- 
enitez- Ilyauoit aufsi, outre ceux-là, d'autres 
confeils,& audience,& difent quelques-vns qu il 
y en auoit autant comme en Efpagne , & qu'il y 
auoit diuers fieges & iurifdidions auec leurs 
;Confeillers & Alcades de court , & d'autres qui 
leur eftoient foubmis, comme corngidors,alca- 
desMaieurs,Lieutenans& AlguafitsMaieurs & 
d'autres qui eftoient encor inférieurs & loub - 
| mis à ceux-cy auec vn fort bel ordre . Tous lel- 
: quels defpendoient des quatre premiers Princes 
qui afsiftoient au Roy. Ces quatre tant feule- 
ment auoient iurifdiaion& puiflance de con- 
damner à la mort , & les autresleur enuoyoïent 
des mémoires des fentences qu'ils donnoient: 
Au moyen dequoy en certain temps A on tailoit 
entendre au Roy tout ce qui fe paffoit enfon 
Royaume. Il y auoit mefme vnbon ordre 6c 
police eftablie fur le reuenu du Royaume : car 
il y auoit des officiers départis par toutes les 
Prouinces , comme des Receueurs , & T hrelo- 
riers.qui recueilloie't les tributs & rentes Roya- 
les. L'on portoit le tribut en la court pour le 
moins de mois en mois , lequel eftoit de tout ce 
qui croift & s'engendre en la terre, & en la mer, 
tant de loyaux & d'habits , que de viandes. Us 
eftoient fort foigneux de mettre vnbon ordre en 
ce quitouche leur religion , fuperftition & ido- 
lâtrie : & pour cefte occahony auoit vngranu 
nombre de miniftres qui auoient la charge d en - 
feignerau peuple les couftumes & cérémonies 




ijtoire naturelle 

*!eIeiir!oy. C'eft pourquoy fur ce qu'vn Pre-? 
ftre Chreftien vn iour fe plaignoit que les In- 
diens nettoient pas bons Chreftiens, & ne profi- 
taient pointàlalov de Dieu: vn vieillard Indien 
Juy refpondit fort à propos en ces termes: Que Us 
Prefiresr K dit il) employ nt autant defim £r de diligence 4 
faire les Indiens chreftiens, que les mtmflres des Mes 
employ et k enfeigner leurs cerememes % c*rauec U moitié dm 
foin qu'ils y prendront >ds nou* rendront les meilleurs chre- 
fiiensdu monde , pource que l'a Uy de Iesvs-Christ 
tf beaucoup meilleure : mais Us Indiens ne l'apprennent 
foint a faute de gens qui U leur en feignent. En quoy \" 
certainement il dit vérité , anoftre grand honte 
& confufion. 



Comment les Mexiqtiains faij 'oient la gne) 
&de leurs ordres de Cheualerie. 

Chapitre XXVI. 




Es Mexiquains donnoientlepre< 
mier lieu d'honneur-à l'art & pro»| 
fefsion militaire ? c eft pourquoy 
les nobles eftoient les principaux 
foldats, & les autres qui nettoient 



point nobles par la valeur & réputation qu'ils 
acqueroient en guerre , paruenoient en desdi- 
gnitez & honneurs.- de forte qu'ils eftoient tenus 



pournobles. Ils donnoient de belles recompen-| 
fesà ceux qui auoient fait valeureufement , lef- 1 
quelsiouyflbient depriuilegesque nul autre ne! 
pouuoit auoir : ce qui les encourageoit beau«j 
coup* Leurs armes eftoient des razoirs de catf* 



des Indes. Liur>. VI. ?P 

Ilous aigus & trenchans , qu'ils mettoîent des 
îdeuxcoftez d'vn bafton , qui eftoitvne arme « 
furieufe , qu'ils afferment que d vn feul coup ils 
! en coupaient le col à vh cheual.Ilsauotét de for- 
te. & pelantes malfués, des lances en façon de ? i ■ 
eues & d'autres façons de dards a letter , a quoy 
ils eftoient fort adroits, &faifoient la plus-part 
de le ,rcombatauecdes pierres. Il auoient pour 
armes deffenfiues de petites rondelles ou efcus,& 
quelque façon de falades & morions enuironnez 
de plumes. Ils fe veftoient de peaux de tigres ou 
lyons,& d'autres animaux fauuages. Us venoient 
incontinent aux mains auec l'ennemy,& eftoient 
fort exercez a courir &a luifter.Car leur princi- 
pale façon de vaincre n'eftoit pas tant en tuant, 
comme en prenant des captifs , dcfqueb ilsfe 
feruoient en leurs facriftees , comme il a elle dit. 
Motecuma mit la à eualerie à fon plus haut 
poinct, eninftituant certains ordres militaires, 
tomme de Commandeurs, auec certaines mar- 
ques & enfeignes. Les plus honorables d'entre les 
Cheualiers eftoient ceux qui portoient la cou- 
ronne de leurscheueuxattachee auec vr> petit U- 
zet rouee,& auec vn riche plumache,d ou pen- 
doient fur leurs efpaules des rameaux de plu- 
mes, & des bourlets de mefme. Ils portoient au- 
tant de ces bourlets corne ils auoient tait d actes 
fcnalez en guerre. Le Roy mefme efto'.t deceu 
oïdrede cheualerie , comme l'on peut voir en 
Chapultepec , ou eftoient Motecuma & ion tus 
accouftrez de ces façons de plumaches, taillez en 

vne roche, qui eft vne chofe digne de voir. H y 
auoitvn autre ordre de cheualene , qu'ils ap- 




ï/îftoire naturelle 

petloièntleslyons&lestigres.lefquelseftoien, 
communément les plus valeureux , & qu'on re i 
marquoitleplus en guerre, oùilsalloien^poN 
tans coufiours leurs marques & armoiries. IK 
auo,td autres Cheualiers , comme lesCheua 
hers Gns qui n eftoient en telle eftime comme 
ceux-cy,lefquelsauoientles cheueux coupez er 
rond par deflus l'oreille. Ilsalloient i la guerre 
portai» de mefmes marques que les autres Che- 
ual.ers.toutesfoisilsn'eftoientpointarmezqu, 
wlquesala ceinture , mais les plus honorables 
s armoiententiereme't. Tous les Cheualiers pou- 
uoient porter de 1 or & de l'argent , & fc Ve flu 
de riche cotton, fe ferùir de vafes peints &do- 
rez, & porter des louliers aleurmode; mais le 
commun peuple ne pouuoit fe feruir que de 
vafes de terre.ne leur eftant pas permis de porter 
des fouhers,& ne pouuoient fe veftir que deNe. 
quen qui eftvne matière grofsiere. Chacun or» 
dre de ces Cheualiers auoit fon logis au Palais 
marquedeleurs marques, le premier eftoitap-l 
pelle,le logis des Princes,le fecond,des Aigles.le 
troifiefme,deslyons & tygres, & le 4 . desGris. 
Les autres officiers communs eftoient en bas 
logez en oes moindres logis : & fi quelquVnfê 
logeoit hors de fon lieu , il encouroit peine de 
mort. r 



i 



des îndes. Liure. VI 3 1 * 



J)u wand ordre, & diligence que les Mext- 
quains employ oient à nourrir 

PU ieunejfe. 
Chapitre. XXVII. 

L n'y a chofe qui m'aye doné plus 
doccafiô d'acimirer, ny que i'aye 
trouuee plus digne de louange & 
de mémoire , que Tordre & le 
foing quelesMexiquainsauoient 



'm 



â nourrir leurs enfans. Car ils recognoffoient 
bien que toute la bonne efperance d'vne Repu- 
blique confifte en la nourriture & inftitutio de 
laieuneffe;ce que Platô trai&c afTez amplement 
enfesliures>/<g'^ Et pour cefte occafion ils 
s'eftudierent & prindrent peine d'esloigner leurs 
enfans, des délices, & de la liberté , qui font les 
deuxpeftesdecétaage , enlesoccupans en des 
exercices honne(tes,& profitables. Pour cet et- 
fedily auoit aux Temples vne maifon parti- 
culière d'enfans,comme des efcholles , ou colle - 
ges,quieftoit feparée de celle des ieunes hom- 
mes,& des filles du Temple,dont nous auos am- 
plement traiaécy-deuant. ïi y auoit en ces ef- 
cholles vn grand nombre d'enfans , que leurs 
pères y menoient volontairement , lefquels 
auoient des pédagogues & maiftres , qui les en- 
feignoient en tous louables exercices , à eltre 
bien nourris, porter refped aux fuperieurs, a 
feruir&r â obéir, leur donnaris à cefte fin cer- 
tains préceptes & enfeignements. Et afin qu'ils 



ififtoire naturelle 

furent agréables aux Seigneurs, ils leur appre- 
noient a chanter,&d dancer,& lesdreiïoientau] 
exercices de la guerre, qui a tirer vne flefche, Vfl 
dard, ou bafton bruslé par le bout,& à bien ma. 
hier vne rondelle & vne efpeè.IIs ne ks laifloient 1 
gaeres dormir, i fin qu'ils Paccouitumaifent au 
trauaildés l'enfance, & qu'ils ne fufset point ho- 
mes dedelicesi Outre le nombre cômundeces 
enfans, ilyauoitaux mefmes collèges d'autres 
enfans des Seigneurs ,& nobles, lefquelseftoienc 
plus particulièrement traidez. On îeur portoit 
leur manger & ordinaire de leurs maifons, & 
eftoient recommandez à des vL ilhrds & anciens 
pour auoir efgard fur euxjefquels continuelle^ 
ment ks admônefroient d'eftre vertuéux,de vi- 
urechaftementjd'eftre fobres au manger, de 
kufner,& de marcher pofé.mêt, & auec mefure* 
Ils auoient accouftumé de les exercer au trauail^ 
& en des exercices laborieux : & quand ils les 
voyoient inftruits en tous ces exercices ils confî - 
deroient attentiuemët leur inelinatiori,& s'ils en 
voyoient quelques vns auoir l'inclination a la 
guerre , après qu'ils au oient atteint 1 aage fuffi- 
fant , ilsrecherchoient l'occafion de les efprou- 
uer, en les enuoyant à la guerre, fou bs couleur 
de porter des viures, &ç des munitions aux fol- 
dats, à fin qu 'ils vifTent là ce qui s y y paiîbit , & le 
trauaii que l'on enduroit* Et à fin qu ils perdif- 
fentlacrainte,ilsleschargeoientauisidepefants 
fardeaux , à fin que monftrans leur courage en 
cela,i]sfuilent plus facilement receus en la com- 
pagnie des ioldats. Par ce moyen il aduenoit a 
plufieurs d'aller chargez a 1 armée, & retournée 



des Indes. Lime V\. 3 là 

I Câpitaïnes,auecmarques d'honneur. Q^eîques- 
{ vnsd'iceuxfe vouloient tellement faire piroi- 
, ftre , qu'ils demeuroient prins ou morts, & te- 
noient pour moins honorable de demeurer pri- 
fonniers. C'eft pourquoy ils fefaifoient pluftofl 
mettre par pièces, que de tomber captifs entre 
Jes mains de leurs ennemis. Voila comment les 
enfans des Nobles qui auoient l'inclination à la 
guerre, yeftoiét employez. Les autres qui àuoiet 
leur inclination aux chofes du temple,& pour le 
dire,à noftre mode à eftre Ecclefiaftiques, après 
qu'ils auoient atteint l'aage fuffifant , eftoient ti- 
rez du collège, & les mettoit on au logis du 
temple, quieftoit pour les Religieux, & leur 
donnait -on alors leurs ordres & marques d'Ec- 
clefiaftiqucs. La ils auoient leurs Prélats & mai- 
ftres,quileurenfeignoiétce quieftoit de la pro- 
fefsion où ils deuoient demeurer , y ayants efté 
dédiés. Ces Mexiquams prenoient vn grâ d foing 
% nourrir le > enfans ; quefiauiourd'Luy ilsfui- 
uoientencor cet ordre, en fondant lesmaifons&: 
collèges , pour 1 inftru&ion de la ieunelfe , fans 
«loubte que la Chreftienté floriroit beaucoup 
«ntreles Indiens. Quelques perfonnes pieufes 
l'ont commencé , & le Roy & fon Confeil l'ont 
fauorifé, mais d'autant que c'eft vne chofe où il 
n'y a point de profit , il s'aduancej>ien peu , & y 
va l'on a*iTez froidement. Dieu .nous vueille ef- 
clarcir les yeux , a fin que nous voyons que cela 
eft à noftre côfufion, veu que nous autres Chre- 
ftiensnefaifons point ce que les enfans des ténè- 
bres faifoient a leur perdition , en quoy nous 
©ous oublions de noftre deuoir« 




Hifîoire naturelle 



Desfeftes , & dances des indiens. 
Chapitre XXVIIL 

'Autant que c'eft vne cfcofe qui 
defpend en partie du bon gouuer- 
nement , d'auoir en la Republi- 
que quelques ieuX , & récréations, 
quand il en efl temps;il ne fera ma 
£ propos que nous Facontions fur cette matière, 
ce que faifoient les Indiens , principalement les 
Mexiquains. Lonn'a point dèfcouuert es Indes 
aucune nation qui viue en communautez , qui 
n'ayt Ton entretien, & fa recreation,en ieux. dan- 
ces,^ exercices deplaifir. I'ay veu au Peru des 
ieux qu'ils faifoient en façon de combat, aux- 
quels les hommes des deuxcoftezs'enflamboiét 
quelquesfoisd'vne telle façon, que bien fouuent 
leur Paella (qui eftoit le nom de cet exercice) 
venoità eftre dangereufe. I'ay veu aufsi plu* 
fleurs fortes de dances, efquellesils contre-fai- 
foient,& reprefentoient certains meftiers , & o£ 
fices,comme de bergers, laboureurs, pefcheurs, 
& chaffeurs , & faifoient ordinairement toutes 
ces dances, auec vn fon & vn pas fort pefant , & 
fortgraue.Ilyauoit d'autres dances & mafeara- 
des,qu'ilsappelloiêtguacones 3 dontlesmafques f 
& les geftes eftoient pures reprefentations du 
diable. Il y auoit mefme des hommes qui dan- 
çoientfur les efpaulles lesvns des autres en la 
* fajonf 



des Indes. Dure Vt 3*5 

Façon qu'ils portent en Portugal , ce qu'ils ap- 
pellent les Paellas. La plus grande partie de ces 
dances eftoient fuperititions & efpeces d'ido- 
lâtrie , pource qu'ils honoroient leurs idoles 
&Guacasencefte façon- Pour cefte'occafion 
les Prélats fe font efforcez dele'ir ofter-, le plus 
qu'ils ont peu, de ces dances , combien qu'ils les 
laiflentà caufequ'vne partie ne font que ieux 
de récréation, car touf jours ils dancent s & bal- 
lent à leur mode. Ils vfem en ces d ances de plu- 
sieurs fortes d'inftruments , dont les vris font 
comme fluftes ou petits canons, les autres com- 
me tambours, & les autres comme cornets en- 
tortilles : mais communément ils y chantent 
tousa la voix,& y en a vn ou deux qui chantent 
premièrement la chanfon , puistousles autres 
luyrefpondent. Quelques-^nes de ces chan- 
fons eftoient fort ingénie ufement compofeès, 
.& contenants des hiftoires : d'autres eftoient 
pleines de fuperftitions,& les autres n'eftoient 
que pures folies. Les noftres qui conuerfent 
entr'eux, ont effayé de mettre leschofes deno- 
flre fàinéte Foy en leur façon de chant. Ce qui 
a afTez bien profité, d'autant qu'ils employait 
les iours entiers à les chanter & réciter, pour 
le grand plaifir & contentement qu'ils pren- 
nent à ce chant, ïlsontmismefmesà leur lan- 
gue de nos comportions de mufique,. commet 
desHuic>ains,Chanfons & Rondeaux,lefquels- 
ils ont fort proprement tournez, quieft à la vé- 
rité vn beau& fort neceffaire moyen pour in- 
firuire le peuple. Iîsappelloient communemet^ 
au Peru des àmcQs^gu.ï , ésautres Prouirices 
w " ~ ~~ ~ lk.t 




fcfifloire naturelle 
Arèîttos , & en Mexique Mittotes. Et n'y 2 
point eu en aucun autre lieu vne telle curiofité 
de ces ieux & dances , comme en la neuue Ef- 
pagae , où l'on voit encore auiourd'huy des 
Indiensfibrauesfauteurs, quec'eft vne chofe 
admirable. Les vns dancent fur vne corde, les 
autres fur vn pieu haut & droit en mille façons. 
Les autres auec la plante des pieds & lesiarets, 
manientyiettentenhautj&r reçoiuent; vn tronc 
fort pefant: ce qui femble incroyable, Ci ce n'eft 
en le voyant. Ils font plufieurs autres démon- 
ftrations de leur grande agilité, en fautant,vol- 
tigeant, faifans des foupîes-fauts , tantoft por- 
tans vn grand & pefant frix, tantofl endurans 
de*coupsqui feroient fuffifants pour rompre 
du fer. Mais fexercke de récréation le plus 
vfité entre les Mexiquains , eft le folemnel 
Mittoté , qui eft vne forte de bal qu'ils efti- 
soient fibraue & fi honorable , que le Roy 
mefmey dançoit quelques fois , non pas tou- 
tesfoispar force, comme le RoyDom Pedro 
d'Arragon auec le Barbier de Valence. Cebai 
ou Mittoté fe faifoit ordinairement es cours 
du temple , & en celles des maifons Royales 
qui eftoient les plus fpacicufes. Ils pofoient au 
milieu de la cour deuxdiuersinftruments, vn 
quieftoit en façon de tambour , & l'autre en 
façon d'vn baril fait tout d Vne pièce, & creu- 
fe' par dedans, lefquels ils mettoient fur vne fi- 
gure d'homme, ou d'animal, ou deflfus vne co* 
lomne. Ces deuxinftruments eftoient fi biea 
accordez enfemble , qu'ils rendoient en leur 
fon vne affez bonne harmonie^ faifoient auec 



desfndes. LiureJ^L 314, 

éës inftrumens plufîeurs Ôc diuerfes fortes d'airs 
&dechanfons. Ilschantoient& baloienttous 
au fon & à la cadence deces infirumens 5 d'vn fi 
bel ordre Ôc dVn fi bel accord , tarit aux voix, 
qu'au mouuemenr des pieds, que c'eftoit vné 
chofeplaifante avoir. Ils faifoient en ces dan- 
ces deux cercles ou rôties, Pvn defqueîs eftoit 
au milieu, proche des inftrumens , auquel les 
anciens & Seigneurs chantoient & dançoient 
fansprefquefe mouuoir: l'autre eftoit du relie 
du peuple à rentour 3 afFez efloigné du premier, 
auquel ils dançoient deux à deux plus légère- 
ment, ôc taifoient diuerfes façons de pas, aueç 
certains fauts à la cadence. Tous lefquels en- 
femble faifoient vn fort grand cercle. Ils fe ve- 
ftoient pour ces dances,de leurs plus précieux 
habits ôc ioyaux, & félon le moyen ôc pouuoic 
d'vn chacun, efximans cela vnechofe fort ho- 
norable: ôc pour cette occafîon ils apprenoient 
ces dances dés leur enfance. Et combien que la 
plus grande part d'icelhs fe faifoiét à l'honneur 
de leurs idoles , neantmoins cela n'eftoit pas? 
d'inftitution , mais comme il a efte dit, ceftoit 
vne récréation ôc pafîe-tempspourle peuple. 
C'efl: pourquoy iln'eft pas propre de hs oiter 
du tout aux Indiens , mais on doit bien prendre 
garde qu'ils n'y méfient parmy quelques fuper- 
ftitions. l'ay veu faire ce bal ouMittottéenla 
cour de TEgîife de Topetzotlan , qui eft vn 
bourg à fept lieues de Mexique, ôc mefembla 
de's lors que c'eftoit chofe bonne d'y occuper 
& entretenir les Indiens es iours de feftes , puis 
Qu'ils ont befoin de quelque recreatiô:& éW 




ffiftoires naturelle 

tant plus que celle-là eft publique , & fans le, 
preiudice d'autruy,il y a moins cTinconuenient 
qu'en d'autres qu'ils pourroient faire eux feuls, ! 
fi l'on leur oftoit celle-là. C'eft pourquoy il! 
faut conclure, (uiuantleConfeildu PapeGre-j 
goire , que c'eft vne chofe fort propre de laiiTer 
aux Indiens ce qu'ils ont de couftume & vfa-i 
gçs , pourueu qu'ils ne (oient point méfiez de 
leurs erreurs anciens , & défaire en forte que 
leurs feftes ôcpaiTe-téps f'acheminent à l'hon- 
neur de Dieu , & des Sain&s defquels ils célè- 
brent les feftes. Cecy pourra fufhre en gênerai 
des mœurs Ôc couftumes politiques des Mexi- 
quains. Et quant à leur origine , accroiilement 
& Empire, d'autant que c'eft vne matiereplus 
ample , & qui fera belle ôc plaifante d'entendre 
désfon commencement , nousentraitterons 
au liure fuiuant. 




m 



LIVRE SE PTIESME 

DE I/HISTOIRE NATV- 
relle & morale des Indes. 



<0 ne c'eftvne chofe vtile d'entendre les actes 
& geftes des Indes > çrincip dément ceux 
des Uexiquains. 
Chapitre premier. 



Mïk 



Ovte hidoire véritable bien ef- 
crite en: toufiours profitable au 
Le&eur. Car comme-dit le Sage: 
Ce qui 4 efié,eft> gr ce qui fera , efi ce , ^ 
qui a efté. Les chofes humaines 
ont entr elles beaucoup de refîemblance, & les 
vns fe font fages par ce qui arriue-aux autres. U 
n'y a peuple Ci barbare qui n'ait en foy quelque 
chofe de bon , tk digne de louange -, ny Repu- 
blique fi bien ordonnée, où il n'y ait quelque 
chofe à reprendre. C'eft poùrquoy quand il 
n'y auroit autre fruicl: en l'hiiloire & narration 
des faits des Indiens, que ceftecommane vti- 
lité d'eftre vne hifioire & relation des chofes, 
lefquelles en effedr de vérité font aduenues , el- 
le mérite allez d'eftre receiie comme chofe vti- 
ls, & ne la doit-on pas reietter , pourtant fi ce 

Rr. iij 




Hifloire naturelle 
font choies des Indiens. Comme nous voyons 
que les autheursqui traittent des chofes natu- 
relles , efcriuenc non feulement des animaux 
généreux, des plantes (îgnaleës Ôc des pierres 
precieufes, mais aulîî des animaux vils 3 des her- 
bes communes, des pierres ôc chofes v ulgaires, 
d'autant qu'il y a toufiours en icelles quelques 
proprietez dignes d'efTre remarquées. Ainfî 
quand il n'y auroit autre chofe en cecy queie 
traitte,que d'eftre vne hiftoire Ôc non point des 
fables ôc fi et ionê 3 c'eft touilousvn fubie&qui 
a'eft pas indigne d'eftre eferit. ny d'eftre leu.ll y 
a ençor vne autre raifon plus particulière : c'eft 
que Ton doit dauantage eftimer en cecy ce qui 
eft digne de memoirejd'autant que c'eft vne na- 
tion peu eftimee, & d'autant mefme que c'eft 
vne matière différente de celle de noftie Euro- 
pe, cômeauiTi lefontcesnations:enquoy nous 
deuçns prendre plus de plailir ôcdt contente- 
ment d'entendre le fond de leur origine, leur 
façon de viure , leurs heureufes & malheureu- 
fes aduantures. Et n'eft pascefte matière feule- 
mét plaifante & agréable, mais auflî eft vtile 8c 
profitable, principalement à ceux qui ont la 
charge de les régir ôc gouuerner:car la cognoif- 
fance de leurs adtes inuite à donner crédit aux 
rioftres, ôc enfeigne en partie comment ils doi- 
uent eftre traittez, voire elle ofte beaucoup du 
commun & fol mefpris,auquel ceux de l'Euro- 
pe les ont,ne iugeans pas que ces peuples ayenc 
aucune chofe de raifon. Car certainernec on ne 
peut mieux trouuer l'cfclarciiTement de celle 
«ppinion ; que par la yray e narration des faits, Sç 



desJndes.Liure. VIL i4 

geftes de ce peuple. le trai&eray donc auec 
l'aydedu Seigneur, le plus breuement que îc 
pourray , de l'origin^progres, & faits notables 
des MeXiquains, par où Ton pourra cognoiftre 
le temps, & la difpofuion que le haut Dieu 
voulut choifir pour enuoycr aces nations la 
kmicrcdertuangiledcIisvs-CHRisTfcai 
filsvnique noùre Seigneur, lequel iefupplie 
acheminer noflre petit trauail, de forte qu'il 
puiflereuffir à la gloire de fa diuine grandeur, 
& à quelque vtilité de ces peuples , aufquels il a 
communique fa fain&e loy Euangelique. 



Des anciens habitant de la neuue Bfiagne^ 

& comment les Nauatliicas y 

vindrent. 

Chapitre II, 

Es anciens, & premiers habitans des 
Prouinces que nous appelions neuue 
Efpagne , furent des hommes fore 
barbares,& fauuages,qui viuoient & 
s'entretenoient feulement de la chafTe. Acefte 
occafioneftoient appeliez Chichimeequas. lis 
ne femoiét,ny ne cukiuoient point la terre , 6c 
ne viuoient point enfemble , d'autant que tout 
leur exercice eftoit de châtier , en quoy ils 
eftoient fort adroits. Ils habitoient aux plus ai- 
près lieux des montagnes, viuâts bcftialleraenr, 
fans nulle police & alloient tous nuds.Us fai- 
(bientlachaiTeaux belles roulTes, aux lièvres,. 

Kt iiij 







Hiftoire naturelle 

çonmns,bellettes, taupes, chats fauuagcs, ÔC 
aux oyfeaux, voire aux beftes immondes, com- 
me aux couleuures, lézards, locuftes, & vers, 
donc ils fe nourri (oient , auec quelques herbes 
ôc racines. Ils dormoient aux montagnes en 
des cauernes , & en des huilions: Ôc les femmes 
mefmes alloientàla chalTe auec leurs maris, 
laifîa ns leurs petits en fans attachez aux ra- 
meaux dVn arbre, dans quelque petit pannier 
de ionc, qui fe palToient d'eftre allaittez iufques 
à ce qu'elles retournaient de la chaile. Ils n'a- 
uoient aucuns fuperieurs, & ne recognoiiîoiét, 
îiy n'adoroient aucuns dieux,&n'auoient point 
de coutumes , ny de religion. Ilyaencorau- 
iourd'huy en la neuue Efpagne de cefte forte 
de gens , qm viuent de leur arc & flefehes , hC^ 
quels font fort dommageables: pour autant 
qu'ils Paftemblent par compagnies , pour faire 
quelque mâl,ou vollerie,& n'ont peu les Efpa- 
gnols par force, nyfintfïe, les réduire à quel- 
que police & obeyifance. Car comme ils n ont 
point villes,ny de refidêces , côbattre auec eux_ 
eft proprement^chafler aux beftes fauuages,qui 
Pefcartent , ôc fe cachent aux lieux le.- plus af- 
pres,& coiiuerts de la Sierre. Telle eft la flacon 
de viure encor auîourd'huy en beaucoup de 
Prouinces des Indes, & efttraittc principale- 
ment de cefte forte d'Indiens, aux liures , defre* 
cwandt Jndiomm fklute. Au lieu où il eft dit , qu'ils 
ont de befoing d'eftre contraints ôc aflujeclis 
par quelque force honnefte , ôc qu'il eft neceC 
faire de les enfeigner premieremét à eftre hom- 
mes puis après à eftre Ghreftiçs. L'on veut dire • 




des Indes. Dure P77. _ 31? 

que ceux qu'ils appellent en laneuueEfpagne, 
Ottomies, cftoient de celle forte, iefqueis corn- 
munement font de pauures Indiens hàbitans en 
vne terre afpre & rude , & neantmoins font en 
allez grand nombre, & viuent enfemble , ay ans 
entr'eux quelque police -, & ceux qui les co- 
gnoiflent, ne les trouuent pas moins idoines ÔC 
capables es chofes de la Chreftienté, que les au- 
tres qui font plus opulents , & qtf on tient pour 
mieux poHccz. Venansdonc ànoftrefujet, les 
Chichiraecas & Ottomies qui cftoient les pre- 
miers hàbitans delà neuue Efpagne, d'autant 
qu'ils ne femoient, ny labouraient la terre, laii- 
ferent le meilleur, & le plus fertile de cette con- 
trée fans le peupler ; ce que les nations qui vin- 
drent de dehors occupèrent, Iefqueis ils appel- 
loient Nauatalcas, d'amant que c'eftoit vne na- 
tion plus ciuile, & plus politique, & fignifie ce 
mot, peuple qui parle bien, au refpecT: des au- 
tres nations barbares, & fans raifon. Ces fecôds 
peupleurs Nauatalcas vindrent des autres ter- 
res eiloignees, quigifentversleNort, où l'on a 
maintenant defcouuert vn Royaume, qu'ils ap- 
pell - nt le nouueau Mexique. Il y a en cette con- 
trée deux Prouinces,i'vne appellee Aztlan, qui 
veut dire, lieu de hérons j l'autre Tuculhuacan, 
qui fignifie , terre de ceux qui ont les ayeuls di- 
pins. Les hàbitans de cesProuinces ont leurs 
maifons, leurs terres labourables, dieux, cou- 
ftumes , & cérémonies, auec le mefme ordre & 
police que les Nauatalcas, & font dîuifez en lent 
lignages, ou nations ; & pource qu'il y a vn vfa- 
ge en cette Pcouince, que chacun de ces ligna- 




Hiftoire naturelle 

gesafonlieu, èVfon territoire feparé, lesNa- 
natlacas peignent leur origine de premier terri- 
toire en figure decauerne, & difent qu'ils for- 
tiret de fept cauernes pour venir peupler la ter- 
re de Mexique,dequoy ils font mention en leur 
hiftoire, où ils peignent fept cauetnes , & les 
hommes qui enfortent. Parla fupputationde 
leurs liures il y a plus de 800. ans que ces Nauat> 
laças fortirent de leur pays , qui feroit, le redui- 
fant à noftre conte, l'an de noftre Seigneur 820.I 
Quand ils partirent de leur pays pour venir eni 
Mexique, ils tardèrent 80. ans en chemin , & la 
caufe qu'ils demeurèrent il longtemps en leur 
voyage, fut que leurs dieux (lefquels fens doute 
eftoient diables qui parloient vifiblemétà eux) 
leur auoient perfuadé qu'ils allalTent recherchas 
de nouuelles terres qui euflent de certains n- 
gnes. Ceft pourquoy ils venoient recognoil- 
fans toute la terre, pour rechercher lesfignes 
que leurs idoles leur auoient donné , & es lieux 
qu'ils trouuoient de bonne habitation , ils peu- 
ploient, ôc labouroient la terre , & corne ils de£- 
couuroient toufîours de meilleures contrées, ils 
delaifTbient celles qu'ils auoient ainfi première- 
ment peuplées, y lailTantneantmoins toufîours 
quelques-vns, principalement les vieillards ma- 
lades Se fatiguez, mefmes y plantoient & baftif- 
foient, dont on void encoraujourd'huy des re- 
lies par le chemin qu'ils tindrent, & employè- 
rent 80 . ans en celle façon de cheminer fi à loi- 
fir, ce qu'ils culîent peu faire en vn mois, par cq 
moyen ils entrèrent en la terre de Mexique en 
Tannée de neuf cents deux , félon noftre contCj 



des Indes. Liure VIL 3^ 



Comment les fîx lignages de Nauatlacas f ex- 
pièrent la terre de Mexique* 

Chapitre III. 

E s fept lignages que j'ay dit, ne 
fortirent pas tous enfemble ; les 
premiers furent lesSuchimilcQS, 
quifignifie, gent defemencesde 
„ fleurs. Ceux-là peuplèrent le ri- 
uage du grand lac de Mexique vers le Midy, & 
fondèrent vne Cité de leur nom, & plusieurs 
bourgades. Longtemps après arriuerent ceux 
du fécond lignage , appeliez Chalcas, qui figni- 
fie , gent des bouches , lefqucls fondèrent aufll 
vne autre Cité de leur nom , departans leurs H- 
rnites & territoires auec lesSuchimilcos. Lz$ 
troifefmes furent les Tepanecas, qui fignifîe» 
gent du pont , lefquels peuplèrent le riuage du 
lac versl'Occidenr, & f'accreurent tellement, 
qu'ils appellerent le chef & métropolitaine de 
leur Prouincc, Azçapuzalco , qui vaut autant à 
dire que fourmillrere, & furent vn longtemps 
fort puiiTans. Apres ceux-là vindrent ceux qui 
peuplèrent Tefcuco , qui font ceux de Culhua, 
qui veut dire , gent courbée , pource qu'en leur 
pays il y auoit vne montagne fort recourbée. Ec 
decefte façon fut ce lacenuironné de ces qua- 
tre nations, peuplans ceux-cy l'Orient, Ôc les 
Tepanecas le Nort. Ceux de Tefcuco furent 
çftimez fort courtifans: car leur langue & pra- 




^ ' Hifioire naturelle 
noncîation eft fort douce , & mignarde. Apres 
arriueïent les Tlalluicas, qui figmfie , gen t de la 
Sierre. Ceux-là eftoient ks plus rudes , & grof- 
ïîers de tous; Ôc comme ils trouvèrent toutes les 
plaines occupées au tour du lac iuiqu'aux Sier- 
res,ils pafTerent de l'autre codé de la Sierre, où 
ilstrouuerent vne terre fort fertile, fpacieufe Ôc 
chaude , en laquelle ils fonderont & peuplèrent 
plufieurs grands bourgs, appellans la Metropo| 
litaine de leur Prouïnce, Çkiahunachua, qui eft 
autant à dire que lieu oùionne la voix de l'ai- 
gle, que noftre vulgaire appelle, & par corru- 
ption, Quernauaca-, '& eft cette Prouince celle 
qu'on appelle aujourd'huy le Marquizat. Ceux 
de la fixiefme génération , qui font les Tlalcal- 
fecas^ qui vaut autant à dire que gent de pain^ 
paiferenc la Sierre vers l'Orient, trauerfans ton 
te laSierreMenade, où eft le fameux Vulcan, 
entre Mexique & la Cité des Anges, où ils trou 
lièrent de bon pays , & P y eftendirent bien auât 
plufieurs édifices. Us y fondèrent plufieurs vil- 
les & Citez, dont la Métropolitaine fappellad^T 
leur nom Tlafcala. Celle- cy eft la nation qui fa- 
uorifales Efpagn*>ls à leur entrée, ôc par l'aydel- 
defquels ils gagnèrent ce pays; parquoy iufques' 
aujourd'huy ils ne payent point de tribut, ÔC 
iouyiTent d'vne exemption générale. Lorsque 
routes ces nations peuplèrent cçs pays , les 
Çhinchiraecas anciens habitans ne leur nrenc 
aucune refiftance, miis ils f enfuyoient, ôc com- 
me tous efpouuantez. ils fecachoient au plus; 
couuert des rochers. Maisceux qui habito:ent 
fie l'autre coftéde la Sierre, où les Tlafcaltecas 



: 




1 



des Indes. Liure VIL ji-9 

f habituèrent , ne permirent point ce que le re- 
lie des Chichimecas auoient permis ; au con- 
traire ils femirent endcffenfe pour conferu*r 
leur pays, & comme ilseftoient géants, comme 
raconte leur hitloire, ils voulurent îetter par 
force les derniers venus , m ai* ils furent vaincus 
par la rufe & fineiTe des 1 iafcaltecas , lefquels 
feignirent de faire paix auec eux, puis les conq- 
uièrent en vn grand banquet \ & lors qu'ils 
eftoient occupez à leurs y nrongneries, iiyeut 
des hommes qui auoienreiré mis en crabufclœ 
à celle fin, qui leur defroberent finement leurs 
armes, qui eftoient de grandes mailucs, des ron- 
delles , des efpees de bois , ôc autres telles fortes 
d'armes. Cela fait, ils fe ietterent à i'impourueu 
fur eux, & les Chichimecas fevouîans mettre 
en deffenfe, & ne trouuans point leurs armes, 
f'enfuyrent aux montagnes & foreûs prochai- 
nes , oùmettans la main aux arbres, lesrorn- 
poient & arrachoient, comme fic'euifentefté 
"feuilles de laictuëes. Mais en fin comme les 
Tlafcaltecas alîoient armez, & en ordre, ils dé» 
firent tous les géants, fansenlailfervn feulen 
Vie. Ce qu'on ne doit trouuer eitrange, ny pour 
fable de ces géants : car on y trouue encores au- 
jourd'huy des os d'hommes morts dVne in- 
croyable grandeur. Lors que j'eftois en Mexi- 
que, en l'année quatre vingts &fix, ontrouua 
lj vn de ces géants enterré en vne de nosmeftai- 
lies, que nous appelions Iefus du mont, duquel 
on nous apporta vne dent à voir, laquelle fans 
y adjouiter, eftoitauifi grande que le poignet 
i'vn homme, & félon celle proportion tout ie 




£fi(loire naturelle 

refte lequel ieveis, & m'efmerueillayde ceftè 
difforme grandeur. Les Tlafcalrecas donc par 
cefte vi&oire demeurèrent paifibles, ôc tous les 
autres lignages aufli. Ces fix lignages que j'ay 
dit, conferuerent toujours amitié entr'eux, 
marians leurs enfans les vns auec les autres, ôc 
departans leurs limites paisiblement, puis fe- 
ftudîoient par vne honnefte émulation d'ac- 
croiftre&d'illuftrerleur Republique. Les bar- 
bares Chichimecasvoyans ce qui pallbit, com- 
mencèrent de prendre quelque police, &àfe 
veftir, ayans honte de ce qu'auparauant , & iuf- 
ques alors , ils n'auoient efté honteux, & ayans 
perdu la crainte par la communication de ces 
autres peuples, commencèrent d'apprendre 
d'eux plufieurschofes, ôc faifôient défia leurs 
maifonnettes, ayans quelque police ôc gouuer- 
nement. Ils efleurent auffi des Seigneurs , qu'ils 
recognoifloient pour chefs ôc Supérieurs ; au 
moyen dequoy ils forcirent prefque entière- 
ment de cefte vie beftiale, toutesfois ilsrefï- 
doient toujours aux montagnes, & enlaSierrc 
feparez des autres. Neantmoins ie tiens pour 
certain que cefte crainte eft prouenué des au- 
tres nations ôc Prouinces des Indes, dont les 
premiers furent hommes fauuages, lefquelsne 
viuans que dechalîe, entrèrent, penerrans les 
terres Ôc pays fort afpt es , defcouurans vn nou- 
ueau monde , ôc habitans en iceluy prefque 
comme beftes fauuages, fans toids ôc fansmai- 
fons , fans terres labourables , fans beftial , fans 
Roy, loy, ny Dieu, ny raifon. Du depuis, quel- 
ques autres cherchans de meilleures & nouuek 



■ 



des Jndes. Dure VIL 320 

[es terres, peuplèrent le pays fertile, introdui- 
ts vn ordre politic , & quelque façon de Ré- 
publique , encoses qu'elle fuft fort barbare. Par 
japres ces mefmer hommes , ou d'autres nations 
!qui eurent plus d'entendement Ôc d'induftrie 
que les autres, remployèrent à aiîujettir, & op- 
primer les moins puiiîans, iufques à fonder des 
Royaumes, ôc des grands Empires . Ainfi en ad- 
uint en M exique , au Peru , ôc en quelque en- 
droit, où fetrouuent des Citez, Ôc des Répu- 
bliques fondées parmy ces barbares. Ge qui me 
confirme en mon opinion , laquelle fay ample- 
ment déduite au premier liure, que les pre- 
miers habitansdes Indes Occidentales vindrent 
parterre, de que par confequent toute la terre 
des Indes fe continue auec celle d'Afie, d'Euro- 
pe & d'Afrique, &le nouueau monde auec Je 
vieil, combien que l'onn'ayt encores defeou- 
uert à prefent aucun pays qui touche, &fe joi- 
gne auec les autres mondes, ou que fil y amer 
entre deux, elle elt fi eftroitte, que les beftes fîe- 
res ôc fauuages la peuuent facilement patfer à 
nage, &leshommesendesmefchansbafteaux. 
MaislaûTans cefte Philofophie, retournons à 
noftre hiftoire. 



Hifioire naturelle 




De la/ortie des Mexiquains , de leur chemin^ 
ejr dépeuplement de ceux de Mechouacan\ 

Chapitre IV. 

Rois cents deux ans après que 
lesilx lignages fufdits furent for- 
tis de leur pays pour peupler la 
neuue Efpagne , le pays eftant 
défia fort peuplé , & réduit à 
quelque forme de police, ceux 
delà feptiefme cauerne ou lignée y arriuerent, 
qui eft la nation Mexiquaine, laquelle, comme 
les autres, fortit de laProuince de Aztlan, & 
Teucuîhuacan, nation politique,, cournlane & 
fort belliqueule. Ils adoroient l'idole VitziK- 
putzîi , duquel a efté fait ample mention cy de- 
liant; & le diable qui eftoit en cet idole, parloir,- 
ôc regi(Toit allez facilement cette nation. Cet 
idole donc leur commanda de fortir de leur 
pays , leur promettant qu'il les feroit Princes & 
Seigneurs de toutes les Prouinces qu'a uoient 
peuplé les autres fix nations 3 qu'il leur don n'e- 
roit vne terre fort abondante , beaucoup d or, 
cTargent,de pierres precieufes, de plumes, & dé 
riches mantes i fuiuantquoy ils forment, por— 
tans auec eux leur idole dans vn coffre de jonc, 
qui eftoit porté par quatre des principaux Pre- 
ftres, aufquels ilfecommunîquoit, &leurre- 
ueloit en fecret le fuccez de leur chemin, 8c 
voyage, les aduifant de ce qui leur deuoit ad- 
venir. Il leur donnoit meûnes des loix , & leur 

enfei- 



desfndes. Dure VIL 521 

e nfeignoit les couftumes , cérémonies ôc fa-cri? 
JEces qu'ils deuoient obferuer. Us n'aduâçoient* 
jiyne fe mouuoient aucunement, fansl'aduis 
& commandement de cet idole. Il leurdifoit 
quand ils deuoient cheminer, & quand en quel- 
que lieu ils deuoient f'arrefter, enquoy ilsluy 
Dbeyflbient du tout. La première chofe qu ils 
faifoient, où que ce fuft qu'ils arriuaflenr, eftoic 
i'edifier vne maifon , ou tabernacle , pour leur* 
faux Dieu, quilsdreflbient touliours au milieu 
iu camp, ôc y mettoient l'arche fur vn autel , de 
ta mefme façon qu on en vfe en la fainc~te Eglife 
Chreftienne. Cela fait, ils faifoient leurs fe- 
tnences de pain, Ôc des légumes dont ils vfoienr, 
8c eftoient tant addonnez àl'obeyirancc de leur 
eieu, que fil leur commandoit de recueillir , ils 
recueilloient: mais fil leur commandoit de le- 
uerlecamp, tout demeuroitlà pour femence 
& nourriture cks vieillards, malades, & fati- 
guez, qu'ils alloient laiflfans à tout propos de 
lieu en autre, afin qu'ils peuplaient* pretendans 
par ce moyen que toute la terre demeureroit 
peuplée de leur nation. Cette fortie& pérégri- 
nation des Mexiquains femblera parauenture 
femblable à la fortie d'Egypte, ôc au chemin 
que firent les enfans d'Ifrael, veu que ceux-là 
comme ceux-cy, furent admonneftez de fortir, 
& chercher la terre de promiflion , & les vns & 
les autres portoient pour guide leur Dieu, con- 
fiaient l'arche, ôc luy faifoient tabernacle, ôc 
illesaduifoit, leur donnant desloix ôc des cé- 
rémonies 5 ôc les vns &les autres confomme-. 
rent vnsrand nombre d'années fur ce voyage 
- -- - b : Sf 



;■; 




; 



Hifloire naturelle 
cîe leur terre promife, où Ton recognoift de la 
reflemblance deplufieurs autres choies, en ce 
queleshiftoires des Mexiquains racontent, & 
ce que la diuine Efcriture rapporte des Ifraélites.j 
Et (ans doute c'eftvne choie véritable, quele! 
diable Prince d'orgueil l'eft efforce par les fa 
perditions de cette nation, de contrefaire & en 
fuiure ce que le très-haut & vray Dieu fift auec 
fon peuple: car comme il a efte traittccydcf-| 
fus, Satan a vne eftrange enuie de fe comparer, 
&f'efgaler à Dieu, d'où cétennemy mortel a 
prétendu faulfementvfurper la co m municationp 
& familiarité qu'il luy a pieu auoir auec les 
hommes. S'eft il iamaisveu diable qui conuer- 
faft ainfï auec les hommes, comme ce diable 
Virzilipuztli? L'on peut bien voir quel il eftoit, 
parce que Ton n'a iaraais veu , ny ouy parler de 
couftumesplus fuperftitieufes , ny de f acrifices 
plus cruels , & inhumains, que ceux que ceftuy 
enfeigna aux fîens. En fin elles furent inuentees 
par Fennemy du genre humain. Le chef & capi- 
taine que ceux-cyfuiuoient, auoit nomMexi, 
d'où vint par après le nom de Mexique, &ce- 
luydefa nation Mexiquaine. Ce peuple donc 
cheminant ainfi à loifîr, comme auoient fait les 
fix autres nations, penplans & cultiuans la terre 
en diuers endroits, dont y a encore aujourd'huy 
des apparences 8c ruines , 8c après auoir enduré 
beaucoup de trauaux & de dangers : vindrent en 
fin arriuer en laProuince deMechoacan, qui 
vaut autant à dire , que terre de poi(Ton, pource 
qu'il y en a grande abondance en de beaux &l 
grands lacs, où fe contentans delafituationôç 




i 



des Indes. Liure VU. 322. 

Fraifcheur de la terre, ils T'y voulurent repo- 
ser &arrefter : toutefois ayans confulté km 
Idole fur ce point, &voyans qu'il n'eneftoic 
jpas content, ils luy demandèrent qu'il leur per- 
imift à tout le moins d y lai/fer de leurs hommes 
jqui peuplaiTent vne il bonne terre ; ce qu'il leur 
jiccorda , leur enfeignant le moyen comment ils 
[ieferoient -, qui fut comme les hommes & les 
iremmes ieroient entrez pourfe baigner envn 
lac fort beau, qui f appelloit Pafcuaro, ceux qui 
refteroient en terre, leur defrobafTent tous leurs 
habits, Se incontinent leuatTent le camp, &f'erx 
flairent fans faire aucun bruit. Ce qui fut ainfî 
:ak, & les autres qui nepenfoiert en la trom- 
perie , pour le contentement qu'ils prenoient à 
c baigner, quand ils fortirent, & fe trouuerent 
îefpouillez de leurs habits, & ainfi mocquez Se 
lelaiflTez de leurs compagnons, ils demeurèrent 
brt mal contents, Se indignez de cela ; de forte 
3[ue pour faire demonftrarion de la haine qu'ils 
:onceurentcontr'eux, ils difent qu'ils changè- 
rent de façon de viure , voire de langage. A 
put le moins c'eft vne chofe certaine que tou-< 
jours les Mechoacanes ont efté ennemis des 
Mexiquainsj c'eft pourquoy ils vindrent con- 
gratuler le Marquis de Vallc, après la vidtoire 
îbtenue, quand il gagna Mexique. 

Sfij 




De ce 




Hifîoire naturelle 




arriua en Malwalco> en Tula, é* 
en chapultepec. 

Chapitre V. 



L y a deMexouacquan en Mexique, 
plus de cinquante lieues, ôc fur le che- 
min eftMalinalco, où il leuraduint 
que fe plaignants à leur idole d'vnc 
femme très grande forcieie, quivenoitenleur 
compagnie, portant le nom de fœur de leur 
pieu, poureequ'auee fes m auuais arts elle leur 
faifoit de grands dommages, pretendât par cer- 
tains moyens fe faireadorer d'eux comme leur 
deeiïe i l'idole parla en fonge à l'vn de ces vieil- 
lards qui portoient l'arche, & luy commanda 
que de (a part il confolaft le peuple, leur faifant 
de nouueau de grandes promelTes , & qu'ils laif- 
faflent cette Tienne fœur auec ia famille, comme 
cruelle & mauuaife , en^leuant le camp de nuict 
en grand filence , fans faifler aucune apparence 
par où ils alloient. Ils le rirent ainfî, & la forcie- 
re fe trouuant feule auec fa famille , delahTee de 
la façon, peupla là vne ville qui fut appelle© 
Mahnalco, &leshabitans de laquelle font te- 
nus pour de grands forciers , eïtans yfîus dVne 
tellemere. Les Mexiquains, d'autant qu'ils fe- 
ftoient beaucoup diminuez par ces diuifions, ÔC 
pour le nombre des malades, & gens fatiguez 
qu'ikalloient lailfans, fe voulurent refaire, far- 
reftans en vn lieu appelle Tula, qui fîgnifie, lieu 
de ioncies, Là leur idole leur commanda qu'ils 



des Jndes. Liure Vil. 3x3 

frrettafTent vne grande riuiere, afin quelle fe 
refpandill dedans vne grande plaine, &auecle 
moyen qu'il leur enfeigna, ils enuironnerent 
d'eau vne colline appeileeCoatepec, & en fi- 
rent vn grand lac, lequel ils plantèrent tout à 
Pentour de faulx , d'ormes , lapins , & autres ar- 
bres il commença à Py engendrer beaucoup de 
poifîon, ^f-y venir plufieursoyfeaux; delorte 
qu'il f'jKfîft vn lieu délicieux. C'eftpourquoy 
1 affiette de ce lieu leur femblant affez agréable, 
& eftans laflTez de tant cheminer, plufîeurs par- 
lèrent de peupler là , & ne palfer plus outre ; de- 
quoy le diable fe fafcha fort, ôcmenaifantles 
Preftres de mort, leur commanda qu'ils remif- 
fent la riuiere à fon cours, & leur dift qu'il don- 
nèrent cette nuict le chaftiement à ceux qui 
auoient efté defobeyiîàns, tel qu'ils le meri- 
toient. Or comme lemal-faire eftfî propre au 
diable, & que la ïuftice diuine permet bien fou- 
uent que ceux-là foient mis entre les mains d'vn 
tel bourreau, quilechoififlent pour leur Dieu: 
ilarriua que fur laminuict ils ouyrent en cer- 
tain endroit du camp, vn grand bruit, & au ma- 
tin allans celle part , ils trouuerent morts ceux 
qui auoient parlé de demeurer là, La façon 
comme ils auoient efté occis 5 fut, qu'on leur 
auoit ouuertl'eftomach, &enauoit-ontiré!e 
cceur. Et de làcebonDieu enfeigna à cespau- 
lires malheureux les façons des facri fi ces qui 
luy plaifoient, qui eftoit en ouurant l'eftomach 
& leur tirer le cœu^ainfi qu'ils l'ont depuis pra- 
tiqué en leurs horribles facrifices. Ayànsveu 
ce chaftiment ainfi fait, Ôc que la campagne 

Sf ui 



Hifloire naturelle 

f eftoit dcfechee,à caufe que le lac f'eftoit vuidé*, 
ils confulterent leur Dieu de fa volonté, lequel | 
leur commanda de pafler outre, ce qu'ils firent, | 
Se peu à peu aduancerent, iufques à arriuerà ! 
Chapultepec, à vne lieiie de Mexique , lieu ce- ! 
îebre pour fa récréation & fraifeheur. Us fe for- 1 
tifîerent en ces montagnes pour crainte des na- ' 
tîons qui habitoient cède contrée, lefquellesj 
leur efloient toutes contraires , principalement { 
d'autant qu vn nommé Copil , fils de cefte for- 
ciere laiflee en Malinalco , auoit blafm é, & mal 
parlé des Mexiquains : car ce Copil, par le com- 
mandement de fa mère, quelque temps après 
vint à la fuitte des Mexiquains, &f efforça d'in» 
citer contr'eux les Tapanecas , & les autres cir- 
conuoifins, iufques aux Chalcas $ de forte qu'ils 
vindrent en main armée pour deftruire les Me- 
xiquains. Le Copil cependant fe mit en vne 
colline qui eft au milieu du lac, appelleeAco- 
pilco, attendant la deftru&ion defesennemisj 
ôc eux par l'aduisde leur idole, allèrent contre 
îuy, & Le prenans au defpourueu, le tuèrent, ôc 
en apportèrent le cœur à leur Dieu, lequel com- 
manda qu'on le iettaft au lac. Et feignent que de 
là f'eft engendrée vne plante appelleeTunal, où 
du depuis fut fondée Mexique. Ils vindrent aux 
mains auec les Chalcas, & autres nations, ôc 
auoient les Mexiquains efleu pour leur Capitai- 
ne vn vaillant homme appelle Vitzilonilti , qui 
en vne charge fut pris, ôc tué par les ennemis: 
mais pour cela les Mexiquains ne perdirent pas 
courage, ains combatans valeureufement, maU 
gré leurs ennemis rompirent leurs efcadrons,& 



(i 

des Indes. Dure VIL 3*4 
nenans au. milieu & corps de la bataille, les 
irieillards, femmes, & petits enfans,pa{Terent 
autre iufques à Atlaçuyauaya, ville des Cul- 
auas, lefquels ils trouuerent folemnifans vnc 
ferle, auquel lieuilsfe fortifièrent. Les Chal- 
cas, ny les autres nations nelesfuiuirentplus, 
mais eftans defpitez de fe voir deffaits par yn il 
petit nombre de gens , eux qui eftoient en Ci 
grande multitude , fe retirèrent en leurs villes. 



J)e la guerre que les Mexiqiïahs eurent contre 
ceux de Culhuacan, 

Chapitre VI. 

E s Mexiquains, par le confeil de 
l'idole, enuoyerent leurs mefla- 
^ gers au Seigneur de Culhuacan, 
* luydemandansvn lieu pour habi- 
ter, lequel après en auoir commu» 



nique auec les fiens , leur accorda le lieu de Ti- 
çaapan, qui fignifie, eaux blanches, en inten- 
tion qu'ils le pcrdiffcnt , & y moururent tous, 
pour autant qu'il y auoit en ce lieu yn grand 
nombre de vipères, decouleuures, $cd autres 
animaux venimeux qui f'engendroient en vne 
colline quieftoit proche de là. Mais eux eftans 
perfuadez, & enfeignez de Feur diable, receu- 
rent de fort bonne volonté ce qui leur fut of- 
fert, &addoucirent par art diabolique tous ces 
animaux , fans qu'ils leur fiflent aucun domma- 
ge, voire les conuertirent en viande, & en rnar^ 

;-_"" s r iiij 



w, 



Hifloire naturelle 

geoienta leur contentement, de appétit. Ce; 
que voyant le Seigneur de Culhuacan , & qu ils! 
auoient femé&cultiué la terre, ilferefolutdej 
îesreceuoir en fa Cité , & de contracter amitié j 
aueceux. Mais le DÎeu que les Mexiquains ado-t 
roient (comme ilaaccouftumé de ne faire au- 
cun bien, finon pour en tirer du mal) dift àfesj 
Preftresque cen'eftoit pas là le lieu où il vou- 
îoit qu ils demeuraient , & qu'ils en deuoient 
fortir en faifant la guerre. Ceft pourquoy ils 
deuoient chercher vne femme, qu'ils nomme- 
roient ladeetrededifçorde, & pourtant ils ad r 
uiferent d'enuoyer demander au Roy de Cul- 
huacan , fa fille , pour eftre la Royne des Mexi- 
quains, & mère de leur Dieu, lequel receut vo- 
lontiers cefte ambaïTade , & incontinent leur 
cnuôya fa fille bien ornee& bien accompagnée, 
la mefme nuict qu'elle arriua, par l'ordonnance 
de l'homicide qu'ils adoroient , ils la tuèrent, 
cruellement. Et après l'auôir efeorchee fore 
proprement, comme ils fçauent faire, ils en ve- 
ftirentde la peau vn ieune homme , qu'ils cou- 
urirent par delfus des habillements d'elle \ & de 
cefte façon le poferent auprès de l'idole , le de- 
dianspour deefle &mcrcdeleur Dieu, & tou- 
iiouts depuis l'adorèrent, en faifans vn idole 
qu'ils appelloient Toccy , qui veut dire , noftre 
ayeule. Non contens de cefte cruauté , ils inui- 
terent malicieufement le Roy de Culhuacan, 
père de la ieune fille, de venir adorer fa fille, 
qui eftoit défia confacree deefTe , lequel venant 
auec de grands prefens,& bien accompagné des 
QenSj fut mené envnechappellefortobfcure, 



' 



âesjnâes. Dure VU. 31/ 

j*ùeitoitleuridole,afin qu'il offcift facrificeà fa 
! fille qui eîtoit en ce lieu/Mais il arriua que 1 en- 
cens qui eftoic en vn brader, & fouyer , f don 
I leur couftume , s'allumajde forte que par celte 
clarté,il recongneut le poil de Ta fille , & ayant 
parce moyen defcouuerc la cruauté, & la trom- 
perie, fortit delà,s'efcriant hautement, puis 
auec tous fes gens frappa furieufement furies 
Mexiquains 5 iufques à les faire retirer au ^tel- 
lement que peu s en fallut qu'ils ne s'y noyai- 
fent. Les Mexiquains fe deffendoient , îettans 
certaines dardiiies, dot ils fe feruoiet à la guer- 
re, defquelsils ofFenfoient beaucoup leurs en- 
nemis/Mais en fin ils gagnèrent terre, & délai f- 
fensce lieu la,s'en allèrent coftoyans de lac, fort 
karàflez &