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This book may be kept out TWO WEEKS
ONLY, and is subject to a fine of FIVE
CENTS a day thereafter. It is due on the
day indicated below:
HISTOIRE NATURELLE
DU DÉPARTEMENT
DES PYRÉNÉES-ORIENTALES.
HISTOIRE *
NATURELLE
S'*? Si / iS/^/4>£*^
DU DÉPARTEMENT '^ycSsj
?
DES PYRÉNÉES-ORIENTALES,
Par le Docteur LOUIS COMPANYO,
Créateur et Conservateur du Muséum d'Histoire Naturelle de la ville de Perpiguan ,
Ancien Officier de Santé des Armées, Chirurgien de la première ambulance
légère du grand quartier -général impérial, Membre de la Société
Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales,
et de plusieurs antres sociétés savantes
TOME PREMIER.
PERPIGNAN.
IMPRIMERIE DE J.-B. ALZINE,
Rue des Trois-Rois , \.
1S61.
*" .y
AU CONSEIL GENERAL
DU DÉPARTEMENT DES PYRÉNÉES-ORIENTALES,
ET
AU CONSEIL MUNICIPAL DE LA VILLE
DE PERPIGNAN,
QUI ONT BIEN VOULU VOTER LES PREMIERS FONDS NÉCESSAIRES
A L'IMPRESSION DE CET OUVRAGE;
A MONSIEUR LE PRÉFET
ET
A MONSIEUR LE MAIRE,
POUR LEUR BIENVEILLANTE INITIATIVE DANS CET ACTE
DE MUNIFICENCE,
^cHHitaae t)e inojouî) tedvecl et De
Mua-té ia'0nnai«*aitc<r,
L. COMPANVO.
PRÉFACE.
Nous avons publié , à diverses époques , dans des
revues scientifiques, plusieurs mémoires sur l'histoire
naturelle du département des Pyrénées -Orientales.
La bienveillance avec laquelle les naturalistes les ont
accueillis, et les conseils de quelques personnes éclai-
rées, nous ont déterminé à compléter ces travaux
partiels, à les coordonner avec d'autres, et à com-
poser ainsi, par leur réunion, l'histoire des trois
règnes de notre contrée.
Naturellement disposé à ne pas trop présumer de nos
forces, et à nous tenir en garde contre les jugements
favorables de nos amis, ce n'est pas sans avoir hésité
que nous avons mis la main à cette grande œuvre.
Mais, après des années de recherches, d'observations
et de soins, nous nous sommes trouvé devant un
VIII PRÉFACE.
horizon qui semblait s'étendre à mesure que nous
avancions: tant il est vrai que l'entreprise où nous
nous étions engagé, est complexe, grandiose et diffi-
cile à mener à bonne fin ! Toutefois, loin de nous
décourager, nous n'avons pas cessé, entraîné par
notre goût de l'étude de la nature, d'embrasser un
sujet qui n'avait pas encore trouvé d'interprète dans
le département.
Maintenant, arrivé au terme de notre carrière, à
cette époque de la vie où les facultés physiques et
morales se ressentent du poids des années, devions-
nous laisser enfouis dans l'oubli les fruits de tant de
veilles, de quarante années d'études et de travaux
assidus?... Nous osons espérer qu'on nous saura
gré de les avoir fait connaître : heureux, si notre
ouvrage peut être utile à ceux qui s'occupent d'his-
toire naturelle, et offrir une lecture intéressante à
nos concitoyens.
Nous avons commencé un édifice départemental;
nous avons recueilli de nombreux matériaux pour
sa construction ; d'autres, après nous, y ajouteront
successivement de nouvelles assises, et auront ainsi
contribué à doter, un jour, notre pays d'un véritable
monument scientifique.
PRÉFACE. IX
L'histoire naturelle, a dit Draparnaud, n'est pas
une science que l'on puisse aimer froidement. Elle
inspire «à ceux qui la cultivent le plus ardent enthou-
siasme. Jamais ses sectateurs ne lui devinrent infi-
dèles. Elle charme notre vieillesse, comme elle fit les
délices de nos premières années; et l'existence n'est
rien auprès des vives jouissances qu'elle procure. En
effet, cette science aimable attire à elle par un charme
invincible, surtout quand on est placé, comme nous,
au milieu d'un département que l'on peut classer au
nombre des plus riches pays de l'Europe, pour les
produits naturels, et que les plus illustres botanistes
désignent sous le nom de Jardin de la France!
La Flore de notre département, est, sans contredit,
une des plus belles; mais elle ne mérite pas seule
d'attirer l'attention des savants. Car, si nous passons
en revue les divers règnes de la nature, nous recon-
naîtrons que nos montagnes renferment un grand
nombre de minerais variés, abondants; et, si toutes
nos richesses souterraines étaient exploitées avec in-
telligence et habileté, on verrait des merveilles surgir
d'un sol qui semble nous dire : fouillez, prenez et
enrichissez-vous.
Voici encore un autre vaste domaine : la Géologie
X PRÉFACE.
et la Paléontologie présentent aux investigateurs de
quoi satisfaire leur euriosité. Les nombreux ossements
d'animaux d'un autre âge, et les débris coquilliers
qu'on rencontre enfouis dans l'argile de nos plaines,
dans les flancs de nos collines, dans les profondeurs
de nos cavernes, offrent à leurs méditations, avec les
marques des cataclysmes qui ont bouleversé notre
contrée pour la constituer telle que nous la voyons
aujourd'hui, un spectacle saisissant qui remplit l'àme
d'étonnement et d'admiration. Le puissant intérêt
qu'inspire la Géologie, dit M. Charles d'Orbigny, dans
son excellent traité de Géologie appliquée aux arts,
aux mines et à l'agriculture, ne vient plus, comme
autrefois, du besoin de satisfaire une vaine et stérile
curiosité. Grâce à ses progrès récents, cette science
est devenue indispensable à la société actuelle, qui,
chaque jour, demande de nouvelles ressources maté-
rielles pour combler des besoins nouveaux. En effet,
à la, seule inspection du sol , la Géologie nous fait
connaître les richesses qu'il recèle à des profondeurs
diverses, richesses qui sont la clef de voûte de l'in-
dustrie. La Géologie apprend aussi à l'agriculture, que
le succès de ses opérations ne dépend pas toujours de
la profusion des engrais, de la perfection des labours.
PRÉFACE. XI
ou des circonstances météorologiques plus ou inoins
favorables; mais qu'il peut dépendre aussi de la na-
ture minérale du lorrain cultivé, et que ce terrain ne
devient souvent fécond que par des amendements ou
par des mélanges, dont les éléments sont presque
toujours ou à coté ou au-dessous du sol rebelle.
Si nous passons maintenant à l'examen des êtres
organisés, nous venons, au milieu d'une végétation
luxuriante, une telle profusion de plantes rares et
utiles, que leur nombre étonne ceux-là mêmes qui en
font une étude spéciale. Notre herbier atteste la vérité
de ce que nous avançons: tous les botanistes qui l'ont
feuilleté, l'ont examiné avec le plus vif intérêt, l'ont
admiré, et, nous oserons presque dire, nous l'on!
envié.
Le règne animal, par sa richesse, sa variété, ne le
cède en rien aux deux autres règnes ; car sur quatre-
vingts espèces de mammifères qui vivent en Europe,
soixante-sept appartiennent à la France, et notre
département en possède, à lui seul, soixante-trois
espèces et plusieurs variétés.
Sur quinze ordres d'oiseaux (classification de Tem-
mink), divisés en quatre-vingt-dix genres, et quatre
cent trente-hud espèces trouvées en Europe, trois
XII PRÉFACE.
cent trente-huit espèces et plusieurs variétés ont été
recueillies dans notre pays.
On connaît, en Europe, vingt -quatre genres de
mollusques terrestres et fïuviatiles : vingt-trois genres
appartiennent à notre département, et, dans ces
genres, on compte cent quinze espèces et plusieurs
variétés.
Enfin, les insectes s'y rencontrent par tribus innom-
brables, et de régions très-opposées. Tous les ans,
quelque nouveau sujet, observé dans nos contrées,
vient grossir la somme des richesses de la Faune du
département. Aussi, quand nous avons dit qu'il était
un de ceux qui ont été le plus favorisés par la nature,
et le mieux partagés dans la distribution des êtres,
objet de l'histoire naturelle, nous croyons n'avoir
rien avancé d'exagéré.
Après cet exposé sommaire, et dont nous garan-
tissons l'exactitude, nous allons entrer dans quelques
détails, qui prouveront encore mieux la vérité de nos
assertions. Nous allons citer quelques individus rares
dans les trois règnes.
Nous signalerons d'abord , parmi les mammifères,
la Genctte de Perpignan. Les caractères peu connus de
cpt animal, fixèrent l'attention de M„Cuvier. 11 nous
PRÉFACE. XIII
exprima le désir de posséder quelques sujets en vie,
pour les comparer à ceux qu'il venait de recevoir du
Cap de Bonne-Espérance, de l'Inde, de Sumatra et de
Java. Un tel désir équivalait, pour nous, à un ordre;
nous nous empressâmes d'y répondre.
Après la Genette, nous parlerons de la Marte du
Capcir, dont on ne soupçonnait pas l'existence dans
notre contrée. On la confondait avec des animaux de
la même famille , faute de connaître certains carac-
tères distinctifs que nous découvrîmes, et dont nous
rendîmes compte à M. Cuvier. Il s'empressa de nous
demander la dépouille entière de cet animal, pour
vérifier les caractères, qui lui étaient inconnus.
Le Lynx vit en Capcir : avant nous, on ne le comp-
tait pas au nombre des hôtes de nos forêts. La présence
de cet animal dans nos montagnes, n'échappa point à
l'attention de notre grand naturaliste. Les Loirs et
les Lérots, aux mœurs peu connues, furent l'objet
d'une correspondance suivie entre M. Cuvier et nous :
il n'avait jamais vu ces animaux vivants; il désirait
en posséder quelques-uns pour contrôler les descrip-
tions que nous lui en avions faites.
Enfin , le Desman , grande espèce de Musaraigne ,
animal très-rare, auquel Geoffroy a donné le nom de
XIV PREFACE.
Miyale pyrenaïca (Desman des PyrénéesV, vil à Sainl-
Laurent-de-Cerdans.
Passons en revue les familles d'un ordre inférieur.
Nous signalerons, parmi les insectes coléoptères : la
Zigia oblonga, qu'on n'avait trouvée jusqu'ici qu'en
Egypte, et qui fut découverte par M. Mouchous, vers
1 822, à Perpignan ; nous citerons le Caraùus rulilans,
que nous avons découvert sur nos montagnes, en 1818;
le Punctato auratus, en 1823 ; le Splendens, en 1820,
au bois de Flagells; le Melancholicus ou Costatus,
originaire des Asturies , découvert, en 1820, en
Gerdagne, seule localité de France où il vit; enlin,
le Cebrio Xanthomerus : l'existence de la femelle de
cet insecte dans nos climats, resta longtemps à l'état
de problème. M. Farines en trouva une, mais morte,
dans une flaque d'eau, après un orage. Dès ce moment,
les entomologistes conçurent l'espoir de la trouver
vivante ; en effet , on en fit bientôt la découverte sur
les glacis de la promenade des Platanes de Perpignan.
Les infructueuses recherches faites jusque-là tenaient
aux mœurs de l'animal, qui reste constamment enfoui
dans la terre, tandis que le mâle voltige dans les airs.
Ne passons pas sous silence le parasite des four-
mis, Pmtssus Favieri, originaire de l'Orient, découvert
l'ISKFACI.. M
en 1860, dans les environs de Collioure, par Messieurs
Poiizau (comniandanL la place) et Delarouzé; ce der-
nier, jeune naturaliste, du plus grand mérite, donl
nous regrettons la perte récente.
En Botanique, les citations seraient nombreuses,
et dépasseraient les limites d'une préface, si nous ,
voulions seulement énumérer les plantes raies qui
croissent sur le sol du Roussillon. Nous nous conten-
terons d'appeler l'attention des lecteurs sur les noms
de quelques sujets rares. Nous placerons en première
ligne : YErinacea pungens , plante découverte sur la
montagne du Bac ciel F cm, près de Costujes, par
notre savant et modeste Xatart. Après celle-là, nous
citerons le Litliospermum oleœfolkim, autre plante
dont nous devons la découverte au même botaniste :
il la trouva sur les rochers de l'ermitage de Sanl-
Anyol. Coder fit connaître YAlyssum pyrenaicum,
dont il ne reste peut-être qu'un seul pied au monde,
sur le rocher surplombant de la Font de Camps, tant
ce végétal a été recherché par tous les botanistes qui
ont exploré notre pays. N'oublions pas le Phray mites
yigantea de Gay, la plus belle graminée d'Europe;
elle ne vit que dans la fontaine Est ramer, dans le
territoire de Salses.
XVI PRÉFACE.
Nous sentons qu'il est temps de mettre un terme à
nos citations ; elles suggèrent naturellement la réflexion
suivante : A quoi devons-nous attribuer cette grande
richesse naturelle? A l'heureuse position géographique
de notre département, qui, entouré et couvert, en
, partie, de hautes montagnes, sillonné de nombreuses
vallées, placé sous les influences du froid, de la cha-
leur, de l'humidité et du voisinage de la mer, a dû ,
nécessairement, attirer sur son territoire une multi-
tude d'animaux, et donner naissance à des produits
de toutes les latitudes.
Il nous reste maintenant à exposer le plan de l'ou-
vrage, et à faire connaître les moyens qui ont été à
notre portée pour traiter convenablement un aussi
vaste sujet. Notre but principal a été de révéler les
richesses variées d'un département peu connu, parce
qu'il est isolé dans un coin de la France.
Nous avons divisé notre Histoire en quatre parties.
La première, composée de sept chapitres, est consa-
crée à la description des vallées : c'est un voyage
pittoresque à travers le département, dans le but de
familiariser le naturaliste avec les lieux qu'il devra
parcourir. Dans ce voyage, nous faisons connaître les
terrains qu'habitent les plantes et les animaux; nous
PRÉFACE. XVII
indiquons les localités où gisent les minerais; nous
signalons aussi les sites remarquables, les grottes, les
eaux minérales, les altitudes des montagnes; nous
rappelons les événements historiques et les traditions
populaires. Nous nous sommes appliqué surtout à
taire des descriptions exactes; et toutes les fois que
nous avons trouvé dans un auteur une peinture fidèle,
nous l'avons reproduite, à l'exclusion de la nôtre. A
quoi bon traiter de nouveau un sujet qui, décrit par
une plume habile, ne laissait plus rien à désirer?
Dans la seconde partie, nous nous occupons du
règne minéral. Elle est divisée en trois chapitres, com-
prenant la Géologie, la Minéralogie et la Paléontologie
du département. Cette partie de notre ouvrage, nous
en faisons l'aveu, est la moins complète. Nous espérions
nous munir d'assez de matériaux pour ne pas laisser
inachevée cette partie de l'édifice; mais les années
impitoyables nous enlèvent et le temps et les forces
nécessaires à notre dessein. Nous léguons donc au
patriotisme des jeunes gens de talent qui viendront
après nous, la tâche de compléter ce travail. C'est
une gloire que nous leur abandonnons sans regret.
Ils trouveront dans nos trois chapitres, des documents
nombreux et inédits, qui fixeront leur attention sur des
TOllfc t. b
XVIII PRÉFACE.
matières aussi intéressantes qu'utiles. Le Roussillon
veut être connu; il se recommande au savoir de nos
jeunes générations : elles entendront sa voix.
La troisième partie comprend le règne végétal : elle
est divisée en six chapitres , et traite de la Flore des
Pyrénées-Orientales, du Llaurenti et de l'île Sainte-
Lucie. Nous nous flattons de n'avoir rien négligé pour
rendre cette branche de l'Histoire naturelle aussi com-
plète que possible. Nous avons énuméré fidèlement
toutes les plantes recueillies jusqu'ici dans notre
contrée. Autant qu'il nous a été permis de le faire,
nous avons placé à côté du nom scientifique de la
plante, le nom catalan, idiome du pays. Nous indi-
quons, enfin, les vertus médicales de ces mêmes
plantes, et leur utilité dans les arts industriels et
agricoles. Nous avons suivi, pour la classification, le
système adopté par MM. Grenier et Godron dans leur
Flore de France.
La quatrième partie est consacrée au règne animal.
Elle se compose de sept chapitres : le premier com-
prend les mammifères; le deuxième, les vertébrés
ovipares ou oiseaux; le troisième, les reptiles; le
quatrième, les poissons; le cinquième, les mollusques
terrestres et d'eau douce; le sixième, les insectes
PRÉFACE. XIX
coléoptères; enfin, le septième, les lépidoptères ou
papillons.
Nous avons suivi , pour les mammifères , la classi-
tuation de Guvier; pour les oiseaux, celle de Tem-
minck; pour les reptiles et les poissons, celle de Cuvier;
pour les mollusques, celle de Dupuy (l'abbé); pour
les coléoptères, celle de Déjean; et, enfin, pour les
lépidoptères, celle de Godart.
Pour rassurer le lecteur sur la vérité des observa-
tions et les expériences laites sur les divers points que
nous avons parcourus, nous lui dirons qu'elles ont été
toutes vérifiées et contrôlées par de nombreux natu-
ralistes, qui ont eux-mêmes visité ces lieux. Si l'ou-
vrage que nous livrons à la publicité, a quelque mérite,
il le doit principalement à ce travail consciencieux de
sévère vérification que des personnes compétentes ont
bien voulu nous communiquer. Nous sommes heureux
de leur payer le tribut de notre reconnaissance, en citant
leurs noms; nous saisissons cette occasion avec bon-
heur.
M. Ganta, aîné, dont nous regrettons la perte, a
visité avec nous la plus grande partie de nos vallées;
nous devons beaucoup à ses judicieuses observa-
tions.
XX PRÉFACE.
M. Aleron n'a eu rien de caché pour nous. Cet explo-
rateur infatigable, a fouillé tous les recoins du dépar-
tement, et s'est fait un plaisir de nous communiquer
le résultat des précieuses découvertes qu'il a faites.
Feu Garlier, médecin-militaire, botaniste de mérite,
chargé du service de l'hôpital militaire de Mont-Louis,
a exploré les riches vallées de cette contrée. Il a mis à
notre disposition le fruit de ses investigations. Dans
une excursion qu'il fit, en compagnie de M. Endress,
dans la belle vallée de Llo, il eut le bonheur de décou-
vrir la Saxifraga luteo-purpurea, sur le roc escarpé
de Saint-Féliu. La mort l'a trop tôt enlevé à la science
et à notre amitié.
M. le chef de bataillon Golson a droit aussi à nos
plus vifs regrets ; c'était un de ces hommes rares qui
aiment la science pour la science. Les exigences du
service l'avaient conduit, à diverses reprises, sur
divers points intéressants de notre département. Rien
n'avait échappé à son regard scrutateur. Il avait fait
d'importantes collections; il nous les communiqua,
avec cette bonté qui lui était naturelle , et que l'on
retrouve toujours dans l'homme de talent.
M. le docteur Reboud , médecin militaire , attaché
à l'hôpital de Mont-Louis, nous a fait pari de ses
préface; xxi
recherches. La Cerdagne et le Capcir lurent explorés
avec soin par ce zélé botaniste. Accompagné de
M. l'abbé Guinand, il découvrit sur les plateaux du
(ladite et dans l'Etang Llarg (étang long), la Subularia
aqmtica de Linnée : cette plante n'était connue encore
qu'en Norwégc.
M. le docteur Penchinat, nous a communiqué les
plantes rares des vallées de Collioure, Port-Vendres
el Banyuls-sur-Mcr. Ce zélé naturaliste connaît par-
faitement la More de ces contrées que son état l'oblige
à parcourir en toute saison : c'est toujours avec
bonté, qu'il communique à ses collègues le fruit de
ses intéressantes recherches.
M. le capitaine Michel, avait récolté de belles
coquilles sur les bancs de nos terrains tertiaires,
ainsi que des mollusques terrestres et d'eau douce :
il se fit un vrai plaisir de nous faire part, et de ses
découvertes et de ses observations.
M. Michaud , auquel la science est redevable de
nombreux travaux très-estimés, nous a aussi apporté
son tribut.
M. Farines, pharmacien et naturaliste, avait fait
de belles collections. Il est à regretter qu'une exploi-
tation agricole le détourne un peu do l'étude des
XXII PRÉFACE.
sciences naturelles ; il s'y était adonné avec ardeur,
et avait publié des travaux fort intéressants que nous
avons mis à profit.
M. le docteur Paul Massot nous a communiqué
d'excellentes observations sur les mollusques terres-
tres et d'eau douce , ainsi que sur les fossiles des
terrains tertiaires de nos bancs.
M. Mouchous, toujours dévoué, quand il s'agit de
sciences, a porté aussi son tribut à l'œuvre. Il nous
a aidé de ses conseils ; il s'est chargé des recherches
à faire dans les divers ouvrages indispensables à
consulter pour les nombreuses matières que nous
avions à traiter ; et cette tache pénible , il s'en est
acquitté avec le zèle et le dévouement qu'inspirent
toujours l'intérêt du progrès et la gloire du pays,
quand il est question de faire connaître toutes les
productions qu'il renferme.
M. Alart, notre jeune et savant archéologue, a
droit aussi à nos remerciements; qu'il les accepte
pour la bonté qu'il a eue de rectifier quelques dates
et de détruire quelques erreurs chronologiques que
nous aurions pu laisser glisser dans notre œuvre.
On voit que le concours des hommes instruits ne
nous a pas fait défaut.
PRÉFACE. XXIII
Le Maire de Perpignan, M. Jouy-d' Arnaud, ancien
député, chevalier de la Légion-d'Honneur et de Saint-
Grégoire-le-Grand, toujours jaloux d'accueillir tout ce
qui peut rehausser l'éclat de son administrations, s'est
empressé de mettre notre ouvrage sous le patronage
de la ville.
Dans un rapport remarquable, et très-tlatteur pour
nous, M. Bach, colonel d'artillerie, a donné une
nouvelle preuve de L'intérêt qu'il porte au progrès
des sciences dans le département, en recommandant
avec chaleur notre Histoire naturelle à la sollicitude
éclairée du Conseil Général.
Enfin , les représentants du département et de la
cité ont rivalisé dans cette circonstance de patrio-
tisme et de bienveillance, en votant les premiers
fonds nécessaires à l'impression de notre ouvrage.
Pourquoi , nous demandera-t-on , ce vif intérêt
porté à notre travail? Ne serait-ce pas de la part de
tant de personnes éminentes par leur position ou par
la science, un effet de complaisance pour l'auteur?
Telle n'est pas notre pensée. Il fut un temps où
l'Histoire naturelle était regardée comme le passe-
temps des hommes oisifs ; ce temps est loin de nous ;
l'utilité de cette science n'est plus mise en question
XXIV PRÉFACE.
aujourd'hui : elle est le plus puissant auxiliaire des
arts industriels et agricoles. La génération présente
et les générations futures, peuvent en retirer les plus
grands avantages. Voilà la cause, voilà le motif de c< j
concours que nous avons eu le bonheur de rencon-
trer dans notre laborieuse entreprise. Puissions-nous
avoir dignement répondu à tant de bienveillance !
ALTITUDE DES VALLÉES. XXV
ALTITUDE DES VALLÉES.
CHAPITRE PREMIER.
Vallée de la Tet.
Mètres.
Sainte-Marie-la-Mer i
Perpignan (la moyenne) 30
Le Vernet (au terme austral) banlieue de Perpignan. . . . 31
Força-Real 307
Prades 385
Villefranche 413
Vernet-les-Bains 620
Saint-Martin du Canigou 1 .055
Mont Canigou (Pic Nord) 2.780
Pic Est ou de Bâtera 2. 150
Pic Sud ou de Tretse-Vents 2.160
Pic Ouest ou de la Comalada 2.176
Pla-Guillem 2.000
Olette 613
Thermes des Graus d'Olette 690
Mont-Louis 1.514
Col de la Perche 1 .577
Cambres-d'Aze 2.750
Marais de la Grande-Bouillouse 1.988
Puig Péric 2.825
Puig Carlite 2.950
Source de la Tet 2.325
XXVI ALTITUDE DE* VALLÉES.
Mètres.
Étang Llarg de Carlite 2.160
Col de la Madone (vallée de Carença) 2.478
Coma dels Gorgs, idem 2.870
Coll del Prat, idem 2.844
Coll del Gegant, idem 2.883
Coll de las Nou-Fonts, idem 2.900
CHAPITRE II.
Vallée du Sègre ou de la Cerdagne.
Saillagouse 1 .310
Bourg-Madame 1 .054
Puycerda 1 .120
Tour-de-Carol 1.264
Village de Porté 1 .640
Col de Puig-Morens 1.937
Grand Étang de la Noux 2.194
Sommet de la vallée d'Eyne 2.780
Puig-Mal (de la vallée de Llo) 2.908
Pic de Finestrelles, idem 2.790
CHAPITRE III.
Vallée de l'Aude ou Capcir.
Montagne de Madrés 2.450
Col d'Ares 1.521
CHAPITRE IV.
Vallée du Tech ou Vallespir.
Avant de parler des altitudes de la vallée du Tech,
nous devons signaler celles du littoral jusqu'à la frontière
d'Espagne et la chaîne des Albères,
ALTITUDE DES VALLEES. \\VII
Mètres
Entrée de Port-Vendres 29
Chemin de Collionre à Port-Vendres. . , 43
Sommet du phare du Cap Biar 216
Banyuls-sur-Mer 29
Cap Cerbère 208
Puig-Joan, près le Cap Cerbère 458
La Tour de Madaloc ou Tour du Diable 669
La Tour de la Massane 811
^Soive-Dume-del-Castell 571
Le Col Fourcat 959
Sant-Cristau 1 .001
Roc dels Très Termes (des Trois Limites). 1 .150
Puig-Neulos (Neigeux) 1 .259
Elne 36
Boulou 84
Saint-Martin-de-FénoIlar 90
Maurellas 1 30
L'Écluse-Haute 230
Le Perthus 290
Citadelle de Bellegarde 450
Les Illes 476
Le Boularic, montagne qui domine Céret 1.450
Ras Mouché , idem 1 .442
Céret 1 70
Pont de Céret 120
Arles-sur-Tech 277
Cortsavy 552
Tour de Batèra 1 .475
Prats-de-Mollô 737
La Preste 1 .000
Sources du Tech 1.760
Esquerdes de Roja 1.811
Qosta-BonQ 2. 4B|
XXVIII ALTITUDE DES VALLEES.
CHAPITRE V.
Vallée de l'Agly ou Corbières.
Mètres.
Saint-Laurent-de-la-Salanque 4
Salses 10
Rivesaltes 13
Au moulin d'Espira 28
Peyrestortes 38
Ermitage de Notre-Dame-de-Pena 197
Tour de Tautavel 511
Au Roc Traucade 330
A Sant-Beat 502
Château de Quéribus 982
Chaîne des Corbières au plateau de Saint-Paul 996
La plus élevée 1.015
Elle se continue à diverses élévations de 844 — 900
Au pic de Bugarach 1.231
Source de l'Agly, au pied oriental du pic de Bugarach. , 1.021
Ermitage de Saint-Antoine-de-Galamus 390
Saint-Paul-de-Fenouillet 245
A la ferme de Malabrac 684
Au plus haut escarpement de la forêt des Fanges 1.044
Au Tue du Fouret 951 — 992
A l'Esquerde 480
A Saint-Pierre et Ayçjua-Bona 649
A Puy-Llorens 703
Col de la Marguerite du bois de Salvanère 1 .236
CHAPITRE VI.
Vallée du Réart ou des Aspres.
Alénya 4
Saint-Nazaire '. 16
ALTITUDE DES VALLÉES. XXIX
Mètre*
Bages 30
Saint-Jean-Laseille 6.*>
Canhoès 71
Llupia 110
Ponteilla 115
Banyuls-dels-Aspres 115
Terrats 136
Passa 1 38
Fourques 140
Sainte-Colombe (Thuir) 168
Vives (montagne au-dessus) 228
Tordères 253
Llauro 424
Oms 490
CHAPITRE VII.
Llaurenti.
Port de Puig-Morens 1 .937
Port de Paillères (vallée de Mijanés) 1.750
Roc Blanc (près l'étang du Llaurenti) 2.604
XXX
ABRÉVIATIONS.
LISTE DES ABRÉVIATIONS DES AUTEURS
CITES DANS CET OUVRAGE.
Allioni Alli.
Archiac(d'). D'Arch.
Barthélemi Bart.
Bauhini Bauh.
Bellard Bell.
Bentham Bent.
Berge Berg.
Beaumont (Élie de) Beaum.
Beudant Beud .
Bieb Bieb.
Billot Bil.
Blainville Blai.
Bluff. Blu.
Bonelli Bon.
Born Boni.
Boreau Bor.
Bossi Bos.
Bouis Bouis.
Bousiugault Bous.
Brocchi Brocc.
Brongniart Brong.
Brown Brow.
Bristhool Bris.
Brugyère Brug.
Buffon Buf.
Bung Bung.
Carrère Car.
Chaix Cha.
Charpentier (de) . . De Char
Chmnitz Chm.
Cordier Cor.
Creutzer Creu.
Davidson Davi .
Decandole Dec.
Déjean Déj.
Delessert Deles.
Deshaies Desh.
Desvaux Desv.
Desmaretz Desm.
Deslongehamps . . . Deslo.
Dilwyng Dilw.
Dufour Dut'o.
Dufrénoy Duf.
Dubois Dub.
Dumortier Dum .
Durocher Dur.
Durieu Duri.
Dubi Dubi.
Dupuy Dup.
Endress End.
Edwards (Mil.).... Edw.
Fabricius Fab.
Farines Fari.
Fries Frie.
ABREVIATIONS.
WXI
Fuchs
Gay
Gaudichon
Gaubill
Gœrtn
Grenier et Godron.
Haller
Hœnk
Hœning
Hoppe
ïlliger
Jacq
Jussieu
Koch
Rirschl
Lamarck
Lantivi
Latreille
Leymerie
Lesueur
Linné
Loiseleur
Marcel de Serres. .
Megerle
Morisson
Mulzan
Munster
Mutel
Noguès
•Xoulet
Orbigny (Achille d')
Omalius Daloy. . . .
Paillette
Fuc.
Gay.
Gau.
Gaub.
Gœr.
Gre. God.
Hal.
Ilœn.
Hœni.
Hop.
Illi.
Jacq.
Jus.
Koch.
Kir.
Lamk.
Lan.
Lat.
Leym.
Les.
Lin.
Lois.
M. de Ser.
Meg.
Mori.
Mulz.
Mùns.
Mut.
Nog.
Noul.
D'Orb.
Orna.
Pail.
Paykul Payk.
Palassou Pal.
Panzer Panz.
Petivier Peti.
Pourret Pour.
Rang Ran.
Rarabure Ram.
Rehb Reh.
Roemer Roem.
Scherrer Sche.
Schloths Schlo.
Schultz Schul.
Schranck Schr.
Schubl Schu.
Schrad Scb.
Sprengel Spre.
Spanzer Span.
Spach Spac.
Sibth Sib.
Sowerbi Sow.
Stahl Sta.
Tauchi Tau.
Tenore Ten.
Thuilier Thui.
Timeroy Tim.
Tournai Tour.
Valenciennes Val.
Villars Vil.
Wahlenb Wah.
Wallr Wal.
Willd Will.
Wulff Wul.
Young You.
HISTOIRE NATURELLE
or DEPARTEMENT
DES PYRÉNÉES-ORIENTALES.
PREMIERE PARTIE.
DESCRIPTION DES VALLÉES.
CHAPITRE PREMIER.
NOTIONS PRÉLIMINAIRES.
Le département des Pyrénées-Orientales, s'étend du
42° 20' au 42° bo' latitude Nord, coupé de Mosset, à
peu près vers le pic de Cosla-Bonne, par le méridien
de Paris, qu'il dépasse de 57' à l'ouest et de 50' à l'est.
Sa plus grande longueur de Test à l'ouest est de
120.000 mètres; sa plus grande largeur du sud au nord
est de 65.000 mètres.
Cerné au nord par les départements de l'Àriége et de
l'Aude, au couchant par l'Andorre, au midi par la Cata-
logne et au levant par la Méditerranée, il est traversé
par six cours d'eau, qui forment autant de vallées prin-
cipales, la Tet ou Confient et Roussillon, le Tecli ou
TOME I.
D. H. HILL LIBRARY
North Carolina State Collège
HISTOIRE NATURELLE.
Vallespir, l'Agly ou Fenouillet, le Sègre ou Ordagne,
l'Aude ou Capcir et le Réart ou les Aspres.
Dans les 65 kilomètres de côtes qui s'étendent du Cap
Cervera au Cap Leucate , le littoral est coupé par un
grand nombre d'étangs, de marais, de lagunes, de fla-
ques, de prairies inondées, dont les principaux sont les
étangs d'Argelès, de Saint-Nazaire, le Bordigol et le
vaste lac de Salses, qui touche au promontoire de Leu-
cate, formé par une roche calcaire immense.
VALLEE DE LA TET.
La vallée de la Tet a une étendue de 112 kilomètres. Elle
prend son origine dans les gorges de la Coma-de-VaU-
Marans, au pied des montagnes de Puig-Péric, à 2.825
mètres au-dessus du niveau de la mer, et finit à Canet.
Très-resserrée dans son origine, elle prend les plus lar-
ges proportions au débouché du Col de Ternère; et aux
environs de Perpignan, elle se développe en une plaine
immense, qui se confond avec les vallées parallèles de
l'Agly, du Tech et du Réart, dont l'ensemble forme la
plaine du Roussillon.
La plaine du Roussillon est un terrain d'alluvion formé
d'un dépôt de matières calcaires et granitiques, enlevées
par les eaux pluviales aux montagnes qui l'entourent.
Ces dépôts, poussés plus ou moins loin dans ce golfe
méditerranéen, déterminèrent des atterrissements succes-
sifs, et produisirent divers bancs placés dans des direc-
tions parallèles, qui s'allongent suivant la force du cou-
rant qui les entraînait.
VALLÉE DE LA TET. ;i
C'est probablement ainsi que le relief de notre plaine
a surgi par alluvion du sein des mers, et peut-être aussi
à l'époque géologique du grand soulèvement des Pyrénées.
Les couches puissantes de coquilles marines qu'on dé-
couvre entre Millas et Néfiach, et les dépôts semblables
qu'on a reconnus entre la rivière du Tech et Banyuls-
dels-Aspres, donnent une grande valeur à cette opi-
nion.
Le département des Pyrénées-Orientales a été visité de
tout temps par les plus illustres naturalistes, Tournefort,
Gouan, Decandolle, Lapeyrouse, Broussonnet, Montagne,
Leclerc-Thouin, le comte Déjean, Audouin, de Jenis-
son, etc., etc. Ces maîtres de la science ont reconnu
dans ses vallées les animaux, les plantes et les insectes
les plus rares des zones chaudes, tempérées et glaciales :
c'est qu'en effet les altitudes diflérentes de chaque station
en font autant de régions distinctes.
Dans la plaine, le ciel, presque toujours clair et pur,
voit trop rarement les vapeurs atmosphériques se con-
denser en pluie: des sécheresses opiniâtres se soutiennent
pendant six à sept mois et plus, sauf quelques ondées
d'orage , qui donnent à peine quelques millimètres d'eau ;
d'autres fois la pluie arrive tout à coup par torrents, et
jette, en peu de jours, sur la terre, la masse d'eau qui
tombe annuellement a Paris.
Dans la plaine, l'hiver est généralement doux et la neige
très-rare, le thermomètre y descend à peine à zéro; en
été, au contraire, il se soutient a 50 et oo° centigrades.
La vigne et l'olivier couvrent le sol de leurs riches pro-
duits; l'oranger, l'acacia de Constantinople ou julibrisin
y croissent sans effort; le grenadier, l'agave, les opuntût
4 HISTOIRE NATURELLE.
y forment des clôtures naturelles, et le palmier-dattier \
vit en plein vent. .
Cette vaste et magnifique plaine, couverte de moissons
variées, embellie de nombreux jardins potagers, ombragée
d'une forêt d'arbres à fruits, est très-facile à explorer: des
chemins parfaitement entretenus la sillonnent dans tous
les sens, et permettent au naturaliste de la parcourir sans
trop de fatigue. Un ressaut de terrain, qui se fait d'une
manière brusque, la divise en deux plans, dont l'un plus
élevé que l'autre de 20 mètres environ , forme une espèce
de falaise, qui s'étend de Perpignan jusqu'auprès de Canet;
on le désigne sous les noms de côte Saint-Sauveur et côte
de Château-Roussillon : c'est vers le milieu de ce promon-
toire que se trouvait l'antique Ruscino, et où se dresse
encore une tour ronde qui domine le pays. La partie basse
de la plaine qui se déroule au pied de cette falaise jusqu'à
TAgly, est appelée Salanque ou terres de salanquc; la
partie haute, qui s'étend jusqu'au Réart, est appelée Aspre
ou terres d' aspre.
C'est à Canet, petit village situé sur les bords de la mer,
à 10 kilomètres de Perpignan, que le naturaliste doit
établir sa première station. Les parties basses de cette
localité lui fourniront une immense quantité de plantes
qui se plaisent au bord des mares, sur les dunes et dans
les prairies maritimes ; les légumineuses et les graminées
pullulent dans les environs; les coteaux supérieurs ou
Aspres, produisent aussi un bon contingent d'objets
naturels.
Le territoire de Canet fournit en outre une grande
variété d'insectes rares; les crues de la Tet y amènent
les espèces qui vivent dans les montagnes. En 4814,
VALLEE DE LA TET. 5
M. Godarl, capitaine au 67° régiment de Ligne, y dé-
couvrit un coléoptère de la famille des Carabiques, genre
Stenolophus, qu'il décrivit sous le nom de Stenolophus
Ru fus. Nous y découvrîmes, vers la même époque, un
Polistichus , nouvelle espèce; un Cimindis non décrit;
trois nouvelles espèces àHIarpalus, et trois Cantharis
inconnus. Il faut donc tout fouiller avec soin ; car, au com-
mencement du printemps, les insectes sont encore blottis
dans les broussailles, sous les buissons, au pied des
arbres, etc. Ces gites recèlent beaucoup de carabiques
et particulièrement des Buprestes et des Curculionites ,
qu'on se procurerait difficilement ailleurs. Nous nous
sommes bien trouvé de recueillir sur une toile la terre
que retiennent les buissons, de la transporter ensuite
en un lieu découvert, où nous avons facilement fait choix
des espèces le plus à notre convenance.
En retournant a Perpignan , le naturaliste ne doit pas
négliger de visiter les berges de Castell-Rossello et
de Saint-Sauveur. Ces deux grandes falaises recèlent
une nombreuse variété de plantes et d'insectes assez
rares.
Ce que nous avons dit de la flore de Canet s'applique
à toute la région inférieure ou littorale de la vallée de la
Tet, qui produit les mêmes espèces naturelles. On y trouve
aussi un grand nombre de mammifères, parmi lesquels
se distinguent plusieurs espèces de chéiroptères, le Hé-
risson, la Taupe citrine d'Alais, le Putois, h Loutre, le
Campagnol des prés, la Genette, etc., etc.
Voici ce que, à la date du 2*2 février 1821, nous écri-
vait M. Cuvier, à l'occasion d'une Genette morte que nous
lui avions envoyée, el qui faisait partie d'une nichée de
I) HISTOIRE NATURELLE.
sept individus, trouvés dans un galetas de l'ancien local
de la Poudrière de Perpignan :
« Je ne saurais trop vous remercier des soins que vous
« voulez bien prendre pour nous procurer la Genette
« de France. Je sens plus que jamais le besoin d'en
« posséder un individu dont l'origine ne soit point dou-
ce teuse. Depuis quelques mois nous avons reçu du Cap-de-
« Bonne-Espérance, de l'Inde, de Sumatra, de Java, des
« Genetles qui diffèrent très-peu les unes des autres, et qui
« ont beaucoup de rapport avec la nôtre ; mais appartient-
« elle à son espèce? C'est ce qui ne pourra être décidé
« que lorsqu'on la possédera de manière à bien l'étudier,
« ce qui ne peut jamais être sur des individus empaillés.
«. Les renseignements que vous me donnez sur cette Ge-
« netle des Pyrénées et sur le Lynx ont beaucoup d'in-
« térêt. Nous étions loin de nous douter que les premiers
« de ces animaux fussent en assez grande abondance
« pour fournir à un commerce de pelleterie. C'est que
« les naturalistes travaillent trop dans leurs cabinets !
« Aussi, comment concilier l'érudition que la science
« exige et les observations qui lui seraient également
« nécessaires? C'est ce que j'ignore, etc. »
Nous fûmes bientôt en mesure de satisfaire les désirs
de M. Cuvier, en lui envoyant une Genelle vivante.
La vallée inférieure de la Tet compte, en ornithologie,
parmi les oiseaux de proie : le Catartcs Percnopterus ,
Y Aigle orfraie, la Buse bondrée; au moment de son pas-
sage, le moyen Duc, etc., etc.
Dans la famille des passereaux, un bon nombre d'es-
pèces variées.
VALLÉE DE LA TET. 7
Dans celle des coureurs : la grande Outarde et la Cane
pet ière.
Dans les échassiers : YEchasse, YAvocctte, divers
lierons, le Flannnant ou Phénicoptère.
Dans les palmipèdes : divers goèllands et des ca-
nards en grande quantité.
Parmi les reptiles sauriens, on remarque les lézards
du Midi.
Parmi les ophidiens, diverses couleuvres.
Dans les batraciens: les grenouilles, les crapauds, les
salamandres palmées et crêtées.
Au nombre des mollusques fluviatiles et terrestres,
plusieurs hélices, dont le Conica et Lactœa ou Puncta-
iissima; divers bulimes; des planorbes, des h innées;
des cyclades; des anodontes, dont le Signea, qui prend
des proportions gigantesques, les Unio pictorum et lit-
toralis.
Enfin, les lépidoptères et les coléoptères du Midi de
la France y sont très-nombreux.
Ce fut en 1818 que, à la suite d'une pluie d'orage,
nous découvrîmes le premier Cebrio xanthomerus mâle
dans le pays : on le croyait originaire du Portugal. Pen-
dant longtemps la femelle de cet insecte échappa à toutes
les recherches, et l'on désespérait de jamais la trouver en
Roussillon, lorsque, en 1850, M. Farines, pharmacien
et naturaliste , trouva le premier individu noyé dans une
lïaque d'eau. Enfin, l'on doit à M. Aleron l'étude com-
plète de cet insecte et le moyen de se procurer des
femelles vivantes, qui sont aptères.
Après avoir parcouru les belles plaines de la Salanque,
toutes les lagunes du littoral et les berges de Château-
8 HISTOIRE NATURELLE.
Roussillo», pour revenir à Perpignan, le naturaliste devra
consacrer une journée h visiter les environs de la ville , et
particulièrement les glacis et les fossés des fortifications.
Le naturaliste se rendra ensuite à Baixas pour explorer
les environs de cette commune , qui est à 6 kilomètres
de Perpignan. Une voiture le conduira jusqu'au village;
mais il vaudrait mieux faire cette excursion à pied, parce
qu'il trouverait sur sa route beaucoup d'objets à récolter.
Arrivé au village, on doit se diriger droit au vallon de
Sainte-Catherine, qui est au couchant. Toute cette con-
trée est d'une fertilité étonnante; et l'on ne saurait s'i-
maginer la quantité de bonnes plantes qui vivent sur les
roches calcaires et dans les vignes qui couvrent les pla-
teaux voisins. Les plus intéressantes sont : Banunmlus
ololucos, Lin . ; — Delph inium pubescens, Decand. ; — Glau-
cium luteum, Hop.; — Draba aizoïdes, Lin.; — Drap, cuspi-
data, Sib.; — Bufonia perennis, Pour.; — Buf. tenuifolia,
Lin . ; — Heliantnemum piloswm, Pers. ; — Hel. guttatum,
Mil.; — Silène conica, Lin.; — SU. saxifraga , Lin.; — SU.
nocturna, Lin.; — Aristolochia rotunda, Lin.;—- Telephîum
imperati, Lin.; — Elœagnus angustifolius , Lin., plante
dont la venue spontanée a été mise en doute jusqu'ici;
mais il est certain aujourd'hui qu'elle se propage de ses
propres graines dans les garrigues de Baixas, où elle
croît abondamment.
On trouve parmi les rochers le Pupa cinerea, Pnp. fra-
gilis, Pup. ringens, etc., et quelques insectes coléoptères.
Sur YAristolochia rotunda, qui croit dans les vignes, on
rencontre la chenille du beau papillon Médésicaste, qui se
nourrit de cette plante. Vers la tin de mai on peut faire
une ample moisson de ce précieux lépidoptère. Enfin ,
VALLÉE DE LA TET. 9
quelques bonnes phalènes peuvent être recueillies dans
ce canton.
C'est sur les montagnes de Baixas qu'on exploite
diverses carrières de beaux marbres. Le pays doit de la re-
connaissance à M. Fraisse, aîné, qui, le premier, a
ouvert de nouveau les veines de ces carrières, où l'on
a trouvé d'anciens travaux, des outils, etc., constatant
l'existence d'une exploitation très-reculée : les échan-
tillons qu'il présenta a l'exposition de 1859, lui valurent
la médaille d'argent. Les principaux marbres de Baixas,
sont : le Noir uni; le Blanc oriental, fond blanc mêlé
de jaune rougeàtre; le Blanc amariUo, veiné de rouge;
le Bleu veiné, imitant le bleu turquin; le Bleu oriental,
imitant le Saint-Anne; le Portor, bleu foncé veiné de
jaune d'or; le Bleu veiné de blanc, de jaune et de vert;
la Brèche tricolor ; la Brèche d'or; la Brèche orientale.
Tous ces échantillons existent au musée de la ville.
De Perpignan, où le naturaliste est rentré après son
excursion de Baixas, nous remonterons avec lui la rive
droite de la Tet, pour explorer Le Soler, Saint-Féliu-
d'Avall, Saint-Féliu-d'Amont et Millas. Nous négligerons
la rive gauche de cette rivière, parce que les produits
naturels de Saint-Estève, Baho , Vilanova , Pézilla et
Cornella sont similaires à ceux de la plaine de Perpi-
gnan.
De Perpignan a Millas on marche sur un terrain de
prédilection. La plaine se continue belle, productive et
toute couverte des moissons les plus variées ; des jardins
nombreux bordent la route et donnent à la campagne le
plus riant aspect ; la terre inépuisable y prodigue ses
faveurs et donne deux <m trois récoltes annuelles. Cette
10 HISTOIRE NATURELLE.
fécondité a sa loi dans les nombreux canaux d'arrosage
qui entourent presque toutes les propriétés' 1 ).
En lace de Millas et sur la rive gauche de la rivière,
se dresse la montagne de Força-Real, dont le pic, en
pain de sucre, est à 507 mètres au-dessus du niveau de
la mer. A ses pieds se prolonge un rideau de collines,
où s'arrête la plaine du Roussillon, et qui, avec la mon-
tagne opposée de Corbère, encaissent de plus en plus
la vallée de la Tet.
Sur le pic de Força-Real se trouve un ermitage dédié
à la Vierge; il est en grande vénération dans le pays,
et les habitants de toutes les communes environnantes y
montent processionnellement le lundi de la Pentecôte.
« D'après une tradition constante, » dit M. l'abbé Tolra ,
dans sa notice sur cet ermitage, « la procession fut ins-
« tituée pour conjurer les orages désastreux qui , formés
« sur la montagne de Bougaraix et poussés par le vent
« du nord, se dirigent vers la montagne de Força-Real
« et se déchargent vers la plaine.
« L'heureuse position de ce plateau en fait un des plus
(I) Une note explicative fera mieux comprendre la rotation des recolles
de cette contrée. On sème du blé en novembre, il est récolté en juin;
aussitôt qu'il est coupé et placé en gerbes dans un coin de la propriété ,
on donne un labour et l'on sème immédiatement des baricots et du gros
millet. Les baricots sont récoltés fin août; le mais reste sur pied. On sème
de suite du trèfle rouge, mêlé de lupin: on arrose sans avoir besoin de
bêcher, le fourrage se développe. Au commencement d'octobre on récolte le
gros millet; le fourrage reste sur pied, et est mangé sur place en novembre,
décembre et janvier. Alors les terres sont fumées et préparées pour recevoir
des pommes de terre, des baricots ou du chanvre: ces récolles sont enlevées
lin août ou septembre. Les terres sont appropriées de suite pour être ense-
mencées de blé en octobre ou novembre , et ainsi de suite.
VALLÉE I>E LA TET. 11
« beaux belvédères du Roussillon. Adossé contre la partie
« méridiouale des bâtiments, le touriste embrasse d'un
« coup-d'œil un panorama immense et des plus variés,
« où tout est d'admiration. La vaste plaine qui se déroule
« aux regards s'étend surtout en longueur de l'est à
« l'ouest, et n'est limitée en face, c'est-à-dire au midi,
« que par la croupe imposante et massive du Canigou,
« qui ferme à l'ouest la plaine du Roussillon proprement
« dite , et à laquelle se rattache , comme à un appui
« protecteur, la chaîne secondaire et plus modeste des
« Albères, dont les dernières ondulations vont expirer
« sur la plage de la Méditerranée. Le Canigou, avec ses
« cimes sourcilleuses, apparaît comme un géant dont la
<( tète éclatante et pleine de majesté se dresse fièrement
« entre les Albères et les Corbières , esclaves enchaînés
« couchés à ses pieds. Entre le Canigou et les Albères
« d'une part, et notre bande découpée des Corbières de
« l'autre, s'étend le splendide bassin de la Tet, qui tra-
« verse, dans toute sa longueur, une plaine découpée en
« tout sens par une multitude de canaux, dont l'œil peut
« saisir les contours à l'aspect éblouissant de leurs eaux,
« réfléchissant, par un beau jour, les rayons d'un soleil
« enflammé, et aussi à la richesse de la végétation qui
« les accompagne.
« A droite, Ille avec ses jardins enchanteurs, Néliach
« avec ses âpres garrigues et ses curieux bancs de fos-
« siles, se découvrent et semblent se rapprocher du
« spectateur. En face, Millas, son pont-suspendu et ses
« promenades; et, à peu de distance, presque au pied
«de la colline de Força -Real, les restes de l'ancien
« ermitage de Notre-Dame-du-Remède ; a l'est, les deux
1-2 HISTOIRE NATURELLE.
Saint-Féliu sur la rive droite de la Tel, Cornella et
Pézilla sur la rive gauche, tels sont les principaux
points de cette belle plaine, qui se déploie surtout sur la
rive droite; encore ne nommons-nous pas tous les villages
que l'œil peut embrasser depuis Joch et Rigarda jusqu'à la
banlieue de Perpignan, dont la citadelle et les clochers
se dessinent sur le double azur du ciel et de la mer...
« Du côté opposé à la plate-forme dont nous venons
de parler, le pèlerin, tourné vers le nord et adossé
contre l'ermitage, est sollicité par un spectacle non
moins imposant : c'est une campagne entièrement ou-
verte , produisant de belles forêts d'oliviers , parsemée de
petites villes, de bourgs, de villages riches et populeux;
en face et sur le premier plan , Montner ; un peu plus loin ,
Latour-de-France et Estagel; puis les montagnes de
Notre-Dame-de-Pène ; vers la droite, Baixas; Peyres-
tortes, Rivesaltes, etc.; et, enfin, une vaste plage
s'étend unie comme la mer et va se confondre avec
elle : c'est la côte de la Salanque, qui réunit cette
seconde perspective à la précédente du côté de la
Méditerranée; de sorte que l'on peut embrasser ainsi,
du haut de la Mirande de Força-Real , les trois parties
du Roussillon auxquelles la nature et la situation du
terrain ont fait donner des dénominations particulières:
la vaste plaine des Aspres, comprenant surtout les con-
trées de Thuir, EIne, Argelès-sur-Mer, etc.; le Riverai,
ou terres arrosables, longeant les rivières; enfin, la
terre basse de la Salanque, qui touche à la plage de
Salses, Saint-Laurent, Villelongue et Sainte-Marie W. »
(I ) Vèlerinage à Notre-Dame- de-Força-Reat, par M. l'abbé J.Tolra de Bordas.
VALLÉE DE LA TFT. 13
Au pied de la chapelle, le terrain descend et monte
ensuite pour reprendre le même niveau. Sur ce pro-
montoire, se trouvent les ruines de solides et vieilles
murailles, restes d'un château fort dont on faisait re-
monter l'origine aux Romains. Les études récentes de
M. Victor Aragon, président de chambre à la Cour Im-
périale de Montpellier, ont fait justice de cette erreur et
démontrent que ces constructions ne datent, tout au plus,
que du douzième siècle, époque de la domination arago-
naise dans le pays. Tout près de ces ruines se trouve une
citerne très-vaste qui peut contenir 81.785 litres d'eau.
La montagne de Força-Real est formée d'un schiste
ardoisé, grossier, parsemé de veines de quartz; le granit
s'y est fait jour et tient empâté dans sa masse une
quantité de grenats dont quelques-uns sont d'une trans-
parence parfaite. La montagne est riche en eaux miné-
rales ferrugineuses; on en trouve à Cuchous, ainsi que
dans les territoires de Montner et. de Cornella ; mais il en
est une plus spécialement désignée de Source de Força-
Real, qui coule au pied de la montagne, au sud-ouest
de l'ermitage, dans les dépendances de la métairie de la
Garrigue^.
Mais ce qui doit attirer particulièrement l'attention du
naturaliste, ce sont les puissants dépôts de coquilles fos-
siles marines qu'on découvre dans les bancs de sable vert,
alternant avec des couches d'argile compacte, situés au
pied de Força-Real, sur la rive gauche de la Tet. Ces
bancs constituent des coteaux de 40 à 50 mètres de hau-
(I) Voir pour les sources minérales du département des Pyrénées-
Orientales, l'excellent ouvrage du professeur Anglada.
1-i HISTOIRE naturels:.
leur, et se prolongent de Millas à Néfiach sur une étendue
de 5 a 6 kilomètres. Chaque inondation de la rivière met
a découvert un nombre considérable de corps organisés,
parmi lesquels on rencontre les débris de grands animaux
antédiluviens.
En 1846, après des pluies torrentielles, nous visitâmes
les ravins et les escarpements au midi de la montagne
de Força-Real. Le hasard nous conduisit sur une route
vicinale qu'on venait d'ouvrir; et comme le pays est très-
accidenté, on devait opérer sur ce terrain des déblais et
des remblais considérables. Parmi les déblais on découvrit
des ossements fossiles que des ouvriers ignorants détrui-
sirent. Cependant nous eûmes le bonheur de recueillir
un débris assez volumineux. Cet os était entouré d'une
gangue qui avait acquis une telle dureté, qu'il nous fut
impossible de la détacher sans briser quelques morceaux
d'os. Ayant examiné attentivement la forme de cet os,
sa dimension et sa texture, nous acquîmes la conviction
qu'il appartenait à un hippopotame, et qu'il faisait partie
de l'extrémité antérieure de Pavant-bras de l'animal; nous
reconnûmes le radius du côté droit, auquel manquait une
partie de la tête et surtout l'apophyse qui l'articulait avec
le cubitus. Cet os ligure dans les collections du Cabinet
d'Histoire naturelle de Perpignan f 11 . Nous avons réuni
dans ce cabinet toutes les espèces fossiles du banc coquil-
lier de Néliach , parmi lesquelles on remarque le Pecten
laticostatus , entier, dans des proportions énormes : il
mesure 28 centimètres de longueur et 50 de largeur.
Quand on construisit le pont-suspendu de Millas, on
(I) Voir la planche du chapitre Paléontologie.
VALLÉE DE LA TET. 15
découvrit en creusant les fondements des piles, et à une
grande profondeur, beaucoup de coquilles fossiles, parmi
lesquelles se distinguait un Jambonneau colossal, dont les
deux valves étaient parfaitement conservées : cette pinne
marine, Pinna flabelhim , Lam., mesure 40 centimètres
de longueur et 25 de largeur.
L'excursion de Força-Real nous a un peu éloigné de la
route que nous avons parcourue de Perpignan à Millas;
revenons-y pour signaler quelques produits naturels que
l'on rencontre dans cette belle campagne. En botanique :
Ddphinvum pubcsccns, Dec; — Fumaria densiflora, Dec;
— Cucubalus baxifcrus, Lin.;— Spergula arvensis, Lin.; —
Medicago scutellata , Alli.; — Ilerniaria incana, Lam.;-
Ammi majus, Lin.; — Conisa ambigua, Dec; — Hdiotro-
pium sùpînum, Lin.; — Sparganium simplex, Hop.;-
Carex lepolina, Lin.; — Panicum miliaceum, Lin.; — P.
sanguinola, Lin.; — Ândropogon distachion , Lin.; — Sor-
gum alepense, Pers. Enfin, quantité d'insectes qu'on prend
au fdet sur les plantes, sur les arbres et dans les fossés.
Sur la montagne de Força-Real on rencontre le Pœonia
officinaUs, Retz.; — Diplotaxis viminea , Dec; — Cistus
vïiibcllatus, Lin.; — C. laurifolius, Lin.; — C. crispus, Lin.;
— C. populïfolhis , Lin.; — Âgroslemma githago , Lin.; —
Ârenaria serpylUfolia , Lin.; — Géranium palustre, Lin.;
— G.pelreum, Will . ; — Cylisus-Labimmm, Lin . ; — Lupin us
angvslifolius, Lin.; — Trigonella hibrida, Pour.; — Latirus
ciliatus , Gus. ; — Myricaria germanica , Desv. ; — Filago
minima, Fri.; — BeUevalia romana, Retz.; — Asphodelus
ramosus, Lin., qui couvre les penchants septentrionaux
de la montagne; enfin, grand nombre de cryptogames,
parmi lesquels M. Montagne a trouvé beaucoup d'espèces
Il» HISTOIRE NATURELLE.
inédites. Nous avons ramassé derrière la chapelle , dans
la partie la plus aride, une belle salamandre terrestre;
nous avons aussi recueilli dans la famille des insectes
hydrocanthares, le Scutopterus coriaœus, Ho (T., etc.
C'est à Millas que le Boules se jette dans la Tet. Ce
torrent, presque à sec pendant une grande partie de
l'année, devient furieux et terrible à l'époque des grandes
pluies d'automne; il prend sa source sur les contreforts
du Canigou, au pied de la tour de Batère, et donne son
nom à une étroite vallée de 50 kilomètres d'étendue; il
coule d'abord du sud au nord, se détourne à Boule-
Ternère vers l'est, et roule ses eaux parallèlement à la
Tetjusques auprès de Millas, où il se détourne de nouveau
vers le nord pour tomber dans la rivière. Cette longue
gorge n'est pas très-riche en produits naturels-; on n'y
rencontre que des ellébores, des cytises épineux, des
genêts, des bruyères, des thyms, des romarins et des
ajoncs, qui couvrent de grandes étendues de terres
incultes et de pâture.
Nous voici parvenus à Ille, terrain aussi privilégié que
celui de Millas, où finit, au confin de sa plaine, la partie
basse de la vallée de la Tet. Cette petite ville, agréable-
ment située sur les bords de la rivière, est remarquable
par ses jardins, ses orangers, ses fleurs et par ses belles
et délicieuses pêches, que l'on cultive sur une grande
échelle. Pour le naturaliste, c'est un pays très-curieux à
explorer. La botanique surtout y est représentée par une
grande quantité de plantes rares et par certaines espèces
cantonnées dans sa banlieue. Nous avons découvert, en
1845, sur la butte de Bégleille, un genêt de la section
des Sarothamnus, que nous avons décrit dans le septième
VALLÉE IU-. LA TET. 17
volume de la Société Agricole des Pyrénées-Orientales.
Notre espèce se rapproche de deux plantes de la même
famille décrites par Wil, mais elle en diffère par ses fleurs
plus grandes, ses légumes plus allongés et la disposition
de ses feuilles; au reste, l'aspect de cet arbuste est bien
différent des deux décrits par Wil. Notre plante pourrait
encore être confondue avec le Sparlium arboreum de
Desfontaine; mais elle en diffère par ses légumes glabres,
qui sont velus dans le Sparlium arboreum. Notre plante
n'est ni alpine ni pyrénéenne, puisqu'elle croît sur des
plateaux peu élevés. Nous l'avons dédiée à feu notre ami
Carlier, ex-chirurgien-major du 4 me Dragons, et nous
l'avons indiquée dans notre botanique du département
sous le nom de Sarothamnus carlierus, nobis. Le zèle de
ce botaniste distingué ne s'est démenti en aucune cir-
constance pendant sa longue carrière médicale militaire:
chargé du service de l'hôpital de Mont-Louis, il étudia la
végétation des vallées environnantes; envoyé en Corse,
il enrichit son herbier de plantes rares, et en le mettant
généreusement a notre disposition, il a augmenté la
collection du Cabinet d'Histoire naturelle de la ville.
Ille est la patrie de Coder. C'est la qu'il a commencé
ses études botaniques; on a donc lieu de s'étonner que
notre arbuste ait pu échapper à ses recherches.
On trouve également sur le territoire de la commune
d'Ille, le Thalictrum tuberosum, Lin . ; — Dlplotaxis viminea,
Dec; — Helianlhem u m pilosum, Vers.; — H.guttatum,Mï\.;
— Fumana spachii, Gren. etGod.; — F. viscida, Spach.; —
Agrostcma gitlago , Lin.; — Rutta angustifolia , Pers.;-
Oxitropisallerii, Bing.; — Andryala ragusina, Pour. : celte
intéressante plante est amenée par les eaux des plateaux
TOME l. 2
18 HISTOIRE NATURELLE.
supérieurs de la vallée, et croît tout le long de la Tel jus-
qu'au près de Perpignan.
L'entomologiste récoltera à Ille, Odacantha mcla-
nura, Fab.; — Drypta cylindricollis , Fab.; — Cymindis
punctata, Bon.; — C. homctgrica , Duf.; — C. meridionalis,
Déj . ; — Calosoma indagator, Fab.; — Licinus agrieola,
Oliv.;— Dolichus flavicornis, Fab., etc.
En quittant Ille, et en suivant la route qui conduit à
Vinça, la vallée s'étrangle en une gorge étroite; au village
de Rodés c'est à peine si la Tet peut se frayer un passage
à travers les roches abruptes. Tout auprès coule le Riu-
Fagés, qui s'alimente des eaux réunies des rivières de
Motzanes et de Croses. Cette dernière vallée est intéres-
sante par plusieurs fougères qui croissent dans les fissures
des schistes humides qui laissent suinter l'eau de plusieurs
canaux. Nous désignerons entre autres YOphioglossum
vulgatum , Lin.; — Botrychium lunaria , Sw.; — Osmunda
regalis, Lin.; — Asplcnium viride, Lin.; — A. lanceolaiuw ,
Ilud. ; — Adianthum capillus veneris, Lin. ; — Scolopendriinn
officinale, Schmit; — Cetherac officinale, Bauh.
Le vallon de Vinça se déroule aux pieds du voyageur
lorsqu'il a gravi le chemin qui serpente sur les flancs de
la colline de Saint-Pierre-de-Belloch. Son regard s'étend
au loin à travers la vallée et découvre Arbussols, Eus et
le commencement de la plaine de Prades. Ce point de vue
est charmant et donne au naturaliste une riche idée de
l'aspect imposant de nos montagnes. Le vallon de Yinça
est très-intéressant à parcourir; il est renommé par l'a-
bondance et la fraîcheur de ses eaux, par ses cultures
variées, par l'air pur qu'on y respire et par ses bains
sulfureux de Nossa : il a trois à quatre kilomètres d'é-
VALLEE DE LA TKT. 1«)
tendue et tout autour de lui se groupent les villages de
Joch, Rigarda, Finestret et Sahorle.
Les richesses naturelles de cet heureux petit coin de
terre sont,
En botanique: Nigella saliva, Lin., — N. hispanica, L.;
— Fumaria capreolata, Lin.; — Iberis pinnala, Gou.; —
Lignis jloscuculi, Lin.; — Cerastium viscosum, Lin.; —
C. glutinosum, Fries; — Trifolivm stellatum, Lin.; —
Latirus inconspicuus, Lin.; — L. setifolius, Lin., etc.
En entomologie : Carabus cancellatus , Illiger; — Pteros-
tichus parùm punctatus, Déj . ; — Arjrilus biguttatus , Fab.;
— A. laticornis, Ulig.; — Dorcadium méridionale, Déj.; —
D. italicum, Déj.; — Agapantia siduralis, Fab.; — A. an-
gustkollis, Scho.
C'est sur les montagnes qui entourent Vinca que
l'on commence à trouver le blaireau, le renard, la
fouine, etc.
Vallée de Nentilla.
A trois quarts de lieue de Vinça et avant d'arriver à
Marquixanes, l'on trouve, à gauche, la rivière de Nentilla,
un des plus forts affluents de la Tet. C'est dans cette vallée
que viennent se dégorger les eaux qui s'échappent des flancs
méridionaux du Canigou, et la petite rivière de Llech, qui
descend aussi du côté nord de la même montagne. Sur
ces deux cours d'eau se baignent les villages de Valma-
nya, Vallestavia, Finestret, Espira-du-Conflent, dont les
terres forment le fond de la vallée et sont cultivées en
légumes, céréales et fruits de toute espèce. Son aspect
est d'un effet très-pittoresque, auquel viennent ajouter les
20 HISTOIRE NATURELLE.
vignes et les oliviers qui occupent ses coteaux, et les
beaux bois de chênes-blancs, de chênes-verts et de châ-
taigniers qui ombragent les cimes. Elle se recommande
encore par ses eaux ferrugineuses, par ses magnifiques
forges de Valmanya et par ses produits naturels. Nous ne
désignerons point ici les espèces animales et végétales qui
peuplent cette vallée; elles sont si nombreuses qu'elles
feraient un double emploi avec l'entomologie et la bota-
nique du département que l'on trouvera plus loin. Bor-
nons-nous à recommander au naturaliste de s'y arrêter
quelque peu; il ne sera pas fâché de cette halte.
Vallon de Prado».
Nous voici à Prades, chef-lieu du troisième arrondis-
sement* 1 ). C'est une jolie petite ville, qu'habite une
population aisée. La vallée qui depuis Vinça s'était sin-
gulièrement rétrécie, s'élargit de nouveau pour faire place
a une petite plaine d'une lieue et demie de large, sur
deux lieues de longueur, dominée au sud par le mont
Canigou et au nord par les montagnes d'Eus, Arbussols
et Marcevol.
Prades est à 385 mètres d'altitude. « Sa plaine est cou-
rt verte de cultures fécondées par d'inépuisables ruisseaux.
« Les vallons affluents de Catllar, Molitg, Codalet, Fullà ,
« Conat, Cornella, présentent une aussi riante perspective;
« et, comme pour vous y attirer par le motif puissant de
(I) Coder, pharmacien et botaniste, dont les nombreuses découverles
ont facilité l'élude de la flore de ces montagnes, s'était fixé à Prades. C'est
à lui que l'on doit la découverte de YAlissum pyrenaicum : il eut la géné-
rosité de Tenvoyer à Lapeyrouse, qui, dans la description qu'il fait de
cette plante Irh-rare, néglige de nommer l'inventeur.
VALLÉE DE T. V TET. 21
« la santé, la nature y a distribué dans le sein d'un air pur
« les eaux de deux sources célèbres. Mais en remontant
« la route de la Cerdagne, la gorge se resserre tout-
« a-coup a la montagne d'Ainbulla ; la Tet mugit sous
« l'étroit ponceau de Gorner, et des escarpements aussi
« rapides qu'exhaussés font craindre Féboulement de ces
« roches W. »
Aux alentours de Prades habitent plusieurs familles d'in-
sectes intéressants et un grand nombre de plantes rares,
parmi lesquelles nous signalerons le Helicrysum serotvnwm
de Boisduval, dont on a fait une nouvelle espèce, qui tient
le milieu entre le Helicrysum stœchas, Dec. et le Helicry-
sum augustifolium, Dec.
Vallée de Tanrinya.
C'est a Prades que le naturaliste doit établir sa princi-
pale station pour explorer les vallées de Taurinya, Fillols,
Molitg, Mossetet le Col de Jau. Il visitera d'abord la vallée
de Taurinya, l'une des plus pittoresques de ces montagnes :
elle est à peu de distance de Prades, et touche presque ses
faubourgs. Cette vallée est traversée par une petite rivière
qu'on nomme la Litéra et aussi rivière de Codalet, dont
elle arrose le territoire : on l'appelle, dans le pays, la Ri-
vérète. Taurinya est adossé au fond de la vallée. Au-dessus
de ce petit village coule la fontaine de Flagells ou Friselis,
qui s'échappe du pied même du Canigou. Sa source est
entourée de grands arbres et ses eaux abondantes por-
tent la fertilité dans les champs environnants.
C'est à l'ombre de ces bois que vit le beau Carabus
(I) Annuaire statistique et historique du déparlement des Pyrénées-Orientales,
pour l'année -1854, à Perpignan , chez J.-lî. Uzine, imprimeur-libraire.
il HÏSTQIRE NATIT.ELI.K
spUnidens, et où croissent aussi beaucoup de plantes rares
dont nous n'indiquerons que quelques- espèces : Ranun-
iidus silvaticus , Lin.; — Aquilegia alpina, Lin.; — Aspho-
delus cdbus, Wil.; — Esperis laciniala, AIL; — Viola hirta,
Lin.; — Angelica silvestHs, Lin.; — Herniaria alpina, Wil.;
-Gaya simplex, Gaud., etc. Du reste, cette vallée, qu'on
pourrait parcourir en une heure, offre tant d'attraits que,
bien certainement, le naturaliste s'y oubliera une journée
entière.
En rentrant à Prades, il visitera les ruines du monas-
tère de Saint-Michel-de-Cuxa, abbaye fondée en 875 par
les moines échappés au désastre qui ensevelit sous les
eaux de la Tet débordée leur monastère de Saint-Àndré-
d'Exalada dans le haut Confient. Cette abbaye s'était
acquis une si haute réputation de sainteté, que plusieurs
grands personnages vinrent y prendre l'habit monastique.
Vallée de Fillols,
La vallée de Fillols, à peu de distance de Prades, est
parallèle à la vallée de Taurinya, dont elle n'est séparée
que par un rameau de montagne partant du Canigou.
Elle est traversée par un petit torrent qui se jette au-
dessous de Cornella dans la rivière de Vernet.
Ge que nous avons dit de la vallée de Taurinya peut
s'appliquer à la vallée de Fillols : même température,
même sol, mêmes produits, et déplus, les célèbres mines
de fer qu'on exploite dans cette vallée.
Dans les environs des mines on trouve le Teesdalia
lepidium, Dec; — Steldoivent être examinées avec
attention; on y trouvera : Àlyssum perusianum , Gay; -
Achillea chamœmefolia , Pour.; — Adonis œstivalis, Lin.;—
Campanula percissifolia, Lin., Var.; — Calicibus hispidis;
Campanula speciosa, Po.; — Limodorum abortivum, Lin.;
— Echinaria capitula, Lin.; — Allium roseum, Lin.; —
Althœa irsuta, Lin.; — Androsace maxima, Lin.; — Âspho-
deliis ramosus, Lin., etc.
Outre les plantes, quelques mollusques sont cantonnés
à la Trencada d'Ambulla, ce sont : Hélix pyrenaica, Pupa
ringens, P. farinesi, P. rinyicula, N. S., Michau.
Enfin , l'on rencontre de bons insectes dans les brous-
sailles et sur les plantes.
Villefranche, fondée en 1095 par Guillem Raimond,
comte de Cerdagne, est une petite ville de guerre placée
en travers d'un défilé étroit sur la rive droite de la Tet,
qui baigne ses murailles. Quoique dominée de toute part,
surtout par le mont Saint-Jacques, ses défenses, œuvres
de Yauban, n'en sont pas moins formidables. Un fort,
bâti sur la rive gauche de la rivière, à mi-côte d'une
haute montagne, communique avec la place par un pas-
sage souterrain. Plusieurs bastions ont été construits dans
VALLÉE DE LA TET. 33
îles cavernes naturelles débouchant dans les remparts ou
à côté, et qui s'étendent fort loin dans la montagne.
La principale de ces cavernes est appelée la Cova
Bastèra :
« On y pénètre par une poterne pratiquée dans la contre-
scarpe du fossé , du côté du midi de la place , et l'on
monte à la grotte par un bel escalier voûté de 124 mar-
ches. Dès qu'on ouvre la porte, on ressent l'impression
d'un vent froid et violent qui se tempère et se modère
à mesure que l'on monte. Lorsqu'on est parvenu en
haut de l'escalier, on se trouve dans une grotte de
moyenne grandeur, dont la forme est circulaire et la
voûte d'une élévation proportionnée; le sol en est uni
et les parties latérales sont toutes tapissées de stalac-
tites d'une épaisseur considérable. L'on tourne ensuite
à gauche; on entre dans une espèce de corridor étroit,
dont la voûte peu élevée ainsi que les parties latérales
sont décorées des plus belles stalactites de différentes
couleurs. Après avoir parcouru ce corridor, on tourne
a droite et l'on entre dans une grotte bien plus vaste
que la première, de forme longue et irrégulière, dont le
sol est inégal et la voûte très-élevée. Toute cette grotte
est tapissée de concrétions qui tombent, en forme de
draperies à gros plis, négligemment suspendues, se
terminant en pointe. Sur le centre est une élévation
d'environ deux mètres, et à droite, plus bas, une fon-
taine très-limpide, formée par les eaux qui tombent à
petites gouttes de la voûte ; elles remplissent un petit
bassin de la même matière que les autres concrétions. On
trouve ensuite une roche de 6 mètres de hauteur, sur
laquelle on place les flambeaux destinés à éclairer ce
roME i. T>
34 HISTOIRE NATURELLE.
« vaste lieu souterrain, qui offre alors au coup d'œil tout
« ce qu'on peut imaginer de beau dans la nature des
« concrétions et des stalactites. Derrière ce roc, on trouve
« une pente qui conduit à une cavité ayant deux mètres
« d'ouverture et se rétrécissant dans son intérieur. On
« assure que cette cavité conduit au village de Fullà ,
« situé à une demi-lieue de Villefranche. En revenant sur
« ses pas et du côté opposé, on voit un réduit de forme
«circulaire, garni d'une très-grande quantité de sta-
« ladites. Ce réduit a une ouverture de 2 mètres 5
« décimètres, donnant sur la campagne, fermé par une
«muraille d'environ 2 mètres d'épaisseur, crénelée,
« et d'où l'on découvre deux portes de la ville, celles de
« Prades et de Cornella* 1 ). »
Cette grotte, qui a 450 mètres de longueur, a été
dans ces derniers temps l'objet de grands travaux de la
part du génie militaire.
Villefranche est à 415 mètres au-dessus du niveau de
la mer. Nous ne quitterons point cette ville sans recom-
mander au naturaliste une plante très-intéressante qui croît
sur ses remparts, c'est le Corydalis enneapkylla , Lin.
Nous lui signalerons également un insecte de la famille
des longicornes : Aronia ambrosiaca, Stev., qui vit sur
les saules du bord de la rivière.
Vallée «le Vernet.
A l'entrée de Villefranche , entre la première enceinte
et le pont-levis, on voit une porte militaire basse et étroite
(\) Jalabert, — Géographie du Département.
VALLÉE DE LA TET. .!.",
qui terme la vallée de Vernet, tellement resserrée sur ce
point qu'il n'y a place que pour la rivière et la route.
Passé ce défilé, la vallée s'élargit et se développe en un
riant vallon, le plus beau et le plus pittoresque peut-être
de toutes nos montagnes.
A 4 kilomètres de marche, l'on rencontre le petit
village de Cornella-du-Conflent, ombragé de figuiers, de
pommiers, de pampres verts, entouré de charmantes
prairies, résidence bien-aimée des anciens Comtes de
Cerdagne et de Confient. Cette petite commune possède
une antique église, remarquable par un beau portail en
style roman et par le retable du maitre-autel, charmant
ouvrage de sculpture en marbre blanc, représentant la vie
de Jésus-Christ. Ce travail, au dire de M. Henry, a été
exécuté en loio, par un artiste de Berga nommé Cascall.
Au sortir de Cornella, la route serpente sur les flancs
de la montagne et traverse de riantes châtaigneraies qui
ombragent le voyageur jusqu'aux abords de Vernet, offrant
tout l'agrément d'une riche perspective, que décorent de
tous côtés des cultures variées, de nombreux vergers,
des bouquets d'arbres disséminés ça et là et des eaux
limpides qui vont distribuer de toute part la fraîcheur et
la fertilité.
Vernet s'élève en amphithéâtre sur la croupe d'une
petite colline couronnée par l'église et par une vieille tour
en ruine. Une longue et large rue traverse la partie basse
du village et conduit aux établissements thermaux, bâtis
dans une belle exposition. Les dispositions heureuses de
ces établissements, le confortable qu'on y trouve,
l'excellence médicale de leurs eaux, ont puissamment
contribué à leur réputation européenne, et leur ont attiré
3b* HISTOIRE NATURELLE.
les étrangers de tous les pays , qui viennent , en toute
saison, jouir de la douce température de ces lieux privi-
légiés.
Le fond de la vallée de Vernet est clôturé par le ha-
meau de Castell et par la masse imposante du Canigou ,
dont le sommet est presque toujours blanchi par les neiges.
Le village de Vernet est à 620 mètres au-dessus du
niveau de la mer; c'est une station admirable pour le
naturaliste. Le géologue et le minéralogiste, dit Anglada,
auront largement à observer et à colliger. Le calcaire pri-
mitif, sous des formes variées , des stéatites , des roches
serpentineuses ou magnésiennes très-diversifîées, le beau
feld-spath bleu du Canigou, etc., abondent dans le voisi-
nage. C'est aux portes mêmes de l'établissement thermal
qu'il rencontrera d'énormes blocs d'une baryte-sulfatée, à
laquelle sa texture grenue imprime un aspect peu commun
dans cette espèce minérale. C'est non loin de Vernet que
se présentent les belles mines de fer d'EscaroetdeFillols,
le marbre saccharoïde ou statuaire de Py et de Sahorre
dont nous parlerons ci-après. Enfin, c'est dans cette riche
vallée que le botaniste récoltera abondamment les plantes
pyrénéennes, parmi lesquelles nous signalerons: Adonis
autumnalis, Lin.; — /Elhionema saxatile, Brow.; — Caltha
palustris , Lin . ; — Cardamine latifoUa , Vachl . ; — Dr oser a
rotnndifolia, Lin.; — Chrysanthemum leucanthemum, Lin.;
— Buplevmm rotundifolium , Lin.; — Drepania barbota,
Desf.; — Anthémis montana, Lin.; — Achilleanobilis, Lin.;
■ — Anarrhinum bellidifolium , Desf.; — Agrostis canina,
Lin.; — Aira flexuosa , Lin.; — Andropogon hirtum, Lin.;
— A. distachyon, Lin.; — Carex gynobasis , Wil.; — C.
distans, Lin.
VALLÉE DE LA TET. 31
Et aussi bon nombre d'insectes.
L'Hélix pyrenaïca est très-commun dans toutes les
baies qui bordent les champs et sur les murs en pierre
sèche qui longent les bords des chemins.
Canigou, ses Vallées et Pla-Guillcm.
Le Canigou est une station botanique trop importante,
pour négliger de tracer le chemin exact que le naturaliste
devra suivre pour explorer les plateaux et les vallées de
cette montagne. Notre itinéraire servira aussi de guide
au voyageur hardi qui, avide d'émotions fortes, voudra
s'élever jusqu'aux sommets les plus sourcilleux ou côtoyer
les précipices les plus terribles; ces hautes régions lui
offriront le spectacle de tableaux champêtres, de sites
pittoresques, de paysages austères et de panoramas d'une
étendue immense.
Le Canigou a été considéré pendant longtemps comme
la montagne la plus élevée du département; aujourd'hui
il cède le pas au Puig Carlite, dans la vallée de Cerdagne,
qui le dépasse de 16o mètres; mais comme ce dernier se
trouve confondu au milieu d'une série de monts qui l'en-
tourent, il est loin de paraître avoir la hauteur de 2.950
mètres que lui donnent les nouveaux calculs. Cette grande
élévation semble encpre amoindrie par le point élevé où
l'on se trouve déjà lorsqu'on peut en considérer la cime,
tandis que le Canigou, par sa position isolée, par sa cime
presque toujours blanchie de neige, par son faite qui s'é-
lance d'une manière imposante au-dessus des montagnes
groupées au tour de lui, paraîtra aux yeux de l'observateur
placé dans la plaine le plus élevé des monts pyrénéens.
3S HISTOIRE NATURELLE.
Pendant plus de la moitié de l'année le Canigou est
couvert d'un linceul de neige, dont la zone descend jus-
qu'à 1.800 mètres environ au-dessous du pic, et rend son
abord impraticable; mais à la fin du printemps, on peut
atteindre jusqu'aux vallées les plus élevées.
Le naturaliste peut attaquer le Canigou par cinq points
différents :
1° Par les Bains de La Preste, le Pla Guillem, le Cap
de la Roquette, la Llapoudère et les Jasses de Cady;
!2° Par Prats-de-Mollô , le Pla des Anyels vers ca'n
Pitot, la Fajola, le Pla de la Moline, le Pla Guillem et
les Jasses de Cady;
5° Par Arles, Corsavy, la tour de Batère, les Clots ou
lacs de Cadv;
4° Par Finestret, la vallée de Nentilla, qu'on remonte
tout entière en passant à Vallestavia, Valmanya, et l'on
arrive aux Jasses, situées sur le versant oriental du Ca-
nigou, entre les troisième et quatrième pics;
5° Enfin, par la vallée de Vernet, la plus fréquentée
des touristes, et celle que nous avons choisie pour notre
itinéraire comme la plus facile à gravir. Par cette vallée,
on a l'avantage de monter à cheval jusqu'aux Jasses de
Cady et de pouvoir atteindre même, à une lieue au-delà,
les Clots ou lacs qui donnent naissance à la rivière de
Vernet.
En remontant la vallée de Vernet, et à 4 kilomètres
environ des établissements thermaux, on trouve le petit
hameau de Castell , bâti tout à fait au pied du mont Ca-
nigou. C'est à Castell et mieux encore à Vernet que le
naturaliste doit se munir de tout ce qui lui sera néces-
saire pour parcourir cette montagne; car, après Castell.
VALLEE DE LA TET. ;{<!
on ne trouve plus d'habitation et on n'a pour tout gite
que les jasses ou cabanes des gardiens des nombreux
troupeaux qui paissent dans ces déserts. Nous lui recom-
mandons surtout de se faire accompagner d'un bon guide,
et nous lui désignerons le sieur Olive, dit Garçou, du
hameau de Castell, excellent homme, connaissant parfai-
tement toutes les localités et sur qui on peut se reposer
en toute confiance.
De Castell, on peut monter au Canigou par deux vallées
différentes. Le touriste, surtout s'il est accompagné
de dames, prendra la plus praticable, celle qui con-
duit à la Collade de Palanes, au vallon du Rende, aux
versants de Py jusqu'au Collet Vert, et il atteindra à
cheval la Jasse de Cady où il passera la nuit. Le len-
demain, il montera aux Clots de Cady, escaladera
non sans danger ni fatigue une mer de pierres éboulées,
et atteindra le sommet du pic nord, élevé de 2.785 mètres
au-dessus du niveau de la mer.
« Lorsqu'on est parvenu à ce grand observatoire, » dit
Anglada, « pourvu que le temps soit propice au voyageur,
« il est dillicile de ne point éprouver de ces émotions
« fortes que ne manque guère d'exciter un tableau aussi
« imposant. Tandis que l'explorateur aperçoit à ses pieds
« de noirs abîmes, de redoutables précipices, les éternels
« glaciers de la montagne, des lacs aux eaux glacées et
« limpides , il voit se dérouler de tous côtés , autour de
« lui, un horizon immense où figurent, dans un admira-
« ble panorama dont la Méditerranée forme le second
« plan, les plages du Lampourdan, les champs de la Cata-
« logne, une longue suite de monts pyrénéens, les vastes
« plaines du Roussillon, ces beaux vallons qui se diver-
40 HISTOIRE NATURELLE,
« sifient de tant de manières au pied même du Canigou,
« et dans le lointain, sur un rayon de plus de cinquante
« lieues, les points les plus découverts de plusieurs dé-
« partements méridionaux (*). »
La plate-forme qui couronne le plus haut pic du
Canigou n'a que 7 à 8 mètres de circonférence. Le centre
est occupé par un roc de 2 à 3 mètres d'élévation qui a
servi aux géographes à constater le point de triangulation
pour la grande carte de France.
Le sommet du Canigou est formé de quatre pics prin-
cipaux, orientés plus ou moins bien suivant les quatre
points cardinaux : celui du nord , le plus élevé de tous ,
s'appelle pic du Canigou; celui de l'est, pic de Batère;
celui du sud, pic de Tretzevents ; et celui de l'ouest, pic
de la Comelada. Entre les pics se trouve un lac dans un
gouffre profond, considéré par bien des personnes comme
le cratère du volcan qui souleva cette grande masse. Ce
lac donne naissance à la petite rivière de la Comelada,
qui, descendant en véritable avalanche de cette hauteur,
mêle ses eaux au torrent d'en Banat, et va se jeter dans
le Tech en traversant le village de ce nom. Une tradition
populaire, qui se perd dans la nuit des temps, affirme
que d'énormes anneaux de fer étaient scellés au bord du
gouffre, et qu'ils servaient, dans l'antiquité, à amarrer
les navires qui abordaient ces côtes escarpées. Sans atta-
cher aucune foi à ce conte de fées, mais pensant que ces
anneaux pouvaient se rattacher aux exploitations métal-
lurgiques établies, dit-on, en si grand nombre dans notre
pays par les Phéniciens, nous avons exploré, avec le plus
(I) A iiij1;k1.i ouvrage cité.
VALLÉE DE LA TET. lt
grand soin, tonte cette montagne, et nous n'avons trouvé
aucune trace de ces prétendus anneaux.
L'ascension au pic n'est pas intéressante pour le natu-
raliste. Outre qu'elle est très-pénible et dangereuse, elle
ne le défrayerait point des fatigues qu'il se donnerait
pour ramasser quelques plantes qu'il trouvera partout
ailleurs. Nous lui conseillons donc d'explorer la montagne
par la vallée du monastère Saint-Martin qui le dédom-
magera amplement de ses peines.
A partir de Castell, on commence à gravir la côte qui
mène au monastère par un chemin jadis carrossable ,
aujourd'hui très-dégradé. Ce chemin serpente d'abord
au milieu des rochers nus, qu'ombrageait autrefois un
bois épais d'essences variées , et que couvrait un gazon
parsemé de plantes odoriférantes. Cette belle parure a
disparu sous la main de l'homme qui a approprié le
terrain à ses besoins. A droite, coule, au fond d'un pré-
cipice affreux, un torrent qui, de chute en chute, brise
ses eaux sur les masses de granit roulé , et se montre
toujours bouillonnant d'écume ; on arrive à une coupure,
puis à la Font-dels-Monjos , fontaine glaciale un peu
écartée du chemin ; on passe devant une chapelle ruinée,
et enfin, après quelques nouveaux zigzags, on se trouve
sur un tournant qui termine la gorge , unit les deux
penchants de la montagne et mène à Saint-Martin.
D'autres, avant nous, ont décrit ces antiques débris,
ont donné la date de leur fondation , ont parlé des âges
qu'ils ont traversés et raconté les causes qui ont amené
leur abandon et leur ruine; nous nous bornerons à dire
que ce monastère est à 1 .055 mètres au-dessus du niveau
de la mer.
42 HISTOIRE NATURELLE.
En 1818, nous avons découvert à la Font-dels-Monjos
(fontaine des Moines) un mollusque du genre testacelle
que M. l'abbé Dupuy a décrit et désigné sous le nom de
Testacella Companyonii. Nous avons également ramassé
sur le bord du torrent qui coule au bas du précipice,
Y Hélix Desmoidinzii mêlé à la pyrenaïca , qui jusqu'ici
n'avait été trouvé qu'aux environs de Notre-Dame-del-
Castell, dans les montagnes des Albères; enfin, au pied
des ruines et parmi les mousses, on trouve les Pupa
quadridens, P. variabilis, et la Clausilia fragilis.
La ilore de ces lieux est abondante ; on y récolte :
Caltha palustris , Lin.; — Coridialis bidbosa, Lin.; — Arabis
brassiceformis, Wil.; — Cardamine hirsuta, Lin.; — C. lati-
folia, Wal.; — Cistus salviœfolius, Lin.; — Silène rupestris,
Lin.; — Stellaria graminea, Lin.; — Dianthus atrorubens,
Serr.; — Géranium pyrenaïcum, Lin.; — Potenlilla tormen-
tilla,Nest.; — P. hirta, Lin.; — Sceleranthus perennis, Lin.;
— Sedumbrevifolium, Dec. ; — Sempervivum arachnoïdeum,
Lin.; — Saxifraga aïzoon, Jacq.; —S. geranioïdes, Lin.; —
S. granulata, Lin.; — Paronichia serpyllifolia, Lin.; —
Alchemilla alpina, Lin.; — Buplevrwn falcatum, Lin.; —
Heracleum pyrenaïcum, Lin.; — Lazerpitium asperum,
Crantz.; — - Ligusticum pyreneum , Gou.; — Campanula
betonicefolia , Wil.; — Melampirum nemorosum, Lin.;
— Hieracium amplexicaule, Lin.; — Digitalis parviflora,
Lam.; — Convallaria multiflora, Lam.; — Luzulanivea,
Dec; — Air a flexuosa , Lin.; etc., etc.
L'entomologie y est représentée par : Carabus monli-
cola, Déj.; — C. rutilans, Déj.; — Cimindis humeralis, Fab.;
— Nebria loteralis, Fab.; — Ditomus fulvipes, Lat.; —
LeistuSj, rufomarginatus, Dufr.; — L. spinilabris, Fab.; —
VALLEE DE LA TKT. ii\
Chlvnius spoliatus, Déj.; — C. nigrieornis, Fab.; — C.
schrankii, Dufr.; — Dinodes rufipes, Bonel.; - - Licinius
casideus, Fab.; — Calathus limbatus, Déj.; — Calathus luc-
tuosus, HofT.; — Platynus scobriculatus , Fab.; — Cephalotes
politus, Déj.; — Zabrus curtus, Latr.; — Amara obsoleta,
Duff.; — A. fulva, Déj.; — Acinopus megacephalus, Ulig.;
— Aucupalpus melallescens, Déj.; — Dorcadion pyrenai-
<um, Lin.; etc., etc.
Après avoir traversé les ruines du monastère, on
prend la gauche de la gorge et l'on s'achemine vers la
forêt dite des Moines qui se prolonge fort loin sur la
montagne ; on traverse cette forêt en explorant les éclair-
cies et quelques localités intéressantes, et l'on marche
droit vers le col de Las Banas. Ce col franchi, on descend
dans un joli vallon au fond duquel est un bois de sapins
appelé Bagues ou Vacants de la Jasse d'en Barnet; c'est
la première station des bestiaux qui , au printemps,
montent au Canigou. Le naturaliste trouvera un abri
dans la Jasse et récoltera dans ce lieu d'un aspect sau-
vage : Aclea spicata, Lin.; — Anémone sulfurea, Lin.; —
.4. vernalis, Lin.; — Elleborus viridis, Lin.; — Trollius
europeus, Lin.; — Cardamine amara, Lin.; — Iberîs gar-
rexiana, Alli.; — Viola biflora, Lin ; — V. alpestris, Dec; —
Dianthus monspessulanus, Lin . ; — Géranium lucidum, Lin . ;
— G. silvaticum , Lin.; — Potentilla rupestris, Lin.; —
Ptironichia polygonifolia, Dec; — Sempervivum monta -
num,\Àii.\ — Astrancin miuor, Lin.; — Imperatorin osthni-
Ihium , Lin.; — Sambucus racemosa , Lin.; — Yaleruiim
tripteris, Lin.; — Hieracium silvaticum, Gou.; — Arnica
scorpioïdcs, Lin.; — Phytuma hemispherica, Lin.; — P.
orbimlaris, Lin.; — Gentiana lutea, Lin.; — G. campestris,
44 HISTOIRE NATURELLE.
Lin.; — Veronica urticefolia, Lin.; — Narcissus poeticus,
Lin., etc., etc.
En entomologie : Aptimus pyreneus, Déj.; — Brachinus
psophia , Fab ; — B. sclopeta , Fab . ; — Cychrus rostratus ,
Fab.; — Carabus purpurascens , Fab. ',-^-Platynus scobri-
culatus, Fab.; — Pœcilus cupreus, Fab.; — P. punticollis,
Déj.; — Omaseus leucophtalma , Fab.; — 0. meridionalis ,
Déj.; — Acinopus megacephalus, Illig., etc., etc.
De la Jasse d'en Barnet on gravit un plateau supérieur
et on se dirige, par la gorge du ravin, vers les bois qui
entourent la Font de la Conque. Cette fontaine, située
au milieu d'un paysage agreste, ombragée de pins majes-
tueux, vous invite à faire une halte prolongée pour se
reposer des fatigues d'une si longue et si rude ascension.
De plus, cette localité recèle des espèces rares de cara-
biques, et les plantes alpines y sont nombreuses.
Nous signalerons parmi ces dernières : Aconitum
lycoctonum, Lin.; — A. napellus , Lin.; — Delphi-
nium montanum, Dec; — Anémone hepatica, Lin.;
— Banunculus phmtagineus , Dec; — R. thora, Lin.;
— R. villarsii, Dec; — Tkaliclrum alpinum. Lin.; — Co-
chlearia saxatilis, Lin. ; — Hutchinsia alpina, Brow.; —
Arenaria triflora, Lin.; — Lychnis alpina, Lin.; — Poten-
tilla rapestris, Lin.; — Geum rivale, Lin.; — Epilobium
spicatum, Lam.; — Ribes petreum, Lin.; — Angelica pyre-
nea, Spr.; — Astrancia minor, Lin.; — Molopospermum
cicutarium, D. C..;— Cacalia albifrons, Lin.; — Cirsium
monspessulanum, Alli.; — Gnafalium fuscum, Dec; — Tus-
silago alpina, Lin.; — Aster alpinus, Lin.; — Erigcron al-
pinum, Lin.; — Jasione Immilis, Pers.; — Scrophularia
scopoli, Stop.; - Euphrasia alpina, Lin.; — Ajuga pyra-
VALLÉE DE LA TET. 45
midalis, Lin.;-- Veronica bellidioïdes, Lin.; — V. alpina,
Lin.; — Primula integrifolia , Lin.; — Thesium cdpinum,
Lin.; — Lilium pyrmaïcum, Lin.; — Allium victoriale, Lin.;
■ — Juncus alpinus, Wil.; — Carex atrata, Lin.; — C. ovalis,
Good . ; — Aira cespitosa, Lin . ; — -Avena semper virens, Wil . ;
— Lycopodium selago, Lin.; — Pteris crispa, Alli.; — Polys-
ticum dilatatum, Dec, etc., etc.
Nous signalerons parmi les insectes : Carabus pyreneus,
Duf.; — Pterostichus Xatartii, Déj.; — P.Dufourii, Déj.; —
P. metallica, Fab.; — Amara montana, Déj.; — A. pyrenea,
Déj., etc., etc.
Sur la crête de la montagne qui domine la Font de la
Conque , on remarque une dépression de terrain qu'on
nomme Col de la Jasse d'en Barnet. C'est après avoir
franchi ce col qu'on descend dans le vallon de la Jasse de
Cady, rendez-vous des nombreux troupeaux qui, après
avoir quitté les plateaux inférieurs, viennent paître dans
ces régions alpestres. Là, sur une vaste surface gazonnée,
se répandent les bestiaux, et à la nuit tombante ils rega-
gnent isolément la jasse, point de ralliement de la colonie,
On couche à la jasse, où les bergers, très-hospitaliers,
vous offrent des jattes de lait, partagent avec vous leur
pain noir si vous en êtes dépourvu et se hâtent de couper
des genêts pour en accommoder votre lit, seule ressource de
cette région comme garniture de paillasse. Enveloppé dans
votre manteau, vous dormez d'un profond sommeil, au-
près d'un grand feu que les gardiens ont eu soin d'allumer.
Ce vallon , coupé de nombreux ruisseaux qu'alimentent
les neiges éternelles qui couvrent la base du grand pic,
est peuplé des plantes les plus intéressantes : Ranuncidus
pyreneus, Lin.;—/?, plantagineus, Dec; — R. buplevrifo-
46 HISTOIRE NATURELLE.
Mus, Dec.;—R.thora, Lin.; — Biscutella saxatilis, Lin.;—
Draba aizoïdes, Lin.; — D. stellata, Jac; — Viola palustris,
Lin.;— F. alpestris, Dec; — Arenaria laricifolia, Lin.;-
Diantlms deltoïdes, Lin.;- — Silène acaulis, Lin.; — Trifo-
lium alpinum, Lin.; — Geam rivale, Lin.; — Potentilla
aurea, Lin.;— Umbilicus sedoïdes, Dec; — Saxifragaas-
cendens, Lin.; — S. aspera, Lin.; — S. stellaris, Lin.; — S.
groenlandica, Dec; — Gaya pyrenaïca, Gaud.; — Prenantes
purpurea, Lin.; — Artemisia mutellina, Lin.; — Chironia
pidchella, Dec; — Gnaphalium supinum, Lin.;^ — G. dioi-
cum, Lin.; — Chrysanthemum maximum, Dec; — Doro-
nicum austriacnm, Jac; — Vaccinium uliginosum, Lin.;- — •
Gentiana burserii, Lap.; — G. acaulis, Lin.; — Pingiiicida
grandi flora, Lam.; — Primulla villosa, Jacq.; — Plantago
albicans, Lin.; — P. monosperma, Pour.;— Sparganium
natans , Lin.; — Carex pauciflora, Lin.;^ — C. pyrenaïca,
Will.; — Scirpus acicularis, Lin.; — Agrostis alpina, Lin.;
— Avena versicolor, Vil.;- — A. sempervirens , Vil.;— Nar-
dus stricta, Lin., etc.
Dans cette région on trouve quelques carabiques et
divers bousiers.
En remontant la vallée de Cady, qui est fort longue et
qui s'élargit à mesure que l'on monte, on arrive aux bords
de plusieurs mares d'eau qu'on appelle Clots de Cady
ou Eslanyols. Ces tout petits étangs, situés entre le pic
de la Comalade et le pic de Tretzevents, à 2.000 mètres
environ d'altitude, donnent naissance à la rivière qui coule
au fond de la vallée de Vernet. Là commence cette mer de
pierres dont nous avons déjà parlé, mer aussi mobile que
l'élément liquide, et qui conduit au pic principal.
Nous l'avons déjà dit, la montée au pic du Canigou
VALLÉE DE LA TET. 47
n'est pas très-intéressante pour le naturaliste; aussi le
dispenserons-nous de cette ascension, à moins qu'il ne
veuille avoir la satisfaction de rapporter, comme témoi-
gnage de végétation à 2.750 mètres d'altitude, la Poten-
tilla nivalis de Lapeyrouse et YArtemisia miitellina de
Linnée, qu'il ira ramasser dans la cheminée même du
grand pic.
Aux étangs dels Clots, la montagne barre le chemin
et ne permet pas d'aller en avant; il faut donc revenir
sur ses pas jusqu'aux Jasses de Cady pour franchir une
gorge étroite qu'on appelle Pas de Cady. De notre temps,
il existait sur les bords du torrent une scierie qui nous
servit d'abri : on dit qu'elle est détruite.
Dans cette gorge et dans le bassin d'une fontaine, nous
prîmes une salamandre. Ce fait, sans importance en lui-
même, n'a d'intérêt que par la grande élévation où vivait
ce batracien.
Au Pas de Cady l'on trouve : Saxifraga cœsia, Lin.; —
Chironia pulchella, V. B. Dec; — Chrysanthemum maxi-
mum, Dec; — Doronicum austriacum, Jac; — Vaccinium
uliginosum , Lin.
Du Pas de Cady on descend dans un vallon charmant
appelé le Collet Vert; il conduit à la vallée de la Llapou-
dère, très-étroite et très-resserrée au commencement,
mais qui, après demi-heure de marche, s'élargit en une
vaste pelouse, où paissent de nombreux bestiaux. Cette
vallée, dominée par de hautes montagnes toujours cou-
vertes de neige qui ne fond jamais, est très-froide. Nous
avons couché dans la cabane où logent les bergers, et
quoique au mois de juillet, il fallut faire du feu toute la
nuit.
48 HISTOIRE NATURELLE.
Non loin de la cabane est une fontaine d'eau glacée.
Elle jaillit d'un amas de roches sur lesquelles végètent
quelques hièbles, des mousses, des fougères, le Cochlearia
saxatilis de Linnée , la Veronica nummularia de Gouan ,
le Chenopodium bonus enricus, en catalan Sarrous. C'est
là que nous avons pris la belle variété de Y Hélix arbvs-
torum (hélice porphyre) que M. Farines a décrite sous le
nom à'Helix Xatartii, et qui a été confirmée par M. Dupuy.
Cet endroit nous a fourni quelques bonnes espèces de
carabiques, entre autres le beau Caràbus punctato auraius
qu'on y trouve en quantité.
En gravissant la montagne à gauche qui domine la
vallée, on marche sur des masses de roches granitiques
couvertes de ronces et on parvient au Col ou Cap de la
Roquette. Ce n'est pas sans danger qu'on franchit ce
passage : le col est couvert d'une épaisse couche de neige
glacée qui vous commande la plus grande attention dans
la marche, car un faux pas pourrait amener des accidents
déplorables. On arrive bientôt sur une pelouse très-
étendue, rase comme un tapis de billard : c'est le Pla
Guillem.
Le vaste plateau du Pla Guillem est d'une étendue
d'environ 9.000 mètres de longueur sur autant de lar-
geur. Son altitude est de 2.000 mètres ; il offre le tableau
le plus frais, le plus ravissant et le plus varié; on y jouit
d'une vue magnifique; jamais l'aspérité et la nudité du
sol n'y vient attrister les yeux; il est entièrement couvert
d'une immense pelouse verte.
« Des bandes de chamois ou isards que l'abondance des
« neiges chasse parfois des flancs du Canigou, traversent
«avec une rapidité sans égale ces prairies naturelles,
VALLÉE DE LA TET. iO
« où ils trouvent une ample et copieuse pâture. Ces jolis
« animaux, dont l'ouïe est aussi fine que la vue est per-
« çante et l'odorat subtil , redressent vivement la tête
« pour appliquer à leur sûreté ces trois sens à la fois;
« au moindre bruit qui les frappe, un sifflement aigu part
« de leurs narines et se répète par intervalles jusqu'à ce
« que leurs yeux ou leur odorat les aient enfin fixés sur la
« nature du danger qui peut les menacer; alors ils par-
« tenl comme des ilêches, gravissant ou descendant des
«pentes effroyables; s'élançant d'une pointe de rocher
«à l'autre, à des distances considérables, sans qu'on
« puisse deviner comment et où ils peuvent poser leurs
<x pieds; les jambes repliées sous le corps, le cou tendu
« et la tête dressée, dans une attitude aussi gracieuse
« que pittoresque, on les voit, dans le trajet de leur élan ,
« traverser les airs comme s'ils avaient des ailes* 1 ). »
Au pied du Cap de la Roquette, une croix en fer, plantée
dans une grosse pierre, indique le point culminant du
Pla Guillem, et par conséquent le point de partage de
ses deux versants, dont l'un jette ses eaux au sud dans la
vallée du Tech, et l'autre au nord dans la vallée de la Tet.
Le naturaliste ne manquera pas d'explorer toute cette
région. La se trouve une jasse abandonnée, aux bords
d'une fontaine appelée Font Freda (fontaine froide) et
aussi Font de la Perdiu (fontaine de la perdrix). Nous
signalons l'existence de cette fontaine, parce que c'est
le seul endroit de cette vaste pelouse où l'on puisse se
désaltérer pendant les grandes chaleurs de la journée.
La Cibbaldia procumbens de Linnée, croît sur ses bords.
(i) llenry, ouvrage cité.
TOME I.
50 HISTOIRE NATURELLE.
Au Pla Guillem vit : Dianthus deltoïdes, Lin.; — D.
glacialis, Lin.; — Oxitropis uralensis, Dec; — Paronichia
polygonifolia , Dec.;— Buplevrum ranunculoïdes , Lin.; —
Prenantes purpurea, Lin., sur les rochers; — Gnaphalium
dioicum, Lin.; — G. supinum, Lin.; — Tussilago alpina ,
Lin.; — vlster alpinus, Lin.; — Solidago minuta, Lin.; —
Genliana acaulis, Lin., couvre toutes ces régions de
ses coroles bleues; — 6r. Jwtea, Lin.; — G. nivalis,
Lin.; — G. pyrenaïca , Lin.;— Veronica saxatilis,
Lin., etc.
En descendant le versant nord du Pla Guillem, on
entre dans les gorges du Randé, où diverses prairies,
arrosées par un torrent, forment plusieurs beaux sites,
très-riches en plantes et en insectes. Là sont établies
quelques cabanes, habitées, pendant la belle saison, par
des colons nomades, qui viennent cultiver les lambeaux
de terre que la neige en se fondant a mis à découvert ;
on les appelle Artigayres.
Ces prairies, ombragées de quelques arbres épars, sont
couvertes d'ombellifères et d'autres plantes en fleurs, sur
lesquelles butinent les lépidoptères des régions alpines.
La flore y est représentée par: Biscutella chicoriifolia,
Lin.; — Cardamim resedifolia, Lin.;— C. amara, Lin.; —
Sysimbrium acutangidum, Dec; — Viola alpestris, Dec,
parmi les terres cultivées; — Asterocarpus sesamoïdes, Gay;
— Hypericum dubium, Lin.; — Géranium aconitifolium,
Lin.;— 6r. divaricatum, Errh.; — Geum rivale, Lin.; —
Angelica pyrenea, Spr.; — Astrancia minor, Lin.; — Gay a
pyrenaica, Gau. ; — Heradeum pyrenaïcum, Lam. ; — Meum
athamanticum , Lin.; — Leontodon pyrenaïcum, Gou.; —
Erigeron alpinum, Lin.; — Linaria vulgaris, Dec; — Poa
VALLÉE I>E LA TET. 51
alpina, Lin.; — Lycopodiwn celago, Lin.; — Botrichnim
luiiaria, S\v.; — Pteris crispa, Alli., etc., etc.
En quittant cette riante vallée, on descend toujours vers
les gorges de Castell, et l'on se dirige sur la Collada de
Palanes. Non loin de là coule une fontaine dont l'eau est
délicieuse; on y prend un peu de repos et deux heures
de marche vous conduisent à Castell, que depuis long-
temps on voyait à ses pieds.
Le lendemain on se dispose à rentrera Prades, et, en
passant à Villefranche, on visite de nouveau la Trencada
d'Ambulla, que l'on ne saurait assez explorer.
Vallée de Fullia.
Après avoir dépassé Villefranche, sur la rive droite de
la Tet , s'ouvre la vallée de Fulhà , Sahorre et Py, aussi
belle, aussi longue et aussi pittoresque que celle de Ver-
net, qui lui est parallèle. Au fond coule la rivière de Py,
dont les eaux reçoivent les versants de la grande chaîne
qui se joint au Canigou, et dont le Pla Guillem forme le
sommet. Les pentes de cette vallée sont fort raides, nues,
dévastées par les usines de fer qui étaient dans les envi-
rons. Les propriétaires ont senti le besoin de repeupler
les vastes vacants que le déboisement de la montagne
avait rendus stériles; déjà on voit ondoyer la cime des
essences résineuses qui s'y développent fort bien, et le
frêne, le chêne, le châtaignier couvrent les parties moins
élevées.
En entrant dans la vallée on rencontre d'abord Fulhà;
Sahorre se trouve plus loin dans la gorge, qui commence à
se rétrécir; un ormeau plusieurs fois centenaire couvre
52 HISTOIRE NATURELLE.
de ses branches la place publique du village, et fait admirer
sa puissante végétation. Py, beaucoup plus élevé encore,
est assis sur la rive gauche du torrent; il repose sur une
masse de marbre blanc statuaire qui ne le cède en rien,
disent les connaisseurs, aux plus beaux marbres d'Italie.
Cette riche carrière n'a jamais été exploitée, parce que les
transports y sont impossibles faute de chemin.
Les mines de fer sont nombreuses dans cette vallée :
les plus importantes sont celles de Toren, Aytuà, Escaro.
Sahorre était le lieu où Ton traitait le minerai de fer.
Des forges y furent établies en 1127; mais elles ne
fonctionnent plus depuis longtemps : le déboisement des
montagnes a fait transporter le minerai ailleurs.
La flore de cette vallée est en tout point semblable à
celle de la vallée de Yernet; aussi nous abstiendrons-nous
d'en parler. Cependant, nous signalerons sur les roches
qui garnissent l'embouchure du torrent , YAlyssum pe-
rusianum de Gay.
Mais si, pour ne pas nous répéter, nous n'avons rien
à dire sur la botanique de cette localité, il en est autre-
ment de l'entomologie. Cette branche de l'histoire natu-
relle compte de nombreux et intéressants insectes dans
les prairies, parmi les roches et sur les végétaux; nous
citerons entre autres : Cicindela silvicola, Meg.;^ — Zu-
phium olens, Fab.; — Cymindis pundata, Bon.; — C. linea-
ta, Scho . ; — Nebria psammodes , Ros . ; — N.picicomis , Fab . ;
— Pristonydius alpinus, Déj.; — Argutor abaxoïdes, Déj.;
— A.puzilla, Déj.; — Zabrusobesus, Lat.; — Z. piger, Déj.;
—Tachys pumilio, Duft.; — Tachypi(s flavipes, Fab.; —
Emus maxillosus, Fab.; — E. olens, Fab.; — E. morio, Gyl.;
— Caflus zantholoma, Grav.; — C. littoralis, Déj.; — Ludius
VALLÉE DE LA TET. 53
py retiens, Déj.; — L. rugosus, Meg.; — L peclmicornis,Yah.;
— Geotrupes hypocrita, Sch.; — Meloœ proscarabeus, Fab.;
— M.violaceus, Gyl.; — Zonitis sexmacidata, Oliv.; — Z.
fulvipennis, Fab.; — Rhymhiies cupreus, Fab.;— R. minu-
tes, Gyl.; — Polydrusus smaragclinus, Meg.; — P.picns,
Fab.; — P. perplexus, Déj.; — Hylobius pinastri, Gyl.; — //.
arcticus, Fab.:— Balalinus cerusorum, Payk.; — B. salici-
vorus, Payk.; — Callidium sanguineum, Fab.; — C. thora-
cicum, Déj.; — Clylus tropicus, Pauz.; — C. arictis, Fab.; —
Dorcadion rufipes, Fab.; — D.striola, Déj.; — Oberea ocu-
lùta, Fab.; — Vesperus luridus, Ros.; — Rhagium indaga-
tor, Fab.;' — Stenura cruciala, Oliv.; — S. pubescens, Fab.
En quittant la vallée de Fulha et en suivant un petit
sentier qui longe la rive droite de la Tet, le naturaliste
aura l'occasion de ramasser quelques bonnes espèces de
plantes pyrénéennes. Après une heure de marche, il se
trouvera en face de Serdinya et franchira la rivière sur
un pont pour entrer au village. Cette localité n'offre pas
de grandes richesses botaniques : c'est là que finissent
les cultures de l'olivier et du figuier; en revanche elle
possède une plante de la famille des primulacées qu'il
ne faudra pas négliger d'aller récolter, c'est le Lysima-
chia ephemerum de Linnée ; elle croît sur un tertre élevé
qui est h côté du ravin du Salt-del-Cavaller, tertre qu'on
trouve à droite en sortant du village après avoir passé le
pont du torrent. Ce tertre est arrosé par l'eau qui se perd
d'un ruisseau nouvellement construit, et qui féconde une
grande partie des terres de cette commune. Celte plante
se trouve encore sur les bords du ruisseau du moulin de
Serdinya, et auprès d'une fontaine, à la droite de l'an-
cienne route qui conduisait d'Olette à Mont-Louis.
54 HISTOIRE NATURELLE.
On trouve auprès de Serdinya un grand banc de schiste
compacte ou grauwacke, dont les produits peuvent être
appliqués à la construction ; on peut en faire des marches
d'escalier, des appuis de fenêtre, des couvertures d'aque-
ducs, et l'employer enfin à divers autres objets d'utilité
générale. Déjà on avait découvert dans les pentes des
ravins qui le séparent d'Olette, des espèces d'atterrisse-
ments ou arènes fragmentaires, qui, calcinées et tamisées,
fournissent une matière sableuse donnant avec les chaux
grasses un mortier hydraulique.
C'est dans les rocailles du moulin de Serdinya que vit
le loir, Mîoxus glis de Linnée , en catalan rat esquirol.
Ce mammifère est très-difficile à se procurer, et c'est
avec beaucoup de peine que nous avons pu , dans le
temps, en expédier quelques individus à M. Cuvier qui
n'en avait jamais vu de vivants. Voici ce qu'il nous
écrivait à la réception de notre envoi par la diligence :
« Les loirs que vous nous avez envoyés sont arrivés
« dans le meilleur état , grâces aux soins que vous avez
« pris en les confiant à la diligence , et ils se portent
« encore fort bien. J'espère les conserver longtemps et
« bien assez sûrement pour en tirer tout ce que des ani-
« maux hors de leur état de nature peuvent donner.
« J'en ai déjà fait faire une fort belle peinture , et leurs
« dépouilles enrichiront nos cabinets d'anatomie et de
« zoologie , qui étaient fort pauvres des diverses parties
« de cette espèce, etc. »
Vallée de la Font de Coms.
Sur la montagne qui domine Serdinya, au nord, est le
hameau de Flassà qu'entoure un petit plateau cultivé.
VALLÉE DE LA TET. 55
Le mûrier y vit très-bien. Sur nos conseils, M. Llopet,
propriétaire, a été le premier, et peut-être le seul, à
propager cette essence d'arbre et à se livrer a l'éducation
du ver à soie; ses tentatives ont parfaitement réussi;
la chenille a traversé sans accident tous ses âges, et le
cocon obtenu a été d'excellente qualité. C'est que dans
ces fraîches montagnes, le ver conserve toute sa santé et
toute sa vigueur, et n'est point exposé, comme dans la
plaine, aux désastreuses influences du vent du midi et
des jours d'orages qui font périr les chambrées au moment
où l'éducateur espère recueillir le fruit de son travail.
C'est à Flassà qu'il convient de coucher, afin d'avoir
plus de temps à donner aux recherches qu'exige la Font
de Coms , localité remarquable par ses richesses en
plantes alpines, mêlées avec quantité de plantes des
régions chaudes des plaines méridionales.
Le lendemain, au point du jour, on escalade la mon-
tagne en se dirigeant toujours au nord, vers les sapins
qui couronnent le sommet. A mi-côte, près d'une grange
et dans les champs de seigle, on peut récolter YOnopor-
donpyrenakum, Lin., et quelques autres bonnes espèces.
A un kilomètre avant d'atteindre le sommet, on rencon-
tre, sur la gauche, un grand rocher qu'on appelle Roc
del Muix, dans lequel est une excavation naturelle où se
retirent quelquefois les bestiaux; leur fumier y attire
quantité d'insectes intéressants. C'est aussi dans cette
masse calcaire, pleine de fissures, que croissent plusieurs
arbustes parmi lesquels : Lonicera pyienaico, Lin.; —
Rhamnus pumilus, Lin.;- — Globularia repens, Lin.; —
enfin les Pupa quadridens, P. farinesi, P. cinerea s'y
trouvent abondamment.
56 HISTOIRE NATURELLE.
Au-desus du Roc del Muix , après un kilomètre de
marche, on est parvenu au sommet de la montagne au
point dit Coll de la Serra de la Font de Coms ; là est
un petit sentier qui facilite la descente de la pente
opposée, et qui conduit dans un bois de sapins. Au pied
d'un grand rocher isolé coule une source abondante d'eau
glacée, c'est la Font de Coms qu'entoure une pelouse
émaillée de fleurs. Ce bois et cette pelouse fourmillent
de plantes rares et précieuses, et l'on ne saurait trop
s'y arrêter.
A trois cents mètres de la fontaine, la montagne taillée
à pic se relève à une hauteur prodigieuse : c'est dans
les fentes les plus inaccessibles que croit YAlyssum pijre-
naïcum décrit pour la première fois par Lapeyrouse sur
les échantillons expédiés par Coder. Cet arbuste , qu'on
ne trouve nulle autre part en Europe, a été si recherché
des nombreux botanistes qui ont visité celte localité
précieuse, qu'ils l'ont fait disparaître du pied de la mon-
tagne où il vivait abondamment ; il n'en reste aujourd'hui
que trois ou quatre sujets qui vivent dans les lissures
de ce grand rocher, pendant sur des abîmes et hors de
portée de la main rapace de l'homme. C'est encore au
pied de ces roches qu'on peut recueillir le Saxifraga
média de Gouan et le Dracocephalus austriachus de Lin-
née, de même que Anémone alpina, Lin.; — Rammculus
thora, Lin. ; — Aquilegia viscosa, Gou.; — Cerastium visco-
sum, Lin.; — Gentiana vernit, Lin.; — Hesperis laciniata,
Alli . ; — Veronica aphylla, Lin . ; — Androsacœ chamœjasme,
Wil.; — Pyrola wiiflora, Lin.; — P. secunda, Lin.; — Linum
alpinum, Lin.; — Pohjgonum viviparum, Lin.; — Pedicu-
laris verticillata , Lin.; — Potentilla cmdescens, Lin.; —
VALLÉE DE LA TET. 57
Orobus vernus, Lin.; — Saxifraga média, Gou.; — Globu-
laria rvudicaulis, Lin.; — Salvia offîcinaMs, Lin.; — Senecio
doronicum, Lin.; — Siderilis hyssopifolia, Dec; — Campu-
mda speciosa, Pour.; — Laserpitium silef, Lin., etc., etc.
Vallée d'Évol.
De la Font de Coms on peut se rendre dans la vallée
d'Évol, et, à cet effet, on s'achemine vers Los Plas, joli
plateau qui nourrit quelques plantes rares, où l'on ren-
contre la Salvia officinalis de Linnée, qu'on trouve rare-
ment à l'état sauvage , et qui couvre une partie de ce
plateau; on y trouve aussi le Daphne mesereum de
Linnée.
En continuant à marcher vers le nord, on parvient à
la Collada de Jujols ; là sont quelques maigres lambeaux
de terre cultivée où l'on recueille : Ephedra distachya,
Lin . ; — Pyrola uniflora , Lin . ; — Sideritis hyssopifolia ,
Lin.; — Bunium denudatum, Dec, — Laserpitium galli-
cum, Lin.; — Ligiisticum fenUaceum, Allionii.
De la Collada on continue de marcher sur la crête de
la montagne , et , à travers des roches escarpées , on va
droit au Roc de l'Ours, agglomération de roches parmi
lesquelles croissent des pins d'une grosseur et d'une
hauteur prodigieuses. On prétend qu'autrefois les ours
habitaient ces montagnes; mais, depuis longtemps, ces
animaux ont disparu, le déboisement de ces contrées ne
leur offrant plus de retraite impénétrable. C'est dans les
éclaircies méridionales que nous avons recueilli une jolie
plante de la famille des papavéracées , le Meconopsis
cambrica qui n'avait pas été encore signalé dans les
58 HISTOIRE NATURELLE.
Pyrénées-Orientales ; nous avons également trouvé dans
cette même exposition YAsphodelus albus de Will.
Du Roc de l'Ours on se dirige à travers bois et par
un pays très-difficile vers le Pla de l'Arc, point très-élevé
de ces montagnes. Là vivent le Brias odopetala de Lin-
née et bon nombre de plantes alpines très-intéressantes.
Enfin l'on monte vers le Col de Portus, dernière station :
de ce point l'on voit bien loin sous ses pieds la Jasse
d'Évol, adossée à la montagne de Madrés.
A partir du Col de Portus se déroule un immense
tapis de verdure qui s'étend jusqu'à la Jasse d'Ëvol et
jusqu'au Lac Noir de Nohèdes, dont nous avons déjà
parlé ; le trop plein de ce lac forme la rivière d'Évol.
On descend à la jasse pour y déposer son butin et pour
y passer la nuit. Les bergers vous accueillent avec bien-
veillance et vous offrent la même hospitalité que les
vachers du Ganigou.
Dans les forêts que nous venons de traverser, nous
avons vu à profusion le Bec-Croisé des pins, Loxia
curvirostra de Linnée; l'Accenleur-Pégot ou des Alpes,
Accenlor alpinus de Bechensten ; et le Cincle-Plongeur,
Cinclus aquaticas de Bechensten. C'est près de la jasse,
dans des flaques assez profondes formées par la rivière
d'Évol, que nous avons pu observer longuement la singu-
lière propriété que possède cet oiseau de se submerger,
de se maintenir et de se promener assez longtemps sous
l'eau pour y prendre des insectes aquatiques.
Dans ces mêmes forêts, se trouvent : Carabus calenu-
latus, Fab.; — C. auratus, F.; — Nebria psammodes, Ros.;
— Chlœnius spoliatus, Déj.; — C. holosericeus , Fab.; —
Zabrus cwius, Fab.; — Amara obsoleta , Duf.; — A. com-
VALLÉE DE LA TET. 59
jilanata, Déj.; — Ophonus sabulicola, Panz.; — 0. puncti-
collis, Pay.; — Astrapœmvlntiimis, Fab.; — Stenus oculalus,
Gav.; — S.riistiiHs, Déj.; — Agrilus bigutiatus, Fab.; — A.
laticornis, Illi.; — Cerophitum elatero'ides, Lat.; — Limouius
nigricomis , Gyl.; — Ludius signatus , Panz.; — L. hœma-
todes, Fab.; — Trachyphlœus aristalus, Gyl.; — T.metalli-
(M&, Déj.; — Omias hirsutulus, Fab.; — O. gracilis, Beck.;
— Otiorhynchus pyreneus, Déj.; — 0. navaricus,hê').; — 0.
obscurus, Duf.; — Larinus maculosus, Bes.; — L. jaceœ,
Fab. ; — Larinus cyUndrirostris,Dé).;- — Doritomus juratus,
Chev.; — D. tortrix, Fab.; — Phytobius quadricornis, Gyl.;
— Orchestes quercus, Lin.; — O. stigma, Gerra.; — Boris
lucidus , Déj . ; — B. punctatissimus , Déj . ; — Campilirhyn-
rlnis periearpius, Pabvj— Cwnus ocellatus, Illi.; — C. fra-
dini , Lat.; — Gymndron becabungœ , Fab.; — G. scolopax,
Déj ; — Messinus lintbatus, Déj.; — M. violaceus, Meg.; —
Calandra abveviata, Job.; — Prionus coriarius, Fab.; —
Hamaticherus cerdo, Fab.; — Callidivm thoraciaim, Déj.;
— C.macropus, Ziegl. ;— Stenopterus îishdatus, Déj.; —
S. prœustus , Job.; — Saper da scalaris , Fab.; — Oberea
pupillata, Scho.; — O. linearis, Fab.; — Toxotus cursor,
Fab.; — Pachita dathrata, Fab.; — P. collaris, Fab.; —
Slrangalia calcarata, Fab.;^ — Leptura bipundata, Fab.;
— L. timida, Chev., etc., etc.
Le plateau de la Jasse d'Évol a été couvert autrefois
d'arbres résineux; aujourd'lmi il n'en reste que de faibles
traces. Est-ce que la terre aurait perdu de sa fécondité?
Est-ce que ses éléments auraient subi quelque modifica-
tion? Ou bien, la température de cette région se serait-elle
refroidie? Saus pouvoir répondre à ces questions, nous
constaterons que de vieux et beaux sapins, accablés sous
60 HISTOIRE NATURELLE.
le poids des neiges hivernales y pourrissent sur place sans
se reproduire; que les jeunes plants, rabougris et chétifs,
y meurent sans se développer, et que le vide s'étend de
plus en plus chaque jour. Cependant, non loin de la, sur
les montagnes que nous venons de parcourir, s'élèvent de
très-vastes forêts de la plus belle venue. Le Capcir, qui
n'est séparé de la vallée d'Évol que par la montagne de
Madrés, en possède de non moins admirables, et pourtant
ce pays est plus froid et plus élevé ; il serait probable
alors que le sol épuisé de certains éléments nécessaires à
la végétation des arbres résineux, se prêterait à la venue
d'autres essences. C'est ce que devrait tenter l'adminis-
tration forestière pour redonner la vie à ce plateau dénudé.
En quittant le plateau de la jasse et suivant les bords
de la rivière d'Évol, on arrive à Olette. Sur ce plateau,
comme sur les deux rives du torrent, le naturaliste aura
récolté : Helleborus fœtidus, Lin.; — Barbarea sicula, Pers.;
— Cistus albidus, Lin.; — Diaiithus hirtus, Lin.; — D. pun-
gens, Lin.; — -Mulva moscata , Lin.; — Pistachia lentisms,
Lin.; — Saxifraga aspera, Lin.; — S. granulata, Lin.; — S.
geranioldes, Lin.; — Scabiosa gramunlia, Lin.;— Veronica
aphylla , Lin . ; — Salureia montana , Lin . ; — Eringium
bourgati, Gou.; — Calamita grandiflora , Moenh.; — C.
nepeta, Link.; — C. alpina, Lam.; — Carex vitillis, Fries.;
C. nigra, Ail.; — C lenuis, Hort.
Nous ne passerons pas sous silence la présence de deux
oiseaux qui sont assez rares : l'un, qui nous a accompagné
de son chant gracieux dans tout le parcours de celte vallée,
est le Turdus saxatiUs ou Merle de roche, en catalan Pas-
sera de las rojas; l'autre est le Saxicola cachinnans ou
Traquet rieur, en catalan Passera cul-blanc.
VALLÉE DE LA TET. 61
Olette, gros bourg de 1.200 âmes, chef-lieu de canton,
est un pays de ressources où le naturaliste pourra s'appro-
visionner : il y a deux bons hôtels. Cette commune se
trouve située sur la rive gauche de la Tet, très-encaissée
en cet endroit, sur un promontoire de 615 mètres d'alti-
tude. C'est sur son territoire que finissent les cultures du
mûrier et du pêcher. Un peu en amont coule la rivière
de Cabrils, qui descend des confins du Capcir et qui reçoit,
avant de se jeter dans la Tet, la rivière d'Évol. Ici com-
mence le chemin étroit, pierreux et difficile qui mène,
par Aygualébia, Ralleu, le Col de Creu, à Formiguères,
capitale du Capcir. Nous ne suivrons point celte route
dont nous parlerons plus tard ; nous continuerons à re-
monter la vallée de la Tet en suivant la route impériale.
Environ à une lieue au-dessus du bourg d'Olette, à la
descente appelée les Graus (degrés), on reconnaît, à droite,
partie d'une muraille et de la voûte d'une petite église,
ainsi que l'enceinte peu étendue d'un éditice qui paraît
avoir été de forme carrée. Cesonl-là, dit-on, les ruines de
l'ancienne abbaye de Saint-André-d'Exalada, dont la fon-
dation remonte vers l'an 840 ou 843. Vers l'an 878, la
rivière de la Tet aurait pris un tel accroissement, que ,
dans cette gorge resserrée, elle se serait élevée à la
prodigieuse hauteur de 500 mètres au-dessus de son
niveau actuel, et aurait renversé le monastère et noyé
la plupart de ses habitants. Quand nous parlerons du
Pla de Barrés , nous ferons connaître comment une
aussi grande masse d'eau aurait pu se précipiter dans
cette vallée et occasionner le désastre dont parlent, nos
annales.
En examinant attentivement la gorge resserrée des
62 HISTOIRE NATURELLE.
Graus d'Olette, il paraît impossible que les eaux de la Tet
se soient élevées à cette prodigieuse hauteur, et qu'elles
aient pu atteindre la place où sont les ruines en question,
qu'on attribue aux restes du monastère de Saint-André-
d'Exalada. Aucun document ne prouve que ce monastère
se trouvât précisément en cet endroit ; mais il est certain
que le couvent fut emporté par une terrible inondation ,
et que les moines échappés à ce désastre allèrent s'éta-
blir à Saint-Michel-de-Cuxa. Il est donc présumable que le
monastère d'Exalada était situé dans la gorge des Graus,
sans que l'on puisse préciser le lieu où il était bâti.
Si les eaux de la Tet avaient atteint une si prodigieuse
hauteur, il est hors de doute que toute la vallée de Thuès
aurait été submergée; ce dernier village, mentionné avant
878 et qui est moins élevé que la montagne des Graus,
aurait été détruit. Tout porte donc à croire que ceux qui
ont prétendu que les eaux de la Tet se sont élevées jus-
qu'aux ruines qu'on voit au sommet de la montagne des
Graus, n'ont fait qu'une supposition, que le bon sens ,
s'appuyant sur l'histoire elle-même, réfute d'une manière
complète.
Vallée de Nyer.
En descendant aux Graus d'Olette, nous avons oublié
de parler de la vallée de Nyer, située sur la rive droite
de la Tet. Cette vallée, d'une étendue de 20 kilomètres
environ, s'étend jusqu'au Col de la Madona, passage
qu'on franchit à 2.478 mètres d'altitude pour aller au
village de Sept-Cases, situé au fond du Pla del Camp-
Magre, en Espagne. Celte vallée, remarquable par la
VALLÉE DE LA TET. 63
fraîcheur de ses eaux et ses paysages pittoresques, est
d'un accès facile; un chemin praticable conduit jusqu'au
col; un rameau de montagne qui se détache du Col de
la Madona, forme un promontoire qui s'avance dans la
vallée; deux ravins embrassent ses flancs et viennent se
rejoindre en un seul cours à la forge de Mantet pour
former la rivière de Nyer. C'est en suivant le chemin qui
longe le ravin de droite que l'on parvient sur le plateau
du Camp-Magre, vaste prairie où l'on marche de niveau
sur un gazon épais et par où l'on peut aller aux Esquerdes
de Roja pour descendre dans la vallée du Tech.
La vallée de Nyer ne compte que deux villages, Nyer
et Mantet. Ce dernier situé au fond de la vallée est un
chétif hameau de 120 habitants; une forge à la catalane
lui donnait autrefois quelque vie, mais le manque de
combustible a fait déserter ce lieu depuis longtemps.
Nyer au contraire est un charmant village peuplé de 450
habitants. Placé à l'entrée de la vallée, dans une position
délicieuse qu'anime le bruit d'un martinet et le doux
murmure des eaux , il offre aux crayons de l'artiste les
tableaux les plus pittoresques; de belles prairies sont
sur les bords de la rivière, et des arbres fruitiers et des
noyers séculaires couvrent les champs et les ravins.
Entre Nyer et Mantet est un vallon charmant,- couvert
de belles et riantes cultures, on l'appelle VHort de Nyer,
le Jardin de Nyer; depuis peu d'années on a construit un
canal d'arrosage qui décuple la richesse de ce pays.
La flore de la vallée de Nyer est très-abondante; nous
nous contenterons de désigner ici les plantes les plus
intéressantes : Ranunculus muricatus , Lin.; — Aconitum
pyrenaicum, Lam., variété Y du Lycoctonvm de Linnée;
64 HISTOIRE NATURELLE.
— Cistus albidus, Jacq.; — Sisymbrinmcohtmnœ, Jacq.; —
Cardamine latifolia, Vahl.; — Silène noUurna, Lin.; — S.
otites, Dec; — S. inaperta, Lin.; — Dianthus saxifragus,
Lin.;— Potentilla hirta, Lin.; — Teucrium scorodonia, Lin.;
— Linum tenuifolium, Lin.; — Euphorbia exigua, Lin.; —
Galium pyrenaicum, Lin.; — Galium megcdospermum,Si\.;
— Cota altissima , Gay.; — Gnophalium Meoalbum, Lin.;
— Helichrysum stœchas, Dec; — Artemisia camphorata ,
Vil.; — Crépis biennis , Lin.; — Catananche ceridea, Lin.
En amont de la vallée de Nyer, sur la rive gauche de
la Tet, au sommet d'un plateau très-escarpé et très-aride,
où végètent quelques chênes-verts rabougris, où la gorge
se resserre, est le hameau de Canaveilles. C'est sur les
flancs de cette montagne que finit la culture de la vigne
dont les ceps soutenus en terrasse sont menacés d'être
emportés à la moindre pluie d'orage. C'est au pied du
village qu'existent des mines de cuivre; les nombreux
filons, parfaitement distincts, parallèles entre eux, ont
été activement suivis il y a une vingtaine d'années.
« Ces affleurements, » dit M. Bouis, « avaient fourni du
« minerai fort riche : on y a trouvé entre autres de beaux
« échantillons de cuivre silicate. Des puits profonds, de
« longues galeries horizontales d'épuisement furent ter-
« minés.» Malgré ces travaux préliminaires, dont quelques-
« uns se sont bien conservés, l'exploitation fut abandon-
« née, sans avoir la certitude que des recherches, plus
« longuement suivies et différemment dirigées , demeu-
« reraient sans heureux résultat. Les affleurements des
« filons de cuivre se continuant sur la rive droite, deux
« galeries furent et sont restées ouvertes , entre les
«sources des Graus d'Olette, du groupe thermal de
VALLÉE DE LA TET. 65
« l'Exalada. A l'extrémité de la grande galerie horizon-
« taie d'épuisement des mines de Canaveilles, on a trouvé
« quelques petites sources d'eau ordinaire, à une tempé-
« rature de 28 et 50° C. »
En face de Canaveilles, sur la rive droite de la Tet,
coulent en abondance des sources thermales connues
dès les temps les plus anciens. La nouvelle route ayant
transporté sur la rive droite et sur les sources mêmes la
voie qui était sur la rive gauche , a permis de les aborder
facilement. Ces sources étaient autrefois confondues sous
les noms de sources de Thuès , de Canaveilles , de Nyer
et des Graus d'Olette. A présent, les sources d'Olette ou
sources des Graus d'Olette sont divisées selon leur posi-
tion sur le terrain thermal, en trois groupes : 1° de
Saint-André, 2° d'Exalada, 5° la Cascade, et sont clas-
sées parmi les eaux thermales alcalines sulfureuses et
non sulfureuses.
Voici comment s'exprimait M. François, inspecteur-
général des eaux minérales de France, dans un rapport
à l'Empereur, en 1832 : « Je ne puis clore cette liste
« restreinte de richesses thermales , sans citer le groupe
« si remarquable des eaux sulfureuses de Thuès, Pyré-
« nées-Orientales. La, sur l'accotement d'une route impé-
« riale, dans un lieu abrité, d'une climaterie privilégiée,
« trente-une sources ne débitent pas moins de 1.772.000
« litres, par vingt-quatre heures, d'eaux sulfureuses diver-
« ses, de 30 à 78° C. Là, pas de terrains occupés par des
« constructions , aucune entrave , des chutes de plus de
« 100 mètres, des ressources incomparables et jusqu'à
«ce jour inconnues, pour l'organisation de l'assistance
« publique. »
TOME I. li
06 HISTOIRE NATURELLE.
Ces sources naissent sur les faces nord et ouest de la
partie inférieure d'une montagne granitique, dure, for-
tement feld-spathique, commençant après les Graus jus-
qu'au ravin dit Torrent Real, d'où tombe perpendiculai-
rement, a côté de la route, une cascade de 50 mètres.
On peut appeler cette portion de montagne, sur une lon-
gueur de 400 mètres, terrain thermal, terrain aquifère,
parce que l'eau est partout, a partir de la rivière jusqu'à
un niveau de 50 mètres au-dessus , et que les sources
reparaissent nombreuses, abondantes, aux deux extré-
mités est et ouest, jusqu'à 100 mètres de hauteur. Enfin,
nous ajouterons que ces magnifiques sources appartien-
nent à M. Bouis, ancien pharmacien et professeur de
chimie à Perpignan, qui vient d'y jeter les fondements
d'un établissement qui sera digne du plus beau monument
d'eaux thermales que l'on connaisse dans nos Pyrénées,
-selon les belles expressions d'Anglada.
Vallée de Carenca.
« Des Graus à Thuès, la route côtoyé la montagne,
« fortement inclinée, presque partout couverte d'une belle
« végétation; la rivière est à 10 mètres au-dessous. La
« faible pente d'un point à l'autre , fait de cette portion
« de route une promenade agréable , toujours animée
« par sa fréquentation.
« Thuès est à l'entrée de la vallée de Carenca sur la
« rive droite de la Tet. Le village est divisé en deux par
« la rivière ; les habitations de la rive droite, placées sur
« une position élevée , sont les plus anciennes et elles
« dominent la vallée ; l'église en occupe le point culmi-
VALLÉE DE LA TET. 67
« nant. Autrefois une forge avait été montée à Thuès; elle
« a cessé de fonctionner par le manque de charbon
« Les eaux de la rivière de Carença sont abondantes,
« toujours limpides ; et parmi les belles choses à voir
« dans ces magnifiques montagnes, peu sont aussi impo-
« santés et aussi grandioses que la gorge elle-même, ;i
« partir de son embouchure jusqu'aux lieux où elle devient
« inaccessible.
« A son entrée, les deux faces sont des rochers à pic,
« excessivement élevés, présentant deux murailles paral-
« lèles , distantes de quelques mètres sur toute leur
« hauteur. La perpendiculaire de ses faces se continue
« pendant plus d'un kilomètre ; aussi est-ce avec difficulté
« et avec quelque péril qu'on s'avance, tantôt côtoyant
« la rivière, tantôt s'élevant péniblement sur un des
« côtés. L'origine de cette rivière est aux étangs de ce
« nom et à des sources un peu au-delà, où l'on parvient
« en six heures par le chemin de Saint-Thomas et de
« Prats-de-Balaguer, bien préférable a celui qui remon-
« terait la gorge de Carença.
« Des neiges perpétuelles et de riches mines de cuivre
« sont aux environs des étangs. Dans le pays existe la
« croyance qu'une de ces mines est aurifère. L'exploita-
« tion de ces gisements métalliques a été commencée h
« diverses reprises , sans être suivie longtemps ni avec
« régularité. On s'en était particulièrement occupé lors
« des recherches aux mines de Canaveilles. Il est vrai
« que la neige et le froid rendent cette position inhabi-
« table, à peu près huit mois de l'année.
« Les étangs de Carença, comme ceux de Nohèdes,
« ont été entourés jusqu'à nous d'un pre&tige supersti-
08 HISTOIRE NATURELLE.
« tieux : on les supposait un lieu de réunion des esprits
« invisibles, ce qui doit faire admettre, avec quelque
« probabilité, que c'est sur ces points déserts et éloignés
« dans nos montagnes, que sont venus s'éteindre, pour
« toujours, les derniers sacrifices druidiques (1) . »
On vient de voir que, pour atteindre le sommet de ta
vallée de Carença , il était préférable de suivre la vallée
de Prats-de-Balaguer qu'on remonte jusqu'au Col de Las
Non Fonts, qui est situé à 2.900 mètres d'altitude. Arrivé
là, l'on côtoyé la Fosse du Géant ainsi que les glacière
qui l'avoisinent; et, par un chemin très-escarpé et très-
pénible, on s'achemine en suivant la crête de la monta-
gne couverte de gazon, vers la Coma dels Gorgs qui est
à 2.870 mètres d'altitude. Parvenu sur ce point culmi-
nant , l'on voit au loin les étangs de Carença , dont la
nappe tranquille contraste singulièrement avec les eaux
écumantes de la rivière de Prals-de-Balaguer que l'on
vient de quitter. Quatre kilomètres nous séparent des
étangs; pour y arriver, l'on marche sur une prairie unie
coupée de quelques monticules et couverte de bétail.
Les lacs de Carença sont au nombre de trois comme
ceux de Nohèdes ; et , comme ces derniers , deux sont
contigus, tandis que le troisième est séparé des autres
par un relief de montagne. À droite et à gauche des lacs,
s'élèvent le Col del Prats et le Col del Gegan : le premier
a 2.844 mètres d'altitude, le second 2.883. Au-dessous,
vers la montagne de Col Mitja, l'eau de tous les étangs
se réunit en un seul cours et forme la rivière de Carença.
(1) Bonis, Bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des
(Vréftées-Orifinlale.s, volume XI, ISH8.
VALLÉE DE LA TET. 69
Sur l'immense prairie où le bétail campe tout l'été ,
sont les cabanes des bergers adossées à la roche qui
s'élève près des lacs : c'est une station botanique des plus
riches; les insectes y aflluent; aussi doit-elle être explorée
avec le plus grand soin.
Au Col Milja, la rivière est profondément encaissée;
on descend la montagne par un sentier étroit qui serpente
sur ses flancs. Ce n'est pas sans peine que l'on gagne
les bords du torrent dont les eaux retenues par d'énormes
blocs de granit, retombent en mugissant de cascade en
cascade. Pendant 8 kilomètres, l'on marche à travers
les rochers, sous des pins séculaires, sous des bois de
hêtres, de bouleaux et de noisetiers; à chaque pas, de
beaux bouquets de sureaux à grappes (Sambucus raeemosus,
Lin.), récréent la vue, tandis que des buissons de fram-
boisiers et de groseilliers vous invitent à cueillir leurs
fruits. Enfin, les bois vous abandonnent, et l'on rentre
dans toutes les horreurs d'une nature sauvage. Le torrent
s'engouffre dans une gorge étroite, escarpée, qui laisse à
peine un sentier de deux pieds de large pour passer;
encore est-il souvent intercepté par un obstacle infran-
chissable qui vous force à traverser la rivière sur un tronc
d'arbre jeté en travers: dans l'espace d'un kilomètre,
nous dûmes passer quinze fois d'une rive à l'autre. Après
-i kilomètres de marche dans ce sentier pénible, l'on
arrive à ïhuès où la rivière se jette dans la Tet.
Les montagnes qui forment la vallée de Carença ont
une direction du sud au nord, et le cours de la rivière
est de 16 à 17 kilomètres d'étendue. La force des eaux,
dans le bas de la gorge, a balayé les roches granitiques
tombées de la partie supérieure, et a creusé, à 20 mètres
70 HISTOIRE ÏSATURJELLE.
de profondeur, sur une longueur d'un kilomètre, le banc
de marbre qui forme la base de la vallée : ces marbres,
d'un grain fin et de nuances variées, pourraient être
avantageusement exploités si l'industrie voulait y engager
des capitaux.
La flore du pays que nous venons de parcourir est
nombreuse et variée ; nous citerons les plantes suivantes :
Anémone narcissiflora, Lin.; — Adonis pyrenaïca, Lin.; —
Thalictrum alpinum , Lin.; — Ranunculus parnassifolms ,
Lin.; — R. ylacialis, Lin.; — R. thora, Lin.; — R. lingua,
Lin.; — ïberis ypalulota , Berg.; — Papaver pyrenaïcum,
Lin.;— Alyssum cuneifolium, Ténor. (Alyssum diffusum,
Dubi); — Kernera saxalilis, Rehb.; — Viola cenisia, Lin.;
— Hcrniaria alpina, Wil.; — Arenaria serpyUifolia, Lin.;
— Alsine verna, Bartb.;— Oxilropis Halleri , Bung.; —
Phaca ostralis, Lin.; — Umbilicus sedoïdes, Dec; — Saxi-
fraga oppositifolia , Lin.; — Saxifr. groenlandica , Lin.;—
Xatartia scabra, Meis.; — Galium cometerrhizon, Lap.; —
Artemisia mutellina, Vil.; — Phytuma paucijjorum, Lin.;
— Campanidla pnsilla, Henk. ; — Jasione hum.ilis,
Pers.; — Veronica nummxdarin , Gou.;- — Acinos alpina,
Lam.; — Thymus nervosns, Gay; — Androsace villosa, Lin.;
— A. imbricata, Lam.; — A. tavnea, Lin.; — Polyyonum
vit'iparum, Lin.; — Juncus triylionis, Lin.; — Carex nigra,
Alli.; — Aira cœspitosa, Lin., etc., etc.
L'entomologie est représentée aussi par de nombreux
insectes : Carabus calenulatns, Fab.; — C. horlensis, V. B.
Fab.; — Pristonichus alpinus, Déj.; — Aucupalpus nigri-
ceps, Déj ; — Leja Slurmii, Panz.; — L. pyrenaïca, Déj.; —
Adrastus humerai is, Ziegl.; — Melasis flabellicornis, Fab.;
-Cantharis paUidipennîs, Gyl.; — C. elyneata , Illi.; —
VALLÉE HE LA ÏET. 71
Nitiduta varia, Fab.; — Hister carbonarius, Payk.; — H.
cruciatus, Payk.; — Otiorhynchus pyr&ims, Déj . ; — 0. na-
varricus, Déj.; — DorUomus juratus, Chev.; — Boris \mnc-
tatissimus, Déj.; — Stromacium strcpcns, Fab.; — Clytits
arietis, Fab.; — Dorcadion pyrémïcum, Lin.; — Vesperus
strepens, Dé].',—Toxutus meridianus, Fab.; — Strangalia
atténuât», Fab.; — Galleruca sublineata, Déj.; — Malacos-
soina lusitanien, Oliv.; — Luperus pyreneus , Déj.; — Crc-
pidôdera lineata, Ros.; — Crep. concolor, Déj.; — Tinodac-
tyla quadripustulato, Fab.; —Timarcha metaUiça, Fab.;—
Tim. eoriârid, Fab.; — Chrysomela sangainolenta , Fab.;
— Chr. salviœ, Déj.; — Chr. fasluosa, Fab.; — Oreina spe-
eiosa, Fab. ; — Or. gloriosa, Fab. ; — Or. pyrenaïca, Duf. ; —
Labidostomis longipennis, Dali.; — Lap. hispanica, Déj.;
— Crypiocephalus sericeus, Fab.; — Cryp. elegans, Déj.; —
Agathidium ghbus, Fab.; — Coccinellu hicrogUjphica, Fa.;
— Coc. hunguarica, Déj.; — Coc. oblongoguttata, Fab., etc.
Si l'on parcourt la vallée de grand matin avec la rosée,
on trouve sur le gazon VHelix Xatartii, Farines.
Enfin, dans les lacs de Carença Ton pêche d'excellentes
truites saumonées, et de nombreuses troupes d'isards par-
courent ces hautes régions.
Vallée de Prats-dc-Balaguer.
En sortant de Thuès , à deux lieues plus haut dans la
vallée de la Tet, se trouve sur la même rive le petit village
de Saint-Thomas; il est situé a l'entrée de la vallée de
Prats-de-Balaguer que nous avons remontée sans la
décrire, pour atteindre les sommets de la vallée de
Carença. Nous allons maintenant combler cette lacune en
72 HISTOIRE NATURELLE.
faisant connaître les sites pittoresques et grandioses que
renferme cette vallée.
Saint-Thomas est assis sur un joli plateau bien cultivé;
il est dominé par une haute montagne couverte d'une
épaisse forêt de pins et de sapins qui donnent un aspect
très-sombre à la vallée. Des flancs d'un massif de schiste
micacé superposé à un granit très-quartzeux, jaillissent
des eaux thermales sulfureuses ; elles ont les mêmes pro-
priétés que celles de Thuès et des Graus d'Olette : dans
la belle saison, ces eaux sont fréquentées par les malades
du Capcir. Au pied du village, est une scierie mise en
mouvement par le torrent qui traverse la vallée, et qui
emprunte son nom au village de Prats-de-Balaguer plus
enfoncé dans la gorge. Au-delà de ce dernier, on ne trouve
que des cabanes de berger et des barraques construites
par nos militaires à l'époque du cordon sanitaire ; aujour-
d'hui, elles servent de refuge aux contrebandiers.
A une petite distance du village de Prats-de-Balaguer,
sont les ruines d'une ancienne tour carrée, dont l'origine
remonte à l'époque des Sarrasins, et que les habitants
disent avoir été prise par Charlemagne (1 >.
C'est après avoir dépassé la tour, qu'on doit suivre
une corniche très-étroite, taillée dans le roc, au bord du
torrent qui mugit à deux cents pieds de profondeur. Ce
sentier, fait plutôt pour les chèvres, et sur lequel on doit
grimper pendant 8 kilomètres, conduit sur un vaste
plateau tapissé de verdure, au milieu duquel bouillonne
la fontaine Aychèques, source d'eau abondante, fraîche et
(I) Malgré le dire des habitants, il serait très-difficile d'affirmer que
cette tour remonte au huitième siècle.
VALLÉE DE LA TET. 7U
limpide, qui semble placée là tout exprès pour vous refaire
des fatigues endurées pendant cette course pénible. Dans
ce lieu, quelques arbres garantissent d'un soleil trop
ardent et vous invitent au repos : ce plateau s'appelle Amet.
Le fourrage naturel et abondant qu'il produit est mis à profit
par les habitants de la vallée , qui en fauchent une grande
partie et gardent le reste pour le pacage des bestiaux ;
quelques lambeaux de terre sont semés de seigle, dont on
ne peut faire la récolte que vers la mi-septembre à cause
des frimas qui en retardent la maturité. Plus loin, on ne
rencontre que de larges éboulis de roches granitiques
dont la blancheur tranche fortement sur les schistes
noirâtres de ces hautes régions. Parmi ces schistes crois-
sent des pins rabougris, des aconits, quelques saxifrages,
des framboisiers, le Molopospennum cicutarium connu
dans le pays sous le nom de conscouil, et des touffes de
roses alpines qui fleurissent au milieu des neiges que les
chaleurs de la canicule n'ont pu amollir.
Le roc del Bug (ruche) et une autre roche pyramidale
plus au midi qui porte le nom de Puig-Aneller, dominent
ce plateau : on les aperçoit du village de Saint-Thomas ;
les guides ne manquent jamais de les faire remarquer au
voyageur, et ces montagnards examinent avec une grande
attention si la cime de ces pics n'est pas entourée de
nuages, car c'est sur ces points que se forment les orages,
et certains indices leur annoncent qu'il serait dangereux
de s'aventurer dans la montagne. Aussi doit-on prendre
les plus minutieuses précautions quand on parcourt ces
contrées sauvages : la vie y est constamment en danger,
et, comme triste indication, une croix de fer a été placée
sur le bord du précipice en mémoire d'un malheureux qui
74 HISTOIRE NATURELLE.
fut jeté par l'ouragan dans le tond des abîmes : ce préci-
pice s'appelle la Conca de Tremps , endroit affreux où
les eaux qui proviennent de la fonte des neiges et des
sources environnantes, tombent avec fureur et donnent
naissance a la rivière de Prats-de-Balaguer.
Au-dessus du Col dels Prats , à une lieue de marche,
s'élève le Col d'en Bernât, qui sépare le Contient de la
Catalogne. C'est par là qu'on va à l'ermitage de Notre-
Dame de Nuria (Espagne) en passant par le Col de las
Nou Fonts; on laisse à gauche la Fosse du Géant ou de
la& Très Creus , autre précipice très-profond , horrible à
voir, qui conduit par la Coma de la Baque aux étangs de
Carença.
La flore de la vallée de Prats-de-Balaguer n'est pas aussi
abondante que celle de la vallée de Carença; néanmoins
on y trouve la plupart des plantes que nous avons dési-
gnées, et plus particulièrement une Ericinée que Desvaud
signale sous le nom de Loiseleuria procumbens, et qui
croît tout-à-fait au sommet du Col de las Nou Fonts.
Ou trouve aussi au Roc del Bug du cuivre carbonate
hydro-siliceux, et en ce moment (1860) on y exploite
une mine de cuivre qu'on dit très-abondante.
De Saint-Thomas, le voyageur aperçoit sur l'autre rive
de la Tet, le petit village de Sautô perché sur une éléva-
tion. Dans le ravin qui est au pied de ce village, coule un
torrent qu'on appelle Correch de la Castanyeta; c'est sur
les rochers dont il est encaissé que le docteur Reboud
découvrit une nouvelle espèce d'hyssope. MM. Grenier et
Godron ont décrit cette plante dans leur grand ouvrage
sous le nom de Hyssopus arislatus.
Un peu plus loin, sur des roches très-escarpées qui
VALLÉE DE LA TET. 75
bordent la rive droite de la Tet, et tout près du village
de La Cassagne, croit un lathyrus d'une végétation luxu-
riante : des grappes nombreuses de fleurs rouges et bleues
de la plus vive couleur charment les yeux. Beaucoup de
naturalistes avaient cru au premier aspect que cette plante
était une espèce nouvelle ; mais, en l'examinant de plus
près, on voit que ce n'est qu'une superbe variété du
Leàhynis sehirrosus de Dubi.
Nous venons d'atteindre Mont-Louis, ville de guerre
située à 1 .625 mètres d'altitude. On pourrait croire que
là finit la vallée de la Tet ; mais la source de cette rivière
est à six lieues plus en amont dans la montagne au lieu
dit Coma de Vall Marans.
Pour explorer les gorges sauvages qui nous restent à
parcourir, nous ne remonterons pas le cours de la rivière
comme nous l'avons fait jusqu'ici : la fatigue d'une marche
constamment ascensionnelle serait trop forte pour le
voyageur; nous préférons attaquer les gorges par leur
sommet, et, à cet effet, nous nous établirons à Mont-Louis
afin de rayonner plus facilement sur tous les points envi-
ronnants.
La saison la plus favorable pour parcourir ce pays
agreste, c'est l'époque où les neiges ont à peu près dis-
paru , et où la végétation prend une activité croissante :
fin juin , juillet et août sont les mois qui réunissent les
meilleures conditions. Alors, sous la conduite d'un guide
intelligent qui devient absolument nécessaire, le bâton
ferré à la main, et suivi d'un mulet qui porte les bagages,
on part dfe grand matin de Mont-Louis; on monte sur le
plateau de la Perche qui n'est pas très-éloigné, et à travers
Ce col solitaire qui est à l.o77 mètres d'altitude, on se
70 HISTOIRE NATURELLE.
dirige vers l'ermitage de Notre-Dame de Font-Komeu.
Arrivé là, on prend la droite de la chapelle pour attein-
dre un immense plateau qui, par une pente douce, conduit
au Col de la Calme ; ensuite on gagne les pentes élevées
du Bac de Bolquère , le riverai des plateaux de Carlite ;
on traverse le vaste Pla de Bonas-Horas , et on s'enfonce,
après avoir parcouru la rive gauche des Bouillouses, dans
les gorges de la Coma de Vall Marans ou de la Tet,
située au pied des montagnes de Carlite et du Puig-Prigué
ou Puig-Péric.
C'est dans les clairières des bois que Ton doit parcourir,
qu'on voit d'abord les grives draine et litorne , ainsi que les
insectes Cicindela silvatica, Fab.; — Carabus cancellatus,
Fab.; — C. convexus , Déj . ; — Nebria lateralis , Fab., et
dans les broussailles, au pied des arbres, divers petits
carabiques intéressants. Dans la famille des curculio-
nites : Phytonomus rumicis, Fab.; — Ph. oxalis, Herb.; —
Ph. parallelus, Sturm.; — Balaninus nucum, Fab.; — Bal.
villosus, Fab. Dans les" longicornes : Ergates fabcr, Fab.,
qu'on prend sur les vieux troncs de pins. Enfin, les
papillons du genre Satyrus et Vanesa.
Parmi les plantes, nous citerons: Anémone vernalis ,
Lin.; — .4. pulsatilla, Lin . ; — Ranwicnlus angustifolius ,
Dec; — R. montanus, Wild.; — R. Villarsii , Dec.; —
Delphinium carcliopetalum , Dec; — Turitis glabra,
Lin.; — Cardamine resedifolia, Lin.; — C. latifolia,
VahL, etc.
Après 20 kilomètres d'une course pénible, on arrive à
la source de la Tet, petite fontaine qui s'échappe du pied
d'une grande roche granitique, sur les flancs de la mon-
tagne du Puig-Péric, dont le sommet s'élève à 2.825 mè-
VALLÉE DE LA TET. 77
très au-dessus du niveau de la mer. Le volume de cette
rivière, très-faible d'abord, s'augmente bientôt de toutes
les eaux des neiges supérieures et du trop plein de deux
petits étangs. Les deux montagnes de Puig-Péric et de
Carlite (le sommet de cette dernière est à 2.921 mètres
d'altitude) forment une vallée très-large, de 5 kilomètres
d'étendue, qui porte le nom de Coma de la Tet. La rivière
roule ses eaux a travers des roches énormes; et, après des
circuits innombrables, elle tombe au fond de la vallée,
avec un bruit assourdissant. D'excellents pâturages cou-
vrent toute la longueur de cette coma, où pendant la belle
saison viennent paître les nombreux bestiaux du Capcir:
des plantes rares et des insectes précieux vivent dans
cette vallée ; une cabane construite à mi-côte, sert d'abri
aux gardiens; une jasse entoure la cabane, et c'est-là que
les bestiaux viennent se parquer tous les soirs, aussitôt
que le soleil a disparu de l'horizon.
La température de cette région est très-froide. Pendant
la nuit, le thermomètre, même au fort de l'été, descend
presque toujours a zéro. De grandes bandes d'isards se
montrent dans la vallée, autrefois habitée par des ours
qui ont disparu aujourd'hui.
La flore est représentée par : Thalictrum alpinum,
lin.; — Anémone vernalis, Lin.; — Ranunculus alpestris,
Lin.; — R. aconiUfolius , Dec.;—/?, bulbosus, Lin.; — R.
pyreneus, Lin.; — Arabis ciliata , Koch.; — Roripa pyre-
naïca, Spach.; — Alyssum diffiisum , Thenor.; — Draba
aizoïdes, Lin.; — Cerastium trigynum, Vil.; — Drias octo-
petala, Lin. \~Alchemilla alpina, Lin.; — Saxifraga aizoï-
des, Lin.; — S. granulata, Lin.; —S. petrea, Lin. ;Spar-
ganium minimum, Fries.; — Carex pyrenaïea, Wahl.; —
78 HISTOIRE NATURELLE.
C. rupestris, Al.; — C. fœtida, Vil.; — Oreochloa distkha,
Lin., etc.
Parmi les insectes, nous citerons : Carabus auropunc-
tatus, Déj.; — Cymindis kumcralis, Fab.; — Nebria pici-
cornis, Fab.; — Prislonichus alpinus, Déj.; — Pterostichus
metallica, Fab.;— P. Dufourii, Déj., etc.
D'énormes rochers granitiques amoncelés vers l'ex-
trémité inférieure de la Coma de la Tet, forcent cette
rivière à se dévier à gauche et a faire un grand circuit.
C'est dans la courbe qu'elle décrit que se sont accu-
mulées des neiges d'une épaisseur prodigieuse, a travers
lesquelles la Lepidium heterophyllum,
Benl.',—Diaitlhus attenualus, Lin.; — Sagina subidata,
\\'un.;—Mali'a tour ne fort lu no, Lin.; — Géranium phœum,
Lin.; — Sarothamnus purgans, God. et Gren.; — Genista
an.gli.ca, Lin.;— Tri folium Perreymondi, Gren.; — T. spa-
diceuni, Lin.; — Vicia pyrenaïca, Pour.; — Geum pyrenaï-
cum, Wû.;—G. inclinatum, Sche.;— G. ntontanvm, Lin.;
— Sibbaldia procumbens, Lin.; —Potentilla caulescens,
Lin.; — Sedum anacampseros, Lin.;— S. rubens, Lin.; —
Saxifraga geranioïdes, Lin.; —S. obscurci, Lin.; —S. as-
cendens, Lin.: — Levisticum officinale, Koocfc.»; — Angdica
pyrenea, Spreng.; — Fenda nodiflora. Lin.; — Gaya sim-
plex, Gay,-Endressia pyrenaïca, Gay;— Meum alhaman-
ticum, tec.;—Ligu.stitumpyreneum, Gou.; — L. ferulaceum,
k\\\.;—Chœrophylhim avrcum, Lin. ;~ Ch. hirsutum, Lin.;
—Astrantia major, Lin.;— A. minor, Lin.; —Eringium,
Bourgati, Gou. ,—Loniccra nigra,L\n.\ —Arnica montana,
Un.; — Senecio pyrmaïcus, God. et Gren.; — Erhhwps
88 HISTOIRE NATURELLE.
spherocephalus, Lin.; — Picris pyrenaica, Gou.; — Crépis
blattaroides, Vil.; — C. grandi flora, Tauch.; — Hieracium
pumilum, Lap.; — H. alatum, Lap.; — II. puhnonarioides,
Vell.; — //. vestitum, Gren. et God.; — //. boréale, Fries.;
— Jasione peremiis, Lam.; — Campanula lanceolatajiuZip.;
— C. rotundifolia , Lin.; — Androsace maxima, Lin.; —
Veronica rtummuiaria, Lin.; — V. bellidio'ides, Lin.; — V.
alpina, Lin.; — V. serpyllifolia, Lin.; — V.ponœ, Gou.; —
Digitalis grandiflora, Allig.; — Bartsia alpina, Lin.; —
Orobanche crucnta, Berth.; — 0. variegata, Walr.; — 0.
major, Lin.; — Ilormium pyrenaïcum, Lin.; — Nepeta lan-
ceolata, Lam.; — N. nepelella, Lin.; — N. latifolia, Dec; —
Galeopsis iniermedia, Vil.; — G. py r en aïca, Bats.; — Ajuga
pyramidalis, Lin.; — Rumex alpinus, Lin.; — Veratrum
album, Lin.; — Fritillaria pyrenaïca, Lin.; — F. meleagris,
Lin.; — Grt^ea Liottardi, Scults; — Crocus vernus, Alli.; —
Galanthus nivalis, Lin.; — Juncus diffusus, Hop.; — /. ^r/-
glumis, Lin.;— J. alpinus, V2L; — Luzula flavescens, Gran.;
— L. albida, Dec.; — Alopecurus fulvus, Smit.; — A. utri-
culatus, Pers.; — Calamagrostis arundinacea, Roth.; —
Avena sesquitercia , Lin.; — Poa alpina, Lin.; — Melica
nebrodensis, PùY\.;—Festuca Halleri, Alli.; — F. indigesta,
Bois.; — Nardus stricta, Lin.; — Botrichium lunaria, Dec;
— Ophioglossum vulgatum, Dec; — 0. lasitanicum, Lin...
Parmi les insectes : Cymindis lineata, Scli.; — C. axil-
laris, Duft.; — Dromius linearis, Oli.; — D. quadrisignatus,
Dé}.; — Ploehionus Bonfilsii, Déj.; — Brackinus glabratus,
Bon.; — B. crepitans, Fab.; — R. causticus, Lat.; — Carabus
cancettatus, Illi.; — C monticola, Déj.; — C. Midzanii,
Gaub . , — Nebria brevicollis, Fab . ; — .V. Olivieri , Déj . ; —
Çhlœnius vestitus, Fab.; — (7. nigricornis, Fab.; — 6". //o/o-
VALLÉE DE LA TET. 80
sericew, Fab.; — C. Schrankii, Duft.; — Licinus deprëssus,
Payk.; — L. Iloffmanseggii, Panz.; — Prystonychus alpinus,
Déj.; — Pterosticlnis fiin'atopunctatus, Fab.; — P. cribrata,
Bonel. ; — Amara montana, Déj . ; — A . pyreneu, Déj . ; — Har-
palus subcordatus, Déj.; — //. cltlorophanus, Zenk.; — Tra-
chyphkeus metallicus, Déj.; — Omias hirsutulus, Fab.; —
Otiorhynchus pyreneus, Déj.; — 0. crispatus, Ziegl.; — 0.
gracilis, Déj . ; — Larinus cylindrirostris, Déj s ; — Doritomus
cervinus, Déj.; — Barris lua'dus, Déj.; — B. pundatissimus,
Déj.; — CaUidium thoracicvm, Déj.; — CI y tus tropicus, Pa.;
— Dorcadiumpyrena'icum, Déj., qu'on trouve en masse sous
les pierres, dans les fossés des remparts de Mont-Louis.
La montagne de Cambres-d'Aze, dont l'altitude est de
2.750 mètres, s'élève en face de Mont-Louis; elle sépare
la vallée de Prats-de-Balaguer de la vallée d'Eyne. Cette
montagne, qui comporte deux stations, dont la première
au-dessus de la Motte de Planés recèle une quantité consi-
dérable de mousses, doit être attaquée du côté du nord,
parce que la montée est plus facile. La partie moyenne est
bien boisée; les crêtes, au contraire, sont très-nues, fort
escarpées et d'un parcours difficile. Du haut du pic l'on
admire le beau panorama qu'offrent la plaine de la Cer-
# dagne et le pays du Capcir, et on suit avec intérêt, à
travers les gorges, le cours de la Tet jusqu'à son débouché
de Rodés. Le nom de Cambres-d'Aze lui vient peut-être
de la forme singulière qu'affecte le sommet, qui se divise
en quatre pyramides, imitant les jambes d'un âne renversé
sur son dos. Quoi qu'il en soit de cette étymologie, que
nous donnons sous toute réserve, la montagne dans son
ensemble n'en présente pas moins une belle station bota-
nique qu'on ne doit pas négliger.
90 HISTOIRE -NATURELLE.
On y découvre : Delphinium elatum, Lin.; — Papayer
pyrenaïcum, Lin.; — PotentiUa fructicosa, Lin.; — Her-
niaria alpina, Vil.; — Saxifraga pentadaclilis , Lap.; — S.
sedoïdes, Lin.; — S. nervosa, Lap.; — S. pubescens, Pour.;
— S. groenlandica , Lin.; — S. exarata, Vil.;- — S. plani-
folia, Lap.; — S. média, Gou.; — S. retusa, Qon.\—Seseli
montanum, Lin.; — Erigeron uniflorus, Li.; — Aster pyre-
neus, Dec; — Artemisia spicata, }\u\L;~Leucathemum
alpinum, Lin.; — Achillea pyrenaïca, Sibtb . ; — Gnafalium
norvegicum, Guérin.; — Antennaria carpatica, Bluf.; —
Leontodon pyrenaïcum , Gou.; — Hieracium pumilum,
Lap . ; ■ — H. villosum , Lin . ; — H. saxatile , Vil . ; — Jasionc
humilis, Pers.; — Myosotis pyrenaïca, Pour.; — Galantus
nivalis, Lin.; — Luzida albida, Dec; — L. lutea, Dec; —
Elyna spicata, Schr.; — Phlœmn alpinnm, Lm.;--Avena
montana, Vil.; — Kœleria setacea, Pers.; — Melica nebro-
densis, Pari.; — Festuca ovina, Lin.; — F. varia, Henk.; —
F. pilosa, Hal.; — Car ex curvula, Ail.; — C. atrata, Lin.;
— C. ericetorum, Pol., etc., etc.
Nous voici parvenu au terme de notre pèlerinage dans
le bassin de la Tet. Dans cette longue excursion à travers
tant de monts et de vallées, nous avons exploré cinquante-
cinq stations, qui se distinguent par des mérites particu-
liers bien dignes de fixer l'attention des hommes d'étude.
Nous ne prétendons pas avoir épuisé notre sujet; nous
sommes convaincu, au contraire, que bien des richesses
nous ont échappé, et qu'il reste encore, pour ceux qui
viendront après nous, un immense butin à recueillir.
VALLÉE DU SÈGKE. 01
CHAPITRE II.
VALLEE DU SE G RE.
Le bassin du Sègre, dans les Pyrénées-Orientales, se
compose de la Cerdagne française et de toutes les vallées
environnantes dont les eaux viennent se jeter dans le Sè-
gre, puissant alïïuent de l'Èbre, vers lequel il s'épanche
dans la direction du sud-ouest.
La Cerdagne, située dans la région la plus élevée du
département, est bornée au nord par la montagne de la
Noux, au sud par la Catalogne, à l'est par le col de la
Perche, à l'ouest par l'Andorre.
Au centre est l'enclave de Llivia, cité espagnole, com-
muniquant avec la Catalogne par un chemin déclaré neutre
pour les deux pays. Tout auprès est le village de Bourg-
Madame, assis sur la rive droite de la Raur et qu'un seul
pont sépare du territoire étranger. A 2 kilomètres plus
loin, sur la rive opposée, est bâtie sur une éminence la
ville de Puycerda, antique capitale des deux Cerdagnes,
quand elles étaient réunies sous la même domination.
Tout le pays qui constitue la plaine de la Cerdagne est
couvert de champs fertiles, de gras pâturages et d'une
riche végétation; de riants vallons y coupent en divers
sens le pied des montagnes, et l'on y aperçoit une foule
de villages habités par des gens que recommandent, en
général, leurs mœurs douces et paisibles, leurs habitudes
92 HISTOIRE NATURELLE.
laborieuses, leur caractère hospitalier et leurs vertus
domestiques.
C'est en Cerdagne qu'on élevait autrefois cette belle
race de chevaux qui se faisait remarquer par la beauté et
la finesse de ses formes. Issue des haras royaux d'Aran-
juez, elle avait acquis dans nos montagnes des qualités
particulières qui la distinguaient essentiellement des che-
vaux espagnols; elle était mieux conformée, avait de très-
bonnes jambes, était robuste et résistait à la fatigue;
enfin, ce qui la faisait estimer davantage, c'étaient les
allures gracieuses qu'elle prenait sous le cavalier. Mais,
pour obtenir toutes les belles qualités qui étaient l'apa-
nage de cette noble race, il fallait six ans de patience et
attendre que la -nature lui eût donné tout son entier
développement; si on essayait de la dompter avant l'heure,
elle dégénérait promptement et ne donnait plus que des
sujets ordinaires, ayant perdu toute leur valeur. C'est à
cause de cette longue attente, sans espérance d'un plus
grand profit, que le propriétaire de la Cerdagne a tourné
son industrie à l'élève du mulet, dont il vend très avan-
tageusement les produits en Espagne. On ne garde donc
plus que quelques étalons de choix pour les maîtres, et
celte belle race de chevaux de Cerdagne tend à disparaître
chaque jour.
La Cerdagne est également riche en animaux de toute
espèce. L'on y chasse la marte, Muslela martes de Linnée,
en catalan Marfra, qu'il ne faut pas confondre avec la
fouine, dont elle se distingue par la finesse de son poil,
par sa robe plus brune , par la tache jaune qu'elle porte
sous la gorge, et surtout par les poils qui garnissent le
dessous de ses doigts.
VALLÉE r»i SÈGRK. 93
M. Cuvier nous écrivait au sujet de la marte :
« Je ne saurais trop vous remercier de la complaisance
« que vous mettez a répondre à mes importunes demandes ;
« mais notre science à nous autres pauvres naturalistes
« français, ne se nourrit que de faits bien moins intéressants
« pour l'esprit que ces vues élevées, ces vastes spécula-
« tions qui font l'objet des sciences plus abstraites.
« Les renseignements que vous me donnez sur les carac-
« tères spécifiques de la Marte sont très-curieux et tout à
« fait nouveaux, et me font vivement désirer d'en avoir
« la confirmation par une peau, à laquelle la tète et les
« pattes seraient restées attachées, etc. »
Les sources thermales sulfureuses abondent dans la
Cerdagne; on en trouve à Dorr.es, à Llo, au hameau de
Quers, mais surtout au village des Escaldes, près d'An-
goustrine. Nous ne nous étendrons pas davantage sur
cette question que nous ne faisons qu'indiquer : nous
renvoyons le lecteur au savant traité des eaux minérales
des Pyrénées-Orientales par Anglada.
A Estavar sont des gisements assez étendus de lignites
qu'on a exploités autrefois, mais qu'une mauvaise direc-
tion des travaux a fait abandonner à cause des eaux
qui ont envahi la mine. On en retirait des pommes de
pin carbonisées, parfaitement conservées dans toutes
leurs formes, et l'on prétend dans le pays qu'on y a
trouvé des ossements humains.
Enfin, dans le Vall de Llo existe la source intermittente
de Cayella, dont les eaux abondantes se réduisent par
intervalles en un mince filet, et dont le retour, après une
interruption d'environ demi-heure, est toujours annoncé
par un bruit souterrain.
94 HISTOIRE NATURELLE.
De Mont-Louis, on se rend en Cerdagne par le Col de
la Perche, vaste plateau nu, à 1.557 mètres d'altitude,
couvert de neige les trois quarts de l'année, et très-
dangereux à franchir dans les temps de tourmente.
Aussi, pour diriger la marche du voyageur égaré, a-t-on
élevé tout le long de la route, à distances rapprochées,
des monolithes surmontés d'une longue perche, dont la
couleur noire tranche vivement avec l'éclatante blancheur
de la neige. C'est à cette longue ligne de perches qu'est
dû le nom donné à ce passage.
Le Col de la Perche est d'une longueur de (3 kilomè-
tres; il finit au Col de Riga qui domine Saillagouse. On
y voit en abondance : Carlina acaulis, Lin.; — Gentiana
acavMs, Lin.; — G. pneumonanthe, Lin.; — G. pyrenaïca,
Lin.; — G. veina, Lin.; — Sarolhamnus purgans, God. et
Gren.; — Genista tinetoria , Lin.; — G. anglica, Lin.; —
Eryngium Bourgati , Gouan , etc., etc.
Vallée d'Eyne.
A mi-chemin du Col , et à 4 kilomètres de Mont-
Louis , on rencontre , a gauche , un petit sentier qui
conduit à la vallée d'Eyne , célèbre station botanique,
qu'ont visitée à l'envi les plus illustres sommités des
sciences naturelles. Beaucoup de naturalistes ont parlé
de celte riche vallée; mais la plupart n'ont fait que la
parcourir avec rapidité et n'ont pas dit tout ce qu'elle
contient. Pour la bien voir et pour la bien connaître, il
faut s'y installer pendant plusieurs jours et la visiter à
différentes époques de l'année.
A l'entrée de la vallée, sur la rive droite de la rivière,
VALLÉE I>U SÈGRE. 95
est le village d'Eyne, adossé à la montagne. On y trouve
un bon hôtel pourvu des choses de la vie : c'est la une
circonstance heureuse pour le voyageur; car, avant de
s'engager dans cette gorge sauvage, qui n'a pas moins
de trois lieues d'étendue, il doit se munir d'un butin
suffisant s'il ne veut pas mourir de faim. On pourrait
traverser la vallée en un jour et aller coucher à l'ermi-
tage de Notre-Dame-de-Nuria , en Espagne ; mais ce
serait marcher trop rapidement pour tout voir. Le mieuv
est de ne parcourir que 5 à 6 kilomètres par jour, et de
s'abriter dans les cabanes de bergers qui sont placées à
différentes altitudes dans la vallée.
Au sortir du village on franchit la rivière, dont on
côtoyé la rive gauche l'espace d'une lieue environ. En
cet endroit, la vallée est très-resserrée par une formation
calcaire très-escarpée et d'une hauteur prodigieuse. Dans
les crevasses de la montagne, hors de la portée de l'hom-
me, les aigles et les vautours élèvent leurs petits. A l'ex-
trémité de ce défilé est un four a chaux. Sur ce point, la
vallée commence à s'élargir et donne naissance à des
prairies où paissent les bestiaux. En face du four à chaux,
sur l'autre rive, est la première jasse, dite Orri-d'Avall.
C'est là que l'on commence à trouver Y Adonis pyrenaïca,
et, sous les pierres, le Carabus punclato-auratus. Aux
cabanes de la jasse, le voyageur passerait la nuit et fini-
rait sa première journée.
A mesure que l'on s'élève, la vallée s'élargit de f)lus
en plus, les pelouses augmentent d'étendue, les arbres
deviennent plus rares, et, après une heure de marche,
on arrive à l'Orri-de-Dalt. Là, le voyageur peut finir sa
journée et passer sa deuxième nuit, à moins qu'il ne
'.16 HISTOIRE NATURELLE.
préfère pousser un peu plus loin jusqu'à la Jasse d'en
Dalmau, pour y prendre gîte.
On ne tarde pas à atteindre la Cascade, a côté de
laquelle est un tertre élevé d'où sort une fontaine d'eau
glacée. Aux alentours du tertre vivent quelques bonnes
plantes, et le Carabus pyreneus commence à se trouver.
Les neiges sont très-rapprochées de ce point. Dès qu'on
a gravi le tertre et qu'on a tourné une éminence qui le
surmonte, on embrasse de l'œil toute l'étendue du vaste
cirque que forme le sommet de la vallée, dont le milieu
s'appelle Pla de la Beguda. Des fontaines abondent en ce
lieu , et leurs eaux réunies donnent naissance à la rivière
d'Eyne.
Du Pla de la Beguda au sommet de la montagne de
Nuria , qui couronne la vallée , il y a encore une heure
et demie de marche. Pour gravir cette montée, on prend
la collada du milieu, qui offre moins de difficultés; les
autres pentes, semées de débris schisteux, sont si raides,
qu'on ne pourrait les franchir sans danger. C'est dans
ce trajet que l'on trouve le Rammcirius parnassifolius ,
le Papaver pyreuaïcum , le Senecio lucofillus, le Ceras-
tium pyrenaicum et la Xatartia scabra.
Nous voici parvenu au sommet de la vallée , à 2.780
mètres d'altitude, entre le Col de las Nou Fonts et le Puig
Mal : de ce point on aperçoit, en Espagne, l'ermitage de
Notre-Dame de Nuria, distant de 5 kilomètres de la fron-
tière; c'est la troisième halte du naturaliste pour passer
la nuit. Cet ermitage est un bâtiment de grande étendue,
où l'on se plaît à donner l'hospitalité. Un grand nombre
de chambres sont disposées pour recevoir les pèlerins ,
et là se trouve réuni tout ce qui est nécessaire à la vie,
VALLÉE DU SÈGRE. 97
surtout à l'époque où le curé de Caralps vient y passer
la belle saison. La chapelle est entourée d'un bois où
l'on rencontre bon nombre de plantes précieuses, entre
autres la Sààifraga cotylédon de Linnée ou Pyramidalis
de Lapeyrouse, qui ne vit nulle autre part.
Notre-Dame de Nuria est un lieu de pèlerinage célèbre;
il est visité tous les ans par un grand nombre d'habitants
de la Catalogne et des Pyrénées-Orientales qui vont y
invoquer la Vierge pour les guérir d'une foule de maux :
ce lieu est signalé surtout pour une cérémonie bizarre
qui consiste à enfoncer la tête dans une grande olla ou
jarre de bronze scellée dans la muraille, et dans laquelle
on récite quelques Pater ; c'est particulièrement contre
la stérilité de la femme que se pratique la cérémonie de
Voila très-efficace, dit-on, en pareil cas.
Nous devons prémunir le naturaliste voyageur contre
les orages soudains qui viennent l'assaillir dans nos mon-
tagnes; et nous ne pouvons quitter la vallée d'Eyne sans
lui faire part d'une anecdote originale qui s'y rapporte,
anecdote que nous avons entendu raconter plusieurs fois
par le professeur Gouan, pendant que nous faisions, en
1803, nos études médicales à Montpellier. Ce célèbre
botaniste nous disait : « Un jour que j'étais à herboriser
« dans la vallée d'Eyne en compagnie de M. Bourgat,
« pharmacien à Mont-Louis, et de M. Razouls, pharma-
« cien à Perpignan , nous fûmes assaillis soudain par un
« orage épouvantable. Pendant que, pour nous mettre à
« couvert de la pluie, M. Razouls et moi cherchions un
« abri que nous ne pûmes pas trouver, M. Bourgat se
« débarrassait rapidement de ses habits, les roulait en un
« paquet, les plaçait sous une grosse pierre, et, à notre
Ï0M£ I. 7
98 HISTOIRE NATURELLE.
« insu, se plongeait dans la rivière jusqu'au cou. L'orage
« dissipé, M. Razouls et moi, trempés jusqu'aux os,
« cherchions de l'œil notre compagnon d'aventure ; son
« absence commençait h nous inquiéter, quand nous le
« vîmes sortir tout nu de la rivière et courir à ses habille-
« ments secs ; nous le contemplions d'un air ébahi ; mais
« lui, sans se déconcerter, nous dit : vous conviendrez,
« Messieurs, que, si ma manière d'agir vous paraît singu-
« lière, il n'en est pas moins vrai qu'elle est très-efficace
« pour se mettre à l'abri du mauvais temps. Et, malgré
« notre piteux état, nous ne pûmes nous empêcher de
« rire de ce procédé renouvelé de Gribouille, qui se jeta
« dans l'eau pour ne pas se mouiller. »
Dans le chapitre qui traite de la botanique du dépar-
tement, nous décrivons en détail toutes les plantes qui
croissent dans cette riche vallée d'Eyne; ici, nous nous
bornerons à donner la liste des plus remarquables pour
satisfaire la curiosité impatiente du naturaliste voyageur.
Aquilegia alpina, Lin.; — Ranunculus aconitifolius, Lin.;
— R. pyreneus, Lin.; — R. glacialis, Lin.; — R. Gouani,
Wil.; — R. pamacifolius, Lin.; — Adonis pyrenaïca, Dec;
— Delphinium elatum, Lin.; — Aconilum anthora, Lin.; —
A. napellus, Lin.; — A. lycoctomim, Lin.; — Papaver pyre-
naïcum, Wil., ou alpimim, Lin.; — Iberis pinnata, Gou.;
— Ib. spalhidata, Berg.; — Silène ciliata, Pour.; — Lepidium
heterophyllum, Bent.; — Thlaspi alpestre, Lin.; — Dianthus
neglectus, Lois., ou glacialis, Gaudi.; — Arenaria grandi-
flora, Lin.; — A. purpurascens , Rau.; — Cerastium pyre-
na'icum, Gay; — C. lanatum, Lap.; — C. alpimim, Lin.; —
Alsine vema, Barth.; — Vicia pyrenaïca, Pour.; — Phaca
a$tragalina,Dec; — P. australis, Lin.; — OxilropisHalleri,
VALLÉE DU SÈGRE. 9'J
lîung.; — Anoii/srutuitdifolia,L'm.; — PotrnUlla pyrenatca,
Ram . ; — Pot. fructicosa , Lin . ; — Rosa rubrifolia , Vill . ; —
Epilobivm origanifolium, Lam.; — Paronichia polygoni-
[olia, Dec; — Umbilicus sedoïdes, Dec; — Saxifraga exa-
rata , Vill.; — S. pubescens, Pour.; — S. obscurci, Gren. et
God., ou mixta, variété Lap.; — S. nervosa, Lap.; — S.
asccndens, Lin.; — S. sedoïdes, Lin.; — S.planifolia, Lap.;
— S. intr/calK , Lap.; — S. ajugefoUa, Lin.; — Endressia
pijrentnca , Gay ; — Xatardia scubm , Merss. ; — AngcUca
Razoulii, Gou.;— Buplevriun ranuncidoid.es, Lin.; — Erige-
ron cdpùms, Lin.;— E. uni florus, Lois.; — Aster pyreneus ,
Dec; — AchiUcapijrcnaica, Lin.; — Artemisiaspicaia, Lin. ;
— Gnaphatium supinum, Lin.; — Antennaria carpalica,
Bluf. ; — Galium cometerrhizon, Lap.; — 6raL pyrena'icum,
Gou.; — Crcpis piiguin'u ',Lin., ou Hieracium primellœfoliinn
de Gouan; — Curduus carlinefolius, Lam.; — Cirsium pa-
lustre-monspessidanum , Godron et Grenier; — Eringium
Bourgat', Gou.; — Leucanthemum alpinum, Lamar., ou
Pyrdhrum alpinum, Wil.; — Senecio leucophyllus, Dec;
— Sen. Tournefortii, Lap.; — Lcontodon pyrena'icum, Gou.;
— Hieracium pumilum, Lapeyr., ou H. breviscapum,
Dec; — Soyeria montana, Mous.; — Jasione Jutmilis, Pers.;
— Gentianà pyrenaïca, Lin.; — G. Burseri, Lapey.; — G.
nivalis, ..in.; — G. lutea, Lin.; — Androsace carnea, Lin.;
— À\ pyrcnaica, Lam.; — A. imbricata , Lin.; — Primida
hdifolia, Lap.; — P. integrifolia, Lin.; — Globularia cordi-
folia, Lin.; — Allium victorialis, Lin.; — Plantago monos-
perma, Pour.; — P. alpina, Wil.; — Luzula lutea, Alli.; —
Luzida spicata, Lin.; — Elyna spicata, Scher.; — Phlœum
alpinum, Lin.; — Avena montana, Vill.; — Carex curvula,
Alli.;— Poa taxa, Wil.;— Z\ distycha, Jacq.; — P.nemo-
iUU HISTOIRE NATURELLE.
ralis, Lin.; — Aira spicata, Scherer; — Kœleria cristata,
Pers., etc., etc.
L'entomologie de la vallée d'Eyne est très-riche en in-
sectes divers. Parmi l'ordre des coléoptères, nous signale-
rons les suivants : Cymindis melanocephala, Déj.; — C.
homagrica, Duf.; — C. miliaris, Fab.; — Lebia chloroce-
phala, Duf.; — Lebia violacea, Déj.; — Brachinus splodens,
Duf.; — B. glabratus, Bon.; — Carabus punclalo auratus,
Déj.; — C. hortensis, Fab.; — C. Mulsanii, Gaub.; — C.
monlicula, Déj.; — C. pyreneus, Duf.; — Leislus rufomar-
ginalus, Duf.; — L. terminatus, Panz.; — Nebriapsamodes ,♦
Rossi; — N. gyllcnhalii , Schœ.; — N. tibialis, Bon.; —
Chlœnius spolia tus, Déj.; — C. nigripes, Déj.; — C. holose-
riceus, Fab.; — C. Schrankii, Duf.; — Pristonichiis alpinus,
Déj ; — Cala t husfrigi dus, S[\mr, — C..\9chropterus, Ziegler; —
Agomim viduum, Panz.; — ,4. fuliginosum, Knoc; — A.
modestum, Sturn; — Pteroslichas midtipunclalus, Déj.; —
P.mdallica, Fab.;— P. Xalartia, Déj.; — P.cribrata, Bon.;
— Amara monlana, Déj.; — A. complanata, Déj.; — A.
pyrenea, Déj.;— A. zabroid.es, Déj ; — .1. patricia, Creutz.;
— Ophonus incisus, Déj.; — Op. velutinus, Company©; —
Op. oblongiuscidus, Déj.; — Op. maculicornis, Megerle; —
Arpalus hirtipes, Panzer; — Arp. impiger, Megerle; —
Necrophorus humator, Fab.; — N. invesligator, Déj.; — JV.
interruptus, Déj.; — Silpha nigrita, Creutz.; — S. alpina,
Bonelli; — S. carinata, Illig.; — Ilisler duodecim strialus,
Pavkul; — //. carbonarius, Payk.; — H. inlricalus, Lat.; —
H. algériens, Payk.; — //. melallicus, Fab.; — //. specu-
lifer, Payk.; — Le punis pyreneus, Déj.; — /. rvfipes, Fab.;
— Cripidodera concolor, Déj.; — Ti marcha metallica, Fab.;
— Tim. coriaria , Fab. ; — Oreina sepeciosa , Fab. ; — Or.
VALLÉE DU SÈGRE. 101
glorîosa , Fab.; — Or. pyrenaïca, Dufour; — Aqathidium
globus , Fabricius, etc., etc.
Vullcc de Llo.
En quittant le village d'Eyne, on se rend au village
de Llo, en passant par un chemin de traverse très-prati-
cable tracé sur le contrefort de la montagne qui sépare
ces deux localités. Si l'on voulait suivre la grand'route,
il fondrait revenir sur le Col de la Perche, descendre le
Col de Riga, aller a Saillagouse et enfin à Llo; mais on
ferait inutilement deux lieues et demie de chemin, tandis
que par le trajet que nous venons d'indiquer il n'y a
qu'une heure de marche.
Les naturalistes ont beaucoup parlé de la vallée d'Eyne
et n'ont pas dit un mot de celle de Llo; cependant, cette
dernière est aussi riche en plantes rares que sa rivale,
et pourrait lui disputer glorieusement la place qu'elle
occupe dans l'esprit des botanistes de l'Europe : outre
qu'elle compte une flore aussi luxuriante que celle de la
vallée d'Eyne, elle possède certaines espèces qui lui sont
propres, telles que la Saxifraga luteo piirpv.rca qui ne
croit que dans cette seule localité. Aussi nous nous pro-
posons, dans cet article, de relever le va! de Llo de
l'abandon où on l'a laissé jusqu'à ce jour, et nous
essayerons de lui conquérir le rang et l'éclat qu'il mérite
parmi les riches stations botaniques de notre département.
La vallée de Llo est presque aussi étendue que la vallée
d'Eyne dont elle n'est séparée que par la montagne de
Finestrelles ; elle demande au moins deux jours d'herbo-
risation pour la bien explorer. Dans cette vallée corn-
102 HISTOIRE NATURELLE.
mence le Sègre qui prend sa source aux eaux froides et
limpides d'une fontaine qui naît au milieu des roches qui
couronnent les pentes les plus élevées.
Non loin du village de Llo , à un quart de lieue de
distance vers le sud , jaillissent , dans le voisinage de la
maison Girvès, au pied de la montagne et sur la rive
gauche du Sègre, plusieurs sources thermales sulfureuses
étudiées par le docteur Anglada. La région où elles
jaillissent est toute granitique; d'énormes blocs de quartz
s'y font remarquer de tous côtés. Un tapis de gazon
entoure les sources, et quelques arbres qui les couvrent
de leur ombrage en rendent le site agréable.
Après les sources thermales, le Sègre suit le pied de
la montagne de Salangoy dont les pentes raides apposent
un obstacle infranchissable au naturaliste qui voudrait
remonter la rive gauche de la rivière. On est donc forcé
de s'élever sur le flanc de la montagne, par un chemin
appelé Montée de Salangoy. A mi-côte, on rencontre un
sentier qu'il faut suivre et qui conduit, tout en herbori-
sant, au Roc del Cabrer (roc du chevrier); on abandonne
le sentier au pied du roc , et on continue à gravir la
montagne qui est assez escarpée. Après 6 kilomètres do
marche, on parvient au point culminant dit Co! de Creu
(col de la croix) : de cet endroit on découvre toute la
plaine de la Cerdagne, les montagnes du val de Carol et
le Carlite; on prend son chemin à gauche sur le versant
méridional, à travers un bois de sapins où fourmillent
quantité de plantes alpines intéressantes ; les arbres y
sont clair-semés et laissent dans leur intervalle de belles
pelouses où les lépidoptères des régions alpines sont
abondants; enfin on s'achemine vers La Pleta ou Jasse
VALLÉE DU SÈGRE. 103
d'en Palandrau , premier gîte où doit s'arrêter le natu-
raliste pour y passer la nuit. Le vallon où la Jasse est
assise est couvert de prairies naturelles, coupées d'une
infinité de petits ruisseaux; aussi les plantes y sont nom-
breuses et les insectes en grande quantité.
Le second jour, on monte une côte très-douce et on
dirige ses pas vers la fontaine de PI a Carbassés, distante
de 2 kilomètres de la Jasse qu'on a quittée. La fontaine
est au milieu d'un vallon riche en pâturages où paissent
les bestiaux du village de Llo, dont les brebis, les vaches
et les juments font la plus grande richesse de cette con-
trée, qui a un air de vie qu'on ne rencontre pas sur les
montagnes à cette élévation.
Du Pla Carbassés on monte la colline à droite,, et on
se dirige vers la fontaine du Sègre qui est à 4 kilomètres
plus loin. Là, du pied d'une roche, sort une abondante
source très-froide et très-limpide d'où s'échappe le Sègre
qui voit bientôt augmenter son volume de l'eau de plu-
sieurs torrents qu'alimentent les neiges qui couronnent
les pics.
C'est sous les pierres les plus rapprochées des masses
de neige, qu'on trouve le beau Carabus pyreneus et
Ylleli.r Xatartii, belle variété de l'hélix porphyre : il se
loge parmi les grandes masses de rocs mouvants qui sont
auprès des ravines , où croissent quelques pieds d'hièble,
Sambucus ebulm de Linnée. Nous devons faire remarquer
que YIMix Xatartii qui habite cette région élevée, est le
plus beau spécimen de toute la chaîne pyrénéenne.
De la source du Sègre, on monte au pic de Finestrelles
par une côte très-rude qu'il faut gravir pendant o kilo-
mètres pour en atteindre le sommet: de cette hauteur.
\0i HISTOIRE NATURELLE.
rivale du Cambres-d'Aze, et un peu moins élevée que le
Puig Mal, on découvre une grande partie de la Catalogne,
et on s'arrête avec plaisir a contempler la perspective
intéressante qui se déroule devant les yeux, Le naturaliste
pourra se dispenser de faire cette ascension fatigante,
les alentours du pic ne lui offrant d'autres plantes que
celles qu'on rencontre a cette élévation, c'est-à-dire des
Ombilicus sedoïdes et des Androsaces.
Du pic de Finestrelles on retourne à Llo en côtoyant
la rive droite du Sègre, c'est-à-dire qu'on explore le côté
opposé de la vallée que l'on vient de parcourir, et on
descend à la Jasse Verde qui est située presque en face
du Pla Carbassés.
De là on se dirige vers le Collet de Dalt où sont com-
muns le Carabiis punclato-aitratiis, YAptinus pyrcneus et
autres carabiques qu'il faut rechercher parmi les brous-
sailles et sous les pierres qui avoisinent la Jasse.
On descend toujours sans s'écarter beaucoup de la
rivière, et, après avoir traversé de beaux sites, où l'on
trouvera largement à récolter, on arrive au Collet d'Aval!
autre station de bestiaux.
Enfin, on descend continuellement jusqu'à la Jasse
d'en Gandalle, qui est la plus grande de toutes celles que
nous venons de traverser.
Toutes ces Jasses et leurs environs méritent d'être
attentivement explorés, car ils recèlent grand nombre
de plantes rares dont nous désignerons les principales
ci-après.
Non loin de la Jasse d'en Gandalle, dans une prairie
située sur le penchant de la montagne, coule la fontaine
intermittente de Cayelle, dont nous avons déjà parlé.
VALLÉE DU SÈGIŒ. 105
A 500 mètres de cette fontaine et sur le bord du Sègre,
est la Roca del Vidre ou Roca de Castell Vidre (roche de
verre), immense bloc de schiste micacé, de 50 mètres de
hauteur qu'il est impossible de gravir. Quand le soleil
darde ses rayons sur cette masse de pierre, on ne peut
la fixer tant elle est miroitante ; c'est sur le côté oriental
et sur les blocs qui l'environnent que l'on récolle la
Saxifraga média de Gouan ou Caliciflora de Lapeyrouse;
au sommet, les aigles construisent leur aire. Enfin, on
reprend son chemin par la Collasse de la Soulane, mon-
tagne calcaire bien cultivée, où l'on trouve en abondance
le Erodium pelreum de Willd, ainsi que le beau Carabus
rutilons de Déjean, et on rentre au village de Llo.
La maison Girvès, dont nous avons parlé en allant
aux sources thermales, est dominée par un grand rocher
appelé Saint-Féliu ou Roca de Sant-Feliu. C'est sur ce
rocher très-escarpé, et là seulement, que croit la Saxi-
fraga luteo purpurea. MM. Grenier et Godron prétendent
que cette plante est une hybride de la Saxifraga média et
de la Saxifraga areioïdes ; c'est une erreur : la Saxifraga
aretoides ne croît pas dans le département, et le gîte de
la Saxifraga média est éloigné de la Luteo purpurea.
Il nous reste maintenant, pour justifier l'importance
botanique de la vallée de Llo, à donner un catalogue
abrégé des plantes qui croissent dans cette vallée, et l'on
verra en le comparant à celui de la vallée d'Eyne qu'il
ne lui cède en aucun point.
Anémone sulfurea, Lin.; — An. narcissiflora, Lin.; — An.
alpina, Lin.; — Delphinium montanum, Dec; — Aconitum
napellus, Lin.; — A. lycoctonum, Lin.; — A. anthora, Lin.;
— Anémone hepatica, Lin.; — Parnassia pabistris, Lin.;--
106 HISTOIRE NATURELLE.
RanuncuJus pyrcncus, Lin.; — R. thffra, Lin.; — R. glacia-
lis, Lin.;- — Thalictrum minus. Lin.; — T. alpinum, Lin.;
— Iberis spathulata, Berg.; — Ib.garrcxiana, AU.; — Afttbis
ciliata, Koch.; — A. alpiiia, Pourr.; — Silène acaulis, Lin.;
— SU. rupestris, Lin.; — Epimcdium alpinum, Lin.; —
Papavcr alpinum, Lin.; — Kernera saxMilis, Rehb., ou
Miagrum èaxatîle, Lin.; —Draba pytenhïca, Lin.; — Dr.
tomentosa, Wahl.; — Hvtchinsia alpina, Brow.; — Riscu-
telta intermedia, Gou.; — Cordaminc alpinn, Wil.; — Car.
rcsedifolia , Lin.; — Sisymbrium pinnatifidum, Dec; —
Drosera rolundifolia, Lin.; — Dros. long i folio '■, Lin.; —
Gypsopliil" reperis, Lin.; — Diardhvs attennàtUs, Lap., ou
pyrcncus de Pourret; — Stcllaria ncmorum, Lin.; — Are-
naria bi/lora, Lin.; — Ar. grandijlora, Allyon.; — Asprruh'
nodosa, Pour.; — Ccrastium latifolium, Lin.; — C. alpinum,
Lin.; — C. tomcntosum, Lin.; — Géranium phœum, Lin.; —
Erodinm pclreum, Wil.; — Oxitropis campestris, Dec.; —
Ox. pyrena'ica, God. et Gren.; — Ox. monlana, Dec; —
Drias octopctala, Lin.;— Potentilla grand iflora, Lin.; —
Pot. stîpuMrîs, Pour.; — Epilobium alpinum, Lin.; — Ep.
rosmarinifolium, Hœnk; — Saxifraga rolundifolia, Lin.;
■ — Sax. geranioides, Lin.; — S. pcidadaclylis, Lap.;— Sax.
opposilifolia, Lift/; — Sax. groerdandica , Lin.;— S. média,
Gou.; — S. luteo pnrpurea, Lapey.; — Eringium Rourgati,
Gou.; — Ammi majus, Lin.; — Angclica pyrcnca, Spreng.;
—A. silrcstris, Lin.; — Meum athamanficum , Jacq.; —
Laserpitium siler, Lin.; — L. Nèsleri, Wil.; — Ilcraelcvni
spondylium, Lin.; — Runium carvi, Bieb.; — Aspcrula py-
rena'ica , Lin., ou saxatilis de Lamark; — Galivm pgre-
naicum, Gou.; — G.comelerrhizon, Lap.; — Valeriana tube-
rosa, Lin.; — Val.montana, Lin.; — Val.soxaiili?, Lin.; —
VALLÉE DU SÈGRE. 10"
Hieracium alpiiiwd, Lin.; — H. pratensc, Tauch.; —
Crépis blattaroïdes , Dec; — C. grandiflora, Tauch.;
Carduus médias, Gou.; — Carlina acaidis, Lin,; — Arle-
misia mutellina, Wil.; — Senecio aurantiacus, Deoand.; —
AcliiUca nanti, Lin.; — Loimeuria procumbcns, Desv.;
Gentianh nivalis, Lin.; — Gcnt. pyrenâïca, Lin.; — Gent..
amarclla, Lin.; — Veronica aphyïïa, Lin.; — V. tirtiœfol/a,
Lin.; — Ver. ponce, Gou.; — Pedicularis comosa, Lin ; -
Androsace pyrenâïca, Lam.; — Andr. pubescens, Dec; —
Polygonum divariculum, Wil.;— Pol. alpinim, Allyon.;
— AUium schenoprcmnn , Lin.; — AU, viclofialis, Lih.;^
Luzida nivea, Dec; — L. spicala, Dec; — Cypervs aureus,
Ténor.;— Carex limosa, Lin.; — C. montana, Lin.; — Fes-
tuca spadicea, Lin.; — Poa alpina, Lin.; — Erioplio
vaginatùin, Lin., etc., etc.
L'entomologie de la vallée de Llo est plus riche qne
celle de la vallée d'Eyne ; les carabiques surtout y pullu-
lent. Voici les principaux : Cicindela silvalie.a, Fab.; —
CymincUs liaeata, Scho.; — Dromius qiiadr'onuculalus,
Spanz.; — D. albo notatus, Déj.; — Lebia nifipes , Déj.;—
L. violacée, nov. sp. Déjean; — Aptinus pyrtWevs, Déj.;—
Brachinùs excdans, Ros.; — Cardais calent ùlcttiU* Fab.; —
Car. cancellatus, Illi.; — Car.punclalo auralus,Dé}.^—C ar -
Midzanii, Gaub.; — Car. rutileras, Laîr.; — Car. pyrèn&îl •
Dnf.; — Leistus rûfùmargihatus, Déj.; — Nebri« Ititëra
Fab.; — Neb. Gyllenhaki, Scho.; — Elàphrûs splendir
Déj.; — Panayeus quadripuslidalns , Sturm.; — Ûhlœni
spoliatus, Ros.; — Ch.Schranchii, Duft.;— C/>. h^'gritorn
Fab.; — Ch. holosericeus , Fab.; — Pristonychu.s alpimis,
Déj.; — Doliclws (labicornis, Fab ; — Acjonum fidah
snm, Knoc. ; — A. picipes, î^db'. ; — Wrndskûs mel
108 HISTOIRE NATURELLE.
Creutz; — 0. meridionalis, Déj.; — 0. nigerrima, Déj.,
etc., etc.
Vallée eâe Carol.
Du village de Llo l'on descend à Saillagouse pour y
reprendre le grand chemin qui conduit à Bourg-Madame;
on laisse a gauche les vallées d'Err et de Valcebollèra,
qui n'offrent pas un très-vif intérêt, et on se rend à
Bourg-Madame sans s'arrêter.
Bourg-Madame présente d'abondantes ressources; il y
a un bon hôtel où l'on pourra se ravitailler avant d'en-
treprendre le voyage de la vallée de Carol , qui touche à
l'Andorre par la montag se de Mène, et à l'Ariége par la
montagne de Puy Morens.
Deux routes conduisent de Bourg-Madame a la com-
mune de La Tour-de-Carol, capitale de la vallée : la plus
courte est par Puycerda, qui abrège le chemin d'une lieue.
On traverse la rivière de la Raur (prononcez Rour) sur
un pont de bois; on monte la colline jusqu'aux remparts
de la ville; on longe le petit étang qui est au pied des
murs, et on rentre sur le territoire français par un sen-
tier qui conduit à Enveitg. De là, on se rend à La Tour-
de-Carol, qui n'est pas éloigné. Ici existent les ruines
d'un château très-vaste, ilanqué de deux tours carrées et
de quelques pans de mur. Parmi les plantes qui croissent
sur ces ruines vit le Hélix horlensis d'une jolie couleur
jaune-citron et dont la grosseur est monstrueuse. Nulle
part on n'a vu cette espèce atteindre des proportions
aussi considérables.
La vallée de Carol offre une suite de sites sévères;
les flancs escarpés des montagnes recèlent à peine quel-
VALLÉE DU SÈGRE. i 09
ques pins rabougris, et les roches amoncelées dans une
confusion extrême, indiquent un pays très-tourmenté.
Elle est traversée par une rivière qui descend des étangs
de La Nous, et qui reçoit les eaux qui s'échappent de tous
les glaciers environnants. A Porté, cette rivière se grossit
des eaux du Puig Pedrons, et à Porta, de celles que
fournissent les étangs de Campardos, près des limites de
l'Andorre. Les monts sont coupés de divers passages
désignés sous le nom de cols ou de ports, dont le prin-
cipal est celui de Puig Morens , qui conduit à l'Hospi-
taiet, dans le département de PÀriége. Pendant la belle
saison le pays est riant et agréable, mais en hiver les neiges
et les tempêtes le rendent très-dangereux à traverser.
Malheur au voyageur imprudent qui s'engage dans ces gor-
ges profondes; il est perdu si le Carcanet vient à souffler : ce
vent du nord souève les neiges en épais nuages, et donne
lieu à ces tourmentes terribles qui ensevelissent hommes
et animaux. Laissons parler M. Thiers, qui en a donné
une description saisissante dans un de ces spirituels
articles qu'il écrivait autrefois dans le Constitutionnel :
« On couche ordinairement dans un bourg qui e.-t à
« l'entrée de la vallée, et qu'on appelle La Tour-de-Carol.
ce On part ensuite le lendemain matin et on emploie la
« journée entière à franchir cette gaine de rochers que les
« gens du lieu appellent le Port. En quittant La Tour-de-
« Carol on s'enfonce dans un défilé. Pour ai river au pied
« de la dernière montagne, dans les flancs de laquelle se
« trouve le port ou passage, on marche à peu près deux
« heures. La dernière station se nomme Porté. C'est la
« qu'on s'arrête et qu'on boit un coup pour prendre courage,
« avant de franchir le port. Je ne me faisais pas une idée
! Ri HISTOIRE NATURELLE.
(( d'un vent aussi puissant, et si je puis dire, aussi com-
« pacte que celui qui souillait dans ces gorges. Une neige
« sèche et piquante pénétrait dans les moindres replis des
« vêtements, et j'en ai trouvé, en arrivant, jusque dans
« ma cravate. Arrivé à Porté, je courus autour du feu;
« mais je ne sentais plus rien , et il me fallut longtemps
« pour recouvrer quelque sensibilité. Les hurlements
« affreux du vent dans les montagnes m'épouvantaient.
« — Monsieur, me dit le jeune guide, je suis sûr de m'en
« tirer, mais je ne réponds pas de vous. — Et pourquoi
« cela? — Parce ce que je fais tout ce que vous ne ferez
« pas; je vais à pied; je quitte mon manteau quand le
« vent est trop fort; je me roule dans la neige, et je n'ai
« jamais de maux de cœur. J'acceptai ces conditions et *
«je consentis à partir. J'avais je ne sais quelle curiosité
« de voir ce qu'était cette tempête, dans le défilé, et de
« m'assures si l'imagination des gens du pays n'ajoutait
« pas aux scènes qu'ils me décrivaient. La souffrance,
« cette fois, fut moins grande que le matin, parce que
«j'étais déjà accoutumé au froid et au vent, et que
« d'ailleurs nous approchions du milieu du jour. Mais ,
« ce qui se passait là dedans pendant certains instants est
« incroyable. Il y avait des moments d'un calme parfait
« et où il ne se faisait plus d'autre mouvement que la
« chute silencieuse de la neige. C'est de ces intervalles
« que je profitais pour regarder ; mais ils étaient bientôt
« interrompus ; le vent partait tout-à-coup avec une vio-
« lence inattendue, roulait les nuages, les pressait dans
« les enfoncements, et, emportant la neige qui tombait
« encore et celle qui jonchait déjà la terre, il la soule-
« vait comme les Ilots de la mer, ou la chassait devant
VALLÉE DU SÈGRE. 111
« lui comme l'écume des eaux. La désolation de ces
« instants est impossible à rendre. Le changement des
« formes , le gisement tout nouveau de la neige , la
« disposition inattendue des nuages, les bruits effrayants,
« tout faisait croire qu'on allait assister à la ruine du
« monde. Je fus, pendant l'un de ces instants, frappé
« d'un spectacle admirable. Arrivé au sommet intérieur
« du port, je me retournai, et j'aperçus devant moi une
«( immensité de vallées qui se développaient les unes à
« la suite des autres. Les nuages s'étendaient jusqu'à la
« dernière ligne de cet horizon ; mais, tout-à-coup, tandis
« que ceux qui étaient sur nos têtes étaient sombres et
«épais, ceux du fond s'éclairèrent, et j'aperçus, à un
«grand éloignement, les contrées d'où je venais, qui,
« parfaitement éclairées par le soleil, semblaient jouir
<( d'un calme inaltérable. Ce calme, vu du sein de l'orage
« et a travers la magie du lointain , me ravit et me lit
« oublier toutes les peines du voyage (1) . » (Les Pyrénées
ou le Midi de la France, en 1822.)
(I) Celte description nous rappelle la tourmente qui, en 1808, assaillit
l'armée française au Col de Guadarrama , lorsqu'elle se portait en avant contre
les Anglais, qui venaient de desrendre dans les plaines de la vieille Castille.
Le 18 décembre -I SOS, l'Empereur passa la revue de l'armée au camp
de Saint-Martin, près Madrid. Tout le monde vit alors qu'il s'agissait d'un
mouvement en avant.- En effet, le 21, à deux heures de l'après-midi,
l'ordre fut donné de se mettre en marche. Je faisais partie de la première
ambulance légère du quartier-général-impérial. Le maréchal Soult formait
l'a\ant-garde; il partit immédiatement, et le gros de l'armée le suivit le
lendemain en se dirigeant sur la montagne de (Juadarrama , qui sépare la
Castille-Neuve delà Caslille-Vieille. Fendant la nuit, la neige tomba à
gros flocons, et le temps devint si affreux, que le maréchal Soult fut obligé
de s'arrêter au pied de la montagne.
L'Empereur arriva le lendemain à midi; il fut très-contrarié que Soult
n'eut pas franchi le col, et donua l'ordre de le franchir immédiatement.
1 1"2 HISTOIRE .NATURELLE.
A Porté, Ton rencontre la rivière de Font- Vive pour
aller visiter les étangs de La Nous, bien dignes d'être vus.
Autour de ces étangs croissent de nombreuses plantes,
dont les plus remarquables sont : Thalictrum alpinum,
Lin.; — Ranunculus alpestris, Lin.; — R. pijreneus , Gou.;
— Arabis ciliata , Kocb.; — Roripa pyrenaïca , Spach.;
— Cerastium trigynum, Wil.; — Drias octopetala , Lin.;
— Alchemilla alpina, Lin . ; — Sibbaldia procumbens , Lin. ;
— Saxifraga aizotdes, Lin.; — Sax. gramdala , Lin.; —
Sax. pelrea, Lin.; — Loizeleuria procumbens, Desv., etc.
La flore de la vallée de Carol n'est pas aussi riche que
celle des vallées que nous venons de visiter; cependant
elle mérite d'être explorée comme faisant partie du groupe
pyrénéen. Dans notre botanique générale du département
nous désignons les plantes qu'on y rencontre; mais aucune
n'est assez remarquable, pour être mentionnée particuliè-
rement ici.
Si l'on veut revenir à Mont-Louis sans plus de fatigues,
on redescend la vallée de Carol jusqu'à Bourg-Madame,
et, par la grand'route, on rentre à Mont-Louis. Mais si
l'on tient à mieux explorer le pays, on redescend des
étangs de La Nous en suivant la rivière jusqu'à l'étang
de Font-Vive; on monte un ravin à gauche pour franchir
le Col Rouge, et on se dirige sur Angoustrine en suivant
la rivière du même nom. De là, on passe à Targassone, à
Egat, à Odello, à Bolquèra et enfin à Mont-Louis.
quoique le temps fût enrore devenu plus mauvais. Soult passa le tléfilé;
nous le suivîmes de près avec l'Empereur: mais la nuit nous ayant surplis
au sommet de la montagne, nous bivouaquâmes sur la neige, nous abritant
tant bien que mal sous des pins et des chênes-verts. Alors la tempête était
déchaînée dans toute sa furie, et aujourd'hui , en lisant la description de
AI. Thiers, nous avons pu apprécier tout ce qu'elle a de vrai et de saisissant.
VALLÉE DE L'AUDE. H3
CHAPITRE III.
VALLÉE DE L'AUDE.
Le Capcir, dépendance du canton de Mont-Louis, est
une petite contrée en forme de conque, d'environ quatre
lieues de longueur sur trois de largeur, environnée de
tous côtés par de hautes montagnes qui la séparent des
contrées voisines. Il n'a que trois issues, l'une dans le
département de l'Aude par le Col d'Ares, l'autre dans
le canton d'Olette par le Col de Creu, et la dernière
dans la Cerdagne par le beau vallon de les Llansades,
qui, dans une étendue d'une lieue de largeur sur une
lieue et demie de longueur, présente un tapis continuel
de gazon , de prairies et de pacages. Cette contrée est
très-féconde en pâturages, et contient neuf villages : Les
Angles, Matemale, Formiguères, Real, Puy-Valador,
Riutort, Font-Rabiouse, Espouzouille et Audelou. Le sol
du Capcir est très-élevé et couvert de neige pendant une
grande partie de l'année : c'est la région la plus froide du
département; aussi l'on y presse les semailles et la mois-
son y est très-tardive. Mais, dans la belle saison, il pré-
sente des plaines parsemées d'épis, des prairies émaillées
de fleurs, fécondées par des ruisseaux d'une onde pure
et limpide; des villages rapprochés animent le paysage, et
embellissent l'aspect de ces lieux riants et champêtres, tout
environnés de bois impénétrables aux rayons du soleil.
iomi; i. S
114 HISTOIRE NATURELLE.
Toutefois, les habitants ne quittent jamais leurs vêtements
de bure, parce que les veillées de l'été sont habituellement
assez froides pour faire sentir le besoin de s'approcher du
feu. Dans ce pays où. les pins sont communs, on brûle
des éclats de ce bois résineux, pour s'éclairer le soir,
comme au temps de Virgile :
Tœdas silua ait a ministrat,
Pascunturque ignés nodurni, ac lumina fundunt.
Ces copeaux s'appellent tèse et se placent sous le
manteau de vastes cheminées. Pendant 'hiver, grand
nombre d'habitants désertent ces montagnes désolées, et
conduisent leurs bestiaux dans la plaine pour les nour-
rir et vendre les produits ; leur industrie principale
est la vente du lait qu'ils débitent à Perpignan.
La rivière d'Aude prend sa source dans le Capcir ; elle
sort d'un étang du même nom situé sur la montagne des
Angles; elle traverse le Capcir et reçoit dans le trajet
une foule d'affluents qui déjà, à Puy-Valador, point de
sortie, en font un cours d'eau imposant par son volume
et sa course impétueuse.
Le Capcir est une station botanique assez importante.
C'est encore dans cette contrée que l'on trouve un mam-
mifère très-intéressant de la famille des chats , le lynx , Felis
Lî/>*£deLinnée, que les fourreurs du département désignent
sous le nom de Loup-Cervier. Cet animal chasse sa proie
en se plaçant en embuscade sur un arbre; et, lorsque les
lièvres, lapins et même les jeunes izards sont à sa portée,
il se précipite sur eux et ne manque jamais son coup.
M. Cuvier désirant savoir si le lynx e .istait dans le
département des Pyrénées-Orientales, nois écrivait, eu
1821 : « Ayez la bonté de me dire si le lynx, Felis Lynx,
VALLEE DK LAl'DE. 115
« Lin., se trouve vers les parties orientales des Pyrénées.
« On l'a rencontré vers les parties occidentales, et il n'est
« pas très-rare sur les montagnes de l'Espagne et du
« Portugal ; il serait intéressant de déterminer les limites
« dans lesquelles cette espèce est restreinte, et nous
« pourrons devoir cette connaissance à vos soins, etc. »
A cette époque, on en avait tué un très-beau à la forêt
de Formiguères, et nous pûmes donner à M. Cuvier les
renseignements qu'il nous demandait. Cet animal est très-
rare, nous» n'en avons vu qu'un autre sujet qui avait été
tué dans la foret de Salvanère.
La marte, Mustela martes de Linnée, vit aussi dans le
Capcir. C'est du village des Angles qu'on nous envoya
le sujet que nous expédiâmes à M. Cuvier, pour qu'il
pût en apprécier les caractères distinctifs. Ce mammifère
est plus commun que le lynx ; il fait même l'objet d'un
commerce de pelleterie.
Pour bien explorer le Capcir, il faut y consacrer plu-
sieurs jours. A cet effet, l'on part de Mont-Louis de
bonne heure , et , en suivant une route aujourd'hui car-
rossable, l'on arrive au beau vallon de les Llansades,
qu'on explore dans tous les sens. Dans cette localité se
trouve particulièrement: EUcborus viridis, Lin.;' — Ane-
moue hepalica, Lin.; — An. silvestns, Lin.; — Stellaria
neuiùrum, Dec; — Aconitum hjcoctonum , Lin.; — Malva
tournefortiana, Lin.; — Rosa àlpinâ, Lin.; — Potentilla
caulescens, Lin.; — Eringium Bourgati, Gou.; — Cîrsivm
monspessulanum, AH.; — Rumex alpinus, Gou., etc.
Au sortir du vallon de les Llansades l'on rencontre la
rivière d'Aude qu'il faut remonter jusqu'à sa source:
l'on explore ses bords et le tour des étangs , et l'on
116 HISTOIRE NATURELLE.
redescend son cours jusqu'aux Angles où l'on prend du
repos. Dans cette herborisation l'on a récolté : Ranun-
culus angustifolius, Lin.;—/?. Villarsii, Gou.; — Aconitum
napellus, Lin.; — Genista cinerea, Dec; — Phaca aslraga-
lina , Dec . ; — Epilobium alpinum , Linn . ; — Doronicum
austriacum, Jacq.; — Carlina acaidis, Lin.; — Colchicum
alpinum, Dec; — Cypripedium calceolus, Lin., etc., etc.
En partant des Angles, on se dirige vers la forêt de
la Mata, localité très -intéressante où se rencontrent:
Delphinium peregrinum, Lin.; — Alyssum ciineifolium ,
Ténor.; — Sagina subulata, "Wim.; — Arenaria Cherlerii,
Feuz; — Vicia pyrenaïca, Pour.; — Lathyrut vernus,Wim.,
ou Orobus vemus de Decandole; — Saxifraga stellaris,
Lin.; — S, rotundifolia , Lin.; — Gentiana acaulis, Lin.; —
Globularia nudicaulis, Lin.; — Echinops spherocephalus ,
Lin.; — Cirsium palustre monspessulanum, God. et Gren.;
— Carduus vivariensis, Jord.; — Erylhronium denscanis,
Lin.; — Narcissus major, Curts, etc., etc.
Après avoir exploré la forêt de la Mata, l'on se rend
au village de Formiguères. De ce point l'on rayonne dans
les vallées de Balcèra et de Campourel qui l'avoisinent.
La meilleure manière d'explorer ces deux vallées, c'est de
remonter celle de Balcèra jusqu'aux étangs du même nom,
de tourner la montagne del Pam par l'ouest, afin d'arriver
au plateau sur lequel sont les étangs de Campourel ; enfin
de descendre cette vallée pour rentrer à Formiguères.
Dans cette course il faut bien explorer le tour des étangs
et la montagne, qui recèlent de bonnes espèces de plantes,
dont nous signalons les suivantes : Atragene alpina, Lin.;
— Anémone baldensis, Lin/, — Ranunculus platanifolius,
Lin.;- — R. graminws, Lin.;' — R. Gouani, De Villars; —
VALLÉE DR l'AUDK. 117
Draba nemorosa, Linn.; — Cerastium alpinum, Linn.; —
Phaca alpina, Wulf.; — PotenliUa grandiflora, Lin.; —
Epilobium montanum, Lin.; — Saxifraga aizoïdes, Lin.;
— Sax. granulata, Lin.; — Primula integrifolia, Lin.; —
Androsace pyrenaïca, Lam.; — A.villosa, Lin.; — Gentiana
Burseri, Lap.; — Globidaria nudicaulis, Lin.; — Colchicnm
alpinum, Decan.; — Allium schenoprasum, Lin.; — Carex
rupestris, Ali.; — C. fœtida, Vil.; — Festuca Halleri, Ail.;
— Juncus filiformis , Lin.; — Junc. trifidus, Lin.; — Junc.
alpinus, Vil., etc.
De Formiguères on se rend dans la vallée de Galba, qui
n'a pas moins de qualre lieues de longueur. En remontant,
l'on explore l'un des côtés de la rivière, et en redescendant
l'on herborise de l'autre côté. Nous signalons cette vallée
au naturaliste, parce qu'elle fait partie du Capcir; mais
les insectes qu'on y trouve étant les mêmes que ceux des
autres localités, on pourrait se dispenser défaire une course
fatigante et employer son temps à visiter d'autres points.
Au reste, le pays qui s'étend entre Formiguères, Real,
Font-Rabiouse et Puy-Valador, est couvert de prairies im-
menses où l'on peut récolter, si l'on arrive avant la fenai-
son, qui se pratique vers la fin de juillet, une immense
quantité de plantes précieuses et rares dont le détail serait
trop long à et nsigner ici : on les trouvera décrites dans le
chapitre réservé à la flore du département. La seule plante
particulière, qu'on trouve en masse, c'est VEndressia
pyrenaïca de Gay.
De Riutort on pourrait aller visiter la vallée du Llo-
renti, qui touche au Capcir; mais nous réservons un
chapitre particulier à cette précieuse et riche localité que
nous ne pouvons pas laisser en dehors de notre flore,
118 HISTOIRE NATURELLE.
et nous préférons, pour ne pas déranger notre itinéraire,
conduire le naturaliste voyageur au village de Puy-Yalador,
afin d'aller explorer la montagne de Madrés, dont la végé-
tation luxuriante lui donnera une ample dédommagement.
La montagne de Madrés est a 2.450 mètres d'altitude;
elle ferme le Capeir du côté de l'est, et le sépare des
hautes régions que nous avons parcourues lorsque nous
explorions les vallées de Conat, Nohèdes, Urbanya et
Évol ; elle est couronnée d'un étroit plateau qui n'a
pas moins d'une lieue et demie de longueur, et qui
s'abaisse vers le sud pour former le passage du Col de
Creu, l'une des trois issues du Capeir. La montagne de
Madrés est couverte d'une vaste forêt appartenant à
l'Etat; elle est coupée de ravins; elle est très-féconde
en plantes rares; aussi n'a-t-elle jamais été négligée par
les naturalistes qui ont visité le pays. Sa flore a été
l'objet d'études sérieuses; les principales plantes qu'on y
rencontre sont : Àcohitum lycoctonvm, Lin.; — A . MpèttUs,
Lin.; — A. panicuhttum, Lam.; — StcHaria nemorûm, Dec;
— Genista linctoria , Lin.; — Trifolium parvijlorum, Ehr.;
— Potentilla nivalis, Lap.; — Rosa rubrifolia, Y\\.\ — Saxi-
frage a houles, Lin.; — S. oppositifolia, Lin.; — S. exarattt,
Vil.; — AngelicaÈazoïâïi, Gou.; — lleracleum pyrenaïntm ,
Lam.; — Senecio Tourne forlii, Lap.; — S. doronicum, Lin.;
— Carduus hamulosus, Ehr.; — Centaurea pèôûnata, Lin.;
— C. leucophœa, Lin.; — Jûrinea pyrenatca, God. et Gren.;
— Lactuca Plumieri, Gren. et God.; — Genliana acaulis,
Lin.; — G. nivalis, Lin.; — Puhnonaria mollis, YVolff.; —
Veronica bellidioïdes, Lin.; — Veron. serpylli folio , Lin.; —
Digitalis grandiflora, Ail.; — Lilium pyrenaicum, Gou.;'
— Rumex alpinus, Lin.; — Veratrum. album, Lin.; — Fri-
VALLÉE DE LAIDE. 110
lillaria mekagris, Lin.; — Crocus vernus, AU.; — Juncus
diffusuSj Hop.; — /. triglvmis, Lin.; — J. Gerardi, Lois.; —
Luzula flavescms, Gaudichon; — Luz. nivea, Dec; — Luz.
lutea, Dec, etc., etc.
Enfin les Carabus punctato-auratus et cancellatus, ainsi
que d'autres carabiques, se trouvent en abondance dans
cette intéressante localité.
Nous avons dit que le Col de Creu était une des issues
du Capcir. C'est par ce passage que nous sortirons de
cette région et que nous rentrerons à Olette en suivant
la Volta Llarga , chemin que pratiquent les muletiers
d'Olette pour aller à Formiguères. De Creu à Railleu, le
chemin est assez praticable; de Railleu à Ayguatébia, il
est affreux; d'Ayguatébia à Cabrils, c'est une pente très-
rude, coupée de beaucoup de ravins ; de Cabrils à Olette,
le chemin est assez bon. Dans cette longue descente, qui
n'a pas moins de quatre lieues, le naturaliste trouvera
l'occasion de récolter quelques plantes alpines.
Nous pourrions maintenant rentrer à Perpignan, pour
aller entreprendre l'exploration de la vallée du Tech, en
commençant par son embouchure et en remontant son
cours jusqu'au pic de Costa-Bona; mais nous préférons
suivre un chemin différent, parce qu'il nous présente
l'avantage d'offrir moins de fatigue et la perte de moins
de temps. Du r îste, Olette n'est pas très-éloigné des sources
du Tech, où l'on parvient facilement en remontant la
vallée de Nyer jusqu'au Col de la Madona, en passant par
les villages de Nyer, de Mantet et par le plateau du Camp
Migre, vaste prairie, où l'on marche de niveau sur un
gazon épais. A l'extrémité du Camp Magre, sont les
Esquerdes de Roja, qui dominent les sources du Tech.
120 HISTOIRE NATURELLE.
CHAPITRE IV.
VALLEE DU TECH.
La vallée du Tech ou Vallespir, Vallis Pyria selon
les uns, ou plutôt Vallis Aspera, Vallée Apre, selon les
autres, a vingt lieues d'étendue de l'est à l'ouest, et
cinq lieues du nord au sud. Elle est bornée à l'est par
la mer, au nord par le pays des Aspres ou vallée du
Réart et par le Cauigou, au sud et à l'ouest par la chaîne
des Pyrénées qui la sépare de l'Espagne.
La haute vallée du Tech ou haut Vallespir, est un pays
rempli de montagnes, coupé par des vallées peu étendues,
arides, rudes et escarpées. Le bas Vallespir ou partie
inférieure, est une plaine longue, étroite, riante, fertile,
bordée au sud par les Albères et au nord par la plaine
du Roussillon avec laquelle elle se confond.
Les terres de la partie montagneuse sont maigres,
arides; on y récolte très-peu de froment, mais beaucoup
de méteil, seigle et blé noir; au bord des ravins les pro-
ductions sont plus variées et la culture est plus étendue.
Les montagnes sont couvertes de hêtres, frênes, chênes-
verts, châtaigniers, et les plus élevées sont assez fécon-
des en pâturage; l'activité et l'industrie des habitants ont
su tirer parti des plus petites langues de terre, qui parai-
VALLÉE DU TECH, | ± \
liaient ne devoir être d'aucun rapport; au-dessus d'Arles
il n'y a déjà plus ni vignes ni oliviers.
Les terres de la partie inférieure de la vallée sont
fécondes, et se couvrent tous les ans des plus riches
moissons ; c'est dans cette contrée qu'on cultive le mico-
coulier, Celtis australis, connu sous le nom de bois de
Perpignan, et le chêne-liége, Quercus suber, qui forme
des bois d'assez grande étendue.
Cette vallée, riche en produits naturels, est surtout
remarquable par l'excellence des eaux thermales sulfu-
reuses d'Amélie-les-Bains et de La Preste, et par les
eaux acidules-alcalino-ferrugineuses de Saint-Martin-dc-
Fonollar et du Boulou qui contiennent le bi-carbonatc
de soude en très-grande proportion ; elle ne le cède pas
non plus aux productions minérales de la vallée de la
Tet; les indies, ou mines de fer de Balère, approvision-
nent depuis des siècles, sans s'appauvrir, les nombreuses
forges à la catalane qui fonctionnent dans la vallée ; elles
fournissent aussi le minerai aux fourneaux de la Catalogne.
Près de Prats-de-Mollô sont des mines de cuivre aban-
données, dont les filons riches s'enfoncent dans de
grandes excavations formées par la nature et qu'on
nomme les Billots ou grottes de Sainte-Marie ; des filons
de plomb argentifère se rencontrent sur les territoires de
Prats-de-Mollô, La Manère, Serrallongue et Arles; le
plomb sulfuré ou alkifous sur plusieurs autres points non
exploités; enfin l'on soupçonne que les puissantes cou-
ches carbonifères de Sant-Juan-de-les-Abadesses, en
Espagne, se prolongent jusque sous notre territoire où
des affleurements ont été observés, dit-on, sur les bords
de la Mouga, terrain dépendant de Saint-Laurent-de-
122 HISTOIRE NATURELLE.
Cerdans. Les coquilles fossiles forment encore des bancs
puissants sur les bords du Tech, entre Le Boulou, Nido-
lères et Banyuls-dels-Aspres ; ils se relient par Trullas
et Nyils au banc de Mil as et de Neflîach : plusieurs puits
artésiens qu'on a forés sur cette ligne ont amené les
mômes corps organisés ; enfin à Costujes gisent dans
un champ, sur les bords de la rivière du Riu Majou, des
cunnolites et des priapolites, que Lamarck a classés
sous les noms de Ciclolites elliptica et Hippvritcs rugosa
et curai.
Le Tech est la rivière qui traverse la vallée dans toute
son étendue ; il prend si source au pied du Camp Magre,
entre la montagne de Costa Bona et les Esquerdes de
Roja ; il s'alimente de trois petites fontaines très-rappro-
chées, dont les minces filets d'eau se réunissent en un
seul canal qui se perd immédiatement dans la terre pour
reparaître a 20 mètres plus loin. Pendant ce court
trajet souterrain, la 'rivière a acquis assez de volume pour
présenter à sa sortie les dimensions d'un torrent assez
fort. Dans sa course jusqu'à la mer, où elle se jette entre
le village de la Tour-bas-Elne et Argelès, elle reçoit
plusieurs afïluents dont les principaux, sur la rive gauche,
sont : la Persigola, la Cimalada, le Riu Ferrer, la rivière
Ample et la rivière de Saint-Marsal qui descendent du
Canigou; et sur la rive droite, le Peyrefeu, le Sendreu ,
la rivière de La Manère, la Quéra ou rivière de Saint-
Laurent, leMondony, la rivière de Reynès, celle de les
Salines , les rivières de Yillelongue , de Sorède et de
Saint-André.
VALLEE DU TECH. 123
Vallée «le la Coma du Tecli et «le Costa Bona.
Nous avons conduit le naturaliste vovaçeur du bonre
d'Olette jusqu'à l'extrémité du Camp Magre, au-dessus
de la Coma du Tech dont il embrasse toute l'étendue.
A gauche, sont les Esquerdes de Roja, montagne qui
mesure 1.811 mètres d'altitude et qui se relie au Pla
Guidera ; à droite, est Costa Bona dont le pic s'élève à
2.46i mètres au-dessus du niveau de la mer, et à ses
pieds la Coma du Tech. Pour descendre dans la Coma
du Tech, on tourne le rocher de Roca Colora, ainsi
nommé des pigeons sauvages qui nichent dans ce lieu
pendant la belle saison; un étroit passage pratiqué entre
cette roche et la montagne des Esquerdes de Roja, vous
conduit, par une pente rapide, aux sources du Tech situées
à 1.760 mètres d'altitude. La Coma du Tech est un long
défilé de 8 kilomètres d'étendue , où la rivière coule sur
un lit hérissé de rochers, et où apparaissent des masses
de marbre blanc a grain fin que l'eau a polies.
De la source du Tech l'on gagne les escarpements du
pic de Costa Bona en tournant la montagne du côté occi-
dental ; par ce chemin on parvient derrière le grand pic,
à l'extrême limite du territoire français. Sur ce point est
un rocher isolé, de plusieurs mètres d'élévation, d'où
s'échappe une fontaine d'eau glacée ; au pied de ce roc
vivent les plantes les plus rares, telles que : Silène ciliata,
Pour. ; — Alsine recurva, Walh . ; — Cerastium alpinum, Lin . ;
— Surifnuja grocnlandica, Lin.; — Saxif. média, Gou.; —
HieràCium pumilum, Lap.; — Gentiana Burseri, Lap.; —
Juncus trifidus , Lin.; --Scirpiis supinus, Lin., etc., etc.
1-24 HISTOIRE NATURELLE.
A Costa Bona les grenats et les pyroxènes forment de
véritables amas allongés au milieu du système schisteux ;
l'on y rencontre aussi de l'azurite, cuivre carbonate bleu
sulfuré argentifère à gangue quartzeuse.
Après avoir herborisé dans cette partie de la montagne
de Costa Bona, on suit les contours les plus praticables
pour arriver sur son versant méridional, et l'on se dirige
de nouveau vers la Coma du Tech dont on explore les
deux rives jusqu'à la Jasse d'en Peyrefeu, ou bien jusqu'à
la métairie du même nom qui n'en est pas très-éloignée.
Dans cette course longue et rude qui commence aux
Esquerdes de Roja, le naturaliste aura trouvé maintes
fois l'occasion de récolter un grand nombre de plantes
rares dont les principales sont : Silène acaulis, Lin.; —
Alsine Cherleri, Feuz.; — A. rccurva, Wahl.; — Vicia pyre-
naïca, Pour.; — Phaca australis, \À\\.\—Anlhillismontam,
Lin.; — Potentilla nivalis, Lap.; — P. grandiflora, Lin.; —
Saxifraga groenlandica , Lin.; — S. oppositifolia , Lin.; —
Sax. média, Gou.; — Argclica pyrenea, Spren.; — Galium
pyrena'icum, Gou.;— Valeriana globulariœ folio i , Ram.; —
V. montana, Lin.; — Hieracium pumilwn, Lap.; — Leucan-
lliemum alpinum, Lam.; — Genliana alpina,W\\.\ — Pedi-
cularis rostrata, Lin.; — Primida latifolia, Lap.; — Juncus
trifidus, Lin.; — Avena versicolor, Wil., etc., etc.
La Jasse d'en Peyrefsu est une station botanique très-
intéressante ; elle touc îe à la Soulanette, vaste prairie
située au pied de la montagne de Costa Bona du côté de
l'orient; c'est là que commencent les premières traces
de culture et les premières habitations. En face est la
Serra Mitjana ou Col Baix ; l'on y voit un bois de hêtres
si maltraité par le froid, par la hache des populations
VALLÉE DU TECH. 425
voisines et par les troupeaux, que les sujets qui restent
ressemblent à des arbustes rabougris. Les plantes prin-
cipales qu'on rencontre dans cette région , sont : Epilo-
bium spicatum, Lam.; — Crépis lampsanoïdes , Frol.;-
Saxifraga aulumnalis, Lin. ;—Anstrancia minor, Lin.; —
Lactuca Plumieri, Gren.; — Midgedium alpinum, Less.; — ■
Carduus carlinoïdes, Gou.; — C. médius, Gou.; — Cirsixim
rividare, Link.; — Leucanthemum maximum, Dec; — Gen-
tiana Burseri, Lapey.; — Swertia perennis, Lin.; — Urtica
hispida, Dec, variété Y de Y Urtica dioica de Linnée; —
Ornithogalum pyrenaïcum, Lin.; — Streptopus amplexifo-
lius, Dec; — Carex frigida, Ail., etc., etc.
Vallée de La Preste.
En suivant un sentier étroit sur la rive droite de la
rivière, on arrive, en une heure, aux bains de La Preste,
situés à 1.000 mètres d'altitude. Ici, nous laissons la
parole au docteur Anglada, dont le style coloré donne
tant de charmes à tout ce qu'il décrit, et nous renvoyons
à son savant traité des eaux minérales et des établisse-
ments thermaux du département des Pyrénées-Orientales,
le lecteur curieux qui désire connaître la composition
chimique et l'efficacité thérapeutique des eaux thermales
de notre département.
« Les bains de La Preste , dit-il , situés vers la partie
« supérieure de la gorge que parcourt le Tech , et non
« loin des sources de cette rivière, se présentent au milieu
« d'un paysage d'une austérité remarquable. Leur isole-
« ment de toute autre habitation , l'élévation et l'âpreté
« des montagnes qui les entourent, la configuration même
J2() HISTOIRE NATURELLE.
« du terrain environnant, tout semble leur imprimer le
« caractère d'une véritable chartreuse. On serait tenté,
« au premier aspect, d'envisager ce lieu comme étant
« bien plus propice aux silencieuses habitudes de quel-
« ques pieux cénobites, qu'aux joyeux passe-temps d'in-
« dividus qui n'abordent souvent les eaux thermales
« qu'avec la légitime espérance de faire concourir au bon
ce effet du remède les distractions de la société et les
« agréments du pays. Qu'on ne soit pas cependant en
« peine de cette première impression. Les environs de
« ces thermes ne sont pas sans attraits, et le rapproche-
« ment de la société qui les fréquente, est un gage de
« plus des facilités qu'on y trouve pour faire un agréable
« emploi du temps.
« Le hameau de La Preste qui leur donne son nom,
« est à l'orient des bains, à une demi-lieue de distance,
« sur le versant opposé d'une montagne qui les sépare.
« Il fait partie de la commune de Prats-de-Mollô. Le
« trajet de Prats-de-Mollé aux bains est d'environ deux
« lieues. Le chemin que l'on parcourt, et qui a successi-
« vement reçu d'importantes améliorations, reste
« parallèle au cours de la rivière , et traverse une série
« de sites agréables qu'animent quelques habitations
« éparses, et où s'assortissent, pour en rehausser l'effet
« pittoresque, de fertiles prairies, d'élégants bouquets de
«peupliers, de noyers ou de frênes, etc., des coteaux
« en pleine culture ou couronnés de bois, et le sauvage
« aspect des montagnes. »
«. Les sources thermales de La Preste s'échappent
« du sein môme du granit, comme la plupart des autres;
« mais ce granit très-chargé de feld-spath et peu abon-
VALLÉE DU TECH. 1:27
dant en mica, semble passer au gneiss ou à la pegmatite.
La roche, d'une couleur grisâtre, est très-quartzeuse
et surtout éminemment feld-spathique ; le quartz est
d'un gris terne fort irrégulièrement disséminé. Le feld-
spath s'y montre, partie en gros cristaux laminaires
d'un blanc éclatant, partie en fragments irréguliers d'un
blanc mat. Le mica en lamelles très-fines d'un blanc
argentin, semble y avoir été déposé par couches super-
ficielles, au lieu d'avoir été brassé d'une manière homo-
gène avec les autres éléments constitutifs de l'agrégat.
« Du reste, tout ressort des terrains primitifs autour
de l'établissement. Là viennent s'offrir à l'observateur,
outre le granit, des gneiss d'une couleur rouge ou gri-
sâtre; le schiste micacé passant au schiste argileux,
celui-ci empâtant des cristaux de feld-spath à la manière
des porphyres ; le calcaire primitif lamellaire, sous des
formes et des nuances très-variées ; de belles serpen-
tines d'un vert sombre, d'un jaune verdâtre, ou d'un
jaune de miel ; ces deux roches s'assortissant d'une
foule de manières, pour donner lieu à des ophiolites
ou des ophicales de M. Brongniart, d'un aspect très-
diversifié. »
Parmi les productions minérales des environs des bains,
sont les belles concrétions calcaires de la grotte d'en
Brixot, espèce de labyrinthe riche en stalactites de toutes
les formes, dont les compartiments se présentent sous
des aspects si variés, et où les effets cristallins sont d'un
si bel effet quand on les éclaire d'une vive lumière. Cette
grotte située à 50 ou 55 mètres au-dessus de la métairie
de ce nom, sur la rive gauche du ruisseau de la Bausa,
est creusée dans les strates d'un calcaire fissuré ; sou
\'28 HISTOIRE NATURELLE.
entrée est très-difficile; il faut ramper pendant cinq minu-
tes environ au milieu de débris pierreux pour examiner
les dispositions intérieures. La réunion des stalactites
et des stalagmites forme de nombreuses colonnes, qui
tantôt placées dans un ordre circulaire , tantôt alignées
sur plusieurs rangs présentent l'image de salons immen-
ses ou de longues galeries : toutes ces colonnes et les
voûtes semblent enrichies de cristaux de toutes couleurs,
et offrent à l'œil étonné un spectacle majestueux et
admirable.
On trouve également dans ce terroir le Cuivre carbo-
nate, filon de Saint-Louis-de-Penalt; — le Cuivre hépa-
thique, mine de Sainte-Marie-des-Billots ; — le Quartz
pseudo-morphique , idem; — le Calcaire saccharoïde stra-
ti forme, à Saint-Sauveur; — le Calcaire gris bleuâtre, à
La Preste ; — le Marbre blanc saccharoïde, près le pont
de La Preste; — la Chaux carbonalèe laminaire, grotte
Sainte-Marie-des-Billots; — la Serpentine noble, verdâtre,
Quinta de la Coma; le Mispikel ( arsenio-sulfure de fer),
à la montagne de Layade; — le Cuivre pyriteux, en amas
ou rognons, vallée de La Preste; — Cuivre pyriteux, en
filons, idem; — Sulfo-arséniure de fer, idem; —Pyrites
de fer, idem ; — Granit à gros grains et à grains moyens ;
enfin, des marbres admirables de beauté et de nuances,
qui constituent des couches puissantes. On les voit par
bancs énormes, d'une exploitation facile, si une route
carrossable arrivait jusqu'au village.
Les environs de La Preste sont riches en insectes rares;
nous signalerons les suivants: Cicindela silvicola, Meg.;
—Zuphium olens, Latr. \ — Cymindis homagrica, Duft.;—
C. miliaris, Fab.; — Aptinus pyreneus, Déj . ; — Clivina
VALLEE DU TECH. 129
œnea, Ziegl.; — Câràbus a uni tus, Fabr.; — (7. hor ternis,
Fabr.; — C. rutilans, Déj.;—Leistiis fulvibarbis, HofT.; —
Leist. terminatus, J*2uiz.;—Nebria psamodes, Ros.;— Neb.
pissicomis, Fàbr.;-^Elaphru$ littoralis, LaU\;—Chlœ)iiiis
spoliatus, Dé}.;— Cit. nigricornis, Fabr.;— Ch. Schrankii,
Duft. -,—Licinus granulatus, Déj . ; — Lie. Hoffmanseggii,
Vzm.^—Olisthopxis hispanicus,\)é].\—Pterostichus paru ni -
punctatus, Déj . ;—P.Xatartii, Déj . ;— P. faciato-punctatus,
Fab.; — Amara montana, Déj.; — A. pyrenaïca, Déj.;—
Zabrus gibbus, Fab.; — Harpalus monticola, Déj.; — Har.
meridionalis, Déj.; — Har. maculicornis , Déj. ; — Asida
pyrenea, Déj.; — As. obscura, Déjean, etc., etc.
Enfin, on trouve dans les environs de La Preste, les
mollusques terrestres suivants, dont quelques-uns sont
propres à cette localité : Hélix rupestris, Drap.; — //. stri-
gella, Drap.;— H. cinctella, Drap.;—//", squammatina,
Marcel de Serre, variété A de YH.cornea; — H.Desmou-
linsii, Far.;— H. pyrenaïca, Dvap.;—Claiisilia ventricosa,
Drap.; — Balœa fragilis, Leach; — Pupa megacheilos, Ross.;
— P. pyrenaïca, Mich.;— P. pyrenearia, Mich.;— P. clau-
silioïdes, Boubée, etc., etc.
Vallée de Prats-de-Molto , Tour de 12ir, Notre-
Dame dn Goral et Bans de l'Aze.
De La Preste à Prats-de-Mollô il y a 10 kilomètres:
le chemin est assez bien entretenu pour le parcourir aisé-
ment à cheval; seulement il est coupé par une infinité
de torrents qui descendent du Pla Guillem et des sommets
de Tretze Vents, l'un des quatre pics du Canigou. A un
quart de lieue de Prats, on rencontre deux ruisseaux
TOME I. 9
130 HISTOIRE NATURELLE.
appelés Torrent del Cortal ou Pont de les Guilles (pont
des renards), et Torrent d'en Bourgat ou de La Saula,
séparés par un plateau bien cultivé et bien boisé ; la base
de ce plateau est formée de sables argileux verts , où ,
après le plus attentif examen, nous n'avons pu découvrir
aucune trace de corps organisés.
A mesure que l'on avance, on voit les montagnes se
couvrir des plus belles cultures, et des bois plus touffus
couronnent leurs sommets. Mais ce qui frappe tout
d'abord, c'est l'aridité des pentes qui font face au midi,
et la riante verdure qui couvre celles tournées vers le
nord. Ainsi, pendant que les terrains situés sur la rive
gauche du Tech se distinguent par des cultures chétives
où ne vivent que des sujets rabougris, ceux de la rive
droite se font remarquer par une végétation luxuriante :
ce même phénomène se reproduit aux mêmes altitudes,
sur les rives de la Tet, où nous l'avons également observé.
Prats-de-Mollô est une petite ville de 3.500 âmes,
située sur la rive gauche du Tech qui baigne ses murail-
les ; elle est entourée d'une enceinte bastionnée et domi-
née par une citadelle qui en défend les abords. C'était
autrefois un pays de grande fabrique; ses draps avaient
de la réputation et s'expédiaient au loin. Aujourd'hui
cette ville a bien dégénéré; elle n'a conservé de son
ancienne splendeur que quelques fabriques de draps com-
muns et de bonnets catalans en laine écarlate foulée,
dont les paysans de ces montagnes se coiffent encore.
Le naturaliste doit faire une longue station à Prats-
de-Mollo pour rayonner dans les localités environnantes :
il y trouvera largement à récoller. Cette ville est la patrie
de Xalart, pharmacien et botaniste aussi instruit que
VALIDE l>\ TECH. J31
modeste. Ce naturaliste a augmenté la ilore du pays d'une
foule de plantes inconnues jusqu'alors, et, comme Coder,
de Prades, il a été payé d'ingratitude par ceux qu'il avait
éclairé de ses conseils et enrichi de ses longues et patien-
tes recherches: Xatart et Coder ont fait plus de décou-
vertes à eux seuls, que tous les botanistes qui les avaient
précédés dans le département, et cependant leur nom
ligure à peine dans les ouvrages qui ont parlé de la flore
des Pyrénées-Orientales !
Les environs de Prats-de-Mollô, en y comprenant la
Roca Gallinera qu'il ne faut pas négliger de visiter, pro-
duisent entre autres plantes rares : Diarithus neglectus,
Lois., ou GlaciaUs de Godron ; — Diant. deltoïdes, Lin.;
— Diant. silvaticus, Hop.; — Trifolium incarnatum, Lin.;
— Buplevrum rammcidoides, Lin.; — Pimpinella saçtifrqga ,
Lin.; — Ilieracium ccrintho'ides, Lin.; — Hier, composition,
Lap.; — Lactuca tencrrima, Pour.; — Carlina qcanthifolia,
Ail.; — Carpesium cernuum ; , Lin.; — Centaurea pectinata,
Gou ; — Erigeron acris , Lin . ; — Ramundia pyrena ïca ,
Dec, — Scrofularia alpestris, Gay; — Anarrhinum belli-
difolium, Desf.; — Yeronica fmcticulosa, Lin.; — Ver. offi-
cinal is, Lin.; — Orobanche speciosa, Dec; — Andropogon
dislachyon, Lin.; — Panicum glabrum, AIL; — Asplenium
fontanutn, Dec, etc., etc.
De Prats-de-Mollô il faut aller à la Tour de Mir, haute
vigie élevée sur la montagne de ce nom, au sud-ouest de
Prats. Le chemin en pente douce d'abord, devient très-
raboteux et plus rude à mesure que l'on s'élève ; il finit
par un lacet qui serpente sur la colline en pain de sucre
qui supporte la tour : la butte et le plateau méritent un
examen attentif; on y récolte le Banunculus aconilifolius,
132 HISTOIRE NATURELLE.
Lin.; — Anémone nemorosa, Lin.; — Pedicularis tuberosa,
Lin.; — Ped. rostrûtà, Lin.; — Ped. palustris, Lin., etc.,
et des insectes et des mollusques que l'on ne trouve que là.
Ces derniers vivent sur les roches calcaires qui sont aux
environs de la tour et sur lesquelles croissent des buis.
Ce sont : Hélix lapicida, Drap., variété alba; — Hélix
pyrenaïca et rnpestris,' Drap.; — Pupa cylindrica, Boubée,
et sur les murs des fossés de la Tour de Mir divers Pupa,
le Cristopliori, Secale et Cinerea.
Dans le vallon de Prats-de-Mollô, on rencontre de
l'arsenic natif et du sulfo-arséniure de fer, et sur le Puig
Cabrés qui domine la métairie de la Nantilla , M. Bouis ,
pharmacien-chimiste, a découvert, en 1855, un minerai
de zinc qu'on prenait pour du fer. « Au sud du Puig
« Cabres, dit-il, sur la route d'Arles à Prats-de-Molld,
« se trouvent plusieurs liions métallifères. L'un de ces
« liions fournit un minerai, dont la nature complètement
« inconnue jusqu'à ce jour, avait donné lieu à des suppo-
« sitions plus ou moins erronées. Les ouvriers mineurs
«l'appelaient mène folle (mine folle) Ce minerai
« traité par les procédés ordinaires des forges à la cata-
« lane, fournissait toujours un massé (loupe) de fer se
« brisant encore rouge sous le choc du marteau
« L'analyse a fait classer ce minerai parmi ceux de zinc
« à l'état de blende brune lamellaire, accompagnée d'une
« gangue calaminaire ferrique brune et jaune M»
Le cabinet d'histoire naturelle de Perpignan possède
un aérolithe, tombé, en juin 1859, à Notre-Dame du Coral,
(I) Deuxième bulletin Je la Société Philomalliicjue Je Perpignan, anuée
tS5(J.
VALLÉE DU TECH. 133
ermitage situé dans la banlieue de Prats-de-Mollô. La
forme de cet aérolithe est un sphéroïde aplati pesant
12 kil. 80 gram.; sa circonférence mesure m ,71 dans
le sens du renflement, et m ,G2 dans le sens de l'apla-
tissement; sa surface est rugueuse, luisante, sa couleur
est noirâtre.
A une lieue et demie au-dessous de Prats-de-Mollô,
la route, qui jusque-là avait été très-belle et très-sûre,
se détourne à gauche et côtoyé, entre la montagne et la
rivière, un précipice affreux désigné sous le nom de Baus
de l'Aze (chute de l'âne). Du côté du précipice on a cons-
truit un parapet en maçonnerie pour la sécurité des
voyageurs. C'est là que se trouvent parsemées quelques
plantes intéressantes qu'on ne doit pas dédaigner de
récolter; telles sont: Dianthus carthusianorum , Lin.; —
Sileve inaperta, Lin.; — Linum campanulatum , Lin.; —
Cistus crispas, Lin.; — Pyrus amclanchier, Lin.; — Sa-
ponaria vaccaria, Lin., — Asperula cynanchia, Lin.; —
Helychrysum angustifolium , Dec; — Lavendula spica,
Dec; — Euphorbia niceensis, AU.; — Asparagus angustifo-
lius, Lin.; — Cyperus longus, Lin.; — Poa pilosa, Lin.; —
P. megastachia, Koel.; etc., etc.
MARBRE VERT ANTIQUE ET HAMEAU DU TECH.
A 2 kilomètres en aval du Baus de l'Ase, le chemin,
côtoyant toujours la rive gauche du Tech, passe sur un
banc de marbre qui s'étend du côté opposé. Pendant
longtemps on avait ignoré la valeur de cette matière qui
n'est rien moins que le marbre vert antique, varié de
nuances et très-admiré des connaisseurs. On se contentait
autrefois d'extraire quelques blocs pour les usages locaux;
131 HISTOIRE NATURELLE.
mais le propriétaire du terrain, mieux éclairé sur la valeur
de ce gisement, a monté une scierie où l'on débite le
marbre en tables plus ou moins larges, selon les besoins
du commerce et de la décoration.
Bientôt après on arrive au village du Tech, petit hameau
dépendant de Prats-de-Mollô , où l'on compte à peine
vingt feux. Rien d'intéressant à signaler dans cette loca-
lité que la Comelada, torrent fougueux qui se précipite du
Canigou par une pente très-raide, et dont les eaux se
confondent avec celles du torrent d'en Banat, que l'on
traverse sur un pont, et qui se jette dans le Tech à la
sortie du village.
Vallée de Serrallongsie et «le La Maisère.
A 2 kilomètres en aval du hameau, on traverse le Tech
sur le pont de la Vierge-Marie, et l'on suit le petit sentier
à gauche qui serpente sur la montagne. Ce chemin conduit
à la forge de Galdare et à Serrallongue , village de 872
habitants, sans intérêt pour le naturaliste, mais où l'on
admire une belle église romane, et où l'on aperçoit les
trois tours féodales de Cabrens, perchées sur trois pics
presque inaccessibles. C'est dans le quartz carié de Ser-
rallongue que l'on découvre du cuivre pyriteux , du cuivre
hépatique , du cuivre oxidé noir, et près de la forge de
Galdare, de l'amphibole globuîiforme.
En suivant une jolie route vicinale qui contourne la
montagne de Cabrens et qui passe tout au bord d'un
affreux précipice, on arrive à La Manère, autre bourg de
713 habitants. Ce bourg, assis sur les bords d'une rivière
torrentueuse, à l'entrée delà gorge de Maîrem, est enclavé
VALLÉE DU TECn. 135
au milieu de montagnes austères; il ne trouve de vie que
dans le trafic de contrebande que ses habitants font avec
les Espagnols.
C'est à La Manère et au roc del Tabal, près la Sadeille,
entre le Coi d'Ares et le Col de Malrem, que l'on trouve
quelques plantes qui sont propres à ces terrains; telles
sont: Stachis barbata, La\).;—Saxifraga longifolia, Lap.;
— Potentilla grandi flora ', Lin.; — Lascrpitium gallicvm,
Lin.; —Salvia glafinosa, Lin.;— Aster amellus, Lin.; —
Carex acuminata, Wil., etc., etc.
Sur le territoire de La Manère l'on découvre le porphyre
qumizifère, dans le ravin d'Agafe-Llops ; la galène, au Pla-
de-les-Taules; le grès blanc, le gtès marneux des terrains
crétacés inférieurs, des conglomérats de grès vert, du cal-
caire jaunâtre tu fossé, au Col Rotg; la marne grise con-
tenant des fucoïdes, au ruisseau de Malrem; ainsi que la
marne des terrains crétacés; le calcaire à cgcloUllie, au col
de Malrem, avec le calcaire marnein du terrain crétacé.
Vallée de §ainf-Laiircnt-de-Cerf1ans, C'ostnjes
et Sant-Anîol.
De La Manère l'on revient a Serrallongue pour aller à
Saint-Laurent-de-Cerdans. A cet effet, on suit le chemin
vicinal qui, passant auprès de la fontaine de les Bouadcs ,
descend à la forge d'en Bosch, traverse la rivière de Saint-
Laurent et aboutit sur la route vicinale de grande com-
munication ; ou bien , on monte vers la métairie de les
Colomines, on traverse les châtaigneraies de les Planes,
on passe à côté de la maison de campagne de ce nom et
on va droit à Saint-Laurent. Cette dernière route est pré-
136 HISTOIRE NATURELLE.
férable, en ce sens qu'elle fournit l'occasion de ramasser
quelques plantes dans les bois de châtaigniers.
Saint-Laurent-de-Cerdans est un gros bourg de 2.500
habitants, bâti sur le penchant de la montagne du même
nom; il est dominé par le Pic de la Nantilla, point de
séparation de la France et de l'Espagne ; il compte plu-
sieurs forges et beaucoup de clouteries alimentées par les
mines de Batèra. Comme a La Manère, les habitants se
livrent au trafic d'une contrebande assez importante.
La rivière de Saint-Laurent coule au pied du village;
elle prend sa source à Costujes et se jette dans la Quéra
à 2 kilomètres de l'embouchure de cette dernière dans le
Tech. Elle forme une petite vallée admirable de beauté;
ses deux rives, bordées de montagnes en amphithéâtre,
sont couvertes de bois très-beaux, dont le hêtre couronne
les sommets ; sur les pentes inférieures croissent le chêne
et le châtaignier; ce dernier, converti en cercles et en
merrains, est l'objet d'une culture en grand très-lucra-
tive. Dans toutes les parties basses de la vallée, et sur
les pentes de la montagne qui ne sont pas trop raides, la
terre est cultivée en prairies ou semée de légumes et de
grains. Cette belle vallée contient plusieurs maisons de
campagne construites au milieu des sites les plus riants
et les plus pittoresques. Nous citerons celles de M. le
marquis de Vogué, à la forge; les Planes, deM me la vicom-
tesse d'Adhémar; Vllorry, de M mc Delmas; le château de
L'Illa et son beau parc , de M me Estrade. Un préjugé
implanté dans le pays faisait rejeter la culture de la
vigne comme ne pouvant donner dans cette froide région
que des fruits acerbes et sans parfum. M me Estrade a
fait planter dans son parc une petite vigne de raisins de
VALLÉE DU TECH. 137
table , où le chasselas domine ; un résultat parfait a été
obtenu, et de belles souches donnent tous les ans
d'excellentes grappes qui viennent en parfaite maturité.
Malheureusement, elles n'ont pas été épargnées par
l'oïdium, qui, à cette élévation, leur a été aussi funeste
qu'aux vignes de la plaine.
Au ravin de Labonadell, on trouve de la galène en gros
rognons tuberculeux.
La llore de Saint-Laurent-de-Cerdans ne présente rien
de bien remarquable. Là naissent, il est vrai, une foule de
plantes, mais elles n'ont pas assez d'importance pour être
citées; on les rencontre partout ailleurs. Le bois de la ville,
situé au sommet d'une montagne, pourrait faire soup-
çonner qu'il existe quelques plantes rares au milieu des
hêtres, des chènes-blancs et des chênes-verts dont il est
peuplé; mais il n'en est rien. Nous l'avons parcouru
plusieurs fois, et nous n'avons jamais trouvé dans nos
herborisations aucune espèce digne d'être remarquée.
Mais si le bourg de Saint-Laurent-de-Cerdans n'est pas
une station botanique importante, en revanche son terri-
toire nourrit un mammifère intéressant de la famille des
musaraignes , c'est le Desman des Pyrénées , Mlgale
pyrenaica de Geoffroy. Voici la lettre que nous écrivait
M. Cuvier au sujet de cet animal rare :
« Les notes que vous me donnez sur les animaux de
« vos contrées sont extrêmement précieuses, et j'en ferai
« sûrement un très-utile usage, en les publiant et, comme
« de raison, en vous en attribuant le mérite. Je recevrai
« donc avec bien de la reconnaissance tout ce que vous vou-
« drez bien m'envoyer, en observations comme en objets
« matériels, et je tâcherai, monsieur, que vos peines ne
138 HISTOIRE NATURELLE.
« soient pas perdues. Notre administration est instruite
« de celles que vous voulez bien prendre pour enrichir le
« Muséum Royal , et votre nom a même déjà été placé sur
« un des Loirs que nous vous devons et que j'ai eu le mal-
« heur de perdre. Celui que vous m'offrez pourra le rem-
« placer; et si, parla même occasion, vous aviez des Lérols
« à me faire passer, je les recevrais avec plaisir, ne fût-ce
« que pour constater leur identité avec ceux de ce pays-ci.
« Il est une troisième espèce de Loir connue en France,
« c'est le Muscardin, qui est extrêmement rare aux envi-
« rons de Paris, et qui serait plus commun dans le Midi.
« Mais un animal , découvert depuis peu , et qui ne se
« trouve que près des Pyrénées, c'est un Desman, c'est-
« à-dire une grande espèce de Musaraigne. Je ne puis
« pas espérer de le recevoir vivant, quand même vous
« vous le procureriez, parce que cet animal vit d'insectes
« et qu'il ne supporterait pas la captivité. Mais si par
«hasard vous l'obteniez en vie, vous m'obligeriez d'en
« faire faire un dessin, dont le trait serait bien pur; et
« pour les détails, j'y suppléerais par l'individu que vous
« pourriez m'envoyer dans l'esprit de vin. Les frais que
« tout cela pourrait vous occasionner vous seraient rem-
« bourses; et il en sera de même pour tous ceux que mes
« demandes pourraient vous occasionner, car il y aurait
« une extrême injustice à vous induire dans des dépenses
a dont nous seuls profiterions, etc. »
A 5 kilomètres de Saint-Laurent-de-Cerdans, et sur
l'extrême limite de l'Espagne, se trouve bâti, sur un pro-
montoire, le village de Costujes (Coustouges), paroisse
primitive de tout le vallon de la Quéra. C'est une contrée
pauvre, stérile et isolée. Son église, vraiment ancienne,
VAU.ÉE DV TEC.[\. WVj
a exercé la sagacité des amateurs d'architecture (An-
nuaire de 1854). Quoi qu'il en soit, le portail de l'église,
très-riche de décorations, et les dispositions particulières
de l'intérieur de la nef appellent l'attention de l'artiste,
et le village peut offrir à l'antiquaire des médailles ro-
maines et celtibériennes. Mais, c'est pour le natura-
liste surtout que cette localité est intéressante; elle
offre des gisements fossiles et métallifères très-curieux,
et une tlore digne de l'attention des botanistes. On y
découvre du plomb sulfuré et des fdons de cuivre très-
riche; et, à une demi lieue du village, sur les terres du
Mas d'Amont, tout près de l'extrême frontière, gisent
des cunnolites, Cycloliles elliptica, Lamarck; le terrain
qui les renferme est situé sur le penchant de la mon-
tagne exposé au midi ; le soc de la charrue et les grandes
pluies en mettent à découvert des quantités considérables.
Sur le même terrain, mais principalement sur le terri-
toire du village dels Horts, en Espagne, gisent des pria-
polites , Uippurites rugosa et Hip. curva , Lam. Ces
fossiles sont très-abondants tout près de l'ermitage
de Saint-Barthélemi, au fond d'un vallon sur les terres de
Sa métairie de Trille de Carbonills.
La botanique est représentée dans ce canton par : Ono~
hrijehis supina , Dec, ou Iledizarum herbacewriùeLny.:
— Trifolium rubens , Lin.; — /Enanthc pimpinelloïdes ,
Lin.;— Coris monspeliensîs, Lin. ;—Teucrium pyrcnaïcum ,
Lin.;— Stachys heraclea, Ail.; — Onosma echioïdcs, Lin.;
— Lonicera pyrcnaïca, Lin.; — Linum suffruclicosum, Lin.;
— Linaria spuria, Mill.; — Euphorbia pubesccns, Desf.; —
Phytœuma scorzonerœfolium, W\\\.;—$twhelina dtéiâ,
\)çç.\—Se)!rr>o crucifolixs, Lin.; — Asfer «mellus, Lin.; —
140 HISTOIRE NATURELLE.
Inula montana, Lin.;— Leucanthemum monlanum, Dec;
— Stipajuncea, Lin., etc., etc.
Le naturaliste ne quittera pas Costujes sans aller au
Bac-del-Faii récolter YErinacea pungens , Boiss., ou
Anthylis erinacea, Linnée. Cette belle plante, qu'en
idiome catalan on appelle Coxinets de la Senora (les
coussinets de Madame), croît en abondance dans les
gorges voisines de la Mouga, rivière qui coule aux pieds
de Costujes et qui forme la limite des deux Etats.
Enfin , s'il ne craint pas la fatigue, et s'il est disposé
à braver les obstacles et les dangers que lui offre la
nature du sol, il profitera du voisinage pour aller récolter,
à l'ermitage de Sant-Aniol, en Espagne, le Lithospermum
oleœfolium, Lapeyr., élégant arbuste découvert par Xatart
en 1814, et qu'il eut la générosité d'envoyer à Lapey-
rouse. Pour aller de Costujes à Sant-Aniol, on doit des-
cendre jusqu'aux bords de la Mouga, en passant par les
Mancrs, métairie célèbre dans les fastes des Trabucayres.
On traverse la rivière sur un petit pont et on s'achemine
vers le Mas Sobira, perché sur les flancs d'une côte très-
raide ; on passe auprès de l'ermitage de Sant-Julia, et on
va droit vers les Comclles de M. d'Ortaffa. Ici, si l'on a
des montures, on est obligé de les laisser; le chemin qui
reste à parcourir est si ardu qu'il est à peine praticable
aux piétons. Près de l'ermitage, on trouve une forte
descente qu'on appelle les Canals de Sant-Aniol. C'est,
un précipice affreux, d'une pente si raide, qu'on a été
obligé de sceller les roches de granit entre elles avec des
fers pour conserver la trace d'un chemin; et, pour la
sécurité des voyageurs, on a placé sur les bords de
l'abîme un garde-fou en bois que les ermites entretien-
VALLÉE DU TECH. 141
nent soigneusement, car, à certaines époques de l'année,
la dévotion des fldèles y amène un grand concours de
pèlerins. Cette descente opérée, on traverse un ravin et
on gravit le penchant opposé d'une petite montagne, au
sommet de laquelle sont bâties la chapelle et les maisons
qui servent de gite aux voyageurs. De ce point culminant,
on voit, sur les bords du torrent, le Lithospermum olcœ-
folium, que cette localité seule produit en Europe, et où
il croit en si grande abondance que les rochers en
sont tout couverts. N'oublions pas de dire que cette
plante fleurit dans le mois de juin, et que sur le chemin
que l'on a parcouru, on pourra récolter la Santolina pec-
tinata de Bentham.
Sur les roches qui environnent Sant-Aniol, vit le Vau-
tour arian.
Après avoir visité toutes ces localités, le naturaliste
rentrera à Saint-Laurent-de-Cerdans pour descendre à
Arles-sur-Tech , s'arrêtant bien entendu sur tous les
points principaux qui séparent ces deux villes.
La route que l'on parcourt pour se rendre à Arles,
est un chemin de grande communication bien entrenu et
très-praticable aux voitures; il est tracé ami-côte de la
montagne, et Ton voit a gauche , dans le fond de la val-
lée, une campagne bien cultivée, au milieu de laquelle
coule la rivière de Saint-Laurent. Cette rivière met en
mouvement un grand nombre de moulins, de forges
et de martinets. Plusieurs torrents coupent la route.
Le plus considérable est la Quéra, dont les eaux abon-
dantes se confondent avec la rivière de Saint-Laurent à
5 kilomètres avant de se jeter dans le Tech. La Quéra
coule dans le fond d'une crevasse très-large et très-pro-
Ji>2 HISTOIRE NATURELLE.
fonde, sur laquelle on a jeté un pont en maçonnerie très-
hardi. Déjà on aperçoit en face la Tour de Cos, bâtie sur
un isthme de granit; elle domine la contrée, et bientôt
l'on arrive à Manyacas, sur les bords du Tech, au point
dit lo Pas del Llop (le Pas du Loup). A quelque distance
de là se trouve une gorge dans laquelle coulent deux
torrents, à sec la plupart du temps, mais très-impétueux
avec les pluies d'orage; on les appelle Sourré de Mauret
et Sourré de Montferrer. Le mot sourré veut dire amas de
sable ; et, en effet, ces deux torrents en entraînent de si
grandes masses que leur lit en est encombré.
VaSBëe tïe Montferrer, CortsavI et saines
de Batère.
En remontant le Sourré de Montferrer l'on parvient
au village qui porte ce nom , et qui est à 800 mètres
d'altitude. Son territoire est renommé par ses truffes,
que préfèrent à toutes autres les gourmets du pays, à
cause de leur saveur plus délicate. Ce tubercule croît
dans les lieux les plus arides, au pied des châtaigniers et
des chênes-blancs rabougris; et les plus parfumés, au
pied de l'églantier, Rosa canina, Linnée.
Le sol de ce pays est composé de roches granitiques à
gros grains, avec oxide de fer qui les décompose; elles
sont très-friables et mêlées à des schistes graphiteux.
De Montferrer l'on se rend à Cortsavi, village bâti, à 552
mètres d'altitude, sur un petit plateau adossé à la montagne
du Canigou. Le naturaliste et le curieux ne manqueront
pas d'aller voir « une belle échancrure dans le calcaire,
« d'environ 100 mètres de profondeur sur environ 50
VALLÉE DU TECH. 143
« de largeur au sommet et un mètre ou deux, à ce qu'il
« semble, au fond de l'abîme, point de vue de l'aspect le
« plus sauvage et qu'on ne peut contempler sans émotion
« et sans éprouver un sentiment de terreur à raison de
« ses effrayantes pentes et de ses gigantesques propor-
« tions ; abîme au fond duquel roule ses eaux bruyantes
« un ruisseau descendant de l'une des cîmes du Cani-
« gou; ce lieu porte le nom de la Fo^K » Il n'est guère
possible de desceudre dans cette crevasse, qui a une
lieue d'étendue , à moins de se faire attacher avec des
cordes ; et encore ne serait-on pas certain d'aller jusqu'au
bas, parce que les arbustes qui en tapissent les parois
gêneraient beaucoup la manœuvre. Près d'une masure
qu'on appelle la Palme, existe un trou par lequel s'échappe
le ruisseau de la crevasse ; quelques curieux ont voulu y
pénétrer, mais ils ont trouvé tant d'obstacles qu'ils n'ont
pu aller qu'à une très-petite distance , constamment
exposés à quelque accident imprévu. Sur le sommet de
la crevasse, dans les fentes de la roche exposée au nord,
on récolte la Ramondia pyrenaïca, Richard, et quelques
mollusques du genre Pupa; le Pyrochomx garrula, Lin.,
niche dans les fentes des rochers de cette crevasse et
sur les tilleuls et les frênes qui se développent dans les
entrailles de ce vaste abîme.
De Cortsavi on peut aller aux mines de Batère, célèbres
dans tout le pays par la qualité du métal, qui est le plus
pur de nos montagnes. Aujourd'hui, un bon chemin y
conduit; on passe au pied de la tour de Batère, qui est
à 1.473 mètres d'altitude, et tout à l'entour sont les
(I) Henry, ouvrage cité.
144 HISTOIRE NATURELLE.
gisements dits de lés Indies, de la Droguera, de Vila-
franca, de la Pinouse, de Saint-Pierre, de les Canals,
etc., etc. Le minerai est du fer spathique et des héma-
tites presque pures, qui donnent 75 p. °/ au rendement.
Dans ces différents gîtes on peut se procurer des échan-
tillons d'hématite fibreuse, d'hématite fibreuse stalac-
tiforme, d'hématite avec manganèse, d'hématite avec
dendrites, d'hématite brune, du fer spathique, du fer
spathique lamellaire, du fer spathique grenu et du fer
oxidé brun.
Dans le bois qui est au pied de la Tour croît YAspho-
delus albus, Wil., et sur les rochers environnants vit le
vautour chassefiante , Vidtur kolbii de Daudin. Sur les
gazons on trouve Y Hélix ericetorum, Drap., mais beau-
coup plus petite que ses congénères. Nous attribuons sa
petite taille à l'altitude où elle vit.
Vallée «TArles-sur-Tecli.
Enfin, nous touchons a Arles-sur-Tech et nous arrivons
sur le Riu-Ferrer, torrent très-impétueux. C'est un des
plus forts affluents de la rive gauche du Tech ; il descend
des plus hautes cimes du Canigou, et, à chaque crue, il
ravage les belles prairies complantées de pommiers qui
garnissent ses bords.
Des sources du Tech à Arles, la distance directe est
de 55 kilomètres environ. Dans ce parcours, la rivière
roule ses eaux bruyantes dans une gorge très-étroite, et
cinquante-huit affluents plus ou moins considérables se
jettent dans son lit. Il n'est donc pas surprenant que,
dans la saison des pluies, elle dévaste la plaine du Val-
VALLÉE DU TECH. 145
lespir. La niasse énorme de galets que son cours impé-
tueux entraine, tend constamment à obstruer son passage
et à rejeter les eaux dans les terres cultivées qu'elles
dévastent en un clin d'œil.
Arles est une petite ville assise sur les bords du Tech et
du Riu-Ferrer; elle est à 277 mètres d'altitude; entourée
de montagnes qui ne lui permettent aucune perspective,
elle serait enfermée comme dans un entonnoir si une
échappée vers l'orient ne lui permettait de recevoir les
effluves qui montent de la plaine. Ce vallon, cependant,
mérite d'être distingué; il offre une infinité de sites char-
mants; de nombreux canaux entretiennent sa fraîcheur,
arrosent ses belles cultures et ses riches jardins. En
considérant, de la ville, les belles châtaignerées qu'on a
plantées sur la montagne de la Clote, l'on se demande
comment il a été possible à l'homme de se tenir debout
sur un plan si incliné, et opérer, sur cette roche nue, un
travail qu'on dirait impossible si on ne l'avait devant les
yeux.
« Sur l'une des montagnes qui entourent Arles-sur-
« Tech, se trouve une table druidique qu'on appelle le
«Palet de Roland; car ce preux, l'hercule des temps
« héroïques du moyen-âge, partage avec le vainqueur de
« Trasimène la gloire de voir son nom attaché à tout ce
« qu'il y a de gigantesque le long des Pyrénées f 1 '. »
C'est une erreur que l'on a trop souvent partagée d'at-
tribuer à des monuments druidiques la forme et la posi-
tion de certaines pierres dans nos montagnes. Celle qui
nous occupe n'a pas cette origine. Certains granités sont
(I) Henry, ouvrage cité.
TOME i. <0
146 HISTOIRE NATURELLE.
désagrégés si profondément par les influences atmosphé-
riques, que toute la surface du terrain ne présente qu'un
amas de graviers en collines arrondies que les eaux de
pluie ravinent de toutes les manières. « Fréquemment,
« on rencontre ces granités à la surface du terrain , en
« espèces de gros blocs arrondis, empilés les uns sur les
« autres, souvent de la manière la plus bizarre, quelque-
« fois en équilibre assez peu stable et susceptibles d'os-
« ciller sous le plus léger effort... Enlin, il en est résulté
« des masses arrondies, tantôt empilées les unes sur les
« autres comme des fromages, tantôt isolées, comme nous
« les voyons aujourd'hui à la surface du sol< d) . »
On fabrique à Arles des articles de coutellerie, de tail-
landerie , à l'usage du pays et de la grosse quincaillerie.
Les martinets et les forges à la catalane qui fonctionnent
dans la commune, donnent beaucoup de facilité pour ce
commerce.
Dans les prairies qui bordent la rivière, on trouve les
petits mollusques : Vertigo mousseron, Vert, pygmée, Vert.
anti'Vertigo, de la famille des Pupa; et sur le bord des
haies le Pupa fragilis.
Enfin : Arabis saxatilis, Ali.; — Helianthemum itali-
cum, Pers.; — Citisus supinus, Lin.; — Anthillis montana,
Lin.; — An. vulneraria, Lin.; — Dorycnium gracile, Jord.
— Vicia lutea, Lin.; — Potentilla fragariastrum, Mhon.; —
Lonicera cerulea, Lin.; — Ramundia pyrenaïca, Rich.; —
Verbascum Chaixii, Vil.; — Clandestina rectiflora, Lam.;
— Teucrium montanum, Lin.; — Teuc. aureum, Sch.; —
Amarantus deflexus, Lin.; — Asparagus acutifolius, Lin.;
(i) Beudant, Géologie, p. G2-et 05.
VALLÉE DU TECH. 147
— Smilax aspera, Lin.; — Carex setifolia, God.; — Car.
disticha, Huds., etc., etc.
Vallée <r Imolic-lcs-Baius.
De la ville d'Arles -sur- Tech à Amélie -les-Bains on
compte o kilomètres de marche. La chaussée qui forme
le chemin longe le Tech sur la rive gauche d'abord, et
franchit ensuite la rivière sur un pont de pierre pour
passer sur la rive droite. Ce chemin est une promenade
charallonga-dels-Monts,
La Roca, Suréda, Saint-André, et atteindra Argelès-sur-
Mer. Dans ce trajet de 20 kilomètres, nous lui signa-
lerons la vallée de Sorèdc , où l'on cultive en grand le
micocoulier, Celtis australis, arbre qui fournit le bois de
Perpignan, et qui sert à faire les manches de fouets si
résistants et si flexibles qu'on voit dans les mains de tous
les conducteurs de voilures. Il montera à la chapelle de
Notre-Dame-del-Castell , ermitage situé sur les flancs de
la montagne, autour duquel on a découvert, pour la pre-
mière fois, YHelix Desmoulinsii. C'est dans les escar-
pements de la montagne de Sorède que niche le catharte
(I) anglada , ouvrage cité.
VALLÉE DU TECH. 157
alimoche, Cathartes percnoctems de Temminck, ainsi que
le milan royal, Falco milvus de Linnée.
La flore de la chaîne des Albères n'a été qu'effleurée.
Généralement les naturalistes se bornent à visiter a la hâte
le vallon de Banyuls-sur-Mer, et négligent ces belles mon-
tagnes pour courir à Prats-de-Mollô ; elles sont cependant
bien dignes d'être étudiées , et nous sommes convaincu
qu'on n'y perdrait pas son temps. Les Albères, avec leurs
forêts, leurs ravins, leurs pentes accidentées, leurs diverses
altitudes et leurs expositions au nord et au midi, promet-
tent de nombreuses découvertes, qui dédommageraient
amplement le naturaliste qui se dévouerait à les étudier.
Mais on se porte de préférence, on a hâte d'arriver aux
endroits renommés et cités comme produisant le plus
d'espèces rares; les guides ont un itinéraire dont ils ne
sauraient dévier, et c'est ainsi que restent inexplorés plu-
sieurs points du pays où croissent beaucoup de plantes
peu connues. Les pas de nos observateurs se portent
aussitôt vers Mont-Louis, et toutes leurs recherches ont
pour objet la riche vallée d'Eyne, que le célèbre Gouan
appelait à juste titre le jardin botanique du Roussillon.
Les cimes de la chaîne des Albères ont différentes alti-
tudes : le Puig Neulos (pic neigeux), le plus élevé de tous,
est à 1.259 mètres au-dessus du niveau de la mer; le roc
de Très Termens (des trois territoires ou des trois limites),
est à 1.150 mètres; Sant-Christau , est à 1.014 mètres;
la Tour de la Massana, qui sert de point de reconnaissance
aux navigateurs, est à 811 mètres; la Tour Madaloc ou
Tour du Diable, est à 669 mètres; le Puig Joan, près le
Cap Cervère, est à 458 mètres, et le sommet du phare du
Cap Biar, très-improprement nommé Béarn sur les cartes,
158 HISTOIRE NATURELLE.
est à 216 mètres. Ces diverses altitudes, abstraction faite
de la nature du sol, donnent un indice approximatif des
plantes qu'on peut rencontrer dans cette région.
Nous signalerons parmi les plantes que nous avons
récoltées tout le long des Albères : Pœonia oflicinalis,
Retz.; — Erisymum cheircmthoïdes, Lin.; — Cistus laurifo-
lius, Lin.; — Reseda luteola, Lin.; — Dianthus carthusia-
norum, Lin.; — D. pungens,Lm.; — D.brachianthus, Bois.;
— D. cariophyllus, Lin.; — Lùium suffructicosum, Lin.; —
L.angustifolium, Huds.; — Géranium aconitifolium, Lher.;
— Ger. nodosum, Lin.; — Lupinus hirsutus, Lin.; — Doryc-
nium suffructicosum, Vil.; — Vicia hibrida, Lin.; — Craca
atropurpurea , God. et Gren.; — Lazerpitium latifolium,
Lin.; — Tanacetum amiuum, Gou.; — Centaurea pidlata,
Lin.; — Erica cinerea, Lin.; — Er. arborea, Lin.; — Er.
scoparia, Lin.; — Phelipœa lavendulacea , Schults; — Ph.
ramosa, Meyer; — Teucrium chamedris, Lin.; — Celtis aus-
tralis, Lin.; — Quercus suber, Lin.; — Quer. robur, Lin.; —
Quer. coccifera, Lin.; — Fagus silvatica, Lin., etc., etc.
Quant aux insectes, nous signalerons : Polistichus dis-
coïdeus, Steben.; — Cymindis melanocephala , Déj.; — C.
faminii, Déj.; — Apolomus ru fus, Oli.; — Cychrus roslratus,
Fab.; — Carabus italiens, Déj = ; — Nebria lateralis, Fab.; —
Neb. psamodes, Ross.; — Panagœus trimaculatus, Déj.; —
Oodes helopioïdes, Fab.: — Olisthopus hispanicus, Déj.; —
Amara crenata , Déj . ; — Am . zabroïdes , Déj . ; — Tachys
angustatum, Déj.; — Scutopterus coriaceus, Hoff.; — Cyma-
topterus fuscus, Fab.; — C. dolabratus, Payk.; — Rantus
aijilis, Fab.; — R. suturalis, Déj.; — Hyphidrus variegatus,
Illi.; — Tachinus humeralis, Grav.; — T. rufipennis, Gyl.;
— Drusilla canalicidata, Fab.; — Lampra compressa, Gyl.;
VALLÉE DU TECH. ljy
— Lam. fcstiva, Fab.; — Melasis flabellicomis, Fab.; —
Agr iotes segetis, Gyl . ; — Ag. rusticus, Déj.; — Malachius
bipustulatus, Ram.; — Mal. marginellus, Déj.; — Corynetes
chalybeus, Knoch.; — Cor. rufipes, Fab.; — Valgus hemip-
terus, Fab.; — Osmoderma eremita, Fab.; — Lucanus cervus,
Fab., etc., etc.
En 1823, pendant une année de sécheresse extrême,
une nuée de cerfs-volants, Lucanus cervus, à obscurcir le
soleil, traversa la plaine du Roussillon du nord au sud,
et vint s'abattre sur les Albères. En certains endroits,
les paysans en furent effrayés. Au Boulou, il en tomba
quelques-uns; et comme ceux qui les ramassèrent, ne
connaissaient pas cet insecte, on nous en apporta deux
individus, que nous reconnûmes aussitôt; mais ce qu'il
nous fut impossible de comprendre, c'est le point d'où
était partie cette migration et quelle localité avait donné
naissance à cette masse innombrable de cerfs-volants.
M. Déjean, que nous consultâmes à ce sujet, ne put
résoudre ce problème. Cet iûsecte s'appelle, en catalan,
Ascanya pollets, c'est-à-dire, étrangle poulets, nous ne
savons trop pourquoi.
Vallée tT Jkrgelè6*siir-ller et de La Vall.
Argelès-sur-Mer est un chef-lieu de canton qui compte
2.500 habitants. Situé dans la plaine du Yallespir, entre
Elne et Collioure , il est à 5 kilomètres des bords de la
mer; la Route Impériale n° 144, de Perpignan à Port-
Vendres, passe sous ses remparts ruinés, et à ses pieds
coule la rivière de la Massana, qui prend sa source dans
les Albères. Le voisinage de la vallée de La Vall et de la
160 HISTOIRE NATURELLE.
montagne de la Massana , en fait une station botanique
intéressante. Du reste, cette partie des Albères a été mieux
étudiée que les autres lieux, et donne plus de satisfaction
au naturaliste.
C'est sur la plage d'Argelès que, en 1856, vint échouer,
tout près du Grau d'Argelès et au pied de la batterie qui
défend cette côte, un baleinoptère museau pointu, Balœna
rostrata de Linné. Le squelette complet de ce cétacé,
recueilli et monté par nos soins, fait partie de la collec-
tion du Cabinet d'Histoire naturelle de la ville.
En remontant le cours de la rivière de la Massana, le
naturaliste ne tarde pas à pénétrer dans la gorge de La
Vall , où bientôt il se trouve entouré d'une forêt magni-
fique qui se prolonge sur les pentes escarpées de la mon-
tagne. Sur un pic isolé domine la tour de la Massana,
dont les murs épais et noircis par les siècles, ajoutent à
l'austérité du paysage que l'on a devant les yeux. Cette
forêt, d'essences variées, où domine le hêtre, le chêne et
le chêne-vert, est le refuge d'une foule d'animaux sauva-
ges. Le sanglier y est commun et se plaît sur les singles,
rochers escarpés, qu'il gravit aisément malgré la lourdeur
apparente de cet animal disgracieux. Les vautours nichent
dans les anfractuosités de roches inaccessibles. Les loups,
les renards, les fouines y sont en grand nombre, et le
merle couleur de rose, Pastor roseus de Temminck, y
étale son riche plumage, et cette contrée qu'il affectionne
est le seul point du pays où l'on puisse le rencontrer. La
flore de cette forêt est assez intéressante, et les insectes
qui vivent sous les pierres sont nombreux et remarqua-
bles.
Dans l'herborisation qu'il aura faite soit dans les envi-
VALLÉE DU TEf.n. 16i
rons d'Argelès, soit dans la gorge de La Vall, le naturaliste
aura trouvé l'occasion de récolter les plantes suivantes :
Ranunculus mwricatus, Lin.; — Mathiola sinuata, IL; —
Arahis renia, R.; — Cislus salviœfolius, Lin.; — C. Mons-
peli&nsis, Lin.; — Helianthemum niloticum, Person.; —
Hoitkeneja peploïdes, Ehritier; — Medicago Braunii, God.;
— Dorycnopsis Gérard i, Bois.; — Polycarpon peploïdes,
Dec; — Torillis heteropIriUa, Guss.; — /Enarde pimpinel-
loïdes, Lin.; — Galium verticillalum, Dant.; — Circium
odontolepis, Bois.; — Crépis aurea, Cass.; — Alcana tinc-
loria, Tauch.; — Plantago crassifolia, For.; — P. carinata,
Sck.; — P. psilium, Walds; — Thesium divaricatum, Lin.;
— Euphorbia pithyusa, Lin.; — E.terracina, Lin.; — Juni-
perns oxiderus, Lin.; — J. phœnicea, Lin.; — Bidbocodium
vcrnum, Lin.; — Ornithogalum tenuifolium, Gus.; — Âllium
triquetrum, Lin.; — AU. panicidatum, Lin.; — Gladiolus
ilhjricus, Kooch; — Serapia lingua, Lin.; — Ophrys fusca,
Link; — Carex Linkii, Sch.; — Ariopsis globosa, Desv.; —
Corynephorus articidatus, P.; — Vidpina bromoldes, Rehb.;
— V. genicidata, Linch, etc., etc.
Le naturaliste aura eu l'occasion de ramasser aussi,
outre un grand nombre de carabiques, que nous nous
dispensons de désigner, les insectes des autres familles dont
les noms suivent : Scaurus striatus, Fab.; — S. punctatus,
Herbst.; — Tentyria orbiculata, Fab.; — Asida oblonga,
Déj.; — As. sabulosa, Déj.; — As. porcata, Déj.; — Pedinus
femoralis, Fab.; — Ped. meridianus, Déj.;' — Opatrinus
exuratus, Déj.; — Opatrum perlatum, Déj.; — Op. vcrru-
cosum, Germ.; — Crypticus glaber, Fab.; — Cr. alpimis,
Gène.; — Xeomida violacea, Fab.; — Neom. bitubercidata,
Oliv.; — Melandria flavicornis, Duft.; — Upis ceramboïdcs,
îomi; i.
4t
102 HISTOIRE NATURELLE.
Fab.; — Monocerus major, Déj.; — Mon. comutus, Fab.; —
Ripiphorus fl.abellalus, Fab.; — R. quadrimaculalus, Sch.;
— Myodes subdipterus, Fab.; — Meloe cyaneus, Fab.; —
Mel. scabrosus, lllig.; — Mylabris melarmra, Pallas; — M.
Dahlii, Déj.; — Lytta vesicatoria, Fab.; — Mycterus curcu-
lioldes, Fab.; — Platyrhinus latyrostris, Fab.; — Attelabits
curculionoïdes, Fab.; — Rhynchites punctatus, Oliv.; — Rh.
hispanicas, Déj.; — Polydrusus smaragdinus, Meg.; — P.
picus, Fab.; -MelallUes atomarius, Oliv.; — M. murinus,
Déj.; — Rarynotus aUernans, Déj.; — Bar. pyreneus, Déj.;
— Phytonomus rumicis, Fab.; — Ph.polygoni, Fab.; —
Phyllolobius viridicollis, Fab.; — P. pyn, Fab.; — y£fyo-
sowa scabricorne, Fab.; — Prionus coriarius, Fab.; —
Stromatium strepens , Fabr.; — Callidium sanguineum,
Fabr.; — C^/ftw arcuatus, Fabr.; — Morimus lugabris,
Fabr.; — Dorcadion méridionale, Déj.; — Dor. italicum,
Déj., etc., etc.
Au lieu dit Grau d'Argelès , sur les bords de la mer,
et dans des mares d'eau douce où l'eau salée pénètre
souvent, vit, sans en être incommodé, l'anodonte des
cygnes, Anodonta cygnea, Draparnaud, qui prend des
proportions gigantesques.
Collloure et Notre-Dame de Consolation.
La distance d'Argelès à Collioure, est de 7 kilomètres.
La route qui côtoyé et domine constamment les bords
de la mer est creusée dans le roc. Après quelques con-
tours, en gravissant le bout de montagne qu'il faut fran-
chir, on aperçoit enlin le fort l'Étoile, perche sur le point
culminant au-dessus de la place; puis, se montre le fort
VALLÉE DU TECH. 103
du Mirador, citadelle assez forte qui commande la posi-
tion. Un peu plus loin est le fort Saint-Elme, plus haut
perché que tous les autres, dont les canons défendent
aussi bien les approches de Port-Vendres que celles de
Gollioure.
« La situation de Collioure sur les bords de la mer, est
« Tune des plus pittoresques qu'on puisse imaginer et que
« puisse désirer le crayon de l'artiste. Sa disposition, ses
« remparts , la tour de l'ancien phare s'avançant dans la
«mer, son littoral bordé de barques, les unes dans
« l'eau, les autres tirées à terre , les filets des pécheurs
« étendus sur le rivage, les groupes réunis de toutes parts
« sur la plage , tout rappelle en cet endroit , les char-
« mantes marines qui forment des tableaux si atta-
« chants* 1 ). »
La ville n'offre rien de remarquable ; mais son territoire
est justement renommé par l'excellence de ses vins lins.
C'est en effet l'un des premiers crus du pays, et ses rancios
et ses grenaches sont très-appréciés des gourmets.
La mer de Collioure est très-poissonneuse. La pêche de
l'anchois, Engraulis encras icholus, Lin., s'y fait en grand.
De nombreux ateliers de salaison sont occupés à préparer
ce poisson, le plus estimé du commerce.
La flore de Collioure est riche en plantes rares, et, si
l'on cherchait bien, l'on ferait de précieuses découvertes.
Déjà, dans une autre branche de l'histoire naturelle, M. de
Laranzée, entomologiste très-distingué, qui s'était ins-
tallé à Collioure au mois d'octobre 1859, a fait la décou-
verte de plusieurs insectes nouveaux, parmi lesquels le
(I) Henry, ouvrage cité.
164 „ HISTOIRE NATURELLE.
parasite des fourmis, Paussus Favieri , que l'on croyait
originaire du nouveau monde.
Parmi les plantes, nous signalerons dans cette localité :
Erysimum murale, Desf.; — Helianthemum canum, Dun.;
— Saponaria orientalis, Lin.; — Calicoloma spinosa, Link.;
— Medicago disciformis, Dec; — Trifolium scabrum, Lin.;
— Craca disperma , God. et Gren.; — Polycarpon peploï-
des, Dec; — Tordilium maximum, Lin.; — Senecio lividus,
Lin.; — Centaurea cerulescens, WiL; — Scolimus hispanicus,
Lin.; — S.grandiflorus, Des.; — Echium plantagineum ,
Lin.; — Vilex agnus-castus , Lin.; — Plantago maritima,
Lin.; — Armeria ruscinonensis , Gir.; — Euphorbia para-
lias, Lin.; — Euph, cyparissias, Lin.; — Colchicum arena-
rium, WiL; — Scilla autumnalis, Lin.; — Allium mosca-
thum, Lin.; — Orchis provincialis, Bass.; — Milium effusum,
Lin., etc., etc.
Le naturaliste ne doit pas quitter Collioure sans aller
visiter le petit vallon de Notre-Dame de Consolation,
ermitage célèbre dans le pays par ses abondantes et lim-
pides eaux et par ses beaux et frais ombrages ; il y trou-
vera matière à augmenter son herbier de plantes rares
qui croissent dans cette localité. Nous signalerons entre
autres: Raphanus landra, Mor.; — Cistus alyssoïdes, Lam.;
— Helianthemum canum, Lunal; — Adenocarpus grandi-
florus, Boiss.; — Trifolium ligusticum, Bald.; — Lotus
Allionii, Desv.; — Torillis helvetica, Gmel.; — hxula spirœi-
folia, Lin.; — Crépis bulbosa, Cass.; — Cynanchum acutum,
Lin.; — Trixago apulla, Stev.; — Orobanche rapum, Thui.;
— Crosophora tinctoria, Jus.; — Bulbocodium vernum,
Lin.; — Txdipa celsiana, Dec; — Trichonema columnœ,
Rech, ou Ixia bulbocodium, Lin.; — Ophrys lutea, Cav.;
VALLEE DU TECH. i65
— -Osmunda regalis, Lin.; — Grammitis leptophylla, Sw.;
— Equisetum ramosum, Schim.; — Marsilea pubescens ,
Ténor., etc., etc.
On trouve également dans les environs de Consolation
un mollusque très-rare, Hélix rangiana, Férussac.
Fort-Vemlres, Bnnyulti-sur-Mer et Cap
Cervèra.
Port-Vendres, que 5 kilomètres séparent de Collioure,
est l'antique Portus-Veneris des Romains. Cette localité,
sans importance jusqu'à présent, prend chaque jour un
développement plus considérable. Le bassin neuf qu'on a
creusé peut recevoir les plus grands vaisseux de guerre.
Ce port, relié bientôt par une voie ferrée au chemin de
fer du Midi, verra ses relations s'agrandir ei ses bassins
se remplir de navires.
Port-Vendres doit être compté au nombre des stations
botaniques; son territoire contient bon nombre déplan-
tes intéressantes, dont nous donnons les principales:
Ranunculus trilobus, Lin.; — Ran. sceleratus, Lin.; —
Delphinium staphisagria, Lin.; — Géranium chium, Wil.;
— Limim mariiimum, Lin.; — Adenocarpus grandiflorus,
Bois.; — Daucits ginginium, Lin.; — Orlaya maritima,
Kooc; — Crithmum mariiimum, Lin.; — Orchis laxijlora,
Lam.; — Orc. palustris, Jacq. ; — Rupia maritima, Lin.;
— Andropogon pubescens, Vis.; — And. Allionii, Dec; —
Piptatherum mulliflorum, P.; — Triticum triunciale, God.
et Gren.; — Iris marlagon, Lin., que nos paysans appellent
Consulte; — Asphodelus ramosus, Lin., etc., etc.
Pour aller de Port-Vendres a Banvuls-sur-Mer, distant
166 HISTOIRE NATURELLE.
de 6 kilomètres, l'on gravit la pente septentrionale du Cap
Bîar, sur lequel est établi un phare lenticulaire à la Fres-
nel, à lumière fixe. «En montant sur ce promontoire,
« d'environ 2Qi mètres d'élévation, la fatigue de la route
« est continuellement distraite par la succession des beaux
« points de vue qui se remplacent à tout instant : à gauche,
« le port que l'on vient de quitter, se montrant et se cachant
« par intervalles, et développant, à chaque fois, une pompe
« nouvelle , les différentes anfractuosités de la côte qui
« ajoutent sans cesse de nouvelles découpures aux pre-
« mières, les montagnes et les caps qu'on aperçoit à perte
« de vue du côté de la Provence; à droite, l'anse de
« Banyuls-del-Maresme , dont les coteaux produisent le
« falerne du Roussillon; au-delà, l'anse deCervèra, dépen-
« dance de la commune de Banyuls, et formant la limite
« de la France sur la Méditerranée, comme elle formait
« celle de la Gaule dans l'antiquité (1 >. »
Au pied du Cap Biar et sur le côté méridional, est l'anse
dePaulille, entourée de prairies, où l'on récoltera quel-
ques plantes intéressantes. Un chemin traverse le vallon
de Cosperons, tout complanté de vignes magnifiques; il
conduit à Banyuls par le Cap de YAbella. Ce cap s'avance
assez dans la mer pour abriter, contre certains vents du
large, l'anse qui forme le port.
La commune de Banyuls est peuplée de 2.619 habi-
tants; elle est divisée en trois parties qui prennent des
dénominations particulières selon leur position; Banyuls-
de-Baix, où est le port; TSamute-del-Mifg, où est l'église,
et Bamute-d' Amont , situé sur une élévation, à 2 kilo-
(4) Henry, ouvraço cito.
VALLÉE DU TECH. 167
mètres du rivage. Cette dernière forme l'ancien village
du temps féodal.
Cette contrée, coupée de monts, de ravins et de bois,
qui s'étendent sur les hauts plateaux, est couverte d'oli-
viers, de vignes et de jardins dans les parties inférieures.
C'est une station botanique très-intéressante que tous les
naturalistes s'empressent d'aller visiter. Mais, pour l'ex-
plorer avec fruit, on doit la parcourir dès les premiers
jours du printemps, et même y revenir plusieurs fois dans
le cours de cette saison.
Elle est aussi très-riche en insectes, et Y Hélix Compa-
nyonii , que nous a dédié M. Aleron , se trouve sur les
rochers du ravin qui se jette dans l'anse Cervèra.
Au nombre des plantes rares qui ont été récoltées dans
cette localité, nous signalerons les suivantes: Dianthus
hirtus, Lin.; — D. neglectus, Lois.; — Sagina procumbens,
Lin.; — Pistachia terebinthus. Lin.; — Citisus triflorus,
Lheri.; — Trifolium Bocconi, Savi.; — Vicia amphicarpa,
Dec; — Ornithopus ebracteatus , Dort.; — Potentilla sub-
acaulis, Lin.; — Myrtus communis, Lin.; — Orlaya plati-
carpos, Kooc; — Bellis silvestris, Cyr.; — Pulicaria odora,
Rien.; — Tirimnus leucographus, Cass ; — Centaurea mili-
tensis, Gouan;— Phelipea cesia, Rent.;— Teucrium fruli-
cans, Lin.; — T. scordioïdes, Scher.;— Passerina hirsuta,
Lin,; — Euphorbia biumbellata, Poir.;— E. pinea, Lin.;—
Mercuricdis tomentosa, Lin.; — Theligonum cynocrambe,
Lin.; — Iris chamo&iris, Berth. \—Posidonia Caulini, Ken.;
— Zostera marina, Lin.; —Zost. nana, Roth.;— Arum
arizarum, Lin.;— Andropogon distachion, Lin.;— And.
Iiirtum, Dec.; — Piptatherum cerulœscens, P.; —Piptath.
paradoxum, V.;—Triticum triaristatum , God. et Gren.;
168 HISTOIRE NATURELLE.
— Agropirum acntum, Ram.; — Brachy podium raniGsum,
R. et Schult, etc., etc.
Parmi les insectes nous indiquerons : Cicindela maura,
Fabr.; — Cymindis axillaris, Duft.; — C. meridionalis ,
Déj.; — Aptinus ballista, Déj.; — Scarites arenarius, Bon.;
Cychrus rostratus, Fabr.; — Nebria lateralis, Déj.; — Pa-
trobus ruffipennis, Hoff.; — Atopa cervina, Fab.; — Cyphon
flavicollis, Déj.; — C. limbahis, Dé}.;—Omalisus suluralis,
Fab.; — Pyractomena xantholoma, Déj.; — Clerus mulilla-
rius, Fab.\—Xyletinus subrotundus, Ziegl.; — Dorcatoma
rubens, Koch.; — Silpha hispanica, Déj.; — SU. reticulafa,
Fab.; — Nitidula hœmorrohoidalis, Payk.; — NU. bipuslu-
lala, Fab.; — Gymnopleurus flagcllatus, Fab.; — Copris
lunaris, Fab.; — C. granulata, Déj.; — Geotrupes dispar,
Fab.; — G. hypocrila, Schn.; — Bolboceras lusitaniens,
Dé\.\—Oryctes nasicornis, Fab.; — Cetonia afftnis, Duft.;
— Cet. obscurci, Duft.; — Cet. cmgusfota, Ger.; — Cet.
slictica, Fab., etc., etc.
VALLÉE DU RÉART. 160
CHAPITRE V.
VALLEE DU REART.
La vallée du Réart, ou pays des Aspres, comprend
cette partie de la plaine du Roussillon qui s'étend de la
rivière de la Tet à la rivière du Tech d'une part, et de
la mer aux montagnes secondaires qui forment les der-
niers contreforts du Canigou d'autre part; son étendue,
du nord au sud, est d'environ 20 kilomètres, et de l'est
a l'ouest, de 50 kilomètres. Dans celte vaste surface,
beaucoup de terres s'arrosent et ne doivent pas être
confondues avec les terres à'aspre, qui, placées sur un
plateau plus élevé que le cours des rivières, ne peuvent
bénéficier des bienfaits de l'irrigation. Cette aridité du
terrain donne a la flore de cette contrée une physionomie
qui lui est particulière, et qui indique à l'avance les es-
pèces de plantes qu'on doit y rencontrer. Cependant,
plusieurs petits cours d'eau coupent ce pays dans tous
les sens, et de belles granges, entourées de terres ara-
bles assez verdoyantes, s'étalent au fond des ravins; mais
la plupart du temps, et au moment le plus nécessaire, la
sécheresse tarit les sources, et tous ces torrents se pas-
sent à pied sec.
Les montagnes secondaires du pied du Canigou jettent
au loin des rameaux plus ou moins élevés, qui forment
170 HISTOIRE NATURELLE.
des gorges de quelque étendue. Leurs eaux se réunissent
dans une artère principale qui porte le nom de rivière du
Réart. On ne peut pas dire en quel lieu le Réart prend
naissance; mais il paraît que cette rivière prend sa
source dans les pentes septentrionales du village d'Oms,
dépendant de l'arrondissement de Céret. Après un cours
torrentueux de l'ouest à Test, il se jette dans l'étang de
Saint-Nazaire, situé sur les bords de la mer.
La commune d'Oms, entourée de quelques jardins que
plusieurs fontaines arrosent, est située au sommet de la
montagne, dans une position très-pittoresque. Son terri-
toire, très-étendu d'abord sur le plateau, puis sur les deux
versants, dont l'un rejette les eaux dans le Tech et l'autre
dans la plaine des aspres, se continue par de belles maisons
rurales, qui occupent les vallées rapprochées du village.
Ses terres, quoique légères, sont bien cultivées et donnent
de beaux produits; la vigne y prospère bien, et le vin qui
se récolte est de bonne qualité et très-estimé pour la table :
le vin blanc d'Oms jouit d'une réputation bien méritée.
Tout ce qui n'est pas défriché est à l'état de vacants
immenses où paissent de nombreux troupeaux; des bois
considérables couvrent une grande partie de ces vacants,
et le chêne-liége, dont l'écorce fait la richesse des habi-
tants, est l'essence qui se développe le mieux dans cette
contrée. Le chêne-blanc et le chêne-vert sont les arbres
les plus répandus sur les terres élevées; les ravins sont
boisés de frênes de diverses espèces; le pistachier sau-
vage est très-commun et sert de clôture aux propriétés
rurales; divers genêts et des cistes couvrent toutes les
garrigues (terres incultes) et vivent parmi les chênes, les
lièges et les autres arbres.
VALLÉE T)V RKART. 171
C'est sur les escarpements des ravins qui séparent les
bois de chênes-verts et de chènes-liéges, que nous décou-
vrîmes, en 18i7, une nouvelle plante de la famille des
ginestées, section des sarothamnus (SàrotMmrius Jau-
bcrlus), que nous avons dédiée à notre savant compatriote
et ami, M. Jauberl de Passa, correspondant de l'Institut.
Personne n'était plus digne que lui de donner son nom à
cette plante nouvelle, qui croît dans le pays des chênes-
liéges, arbre dont il a fait la monographie.
Parmi les plantes que le naturaliste aura l'occasion de
recueillir sur le territoire d'Oms et les vallées environ-
nantes, nous signalerons : Poligala amara, Lin.; — Cistus
salviœfolius, Lin.; — Stellaria nemorum, Lin.; — Acer opu-
lifolium^ Wil.; — Hypericum montanum, Lin.; — Rhamnus
saxatilis, Lin.; — Ilex aquifolmm, Lin.; — Pistachia Un-
tiscus, Lin.; — Trigonella proslrala y Lin.; — Aslragalus
depressus, Lin.; — Lalhyrus hirsiiïus, Lin.; — L. latifolius^
Lin.; — Vicia ienuifolia, Roth.; — Vie. silvatica, Lin.; —
Coronilla glauca, Lin.; — Sarothamnus jaubertus, Comp...
A 2 kilomètres d'Oms, est le village de Calmelles. C'est
près du village que sourdent les sources de la Cantarana,
rivière qui se jette dans le Réart au-dessous de Pollestres.
Calmelles, entouré de vacants très-étendus et de bois
considérables, possède de nombreuses fermes situées dans
les bas-fonds, entre autres la métairie Llinas, où l'on
cultive le micocoulier et le pistaohier commun, Pistacia
vera, Lin. : ce dernier donne des fruits excellents; sur les
terres en pente exposées au midi sont plantés des chênes-
liéges. Cet arbre croit admirablement bien dans toutes
ces gorges et prend des proportions colossales. Les vins
du territoire de Calmelles sont très-fins et légers; si l'on
172 HISTOIRE NATURELLE.
savait leur procurer le bouquet qui distingue les vins de
Bordeaux, les gourmets leur donneraient peut-être la
préférence : il serait bien facile d'obtenir ce résultat, les
gorges où croissent les framboisiers ne sont pas très-
éloignées et donnent du fruit en abondance. A partir de
la métairie Llinas, la rivière s'encaisse dans une gorge
étroite : sur la gauche est une butte très-élevée, au som-
met de laquelle est bâti l'ermitage de Notre-Dame-du-
Coll. Cette chapelle est entourée de bois considérables de
chênes-verts. Au débouché de la gorge, la Cantarana
passe auprès du hameau des Hostalets.
La flore de ces localités fournit entre autres plantes:
Spirœa aruncus, Lin.; — Agrimonia eupaloria, Lin.; —
Telephium imperali. Lin.; — Centranthus calcilrapa, Dec;
— Circium eriophorum, Scopo.;— Carlina corimbosa, Lin.;
— Gnafalium supimim, Lin.; — Tanacetum vulgare, Lin.; —
Artemisia gallica, W\\.;—Santolina incana, Lam., etc.
En entomologie on trouvera à recueillir : Nébria psa-
modes, Ross \~Oodes helnpioïdes, Fab.;— Licinus granu-
lalus, Déj . ; — Pair obus rufipes, Déj . ; — Gnaplor spinimanus,
Pa\hs;—IIeliopates hispanicus, Déj.;— Mord 'ela biguttata,
Déj.; — M. micans, Dé].;—Meloe rugidoms,Z\eg.;—Apion
nigritarse, Kirby; — Ap. flavipes , Fabr.; — Polydrusm
cervinus, Lin.;— Pol. chrysomela, OU.;— G ronops hinatus,
Fabr.; —Molites coronalus, Latr., etc., etc.
Le ravin principal du, Réart prend son origine sous la
ferme Casamajor; il suit le pied des buttes et se détourne,
a droite, pour traverser les terres de la belle métairie
Coste, Tormée de champs bien cultivés, de vacants im-
menses" et de bois considérables de chénes-liéges. Dans
les bois et dans les ravins de cette métairie croît l'arbou-
VALLÉE DU RKART. 173
sier, dont les touffes de verdure et le fruit vermeil réjouis-
sent la vue. Sur cet arbuste se nourrit la chenille du beau
papillon Jasius, et pendant toute la belle saison, on peut
en prendre abondamment. Sur ces terres, que parcourent
de nombreux troupeaux, l'on cultive la vigne, l'olivier
et beaucoup d'arbres à fruits. La rivière passe ensuite à
Montoriol, territoire très-accidenté, couvert de bois et où
l'arbousier est aussi très-commun.
Un autre ravin, prenant naissance au-dessus du village
de Llauro, vient traverser les immenses bois de chênes-
liéges qui couvrent en grande partie les terres de cette
commune et celles de Tordères, hameau peu éloigné; il
descend vers les métairies Carbasse et Noé, suit le bas
des buttes de Fourques et va se jeter dans le Réart à Sainl-
Yincent. Tous ces territoires sont couverts de bétail, de
vignobles, d'oliviers, de cultures diverses, et donnent
d'abondants produits lorsque des pluies bienfaisantes
viennent combattre la sécheresse qui désole trop souvent
nos campagnes.
Le botaniste trouvera l'occasion de récolter dans ce
pays: Clematis flamala, Lin.; — Nigella arvensis, Lin.; —
Delphinium pubescens, Dec.; — Glaucium corniculatum ,
Lin.;— Fumaria spicata, Lin.;— Dentaria pinnata, Lam.;
— Lepidium ruderale, Lin.; — Reseda luteola, Lin.; —
Achillea ageralum, Lin. ;— Erica arborea, Lin.;— Jasmi-
num fruticans, Lin., etc., etc.
L.e Mas-Dcu, Passa et JUone&tBr-<leB«Camp.
Le Réart, dans sa course vagabonde, fait le tour du
Mas-Deu (la maison Dieu), premier et principal établis-
i 7 i HISTOIRE NATURELLE.
sèment des Templiers en Roussillon, devenu commanderie
magistrale de l'Ordre de Malte, aujourd'hui beau domaine
appartenant à M. Justin Durand, banquier. Les terres,
d'une étendue immense, sont, en grande partie, complan-
tées en vignes , qui donnent un vin renommé , ayant la
force, le bouquet et toutes les qualités des meilleurs vins
de Porto. Ce vin, que les Anglais préfèrent à celui de
Portugal, est connu dans le commerce sous le nom de
Porto-du-Mas-Deu. Beaucoup d'oliviers sont cultivés sur
ce domaine, et de nombreux mûriers fournissent la feuille
à la magnanerie du château, où l'on élève cent onces de
graine de vers à soie, tous les ans.
Sur les terres environnant le Mas-Deu , l'on trouvera
entre autres plantes : Hypecoum procumbens, Lin.; —
Sisymbrium murale, Lin.; — Sis. obtusangidum, Schal.; —
Thlaspi saxalile, Lin.; — Bunias erucago, Lin.; — Spirœa
aruncus , Lin.; — Senecio silvaticus, Lin.; — Anthémis co-
lula , Lin . ; — Phillyrea latifolia , Lamar . ; — Convolvulus
altheoïdes, Lin.; — Dalura slramonium, Lin., etc., etc.
Un deuxième ravin plus au sud, descendant des hau-
teurs de Llauro, reçoit les eaux des vacants et des bois
très-étendus qui couvrent les garrigues d'une partie de
la commune de Vives, où le chêne-liége vient admirable-
ment : il traverse les gorges de l'ermitage de Saint-Luc,
passe au Mas Noell, se dirige vers Passa, où il prend
alors le nom de rivière des miracles, va droit au Monestir-
del-Camp, passe à Yilamolaque, suit tous les accidents
de terrain que forment les garrigues de cette contrée, et
vient se jeter dans le Réart, auprès de l'auberge du Réart,
située sur le bord de la route impériale n° 9, de Paris en
Espagne.
VALLÉE DU RÉART. I7î»
Le village de Passa est situé dans la plaine des Aspres.
Le Monestir-del-Canip, dépendant de cette commune, est
entre Passa et Vilamolaque. Nous ne pouvons nous em-
pêcher de reproduire, au sujet du Monestir-del-Camp et
de la rivière des miracles, la légende que rapporte M. le
baron Taylor dans son bel ouvrage intitulé les Pyrénées,
en faisant remarquer toutefois que Chaiiemagne n'a jamais
combattu en Roussillon.
« Nous arrivons avec plaisir dans la commune de Passa,
« à l'église et au cloître du Monestir-del-Camp, dont la
« fondation se rattache aux belles et riches traditions popu-
« laires qui servent d'auréole au nom de Charlemagne.
« Charlemagne, ce héros de tant de légendes, si aimé
« surtout des légendaires catalans, fut surpris par la chaleur
« en combattant les Maures; et, sur le point de reculer, il
« fit un vœu à Notre-Dame, qui était sa patrone d'affection.
« Soudain un orage éclate, la rivière de Passa déborde, les
« chevaux se désaltèrent, et la victoire fut digne de la pro-
« tection divine qui l'accordait. Plein de reconnaissance,
« Charlemagne fonda, sur le champ de bataille, un mo-
« nastère dédié à Notre-Dame-de-Victoire; la rivière fut
« nommée rivière des Miracles, et le monastère s'appela
« en catalan : Monesti ciel Campo, du CampW.
« Ce monastère est vaste et solidement construit; l'église
« est romane, grande, orientée, avec un portail en marbre
« blanc, orné de quatre colonnes et protégé par une forte
« grille en fer. Le cloître de style ogival et en marbre blanc,
« fut terminé l'an 1507; la chambre abbatiale est encore
(1) L'origine du Moncslir del Camp, qui fut toujours un Prieuré, dc
remonte pas au-delà du douzième siècle.
170 HISTOIRE NATURELLE.
« ornée de peintures du seizième siècle. Habité par des
« moines augustins, ce monastère, longtemps célèbre, fut
« converti en prieuré en l'an 1602; vendu plus tard, avec
« l'autorisation du Pape, il appartient à la famille Jaubert
« de Passa, et c'est le cbef de cette famille, recomman-
« dable à tant de titres , qui conserve , avec la religion
« de l'artiste et du poète, cette richesse archéologique,
« qu'il léguera avec confiance à ses dignes enfants, élevés
« dans l'amour et le respect de tout ce qui illustre leur pays
« et la France. » (Page 25i.)
Les plantes principales qui croissent aux alentours de
Passa, du Monestir, de Yilamolaque et de Tresserre sont :
Cenfranthus calicitrapa, Dec; — Tanacetum vulgare, Lin.;
— Solidago virga-aurea , Lin.; — Matricaria suaveolens,
Lin.; — Campanula trachelium, Lin.; — Verbascum blatta-
ria, Lin.; — Euphrasia odontites, Lin.; — Teucrium aureum,
Lin.; — Galeopsis ladanum, Lin.; — Fhlomislychnitis, Lin.;
— Samolus valerandi, Lin.;— Osyris alba, Lin; — Juniperus
communis, Lin; — Jun. sabina, Lin., etc., etc.
Vallée de La Canlarana.
La Cantarana n'a pas seulement ses sources à Calmelles;
d'autres ravins plus au nord, prenant leur origine à Caxas
et à Font-Couverte, lui apportent le tribut de leurs eaux.
Presque à sec en temps ordinaire, cette rivière devient
terrible dans une crue, et, comme le Réart, elle porte la
dévastation dans les campagnes qu'elle parcourt. La rapi-
dité de leurs ondes et le danger de leurs sables mouvants,
même aux gués les plus fréquentés, en rendent le passage
dangereux. Les eaux des garrigues de Thuir, du Mas Coll
VALLEE DU REART. 177
et du Mas Roig viennent se joindre à la Cantarana dans
une gorge étroite et tout près d'un moulin. Au sortir de la
gorge, la rivière débouclie dans la haute plaine de Terrats,
et forme une grande anse qu'on a utilisée et transformée
en régal tu (terres arrosables). Les nombreuses propriétés
renfermées dans cette espèce de cirque, sont bien culti-
vées et reçoivent la précieuse influence de l'arrosage que
leur fournit le canal du moulin.
La rive gauche de la grande anse est élevée et à pente
raide; elle est couverte d'agaves, qui s'y développent d'une
manière luxuriante; il n'est pas rare, au printemps, de
voir trente ou quarante de ces plantes s'élever par une
hampe droite à la hauteur de 8 à 10 mètres, divisée en
bractées qui semblent former des candélabres à plusieurs
branches, surmontés de beaux fleurons jaunes. Cette
plante, originaire du Mexique, est très-répandue dans le
Midi de l'Europe; elle est très-commune dans notre
département, où on l'emploie pour former des clôtures
impénétrables , improprement appelées haies d'aloès.
L'aloès appartient à la famille des Liliacées, tandis que
l'agave fait partie de la famille des Amarillydécs ; on
l'appelle en catalan Alzabare. Une croyance populaire
fait vivre l'agave cent ans ; parvenue à cet âge , la plante
fleurit, dit-on, pour la première fois et meurt presque
aussitôt. Ceci est une erreur qu'il faut détruire. Tous les
botanistes savent que l'agave, planté sur un sol qui lui
convient, tel que les bords de la mer, fleurit à l'âge de
neuf à dix ans. En 1854, nous avons vu, en voyageant
sur le chemin de fer de Barcelone à Mataro, plusieurs
centaines d'agaves en fleur : cette plante, qui sert de
barrière à la voie ferrée, n'avait été plantée qu'à l'époque
TOME I. 12
178 HISTOIRE NATURELLE.
de la création du chemin , dont la date ne remontait pas
au-delà de 18-41.
La rive droite de la grande anse est moins élevée
que la rive gauche; elle se termine en un vaste plateau
couvert de vignes, qui produisent le délicieux vin de
Terrats. C'est sur ce plateau qu'était bâtie, selon la tra-
dition , l'ancienne et populeuse Mirmande , dont il reste
à peine quelques vestiges visibles au-dessus du sol. Sur
l'emplacement de cette cité croissent de belles vignes,
beaucoup d'oliviers, et de nombreux vacants s'étendent
au loin.
Trullla*. Bages et Salnt-Nazaire.
La Cantarana, qui passe a côté du village de Truillas,
non moins riche que le précédent en terres arables, vignes
et oliviers, a mis a nu un banc de coquilles fossiles, dont
l'huitre compose la plus grande partie. La rivière, en
continuant son cours , passe au pied de Nyils, va droit à
Pollestres, fait un grand crochet et se jette dans le Réart
à la métairie du Cap-de-Fuste.
La flore de tous ces territoires compte au nombre de
ses plantes principales : ClemaUs vitalba, Dec; — Ranun-
cxdus arvensis, Lin.; — Fumaria officinalis, Lin.; — Rapha-
nus raphanistrum, Lin.; — Cochlearia draba, Lin.; — Iberis
amara, Lin.; — Scorzonera graminifolia, Lin.; — Erigeron
canadense, Lin.; — Senecio viscosus, Lin.; — Vinca major,
Lin . ; — Chironia centaureum , Smith . ; — Anchiisa undu-
lata, Lin.; — Cinoglossum apennimm, Larn.; — Nepeta
calaria , Lin . ; — Lamium amplexicaule , Lin . ; — Phlomis
VALLÉE DU RÉART. 170
I
Herbaventi, Lin.;— Amaranthus blitam, Lin.; — Mercu-
rialis lomentosa, Lin., etc., etc.
Le village de Bages, quoique inondé d'eau par ses puits
artésiens et par ses prairies humides, qu'il a fallu dessé-
cher par un canal appelé Agulla de la Mar, n'en fait pas
moins partie du pays des Aspres. C'est sur son territoire
que le docteur Aimé Massot, botaniste distingué, a décou-
vert la variété B du Datura stramonium, qui se distingue
par la teinte violacée de la tige, des nervures des feuilles
et' des fleurs. Cette variété est le Datura chalibea de
Koch, ou Datura datula de Linnée.
Le Réart, grossi par les eaux de la Cantarana, laisse à
droite Villeneuve-de-la-Raho et Cornella-del-Yercol, con-
tinue son cours à travers les terres du Mas-BIan, et
passe entre Theza et Salelles pour se jeter dans l'étang
de Saint-Nazaire, situé sur les bords de la Mer.
Parmi les plantes nombreuses et intéressantes qui vivent
dans tous ces terrains arides et sur les terres souvent
inondées par les eaux de la mer qui bordent l'étang Saint-
Nazaire, nous signalerons : Ranunculus divaricatus, Lin.;
— Mathiola sinuata, Lin.; — Sagina ciliata, Fries; — Sag.
maritima, Dec; — Ononis reclinata, Lin.; — Trifolium
maritimum, Huds.; — Medicago coronata, Lam.; — Med.
precox, Dec; — Med. lilioralis, Rho.; — Herniaria glabra,
Lin.; — Tillea mmeosa, Lin.; — Daucus maritimus, Lam.;
— Eringium maritimum, Lin.; — Erithrea spicata, Pers.;
— Erit. maritima, Pers.; — Atriplex rosea, Lin.; — Atr.
crassifolia, Ney.;-~Chenopodium ambrossioïdes, Lin.; —
Ch. opulifolium, Sali.; — Salicornia herbacea, Lin.; — Sal.
macrostachya, Moris.; — Salsola Kali, Lin.; — Sal. soda,
Lin.; — Pancratium maritimum, Lin.; — Potamogeton
180 HISTOIRE NATURELLE.
natans, Lin.; — Zanichelia dentata, Wil.; — Juncus glan-
ais, Ehrh.; — Jane, panicidatus, Hop.; — Junc. maritimus,
Lam.; — Junc. lagenarius, Gay; — Schenus nigricans, Lin.;
— Cladium mariscus, Brom.; — Eleocharis multicaidis,
Diet.; — Calamagrostis littorea, Dec; — Agrostis alba,
Lin.; — Âg. olivetorum, God. et Gren., etc., etc.
VALLÉE DE L'AGLY. 181
CHAPITRE VI.
VALLÉE DE L'AGLY.
La vallée de l'Agly est formée par deux chaînes de
montagnes calcaires abruptes, plus ou moins continues,
qui courent parallèlement de l'est à l'ouest, et laissent
entre elles une large vallée au fond.de laquelle coule l'Agly.
La chaîne au nord est désignée sous le nom de chaîne de
Saint-Antoine-de-Galamus, du nom de l'ermitage situé sur
le territoire de la petite ville de Saint-Paul. Celle au sud
est la chaîne de Lesquerde et d'Ayguebonne, nom tiré de
deux villages les plus rapprochés de la ligne du faîte, au
sud-est de Saint-Paul et au sud de Caudiès.
« A partir du château de Quéribus ou mieux de la Croix-
« de-1'Auzine, au sud de Paziols, la chaîne septentrionale
« forme une muraille, légèrement penchée au sud, dirigée
« droit h l'ouest et atteignant 982 mètres d'altitude au
h plateau de Saint-Paul, puis 996 et 1 .015 un peu à l'ouest
« dans les deux branches de sa bifurcation en cet endroit.
« Elle passe à l'ermitage de Saint-Antoine (590 mètres),
« placé immédiatement au-dessus de la brisure que tra-
« verse l'Agly, pour se continuer avec des altitudes de
« 900 et de 844 mètres jusqu'au plateau de la ferme de
h Malabrac (684 mètres). Après s'être déprimée au Col
« de Saint-Louis, elle se relève pour constituer les grands
« escarpements de la forêt des Eanges (1.044 mètres au
182 HISTOIRE NATURELLE.
« Tuc-du-Fouret , 992 et 951 ) et est coupée transversa-
« Iement par le défilé sinueux de Pierre-Lis, que parcourt
« l'Aude
« La chaîne de Saint-Antoine , dont les pentes sont
« tellement rapides, qu'excepté au Col de Saint-Louis, elle
« ne peut être traversée, même avec des mulets, que sur
« un petit nombre de points, n'a en général que deux ou
« trois kilomètres de largeur et souvent moins W. »
La chaîne du sud, composée d'une série de tronçons
alignés parallèlement à la chaîne de Saint- Antoine,
« commence à s'élever de dessous la plaine de Rives-
« altes, près de Peyrestortes , dont l'altitude est de 58
« mètres seulement, pour longer la rive droite de l'Agly
« jusqu'à Estagel en passant par l'ermitage de Notre-
« Dame-de-Pène (197 mètres) et celui de Saint-Vincent.
« Elle traverse ensuite sur la rive gauche , où la portion
« comprise entre le coude du Verdouble et la rivière de
« Maury sert de nœu entre cette chaîne et le rameau de
« Tautavel, infléchi au sud-ouest. De ce point à Lesquerde
«ou au défilé de l'Agly, la chaîne éprouve quelques
« inflexions , atteignant successivement 550 mètres au
« roc Troquade , 502 au-dessus de Senbeat et 480 au-
« dessus de Lesquerde... Au pont de la Fou, la rivière
« passe dans une gorge étroite coupée dans une muraille
« verticale.
«Au-delà, jusqu'aux escarpements abruptes que tra-
« verse le ruisseau des Adons et aux sites pittoresques des
« environs de Saint-Pierre et d'Ayguebonne, la chaîne
(I) les Corbière*. Éludes géologiques d'une -partie des départements de l'Aude
el des Pijrètiées-ÙHkhtdlés , par !e vicomte dWnluae, membre de l'Institut.
VALLÉE DE l'.VGIA. 183
« constitue un mur parfaitement aligné est-ouest, de 628 à
« 649 mètres de hauteur absolue. Le tronçon entre Aygue-
« bonne et Puylaurens atteint 705 mètres. Entre la Boul-
« sanne et l'Aude, la crête, couverte de sapins, depuis le
« roc d'Estables jusqu'au pont de Baira, et le massif qui
« sépare la Rebenli de l'Aude, après le coude que celle-
« ci fait à l'ouest, en sont encore le prolongement qu 1
« s'étend bien au-delà des limites de notre carte dans le
« département de l'Ariége (1 >. »
La rivière de l'Agly prend sa source dans le dépar-
tement de l'Aude, au pied oriental du pic du Bugaracb ,
massif qui s'élève abruptement jusqu'à 1.251 mètres
d'altitude. Elle pénètre dans les Pyrénées-Orientales par
une profonde fissure à parois surplombant de la chaîne de
Saint-Antoine. Elle coule d'abord du nord-ouest au sud-
est à son entrée en Fenouillet ; reçoit bientôt à droite la
Boulsanne, provenant des revers du Confient, et la Desix,
qui est l'écoulement des eaux du vallon de Sournia ; tourne
à l'est, prend à sa gauche la rivière de Maury avec le Ver-
double , et va se jeter à la mer entre Torrelles et Saint-
Laurent.
A peine échappée de sa source, l'Agly s'est trouvée
barrée par la chaîne principale des Corbières, qu'elle a
sciée en amont et en aval de Saint-Paul pour se frayer
un lit. L'une et l'autre brèche sont d'une effrayante
hauteur (150 à 200 mètres). Celle qui introduit la rivière
dans le département par le désert de Saint- Antoine ,
est à peu près inaccessible. Son inférieure, plus connue,
parce qu'elle présente l'issue du pont de la Fou, sous
(I) Le vicomte (TArcbiac, ouvrage cité.
184 HIST0IIIE NATURELLE.
lequel passe l'Agly, déjà renforcée de la Boulsanne, est
un défilé très-resserré, à murailles verticales. C'est par
cet étroit passage que la rivière achève de franchir le
Fenouillet, proprement dit, pour aller, toujours encaissée,
par Latour, Estagell, Cases-de-Pena , Espira , jusqu'à
Rivesaltes, et de ce dernier point à la mer, bordées de
faibles tailiis d'essence fluviale, qui ne la contiennent
guère en cas d'inondation.
a La vallée de l'Agly, sans en excepter ie vallon de la
« Desix, est en général déboisée. Le village de Cassagnes
« annonce pourtant quelque ancienne masse de chênes,
« dont les domaines de Cuchus et de Caladroi ont effec-
« tivement conservé des restes: la forêt de Boucheville,
« essence de hêtre , ainsi que les bouquets résineux du
« lieu de Fenouillet, où quelques ours se retirent encore,
« sont d'autres exceptions. Partout ailleurs le combustible
« se réduit à des buis et à des arbrisseaux. La recherche
« du tan n'a pas été la moindre cause de destruction.
« Aussi les terres se sont tellement ébranlées le long des
« pentes, que les montagnes n'offrent plus que le calcaire
« à nu, et les moins détériorées laissent percer une crête
« de roche aussi tranchante que si les terres latérales
« avaient éprouvé quelque tassement.
« La culture des céréales n'est donc pas très-importante
« dans cette partie. Le vignoble domine davantage. L'oli-
« vier n'est point négligé partout où le sol le comporte.
« Cet arbre paraît à Estagell et à Montner dans son
« terrain de prédilection ; et peut-être est-ce là qu'il
« donne les produits les plus estimés de la province. Le
« vignoble se développe de plus en plus, à droite et à
« gauche, jusqu'au-delà de la grand'route de Salses. Celui
VALLÉE DE L'AGLY. 185
« de Rivesaltes jouit d'une célébrité légitime. Les autres
« fournissent beaucoup de gros vin d'embarquement.
« Cette contrée n'est pourtant pas dépourvue de grains.
« Opol même en récolte dans ses bas-fonds, dont les fil-
et trations, à travers des lits salins, passent pour aboutir
« à la fontaine de Salses. Mais la grande culture c'est le
« vignoble.
« La terre vaine et vague a plus d'extention encore.
« Ces landes ont pris leur dernier accroissement sur les
« montagnes de Vingrau et de Pérellos , à mesure que
« l'essence de chêne-vert qui les peuplait a été char-
ci bonnée. Il n'y reste pas grand'cbose à exploiter en ce
« genre, et Perpignan, où tout a été consommé, où tout
« se consomme, y est pour son droit d'usage, qu'a détruit
« l'abus. C'est ainsi qu'a disparu la forêt de la Clape,
« près de Narbonne. A peine peut-on croire qu'elle ait
« pu végéter sur les pentes et plateaux crétacés de son
« assiette.
« Quelle différence d'aspect entre le chauve terrain qui
« précède, et le sol inférieur, c'est-à-dire le littoral, que
« l'Agly relève de plus en plus , en y déposant par stra-
te tification toutes les terres de la vallée! On dirait les
« rives limoneuses de Kerson et d'Odessa, tant la grande
« culture du blé y est brillante et productive. Beaucoup
« de vins s'écoulent par Saint-Laurent, voie de mer, vers
« Cette, et la pêche vient enfin occuper les bras superflus
a au petit cabotage et h l'agriculture.
« Une route royale, partant de Perpignan, remonte la
« vallée, et aboutit à Carcassonne parle col Saint-Louis f,) .>>
I) Annuaire statist et h.islor , du départ, des Pyrén.-Orieht . année 1834.
186 HISTOIRE NATURELLE.
Salses, borne cSu terme boréal et sources
salines*
En partant de Perpignan, le naturaliste peut, en très-
peu de temps, gagner les bords de l'étang de Salses, qui
doit former la première station botanique dans la vallée
de l'Agi} . Le chemin de fer le transportera, en quinze ou
vingt minutes à Salses, première commune de l'ancienne
province du Roussillon en arrivant dans le département
par la grand'route de Narbonne.
« À Salses se trouve la borne du terme boréal qui, avec
« une autre borne que le voyageur apercevra à la droite
« du chemin , au lieu dit du Vernet, à 2.000 mètres avant
« d'arriver h Perpignan, et constituant le terme austral,
« forme la base mesurée par Delambre , pour servir à
« la détermination de l'arc du méridien compris entre
« Dunkerque et Barcelone, laquelle base est le point de
« départ de la succession de triangles du tracé trigono-
« métrique de la chaîne des Pyrénées (*). »
Salses est célèbre par deux sources salines, situées à
2 kilomètres l'une de l'autre, à côté de la route, avant
d'atteindre le village. Elles s'échappent de dessous les
calcaires compactes, et proviennent des schistes et des
marnes rouges néocomiennes sous-jacentes : l'une est
désignée sous le nom de Font-Estramer , l'autre sous
celui de Font-Dame.
« La fontaine Estramer est celle des deux sources sali-
« nés que l'on découvre la première, en entrant dans le
(I) Henry, ouvrage cité .
VALLÉE DE LAGI.Y. 1 .S 7
« département peu après avoir dépassé les limites du
« département de l'Aude. Elle surgit à la droite de la
« route, à environ 50 mètres de distance, au pied d'un
«rocher calcaire coupé à pic. Son bouillon forme, en
« ce lieu, un vaste gouffre de plus de 10 mètres de pro-
fondeur sur certains points, et entouré de roseaux.
« Les eaux de la source s'écoulent en passant sous deux
« ponceaux qui traversent le grand chemin, et vont se
«jeter dans l'étang non loin de là
« C'est entre la fontaine Estramer et Salses que surgit
« la Font-Dame, tout à côté du grand chemin. Elle jaillit
«de bas en haut, du milieu d'un terrain plat, en for-
« niant, à son bouillon, comme un très-vaste bassin où
« croissent en abondance les plantes des marais, joncs,
« roseaux, etc., etc. Ses eaux ont été contenues par des
« murs, du côté de l'étang, dans l'intention d'en relever
« le niveau, et d'en utiliser le courant comme moteur
« d'une usine adossée au réservoir
« Ce qui frappe surtout l'observateur à l'aspect de ces
« deux sources, c'est sans contredit leur énorme volume.
« Chacune d'elles est comme une rivière s'échappant des
« entrailles de la terre ou du rocher. On sait très-bien
« du reste que les sources les plus abondantes sortent
« communément des montagnes calcaires : la fontaine de
« Vaucluse, dans le département de ce nom; la Loue,
« dans le Jura, en fournissent, entre autres, des exemples
« remarquables
« Les fontaines de Salses ont des droits incontestables
« à être réputées minérales, et sont même très-chargées
« de principes minéralisateurs
s A l'aspect des matériaux que réunit l'eau saline de
188 HISTOIRE NATURELLE.
« Salses , on ne peut méconnaître ses grandes analogies
« avec l'eau de la mer. Le parallèle est même si pressant
« qu'on ne saurait résister h l'idée qu'elle emprunte ses
« matériaux à ces sédiments salins que les cataclysmes du
« globe ont enfouis dans le sein de la terre, et qui lavés
« et entraînés par les courants d'eau, fournissent, en tant
«de lieux, la matière de l'exploitation des salines
« On a signalé dans l'eau de mer l'hydrochlorate de
« soude, l'hydrochlorate de magnésie, le sulfate de ma-
« gnésie, le sulfate de soude, le sulfate de chaux et le
«carbonate de chaux; or, ce sont-là précisément les
« principes constituants de notre eau saline, et, à très-
« peu de chose près, dans les proportions les plus con-
« cordantes W. »
Les roseaux qui vivent dans les fontaines de Salses,
sont deux végétaux d'espèce différente : tandis que dans
la Font-Dame croît le roseau à balai, Phragmites corn-
munis, ïrin., très-commun partout; dans l'Estramer, au
contraire, vit la plus belle et la plus grande de toutes
les graminées d'Europe, Phragmites gigantea, Gay, qui
s'élève jusqu'à six mètres de hauteur. Cette plante,
qu'on n'a encore rencontré dans aucune autre partie de
l'Europe , s'est cantonnée dans le bassin de la fontaine
Estramer par une cause qui nous est inconnue; seule-
ment elle pousse, depuis peu de temps, quelques pieds
tout le long de la rigole qui conduit l'eau de cette fon-
taine à l'étang : elle fleurit vers la fin de septembre;
c'est alors qu'elle est dans toute sa beauté.
Les mollusques Neritina fluviatilis et PInjsa acula de
il) rVnglada , ouvrage r'itô,
VALLÉE DE L'âGLY. 1 8V>
Draparnaud , se trouvent attachés aux rochers et aux
plantes qui bordent l'Estramer.
L'étang de Salses ou de Leucale est une vaste nappe
d'eau salée de 8.100 hectares d'étendue, dont 5.800
hectares sont constamment submergés et 2.500 hecta-
res, y compris la digue de la mer, sont alternativement
couverts par les eaux de la mer ou de l'étang ; il baigne
le territoire des communes de Saint-Laurent-la-Salanque,
Salses et Saint-Hippolyte dans le département des Pyré-
nées-Orientales, et celui de Leucate et de Fitou dans le
département de l'Aude. La partie comprise dans les
Pyrénées-Orientales contient 4.205 hectares et forme les
trois-quarts de l'étang; une langue de terre alluviale de
900 mètres de large, sur 5 mètres de hauteur au point
culminant, le sépare de l'étang de la Palme au nord;
une digue naturelle d'environ 14.000 mètres de longueur,
sur 1.500 mètres au point le plus large et 500 mètres
au plus étroit, le sépare de la Méditerranée à l'est. Cette
digue qui a deux pentes, dont l'une s'abaisse vers la mer
et l'autre vers l'étang, a 5 mètres environ de hauteur à
son arête culminante : le sol en est ferme, imperméable,
sableux vers la mer, couvert de joncs au milieu, de joncs
et de prairies vers l'étang; des sondages pratiqués sur toute
la ligne ont fourni de l'eau douce. Cette langue de terre
est ouverte à ses deux extrémités, par le Grau (coupure)
de Leucate et par le Grau de Saint-Laurent. Lorsque le
vent d'est souffle avec violence, les eaux de la mer pas-
sent par-dessus la digue auprès du Barcarès de Leucate.
Le fond de l'étang forme trois bassins : un dans les
Pyrénées-Orientales et deux dans l'Aude. La plus grande
profondeur de ces bassins est à l'opposé du vent régnant
190 HISTOIRE NATURELLE.
(nord-ouest); la pente douce est vers la montagne, et la
pente abrupte est vers la mer. La profondeur paraît donc
dépendre du vent le plus violent qui agite les flots avec
une force toujours croissante; remue le fond, et jette à la
mer ou sur la digue les dépôts qui tendent sans cesse à
se former dans l'étang.
Le fond de l'étang est composé de couches alluviales
encore peu étudiées, mais qui, très-probablement, sont
comme celles de la plaine voisine, horizontales et alter-
nant avec le sable et la marne argileuse.
La profondeur moyenne de l'eau est de 4 m ,80; le
maximum est de 5 nl ,80; elle marque un degré au pèse-
sel, l'eau de la mer marquant quatre degrés. Les herbes
y croissent en abondance, mais en plus grande quantité
dans les endroits élevés que dans les endroits profonds;
ce sont généralement des Typha, des Sparganium, des
Cyperus, des Scirpus, etc. On y remarque quelques îles
très-petites.
On a calculé que sur une superficie de 58.000.000 de
mètres carrés, l'évaporation de l'étang, en été, était de
388.260 mètres cubes d'eau par vingt-quatre heures, et
de 174.000 mètres cubes en hiver' 1 ).
Les espèces de poissons qui se plaisent le plus dans
l'étang de Salses sont : la muge ordinaire ou mulet,
Mugil cephalus, Cuv.; — le loup de mer, Perça labrax,
Cuv.; — l'anguille vulgaire, Murena anguilla , Lin.; — le
turbot, Pleuronectes rhombus , Blain.; — la sole, Pleuro-
nectes solea, Lin.; — la dorade, Zens faber, Blain., etc.
Parmi les mollusques , on trouve , dans la vase de
;l) Entrait des notes Je M. Titus Falip, ingénieur-géomètre du cadastre.
VALLEE DE L AGLY. 191
l'étang, le Lymnea palustris et le L. minuta, Drap., et
dans les ruisseaux la Paludina impura, Drap.; enfin, la
Paludina acuta et anutina , Drap., sont très-répandues
dans les sagnes ou parties marécageuses.
Les plantes principales qui croissent dans l'étang, sur
ses bords, sur la digue de mer, dans les deux fontaines et
dans les sagnes ou marais, sont : Trifolium maritimum ,
Huds.; — Apium graveolens, Lin.; — Tamarix gallica,
Lin.; — Erythrœa maritima, Pers.; — A triplex laciniata :,
Lin.; — Iilitum virgatum , Lin.; — Salieornia fructicosa,
Lin.; — Poligonum maritimum, Lin.; — Typha latifolia,
Lin.; — T. angustifolia , Lin.; — Sparganium ramosum ,
Lin.; — Spar. natans, Lin.; — Cyperus fuscits, Lin.; —
Scirpus acicularis, Lin.; — Scir. cetaceus, Lin.; — Najas
major, Roth.; — Lemna minor, Lin.; — Juncus conglo-
meratus, Lin.; — J. maritimus, Lam.; — J. oblitsiflorus,
Ehr;— Cladium mariscus , Brom.; — Phragmites gigan-
tea, Gay; — Phragmites communis, Trin., etc., etc.
La vaste plaine qui se déroule du village de Salses
jusqu'à Perpignan, doit être divisée en deux parties dis-
tinctes, c'est-à-dire, en terres hautes et en terres basses.
Les terres basses s'étendent le long de la mer et contien-
nent un principe salin qui les rend très-fertiles en grains
d'une qualité supérieure; ce sont les Salancas, dont nous
avons déjà parlé au début de cet ouvrage. Les parties de
ces mêmes terres les plus voisines de la mer, et où ce
principe salin est en excès, portent le nom de Salobres
et sont envahies par la soude.
Quant aux terres hautes, qui composent les territoires de
Salses, Rivesaltes, Espira-de-l'Agly, Peyrestorles, Baixas
et le plateau du Vernet, près Perpignan, elles forment une
192 HISTOIRE NATURELLE.
plaine horizontale, d'une élévation moyenne de 46 mètres
au-dessus du niveau de la mer, exclusivement consacrée
à la culture de la vigne, et composée à sa surface d'une
terre rougeâtre ou alluvion ancienne, peu épaisse,
recouvrant uniformément un dépôt de cailloux roulés.
Ces cailloux, d'un volume quelquefois considérable, sont
en général faiblement agglutinés par un ciment calcaire
et forment une roche qui se désagrège facilement a l'air.
La flore de ces terrains, trop souvent fouillés par la
culture, ne produit que des plantes communes, dont nous
indiquerons les espèces dans notre botanique du dépar-
tement.
Opol et Taiiîavcl.
« Lorsque des bords de la mer, près de Salses, on se
« dirige au nord-ouest , on trouve , au-delà du château ,
« un monticule formé par un calcaire gris-jaunâtre, très-
ce compacte , a cassure droite et tranchante , finement
« esquilleuse, un peu schisteux et légèrement argileux.
« On atteint ensuite les premières pentes des collines de
« calcaires à caprolines, de teintes claires, plongeant de
« 25° au sud-est. Certains bancs ont pu être exploités
« comme marbre. Us sont d'un gris-bleuâtre clair rap-
« pelant le marbre bleu turquin, mais les veines et la
« teinte sont moins prononcées. On en a extrait des blocs
« considérables sans défauts ni tenaces. Ces calcaires
« prennent tous les talus pierreux inclinés à l'est, que
« l'on rencontre jusqu'à la métairie Parés, sur les bords
« du ruisseau Reboul et au-delà. Leur inclinaison est
« variable et quelquefois inverse de celle du plan général.
VALLÉE DE l'.VGLY. 193
« Dans cette dernière partie elle est de 20 à 23° an sud-
« ouest. Les calcaires sont compactes, gris-verdâtre, et
« présentent de nombreuses coupes de caprotines.
« Dans la butte de Castel- Vieil , ils reposent sur des
«calcaires sehistoïdes, gris-jaunâtre, remplis de frag-
« ments de coquilles indéterminables et représentant la
« couche que nous avons signalée au même niveau dans
« la Clape et l'île de Saint-Martin. Mais au-dessous, au
« lieu de marnes jaunes ou grises supérieures, ou bien des
« calcaires gris à orbitolines, ce sont des marnes et des
« calcaires marneux roses qui viennent affleurer. On y
« trouve subordonnés de petits lits, de m ,0o d'épaisseur,
« composés de calcaire spathique et de chaux carbonatée
« ferrifère.
« En suivant, à partir de ce point, le chemin d'Opol,
« on traverse ces mêmes assises inférieures qui affectent
« des teintes rouges plus ou moins vives. Par suite des
« nombreuses brisures de la grande nappe calcaire qui
« occupait le pays et du soulèvement partiel de ses frag-
« ments, les marnes rouges néocomiennes affleurent ça
« et là, et la route passe à chaque instant de l'une de ces
« roches sur l'autre. La plaine d'Opol, qui forme une
« sorte de bassin à fond plat, est constituée par ces roches
« rouges terreuses , et circonscrites par les calcaires à
«caprotines gris ou blancs, quelquefois saccharoïdes,
« comme au nord de Salses.
« Les ruines du château servent de couronnement à
« un bloc isolé de 20 mètres de hauteur, coupé à pic
« sur toutes ses faces et reposant sur une base en forme
« de tronc de cône. Ce massif rocheux est formé de
« calcaires a caprotines, et son soubassement de 2o à 50
ïoMfi i. 13
194 HISTOIRE NATURELLE.
mètres par les marnes grises et les calcaires noduleux
néocomiens, semblables à ceux de la Clape. Les assises
rouges de la plaine ne se montrent plus. Les fossiles,
assez nombreux, quoique peu variés, sont principa-
lement: Exogyra BoussingauUi , d'Orb.; Oslrea cari-
nata, Lam.? (fragment plus voisin de cette espèce que
de YO. macroptera, Sow.); Exogyra sinuata, Sovv.;
Corbis corrugata, d'Orb.; Cyprina inornata, d'Orb.?
moules voisins, l'un de la C. oblonga, d'Orb., et l'autre
de la Panopœa neocomiensis, id.); Diplopocha Malbosii,
Des.; Orbitolina conoidea; quelques spongiaires et des
serpules.
« C'est à la présence de cette assise marneuse, portée
à une assez grande élévation, au-dessus de la plaine
environnante et surmontée de calcaires compactes plus
ou moins fendillés, qu'est due l'existence du village
d'Opol , qui sans cette disposition ne posséderait pas
d'eau potable, malgré la fertilité relative d'une partie
de son territoire. Les marnes qui supportent le massif
calcaire du château retiennent les eaux pluviales tom-
bant à sa surface et qui produisent trois sources dont
l'origine ne s'expliquerait pas sans cela; car, lorsque,
partant du village, on monte au château, on gravit un
plan incliné, exclusivement formé de calcaires com-
pactes, plongeant au sud-est. Arrivé à son bord supé-
rieur, on voit qu'une faille seule peut avoir porté les
marnes au-dessus de ce bord, qu'elles semblent vouloir
continuer aujourd'hui, et que, par suite, le lambeau
calcaire détaché de la nappe précédente a été relevé
pour constituer le sommet actuel de la montagne
Les marnes néocomiennes viennent affleurer, sur une
VALLÉE DE L'AGLY. 19")
« épaisseur de 2o à 50 mètres et avec une inclinaison
« très-faible au nord-ouest, entre les calcaires compactes
« du château, plongeant dans le même sens, et ceux de
« l'extrémité du grand talus plongeant du côté opposé.
« Les eaux retenues par les marnes sont réunies et ame-
« nées a la fontaine du village par une conduite établie
« dans le plan incliné des calcaires compactes.
« Si l'on remonte la vallée de l'Agly à partir
« d'Espira, on voit que le dépôt de transport dans lequel
« la rivière a tracé son lit n'a qu'une faible importance.
« Les oliviers séculaires , si remarquables par leur gros-
« seur, leur nombre et leur belle végétation , au-dessus
« et au-dessous d'Estagel, sont dans une terre grise
« caillouteuse assez médiocre en apparence et peu pro-
« fonde. La petite vallée de Tautavel , que parcourt le
« Verdouble , et bordée de deux chaînes rocheuses com-
« plétement nues, doit sa fertilité exceptionnelle et les
« beaux oliviers qui l'ombragent, à la présence d'une terre
« jaune, argilo-sableuse, fort épaisse et sans doute encore
« de l'époque quaternaire. Cette végétation toute locale,
« qui contraste avec la sécheresse du pays environnant,
« semble un oasis de verdure au milieu d'un désert de
« pierres, et cesse au sud du village, dès que les roches
« noirâtres, schisteuses, sous-jacentes, viennent affleurer
« à la surface du sol* 1 *. »
Au sommet de la montagne, à oll mètres d'altitude,
est la tour de Tautavel , qu'on aperçoit de toute la plaine
du Roussillon. C'est un de ces nombreux observatoires
(Atalayas ) qui garnissent la crête de nos Pyrénées , et
(I) Le vicomte iTArchiac, ouvrage cité .
1% HISTOIRE NATURELLE.
qui, commençant à la tour de Carroig, au-dessus du cap
Cervèra, finissent au château d'Opol. « La plupart de ces
« tours, » dit Taylor, « ont 40 pieds d'élévation et autant
« de circonférence; leur escalier est pratiqué dans un
« mur de 6 à 7 pieds d'épaisseur; elles ont deux étages
« voûtés, terminés par une plate-forme garnie d'un para-
« pet, et avaient en outre deux étages intermédiaires en
« bois, dont il ne reste plus de trace. Sous le rez-de-
« chaussée était la citerne, indispensable sur ces points
« élevés et privés d'eau. La porte unique, située au sud
« ou à l'est, et deux lucarnes assez élevées au-dessus du
« sol, suffisaient pour éclairer l'intérieur de la tour M. »
Au pied de l'escarpement, a l'est du village, sort la
source d'eau minérale saline désignée dans le pays sous
le nom de Foradada ou Formada. Sa position répond a
une échancrure de la montagne qui sert de voie de
communication entre les deux versants, et ses eaux s'é-
chappent du rocher à travers une de ses fentes. Sa tem-
pérature varie entre 20° ou 25°,7o.
« Si l'on compare cette eau à l'eau saline de Salses, »
dit Anglada, « j'appellerai les eaux de Salses, eaux salines
« hydro-chloratées alcalino-terreuses, et celles de Foradada
« eaux salines sulfatées-terreuses, en prenant pour base de
« la désignation , dans les deux cas , les ingrédients pré-
« dominants par leur quantité ou leur influence. »
C'est sur le territoire de Tautavel qu'on a découvert
des carrières de marbre très-estimées , parmi lesquelles
nous signalerons le marbre jaune, imitant le jaune de
Sienne, métairie Alzine; le bariolé auslracile, nankin
(I) OuTfage ci lé.
VALLÉE DE L AGLY. VJ1
foncé, a idem; brcchc-Montoriol, près Tautavel; brèche-
Héricart, jaune et blanc, idem; brèche de Tautavel ou
petit antique, idem; brèche mauresque, au cimetière des
Maures, idem. M. Philipot, marbrier très-habile, exploite
ces carrières.
La ilore du territoire de Tautavel est à peu près sem-
blable à celle de Notre-Dame-de-Pena, dont nous parle-
rons ci-après.
Ermitage de XoIre-Dnme-de-Penn.
En face de la tour de Tautavel, de l'autre côté de la
vallée de l'Agly, très-resserrée en cet endroit, est situé,
au sommet d'un rocher de 197 mètres d'altitude, l'ermi-
tage de Notre-Dame-ete-Pena (de Peine) ou de Penya (du
Rocher), dépendant de la commune de Cases-de-Pena.
On n'y parvient qu'en suivant les nombreux contours
d'une rampe très-rapide et en montant un escalier de
50 degrés qui domine un précipice. Derrière l'ermitage
s'élève un pignon de rochers en pointe, qu'on appelle lo
Suit de la Donzella, parce que, suivant la tradition, une
jeune fille, pour échapper à la poursuite des Maures, se
précipita de cette hauteur sans se blesser, par l'interces-
sion de la vierge Marie qu'elle avait invoquée au moment
où elle s'élançait dans l'espace.
Sur un point aussi escarpé et dans le voisinage de
grands précipices, l'eau de pluie est la seule qu'on puisse
espérer de recueillir. En l'année 1414, une citerne fut
construite derrière la chapelle, comme le prouve une
inscription.
La montagne sur laquelle est assis l'ermitage, coin-
108 HISTOIRE NATURELLE.
nience à s'élever de dessous la plaine de Rivesaltes, près
de Peyrestortes , dont l'altitude est de 58 mètres seule-
ment, pour longer la rive droite de l'Agly jusqu'à Estagel.
Elle est formée de calcaire compacte, marnes et calcaires
néocomiens.
C'est une station botanique intéressante que le natu-
raliste devra bien fouiller, sans négliger le territoire de la
commune de Cases-de-Pena, de l'autre côté de la rivière,
et particulièrement les vallons situés derrière le village.
C'est dans les schistes décomposés au pied de la mon-
tagne que l'on rencontre VÀnthillis cyhsoides, qui ne vit
pas ailleurs dans le département , et YErodium petrœum
sur les rochers qui forment lo Sait de la Donzella. Nous
signalerons aussi parmi les plantes rares qui vivent dans
cette localité : Glaucium luleum, Scop.; — Gl. cornicu-
latum, Curt.; — Rœmeria hybrida , Dec. ou Glaucium
hybridum de Loiseleur; — Silène muscipula, Lin.; —
Alyssum spinosum, Lin.; — Dianlhus caryophillus, Lin.;
— Erodium petrœum, Wil.; — Cneorum tricoccon, Lin.; —
Anthyllis cytisoïdes, Lin.; — Ononis viscosa, Lin.; — On.
cenisia, Lin.; — On. minutissima, Lin. ou saxatilis de
Lamarck; — Lactuca tenerrima, Pour.; — Centaurea leu-
cantha, Pour, ou C. intibacea de Lamarck; — Colvolvulus
laniiginosus, Desr. ou saxatilis, VahL; — Cynoglossum
cheirifoliiim, Lin.; — Linaria origanifolia, Dec. ou Aîitir-
rhinum origanifolium de Linnée; — Globularia alypum,
Lin.; — Plumbago europea, Lin.;— Uropetalum serolinum,
Gawl. ou Hyacintkns serotinus de Linnée; — Saccharum
cylindricum, Lam.; — Avenu pubescens, Lin.; — Stipa pen-
nata, Lin., etc., etc.
L'entomologie de celte région est aussi riche que sa
VALLÉE DE LAGLY. 190
llore; nous signalerons parmi les inseclcs qui vivent sur
le territoire de Cases-de-Pena : 1 rechus pyrcneus, Déj.;
— Tr. liltoralis, Ziegl.; — Bembidium ustulatum, Fab.; —
B. paludosum, Pauz.; — B. foraminosum, Slrum; — Ta-
chypus picipes, Meg.; — T. flavipes, Fab.; — Achenium
testaceum, Déj.; — Ach. depressum, Grav.; — Lathrobium
biguttatum, Meg/, — Lath. angusticolle, Dabi.; — Pœderus
liltoralis, Gav.; — P. ruficollis, Fab.; — Stemis ocidatus,
Grav.; — St. rusticus, Déj.; — Bledius tricornis, Grav.; —
Bl. litigiosus, Déj.; — Acidota ferruginea, Déj.; — Proteinus
brachypterus, Fab.; — Mycetoporus rufescens, Déj.; — Crato-
nychus ciiimiscens, Déj.; — Cr. spretus, Déj.; — Limonius
serraticornis , Payk.; — Lim. vigripes, G y 1 1 . ; — Agrioles
segcds, Gyll.; — Ag. rusticus, Déj., etc., etc.
Parmi les mollusques qui vivent à Cases-de-Pena, nous
signalerons : Hélix rupestris, Drap.; — H. splmdida, Drap.,
avec toutes ses variétés, entre autres celle à boucbe rose;
H. lapicida, Drap.; — Pupa cynerea, Drap.; — P. variabilis,
Drap.; — P. quadridens, Drap.; — Zaa folliculus, Lamarck,
principalement au pied des fenouils.
Estagcl, llaury et château de Quérlbns.
De Notre-Dame-de-Pena à Estagel, on suit le pied de
la montagne qui longe la rive droite de l'Agly. Cette
commune, peuplée de 2.515 habitants, est adossée aux
roches calcaires qui forment l'extrémité occidentale de
ce rameau; elle est située à l'entrée du riant et fertile
vallon de Latour, dont elle possède une partie. Renommé
pour son vignoble, le territoire d'Estagel l'est bien davan-
tage par ses oliviers séculaires, qui donnent une huile au
200 HISTOIRE NATURELLE.
moins égale à celle de Provence. C'est sous ses murs
que le Yerdoublc se jette dans l'Agly, et c'est aux envi-
rons de la ville qu'on exploite des carrières de marbre
très-eslimées, parmi lesquelles nous signalerons- le marbre
griote, imitant la griote de Caunes (Aude), la griote œil de
perdrix, la brèche Arago.
Estagel a donné naissance a l'homme illustre qui a
conquis dans la science un nom universel, et dont le
pays vénère la mémoire; François Arago est né dans
cette commune le 26 février 1786. Son buste, en marbre
blanc du pays, œuvre du célèbre David d'Angers, est
placé dans la salle de la mairie. Sur un portail de la place
publique, en face de sa maison, est un autre buste en
bronze du même maître.
D'Estagel on se rend à Saint-Paul-de-Fenouillet en
passant par Maury.
« Les territoires de Maury, de Saint-Paul -de-Fenouiilet
« et de Candies occupent une large vallée à surface on-
« dulée, dirigée est-ouest, bordée au nord et au sud par
« les deux chaînes de Saint- Antoine- de-Galamus et de
« Lesquerde.
« La grande vallée ainsi limitée, est a double pente, à
« cause d'une ligne de partage qui la coupe transversa-
« lement près de Saint-Paul (267 mètres) et où naît la
« rivière de Maury, qui parcourt ensuite sa partie orien-
« taie jusqu'à sa réunion avec l'Agly au-dessus d'Es-
« tagel (1) . »
Tout le territoire de Maury est couvert de belles vignes
et de nombreux oliviers; ces végétaux croissent sur un
(t) Vicomte d'Arcliiac, ouvrage cite,
VALLÉE DF l'AGLY. 201
terrain schisteux qui se décompose au contact de l'air et
que l'humidité délite et rend très-friable; il contient
beaucoup de corps organisés, parmi lesquels l'huître à
râteau se montre en abondance.
En face du village, au sommet de la chaîne des Cor-
bières et sur une arête aiguë et isolée, on aperçoit au
loin le château de Quéribus. L'ascension de la montagne
est pénible; arrivé au pied de la roche qui supporte cet
antique castel, on doit encore, pour atteindre la porte de
la forteresse, suivre un sentier très-âpre qui contourne
cette masse. Quelques pans de murs sont en ruines;
cependant on y voit encore bien conservé un donjon de
forme octogone. Un bon homme qui nous conduisait
dans ce pèlerinage, nous assura qu'il existait au château
de Quéribus un souterrain qui allait jusqu'à Narbonne.
La galerie, bien entretenue dans le bon temps féodal,
s'étant affaissée à quelque distance du château, i! était
impossible d'y pénétrer aujourd'hui. Celie tradition, qui
se perpétue dans le peuple de ces montagnes et qui fait le
sujet des contes de la veillée, n'a rien de vrai. Nous cher-
châmes en vain la prétendue galerie souterraine; nous ne
pûmes pas même découvrir Tentrée de ce prétendu che-
min qui, s'il avait existé, n'aurait pas eu moins de 40 à
50 kilomètres de longueur.
La montagne nue et pelée de Maury ne contient que
des buis et des cistes, des astragales, des hélichryses et
quelques autres plantes qui se trouvent aussi sur le terri-
toire de Saint-Paul , dont nous allons parler.
Sur les rochers qui supportent le château de Quéribus,
on peut ramasser le Pupa marginata, Pup. avenu, Pup.
poli/odon et Pup. Farinesi.
20-2 HISTOIRE NATURELLE.
Vallée de SaïeU-Paul-tle-Fenouillet.
La ville de Saint-Paul, de l'ancien pays de Fenouillet,
est assise au milieu de la vallée que nous venons de
décrire, et à égale distance de Maury et de Caudiès. Son
territoire, arrosé par PAgly, renferme quelques points
intéressants qu'on ne doit pas négliger de visiter.
« A un quart de lieue au sud de Saint-Paul, surgit,
« de la base d'un rocher calcaire, et sur la rive gauche de
« la rivière de PAgly, une belle source qui porte dans la
« contrée le nom de Fontaine de la Fou ou Source du
<( Bain de la Fou. La montagne d'où elle provient est
« coupée, en ce lieu, d'une échancrure a parois perpen-
« diculaires, qui offre à PAgly un lit des plus resserrés.
« Un pont a été établi sur les pans de cette coupure, et
« se montre comme suspendu dans les airs : c'est le pont
« de la Fou. Cet assortiment d'accidents ne contribue
« pas peu à imprimer au paysage l'aspect le plus pitto-
« resque.
« La source de la Fou coule du rocher, de haut en bas,
« et le volume de ses eaux est considérable. Ce volume
« varie peu dans les diverses saisons. Cependant, à la
« suite des grandes pluies, il n'est pas rare de voir un
« nouveau lilel d'eau jaillir de la partie supérieure , et
« annoncer ainsi un trop plein accidentel.
« La température de ses eaux fut trouvée de 27° C,
« pendant que celle de l'air ambiant était de 17°.
« Le liquide en est parfaitement limpide, et ne dépose
« aucune matière sédimenteuse dans son trajet. Il n'offre
« aucune odeur appréciable ; la saveur même en est peu
VALEÉE DE ï/agI,Y. 203
« prononcée. On lui trouve surtout la fadeur d'une eau
« tiède
« A quelques pas de la fontaine dont il vient d'être
« question , mais sur la rive droite de l'Agly et sous le
«pont même de la Fou, jaillit encore à travers une
« crevasse de rocher, une seconde source qui est aussi
«très-abondante, et qui, placée le long du chemin de
« Saint-Martin, sert à abreuver les bestiaux
« Celle-ci s'est offerte du moins avec une température
« sensiblement inférieure, et qui n'était que de 21° C;
« mais elle se comportait avec les réactifs à peu de chose
« près comme l'autre, et l'identité de nature était évidente.
« L'une et l'autre sont tout à fait analogues à l'eau saline
« de Tautavel, et comme telles, des eaux salines sulfatées
« terreuses, très-chargées de sulfate de chaux, de sulfate
« de magnésie, mais offrant peu d'hydrochlorate à base de
« magnésie et de soude W. »
Ermitage <Ie Saint-AnSoine-cle-fialainus*
Ce qu'on nomme Y ermitage de Saint- Antoinc-de-Gula-
mus, à peu de distance de Saint-Paul, mais dans une
direction opposée à celle des sources dont nous venons
de parler, est un site des plus remarquables. Le chemin
serpente d'abord à travers les champs et les vignes éche-
lonnés sur un coteau schisteux, pour atteindre un sentier
sinueux et rude, qui se dirige vers un point où, avant de
tourner la montagne, on se trouve arrêté par une grille
de fer. Jusque-là le pays est d'un aspect stérile, et la
•
(I) Anglada . ouvrage cite
204 HISTOIRE NATURELLE.
montagne de Saint-Antoine, dépouillée de toute végétation,
laisse voir la roche nue où poussent, à travers les crevasses,
quelques cistes et des bouquets de buis. Mais, après avoir
dépassé la porte de fer, l'aspect change tout-à-coup, et
le voyageur se croit transporté dans une autre région; il
entre dans un étroit vallon, resserré entre deux montagnes,
droites, escarpées, inabordables, hérissées de rochers,
couvertes d'arbres séculaires, de buis d'une hauteur pro-
digieuse, d'arbustes de la plus grande variété. Dans ce
jardin naturel croissent en abondance les plantes les plus
précieuses : nulle part le botaniste, émerveillé, ne saurait
en trouver en si grande quantité. Au fond du vallon, au
bas de précipices que l'œil tremble de mesurer, l'Agly
roule ses eaux avec fracas sur un lit hérissé de rochers.
Un sentier pratiqué au milieu de la verdure, entre le
chêne-vert, le frêne, l'érable, le micocoulier, le genévrier,
le houx, les lauriers de diverses espèces, s'incline douce-
ment pendant la durée d'un quart-d'heure, se glissant
entre les violettes et sous des touffes de rosiers sauvages,
des berceaux de chèvre-feuille odoriférants, d'arbousiers
aux fruits éclatants et des plantes aromatiques qui rem-
plissent l'air de leurs parfums. Une roche s'élevant en
pyramide à une grande hauteur, fait, avec ce qui vous
entoure, le plus singulier contraste, et ajoute par son
aspect sauvage à l'impression que produit sur l'âme cette
nature si riche dans sa rusticité.
C'est dans les flancs de la montagne que la nature a
creusé une grotte assez vaste. La piété des fidèles l'a
consacrée à saint Antoine, et sur un autel taillé dans le
roc, ils ont placé l'image modestement sculptée du saint
ermite, ayant a ses pieds son fidèle compagnon. Un mur
VALLÉE DE l'.\GLV. v 205
surmonté d'un campanille et percé d'une porte, forme la
clôture de cette église rustique , où le jour pénètre par
un grand vide qui existe entre le cintre de la grotte, très-
élevé à son entrée, et le haut du mur qui ne le ferme
pas entièrement. A gauche, est une autre petite grotte,
dans laquelle existe un bassin rempli d'une eau fraîche
et limpide; il s'alimente d'une fontaine qui tombe goutte
à goutte du plafond à travers les tissures du rocher.
L'habitation de l'ermite, dans la cour d'entrée, en face
des deux grottes, sert ordinairement de cuisine et de
salle à manger pour les visiteurs.
Les plantes, comme nous l'avons dit, sont nombreuses
et variées à l'ermitage de Saint-Antoine : quelques-unes,
particulières à cette localité, la rendent intéressante sous
le rapport botanique; et les naturalistes qui visitent le
département ne manquent point de faire un pèlerinage
à Saint-Antoine-de-Galamus.
M. Jalabert, dans sa géographie du département des
Pyrénées-Orientales, raconte que, en 1817, les habitants
de Saint-Paul voulant, dans un jour de fête, décorer la
place publique, abattirent la plus belle parure de l'ermi-
tage de Saint-Antoine; un buis, qui partout ailleurs est
un modeste arbrisseau, et qui, dans ce désert, élevait sa
cime orgueilleuse à une hauteur de plus de 20 mètres, fut
la victime de ces dévastateurs : que de siècles ne faudra-
t-il pas à la nature pour réparer cet acte de vandale!
Parmi les plantes les plus remarquables du territoire de
Saint-Paul, de la Fou et de Saint- Antoine, nous signa-
lerons les suivantes: ThaUctrum fœtidum, Lin.; — Rainut-
culus auricomus , Lin.; — Corydalis claviculata , Dec; —
Thlaspi avvense, Lin.; — Th. montanum, Lin.; — Lcpidium
206 HISTOIRE NATURELLE.
hirtum, Gren. et God.; — Arabis saxalilis, AU.;— A. verna,
A. Broun; — Cislus nmbellatus, Lin.; — Cist. salvlœfolius,
Lin.; — Cist, corbariensis, Pour.; — Cist. albidus, Lin.; —
Dianlhus deltoïdes, hm. ',—Diant. pungens, Lin.; — Diant.
virgineus, Lin.; — Silène nutans , Lin.; — SU. a cet idis, Lin,',
— Arenaria serpyllifolia, Lin.; — Linum strictum, Lin.; —
Lin. campanulalum, Lin.; — Ononis viscosa, Lin.; — On.
reclinata, Lin.; — On. Cherleri, Des.; — Anthillis montana,
Lin.; — Ant.vidneraria, Lin.; — Lathirus venins, Wim.; —
Lat. cirrhosus, Sering.; — Ltd. niger, Wim.; — Coronilla
glauca, Lin.; — Cor. valentina, Lin.; — Onobrichis capul-
galli, Lam.; — Astragcdus incanus, Gou.; — Lotus hirsidus,
Lin.; — Trigonella hybrida, Pour.; — Rosa villosa, Lin.; —
Ihiplevnim rigidum, Lin.; — Ammi majus, Lin.; — Alha-
manla cretensis, Lin.; — Pucedanum officinale, Lin.; —
Sison amomum, Lin.; — Seseli montannm, Lin.; — Pimpi-
nella saxifraga, Lin.; — Pimp. tragium, Wil.; — Lonicera
pyrenaïca, Lin.; — Valeriana tuberosa, Lin.; — Carlina
corymbosa, Lin.; — Michrolonchus salmanticus , Dec.; —
Pliytuma spicatum, Lin.; — Podaspermum laciniatum,
Dec.; — Crépis albida, Vil,; — £Wca cyrenea, Lin.; — .4r-
&w£ws unedo, Lin., etc., etc.
Les insectes sont aussi nombreux que les plantes; nous
nous bornerons à signaler les suivants : PolislicJms dis-
coïdens, Stev.; — Cymindis melanocephala , Déj.; — Lebia
chlorocephala , Duf.; — Ditomus fulvipes, Latr.; — Elaphrns
idiginosus, Fabr.; — Licinns œquaius , Déj.; — Omaseus
meridionalis, Déj.; — Harpalus subcordatus, Déj.; — An-
thaxia manca, Fab.; — Agrilus laticornis, 111.; — Cardio-
phorus equiseti, Ilerbs.; — Ludius signalas, Panz.; — Lud.
cruciatus, Fabr.; — Cyphon pallidus , Fabr.; — Tricodcs
VALLÉE DE L'AGLY. 201
alveariMs,F&b.; — Anobiumtessellatum,Fzb.', — Scydmcenus
LatreiUi, Déj.; — Scaurus (drains, Fab.; — Asida pyren$a,
Déj.; — Pedimis dermesloïdes , Fab.; — Bolitophagus cre-
natus, Fab.; — Lagria hirta, Fab.; — Meloœ pr oscar abeas,
Fab., — /Edemera flavescens, Lin.; — Bruchus ruficornis,
Déj.; — Rhynchites fragariœ, Sturm; — Rh. liispanicus,
Déj.; — Bradtyccres undatus, Fab.; — Tanymcchus pallia-
ius, Fab.; — Mclalliles iris, Oliv.; — Clconis sidciroslris,
Fab.; — Cl. plicatus, Olivi.; — Molytes fmco-maculata ,
Fiab.; — Phyttobius flavipes, Sturm; — Otiorhynchus pyre-
neus, Déj.; — Lixus paraplecticus , Fab.; — Anthonomus
druparum, Fab., etc., etc.
Caudids» &a Boulzanc et Col Saint-Louis.
« Dans la vallée de Caudiès, continuation directe de
« celle de Saint-Paul, le paysage prend des formes plus
« grandioses et mieux arrêtées que dans les autres parties
« méridionales des Corbières, quoique toujours les mêmes
« quant à leurs caractères généraux. Comprise entre deux
« murailles rocheuses presque verticales , cette vallée a
« quelque analogie avec celle du Graisivaudan vue de
« Grenoble; mais, si cette dernière se fait remarquer par
« l'abondance des eaux , la richesse et la fraîcheur de la
« végétation , et la plus grande élévation des montagnes
« qui la bordent, surtout à Test, la vallée de Caudiès
« l'emporte par l'élégante symétrie et l'originalité de ses
« lignes de perspective , par les contours hardis et har-
« monieux a la fois de ses profils, et surtout par ces tons
« chauds et vigoureux que revêtent ses divers plans lors-
« qu'on peut les admirer par un beau jour d'été, au lever
V 2U8 HISTOIRE NATURELLE.
« et au coucher du soleil. Il y a un charme infini dans
« l'aspect que prend alors toute la nature voilée d'une
« riche teinte mélangée de pourpre et d'or, diversement
« nuancée suivant l'éloignement des objets; sa transpa-
« rence parfaite n'ôte rien à la pente ni à l'extrême
« finesse des contours montagneux , toujours détachés
« sur le fond du ciel , avec cette netteté particulière
« inconnue dans les régions du nord M. »
La vallée de Caudiès est arrosée par la Boulsane.
Cette rivière descend du roc de l'Escale, passe à Mont-
fort, Gincla, Salvesimes, Puylaurens, tourne à l'est à La
Pradelle, baigne le pied oriental du Col Saint-Louis,
contourne les murs de Caudiès et va se jeter dans l'Agly
au sud de Saint-Paul, en avant du défilé de la Fou.
Caudiès est situé à l'extrémité ouest de la vallée; cette
commune compte 1.551 habitants; elle est au pied de la
longue montée qui mène au Col Saint-Louis; son terri-
toire, en tout point semblable à celui de Saint-Paul,
reproduit les mêmes cultures, seulement le climat y est
plus froid, La flore est la même qu'à Saint-Paul, moins
toutefois les richesses botaniques de Saint-Antoine-de-
Galamus.
Pour aller au bois des Fanges, qui est une station
botanique très-intéressante, le naturaliste doit gravir la
rude montée du Col Saint-Louis, qui n'a pas moins de
o kilomètres. La route, taillée dans le roc, longe cons-
tamment un précipice affreux. Ce passage est très-redouté
des voyageurs renfermés dans les voitures publiques; la
descente surtout est effrayante par la rapide impulsion
(I) Vicomte d'Archiac, ouvrage cité.
VALLÉE DE L'AGLY. ^O'J
que la nature du terrain imprime au véhicule et par l'allure
que l'on donne aux chevaux pour éviter les dangers qu'une
course trop lente pourrait engendrer. Le naturaliste, qui
n'a pas à redouter ces dangers puisqu'il voyage à pied,
trouvera dans les crevasses de la montagne quelques
plantes qui vivent sur les calcaires, et ramassera, sur la
roche nue, des pupa en quantité.
Nous signalerons entre autres plantes: Adonis vernalis,
Lin.; — Dentaria digitala, Lam.; — Diplotaxis muralis,
Dec; — Alyssum spinosum, Lin.; — Al. calicinum, Lin.; —
Cistus albidus, Lin.; — C. laurifolius , Lin.; — Ethionema
saxatile, Brow.; — Helianthemum guttalum, Mil!.; — Alzine
tenuifolià, Cranlz; — Dianthus pungens, Lin.; — Buplevrum
odontites, Vil.; — Silène inaperta, Lin.;— Linv.m campami-
lalum, Lin.; — Rhamnus alpina, Lin.; — Rh. cathartica,
Lin.; — Genista sagittalis, Lin.; — Ononis spinosa, Lin.; —
Globularia cordifolia, Lin.; — Aster alpinus, Lin.; — Astra-
gclus pentaglotis, Lin.; — Astr. Stella, Gouan ; — Centaurea
montana, Lin.; — Hyeracium villosum, Lin.; — //. cerin-
thoïdes, Lin.; — Campanula bcllidifoUa , Lap.; — Pedicu-
laris rostrata, Lin.; — P. verticillata, Lin; — Aira flcxuosa,
Lin.; — Asplenium ruta-muraria, Lin., etc , etc.
Parmi les insectes de cette région, nous signalerons :
Cymindis faminii, Déj.; — Brachinus glabratus, Bonel.; —
Carabus auralus, Sol.; — Car. catenulaius, Fab.; — Car.
rutilons, Déj. (La belle variété toute verte de ce beau
carabus se trouve dans les gorges du Col Saint-Louis,
sous les pierres et parmi les broussailles.) — Nebria Oli-
vieri, Déj.;—Licinus œquatus, Déj.; — Sphodrus planus,
Fab.; — Dycliopterus rubens, Meg.; — Omalisus sutwralis,
Fab.; — Gibbium sulcicolle, Strum; — Mycterus mnbella-
TOME I. 14
210 HISTOIRE NATURELLE.
{arum, Fab.; — Brachytarsus niveirostris, Déj.; — Ram-
phus flavicornis, Clairv.; — Ornas hirsidulus, Fabr.; —
Peritelus sphœroïdcs, Crantz; — Doritomus juralus, Chev.;
— Dorit. dorsalis, Fab.; — Dorcadion rufipes, Fab.; —
Dore, striola, Déj., etc., etc.
Sur les roches de la montagne, l'on trouve: Hélix
rupestris, olivetorum , comea, lapicida , rotundata, et
les Pupa granum, cinerea, tridens, dolium, et les Cyclos-
toma elegans, patidum, obscurum.
For£t des Fanges.
Quoique la forêt des Fanges ne soit pas renfermée
dans les limites du département des Pyrénées-Orientales,
nous n'hésitons pas à la comprendre dans notre itinéraire
par le motif qu'elle touche le sommet de la rampe du Col
Saint-Louis, où nous venons de nous arrêter, et que la
botanique et l'entomologie de cette localité sont très-
intéressantes pour le naturaliste.
Cette forêt occupe tout le haut massif de la chaîne
"Saint-Antoine qui, après s'être déprimée au Col Saint-
Louis, se relève à 951, 992 et jusqu'à 1.014 mètres au
Tuc-du-Fouret , pour constituer les grands escarpements
de la forêt : elle a 7 kilomètres de longueur et 2 à 5 de
large; le sapin la peuple entièrement; elle est parfaite-
ment entretenue par l'État, et ressemble à un immense
parc. Elle est habitée par le faucon pèlerin , Falco père-
grinus, Lin.; l'aigle impérial, Falco imperialis, Temm.;
l'aigle Jean-le-Blanc, Falco Brachydactylus, Wolf.; l'aigle
à tête blanche, Falco leucocephalus, Lin.; l'autour, Falco
palumbarius, Lin.; la buse bondrée, Falco apivorus, Lin.;
VALLÉE DE LAGLY. 211
le geai, Corvus glandarius, Lin.; le rollier, Coracias gar-
rula, Lin.; le merle à plastron blanc, Turdus torque/tus,
Lin.; plusieurs fauvettes; l'accenleur des alpes, Accentor
alfinus, Bech.; le bouvreuil, Pyrrhula vulgaris, Bris.;
le pic noir, Picus martius, Lin.; le pic vert, Picus viridis,
Lin.; le pic épeiche, Picus major, Lin., etc.
Autrefois les ours étaient assez communs dans la forêt
des Fanges; mais aujourd'hui ils ont entièrement disparu.
En revanche, on y voit une grande quantité de loups, de
renards, de fouines, de blaireaux, etc., etc.
Les plantes qu'on rencontre dans la forêt et dans les
prairies environnantes sont très-abondantes; nous signa-
lerons: Delphinium monta num, Dec; — Ranunculiis hede-
raceus, Lin.; — R. thora, Lin.; — R. aconitifolius , Lin.; —
Dentaria digitata, Lam.; — Diplotaxis tenuifolia, Dec; —
Lepidum hirtum, Dec; — Cistus salviœfolius, Lin.; — Cist.
albidus, Lin.; — Alzine tenuifolia, Crantz; — Dianthus vir-
gineus,hm.\ — D. deltoïdes, Lin.; — Saxifraga geranioïdes,
Lin.; — S. rotiindifolia, Lin.; — Buplevrum falcatum, Vill.;
— Bupl. rotundifolium, Lin.; — Silène italica, Lin.; — SU.
saxifraga, Lin.; — Linum catharticiim, Lin.; — Lin. galli-
cum, Lin.; — Rhamnus frangula, Lin.; — Rh. infectorius,
Lin.; — Genista cinerea, Lin.; — Gen. sagitlalis, Lin.; —
Ononis spinosa, Lin.; — On. columnœ, Alli.; — Globularia
cordifolia, Lin.; — Glob. nudicaulis, Lin.; — Âstragalus
glycyphyllos, Lin.; — Ast. stella, Gou.; — Centaurea pani-
culata, Lin.; — Cent, migra, Lin.; — Hyeracium villosum,
Lin.; — H. prenanthoïdes,\\\ .; — H. amplexicaide, Lin.; —
Campanula rotiindifolia, Lin.; — C. rapunculus, Lin.; — Pe-
dicidaris rosir ata . Lin.;— P '. foliosa, Lin.; — Air a flexuosa,
Lin.; — Carex hirta, Lin.; — Car. halleriana, Ass., etc.
212 HISTOIRE NATURELLE.
Nous avons trouvé dans la forêt des Fanges; sur l'é-
corce des arbres et parmi les broussailles entraînées par
les eaux au fond des ravins, un mollusque rare la Vilrina
subglobosa de Draparnaud; on peut également se procurer
toutes les variétés de V Hélix nemoralis, Drap.; enfin, on
trouve dans cette forêt les trois belles variétés du limace
gigantesque, Limax cynereus, Drap., dont la première
se distingue par une couleur gris-cendré et la cuirasse
bleuâtre ; la seconde, par la cuirasse tachetée de noir, et
la troisième, par le dos fascié de noir et la cuirasse
parsemée de taches de la même couleur.
L'entomologie y est représentée par : Cymindis hume-
ralis, Fab.; — C. punctata, Bois.; — Lebia rufipes, Déj.; —
Ditomus fulvipes, Latr.; — Dit. sphœrocephalus, Oliv.; —
Carabus hortensis, Fab.; — Car. splendens, Déj. (On peut
en faire une ample provision.) — Elaphrus riparius, Fab.;
— EL cupreus, Meger; — Chlœnius nigricornis, Fab.; —
CM. holosericeus, Fab.; — Chl. chrysocephalus , Ros.; —
Licinus depressus, Payk.; — Omaseus mêlas, Creutz; —
Arpalus maculicornis, Meg.; — Anlhaxia viminalis, Ziegl.;
— Agrilus bifacialus, Oli.; — Cardiophorus luridipes, Déj;.
— Ludius melallicus, Payk.; — Cyphon pubescens, Fab.; —
Malachius spinipennis, Ziegl.; — Mal. marginalus, Déj.;
— Trichodes leucopsideus, Oli.; — Scydmœnus Reaumurii,
Déj., — Scaurus lugubris, Déj.; — Asida porcata, Déj.; —
Crypticus gibbulus, Sellée.; — Neomida bicolor, Fab.; — Upis
ceramboïdes, Fab.; — Monocerus bi-nolatus, Gebl.; — Mon.
major, Déj . ; — Urodon pigmeus,$lo . ; — lihynchiles cupreus,
Fab.; — Apion nigritarse, Kirby; — Ap. albicans, Déj.; —
Sciaphilus fulvipes, Déj.; — Easomus ovulum, Illiger; — -
Polidrusus paganus, Déj.; — Barynotus lœvigalus, Déj.; —
<->
VALLÉE DE L'AGLY. 21'
Phytonomus tigrinus, Déj.; — Peritelus senex, Déj.; — Lixus
rufitarsù, Sclio.; — Lariiws ursus, Fab.; — L. buccinator,
Oliv.; — Pissodes Gyllenhalii, Scho.; — Spondylis bupres-
toïdes, Fab.; — Purpuricenus globulicollis, Déj.; — Rosalia
cUpina, Fab.; — Hesperophanes holosericeus, Ros.; — Mori-
mus fnnestus , Fab.; — Dorcadion striola, Déj.; — Dore,
méridionale, Déj.; — Oberea pupillata, Scbo.; — Vesperns
Xatartii, Déj.; — Bhagium mordax, Fab.;—/?. indîgator,
Fab.; — Stenura cruciata, Oliv.; — St. melanura, Fab., etc.
La Fraclclle. Pnylaurens, SalvesimcM
et Gincla.
Après avoir fouillé la forêt des Fanges, le naturaliste
descendra la montagne par son côté sud-est dont les pen-
tes sont très-praticables, et se dirigera vers La Pradelle,
métairie située non loin du hameau de Lavagnac, sur la
rive gauche de la Boulsane, et où une scierie est mise
en mouvement par les eaux de la rivière. La Pradelle est
un site admirable et très-pittoresque; ses environs sont
charmants et les pentes du terrain y sont déjà fort douces.
De belles prairies fournissent le fourrage nécessaire à une
exploitation rurale considérable. De l'autre côté de la
rivière le sol est plat et très-étendu; il est couvert de
granges.
En remontant le cours de la Boulsane, on arrive à Puy-
laurens, et i kilomètres plus haut l'on trouve le village
de Salvesimes. Dans cette dernière localité, produits de la nature; des ruis-
seaux nombreux et abondants distribuent l'eau sur tous
les points, et les terres bien arrosées et bien fumées sont
constamment couvertes de moissons : on peut comparer
ce pays aux fertiles terroirs de Millas , Ille et Néfiach ;
enfin, les coteaux sont couverts d'oliviers magnifiques et
de vignes pleines de vigueur. C'est surtout vers Monner,
village placé au pied septentrional de Força-Real que les
vignes et les oliviers se montrent en plus grande abon-
dance; les fruits de toute espèce y sont supérieurs, les
vins délicieux et l'huile a la réputation bien méritée d'être
la meilleure du département.
Une belle route relie Latour à Estagel, point d'où nous
sommes partis, et où nous revenons après un long circuit
à travers les vallées de la Maury, de la Boulsane et de la
région moyenne de l'Agly.
-lîij
±î\ HISTOIRE NATURELLE.
CHAPITRE VII.
VALLÉE DU LLAURENTI ET ILE SAINTE-LUCIE.
§ 1 er .— Maurenti.
Une chaîne de montagnes unies ensemble, dépen-
dant de trois départements différents, Aude, Ariége et
Pyrénées-Orientales, forme plusieurs vallées très-riches en
objets d'histoire naturelle. Par tradition, les naturalistes
de tous les pays connaissent cette contrée sous le nom
de Llaurenti, dénomination que beaucoup de gens de la
localité ignorent complètement.
La chaîne du Llaurenti s'étend depuis l'extrémité de la
vallée de Carol au Port de Puig-Morens (2.980 mètres
d'altitude), jusqu'au Port de Pallères (2.250 mètres
d'altitude), vallée de Mijanés, dans le Pays de Sault.
Dans son étendue elle confronte les vallées de la Cer-
dagne et du Capcir, au midi; celles de l'Ariége, à l'ouest,
et celles de l'Aude, à l'est et au nord, contrées qui cons-
tituaient l'ancien Donnezcui.
Dans une étendue de dix lieues carrées, le Llaurenti
offre de riches montagnes avec des sites très-variés. Dans
les parties basses, on voit plusieurs villages, entourés
de belles prairies, parsemées d'arbres qui étendent leurs
branches en dôme sur des pâturages d'une fertilité éton-
VALLÉE DU LLAURENTI. 225
nanle; au fond des Conques (petits vallons en forme
d'entonnoirs) des plus hauts plateaux, sont des lacs très-
étendus et très-poissonneux; sur les flancs des coteaux
s'étendent des forêts de noisetiers, de bouleaux, de hêtres
et de sapins séculaires; des prairies émaillées de fleurs
et des pelouses d'une étendue immense s'étalent sur les
sommets les plus élevés ; des torrents formés par le trop
plein des lacs et par la fonte des neiges supérieures, ser-
pentent dans toutes les vallées et viennent se joindre en
un seul lit pour former la petite rivière d'Artigues, qui va
se dégorger dans l'Aude. Au sein de cette nature riante,
dans l'isolement le plus complet, rien ne vient troubler
votre recueillement. Le chant mélodieux du merle de
roche, le cri aigu du bec croisé, joints au mugissement
du taureau, vous donnent seuls quelque distraction : tout
est bonheur dans ce calme parfait; et si, parfois, quelques
accents humains viennent frapper votre oreille, c'est la
voix du pâtre gardant ses bestiaux, houloudant (froissant,
amollissant) la peau desséchée de l'agneau qui doit le
garantir pendant la saison des frimats; il chante de vieux
refrains qui n'ont pas dépassé les limites de ces riantes
contrées.
Le Llaurenti est aussi élevé que le Capcir; à la fin
d'août on trouve encore, en beaucoup d'endroits, des
masses de neige qui attendent le retour de celle que le
mois d'octobre va répandre de nouveau. Terrain primitif
dans toute la région supérieure, il présente, sur plusieurs
points, le plus horrible tableau des déchirements de la
terre, à l'époque du soulèvement des Pyrénées.
Deux routes sont ouvertes pour aller de Perpignan au
Llaurenti. Llles sont d'une longueur égale, 2o lieues
ÏUME 1. \0
220 HISTOIRE NATURELLE.
environ : l'une, suit la vallée de l'Agly, la Boulsane et la
forêt de Salvanère; l'autre, passe par la vallée de la Tet,
Olette et le Capcir : cette dernière est celle que nous
avons choisie.
Le trajet de Perpignan à Olette est connu ; nous l'avons
décrit.
En partant d'Olette, il faut suivre la rive droite de la
petite rivière de Cabrils pour gravir la montée très-pénible
de la Coste-Llargue (côte longue). Chemin faisant l'on
explore les ravins , tout en se dirigeant sur Ayguatébia ;
après quoi l'on escalade les roches granitiques de la
montagne de Ralleu, et l'on franchit le Col de Creu pour
entrer dans le Capcir. Bientôt l'on est à Formiguères,
point de relâche que nous connaissons déjà, où l'on passe
la nuit. Le lendemain, de bonne heure, Ton traverse les
prairies qui conduisent à Fontrabiouse ; on monte au Col
d'Ares, point culminant qui sépare l'Aude des Pyrénées-
Orientales, et l'on descend au Llaurenti. A midi on est
à Quérigut, capitale de la contrée.
Quérigut est un chef-lieu de canton du département
de l'Ariége ; on y compte i .500 habitants : c'est le point le
plus propice pour établir son quartier-général. On dépose
le gros des effets dans l'auberge, parfaitement tenue par
le maître d'école, et l'on herborise dans tous les environs,
très-riches en plantes rares.
Montagne du Llanrenti et Étang de Quérigut.
De Quérigut, il faut aller explorer la montagne du Llau-
renti, soit en droite ligne, par le chemin d'Artigues, soit
en tournant la montagne de Quérigut. La direction la plus
VALLÉE DU LLAURENTI. 227
fructueuse est celle qui, au sortir du village par le levant,
se dirige, à travers les prairies, vers la Côte d'en Oumbet.
Là est un bois de fayards qui a de grandes éclaircies, et
qui renferme des prairies humides, où l'on cueille des
plantes en abondance; la rivière coule au pied de ce bois;
on la traverse au Prat d'en Coy, et on gagne le bois de
la Limouse; on monte toujours en côtoyant un ravin à
travers bois et des pelouses tourbeuses remplies de jolies
plantes; on arrive au Pas de l'Aigua ; on côtoyé le ruis-
seau qui borde le bois et l'on monte toujours en se diri-
geant vers Campelles. Ici l'on doit faire une longue station
pour explorer lé trau dé la Muller d'enJau, prairies immen-
ses, accidentées, ombragées, couvertes de fleurs alpines.
Préservée de la dent des bestiaux depuis plusieurs années,
la végétation de ce pays est des plus luxuriantes; la belle
Valeriana pyrenaïca y croît à la hauteur d'un mètre.
Après avoir parcouru les prairies à droite et à gauche,
l'on s'achemine vers l'étang de Quérigut, en remontant le
ruisseau formé par les eaux qui s'échappent de cet étang.
L'accès en est un peu difficile; on doit passer dans des
fourrés qui fournissent des plantes rares, telles que:
Rosa alpina , Lin.; — Geum rivale, Lin.; — Saxifraga
geranioïdes, Lin.; — Sonchus palustris. Lin.; — Lactuca
plumieri, Gren. et God.; — Pyrola rotundifolia, Lin.; —
P. miner, Lin. (ces deux dernières parmi les fourrés).
Enfin , on arrive sur le plateau de l'étang : les alentours
sont très-riches en plantes. Il faut visiter les prairies et
les petites vallées qui avoisinent la Conque de l'étang : les
papillons des régions alpines abondent en ce lieu; ensuite
on monte par les Llises, éboulis schisteux, difficiles à gra-
vir, jusqu'aux rochers qui dominent l'étang, où l'on ren-
±1% HISTOIRE NATURELLE.
contre en abondance le Lillum pyrena'icum , et l'on va
coucher à la Jasse de la Bentaillole, située au milieu du
plateau supérieur.
Le vaste plateau de la Jasse de la Bentaillole est très-nu
et n'offre pas un grand appât au naturaliste : son explo-
ration ne retient pas longtemps; on se dépêche donc
d'aller visiter le Bosc Nègre ( le bois noir). On se dirige,
ensuite, vers le Pla de l'Ours, où se trouvent des prairies
immenses, garnies des plus jolies fleurs alpines, telles que:
Primida integrifolia, Lin.; — Banuncidus pyreneus, Lin.;
— Viscaria alpina, Fries.; — Asler alpi nus, L\n.;— Gentiana
pyrenaïca, Lin.; — G. verna, Lin.; — Pinguicula grandi-
flora, Lin.; — Yaccinium uliginosam, Lin., etc., etc.
Ces prairies conduisent au Pla de Bernard, situé sur
le sommet de la montagne Bentaillole, d'où l'on descend
par les bois de la Gandide vers Boutadiol , pays très-
accidenté, couvert de bois immenses, où l'on récolte de
très-bonnes plantes, entre autres plusieurs saxifrages,
Silène acaidis, Lin.; — Loiseleuria procumbens, Des., etc.
On descend, toujours en herborisant, vers les Aiguet-
tes, jasse située sur le plateau triangulaire que forment
les deux torrents qui descendent de l'étang du Llaurenti,
et qui se rejoignent a quelque distance pour former la
rivière de Quérigut ou d'Àrtigues. On se repose à cette
jasse pour gravir ensuite la montagne à travers bois, et
monter sur le plateau où est situé l'étang du Llaurenti.
Ici, on trouve une grande jasse, où se retirent les trou-
peaux du pays de Foix qui viennent y passer la belle
saison.
VALLÉE DU LLAUHENTI. 2"29
Htang du Llaurenti ( Eloc Blanc* fontaine glacée
et gorge du Salllens.
L'étang du Llaurenti, qu'on appelle dans le pays l'étang
d'Artigues, est situé à l'entrée d'une gorge qui forme
d'abord un bassin arrondi de 450 mètres de circonfé-
rence ; l'eau en est très-froide, mais très-légère ; on pré-
tend que le poisson n'y vit pas à cause de sa température.
Quatre pics entourent l'étang; on ne doit pas négliger
de les visiter, pour y recueillir des plantes nombreuses
qui croissent parmi leurs roches très-escarpées : le plus
élevé porte le nom de Roc Blanc, parce qu'il est
constamment couvert de neige; il a 2.604 mètres d'alti-
tude. La gorge, dont la direction est E.-O., se rétrécit
immédiatement après qu'on a dépassé l'étang. A 500 pas,
on rencontre une source très-abondante, dont l'eau est
si froide qu'elle n'accuse qu'un degré au-dessus de zéro.
Tout près de cette fontaine et sur les rochers, on trouve :
Gentiana nivalis, Lin.; — Buplevrum angulosum, Lin., ou
H. pyreneum, Gou.; — Aslrancia minor, Lin.; — Angelica
Razulii, Gou.; — Hutchinsia alpina , Brow., et plusieurs
saules des régions sub-alpines.
Vu de l'étang et à travers l'échappée du vallon , le
Llaurenti se présente sous l'aspect d'un tableau magni-
fique et pittoresque. La gorge dans laquelle on herborise
mérite une attention particulière, puisqu'on y récolte:
Veroriïea mnnmular/a , Gou.; — Ver. bellidioïdes, Lin.; —
Allium scoroclophrasum, Lin.; — Drias oclopclaht , Lin.;
— Oxitropis pyrenaïca, Gren. et God.; — Oxi. uralensts,
Bung; — Careœatrata, Lin.; — C. digitata, Lin., etc.
230 HISTOIRE NATURELLE.
On quitte cet endroit en suivant la petite rivière qui
sort de l'étang, et qui se jette dans la gorge de Saillens;
on descend vers le Pla d'en Bosch, et on traverse les
belles horreurs de Fronteils, accumulation immense de
roches granitiques, qui représentent bien les boulever-
sements qu'a éprouvés ce lieu sauvage pendant les révo-
lutions du globe. On s'achemine, ensuite, par les bois et
prairies, couvertes d'ombellifères et de liliacées, vers
Mijanés, où l'on va coucher, pour être plus à portée
d'explorer le lendemain la vallée qui conduit au port de
Pallères.
Vallée de Mijanés.
La vallée de Mijanés a une étendue de 12 kilomètres;
elle conduit au port de Pallères, dont l'altitude est de
2.550 mètres : une très-belle route y conduit le voyageur.
En sortant du village, à gauche de la grand'route, se trou-
vent d'immenses prairies, qu'on appelle Clots de Pallères:
c'est une contrée très-accidentée, coupée de plusieurs
ravins et de monticules, parsemée de plusieurs bouquets
d'arbres touffus, couverte de plantes alpines, et où l'on
peut faire une abondante moisson. Ces prairies conduisent
graduellement aux contreforts de la montagne de Pallères,
où des neiges éternelles fournissent beaucoup d'eau, qui
se répand dans les prairies et y entretient la fraîcheur.
On explorera avec soin les nombreux vallons situés sur le
revers sud de la montagne. On visitera toutes les gorges où
sont situées les jasses de Ca'n Russe, où les troupeaux du
pays de Foix viennent passer la belle saison, et petit-à-
petit, à travers une végétation luxuriante, on arrivera au
VALLÉE DU LLAURENTI. 231
sommet du port de Pallères. Sur ce point, est un plateau
très-étendu, couvert de gazon, qu'on nomme Pla de Mon-
pure; il est traversé par la grand'route qui conduit à Foix.
Au midi du port de Pallères, se trouve la Jasse Bédallcre,
qui est aussi entourée de belles pelouses et d'un terrain
frais et accidenté. Tout à fait au nord de cette montagne,
dans une position très-pittoresque, est établie la Jasse
Dourtounan. Toute cette région est charmante; on la
parcourt sans trop de fatigue et on y fait une ample mois-
son en plantes et en insectes rares, parmi lesquels nous
signalerons : Anémone alpina, Lin.; — A. montana, Hop.;
— A. ranuncidoïdes , Lin.; — Adonis pyrenaïca, Dec; —
Ranunculus platanifolius, Lin.; — Ran. pyreneus, Lin.; —
Papaver alpinum, Lin.; — Draba pyrenaïca, Lin.; — Dr.
tomentosa, Wahl.; — Iberis garrexiana, Alli.; — Cardamine
alpina, Wild.; — Arabis alpina, Lin.; — Viola calcarata,
Lin.; — Silène rupestris, Lin.; — Arenaria ciliata, Lin.; —
Aren. grandi flora, Alli.;— Cerastium latifolium, Lin.; —
Asperida nodosa, Pour.; — Rhamnus alpina, Lin.; — Oxi-
tropis Alleri, Bung.; — Ox. pyrenaïca, God. et Gren.; —
Drias octopetala, Lin.; — PolentiUa grandiflora, Lin.; —
P. stipidari 's, Pour.; — Saxifraga petrœa,\À\\.', — S. mutata,
Lin.; — S. média, Gou.; — S. pentadactylis, Lap.; — Ange-
lica pyrenea, Spren.; — Laserpitium Nestleri, Wil.; — Las.
siler, Lin.; — Molopospennum cicatarium, Dec; — Asperida
pyrenaïca, Lin.; — Valeriana tripteris, Lin.; — V. tuberosa,
Lin.; —Lactuca plumieri, Gren. et God.; — Crépis grandi-
flora, Tausch; — Carduus médius, Gouan; — Arlhemisia
mutelliana, Wil.; — Senecio incanus, Lin.; — Achillea nana,
Lin.; — Loiseleuria procumbens, Desv.; — Genliana bava-
rica, Lin.; — G. nivalis, Lin.; — G. pyrenaïca, Lin.; —
232 HISTOIRE NATURELLE.
Veronica alpina, Lin.; — V. ponœ, Gou.; — V. latifolia,
Lam.; — Horminum pyrenaïcum, Lin.; — Androsace pyre-
naïca, Lam.; — And. septentrional! s , Lin.; — Poligonmn
alpinum, Alli.; — Salix retusa. Lin.; — S. laponum, Lin.;
S. arenaria, Dubi; — Polygonalum verticillatum, Alli.; —
Luzida nivea, Lin.; — L. spicata, Dec; — Cyperus aiireus,
Ten.; — Carex limosa, Lin.; — A^'ra alpina, Lin.; — Lyco-
podium alpinum, Lin.; — L. selaginoïdes, Lin.; — Polypo-
dium dryopteris, Lin.; — P. cristatum, Lin., etc., etc.
De Mijanés à Quérigut il y a 6 kilomètres. On rentre
dans cette dernière localité, où l'on dispose tout son
butin pour revenir à Perpignan.
§ II.— Ile Sainte-Lucie.
L'ile Sainte-Lucie est une station botanique très-im-
portante, et visitée par tous les naturalistes qui viennent
dans les Pyrénées-Orientales. Elle contient [plusieurs
plantes qui lui sont propres : c'est pour ce motif que
nous l'avons comprise dans la llore du Roussillon. Du
reste, elle touche pour ainsi dire notre déparlement, et
le chemin de fer de Perpignan y transporte en une heure.
L'ile Sainte-Lucie, autrefois Canchène ou Conquenne,
est située à l'extrémité du canal de la Robine, entre les
étangs de Gruissan et de Bages, qui n'en formaient qu'un
seul avant la construction du canal. Ce canal passe au pied
de l'île, la contourne-nu nord et h l'est, et va se jeter à la
mer au Grau de La Nouvelle. Cette île, célèbre autrefois,
ne conserve de son antique splendeur que des ruines
romaines du plus grand intérêt. Elle a une lieue d'éten-
due, et demi-lieue de largeur. Elle est couverte de terres
ILE SAINTE-LUCIE. 233
cultivées, de vignes, etc., et forme un domaine magni-
fique, appartenant à M. Delmas, de Narbonne : le chemin
de fer la traverse dans toute sa longueur. Sous le rapport
de Tliistoire naturelle, le botaniste, le conchyliologiste et
l'entomologiste peuvent y faire d'amples moissons. Parmi
les plantes rares qu'on y rencontre , nous signalerons :
Alyssum marilimum, Lam.; — Sagina erecta, Lin.; — Silène
mussipula, Lin.; — Erodium romanum, Lin.; — Er. litto-
rcum, Dec; — Astragalus massiliensis, Lam.; — Buplevrum
glaucwm, Bob.; — Caucalis maritima, Lam.; — Smirnium
olusalrum, Lin.; — Crilhmum maritimum, Lin.; — Scabiosa
maritima, Lin.; — Crucianella maritima, Lin.; — Scott/mus
maculât us, Lin.; — Santolina incana,L&m,\ — Heliotropium
curassavicum, Lin.; — Centaurea leucantha, Pour.; — Cir-
sium echinatum, Dec; — Cirs. ferox, Dec; — Artcmisia
gallica, WiL; — Hyociamus aureus, Lin.; — H.niger, Lin.;
— Phhmis ligtiids, Lin.; — Statice limonium, Lin.; — St.
hjchnidifolia , Gir.; — St. confusa, God. et Gren.; — St.
girardiana, Gull.; — St. duriuscula , Gir.; — St. virgala,
WiL; — St. beUidifolia, Gou.; — St. echioïdes, Lin.; — St.
ferulacea, Lin.; — St. diffusa, Pour.; — St. Companyonii,
Billot et Grenier; — Limoniaslnim monopetalum, Bois.; —
Plumbago europea, Lin.; — Plantago maritima, Lin.; —
Rupia maritima, Lin.; — Saticornia fructicosa, Lin.; — S.
herbacea, Lin.; — Ononis ramosissima ,Des.; — O.hreviflora,
Dec; — Amarantus deflexus, Lin.; — A. retroflcxus, Lin.;
— A. albus, Lin.; — Atriplexlaciniata, Lin.; — .4/r. ftafo'-
mhs, Lin.; — Beta maritima, Lin.; — Kochia prostrata,
Schard.; — Saticornia fructicosa, Lin.; — Sueda splendens,
Gren. et God.; — Salsola kali, Lin.; — Sais, soda, Lin.; —
Sais, tragus, Lin.; — Passcrina Ihymclea, Dec; — Pass.
23-1 HISTOIRE NATURELLE.
hirsuta, Lin.; — Euphorbia mucronata, Lap.; — Juniperus
oxycedras, Lin.; — Ephedra distachya, Lin.;— Potamo-
geton crispum, Lin.; — Alopecurus bulbosus, Lin., etc.
Quant aux insectes, toutes les espèces du littoral de la
Méditerranée y abondent. Nous signalerons cependant :
Cicindela ftexuosa, Fab.; — Cic. trisignata, Illig.; — Oda-
canta melanura, Fab.; — Dripta cylindricollis , Fab.; —
Cymindis humeralis, Fab.; — Dromius corticalis, Duf.; —
Dr. meridionalis, Des.; — Lebia turcica, Fab.; — Brachinus
immaculicornis, Déj.; — Scarites pyragmon, Bon.; — Scar.
terricola, Bon.; — Scar. levigatus, Fab.; — Carabus auralus,
Fab.; — Car. lotharingus, Déj.; — Nebria arenaria, Fab.; —
Melolontha vulgaris, Fabr.; — Catalasis pilosa, Fabr.; —
Rhisotrogus solsticialis, Fabr.; — Ris.tropicus, Schœn.; —
Omaloplia aquila, Déj.; — Hymenontia strigosa , Illig.;
— Âmphicoma bombiliformis, Fab.; — Valgus hemipterus ,
Fab.; — Celonia morio, Fab.; — Cet. angustala, Ger.; —
Cet. hirta, Fab.; — Pimctia gramdata, Déj.; — Helops
carabotdes, Panz.; — Cistela ceramboïdes, Fab.; — Tropi-
deres nivcirostris, Fab.; — Atelabus carculionoïdes, Fab.;
— Apion nigritarse, Kirby; — Ap. flavipes, Fab.; — Thyla-
cites subtcrraneus, Déj.; — Sciaphilus muricatas, Fabr.;—
Polydrusus flavipes , Gylh.; — Pot. picus, Fab.; — Phyto-
nomus punctatus, Fab.; — Ph. polygoni, Fab.; — Peritelus
oblongus, Déj.; — Périt, senex, Déj.; — Larinus cinarœ,
Fab.; — Lar. carlinœ, OY\v.;~ Doritomus juratus, Chev.;
— Dorit.dorsalis, Fab., etc., etc.
DEUXIEME PARTIE.
RÈGNE MINÉRAL..
GENERALITES.
La géologie et la minéralogie de la chaîne des Pyrénées,
ont été l'objet des savantes et profondes études de Pa-
lassou, Charpentier, Reboul, Vidal, Darcet, Rocheblave,
Picot-de-Lapeyrouse, Dufrenoy, Élie de Beaumont, etc.;
mais tous ces écrivains se sont bornés à effleurer le sujet
en ce qui concerne le département des Pyrénées-Orientales.
Le seul ouvrage qui parle de l'histoire naturelle de notre
département avec le plus de détail, c'est le Voyage pitto-
resque de la France, publié en 1787 par une société de
gens de lettres, et dédié au Roi. On attribue au docteur
Carrère (1) , de Perpignan, la partie de l'ouvrage intitulée :
(I) L'Université de Perpignan, voulant réunir une collection complète
de toutes les productions naturelles de la province du lîoussillon, décréta,
le 8 octobre 1770, qu'il serait créé un Cabinet d'Histoire naturelle, borné
à ses seules productions. Elle chargea I\J. Carrère, alors professeur d'ana-
tomie et de chirurgie dans cette Université, d'organiser ce cabinet. Trois
ans après, dit un auteur contemporain, ce Muséum présentait déjà un
spectacle intéressant; la collection d'environ 2.000 plantes formait le règne
végétal; le règne minéral contenait une grande quantité de métaux, de
pétrifications, de congélations, de cristallisations, de sels, de terres, de
pierres, de marbres; le règne animal ne se faisait pas moins distinguer par
la variété et la multiplicité des êtres qu'il renfermait: cette partie so
236 HISTOIRE NATTRELLE.
Province du Roiissillon. En ce temps-là, la science géo-
logique n'était pas encore créée; mais les documents que
contient ce livre très-rare, sont assez curieux pour être
rapportés ici.
« Le corps des Pyrénées , » y est-il dit , « est une
« masse granitique, environnée et quelquefois recouverte
« de couches, tantôt de granit, tantôt de marbre, tantôt
« de schiste , et cette masse est le fondement d'où par-
ce lent les prolongements qui forment les collines, les
« vallées et les débris qu'on trouve dans les plaines.
« La plaine du Roussillon présente d'abord des débris
« en sable, sablon ou pierre roulée, de marbre, de schiste
« dur, de granit , de quartz arrondis , ovales ou lenticu-
laires, rarement anguleux. En la remontant vers le
« Confient, on trouve à Corbère le premier roc solide
« en contraste avec le sol mouvant de cette plaine; les
« roches y sont d'un marbre gris très-vif et très-dur,
« dont on a fait de la bonne chaux. A Vinça, première
« ville du Confient, et sur la rive gauche de la Tet à
« l'entrée de cette contrée paraît, pour la première fois,
« un granit en roche, et au-dessus se trouve une immense
« blocaille des débris de montagnes supérieures, que les
« eaux ont laissées à droite et à gauche et au-dessus de
« leur cours actuel. A mesure qu'on avance dans leConllenl,
trouvait enrichie des productions de lu mer, lilhophytes, éponges , cora-
lines, coquillages, madrépores, millepores, coraux, outre une grande
quantité de poissons de toutes les espèces. Mais, en 1787, on se plaignait
delà négligence apportée déjà dans l'entretien de ce cabinet, et l'on deman-
dait qu'on veillàtavec plus de soin à sa conservation. Enfin, en 1833 , quand
nous avons organisé le nouveau cabinet qui existe aujourd'hui, il ne restait
plus des anciennes collections, que quelques échantillons de minéraux
et quelques plantes vermoulues dans l'herbier; tout le reste avait disparu!
RÈGNE MINÉRAL. 237
« l'atlerrissement devient plus massif, les rocs des pierres
« roulées plus volumineux, et la blocaille plus anguleuse.
« A Prades, le sol est encore granitique; mais à Ville-
« franche succèdent des marbres de diverses couleurs;
« au-dessus de cette ville, du schiste dur; à dette , des
« ardoises; au sud de cette ville, des bancs de marbre
« gris; au-dessus, vers les Gratis, d'autres bancs de schiste
« dur et des masses de marbre gris; enfin, on trouve à
« Mont-Louis la grande masse granitique dont nous avons
« déjà parlé.
« Le haut Vallespir parait formé des mêmes matériaux.
« En remontant, entre Perpignan et Céret, on trouve beau-
« coup de pierres roulées et de débris de sable ou sablon ,
« surtout dans le voisinage des rivières; l'intérieur des
« terres est un mélange de ces débris et de terre argileuse.
« Au-dessus de Céret, commencent les bancs de schiste
« dur et de marbre gris, qui s'étendent en largeur du côté
« du sud; ils se prolongent jusqu'au-dessus de Palalda et
« Arles; on trouve ici des masses de granit et des roches
« feuilletées graniloïdes. Ensuite, en allant vers Prats-de-
« Mollô, des roches de marbre gris et de schiste, comme
« alternativement; enfin, à La Preste est le granit, accom-
« pagné de son schiste dur ou pierre granitoïde.
« Le terrain est composé de terres sablonneuses et de
« gravier entre Perpignan et Elne, et couvert de pierres
« roulées aux environs du Tech; il devient ensuite sablon-
« neux jusqu'à Argelès, et argileux au-dessus de cette ville.
« Peu après commencent des masses de granit, et un peu
« plus loin des bancs presque verticaux de schiste dur,
« interrompus par quelques bancs de marbre gris, et qui
« se prolongent jusqu'au-dessus de Collioure.
238 HISTOIRE NATURELLE.
« Les marbres sont assez multipliés sur toutes ces chaî-
« nés de montagnes, soit primitives, soit secondaires. On
« en trouve de rouge à Reynès , de gris et de rouge du
« côté de Palalda, de gris à Corbère, de blanc veiné de
« bleu sur la montagne de Fossa , du rouge et du varié ,
« blanc, vert et rouge dans tous les environs de Ville-
ce franche : ces dernières carrières sont les plus abondantes,
« et fournissent le plus beau marbre. On vient cependant
« de découvrir près de Py, à quatre lieues de Ville-
ce franche, un marbre blanc, dont la beauté peut le faire
« comparer au jaspe.
« On trouve des topazes au bas du Pic de Bugarach et
« à Massanet, au lieu appelé Sainte-Colombe ; des agates
« sur le Pla de Gantas (au-dessus de la montagne d'Es-
« caro); des pierres transparentes blanches, bleuâtres,
« violettes, à six faces, de la grosseur d'une olive, vers
o la montagne de Salses, sur un terrain sablonneux; du
« talc assez ressemblant au schiste près d'Estagel; du
« cristal sur le Canigou, dans les endroits couverts de
« neige depuis longtemps; des pierres très-dures, noires,
« brillantes, sans même avoir été polies, à Notre-Dame-
ce du-Coral, en Vallespir; on en forme des grains, qu'on
« appelle dans le pays corail noir, dont on fait des colliers
« et des chapelets ; on croit que c'est le Lapis obsidiaris
« de Pline.
« Les pétrifications de différentes espèces sont très-répan-
« dues sur ces montagnes : on y remarque des bélemnites,
« dont quelques-unes sont entourées de clous comme dorés,
« des ichthyopètres , des glossopètres , des trochiles, des
« aslroïtes, des millepores, des frondispores, des échinites,
« des pectiniles, des bois pétrifiés, des hystéropètres, des
RÈGNE MINÉRAL. 239
« priapolifcs, ces deux derniers quelquefois réunis ensem-
« blés, des fragments de coquilles, des pierres qui portent
« l'empreinte des feuilles de ronce ou de vigne. On les
« trouve principalement près de Néfiach , au pied de la
« montagne de Baiera , près d'un rocher appelé los Cas-
« tilleros, sur la montagne d'Opol, au-dessous du château,
« au bas du pic de Bugarach, dans le territoire de Costujes
« et dans plusieurs autres endroits qu'il serait trop long
« d'indiquer $, »
(I) Voir la suite «le cet article à la Minéralogie.
"2iO HISTOIRE NATURELLE.
CHAPITRE PREMIER.
GEOLOGIE.
Les roches qui constituent le sol des Pyrénées-Orien-
tales, sont de différente nature, et prennent leur origine à
l'époque des formations sédimentaires qui les ont cons-
tituées. 11 est incontestable que les roches ignées qui
supportent le massif des Pyrénées, se sont fait jour à
travers les terrains stratifiés, et qu'elles en ont modilié
la constitution et dérangé la position primitive.
« Si la terre n'avait jamais subi aucun bouleversement,»
dit M. Beudant, « les couches sédimentaires dont se com-
« pose son écorce solide, rigoureusement concentriques,
« se recouvriraient toutes successivement, et la dernière,
« enveloppant toutes celles qui l'ont précédée, se trou-
ce verait elle-même sous les eaux, qui s'étendraient en une
« mer sans bornes. 11 n'y aurait dès lors aucune terre
« visible, et le genre humain n'existerait pas; d'où il suit
« qu'avant toute création terrestre, il est d'absolue néces-
« site que le globe ait été le théâtre de diverses catastro-
« plies, pour élever successivement les terres au-dessus
« des eaux et établir un ordre de choses plus ou moins
« analogue a celui que nous voyons. Il fallait que Yaride
« parut, et l'observation nous permet d'ajouter, il fallait
« qu'il parut par portions successives, pour déterminer
« toutes les variations de la nature, de forme, d'humi-
GÉOLOGIE; 241
« dite, de sécheresse, dont l'ensemble devait procurer ii
«l'homme, la somme de bien-être que le Créateur lui
« destinait ici-bas. La recherche des apparitions succes-
« sives des terres, est un des plus beaux points de vue
« sous lesquels on puisse envisager la géologie , et nous
« devons à M. Élie de Beaumont de nous avoir ouvert la
« route, en établissant l'ordre chronologique des princi-
« pales catastrophes arrivées en Europe* 1 ). »
Les diverses catastrophes qui ont eu lieu à la surface
du globe, paraissent toujours avoir été bru. [ues, ajoute
M. Beudant, et le mouvement du sol qui s'est opéré, a été
extrêmement court.
SOULÈVEMENT DES PYRÉNÉES.
L'apparition des Pyrénées fut le treizième dans l'ordre
des dix-sept soulèvements établis par les géologues; elle
se lit entre le terrain crétacé supérieur et le calcaire
parisien, et précéda l'apparition des Alpes occidentales
et des Alpes principales.
« Ce système se rapproche de celui des Ballons, dont
« il ne diffère que de trois degrés; mais, ici, tout le terrain
« crétacé supérieur lui-même, se trouve relevé même à
« des hauteurs considérables , formant de grands escar-
« pements dans le haut de quelques vallées, surtout du
« côté de l'Espagne. Le dépôt qui s'est alors formé
«horizontalement dans les mers, appartient au calcaire
« parisien , par lequel on commence ordinairement les
« terrains tertiaires. Or, ces dépôts offrent très-peu
(I) Géologie, p. 2SG.
TOME I. "t*J
242 HISTOIRE NATURELLE.
« d'étendue à la surface de la France , nous pouvons
« même dire de l'Europe; d'où il résulte qu'à l'époque
« pyrénéenne , la plus grande partie de notre continent
« s'est trouvée tout-à-coup élevée au-dessus des eaux et
« amenée à l'état de terre ferme.
« Non-seulement toute la chaîne des Pyrénées, tant en
« France que dans les Asturies, appartient à l'époque de
« soulèvement dont nous nous occupons , mais encore
« celle des Apennins-, des Alpes Juliennes, les Karpathes,
« les Balkans et jusqu'aux montagnes de la Grèce. On
« retrouve la même direction dans les nombreuses dislo-
« cations et dénudations qu'on remarque en Allemagne,
« dans le Nord de la France, comme dans le Boulonnais,
« le pays de Bray et dans le Wealds de l'Angleterre ;
« d'où il résulte que cette catastrophe a été une des plus
« grandes et des plus étendues à la surface de l'Europe,
« nous pouvons dire du monde entier* 1 ). »
ÉPOQUE DU SOULÈVEMENT DU CANIGOU.
Dans un mémoire publié par M. Dufrénoy (2) , ce savant
dit que le sol sur lequel a surgi le Canigou , était déjà
devenu montueux à une époque antérieure, et que le
Canigou n'a pris son relief actuel qu'à une époque pos-
térieure au soulèvement général de la chaîne. Du reste,
laissons parler le maître ; le sujet est assez intéressant
pour s'y arrêter un peu :
(1) Beudant, ouvrage cilé, p. 301.
(2) Ce mémoire fait partie de la collection des Mémoires pour servir à une
description géologique de la France, rédiges par ordre de M. le Directeur de
l'Administration géuéraledes Ponts et Chaussées et des Mines. T. II, p. A 15.
GÉOLOGIE. -243
« Les amas de calcaire saccharoïde enclavé dans
« le granité, nie paraissent appartenir également à la for-
« mation du calcaire à orlhocères ; ils auront probable-
« ment été empâtés dans le granité, à l'époque où les
« Pyrénées se sont élevées au jour, époque plus ancienne
« que celle à laquelle la montagne du Canigou a pris son
« relief actuel. En effet, différentes circonstances me font
« présumer que le dernier surgissement de ce groupe de
<( montagnes, est plus moderne que celui du reste de la
« chaîne : la principale consiste dans le relèvement des
« terrains tertiaires les plus récents vers la cime du Cani-
« gou. Ainsi, à Xéiîach, à Banyuls-dels-Aspres, villages
« situés dans la vallée de la Tet* 1 ) au nord du Canigou,
« M. Reboul a indiqué, depuis longtemps, que les marnes
(( argileuses qui contiennent des fossiles analogues aux
« terrains subapennins, sont en couches fortement incli-
« nées. Au sud du Canigou, des terrains à lignites éga-
lement très-modernes, qui forment une petite bande
« dans la Cerdagne, depuis Llivia jusqu'à la hauteur de
« la Seu-d'UrgelK sont en couches relevées d'environ 60°
« vers le N. 20° 0. Les terrains tertiaires situés sur les
« deux versants de cette montagne, ont donc été fortement
« dérangés, tandis que, sur toute la longueur de la chaîne
« des Pyrénées, les terrains tertiaires se sont déposés
« horizontalement au pied de la vaste falaise formée par
« cette même chaîne. La direction des couches tertiaires
« de la Cerdagne E. 20° N. 0. 20° S., est à peu près la
(I) M. Dufrénoy commet une erreur sur la position géographique de
Banyuls-dels-Aspres; ce village est situé sur les bonis du Tech , à l'est du
Canigou.
24& HISTOIRE NATURELLE,
« même que celle que le soulèvement des ophites à im-
« primée à ces mêmes terrains dans la Catalogne, dans
« la Navarre et la Chalosse : cette direction , qui corres-
« pond à celle indiquée par M. Élie de Beaumont pour
« la chaîne principale des Alpes et les chaînes les plus
« récentes de la Provence , me conduit à supposer que
« c'est à cette même époque que le massif du Canigou
« a pris son relief actuel; la direction générale de ses
« crêtes, celles des vallées de la Tet, du Tech et du
«Sègre, qui en sont la conséquence, s'accordent avec
« cette supposition.
« Plusieurs vallées qui sillonnent le pied du Canigou ,
« sont très-profondes. La petite vallée qui prend nais-
« sance au-dessous de Cortsavy et se jette dans le Tech,
« près d'Arles , présente un escarpement à pic de plu-
« sieurs centaines de mètres. Cette circonstance, jointe
« à la position de lambeaux de calcaire de transition qui
« forment par leur ensemble, ainsi que je l'ai déjà fait
« remarquer, une ceinture discontinue sur les flancs du
« Canigou , ne peuvent s'expliquer qu'en admettant que
« ce groupe de montagnes a été soulevé d'un seul jet au
« milieu des terrains de transition qui avaient alors un
« relief peu prononcé, et qui étaient recouverts en diflé-
« rents points par des dépôts très-modernes ; cependant,
« comme les lambeaux de terrain moderne n'ont jamais
« été continus puisqu'ils sont en partie marins et en
« partie d'eau douce, il est certain que le sol sur lequel
« a surgi le Canigou, était déjà devenu montueux à une
« époque antérieure. La présence des minerais de fer porte
« à croire que le soulèvement pyrénéen l'avait déjà forte-
« ment accidenté. Les vallées profondes que je viens de
GÉOLOGIE. i\h
« signaler sont dos lentes de déchirements qui résultent
« de ce dernier mode de formation O. »
COMPOSITION DE LA CHAINE DES PYRÉNÉES.
La chaîne des Pyrénées qui forme une immense bar-
rière entre la France et l'Espagne, dit M. Palassou, est
en général composée de trois espèces de roches; elles
consistent en granit, schiste argileux et chaux carbo-
natée : la première constitue la base sur laquelle reposent
les deux autres; et il semble que la nature l'ait disposée
par masses continues, comme si, dans sa prévoyance,
elle avait eu le dessein de rendre plus solide le fondement
< I * i î supporte la croûte extérieure de la chaîne^.
TERRAIN PRIMITIF, GRANITE.
En jetant un coup d'œil sur la carte^géologiquc de la
France, dressée par MM. Dufrénoy et Élie de Beaumont,
l'on reconnaît que les terrains primitifs dominent dans la
constitution géognostique du département des Pyrénées-
Orientales. Le granité se montre jusqu'aux faîtes les plus
élevés de la chaîne. On le remarque au sommet des mon-
tagnes qui divisent la vallée de l'Ariége de celle de la Tel;
il compose des masses très-considérables qui se réunis-
sent en partie vers Mont-Louis. Le granité constitue les
montagnes de Puyvalador, de Quérigut, le Roc de Lescale
(1) Ouvrage cité, u. 'i22 à '.28, tome II. HSô'i.
(2) Mémoires pour servir à L'histoire naturelle des Pyrénées et des pays
adjacents.
246 HISTOIRE NATURELLE.
et le Pla del Pous, par lequel passe la limite commune
des départements des Pyrénées-Orientales et de l'Aude;
on le voit encore entre Gincla et Puylaurens ; vers Mont-
fort, il est recouvert par des bandes d'argile stéatiteuse,
auxquelles succèdent des schistes calcaires et de la chaux
carbonatée. De Mont-Louis, le granité s'étend, d'une part,
vers Molitg et Mosset, allant se joindre au Roc de Lescale,
et, d'une autre part, sur la rive droite de la Tet, où il est
terminé par le Canigou. Enfin, une autre ramification ,
franchissant la vallée du Tech à la Tour de Cos , vient ,
par un isthme très-étroit, former le faite de la chaîné
de Saint-Laurent-de-Cerdans à Bellegarde, s'iinissant non
loin de la aux montagnes des Albères.
DÉCOMPOSITION DU GRANITE , PIERRES BRANLANTES,
TERRE A PORCELAINE.
En beaucoup d'endroits du département , le granité a
perdu sa consistance et sa solidité ordinaire; il est devenu
tout friable et graveleux. On trouve ainsi beaucoup de
granité décomposé à Saint-Laurent-de-Cerdans, au Pla
Guillem, au village du Tech, à Monlferrer, etc. Cette
décomposition a donné lieu à ces gros blocs arrondis,
empilés quelquefois les uns sur les autres de la manière la
plus bizarre, quelquefois en équilibre assez peu stable, et
susceptibles d'osciller sous le plus léger effort : nous avons
parlé de ces blocs granitiques en décrivant les environs
d'Arles-sur-Tech. Si l'on cherchait bien, on découvrirait
peut-être dans nos montagnes, comme on l'a découverte
dans les^Pyrénées occidentales, de la terre à porcelaine,
qui provient, comme on sait, de la décomposition dés
GÉOLOGIE. 2i7
roches granitiques. En effet, le feldspath, qui forme sa
base, se décompose souvent par l'action des agents
atmosphériques, et se transforme en une argile blanche
et onctueuse , appelée kaolin , qui sert à faire la pâte de
la porcelaine.
MINÉRAUX ET MÉTAUX < V >UE CONTIENT
LE GRANITE.
La formation granitoïde contient plusieurs pierres pré-
cieuses, telles que l'émeraude, le corindon, la topaze, le
grenat, etc. Dans le cours de cet ouvrage, nous avons
signalé la présence des grenats à Costa-Bona et à Cala-
droy.
lue des particularités les plus remarquables que l'on
observe dans le terrain primitif des Pyrénées, est l'inter-
position de couches calcaires dans le granité. Ce gisement
de calcaire primitif, si rare dans d'autres pays, se présente
sur plusieurs endroits du département. Le premier exem-
ple est sur le versant nord du Canigou, au fond de la vallée
de Fulha ; le village de Py est assis sur une couche de
marbre blanc lamellaire qui repose immédiatement sur le
granité. Le second exemple existe sur les terres du Mas
Carol, situé sur le premier plateau de la montagne de
Céret. Le troisième est a Saint-Sauveur, entre Prats-de-
Mollô et La Preste, etc.
Les métaux sont peu abondants dans le granité , bien
qu" on y trouve des filons et des amas de différentes va-
riétés de fer, d'argent, de cuivre, d'étaiu, et même de l'or
natif. ?sous parlerons en son lieu des principales mines de
fer exploitées sur los pentes du Canigou. Quant à l'or et
248 HISTOIRE NATURELLE.
à l'argent, nos vieilles archives constatent que, a diverses
époques, des concessions générales ont été accordées pour
la recherche de ces métaux précieux; et des documents du
douzième au dix-septième siècle, signalent des gîtes auri-
fères et argentifères dans le pays* 1 ).
SOURCES THERMALES DES TERRAINS PRIMITIFS.
C'est du granité, dit Anglada, que s'échappent toutes
les eaux thermales du département. Celles des Escaldas
surgissent du sein même de la roche granitique; celles
de Quez sortent aussi du granité; la région d'où surgis-
sent les sources de Llo est toute granitique; c'est encore
dans la région des terrains primordiaux que l'on voit jaillir
les eaux sulfureuses de Saint-Thomas, et le massif d'où
elles s'échappent est un schiste micacé superposé à un
granité très-quartzeux ; à Thuès, aux Graus-d'Olette, tout
se montre du ressort des terrains primitifs autour de ces
sources, le granité, le granité porphyroïde, le granité pas-
sant au gneiss, le gneiss, le gneiss porphyroïde, sont, dans
les environs, les roches les plus communes; on y retrouve
encore des protogynes ou quartzites chargées de serpen-
tine, des porphyres grossiers à hase feldspathique , des
roches felds athiques parsemées de noyaux d'amphihole,
etc. A Molitg, la roche qui leur livre passage, est un
granité à gros grain, composé de feldspath blanc de lait,
de quartz gris blanchâtre et de mica noir en petites lames
(!) Voir les jrieux documents publiés par RI. Rlorcr, archiviste du
département, sous le titre de Recherches historiques sur l'ancienne exploita-
lion des mines du Ronssillon. IX' 1 vol. de la Société Agricole , Scientifique et
Littéraire des Pyrénées-Orientales, p. 290. 1S."»Ï,
GÉOLOGIE. 249
assez uniformément disséminées dans la roche : on y
aperçoit peu d'amphibole; en revanche, on découvre fré-
quemment dans les blocs de ce granité , des noyaux d'une
teinte noire, qui tranchent sur le blanc de la masse, et
où l'amphibole abonde spécialement. A Yernet, la roche
qui leur livre passage, continue d'appartenir aux terrains
primordiaux et cristallisés; a Vinça, c'est une sorte de
gneiss grisâtre formé de quartz, de feldspath et de mica,
dont les matériaux sont disposés de manière à imprimer
à la masse un aspect comme veiné ; à Amélie-les-Bains,
la montagne au pied de laquelle sourdent les eaux ther-
males réunit tous les éléments du granité; elle se montre
riche en feldspath , est peu chargée de mica, et tend à la
texture du gneiss, bientôt au micaschiste grossier, auquel
viennent se superposer des couches épaisses de schiste noir
argileux que parcourent, dans tous les sens, des veines de
quartz ou d'un véritable granit blanc. Les sources de La
Preste s'échappent du sein même du granité, comme la
plupart des autres ; mais ce granité, très-chargé de felds-
path et peu abondant en mica , semble passer au gneiss
ou à la pegmatite : la roche , d'une couleur grisâtre, est
très-quartzeuse, et surtout éminemment feldspathique.
ISAGE 1)1 GRANITE DANS LES PYRÉNÉES-
ORIENTALES.
Le granité qu'on pourrait obtenir en pièces de toute
dimension pour construire des monuments durables, est
peu employé dans le département; c'est au village de La
Llagone, et dans quelques autres petites localités, qu'on
taille cette roche pour des seuils de porte et des appuis
250 HISTOIRE NATURELLE.
de croisée. La seule exploitation un peu importante de
granité, est établie, depuis un temps immémorial, près
des ruines de Reglella : on y taille des meules de moulin
à huile, qui sont prises sur une bande granitique qui court
dans le sens de la chaîne, et qui s'étend presque sans
interruption, de la vallée de Saint-Girons, jusqu'aux en-
virons de Perpignan.
TERRAIN DE TRANSITION OU SÉDIMENTS ANCIENS.
Les premiers dépôts qui se formèrent après le refroi-
dissement de notre planète , furent composés de schistes
argileux, bientôt modifiés au contact de la chaleur du
globe, et plus tard par les roches pyroïdes qui vinrent
pénétrer les terrains déjà formés.
« Les plus anciens dépôts de sédiment, dit M. Beudant,
« remontent, certainement, a une époque extrêmement
« reculée. Il a dû s'en former dès le moment où l'eau a
« pu rester liquide à la surface du globe , et les premiers
« ont dû se placer sur la pellicule refroidie et disloquée
« au-dessus de la matière en fusion. Mais, bien que nous
« apercevions des dépôts très-anciens relativement à ceux
« qui terminent nos continents, il n'est pas probable que
<( nous soyons encore parvenus à ceux des premiers âges,
« qui se seront faits sans doute avant toute création orga-
« nique. Les plus anciens sédiments que nous ayons pu
« reconnaître jusqu'ici, renferment en effet des débris de
« mollusques zoophytes qui n'auraient pu vivre ni à la
« température de la mer primitive ni dans la solution
« saline qu'elle devait offrir alors , par suite des matières
<< de la croûte consolidée qui venaient d'envelopper le
GÉOLOGIE. ^51
« globe , et qui devaient agir comme les laves en se
« refroidissant (l >. »
Le terrain de transition se compose des formations
micaschistcuse, cumbrienne, silurienne, dévonienneel car
bonifère.
Nous devons à M. Paillette, ingénieur des mines, qui
a longtemps vécu parmi nous, et qu'une mort prématurée
a enlevé à la science et à ses amis, une étude des terrains
de transition des Pyrénées-Orientales. Cette étude est
consignée dans un journal de la localité , intitulé : Album
roussillonnais, imprimé à Perpignan, en 1840. Nous allons
extraire de ce travail les passages suivants :
« Les terrains de transition occupent une grande partie
« de la surface du département. Ainsi, ce sont eux qui
« dans la vallée du Tech, forment le sol de l'espace com-
te pris entre le Pic de Costa-Bona 'et la chapelle du Coral,
« d'une part; tandis qu'ils s'étendent de l'autre, depuis
« le village de La Preste jusqu'à la ville d'Arles, en ne
<( laissant paraître que l'isthme granitique qui afflue près
« la Tour de Cos. Recouverts , non loin du Fort-les-
« Bains, par une formation plus moderne, ils s'allongent
« ensuite vers le nord , du côté d'Oms , pour se relier
« près de Glorianes, Finestret et Estoher, à des roches
« analogues qui suivent l'axe du Canigou, dessinent les
«hauteurs de Taurinya, Fillols, Escaro, puis se ratta-
« chent en définitive aux masses d'Olette, d'Orella et de
« Nohèdes.
« Le sous-sol de la Cerdagne-Française appartient encore
« aux roches de transition, et on peut en dire autant de
I Beudanf . "in ragfc cité . [>. 179.
2,V2 niSTOIRE NATURELLE.
« quelques localités de la vallée de l'Agi y, parmi lesquelles
« nous citerons Planèzes, Rasiguères, Latour-de-France,
« plusieurs vallons près Sournia, etc.
« Partout où nous avons étudié ce terrain dans le dé-
« parlement , nous l'avons toujours trouvé composé de
« schistes et de calcaires de diverses espèces , que nous
« allons passer en revue , afin de faire connaître leurs
« propriétés respectives.
SCHISTES MICACÉS.
« Les schistes de l'époque qui nous occupe, offrent
« des caractères assez différents, suivant la position dans
« laquelle ils se trouvent.
« On les rencontre avec une apparence micacée, sur
« quelques points de la chaîne des Alhères, du côté de
« Caladroy et non loin de Mont-Louis.
« Dans d'autres endroits, ils prennent un aspect miroi-
« tant, dû à une certaine quantité de talc interposé entre
« leurs feuillets, et nous citerons, comme exemple, les
« strates recoupées par la route royale, depuis Olette jus-
te qu'aux Graus. — On peut encore ranger dans la même
« catégorie plusieurs schistes des environs d'Esposolla,
« dans la vallée de Galba; de Llo, en Cerdagne, et des
« hautes protubérances au milieu desquelles sont tracés
« le Coll de Non Fonts ou la fosse del Gegant.
« La vallée du Tech, près La Preste et Saint-Sauveur,
« fournirait d'autres types excellents à étudier.
« Lorsque les schistes argileux possèdent des plans de
« clivage fortement prononcés, ils se divisent facilement,
« et sont exploités, ou pourraient l'être, comme pierres
« tégulaires.
GEOLOGIE. 9
-J.».i
« La même vallée de Galba, dans le Capcir, et les
« ravins aux alentours d'Orella et d'Évol, ainsi que ceux
« qui sillonnent l'espace compris entre les chapelles
« Saint -Christophe et Sainte -Marguerite, au-dessus de
« Ria, ne laissent aucun doute à cet égard.
« Au milieu de toutes les masses désignées dans les
« généralités sur le terrain de transition, vient se ranger
« une série de caractères qui emprunte son cachet parti-
ce culier aux trois divisions que nous venons d'esquisser.
« C'est ainsi que les roches schisteuses peuvent être à
« la fois pénétrées de talc et de mica dans des couches
« fort voisines, et qu'elles sont plus ou moins feuilletées.
« Les directions que les couches affectent, ne sont pas
« d'une invariabilité absolue, quoiqu'on soit à même de
« remarquer une tendance non équivoque à un oriente-
« ment général, déterminé par le mouvement propre de
« la chaîne des Pyrénées , et de temps à autre modifié
« par le soulèvement du Canigou.
« Voilà du moins ce qui semble résulter d'un grand
« nombre d'observations dans les vallées du Tech et de
« la Tet.
« L'annotation S. 50° E. des couches de la vallée de
« Galba, assez soutenue sur une longueur remarquable,
« est même assez peu écartée des précédentes.
« Les nappes schisteuses de la Cerdagne, participent,
« par leur position , à cette indication et à celles qu'il est
« facile de prendre près de Llo.
« On trouve les directions encore plus infléchies du
« côté de la Coma de la Vacà et à'Espinabella.
« Entre les Mas Greffait et Lassala, leur alignement
« varie entre E.-O. plein et S. 70° E.
'loi HISTOIRE NATURELLE.
« Du coté de Vallestavia et de Llech, notamment sur
« la pente du Coll de la Gallina, on a pris les directions
« variant fort peu, entre S. 40? et S. 50° E.
« J'en dirai autant pour les schistes bleuâtres qu'offrent
« à l'observateur les déchiquetures du terrain sur lequel
« est assis Villerach.
« Pour peu qu'on ait l'habitude des études géologiques,
« on comprendra sans peine quelle doit être la variabilité
« des pendages dans un département aussi accidenté que
« celui des Pyrénées-Orientales.
« Aussi, comme l'énumération des principaux résultats,
« serait encore trop aride et trop longue pour le but que
«nous nous proposons, on nous saura gré, sans nul
« doute, d'éliminer ces détails fastidieux.
GRAUYVACKE.
« Les roches schisteuses contiennent accidentellement
« des bancs de grauvvacke. On en cite , toutefois , peu
« d'exemples parfaitement définis , si ce n'est aux portes
«de Serdinya, non loin du moulin d'Olette, et sur le
« chemin du col de La Perche à La Tour-de-Carol , par
« Enveitg.
« Les indications fournies dans la vallée du Tech ,
« près Notre-Dame-c/w-CoraJ, sur le chemin de Cortsavy
« à Batèra, etc., etc., n'ont pas les caractères précis qui
« servent à classer les roches d'une manière métho-
« dique.
« Au contact des roches pyroïdes, les schistes ont
« souvent un fades cristallin et sont imprégnés de felds-
« path.
GEOLOGIE.
MACLES.
« On les rencontre aussi, contenant des macles assez
« bien définis, comme entre Llivia et La Tour-de-Carol ,
f< ou simplement indiqués par des points noirs. (Mas de
« la Palma, près d'Arles ).
GRENATS.
« A Coslabona , les grenats et les pyroxènes forment
« de véritables amas allongés au milieu du système
« schisteux.
« Il est assez rare de rencontrer d'autres minéraux dans
« les plans des schistes; mais on voit fréquemment dans
« leur pâte des pyrites martiales.
« Ce sont elles qui, par leur décomposition au contact
« de l'air humide , allèrent profondément les fragments
« détachés des masses, leur font prendre une teinte de
« rouille, et délitent les morceaux en apparence les plus
« compactes.
« Jusqu'à ce jour, le groupe schisteux du terrain de
« transition de notre département, n'a fourni de fossiles
« caractéristiques qu'entre Estavar et Llivia : c'étaient
« quelques orthocères assez mal conservés , peut-être
« un trilobite.
« Avant d'indiquer l'usage des roches schisteuses, nous
« devons signaler une de leurs particularités, qui a sou-
« vent trompé des personnes peu versées dans l'art des
« mines.
-2.">G HISTOIRE NATURELLE.
GRAPHITE.
« Nous voulons parler de la rencontre d'une certaine
« quantité de graphite. La proportion de ce minéral a
« souvent été telle que les couches présentaient une teinte
« noirâtre, comme au ravin de Sant-Culgat, près d'Escaro,
« et laissaient soupçonner la présence d'un combustible
« minéral.
« Le versant espagnol, du côté du Coll de Berna dell ,
« est fertile en exemples de ce genre ; il mérite aussi d'être
« signalé pour une suite remarquable de couches abon-
« dantes en fossiles, principalement du côté de Pardi-
« nyas et à'Ogassa.
usage des roches schisteuses dans
l'industrie.
« Les usages de roches schisteuses dans l'industrie,
<( sont aussi nombreux que variés.
« Lorsqu'elles sont bien stratifiées comme les grauwa-
« ckes et les schistes proprement dits, elles se prêtent
« merveilleusement a la construction des murs en pierres
« sèches. Il faut avoir soin, seulement, de ne pas employer
« les bancs qui, pétris de pyrites, peuvent être altérés par
«. l'action simultanée de l'air et de l'eau. Il en résulterait,
« au bout d'un laps de temps fort court , des désagréga-
« tions devant amener infailliblement à un fort tassement
« des matériaux.
G1ÏULUG1E. 257
DALLES.
« Les grauwackes trop feldspathiques , ou bien les
« schistes en contact avec des roches métamorphiques ,
« présentent quelquefois les mêmes inconvénients.
« Les grauwackes ou les schistes compactes en grands
« bancs (ravin de Sanl-Cvlgàt, — -Serdinya, — alentours de
« Ria, — MasGrefol, — route de Cortsavy à Batèra, — route
« de Prats à Arles, entre Prats et Le Tech, etc.,) sont
« susceptibles d'exploitation pour dalles communes et
« moellons piqués, suivant qu'on entame les carrières
« en grand, en moyen ou en petit découvert.
ARDOISES.
i
« Près d'Olette, sur les bords du ruisseau d'Orella et
« d'Evol , on utilise les schistes argileux fissiles pour en
« former des ardoises communes et grossières, qui cou-
re tent sur les lieux depuis 50 e jusqu'à 62 e le mètre carré.
« Les ravins de la chapelle Sainte-Marguerite, en face
« de Conat, offrent les mêmes particularités.
« Nul doute que l'on ne puisse appliquer à des usages
« pareils les roches de la vallée de Galba , près Formi-
« guères, et quelques-unes non pyriteuses des environs
« de Força-Real ou du ravin de Trémoine , près Rasi-
« guères.
PIERRES A AIGUISER.
« Des schistes à pâte serrée , rude au toucher et d'un
« grain uni, servent dans un grand nombre de localités
TOME I. 17
2,")8 HISTOIRE NATURELLE.
« du département, situées sur ou au pied des hautes
« montagnes, comme pierres à aiguiser.
« Il y en a d'autres , au contraire , très-alumineux et
« très-feldspathiques , déjà en partie décomposés, qui
a possèdent toutes les propriétés des schistes à polir.
PLOMBAGINE.
« Enfin , en beaucoup d'endroits dont peu de for-
« mations schisteuses soient dépourvues d'exemples, il
« existe des portions carburées se rapprochant assez de
« ce qu'on nomme pierres d'Italie, pour que les charpen-
« tiers et les maçons aient songé à s'en servir en guise
« de crayons. Il est surtout une couche située non loin
« de Roquebruna, près Mollô, en Espagne, où l'on peut
« extraire des schistes tachant aussi fortement que cer-
« taines plombagines artificielles , dites de Conté.
« Les schistes argileux altérés sont entraînés par les
« eaux ou les ouragans, et montrent, soit sur le versant,
« soit au pied du Puig Cabrera, près de Prats-de-Mollô,
« ainsi que sur les pentes qui séparent Serdinya d'Olette ,
« des espèces d'atterrissements ou arènes fragmentaires ,
« dont on peut obtenir, par tamisage et calcination, une
« matière sableuse , donnant , avec les chaux grasses, un
« mortier quelque peu hydraulique.
« Quoiqu'il ne soit pas admis que les argiles provien-
« nent de la décomposition pure et simple des schistes
« argileux, on ne saurait néanmoins se défendre de croire
« à une formation assez récente de certaines veines ou
« couches argileuses , au détriment de roches préexis-
ta tantes.
GÉOLor.iE. 2r»0
« L'argile avec laquelle les ouvriers <le la mine de
« Canaveilles glaisent leurs trous de pétards, en serait
« presque une preuve. Cette substance fort onctueuse
« et de couleur noire, passe au rouge 'clair lorsqu'elle est
« calcinée. On la trouve non loin de Nyer et d'Enn. »
ROCHES CALCAIRES MÉTAMORPHIQUES.
L'action des roches granitiques sur les matières qu'elles
ont traversées à différentes époques, et qui ont disloqué,
soulevé, bouleversé tous les dépôts de sédiment, en ont
aussi modifié la masse de toutes les manières. Ainsi, les
calcaires compactes, oolithiques, terreux, sont convertis
en calcaires saccharoïdes, où les débris organiques ont le
plus souvent disparu; ils ont pris des couleurs vives de
toute espèce: vert, rouge, noir, etc.; se sont remplis,
au contact, de mica, de grenat, d'amphibole et de diverses
substances cristallines, tandis que sur leur prolongement
dans les vallées voisines, on ne voit plus que des calcaires
purs et simples.
« Nous donnerons, » dit Paillette, « pour exemple de
«calcaires métamorphiques, les bancs qu'on aperçoit
«dans les déchiquetures de ïhuès, — dans les vallées
« de Carensa et de Planés, — au quartier de Marquiral ,
« près de Sahorra, — non loin de la métairie de Llech,
« — du côté de Leca, — aux bains de La Preste, — à
« Gostabona, etc., etc., et nous présenterons pour type
« de celui que nous voulons définir dans ce paragraphe,
« le calcaire si connu de Yillefranche et de Nohèdes.
« Cependant, avant la formation de ces vastes dépôts.,
«il s'en était produit déjà quelques-uns accidentels à
260 HISTOIRE NATURELLE.
« l'époque des schistes. On trouve, en eifet, dans près-
« que toute la surface du département occupée par cette
« série de roches, des alternances de schistes et de cal-
ce caires, avec des directions et des pendages identiques ;
« mais alors les calcaires participent quelque peu des ca-
« ractères schisteux. Exemple : vallée de Galba, — route
« de Mont-Louis, entre Olette et les Graux, — environs de
« Saint-Sauveur, près Prats-de-Molld , non loin du Pla
« del Mener, — au sommet de la vallée de Montalba, etc.;
« mais dans ces calcaires, il a été tout-a-fait impossible
« de rencontrer un seul débris organique.
MARBRES DE VILLEFRANCHE.
« La vaste formation de Villefranche qui couronne, du
« côté de Jujols et de Flassa , les terrains schisteux
« d'Olette , s'avance du côté de Nohèdes , en présentant
« sur la rive gauche du ruisseau les escarpements les
«plus bizarres; d'un autre côté, elle se relie, par les
« collines de Sirach , aux buttes de Fillols et de Tau-
« rinya, tandis qu'on la voit disparaître sous les terrains
« d'alluvion des vallées de Yernet et de Fulha.
« Soumise à plusieurs dislocations , dont la trace est
«visible au premier examen, elle présente une grande
« variété de phénomènes de structure , de directions et
« d'inclinaisons.
« Tantôt blanc de chair ou légèrement gris, ce calcaire
« est à grains fins, à cassure conchoïde et lisse; tantôt
« gris-bleuâtre et à contexture mal définie, il est traversé
« de filets de spath calcaire : alors sa cassure devient
« fragmentaire.
GÉOLOGIE. -2M
« Dans d'autres circonstances, la pâte calcaire semble
« ne servir de ciment qu'à d'autres noyaux calcaires ou
a de schistes; alors la masse prend un aspect noduleux
« ou amygdalin.
« Non loin de la chapelle Notre-Dame et de l'ermitage,
« on trouve des assises poreuses happant assez fortement
« à la langue; elles sont très-magnésiennes.
« Plus loin , on en rencontre de fortement colorées en
« rouge, et dans leur composition se reconnaît facilement
« la présence du fer carbonate.
« En plusieurs endroits, surtout à la montée de Sirach,
«au sommet de la butte qui domine Villefranche, les
« géologues peuvent récolter des -fossiles caractéristiques,
« qui sont des orthocères , des nautiles , des goniatites ,
« des entroques.
« Parmi les fragments qui servent au four à chaux
« placé à l'entrée de la vallée de Fulha, il n'est pas rare
« de pouvoir ramasser quelques-uns de ces fossiles et des
« portions de crinolites assez bien caractérisées.
« Une partie des caractères précédents pourrait être
« appliquée à quelques-unes des montagnes de la chaîne
« qui s'étend de Corbère. à Thuir. On pourrait même, à
« la rieueur, regarder ces deux formations comme abso-
« lument contemporaines, si les environs de ces dernières
« localités fournissaient des fossiles aussi bien dessinés
« que ceux de Villefranche. Malheureusement, le peu de
« vestiges qu'on y trouve ne présente rien de fixe, rien
« d'assuré.
« On doit dire absolument la même chose de ces masses
« qu'on rencontre dans la vallée du Tech, aux environs
262 HISTOIRE NATURELLE.
« d'Arles (Casot de Galangau, — Pont de la Fo, — sommet
« de la butte de Montferrer, etc.).
« Dans toutes ces localités, le faciès minéralogique est
«sensiblement le même, et l'absence seule de fossiles
« empêche d'arrêter, d'une manière fixe , l'âge de ces
« calcaires.
« Comme pierres à chaux grasse, les calcaires de transi-
te lion du département, sont en général de bonne qualité.
« 11 n'en est pas souvent ainsi des roches métamorphiques,
« qui sont imprégnées, soit de talc, soit de magnésie, soit
« enfin de silice libre ou combinée W; car alors les pro-
« duits qu'ils fournissent se rapprochent sensiblement des
« chaux maigres, non-hydrauliques.
« Il est probable, cependant, qu'on pourra, dans les
« parties où les roches calcaires sont interstratifiées avec
« des schistes, extraire des matériaux qui donneront des
« chaux moyennement hydrauliques, comme cela semble
« exister dans l'Ariége, d'après le dernier travail publié
« par M. l'ingénieur des mines François.
« Les marbres blancs et rouges de Villefranche , em-
« ployés à diverses époques comme ornements ou pierre
« de taille, sont d'un assez bon effet, quoique un peu
« tristes. Quelques-uns d'entre eux ont de l'analogie avec
« le marbre griotte, mais les échantillons sont fort rares.
« On a essayé vainement d'en obtenir des blocs de
« grandes dimensions. L'insuccès tient à deux causes:
(I) Voir pour la composition chimique des calcaires de transition, les
n°M et 2 des analyses de M. Bouis , insérées dans le 111*' Bulletin de la
Société Philomathique de Perpignan , et pour la composition des calcaires
modifiés, les n os ô, 5 bu el 8.
GÉOLOGIE. -J03
« la première doit être recherchée dans la nature du
«marbre lui-même, ordinairement très-fendillé , et ne
« possédant pas de lit ou assise suffisamment distincte;
« — quant à la vseconde, elle ressort de la diflicullé de
« l'exploitation et du peu de capitaux qu'on y a employés. »
GROTTES DES CALCAIRES DE TRANSITION.
Le terrain de transition des Pyrénées contient un grand
nombre de grottes ou cavités souterraines naturelles.
Elles ne se rencontrent que dans le calcaire, et seule-
ment dans les contrées où cette roche est très-étendue
et où elle ne renferme pas de couches d'autres roches.
En général , l'on donne le nom de cavernes à celles
de ces cavités qui présentent une certaine étendue et qui
se composent ordinairement d'une série de renflements
et d'étranglements, c'est-à-dire d'espèces de salles plus
ou moins vastes, qui communiquent entre elles par des
couloirs plus ou moins resserrés.
Les cavernes sont en général tortueuses et se rami-
fient en diverses branches. Elles ont toutes sortes de
direction : les unes courent dans un sens parallèle au
sol , d'autres s'enfoncent comme des puits vers l'inté-
rieur de la terre; tantôt elles ont une ouverture au jour;
d'autrefois elles sont tout-à-fait masquées, et l'on ne
découvre leur existence que par des travaux souterrains ;
tantôt elles renferment de vastes réservoirs d'eau; ailleurs
elles servent à l'écoulemeut de rivières souterraines , et
l'on voit quelquefois des fleuves qui se perdent en tout
ou en partie dans une caverne , pour reparaître à des
distances plus ou moins éloignées.
264 HISTOIRE NATURELLE.
Les parois des cavernes sont toujours très-inégales,
hérissées d'aspérités et creusées par des excavations irré-
gulières, qui pénètrent plus ou moins avant dans le rocher.
Souvent elles sont décorées par des concrétions calcaires
que l'on désigne ordinairement sous le nom de stalactites,
qui prennent toutes sortes de formes , notamment celle de
colonnes et qui brillent quelquefois de l'éclat le plus vif
lorsque la lumière vient frapper leurs parois' 1 ).
Selon M. Beudant, l'origine des cavernes est duc à
des crevasses qui se sont opérées dans l'intérieur du sol
pendant les tremblements de terre.
CAVERNES DU DÉPARTEMENT DES PYRÉNÉES-ORIENTALES.
Les cavernes les plus vastes du département sont celles
d'en Brixot, de Sainte-Marie , d'en Pey, situées dans la
vallée du Tech; de Vittefranche, de Fulhà, de Sirach, du
Mouton de Corbère, situées dans la vallée de la Tet.
Nous ne répéterons point ce que nous avons déjà dit
sur les grottes de la vallée du Tech ni sur la grotte de
Villefranche; nous renvoyons le lecteur aux chapitres I er
et IV e de cet ouvrage, et nous emprunterons encore aux
Etudes scientifiques de M. Paillette, la description des
autres grottes.
GROTTE DE FULHA.
« La plus importante de ces cavernes porte le nom de
« Grotte de Fulhà. On rencontre son entrée dès qu'on a
(I) D'Onaalius d'Halloy. Éléments de Géologie, j>. 2G
GÉOLOGIE. 265
« marché quelques minutes dans la vallée de ce nom.
« Orientée d'abord du N.-O. au S.-E. elle tourne bientôt
« au S. en présentant un embranchement E.-O. Le visi-
« teur suit plus tard la direction X.-S., qui est en général
« celle du système des traverses, passe bientôt dans un
«canal étroit pour reprendre ensuite des chemins qui,
« sauf quelques légères modifications partielles, marchent
« presque toujours dans le sens du méridien magnétique.
« On ne peut pas dire que le sol de la grotte de Fulhà
«soit trop accidenté; il est difficile d'y rencontrer des
« puits, et, si ce n'était les immenses éboulis qui cou-
rt vient la surface du terrain, on n'éprouverait aucune
« peine à parcourir les différentes galeries qui la com-
« posent.
« Des galets ou du sable fin , donnent souvent aux
« amas un aspect particulier, surtout lorsque ces masses
« sont vernissées par des dépôts stalagmitiques.
« Quelques fouilles ont été opérées dans le limon rouge
« qui forme une couche inférieure au sable. — Beaucoup
« d'ossements humains, de chiens, de bœufs, etc., furent
« trouvés à une petite dislance de l'entrée; mais, je no
« sache pas qu'on en ait recueilli à une certaine profon-
« deur dans l'intérieur de la grotte. Os ossements étaient
« accompagnés de débris de poteries grossières.
« Plus tard , lorsque nous décrirons les grandes mo-
rt raines des vallées de Sahorra, etc., nous démontrerons
« les causes de tous ces phénomènes si faciles à com-
k prendre et qui embarrassent cependant à la première
« inspection.
« De la Goba de Fulhà à Villefranche, le calcaire oflïv
'( une suite d'ouvertures qui doivenl très-certainement
260 HISTOIRE NATURELLE.
« avoir des relations avec la plus grande, c'est-à-dire
« avec la grotte elle-même. On les connaît peu, parce
« que leur examen est environné de difficultés presque
« insurmontables.
« Les curiosités particulières qui existeraient d'ailleurs
« au milieu de ces conduits étroits, seraient sans doute
« loin d'égaler les belles chambres de la caverne princi-
« pale, toutes d'une si grande dimension, et si souvent
« ornées des plus beaux stalactites (1) .
GROTTE DE SIRACH.
« La grotte de Sirach est située en un point fort peu
a éloigné du village de ce nom , a mi-côte du Sarrat de
« la Clam , au milieu du calcaire de la formation de Yille-
« franche.
« L'axe de la première portion se dirige par N 50° E.
« avec des oscillations qui se rapprochent souvent de la
« ligne E.-O., mais qui descendent à S. 45° E.
«Le sol, couvert d'une grande nappe stalagmitique,
« éprouve des variations qui contraignent souvent les
« visiteurs à se courber fortement s'ils veulent atteindre
« l'extrémité de cette caverne. 11 est même un endroit,
« formant une espèce de défilé, où l'on éprouve beaucoup
« de gène. L'espace qui précède a pour direction E.-O.,
« tandis que l'axe de la grande chambre qui le suit est
« orienté par N.-S. Mais, ici, ce n'est qu'un simple acci-
(I) Pour avoir une connaissance parfaite de la caverne de Fulhii, on doit
lire le petit mémoire de I\l. Hier, sur le calcaire et les cavernes à ossements
île Villefranche , en Confient, el de Vicdessos , publié en 1857, clans le III e
Inilleliu de la Société l'Iailouiathiîjue de Perpignan.
i.ÊOLOGIE. v 207
« dent de 10 à 12 mètres, puisqu'il un boyau de galerie
« on retrouve N. 50° à 60° E.
« La grotte de Siracli se termine par un rapprochement
« du toit et du mur qui semble provenir d'un comblement
« du sol. Quelques coups de pics ont prouvé que, sous sa
« plaque stalagmitique, se trouvait un amas limoneux.
« L'espace libre qui suit encore les derniers points abor-
« dables, mène sa marche vers le nord ; d'où l'on pourrait
« conclure qu'il existe une sortie dans la vallée de la Tet.
« On doit même être porté à le croire, lorsqu'on étudie
« un ravin N.-S. nommé lo Alzlna, qui ne laisse aper-
« cevoir aucun orifice de vide souterrain* 1 '. »
GROTTE DE CORBERF.
L'arrondissement de Perpignan offre au curieux \ù. Grotte
de Corbcre, dans laquelle on ne s'aventure jamais sans
guide, et sans avoir, par précaution, attaché à la porte
une ficelle qui aide à se retrouver a travers ses profon-
deurs et ses sinuosités. De dislance en distance on trouve,
dans cette caverne, quelques réservoirs d'eau. Lorsqu'on
est parvenu à une certaine profondeur, on entend un bruit
très-fort, comme celui d'un torrent impétueux qui se pré-
cipite dans un abîme, et on sent en même temps un vent
violent et humide, qui éteint les flambeaux si on veut aller
plus avant.
M. Paillette dit au sujet de cette grotte :
« Les dernières assises schisteuses qui garnissent le
« revers oriental du Cauigou , du côté de Corbère, etc.,
(\) Paillette, oavrsge cité,
;>f»8 HISTOIRE NATURELLE.
« sont orientées près du Torren del Mouton (torrent du
« mouton) et du ruisseau de Saint-Julien par 0. 20° E.,
« avec un pendage très-faible vers l'E.-N.-E.; elles sont
« surmontées d'une grande nappe calcaire, et percées en
«plusieurs endroits d'excavations naturelles. — La plus
«grande, placée au sommet du Mouton, qui n'est pas
« beaucoup plus élevé lui-même que les berges faîtières
« marines des environs de Millas, Néliach et Ille, entre
« dans la butte avec direction N. 60° à 80° E., un peu
« E.-O.
« Elle descend constamment par soubresauts vers la
« plaine du Roussillon , et présente une série de vides
« qui sont loin d'égaler en beautés apparentes les grottes
« dont on a déjà parlé.
« Mais, en échange, ils offrent aux géologues des carac-
« tères particuliers qui n'appartiennent à aucune grotte.
« Nous voulons parler de l'usure des parois. — Ici , point
« d'angles vifs, fort peu de stalactites; en un mot simi-
« litude parfaite avec ces ouvertures qu'on aperçoit aux
« environs de La Nouvelle, et qui, battues par la mer,
« s'agrandissent sans cesse.
« On comprend, en effet, qu'à l'époque où cette région
« du département fut recouverte par les eaux qui dépo-
« sèrent les faluns des bords de la Tet, le golfe, dont la
« butte du Mouton était une des limites, reçut une action
« souvent répétée du mouvement des vagues.
« Cette idée se confirme encore par l'examen de la
« petite grotte , qui présente à son entrée un plan de
« couche ou grande fissure, dirigée N.-S., avec pendage
« de 45° vers l'E.
« Malgré les sinuosités ascendantes ou descendantes, on
GÉOLOGIE. 2G9
« est en droit de dire que le système d'érosion, peut-être
« complexe, a du moins été, en grande partie, produit par
« un effet analogue à celui qu'on a signalé plus haut* 1 *. »
L'opinion de M. Paillette est très-hasardée ; car, si on
peut attribuer a l'action répétée des vagues la formation
de quelques cavités peu profondes qu'on rencontre au
niveau des mers, il est dilïicile de penser que la caverne
de Corbère, qui a plus de 5 kilomètres d'étendue, et qui
se prolonge en contre-bas du sol , doive sa formation a
l'action érosive de la mer; du reste, M. Paillette a passé
sous silence le courant souterrain que tout le monde a
signalé. Il est donc plus probable que la grotte de Cor-
bère, comme toutes les autres cavernes du département,
doit son origine à une dislocation intérieure du sol ,
effectuée soit par un tremblement de terre , soit par un
soulèvement.
Quant à l'usure des parois que signale M. Paillette,
elle trouve son explication dans le courant d'eau qui
existe encore , et qui probablement alors n'était pas si
profond et se dégorgeait par l'orifice actuel de la caverne.
« Le phénomène de la formation des cavernes, coïncide
« quelquefois avec l'apparition soudaine de quelque source
« abondante dans des lieux plus ou moins éloignés ; mais
« souvent aussi les eaux ne reparaissent nulle part , et il
« faut croire qu'elles vont déboucher immédiatement dans
« les mers. Ces circonstances nous expliquent la dispa-
« rition de certaines rivières qui s'engouffrent aujourd'hui
« sous terre, après un cours superficiel plus ou moins
« étendu, ainsi que les sources que nous voyons tout à
(Il Paillette, ouvrage cité.
270 HISTOIRE NATURELLE.
« coup sortir des flancs d'un rocher. Elles nous montrent
« la formation et l'existence des canaux souterrains, et
« nous font concevoir que, mis a sec par un soulèvement
« plus ou moins considérable, ces canaux ont pu former
« les cavernes, aujourd'hui libres, que nous rencontrons
« à toutes les hauteurs, aussi bien que celles dont le fond
« est encore occupé par un ruisseau alimenté par les eaux
« qui suintent de toutes les petites fissures ou qui sont
« fournies par les lacs ou les rivières supérieurs.
« Cependant, si l'origine première de ces cavités sou-
« terraines ne peut être douteuse ; si l'on trouve évidem-
« ment toute l'irrégularité d'une fente dans quelques-unes
« d'entre elles, il faut reconnaître aussi que souvent elles
« ont subi postérieurement des changements importants.
« Il est évident d'abord que leurs parois ont dû subir ça
« et là des éboulements, et ensuite qu'elles ont été modi-
« fiées par des eaux courantes , chargées sans doute de
« sables et de limons arrachés de toutes parts; c'est ce
« que montrent les formes arrondies, l'usure et le poli des
« surfaces, les sillons qu'on y rencontre. Des excoriations
« particulières, qui affectent même jusqu'à la paroi supé-
« Heure des voûtes, indiquent une action corrosive dont
« l'eau seule n'est pas capable, et qui conduit à penser
« que ce liquide a pu être chargé souvent d'acide carbo-
« nique, dont l'action s'est ainsi manifestée. On sait, en
« effet, que cet acide se dégage fréquemment par toutes
« les tissures du sol , surtout après les tremblements
« de terre, et que les eaux de sources en sont souvent
« chargées ■ i) . »
(1) Beudanl, ouvrage cité, p. 143.
r.ÉOLOGii . il\
TERRAIN DÉVONIEN OU VIEUX GRÈS ROUGE.
Ce qui caractérise le terrain dévonien, est la présence
de dépôts arénacés, cimentés par une argile plus ou moins
colorée en rouge par l'oxide de fer, et qu'on appelle grh
ronge.
Cette formation a reçu son nom du Dévonshire, pro-
vince d'Angleterre où ce terrain est abondant.
Le terrain dévonien est extrêmement répandu dans la
nature. Il contient, outre le grès rouge dont nous avons
parlé, des débris plus ou moins grossiers, des poudiugues,
des schistes de diverses espèces, des calcaires divers, qui
alternent tous ensemble, et au milieu desquels se trouveul
des couches d'anthracite, le plus ancien combustible char-
bonneux que nous connaissions aujourd'hui.
GRÈS ROUGE.
Le grès rouge est composé principalement de roches
arénacées, à fragments arrondis, communément siliceux,
et à ciment argileux, ordinairement coloré en rouge par
l'oxide de fer ; c'est de la couleur de son ciment que cette
roche a pris son nom de grès rouge. Il repose immédia-
tement sur les roches de transition, ou, quand celles-ci
manquent, sur le terrain primitif.
Les roches qui constituent le terrain de grès rouge
dans les Pyrénées sont au nombre de quatre :
1° Le grès rouge proprement dit, est d'un rouge bru-
nâtre clair, formé de petits fragments quartzeux, mêlé de
paillettes de mica, ordinairement argentin, et agglutinés
272 HISTOIRE NATURELLE.
par un ciment argileux rouge. La couleur rouge qui carac-
térise ce grès est due uniquement à l'oxide de fer de son
ciment. Il est parsemé d'une multitude de petites cavités
arrondies , remplies d'une ocre de fer jaune , qui , à la
surface des roches, étant entraînée par les eaux, laisse
ces cavités vides et donne à la roche un aspect poreux.
Il contient presque toujours des parties calcaires qui,
quoique trop fines pour être distinguées à l'œil, se font
reconnaître par l'effervescence qu'elles produisent avec
l'acide nitrique. Le grès rouge à petits grains est la variété
la plus commune.
2° Le grès blanc est d'un blanc grisâtre ou jaunâtre,
rarement verdâtre, à petits grains quarlzeux, mêlé de
paillettes de mica argentin, et agglutinés par un ciment
argileux blanchâtre. Il est plus rare que le précédent,
duquel il se distingue uniquement par sa couleur blan-
châtre, qui est due à l'absence de l'oxide de fer dans le
ciment. Quand on ne l'observe pas en place, il est pres-
que impossible de reconnaître qu'il appartient au terrain
de grès rouge. On le trouve en couches épaisses, inter-
calées dans le grès rouge du terrain houiller de Durban
tÀude).
3° Le grès schisteux est d'un rouge bleuâtre, a feuillets
minces et droits, composé d'un sable quartzeux fin et de
paillettes de mica argentin, agglutinés par un ciment argi-
leux rouge. Il forme toujours des couches très-épaisses,
intercalées dans le grès rouge ordinaire; il est extrême-
ment commun, et on le rencontre dans toutes les contrées
des Pyrénées où on observe le terrain de grès rouge.
4° Le poudingue du grès rouge est formé de gros frag-
ments arrondis de granité, de schiste micacé quarlzeux,
GÉOLOGIE. *>'?,
île quartz compacte, de hornslein, de schiste siliceux el
de calcaire compacte. Ils sont agglutinés par un ciment
argileux, sablonneux, chargé d'oxi^e de fer rouge. Cette
roche se distingue du grès rouge uniquement par la gros-
seur de ses parties composantes ; elle est toujours subor-
donnée au grès rouge ordinaire, dans lequel elle forme
des couches très-épaisses. Le poudingue se trouve prin-
cipalement dans la partie ancienne ou dans les couches
inférieures.
« Le terrain de grès rouge, dit M. Charpentier' 1 ), paraît
« manquer dans les Pyrénées-Orientales. Je ne l'ai pas
« remarqué dans la vallée du Tech, de la Tet, ni dans
« la partie supérieure de la vallée de l'Aude. Je doute
« même que des recherches ultérieures le fassent jamais
« découvrir dans ces contrées , qui paraissent avoir été
« plus sujettes à des révolutions et à des dégradations
« que les autres parties des Pyrénées, révolutions qui ont
« fait disparaître les roches supérieures, plus exposées à
« leur action destructive, et qui ont mis à découvert les
« roches primitives, lesquelles, en effet, dominent dans
« le Confient et le haut Roussillon. »
Contrairement a l'opinion de M. Charpentier, le grès
rouge existe h La Manère, à Costujes, aux Bains-d'Arles,
etc. M. d'Archiac, dans son bel ouvrage, Les Corbières,
donne la coupe stralégraphique de la colline crétacée des
Bains-d'Arles, où l'on voit le grès rouge reposer immé-
diatement sur les schistes micacés. M. Anglada, dans son
livre des eaux minérales, avait déjà signalé ce grès rouge
J} F.ssai sur ta Cunstilutio.i yeoanoslique des Pyrénées, p. 45(5. IS2".
TOMC I. ^8
c l~ [ histoire Naturelle.
sur les deux montagnes de Costa-Roja et de Puy-d'Olou,
qui dominent les Bains-d'Arles.
M. Noguès, notre- compatriote , professeur d'histoire
naturelle à l'École de Sorèze, auteur de plusieurs mémoires
de géologie très-estimés, a démontré que le grès rouge de
notre département était dépendant du terrain houiller.
Le grès rouge recouvre en stratification non parallèle
les roches intermédiaires et primitives. Sa formation est
antérieure à celle des roches secondaires. On en tire des
matériaux propres aux constructions et au pavage.
EMPLOI DU GRÈS ROUGE DANS LES CONSTRUCTIONS
DE L'ÉPOQUE ROMANE.
Autrefois le grès rouge était employé dans notre dépar-
tement : toutes les églises de l'époque romane conservent
la trace de son emploi. On le voit aux angles et aux cor-
dons des édifices, aux voussoirs des voûtes, et entrer
même dans la construction des murs tout entiers : le vieux
Saint-Jean , l'église du Vernet de Perpignan , l'église de
Castell-Rossellô, la chapelle de Saint-Assiscle, etc., en
offrent de nombreux exemples. Son emploi disparaît
entièrement à l'époque suivante.
TERRAIN HOUILLER.
Le terrain houiller est principalement caractérisé par
la richesse des couches de houille qu'il renferme, par la
nature des végétaux fossiles qu'il recèle, par sa dispo-
sition en bassin et par sa tendance à être composé de
QÉOLOÛIB. "2
- to
couches alternatives de psammiles, de schistes argileux
et de houille.
Jusqu'à présent on n'a pas découvert de houille dans
les Pyrénées-Orientales. Il est probable que la formation
houillère a été détruite par l'agent puissant qui, selon
M. Charpentier, a dévasté cette partie de la chaîne.
Cependant, on assure qu'il existe des affleurements de
houille sur les bords de la Muga, territoire de Saint-
Laurent-de-Cerdans, et que ces affleurements sont le
prolongement de Sant-Juan-de-las-Abadessas, en Espa-
gne, qui n'est pas très-éloigné.
On a dit aussi qu'on avait retiré de l'anthracite des
montagnes qui avoisinent Thuir. Nous pouvons affirmer
que des recherches entreprises sur le territoire de Camélas
pour trouver de la houille ont été faites sans succès.
Les seuls combustibles fossiles bien connus qui exis-
tent dans le département des Pyrénées-Orientales, sont
les dépôts de lignite d'Estavar et de Serdinya; nous en
parlerons quand nous traiterons des terrains tertiaires.
TERRAIN SECONDAIRE.
En faisant abstraction de la chaîne des Corbières, le
terrain secondaire occupe peu d'espace dans les Pyrénées-
Orientales; on ne le rencontre que par petites masses iso-
lées, îl est très-vraisemblable que ce terrain a eu jadis une
étendue plus considérable, et qu'il a recouvert originai-
rement tout le terrain primitif et de transition, comme
il le recouvre dans les autres parties des Pyrénées.
Le terrain secondaire se compose de trois groupes
principaux , qui se subdivisent en plusieurs étages ou
27G HISTOIRE NATURELLE.
assises. Ces groupes, dans l'ordre de leur ancienneté
relative, sont le terrain triasique, jurassique et crétacé.
TRIAS OU GROUPE DU NOUVEAU GRES ROUGE.
Au-dessus du terrain houiller, se présente une longue
série de limons rouges, de schistes et de grès, à laquelle
on a donné le nom de formation du nouveau grès rouge,
pour la distinguer d'autres schistes et grès, appelés vieux
grès rouge, qui souvent montrent un caractère minéra-
logique identique et gisent immédiatement au-dessous du
terrain houiller, comme on l'a vu ci-dessus. Les auteurs
allemands lui ont donné le nom de trias, parce que ce
terrain se divise en trois formations très-distinctes, que
l'on appelle Keuper, Muschelkalk et Bunler-sandstein, et
que nous désignons sous les noms de marnes irisées,
calcaire coquillier et grès bigarré.
Le keuper, qui a été désigné aussi sous le nom de ter-
rain salifère, renferme du gypse et du sel gemme. Il
n'existe pas dans notre département; car nos plâtrières
sont de l'époque tertiaire, et le sel gemme n'a jamais été
trouvé dans le pays.
Le calcaire coquillier existe à Cases-de-Pena , au Cap-
Béarn, au Mas de Jau, à Baixas et autres lieux.
Quant au grès bigarré, on le voit sur quelques points
du pays : au Boulou, à Estagel, au Col Saint-Louis, etc.
En 1836, M. Aymerich fit part à la Société Philomathique
de Perpignan, qu'il avait découvert au Moula, terroir
d'Estagel, une roche grèsiforme applicable au pavage des
rues. Dans la même séance, M. Grosset fit observer que,
GÉOLOGIE.. :>77
dans ses propriétés, au Boulon, il y avait un grès sus-
ceptible des mômes applications' .
TERRAIN JURASSIQUE.
Le terrain qu'on a appelé jurassique, parce qu'il joue
un rôle important dans la constitution géognoslique des
montagnes du Jura, n'existe point dans les Pyrénées-
Orientales. Autrefois on rangeait le massif des Cornières
dans le terrain jurassique; aujourd'hui il est compris dans
la formation néocomienne qui forme l'étage inférieur du
terrain crétacé. C'est a M. Dufrénoy que l'on doit cette
'mportante rectification < 2 l
TERRAIN CRÉTACÉ.
Le terrain crétacé, qui se présente dans différentes
contrées avec des caractères minéralogiques très-variés,
doit sa dénomination au calcaire blanc, tendre et traçant,
connu sous le nom de craie, qui en occupe la partie
supérieure.
On le divise généralement en trois étages, qui peuvent
être considérés comme trois formations distinctes. L'étage
inférieur se compose de la formation véaldienne et néo-
comienne; l'étage moyen, de la formation glauconieuse,
et l'étage supérieur, de la formation crayeuse.
(1) Voir le III e Bulletin Je ta Société l'hilomathiciue de Perpignan,
| re partie, [ia;;e 21 . IS37.
(2) Mémoires pour servir à une descriiilion géologique de la France, tome
II. p 55.
->78 HISTOIRE NATURELLE.
LES CORBIERES.
Les Corbières sont comprises dans la formation néoco-
mienne. Nous n'entreprendrons pas de faire, ici, l'étude
géologique de ce groupe intéressant de montagnes;
M, d'Archiac, dans un travail qu'on ne saurait trop
admirer, a traité ce sujet avec tout le talent qui distingue ce
savant géologue; son livre, qui a pour titre : Les Corbières,
fait partie des Mémoires de la Société Géologique de France,
et un exemplaire offert par l'auteur a la Bibliothèque de la
^ille de Perpignan, sera fructueusement consulté par le
lecteur avide de s'instruire.
Les montagnes des Corbières fournissent de l'excellente
pierre à bâtir, des chaux de qualités diverses et des mar-
bres de toutes les couleurs. Dans le chapitre qui traitera
de la minéralogie des Pyrénées-Orientales, nous donne-
rons la nomenclature de toutes les carrières exploitées, et
nous signalerons, en outre, plusieurs gisements inconnus
qui nous ont été indiqués par M. Philipot, marbrier très-
habile, qui, pendant vingt ans, s'est livré h des recherches
très-aclives dans toutes nos montagnes.
TERRAINS TERTIAIRES.
Le terrain tertiaire n'existe que par lambeaux dans les
montagnes des Pyrénées-Orientales. Le sol de la plupart
des vallées est un terrain de transport, composé d'éboulis
et de matières terreuses qu'entraînent les eaux sauvages qui
descendent des montagnes voisines. Il n'y a donc autour
des massifs montagneux que des dépôts quaternaires d'une
GÉOLOGIE. 279
médiocre étendue, peu épais en général, toujours com-
posés d'éléments en rapport avec ceux qui constituent les
montagnes voisines.
LIGNITES D'ESTAVAR.
La petite plaine de la Cerdagne semble faire exception.
Le dépôt lacustre de lignites dans les couches argileuses
d'Estavar, donne h ce terrain un caractère particulier qui
le range parmi les terrains tertiaires. Nous empruntons à
M. Bouis* 1 ' les détails qu'on va lire sur ce dépôt char-
bonneux.
« A côté d'Estavar, et à peu de profondeur au-dessous
« de la surface du sol, commencent à paraître des couches
« de lignite, alternant avec des assises d'argile, contenant
« une grande quantité de petites coquilles. Ces couches
« charbonneuses sont puissantes et se continuent au loin.
« M. Bernadach, concessionnaire de ce dépôt, m'a assuré
« que l'épaisseur totale de ce dépôt de lignite, à Estavar,
«avait 60 pieds; quant à son étendue, elle comprend
« probablement tout le bassin de la Cerdagne-Française et
« Espagnole, à en juger par les points où il a été reconnu.
« Ce lignite peut être classé parmi les lignites piciformes;
« souvent ils présentent l'aspect ligneux du bois ; la potasse
« caustique le dissout partiellement, en se colorant en brun,
« caractère qui distingue ce charbon fossile des houilles...
« Il fut exploité, il y a une vingtaine d'années, pour fournir
« du combustible à l'économie domestique, et pour servir
« à la calcination de la pierre à chaux; on y trouva alors
(I) II'" Bulletin de la Société Philomathique do Perpignan, p. 34. 1836,
280 HISTOIRE NATURELLE.
« plusieurs ossements de mammifères. Cette exploitation,
« sans doute mal dirigée, avant été onéreuse pour le conces-
« sionnaire, les cavités d'extraction furent comblées. Ce
« résultat doit paraître extraordinaire , lorsqu'on voit les
« habitants de laCerdagne-Espagnole se servir usuellement,
a pour le chauffage, du lignite de Sanabastre, à deux lieues
« et demie de Puycerda , qui est probablement la conti-
« nuation de celui d'Estavar, et que l'on sait que celui-ci
« est plus estimé que le premier. Ce lignite de Sanabastre
« se vend communément, rendu a Puycerda et même à
« Llivia, éloigné seulement d'un quart-d'heure d'Estavar,
« à raison de 5 ou 6 francs la charrette, contenant \o
« quintaux. — H y a environ quatre ans, l'exploitation
« fut reprise pour extraire du charbon, qu'on essaya aux
« usines de Ria. On crut reconnaître que la chaleur pro-
« duite par sa combustion n'était pas assez intense pour
« pouvoir servir aux fortes fusions , et, par conséquent, a
« la réduction des minerais de fer. Ces résultats n'ayant
« pas paru satisfaisants, on combla de nouveau les points
« d'excavation. »
M. Farines a écrit aussi sur les lignites d'Estavar.
« Les lignites, dit-il (1) , qu'on observe dans les terrains
« de transport de plusieurs localités du département des
« Pyrénées-Orientales, paraissent avoir été tous formés a des
« époques différentes : ceux d'Estavar (en Cerdagne) sont
« les plus abondants. Ils ont été exploités pendant long-
« temps pour alimenter un four à chaux; aujourd'hui on
« les consomme pour les besoins domestiques. Cette
I Voir Le l'ublicaleur du Département tl<:s Pyrénées-Orientales, journal
«lu !) (Vvrin- 183".
GÉOLOGIE. 281
«couche de combustible est très -puissante; elle est
« formée de masses, plus ou moins considérables, qui
« représentent des branches et des troncs d'arbres, d'une
« dimension souvent gigantesque. L'inclinaison de cette
« couche a lieu du N.-O. au S.-E., et la pente des ter-
« rains qui lui sont subordonnés se termine à !a rivière
« le Sègre.
« La position désordonnée dans laquelle se trouvent
« les végétaux qui ont donné lieu à la formation de ce
« banc de lignites, indique que c'est par l'effet d'une
« commotion souterraine que la foret a dû être détruite,
« les arbres enfouis ou du moins bouleversés, et que le
« terrain sur lequel se trouvait la forêt s'étant abaissé,
« les eaux pluviales se sont rassemblées dans cet endroit.
« et ont formé un lac : il est même probable que ce lac
« n'était pas limité au seul terrain a lignites; qu'il occu-
« pait tout le bassin de la Cerdagne, et que sa dispa-
« rition a eu lieu par une saignée, qui est représentée
« aujourd'dui par le Sègre. En examinant la couche allu-
« viale qui recouvre le terrain lacustre , on voit qu'elle
« participe de la nature des roches qui constituent le
« terrain au S.-E. de la Cerdagne, ce qui indique que
« ce lac était alimenté principalement par les eaux qui
« descendaient du côté de Nouri , par la vallée d'Eyne;
« par suite, il s'est formé une succession de dépôts de
<<limon sableux, imprégné de coquilles d'eau douce,
« comprimées et écrasées , plusieurs déterminables en
« place. Les principales espèces que j'ai reconnues sont
« les Limneus stagnalis, pahistris, auricularia, Paludina
« imputa, Valvala piscinalis, Planorbis carinatus, et des
« bivalves du genre cyclade. Ces dépôts lacustres recou-
282 HISTOIRE IfATURELLE.
« vrenl les lignites et sont colorés en brun, plus ou
« moins foncé, suivant leur éloignement du combustible.
« Cette coloration leur a été communiquée par la péné-
« tration d'un suc , fourni par un commencement de
« bituminisation de substances végétales.
« Les lignites d'Estavar n'ont été que peu ou point
«comprimés; ils conservent, en général, la forme pri-
« mitive du bois et la position des arbres après la catas-
« trophe; ils n'ont subi qu'une faible altération, puisqu'on
<( distingue très-bien les libres végétales; ils brûlent rapi-
de dément, dégagent beaucoup de calorique, et laissent
« peu de résidu. »
LIGNITES DE SERDINVA.
Entre xMont- Louis et La Cabanasse , on observe un
lilon très-mince de lignites dans une coupe formée par les
eaux d'un ruisseau; on en trouve également dans plusieurs
autres localités, telles que dans les environs de Prades,
Maury, etc.; mais, l'exiguité sous laquelle se montre
celte substance ne permet pas de l'étudier. Il n'en est
pas de même des lignites de Serdinya, qui, découverts
en 1833, mirent les industriels du canton en mouvement,
parce qu'on crut alors que c'était de la bouille.
« Le terrain dans lequel se trouve le lignite de Serdinya,
« dit M. Farines W, se compose de couebes assez intéres-
« santés; et, quoique d'alluvion, il ne me semble pas
« devoir être classé parmi la formation alluviale moderne,
« mais bien appartenir à cette période désignée sous le
Cl Actes de la Société Linnécnne «te Bordeaux, j>. 68, oetotnv 1830.
OÉOLOGIB. 283
« nom de icrUnirc. La croule ou surface se compose
« d'une couche alluviale de 12 à \o mètres d'épaisseur,
<( qui repose sur une seconde couche de 5 mètres de
«. puissance de limou sablonneux a gros grain quartzeux,
« au-dessous de laquelle on observe une veine de 2 à .">
« cenlimèlivs d'épaisseur, composée de gravier coloré en
« rouge vil"; celle-ci est superposée à une autre couche
a de marne argileuse et sableuse qui varie de 50 centi-
<( mètres à 2 mètres, qui, a son tour, repose sur une
« deuxième couche de sable marneux ou gravier rouge
« vif. Celte zone est superposée a une couche de \ à 2
« mètres de puissance de marne argileuse verdâlre, pas-
« sant au bleu, au-dessous de laquelle se trouve une
« couche de lignite de 5 à o centimètres d'épaisseur,
« fortement comprimé, de couleur brun fauve, ferrugineux,
« un peu feuilleté, friable, présentant, dans diverses par-
<( lies, la construction ligneuse; elle parait tenir a l'espèce
« terreux (erdrohle) de Wemer. Au-dessous de ce lignite
« se trouve une couche de peu de puissance, d'un limon
" noir, a\ec fragments granitiques et schisteux, qui est
« suivie d'un lit de galets pugillerires el péponnawes, liés
« par du gravier limoneux grisâtre, et qui varie depuis
« 60 centimètres jusqu'à 2 mètres d'épaisseur : il est
« superposé à une deuxième couche de lignite de 3 à 8
« centimètres de puissance, beaucoup plus compacte que
« le premier, à cassure luisante, piciforme, ayant beau-
« coup d'analogie avec le Pechkohle de Voigt. Inférieu-
re renient à ces couches, et autant que j'ai pu en juger
« par quelques points visibles, par analogie, par l'iucli-
« naison des lits et celle de la roche qui sert de support
« à cette formation, il doit exister des couches de limon
-28 i HISTOIRE NATURELLE.
« noir alternant avec des lignites, ayant les unes et les
« autres a peu près la même puissance que les supé-
rieures, et en très -petit nombre; quoique observée
« avec beaucoup d'attention , je n'ai trouvé aucune trace
« de corps organisés dans cette substance.
« Ce lignite brûle avec flamme, répand une odeur fétide,
a laisse, après la combustion, une grande quantité de résidu
« terreux, et fournit peu de calorique.
« La formation alluviale qui recèle les lignites de Ser-
re dinya, est remarquable par la diversité des couleurs de
« ses couebes; elle repose immédiatement sur le terrain
<( de la période Phylladienne; ces formations ont subi les
« bouleversements volcaniques qu'on observe diversement
« dans la plupart des montagnes. On voit, dans la couche
« supérieure, des cailloux roulés d'une dimension extraor-
« dinaire; il y en a un, entre autres, sur la crête d'un
« éboulement , qui a retenu, par son poids, le limon
(( caillouteux inférieur dans la dimension de sa plus large
« surface, de manière qu'il couronne une énorme colonne
« de terre. Ce bloc granitique a 6 mètres de circonférence;
<( il parait avoir été roulé longtemps par les eaux, car sa
« surface est très-unie et ses angles extrêmement amortis.
« Cette couche diluviale est à une grande élévation, relati-
« vement aux vallées voisines, d'où l'on peut induire cette
« conclusion raisonnable, que ce terrain a été exhaussé ou
« les vallées abaissées. Or, comme les couches de la forma-
a lion d'atterrissement ont une inclinaison très-prononcée
« de KO. à l'E., précisément en sens inverse de l'inclinaison
« de la roche de transition qui lui sert de support, qui, elle-
« même est très-inclinée, il nousparaitsufïisamment prouvé
« que ces terrains ont été soulovés, et qu'il a fallu des
uÉOLOGIL. -280
« forces comparables à celles que produisent les secousses
« centrales, pour donner lieu h ces admirables anomalies.»
A ces documents, nous ajouterons nos propres obser-
vations : le gisement de ce combustible est situé à une
demi-lieue de Serdinya, sur la rive droite de la petite rivière
dite Bailmarsane. Avant d'arriver à l'ouverture d'une
petite galerie qui a été ébauchée il y a environ trente ans,
on aperçoit, ça et là, autour d'un grand monticule sablon-
neux, une couche noire, qui décèle, dans l'intérieur, la
présence de ce combustible, et qui doit être la continua-
tion de celle plus épaisse que l'on voit au pied de la galerie.
Cette couche est, elle-même, divisée en deux parties: la
supérieure, d'un noir brillant, est solide; l'inférieure,
moins colorée, est plus friable. La première alla 12
centimètres d'épaisseur, la seconde est bien plus épaisse ;
mais toutes deux occupent au pied de la galerie une lon-
gueur d'environ 9 mètres. A 20 mètres plus loin, cette
couche reparait au même niveau, autour du monticule,
pour disparaître et reparaître de nouveau quelques mètres
plus loin.
GYPSES ET OPHITES.
Les gisements de gypse très-nombreux dans le dépar-
aient de l'Aude et à l'extrémité occidentale de la chaîne
des Pyrénées, sont assez rares dans le département des
Pyrénées-Orientales (I) . Les seules carrières ouvertes en
Houssillon s'exploitent à Céret, Reynès et Palalda, vallée
(1) Voir Je mémoire de M. Bonis, inséré au 11 e Bulletin de la Société
l'hilomathique de l'erpijnan , p. 82. -1836.
280 HISTOIRE NÀTU'ftELLK.
du Tech, et à Maury et Lesquerde, près Saint-Paul,
vallée de l'Agly.
Il est assez difficile d'assigner un âge géologique a ces
gypses , parce que leur rapport géognostique avec les
terrains environnants est peu saisissable. Cependant, la
présence de fragments anguleux de calcaire au milieu du
gypse, prouve, d'une manière incontestable, que le gypse
est postérieur à ce calcaire, soit qu'on regarde ces frag-
ments comme des galets ou des masses détachées des
roches auxquelles elles appartenaient, par la cause qui a
donné naissance au gypse.
OPHITE.
Quoi qu'il en soit, les gypses, dans les Pyrénées, se
trouvent constamment placés dans les terrains de craie,
et sont presque toujours accompagnés de porphyres am-
phiboliques. M. Palassou a fait connaître le premier cette
association remarquable, et il a donné le nom âiOphite
à ces porphyres.
Nous empruntons à M. Dufrénoy (1 > les documents sui-
vants sur l'ophite ; le rôle important qu'il a joué dans les
révolutions qu'ont subi les Pyrénées et le Roussillon en
particulier, nous engagent a nous étendre un peu sur
l'histoire de cette roche.
L'ophite, sorte de porphyre vert, se trouve principa-
lement dans les régions inférieures des vallées et au pied
de la chaîne où il forme des monticules isolés et arrondis.
(I) Mémoires pour servir à une description-géologique de ta France , t. II,
p. IjD.
GÉOLOGIE. -281
Il est composé d'amphibole et de feldspath distincts, et
quelquefois homogènes ; il ressemble alors au pyroxène
en masse ou à l'herzolite. Dans quelques rares localités,
cette roche est amygdaloïde.
L'ophite est très-sujet à se décomposer. 11 se divise en
nodules plus ou moins gros par l'inlluence de l'atmos-
phère.
Les nombreuses masses d'ophites que l'on observe dans
toute la partie occidentale des Pyrénées, fait présumer que
les porphyres se trouvent partout à une petite profondeur,
et qu'ils forment le fond du sol. C'est au soulèvement des
ophiles que paraît se rapporter la plus grande partie des
dislocations de cette partie de la chaîne. La montagne
granitique des trois couronnes, placée au S.-E. de Bayonne
et à peu de dislance de Saint-Jean-de-Luz, parait elle-
même avoir été soulevée par l'action de ces porphyres.
L'ophite parait avoir fait éprouver une altération aux
roches qui sont en contact avec lui, ou du moins ces roches
présentent dans son voisinage des caractères constants qui
n'existent pas dans le reste de la même formation. Ainsi, le
calcaire généralement compacte et squilleux, est cristallin
et en partie dolomitique lorsqu'on s'approche des masses
d'ophite. Au contact de celte roche, ce calcaire est carié;
il est alors composé de deux parties différentes : l'une,
dure et cristalline, empâte des parties tendres, terreuses
et souvent friables. Ce calcaire caverneux accompagne
toujours les masses gypseuses , de sorte que, quand bien
même on ne verrait pas la relation entre le gypse et
l'ophite, cette roche cariée sullirait pour l'établir.
Les marnes qui alternent avec les couches de calcaire,
sont ordinairement d'un gris foncé; à la proximité des
•288 HISTOIRE NATURELLE.
gypses et de Pophite, elles sont d'un rouge de vin el
maculées de différentes nuances. Ces marnes colorées
annoncent presque toujours la présence du gypse.
La proximité de Pophite, qui est toujours annoncée par
des variations brusques dans la direction et l'inclinaison
des couches, l'est presque toujours aussi par la présence
de brèches plus ou moins abondantes, dont la nature est
en rapport avec le terrain que Pophite traverse : elles sont
le plus ordinairement composées de fragments de calcaire
el de schiste qui l'accompagnent; souvent ces brèches
existent sans que Pophite soit venu au jour, mais les bou-
leversements qui accompagnent ces porphyres prouvent
que Pophite doit être à une petite distance de la surface.
FORMATION DES GYPSES.
L'ophite est presque constamment accompagné de gypse.
Ces deux roches n'alternent pas ensemble; mais elles jouent
le même rôle par rapport aux autres terrains, c'est-à-dire
qu'elles en dérangent les couches; de plus, dans quelques
localités , l'ophite et le gypse se pénètrent , de sorte que
l'on voit des blocs d'ophite disséminés au milieu du gypse,
et traversés dans tous les sens par de petits filets gypseux.
Les ophites et les gypses étant mélangés de beaucoup de
pyrites, il n'y aurait rien de trop hasardé h supposer qu'au
moment où les ophites se sont introduits dans les terrains
calcaires, les pyrites aient pu se décomposer et réagir
sur le calcaire. Ce serait peut-être aussi à cette double
décomposition que serait dû le fer oligiste disséminé dans
Pophite, dans le gypse, et qui forme fréquemment de
GEOLOGIE. "289
pHils nids dans les calcaires situés dans le voisinage de
l'ophite.
A Fitou, où MM. d'Archiac, Boue et Tournai ont
signalé la présence d'une roche ignée, le gypse de cette
localité serait le résultat des calcaires altérés par ce por-
phyre.
« Le gypse, dit M. d'Archiac (1 >, ne serait, ici, que le
« résultat des calcaires altérés par des vapeurs sulfu-
« reuses, accompagnées d'émanations d'acide carbonique
« et de vapeurs chaudes contenant de la silice. Ces der-
« nières ayant agi sur les calcaires, les ont silicifiés, ou
« bien ont laissé cristalliser le quartz. Les marnes ne
« seraient que le résidu des portions calcaires altérées
« par ces divers agents. »
SEL GEMME ET SOURCES SALÉES.
Le sel gemme se trouve fréquemment avec le gypse
et l'ophite; sa présence est révélée par les nombreuses
sources salées qui sourdent indifféremment de l'une et de
l'autre de ces deux roches ; quelquefois il arrive lui-même
au jour. Dans tous les cas, il est évidemment le produit
des mêmes causes. La mine de sel de Cardonne est une
dépendance certaine de ce système.
AGE DE LOPHITE.
L'ophite est venu au jour à une époque qui est com-
prise entre les terrains tertiaires les plus modernes et les
(I) Les Corbière*, p. 394.
tome I. 19
'2W HISTOIRE NATURELLE.
terrains d'alluvion du commencement de l'époque actuelle :
il s'est élevé en masse pâteuse par des excavations larges,
comme la plupart des roches cristallines plus anciennes
que les basaltes.
BOULEVERSEMENTS DES PYRÉNÉES PAR L'OPHITE.
Son action s'est fait sentir suivant les lignes qui courent
E. 18° N. à 0. 18° S. Une grande partie de la Catalogne,
de la Navarre et de la Biscaye, des Pyrénées-Orientales et
des Basses-Pyrénées , doit sa forme actuelle à ce sou-
lèvement. Il se rapproche, par sa direction , du système
principal des Alpes, et parait en être une dépendance.
Malgré l'intensité considérable de cette action, l'ophite
ne forme ordinairement que des monticules de peu
d'étendue.
Ainsi, dit M. Dufrénoy, les Pyrénées auraient subi deux
révolutions : l'une, générale, due au soulèvement du gra-
nité, aurait relevé tous les terrains d'une manière régu-
lière; l'autre, partielle et agissant sur des points isolés,
aurait donné naissance aux ophites, aux gypses et au
groupe du Canigou, dont le relief actuel est le résultat
de l'apparition des ophites, qui a eu lieu longtemps après
le dépôt des terrains tertiaires.
TERRAIN TERTIAIRE SUPÉRIEUR.
Le terrain tertiaire supérieur compose la vaste et magni-
fique plaine du Roussillon. Les nombreux sondages qui
ont été pratiqués pour rechercher des sources jaillissantes
à Théza, Villeneuve-de-la-Raho, Bages, ïerrats, Canohès,
OÉÔLOGIK. KM
ToUrfes, Perpignan, Bonpas, Saint-Eslève, Rivesaltes,
Pia et Saint-Laurent-la-Salanque, ont fait reconnaître les
concîies traversées jusqu'à la profondeur de 180 mètres.
Les 71 forages qui ont réussi, à partir de 1829C> jus-
qu'en 1857, sont compris dans une zone de trois a quatre
lienes de long, sur une à deux de large, et placée à égale
distance des montagnes et de la mer. Toutes les tentatives
faites en dehors de cette zone, ont été jusqu'à présent
infructueuses. Elle se divise elle-même en trois petits
bassins : celui de Bages, celui de Perpignan et celui de
Hivesaltes.
Dans la ville de Perpignan, placée à peu près à moitié
de la dislance qui sépare Rivesalles de Bages, les sondages
sont descendus, au Pont~d'en-VesHt, à 143 mètres; à la
Loge, à 1 70 ; à Saint-Dominique, à 175; et à la Poisson-
nerie, à 162.
Dans la commune de Bages, les eaux jaillissantes se
rencontrent a la profondeur de 26 à 50 mètres. Un pre-
(I) Le premier forage artésien fut tenté, en 1829, par iM. Fraisse, aine;
il l'ut pratiqué à sa métairie, sur tes bonis de la Basse, territoire de Toi u jus.
En vingt-huit jours de travail , il atteignit la profondeur de 41 mètres, et
obtint une source jaillissante qui donnait 24 litres d'eau par minute, soit
54.560 litres par jour. (Rapport sur les puits artésiens cjui existent dans
les Pyrénées-Orientales, par M. le docteur Gompanyo , fils, IX e Bulletin
de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales,
p. 497. IS34.)
Voir les mémoires de M. Farines, Bulletin de la Société Puilomatbiijue
de l'erpiguan , p. 21, 26, 35, 40; I re année, !S35.
Marcel de Serres, ibid.. p. 53 ; II e année, 1 836.
Eugène Durand, Tableau géologique représentant la coupe des terrains
traversés dans le forage de Tolujes, ibid., p. 124 ; II e année, 1 850.
Eugène Durand , Observations sur les 5", 4 e et 5 e fontaines jaillissantes
obtenues à Tolujes, ibid , p. 123 ; III e année, 1857.
: 2§-2 HISTOIRE NATURELLE.
mier forage, exécuté un peu au nord du village, a atteiut
une source jaillissante à 26 mètres au-dessous d'une
marne sablonneuse; à 46 mètres on a rencontré une
argile noire et compacte, et à 47 mètres on a obtenu un
jet d'eau limpide, qui s'est élevé avec force, entraînant
des fragments de pierre et de gravier. Aujourd'hui, l'on
compte plus de 60 puits artésiens sur le territoire de
cette commune. Le plus remarquable est celui foré sur
une propriété de M. Barrère; il projette ses eaux abon-
dantes avec une violence tumultueuse qui étonne.
Le premier sondage exécuté à Rivesaltes, dans l'axe
de la vallée de l'Agly, et poussé jusqu'à 75 mètres, a
traversé des argiles plus ou moins compactes et des
marnes calcaires. A 67 m ,40, on a rencontré une argile
noire bitumineuse reposant sur une marne calcaire noire,
avec des huîtres bien conservées. Au-delà, un sable très-
argileux renfermait la nappe jaillissante. Un autre sondage
a rencontré la nappe jaillissante à 52 m ,60, et la couche la
plus basse était une marne argilo-calcaire imperméable,
retenant les eaux à partir du banc de sable superposé.
La sonde avait atteint successivement, à partir du dépôt
quaternaire de la plaine, une série de vingt assises sub-
divisées en un certain nombre de lits d'argiles rouges,
plus ou moins compactes, marneuses ou sableuses, de
marnes argilo-calcaires blanchâtres, sableuses ou mélan-
gées de gravier, de calcaires peu nombreux et de sable
micacé argileux. A 40 mètres, la cuiller a ramené des
débris de cardium et de pecten. Des cailloux de quartz
ont été rencontrés à plusieurs niveaux. Plus tard, le puits
Singla a rejeté momentanément une grande quantité de
sable micacé, avec des fragments d'huîtres, de chaînes,
r.ÉoLOfiiE. i9~
<le peignes, de pétoncles, de buccins, de rissoa , de
nntices , de turbo, de murex, etc. C'est de la couche de
sable marin coquillier que l'eau jaillit , et cette circons-
tance permet de penser que c'est aussi le niveau de la
couche coquillière qui se prolonge sous la plaine, avec
une inclinaison d'environ cinq-centièmes.
En résumé, la profondeur des puits varie entre 50
et 180 mètres. Les moins profonds sont ceux du terri-
toire de Bages, et le plus profond celui du Mas-Sauvy
(180 mètres), le niveau du sol superficiel étant sensible-
ment le même. La quantité d'eau fournie par un de ces
puits, peut varier de 25 à 1.200 litres par minute; la
moyenne est d'environ 120, et le produit moyen des
71 forages de 8.500 litres par minute. Les observations
thermométriques faites sur la température de ces eaux,
donneraient en moyenne 1 degré d'accroissement par 30
mètres de profondeur; mais elles n'ont pas été exécutées
dans des conditions propres à donner un résultat très-
exact pour chaque point. Les couches traversées sont
partout sensiblement les mêmes. Ce sont des marnes
argileuses, avec des lits subordonnés de sable, de gra-
vier, de calcaire quelquefois siliceux, et des coquilles
marines disséminées ça et la. L'inclinaison générale est
de PO. à PE., et la nappe aquifère se trouve dans un
sable assez pur, plus ou moins épais, recouvert d'une
argile verte, et dans lequel l'eau est d'autant plus abon-
dante qu'il est plus meuble et plus grossier.
Les puits d'un même bassin s'influencent mutuellement,
et l'établissement d'un nouveau puits diminue toujours la
quantité d'eau fournie parles autres; il peut même en faire
tarir quelques-uns. Néanmoins, le produit total des eaux
294 ' HISTOIRE NATURELLE.
augmente avec le nombre des trous de sonde. Quant à la
force d'ascension , elle dépasse rarement 1 à 5 mètres ;
souvent elle n'atteint pas 1 mètre au-dessus de la surface
du sol, et le produit diminue rapidement à mesure qu'on
élève l'orifice de sortie.
DÉPÔTS COQUILLIERS.
Les dépôts tertiaires marins du Roussillon , n'apparais-
sent à la surface du sol que sur quelques points des vallées
de la Tet et du Tech; partout ailleurs, ils sont masqués
par la grande nappe de dépôts quaternaires.
« M. Marcel de Serres a indiqué, sur la rive gauche de
« l'Agly, en face du village d'Espira, une coupe de 7 à 8
« mètres de hauteur, au bas de laquelle viennent affleurer
« des marnes argileuses bleues, fossilifères, sans doute du
« même âge que celles des vallées du Tech et de la Tel,
« situées un peu plus au sud, et appartenant à la forma-
te tion tertiaire supérieure ou subapennine. Elles sont ici
« surmontées de sable marneux, blanc et jaune, avec du
« lignite, et de 5 mètres d'épaisseur, de marnes argileuses
« jaunâtres et de nouveaux sables marins jaunâtres de 2
« mètres , le tout recouvert par le dépôt quaternaire de
« la plaine, dont l'épaisseur, en cet endroit, est d'environ
« i mètre. Les coquilles des marnes bleues sont mieux
« conservées que dans les couches correspondantes du
« Boulon, de Millas, de Banyuls et de Néfîach, et beaucoup
fc d'entre elles ont même conservé une partie de leurs
«couleurs. Un dépôt analogue, indiqué près d'Estagel,
« par M. Noguès* 1 *, nous est complètement inconnu. Les
GÉOLOGIE. !'):>
« couches tertiaires ne paraissent pas ailleurer sur d'autres
« points du bassin inférieur de l'Agly ni sur les pentes des
«roches secondaires qui l'entourent; les dépôts quater-
« naires les débordent sans doute partout (l) . »
Nous ferons remarquer que ce n'est pas à M. Marcel
de Serres que l'on doit la découverte du banc coquillier
d'Espira-de-1'Aglv, mais à M. Farines, ancien pharmacien,
ii Perpignan .
TERRAIN QUATERNAIRE.
M. Rollan du Roquan, dans sa notice géologique du
département de l'Aude, a fait remarquer que les bancs
puissants de cailloux roulés qui recouvrent les hautes
coliines tertiaires des environs de Carcassonne, pour-
raient appartenir à une période plus ancienne que les
dépôts modernes que l'Aude dépose de nos jours.
« L'âge de cette roche, dit-il, doit être certainement
antérieure à l'ère historique; car on la retrouve sur des
points trop élevés, pour qu'on puisse penser que les
inondations, quelque fortes qu'on les suppose, aient
jamais pu les atteindre pendant la période actuelle { -K »
« Dans certaines localités du bassin moyen de l'Aude,
« dit aussi 31. d'Archiac, on voit ces dépôts à plus de
« 100 mètres au-dessus du niveau qu'atteignent les plus
« hautes eaux de nos jours. On n'y a pas encore rencontré
« de débris organiques, et leur composition pourrait par*
« fois les faire confondre avec certaines couches tertiaires
(I) Vicomte d'Archiac, ouvrage cilé.
_' annuaire du département de CAude pour IS'i î , p. "20'2.
296 HISTOIRE NATTRELLE.
« si l'on ne remarquait pas que ces dernières sont toujours
'( plus ou moins dérangées de leur position originaire,
« tandis que les sédiments quaternaires, parfaitement hori-
« zontaux, les recouvrent transgressivementO. »
La plaine qui, à partir de la commune de Salses, s'étend
jusqu'au Vernet de Perpignan , est un exemple de ce ter-
rain quaternaire. Cette plaine horizontale, d'une élévation
moyenne de 16 mètres au-dessus du niveau de la mer,
exclusivement consacrée à la culture de la vigne, est
composée à sa surface d'une terre rougeâtre ou alluvion
ancienne, peu épaisse, recouvrant uniformément un dépôt
de cailloux roulés. Celui-ci se relève un peu le long des
pentes inférieures des collines calcaires. Ainsi, à la mé-
tairie Parés, il constitue un poudingue à ciment de sable
rouge-ocreux. Aux environs de Castell-Viell , il atteint
45 mètres d'altitude. Il est composé de fragments plus
ou moins gros de calcaires gris, compactes, sous-jacents.
A Salses, le niveau de la plaine n'est qu'à 10 mètres au-
dessus du niveau de la mer; près de Rivesaltes, sur la rive
droite de l'Agly, a 15; au moulin d'Espira , à 28; au
Vernet de Perpignan , à 51 .
TERRAIN MODERNE.
Le terrain moderne est un composé de dépôts divers,
produits par des causes qui agissent encore, et dû à l'ac-
tion des agents atmosphériques, des cours d'eau, de la
mer, etc.
Les matières de ces dépôts sont des cailloux roulés,
(\) Le< l'or bières, p. 2 \1
GÉOLOGIK. 297
des sables et des limons plus ou moins mélangés, des
calcaires plus ou moins marneux, qui se forment dans
les lacs et dans les mers, la tourbe et le fer limoneux
des marais; enfin les tufs calcaires, les tufs siliceux que
les sources amènent partout de l'intérieur de la terre à
l'extérieur.
Les côtes de la Méditerranée et les bords des nombreux
étangs saumàtres qui les découpent entre Salses et Ange-
les, ne nous offrent que des plages sableuses, très-basses,
sans dépôts récents émargés, coquilliers ou non, que l'on
puisse rapporter à l'époque actuelle ou même à la précé-
dente, et constituer ce que, sur d'autres points du péri-
mètre de cette mer, on a décrit sous le nom de grès, de
calcaire et de tuf quaternaire.
« Ainsi, dit M. d'Arcbiac, les oscillations du sol qui
« ont élevé ces dernières sur les côtes de l'Afrique, de
<( l'Italie et sur le pourtour des grandes îles voisines, ne
« se seraient pas manifestées ou n'auraient point laissé
« de traces tout le long de ce rivage occidental.
« Les plages, très-basses depuis la Camargue ou le delta
'( du Rhône jusqu'à l'embouchure du Tech , au sud de
« Perpignan, n'offrent point de lignes de dunes compa-
re râbles a celles des côtes de l'Océan. Les petits amas
« de sable qu'on observe entre Cette et Agde ne men-
er tent pas ce nom; car leur élévation ne dépasse pas o
«ou 6 mètres, comme M. Marcel de Serres l'a aussi
« constaté récemment. Le faible balancement de la masse
« des eaux de la Méditerranée, les roches calcaires géné-
« ralement dures, plus ou moins inaltérables, rarement
<( marneuses, presque jamais arénacées, qui se trouvent
« dans son voisinage immédiat, et peut-être aussi la direc-
-298 HISTOIRE NATURELLE.
« tion des vents dominants, ne sont pas des circonstances
« favorables au développement de ces accumulations détri-
<( tiques contemporaines ; de sorte que ces côtes sem-
'< blent offrir aussi, depuis l'état actuel des choses, une
<( stabilité relative à peine troublée par les sédiments
« qu'apportent dans leurs crues l'Hérault, l'Orbe, l'Aude,
« l'Agly, la Tet et le Tech. Ces dépôts successifs, quoique
a très- faibles , ont cependant modifié un peu certaines
« parties de la côte et des étangs dont nous venons de
« parler, mais sur une échelle infiniment moindre que
<( les atterrissements produits plus au nord par les eaux
(t du Rhône.
« Cette uniformité et celte platitude du littoral qui se
« manifestent a l'œil le moins expérimenté, par ces grandes
« et nombreuses lagunes qui le séparent de la mer pro-
ie prement dite , se continuent encore sous les eaux à une
«distance considérable; car la ligne de soude de cent
« brasses se trouve partout h dix lieues en mer, depuis
« l'embouchure du Rhône jusqu'au parallèle de Perpi-
<( gnan, ce qui dénote une pente excessivement faible et
f< uniforme dans toute cette étendue (1 '. »
Les rivières de l'Agly, de la Tet et du Tech entraînent
dans leur cours rapide une masse considérable de sable et
de limon qui, avant d'atteindre la mer, se dépose sur les
parties basses inondées, souvent fort étendues, de la plaine
du Roussillon, qu'elles traversent. Ce détritus limoneux,
très-fin, améliore alors les terres arables; mais, lorsque
des cailloux assez gros et assez nombreux viennent s'y
mêler, le sol est aride et peu productif.
I f.es cartnires, p 231
OFOLOGIE. 539
\PPK\MCE.
M. Noguès nous communique a l'instant, sous le titre
de Notice sur les Pyrénées de l'arrondissement de Céret,
un travail inédit qu'il nous permet de publier a la suite
de ce chapitre. Nous profitons de cette permission avec
reconnaissance , parce que le mémoire de notre savant
compatriote vient combler la lacune qui existait dans
L'histoire géologique des Albères, des montagnes de
Céret, Costujes et La Manère.
NOTICE SUR LES PYRÉNÉES DE L'ARRONDISSEMENT DE CÉRET.
PAR A. F. NOGUES,
Pc la Société (V'ûlogique de France , membre correspondant de la Société Linnéenne
de Bordeaux, de la Sfeeiété Impériale d'Apriniltare, <\t h
des Sciences de Lyon , >-u , ek
« Les Albères forment une petite chaîne qui s'étend de la mer
au Col du Perlliiis. A son extrémité orientale, elle se termine par
des escarpements e! des (alaises nui se baignent dans la Méditer-
ranée. De ce côté, la chaîne se digile et présente une infinité de
petits porta et de caps; elle s'étend horizontalement depuis les
premières rampes montagneuses que l'on irravit en sortant d'Ar-
gelès-sur-Mer Jusqu'au petit golfe de Roses, en Espagne.
«La région occidentale des \lhères n*o fifre pas. du <u<\ au
nord, un développement aussi considérable i\w^ la partie qui e
300 HISTOIRE NATURELLE.
termine à la mer. Mais, à partir de la Junquère à Figuères, elles
vont en s'atténuant jusqu'à la plaine. Cependant, c'est sur le
versant espagnol que se montrent les escarpements les plus
abruptes et les plus rapides. En suivant la route de la Junquère
à Figuères, on les voit se profiler, d'une manière pittoresque,
comme une série de murs de circonvallation bizarrement déman-
telés, ou comme une suite d'immenses châteaux forts ruinés par
le temps. A l'ouest du Col du Perlhus se développent les massifs
montagneux de Riunoguès, de Maurellas, de Céret et d'Arles,
qui dépendent de la petite chaîne des Albères, et qui vont, en se
ramifiant, se rattacher au Canigou. La région montagneuse de la
haute vallée du Tech affecte, d'une manière grossière pourtant,
une forme circulaire, dont le Tech suit un des diamètres, à partir
de La Preste jusqu'à Palalda. Au sud de cette petite et pitto-
resque région pyrénéenne, se trouvent les montagnes granitiques
de Costujes, de La Manère, de Campredon, avec leurs grès
rougeâtres houillers et crétacés. Au nord, celles de Cortsavy,
de Monlbolo, qui forment dans le pays les rampes limites du
Canigou.
ALBÈRES.
« La petite chaîne des Albères est dirigée sensiblement E.-O.;
elle est formée d'un axe granitique, dont le soulèvement a relevé
les couches paléozoïques qui s'appuient, avec des inclinaisons
diverses, sur ses deux versants. — Sur le versant septentrional,
la chaîne est fracturée par de nombreux petits vallons qui don-
nent naissance à des cours d'eau qui se jettent dans le Tech.
Ces petites vallées transversales, à leur origine, sont fortement
encaissées et sensiblement perpendiculaires à la direction des
Albères, c'est-à-dire qu'elles sont dirigées du sud au nord. La
série secondaire manque complètement dans les Albères; on n'y
a point observé jusqu'ici aucun membre des terrains triasiques.
jurassiques ou crétacés.
ùEOLOGlk. 3U1
t Les terrains tertiaires les plus récents s'appuient sur les pre
mières rampes de la chaîne dans la vallée du Tech : à Nidolères,
Banyuls-dels-Aspres, le Boulon, Yilellongue-dels-Monts, etc.
((Mais, tous les étages tertiaires situés à uu niveau inférieur
à ces dépôts subapennins, manquent aussi complètement dans
nos vallées du Roussillon. Les terrains de transition ou paléo-
zoïques les plus anciens et les roches azoïques forment les dépôts
stratifiés qui se montrent sur les flancs des Albères; ce sont des
gneiss, des micaschistes, des schistes ou phyllades et calcaires
cristallins.
« On y trouve associés à ces roches ou au granité : de la tour-
maline cristallisée, des cristaux de feldspath, des grenats, du
quartz compacte, etc.
«: Dans la petite vallée de La Roque-d'Albère, on peut étudier
d'une manière assez nette les couches et les roches qui cons-
tituent la portion centrale des Albères.
« En remontant la rivière de La Roque, en sortant du village,
la première roche que l'on trouve en place, est le schiste de
transition, qui se montre au sud, dans toutes les dépressions
du sol et dans tous les endroits assez profondément ravinés, pour
mettre cette roche à découvert, par la dénudation des dépôts
alluviens. Ces schistes verdàtres ou bleuâtres, forment les cou-
ches supérieures des dépôts de transition des Albères ; ils plon-
gent de 60? vers le N. 40° E., comme du reste toutes les collines
qui environnent le village de La Roque.
« En remontant encore le cours de la rivière , on marche des
couches supérieures vers les couches inférieures. Au gouffre du
Tinell (terme du pays), les schistes de transition (probablement,
siluriens), s'inclinent un peu inoins que tout à l'heure; l'angle
qu'ils forment avec l'horizon ne dépasse pas -45° N. E.; ils pré-
sentent un développement horizontal d'au moins 2 kilomètres;
ils sont recouverts par de puissants dépôts détritiques, formés
de cailloux de quartz et de granité. Nous n'avons trouvé dans ces
schistes, aucune trace d'être organisé.
30^ HISTOIRE NATURELLE.
* A la hauteur de la fontaine minérale ferrugineuse , dite Font
de l'Aram, après le Moulin de Gras, les gneiss commencent à
se montrer; ils sortent de sous les schistes; ils présentent une
stratification très sensible et s'inclinent vers le N. 60° E. Ces
gneiss sont porphyroïdes; ils contiennent de gros cristaux lamel-
leux de feldspath vitreux.
« En remontant encore la rivière, on trouve des micaschistes
imprégnés de fer et présentant, sur certains points de leur sur-
face, des veinules de quarts : ces deux roches passent l'une dans
l'autre; à leur contact elles se confondent, et perdent les
n/ractères physiques qui les distinguent.
« En suivant le rukseau qui alimente les moulins de La Roque
jusqu'à la prise d'eau, on atteint un escarpement très-rapide
situé sur la rive gauche de la rivière ; il porte, dans le pays, le
non à'Escarranques. Sur la rive droite, aussi très-escarpée, se
dressent les hauteurs de la Sparreguère. A partir de là, la gorge
se resserre tellement qu'on ne peut plus remonter le cours du
i aviii. Ces escarpements sont formés d'une roche granitique stra-
tifiée, fortement relevée, parfois à couches verticales ou même
renversées. Au-dessus de ces couches, on trouve sur le chemin
étroit qui suit le liane de la montagne, un gneiss décomposé
passant à la pegmatite.
«Ensuite, en montant vers la Sparreguère, après le gneiss
se montre le micaschiste. Mais, bientôt, on rencontre un gra-
nité porphyroïde qui s'est l'ait jour à travers les micaschistes
et les gneiss, et a dérangé la régularité normale de leurs
couches.
« Ce granité présente de grands plans de rupture et de clivage,
comme une espèce de stratification confuse.
« La montagne de la Sparreguère et le sommet correspondant
de YEscarranques, sont formés par des micaschistes très-bien stra-
tifiés, inclinant au S.O., sous un angle d'environ 65°. Au-dessous,
les micaschistes deviennent noirâtres et fortement micacés ; par-
fois, ils sont décomposés en un sable ferrugineux, passant à des
i.l-OLOGIE. 30o
gneiss à la jutitie intérieure. Les gneiss et les micaschistes se
succèdent plusieurs fois. .
« En s'avançant vers l'axe de la montagne, on atteint la crête
de la chaîne constituée par le granité à petits cristaux.
«Toutes les petites vallées de fracture de la chaîne des Albères,
sont perpendiculaires à la direction de cette chaîne; toutes pré-
sentent une composition identique, puisque les mêmes couches
liassent de Tune à l'autre en s'inlléchissant. On peut s'en assurer
en examinant les roches des petites vallées de Saint-Martin, de
Montesquieu, de Vileliongue, de Sorède, d'Argelès, de Collioure.
Lorsqu'on descend des hauteurs de la Sparreguère dans le vallon
de Sorède, ou aperçoit, à la base de la montagne, une file d'ai-
guilles de quartz compacte, qui forment une arête ou ride épi-
neuse presque verticale ou un peu inclinée vers le N. E., d'au
moins 80°.
« En remontant la rivière de Sorède, on retrouve les mêmes
roches que nous avons signalées aux environs de La Roque,
dépendant, au four à chaux de Sorède, près du pont des forces,
on trouve une couche peu épaisse d'un calcaire cristallin méta-
morphosé; elle paraît plonger vers l'est. Cette couche calcaire,
que nous n'avons pas trouvée en place à La Roque, où elle es!
cachée sans doute par des dépôts de détritus, s'est déposée dans
quelque dépression ou quelque poche des roches qui lui sont
inférieures, schistes ou micaschistes et gneiss. C'est probablement
la couche calcaire qui se montre à Prats-de-Mollô, Céret, etc.,
et qui forme une bande presque continue dans toute la partie
septentrionale de la chaîne des Albères.
« En suivant la route , tracée parallèlement à la mer, depuis
Argelès jusqu'au Cap Réarn, on coupe les strates des Albères
parallèlement à leur direction. On peut ainsi se faire une idée
complète de l'étendue horizontale qu'occupent certaines couches
anciennes. Jiais,en suivant la roule on ne rencontre guère que des
phylladeset autres roches schisteuses, plus ou moins tourmentées.
Ces phyllades sont, en certains points, contournées et plissées.
3U4 HISTOiHE NATURELLE.
a, Les mêmes roches se retrouvent sur le versant méridional
de la chaîne. En allant de Roses à Quadaquès (Espagne), j'ai vu
les schistes qui se montrent dans les Albères du Roussillon.
MONTAGNES DE CÉRET, D' ARLES, DE LA MANÈRE, ETC.
« A Céret, le Tech est déjà fortement encaissé; ses rives sont
escarpées, et formées par des roches schisteuses bleuâtres, forte-
ment relevées. Ces schistes sont durs et compactes ; ils renfer-
ment du quartz , et passent , en certains endroits , à une roche
dure argilo-siliceuse analogue aux grauwackes.
« Les schistes argileux se montrent aussi au sud de la petite
ville de Céret, au pied de la montagne qui borne l'horizon du
côté du midi. On les rencontre à la hauteur des Capucins. Ils se
montrent avec leurs teintes bleuâtres ou ferrugineuses, en cou-
ches relevées, parfois plissées ou contournées, inclinant vers
l'ouest un peu au sud. Sur ces schistes se montre une puissante
couche d'un calcaire cristallin, plongeant de 45° vers le S. 0.
Ce calcaire, gris ou bleuâtre, parfois blanc, est exploité pour la
fabrication de la chaux grasse. La partie qui se trouve en contact
avec le gypse passe au calcaire magnésien.
« Au sud des Capucins, se trouve la première plàtrière (de
Cantenis); le gypse qu'on y exploite est gris, avec des teintes
bariolées où le rouge domine. Au voisinage du gypse, on voit
affleurer des calcaires magnésiens, inclinés comme les couches
de gypse vers le S. 0.
Les calcaires se retrouvent encore en s'élevant vers la mon-
tagne ; ils se relèvent fortement ou prennent même la position
verticale au voisinage d'une roche d'éruption verdâtre. Cette
roche granitique présente des plans grossiers de stratification
inclinés vers le S. 0.; elle est recouverte par des schistes et des
micaschistes.
«Vers les parties supérieures de la montagne de Céret, les
roches granitiques sont décomposées à leur surface; leur felds-
GÉOLOGIE. 305
patii se décompose ; elles passent à des roches lalcqueuses avec
quartz.
« Enfin, au sommet se montrent des granités, des micaschistes,
pénétrés de veines de quartz blanc.
« Les gypses de la montagne de Céret (plàtrières de Cantenis,
de Llobel, de Bousquet) s'enfoncent vers le sud-ouest; ils parais-
sent s'être formés sous l'influence de causes ignées, dans les
poches calcaires où on les trouve aujourd'hui.
«Aux environs de Céret, à Amélie-les-Bains, à Costujes,
le terrain crétacé supérieur se trouve bien caractérisé par la
présence du Cyclolites elliptica (Lamarck). La roche crétacée de
cette partie des Pyrénées est constituée par des calcaires com-
pactes, noirâtres, avec empreintes d'ostraeées et des grès jau-
nâtres, rougeâlrcs ou grisâtres, légèrement micacés. C'est dans
ces grès ou dans une couche calcaire intercalée, que se trouvent
le Cyclolites elliplica, des hippurites, etc. (*). M. d'Archiac a donné
la coupe complète de la colline crétacée d'Amélie-les-Bains( 2 ).
« Le granité au milieu duquel se trouvent les étangs de Carlite,
est identique à celui qui forme le massif du Canigou* 3 ); il est
formé de quartz et de feldspath blancs et de mica noir; par suite
de la décomposition du feldspath, il se désagrège facilement; il
est divisé par des plans de rupture , ce qui lui donne l'aspect
d'une masse stratifiée.
« Mais le granité qui forme le massif montagneux qui s'étend
de La Manèrc à Vilaroge, est composé de gros cristaux de felds-
path blanc et rose, de quartz blanc translucide et de mica noir.
Il passe à la prologine et à la serpentine.
« Les montagnes qui s'élèvent au sud de la route d'Arles à
Amélie-les-Bains, sont formées de granité supportant des schistes
de transition.
(1) iNogues: Sur un grès rouge des Pyrénées et des Corbières.
(2) M d'Archiac: Les Corbières, p. 441 et pi. IV, fig. 23.
(3) Noblemairc: Eludes sur la richesse minérale de la Seo-d'Vrgel.
iomk t. 20
300 HISTOIRE NATURELLE.
« Dans la vallée du Sègre, à Sant-Juun-de-las-Abadessas, se
montrent des affleurements de houille. Le terrain houiller qui
pénètre dans les Pyrénées françaises, repose sur le terrain de
transition (calcaire et schistes) ou sur le granité.
« Sur la houille repose une puissante couche d'un grès rouge,
qui est houiller ou triasique; il s'étend depuis la Seo-d'Urgel
jusqu'aux environs de La Manère. Il diffère, par ses caractères
lithologiques, stratigraphiques et paléontologiques, des grès rou-
geâtres ou jaunâtres, incontestablement crétacés de Costujes et
d'Amélie-les-Bains.
« Au-dessus des grès jaunâtres crétacés, se trouvent les marnes
jaunes -verdâtres-gypseuses, dans lesquelles sont ouvertes les
carrières de gypse de Palalda et de Montalba, ce qui range ces
gypses dans le terrain crétacé.
«En résumé, dans la vallée supérieure du Sègre, on trouve
les terrains sédimenlaires anciens, comprenant le terrain silurien
ou dévonien et le terrain houiller, peut-être le trias, le tout re-
couvert par les dépôts tertiaires.
« Dans la vallée du Tech, les grès rouges triasiques ou houil-
lers font aussi une pointe; ils reposent sur les calcaires ou les
schistes de transition. Les dépôts sédimentaires les plus récents
sont représentés par des calcaires, des grès et des marnes, de la
craie, et par les strates pliocènes qne nous avons déjà indiquées. »
— «assi-i
MINÉRALOGIE. 307
CHAPITRE IL
MINÉRAXOGIE.
L'étude des corps inorganisés qui existent naturellement
dans la terre ou à sa surface, est l'objet de la Minéralogie.
Nous n'avons pas la prétention de faire la description
tout entière du règne minéral des Pyrénées-Orientales.
C'est un travail qui dépasserait nos forces, et que ne
comportent point les limites étroites de notre cadre; nous
nous bornerons seulement à dire quelques mots sur les
gites métallifères du pays , et nous parlerons plus parti-
culièrement des mines de fer du Canigou et des carrières
de marbre, a cause de l'importance scientifique et com-
merciale qui se rattache à ces deux questions. Nous
donnerons ensuite, sous forme de catalogue, la liste des
minéraux que nous avons recueillis, et que l'on pourra
voir parmi les collections du cabinet d'histoire naturelle
de la ville de Perpignan.
Le département des Pyrénées-Orientales n'aurait rien
à envier aux plus favorisés de la France, si les richesses
minérales signalées dans le pays, depuis le douzième
siècle, étaient mises en valeur. Nous allons emprunter
au livre déjà cité de Carrère, et au mémoire publié par
M. Moref sur les anciennes exploitations des mines du
Roussillon, les détails curieux qui vont suivre sur les
gîtes métallifères de cette province. Ces indications,
oubliées avec le temps, sont nécessaires à rappeler.
3U8 HISTOIRE NATURELLE.
GÎTES MÉTALLIFÈRES SIGNALÉS PAR CARRÈRE.
« Nous passons à l'objet le plus intéressant du règne
minéral, dit M. Carrère' 1 ', aux mines, qui sont très-
multipliées sur les montagnes du Roussillon. Si nous
devions donner des détails sur chacune de ces mines,
nous excéderions les limites que nous devons nous
prescrire; nous nous bornerons à de simples indica-
tions; nous n'indiquerons même que les principales et
les plus connues.
« Mines de fer. — On en trouve sur la plupart des
montagnes du Contient, du Capcir, de la Cerdagne, de
Carol et du Vallespir : le détail en deviendrait fort long.
Elles sont presque toutes très-profondes, et même
souvent superficielles : les plus riches sont celles du
haut de la montagne de Puy-Morens, dans la vallée
de Carol, qui fournissent à plusieurs forges de la Cata-
logne, de l'Andorre et du Comté de Foix ; celles d'Escaro
et d'Aytua, en Confient, qui fournissent aux forges de
Nyer, de Thuès, de Balsère et de Mosset, et à celle
de Gincla, en Languedoc; celle de Fillols, en Confient:
elle est de fer spalhique. Il y en a plusieurs sur le
Canigou , parmi lesquelles quelques-unes contiennent
plusieurs sortes de manganèse; quelques autres sont
des mines de fer spathique d'un jaune-fauve : on les
mêle, dans les forges d'Arles, avec de l'hématite noire,
qu'on tire de la même montagne.
«Mines de plomb. — On en trouve: 1° un filon au
(I) Voyage pittoresque lie la'Fraxice, Province du lioussilldii, p. ">ti 1787.
MINÉRALOGIE. HOO
« terroir de Fillols, en Confient; !2° a celui de Sahorre,
« aussi en Conllent; 5° à celui de Formiguères, en Capcir;
« 4° un filon , entre le territoire de Prats-de-MolIô et
« ceux de La Manère et de Serrallongue, en Vallespir;
« o° un filon, près d'Arles, en Vallespir, qui donne, au
« petit essai , §0 pour 100 : il est à petites facettes, et sa
« gangue est quarlzeuse; 6° un filon au terroir d'Escaro,
« en Confient : il est fort riche ; 7° un filon à Pedre-
« forte, dans la vallée de Carol; 8° au minier de Sainl-
« Antoine de Padoue, près d'Arles, en Vallespir : celui-ci
« sert à faire le vernis a potier; 9° des rognons d'alquifou
« à Escaro ' en Confient; 10° mine à couche de plomh,
« au même terroir, lieu dit la Clavagu&re , entre deux
« monticules; 11° mine à rognons, au terroir de Galbes,
« en Capcir; 12° mine à rognons, au terroir de Vernet,
« en Confient : on la trouve en fouillant la mine de fer;
« 15° mine a rognons, au territoire de Taurin va, en Con-
« lient : on la découvre dans les campagnes et les vignes,
« surtout après les pluies d'orage; 14° mine à rognons, au
« territoire de Sirach, en Confient: ils sont moins riches
« que les précédents , et sont dans une terre argileuse
« blanche.
« Bismuth. — On en trouve une mine près d'Arles, en
« Vallespir; elle donne, au petit essai, 50 pour 100.
« Mines de en vive. — 1° au Coll de la Régine ou Sainte-
« Marie, dans le territoire de Prats-de-Mollô, en Vallespir,
« filon de deux pieds et demi de large ; 2° au Coll de la
« Cadère, dans le même territoire, filon de deux pieds
«de large; 5° au terroir de Coslujes, en Vallespir,
« plusieurs filons de deux et trois pieds de large; 4°
« sur la montagne de Batèra, une mine de cuivre jaune,
310 HISTOIRE NATURELLE.
a qu'on trouve avec du vert de montagne dans une
«gangue calcaire; 5° plusieurs mines de cuivre jaune,
près de La Preste, en Vallespir; 6° une mine pareille,
près de Montbolo , aussi en Vallespir, mais parsemée
de petits cristaux de malachite et de vert de montagne,
dans une gangue quartzeuse; 7° dans le terroir de
Llech, en Confient; 8° à la Vall de Prats, entre les
terroirs d'Esearo et de Fontpedrosa, en Confient, un
filon de cinq pieds de large; 9° à Carença, au lieu
nommé le Racou, à deux lieues du précédent; 10° au
fond de la montagne de Carença, au pied des Eslanyols,
en Confient; 11° dans le bas de la même montagne,
vingt-cinq filons, dont le plus petit est d'un pied et
demi de large; 12° depuis Formiguères, en Capcir,
jusqu'à Real, sept filons des plus gros; 15° dans le
terroir de Pedreforlc, vallée de Carol, quatre filons;
1 i° une mine de cuivre gris au terroir d'Estoher, en
Confient; lo° un banc de gravier, où l'on trouve beau-
coup de cuivre en filets ramifiés, dans le terroir de
Suréda, au pied de la montagne de l'Albéra. Cette mine
est composée de feuilles de cuivre rouge très-ductile,
répandues parmi le gravier ou plaquées contre les pierres,
où elles paraissent ramifiées a la manière des dendrites.
On conserve, a Perpignan, des pyrites qu'on en a retirées
en ouvrant la mine; elles sont plates et dures; la plu-
part se sont fleuries à l'air, et se sont chargées d'un
très-beau vitriol. L'exploitation de cette mine a été
suspendue en 1735, par ordre du Gouvernement.
« Mines de cuivre et argent. — 1° dans le terroir
de Prats-de-Mollô, en Vallespir, au lieu dit les Billots
ou Sainte-Marie, au minier de Saint -Louis et a Saint-
MINÉRALOGIE. 311
« Salvador; 2° a la Vtdl , en Vallespir; 5° au Coll de la
« trottina, terroir de Vallestavia, en Confient, filon de
« quatre pieds ; 4° au Puig-dels-Moros , dans le même
« terroir; 5° à la Coma, en Confient; 6° au Pla de
<( Gantas, paroisse d'Escaro, en Confient; 7° au bas de
«la montagne de Carença , en Confient, à gauche des
« Estanyols.
a Mines d'argent. — 1° au terroir de Sant-Colgat, en
« Confient, filon de demi travers de doigt, dans une roche
« bleuâtre; 2° à Pedreforte, dans la vallée de Carol, filon
» un peu plus considérable que le précédent.
« Minières et pyrites cubiques. — Au terroir de Palol,
« à une lieue de Céret, en Vallespir.
« Alun — Veine courante sur terre, très-abondante en
« alun, depuis une toise de largeur jusqu'à quatre, dans
« une longueur de quatre lieues. Elle commence à Ville—
« rach , en Confient. On avait commencé à l'exploiter :
« mais on l'a abandonnée, à cause de la grande quantité
« de matière onctueuse qu'elle contient, qui en rend la
« cristallisation très-difficile' 1 '. .
« On connaît encore aux environs de Mont-Louis, des
« mines de plomb, de cuivre, d'alun, de jais, de charbon
« de pierre. Il y en a de pareilles sur le Canigou. On en
« indique même plusieurs sur cette montagne qu'on pré-
« tend tenir de l'or et de l'argent; mais on n'en a jamais
« fait l'essai, et on est par conséquent dans l'incertitude
« sur leur vraie nature.
« On trouve, enfin, des schistes sulfureux ou charbon
(-1) La concession on avait élé accordée, en 1746, au sieur Clara,
ni" l"cin de brades, et compagnie,
312 HISTOIRE NATURELLE.
(( de terre près de Callastres et de Ho, dans la Cerdagne ,
« et de l'amiante ou lin incombustible sur le Canigou,
« au-dessus du monastère de Saint-Martin. »
A ces documents anciens, nous ajouterons ceux,
beaucoup plus anciens, découverts par M. Morer^ dans
les vieilles archives du département; ils remontent au
douzième siècle, et prouvent que, dans notre pays, on
a cherché, à plusieurs reprises, non-seulement le fer,
mais encore l'or, l'argent, le cuivre, le plomb, l'étain.
On en trouve la preuve dans une foule de concessions
de mines, qui ont été obtenues sous les Rois d'Aragon
ou leurs successeurs.
MINES D'ARGENT.
La première concession dont il est fait mention, remonte
à l'an 1146. Il s'agit d'une mine d'argent trouvée 5 la Coma
de Boxeda, et que se disputent l'Abbé de Sainte- Marie
d'Arles et le Vicomte de Castelnau. En 1196, une con-
cession est faite au monastère d'Arles d'une autre mine,
qui était située au lieu appelé Pugalduc. En 1423, il est
encore fait mention d'une autre mine d'argent, nouvelle-
ment découverte au territoire de Montbolo. Les localités
les plus spécialement désignées dans plusieurs actes et
concessions de cette époque, se trouvent dans les monta-
gnes du Canigou, dans les territoires d'Arles, de Corlsavy,
de Palalda, de La Bastide, de Coslujes, de Montbolo, de
Prats-de-Mollô , d'Ille, de Corbère, etc.
(I) Ancienne exploitation des mines du rioussillon , par M. Morcr, archi-
viste du département ; IX e volume de la Société Agricole, Scientifique et
Littéraire des Pyrénées-Orieutales, p. 290. 1854.
MINÉRALOGIE. 313
SABLES AURIFÈRES,
« On ne se bornait pas à vouloir trouver l'or dans le
« sein des montagnes, dit M. Morer (l >; nos rivières étaient
« aussi réputées aurifères. Il existe, dans les archives, plu-
« sieurs titres qui servent à le confirmer.
«En 1605, le Procureur-Roval du Roussillon accorde
« à un individu de Fourques, qui prend le titre à'oren-
« gaer (ou orpailleur) , le droit de chercher de l'or, qui
« se trouve dans les sables des rivières ou torrents du
« Roussillon.
«En 1615, une pareille concession est laite par le
« Procureur-Royal à un individu de Mirepoix , à l'effet de
« rechercher les paillettes d'or ou d'argent qui se trouvent
« dans les sables de la rivière de la Tet. Cette concession
« n'est accordée que pour l'espace de deux mois.
« En 1622, nous avons encore vu une autre concession
« pour ramasser l'or qui se trouve dans les sables des
« rivières de la Tet et du Tech. Cette concession était
«l'aile pour l'espace de quatre mois. Du reste, on ne
« donne pas, dans ces litres, l'indication du point où se
« faisaient ces recherches; elles s'étendaient sur tout le
« parcours des rivières. Le titre de 1622 fait connaître
« la part qui revenait au Roi : c'était le cinquième, quitte
« de tous frais. »
« Le Duc d'Orléans, Régent du Royaume pendant la
« minorité de Louis XV, avait ordonné a tous les Inten-
(\, Ibidem, j>. "01 et suivantes. »
314 HISTOIRE NATURELLE.
« dants des Provinces , de lui rendre compte des mines
« et minières qui pourraient se trouver dans leurs dépar-
« tements, et d'en envoyer des échantillons à Paris. Le
« Gouvernement savait, comme le dit, quelques années
« après, le jeune Roi dans un édit de 1722, que
<i Les mines et minières seront un des plus riches objets que
« nous puissions avoir dans notre Royaume, si nous pouvons
« parvenir à les mettre en valeur; ce qui procurerait l'abondance
« à nos sujets, en leur donnant en même temps de l'occupation,
« et rendrait le commerce de notre État plus florissant, en y
« multipliant les matières précieuses qui en font tout le mobile. »
« Ce sont là les termes du préambule de l'édit.
« Dès l'année 1717, par suite des ordres qui avaient
« été donnés, l'Intendant du Roussillon se livra à des
« recherches, et envoya à Paris divers échantillons qui
« avaient été découverts. Le nommé Vilaroja, qui parais-
« sait expert en cette partie, fut un des hommes princi-
pe paiement chargés de suivre ces travaux. Nous n'avons
« point les documents officiels; mais il résulte de diverses
« notes, que Vilaroja avait principalement désigné les
« mines ci-après. Je copie textuellement ces indications:
MINE DE CUIVRE ET ÉTAIN, CUIVRE ET OR.
« Al dot d'Estavell, au-dessus de la mine del Couchars, au bord
« d'une fontaine nommée la Font de la Jasse, se trouve une mar-
ri q'uessitë' (màrcassite ou sulfure métallique) tenant du cuivre et
« étain. — On trouve à las Porteilles du Canigou, une mine qui
« tient aussi du cuivre et à laquelle on croit de l'or. — Plus, il a
« été indiqué audit. Vilaroja les mines ci-après où il doit se
« transporter :
MINÉRALOGIE. H lf»
ÉTAIS ET PLOMB, CUIVRE ET OR, MINE D OR ,
MINES DE CUIVRE.
« Al Coll de la Gallina, il y a une matière que l'on croit étain
« et plomb. — .4/ Coll de la Régine, à une lieue de Prats-de-Mollô,
« une mine de cuivre où l'on croit aussi de l'or. — Près de la
« Fargue Nova, à une lieue de Prats-de-Mollô, il y a un endroit
« où l'on assure y avoir de l'or. — A la Persigoule, près la rivière
« du même nom, une mine que l'on dit être d'argent. — Au ter-
ce roir d'Estoher, proche les Courtalets, il y a la même matière,
« à fleur de terre, que celle qui se trouve ci-dessus au Coll de
« la Gallina. — Au terroir de Costujes, à l'endroit nommé lo Mas
« d'en Colomer, il y a une mine où l'on a travaillé, du temps de
« M. d'Albaret, de matière de cuivre. — Au terroir de Serfalongue,
« à la partie nommée Forneils, il y a aussi une mine de cuivre. »
«Pendant toute cette période de temps, les esprits
« étaient de nouveau tournés vers des spéculations. On
« parlait beaucoup des mines du Roussillon, de leur im-
« portance, de leur richesse. Il paraît qu'un abbé, nommé
« Raguet, vint de Paris dans cette province pour les
« exploiter lui-même. Dans un document non signé, qui
« se trouve aux archives, mais qui dans une note à la
« marge porte son nom et la date de 1725, cet abbé,
« après avoir dit quelques mots des anciennes exploita-
« tions, fait connaître, d'une manière bien sommaire, il
« est vrai, ses nouvelles découvertes.
« Il signale surtout la mine d'en Bemadells , qu'il a
« visitée, et qui se trouve peu éloignée du Coll d'Ares :
« C'est, dit-il, le plus magnifique souterrain qu'il y ait peut-
<r être au monde, et la plus ancienne des mines connues; il est
316 HISTOIRE NATURELLE.
« creusé , à coups de ciseaux , dans deux ou trois montagnes ,
« et divisé en un million de routes, sans aucune symétrie; les
« ouvriers ont simplement suivi les tranches des veines métalliques.
« On n'y entre point par la vraie entrée, que j'ai trouvée bouchée
« par un grand nombre de décombres, après avoir marché dans
« ce labyrinthe obscur pendant trois ou quatre heures. »
« Cet explorateur n'eut pas le temps de bien examiner ;
« mais il croit que c'est une mine d'argent, et il conseille
« de continuer les travaux au point où les ont laissés les
« anciens.
MINES D'OR ET D'ARGENT.
« Il fait aussi mention d'une mine d'argent qui se
trouve dans un roc qu'embrasse le ruisseau de Monells,
qui descend de YEstanyol a Monlferrer. Ce roc est
vis-à-vis la maison appelée de Fargas. — 11 cite encore
une mine d'argent dans la Serra de Bassàguda, à quatre
heures du chemin de Saint-Laurent-de-Cerdans, dont
j'ai vu, dit-il, plus de 10 quintaux de matière tirée. —
Il parle d'une autre mine d'argent sur le Canigou, du
côté de Vallestavia, où l'on entre comme dans un puits.
— Il cite aussi une mine d'or à la Jasse des Anyels. —
Il pense qu'au village de Nver et aux environs il y a
des mines d'argent, et il ajoute : Il faut visiter dans
cette contrée le Pla de Gantas, qui est entre Nyer et
Escaro; vous y verrez des merveilles minérales de toute
sorte. — Il cite encore une mine de mercure au Puig
d'en Trillas, sur le chemin de Cérel a Reynès.
« ...Ces indications, ajoutées à ce que l'on connaissait
déjà, et appréciées à une longue distance, enflammèrent
mim:kalogie. 317
« les imaginations, et contribuèrent sans doute, pour beau-
« coup, à la formation d'une compagnie royale, dont le but
« était l'exploitation des mines des Pyrénées, et notamment
« du Roussillon. Cette société lut, en effet, organisée en
« 1731. Le siège principal de l'établissement était à La
« Preste. On fit de très-grandes dépenses : une fonderie
« fut établie sur les lieux mêmes. Plusieurs mines furent
« ouvertes sur le territoire de La Preste et de Prats-de-
« Molld. On exploitait principalement une mine de cuivre
« appelée de Saint-Louis, une mine d'argent appelée de
«Sainte-Barbe, et une autre de plomb qui se trouvait
« près du village de La Manère. On avait cru, dans le
« commencement, à de grands succès; l'entreprise était
«jugée très-avantageuse, et pour la province elle-même
« et pour les entrepreneurs ; mais on ne dut pas tarder à
« revenir de ces premières idées. Nous avons lu une lettre
« où le Duc de Noailles, écrivant à l'Intendant, lui disait :
« Cette entreprise a eu, jusqu'à présent , le même sort que la
« plupart de celles de cette espèce, c'est-à-dire, que tout s'en
« est allé en fumée. »
« Les travaux furent continués pendant quelques années;
« mais des procès suivirent, et ils furent, en 1757, tota-
« lement interrompus. — Depuis lors ils n'ont jamais été
« repris.
« Dans cet exposé de nos anciennes mines du Rous-
« sillon, ajoute M. Morer, j'ai désiré, en fixant votre
« attention sur cet objet si important, fournir quelques
« indications oubliées avec le temps, et qu'il est néces-
« saire de rappeler; car il ne faut pas aujourd'hui perdre
« de vue qu'à une époque prochaine , où la vapeur va
318 HISTOIRE NATURELLE.
« transformer notre pays, de nouvelles entreprises con-
« cernant l'exploitation de nos mines, pourront se former.
« Il est à espérer que, mieux dirigées qu'en 1751, on saura
« se garantir de ces folles spéculations qui font périr, dès
« le principe, une œuvre utile, en absorbant la plus grande
« partie du capital dans les premiers frais d'établissement,
« et dans une organisation trop luxueuse. »
MINES DE FER DU CVMGOU.
Les seules mines qu'on exploite en Roussillon , sont
les mines de fer. Celles du Canigou ayant une impor-
tance considérable, nous nous bornerons à parler de
celles-ci, auxquelles, du reste, se rattache un grand
intérêt scientifique, qu'ont mis en relief les savantes études
de M. Dufrénoy* 1 *.
« Les minerais de fer, dit ce savant géologue, sont
« répandus avec une grande profusion dans la partie
« orientale des Pyrénées; les circonstances qui accom-
« pagnent leur gisement, sont remarquables par leur in-
« dépendance absolue du terrain qui les renferme. Ces
« minerais constituent des amas puissants dans des cal-
« caires de formation très-différente. Une seule condition
« paraît indispensable à leur existence, c'est la proximité
« des roches granitoïdes. .Les calcaires associés aux mi-
« nerais de fer, sont toujours à l'état cristallin ; cette
« constance dans les caractères des calcaires, quel que
«soit leur âge, peut également être attribuée à leur
« superposition immédiate sur le granité...
(I) Mémoires pour servir à une description géologique de la France , t. II,
p. /.15.
MINÉRALOGIE. 319
« Le groupe de montagnes désigné sous le nom de
« Canigou, forme une espèce de promontoire à l'extrémité
« orientale des Pyrénées. Placé sur le premier plan , et
« presque isolé du reste de la chaîne, le Canigou domine
« tout le pays, et semble ne pas connaître de rival...
DISPOSITION GÉNÉRALE DES MINES DE FEK.
« La roche qui constitue le Canigou , est du granité
« passant au gneiss, quelquefois à du micaschiste, dans
« lequel le mica est remplacé par du talc vert. Les nom-
« breux minerais exploités sur les pentes de cette mon-
« tagne, aux environs d'Olette, de Py, de Fillols, de
« Saint-Étienne-de-Pomers, de Vallestavia et de Batèra,
« se présentent avec des caractères si constants, qu'il
« est impossible de ne pas les regarder comme produits
« simultanément et par la même cause. Ces dépôts sont
« placés au pied des escarpements brusques qui forment
« la crête du Canigou, et les mines constituent par leur
« ensemble une espèce de zone elliptique d'environ 8.000
« toises de diamètre, qui enveloppe cette montagne de
« tous côtés et presqu'à la même hauteur.
« Les minerais se composent de 1er spathique , d'hé-
« matite brune et d'une petite quantité de fer oligiste. Ces
« substances sont inégalement réparties dans les mines.
« Quelques-unes fournissent presque uniquement du 1er
« spathique , tandis que dans le plus grand nombre , le
« fer oxydé-hydraté est le minerai le plus abondant.
«Dans la plupart des gîtes métallifères, les rainerais
«sont intercalés dans du calcaire saccharoïde blanc,
« superpose au granité , ou même enclavé dans cette
« roche. Ce calcaire, qui se trouve accidentellement sur
320 HISTOIRE NATURELLE.
la surface du Canigou, n'y forme que des taches légères,
dont la présence révèle son âge moderne. Les minerais
se présentent à la fois sous la forme de filons, de veines
parallèles à la stratification du calcaire , et d'amas qui
paraissent au premier abord contemporains aux couches
qui les renferment; souvent même le calcaire est ferru-
gineux, de telle façon que le minerai se fond en partie
dans cette roche.
« Les gîtes, quoique presque toujours enclavés dans le
calcaire, se prolongent cependant dans les roches gra-
nitoïdes; mais ils n'y pénètrent pas profondément. 11 en
résulte qu'en réalité les minerais de fer ne sont essen-
tiels ni au granité ni au calcaire, et qu'ils paraissent
associés indistinctement h ces deux roches : malgré
l'irrégularité apparente de leur gisement, on reconnaît
bientôt que ces minerais affectent une position cons-
tante, et qu'ils sont disposés suivant une bande placée
à la séparation du granité et du calcaire, laquelle em-
piète sur l'un et l'autre terrain.
« Je ne pourrai donner que des indications générales
sur la disposition des gîtes du Canigou. A l'époque où
je visitai ces mines, on croyait encore à l'existence du
calcaire primitif, ainsi qu'à la contemporanéité des amas
de minerais de fer et de la roche qui les renferme. Je
n'étudiai donc pas alors, avec assez de soin, toutes les
circonstances du gisement pour les rapporter en détail;
il résultera néanmoins, d'une manière positive, du peu
de renseignements que je donnerai, que les minerais de
fer sont déposés au contact du granité et du calcaire ,
circonstance qui sulïit, a elle seule, pour déterminer
l'âge de ces minerais.
MINÉRALOGIE. 321
MINES DE BATERA.
«Les mines de Baiera', situées sur le revers oriental
« du Canigou, forment deux groupes séparés : les unes
« existent au pied sud de la montagne qui leur donne
«son nom; les autres sont réunies sur sa pente nord.
« Sur le sommet de cette montagne, et sur son revers
« sud , la roche dominante est un granité à mica noir,
« traversé de filons de granité porphyroïde. Le granité
«est recouvert, dans plusieurs points, d'une couverture
« mince de calcaire saccharoïde blanc, alternant avec du
« schiste micacé. Ce schiste est quelquefois intercalé
« dans le granité; il en est de même du calcaire, dont
« on voit des masses assez considérables, entourées, de
« tous côtés, par du granité. La rareté de ces masses de
« calcaire au milieu des roches anciennes, et la dispo-
« sition générale de la première de ces roches dans le
« pays, montrent bientôt que l'intercalation du calcaire
«au milieu du terrain ancien n'est qu'accidentelle, et
« qu'elle doit être attribuée à un empâtement postérieur.
MINE DE LA DROGUÈRE.
«Les mines de las Cernais, ùelaDroguère, de Dalt et
« da Mount, exploitées sur le revers sud de la montagne
«de Baiera, sont ouvertes sur des masses de calcaire
« enclavées dans le granité. Dans la mine de la Droguère,
« cette roche se montre seule au jour, et le calcaire n'est
«mis a nu que par l'exploitation; le minerai constitue
« dans cette mine deux amas aplatis , compris entre du
TOJIB I. 21
S"H HISTOIRE NATURELLE.
« schiste et du calcaire, et enclavés l'un et l'autre, de
« tous côtés, dans le granité; l'amas inférieur, bien réglé
« sur une assez grande étendue, a été longtemps regardé
« comme formant une couche dans le schiste et le cal-
« caire; mais il se termine brusquement d'un côté, et de
« l'autre il s'amincit de manière à n'être plus exploitable.
MINE DE ROCAS-NEGRAS.
« La mine de Rocas-Negras, appartenant également au
« gîte du revers sud, est la seule mine de fer du groupe
« du Canigou , qui ne présente pas la réunion du terrain
« ancien et du calcaire; plusieurs circonstances mon-
« trent, cependant, que le minerai y est d'une formation
« très-moderne, et qu'il doit son origine à la cause géné-
« raie qui a produit la plupart des dépôts de minerai de
« fer de cette contrée. Le vide produit par l'exploitation
« de la mine de Rocas-Negras, actuellement abandonnée,
« indique que le minerai y formait un vaste amas ramifié
« dans le granité ; il était séparé de cette roche par une
« espèce de salbande schisteuse, imprégnée de fer oxydé,
« disséminé en veinules plus ou moins puissantes; il
« partait en outre de l'amas métallifère, un grand nombre
«de petits filons de fer oligiste, qui se prolongeaient
« dans le granité. On trouve encore dans cette exploi-
« tation de gros blocs contenant du minerai de 1er dissé-
« miné ; mais sa richesse moyenne n'est pas assez grande
« pour qu'il puisse être employé dans les forges catalanes.
« Ces blocs sont formés de fragments de schiste , de
« granité et de quartz hyalin, enveloppés de fer hématite;
« ce sont évidemment des fragments de la roche encais-
MINÉRALOGIE. 323
« santé , qui ont été empâtés par du minerai de 1er à
« l'époque de sa formation.
« Les mines exploitées sur le revers nord de la mon-
« tagne de Bâtera, et dont les principales sont les mines
« de la Pinouse, de Saint-Michel, du Mané Non et de
« Villafranca, présentent quelque différence de gisement
« avec celles que nous venons d'indiquer : les minerais
« qu'on y exploite forment des rognons dans un calcaire
« saccharoïde blanc associé à du schiste micacé, super-
« posé au granité qui constitue la montagne, et se montre
« au jour dans les ravins. Les couches du calcaire saccha-
« roïde et du micaschiste courent du N.-N.-O. au S.-S.-E.
« Cette direction, qui s'éloigne également de la direction
« de la chaîne et de celle du groupe du Canigou, est en
« rapport avec la position du sommet de celte montagne
« vers lequel ces couches se relèvent.
MINE DE LA PINOUSE.
« La première mine que nous venons de citer, celle de
« la Pinouse, est ouverte sur de grands amas de minerai,
« disposés dans le sens de la stratification. Ces amas sont
« intercalés le plus ordinairement dans le calcaire saccha-
« roïde; mais quelquefois ils le sont dans le schiste micacé.
« La masse métallifère est composée de fer oxydé-hydraté,
« en partie à l'état d'hématite et de fer spathique. Le cal-
« caire en contact avec le minerai est brun et ferrugineux,
« par un mélange intime de fer spathique; la richesse de
« ce calcaire diminue à mesure qu'on s'éloigne des amas
« de minerai. Lorsque ces amas sont au milieu du schiste
« micacé, on voit de petits liions ferrugineux se prolonger
« dans la roche qui les enveloppe.
324 HISTOIRE NATURELLE.
MINE DE BALAITG.
« La mine de Balaitg, située près de Fillols, nous
« fournit un exemple de minerai placé à la séparation
« du granité et du calcaire; elle est exploitée sur un amas
« de fer spathiqueet de fer oxydé, reposant immédiatement
« sur le granité; des embranchements nombreux divergent
« de la masse métallifère, et pénètrent le granité dans dif-
« férents sens; quant au calcaire, il se ramifie lui-même
« dans l'amas, et présente des parties presque entièrement
« transformées à l'état de fer spatîiique.
« Dans les exemples que je viens de donner, les minerais
« de fer sont toujours associés à la fois au calcaire et au
« granité. La mine de Rocas-Negras forme une exception:
« c'est la seule dans laquelle il n'existe pas de calcaire;
« mais on trouve mélangés au minerai, de nombreux frag-
« ments de granité, lesquels forment souvent le noyau
« des blocs de fer hématite; la présence de ces fragments,
« prouve également que ce gisement est moderne
« En résumé, les faits que j'ai exposés dans ce mé-
« moire, me conduisent à conclure, que :
« ]°Les minerais de fer de la partie orientale des Pyré-
« nées, consistant en hématite brune et en fer spathique,
« sont indépendants des terrains qui les renferment; ils
« existent à la jonciion de ces terrains et des roches
« granitoïdes, ou très-près de celle ligne de contact;
« 2° La formation de ces minerais, postérieure au ter-
ce rain de craie et antérieure au terrain tertiaire, paraît
« avoir eu lieu à l'époque où la chaîne des Pyrénées s'est
« élevée, et elle serait la conséquence du soulèvement de
« cette chaîne, etc.. »
MINÉRALOGIE. 325
Nous Ajouterons quelques détails sur les exploitations
actuelles des mines de Baiera, qui, aujourd'hui, comme
à l'époque de M. Diifrcuoy, sont divisées naturellement en
deux groupes par la crête de la montagne où se trouve
le point central, et qu'on nomme Puig de l'Astèle. Ce
point sépare les trois arrondissements qui composent le
département.
Premier groupe. — ïl est situé sur le penchant méri-
dional, et renferme de l'ouest à l'est les mines suivantes:
Le Marié d'en Company o; non exploité.
Les Indies , appartenant au comte de Vogué, qui y
fait construire une belle et coûteuse galerie horizontale
d'extraction. Cette concession renferme les mines dites:
lo Rompu dis , Mané dels Tsars et Rocas-Negras.
Vient ensuite la concession del Pou (du puits), qui est
divisée en Pou de Dali et Pou de Batx; non exploitée.
Le Mané de Sanl-Perc, à l'église d'Arles.
La concession d'en Bonada, appartenant à la famille
Garcias.
Le Mané de Canals, appartenant h M. Etienne Pujade
et à M. Dubois, divisé en Canals de Dalt et Canals de
Baix.
Le Mané de Dalt, appartenant à M: Pons; non ex-
ploité.
Le Mané d'Amont ou Mané Vilanova , son vrai nom,
comprenant les galeries de Bcrnardo , de Bonaparte et de
Fararot.
Le Mané de la Droguère, appartenant à M. Garcias, et
jadis à la femme d'un droguiste, d'où vient son nom.
Le Mané de Bigarrais et Boca-Xegra , appartenant à
une société qui ne l'exploite pas depuis longtemps.
326 HISTOIRE NATURELLE.
Deuxième groupe. — Il est situé sur le versant septen-
trional de la montagne, où l'on trouve, de l'est h l'ouest,
les mines dites del Boulet, Ourtricjucs, d'en Bernai et de
YAstèle, appartenant à M. Vilar, de Céret.
Le Manè de Villa franco, , divisé en deux exploitations,
Villafranca de Dalt et Villafranca de Baix, appartenant
à M. Antoine Dubois.
Le Manè d'en Pey , appartenant au comte de Vogué;
non exploité.
Le Manè de la Pinouse, appartenant à M. Pons, avec
les exploitations dites : la Cabraille, le Manè Non de Baix
et le Manè Nou de Dalt, enfin la Llag ouste.
Tels sont les noms vulgaires des mines de Batèra,
qui sont des hydroxydes et des carbonates de fer, aussi
riches que ceux de Suède.
Le minerai de fer s'exploite, dans les Pyrénées-Orien-
tales, par la méthode catalane. Ce procédé, d'une simpli-
cité toute primitive, a l'avantage de donner, du premier
jet, un fer doux et malléable. Depuis très-peu de temps,
on a construit des hauts-fourneaux à Ria, vallée de la Tet,
où le minerai est traité par le charbon de bois; ils pro-
duisent de la fonte de première qualité.
Après le fer, aucune autre mine n'est exploitée en
Roussillon ; cependant, comme on a pu le voir ci-dessus,
les gîtes métallifères ne manquent point dans le pays.
Il est à regretter que l'industrie, par un déplorable
abandon, laisse enfouies dans le sol des richesses im-
menses, qui feraient la prospérité du département, tandis
qu'elle aventure ses capitaux dans des entreprises plus
chanceuses, et surtout moins profitables.
MINÉRALOGIE. 327
CHAUX CARBONATÉE OU PIERRE CALCAIRE.
Les sels a base de chaux, dit M. Brogniart, qui se
présentent, la plupart, avec l'apparence pierreuse, ont
dans la nature une grande importance. La chaux carbo-
natée compose peut-être à elle seule la huitième partie
de la croûte extérieure du globe.
Le calcaire est doué de bonnes propriétés physiques.
Les usages auxquels on l'applique sont si nombreux, si
variés, que cette substance nous est pour ainsi dire indis-
pensable; non-seulement elle fournit a l'architecture des
matériaux de tous genres, mais elfe sert, à l'état de chaux,
dans un grand nombre d'industries. Comme pierre monu-
mentale, le calcaire donne, pour la décoration, tous ces
marbres aux couleurs variées, quelquefois d'une blancheur
éclatante, et qui se prêtent si bien à la délicatesse de la
sculpture. Moins pur, sous le nom de calcaire grossier,
il fournit à la construction d'abondantes pierres d'appa-
reil. Les pierres lithographiques ne sont que du calcaire
compacte a grains d'une finesse extrême. Enfin, la craie,
la marne, reçoivent dans les arts ou en agriculture, des
applications diverses.
La chaux carbonatée se présente sous différents aspects,
tantôt cristallisée, tantôt compacte, friable ou terreuse.
CHAUX.
Quand la pierre calcaire contient assez de carbonate de
chaux pour se transformer en chaux vive après une calci-
nalion suffisamment prolongée, on lui donne le nom de
pierre à chaux (*).
(I) Voir un excellent mémoire de M. Bouis sur la composition des pierres
328 HISTOIRE NATURELLE.
MARBRES.
On donne le nom de marbre à tout carbonate calcaire,
dont le grain serré et le tissu compacte, le rendent sus-
ceptible d'être façonné sous le ciseau de l'artiste, et de
recevoir un brillant poli sous la main du marbrier.
Les marbres se divisent en marbres primitifs, marbres
de transition et marbres secondaires.
MARBRES PRIMITIFS.
Parmi les marbres primitifs se place le calcaire saccha-
roïde blanc ou marbre statuaire; il est composé de petits
grains cristallins, et présente quelquefois, dans sa cassure,
des lamelles éclatantes et distinctes; il est uniquement
formé de carbonate de chaux. Lorsqu'il est lamellaire,
ce calcaire prend un beau poli ; tel est le marbre blanc
antique de Paros, dont il reste encore plusieurs anciens
chefs-d'œuvre de sculpture, comme la Vénus de Médicis,
la Diane Chasseresse, etc. Lorsque ce calcaire est à grains
très-fins, brillants et homogènes, il imite assez bien le
sucre raffiné, tant par sa blancheur que par sa texture.
Le marbre de Carrare ou de Luni, sur la côte de Gènes,
peut être considéré comme le type de cette dernière variété.
On cite beaucoup de ligures antiques de ce marbre : tels
sont l'Antinous du Capitole , un buste colossal de Jupiter,
etc. M. Dolomieu assure qne l'Apollon du Belvédère est
de marbre de Luni ; mais les marbriers de P»ome pensent
qu'il est d'un marbre grec antique, différent de ceux qui
sont connus.
à chaux du département des Pyrénées-Orientales: III e Bulletin de la Société
Philotnalhkiue de Perpignan, I rc partie, iS57.
MINÉRALOGIE. 329
Ces calcaires cristallins et souvent translucides, for-
ment des masses et des couches puissantes dans divers
terrains, surtout dans les terrains anciens. On les appelle
primitifs, parce qu'on n'y rencontre aucune trace de corps
organisés.
Les calcaires saccharoïdes sont parfois légèrement co-
lorés par des mélanges peu abondants; ils donnent alors
plusieurs variétés de marbres d'ornement : tels sont le bleu
turquin, coloré en gris-bleuâtre, par une faible proportion
de bitume; le marbrer/aime antique, mélangé d'une petite
quantité d'hydrate de fer.
MARBRES DE TRANSITION.
Les marbres de transition diffèrent des marbres pri-
mitifs par leur texture et par les corps organisés qu'ils
contiennent. Ils sont généralement colorés, soit d'une
manière uniforme, soit par veines ou taches de différentes
couleurs. Ce marbre est généralement gris, jaune, rouge,
vert, noir. Tous les marbres de nos hautes vallées sont
des marbres de transition.
MARBRES SECONDAIRES.
Les marbres secondaires se distinguent des précédents,
non-seulement par la texture, mais encore par la nature
des matériaux qui les composent. Ainsi, dans les marbres
de transition, les couleurs sont disposées par veines ou
par taches nuancées, tandis que, dans les marbres secon-
daires, elles sont par plaques, dont les contours sont
limités et anguleux, et on voit que ce sont des fragments
de marbre réunis par un ciment calcaire. Lorsque les
330 HISTOIRE WATUBELLE.
fragments de marbre sont anguleux, on les nomme Brè-
ches; lorsqu'ils sont arrondis comme des cailloux roulés,
on les appelle Poudingnes.
Parmi les marbres secondaires, un grand nombre ren-
ferme des coquilles fossiles et des madrépores, qui font
corps avec eux ; mais il en est d'autres qui paraissent être
uniquement composés de coquilles brisées : ils portent le
nom de Lumachelle.
L'estime que l'on fait d'un marbre, est fondée sur la
vivacité de ses couleurs, sur la beauté du poli qu'il est
susceptible de prendre, sur son homogénéité, et princi-
palement sur la propriété de se conserver à l'air sans
altération. Les marbres qui contiennent de l'argile, se
délitent facilement à l'air. Ceux qui renferment du sul-
fure de fer, se salissent ou se couvrent de rouille.
Les pays qui donnent les marbres les plus estimés,
sont : l'Espagne, l'Italie et les Pyrénées.
Le marbre Sarancolin, d'un rouge de sang, flambé de
gris et de jaune, avec des parties transparentes, a été
employé dans la décoration du château de Versailles et
d'autres édifices bâtis par Louis XIV : il provenait des car-
rières des Pyrénées. Ces carrières sont situées à Camou et
Beyrède, au fond de la vallée de Campan, dans le quartier
de montagnes nommé Espiadet.
Nos montagnes, ainsi que nous l'avons exposé dans le
cours de cet ouvrage, recèlent un graud nombre de gise-
ments de marbre. Ceux du Canigou et de ses contreforts,
comme ceux compris dans les Cornières, sont connus
depuis longtemps; mais, il existe beaucoup d'autres gîtes
ignorés jusqu'ici, qui, s'ils étaient exploités, fourniraient
minêràxogte. 331
à la décoration et à la sculpture des marbres d'une grande
beauté (,) .
M. Héricart de Thury, qui s'est beaucoup occupé de
l'étude des marbres de France, les classe dans l'ordre
suivant :
1° Marbres unicolores;
2° Marbres jaspés, bariolés ou veinés;
5° Marbres à corps organisés;
4° Marbres cipolins ou rubanés ;
5° Marbres brèche, composés de fragments de marbre
anguleux de diverses couleurs, et ampâtés dans un ciment
qui les réunit.
6° Marbres poudingues ou cailloutés, composés de frag-
ments de marbre arrondis comme des cailloux roulés, et
agglutinés par un ciment calcaire.
Cette classification des marbres n'est pas scientifique;
nous l'adopterons cependant, parce qu'on pourra mieux
apprécier les marbres du pays, au point de vue de l'art
et de l'industrie.
MARBRES UNICOLORES.
Blanc statuaire, à Estagel. — Un beau buste de François Arago
a été sculpté dans un bloc de ce marbre, par David d'Angers.
Ce buste orne la salle de la mairie d'Estagel.
Blanc statuaire, au Mas Carol, appartenant à M. Delcros,
montagne de Céret. — Ce marbre, d'un grain semblable au
plus beau Carrare, n'est pas exploité.
(1) Nous devous à M. Fraisse, aine, et à M. Philipot, tout ce que nous
savons sur les marbres du département. Ces inarbres, d'espèces très-variées,
rivalisent avec ceux de la Grèce, de l'Italie et de la Belgique. II est mal-
heureux que les capitaux ne soient pas venus en aide à cette industrie qui .
bien gérée, serait susceptible de donner uu grand bénéfice.
332 HISTOIRE NATURELLE.
Blanc statuaire, à Py, vallée de Suhorre. — Ce marbre est
lamellaire et semblable aux marbres grecs; n'est pas exploité.
Blanc statuaire, aux Bains de La Preste. — En grande masse,
semblable au Carrare ; n'est pas exploité.
Blanc statuaire, tout près d'Arles, sur le terroir d'une métairie
appartenant à l'Hospice de Saint- Lanrent-de-Cerdans. —
M. Philipol, qui a découvert celte carrière, autrefois exploitée,
pense qu'elle a fourni le marbre blanc des cloîtres d'Arles et
d'Elne. Pour exploiter de nouveau ce gisement, il faudrait,
dit-il, déboucher une grotte, fermée avec des terres et des
pierres roulantes qui en obstruent rentrée. Même grain que
le Carrare.
Blanc fissile, à Saint-Sauveur, entre Prats-de-Mollô et La Preste.
— Ce marbre, signalé par M. Anglada, se sépare naturellement
en grandes planches de trois à quatre centimètres d'épaisseur,
ne demandant que le polissage sur une seule face; n'est pas
exploité.
Blanc granité, à Saint-Martin du Canigou. — Ce marbre, ainsi
appelé par M. Philipot, parce qu'il contient de petits cristaux
de feldspath bleuâtre, est lamellaire. Cet habile marbrier
pense qu'il produirait un effet merveilleux à la lumière, par
le scintillement des petits cristaux de feldspath qui entrent
dans sa composition. N'est pas exploité.
Jaune de Sienne, montagnes de Salses. — Ce marbre, aussi fin
que celui de Sienne, a été découvert par M. Philipot; il n'est
pas exploité.
Noir uni, à Baixas, près Y Ermitage de Sainte-Catherine. — Ce
marbre, découvert par M. Fraisse, n'est pas exploité.
marbres jaspés, bariolés, veinés.
Marbre incarnat, montagnes de Thuir et Castelnau. — Ce mar-
bre, découvert par M. Philipot , est semblable aux marbres de
Villefranche et de Caunes (Aude); n'est pas exploité.
MINÉRALOGIE. 333
Marbre incarnat, à Villefranche. — Ce marbre, à fond rouge,
flambé de larges taches blanches et bleues, est le plus ancien-
nement exploité. On a vainement essayé d'obtenir des blocs
d'une grande dimension; l'insuccès tient à la nature du mar-
bre, ordinairement très-fendillé, et ne possédant pas des lits ou
assises assez distincts. Cette carrière, qui est composée d'une
grande variété de marbres, est livrée, aujourd'hui, à la merci
des tailleurs de pierre qui utilisent les blocs pour les besoins
de la ville de Prades, de Villefranche et de quelques localités
environnantes.
Blanc oriental, à Baixas, au lieu dit les Asprères. — Ce marbre,
à fond blanc mêlé de jaune-rougeàlre, a été découvert par
M. Fraisse ; n'est pas exploité.
Bleu veiné, à Baixas, aux Asprères. — Ce marbre, découvert par
M. Fraisse, imite le bleu turquin; n'est pas exploité.
Blanc amarillo, à Baixas. — C'est un marbre blanc, veiné de
rouge. La carrière, découverte et exploitée par M. Fraisse, a
été abandonnée faute de capitaux suffisants. Les quatre belles
colonnes, de 3 mètres, d'une seule pièce, qui ornent l'autel
du Saint-Sacrement, à Cérel, sont de ce marbre; celles qui
décorent les chapelles du Saint-Sacrement et de la Vierge,
dans l'église Saint-Matthieu, à Perpignan, sortent de la même
carrière.
Marbre jaune, à Tautavel, métairie Alzine. — Ce marbre, dé-
couvert par M. Fraisse, imite le jaune de Sienne; n'est pas
exploité.
Marbre bariolé ostracite, à Tautavel, métairie ■Alzine. — Ce
marbre, découvert par M. Fraisse, est de couleur nankin foncé;
n'est pas exploité.
Bleu oriental, Pla de la Ville, à Baixas. — Découvert par M.
Fraisse, ce marbre imite le Sainte-Anne; n'est pas exploité.
Portor, Pla de la Ville, à Baixas. — Ce marbre, bleu-foncé, est
veiné de jaune d'or. Découvert par M. Fraisse; n'est pas exploité.
334 HISTOIRE NATURELLE.
Marbre tricolore, Pla de la Ville, àBaixas. — Ce marbre, à. fond
bleu, est veiné de blanc, de jaune et de vert. Découvert par
M. Fraisse; n'est pas exploité.
Vert antique, au hameau du Tech. — Ce marbre, de couleur
vert-émeraude , est traversé de bandes plus foncées et très-
variées de ton. C'est une serpentine très-dure, à grain fin et
serré, susceptible de recevoir un poli brillant. Cette carrière,
dont on avait commencé l'exploitation, a été abandonnée, par
des raisons qui nous sont inconnues. Nous pensons que la dif-
ficulté des transports a été la principale cause de cet abandon.
Vert clair. Même gisement. Le fond est de couleur vert-poireau
et nuancé par des bandes plus foncées. Mêmes caractères que
le précédent.
MARBRES A CORPS ORGANISÉS.
Marbre griotte , Vallée de Conat. — Découvert par un berger,
dans une propriété appartenant à M. Lacroix, ce marbre, à fond
rouge, imite la Griotte de Caunes (Aude); n'est pas exploité.
Griotte œil de perdrix. — Même gisement que le précédent;
n'est pas exploité.
Griottes de Villefranche, à Villefranche. — Les Griottes de
Villefranche sont d'une grande variété de ton. Il y en a dont
le fond est gris-bleuâtre, parsemé de nodules d'un rouge vif;
ces nodules ne sont pas plus gros que des cerises.
Griotte acajou, à Baixas. — Ce marbre, découvert par M. Fraisse,
devrait être rangé parmi les unicolores; car il est d'une teinte
acajou-clair, uniforme, parsemé de rares petits points noir-vif;
il est susceptible de recevoir un poli brillant; n'est pas exploité.
Noir coquillier, à Baixas. — Ce marbre, découvert par M. Fraisse,
est d'un fond noir intense, sur lequel se détache, régulièrement
espacé, le test de murex d'un blanc mat. Au Mas dejau, près
d'Estagel et au promontoire du Cap Biar ou Béarn, M. Philipot
a découvert aussi des marbres noirs coquilliers. Aucune de ces
carrières n'est exploitée.
MINÉRALOGIE. 335
MARBRES BRÈCHE.
Brèche tricolore, à Baixas. — Cette carrière, découverte par
M. Fraisse, n'est pas exploitée.
Brèche Portor, aux Asprères, à Baixas. — Elle est composée de
fragments de marbre blanc et bleu-foncé, agglutinés dans un
fond bleu-clair, et nuancée de veines jaune-d'or, qui encadrent
les fragments. Cette brèche est du plus bel effet; découverte par
M. Fraisse, elle n'est pas exploitée.
Brèche orientale, vulgairement Brèche de Baixas, aux Asprè-
res, à Baixas. — La belle porte à deux voies, que le Génie
militaire a fait construire, en 1859, à Perpignan, a été édi-
fiée, sur sa face ouest, avec le marbre de cette carrière. Au
premier aspect, les blocs paraissent blanchâtres, parce qu'ils
n'ont été ni grésés ni polis; mais, les métopes de celte porte
ayant subi ces deux opérations, laissent voir toute la richesse
de ton de cette brèche, et l'on remarque qu'elle est composée
de fragments angulaires de diverses couleurs, empâtés dans
un fond rose, où le noir, le blanc et le jaune dominent.
M. Philipot, à qui appartient cette carrière, en a retiré des
blocs considérables, dont il a fait les belles colonnes qui dé-
corent l'autel Saint-Joseph, à Me, et la chapelle de la Vierge,
à Banyuls-dels-Aspres.
Brèche tourterelle, à Tautavel. — Sur un fond gris-tourterelle,
veiné de blanc et de rose, est un sablé de tous petits fragments
de marbre noir intense. Cette Brèche est charmante ; décou-
verte par M. Fraisse, elle n'est pas exploitée.
Brèche gris-velouté, à Estagel. — Sur un fond gris-clair,
velouté, veiné de stries blanches, sont empâtés des fragments
de marbre blanc et bleu-foncé. Cette Brèche, aussi belle que
la précédente, a été découverte par M. Fraisse; elle n'est pas
exploitée.
336 HISTOIRE NATURELLE.
Brèche Montoriol , à Tautavel, au lieu dit Montoriol. — Cette
brèche, d'une grande richesse de ton, est composée de frag-
ments de marbre blanc, bleu, jaune, empâtés dans un fond
jaune-clair. Elle fut découverte par M. Fraisse, qui, pour
l'exposition de 4839, en fit sculpter deux beaux vases de
forme antique, dont il fit hommage au roi Louis-Philippe.
Le 40 novembre 4839, M. Héricart de Thury écrivait à
M. Fraisse, au sujet de la Brèche Montoriol: « ...La Brèche
surtout doit réussir pour les monuments publics. Nous la
connaissions par quelques petits échantillons, recueillis dans
les ruines des temples romains et d'anciennes abbayes. J'en ai
vu un tronçon de colonne , chez un marbrier, il y a quelques
années; il me dit que c'était un marbre des Pyrénées, mais
sans pouvoir dire la localité. Il en a fait un beau vase, qui est
aujourd'hui à Londres. Je l'ai bien regretté. » Celte carrière
n'est pas exploitée.
Brèche Héricart, à Tautavel. — Elle est jaune et blanc. Décou-
verte par M. Fraisse; n'est pas exploitée.
Brèche Arago , à Estagel. — Très-riche de ton , elle est composée
de petits fragments angulaires de marbre blanc, bleu, noir,
jaune, empalés dans un fond rouge vif d'un effet splendide.
Découverte par M. Fraisse ; n'est pas exploitée.
Brèche abricot, à Tautavel. — Sur un fond jaune-abricot, tra-
versé de filets jaunes-rougeâtres, sont empalés des fragments
de marbre blanc, et quelques petits fragments de marbre
bleuâtre. C'est une des plus jolies Brèches de nos montagnes.
Découverte par M. Fraisse; n'est pas exploitée.
Brèche moresque, à Tautavel, au lieu dit Cementeri deh Moros
(cimetière des Mores). Des fragments angulaires de marbre
blanc-grisâtre, encadrés d'un petit filet noir-vif, sont empâtés
dans un fond nankin. Celle belle Brèche, découverte par
M. Fraisse, n'est pas exploitée.
MINÉRALOGIE. 337
Petit antique, à Tautavel. — Sur un fond gris-foncé, empâté de
taches blanches, noires et jaunes, se dessine un réseau inex-
tricable de lignes blanches et jaune-vif, qui donnent à cette
Brèche un aspect brillant et sévère. Les parties blanches sont
formées de débris de coquilles, dont il est difficile de déter-
miner l'espèce, mais présentant des formes positives d'êtres
organisés , avec des taches allongées et informes ; les parties
jaunes sont formées d'un schiste argileux. M. Philipot, qui
exploite cette carrière, fabrique avec cette Brèche des cham-
branles de cheminée très-estimés.
MARBRE POUDINGUE.
Poudingue-Fraisse, à Baixas. — Des nodules d'un gris-bleuâtre,
sont empâtés dans un fond jaune-vif, veiné de blanc. Il n'est
pas exploité. Découvert par M. Fraisse, nous lui avons donné
son nom, comme un souvenir d'amitié, et comme un hommage
à l'homme qui a fait revivre l'industrie marbrière dans le
Roussillon.
ALBATRE.
Albâtre oriental, à La Manère. — Au moment de terminer cet
article, M. Philipot nous apporte un échantillon & Albâtre
oriental, qu'il a découvert près La Manère. Cet Albâtre, à
texture fibreuse, se compose de couches ondoyantes, jaunes
et rouges , formant des zones distinctes ; sa dureté et sa com-
pacité sont assez grandes, pour le rendre susceptible d'un poli
brillant. Nous n'avons pas de documents suffisants pour dire
quelle est l'abondance de cette matière précieuse; mais il est
à désirer qu'elle soit exploitée.
TOM* I. 22
338 HISTOIRE NATURELLE.
CATALOGUE DES MINERAUX RECUEILLIS
DANS LE DÉPARTEMENT.
Les minéraux que nous avons ramassés dans nos courses
à travers le département des Pyrénées-Orientales, se bor-
nent à un très-petit nombre d'échantillons. Mais, il serait
facile d'en augmenter la quantité, si l'on visitait nos vallées
au seul point de vue de la minéralogie. Quant a nous, préoc-
cupé des autres branches de l'histoire naturelle, nous n'avons
pu donner qu'une médiocre attention à cette partie, très-
importante pourtant, des études naturelles. Dans notre
liste, les échantillons sont rangés par groupes; leur petit
nombre nous a empêché de les classer méthodiquement.
Toutefois, nous donnons une description sommaire des
principales roches, et nous indiquons leur gisement.
Granité. — Roche massive, composée de trois éléments cristal-
lins, feldspath ou orthose, quartz ou mica, réunis ordinai-
rement en masses, grossièrement granuleuse, et agrégés avec
plus ou moins de force. Gisement : montagnes du Canigou,
du Capcir, de Prats-de-Mollô , d'Arles, des Albères, etc.
Granité à gros grains. — Gisement : vallon de La Preste, etc.
Éurite ou Petrosilex. — Roche de feldspath compacte, plus
ou moins mélangée de substances étrangères, également à
l'état compacte. Elle est toujours stratiforme et appartient aux
terrains primitifs. Gisement : Mas Ribes, près La Preste.
MINÉRALOGIE. 339
Feldspath bleu du Canigou. — A Yernet-les-Bains, dit Anglada,
le géologue et le minéralogiste auront longuement à colligcr.
Le calcaire primitif, sous des formes variées, des stéatites,
des roches serpentineuses ou magnésiennes très-diversifiées, le
beau feldspath bleu, abondent dans le voisinage (ouvrage
cité). Le feldspath se trouve en cristaux qui sont disséminés
dans diverses espèces de roches. Elle est partie constituante
essentielle des granités et des gneiss.
Hvalomicte granitoïde ou Greisen vert. — C'est une sorte de
granité peu répandu dans la nature où le feldspath est très-
rare; cette roche a cela d'important, qu'elle accompagne fré-
quemment les minerais d'étain et peut leur servir d'indice.
Gisement : au torrent de Peyrefeu, au pied de Costa-Bonu.
Hvalomicte schistoïde ou micaschiste. — Roche grenue, schis-
toïde, composée de mica et de quartz; elle contient, quelque-
fois, un grand nombre de minéraux disséminés; elle est tou-
jours stratifiée. Même gisement que la' précédente.
Gneiss. — Roche à structure légèrement schistoïde, essentielle-
ment composée de feldspath, de mica en paillettes distinctes,
et contenant un peu de quartz, comme élément nécessaire.
Le Gneiss présente ordinairement une stratification très-tour-
mentée, c'est-à-dire qu'il offre un très-grand nombre de
ruptures, de plis et de contournements; il constitue la partie
inférieure du terrain primitif. Gisement : au pied de Costa-
Bona, aux Albères, etc.
Protogine ou Granité talcqueux. — Roche granitoïde compacte,
essentiellement composée de talc et de feldspath, auquel se
joint souvent un peu de quartz comme élément accessoire. Elle
appartient à l'étage des talcschistes. Gisement : à la Comalada.
Leptvnite schisteuse rouge. — Roche composée de feldspath et
de mica, affectant la forme schisteuse. Même gisement que la
roche précédente.
340 HISTOIRE NATURELLE.
Leptynite granitoïde ou Weisstein compacte rouge. — Roche
composée de feldspath grenu très-atténué, quelquefois pur,
mais souvent uni à divers minéraux disséminés. Elle forme
des assises dans les grands étages des Gneiss. Gisement : aux
environs de La Preste.
Syénite. — Roche granitoïde, composée essentiellement de felds-
path fréquemment rougeàtre, d'amphibole et presque toujours
d'un peu de quartz. Cette roche, peu susceptible de désagré-
gation, est en quelque sorte indestructible.
«La Syénite sert en général aux mêmes usages que le granité;
et, comme elle contient peu ou point de mica, il en résulte
qu'elle prend un plus beau poli ; aussi est-elle particulièrement ,
réservée aux monuments, surtout pour les objets de luxe,
d'ornement. La Syénite offre son type le plus partait en Egypte,
dans la partie supérieure du Ml. On la désigne vulgairement
sous le nom de granité rouge. C'est avec cette belle substance
qu'ont été construits, par les anciens, un grand nombre de
monuments qui remontent à la plus haute antiquité, tels que
des statues, des sphinx, des colonnes, qui ornent la plupart iU^
musées d'Europe. Le piédestal, en forme de rocher, de la statue
de Pierre-le-Grand, à Saint-Pétersbourg, est aussi en Syénite.
Cette masse imposante, du poids de 800.000 kilogrammes, a
été extraite d'un point éloigné de 36 kilomètres de la moderne
capitale des Czars. Le transport de ce bloc erratique présenta
de si grandes difficultés, que les boulets de fonte s'étant écrasés
sous un si grand poids, on eut recours à des boulets de bronze.
C'est également une belle Syénite, provenant de la Corse, qui
revêt le soubassement de la colonne napoléonienne de la place
Vendôme, monument impérissable, comme la mémoire du grand
homme qui l'érigea. Enfin, l'obélisque de Louqsor, monolithe
égyptien, qui repose sur un bloc de beau granité de Bretagne, est
en Syénite rose des carrières de la ville de Syène, en Egypte, d'où
vient le nom de cette belle variété de roches granitoïdes (*). »
Le gisement de la Syénite, dans le département des Pyrénées-
Orientales, est au torrent de la Baragane, près de La Preste.
(I) D'Orbigny. Géologie appliquée aux arls, aux mines, etc., p. 200.
MINÉRALOGIE. 311
Pegmatite avec cristaux de quartz.. — La Pegmatite est un granité
sans mica; c'est iliins son sein qu'existent les cristaux les plus
volumineux ([lie l'on connaisse. Les grandes lames de mica de
Sibérie, dont les paysans russes se servent quelquefois pour
vitrer les fenêtres de leurs cabanes, se trouvent en contact de
la pegmatite. Cette roche s'altère facilement, à raison de la
grande quantité de feldspath lamellaire qui entre dans sa
composition, et qui se désagrège ou se décompose par l'action
prolongée des agents atmosphériques. C'est à cette circons-
tance qu'est dû le kaolin, ou argile blanche, qui sert à la fabri-
cation de la porcelaine. Gisement : à Tretzevents.
Pegmatite graphique. — Cette roche est ainsi nommée parce
que les cristaux de quartz enclavés dans l'orthose donnent,
dans certaines directions, l'apparence des caractères hébraï-
ques. Même gisement que la précédente.
Variolite. — Fragment roulé, offrant dans sa pâte diallogique et
feldspathique des globules verdàtres de feldspath, rayonnes du
centre à la circonférence. Cette roche a été nommée Variolite,
parce que les matières disséminées, souvent blanchâtres, font
saillie à la surface des morceaux roulés, et rappellent les pus-
tules de la petite vérole. Gisement : environs de La Preste.
Diallage. — Minéral brillant, verdâtre ou brunâtre, ayant quelque
rapport d'aspect avec l'amphibole et le pyroxène. Ce silicate
se trouve cristallisé dans un assez grand nombre de roches
pyrogènes. Gisement : dans le torrent du pont de les Guilles,
aux environs de Prats-dc-Mollô.
Pyroxène. — Minéral composé de silice, de chaux, de magnésie,
et quelquefois de proloxide de fer; de couleur ordinairement
verte ou noire, et se présentant, le plus souvent, sous forme
de cristaux dans un assez grand nombre de roches pyrogènes.
Gisement : à Costa-Bona; dans cette localité, les grenats et
les pyroxènes forment de véritables amas allongés au milieu
du système schisteux.
3|2 HISTOIRE NATURELLE.
Amphibolite globuliforme. — On donne le nom d'Amphibolilc
à des roches essentiellement composées d'amphibole à l'état
cristallin, et présentant, comme éléments accessoires, du felds-
path, du quartz, et quelques autres minéraux, plus ou moins
distincts. Gisement : Côte de Serrallongue, près la forge de
Galdare.
Porphyre quartzifère. — Les Porphyres sont généralement
composés d'une pâte compacte, à base de feldspath, dans la-
quelle se trouvent disséminés des cristaux de feldspath , de
quartz, et quelquefois d'amphibole et de pyroxène, qui ont
fréquemment une couleur différente du fond , sur lequel ils
tranchent d'une manière plus ou moins nette. Les cristaux,
le plus souvent blanchâtres, sont enchâssés dans une pâte dont
la teinte varie du brun-rouge et du bleu-violâtre au rosâtre,
rougeâlre et verdâlre. Gisement : au ravin de Agafe Llops,
territoire de La Manère.
Serpentine noble. — La Serpentine est un mélange intime,
compacte, généralement verdâlre, de diallage, d'un peu de
feldspath et de quelques parties talequeuses; elle est tendre,
mais tenace, à cassure plus ou moins esquilleuse, et d'un éclat
gras, dont la poussière, et souvent la masse même, est géné-
ralement douce au toucher. La Serpentine est plus ou moins
dure, suivant qu'elle contient plus ou moins de feldspath; sa
couleur varie du vert au noir et au brun plus ou moins foncé;
toutes les teintes se trouvent souvent réunies sur le même
échantillon, ce qui donne à la masse quelque ressemblance
avec une peau de serpent, d'où est venu le nom de Serpentine.
On nomme, en général, Serpentines nobles les variétés dont les
couleurs sont les plus vives et les plus tranchées, et qui ont
un certain degré de translucidité. Gisement : au Quinta de la
Coma, derrière les Bains de La Preste.
MINÉRALOGIE. 34.3
Stéatite. — La Stéatite, qu'on nomme aussi Craie de Briançon,
est une substance extrêmement grasse et onctueuse au toucher,
se laissant rayer avec l'ongle et couper avec le couteau comme
du savon, dont elle a souvent le poli gras et la translucidilé.
La Stéatite présente presque toutes les couleurs: le blanc, le
vert, le rouge, le jaunâtre et les nuances intermédiaires.
Tantôt, ces couleurs sont répandues d'une manière uniforme;
tantôt, elles sont disposées en veines ou taches, et même en
dendrites. La couleur jaune-sale et pâle ou rougeâtre, est la
plus commune. Gisement : au Callau de Mosset.
Amiante. — Les noms d'Amiante et d'Asbcste ont été donnés à
une substance minérale blanche, grise ou verdàtre, à texture
filamenteuse, incombustible, offrant des libres douces et flexi-
bles comme de la soie, dont elles ont quelquefois l'apparence.
Ce sont des silicates magnésiens. On trouve, le plus souvent,
ces matières dans les tissures des roches serpentineuses et
dioritiques. Gisement: montagnes de La Majorai, près d'Arles-
sur-Tecb.
Mica pailleté, Lépidolithe. — On a donné, depuis longtemps, le
nom de Mica (mieare, briller) à des matières susceptibles de se
diviser en feuilles élastiques, aussi minces qu'on peut le désirer,
et dont les surfaces sont toujours très-brillantes. Les Micas à
base de lithine, sont désignés sous le nom de Lépidolithe, parce
que les petites masses qu'ils présentent sont, en général, com-
posées de lamelles très-brillantes, nacrées, blanches, roses,
violàtres, verdàlres, qu'on a comparées aux écailles que por-
tent les ailes des papillons. La couleur ordinaire de la Lépi-
dolithe est le lilas, qui varie du lilas rouge-sale-foncé au lilas
tendre, tirant sur le blanc. Le Mica pailleté donne la poudre
d'or des écrivains pour sécher l'écriture. Gisement : au torrent
de la Comalada.
Mica talcqueux, Lépidolithe (lourde pêcher. — Gisement: entre.
Costujes et Vilaroja.
314 HISTOIRE NATURELLE.
Schiste compacte, Grauwacke des Allemands. — Roche composée,
en grande partie, de feldspath compacte et à petits grains, au-
quel se réunissent, en petites proportions, du quartz grenu,
du mica et quelques matières phylladienncs ou talcqueuses;
elle forme des assises considérables dans des terrains de transi-
tion. Gisement: Serdinya et autres lieux.
Schiste graphiteux ou Ampélite graphique, vulgairement pierre
d'Italie ou crayon des charpentiers. — Roche anthracileuse,
ordinairement schisteuse, noirâtre et tachant les doigts; elle
est assez tendre pour se laisser facilement couper au couteau.
On en fait des crayons, dont se servent les maçons, les char-
pentiers et les menuisiers. Les anciens, selon M. Brongniart,
donnaient le nom d' Ampélite et celui de Pharmacite à une
pierre noire bitumineuse, susceptible de s'effleurir à l'air, et
qu'on mettait au pied des vignes pour tuer les insectes. De-là,
son nom à- Ampélite ou pierre à vigne. Gisement : on trouve
cette roche dans les environs à'Aïtôy; vallée de Sahorre.
Grenats cristallisés. — Les Grenats, dont les minéralogistes
forment plusieurs espèces, sont des minéraux qui se cristallisent
dans le système cubique et généralement en dodécaèdres rhom-
boïdaux ou en trapézoèdres; ils sont tous fusibles au chalumeau
et susceptibles de rayer le quartz; ils son! composés, dans des
proportions variables, de silice, d'alumine et d'oxyde de fer,
auxquels se joignent parfois de la chaux, du manganèse, etc.
Le plus communément, les Grenats présentent des couleurs
rougeàtres; mais il y en a aussi qui sont jaunâtres, verdàtres,
bruns ou noirs; ils sont très-répandus dans la nature; on les
trouve disséminés dans la plupart des anciennes roches de
cristallisations, surtout dans les gneiss, les micaschistes, les
pegmatites, les roches talcqueuses et les calcaires qui avoisi-
nent le terrain primitif. Les Grenats aux belles teintes rouge-
coquelicot sont recherchés par les joailliers. Gisement : mon-
tagne de Costa-Bona.
MINÉRALOGIE. 345
Grenats trapézoïdaux, à 24 facéties trapézoïdales. — Dans une
roche composée de feldspath blanc, de quarts blanc et mica
blanc-argentin. Gisement : montagne de Caladroy.
Quartz compacte. — Roche compacte, à grains très-fins: c'est
une des substances les plus abondantes du règne minéral; elle
entre dans la composition de presque toutes les roches ignées,
et elle se trouve dans la plupart des roches sêdimentaires for-
mées de leurs débris. Tantôt opaque, tantôt transparent ou
limpide, le quartz est naturellement blanc ou incolore; mais
il présente quelquefois les couleurs les plus vives et les plus
variées, par suite de mélange avec divers oxydes métalli-
ques. Le Quartz est exclusivement composé de silice; il raye
le verre et fait feu sous le briquet; ces deux caractères le
distinguent de plusieurs autres substances minérales, avec
lesquelles on pourrait aisément le confondre. Gisement : La
Preste et autres lieux.
Quartz hyalin on Cristal de roche. — Il ressemble parfaitement
au Cristal artificiel; mais il a l'avantage d'être beaucoup plus
léger et beaucoup plus dur. La forme la plus ordinaire du
Quartz hyalin est celle d'un prisme à six pans, terminé de
chaque côté par une pyramide à six faces. On le trouve dans
les fentes et les cavités irrégulières des terrains de cristalli-
sation : c'est ce qu'on nomme des fours ou poches à cristaux;
c'est surtout dans les cavités irrégulières des pegmatites et de
certains filons qu'on rencontre avec abondance les plus beaux
échantillons. Gisement : montagne du Canigou et haute vallée
du Tech.
Quartz hyalin bi-pyramidal. — Ce sont de petits cristaux blancs,
gris, noirs ou rouges, qu'on trouve dans les plàfrières et plus
particulièrement à Reynès; ces cristaux sont vulgairement
nommés pierre de Saint-Vincent.
Quartz grenu cristallisé.— Gisement : à la Coma du Tech.
346 HISTOIRE NATURELLE.
Quartz bulleux. — On trouve dans le Quart/ îles bulles d'air,
des gouttes de bitume, de l'anthracite, des gouttes d'eau, etc.
Notre échantillon renferme des bulles d'air. Gisement : à la
Coma du Tech.
Quartz rubigineux jaune. — Le Quartz rubigineux a pour carac-
tère d'être pénétré d'une si grande quantité d'oxyde de fer
jaune ou rouge, qu'il en devient opaque; quand le Quartz rubi-
gineux jaune est cristallisé, on le nomme fausse topaze, topaze
de Bohème. Notre échantillon est d'un jaune d'ocre opaque.
Gisement : environs de La Manère.
Sinople ou Quart:, rubigineux rouge. — Il est d'un rouge vif de
sang, le Quartz sinople est tantôt cristallisé, et tantôt en masse:
dans le premier cas, il porte vulgairement le nom d'Hyacinthe
de Compostelle. Notre échantillon est opaque. Gisement: torrent
de la Barragane, derrière La Preste.
Quartz sinople micacé. — C'est une variété du précédent. Gise-
ment : au pied de Peyrcfeu, à Costa-Dona,
Quartz vert. — 11 est d'un vert sombre d'olive. Gisement : La
Preste.
Quartz ciiloriteux veiné. — Celui-ci est d'un vert plus clair
que le précédent. Gisement : Saint-Sauveur, près La Preste.
Quartz calcédoine. — C'est ainsi qu'on nomme les Agates qui
ont une couleur blanche, laiteuse ou bleuâtre, offrant, le plus
souvent, des ondulations ou de petits nuages pommelés. Gise-
ment : environs de La Preste.
Grès rouge. — Cette variété doit sa couleur rouge au fer qui
entre dans le ciment qui agglutine le sable quartzeux, dont il
est composé; il avoisine les terrains houillers; et, dans certains
cas, sa présence est un indice certain de l'existence de la houille.
Gisement : à Amélie-les-Bains, et au Coll Unit g, territoire de La
Manère.
MINÉRALOGIE. 347
Grès rlanc — Les Grès sont ordinairement des roches à base
rie Quartz, provenant de sables agglutinés par un ciment sili-
ceux ou calcaire, et quelquefois calcaréo-siliceux. Ils résultent
évidemment de la désagrégation et de la trituration des roches
quartzeuses et siliceuses, qui sont très-abondantes. Il est des
Grès à grains très-fins, d'autres à grains plus ou moins gros-
siers, contenant parfois des matières feldspathiques altérées et
des oxydes de fer, qui leur donnent des teintes diverses. En
général, leur couleur est blanche, grise, jaune, rouge ou
bigarrée. Gisement : à Estagel et au Boulou.
Calcaire compacte. — Le calcaire est essentiellement composé de
chaux et d'acide carbonique ; il est très-répandu dans la nature ;
il est même la roche la plus abondante à la surface du globe; il
est rarement dans un état de pureté, et se montre, au contraire,
fréquemment mélangé de matières diverses, telles que : argile,
silice, magnésie, etc. Le calcaire se présente sous plusieurs
aspects, tantôt cristallisé, tantôt compacte, friable ou terreux,
offrant quelquefois les couleurs les plus vives et les plus variées.
Gisement : sur toute la surface du département, et nous signa-
lerons plus particulièrement les montagnes des Corbières. La
carrière de las Fonts, à Cake, est du calcaire compacte grossier.
Calcaire compacte argileux. — Stalactite provenant à'en Casa
d'Amont, hameau du Tech.
Calcaire compacte argileux. — Concrétions déposées sur les
parois d'une grotte renfermant une Brèche osseuse, près de
Costujes.
Calcaire compacte magnésien. — Échantillon de marbre gris
veiné, pris à la Tour de Mir, territoire de Prats-de-Mollô.
Calcaire saccharoïde blanc, strati forme, un peu takqueux. —
A Saint-Sauveur, vallon de La Preste.
Calcaire saccharoïde vert, un peu serpentineux. — Gisement;
hameau du Tech.
318 HISTOIRE NATURELLE.
Calcaire spatiiique blanc ou Spath d'Islande. — Nom qu'on
donne à de beaux cristaux de carbonate de chaux, de forme
rhomboèdrique, quelquefois d'un volume considérable et d'une
transparence parfaite. Ils sont doués de la double réfraction,
et présentent, par conséquent, les images doubles. Notre
échantillon a été recueilli sur le territoire de La Preste; nous
en avons trouvé sur les montagnes d'Opol.
Calcaire spatiiique. — Échantillon de stalactite provenant de
Saint-Sauveur, territoire de La Preste. Un autre échantillon
provient d'une stalactite de la Roca Gallinèra.
Calcaire stalagmitique. — Belle stalactite provenant des car-
rières de Tuf, cà Costujes.
Calcaire lacustre coquillier (concrétion de). — Échantillon
recueilli à la Roca Gallinèra.
Calcaire brunissant, coloré de rouge. — Ce minéral est composé
de chaux carbonatée, dans laquelle le fer seul, mais plus ordi-
nairement le fer et le manganèse à l'état d'oxyde, sont dissous
comme principes accessoires. Cette sous-espèce de chaux car-
bonatée, a la texture lamelleuse et l'aspect souvent d'un blanc
argentin ou perlé. Ses couleurs principales sont le gris, le-
jaunâtre, le rose-foncé et le blanc-nacré; ses caractères les
plus remarquables sont de jaunir ou même de brunir par
l'action de l'acide nitrique, par celle du feu ou même quel-
quefois par le seul contact de l'air. L'épithète de brunissant lui
a été donnée par les minéralogistes allemands. Le bel échan-
tillon du cabinet de la ville, a été trouvé au hameau du Tech.
Calcaire jacnatre tufeauté. — Cet échantillon appartient au
terrain crétacé du (loll Rotj, territoire de La Manère.
Calcaire a cyclolite, — Echantillon recueilli au Coll de Mal-
rem, territoire de La Manère.
CiiAux carbonatée lenticulaire. — Bel échantillon formé de
grandes lames lenticulaires. Trouvé aux mines de Canaveilles.
MINÉRALOGIE. oi { .)
Chaux carbonatée, cristallisée en tête de clou. — Les formes
cristallines du calcaire sont extrêmement nombreuses; elles
s'élèvent à plusieurs centaines. Celles qu'on rencontre le plus
souvent sont: le Rhomboèdre aigu, de 78 51' (inverse de Haiiy);
le Rhomboèdre obtus, de 134?5'7- (équiaxe de H.); le Sculénoèdre,
de 104°38' et 1 1 i°24' (métostatique de IL). Plusieurs de ces
variétés montrent une grande tendance à produire des 2:1*011-
pements réguliers par transposition, hémitropie, etc., etc.
Le calcaire cristallisé se rencontre principalement dans les
giles métallifères; les fissures de diverses roches, et les petites
cavités qu'elles offrent çà et là, en sont fréquemment tapissées.
Les stalactites garnissent l'intérieur des cavernes ou grottes
des pays calcaires. Notre échantillon est un Rhomboèdre obtus,
dont le prisme est tellement raccourci, que les pans sont réduits
à des triangles, et qu'on nomme vulgairement Spath calcaire en
tête de clou; il a été trouvé à Costa-Bona et à La Preste.
Chaux carbonatée équiaxe sur fer hématite. — C'est un prisme
à six pans pentagones, terminé de chaque côté par trois faces
pentagones, qui appartiennent au rhomboèdre obtus nommé
équiaxe. Echantillon trouvé dans les mines de Fillols.
Chaux carbonatée laminaire. — Celte variété a une texture
lamelleuse; ses lames sont grandes, continues, peu entrelacées;
elle est souvent transparente. Notre échantillon provient d'une
grosse stalactite de la grotte Sainte-Marie-des-Billols, territoire
de La Preste.
Chaux carbonatée saccharoïde. — C'est à cette variété que se
rapportent le marbre statuaire des anciens, dit de Paros, et le
marbre statuaire des modernes, dit de Carrare. Ce dernier a
le grain semblable à celui du sucre; elle forme le grand étage
des marbres primitifs et de transition. Gisement: sur plusieurs
points du département.
Chaux sulfatée, avec cristaux de quartz. — Carrière de Palalda.
350 HISTOIRE NATURELLE.
Chaux carbonatée lamellaire. — Cette variété présente dans
sa cassure des facettes brillantes, dirigées dans tous les sens;
nous l'avons trouvée au roc de les Encanladas, terroir de
Mosset.
Chaux sulfatée argileuse. — Carrière de Céret.
Chaux sulfatée trapézoïdale. — À Taurinya.
Aragonite coralloïde (flos ferri). — L'Aragonite est une variété
de chaux carbonatée, qui se distingue par des caractères parti-
culiers. Elle présente ordinairement une forme prismatique
rectangulaire non susceptible de clivage. L'Aragonite coral-
loïde est en petits cylindres très-blancs, comme soyeux à leur
surface, contournés et dirigés, dans toutes sortes de sens, à
la manière des rameaux de corail ; elle était connue des anciens
sous le nom de flos ferri, parce qu'ils la prenaient pour une
sorte de végétation, et qu'elle se trouve habituellement dans
les gîtes de minerai de fer. Les échantillons que possède le
cabinet sont de toute beauté, et proviennent des mines du
Canigou.
Aragonite coralloïde sur Chaux carbonatée laminaire. — Mines
de Canaveilles.
Aragonite aciculaire. — Cette variété est formée d'une multi-
tude de petites aiguilles cristallines, groupées les unes sur les
autres, en se disposant obliquement autour d'un axe commun.
Dans le minerai de fer du Canigou.
Gypse. — C'est un sulfate de chaux hydraté, c'est-à-dire renfer-
mant une certaine quantité d'eau. On peut facilement le rayer
avec l'ongle. La texture en est cristalline ou lamelleuse, fibreuse,
grenue, saccharoïde, compacte, etc.; sa couleur est le plus
souvent blanche ou blanchâtre, mais quelquefois salie par des
oxydes de fer qui lui communiquent des teintes jaunâtres ou
rouges. Soumis à une chaleur modérée, le Gypse perd son eau
de composition et devient friable. En cet état, et réduit en
poudre, il constitue lo Plaire : la différence qui existe cuire le
MINERALOGIE. 351
Gypse et le Plaire, consiste en ce que le premier contient de l'eau
(20 p. % environ), tandis que le second n'en contient pas.
Gisement : Palalda, Reynès, Céret, Maury, Saint-Paul, etc.
Gypse rosé. — Gisement : carrière de Céret.
Gypse rouge. — Gisement : carrière de Reynès.
Baryte sulfatée, Spath pesant des anciens minéralogistes. — La
pesanteur de ce sel pierreux, est le caractère qui se présente
le premier pour le faire reconnaître; sa densité est de 4,3,
et varie, selon les échantillons, jusqu'à 4,47; sa couleur est
blanche ou légèrement jaunâtre , vitreuse , ordinairement
transparente. La Baryte sulfatée est plus dure que la Chaux
carbonatée; elle est composée sur 100 parties de 00 de baryte
et de 34 d'acide sulfurique. Après le calcaire, c'est l'espèce
la plus féconde en variétés de formes cristallines; les plus
ordinaires sont les octaèdres rectangulaires, et des prismes
droits à base rhombe ou rectangle, plus ou moins modifiés, et
souvent très-courts, ce qui donne aux cristaux une apparence
de forme aplatie, qu'on nomme tabulaire. Ces cristaux, quand
ils sont minces, se groupent souvent de manière à imiter gros-
sièrement des crêtes de coq. On rencontre aussi la Baryte en
masses globuleuses, rayonnées du centre à la circonférence, et
constituant ce qu'on appelle la pierre de Bologne, parce qu'on
la trouve au mont Paterno, près de cette ville. — Gisement:
montagne des Bains-d'Arles et Vernet-les-Bains.
Fer oligiste manganésifère. — Mine tfAïtoy, vallée de Sahorre.
Fer oxydé cuprifère. — Mines de Canaveilles.
Fer carronaté spathique altéré. — Mines du Canigou.
Fer spathique grenu et Fer oxydé brun avec cristaux de
fer sulfuré. — Mine de Dalt, à Batèra.
Fer spathique. — Mines de la Droguère et de las Canah, à Baiera.
Fer oxydulé. — Gisement...?
'A~>-2 HISTOIRE NATURELLE.
Hématite. — Mine de Fillols.
Hématite brune. — Mine de Saint-Pierre, à Batèra.
Hématite rouge. — Mine d'Ailoy, vallée de Sahorre.
Hématite fibreuse. — Mine de les Indies, à Batèra.
Hématite fibreuse stalactiforme avec Manganèse. — Mine de
la Pinouse.
Hématite avec dentrites. — Mine de les Indies, à Batèra.
Hématite avec Manganèse. — Mine de les Indies, à Batèra.
Pyrite de fer. — Vallon de La Preste et aux environs de Rasi-
guères, près Saint-Paul-de-Fenouillet.
Cuivre silicate. — Mines de Canaveilles.
Cuivre hydro-siliceux. — Mines de Canaveilles.
Cuivre oxydulé avec cuivre hydro-siliceux. — Mines de Canaveilles.
Cuivre carbonate avec cuivre hydro-siliceux. — Mines de Cana-
veilles.
Cuivre carbonate hydro-siliceux avec fer oxydé cuprifère. —
Roc del Bouc, revers de VEstanyol, vallée de Prats-de-Balaguer.
Cuivre carbonate et Cuivre sulfuré. — Mine de Fosse, près
Saint-Paul-de-Fenouillet.
Cuivre carbonate dans le Quartz carié. — Filon de Saint-
Louis-de-Pénalts, vallon de La Preste.
Cuivre carbonate bleu (azurite). — Montagne de Costa-Bona.
Cuivre carbonate bleu , sulfuré , argentifère , à gangue
quartzeuse. — Montagne de Costa-Bona.
Cuivre argentifère. — Filon de les Piques, près La Manère.
Cuivre sulfuré argentifère. — Mines de Canaveilles.
Cuivre pyriteux avec carbonate et hydro-silicate de cuivre. —
Mines de Canaveilles.
Cuivre pyriteux. — Mines de Canaveilles.
MINÉRALOGIE. 353
Cuivre pyriteux et Cuivre hépatique. — Mines de Canaveilles.
Cuivre pyriteux maculaté soyeux. — Environs de Valmanya.
Cuivre pyriteux en amas ou en rognons. — Vallon de La Preste.
Cuivre en filons. — Vallon de La Preste, montagne de Madrés
et à Osséja.
Cuivre panaché. — A Escouloubre.
Cuivre hépatique avec quartz- pseudomorphique. — Mine de
Sainte-Marie-des-Billots, vallon de La Preste.
Cuivre oxydé noir dans le quartz carié. — Filon de Serrallongue.
Cuivre pyriteux. — Filon de Serrallongue.
Cuivre hépatique. — Filon de Serrallongue.
Plomb sulfuré argentifère. — Sur la montagne des Bains-
d'Arles , à Taurinya et à Fillols.
Plomb sulfuré laminaire. — Environs de Costujes.
Plomb sulfuré. — Entre Arles et Gortsavy.
Galène en gros rognons tuberculeux. — Ravin de LabonadeU, terri-
toire de Saint-Laurent-de-Cerdans.
Galène. — A Escouloubre.
Galène. — Filon du Pla de les Taulas, territoire de La Manère.
Arsenic natif avec, sulfo-arséniure de fer. — Vallon de Prats-
de-Mollô.
Sulfo-arséniure de fer et Pyrite de fer. — Près Prats-de-
Mollo.
Mispickel (sulfo-arséniure de fer) avec acide-arsénieux et fer
hydraté. — Montagne de Layade, près La Preste.
Arsenic sulfuré. — Environs de Nolre-Dame-de-AwT/a, frontière
d'Espagne.
Blende brune lamellaire (sulfure de zinc). — Échantillon retiré
d'un filon de zinc situé au Puig-Cabrera, près Prats-de-Mollô
TOME i. 23
354 HISTOIRE .NATURELLE.
Lignite. — C'est un combustible minéral, d'origine végétale; il
s'allume et brûle facilement, avec flamme, fumée noire et
odeur bitumineuse, en donnant un charbon qui continue à
brûler comme la braise de boulanger. Le lignite est, le plus
souvent, noirâtre; son aspect, résineux, luisant ou terne; sa
texture, compacte, terreuse, schisteuse ou fibreuse, mais sa
poussière est presque toujours brune, tandis que celle de la
houille est noire. Ce combustible diffère aussi de la houille,
en ce qu'étant de formation plus moderne , les traces de son
organisation végétale sont moins effacées. Gisement : à Ser-
dinya et à Estavar.
Aérolithe. Pierre tombée du ciel. — On comprend généralement
sous le nom d' Aérolithe, des masses minérales plus ou moins
grandes, qui, des régions élevées de l'atmosphère, se préci-
pitent à la surface de la terre, avec un ensemble assez constant
de phénomènes lumineux et de détonation. Leurs formes sont
irrégulières, et ne présentent aucun caractère particulier, sauf
l'usure de leurs arêtes et de leurs angles. A l'extérieur, les
aérolithes sont généralement couverts d'une écorce noire,
quelquefois terne, d'autrefois luisante comme un vernis;
l'intérieur est toujours terne, d'un gris plus ou moins foncé,
rarement uni, souvent veiné ou tacheté de différentes manières.
Leur texture est ordinairement grenue; parfois, les grains sont
très-adhérents et comme fondus l'un dans l'autre; d'autrefois,
ils sont très-distincts et se séparent facilement. On reconnaît,
dans ces pierres, le mélange de substances différentes, et l'on y
aperçoit très-souvent des parcelles de fer. On a cru, aussi, y voir
de petits cristaux de pyroxène et de labradorite. La composition
chimique des aérolithes est très-variable : leur élément le plus
constant et le plus abondant est la silice, qui forme ordinai-
rement plus du tiers de leur poids. On peut ensuite citer le
fer, qui constitue quelquefois près d'un autre tiers, et qui se
présente, tantôt à l'état métallique, tantôt à l'état d'oxyde.
MINÉRALOGIE. 355
On y trouve aussi de l'alumine, de la magnésie, de la chaux,
de l'oxyde de manganèse, du nickel, souvent à l'état d'oxyde,
quelquefois à l'état métallique, du chrome ou de l'oxyde de
chrome, du soufre, de la soude, de la potasse, du cuivre, du
carbone; mais ces principes n'y sont pas constants, et les
derniers, notamment, ne s'y montrent que très-rarement et
en petite quantité (0,
Bien que l'aérolithe ne soit pas un produit appartenant à la
terre, puisqu'il est certain aujourd'hui que c'est une pierre
tombée du ciel, nous avons pensé, toutefois, qu'il fallait com-
prendre au nombre des minéraux recueillis dans le département
des Pyrénées-Orientales, celui que possède le cabinet de la
ville de Perpignan , ne fût-ce que pour constater la présence
de ce corps singulier dans le pays, tombé, en juin 1839, sur
la montagne de Notre-Dame-du-Coral, territoire de Prats-de-
Mollô. La forme de cetaérolithe,estun sphéroïde aplati, pesant
12 kilogrammes 80 grammes; sa circonférence mesure ra ,71
dans le sens du renflement, et m ,62 dans le sens de l'aplatis-
sement; sa surface est mamelonnée, luisante; sa couleur est
noirâtre ; l'analyse chimique n'en ayant pas été faite, nous igno-
rons sa composition. Celte pierre nous fut donnée par M. Tri-
quéra, alors instituteur communal à Prats-de-Mollô, qui fut
témoin de sa chute.
(-1) Voir le Dictionnaire universel d'Histoire naturelle, t. I , p. ISO. 184-t.
356 HISTOIRE NATURELLE.
CHAPITRE III.
PALÉONTOLOGIE.
La paléontologie est la science qui s'occupe d'étudier
les animaux et les végétaux qui ont existé autrefois à la
surface du globe, et dont on trouve des débris et des
vestiges fossiles en fouillant le sein de la terre.
Les géologues entendent par le mot fossile, non-seu-
lement les corps qu'on désigne spécialement sous le nom
de pétrification , mais encore tout débris de corps qui fut
organisé, tout vestige de ces mêmes corps qu'on ren-
contre dans les dépôts de matières minérales dont le sol
est constitué.
Trois degrés caractérisent les dépôts de fossiles qu'on
trouve dans l'intérieur de la terre : ceux de la partie
supérieure des terrains tertiaires sont les plus récents.
Les bancs du bassin du Roussillon, en renferment de
nombreuses espèces, et se composent ordinairement de
parties d'animaux ou de végétaux, conservés en nature
ou peu altérés.
Le second degré est celui qui nous donne les mêmes
parties dans un état parfait de pétrification. Ici, les molé-
cules des corps organisés, ont été détruites et remplacées
par des matières minérales qui ont conservé la forme des
corps primitifs, au point de pouvoir les reconnaître au
PALÉONTOLOGIE. 357
premier aspect. Nos marbres, nos brèches nous en four-
nissent des exemples.
Le troisième état est celui où la nature n'a conservé
que la forme des moules plus ou moins grossiers, et
ceux-ci se subdivisent en moules complets, moules de
surfaces extérieures, et moules de cavités intérieures.
Témoin, les pétrifications que nous trouvons sur les
montagnes d'Opol, de Costujes, de Saint-Antoine-de-
Galamus.
L'état actuel du globe n'est que la suite des grands
changements opérés jadis à la surface. Notre contrée a
dû subir la loi commune; elle a eu aussi ses révolutions:
les faits les plus positifs sont là pour l'attester. Les
rochers les plus escarpés offrent encore des traces nom-
breuses de l'existence primordiale d'une foule de races,
de genres, d'espèces , qui ont péri dans des cataclysmes
antiques. Les entrailles de la terre fournissent une quan-
tité d'objets qui viennent confirmer les faits avancés par les
géologues. Nos brèches, nos marbres, recèlent beaucoup
de corps organisés, qui sont plus ou moins avancés dans
leur état de pétrification ; nos grès rouges nous donnent
les dépôts de l'époque de leur formation; les couches
carbonifères présentent les empreintes des familles végé-
tales contemporaines de cette période ; mais rien n'est
comparable aux matières appartenant aux terrains ter-
tiaires supérieurs, et qu'on doit attribuer aux dernières
révolutions du globe. Les bancs épais du Boulou, de
Titillas et de Nélîach, en sont les témoins irrécusables.
Il paraît certain, qu'à la profondeur du gisement où
reposent les coquilles que l'on remarque dans ces bancs,
une grande partie du Roussillon en est couverte : certains
358 HISTOIRE NATURELLE.
forages, exécutés sur divers points, nous en donnent des
preuves.
Les eaux du Tech rongeant les rives du lit qu'il s'est
creusé à la hauteur de Saint-Martin, près du Boulou,
mettent tous les jours à découvert une immense quantité
de corps organisés. On en trouve un certain nombre qui
n'ont pas leurs analogues vivants, tandis qu'une grande
partie est encore représentée par les mêmes espèces qui
vivent dans nos mers; il est à regretter seulement que ces
coquilles s'altèrent aussitôt qu'elles sont exposées à l'air,
et par ce motif leur conservation est très-difficile ( j) .
Le Réart, qui traverse le territoire de Trullas, n'a pas
fouillé la terre à une aussi grande profondeur que le Tech :
aussi, le banc qu'il a laissé à découvert, dans les environs
du village, ne nous a pas offert un grand nombre de co-
quilles. Probablement, si l'on sondait l'intérieur, il four-
nirait les mêmes espèces que les deux autres ; on y trouve
quantité d'huitres semblables à celles que l'on pêche sur
nos côtes, Ostrea hyppopus, Lin. et Ostrea cochlear, Oliv.
Cette dernière se trouve encore sur quelques points de la
Méditerranée, mais ne se voit plus sur notre littoral.
Le plus considérable des bancs coquilliers, celui qui
présente la plus grande étendue et qui contient la plus
grande quantité d'espèces variées, est situé au pied de
Força-Real , sur la rive gauche de la Tet. Buffon le con-
naissait déjà sous le nom de banc de Néfiach; il lui avait
été signalé par notre docteur Carrère. Ce banc a une
étendue de 8 kilomètres, depuis la ville d'Ille jusqu'à
(I) Le moyen de les conserver, consiste à les enduire, de suile, d'une
solution épaisse de gomme arabique qui les préserve du contact de l'air.
PALÉONTOLOGIE. 359
Millas ; mais, c'est surtout de Néfiach à Millas qu'il offre
le plus bel aspect : la rivière longe la montagne de Cala-
droy et de Força-Real , et laisse voir la coupe de ce banc,
qui se dessine au pied de collines hautes de 40 mètres;
elle creuse leur base, et chaque crue met à découvert de
nouvelles coquilles. Les escarpements des ravins qui
viennent aboutir à la rivière, sont très-riches en coquilles
fossiles; elles y sont mieux conservées que sur le banc
principal. La base de toutes ces collines est formée d'un
limon rougeàtre aussi dur que le tuf, et ne contient pas
de coquilles ; il a une épaisseur d'environ deux mètres.
Au-dessus de ce limon, paraissent des sables marins jau-
nâtres, coupés par des lits de cailloux roulés; ils se
succèdent assez régulièrement dans des couches marno-
sableuses de couleurs différentes. Dans certains endroits,
on y voit des bancs pierreux, graveleux, mêlés à des
coquilles qui ont pris une certaine consistance calcaire.
Au-dessus de ces calcaires, paraissent des couches puis-
santes de marnes argilo-sableuses, endurcies en certains
endroits, et remplies de coquilles marines: les unes bien
conservées, les autres détériorées. Ces couches ont une
puissance de sept à huit mètres. Une couche supérieure
est moins sableuse , les marnes sont plus argileuses , la
couleur bleue y est plus prononcée ; elle a environ quatre
mètres d'épaisseur, et les coquilles y sont plus rares.
Tout ce système se suit le long des falaises de ces mon-
tagnes, et on peut le suivre de l'œil dans toutes les enfrac-
tuosités des ravins qui coupent ces collines. Nous y avons
trouvé le Peden laticostattts, entier, dans des proportions
énormes : il mesure ,n , 28 de longueur sur n \ 50 de
largeur.
360 HISTOIRE NATURELLE.
En fouillant le lit de la rivière pour asseoir les piles
du pont suspendu de Millas, on découvrit, à une grande
profondeur, beaucoup de coquilles fossiles, et particuliè-
rement un jambonneau colossal , Pinna flabellum, Lamk,
parfaitement conservé. Ce bivalve mesure m ,40 de lon-
gueur et m ,2o de largeur.
En 4827, M. Farines découvrit, à Espira-de-PAgly, un
banc coquillier, dont le terrain, dit-il, diffère de celui de
Banyuls par une couche d'argile figuline de Brongniart,
qui repose immédiatement sur la couche de galets. Et il
ajoute :
« J'y ai trouvé aussi des fragments d'une Ostrea, qui
« ne se trouve pas au banc de Banyuls , et à quelques
« pas de là une vertèbre à'Iclhyosaunis , roulée par les
« eaux; au reste, les coquilles sont également dans un
« sable coloré, et on y trouve à peu près les mômes
« espèces.
« Ce banc est situé sur la rive gauche de l'Agly, en
« face du village d'Espira; les pluies abondantes de cette
« année, ont formé des courants qui ont creusé un ravin
« d'environ cinq mètres de profondeur, et ont mis à
« découvert la couche de coquilles sur une largeur de
« trois mètres.
« Quoiqu'il soit probable que ce banc n'est qu'une
« continuité de celui de Banyuls, et par conséquent de
« la même date, les coquilles y sont, cependant, d'une
« belle conservation. Je pense que cela dépend de ce
« que , la couche d'argile supérieure n'ayant pas donné
« un passage libre aux eaux, les coquilles ont été moins
« exposées à l'humidité, et que le test se conserve d'au-
« tant mieux qu'il est moins en contact avec ce liquide.
PALÉONTOLOGIE. 361
« Cette même cause m'explique l'absence de sphéroïdes
« calcaires au banc d'Espira , tandis qu'ils sont très-
« fréquents à celui de BanyulsW. »
Un dépôt analogue fut découvert dans le courant du
mois de septembre 1860, en creusant un puits dans
l'enclos du couvent des Dames Trappistines, situé hors des
murs de ce même village d'Espira. Informé, malheureu-
sement trop tard, il nous a été impossible de recueillir
aucun échantillon de cette découverte : les déblais du
puits avaient été enlevés et dispersés par les ouvriers.
M. Farines, plus heureux que nous, puisqu'il habite
aujourd'hui cette commune , a constaté que ce banc
coquillier est composé de Pcdens.
Les découvertes fossiles faites dans le département des
Pyrénées-Orientales, ne se bornent point aux seuls bancs
coquilliers dont nous venons de parler : des débris de
grands animaux antédiluviens ont été trouvés à Trullas,
h Forca-Real, à Castell-Rossello, a Puig-Joan, etc. Des
cavernes à ossements ont été signalées dans les vallées
de Fulhà, du Tech supérieur et de l'Agly, où l'on a
remarqué des débris humains.
C'est ainsi que, en 185o, M. l'abbé Chapsal, curé
de Trullas , envoyait h la Société Philomathique de
Perpignan, une dent fossile trouvée, en 1851, par les
terrassiers occupés au percement de la route dépar-
tementale qui conduit de Trullas à Bages. Cette dent
était engagée dans une marne argileuse, a 2 m , 50 de
profondeur, et entourée de débris d'ossements qui ne
furent pas recueillis.
(1) Journal de l'harmacie. I. XIV, l re livraison, 1828.
362 HISTOIRE NATURELLE.
Suivant un rapport fait à la Société par M. Farines W,
cette dent mesurait m ,06 de diamètre dans le sens longi-
tudinal, m ,0o dans le sens transversal, et m ,09 de
l'extrémité inférieure de la racine au sommet de la cou-
ronne. Selon le rapporteur, c'était une sixième molaire
supérieure gauche, et appartenait au genre Rhinocéros,
probablement, dit-il, à l'espèce Megarhinus.
Sur ce même territoire de Trullas, M. Pomayrol, fils,
officier de santé, recueillit quelques fragments d'os fos-
siles, l'extrémité inférieure d'un fémur, d'une dimension
peu ordinaire , quelques autres portions d'os indétermi-
nables et une côte de m ,68 de long, dont le genre de
l'animal, auquel elle a appartenu, ne peut être désigné.
Il est fâcheux qu'en faisant les terrassements de la
grand'route, près du lit de la rivière du Réart, on n'ait
pas mis en réserve une quantité d'ossements qu'on y
découvrit. Suivant le rapport de M. Pomayrol, ils devaient
appartenir à quelque grand mammifère antédiluvien.
Nous visitâmes , en 1846, après des pluies torren-
tielles, les ravins et les escarpements, au midi, de la
montagne de Força-Real. Le hasard nous conduisit sur
une route vicinale qu'on venait d'ouvrir ; et , comme le
pays est très-accidenté, on devait opérer sur ce terrain
des déblais et des remblais considérables. Parmi les
déblais, on découvrit des ossements fossiles que des ou-
vriers ignorants détruisirent. Cependant, nous eûmes le
bonheur de recueillir un débris assez volumineux. Cet
os était entouré d'une gangue qui avait acquis une telle
dureté, qu'il nous fut impossible de la détacher sans briser
(1) I er Bulletin de la Société Philoinatli!<|uc fie Perpignan, p. 68, I8ô*>.
PALÉONTOLOGIE. 363
quelques morceaux d'os. Ayant examiné attentivement la
forme de cet os, sa dimension et sa texture, nous acquîmes
la conviction qu'il appartenait à un Hippopotame, et qu'il
faisait partie de l'extrémité antérieure de l'avant-bras de
l'animal. Nous reconnûmes le radius du côté droit, auquel
manquait une partie de la tète, et surtout l'apophyse qui
l'articulait avec le cubitus. (Voir la Planche, fig. 4.)
Dans cette même localité, nous avons découvert une
dent de Mastodonte.
Des os non moins extraordinaires furent trouvés à
deux kilomètres de Perpignan, dans les briqueteries de
MM. Blandinières, père et fils, situées au sud-est du
monticule appelé Puig-Joan. Des ouvriers, occupés à
enlever de la terre, mélange d'argile et de sable vert,
qui sert à la composition de la brique, découvrirent, à
la profondeur de trois mètres de la terre végétale , des
ossements qu'ils brisèrent d'abord sans y faire attention;
mais, surpris de leur forme, ils cherchèrent à les retirer
avec précaution. Appelé alors par M. Blandinières, nous
pûmes, en rassemblant ces débris, constituer un os d'une
grosseur gigantesque.
En portant toute notre attention sur sa forme, ses
dimensions et sur tout son ensemble, nous eûmes la
conviction intime qu'il appartenait a un grand mammifère
antédiluvien. Sa tète, fracassée, manquait en partie, et nous
eûmes beaucoup de peine a rassembler et mettre en place
les parties brisées. L'articulation radiale était aussi endom-
magée ; malgré cela, il nous fut facile, en comparant ces
fragments avec les figures que Cuvier a reproduites dans
son ouvrage sur les ossements fossiles, d'arriver à recon-
naître parfaitement que cet os appartenait au genre Masto-
364 HISTOIRE NATURELLE.
doute, et que c'était l'humérus du côté droit. (Voir la
Planche, fig. 2.)
Un autre os fort lcng. qu'on prenait pour la queue de
l'animal, était couché sur le même terrain. La portion la
plus mince, rencontrée la première par la bêche, était
brisée en plusieurs morceaux; nous fîmes faire une tran-
chée pour le dégager et l'extraire. L'argile qui l'entourait
s'était durcie au point qu'il fallut employer le marteau
et le ciseau; et malgré beaucoup d'attention, la secousse
seule le fît casser en plusieurs endroits.
L'examen le plus attentif sur la texture de ce corps,
ses formes et dimensions, nous donnèrent la certitude
que c'était la défense d'un animal qui appartient aussi au
genre Mastodonte.
Sa forme est elliptique, dès sa sortie des os incisifs;
mais elle s'arrondit à mesure qu'elle s'en éloigne, de
sorte qu'à m ,i0 de la naissance, elle est déjà ronde.
L'ellipse a un diamètre de m ,10 dans sa partie la plus
étroite; dans la plus large, de m ,15; la circonférence
est de m ,41. Cette défense est tout-à-fait ronde à un
mètre du point de la naissance; elle mesure m ,12 dans
tous les sens. La partie inférieure est aussi ronde, et
mesure m ,09 de diamètre. Jl lui manquerait, d'après
nos prohabilités, au moins m ,60 de longueur.
Cette défense est formée de couches concentriques d'un
blanc bleuâtre; le milieu est noirâtre. A mesure qu'on s'é-
loigne de la portion elliptique, les couches paraissent plus
serrées, et la partie noire du centre disparait; son ivoire est
presque pétrifié; il est blanc, parsemé de points bleus, avec
des zones circulaires qui ont une couleur bleuâtre, et il part
aussi des lignes du centre à la circonférence qui sont de
PALÉONTOLOGIE. 365
la même couleur. Les lignes observées à l'extrémité infé-
rieure, ainsi que les points, sont un peu plus prononcés ;
le reste de la couleur est la même. (Y. la Planche, fig. 5.)
Avec les débris d'os que nous ramassâmes , nous
trouvâmes une portion de dent mamelonnée et un peu
usée; sa forme, jointe à la forme elliptique du commen-
cement de la défense , sa grosseur et son inflexion , ne
laissent plus de doute que cet os appartient au genre
Mastodonte. Il est difficile d'établir l'espèce, n'ayant point
les autres os de l'animal.
En 18oo, des travaux ouverts à mi-côte de la grande
falaise de Castell-Rossello, pour le percement d'une route
de grande communication entre Perpignan et Canet, firent
découvrir plusieurs débris d'ossements, auxquels on n'ap-
porta d'abord aucune attention. M. Grova, fils, ayant eu
connaissance de cette découverte , obtint l'autorisation
de faire exécuter sur les lieux les fouilles qu'il jugerait
nécessaires pour étudier ce terrain. La ville de Perpignan
s'associa à cette entreprise, et le conseil-municipal vota
200 francs pouv faire face aux premières dépenses.
M. Crova a consigné le résultat de ses recherches dans
un petit mémoire inédit, dont nous allons extraire les
passages suivants :
« Le terrain, dont le percement de la nouvelle route a
« mis en évidence la structure, dit M. Crova, est composé
« d'alternances d'argile et de sable, s'élevant, sur certains
« points, à une grande épaisseur. L'argile offre une strati-
« fication concordante, légèrement inclinée du côté de la
« mer, et, sur certains points, irrégulièrement mêlée à la
« couche de sable qui lui est superposée. Ce terrain, qui
« se continue d'une manière assez régulière vers Cahes-
366 HISTOIRE NATURELLE.
« tany , jusqu'aux environs d'Elne et d'Argelès , où il
« commence à trouver les couches de transition relevées
« du côté de Collioure et de Port-Vendres, fait partie du
« bassin tertiaire de Perpignan, se continuant à une assez
« grande distance de la ville, et se rattachant aux dépôts
« tertiaires marins de Banyuls-dels-Aspres , du Boulou,
«de Villelongue-dels-Monts , Trullas, Anyls, Néfiach,
« Millas, Thuir, Espira a Estagel, dont il n'est peut-être
« pas contemporain.
« Les ravinements creusés par les eaux à une époque
« très-reculée , y ont formé la dépression dans laquelle
« sont plantés les jardins de Saint-Jacques, et y ont for-
« tement accusé un talus s'étendant de Perpignan au
« voisinage de la mer, en passant par Château-Roussillon
« et Canet.
« C'est le long de ce talus qu'a été tracée la nouvelle
« route. De distance en distance, l'action des eaux a
« creusé des ravins transversaux, qu'il a fallu combler sur
« certains points, pour établir la continuité de la route, et
« qui accusent, d'une manière très-nette, la stratification
« à peu près horizontale et concordante des couches d'ar-
« gile et de sable.
« Ce terrain paraît s'étendre vers le nord jusqu'aux
« dépôts secondaires qui commencent à paraître au-delà
« de Vingrau, pour se continuer dans le département de
« l'Aude. Au-dessus des couches d'argile et de sable, se
« trouve un terrain tout-à-fait récent, consistant en terre
« arable, argile, sable et cailloux roulés, irrégulièrement
« disposés. On y trouve une assez grande quantité de
« deats de bœufs, de moutons et de cheval, se rappor-
te tant tout-à-fait aux espèces actuelles, et associées à des
l'ALÉONTOLOGIE. 367
çi fragments de poterie , et des débris de l'industrie
« humaine. Nous ne nous en occuperons donc pas.
« Les débris organisés contenus dans les argiles et les
« sables fossilifères, consistent principalement en osse-
« ments de mammifères, parmi lesquels les Pachydermes
« sont surtout abondants. Nous avons déjà trouvé des
« fragments d'ossements et des dents de Rhinocéros et
« d'Hipparion , déterminés par M. Gervais , parfaitement
« caractérisés et de dimensions considérables.
« Nous avons également trouvé de petits fragments
« de bois de dicotylédonées , parfaitement pétrifiés. Il est
« bien h regretter qu'un tronc d'arbre pétrifié, et plusieurs
« têtes d'assez grandes dimensions, qu'on avait trouvées,
« au dire des travailleurs, sur le même point, au commen-
« cernent des travaux de la route, aient été, par suite du
« peu de cas qu'on en faisait, complètement perdus pour
« la science.
« Quelques-uns des ossements que nous avons recueil-
« lis, sont complètement pétrifiés par de la silice, qui les
« incruste et leur donne une grande solidité; d'autres,
« réduits à leurs sels calcaires , se brisent avec la plus
« grande facilité, surtout quand on les retire de l'argile
«et qu'ils sont encore humides; bien souvent on ne peut
« les retirer qu'en petits fragments : en séchant, ils pren-
aient plus de solidité; ils se trouvent irrégulièrement
« distribués dans les diverses couches de terrain, et, en
« général, considérablement disséminés par l'action des
«eaux. Cette action a dû être violente, à en juger par
« l'état des fractures de la plupart des os. Tous les os
«longs se trouvent partagés en fragments, quelquefois
« assez éloignés l'un de l'autre : et l'on ne voit jamais,
368 HISTOIRE NATURELLE.
« à côté l'un de l'autre, deux os faisant partie du même
« squelette
« M. Gervais a déterminé les fragments, et les a rap-
« portés au genre Hipparion et a une nouvelle espèce qu'il
« nomme Hipparion crassumW. »
Dans une recherche que nous fîmes sur ce même
terrain avec M. le professeur Jourdan, nous y trouvâmes
le squelette d'une tortue.
M. Itier, dans un mémoire inséré dans le troisième
bulletin de la Société Philomathique de Perpignan, signale
dans le calcaire dolomitique de Villefranche, divers genres
de fossiles renfermés dans ces couches. Quoique l'alté-
ration de ces fossiles rende difficile leur détermination,
on peut, cependant, reconnaître parmi eux des Orthocé-
rates, des Entroques, des Ammonites, des Bélemnites,
des Nautiles et quelques Bivalves observés dans les der-
niers étages de la formation secondaire. L'espèce Ortho-
ceras simplex, paraît être le corps organisé le plus répandu
aujourd'hui, sans doute parce que c'est celui qui a le mieux
résisté aux causes de destruction ; il remonte aux époques
les plus anciennes, aux premiers étages des terrains de
transition.
M. Itier a également découvert dans la grotte de Fulhà,
les éléments qui constituent les cavernes à ossements.
« Les dépôts, dit-il, qui couvrent le sol de la caverne,
« sont de deux natures très-différentes, qui se rapportent
« évidemment à deux origines, comme a deux époques
« distinctes. Le plus ancien est formé de gravier siliceux,
(I) Extrait des archives de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire
de Perpignan.
PALÉONTOLOGIE. 369
« comprenant des galets, des roches granitoïdes, que j'ai
« trouvés en place sur les flancs de la vallée de Py.
« Leurs formes sont généralement arrondies et leurs
« surlaces polies; leur grosseur atteint souvent celle de
« la tête d'un bœuf.
« Le dépôt supérieur, est un limon terreux contenant
« des fragments anguleux de la roche calcaire; il recou-
« vre, sur un point seulement, c'est-à-dire dans ie vesti-
« bule de la caverne , le premier dépôt , dont il diffère ,
« comme on le voit essentiellement.
« L'anatomie comparée des ossements rencontrés dans
« ces deux dépôts, a fait connaître qu'ils appartiennent
« tous à des espèces vivantes , sinon dans le pays , du
« moins à peu de dislance. Ainsi, l'ancienneté de ces
« dépôts est moindre que nous ne l'avions d'abord sup-
« posé; toutefois, leur étude nous a paru de nature à
« jeter quelque jour sur les profondes modifications qu'a
« subi la surface du pays depuis les temps qu'on est
« convenu d'appeler historiques.
« Le dépôt inférieur de gravier siliceux renferme, sous
« l'épaisse couche stalagmitique qui le recouvre, des osse-
« ments ayant appartenu tous à l'ordre des ruminants et
« aux genres Ovis, Bos, Cervus, Capra et Rupicapra.
« Les ossements contenus dans le dépôt limoneux supé-
« rieur, se rapportent : 1° à l'ordre des ruminants et aux
« genres Bos, Ovis, Capra, Rupicapra, Cervus; 2° à
« l'ordre des solipèdes et aux genres Equus, Asimis;
« 5° h l'ordre des carnassiers et aux genres Canis, Felis;
« 4° à l'ordre des pachydermes et au genre Sus; enfin,
« à l'homme.
« Les ossements humains ont été trouvés au fond du
tomi; i. 24
370 HISTOIRE NATURELLE.
« vestibule, à quinze pieds au-dessous du sol ; ils étaient
« pêle-mêle avec des os de cerfs et des fragments de
« poterie grossière
« La présence d'ossements d'hommes et d'animaux,
« compagnons de l'homme , tels que le chien et le che-
« val, ainsi que des morceaux de poterie grossière, prê-
te miers vestiges de l'industrie humaine, et des fragments
« de charbon végétal, nous indiquent, à une époque plus
« rapprochée des temps actuels, une seconde inondation
« considérable, qui a transporté et rassemblé ces objets
« au fond de la gorge de Fulhà , dont le sol était alors
« de 12 ou 15 mètres plus haut qu'actuellement, ete.W »
Parmi une infinité d'ossements de divers mammifères,
qui se trouvent amoncelés dans une caverne (2) du bassin de
Saint-Paul-de-Fenouillet, agglomérés avec une argile com-
pacte excessivement dure, où se trouvent quelques frag-
ments de marbre bleuâtre, nous découvrîmes une portion
d'os sphérique, qui nous fit présumer qu'il pouvait appar-
tenir à un crâne. Il fut très-difficile de le dégager; nous
y parvînmes pourtant, mais non sans le dégrader un peu,
car il tenait fortement à la terre qui l'entourait : c'était une
tête humaine.
Cette tête, une fois dégagée, nous parut avoir été com-
primée; toutes les cavités étaient remplies de cette même
terre argileuse compacte, mêlée de divers ossements. Le
tiers du frontal du côté droit, ayant été brisé, manquait;
le pariétal et tout l'occipital avaient été aussi brisés en
cherchant à extraire la tête; l'os de la pommette, ainsi que
(1) III e Bull, de la Société Philomathique de Perpignan, p. 77. 1837.
(2) Elle est située sur la continuation de la chaîne de Saint-Auloine,
vers Caudiès, à une petite distance de la brisure que traverse l'Agly.
PALÉONTOLOGIE. 371
la moitié de l'os maxillaire supérieur du même côté, avaient
été aussi mutilés. Le côté gauche est assez bien conservé,
et il reste à la mâchoire supérieure une dent incisive très-
saine. La mâchoire inférieure avait disparu; car la partie
qu'elle devait occuper, est remplie de divers os brisés,
mêlés à la gangue qui tapisse tout l'intérieur de la caverne.
Nous avons recueilli , à quelque distance , une portion de
mâchoire inférieure du côté droit avec les trois dernières
molaires parfaitement conservées : la terre qui s'y trouve
attachée, est aussi parsemée de débris d'os de mammi-
fères, et parait encore plus dure que celle qui remplit la
tête* 1 '. (Voir la Planche, fig. 4 et 5.)
Les restes humains les plus anciens que l'on ait ren-
contrés jusqu'à présent, se trouvent dans les brèches
osseuses du littoral et des îles de la Méditerranée.
L'homme est le contemporain des races actuelles d'ani-
maux; et tout porte à croire que, depuis son apparition,
(I) Nous saisirons cette occasion pour rapporter un fait assez curieux :
Dans le même bassin de Saint-Paul et près du pont de La Fou, les deux
montagnes se resserrent, et laissent peu d'espace au passage de l'eau de l'Agly.
La montagne de la rive gauche est assez élevée; elle est calcaire, et
on en extrait des blocs pour la construction. Un ouvrier découvrit dans
l'intérieur de la montagne, une grande caverne; la curiosité l'entraîna,
et, après avoir allumé uue lampe, il y pénétra. Après un assez long trajet
dans un corridor étroit, il entra dans une grande salle; mais, quelle fut
sa surprise, de voir dans ce lieu une vingtaine de squelettes humains en
très-bon état. Chacun d'eux avait à côté un petit pot de terre plus ou moins
bien conservé. Dans un de ces pots furent trouvés une portion de couronne
ducale eu métal et un étui en argent, qui renfermait un morceau de par-
chemin roulé, sur lequel était très-bien peinte une pensée. Beaucoup de
curieux allèrent visiter cette caverne, qui fut remplie d'eau de l'Agly, lors
de la trombe du mois d'août 1842. M. le Maire de Saint-Paul fit murer le
trou qu'on avait fait, afin d'empecber la dégradation des squelettes que
cette grotte renfermait.
372 HISTOIRE NATURELLE.
il n'est survenu d'autre grand cataclysme que l'inondation
diluvienne qui a formé les dépôts modernes. Il est présu-
mable que ces débris gisaient dans la caverne depuis
celte époque.
M. Farines, dans des notes qu'il a eu l'obligeance
de nous communiquer, dit qu'il a été découvert dans le
vallon de Giversa, près de Perpignan, un tibia de masto-
donte; à Caudiès, près le col Saint-Louis, la tête d'un
tapir; à Tautavel, dans une grotte à ossements, des dents
et des cornes de cerf, des dents de chevaux, des dents de
bœufs; à Caudiès, la tête d'un sanglier.
M. Triquéra, ancien instituteur communal à Prats-de-
Mollô, nous a envoyé plusieurs échantillons fossiles, qu'il
a découverts dans les cavernes de la vallée du Tech supé-
rieur. Parmi ces échantillons, nous avons reconnu :
1° La colonne vertébrale d'un animal indéterminable,
fossilisé par substitution de la roche calcaire; elle provient
de la grotte du Roc del Cazal, vis-à-vis Notre-Dame-du-Coral;
2° Un fémur fossilisé par substitution du calcaire sili-
ceux, appartenant à un quadrupède indéterminable : même
localité ;
3° Deux fragments de moulures de crânes; ils parais-
sent appartenir au genre Canis: même localité;
4° Un fragment de fémur ou de tibia, paraissant appar-
tenir au genre Lepus: même localité;
5° Plusieurs échantillons de fossiles dans leur compo-
sition primitive, contenant divers ossements d'animaux,
incrustés dans la gangue, et dont il est impossible de
préciser l'espèce : leur taille pourtant ferait supposer
qu'ils appartiennent au genre Lepus. Ces échantillons pro-
viennent d'une caverne située aux environs de la Roca del
PALÉONTOLOGIE. 373
Corp et de la Cabanya, à 2 kilomètres du gisement pré-
cédent, dans la direction du nord;
6° Autre échantillon où sont engagées diverses dents
de carnassier, et une tête d'un petit animal rongeur.
Cette tête est placée de telle manière qu'il est impossible
de déterminer l'espèce à laquelle elle appartient : même
localité que le numéro précédent;
7° Autre échantillon renfermant divers ossements, entre
autres un tibia très-bien conservé, qui paraît appartenir
au genre Lcpus : même localité ;
8° Échantillon contenant des dents et des fragments
d'ossements divers, les dents attachées à la mâchoire
paraissent appartenir à un ruminant: même localité;
9° Echantillon contenant une mâchoire avec plusieurs
dents molaires; elle appartient au genre Viverra. Si on
en juge par la taille, elle pourrait appartenir à la Viverra
genetta : même localité.
Dans cette grotte de la Roca del Corp, il y a des osse-
ments de plus forte taille. Ils pourraient appartenir au genre
Sus, et peut-être au Sus scropha? d'autres au genre Ovis,
et une mâchoire avec plusieurs incisives, au genre Canis.
M. Triquéra nous a également envoyé un bloc de bois
fossile par substitution d'un calcaire siliceux , trouvé sur
le versant occidental de Gironella, au midi de Costa-Bona.
A cet envoi, étaient joints plusieurs mollusques fossiles,
provenant de la RocaGallinera, parmi lesquels nous avons
reconnu les espèces suivantes parfaitement caractérisées :
Bulimus radialus, — Hélix nemoralis, — H. variabilis,—
IL aspersa,— H. pyrenaïca, — H. carthusianella , parfai-
tement conservé, —H. cornea ou squammalina de Marcel
de Serres; — H. fruticum.
374 HISTOIRE NATURELLE.
Le territoire de Costujes est signalé, depuis longtemps,
pour les fossiles qu'il renferme. Ce sont, dans les mollus-
ques Céphalopodes de la classe des Orthocères, le genre
Hippurite représenté par deux espèces, Hippurites rugosa
et H. curva, Lamk ; dans les Polipiers à réseau, le genre
Cellépore, représenté par une seule espèce, Cellepora me-
gastoma, Desma.; dans les Polipiers lamellifères, le genre
Cyclolite, représenté par une espèce, Cyclolites eliiptica,
Blain. : elle y est très-abondante, et on la trouve de toute
dimension; dans les Radiaires échinides, le genre Échi-
nus, par une espèce, Echinus radiatus , Hœning.
Après ces témoignages nombreux des cataclysmes qui
ont bouleversé le sol de notre province , nous n'aban-
donnerons pas notre sujet, sans parler des fossiles que
d'autres naturalistes ont signalé dans le pays. Ainsi,
M. d'Archiac, dans son livre, Les Corbières, dit qu'au-
delà du pont de La Fou , vers le milieu de la gorge , on
remarque dans les calcaires compactes gris-bleuâtres ou
blanchâtres, de nombreuses coupes de coquilles bivalves
et surtout de Rudistes et de Caprotines; et que, d'après
les renseignements dus à Paillette, il avait recueilli, dans
les marnes noirâtres autour de Saint-Paul, des fossiles,
qu'Alcide d'Orbigny a déterminés dans le deuxième vo-
lume de son Prodrome de Paléontologie stratigraphique, et
parmi lesquels ce dernier a reconnu : Ammonites mille-
tianus, d'Orb.; — Turritella vibrayeana, idem; — Cardita
tenuicosta , Misch . ; — Nucula pectinata , Sow. ; — Ostrea
milletiana, d'Orb,; — Orbitolina lenticula, idem, qui jus-
qu'à présent n'ont été signalés que dans le Gault; que,
si de Caudiès on se dirige au sud-ouest, en longeant
d'abord la rivière (la Boulsane), on remarque dans les
PALÉONTOLOGIE. 375
murs en pierre sèche qui bordent le chemin, des Exogyra
sinuaia, et des calcaires remplis d'Orbitolina, etc. ;
Enfin, qu'au pied du massif rocheux, formé par des
calcaires à caprotines, qui supporte le château d'Opol,
sont des fossiles assez nombreux, quoique peu variés,
parmi lesquels sont principalement : Exogyra Boussin-
gaulli, d'Orb.; — Ostrea carinata, Lam.? (fragment plus
voisin de cette espèce que de YO. macroptera, Sow.); —
Exogyra sinuata , Sow.; — Corbis corrugata, d'Orb.; —
Cyprina inornata, d'Orb.? moules voisins, l'un de la C.
oblonga , d'Orb., et l'autre de la Panopœa neocomiensis ,
idem; — Diplopodia Malbosii, Des.; — Orbitolina conoïdea;
— quelques Spongiaires et des Serpules.
Nous avons recueilli nous-même dans les diverses loca-
lités que nous venons d'énumérer, les fossiles ci-après
désignés, et constatés par M. le professeur Noguès:
1. Corbis corrugata ou Corbis cordiformis (d'Orbig.), ou
Cardium gallo-provinciale (Matheron); Opol.
On trouve sur le même terrain, plusieurs variétés de cette
espèce, qui se distinguent par la diversité de leur taille, qu'on
doit nécessairement attribuer à leur âge, et qui appartiennent à
la même espèce.
2. Cardium Goldfussi ( Matheron ) , Opol.
Cet échantillon est un peu fruste, et laisse quelque doute ;
cependant, en l'examinant avec attention, on doit le rapporter
à cette espèce.
5. Lima costaldina sur ostrea subsquammata (d'Orbig.) ;
Opol.
Cette espèce n'est pas très-commune dans cette localité.
376 HISTOIRE NATURELLE.
4. Janira otava (d'Orb.), ou Pecten otavus (Rœm.); Opol.
Commune dans le néocomien. Elle atteint une très-grande
taille; ici, on trouve la grandeur du type, et, progressivement,
on arrive à des échantillons monstrueux. Var. Maxima.
5. Hynnites Leymerii (Desh.), ou Pecten Leymerii(d'Oi\).
Commune dans les environs d'Opol; on la trouve aussi de
différentes grandeurs.
6. Ostrea Macroptera (Sowerbi); Opol.
On trouve dans le territoire et aux environs du village, des
masses considérables de moules de ces coquilles, qui caracté-
risent parfaitement le terrain; nous possédons des échantillons
de diverses grandeurs, et un, entre tous, qui est très-beau.
7. Exogyra sinuata (Sower.), ou Ostrea Couloni (d'Orb.).
Commune dans les environs d'Opol. On y trouve des échan-
tillons qui ont atteint de très-fortes dimensions, et d'autres dans
des proportions beaucoup plus petites.
8. Ostrea subsquammata? (d'Orb.); Opol.
L'échantillon laisse à désirer par sa conformation; aussi met-
tons-nous un point de doute. Cependant, tout paraît devoir faire
pencher en faveur de l'opinion qu'il appartient à cette espèce.
9. Trigonia scabra (Lamark); Opol.
Echantillon un peu fruste; mais assez bien caractérisé pour le
rapporter à cette espèce, qui se trouve dans les environs du village.
10. Turbo Tournait (d'Archiac); Opol.
Nouvelle espèce, se rapprochant du Plèùrotômaria Defrancii
de Matheron. Nous avons recueilli cet échantillon à la métairie de
Génégals, de M. Parés. On le trouve de diverses grandeurs.
PALÉONTOLOGIE. 377
11. Fusus neocomiensis (d'Orb,); Opol.
Nous trouvons aussi des sujets de cette coquille , en diverses
dimensions, à Génégals et aux environs d'Opol.
12. Pterocera Pclagi (Dorb.); Opol.
Superbe échantillon, recueilli dans un champ, aux environs
du village.
15. Pleurotomaria Michelinî (d'Archiac) ; Opol.
Echantillon un peu fruste, qui laisse apercevoir des caractères
suffisants pour le rapporter à cette espèce.
14. Pleurotomaria perspectiva (d'Orb.) ; Opol.
Pris dans les environs du village; il est de grandeur moyenne.
Nous en possédons un exemplaire d'une grande dimension, qui
vient de Rennes-les-Bains.
15. Natica bulimoïdes (d'Orbig.), ou Natica Allandiensis
(Matheron); Opol.
Divers moules de grandeurs différentes se trouvent dans les
environs du village. Constituent-ils diverses espèces, ou dépen-
dent-ils de leur âge?
16. Ammonites N. S.; Opol.
Elle sera décrite par M. d'Archiac, dans un nouveau travail
qu'il se propose de publier prochainement.
17. Ammonites; Opol.
Fragment mal conservé , et qui paraît pouvoir se rapporter à
V Ammonites Leyeîi.
18. Ammonites; Opol.
Empreinte mal conservée, et par conséquent indéterminable;
trouvée dans ce même terrain.
31% HISTOIRE NATURELLE.
19. Diplopodia Malbosii (Sowerb.); Opol.
Très-rare dans ce terrain; échantillon bien conservé à Costujes.
20. Venus.
Ayant des rapports avec la Venus Alladiensis de Matheron ; elle
est seulement plus petite. Dans les terrains de craie des environs
de Costujes.
21. Lima.
Empreinte d'une valve se rapprochant un peu de la Lima gallo-
provinciale de Matheron, des terrains de craie des environs de
Costujes.
22. Ammonites.
Indéterminable, tant l'échantillon est fruste. Dans les terrains
de craie des environs de Costujes.
TABLEAU DES COQUILLES FOSSILES
RECUEILLIES SUR LES BANCS DES TERRAINS TERTIAIRES MARINS
DES VALLÉES DU TECH ET DE LA TET.
Bi val von.
Genre Solen (Solen).
1. Sol. gaine, Sol. vagina, Lin.
2. Sol. silique, Sol. siliqua, Lin.
5. Sol. sabre, Sol. ensis, Lin.
Le Solen gaine varie beaucoup par sa taille; il est très-difficile
d'en avoir de bien conservé. Le Sol. silique, quoique beaucoup
plus petit, a son test plus solide; il habite les mêmes localités.
Le Sol. sabre, qu'on croirait devoir être mieux conservé par rap-
PALÉONTOLOGIE. 379
port à son test assez solide, est, au contraire, très-fragile, et n'a
pas mieux résisté que les autres espèces aux agents destruc-
teurs. On les trouve dans les sables argileux verts des deux
bancs de Millas et de Banyuls.
4. Sol. rétréci, Sol. coarctatus, Gmel.
Nous avons constamment trouvé cette espèce dans le banc de
Millas; on la reconnaît aussitôt à la disposition des dents cardi-
nales, qui sont placées, une sur une valve et deux sur l'autre.
On rencontre dans ces deux bancs, plusieurs moules de solens
de diverses dimensions, qui probablement appartiennent à des
espèces différentes.
Genre Solécurte (Solecwius) , Blain.
M. de Blainville a séparé les solens en deux groupes, et il a
formé le genre Solécurte; en effet, leur forme est si distincte
qu'on est étonné qu'on les ait laissé aussi longtemps confondus
dans le même genre.
i. Sol. rose, Sol. sirigillatus , Lin.
2. Sol. candide, Sol. candidus, Reini.
Ce dernier fait partie des deux bancs; son test est si mince,
qu'il est bien difficile de le conserver intact. Le Sol. rose, au
contraire, se trouve au banc de Banyuls. Quelques sujets conservent
même la couleur rosée de leur test et sont parfaitement intacts.
On trouve des individus qui varient beaucoup par leur taille, la
sinuosité de leurs valves, la finesse et le grand nombre de leurs
stries. Ils pourraient bien ne pas appartenir à la même espèce.
Genre Panopée (Panopœa).
1. Pan. de Faujas, Pan. Faujasi, Men.
On trouve cette panopée au banc de Millas ; elle est de petite
taille, et conserve facilement son test, qui est assez fort.
380 HISTOIRE NATURELLE.
2. Pan. d'Arago, Pan. Arago, Valen.
Cette espèce, qu'on trouve seulement au banc de Banyuls-dels-
Aspres, ne paraît pas être la même que la Pan. de Faujas. Si on
pouvait considérer son intérieur, on trouverait peut-être quelque
différence dans la disposition des dents; mais, cette coquille se
réduit en poussière aussitôt qu'on la détache de sa gangue; son
test, est si mince, que, malgré les plus grandes précautions, on
parvient très-difficilement à la conserver en la couvrant de gomme.
Celte coquille, d'une dimension triple que la Pan. Faujas, mesure,
en longueur, m ,40; en circonférence, prise au milieu de la char-
nière, 0,28; les côtes sont disposées sur le lest d'une manière
ovalaire. M. Valenciennes, professeur au Muséum d'Histoire Natu-
relle de Paris, l'a décrite dans les Illustrations Conchyliologiques
de France, sur des échantillons que le docteur Paul Massot lui
avait envoyés, et qu'il avait extraits du banc de Banyuls. L'habile
professeur de Paris a eu l'heureuse idée de la dédier à notre
illustre compatriote.
Genre Mye {Mya).
1. Mye tronquée, Mya truncata, Lin..
2. Mye des sables, Mya arenaria, Lin.
Ces deux espèces se trouvent dans les terres argileuses des deux
bancs: leur test très-fragile laisse peu d'espoir de les avoir entières.
Cependant, lorsque, après de fortes pluies, survient quelque ébou-
lement, on les trouve alors en assez bon état de conservation.
La gomme répandue sur la superficie de la coquille l'empêche
de s'altérer.
Genre Lutraire (Lutraria).
1. Lut. elliptique, Lut. elliptica, Lamarck.
2. Lut. solénoïde, Lut. solenoïdes , Lamk.
La Lut. elliptique est du banc de Millas; on la trouve dans les
PALÉONTOLOGIE. 381
sables argileux verts des vignes du premier plateau. Nous n'avons
pas trouvé la Lut. solénoide; elle est du cabinet de M. Farines, et
du banc de Banyuls.
5. Lut. de Massot, Lut. Massoti, Michau.
M. Michau a habité pendant longtemps le département, et a
visité souvent nos bancs tertiaires. Il a ramassé en grande quan-
tité les coquilles qu'ils renferment; il a trouvé, parmi elles, une
lutraire qu'il n'a pu rapporter à aucune espèce connue. Nous
applaudissons à l'heureuse idée qu'il a eue de la dédier à notre
savant et modeste ami, M. le docteur Paul Massot. C'est au banc
de Banyuls que M. Michau a trouvé cette nouvelle espèce.
Genre Mactre (Mactra).
\. Mac. lisor, Mac. stultorum, Lin.
2. Mac. deltoïde, Mac. deltoïdes, Lamk.
Ces deux espèces de mactres se trouvent sur les deux bancs.
La Mac. lisor est très-fragile; on peut à peine la conserver, tant
sa coquille est mince et altérée, tandis que la deltoïde, qui a un
test plus solide, se conserve plus facilement.
Genre Crassatelle (Crassatella).
i. Cras. renflée, Cras tumida, Lamk.
2. Cras. trigonée, Cras. trigonata, Lamk.
3. Cras. large, Gras, latissima, Lamk.
Les deux premières coquilles ont été trouvées au banc de
Banyuls, dans les sables argileux des environs de Saint-Martin,
en remontant vers le Boulon , tandis que nous avons recueilli la
troisième dans les sables argileux des vignes du premier plateau,
à Millas.
Genre Corrule (Corbida).
I. Cor. noyau, Cor. ttucleus, Lamk.
382 HISTOIRE NATURELLE.
2. Cor. ridée, Cor. rugosa, Lamk.
On trouve ces corbules particulièrement au banc de Millas,
dans les terrains déjà un peu compactes des bords des ravins,
en montant de Millas à Caladroy; elles sont mêlées aux masses
de peignes qui constituent ces terrains.
Genre Pandore (Pandora).
Le genre pandore n'est représenté jusqu'ici dans nos bancs
tertiaires, que par une valve qui a été trouvée récemment par
M. Paul Massot sur le banc de Banyuls dels-Aspres. Elle se rap-
proche, par sa forme, de la Pandora obtnsa de Lamk.
A chaque inondation ou après les grandes pluies et les gelées
qui les suivent en hiver, ces terrains se délitent et mettent à
jour de nouvelles espèces. Ces dépôts renferment une masse
considérable d'espèces, et nous sommes encore bien loin de les
avoir toutes découvertes. Les naturalistes qui voudront étudier
ces bancs, ne le feront pas sans de nouveaux succès.
Genre Saxicave (Saxicava).
i. Sax. rhomboïde, Sax. rhomboïdes, Desh.
La seule du genre qu'on trouve dans les sables argileux au
bassin de Banyuls, dans les environs du moulin de Nidolères.
Genre Pétricole (Petricola).
i. Pet. lamelleuse, Pet. lamellosa, Lamk.
2. Pet. ochroleuque, Pet. ochrolenca, Lamk.
3. Pet. striée, Pet. striata, Lamk.
Le banc de Millas nous fournit ces pétricoles. C'est dans les
escarpements des vignes, rive gauche de la Tet, à mi-chemin
entre Millas et Néfiach. On les conserve très-difficilement. La
troisième espèce a mieux résisté à l'influence des agents
destructeurs.
PALÉONTOLOGIE. 383
Genre Psammobie (Psammobia).
1, Psam. boréale, Psam. feroensis, Lanik.
2. Psam. gentille, Psam. pulchella, Lamk.
Nous avons la Psam. boréale au banc de Millas, vers la même
localité que les pélricoles. La Psam. gentille, qui est du cabinet
de M. Farines, n'a pas été trouvée par nous.
Genre Telliïse (Tellina).
i. Tel. zonelle, Tel. strigosa, Gmel.
2. Tel. aplatie, Tel. planata, Lin.
3. Tel. contournée, Tel. lacunosa, Chemn.
4. Tel. onix, Tel. nitida, Poli.
Ces quatre espèces sont communes dans les deux bancs : on
les trouve parmi les sables; mais, dès qu'on les découvre, si on
n'a le soin de les bien enduire d'une couche de gomme, elles se
fendillent, leur test tombe, et il ne reste que le moule.
5. Tel. épineuse, Tel. muricata. Brocc.
Cette espèce appartient au banc de Millas, dans les escarpe-
ments des ravins, vers Força-Real, sur les terrains qui pren-
nent déjà une forte consistance; elle est très-rare.
6. Tel. palescente, Tel. depressa, Gmel.
Nous la trouvons dans les marnes argileuses bleues des deux
bassins; elle est tout à fait semblable à l'espèce vivante qu'on
trouve quelquefois sur nos côtes.
7. Tel. solidule, Tel. solidula , Solan.
Nous trouvons cette espèce, mais très-rarement, au banc de
Banyuls. Sa solidité, les couleurs qu'elle conserve, ainsi que les
zones faciales, sont des caractères qui la rapportent à l'espèce
vivante. Collection du capitaine Michel.
8. Tel. obronde, Tel. subrotunda, Desh.
384 HISTOIRE NATURELLE.
9. Tel. à iines stries, Tel. tenui stria, Desh.
Nous trouvons ces deux intéressantes teilines dans les sables
marneux des deux bancs. Elles sont très-délicates; on les conserve
très-difficilement; leur test se détache aussitôt, si on ne prend la
précaution de les enduire de gomme.
10. Tel. carnaire, Tel. camaria, Lin.
Les caractères qui se remarquent sur l'espèce vivante , sont
parfaitement conservés sur la coquillle fossile que nous trou-
vons au banc de Bauyuls.
11. Tel. scalaroïde, Tel. scalaroïdes , Lamk.
12. Tel. rostrale, Tel. rostralis, Lamk.
13. Tel. zonaire , Tel. zonaria , Lamk.
Ces trois espèces se trouvent dans les marnes des deux
bancs de Millas et de Banyuls; elles se conservent difficilement,
si on ne les enduit de gomme.
•
14. Tel. serrée, Tel. stricta, Brocc.
15. Tel. pelucide, Tel. pelucidà, Brocc.
16. Tel. elliptique, Tel. elliptica, Lamk.
Nous les trouvons dans les sables argileux des deux bancs,
dans les parties les plus meubles; mais leur test, si délicat, se
ressent de l'action des agents destructeurs ; et aussitôt qu'elles
sont retirées des sables et exposées à l'air, leur coquille se
fendille et se détache, si on ne prend la précaution de les couvrir
d'une couche de gomme.
Genre Corbeille (Corbis).
I. Cor. ventrue, Cor. ventricosa, Marcel de Serres.
Nous trouvons cette coquille dans les sables argileux assez
compactes des deux bancs; son test, assez solide, fait qu'elle se
conserve bien.
PALÉONTOLOGIE. 385
Genre Lucine (Lucina).
1. Luc. ratissoir, Luc. radula, Lamk.
2. Luc. concentrique, Luc. concentrica , Lamk.
5. Luc. lactée, Luc. lactea, Lamk.
4. Luc. rénulée, Luc. rcnulala , Lamk.
5. Luc. ambiguë, Luc. ambigua, Desf.
Nous trouvons les espèces de ce genre dans les sables argi-
leux des deux bancs; leur lest, très-délicat, exige les plus grandes
précautions pour les conserver.
Genre Donace (Doncix).
1. Don. triangulaire, Don. friangularis , Bast.
2. Don. luisante, Don. nitida, Lamk.
5. Don. émoussée, Don. rctusa , Lamk.
Nous trouvons le genre Donace dans les mêmes terrains que
les Lutines; leur lest est, en général, plus fort que celui de ces
dernières; il n'est donc pas étonnant que nous les trouvions
d'une meilleure conservation.
Genre Cyprine (Cyprina).
i. Cyp. géante, Cyp. gigas, Lamk.
Grande et belle coquille que nous trouvons dans les deux bancs;
mais bien plus commune à Banynls. Quoiqu'elle paraisse, par
l'épaisseur de son test, très-forte, elle casse très-facilement quand
on veut la nettoyer, si on ne prend la précaution de la couvrir
de gomme.
2. Cyp. du Piémont, Cyp. Pedemonfana, Lamk.
5. Cyp. ridée, Cyp. corrugata, Lamk.
Nous trouvons ces deux espèces, éparses dans les sables argi-
leux des deux bancs; elles sont ordinairement bien conservées.
TOM6 1. 25
386 HISTOIRE NATURELLE.
4. Cyp. islandicoïde, Cyp. islandieoïdes , Lamk.
Cette espèce varie beaucoup dans sa taille; elle se rapproche
beaucoup de la Cyp. d'Islande. Elle pourrait bien être l'analogue
ancien de cette coquille.
Genre Cythérée (Cytherea).
1. Cyt. fauve, Cyt. chione, Lamk.
2. Cyt. lustrée, Cyt. lincta, Lamk.
3. Cyt. érycinoïde, Cyt. erycinoïdes , Lamk.
4. Cyt. multilamelle, Cyt. midtilamella , Lamk.
5. Cyt. demi-sillonnée, Cyt. semi-sidcata , Lamk.
6. Cyt. lisse, Cyt. lœvigata, Lamk.
Nous trouvons les cythérées généralement dans les deux bancs,
répandues sur toute leur surface, parmi les sables verts ; leur test,
quoique peu épais, a résisté à l'action des agents destructeurs;
on en trouve de très-bien conservées.
Genre Vénus (Venus).
1. Vén. à verrue, Ven. verrucosa, Lin.
2. Vén. levantine, Ven. plicata, Gmel.
3. Vén. croisée, Ven. decussata , Lin.
Répandues sur la surface des deux bancs, ces trois coquilles
ont un test très-délicat; c'est à cause de cela qu'il faut prendre
de minutieuses précautions pour les conserver.
4. Vén. cassinoïde, Ven. cassinoïdes, Lamk.
5. Vén. solide, Ven. solida, Desh.
6. Vén. petite râpe, Ven. scobinellata, Lamk.
7. Vén. natée, Ven. texta, Lamk.
8. Vén. vieille, Ven. vetula, Bast.
Nous trouvons dans les sables verts des deux bancs, ces cinq
coquilles, mais excessivement fragiles, et si, dès qu'on les décou-
PALÉONTOLOGIE. 387
vre, l'on ne prend la précaution de les couvrir d'une couche de
gomme, on les voit aussitôt se fendiller, et il ne reste plus que
le moule. On trouve dans les mêmes terrains beaucoup d'autres
coquilles de ce genre; mais la difficulté de les conserver en réduit
de beaucoup le nombre.
Genre Vénéricarde (Venericardia).
\. Vén. à côtes plates, Ven. plani costa , Lamk.
Nous trouvons cette espèce dans les deux bancs; mais seule-
ment parmi les couches tuffolées qui ont déjà pris un tel degré
de dureté qu'il est très-difficile d'en retirer un individu entier.
2. Vén. treillissé, Ven. decussata, Lamk.
3. Vén. élégante, Ven. eUgans, Lamk.
Ces deux espèces sont plus communes dans les sables argileux
verts des deux bancs; elles sont mieux conservées.
Genre Bucarde (Cardium).
4. Bue. à papilles, Car. echinatum, Lin.
2. Bue. sillonné, Car. sulcatum, Lamk.
3. Bue. denté, Car. serratum, Lamk.
4. Bue. sourdon, Car. edule, Lin.
Ces quatre espèces, que nous trouvons encore vivantes sur
nos côtes, sont peu communes dans nos bancs tertiaires; mais
nous les trouvons assez bien conservées pour pouvoir les rap-
porter aux espèces vivantes.
5. Bue. de Bordeaux, Car. Burdigalium, Lamk.
6. Bue. poruleux, Car. porulosum, Lamk.
7. Bue. sulcatin, Car. sulcatinum, Lamk.
8. Bue. diluvien, Car. diluvianum, Lamk.
9. Bue. aviculaire, Car. lithocardium , Lamk.
388 HISTOIRE NATURELLE.
10. Bue. à côtes nombreuses, Car. multicostatum, Broc.
il. Bue. lime, Car. lima, Lamk.
12. Bue. granuleuse, Car. granulosum, Lamk.
Les deux bancs nous fournissent ces espèces; elles sont plus
ou moins bien conservées, selon la localité où on les a recueillies.
Nous les trouvons parsemées dans toute la surface des terrains
qui composent les escarpements des deux bancs.
Genre Cardite (Cardita).
1. Car. intermédiaire, Car. intermedia, Lamk.
Celte espèce, désignée par Brocchi sous le nom de Chaîna
intermedia , nous l'avons constamment trouvée au banc de
Millas.
2. Car. rudiste, Car. rudista, Lamk.
3. Car. trapézoïde. Car. trapezia, Brug.
Nous trouvons ces deux espèces au banc de Banyuls, dans les
sables argileux verts, au-delà de Saint-Martin, en remontant
vers le Boulou.
4. Car. hippope, Car. hippopea, Bast.
Cette espèce n'est pas très-commune; nous la trouvons sur les
contreforts du bas de la montagne de Forca-Real, parmi une
masse de pectens entassés, qui déjà ont pris une certaine consis-
tance au milieu des calcaires de cette localité.
Genre Isocarde (Isocardia).
1. Iso. ariétine, Iso. arietina.
Décrite par Brocchi sous le nom de Chama arietina, nous la
trouvons dans les deux bancs, sur les terrains qui ont déjà pris
une certaine consistance.
2. Iso. géante, Iso. gigas, Farines.
PALÉONTOLOGIE. 389
Ce naturaliste a donné le nom de Gigas à une espèce qu'il a
trouvée dans les marnes des deux bancs; il n'a pu la rapporter à
aucune autre espèce connue, par rapport à sa taille et à ses formes.
Genre Arche (Arcà).
i. Ar. de Noé, Ar. Noè, Lin.
2. Ar. barbue, Ar. barbota, Lin.
5. Ar. lactée, Ar. lactea, Lin.
4. Ar. du déluge, Ar. diluvii, Lamk.
Nous trouvons ces quatre espèces dans les terrains des deux
bancs, assez bien conservées pour pouvoir les reconnaître par-
faitement en les comparant avec leurs analogues vivant sur nos
côtes. La seconde conserve encore les poils qui couvrent les
bords de la coquille.
0. Ar. à deux angles, Ar. biangula, Lamk.
6. Ar. mytiloïde, Ar. mytiloïdes, Brocc.
7. Ar. grillée, Ar. dathrata, Desf.
8. Ar. pectinée, Ar. pectinata, Brocc.
Nous trouvons indistinctement ces quatre espèces dans les ter-
rains meubles des deux bancs. La Pectinata se reconnaît aussitôt
par sa forte obliquité et par ses nombreuses côtes aplaties et peu
convexes.
9. Ar. cordiforme, Ar. cordiformis, Bast.
C'est sur le banc de Banyuls que nous avons trouvé cette jolie
espèce, facile à reconnaître; elle est très-ventrue, et son bord
crénelé très-profondément.
Genre Pétoncle (Pectuncidus).
1. Pét. flamulé, Pect. pilosus, Lin.; Area pilosa, Brocc.
Nous la trouvons très-communément sur les tertres des ravins
qui aboutissent aux deux bancs de Banyuls et de Millas. Cette
390 HISTOIRE NATURELLE.
espèce, quoique ayant un test très-épais, ne s'altère pas moins
facilement, et beaucoup de sujets se fendillent lorsqu'ils sont
retirés de leur gangue, si on ne les couvre d'une couche de
gomme.
2. Pét. élargi, Pecl. pulvinatus, Lamk.
Les dimensions énormes que prend cette espèce la font bientôt
distinguer; son test, fort et dur, contribue à sa conservation;
elle est commune dans les terrains marneux des deux bancs.
3. Pét. cœur, Pect. cor, Lamk.
Moins développée que les deux autres espèces, celle-ci est beau-
coup plus commune dans les deux bancs. Lamarck croit qu'elle
est l'analogue du Pét. flamulé, qui vit encore dans nos mers.
Nous trouvons une infinité de coquilles de ce genre, répandues
sur le terrain des deux bancs. Elles sont de dimensions très-
variées : appartiennent-elles à divers âges, ou forment-elles
différentes espèces non décrites? Elles n'ont pas été suffisam-
ment étudiées, pour pouvoir résoudre la question.
Genre Nucule (Niicula).
1. Nue. nacrée, Nue. margarilacea, Lamk.
2. Nue. échancrée, Nucida emarginala, Lamk.; Arca
pclla, Brocc.
3. Nue. luisante, Nue. nilida; Arca nitida, Brocc.
4. Nue. de Nicobar, Nue. Nicobarica, Lamk.
,o. Nue. petite, Nue. minuta, Marcel de Serres; Arca
minuta N., Brocc.
Ce genre de coquilles ne prend pas généralement de grandes
dimensions. Nous les trouvons disséminées dans les sables verts
des deux bancs; celles que nous retirons du banc de Banyuls,sont
mieux conservées.
PALÉONTOLOGIE. 391
Genre Came (Chama).
1. Ca. gryphoïde. Cha. gryphoides, Lin.
Plus commune au banc de Banyuls qu'à Millas; on en trouve
de parfaitement conservées. Nous distinguons les couleurs qui
couvrent leur test; elles se rapprochent beaucoup de l'espèce
qui vit dans nos mers.
2. Ca. hérissonnée, Cha. echinulata, Lamk.
5 Ca. lamelleuse, Cha. lamellosa, Lamk.
4. Ca. sillonnée, Cha. sulcata, Desh.
Nous trouvons ces trois espèces dans les marnes des deux bancs ;
leur test se conserve assez bien, et si on les nettoyé avec attention,
on parvient même à conserver le ligament de la charnière.
Genre Modiole (Modiola).
\. Mod. lithophage, Mod. lithophaga, Lamk.
On ne peut la confondre, car elle a tous les caractères de celles
qu'on trouve vivantes sur les côtes du département. Nous la trou-
vons parmi les sables des deux bancs.
2. Mod. subcarinée, Mod. subcarinata, Lamk.
3. Mod. sillonnée, Mod. sulcata, Lamk.
Ces deux dernières espèces se trouvent aussi répandues sur
toute la surface des deux bancs; mais elles sont moins bien
conservées; leur test fragile a été plus altéré.
Genre Moule (Mytilus).
Ce genre offre quelques espèces dans nos terrains tertiaires.
Nous en jugeons par l'aspect de leurs moules, que nous trouvons
de dimensions diverses ; mais leur détérioration est si grande, qu'il
nous a été impossible d'en déterminer une seule espèce.
392 HISTOIRE NATURELLE.
Genre Pinke (Pinna).
\. Pin. éventail, Pin. flabellum, Lamk.
Un superbe individu de celte espèce a été trouvé en creusant
les fondements du pont suspendu de la Tet, à Millas; on l'a retiré
parfaitement intact; il mesure m ,48 de long et m ,25 de large.
M. Malègue, conducteur des travaux, eut l'extrême obligeance de
le conserver pour le cabinet de la ville.
2. Pin. subquadrivalve, Pin. subquadrivalvis, Lamk.
Les caractères de cette espèce sont si tranchés, qu'on ne peut
la confondre avec ses congénères.
5. Pin. nacrée, Pin. margaritacea, Lamk.
Nous trouvons dans les deux bancs beaucoup de fragments des
diverses espèces de ce genre; mais peu qu'on puisse bien conserver,
leur test étant si fragile. Nous trouvons la P. nacrée, àdiversâges;on
ne peut la confondre avec les autres espèces: pas une seule d'entière.
Genre Avicule (Avicula)).
i. Av. de Tarente, Av. Tarenlina, Lamk.
Nous ne pouvons rapporter notre avicule fossile qu'à celte
espèce, dont elle a tous les caractères; elle est très-fragile et
d'une très-difticile conservation.
2. Av. phalénacée, Av. phalœnaceo, Lamk.
Le caractère essentiel de cette avicule est l'absence de sa queue.
Ce caractère, ainsi que ses dimensions, nous obligent de la rap-
porter à cette espèce; elle est d'une finesse extrême et se conserve
très-difficilement.
Nous trouvons, en fouillant les terrains des deux bancs, beau-
coup de fragments de diverses dimensions d'avicules, qui par leurs
formes nous font présumer qu'ils appartiennent à d'autres espèces
du même genre, mais qu'il nous est impossible de déterminer.
PALÉONTOLOGIE. 393
Genre Lime (Lima).
i. Lim. enflée, Lim. inflata, Lamk.
La taille et la disposition des côtes, ainsi que le bâillement
des valves à la partie postérieure, ne laissent aucun doute sur
ce fossile, que nous trouvons au banc de Millas.
!2. Lim. nautique, Lim. mulica, Lamk.
5. Lim. plissée, Lira, plicata, Lamk.
Nous trouvons ces deux espèces dans les terrains marneux
des deux bancs; elles sont généralement assez bien conservées.
4. Lim. dilatée, Lim. dilatata, Lamk.
5. Lim. oblique, Lim. obliqua. Lamk.
Nous avons trouvé ces deux espèces plus particulièrement dans
les sables verts du banc de Banyuls, au-dessus de Saint-Martin,
vers le Boulou.
6. Lim. vitrée, Lim. vitrea, Lamk.
Cette espèce est excessivement fragile, et se conserve en la
couvrant d'une forte couche de gomme. Nous la trouvons dans
les sables verts des deux bancs.
Genre Peigne (Pecten).
i. Peig. côtes rondes, Pecl. maximus, Lamk.
2. Peig. de Saint-Jacques, Pccf. Jàcobeus, Lamk.
Nous trouvons ces deux espèces en grand nombre dans les
anfractuosilés des ravins qui aboutissent à la Tet et au Tech,
dans les abords des deux bancs de Millas et de Banyuls. Leurs
analogues vivent sur nos côtes, et. on les porte souvent sur nos
marchés; on les mange, mais ils sont coriaces,
3. Peig. glabre, Pecl. glaber, Chmn,
394 HISTOIRE NATURELLE.
4. Peig. gris, Ped. griseus, Lamk.
Ces deux espèces, qui vivent aussi sur les côtes du département,
et qu'on porte sur nos marchés, varient beaucoup par leurs
couleurs, qui sont encpre conservées malgré leur séjour prolongé
dans la terre.
5. Peig. gibessière, Pect. pesfelis, Lamk.
6. Peig. tigre, Ped. tigris, Lamk.
Nous trouvons ces deux jolies espèces dans les marnes des
deux bancs; plusieurs individus conservent leurs couleurs pri-
mitives. Le Peig. gibessière vit sur nos côtes, et est porté souvent
sur notre marché.
7. Peig. bigarré, Ped. Darius, Pennant.
Nous trouvons très-communément cette espèce dans les deux
bancs; elle vit aussi dans la mer qui borde le département; on
la prend en abondance, et on la vend sur nos marchés; elle est
très-variée de couleurs et de dimension.
8. Peig. cadran, Ped. solarium, Lamk.
9. Peig. multirayonné, Ped. multiradialus, Lamk.
Nous avons constamment trouvé ces deux espèces sur les
coteaux au pied de la montagne de Força-Real, vers Néfiach.
Le Peig. cadran porte sur la valve bombée, un superbe individu
du Balanus stellaris, Lamk, Lepus stellaris de Brocchi.
10. Peig. larges côtes, Ped. laticoslatus , Lamk.; Ped.
latissimus, Brocc.
Celte belle et grande espèce se trouve au banc de Millas. Nous
ne l'avons jamais trouvée aubanedeBanyuls; mais, plus fréquem-
ment aux escarpements méridionaux des environs de Néfiach, au
pied de Força-Real, que dans les autres parties du même banc.
Il est des individus de très-grande dimension: nous en possédons
un qui mesure m ,28 en longueur et 0, m 30 en largeur.
PALÉONTOLOGIE. 395
11. Peig. de Bordeaux, Pcct. Burdigalensis, Lamk.
12. Peig. béni, Pect. benedictus, Lamk.
13. Peig. h côtes inégales, Pect. versicostatus, Lamk.
14. Peig. palmé, Pect. palmatus, Lamk.
lo. Peig. scabrelle, Pect. Scabrellus, Lamk.
16. Peig. Aabelliforme, Pect. flabclliformis, Brocc.
17. Peig. courbé, Pect. arcuatus, Brocc.
Toutes ces espèces, nous les avons trouvées plus particulière-
ment au banc de Millas; celui de Banyuls renferme peu d'espèces
de ce genre.
18. Peig. de Beudant, Pect. Beudanti, Bast.
Il se rapproche du Pect. Jacobeus par sa forme et sa dimension;
mais sa valve supérieure est plus convexe, et bâillant de chaque
côté.
19. Peig. semelle, Pect. solea, Desh.
20. Peig. orné, Pect. omcttus, Desh.
21. Peig. mantelet, Pect. plica; Ostrea plica, Brocc.
C'est aussi dans les terres du banc de Millas que nous avons
trouvé ces espèces. Elles se trouvent par masses très-considé-
rables dans certains endroits de la montagne de Força-Real; et,
certes, il y aurait de quoi former un grand nombre d'espèces dif-
férentes, si on pouvait les avoir intactes; mais elles se trouvent
mêlées à une marne qui tourne au calcaire, et qui a acquis une si
grande consistance, qu'on ne peut les détacher sans les casser.
Il paraît que cette couche de peignes couvre toute la surface du
bassin duRoussilIon ; partout où on a creusé un puits à une certaine
profondeur, on a trouvé la même couche de corps organisés.
Dernièrement, au couvent des Trappistines d'Espira-de-1'Agly on
a creusé un large puits, et on a trouvé aussi cette couche de
peignes , qui avait presque deux pieds d'épaisseur.
396 HISTOIRE NATURELLE.
Genre Spondyle (Spojidylus).
1. Spon. pied-d'âne, Spon. gœderopus, Lin.
2. Spon. râteau, Spon. raslellum, Lamk.
Les spondyles ne sont pas nombreux dans nos terrains ter-
tiaires. Jusqu'ici nous n'avons trouvé que les deux espèces
désignées. Les caractères observés sur la coquille de notre
Spon. pied-d'âne, comme l'épaisseur de ses valves et les épines
nombreuses, effilées et cylindriques qui les couvrent, nous le
font rapporter à celte espèce. Nous trouvons ces deux espèces
au banc de Millas.
OstriM'ces.
Genre Grypiiée (Gryphœa).
\. Gryp. arquée, Gryp. arcuata, Desh.
2. Gryp. unilatérale, Gryp. secunda, Lamk.
3. Gryp. plissée, Gryp. pliccda, Lamk.
Nous avons trouvé ces espèces sur les terrains des deux bancs;
mais elles sont plus nombreuses au banc de Millas, dans les ravins
qui sillonnent le pied de la montagne de Força-Real, en face de
Néfiacb.
Genre Huître (Ostrea).
1. Huit, comestible, Ost. edulis, Lin.
2. Huit, pied de cheval, Ost. hippopus, Lamk.
Ces deux espèces sont communes sur les terrains des deux
bancs. On ne peut les confondre; leurs caractères sont les mêmes
que ceux des espèces vivantes; mais la première ne vit pas sur
nos côtes, tandis que la seconde est portée sur nos marchés, et
vil sur tout le littoral du déparlement.
3; Huit, en cuiller, Ost. cochlear, Poli.
Sur la rive droite de la rivière du Réart, après avoir passé le
PALÉONTOLOGIE. 397
village de Trullas, sur le bord des champs et sur les tertres, on
trouve des niasses considérables de celte espèce d'huître. On la
rencontre, mais rarement, au banc de Millas; tandis que nous
ne l'avons jamais trouvée au banc de Bânyûls, qui n'est pas
éloigné de Trullas.
4. Huit, flabellule, Ost, flabcHula, Lamk.
5. Huit, côuleiivrée, Ost. colubrina, Lamk.
6. Huit, en crête, Ost. cristata, Lamk.
Nous avons trouvé plus particulièrement ces trois espèces au
banc de Millas, dans les escarpements de la montagne de Força-
Real. Dans quelques endroits elles sont entassées pêle-mêle, et
on trouve rarement une espèce entière: il est probable que, parmi
la masse des valves détachées, et en grande partie mutilées, il s'y
trouve beaucoup d'autres espèces; mais la difficullé d'en ras-
sembler deux valves pareilles, rend leur élude très-difficile.
L'Huit, couleuvrée se reconnaît aussitôt par son allongement; elle
est très-élroile et un peu aplatie; elle se rapproche un peu de
Y Huit, carinée, et pourrait bien n'en être qu'une variété.
Gemie Akomie (Anomia).
\. An. pelure d'oignon, An. ephippîum, Lin.
Parfaitement analogue à l'espèce qui vit sur nos côles, nous la
trouvons sur les terrains des deux bancs, souvent attachée sur
les valves d'huîtres et sur d'autres corps marins.
2. An. voûtée, An. fornicata, Lamk.
3. An. membraneuse, An. membranacea, Lamk.
4. An. ténuistriée, An. tenuistriata, Desh.
Nous trouvons ces trois espèces dans les terrains des deux
bancs, souvent aussi prises sur des corps marins, mais rarement
entières. Comme les huîtres, elles varient beaucoup par rapport
à leur âge; et si on les trouvait entières et complètes, nous aurions
probablement plusieurs espèces à signaler.
398 HISTOIRE NATURELLE.
I nival vv*.
Genre Patelle (Patella).
i. Pat. commune, Pat. vidgata, Lin.
Excessivement variable dans sa forme lorsqu'elle est vivante;
très-répandue sur les côtes du département, il en est de même
sur les terrains tertiaires des deux bancs de Millas et du Boulou.
Nous la trouvons conservant même les' couleurs qu'elle avait.
2. Pat. de Tarente, Pat. Tarentina, Lamk.
Son faciès, en général, ne laisse aucun doute que notre fossile
appartient à cette espèce. Nous l'avons trouvée plus particuliè-
ment au banc de Millas.
5. Pat. testudinale, Pat. testudinalis, Muller.
Sa forme ovale , allongée , de médiocre grandeur, et les stries
nombreuses de la surface extérieure de son test, ne laissent
aucun doute sur cette espèce. Nous la trouvons dans les sables
argileux verts des vignes des premiers plateaux voisins de la
rivière, au banc de Millas.
Genre Fissurelle (Fissurella).
1. Fis. négligée, Fis. neglecta, Desh.
Nous trouvons cette espèce dans les deux bancs. On l'avait
confondue avec la Fis. grœca; cependant, un caractère qui la
dislingue parfaitement, c'est que son sommet est lout-à-fait du
côté antérieur, et sa perforation est inclinée du même côté.
2. Fis. cancellée, Fis. grœca, Lamk.
Le trou de celle espèce est en fer à cheval , tronqué à une ex-
trémité ; elle est aussi des deux bancs.
5. Fis. labiée, Fis. labiata, Desh.
PALÉONTOLOGIE. 399
Nous avons trouvé cette fissurelle plus particulièrement au
banc de Millas.
Genre Calyptrée (Calyptrœa).
i. Cal. chapeau-chinois, Cal. lœvigata, Lamk.
2. Cal. déprimée, Cal. depressa, Lamk.
Nous trouvons ces deux espèces dans les terrains des deux
bancs. La Cal. déprimée se distingue de l'autre par la l'orme
surbaissée de sa coquille.
5. Cal. muriquée, Cal. muricata, Bast.
Nous avons trouvé celle-ci parmi les sables des torrents des
environs de Saint-Martin, du banc de Banyuls.
4. Cal. à côtes, Cal. costaria, Grat.
La Cal. à côtes a été trouvée parmi les terres argilo-sableuses
des buttes couvertes de vignes des environs de Millas, rive gauche
de la rivière de la Tel.
Genre Crépidule (Crepidida).
Le genre crépidule se conserve difficilement à l'état fossile.
Sa coquille est trop fragile pour résister aux agents destructeurs;
mais, la singulière habitude de l'animal de s'emparer et de s'in-
troduire dans l'intérieur des coquilles de toutes les espèces qu'il
rencontre, met sa mince coquille à l'abri de la destruction. C'est
ainsi que nous avons pu recueillir la plupart des espèces que
nous possédons, et que nous avons trouvées dans l'intérieur
de plusieurs coquilles étrangères à ce genre. En nous occupant
de nettoyer des coquilles que nous avions rapportées du banc de
Banyuls, nous trouvâmes dans le Buccinnm conglobatum, parmi
le sable qui remplissait son intérieur, un corps lamellaire que
nous cassâmes d'abord, et que nous avions pris pour l'opercule
de la coquille; quel fut notre étonnement, en cherchant à le
retirer complètement, de trouver l'extrémité postérieure d'une
400 HISTOIRE NATURELLE.
erépidule; nous continuâmes nos recherches, et nous parvînmes,
avec beaucoup d'attention, à retirer de l'intérieur de quelques
autres de ces coquilles, des crépidules onguiformes bien com-
plètes. Cet incident nous fit redoubler d'attention, et nous par-
vînmes à obtenir plusieurs sujets complets.
\. Crép. onguiforme, Crep. unguiformis, Lamk.
Nous l'avons trouvée dans l'intérieur du Buccinum conglobatum.
Elle est aussi dans les sables argileux des anfractuosités des ra-
vins du banc de Banyuls.
2. Crép. à forme de sandale, Crep. sandaliformis, Nobis.
Cette espèce est plus petite que la précédente, plus aplatie,
moins striée, la nacre de l'intérieur de la coquille plus belle,
d'un blanc bleuâtre très-luisant.
En nettoyant des céritcs prises dans la Méditerranée, nous
trouvâmes celte même espèce vivant dans l'intérieur d'une cérite.
Même conformation que notre fossile, et en tout identique.
3. Crép. plane, Crép. planata, Nobis.
Coquille oblongue, ovale, presque pas convexe, très-large à sa
base, :,, ,018, et O m ,024 de longueur, sommet arrondi et pas
recourbé, surface extérieure, lisse sur un fond fauve; en-dedans,
la coquille est d'un blanc-rosé brillant. La lamelle intérieure est
de celte même couleur. Nous avons trouvé cette espèce dans une
marginelle, au banc de Banyuls.
4. Crép. très-petite, Crep. minuta, Nobis.
Coquille ovale, oblongue , légèrement inclinée au sommet.
Diamètre latéral, O m ,007; diamètre longitudinal, m ,010. Légè-
rement rugueuse en-dehors, d'un blanc-saie, en-dedans; la
lamelle intérieure est convexe, striée finement, avec une légère
échancrure à son bord droit. Du banc de Banyuls.
9
5. Crép. bossue, Crep. gïbbosa, Desf.
PALÉONTOLOGIE. 401
6. Crép. parisienne, Crep. parisiensis, Desh.
La forme de celte crépidule nous porte à la ranger dans cette
espèce; elle est petite, et sa lame intérieure est concave. Nous
l'avons trouvée dans un buccin, au banc de Banyuls.
Genre Bulle (Bulla).
i. Bul. oublie, Bul. Ugnaria, Lin.
2. Bul. striée, Bul. striala, Brug.
Nous trouvons ces deux espèces parmi les sables argileux des
deux bancs. La Bul. striée est moins grande et mieux conservée.
3. Bul. cylindracée, Bul. cylindracea, Penn.
Petite, allongée, étroite, couverte de stries transverses, l'ou-
verture très-étroite. Nous l'avons trouvée dans les vignes, au
banc de Millas.
4. Bul. couronnée, Bul. coronata, Lamk.
Coquille grêle, rétrécie à ses extrémités, à sommet couronné
d'un rebord chargé de stries. Même localité que la précédente.
5. Bul. demi-striée, Bul. semi-striata, Desh.
6. Bul. treillissée, Bul. clalhrata, Bast.
Nous trouvons ces deux espèces parmi les sables argileux des
deux bancs. La Bul. treillissée est plus allongée, plus large à la
base qu'au sommet.
Genre Auricule (Auricula).
1. Aur. ovale, Aur. ovala, Lamk.
5. Aur. aiguillette, Aur. acicula, Lamk.
Ces deux coquilles sont fort distinctes : la première est remar-
quable par le bourrelet qui borde intérieurement le bord droit
de son ouverture; la seconde, par sa l'orme ovale, allongée et
grêle. Nous les avons trouvées dans les sables argileux des deux
bancs de Millas et de Banyuls.
TOME I. 26
402 HISTOIRE NATURELLE.
Genre Ringicule (Ringiculai.
1. Kin. grimacente, Rin. ringens, Desh.
2. Rin. buccinée, Rin. buccinea, Desh.
Nous trouvons ces deux espèces dans les terrains argilo-sableux
des deux bancs. La coquille de la première est fort singulière,
petite; les deux bords de son ouverture sont épais, et surtout le
bord droit, qui a un bourrelet saillant à l'extérieur.
Genre Rissoa (Rissoa).
1. Ris. petite, Ris. pusilla, Desh.
2. Ris. polie, Ris. polita, Desh.
3. Ris. chevillette, Ris. clavula, Desh.
Ces petites coquilles, bien difficiles à classer et à distinguer
entre elles à l'état fossile surtout, se trouvent parsemées dans les
sables argileux des deux bancs. La plupart, d'un test très-fragile,
ne peuvent pas être retirées de ces sables sans qu'elles ne se
réduisent en poussière aussitôt qu'elles sont au contact de l'air.
Si la matière qui les enveloppe, ne contenait quelque agent qui
tend à les détruire, on pourrait probablement en recueillir un
grand nombre; mais c'est à peine si on parvient à conserver
quelques sujets.
Genre Natice (Natica).
1. Nat. flammulée, Nat. canrena, Lamk.
2. Nat. mille-points. Nat. mille-punctata, Lamk.
Nous avons trouvé ces deux espèces dans les sables argileux
des deux bancs. La première, facile à reconnaître par sa callosité,
en forme de massue, s'enfonçant latéralement dans l'ombilic; et
la seconde, qui conserve, dans certains sujets, quelques points
pourpres sur son test.
3. Nat. bouton, Nat. olla, Marcel de Serres; Nat. glau-
cina de Brocchi.
PALÉONTOLOGIE. 40o
Nous la trouvons assez communément sur les terrains des deux
bancs. Elle se fend, aussitôt exposée à l'air; on doit la couvrir
de suite de gomme : sa callosité, en forme de bouton, bouche son
ombilic.
4. Nat. petite lèvre, Nat. labcllata, Lamk.
Coquille globuleuse, lisse, à ombilic simple, assez grosse. Nous
l'avons trouvée dans les terres argilo-sableuses du banc de Millas.
5. Nat. glancinoïde, Nat. glancinoïdes, Desh.
6. Nat. pointue, Mât. amta, Desh.
Nous trouvons ces deux espèces sur les terrains des deux bancs.
Mêmes inconvénients pour les conserver; il faut aussitôt les cou-
vrir de gomme.
Genre Sigaket (Sigaretus).
1. Sig. canaliculé, Sig. canal icula lus, Sow.
Nous trouvons cette coquille vers la partie moyenne et orientale
de la montagne de Força-Real, parmi une masse de peignes, qui,
mêlés à la terre graveleuse, ont déjà acquis une certaine consis-
tance ; on la détache avec difficulté de sa gangue ; elle casse avec
la plus grande facilité.
2. Sig. poli, Sig. politus, Desh.
5. Sig. strié, Sig. strialus, Marcel de Serres.
Nous trouvons ces deux espèces assez abondantes dans les
sables argileux des deux bancs.
Genre Tornatelle (Tomatella).
i. Tor. f'asciée, Tor. fasciata, Lamk.
2. Tor. sillonnée, Tor. sulcata, Lamk.
Tt. Tor. enflée, Tor. inflata, Férus.
Le test de ces coquilles est assez fort pour avoir résisté aux
404 HISTOIRE NATURELLE.
agents destructeurs; elles sont, en général, assez bien conser-
vées. Nous les avons trouvées dans les deux bancs. La troisième
est bien reconnaissable par le renflement de son dernier tour.
4. Tor. demi-striée, Tor. semi-striata, Bast.
o. Tor. tachetée, Tor. panctulata, Férus.
Nous avons trouvé ces deux belles espèces au banc de Millas.
La première est reconnaissable à la ponctuation des stries de la
base, ainsi que du bord de la suture; la seconde est plus globu-
leuse: elle a son ouverture plus allongée, étroite, et son bord
droit très-mince.
Genre Pyramidelle (Pyramidetta).
i. Pyr. en tarière, Pyr. terebellata, Lamk.
Nous avons trouvé cette espèce dans les sables verts des envi-
rons de Saint-Martin , presque à l'extrémité supérieure du banc
de Banyuls.
Genre Scalaire (Scalaria).
i. Seal, lamelleuse, Seal, lamellosa, Lamk.
2. Seal, commune, Seal, communis, Lamk.
Ces coquilles excessivement fragiles, le sont bien davantage à
l'état fossile. Nous les trouvons dans les sables argileux des deux
bancs.
3. Seal, dépouillée, Seal, denudata, Lamk.
4. Seal, striatule, Seal, striatula, Desh.
Les sables verts des deux bancs nous donnent ces deux inté-
ressantes espèces. La Seal, dépouillée est fort petite et très-fragile.
La striatule, plus forte, se reconnaît à ses tours convexes et nom-
breux, ornés de sillons transverses et peu saillants.
5. Seal, de Textor, Seal. Textori, Marcel de Serres.
PALÉONTOLOGIE. 405
M. Marcel de Serres a décrit et dédié à M. le capitaine Texlor,
cette coquille, que Brocchi avait désignée sous le nom de Turbo
pseudo-scalaris. Ce savant naturaliste prétend que cette coquille
est voisine de la Scalaria multilamella de Basterot. M. Textor a
été le premier à trouver cette scalaire dans les marnes argileuses
de Banyuls-dels-AspresW.
Genre Dauphinule (Delphinida).
i. Daupli. râpe, Delph. lima, Lamk.
3. Dauph. à bourrelet, Delph. marginala, Lamk.
Nous avons trouvé ces deux coquilles dans les sables argileux
compactes des deux bancs. La première a le test fort; la seconde,
plus délicate, se reconnaît aussitôt au bourrelet qui couvre son
ombilic.
5. Dauph. sillonnée, Delph. sulcata, Lamk.
i. Dauph. lime, Delph. scobina, Brong.
Ces deux espèces sont plus particulières au banc de Millas;
nous les avons trouvées dans les terres du premier plateau, dans
les vignes, surtout quand on les travaille après les pluies d'hiver.
La Dauph. lime se dislingue parla quantité d'écaillés qui couvrent
les sillons du lest.
Les marnes des deux bancs recèlent beaucoup de moules de
dauphinules qui ont été détruites par le temps. Probablement,
si elles étaient dans un bon état de conservation, nous aurions
plusieurs autres espèces à signaler.
Genre Cadran (Solarium).
1. Cad. sillonné, Sol. sulcatum, Lamk.
2. Cad. carocollé. Sol. carocollatum, Lamk.
5. Cad. de Bonelli, Sol. psmdo-perspectivum, Brocc.
( Géognosie des terrains tertiaires, par Marcel de Serres.
406 HISTOIRE NATURELLE.
Ces trois espèces, bien distinctes l'une de l'autre, et qu'on
reconnaît aussitôt à leur forme, se trouvent dans les terres argilo-
sableuses des deux bancs. Quelques individus sont d'une conser-
vation parfaite, et leurs couleurs ont été peu altérées par leur
séjour dans la terre.
Genre Roulette (Rotella).
1. Roui, naine, Rot. nana, Grat.
2. Roui, linéolée, Rot. lineolata, Lamk.
Nous avons trouvé les roulettes plus particulièrement au banc
de Banyuls, clans les sables verts d'un tertre assez élevé, conte-
nant beaucoup de coquilles, après Saint-Martin, en remontant
vers le Boulon.
Genre Troque (Trochus).
i. Troq. granulé, Troc, granulatus, Born.
2. Troq. agglutinant, Troc, agglutinans, Lamk.
Nous trouvons ces deux espèces dans les terres argilo-sableuses
des deux bancs. Le Troq. agglutinant ne peut être confondu avec
aucun autre. Dans l'état de vie, on l'appelle la màcone ou la fri-
pière, par la singulière propriété qu'a cette coquille d'agglutiner
les objets parmi lesquels elle vit : tantôt, ce sont des coquilles;
tantôt , des pierres , selon que le sol où elle se trouve est chargé
de ces objets.
3. Troq. de Rose, Troc. Boscianus, Rrong.
Ce troque est allongé, conique, très-pointu, étroit à sa base;
l'ouverture est quadrangnlaire et peu oblique. Nous l'avons
trouvé dans les vignes du premier plateau du banc de Millas.
4. Troq. de Lamarck, Troc. Lamarchii, Desh.
Cette espèce, a été décrite par Lamark sous deux noms diflë-
rents, Troq. suicatus pi Troq. subcarinatus. M. Dpshaies, pour faire
PALÉONTOLOGIE. i07
cesser toute confusion, lui a donné le nom du savant qui a
rendu tant de services à la science. Nous l'avons trouvé au banc
de Banyuls, près de Sain-Martin.
0. Troq. cariné, Troc, carinatus, Borson.
Cette coquille a un faciès tout différent de ses congénères;
elle ne paraît pas appartenir au genre? Nous l'avons trouvée
dans les vignes du premier plateau du banc de Millas.
6. Troq. strié, Troc, striatus, Brocc.
7. Troq. de M. Farines, Troc. Farinesi, Marcel de Serres.
Les deux sont des deux bancs. Nous les avons trouvés sur les
sables argileux. Les coquilles de ce genre ayant un test assez fort,
sont pourtant bien altérées par le séjour qu'elles ont fait dans la
terre. On trouve beaucoup de moules et des opercules de divers
troques, qui signalent des espèces bien différentes; mais, ils sont
tellement détériorés, qu'on ne peut les déterminer, sans cela leur
nombre serait bien plus considérable.
Genre Monodonte [Monodonta).
1. Mon. eanalifère, Mon. canalifera, Lamk.
*2. Mon. marquetée, Mon. Tessellata, Desh.
Nous avons trouvé ces deux espèces de monodontes dans les
sables argileux, qui ont déjà quelque consistance, dans les escar-
pements des ravins qui aboutissent aux deux bancs. Ils se trouvent
parmi d'autres coquilles de divers genres, qui sont agglomérées.
On reconnailla marquetée aux stries transverses des premiers tours.
Genre Turbo (Turbo).
I. Tur. scabre, Tur. rugosus, Lin.
Cette espèce est reconnaissable à la rugosité de la carène qui
remplit le milieu de ses tours. Nous l'avons trouvée, çà et là, au
banc de Millas.
408 HISTOIRE NATURELLE.
2. Tur. dentelé, Tar. denticulalus, Lamk.
Cette coquille ressemble assez à la précédente. On la distingue
par ses stries transversales, et par des crêtes ou carènes dentelées,
placées sur la partie moyenne de chacun de ses tours, et par leur
ombilic étroit et à demi couvert. Nous l'avons trouvée dans les
deux bancs.
5. Tur. de Parkinson, Tur. Parkinsoni, Bast.
Grande et belle coquille. Facile à reconnaître, lorsqu'on peut
l'avoir entière, par les gros sillons qui se remarquent à la surface
des tours. Nous l'avons trouvée dans les argiles des deux bancs.
4. Tur. bicariné, Tur. carinatus, Borson.
Au premier aspect, cette coquille paraît appartenir au genre
Troque. Les tours sont aplatis, la suture canaliculée, l'ouverture
est ovale, arrondie, une large callosité envahit presque toute la
base de la coquille. Nous la trouvons plus particulièrement au
banc de Banyuls.
Genre Littorine (Littorina, Fér.)
i. Lit. de Grateloup, Lit. Grateloupi, Desh.
M. Grateloup regardait celte espèce comme l'analogue fossile
du Phasianella angulifera de Lamark. M. Deshaies ayant reconnu
qu'il n'y avait pas une identité parfaite entre ces deux coquilles,
l'a dédiée au docteur Grateloup.
2. Lit. de Prévost, Lit. Prevostiana, Desh.
Celte coquille avait été décrite par M. de Baslerot sous le nom
de Phasianella Prevostiana. M. Deshaies la sépara, avec raison,
pour la classer parmi les liltorines. Nous avons trouvé les deux
espèces dans les argiles des deux bassins.
Genre Phasunelle {Phasianella).
\. Phas. sPini-striée, Phas. semi-striata, Desh.
PALÉONTOLOGIE. 409
2. Plias. turbinoïrte, Plias, turbinoïdes, Larnk.
Au premier aspect, ces deux coquilles paraissent identiques,
ou du inoins, on serait tenté de les prendre pour des varioles de
la même espèce. En effet, leur forme et leur taille est la même,
mais la semi-striée diffère de l'autre par ses tours inférieurs,
ornés de stries fines, serrées et transverses, tandis que la Uirbi-
noïde, quoique fossile, conserve quelques vestiges de la colora-
tion, et que les tours de la spire sont convexes et lisses. Nous
avons trouvé ces coquilles au banc de Banyuls.
Genre Turritelle (Turritella).
1. Tur. imbricataire, Tur. imbricataria, Lamk.
2. Tur. térébrale, Tur. (crebralis, Lamk.
5. Tur. subcarinée, Tur. subcarinata, Lamk.
Ces trois espèces, qu'on trouve réunies dans les sables verts
argileux, à Saint-Martin, au banc de. Banyuls, sont difficiles à
avoir entières; il faut les dégager de la terre avec la plus grande
attention, car elles cassent très-facilement, surtout les bords de
la bouche. Il ne faut pas chercher à les dégager d'une manière
complète du sable qui entoure cette partie, si on veut les conserver
intactes. On les trouve aussi à Millas, mais moins abondantes.
4. Tur. perforée, Tur. perforala, Lamk.
o. Tur. carinifère, Tur. car ini fera, Desh.
La Turritelle perforée est grêle, subulée et très-délicate; c'est
par le plus grand des hasards qu'on en trouve un individu complet.
C'est après les pluies d'hiver et pendant les travaux des vignes du
plateau de Millas, que nous trouvons quelque sujet bien conservé.
La Tur. carinifère est d'assez forte taille; sa base est large, ses
tours moins étroits, et leur surface est couverte de stries inégales.
Nous l'avons trouvée dans les terrains des deux bancs.
6. Tur. marginale. Tur. inarqinalis, Brocc.
410 HISTOIRE XATTRELLE.
7. Tur. vermiculée, Tur. vermiculata, Brocc.
8. Tur. a trois plis, Tur. tri-plicata, Brocc.
Nous trouvons ces trois espèces dans les terres du tertre de
Suint-Martin, près le Boulou ; elles y sont en nombre, mais
très-difficiles à conserver.
9. Tur. sub-anguleuse, Tur. subangulata, Brocc.
10. Tur. turbiuale, Tur. turbinalis, Brocc.
Nous avons trouvé ces deux espèces dans les terres des deux
banes; elles offrent beaucoup de variétés, qui sont dues à l'âge :
il y aurait des études à faire pour en séparer les espèces, mais,
pour cela , on devrait pouvoir les prendre entières.
11. Tur. torse, Tur. replicata, Brocc.
12. Tur. à petits plis, Tur. plicalula, Brocc.
15. Tur. lancéolée, Tur. lanceolata, Brocc.
Ces trois espèces sont petites et bien caractérisées; on ne peut
les confondre avec les autres; elles sont fragiles, et il est difficile
de les extraire de leur gangue. Un moyen qui nous a réussi à
avoir des sujets complets, c'est d'arracher de grands morceaux
de marne : on les expose au soleil, en les humectant avec de l'eau
île temps en temps; alors elles se détachent facilement, et en les
couvrant de gomme on les conserve. Nous les avons trouvées dans
les deux bancs; mais elles sont beaucoup plus nombreuses dans
les terres de Saint-Martin, près le Boulou.
14. Tur. en spirale, Tur. spirata, Brocc.
Facile à reconnaître, elle est petite, allongée; ses tours sont
assez larges , lisses et profondément séparés entre eux par une
suture simple: elle est très-délicate et rare. Nous la trouvons
dans les sables verts des deux bancs.
Genre Cérite {Cerithmm.)
I. Cér. goumier, Cer: wdgatum, Rrug.
PALÉONTOI.OGIK. 111
2. Cér. lime, Cer. lima, Brug.
ô. Cér. de la Méditerranée, Cer. Mediterraneum, Desh.
Les ferres argilo-sableuses des deux bancs, nous donnent ces
trois espèces. Le test de la Cér. gonmier est très-fragile et casse
facilement. La Cér. lime se reconnaît facilement aux varices qui
couvrent son test; ses stries sont granuleuses, petites et pointues,
et lui donnent l'aspect d'une lime, et, quoique fossile, il est des
individus qui conservent ces caractères. La Cér. de la Méditer-
ranée varie beaucoup par la forme et par la taille; mais on la
reconnaît aussitôt, car, à l'état fossile, elle a conservé une partie
•le ses couleurs naturelles.
i. Cér. anguleuse, Cer. angulosum, Lamk.
5. Cér. dentelée, Cer. dentimlatum, Lamk.
Nous avons trouvé ces deux espèces dans les terres des deux
bancs. C'est toujours avec précaution qu'on doit chercher à les
retirer de la gangue, car elles cassent facilement.
6. Cér. tiare, Cer. tiara, Lamk.
Cette espèce offre diverses variétés; elle n'est pas très-grande.
Nous l'avons trouvée sur le plateau des vignes de Millas.
T. Cér. aspérelle, Cer. asperellum, Lamk.
Une des plus petites espèces et par conséquent très-fragile,
que nous avons trouvée, mais rarement, clans les terres, prè;
Saint-Martin; banc de Banyuls.
8. Cér. costulée, Cer. coslulatum, Lamk.
9. Cér. grêle, Cer. gracile, Lamk.
Nous avons trouvé ces deux espèces dans les terres des vignes
ih\ premier plateau, à Millas. La Cér. costulée est reconnaissable
aux rugosités de son test. Nous trouvons, parmi les terres des
deux bancs, beaucoup de moules de cérites plus ou moins grandes,
qui nous fourniraient diverses espèces, si nous pouvions les déter-
miner; mais leur état de détérioration ne le permet point.
il 2 HISTOIRE NATURELLE.
Genre Pleurotome (Pleurotoma).
1. Pleur, volutelle, Pleur, vulpecula, Brocc.
2. Pleur, tuberculifère, Pleur, tubercidifera, Sow.
Nous avons trouvé ces deux espèces dans les terres argilo-
sableuses des deux bancs.
5. Pleur, de M. Farines, Pleur. Farinensis, M el de Serres.
M. Marcel de Serres a dédié cette espèce à M. Farines, en fai-
sant observer qu'elle se rapproche de la Pie. dentata de Lamark.
Elle s'en éloigne par sa forme plus allongée, et par le peu de
rendement de son dernier tour; les stries transverses sont très-
élevées et comme granuleuses, tandis qu'elles sont peu marquées
dans la Pie. dentata.
4. Pleur, aspérulé, Pleur, asperulata, Lamk.
5. Pleur, courte queue, Pleur, turbida, Lamk.
6. Pleur, crénulé, Pleur, crenulata, Lamk.
7. Pleur, a petites côtes, Pleur, costellala, Lamk.
Nous avons trouvé ces quatre espèces, disséminées sur les terres
argilo-sableuses des deux bancs, notamment sur les plateaux qui
bordent les rivières et qui sont plantés de vignes, et c'est en les
travaillant qu'on en trouve des sujets assez bien conservés.
8. Pleur, claviculaire, Pleur, clavicularis, Lamk.
9. Pleur, marginé, Pleur, marginata, Lamk.
10. Pleur, onde, Pleur, undata, Lamk.
M. Pleur, silloné, Pleur, sideata, Lamk.
Nous avons trouvé ces quatre "espèces sur les terrains marno-
sableux des ravins qui aboutissent à la Tet et au Tech, entre
Nidolères et Banyuls, et près de Nétîach, dans les mêmes terres.
Lèmargiriata offre plusieurs variétés, dues à la taille de la coquille.
12. Pleur, ventru, Pleur, ventricosa, Lamk.
15. Pleur, rameux. Pleur, raniosa. Rast.
PALÉONTOLOGIE. il'à
Les deux, bancs recèlent ces deux intéressantes espèces; elles
sont très-rares. Nous les trouvons épârses et rarement bien
conservées.
14. Pleur, tourelle, Pleur, lurella, Lamk.
15. Pleur, striarelle, Pleur. striareUa, Lamk.
Ces deux petites espèces sont ordinairement répandues sur les
terres des deux bancs; à Millas, parmi les vignes, et à Banyuls,
dans les éboulis des tertres, près Saint-Martin.
Genre Turbinelle (Turbinella).
L Tur. étroite, Tût. infundibulum, Lamk.
2. Tur. costulée^ Tur. craticulata, Lamk.
3. Tur. trisériale, Tur. triserialis, Lamk.
Nous avons trouvé ces trois espèces dans les marnes argilo-
sableuses des deux bancs. La Tur. triserialis est plus ventrue
que les deux autres.
Genre Cancellaire (Cancellaria).
1. Can. rosette, Can. cancellata, Lamk.; Voluta cancel-
lata, Brocc.
Ventrue, mince, difficile à extraire de sa gangue, bien treillissée
par ses plis longitudinaux et ses stries transverses, on la conserve
en l'enduisant d'une couche de gomme. Nous l'avons trouvée au
banc de Millas.
2. Can. treillissée, Can. clalhrata, Lamk.
3. Can. tourelle, Can. turricula, Lamk.
Nous trouvons ces deux espèces parsemées sur les terres des
deux bancs. La première est ventrue, perforée, les côtes sont
striées longitudinalement; tandis que la seconde est ventrue, les
côtes striées très-finement en travers, et les tubercules sont
rugueux.
414 HISTOIRE NATUKIiLLE.
4. Can. variqueuse, Can. varicosa, Brocc.
0. Can. angulaire, Can. uni-angiilata, Desh.
Ces deux espèces, isolées et parsemées aussi dans les marnes
des deux bancs, sont fort intéressantes. La première est allongée,
les tours de spire sont arrondis et séparés par une suture simple ;
tandis que la seconde ressemble, au premier abord, à une cérite;
elle a une forme très-élégante, élancée, et ses tours de spire for-
tement séparés.
Genre Fasciolaire (Fascicolaria) .
1. Fas. granuleuse, Fas. granulosa, Brod.
2. Fas. cordelée, Fas. funiculosq, Desli.
3. Fas. distante, Fas. distans, Lamk.
Nous trouvons ces trois espèces, parsemées partout où les
sables verts se font remarquer dans le parcours des deux bancs.
La première ressemble, au premier abord, à une tulipe; les pre-
miers tours de la spire sont divisés par des tubercules. La Fas.
distante se rapprocherait de la Fas. tulipe; mais elle se distingue
de cette espèce par ses sutures non marginées, par ses lignes
transverses, toujours distantes, et par sa queue plus courte.
Genre Fuseau (Fusus).
1. Fus. rubané, Fus. syracusanus, Lamk.
On le reconnaît à ses tours de spire très-étagés; ses stries sont
transverses, et sa lèvre interne finement striée. Nous l'avons
trouvé dans les ravins à grands escarpements du banc de Millas,
au dessus de Néfiach.
2. Fus. clavellé, Fus. clavellatus, Lamk.
T>. Fus. subulé, Fus. subulatus, Lamk.
Nous avons trouvé ces deux espèces dans les sables verts des
deux bancs. La première, remarquable par sa longue queue, ses
I Al.KOMOLOOUf.. il.")
cotes obtuses cl uoduleuses; la .seconde, par sa petite taille, fort
élégante et turricnlée.
i. Fus. marginé, Fus. marginatus, Lamk.
5. Fus. massue, Fus. clavatus, Brocc.
La première, remarquable par ses côtes obtuses et médiocre-
ment élevées; la columèle est chargée d'un seul pli. La seconde
est étroite, ses tours très-convexes, sa spire allongée et pointue.
Nous les avons trouvées dans les marnes des deux bancs ; leur
coquille est fort bien conservée.
6. Fus. mitre, Fus. mitrœfurmis, Brocc.
Nous l'avons trouvé au banc de Banyuls, parmi les sables argi-
leux, parfaitement conservé; sa coquille n'a pas été altérée, car
elle conserve sa couleur cannelle et une teinte légèrement rosée.
Genre Pyrule iPyrula).
J. Pyr. ligue, Pyr. ficus, Lamk.
Nous avons trouvé cette espèce dans les sables verts des deux
bancs; mais, si fragile, si délicate, qu'on a toutes les peines pos-
sibles à la conserver; son test se fendille aussitôt qu'elle est dégagée
de sa gangue, et les éclats ne tardent pas à tomber, si on ne la
couvre de suite d'une couche de gomme.
2. Pyr. à gouttière, Pyr. spirata, Lamk.
3. Pyr. lisse, Pyr. lœvigata, Lamk.
La première de ces deux coquilles tiendrait, par sa forme, à la
Pyr. figue; mais elle en diffère essentiellement par sa queue. La
seconde a son ventre plus élevé, moins arrondi, et n'offre point
les stries croisées des figues. Nous avons trouvé ces coquilles
éparses dans les deux bancs.
4. Pyr. à .Trille, Pyr. clathrata, Lamk.
o. Pyr. élégante, Pyr. clegans, Lamk.
6. Pyr. massue. Pyr. clava, Bast.
416 HISTOIRE NATURELLE.
Nous avons trouvé ces trois espèces parsemées dans les deux
bancs; cette dernière est ovale, oblongue; son dernier tour est
grand , couvert de stries longitudinales et transverses qui se croi-
sent. Le test des coquilles de ce genre est très-délicat et détérioré
par le séjour qu'il a fait dans la terre; aussi trouvons-nous beau-
coup de ces coquilles où il ne reste plus que le moule, et alors
il est impossible de les classer.
Genre Ranelle (Ranella).
1. Ran. épineuse, Ran. spinosa, Lamk.
2. Ran. granuleuse, Ran. gramdata, Lamk.
On distingue facilement la Ran. épineuse à ses longues épines,
placées latéralement, tandis que la granuleuse est couverte par une
immensité de granulations; elles sont presque de la même taille.
Nous les avons trouvées dans les deux bancs, aux grands escarpe-
ments des ravins qui aboutissent à la rivière.
3. Ran. grenouillette, Ran. ranima^ Lamk.
Nous trouvons plus particulièrement celte petite et jolie espèce
dans les sables verts du banc de Banyuls.
4. Ran. marginée, Ran. marginala, Rrocc.
Espèce assez grosse, qu'on distingue facilement par son ouver-
ture ovale, régulière, avec une bande large, qui l'entoure. Nous
la trouvons dans les marnes argileuses des deux bancs; nous trou-
vons aussi, répandues dans les deux bancs, plusieurs ranelles,
petites et grosses, détériorées, au point qu'on ne peut leur assi-
gner une place dans la classification.
Genre Rocher {Murex).
1. Roc. cornu, Mur. corniUus, Lin.
C'est au banc de Banyuls que nous trouvons de grands frag-
ments de celte espèce. Nous n'avons pu le trouver entier;
cependant, en rassemblant les fragments, nous avons pu nous
convaincre que c'étaient les restes de cette espèce.
PALÉONTOLOGIE. 417
2. Roc. droite épine, Mur. Brandaris, Lin.
Commun dans les deux bancs, où nous en trouvons de parfai-
tement conservés.
3. Roc. courte épine, Mut. brevi spina, Lamk.
Les deux rangées de tubercules entre les varices, et la couleur
rousse et la bouche que conservent plusieurs individus, nous ont
fait reconnaître facilement cette coquille, qui se trouve sur les
deux bancs.
4. Roc. fine épine, Mur. tenui spina, Lamk.
5. Roc. triptère, Mur. tripleras, Rom.
6. Roc. gibbcus, Mur. gibbosus, Lamk.
Nous trouvons ces trois espèces répandues, çà et là, sur
toute la longueur des deux bancs, parmi une grande quantité
d'autres coquilles très-agglomérées.
7. Roc. fascié, Mur. trunculus, Lin.
8. Roc. érinacé, Mur. erinaceus, Lin.
9. Roc. de Rlainville, Mur. cristatus, Brocc.
Nous trouvons ces trois espèces répandues aussi dans les deux
bancs. Nous en avons trouvé dans les grandes anfractuosités des
ravins, près de Néfiach; elles y sont mieux conservées.
10. Roc. triptéroïde, Mur. tripteroïdes, Lamk.
11. Roc. calcilrapoïde, Mur. calcUrapoïdes, Lamk.
Ces deux espèces, rapportées par nous des deux bancs, sont
répandues sur toute leur surface; mais surtout dans les grandes
anfractuosités des ravins qui aboutissent à la rivière.
12. Roc. striatule, Mur. strialulus, Lamk.
15. Roc. tête de couleuvre, Mur. colubrinus, Lamk.
C'est surtout au banc de Millas que nous trouvons ces deux
espèces; elles sont petites et très-distinctes l'une de l'autre : la
* TOME 1. 27
418 HISTOIRE NATURELLE.
première par le bord droit de son ouverture denté en-dedans ;
la seconde, par son aspect fusiforme, et par la rangée de tuber-
cules qui couvrent le milieu de chaque tour.
14. Roc. réticuleux, Mur. reticulosus, Lamk.
15. Roc. oblong, Mur. oblongus, Brocc.
Nous avons trouvé ces deux espèces au banc de Banyuls. La
première a son test réticulé à côtes longitudinales, avec des stries
transverses.
Genre Triton (Triton).
1. Trit. froncé, Trit. corrugatum, Lamk.
2. Trit. bouche sanguine, Trit. pileare, Lamk.
Nous avons trouvé ces deux espèces dans les escarpements des
ravins qui aboutissent à laTet,en face de Néfiach. On doit prendre
de grandes précautions pour les dégager de la gangue ; elles cassent
facilement.
5. Trit. nodifère, Trit. nodiferum, Lamk.
Cette espèce, qui vit sur les eûtes du département, se trouve
dans les deux bancs, notamment à celui de Millas; elle n'a pas
été altérée par son séjour dans la terre. M. Paul Massot en pos-
sède un individu de toute beauté.
4. Trit. dos noueux, Trit. tuberosum, Lamk.
Nous avons trouvé cette espèce, sur les deux bancs; elle y
est rare.
5. Trit. gaufré, Trit. clathratum, Lamk.
6. Trit. nodulaire, Trit. nodularium, Lamk.
7. Trit. lisse, Trit. lœvigatum, Marcel de Serres.
Trouvées dans les deux bancs, particulièrement dans les an frac*
PALÉONTOLOGIE. 419
tuosités des ravins qui aboutissent a la rivière, à la suite des pluies
et des gelées de l'hiver. Après les écoulements des terrains, on
trouve ces coquilles dans un état parlait de conservation.
Genre Rostellaire (Rostellaria).
1. Rost. pied de pélican, Rost. pes pelicani, Lamk.
Partout, dans les deux bancs, nous avons trouvé cette coquille,
qui casse très-facilement.
Genre Anserine (Chenopus, Philip).
4. Ans. pied de grue, Chcn. pes carbonis, Brog.
Beaucoup plus commune que la précédente dans nos terrains
tertiaires. M. Michaud l'a décrite dans le Bulletin de la Société
Linéenne de Bordeaux, et il l'a séparée des rostellaires, après
avoir observé un grand nombre d'individus qui ont prouvé qu'elle
avait des caractères constants.
Genre Stromre (Strombus).
i. Str. tridenté, Str. tridentatus, Lamk.
2. Str. plissé, Str. plicatus, Lamk.
Nous trouvons ces deux espèces, mais, fort rarement, dans les
deux bancs. Quoique le test de ces coquilles soit épais, elles se
détériorent dès qu'elles sont dégagées de leur gangue ; la gomme,
étendue sur leur surface, empêche qu'elles ne se fendillent.
3. Str. treillissé, Str. decussatus, Bast.
4. Str. orné, Str. ornatiis, Desh.
5. Str. de Bonelli, Str. Bonelli, Brog.
6. Str. muriqué, Str. pugilis, Lin.
Nous avons trouvé ces espèces éparses dans les terrains des
deux bancs, surtout sur les talus des ravins qui débouchent
à la rivière. Elles ne sont pas toujours d'une belle conservation.
4:20 HISTOIRE NATURELLE .
Genre Cassidaire (Cassidaria).
I . Cass. carinée, Cass. carinata, Desh.
Cette cassidaire se trouve assez communément dans les deux
localités; mais elle est dans un état tel, qu'on ne peut guère la
conserver, quelque attention qu'on porte à l'extraire de sa gangue.
Genre Casque (Cassis).
1. Cas. treillissé, Cas. decussata, Lamk.
La varice opposée à son bord droit, le fait aussitôt distinguer.
Nous l'avons trouvé dans les argiles de Saint-Martin, banc de
Banyuls.
2. Cas. Bonnet, Cas. testictdus, Lamk.
Sa forme le fait distinguer des autres espèces du genre. Nous
l'avons trouvé dans les deux bancs; son test a moins souffert, et
il est mieux conservé.
3. Cas. granuleux, Cas. granidosa, Lamk.
4. Cas. saburon, Cas. sabaron, Lamk.
Nous trouvons aussi ces deux espèces dans les deux bancs,
et parsemées sur divers points. Elles sont très-fragiles.
5. Cas. de Rondelet, Cas. Rondeleti, Bast.
Rare au banc de Millas, où nous l'avons trouvé. Son test a
moins souffert que les autres espèces.
Genre Ricinule (Ricinula).
1. Rie. digitée, Rie. digitata, Blain.
Remarquable par sa petite taille et par les deux grandes digi-
tations que son bord droit présente. Nous l'avons trouvée dans
les argiles des environs de Saint-Martin, au banc de Banyuls.
PALÉONTOLOGIE. H\
Genre Pourpre {Purpura).
\. Pour, à teinture, Pur. lapillus, Lamk.
2. Pour, imbriqué, Pur. imbricata, Lamk.
Nous avons trouvé ces deux espèces dans les deux bancs.
Toutes deux offrent plusieurs variétés, qu'on doit attribuer à
leur âge.
3. Pour, rétuse, Pur. retusa, Lamk.
■%'. Pour, anguleuse, Pur. angulala, Duj.
Les deux bancs fournissent ces deux espèces, qui sont bien
distinctes: Y anguleuse, par son ouverture étroite, ovale, et par
les dentelures de son bord droit.
Genre Licorne (Monoceros).
1. Lie. monacanthe, Mon. monacanlhos, Brocc.
Nous avons trouvé cette coquille dans les vignes du premier
plateau du banc de Millas.
Genre Buccin (Buccinuni).
1. Bue. ceinturé, Bue. mutabile, Lin.
2. Bue. polygone, Bue. polygonalum, Larnk.
Nous avons trouvé ces deux espèces dans les sables argileux
des deux bancs.
3. Bue. stromboïde, Bue. stromboïdes, Herm.
i. Bue. arrondi, Bue. conglobatum, Brocc.
Ces deux espèces sont communes dans les terres argileuses
des deux bancs; elles sont ordinairement d'une belle conserva-
vation; leur test solide les a mises à l'abri de la détérioration.
5. Bue. oblique, Bue. obliquatum, Brocc.
6. Bue. interrompu, Bue. interrupfum, Brocc.
7. Bue. quadrillé Bue. claihralum, Born.
422 HISTOIRE NATURELLE.
Nous les avons aussi trouvées dans les sables argileux des deux
bancs. La première de ces espèces a quelque analogie avec le
Bue. ceinturé.
8. Bue. prismatique, Bue. prismalicum, Brocc.
9. Bue. dentelé, Bue. serralum, Brocc.
10. Bue. flexueux, Bue. flexuosum, Brocc.
11. Bue. costulé, Bue. costulalum, Brocc.
Ces quatre espèces, bien distinctes par leurs caractères, se
trouvent parsemées parmi d'autres coquilles agglomérées le
long des deux bancs ; leur test est délicat et d'une conservation
difficile.
12. Bue. mosaïque, Bue. musivum, Brocc.
Nous trouvons ce joli buccin dans les sables verts des environs
de Saint-Martin, au banc de Banyuls.
15. Bue. de Vénus, Bue. Veneris, Bast.
14. Bue. à collier, Bue. baccatum, Bast.
15. Bue. demi-strié, Bue. semi~strialum, Brocc.
Les deux bancs nous fournissent ces trois espèces, qui sont
d'une conservation difficile. Le demi-strié, jolie espèce, est beau-
coup plus rare que les autres.
Genre Vis {Terebra).
1. Vis polie, Ter. dimidiata, Lamk.
% Vis tigrée, Ter. subulata, Lamk.
Nous avons trouvé, dans les deux bancs, ces deux espèces de
vis. A Banyuls, on les trouve vers Saint-Martin, dans les sables
verts. Difficiles à avoir entières; quelques exemplaires conservent
les traces de leurs couleurs primitives. A Millas, c'est dans les
terres des vignes du premier plateau.
4. Vis tressée, Ter. duplicata, Lamk.
PALÉONTOLOGIE. 423
5. Vis striatule, Ter, striatula, Lamk.
Ces deux espèces se trouvent dans le même terrain, à Saint-
Martin, au banc de Banyuls. Très-détériorées.
6. Vis plicatule, Ter. plicatula, Lamk.
Nous avons trouvé cette espèce au banc de Millas. Elle est pe-
tite, assez bien conservée, mais peu abondante.
7. Vis allongée, Ter. elongata, Farines.
: -M. Farines a donné le nom d'elongata à cette espèce; elle esl
réellement effilée, et il n'a pu la rapporter à aucune espèce décrite.
Elle a été trouvée dans les terres des deux bancs ; elle a quelque
rapport avec Yaciculina de Lamk.
Genre Mitre (Mitra).
i. Mit. marginée, Mit. marginata, Lamk.
2. Mit. plicatelle, Mit. plicatella, Lamk.
3. Mit. scobriculée, Mit. scobriculata, Brocc.
4. Mit. slriatule, Mit. striatula, Brocc.
Nous avons trouvé ces quatre espèces de mitres dans les terres
argilo-sableuses des deux bancs. Les deux premières sont petites
et bien conservées; les deux autres ont de grands rapports entre
elles, et on les confondrait facilement, si la striatule ne se faisait
remarquer par sa petite taille, par sa forme allongée, fusiforme,
très-étroite, et par les quatre plis de sa columelle, qui sont peu
obliques.
5. Mit. plicatule, Mit. plicatula, Brocc.
Nous trouvons cette intéressante espèce au banc de Banyuls.
On la reconnaît aussitôt aux côtes longitudinales, régulièrement
disposées à la surface des tours.
fi. Mit. sub-plissée. Mit. sub-plicata, Desh.
424 HISTOIRE NATURELLE.
Dans les vignes du premier plateau, au banc de Millas, nous
avons trouvé celte belle espèce, qui est bien conservée lorsqu'on
peut l'avoir aussitôt qu'elle est sortie de la gangue; mais les
individus qui ont supporté l'ardeur du soleil, se réduisent en
poussière dès qu'on les touche.
Genre Volute (Volula).
1. Vol. côtes douces, Vol. costaria, Lamk.
2. Vol. petite harpe, Vol. harpala, Lamk.
Ces deux volutes, qu'on conserve difficilement, nous les avons
trouvées dans les sables argileux verts des deux bancs.
3. Vol. ficuline, Vol. ficulina, Lamk.
4. Vol. rare épine, Vol. rari spina, Lamk.
Nous avons trouvé ces deux espèces dans les terres du bassin
de Banyuls, et particulièrement dans les environs du moulin de
Nidolères. On reconnaît la rari spina à sa forme ovoïde et aux
épines distantes qui couvrent son dernier tour.
5. Vol. bourrelet, Vol. varicidosa, Lamk.
6. Vol. ventrue, Vol. ventricosa, Defrance.
Ces deux petites volutes, dont la première est remarquable par
le bourrelet extérieur de son bord droit, cl la seconde par les
côtes très-saillantes de la partie supérieure, se trouvent dans
les vignes du plateau du bassin de Millas.
Genre Marginelle (Marginella).
i. Marg. clandestine, Marg. clandestina, Brocc.
2. Marg. cypréole, Marg. lœvis, Desh.
Nous trouvons ces deux espèces de marginelles disséminées
dans les terres argileuses vertes des deux bancs. On a de la peine
à les conserver; leur lest est. très-fragile.
PALÉONTOLOGIE. 425
Genre Ovule (Ovula).
1. Ovul. Birostre, Ovtil. Birostris, Lamk.
Nous avons trouvé celle petite coquille dans les sables argileux
des environs de Saint-Martin, au banc de Banyuls; elle est très-
délicate, et se conserve difficilement.
Genre Porcelaine (Cyprœa).
1. Porc, léporine, Cyp. leporina, Lamk.
2. Porc, pirule, Cyp. pirala, Lamk.
Ces deux espèces sont de Banyuls; nous les avons trouvées
dans les sables argileux verts, dans les anfractuosités des ravins
qui viennent aboutir au Tech, rive droite.
3. Porc, flavicule, Cyp. flavicala, Lamk.
4. Porc, pou de mer, Cyp. pediculus, Lin.
Nous trouvons ces deux intéressantes espèces dans les marnes
argileuses des deux bancs.
5. Porc, de Brocchi, Cyp. Brocchi, Desh.
On avait confondu cette espèce avec une vivant dans l'Océan
indien, et que Linné avait nommée Cyp. annulus; Brocchi la
désigne ainsi dans son savant traité des coquilles fossiles sub-
apennines. M. Deshaies, après s'être assuré de la différence qui
existe entre ces deux coquilles, l'a dédiée à M. Brocchi, qui
l'avait figurée le premier.
6. Porc, coccinelle, Cyp. coccinella, Lamk.
Nous l'avons trouvée communément dans les sables argileux
des deux bancs. On voit encore des individus qui ont conservé
une partie des taches de leur test.
7. Porc, allongée, Cyp. elongata, Brocc.
Nous avons trouvé celte espèce au banc de Millas, bien con-
servée et avec tous les caractères qui la distinguent.
426 HISTOIRE NATURELLE.
Genre Ancillaire (Ancillaria).
■
i. Ane. glandiforme, Ane. glandiformis, Lamk.
Celte espèce est oblongue, ventrue, un peu calleuse en dessous,
presque glandiforme. Nous l'avons trouvée dans les vignes du
premier plateau du banc de Millas. Quand on pioche sur un
franc-bord de ces vignes, on se la procure dans un état parfait
de conservation.
2. Ane. olivule, Ane. olivula, Lamk.
5. Ane. obsolète, Ane. obsoleta, Brocc.
Nous trouvons la première de ces deux espèces, plus ou
moins bien conservée, parmi d'autres coquilles répandues sur
les deux bancs. La seconde, qui a de très-grands rapports avec la
glandiformis, et avec laquelle on la confondrait si on n'apportait
toute l'attention possible à son examen , se trouve aussi sur les
deux bancs.
Genre Olive (Oliva).
1. Oli. plicaire, Oli. plicaria, Lamk.
2. Oli. chevillelte, OU. clava, Lamk.
3. Oli. nitidule, OU. nitidula, Desh.
Le genre olive est fort restreint en espèces sur nos terrains
tertiaires; jusqu'ici, ces trois sujets sont les seuls du genre que
nous ayons trouvé dans les deux bancs. La clava est la plus petite
des trois.
Genre Cône (Conm).
1. Cône turriculé, Con. turritus, Lamk.
2. Cône pesant, Con. ponderosus, Broec.
Nous avons trouvé ces deux cônes, bien différents l'un de
l'autre par leur taille, sur les terres des deux bancs, et répandus
PALÉONTOLOGIE. 427
sur toute leur surface. Le second, épais et très-lourd, est géné-
ralement bien conservé.
3. Cône Noé, Con. Noë, Brocc.
Celle espèce se fait remarquer par une spire allongée; l'ouver-
ture est étroite, le bord droit mince se détache de l'avant-dernier
tour par une échancrure étroite et profonde. Nous l'avons trouvée
au banc de Millas.
4. Cône méditerranéen, Con. medilerraneus, Brug.
5. Cône pélagien, Con. pelagicus, Brocc.
Il serait bien possible que ces deux espèces ne fussent que
deux variétés : elles ont une ressemblance parfaite, et à l'état
fossile on trouve encore, chez quelques individus, une partie de
leur coloration; seulement, le pélagien est un peu plus trapu.
Nous les avons trouvées dans les deux bancs.
6. Cône pyrule, Con. pyrula, Brocc.
7. Cône vierge, Con. virginalis, Brocc.
Nous les avons rapportés des deux bancs et trouvés dans les
sables verts. Dans le Cône pyrule, l'échancrure supérieure du
bord droit est étroite cl assez profonde.
Polypiers A réseau.
Genre Rétépore (Relepora).
1. Ret. dentelle de mer, Ret. celulosa, Lam.
Dans les marnes des deux bancs: quelquefois sur des huîtres
et d'autres corps; très-souvent isolées, parmi les sables, sur
toute l'étendue des deux localités.
Genre Alvéolite (Alvéolites).
1. Alv. madréporacée, Alv. madreporacea, Blain.
Nous avons trouvé cette espèce dans les sables marneux des
environs de Néfiach, au bas des grands escarpements.
428 HISTOIRE NATURELLE.
Polypiers lamcllifères.
Genre Turbinolie (Turbinolia).
i. Tur. aplatie, Tur. complanata, Blain.
2. Tur. en coin, Tur. cuneata, Blain.
Nous trouvons ces deux espèces vers les escarpements des
ravins, en montant à Caladroy, au midi de la montage de Força-
Real.
Genre Cyatiiophylle (Cyathophyllum).
1. Cyath. plissé, Cyath. plicatum, Gas.
Nous l'avons trouvé au banc de Millas. M. Paul Massot en
possède un bel échantillon , trouvé au banc de Banyuls. M. Fa-
rines aussi, avec une espèce inédite.
■tarifaires eciiinides.
Genre Scutelle (Scutella).
i. Scut. fibulaire, Seul, /ibularis, Deslon.
2. Scut. striatule, Scut. strialula, Marcel de Serres.
Nous trouvons la première espèce dans les marnes du banc de
Banyuls, et la seconde dans les sables verts, au bas des grands
escarpements des ravines des abords de Néfiach.
Genre Clypéastre (Clypeaster).
1. Clyp. élevé, Clyp. allus, Gmel.
2. Clyp. scutelle, Clyp. scutellatus, Marcel de Serres.
Ces deux espèces se trouvent dans les tertres des vignes du
premier plateau, au banc de Millas.
Genre Galérite (Galerites).
1. Gai. demi-globe, Gai. semi-globus, Deslon.
2. Gai. excentrique, Gai. excentricus, Deslon.
PALEONTOLOGIE'. 429
Ces deux galérites ont été trouvées dans les sables marneux
des environs du moulin de Nidolères, et aussi au-dessus de
Saint-Martin, vers le Boulou, au banc de Banyuls.
Genre Spatangue (Spatctrigus).
1. Spat. cœur de mer, Spat. purpureus, Deslon.
2. Spat. écrasé, Spat. relusus, Deslon.
Nous trouvons ces deux espèces dans divers endroits des deux
bancs. C'est en fouillant les sables marneux qu'on les découvre;
mais, le plus souvent, ce ne sont que les moules intérieurs,
recouverts de la pellicule blanche, comme nacrée, du test.
Genre Oursin (Echinas).
\. Our. comestible, Ech. esculentus, Lin.
Cet oursin est assez commun dans les deux bancs, parmi les
sables .verts, et quoique sa coque soit assez fragile, nous en
trouvons, cependant, de très-bien conservés.
Genre Cidarite (Cidarites).
i. Cid. porc-épic, Cid. hyslrix, Deslon.
2. Cid. à bâtons rudes, Cid. bacidosa, Deslon.
Nous trouvons ces deux espèces dans les marnes des deux
bancs, souvent sans les baguettes; le test se brise aussitôt qu'il
est dégagé. Ces cidarites sont d'une conservation très-diflicile;
quelquefois nous les trouvons avec les baguettes, mais celles-ci ne
tiennent pas à la coquille. Dans la bacidosa, le collet de ses grandes
baguettes n'est point sillonné, et il conserve encore quelques taches
pourpresà sa base, ce qui la fait aussitôtdistinguer de l'autre espèce.
3 me Onoiii'.— 4iieli<les sédentaires.
Genre Dentale (Dentalium).
I. Dent, éléphantine, Dent, elephantinum, Menard.
"2. Dent, sillonnée. Dent, sulcatum, Lamk.
430 HISTOIRE NATURELLE.
3. Dent, sexangulaire, Dent, sexangulare, Lamk.
4. Dent, striée, Dent, slriatum, Menard.
5. Dent, à petites côtes, Dent, dentale, Lin.
6. Dent, lisse, Dent, cntale, Lin.
Toutes les espèces désignées se trouvent répandues sur les
terrains des deux bancs; il est difficile de les avoir entières, leurs
tubes cassant très-facilement. Lorsqu'un éboulement a lieu à la
suite des pluies, on trouve des individus parfaitement conservés.
Genre Serpule {Serpula).
i. Ser. étendue, Ser. protensa, Lamk.
2. Ser. quadrangulaire, Ser. quadrangularis, Lamk.
3. Ser. hérissée, Ser. echinata, Lamk.
La plupart des espèces de ce genre, qu'il est difficile de déter-
miner à l'état fossile, se trouvent fixées sur des écailles d'huîtres,
sur des valves de coquilles isolées, et sur bien d'autres corps
marins : quelquefois on en trouve d'isolées; probablement elles
ont été détachées des corps où elles tenaient. Elles sont répan-
dues sur toute la superficie des deux bancs.
Cirrlifpèdes «ensiles.
Genre Balane (Balanus).
1. Bal. anguleuse, Bal. angulosus, Brug.
2. Bal. tulipe, Bal. tintinnambulum, Lin.
3. Bal. patellaire, Bal. palellaris, Lamk.
4. Bal. crépue, Bal. crispatus, Brug.
5. Bal. chétive, Bal. miser, Lamk.
Les balanes sont aussi des animaux qui se fixent sur tous les
corps où elles peuvent s'accrocher, les coquilles, les huîtres, les
bois; les carènes des bâtiments en sont couvertes, et souvent
elles y produisent des dégâts considérables. Nous les avons aussi
trouvées répandues sur tous le« points des deux bancs.
PALÉU.MOLOGIt. 431
DÉPÔT ACCIDENTEL.
Lorsqu'on creusa le nouveau bassin du port militaire
de Port-Vendres , on découvrit, à une certaine profon-
deur, une masse considérable de corps organisés, répan-
dus sans ordre dans des terres qui paraissaient avoir
été charriées et déposées en ce lieu. Un grand nombre de
ces coquilles étaient brisées; elles avaient perdu presque
toutes leurs couleurs; d'autres étaient dans leur état
parfait de conservation. Les terres qui les contenaient se
composaient de marnes plus ou moins sableuses, d'une
couleur noire, et de sable plus ou moins pulvérulent.
Ce dépôt avait peu d'étendue, et les terrains qui le compo-
saient n'offraient pas cet ordre dans les alternances qu'on
observe dans les dépôts coquilliers des autres bancs du
département. — Sur un point on observait des marnes
boueuses; à quelques mètres plus loin, elles étaient rem-
placées par des marnes sableuses, du sable mêlé à du
gravier, dont les fragments étaient plus ou moins gros.
La disposition de ce dépôt, sa composition, la place
qu'il occupait, et les coquilles marines dont il était com-
posé, tout nous porte à croire qu'il avait été formé
lorsqu'on creusa le premier bassin de ce port, qui ne
remonte pas bien loin avant 1780, et que ces terres
n'étaient autre chose que les déblais retirés des bords
de la mer en creusant le premier bassin.
Ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est que
toutes les coquilles qui ont été trouvées dans ce dépôt,
sont identiques avec les espèces communes qui vivent et
qu'on trouve tous les jours sur la côte de Port-Vendres.
Toutes ces circonstances prouvent qu'on ne peut pas
432 HISTOIRE NATURELLE.
regarder ce dépôt coquillier comme appartenant à une
époque géologique, mais à des temps historiques qui ne
remontent pas bien loin de nous. Au reste, la liste des
coquilles que nous y avons recueillies prouvera, jusqu'à
l'évidence, la vérité de ce que nous avançons.
LISTE DES COQUILLES MARINES RECUEILLIES EN CREUSANT
LE BASSIN DU PORT MILITAIRE DE PORT-VENDRES
Bivalve».
Genre Tared (Taredo).
1. Tar. commun, Tar. navalis, Lin.
Genre Solen {Solen).
1. Sol. gousse, Sol. legumen, Lin.
Genre Solécurte (Solecurlus, Blain.)
1. Sol. rose, Sol. slrigillatus, Lin.
2. Sol. rétréci, Sol. coarclalus, Gmel.
Genre Lutraire (Lutraria).
1. Lut. comprimée, Lui compressa, Lamk.
2. Lut. elliptique, Lut. elliptica, Lamk.
Genre Mactre (Maclra)
1. Mac. fauve, Mac. helvacea, Chm.
2. Mac. lisor, Mac. slullorum, Lin.
Genre Pétricole (Petricola).
1. Pet. lamelleuse, Pel. lamellosa, Lamk.
2. Pet. ochroleuque, Pel. ochroleuca, Lamk.
PALÉONTOLOGIE. 433
Genre Telline (Tellina).
1. Tel. aplatie, Tel. planata, Lin.
2. Tel. palescente, Tel. depressa, Gmel.
5. Tel. donacine, Tel. donacina, Lin.
Genre Lucine (Lucina).
1. Luc. lactée, Luc. lactea, ^L^mk.
Genre Cythérée (Cytlierea).
1. Cyt. fauve, Cyt. chimie, Larnk.
2. Cyt. lustrée, Cyt. lincta, Lamk.
Genre Vénus {Venus).
i. Vén. croisée, Ven. decussata, Lin.
2. Vén. à fines stries, Ven. pidlastra, Monta.
0. Vén. à verrues, Ven. verrncosa, Lin.
. Genre Bucarde (Cardium).
1. Bue. tubercule, Car. tubercidalum, Lin.
2. Bue. pectine, Car. pectinalum, Lamk.
5. Bue. sourdon, Car. edule, Lin.
4. Bue. sillonné, Car. sidcatum, Lamk.
Genre Arche (Arca).
i. Ar. tétragone, Ar. tetragona, Poli.
Genre Pétoncle (Pecimicidus).
1. Pét. flamulé, Pect. pilosus, Lin.
2. Pét. violatré, Pect. violacescens, Lamk.
Genre Pinne (Pinna).
1. Pin. hérissée, Pm. nobilis, Lin.
lumi: i,
'JS
434 HISTOIRE NATURELLE.
Genre Nucule (Nucula).
4 . Nue. sillonnée, Nue. pclla, Lamk.
2. Nue. échancrée, Nue. emarginata, Lamk.
Genre Moule (Mytilus).
4. Moul. de Provence, Myt. Gallo-provincialis, Lamk.
2. Moul. comestible, Myt. edulis, Lin.
Genre Peigne (Pecteri).
4. Peig. de Saint-Jacques, Pect. Jacobeus, Lamk,
2. Peig. glabre, Pect. glaber, Chmn.
Genre Huître (Ostrea).
4. Huit, comestible, Ost. edulis, Lin.
2. Huit, pied de cheval, Ost. hippopus, Lamk.
Mollusques unlvalves».
Genre Patelle (Patella).
4. Pat. commune, Pat. vulgata, Desh.
2. Pat. pectinée, Pat. pectinata, Lin.
Genre Rissoa (Rissoa).
4. Ris. crénelée, Ris. crenulata, Mich.
2. Ris. oblongue, Ris. oblonga, Desm.
3. Ris. ventrue, Ris. ventricosa, Desm.
4. Ris. lactée, Ris. laclea, Mich.
Genre Natice (Natica).
4. Nat. marbrée, Nat. macidata, Desh.
2. Nat. de Valenciennes, Nat. Valenciennesis, Payk.
PALÉONTOLOGIE. 435
Genre Scalaire (Scalaria).
1. Seal, commune, Seal, communis, Lamk.
Genre Troque (Trochus).
i. Troq. brunâtre, Troc, corallinus, Grael.
2. Troq. strié, Troc, strialus, Lin.
3. Troq. marginé, Troc, ziziphus, Lin.
Genre Monodonte (Monodonta).
1. Mon. marquetée, Mon. tessellata, Desh.
Genre Turbo (Turbo).
t. Tur. scabre, Tur. rugosus, Lamk.
Genre Cérite (Cerithium.)
1. Cér. goumier, Cer. vulgatum, Brug.
2. Cér. de la Méditerranée, Cer. Mediterraneum , Desh.
Genre Rocher (Murex).
i. Roc. droite épine, Mur. Brandaris, Lin.
2. Roc. fascié, Mur. trunculus, Lin.
Genre Rostellaire (Rostellaria).
1. Rost. pied de pélican, Rost. pes pelicani, Lamk.
Genre Buccin (Buccinum).
1. Bue. réticulé, Bue. reticulatum, Lin.
2. Bue. truite, Bue. maculosum, Lamk.
3. Bue. ceinturé, Bue. mutabile, Lin.
•i. Bue. varié, Bue. lœvigatum, Lin.
43G HISTOIRE NATURELLE.
Genre Colombelle (Columbella).
1. Col. étoilée, Col. rustica, Lamk.
Genre Volvaire {Volvaria).
i. Vol. graine de mil, Vol. miliacea, Lamk.
Genre Cône (Conus).
i. Cône méditerranéen, Con. mediterraneus, Brug.
Radfaires écliinodernies.
Genre Oursin (Echinus).
i. Our. comestible, Ech. esculentus, Lin. »
Anélides sédentaires.
Genre Dentale (Dentalnim).
i. Dent, lisse, Dent, entale, Lin.
Serpulées.
Genre Spirorbe (Spirorbis).
i. Spir. nautiloïde, Spir. nautiloïdes, Lin.
Genre Serpule (Serpula).
i. Serp. boyau de mer, Serp. contortuplicata, Lin.
2. Serp. filograne, Serp. filograna, Lin.
Genre Ditrupe (Ditrupa).
i. Dit. snbulé, Dit. subulata, Berk.
FIN DU PREMIER VOLUME.
EXPLICATION DE LA PLANCHE.
Fif}. I . — Radius droit d'un hippopotame fossile trouvé au banc
coquillier de Néfiach, sur la rive gauche de la Tel.
«, 6, longueur de l'os, mesurant rn ,65.
c, «f , tète de l'os, sa circonférence m ,65.
e, f, ligne qui désigne la section de l'os au tiers
inférieur.
g, /«, articulation métacarpienne ou inférieure ayant
une circonférence de m ,54.
Fig. 2. — Humérus droit d'un mastodonte fossile trouvé aux
briqueteries de M. Blandinières, près Perpignan.
a, 6, longueur de l'os, l m ,00.
e, a , partie supérieure de l'os où manque une por-
tion de la tête; sa circonférence est de m ,75.
e, /*, partie moyenne de l'os, qui a été cassé, où
manquent quelques petits fragments; sa circonfé-
rence est de m ,50.
g, /*, ligne qui désigne que l'os a été brisé en cet
endroit.
t, j, partie inférieure de l'os, ou articulation radio
cubitale.
Fig. 3. — Défense d'un mastodonte fossile, trouvée aux brique-
teries de M. Blandinières, près Perpignan.
«, 6, longueur totale, mesurant 2 m ,G8.
1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, lignes qui désignent
les diverses cassures.
Fig. 4. — Tête humaine, trouvée dans une caverne à ossements du
bassin de Saint-Paul-de-Fenouillet, mêlée à divers
ossements d'animaux. Cette caverne est située sur
la continuation de la chaîne de Saint-Antoine vers
Caudiès, à une petite distance de la brèche que
traverse l'Aglv.
Fifj. 5.— Mâchoire inférieure humaine, côté droit, avec les trois
dernières molaires, trouvée dans la même caverne.
ERRATUM.
Page 34, ligne 23, lisez: Aromia ambrosiaca, Stev.
TABLE
DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME.
Pages
Préface vu
Liste des altitudes xxv
Liste des abréviations des auteurs cités dans ce volume xxx
PREMIÈRE PARTIE.
Description des vallées I
CHAPITRE I.
Notions préliminaires 1
Vallée de la Tet 2
Canet et ses enviions '♦
Perpignan et Chàtcau-Roussillon 5
Bàixas et ses environs <S
aillas et Força-Real 40
Coquilles fossiles de Néfiach et Millas 4 3
Boules et sa vallée 4 *»
111e et Régleille 4fi
Motzanes et Rigarda 18
Vallon de Vinci 48
Vallée de Nentilla 19
Vallon de Prades 20
Vallée de Taurinya 21
Vallée de Fillols 22
Vallée de Molitg, Mosset et Col de Jau 25
440 TABLE DES MATIÈRES.
l'agcs.
Vallée et Gourgs de Nohèdes, Conat et Urbauya 27
Ria 51
Trencada d'Ambulla 51
Villefrancbe 52
Caverne de Villefranche ou Cova Bastèra 55
Vallée de Vernet 54
Vernet-les-Bains 56
Canigou et ses vallées 57
Divers points par où l'on peut monter au Canigou 58
Castell (village) 59
Pic du Canigou 40
Monastère de Saint-Martiu-du-Canigou 4 I
Jasse d'en Barnet 44
Font de la Conque 44
Jasse de Cady 45
Etangs ou Clots de Cady ou Estanyols 46
Pas de Cady 47
Collet Vert - 47
La Llapoudère 47
Cap de la Roquette 48
Pla Guillem 48
Le Randé 50
Vallée de Fulbà 51
Serdinya et ses environs 35
Font de Comps 54
Flassa 54
Vallée d'Evol , 57
Roc de l'Ours 58
Col de Portus 58
Plateau de la Jasse d'Evol 59
(Mette' et ses environs (i I
Graus d'Olette 62
Vallée de Nyer , 62
Col de la Madone 62
Gan a veilles et mines de cuivre 64
Eaus thermales des Graus d'Olette 65
TABLE DES MATIÈRES. t H
Pages.
Vallée do Carença et Tbuès 66
Lacs de Carença 68
Vallée de Saint-Thomas et de Prats-de-Balaguer 1\
Sautd 74
Correg de la Castanyeta 7i
La Cassagne 75
Mont-Louis 75
Ermitage de Font-Romeu 76
Sources de la Tet 76
Puig Carlite 76
Puig Prigué 76
Coma de la Tet 78
Marais de la Graude-Bouillouse 70
Etangs de Carlite 7!)
Pla et Jasse de Bonas-Horas SO
Petite-Bouillouse 82
Mal-Pas 82
Riverai de Carlite 82
Etang de Paradeilles 82
Bac de Bolquère . . 83
Pla dels Abellans 85
Pla de Barrés 86
Plateau de Mont-Louis et villages qui l'environnent 86
Montagne de Cambres-d'Aze 80
CHAP. II.
Vallée du Ségre ; généralités 01
Chevaux de la Cerdagnc f)2
Marte et ses caractères distinclifs 92
Sources thermales de la Cerdague 9!>
Lignites d'Estavar <)."
Source intermittente de Cayella 95
Col de la Perche 94
Vallée d'Eyne 9 j
Pla de la Beguda <J6
Col de .\uria 96
442 TABLE DES MATIÈRES.
Pages.
Notre-Dame de Nuria 97
Vallée de Llo 101
Vallée de Carol «08
CHAP. III.
Vallée de l'Aude ou Capcir 1 15
Source de l'Aude 1 1 4
Forél de la Mata 116
Formiguères 116
Vallée de Galba 117
Montagne de Madrés 118
Col de Creu H 9
CHAP. IV.
Vallée du Tech ou Vallespir ; généralités 1 20
Coma du Tech et de Costa-Bona 1 23
.Tasse d'en Peyrcfeu ou la Soulanelte 1 24
Vallée de La Preste et aux thermales 125
Grotte d'en Brixot 127
Vallée de Prats-de-Mollô 129
Roca Gallinera 131
Tour de Mir 1 31
Notre-Dame du Coral 132
Baus de l' Aze 1 53
Marbre vert antique 133
Hameau du Tech 1 55
Vallée de Serrallongue et de La Manère 434
Vallée de Saint-Laurent-de-Cerdans \ 55
Costujes et ses environs \ 58
Ermitage de Saul-Aniol 440
Vallée de Montferrer 442
Cortsavi 142
Crevasse de la Fo 4 42
Mines de Batère 4 43
Vallée d'Arles-sur-Tech 144
Vallée d'Amélie-les-Bains et sources thermales 147
TABLK DES MATIKRES. 44."!
Pages
Vallée de Ceret 4 50
Pont sur le Tech à Céret 1 50
Montagne do Cérct 4 5 (
Vallée du Perthus \ 54
Bellegarde \ 54
Vallée du Boulou et les Albères 455
Saint-Martin-de-Fonollar et eaux acidulés alcalino- ferrugineuses. . . 153
Chaîne des Albères et ses divers pics 457
Vallée d'Argelès-sur-Mer et de La Vall 159
Collioure et Notre-Dame de Consolation 162
Port-Vendres 1 65
Banyuls-sur-Mer 165
Cap Cerbère \ 65
CHAP. V.
Vallée du Héart ou des Àspres 1 69
Oins et ses environs 1 70
Calmelles 474
Sources de la Cantarana 171
Mas Coste 1 77
Montoriol 175
L'arbousier et le vauèse jasius 175
Mas-Deu et ses environs 1 75
Passa et Monestir-del-Camp 175
Vallée de la Cantarana 176
Agaves ou Alzabare 177
Trullas 178
Bages 178
Saint-Nazairc 178
CHAP. VI.
Vallée de l'Agly: généralités , 481
Source de l'Agly 4 85
Salses 486
Borne du ternie boréal 1 86
Sources salines 1 86
1
144 TABLE DES MATIÈRES.
Pages.
Font Estramcr 186
Font Dame J 87
Phragmites gigantea 1 88
Etang de Salses J 89
Opol 102
Tautavel i 92
Tour de Tautavel \ 39
Ermitage de Notre-Dame-de-Pena 197
Estagcl 1 99
Maury 200
Château de Quéribus 201
Vallée de Saint-Paul-de-FenouilIet 202
Pont et sources de la Fou 202
Ermitage de Saint-Antoine-de-Galamus 203
Vallée de Caudiès 207
La Boulzane 207
Col Saint-Louis 207
Foret des Fanges . 210
La Pradelle 213
Puylaurens 213
Salvesimes 213
Gincla 213
Montfort 214
Foret de Salvanère 214
Habonillet 218
Foret de Boucheville 217
Revers méridional de la chaîne de FEsquerde 218
Avguebonue 218
Saint- Martin (village) 218
Saint-Arnac 219
Ansignan 220
Pont aqueduc 220
Caramany 221
Cassagnes 221
Couchons 221
Vallée de Latour 222
TARLE DE? MATIÈRE?. 44f)
CHAP. VII.
Pages.
Vallée du Llaurenli et île Sainte-Lucie 22 4
Llaurenti 224
Montagne du Llaurenti 220
Etang de Quérigut 22li
Jasse de la Bentaillole 22S
Etang du Llaurenti 229
Roc-Blanc 220
Fontaine glacée 223
Gorge du Saillent 229
Vallée de Mijanés 230
lie Sainte-Lucie 23."
DEUXIÈME PARTIE.
Règne minéral ; généralités 23.')
CHAP. I.
Géologie , 240
Soulèvement des Pyrénées 241
Epoque du soulèvement du Canigou 242
Terrain primitif 2 42
Granité 242
Décomposition du granité 240
Pierres branlantes 240
Terre à porcelaine 240
Minéraux et métaux que contient le granité 247
Sources thermales des terrains primitifs 248
Usage du granité dans l'industrie 249
Terrain de transition ou sédiments anciens 250
Schistes micacés 252
Grauwacke 254
Macles 255
Grenats 255
Graphite 250
Usage des roches schisteuses dans l'industrie 250
Dalles 257
-446 TABLE DES MATIÈRES.
Pages,
Ardoises 257
Pierres à aiguiser 257
Plombagine 258
Roches calcaires métamorphiques 259
Marbres de Villefranche 260
Grottes des calcaires de transition 2G5
Cavernes du département des Pyrénées-Orientales 264
Grotte de Fulhà 264
Grotte de Sirach 266
Grotte de Corbère 267
Terrain dévonien ou vieux grès rouge 27 f
Grès rouge 274
Emploi du grès rouge dans les constructions de l'époque romane.. . 274
Terrain houiller 274
Terrain secondaire 275
Trias ou groupe du nouveau grès rouge 276
Terrain jurassique 277
Terrain crétacé 277
Les Corbières 278
Terrains tertiaires 278
Liguites d'Estavar 279
Lignites de Serdinya 282
Gypses et ophites 285
Ophite 286
Formation des gypses 288
Sel gemme et sources salées 289
Age de Pophite 289
Bouleversements des Pyrénées par Pophite 290
Terrain tertiaire supérieur 290
Dépôts coquilliers 294
Terrain quaternaire 295
Terrain moderne 296
Appendice 299
Notice sur les Pyrénées de l'arrondissement de Céret, par M. Noguès. 299
Albères 300
Montagnes de Céret, d'Arles, de La Manère, etc 304
iABLE DES MATIÈRES. 44"
CHAP. II.
l'âge*
Minéralogie 507
Gîtes métallifères signalés par Carrère 508
Mines de fer 508
Mines de plomb 508
Mine de bismuth 509
Mine de cuivre 509
Mine de cuivre et argent 510
Mine d'argent 511
Minières et pvrites cubiques 511
Mine d'alun 541
Gites métallifères signalés par M. Morer 512
Mines d'argent 512
Sables aurifères 515
Mines de cuivre et étain , cuivre et or 514
Etain et plomb, cuivre et or 514
Mine d'or , 51 4
Mines de cuivre . . 51 5
Miues d'or et d'argent 51 G
Mines de fer du Canigou. 518
Disposition générale des mines de fer 519
Mines de Batère 521
Mine de la Droguère 521
Mine de Rocas-Negras 522
Mine de la Pinouse 525
Mine de Balailg 52 -'»
Exploitations actuelles des mines de Batère (premier groupe) 525
Idem (deux ième groupe) 526
Chaux carbouatée ou pierre calcaire 527
Chaux 527
Marbres 528
Marbres primitifs 528
Marbres de transition 529
Marbres se- oudaires 529
Classification des marbres d'après M. Héricart de Thury 331
U8 table des matières.
Pages.
Catalogue des marbres du Roussillou 331
Catalogne des minéraux recueillis dans le département 338
Aérolithe (pierre tombée du ciel à Notre-Dame-du-Coral) 35^
CHAP. III.
Paléontologie 336
Catalogue des coquilles fossiles des terrains crétacés d'Opol 373
Idem des terrains de craie de Costujes 578
Catalogue des coquilles fossiles des terrains tertiaires marins des
vallées du Tech et de la Tet 378
Dépôt accidentel du bassin de Port-Vendres 451
Catalogue des coquilles marines recueillies parmi les terres du dépôt
accidentel de Port-Vendres 432
Implication de la planche 457
Krratum 458
UN DE LA TABLE DES MATIERES.
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