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BIBLIOTHQUE
LATINE-FRANAISE
PUBLIE
PAR
C. L. F. PANCKOUCKE.
Exegi monumentum re perennius.
(Mo'. Od. Jib. m, ode 3c>.;
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PARIS IMPRIMERIE PANCKOCCKE,
Rue des Puilerins, 14.
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HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE
TRADUCTION NOUVELLE
PAR M. AJASSON DE GRANDSAGNE
PAR MM. BEUDANT, BRONGNIART, G. CUVIER,
DAUNOU, MERIC DAVID, DESCURET, DO, E. DOLO , DUSOATE ,
FE, L. FOUCH, FOURIER, GUIBOURT, LOI JOHANNEAU,
LACROIX, LAFOSSE, LEMERCIER, LETRONNE, LOUIS LISKENNE,
L. MARCUS, MONGS,
C. L. F. PANCK.OUCK.E , VALENTIN PARISOT ,
QUATREMRE DEQUINCY, P. ROBERT, ROBIQUET,
H. THIBAUD, THUROT, VALENCIENNES , HIPP. VERGNE.
TOME HUITIEME.
PARIS
C. L. F. PANCKOUCKE
MEMBRE DE I.'ORDRK ROTAI. DE LA LEGION d'hoNNEIIK
DITEUR, RUE DES POITEVINS, N l4
M DCCC XXX.
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HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE.
LIVRE ONZIEME.
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C. PLINII SECUNDI
HISTORIARUM MUNDI
LIBER XI.
INSECTORUM ANIMALIUM GENERA.
Subtilitas in liis rbus naturae.
I. i. IYjLulta. hc et multigenera, terrestrium volu-
crumque vita. Alia pennata, utapes : alia utroque modo,
ut formicae: aliqua et pennis et pedibus carentia; et jure
omnia insecta appellata ab incisuris, quae nunc cervicum
loco , nunc pectorum atque alvi, praecincta sparant
membra , tenui modo fistula cohrentia. Aliquibus vero
non tota incisura, eam ambiente ruga: sed in alvo, aut
superne tantum , imbricatis flexili vertebris , nusquam
alibi spectatiore naturae rerum artificio.
i. In magnis siquidem corporibus , aut certe majo-
ribus , facilis offieina sequaci materia fuit. In lus tam
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HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE.
LIVRE XI.
DES DIVERSES ESPECES D'iNSECTES.
Extrme petitesse de ces tres.
I. i. Jues insectes sont en grand nombre, et forment
une multitude de genres diffrens qui vivent sur la terre
et dans l'air. Les uns sont ails , comme les abeilles ;
les autres ont le vol et la marche, comme les fourmis :
quelques-uns sont dnus la fois d'ailes et de pieds ;
mais tous , avec raison , sont appels insectes cause
des incisions qui partagent, soit au cou, soit la poi-
trine ou au ventre, les parties de leur corps qui n'adhrent
les unes aux autres que par un tube fort troit. Dans
quelques-uns l'incision n'est pas entire, mais recouverte
d'une enveloppe ride ; cependant cette zone flexible ,
compose de vertbres imbriques , recouvre seulement
ou le ventre ou le dos. Nulle part l'industrie de la na-
ture ne s'est montre plus admirable.
i. Dans les grands corps, ou du moins dans ceux qui
sont plus grands , la matire obissait et se prtait sans
I.
4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
parvis, atque tam nullis, quae ratio, quanta vis, quani
inextricabilis perfectio ? ubi tt sensus collocavit in cu-
lice? et sunt alia tlictu minora. Sed ubi visum in eo
praetendit? ubi gustatum adplicavit? ubi odoratum in-
seruit ? ubi vero truculentam illam et portione maxi-
mam vocem ingeneravit? qua subtilitate pennas ad-
nexuit? praelongavit pedum crura ? disposuit jejunam
caveam , uti alvum ? avidatn sanguinis , et potissimum
humani, sitim accendit ? Telum vero perfodiendo ter-
gori, quo spiculavit ingenio? Atque ut in capaci, quum
cerni non possit exilitas , ita reciproca generavit arte ,
ut fodiendo acuminatum pariter , sorbendoque fistulo-
sum esset. Quos teredini ad perforanda robora cum sono
teste dents adfixit , potissimumque e ligno cibatum
fecit ? Sed turrigeros elephantorum miramur humeros ,
taurorumque colla , et truces in sublime jactus : tigrium
rapinas , leonum jubas , quum rerum natura nusquam
magis , quam in minimis, tota sit. Quapropter, quaeso,
ne nostra legentes , quoniam ex his spernunt multa ,
etiam relata fastidio damnent, quum in contemplatione
naturae nihil possit videri supervacuum.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 5
peine ses desseins ; mais pour faonner ces tres si
petits , que d'intelligence ! quelle puissance , quelle in-
concevable perfection ! o la nature a-t-elle plac tant
de sens dans le cousin ? et bien d'autres sont plus pe-
tits encore. Mais enfin , dans cet insecte , o a-t-elle
plac l'organe de la vue ? o a-t-elle fix le got , in-
sinu l'odorat ? d'o fait-elle partir cette voix terrible
et prodigieuse en raison de la petitesse de l'animal? avec
quelle dextrit a-t-elle attach les ailes , allong les
pattes, dispos en forme d'estomac cette cavit qui sent
le besoin des alimens , allum cette soif avide de sang ,
et surtout de sang humain ? Mais le dard qui doit percer
la peau , avec quelle adresse l'a-t-elle aiguis ? et , par
un art d'autant plus grand que l'objet , par sa finesse ,
chappe la vue , elle a travaill comme si les dimen-
sions eussent t plus grandes, et rendu tout la fois le
trait aigu pour percer , et creux pour pomper. Quelles
dents a-t-elle donnes au trdo pour ronger avec tant
de bruit les chnes les plus durs , dont elle a voulu qu'il
ft sa principale nourriture ? Mais nous admirons les
paules des lphans charges de tours, le cou nerveux
des taureaux, et leur force effrayante pour lancer dans
les airs; la rapacit des tigres, la crinire des lions ; et
cependant la nature n'est nulle part plus grande que
dans les tres les plus petits. Ainsi donc, je prie mes lec-
teurs , qui mprisent la plupart de ces animaux , de ne
pas repousser avec le mme ddain les observations que
je leur prsente; car rien ne peut paratre superflu dans
l'tude de la nature.
6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
An spirent , an habeant sanguinem.
IL 3. Insecta multi negarunt spirare , idque ratione
persuadentes , quoniam in viscera interiora nexus spi-
rabilis non iuesset. Itaque vivere ut fruges, arboresque:
sed plurimum interesse, spiret aliquid, an vivat. Eadem
de causa nec sanguinem iis esse , qui sit nullis caren-
tibus corde atque jecore. Sic nec spirare ea , quibus
pulmo desit. Unde numerosa quaestionum sries exori-
tur. Iidem enim et vocem esse his negant , in tanto
murmure apium, cicadarum sono, et aliis quaesuis aesti-
mabuntur locis. Nam mihi contuenti se persuasit rerum
natura , nihil incredibile existimare de ea. Nec video ,
cur magis possint non trahere animam talia, et vivere,
quam spirare sine visceribus : quod etiam in marinis
docuimus, quamvis arcente spiratum densitate et alti-
tudine humoris. Volare quidem aliqua , et animatu ca-
rere in ipso spiritu viventia, habere sensum victus, ge-
nerationis , operis , atque etiam de futuro curam : et
quamvis non sint membra , quae, velut carina, sensus
invehant, esse tamen his auditum, olfactum, gustatum,
eximia praeterea naturse dona , solertiam , animum , ar-
tem , quis facile crediderit? Sanguinem non 1 esse his
fateor , sicut ne terrestribus quidem cunctis , verum si-
mile quiddam. Ut sepiae in mari sanguinis vicem atra-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 7
Les insectes respirent-ils ? ont-ils du sang ?
IL 3. Plusieurs auteurs nient que les insectes respi-
rent ; la raison qu'ils en donnent , c'est qu'on ne trouve
pas dans leurs viscres le conduit de la respiration. Ils
disent donc que ces animaux vivent comme les plantes
et les arbres ; mais que respirer et vivre sont deux
choses trs-diffrentes. D'aprs le mme principe , ils
prtendent que les insectes n'ont point de sang , parce
que ce liquide manque chez tous les animaux privs du
cur et du foie ; et qu'ils ne respirent pas non plus ,
parce qu'ils n'ont pas de poumon. De l dcoule une
srie nombreuse de questions : par exemple , les mmes
auteurs nient que les insectes aient la voix, malgr le
bourdonnement des abeilles , le chant des cigales , et les
sons de plusieurs autres dont nous parlerons en leur
lieu. Pour moi, une tude approfondie de la nature m'a
convaincu que rien ne lui est impossible. Je ne vois pas
pourquoi les animaux de ce genre pourraient plutt
vivre sans respirer que respirer sans poumons , comme
nous l'avons dit des animaux marins , quoique la den-
sit et la profondeur de l'eau interdisent toute commu-
nication avec l'air. Peut-on se rsoudre croire que des
animaux qui volent, ne respirent pas l'air au sein duquel
ils vivent, et soient capables de se nourrir, de se repro-
duire, de suivre des travaux, de s'occuper mme de l'ave-
nir; et que, privs des membres qui servent transmettre
les sensations, ils jouissent cependant de l'oue, de l'odo-
rat et du got; je dis plus, qu'ils possdent l'adresse, le
courage, l'industrie, ces dons prcieux de la nature?
8 G. PLINII HIST. NAT. L1B. XI.
mentum obtinet , purpurarum generi infector ille suc-
cus : sic et insectis quisquis est vitalis humor, hic erit
et sanguis , donec aestimatio sua cuique sit. Nobis pro-
positum est , naturas rerum manifestas indicare , non
causas judicare dubias.
De corpore eorum.
III. 4* Insecta, ut intelligi possit, non videntur ner-
vos habere, nec ossa , nec spinas, nec cartilaginem, nec
pinguia , nec carnes , ne crustam quidem fragilem, ut
quaedam marina, nec quae jure dicatur cutis : sed mediae
cujusdam inter omnia haec naturae corpus, arenti simile,
nervo mollius , in reliquis partibus siccius vere , quam
durius. Et hoc solum his est , nec prterea aliud. Nihil
intus, nisi admodum paucis intestinum implicatum. Ita-
que divulsis praecipua vivacitas , et partium singularum
palpitatio. Quia quaecumque est ratio vitalis , illa non
certis inest membris, sed toto in corpore, minime tamen
capite , solumque non movetur, nisi cum pectore avul-
sum. In nullo gnre plures sunt pedes. Et quibusex his
plurimi, diutius vivunt divulsa, ut in scolopendris vide-
mus. Habent autem oculos, praeterque e sensibus tactum
atque gustatum : aliqua et odoratum, pauca et auditum.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 9
J'avoue que les insectes, que mme tous les insectes ter-
restres, n'ont point de sang ; mais ils ont quelque chose
d'quivalent. Ainsi que l'encre de la sche et le suc qu'on
extrait des pourpres pour la teinture tiennent lieu de
sang chez ces animaux marins , de mme chez les in-
sectes , quelle que soit cette humeur vitale , je la nom-
merai leur sang, laissant chacun la libert de la dfinir
son gr. Mon but est d'indiquer des faits constans, non
de juger des questions douteuses.
Du corps des insectes,
III. /[. Les insectes , autant qu'il est possible de s'en
assurer, ne paraissent avoir ni nerfs, ni os, ni artes,
ni cartilage, ni graisse, ni chair , ni mme cette crote
fragile qui revt quelques animaux marins , ni peau
proprement dite. La nature de leur corps tient, en quel-
que sorte, le milieu entre toutes ces matires; c'est une
substance aride, plus molle que le nerf (tendons) , et
plutt sche que dure dans les parties extrieures : voil
tout ce qu'ils ont , et rien de plus. Dans l'intrieur on
ne trouve rien , si ce n'est, dans un trs-petit nombre,
un intestin qui forme plusieurs replis. Aussi les insectes,
coups en morceaux, vivent encore long-temps, et chaque
partie palpite sparment, parce que, chez eux, la force
vitale, quelle qu'elle soit, n'est pas fixe dans tel ou tel
membre, mais rpandue dans tout le corps, moins toute-
fois dans la tte que partout ailleurs. La tte seule , une
fois spare , n'a plus de mouvement , moins qu'elle
n'ait t arrache avec le corselet. Aucun genre d'aui-
io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
De apibus.
IV. 5. Sed inter omnia ea principatus apibus, et jure
praecipua admiratio, solis ex eo gnre hominum causa
genitis. Mella contrahunt, succumque dulcissimum at-
que subtilissimum , ac saluberrimum. Favos confingunt
et ceras , mille ad usus vitae : laborem tolrant , opra
conficiunt, rempublicam habent , consilia privatim , ac
duces gregatim : et quod maxime mirum sit , mores
habent. Praeterea , quum sint neque mansueti generis ,
neque feri, tamen tanta est natura rerum, ut prope ex
umbra minimi animalis , incomparabile effecerit quid-
dam. Quos efficaci industrique tantae comparemus
nervos ? quas vires ? quos rationi mdius fidius viros ?
hoc certe prasstantioribus , quo nihil novere , nisi com-
mune. Non sit de anima quaestio : constet et de sanguine,
quantulum tamen esse in tantulis potest ? iEstimemus
postea ingenium.
HISTOIRE NATURELLE , L1V. XL n
maux n'a t pourvu d'un plus grand nombre de pieds;
ceux qui en ont le plus survivent le plus long-temps
la sparation de leurs membres, comme nous le voyons
dans les scolopendres. Les insectes ont des yeux, et, en
outre, le toucher et le got : quelques-uns ont encore
l'odorat ; mais peu sont dous du sens de l'oue.
Des abeilles.
IV. 5. Parmi tous les insectes , les abeilles tiennent
le premier rang et ont le plus de droit notre admira-
tion , puisque , seules de ce genre , elles ont t cres
pour l'homme. Elles recueillent le miel , le plus doux , le
plus subtil , le plus salubre de tous les sucs. Elles fa-
briquent les rayons et la cire pour une infinit d'usages
domestiques; elles supportent le travail, excutent des
ouvrages, forment une rpublique, tiennent des conseils,
ont descbefs, et, ce qui est le plus merveilleux, des murs.
Bien qu'elles n'appartiennent ni la classe des animaux
domestiques ni celle des animaux sauvages, telle est
pourtant la puissance del nature, que de l'ombre, pour
ainsi dire , d'un animal trs-petit , elle a su former un
chef-d'uvre incomparable. A leur infatigable et fconde
industrie , quels nerfs , quelles forces , quel gnie hu-
main pourrions-nous comparer? Du moins ont-elles cet
avantage, que chez elles tout est commun. Ecartons la
question de leur respiration ; accordons mme qu'elles
ont du sang : toutefois , combien peu doit-il y en avoir
dans de si petits tres ? N'envisageons que leur instinct.
17. C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
Quis ordo in opre earum.
V. 6. Hieme conduntur : unde enim ad pruinas ni-
vesque, et aquilonum flatus perferendos vires? Sane et
insecta omnia : sed minus diu , quae parietibus nostris
occultata , mature tepefiunt. Circa apes aut temporum
locorumve ratio mutata est , aut erraverunt priores.
Conduntur a Vergiliarum occasu , sed latent ultra exor-
tum : adeo non ad veris initium , ut dixere , nec quis-
quam in Italia de alvis existimat. Ante fabas florentes
exeunt ad opra et labores, nullusque , quum per caelum
licuit , otio prit dies. Primum fa vos construunt, ceram
fingunt , hoc est, domos cellasque faciunt. Deinde so-
bolem , postea mella , ceram ex floribus , melliginem e
lacrymis arborum, quae glutinum pariunt, salicis, ulmi,
arundinis , succo , gummi , rsina. His primum alveum
ipsum intus totum , ut quodam tectorio , illinunt , et
aliis amarioribus succis contra aliarum bestiolarum avi-
ditates : id se facturas consciae , quod concupisci possit.
His deinde fores quoque latiores circumstruunt.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i'.
Ordre des travaux des abeilles.
V. 6. Elles s'enferment pendant l'hiver : en effet ,
pourraient-elles rsister aux frimas, aux neiges, la
violence des aquilons? Il en est de mme de tous les in-
sectes; mais ceux qui vivent dans nos habitations res-
tent moins long-temps cachs, et se rchauffent de bonne
heure. Quant aux abeilles, ou les lieux et les temps sont
changs , ou les anciens taient dans l'erreur. Elles se
renferment ds le coucher , et restent caches jusqu'a-
prs le lever des Pliades ; elles ne reparaissent donc pas
au retour du printemps , comme l'ont dit ces auteurs ;
cette opinion , d'ailleurs, n'est adopte par personne en
Italie. Elles sortent pour se mettre l'ouvrage avant la
floraison des fves ; et, pourvu que le temps le permette,
elles ne perdent pas un seul jour dans l'oisivet. Elles
commencent par construire les rayons et fabriquer la
cire, c'est--dire quelles btissent leurs maisons et leurs
cellules ; ensuite elles s'occupent de la reproduction ,
puis elles font le miel : elles extraient la cire des fleurs ;
elles tirent le melligo des larmes de tous les arbres onc-
tueux , du suc, de la gomme, de la rsine du saule, de
l'orme, du roseau. Avec cette matire elles commencent
a enduire tout l'intrieur de la ruche , comme d'une es-
pce de vernis. Elles emploient encore d'autres sucs plus
amers pour se garantir de l'avidit des petits animaux,
car elles savent que l'ouvrage qu'elles vont faire pourra
exciter la cupidit; ensuite, avec la mme matire, elles
rtrcissent les portes de la ruche qui sont trop larges.
14 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
Quid sit in eo commosis , pissoceros , propolis.
VI. 7. Prima fundamenta commosin vocant periti ,
secunda pissoceron , tertia propolin , inter coria ceras-
que : magni ad medicamina usus. Commosis crusta est
prima , saporis atnari. Pissoceros super eam venit , pi-
cantium modo , ceu dilutior cera. E vitium , populorum-
que mitiore gummi propolis , crassioris jam materiae ,
additis floribus, nondum tamen cera , sed favorum sta-
bilimentum , qua omnes frigoris aut injuria? aditus ob-
struuntur , odore et ipsa etiamnum gravi , ut qua ple-
rique pro galbano utantur.
Quid erithace , sive sandaraca , sive cerinthos.
VII. Praeter haec conveliitur erithace , quam aliqui
sandaracam, alii cerinthum vocant. Hic erit apium, dum
operantur, cibus, qui saepe invenitur in favorum inani-
tatibus sepositus, et ipse amari saporis. Gignitur autem
rore verno, et arborum succo, gummium modo, Africi
minor, Austri flatu nigrior, aquilonibus melior et rubeus,
plurimus in graecis nucibus. Menecrates florem esse di-
cit , sed nemo praeter eum.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. i5
Ce que c'est que la commosis , la pissocros , la propolis.
VL 7. Ceux qui s'occupent des abeilles appellent
commosis le premier fondement des rayons , pissocros
le second , propolis le troisime. La propolis se trouve
entre les autres couches et la cire : elle est d'un grand
usage en mdecine. La commosis, d'un got amer, forme
la premire couche. La pissocros, comme une couche
de poix , s'tend par-dessus , et ressemble une cire
liquide. La propolis provient de la gomme douce des
vignes et des peupliers; sa substance, dans la composi-
tion de laquelle entre le suc des fleurs, est plus paisse;
toutefois ce n'est pas encore la cire , mais le soutien des
rayons, ce qui les garantit du froid et de toute injure;
elle est en outre d'une odeur forte, et l'on s'en sert com-
munment au lieu de galbanum.
rithaque , sandaraque ou crinthe.
VIL Les abeilles transportent aussi dans leurs ruches
l'rithaque , que quelques-uns nomment sandaraque,
et d'autres crinthe : ce sera leur nourriture pendant
qu'elles travailleront. On la trouve souvent mise en r-
serve dans les rayons vides ; elle est d'un got amer.
Elle se forme de la rose du printemps et du suc des
arbres, comme les gommes; en moindre quantit quand
l'Africus souffle, plus noire quand c'est le vent du midi ,
rouge et d'une meilleure qualit par le vent du nord ,
trs-abondante sur les noyers grecs. Mncrate prtend
que c'est une fleur, mais il est seul de son avis.
i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
Ex quibus floribus opra fiant.
VIII. 8. Ceras ex omnium arborum satorumque flo-
ribus confingunt, excepta rumice et echinopode. Her-
barum haec gnera. Falso excipitur et spartum , quippe
quum in Hispania multa in spartariis niella herbam eam
sapiant. Falso et oleas excipi arbitror, quippe olivse pro-
ventu plurima examina gigni certum est. Fructibus nul-
lis nocetur. Mortuis ne floribus quidem , non modo
corporibus insidunt. Operantur intra sexaginta passus :
et subinde eonsumptis in proximo floribus , speculato-
res ad pabula ulteriora mittunt. Noctu deprehensae in
expeditione excubant supinae, ut alas a rore protegant.
Apium studio capti.
IX. 9. Ne quis miretur amore earum captos, Aristo-
machum Solensem duodesexaginta annis nihil aliud
egisse : Philiscum vero Thasium in desertis apes colen-
tem Agrium cognominatum : qui ambo scripsere de his.
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XL 17
Choix des fleurs pour la confection du travail.
VIII. 8. Elles extraient la cire des fleurs de tous les
arbres et de toutes les plantes , except le rumex et l'-
chinopode, deux espces d'herbes. On excepte aussi le
spart , mais tort , puisqu'en Espagne , dans les con-
tres qui produisent cette plante , le miel en a souvent
le got. Je pense qu'on a galement tort d'excepter
l'olivier , car il est certain que les essaims ne sont ja-
mais plus nombreux que lorsque les olives sont abon-
dantes. Elles ne nuisent point aux fruits. Elles ne se
posent jamais sur des cadavres , ni mme sur des fleurs
dessches. Elles travaillent dans une circonfrence de
soixante pas : mesure que les fleurs sont puises ,
elles envoient des claireurs pour reconnatre de nou-
veaux pturages. Surprises par la nuit pendant leurs
expditions, elles veillent couches sur le dos, afin de
garantir leurs ailes de la rose.
Noms de quelques hommes pris de l'tude des abeilles.
IX. 9. Qu'on ne s'tonne pas que des hommes se
soient passionns pour elles ; comme Aristomaque de
Soles , qui , pendant cinquante-huit ans , ne fit rien
autre chose que d'tudier les abeilles ; et Philiscus de
Thasos , qui fut surnomm Agrius , parce qu'il vcut au
milieu des dserts, occup du mme soin. Tous deux ont
crit sur les abeilles.
VIII.
18 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
Ratio operis.
X. 10. Ratio operis. Interdiu stadio ad portas more
castrorum , noctu quies in matutinum , donec una exci-
tet gemino aut tiplici bombo, ut buccino aliquo. Tune
universae provolant , si dies mitis futurus est. Praedivi-
nant enim ventos imbresque , et se continent tectis. Ita-
que temperie caeli (et hoc inter praescita habent), quum
agmen ad opra processit , aliae flores aggerunt pedibus,
aliae aquamore, guttasque lanugine totius corporis. Qui-
bus est earum adolescentia, ad opra exeunt , et supra-
dicta convehunt : seniores intus operantur. Quae flores
comportant, prioribus pedibus femina onerant, propter
id natura scabra , pedes priores rostro : totaeque onustae
remeant sarcina pandatae. Excipiunteasternae, quaternae-
que, et exonrant. Sunt enim intus quoque officia divisa.
Aliae struunt, aliae poliunt, aliae suggerunt, aliae cibum
comparant ex eo , quod adlatum est. Neque enim separatim
vescuntur, ne inaequalitas operis et cibi fit et temporis.
Struunt orsae a concameratione alvei , textumque velut a
summa tela deducunt, limitibus binis circa singulos actus,
ut aliis intrent , aliis exeant. Favi superiore parte adfixi ,
et paulum etiam lateribus simul haerent , et pendent
una. Alveum non contingunt , nunc obliqui , nunc ro-
tundi , qualiter poposcit alveus : aliquando et duorum
HISTOIRE NATURELLE, LIT. XL 19
Manire de travailler des abeilles.
X 10. Voici l'ordre du travail. Pendant le jour, une
garde veille aux portes comme dans un camp ; la nuit,
tout repose jusqu'au matin : alors une d'elles veille les
autres par deux ou trois bourdonnemens , comme par
le son d'une trompette. Alors elles s'envolent toutes la
fois si le jour doit tre sereirr, car elles pressentent les
vents et la pluie , et alors elles se tiennent sous leur
toit. Lorsque, par un temps favorable, ce qu'elles savent
aussi prvoir , la troupe est partie pour le travail , les
unes ramassent avec leurs pieds la poussire des fleurs,
les autres remplissent leur trompe d'eau, ou elles en im-
bibent les poils dont tout leur corps est couvert. Les
jeunes seulement sortent pour recueillir et voiturer ces
approvisionnemens : les vieilles travaillent dans l'int-
rieur. Celles qui apportent les fleurs se servent des pieds
antrieurs pour cbarger leurs cuisses , que, dans cette
vue , la nature a faites raboteuses ; et de leur trompe
pour cbarger leurs pieds antrieurs. Quand leur charge
est complte, elles reviennent ployant sous le faix. Trois
ou quatre ouvrires les reoivent et les dchargent ;
car, dans l'intrieur, les fonctions sont pareillement r-
parties. Les unes btissent, les autres polissent, d'autres
fournissent les matriaux, d'autres prparent , pour le
repas, quelques-unes des provisions qui ont t appor-
tes ; en effet, elles ne mangent pas sparment, pour
prvenir l'ingale distribution de travail , de nourriture
et de temps. Elles btissent en commenant par la vote
2.
ao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
generum : quurn duo examina concordibus populis dis-
similes habuere ritus. Ruentes ceras fulciunt, pilarum
intergerinis sic a solo fornicatis , ne desit aditus ad sar-
ciendum. Primi fere trs versus inanes struuntur , ne
promptum sit quod invitet furantem. Novissimi maxime
implentur melle : ideoque aversa alvo favi eximuntur.
Gerulae secundos flatus captant. Si cooriatur procella ;
adprehensi pondusculo lapilli se librant. Quidam in nu-
mros eum imponi tradunt. Juxta vero terram volant
in adverso flatu vepribus evitatis. Mira observatio ope-
ris. Cessantium inertiam notant, castigant mox, et pu-
niunt morte. Mira munditia. Amoliuntur omnia e me-
dio , nullaeque inter opra spurcitiae jacent. Quin et
excrementa operantium intus, ne longius recdant, unum
congesta in locum, turbidis diebus et operis otio ege-
runt. Quum advesperascit , in alveo strepunt minus ac
minus , donec una circumvolet eodem , quo excitavit ,
bombo, ceu quietem capere imperans : et hoc castrorum
more. Tune repente omnes conticescunt.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. *i
de la ruche , et , comme dans la fabrication d'une toile ,
conduisent de haut en bas la chane de leurs cellules ,
mnageant deux sentiers chaque rayon , pour entrer
par l'un et sortir par l'autre. Les rayons , attachs la
ruche par leur sommit, et mme un peu par leurs cts,
tiennent ensemble et sont galement suspendus. Ils ne
touchent pas le sol ; ils sont anguleux ou ronds , selon la
forme del ruche; quelquefois de l'une et de l'autre sorte,
lorsque deux essaims, demeurant ensemble, ne procdent
pas de la mme manire. Elles tayent les rayons qui
menacent ruine, au moyen de piliers massifs qui partent
du bas de la ruche, et sont construits en arcades, afin
de laisser un passage pour les rparations. Les deux ou
trois premiers rangs demeurent vides, pour ne rien mon-
trer qui excite la cupidit des voleurs. Les derniers sont
les plus remplis de miel; c'est pourquoi, quand on veut
tailler la ruche , on l'ouvre par derrire. Les abeilles qui
apportent les fardeaux recherchent les vents favorables.
S'il s'lve un orage, elles saisissent de petits graviers
qui leur servent de contre-poids : quelques auteurs avan-
cent qu'elles les posent sur leurs paules. Dans les vents
contraires, elles volent prs de terre, vitant les buissons.
Le travail est surveill d'une manire tonnante : elles
remarquent les paresseuses, les chtient sur-le-champ,
les punissent mme de mort. Leur propret est admirable:
elles enlvent soigneusement de la ruche tous les corps
trangers, et ne souffrent aucune immondice dans leurs
travaux : les ordures mme que les ouvrires, pour ne pas
trop s'loigner, dposent dans un lieu commun au dedans
de la ruche, sont transportes au dehors les jours do
C PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
il. Domos primum plebei exaedificant, deinde regi-
bus. Si speratur largior proventus, adjiciuntur contu-
bernia et fucis. Hae cellarum minimae, sed ipsi majores
apibus.
De facis.
XI. Sunt autem fuci , sine aculeo , velut imperfectae
apes, novissimaeque , a fessis et jam emeritis inchoatae,
serotinus ftus , et quasi servitia verarum apium : quam-
obrem imperant iis , primosque in opra expellunt : tar-
dantes sine clementia puniunt. Neque in opre tantum,
sed in ftu quoque adjuvant eas , multum ad calorem
conferente turba. Certe quo major eorum fuit multitudo,
hoc major fiet examinum proventus. Quum mella cpe-
runt maturescere, abigunt eos: multaeque singulos ad-
gressae trucidant. Nec id genus , nisi vere , conspicitur.
Fucus ademptis alis in alveum rejectus , ipse ceteris
adimit.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL a 3
mauvais temps et pendant la cessation des travaux. Quand
la nuit arrive, le bruit dans la ruche diminue de moment
en moment, jusqu' ce qu'une abeille, voltigeant l'en-
tour avec un bourdonnement pareil celui qui annonce
le rveil, semble donner l'ordre du repos, comme il se
pratique encore dans les camps : alors tout coup , et
la fois, elles se taisent.
1 1 . Elles btissent des logemens , d'abord pour le
peuple, ensuite pour les rois ; si elles esprent une anne
abondante, elles en construisent aussi pour les bourdons:
ce sont les plus petites cellules , quoiqu'ils soient eux-
mmes plus grands que les abeilles.
Des bourdons.
XI. Dpourvus d'aiguillon , les bourdons sont des
abeilles imparfaites, produit tardif, dernier effort de la
vieillesse puise, et pour ainsi dire les esclaves des vri-
tables abeilles: aussi elles leur commandent, les envoient
les premiers l'ouvrage , et punissent leur paresse sans
piti. Les bourdons ne les aident pas seulement dans le
travail, mais encore pour la multiplication de l'espce,
parce que la grande quantit des habitans sert beaucoup
chauffer la ruche. Ce qui est certain , c'est que plus ils
sont nombreux, plus les essaims sont abondans. Lorsque
le miel commence mrir, elles les chassent, et, se
jetant plusieurs sur un seul , elles les tuent. On ne voit
cette espce que pendant le printemps. Un bourdon
qu'on a rejet dans la ruche aprs lui avoir arrach les
ailes, les arrache lui-mme aux autres.
i h C PLINII HIST. NAT LIB. XL
Quae natura mellis.
XII. Regias imperatoribus futuris in ima parte alvei
exstruunt amplas , magnificas , separatas , tuberculo
eminentes : quod si exprimatur, non gignuntur soboles.
Sexangulae omnes cellae , singulorum eae pedum opre.
Nihil horum stato tempore , sed rapiunt diebus serenis
munia. Et melle uno alterove ad summum die cellas
replent.
12. Venit hoc ex are, et maxime siderum exortu ,
prcipueque ipso Sirio exsplendescente fit, nec omnino
prius Vergiliarum exortu, sublucanis temporibus. Itaque
tum prima aurora folia arborum melle roscida inveniun-
tur : ac si qui matutino sub dio fuere , unctas liqore
vestes , capillumque concretum sentiunt. Sive ille est
caeli sudor, sive qusedam siderum saliva, sive purgantis
se aeris succus , utinamque esset et purus ac liquidus ,
et suae naturae , qualis defluit primo : nunc vero e tanta
cadens altitudine, multumque dum venit, sordescens, et
obvio terrae halitu infectus, prterea e fronde ac pabu-
lis potus, et in utriculo congestus apium (ore enim eum
vomunt): ad haec succo florum corruptus, et alveis ma-
ceratus, totiesque mutatus, magnam lamen caelestis na-
turae voluptatem adfert.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. a 5
Nature du miel.
XII. Les abeilles, dans la partie infrieure del ruche,
construisent, pour les rois natre, des palais vastes,
magnifiques , spars, et surmonts d'une sorte de dme ;
cette prominence dtruite, leur naissance n'a pas lieu.
Toutes les cellules sont hexagones , parce qu'elles y tra-
vaillent avec tous leurs pieds la fois. Il n'y a point d'-
poques dtermines pour aucun de ces ouvrages : elles
y travaillent la hte, profitant de tous les jours se-
reins. En une ou deux journes au plus elles remplissent
les cellules de miel.
12. Le miel vient de l'air, gnralement au lever des
astres , et principalement sous la constellation de Sirius,
jamais avant le lever des Pliades, vers l'aube du jour;
aussi , la naissance de l'aurore, les feuilles des arbres
sont-elles alors humectes de miel; et ceux qui se trou-
vent le matin dans les champs sentent leurs habits et
leurs cheveux enduits d'une liqueur onctueuse. Au sur-
plus, que le miel soit une transpiration du ciel, une rose
des astres , un suc de l'air qui s'pure, plt aux dieux
qu'il nous parvnt sans mlange, liquide, naturel, tel qu'il
a coul d'abord ! Aujourd'hui mme, qu'il tombe d'une si
grande hauteur, souill mille fois sur sa route, infect
par les exhalaisons terrestres qu'il rencontre; ensuite re-
cueilli sur les feuilles et les herbes, entass dans l'esto-
mac des abeilles , car elles le dgorgent par leur trompe ;
en outre, corrompu par le suc des fleurs, macr dans les
ruches ; enfin, tant de fois chang, il conserve cependant
un got dlicieux qui dcle encore une nature cleste.
J.6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
Quae o])tima mella.
XIII. i3. Ibi optimus semper, ubi optimorum doliolis
florum conditur. Atticae regionis hoc , et Siculae , Hy-
metto , et Hybla, ab locis : mox Calydna insula. Est au-
tem initio mel , ut aqua, dilutum, et primis diebus fer-
vet , ut musta , seque purgat : vicesimo die crassescit ,
mox obducitur tenui membrana , quae fervoris ipsius
spuma concrescit. Sorbetur optimum, et minime fronde
infectum, e quercus, tiliae, arundinum foliis.
Quae gnera mellis in singulis locis.
XIV. i4- Summa quidem bonitatis natione constat
(ut supra diximus) , pluribus modis : aliubi enim favi
cera spectabiles gignuntur , ut in Pelignis, Sicilia : aliubi
mellis copia, ut, in Greta, Cypro, Africa: aliubi magni-
tudine , ut in septentrionalibus , viso jam in Germania
octo pedum longitudinis favo , in cava parte nigro.
In quocumque tamen tractu terna sunt mellis gnera.
Vernum ex floribus constructo favo, quod ideo vocatur
anthinum. Hoc quidam attingi vtant, ul iargo alimento
valida exeat soboles. VI i ex nullo minus apibus relin-
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 27
Quel est le meilleur miel.
XIII. i3. Le meilleur miel est toujours celui des
contres o il se dpose dans le calice des fleurs les
plus suaves. Les lieux les plus renomms sont les monts
Hymte dans 1'A.ttique , et Hybla en Sicile, ensuite l'le
de Calydna. Le miel est d'abord liquide comme l'eau ;
les premiers jours il fermente comme le mot, et s'-
pure. Le vingtime jour il s'paissit , et bientt il se
couvre d'une pellicule forme par l'cume du bouillon-
nement. Le plus agrable au got , et le moins altr
par le feuillage , est celui qui provient des feuilles du
chne , du tilleul , des roseaux.
Quels lieux donnent telle ou telle espce de miel.
XIV. i4- La bont du miel dpend du pays, ainsi que
nous venons de le dire; mais la rcolte n'est pas la mme
partout. En certains lieux , comme chez les Plignes et
dans la Sicile, les rayons sont plus chargs de cire; -en
d'autres pays ils contiennent plus de miel , comme dans
la Crte, l'le de Cypre et l'Afrique; ailleurs, comme
dans les rgions septentrionales, ils sont remarquables
par leur grandeur. En Germanie , on a vu un rayon de
huit pieds, dont toute la partie creuse tait noire.
Toutefois, en quelque contre que ce soit, on dis-
tingue trois sortes de miel : la premire est celui du
printemps; il est form de la substance des fleurs, et
par cette raison on l'appelle anthinum. Quelques-uns
a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
quunt , quoniam magna sequatur ubertas , magnorum
siderum exortu. Praeterea solstitio , quum tlrymum et
uva florere incipiunt , praecipua cellarum materia. Est
autem in eximendis favis necessaria dispensatio , quo-
niam inopia cibi desperant , inoriunturque , aut diffu-
giunt : contra copia ignaviam adfert: acjam nielle, non
erithace pascuntur. Ergo diligentiores ex hac vindemia
duodecimam partem apibus relinquunt. Dies status in-
choandae, ut quadam lege naturae, si scire aut observare
homines velint , tricesimus ab educto examine : fereque
maio mense includitur haec vindemia.
Alterum genus est mellis aestivi , quod ideo vocatur
paov, a tempestivitate praecipua, ipso Sirio exsplen-
descente post solstitium diebus tricenis fere. Immensa
circa hoc subtilitas naturae mortalibus patefacta est, nisi
fraus hominum cuncta pernicie corrumperet. Namque
ab exortu sideris cujuscumque , sed nobilium maxime ,
aut caelestis arcus , si non sequantur imbres , sed ros
tepescat Solis radiis, medicamenta, non mella, gignun-
tur , oculis , ulceribus , internisque visceribus , dona
caelestia. Quod si servetur hoc Sirio exoriente, casuque
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 29
dfendent qu'on y touche , afin qu'une nourriture co-
pieuse rende les essaims plus vigoureux. D'autres , au
contraire, n'en laissent qu'une faible partie aux abeilles,
parce qu'un produit abondant doit avoir lieu au lever
des grandes constellations. Au reste , c'est pendant le
solstice , lorsque le thym et la vigne commencent fleu-
rir, que les cellules sont le mieux approvisionnes. Mais
il faut une sage conomie dans la taille des ruches, car
le manque de nourriture dsespre les abeilles, les fait
mourir ou les disperse ; d'un autre ct , l'abondance
amne la paresse : et alors , ddaignant l'rithaque ,
elles mangent le miel pur ; aussi un bon conome leur
abandonne le douzime de cette rcolte. Le jour o
l'on doit la commencer semble tre fix par une loi
de la nature ; si l'on veut l'observer et le savoir pr-
cisment , c'est le trentime aprs la sortie de l'essaim.
Elle se fait presque toujours dans le courant du mois
de mai.
La seconde sorte est le miel d't; on l'appelle horaion,
parce qu'il se forme dans la saison la plus convenable,
quand Sirius brille de tout son clat , environ trente jours
aprs le solstice. Cette production de la nature serait le
plus prcieux de ses bienfaits, si la perversit de l'homme
n'altrait et ne corrompait tout. En effet , lorsque les
astres, et surtout les astres du premier rang, se lvent,
ou que l'arc-en-ciel se dploie, s'il ne survient point de
pluie, et que la rose soit chauffe par les rayons du
soleil, ce n'est plus un miel qui se forme, mais un baume
salutaire, prsent cleste pour les yeux, pour les ulcres
et pour toutes les parties internes. Si on le recueille au
3o C. PLI1NII HIST. NAT. LIB. XI.
congruat in eumdem diem, ut saepe, Veneris aut Jovis,
Mercuriive exortus , non alia suavitas , visque morta-
lium malis a morte vocandis , quam divini neotaris ,
fit.
Quomodo probentur. De erice, sive tetralice , sive sisirum.
XV. i5. Mel plenilunio uberius capitur, sercna die
pinguius. In omni melle, quod per se fluxit, ut mustum
oleumque , appellatur acetum. Maxime laudabile est
etiam omne rutilum , vel sic auribus aptissimum. In
aestimatu est e tbymo , coloris aurei, saporis gratissimi.
Quod fit palam doliolis , pingue : marino e rore , spis-
sum. Quod concrescit autem , minime laudatur. Thymo-
sum non coit , et tactu praetenuia fila mittit : quod pri-
mum gravitatis argumentum est. Abrumpi statim et
resilire guttas , vilitatis indicium habetur. Sequens pro-
batio, ut sit odoratum, et ex dulci acre, glutinosum,
perlucidum. vEstiva mellatione decimam partem Cassio
Dionysio apibus relinqui place t , si plenae fuerint alvi :
si minus, pro rata portion e : aut si inanes, omnino non
attingi. Huic vindemiae Attici signum dedere initium
caprifici : alii diem Vulcano sacrum.
16. Tertium genus mellis, minime probatum, silvestre,
quod ericaeum vocant. Convehitur post primos autumni
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 3i
lever de Sirius, et que le lever de Vnus, de Jupiter ou
de Mercure, ce qui arrive souvent, tombe le mme jour,
sa douceur et sa vertu pour gurir les mortels, et mme
les rappeler la vie, sont celles mmes du divin nectar.
Manire d'prouver le miel. De l'rice, ttralice ou sisire.
XV. i5. La rcolte du miel est plus riche dans la
pleine lune ; le miel est plus gras dans un jour serein.
Celui qui a coul de lui-mme, comme le mot et l'huile ,
est appel acetum. Le rouge est d'une qualit sup-
rieure , et le meilleur pour les oreilles. On estime celui
qui provient du thym : il est de couleur d'or et d'un got
trs-agrable. Celui qui se forme dans les calices des
fleurs est gras; celui du romarin est pais; celui qui se
fige est le moins recherch. Le miel du thym ne se coa-
gule pas; quand on le touche, il file trs-menu ; c'est
le premier indice de sa pesanteur : quand il se dtache
sans filer, et que les gouttes rejaillissent, c'est un signe
de son infriorit. Quant aux autres qualits, on exige
qu'il soit odorant , aigre-doux , gluant , transparent.
Cassius Dionysius veut qu'on laisse aux abeilles le
dixime de la rcolte d't si les ruches sont pleines, et
une part proportionne si elles ne le sont pas entire-
ment ; ou, si elles sont presque vides, qu'on n'y touche
pas. Les habitans de TAttique ont fix l'poque de cette
rcolte au commencement de la caprification ; les autres,
aux ftes de Vulcain.
16. La troisime sorte, la moins estime, est le miel
sauvage, qu'on appelle rice. Les abeilles le recueillent
3 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
imbres , quum erice sola floret in silvis , ob id arenoso
simile. Gignitur id maxime Arcturi exortu ex ante pridie
idus septembris. Quidam aestivam mellationem ad Arcturi
exortum proferunt , quoniam ad aequinoctium autumni
ab eo supersint dies quatuordecim : et ab aequinoctio ad
Vergiliarum occasum diebus xlviii plurima sit erice.
Athenienses tetralicem appellant, Euba sisirum ; pu-
tan tque apibus esse gratissimam , fortassis quia tune
nulla alia sit copia. Haec ergo mellatio , fine vindemiae
et Vergiliarum occasu, idibus novembris fere includitur.
Relinqui ex ea duas partes apibus ratio persuadet , et
semper eas partes favorum , quae habeant erithacen. A
bruma ad Arcturi exortum diebus lx somno aluntur sine
ullo cibo. Ab Arcturi exortu ad aequinoctium vernum
tepidiore tractu jam vigilant : sed etiam tune alveo se
continent, servatosque in id tempus cibos repetunt. In
Ilalia vero hoc idem a Vergiliarum exortu faciunt : in
eum dormiunt.
Alvos quidam in eximendo melle expendunt , ita di-
rimentes quantum relinquant. ^Equitas siquidem etiam
in eis obstringitur : feruntque societate fraudata alvos
mori. In primis ergo praecipitur ut loti , purique eximant
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 33
aprs les premires pluies d'automne, lorsque la bruyre
seule fleurit dans les forts ; voil pourquoi il a l'aspect
granuleux. Il se produit principalement au lever de
l'Arcture, deux jours avant les ides de septembre. Quel-
ques-uns diffrent la rcolte d't jusqu'au lever de
l'Arcture, parce que de l il reste quatorze jours jus-
qu' l'quinoxe d'automne, et que, dans les quarante-
huit jours depuis l'quinoxe jusqu'au coucher des Pliades,
il y a le plus de bruyre en fleur. Les Athniens appellent
cet arbrisseau ttralice , les Eubens sisire. Ils pensent
qu'il est trs-agrable aux abeilles, peut-tre parce qu'alors
il n'y a point d'autres plantes en fleur. Cette rcolte se
termine donc la fin des vendanges et au coucher des
Pliades , vers les ides de novembre. L'exprience d-
montre qu'il faut en laisser aux abeilles les deux tiers ,
et , dans tous les cas, les parties de rayons qui contiennent
l'rithaque. Depuis le solstice d'hiver jusqu'au lever de
l'Arcture, pendant soixante jours, le sommeil leur tient
lieu de toute nourriture. Depuis le lever de l'Arcture jus-
qu' l'quinoxe du printemps, quand la temprature est
plus douce, elles se rveillent; mais elles se tiennent en-
core dans la ruche, et ont recours aux provisions qu'elles
ont rserves pour ce temps. Mais en Italie elles font la
mme chose au lever des Pliades; elles dorment jusqu'
cette poque.
Quelques-uns en rcoltent le miel, psent les rayons,
et n'en prennent qu'autant qu'ils en laissent; car l'quit
doit tre observe leur gard, et on prtend qu'elles
meurent si le partage est frauduleux. On recommande
avant tout, aux personnes charges de cette rcolte, le
vin. 3
34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
mella. Et furem mulierumque menses odere. Quum exi
inuntur mella , apes abigi fumo utilissimum, ne irascan-
tur, aut ipsae avide vorent. Fumo crebriore etiam ignavia
earum excitatur ad opra. Nain nisi incubavere, favos
lividos faciunt. Rursus nimio fumo inficiunlur : quarum
injuriam celerrime sentiunt mella, vel minimo contactu
roris acescentia. Et ob id inter gnera servatur, quod
acapnon voeant.
i Quomodo apes gnrent.
XVI. Ftus quonam modo progenerarent , magna
inter eruditos etsubtilis qustio fuit. Apium enim coitus
visus est numquam. Plures existimavere oportere con-
fici floribus compositis apte atque utiliter. Aliqui coitu
unius, qui rex in quoque appellatur examine. Hune esse
solum marem, prsecipua magnitudine, ne fatiscat. Ideo
fetum sine eo non edi : apesque reliquas, tamquam ma-
rem feminas comitari, non tamquam ducem: quam pro-
babilem alias sententiam fucorum proventus coarguit.
Qu enim ratio, ut idem coitus alios perfectos, imper-
fectos generet alios ? Propior vero prior existimatio fe-
ret,ni rursus alia difficultas occurreret. Quippcnascun-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 35
bain et une extrme propret. Les abeilles ont en haine
les voleurs, et les femmes dans l'tat de menstruation.
Lorsqu'on taille les ruches , il est trs-utile d'en chasser
les abeilles par la fume, pour prvenir leur fureur, ou
empcher qu'elles ne dvorent elles-mmes le miel. Sou-
vent on a recours au mme moyen pour exciter au travail
les mouches paresseuses ; car si elles ne restent pas sur
les gteaux, elles font des rayons livides. D'un autre ct,
l'emploi trop frquent de la fume les infecte , et le mal
qu'on leur fait tourne au dtriment du miel , qui s'aigrit
mme au plus lger contact de la rose; aussi distingue-
t-on , parmi les diffrentes sortes de miel , celui qu'on
nomme acapnon.
Reproduction des abeilles.
XVI. La gnration des abeilles a t , parmi les sa-
vans , le sujet d'une grande et subtile question , parce
qu'on ne les a jamais vues s'accoupler. Plusieurs ont
pens qu'elles devaient ncessairement tre formes par
une combinaison de fleurs disposes d'une manire con-
venable cette reproduction : quelques autres croient
qu'elles proviennent de l'accouplement d'un seul individu,
que nous appelons le roi de l'essaim. Ils disent que lui
seul est mle, qu'il est plus grand pour qu'il rsiste mieux
la fatigue ; que, par consquent, la reproduction n'a
pas lieu sans lui, et que les autres abeilles l'accompagnent
comme leur mle, non comme leur chef: opinion assez
probable d'ailleurs , mais rfute par la gnration des
bourdons. Par quelle raison, en effet, le mme accouple-
ment produirait-il des tres parfaits et d'autres imparfaits?
3.
30 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
tur aliquando in extremis favis apes grandiores , qua:
ceteras fugant. Oestrus vocatur hoc malum : quonam
modo nascens, si ipsae fingunt?
Quod certum est, gallinarum modo incubant. Id quod
exclusum est, primum vermiculus videtur candidus, ja-
cens transversus , adhrensque ita ut pars cer videa-
tur. Rex statim mellei coloris , ut electo flore ex omni
copia factus , neque vermiculus , sed statim penniger.
Cetera turba quum formam capere cpit, nymphae vo-
cantur : ut fuci , sirnes , aut cephenes. Si quis alterutris
capita demat , priusquam pennas habeant, pro gratis-
simo sunt pabulo malribus. Tempore procedente instil-
lant cibos , atque incubant, maxime murmurantes, ca-
loris (ut putant) faciendi gratia, necessarii excludendis
pullis , donec ruptis membranis , quae singulos cingunt
ovorum modo , universum agmen emergat. Spectatum
hoc Romae consularis cujusdam suburbano, alveis cornu
laternae translucido factis. Ftus intra xlv diem peragi-
tur. Fit in favis quibusdam, qui vocatur clavus, amarae
duritia cer , quum fetum inde non eduxere morbo aut
ignavia , aut infecunditate naturali. Hic est abortus
apium. Protinus autem educti operantur quadam disci-
plina cum matribus : regemque juvenem qualis turba
comitatur.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL :i 7
La premire hypothse serait plus vraisemblable, si l'on
n'y trouvait une autre difficult : c'est qu'il nat quel-
quefois, dans les derniers rayons, des abeilles plus grandes
qui chassent les autres. Cette espce nuisible se nomme
strus. Comment nat-elle, si les abeilles se produisent
elles-mmes ?
Ce qu'il y a de certain , c'est qu'elles couvent la
manire des poules. Ce qui clt ressemble d'abord un
vermisseau blanc, couch de travers et tellement adh-
rent qu'il semble faire partie de la cire. Le roi, ds-lors,
est de la couleur du miel, comme tant form du choix
de toutes les fleurs : il ne passe point par l'tat de ver ,
mais en naissant il est pourvu d'ailes. Les autres abeilles,
lorsqu'elles commencent prendre une forme, s'appellent
nymphes, comme les bourdons se nomment sirnes ou
cphnes. Si Ion arrache la tte l'une ou l'autre es-
pce avant qu'elle ait des ailes, c'est le mets le plus friand
pour les mres. Au bout de quelque temps elles leur
versent la nourriture goutte goutte, et les couvent en
bourdonnant continuellement, afin de produire, ce que
l'on pense , la chaleur ncessaire pour faire clore leurs
petits; jusqu' ce que, rompant la pellicule qui enve-
loppe chacun d'eux, comme le poussin dans l'uf, tout
l'essaim la fois sorte des cellules. Ce phnomne a t
observ prs de Rome, la campagne d'un consulaire,
qui avait fait construire des ruches avec de la corne
transparente. Au quarante-cinquime jour les petits sont
parvenus l'tat parfait. Dans quelques rayons, l'endur-
cissement d'une cire a mre produit ce qu'on appelle clou,
lorsque les abeilles n'ont pas conduit le couvain terme ,
38 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
Reges plures inchoantur, ne desiot. Postea ex his so-
boles quum adulta esse cpit, concordi suffragio deter-
rimos necant, ne distrahant agmina. Duo autem gnera
eorum : melior niger variusque. Omnibus forma semper
egregia, et duplo quam ceteris major, pennae breviores,
crura recta , ingressus celsior, in fronte macula quodam
diademate candicans. Multum etiam nitore a vulgo dif-
ferunt.
Quae regiminis ratio.
XVII. 17. Quaerat nunc aliquis ,' unusne Hercules
fuerit , et quot Liberi patres, et reliqua vetustatis situ
obruta ? Ecce in re parva, villisque nostris adnexa,
cujus assidua copia est, non constat inter auctores : rex
nullumne solus habeat aculeum , majestate tantum ar-
matus : an dederit eum quidem natura , sed usum ejus
illi tantum negaverit. Ulud constat, imperatorem aculeo
non uti. Mira plebei circa eum obedientia.Quum procedit,
una est totum examen, circaque eum globatur, cingit,
protegit , cerni non patitur. Reliquo tempore , quum
populus in labore est , ipse opra intus circuit, similis
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 3 9
par maladie, ou par paresse, ou par infcondit naturelle.
C'est l'avortement des abeilles. Les petits , aussitt qu'ils
sontclos, travaillent avec les mres, comme pour s'in-
struire leur cole. Le jeune roi emmne sa suite
l'essaim du mme ge.
Elles lvent d'abord plusieurs rois , dans la crainte
d'en manquer; ensuite, lorsqu'ils sont adultes, elles tuent
les moins parfaits d'un commun accord, de peur qu'ils
ne divisent la ruche. Or, il y en a de deux sortes : le
meilleur est noir et tachet. Tous sont d'une forme dis-
tingue, et deux fois plus grands que les autres abeilles.
Leurs ailes sont plus courtes, leurs jambes droites, leur
dmarche fire, et leur front porte une tache blanchtre
en guise de diadme. Ils diffrent aussi beaucoup des
plbiennes par leur clat.
Gouvernement des abeilles.
XVII. 17. Qu'on recherche maintenant, s'il n'a exist
qu'un Hercule, combien il y a eu de Bacchus., et tant
d'autres choses ensevelies sous la rouille des sicles !
Voici un fait bien simple qui se prsente dans toutes nos
campagnes, que nous pouvons vrifier tous les jours , et
sur lequel cependant les auteurs ne sont point d'accord.
Le roi des abeilles est-il seul dpourvu d'aiguillon, et arm
uniquement de sa propre majest; ou bien la nature lui
a-t-elle donn un aiguillon et en a-t-elle refus l'usage lui
seul ? Ce qui est certain , c'est que le roi ne se sert pas
d'aiguillon. Son peuple est envers lui d'une obissance
admirable. Lorsqu'il sort, l'essaim entier l'accompagne,
forme un groupe autour de lui , l'enveloppe, le couvre
40 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
exhortanti, sol us immunis. Circa eum satellites quidam
lictoresque , assidui custodes auctoritatis. Procedit foras
non nisi migraturo examine. Id multo intelligitur ante,
aliquot diebus murmure intus strepente , apparatus in-
dice diem tempestivum eligentium. Si quis alam ei de-
truncet , non fugiet examen. Quum processere , se quae-
que proximam illi cupit esse , et in officio conspici gau-
det. Fessum humeris sublevant : validius fatigatum ex
toto portant. Si qua lassata dficit , aut forte aberravit ,
odore persequitur. Ubicumque ille consedit, ibi cuncta-
rum castra sunt.
Aliquando et laetum omen esse examinum.
XVIII. Tune ostenta faciunt privata ac publica , uva
dependente in domibus templisve, saepe expiata magnis
eventibus. Sedere in ore infantis tum etiam Platonis ,
suavitatem illam praedulcis eloquii portendentes. Sedere
in castris Drusi imperatoris, quum prosperrime pugna-
tum apud Arbalonem est, haud quaquam perptua aru-
spicum conjectura , qui dirum id ostentum existimant
semper. Duce prehenso totum tenetur agmen : amisso
HISTOIRE NATURELLE, UV. XL > 4*
et le drobe tous les regards. Le reste du temps, lorsque
le peuple est ses travaux, il parcourt les ouvrages dans
l'intrieur, comme pour exhorter au travail, dont il est
seul exempt. Autour de lui marchent des satellites et des
licteurs, gardes assidus de son autorit. Il ne sort jamais
que lorsque l'essaim doit quitter la ruche : le dpart est
annonc long-temps d'avance par un bourdonnement qui
se fait entendre plusieurs jours de suite dans la ruche ,
signe certain que les abeilles font leurs apprts, et n'at-
tendent qu'un jour favorable. Si l'on arrache une aile au
roi , l'essaim ne partira pas. Lorsqu'elles sont en marche ,
chacune ambitionne d'tre le plus prs du roi ; leur
joie est d'en tre vues remplissant leur devoir. Lass ,
elles le soutiennent avec leurs paules; trop fatigu, elles
le portent tout--fait. Celles qui restent en arrire par
lassitude, ou qui viennent s'garer, suivent, guides
par l'odorat. En quelque lieu que le roi s'arrte, l'arme
tout entire tablit son camp.
Heureux prsage qu'on peut quelquefois tirer de l'aspect d'un essaim.
XVIII. Alors elles forment des prsages privs et pu-
blics quand elles sont suspendues en grappes dans les
maisons ou dans les temples; prsages souvent accom-
plis par de grands vnemens. Elles se posrent sur la
bouche de Platon encore enfant , pour annoncer la dou-
ceur de son loquence enchanteresse : elles se posrent
dans le camp de Drusus , chef de l'arme romaine , lors-
que l'on combattit , avec le plus heureux succs , auprs
d'Arbalon. La science des aruspices n'est donc pas ton-
4* C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
dilabitur, migratque ad alios. Esse utique sine regc non
possunt. Invit autem interimunt eos , quura plures
fuere, potiusque nascentium domos diruunt, si proven-
tus desperatur : tune et fucos 'abigunt. Quamquam jde
iis video dubitari , propriumque iis genus esse aliquos
existimare, sicut furibus grandissimis inter illas, sed ni-
gris, lataque alvo: ita appellatis, quia furtim dvorent
mella. Certum est , ab apibus fucos interfici. Utique re-
gem non habent. Sed quomodo sine aculeo nascantur,
in quaestione est.
Humido vere raelior ftus : sicco, mel copiosius. Quod
si defecerit aliquas al vos cibus, impetum in proximas
faciunt rapinae proposito. A.t illae contra dirigunt aciem :
et si custos adsit, alterutra pars , quae sibi fa vere sentit,
non apptit eum. Ex aliis quoque saepe dimicant eau-
sis, easque acies contrarias duo imperatores instruunt,
maxime rixa in convebendis floribus exorta , et suos
quibusque evocantibus : quae dimicatio injectu pulveris ,
aut fumo tota discutitur. Reconciliatur vero lact vel
aqua niulsa.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. /,3
jours infaillible , puisqu'ils pensent qu'un tel prsage est
toujours sinistre. En prenant le roi, on est matre de tout
l'essaim : les abeilles l'ont-elles perdu , elles se dispersent
et vont se joindre d'autres chefs : jamais elles ne
peuvent tre sans roi. Elles les tuent regret lorsqu'il
y en a plusieurs; elles prfrent dtruire les cellules o
ils doivent natre , quand elles dsesprent d'une anne
abondante; alors elles chassent aussi les bourdons. Quant
ces derniers , je vois qu'on ne s'accorde, pas sur leur
nature : suivant quelques auteurs , ils forment une es-
pce particulire, comme cette grande espce noire,
large ventre, qui se rencontre parmi les abeilles , et
qu'on nomme larronne, parce qu'elle dvore furtivement
le miel. Il est certain que les abeilles tuent les bour-
dons. Ils n'ont point de roi. Mais comment naissent-ils
sans aiguillon? c'est encore une question rsoudre.
Si le printemps est humide , les essaims multiplient
davantage; s'il est sec, le miel est plus abondant. Si la
nourriture manque dans quelques ruches , les abeilles
se jettent sur les ruches les plus voisines pour les piller.
Celles qu'on attaque les repoussent en bataille ; et , si
le gardien des ruches se trouve l , le parti qui le croit
favorable sa cause s'abstient de toute hostilit son
gard. Elles se font aussi la guerre pour d'autres motifs ;
deux gnraux rangent en bataille les armes ennemies :
le transport des fleurs est la cause la plus ordinaire des
rixes , et chacune appelle ses compagnes son secours.
U n peu de poussire ou de fume spare les combattans.
On les rconcilie avec du lait ou de l'eau mielle.
44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
Gnera apium.
XIX. 18. Apes sunt et rusticae silvestresque, horridae
aspectu, multo iracundiores, sed opre ac labore prses-
tantes. Urbanarum duo gnera : optimae brves , variae-
que , et in rotunditatem compactiles : dtriores long ,
et quibus similitudo vesparum : etiamnun deterrimae
ex iis pilosae. In Ponto sunt quaedam albae, qu bis in
mense mella faciunt. Circa Thermodoontem autem flu-
vium duo gnera: aliarum, qu in arboribus mellificant:
aliarum , quae sub terra, triplici cerarum ordine, uber-
rimi proventus.
Aculeum apibus natura ddit ventri consertum. Ad
unum ictum hoc infixo, quidam eas statim emori pu-
tant. Aliqui non nisi in tantum adacto , ut intestin i
quidpiam sequatur : sed fucos postea esse , nec melia
facere , velut castratis viribus , pariterque et nocere et
prodesse desinere. Est in exemplis , equos ab iis oc-
cisos. V
Odere fdos odores, proculque fugiunt, sed et fictos.
Itaque unguenta redolentes infestant, ipsae plurimorum
animalium iujuriis obnoxi. Impugnant eas naturae ejus-
dem dgnres vespae , atque crabrones , _etiam e culi-
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XI. 4 5
Des diverses espces d'abeilles.
XIX. 18. On trouve aussi, dans les campagnes et les
forts, des abeilles sauvages d'un aspect rude, beaucoup
plus irascibles, mais plus habiles et plus laborieuses. Les
abeilles domestiques sont de deux sortes : les meilleures
sont courtes , nuances et ramasses dans leur corpu-
lence ; les autres, moins bonnes , sont longues et sem-
blables aux gupes ; les pires de toutes , parmi ces der-
nires, sont celles qui sont velues. Il y a dans le Pont
des abeilles blanches qui font du miel deux fois par mois.
Aux environs du fleuve Thermodon , on en trouve une
espce qui fait son miel dans les arbres, et une autre
qui le fait sous terre, avec trois rangs de rayons; elles
sont d'un trs -grand produit.
La nature a donn aux abeilles un aiguillon attach
au ventre. Quelques-uns pensent qu'au premier coup
qu'elles en donnent il reste dans la blessure , et qu'elles
meurent aussitt ; d'autres croient qu'elles ne meurent
que lorsqu'elles l'ont enfonc assez avant pour qu'il en-
trane une portion de l'intestin ; qu'au reste , perdant
leurs forces avec leur aiguillon , elles deviennent de
simples bourdons et ne font plus de miel , dsormais
impuissantes pour nuire ou pour tre utiles. H y a des
exemples de chevaux tus par les abeilles.
Elles dtestent et fuient les mauvaises odeurs, et mme
les odeurs factices ; aussi les voit-on harceler ceux qui
portent des parfums , ayant d'ailleurs se dfendre
elles-mmes contre plusieurs animaux. Les gupes, es-
46 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
cura gnre, qui vocantur muliones : populantur hi-
ruudines , et quaedam aliae aves. Insidiantur aquantibus
ranae, quae maxima earum est operatio tum,'quum so-
bolem faciuut. Nec hae tantum , quae stagna rivosque
obsident, verum etrubelae veniunt ultro, adrepentesque
foribus per eas suflant : ad hoc [provolant , confestim-
que abripiuntur. Nec sentire ictus apium ranae tradun-
tur. Inimicae et oves , difficile se a lanis earum expli-
cantibus. Cancrorum etiam odore, si quis juxta coquat,
exanimantur.
De morbis apium.
XX. Quin et morbos suapte natura sentiunt. Index
eorum tristitia torpens , et quum ante fores in teporem
solis promotis aliae cibos ministrant , quum defunctas
progerunt, funerantiumque more comitantur exsequias.
Rege ea peste consumpto maeret plebs ignavo dolore ,
non cibos convehens , non procedens , tristi tantum
murmure glomeratur circa corpus ejus. Subtrahitur ita-
que diducta multitudine : alias spectantes exanimem ,
luctum non minuunt. Tune quoque ni subveniatur, fam
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. /, 7
pce btarde du mme genre ; les frelons , et l'espce de
cousins qu'on nomme mulions , leur font la guerre. Les
hirondelles et quelques autres oiseaux les dtruisent en
grande partie. Les grenouilles leur tendent des embus-
cades lorsqu'elles vont chercher de l'eau , ce qui est leur
plus grande occupation dans le temps qu'elles lvent
leurs petits. Je ne parle pas seulement de celles qui les
attendent au bord des tangs et des ruisseaux : mais les
grenouilles buissonnires viennent aussi les chercher; et,
se glissant prs des ruches, elles soufflent par les portes.
ce bruit les abeilles sortent et sont saisies l'instant.
On dit que les grenouilles sont insensibles la piqre
des abeilles. Les moutons sont encore dangereux pour
elles , parce qu'elles ont de la peine se dgager de leur
laine. L'odeur des crevisses , si l'on en fait cuire dans le
voisinage , les fait mourir.
Maladies des abeilles.
XX. Elles ont aussi leurs maladies particulires. Elles
paraissent alors tristes et engourdies : on les voit offrir
des alimens celles qu'elles ont exposes la chaleur
du soleil devant la porte de la ruche, emporter celles
qui sont mortes , et accompagner leur corps comme
pour leur rendre les derniers devoirs. Si le roi succombe
la maladie, le peuple constern s'abandonne la dou-
leur ; les travaux cessent , personne ne sort , toutes
s'attroupent en bourdonnant tristement autour de son
corps. On l'enlve donc en cartant la multitude, autre-
ment la vue du cadavre entrelient leur deuil ; mme, si
48 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
moriuntur. Hilaritate igitur, et nitore sanitas aesti-
natur.
19. Sunt et operis morbi : quum favos non expient,
claron vocant. Item blapsigoniam , si fetum non pera-
gunt.
Quae inimica apibus.
XXI. Inimica est et cho resultanti sono, qui pavi-
das alterno pulset ictu : inimjca et nebula. Aranei quo-
que vel maxime hostiles , quum praevaluere ut intexant ,
enecant alveos. Papilio etiam ignavus et inhonoratus,
luminibus accensis advolitans, pestifer, nec uno modo.
Nam et ipse ceras depascitur, et relinquit excrementa,
quibus teredines gignuntur : fila etiam araneosa , qua-
cumque incessit, alarum maxime lanugine obtexit. Nas-
cuntur et in ipso ligno teredines , quae ceras praecipue
appetunt. Infestt et aviditas pastus , nimia florum sa-
tietate , verno maxime tempore : alvo cita. Oleo quidem
non apes tantum , sed omnia insecta exanimantur, prae-
cipue si capite uncto in sole ponantur. Aliquando et
ipsae contrahunt mortis sibi causas , quum sensere eximi
mella, avide vorantes. Cetero praeparcae, et quae alioqui
prodigas atque edaces , non secus ac pigras atque igna-
vas proturbent. Nocent et sua mella ipsis, illitaeque ab
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 49
l'on n ? a soin de pourvoir leur subsistance, elles se
laissent mourir de faim. La gat et la fracheur sont
donc chez elles les signes de la sant.
19. Leurs ouvrages ont aussi des maladies : celle
qu'on nomme elaros, lorsque les abeilles n'emplissent pas
leurs rayons; et celle qu'on appelle blapsigonie, lors-
qu'elles n'amnent pas le couvain terme.
Ce qui est contraire aux abeilles.
XXI. L'cho leur est galement contraire par ce son
retentissant et alternatif, qui les frappe et les effraie. Le
brouillard ne leur est pas moins nuisible ; mais leur en-
nemi le plus redoutable, c'est l'araigne, qui dtruit la
ruche entire quand elle est parvenue y tendre sa toile.
Ce lche et vil papillon , qui voltige autour des flam-
beaux allums , leur nuit aussi de plus d'une manire.
Il mange la cire, et laisse des ordures o s'engendrent
les trdo ; de plus, il masque les fils d'araigne, qu'il
couvre du duvet de ses ailes partout o il passe. Dans
le bois naissent aussi des trdo, qui attaquent parti-
culirement la cire. Leur propre intemprance leur est
funeste : les fleurs qu'elles mangent avec excs, sur-
tout au printemps , leur donnent le flux de ventre.
L'huile tue les abeilles, ainsi que tous les insectes, prin-
cipalement lorsque, aprs leur en avoir enduit la tte,
on les expose au soleil. Quelquefois elles deviennent
elles-mmes la cause de leur mort , en dvorant le miel
quand elles s'aperoivent qu'on l'enlve. Du reste, elles
sont trs-mnagres : les prodigues et les gourmandes ,
vin. 4
5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
adversa parte moriunlur. Tt hostibus, tt casibus , (et
quotam portionem eorum commemoro ? ) tam munifi-
cum animal expositum est. Remdia dicemus suis locis:
nunc enim sermo de natura est.
De continendis apibus.
XXII. 20. Gaudent plausu atque tinnitu aeris, eoque
convocantur. Quo manifestum est, auditus quoque inesse
sensum. Effecto opre , educto ftu , functo munere
omni, exercitationem tum solemnem habent : spatia-
taeque in aperto , et in altum data? , gyris volatu editis ,
tum demum ad cibum redeunt. Vita eis longissima , ut
prospre inimica ac fortuita cdant , septenis annis uni-
versa. Alvos numquam ultra decem annos durasse pro-
ditur. Sunt qui mortuas , si intra tectum hieme serven-
tur, deinde sole verno torreantur, ac ficulneo cinere toto
die foveantur, putent revivescere.
De reparandis.
XXIII. In totum vero amissas reparari ventribus bu-
bulis recentibus cum fmo obrutis : Virgilius juvencorum
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 5i
comme les lches et les paresseuses , sont impitoyable-
ment chasses. Leur miel mme leur est funeste ; quand
on en frotte la partie antrieure de leur corps , elles
meurent. A combien d'ennemis, combien d'accidens
( et encore n'en cit-je qu'une faible partie ) est expos
un animal que sa munificence nous rend si prcieux !
Nous indiquerons les remdes en leur lieu , car mainte-
nant nous ne traitons que de leur nature.
"Moyen de contenir les abeilles.
XXII. 7.0. Le tintement de l'airain les rjouit , et ce
son les rallie; ce qui dmontre qu'elles ont aussi le sens
de l'oue. Les ouvrages achevs , les petits clos , toutes
leurs fonctions remplies , elles se livrent alors aux exer-
cices d'usage. Rpandues dans la plaine , leves dans
les airs, elles volent en tournoyant, et ne rentrent que
pour le repas. Leur vie la plus longue , si elles ont le
bonheur d'chapper tous les ennemis , tous les ac-
cidens , est de sept ans en tout. On prtend que jamais
ruche n'a dur plus de dix ans. Suivant quelques au-
teurs , les abeilles mortes , gardes pendant l'hiver la
maison , exposes ensuite au soleil du printemps , et
chauffes pendant un jour dans la cendre de figuier,
sont rappeles la vie.
Moyen de repeupler les ruches.
I
I XX!^ Si l'espce est totalement dtruite , on peut
la reproduire avec le ventre d'un buf tu rcemment ,
4-
5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
corpore exanimato, sicut equorum vespas atque crabro-
nes, sicut asinorum scarabaeos, mutante natura ex alis
quaedam in alia. Sed horuin omnium coitus cernuntur.
Et tamen in ftu eadein prope natura , quae apibus.
De vcspis et crabronibus. Quae animalia ex alieno suum faciant.
XXIV. 21. Vespae in sublimi e luto nidos faciunt ,
et in his ceras : crabrones in cavernis , aut sub terra.
Et borum omnium sexangulae cellae. Cera autem corti-
cea et araneosa. Ftus ipso iuaequalis, et barbarus; alius
evolat , alius in nympba est , alius in vermiculo. Et au-
tumno , non verno , omuia ea. Plenilunio maxime cres-
eunt. Vespae , quae icbneumones vocantur ( sunt autem
minores, quam aliae), nnum genus ex araneis perimunt,
phalangium appellatum , et in nidos suos ferunt , deinde
illinunt, et ex iis incubando suum genus procrant.
Praeterea omnes carne vescuntur , contra quam apes ,
quae nullum corpus attingunt. Sed vespae muscas gran-
diores venantur : et amputato iis capite, reliquum corpus
auferunt. Crabronum silvestres in arborum cavernis de-
gunt : hieme, ut cetera insecta conduntur : vita biiua.|
tum non transit. Ictus eorum baud temere sine febri est.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 53
et enterr dans le fumier. Suivant Virgile , le corps d'un
jeune buf, qu'on a fait expirer sous les coups, produit
des abeilles , comme le corps d'un cheval produit les
gupes et les frelons, et celui d'un ne les scarabes ,
la nature changeant certains animaux en d'autres. Mais
on voit l'accouplement de ces dernires espces ; nan-
moins elles lvent leurs petits presque la manire des
abeilles.
Des gupes , des frelons. Animaux qui s'approprient le fruit du
travail d'autrui.
XXIV. 1 1 . Les gupes font leurs nids avec de la bouc
dans un lieu lev et y construisent des gteaux. Les
frelons s'tablissent dans des trous ou sous terre. Toutes
leurs alvoles sont hexagones. Leur cire tient de l'corce
et de la toile d'araigne. Leurs petits closent sans
rgularit et sans ordre. Les uns volent, tandis que
les autres sont encore l'tat de nymphe ou de ver ;
et tout cela s'opre en automne, et non au printemps.
Us prennent , dans la pleine lune , leur plus grand ac-
croissement. Les gupes qu'on nomme iclmeumons (elles
sont plus petites que les autres ) tuent une'espce d'arai-
gne qu'on appelle phalangium , la portent dans leurs
nids , pondent dans le cadavre , qu'elles enduisent de
boue , et , en couvant , font clore leurs petits. Au
surplus, toutes se nourrissent de chair, au lieu que les
abeilles ne touchent aucun cadavre. Les gupes font
la chasse aux grosses mouches ; et, aprs leur avoir-
t la tte , elles emportent le reste du corps. Les
frelons des bois vivent dans des creux d'arbres ; l'hiver
54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
uctores sunt, ter novenis punctis interfici hominem.
Aliorum , qui mitiores videntur, duo gnera : opifices ,
minores corpore , qui raoriuntur hieme : matres , quae
biennio durant: ii et clmentes. Nidos vere faciunt, fere
quadrifores , in quibus opifices generentur. lis eductis ,
alios deinde nidos majores fingunt , in quibus matres
futuras producant. Jam tum opifices funguntur munere,
et pascunt eas. Latior matrum species : dubiumque an
habeant aculeos , quia non^ egrediuntur. Et his sui fuci.
Quidam opinantur omnibus his ad hiemem decidere
aculeos. Nec crabronum autem , nec vesparum gcneri
reges, aut examina : sed subinde renovatur multitudo
sobole.
De bombyce assyria.
XXV. 22. Quartum inter hc genus est bombycurn,
in Assyria proveniens , majus quam supra dicta. Nidos
luto fingunt, salis specie , adplcatos lapidi, tanta du-
ritie, ut spiculis pcrforari vix possitit. In iis et ceras lar-
gius, quam apes, faciunt : deinde majorem vermiculuin.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 55
ils se renferment, comme les autres insectes ; leur vie
n'excde pas deux ans. Il est rare que leur piqre ne cause
pas la fivre: vingt-sept de ces piqres, suivant quelques
auteurs , suffisent pour tuer un homme. D'autres fre-
lons , qui semblent plus doux, se divisent en deux es-
pces : les travailleurs, plus petits, qui meurent l'hiver;
et les frelons-mres, qui vivent deux ans, et ne font
point de mal. Au printemps , elles construisent des nids
qui , d'ordinaire , ont quatre ouvertures , et o elles
enfantent les travailleurs. Lorsque ceux-ci sont levs ,
elles font d'autres nids plus grands , pour y produire
celles qui doivent tre mres. Ds-lors les travailleurs
remplissent leur fonction et les nourrissent. Les mres
sont d'une forme plus grande : il est douteux qu'elles
aient un aiguillon , car elles ne le montrent pas. Les
frelons ont aussi leurs bourdons. Quelques-uns croient
que tous ces insectes perdent leur aiguillon l'approche
de l'hiver. Ni les frelons ni les gupes n'ont de rois et
ne jettent d'essaims : l'espce se renouvelle successive-
ment par des reproductions individuelles.
Du bombyce d'Assyrie.
XXV. 11. Une quatrime espce , dans ce genre d'in-
sectes, est celle des bombyces, qui appartiennent l'As-
syrie, et sont plus grands que les prcdens. Ils btissent,
avec de la boue contre les pierres , des nids qui ont
l'aspect du sel , et d'une telle duret, qu'on peut peine
les percer avec un javelot. Ils y font de la cire en plus
grande quantit que les abeilles , et le ver qu'ils pro-
duisent est aussi plus gros.
56 C. PLINI1 HIST. NAT. LIB. XI.
De bombyliis necydalis. Quae prima invenerit bombycinam vestem.
XXVI. Et alia horum origo : e grandiore vermiculo,
gemina protendente sui generis cornua, primum eruca
ft : deinde quod vocatur bombylius : ex eo necydalus :
ex hoc in sex mensibus. Bombyces telas araneorum modo
texunt ad vesteni'luxumque feminarum, quae bombycina
appellatur. Prima eas redordiri , rursusque texere inve-
nit in Ceo mulier Pamphila, Latoi filia, non fraudanda
gloria excogitalas rationis , ut denudet feminas vestis.
De bombyce Coa. Quomodo conficiatur Coa vestis.
XXVII. a3. Bombycas et in Co insula nasci traduut,
eupressi , terebinthi , fraxini , quercus florem imbribus
decussum terrae halitu animante. Fieri autem primo pa-
piliones parvos , nudosque : mox frigorum impatientia
villis inhorrescere , et adversum hiemem tunicas sibi
instaurare densas , pedum asperitate radentes foliorum
lanuginem vellere : banc ab bis cogi unguium carmi-
natione , mox trahi inter ramos , tenuari ceu pectine.
Postea adprehensam corpori involvi nido volubili. Tu m
ab homine tolli, fictilibusque vasis tepore et furfurum
esca nutriri : atque ita subnasci sui generis plumas ,
p
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 5 7
Des ncydales bombyliennes. Inventeur des toffes bombycines.
XXVI. On connat encore des bombyles d'une origine
diffrente : ils proviennent d'un gros ver, arm de deux
cornes d'espce particulire , qui d'abord devient che-
nille, puis bombyle, enfin ncydale, et cela dans l'espace
de six mois. Les bombyces , la manire des araignes ,
ourdissent, pour l'habillement et la parure des femmes,
une toile qui s'appelle bombycine. L'art de dvider cette
toile et d'en faire des tissus fut invent dans l'le deCos,
par la fille de La tous, Pamphila, qui nous ne devons
pas drober la gloire d'avoir trouv pour les femmes un
vtement qui les montre nues.
Du bombyce de Cos. Comment se font les tissus de Cos.
XXVII. 23. On dit qu'il nat aussi des bombyces dans
l'le de Cos , o la vapeur de la terre anime les fleurs
que les pluies ont fait tomber du cyprs, du trbinthe,
du frne et du chne. Il se forme d'abord de petits pa-
pillons qui sont nus; bientt, pour se garantir du froid,
ils se couvrent de poils , et se fabriquent d'paisses tu-
niques contre la rigueur de l'hiver, en arrachant le duvet
des feuilles, qu'ils grattent avec les asprits de leurs
pieds ; ils le ramassent en un tas, le cardent avec leurs
ongles, le tranent sur les branches, et l'effilent comme
avec un peigne; ensuite ils saisissent les brins, et en for-
ment une couverture qu'ils roulent autour d'eux. Alors
on les emporte , on les dpose dans des vases de terre ,
53 C. PLINII HIST. NAT, LIB. XI.
quibus vestitos ad alia pensa dimitti. Quae vero coepta
sint lanificia , humore lentescere : mox in fila tenuari
junceo fuso. Nec puduit lias vestes usurpare etiam vi-
ros , levitatem propter aestivara. In tantum a lorica ge-
renda discessere mores, ut oneri sit etiam vestis. Assyria
tamen bombyce adhuc feminis cedimus.
De araneis : qui ex his texant : quae materiae natura ad texendum.
XXVIII. il\. Araneorum his non absurde jungatur
natura , digna vel praecipue admiratione. Plura autem
sunt gnera, nec dictu necessaria in tan ta notitia. Pha-
langia ex his appellantur, quorum noxii morsus, corpus
exiguum, varium, acuminatum, adsultim ingredientium.
Altra eorum species , nigri , prioribus cruribus longis-
simis. Omnibus internodia terna in cruribus. Luporum
minimi, non texunt. Majores interna et cavernis exigua
vestibula praepandunt. Tertium eorumdem genus eru-
dita operatione conspicuum. Orditur telas , tantique
operis materiae utrus ipsius sufficit : sive ita corrupta
alvi natura stato tempore , ut Democrito placet : sive
est quaedam intus lanigera fertilitas : tam moderato un-
gue , tam tereti filo , et tam aequali deducit stamina ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 5 9
o ils sont entretenus par une douce chaleur, et nourris
avec du son. Il leur pousse des ailes d'une espce parti-
culire. Dans cet tat, on leur rend la libert pour qu'ils
entreprennent d'autres travaux. Jete dans l'eau , la toile
qu'ils ont ourdie s'amollit, puis on la file avec un fuseau
de jonc. Les hommes n'ont pas eu honte d'usurper ces
toffes, parce qu'elles sont lgres pour l't. Il est si loin
de nos murs de porter la cuirasse , que nos vtemens
mme sont une charge incommode. Toutefois , nous lais-
sons encore aux femmes la bombyee assyrienne.
Des araignes : quelles espces parmi elles font de la toile, et quelle
est la matire du tissu.
XXVIII. il\. Ici se place convenablement l'histoire
des araignes, sujet assurment digne d'admiration. Il y
en a plusieurs espces , trop connues pour qu'il soit n-
cessaire d'en parler avec dtail. On nomme phalangium
celles dont la morsure est venimeuse, le corps bigarr,
court, effil, et qui marchent en sautant. Dans cette es-
pce il en est de noires, dont les jambes antrieures sont
trs-allonges. Toutes ont trois articulations aux jambes.
Les araignes-loups de la petite espce ne filent point; les
grandes tendent de petites toiles l'entre et au dedans
de leurs trous. Une troisime espce est remarquable par
son savant travail : elle ourdit des toiles , et son ventre
fournit seul la matire d'un si grand ouvrage, soit que
les parties dont il est form se dcomposent poque
fixe , comme le prtend Dmocrite , soit qu'elle possde
intrieurement la facult de produire cette espce de laine.
6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
ipso se pondre usus. Texere a medio incipit , eireinato
orbe subtegmina adnectens maculasque paribus semper
intervallis , sed subinde crescentibus , ex angusto dila-
tans indissolubili nodo implicat. Quanta arte celt pe-
dicas , ac scutulato rete grassantes ! quam non ad hoc
videtur pertinere crebrataepexitas telae , et quadam po-
liturae arte , ipsa per se tenax ratio tramoe ! quam laxus
ad flatus, ac non respuenda quae veniant, sinus! Dere-
licta lasso praetendi summa parte arbitrere licia : at illa
difficile cernuntur, atque ut in plagis lineae offensae, prae-
cipitant in sinum. Specus ipse qua concameratur archi-
tectura ! et contra frigora quanto villosior ! quam remo-
tus a medio, aliudque agentis similis! inclusus vero sic,
ut sit, nec ne, intus aliquis, cerni non possit! Age, fir-
mitas : quanto rumpentibus ventis? qua pulverum mole
degravante ? Latitudo telae saepe inter duas arbores ,
quum exercet artem et discit texere : longitudo fili a cul-
mine, ac rursus a terra per illud ipsum velox recipro-
catio : subitque pariter ac fila deducit. Quum vero ca-
ptura incidit,quam vigilans et paratus adcursum? licet
extrema hreat plaga , semper in mdium currit: quia
sic maxime totum concutiendo implicat. Scissa protinus
reficit , ad polituram sarciens. Namque et lacertarum
catulos venautur : os primum tela involventes , et tune
demum labra utraque morsu adprehendeutes , amphi-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 61
Quelle rgularit, quelle galit dans ces fils que son ongle
arrondit et faonne en tissus ! et cependant son propre
poids lui tient lieu de fuseau. Elle commence son tissu
par le milieu , puis elle tend la trame en forme circu-
laire ; largissant les mailles intervalles gaux et pro-
gressivement croissans, elle les runit par un nud in-
dissoluble. Avec quel art elle cache les lacets meurtriers
que forment ses rseaux ! Qui souponnerait que cette
loile moelleuse et garnie d'un long duvet, que cette trame
ferme et solide, dont l'art semble avoir poli la surface,
ne sont en ralit qu'un pige trompeur ? Au centre ,
quelle souplesse, pour se prter au souffle du vent , et ne
pas rejeter les objets qui se prsentent ! On croirait que
les fils tendus aux extrmits ont t abandonns par l'ou-
vrire puise de fatigue ; mais ces fils sont difficilement
aperus, et, comme les cordons de nos toiles de chasse,
prcipitent dans le filet l'animal qui les rencontre ! La
caverne elle-mme, avec quelle savante architecture elle
est vote ! et combien , plus que le reste , elle est rem-
bourre contre le froid ! Comme l'araigne se tient carte
du centre, paraissant occupe de tout autre chose, et
tellement renferme, qu'il est impossible devoir si le lieu
est ou n'est pas habit! Observez la fermet de l'ouvrage :
quels vents peuvent le briser, quels amas de poussire le
rompre? La largeur de la toile s'tend souvent d'un arbre
l'autre, lorsque l'araigne s'exerce et fait apprentissage
de son art. En longueur, l'araigne tend son fil du som-
met de l'arbre la surface du sol, et, tout en remontant
rapidement le long de ce mme fil , elle en ramne un
nouveau , puis elle redescend en continuant la mme
6i C. PLINII HLST. NAT. LIB. XI.
theatrali spectaculo , quum contigit. Sunt ex eo et au-
guria. Quippe incremento amnium futuro telas suas
allius tollunt. Iidem sereno non texunt, nubilo texunt.
Ideoque multa arauea imbrium sigua sunt. Feminam
putant esse quae texat , marem qui venetur : ita paria
fieri mrita conjugio.
Generatio araneorum.
XXIX. Aranei conveniunt clunibus : pariunt vermi-
culos ovis similes. Nam nec horum differri potest geni-
tura , quoniam insectorum vix ulla alia narratio est.
Pariunt autem ova ea in telas, sed sparsa, quiasaliunt,
atque ita emittunt. Phalangia tantum in ipso specu in-
cubant magnum numerum : qui ut emersit, matrem
consumit , saepe et patrem : adjuvat enim incubare. Pa-
riunt autem et trecenos , cetera? pauciores. Et incubant
triduo. Consummantur aranei quater septenis diebus.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 63
manuvre. Si quelque animal s'est pris au filet, quelle vi-
gilance ! quelle promptitude accourir! La proie est-elle
arrte l'une des extrmits, elle court toujours au cen-
tre ; car c'est en agitant la toile dans toutes ses parties
qu'elle enlace le plus l'animal. La toile est-elle dchire ,
elle la raccommode l'instant, sans qu'il paraisse aucune
reprise. Les araignes prennent mme de petits lzards :
elles commencent par leur museler la gueule avec leur fil,
puis elles leur saisissent et leur mordent les lvres : spec-
tacle comparable ceux du Cirque , quand un heureux
hasard l'offre nos yeux! On en tire aussi des prsages.
Quand il doit survenir une crue d'eau , elles portent plus
haut leurs toiles. Elles ne filent pas dans les temps sereins,
elles filent dans les temps nbuleux; aussi le grand nombre
de toiles d'araigne est-il un signe de pluie. On pense que
c'est la femelle qui file, et le mle qui chasse : ainsi , dans
le mnage, chacun contribue galement au bien commun.
Gnration des araignes.
-,4|
XXIX. Les araignes s'accouplent par derrire, et pro-
duisent de petits vers semblables des ufs. Je ne puis
en effet tarder plus long-temps parler de leur gnra-
tion , puisque nous n'aurons presque rien dire de celle
des autres insectes. Elles rpandent les ufs sur leurs
toiles; ils sont pars et l , parce qu'elles les jettent
en sautant. Les phalangium seulement en couvent dans
leur trou un grand nombre. Ds que les petits sontclos,
ils dvorent la mre, et souvent mme le pre; car il par-
tage avec elle les fonctions de l'incubation. Elles produi-
sent jusqu' trois cents petits, les autres espces un plus
6ft C. PLINI HIST. NAT. LIB. XI.
De scorpionibus.
XXX. i5. Similiter his et scorpiones terrestres, ver-
miculos ovorum specie pariunt , similiterque pereunt :
pestis importuna, veneni serpentium, nisi quocl gravioro
supplieio lenta per triduum morte conficiunt, virginibus
letali semper ictu , et feminis fere in totum : viris autem
matutino, exeuntes cavernis, priusquam aliquo fortuito
ictu jjunum egerant venenum. Semper cauda in ictu
est : nulloque momento meditari cesst, ne quando desit
occasioni. Ferit et obliquo ictu , et inflexu. Venenum ab
iis candidum fundi Apollodorus auctor est, in novem
gnera descriptis , per colores maxime : super vacuo ,
quoniam non est scire , quos minime exitiales prdixe-
rit. Geminos quibusdam aculeos esse : maresque saevis-
simos. Nam coitum iis tribuit. Intelligi autem gracilitate
et longitudine. Venenum omnibus medio die , quum in-
candueresolisardoribus : itemquequum sitiunt, inexpie-
biles potu. Constat et septena caudse internodia saeviora
esse : pluribus enim sena sunt. Hoc malum Afric vo-
lucre etiam austri faciunt, pandentibus brachia , ut re-
migia sublevantes. Apollodorus idem , plane quibusdam
inesse pennas tradit. Saepe Psylli, qui reliquarum venena
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL G 5
petit nombre. L'incubation dure trois jours : au bout de
vingt-huit , les araignes ont pris leur accroissement.
Des scorpions.
XXX. 2 5. Ainsi que les araignes , les scorpions
terrestres produisent de petits vers qui ont l'apparence
d'oeufs, et ils prissent de la mme manire: peste mau-
dite, qui porte le poison des serpens, mais dont la pi-
qre , par un supplice plus cruel, fait endurer pendant
trois jours les angoisses d'une mort lente , est toujours
fatale aux jeunes filles , et presque toujours aux femmes :
elle est mortelle pour les hommes le matin , lorsque l'in-
secte , sortant jeun de son trou , n'a pas trouv l'oc-
casion de rpandre son venin. Sa queue est toujours
prte frapper, et l'animal est continuellement attentif
pour ne pas manquer l'occasion. Il frappe, et de biais
et en se repliant. Le venin de cet insecte est blanc, sui-
vant Apollodore , qui dcrit neuf espces de scorpions ,
en les distinguant principalement par leurs couleurs :
dtail superflu , puisqu'on ne peut savoir lesquels il a
signals comme les moins nuisibles. Il prtend que cer-
taines espces ont un double aiguillon , et que les mles
sont les plus dangereux, car il leur attribue la facult
de s'accoupler. On les reconnat ce qu'ils sont plus
minces et plus longs que les femelles. Tous sont gale-
ment venimeux au milieu du jour, lorsqu'ils ont t
chauffs par l'ardeur du soleil. Quand ils ont soif, ils
ne peuvent se rassasier de boire. Il est certain que ceux
qui ont sept noeuds la queue sont les plus redoutables;
vm. fit
66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
terrarum invehentes quaestus sui causa peregrinis malis
impie vere Italiam , hos quoque importare conati sunt :
sed vivere intra Siculi caeli regionem non potuere. Vi-
suntur tamen aliquando in 1 talia . sed innocui, multis-
que aliis in locis , ut circa Pharum in iEgypto. In Scy-
thia interimunt etiain sues, alioqui vivaciores contra
venena talia : nigras quidem celerius , si in aquam se
immerserint. Homini icto putatur esse remedio ipsorum
cinis potus in vino. Magnam adversitatem oleo mersis,
et stellionibus putant esse , innocuis dumtaxat iis , qui
et ipsi carent sanguine , lacertarum figura. Atque scor-
piones in totum nullis nocere , quibus non sit sanguis.
Quidam et ab ipsis fetum devorari arbitrantur. Unum
modo relinqui solertissimum , et qui se ipsius matris
clunibus imponendo , tutus et a cauda et a morsu loco
fit. Hune esse reliquorum ultorem , qui postremo ge-
nitores superne conficiat. Pariuntur autem undeni.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 67
la plupart n'en ont que six. Ce flau de l'Afrique em-
prunte des ailes au vent du midi , en tendant ses bras,
qu'il agite comme des rames. Le mme Apollodore
rapporte qu'il y a des scorpions vraiment ails. Sou-
vent les Psylles, qui font mtier de transporter les poi-
sons de contres en contres , et qui ont rempli l'Italie
de flaux trangers, ont essay d'y importer les scor-
pions volans ; mais ceux-ci n'ont pu vivre sous le climat
de la Sicile : cependant on en voit quelquefois en Italie ,
mais qui ne font point de mal; et en beaucoup d'autres
lieux, comme aux environs de Pharos en Egypte. Dans
la Scythie, ils tuent mme les porcs, qui, d'ailleurs,
rsistent le mieux ces sortes de venins , et les noirs
plus vite que les autres, s'ils se plongent dans l'eau
aprs avoir t piqus. On pense que la cendre du
scorpion , prise dans du vin , est un remde pour
l'homme bless. L'huile est , dit-on , un poison mortel
pour les scorpions et pour les stellions ; ceux-ci n'-
pargnent que les animaux, comme eux privs de sang;
leur forme est celle du lzard. Les scorpions, en gn-
ral , ne font point non plus de mal aux animaux qui
n'ont pas de sang. Quelques-uns pensent qu'ils dvo-
rent leurs petits ; que le plus adroit chappe seul , en
se plaant sur la croupe de la mre , o il n'a rien
craindre de sa piqre et de sa morsure ; qu'il est le
vengeur de tous les autres , car il finit par tuer le pre
et la mre. Les scorpions font ordinairement onze
petits.
5.
68 C. PLTNII HIST. NAT. LIB. XI.
De stellionibus.
XXXI. 16. Chamaeleonum stelliones quodammodo
naturam habent, rore tantum vi ventes, praeterque ara-
neis.
De cicadis : sine ore esse , exitu cibi.
XXXII. Similis cicadis vita : quarum duo gnera :
minores, quae prim proveniunt, et novissimae pereunt:
suut autem mutae. Sequens est volatu rara. Quae ca-
nunt, vocantur achetae : et quae minores ex his sunt,
tettigoniae : sed illae magis canorae. Mares canunt in
utroque gnre : feminae silent : gentes vescuntur iis ad
Orientem , etiam Parthi opibus abundantibus. Ante coi-
tum mares praeferunt , a coitu feminas , ovis earum
conceptis , quae sunt candida. Coitus supinis. Asperitas
jacuta in dorso, qua excavant fetur locum in terra.
Fit primo vermiculus, dein ex eo, quae vocatur teltigo-
metra , cujus cortice rupto circa solstitia evolant , noctu
semper : primum nigrae atque durae. Unum hoc ex iis
quae vivunt , et sine ore est. Pro eo quiddam aculeata-
rum linguis simile , et hoc in pectore , quo rorem lam-
bunt. Pectus ipsum fistulosum : hoc canunt achetae , ut
diximus. De cetero in ventre nihil est. Excitatae quum
subvolant , humorem reddunt , quod solum argumen-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 69
Des stellions.
XXXI. 26. Les stellions tiennent de la nature des ca-
mlons, ne vivant que de rose et d'araignes.
Des cigales : absence de la bouche et de l'anus chez ces animaux.
XXXII. Les cigales vivent de la mme manire , el
forment deux espces : les petites, qui naissent les pre-
mires et meurent les dernires ; elles sont muettes :
l'autre espce vole rarement. Celles qui chantent sont
nommes achtes, el les plus petites tettigonies; mais les
autres ont plus de voix. Dans les deux espces , les mles
chantent , les femelles sont muettes. Les peuples de l'O-
rient, mme les Parthes, qui vivent au sein de l'abon-
dance, mangent les cigales. Ils prfrent les mles avant
l'accouplement, et les femelles aprs, et lorsqu'elles onl
conu leurs ufs , qui sont blancs. Elles s'accouplent
renverses. Elles ont au dos une saillie aigu, avec la-
quelle elles creusent la terre pour y dposer leurs ufs.
Il se forme d'abord un vermisseau , qui devient ce qu'on
nomme tettigomtre; vers le solstice, les petits rompent
leur enveloppe et s'envolent , ce qui arrive toujours la
nuit. Les cigales sont d'abord noires et dures. De tous
les tres vivans, c'est le seul qui n'ait point de bouche;
mais elles ont la poitrine quelque chose qui ressemble
la langue des insectes arms d'aiguillon , et qui leur
sert pomper la rose. La poitrine elle-mme n'est
qu'une espce de tuyau : c'est l que se forme la voix
70 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
tum est rore eas ali. Iisdem solis, nullum ad excrementa
corporis foramen. Oculi tam hebetes, ut si quis digi-
tum contrahens ac remittens iis adpropinquet , transeant
velut in folia. Quidam duo alia gnera faciunt earum :
surculariam, quse sit grandior : frumentariam|, quam alii
avenariam vocant. Apparet enim simul cum frumentis
arescentibus.
17. Cicadae non nascuntur in raritate arborum : id-
circo non sunt Cyrenis circa oppidum : nec in campis ,
nec in frigidis aut umbrosis nemoribus. Est quaedam et
iis locorum differentia. In Milesia regione paucis sunt
locis. Sed in Cephalenia amnis quidam penuriam earum
et copiam dirimit. At in rhegino agro silent omnes :
ultra flumen in Locrensi canunt. Pennarum illis natura
quae apibus , sed pro corpore amplior.
De pinnis insectorum.
XXXIII. 1 8. Insectorum autem quaedam binas gerunt
pumas, ut muscae: quaedam quaternas, ut apes. Mem-
branis et cicadae volant. Quaternas habent, quae aculeis
in alvo armantur. Nullum , cui telum in ore , pluribus
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 71
des achtes, comme nous l'avons dit. Du reste, le ventre
ne contient rien. Lorsqu'on les contraint de voler, elles
rendent une humeur qui , seule , prouve qu'elles se
nourrissent de rose. C'est aussi le seul animal qui n'ait
pas d'ouverture pour jeter ses excrmens. Leurs yeux
sont si mauvais , que si on leur prsente le doigt, en l'a-
vanant et en le retirant, elles sautent dessus comme sur
une feuille. Quelques-uns en tablissent deux autres
espces , savoir la surculaire , qui est la plus grande ;
la frumentaire , que d'autres appellent avenire , parce
qu'elle parat au moment que les fromens jaunissent.
27. Les cigales ne naissent point dans les lieux d-
pourvus d'arbres ; aussi n'y en a-t-il pas aux environs de
la ville de Cyrne , ni dans les plaines, ni dans les bois
pais ou froids ; elles prfrent mme certains cantons.
Dans le pays de Milet , elles ne se trouvent qu'en peu
d'endroits. A Cphalnie, une rivire spare des cantons
remplis de cigales, d'autres cantons o l'on n'en voit
aucune. Dans le territoire de Rhges , elles sont toutes
muettes ; au del du fleuve , dans la campagne de
Locres, elles chantent. Leurs ailes sont de la mme na-
ture que celles des abeilles , mais plus grandes pro-
portion de leur corps.
Ailes des insectes.
XXXIII. 28. Quelques insectes ont deux ailes ,
comme les mouches; d'autres en ont quatre, comme
les abeilles. Les ailes des cigales sont membraneuses.
Les insectes qui sont arms d'aiguillon au ventre ont
7-i C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
quam binis advolat permis. Illis enim ultionis causa
datum est , his aviditatis. Nullis eorum peauae revi-
viscunt avulsae. Nullum , cui aculeus in alvo . bipenne
est.
De scarabaeis. Lampyrides. Reliqua scarabaeorum genem.
XXXIV. Quibusdam pennarum tutelae crusta super-
venit, ut scarabaeis, quorum tenuior fragiliorque penna.
His negatus aculeus : sed in quodam gnre eorum
grandi, cornua praelonga, bisulcis dentata forcipibus in
cacumine, quum libuit ad morsum coeuntibus , infan-
tium etiam remediis ex, cervice suspenduntur. Lucanos
vocat hos Nigidius. Aliud rursus eorum genus , qui e
fimo ingentes pilas aversi pedibus volutant , parvosque
in iis contra rigorem hiemis vermiculos ftus sui nidu-
lantur. Volitant alii magno cum murmure ac mugitu.
Alii focos et prata crebris foraminibus excavant , no-
cturno stridore vocales. Lucent ignium modo noctu , la-
terum et clunium colore lampyrides , nunc pennarum
hiatu refulgentes , nunc vero compressu obumbrat ,
non ante matura pabula , aut post desecta conspicuae.
E contrario tenebrarum alumna blattis vita , lucemque
fugiunt , in balineis maxime humido vapore prognatae.
Fodiunt ex eodem gnre rutili atque praegrandes sca-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. ?3
quatre ailes. Nul de ceux dont l'aiguillon est plac
dans la bouche n'en a plus de deux ; car les premiers
l'ont reu pour se dfendre , les seconds pour se nour-
rir. Les ailes , une fois arraches , ne repoussent jamais
Tous les insectes dont l'aiguillon est plac au ventre ont
plus de deux ailes.
Des scarabes. Des lampyides. Des autres espces de scarabes.
XXXIV. Dans quelques-uns , les ailes sont garanties
par une substance crustace , comme dans les scarabes ,
dont l'aile est plus mince et plus fragile. Ils n'ont point
d'aiguillon ; mais on connat une grande espce cornes
trs-longues , dont les extrmits , fourchues et dente-
les, se ferment volont pour saisir les objets, et qu'on
suspend au cou des enfans comme remdes contre cer-
taines maladies. Nigidius l'appelle lucanus. Une autre
espce marche reculons , roulant de grosses boules
de fiente dans lesquelles elle dpose les petits vers qui
doivent perptuer sa race , et les garantit ainsi de la
ligueur de l'hiver. D'autres volent avec un bourdon-
nement trs-fort ; d'autres creusent une multitude de
trous dans les foyers et dans les prs , et font entendre
pendant la nuit un bruit aigre et perant. Pendant la
nuit les lampyrides brillent comme des feux , par la
couleur clatante de leurs flancs et de leur croupe ;
tincelans lorsqu'ils dploient leurs ailes, cachs dans
l'ombre lorsqu'ils les ferment. On ne les aperoit , ni
avant que les fourrages soient mrs , ni aprs qu'on les
ait fauchs. Au contraire , les blattes vivent dans les t-
74 C. PLINII HIST. NAT. L1B. XI.
rabaei tellurem aridam , favosque parv ac fistulosae modo
spongiae, medicato melle fngunt. InThracia juxtaOlyn-
thum locus est parvus, in quo unum hoc animal exani-
matur , ob hoc Cantharolethrus appellatus.
Pennae insectis omnibus sine scissura : nulli cauda
nisi scorpioni. Hic eorum solus et brachia habet , et in
cauda spiculum. Reliquorum quibusdam aculeus in ore,
ut asilo , sive tabanum dici placet : item culici , et qui-
busdam muscis. Omnibus autem his in ore et pro lingua
sunt hi aculei. Quibusdam hebetes, neque ad punctum,
sed ad suctum, ut muscarum generi, in quo lingua evi-
dens fistula est. Nec sunt talibus dents. Aliis cornicula
ante oculos prsetenduntur ignava , ut papilionibus. Quae-
dam insecta carent pennis , ut scolopendra.
De locustis.
XXXV. Insectorum pedes quibus sunt, in obliquum
moventur. Quorumdam extremi longiores foris curvan-
tur, ut locustis.
29. Hae pariunt in terram demisso spinae caule , ova
condensa, autumni tempore. Ea durant hiemesub terra.
Subsquente anno exitu veris emittunt parvas , nigran-
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 7 5
nbres et fuient la lumire; nes de la vapeur humide,
principalement dans les bains. Des scarabes du mme
genre, dors et trs-grands, creusent les terres arides et
y construisent des rayons qui ont la forme d'une petite
ponge poreuse ; leur miel est drastique. En Thrace ,
prs d'Olynthe, est un petit canton o nul de ces in-
sectes ne peut vivre , ce qui l'a fait nommer Cantharo-
lethrus.
Tous les insectes ont les ailes sans division ; nul n'a
de queue, si ce n'est le scorpion; c'est aussi le seul qui
ait la fois et des bras et un dard la queue. Parmi
les autres , quelques-uns , tels que l'asilus ou tabanum ,
le cousin et certaines mouches , ont un aiguillon plac
dans la bouche, qui leur tient lieu de langue. A plusieurs
l'aiguillon est mou et sans pointe , et ne sert qu' sucer,
comme chez les mouches , dont la langue est videm-
ment une trompe. Tous ceux de cette espce n'ont point
de dents ; d'autres ont tendues au devant des yeux de
petites cornes tendres; tels sont les papillons. Quelques
insectes manquent d'aile , par exemple , la scolopendre.
Des sauterelles.
XXXV. Les insectes qui ont des pieds les meuvent
obliquement. Quelques-uns ont les pieds de derrire plus
longs et courbs en dehors , comme les sauterelles.
29. Celles-ci enfoncent dans la terre la pointe de leur
queue, pour y dposer, en automne, des ufs ramasss
en tas. Ils se conservent enfouis tout l'hiver. L'anne sui-
76 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
tes et sine cruribus , pennisque rep tantes. Itaque ver-
nis aquis intereunt ova : siccoque vere major proventus.
Alii duplicem earum fetum , geminum exitium tradunt:
Vergiliarum exortu parre, deinde ad Canis ortum ob-
ire , et alias renasci. Quidam Arcturi occasu renasci.
Mori matres quum pepererint, certum est, vermicide-
statim circa fauces enascente, qui eas strangulat. Eodem
tempore mares obeunt. Tarn frivola ratione morientes,
serpentem , quum libuit, necant singulae , faucibus ejus
apprehensis mordicus. Non nascuntur nisi rimosis locis.
In India ternum pedum longitudinis esse traduntur, cru-
ribus et feminibus serrarum usum praebere, quum ina-
ruerint. Est et alius earum obitus. Gregatim sublatae
vento in maria aut stagna decidunt. Forte hoc casuque
evenit, non (ut prisci existimavere) madefactis nocturno
humore alis. Iidem quippe nec volare eas noctibus pro-
pter frigora tradiderunt : ignari etiam longinqua maria ab
iis transiri, continuata plurium dierum ( quod maxime
miremur) fam quoque, quam propter externa pabula pe-
tere sciunt. Deorum ir pestis ea intelligitur. Namque et
grandiores cernuntur, et tanto volant pennarumstridore,
ut aliae alites credantur : solemqueobumbrant, sollicitis
suspectantibus populis , ne suas operiant terras. Suffi-
ciunt quippe vires: et tamquam paru m sitmaria trans-
isse , immensos tractus permeant , diraque messibus
HISTOIRE NATl RELIE, L1V. XI. 77
vante, la fin flu printemps, il en elt de petites sau-
terelles noirtres , sans jambes , et qui se tranent
l'aide de leurs ailes. Dans un printemps pluvieux, les ufs
prissent ; dans un printemps sec, le produit est plus abon-
dant. Des auteurs prtendent que l'espce se renouvelle
et se dtruit deux fois par an ; qu'elles produisent au
lever des Pliades ; qu'ensuite, au lever de la Canicule,
elles meurent , et que d'autres renaissent. Selon quel-
ques autres , elles renaissent au coucher de l'Arcture.
Les femelles meurent aprs qu'elles ont jet leurs
ufs , c'est un fait certain : un petit ver qui leur vient
la gorge les trangle. Les mles meurent la mme
poque. Quoiqu'elles prissent par une cause si frivole,
une seule peut tuer un serpent en le saisissant et le
mordant au cou. Elles ne naissent que dans les lieux
crevasss. On raconte que dans l'Inde elles ont trois
pieds de long, et que leurs jambes et leurs cuisses, s-
ches , servent de scies. Il est encore pour elles un autre
genre de mort : enleves en masse par le vent , elles tom-
bent dans la mer ou dans les tangs, et leur destruction
n'a lieu que par des circonstances fortuites, et non (comme
les anciens l'ont pens ) parce qu'elles auraient eu les
ailes mouilles par l'humidit de la nuit. Ils ont dit aussi
qu'elles ne volent pas la nuit , cause du froid ; ils
ignoraient qu'elles traversent mme une vaste tendue de
mers, en supportant la faim pendant plusieurs jours,
ce qui est plus merveilleux, dans le dessein de gagner
des pturages lointains. On les regarde comme un flau
de la colre divine. On en voit en effet d'une grandeur
dmesure ; le bruit de leurs ailes est si grand , qu'on les
7 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
eontegunt nube, multa contactu adurentes : omnia vero
morsu erodentes, et fores quoque tectorum. Italiam ex
Africa maxime coort infestant , saepe populo ad Sibyl-
lina coacto remdia confugere , inopiae metu. In Cyre-
naica regione lex etiam est ter anno debellandi eas ,
primo ova obterendo, deinde fetum, postremo adultas:
desertoris pna in eum , qui cessaverit. Et in Lemno
insula certa mensura praefinita est, quam singuli ene-
catarum ad magistratus rfrant. Graculos quoque ob
id colunt, adverso volatu occurrentes earum exitio. Ne-
care et in Syria militari imperio coguntur. Tt orbis
partibus vagatur id malum. Parthis et hae in cibo gratae.
Vox earum proficisci ab occipitio videtur. Eo loco in
commissura scapularum habere quasi dents existiman-
tur, eosque inter se terendo stridorem edere , circa duo
aequinoctia maxime, sicut cicadae circa solstitium. Coi-
tus locustarum , qui et insectorum omnium quae coeunt ,
marem portante femina, in eum feminarum ultimo caudae
reflexo , tardoque digressu. Minores autem in omni hoc
gnre feminis mares.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 79
prendrait pour une espce d'oiseaux : elles obscurcissent
mme le soleil , et les peuples inquiets les suivent de l'il,
tremblant qu'elles ne couvrent en effet leur pays. Elles ont
assez de force dans le vol ; et , comme si c'tait peu d'avoir
franchi les mers, elles traversent des contres immenses,
qu'elles couvrent d'une nue funeste aux moissons, br-
lant ce qu'elles touchent, rongeant tout, jusqu'aux portes
des maisons. Celles qui s'lvent d'Afrique infestent sur-
tout l'Italie, et plus d'une fois le peuple romain, me-
nac de la famine, fut oblig de recourir aux remdes
sibyllins. Dans la Cyrnaque , une loi ordonne de leur
faire la guerre trois fois l'anne , d'abord en crasant
leurs ufs , ensuite en tuant les petits , enfin en extermi-
nant les grandes : on punit comme dserteur quiconque
nglige ce devoir. Dans l'le de Lemnos , on a dtermin
une mesure que chaque habitant doit apporter au ma-
gistrat, remplie de sauterelles tues. Par cette raison ,
ces peuples rvrent le graculus (choucas), qui vole la
rencontre des sauterelles pour les dtruire. En Syrie on
est oblig , pour les tuer , d'employer le secours des
troupes ; car ce flau est rpandu sur presque toutes les
parties du globe ! Les Parthes les regardent comme un
mets agrable. La voix des sauterelles semble sortir de
l'occiput. On pense qu' la jointure des paules elles ont
comme des dents , dont le frottement produit le son aigre
et perant qu'elles rendent , surtout aux deux quinoxes ,
comme les cigales aux solstices. L'accouplement des sau-
terelles se fait comme celui de tous les insectes chez qui
la copulation a lieu : la femelle porte le mle , en re-
pliant contre lui l'extrmit de la queue ; elles restent
8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
De formicis.
XXKVI. 3o. Plurima insectorum vermiculum gignunt.
Nam et formicae similem ovis vere : et hae communi-
cantes laborem : sed apes utiles faciunt cibos , hae con-
dunt. Ac si quis comparet onera corporibus earum , fa-
teatur nullis portione vires esse majores. Gerunt ea
morsu. Majora aversae postremis pedibus moliuntur,
humeris obnixae. Et iis reipublicae ratio, memoria, cura.
Semina arrosa condunt, ne rursus in fruges exeant e
terra. Majora ad introitum dividunt. Madefacta imbre
proferunt atque siccant. Operantur et noctu plena luna :
eaedem interlunio cessant. Jam in opre qui labor? quae
sedulitas ? Et quoniam ex diverso convehunt altra al-
terius ignara, certi dies ad recognitionem mutuam nun-
dinis dantur. Quae tune earum concursatio? quam dili-
gens cum obviis qudam collocutio atque percunctatio?
Silices itinere earum adtritos videmus , et in opre se-
mitam factam, ne quis dubitet qualibet in re quid pos-
sit quantulacumque assiduitas. Sepeliunt inter se viven-
tium solae , praeter hominem. Non sunt in Sicilia pen-
natae.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 81
long-temps accoupls. Dans toute cette espce les mles
sont plus petits que les femelles.
Des fourmis.
XXXVI. 3o. La plupart des insectes engendrent de
petits vers. Les fourmis , au printemps , produisent les
leurs sous forme d'ufs. Elles travaillent aussi en com-
mun ; mais les abeilles composent elles-mmes leur nour-
riture , les fourmis ne font que ramasser la leur. Si l'on
compare leurs fardeaux avec le volume de leur corps,
on conviendra que , proportion garde , nul animal n'a
plus de force. Elles les portent avec leur bouche. Quand
la charge est trop lourde , elles se retournent , la pous-
sent avec les pieds de derrire , en faisant effort avec les
paules contre un point d'appui. Chez elles aussi vous
trouvez une forme de rpublique , de la mmoire , de la
prvoyance. Elles rongent les grains avant que de les
serrer, de peur qu'ils ne germent. Elles divisent ceux
qui sont trop grands pour entrer dans le magasin. S'ils
sont mouills par la pluie , elles les portent dehors et les
font scher. Pendant la pleine lune , elles travaillent
mme la nuit, et se reposent la nouvelle lune. Mais,
au moment du travail , quelle ardeur ! quelle activit !
Et comme chacune charrie de son ct sans voir celles
qui sont occupes ailleurs , elles ont leurs jours de
march pour se reconnatre mutuellement. Quel con-
cours alors ! avec quel empressement elles arrtent et
interrogent celles qu'elles rencontrent ! Nous voyons des
cailloux uss par leur passage, des sentiers battus dans
le terrain qu'elles traversent pour aller l'ouvrage :
vin. G
8* C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
3i. Indic formic eornua, Erythris in aede Herculis
fixa, miraculo fuere. Aurum ex cavernis egerunt terrae,
in regione septentrionalium Indorum , qui Dardae vo-
cantur. Ipsis color felium, magnitudo iEgypti luporum.
Erutum hoc ab iis tempore hiberno , Indi furantur aes-
tivo fervore , conditis propter vaporem in cuniculos for-
micis : quse tamen odore sollicitt provolant , crebro-
que lacrant, quamvis praevelocibus camelis fugientes.
Tanta pernicitas feritasque est cum a more au ri.
Chrysallides.
XXXVII. 3a. Multa autem insecta et aliter nascun-
tur , atque in primis ex rore. Insidet hic raphani folio
primo vere, et spissatus sole in magnitudinem milii co-
gitur. Inde porrigitur vermiculus parvus, et triduo eruca:
quae adjectis diebus adcrescit, immobilis , duro cortice:
ad tactum tantum movetur, araneo adcreta, quam chry-
sallidem appellant : rupto deinde cortice volt papilio.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 83
grand exemple de ce que peut en toute chose la conti-
nuit du plus petit effort! De tous les tres vivans, elles
seules, avec l'homme, ensevelissent leurs morts. Il n'y a
point en Sicile de fourmis ailes.
3i. Les cornes d'une fourmi de l'Inde, attaches dans
le temple d'Hercule Erythres, ont t une merveille.
Les fourmis tirent l'or des mines dans le pays des Indiens
septentrionaux, qu'on appelle Dardes. Elles ont la couleur
du chat , et la grandeur du loup d'Egypte. Le mtal
qu'elles ont extrait pendant l'hiver , les Indiens le leur
drobent pendant les ardeurs de l't , lorsqu'elles
sont retires dans des souterrains , cause de la cha-
leur : toutefois , averties par l'odorat , elles s'lancent
sur les ravisseurs , et souvent les mettent en pices ,
malgr la rapidit des chameaux qui servent leur fuite.
Telles sont la vitesse et la frocit qui se joignent en
elles la passion de l'or.
Chrysalides.
XXXVII. 32. Beaucoup d'insectes ont une origine
diffrente; et, d'abord, la rose en produit. Au commen-
cement du printemps elle s'attache la feuille du rapha-
nus, et, condense par le soleil , elle se rduit la gros-
seur d'un grain de millet; de l sort un tout petit ver
qui, trois jours aprs , est une chenille. Celle-ci, pen-
dant quelques jours, prend de l'accroissement, reste
immobile , revtue d'une pellicule dure : elle ne remue
que lorsqu'on la touche ; elle est enveloppe d'un tissu
qui ressemble une toile d'araigne , et on la nomme
6.
8/ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
f
De his animalibus, quae ex Hgno, aut in ligno nascuntur.
XXXVIII. 33. Sic quaedam ex imbre generantur in
terra : quaedam et in ligno. Nec enim cossi tantum in
eo, sed etiam tabani ex eo nascuntur : et alia, ubicum-
que humor est nimius : sicut intra hominem taeniae trice-
num pedum, aliquando et plurium longitudine.
Sordium hominis animalia. Quod animal minimum : etiam in
cera animalia.
XXXIX. Jam in carne exanimi, et viventium quoque
hominum capillo : qua fditate et Sulla dictator , et
Alcman ex clarissimis Grciee poetis, obiere. Hoc qui-
dem et aves infestt : phasianas vero interimit , nisi
pulverantes sese. Pilos habentium asinum tantum im
munem hoc malo credunt , et oves. Gignuntur autem
et vestis gnre, praecipue lanicio interemptarum a lupis
ovium. Aquas quoque quasdam , quibus lavamur, ferti-
liores ejus generis, iuvenio apud autores. Quippe quum
etiam cerae id gignant , quod animalium minimum exis-
timatur. Alia rursus generantur sordibus a radio solis,
posteriorum lascivia crurum petauristae. Alia pulvere
humido in cavernis , volucria.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 85
alors chrysalide : enfin , de la pellicule rompue s'envole
un papillon.
Des animaux qui naissent du bois ou dans le bois.
XXXVIII. 33. Il y a de mme des insectes que la
pluie engendre dans la terre ; quelques autres sont en-
gendrs dans le bois ; non-seulement le cossus y prend
naissance , mais le tabanus provient du bois mme ;
d'autres naissent partout o l'humide est surabondant :
ainsi le tnia , long de trente pieds , et quelquefois da-
vantage , se forme dans l'intrieur de l'homme.
Animaux parasites de l'homme. Quel est le plus petit des animaux.
Animaux habitans de la cire mme.
XXXIX. On trouve des insectes mme dans la chair
morte , et jusque dans la chevelure de l'homme vivant :
vermine dgotante , par laquelle moururent le dicta-
teur Sylla et Alcman , l'un des plus illustres potes de la
Grce. Elle tourmente aussi les oiseaux , et tue mme
les faisans , moins qu'ils ne se roulent dans la pous-
sire. On croit que , parmi les animaux poil, l'ne seu-
lement en est exempt, ainsi que les moutons. Cependant
elle s'engendre dans quelques toffes , surtout dans celles
qui sont faites avec de la laine de moutons tus par le
loup. Je trouve aussi chez les auteurs que certaines eaux
o nous nous baignons produisent beaucoup de ces in-
sectes. La cire mme en produit un que l'on croit tre le
plus petit des animaux. Les rayons du soleil engendrent
dans les ordures d'autres insectes qui , par la force de
86 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
Animal cui cibi exitus non est.
XL. 34- Est animal ejusdem temporis, infixo semper
sanguini capite vivens , atque ita intumescens , unum
animalium cui cibi non sit exitus : dehiscitque nimia
satietate, alimento ipso moriens. Numquam hoc in ju-
mentis gignitur , in bubus frequens , in canibus ali-
quando , in quibus omnia. In ovibus et in capris hoc
solum. iEque mira sanguinis et hirudinum generi in
palustri aqua sitis. Namque et h toto capite conduntur.
Est et volucre canibus peculiare suum malum , aures
maxime lancinans, quae defendi morsu non queunt.
Tineae , cantbarides , culices. Nivis animal.
XLI. 35. Idem pulvis in lanis et veste tineas crt ,
praecipue si araneus una includatur. Sitit enim , et om-
nem humorem absorbens, ariditatem ampliat. Hoc et
in chartis nascitur. Est earum genus tunicas suas tra-
hentium, quo cochleae modo. Sed harum pedes cernun-
tur. Spoliatae exspirant. Si adcrevere, faciunt chrysalli-
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 87
leurs jambes postrieures , bondissent comme des sau-
teurs ; d'autres naissent dans la poussire humide des
cavernes , et sont ails.
Animal sins conduit pour les excrmens.
XL. 34. Dans la mme saison se voit un animal qui
vit la tte toujours plonge dans le sang, dont il se
gorge, et c'est le seul en qui les alimens n'aient point
d'issue : il crve de rpltion , et se donne la mort en se
nourrissant. On ne le trouve jamais sur les btes de
somme, mais souvent sur les bufs, quelquefois sur
les chiens , sujets toute espce de vermine : c'est le
seul qui attaque les brebis et les chvres. Les sang-
sues, qui vivent dans les marais , ont une soif du sang
aussi tonnante, car elles y plongent pareillement leur
tte tout entire. Il est encore une sorte de flau ail
qui s'attache spcialement aux chiens , leur dchire
surtout les oreilles, qu'ils ne peuvent dfendre avec leur
gueule.
Teignes , cantharides , cousins. L'animal de la neige.
XLI. 35. De mme la poussire produit les teignes
dans la laine et dans les toffes, surtout lorsqu'une arai-
gne s'y trouve en mme temps renferme : celle-ci , tou-
jours altre, et absorbant toute l'humidit , augmente la
scheresse. Les teignes s'engendrent aussi dans les livres.
Il en est une espce qui trane sa tunique la manire
des limaons; mais on aperoit ses pieds. Dnudes , elles
88 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
dem. Ficarios culices caprificus gnrt. Cantharidas
vermiculi ficorum et piri , et peuces , et cynacanthae , et
rosae. Venenum hoc aise medicantur : quibus demptis ,
ltale est. Rursus alia gnera culicum acescens natura
gignit. Quippe quum et in nive candidi inveniantur, et
vetustiore vermiculi : in mdia quidem altitudine rutili
(nam et ipsa nix vetustate rubescit), hirti pilis, gran-
diores , torpentesque.
Ignium animal : pyralis, sive pyraustes.
XLII. 36. Gignit aliqua et contrarium naturae ele-
mentum. Siquidem in Cypri rariis fornacibus, et medio
igni, majoris muscae magnitudinis volt pennatum qua-
drupes : appellatur pyralis, a quibusdam pyrausta. Quam-
diu est in ign, vivit : quum evasit longiore paulo volatu,
emoritur.
Hemerobion.
XLIII. Hypanis fluvius in Ponto, circa solstitium de-
fert acinorum effigie tenues membranas : quibus erum-
pit volucre quadrupes supradicti modo, nec ultra unum
diem vivit, unde hemerobion vocatur. Reliquis talium
ab initio ad finem septenarii sunt numeri : culici et ver-
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XL 89
meurent ; parvenues leur entier accroissement , elles
deviennent chrysalides. Le caprifguier produit le cousin
appel ficarien. Les cantharides proviennent des petits
vers des figuiers, du poirier, du peuce, de la cynacanthe
et de la rose. Les ailes de ces insectes venimeux sont leur
contre-poison : si on les enlve , le poison est mortel.
D'un autre ct, la fermentation acide produit d'autres
espces de moucherons. On en trouve de blancs jusque
dans la neige; et lorsque la neige est vieille, elle prsente
aussi de petits vers : ceux-ci sont rouges une profondeur
moyenne (la neige elle-mme rougit en vieillissant), hris-
ss de poils, d'une grande taille, et presque immobiles.
L'animal qui se trouve dans les flammes : pyralis ou pyrauste.
XLII. 36. L'lment destructeur de la nature produit
aussi quelques animaux. Dans les fourneaux pour le
bronze, en Chypre, on voit voler au milieu des flammes
un quadrupde ail qui a la taille d'une grosse mouche:
on l'appelle pyralis ; d'autres le nomment pyrauste. Il vit
tant qu'il est dans le feu ; s'il s'envole quelque distance,
il meurt.
Hmrobion.
XLIII. Vers le solstice d't , l'Hypanis , fleuve du
Pont , entrane dans ses eaux des membranes lgres qui
ont la forme de grains de raisin, et dont il sort une mouche
quatre pieds , semblable au pyrauste , et qui ne vit
qu'un jour , ce qui l'a fait nommer hmrobion. Dans
les autres espces de cette classe, la dure est marque
go C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
miculo ter septeni : corpus ~parientibus, quater septeni.
Mutationes, et in alias figuras transitas, trinis aut qua-
drinis diebus. Cetera ex his pennata , autumno fere mo-
riuntur : tabani quidem etiam caecitate. Muscis humore
exanimatis , si cinere condantur , redit vita.
Animalium omnium per singula membra , naturae , et historiae.
Quae apices habent, quae cristas.
XLIV. 37. Nunc per singulas corporis partes, praeter
jam dicta , membratim tractetur historia.
Caput habent cuncta , quae sanguinem. In capite
paucis animalium , nec nisi volucribus , apices , diversi
quidem generis : Phnici plumarum srie, e medio eo
exeunte alio : pavonibus , crinitis arbusculis : stympha-
lidi , cirro : phasiana? , corniculis. Praeterea parvae avi ,
quae ab illo galerita appellata quondam , postea gallico
vocabulo etiam legioni nomen dederat alaudae. Diximus
et cui plicatilem cristam dedisset natura : per mdium
caput a rostro residentem et fulicarum generi ddit :
cirros pico quoque Martio, et grui Balearicae. Sed spec-
tatissimum insigne gallinaceis , corporeum , serratum :
nec carnem id esse, nec cartilaginem , nec callum jure
dixerimus, verum peculiare. Draconum enim cristas qui
viderit, non reperitur.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 91
par les nombres septnaires : pour le cousin et le ver-
misseau, trois fois sept jours; pour les vivipares, quatre
fois sept ; les transformations et mtamorphoses se font
en trois ou quatre jours. Ceux qui sont ails prissent
presque tous en automne : les tabanus meurent quelque-
fois aveugles. On rappelle la vie les mouches qui sont
noyes , si on les couvre de cendres.
Caractres et histoire des animaux compars membres membres.
Chez qui se trouvent les aigrettes , les crtes.
X.LIV. 37. A tout ce qui a t dit, joignons l'histoire
dtaille de chacune des parties du corps.
Tous les animaux qui ont du sang ont une tte ; un
petit nombre d'entre eux , et seulement parmi les oi-
seaux, ont la tte surmonte de panaches de diffrentes
sortes. Le phnix porte un rang de plumes , du mi-
lieu duquel il s'en lve un antre ; les paons , une ai-
grette filets ramifis ; le stymphalide , une huppe ;
les faisans , de petites cornes. Citons , de plus , le petit
oiseau que ce genre d'ornement a fait appeler autrefois
galrita , et qui , depuis , a donn une lgion son nom
gaulois alauda. Nous avons indiqu celui qui a reu de
la nature une crte qui se replie volont; elle a donn
aux foulques une bande qui s'tend depuis le bec jus-
qu'au milieu de la tte ; au pic de Mars et la grue
balarique, une huppe. Mais rien de plus remarquable
que la crte charnue et festonne des coqs : on ne
saurait dire que ce soit une chair , ni un cartilage ,
ni une callosit; c'est une substance particulire. Quant
9 a C PLINII HIST. NAT, LIB. XI.
Cornuum gnera. Quibus mobilia.
XLV. Cornua multis quidem et aquatilium , et ma-
rinorum , et serpentum , variis data sunt modis : sed
qu jure cornua intelligantur, quadrupedum generi tan-
tum. Actaeonem enim , et Cipum etiam in latina his-
toria , fabulosos reor. Nec alibi major natur lascivia.
Lusit animalium armis. Sparsit haec in ramos, ut cer-
vorum. Aliis simplicia tribuit, ut in eodem gnre su-
bulonibus ex argumento dictis. Aliorum fnxit in palmas,
digitosque emisit ex iis : unde platycerotas vocant. Ddit
ramosa capreis, sed parva: nec fecit decidua. Convoluta
in anfractum arietum generi, ceu caestus daret: infesta,
tauris. In hoc quidem gnre, et feminis tribuit : in mul-
tis , tantum maribus. Rupicapris in dorsum adunca ,
damis in adversum. Erecta autem, rugaruraque ambitu
contorta, et in lev fastigium exacuta,ut lyras diceres,
strepsiceroti , quem addacem Africa appellat. Mobilia
eadem, ut aures, Phrygiae armentis: troglodytarum, in
terram directa : qua de causa obliqua cervice pascuntur.
Aliis singula, et haec medio capite, aut naribus, ut dixi-
mus. Jam quidem aliis ad incursum robusta , aliis ad
ictum : aliis adunca , aliis redunca : aliis ad jactum ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 9 3
aux crtes des dragons, on ne trouve personne qui les
ait vues.
Des diverses espces de cornes : chez quels animaux elles sont
mobiles.
XLV. Des cornes de diffrentes sortes ont t don-
nes beaucoup d'animaux , tant fluviatiles que marins
et rampans ; mais les cornes proprement dites sont r-
serves aux quadrupdes ; car l'aventure d'Acton , et
mme celle de Cipus, dont parlent les historiens latins,
ne me paraissent que des fables. Nulle part la nature ne
s'est montre plus foltre. Les armes des animaux sont
un de ses jeux : tantt elle les a divises en rameaux ,
comme celles des cerfs; tantt elle les a faites simples,
comme les porte cette espce de cerfs qu'on a, par cette
raison, nomms subulons; d'autres fois elle leur a donn
la forme de mains : elle en a fait sortir des doigts; de l
le nom du platycros. Elle a donn au chevreuil des
cornes rameuses , mais petites , et qui ne tombent pas ; au
blier des cornes torses, comme si elle et voulu l'armer
decestes; au taureau, des cornes diriges en avant. Dans
cette dernire espce, les femelles en sont pourvues; dans
le plus grand nombre , la nature n'en a donn qu'aux
mles. Les cornes du chamois sont courbes en arrire ,
celles du daim le sont en avant. Le strepsicros , que
l'Afrique appelle addax , a les siennes dresses , contour-
nes, termines en pointe, et semblables la forme d'une
lyre. Les bufs de la Phrygie ont les cornes mobiles
comme les oreilles ; ceux des troglodytes les ont diri-
ges vers la terre , c'est pourquoi ils paissent oblique-
[h \ C. PLINII HIST. NAT. LTB. XI.
pluribus modis : supina , convexa , conversa , omnia
in mucronem migrantia. In quodam gnre pro mani-
bus ad scabendum corpus. Cochleis ad praetentandum
iter: corporea haec, sicut cerastis: aliquando et singula.
Cocbleis semper bina : et ut proteudantur, ac rsiliant.
Urorum cornibus barbari septentrionales potant : ur-
' naque bina capitis unius cornua implent. Alii praefixa
bastilia cuspidant. pud nos in laminas secta trans-
lucent , atque etiam lumen inclusum latius fundunt :
multasque alias ad delicias conferuntur , nunc tincta ,
nuiic sublita , nunc quae cestrota picturae gnre di-
cuntur. Omnibus autcm cava, et in mucrone dmuni
concreta sunt. Cervis autem tota solida , et omnibus
nnis decidua. Boum attritis ungulis , cornua unguendo
arvina, medentur agricol. Adeoque sequax natura est,
ut in ipsis vventium corporibus ferveuti cera flectan-
tur, atque incisa nascentium in diversas partes tor-
queantur, ut singulis capitibus quaterna fiant. Tenuiora
feminis plerumque sunt, ut in pcore multis ovium
nulla , nec cervarum , nec quibus multifidi pedes, nec
solidipedum ulli, excepto asino Indico, qui uno armatus
est cornu. Bisulcis bina tribuit natura : nulla superne
primores habenti dents. Qui putant eos in cornua ab-
sumi, facile coarguuntur cervarum natura, quae neque
dents habent , ut neque mares , nec tamen cornua.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. <)5
ment. D'autres animaux n'en ont qu'une seule, plaee au
milieu de la tte ou sur le nez, comme nous l'avons dit.
Chez les uns, leur force est dans l'lan de l'animal; chez
d'autres , dans le coup qu'il porte. Tantt la pointe est
courbe en avant, tantt elle se dirige en arrire. Chez
quelques-uns , les cornes sont disposes pour lancer les
corps, et prsentent diverses formes : elles sont couches,
courbes, renverses, mais toujours termines en pointe.
Certaine espce s'en sert comme de mains pour se gratter.
Celles du limaon lui servent sonder son chemin : elles
sont charnues comme celles des crastes; quelquefois aussi
elles sont simples ; mais le limaon en a toujours deux ,
qu'il tend ou retire volont. Les barbares du Nord
boivent dans des cornes d'urus, dont chaque paire contient
une urne : d'autres en forment la pointe de leurs traits.
Chez nous, divises par lames, elles sont transparentes, et
mme alors elles rpandent plus au loin la lumire qu'elles
renferment. Elles sont encore employes diffrens usages
du luxe , colores, vernies ou ornes du genre de peinture
qu'on appelle cestrote. Chez tous les animaux elles sont
creuses par le bas , et massives seulement la pointe.
Le bois du cerf est entirement solide, et tombe chaque
anne. Quand l'ongle du buf est us, les cultiva-
teurs y remdient en lui graissant les cornes. Leur duc-
tilit est telle , que , mme sur l'animal vivant , on les
rend flexibles avec de la cire bouillante, et qu'au moyen
d'une incision faite dans le jeune ge, on les partage et
les tourne de manire que chaque tte en porte quatre.
Celles des femelles sont , pour l'ordinaire , plus minces
et plus courtes. Dans le menu btail , beaucoup de brebis
9 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
Ceterorum ossibus adhaerent, cervorum tantum cutibus
enascuntur.
-*
De capitibus, et quibus nulla.
1 ' m* *
XLVI. Capita piscibus portione corporum maxima ,
fortassis ut mergantur. Ostrearum generi nulla , nec
spongiis, nec aliis fere, quibus solus ex sensibus tactus
est. Quibusdam indiscretum caput est, ut cancris.
De capillo.
XL VII. In capite cunctorum animalium homini plu-
rimus pilus, jam quidem promiscue maribus ac feminis,
apud intonsas utique gentes. Atque etiam nomina ex
eo Capillatis Alpium incolis , Galliae Comatae : ut tamen
sit aliqua in hoc terrarum differentia : quippe Myconii
carentes eo gignuntur, sicut in Cauno lienosi. Et quae-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 97
en sont dpourvues , ainsi que les biches, les digits et
les solipdes , except l'ne indien , qui est arm d'une
corne. La nature en a donn deux aux bisulces ; elle
n'en a point donn aux animaux qui ont des dents in-
cisives la mchoire suprieure. Ceux qui pensent que
la matire de ces dents est employe la formation des
cornes sont facilement rfuts par l'organisation des
biches, qui manquent de dents suprieures, ainsi que
leurs mles , et pourtant n'ont point de cornes. Celles
des autres animaux adhrent aux os ; le bois des cerfs
tient seulement la peau.
Des ttes : animaux acphales.
XLVI. Les poissons ont une trs-grosse tte pro-
portion de leur corps , peut-tre afin qu'ils puissent
plonger. Cette partie manque aux hutres, aux ponges,
et presque tous les animaux qui n'ont que le sens du
toucher. Chez quelques-uns , tels que les cancres , elle
n'est pas distincte du reste du corps.
t
Chevelure.
XLVII. De tous les animaux, l'homme, et sous ce titre
je comprends aussi la femme, est celui dont la tte est
le plus garnie de poil, comme on le voit chez les nations
qui laissent crotre leurs cheveux : de l mme le nom de
chevelus donn aux habitans des Alpes , et celui de
Gaule Chevelue. Il y a nanmoins sous ce rapport des
diffrences locales : les Myconiens naissent sans Cheveux,
vin. 7
98 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
dam animalium naturaliter calvent, sicut struthiocameli,
et corvi aquatici , quibus apud Graecos nomen est inde.
Defluvium eorum in muliere rarum , in spadonibus non
visum , nec in ullo ante Veneris usum. Nec infra cere-
brum , aut infra verticem , aut circa tempora , atque
aures. Calvitium uni tantum animalium homini , prae-
terquam innatum. Canities homini tantum et equis: sed
homini semper a [priori parte capitis : tum deinde ab
aversa.
De ossibus capitis.
XL VIII. Vertices bini hominum tantum aliquibus.
Capitis ossa plana, tenuia, sine medullis, serratis pecti-
natim structa compagibus. Perfracta non queunt soli-
dari : sed exempta modice non sunt letalia , in vicem
eorum succedente corporea cicatrice. Infirmissima esse
ursis , durissima psittacis , suo diximus loco.
I;- > ;l ] De cerebro.
XLIX. Cerebrum omniajiabent animalia quas sangui-
nem : etiam in mari, quae mollia appellavimus, quamvis
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 99
comme les Cauniens naissent affects de la rate. Certains
animaux aussi sont naturellement chauves ; tels sont les
autruches et le corbeau aquatique, qui en a tir son nom
chez les Grecs. La femme perd rarement ses cheveux ,
l'eunuque jamais, et aucun homme avant l'usage des
plaisirs de l'amour. Les cheveux qui garnissent les par-
ties infrieures de la tte , et la rgion des tempes et des
oreilles , ne tombent pas. L'homme est le seul des ani-
maux qui devienne chauve , l'exception de ceux qui
le sont naturellement. L'homme est aussi le seul, avec
le cheval , qui le poil blanchisse; mais, dans l'homme,
les cheveux de la partie antrieure de la tte blanchis-
sent toujours les premiers , ensuite ceux de la partie
postrieure.
Des os de la tte.
XLVIII. Chez un trs-petit nombre d'hommes le crne
se partage en deux sur le sommet de la tte. Les os du
crne sont plats , minces , dpourvus de moelle , et joints
ensemble par des sutures denteles. Une fois briss , ils
ne peuvent plus se runir; mais on peut en enlever une
partie sans causer la mort : une cicatrice la remplace.
Nous avons dit que le crne est trs-faible dans l'ours ,
trs-dur dans le perroquet, lorsque nous avons trait de
ces animaux.
Du cerveau.
XLIX. Tous les animaux qui ont du sang ont un cer-
veau ; ceux mme de la mer que nous avons appels
7-
ioo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
careant sanguine , ut polypi. Sed homo portione maxi-
mum et humidissimum , omnium que viscerum frigidis-
simum , duabus supra subterque membranis velatum ,
quarum alterutram rumpi mortiferum est. Cetero viri ,
quam femin , majus. Hominibus hoc sine sanguine ,
sine venis, et reliquis sine pingui. Aliud esse quam me-
dullam eruditi docent , quoniam coquendo durescat.
Omnium cerebro medio insunt ossicula parva. Uni ho-
mini in infantia palpitt, nec corroboratur ante primum
sermonis exordium. Hoc est viscerum excelsissimum ,
proximumque clo capitis , sine carne , sine cruore ,
sine sordibus. Hanc habent sensus arcem : hue venarum
omnis a corde vis tendit , hic desinit : hic culmen al-
tissimum, hic mentis est regimen. Omnium autem ani-
malium in priora pronum, quia et sensus ante nos ten-
dunt. Ab eo proficiscitur somnus : hinc capitis nutatio.
Qu cerebrum non habent , non dormiunt. Cervis in
capite inesse vermiculi sub linguae inanitate, et circa
articulum , qua caput jungitur , numro viginti pro-
duntur.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 101
mollusques, tels que les polypes, en ont un, quoiqu'ils
n'aient pas de sang. Celui de l'homme est proportion-
nellement le plus grand et le plus humide ; c'est le plus
froid des viscres , et les deux membranes qui l'enve-
loppent par dessus et par dessous ne peuvent tre rom-
pues ni l'une ni l'autre sans causer la mort. Du reste ,
l'homme a le cerveau plus grand que la femme. Dans
l'homme et dans les autres animaux, le cerveau n'a point
de sang, ni de veines , ni de graisse. Des auteurs in-
struits enseignent qu'il diffre de la moelle , parce qu'il
se durcit par la cuisson. On trouve de trs-petits os au
milieu de la cervelle de tous les animaux. L'homme est
le seul qui le cerveau palpite dans l'enfance ; il ne prend
de consistance qu'aprs les premiers essais de la parole.
C'est de tous les viscres le plus lev, le plus voisin de
la vote de la tte, et le seul qui n'ait ni chair, ni sang,
ni souillures. C'est le poste lev o sigent les sens ;
c'est l que se rendent et se terminent toutes les veines
qui partent du cur ; c'est le point culminant , l'organe
rgulateur de l'entendement. Dans tous les animaux,
il est plac la partie antrieure, parce que les sens
se dirigent en avant. Il est la cause du sommeil , et par
suite de l'affaissement de la tte. Les animaux dpour-
vus de cerveau ne dorment point. On dit que les cerfs
ont dans la tte, tant sous la concavit de la langue
qu'auprs de la vertbre qui joint la tte au cou , de
petits vers qui sont au nombre de vingt.
loi C PLINII HIST. NAT. LIB. XL
De auribus : quae sine auribus, et sine foraminibus audiant.
L. Aures homini tantum immobiles. Ab iis Flacco-
rum cognomina. Nec in alia parte feminis majus im-
pendum, margaritis dependentibus. In Oriente quidem
et viris, aurum gestare eo loci , decus existimatur. Ani-
malium aliis majores , aliis minores. Cervis tantum
scissse, ac velut divisae : sorici pilosae. Sed auriculae
omnibus animal dumtaxat generantibus , excepto vitulo
marino , atque delphino , et qu cartilaginea appella-
vimus , et viperis. Haec cavernas tantum habent aurium
loco , praeter cartilaginea , et delphinum , quem tamen
audire manifestum est. Nam et cantu mulcentur , et
capiuntur attoniti sono. Quanam audiant, mirum. Iidem
nec olfactus vestigia habent, quum olfaciant sagacissime.
Pennatorum animalium buboni tantum et oto plumae,
velut aures : ceteris cavernae ad auditum. Simili modo
squamigeris, atque serpentibus. In equis et omnium ju-
mentorum gnre indicia animi prferunt : fessis mar-
cidae , micantes pavidis , subrectae furentibus , resolutae
gris.
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XL io3
Des oreilles : animaux qui entendent sans oreilles et sans trous
auditifs.
L. L'homme seul a les oreilles immobiles. Le surnom
de Flaccus vient de cette partie du corps. Il n'en est au-
cune autre pour laquelle les femmes prodiguent plus de
dpenses , par les perles qu'elles y suspendent. Dans
l'Orient, les hommes eux-mmes se font gloire de porter
de l'or leurs oreilles. Suivant les diffrentes espces
d'animaux, elles sont plus ou moins grandes : fendues
et comme partages chez les cerfs seuls, et bordes de
poil chez les souris. Tous les vivipares ont l'organe ext-
rieur de l'oue, except le veau marin , le dauphin, ceux
que nous avons appels cartilagineux , et les vipres. Ces
derniers, l'exception des cartilagineux et du dauphin,
ont des trous auditifs au lieu d'oreilles : cependant il est
manifeste que le dauphin entend, car la musique le
charme , et il se laisse prendre , tonn par le bruit.
Comment entend-il? c'est ce qu'on a peine concevoir.
11 n'a pas non plus l'organe de l'odorat, et cependant
ce sens est chez lui trs-fin. Parmi les animaux ails,
le bubo et l'otus seuls ont des plumes en faon d'oreil-
les; les autres ont des trous auditifs. Il en est de mme
des animaux cailles et des serpens. Dans les chevaux
ot toutes les btes de somme, les oreilles indiquent les
affections intrieures : flasques, tressaillantes, dresses ou
pendantes, selon que l'animal est fatigu, effray, furieux
ou malade.
io4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
De facie, de fronte, et superciliis.
LI. Facis homini tantum , ceteris os , aut rostra.
Frons et aliis, sed homini tantum trstitiae , hilaritatis ,
clementiae , severitatis index. In animo sensus ejus. Su-
percilia homini , et pariter et alterne mobilia , et in iis
pars animi. Negamus, an annuimus? Hc maxime indi-
cant factum. Superbia aliubi conceptaculum , sed hic
sedem habet. In corde nascitur, hue subit, hic pendel.
Nihil altius simul abruptiusque invenit in corpore, ubi
solitaria esset.
De oculis: quae sine oculis animalia : quae singulos oculos tantum
habeant.
LII. Subjacent oculi, pars corporis pretiosissima, et
qui lucis usu vitam distinguant a morte. Non omnibus
animalium hi : ostreis nulli : quibusdam concharum
dubii. Pectines enim , si quis digitos adversum hiantes
eos moveat , contrahuntur , ut videntes. Et solenes fu-
giunt admota ferramenta. Quadrupedum talpis visus
non est : oculorum effigies inest , si quis praetentam
detrahat membranam. Et inter aves ardeolarum gnre,
quos leucos vocant, altero oculo carere tradunt. Optimi
augurii , quum ad austrum volant , septentrionemve :
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ic>5
De la face , du front et des sourcils.
LI. L'homme seul a une face; les autres animaux ont
un museau ou un bec. Quelques-uns ont un front; mais
dans l'homme seul il indique la tristesse, la joie, la cl-
mence , la svrit. Il est le miroir de l'me. L'homme
a deux sourcils qui se meuvent ensemble ou alterna-
tivement : une partie de l'me y rside aussi. Voulons-
nous refuser ou consentir, c'est par eux surtout que
s'exprime notre intention. Le germe de l'orgueil est
ailleurs, mais son sige est l. Il nat dans le cur; mais
il monte, il s'attache aux sourcils. Dans tout le corps il
n'a pas trouv de place plus leve et plus escarpe o il
pt s'tablir sans partage.
Des yeux : animaux sans yeux ou qui n'ont qu'un il.
LII. Les yeux sont au dessous; c'est la partie la plus
prcieuse du corps , et qui , par l'usage de la lumire ,
distingue la vie de la mort. Ils n'ont pas t donns
tous les animaux : les hutres n'en ont pas; pour certains
coquillages, la chose est douteuse. Les ptoncles, si l'on
remue les doigts devant leur coquille ouverte, se re-
ferment, comme s'ils voyaient. Les solnes fuient l'ap-
proche d'un instrument de fer. Parmi les quadrupdes,
les taupes n'ont point le sens de la vue ; mais on trouve
l'apparence des yeux , si l'on enlve une membrane ten-
due au devant de cet organe. Parmi les oiseaux, on dit
que dans l'espce des hrons, ceux qu'on appelle leucos
io6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
solvi enim pericula et metus narrant. Nigidius nec lo-
custis nec cicadis esse dicit. Cochleis oculorum vicem
cornicula bina praetentatu implent. Nec lumbricis ulli
sunt, vermiumve generi.
De diversitate oculorum.
LUI. Oculi homini tantum diverso colore : cleris
in suo cuique gnre similes. Et equorum quibusdam
glauci. Sed in homine numerosissimae varietatis atque
differentiae : grandiores, modici, parvi, prominentes ,
quos hebetiores putant : conditi, quos clarissime cer-
nere : sicut in colore caprinos.
Quae ratio visus. Noctu videntes.
LIV. Praeterea alii contuentur longinqua ; alii nisi
prope admota, non cernunt. Multorum visus fulgore
solis constat, nubilo die non cernentium , nec post oc-
casus. Alii interdiu hebetiores , noctu pr33ter ceteros
cernunt. De geminis pupillis, aut quibus noxii visus es-
sent , satis diximus. Caesii in tenebris clariores.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 107
ne voient que d'un il : ils sont d'un trs-bon augure
lorsqu'ils volent vers le midi ou vers le nord, car ils
annoncent que les dangers et les alarmes se dissipent.
Nigidius dit que les sauterelles et les cigales n'ont point
d'yeux. Chez les limaons , cet organe est remplac par
deux petites cornes qui sondent le chemin. Les lombrics,
<;t tous les vers gnralement, n'ont point d'yeux.
De la diversit des yeux.
LUI. Dans l'espce humaine seulement, la couleur
des yeux varie : dans les autres espces d'animaux elle est
la mme pour tous les individus. Quelques chevaux les
ont verddtres. Mais dans l'homme les varits et les dif-
frences sont trs-nombreuses : grands, moyens, petits,
saillans; on croit ceux-ci plus faibles; enfoncs, ceux-l
passent pour les meilleurs , comme les yeux qui , par la
couleur, ressemblent ceux de la chvre.
?
Thorie de la vue. De ceux qui voient la nuit.
LIV. En outre, il est des hommes qui voient les objets
de loin , d'autres ne les distinguent que de trs-prs.
La vue de beaucoup d'hommes a besoin de la lumire
clatante du soleil, et ne distingue rien dans un temps
nbuleux, ni aprs le soleil couch. Quelques-uns ont
la vue mauvaise pendant le jour, et voient mieux que les
autres pendant la nuit. Quant aux pupilles doubles et
aux regards nuisibles, nous en avons parl suffisamment.
Les yeux bleus voient mieux dans l'obscurit.
io8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
Ferunt Tiberio Caesari, nec alii genitorum mortalium,
fuisse naturam , ut expergefactus noctu paulisper, haud
alio modo , quam luce clara , contueretur omnia , pau-
latim tenebris sese obducentibus. Divo Augusto equorum
modo glauci fuere , superque hominem albicantis ma-
gniludinis. Quam ob causam diligentius spectari eos ,
iracunde ferebat. Claudio Caesari ab angulis candore
carnoso sanguineis venis subinde suffusi : Caio principi
rigentes. Neroni, nisi quum conniveret, ad prope ad-
mota hebetes. Viginti gladiatorum paria in Caii prin-
cipis ludo fuere : in iis duo omnino , qui contra corn-
minationem aliquam non conniverent , et ob id in-
victi. Tantae hoc difficultatis est homini. Plerisqe vero
naturale , ut nictari non cessent , quos pavidiores acce-
pimus.
Oculus unicolor nulli : cum candore omnibus mdius
color differens. Neque ulla ex parte majora animi in-
dicia cunctis animalibus : sed homini maxime , id est ,
moderationis , clementi , misericordiae , odii, amoris,
tristitiae, laetitiae. Contuitu quoque multiformes, truces,
torvi , flagrantes , graves , transversi , limi , summissi ,
blandi. Profecto in oculis animus habitat. Ardent , in-
tenduntur, humectant, connivent. Hinc illa misericor-
diae lacrima. Hos quum osculamur, animum ipsum vi-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 109
On rapporte, et l'exemple est unique parmi les mor-
tels , que l'empereur Tibre avait la facult , lorsqu'il
s'veillait la nuit , de voir les objets aussi clairement
qu'en plein jour ; peu peu les tnbres enveloppaient
tout. Le divin Auguste avait les yeux verdtres comme
ceux des chevaux , et le blanc des yeux d'une grandeur
extraordinaire ; aussi se fchait-il lorsqu'on les regardait
avec trop d'attention. L'empereur Claude avait l'angle
de l'il une blancheur charnue, qui se couvrait quel-
quefois de veines couleur de sang. Les yeux de l'empe-
reur Caligula taient fixes. Nron , moins qu'il ne
clignt les yeux , ne distinguait pas les objets les plus
proches. Sur vingt couples de gladiateurs entretenus par
Caligula deux seulement parmi eux bravaient toutes les
menaces sans cligner l'il ; aussi furent-ils invincibles :
tant cette fermet est difficile l'homme ! Le clignote-
ment, au contraire, est si naturel la plupart des hommes,
qu'ils ne peuvent le discontinuer : on prtend que c'est
un signe de timidit.
Nul n'a l'il d'une seule couleur : celle de la prunelle
tranche toujours avec le blanc qui l'environne. Aucune
autre partie du corps ne dcle mieux les sentimens chez
tous les animaux ; mais, dans l'homme surtout, les yeux
expriment la modration, la clmence, la compassion ,
la haine, l'amour, la tristesse, la joie. Le regard aussi
en varie l'expression et les rend farouches , menaans ,
tincelans, svres, hagards, ddaigneux, soumis, ca-
ressans. Sans doute l'me habite dans les yeux. Ils s'en-
flamment, se fixent, s'humectent, se voilent. De l coulent
les larmes de la piti. Le baiser que nous leur donnons
no C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
demur attingere. Hinc fletus et rigantes ora rivi. Quis
ille humor est, in dolore tam fecundus et paratus? aut
ubi reliquo tempore ? Animo autem videmus : animo
cernimus : oculi, ceu vasa qudam, visibilem ejus par-
tem accipiunt, atque transmittunt. Sic magna cogitatio
obcsecat, abducto intus visu. Sic in morbo comitiali
aperti nibil cernunt , animo caligante. Quin et patenti-
bus dormiunt lepores , multique hominum , quos aopv-
QtxvTiv Graeci dicunt. Tenuibus multisque membranis
eos natura composuit, callosis contra frigora caloresque
in extimo tuuicis , quas subinde purificant lacrimatio-
n u m salivis, lubricos propter incursantia, et mobiles.
De natura pupillae. Quae non conniveant.
LV. Media eorum cornua fenestravit pupilla, cujus
angustiae non sinunt vagari incertam aciem , et velut
canali dirigunt , obiterque incidentia facile dclinant :
aliis nigri , aliis ravi , aliis glauci coloris orbibus circum-
datis : ut habili mixtura et accipiatur circumjecto can-
dore lux , et temperato repercussu non obstrepat. Adeo-
que iis absoluta vis speculi , ut tam parva illa pupilla
totam imaginera reddat hominis. Ea causa est, ut pie-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL in
nous parat pntrer jusqu' l'me. De l coulent les
pleurs et les ruisseaux qui baignent notre visage. Quel
est donc ce liquide si abondant et toujours prt dans la
douleur? o se tient-il en rserve le reste du temps?
C'est par l'me que nous voyons, par l'me que nous
discernons. Les yeux , comme des canaux, reoivent et
transmettent sa partie visuelle. Voil pourquoi une m-
ditation profonde nous empche de voir : la vue tout en-
tire se concentre l'intrieur. De mme, dans le mal ca-
duc , les yeux , quoique ouverts , n'aperoivent rien , l'me
tant enveloppe d'un nuage pais. Bien plus, les livres
et beaucoup d'hommes dorment les yeux ouverts, ce que
les Grecs appellent zopvQavri^u. La nature a com-
pos les yeux de plusieurs membranes dlies , de tu-
niques calleuses l'extrieur contre le froid et le chaud,
et de temps en temps purifies par l'effusion de l'hu-
meur lacrymale : pour les garantir de ce qui pourrait les
blesser, elle les a rendus glissans et mobiles.
De la nature de la pupille. Yeux qui ne se ferment point.
LV. La pupille, comme une fentre, rpond au centre
de la corne ; ses limites troites ne permettent pas que
les rayons s'cartent : elle sert de canal pour les diriger ;
et, par un lger mouvement, elle vite le choc des corps
trangers ; elle est entoure de cercles de diverses cou-
leurs , les uns noirs , les autres jaunes ou verts, afin qu'
l'aide d'une heureuse combinaison , la lumire reue au
milieu du blanc ne fatigue pas l'il par un reflet trop
brusque. Les yeux sont un miroir tellement parfait, que la
lia C. PLINTI HIST. NAT. LIB. XL
rasque alitum e manibus hominum oculos potissimum
appetant , quod effigiem suam in iis cmentes , velut ad
cognata desideria sua tendunt.
Veterina tantum quaedam, ad crementa lunae morbos
sentiunt. Sed homo solus emisso humore caecitate libe-
ratur. Post vicesimum annum multis restitutus est visus.
Quibusdam statim nascentibus uegatus, nullo oculorum
vitio : multis repente ablatus simili modo , nulla pr-
cedente injuria. Venas ab iis pertinere ad cerebrum , pe-
ritissimi auctores tradunt : ego et ad stomachum credi-
derim. Certe nulli sine redundatione ejus eruitur oculus.
Morientibus operire , rursusque in rogo palefacere ,
Quiritium ritu sacrum est : ita more condito , ut neque
ab homine supremum eos spectari fas sit , et eaelo non
ostendi , nefas. Uni animalium homini depravantur :
unde cognomina Strabonum et Paetorum. Ab iisdem qui
altero lumine orbi nascerentur , Coclites vocabantur :
qui parvis utrisque, Ocellae : Luscini injuriae cognomen
habuerunt.
Nocturnorum animalium, veluti felium, in tenebris
fulgent,radiantque oculi, ut contueri non sit: et caprae,
lupoque splendent, lucemque jaculantur. Vituli marini,
et hyaenae, in mille colores transeunt subinde. Quin et
in tenebris multorum piscium refulgent aridi, sicut ro-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. n3
pupille , toute petite qu'elle est , rend l'image de l'homme
tout entire. Voil pourquoi les oiseaux que nous tenons
dans nos mains cherchent surtout nous becqueter les
yeux, parce qu'y voyant leur image, ils s'y portent comme
vers les objets de leurs affections naturelles.
Quelques btes de somme, en petit nombre, ont mal
aux yeux vers les accroissemens de la lune ; mais l'homme
seul est dlivr de la ccit par l'vacuation de l'hu-
meur. Plusieurs ont recouvr la vue au bout de vingt
ans. Quelques enfans naissent aveugles , sans que l'il
ait aucun vice ; d'autres le sont devenus tout coup ,
sans aucun accident antrieur. Des auteurs trs-habiles
disent que des veines se rendent des yeux au cerveau ;
quant moi , je croirais qu'elles se rendent aussi l'esto-
mac : du moins, l'il n'est jamais arrach sans vomisse-
ment. Fermer les yeux aux mourans, et les rouvrir sur le
bcher, est un usage sacr des Romains , qui en interdit
le dernier aspect l'homme, et le rserve religieuse-
ment pour le ciel. L'homme est le seul des animaux
dont les yeux subissent des difformits. De l les sur-
noms de Strabons et de Ptus. On nommait Cocls
ceux qui naissaient privs d'un il ; Ocella , celui qui
avait les yeux petits ; Luscinus , l'homme borgne par
accident.
Les yeux des animaux nocturnes, tels que les chats,
brillent et rayonnent dans l'obscurit , au point qu'on
ne peut les regarder fixement; chez la chvre et le loup,
ils resplendissent et tincellent; dans le veau marin et
l'hyne, ils prsentent successivement mille couleurs;
bien plus , les yeux de beaucoup de poissons , tant des-
viii. 8
u4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
busti caudices vetustate putres. Non connivere diximus ,
quae non obliquis oculis , sed circumacto capite cern-
rent. Chamseleonis oculos ipsos circumagi totos tradunt.
Cancri in obliquum aspiciunt. Crusta fragili inclusis ,
rigentes. Locustis squillisque magna ex parte sub eodem
munimento praeduri eminent. Quorum duri sunt, minus
cernunt, quam quorum humidi. Serpentium catulis, et
hirundinum pullis , si quis eruat , renasci tradunt. In-
sectorum omnium , et testacei operimenti , oculi moven-
tur, sicut quadrupedum aures. Quibus fragilia operi-
menta, iis oculi duri. Omnia talia, et pisces, et insecta,
non habent gnas, nec integunt oculos. Omnibus niera-
brana vitri modo translucida obtenditur.
De palpebris, et quibus non sint : quibus ab altra tant uni parte.
LVI. Palpebrae in genis homini utrimque. Mulieri-
bus vero etiam infecta? quotidiano. Tanta est decoris
adfectatio , ut tingantur oculi quoque. Alia de causa
hoc natura dederat, ceu vallum quoddam visus, et pro-
minens munimentum contra occursantia animajia , aut
alia fortuitu incidentia. Defluere eas haud immerito V-
nre abundantibus tradunt. Ex ceteris nulli sunt , nisi
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. n5
schs, brillent dans les tnbres, comme le chne pourri
de vtust. Nous avons dit que les animaux qui ne voient
de ct qu'en tournant la tte, ne clignent point les
yeux. On prtend que le camlon tourne les siens tout
entiers. Les cancres regardent obliquement. Les yeux
des animaux renferms dans un test fragile sont durs.
Les langoustes et les squilles , recouvertes presque en-
tirement d'une enveloppe semblable , les ont saillans et
trs-durs. Les animaux dont les yeux sont durs voient
moins bien que ceux qui les ont humides. On prtend
que si on arrache les yeux aux petits des serpens et des
hirondelles , il en renat d'autres. Les yeux de tous les
insectes et des testacs sont mobiles, comme les oreilles
des quadrupdes. Ceux dont l'enveloppe est fragile ont
les yeux durs. Tous ces animaux, ainsi que les poissons
et les insectes, n'ont point de paupires et ne ferment
point leurs yeux ; ils les ont couverts d'une membrane
transparente comme le verre.
Des paupires : chez quels animaux il n'y en a pas ; chez lesquels
on n'en voit que d'un ct.
LVI. L'homme a des cils aux deux paupires ; les
femmes mme ne passent pas de jour sans les peindre.
Quelle recherche de la parure ! peindre mme les yeux !
La nature, dans une autre intention, avait plac les cils
comme une palissade pour les yeux , comme un ouvrage
avanc , contre les insectes et les corps trangers qui
pourraient se rencontrer. On prtend, non sans raison,
qu'ils tombent ceux qui abusent dos plaisirs dv Va-
8.
n6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
quibus et in reliquo corpore pili. Sed quadrupedibus in
superiore tantum gna , volucribus in inferiore : et qui-
bus molle tergus, ut serpentibus : et quadrupedum quae
ova pariunt, ut laeert. Strutbiocamelus alitum sola, ut
homo , utrimque palpebras habet.
Quibus genae non sint.
LVII. Nec gense quidem omnibus : ideo neque nicta-
tiones iis, quae animal gnrant. Graviores alitum infe-
riore gna connivent. Edem nictantur, ab angulis mem-
brana obeunte. Columbae et similia utraque connivent.
At quadrupdes qu ova pariunt, ut testudines, croco-
dili , inferiore tantum , sine ulla nictatione , propter
praeduros oculos. Extremum ambitum gen superioris,
antiqui cilium vocavere : unde et supercilia. Hoc vulnere
aliquo diductum non coalescit , ut in paucis humani
corporis membris.
De malis.
LVIII. Infra oculos malae bomini tantum, quas prisci
gnas vocabant , xn Tabularum interdicto radi a femi-
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 117
mour. Parmi les autres animaux, ceux-l seuls ont des
cils, qui ont tout le corps garni de poil. Mais les qua-
drupdes n'en ont qu' la paupire suprieure, et les
oiseaux la paupire infrieure, ainsi que les animaux
qui ont la peau molle , comme les serpens et les qua-
drupdes ovipares, tels que les lzards. L'autruche seule,
parmi les oiseaux, a, de mme que l'homme, des cils
en haut et en bas.
Animaux sans paupires.
LVll. Tous les animaux n'ont pas des paupires; c'est
pourquoi ceux qui sont vivipares ne clignent jamais
l'il. Les gros oiseaux ferment les yeux en levant la
paupire infrieure; ils clignotent au moyen d'une mem-
brane qui part du coin de l'il. Dans les pigeons , et
autres espces semblables , les deux paupires sont mo-
biles ; mais dans les quadrupdes ovipares , tels que les
tortues et les crocodiles , il n'y a que la paupire inf-
rieure qui le soit, et sans clignotement, cause de la
duret de l'il. Les anciens nommaient cilium ( cil ) le
bord de la paupire suprieure , d'o est venu le mot
siipercilia (sourcils). Une blessure la paupire ne se
referme point, non plus que dans quelques autres par-
lies du corps humain.
Des joues.
LVIII. Au dessous des yeux sont les joues, qui n'ap-
partiennent qu' l'homme, et que les anciens nommaient
n8 C. PLINI1 HIST. NAT. UB. XI.
nis eas vtantes. Pudoris haec sedes. Ibi maxime os-
tenditur rubor.
De naribus.
LIX. Intra eas hilaritatem risumque indicantes buccae.
Et altior homini tantum , quem novi mores subdolae ir-
risioni dicavere, nasus. Non alii animalium nares emi-
nent: avibus, serpentibus, piscibus foramina tantum ad
olfactus , sine naribus. Et hinc cognomina Simorum ,
Silonum. Septimo mense genitis saepenumero foramina
aurium et narium defuere.
De buccis , ] abris , mentis, maxillis.
LX. Labra, a quibus Broccbi, Labeones dicti. Et os
probum duriusve, animal generantibus : pro iis cornea
et acuta volucribus rostra. Eadem rapto viventibus ad-
unca : colleeto , recta : herbas eruentibus limumque ,
lata, ut suum generi. Jumentis vice manus ad colligenda
pabula ora : apertiora laniatu viventibus. Mentum nulli
praeter hominem, nec malas. Maxillas crocodilus tantum
superiorcs movet : terrestres quadrupdes, eodem, quo
cetera, more, praeterque in obliquum.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 119
gen , comme on le voit dans la loi des Douze-Tables
qui dfendait aux femmes de se les raser. Elles sont le
sige de la pudeur. C'est l principalement que la rou-
geur se montre.
Des narines.
LIX. Vers le milieu des joues se forme cette fossette
qui indique le ris et la gat. L'homme seul a un nez
prominent , et qui , dans nos murs , a t consacr
au persiflage. Chez nul autre animal cette partie n'est
saillante. Les oiseaux , les serpens , les poissons ont des
conduits pour l'odorat , mais point de narines. De l les
surnoms de Simus (camus) et de Silo (nez retrouss").
On a vu souvent des enfans natre sept mois , avec les
ouvertures des oreilles et des narines fermes.
Des bouches , lvres , mentons , mchoires.
LX. Les lvres ont fait donner aux Brocchus le sur-
nom de Labon. Les animaux vivipares ont une bouche
ferme, ou mme trs-dure. Au lieu de bouche, les oi-
seaux ont un bec corn et aigu , recourb dans les
oiseaux de proie, droit dans ceux qui prennent la nour-
riture en becquetant , large chez ceux qui fouillent
dans les herbes et dans la vase , comme font les pour-
ceaux. Les btes de somme se servent de leur bouche
comme d'une main pour ramasser leur pture; les ani-
maux carnassiers ont la bouche plus fendue. Il n'y a
que l'homme qui ait un menton et des joues. Le croco-
dile n'a que la mchoire suprieure mobile : les quadru-
C PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
De dentibns : quae gnera eorum : quibus non utraque parte sint :
quibus cavi.
LXI. Dentium tria gnera : serrati , aut continui , aut
exserti. Serrati pectinatim coeuntes , ne contrario oc-
cursu atterantur : ut serpentibus , piscibus , canibus.
Continui, ut homini , equo. Exserti, ut apro, hippopo-
tamo , elephanto. Continuorum , qui digerunt cibum ,
lati et acuti: qui conficiunt, duplices : qui discriminant
eos, canini appellantur. Hi sunt serratis longissimi. Con-
tinui, aut utraque parte oris sunt, ut equo : aut supe-
riore primores non sunt, ut bubus, ovibus, omnibus-
que, quae ruminant. Caprae superiores non sunt, praeter
primores geminos. Nulli exserti , quibus serrati. Raro
feminae, ettamen sine usu. Itaque quum apri percutiant,
feminae sues mordent. Nulli , cui cornua , exserti : sed
omnibus concavi, ceteris dents solidi. Piscium omni-
bus serrati , pragter scarum : huic uni aquatilium plani.
Cetero multis eorum in lingua et toto ore : ut turba
vulnerum molliant, quae attritu subigere non queunt.
Multis et in palato, atque etiam in cauda. Praeterea in
os vergentes, ne excidant cibi, nullum habentibus reti-
nendi adminiculum.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 121
pdes terrestres remuent , comme les autres animaux ,
la mchoire infrieure, qui, de plus, a un mouvement
oblique.
Des dents : leurs espces; chez quels animaux il n'y en a point des
deux cts ; chez qui elles sont creuses.
LXI. Les dents sont de trois sortes, en forme de scie,
continues, ou saillantes : spares, passant les unes entre
les autres, pour ne point s'user par leur frottement mu-
tuel , comme dans les serpens , les poissons , les chiens ;
continues, comme dans l'homme, le cheval; saillantes,
comme dans le sanglier, l'hippopotame, l'lphant. Celles
des dents continues qui divisent les alimens sont larges
et tranchantes; celles qui les broient sont doubles ; celles
qui sparent ces deux sortes de dents se nomment ca-
nines : ces dernires sont trs-longues dans les animaux
qui ont les dents disposes en forme de scie. Quant aux
dents continues , ou elles sont en bas et en haut, comme
dans le cheval ; ou les incisives suprieures manquent ,
comme dans le buf, la brebis et tous les ruminans. La
chvre n'a de dents suprieures que les deux premires.
Nul animal qui a les dents comme une scie n'en a de
saillantes : les femelles en ont rarement , et encore n'en
font-elles point usage : ainsi le sanglier frappe , sa fe-
melle mord. Nul animal cornes n'a les dents saillantes;
mais dans tous elles sont creuses , et solides dans les au-
tres. Tous les poissons ont les dents disposes en forme
de scie, except le scare : lui seul de tous les aquatiques
lsa planes. Au reste, beaucoup de ces animaux ont des
dents la langue et dans toute la bouche, afin de r-
C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
De serpentium dentibus : de veneno eorum. Cui volucri dents.
LXII. Similes aspidi , et serpentibus : sed duo in su-
pera parte , dextera laevaque longissimi , tenui fistula
perforati, ut scorpionum aculei , venenum infundentes.
Non aliud hoc esse quam fel serpentium , et inde venis
sub spina ad hos pervenire, diligentissimi auctores scri-
bunt. Quidam unum esse eum : et quia sit aduncus ,
resupinari , quum momorderit. Aliqui , tune decidere
eum , rursusque recrescere, facilem decussu : et sine eo
esse , quas tractari cernamus. Scorpionis caudae inesse
eum, et plerisque ternos. Viperae dents gingivis con-
duntur. Hase eodem praegnans veneno, impresso dentium
repulsu virus fundit in morsus. Volucrum nulli dents,
praeter vespertilionem. Camelus un a ex iis , quae non
sunt cornigera, in superiori maxilla primores non habet.
Cornua habentium nulli serrati. Et cochleae dents ha-
bent : indicio est etiam a minimis earum derosa vitis.
At in marinis crustata et cartilaginea primores habere ,
item echinis quinos esse, unde intelligi potuerit, miror.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ii
tluire , par la multitude des blessures , ce qu'ils ne peu-
vent briser en broyant ; plusieurs mme en ont au pa-
lais , et mme la queue : en outre , ces dents sont
recourbes vers l'intrieur de la bouche, pour empcher
les alimens de s'chapper ; ils n'ont d'autre moyen de
les retenir.
Des dents de serpens : de leur venin. Oiseau qui a des dents.
LXIT. L'aspic et les serpens ont des dents sembla-
bles, mais ils en ont encore la partie suprieure, tant
droite qu' gauche , deux trs-longues , perces d'un
petit trou, et qui rpandent le venin comme l'aiguillon
des scorpions. Des auteurs trs-exacts crivent que ce
venin n'est autre chose que le fiel des serpens, et qu'il
est conduit la bouche par des veines places au dessous
de l'pine. Quelques-uns disent qu'il n'y a qu'une dent
venimeuse , et qui , tant crochue , se renverse aprs
avoir mordu. D'autres prtendent que cette dent, facile
arracher , tombe au moment de la morsure , et re-
pousse ensuite ; qu'elle manque aux serpens que nous
voyons manier impunment. Us ajoutent qu'elle se
trouve la queue du scorpion r et que la plupart en
ont trois. Les dents de la vipre sont enfonces dans
ses gencives. Toujours pleine de poison , elle verse son
venin dans les morsures par la pression de ses alvoles.
La chauve -souris est le seul oiseau qui ait des dents.
Le chameau est le seul des animaux sans cornes qui
n'ait point de dents incisives la mchoire suprieur*'.
Aucun cornigre n'a les dents en scie. Les limaons
1 24 C PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
Dentium vice aculeus insectis. Simiae dents, ut homini.
Elephanto intus ad mandendum quatuor : prterque
eos, qui prominent, masculis reflexi, feminis recti atque
proni. Musculus marinus, qui balnam antecedit , nul-
los habet : sed pro iis, setis intus os hirlum, et linguam
etiam, ac palatum. Terrestrium minutis quadrupedibus,
primores bini utrimque longissimi.
Mirabilia dentium.
LXIII. Ceteris cum ipsis nascuntur : homini , post-
quam natus est, septimo mense. Reliquis perpetuo ma-
nent. Mutantur homini, leoni, jumento, cani, et ru-
minantibus. Sed leoni et cani, non nisi canini appellati.
Lupi dexter caninus , in magnis habetur operibus. Maxil-
lares , qui sunt a caninis, nullum animal mutt. Homini
novissimi, qui genuini vocantur , circiter vicesimum an-
num gignuntur : multis et octogesimo, feminis quoque :
sed quibus in juventa non fuere nati. Decidere in se-
necta , et mox renasci certum est. Zoclen Samothrace-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ia5
ont aussi des dents ; la vigne , que l'on voit ronger par
les plus petits d'entre eux, en est la preuve. Je ne
sais d'o vient l'opinion que , parmi les animaux ma-
rins , les crustacs et les cartilagineux ont les dents in-
cisives , et que l'oursin en a cinq. Au lieu de dents , les
insectes ont un aiguillon. Le singe a les dents comme
l'homme. L'lphant a dans l'intrieur quatre dents qui
lui servent pour manger, et en outre les deux saillantes ,
qui sont recourbes chez le mle, droites et inclines en
avant chez la femelle. Le muscule marin , qui prcde la
haleine, n'en a point; mais, au lieu de dents, il a l'in-
trieur de la bouche , la langue mme et le palais , h-
risss de soies. Parmi les animaux terrestres , les petits
quadrupdes ont, en bas et en haut, les deux premires
dents trs-longues.
Circonstances merveilleuses de la dentition.
LXI1I. Les autres animaux naissent avec leurs dents;
celles de l'homme commencent paratre le septime
mois aprs sa naissance. Les dents des autres animaux
ne tombent point : toutefois le lion, les btes de somme,
le chien et les ruminans changent leurs dents aussi bien
que l'homme ; mais le lion et le chien ne changent que
les dents appeles canines. La canine droite du loup
s'emploie des ouvrages importans. Les molaires , qui
sont aprs les canines , ne tombent aucun animal. Les
dernires dents qui poussent l'homme, et qu'on nomme
gnuines (de sagesse), sortent ordinairement vers vingt,
et quelquefois quatre-vingts ans, mme chez les femmes,
i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
num , eui renati essent post centum et quatuor annos ,
Mucianus visum a se prodidit. Cetero maribus plures,
quam feminis , in homine , pecude , capris , sue. Timar-
ehus Nicoclis flius Paphii duos ordines habuit maxilla-
rum. Frater ejus non mutavit primores , ideoque pr-
trivit. Est exemplum dentis, homini et in palato geniti.
At canini amissi casu aliquo , numquam renascuntur.
Ceteris senecta rubescunt , equo tantum candidiores
fiunt.
/Etas animantium ab his.
LXIV. iEtas veterinorum dentibus indicatur. Equo
sunt numro xl. Amittit tricesimo mense primores utrim-
que binos : sequenti anno totidem proximos, quum sub-
eunt dicti columellares. Quinto anno incipiente binos
amittit, qui sexto anno renascuntur. Septimo omnes
habet et renatos , et immutabiles. Equo easlrato prius,
non decidunt dents. Asinorum genus tricesimo mense
similiter amittit , deinde senis mensibus. Quod si non
prius peperere, quam dcidant postremi, sterilitas certa.
Boves bimi mutant. Siiibus decidunt numquam. Ab-
HISTOIRE NATURELLE, UV. XI. 127
mais seulement dans les individus chez qui elles n'avaient
point paru pendant la jeunesse. Il est certain que les dents
tombent dans la vieillesse, et sont quelquefois bientt rem-
places par d'autres. Mucien rapporte qu'il a vu Zocls
de Samothrace , qui elles taient revenues plus de
cent quatre ans. Au reste, les mles ont plus de dents
que les femelles chez l'homme , le mouton , la chvre et
le porc. Timarque , fils de Nicocls de Paphos , eut deux
rangs de dents chaque mchoire. Son frre ne perdit
pas les incisives ; en consquence il fut oblig de les
limer. On a l'exemple d'un homme qui il poussa
une dent au palais. Si les canines tombent par quelque
accident , elles ne reviennent jamais. Dans les autres
animaux les dents rougissent en vieillissant ; dans le
cheval seul elles blanchissent.
On estime l'ge des animaux d'aprs les dents.
LXIV. L'ge des btes de somme est indiqu par leurs
dents. Le cheval en a quarante : il perd au trentime
mois les deux premires incisives de chaque mchoire ;
l'anne suivante, quatre autres la suite des premires,
lorsque poussent celles qu'on nomme columellaires (cro-
chets) ; au commencement de la cinquime anne il en
perd deux en haut et en bas , qui repoussent la sixime
anne ; la septime il a toutes ses dents , tant celles
qui ont t remplaces que celles qui ne tombent pas.
Les dents d'un cheval qui a t coup avant ces poques
ne tombent pas. L'ne perd de mme ses premires dents
au trentime mois , et les autres de six mois en six mois ;
ia8 C. PLINII HIST. NAT. L1B. XL
sumpia hac observationc , senectus in equis, et ceteris
veterinis, intelligitur dentium brochitate, superciliorum
canitie , et circa ea lacunis , quum fere sedecim anno-
rum existimanttir. Hominum dentibus quoddam inest
virus. Namque et speculi nitorem ex adverso nudati be-
betant, et columbarum ftus implumes necant. Reliqua
de iis in generatione hominum dicta sunt. Erumpenti-
bus , morbi corpora infantium accipiunt. Reliqua ani-
malia , qu serratos habent , saevissima dentibus.
De lingtia , et quae sine ea : de rannrum sono. De palato.
LXV. Linguae non omnibus eodem modo. Tenuissima
serpentibus et trisulea , vibrans, atri coloris, et, si extra-
bas, praelonga : lacertis bifida et pilosa: vitulis quoque
marinis duplex : sed supra dictis capillamenti tenuitate :
ceteris ad circumlambenda ora. Piscibus paulo minus
tota adhaerens, crocodilis tota. Sed in gustatu, linguae
vice carnosum aquatilibus palatum. Leonibus , pardis ,
omnibusque generis ejus , etiam felibus , imbricat as-
peritatis, ac limae similis, attenuansque lambendo cutem
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 129
s'il n'a point produit avant la chute des dernires dents ,
il demeure strile. Les bufs en changent deux ans.
Chez les porcs , elles ne tombent jamais. Lorsque ce
moyen manque , on reconnat la vieillesse , dans les
chevaux et dans les autres btes de somme , au dchaus-
sement des dents, la blancheur des sourcils et l'en-
foncement des salires : l'animal est rput alors avoir
seize ans. Les dents de l'homme portent avec elles un
poison : prsentes un miroir nu , elles en ternissent
l'clat. Elles font prir les pigeons qui n'ont pas en-
core de plumes. Ce qu'on peut ajouter ce sujet a t
dit dans la gnration de l'homme. Quand elles com-
mencent pousser , qjles causent des maladies aux en-
fans. Les animaux qui ont les dents en scie font les
morsures les plus cruelles.
De la langue : animaux sans langue. Bruit que font les grenouilles.
Du palais.
LXV. La forme de la langue n'est pas toujours la mme.
Chez les serpens elle est trs-mince et trois pointes ,
vibrante, noire, et trs-longue quand elle est arrache;
chez les lzards elle est partage en deux, et. velue; chez
les veaux marins elle est fendue de mme : mais dans
les premiers elle est fine comme un cheveu ; les autres
s'en servent pour se lcher le museau. Celle des poissons
est presque entirement adhrente; celle des crocodiles
l'est tout--fait. Pour le sens du got, les animaux aqua-
tiques ont un palais charnu qui supple la langue. Les
lions, les pards et tous les animaux de ce genre, mme
vin. 9
i3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
hominis. Quae causa etiam mansuefacta, ubi ad vicinum
sanguinem pervenit saliva , invitt ad rabiem. De pur-
purarum Iinguis diximus. Ranis prima cohaeret, intima
absoluta a gutture , qua vocem mittunt mares , quum
vocantur ololygones. Stato id tempore evenit, cientibus
ad coitum feminas. Tum siquidem inferiore labro de-
misso, ad libramentum modicae aquae receptae in fauces,
palpitante ibi lingua ululatus elicitur. Tune extenti buc-
carum sinus perlucent , oculi flagrant labore propulsi.
Quibus in posteriori parte aculei, et iis dents et lingua.
Apibus etiam praelonga, eminens ($ cicadis. Quibus acu-
leus in ore fistulosus , iis nec lingua , nec dents. Qui-
busdam insectis intus lingua, ut formicis. Ceterum lata
elephanto praecipue. Reliquis in suo gnre semper ab-
soluta : homini tantum ita saepe constricta venis, ut in-
tercidi eas necesse sit. Metellum pontificem adeo inex-
planatae fuisse accepimus , ut multis mensibus tortus
credatur , dum meditatur in dedicanda de Opis vere
dieere. Ceteris septimo ferme anno sermonem exprimit.
Multis vero talis ejus ars contingit, ut avium et anima-
lium vocis indiscrte edatur imitatio. Intellectus saporum
est ceteris in prima lingua , homini et in paiato.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i3r
les chats, ont la langue pre, semblable une lime, et
capable, en lchant, d'attnuer la peau de l'homme. Il
rsulte de l que si la salive de ces animaux , mme
apprivoiss, pntre jusqu'au sang, elle excite la
fureur. Nous avons parl de la langue des pourpres.
Dans les grenouilles , elle adhre par la partie ant-
rieure , et se trouve libre du ct du gosier. L se for-
ment les sons que font entendre les mles lorsqu'on les
nomme ololygons (hurleurs), ce qui arrive des poques
rgulires , quand ils appellent leurs femelles ; alors ,
abaissant la lvre infrieure pour frapper de la langue .
une petite quantit d'eau qu'ils ont fait entrer dans leur
gosier, ils rendent une sorte de hurlement. Pendant ce
temps , les plis de leur bouche sont gonfls et luisans ;
leurs yeux tincellent , pousss au dehors par l'effort
qu'ils font. Les animaux qui ont un aiguillon la partie
postrieure ont. aussi des dents et une langue. Les
abeilles en ont une trs-longue ; celle des cigales est
mme saillante. Ceux qui ont la bouche un aiguillon
creux n'ont ni dents ni langue. Quelques insectes ont
une langue dans l'intrieur de la bouche: telles sont les
fourmis. Celle de l'lphant est principalement en lar-
geur. Les autres animaux ont tous , chacun dans son
genre, la langue libre; celle de l'homme seul est souvent
lie par des filets, au point qu'il est ncessaire de les
couper. Le pontife Metellus avait la langue si embar-
rasse, suivant ce qu'on rapporte , que pendant plu-
sieurs mois il se mit la torture, s'tudiant prononcer
nettement pour la ddicace du lemple d'Ops. En gn-
ral , l'homme parle distinctement sept ans. Plusieurs
9-
\
lia C. PLINI1 HIST. NAT. L1B. XI.
De tonsillis. Uva , epiglossis , arteriae , gula.
LXV1. Tonsillse in homine, in sue glandulse. Quod
inter eas, uvae nomine, ultimo dependet palato, homini
tantum est. Sub ea minor lingua, epiglossis appellata,
nulli ova generantium. Opra ejus gemina, duabus in-
terposit fistulis. Interior earum appellatur arteria , ad
pulmonem atque cor pertinens. Hanc operit in epu-
lando, ne spiritu ac voce illac meante , si potus cibusve
in alienum deerraverit tramitem, torqueat. Altra exte-
rior appelletur sane gula , qua cibus atque potus devo-
ratur. Tendit haec ad stomachum , is ad ventrem. Hanc
per vices operit , quum spiritns tantum aut vox com-
meat , ne restagnatio intempestiva alvi obstrepat. Ex
cartilagine et carne arteria, gula nervo et carne con-
stat.
Cervix , collum , spina.
IjXVII. Cervix nulli, nisi quibus u traque liaec. Ceteris
HISTOIRE NATURELLE , L1V. XL i5
ont une telle flexibilit de langue, qu'ils imitent parfai-
tement la voix des oiseaux et des animaux. Le sens du
got, dans les autres animaux, esta l'extrmit de la
langue; chez l'homme, il est aussi dans le palais.
Des amygdales. Luette, piglotte, trache- artre , sophage.
LXVI. L'homme a des amygdales , le porc de petites
glandes. La luette, suspendue entre les amygdales l'ex-
trmit du palais , ne se trouve que dans l'homme. Au
dessous d'elle est une languette, nomme piglotte, qui
manque tous les ovipares : destine une double fonc-
tion , elle est place entre deux canaux. Le canal int-
rieur s'appelle trache-artre, aboutit au poumon et au
cur. L'piglotte le couvre quand nous mangeons , de
peur que , le passage de la respiration et de la voix
restant ouvert, la boisson et la nourriture, dtournes
de leur route naturelle, ne nous causent les plus vives
douleurs. L'autre, extrieur, s'appelle proprement so-
phage , par o sont absorbs les alimens liquides et
solides. Il aboutit l'estomac , celui-ci au ventre.
L'piglotte le couvre son tour, lorsque la respiration
seulement ou la voix se font passage , pour empcher
que les alimens, remontant dans la bouche , ne troublent
ces fonctions. La trache-artre est compose de cartilage
et de chair, l'sophage de nerf et de chair.
Nuque , cou , opine dorsale.
LXVII. La nuque existe seulement dans les animaux
i34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
collum, quibus tantum gula. Sed quibus cervix, e multis
vertebratisque orbiculatim ossibus flexilis , ad circum-
spectum, articulorum nodis jungitur. Leoni tantum , et
lupo , et hyaenae , ex singulis rectisque ossibus rigens.
Cetero spinae adnectitur , spina lumbis , ossea : sed te-
reti structura , per mdia foramina a cerebro medulla
descendente. Eamdem esse ei naturam , quam cerebro ,
colligunt : quoniam prtenui ejus membrana modo in-
cisa statim exspiretur. Quibus longa crura , iis longa et
colla. Item aquaticis, quamvis brevia crura habentibus:
simili modo uncos ungues.
Guttur , fauces , stomachus.
LXVIII. Guttur homini tantum, et suibus intumescit,
aquarum quae potantur plerumque vitio. Summum gula?
fauces vocantur, extremum stomachus. Hoc nomine est
sub arteria jam carnosa inanitas adnexa spinae, et lati-
tudine ac longitudine lacunse modo fusa. Quibus fauces
non sunt, ne stomachus quidem est, nec colla, nec gut-
tur, ut piscibus , et ora ventribus junguntur. Testudini
marinas lingua nulla, nec dents: rostri acie comminuit
omnia. Postea arteria et stomachus denticulatus callo ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i35
qui ont ces deux conduits ; ceux qui n'ont que l'so-
phage ont un cou. Chez ceux qui ont la nuque, elle
est compose de plusieurs vertbres arrondies , se fl-
chit aisment , et le jeu des articulations donne ces
animaux le moyen de regarder autour d'eux. Il n'y a
que le lion , le loup et l'hyne qui aient le cou form
d'un seul os rigide et inflexible. Au surplus, le cou est
attach l'pine , et l'pine aux lombes. Celle-ci est
osseuse, arrondie dans sa structure, et perce dans son
milieu , pour donner passage la moelle qui descend
du cerveau. On conclut que la moelle pinire est de la
mme nature que le cerveau , parce que la membrane
trs-mince qui l'enveloppe tant une fois entame , on
expire aussitt. Les animaux qui ont les jambes longues
ont aussi un long cou. Les oiseaux aquatiques , encore
qu'ils aient les jambes courtes, ont aussi le cou long,
de mme que ceux dont les ongles sont crochus.
Gosier , gorge , estomac.
LXVIII. L'homme et le porc seuls sont sujets au
goitre, caus le plus souvent par la mauvaise qualit
des eaux qu'ils boivent. La partie suprieure de l'so-
phage se nomme le gosier , la partie infrieure est
l'estomac. Il faut entendre par ce mot une cavit char-
nue place sous la trache-artre, attache l'pine, qui
s'tend en largeur et en longueur en forme de sac.
Ceux qui sont dpourvus de gosier n'ont point d'esto-
mac; ils n'ont point de cou , point de gorge : tels sont
les poissons , chez qui la bouche se joint l'estomac.
i36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
in modum rubi , ad conficiendos cibos , decrescentibus
crenis : quidquid adpropinquat ventri , novissima asperi-
tas , ut scobina fabris.
De corde , sanguine , animo.
LXIX. Cor animalibus ceteris in medio pectore est :
homini tantum infra laevam papillam , turbinato mucrone
in priora eminens. Piscibus solis ad os spectat. Hoc pri-
mum nascentibus formari in utero tradunt : deinde cere-
brum , sicut tardissime oculos. Sed bos primum emori ,
cor novissime. Huic prcipuus calor. Palpitt certe , et
quasi alterum movetur intra animal , praemolli firmoque
opertum membranae involucro , munitum costarum et
pectoris muro, ut parit praecipuam vitae causam et ori-
ginem. Prima domicilia intra se animo et sanguini prae-
bet, sinuoso specu, et in magnis animalibus triplici, in
nullo non gemino : ibi mens habitat. Ex hoc fonte duae
grandes venae in priora et terga discurrunt , sparsaque
ramorum srie , per alias minores omnibus membris
vitalem sanguinem rigant. Solum hoc viscerum vitiis
non maceratur, nec supplicia vitae trahit : laesumque
mortem illico adfert. Ceteris corruptis, vitalitas in corde
durt.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i3 7
La tortue marine n'a ni langue ni dents ; elle brise tout
avec la pointe de son museau. Elle a une trache-artre,
et un sophage qui, pour achever de broyer les alimens,
est dentel de callosits semblables aux pines d'une
ronce , et qui vont toujours en dcroissant. La partie qui
s'approche de l'estomac est rude comme une lime.
Du cur, du sang , de l'me.
LXIX. Dans les autres animaux, le cur est plac
au milieu de la poitrine : dans l'homme seulement il est
au dessous du mamelon gauche , termin en pointe et
dirig en avant. Dans les poissons seuls il est tourn
vers la bouche. On prtend que cette partie se forme la
premire dans le sein de la mre , ensuite le cerveau ,
et en dernier lieu les yeux, mais que ceux-ci meurent
les premiers , et le cur le dernier. C'est au cur que
se trouve la chaleur principale. Il a une palpitation
prononce ; c'est comme un autre animal renferm dans
l'animal mme. Il est envelopp d'une membrane trs-
molle, mais forte. Les ctes et la poitrine forment un
rempart autour de lui , comme tant la cause et la source
de la vie. C'est une cavit sinueuse, triple dans les
grands animaux , double dans tous les autres. En lui se
trouve le premier foyer de la chaleur et du sang : l'me
y rside. De cette source deux grandes veines se portent
en avant et en arrire, et, formant une multitude de
ramifications , rpandent , par d'autres vaisseaux plus
petits , le sang vital dans tous les membres. Seul des
viscres , le cur n'prouve point de maladies , et ne
i38 C. PLINII HIST. NAT, LIB. XI.
Quibus maxima corda : quibus minima : quibus bina.
LXX. Bruta existimantur animalium , quibus durum
riget : audacia , quibus parvum est : pavida , quibus
preegrande. Maximum autem est portione muribus , le-
pori, asino , cervo , panther, mustelis, hysenis, et om-
nibus timidis, aut propter metum maleficis. In Paphla-
gonia bina perdicibus corda. In equorum corde et boum
ossa reperiuntur interdum. Augeri id per singulos annos
in homine, ac binas drachmas ponderis ad quinquage-
simum accedere : ab eo detrahi tantumdem , et ideo non
vivere bominem ultra centesimum annum defectu cor-
dis, iEgyptii existimant, quibus mos est cadavera ad-
servare medicata. Hirto corde gigni quosdam homines
proditur,-neque alios fortiores esse industria, sicut Aristo-
menem Messenium, qui ccc occidit Lacedmonios. Ipse
convulneratus et captus, semel per cavernam lautumia-
rum evasit , angustos vulpium aditus secutus. Iterum
captus , sopitis custodibus somno, ad ignem advolutus
lora cum corpore exussit. Tertio capto Lacedmonii
pectus dissecuere viventi , hirsutumque cor repertum
est.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i3 9
prolonge point les supplices de la vie. Pour lui , toute
blessure porte la mort avec elle. Toutes les autres parties
tant mortes, la force vitale subsiste encore dans le cur.
Chez quels animaux on trouve un cur trs-gros ou trs-petit;
chez lesquels on en a vu deux.
LXX. On rpute stupides les animaux qui ont le
cur dur; courageux, ceux qui l'ont petit ; craintifs,
ceux qui l'ont fort grand. Il est trs-grand , en proportion
de leur corps, dans les rats, le livre, l'ne , le cerf, la
panthre, la belette, l'hyne, et tous les animaux timides
ou malfaisans par crainte. Dans la Paphlagonie , les per-
drix ont deux curs. On trouve quelquefois des os dans
celui des chevaux et des bufs. Dans l'homme , il aug-
mente chaque anne de deux drachmes, jusqu' l'ge
de cinquante ans; partir de cette poque, il dcrot
de la mme manire ; et l'homme ne vit pas au del de
cent ans, parce qu'il ne lui reste rien du cur, suivant
l'opinion des Egyptiens, qui sont dans l'usage d'embau-
mer les cadavres. On dit que quelques hommes naissent
avec un cur velu , et qu'on n'en voit pas de plus
braves et de plus ingnieux : tel fut Aristomne le Mes-
snien, qui tua trois cents Lacdmoniens. Bless et
fait prisonnier , il s'chappa une premire fois par un
trou de carrire, en suivant les passages pratiqus par
les renards. Pris une seconde fois, il se trana vers le
feu pendant le sommeil de ses gardes , brla ses liens ,
en se brlant lui-mme une partie du corps. Pris une
troisime fois , les Lacdmoniens l'ouvrirent tout vi-
vant, et lui trouvrent le cur velu.
i4o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
* Qnando in extis aspici cpta.
LXXI. In corde summo pinguitudo est qudam ,
laetis extis. Non semper autem in parte extorum habi-
tum est. L. Postumio Albino, rege sacrorum, post cen-
tesimam vicesimam sextam olympiadem , quum rex
Pyrrhus ex Italia discessisset , cor in extis aruspices in-
spicere cperunt. Caesari dictatori, quo die primum veste
purpurea processit, atque in sella aurea sedit, sacrifi-
canti bis in extis defuit. Unde quaestio magna de divi-
natione argumentantibus , potueritne sine illo viscre
hostia vivere , an ad tempus amiserit. Negatur cremari
posse in iis , qui cardiaco morbo obierint ; negatur et
veneno interemptis. Certe exstat oratio Vitellii , qua
reum Pisonem ejus sceleris coarguit, hoc usus argu-
mento : palamque testatus, non potuisse ob venenum
cor Germanici v Csaris cremari. Contra gnre morbi
defensus est Piso.
De pulmone : et quibus maximus , quibus minimus : quibus nihil
aliud quam pulmo intus : quae causa velocitatis animalium.
LXXII. Sub eo pulmo est , spirandique officina , at-
trahens ac reddens animam, idcirco spongiosus, ac fistu-
lis inanibus cavus. Pauca eum (ut dictum est) habent
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 141
Depuis quand on examine le cur dans l'inspection des entrailles.
LXXI. Certaine graisse se trouve la sommit du
cur dans les victimes d'heureux prsage. Cependant le
cur n'a pas toujours t regard comme partie des en-
trailles. C'est lorsque L. Postumius Albinus tait roi
des sacrifices , aprs la cent vingt-sixime olympiade,
et lorsque Pyrrhus se fut retir de l'Italie , que les aru-
spices commencrent observer le cur avec les en-
trailles. Le premier jour o le dictateur Csar parut en
robe de pourpre , et sur un sige d'or, deux fois il ne
se trouva point de cur dans les victimes ; de l une
grande question entre les aruspices : l'animal avait -il
pu vivre sans ce viscre , ou l'avait-il perdu momenta-
nment? On prtend que le cur des hommes morts du
mal cardiaque ne peut tre brl ; on dit la mme chose
de ceux qui ont pri par le poison. Nous avons encore
le discours dans lequel Vitellius accuse Pison de ce
crime, en lui opposant cette preuve. Il attesta publique-
ment que le cur de Germanicus Csar n'avait pu tre
brl cause du poison ; au contraire , la nature de la
maladie fut allgue pour la dfense de Pison.
Du poumon : chez qui ses dimensions atteignent l'extrme petitesse
ou l'extrme grandeur ; chez qui les poumons occupent tout
l'intrieur du corps : cause de l'agilit de quelques animaux.
LXXII. Au dessous est le poumon , organe de la res-
piration , qui attire et renvoie l'air, et cause de cela est
spongieux et cribl de tuyaux vides. Peu d'animaux.
i4a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
aquatilia. At cetera ova parientia exiguum , spumosum,
nec sanguineum : ideo non sitiunt. Eadem est causa,
quare sub aqua diu ranae et phoc urinentur. Testudo
quoque , quamvis pracgrandem et sub toto tegumento
habeat, sine sanguine tamen habet. Quanto minor hic
rorporibus , tanto velocitas major. Chamseleoni portione
maximus , et nihil aliud intus.
De jecinore, et quibus animalibus, et inquibus locis bina jecora.
LXX1IL Jecur in dextra parte est : in eo quod caput
extorum vocant , magnae varielatis. M. Marcello circa
mortem , quum periit ab Annibale , defuit in extis. Se-
quenti deinde die geminum repertum est. Defuit et
C. Mario , quum immolaret Uticae : item Caio principi
kalend. januariis , quum iniret consulatum, quo anno
interfectus est : Claudio successori ejus , quo mense in-
teremptus est veneno. Divo Augusto Spoleti sacrificanti
primo potestatis suse die, sex victimarum jecora re-
plicata intrinsecus ab ima fibra reperta sunt : respon-
sumque duplicaturum intra annum imperium. Caput
extorum tristis ostenti csum quoque est, prlerquam
in sollicitudine ac metu : tune enim perimit cura: Bina
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i/,3
aquatiques , comme il a t dit , ont ce viscre. Les
autres ovipares ont un poumon petit, fongueux et non
sanguin ; c'est pourquoi ils ne sont pas sujets la soif.
C'est aussi par cette raison que les grenouilles et les
phoques restent long-temps plongs sous l'eau. Le pou-
mon de la tortue , quoiqu'il soit trs - grand et qu'il
s'tende tout le long de son caille , ne contient point
de sang. Plus il est petit, relativement au corps, plus
l'animal est lger. Le camlon est celui qui a le poumon
proportionnellement plus grand : il n'a point d'autre
viscre.
Du foie : en quels lieux et chez quels animaux il s'en est trouv
deux.
LXXIII. Le foie est au ct droit : ce qu'on appelle
en lui la tte des entrailles est sujet beaucoup de va-
rits. M. Marcellus, non loin de la mort, lorsqu'il fut
tu par Annibal , ne trouva pas ce viscre parmi les en-
trailles ; le lendemain on le trouva double. Il manqua
aussi C. Marius , offrant un sacrifice dans Utique ; de
mme qu' l'empereur Caus , aux calendes de janvier,
quand il prit possession du consulat, l'anne o il fut
tu; et Claude son successeur, le mois o il prit par le
poison. Le divin Auguste, sacrifiant Spolette le pre-
mier jour de sa puissance , les foies de six victimes se
trouvrent replis vers le bord infrieur : il fut rpondu
que, dans l'anne, son autorit crotrait de moiti. L'in-
cision de la tte des entrailles est encore d'un sinistre
augure, except dans l'inquitude et la crainte, car alors
i44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
jecora leporibus circa Briletum et Tharnen , et in
Chersoneso ad Propontidem. Mirumque translatis alio
interit alterum.
De felle : ubi , et in quibus geminum. Quibus animalium non sit :
et quibus alibi quam in jecore.
LXXIV. In eodem est fel , non omnibus datum ani-
malibus. In Eubae Chalcide nullum pecori. In Naxo
praegrande geminumque, ut prodigii loco utrumque ad-
ven. Equi , muli , asini , cervi , capreae , apri , cameli ,
delpbini non habent. Murium aliqui habent. Honiinum
paucis non est , quorum valetudo firmior , et vita lon-
gior. Sunt qui equo non quidem in jecore esse > sed m
alvo putent : et cervo in cauda , aut intestinis. Ideo
tantam habent amaritudinem, ut a canibus non attin-
gantur. Est autem nihil aliud, quam purgamentum pes-
simumque sanguinis , et ideo amarum est. Certe jecur
nulli est, nisi sanguinem habentibus. Accipit hoc a corde,
cui jungitur : funditque in venas.
Quae vis ejus.
LXXV. Sed in felle nigro insania? causa homini ,
morsque toto reddito. Hinc et in mores crimen , bilis
%
i r /
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. i/,5
elle dissipe les soucis. Les livres ont deux foies aux en-
virons de Briletum et de Tharne , et dans la Chersonnse
voisine de la Propontide : chose merveilleuse ! transpor-
ts ailleurs , ils en perdent un.
Du fiel : o et chez qui il est double. Animaux sans fiel ; animaux
dont le fiel n'est point log dans le foie.
LXXIV. Dans le foie est le fiel, qui n'a pas t donn
tous les animaux. A Chalcis d'Eube , le menu btail
n'en a pas. A Naxos , il a un fiel trs-grand et double ;
en sorte que, sous ces deux rapports, il est un prodige
pour les trangers. Les chevaux , les mulets , les nes ,
les cerfs, les chevreuils, les sangliers, les chameaux, les
dauphins n'ont pas de fiel. Quelques rats en ont. Des
hommes, en petit nombre, en sont dpourvus, et ceux-l
jouissent d'une sant plus robuste et vivent plus long-
temps. Il y en a qui pensent que le fiel du cheval est ,
non dans le foie , mais dans le ventre , et celui du cerf
dans la queue ou dans les intestins ; aussi sont-ils tellement
amers, que les chiens n'y touchent pas. Le fiel n'est autre
chose qu'une excrtion , et la partie la plus vicieuse du
sang , et c'est pour cela qu'il est amer. Au moins le foie
n'existe-t-il que dans les animaux qui ont du sang. Il
le reoit du cur, auquel il est attach, et le rpand
dans les veines.
Vertu du fiel.
LXXV. La bile noire cause la folie l'homme , et la
mort si elle est rejete totalement : aussi est-ce tablir
vin. 10
/ii,.
146 C. PLINII HIST. NAT. LIB. X.
nomine. Adeo magnum est in hac parte virus , quum
se fundit in animum. Quin et toto corpore vagum , co-
lorem quoque oculis aufert : illud quidem redditum ,
etiam ahenis : nigrescuntque contacta eo : ne quis mi-
retur id venenum esse serpentium. Carent eo , qui ab-
sinthium vescuntur in Ponto. Sed renibus et, parte tan-
tum altra intestino jungitur, in corvis , coturnicibus ,
phasianis : quibusdam intestino tantum , ut columbis ,
accipitri , muraenis. Paucis avium in jecore. Serpenti-
bus portione maxime copiosum , et piscibus. Est autem
plerisque toto intestino , sicut accipitri, milvo. Prseterea
in jecore est et cetis omnibus : vitulis quidem marinis
ad multa quoque nobile. Taurorum felle aureus ducitur
color. Aruspices id Neptuno ut humoris potentiae dica-
vere : geminumque fuit divo Augusto , quo die apud
Actium vicit.
Quibus crescat cum luna et decrescat jecur. Aruspicum circa ca
observationes , et prodigia mira.
LXXVI. Murium jecusculis fibr ad numerum lunae
in mense congruere dicuntur , totidemque inveniri ,
quotum lumen ejus sit : prterea bruma increscere. Cu-
niculorum in Btica saepe gemin reperiuntur. Rana-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 147
une prvention fclieu se contre le caractre d'un homme,
que de dire , il a de la bile ; tant le poison de cette vsicule
est funeste lorsqu'il exerce son action sur l'me ! Epau-
chpar tout le corps, il change mme la couleur des
yeux; rejet au dehors, il ternit l'airain: tout se noircit
par son contact. Qu'on ne s'tonne donc pas que ce soit
l le venin des serpens : dans le Pont , ceux qui se
nourrissent d'absinthe , n'en ont pas. Il est attach aux
reins , et tient seulement par un ct l'intestin dans
les corbeaux , les cailles, les faisans; l'intestin seule-
ment dans quelques animaux, comme les pigeons, l'-
pervier , les murnes. Peu d'oiseaux ont le fiel dans le
foie. Celui des serpens et des poissons est proportion-
nellement plus grand ; dans la plupart des oiseaux il
s'tend tout le long de l'intestin , comme dans l'pervier
et le milan. De plus, tous les ctacs ont le fiel dans
le foie : celui des veaux marins est vant pour plusieurs
usages. De celui des taureaux on tire une couleur d'or.
Les aruspices ont consacr le fiel Neptune , comme
au souverain de l'humide lment. Il se trouva double
dans la victime offerte par le divin Auguste, le jour o
il vainquit Actium.
Animaux dont le foie crot et dcrot avec la lune. Observations
des aruspices , et prodiges qui s'y rapportent.
LXXVI. On dit que dans le foie des rats, le nombre
des lobes correspond au mois de la lune, qu'on en trouve
autant que la lune a de jours; qu'en outre ils grossissent
au solstice d'hiver. Dans la Btique, on trouve souvent
10.
m !
148 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
rum rubetarum altra fibra a formicis non attingitur ,
propter veneuum , ut arbitrantur. Jecur maxime vetusta-
tis patiens, septenis.durare annis, obsidionum exempla
prodidere.
.
Prsecordia. Risus natura.
1
LXXVII. Exta serpentibus et lacertis longa. Caecinae
Volaterrano dracones emicuisse de extis lseto prodigio
traditur : et profecto nihil incredibile sit , existimanti-
bus, Pyrrho rgi, quo die periit, prcisa hostiarum ca-
pita repsisse, sanguinem suum lambentia. Exta homini
ab inferiore viscerum parte separantur membrana , quse
prsecordia appellant, quia cordi pretenditur, quod Grci
appellaverunt cppevx. Omnia quidem principalia vis-
cera, membranis propriis, ac velut vaginis inclusit pro-
videns natura : in hac fuit et peculiaris causa vicinitas
alvi, ne cibo supprimeretur animus. Huic certe refertur
accepta subtilitas mentis : ideo nulla est ei caro , sed
nervosa exilitas. In eadem prcipua hilaritatis sedes ,
quod titillatu maxime intelligitur alarum, ad quas subit,
non alibi tenuiore cute humana, ideo scabendi dulce-
dine ibi promixa. Ob hoc in prliis gladiatorumque
spectaculis mortem cum risu itrajecta prcordia adtu-
lerunt.
I
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 1*9
deux lobes au foie des lapins. Les fourmis ne touchent
jamais au second lobe de* grenouilles rubtes , cause
du poison qu'il contient , ce que l'on croit. Le foie
se garde trs-long-temps, et des siges nous ont fourni
des exemples de foies conservs sept ans.
Diaphragme. "Nature du rire.
LXXVII. Les viscres des serpens et des lzards sont
allongs. On rapporte que Ccina de Volaterre vit, par
un prodige heureux , des serpens sortir des entrailles
d'une victime ; et , certes , le fait n'aura rien d'incroyable
pour ceux qui admettent que le jour o prit le roi
Pyrrhus, les ttes des victimes, spares du corps, se
tranrent en lchant leur propre sang. Les entrailles de
l'homme sont spares de la partie infrieure des viscres
par une membrane que nous nommons prcordia ( dia-
phragme) , parce qu'elle s'tend au devant du cur, et
que les Grecs ont appele <ppeve. Tous les viscres prin-
cipaux ont t renferms dans des membranes qui leur
sont propres, comme dans des tuis, par la prvoyante
nature ; mais, pour celui-ci , le voisinage du ventre tait
une raison particulire, afin que la respiration ne ft
pas intercepte par les alimens. On attribue au diaphragme
la subtilit de l'entendement : voil pourquoi il est sans
chair, mais nerveux et mince. Il est aussi le sige principal
de la gat , comme on le voit surtout par l'effet que pro-
duit le chatouillement des aisselles , au dessous desquelles
il s'avance; et la peau de l'homme n'ayant, nulle part
ailleurs, plus de finesse, c'est aussi l que le chatouille-
) /
I
C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
De ventre, et quibus nullus. Que sola vomant.
LXXVIII. Subest venter stomachum habentibus , ce-
teris simplex, ruminantibus geminus, sanguine caren-
libus nullus. Intestinus enim ab ore incipit , et quibus-
dam eodem reflectitur , ut sepiae , polypo. In homine
adnexus infmo stomacho , similis canino. His solis ani-
malium inferiori parte angustior : itaque et sola vomunt,
quia repleto propter angustias supprimitur cibus : quod
accidere non potest iis , quorum spatiosa laxitas eum in
inferiora transmittit.
Lacts , hillae , al vus , colon. Quare quaedam insatiabilia animalia.
LXXIX. Ab hoc ventriculo lacts in homine et ove ,
per quas labitur cibus , in ceteris hillae : a quibus ca-
paciora intestina ad alvum , hominique flexuosissimis
orbibus. Idcirco magis avidi ciborum , quibus ab alvo
longius spatium. Iidem minus solertes , quibus obe-
HISTOIRE NATURELLE , L1V. XL i5i
ment se fait sentir de plus prs ; aussi, dans les batailles
et dans les spectacles de gladiateurs, a-t-on vu mourir,
en riant, des hommes dont le diaphragme avait t tra-
vers.
Du ventre : animaux qui n'en ont point. A quels animaux seuls
appartient la facult de vomir.
LXXVIII. Au dessous du diaphragme , dans les ani-
maux qui ont l'estomac , est le ventre , simple dans un
grand nombre , double dans les ruminans , nul dans
ceux qui n'ont point de sang ; car le canal intestinal ,
chez eux, commence la bouche, et chez quelques-uns,
comme la sche et le polype , il revient y aboutir.
Dans l'homme , il est attach au bas de l'estomac , et
ressemble celui du chien. Des animaux , ce sont les
seuls qui l'aient plus troit la partie infrieure, et qui,
par cette raison , soient sujets au vomissement , parce
que, l'estomac tant rempli , cette extrmit plus troite
arrte les alimens ; ce qui ne peut arriver ceux chez
qui ce viscre donne un passage plus libre la nourri-
ture.
Intestins grles ( fraise ) , billes , derniers intestins , colon. Causes
de l'insatiable voracit de quelques animaux.
LXXIX. Aprs le ventricule se trouvent, dans l'homme
et la brebis, les intestins grles, appels, dans les autres
animaux, hill , par o passent les alimens. Viennent
ensuite les gros intestins, qui aboutissent l'anus, et
qui , dans l'homme , forment une infinit de contours.
Ceux en qui ils sont plus longs , sont aussi plus grands
i5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
sissimus venter. Aves quoque geminos sinus habent
qudam : unum, quo merguntur recentia, ut guttur: al-
terum , in quem ex eo demittunt concoctione maturata :
ut gallinae , palumbes, columbae , perdices. Cetera? fere
carent eo ; sed gula patentiore utuntur : ut graculi ,
corvi , cornices. Quaedam neutro modo , sed ventrem
proximum habent, quibus praelonga colla et angusta ,
ut porphyrioni. Venter solidipedum asper et durus. Ter-
restrium aliis denticulat asperitatis , aliis cancellatim
mordacis. Quibus neque dents utrimque , nec rumina-
tio , hic conficiuntur cibi , hinc in alvum delabuntur.
Media hc umbilico adnexa in omnibus, in homine
suillae infima parte similis, a Grcis appellatur colon,
ubi dolorum magna causa est. Angustissima canibus ,
qua de causa vehementi ni su , nec sine cruciatu, levant
eam. Insatiabilia animalium, quibus a ventre protinus
recto intestino transeunt cibi , ut lupis cervariis , et
inter aves mergis. Ventres elephanto quatuor, cetera
ma
suibus similia : pulmo quadruplo major bubulo. Avibus
venter carnosus callosusque. In ventre hirundinum pul-
lis lapilli candido aut rubenti colore, qui chelidonii vo-
cantur, magicis narrati artibus, reperiuntur. Et in ju-
vencarum secundo ventre pilse rotunditate nigricans
tofus, nullo pondre : singulare, ut putant, remedium
aegre parientibus , si tellurem non attigerit.
1
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. i5"
mangeurs ; et les hommes qui ont le ventre charg
d'embonpoint ont l'esprit moins subtil. Quelques oiseaux
aussi ont deux poches : l'une est le jabot , o descendent
d'abord les alimens ; l'autre . o passent ces alimens ,
lorsque la digestion est dj avance : tels sont les poules,
les ramiers , les pigeons , les perdrix. La plupart des
autres, comme les graculus (choucas), les corbeaux,
les corneilles, n'ont presque pas de jabot, mais l'so-
phage est. seulement plus largi. Quelques-uns n'ont ni
l'une ni l'autre; mais ils ont le ventre trs-prs de l'so-
phage, le cou trs-long et troit, comme le porphyrion.
Le ventre des solipdes est raboteux et dur. Dans plu-
sieurs animaux terrestres, les parois en sont hrisses
de pointes ; chez d'autres , c'est un rseau rude comme
une lime. Chez les animaux qui n'ont pas de dents aux
deux mchoires, et qui ne ruminent pas, la nourriture
est digre dans l'estomac, d'o elle passe dans le ventre.
Sa partie moyenne, toujours attache l'ombilic, in-
frieurement conforme dans l'homme comme chez le
porc , est appele par les Grecs colon ; cet intestin est
le sige de grandes douleurs. Il est trs-troit dans les
chiens , ce qui fait qu'ils ne peuvent le vider qu'avec
beaucoup d'effort et de douleur. Les animaux sont in-
satiables quand les alimens passent immdiatement de
l'estomac dans des intestins non replis : tels sont les
loups cerviers, et, parmi les oiseaux, les mergus (plon-
geons ). L'lphant a quatre estomacs , le reste des in-
testins comme le porc. Son poumon est quatre fois plus
grand que celui du buf. Le ventre ( gsier ) des oi-
seaux est charnu et calleux. Dans celui des jeunes hi-
i54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
De omcnto , et de splene , et qulbus animalium non sit.
LXXX. Ventriculus atque intestina pingui ac tenui
omento integuntur, praeterquam ova gignentibus. Huic
adnectitur lien in sinistra parte adversus jecori , cum
quo locum aliquando permutt , sed prodigiose. Quidam
eum putant inesse ova parientibus , item serpentibus
admodum exiguum ; ita certe apparet in testudine , et
crocodilo, et lacertis, et ranis. iEgocephalo avi non esse
constat, neque iis quae careant sanguine. Peculiare cur-
sus impedimentum aliquando in eo : quamobrem inuri-
tur cursorum laborantibus. Et per vulnus etiam exempto,
vivere animalia tradunt. Sunt qui putent adimi simul
risum homini ; intemperantiamque ejus constare lienis
magnitudine. Asiae regio Scepis appellatur, in qua mi-
nimos esse pecori tradunt , et inde ad lienem inventa re-
mdia.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i55
rondelles on trouve de petites pierres blanches ou
rouges , qu'on nomme chlidoines , vantes dans l'art
magique. Quelquefois le second estomac des gnisses ren-
ferme un tuf noirtre, en forme de pelotte ronde, d'une
extrme lgret : remde souverain , dit-on , dans les
accouchemens difficiles, pourvu qu'il n'ait pas touch
la terre.
De l'piploon. De la rate , et des animaux qui n'en ont point.
LXXX. Le ventricule et les intestins sont recouverts
d'un piploon gras et mince, except dans les ovipares.
La rate y est attache la partie gauche, l'opposite
du foie. Quelquefois cette situation est change en sens
contraire, mais c'est un prodige. Quelques-uns pensent
que les ovipares et les serpens ont la rate extrmement
petite : du moins on la trouve telle dans la tortue, le
crocodile, le lzard et la grenouille. Il est certain qu'elle
manque l'oiseau gocphale et tous les animaux pri-
vs de sang. Elle est quelquefois un empchement par-
ticulier la course : c'est pourquoi on la brle aux
coureurs qui en sont incommods. On prtend que les
animaux vivent aprs mme qu'elle a t enleve par in-
cision. Il en est qui pensent que l'homme perd en mme
temps la facult de rire, et que l'intemprance du ris a
pour cause la grandeur de la rate. On nomme Scepsis
une rgion de l'Asie, o, dit-on, le menu btail a la
rate trs-petite, et d'o viennent les remdes pour ce
viscre.
1 56 . C. PUNII HIST. NAT. LIB. XI.
De renibus, et ubi quaterni animalibus : quibus nulli.
LXXXI. At in Brileto et Tharne quaterni rens cer-
vis : contra pennatis , squamosisque nulli. Cetero sum-
mis adhaerent lumbis. Dexter omnibus elatior, et minus
pinguis sicciorque. Utrique autem pinguitudo e medio
exit , praeterquam in vitulo marino. Animalia in renibus
pinguissima : oves quidem letaliter circum eos concreto
pingui. liquando in eis inveniuntur lapilli. Rens ha-
bent omnia quadrupedum , quae animal gnrant : ova
parientium testudo sola, qua? et alia omnia viscera : sed
ut homo , bubulis similes , velut e multis renibus com-
positos.
Pectus : costse.
LXXXII. Pectus, hoc est, ossa, praecordiis et vitali-
bus natur circumdedit : at ventri , quem necesse erat
increscere, ademit. Nulli animalium circa ventrem ossa.
Pectus homini tantum latum, reliquis carinatum, volu-
lucribus magis, et inter eas aquaticis maxime. Costae ho-
mini tantum octonae, suibus dense, cornigeris tredecim ,
serpentibus triginta.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i5 7
Des reins , et q l'on voit des animaux en avoir quatre. Animaux
sans reins.
LXXXI. A Briletum et Tharne, les cerfs ont quatre
reins; au contraire, les oiseaux et les animaux cailles
n'en ont pas. Du reste, ils sont attachs la partie sup-
rieure des lombes ; le droit est plus lev, moins gras et plus
sec. Du milieu de chaque rein sort un peloton de graisse ,
except dans le veau marin. C'est aux reins que les ani-
maux ont le plus de graisse : celle qui s'amasse autour
de cette partie fait mme prir les moutons. On y trouve
quelquefois de petites pierres. Tous les quadrupdes vi-
vipares ont des reins ; parmi les ovipares, la tortue seule
en est pourvue : elle a aussi tous les autres viscres ;
mais, ainsi que l'homme, elle a les reins semblables
ceux du buf, et comme forms de plusieurs reins ag-
glomrs.
Poitrine : ctes.
LXXXII. La nature a plac la poitrine, c'est--dire
une charpente osseuse autour du diaphragme et des
parties vitales : elle ne l'a point fait pour le ventre,
qui avait besoin de se dilater. Nul animal n'a d'os au-
tour du ventre. L'homme seul a la poitrine large et plate:
elle est en forme de carne dans les autres animaux ,
surtout dans les oiseaux , encore plus dans les oiseaux
aquatiques. L'homme n'a que huit ctes, le porc dix , les
btes corne treize, les serpens trente.
i58 C. PLINII HIST. NAT. UB. XI.
Vesica : quibus non sit.
LXXXIII. Infra alvum est a priore parte vesica, quae
nulli ova gignentium, praeter testudinem: nulli nisi san-
guineum pulmonem habenti : nulli pedibus carentium.
In ter eam et alvum arteriae, ad pubem tendentes, quae
ilia appellantur. In vesica lupi lapillus, qui Syrites vo-
catur. Sed in horainum quibusdam diro cruciatu subinde
nascentes calculi, et setarum capillamenta. Vesica mem-
brana constat , quae vulnerata cicatrice non solidescit :
neque qua cerebrum , aut cor involvitur : plura enim
membranarum gnera.
De vulvis : de suum vulva : de sumine.
LXXXIV. Feminis eadem omnia : praetcrque vesicae
junctus utriculus , unde dictus utrus : qod alio no-
mine locos appellant : hoc in reliquis animalibus vul-
vam. Haec viperae et intra se parientibus, duplex : ova
generantium adnexa praecordiis : et in muliere geminos
sinus ab utraque parte laterum habet : funebris , quoties
versa spiritum inclusit. Boves gravidas negant praeter-
quam dextero vulvae sinu ferre, etiam quum geminos
fcrant. Vulva ejecto partu melior, quam edito. Ejectitia
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 1%
Vessie ; animaux qui en sont prives.
LXXXIII. Au dessous du ventre, la partie ant-
rieure , est la vessie qui manque tous les ovipares ,
except la tortue; elle manque tous les animaux qui
n'ont pas le poumon sanguin , tous ceux qui n'ont
pas de pieds. Entre la vessie et le ventre sont des ar-
tres qui aboutissent au pubis : on les nomme iliaques.
Dans la vessie du loup se trouve la pierre Syrite.
Quelquefois il se forme dans celle de l'homme des
pierres et des filamens qui causent d'horribles douleurs.
La vessie est forme d'une membrane qui, une fois d-
chire, ne se cicatrise jamais, non plus que celles qui
enveloppent le cerveau ou le cur ; car il y en a de plu-
sieurs sortes.
Vulve : vulve de la truie ; des ttines.
LXXXIV. Les mmes viscres existent dans les
femmes, except qu' la vessie est joint un utricule ap-
pel utrus, qu'on appelle autrement loci (lieux), et qui
prend le nom de vulve dans les autres animaux. Cette
partie est double dans la vipre et dans les animaux qui
enfantent au dedans d'eux-mmes : celle des ovipares est
attache au diaphragme. Dans la femme, elle a deux
sinus , l'un droite , l'autre gauche. Elle cause la mort
toutes les fois que, s'tant renverse, elle absorbe de l'air.
On dit que les vaches ne portent que du ct droit de la
vulve, lors mme qu'elles portent deux veaux. La vulve
160 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
vocatur illa , haec porcaria , primiparae suis optima
contra effetis. A partu, praeterquam eodem die suis oc-
cisae , livida ac macra. Nec novellarum suum , praeter
primiparas probatur : potiusque veterum, dum ne effe-
tarum , nec biduo ante partum , aut post partum , aut
quo ejecerint die. Proxima ejectitiae est, occisae uno die
post partum. Hujus et sumen optimum , si modo ftus
non hauserit : ejectitiae deterrimum. Antiqui abdomen
vocabant : priusquam calleret , incientes occidere non
adsueti.
Quae sevum habeant , quae non pinguescant.
LXXXV. Cornigera una parte dentata, et quae in pe-
dibus talos habent, sevo pinguescunt. Bisulca, scissisve
in digitos pedibus , et non cornigera , adipe. Concretus
hic, et quum refrixit, fragilis : semperque in fine carnis.
Contra pingue inter carnem cutemque, succo liquidum.
Quaedam non pinguescunt , ut lepus , perdix. Steriliora
cuncta pinguia, et in maribus, et in feminis; senescunt-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 161
est plus dlicate aprs l'avortement qu'aprs le part na-
turel. Dans le premier cas on l'appelle ejectitia, dans le
second porcaria : celle d'une truie sa premire porte
est trs-bonne; c'est tout le contraire dans une truie
puise. Aprs le part, la vulve est maigre et livide,
moins que la truie n'ait t tue le mme jour. On n'es-
time celle des jeunes qu'aprs qu'elles ont mis bas une
fois : on prfre celle des vieilles, pourvu qu'elles ne
soient pas puises , et qu'on ne les tue pas deux jours
avant qu'elles mettent bas, ni deux jours aprs, ni le
jour mme de l'avortement. Aprs l'jectice, la meil-
leure est celle d'une truie tue le lendemain du jour o
elle a fait ses petits. Les ttines de cette dernire sont
excellentes, pourvu que les petits n'en aient point suc
le lait : celles d'une truie qui a avort ( ejecticia ) sont
dtestables. Les anciens les dsignaient sous le nom d'ab-
domen. Ils attendaient que les ttines fussent dessches,
et n'taient pas dans l'usage de tuer des truies prtes
mettre bas.
Animaux pourvus de graisse; animaux qui n'en ont pas.
LXXXV. Les animaux corne, qui ont des dents
une seule mchoire et des osselets aux pieds, ont du suif.
Les bisulces , les fissipdes et ceux qui n'ont point de
cornes ont de la graisse. Elle est compacte , cassante
quand elle est refroidie , et toujours ramasse aux extr-
mits charnues. Au contraire, le gras qui se trouve
entre la chair et la peau est liquide. Quelques animaux,
comme le livre et la perdrix , n'engraissent jamais,
vm. 1 1
i6i C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
que celerius praepinguia. Omnibus animalibus est quod-
clam in oculis pingue. Adeps cunctis sine sensu : quia
nec arterias habet, nec venas. Plerisque animalium est
pinguitudo sine sensu : quam ob causant sues spirantes
a muribus tradunt adrosos. Quin et L. Apronii consu-
laris viri filio detractos adipes , levatumque corpus im-
mobili onere.
De medullis, et quibus non sint.
LXXXVI. Et medulla ex eodem vidtur esse, in ju-
venta rubens \ et senecta albescens. Non nisi cavis
haec ossibus : nec cruribus jumentorum , aut eanum :
quare fracta non ferruminantur, quod defluente evenit
medulla. Est autem pinguis iis , quibus adeps : sevosa ,
cornigeris: nervosa, et in spina tantum dorsi, ossa non
habentibus, ut piscium generi : ursis nulla : leoni in
feminum et brachiorum ossibus paucis exigua admo-
dum : cetera tanta duritia, ut ignis elidatur , velut e
silice.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 16H
Tous les animaux gras, mles ou femelles, sont moins
fconds ; ils vieillissent plus vite lorsqu'ils sont trs-
chargs de graisse. Tous les animaux ont une matire
grasse dans les yeux. Dans tous la graisse est insensible,
parce qu'elle n'a ni artres ni veines. Chez la plupart
des animaux, l'embonpoint excessif produit l'insensibi-
lit : aussi a-t-on vu des porcs vivans se laisser ronger
par les rats; on prtend mme que le fils de L. Apro-
nius, personnage consulaire, fit dgraisser et allger,
par cette opration , la masse inerte de son corps.
De la moelle : animaux sans moelle.
LXXXVI. La moelle semble forme de la mme ma-
tire : rouge dans la jeunesse , elle blanchit avec l'ge.
On ne la trouve que dans les os creux , jamais dans les
jambes des btes de somme ou des chiens ; c'est pour-
quoi ces parties , une fois fractures , ne peuvent se
consolider , parce que la soudure s'effectue par l'pan-
chement de la moelle. Elle est grasse dans les animaux
adipeux, de la nature du suif dans les animaux cornes,
de celle du nerf, et seulement dans l'pine dorsale ,
chez les animaux qui n'ont point d'os, comme dans la
classe des poissons. Elle n'existe pas dans l'ours : le
lion n'en a qu'une trs-petite quantit dans les os des
cuisses et des bras : les autres sont d'une telle duret,
que le choc en fait jaillir le feu comme d'un caillou.
i i.
*G/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
De ossibus et spinis. Quibus nec ossa , nec spina. Cartilagines.
LXXXVII. His dura , quse non pinguescunt : asino-
rum ad tibias canora. Delphinis ossa , non spinae : ani-
mal enim pariunt : serpentibus spinae. Aquatilium mol-
libus , nulla : sed corpus circulis carnis vinctum 7 ut
sepiao , atque loligini. Et insectis negatur aeque esse ulla.
Cartilaginea aquatilium habent medullam in spina. Vi-
tuli marini cartilaginem , non ossa. Item omnium au-
ricul , ac nares , quos modo eminent , flexili mollitia ,
natur providentia , ne frangerentur. Cartilago rupta
non solidescit. Nec praecisa ossa recrescunt , prterquam
veterinis ab ungula ad suffraginem. Homo crescit in
longitudinem ad annos usque ter septenos : tum deinde
ad plenitudinem. Maxime autem pubescens nodum quem-
dam solvere , et prcipue gritudine , sentitur.
De nervis. Quae sine nervis.
LXXXVIII. Nervi orsi a corde, bubuloque etiam
circumvoluti , similem naturam et causam habent , in
omnibus lubricis applicati ossibus : nodosque corporum,
qui vocantur articuli , aliubi interventu ? aliubi ambitu,
aliubi transita ligantes, hic teretes , illic lati , ut in uno-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i65
Des os et des artes. Chez qui manquent celles-ci et ceux-l.
Cartilages.
LXXXVII. Les os sont durs dans les animaux qui
ne prennent point de graisse : ceux des nes sont assez
sonores pour faire des fltes. Les dauphins ont des os
et point d'artes , car ils sont vivipares : les serpens ont
des artes. Les mollusques n'en ont pas; mais leur corps
est li par des cercles de chair, comme dans la sche et
le calmar. On nie galement leur existence chez les in-
sectes. Les poissons cartilagineux ont de la moelle dans les
artes. Les veaux marins ont un cartilage et point d'os. De
mme, chez tous les animaux, les oreilles et les narines,
quand elles sont saillantes, sont molles et flexibles, par
une prvoyance de la nature, afin qu'elles ne fussent pas
brises. Un cartilage rompu ne se consolide pas. Les os
coups ne repoussent jamais , except dans les btes de
somme, depuis l'ongle jusqu'au jarret. L'homme crot en
hauteur jusqu' vingt-un ans , ensuite en grosseur. C'est
particulirement l'poque de la pubert qu'il semble se
dnouer, surtout la suite d'une maladie.
Nerfs. Animaux sans nerfs.
LXXXVIII. Les nerfs (tendons) qui partent du cur
et mme qui l'entourent , dans le buf, ont une nature et
un principe semblable celui del moelle; ils s'attachent,
dans tous les animaux , des os lisses et glissans, et lient
les jointures qu'on nomme articulations; ils sont, tantt
intermdiaires, tantt orbiculaires ou transversaux, ar-
i66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
quoque poscit figuratio. Neque ii solidantur incisi : mi-
rumque , vulneratis summus dolor : praesectis , nullus.
Sine nervis sunt quaedam animalia , ut pisces : arteriis
enim constant. Sed neque his molles piscium generis.
Ubi sunt nervi, interiores conducunt membra, superio-
res revocant. Inter hos latent arteriae , id est , spiritus
semitae. His innatant venae , id est , sanguinis rivi. Ar-
teriarum pulsus, in caeumine maxime membrorum evi-
dens , index fere morborum , in modulos certos , leges-
que metricas, per aetates, stabilis, aut citatus , aut tardus,
descriptus ab Herophilo medicinae vate , miranda arte ,
nimiam propter subtilitatem desertus , observatione ta-
men crebri aut languidi ictus , gubernacula vita tem-
prt.
Arteriae, venae : quae nec venas, nec arterias habent. De sanguine
et sudore.
LXXXIX. Arteriae carent sensu : nain et sanguine.
Nec omnes vitalem continent spiritum : praecisisque tor-
pescit tantum pars ea corporis. Aves nec venas nec ar-
terias habent : item serpentes, testudines, lacertae, mi-
nimumque sanguinis. Venae in praetenues postremo fibras
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 167
rondis on plats , selon que l'exige la configuration de
chaque os. Les nerf coups ne se rejoignent plus ; et ,
chose tonnante, quand ils sont en partie coups, ils cau-
sent une douleur excessive; et tout--fait, ils n'en causent
aucune. Les nerfs manquent dans certaines classes d'a-
nimaux , tels que les poissons : des artres en tiennent
lieu. Les mollusques sont mme dpourvus d'artres.
Partout o sont des nerfs , les intrieurs tendent les
membres, les extrieurs les retirent. Entre les nerfs sont
caches les artres , c'est--dire , les conduits de l'air.
Parmi elles circulent les veines, c'est--dire, les canaux
du sang. Le battement des artres, sensible surtout aux
extrmits des membres , indique ordinairement l'tat de
maladie. Des mesures fixes, des lois numriques, d-
termines pour tous les ges , suivant qu'il est rgulier,
lent ou prcipit, lui ont t assignes par Hrophile,
un des oracles de la mdecine, avec un art merveilleux,
mais abandonn comme trop subtil , quoique l'observa-
tion de la frquence ou de la lenteur du pouls soit un
moyen sr de gouverner la sant.
Artres, veines : animaux sans artres et sans veines. Du sang et
de la sueur.
LXXXIX. Les artres sont dpourvues de sensibi-
lit , car elles n'ont pas de sang. Toutes ne contiennent
pas l'esprit vital; et quand elles sont coupes, la partie
du corps o elles se trouvent reste seule engourdie. Les
oiseaux n'ont ni veines, ni artres ; il en est de mme
des serpens, des tortues et des lzards, qui n'ont que
i68 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
subter totam cutem dispersa? , adeo in angustam subtili-
tatem tenuantur , ut penetrare sanguis non possit ,
aliudve quam exilis humor ab illo, qui cacuminibus in-
numeris sudor appellatur. Venarum in umbilico nodus
ac coitus.
Quorum celerrime sanguis spissetur, quorum non coeat : quibus
crassissimus , quibus tenuissimus , quibus nullus.
XC. 38. Sanguis quibus multus et pinguis, iracunda :
maribus, quam feminis, nigrior : et juventae magis quam
senio : et inferiore parte pinguior. Magna et in eo vita-
litatis portio. Emissus spiritum secum trahit : tactum
tamen non sentit. Animalium fortiora , quibus sanguis
crassior : sapientiora , quibus tenuior : timidiora, qui-
bus minimus , aut nullus. Taurorum celerrime coit atque
dureseit, ideo pestifer potu maxime. Aprorum, ac cer-
vorum , caprearumque , et bubalorum omnium non
spissatur. Pinguissimus asinis , homini tenuissimus. His
quibus plus quaterni pedes , nullus. Obesis minus co-
piosus , quoniam absumitur pingui. Profluvium ejus uni
fit in naribus homini , aliis nare alterutra , quibusdam
per inferna , multis per .ora stato tempore ? ut nuper
Macrino Visco viro praetorio : sed omnibus annis Volu-
sio Saturnino urbis prfecto , qui nonagesimum etiam
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 169
trs-peu de sang. Les veines, divises en ramifications
dlies , disperses partout sous la peau , parviennent
un tel degr de finesse et de tnuit, que le sang n'y
peut pntrer, mais seulement une humeur subtile qui
suinte par une infinit de pores , et forme ce qu'on ap-
pelle la sueur. L'ombilic est le point de runion et le
centre des veines.
*
Animaux dont le sang se coagule avec une extrme rapidit; autres
dont le sang ne se caille pas. Animaux sang pais , sang
fluide ; animaux qui n'en ont pas du tout.
XC. 38. Les animaux en qui le sang est abondant et
gras sont colriques : il est plus noir chez les mles que
chez les femelles, et plus dans la jeunesse que dans la
vieillesse : il est aussi plus gras dans les parties inf-
rieures. La vie rside en grande partie dans le sang; en
s'coulant il entrane avec lui l'esprit vital : cependant
il est insensible. Les animaux qui ont le sang plus pais
sont plus courageux : ceux qui l'ont plus fluide sont
plus intelligens : ceux qui en ont trs-peu ou point du
tout sont plus timides. Le sang des taureaux se coa-
gule et se durcit trs -vite; aussi est -il mortel pris en
breuvage. Celui des sangliers , des cerfs , des che-
vreuils et des bubales ne s'paissit point. L'ne a le
sang le plus gras , l'homme le sang le plus fluide. Les
animaux qui ont plus de quatre pieds en sont privs. Il
est moins abondant dans les animaux chargs d'embon-
point, parce qu'il est absorb par la graisse. L'homme
seul rend le sang par le nez; quelques-uns par une
seule narine, d'autres parles voies infrieures; plusieurs
i 7 o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
cxcessit annum. Solum hoc in corpore teniporarium
sentit incrementum : siquiclem hostiae abundauliorem
fundunt , si prius bibere.
#
Quibus ccrtis tempribus anni nullus.
XCI. Quae animalium latere certis tempribus dixi-
mus , non habent tune sanguinera , praeter exiguas ad-
modum circa corda guttas, miro opre naturae : sicut
in homine , vim ejus ad minima momenta mutari , non
modo tantum in ore suffusa materia , verum ad singulos
animi habitus, pudore, ira, metu : palloris pluribus
modis , item ruboris. Alius enim irae , et alius verecun-
diae. Nam et in metu refugere, et nusquam esse certum
est multisque non transfluere transfossis : quod homini
tantum evenit. Nam qae mutari diximus , colorem alie-
num accipiunt quodam repercussu : homo solus in se
mutt. Morbi omnes morsque sanguinem absumunt.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 171
par la bouche, des poques dtermines, comme, de
nos jours, Macrinus Viscus, qui fut prteur; mais Vo-
lusius Saturninus, prfet de Rome, qui a vcu plus de
quatre-vingt-dix ans, vomissait le sang une fois l'anne.
C'est la seule substance qui , dans le corps, reoive un
accroissement momentan; car les victimes en rpan-
dent une plus grande quantit, lorsqu'elles ont bu avant
d'tre immoles.
Animaux chez qui le sang manque certaines poques de l'anne.
XCI. Ceux des animaux qui se tiennent cachs des
poques dtermines , comme nous l'avons dit , n'ont
point alors de sang , si ce n'est quelques gouttes autour
du cur : admirable procd de la nature ! Telles sont
encore, dans l'homme, les altrations qu'prouve le sang
pour les causes les plus lgres; lorsqu'il se rpand sur
le visage mme, suivant chaque affection de l'me, la
honte, la colre, la crainte: l'homme plit ou rougit
de diverses manires. Ces effets ne sont pas les mmes
dans la colre que dans la pudeur. Il est certain que
dans la crainte le sang se retire et disparat , et que
plusieurs ont t percs de part en part sans rendre
de' sang , ce qui est particulier l'homme. Les animaux
que j'ai dit changer de couleur ne font que rflchir
une teinte trangre : l'homme seul porte en lui-mme
la cause de ce changement. Toutes les maladies et la
morl consument le sang.
i 7 2 C. PLIMI HIST. NAT. LIB. XI.
An in sanguine principatus.
XC1I. 39. Sunt qui subtilitatera animi * constare noii
tenuitate sanguinis putent , sed cute operimentisque
corporum magis aut minus bruta esse, ut ostreas et
testudines : boum terga , setas suum obstare tenuitati
immeantis spiritus, nec purum liquidumque transmitti :
sic et in homine , quum crassior callosiorve excludat
cutis : ceu vero non crocodilis et duritia tergoris tri-
buatur, et solertia.
De tergore.
XCIII. Hippopotami corii crassitudo talis , ul inde
tornentur hast , et tamen quaedam ingenio medica di-
ligentia. Elephantorum quoque tergora impenetrabiles
cetras habent , quum tamen omnium quadrupedum sub-
tilitas animi praecipua perhibeatur illis. Ergo cutis ipsa
sensu caret , maxime in capite : ubicumque per se ac
sine carne est , vulnerata non coit, ut in bucca cilioque.
De pilis et vestitu tergoris.
XCIV. Quae animal pariunt, pilos habent : qu ova,
pennas , aut squamas, aut corticem, ut tesludines : aut
cutem puram ? ut serpentes. Pennarum caules omnium
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 173
Le sang cst-il le principe de la vie.
XCIT. 39. Quelques auteurs pensent que la subtilit
de l'esprit ne dpend pas de la fluidit du sang; mais que
les animaux sont plus ou moins stupides , comme les
hutres et les tortues, en proportion de l'paisseur de
la peau ou des tgumens : que le cuir des bufs , les
soies du porc interceptent le passage l'air, qui ne peut
pntrer pur et subtil , et que la mme chose arrive aux
hommes quand ils ont la peau trop paisse et calleuse ;
comme si , dans les crocodiles , la duret de la peau ne
se trouvait pas jointe l'adresse !
Du cuir.
XCIII. Le cuir de l'hippopotame est d'une telle pais-
seur, qu'on en forme des piques ; et cependant il trouve
dans son instinct le talent de se gurir lui-mme. La
peau des lphans fournit des boucliers impntrables ;
c'est cependant celui de tous les quadrupdes auquel on
reconnat le plus d'intelligence. La peau est donc in-
sensible par elle-mme , surtout la tte : partout o
elle est seule et sans chair , elle ne se runit point aprs
qu'elle a t entame , comme aux joues et aux pau-
pires.
Des poils , et de ce qui recouvre la peau.
XCIV. Les vivipares ont des poils ; les ovipares , des
plumes , ou des cailles , ou une carapace comme les
tortues , ou une simple peau comme les serpens. Les
i 7 4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
cavi: prcis non crescunt, evulsae renascuntur. Mem-
branis volant fragilibus insecta , humentibus hirundines
m mari , siccis inter tecta vespertilio. Horum alae quo-
que articulos habent. Pili a cute exeunt crassa birti ,
feminis tenuiores , equis in juba largi , in armis leoni :
dasypodi et in buccis intus, et in pedibus, quae utraque
Trogus et in lepore tradidit : hoc exemplo libidinosiores
hominum quoque hirtos colligens. Villosissimus anima-
lium lepus. Pubescit homo solus , quod nisi contigit ,
sterilis in gignendo est, seu masculus , seu femina. Pili
in homine partira simul, partim postea gignuntur. Con-
geniti autem non desinunt, sicut nec feminis magnopere.
Invente tamen quaedam defluvio capitis invalidae : ut et
lanugines oris , quum menstrui cursus stetere. Quibus-
dam postgeniti viris sponte non gignuntur. Quadrupe-
dibus pilum cadere atque subnasci , annuum est. Viris
crescunt maxime in capillo , mox in barba. Recisi , non ,
ut herbae, ab ipsa incisura augentur , sed ab.radice
exeunt. Crescunt et in quibusdam morbis , maxime
phthisi, et in senecta : defunctorum quoque corporibus.
Libidinosis congeniti , maturius defluunt : agnati, cele-
rius crescunt. Quadrupedibus senectute crassescunt, la-
nque rarescunt. Quadrupedum dorsa pilosa , ventres
glabri. Boum coriis glutinum cxcoquitur, taurorumque
prcipuum.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. i 7 5
tuyaux des plumes sont toujours creux ; coupes , elles
ne croissent plus ; arraches , elles renaissent. Les in-
sectes volent au moyen de membranes fragiles ; elles
sont humides dans l'hirondelle de mer , sches dans la
chauve-souris de nos habitations. Leurs ailes ont aussi
des articulations. Le poil qui sort d'une peau paisse
est rude : celui des femelles est plus fin. Les chevaux
en ont une grande abondance au cou , les lions aux
paules ; le dysapode en a mme dans l'intrieur de la
bouche et aux pieds , particularits que Trogus attribue
aussi au livre ; et il en conclut que les hommes qui ont
beaucop de poil sont plus enclins aux plaisirs. Le plus
velu des animaux , c'est le livre. L'homme seul de-
vient pubre; et les individus , mles ou femelles , chez
qui la pubert ne se manifeste point , sont incapables
d'engendrer. Il y a des poils que l'homme apporte en
naissant; d'autres lui viennent avec l'ge. Les premiers
ne tombent pas , et les femmes perdent rarement les
leurs ; cependant on a vu des femmes devenir chauves ,
comme on en voit dont le menton se couvre de duvet,
aprs que le flux menstruel s'est arrt. Il y a des
hommes qui n'ont jamais les poils qui viennent avec
l'ge. Ceux des quadrupdes tombent et renaissent tous
les ans. Les poils qui croissent le plus dans l'homme
sont d'abord les cheveux, et ensuite la barbe. Lorsqu'ils
ont t coups, ils ne repoussent pas, comme l'herbe,
par la partie entame , mais par la racine. Ils croissent
dans certaines maladies , surtout dans la phthisie ; et
('est ce qu'on voit encore dans la vieillesse, mme aprs
la mort. Les hommes livrs aux plaisirs perdent de meil-
176 C. PLIN1I HIST. NAT. LIB. XI.
De mammis, et quae volucrum mammas habeant. Notabilia ani-
malium in uberibus.
XCV. Mammas homo solus e maribus habet : cetera
animalia mammarum notas tantum. Sed ne feminae qui-
dem in pectore , nisi quae possunt partus suos attollere.
Ova gignentium , nulli : nec lac , nisi animal parienti :
volucrum, vespertilioni tantum. [Fabulosum enim arbi-
tror de strigibus ubera eas infantium labris immulgere.
Esse in maledictis jam antiquis strigem convenit : sed
quae sit avium , constare non arbitror.
4o. Asinis a ftu dolent : ideo sexto mense arcent
partus, quum equae anno prope toto praebeant. Quibus
solida ungula , nec supra geminos ftus , haec omnia bi-
nas habent mammas , nec aliubi , quam in feminibus.
Eodem loco bisulca et cornigera : boves quaternas, oves
capraeque binas. Quae numeroso fecunda partu , et qui-
bus digiti in pedibus , haec plures habent , toto ventre
duplici ordine , ut sues , generosae duodenas , vulgares
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 177
leure heure les poils qu'ils apportent en naissant ; les
autres croissent plus vite. Dans les quadrupdes, le poil
devient plus pais, et la laine s'claircit avec l'ge. Ils ont
le dos garni de poil , et le ventre nu. Le cuir du buf
donne , par la cuisson , la colle-forte ; la meilleure est
celle du taureau.
Des mamelles. Oiseaux mammifres. Circonstances remarquables
des pis.
XCV. Seul des animaux mles , l'homme a des
mamelles , les autres en ont seulement des indices ; mais
les femelles mmes n'ont de mamelles la poitrine
qu'autant qu'elles peuvent porter leurs petits entre leurs
bras. Elles manquent tous les ovipares ; il n'y a que
les vivipares qui aient du lait, et, parmi les volatiles, la
chauve -souris seulement : car je regarde comme fabu-
leux que les striges versent le lait de leurs pis sur les
lvres des enfans. Je sais que depuis long-temps le mot
strige est devenu une injure; mais je ne crois pas qu'on
sache quel est cet oiseau.
4o. Les nesses souffrent des mamelles aprs avoir
mis bas ; c'est pour cette raison qu'elles cartent leurs
nons au bout de six mois, tandis que les cavales al-
laitent presque une anne entire. Les solipdes, et ceux
qui ne donnent pas plus de deux petits , ont deux ma-
melles , toujours situes entre les cuisses. Les bisulces
et les cornigres les ont places au mme endroit. Les
vaches en ont quatre, les brebis et les chvres deux.
Les animaux qui donnent des portes nombreuses, et
vm. 12
178 JC. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
biuis minus : similiter canes. Alia ventre medio quater-
nas, ut pantherae : alia binas, ut leaen. Elephas tantum
sub armis duas : nec in pectore , sed citra in alis occul-
tas. Nulli in feminibus digitos habentium. Primogeniti
in quoque partu suis primas premunt : eae sunt fauci-
bus proximae : suam quisque novit in ftu quo genitus
est ordine , eaque alitur, nec alia. Detracto illa alumno
suo sterilescit illico , ac resilit. Uno vero ex omni turba
relicto, sola munifex, quae genito fuerat adtributa des-
cendit. Ursae mammas quaternas gerunt. Delphini binas
in ima alvo papillas tantum , nec videntes , et paulum
in obliquum porrectas. Neque aliud animal in cursu
lambitur. Et balaenae autem vitulique mammis nutriunt
ftus.
De lact, de colostris, de caseis; ex quibus non fit : de coagulo.
Gnera alimenti ex lact.
XCVI. 4 1 - Mulieri ante septimum mensem profusum
lac, inutile. Ab eo mense, quod vitales partus, salubre.
Plerisque autem totis mammis, atque etiam alarum sinu
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 179
dont les pieds sont digits , en ont un grand nombre ,
distribues sur deux rangs le long du ventre : telles sont
les truies ; celles de la meilleure espce ont douze ma-
melles , les communes deux de moins. Il en est de mme
des chiennes. D'autres animaux ont quatre mamelles au
milieu du ventre, comme les panthres : d'autres deux,
comme les lionnes. L'lphant en a deux seulement au
dessous des paules, non pas la poitrine, mais en de,
et caches sous les aisselles. Nul animal digit n'a les
mamelles entre les cuisses. Les premiers ns de chaque
porte s'attachent aux premires mamelles de la truie,
c'est--dire celles qui sont le plus prs de la gorge.
Chacun connat la sienne selon l'ordre de sa naissance ,
y prend sa nourriture, et jamais une autre. Si l'on
enlve celle-ci son nourrisson , elle devient strile
aussitt , et se retire ; s'il n'en reste qu'un de toute la
bande , la mamelle qui lui fut destine sa naissance
conserve seule sa fcondit. Les ourses ont quatre ma-
melles. Les dauphins ont seulement au bas du ventre
deux mamelons peine visibles , et qui se dirigent un
peu obliquement. Nul autre animal n'allaite en courant.
Les baleines et les veaux marins allaitent aussi leurs
petits.
Lait , colostrum , fromages. Chez quels animaux le lait ne four-
nit point ces substances. Prsure. Alimens dont le lait est la
base.
XCVI. 4 1 - Avant le septime mois le lait de la femme
est inutile ; depuis ce mois il est bon , parce qu'alors
l'enfant nat viable. Chez beaucoup de femmes il sort
12.
180 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
fluit. Cameli lac habent , donec iterum gravescant. Sua-
vissimum hoc existimatur ad unam mensuram tribus
aqu additis. Bos ante partum non habet. Ex primo
semper a partu colostra fiunt : quae , ni admisceatur
aqua , in pumicis modum coeunt duritia. Asin pr-
gnantes continuo lactescunt. Pullis earum , ubi pingue
pabulum , biduo a partu maternum lac gustasse , ltale
est. Genus mali vocatur colostratio. Caseus non fit ex
utrimque dentatis , quoniam eorum lac non coit. Te-
nuissimum camelis , mox equis : crassissimum asin, ut
quo coaguli vice utantur. Conferre aliquid et candori
in mulierum cute existimatur. Poppsea certe Domitii
Neronis conjux , quingentas secum per omnia trahens
ftas , balnearum etiam solio totum corpus illo lact
macerabat, extendi quoque cutem credens. Omneautem
ign spissatur, frigore serescit. Bubulum caseo fertilius,
quam caprinum , ex eadem mensura paene altero tanto.
Qu plures quaternis mammas habent , caseo inutilia ,
et meliora qu binas. Coagulum hinnulei, leporis, hdi
laudatum. Prcipuum tamen dasypodis , quod et pro-
fluvio alvi medetur, unius utrimque dentatorum. Mirum
barbaras gentes , qu lact vivant ignorare aut sper-
nere tt sculis casei dotem, densantes id alioqui in
acorem jucundum , et pingue butyrum : spuma id est
lactis, concretiorque, quam quod srum vocatur. Non
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 181
par toutes les parties des mamelles , et mme par les
aisselles. La femelle du chameau donne du lait jusqu'
ce qu'elle soit pleine de nouveau. Ml trois parties
d'eau , il passe pour trs-agrable. La vache n'en a point
avant le part. Le premier qu'elle donne aprs avoir vl
est le colostrum, qui se durcit comme une pierre ponce
si l'on n'y mle de l'eau. Les nesses pleines ont aussi tek
du lait. Dans les pturages gras, il est mortel pour Pnon
s'il en gote les deux premiers jours qui suivent sa
naissance. L'espce de maladie qu'il donne s'appelle co-
lostration. Le lait des animaux qui ont des dents aux
deux mchoires ne fait point de fromage, parce qu'il ne
se coagule pas. Le plus clair est celui des chameaux,
ensuite celui des jumens : celui de l'nesse est trs-pais,
au point qu'on s'en sert au lieu de prsure. On croit qu'il
ajoute la blancheur de la peau des femmes. Poppe,
femme de Domitius Nron , tranait partout sa suite
cinq cents nesses nourrices, et baignait son corps entier
dans leur lait, croyant ainsi donner plus de souplesse
sa peau. Toute espce de lait s'paissit par le feu, et s'-
claircit par le froid. Le lait de vache donne plus de fro-
mage que celui de chvre, et mme, mesure gale,
presque le double. Le lait des animaux qui ont plus de
quatre mamelles ne vaut rien pour le fromage ; le meil-
leur est celui des animaux qui n'en ont que deux. On
vante la prsure du faon, du livre , du chevreau, mais
surtout celle du dasypode, qui, de plus, est un remde
pour le flux de ventre : il est le seul, entre les animaux
qui ont des dents aux deux mchoires, dont la prsure
ait cette proprit. 11 est tonnant que les nations bar-
i2 C. PLINII HIST. NA. LIB. XI.
omittendum in eo olei vim esse , et barbaros ornnes in-
fantesque nostros ita ungi.
Gnera caseorum.
XCVII. [\i. Laus caseo'Romae , ubi omnium gentium
bona cominus judicantur , e provinciis , Nemausensi
prcipua , Lesurae Gabalicique pagi : sed brevis , ac
musteo tantum commendatio. Duobus Alpes generibus
pabula sua adprobant : Dalmatica? Docleatam mittunt ,
Centronicse Vatusicum. Numerosior Apennino. Cebanum
hic e Liguria mittit, ovium maxime lactis : /Esinatem
ex Umbria : mistoque Etruriae atque Liguria? confnio ,
Lunensem magnitudine conspicuum : quippe et ad sin-
gula millia pondo premitur : proximum autem Urbi
Vestinum, eumque e Ceditio campo laudatissimum. Et
caprarum gregibus sua laus est, Agrigenti maxime, eam
augente gratiam fumo : qualis in ipsa Urbe conficitur,
cunctis praeferendus. Nam Galliarum sapor medicamenti
vim obtinet. Trans maria vero Bithynus fere in gloria
est. Inesse pabulis salem , eliam ubi non detur , ita
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XI. i83
bures, qui vivent de luit, ignorent ou mprisent, depuis
tunt de sicles, le mrite du fromuge, quoique, d'ail-
leurs , elles sachent fuire prendre le lait pour en former
une liqueur agrablement acide, et un beurre gras. Le
beurre est l'cume du lait, plus paisse que ce qu'on
appelle srum (petit-lait). N'oublions pas qu'il a les pro-
prits de l'huile, et que tous les barbares s'en frottent
le corps comme nous le faisons pour nos enfans.
Diverses espces de fromages.
XCVII. 4 2 - A Rome , o l'on juge les productions
de tous les pays, on prfre, entre les fromages qui
viennent des provinces, celui de Nmes, de Lesure et
du pays de Gabali (Gvaudan); mais leur qualit est
de courte dure , et ils ne sont bons qu'tant frais.
Deux sortes de fromages donnent du renom aux ptu-
rages des Alpes : les Alpes Dalmatiques nous envoient
le doclate; les Centroniennes, le vatusique. L'Apennin
fournit des varits plus nombreuses. En Ligurie, celui
de Cva , qui est fuit principulement de luit de brebis ; en
Ombrie , celui d'Esinu , et sur les confins de l'Etrurie et
de lu Ligurie, celui de Lunu, remurquuble pur su gran-
deur, car il pse mille livres; prs de Rome, le vestin:
le meilleur de ce canton se fait dans la campagne C-
dilienne. Les fromages de lait de chvre ont aussi leur
mrite , surtout celui d'Agrigente , auquel lu fume
donne un nouveau prix. Tels qu'on les confectionne
Rome, ils sont prfrables tous les autres : car la
saveur de celui des Gaules reoit sa force des ingr-
i8/, C. PLINII HIST. NAT LIB. XL
maxime intelligitur , omni in salem caseo senescente ,
quales redire in musteum saporem, aceto et thymo ma-
ceratos , certum est. Tradunt Zoroastrem in desertis
caseo vixisse annis viginti , ita temperato , ut vetusta-
tem non sentiret.
Differentiae membrorum hominum a reliquis animalibus.
XCVIII. 43. Terrestrium solus homo bipes. Uni ju-
guli , humeri , ceteris armi : uni ulnae. Quibus anima-
lium manus sunt , intus tantum carnosae : extra nervis
et cute constant.
De digitis ; de brachiis.
XCIX. Digiti quibusdam in manibus seni. C. Horatii
ex patricia gente filias duas ob id Sedigitas appellatas
accepimus , et Volcatium Sedigitum , illustrem in poe-
tica. Hominis digiti articulos habent ternos, pollex bi-
nos, et digitis adversus universis flectitur : per se vero
in obliquum porrigitur 7 crassior ceteris. Huic minimus
mensura par est : duo reliqui sibi , inter quos mdius
longissime protenditur. Quibus ex rapina victus qua-
drupedum , quini digiti in prioribus pedibus , reliquis
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i85
diens. Au del des mers , celui de Bithynie a le plus de
renomme. La meilleure preuve qu'il existe un sel dans
les pturages, c'est que, sans avoir t sal , tout fro-
mage prend un got de sel en vieillissant. Macr dans
le vinaigre et l thym , il reprend sa saveur premire.
On prtend que Zoroastre vcut vingt ans dans les d-
serts, se nourrissant de fromage compos de telle sorte,
qu'il paraissait toujours nouveau.
Diffrence des membres de l'homme et des parties analogues chez
les animaux.
XCVIII. 43. De tous les animaux terrestres , l'homme
seul est bipde : lui seul a une gorge , des paules , qui
portent chez les autres le nom 'armi. Lui seul a des bras ;
ceux qui ont des mains les ont charnues seulement en
dedans ; au dehors , elles ne sont composes que de nerfs
et de peau.
Des doigts ; des bras.
XCIX. Quelques personnes ont six doigts aux mains.
Nous lisons que deux filles de C. Horatius , de famille
patricienne , ont reu , pour cette raison , le surnom de
Sedigit ; etVolcatius, pote clbre, celui de Sedigitus.
Les doigts de l'homme ont trois articulations ; le pouce
en a deux , et il se flchit dans un sens oppos tous
les doigts : par lui-mme il s'tend obliquement : il est
plus gros que les autres. Le petit doigt lui est gal en
longueur. Deux autres sont gaux entre eux ; celui du
milieu est le plus long de tous. Les quadrupdes qui
i86 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
quaterni. Leones , lupi , canes , et pauca in posteriori-
bus quoque quinos ungues habent , uno juxta cruris
articulum dependente : reliqua quae sunt minora , et di-
gitos quinos. Brachia non omnibus paria secum. Stu-
dioso Thraci in C. Csaris ludo notum est dextram
fuisse proceriorem. Animalium qudam , ut manibus ,
utuntur priorum ministerio pedum : sedentque ad os
illis admoventia cibos , ut sciuri.
De simiarum similitudine.
C. 44- Nam simiarum gnera perfectam hominis imi-
tationem continent, facie, naribus , auribus, palpebris,
quas solse quadrupedum et in inferiore habent gna. Jam
mainmas in pectore, et brachia, et crura in contrarium
similiter flexa : in manibus ungues, digitos, longiorem-
que mdium. Pedibus paulum differunt. Sunt enim ut
manus , preelongi , sed vestigium palmae simile faciunt.
Pollex quoque his , et articuli , ut homini , ac praeter
gnitale , et hoc in maribus tantum , viscera etiam in-
teriora omnia ad exemplar.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 187
vivent de proie ont cinq doigts aux pieds de devant,
et quatre aux autres. Les lions , les loups, les chiens,
et quelques autres en petit nombre , ont aussi cinq
ongles aux pieds postrieurs : l'un de ces ongles est plac
l'articulation de la jambe. Les autres animaux qui sont
plus petits ont pareillement cinq doigts. Les deux bras
dans tous les hommes ne sont pas gaux entre eux. On
sait que, dans la troupe de gladiateurs de C. Csar (Ca-
ligula) , le Tlirace Studiosus avait le bras droit plus long.
Certains animaux se servent des pieds de devant comme
de mains : ils s'asseyent, portant par ce moyen les alimens
leur bouche; tels sont les cureuils.
Ressemblance des hommes et des singes.
C. 44- Les diverses espces de singes offrent l'imitation
parfaite de l'homme , par la face , par les narines , par
les oreilles , par les cils , que , seuls des quadrupdes ,
ils ont la paupire infrieure. Ils ont aussi les ma-
melles la poitrine, les bras et les jambes flchis en
sens contraire , des ongles aux mains , des doigts , et
celui du milieu plus long que les autres. Ils diffrent
un peu par les pieds, car ils les ont allongs comme les
mains, et la trace qu'ils impriment en marchant figure
celle de la paume de la main. Ils ont encore , ainsi que
nous, le pouce et des articulations; et si, dans les mles
seulement, on excepte les parties sexuelles, ils seront
en tout, mme pour les viscres intrieurs, semblables
l'homme.
i88 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XI.
De unguibus.
CI. 45. Ungues clausulae nervorum summae existi-
mantur. Omnibus hi, quibus et digiti. Sed simi im-
bricati , hominibus lati , et defuncto crescunt, rapacibus
unei : ceteris recti , ut canibus , prter eum qui a crure
plerisque dependet. Omnia digitos habent, quae pedes,
excepto elephanto. Huic enim informes , numro qui-
dem quinque , sed indivisi , ac leviter discreti : ungulis-
que , haud unguibus similes : et pedes majores priores.
In posterioribus articuli brves. Idem poplites intus
flectit hominis modo. Cetera animalia, in diversum pos-
terioribus articuli pedibus , quam prioribus. Nam qu
animal gnrant, genua ante se flectunt, et suffraginum
artus in aversum.
De genibus , et poplitibus.
Cil. Homini genua et cubita contraria : item ursis ,
et simiarum generi , ob id minime pernicibus. Ova pa-
rientibus quadrupedum , crocodilo , lacertis , priora ge-
nua post curvantur,posteriora in priorem partem. Sunt
autem crura his obliqua, humani pollicis modo. Sic et
inultipedibus, praeterquam novissima salientibus. Aves,
ut quadrupdes, alas in priora curvant, sufifragines in
posteriora.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 189
Des ongles.
CI. l\S. On pense que les ongles sont la terminaison
des nerfs. Tous les animaux qui ont des doigts ont des
ongles. Mais chez le singe ils sont arqus ; chez l'homme
ils sont plats : ils croissent mme aprs la mort. Les
animaux de proie les ont crochus ; les autres , comme
les chiens , les ont droits , si ce n'est celui qui , chez la
plupart, est attach la jambe. Tous ceux qui ont des
pieds ont des doigts, except l'lphant. Il est bien vrai
qu'il a cinq doigts, mais informes, souds ensemble et
lgrement distincts, plus semblables la corne qu'aux
ongles. Ses pieds de devant sont aussi plus grands. A
la jambe de derrire , les articulations sont courtes. Il
flchit les jarrets en dedans, la manire de l'homme.
Les autres animaux plient les jambes de derrire et
celles de devant en sens contraire. Les vivipares flchis-
sent le genou en avant, et le jarret en arrire.
Des genoux et des jarrets.
CIL Chez l'homme , les genoux et les coudes se fl-
chissent en sens oppos. Il en est de mme chez les ours
et les singes, ce qui les rend moins prompts la course.
Parmi les quadrupdes ovipares, le crocodile, les lzards
plient les genoux en arrire et les jarrets en avant.
Leurs jambes se flchissent obliquement , comme le
pouce de l'homme. Il en est ainsi des insectes multi-
pdes, l'exception des sauteurs, pour les jambes de
derrire. Les oiseaux , comme les quadrupdes , flchis-
sent les ailes en avant et les jambes en arrire.
iqo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
In quibus membris corporis humani sacra religio.
CIII. Hominis genibus qudam et religio inest, ob-
servations gentium. Haec supplices adtingunt : ad liaec
manus tendunt : lic, ut aras, adorant : fortassis quia
inest iis vitalitas. Namque in ipsa genu utriusque com-
missura, dextra laevaque, a priore parte gemina qu-
dam buccarum inanitas inest: qua perfossa, ceu jugulo,
spiritus fugit. Inest et aliis partibus quaedam religio :
sicut dextra osculis aversa appetitur, in fide porrigitur.
Antiquis Grci in supplicando mentum adtingere mos
erat. Est in aure ima mmorise locus , quem tangentes
attestamur. Est post aurem que dextram Nemesios
( qu dea latinum nomen ne in Capitolio quidem inve-
nit) quo referimus tactum ore proximum a minimo di-
giturn , veniam sermonis a diis ibi recondentes.
Varices.
CIV. Varices in cruribus viro tantum : mulieri raro.
G. Marium, qui septies consul fuit, stantem sibi extrahi
passum unum hominum , Oppius auctor est.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 191
Parties du corps humain auxquelles s'attachent des ides religieuses.
CIII. L'usage des nations a , de tout temps , attach
une sorte de superstition aux genoux de l'homme. Ce sont
les genoux que touchent les supplians : c'est vers les
genoux qu'ils tendent les mains: ils se prosternent de-
vant eux comme devant les autels , peut-tre parce qu'ils
contiennent le principe de la vie. En effet , l'articu-
lation mme de chaque genou , tant droite qu' gau-
che, il se trouve la partie antrieure une double ca-
vit, par o la vie s'chappe comme par une blessuro
faite la gorge. On a encore attach des ides reli-
gieuses d'autres parties : par exemple, on prsente
baiser le dessus de la main droite ; on tend cette
main dans les promesses. Chez les anciens Grecs , la
coutume tait de toucher le menton de ceux qu'on sup-
pliait. Le sige de la mmoire est dans le bas de l'o-
reille ; et nous le touchons quand nous invoquons le
tmoignage de quelqu'un. Derrire l'oreille droite rside
pareillement Nmsis ( desse qui n'a point trouv de
nom latin, mme dans le Capitole); nous y portons le
doigt annulaire, aprs l'avoir touch de la bouche, pour
demander aux dieux le pardon d'une parole indiscrte.
Varices.
CIV. Les varices aux jambes affligent seulement
l'homme , rarement la femme. C. Marius , sept fois
consul, est, au rapport d'Oppius, le seul mortel qui
ait endur qu'on les lui coupt tant debout.
192 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
De gressu , et pedibus , et cruribus.
CV. Omnia animalia a dextris partibus incedunt, si-
nistris incubant. Reliqua , ut libitum est , gradiuntur.
Lo tantum et camelus pedatim, hoc est, ut sinister pes
non transeat dextrum, sed subsequatur. Pedes homini
maximi, feminis tenuiores in omni gnre. Surae homini
tantum, et crura carnosa. Reperitur apud auctores quem-
dam in iEgypto non habuisse suras. Vola homini tan-
tum , exceptis quibusdam. INamque et hinc cognomina
inventa Planci , Plauti , Pansae , Scauri : sicut a cruri-
bus Vari , Vaciae , Vatinii : qu vitia et in quadrupedi-
bus. Solidas habent ungulas, quae non sunt cornigera:
igitur pro his telum ungula est illis. Nec talos habent
eadem. At qu bisulca sunt , habent : iidem digitos ha-
bentibus non sunt : neque in prioribus pedibus omnino
ulli. Camelo tali similes bubulis, sed minores paulo. Est
enim bisulcus discrimine exiguo pes imus, vestigio car-
noso , ut ursi : qua de causa in longiore itinere sine
calciatu fatiscunt.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. ig3
De la marche , des pieds , des jambes.
CV. Tous les animaux se mettent en marche en par-
tant du pied droit ; ils se couchent du ct gauche. Les
autres marchent au gr de leur caprice ; le lion seule-
ment et le chameau mesurent leurs pas; c'est--dire que
le pied gauche ne dpasse jamais le pied droit, mais
reste en arrire. Les pieds de l'homme sont propor-
tionnellement les plus grands; ceux des femelles ,.dans
toutes les espces , sont plus petits. L'homme seul a
des mollets et des jambes charnues. Nous trouvons
dans les auteurs qu'on a vu en Egypte un homme sans
mollets. L'homme seul , quelques exceptions prs ,
a la plante du pied creuse : de l les surnoms de
Plancs , Plautus , Pansa , Scaurus; comme des jambes
sont venus ceux de Varus , Vacia , Vatinius. Ces dif-
formits se retrouvent aussi dans les quadrupdes. Les
animaux qui n'ont pas de cornes ont l'ongle du pied
solide: cet ongle est leur arme. Ils n'ont point d'osselets,
tandis qu'on en voit dans les bisulces; les digits n'en ont
pas non plus , et nul n'en a aux pieds antrieurs. Les
osselets du chameau ressemblent ceux du buf,
mais ils sont un peu plus petits; car il a le pied four-
chu , quoique la sparation soit peu apparente. Il a aussi
la plante du pied charnue, comme l'ours; c'est pourquoi
un long voyage l'abme, moins qu'il n'ait les pieds en-
velopps d'une chaussure.
vin. i3
194 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
De ungulis.
CVI. 46- Ungul veterino tantum generi renascun-
tur. Sues in Ulyrico quibusdam locis solidas habent un-
gulas. Cornigera fere bisulca. Solida ungula , et bicorne
nullum. Unicorne asinus tantum Indicus : unicorne et
bisulcum, oryx. Talos asinus Indicus unus solidipedum
habet. Nam sues ex utroque gnre existimantur, ideo
fdi earum. Hominem qui existimarunt habere , facile
convicti. Lynx tantum digitos habentium , simile quid-
dam talo habet : leo etiamnum torluosius. Talus autem
rectus est in articule pedis ventre eminens concavo , in
vertebra ligatus.
Volucrum pedes.
CVII. 47- Avium ali digitatae, ali palmipdes, aliae
inter utrumque divisis . digitis adjecta latitudine. Sed
omnibus quaterni digiti , trs in priore parte , unus a
calce. Hic deest quibusdam longa crura habentibus. lynx
sola utrimque binos habet. Eadem linguam serpentium
similem in magnam longitudinem porrigit. Collum cir-
cumagit in aversum. Ungues ei grandes ceu graculis.
Avium quibusdam- gravion bus, in cruribus additi radii :
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. iy5
Des sabots.
CVI. 46. La corne du pied ne repousse qu'aux btes
de somme. Les porcs, en quelques lieux de l'Illyrie, sont
solipdes. Les btes cornes sont gnralement bisulces.
Il n'existe point d'animal solipde deux cornes. L'ne
indien seul est unicorne. L'oryx est tout la fois uni-
corne et bisulce. L'ne indien est le seul solipde qui ait
des osselets. Les porcs semblent appartenir l'une et
l'autre classe ; c'est pourquoi les leurs sont difformes.
Les auteurs qui ont pens que l'iiomme a des osselets
ont t facilement convaincus d'erreur. Parmi les digi-
ts , le lynx seul a quelque chose de semblable aux os-
lets. Ceux du lion sont encore plus tortueux. L'osse-
let est un os droit de l'articulation du pied , deux
faces, l'une concave, l'autre convexe , et li dans la ver-
tbre.
Pattes des oiseaux.
CYI1. 47- Parmi les oiseaux, les uns sont digits, les
autres palmipdes ; quelques-uns ont les doigts en par-
tie diviss, en partie attachs par une membrane. Ils ont
tous quatre doigts , trois en avant, un en arrire. Celui-ci
manque quelques-uns de ceux qui ont les jambes lon-
gues. L'iynx seul en a deux en avant et en arrire. Il a la
langue d'une grandeur dmesure, et semblable celle des
serpens. Il tord son cou en arrire. Comme le graculus ,
il a les ongles trs-grands. Quelques-uns des oiseaux
pesans ont des ergots aux jambes ; mais on n'en voit
i3.
19G C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
nulli uncos habentium ungues. Longipedes porrectis ad
caudam cruribus volant : quibus brves , contractas ad
mdium. Qui negant volucrem ullam sine pedibus esse ,
confirmant et apodas habere, et oten et drepanin, in eis
quae rarissime apparent. Visas jam etiam serpentes anse-
rinis pedibus.
Pedes animalium , a binis ad centenos. De pumilionibus.
CVIII. 48. lnsectorum pedes primi longiores, duros
liabentibus oculos, ut subinde pedibus eos tergeant, ceu
notamus in muscis. Quae ex bis novissimos habent lon-
gos, saliunt : ut locustae. Omnibus autem his seni pedes.
Araneis quibusdam praelongi accedunt bini. Internodia
singulis terna. Oct.onos et marinis esse diximus, polypis,
sepiis , loliginibus , cancris , qui brachia in contrarium
movent, pedes in orbem, aut in obliquum. Iisdem solis
animalium rotundi. Cetera binos pedes duces habent :
cancri tantum, quaternos. Qu hune numerum pedum
excessere terrestria, ut plerique vermes, non infra duo-
denos habent, aliqua vero et centenos. Numerus pedum
impar nulli est. Solidipedum crura statim justa nascun-
tur mensura : postea exporrigentia se verius , quam
crescentia. Itaque in infantia scabunt aures posteriori-
bus , quod addita aetate non queunt ; quia longitudo
superficiem corporum solam ampliat. Hac de causa inter
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 197
aucun de ceux qui ont les ongles crochus. Les longi-
pdes tendent les jambes vers la queue quand ils vo-
lent : ceux qui les ont courtes les retirent sous le milieu
du corps. Ceux qui nient qu'aucun oiseau soit sans
pieds, assurent que les apodes en sont pourvus, comme
l'otis et le drpanis , que nous voyons trs-rarement. On
a mme vu des serpens pattes d'oie.
Pieds des animaux , de deux cent pieds. Des nains.
CVIII. 48. Ceux des insectes qui ont les yeux durs
ont les pieds antrieurs plus longs, afin de pouvoir de
temps en temps s'essuyer les yeux , comme nous le
voyons dans les mouches. Ceux qui ont les pieds de
derrire plus longs sautent, comme les sauterelles. Ils
ont tous six pieds. Certaines araignes ont, en outre,
deux pieds trs-longs. Chaque patte a trois phalanges.
Nous avons dit que les animaux marins ont huit pieds;
tels sont les polypes, les sches, les calmars, les cancres,
qui meuvent leurs bras en sens contraire, et leurs pieds
circulairement ou obliquement. Ce sont les seuls ani-
maux dont les pieds soient arrondis. Dans les autres ,
deux pieds rglent la marche, et quatre dans les cancres
seuls. Parmi les insectes terrestres , ceux qui ont un
plus grand nombre de pieds , comme la plupart des
vers, n'en ont pas moins de douze; quelques-uns en ont
jusqu' cent. Le nombre des pieds n'est impair dans au-
cun. Les jambes des solipdes ont , au moment de la
naissance , leur juste longueur : dans la suite , elles
grossissent plutt qu'elles ne s'allongent ; aussi , dans
i 9 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
initia pasci , nisi submissis genibus , nou possunt : nec
usque dum cervix ad justa incrementa perveniat.
49. Pumilionum genus in omnibus animalibus est ,
atque etiam inter volucres.
De genitalibus : de hermaphroditis.
CIX. Genitalia maribus quibus essent rtro , satis
diximus. Ossea sunt lupis , vulpibus , mustelis , viverris :
unde etiam calculo humano remdia praecipua. Urso
quoque simul atque exspiraverit , cornescere aiunt. Ca-
melino arcus intendere , Orientis populis fidissimum.
Nec non aliqua gentium quoque in hoc discrimina 7 et
sacrorum etiam , citra perniciem amputantibus matris
deum Gallis. Contra mulierum paucis prodigiosa assi-
milatio : sicut hermaphroditis utriusque sexus : quod
etiam quadrupedum generi accidisse Neronis principatu
primum arbitror. Ostentabat certe hermaphroditas sub-
junctas carpento suo equs , in Treverico Galliae agro
repertas : ceu plane visenda res esset , principem ter-
rarum incidere portentis.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 199
le premier ge , se grattent-ils les oreilles avec les pieds
de derrire , ce qu'ils ne peuvent faire dans un ge plus
avanc, parce que l'accroissement en longueur ne porte
que sur la surface du corps : c'est par cette raison que ,
dans les commencemens , ils ne peuvent patre qu'en
flchissant les genoux , jusqu' ce que le cou ait acquis
son entire croissance.
49. H y a des nains dans toutes les espces d'animaux,
mme parmi les oiseaux.
Des organes de la gnration : des hermaphrodites.
CIX. Nous avons suffisamment parl des animaux qui
ont les parties gnitales en arrire. Elles sont osseuses
dans les loups, les renards, les belettes, les viverra: c'est
d'elles que nous tirons les principaux remdes contre
le calcul humain. On dit que celles de l'ours prennent
la consistance de la corne aussitt aprs sa mort. Les
peuples de l'Orient font, avec le membre du chameau,
les meilleures cordes pour leurs arcs. Observons com-
bien il existe de contrastes dans les usages des nations
et dans leurs ides religieuses : les Galles de la mre
des dieux se mutilent , sans que l'amputation leur soit
funeste. D'un autre cot, dans quelques femmes on re-
connat une ressemblance monstrueuse avec l'homme :
cette classe appartiennent les hermaphrodites , qui
runissent les deux sexes; mme chez les quadrupdes,
on en a vu des exemples, dont le premier date , je crois,
de l'empire de Nron. Il faisait vanit d'atteler son
char des jumens hermaphrodites , qu'on avait trouves
G. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
De testibus. Trium generum semiviri.
CX. Testes pecori armentoque ad crura decidui ?
subus adnexi : delphino prlongi ultima conduntur alvo ,
et elephanto occulti. Ova parientium lumbis intus ad-
haerent : qualia ocissima in Venere. Piscibus serpenti-
busque nulli, sed eorum vice bin ad genitalia a renibus
venae. Buteonibus terni. Homini tantum injuria , aut
sponte naturae franguntur : idque tertium ab herma-
phrodilis et spadonibus semiviri genus habent. Mares
in omni gnre fortiores, praeterquam in pantheris, et
ursis.
De caudis.
CXI. 5o. Caudae, prter hominem , ac simias , om-
nibus fere animal , et ova gignentibus , pro desiderio
corporum : nudae hirtis , ut apris : parv villosis , ut
ursis : praelongis setosae , ut equis. Amputat lacertis et
serpentibus renascuntur. Piscium meatus gubcrnaculi
modo regunt : atque etiam in dextram atque lvam
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 201
au territoire deTrves, dans la Gaule: comme si le matre
de la terre , tran par des monstres , tait un spectacle
digne de l'admiration des peuples.
Des testicules. Des trois classes d'eunuques.
CX. Le gros et le menu btail a les testicules pen-
dans ; les porcs les ont adhrens ; ceux du dauphin sont
trs-longs et cachs dans la partie postrieure du ventre \
dans l'lphant ils ne sont pas visibles. Les ovipares les
ont intrieurement attachs aux lombes, et ils sont trs-
prompts dans l'acte de la gnration. Les poissons et les
serpens n'en ont pas, mais ils ont la place deux veines
qui vont des reins aux parties gnitales. Le buto en a
trois. Il n'arrive qu' l'homme qu'ils soient dtruits, ou
naturellement, ou par une cause trangre; et c'est ce qui
tablit , aprs les hermaphrodites et les eunuques , une
troisime sorte d'individus qui ne sont hommes qu'
demi. Dans toutes les espces, hors la panthre et l'ours,
les mles sont plus courageux.
Des queues.
CXI. 5o. Si l'on excepte l'homme et les singes , tous
les vivipares et les ovipares gnralement ont une queue
proportionne au besoin de leur corps ; nue dans ceux
qui ont le poil hriss, comme les sangliers; petite dans
les animaux velus, comme l'ours; garnie de crins dans
les animaux trs-longs, comme le cheval. Celle des lzards
et des serpens renat aprs avoir t coupe. Les pois-
aoa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
mot , ut remigio quodam impellunt. Lacertis inveniun-
tur et geminae. Boum caudis longissimus caulis, atque
in ima parte hirtus. Idem asinis longior quam equis ,
sed setosus veterinis. Leoni infima parte , ut bubus et
sorici : pantheris non item : vulpibus et lupis villosus,
ut ovibus , quibus procerior. Sues intorquent : canum
dgnres sub alvum reflectunt.
De vocibus animalium.
CXII. 5 1 . Vocem non habere , nisi quae spirent ,
Aristoteles putat. Idcirco et insectis sonum esse , non
vocem , intus meante spiritu , et incluso sonante. Alia
murmur edere , ut apes. lia cum tractu stridorem, ut
cicadas. Recepto enim ut duobus sub pectore cavis spi-
ritu, mobili occursante membrana intus, attritu ejus
sonare. Muscas, apes, et similia cum volatu et incipere
audiri et desinere. Sonum enim attritu et interiore aura ,
non anima reddi. Locustas peunarum et feminum attritu
sonare , creditur sane. Item aquatilium pectines slridere,
quum volant: mollia, et crusta intecta, nec vocem nec
sonum ullum habere. Sed et ceteri pisces, quamvis pul-
mone et arteria careant , non in totum sine ullo sono
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ao'3
sons s'en servent comme de gouvernail pour diriger leur
route ; et mme , en l'agitant droite et gauche , ils
avancent force de rame. Dans les lzards elle est quel-
quefois double. Dans le buf la tige de la queue est trs-
longue et garnie de poil par le bas. Elle est plus longue
dans l'ne que dans le cheval. Mais toutes les btes de
somme l'ont garnie de poil. La queue du lion se termine
comme celle du buf et de la souris; il n'en est pas ainsi
de la panthre : celle des renards et des loups est trs-
garnie , aussi bien que celle de la brebis , mais qui est
plus longue. Les porcs l'ont tortille ; les chiens abtar-
dis la replient sous le ventre.
Des voix diverses des animaux.
CX1I. 5i. Aristote pense que nul animal n'a de voix,
s'il ne respire. En consquence , le bruit que font les in-
sectes n'est pas une voix, mais seulement un son form par
le passage de l'air comprim dans l'intrieur du corps. Les
uns bourdonnent, comme les abeilles: les autres ont un
cri aigu et prolong , comme les cigales ; parce que l'air,
reu dans deux cavits au dessous de la poitrine , y
rencontre une membrane mobile ont le frottement
produit le son que nous prenons pour leur voix. Les
mouches , les abeilles et les autres ne se font entendre
que dans le vol : en effet, le son est form par le frois-
sement de cette membrane et par l'air intrieur, et non
par la respiration. On croit gnralement que les sau-
terelles produisent le son par le froissement de leurs
ailes et de leurs cuisses. De mme, parmi les animaux
ao4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
sunt. Stridorem eum dentibus fieri cavillantur. Et is qui
caper vocatur, in Acheloo amne , grunnitum habet , et
alii de quibus diximus. Ova parientibus sibilus , serpen-
tibus longus , testudini abruptus. Ranis sonus sui ge-
neris , ut dictum est ( nisi si et in his ferenda dubitatio
est), qui inox in ore concipitur, non in pectore. Mul-
tum tamen in iis refert et locorum natura. Muta? in
Macedonia traduntur, muti et apri. Avium loquaciores
quae minores , et circa coitus maxime. Aliis in pugna
vox, ut coturnicibus : aliis an te pugnam , ut perdici-
bus : aliis quum vicere, ut gallinaceis. Iisdem sua ma-
ribus : aliis eadem ut feminis : ut lusciniarum generi.
Quaedam toto anno canunt, qudam certis temporibus ,
ut in singulis dictum est. Elephas citra nares ore ipso ,
sternutamento similem elidit sonum : per nares autem ,
tubarum raucitati. Bubus tantum feminis vox gravior :
in omni alio gnre exilior, quam maribus : in homine
etiam castratis. Infantis in nascendo nulla auditur, an-
tequam totus emergat utero. Primus sermo anniculo
est. Semestris locutus est Crsi fdius in crepundiis : quo
prodigio totum id concidit regnum. Qui eelerius fari
cpere , tardius ingredi incipiunt. Vox roboratur quar-
todecimo anno. Eadem in senecta exilior : neque in alio
animalium spius mutatur. Mira prterea sunt de voce
digna dictu. In theatrorum orchestris, scobe aut arena
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 2o5
aquatiques, les peignes ne font de bruit qu'en volant; les
mollusques et les crustacs n'ont pas de voix, et ne font
entendre aucun son; mais les autres poissons, quoique
dpourvus de poumon et de trache-artre, ne sont pas
absolument muets. C'est une raillerie que d'attribuer leur
cri aigu au frottement de leurs dents. Celui qu'on nomme
caper , dans le fleuve Achlos, a le grognement du porc :
comme beaucoup d'autres dont nous avons parl. Les
ovipares ont un sifflement , prolong dans les serpens ,
entrecoup dans les tortues. Les grenouilles ont un cri
particulier qui , comme nous l'avons dit , se forme dans
la bouche, et non dans la poitrine ( moins qu'il ne
faille aussi le rvoquer en doute). Mais , cet gard , la
nature des lieux apporte une grande diffrence. On pr-
tend qu'elles sont muettes dans la Macdoine, aussi bien
que les sangliers. Les oiseaux les plus petits ont le plffs
de ramage, surtout dans la saison des amours. Les uns
font entendre leur voix dans le combat , comme les
cailles; d'autres avant le combat, comme les perdrix;
d'autres aprs la victoire , comme les coqs. Dans ces
espces, les mles ont une voix qui leur est propre; dans
les autres elle est la mme qu'aux femelles , comme dans
les rossignols. Quelques-uns chantent toute l'anne,
d'autres certaines poques , comme il a t dit l'ar-
ticle de chacun d'eux. L'lphant rend de la bouche, en
de des narines, un son qui ressemble un ternurnent;
et par les narines , un son rauque comme une trom-
pette. Dans le buf seulement , les femelles ont la voix
plus grave : dans toute autre espce elles l'ont moins forte,
comme aussi, dans l'espce humaine, les eunuques. L'en-
2o6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
superjccta clevoratur, et in rudi parietum eircumjectu ,
doliis etiam inanibus : currit eadem concavo vel recto
parietum spatio , quamvis levi sono dicta verba ad al-
terum caput perferens , si nulla inaequalitas impediat.
Vox in homine magnam vultus habet partem. Agnosci-
mus eam prius , quam cernamus , non aliter quam ocu-
lis : totidemque sunt eae , quot in rerum natura morta-
les : et sua cuique, sicut facis. Hinc illa gentium, totque
linguarum , toto orbe diversitas : hinc tt cantus et mo-
duli , flexionesque. Sed ante omnia explanatio animi ,
quae nos distinxit a feris , inter ipsos quoque homines
discrimen alterum aeque grande , quam a belluis , fecit.
De adgnascentibus membris.
CXIII. 5a. Membra animalibus adgnata inutilia sunt,
HISTOIRE NATURELLE, LIY. XL 107
faut qui nat ne fait point entendre de cri avant qu'il
ne soit entirement sorti de l'utrus. Il commence
parler au bout d'un an. Le fils de Crsus parla dans son
berceau , l'ge de six mois ; prodige qui entrana la
chute de cet empire. Ceux qui ont commenc plus tt
parler, commencent plus tard marcher. La voix se
fortifie la quatorzime anne: elle est plus grle dans
la vieillesse : en nul autre animal elle n'prouve de plus
frquentes mutations. La voix offre encore des mer-
veilles dignes d'tre racontes. Dans les orchestres des
thtres, de la limaille ou du sable rpandu sur le sol,
une enceinte de murailles raboteuses, et mme des ton-
neaux vides, absorbent la voix; mais elle se propage le long
de parois concaves ou droites, et mme elle porte jusqu'
l'autre extrmit des mots prononcs trs-bas, si nulle
ingalit ne l'arrte. La voix, dans l'homme, dpend
beaucoup de la physionomie. Avant que d'apercevoir une
personne, nous la reconnaissons la voix aussi certaine-
ment qu'en Fa voyant; et il y en a autant que d'individus
dans la nature: chacun a la sienne, comme chacun a son
visage. De l cette diversit de nations et de langages dans
tout l'univers; de l cette incalculable varit de chants,
de modulations et d'inflexions. Mais , par dessus tout , la
parole, cet interprte de l'me qui nous a distingus des
btes, tablit encore entre les hommes mmes une diff-
rence non moins grande que celle qui spare l'homme de
la brute.
Des membres surnumraires.
CXIII. 5a. Les membres surnumraires dans les ani-
ao8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
sicut sextus homini semper digitus. Placuit in Egypte
nutrire portentum , binis et in aversa capitis parte ocu-
lis hominem , sed iis non cernentem.
Vitalitatis et morum notae , et membris hominuirt.
CXIV. Miror quidem Aristotelem non modo credidisse
praescita vitae esse aliqua in corporibus ipsis, veruni
etiam prodidisse. Quae quamquam vana existimo , nec
sine cunctatione proferenda, ne in se quisque et augu-
ria anxie quserat : adtingam tamen , quae tantus vir in
doctrina non sprevit. Igitur vitae brevis signa ponit ra-
ros dents , praelongos digitos , plumbeum colorem ,
pluresque in manu incisuras , nec perptuas. Contra
longae esse vitae incurvos humeris, et in manu una duas
incisuras longas habentes, et plures quam xxxn dents,
auribus amplis. Nec universa haec (ut arbitror) , sed sin-
gula observt, frivola (ut reor), et vulgo tamen nar-
ra ta. Addidit morum quoque aspectus simili modo apud
nos Trogus , et ipse auctor severissimus : quos verbis
ejus subjiciam : Frons ubi est magna , segnem animum
subesse significat : quibus parva , mobilem : quibus
rotunda , iracundum , velut hoc vestigio tumoris appa-
rente. Supercilia quibus porriguntur in rectum , molles
significant : quibus juxta nasum flexa sunt , austeros :
quibus juxta tempora indexa , derisores : quibus in to-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 209
maux, comme un sixime doigt chez l'homme, sont inu-
tiles. On s'est plu en Egypte nourrir un monstre hu-
main qui avait derrire la tte deux yeux , mais dont il
ne voyait pas.
Signes de vitalit , et indices du moral des hommes , mme par
l'aspect de leurs membres.
CXIV. Je m'tonne qu'Aristote ait cru, et mme qu'il
ait crit qu'on trouve dans le corps quelques pronostics
de la vie. Quoique j'estime ces recherches vaines et
dangereuses publier , de peur que chacun ne cherche
avec anxit des augures en soi-mme, je toucherai ce
point que n'a pas ddaign un homme aussi grand dans
la science. 11 tablit donc comme signes d'une vie courte,
les dents cartes, les doigts trs-longs, la couleur plom-
be , et dans la main des lignes nombreuses et inter-
rompues. Il prdit, au contraire, une longue vie ceux
qui ont les paules votes, deux longues lignes dans
la main, plus de trente-deux dents, les oreilles grandes.
Il n'exige pas , je pense , la runion de tous ces signes ,
mais un seul ; observations frivoles , mon avis , et
nanmoins gnralement rpandues. Chez nous, Trogus,
auteur trs-grave lui-mme , a donn aussi ds rgles
pour connatre les murs d'un homme par l'inspection
de sa physionomie; je les exposerai avec ses propres ter-
mes : Un grand front dcle un esprit paresseux ; un petit
front, la vivacit ; un front arrondi, l'emportement de
la colre, comme si ce renflement tait produit par l'in-
tumescence des passions. Les sourcils qui s'tendent en
ligne droite indiquent un homme effmin ; ceux qui
vin. i4
ai o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
tum demissa , malevolos et invidos. Oculi quibuscum-
que sunt longi , maleficos esse indicant. Qui carnosos a
naribus angulos habent , malitioe notam prbent. Can-
dida pars extenta, notam impudenti habet: qui iden-
tidem operire soient, inconstantiae. Auricularum magni-
tudo, loquacitatis et stultiti nota est. Hactenus Trogus.
De anima et victu.
CXV. 53. Anim leonis virus grave, ursi pestilens.
Contacta halitu ejus nulla fera adtingit : citiusque pu-
trescunt afflata reliquis. Hominis tantum infici natura
voluit pluribus modis , et ciborum ac dentium vitiis ,
sed maxime senio. Dolorem sentire non poterat : tactu
sensuque omni carebat , sine qua nibil sentitur. Eadem
commeabat , recens assidue , exitura supremo , et sola
ex omnibus superfutura. Denique hc trahebatur e clo.
Hujus quoque tamen reperta pna est , ut neque idip-
sum, quo viveret, in vita juvaret. Parthorum populis
hoc praecipue , et a juventa , propter indiscretos cibos :
namque et vino ftent ora nimio. Sed sibi proceres
medentur grano Assyrii mali, cujus est suavitas praeci-
pua in esculenta addito. Elephantorum anima serpentes
extrahit, cervorum urit. Diximus hominum gnera, qui
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 211
descendent vers le nez , un homme austre ; flchis
vers les tempes, un railleur; abaisss dans leur tota-
lit , un malveillant et un envieux. Les yeux trs-fendus
indiquent un caractre malfaisant. Les yeux qui ont
l'angle charnu du ct du nez sont une marque de m-
chancet. Le blanc de l'il fort tendu est un signe
d'impudence, et le clignotement habituel un signe d'in-
constance. La grandeur des oreilles dnote le babil et la
sottise. Telles sont les expressions de Trogus.
De la respiration et de la nourriture.
CXV. 53. L'haleine du lion est ftide; celle de l'ours,
pestilentielle. Nulle bte sauvage ne touche aux corps
fltris de son souffle; ils se corrompent plus vite qu'au-
cun autre. La nature a voulu que celle de l'homme seu-
lement ft infecte par plusieurs causes, la corruption
des alimens et des dents , mais surtout la vieillesse. Il ne
pouvait donner de prise la douleur, ce souffle impal-
pable , invisible , sans lequel rien n'est senti : il circule
sans cesse renouvel, il doit ne nous quitter qu' notre
dernire heure , et survivre seul ce qui est en nous ;
enfin , c'est du ciel qu'il mane. Toutefois, la nature ne
l'a pas pargn , afin que le vhicule de la vie devnt
pour nous un tourment. Les Parthes surtout en ressen-
tent les effets , mme ds la jeunesse , cause de leurs
ragots trop assaisonns. De plus , l'excs du vin leur
donne une haleine empeste ; mais les grands y rem-
dient par les graines des pommes d'Assyrie (du citron ?) ,
qui, mles aux alimens, leur communiquent une saveur
i4-
912 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
venena serpentium suctu corporibus eximerent. Quin et
subus serpentes in pabulo sunt , et aliis venenum est.
Quae insecta appellaviraus , omnia olei aspersu necan-
tur. Vultures unguento qui fugantur , alios appetunt
odores , scarabaei rosam. Quasdam serpentes scorpio
occidit. Scythae sagittas tingunt viperina sanie, et hu-
mano sanguine : irremediabile id scelus, mortem illico
affert levi tactu.
Quae veneno pasta ipsa non pereunt, et gustata necant.
CXVI. Quae animalium pascerentur veneno diximus.
Quaedam innocua alioqui, venenatis pasta noxia fiunt
et ipsa. Apros in Pamphylia et Ciliciae montuosis , sa-
lamandra ab his devorata , qui edere moriuntur. Nec
est intellectus ullus in odore , vel sapore : et aqua vi-
numque interimit salamandra ibi immortua , vel si om-
nino biberit , unde potetur : item rana , quam rubetam
vocant. Tantum insidiarum est vitae ! Vespae serpente
avide vescuntur , quo alimento mortiferos ictus faciunt.
Ideoque magna differentia est victus : ut in tractu pisce
viventium Theophrastus prodit , boves quoque pisce
vesci , sed non nisi vivente.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 2i3
douce et agrable. L'haleine des lphans fait sortir les
serpens de leur trou; celle des cerfs les brle. Nous avons
parl de ces hommes qui, en suant les plaies, tirent le
venin des serpens. Bien plus , les serpens sont une nour-
riture pour les porcs , et un poison pour les autres ani-
maux. Tous ceux que nous avons appels insectes prissent
par l'aspersion de l'huile. Les vautours, qui fuient les
parfums, aiment les autres odeurs; les scarabes recher-
chent la rose. Le scorpion fait prir quelques serpens. Les
Scythes trempent leurs flches dans le venin de la vipre
et le sang humain : ce poison sans remde donne la mort
l'instant, pour peu qu'on en soit effleur.
Animaux qui mangent impunment des substances vnneuses, et
dont la chair empoisonne.
CXVI. Nous avons dit quels animaux se repaissent de
poisons. Quelques-uns, innocens d'ailleurs, deviennent
nuisibles en se nourrissant de substances vnneuses.
Dans la Pamphylie et les montagnes de la Cilicie , les
sangliers qui ont dvor une salamandre empoisonnent
ceux qui mangent de leur chair : ni l'odeur ni le got
ne le font connatre; l'eau mme et le vin o est morte
une salamandre, ou seulement dont elle ait bu , luent
ceux qui en boivent. Il en est de mme de la grenouille
qu'on appelle rubte : tant la vie est environne de dan-
gers ! Les gupes sont avides de la chair du serpent ;
cet aliment rend leurs piqres mortelles : voil pour-
quoi la diffrence est grande entre telle et telle nour-
riture. Thophraste rapporte que , dans le pays des
2i/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI.
Quibus de causis homo non concoquat. De remediis cruditatum.
CXVII. Homini cibus utilissimus simplex. Acervatio
saporum pestifera , et condimento perniciosior. Diffi-
culter autem perficiuntur omnia in cibis acria , nimia ,
et avide hausta : et aestate, quam hieme, difficilius : et
in senecta, quam in juventa. Vomitiones homini ad haec
in remedium excogitatae , frigidiora corpora faciunt ,
inimicae oculis maxime ac dentibus.
Queraadmodum corpulentia contingat : quomodo minuatur.
CXVIII. Somno concoquere corpulentiae , quam fir-
mitati utilius. Ideo athletas malunt cibos ambulatione
perficere. Pervigilio quidem praecipue vincuntur cibi.
54. Augescunt corpora dulcibus , atque pinguibus ,
et potu : minuuntur siccis et aridis, frigidisque, ac siti.
Quaedam animalia, et pecudes quoque in Africa , quarto
die bibunt : homini non utique septimo ltale est m-
dias durasse : at ultra undecimum plerosque certum
est mori , esuriendi semper inexplebili aviditate anima-
lium unicuique.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 2i5
Ichthyophages , les bufs se nourrissent de poisson ,
mais seulement de poisson vivant.
Causes de nos mauvaises digestions. Remdes des crudits.
CXV1I. Les alimens les plus simples profitent le plus
l'homme. La multitude des mets est funeste par elle-
mme , et plus pernicieuse encore par les assaisonne-
mens. Toute nourriture acre ou prise en excs, et trop
avidement avale, se digre difficilement, plus diffici-
lement en t qu'en hiver, et dans la vieillesse que dans
la jeunesse. Les vomissemens , invents par l'homme
comme un remde contre les indigestions , refroidissent
le corps , et sont nuisibles surtout aux yeux et aux
dents.
Comment se dveloppe l'embonpoint ; comment on le fait
diminuer.
CXVIII. La digestion pendant le sommeil donne
plus d'embonpoint que de force; aussi veut- on que les
athltes digrent en se promenant. Dans l'tat de veille ,
l'estomac remplit mieux ses fonctions.
54- Les alimens doux et gras, et l'usage des boissons,
donnent l'embonpoint ; les substances sches , arides ,
froides, et la soif, amaigrissent. Quelques animaux , et
mme les troupeaux en Afrique , boivent tous les quatre
jours. L'homme peut, sans mourir, supporter la faim
jusqu'au septime jour; mais il est certain que la plupart
meurent aprs le onzime ; car la faim , dans tous les
animaux , est un besoin qui ne peut tre tromp.
2i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL
Quae gustu famem sitimque sedent.
CXIX. Quaedam rursus exiguo gustu famem ac sitim
sedant, conservantque vires, ut butyrum , hippace ,
glycyrrhiza. Perniciosissimum autem in omni quidem
vita , quod nimium , praecipue tamen corpori : minui-
que 7 quod gravet, quolibet modo utilius. Verum ad re-
liqua natur transeamus.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 217
Quels objets , en petite quantit, apaisent la faim et la soif.
CXIX. D'autre part, certaines substances, prises en
petite quantit, apaisent la faim et la soif, et conservent
les forces : tels sont le beurre , l'hippace , la rglisse.
Ce qu'il y a de plus pernicieux, c'est l'excs, et surtout
l'excs de nourriture. Retrancher les superfluits nui-
sibles est la plus utile des recettes. Mais passons au
reste de l'histoire naturelle.
NOTES
DU LIVRE ONZIME.
Page 2 , ligne 4- Insectorum animalium gnera. L'histoire
des insectes est la partie de tout le rgne animal sur laquelle
les anciens ont commis le plus d'erreurs : dpourvus de micro-
scopes , s'occupant avec trop peu de suite de ces petits tres qu'ils
mprisaient , ils ne s'taient fait que des ides confuses de leur
gnration et de leurs mtamorphoses , et mme ce n'est gure
qu' dater de Swammerdam , c'est--dire vers la fin du dix-sep-
time sicle , que l'on en a pris des notions plus justes que
les leurs. Mais , quoique nous ayons sur ce livre beaucoup d'er-
reurs relever , nous aurons aussi plus d'une occasion d'y ad-
mirer avec quelle justesse Aristote avait dj indiqu les prin-
cipaux traits de la conformation des insectes , et avec quelle
prcision il en avait fix les rgles. C'est de lui que Pline a tir
ce qu'il y a de bon dans ce livre , encore l'a-t-il plus d'une fois
altr en le copiant. Quant la dtermination des espces , si
l'on excepte les plus communes , elle nous sera presque impos-
sible , cause du grand nombre parmi lesquelles il faudrait faire
nos choix. Le plus souvent nous serons obligs de nous borner
l'indication des genres. G. Cuvier.
I, page 2, ligne il. Omnia insecta appllata ah incisuris. Dans
le langage de Pline , le mot insectes dsigne tous les animaux
articuls , qui composent la plus nombreuse et la plus diversifie
des quatre grandes divisions , que les naturalistes appellent au-
jourd'hui les embranchemens du rgne animal.
Forms sur un plan tout diffrent de celui des vertbrs 7
dont le type est dans l'homme , leur organisation a t le sujet
d'une foule de fables dbites par les anciens, et adoptes par
les modernes jusqu' l'poque de Swammerdam et de Raumur.
NOTES DU LIVRE XI. 219
Les crits de ces deux clbres naturalistes contiennent les
vrais lmens de l'anatomie des insectes. L'importance de leurs
dcouvertes a t universellement reconnue. On s'est empress
de continuer leurs travaux , les erreurs ont t dissipes , et la v-
rit se montre de toutes parts. Dans le grand nombre de savans
qui ont consacr leurs veilles l'anatomie dlicate , qu'il nous
suffise de citer Ger, Lyonnet, Roesel, et MM. Cuvicr, Savigny,
Lon Dufour, Straus, Hrold, Marcel de Serres, Milne Edwards
et Audouin.
M. Straus , l'auteur du plus grand ouvrage publi dans ces
derniers temps , sur l'anatomie des articuls, divise tout l'em-
branchement en six classes , distribues suivant l'ordre d'analo-
gie avec les animaux suprieurs , savoir : annlides , myriapodes ,
insectes , crustacs , arachnides et cirrhopodes. La premire
classe contient tous les vers sang rouge ; la seconde , les ani-
maux articuls respiration trachenne , dont le corps est form
d'un grand nombre de segmens pdifres, vulgairement les mille-
pieds ; la troisime , les hexapodes respiration trachenne ,
proprement les insectes ; la quatrime , les animaux articuls
respiration branchiale , vulgairement dcapodes ; la cinquime ,
les animaux articuls dpourvus d'antennes , pattes rayonnantes
sur le mme centre , vulgairement octopodes ; enfin la sixime ,
les animaux articuls dont les pattes sont converties en cirrhes
(filamens articuls).
Les rapports ncessaires qui lient les embranchemens entre
eux drivent des caractres principaux qui les distinguent. L'em-
branchement suprieur , ou des vertbrs , est caractris par
un corps articul , form de deux moitis symtriques , et sou-
tenu par une charpente osseuse', dont la partie centrale est com-
pose d'une srie de pices symtriques , sur lesquelles toutes
les autres parties du squelette viennent s'appuyer. Le corps
des articuls est galement form de deux moitis symtriques ,
et dont la parit est mme plus grande que dans les vertbrs.
Il est articul et form d'une srie de pices centrales , sur les-
quelles viennent s'appuyer les autres parties ; mais il manque de
squelette intrieur.
Dans l'un et l'autre embranchement, le systme nerveux forme
aao NOTES DU LIVRE XL
sa partie principale une moelle pinire longitudinale , de la-
quelle naissent la plupart des nerfs du corps ; mais ce centre
nerveux offre cette diffrence , que chez les vertbrs il est plac
le long du dos, tandis que chez les articuls il est, au contraire,
situ le long du ventre.
Le systme musculaire est aussi dvelopp dans les animaux
articuls que dans les vertbrs. Les muscles y prsentent peu
prs la mme disposition et les mmes formes ; ils sont parfai-
tement distincts les uns des autres , comme dans le premier em-
branchement.
Les fonctions de la digestion et de la circulation conservent
leurs appareils la limite des deux embranchemens , et s'exercent
encore peu prs, dans l'un et dans l'autre , de la mme manire.
Nous observons galement la respiration par les branchies
dans quelque partie de ces deux embranchemens. La respiration
par les traches , chez les articuls , est oppose , et correspond
la respiration pulmonaire chez les vertbrs.
La fonction de la gnration , ou reproduction , s'y excute
d'une manire analogue.
Pour ce qui concerne l'appareil de la locomotion des animaux
articuls , nous le voyons form , comme chez les vertbrs ,
de deux systmes d'organes, l'un actif, ou les muscles, et l'autre
passif, ou la charpente solide qui soutient le corps , mais avec
des diffrences sensibles. Le systme osseux , qui a disparu en
arrivant aux derniers poissons , se trouve remplac , chez les
articuls , par les organes tgumentaires , qui en remplissent tout
aussi bien les fonctions. Les muscles vont tous d'une pice du
tt une autre ; et l les tgumens deviennent entirement les
organes passifs de la locomotion , et remplacent le squelette os-
seux des vertbrs.
Il existe sans doute un passage naturel entre les animaux ver-
tbrs et les articuls ; mais , toutefois , les seuls rapports qui
lient ces deux divisions du rgne animal n'existent que dans
quelques systmes d'organes en gnral , et peu dvelopps dans
les genres par lesquels elles s'avoisiuent , c'est--dire par ceux
qui sont placs aux degrs les plus bas. La srie des vertbrs
tant arrive , par les dgradations qu'elle a subies , l'tat le
NOTES DU LIVRE XI. 221
plus simple que comporte son mode d'organisation , la nature
inpuisable a commenc un nouvel embranchement , celui des
articuls , en introduisant successivement dans l'conomie ani-
male un nouvel ordre d'organes entirement diffrens de ceux
qu'elle abandonne , et modifiant considrablement ceux qu'elle
conserve.
Examinant plus particulirement l'anatomie des insectes pro-
prement dits , M. Straus a essay de l'assujettir aux mmes prin-
cipes que l'anatomie humaine. Il a compt et dcrit deux cent
quarante-six pices dans la charpente solide du hanneton , nom-
bre suprieur de seize paires celui des os du squelette humain.
Par la diversit des appareils et la combinaison de leurs mou-
vemens , il a fait voir que l'articulation de l'aile de cet insecte
est un chef-d'ceuvrg de mcanique , dont rien n'approche dans
le corps de l'homme ou dans celui d'aucun des grands animaux.
Quant au second systme organique , on sait assez gnrale-
ment que Lyonnet a dcrit et reprsent rellement plus de
quatre mille muscles dans son anatomie de la chenille qui ronge
le bois du saule, phalna cossus, L. , aujourd'hui cossus ligniperda.
Ce nombre a toujours paru excessif, et capable de porter la con-
fusion dans l'tude de l'anatomie. Lyonnet a en effet compt tous
les muscles qui se rptent , et , en subdivisant les faisceaux
l'infini, il semble avoir fait un organe de chaque fibre. M. Straus
a mieux aim renoncer ce luxe de subtilit , pour se rapprocher
du langage ordinaire : il n'a dcrit effectivement que deux cent
quatre-vingt-huit muscles dans le hanneton, et trois cent quatre-
vingt-seize dans l'araigne aviculaire , sans compter les chefs ,
qui se runissent en un seul.
Sous ce rapport, il faut l'avouer, notre organisation est plus
complique ; mais on ne sera pas peu tonn , sans doute , en ap-
prenant que la presque totalit des muscles de l'insecte est en-
tirement renferme dans la tte et le thorax , qui ont si peu de
longueur.
L'appareil du systme digestif prsente les organes mastica-
teurs plus compliqus, chez les crustacs surtout, que chez
l'homme , et un canal alimentaire extrmement tortueux dans
plusieurs espces. On y trouve un pharynx, un sophage, un jabot
222 NOTES DU LIVRE XI.
succentnr , le jabot propre , et un intestin divis en duodnum ,
colon et rectum. Il est partout accompagn d'un foie simple ou
multiple, avec des organes salivaires et rnaux.
Les organes gnitaux existent chez tous les animaux articuls.
Ils y sont souvent composs d'un plus grand nombre de glandes
scrtoires que chez les grands animaux.
La fonction de la respiration s'y opre par la voie des tra-
ches , c'est--dire des milliers de canaux replis de mille ma-
nires , qui transportent de l'orifice des stigmates la surface du
corps , dans toutes les parties de l'insecte , l'air qui sert la
rgnration du sang. Chez les crustacs et plusieurs autres,
cette fonction se fait par la voie des branchies , la manire des
poissons : dans la principale division des arachnides , par des pou-
mons , comme chez l'homme. 9
Plusieurs physiologistes ont ni l'existence du cur dans les
insectes , parce que , dsesprant de pouvoir expliquer comment
il sert la circulation du sang , ils ont cherch lui assigner
d'autres fonctions. M. Straus , suivant les dgradations de cet
organe jusqu' la classe des insectes , y dmontre le cercle de
la circulation , dont la principale partie est un cur en forme de
vaisseau (vaisseau dorsal).
Cet anatomiste dcrit, avec la mme mthode qu'on emploie
dans l'anatomie humaine, tous les nerfs des insectes, dont,
observant les filets jusqu' la fibre lmentaire , Lyonnet a lev
le nombre une incroyable quantit. Il fixe vingt-quatre
paires environ le nombre des nerfs rels qui partent de la moelle
pinire et du cerveau , par une origine semblable , dans les plus
grands animaux et dans ces tres si petits , si voisins du nant,
o la main du Tout-Puissant clate avec tant de grandeur.
L'anatomie microscopique a dmontr que les yeux du han-
neton sont forms par la runion de plus de dix-sept mille yeux
simples, et beaucoup au del chez plusieurs autres espces.
Le sige des autres sens dont sont pourvus les insectes n'est
pas encore bien connu aujourd'hui.
11 est vraisemblable que le sens du toucher rside dans la patte
de l'insecte, comme dans la main de l'homme. Le sige de Toue
est peut-tre aux antennes; et quant l'odorat, M. Straus
NOTES DU LIVRE XI. 22^
vient de dcouvrir l'orifice des stigmates , toujours ouvert
l'air ambiant , un appareil en forme de caisse , qui fait croire qu'il
en est le sige.
Du reste , les insectes peuvent tre dous de quelque sens qui
manque l'homme , et dont par consquent nous ne saurions
avoir aucune ide. Do.
Page 4-j ligne 2. In culice? Culex pipiens, L. , vulgairement le
cousin. G. CuviER.
Ligne 5. Truculentam llam et portione maximam vocem. Il n'est
personne qui n'ait entendu les sifflemens aigus que produit le vol
du cousin. G. C.
Ligne 9. Telum. La trompe du cousin se compose d'un tube
membraneux cylindrique, termin par deux lvres, et renfermant
cinq soies cailleuses et pointues , produisant l'effet d'un aiguil-
lon. Voyez-en la figure (RAUMUR, Mm. pour servir Thist.
des insectes , tom. v, pi. 4-2). Le tube suce le sang quand l'aiguil-
lon a ouvert le vaisseau. G. C.
Ligne i3. Teredini. Le iaret {teredo navalis , L. ). Comme
on le voit liv. xvi , chap. 80. Ce n'est pas un insecte , mais un
mollusque de forme allonge , qui pntre dans les bois enfoncs
sous l'eau , et s'y creuse des conduits au moyen des deux valves
de sa petite coquille. Il est la perte des pieux, des vaisseaux, etc.
11 a menac l'existence de la Hollande.
Cependant Pline n'attachait pas un sens trs-fixe au mot te-
redo , quoique au livre xvi , chap. 80, il dise expressment que
les tarets ne sont redoutables qu'aux bois plongs dans la mer :
ll iantum in mari sentiuntur ; nec putant aliam proprie dici posse
teredinem: car au livre VIII, chap. 7^, il rapporte comme un fait
surprenant qu'une prtexte , qui datait du temps de Servius
Tu I lins, n'ait pas ressenti les injures des teredo : Nec teredinum
injurias sensisse annis D LX. On pourrait donc croire , jusqu' un
certain point , que Pline , dans le passage qui nous occupe , a
parl de l'insecte qui perce les poutres des appartemens , et non
du teredo marin, queThophraste a dcrit ainsi : Ou ykp ylverat
Tepnfav , ctxh' v t Sa.xa.Tl>!. EV7/ <T t) Ttptifcv tg> p.v
neyet , ftiKpv. Keqaxhv S" %ei {j.sy.xtiv ko.) qS'qvtcis. (Hist.
des Plantes , liv. V, p. 52 1 , dit. d'Amst. , i6440 G. C.
a*4 NOTES DU LIVRE XI.
II , page 6 , ligne 2. Insecta mxdti negarunt spirare. Les insectes
respirent par des orifices nomms stigmates , percs le long des
cts de leur corps , et qui laissent pntrer l'air dans des tra-
ches ou vaisseaux lastiques qui , en se ramifiant l'infini , le
conduisent sur tous les points du corps. Le corps de l'insecte
est en quelque sorte tout entier un poumon. G. CuviER.
Ligne 9. Vocem esse his negant. Les diffrens bruits , chants ,
bourdonnemens que les divers insectes font entendre ne sont
pas des voix proprement dites, en ce qu'ils ne sont pas produits
par l'air sortant par un larynx, mais bien par le frottement ou
le choc de quelques-unes de leurs parties solides les unes contre
les autres. Dans les cigales , c'est un instrument particulier, la
base de l'abdomen ; dans les grillons , le frottement des cuisses
contre les couvertures des ailes ; dans les cousins , le frottement
de ses ailes dans l'air ; dans le crambyx , le frottement du cor-
selet contre l'abdomen , etc. G. C.
Ligne 22. Sangunem non esse. Les insectes , comme tous les
autres animaux , ont un fluide nourricier qui leur tient lieu de
sang; mais il est blanc, et ne circule point dans un systme de
vaisseaux. 11 transsude de leur canal intestinal , et baigne toutes
leurs parties ; cependant M. Carus a observ une certaine rgu-
larit dans ses mouvemens. G. C.
Ligne a^. Sepi in mari sanguinis vicem alramentum. L'encre
de la sche n'est pas du sang, mais. une liqueur excrmentitielle.
Ce mollusque a du sang nanmoins , et un appareil circulatoire
trs-complet. Ce sang est transparent et bleutre. G. C.
Page 8, ligne 1. Purpurarum generi infector ille suais. La
pourpre est aussi une liqueur excrmentitielle, et non pas le sang
du murex ; son vrai sang est transparent , comme dans tous les
mollusques. G. C.
III , page 8 , ligne 7. Insecta non videntur nervos habere.
Quelque sens qu'ait ici le mot nervi, la proposition est inexacte.
Tous les insectes ont un cerveau , une espce de moelle pinire
et des nerfs. Leur moelle est un cordon nerveux double , qui
rampe le long du ventre , et a , d'intervalle en intervalle , des
nuds d'o partent les rameaux nerveux. G. C.
NOTES DU LIVRE XI. 5
Page 8 , ligne 8. Nec pinguia. Les insectes ne sont point d-
pourvus de graisse , et mme dans leur premier tat , celui de
larve , ils en ont une grande quantit , qui doit leur servir de
provision et d'aliment pendant qu'ils seront l'tat de chry-
salide. G. Cuvier.
Ligne g. Nec carnes. Les insectes ont de la chair , c'est--dire
des muscles pour leurs mouvemens , comme les animaux sup-
rieurs ; il suffit pour s'en convaincre d'ouvrir le corselet d'un
scarabe ou les cuisses d'une sauterelle. Cette chair est fibreuse
comme toute autre , mais sa couleur est blanche comme celle de
leur sang. G. C.
Lign en. Corpus... siccius.... quam durius. Et hoc solum his est.
Pline ne dcrit l que l'enveloppe membraneuse ou corne qui
tient lieu la fois , aux insectes , de peau et de squelette ; mais
cette enveloppe contient l'intrieur des viscres, des traches,
des nerfs , en un mot, une organisation trs-complique et trs-
admirable. Voyez le Trait de Lyonnet sur la chenille du bois de
saule, et celui de M. Straus sur le hanneton. G. C.
IV, page 10 , ligne 1. De apibus. L'conomie des abeilles est
dcrite ici avec plus d'loquence que d'exactitude. N'ayant pu les
observer qu'au travers de ruches de cornes , et n'y ayant pas
mis une grande suite , les anciens ont laiss chapper plusieurs
faits ; ce qui est d'autant plus excusable , que la patience des
modernes n'est mme parvenue en dcouvrir quelques-uns
que dans ces dernires annes , Schirach et Huber ayant ajout
beaucoup ce que Raumur avait constat. G. C.
VI , page i4-t ligne 1. Commosn... pissoceron... propolin. Quel-
ques manuscrits portent commisin ; l'dition de Parme offre le
diminutif mityn. Dans Aristote, chez qui Pline a emprunt pres-
que tout ce qu'il dit des abeilles , on lit ( llist. des anim. , liv. ix,
chap. 64 ) Kvva-i ; mais dans Hsychius ( Lexicon , p. 546 ) on
trouve K6/xjua>o-is <srb rv /uexiorovpyav w rov rjuimv S'ik-
npKrts. Aristote ( Ibidem. ) parle aussi du mitys , qui est comme
un sdiment noir et d'odeur forte , dont les abeilles se servent
pour garnir l'ouverture de leur ruche , usage peu prs sem-
viri. i5
17.G NOTES DU LIVRE XI.
blable celui du commosis ou x.vv<rts, qui signifie matire gom-
meuse , en latin gummilatio. Aristote parle comme Pline du
Tio-o-Mpo (poix-cire), dont Virgile a dit (Gorg., IV, v. ^o):
... Collectumque haec ipsa ad munera gluten
Et visco et Phrygiae servant pice lentius Id ;
mais il cite en outre (Hist.des anim. , liv. v, ch. 22) la Mo-arts,
que Camus traduit par propolis. Pline rduit donc trois le nom-
bre des enduits dont les abeilles recouvrent l'intrieur des ruches.
et qu'Aristote portait quatre.
Selon Raumur ( Mm. pour serir Thist. des insectes, V,
p. 437 ) , ces substances ne sont que diverses varits de la pro-
polis , matire gommeuse diffrente de la cire , et que les abeilles
emploient boucher les fissures de leurs ruches. Elle est de dif-
frentes couleurs et de diffrentes consistances. G. Cuvier.
VII, page i4? ligne i3. Erithace.... sandaracam.... cerinihum....
opium, dum operantur, cibus. Ce sont diffrens mlanges de pollen
des fleurs dont les abeilles se nourrissent. G. C.
Varron {De re Rustica , lib. III , cap. 16 ) et Aristote (Hist.
des anim., liv. v, ch. 19 ; et liv. ix , ch. 64.) parlent de l'ri-
thaque. Ce dernier dit que les abeilles portent la cire et l'ritha-
que avec leurs cuisses. Aristote (liv. IX, ch. 64 ) dit que la san-
daraque approche de la cire pour la duret , et que le crinthe ,
qui est un des alimens de l'abeille , est d'une qualit infrieure
au miel. Hsychius (Lexic. , p. 525) regarde comme une seule
matire Trithaque et le crinthe : KptvQos , dit-il , m xsyofivn
iptxKtt , k<rfi Ts T/>o<pi riv tFa.petrlevToi.1 ea.VTtt.7s < /iSxia-a-eu.
V11I , page 16 , ligne 2. Ceras ex omnium arborum satorumque
floribus confingunt. Suivant les dcouvertes de M. Huber fils , la
cire se scrte dans des poches de la face interne des demi-
anneaux infrieurs de l'abdomen de l'abeille , et en sort en forme
de lames : c'est une laboration du miel que l'abeille a digr.
G. C.
X , page 18, ligne g. Quibus est earum adolescentia , ad opra
exeunt, et supradicta comehunt : seniores intus operantur. M. Huber
NOTES DU LIVRE XI. 7
a dcouvert qu'il y a deux classes d'abeilles neutres : les ou-
vrires, qui vont au dehors chercher des matriaux et les mettent
en uvre ; et les nourricires , qui sont plus petites , et de-
meurent dans la ruche pour prendre soin des larves. G. CuviER.
Page 18, ligne 16. Alice cibum comparant ex eo , quod adlatum
est. Le miel suc dans le fond de la corolle des fleurs , et dpos
dans le premier estomac de l'abeille, y subit une prparation, aprs
quoi il est vers dans la cellule qui doit le recevoir. G. C.
Page 22, ligne i. Domos.... plebei.... regibus.... fucis. Les trois
sortes de loges sont ncessaires, et ne dpendent pas du plus ou
moins d'abondance.
Ce que Pline nomme plcbs consiste dans les abeilles ouvrires
ou neutres , qui constituent la grande masse de la population ,
et qui ne sont que des femelles dont le sexe ne s'est pas dve-
lopp , faute de la nourriture ncessaire pour cela , qui ne se
donne qu'aux individus destins devenir des reines.
Ces reges ou ces rois devraient plutt tre appels reines. Ce
sont les femelles dont les larves ont t leves dans des cel-
lules d'une forme et d'une grandeur particulires , et dont une
nourriture plus abondante et plus dlicate a dvelopp les or-
ganes sexuels. Elles sont destines reproduire l'espce. Il ne
doit y en avoir qu'une par ruche. Celles qui closent ensuite
sont mises mort , ou deviennent les chefs des essaims destins
peupler de nouvelles ruches.
Les fuci sont les mles qui doivent fconder la femelle ou la
reine de la ruche. G. C.
XI , page 7,2 , ligne 6. Fuci , sine aculeo. Il est vrai que l'ai-
guillon est propre aux femelles et aux neutres , c'est--dire aux
ouvrires ; mais les fuci ne sont pas pour cela des abeilles im-
parfaites , ce sont les mles de l'espce , comme nous venons
de le dire. G. C.
Ligne g. Tardantes sine cementia puniunt.... Quum mella cce-
perunt maturescere , abigunt. hesfuci ne travaillent point , si ce
n'est la fcondation des reines. Vers l'automne , quand cette
fcondation est consomme, les ouvrires les chassent, et ils p-
rissent misrablement. G. C.
ID.
228 NOTES DU LIVRE XI.
Page 22 , ligne 12. uo major eonan fuit multitudo , hoc major
fiel examinum provehtus. On voit que les anciens s'taient aperus
de quelque influence de la part des fuci sur la multiplication de
l'espce. G. Cuvier.
XII , page 24. , ligne 2. Regias. La cellule qui doit contenir
la larve d'une future reine est toute diffrente des autres , bien
plus grande, en forme d'ampoule suspendue sur le ct du rayon,
et souvent au bas de ce rayon , comme une stalactite. Les abeilles
fournissent cette larve une nourriture plus abondante et plus
substantielle. G. C.
Ligne 5. Sexangul omnes cell , singulorum e pedum opre.
Le rapport du nombre des pans des cellules avec celui des pieds
des abeilles est purement accidentel. Les abeilles les construisent
principalement avec les mchoires. Leur figure hexangulaire est
la plus convenable pour perdre moins d'espace et moins de cire.
Il en est de mme des trois rbombes qui forment le fond de la
cellule ; et mme Knig et Cramer ont prouv, par le calcul des
maxima et minima , que l'inclinaison de ces rbombes est telle
qu'il fallait pour arriver au maximum d'conomie et de place.
G. C.
Ligne g. Venit hoc ex are. La matire premire du miel est une
excrtion du fond du calice ou de la corolle des fleurs. Les abeilles
vont l'y recueillir au moyen d'une trompe dlie. G. C.
XVI , page 34 , ligne 11. Apium enim coitus visus est num-
quam. La reine des abeilles s'accouple dans le haut des airs, au
commencement de l't , et rentre dans la ruche pour y pondre.
Une seule fcondation suffit pour les ufs innombrables qu'elle
ne cesse de dposer dans les cellules pendant tout l't , et
mme , ce qu'on croit , pendant les annes suivantes. Les
abeilles ouvrires , n'ayant point le sexe dvelopp , ne s'accou-
plent jamais. G. C.
Ligne i4> Hune esse solum marem. C'est au contraire la seule
femelle. G. C.
Page 36 , ligne 2. Oestrus vocatur hoc malum. 11 parat que
ceux dont Pline emprunte cette observation ont voulu parler
NOTES DU LIVRE XI. 229
des/uci, ou des mles dont ils ne connaissaient pas bien la na-
ture. G. Cuvier.
Page 36 , ligne /,.. Gallinarwn modo incubant. Les abeilles
prennent soin de loger les ufs , mais ne les couvent pas prci-
sment. G. C.
Quod excusum est , primwn vermkulus. C'est le premier tat
de l'insecte , la larve. G-. C.
Ligne 7. Rex statim penniger. Cela n'est point exact : la
reine commence par tre une larve , ainsi que toutes les autres
abeilles, et mme c'est une larve d'abeille ouvrire qui, choisie,
place dans une cellule plus grande , et nourrie autrement , d-
veloppe son sexe et devient reine. G. C.
Ligne 9. Njmphcc. Les nymphes ou chrysalides sont l'tat in-
termdiaire entre celui de larve et l'tat parfait. Le pins grand
nombre des insectes, quand il est dans cet tat, perd toute mo-
bilit. La reine des abeilles est oblige d'y passer comme ses
sujets. G. C.
Ligne 1 5. Ruptis membranis , qu singulos cingunt. La nymphe
a les mmes membres que l'insecte parfait , aux ailes prs , qui
ne sont pas encore dveloppes ; mais ces membres sont replis
et envelopps d'une membrane que l'insecte dchire pour se mon-
trer au dehors. G. C.
Ligne 23. Regemque juvenem qualis turba comitatur. Chaque
essaim est conduit par une reine , mais souvent c'est l'ancienne
reine de la ruche qui part avec lui. Quand deux reines s'y
trouvent , l'essaim se partage. Quelquefois l'une des deux divi-
sions , se trouvant trop petite , abandonne la reine qu'elle avait
suivie , pour se joindre l'autre. G. C.
Page 38 , ligne 2. Deterrimos necant. Ce ne sont pas les
abeilles neutres qui tuent les reines surnumraires , mais les
reines elles-mmes , lorsqu'il en clt dans une ruche plusieurs
la fois. Elles se livrent des combats outrance. La premire
reine closc va mme dtruire dans leurs cellules celles qui ne
le sont pas encore. Si Ton introduit dans une ruche une reine
trangre , la reine rgnante se jette sur elle ; mais si , aprs
avoir priv les abeilles de leur reine , on attend vingt-quatre
2*o NOTES DU LIVRE XI.
heures pour leur en donner une autre , elles l'accueillent bien.
{Voyez HuBER, Observ., I , p. 169 et suiv.) G. CuviER.
Page 38 , ligne 4- Forma.... quant ceteris major, penn breviores.
La reine des abeilles est plus grande que les mles et que les neutres ;
et son abdomen , qui est rempli d'oeufs , est plus long propor-
tion, ce qui fait paratre ses ailes plus courtes. G. C.
Ligne 8. Il y a quelques additions d'imagination dans cette
description des fonctions de la reine ; mais , au total , elle est
exacte. G. C.
XVII , page 38 , ligne i5. An dederit eum quidem natura. La
reine des abeilles a un aiguillon comme les abeilles neutres ,
mais elle s'en sert plus rarement, et parat en tout d'un naturel
plus tranquille. G. C.
XVIII , page 4- 2 1 ligne i5. Ex aliis spe dimicant causis.
Ces combats ont t dcrits par plusieurs observateurs , surtout
par Raumur ( tome IV ). La plupart ont pour but de repousser
des essaims trangers , qui veulent se loger dans des ruches dj
habites. On voit aussi des luttes acharnes entre les indivi-
dus. G. C.
XIX , page 4-4 ligne 12. Ad unum ictum hoc infixo , etc. L'ai-
guillon de l'abeille , ayant des dentelures recourbes en arrire ,
est souvent retenu dans la piqre qu'il a faite , et alors l'insecte
prit , parce qu'il est dchir. Il ne se change point en fucus.
Nous avons dit que le fucus n'est que l'abeille mle. G. C.
Ligne 17. Est in exemplis , eqnos ab iis occsos. On vient de
publier rcemment encore, dans les journaux, qu'un essaim d'a-
beilles , en se jetant avec fureur sur des chevaux et sur des
hommes , les a fait prir. G. C.
Ligne 2 1 . Natur ejusdem dgnres vesp , atque crabrones.
Les gupes et les frelons sont des insectes cruels , de la mme
classe que les abeilles , mais non pas des dgnrations de leur
espce. Il est trs -vrai qu'ils leur livrent une guerre acharne.
G. C.
XX , page 4-6, ligne 16. Rege... consumpto mret plebs. La pr-
NOTES DU LIVRE XI. rti
sence de la reine est le stimulant ncessaire de l'activit des
neutres. La reine morte ou enleve, toute la ruche se disperse
bientt , moins qu'on ne la ferme lorsque dj il y a des larves
closes. Les abeilles alors choisissent une de ces larves , lui con-
struisent une cellule royale, et lui donnent la nourriture n-
cessaire pour dvelopper son sexe et en faire une reine.
G. Cuvier.
Page 48, ligne 4- Cleron vocant. Claros est, comme on voit,
un nom de maladie. Linnseus en a fait le nom d'un insecte dont
la larve pntre dans les rayons, et attaque les larves des abeil-
les. G. C.
XXI , page 4-8 , ligne 10. Papilio , etc. C'est la teigne des
ruches , dont la chenille creuse dans la cire des canaux qui tra-
versent les rayons , et s'y tisse une enveloppe de soie avant de
se mtamorphoser. Il y en a deux espces (phalcena tinea mello-
nella , L. , et phalna tortrix Cereana , L. ). G. C.
Ligne 17. Oleo quidem non apes tantum , sed omnia insecla
exanimantur. L'huile tue tous les insectes , en bouchant leurs
stigmates et en les empchant de respirer. G. C.
XXII , page 5o , ligne 11. Vita eis septenis annis universa.
Alvos numquam ultra decem annos durasse. Il est fort douteux que
les abeilles vivent aussi long-temps, et l'on a russi conserver
des ruches trente ans et au del. G. C.
XXIII, page 5o , ligne 18. 11 n'est pas ncessaire de dire
que , malgr l'autorit de Virgile , ce chapitre entier est fa-
buleux. G. C.
XXIV, page 52 , ligne 6. Vesp... crabrones. Les gupes con-
struisent souvent sous des toits , mais il y en a aussi qui con-
struisent sous terre. Les frelons construisent souvent dans des
creux d'arbre. G. C.
Ligne 8. Sexangu cell. Elles sont en effet en prisme hexa-
gone , mais leur fond n'est pas , comme celui des abeilles , en
pyramide tridre. . G. C.
Cera autan corticea et araneosa, La matire des ruches des
a3* NOTES DU LIVRE XI.
gupes et des frelons n'est pas de la cire , mais les fibres du
bois ou de l'corce des plantes. G. Cuvier.
Page 52 , ligne 9. Ftus ipse inqualis. On trouve en effet dans
les gupiers des petits en diffrens tats, mais cela a lieu aussi dans
les ruches. G. C.
Ligne 12. Vesp , qu ichneumones , etc. L'auteur dcrit ici
l'industrie d'un genre d'insectes appels sphex par Linnaeus , qui
enterrent avec leurs ufs des insectes qu'ils ont blesss , et qui
doivent servir de pture leurs larves quand elles seront closes.
G. C.
Page 54- , ligne 2. Opifices maires. Ceci est encore trs-
bien observ. Une gupe femelle pleine , chappe de l'hiver ,
commence son nid; elle y pond des ufs dont les produits sont
des individus neutres et plus petits , qui l'aident l'agrandir:
pendant tout l't il n'en nat pas d'autres. Ce n'est qu'en au-
tomne qu'il se produit des mles et des femelles , et quelques-
unes de ces dernires seulement perptuent l'espce au printemps
suivant. G. C.
Ligne 4- H et clmentes. Ce ne sont pas les femelles , mais les
mles , qui manquent d'aiguillons. G. C.
Ligne 1 1 . Nec crabronum autem , nec vesparum generi reges. La
socit des gupes n'est point monarchique. 11 y a plusieurs mles
et plusieurs femelles la fois. G. C.
XXV, page 54- , ligne i5. Quartum inter hc genus est. Cette
phrase annonce qu'il va parler encore d'insectes de la famille
des abeilles et des gupes, ou , comme on les nomme, d'hy-
mnoptres. G. G
Bombycum, in Assyria proveniens.... Nidos luto fingunt , salis....
adplicatos lapidi... In Us et ceras , etc. Dans ce peu de mots , Pline
dcrit fort bien l'industrie des abeilles maonnes , qui construi-
sent leur nid contre un mur, en terre et en sable bien masti-
qu , lequel ne contient que quelques cellules ovales bien plus
grandes que celles des abeilles communes , et dont chacune con-
tient une larve avec sa provision d'alimens. Aristote raconte
peu prs les mmes faits (liv. v, ch. 2^.) > mais il ne les trans-
porte point en Assyrie. G. C.
NOTES DU LIVRE XI. a33
XXVI , page 56 , ligne 2. Et alla horum origo , etc. Dans cet
endroit , emprunt aussi d'Aristote ( liv. v, ch. 19), Pline d-
crit un animal d'un tout autre genre que le prcdent , un v-
ritable ver soie , d'abord chenille , puis chrysalide , et enfin
papillon ; mais il y a quelque confusion , puisque c'est sa
premire forme , celle de ver , qu'il attribue des cornes ,
c'est--dire des antennes , qui n'appartiennent qu'au papillon.
Il multiplie aussi les formes au del du vrai , car il n'y en a que
trois comme dans tous les insectes. Quoi qu'il en soit , ce pas-
sage nous apprend que , ds avant Aristote , on filait dans la
Grce la soie d'une chenille pour en faire des toffes.
G. Cuvier.
XXVII , page 56 , ligne 1 1 . Bombycas et in Co , etc. Ce cha-
pitre prouve encore que l'on tirait parti de la soie des chenilles de
la Grce, et mme, ce qu'il parat, de celles de quatre arbres
diffrens , le chne , le frne , le cyprs et le trbinthe. Quelque
obscurit qu'il y ait dans la description de ces insectes et de leurs
mtamorphoses , on ne peut douter que ce ne fussent des che-
nilles. Aujourd'hui celle du mrier blanc, apporte Constan-
tinople du temps de Justinien, a fait ngliger toutes les autres,
parce que sa soie est plus belle, plus facile dvider , et que l'on
peut en recueillir une plus grande quantit. C'est peut-tre celle-l
dont Pline dit, la fin du chapitre, qu'on laisse encore le bom-
byx d'Assyrie aux femmes. G. C.
XXVIII , page 58, ligne i4- Luporum. Les araignes-loups, qui
chassent aux mouches en courant ou sautant aprs elles , et ne
font de toile que pour envelopper leurs ufs, qu'elles portent
avec elles. G. C.
Ligne 20. Qudam inlus lanigera fertilitas. Pline a souponn
la vrit. Les modernes ont dcouvert et dcrit, dans les plus
petits dtails, l'appareil dont la nature a pourvu l'araigne pour
fabriquer sa toile ; Roesel, surtout, en a donn de trs -bonnes
figures.
J'emprunte au naturaliste franais Olivier la description qu'il
<n a faite ( Encjcl. mthod. in-4. , Insectes , tom. I ) , d'aprs-
Raumur:
M *
a34 NOTES DU LIVRE XI.
Toutes les espces d'araignes, tant le mle que la femelle ,
ont , pour la fabrication de leur toile , un appareil fort com-
pliqu , que la nature a dparti elles seules. A la partie post-
rieure du corps , prs de l'anus, on voit quatre mamelons qui
se meuvent dans tous les sens , plus ou moins apparens suivant
les espces, beaucoup plus gros et plus saillans dans les araignes
fileuses que dans les chasseuses. L'extrmit de ces mamelons
est arrondie : vue au microscope , elle parat crible de petits
trous , peu prs comme la tte d'un arrosoir. Dans les arai-
gnes de la premire famille , elle est hrisse d'une infinit de
petites parties allonges , de figure conique , perces , chacune
leur extrmit , d'un trs-petit trou. Ce sont l les filires d'o
sort cette prodigieuse quantit de fils trs-fins et trs-dlis dont
l'ensemble , qui va quelquefois au del de mille , ne forme ce-
pendant qu'un fil encore trs-mince et trs-fin.
Les rservoirs de la matire soie , qui se trouvent dans
l'intrieur du corps , sont au nombre de six grands et deux pe-
tits ; les premiers , en forme d'intestins , placs les uns ct
des autres, et recourbs six ou sept fois dans l'espace qui s'tend
entre l'origine du ventre et les mamelons , o ils aboutissent.
Ils sont presque de grosseur gale dans toute leur tendue ;
mais , vers les mamelons , ils se terminent en un filet trs-mince.
A la base de ces six rservoirs sont les deux petits , de la figure
d'une larme de verre , et placs , un de chaque ct , sur une
ligne oblique. Ces deux petits rservoirs communiquent avec les
grands par des branches qui se recourbent un grand nombre de
fois , et forment ensuite un lacis inextricable. Il parat que c'est
dans les deux rservoirs en forme de larmes que se ramasse et se
prpare d'abord la matire visqueuse qui doit fournir la soie ; les
autres ne sont destins qu' la contenir ou lui faire subir un
dernier degr de perfection.
Les toiles des araignes n'ont pas toutes la mme figure ni
la mme solidit , quoiqu'elles soient galement propres ar-
rter les insectes qui s'y laissent prendre. Les unes sont une
espce de filet trs-lche, d'une figure spirale rgulire; quel-
ques autres ne sont composes que de fils tendus dans tous les
sens et sans aucun ordre apparent ; d'autres enfin ressemblent
NOTES DU LIVRE XL 35
une espce de tapis , d'un tissu serr , tendu sur un plan ver-
tical.
Les toiles du premier genre appartiennent aux araignes ap-
peles tendeuses , et dont le travail est le plus industrieux. Elles
tendent leurs toiles verticalement entre les rameaux des arbres ,
et quelquefois au dessus d'un foss ou d'un ruisseau. Pour expli-
quer comment elles parvenaient attacher leurs fils de l'un
l'autre bord , Lister a prtendu qu'elles les lanaient par une
sorte d'jaculation , peu prs , dit-il , comme les porcs-pics
lancent leurs piquans , avec cette diffrence cependant que les
piquans du porc-pic se dtachent entirement de son corps ,
tandis que les fils de l'araigne, quoique pousss au loin, restent
attachs au corps de l'animal. Mais la chose ne se passe pas ainsi ;
et le vent , ou l'agitation de l'air, auquel l'araigne confie ses
fils , en est le principal agent. L'araigne , ayant tir de ses ma-
melons un fil plus ou moins long , suivant la distance qu'il y a
d'une branche l'autre , ou suivant la largeur du foss , laisse
flotter au gr du vent son fil , qui ne tarde pas se coller contre
quelque branche par son gluten naturel. L'araigne le tire
elle de temps en temps , pour reconnatre s'il est attach quelque
part : elle bande alors ce fil , et elle le fixe l'endroit o elle se
trouve. Elle rpte la mme opration lorsqu'elle a besoin d'en
tendre un autre un peu plus bas , aprs quoi elle passe l'autre
bord, par le moyen de ces fils , qu'elle attache alors aux endroits
qui lui paraissent les plus convenables, et qu'elle double et triple
pour leur donner plus de solidit. Lorsqu'elle a ainsi tendu deux
fils paralllement , l'araigne achve sans peine l'artifice dlicat
dcrit avec tant de perfection par le naturaliste romain.
Les toiles du deuxime genre , excutes par les araignes
nommes filandires , ne prsentent aucune difficult, et je les
passe sous silence.
Homberg {Mm. de VAcad. des sciences , ann. 1707, p. 34-3 )
a dcrit la manire dont les araignes dites tapissires , parmi
lesquelles est l'araigne domestique , ourdissent leurs toiles ,
qu'on a compares des tapis. C'est principalement en arrtant
et fixant leurs fils , par le moyen de la matire visqueuse , aux
parois des murs qui font l'angle. Cette matire est bien abon-
a 36 NOTES DU LIVRE XI.
dante dans la nature, puisque les corps dsigns sous le nom de
fds de la Vierge sont aussi des toiles d'araignes. Do.
XXIX , page 62 , ligne 8. Aranei conveniunl clunibus. La g-
nration de l'araigne ne ressemble point ce qui a lieu dans
les autres parties du rgne animal.
L'observation attentive a dmontr que , dans cette espce ,
le mle fconde la femelle l'aide des palpes qu'il introduit dans
la vulve de la femelle , situe sous la partie antrieure de l'ab-
domen.
Au dernier article des deux palpes se trouve une grosse pice
terminale en forme de massue, corne chez quelques-uns, spon-
gieuse chez d'autres, et qui manque aux palpes de la femelle.
Quoique les organes mles soient doubles , il n'y a qu'une
vulve, qui conduit deux ovaires par autant de conduits tubu-
leux plus ou moins rapprochs.
Dans la copulation , l'introduction des deux pnis est alter-
native, et se fait d'une manire si instantane, qu'elle ressemble
un simple contact : tant est grande la frayeur du mle l'ap-
proche de la femelle!
M. Straus reconnat, dans ses Considrations gnrales, la v-
rit de tous ces points , tablie dj par ses devanciers. Il reste
encore dcouvrir les testicules et les vaisseaux sminifres de
l'araigne , sur laquelle il a entrepris un travail considrable.
Puissent ses occupations lui permettre de nous faire bientt part
de cette dcouverte !
Il est peu de naturalistes , dans les temps anciens et modernes,
qui ne se soient occups de l'araigne. Lesser , dans sa Thologie
des insectes y s'tend sur la gnration des araignes. Clerck, na-
turaliste sudois du commencement du dix-huitime sicle, est
regard comme le premier qui ait reconnu les palpes pour or-
ganes sexuels mles. Frich , naturaliste allemand ., a aperu la
vulve. Lister et De Ger dcrivent ces parties. Ce dernier auteur,
Raumur et Lyonnet ( notes sur la Thologie des insectes ) d-
crivent aussi l'accouplement des araignes. Olivier ( Encyclop.
mthod.) dit que les mles , pour s'accoupler, font sortir un corps
blanc de leurs palpes. M. Latreille appelle gane des organes
NOTES DU LIVRE XI. a3 7
mles ce que Fabricius et Olivier avaient dcrit sous le nom de
lvre infrieure. 11 est vrai que rviranus , dans ces derniers
temps , a prtendu que les organes mles occupent une place
correspondante celle de la vulve ; mais M. Cuvier, dans la
dernire dition du Rgne animal , rend aux palpes la fonction
que leur avaient assigne tant d'observateurs ; et M. Straus, dont
tous les savans connaissent l'habilet dans l'anatomie microsco-
pique , soutient cette doctrine. Do.
XXX, page 64., ligne 2. Scorpiones.... vermiculos ovorum specie
pariunU Les scorpions font des petits vivans ; mais ils sortent
blancs de leur corps , les queues et les pieds rapprochs en une
masse ovale , ce qui a pu les faire prendre pour des vers.
G. Cuvier.
Ligne 4- Veneni serpentium , etc. La piqre du scorpion com-
mun d'Europe n'est pas d'ordinaire trs-dangereuse ; cependant
il y en a dans le Midi une espce rougetre qui fait plus de mal.
Ce n'est gure que dans les pays chauds qu'habitent des espces
dont le venin soit mortel. Mais il faut se souvenir que l'Afrique,
l'Egypte et la Syrie sont du nombre des pays sur lesquels avaient
crit les auteurs que Pline consulte. G. C.
Ligne. 10. Venenum ah Us candidum. Suivant les naturalistes
modernes qui ont publi l'anatomie du scorpion , et parmi les-
quels je me contenterai de citer MM. Marcel de Serres , Lon
Dufour et Straus , l'organe destin scrter l'humeur vn-
neuse , revtu extrieurement d'une membrane assez paisse ,
occupe le dernier article de la queue , la base de l'aiguillon.
Il est compos intrieurement de deux glandes jauntres, trs-
adhrentes a la substance corne , et se prolongeant par un
canal jusqu' l'extrmit de l'aiguillon , largi vers'sa base en
une sorte de rservoir pour l'humeur scrte par les glandes.
Elles sont composes d'une infinit de glandules arrondies ,
trs-serres les unes contre les autres , et communiquant en-
semble. Il en rsulte un conduit excrteur, qui a son issue
l'extrieur par l'aiguillon ; mais les vaisseaux qui apportent la
glande les sucs ncessaires ne sont pas encore connus. Do.
Ligne i5. Coitum Us iribuiu Les scorpions s'accouplent en effet.
a38 NOTES DU LIVRE XL
Les mles ont deux verges et les femelles deux vulves, places
sous le thorax, prs des peignes. Les mles sont en gnral plus
grles. G. Cuvir.
Page 64 , ligne 19. Pluribus enim sena. C'est, en effet, le
nombre gnral des nuds de la queue. 11 n'y en a sept que par
une exception rare, mais qui ne parat pas devoir influer sur la
force du venin. G. C.
Ligne ai. Quibusdam inesse permets. Il n'y a point de scor-
pions ails ; peut-tre Apollodore a-t-il voulu parler des pa-
norpes ou mouches-scorpions , insectes quatre ailes , dont l'ab-
domen s'allonge et se termine en une espce de pince qui imite
un peu l'aiguillon de la queue du scorpion. Il est surtout pro-
bable que c'est ces panorpes qu'on doit appliquer ce que
Pline dit plus loin : Visuntur tamen aliquando in Italia , sed in-
nocui. G. C.
XXXI , page 68 , ligne 2. Stelliones. Le stellio des Latins est
Yascalabos et V ascalabotes des Grecs , le lzard dans lequel
Ascalabus fut chang par Crs. Nicandre (Theriac, v. 483) et
Antoninus Liberalis (chap. 24) l'appellent ascalabos ; et Ovide
( Mtam. , liv. v, v. 4^o et suiv.) , rappelant la mme fable , in-
dique son nom latin de stellio :
Aptumque colori
Nomcn habet variis slellatus corpora gultis.
Pline ( liv. xxix , ch. 4 ) dit que le stellio est appel par les Grecs
ascalabotes , galeotes et colotes ; et cependant il annonce que ce
stellion des Grecs est diffrent de celui d'Italie : In Italia non
nascitur; est enim hic plenus lentigine , siridore acerbo , et yescitur,
quce omnia a nostris stellionibus alina sunt. Il a agi conformment
cette synonymie; car, dans les passages qu'il traduit d'Aristote
ou de Thophraste , il rend galeotes par stellio , tout comme
ascalabotes. Ainsi , dans le chapitre actuel , ce qu'il dit , que le
stellion vit d'araigne , est attribu V ascalabotes par Aristote
( liv. IX , ch. 1 ) ; mais la prcaution qu'a le stellion de dvorer
sa peau quand il en change , de peur qu'elle ne soit utile aux
pileptiques, que Pline rapporte (liv. vin, ch. 3i , et liv. xxx,
NOTES DU LIVRE XL a3y
cli. 10), est prise de passages d'Aristote (Hisl., Hv. VIII , ch. i5,
17, 29 ; liv. iv , ch. 1 1 ; liv. IX , ch. 1 , 9 ) et de Thophraste
( de Anim. invid. ) , qui tous les deux nomment l'animal dont il
s'agit galeotes.
Au reste , il n'y a pas de doute que le stellio ne soit l'espce
de gecko commune en Italie , et que l'on y nomme tarentola , la
tarente de Provence , ou le gechoite de Lacpde ; il est dans
Gmelin , sous les noms de laceria Mauritanica et lacerta Turcica.
En effet , cet animal a quelque rapport avec le camlon : il
mange des araignes ( Pline, liv. xi , ch. 26) ; il a sur le dos
des tubercules rangs avec ordre , que l'on peut avoir compars
des toiles ( Ovide , Mtam. , liv. v, v. 4^o) ; il se tient dans les
coins des murailles , des portes , dans les caves , les spulcres
(Pline , liv. xxx, ch. 10 ) , et il est d'une forme assez trange
et assez dplaisante pour qu'on ait pu lui attribuer les proprits
singulires ou malfaisantes dont Pline parle en plusieurs endroits
(liv. vin , ch. 3i ; liv. xi , ch. 25 ; liv. xxix, ch. 4- ; liv. xxx ,
ch. 10, etc.); il a surtout celle de marcher sous les plafonds ,
sous les branches (en s'y cramponnant), que le livre de Mirabil.
auscult., cap. 12 , attribue kVascalabotes. La mme habitude est
attribue par Aristophane (Nub. , v. 170) et par Plutarque
( de Fac. in lund) au galeotes ; et c'est, avec la remarque du sco-
liaste d'Aristophane sur ce vers , le seul appui que nous trou-
vions l'assertion de Pline sur le sens de ce nom , car ni Aristote
ni Thophraste ne disent que leur galeotes soit le mme que leur
ascalabotes. Quant au colotes , il est presque certain qu'il en est
diffrent , puisque Aristote le nomme peu de ligne de distance
(Hist. , liv. IX , ch. 1). Aristote dit cet endroit que la mor-
sure de Y ascalabotes est mortelle en quelques cantons de l'Italie ;
le livre de Mirabil. auscult., cap. 160, dit la mme chose de ceux
de Sicile, mais qu'en Grce cette morsure est faible. Pline au
contraire (liv. VIII, ch. 4.9) dit qu'ils sont mortels en Grce,
et innocens en Sicile.
Il importe assez peu d'expliquer ces contradictions ; car , ce
qui est certain , c'est que le venin du gecko n'est pas plus rel
que celui de la salamandre ; il ne pourrait mordre un peu pro-
fondment. Quand il marche sur la peau , il fait venir des am-
a4o NOTES DU LIVRE XL
poules , mais c'est probablement en la piquant avec ses ongles ,
qui sont excessivement dlis. G. C.
XXXII , page 68 , ligne 6. Cicadis. Ce chapitre est emprunt
d'Aristote , mais avec des modifications moins intelligibles que
l'auteur primitif.
Selon Aristote ( Hist. , liv. V, ch. 3o) , il y a de grandes ci-
gales nommes achetas , qui viennent les dernires , disparaissent
les premires ; et d'autres plus petites, nommes ietligonies , qui
paraissent plus tt et disparaissent plus tard.
Il ajoute que les grandes chantent, que les petites sont muettes,
c'est--dire , comme il l'explique plus bas , chantent seulement
quelque peu ; que , dans l'une et l'autre espce , celles qui chan-
tent ont une incision sous la ceinture ; que ce sont les mles
seuls qui ont cette facult ; que les femelles ont un organe avec
lequel elles dposent leurs ufs dans la terre ou les tiges des
roseaux , et autres branches mortes , et qu'il en vient d'abord
un petit ver, et ensuite ce que l'on nomme tettigometra, ou mre
de la cigale , c'est--dire la larve et la nymphe ; qu'au lieu de
bouche , elles ont une sorte de langue , au moyen de laquelle
elles pompent la rose.
Presque toutes ces observations sont d'une justesse parfaite ,
et s'appliquent bien nos cigales du midi de l'Europe, cic. ple-
beia , L. ; cic. orni, L. ; cic. hmatodes , L. , si ce n'est que c'est
cette dernire espce qui est la plus petite , et cependant qui
chante sur le ton le plus aigu, et avec le moins d'interruption:
elle se tient surtout dans les vignes. Mais peut-tre Aristote
n'a-t-il voulu parler que des deux premires , qui vivent sur
les arbres, et dont le cic. plebeia , qui est la plus grande, a le
chant plus aigu ; le cic. orni , qui est moindre , l'a plus rauque.
Peut-tre aussi pourrait-on croire que , par ces petites cigales
qui ne chantent point , il n'a entendu parler que des cicadelles ,
ou de ces petits insectes de la famille des cigales , que nous
trouvons jusque dans notre nord ; mais cela me parat moins
probable. G. C.
Ligne i4- Asperitas. La femelle a un organe assez compli-
qu , au moyen duquel elle perce , non pas la terre comme les
NOTES DU LIVRE XI. i^i
sauterelles , mais les branches mortes , pour y dposer ses
ufs. G. CuviER.
Page 68, ligne 20. Linguis simile in pectore , quo rorem
lambunt. La trompe des cigales semble partir de la poitrine ,
tant elle est attache sous l'arrire de la tte. Elles s'en servent
pour sucer, non pas la rose, mais les sucs des feuilles et ds
tiges. G. C.
XXXIII, page 70 , ligne 16. Les rgles de ce chapitre, prises
dans Aristote , sont d'une exactitude remarquable , et prouvent
que ce grand philosophe avait tudi les insectes avec une grande
attention. G. C.
XXXIV, page 72, ligne 6. Quibusdam pennarum tutel crusta
supervenit. Ce sont les coloptres , ou les insectes dont les ailes
se replient sous des tuis. G. C.
Ligne 8. His negalus aculeus. Il est trs-vrai qu'aucun co-
loptre n'a d'aiguillon. G. C.
Ligne il. Lucanos. Le cerf-volant (lucanus cervus , L.), dont
la larve vit dans l'intrieur des chnes. G. C.
Ligne 1 2. Aliudrursus ... qui efimo ingnies pilas, etc. Les scarabes
bousiers , genre de coloptres qui enferme ses ufs dans des
boules d'excrmens d'animaux , o la larve qui en clora trou-
vera une demeure et des alimens. G. C.
Ligne 16. Alii focos et prata , etc. Les grillons domestiques et
champtres, et les taupes-grillons. G. C.
Ligne 17. Lucent.... laterum et clunium colore lampjrides.J^cs
lampyrides , vulgairement vers luisans. C'est aux deux cts de
l'abdomen que le mle porte sa lumire; la femelle a toute l'extr-
mit postrieure de cette partie luisante. G. C.
Ligne 18. Nunc pennarum hiatu refulgenies, etc. Dans l'espce du
nord de la France (lampyris nocliluca, L.), le mle , qui est ail ,
brille peu. On ne remarque gure que la femelle , qui rampe
sans ailes dans l'herbe ; mais dans l'espce d'Italie {lampyris Ila-
lica, L. ) les deux sexes sont ails. G. C.
Ligne 21. Tenebrarum alumna blottis vila. Ce nom a t
donn plusieurs coloptres rongeurs qui se tiennent dans
vin. 16
a4a NOTES DU LIVRE XI.
l'obscurit. C'tait des blattes que l'on menaait les mauvais
livres:
Constrictos nisi das mihi libellos ,
Admitlunt tineas trucesque blaitas.
Marx. , xiv, 35.
ce qui doit se rapporter quelques dermestes. Mais il y en avait
aussi d'autres sortes, et Pline lui-mme (liv. XXIX , cb. 6) en
indique trois :
i. Les molles , trop vaguement caractrises par cette seule
pithte, pour qu'on puisse en assigner l'espce;
2. Celle que l'on nommait mylcon , parce qu'elle naissait
dans les moulins. C'est le tenebrio molitor de Linnseus , le e-ixtyn
pToiroiav de Dioscorides ( liv. Il , ch. 38 ). Cet insecte est de
couleur puce ou pourpre fonc, et pourrait bien, pour le dire
en passant, avoir donn le nom la couleur dite blattea, dont
plusieurs auteurs parlent comme d'une sorte de pourpre.
La troisime sorte , dcrite comme ayant le derrire pointu ,
et rpandant une odeur dsagrable, est manifestement le tenebrio
mortisagus , L. (Blaps. , Fab.) , probablement le o-/A<pw (Zfovtrn
d'Aetius et de Paul d'Egine.
On donne aujourd'hui le nom de blattes des insectes de l'ordre
des orthoptres, trs-diffrens de ceux de Pline. G. CuviER.
Page 72 , ligne 23. Fodiunt ex eodem gnre , etc. Nous ne con-
naissons point de scarabe qui fasse quelque chose d'analogue au
miel ou des rayons ; peut-tre Pline veut-il parler du scarabus
nasicornis , L. , qui vit dans les dbris d'corces, surtout dans le
tan , et dont la larve s'y fait une espce de coque dans laquelle
elle se mtamorphose ; peut-tre du hanneton (scar. melolontha, L.)
ou du scarabe dor scar. auraius , L. ). Je me dciderais plutt
pour ce dernier , qui est le vrai melolontha des Grecs. L'on a pu
tre induit croire qu'il fait du miel, parce qu'on le voit presque
toujours sur les fleurs. G. G
Page 74 1 ligne 5. Pennce insectis omnibus sine scissura. Cette
proposition , prise d'Aristote ( liv. IV, ch. 7 ) , n'est pas com-
pltement exacte. Les ailes de beaucoup de coloptres sont ar-
ticules dans leur milieu , et se replient sur elles-mmes pour
rentrer sous leurs tuis. G. C.
NOTES DU LIVRE XI. *43
Page 7 4- > ligne 5. Nulli cauda nisi scorpioni. La panorpe a une
queue assez semblable celle du scorpion. Les pbmres , les
ichneumons , etc. , en ont d'autres sortes. Aristote (loco citato)
s'tait born dire , ce qui est vrai , que les insectes ne se ser-
vent pas de leur queue pour diriger leur vol. G. CuviER.
Ligne 6. Solus et brachia habeL Ce que l'on nomme bras dans
les scorpions , ne sont que les palpes de leurs mcboires. La
pince , vulgairement appele scorpion des livres ( phalangium
cancroides , L. ) , en a de pareils. G. C.
Solus.... et in cauda spiculum. Ceci est exact. G. C.
Ligne 8. Asilo... culici.... quibusdam muscis in ore et pro
iingua sunt hi aculei. Tous les insectes deux ailes , qui ont un
aiguillon , l'ont attach la bouche , mais il sert entamer la
peau; et ce n'est pas son aide, mais avec le secours de la langue
elle-mme , qu'ils sucent. G. C.
Ligne 12. Nec sunt talibus dents. Aucun diptre n'a de m-
choires propres mordre et diviser les corps ; ce sont ces or-
ganes qui ont pris , chez eux , la forme d'aiguillon. G. C.
XXXV, page 7 4 -, ligne 18. Locustis. Hpariunt in terram d-
misse) spin coule. Les sauterelles femelles ont l'abdomen ter-
min par un organe long , pointu et tranchant , qui leur sert
percer la terre pour y dposer leurs ufs. G. C.
Page 76 , ligne 1. Sine cruribus, pennisque itptantes. Les petites
sauterelles, au sortir de l'uf, n'ont point encore d'ailes;
mais elles ont dj des pieds , et mme des cuisses propres
sauter. G. C.
Ligne 7. Qui eas strangulat. En gnral les insectes et les sau-
terelles , comme les autres , meurent aprs avoir opr la re-
production; mais le ver dont il est ici question est imaginaire. Il
est possible que l'on ait vu un ver dvorer la gorge d'un ca-
davre de sauterelle , et que de l soit ne cette fable. L'attaque
de la sauterelle contre le serpent en est une de la mme cat-
gorie. G. C.
Ligne \\. In India ternum pedum... serrarum usum prccbere. Les
grandes sauterelles ont les dentelures de leurs jambes assez fortes
16.
a/, 4 NOTES DU LIVRE XL
pour qu'on s'en serve scier des objets de peu de duret. Il y
en a de prs d'un pied de longueur, mais nous n'en connaissons
pas de trois pieds. G. CuviER.
Page 76 , ligne 20. Deorum ires pestis ea intelligitur, etc. C'est
l'histoire de la sauterelle voyageuse (gryllus migratorius , L.) ,
l'un des plus affreux flaux des campagnes dans les pays mridio-
naux. G. C.
XXXVI, page 80, ligne 1. Cette histoire de l'conomie des
fourmis est un peu vague , et n'est gure plus exacte que celle
des abeilles. G. C.
Ligne 2. Vermiculum... similem ovis vere. Ce qu'on appelle vul-
gairement ufs de fourmis sont en effet leurs larves ou vers , et
leurs nymphes. Ces dernires , enveloppes dans leur tunique ,
ont quelque ressemblance avec des grains de bl ; c'est ce qui a
fait dire que la fourmi amasse du bl pour sa nourriture d'hiver.
Elle ne mange point l'hiver ; et si elle porte des grains dans sa
fourmilire , c'est, comme d'autres petits corps, pour en soutenir
les diffrentes alles. G. C.
Ligne 4- Apes utiles faciunt cibos , h condunt. Les abeilles font
du miel qui nous est utile ; les fourmis , au contraire , ne font
rien , mais viennent enlever des parcelles de fruits, des brins de
viande , et d'autres substances alimentaires , pour les porter dans
leur fourmilire , et nourrir leurs larves des sucs qu'elles en
expriment. G. C.
Ligne 10. Madefacta imbre proferunt atque siccant. Elles ont
le plus grand soin d'exposer leurs larves au soleil et l'air pour
les scher, de les dfendre contre toutes les attaques , d'aider les
nymphes sortir de leurs enveloppes , etc. C'est , comme dans
le genre des abeilles , aux seules fourmis neutres et sans ailes ,
aux ouvrires , que tout ce travail est dvolu. Les mles et les
femelles ont des ailes. A peine ont-ils pris leur tat parfait ,
qu'ils s'accouplent, quelques exceptions prs, hors de la four-
milire, dans l'air, et s'y montrent alors en essaims nombreux.
Les mles sont pkis petits, les femelles plus grandes et pour-
vues de longues ailes, dont elles se dpouillent aprs l'accou-
plement. Celles qui sont restes dans la fourmilire y perptuent
NOTES DU LIVRE XL a45
l'espce ; celles qui se sont accouples dans l'air vont former
de nouveaux tahlissemens , o elles commencent par prendre
soin de leurs petits, comme les ouvrires le feront par la suite.
G. Cuvier.
Page 80, ligne i5. Qu tune earum concarsalio ? Ces im-
menses concours de fourmis ont lieu surtout lorsque les mles
et les femelles chappent ; mais on voit aussi quelquefois cer-
taines fourmis marcher en colonnes serres et innombrables ,
soit pour tablir une nouvelle colonie , soit pour spolier une
autre fourmilire, et y prendre des larves et des nymphes qu'elles
rapportent dans la leur. G. C.
Quam diligens cum obviis qudam coocutio atque percundatio ?
Les observateurs modernes prtendent avoir remarqu , comme
les anciens, que les fourmis paraissent s'instruire , par le tou-
cher et par l'odorat , du succs de leurs recherches , et s'en-
courager et s'aider mutuellement. Consultez , sur les fourmis,
les belles Recherches de M. Huber fds. Genve, 1810, in-8.
G. C.
Page 82 , ligne 2. Aurum ex cavernis egerunt terr. C'est encore
ici un de ces contes sur l'origine des marchandises loignes ,
que les marchands rpandaient pour cacher la vraie source de
leurs richesses. Cependant on a pens que quelque ressemblance
fortuite de nom avait pu donner lieu l'erreur, et faire pren-
dre par un voyageur pour une fourmi ce qui , dans l'intention
de celui qui lui parlait , tait un quadrupde , et , par exemple ,
quelqu'un de ceux qui , se creusant des tanires, peuvent, dans
les terrains qui contiennent de l'or, en mettre des grains au
jour. M. de Veltheim trouve que le corsac ou petit renard de
l'Inde {canis corsac, Gm.) rpond assez cette indication. Peut-
tre , lorsqu'on connatra mieux les montagnes du nord de
l'Inde, et les hahitudes des animaux qui l'habitent , trouvera-t-on
quelque chose d'encore plus prcis. G. C.
XXXVII , page 82 , ligne 12. Raphani* C'est l'histoire du pa-
pillon du chou ou du raifort, assez exacte (papilio brassic , ou
papilio raphani , L. ). G. C.
246 NOTES DU LIVRE XI.
^k i P a g 86 , ligne i. Histoire assez exacte de la tique des
chiens ( acarus ricinus , L. ) et de celle des bufs ( acarus redu-
pius , SciIRANK.). G. ClJVIER.
Ligne io. Est et volucre canbus peculiare suum malum. Des
mouches deux ailes , du genre des cynips de Liun. , s'attachent
quelquefois en si grand nombre aux oreilles des chiens, qu'elles
les font ulcrer. G. C.
4
XLI , page 86 , ligne 12. Toutes ces origines d'insectes at-
tribues la gnration spontane sont imaginaires.
Les teignes sont les chenilles de papillons de nuit bien con-
nus, qui se filent une enveloppe dans laquelle elles se tiennent.
Non-seulement elles se changent en chrysalides , mais celles-ci
deviennent des papillons semblables ceux dont les ufs ont
donn des chenilles.
L'insecte qui nat dans les fleurs du figuier , et qui aide sa
fcondation , est du genre des galles : c'est le cynips psenes , L.
Sous le nom de cantharies, Pline entend diffrens coloptres,
dont plusieurs ne sont pas du genre des cantharides , tel qu'on
l'a fix aujourd'hui, mais qui, toutes, ont leur gnration bien
connue , et une succession de mtamorphoses bien rgulires :
elles ont donc un uf , une larve , une nymphe , et un insecte
parfait qui reproduit l'espce , et toujours dans la mme succes-
sion. G. C.
Page 88, ligne 5. Et in nive vermiculi. Des observations
plus rcentes ont t faites sur la neige rouge qui se trouve dans
les montagnes. De Saussure, pendant son voyage dans les Alpes,
ayant rencontr de la neige rouge, et en mme temps des fleurs
qui avaient la mme couleur , il attribua la teinte que la neige
avait contracte aux tamines de ces mmes fleurs. Plus tard ,
Ramond ( Voyage au mont Perdu ) observa le mme phnomne,
et l'attribua au mica. Plus rcemment encore on a mis une autre
opinion , et on a cru que cette teinte provenait du champignon
du genre uredo. ( Voyez la note qui se trouve dans le second vo-
lume de Pline, page 385, sur les pluies de sang.)
XLI1I , page 88, ligne 17. Hypanis fluvius , etc. C'est ici
NOTES DU LIVRE XI. 247
l'histoire de l'phmre, ou d'une de ces petites friganes, qui ne
vivent pas plus long-temps l'tat parfait que les phmres. Ce
qui me fait donner la prfrence une frigane (phryganea , L.),
c'est l'espce d'tui dont Aristote , l'auteur original , le fait sor-
tir. Les friganes se construisent de ces tuis avec des brins d'her-
bes , de petites coquilles , et d'autres petits corps. Au reste , ces
sortes d'insectes ne sont pas particuliers au Bog ou Hjpanis : il
y en a dans toutes nos eaux. G. Cuvier.
Page 90 , ligne 4-> Tabani quidem eliam ccilate. Les taons ont
les yeux si singulirement colors , avec des bandes et des taches
sur des fonds brillans , que l'on est port les croire aveugles.
Linnseus en a nomm un tabanus ccutiens. G. C.
Muscis... si cinere condantur, redit vita. Le froid , l'immersion
dans un liquide engourdissent beaucoup d'insectes , et Ton peut
leur rendre le mouvement en les faisant chauffer et scher. Tout
le monde a entendu parler de ces mouches trouves par Franklin
dans du vin d'Espagne, et qui ressuscitrent ds qu'elles furent
exposes l'air. G. C.
XLIV, page 90 , ligne 6. Ici commence une espce d'anato-
mie compare , o l'on suit sparment chaque organe dans les
diffrens animaux auxquels il a t accord. G. .
Ligne 8. Nunc per singulas corporis partes. Au premier coup
d'ceil, le corps de l'homme, et des animaux qui s'en rapprochent
le plus , semble form , dans les deux moitis de sa longueur ,
par des parties analogues ; mais cette ressemblance suppose ne
s'tend pas au del des apparences : une anatomie attentive y
dmontre bientt de grandes diffrences dans l'organisation, n-
cessites par les diffrences dans les fonctions.
Les membres suprieurs ou thorachiques , et les membres
infrieurs ou pelviens , ont entre eux des analogies frappantes
que l'homme le moins clairvoyant aperoit d'abord : il en est
d'autres que la rflexion et une comparaison scrupuleuse peuvent
encore y faire dcouvrir ; mais , nanmoins , il n'est pas juste
de prtendre que ce sont les mmes membres. D'abord , l'os de
l'paule n'a point d'analogue aux extrmits infrieures : tels le
comparent l'ilium , que d'autres comparent aux os latraux de
248 NOTES DU LIVRE XI.
la face. L'humrus diffre considrablement du fmur dans toutes
ses parties. Le membre suprieur n'a point de rotule ; les deux
os de l'avant-bras tournent l'un sur l'autre ; le tibia et le p-
ron , la jambe , sont souds l'un l'autre. Le pied diffre
encore plus de la main. L'analogue de l'ischion n'existe d'au-
cune manire dans l'extrmit suprieure. Ceux qui comparent
l'omoplate l'ilium veulent trouver de la ressemblance entre la
clavicule suprieurement , et le pubis infrieurement ; mais le
premier de ces os ne s'articule pas , comme l'autre , avec l'os
correspondant du ct oppos. La clavicule ne concourt que m-
diatement l'articulation du bras avec l'paule ; le pubis con-
court directement , avec l'ilium et l'ischion , celle de la cuisse
avec le bassin , et il en rsulte plus de solidit dans les mem-
bres infrieurs , plus de mobilit dans les suprieurs. La clavi-
cule , en dedans , est mobile sur le sternum ; le pubis ne l'est
pas sensiblement sur l'ischion. La clavicule , enfin , ne s'unit
que par des ligamens l'apophyse coracode ; le pubis finit par
se confondre avec l'ischion : de l encore plus de mobilit dans
le membre suprieur, plus de solidit dans l'infrieur.
La moiti suprieure du corps est en effet compose de plu-
sieurs vertbres thorachiques ou dorsales , des ctes suprieures
et de l'extrmit correspondante du sternum, puis des vertbres
cervicales , enfin du crne , que l'on compare un assemblage
de vertbres , et des os de la face , que l'on a compars ceux
du bassin. Dans la moiti infrieure on trouve galement des
vertbres thorachiques , plusieurs ctes , et l'extrmit infrieure
du sternum , puis les vertbres lombaires , enfin le sacrum et le
coccyx , qui reprsentent videmment une srie de vertbres
runies , et les os du bassin.
On ne peut nier, sans doute , qu'il n'y ait quelque similitude
entre ces deux systmes ; mais quand ensuite on compare toutes
les choses attentivement , on est tonn de voir que les parties
les plus videmment analogues diffrent cependant beaucoup :
ce qui dtruit la symtrie des deux moitis longitudinales du
corps.
En effet, les deux extrmits du sternum ne sont pas sem-
blables : de plus , toutes les vertbres dorsales ont leurs apo-
NOTES DU LIVRE XI. 2 /, 9
physes pineuses et leurs lames osseuses diriges vers le bassin.
Toutes les ctes sont inclines , dans ce sens aussi , sur la co-
lonne vertbrale. Pour que la symtrie de construction et
lieu , il faudrait que les six dernires vertbres du dos et les six
ctes abdominales fussent diriges en sens oppos ; il faudrait
aussi que les vertbres infrieures fussent diriges en sens in-
verse , c'est--dire vers le milieu du corps , comme les cervi-
cales ; il faudrait enfin que les parties comparables fussent nu-
mriquement les mmes.
Le sacrum n'est pas sans quelques ressemblances loignes
avec le crne ; mais, dire le vrai, les diffrences l'emportent
sur les ressemblances. On ne trouve que trois ou , tout au plus ,
quatre vertbres la base du crne , en y comprenant le vo-
mer ; mais les vertbres sacres sont bien plus nombreuses :
elles ont une figure bien diffrente , et la manire dont s'y
termine le canal vertbral ou racbidien n'est pas mme compa-
rable ce qui a lieu l'autre extrmit. Pour les os du bassin ,
ils forment un difice que l'on peut comparer, si l'on veut ,
l'difice osseux que prsente la face l'extrmit suprieure ;
mais , en y regardant de prs , il est difficile de saisir une autre
analogie que la grossire ressemblance de position aux deux
extrmits opposes du corps. On peut encore comparer ( car
quelle comparaison n'a-t-on pas faite ) le coccyx et le vomer ;
mais cette comparaison mme ne peut gure tre propose que
cbez l'homme , puisque chez les animaux le coccyx , par son
grand dveloppement , formant la queue , reste sans analogue.
Enfin , pour ne rien dire de plus , si l'on persistait vouloir
rapprocher les os latraux du bassin de ceux de la face , on serait
hors d'tat de trouver ensuite , dans les membres infrieurs , les
analogues de l'paule , la premire partie du membre suprieur,
dont nous avons suffisamment parl.
Les anciens ont visiblement connu la similitude des deux
moitis latrales du corps, et en ont dduit plusieurs cons-
quences lgitimes. Les modernes, et seulement les plus rcens,
ont voulu tablir une pareille similitude en ce qu'ils ont appel
les deux moitis longitudinales: le lecteur peut juger de l'impor-
tance de cette dcouverte. Do.
a5o NOTES DU LIVRE XI.
Page 90, ligne 12. Phnici. Nous avons dj vu que c'est le
faisan dor. G. CuviER.
Page go, ligne i3. Pavonibus , crinilis arbuscidis. La crte du
paon se compose de petites plumes dont la tige est nue et le
sommet a des barbes vertes , ce qui les fait ressembler de petits
arbres. G. C.
Stymphalidi , cirrho. On voit, par ce qu'il dit plus bas du pic ,
que cirrus , pour Pline, signifie une huppe courte et pointue; et
par la descrplion que Pausanias (Arcade) donne de certains oiseaux
d'Arabie , que l'on appelait de son temps stymphalides , et qui
taient de la taille des grues , de la forme des ibis , mais avaient
le bec droit et assez dur pour percer toutes les armures , on voit
que c'tait quelque espce de hron ou de cigogne bec fort. Je
n'ai pas besoin de dire que ce n'taient pas pour cela les oiseaux
du lac Stymphale, dtruits par Hercule; mais on avait, comme
pour d'autres espces , transport un oiseau rel le nom d'un
oiseau mythologique. G. C.
Ligne i5. Galerita. Le cochevis (alauda cristata , L. , enl.
5o3). G. C.
Ligne 16. Diximus et cui plicatilem crislam. La huppe (upupa
epops , L. , enl. 52 ). G. C.
Ligne 18. Et fulicarum generi ddit. Le fulica de cet endroit ne
peut tre la foulque , qui n'a point d'aigrette. G. C.
Ligne 19. Et gmi Balearic. Aldrovande a cru que la grue
balarique de Pline pouvait tre l'oiseau royal ( ardea paeonina ,
enl. 265 ). D'aprs la comparaison que fait ici Pline de ses ai-
grettes avec celles du grand pic , je ne doute pas que ce ne soit
bien plutt la demoiselle de Numidie {ardea virgo, L. , enl. 24.1).
L'oiseau royal ne vient que du Sngal ; la demoiselle est , au
contraire , commune sur la cte de Barbarie , d'o elle a pu
s'chapper souvent jusqu'aux Balares. Les danses bizarres qu'elle
fait expliquent d'ailleurs bien ce vers de Laberius , cit par No-
nius :
Virum tn hune grucm balearicam an hominem putas esse ?
M. Savigny, dans ses Recherclies sur le systme des oiseaux
d'Egypte , de Syrie , reconnat la mme synonymie. G. C.
NOTES DU LIVRE XT. a5i
XLV, page 92, ligne 8. Subidonibus. Les difficults leves sur
ce mot me paraissent imaginaires. Pourquoi ne serait-ce pas le
daguet , ou cerf de seconde anne , qui a les bois simples comme
des poinons? G. CuviER.
Ligne 10. Platjceroias. Les daims (cervus dama , L.). G. C.
Ligne 11. Capreis. Les chevreuils. G. C.
Ligne i4 Rupicapris. Les chamois. G. C.
Ligne i5. Damis. On croit que c'est le nagor {antilope re-
dunca, L.). G. C.
Ligne 17. Strepsiceroti, quem addacem Africa appellat. Plusieurs
gazelles peuvent prtendre ces deux noms , car il en est beau-
coup qui ont les cornes en forme de lyre. Le premier a t donn
une espce du Cap , probablement inconnue aux anciens , le
condoma, Buff. (antilope strep s icero s , Gm. ). On a appliqu r-
cemment le second une espce dcouverte depuis peu en Nubie
{antilope addax , Mus. Francof.). G. C.
Mobilia... ut aines , Phrygien armentis. Il y a des varits de
bufs o les cornes , qui sont rduites une petite dimension,
n'adhrent qu' la peau , et non pas au crne. G. C.
Page g4, ligne 4- Cerastis. La vipre craste (coluber crastes, L.)
du nord de l'Afrique , qui a sur chaque paupire une protub-
rance en forme de corne. G. C.
Ligne 11. Cestrota pictur gnre dicuntur. C'est une manire de
buriner dont Pline parle au livre xxxv, chapitre 4-1- Avant Har-
douin , on lisait cerostrata; mais il est vident, par le passage de
Pline du trente-cinquime livre , que la leon d'Hardouin est
prfrable.
Ligne 21. Asino Indico. Le rhinocros. ( Voyez ce que j'en ai
dit sur le ch. 3o, du liv. VIII. ) G. C.
Ligne i'6. Qui pulant eos in cornua absumi , facile coarguuntur
cenarum natura, qu neque dnies habent , ut neque mares , nec ta
men cornua. Cette rflexion , trs-juste , n'a pas empch de re-
produire tout nouvellement ce ridicule systme sur le change-
ment des incisives suprieures des ruminans en cornes ou en
bois. G. C.
XLVIII, page 98, ligne i5. Infirmiss'ima esse ursis , durissima
a5a NOTES DU LIVRE XL
psitlacis. Les ours n'ont pas le crne moins solide proportion
que les autres quadrupdes de leur taille ; mais les perroquets
l'ont en effet un peu plus pais, proportion, que beaucoup d'au-
tres oiseaux. G. Cuvier.
XL1X, page 98, ligne 18. Cerebrum.... poljpi. Les poulpes,
les sches , et en gnral tous les mollusques , ont un cerveau
distinct. ( Voyez nos Mmoires pour servir l'anatomie de cette
classe.) G. C.
Page 100, ligne 17. Cereis.... vermiculi. Ce sont des larves
d'stres (strus , L. ), insectes deux ailes, qui pondent sur les
bords des lvres ou de l'anus des quadrupdes , et dont les larves
pntrent et s'tablissent dans diverses cavits, selon leurs es-
pces. G. C.
L, page 102, ligne 11. Delphinum. Le dauphin etac a des
orifices extrieurs ses oreilles , comme les phoques , mais trs-
petits. G. C.
LU, page io4, ligne i3. Subfacent cculi. Dans tous les temps,
le sens de la vue a occup l'attention des mdecins , des physi-
ciens , des mathmaticiens et des philosophes.
Le sens de la vue dans son tat primitif, avant son ducation
et le dveloppement des facults intellectuelles , nous donne des
connaissances que nous rapportons nous-mmes. Il n'y a point
alors distinction entre le subjectif et l'objectif, tout est subjectif;
mais , ds que le sens s'exerce , l'homme apprend k distinguer les
perceptions internes , constantes , subjectives des perceptions
externes, variables et objectives.
L'il nous donne les sensations de la lumire et des couleurs.
Ces nergies ne sont pas inhrentes aux objets extrieurs , causes
d'excitation , mais l'organe du sens lui-mme. Cet organe ne
peut tre affect que dans les nergies qui lui sont propres. La
lumire , les couleurs n'existent pas comme tels au dehors du
sens ; mais l'organe sensitif , mis en rapport avec un stimulus
quelconque , est affect , et l'impression qu'il prouve devient
sensation dans les nergies de la lumire ou des couleurs. Une
NOTES DU LIVRE XL 2 5 3
action mcanique , l'impression du froid et du chaud , le galva-
nisme et l'lectricit , les ractifs chimiques , les pulsations dans
l'organe mme , l'inflammation de la rtine , les sympathies de
l'il avec les autres parties, sont des stimulus de l'action vi-
suelle , tout aussi bien que la lumire. Elle n'a sur les autres
aucun avantage dans la production des nergies subjectives, car
la sensation de lumire produite par la percussion ou le frotte-
ment de l'il n'est pas produite par une lumire extrieure, qui
traverserait des milieux rfringens de l'il. La phosphorescence
des yeux de certains animaux , dans l'obscurit , est un phnomne
qui ne dpend point d'une lumire produite dans l'il , mais
uniquement de la lumire extrieure , rflchie par le tapis qui
recouvre la chorode. L'il , dans l'tat de repos , prouve la
sensation de l'obscur ; mais l'obscurit mme est aussi peu inh-
rente aux corps que la qualit lumineuse. Dans la transition
d'une affection vive l'tat de repos , se manifestent , comme
phnomnes intermdiaires , les couleurs subjectives. La posi-
tion renverse des objets sur la rtine est une chose absolument
ncessaire , et ne saurait devenir un problme rsoudre pour
la physiologie ; c'est au contraire une des vrits les plus belles
et les plus fcondes dans l'importante fonction de la vision.
Quant la grandeur des objets que nous voyons , quelque dis-
tance qu'elles s'offrent notre il , elles ne sont qu'apparentes :
nous ne voyons que la grandeur naturelle et relle de notre r-
tine , grandeur qui est toujours gale la somme de toutes les
grandeurs apparentes de tous les objets compris en une seule
fois dans le champ de la vision. C'est au philosophe Berkley
que nous devons la dcouverte de ces vrits , confirmes par
l'anatomie.
Suivant M. J. Millier, professeur Bonn ( Recherches sur la
phjsiol. compare du sens de la vision*), il y a unit subjective
dans les deux champs de la vision chez l'homme. Les deux r-
tines de l'il ne forment qu'un seul organe subjectif; toutes les
parties situes dans un certain mridien , et une distance d-
termine du centre d'un il , sont identiques avec les parties
correspondantes de l'autre. L'affection simultane de deux points
identiques ou semblables dans les deux yeux , produit le mme
254 NOTES DU LIVRE XI.
phnomne : l'affection de deux points diffrens produit aussi
une sensation de lumire localement diffrente. L'image d'un
objet qui se produit en mme temps sur les parties identiques des
deux rtines ne peut tre vu que simple. 11 y a au contraire vi-
sion double si l'image est produite sur des points subjective-
ment diffrens. Les deux rtines sont identiques sous le rapport
de l'espace , mais non sous celui de l'impression ; car un il
clair par du jaune et du bleu en mme temps reoit l'impres-
sion du vert , tandis que les deux couleurs sont perues distinc-
tement si un il voit travers le bleu, et l'autre travers le
jaune.
L'identit subjective de certaines parties des deux rtines , et
leur diffrence subjective d'avec toutes les autres parties , se
retrouvent aussi dans les nerfs optiques et dans leur cbiasma :
elles y prexistent. Tous les lmens de l'un des nerfs optiques,
diffrens entre eux-mmes , sont ncessairement unis , leur
origine , aux lmens du nerf oppos , qui leur sont exclusive-
ment identiques , mais galement diffrens entre eux-mmes.
Telle est l'ide physiologique du chiasma. Les racines du cbiasma,
ou ses deux extrmits centrales , ne renferment que des parties
absolument diffrentes entre elles. Les nerfs optiques ou bran-
ches , extrmits priphriques du chiasma , au contraire , se
composent d'lmens djffrens entre eux dans le mme nerf,
mais semblables des lmens correspondais dans l'autre nerf.
Chaque racine du cbiasma s'y divise en deux parties semblables ,
qui se rendent chacune un il diffrent. Si l'une des racines
du cbiasma est paralyse , il en rsulte une paralysie des parties
identiques ou semblables des deux rtines, qui en tirent leur ori-
gine , c'est--dire que la partie externe de la rtine d'un il , et
la partie interne de la rtine de l'autre il , sont frappes de
paralysie.
Pourquoi les animaux, avec des yeux divergens et sous des
( onditions qui produisent la vision double, ont-ils la vue simple?
comment peuvent-ils fixer des objets situs dans la direction de
l'axe de leurcorps, et s'en saisir mme dans la course et au saut?
Chez l'homme , les centres des deux rtines sont semblables ,
chez les animaux ils sont diffrens; mais chez l'homme les axes
NOTES DU LIVRE XI. a55
oculaires et les axes visuels concident entre eux ; chez les ani-
maux qui ont le regard mobile, ces axes se croisent sous diff-
rens angles. Les axes visuels, chez les animaux , sont les lignes
qui vont de l'objet fix travers le centre du cristallin , o ils
se croisent avec les axes divergens des yeux , pour aller tomber
dans la partie postrieure externe de chaque il , sur un point
de la rtine situ dans le mme mridien , et une gale dis-
tance du centre , c'est--dire sur deux points subjectivement
identiques. Ces deux points sont, dans l'il de l'animal , ce que
le centre des rtines est dans celui de l'homme. Chez les singes ,
les axes visuels et oculaires semblent concider comme chez
l'homme. Chez les autres animaux, la divergence des axes ocu-
laires crot de plus en plus, et avec elle diminue aussi l'tendue
des points identiques dans la partie externe et postrieure de la
rtine. Chez les ctacs et chez la plupart des poissons osseux ,
o la position des yeux est entirement latrale , l'identit par-
tielle des deux rtines cesse tout--fait. Toutes ces diffrences se
retrouvent dans l'organisation du chiasma et des nerfs optiques.
Dans les poissons , qui n'ont point la convergence mobile des
axes visuels , il n'existe point de chiasma. La divergence des
yeux varie beaucoup dans les espces d'un mme genre ; elle
varie aussi suivant les diffrens ges de l'animal ; elle parat aller
en croissant avec les annes.
Quant aux conditions de convergence , relativement la vi-
sion distincte diffrentes dislances , l'inclinaison des axes vi-
suels dpend de l'tat de rfraction de l'il , sous l'influence
des nerfs ciliaires, et rciproquement l'tat de rfraction de l'il
dpend de l'inclinaison des axes visuels , proportionne la dis-
tance des objets, toutefois dans certaines limites.
Lorsque la rtine est paralyse , la partie centrale de l'organe
visuel peut encore produire la sensation lumineuse par l'effet
de causes internes. Ce phnomne s'observe chez beaucoup d'a-
veugles. La rtine est l'expansion du nerf optique ; c'est elle-
mme que nous voyons, dans son tat d'affection, sous le nom
de champ de la vision , dans tous les phnomnes visuels. Les
stimulus organiques internes , telles , par exemple , les excitations
de l'organe crbral dans les parties qui prsident l'imagina-
a5G NOTES DU LIVRE XI.
ton , l'entendement , etc. , n'y peuvent produire que la sen-
sation de la lumire. son tour le nerf optique , dans son tat
d'affection , agit comme un puissant stimulus sur l'organe c-
rbral , et le fait ragir dans son nergie propre. Lorsque l'exci-
tation extrieure manque , celle de l'intrieur devient plus puis-
sante : de l la frquence des phnomnes lumineux dans l'il
au milieu de l'obscurit. Ces phnomnes , d'abord vagues et
obscurs , prennent une forme dtermine , et deviennent lumi-
neux sous l'action de l'organe de l'imagination. Le sige de ces
phnomnes peut tre au del de la rtine , ce qui est prouv
par l'exemple de beaucoup d'aveugles. Les hallucinations vi-
suelles dans le dlire , et les images produites dans les songes ,
ont le plus ordinairement leur sige dans les parties les plus
centrales de l'organe du sens; c'est ce qui est prouv par l'im-
mobilit de ces images. Celles qui suivent les mouvemens des
yeux ont , au contraire , leur sige dans la rtine.
L'imagination dtermine dans le champ de la vision , obscur
ou clair , des images qui ne sont dessines que par leurs con-
tours , sans lumire propre. Elle modifie aussi les impressions
sensitives , internes ou externes , qui donnent lieu des formes
plastiques ou des images lumineuses dans la clairvoyance entre
les tats de veille et de sommeil , ou dans les rves.
Le somnambulisme magntique produit aussi , dans le champ
de la vision , des images lumineuses qu'on appelle clairvoyance
magntique. Il y a encore production d'images fantastiques dans
l'extase et dans les tats de passion vive , en gnral avec
croyance la ralit objective de l'image : vision extatique , re-
ligieuse , magique , dmoniaque, etc. , qui varie suivant les ides
particulires du visionnaire. En outre , des images lumineuses se
forment , dans le champ de la vision , par l'effet de moyens
externes , et c'est la clairvoyance narcotique , ou en cons-
quence d'affections idiopathiques et sympathiques du cerveau et
du systme nerveux , ou dans l'tat d'alination mentale. Enfin ,
il y a des images fantastiques , produites en plein jour par l'in-
fluence de l'imagination , sans qu'on croie leur ralit objec-
tive , et des images fantastiques volontaires , mais qui se modi-
fient lorsqu'elles sont dveloppes.
NOTES DU LIVRE XI. 5
La clairvoyance nocturne de Tibre , et dont les modernes ont
plusieurs exemples , est regarde par les physiologistes comme
un des caractres les plus frappans de l'nergie vitale. Possde
comme condition essentielle par la plupart des animaux noctur-
nes , elle s'est rencontre diffrens degrs , mme chez des in-
dividus de notre espce , distingus d'ailleurs par de grandes fa-
cults. On cite, entre autres, Cardan, Scaliger le pre, Thodore
de Bze , le physicien Mairan , le publiciste Camille Desmoulins.
Deux maladies contraires , la nyctalopie et l'hmralopie ,
auxquelles l'il est sujet, sont trangement confondues dans le
langage. Les uns disent que la nyctalopie empche de voir la
lumire faible du crpuscule , lorsque le soleil se couche ; les
autres , que la nyctalopie empche de voir le jour, et non la
nuit. Le sens de l'autre mot varie suivant ces deux acceptions.
H. Etienne les donne d'aprs l'auteur grec de l'Isagoge ( Ths,
ling. Grc. , inf. , tom. II).
Le terme WKTa.xcc'jiet est communment employ par les m-
decins grecs , postrieurs Hippocrate , pour la maladie qui
empche de voir aprs le coucher du soleil , suivant le langage
de Pline. Le mot hmralopie est nouveau , et nous pourrions
nous en passer ; mais l'Acadmie ayant pris le mot nyclalopie dans
l'acception contraire, qui parat tre celle des livres d'Hippocrate,
il est ncessaire de conserver ces deux mots : nyclalopie , vision
distincte dans les tnbres , nulle pendant le jour ; hmralopie ,
au contraire. Do.
Page io4 , ligne 18. Talpis visus non est. Aristote et tous les
philosophes grecs ont cru la taupe aveugle. Galien, au contraire,
soutient que la taupe voit. Il affirme qu'elle a tous les organes
connus de la vision. Les naturalistes modernes ont trouv l'il
de l'animal. 11 est trs-petit, tout au plus du volume d'un grain
de millet , dur au toucher , et rsiste l'effort des doigts qui
tentent de le comprimer. Sa couleur est d'un noir d'bne. Outre
la paupire qui le recouvre , il est dfendu par de longs poils
qui , se croisant les uns sur les autres , forment au devant un
bandeau pais et serr. Buffon (tom. vu, p. 323) nie express-
ment que la taupe soit aveugle. Cependant les anatomistes mo-
dernes , ne trouvant pas le nerf optique, ressuscitrent l'opinion
vin. 1 7
2 r >8 NOTES DU LIVRE XL
d'Aristofe ; et nous avons entendu professer que , malgr son
il , la taupe ne voit pas , et que , dans cet animal , l'organe de
la vision n'est qu'un point rudimentaire , sans usage.
Des expriences directes , qu'a fait faire depuis M. le profes-
seur Geoffroy Saint-Hilaire , ont paru dmontrer que la taupe se
servait de ses yeux , puisqu'elle se dtournait pour viter les
obstacles placs sur sa route. Mais, si la taupe voit, comment se
fait-il qu'elle n'ait pas de nerf optique ?
M. Serres avait pens que ce nerf tait, chez elle , suppl par
un rameau suprieur de la cinquime paire, celui que l'on peut
regarder comme l'analogue de la branche ophthalmique de
Willis. Suivant M. Geoffroy ( Mmoire lu l'Acadmie des sciences,
i5 septembre 1828) , ce transport de fonction sur un nerf qui ,
naturellement , n'est pas destin la remplir , n'existe pas. La
taupe voit l'aide d'un nerf particulier, par une exception unique
dans le rgne animal ; car ce nerf ne pouvant, cause du trop grand
dveloppement de l'appareil olfactif qui obstrue le trou optique,
suivre le trajet le long duquel il se rend , dans les autres ani-
maux , aux tubercules quadrijumeaux , suit une autre direction ,
et s'anastomose avec le nerf de la cinquime paire , qui est le
plus prs.
La taupe possde deux sortes de systmes nerveux pour l'or-
gane de la vue , un nerf principal qui rpond au nerf optique
des autres animaux , et un nerf accessoire. Indpendamment du
nerf qui occupe le fond de l'il , et que cette position doit faire
considrer comme le principal , il en est un autre qui , venant
de la cinquime paire , se rend , ds son origine , au pourtour
du globe oculaire. Ces deux nerfs sont renferms dans une gane
commune , dans le mme nvrilme. Do.
Page io4 , ligne 21. /Utero oculo cogre. On reconnat en-
core ici quelque dire d'augure. G. CuviER.
LV, page ii4i ligne 11. Pisces non habeni gnas. Dans la
plupart des poissons il n'y a aucune paupire mobile ; seule-
ment, daus quelques-uns, la peau passe devant l'il sans for-
mer un repli : d'autres (les poissons osseux) ont chaque angle
de l'il un voile vertical et immobile qui n'en recouvre qu'une
NOTES DU LIVRE XI. a5 9
petite partie. L'il du poisson -lune peut tre recouvert en-
tirement par une paupire , perce circulairement, qui se ferme
au moyen d'un sphincter. Cinq muscles rayonnes, qui s'attachent
au fond de l'orbite, en dilatent l'ouverture. Vergne.
LVI , page 116, ligne i. Quadrupedibus in superiorc ianium
gna , volucribus in injeriore : et quibus , etc. Pline , qui a em-
prunt Aristote {Parties des animaux , liv. II, ch. i3 et i4)
ce qu'il rapporte ici des cils et des paupires , a mal rendu l'ide
du philosophe grec , car celui-ci dit tout le contraire : Bhecpa.piS'ets
tT' ir) tcv Qxetykpuv e%ei , os-ec rpi'/jts %yji' opviQe <T ko.) iccv
qoxiS'cTM bvfev. O ykp x et T P'X as -> etc - ( cn - *40 G. Cuvier.
LIX, page 118, ligne 7. Avbus, serpenlibus, piscibus fora-
mina... sine naribus. Dans les oiseaux, l'ouverture des narines
n'est jamais munie des cartilages et des muscles qui forment le
nez dans l'homme ; l'ouverture en est seulement rtrcie par des
portions plus ou moins tendues de la peau qui recouvre le bec.
Dans les reptiles, il existe seulement, l'ouverture des narines,
quelques couches charnues qui peuvent dilater ou rtrcir cette
ouverture. Dans les poissons , l'entre de la fosse qui forme la
narine est plus troite que cette fosse mme : la petite membrane
qui l'entoure peut se redresser au gr de l'animal en un tube
courbe. Dans les oiseaux et les reptiles , les narines ont le double
usage de la respiration et de l'olfaction; dans les poissons, c'est
un sac qui ne sert qu' l'olfaction. Vergne.
LXI , page 120, ligne 4- Serrati peclinatim coeuntes, ne contra-
rio occursu atterantur : ut serpenlibus, piscibus, canibus. Beaucoup
d'animaux ont une ou plusieurs de leurs dents qui s'entrecroi-
sent avec les dents de la mchoire oppose ; mais il y a toujours
assez de frottement pour user ces dents, et l'exemple du chien
donn par Pline est tout--fait inexact. Quant aux serpens et aux
poissons, leurs dents se renouvellent mesure qu'elles manquent.
Ligne 6. Exserli , ut apro , hippopotamo , elephanlo. Non-
seulement ces animaux , mais encore le dugong , le babiroussa ,
le muntjac, le chevrotin , etc. Em. Rousseau.
T 7-
2 Go NOTES DU LIVRE XI.
Page 120 , ligne g. Hi sunt serralis longissimi/Foutcs les dents
canines sont plus longues que toutes autres espces de dents ,
sans distinction de sparation. Em. Rousseau.
Ligne 12. Capr superiores non sunt, prter primores geminos.
La chvre n'a point de dents suprieures , except les molaires
qui correspondent celles de la mchoire infrieure. Em. R.
Ligne i3. Nulli exserti, quibus serrait. Le morse, le dugong
offrent un exemple contraire. Em. R.
Raro femin , et iamen sine usu. Les femelles de l'lphant,
du morse, du dugong, du chevrotin, du muntjac ont, comme
leur mle, des dents apparentes et qui servent aux mmes usages ;
seulement elles sont moins fortes. Em. R.
Ligne 16. Sed omnibus concavi. Il est vrai que les dents sail-
lantes n'ont pas toujours l'extrmit radiculaire ferme , et ceci
s'applique toute dent qui crot continuellement, comme cela se
remarque dans toutes les incisives des rongeurs , les dfenses de
l'lphant, les canines et incisives de l'hippopotame, etc. Mais
cependant les dents canines des lions, des chiens, des ours, etc.,
sont trs-longues et fermes leur extrmit, quand ces ani-
maux ont un degr d'ge. Em. R.
Ceteris dents. D'aprs ce qui a t dit la note prcdente , il
est facile de prvoir que toute dent qui ne doit plus crotre sera
ncessairement ferme sa partie radiculaire, ou du moins elle
ne sera justement perfore que pour y laisser arriver les vais-
seaux et nerfs nourriciers. Em. R.
Piscium omnibus serrati, prter scarum, etc. Il serait trop long
de nommer tous les poissons qui n'ont pas les dents en forme de
scie. Pline a probablement donn ce nom celles qui sont ran-
ges sur une ligne droite : c'est une mauvaise dnomination.
Em. R.
Ligne 17. Huicuniaquatilium plani. Les mchoires suprieures
et infrieures des scares reprsentent assez bien le bec des perro-
quets ; et, dans l'paisseur de ce bec, il y a une trs-grande
quantit de petites dents arranges symtriquement en forme de
mosaque, et mesure que celles qui occupent les bords libres de
ce bec viennent s'user, elles sont remplaces par d'autres dents
qui glissent de l'intrieur absolument la manire des anneaux
NOTES DU LIVRE XL 261
du jeu de bague ; en sorte que les bords des mcboires de ce pois-
son reprsentent fort bien des dents de scie uses. Em. Rousseau.
Page 120, ligne 18. Mullis eorum in lingua ettoto ore... Muftis
et in palato , atque etiam in couda. Quoi qu'en dise Hardouin , la
correction de Rondelet est juste et ncessaire. Beaucoup de pois-
sons , et mme presque tous ceux que nous appelons osseux, ont
des dents dans le pharynx. 11 est ridicule de leur en supposer la
queue. G. Cuvier.
Prterea in os vergentes, ne excidant cibi , etc. Beaucoup de pois-
sons ont des dents trs-longues et pointues sans tre courbes
vers la cavit gutturale ; nous citerons les scombres, plusieurs es-
pces de sphyrnes et de ctacs. Em. Rousseau.
LXII , page 122, ligne 8. Aliqui, tune decidere eum, rursusque
recrescere, facilem decussu : et sine eo esse , quas traciari cernamus.
Les serpens venimeux ont tous des crochets supports par l'os
maxillaire proprement dit : il n'y a qu'un seul de ces crochets
qui y soit soud; mais, derrire lui, il y en a d'autres pour
le remplacer, en cas qu'il vienne manquer, soit par vtust
ou par des efforts propres le rompre ; les crochets remplaais
sont d'autant plus grands qu'ils sont prs du crochet soud, et
ceux-ci ne sont maintenus cet os maxillaire que par un pdi-
cule membraneux. Em. R.
Ligne 1 1. Viper dents gingivis conduntur. Toutes les dents des
serpens sont soudes aux os maxillaires et aux palatins ; elles sont
souvent remplaces par d'autres, quand l'animal les perd. 11 n'y a
que les crochets secondaires qui ne se soudent pas, moins qu'ils
ne remplacent le crochet soud ; comme je l'ai remarqu la
note prcdente, ces crochets sont renferms et cachs dans un
repli des gencives , et se dveloppent d'autant plus que le serpent
carte ses crochets. Mais ces dents ne sont pas simplement enfon-
ces , car elles traversent au contraire cette membrane de part en
part. Em. R.
Ligne 1 3. Volucrum nulli dents , prter vespertilionern. Les
chauve-souris sont des mammifres bien caractriss : les trois
ordres de dents chez ces animaux sont bien videns.
Le licau travail que le professeur Geoffroy Saint - Hilaire
a6a NOTES DU LIVRE XI.
a publi sur les dents cornes des oiseaux, ne laisse aucun doute
sur l'existence de cet organe dans toute la classe de l'ornitholo-
gie. Em. Rousseau.
Page 122, ligne i. Camelus una ex iis, qunon sunt corrigera,
in superori maxilla primores non habet. Les chameaux et les lamas
ont un os incisif garni d'une dent incisive chaque ct ; de plus,
ces animaux ont des canines et des molaires ; ce qui dtruit le
fait avanc par Pline comme rgle absolue. Em. R.
Ligne 16. Cornua habentium nulli serrati. Je ne puis compren-
dre comment Pline a pu dire que tout animal portant des cornes
n'a pas les dents spares, lorsque nous leur voyons au contraire
les molaires tre spares des incisives infrieures par un espace
trs-considrable appel barre ; et si la mchoire suprieure ,
o il n'y a jamais de dents incisives, il existe chez quelques es-
pces de ces animaux une dent canine suprieure, alors il y a de
cette dent la premire molaire une distance assez considrable :
ces dernires, la vrit, sont ranges sur une ligne et se tou-
cbent ; les incisives se touchent galement entre elles, et forment
ordinairement l'ventail dploy. Em. R.
Ligne 19. Echinis quinos esse, unde intelligi potuerit, miror.
Cela n'tait pas difficile ; c'est en y regardant. Les cinq dents des
oursins sont trs-apparentes. G. CuviER.
Page 124., ligne 1. Simi dents, ut homini. Tous les singes
ont trois ordres de dents, c'est--dire des incisives, des ca-
nines et des molaires : les incisives sont, pour le nombre,
quelques diffrences prs, les mmes que celles de l'homme : les
canines en diffrent pour la forme, mais non pour le nombre.
Quant aux molaires , il y a galement une ressemblance plus ou
moins grande , nanmoins leur nombre varie chez quelques
espces; les alouats, les atles, les sajous et les samiris ont
trente-six dents : cette diffrence n'est que pour les molaires ,
qui sont chez ceux-ci de quatre en plus. Em. Rousseau.
Ligne 2. Elephanto intus admanendum quatuor : prterque eos,
qui prominent , masculi reflexi , feminis recii atque proni. Il est pro-
bable que Pline n'a voulu parler que des lphans de l'Inde qui
n'ont, la vrit, que quatre dents molaires, deux la m-
choire suprieure, et deux l'infrieure ; mais les lphans
NOTES DU LIVRE XI. a63
d'Afrique en ont le double, c'est--dire quatre suprieures et
quatre infrieures ; quant aux dfenses qui sont au nombre de
deux, elles ne prsentent pas de diffrence pour la courbure
chez les deux sexes. Em. Rousseau.
Page 1 24 , ligne 4- Muscuus marinus , qui balnam antecedit ,
nullos habet. Voyez la note 70 du livre IX.
Ligne 6. Terresirium minutis quadrupedibus , primores bini utrim-
que longissimi. La taupe qui peut tre range parmi les carnas-
siers terrestres, a six petites incisives la mchoire suprieure,
et huit la mchoire infrieure , quatre canines trs-grandes
et trs-aigus, et vingt-huit molaires : en tout quarante-quatre.
Em. R.
LX11I, page 124, ligne g. Ceteris cum ipsis nascuntur. Il est
trs-peu d'animaux qui, dans l'tat naturel, naissent avec des
dents apparentes : les singes, les chiens , les chats, etc., n'ont pas
de dents au moment de la naissance. Em. R.
' Ilomini , postquam natus est, septimo mense. Pline prcise trop,
car c'est ordinairement du quatrime au huitime mois que nous
voyons paratre les quatre incisives centrales : et ceux qui ont
observ cette opration de la nature sur un certain nombre
d'enfans doivent avoir t frapps de la variation de leur appari-
tion. Em. R.
Ligne 11. Mutantur homini, leoni , jumenio , cani, et ruminanti-
bus. Tous les animaux en gnral changent leurs dents de lait ;
aussi ai-je fait voir, dans mon Anatomie compare du systme den-
taire, que les rongeurs qui n'ont que trois molaires chaque ct
des mchoires, n'en changent pas. Em. R.
Ligne 12. Sed leoni et cani, non nisi canini appellati. Pline in-
duit dans une trs-grande erreur, en ne faisant changer que les
dents canines chez les lions et les chiens; car un lger examen
aurait fait voir que ces animaux changent galement toutes leurs
incisives et molaires de lait. Em. R.
Ligne i3. Lupi dexter caninus in magnis habetur operibus. Les
notes prcdentes donnent le degr de confiance que l'on doit
accorder cette assertion. Em. R.
MaxiUares, qui sunt a caninis, nullum animal muiat. Toutes les
264 NOTES DU LIVRE XI.
fois qu'il y a des dents canines, il y a derrire elles, mais jamais
en avant , des dents molaires ; ces dents , si elles sont de lait ,
tombent un certain ge : par exemple , le lion change les trois
molaires de lait de la mchoire suprieure et les deux de la m-
choire infrieure. Les chiens changent les trois premires mo-
laires de l'une et de l'autre mchoire (nous entendons que cela
s'opre chaque ct des os maxillaires). Em. Rousseau.
Page 126, ligne 2. Cetero maribus plures, quam feminis, in ho-
mme, pecudc, capr'is, sue. Le nombre de dents chez l'homme est
le mme que chez la femme ; les variations ont lieu chez l'un
comme chez l'autre. Il en est de mme pour les moutons , les
chvres , les porcs. Em. R.
Ligne 6. Est exemplum dentis homini et in palato geniti. Cette
dviation anomale n'est pas trs-rare, .car nous l'avons vue plu-
sieurs fois dans la belle collection de M. Morand, l'un de nos
dentistes les plus distingus. Em. R.
Ligne 7. At canini amissi casualiquo numquam renascuntur. Nous
avons dj fait remarquer, par les prcdentes notes, que les
canines de lait se remplacent, quoiqu'elles soient tombes par
accident ; mais les canines de seconde dentition ne se remplacent
jamais. Em. R.
LXIV, page 126, ligne 11. Mias veterinomm dentbus indica-
tur. Il n'y a que le cheval et l'ne chez lesquels on puisse relle-
ment juger l'ge d'une manire approximative par les dents inci-
sives. Em. R.
Equo sunt numro XL. Pline dit juste en ne donnant que qua-
rante dents au cheval : cependant des auteurs modernes en ad-
mettent quarante-deux , mais cette erreur vient sans doute de ce
qu'il y a une petite molaire de lait au maxillaire suprieur, qui
n'est que supplmentaire dans le premier ge, et qui, quelque-
fois , ne tombe que parce qu'elle se trouve pince entre le bord
alvolaire et la premire molaire de seconde dentition. Em. R.
Ligne 16. Equo castrato prius, non deci durit dents. La castra-
tion n'empche pas les dents de la seconde dentition de repara-
tre et de suivre leur marche naturelle. Em. R.
Ligne 18. Quod si non prius peperere, quam dcidant postremi ,
NOTES DU LIVRE XL 265
sierilitas certa. Les animaux qui ont fait toutes leurs dents sont au
contraire , en gnral , plus forts et plus aptes la gnration.
Em. Rousseau.
Page 126, ligne 20. Suibus dcidant numquam. Ces animaux
suivent la loi commune et changent toutes leurs dents de lait.
Em. R.
Page 1 28 , ligne 3. Qurnn fere sedecim annorum exstimantur.
On peut juger, jusqu' vingt-quatre ans et au del , de l'ge du
cheval, par l'inspection d'une espce de cornet osseux, garni
d'mail, qui se trouve dans chacune des incisives, par le plus ou
moins d'usure qu'il a subie: les autres signes ne sont qu'acces-
soires et beaucoup moins positifs. Em. R.
Ligne 4- Hominum dentibus quoddam inest virus. Cette fable
n'est plus de notre sicle. Em. R.
Ligne 5. Namque et speculi nitorem ex aiverso nudati hebe-
tant, etc. Si l'on prsente une dent isole devant une glace , elle
n'agira pas ; il n'y a que l'exhalation des poumons qui en hu-
mecte le poli et la rende terne. Em. R.
Ligne 6. Et columbarum ftus implumes necant. Ce conte n'est
plus de nos jours. Em. R.
LXV, page 128, ligne 11. Lingu non omnibus eodem modo.
Les anciens , au rapport d'Ambroise Par , considraient la lan-
gue comme une quatrime chair. Aristote , au livre des Animaux ,
dit seulement que c'est une chair molle et spongieuse. Galien {de
Dissectione muscuorum, tom. I, cap. i4, pag- Ifi, Venetiis, 162 5) a
manifestement dcrit les muscles stylo-glosses , les gnio-glosses
et les hyo-glosses. Vsale a reconnu, de plus, des fibres longitu-
dinales , obliques, droites et transverses, tellement confondues,
qu'elles ne peuvent tre ni suivies par les yeux , ni rendues par
la peinture. Fabrice d'Aquapendente et Casserius, son disciple,
ont dcrit et figur les muscles glosso-piglottiques. M. Mal-
pighi a indiqu le lingual superficiel et des fibres transversales,
perpendiculaires et obliques dans le milieu de la langue, dont
G. Bidioo , dans sa Grande anatomie , a donn une figure. En
1804, Ant. et FI. Caldani en ont publi de nouvelles figures, plus
belles que celles de leurs prdcesseurs ; ils ont dcrit le raph
*66 NOTES DU LIVRE XI.
mdian de la langue , qui est dsign dans leur splendide ouvrage
sous le nom de linea alescens. Enfin, en 182 1 , M. P. N. Gerdy
a tent de rsoudre l'inextricable tissu de cet organe , suivant et
dcrivant les muscles intrinsques dans toute leur tendue , les
extrinsques dans leurs connexions immdiate, et dterminant la
forme du tissu jaune lingual et la nature de la surface adhrente
de la membrane linguale.
De ces recherches consignes dans un mmoire prsent
l'Acadmie royale de mdecine , il rsulte que la structure in-
time de la langue est forme i d'une membrane propre; 2 d'un
tissu jaune particulier ; 3 d'un muscle lingual superficiel ; 4 de
deux muscles linguaux profonds ; 5 des muscles linguaux trans-
verses; 6 des linguaux verticaux, qui sont autant de muscles
intrinsques ; 7 des deux muscles stylo-glosses ; 8 des deux hyo-
glosses; 9 des deux genio-glosses ; io des deux glosso-staphy-
lins ; ii des faisceaux hyo-glosso-piglottiques , qui sont des
muscles extrinsques.
La membrane linguale est dense , comme cartilagineuse sa
surface adhrente. Cette disposition donne beaucoup de solidit
aux insertions des fibres musculaires sous-jacentes.
Le tissu jaune recouvre la base de la langue : il y tapisse la
membrane d'enveloppe, qui n'est point cartilagineuse en cette
rgion. Ce tissu adhre l'hyode, lpiglolte et beaucoup de
fibres musculaires : il contient des follicules dans son paisseur,
et prsente beaucoup d'analogie avec le tissu de la pointe de
l'piglotte , le tissu jaune artriel et celui de la prostate.
Le muscle lingual superficiel recouvre la surface suprieure et
les bords de la langue. Ses fibres se portent d'arrire en avant,
les unes sur la face suprieure de la langue , en convergeant vers
la ligne mdiane; les autres suivant les bords, suprieurement
et infrieurement , jusqu' la pointe. Les linguaux profonds sont
au nombre de deux , placs de chaque ct sous les deux tiers
postrieurs de la langue. Les linguaux transverses, en nombre
pair, traversent toute la largeur de la langue , croisant angle
droit les fibres latrales du muscle lingual superficiel , diviss sur
la ligne mdiane par un raph fibro -cellulaire ou albugin,
courbes de plus en plus en avanant vers la base de la langue.
NOTES DU LIVRE XI. 2 6>7
Les linguaux verticaux s'tendent de la face suprieure la face
infrieure de la membrane propre de la langue, traversant toute
l'paisseur de cet organe, recourbs et de plus en plus obliques
vers sa base. Leurs fibres s'entrecroisent avec celles des muscles
transverses , peu prs comme les fils de nos toiles. Les muscles
hyo-glosso-piglottiques sont de petits faisceaux musculaires ,
presque invisibles chez l'homme, mais trs-sensibles chez le
buf et d'autres grands animaux. Les uns vont de l'hyode au
tissu jaune, les autres de ce tissu l'piglotte; d'autres de l' pi-
glotte l'hyode, et forment une masse commune qui a des
connexions avec les linguaux profonds , pour les innombrables
mouvemens de la langue. Do.
Page 128, ligne 11. Tenuissima serpentibus et trisidca. La lan-
gue des serpens n'est rellement divise qu'en deux pointes qui
paraissent cornes et lisses. L'erreur peut venir de l'agilit avec
laquelle ils la meuvent. Vergne.
Ligne i3. Lacer tis bifia et pilosa. Cette langue est bifide , mais
non velue. V.
Vituis quoque marinis duplex. Cette langue n'est pas bifurque.
Elle est lisse et sans papilles distinctes. V.
Ligne 18. Imbricat asperitatis. La rugosit de la langue des
chats, tigres, lions, etc., a en effet un certain nombre de pa-
pilles coniques trs-prononces , cornes , pointues , et dont
l'extrmit est dirige en arrire, de telle sorte que quand ils
lchent ils dchirent comme avec une lime. V.
Page i3o, ligne 3. Intima absoluta a gulture. Cela est vrai,
ainsi que pour les crapeaux , les pipas , etc.
Ligne 8. Palpitante ibi lingua ululalus dicilur. Leur voix est le
rsultat du passage de l'air expir, mis en tat de vibration dans
le larynx suprieur et dans des sacs , qui ont leur entre dans la
gorge. V.
LXVI, page i32, ligne 2. Quod... uv nomine... iantum est.
Chez les singes, le bord libre du voile du palais se prolonge en
pointe pour former la luette.
Ligne 4- Epiglossis... mdli ova generantium. La valvule carti-
268 NOTES DU LIVRE XL
lagineuse place au dessus de la glotte, qu'on appelle piglotte,
est, quelques exceptions prs, particulire aux mammifres.
On trouve dans quelques reptiles , tels que le scinque schned-
rien , l'iguane et les crocodiles , un prolongement analogue
l'piglotte. Vergne.
Page i32, ligne 6. Interior, earumappellaturarteriaadpulmonem
atque cor pertinens... Altra exterior appellatur sane gula, qua cibus
atque potus devoratur. Tendit hc ad stomachum , is ad ventrem, etc.
On est extrmement embarrass quand il s'agit de donner des sy-
nonymes aux termes anatomiques employs par Pline. Il ne se fai-
sait qu'une ide trs-inexacte ( quand il dit , par exemple , que
la trache se rend au cur ) d'une science qui n'tait pour ainsi
dire pas encore dans l'enfance : aussi emploie-t-il vaguement le
mme mot pour exprimer , tantt une chose , tantt une autre.
En outre , ses mots ne correspondent nullement ceux qui , dans
notre langue , paraissent tre les synonymes naturels : comme
stomachus , qui, chez lui, ne dsigne pas l'estomac. Il en est de
mme pour le mot venter , qui est le viscre auquel nous donnons
le nom d'estomac. Mais on est encore fort embarrass pour ce mot
quand on trouve celui ventriculus , qui semble dsigner aussi l'es-
tomac. Malheureusement la difficult augmente encore quand on
veut recourir Aristote , chez qui Pline a pris la plupart des
ides anatomiques qu'il exprime, car la synonymie est encore dif-
frente, et Pline prend souvent dans un sens un mot qu' Aristote
avait pris dans un autre.
Ligne 7. Ad pulmonem atque cor pertinens. Il n'existe pas de
rapport entre l'piglotte et le cur.
Hanc operit in epulando... torqueat. Dans ces derniers temps ,
M. Magendie a conclu de quelques expriences et de l'observa-
tion de faits pathologiques , que l'piglotte n'avait pas pour usage
principal de fermer l'ouverture du larynx durant la dglutition;
mais nous croyons que sa conclusion n'est pas rigoureuse.
Ligne 11. Hanc per vices operit. L'piglotte ne peut pas fermer
le pharynx, ni s'opposer au retour de ce qui pourrait refluer
de l'estomac. V.
LXVII, page i34, ligne 3. Leoni ianlum, etc.,. ex singulis
NOTES DU LIVRE XI. 269
rectisque ossibus rigens. Tous ces animaux , et jusqu' la girafe ,
ont sept vertbres dans le cou.
Page i34-, ligne 8. Membrana modo incisa statim expiretur. Non-
seulement les membranes d'enveloppes , mais la moelle pinire
elle-mme peut tre dtruite au dessous de son renflement ant-
rieur, sans que mort s'ensuive immdiatement. Vergne.
LXVHI, page i34, ligne 16. Sub arleria... adnexa spin.
L'estomac ne se trouve pas au dessous de la trache -artre, et
n'est point fix la colonne vertbrale. V.
Ligne 19. Tesludini marin lingua nulla, nec dents. Les tortues
ont une langue ; et , au lieu de dents , elles ont les mchoires
garnies d'une substance corne analogue celle du bec des oi-
seaux. V.
Page i36, ligne 1. Decrescenlibus crenis. Ce passage, qui
avait tant embarrass le pre Hardouin , qu'il dit : Locum siquis
aut plane intelligere , ant sanare ausit , lamapdem trado , nous pa-
rat trs-facile expliquer , en admettant la conjecture trs-
probable de crenis au lieu de renis , qui non-seulement ne pour-
rait pas s'entendre , mais encore ne serait pas latin. En outre ,
le mot crena est pour ainsi dire un terme technique par lequel
on dsigne les asprits calleuses de l'estomac. Nous avons rejet
le mot venis, qui se trouve dans quelques ditions (celle de Lyon
entre autres) , parce qu'il ne peut nullement convenir dans ce
passage.
LXIX, page i36, ligne 5. Cor anirnalibus cleris in medio
pectore est : homini tantum infra lvam papillam. Les anciens n'ont
pas connu sa structure ; Aristote n'a rien dit de plus que ce que
Pline lui emprunte ici. L'auteur du livre du Cur, attribu Hip-
pocrate, et Galien en ont laiss chacun une description savante
pour leur temps, o les principales parties , qui tombent imm-
diatement sous la vue , sont exposes avec clart ; mais leur des-
cription mme est incomplte en cela.
Vsale, le prince des anatomistes modernes', doit avoir l'hon-
neur de cette dcouverte. Outre les artres, les veines et les
nerfs du cur, il a reconnu dj, dans son organisation, un
270 NOTES DU LIVRE XI.
double rang de fibres longitudinales, obliques et transversales,
qui tablit la distinction des tissus fibreux et musculeux dont elle
est forme.
R. Lower, et aprs Lancisi , ont dcrit ces deux tissus , dont
Winslow et Wolf ont depuis publi de bonnes figures.
M. P. N. Gerdy a encore examin le cur aprs ces babiles
anatomistes ; et, dans le Bulletin de la Facult de mdecine , 1820,
n 5, il a insr un mmoire original , qui offre une description
du tissu musculeux, qui est le principal, plus exacte et plus
simple, surtout pour les ventricules, que toutes celles qu'on
avait donnes avant lui.
Il est constant, aujourd'hui, que la structure propre du cur
rsulte de deux tissus diffrens , dont l'un , fibreux ou albugin,
revt l'autre intrieurement. Celui-l forme une zone d'une faon
contigu' , autour de chaque orifice auriculaire et artriel ; des
bordures aux festons d'origine des artres aorte et pulmonaire ;
des lames triangulaires dans les intervalles de ces festons ; des
tendons placs entre les lames des valvules sigmodes , et parmi
lesquels ceux de leur bord se fixent au fibro -cartilage valvulaire ;
enfin , un rseau blanchtre entre les lames des valvules ventri-
culaires , qui reoit les tendons des ventricules et s'attache aux
zones auriculaires.
Le cur est le principal agent de la circulation du sang. Le
sang va de toutes les parties du corps par les veines gnrales,
les cavits droites du cur et l'artre pulmonaire aux poumons ;
et des poumons toutes les parties du corps par les veines pul-
monaires , les cavits gauches du cur et les artres gnrales.
Ainsi il passe et repasse dans les mmes organes sans revenir sur
ses pas, comme s'il tait en mouvement dans un appareil circu-
laire. C'est cette succession de mouvemens qui s'appelle cir-
culation.
Le mouvement du sang pouss hors des capillaires se com-
munique de proche en proche, et s'tend probablement depuis
ces vaisseaux jusque dans les branches veineuses. Il agit sur
le sang des veines en raison de la quantit de son mouvement et
des rsistances qu'il prouve. La quantit du mouvement du
sang est donne par sa masse et sa vitesse. La masse du sang
NOTES DU LIVRE XI. 171
mouvoir rsiste dans les veines ascendantes aux masses mo-
trices chasses des capillaires, et par la force d'inertie et par
sa pesanteur. L'tendue des surfaces rsiste en multipliant
les points de contact, et par consquent les frottemens. Le
changement de direction des veines n'est pas, par lui-mme, un
obstacle la circulation veineuse; et si cette cause n'augmentait
pas la longueur des vaisseaux , elle serait sans influence. L'exp-
rience le prouve : un corps de pompe horizontal, perc au
mme niveau, son fond et sur les cots, d'ouvertures gales
par leur tendue et l'paisseur de leur bord, donne la mme
quantit de liquide par chacune d'elles, lorsqu'on pousse le
piston.
Les veines loignes de l'oreillette droite , et o le reflux au-
riculaire ne se fait point sentir, pressent le sang d'une manire
continue par leur lasticit et par une contraction vitale lente
qui, pendant la vie, la suite d'accidens, resserre peu peu les
veines et finit par les rduire en ligamens. 11 en rsulte que ces
vaisseaux restent immobiles, appliqus sur le sang, comme un
tuyau rsistance fixe , et que la multiplicit et l'troitesse des
veines multiplient les obstacles , sans augmenter peut-tre la
puissance.
Diffrentes sortes de compressions accidentelles, comme celles
des muscles et des intestins, ou rgulires comme celles du dia-
phragme, htent la circulation des veines; parce que, sous ces
influences, il est toujours plus difficile au sang de rtrograder
que d'avancer. La pesanteur favorise d'autant plus la circulation
veineuse qu'elle est plus directement descendante. Enfin, l'action
des artres , celle des capillaires , et peut-tre aussi celle du
cur, y concourent plus puissamment encore.
Comme le sang se prcipite alternativement des veines dans
l'oreillette droite, et comme il en est alternativement repouss,
en partie , par la contraction de l'oreillette l'encontre des co-
lonnes qui s'avancent, il les heurte brusquement, les repousse
son tour, et les veines se gonflent, s rigent , forces par
l'effort de deux colonnes opposes qui s'entrechoquent dans leur
sein. Le reflux qui en rsulte apporte une diffrence de vitesse
alternative dans la circulation veineuse. 11 se fait ingalement
%7* NOTES DU LIVRE XL
sentir, en raison des obstacles la circulation , de l'extensibilit
des veines, et de leurs valvules, des espaces, des anastomoses
et des compressions. Lorsqu'enfin le ressort des veines est band
autant que possible par le reflux auriculaire , elles reviennent
sur elles-mmes, et repoussent de nouveau le sang vers l'oreil-
lette avec une vitesse diffrente, suivant les obstacles dans les
diverses veines , la diminution d'espace dans leur longueur, les
anastomoses et les compressions accidentelles. La multiplicit des
veines , qui augmente les obstacles , est compense dans celles
que le reflux met en action par la multiplicit des puissances.
Lorsque l'oreillette se contracte , le sang , press de la circon-
frence au centre, se partage en trois portions : l'une rcurrente,
qui reflue pniblement dans les veines caves , en y occasionant
le mouvement rtrograde, dont j'ai parl; l'autre progressive,
qui s'lance dans le ventricule droit ; une autre intermdiaire ,
qui reste d'abord immobile, en quilibre entre les deux autres,
et dont les parties deviennent ensuite successivement progres-
sives , mesure que la seconde s'avance. L'oreillette se con-
tracte, t dans sa circonfrence, par l'action du plan de fibres
superficielles charnues, qui l'entourent sa base ; 2 de haut en
bas , par l'action des anses musculeuses et des faisceaux charnus
rticuls; 3 autour de la veine cave suprieure, par l'action du
sphincter de ce vaisseau et sur les cts de la cave infrieure par
celle des anses charnues voisines.
Lorsque le ventricule droit , distendu et stimul par le sang
qu'y a chass l'oreillette, se contracte, le sang se divise encore
en trois portions : l'une rtrograde, l'autre progressive, la troi-
sime intermdiaire. Il se contracte par l'action des anses char-
nues qui l'unissent au ventricule gauche et celle de ses anses pro-
pres. Comme le mouvement rtrograde du sang de l'oreillette
se partage dans les veines , de mme son mouvement progressif
se divise dans l'artre pulmonaire, entre les masses de fluide
qu'il choque et les vaisseaux qu'il froisse, et dont il bande les res-
sorts. Bientt la raction est gale et enfin suprieure l'action :
alors les artres se resserrent soudain par leur lasticit. Ce mou-
vement est alternatif, parce qu'il est produit par l'action du ven-
tricule, qui est alternative , et qu'il est dtruit chaque fois par
mwmvM
NOTES DU LIVRE XI. 27*
les obstacles qui s'opposent la libre circulation. Les artres
pulmonaires ne rsistent pas plus que les veines par leur change-
ment de direction ; cependant leurs courbures offrent une rsis-
tance relle, car elles se dplacent dans la systole. Cette rsistance
est duc ce que les courbures augmentent les frottemens par d-
faut d'exteusion dans le sens de leur concavit. Le sang circule de
moins en moins rapidement entre l'origine de l'artre pulmonaire
et ses divisions extrmes ; parce que les artres, en se dilatant suc-
cessivement, et d'autant plus qu'elles sont plus rapproches du
ventricule, recueillent, chacune, une portion de l'onde lance
par le cur dans le tronc artriel ; et qu'enfin l'espace augmente
dans les artres pulmonaires, et depuis leur origine jusqu'aux ca-
pillaires des poumons. Les obstacles ne contribuent pas le moins
du monde ce dcroissement de vitesse, car le sang ne se ralen-
tit pas graduellement, comme la bille lance sur le tapis du bil-
lard. Toute la masse du liquide est branle la fois , et le sys-
tme artriel rend, d'une contraction l'autre, aux capillaires
autant de sang qu'il en a reu du cur.
Galien, un demi-sicle environ aprs Pline, est le seul des
anciens qui ait reconnu quelques parties du cours du sang. On
peut dire que sa dcouverte des valvules du cur et son exp-
rience de la ligature des vaisseaux ont ouvert la route qui a men
la dcouverte de la circulation. C'est inutilement que plusieurs
modernes ont essay de la trouver dans les crits d'Hippocrate ,
o il n'est question que du mouvement gnral des parties conte-
nantes et contenues.
Au commencent du seizime sicle, l'infortun Servet soup-
onna et annona, dans un livre thologique, que le cours du
sang se fait depuis le ventricule droit jusqu'aux poumons ; et
depuis ces organes dans tout le corps par le systme vasculaire
sang rouge. L. Levasseur, Columbus, Arantius eurent peu
prs les mmes ides; mais Cesalpin osa aller plus loin : frapp
du gonflement des veines au dessous des ligatures , il admit
tout hasard que le sang revient des artres au ventricule droit
par cet intermdiaire. Ces opinions , qui n'taient encore que des
suppositions pour le public et mme pour leurs auteurs, devin-
rent la vrit quand la main du gnie leur en eut imprim la forme.
VIII. 18
VI IH
274 NOTES DU LIVRE XI.
Ce fut Guillaume Harvey qui fit cette dmonstration en 1628.
Le philosophe Descartes fut un des premiers qui embrassrent
la nouvelle thorie ; et, quoi qu'il l'ait un peu dfigure, l'auto-
rit de son nom contribua beaucoup la faire recevoir dans les
coles. M. Malpighi dmontra, en 1661 , la circulation capillaire,
l'aide du microscope. Ruysch oprait dans le mme temps ses
admirables injections. Par ce procd subtil , Blancard , en
167 1 , prouva l'anastomose des artres avec les veines. Molyneux,
Leuwenhock , Hewson , Dlia Torre , tudirent la circula-
tion capillaire dans ses rapports avec la forme des globules du
sang. Weitbrecht reconnut une force vitale particulire dans
les petits vaisseaux. Quant la vitesse relative du sang dans les
organes circulatoires, Keill , Haies, Cheyne , Michelotti, Ro-
binson, Morgan, l'ont en vain cherche. Haller lui-mme parat
avoir cru , mais tort , que le sang se ralentit en s'loignant du
cur, et par l'augmentation d'espace, et cause des obstacles.
Richat sentit confusment que le ralentissement progressif du
sang n'existe pas de cette sorte; mais il est tomb, faute d'at-
tention , dans une erreur plus grave , en tablissant une compa-
raison trop rigoureuse entre nos organes circulatoires et un sys-
tme de tuyaux inertes , ainsi que l'a fait voir M. le professeur
Gerdy. Do.
Page 1 36 , ligne 6. Homini iantum infra leam papillam. Chez
l'homme , le cur se trouve aussi sur la ligne mdiane; mais sa
pointe tant tourne gauche, y fait sentir ses pulsations.
Ligne i5. In magnis animalbus triplex. Dans tous les mammi-
fres et les oiseaux, le cur a quatre cavits, deux de chaque
cts, oreillette et ventricule, qui sont adosses avec leurs ana-
logues. Parmi les reptiles, les sauriens, les chloniens et les ophi-
diens ont trois cavits, deux oreillettes et un ventricule. Les ba-
traciens et les poissons n'ont qu'une oreillette et un ventricule.
LXXIX, page i5o, ligne i5. Idcirco nyigis avidi ciborum,
rjuibus ab alvo longius. La longueur du canal intestinal dans tous
les vertbrs est toujours en rapport avec l'espce de nourriture.
Elle est, en gnral, beaucoup plus grande dans les herbivores
que dans les carnivores: dans les omnivores elle tient le milieu.
.
Wl
NOTES DU LIVRE XL *:5
Gnralement plus grande dans les mammifres, elle diminue
successivement dans les oiseaux , les reptiles , les poissons , re-
lativement celle du corps. VergnE.
Page i5o, ligne i5. Iidem minus soieries , quibus obesissimus
venter. Cette observation est juste dans beaucoup de cas , o
l'accumulation de la graisse dans le msentre tient une irri-
tation chronique du tube intestinal. V.
Aees quoque geminos sinus habcnt quccdam. Voyez la note,
chap. lxxviii.
Page i52, ligne 8. Venter solidipedum. Des deux portions de
la surface interne de l'estomac des solipdes , limites par tin pli
dentel , la gauche est lisse , la droite veloute : ni l'une ni l'autre
n'est dure et raboteuse.
Ligne 8. Terrestrium aliis denticulat asperitatis. Ce sont les
papilles de la muqueuse.
Ligne io. Quibus neque dents utrimque. Dans tous les animaux
c'est l'estomac qui digre. Dans ceux qui n'ont pas de dents
l'organisation du ventricule y supple.
Ligne 16. Insatiabilia animalium , quibus a ventre protinus
recto intestino iranseunt cibi , ut lupis , etc. Nous avons traduit
recto intestino par intestins non replis au lieu ft intestin rectum, sens
qu'on a toujours donn cette phrase. Nous croyons avoir saisi
le vritable sens de l'auteur ; puisque c'est le mot mot de sa
phrase , et qu'en outre la chose est trs-vraie. Personne n'ignore
que chez les animaux carnassiers les intestins ont beaucoup
moins de longueur, sont moins replis que dans les herbivores :
il y a mme des hommes chez qui la longueur du tube digestif a
une moins grande dimension que chez d'autres, et nous ne
serions pas loigns de croire que cela ne se trouve que chez des
individus qui mangent la viande de prfrence tout autre ali-
ment. En outre , il n'y a aucun animal chez qui l'estomac abou-
tisse immdiatement au rectum. Ce serait donc prter Pline
une erreur grossire que de lui faire dire que la chose est ainsi.
Ligne 18. Ventres elephanto quatuor. C'est--dire que l'esto-
mac de l'lphant prsente cinq larges replis transversaux. V.
Ligne 11. In juvencarum secundo ventre pil rotunditate nigri-
cans tofus , nullo pondre. Pline dsigne, par cette description,
18.
9.76 NOTES DU LIVRE XI.
l'espce de concrtion laquelle on a donn le nom d'gagropile.
Non-seulement on en rencontre dans le deuxime estomac du
buf, mais encore dans le premier, ainsi que dans les deux esto-
macs et les intestins de plusieurs animaux ruminans. Ces pelotes
rsultent du feutrage des poils que les animaux ont avals, et la
forme sphrique est donne par la pression laquelle elles sont
soumises dans les intestins.
LXXX , page i54 , ligne a. Ventriculus atqiie intestina. C'est le
repli de la membrane prilonale qu'on nomme grand piploon.
Ligue 4- Lien in sinistra parte. Malgr le progrs des sicles,
nous ignorons encore la nature et l'usage de la rate. M. Malpigbi,
l'un des premiers auteurs de la fine anatomie, au milieu du dix-
septime sicle, enseigne que cet organe est form principale-
ment de cellules ou vsicules garnies intrieurement de diff-
rentes petites glandes, jointes ensemble, et dont six, sept ou
huit forment une espce de glande conglomre, o paraissent
se terminer les artres et les veines.
Sans parler d'une artre trs-volumineuse , ni d'une veine
non moins considrable que les anciens ont connues ; sans
parler des nerfs nombreux fournis par le plexus solaire , ni des
vaisseaux lymphatiques qui sont en petit nombre , ni d'une enve-
loppe pritonale trs-adhrente, qui se rflchit sur les vais-
seaux splniques, et va se confondre avec les piploons, il entre
dans la structure de la rate une membrane fibro-celluleuse , que
les branches vasculaires entranent avec eHes, et dont la face
interne fournit une multitude de filamens, qui se croisent et for-
ment un rseau, assez compliqu dans l'intrieur de l'organe, o
l'on trouve de plus des granulations blanchtres, que Malpighi a
appeles glandes.
Nos anatomistes n'ont pas su dterminer la nature de ces gra-
nulations. Us n'ont point encore suffisamment dbrouill la com-
position ou la structure du rseau intrieur, que quelques-uns
seulement considrent comme un tissu ou corps rectile, et d'au-
tres comme un lacis, simulant un plexus nerveux, d'aprs les
observations de M. Slraus.
La rate qui se trouve chez la plupart des animaux ne parat
NOTES DU LIVRE XI. 277
distinctement chez l'homme qu'aprs le premier mois de la con-
ception : elle se dveloppe par une srie de lobules qui parais-
sent tre d'abord de simples renflemens des extrmits vaseu-
laires , mais qui se runissent bientt aprs pour former une
masse homogne, rougetre ou mme d'un brun assez fonc.
Quelquefois, un ou plusieurs de ces lobules restent distincts
jusqu' la naissance; et de l ces histoires nombreuses de rates
multiples, observes l'ouverture des cadavres.
Mille hypothses ont t imagines pour expliquer les fonc-
tions de la rate. Aprs avoir t considre, dans les sicles pas-
ss , comme l'organe de la bile noire ou mlancolie , du suc gas-
trique ou fluide nutritif, elle est regarde de nos jours comme un
diverticule du systme sanguin, comme une sorte de ganglion
qui agit sur le sang de la mme manire que les ganglions lym-
phatiques agissent sur la lymphe. Do.
Page i54 , ligne 8. Mgocephalo avi II est extrmement pro-
bable que l'gocphale de Pline est une des espces du genre
limosa de Brisson , dmembrement du genre scolopax de Lin-
nseus ; mais on ne saurait assurer que ce soit la barge aegoc-
phale {limosa gocephala ; scolopax gocephala , L.) , dont Buffon
a donn la figure (pi. enl.916) sous le nom de grande barge rouge.
Ligne 11. Et per vulnus etiam exempto. On peut, en effet,
enlever impunment la rate aux chiens et autres animaux.
Vergne.
LXXXI,page i56, ligne 2. Al... quaterni rens cervis. Tous les
mammifres n'ont que deux reins analogues, pour la structure
intime , ceux de l'homme. Mais ils peuvent tre diviss en plu-
sieurs mamelons. V.
Ligne 3. Contra pennatis , squamosisque nulli. Les oiseaux ont
des reins situs derrire le pritoine, dans des enfoncemens de la
face suprieure du bassin, mais ils sont de forme irrgulire,
diviss en lobes par des scissures et non composs de deux sub-
stances distinctes , comme ceux des mammifres. Les reptiles
ont aussi des reins dont la grandeur, la forme , la position va-
rient dans les diffrens ordres, mais on n'y peut distinguer les
deux substances : ils manquent en outre de calice ou de bas-
sinet. V.
278 NOTES DU LIVRE XL
LXXXI1I , page i58, ligne 2. Infra alvum est a priore parle
vesica , qu nulli ova gigneniium , prter testudinem. Parmi les
oiseaux, l'autruche et le casoar sont les seuls dont le cloaque soit
organis de manire servir de vessie. Parmi les reptiles , les
cbeloniens et les batraciens en ont une. Elle manque dans les
crocodiles, les lzards, les agames , genre de l'ordre des sau-
riens , et dans les ophidiens. Vergne.
Ligne 8. Vesica membrana constat, qu vulnerata cicatrice non
solidescit. C'est une erreur, les plaies de la vessie se cicatrisent
trs-bien. V.
LXXXIV, page i58, ligne i5. Hoc in reliquis animalibus vul-
vam. On appelle vulve l'entre du vagin dans toutes les femelles
des mammifres ; toutes ont une matrice qui peut tre simple ,
double , triple et quadruple , et la fois complique.
Ligne 18. Funebris (utrus), quoties versa spiritum inclusit. Voici
encore un passage pour lequel nous avons adopt un sens diffrent
de celui que tous nos devanciers avaient suivi. En effet, on ne
conoit pas comment le renversement de la matrice peut arrter la
respiration et causer la mort par ce fait. Nous croyons , au con-
traire , que Pline veut dire tout simplement que de l'air s'intro-
duit quelquefois dans ce viscre pendant le renversement , et
cause la mort. Mais, comme il peut s'introduire de l'air sans
produire des accidens mortels , nous serions plutt ports ad-
mettre la leon , l'appui de laquelle certains manuscrits sem-
blent venir, et qui &omi, funesta. Du reste Hippocrate (Maladies
des femmes, liv. i), 7*SEtius (ch. LXXVII1 de Uteri inplatione), nous
ont dtermin adopter le sens que nous avons suivi.
LXXXV11I, page 164., ligne 17. Nereiorsia corde. C'est l'opi-
nion d'Arstote. Dans ces temps reculs, qu'on peut considrer
comme le premier ge, ou l'enfance de l'anatomie, ceux qui la
cultivaient, n'ayant pas de lumires plus tendues que celles de nos
bouchers, confondaient indiffremment les nerfs, les vaisseaux et
les tendons. 11 n'est donc pas tonnant qu'Aristote, le premier de
tous les anatomistes , ait assign aux nerfs cette origine.
Galien , au livre de la Dissection des nerfs, chap. I , dmontre
que les nerfs des sens et du mouvement drivent du cerveau im-
NOTES DU LIVRE XI. 279
mdiatement ou mdiatement. Depuis cette poque aucun auato-
miste ne leur a donn une autre origine.
Les nerfs, mconnus au premier ge de l'anatomie, font au-
jourd'hui le principal objet de l'tude des anatomistes. Le Gallois,
un des plus clbres de ce sicle , considrait le systme nerveux
comme la trame premire et la partie principale de la structure
des animaux. Quelques naturalistes l'ont critiqu , d'aprs l'ob-
servation des animaux infrieurs, o parait manquer absolument
le systme nerveux ; mais l'analogie ne suffit-elle pas pour nous
persuader? Conoit-on l'existence d'un organisme animal, sans
un mode quelconque de mouvement et de sentiment ? Et ce
mode, quel qu'il soit, peut-il avoir lieu sans nerfs ?
Les anatomistes modernes les plus rcens font trois classes de
nerfs : i nerfs crbraux, i nerfs racbidiens, 3 nerfs ganglion-
naires. Les deux premires ont t long-temps runies, et en-
core aujourd'hui on applique l'une et l'autre les mmes con-
sidrations. D'ailleurs le systme de ces deux sortes de nerfs est
le plus anciennement connu et tudi , et celui qui a donn lieu au
plus grand nombre d'observations. L'tude du systme ganglion-
naire n'est pas dj bien ancienne , et nous possdons encore peu
de documens sur ce sujet embrouill. Je dois nanmoins citer
l' A natomie analytique de Manec, deuxime livraison ; Paris, 182g.
La sensibilit du systme nerveux est hors de doute. Les nerfs
sont minemment sensibles : on croit que cette proprit rside
dans la substance propre du nerf. Les opinions sont partages
sur la sensibilit de la substance du cerveau. Quelques physiolo-
gistes refusent cette proprit tout l'organe. Haller pense que
les parties profondes sont sensibles , tandis que les couches ext-
rieures ne le sont pas.
Le systme nerveux est form de fibres qui courent dans une
direction longitudinale. C'est surtout dans les nerfs que cette
structure fibreuse est vidente. Ils sont composs pour la plupart
d'un nombre plus ou moins grand de faisceaux visibles l'il
nu , forms eux-mmes de cordons ou faisceaux plus petits , les-
quels rsultent d'un assemblage de filamens trs-dlis. Les fais-
ceaux , les cordons et les filamens se ramifient de diverses ma-
nires et forment entre eux des anastomoses multiplies. Jamais
28o NOTES DU LIVRE XL
un faisceau ne parcourt en ligne directe une grande tendue T
mais le nombre des ramifications et des communications ner-
veuses est moins grand vers les extrmits qu'au milieu. L'pais-
seur des faisceaux varie depuis un dixime de ligne jusqu' une et
plusieurs lignes. Tous ces filamens paraissent tre composs
d'une substance mdullaire , ou pulpe , semblable celle du cer-
veau, enveloppe d'une gane ou nvrilme qui reprsente un
tube de la mme forme que le nerf lui-mme. On s'accorde
dire que le nvrilme n'est que du tissu cellulaire ; quelques ana-
tomistes seulement disent aussi que la substance mdullaire est
de la mme nature. Les travaux entrepris sur la composition du
systme nerveux semblent dmontrer qu'elle est forme de glo-
bules divers , runis par une matire demi-fluide.
La figure de tous les nerfs est cylindrique. Les fils dont ils
rsultent s'entrelacent entre eux dans la structure intime des
nerfs , et au dehors pendant leur trajet. Ces dernires communi-
cations se rapportent trois formes principales : l'anastomose
ou anse , le plexus et le ganglion.
L'anastomose se fait entre des branches spares et distinctes,
peu prs de mme grosseur. Il se forme , en outre , des anses
anastomotiques autour des vaisseaux. Tantt elles proviennent
des divers filets du mme tronc , tantt elles rsultent de l'union
entre des filets appartenant des nerfs diffrens.
Les plexus sont des anastomoses disposes diversement , et
formes par les cordons* de plusieurs nerfs.
Les ganglions d'une structure plus complexe ont un volume
plus considrable que les nerfs et les plexus. Ordinairement ronds,
un peu aplatis, et d'une substance dense et ferme lorsqu'on
l'incise , les uns ne paraissent tre que les dveloppemens des
filets nerveux; les autres doivent tre considrs comme des
centres ou des points de runion de plusieurs nerfs.
Le systme nerveux de l'homme est plus constamment le
mme que celui des animaux. Vicq-d'Azyr avait d'abord soup-
onn cette vrit dont Wentzel a donn la dmonstration : il a
observ que, dans les quadrupdes, les deux moitis du systme
nerveux rpondent moins parfaitement l'une l'autre , et que les
dviations de structure sont moins rares que dans l'homme.
NOTES DU LIVRE XI. 281
Le corps de l'animal est, dans les premiers temps de sa for-
mation , compos de deux moitis latrales trs-distincles. Cette
division se voit aussi trs-bien dans le systme nerveux. La s-
paration s'aperoit sur la ligne mdiane; elle existe non-seule-
ment pour le cordon rachidien , mais encore pour le cerveau et
pour toutes les branches nerveuses du systme priphrique.
Les deux moitis latrales se correspondent trs- exactement
dans la plus grande partie du systme nerveux, de sorte qu'il
y a, entre l'une et l'autre, sous le rapport de la situation, de
la forme et du volume , moins de diffrences que dans les autres
organes.
La structure et la disposition du systme nerveux sont peu
sujettes varier. Les nerfs ganglionnaires, ou systme du grand
sympathique , varient plus souvent , et dans des degrs beaucoup
plus remarquables que les nerfs crbraux et rachidiens.
On pense assez gnralement que les nerfs rachidiens sortent
de la moelle pinire dont ils sont les prolongemens. On a mme
prsum que la substance mdullaire se trouvait en dehors sur
le cordon rachidien , pour que les nerfs qui en sortent eussent un
plus petit trajet parcourir, et n'eussent pas de substance grise
traverser ; mais un examen attentif fait reconnatre que tous
les nerfs communiquent plus ou moins avec la substance cendre.
Vicq-d'Azyr a , depuis long-temps , indiqu ces connexions.
M. Gall a dmontr que cette disposition est gnrale, et que la
naissance d'un nerf correspond toujours la prsence de la sub-
stance cendre.
On a long-temps agit la question de savoir si les nerfs des
deux premires classes naissent du mme ct des centres crnio-
rachidiens, que celui o ils se distribuent aux organes, ou bien
s'ils se croisent. M. G. Breschet (Encyc. mthod. mdec, tome x ,
page 575) pense que l'opposition des sentimens sur ce point pro-
vient des diffrens degrs d'exactitude que l'on a apports dans
les recherches. Cet habile anatomiste assure qu'il n'y a pas d'autre
entrecroisement que celui des faisceaux nerveux que l'on voit
la partie suprieure du cordon rachidien.
Les nerfs se terminent presque partout de la mme manire.
Il faut excepter le nerf optique, qui ne forme pas de branches
282 NOTES DU LIVRE XL
ni de ramifications : il s'panouit et produit une expansion mem-
braneuse. Le nerf auditif offre une terminaison analogue ; elle en
diffre par son apparence plexiforme. Ce nerf se perd dans une
membrane, mais ne la constitue pas essentiellement. La termi-
naison des autres nerfs est difficile apprcier, car ils se confon-
dent avec la substance propre des organes. On observe facilement
que les nerfs deviennent trs-mous dans leurs ramifications , et
paraissent perdre leurs enveloppes en totalit ou en partie.
Le systme nerveux , aux diverses poques de la vie , prsente
des diffrences trs -remarquables , soigneusement notes dans
les livres d'anatomie. Ce systme existe un des premiers; mais
c'est une question aujourd'hui fort controverse de savoir si les
diverses parties de l'appareil nerveux se dveloppent simultan-
ment ou les unes aprs les autres. Les auteurs les plus rcens
pensent que le dveloppement est successif, que la moelle pi
nire nat la premire , ensuite le cerveau , etc. Do.
XC1V, page 174.} lignes 11 et 12. Congeniii autem non desi-
nunt, sicut nec feminis magnopere. Aristote, dont Pline a emprunt
tout ce qu'il rapporte sur les poils, dh(Hist. des Anim., liv. III,
chap. 11) que ceux qui sont apports par l'homme en naissant,
sont les cheveux , les cils et les sourcils ; ceux qui viennent
avec l'ge sont d'abord les poils des parties naturelles, puis ceux
des aisselles, et enfin ceux du menton. Mais Pline, dans la
phrase en question, est en contradiction avec un autre passage
qui se trouve quelques lignes plus bas (mme chapitre) : libidi-
nosis congeniti, maturius defluunl. Il y a donc ici une corruption
du texte; et dans Aristote on trouve deux passages (liv. ni,
chap. 1 1) qui semblent indiquer la correction faire : On ne
voit ni enfant, ni femme, ni eunuque chauve; seulement,
l'gard des eunuques, si on les rend tels avant l'ge de pubert ,
les poils que cet ge devait amener ne leur viennent jamais.
Le second passage est dans le liv. IX, chap. 7g; et Aristote dit :
... A l'gard des autres poils qu'on apporte en naissant, ils ne
tombent point, car jamais un eunuque ne devient chauve.
D'aprs cette dernire citation, Hardouin avait conjectur qu'il
serait mieux de lire : Congeniti autem non desinunt eunuchis, nec
NOTES DU LIVRE XI. a83
feminis magnopere. Cette leon, si elle ne renferme pas un sens
conforme ce qui se passe dans la nature, aurait au moins
l'avantage de faire disparatre une contradiction vidente ; ce-
pendant nous n'avons pas voulu la risquer dans notre texte.
XCV, page 176, ligne 9. Esse in malediclis jam antiquis stri-
gem convenu : sed qu sit avium, consiare non arbitror. Quoique
Pline n'ait pas connu l'animal auquel les anciens donnaient le
nom de strige , cela n'a point empch les modernes de chercher
dterminer l'espce et le nom de cet animal fabuleux. Brotier,
s'appuyant de l'autorit d'Asselquist {Voyage dans h Levant,
tome il, page 19), pense que c'est le hibou d'Orient, oiseau si
vorace qu'il entre dans les maisons et dchire les enfans pendant
la nuit, ce que prtend cet auteur. Poinsinet de Sivry, dans une
longue note o il accumule des soi-disant tymologies slavonnes
et allemandes , s'exprime ainsi : On demande quelle sorte d'oi-
seau est le strige ? je rponds que c'est le stryz des Slavons,
c'est--dire notre grimpereau, qui est un oiseau de passage,
et qu'on nomme aussi torche-pot, dnomination injurieuse , assez
convenable aux nourrices d'emprunt, et qui semble tre la
source trs-ancienne du sens vaguement injurieux attach , selon
Pline, tout ce qui portait le nom strix , etc., etc. Il est inu-
tile de rfuter cette dernire opinion. L'autre est plus raison-
nable , puisque l'on voit par Festus que les anciens dsignaient
sous ce nom un oiseau nocturne dont le cri et le vol avaient
quelque chose d'effrayant : Striges, dit-il , aves nocturnas, ut ait
Verrius, grci <r7 pyy cts appellant : a quo maleficis mulierbus no-
men inditum est , quas volaticas etiam vocant. 1 laque soient his ver-
bis eas veluti avertere grci :
~2.Tf'tyy .'Trb'irofjL'jrov , yvxTtvjj.etv , tv artfiyytt a'xav ,
Et l'on trouve dans le Trompeur de Plaute (acte m , scne il ,
vers 3o) :
Ei homines cnas sibi coquunl : quutn condiunt ,
Non condimentis condiunt, sed strigibus :
Vivis convivis intestina qua exedunt ,
Hoc qnidem hoinincs , eic.
a 84 NOTES DU LIVRE XI.
Ovide ne pouvait manquer de parler des striges , aussi l'a-t-il
fait avec toute l'exactitude d'un observateur qui les aurait exa-
mins avec soin ; voici la description qu'il en donue (Fastes,
liv. VI ) :
Sunt a vida: volucres
Grande caput, stantes oculi, rosira apla rapiox,
Canilies pennis, unguibus hamus inest.
Nocle volant, puerosque petunt nutricis egenles,
Et vitiant cunis corpora rapt a suis.
Carpere clicunt.nr laclentia viscera rostris :
Et plnum poto sanguine guttur habent.
Est il lis strigibus nomen ; sed nominis hujus
Causa, quod horrenda stridere nocte soient.
Les anciens donnaient aussi , comme on le voit par le passage
rapport plus haut, le nom de striges aux femmes qui s'occu-
paient de malfices , et qu'ils qualifiaient aussi de volatic : on
dsigne encore , en Italie , les sorcires par le nom de streghe. Du
reste, on peut consulter le Lexic. const. , au mot KSf>yji/a.ho5 ,
et Seranus , de Infanlibus dentientibus aut strige vexatis.
CIII, page 190, ligne 12. Nemesios {tju dea latinvm nomen ne
in Capitolio quidem invenit). Pline parle encore de Nmsis
(liv. XXVIII, chap. 2) : cu/'us Rom simulacrum in Capitolio est,
quamis latinum nomen non sit. Cette desse tait celle qui pu-
nissait les indiscrtions. Elle avait pour attribut une querre et
un mors , comme on le voit par deux anciens vers grecs.
CV , page 102 , ligne 2. Omnia animalia a dextris partibus
incedunt. Selon Aristote {de Animalium incessu, cap. 2, 3, g)
les principes du mouvement de translation per locum sont l'im-
pulsion et la traction. Les animaux se meuvent par tout le corps
la fois ou par parties , comme dans la marche. Ce qui est mu
l'est toujours par le moyen de deux parties organiques dont
l'une comprime l'autre. Dans la marche de l'homme et des ani-
maux, il y a des parties qui se reposent, tandis que d'autres se
meuvent ; car Faction de marcher, de voler ou de nager ne peut
avoir lieu sans flexion. Tout ce qui a des pieds se tient alterna-
NOTES DU LIVRE XL 2 85
tvement sur les deux jambes ; il est donc ncessaire de flchir
l'une tandis que l'autre avance , puisque les membres opposs
sont gaux en longueur. Aussi est-il ncessaire que ce qui re-
pose s'inflchisse dans le jarret , ou ce qui en tient lieu , si l'ani-
mal qui marche manque de genou.
Galien ( de Usu pariium ) remarque que , lorsque l'homme
marche , la jambe qui le soutient porte le double du poids qu'elle
soutenait dans la station. Il ajoute que , dans le transport de la
jambe , les muscles , qui flchissent , agissent plus que ceux qui
tendent , et que la force de leur tension empche la chute du
corps.
Fabrice d'Aquapendente ( de Motu locali animalium secundum
totum, 1618) enseigne que les mouvemens se font en haut et en
bas, en avant et en arrire, a droite et gauche : le mouvement
compos , qui s'opre en rond , forme une septime espce. Tous
ces mouvemens sont oprs par les os tte ronde , mais non
par les os dont la rondeur est imparfaite. Les flchisseurs agis-
sent quand la jambe se porte en avant, et les extenseurs quand
elle se tient debout; ensorte qu'ils se reposent alternativement.
Dans la marche , la translation est opre par une jambe , l'appui
est fourni par l'autre. Toute translation de la jambe se fait par
une flexion et une extension. Dans cet acte , la jambe se flchit
et se porte en avant. Tandis que le transport d'une jambe
s'opre, l'autre, qui est applique terre, s'tend. Ainsi la
marche consiste dans la translation et l'appui alternatifs des
jambes : la translation s'opre par la flexion des articulations , et
l'appui par leur extension ; enfin l'extension et la flexion pro-
viennent de l'action des muscles. Telle est la srie de ces phno-
mnes : contraction des muscles , flexion et extension des articu-
lations , appui et marche.
Le clbre Borelli a montr {de Motu animalium, c. 19, p. 1,
prop. i56) que, lorsque le corps se porte en avant, il se meut
l'extrmit d'un rayon form par la jambe qui le soutient;
qu'alors il obit au mouvement rflchi du pied qui presse le sol,
comme la barque du batelier , lorsqu'elle s'loigne du rivage
qu'il presse de sa perche ; que la flexion de la tte et du corps en
avant favorise ce mouvement , en portant la ligne de gravit au
iS6 NOTES DU LIVRE XI.
del du pied appuy sur le sol; qu'alors la chute, devenue immi-
nente , est prvenue par le transport rapide du pied de derrire
au del de celte ligne.
Le philosophe Gassendi a observ , aprs Fabrice , les deux
mouvemens circulaires , en sens contraire , que le pied excute
sur sa pointe avant le transport de la jambe; et sur son talon,
aprs ce transport. ( Barthez, Nouvel, mcaniq. , in-4", p. 52.)
Hamberger, ensuite, a tabli que la rsistance du sol est la
cause prochaine de la marche, de la course, du saut; et que
la rsistance de la terre pousse par la jambe , dont le pied s'tend ,
la partie du bassin auquel elle est articule {ibidem).
Barthez consacre , l'explication de la marche , douze pages
in-4 de sa Nouvelle mcanique animale, qui contiennent un trsor
d'rudition , mais qui n'ajoutent rien aux richesses de la science.
M. J. Chabrier, ancien officier suprieur (Bull, des se. m.,
tom. XIII, 71), lut, l'Acadmie royale des Sciences, le
20 aot 1827, un mmoire sur la locomotion, dans lequel, ayant
principalement en vue de faire concevoir le moyen le plus simple
que l'on puisse imaginer pour donner l'homme la possibilit de
voyager au milieu des airs, comme les oiseaux, il a dvelopp
une opinion diffrente de celle qui est gnralement admise sur
le mode d'action des muscles , et qui n'a pas paru appuye sur des
observations positives. Il condamne Borelli pour avoir pris en
considration la rsistance du sol ; il ne pense pas qu'on doive
dans la mcanique animale employer la comparaison des res-
sorts, etc.
M. le docteur Gerdy, dont on attend avec impatience le Trait
de Physiologie , a publi , dans le Journal de physiologie expri-
mentale , un mmoire sur le mcanisme de la marche de l'homme ,
qui en offre la thorie la plus plausible.
Sa dmonstration tablit les dix points suivans :
i. Le pied qui se spare du sol, ne s'en spare, mme dans
le premier pas , qu'aprs s'tre dcharg de sa part du poids du
corps.
2 . Le membre, appuy sur le plan qui le soutient, se meut
d'arrire en avant , comme un rayon sur l'astragale.
3. Il existe dans la marche une concidence remarquable entre
NOTES DU LIVRE XI. 287
le moment o la ligne de gravit sort de la base de sustentation
que lui offrait le pied de derrire , et le moment o le pied de
devant s'applique sur le sol.
4-. Le tronc est le thtre de huit mouvemens diffrens : mou-
vement d'lvation et d'abaissement alternatifs ; translation obli-
que du corps droite et gauche alternativement ; rotation du
bassin ; mouvement inverse des paules; inclinaison latrale des
axes du bassin et de la colonne vertbrale , l'un sur l'autre ; effort
d'lvation et de station dans les muscles vertbraux.
5. Le balancement des bras est d la rotation des paules et
de la poitrine.
6. Les changemens de direction dans la marche sont dus
presque tous une rotation plus ou moins considrable , ainsi
qu' un mouvement de conversion.
7 . La marche dans l'obscurit prsente au moins deux genres
diffrens de faux pas.
8. La marche sur une surface glissante n'offre des chutes fr-
quentes que par la dcomposition de la pression des pieds sur la
surface.
9. L'enfant qui se remue sur ses quatre membres la fois , ne
marche point sur ses pieds comme les quadrupdes , mais se trane
sur ses genoux et ses jambes.
io. La marche prsente aux diffrens ges des modifications
considrables : l'impuissance de la marche chez l'enfant et chez
le vieillard est occasione par la faiblesse des muscles principa-
lement. Do.
Page 19 a , ligne 9. Namque et hinc cognomina inventa, Planci,
Plauii , Pans , Scauri. Plancus et Plautus signifient pied-plat:
Scaurus , celui qui a le talon tortu , et sur lequel la jambe porte
faux: Pansa, pied large : Varus , celui qui a les jambes arques
en dehors: Varia , celui qui a les jambes arques en dedans : Va-
tinius , celui qui a les jambes contournes. GuEROULT.
CIX, page 198, ligne ig. Porlentis. Aristote, le pre de l'his-
toire naturelle, considre les monstres comme des exceptions
aux lois gnrales. Jusqu' nos jours les naturalistes et les m-
decins mmes avaient fait peu d'attention cet objet , auquel
288 NOTES DU LIVRE XI.
quelques contemporains veulent attacher une trs-grande impor-
tance. Tout rcemment on a prtendu faire de l'tude des mons-
tres une zoologie nouvelle, parallle la zoologie des tres r-
guliers. On a jug applicables la classification des monstres, et
la mthode catgorique , et la nomenclature binaire de Linne ,
et gnralement toutes les rgles inventes par les naturalistes.
Le Pline franais, Buffon , a, le premier, propos une classi-
fication des monstruosits. Il dit qu'on peut rduire trois classes
tous les monstres possibles : i les monstres par excs ; 2 les
monstres par dfaut ; 3 ceux qui offrent quelques irrgularits
dans la grandeur, la situation respective et la structure des
parties.
Le philosophe Bonnet {Considrt, sur les corps organiss,
tom. vu, pag. 73) tablit quatre classes de monstruosits : la
premire renferme les vices de conformation extraordinaire de
quelques organes ; la deuxime , les vices o les organes ou les
membres ont une situation irrgulire ; la troisime les dviations
organiques par dfaut ; la quatrime enfin les monstruosits par
excs , que les parties soient ou ne soient pas suivant le type
normal de l'espce.
Blumenbach , dans son Manuel d'histoire naturelle, rapporte
aussi les dviations organiques ou monstruosits quatre modi-
fications principales : i changemens de forme ou forme irrgu-
lire des parties individuelles; 2 changemens de situation des
organes; 3 vices par dfaut ; 4 vices par excs.
Le professeur Huber tablit neuf classes de monstruosits;
Voigtel dix et Malacarne seize. Mais Treviranus (Biolog., tom. III,
pag. 4-25) les rduit deux : monstruosits qualitatives et quan-
titatives. J. Fr. Meckel, auteur d'une Anatomie pathologique esti-
me , revient la division de Buffon , ajoutant seulement une
quatrime classe pour les hermaphrodites. MM. Chaussier et
Adelon {Diction, des Sciences mdicales, tom. xxxi) la reprodui-
sent avec moins de changemens encore. Enfin , M. G. Breschet
(Dict. de Md., tom. Vl), considrant les monstruosits comme
une classe de maladies, dviations organiques ou caco genses,
la divise en quatre ordres , subdiviss en un nombre prodigieux
de genres et d'espces. L'ordre premier est celui des agnses.
NOTES DU LIVRE XI. 289
dviation organique avec diminution de la force formatrice ; le
deuxime , des hypergnses , dviation organique avec augmen-
tation de la force formatrice ; le troisime , des diplognses ,
dviation organique avec runion des germes ; le quatrime , des
htrognses , dviation organique avec qualits trangres du
produit de la gnration.
Voil par quel progrs l'esprit humain a tent <le soumettre
des rgles les aberrations de la nature , lorsqu'elle parat s'tre
affranchie de ses lois ordinaires.
Mais au moment que je trace ces lignes, de nouvelles classifi-
cations paraissent en foule, en sorte que dans l'norme quantit
de ces productions que chaque jour voit clore , je ne sais la-
quelle m'arrter. Dieu veuille que ce flau ne nous afflige pas
davantage, et que le got de la vritable science, que la jeunesse
abandonne pour des dcouvertes frivoles et phmres, renaisse
parmi nous!
M. Geoffroy Saint-Hilaire , qui a fait tant de recherches sur
les monstres {Considrai, gnrales sur les monstres, Paris, 182.6),
ne s'en tient pas un strile catalogue : son but est de s'en
servir pour pntrer plus avant dans le labyrinthe de l'anatomie
physiologique. Ce peut tre , en effet , un spectacle instructif
que celui de l'organisation tudie dans ses actes irrguliers. La
nature , comme surprise dans des momens d'hsitation et d'im-
puissance , peut nous dvoiler quelques-uns de ses secrets.
Le principe de l'unit de composition organique, entre les
mains de M. Geoffroy, reoit un nouveau lustre de l'tude ana-
tomique des monstruosits. Suivant lui , toutes les formes di-
verses, sous lesquelles se manifeste l'organisation, sortent d'un
mme type. Loin de regarder les monstres comme des exceptions
aux lois gnrales , il les considre comme des bauches qui ne
seraient point acheves , comme des tats reprsentant des de-
grs divers d'organisation.
Les diverses sortes de monstruosits connues jusqu' prsent
sont tellement nombreuses, qu' moins de faire un gros livre,
je ne saurais faire de chacune une description dtaille. M. Geof-
froy n'a pas pouss bout ses recherches. L' Anatomie compare
des monstruosits animales, par M. Serres, entreprise sur le mme
vin. 19
290 NOTES DU LIVRE XI.
plan, contient seulement les lmeiis de cette science. Entre les
plus fameuses , je citerai celles des monstres qu'on nomme au-
jourd'hui htradelphes , hypognathes , hermaphrodites, hyp-
rencphales , polyops , acphales, anencphales , cyclopes , ag-
nes, thlipsencphales , notencphales, rhinencphales, poden-
cphales , aspalasomes , les monstres par inclusion , etc. La plu-
part de ces mots emportent leur signification.
Les anatomistes modernes n'ont pas seulement essay de classer
mthodiquement les monstres : ils ont tent encore d'expliquer
les lois suivant lesquelles ils supposent que leur formation a
lieu , considrant les faits observables , relativement aux mons-
tres, comme des expriences en quelque sorte prpares d'avance
par la nature pour montrer aux physiologistes les principes de
la composition organique.
La plus clbre de ces lois est celle que M. Geoffroy a prco-
nise sous le nom de balancement , loi par laquelle le dveloppe-
ment excessif d'une partie a toujours lieu aux dpens d'une autre.
Une autre loi , aussi bien tablie , est celle qui est relative la
plus grande frquence des monstruosits dans les parties qui re-
oivent leurs nerfs du trisplanchnique ou grand sympathique :
tels les intestins , la vessie , les organes gnitaux , les vaisseaux
sanguins.
On a observ encore que le trouble des parties est born dans
certaines limites : on n'a, par exemple, jamais trouv les pou-
mons dans le crne, ou le cerveau dans le bas-ventre, l'aorte
abouche l'intestin , etc. Les animaux suprieurs peuvent pro-
duire des monstruosits qui ressemblent des espces infrieures;
mais celles-ci ne produisent jamais de monstruosits qui ressem-
blent un type plus lev. Gnralement la dure des monstres
par excs est plus grande que celle des autres ; plusieurs ont
mme vcu ge d'homme.
La comparaison des monstres de toutes sortes , dit M. Cuvier,
a conduit M. Serres ce rsultat gnral, que les monstruosits
semblables concident toujours avec des dispositions semblables
du systme sanguin.
Ainsi les acphales complets sont privs de cur, les anenc-
phales de carotides internes. Ceux qui n'ont pas d'extrmits
NOTES DU LIVRE XL 9 i
postrieures n'ont pas d'artres fmorales ; et ceux qui manquent
d'extrmits antrieures manquent aussi d'artres axillaires. Il y
a une double artre descendante dans les monstres doubles par
en bas, et une double aorte dans ceux qui le sont par en haut.
M. Serres assure mme que les parties surnumraires, quelle
qu'en soit la position la priphrie du corps , doivent toujours
leur naissance l'artre propre l'organe qu'elles doublent ; qu'une
partie antrieure sur-ajoute, par exemple, mme au dessous
du menton , reoit une artre axillaire qui rampe sous la peau du
cou , pour aller vivifier ce membre insolite.
Il n'a trouv aucune exception cette rgle dans les nom-
breuses monstruosits dont il a fait la dissection. De l rsulte
que ces sortes d'anomalies sont restreintes dans certaines limites :
une tte , par exemple , ne se verra jamais implante sur le sa-
crum , parce que ce trajet serait trop long et trop embarrass
pour les carotides ou les vertbrales surnumraires.
Il en rsulte aussi que ces organes surnumraires ne peuvent
tre que des rptitions plus ou moins exactes des parties pro-
pres l'animal , dans lequel on les observe ; qu'un monstre hu-
main n'aura pas en plus des pieds de quadrupde ou d'oiseau ,
et rciproquement. Il n'est jamais arriv qu' des personnes peu
verses dans la science anatomique, de pouvoir croire retrouver,
dans un monstre, la combinaison de diffrentes parties propres
diverses classes ou diverses espces.
Toutes les monstruosits qu'a examines M. Geoffroy lui ont
fourni la preuve que l'organisation fondamentale se conserve
toujours au milieu mme des anomalies. Ainsi, dans les becs de
livre, il ne s'agit que d'une solution des articulations, soit des
os intermaxillaires entre eux, quand le bec de livre est simple;
soit de ces os avec les maxillaires , quand il est double : dans les
ftus trompe , c'est le dfaut d'ossification ou de dveloppement
des os de la cavit nasale qui laisse les parties molles du nez en
quelque sorte suspendues par le rapprochement ou la confusion
des yeux, et reprsentant souvent, avec beaucoup d'exactitude,
une trompe de tapir ou d'lphant. Dans un monstre, n Lille,
qui avait non-seulement le cerveau hors du crne , et port
comme par une espce de pdicule podencphale , mais les vis-
T 9-.
1
9C)* NOTES DU LIVRE XI.
cres de la poitrine et de l'abdomen en grande parlie hors de
leurs cavits, on retrouvait cependant les os du crne sous le
cerveau qu'ils auraient d couvrir, et les os de la poitrine seule-
ment carts les uns des autres : ce dplacement du cerveau , du
cur, des poumons, du foie et de quelques autres viscres, avait
produit sur ces organes et sur ceux qui taient rests dans l'in-
trieur de grands cliangemens de configuration.
Dans les monstres du genre anencphale, caractriss par la
privation du cerveau et de la moelle pinire , le systme osseux
est profondment modifi ; car, au lieu de se maintenir dans son
tat tutmleux , chacun de ses lmens , chaque anneau vertbral
est ouvert. M. Geoffroy a reconnu , parmi les antiquits gyp-
tiennes de M. Pasalacqua , un monstre de ce genre qui a t d-
terr Hermopolis , dans des catacombes rserves aux animaux,
au milieu d'un grand nombre de cadavres de singes. Il suppose
que les mauvais prsages attachs par la superstition aux produits
monstrueux, ont fait relguer celui-l loin des spultures des
hommes , et il croit en trouver la preuve dans un amulette trouv
auprs de la momie, honneur qui n'tait fait qu'aux tres de race
humaine. Cet amulette, qui reprsente un singe cynocphale,
dont la pose est ordinairement celle d'un homme assis , avait
servi de modle l'attitude donne la momie monstrueuse.
Au reste ce qui concerne la gnration des monstres est en-
core envelopp d'paisses tnbres. Les ides d'volution in-
complte, d'arrt de dveloppement, qui ont fait tant de bruit
dans ces derniers temps , ne sont point applicables aux htra-
delphes, ou ftus accoupls, connus des anciens, et les plus fa-
meux de tous , ni aux hypognathes , qui comprennent les mons-
tres par inclusion, peut-tre les plus surprenans, ni mme aux
aspalasomes , aux hyprencphales , monstres par ventration.
Dans aucun de ces cas, non plus, on ne voit clairement la
loi de balancement. Do.
!
LIVRE DOUZIEME
C. PLINII SECUNDI
HISTORIARUM MUNDI
LIBER XII.
ARBORUM NATURE.
Honor earum.
I. iVnimalidm omnium, quae nosci potuere, nature
generatim membratimque ita se habent. Restant neque
ipsa anima carentia (quandoquidem nihil sine ea vivit)
terra dita , ut inde eruta dicantur , ac nullum silea-
tur naturae opus. Diu fuere occulta ejus bnficia ,
summumque munus homini datum , arbores , silvaeque
intelligebantur. Hinc primum alimenta , harum fronde
mollior specus, libro vestis. Etiamnum gentes sic de-
gunt. Quo magis ac magis admirari subit , ab iis prin-
cipiis caedi montes in marmora 7 vestes ad Seras peti :
unionem in Rubri maris profundo , smaragdum in ima
tellure quaeri. Ad hoc excogitata sunt aurium vulnera :
nimirum quoniam parum erat collo crinibusque gestari,
nisi infoderentur etiam corpori. Quamobrem sequi par
- V * ^ v * V l V \ \ * x *, V v V X fc VX UV VXVV-V'- v^M/wt/Wx ww/* \u\\uw\vu wv* wv% ww ww.x \ \ \ *
HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE.
LIVRE XII.
HISTOIRE NATURELLE DES ARBRES.
Place honorable des arbres dans la nature.
I. llous venons d'exposer, tant en gnral que dans
ses dtails anatomiques , la nature de tous les animaux
que l'on a pu connatre. Il nous reste parler des pro-
ductions de la terre, qui ont galement une me, car
rien ne peut vivre sans me. Puis nous traiterons de
ce qui se tire du sein mme de la terre, pour ne rien
omettre de tous les ouvrages de la nature. Ses bienfaits
demeurrent long-temps ignors , et l'on regardait jadis
les plantes et les forts comme le plus grand don qu'elle
et pu faire au genre humain : aussi l'homme en a-t-il
d'abord tir sa nourriture , a-t-il rendu sa caverne plus
moelleuse par leur feuillage, fait ses habits avec leur
corce. Quelques peuples vivent encore de la sorte. Ne
doil-on pas s'tonner de plus en plus que, de cette sim-
plicit premire, on en soit au point de couper les mon-
tagnes pour en arracher le marbre ; de courir chez les
296 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
est ordinem vit , et arbores ante alia dicere , ac mo
ribus primordia ingerere.
II. 1. Heec fuere numinum templa , priseoque ritu
simplicia rura etiam nunc deo prcellentem arborem
dicant. Nec magis auro fulgentia atque ebore simulacra,
quam lucos , et in iis silentia ipsa adoramus. Arborum
gnera numinibus suis dicata perpetuo servantur : ut
Jovi esculus , Apollini laurus , Minervse olea , Veneri
myrtus, Herculi populus. Quin et Silvanos, Faunosque,
et dearum gnera slvis , ac sua numina , tamquam et
clo , adtributa credimus. Arbores postea blandioribus
fruge succis hominem mitigavere. Ex iis recreans mem-
bra olei liquor , viresque potus vini : tt denique sapo-
res annui sponte venientes : et mensse (depugnetur licet
earum causa cum feris, et pasti naufragorum corpori-
bus pisces expetantur) etiamnum tamen secundse. Mille
praeterea sunt usus earum, sine quis vita degi non pos-
sit. Arbore sulcamus maria terrasque admovemus : ar-
bore exaedificamus tecta : arbore et simulacra numinum
fuere , nondum pretio excogitato belluarum cadaveri ;
HISTOIRE NATURELLE , L1V. XII. 297
Sres pour en rapporter des vtemens; enfin d'aller cher-
cher des perles au fond de la mer Rouge , des meraudes
dans les entrailles de la terre ? Voil pourquoi l'on ima-
gina de se percer les oreilles. C'tait trop peu sans
doute pour l'homme de porter des pierreries au cou et
dans les cheveux, il fallait encore les incruster dans son
corps. Aussi, afin de suivre la marche de la vie, nous
allons parler des arbres, et peindre les murs des pre-
miers sicles.
IL 1 . Les arbres furent les premiers temples ; et nous
voyons aujourd'hui les campagnes, fidles encore la
simplicit de l'ancien culte , consacrer leur plus bel
arbre la Divinit ; les images des dieux , brillantes d'or
et d'ivoire , ne nous inpirent pas plus de vnration que
les bois sacrs , et leur silence mme. Les arbres demeu-
rent toujours consacrs chacun une divinit particu-
lire : le chne Jupiter, le laurier Apollon , l'olivier
Minerve , le myrte Vnus , le peuplier Hercule.
Des Sylvains, des Faunes , et certaines desses, ont t
attribus aux forts , qui ont leurs dieux comme le ciel ,
suivant la croyance vulgaire. Dans la suite , les arbres ,
par leurs sucs plus agrables que les grains, ont donn
l'homme une vie plus douce. C'est d'eux que nous re-
cevons l'huile, qui dlasse les membres; le vin, qui ra-
nime les forces ; enfin tous ces fruits savoureux qui
viennent chaque anne spontanment; aujourd'hui mme
encore ils composent nos seconds services, quoique,
pour couvrir nos tables , nous fassions la guene aux
htes des forts, et que nous allions chercher les poissons
repus des cadavres des naufrages. Les arbres sont , en
298 C. PLINII HIST. NAT. LIB. JJJI.
atque ut, a diis nato jure luxuriae, eodem ebore nu-
minum ora spectarentur , et mensarum pedes. Produnt
Alpibus coercitas , et tum inexsuperabili munimento
Gallias, hanc primum habuisse causam superfundendi
se Itali, quod Helico ex Helvetiis civis earum , fabri-
lem ob artem Romae commoratus, ficum siccam et uvam,
oleique ac vini prmissa remeans secum tulisset. Qua-
propter hsec vel bello quaesisse venia sit.
De peregrinis arboribus. Platanus quando primum in Italia y
et unde.
III. Sed quis non jure miretur, arborem umbrae gra-
tia tantum ex alieno petitam orbe ? Platanus haec est ,
mare Ionium in Diomedis insulam ejusdem tumuli gra-
tia primum invecta, inde in Siciliam transgressa, atque
inter primas donata Italiae, et jam ad Morinos usque
pervecta, ac tributarium etiam detinens solum, ut gentes
vectigal et pro umbra pendant. Dionysius prior, Siciliae
tyrannus, regiarn in urbem transtulit eas, domus suae
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XII. 299
outre , employs mille usages indispensables la vie.
Avec les arbres nous sillonnons les mers et rapproebons
les terres ; avec les arbres nous construisons des mai-
sons ; les arbres furent mme employs aux statues des
divinits avant qu'on et attach du prix au cadavre
des animaux, et qu'on se ft avis, comme pour trouver
chez les dieux l'autorisation du luxe , de reproduire
leurs traits avec cet ivoire qui sert galement dcorer
les pieds de nos tables. On rapporte que les Gaulois ,
arrts par les Alpes, rempart jusqu'alors insurmontable,
se dterminrent pour la premire fois se rpandre sur
l'Italie, parce que Hlicon , artisan helvtien, ayant tra-
vaill quelque temps Rome, en avait rapport des figues
sches et des raisins, de l'huile et du vin d'lite. Qu'on
les excuse donc d'avoir recherch ces productions, mme
au prix de la guerre.
Des arbres exotiques. poque de l'apparition du platane en Italie
et d'o il venait.
III. Mais qui ne sera surpris, juste titre, qu'on ait
fait venir d'un monde tranger un arbre qui n'est bon qu'
procurer de l'ombrage? c'est le platane, apport d'abord,
travers la mer Ionienne , dans l'le de Diomde pour
orner le tombeau de ce hros; de l il passa en Sicile, et
c'est un des premiers arbres trangers donns l'Italie.
Dj il est parvenu chez les Morins ; mais le terrain
qu'il y occupe est sujet un tribut, et des nations paient
un impt mme pour de l'ombre. Denys l'Ancien , tyraij
de Sicile , le transporta dans sa capitale : ce fui la mer-
3oo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
miraculum, ubi postea factum gymnasium : nec potuisse
in araplitudinem adolescere, ut alias fuisse in Italia, ac
nominatim Hispania , apud auctores invenitur.
Natura earum.
IV. Hoc actum circa capte Urbis aetatem : tantum-
que postea honoris increvit , ut mero infuso enutrian-
tur : compertum id maxime prodesse radicibus : docui-
musque etiam arbores vina potare.
Miracula ex his.
V. Gelebratae sunt primum in ambulatione Aeademiae
Athenis cubitorum xxxiii a radice ramos antcdente.
Nunc est clara in Lycia gelidi fontis socia amnitate ,
itineri apposita , domicilii modo , cava octoginta atque
unius pedum specu, nemorosa vertice, et se vastis pro-
tegens ramis, arborum instar, agros longis obtinet um-
bris : ac ne quid desit speluncae imagini , saxese intus
crepidinis corona muscosos complexa pumices : tam
digna miraculo , ut Licinius Mucianus ter consul , et
nuper provinciae ejus legatus , prodendum etiam posteris
putarit, epulatum intra eam se cum duodevicesimo co-
mit : large ipsa toros prbente fronde, ab omni afflatu
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3oi
veille de son palais, dans le lieu o , depuis, fut tabli
le gymnase; mais ces platanes n'y parvinrent pas une
grande hauteur. Quelques crivains remarquent qu'il y
en avait aussi en Italie, et notamment en Espagne.
Nature des platanes.
IV. Ceci se passa vers le temps de la prise de Rome.
On donna dans la suite tant de prix aux platanes ,
qu'aujourd'hui on les nourrit avec du vin pur. On a re-
connu que cette liqueur fait beaucoup de bien aux ra-
cines , et nous avons instruit mme les arbres s'a-
breuver de vin.
Faits merveilleux qui s'y rapportent.
V. Les premiers platanes dont on ait beaucoup parl
ornaient , dans Athnes , la promenade de l'Acadmie ;
leurs racines , plus longues que les branches , avaient
trente-trois coudes. Il existe aujourd'hui en Lycie un
platane clbre, dont le charme s'unit celui d'une
frache fontaine. Plac sur le chemin , il offre pour
asile une grotte de quatre-vingt-un pieds , creuse dans
le tronc ; il a pour cime une fort , et , s'entourant
de vastes rameaux qui semblent autant d'arbres , il
couvre la campagne d'une ombre immense. Afin que
rien ne manque l'image d'une grotte , l'intrieur est
garni d'un rang de pierres-ponces revtues de mousse.
Cet arbre est si merveilleux , que Lucinius Mucianus , trois
fois consul, et dernirement lieutenant en Lycie, a cru
3oa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
securum, optantem imbrium per folia crepitus , lactio-
rem , quam marmorum nitore , picturae varietate , la-
quearium auro, cubuisse in eadem. Aliud exemplum
Caii principis , in Veliterno rure mirati unius tabula ta,
laxeque ramorum trabibus scamna patula, et in ea epu-
lati, quum ipse pars esset umbrae, quindecim convivarum
ac ministerii capace triclinio, quam cenam appellavit ille
nidum. Est Gortynae in insula Creta juxta fontem pla-
tanus una, insignis utriusque linguae monumentis, num-
quam folia dimittens : statimque ei Graecise fabulositas
superfuit , Jovem sub ea cum Europa concubuisse : ceu
vero non alia ejusdem generis esset in Cypro. Sed ex
ea primum in ipsa Creta (ut est natura hominum no-
vitatis avida) platani satae regeneravere vitium : quando-
quidem commendatio arboris ejus non lia major est,
quam solem aestate arcere , hieme admittere. Inde in
Italiam quoque ac suburbana sua , Claudio principe ,
Marcelli iEsernini libertus , sed qui se potentiae causa
Caesaris libertis adoplasset, spado Thessalicus praedives,
ut merito dici posset is quoque Dionysius, transtulit id
genus. Durantque etiam in; Italia portenta terrarum ,
prter illa scilicet , quas ipsa excogitavit Italia.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3o3
devoir transmettre la postrit, qu'il mangea dans cette
grotte avec dix-huit personnes, que le feuillage lui four-
nissait abondamment des lits, qu'il y tait l'abri de tous
les vents , et prtait l'oreille sans entendre le bruit de la
pluie qui frappait le feuillage , plus content que de l'-
clat des marbres, des couleurs varies de la peinture,
de la dorure des lambris , et qu'il y passa la nuit. Caligula
admira , dans le territoire de Vlitres , un platane dont
les branches formaient un plancher , avec des bancs
trs-larges disposs l'entour. Il dna avec quinze con-
vives dans cette salle; et, quoiqu'il occupt bien sa part
de l'ombre , il y eut assez de place pour les gens nces-
saires au service. Il appela ce repas le festin du nid. A
Gortyne, dans l'le de Crte, il existe auprs d'une fon-
taine un platane que les Grecs et les Romains ont c-
lbr dans leurs crits. Il ne perd jamais ses feuilles ;
aussi n'chappa-t-il pas aux fables de la Grce , et Jupi-
ter, sous cet arbre, avait eu commerce avec Europe;
comme s'il n'existait pas dans l'le de Cypre d'autres pla-
tanes de mme espce ! Grce la nature humaine, tou-
jours avide de nouveaut , il fournit d'abord la Crte
des rejetons qui reproduisirent ce dfaut ; car cet arbre n'a
pas de mrite plus grand que celui d'arrter la chaleur
du soleil en t , et de la laisser passer en hiver. Du
temps de l'empereur Claude , cette espce fut transpor-
te de Crte en Italie par un affranchi de Marcellus
^Eserninus , mais qui, par ambition, s'tait fait mettre
au nombre des affranchis de l'empereur. Cet eunuque
thessalien la fit planter dans sa maison de campagne ,
et pourrait avee raison tre appel un autre Denys. On
3o4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
Chamaeplatani. Quis primum viridaria tondere instituent.
VI. i. Namque et chamaeplatani vocantur coact bre-
vitatis : quoniam arborum etiam abortus invenimus. Hoc
quoque ergo in gnre , pumilionum infelicitas dicta
erit. Fit autem et serendi gnre, et recidendi. Primus
C. Matius ex equestri ordine, divi Augusti amicus, in-
venit nemora tonsilia intra hos lxxx annos.
Malum Assyrium quomodo seratur.
VII. 3. Peregrin et cerasi , Persicque , et omnes
quarum Graeca notnina aut alina : sed quae ex his in-
colarum numro esse cpere , dicentur inter frugiferas.
In prsesentia externas persequemur , a salutari maxime
orsi. Malus Assyria, quam alii vocant Medicam, vene-
nis medetur. Folium ejus est unedonis, intercurrentibus
spinis. Pomum ipsum alias non manditur : odore prsecel-
lit foliorum quoque, qui transit in vestes una conditus,
arcetque animalium noxia. Arbor ipsa omnibus horis
pomifera est , aliis cadentibus , aliis maturescentibus ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3o5
voit encore en Italie de ces prodiges exotiques , ind-
pendamment de ceux que l'Italie elle-mme a invents.
Cham-platanes. Nom de l'homme qui eut l'ide de tailler les
bosquets.
VI. 2. Tel est le cham-platane ( platane nain ) , que
sa petitesse force a fait ainsi nommer ; car nous avons
trouv moyen de faire avorter mme les arbres. J'aurai
donc aussi , dans le rgne vgtal, parl de la disgrce
des nains. On se les procure , et par la manire de
les planter, et par celle de les tailler. Caus Matius ,
chevalier romain en faveur auprs d'Auguste, ima-
gina le premier, il y a quatre-vingts ans, de tondre
les bosquets.
Comment se plante le pommier d'Assyrie.
VII. 3. Les cerisiers, les pchers, et tous les arbres
dont les noms sont ^grecs ou d'une autre langue , sont
exotiques. Lorsque je traiterai des arbres fruit, je
parlerai de ceux d'entre eux qui ont commenc se na-
turaliser chez nous. Occupons-nous , pour le moment ,
des arbres trangers , en commenant par le plus salu-
taire de tous. Le pommier d'Assyrie (citronnier), que
d'autres nomment mdique , est un excellent antidote.
Sa feuille ressemble celle de l'undon ( arbousier ) ,
qu'on armerait de quelques piquans. Le fruit ne se
mange pas. L'arbre se distingue aussi par l'odeur de
ses feuilles, qui se communique aux toffes avec les-
vin. 20
3oG c. PLINII HIST. NAT. L1B. XII.
aliis vero subnascentibus. Tentavere gentes transferre ad
sese propter remedii prstantiam fictilibus in vasis , dato
per cavernas radicibus spiramento: qualiter omnia trans-
itura longius seri arctissime transferrique meminisse
conveniet , ut semel quque dicantur. Sed nisi apud
Medos , et in Perside , nasci noluit. Hc est autem ,
cujus grana Parthorum proceres incoquere diximus es-
culentis , commendandi halitus gratia. Nec alia arbor
laudatur in Mdis.
Indiae arbores.
VIII. 4- Lanigeras Srum in mentione gentis ejus
narravimus : item Indiae arborum magnitudinem. Unam
e peculiaribus Indias Virgilius celebravit ebenum , nus-
quam alibi nasci professus. Herodotus eam .ZEthiopiae
intelligi maluit, in tributi vicem regibus Persidis e ma-
terie ejus centenas phalangas tertio quoque anno pen-
sitsse jEthiopas , cum auro et ebore prodendo. Non
omittendum id quoque : vicenos dents elephantorum
grandes, quoniam ita significavit, iEtbiopas ea de causa
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3o7
quelles on l'enferme, et qu'elle garantit des insectes nui-
sibles. Il porte des fruits dans toutes les saisons : tandis
que les uns tombent , d'autres mrissent , et d'autres
commencent se former. Des nations ont essay, cause
de son efficacit contre les poisons, de le transporter
chez elles , dans des vases d'argile , o l'on donnait de
l'air aux racines par des trous : car , soit dit une fois
pour toutes , les arbres qu'on veut faire voyager loin
doivent tre troitement plants dans les caisses qui
servent les transporter. Au reste , le citronnier a re-
fus jusqu'ici de natre ailleurs que chez les Mdes et
dans la Perse. Ce sont les graines de citron que les
grands , chez les Parthes , font cuire dans leurs ragots
(comme nous l'avons dit), afin de se donner une haleine
agrable. Nul autre arbre dans la Mdie ne mrite une
distinction particulire.
Arbres de l'Inde.
VIII. 4- Les arbres laine des Sres ont t dcrits
dans la notice que nous avons donne sur cette nation.
Nous avons aussi parl de la grandeur des arbres de
l'Inde. De tous ceux qui appartiennent spcialement
cette contre, Virgile n'a parl que de Tbnier. Il as-
sure qu'il ne nat pas ailleurs. Hrodote croit plutt
que c'est un arbre d'Ethiopie. Il crit en effet que tous
les trois ans les Ethiopiens envoyaient en tribut au roi
de Perse cent bches de ce bois, avec de l'or et de l'ivoire ;
et n'omettons pas non plus cette circonstance ; car, sui-
vant les expressions de l'historien, les Ethiopiens payaient
20.
3<>8 C. PLIiNII HIST. NAT. LIB. XII.
pendere solitos. Tanla ebori auctoritas erat , Urbis
nostr trecentesimo decimo anno : tune enim auctor
ille bistoriam eam condidit Thuriis in Italia. Quo magis
mirum est , quod eidem credimus , qui Padum amnem
vidisset , neminem ad id tempus Asiae Graeciaeque , aut
sibi cognitum. iEtbiopiae forma, ut diximus, nuper al-
lata Neroni principi , raram arborem Meroen usque a
Syene fine imperii , per dccc xcvi m passuum, nullam-
que nisi palmarura generis esse docuit. Ideo fortassis in
tributi auctoritate tertia res fuerit ebenus.
Quando primum Romae visa ebenus. Qine gnera ejus.
IX. Romae eam Magnus Pompeius in triumpho Mi-
tbridatico ostendit. Accendi Fabianus negat : uritur ta-
men odore jucundo. Duo gnera ejus : rarum id , quod
melius , arboreum, trunco enodi, materie nigri splen-
doris , ac vel sine arte protinus jucundi : alterum fru-
ticosum cytisi modo , et tota India dispersum est.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. *o 9
en tribut vingt grandes dents d'lphant. Le prix de
l'ivoire tait donc dj bien lev vers l'an 3io de Rome;
car c'est cette poque qu'il crivait son histoire Thu-
rium , en Italie. N'est-il pas surprenant qu'on ajoute foi
cet auteur , quand il dit que personne jusqu'alors ,
parmi les habitans de la Grce ou de l'Asie, du moins sa
connaissance , n'avait vu les rives du P ? La carte d'Ethio-
pie nouvellement apporte, comme nous l'avons dit plus
haut, l'empereur Nron, nous a instruits que depuis
Syne, qui borne notre empire, jusqu' Mro, c'est--
dire dans l'tendue de huit cent quatre-vingt-seize milles,
la vgtation est rare , et qu'il n'existe presque pas
d'autres arbres que ceux du genre des palmiers. C'est
peut-tre pour cela que l'bne , parmi les tributs , te-
nait le troisime rang.
Quand Rome vit l'bne pour la premire fois. Diverses espces
d'bne.
IX. Le grand Pompe fit voir l'bne Rome dans
son triomphe sur Mithridate. Fabianus dit que ce bois
ne s'enflamme point; il se consume pourtant, en rpen-
dant une odeur agrable. Il y a deux sortes d'b-
niers : le meilleur et le plus rare est un arbre dont le
tronc n'a point de nuds, et dont le bois n'a pas besoin
du secours de l'art pour tre beau ; l'autre est un arbris-
seau qui ressemble au cytise, et qui est commun dans
toute l'tendue des Indes.
3io C. PLINII H1ST. NAT. LIB. XII.
Spina Indica.
X. 5. Ibi et spina similis , sed deprehensa vel lucer-
nis, igni protinus transiliente. Nunc eas exponam, quas
mirata est Alexandri Magni victoria , orbe eo patefacto.
Ficus Indica. .
XL Ficus ibi exiiia poma habet. Ipsa se semper se-
rens , vastis diffunditur ramis : quorum imi adeo in
terram curvantur , ut annuo spatio infigantur , novam-
que sibi propaginem faciant circa parentem in orbem,
quodam opre topiario. Intra sepem eam aestivant pas-
tores, opacam pariter et munitam vallo arboris, dcora
specie subter intuenti, proculve, fornicato ambitu. Su-
periores ejusdem rami in excelsum emicant , silvosa
multitudine, vasto matris corpore, ut lx passus pleri-
que orbe colligant, umbra vero bina stadia operiant.
Foliorum latitudo peltae effigiem Amazonicae habet : hac
causa fructum integens , crescere prohibet. Rarusque
est , nec fabae magnitudinem excedens : sed per folia
solibus coctus prdulci sapore , dignus miraculo arbo-
ris : gignitur circa Acesinen maxime amnem.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3n
pine indienne.
X. 5. Il y a aussi dans les Indes une sorte d'pine
qui lui ressemble , mais qui s'en distingue , parce que ,
expose mme la flamme d'une lampe, elle laisse aus-
sitt passer la lumire. Nous allons maintenant parler
des arbres qui firent l'admiration d'Alexandre-le-Grand
lorsque ce monde lui fut ouvert par la victoire.
Figuier indien.
XI. Le figuier y porte des fruits trs-petits. Cet arbre,
se multipliant toujours par lui-mme , tend de vastes
branches, dont les plus basses se courbent vers la terre,
au point qu'elles y prennent racine dans l'espace d'un
an, et qu'elles forment une nouvelle plantation autour
du tronc principal, comme si elles avaient t disposes
par l'art du jardinier. Les bergers se retirent l't dans
cette enceinte, ombrage la fois et fortifie par l'arbre
mme , et qui , l'intrieur ou de loin , est agrable
l'il , par les arcades de sa circonfrence. Les bran-
ches suprieures se portent en haut , et leur multi-
tude forme une fort au dessus de l'norme tige mater-
nelle , de manire ce que l'ensemble s'arrondisse en
un cercle de soixante pas , et dont l'ombre couvre deux
stades. La largeur de la feuille reprsente un bouclier
d'amazone ; et , en cachant le fruit , elle l'empche de
crotre. Les figues sont peu nombreuses , et n'excdent
pas la grosseur d'une fve ; mais , cuites par le soleil
travers le feuillage, elles sont trs-douces, et dignes de
3 12 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
4
Arbor pala : pomum ariena.
XII. 6. Major alia : porno et suavitate praecellentior,
quo sapientes Indorum vivunt. Folium alas avium imi-
tatur, longitudine trium cubitorum , latitudine duum.
Fructum cortice mittit , admirabilem succi dulcedine ,
ut uno quaternos satiet. Arbori nomen palae , pomo
arienae. Plurima est in Sydracis, expeditionum Alexan-
dri termino. Est et alia similis huic , dulcior pomo , sed
interaneorum valetudini infesta. Edixerat Alexander, ne
quis agminis sui id pomum attingeret.
Indicarum arborum forraae sine nominibus. Liniferae Indiae
arbores.
XIII. Gnera arborum Macedones narra vere , majore
ex parte sine nominibus. Est et terebintho similis ce-
tera , pomo amygdalis , minore tantum magnitudine ,
proecipuae suavitatis. In Bactris utique hanc aliqui tere-
binthum esse proprii generis potius, quam similem ei,
putaverunt. Sed unde vestes lineas faciunt , foliis moro
similis, calycepomi, cynorrhodo. Serunt eam in campis,
nec est gratior villarum prospectus.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3i3
l'arbre merveilleux qui les produit. Ce figuier se trouve
spcialement aux environs du fleuve Acsine.
L'arbre pala : le fruit arina.
XII. 6. Il y en a un autre plus grand, qui l'emporte
par la grosseur et la douceur de son fruit, dont les
sages de l'Inde se nourrissent. La feuille imite une aile
d'oiseau. Elle a trois coudes de long et deux de large.
Le fruit sort de l'corce , est d'un got exquis , et un
seul suffit pour rassasier quatre personnes. Cet arbre
se nomme pala , et son fruit arina. Il est en grand nom-
bre dans la Sydracie , terme des expditions d'Alexandre.
Il existe encore un autre arbre semblable celui-ci,
dont le fruit est plus doux , mais cause la dysenterie.
Alexandre avait expressment dfendu son arme d'y
toucher.
Description d'arbres indiens anonymes. Arbres indiens qui portent
du lin.
XIII. Les Macdoniens parlaient de plusieurs autres
arbres , sans assigner de nom au plus grand nombre
d'entre eux. Il en est un qui ressemble au trbinthe
pour tout le reste, mais dont le fruit , moins gros qu'une
amande , a une saveur exquise. Quelques-uns ont pens
que cet arbre, qui se trouve dans la Bactriane, est plu-
tt le trbinthe qu'un autre qui lui soit semblable. Celui
d'o l'on tire les habits de lin ressemble au mrier par
ses feuilles, et au cynorrhodon (glantier) par la cou-
3i4 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XII.
Piperis arbores. Gnera piperis : brechma. Zingiberi, sive
zimpiberi.
XIV. 7. Oliva Indise sterilis , praeterquam oleastri
fructu. Passim vero quae piper gignunt, juniperis nostris
similes : quamquam in fronte Caucasi solibus opposita
gigni tantum eas aliqui tradidere. Semina a junipero
distant parvulis siliquis, quales in faseolis videmus. H,
priusquam dehiscant , decerpt , tostaeque sole , faciunt
quod vocatur piper longum : paulatim vero dhiscentes
maturitate, ostendunt candidum piper : quod deinde
tostum solibus , colore rugisque mutatur. Verum et iis
sua injuria est , alque cli intemprie carbunculantur ,
fiuntque Semina cassa et inania , quod vocant brechma ,
sic Indorum lingua significante abortum. Hoc ex omni
gnre asperrimum est, levissimumque , et pallidum.
Gratius nigrum : lenius utroque candidum. Non est hu-
jus arboris radix, ut aliqui existimavere, quod vocant
zimpiberi, alii vero zingiberi, quamquam sapore simile.
Id enim in Arabia atque Troglodytica in villis nascitur,
parv herbae , radice candida. Celeriter ea cariem sen-
tit , quamvis in tanta amaritudine. Pretium ejus in li-
bras, vi. Piper longum facillime adulteratur Alexan-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3i5
ronne de son fruit. On le plante en pleine terre , et il
donne un aspect des plus agrables aux campagnes.
Poivriers. Des diverses espces de poivre. Brechma. Zingiberi et
zimpiberi.
XIV. 7. Les oliviers de l'Inde sont striles, except
les oliviers sauvages. Les arbres qui portent le poivre y
sont communs , et ressemblent nos genvriers : quel-
ques-uns prtendent cependant qu'ils ne croissent que
sur la partie du mont Caucase qui est le plus expose
au soleil. Leurs graines diffrent du genivre par leurs
petites gousses , semblables celles des fasoles. Si on
cueille ces gousses avant qu'elles s'ouvrent , elles don-
nent, sches au soleil , ce qu'on nomme poivre-long. Si ,
au contraire, elles s'ouvrent peu peu en mrissant,
elles donnent le poivre blanc , qui , dessch ensuite
au soleil , se ride et change de couleur. Elles prou-
vent aussi des altrations ; elles sont brouies par les
intempries de l'air, et leurs fruits deviennent alors creux
et vides , ce que les Indiens nomment brechma , terme
qui, dans leur langue, indique l'avortement. Le poivre
est , dans ce cas , trs-acre , trs-lger et ple. Le poivre
noir est d'un got plus agrable; le blanc est moins pi-
quant que les deux autres. Ce n'est pas la racine du poi-
vrier, comme quelques crivains l'ont pens, qui porte
le nom de zimpiberi, ou, suivant d'autres, celui de
zingiberi , quoique la saveur soit la mme, car le gin-
gembre crot dans l'Arabie et dans le pays des Troglo-
dytes. C'est une racine blanche qui appartient une
3i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
drino sinapi. Emitur in libras, x, xv. Album , x, vir ;
nigrum, x, iv. Usum ejus adeo placuisse mirum est. In
aliis quippe suavitas cepit , in aliis species invitavit :
huic nec pomi nec baccae commendatio est aliqua : sola
placere amaritudine , et hanc in Indos peti. Quis illa
primus experiri cibis voluit? aut cui in appetenda avi-
ditate esurire non fuit satis ? Utrumque silvestre genti-
bus suis est , et tamen pondre emitur , ut aurum vel
argentum. Piperis arborem jam et Italia habet majorem
myrto , nec absimilem. Amaritudo grano eadem quae
piperi musteo creditur esse. Deest tosta illa maturitas ,
ideoque et rugarum colorisque similitudo. Adulteratur
juniperi t baccis mire vim trahentibus. In pondre qui-
dem multis modis.
Caryophyllon. Lycium, sive pyxacanthum chironiuin.
XV. Est etiamnum in India piperis grani simile ,
quod vocatur garyophyllon, grandius fragiliusque. Tra-
dunt in Indico luco id gigui. Advhitur odoris gratia.
HISTOIRE NATURELLE, LIY. XII. 3i7
plante herbace. Malgr sa saveur , d'une grande cret ,
cette racine se moisit en peu de temps. Elle se vend six
deniers la livre. Le poivre-long est trs-ais falsifier avec
le sinapi d'Alexandrie. Ce poivre se vend quinze deniers
la livre; le poivre blanc en cote sept, et le poivre noir
seulement quatre. Il est , du reste , tonnant que l'usage
du poivre ait tant d'attrait. 11 y a des choses qui se
font dsirer par leur suavit, d'autres par leur beaut;
le poivre n'a aucun titre cette faveur, comme fruit
ni comme baie ; il ne plat que par son cret , et c'est
elle qu'on va chercher jusqu'aux Indes. Qui le premier
osa l'essayer dans ses alimens, ou qui, pour se procurer
l'apptit, n'eut pas assez de la dite? Le poivre et le
gingembre sont regards comme des productions sau-
vages dans le pays o ils croissent, et pourtant on les
vend au poids , de mme que l'or et l'argent. L'Italie a
maintenant des poivriers qui sont un peu plus grands
que le myrte, et lui ressemblent assez. On croit que leur
fruit a l'cret du poivre des Indes nouvellement cueilli.
Mais ne mrissant pas, comme lui, sous un soleil qui le
torrfie , il n'a non plus ni les mmes rides , ni la mme
couleur. On falsifie le poivre en y mlant des baies de
genivre, qui en contractent trs-bien l'cret. On se sert
de plusieurs artifices pour le rendre plus pesant.
Caryophylle. Lycium ou pyxacanthe chironien.
XV. H y a aussi dans l'Inde une graine aromatique
semblable au poivre, mais plus grosse et plus fragile,
que Ion nomme garyophy lion (girofle). On dit qu'elle
3i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
Fert et in spinis piperis similitudinem , praecipua ama-
ritudine , foliis parvis densisque , cypri modo , ramis
trium cubitorum, cortice pallido, radie lata, lignosaque,
buxei coloris. Hac in aqua cum semine excepta in aereo
vase medicamentum fit , quod vocatur lycion. Ea spina
et in Pelio monte nascitur , adulteratque medicamen-
tum. Item asphodeli radix, aut fel bubulum, aut absin-
thium , vel rhus , vel amurca. Lycion aptissimum me-
dicinae, quod est spumosum. Indi in utribus camelorum
aut rhinocerotum id mittunt. Spinam ipsam in Graecia
quidam pyxacanthum Chironkim vocant.
Macir.
XVI. 8. Et macir ex India advehitur, cortex rubens
radicis magnae , nomine arboris suae : qualis sit ea , in-
compertum habeo. Corticis melle decocti usus in medi-
cina ad dysentericos praecipuus habetur.
Saccharon.
XVII. Saccharon et Arabia fert, sed laudatius India:
est autem mel in arundinibus collectum , gummium
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3 19
crot dans une fort sacre de l'Inde. On ne l'apporte
qu' cause de son parfum. L'Inde produit encore un
arbre pineux qui porte un fruit semblable au poivre , et
d'une grande cret. Ses feuilles sont petites et ramasses,
comme celles du cypre; ses branches ont trois coudes
de longueur; son corce est ple; sa racine est aplatie,
ligneuse, et de la couleur du buis. De cette racine in-
fuse dans l'eau avec la graine, dans un vase de cuivre,
on fait un mdicament appel lycion. La mme pine
crot sur le mont Plion , et sert falsifier ce remde.
On emploie galement c^t effet la racine d'asphodle ,
le fiel de buf, l'absinthe, le rhus (sumac) et le marc
d'huile. Le lycion le plus convenable la mdecine est
cumeux. Les Indiens l'envoient dans des outres de peaux
de chameaux ou de rhinocros. Quelques personnes
donnent , en Grce , le nom de pyxacanthe chironien
l'pine elle-mme.
Macir.
XVI. 8. Le macir s'apporte aussi des Indes : c'est
l'corce rouge d'une grande racine qui porte le mme
nom que son arbre. Mais quel est cet arbre ? c'est ce
que je n'ai pu dcouvrir. Cette racine , bouillie avec du
miel , est principalement employe contre la dysenterie.
Sucre.
XVII. L'Arabie produit du sucre, mais celui des
Indes est prfr. C'est une espce de miel qui s'amasse
3ao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
modo candidum dentibus fragile , amplissimum nucis
avellanae magnitudine , ad medicinae tantum usum.
Arbores Arianae gentis. Item Gedrosiae : item Hyrcania?.
XVIII. Contermina Indis gens Ariana appellatur, cu-
jus spina lacrymarum pretiosa , myrrhae similis, accessu
propter aculeos anxio. Ibi et frutex pestilens raphani ,
folio lauri , odore equos invitante , qui paene equitatu
orbavit Alexandrum primo introitu : quod et in Gedro-
sis accidit. Item laurino folio et ibi spina tradita est ,
cujus liquor aspersus oculis , caecitatem infert omnibus
animalibus. Necnon et herba praecipui odoris referta
minutis serpentibus , quarum ietu protinus moriendum
esset. Onesicritus tradit in Hyrcaniae convallibus ficis
similes esse arbores , quae vocentur occhi , ex quibus
defluat mel horis matutinis duabus.
Item Bactriae. Bdellium, sive brochon, sive malacham, sive mal-
dacon. Scordacti. In omnibus odoribus aut condimentis di-
cuntur adulterationes , exprimenta, pretia.
XIX. 9. Vicina et Bactriana , in qua bdellium nomi-
natissimum. Arbor nigra est , magnitudine oleae , folio
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3a i
sur des roseaux. Il est blanc comme de la gomme, et se
casse sous la dent. Les plus gros morceaux sont de la
grosseur d'une aveline. La mdecine seule en fait usage.
Arbres de l'Ariane , de la Gdrose , de l'Hyrcanie.
XVIII. Dans l'Ariane, province limitrophe des Indes,
on trouve un arbre pineux , et par cela mme d'un
abord difficile, d'o dcoule une liqueur prcieuse, sem-
blable la myrrhe. H y a dans la mme contre un ar-
brisseau vnneux dont la racine ressemble au raifort,
et la feuille celle du laurier, donf l'odeur attire les che-
vaux, ce qui fut cause que , ds son entre en cette pro-
vince , Alexandre perdit presque toute sa cavalerie ;
accident qui se renouvela dans la Gdrosie. 11 se trouve
aussi dans l'Ariane une autre plante pineuse qui a la
feuille du laurier, et dont le suc, rpandu sur les yeux,
fait perdre la vue tous les animaux. On y rencontre
aussi une herbe d'une odeur singulire, couverte de pe-
tits serpens, dont la morsure fait mourir sur-le-champ.
Onsicrite dit que , dans les valles d'Hyrcanie , on
trouve des espces de figuiers nomms occhi , dont
il dcoule du miel , tous les matins , pendant deux
heures.
Arbres de la Bactriane. Bdellium ou brochon, autrement malacham
ou maldacon. Scordactes. Falsifications qu'on fait subir aux
aromates et aux pices ; vrification des denres ; leur prix.
XIX. 9. Non loin de l, dans la Bactriane, se trouve
le bdellion trs-renomm. L'arbre qui le produit est noir,
vin. 21
3*2 C. PLINTI HIST. NAT. LIB. XII.
roboris, fructu caprifici naluraque. Gummi alii brochon
appellant , alii malacham , alii maldacon. Nigrum vero
et in offas convolutum , adrobolon. Esse autem dbet
translucidum , simile cer, odoratum, et quum fricatur,
pingue, gustu amarum citra acorem. In sacris vino per-
fusum , odoratius. Nascitur et in Arabia , Indiaque , et
Media, ac Babylone. Aliqui peraticum vocant ex Media
advectum. Fragilius hoc et crustosius,amariusque: at In-
dicum humidius et gumminosum. Adulteratur amygdala
nuce. Cetera ejus gnera cortice et scordasti. Ita voca-
tur arbor mulo gummi. Sed deprehenduntur (quod
semel dixisse et in ceteros odores satis sit ) odore , co-
lore , pondre , gustu , ign. Bactriano nitor siccus ,
mul tique candidi ungues. Praeterea suum pondus, quod
gravius esse aut levius non debeat. Pretium sincero in
libras x terni.
Persidis arbores.
XX. Gentes supra dictas Persis attingit, Rubro mari
( quod ibi Persicum vocavimus ) longe in terra aestus
agente , mira arborum natura. Namque erosae sale , in-
vectis derelictisque similes , sicco litore radicibus nudis
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3a3
de la grandeur d'un olivier, feuilles de chne ; mais,
par sa nature et par son fruit , il tient du figuier sau-
vage. Sa gomme est appele par les uns brochon , par
les autres malacha , et quelquefois maldacon. Le bdel-
lion noir, rassembl en masses, est l'adrobolon. Au
reste , cette gomme doit tre translucide , couleur de
cire et odorante , surtout quand on la frotte ; grasse ,
arrire au got , mais sans aigreur. Employe dans les
sacrifices, on l'arrose de vin, ce qui augmente son par-
fum. Elle nat aussi dans l'Arabie, dans l'Inde, dans la
Mdie et Babylone. Quelques-uns appellent pra tique
le bdellion qu'on apporte de Mdie. Il est plus fragile ,
plus cailleux et plus amer que les autres; celui des Indes
est plus humide et gommeux. On le falsifie avec des aman-
des , et les autres espces avec l'corce du scordaste ,
arbre dont la gomme ressemble au bdellion ; mais la
falsification , de mme que celle des autres parfums ,
ce que nous dirons une fois pour toutes , se dcouvre
par l'odeur, la couleur, le poids, le got et le feu. Le
bdellion de la Bactriane est sec , luisant , et parsem de
taches blanches comme celles de l'ongle. Il se reconnat
en outre un certain poids dont il ne s'carte jamais
en plus ou en moins. Il cote trois deniers la livre.
Arbres de Perse.
XX. La Perse avoisine les rgions dont nous venons
de parler ; et la mer Rouge , que nous avons dsigne
plus haut sous le nom de golfe Persique , poussant ses
mares au loin sur les terres, y dtermine des propri-
21.
3a/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
polyporum modo amplexae striles arenas spectantur.
Eaedem mari adveniente fluctibus pulsatae, resistunt im-
mobiles. Quin et pleno aestu operiuntur totae : apparet-
que rerum argumentis asperitate aquarum illas ali. Ma-
gnitudo miranda est , species similis unedoni , pomum
amygdalis extra , intus contortis nueleis.
Persici maris insularum arbores. Gossympinum arbor.
XXI. io. Tylos insula in eodem sinu est, repleta
silvis, qua spectat Orientem, quaque et ipsa stu maris
perfunditur. Magnitudo singulis arboribus fici, flos sua-
vitate inenarrabili , pomum lupino simile , propter as-
peritatem intactum omnibus animalibus. Ejusdem in-
sula? excelsiore suggestu lanigerae arbores alio modo ,
quam Srum. His folia infecunda : quae , ni minora es-
sent, vitium poterant videri. Ferunt cotonei mali am-
plitudine cucurbitas , quae maturitate ruptas ostendunt
lanuginis pilas, ex quibus vestes pretioso linteo faciunt.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3a5
ts singulires dans les vgtaux ; car on voit des arbres,
rongs par le sel , qui paraissent avoir t apports et
dlaisss sur le rivage, et qui , lorsque la plage est
sec, embrassent de leurs racines nues, la manire des
polypes, les sables striles. Lorsque la mare revient,
ils rsistent , immobiles , au choc des vagues. Ils sont
quelquefois entirement couverts par les eaux , et la
chose elle-mme prouve que l'amertume de ces eaux les
nourrit. Ils sont d'une grandeur surprenante, ils res-
semblent des arbousiers; leur fruit est, au dehors,
comme celui de l'amandier ; mais , l'intrieur , leur
noyau est contourn.
Arbres des iles de la mer Persique. Le gossympin.
XXI. 10. L'le de Tylos , situe dans le mme
golfe , est remplie de forts du ct de l'orient , partie
qui est couverte des eaux de la mer dans le temps du
flux. Les arbres qu'on y voit sont de la grandeur du
figuier. Leurs fleurs ont une odeur ravissante ; leur
fruit est semblable au lupin ; mais il est si pre , qu'au-
cun animal n'en veut manger. Dans la partie la plus
leve de l'le, on trouve des arbres qui produisent du
duvet diffrent de celui des Sres. Leurs feuilles ne pro-
duisent rien , et l'on pourrait les confondre avec celles
de la vigne , si elles n'taient plus petites. Ces arbres
produisent des courges de la grosseur d'un coing , qui
se rompent en mrissant, et donnent des pelottes lai-
neuses dont on fabrique des toiles prcieuses pour faire
des vtemens.
326 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
1 1. Arbores vocant gossympinos: fertiliore etiam Tylo
minore, quae distat x m pass.
Chynas arbor. Ex quibus arboribus lina in Oriente fiant.
XXII. Juba circa fruticem lanugines esse tradit , lin-
teaque ea Indicis prstantiora. Arabiae autem arbores ,
ex quibus vestes faciant , cynas vocari , folio palmae si-
mili. Sic Indos suae arbores vestiunt. In Tylis autem et
alia arbor floret albae violae specie , sed magnitudine
quadruplici , sine odore , quod miremur in eo tractu.
Quo in loco arborum nulla folia dcidant.
XXIII. Est et alia similis , foliosior tamen , roseique
floris : quem noctu comprimens , aperire incipit solis
exortu , meridie expandit. Incolae dormire eum dieunt.
Fert eadem insula et palmas, oleasque, ac vites, et cum
reliquo pomorum gnre ficos. Nulli arborum folia ibi
decidunt. Rigaturque gelidis fontibus , et imbres ac-
cipit.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 327
1 1. On nomme ces arbres gossympins. La petite le
de Tylos , loigne de dix mille pas de celle du mme
nom dont nous avons parl , est encore plus fertile en
cette sorte de production.
Le chynas. De quels arbres on fait des tissus en Orient.
XXII. Juba rapporte que sur un certain arbrisseau
se trouve un duvet dont on fait des toiles plus belles
que celles des Indes. Il ajoute que les arbres d'Arabie
qui fournissent des vtemens se nomment cynes , et
qu'ils ont la feuille comme les palmiers. Les Indiens
tirent pareillement de leurs arbres de quoi se vtir. On
trouve dans les les de Tylos un autre arbre semblable
au violier, mais quatre fois plus grand, et sans odeur,
ce qui est surprenant dans ce climat.
Lieux o les arbres ne perdent point leur feuillage.
XXIII. On y trouve galement un autre arbre sem-
blable au prcdent , mais plus charg de feuilles. Sa
fleur a l'apparence' d'une rose : elle se ferme la nuit,
commence s'ouvrir au lever du soleil , et s'panouit
midi ; ce qui fait dire aux insulaires que cette fleur a la
facult de dormir. Celte le produit aussi des palmiers,
des oliviers, des vignes, des figuiers, et gnralement
toute sorte de fruits. Aucun arbre n'y perd ses feuilles.
Le pays est arros par des fontaines dont l'eau est trs-
froide , et par des pluies assez frquentes.
3a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
Quibus modis constent arborum fructas.
XXIV. Vicina his Arabia flagilat quamdam generum
distinctionem , quoniam fructus iis constat radice , fru-
tice , cortice , succo , lacryma , ligno , surculo , flore ,
folio , porno.
De costo.
XXV. 11. Radix et folium Indis est maximo pretio.
Radix costi gustu fervens , odore eximio , frutice alias
inutili. Primo statim introitu amnis Indi in Patale in-
sula , duo sunt ejus gnera : nigrum , et quod melius ,
candicans. Pretium in libras x. vi.
De nardo. Differentiae ejus xu.
XXVI. De folio nardi plura dici par est , ut princi-
pali in unguentis. Frutex est gravi et crassa radice, sed
brevi ac nigra , fragilique , quamvis pingui , situm re-
dolente, ut cyperi, aspero sapore, folio parvo densoque.
Cacumina in aristas se spargunt : ideo gemina dote
nardi spicas ac folia clbrant. Alterum ejus genus apud
Gangem nascens , damnatur in totum , ozaenitidis no-
mine, virus redolens. Adulteratur et pseudonardo herba,
quae ubique nascitur crassiore atque latiore folio , et
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XII. 3o
Des produits utiles des arbres.
XXIV. Non loin se trouve l'Arabie , qui rclame
quelque intrt pour ses productions, consistant en di-
verses espces de racines , de branches , d'corces , de
sucs , de gommes, de bois, de rejetons, de fleurs et de
fruits.
Du costus.
XXV. 12. La racine du costus et les feuilles du nard
sont fort estimes dans les Indes. Cette racine a une
saveur brlante et une excellente odeur ; le reste de la
plante est inutile. A l'embouchure du fleuve Indus, dans
l'le de Patale, il y a deux sortes de costus , le noir et
le blanc : ce dernier est le meilleur. Son prix est de six
deniers la livre.
Du nard : douze varits de cette plante.
XXVI. Quant aux feuilles du nard, il convient d'en
traiter un peu au long , parce qu'elles sont la base des
parfums. Le nard est un arbrisseau dont la racine,
paisse, pesante, courte et noire, aise rompre, bien
qu'elle soit grasse, joint une saveur pre, une odeur
aussi dsagrable que celle du cyperus. Ses feuilles sont
petites et touffues. Son sommet se termine en barbe ,
et cette partie est aussi estime que les feuilles. Il y a
une autre sorte de nard qui n'est d'aucun usage, et
qui crot auprs du Gange , on le nomme oznitide ,
33o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
colore languido in candidum vergente. Item sua radie
permixta ponderis causa, et gummi, spumaque argenti,
aut stibio , ac cypero , cyperive cortice. Sincerum qui-
dem levitate deprebenditur, et colore rufo , odorisque
suavitate, et gustu maxime siccante os, sapore jucundo.
Pretium spicse in libras x. c. Folii divisere annonam : ab
amplitudinehadrosphaerum vocatur majoribus foliis, x. l.
Quod minore folio est, mesosphaerum appellatur : emi-
tur x. lx. Laudatissimum microspliserum e minimis fo-
lium: pretium ejus x. lxxv. Odoris gratia omnibus ma-
jor recentibus. Nardo color qui inveteraverit , nigriori
melior. In nostro orbe proxime laudatur Syriacum , mox
Gallicum, tertio loco Creticum , quod aliqui agrium vo-
cant, alii phu, folio olusatri, caule cubitali , geniculato,
in purpura albicante, radice obliqua villosaque, et imi-
tante avium pedes. Baccharis vocatur nardum rusticum,
de quo dicemus inter flores. Sunt autem ea omnia herb
prter Indicum. Ex iis Gallicum et cum radice velli-
tur, abluiturque vino. Siccatur in umbra , alligatur fa-
sciculis in charta , non multum ab Indico differens ,
Syriaco tamen levius. Pretium x. m. In his probatio
una, ne sint fragilia , et arida potius, quam sicca folia.
CumGallico nardo semper nascitur herba, quae hirculus
vocatur, a gravitate odoris et similitudine, qua maxime
adulteratur. Distat , quod sine cauliculo est , et quod
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 33 1
cause de sa mauvaise odeur. Le nard se falsifie avec une
herbe trs-commune, nomme faux-nard, dont la feuille
est plus large et plus paisse, et dont la couleur peu pro-
nonce tire sur le blanc. Pour rendre le nard plus pesant ,
on y mle de sa racine, de la gomme , de la litharge,
de l'antimoine , du cyperus , ou de l'corce de cyperus.
On reconnat le nard pur sa lgret , sa couleur
rousse , sa bonne odeur et sa saveur agrable, la
proprit qu'il a de desscher la bouche. Les pis se
vendent cent deniers la livre. Les feuilles font varier le
prix de cette denre : l'adrosphaeron , ou nard grandes
feuilles , se vend cinquante deniers la livre ; le mso-
sphron, c'est--dire moyennes feuilles, cote soixante
deniers; enfin le plus renomm, le microsphaeron , ou
petites feuilles , vaut soixante-quinze deniers. L'odeur
du nard , quelle qu'en soit l'espce , est plus agrable
quand il est nouveau; s'il a vieilli, le plus noir est pr-
frable. Parmi ceux qui croissent dans notre empire ,
le plus renomm est celui de Syrie ; vient ensuite celui
des Gaules, puis celui de Crte, que quelques-uns ap-
pellent nard sauvage ? et d'autres phu. Cette troisime
espce a la feuille comme celle de l'olusatrum , la tige
haute d'une coude , garnie de nuds , et de couleur
pourpre ple. Sa racine est tortue , couverte de poil , et
ressemble au pied d'un oiseau. On appelle baccharis le
nard des champs ; nous en parlerons en traitant des
fleurs. Tous ces diffrens nards sont des herbes,
l'exception de celui des Indes. Le nard des Gaules s'ar-
rache avec sa racine ; on le lave ensuite dans du vin.
Aprs l'avoir fait scher l'ombre, on le met en petites
33a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
minoribus foliis , quodque radicis neque amarae , neque
odorat.
Asaron.
XXVII. 1 3. Nardi vim habet et asarum : quod et ip-
sum aliqui silvestre nardum appellant. Est autem ederae
foliis , rotundioribus tantum mollioribusque, flore pur-
pureo , radie Gallici nardi : semen acinosum , saporis
calidi ac vinosi. Montibus in umbrosis bis anno floret.
Optimum in Ponto , proximum in Phrygia , tertium in
Illyrico. Foditur quum folia mittere incipit , et in sole
siccatur, celeriter situm trahens, ac senescens. Inventa
nuper et in Thracia herba est , cujus folia nihil ab In-
dico nardo distant.
Amomum : amomis.
XXVIII. Amomi uva in usu est, Indica vite labrusca:
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 333
bottes dans du papier. Il diffre peu de celui des Indes ;
mais il est plus lger que celui de Syrie, et se vend
trois deniers la livre. Le seul moyen de les connatre ,
c'est qu'elles ne soient pas fragiles et dessches , mais
seulement sches. On trouve toujours auprs du nard
des Gaules une herbe qui lui ressemble , et que son
odeur forte et analogue celle du bouc a fait surnom-
mer hircule : on s'en sert pour le falsifier. Elle en
diffre en ce qu'elle n'a point de tige , que ses feuilles
sont plus petites , et que sa racine n'est ni amre ni
odorante.
Asaron.
XXVII. i3. L'asarum a les mmes proprits que le
nard ; aussi quelques-uns l'appellent-ils nard sauvage.
Ses feuilles ressemblent celles du lierre , mais elles
sont plus rondes et plus flexibles. Sa fleur est pourpre ,
sa racine est semblable celle du nard gaulois , et sa
graine, remplie de suc, a une saveur chaude et vineuse.
Il crot sur les montagnes ombrages, et fleurit deux fois
l'an. La premire qualit se recueille dans le Pont , la
seconde dans la Phrygie , et la troisime en lllyrie. On
l'arrache quand ses feuilles commencent paratre , on
le sche au soleil, autrement il se gte bientt et con-
tracte une mauvaise odeur. On a trouv depuis peu dans
la Thrace une herbe dont les feuilles sont tout--fait
semblables celles du nard des Indes.
L'amome ; l'amomide.
XXVIII. La grappe d'amomum est d'un frquent
334 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
ut alii existimavere, frutice myrtuoso, palmi altitudine:
carpiturque cum radice , manipulatim leniter componi-
tur, protinus fragile. Laudatur quam maxime Punici
mali foliis simile , nec rugosis , colore rufo. Secunda
bonitas pallido. Herbaceum pejus, pessimumque candi-
dum , quod et vetustate evenit. Pretium uv in libras
x. lx; friato vero amomo x. xlviii. Nascitur et in Arme-
niae parte, quae vocatur Otene, et in Media, et in Ponto.
Adulteratur foliis Punicis, et gummi liquido , ut cohae-
reat convolvatque se in uv modum. Est et quae voca-
tur amomis , minus venosa atque durior , ac minus
odorata : quo apparet , aut aliud esse, aut colligi imma-
turum.
Cardamomum.
XXIX. Simile his et nomine et frutice cardamomum,
semine oblongo. Metitur eodem modo et in Arabia.
Quatuor ejus gnera : viridissimum ac pingue , acutis
angulis , contumax frianti , quod maxime laudatur :
proximum e rufo candicans : tertium brevius atque ni-
grius. Pejus tamen varium et facile tritu , odorisque
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 335
usage : c'est le fruit d'une vigne sauvage des Indes, ou,
comme d'autres le prtendent , le produit d'un arbris-
seau qui ressemble au myrte , et n'a qu'un palme de
hauteur. On l'enlve avec sa racine , et on l'assemble
en faisceau avec prcaution , car il se brise aisment.
Celui dont on fait le plus de cas a les feuilles, comme le
pommier punique (grenadier?), rousses et sans rides.
On accorde le second rang celui qui est ple ; celui qui
ressemble de l'herbe est encore infrieur ; enfin , le
blanc est le pire de tous , et cette couleur lui vient
en vieillissant. En grappe , il vaut soixante deniers
la livre ; mais quand il est gren il ne se vend que
quarante-huit. Cet arbrisseau crot dans la partie de
l'Armnie qu'on nomme Otne, dans la Mdie et dans
le Pont. On le falsifie avec des feuilles de grenadier ,
qu'on y adapte l'aide de la gomme liquide, en les rou-
lant en forme de grappe. Il y a un autre aromate appel
amomide, mais moins veineux, plus dur et moins odo-
rant; ce qui montre que c'est une espce diffrente, ou
que c'est l'amome cueilli avant sa maturit.
Le cardamome.
XXIX. Le cardamome leur ressemble tous deux
par son nom et par sa figure : sa graine est oblongue.
On le recueille de la mme manire en Arabie. Il
y en a de quatre sortes. En premire ligne on distin-
gue celui qui , gras et d'une couleur verte trs-pronon-
ce, a les angles aigus, et est difficile briser. Le se-
cond est d'un blanc roux ; le troisime est plus petit et
336 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
parvi : qui verus, costo vicinus esse dbet. Hoc et apud
Medos nascitur. Pretium optimi in libras x. duodecim.
De thurifera regione.
XXX. Cinnamomo proxima gentilitas erat, ni prius
Arabiae divitias indicari conveniret , causasque , quae
cognomen illi felicis ac beatae dedere. Principalia ergo
in illa thus , et myrrha : haec et cum Troglodytis com-
munis.
i4- Thura, praeter Arabiam , nullis , ac ne Arabiae
quidem universae. In medio ejus fere sunt Atramitae ,
pagus Saborum , capite regni Sabota, in monte excelso,
a quo octo mansionibus distat regio eorum thurifera ,
Saba appellata. (Hoc significare Graeci mysterium di-
cunt. ) Spectat ortus solis aestivi , undique rupibus in-
via, et a dextra mari scopulis inaccesso. Id solum e
rubro lacteum traditur. Silvarum longitudo est, schni
xx latitudo dimidium ejus. Schnus patet Eratosthenis
ratione , stadia xl hoc est , passuum quinque millibus :
aliqui xxxn stadia singulis schnis dedere. Attolluntur
colles alti , decurruntque et in plana arbores sponte
nata?. Terram argillosam esse convenit , raris fonlibus
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XII. 33 7
plus brun ; le quatrime enfin , et le pire , a des cou-
leurs diverses, peu d'odeur et beaucoup de friabilit.
Le bon cardamome doit avoir une odeur approchant
de celle du costus. On le trouve aussi dans la Mjdie.
Le meilleur se vend douze deniers la livre.
Du pays de l'encens.
XXX. L'affinit de nom nous engagerait parler
ds prsent du cinnamome , si nous ne trouvions
plus convenable de traiter auparavant des richesses, de
l'Arabie, et des causes qui l'ont fait surnommer fertile
et heureuse. Ses principales productions sont l'encens
et la myrrhe : cette dernire se trouve aussi dans le pays
des Troglodytes.
i4- L'encens appartient exclusivement l'Arabie,
encore ne le trouve-t-on pas dans toute cette contre.
Vers le milieu du pays sont les Atramites, qui habitent
un canton des Sabens, et dont la capitale est Sabota.
Cette ville est btie sur une haute montagne , huit
journes de la province o crot l'encens , lieu qu'on
nomme Saba ; ce qui, chez les Grecs, signifie mystre.
Ce canton, situ au levant d't , est environn de ro-
chers inaccessibles, et droite la mer, par ses cueils,
le rend inabordable. On dit que ce terroir est d'un rouge
laiteux. Les forts qui produisent l'encens ont vingt
schnes de longueur et moiti de largeur. Le schne,
au rapport d'ratosthne , contient quarante stades,
'est--dire cinq mille pas ; d'autres ne lui ont donn
que trente-deux stades. De hautes collines s'y lvent.
VI 11. 22
338 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
ac nitrosis. Attingunt et Mini , pagus alius , per quos
evehitur uno tramite a^igusto. Hi primi commercium
thuris fecere, maximeque exercent : a quibus et Minum
dictum est. Nec prterea Arabum alii thuris arborem
vident , ae ne horum quidem omnes. Feruntque mmm
non amplius esse familiarun) , qu jus per successiones
id sibi vindicent. Sacros vocari ob id , nec ullo congressu
feminarum, funerumque,quum incidant eas arbores aut
metant, pollui : atque ita religione merces augeri. Qui-
dam promiscuum jus iis populis esse tradunt in silvis :
alii per vices annorum dividi.
Quse arbores thus ferant.
XXXI. Nec arboris ipsius quse sit facis , constat.
Res in Arabia gessimus , et romana arma in magnam
partem ejus penetravere : Caius etiam Caesar, Augusli
filius, inde gloriam petiit, nec tamen ab ullo (quod equi-
dem sciam) Latino arborum earum tradita facis. Gr-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 33 9
Les arbres, ns spontanment, se prolongent dans la
plaine. On convient gnralement que cette terre est
argileuse , et que les fontaines , qui s'y trouvent en
petit nombre , sont nitreuses. A peu de distance est le
pays des Minens , autre canton travers lequel on
apporte l'encens par un seul chemin fort troit. Ce
peuple fut le premier qui en fit commerce , et mainte-
nant encore il s'en occupe presque exclusivement , ce
qui fait que l'encens a t appel minen. Il n'est pas
permis aux. autres Arabes de voir l'arbre de l'encens ,
et les Sabens eux-mmes n'ont pas tous cette faveur.
On prtend qu'il n'y a que trois mille familles qui , par
droit de succession , s'arrogent ce privilge. On dit ,
pour cette raison , qu'ils sont sacrs ; et quand ils sont
sur le point de tailler leurs arbres ou d'en faire la r-
colte, ils se gardent bien de se souiller par le commerce
des femmes ou en assistant aux funrailles , attendant
de cette observation religieuse l'augmentation de leurs
richesses. Quelques-uns disent que tous ceux de cette
nation ont toujours un gal droit sur ces forts; d'autres
assurent qu'ils en jouissent annuellement, chacun leur
tour.
Arbres qui portent l'encens.
XXXI. On ne s'accorde point sur la forme de l'arbre.
Nous avons combattu en Arabie , et les armes ro-
maines ont pntr dans une grande partie de ce pays :
Caus Csar, fils d'Auguste, s'y est mme acquis de la
gloire , et cependant nul auteur latin , du moins ma
connaissance , ne nous a donn la description de cet
22.
34o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
corum exempla variant. Alii folio piri, minore dumtaxat,
et herbidi coloris prodidere. Alii lentisco similem sub-
rutilo. Quidam terebinthum esse, et hoc visum Antigono
rgi allato frutice. Jubarex iis voluminibus, quae scripsit
ad C. Caesarem, Augusti filium, ardentem fama Arabiae,
tradit contorti esse caudicis, ramis aceris maxime Pon-
tici , succum amygdala modo emittere : talesque in Car-
mania apparere, et in iEgypto satas studio Ptolemseo-
rum regnantium. Cortice lauri esse constat : quidam et
folium simile dixere. Talis certefuit arbor Sardibus. INam
et Asiae reges serendi curam habuerunt. Qui mea aetate
legati ex Arabia venerunt , omnia incertiora fecerunt ,
quod jure miremur, virgis etiam thuris ad nos commean-
tibus : quibus credi potest, matrem quoque terete et enodi
fruticare trunco.
Quae natura thuris , et quse gnera.
XXXII. Meti semel anno solebat, minore occasione
vendendi. Jam quaBstus alteram vindemiam afFert. Prior
atque naturalis vindemia circa Canis ortum flagrantis-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3/,l
arbre. Quant aux rcits des Grecs , ils varient : les uns
disent que ses feuilles ressemblent au poirier, quoique
un peu plus petites , et de couleur herbace ; les autres ,
qu'il est semblable au lentisque, et d'un roux tant soit peu
ardent; d'autres enfin, que c'est une sorte de trbinthe,
et que le roi Antigone fut de cet avis quand on lui en
apporta un arbrisseau. Dans les ouvrages que le roi Juba
composa pour satisfaire l'ardeur que la clbrit de l'Ara-
bie avait inspire Caus Csar, fils d'Auguste , ce mo-
narque rapporte que l'arbre de l'encens a le tronc tor-
tueux , que ses branches ressemblent celles de l'rable
du Pont , qu'il jette une gomme semblable celle de l'a-
mandier ; qu'on voit enfin de tels arbres dans la Carma-
nie, ainsi qu'en Egypte, o ils ont t plants par les
soins des rois Ptolmes. Il est certain qu'il ressemble au
laurier par son corce, quelques-uns disent aussi par sa
feuille : du moins , tels taient les arbres qu'on voyait
Sardes ; car les rois d'Asie ne ngligrent pas non plus
d'en faire planter. Les ambassadeurs qui, de mon temps,
sont venus d'Arabie n'ont fait que rendre, sur ce sujet,
nos connaissances plus obscures encore. Cette incertitude
est surprenante, car on nous apporte mme des branches
d'encens , par lesquelles on peut juger que le tronc de
l'arbre est uni et sans aucun nud.
Nature de l'encens ; ses espces.
XXXII. La vente en tant autrefois moins suivie, on
ne faisait qu'une rcolte par an ; aujourd'hui l'appt du
gain en fait faire deux. La premire et la plus naturelle 3e
3/|2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII.
simo aestu , incidentibus qua maxime videatur esse prae.-
gnans , tenuissimusque tendi cortex. Laxatur hic plaga ,
non adimitur. Inde prosilit spuma pinguis. Haec concreta
densatur , ubi loci natura poscat , tegete palmea exci-
piente, aliubi area circumpavita. Purius illo modo, sed
hoc ponderosius. Quod in arbore haesit , ferro depec-
titur, ideo corticosum. Silva divisa certis portionibus
mutua innocentia tuta est : neque ullus saucias arbores
custodit : nemo furatur alteri. At hercules Alexandriae,
ubi tjiura interpolantur , nulla satis custodit diligentia
ofcinas. Subligaria signantur opifici : persona adjicitur
capiti , densusve reticulus : nudi emittuntur. Tanto mi-
nus fidei apud nos pna, quam apud illos silvse habent.
Autumno legitur ab aestivo partu. Hoc, purissimum, can-
didum. Secunda vindemia est vere, ad eam hieme cor-
ticibus incisis. Rufumhocexit, nec comparandum priori.
Illud carpheotum , hoc dathiatum vocant. Creditur et
novellae arboris candidius , sed veteris odoratius. Qui-
dam et in insulis melius putant gigni. Juba in insulis
negat nasci.
Quod ex eo rotunditate gutjt pependit , masculum
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3*3
ces rcoltes se fait , au lever de la Canicule , dans les plus
violentes chaleurs, par une incision la partie qui parat
la mieux nourrie , la plus mince et la plus tendue de l'-
corce. On dilate la plaie en l'ouvrant, mais sans rien enle-
ver. Il s'en chappe une cume onctueuse qui s'paissit et
se coagule , reue sur une natte de palmier , si la nature
du lieu le permet, ou sur une aire battue autour de
l'arbre. L'encens qui tombe sur les nattes est plus pur,
l'autre est plus pesant. Ce qui reste adhrent l'arbre
se racle avec le fer : aussi est -il rempli d'corce. La
fort , divise en un certain nombre de parties , est
en sret sous la bonne foi rciproque. Personne ne
garde les arbres inciss, le vol tant sans exemple.
Mais dans la ville d'Alexandrie , o on falsifie l'en-
cens , la plus active surveillance peut peine garan-
tir les laboratoires. On appose un cachet sur le cale-
on de l'ouvrier; on lui couvre le visage d'un masque
ou d'un rseau trs-pais ; on le fait sortir nu : tant il
est vrai que la rigueur des lois donne moins de sret
dans nos villes que la seule bonne foi dans ces forts. On
ramasse en automne les productions de l't. Celui-ci,
trs-pur, est blanc. La seconde rcolte a lieu au prin-
temps , par suite des incisions faites en hiver. Cet encens
est roux , et n'est pas comparable l'autre. On l'appelle
dathiate, et le premier se nomme carphote. On prtend
que l'encens d'un jeune arbre est plus blanc, mais que
celui d'un vieil arbre a plus d'odeur. Quelques-uns disent
que l'encens des les est le meilleur ; Juba prtend que
les les n'en fournissent point.
L'encens qui reste suspendu sous la forme arrondie
3/, 4 C PLINII IIIST. NAT. LIB. XII.
vocamus, quum alias non fere mas vocetur, nbi non sit
femina. Religioni tributum, ne sexus alter usurparetur.
Masculum aliqui putant a specie testium dictum. Prae-
cipua autem gratia est mammoso, quum haerente lacryma
priore consecuta alia miseuit se. Singula haec manum
implere solita invenio, quum minore diripiendi aviditate
lentius nasci liceret. Grci stagoniam et atomum tali
modo appellant : minorem autem orobiam. Micas cou-
cussu elisas mannam vocamus. Etiamnum tamen inve-
niuntur gutt, qu tertiam partem minae, hoc est xxvm
denariorum pondus aequent. Alexandro magno in pue-
ritia sine parsimonia thura ingerenti aris , paedagogus
Leonides dixerat, ut illo modo, quum devicisset thuri-
feras gentes, supplicaret. At ille Arabia potitus , thure
onustam navem misit ci , exliortatus ut large deos ado-
raret.
Thus colectum Sabota camelis convehitur, porta ad
id una patente. Degredi via capitale leges fecere. Ibi d-
cimas deo, quem vocant Sabin, mensura, non pondre
sacerdotes capiunt. Nec ante mercari licet: inde impensa?
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3/,f>
de gouttes est appel maie , quoique ordinairement ee
nom ne s'emploie pas lorsqu'il n'existe point de femelle.
C'est par un principe religieux qu'on lui a donn ce
nom , pour qu'il ne ft pas dsign par l'autre sexe.
Quelques-uns pensent que c'est sa ressemblance avec
un testicule que cet encens doit cette dnomination. On
estime surtout celui qui a la forme de mamelle, ce qui
arrive quand une premire larme, arrte pendant qu'elle
coule, est suivie d'une autre qui se mle avec elle. Chaque
grain tait , dit-on , capable de remplir la main , lors-
qu'on tait moins avide de cueillir l'encens , et qu'on le
laissait crotre plus lentement. Les Grecs nomment ces
boules stagonies et atomes; ils appellent orobie l'encens
dont les globules sont menus. Nous appelons manne
les parcelles qui se dtachent par le frottement. Au
reste , on trouve encore aujourd'hui des gouttes d'en-
cens qui psent le tiers d'une mine, c'est--dire
vingt -huit deniers. Un jour qu'Alexandre -le -Grand,
jeune encore , prodiguait l'encens dans un sacri