(logo)
(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections | Universal Library

Search: Advanced Search

Anonymous User (login or join us)Upload
See other formats

Full text of "Histoire naturelle de Pline"

- 






H H .,,,,.5 
i : .'*"': I 



Tft.tti CTOS FOU VF 







tp:-'asjr"3 




PARIS 

MPRlM^Hfe DE C -L..P. PANCKOlCKIi 



**J'"-ri",Y,JS 



THE UNIVERSITY 
OF ILLINOIS 
LIBRARY** 

182.9 

N/.8 






7 



PonsS fort"!!"! ^-/"erial is re - 
l-e5tOa t es t a m ped b :, n or " M " the 

APR 30 



/IPR 2 2 ! 
AUG 2 1 1; 

Aueon 




L161 Q-1096 



mu: 

irr \ i r f 



BIBLIOTHQUE 
LATINE-FRANAISE 

PUBLIE 

PAR 

C. L. F. PANCKOUCKE. 



Exegi monumentum re perennius. 

(Mo'. Od. Jib. m, ode 3c>.; 



i 1 
IJJI)ftll>J ; WJI' 









PARIS IMPRIMERIE PANCKOCCKE, 

Rue des Puilerins, 14. 



nuM! 

ii r i ' i' ' 

HISTOIRE NATURELLE 

DE PLINE 

TRADUCTION NOUVELLE 

PAR M. AJASSON DE GRANDSAGNE 



PAR MM. BEUDANT, BRONGNIART, G. CUVIER, 

DAUNOU, MERIC DAVID, DESCURET, DO, E. DOLO , DUSOATE , 

FE, L. FOUCH, FOURIER, GUIBOURT, LOI JOHANNEAU, 

LACROIX, LAFOSSE, LEMERCIER, LETRONNE, LOUIS LISKENNE, 

L. MARCUS, MONGS, 

C. L. F. PANCK.OUCK.E , VALENTIN PARISOT , 

QUATREMRE DEQUINCY, P. ROBERT, ROBIQUET, 

H. THIBAUD, THUROT, VALENCIENNES , HIPP. VERGNE. 



TOME HUITIEME. 



PARIS 

C. L. F. PANCKOUCKE 

MEMBRE DE I.'ORDRK ROTAI. DE LA LEGION d'hoNNEIIK 
DITEUR, RUE DES POITEVINS, N l4 



M DCCC XXX. 



\.m\ 



Y. % 



HISTOIRE NATURELLE 
DE PLINE. 



LIVRE ONZIEME. 



454166 



' II 



t1MMWVVW(MMmWUiUaiVlt^MVM%iVI^^ V\*/W%fW%*/WM'WWW\WV* 

C. PLINII SECUNDI 

HISTORIARUM MUNDI 

LIBER XI. 

INSECTORUM ANIMALIUM GENERA. 



Subtilitas in liis rbus naturae. 

I. i. IYjLulta. hc et multigenera, terrestrium volu- 
crumque vita. Alia pennata, utapes : alia utroque modo, 
ut formicae: aliqua et pennis et pedibus carentia; et jure 
omnia insecta appellata ab incisuris, quae nunc cervicum 
loco , nunc pectorum atque alvi, praecincta sparant 
membra , tenui modo fistula cohrentia. Aliquibus vero 
non tota incisura, eam ambiente ruga: sed in alvo, aut 
superne tantum , imbricatis flexili vertebris , nusquam 
alibi spectatiore naturae rerum artificio. 



i. In magnis siquidem corporibus , aut certe majo- 
ribus , facilis offieina sequaci materia fuit. In lus tam 



WVVYVVV%*X/VVVV\/VV%<\/V\VV*V%*/V^VVV\.V%.VV%/VVV%/VV\/\JV* 

HISTOIRE NATURELLE 

DE PLINE. 
LIVRE XI. 

DES DIVERSES ESPECES D'iNSECTES. 

Extrme petitesse de ces tres. 

I. i. Jues insectes sont en grand nombre, et forment 
une multitude de genres diffrens qui vivent sur la terre 
et dans l'air. Les uns sont ails , comme les abeilles ; 
les autres ont le vol et la marche, comme les fourmis : 
quelques-uns sont dnus la fois d'ailes et de pieds ; 
mais tous , avec raison , sont appels insectes cause 
des incisions qui partagent, soit au cou, soit la poi- 
trine ou au ventre, les parties de leur corps qui n'adhrent 
les unes aux autres que par un tube fort troit. Dans 
quelques-uns l'incision n'est pas entire, mais recouverte 
d'une enveloppe ride ; cependant cette zone flexible , 
compose de vertbres imbriques , recouvre seulement 
ou le ventre ou le dos. Nulle part l'industrie de la na- 
ture ne s'est montre plus admirable. 

i. Dans les grands corps, ou du moins dans ceux qui 
sont plus grands , la matire obissait et se prtait sans 

I. 



4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

parvis, atque tam nullis, quae ratio, quanta vis, quani 
inextricabilis perfectio ? ubi tt sensus collocavit in cu- 
lice? et sunt alia tlictu minora. Sed ubi visum in eo 
praetendit? ubi gustatum adplicavit? ubi odoratum in- 
seruit ? ubi vero truculentam illam et portione maxi- 
mam vocem ingeneravit? qua subtilitate pennas ad- 
nexuit? praelongavit pedum crura ? disposuit jejunam 
caveam , uti alvum ? avidatn sanguinis , et potissimum 
humani, sitim accendit ? Telum vero perfodiendo ter- 
gori, quo spiculavit ingenio? Atque ut in capaci, quum 
cerni non possit exilitas , ita reciproca generavit arte , 
ut fodiendo acuminatum pariter , sorbendoque fistulo- 
sum esset. Quos teredini ad perforanda robora cum sono 
teste dents adfixit , potissimumque e ligno cibatum 
fecit ? Sed turrigeros elephantorum miramur humeros , 
taurorumque colla , et truces in sublime jactus : tigrium 
rapinas , leonum jubas , quum rerum natura nusquam 
magis , quam in minimis, tota sit. Quapropter, quaeso, 
ne nostra legentes , quoniam ex his spernunt multa , 
etiam relata fastidio damnent, quum in contemplatione 
naturae nihil possit videri supervacuum. 






HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 5 

peine ses desseins ; mais pour faonner ces tres si 
petits , que d'intelligence ! quelle puissance , quelle in- 
concevable perfection ! o la nature a-t-elle plac tant 
de sens dans le cousin ? et bien d'autres sont plus pe- 
tits encore. Mais enfin , dans cet insecte , o a-t-elle 
plac l'organe de la vue ? o a-t-elle fix le got , in- 
sinu l'odorat ? d'o fait-elle partir cette voix terrible 
et prodigieuse en raison de la petitesse de l'animal? avec 
quelle dextrit a-t-elle attach les ailes , allong les 
pattes, dispos en forme d'estomac cette cavit qui sent 
le besoin des alimens , allum cette soif avide de sang , 
et surtout de sang humain ? Mais le dard qui doit percer 
la peau , avec quelle adresse l'a-t-elle aiguis ? et , par 
un art d'autant plus grand que l'objet , par sa finesse , 
chappe la vue , elle a travaill comme si les dimen- 
sions eussent t plus grandes, et rendu tout la fois le 
trait aigu pour percer , et creux pour pomper. Quelles 
dents a-t-elle donnes au trdo pour ronger avec tant 
de bruit les chnes les plus durs , dont elle a voulu qu'il 
ft sa principale nourriture ? Mais nous admirons les 
paules des lphans charges de tours, le cou nerveux 
des taureaux, et leur force effrayante pour lancer dans 
les airs; la rapacit des tigres, la crinire des lions ; et 
cependant la nature n'est nulle part plus grande que 
dans les tres les plus petits. Ainsi donc, je prie mes lec- 
teurs , qui mprisent la plupart de ces animaux , de ne 
pas repousser avec le mme ddain les observations que 
je leur prsente; car rien ne peut paratre superflu dans 
l'tude de la nature. 



6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

An spirent , an habeant sanguinem. 

IL 3. Insecta multi negarunt spirare , idque ratione 
persuadentes , quoniam in viscera interiora nexus spi- 
rabilis non iuesset. Itaque vivere ut fruges, arboresque: 
sed plurimum interesse, spiret aliquid, an vivat. Eadem 
de causa nec sanguinem iis esse , qui sit nullis caren- 
tibus corde atque jecore. Sic nec spirare ea , quibus 
pulmo desit. Unde numerosa quaestionum sries exori- 
tur. Iidem enim et vocem esse his negant , in tanto 
murmure apium, cicadarum sono, et aliis quaesuis aesti- 
mabuntur locis. Nam mihi contuenti se persuasit rerum 
natura , nihil incredibile existimare de ea. Nec video , 
cur magis possint non trahere animam talia, et vivere, 
quam spirare sine visceribus : quod etiam in marinis 
docuimus, quamvis arcente spiratum densitate et alti- 
tudine humoris. Volare quidem aliqua , et animatu ca- 
rere in ipso spiritu viventia, habere sensum victus, ge- 
nerationis , operis , atque etiam de futuro curam : et 
quamvis non sint membra , quae, velut carina, sensus 
invehant, esse tamen his auditum, olfactum, gustatum, 
eximia praeterea naturse dona , solertiam , animum , ar- 
tem , quis facile crediderit? Sanguinem non 1 esse his 
fateor , sicut ne terrestribus quidem cunctis , verum si- 
mile quiddam. Ut sepiae in mari sanguinis vicem atra- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 7 

Les insectes respirent-ils ? ont-ils du sang ? 

IL 3. Plusieurs auteurs nient que les insectes respi- 
rent ; la raison qu'ils en donnent , c'est qu'on ne trouve 
pas dans leurs viscres le conduit de la respiration. Ils 
disent donc que ces animaux vivent comme les plantes 
et les arbres ; mais que respirer et vivre sont deux 
choses trs-diffrentes. D'aprs le mme principe , ils 
prtendent que les insectes n'ont point de sang , parce 
que ce liquide manque chez tous les animaux privs du 
cur et du foie ; et qu'ils ne respirent pas non plus , 
parce qu'ils n'ont pas de poumon. De l dcoule une 
srie nombreuse de questions : par exemple , les mmes 
auteurs nient que les insectes aient la voix, malgr le 
bourdonnement des abeilles , le chant des cigales , et les 
sons de plusieurs autres dont nous parlerons en leur 
lieu. Pour moi, une tude approfondie de la nature m'a 
convaincu que rien ne lui est impossible. Je ne vois pas 
pourquoi les animaux de ce genre pourraient plutt 
vivre sans respirer que respirer sans poumons , comme 
nous l'avons dit des animaux marins , quoique la den- 
sit et la profondeur de l'eau interdisent toute commu- 
nication avec l'air. Peut-on se rsoudre croire que des 
animaux qui volent, ne respirent pas l'air au sein duquel 
ils vivent, et soient capables de se nourrir, de se repro- 
duire, de suivre des travaux, de s'occuper mme de l'ave- 
nir; et que, privs des membres qui servent transmettre 
les sensations, ils jouissent cependant de l'oue, de l'odo- 
rat et du got; je dis plus, qu'ils possdent l'adresse, le 
courage, l'industrie, ces dons prcieux de la nature? 



8 G. PLINII HIST. NAT. L1B. XI. 

mentum obtinet , purpurarum generi infector ille suc- 
cus : sic et insectis quisquis est vitalis humor, hic erit 
et sanguis , donec aestimatio sua cuique sit. Nobis pro- 
positum est , naturas rerum manifestas indicare , non 
causas judicare dubias. 



De corpore eorum. 

III. 4* Insecta, ut intelligi possit, non videntur ner- 
vos habere, nec ossa , nec spinas, nec cartilaginem, nec 
pinguia , nec carnes , ne crustam quidem fragilem, ut 
quaedam marina, nec quae jure dicatur cutis : sed mediae 
cujusdam inter omnia haec naturae corpus, arenti simile, 
nervo mollius , in reliquis partibus siccius vere , quam 
durius. Et hoc solum his est , nec prterea aliud. Nihil 
intus, nisi admodum paucis intestinum implicatum. Ita- 
que divulsis praecipua vivacitas , et partium singularum 
palpitatio. Quia quaecumque est ratio vitalis , illa non 
certis inest membris, sed toto in corpore, minime tamen 
capite , solumque non movetur, nisi cum pectore avul- 
sum. In nullo gnre plures sunt pedes. Et quibusex his 
plurimi, diutius vivunt divulsa, ut in scolopendris vide- 
mus. Habent autem oculos, praeterque e sensibus tactum 
atque gustatum : aliqua et odoratum, pauca et auditum. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 9 

J'avoue que les insectes, que mme tous les insectes ter- 
restres, n'ont point de sang ; mais ils ont quelque chose 
d'quivalent. Ainsi que l'encre de la sche et le suc qu'on 
extrait des pourpres pour la teinture tiennent lieu de 
sang chez ces animaux marins , de mme chez les in- 
sectes , quelle que soit cette humeur vitale , je la nom- 
merai leur sang, laissant chacun la libert de la dfinir 
son gr. Mon but est d'indiquer des faits constans, non 
de juger des questions douteuses. 

Du corps des insectes, 

III. /[. Les insectes , autant qu'il est possible de s'en 
assurer, ne paraissent avoir ni nerfs, ni os, ni artes, 
ni cartilage, ni graisse, ni chair , ni mme cette crote 
fragile qui revt quelques animaux marins , ni peau 
proprement dite. La nature de leur corps tient, en quel- 
que sorte, le milieu entre toutes ces matires; c'est une 
substance aride, plus molle que le nerf (tendons) , et 
plutt sche que dure dans les parties extrieures : voil 
tout ce qu'ils ont , et rien de plus. Dans l'intrieur on 
ne trouve rien , si ce n'est, dans un trs-petit nombre, 
un intestin qui forme plusieurs replis. Aussi les insectes, 
coups en morceaux, vivent encore long-temps, et chaque 
partie palpite sparment, parce que, chez eux, la force 
vitale, quelle qu'elle soit, n'est pas fixe dans tel ou tel 
membre, mais rpandue dans tout le corps, moins toute- 
fois dans la tte que partout ailleurs. La tte seule , une 
fois spare , n'a plus de mouvement , moins qu'elle 
n'ait t arrache avec le corselet. Aucun genre d'aui- 



io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



De apibus. 

IV. 5. Sed inter omnia ea principatus apibus, et jure 
praecipua admiratio, solis ex eo gnre hominum causa 
genitis. Mella contrahunt, succumque dulcissimum at- 
que subtilissimum , ac saluberrimum. Favos confingunt 
et ceras , mille ad usus vitae : laborem tolrant , opra 
conficiunt, rempublicam habent , consilia privatim , ac 
duces gregatim : et quod maxime mirum sit , mores 
habent. Praeterea , quum sint neque mansueti generis , 
neque feri, tamen tanta est natura rerum, ut prope ex 
umbra minimi animalis , incomparabile effecerit quid- 
dam. Quos efficaci industrique tantae comparemus 
nervos ? quas vires ? quos rationi mdius fidius viros ? 
hoc certe prasstantioribus , quo nihil novere , nisi com- 
mune. Non sit de anima quaestio : constet et de sanguine, 
quantulum tamen esse in tantulis potest ? iEstimemus 
postea ingenium. 



HISTOIRE NATURELLE , L1V. XL n 

maux n'a t pourvu d'un plus grand nombre de pieds; 
ceux qui en ont le plus survivent le plus long-temps 
la sparation de leurs membres, comme nous le voyons 
dans les scolopendres. Les insectes ont des yeux, et, en 
outre, le toucher et le got : quelques-uns ont encore 
l'odorat ; mais peu sont dous du sens de l'oue. 

Des abeilles. 

IV. 5. Parmi tous les insectes , les abeilles tiennent 
le premier rang et ont le plus de droit notre admira- 
tion , puisque , seules de ce genre , elles ont t cres 
pour l'homme. Elles recueillent le miel , le plus doux , le 
plus subtil , le plus salubre de tous les sucs. Elles fa- 
briquent les rayons et la cire pour une infinit d'usages 
domestiques; elles supportent le travail, excutent des 
ouvrages, forment une rpublique, tiennent des conseils, 
ont descbefs, et, ce qui est le plus merveilleux, des murs. 
Bien qu'elles n'appartiennent ni la classe des animaux 
domestiques ni celle des animaux sauvages, telle est 
pourtant la puissance del nature, que de l'ombre, pour 
ainsi dire , d'un animal trs-petit , elle a su former un 
chef-d'uvre incomparable. A leur infatigable et fconde 
industrie , quels nerfs , quelles forces , quel gnie hu- 
main pourrions-nous comparer? Du moins ont-elles cet 
avantage, que chez elles tout est commun. Ecartons la 
question de leur respiration ; accordons mme qu'elles 
ont du sang : toutefois , combien peu doit-il y en avoir 
dans de si petits tres ? N'envisageons que leur instinct. 



17. C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

Quis ordo in opre earum. 

V. 6. Hieme conduntur : unde enim ad pruinas ni- 
vesque, et aquilonum flatus perferendos vires? Sane et 
insecta omnia : sed minus diu , quae parietibus nostris 
occultata , mature tepefiunt. Circa apes aut temporum 
locorumve ratio mutata est , aut erraverunt priores. 
Conduntur a Vergiliarum occasu , sed latent ultra exor- 
tum : adeo non ad veris initium , ut dixere , nec quis- 
quam in Italia de alvis existimat. Ante fabas florentes 
exeunt ad opra et labores, nullusque , quum per caelum 
licuit , otio prit dies. Primum fa vos construunt, ceram 
fingunt , hoc est, domos cellasque faciunt. Deinde so- 
bolem , postea mella , ceram ex floribus , melliginem e 
lacrymis arborum, quae glutinum pariunt, salicis, ulmi, 
arundinis , succo , gummi , rsina. His primum alveum 
ipsum intus totum , ut quodam tectorio , illinunt , et 
aliis amarioribus succis contra aliarum bestiolarum avi- 
ditates : id se facturas consciae , quod concupisci possit. 
His deinde fores quoque latiores circumstruunt. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i'. 

Ordre des travaux des abeilles. 

V. 6. Elles s'enferment pendant l'hiver : en effet , 
pourraient-elles rsister aux frimas, aux neiges, la 
violence des aquilons? Il en est de mme de tous les in- 
sectes; mais ceux qui vivent dans nos habitations res- 
tent moins long-temps cachs, et se rchauffent de bonne 
heure. Quant aux abeilles, ou les lieux et les temps sont 
changs , ou les anciens taient dans l'erreur. Elles se 
renferment ds le coucher , et restent caches jusqu'a- 
prs le lever des Pliades ; elles ne reparaissent donc pas 
au retour du printemps , comme l'ont dit ces auteurs ; 
cette opinion , d'ailleurs, n'est adopte par personne en 
Italie. Elles sortent pour se mettre l'ouvrage avant la 
floraison des fves ; et, pourvu que le temps le permette, 
elles ne perdent pas un seul jour dans l'oisivet. Elles 
commencent par construire les rayons et fabriquer la 
cire, c'est--dire quelles btissent leurs maisons et leurs 
cellules ; ensuite elles s'occupent de la reproduction , 
puis elles font le miel : elles extraient la cire des fleurs ; 
elles tirent le melligo des larmes de tous les arbres onc- 
tueux , du suc, de la gomme, de la rsine du saule, de 
l'orme, du roseau. Avec cette matire elles commencent 
a enduire tout l'intrieur de la ruche , comme d'une es- 
pce de vernis. Elles emploient encore d'autres sucs plus 
amers pour se garantir de l'avidit des petits animaux, 
car elles savent que l'ouvrage qu'elles vont faire pourra 
exciter la cupidit; ensuite, avec la mme matire, elles 
rtrcissent les portes de la ruche qui sont trop larges. 



14 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

Quid sit in eo commosis , pissoceros , propolis. 

VI. 7. Prima fundamenta commosin vocant periti , 
secunda pissoceron , tertia propolin , inter coria ceras- 
que : magni ad medicamina usus. Commosis crusta est 
prima , saporis atnari. Pissoceros super eam venit , pi- 
cantium modo , ceu dilutior cera. E vitium , populorum- 
que mitiore gummi propolis , crassioris jam materiae , 
additis floribus, nondum tamen cera , sed favorum sta- 
bilimentum , qua omnes frigoris aut injuria? aditus ob- 
struuntur , odore et ipsa etiamnum gravi , ut qua ple- 
rique pro galbano utantur. 



Quid erithace , sive sandaraca , sive cerinthos. 

VII. Praeter haec conveliitur erithace , quam aliqui 
sandaracam, alii cerinthum vocant. Hic erit apium, dum 
operantur, cibus, qui saepe invenitur in favorum inani- 
tatibus sepositus, et ipse amari saporis. Gignitur autem 
rore verno, et arborum succo, gummium modo, Africi 
minor, Austri flatu nigrior, aquilonibus melior et rubeus, 
plurimus in graecis nucibus. Menecrates florem esse di- 
cit , sed nemo praeter eum. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. i5 

Ce que c'est que la commosis , la pissocros , la propolis. 

VL 7. Ceux qui s'occupent des abeilles appellent 
commosis le premier fondement des rayons , pissocros 
le second , propolis le troisime. La propolis se trouve 
entre les autres couches et la cire : elle est d'un grand 
usage en mdecine. La commosis, d'un got amer, forme 
la premire couche. La pissocros, comme une couche 
de poix , s'tend par-dessus , et ressemble une cire 
liquide. La propolis provient de la gomme douce des 
vignes et des peupliers; sa substance, dans la composi- 
tion de laquelle entre le suc des fleurs, est plus paisse; 
toutefois ce n'est pas encore la cire , mais le soutien des 
rayons, ce qui les garantit du froid et de toute injure; 
elle est en outre d'une odeur forte, et l'on s'en sert com- 
munment au lieu de galbanum. 

rithaque , sandaraque ou crinthe. 

VIL Les abeilles transportent aussi dans leurs ruches 
l'rithaque , que quelques-uns nomment sandaraque, 
et d'autres crinthe : ce sera leur nourriture pendant 
qu'elles travailleront. On la trouve souvent mise en r- 
serve dans les rayons vides ; elle est d'un got amer. 
Elle se forme de la rose du printemps et du suc des 
arbres, comme les gommes; en moindre quantit quand 
l'Africus souffle, plus noire quand c'est le vent du midi , 
rouge et d'une meilleure qualit par le vent du nord , 
trs-abondante sur les noyers grecs. Mncrate prtend 
que c'est une fleur, mais il est seul de son avis. 



i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

Ex quibus floribus opra fiant. 

VIII. 8. Ceras ex omnium arborum satorumque flo- 
ribus confingunt, excepta rumice et echinopode. Her- 
barum haec gnera. Falso excipitur et spartum , quippe 
quum in Hispania multa in spartariis niella herbam eam 
sapiant. Falso et oleas excipi arbitror, quippe olivse pro- 
ventu plurima examina gigni certum est. Fructibus nul- 
lis nocetur. Mortuis ne floribus quidem , non modo 
corporibus insidunt. Operantur intra sexaginta passus : 
et subinde eonsumptis in proximo floribus , speculato- 
res ad pabula ulteriora mittunt. Noctu deprehensae in 
expeditione excubant supinae, ut alas a rore protegant. 



Apium studio capti. 

IX. 9. Ne quis miretur amore earum captos, Aristo- 
machum Solensem duodesexaginta annis nihil aliud 
egisse : Philiscum vero Thasium in desertis apes colen- 
tem Agrium cognominatum : qui ambo scripsere de his. 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XL 17 

Choix des fleurs pour la confection du travail. 

VIII. 8. Elles extraient la cire des fleurs de tous les 
arbres et de toutes les plantes , except le rumex et l'- 
chinopode, deux espces d'herbes. On excepte aussi le 
spart , mais tort , puisqu'en Espagne , dans les con- 
tres qui produisent cette plante , le miel en a souvent 
le got. Je pense qu'on a galement tort d'excepter 
l'olivier , car il est certain que les essaims ne sont ja- 
mais plus nombreux que lorsque les olives sont abon- 
dantes. Elles ne nuisent point aux fruits. Elles ne se 
posent jamais sur des cadavres , ni mme sur des fleurs 
dessches. Elles travaillent dans une circonfrence de 
soixante pas : mesure que les fleurs sont puises , 
elles envoient des claireurs pour reconnatre de nou- 
veaux pturages. Surprises par la nuit pendant leurs 
expditions, elles veillent couches sur le dos, afin de 
garantir leurs ailes de la rose. 

Noms de quelques hommes pris de l'tude des abeilles. 

IX. 9. Qu'on ne s'tonne pas que des hommes se 
soient passionns pour elles ; comme Aristomaque de 
Soles , qui , pendant cinquante-huit ans , ne fit rien 
autre chose que d'tudier les abeilles ; et Philiscus de 
Thasos , qui fut surnomm Agrius , parce qu'il vcut au 
milieu des dserts, occup du mme soin. Tous deux ont 
crit sur les abeilles. 



VIII. 



18 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

Ratio operis. 

X. 10. Ratio operis. Interdiu stadio ad portas more 
castrorum , noctu quies in matutinum , donec una exci- 
tet gemino aut tiplici bombo, ut buccino aliquo. Tune 
universae provolant , si dies mitis futurus est. Praedivi- 
nant enim ventos imbresque , et se continent tectis. Ita- 
que temperie caeli (et hoc inter praescita habent), quum 
agmen ad opra processit , aliae flores aggerunt pedibus, 
aliae aquamore, guttasque lanugine totius corporis. Qui- 
bus est earum adolescentia, ad opra exeunt , et supra- 
dicta convehunt : seniores intus operantur. Quae flores 
comportant, prioribus pedibus femina onerant, propter 
id natura scabra , pedes priores rostro : totaeque onustae 
remeant sarcina pandatae. Excipiunteasternae, quaternae- 
que, et exonrant. Sunt enim intus quoque officia divisa. 
Aliae struunt, aliae poliunt, aliae suggerunt, aliae cibum 
comparant ex eo , quod adlatum est. Neque enim separatim 
vescuntur, ne inaequalitas operis et cibi fit et temporis. 
Struunt orsae a concameratione alvei , textumque velut a 
summa tela deducunt, limitibus binis circa singulos actus, 
ut aliis intrent , aliis exeant. Favi superiore parte adfixi , 
et paulum etiam lateribus simul haerent , et pendent 
una. Alveum non contingunt , nunc obliqui , nunc ro- 
tundi , qualiter poposcit alveus : aliquando et duorum 



HISTOIRE NATURELLE, LIT. XL 19 

Manire de travailler des abeilles. 

X 10. Voici l'ordre du travail. Pendant le jour, une 
garde veille aux portes comme dans un camp ; la nuit, 
tout repose jusqu'au matin : alors une d'elles veille les 
autres par deux ou trois bourdonnemens , comme par 
le son d'une trompette. Alors elles s'envolent toutes la 
fois si le jour doit tre sereirr, car elles pressentent les 
vents et la pluie , et alors elles se tiennent sous leur 
toit. Lorsque, par un temps favorable, ce qu'elles savent 
aussi prvoir , la troupe est partie pour le travail , les 
unes ramassent avec leurs pieds la poussire des fleurs, 
les autres remplissent leur trompe d'eau, ou elles en im- 
bibent les poils dont tout leur corps est couvert. Les 
jeunes seulement sortent pour recueillir et voiturer ces 
approvisionnemens : les vieilles travaillent dans l'int- 
rieur. Celles qui apportent les fleurs se servent des pieds 
antrieurs pour cbarger leurs cuisses , que, dans cette 
vue , la nature a faites raboteuses ; et de leur trompe 
pour cbarger leurs pieds antrieurs. Quand leur charge 
est complte, elles reviennent ployant sous le faix. Trois 
ou quatre ouvrires les reoivent et les dchargent ; 
car, dans l'intrieur, les fonctions sont pareillement r- 
parties. Les unes btissent, les autres polissent, d'autres 
fournissent les matriaux, d'autres prparent , pour le 
repas, quelques-unes des provisions qui ont t appor- 
tes ; en effet, elles ne mangent pas sparment, pour 
prvenir l'ingale distribution de travail , de nourriture 
et de temps. Elles btissent en commenant par la vote 

2. 



ao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

generum : quurn duo examina concordibus populis dis- 
similes habuere ritus. Ruentes ceras fulciunt, pilarum 
intergerinis sic a solo fornicatis , ne desit aditus ad sar- 
ciendum. Primi fere trs versus inanes struuntur , ne 
promptum sit quod invitet furantem. Novissimi maxime 
implentur melle : ideoque aversa alvo favi eximuntur. 
Gerulae secundos flatus captant. Si cooriatur procella ; 
adprehensi pondusculo lapilli se librant. Quidam in nu- 
mros eum imponi tradunt. Juxta vero terram volant 
in adverso flatu vepribus evitatis. Mira observatio ope- 
ris. Cessantium inertiam notant, castigant mox, et pu- 
niunt morte. Mira munditia. Amoliuntur omnia e me- 
dio , nullaeque inter opra spurcitiae jacent. Quin et 
excrementa operantium intus, ne longius recdant, unum 
congesta in locum, turbidis diebus et operis otio ege- 
runt. Quum advesperascit , in alveo strepunt minus ac 
minus , donec una circumvolet eodem , quo excitavit , 
bombo, ceu quietem capere imperans : et hoc castrorum 
more. Tune repente omnes conticescunt. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. *i 

de la ruche , et , comme dans la fabrication d'une toile , 
conduisent de haut en bas la chane de leurs cellules , 
mnageant deux sentiers chaque rayon , pour entrer 
par l'un et sortir par l'autre. Les rayons , attachs la 
ruche par leur sommit, et mme un peu par leurs cts, 
tiennent ensemble et sont galement suspendus. Ils ne 
touchent pas le sol ; ils sont anguleux ou ronds , selon la 
forme del ruche; quelquefois de l'une et de l'autre sorte, 
lorsque deux essaims, demeurant ensemble, ne procdent 
pas de la mme manire. Elles tayent les rayons qui 
menacent ruine, au moyen de piliers massifs qui partent 
du bas de la ruche, et sont construits en arcades, afin 
de laisser un passage pour les rparations. Les deux ou 
trois premiers rangs demeurent vides, pour ne rien mon- 
trer qui excite la cupidit des voleurs. Les derniers sont 
les plus remplis de miel; c'est pourquoi, quand on veut 
tailler la ruche , on l'ouvre par derrire. Les abeilles qui 
apportent les fardeaux recherchent les vents favorables. 
S'il s'lve un orage, elles saisissent de petits graviers 
qui leur servent de contre-poids : quelques auteurs avan- 
cent qu'elles les posent sur leurs paules. Dans les vents 
contraires, elles volent prs de terre, vitant les buissons. 
Le travail est surveill d'une manire tonnante : elles 
remarquent les paresseuses, les chtient sur-le-champ, 
les punissent mme de mort. Leur propret est admirable: 
elles enlvent soigneusement de la ruche tous les corps 
trangers, et ne souffrent aucune immondice dans leurs 
travaux : les ordures mme que les ouvrires, pour ne pas 
trop s'loigner, dposent dans un lieu commun au dedans 
de la ruche, sont transportes au dehors les jours do 



C PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



il. Domos primum plebei exaedificant, deinde regi- 
bus. Si speratur largior proventus, adjiciuntur contu- 
bernia et fucis. Hae cellarum minimae, sed ipsi majores 
apibus. 

De facis. 

XI. Sunt autem fuci , sine aculeo , velut imperfectae 
apes, novissimaeque , a fessis et jam emeritis inchoatae, 
serotinus ftus , et quasi servitia verarum apium : quam- 
obrem imperant iis , primosque in opra expellunt : tar- 
dantes sine clementia puniunt. Neque in opre tantum, 
sed in ftu quoque adjuvant eas , multum ad calorem 
conferente turba. Certe quo major eorum fuit multitudo, 
hoc major fiet examinum proventus. Quum mella cpe- 
runt maturescere, abigunt eos: multaeque singulos ad- 
gressae trucidant. Nec id genus , nisi vere , conspicitur. 
Fucus ademptis alis in alveum rejectus , ipse ceteris 
adimit. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL a 3 

mauvais temps et pendant la cessation des travaux. Quand 
la nuit arrive, le bruit dans la ruche diminue de moment 
en moment, jusqu' ce qu'une abeille, voltigeant l'en- 
tour avec un bourdonnement pareil celui qui annonce 
le rveil, semble donner l'ordre du repos, comme il se 
pratique encore dans les camps : alors tout coup , et 
la fois, elles se taisent. 

1 1 . Elles btissent des logemens , d'abord pour le 
peuple, ensuite pour les rois ; si elles esprent une anne 
abondante, elles en construisent aussi pour les bourdons: 
ce sont les plus petites cellules , quoiqu'ils soient eux- 
mmes plus grands que les abeilles. 

Des bourdons. 

XI. Dpourvus d'aiguillon , les bourdons sont des 
abeilles imparfaites, produit tardif, dernier effort de la 
vieillesse puise, et pour ainsi dire les esclaves des vri- 
tables abeilles: aussi elles leur commandent, les envoient 
les premiers l'ouvrage , et punissent leur paresse sans 
piti. Les bourdons ne les aident pas seulement dans le 
travail, mais encore pour la multiplication de l'espce, 
parce que la grande quantit des habitans sert beaucoup 
chauffer la ruche. Ce qui est certain , c'est que plus ils 
sont nombreux, plus les essaims sont abondans. Lorsque 
le miel commence mrir, elles les chassent, et, se 
jetant plusieurs sur un seul , elles les tuent. On ne voit 
cette espce que pendant le printemps. Un bourdon 
qu'on a rejet dans la ruche aprs lui avoir arrach les 
ailes, les arrache lui-mme aux autres. 



i h C PLINII HIST. NAT LIB. XL 

Quae natura mellis. 

XII. Regias imperatoribus futuris in ima parte alvei 
exstruunt amplas , magnificas , separatas , tuberculo 
eminentes : quod si exprimatur, non gignuntur soboles. 
Sexangulae omnes cellae , singulorum eae pedum opre. 
Nihil horum stato tempore , sed rapiunt diebus serenis 
munia. Et melle uno alterove ad summum die cellas 
replent. 

12. Venit hoc ex are, et maxime siderum exortu , 
prcipueque ipso Sirio exsplendescente fit, nec omnino 
prius Vergiliarum exortu, sublucanis temporibus. Itaque 
tum prima aurora folia arborum melle roscida inveniun- 
tur : ac si qui matutino sub dio fuere , unctas liqore 
vestes , capillumque concretum sentiunt. Sive ille est 
caeli sudor, sive qusedam siderum saliva, sive purgantis 
se aeris succus , utinamque esset et purus ac liquidus , 
et suae naturae , qualis defluit primo : nunc vero e tanta 
cadens altitudine, multumque dum venit, sordescens, et 
obvio terrae halitu infectus, prterea e fronde ac pabu- 
lis potus, et in utriculo congestus apium (ore enim eum 
vomunt): ad haec succo florum corruptus, et alveis ma- 
ceratus, totiesque mutatus, magnam lamen caelestis na- 
turae voluptatem adfert. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. a 5 

Nature du miel. 

XII. Les abeilles, dans la partie infrieure del ruche, 
construisent, pour les rois natre, des palais vastes, 
magnifiques , spars, et surmonts d'une sorte de dme ; 
cette prominence dtruite, leur naissance n'a pas lieu. 
Toutes les cellules sont hexagones , parce qu'elles y tra- 
vaillent avec tous leurs pieds la fois. Il n'y a point d'- 
poques dtermines pour aucun de ces ouvrages : elles 
y travaillent la hte, profitant de tous les jours se- 
reins. En une ou deux journes au plus elles remplissent 
les cellules de miel. 

12. Le miel vient de l'air, gnralement au lever des 
astres , et principalement sous la constellation de Sirius, 
jamais avant le lever des Pliades, vers l'aube du jour; 
aussi , la naissance de l'aurore, les feuilles des arbres 
sont-elles alors humectes de miel; et ceux qui se trou- 
vent le matin dans les champs sentent leurs habits et 
leurs cheveux enduits d'une liqueur onctueuse. Au sur- 
plus, que le miel soit une transpiration du ciel, une rose 
des astres , un suc de l'air qui s'pure, plt aux dieux 
qu'il nous parvnt sans mlange, liquide, naturel, tel qu'il 
a coul d'abord ! Aujourd'hui mme, qu'il tombe d'une si 
grande hauteur, souill mille fois sur sa route, infect 
par les exhalaisons terrestres qu'il rencontre; ensuite re- 
cueilli sur les feuilles et les herbes, entass dans l'esto- 
mac des abeilles , car elles le dgorgent par leur trompe ; 
en outre, corrompu par le suc des fleurs, macr dans les 
ruches ; enfin, tant de fois chang, il conserve cependant 
un got dlicieux qui dcle encore une nature cleste. 



J.6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

Quae o])tima mella. 

XIII. i3. Ibi optimus semper, ubi optimorum doliolis 
florum conditur. Atticae regionis hoc , et Siculae , Hy- 
metto , et Hybla, ab locis : mox Calydna insula. Est au- 
tem initio mel , ut aqua, dilutum, et primis diebus fer- 
vet , ut musta , seque purgat : vicesimo die crassescit , 
mox obducitur tenui membrana , quae fervoris ipsius 
spuma concrescit. Sorbetur optimum, et minime fronde 
infectum, e quercus, tiliae, arundinum foliis. 



Quae gnera mellis in singulis locis. 

XIV. i4- Summa quidem bonitatis natione constat 
(ut supra diximus) , pluribus modis : aliubi enim favi 
cera spectabiles gignuntur , ut in Pelignis, Sicilia : aliubi 
mellis copia, ut, in Greta, Cypro, Africa: aliubi magni- 
tudine , ut in septentrionalibus , viso jam in Germania 
octo pedum longitudinis favo , in cava parte nigro. 

In quocumque tamen tractu terna sunt mellis gnera. 
Vernum ex floribus constructo favo, quod ideo vocatur 
anthinum. Hoc quidam attingi vtant, ul iargo alimento 
valida exeat soboles. VI i ex nullo minus apibus relin- 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 27 

Quel est le meilleur miel. 

XIII. i3. Le meilleur miel est toujours celui des 
contres o il se dpose dans le calice des fleurs les 
plus suaves. Les lieux les plus renomms sont les monts 
Hymte dans 1'A.ttique , et Hybla en Sicile, ensuite l'le 
de Calydna. Le miel est d'abord liquide comme l'eau ; 
les premiers jours il fermente comme le mot, et s'- 
pure. Le vingtime jour il s'paissit , et bientt il se 
couvre d'une pellicule forme par l'cume du bouillon- 
nement. Le plus agrable au got , et le moins altr 
par le feuillage , est celui qui provient des feuilles du 
chne , du tilleul , des roseaux. 

Quels lieux donnent telle ou telle espce de miel. 

XIV. i4- La bont du miel dpend du pays, ainsi que 
nous venons de le dire; mais la rcolte n'est pas la mme 
partout. En certains lieux , comme chez les Plignes et 
dans la Sicile, les rayons sont plus chargs de cire; -en 
d'autres pays ils contiennent plus de miel , comme dans 
la Crte, l'le de Cypre et l'Afrique; ailleurs, comme 
dans les rgions septentrionales, ils sont remarquables 
par leur grandeur. En Germanie , on a vu un rayon de 
huit pieds, dont toute la partie creuse tait noire. 

Toutefois, en quelque contre que ce soit, on dis- 
tingue trois sortes de miel : la premire est celui du 
printemps; il est form de la substance des fleurs, et 
par cette raison on l'appelle anthinum. Quelques-uns 



a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

quunt , quoniam magna sequatur ubertas , magnorum 

siderum exortu. Praeterea solstitio , quum tlrymum et 

uva florere incipiunt , praecipua cellarum materia. Est 

autem in eximendis favis necessaria dispensatio , quo- 

niam inopia cibi desperant , inoriunturque , aut diffu- 

giunt : contra copia ignaviam adfert: acjam nielle, non 

erithace pascuntur. Ergo diligentiores ex hac vindemia 

duodecimam partem apibus relinquunt. Dies status in- 

choandae, ut quadam lege naturae, si scire aut observare 

homines velint , tricesimus ab educto examine : fereque 

maio mense includitur haec vindemia. 



Alterum genus est mellis aestivi , quod ideo vocatur 
paov, a tempestivitate praecipua, ipso Sirio exsplen- 
descente post solstitium diebus tricenis fere. Immensa 
circa hoc subtilitas naturae mortalibus patefacta est, nisi 
fraus hominum cuncta pernicie corrumperet. Namque 
ab exortu sideris cujuscumque , sed nobilium maxime , 
aut caelestis arcus , si non sequantur imbres , sed ros 
tepescat Solis radiis, medicamenta, non mella, gignun- 
tur , oculis , ulceribus , internisque visceribus , dona 
caelestia. Quod si servetur hoc Sirio exoriente, casuque 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 29 

dfendent qu'on y touche , afin qu'une nourriture co- 
pieuse rende les essaims plus vigoureux. D'autres , au 
contraire, n'en laissent qu'une faible partie aux abeilles, 
parce qu'un produit abondant doit avoir lieu au lever 
des grandes constellations. Au reste , c'est pendant le 
solstice , lorsque le thym et la vigne commencent fleu- 
rir, que les cellules sont le mieux approvisionnes. Mais 
il faut une sage conomie dans la taille des ruches, car 
le manque de nourriture dsespre les abeilles, les fait 
mourir ou les disperse ; d'un autre ct , l'abondance 
amne la paresse : et alors , ddaignant l'rithaque , 
elles mangent le miel pur ; aussi un bon conome leur 
abandonne le douzime de cette rcolte. Le jour o 
l'on doit la commencer semble tre fix par une loi 
de la nature ; si l'on veut l'observer et le savoir pr- 
cisment , c'est le trentime aprs la sortie de l'essaim. 
Elle se fait presque toujours dans le courant du mois 
de mai. 

La seconde sorte est le miel d't; on l'appelle horaion, 
parce qu'il se forme dans la saison la plus convenable, 
quand Sirius brille de tout son clat , environ trente jours 
aprs le solstice. Cette production de la nature serait le 
plus prcieux de ses bienfaits, si la perversit de l'homme 
n'altrait et ne corrompait tout. En effet , lorsque les 
astres, et surtout les astres du premier rang, se lvent, 
ou que l'arc-en-ciel se dploie, s'il ne survient point de 
pluie, et que la rose soit chauffe par les rayons du 
soleil, ce n'est plus un miel qui se forme, mais un baume 
salutaire, prsent cleste pour les yeux, pour les ulcres 
et pour toutes les parties internes. Si on le recueille au 



3o C. PLI1NII HIST. NAT. LIB. XI. 

congruat in eumdem diem, ut saepe, Veneris aut Jovis, 

Mercuriive exortus , non alia suavitas , visque morta- 

lium malis a morte vocandis , quam divini neotaris , 

fit. 

Quomodo probentur. De erice, sive tetralice , sive sisirum. 

XV. i5. Mel plenilunio uberius capitur, sercna die 
pinguius. In omni melle, quod per se fluxit, ut mustum 
oleumque , appellatur acetum. Maxime laudabile est 
etiam omne rutilum , vel sic auribus aptissimum. In 
aestimatu est e tbymo , coloris aurei, saporis gratissimi. 
Quod fit palam doliolis , pingue : marino e rore , spis- 
sum. Quod concrescit autem , minime laudatur. Thymo- 
sum non coit , et tactu praetenuia fila mittit : quod pri- 
mum gravitatis argumentum est. Abrumpi statim et 
resilire guttas , vilitatis indicium habetur. Sequens pro- 
batio, ut sit odoratum, et ex dulci acre, glutinosum, 
perlucidum. vEstiva mellatione decimam partem Cassio 
Dionysio apibus relinqui place t , si plenae fuerint alvi : 
si minus, pro rata portion e : aut si inanes, omnino non 
attingi. Huic vindemiae Attici signum dedere initium 
caprifici : alii diem Vulcano sacrum. 

16. Tertium genus mellis, minime probatum, silvestre, 
quod ericaeum vocant. Convehitur post primos autumni 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 3i 

lever de Sirius, et que le lever de Vnus, de Jupiter ou 
de Mercure, ce qui arrive souvent, tombe le mme jour, 
sa douceur et sa vertu pour gurir les mortels, et mme 
les rappeler la vie, sont celles mmes du divin nectar. 

Manire d'prouver le miel. De l'rice, ttralice ou sisire. 

XV. i5. La rcolte du miel est plus riche dans la 
pleine lune ; le miel est plus gras dans un jour serein. 
Celui qui a coul de lui-mme, comme le mot et l'huile , 
est appel acetum. Le rouge est d'une qualit sup- 
rieure , et le meilleur pour les oreilles. On estime celui 
qui provient du thym : il est de couleur d'or et d'un got 
trs-agrable. Celui qui se forme dans les calices des 
fleurs est gras; celui du romarin est pais; celui qui se 
fige est le moins recherch. Le miel du thym ne se coa- 
gule pas; quand on le touche, il file trs-menu ; c'est 
le premier indice de sa pesanteur : quand il se dtache 
sans filer, et que les gouttes rejaillissent, c'est un signe 
de son infriorit. Quant aux autres qualits, on exige 
qu'il soit odorant , aigre-doux , gluant , transparent. 
Cassius Dionysius veut qu'on laisse aux abeilles le 
dixime de la rcolte d't si les ruches sont pleines, et 
une part proportionne si elles ne le sont pas entire- 
ment ; ou, si elles sont presque vides, qu'on n'y touche 
pas. Les habitans de TAttique ont fix l'poque de cette 
rcolte au commencement de la caprification ; les autres, 
aux ftes de Vulcain. 

16. La troisime sorte, la moins estime, est le miel 
sauvage, qu'on appelle rice. Les abeilles le recueillent 



3 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

imbres , quum erice sola floret in silvis , ob id arenoso 
simile. Gignitur id maxime Arcturi exortu ex ante pridie 
idus septembris. Quidam aestivam mellationem ad Arcturi 
exortum proferunt , quoniam ad aequinoctium autumni 
ab eo supersint dies quatuordecim : et ab aequinoctio ad 
Vergiliarum occasum diebus xlviii plurima sit erice. 
Athenienses tetralicem appellant, Euba sisirum ; pu- 
tan tque apibus esse gratissimam , fortassis quia tune 
nulla alia sit copia. Haec ergo mellatio , fine vindemiae 
et Vergiliarum occasu, idibus novembris fere includitur. 
Relinqui ex ea duas partes apibus ratio persuadet , et 
semper eas partes favorum , quae habeant erithacen. A 
bruma ad Arcturi exortum diebus lx somno aluntur sine 
ullo cibo. Ab Arcturi exortu ad aequinoctium vernum 
tepidiore tractu jam vigilant : sed etiam tune alveo se 
continent, servatosque in id tempus cibos repetunt. In 
Ilalia vero hoc idem a Vergiliarum exortu faciunt : in 
eum dormiunt. 



Alvos quidam in eximendo melle expendunt , ita di- 
rimentes quantum relinquant. ^Equitas siquidem etiam 
in eis obstringitur : feruntque societate fraudata alvos 
mori. In primis ergo praecipitur ut loti , purique eximant 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 33 

aprs les premires pluies d'automne, lorsque la bruyre 
seule fleurit dans les forts ; voil pourquoi il a l'aspect 
granuleux. Il se produit principalement au lever de 
l'Arcture, deux jours avant les ides de septembre. Quel- 
ques-uns diffrent la rcolte d't jusqu'au lever de 
l'Arcture, parce que de l il reste quatorze jours jus- 
qu' l'quinoxe d'automne, et que, dans les quarante- 
huit jours depuis l'quinoxe jusqu'au coucher des Pliades, 
il y a le plus de bruyre en fleur. Les Athniens appellent 
cet arbrisseau ttralice , les Eubens sisire. Ils pensent 
qu'il est trs-agrable aux abeilles, peut-tre parce qu'alors 
il n'y a point d'autres plantes en fleur. Cette rcolte se 
termine donc la fin des vendanges et au coucher des 
Pliades , vers les ides de novembre. L'exprience d- 
montre qu'il faut en laisser aux abeilles les deux tiers , 
et , dans tous les cas, les parties de rayons qui contiennent 
l'rithaque. Depuis le solstice d'hiver jusqu'au lever de 
l'Arcture, pendant soixante jours, le sommeil leur tient 
lieu de toute nourriture. Depuis le lever de l'Arcture jus- 
qu' l'quinoxe du printemps, quand la temprature est 
plus douce, elles se rveillent; mais elles se tiennent en- 
core dans la ruche, et ont recours aux provisions qu'elles 
ont rserves pour ce temps. Mais en Italie elles font la 
mme chose au lever des Pliades; elles dorment jusqu' 
cette poque. 

Quelques-uns en rcoltent le miel, psent les rayons, 
et n'en prennent qu'autant qu'ils en laissent; car l'quit 
doit tre observe leur gard, et on prtend qu'elles 
meurent si le partage est frauduleux. On recommande 
avant tout, aux personnes charges de cette rcolte, le 
vin. 3 



34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

mella. Et furem mulierumque menses odere. Quum exi 
inuntur mella , apes abigi fumo utilissimum, ne irascan- 
tur, aut ipsae avide vorent. Fumo crebriore etiam ignavia 
earum excitatur ad opra. Nain nisi incubavere, favos 
lividos faciunt. Rursus nimio fumo inficiunlur : quarum 
injuriam celerrime sentiunt mella, vel minimo contactu 
roris acescentia. Et ob id inter gnera servatur, quod 
acapnon voeant. 



i Quomodo apes gnrent. 

XVI. Ftus quonam modo progenerarent , magna 
inter eruditos etsubtilis qustio fuit. Apium enim coitus 
visus est numquam. Plures existimavere oportere con- 
fici floribus compositis apte atque utiliter. Aliqui coitu 
unius, qui rex in quoque appellatur examine. Hune esse 
solum marem, prsecipua magnitudine, ne fatiscat. Ideo 
fetum sine eo non edi : apesque reliquas, tamquam ma- 
rem feminas comitari, non tamquam ducem: quam pro- 
babilem alias sententiam fucorum proventus coarguit. 
Qu enim ratio, ut idem coitus alios perfectos, imper- 
fectos generet alios ? Propior vero prior existimatio fe- 
ret,ni rursus alia difficultas occurreret. Quippcnascun- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 35 

bain et une extrme propret. Les abeilles ont en haine 
les voleurs, et les femmes dans l'tat de menstruation. 
Lorsqu'on taille les ruches , il est trs-utile d'en chasser 
les abeilles par la fume, pour prvenir leur fureur, ou 
empcher qu'elles ne dvorent elles-mmes le miel. Sou- 
vent on a recours au mme moyen pour exciter au travail 
les mouches paresseuses ; car si elles ne restent pas sur 
les gteaux, elles font des rayons livides. D'un autre ct, 
l'emploi trop frquent de la fume les infecte , et le mal 
qu'on leur fait tourne au dtriment du miel , qui s'aigrit 
mme au plus lger contact de la rose; aussi distingue- 
t-on , parmi les diffrentes sortes de miel , celui qu'on 
nomme acapnon. 

Reproduction des abeilles. 

XVI. La gnration des abeilles a t , parmi les sa- 
vans , le sujet d'une grande et subtile question , parce 
qu'on ne les a jamais vues s'accoupler. Plusieurs ont 
pens qu'elles devaient ncessairement tre formes par 
une combinaison de fleurs disposes d'une manire con- 
venable cette reproduction : quelques autres croient 
qu'elles proviennent de l'accouplement d'un seul individu, 
que nous appelons le roi de l'essaim. Ils disent que lui 
seul est mle, qu'il est plus grand pour qu'il rsiste mieux 
la fatigue ; que, par consquent, la reproduction n'a 
pas lieu sans lui, et que les autres abeilles l'accompagnent 
comme leur mle, non comme leur chef: opinion assez 
probable d'ailleurs , mais rfute par la gnration des 
bourdons. Par quelle raison, en effet, le mme accouple- 
ment produirait-il des tres parfaits et d'autres imparfaits? 

3. 



30 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

tur aliquando in extremis favis apes grandiores , qua: 
ceteras fugant. Oestrus vocatur hoc malum : quonam 
modo nascens, si ipsae fingunt? 



Quod certum est, gallinarum modo incubant. Id quod 
exclusum est, primum vermiculus videtur candidus, ja- 
cens transversus , adhrensque ita ut pars cer videa- 
tur. Rex statim mellei coloris , ut electo flore ex omni 
copia factus , neque vermiculus , sed statim penniger. 
Cetera turba quum formam capere cpit, nymphae vo- 
cantur : ut fuci , sirnes , aut cephenes. Si quis alterutris 
capita demat , priusquam pennas habeant, pro gratis- 
simo sunt pabulo malribus. Tempore procedente instil- 
lant cibos , atque incubant, maxime murmurantes, ca- 
loris (ut putant) faciendi gratia, necessarii excludendis 
pullis , donec ruptis membranis , quae singulos cingunt 
ovorum modo , universum agmen emergat. Spectatum 
hoc Romae consularis cujusdam suburbano, alveis cornu 
laternae translucido factis. Ftus intra xlv diem peragi- 
tur. Fit in favis quibusdam, qui vocatur clavus, amarae 
duritia cer , quum fetum inde non eduxere morbo aut 
ignavia , aut infecunditate naturali. Hic est abortus 
apium. Protinus autem educti operantur quadam disci- 
plina cum matribus : regemque juvenem qualis turba 
comitatur. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL :i 7 

La premire hypothse serait plus vraisemblable, si l'on 
n'y trouvait une autre difficult : c'est qu'il nat quel- 
quefois, dans les derniers rayons, des abeilles plus grandes 
qui chassent les autres. Cette espce nuisible se nomme 
strus. Comment nat-elle, si les abeilles se produisent 
elles-mmes ? 

Ce qu'il y a de certain , c'est qu'elles couvent la 
manire des poules. Ce qui clt ressemble d'abord un 
vermisseau blanc, couch de travers et tellement adh- 
rent qu'il semble faire partie de la cire. Le roi, ds-lors, 
est de la couleur du miel, comme tant form du choix 
de toutes les fleurs : il ne passe point par l'tat de ver , 
mais en naissant il est pourvu d'ailes. Les autres abeilles, 
lorsqu'elles commencent prendre une forme, s'appellent 
nymphes, comme les bourdons se nomment sirnes ou 
cphnes. Si Ion arrache la tte l'une ou l'autre es- 
pce avant qu'elle ait des ailes, c'est le mets le plus friand 
pour les mres. Au bout de quelque temps elles leur 
versent la nourriture goutte goutte, et les couvent en 
bourdonnant continuellement, afin de produire, ce que 
l'on pense , la chaleur ncessaire pour faire clore leurs 
petits; jusqu' ce que, rompant la pellicule qui enve- 
loppe chacun d'eux, comme le poussin dans l'uf, tout 
l'essaim la fois sorte des cellules. Ce phnomne a t 
observ prs de Rome, la campagne d'un consulaire, 
qui avait fait construire des ruches avec de la corne 
transparente. Au quarante-cinquime jour les petits sont 
parvenus l'tat parfait. Dans quelques rayons, l'endur- 
cissement d'une cire a mre produit ce qu'on appelle clou, 
lorsque les abeilles n'ont pas conduit le couvain terme , 



38 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



Reges plures inchoantur, ne desiot. Postea ex his so- 
boles quum adulta esse cpit, concordi suffragio deter- 
rimos necant, ne distrahant agmina. Duo autem gnera 
eorum : melior niger variusque. Omnibus forma semper 
egregia, et duplo quam ceteris major, pennae breviores, 
crura recta , ingressus celsior, in fronte macula quodam 
diademate candicans. Multum etiam nitore a vulgo dif- 
ferunt. 

Quae regiminis ratio. 

XVII. 17. Quaerat nunc aliquis ,' unusne Hercules 
fuerit , et quot Liberi patres, et reliqua vetustatis situ 
obruta ? Ecce in re parva, villisque nostris adnexa, 
cujus assidua copia est, non constat inter auctores : rex 
nullumne solus habeat aculeum , majestate tantum ar- 
matus : an dederit eum quidem natura , sed usum ejus 
illi tantum negaverit. Ulud constat, imperatorem aculeo 
non uti. Mira plebei circa eum obedientia.Quum procedit, 
una est totum examen, circaque eum globatur, cingit, 
protegit , cerni non patitur. Reliquo tempore , quum 
populus in labore est , ipse opra intus circuit, similis 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 3 9 

par maladie, ou par paresse, ou par infcondit naturelle. 
C'est l'avortement des abeilles. Les petits , aussitt qu'ils 
sontclos, travaillent avec les mres, comme pour s'in- 
struire leur cole. Le jeune roi emmne sa suite 
l'essaim du mme ge. 

Elles lvent d'abord plusieurs rois , dans la crainte 
d'en manquer; ensuite, lorsqu'ils sont adultes, elles tuent 
les moins parfaits d'un commun accord, de peur qu'ils 
ne divisent la ruche. Or, il y en a de deux sortes : le 
meilleur est noir et tachet. Tous sont d'une forme dis- 
tingue, et deux fois plus grands que les autres abeilles. 
Leurs ailes sont plus courtes, leurs jambes droites, leur 
dmarche fire, et leur front porte une tache blanchtre 
en guise de diadme. Ils diffrent aussi beaucoup des 
plbiennes par leur clat. 

Gouvernement des abeilles. 

XVII. 17. Qu'on recherche maintenant, s'il n'a exist 
qu'un Hercule, combien il y a eu de Bacchus., et tant 
d'autres choses ensevelies sous la rouille des sicles ! 
Voici un fait bien simple qui se prsente dans toutes nos 
campagnes, que nous pouvons vrifier tous les jours , et 
sur lequel cependant les auteurs ne sont point d'accord. 
Le roi des abeilles est-il seul dpourvu d'aiguillon, et arm 
uniquement de sa propre majest; ou bien la nature lui 
a-t-elle donn un aiguillon et en a-t-elle refus l'usage lui 
seul ? Ce qui est certain , c'est que le roi ne se sert pas 
d'aiguillon. Son peuple est envers lui d'une obissance 
admirable. Lorsqu'il sort, l'essaim entier l'accompagne, 
forme un groupe autour de lui , l'enveloppe, le couvre 



40 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

exhortanti, sol us immunis. Circa eum satellites quidam 
lictoresque , assidui custodes auctoritatis. Procedit foras 
non nisi migraturo examine. Id multo intelligitur ante, 
aliquot diebus murmure intus strepente , apparatus in- 
dice diem tempestivum eligentium. Si quis alam ei de- 
truncet , non fugiet examen. Quum processere , se quae- 
que proximam illi cupit esse , et in officio conspici gau- 
det. Fessum humeris sublevant : validius fatigatum ex 
toto portant. Si qua lassata dficit , aut forte aberravit , 
odore persequitur. Ubicumque ille consedit, ibi cuncta- 
rum castra sunt. 



Aliquando et laetum omen esse examinum. 

XVIII. Tune ostenta faciunt privata ac publica , uva 
dependente in domibus templisve, saepe expiata magnis 
eventibus. Sedere in ore infantis tum etiam Platonis , 
suavitatem illam praedulcis eloquii portendentes. Sedere 
in castris Drusi imperatoris, quum prosperrime pugna- 
tum apud Arbalonem est, haud quaquam perptua aru- 
spicum conjectura , qui dirum id ostentum existimant 
semper. Duce prehenso totum tenetur agmen : amisso 



HISTOIRE NATURELLE, UV. XL > 4* 

et le drobe tous les regards. Le reste du temps, lorsque 
le peuple est ses travaux, il parcourt les ouvrages dans 
l'intrieur, comme pour exhorter au travail, dont il est 
seul exempt. Autour de lui marchent des satellites et des 
licteurs, gardes assidus de son autorit. Il ne sort jamais 
que lorsque l'essaim doit quitter la ruche : le dpart est 
annonc long-temps d'avance par un bourdonnement qui 
se fait entendre plusieurs jours de suite dans la ruche , 
signe certain que les abeilles font leurs apprts, et n'at- 
tendent qu'un jour favorable. Si l'on arrache une aile au 
roi , l'essaim ne partira pas. Lorsqu'elles sont en marche , 
chacune ambitionne d'tre le plus prs du roi ; leur 
joie est d'en tre vues remplissant leur devoir. Lass , 
elles le soutiennent avec leurs paules; trop fatigu, elles 
le portent tout--fait. Celles qui restent en arrire par 
lassitude, ou qui viennent s'garer, suivent, guides 
par l'odorat. En quelque lieu que le roi s'arrte, l'arme 
tout entire tablit son camp. 

Heureux prsage qu'on peut quelquefois tirer de l'aspect d'un essaim. 

XVIII. Alors elles forment des prsages privs et pu- 
blics quand elles sont suspendues en grappes dans les 
maisons ou dans les temples; prsages souvent accom- 
plis par de grands vnemens. Elles se posrent sur la 
bouche de Platon encore enfant , pour annoncer la dou- 
ceur de son loquence enchanteresse : elles se posrent 
dans le camp de Drusus , chef de l'arme romaine , lors- 
que l'on combattit , avec le plus heureux succs , auprs 
d'Arbalon. La science des aruspices n'est donc pas ton- 



4* C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

dilabitur, migratque ad alios. Esse utique sine regc non 
possunt. Invit autem interimunt eos , quura plures 
fuere, potiusque nascentium domos diruunt, si proven- 
tus desperatur : tune et fucos 'abigunt. Quamquam jde 
iis video dubitari , propriumque iis genus esse aliquos 
existimare, sicut furibus grandissimis inter illas, sed ni- 
gris, lataque alvo: ita appellatis, quia furtim dvorent 
mella. Certum est , ab apibus fucos interfici. Utique re- 
gem non habent. Sed quomodo sine aculeo nascantur, 
in quaestione est. 



Humido vere raelior ftus : sicco, mel copiosius. Quod 
si defecerit aliquas al vos cibus, impetum in proximas 
faciunt rapinae proposito. A.t illae contra dirigunt aciem : 
et si custos adsit, alterutra pars , quae sibi fa vere sentit, 
non apptit eum. Ex aliis quoque saepe dimicant eau- 
sis, easque acies contrarias duo imperatores instruunt, 
maxime rixa in convebendis floribus exorta , et suos 
quibusque evocantibus : quae dimicatio injectu pulveris , 
aut fumo tota discutitur. Reconciliatur vero lact vel 
aqua niulsa. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. /,3 

jours infaillible , puisqu'ils pensent qu'un tel prsage est 
toujours sinistre. En prenant le roi, on est matre de tout 
l'essaim : les abeilles l'ont-elles perdu , elles se dispersent 
et vont se joindre d'autres chefs : jamais elles ne 
peuvent tre sans roi. Elles les tuent regret lorsqu'il 
y en a plusieurs; elles prfrent dtruire les cellules o 
ils doivent natre , quand elles dsesprent d'une anne 
abondante; alors elles chassent aussi les bourdons. Quant 
ces derniers , je vois qu'on ne s'accorde, pas sur leur 
nature : suivant quelques auteurs , ils forment une es- 
pce particulire, comme cette grande espce noire, 
large ventre, qui se rencontre parmi les abeilles , et 
qu'on nomme larronne, parce qu'elle dvore furtivement 
le miel. Il est certain que les abeilles tuent les bour- 
dons. Ils n'ont point de roi. Mais comment naissent-ils 
sans aiguillon? c'est encore une question rsoudre. 

Si le printemps est humide , les essaims multiplient 
davantage; s'il est sec, le miel est plus abondant. Si la 
nourriture manque dans quelques ruches , les abeilles 
se jettent sur les ruches les plus voisines pour les piller. 
Celles qu'on attaque les repoussent en bataille ; et , si 
le gardien des ruches se trouve l , le parti qui le croit 
favorable sa cause s'abstient de toute hostilit son 
gard. Elles se font aussi la guerre pour d'autres motifs ; 
deux gnraux rangent en bataille les armes ennemies : 
le transport des fleurs est la cause la plus ordinaire des 
rixes , et chacune appelle ses compagnes son secours. 
U n peu de poussire ou de fume spare les combattans. 
On les rconcilie avec du lait ou de l'eau mielle. 



44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

Gnera apium. 

XIX. 18. Apes sunt et rusticae silvestresque, horridae 
aspectu, multo iracundiores, sed opre ac labore prses- 
tantes. Urbanarum duo gnera : optimae brves , variae- 
que , et in rotunditatem compactiles : dtriores long , 
et quibus similitudo vesparum : etiamnun deterrimae 
ex iis pilosae. In Ponto sunt quaedam albae, qu bis in 
mense mella faciunt. Circa Thermodoontem autem flu- 
vium duo gnera: aliarum, qu in arboribus mellificant: 
aliarum , quae sub terra, triplici cerarum ordine, uber- 
rimi proventus. 

Aculeum apibus natura ddit ventri consertum. Ad 
unum ictum hoc infixo, quidam eas statim emori pu- 
tant. Aliqui non nisi in tantum adacto , ut intestin i 
quidpiam sequatur : sed fucos postea esse , nec melia 
facere , velut castratis viribus , pariterque et nocere et 
prodesse desinere. Est in exemplis , equos ab iis oc- 
cisos. V 

Odere fdos odores, proculque fugiunt, sed et fictos. 
Itaque unguenta redolentes infestant, ipsae plurimorum 
animalium iujuriis obnoxi. Impugnant eas naturae ejus- 
dem dgnres vespae , atque crabrones , _etiam e culi- 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XI. 4 5 

Des diverses espces d'abeilles. 

XIX. 18. On trouve aussi, dans les campagnes et les 
forts, des abeilles sauvages d'un aspect rude, beaucoup 
plus irascibles, mais plus habiles et plus laborieuses. Les 
abeilles domestiques sont de deux sortes : les meilleures 
sont courtes , nuances et ramasses dans leur corpu- 
lence ; les autres, moins bonnes , sont longues et sem- 
blables aux gupes ; les pires de toutes , parmi ces der- 
nires, sont celles qui sont velues. Il y a dans le Pont 
des abeilles blanches qui font du miel deux fois par mois. 
Aux environs du fleuve Thermodon , on en trouve une 
espce qui fait son miel dans les arbres, et une autre 
qui le fait sous terre, avec trois rangs de rayons; elles 
sont d'un trs -grand produit. 

La nature a donn aux abeilles un aiguillon attach 
au ventre. Quelques-uns pensent qu'au premier coup 
qu'elles en donnent il reste dans la blessure , et qu'elles 
meurent aussitt ; d'autres croient qu'elles ne meurent 
que lorsqu'elles l'ont enfonc assez avant pour qu'il en- 
trane une portion de l'intestin ; qu'au reste , perdant 
leurs forces avec leur aiguillon , elles deviennent de 
simples bourdons et ne font plus de miel , dsormais 
impuissantes pour nuire ou pour tre utiles. H y a des 
exemples de chevaux tus par les abeilles. 

Elles dtestent et fuient les mauvaises odeurs, et mme 
les odeurs factices ; aussi les voit-on harceler ceux qui 
portent des parfums , ayant d'ailleurs se dfendre 
elles-mmes contre plusieurs animaux. Les gupes, es- 



46 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

cura gnre, qui vocantur muliones : populantur hi- 
ruudines , et quaedam aliae aves. Insidiantur aquantibus 
ranae, quae maxima earum est operatio tum,'quum so- 
bolem faciuut. Nec hae tantum , quae stagna rivosque 
obsident, verum etrubelae veniunt ultro, adrepentesque 
foribus per eas suflant : ad hoc [provolant , confestim- 
que abripiuntur. Nec sentire ictus apium ranae tradun- 
tur. Inimicae et oves , difficile se a lanis earum expli- 
cantibus. Cancrorum etiam odore, si quis juxta coquat, 
exanimantur. 



De morbis apium. 

XX. Quin et morbos suapte natura sentiunt. Index 
eorum tristitia torpens , et quum ante fores in teporem 
solis promotis aliae cibos ministrant , quum defunctas 
progerunt, funerantiumque more comitantur exsequias. 
Rege ea peste consumpto maeret plebs ignavo dolore , 
non cibos convehens , non procedens , tristi tantum 
murmure glomeratur circa corpus ejus. Subtrahitur ita- 
que diducta multitudine : alias spectantes exanimem , 
luctum non minuunt. Tune quoque ni subveniatur, fam 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. /, 7 

pce btarde du mme genre ; les frelons , et l'espce de 
cousins qu'on nomme mulions , leur font la guerre. Les 
hirondelles et quelques autres oiseaux les dtruisent en 
grande partie. Les grenouilles leur tendent des embus- 
cades lorsqu'elles vont chercher de l'eau , ce qui est leur 
plus grande occupation dans le temps qu'elles lvent 
leurs petits. Je ne parle pas seulement de celles qui les 
attendent au bord des tangs et des ruisseaux : mais les 
grenouilles buissonnires viennent aussi les chercher; et, 
se glissant prs des ruches, elles soufflent par les portes. 
ce bruit les abeilles sortent et sont saisies l'instant. 
On dit que les grenouilles sont insensibles la piqre 
des abeilles. Les moutons sont encore dangereux pour 
elles , parce qu'elles ont de la peine se dgager de leur 
laine. L'odeur des crevisses , si l'on en fait cuire dans le 
voisinage , les fait mourir. 

Maladies des abeilles. 

XX. Elles ont aussi leurs maladies particulires. Elles 
paraissent alors tristes et engourdies : on les voit offrir 
des alimens celles qu'elles ont exposes la chaleur 
du soleil devant la porte de la ruche, emporter celles 
qui sont mortes , et accompagner leur corps comme 
pour leur rendre les derniers devoirs. Si le roi succombe 
la maladie, le peuple constern s'abandonne la dou- 
leur ; les travaux cessent , personne ne sort , toutes 
s'attroupent en bourdonnant tristement autour de son 
corps. On l'enlve donc en cartant la multitude, autre- 
ment la vue du cadavre entrelient leur deuil ; mme, si 



48 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

moriuntur. Hilaritate igitur, et nitore sanitas aesti- 

natur. 

19. Sunt et operis morbi : quum favos non expient, 
claron vocant. Item blapsigoniam , si fetum non pera- 
gunt. 

Quae inimica apibus. 

XXI. Inimica est et cho resultanti sono, qui pavi- 
das alterno pulset ictu : inimjca et nebula. Aranei quo- 
que vel maxime hostiles , quum praevaluere ut intexant , 
enecant alveos. Papilio etiam ignavus et inhonoratus, 
luminibus accensis advolitans, pestifer, nec uno modo. 
Nam et ipse ceras depascitur, et relinquit excrementa, 
quibus teredines gignuntur : fila etiam araneosa , qua- 
cumque incessit, alarum maxime lanugine obtexit. Nas- 
cuntur et in ipso ligno teredines , quae ceras praecipue 
appetunt. Infestt et aviditas pastus , nimia florum sa- 
tietate , verno maxime tempore : alvo cita. Oleo quidem 
non apes tantum , sed omnia insecta exanimantur, prae- 
cipue si capite uncto in sole ponantur. Aliquando et 
ipsae contrahunt mortis sibi causas , quum sensere eximi 
mella, avide vorantes. Cetero praeparcae, et quae alioqui 
prodigas atque edaces , non secus ac pigras atque igna- 
vas proturbent. Nocent et sua mella ipsis, illitaeque ab 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 49 

l'on n ? a soin de pourvoir leur subsistance, elles se 
laissent mourir de faim. La gat et la fracheur sont 
donc chez elles les signes de la sant. 

19. Leurs ouvrages ont aussi des maladies : celle 
qu'on nomme elaros, lorsque les abeilles n'emplissent pas 
leurs rayons; et celle qu'on appelle blapsigonie, lors- 
qu'elles n'amnent pas le couvain terme. 

Ce qui est contraire aux abeilles. 

XXI. L'cho leur est galement contraire par ce son 
retentissant et alternatif, qui les frappe et les effraie. Le 
brouillard ne leur est pas moins nuisible ; mais leur en- 
nemi le plus redoutable, c'est l'araigne, qui dtruit la 
ruche entire quand elle est parvenue y tendre sa toile. 
Ce lche et vil papillon , qui voltige autour des flam- 
beaux allums , leur nuit aussi de plus d'une manire. 
Il mange la cire, et laisse des ordures o s'engendrent 
les trdo ; de plus, il masque les fils d'araigne, qu'il 
couvre du duvet de ses ailes partout o il passe. Dans 
le bois naissent aussi des trdo, qui attaquent parti- 
culirement la cire. Leur propre intemprance leur est 
funeste : les fleurs qu'elles mangent avec excs, sur- 
tout au printemps , leur donnent le flux de ventre. 
L'huile tue les abeilles, ainsi que tous les insectes, prin- 
cipalement lorsque, aprs leur en avoir enduit la tte, 
on les expose au soleil. Quelquefois elles deviennent 
elles-mmes la cause de leur mort , en dvorant le miel 
quand elles s'aperoivent qu'on l'enlve. Du reste, elles 
sont trs-mnagres : les prodigues et les gourmandes , 
vin. 4 



5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

adversa parte moriunlur. Tt hostibus, tt casibus , (et 
quotam portionem eorum commemoro ? ) tam munifi- 
cum animal expositum est. Remdia dicemus suis locis: 
nunc enim sermo de natura est. 



De continendis apibus. 

XXII. 20. Gaudent plausu atque tinnitu aeris, eoque 
convocantur. Quo manifestum est, auditus quoque inesse 
sensum. Effecto opre , educto ftu , functo munere 
omni, exercitationem tum solemnem habent : spatia- 
taeque in aperto , et in altum data? , gyris volatu editis , 
tum demum ad cibum redeunt. Vita eis longissima , ut 
prospre inimica ac fortuita cdant , septenis annis uni- 
versa. Alvos numquam ultra decem annos durasse pro- 
ditur. Sunt qui mortuas , si intra tectum hieme serven- 
tur, deinde sole verno torreantur, ac ficulneo cinere toto 
die foveantur, putent revivescere. 

De reparandis. 

XXIII. In totum vero amissas reparari ventribus bu- 
bulis recentibus cum fmo obrutis : Virgilius juvencorum 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 5i 

comme les lches et les paresseuses , sont impitoyable- 
ment chasses. Leur miel mme leur est funeste ; quand 
on en frotte la partie antrieure de leur corps , elles 
meurent. A combien d'ennemis, combien d'accidens 
( et encore n'en cit-je qu'une faible partie ) est expos 
un animal que sa munificence nous rend si prcieux ! 
Nous indiquerons les remdes en leur lieu , car mainte- 
nant nous ne traitons que de leur nature. 

"Moyen de contenir les abeilles. 

XXII. 7.0. Le tintement de l'airain les rjouit , et ce 
son les rallie; ce qui dmontre qu'elles ont aussi le sens 
de l'oue. Les ouvrages achevs , les petits clos , toutes 
leurs fonctions remplies , elles se livrent alors aux exer- 
cices d'usage. Rpandues dans la plaine , leves dans 
les airs, elles volent en tournoyant, et ne rentrent que 
pour le repas. Leur vie la plus longue , si elles ont le 
bonheur d'chapper tous les ennemis , tous les ac- 
cidens , est de sept ans en tout. On prtend que jamais 
ruche n'a dur plus de dix ans. Suivant quelques au- 
teurs , les abeilles mortes , gardes pendant l'hiver la 
maison , exposes ensuite au soleil du printemps , et 
chauffes pendant un jour dans la cendre de figuier, 
sont rappeles la vie. 

Moyen de repeupler les ruches. 

I 

I XX!^ Si l'espce est totalement dtruite , on peut 
la reproduire avec le ventre d'un buf tu rcemment , 

4- 



5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

corpore exanimato, sicut equorum vespas atque crabro- 
nes, sicut asinorum scarabaeos, mutante natura ex alis 
quaedam in alia. Sed horuin omnium coitus cernuntur. 
Et tamen in ftu eadein prope natura , quae apibus. 



De vcspis et crabronibus. Quae animalia ex alieno suum faciant. 

XXIV. 21. Vespae in sublimi e luto nidos faciunt , 
et in his ceras : crabrones in cavernis , aut sub terra. 
Et borum omnium sexangulae cellae. Cera autem corti- 
cea et araneosa. Ftus ipso iuaequalis, et barbarus; alius 
evolat , alius in nympba est , alius in vermiculo. Et au- 
tumno , non verno , omuia ea. Plenilunio maxime cres- 
eunt. Vespae , quae icbneumones vocantur ( sunt autem 
minores, quam aliae), nnum genus ex araneis perimunt, 
phalangium appellatum , et in nidos suos ferunt , deinde 
illinunt, et ex iis incubando suum genus procrant. 
Praeterea omnes carne vescuntur , contra quam apes , 
quae nullum corpus attingunt. Sed vespae muscas gran- 
diores venantur : et amputato iis capite, reliquum corpus 
auferunt. Crabronum silvestres in arborum cavernis de- 
gunt : hieme, ut cetera insecta conduntur : vita biiua.| 
tum non transit. Ictus eorum baud temere sine febri est. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 53 

et enterr dans le fumier. Suivant Virgile , le corps d'un 
jeune buf, qu'on a fait expirer sous les coups, produit 
des abeilles , comme le corps d'un cheval produit les 
gupes et les frelons, et celui d'un ne les scarabes , 
la nature changeant certains animaux en d'autres. Mais 
on voit l'accouplement de ces dernires espces ; nan- 
moins elles lvent leurs petits presque la manire des 
abeilles. 

Des gupes , des frelons. Animaux qui s'approprient le fruit du 
travail d'autrui. 

XXIV. 1 1 . Les gupes font leurs nids avec de la bouc 
dans un lieu lev et y construisent des gteaux. Les 
frelons s'tablissent dans des trous ou sous terre. Toutes 
leurs alvoles sont hexagones. Leur cire tient de l'corce 
et de la toile d'araigne. Leurs petits closent sans 
rgularit et sans ordre. Les uns volent, tandis que 
les autres sont encore l'tat de nymphe ou de ver ; 
et tout cela s'opre en automne, et non au printemps. 
Us prennent , dans la pleine lune , leur plus grand ac- 
croissement. Les gupes qu'on nomme iclmeumons (elles 
sont plus petites que les autres ) tuent une'espce d'arai- 
gne qu'on appelle phalangium , la portent dans leurs 
nids , pondent dans le cadavre , qu'elles enduisent de 
boue , et , en couvant , font clore leurs petits. Au 
surplus, toutes se nourrissent de chair, au lieu que les 
abeilles ne touchent aucun cadavre. Les gupes font 
la chasse aux grosses mouches ; et, aprs leur avoir- 
t la tte , elles emportent le reste du corps. Les 
frelons des bois vivent dans des creux d'arbres ; l'hiver 



54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

uctores sunt, ter novenis punctis interfici hominem. 
Aliorum , qui mitiores videntur, duo gnera : opifices , 
minores corpore , qui raoriuntur hieme : matres , quae 
biennio durant: ii et clmentes. Nidos vere faciunt, fere 
quadrifores , in quibus opifices generentur. lis eductis , 
alios deinde nidos majores fingunt , in quibus matres 
futuras producant. Jam tum opifices funguntur munere, 
et pascunt eas. Latior matrum species : dubiumque an 
habeant aculeos , quia non^ egrediuntur. Et his sui fuci. 
Quidam opinantur omnibus his ad hiemem decidere 
aculeos. Nec crabronum autem , nec vesparum gcneri 
reges, aut examina : sed subinde renovatur multitudo 
sobole. 



De bombyce assyria. 

XXV. 22. Quartum inter hc genus est bombycurn, 
in Assyria proveniens , majus quam supra dicta. Nidos 
luto fingunt, salis specie , adplcatos lapidi, tanta du- 
ritie, ut spiculis pcrforari vix possitit. In iis et ceras lar- 
gius, quam apes, faciunt : deinde majorem vermiculuin. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 55 

ils se renferment, comme les autres insectes ; leur vie 
n'excde pas deux ans. Il est rare que leur piqre ne cause 
pas la fivre: vingt-sept de ces piqres, suivant quelques 
auteurs , suffisent pour tuer un homme. D'autres fre- 
lons , qui semblent plus doux, se divisent en deux es- 
pces : les travailleurs, plus petits, qui meurent l'hiver; 
et les frelons-mres, qui vivent deux ans, et ne font 
point de mal. Au printemps , elles construisent des nids 
qui , d'ordinaire , ont quatre ouvertures , et o elles 
enfantent les travailleurs. Lorsque ceux-ci sont levs , 
elles font d'autres nids plus grands , pour y produire 
celles qui doivent tre mres. Ds-lors les travailleurs 
remplissent leur fonction et les nourrissent. Les mres 
sont d'une forme plus grande : il est douteux qu'elles 
aient un aiguillon , car elles ne le montrent pas. Les 
frelons ont aussi leurs bourdons. Quelques-uns croient 
que tous ces insectes perdent leur aiguillon l'approche 
de l'hiver. Ni les frelons ni les gupes n'ont de rois et 
ne jettent d'essaims : l'espce se renouvelle successive- 
ment par des reproductions individuelles. 

Du bombyce d'Assyrie. 

XXV. 11. Une quatrime espce , dans ce genre d'in- 
sectes, est celle des bombyces, qui appartiennent l'As- 
syrie, et sont plus grands que les prcdens. Ils btissent, 
avec de la boue contre les pierres , des nids qui ont 
l'aspect du sel , et d'une telle duret, qu'on peut peine 
les percer avec un javelot. Ils y font de la cire en plus 
grande quantit que les abeilles , et le ver qu'ils pro- 
duisent est aussi plus gros. 



56 C. PLINI1 HIST. NAT. LIB. XI. 

De bombyliis necydalis. Quae prima invenerit bombycinam vestem. 

XXVI. Et alia horum origo : e grandiore vermiculo, 
gemina protendente sui generis cornua, primum eruca 
ft : deinde quod vocatur bombylius : ex eo necydalus : 
ex hoc in sex mensibus. Bombyces telas araneorum modo 
texunt ad vesteni'luxumque feminarum, quae bombycina 
appellatur. Prima eas redordiri , rursusque texere inve- 
nit in Ceo mulier Pamphila, Latoi filia, non fraudanda 
gloria excogitalas rationis , ut denudet feminas vestis. 



De bombyce Coa. Quomodo conficiatur Coa vestis. 

XXVII. a3. Bombycas et in Co insula nasci traduut, 
eupressi , terebinthi , fraxini , quercus florem imbribus 
decussum terrae halitu animante. Fieri autem primo pa- 
piliones parvos , nudosque : mox frigorum impatientia 
villis inhorrescere , et adversum hiemem tunicas sibi 
instaurare densas , pedum asperitate radentes foliorum 
lanuginem vellere : banc ab bis cogi unguium carmi- 
natione , mox trahi inter ramos , tenuari ceu pectine. 
Postea adprehensam corpori involvi nido volubili. Tu m 
ab homine tolli, fictilibusque vasis tepore et furfurum 
esca nutriri : atque ita subnasci sui generis plumas , 



p 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 5 7 

Des ncydales bombyliennes. Inventeur des toffes bombycines. 

XXVI. On connat encore des bombyles d'une origine 
diffrente : ils proviennent d'un gros ver, arm de deux 
cornes d'espce particulire , qui d'abord devient che- 
nille, puis bombyle, enfin ncydale, et cela dans l'espace 
de six mois. Les bombyces , la manire des araignes , 
ourdissent, pour l'habillement et la parure des femmes, 
une toile qui s'appelle bombycine. L'art de dvider cette 
toile et d'en faire des tissus fut invent dans l'le deCos, 
par la fille de La tous, Pamphila, qui nous ne devons 
pas drober la gloire d'avoir trouv pour les femmes un 
vtement qui les montre nues. 

Du bombyce de Cos. Comment se font les tissus de Cos. 

XXVII. 23. On dit qu'il nat aussi des bombyces dans 
l'le de Cos , o la vapeur de la terre anime les fleurs 
que les pluies ont fait tomber du cyprs, du trbinthe, 
du frne et du chne. Il se forme d'abord de petits pa- 
pillons qui sont nus; bientt, pour se garantir du froid, 
ils se couvrent de poils , et se fabriquent d'paisses tu- 
niques contre la rigueur de l'hiver, en arrachant le duvet 
des feuilles, qu'ils grattent avec les asprits de leurs 
pieds ; ils le ramassent en un tas, le cardent avec leurs 
ongles, le tranent sur les branches, et l'effilent comme 
avec un peigne; ensuite ils saisissent les brins, et en for- 
ment une couverture qu'ils roulent autour d'eux. Alors 
on les emporte , on les dpose dans des vases de terre , 



53 C. PLINII HIST. NAT, LIB. XI. 

quibus vestitos ad alia pensa dimitti. Quae vero coepta 
sint lanificia , humore lentescere : mox in fila tenuari 
junceo fuso. Nec puduit lias vestes usurpare etiam vi- 
ros , levitatem propter aestivara. In tantum a lorica ge- 
renda discessere mores, ut oneri sit etiam vestis. Assyria 
tamen bombyce adhuc feminis cedimus. 



De araneis : qui ex his texant : quae materiae natura ad texendum. 

XXVIII. il\. Araneorum his non absurde jungatur 
natura , digna vel praecipue admiratione. Plura autem 
sunt gnera, nec dictu necessaria in tan ta notitia. Pha- 
langia ex his appellantur, quorum noxii morsus, corpus 
exiguum, varium, acuminatum, adsultim ingredientium. 
Altra eorum species , nigri , prioribus cruribus longis- 
simis. Omnibus internodia terna in cruribus. Luporum 
minimi, non texunt. Majores interna et cavernis exigua 
vestibula praepandunt. Tertium eorumdem genus eru- 
dita operatione conspicuum. Orditur telas , tantique 
operis materiae utrus ipsius sufficit : sive ita corrupta 
alvi natura stato tempore , ut Democrito placet : sive 
est quaedam intus lanigera fertilitas : tam moderato un- 
gue , tam tereti filo , et tam aequali deducit stamina , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 5 9 

o ils sont entretenus par une douce chaleur, et nourris 
avec du son. Il leur pousse des ailes d'une espce parti- 
culire. Dans cet tat, on leur rend la libert pour qu'ils 
entreprennent d'autres travaux. Jete dans l'eau , la toile 
qu'ils ont ourdie s'amollit, puis on la file avec un fuseau 
de jonc. Les hommes n'ont pas eu honte d'usurper ces 
toffes, parce qu'elles sont lgres pour l't. Il est si loin 
de nos murs de porter la cuirasse , que nos vtemens 
mme sont une charge incommode. Toutefois , nous lais- 
sons encore aux femmes la bombyee assyrienne. 



Des araignes : quelles espces parmi elles font de la toile, et quelle 
est la matire du tissu. 



XXVIII. il\. Ici se place convenablement l'histoire 
des araignes, sujet assurment digne d'admiration. Il y 
en a plusieurs espces , trop connues pour qu'il soit n- 
cessaire d'en parler avec dtail. On nomme phalangium 
celles dont la morsure est venimeuse, le corps bigarr, 
court, effil, et qui marchent en sautant. Dans cette es- 
pce il en est de noires, dont les jambes antrieures sont 
trs-allonges. Toutes ont trois articulations aux jambes. 
Les araignes-loups de la petite espce ne filent point; les 
grandes tendent de petites toiles l'entre et au dedans 
de leurs trous. Une troisime espce est remarquable par 
son savant travail : elle ourdit des toiles , et son ventre 
fournit seul la matire d'un si grand ouvrage, soit que 
les parties dont il est form se dcomposent poque 
fixe , comme le prtend Dmocrite , soit qu'elle possde 
intrieurement la facult de produire cette espce de laine. 



6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

ipso se pondre usus. Texere a medio incipit , eireinato 
orbe subtegmina adnectens maculasque paribus semper 
intervallis , sed subinde crescentibus , ex angusto dila- 
tans indissolubili nodo implicat. Quanta arte celt pe- 
dicas , ac scutulato rete grassantes ! quam non ad hoc 
videtur pertinere crebrataepexitas telae , et quadam po- 
liturae arte , ipsa per se tenax ratio tramoe ! quam laxus 
ad flatus, ac non respuenda quae veniant, sinus! Dere- 
licta lasso praetendi summa parte arbitrere licia : at illa 
difficile cernuntur, atque ut in plagis lineae offensae, prae- 
cipitant in sinum. Specus ipse qua concameratur archi- 
tectura ! et contra frigora quanto villosior ! quam remo- 
tus a medio, aliudque agentis similis! inclusus vero sic, 
ut sit, nec ne, intus aliquis, cerni non possit! Age, fir- 
mitas : quanto rumpentibus ventis? qua pulverum mole 
degravante ? Latitudo telae saepe inter duas arbores , 
quum exercet artem et discit texere : longitudo fili a cul- 
mine, ac rursus a terra per illud ipsum velox recipro- 
catio : subitque pariter ac fila deducit. Quum vero ca- 
ptura incidit,quam vigilans et paratus adcursum? licet 
extrema hreat plaga , semper in mdium currit: quia 
sic maxime totum concutiendo implicat. Scissa protinus 
reficit , ad polituram sarciens. Namque et lacertarum 
catulos venautur : os primum tela involventes , et tune 
demum labra utraque morsu adprehendeutes , amphi- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 61 

Quelle rgularit, quelle galit dans ces fils que son ongle 
arrondit et faonne en tissus ! et cependant son propre 
poids lui tient lieu de fuseau. Elle commence son tissu 
par le milieu , puis elle tend la trame en forme circu- 
laire ; largissant les mailles intervalles gaux et pro- 
gressivement croissans, elle les runit par un nud in- 
dissoluble. Avec quel art elle cache les lacets meurtriers 
que forment ses rseaux ! Qui souponnerait que cette 
loile moelleuse et garnie d'un long duvet, que cette trame 
ferme et solide, dont l'art semble avoir poli la surface, 
ne sont en ralit qu'un pige trompeur ? Au centre , 
quelle souplesse, pour se prter au souffle du vent , et ne 
pas rejeter les objets qui se prsentent ! On croirait que 
les fils tendus aux extrmits ont t abandonns par l'ou- 
vrire puise de fatigue ; mais ces fils sont difficilement 
aperus, et, comme les cordons de nos toiles de chasse, 
prcipitent dans le filet l'animal qui les rencontre ! La 
caverne elle-mme, avec quelle savante architecture elle 
est vote ! et combien , plus que le reste , elle est rem- 
bourre contre le froid ! Comme l'araigne se tient carte 
du centre, paraissant occupe de tout autre chose, et 
tellement renferme, qu'il est impossible devoir si le lieu 
est ou n'est pas habit! Observez la fermet de l'ouvrage : 
quels vents peuvent le briser, quels amas de poussire le 
rompre? La largeur de la toile s'tend souvent d'un arbre 
l'autre, lorsque l'araigne s'exerce et fait apprentissage 
de son art. En longueur, l'araigne tend son fil du som- 
met de l'arbre la surface du sol, et, tout en remontant 
rapidement le long de ce mme fil , elle en ramne un 
nouveau , puis elle redescend en continuant la mme 



6i C. PLINII HLST. NAT. LIB. XI. 

theatrali spectaculo , quum contigit. Sunt ex eo et au- 
guria. Quippe incremento amnium futuro telas suas 
allius tollunt. Iidem sereno non texunt, nubilo texunt. 
Ideoque multa arauea imbrium sigua sunt. Feminam 
putant esse quae texat , marem qui venetur : ita paria 
fieri mrita conjugio. 






Generatio araneorum. 

XXIX. Aranei conveniunt clunibus : pariunt vermi- 
culos ovis similes. Nam nec horum differri potest geni- 
tura , quoniam insectorum vix ulla alia narratio est. 
Pariunt autem ova ea in telas, sed sparsa, quiasaliunt, 
atque ita emittunt. Phalangia tantum in ipso specu in- 
cubant magnum numerum : qui ut emersit, matrem 
consumit , saepe et patrem : adjuvat enim incubare. Pa- 
riunt autem et trecenos , cetera? pauciores. Et incubant 
triduo. Consummantur aranei quater septenis diebus. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 63 

manuvre. Si quelque animal s'est pris au filet, quelle vi- 
gilance ! quelle promptitude accourir! La proie est-elle 
arrte l'une des extrmits, elle court toujours au cen- 
tre ; car c'est en agitant la toile dans toutes ses parties 
qu'elle enlace le plus l'animal. La toile est-elle dchire , 
elle la raccommode l'instant, sans qu'il paraisse aucune 
reprise. Les araignes prennent mme de petits lzards : 
elles commencent par leur museler la gueule avec leur fil, 
puis elles leur saisissent et leur mordent les lvres : spec- 
tacle comparable ceux du Cirque , quand un heureux 
hasard l'offre nos yeux! On en tire aussi des prsages. 
Quand il doit survenir une crue d'eau , elles portent plus 
haut leurs toiles. Elles ne filent pas dans les temps sereins, 
elles filent dans les temps nbuleux; aussi le grand nombre 
de toiles d'araigne est-il un signe de pluie. On pense que 
c'est la femelle qui file, et le mle qui chasse : ainsi , dans 
le mnage, chacun contribue galement au bien commun. 

Gnration des araignes. 
-,4| 

XXIX. Les araignes s'accouplent par derrire, et pro- 
duisent de petits vers semblables des ufs. Je ne puis 
en effet tarder plus long-temps parler de leur gnra- 
tion , puisque nous n'aurons presque rien dire de celle 
des autres insectes. Elles rpandent les ufs sur leurs 
toiles; ils sont pars et l , parce qu'elles les jettent 
en sautant. Les phalangium seulement en couvent dans 
leur trou un grand nombre. Ds que les petits sontclos, 
ils dvorent la mre, et souvent mme le pre; car il par- 
tage avec elle les fonctions de l'incubation. Elles produi- 
sent jusqu' trois cents petits, les autres espces un plus 



6ft C. PLINI HIST. NAT. LIB. XI. 



De scorpionibus. 

XXX. i5. Similiter his et scorpiones terrestres, ver- 
miculos ovorum specie pariunt , similiterque pereunt : 
pestis importuna, veneni serpentium, nisi quocl gravioro 
supplieio lenta per triduum morte conficiunt, virginibus 
letali semper ictu , et feminis fere in totum : viris autem 
matutino, exeuntes cavernis, priusquam aliquo fortuito 
ictu jjunum egerant venenum. Semper cauda in ictu 
est : nulloque momento meditari cesst, ne quando desit 
occasioni. Ferit et obliquo ictu , et inflexu. Venenum ab 
iis candidum fundi Apollodorus auctor est, in novem 
gnera descriptis , per colores maxime : super vacuo , 
quoniam non est scire , quos minime exitiales prdixe- 
rit. Geminos quibusdam aculeos esse : maresque saevis- 
simos. Nam coitum iis tribuit. Intelligi autem gracilitate 
et longitudine. Venenum omnibus medio die , quum in- 
candueresolisardoribus : itemquequum sitiunt, inexpie- 
biles potu. Constat et septena caudse internodia saeviora 
esse : pluribus enim sena sunt. Hoc malum Afric vo- 
lucre etiam austri faciunt, pandentibus brachia , ut re- 
migia sublevantes. Apollodorus idem , plane quibusdam 
inesse pennas tradit. Saepe Psylli, qui reliquarum venena 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL G 5 

petit nombre. L'incubation dure trois jours : au bout de 
vingt-huit , les araignes ont pris leur accroissement. 

Des scorpions. 

XXX. 2 5. Ainsi que les araignes , les scorpions 
terrestres produisent de petits vers qui ont l'apparence 
d'oeufs, et ils prissent de la mme manire: peste mau- 
dite, qui porte le poison des serpens, mais dont la pi- 
qre , par un supplice plus cruel, fait endurer pendant 
trois jours les angoisses d'une mort lente , est toujours 
fatale aux jeunes filles , et presque toujours aux femmes : 
elle est mortelle pour les hommes le matin , lorsque l'in- 
secte , sortant jeun de son trou , n'a pas trouv l'oc- 
casion de rpandre son venin. Sa queue est toujours 
prte frapper, et l'animal est continuellement attentif 
pour ne pas manquer l'occasion. Il frappe, et de biais 
et en se repliant. Le venin de cet insecte est blanc, sui- 
vant Apollodore , qui dcrit neuf espces de scorpions , 
en les distinguant principalement par leurs couleurs : 
dtail superflu , puisqu'on ne peut savoir lesquels il a 
signals comme les moins nuisibles. Il prtend que cer- 
taines espces ont un double aiguillon , et que les mles 
sont les plus dangereux, car il leur attribue la facult 
de s'accoupler. On les reconnat ce qu'ils sont plus 
minces et plus longs que les femelles. Tous sont gale- 
ment venimeux au milieu du jour, lorsqu'ils ont t 
chauffs par l'ardeur du soleil. Quand ils ont soif, ils 
ne peuvent se rassasier de boire. Il est certain que ceux 
qui ont sept noeuds la queue sont les plus redoutables; 
vm. fit 



66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

terrarum invehentes quaestus sui causa peregrinis malis 
impie vere Italiam , hos quoque importare conati sunt : 
sed vivere intra Siculi caeli regionem non potuere. Vi- 
suntur tamen aliquando in 1 talia . sed innocui, multis- 
que aliis in locis , ut circa Pharum in iEgypto. In Scy- 
thia interimunt etiain sues, alioqui vivaciores contra 
venena talia : nigras quidem celerius , si in aquam se 
immerserint. Homini icto putatur esse remedio ipsorum 
cinis potus in vino. Magnam adversitatem oleo mersis, 
et stellionibus putant esse , innocuis dumtaxat iis , qui 
et ipsi carent sanguine , lacertarum figura. Atque scor- 
piones in totum nullis nocere , quibus non sit sanguis. 
Quidam et ab ipsis fetum devorari arbitrantur. Unum 
modo relinqui solertissimum , et qui se ipsius matris 
clunibus imponendo , tutus et a cauda et a morsu loco 
fit. Hune esse reliquorum ultorem , qui postremo ge- 
nitores superne conficiat. Pariuntur autem undeni. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 67 

la plupart n'en ont que six. Ce flau de l'Afrique em- 
prunte des ailes au vent du midi , en tendant ses bras, 
qu'il agite comme des rames. Le mme Apollodore 
rapporte qu'il y a des scorpions vraiment ails. Sou- 
vent les Psylles, qui font mtier de transporter les poi- 
sons de contres en contres , et qui ont rempli l'Italie 
de flaux trangers, ont essay d'y importer les scor- 
pions volans ; mais ceux-ci n'ont pu vivre sous le climat 
de la Sicile : cependant on en voit quelquefois en Italie , 
mais qui ne font point de mal; et en beaucoup d'autres 
lieux, comme aux environs de Pharos en Egypte. Dans 
la Scythie, ils tuent mme les porcs, qui, d'ailleurs, 
rsistent le mieux ces sortes de venins , et les noirs 
plus vite que les autres, s'ils se plongent dans l'eau 
aprs avoir t piqus. On pense que la cendre du 
scorpion , prise dans du vin , est un remde pour 
l'homme bless. L'huile est , dit-on , un poison mortel 
pour les scorpions et pour les stellions ; ceux-ci n'- 
pargnent que les animaux, comme eux privs de sang; 
leur forme est celle du lzard. Les scorpions, en gn- 
ral , ne font point non plus de mal aux animaux qui 
n'ont pas de sang. Quelques-uns pensent qu'ils dvo- 
rent leurs petits ; que le plus adroit chappe seul , en 
se plaant sur la croupe de la mre , o il n'a rien 
craindre de sa piqre et de sa morsure ; qu'il est le 
vengeur de tous les autres , car il finit par tuer le pre 
et la mre. Les scorpions font ordinairement onze 
petits. 



5. 



68 C. PLTNII HIST. NAT. LIB. XI. 

De stellionibus. 

XXXI. 16. Chamaeleonum stelliones quodammodo 
naturam habent, rore tantum vi ventes, praeterque ara- 
neis. 

De cicadis : sine ore esse , exitu cibi. 

XXXII. Similis cicadis vita : quarum duo gnera : 
minores, quae prim proveniunt, et novissimae pereunt: 
suut autem mutae. Sequens est volatu rara. Quae ca- 
nunt, vocantur achetae : et quae minores ex his sunt, 
tettigoniae : sed illae magis canorae. Mares canunt in 
utroque gnre : feminae silent : gentes vescuntur iis ad 
Orientem , etiam Parthi opibus abundantibus. Ante coi- 
tum mares praeferunt , a coitu feminas , ovis earum 
conceptis , quae sunt candida. Coitus supinis. Asperitas 
jacuta in dorso, qua excavant fetur locum in terra. 
Fit primo vermiculus, dein ex eo, quae vocatur teltigo- 
metra , cujus cortice rupto circa solstitia evolant , noctu 
semper : primum nigrae atque durae. Unum hoc ex iis 
quae vivunt , et sine ore est. Pro eo quiddam aculeata- 
rum linguis simile , et hoc in pectore , quo rorem lam- 
bunt. Pectus ipsum fistulosum : hoc canunt achetae , ut 
diximus. De cetero in ventre nihil est. Excitatae quum 
subvolant , humorem reddunt , quod solum argumen- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 69 

Des stellions. 

XXXI. 26. Les stellions tiennent de la nature des ca- 
mlons, ne vivant que de rose et d'araignes. 

Des cigales : absence de la bouche et de l'anus chez ces animaux. 

XXXII. Les cigales vivent de la mme manire , el 
forment deux espces : les petites, qui naissent les pre- 
mires et meurent les dernires ; elles sont muettes : 
l'autre espce vole rarement. Celles qui chantent sont 
nommes achtes, el les plus petites tettigonies; mais les 
autres ont plus de voix. Dans les deux espces , les mles 
chantent , les femelles sont muettes. Les peuples de l'O- 
rient, mme les Parthes, qui vivent au sein de l'abon- 
dance, mangent les cigales. Ils prfrent les mles avant 
l'accouplement, et les femelles aprs, et lorsqu'elles onl 
conu leurs ufs , qui sont blancs. Elles s'accouplent 
renverses. Elles ont au dos une saillie aigu, avec la- 
quelle elles creusent la terre pour y dposer leurs ufs. 
Il se forme d'abord un vermisseau , qui devient ce qu'on 
nomme tettigomtre; vers le solstice, les petits rompent 
leur enveloppe et s'envolent , ce qui arrive toujours la 
nuit. Les cigales sont d'abord noires et dures. De tous 
les tres vivans, c'est le seul qui n'ait point de bouche; 
mais elles ont la poitrine quelque chose qui ressemble 
la langue des insectes arms d'aiguillon , et qui leur 
sert pomper la rose. La poitrine elle-mme n'est 
qu'une espce de tuyau : c'est l que se forme la voix 



70 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

tum est rore eas ali. Iisdem solis, nullum ad excrementa 
corporis foramen. Oculi tam hebetes, ut si quis digi- 
tum contrahens ac remittens iis adpropinquet , transeant 
velut in folia. Quidam duo alia gnera faciunt earum : 
surculariam, quse sit grandior : frumentariam|, quam alii 
avenariam vocant. Apparet enim simul cum frumentis 
arescentibus. 



17. Cicadae non nascuntur in raritate arborum : id- 
circo non sunt Cyrenis circa oppidum : nec in campis , 
nec in frigidis aut umbrosis nemoribus. Est quaedam et 
iis locorum differentia. In Milesia regione paucis sunt 
locis. Sed in Cephalenia amnis quidam penuriam earum 
et copiam dirimit. At in rhegino agro silent omnes : 
ultra flumen in Locrensi canunt. Pennarum illis natura 
quae apibus , sed pro corpore amplior. 



De pinnis insectorum. 

XXXIII. 1 8. Insectorum autem quaedam binas gerunt 
pumas, ut muscae: quaedam quaternas, ut apes. Mem- 
branis et cicadae volant. Quaternas habent, quae aculeis 
in alvo armantur. Nullum , cui telum in ore , pluribus 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 71 

des achtes, comme nous l'avons dit. Du reste, le ventre 
ne contient rien. Lorsqu'on les contraint de voler, elles 
rendent une humeur qui , seule , prouve qu'elles se 
nourrissent de rose. C'est aussi le seul animal qui n'ait 
pas d'ouverture pour jeter ses excrmens. Leurs yeux 
sont si mauvais , que si on leur prsente le doigt, en l'a- 
vanant et en le retirant, elles sautent dessus comme sur 
une feuille. Quelques-uns en tablissent deux autres 
espces , savoir la surculaire , qui est la plus grande ; 
la frumentaire , que d'autres appellent avenire , parce 
qu'elle parat au moment que les fromens jaunissent. 

27. Les cigales ne naissent point dans les lieux d- 
pourvus d'arbres ; aussi n'y en a-t-il pas aux environs de 
la ville de Cyrne , ni dans les plaines, ni dans les bois 
pais ou froids ; elles prfrent mme certains cantons. 
Dans le pays de Milet , elles ne se trouvent qu'en peu 
d'endroits. A Cphalnie, une rivire spare des cantons 
remplis de cigales, d'autres cantons o l'on n'en voit 
aucune. Dans le territoire de Rhges , elles sont toutes 
muettes ; au del du fleuve , dans la campagne de 
Locres, elles chantent. Leurs ailes sont de la mme na- 
ture que celles des abeilles , mais plus grandes pro- 
portion de leur corps. 

Ailes des insectes. 

XXXIII. 28. Quelques insectes ont deux ailes , 
comme les mouches; d'autres en ont quatre, comme 
les abeilles. Les ailes des cigales sont membraneuses. 
Les insectes qui sont arms d'aiguillon au ventre ont 



7-i C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

quam binis advolat permis. Illis enim ultionis causa 

datum est , his aviditatis. Nullis eorum peauae revi- 

viscunt avulsae. Nullum , cui aculeus in alvo . bipenne 

est. 



De scarabaeis. Lampyrides. Reliqua scarabaeorum genem. 

XXXIV. Quibusdam pennarum tutelae crusta super- 
venit, ut scarabaeis, quorum tenuior fragiliorque penna. 
His negatus aculeus : sed in quodam gnre eorum 
grandi, cornua praelonga, bisulcis dentata forcipibus in 
cacumine, quum libuit ad morsum coeuntibus , infan- 
tium etiam remediis ex, cervice suspenduntur. Lucanos 
vocat hos Nigidius. Aliud rursus eorum genus , qui e 
fimo ingentes pilas aversi pedibus volutant , parvosque 
in iis contra rigorem hiemis vermiculos ftus sui nidu- 
lantur. Volitant alii magno cum murmure ac mugitu. 
Alii focos et prata crebris foraminibus excavant , no- 
cturno stridore vocales. Lucent ignium modo noctu , la- 
terum et clunium colore lampyrides , nunc pennarum 
hiatu refulgentes , nunc vero compressu obumbrat , 
non ante matura pabula , aut post desecta conspicuae. 
E contrario tenebrarum alumna blattis vita , lucemque 
fugiunt , in balineis maxime humido vapore prognatae. 
Fodiunt ex eodem gnre rutili atque praegrandes sca- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. ?3 

quatre ailes. Nul de ceux dont l'aiguillon est plac 
dans la bouche n'en a plus de deux ; car les premiers 
l'ont reu pour se dfendre , les seconds pour se nour- 
rir. Les ailes , une fois arraches , ne repoussent jamais 
Tous les insectes dont l'aiguillon est plac au ventre ont 
plus de deux ailes. 

Des scarabes. Des lampyides. Des autres espces de scarabes. 

XXXIV. Dans quelques-uns , les ailes sont garanties 
par une substance crustace , comme dans les scarabes , 
dont l'aile est plus mince et plus fragile. Ils n'ont point 
d'aiguillon ; mais on connat une grande espce cornes 
trs-longues , dont les extrmits , fourchues et dente- 
les, se ferment volont pour saisir les objets, et qu'on 
suspend au cou des enfans comme remdes contre cer- 
taines maladies. Nigidius l'appelle lucanus. Une autre 
espce marche reculons , roulant de grosses boules 
de fiente dans lesquelles elle dpose les petits vers qui 
doivent perptuer sa race , et les garantit ainsi de la 
ligueur de l'hiver. D'autres volent avec un bourdon- 
nement trs-fort ; d'autres creusent une multitude de 
trous dans les foyers et dans les prs , et font entendre 
pendant la nuit un bruit aigre et perant. Pendant la 
nuit les lampyrides brillent comme des feux , par la 
couleur clatante de leurs flancs et de leur croupe ; 
tincelans lorsqu'ils dploient leurs ailes, cachs dans 
l'ombre lorsqu'ils les ferment. On ne les aperoit , ni 
avant que les fourrages soient mrs , ni aprs qu'on les 
ait fauchs. Au contraire , les blattes vivent dans les t- 



74 C. PLINII HIST. NAT. L1B. XI. 

rabaei tellurem aridam , favosque parv ac fistulosae modo 
spongiae, medicato melle fngunt. InThracia juxtaOlyn- 
thum locus est parvus, in quo unum hoc animal exani- 
matur , ob hoc Cantharolethrus appellatus. 



Pennae insectis omnibus sine scissura : nulli cauda 
nisi scorpioni. Hic eorum solus et brachia habet , et in 
cauda spiculum. Reliquorum quibusdam aculeus in ore, 
ut asilo , sive tabanum dici placet : item culici , et qui- 
busdam muscis. Omnibus autem his in ore et pro lingua 
sunt hi aculei. Quibusdam hebetes, neque ad punctum, 
sed ad suctum, ut muscarum generi, in quo lingua evi- 
dens fistula est. Nec sunt talibus dents. Aliis cornicula 
ante oculos prsetenduntur ignava , ut papilionibus. Quae- 
dam insecta carent pennis , ut scolopendra. 

De locustis. 

XXXV. Insectorum pedes quibus sunt, in obliquum 
moventur. Quorumdam extremi longiores foris curvan- 
tur, ut locustis. 

29. Hae pariunt in terram demisso spinae caule , ova 
condensa, autumni tempore. Ea durant hiemesub terra. 
Subsquente anno exitu veris emittunt parvas , nigran- 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 7 5 

nbres et fuient la lumire; nes de la vapeur humide, 
principalement dans les bains. Des scarabes du mme 
genre, dors et trs-grands, creusent les terres arides et 
y construisent des rayons qui ont la forme d'une petite 
ponge poreuse ; leur miel est drastique. En Thrace , 
prs d'Olynthe, est un petit canton o nul de ces in- 
sectes ne peut vivre , ce qui l'a fait nommer Cantharo- 
lethrus. 

Tous les insectes ont les ailes sans division ; nul n'a 
de queue, si ce n'est le scorpion; c'est aussi le seul qui 
ait la fois et des bras et un dard la queue. Parmi 
les autres , quelques-uns , tels que l'asilus ou tabanum , 
le cousin et certaines mouches , ont un aiguillon plac 
dans la bouche, qui leur tient lieu de langue. A plusieurs 
l'aiguillon est mou et sans pointe , et ne sert qu' sucer, 
comme chez les mouches , dont la langue est videm- 
ment une trompe. Tous ceux de cette espce n'ont point 
de dents ; d'autres ont tendues au devant des yeux de 
petites cornes tendres; tels sont les papillons. Quelques 
insectes manquent d'aile , par exemple , la scolopendre. 

Des sauterelles. 

XXXV. Les insectes qui ont des pieds les meuvent 
obliquement. Quelques-uns ont les pieds de derrire plus 
longs et courbs en dehors , comme les sauterelles. 

29. Celles-ci enfoncent dans la terre la pointe de leur 
queue, pour y dposer, en automne, des ufs ramasss 
en tas. Ils se conservent enfouis tout l'hiver. L'anne sui- 



76 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

tes et sine cruribus , pennisque rep tantes. Itaque ver- 
nis aquis intereunt ova : siccoque vere major proventus. 
Alii duplicem earum fetum , geminum exitium tradunt: 
Vergiliarum exortu parre, deinde ad Canis ortum ob- 
ire , et alias renasci. Quidam Arcturi occasu renasci. 
Mori matres quum pepererint, certum est, vermicide- 
statim circa fauces enascente, qui eas strangulat. Eodem 
tempore mares obeunt. Tarn frivola ratione morientes, 
serpentem , quum libuit, necant singulae , faucibus ejus 
apprehensis mordicus. Non nascuntur nisi rimosis locis. 
In India ternum pedum longitudinis esse traduntur, cru- 
ribus et feminibus serrarum usum praebere, quum ina- 
ruerint. Est et alius earum obitus. Gregatim sublatae 
vento in maria aut stagna decidunt. Forte hoc casuque 
evenit, non (ut prisci existimavere) madefactis nocturno 
humore alis. Iidem quippe nec volare eas noctibus pro- 
pter frigora tradiderunt : ignari etiam longinqua maria ab 
iis transiri, continuata plurium dierum ( quod maxime 
miremur) fam quoque, quam propter externa pabula pe- 
tere sciunt. Deorum ir pestis ea intelligitur. Namque et 
grandiores cernuntur, et tanto volant pennarumstridore, 
ut aliae alites credantur : solemqueobumbrant, sollicitis 
suspectantibus populis , ne suas operiant terras. Suffi- 
ciunt quippe vires: et tamquam paru m sitmaria trans- 
isse , immensos tractus permeant , diraque messibus 









HISTOIRE NATl RELIE, L1V. XI. 77 

vante, la fin flu printemps, il en elt de petites sau- 
terelles noirtres , sans jambes , et qui se tranent 
l'aide de leurs ailes. Dans un printemps pluvieux, les ufs 
prissent ; dans un printemps sec, le produit est plus abon- 
dant. Des auteurs prtendent que l'espce se renouvelle 
et se dtruit deux fois par an ; qu'elles produisent au 
lever des Pliades ; qu'ensuite, au lever de la Canicule, 
elles meurent , et que d'autres renaissent. Selon quel- 
ques autres , elles renaissent au coucher de l'Arcture. 
Les femelles meurent aprs qu'elles ont jet leurs 
ufs , c'est un fait certain : un petit ver qui leur vient 
la gorge les trangle. Les mles meurent la mme 
poque. Quoiqu'elles prissent par une cause si frivole, 
une seule peut tuer un serpent en le saisissant et le 
mordant au cou. Elles ne naissent que dans les lieux 
crevasss. On raconte que dans l'Inde elles ont trois 
pieds de long, et que leurs jambes et leurs cuisses, s- 
ches , servent de scies. Il est encore pour elles un autre 
genre de mort : enleves en masse par le vent , elles tom- 
bent dans la mer ou dans les tangs, et leur destruction 
n'a lieu que par des circonstances fortuites, et non (comme 
les anciens l'ont pens ) parce qu'elles auraient eu les 
ailes mouilles par l'humidit de la nuit. Ils ont dit aussi 
qu'elles ne volent pas la nuit , cause du froid ; ils 
ignoraient qu'elles traversent mme une vaste tendue de 
mers, en supportant la faim pendant plusieurs jours, 
ce qui est plus merveilleux, dans le dessein de gagner 
des pturages lointains. On les regarde comme un flau 
de la colre divine. On en voit en effet d'une grandeur 
dmesure ; le bruit de leurs ailes est si grand , qu'on les 



7 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

eontegunt nube, multa contactu adurentes : omnia vero 
morsu erodentes, et fores quoque tectorum. Italiam ex 
Africa maxime coort infestant , saepe populo ad Sibyl- 
lina coacto remdia confugere , inopiae metu. In Cyre- 
naica regione lex etiam est ter anno debellandi eas , 
primo ova obterendo, deinde fetum, postremo adultas: 
desertoris pna in eum , qui cessaverit. Et in Lemno 
insula certa mensura praefinita est, quam singuli ene- 
catarum ad magistratus rfrant. Graculos quoque ob 
id colunt, adverso volatu occurrentes earum exitio. Ne- 
care et in Syria militari imperio coguntur. Tt orbis 
partibus vagatur id malum. Parthis et hae in cibo gratae. 
Vox earum proficisci ab occipitio videtur. Eo loco in 
commissura scapularum habere quasi dents existiman- 
tur, eosque inter se terendo stridorem edere , circa duo 
aequinoctia maxime, sicut cicadae circa solstitium. Coi- 
tus locustarum , qui et insectorum omnium quae coeunt , 
marem portante femina, in eum feminarum ultimo caudae 
reflexo , tardoque digressu. Minores autem in omni hoc 
gnre feminis mares. 






HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 79 

prendrait pour une espce d'oiseaux : elles obscurcissent 
mme le soleil , et les peuples inquiets les suivent de l'il, 
tremblant qu'elles ne couvrent en effet leur pays. Elles ont 
assez de force dans le vol ; et , comme si c'tait peu d'avoir 
franchi les mers, elles traversent des contres immenses, 
qu'elles couvrent d'une nue funeste aux moissons, br- 
lant ce qu'elles touchent, rongeant tout, jusqu'aux portes 
des maisons. Celles qui s'lvent d'Afrique infestent sur- 
tout l'Italie, et plus d'une fois le peuple romain, me- 
nac de la famine, fut oblig de recourir aux remdes 
sibyllins. Dans la Cyrnaque , une loi ordonne de leur 
faire la guerre trois fois l'anne , d'abord en crasant 
leurs ufs , ensuite en tuant les petits , enfin en extermi- 
nant les grandes : on punit comme dserteur quiconque 
nglige ce devoir. Dans l'le de Lemnos , on a dtermin 
une mesure que chaque habitant doit apporter au ma- 
gistrat, remplie de sauterelles tues. Par cette raison , 
ces peuples rvrent le graculus (choucas), qui vole la 
rencontre des sauterelles pour les dtruire. En Syrie on 
est oblig , pour les tuer , d'employer le secours des 
troupes ; car ce flau est rpandu sur presque toutes les 
parties du globe ! Les Parthes les regardent comme un 
mets agrable. La voix des sauterelles semble sortir de 
l'occiput. On pense qu' la jointure des paules elles ont 
comme des dents , dont le frottement produit le son aigre 
et perant qu'elles rendent , surtout aux deux quinoxes , 
comme les cigales aux solstices. L'accouplement des sau- 
terelles se fait comme celui de tous les insectes chez qui 
la copulation a lieu : la femelle porte le mle , en re- 
pliant contre lui l'extrmit de la queue ; elles restent 



8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



De formicis. 

XXKVI. 3o. Plurima insectorum vermiculum gignunt. 
Nam et formicae similem ovis vere : et hae communi- 
cantes laborem : sed apes utiles faciunt cibos , hae con- 
dunt. Ac si quis comparet onera corporibus earum , fa- 
teatur nullis portione vires esse majores. Gerunt ea 
morsu. Majora aversae postremis pedibus moliuntur, 
humeris obnixae. Et iis reipublicae ratio, memoria, cura. 
Semina arrosa condunt, ne rursus in fruges exeant e 
terra. Majora ad introitum dividunt. Madefacta imbre 
proferunt atque siccant. Operantur et noctu plena luna : 
eaedem interlunio cessant. Jam in opre qui labor? quae 
sedulitas ? Et quoniam ex diverso convehunt altra al- 
terius ignara, certi dies ad recognitionem mutuam nun- 
dinis dantur. Quae tune earum concursatio? quam dili- 
gens cum obviis qudam collocutio atque percunctatio? 
Silices itinere earum adtritos videmus , et in opre se- 
mitam factam, ne quis dubitet qualibet in re quid pos- 
sit quantulacumque assiduitas. Sepeliunt inter se viven- 
tium solae , praeter hominem. Non sunt in Sicilia pen- 
natae. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 81 

long-temps accoupls. Dans toute cette espce les mles 
sont plus petits que les femelles. 

Des fourmis. 

XXXVI. 3o. La plupart des insectes engendrent de 
petits vers. Les fourmis , au printemps , produisent les 
leurs sous forme d'ufs. Elles travaillent aussi en com- 
mun ; mais les abeilles composent elles-mmes leur nour- 
riture , les fourmis ne font que ramasser la leur. Si l'on 
compare leurs fardeaux avec le volume de leur corps, 
on conviendra que , proportion garde , nul animal n'a 
plus de force. Elles les portent avec leur bouche. Quand 
la charge est trop lourde , elles se retournent , la pous- 
sent avec les pieds de derrire , en faisant effort avec les 
paules contre un point d'appui. Chez elles aussi vous 
trouvez une forme de rpublique , de la mmoire , de la 
prvoyance. Elles rongent les grains avant que de les 
serrer, de peur qu'ils ne germent. Elles divisent ceux 
qui sont trop grands pour entrer dans le magasin. S'ils 
sont mouills par la pluie , elles les portent dehors et les 
font scher. Pendant la pleine lune , elles travaillent 
mme la nuit, et se reposent la nouvelle lune. Mais, 
au moment du travail , quelle ardeur ! quelle activit ! 
Et comme chacune charrie de son ct sans voir celles 
qui sont occupes ailleurs , elles ont leurs jours de 
march pour se reconnatre mutuellement. Quel con- 
cours alors ! avec quel empressement elles arrtent et 
interrogent celles qu'elles rencontrent ! Nous voyons des 
cailloux uss par leur passage, des sentiers battus dans 
le terrain qu'elles traversent pour aller l'ouvrage : 
vin. G 



8* C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



3i. Indic formic eornua, Erythris in aede Herculis 
fixa, miraculo fuere. Aurum ex cavernis egerunt terrae, 
in regione septentrionalium Indorum , qui Dardae vo- 
cantur. Ipsis color felium, magnitudo iEgypti luporum. 
Erutum hoc ab iis tempore hiberno , Indi furantur aes- 
tivo fervore , conditis propter vaporem in cuniculos for- 
micis : quse tamen odore sollicitt provolant , crebro- 
que lacrant, quamvis praevelocibus camelis fugientes. 
Tanta pernicitas feritasque est cum a more au ri. 



Chrysallides. 

XXXVII. 3a. Multa autem insecta et aliter nascun- 
tur , atque in primis ex rore. Insidet hic raphani folio 
primo vere, et spissatus sole in magnitudinem milii co- 
gitur. Inde porrigitur vermiculus parvus, et triduo eruca: 
quae adjectis diebus adcrescit, immobilis , duro cortice: 
ad tactum tantum movetur, araneo adcreta, quam chry- 
sallidem appellant : rupto deinde cortice volt papilio. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 83 

grand exemple de ce que peut en toute chose la conti- 
nuit du plus petit effort! De tous les tres vivans, elles 
seules, avec l'homme, ensevelissent leurs morts. Il n'y a 
point en Sicile de fourmis ailes. 

3i. Les cornes d'une fourmi de l'Inde, attaches dans 
le temple d'Hercule Erythres, ont t une merveille. 
Les fourmis tirent l'or des mines dans le pays des Indiens 
septentrionaux, qu'on appelle Dardes. Elles ont la couleur 
du chat , et la grandeur du loup d'Egypte. Le mtal 
qu'elles ont extrait pendant l'hiver , les Indiens le leur 
drobent pendant les ardeurs de l't , lorsqu'elles 
sont retires dans des souterrains , cause de la cha- 
leur : toutefois , averties par l'odorat , elles s'lancent 
sur les ravisseurs , et souvent les mettent en pices , 
malgr la rapidit des chameaux qui servent leur fuite. 
Telles sont la vitesse et la frocit qui se joignent en 
elles la passion de l'or. 

Chrysalides. 

XXXVII. 32. Beaucoup d'insectes ont une origine 
diffrente; et, d'abord, la rose en produit. Au commen- 
cement du printemps elle s'attache la feuille du rapha- 
nus, et, condense par le soleil , elle se rduit la gros- 
seur d'un grain de millet; de l sort un tout petit ver 
qui, trois jours aprs , est une chenille. Celle-ci, pen- 
dant quelques jours, prend de l'accroissement, reste 
immobile , revtue d'une pellicule dure : elle ne remue 
que lorsqu'on la touche ; elle est enveloppe d'un tissu 
qui ressemble une toile d'araigne , et on la nomme 

6. 



8/ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 






f 

De his animalibus, quae ex Hgno, aut in ligno nascuntur. 

XXXVIII. 33. Sic quaedam ex imbre generantur in 
terra : quaedam et in ligno. Nec enim cossi tantum in 
eo, sed etiam tabani ex eo nascuntur : et alia, ubicum- 
que humor est nimius : sicut intra hominem taeniae trice- 
num pedum, aliquando et plurium longitudine. 

Sordium hominis animalia. Quod animal minimum : etiam in 
cera animalia. 

XXXIX. Jam in carne exanimi, et viventium quoque 
hominum capillo : qua fditate et Sulla dictator , et 
Alcman ex clarissimis Grciee poetis, obiere. Hoc qui- 
dem et aves infestt : phasianas vero interimit , nisi 
pulverantes sese. Pilos habentium asinum tantum im 
munem hoc malo credunt , et oves. Gignuntur autem 
et vestis gnre, praecipue lanicio interemptarum a lupis 
ovium. Aquas quoque quasdam , quibus lavamur, ferti- 
liores ejus generis, iuvenio apud autores. Quippe quum 
etiam cerae id gignant , quod animalium minimum exis- 
timatur. Alia rursus generantur sordibus a radio solis, 
posteriorum lascivia crurum petauristae. Alia pulvere 
humido in cavernis , volucria. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 85 

alors chrysalide : enfin , de la pellicule rompue s'envole 
un papillon. 

Des animaux qui naissent du bois ou dans le bois. 

XXXVIII. 33. Il y a de mme des insectes que la 
pluie engendre dans la terre ; quelques autres sont en- 
gendrs dans le bois ; non-seulement le cossus y prend 
naissance , mais le tabanus provient du bois mme ; 
d'autres naissent partout o l'humide est surabondant : 
ainsi le tnia , long de trente pieds , et quelquefois da- 
vantage , se forme dans l'intrieur de l'homme. 

Animaux parasites de l'homme. Quel est le plus petit des animaux. 
Animaux habitans de la cire mme. 

XXXIX. On trouve des insectes mme dans la chair 
morte , et jusque dans la chevelure de l'homme vivant : 
vermine dgotante , par laquelle moururent le dicta- 
teur Sylla et Alcman , l'un des plus illustres potes de la 
Grce. Elle tourmente aussi les oiseaux , et tue mme 
les faisans , moins qu'ils ne se roulent dans la pous- 
sire. On croit que , parmi les animaux poil, l'ne seu- 
lement en est exempt, ainsi que les moutons. Cependant 
elle s'engendre dans quelques toffes , surtout dans celles 
qui sont faites avec de la laine de moutons tus par le 
loup. Je trouve aussi chez les auteurs que certaines eaux 
o nous nous baignons produisent beaucoup de ces in- 
sectes. La cire mme en produit un que l'on croit tre le 
plus petit des animaux. Les rayons du soleil engendrent 
dans les ordures d'autres insectes qui , par la force de 



86 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



Animal cui cibi exitus non est. 

XL. 34- Est animal ejusdem temporis, infixo semper 
sanguini capite vivens , atque ita intumescens , unum 
animalium cui cibi non sit exitus : dehiscitque nimia 
satietate, alimento ipso moriens. Numquam hoc in ju- 
mentis gignitur , in bubus frequens , in canibus ali- 
quando , in quibus omnia. In ovibus et in capris hoc 
solum. iEque mira sanguinis et hirudinum generi in 
palustri aqua sitis. Namque et h toto capite conduntur. 
Est et volucre canibus peculiare suum malum , aures 
maxime lancinans, quae defendi morsu non queunt. 



Tineae , cantbarides , culices. Nivis animal. 

XLI. 35. Idem pulvis in lanis et veste tineas crt , 
praecipue si araneus una includatur. Sitit enim , et om- 
nem humorem absorbens, ariditatem ampliat. Hoc et 
in chartis nascitur. Est earum genus tunicas suas tra- 
hentium, quo cochleae modo. Sed harum pedes cernun- 
tur. Spoliatae exspirant. Si adcrevere, faciunt chrysalli- 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 87 

leurs jambes postrieures , bondissent comme des sau- 
teurs ; d'autres naissent dans la poussire humide des 
cavernes , et sont ails. 

Animal sins conduit pour les excrmens. 

XL. 34. Dans la mme saison se voit un animal qui 
vit la tte toujours plonge dans le sang, dont il se 
gorge, et c'est le seul en qui les alimens n'aient point 
d'issue : il crve de rpltion , et se donne la mort en se 
nourrissant. On ne le trouve jamais sur les btes de 
somme, mais souvent sur les bufs, quelquefois sur 
les chiens , sujets toute espce de vermine : c'est le 
seul qui attaque les brebis et les chvres. Les sang- 
sues, qui vivent dans les marais , ont une soif du sang 
aussi tonnante, car elles y plongent pareillement leur 
tte tout entire. Il est encore une sorte de flau ail 
qui s'attache spcialement aux chiens , leur dchire 
surtout les oreilles, qu'ils ne peuvent dfendre avec leur 
gueule. 

Teignes , cantharides , cousins. L'animal de la neige. 

XLI. 35. De mme la poussire produit les teignes 
dans la laine et dans les toffes, surtout lorsqu'une arai- 
gne s'y trouve en mme temps renferme : celle-ci , tou- 
jours altre, et absorbant toute l'humidit , augmente la 
scheresse. Les teignes s'engendrent aussi dans les livres. 
Il en est une espce qui trane sa tunique la manire 
des limaons; mais on aperoit ses pieds. Dnudes , elles 



88 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

dem. Ficarios culices caprificus gnrt. Cantharidas 
vermiculi ficorum et piri , et peuces , et cynacanthae , et 
rosae. Venenum hoc aise medicantur : quibus demptis , 
ltale est. Rursus alia gnera culicum acescens natura 
gignit. Quippe quum et in nive candidi inveniantur, et 
vetustiore vermiculi : in mdia quidem altitudine rutili 
(nam et ipsa nix vetustate rubescit), hirti pilis, gran- 
diores , torpentesque. 



Ignium animal : pyralis, sive pyraustes. 

XLII. 36. Gignit aliqua et contrarium naturae ele- 
mentum. Siquidem in Cypri rariis fornacibus, et medio 
igni, majoris muscae magnitudinis volt pennatum qua- 
drupes : appellatur pyralis, a quibusdam pyrausta. Quam- 
diu est in ign, vivit : quum evasit longiore paulo volatu, 
emoritur. 

Hemerobion. 

XLIII. Hypanis fluvius in Ponto, circa solstitium de- 
fert acinorum effigie tenues membranas : quibus erum- 
pit volucre quadrupes supradicti modo, nec ultra unum 
diem vivit, unde hemerobion vocatur. Reliquis talium 
ab initio ad finem septenarii sunt numeri : culici et ver- 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XL 89 

meurent ; parvenues leur entier accroissement , elles 
deviennent chrysalides. Le caprifguier produit le cousin 
appel ficarien. Les cantharides proviennent des petits 
vers des figuiers, du poirier, du peuce, de la cynacanthe 
et de la rose. Les ailes de ces insectes venimeux sont leur 
contre-poison : si on les enlve , le poison est mortel. 
D'un autre ct, la fermentation acide produit d'autres 
espces de moucherons. On en trouve de blancs jusque 
dans la neige; et lorsque la neige est vieille, elle prsente 
aussi de petits vers : ceux-ci sont rouges une profondeur 
moyenne (la neige elle-mme rougit en vieillissant), hris- 
ss de poils, d'une grande taille, et presque immobiles. 

L'animal qui se trouve dans les flammes : pyralis ou pyrauste. 

XLII. 36. L'lment destructeur de la nature produit 
aussi quelques animaux. Dans les fourneaux pour le 
bronze, en Chypre, on voit voler au milieu des flammes 
un quadrupde ail qui a la taille d'une grosse mouche: 
on l'appelle pyralis ; d'autres le nomment pyrauste. Il vit 
tant qu'il est dans le feu ; s'il s'envole quelque distance, 
il meurt. 

Hmrobion. 

XLIII. Vers le solstice d't , l'Hypanis , fleuve du 
Pont , entrane dans ses eaux des membranes lgres qui 
ont la forme de grains de raisin, et dont il sort une mouche 
quatre pieds , semblable au pyrauste , et qui ne vit 
qu'un jour , ce qui l'a fait nommer hmrobion. Dans 
les autres espces de cette classe, la dure est marque 



go C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

miculo ter septeni : corpus ~parientibus, quater septeni. 
Mutationes, et in alias figuras transitas, trinis aut qua- 
drinis diebus. Cetera ex his pennata , autumno fere mo- 
riuntur : tabani quidem etiam caecitate. Muscis humore 
exanimatis , si cinere condantur , redit vita. 



Animalium omnium per singula membra , naturae , et historiae. 
Quae apices habent, quae cristas. 

XLIV. 37. Nunc per singulas corporis partes, praeter 
jam dicta , membratim tractetur historia. 

Caput habent cuncta , quae sanguinem. In capite 
paucis animalium , nec nisi volucribus , apices , diversi 
quidem generis : Phnici plumarum srie, e medio eo 
exeunte alio : pavonibus , crinitis arbusculis : stympha- 
lidi , cirro : phasiana? , corniculis. Praeterea parvae avi , 
quae ab illo galerita appellata quondam , postea gallico 
vocabulo etiam legioni nomen dederat alaudae. Diximus 
et cui plicatilem cristam dedisset natura : per mdium 
caput a rostro residentem et fulicarum generi ddit : 
cirros pico quoque Martio, et grui Balearicae. Sed spec- 
tatissimum insigne gallinaceis , corporeum , serratum : 
nec carnem id esse, nec cartilaginem , nec callum jure 
dixerimus, verum peculiare. Draconum enim cristas qui 
viderit, non reperitur. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 91 

par les nombres septnaires : pour le cousin et le ver- 
misseau, trois fois sept jours; pour les vivipares, quatre 
fois sept ; les transformations et mtamorphoses se font 
en trois ou quatre jours. Ceux qui sont ails prissent 
presque tous en automne : les tabanus meurent quelque- 
fois aveugles. On rappelle la vie les mouches qui sont 
noyes , si on les couvre de cendres. 

Caractres et histoire des animaux compars membres membres. 
Chez qui se trouvent les aigrettes , les crtes. 

X.LIV. 37. A tout ce qui a t dit, joignons l'histoire 
dtaille de chacune des parties du corps. 

Tous les animaux qui ont du sang ont une tte ; un 
petit nombre d'entre eux , et seulement parmi les oi- 
seaux, ont la tte surmonte de panaches de diffrentes 
sortes. Le phnix porte un rang de plumes , du mi- 
lieu duquel il s'en lve un antre ; les paons , une ai- 
grette filets ramifis ; le stymphalide , une huppe ; 
les faisans , de petites cornes. Citons , de plus , le petit 
oiseau que ce genre d'ornement a fait appeler autrefois 
galrita , et qui , depuis , a donn une lgion son nom 
gaulois alauda. Nous avons indiqu celui qui a reu de 
la nature une crte qui se replie volont; elle a donn 
aux foulques une bande qui s'tend depuis le bec jus- 
qu'au milieu de la tte ; au pic de Mars et la grue 
balarique, une huppe. Mais rien de plus remarquable 
que la crte charnue et festonne des coqs : on ne 
saurait dire que ce soit une chair , ni un cartilage , 
ni une callosit; c'est une substance particulire. Quant 



9 a C PLINII HIST. NAT, LIB. XI. 



Cornuum gnera. Quibus mobilia. 

XLV. Cornua multis quidem et aquatilium , et ma- 
rinorum , et serpentum , variis data sunt modis : sed 
qu jure cornua intelligantur, quadrupedum generi tan- 
tum. Actaeonem enim , et Cipum etiam in latina his- 
toria , fabulosos reor. Nec alibi major natur lascivia. 
Lusit animalium armis. Sparsit haec in ramos, ut cer- 
vorum. Aliis simplicia tribuit, ut in eodem gnre su- 
bulonibus ex argumento dictis. Aliorum fnxit in palmas, 
digitosque emisit ex iis : unde platycerotas vocant. Ddit 
ramosa capreis, sed parva: nec fecit decidua. Convoluta 
in anfractum arietum generi, ceu caestus daret: infesta, 
tauris. In hoc quidem gnre, et feminis tribuit : in mul- 
tis , tantum maribus. Rupicapris in dorsum adunca , 
damis in adversum. Erecta autem, rugaruraque ambitu 
contorta, et in lev fastigium exacuta,ut lyras diceres, 
strepsiceroti , quem addacem Africa appellat. Mobilia 
eadem, ut aures, Phrygiae armentis: troglodytarum, in 
terram directa : qua de causa obliqua cervice pascuntur. 
Aliis singula, et haec medio capite, aut naribus, ut dixi- 
mus. Jam quidem aliis ad incursum robusta , aliis ad 
ictum : aliis adunca , aliis redunca : aliis ad jactum , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 9 3 

aux crtes des dragons, on ne trouve personne qui les 
ait vues. 

Des diverses espces de cornes : chez quels animaux elles sont 

mobiles. 

XLV. Des cornes de diffrentes sortes ont t don- 
nes beaucoup d'animaux , tant fluviatiles que marins 
et rampans ; mais les cornes proprement dites sont r- 
serves aux quadrupdes ; car l'aventure d'Acton , et 
mme celle de Cipus, dont parlent les historiens latins, 
ne me paraissent que des fables. Nulle part la nature ne 
s'est montre plus foltre. Les armes des animaux sont 
un de ses jeux : tantt elle les a divises en rameaux , 
comme celles des cerfs; tantt elle les a faites simples, 
comme les porte cette espce de cerfs qu'on a, par cette 
raison, nomms subulons; d'autres fois elle leur a donn 
la forme de mains : elle en a fait sortir des doigts; de l 
le nom du platycros. Elle a donn au chevreuil des 
cornes rameuses , mais petites , et qui ne tombent pas ; au 
blier des cornes torses, comme si elle et voulu l'armer 
decestes; au taureau, des cornes diriges en avant. Dans 
cette dernire espce, les femelles en sont pourvues; dans 
le plus grand nombre , la nature n'en a donn qu'aux 
mles. Les cornes du chamois sont courbes en arrire , 
celles du daim le sont en avant. Le strepsicros , que 
l'Afrique appelle addax , a les siennes dresses , contour- 
nes, termines en pointe, et semblables la forme d'une 
lyre. Les bufs de la Phrygie ont les cornes mobiles 
comme les oreilles ; ceux des troglodytes les ont diri- 
ges vers la terre , c'est pourquoi ils paissent oblique- 



[h \ C. PLINII HIST. NAT. LTB. XI. 

pluribus modis : supina , convexa , conversa , omnia 
in mucronem migrantia. In quodam gnre pro mani- 
bus ad scabendum corpus. Cochleis ad praetentandum 
iter: corporea haec, sicut cerastis: aliquando et singula. 
Cocbleis semper bina : et ut proteudantur, ac rsiliant. 
Urorum cornibus barbari septentrionales potant : ur- 
' naque bina capitis unius cornua implent. Alii praefixa 
bastilia cuspidant. pud nos in laminas secta trans- 
lucent , atque etiam lumen inclusum latius fundunt : 
multasque alias ad delicias conferuntur , nunc tincta , 
nuiic sublita , nunc quae cestrota picturae gnre di- 
cuntur. Omnibus autcm cava, et in mucrone dmuni 
concreta sunt. Cervis autem tota solida , et omnibus 
nnis decidua. Boum attritis ungulis , cornua unguendo 
arvina, medentur agricol. Adeoque sequax natura est, 
ut in ipsis vventium corporibus ferveuti cera flectan- 
tur, atque incisa nascentium in diversas partes tor- 
queantur, ut singulis capitibus quaterna fiant. Tenuiora 
feminis plerumque sunt, ut in pcore multis ovium 
nulla , nec cervarum , nec quibus multifidi pedes, nec 
solidipedum ulli, excepto asino Indico, qui uno armatus 
est cornu. Bisulcis bina tribuit natura : nulla superne 
primores habenti dents. Qui putant eos in cornua ab- 
sumi, facile coarguuntur cervarum natura, quae neque 
dents habent , ut neque mares , nec tamen cornua. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. <)5 

ment. D'autres animaux n'en ont qu'une seule, plaee au 
milieu de la tte ou sur le nez, comme nous l'avons dit. 
Chez les uns, leur force est dans l'lan de l'animal; chez 
d'autres , dans le coup qu'il porte. Tantt la pointe est 
courbe en avant, tantt elle se dirige en arrire. Chez 
quelques-uns , les cornes sont disposes pour lancer les 
corps, et prsentent diverses formes : elles sont couches, 
courbes, renverses, mais toujours termines en pointe. 
Certaine espce s'en sert comme de mains pour se gratter. 
Celles du limaon lui servent sonder son chemin : elles 
sont charnues comme celles des crastes; quelquefois aussi 
elles sont simples ; mais le limaon en a toujours deux , 
qu'il tend ou retire volont. Les barbares du Nord 
boivent dans des cornes d'urus, dont chaque paire contient 
une urne : d'autres en forment la pointe de leurs traits. 
Chez nous, divises par lames, elles sont transparentes, et 
mme alors elles rpandent plus au loin la lumire qu'elles 
renferment. Elles sont encore employes diffrens usages 
du luxe , colores, vernies ou ornes du genre de peinture 
qu'on appelle cestrote. Chez tous les animaux elles sont 
creuses par le bas , et massives seulement la pointe. 
Le bois du cerf est entirement solide, et tombe chaque 
anne. Quand l'ongle du buf est us, les cultiva- 
teurs y remdient en lui graissant les cornes. Leur duc- 
tilit est telle , que , mme sur l'animal vivant , on les 
rend flexibles avec de la cire bouillante, et qu'au moyen 
d'une incision faite dans le jeune ge, on les partage et 
les tourne de manire que chaque tte en porte quatre. 
Celles des femelles sont , pour l'ordinaire , plus minces 
et plus courtes. Dans le menu btail , beaucoup de brebis 



9 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

Ceterorum ossibus adhaerent, cervorum tantum cutibus 

enascuntur. 



-* 






De capitibus, et quibus nulla. 

1 ' m* * 

XLVI. Capita piscibus portione corporum maxima , 

fortassis ut mergantur. Ostrearum generi nulla , nec 

spongiis, nec aliis fere, quibus solus ex sensibus tactus 

est. Quibusdam indiscretum caput est, ut cancris. 



De capillo. 

XL VII. In capite cunctorum animalium homini plu- 
rimus pilus, jam quidem promiscue maribus ac feminis, 
apud intonsas utique gentes. Atque etiam nomina ex 
eo Capillatis Alpium incolis , Galliae Comatae : ut tamen 
sit aliqua in hoc terrarum differentia : quippe Myconii 
carentes eo gignuntur, sicut in Cauno lienosi. Et quae- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 97 

en sont dpourvues , ainsi que les biches, les digits et 
les solipdes , except l'ne indien , qui est arm d'une 
corne. La nature en a donn deux aux bisulces ; elle 
n'en a point donn aux animaux qui ont des dents in- 
cisives la mchoire suprieure. Ceux qui pensent que 
la matire de ces dents est employe la formation des 
cornes sont facilement rfuts par l'organisation des 
biches, qui manquent de dents suprieures, ainsi que 
leurs mles , et pourtant n'ont point de cornes. Celles 
des autres animaux adhrent aux os ; le bois des cerfs 
tient seulement la peau. 

Des ttes : animaux acphales. 

XLVI. Les poissons ont une trs-grosse tte pro- 
portion de leur corps , peut-tre afin qu'ils puissent 
plonger. Cette partie manque aux hutres, aux ponges, 
et presque tous les animaux qui n'ont que le sens du 
toucher. Chez quelques-uns , tels que les cancres , elle 
n'est pas distincte du reste du corps. 

t 
Chevelure. 

XLVII. De tous les animaux, l'homme, et sous ce titre 
je comprends aussi la femme, est celui dont la tte est 
le plus garnie de poil, comme on le voit chez les nations 
qui laissent crotre leurs cheveux : de l mme le nom de 
chevelus donn aux habitans des Alpes , et celui de 
Gaule Chevelue. Il y a nanmoins sous ce rapport des 
diffrences locales : les Myconiens naissent sans Cheveux, 
vin. 7 



98 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

dam animalium naturaliter calvent, sicut struthiocameli, 
et corvi aquatici , quibus apud Graecos nomen est inde. 
Defluvium eorum in muliere rarum , in spadonibus non 
visum , nec in ullo ante Veneris usum. Nec infra cere- 
brum , aut infra verticem , aut circa tempora , atque 
aures. Calvitium uni tantum animalium homini , prae- 
terquam innatum. Canities homini tantum et equis: sed 
homini semper a [priori parte capitis : tum deinde ab 
aversa. 



De ossibus capitis. 

XL VIII. Vertices bini hominum tantum aliquibus. 
Capitis ossa plana, tenuia, sine medullis, serratis pecti- 
natim structa compagibus. Perfracta non queunt soli- 
dari : sed exempta modice non sunt letalia , in vicem 
eorum succedente corporea cicatrice. Infirmissima esse 
ursis , durissima psittacis , suo diximus loco. 



I;- > ;l ] De cerebro. 

XLIX. Cerebrum omniajiabent animalia quas sangui- 
nem : etiam in mari, quae mollia appellavimus, quamvis 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 99 

comme les Cauniens naissent affects de la rate. Certains 
animaux aussi sont naturellement chauves ; tels sont les 
autruches et le corbeau aquatique, qui en a tir son nom 
chez les Grecs. La femme perd rarement ses cheveux , 
l'eunuque jamais, et aucun homme avant l'usage des 
plaisirs de l'amour. Les cheveux qui garnissent les par- 
ties infrieures de la tte , et la rgion des tempes et des 
oreilles , ne tombent pas. L'homme est le seul des ani- 
maux qui devienne chauve , l'exception de ceux qui 
le sont naturellement. L'homme est aussi le seul, avec 
le cheval , qui le poil blanchisse; mais, dans l'homme, 
les cheveux de la partie antrieure de la tte blanchis- 
sent toujours les premiers , ensuite ceux de la partie 
postrieure. 

Des os de la tte. 

XLVIII. Chez un trs-petit nombre d'hommes le crne 
se partage en deux sur le sommet de la tte. Les os du 
crne sont plats , minces , dpourvus de moelle , et joints 
ensemble par des sutures denteles. Une fois briss , ils 
ne peuvent plus se runir; mais on peut en enlever une 
partie sans causer la mort : une cicatrice la remplace. 
Nous avons dit que le crne est trs-faible dans l'ours , 
trs-dur dans le perroquet, lorsque nous avons trait de 
ces animaux. 

Du cerveau. 

XLIX. Tous les animaux qui ont du sang ont un cer- 
veau ; ceux mme de la mer que nous avons appels 

7- 



ioo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

careant sanguine , ut polypi. Sed homo portione maxi- 
mum et humidissimum , omnium que viscerum frigidis- 
simum , duabus supra subterque membranis velatum , 
quarum alterutram rumpi mortiferum est. Cetero viri , 
quam femin , majus. Hominibus hoc sine sanguine , 
sine venis, et reliquis sine pingui. Aliud esse quam me- 
dullam eruditi docent , quoniam coquendo durescat. 
Omnium cerebro medio insunt ossicula parva. Uni ho- 
mini in infantia palpitt, nec corroboratur ante primum 
sermonis exordium. Hoc est viscerum excelsissimum , 
proximumque clo capitis , sine carne , sine cruore , 
sine sordibus. Hanc habent sensus arcem : hue venarum 
omnis a corde vis tendit , hic desinit : hic culmen al- 
tissimum, hic mentis est regimen. Omnium autem ani- 
malium in priora pronum, quia et sensus ante nos ten- 
dunt. Ab eo proficiscitur somnus : hinc capitis nutatio. 
Qu cerebrum non habent , non dormiunt. Cervis in 
capite inesse vermiculi sub linguae inanitate, et circa 
articulum , qua caput jungitur , numro viginti pro- 
duntur. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 101 

mollusques, tels que les polypes, en ont un, quoiqu'ils 
n'aient pas de sang. Celui de l'homme est proportion- 
nellement le plus grand et le plus humide ; c'est le plus 
froid des viscres , et les deux membranes qui l'enve- 
loppent par dessus et par dessous ne peuvent tre rom- 
pues ni l'une ni l'autre sans causer la mort. Du reste , 
l'homme a le cerveau plus grand que la femme. Dans 
l'homme et dans les autres animaux, le cerveau n'a point 
de sang, ni de veines , ni de graisse. Des auteurs in- 
struits enseignent qu'il diffre de la moelle , parce qu'il 
se durcit par la cuisson. On trouve de trs-petits os au 
milieu de la cervelle de tous les animaux. L'homme est 
le seul qui le cerveau palpite dans l'enfance ; il ne prend 
de consistance qu'aprs les premiers essais de la parole. 
C'est de tous les viscres le plus lev, le plus voisin de 
la vote de la tte, et le seul qui n'ait ni chair, ni sang, 
ni souillures. C'est le poste lev o sigent les sens ; 
c'est l que se rendent et se terminent toutes les veines 
qui partent du cur ; c'est le point culminant , l'organe 
rgulateur de l'entendement. Dans tous les animaux, 
il est plac la partie antrieure, parce que les sens 
se dirigent en avant. Il est la cause du sommeil , et par 
suite de l'affaissement de la tte. Les animaux dpour- 
vus de cerveau ne dorment point. On dit que les cerfs 
ont dans la tte, tant sous la concavit de la langue 
qu'auprs de la vertbre qui joint la tte au cou , de 
petits vers qui sont au nombre de vingt. 



loi C PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

De auribus : quae sine auribus, et sine foraminibus audiant. 

L. Aures homini tantum immobiles. Ab iis Flacco- 

rum cognomina. Nec in alia parte feminis majus im- 

pendum, margaritis dependentibus. In Oriente quidem 

et viris, aurum gestare eo loci , decus existimatur. Ani- 

malium aliis majores , aliis minores. Cervis tantum 

scissse, ac velut divisae : sorici pilosae. Sed auriculae 

omnibus animal dumtaxat generantibus , excepto vitulo 

marino , atque delphino , et qu cartilaginea appella- 

vimus , et viperis. Haec cavernas tantum habent aurium 

loco , praeter cartilaginea , et delphinum , quem tamen 

audire manifestum est. Nam et cantu mulcentur , et 

capiuntur attoniti sono. Quanam audiant, mirum. Iidem 

nec olfactus vestigia habent, quum olfaciant sagacissime. 

Pennatorum animalium buboni tantum et oto plumae, 

velut aures : ceteris cavernae ad auditum. Simili modo 

squamigeris, atque serpentibus. In equis et omnium ju- 

mentorum gnre indicia animi prferunt : fessis mar- 

cidae , micantes pavidis , subrectae furentibus , resolutae 

gris. 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XL io3 



Des oreilles : animaux qui entendent sans oreilles et sans trous 

auditifs. 



L. L'homme seul a les oreilles immobiles. Le surnom 
de Flaccus vient de cette partie du corps. Il n'en est au- 
cune autre pour laquelle les femmes prodiguent plus de 
dpenses , par les perles qu'elles y suspendent. Dans 
l'Orient, les hommes eux-mmes se font gloire de porter 
de l'or leurs oreilles. Suivant les diffrentes espces 
d'animaux, elles sont plus ou moins grandes : fendues 
et comme partages chez les cerfs seuls, et bordes de 
poil chez les souris. Tous les vivipares ont l'organe ext- 
rieur de l'oue, except le veau marin , le dauphin, ceux 
que nous avons appels cartilagineux , et les vipres. Ces 
derniers, l'exception des cartilagineux et du dauphin, 
ont des trous auditifs au lieu d'oreilles : cependant il est 
manifeste que le dauphin entend, car la musique le 
charme , et il se laisse prendre , tonn par le bruit. 
Comment entend-il? c'est ce qu'on a peine concevoir. 
11 n'a pas non plus l'organe de l'odorat, et cependant 
ce sens est chez lui trs-fin. Parmi les animaux ails, 
le bubo et l'otus seuls ont des plumes en faon d'oreil- 
les; les autres ont des trous auditifs. Il en est de mme 
des animaux cailles et des serpens. Dans les chevaux 
ot toutes les btes de somme, les oreilles indiquent les 
affections intrieures : flasques, tressaillantes, dresses ou 
pendantes, selon que l'animal est fatigu, effray, furieux 
ou malade. 



io4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

De facie, de fronte, et superciliis. 

LI. Facis homini tantum , ceteris os , aut rostra. 
Frons et aliis, sed homini tantum trstitiae , hilaritatis , 
clementiae , severitatis index. In animo sensus ejus. Su- 
percilia homini , et pariter et alterne mobilia , et in iis 
pars animi. Negamus, an annuimus? Hc maxime indi- 
cant factum. Superbia aliubi conceptaculum , sed hic 
sedem habet. In corde nascitur, hue subit, hic pendel. 
Nihil altius simul abruptiusque invenit in corpore, ubi 
solitaria esset. 



De oculis: quae sine oculis animalia : quae singulos oculos tantum 

habeant. 

LII. Subjacent oculi, pars corporis pretiosissima, et 
qui lucis usu vitam distinguant a morte. Non omnibus 
animalium hi : ostreis nulli : quibusdam concharum 
dubii. Pectines enim , si quis digitos adversum hiantes 
eos moveat , contrahuntur , ut videntes. Et solenes fu- 
giunt admota ferramenta. Quadrupedum talpis visus 
non est : oculorum effigies inest , si quis praetentam 
detrahat membranam. Et inter aves ardeolarum gnre, 
quos leucos vocant, altero oculo carere tradunt. Optimi 
augurii , quum ad austrum volant , septentrionemve : 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ic>5 

De la face , du front et des sourcils. 

LI. L'homme seul a une face; les autres animaux ont 
un museau ou un bec. Quelques-uns ont un front; mais 
dans l'homme seul il indique la tristesse, la joie, la cl- 
mence , la svrit. Il est le miroir de l'me. L'homme 
a deux sourcils qui se meuvent ensemble ou alterna- 
tivement : une partie de l'me y rside aussi. Voulons- 
nous refuser ou consentir, c'est par eux surtout que 
s'exprime notre intention. Le germe de l'orgueil est 
ailleurs, mais son sige est l. Il nat dans le cur; mais 
il monte, il s'attache aux sourcils. Dans tout le corps il 
n'a pas trouv de place plus leve et plus escarpe o il 
pt s'tablir sans partage. 

Des yeux : animaux sans yeux ou qui n'ont qu'un il. 

LII. Les yeux sont au dessous; c'est la partie la plus 
prcieuse du corps , et qui , par l'usage de la lumire , 
distingue la vie de la mort. Ils n'ont pas t donns 
tous les animaux : les hutres n'en ont pas; pour certains 
coquillages, la chose est douteuse. Les ptoncles, si l'on 
remue les doigts devant leur coquille ouverte, se re- 
ferment, comme s'ils voyaient. Les solnes fuient l'ap- 
proche d'un instrument de fer. Parmi les quadrupdes, 
les taupes n'ont point le sens de la vue ; mais on trouve 
l'apparence des yeux , si l'on enlve une membrane ten- 
due au devant de cet organe. Parmi les oiseaux, on dit 
que dans l'espce des hrons, ceux qu'on appelle leucos 



io6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

solvi enim pericula et metus narrant. Nigidius nec lo- 
custis nec cicadis esse dicit. Cochleis oculorum vicem 
cornicula bina praetentatu implent. Nec lumbricis ulli 
sunt, vermiumve generi. 



De diversitate oculorum. 



LUI. Oculi homini tantum diverso colore : cleris 
in suo cuique gnre similes. Et equorum quibusdam 
glauci. Sed in homine numerosissimae varietatis atque 
differentiae : grandiores, modici, parvi, prominentes , 
quos hebetiores putant : conditi, quos clarissime cer- 
nere : sicut in colore caprinos. 

Quae ratio visus. Noctu videntes. 

LIV. Praeterea alii contuentur longinqua ; alii nisi 
prope admota, non cernunt. Multorum visus fulgore 
solis constat, nubilo die non cernentium , nec post oc- 
casus. Alii interdiu hebetiores , noctu pr33ter ceteros 
cernunt. De geminis pupillis, aut quibus noxii visus es- 
sent , satis diximus. Caesii in tenebris clariores. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 107 

ne voient que d'un il : ils sont d'un trs-bon augure 
lorsqu'ils volent vers le midi ou vers le nord, car ils 
annoncent que les dangers et les alarmes se dissipent. 
Nigidius dit que les sauterelles et les cigales n'ont point 
d'yeux. Chez les limaons , cet organe est remplac par 
deux petites cornes qui sondent le chemin. Les lombrics, 
<;t tous les vers gnralement, n'ont point d'yeux. 

De la diversit des yeux. 

LUI. Dans l'espce humaine seulement, la couleur 
des yeux varie : dans les autres espces d'animaux elle est 
la mme pour tous les individus. Quelques chevaux les 
ont verddtres. Mais dans l'homme les varits et les dif- 
frences sont trs-nombreuses : grands, moyens, petits, 
saillans; on croit ceux-ci plus faibles; enfoncs, ceux-l 
passent pour les meilleurs , comme les yeux qui , par la 
couleur, ressemblent ceux de la chvre. 



? 



Thorie de la vue. De ceux qui voient la nuit. 

LIV. En outre, il est des hommes qui voient les objets 
de loin , d'autres ne les distinguent que de trs-prs. 
La vue de beaucoup d'hommes a besoin de la lumire 
clatante du soleil, et ne distingue rien dans un temps 
nbuleux, ni aprs le soleil couch. Quelques-uns ont 
la vue mauvaise pendant le jour, et voient mieux que les 
autres pendant la nuit. Quant aux pupilles doubles et 
aux regards nuisibles, nous en avons parl suffisamment. 
Les yeux bleus voient mieux dans l'obscurit. 



io8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

Ferunt Tiberio Caesari, nec alii genitorum mortalium, 
fuisse naturam , ut expergefactus noctu paulisper, haud 
alio modo , quam luce clara , contueretur omnia , pau- 
latim tenebris sese obducentibus. Divo Augusto equorum 
modo glauci fuere , superque hominem albicantis ma- 
gniludinis. Quam ob causam diligentius spectari eos , 
iracunde ferebat. Claudio Caesari ab angulis candore 
carnoso sanguineis venis subinde suffusi : Caio principi 
rigentes. Neroni, nisi quum conniveret, ad prope ad- 
mota hebetes. Viginti gladiatorum paria in Caii prin- 
cipis ludo fuere : in iis duo omnino , qui contra corn- 
minationem aliquam non conniverent , et ob id in- 
victi. Tantae hoc difficultatis est homini. Plerisqe vero 
naturale , ut nictari non cessent , quos pavidiores acce- 
pimus. 

Oculus unicolor nulli : cum candore omnibus mdius 
color differens. Neque ulla ex parte majora animi in- 
dicia cunctis animalibus : sed homini maxime , id est , 
moderationis , clementi , misericordiae , odii, amoris, 
tristitiae, laetitiae. Contuitu quoque multiformes, truces, 
torvi , flagrantes , graves , transversi , limi , summissi , 
blandi. Profecto in oculis animus habitat. Ardent , in- 
tenduntur, humectant, connivent. Hinc illa misericor- 
diae lacrima. Hos quum osculamur, animum ipsum vi- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 109 

On rapporte, et l'exemple est unique parmi les mor- 
tels , que l'empereur Tibre avait la facult , lorsqu'il 
s'veillait la nuit , de voir les objets aussi clairement 
qu'en plein jour ; peu peu les tnbres enveloppaient 
tout. Le divin Auguste avait les yeux verdtres comme 
ceux des chevaux , et le blanc des yeux d'une grandeur 
extraordinaire ; aussi se fchait-il lorsqu'on les regardait 
avec trop d'attention. L'empereur Claude avait l'angle 
de l'il une blancheur charnue, qui se couvrait quel- 
quefois de veines couleur de sang. Les yeux de l'empe- 
reur Caligula taient fixes. Nron , moins qu'il ne 
clignt les yeux , ne distinguait pas les objets les plus 
proches. Sur vingt couples de gladiateurs entretenus par 
Caligula deux seulement parmi eux bravaient toutes les 
menaces sans cligner l'il ; aussi furent-ils invincibles : 
tant cette fermet est difficile l'homme ! Le clignote- 
ment, au contraire, est si naturel la plupart des hommes, 
qu'ils ne peuvent le discontinuer : on prtend que c'est 
un signe de timidit. 

Nul n'a l'il d'une seule couleur : celle de la prunelle 
tranche toujours avec le blanc qui l'environne. Aucune 
autre partie du corps ne dcle mieux les sentimens chez 
tous les animaux ; mais, dans l'homme surtout, les yeux 
expriment la modration, la clmence, la compassion , 
la haine, l'amour, la tristesse, la joie. Le regard aussi 
en varie l'expression et les rend farouches , menaans , 
tincelans, svres, hagards, ddaigneux, soumis, ca- 
ressans. Sans doute l'me habite dans les yeux. Ils s'en- 
flamment, se fixent, s'humectent, se voilent. De l coulent 
les larmes de la piti. Le baiser que nous leur donnons 



no C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

demur attingere. Hinc fletus et rigantes ora rivi. Quis 
ille humor est, in dolore tam fecundus et paratus? aut 
ubi reliquo tempore ? Animo autem videmus : animo 
cernimus : oculi, ceu vasa qudam, visibilem ejus par- 
tem accipiunt, atque transmittunt. Sic magna cogitatio 
obcsecat, abducto intus visu. Sic in morbo comitiali 
aperti nibil cernunt , animo caligante. Quin et patenti- 
bus dormiunt lepores , multique hominum , quos aopv- 
QtxvTiv Graeci dicunt. Tenuibus multisque membranis 
eos natura composuit, callosis contra frigora caloresque 
in extimo tuuicis , quas subinde purificant lacrimatio- 
n u m salivis, lubricos propter incursantia, et mobiles. 



De natura pupillae. Quae non conniveant. 

LV. Media eorum cornua fenestravit pupilla, cujus 
angustiae non sinunt vagari incertam aciem , et velut 
canali dirigunt , obiterque incidentia facile dclinant : 
aliis nigri , aliis ravi , aliis glauci coloris orbibus circum- 
datis : ut habili mixtura et accipiatur circumjecto can- 
dore lux , et temperato repercussu non obstrepat. Adeo- 
que iis absoluta vis speculi , ut tam parva illa pupilla 
totam imaginera reddat hominis. Ea causa est, ut pie- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL in 

nous parat pntrer jusqu' l'me. De l coulent les 
pleurs et les ruisseaux qui baignent notre visage. Quel 
est donc ce liquide si abondant et toujours prt dans la 
douleur? o se tient-il en rserve le reste du temps? 
C'est par l'me que nous voyons, par l'me que nous 
discernons. Les yeux , comme des canaux, reoivent et 
transmettent sa partie visuelle. Voil pourquoi une m- 
ditation profonde nous empche de voir : la vue tout en- 
tire se concentre l'intrieur. De mme, dans le mal ca- 
duc , les yeux , quoique ouverts , n'aperoivent rien , l'me 
tant enveloppe d'un nuage pais. Bien plus, les livres 
et beaucoup d'hommes dorment les yeux ouverts, ce que 
les Grecs appellent zopvQavri^u. La nature a com- 
pos les yeux de plusieurs membranes dlies , de tu- 
niques calleuses l'extrieur contre le froid et le chaud, 
et de temps en temps purifies par l'effusion de l'hu- 
meur lacrymale : pour les garantir de ce qui pourrait les 
blesser, elle les a rendus glissans et mobiles. 

De la nature de la pupille. Yeux qui ne se ferment point. 

LV. La pupille, comme une fentre, rpond au centre 
de la corne ; ses limites troites ne permettent pas que 
les rayons s'cartent : elle sert de canal pour les diriger ; 
et, par un lger mouvement, elle vite le choc des corps 
trangers ; elle est entoure de cercles de diverses cou- 
leurs , les uns noirs , les autres jaunes ou verts, afin qu' 
l'aide d'une heureuse combinaison , la lumire reue au 
milieu du blanc ne fatigue pas l'il par un reflet trop 
brusque. Les yeux sont un miroir tellement parfait, que la 



lia C. PLINTI HIST. NAT. LIB. XL 

rasque alitum e manibus hominum oculos potissimum 
appetant , quod effigiem suam in iis cmentes , velut ad 
cognata desideria sua tendunt. 

Veterina tantum quaedam, ad crementa lunae morbos 
sentiunt. Sed homo solus emisso humore caecitate libe- 
ratur. Post vicesimum annum multis restitutus est visus. 
Quibusdam statim nascentibus uegatus, nullo oculorum 
vitio : multis repente ablatus simili modo , nulla pr- 
cedente injuria. Venas ab iis pertinere ad cerebrum , pe- 
ritissimi auctores tradunt : ego et ad stomachum credi- 
derim. Certe nulli sine redundatione ejus eruitur oculus. 
Morientibus operire , rursusque in rogo palefacere , 
Quiritium ritu sacrum est : ita more condito , ut neque 
ab homine supremum eos spectari fas sit , et eaelo non 
ostendi , nefas. Uni animalium homini depravantur : 
unde cognomina Strabonum et Paetorum. Ab iisdem qui 
altero lumine orbi nascerentur , Coclites vocabantur : 
qui parvis utrisque, Ocellae : Luscini injuriae cognomen 
habuerunt. 

Nocturnorum animalium, veluti felium, in tenebris 
fulgent,radiantque oculi, ut contueri non sit: et caprae, 
lupoque splendent, lucemque jaculantur. Vituli marini, 
et hyaenae, in mille colores transeunt subinde. Quin et 
in tenebris multorum piscium refulgent aridi, sicut ro- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. n3 

pupille , toute petite qu'elle est , rend l'image de l'homme 
tout entire. Voil pourquoi les oiseaux que nous tenons 
dans nos mains cherchent surtout nous becqueter les 
yeux, parce qu'y voyant leur image, ils s'y portent comme 
vers les objets de leurs affections naturelles. 

Quelques btes de somme, en petit nombre, ont mal 
aux yeux vers les accroissemens de la lune ; mais l'homme 
seul est dlivr de la ccit par l'vacuation de l'hu- 
meur. Plusieurs ont recouvr la vue au bout de vingt 
ans. Quelques enfans naissent aveugles , sans que l'il 
ait aucun vice ; d'autres le sont devenus tout coup , 
sans aucun accident antrieur. Des auteurs trs-habiles 
disent que des veines se rendent des yeux au cerveau ; 
quant moi , je croirais qu'elles se rendent aussi l'esto- 
mac : du moins, l'il n'est jamais arrach sans vomisse- 
ment. Fermer les yeux aux mourans, et les rouvrir sur le 
bcher, est un usage sacr des Romains , qui en interdit 
le dernier aspect l'homme, et le rserve religieuse- 
ment pour le ciel. L'homme est le seul des animaux 
dont les yeux subissent des difformits. De l les sur- 
noms de Strabons et de Ptus. On nommait Cocls 
ceux qui naissaient privs d'un il ; Ocella , celui qui 
avait les yeux petits ; Luscinus , l'homme borgne par 
accident. 

Les yeux des animaux nocturnes, tels que les chats, 
brillent et rayonnent dans l'obscurit , au point qu'on 
ne peut les regarder fixement; chez la chvre et le loup, 
ils resplendissent et tincellent; dans le veau marin et 
l'hyne, ils prsentent successivement mille couleurs; 
bien plus , les yeux de beaucoup de poissons , tant des- 
viii. 8 



u4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

busti caudices vetustate putres. Non connivere diximus , 
quae non obliquis oculis , sed circumacto capite cern- 
rent. Chamseleonis oculos ipsos circumagi totos tradunt. 
Cancri in obliquum aspiciunt. Crusta fragili inclusis , 
rigentes. Locustis squillisque magna ex parte sub eodem 
munimento praeduri eminent. Quorum duri sunt, minus 
cernunt, quam quorum humidi. Serpentium catulis, et 
hirundinum pullis , si quis eruat , renasci tradunt. In- 
sectorum omnium , et testacei operimenti , oculi moven- 
tur, sicut quadrupedum aures. Quibus fragilia operi- 
menta, iis oculi duri. Omnia talia, et pisces, et insecta, 
non habent gnas, nec integunt oculos. Omnibus niera- 
brana vitri modo translucida obtenditur. 



De palpebris, et quibus non sint : quibus ab altra tant uni parte. 

LVI. Palpebrae in genis homini utrimque. Mulieri- 
bus vero etiam infecta? quotidiano. Tanta est decoris 
adfectatio , ut tingantur oculi quoque. Alia de causa 
hoc natura dederat, ceu vallum quoddam visus, et pro- 
minens munimentum contra occursantia animajia , aut 
alia fortuitu incidentia. Defluere eas haud immerito V- 
nre abundantibus tradunt. Ex ceteris nulli sunt , nisi 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. n5 

schs, brillent dans les tnbres, comme le chne pourri 
de vtust. Nous avons dit que les animaux qui ne voient 
de ct qu'en tournant la tte, ne clignent point les 
yeux. On prtend que le camlon tourne les siens tout 
entiers. Les cancres regardent obliquement. Les yeux 
des animaux renferms dans un test fragile sont durs. 
Les langoustes et les squilles , recouvertes presque en- 
tirement d'une enveloppe semblable , les ont saillans et 
trs-durs. Les animaux dont les yeux sont durs voient 
moins bien que ceux qui les ont humides. On prtend 
que si on arrache les yeux aux petits des serpens et des 
hirondelles , il en renat d'autres. Les yeux de tous les 
insectes et des testacs sont mobiles, comme les oreilles 
des quadrupdes. Ceux dont l'enveloppe est fragile ont 
les yeux durs. Tous ces animaux, ainsi que les poissons 
et les insectes, n'ont point de paupires et ne ferment 
point leurs yeux ; ils les ont couverts d'une membrane 
transparente comme le verre. 

Des paupires : chez quels animaux il n'y en a pas ; chez lesquels 
on n'en voit que d'un ct. 

LVI. L'homme a des cils aux deux paupires ; les 
femmes mme ne passent pas de jour sans les peindre. 
Quelle recherche de la parure ! peindre mme les yeux ! 
La nature, dans une autre intention, avait plac les cils 
comme une palissade pour les yeux , comme un ouvrage 
avanc , contre les insectes et les corps trangers qui 
pourraient se rencontrer. On prtend, non sans raison, 
qu'ils tombent ceux qui abusent dos plaisirs dv Va- 

8. 



n6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

quibus et in reliquo corpore pili. Sed quadrupedibus in 
superiore tantum gna , volucribus in inferiore : et qui- 
bus molle tergus, ut serpentibus : et quadrupedum quae 
ova pariunt, ut laeert. Strutbiocamelus alitum sola, ut 
homo , utrimque palpebras habet. 



Quibus genae non sint. 

LVII. Nec gense quidem omnibus : ideo neque nicta- 
tiones iis, quae animal gnrant. Graviores alitum infe- 
riore gna connivent. Edem nictantur, ab angulis mem- 
brana obeunte. Columbae et similia utraque connivent. 
At quadrupdes qu ova pariunt, ut testudines, croco- 
dili , inferiore tantum , sine ulla nictatione , propter 
praeduros oculos. Extremum ambitum gen superioris, 
antiqui cilium vocavere : unde et supercilia. Hoc vulnere 
aliquo diductum non coalescit , ut in paucis humani 
corporis membris. 



De malis. 

LVIII. Infra oculos malae bomini tantum, quas prisci 
gnas vocabant , xn Tabularum interdicto radi a femi- 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 117 

mour. Parmi les autres animaux, ceux-l seuls ont des 
cils, qui ont tout le corps garni de poil. Mais les qua- 
drupdes n'en ont qu' la paupire suprieure, et les 
oiseaux la paupire infrieure, ainsi que les animaux 
qui ont la peau molle , comme les serpens et les qua- 
drupdes ovipares, tels que les lzards. L'autruche seule, 
parmi les oiseaux, a, de mme que l'homme, des cils 
en haut et en bas. 

Animaux sans paupires. 

LVll. Tous les animaux n'ont pas des paupires; c'est 
pourquoi ceux qui sont vivipares ne clignent jamais 
l'il. Les gros oiseaux ferment les yeux en levant la 
paupire infrieure; ils clignotent au moyen d'une mem- 
brane qui part du coin de l'il. Dans les pigeons , et 
autres espces semblables , les deux paupires sont mo- 
biles ; mais dans les quadrupdes ovipares , tels que les 
tortues et les crocodiles , il n'y a que la paupire inf- 
rieure qui le soit, et sans clignotement, cause de la 
duret de l'il. Les anciens nommaient cilium ( cil ) le 
bord de la paupire suprieure , d'o est venu le mot 
siipercilia (sourcils). Une blessure la paupire ne se 
referme point, non plus que dans quelques autres par- 
lies du corps humain. 

Des joues. 

LVIII. Au dessous des yeux sont les joues, qui n'ap- 
partiennent qu' l'homme, et que les anciens nommaient 



n8 C. PLINI1 HIST. NAT. UB. XI. 

nis eas vtantes. Pudoris haec sedes. Ibi maxime os- 

tenditur rubor. 



De naribus. 

LIX. Intra eas hilaritatem risumque indicantes buccae. 
Et altior homini tantum , quem novi mores subdolae ir- 
risioni dicavere, nasus. Non alii animalium nares emi- 
nent: avibus, serpentibus, piscibus foramina tantum ad 
olfactus , sine naribus. Et hinc cognomina Simorum , 
Silonum. Septimo mense genitis saepenumero foramina 
aurium et narium defuere. 



De buccis , ] abris , mentis, maxillis. 

LX. Labra, a quibus Broccbi, Labeones dicti. Et os 
probum duriusve, animal generantibus : pro iis cornea 
et acuta volucribus rostra. Eadem rapto viventibus ad- 
unca : colleeto , recta : herbas eruentibus limumque , 
lata, ut suum generi. Jumentis vice manus ad colligenda 
pabula ora : apertiora laniatu viventibus. Mentum nulli 
praeter hominem, nec malas. Maxillas crocodilus tantum 
superiorcs movet : terrestres quadrupdes, eodem, quo 
cetera, more, praeterque in obliquum. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. 119 

gen , comme on le voit dans la loi des Douze-Tables 
qui dfendait aux femmes de se les raser. Elles sont le 
sige de la pudeur. C'est l principalement que la rou- 
geur se montre. 

Des narines. 

LIX. Vers le milieu des joues se forme cette fossette 
qui indique le ris et la gat. L'homme seul a un nez 
prominent , et qui , dans nos murs , a t consacr 
au persiflage. Chez nul autre animal cette partie n'est 
saillante. Les oiseaux , les serpens , les poissons ont des 
conduits pour l'odorat , mais point de narines. De l les 
surnoms de Simus (camus) et de Silo (nez retrouss"). 
On a vu souvent des enfans natre sept mois , avec les 
ouvertures des oreilles et des narines fermes. 

Des bouches , lvres , mentons , mchoires. 

LX. Les lvres ont fait donner aux Brocchus le sur- 
nom de Labon. Les animaux vivipares ont une bouche 
ferme, ou mme trs-dure. Au lieu de bouche, les oi- 
seaux ont un bec corn et aigu , recourb dans les 
oiseaux de proie, droit dans ceux qui prennent la nour- 
riture en becquetant , large chez ceux qui fouillent 
dans les herbes et dans la vase , comme font les pour- 
ceaux. Les btes de somme se servent de leur bouche 
comme d'une main pour ramasser leur pture; les ani- 
maux carnassiers ont la bouche plus fendue. Il n'y a 
que l'homme qui ait un menton et des joues. Le croco- 
dile n'a que la mchoire suprieure mobile : les quadru- 



C PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



De dentibns : quae gnera eorum : quibus non utraque parte sint : 
quibus cavi. 

LXI. Dentium tria gnera : serrati , aut continui , aut 
exserti. Serrati pectinatim coeuntes , ne contrario oc- 
cursu atterantur : ut serpentibus , piscibus , canibus. 
Continui, ut homini , equo. Exserti, ut apro, hippopo- 
tamo , elephanto. Continuorum , qui digerunt cibum , 
lati et acuti: qui conficiunt, duplices : qui discriminant 
eos, canini appellantur. Hi sunt serratis longissimi. Con- 
tinui, aut utraque parte oris sunt, ut equo : aut supe- 
riore primores non sunt, ut bubus, ovibus, omnibus- 
que, quae ruminant. Caprae superiores non sunt, praeter 
primores geminos. Nulli exserti , quibus serrati. Raro 
feminae, ettamen sine usu. Itaque quum apri percutiant, 
feminae sues mordent. Nulli , cui cornua , exserti : sed 
omnibus concavi, ceteris dents solidi. Piscium omni- 
bus serrati , pragter scarum : huic uni aquatilium plani. 
Cetero multis eorum in lingua et toto ore : ut turba 
vulnerum molliant, quae attritu subigere non queunt. 
Multis et in palato, atque etiam in cauda. Praeterea in 
os vergentes, ne excidant cibi, nullum habentibus reti- 
nendi adminiculum. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 121 

pdes terrestres remuent , comme les autres animaux , 
la mchoire infrieure, qui, de plus, a un mouvement 
oblique. 

Des dents : leurs espces; chez quels animaux il n'y en a point des 
deux cts ; chez qui elles sont creuses. 

LXI. Les dents sont de trois sortes, en forme de scie, 
continues, ou saillantes : spares, passant les unes entre 
les autres, pour ne point s'user par leur frottement mu- 
tuel , comme dans les serpens , les poissons , les chiens ; 
continues, comme dans l'homme, le cheval; saillantes, 
comme dans le sanglier, l'hippopotame, l'lphant. Celles 
des dents continues qui divisent les alimens sont larges 
et tranchantes; celles qui les broient sont doubles ; celles 
qui sparent ces deux sortes de dents se nomment ca- 
nines : ces dernires sont trs-longues dans les animaux 
qui ont les dents disposes en forme de scie. Quant aux 
dents continues , ou elles sont en bas et en haut, comme 
dans le cheval ; ou les incisives suprieures manquent , 
comme dans le buf, la brebis et tous les ruminans. La 
chvre n'a de dents suprieures que les deux premires. 
Nul animal qui a les dents comme une scie n'en a de 
saillantes : les femelles en ont rarement , et encore n'en 
font-elles point usage : ainsi le sanglier frappe , sa fe- 
melle mord. Nul animal cornes n'a les dents saillantes; 
mais dans tous elles sont creuses , et solides dans les au- 
tres. Tous les poissons ont les dents disposes en forme 
de scie, except le scare : lui seul de tous les aquatiques 
lsa planes. Au reste, beaucoup de ces animaux ont des 
dents la langue et dans toute la bouche, afin de r- 



C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



De serpentium dentibus : de veneno eorum. Cui volucri dents. 

LXII. Similes aspidi , et serpentibus : sed duo in su- 
pera parte , dextera laevaque longissimi , tenui fistula 
perforati, ut scorpionum aculei , venenum infundentes. 
Non aliud hoc esse quam fel serpentium , et inde venis 
sub spina ad hos pervenire, diligentissimi auctores scri- 
bunt. Quidam unum esse eum : et quia sit aduncus , 
resupinari , quum momorderit. Aliqui , tune decidere 
eum , rursusque recrescere, facilem decussu : et sine eo 
esse , quas tractari cernamus. Scorpionis caudae inesse 
eum, et plerisque ternos. Viperae dents gingivis con- 
duntur. Hase eodem praegnans veneno, impresso dentium 
repulsu virus fundit in morsus. Volucrum nulli dents, 
praeter vespertilionem. Camelus un a ex iis , quae non 
sunt cornigera, in superiori maxilla primores non habet. 
Cornua habentium nulli serrati. Et cochleae dents ha- 
bent : indicio est etiam a minimis earum derosa vitis. 
At in marinis crustata et cartilaginea primores habere , 
item echinis quinos esse, unde intelligi potuerit, miror. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ii 

tluire , par la multitude des blessures , ce qu'ils ne peu- 
vent briser en broyant ; plusieurs mme en ont au pa- 
lais , et mme la queue : en outre , ces dents sont 
recourbes vers l'intrieur de la bouche, pour empcher 
les alimens de s'chapper ; ils n'ont d'autre moyen de 
les retenir. 

Des dents de serpens : de leur venin. Oiseau qui a des dents. 

LXIT. L'aspic et les serpens ont des dents sembla- 
bles, mais ils en ont encore la partie suprieure, tant 
droite qu' gauche , deux trs-longues , perces d'un 
petit trou, et qui rpandent le venin comme l'aiguillon 
des scorpions. Des auteurs trs-exacts crivent que ce 
venin n'est autre chose que le fiel des serpens, et qu'il 
est conduit la bouche par des veines places au dessous 
de l'pine. Quelques-uns disent qu'il n'y a qu'une dent 
venimeuse , et qui , tant crochue , se renverse aprs 
avoir mordu. D'autres prtendent que cette dent, facile 
arracher , tombe au moment de la morsure , et re- 
pousse ensuite ; qu'elle manque aux serpens que nous 
voyons manier impunment. Us ajoutent qu'elle se 
trouve la queue du scorpion r et que la plupart en 
ont trois. Les dents de la vipre sont enfonces dans 
ses gencives. Toujours pleine de poison , elle verse son 
venin dans les morsures par la pression de ses alvoles. 
La chauve -souris est le seul oiseau qui ait des dents. 
Le chameau est le seul des animaux sans cornes qui 
n'ait point de dents incisives la mchoire suprieur*'. 
Aucun cornigre n'a les dents en scie. Les limaons 



1 24 C PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

Dentium vice aculeus insectis. Simiae dents, ut homini. 
Elephanto intus ad mandendum quatuor : prterque 
eos, qui prominent, masculis reflexi, feminis recti atque 
proni. Musculus marinus, qui balnam antecedit , nul- 
los habet : sed pro iis, setis intus os hirlum, et linguam 
etiam, ac palatum. Terrestrium minutis quadrupedibus, 
primores bini utrimque longissimi. 



Mirabilia dentium. 

LXIII. Ceteris cum ipsis nascuntur : homini , post- 
quam natus est, septimo mense. Reliquis perpetuo ma- 
nent. Mutantur homini, leoni, jumento, cani, et ru- 
minantibus. Sed leoni et cani, non nisi canini appellati. 
Lupi dexter caninus , in magnis habetur operibus. Maxil- 
lares , qui sunt a caninis, nullum animal mutt. Homini 
novissimi, qui genuini vocantur , circiter vicesimum an- 
num gignuntur : multis et octogesimo, feminis quoque : 
sed quibus in juventa non fuere nati. Decidere in se- 
necta , et mox renasci certum est. Zoclen Samothrace- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ia5 

ont aussi des dents ; la vigne , que l'on voit ronger par 
les plus petits d'entre eux, en est la preuve. Je ne 
sais d'o vient l'opinion que , parmi les animaux ma- 
rins , les crustacs et les cartilagineux ont les dents in- 
cisives , et que l'oursin en a cinq. Au lieu de dents , les 
insectes ont un aiguillon. Le singe a les dents comme 
l'homme. L'lphant a dans l'intrieur quatre dents qui 
lui servent pour manger, et en outre les deux saillantes , 
qui sont recourbes chez le mle, droites et inclines en 
avant chez la femelle. Le muscule marin , qui prcde la 
haleine, n'en a point; mais, au lieu de dents, il a l'in- 
trieur de la bouche , la langue mme et le palais , h- 
risss de soies. Parmi les animaux terrestres , les petits 
quadrupdes ont, en bas et en haut, les deux premires 
dents trs-longues. 

Circonstances merveilleuses de la dentition. 

LXI1I. Les autres animaux naissent avec leurs dents; 
celles de l'homme commencent paratre le septime 
mois aprs sa naissance. Les dents des autres animaux 
ne tombent point : toutefois le lion, les btes de somme, 
le chien et les ruminans changent leurs dents aussi bien 
que l'homme ; mais le lion et le chien ne changent que 
les dents appeles canines. La canine droite du loup 
s'emploie des ouvrages importans. Les molaires , qui 
sont aprs les canines , ne tombent aucun animal. Les 
dernires dents qui poussent l'homme, et qu'on nomme 
gnuines (de sagesse), sortent ordinairement vers vingt, 
et quelquefois quatre-vingts ans, mme chez les femmes, 



i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

num , eui renati essent post centum et quatuor annos , 
Mucianus visum a se prodidit. Cetero maribus plures, 
quam feminis , in homine , pecude , capris , sue. Timar- 
ehus Nicoclis flius Paphii duos ordines habuit maxilla- 
rum. Frater ejus non mutavit primores , ideoque pr- 
trivit. Est exemplum dentis, homini et in palato geniti. 
At canini amissi casu aliquo , numquam renascuntur. 
Ceteris senecta rubescunt , equo tantum candidiores 
fiunt. 



/Etas animantium ab his. 

LXIV. iEtas veterinorum dentibus indicatur. Equo 
sunt numro xl. Amittit tricesimo mense primores utrim- 
que binos : sequenti anno totidem proximos, quum sub- 
eunt dicti columellares. Quinto anno incipiente binos 
amittit, qui sexto anno renascuntur. Septimo omnes 
habet et renatos , et immutabiles. Equo easlrato prius, 
non decidunt dents. Asinorum genus tricesimo mense 
similiter amittit , deinde senis mensibus. Quod si non 
prius peperere, quam dcidant postremi, sterilitas certa. 
Boves bimi mutant. Siiibus decidunt numquam. Ab- 



HISTOIRE NATURELLE, UV. XI. 127 

mais seulement dans les individus chez qui elles n'avaient 
point paru pendant la jeunesse. Il est certain que les dents 
tombent dans la vieillesse, et sont quelquefois bientt rem- 
places par d'autres. Mucien rapporte qu'il a vu Zocls 
de Samothrace , qui elles taient revenues plus de 
cent quatre ans. Au reste, les mles ont plus de dents 
que les femelles chez l'homme , le mouton , la chvre et 
le porc. Timarque , fils de Nicocls de Paphos , eut deux 
rangs de dents chaque mchoire. Son frre ne perdit 
pas les incisives ; en consquence il fut oblig de les 
limer. On a l'exemple d'un homme qui il poussa 
une dent au palais. Si les canines tombent par quelque 
accident , elles ne reviennent jamais. Dans les autres 
animaux les dents rougissent en vieillissant ; dans le 
cheval seul elles blanchissent. 

On estime l'ge des animaux d'aprs les dents. 

LXIV. L'ge des btes de somme est indiqu par leurs 
dents. Le cheval en a quarante : il perd au trentime 
mois les deux premires incisives de chaque mchoire ; 
l'anne suivante, quatre autres la suite des premires, 
lorsque poussent celles qu'on nomme columellaires (cro- 
chets) ; au commencement de la cinquime anne il en 
perd deux en haut et en bas , qui repoussent la sixime 
anne ; la septime il a toutes ses dents , tant celles 
qui ont t remplaces que celles qui ne tombent pas. 
Les dents d'un cheval qui a t coup avant ces poques 
ne tombent pas. L'ne perd de mme ses premires dents 
au trentime mois , et les autres de six mois en six mois ; 



ia8 C. PLINII HIST. NAT. L1B. XL 

sumpia hac observationc , senectus in equis, et ceteris 
veterinis, intelligitur dentium brochitate, superciliorum 
canitie , et circa ea lacunis , quum fere sedecim anno- 
rum existimanttir. Hominum dentibus quoddam inest 
virus. Namque et speculi nitorem ex adverso nudati be- 
betant, et columbarum ftus implumes necant. Reliqua 
de iis in generatione hominum dicta sunt. Erumpenti- 
bus , morbi corpora infantium accipiunt. Reliqua ani- 
malia , qu serratos habent , saevissima dentibus. 



De lingtia , et quae sine ea : de rannrum sono. De palato. 

LXV. Linguae non omnibus eodem modo. Tenuissima 
serpentibus et trisulea , vibrans, atri coloris, et, si extra- 
bas, praelonga : lacertis bifida et pilosa: vitulis quoque 
marinis duplex : sed supra dictis capillamenti tenuitate : 
ceteris ad circumlambenda ora. Piscibus paulo minus 
tota adhaerens, crocodilis tota. Sed in gustatu, linguae 
vice carnosum aquatilibus palatum. Leonibus , pardis , 
omnibusque generis ejus , etiam felibus , imbricat as- 
peritatis, ac limae similis, attenuansque lambendo cutem 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 129 

s'il n'a point produit avant la chute des dernires dents , 
il demeure strile. Les bufs en changent deux ans. 
Chez les porcs , elles ne tombent jamais. Lorsque ce 
moyen manque , on reconnat la vieillesse , dans les 
chevaux et dans les autres btes de somme , au dchaus- 
sement des dents, la blancheur des sourcils et l'en- 
foncement des salires : l'animal est rput alors avoir 
seize ans. Les dents de l'homme portent avec elles un 
poison : prsentes un miroir nu , elles en ternissent 
l'clat. Elles font prir les pigeons qui n'ont pas en- 
core de plumes. Ce qu'on peut ajouter ce sujet a t 
dit dans la gnration de l'homme. Quand elles com- 
mencent pousser , qjles causent des maladies aux en- 
fans. Les animaux qui ont les dents en scie font les 
morsures les plus cruelles. 

De la langue : animaux sans langue. Bruit que font les grenouilles. 
Du palais. 

LXV. La forme de la langue n'est pas toujours la mme. 
Chez les serpens elle est trs-mince et trois pointes , 
vibrante, noire, et trs-longue quand elle est arrache; 
chez les lzards elle est partage en deux, et. velue; chez 
les veaux marins elle est fendue de mme : mais dans 
les premiers elle est fine comme un cheveu ; les autres 
s'en servent pour se lcher le museau. Celle des poissons 
est presque entirement adhrente; celle des crocodiles 
l'est tout--fait. Pour le sens du got, les animaux aqua- 
tiques ont un palais charnu qui supple la langue. Les 
lions, les pards et tous les animaux de ce genre, mme 
vin. 9 



i3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

hominis. Quae causa etiam mansuefacta, ubi ad vicinum 
sanguinem pervenit saliva , invitt ad rabiem. De pur- 
purarum Iinguis diximus. Ranis prima cohaeret, intima 
absoluta a gutture , qua vocem mittunt mares , quum 
vocantur ololygones. Stato id tempore evenit, cientibus 
ad coitum feminas. Tum siquidem inferiore labro de- 
misso, ad libramentum modicae aquae receptae in fauces, 
palpitante ibi lingua ululatus elicitur. Tune extenti buc- 
carum sinus perlucent , oculi flagrant labore propulsi. 
Quibus in posteriori parte aculei, et iis dents et lingua. 
Apibus etiam praelonga, eminens ($ cicadis. Quibus acu- 
leus in ore fistulosus , iis nec lingua , nec dents. Qui- 
busdam insectis intus lingua, ut formicis. Ceterum lata 
elephanto praecipue. Reliquis in suo gnre semper ab- 
soluta : homini tantum ita saepe constricta venis, ut in- 
tercidi eas necesse sit. Metellum pontificem adeo inex- 
planatae fuisse accepimus , ut multis mensibus tortus 
credatur , dum meditatur in dedicanda de Opis vere 
dieere. Ceteris septimo ferme anno sermonem exprimit. 
Multis vero talis ejus ars contingit, ut avium et anima- 
lium vocis indiscrte edatur imitatio. Intellectus saporum 
est ceteris in prima lingua , homini et in paiato. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i3r 

les chats, ont la langue pre, semblable une lime, et 
capable, en lchant, d'attnuer la peau de l'homme. Il 
rsulte de l que si la salive de ces animaux , mme 
apprivoiss, pntre jusqu'au sang, elle excite la 
fureur. Nous avons parl de la langue des pourpres. 
Dans les grenouilles , elle adhre par la partie ant- 
rieure , et se trouve libre du ct du gosier. L se for- 
ment les sons que font entendre les mles lorsqu'on les 
nomme ololygons (hurleurs), ce qui arrive des poques 
rgulires , quand ils appellent leurs femelles ; alors , 
abaissant la lvre infrieure pour frapper de la langue . 
une petite quantit d'eau qu'ils ont fait entrer dans leur 
gosier, ils rendent une sorte de hurlement. Pendant ce 
temps , les plis de leur bouche sont gonfls et luisans ; 
leurs yeux tincellent , pousss au dehors par l'effort 
qu'ils font. Les animaux qui ont un aiguillon la partie 
postrieure ont. aussi des dents et une langue. Les 
abeilles en ont une trs-longue ; celle des cigales est 
mme saillante. Ceux qui ont la bouche un aiguillon 
creux n'ont ni dents ni langue. Quelques insectes ont 
une langue dans l'intrieur de la bouche: telles sont les 
fourmis. Celle de l'lphant est principalement en lar- 
geur. Les autres animaux ont tous , chacun dans son 
genre, la langue libre; celle de l'homme seul est souvent 
lie par des filets, au point qu'il est ncessaire de les 
couper. Le pontife Metellus avait la langue si embar- 
rasse, suivant ce qu'on rapporte , que pendant plu- 
sieurs mois il se mit la torture, s'tudiant prononcer 
nettement pour la ddicace du lemple d'Ops. En gn- 
ral , l'homme parle distinctement sept ans. Plusieurs 

9- 



\ 



lia C. PLINI1 HIST. NAT. L1B. XI. 



De tonsillis. Uva , epiglossis , arteriae , gula. 

LXV1. Tonsillse in homine, in sue glandulse. Quod 
inter eas, uvae nomine, ultimo dependet palato, homini 
tantum est. Sub ea minor lingua, epiglossis appellata, 
nulli ova generantium. Opra ejus gemina, duabus in- 
terposit fistulis. Interior earum appellatur arteria , ad 
pulmonem atque cor pertinens. Hanc operit in epu- 
lando, ne spiritu ac voce illac meante , si potus cibusve 
in alienum deerraverit tramitem, torqueat. Altra exte- 
rior appelletur sane gula , qua cibus atque potus devo- 
ratur. Tendit haec ad stomachum , is ad ventrem. Hanc 
per vices operit , quum spiritns tantum aut vox com- 
meat , ne restagnatio intempestiva alvi obstrepat. Ex 
cartilagine et carne arteria, gula nervo et carne con- 
stat. 



Cervix , collum , spina. 
IjXVII. Cervix nulli, nisi quibus u traque liaec. Ceteris 









HISTOIRE NATURELLE , L1V. XL i5 

ont une telle flexibilit de langue, qu'ils imitent parfai- 
tement la voix des oiseaux et des animaux. Le sens du 
got, dans les autres animaux, esta l'extrmit de la 
langue; chez l'homme, il est aussi dans le palais. 

Des amygdales. Luette, piglotte, trache- artre , sophage. 

LXVI. L'homme a des amygdales , le porc de petites 
glandes. La luette, suspendue entre les amygdales l'ex- 
trmit du palais , ne se trouve que dans l'homme. Au 
dessous d'elle est une languette, nomme piglotte, qui 
manque tous les ovipares : destine une double fonc- 
tion , elle est place entre deux canaux. Le canal int- 
rieur s'appelle trache-artre, aboutit au poumon et au 
cur. L'piglotte le couvre quand nous mangeons , de 
peur que , le passage de la respiration et de la voix 
restant ouvert, la boisson et la nourriture, dtournes 
de leur route naturelle, ne nous causent les plus vives 
douleurs. L'autre, extrieur, s'appelle proprement so- 
phage , par o sont absorbs les alimens liquides et 
solides. Il aboutit l'estomac , celui-ci au ventre. 
L'piglotte le couvre son tour, lorsque la respiration 
seulement ou la voix se font passage , pour empcher 
que les alimens, remontant dans la bouche , ne troublent 
ces fonctions. La trache-artre est compose de cartilage 
et de chair, l'sophage de nerf et de chair. 

Nuque , cou , opine dorsale. 
LXVII. La nuque existe seulement dans les animaux 



i34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

collum, quibus tantum gula. Sed quibus cervix, e multis 
vertebratisque orbiculatim ossibus flexilis , ad circum- 
spectum, articulorum nodis jungitur. Leoni tantum , et 
lupo , et hyaenae , ex singulis rectisque ossibus rigens. 
Cetero spinae adnectitur , spina lumbis , ossea : sed te- 
reti structura , per mdia foramina a cerebro medulla 
descendente. Eamdem esse ei naturam , quam cerebro , 
colligunt : quoniam prtenui ejus membrana modo in- 
cisa statim exspiretur. Quibus longa crura , iis longa et 
colla. Item aquaticis, quamvis brevia crura habentibus: 
simili modo uncos ungues. 



Guttur , fauces , stomachus. 

LXVIII. Guttur homini tantum, et suibus intumescit, 
aquarum quae potantur plerumque vitio. Summum gula? 
fauces vocantur, extremum stomachus. Hoc nomine est 
sub arteria jam carnosa inanitas adnexa spinae, et lati- 
tudine ac longitudine lacunse modo fusa. Quibus fauces 
non sunt, ne stomachus quidem est, nec colla, nec gut- 
tur, ut piscibus , et ora ventribus junguntur. Testudini 
marinas lingua nulla, nec dents: rostri acie comminuit 
omnia. Postea arteria et stomachus denticulatus callo , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i35 

qui ont ces deux conduits ; ceux qui n'ont que l'so- 
phage ont un cou. Chez ceux qui ont la nuque, elle 
est compose de plusieurs vertbres arrondies , se fl- 
chit aisment , et le jeu des articulations donne ces 
animaux le moyen de regarder autour d'eux. Il n'y a 
que le lion , le loup et l'hyne qui aient le cou form 
d'un seul os rigide et inflexible. Au surplus, le cou est 
attach l'pine , et l'pine aux lombes. Celle-ci est 
osseuse, arrondie dans sa structure, et perce dans son 
milieu , pour donner passage la moelle qui descend 
du cerveau. On conclut que la moelle pinire est de la 
mme nature que le cerveau , parce que la membrane 
trs-mince qui l'enveloppe tant une fois entame , on 
expire aussitt. Les animaux qui ont les jambes longues 
ont aussi un long cou. Les oiseaux aquatiques , encore 
qu'ils aient les jambes courtes, ont aussi le cou long, 
de mme que ceux dont les ongles sont crochus. 

Gosier , gorge , estomac. 

LXVIII. L'homme et le porc seuls sont sujets au 
goitre, caus le plus souvent par la mauvaise qualit 
des eaux qu'ils boivent. La partie suprieure de l'so- 
phage se nomme le gosier , la partie infrieure est 
l'estomac. Il faut entendre par ce mot une cavit char- 
nue place sous la trache-artre, attache l'pine, qui 
s'tend en largeur et en longueur en forme de sac. 
Ceux qui sont dpourvus de gosier n'ont point d'esto- 
mac; ils n'ont point de cou , point de gorge : tels sont 
les poissons , chez qui la bouche se joint l'estomac. 



i36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

in modum rubi , ad conficiendos cibos , decrescentibus 
crenis : quidquid adpropinquat ventri , novissima asperi- 
tas , ut scobina fabris. 






De corde , sanguine , animo. 

LXIX. Cor animalibus ceteris in medio pectore est : 
homini tantum infra laevam papillam , turbinato mucrone 
in priora eminens. Piscibus solis ad os spectat. Hoc pri- 
mum nascentibus formari in utero tradunt : deinde cere- 
brum , sicut tardissime oculos. Sed bos primum emori , 
cor novissime. Huic prcipuus calor. Palpitt certe , et 
quasi alterum movetur intra animal , praemolli firmoque 
opertum membranae involucro , munitum costarum et 
pectoris muro, ut parit praecipuam vitae causam et ori- 
ginem. Prima domicilia intra se animo et sanguini prae- 
bet, sinuoso specu, et in magnis animalibus triplici, in 
nullo non gemino : ibi mens habitat. Ex hoc fonte duae 
grandes venae in priora et terga discurrunt , sparsaque 
ramorum srie , per alias minores omnibus membris 
vitalem sanguinem rigant. Solum hoc viscerum vitiis 
non maceratur, nec supplicia vitae trahit : laesumque 
mortem illico adfert. Ceteris corruptis, vitalitas in corde 
durt. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i3 7 

La tortue marine n'a ni langue ni dents ; elle brise tout 
avec la pointe de son museau. Elle a une trache-artre, 
et un sophage qui, pour achever de broyer les alimens, 
est dentel de callosits semblables aux pines d'une 
ronce , et qui vont toujours en dcroissant. La partie qui 
s'approche de l'estomac est rude comme une lime. 

Du cur, du sang , de l'me. 

LXIX. Dans les autres animaux, le cur est plac 
au milieu de la poitrine : dans l'homme seulement il est 
au dessous du mamelon gauche , termin en pointe et 
dirig en avant. Dans les poissons seuls il est tourn 
vers la bouche. On prtend que cette partie se forme la 
premire dans le sein de la mre , ensuite le cerveau , 
et en dernier lieu les yeux, mais que ceux-ci meurent 
les premiers , et le cur le dernier. C'est au cur que 
se trouve la chaleur principale. Il a une palpitation 
prononce ; c'est comme un autre animal renferm dans 
l'animal mme. Il est envelopp d'une membrane trs- 
molle, mais forte. Les ctes et la poitrine forment un 
rempart autour de lui , comme tant la cause et la source 
de la vie. C'est une cavit sinueuse, triple dans les 
grands animaux , double dans tous les autres. En lui se 
trouve le premier foyer de la chaleur et du sang : l'me 
y rside. De cette source deux grandes veines se portent 
en avant et en arrire, et, formant une multitude de 
ramifications , rpandent , par d'autres vaisseaux plus 
petits , le sang vital dans tous les membres. Seul des 
viscres , le cur n'prouve point de maladies , et ne 



i38 C. PLINII HIST. NAT, LIB. XI. 



Quibus maxima corda : quibus minima : quibus bina. 

LXX. Bruta existimantur animalium , quibus durum 
riget : audacia , quibus parvum est : pavida , quibus 
preegrande. Maximum autem est portione muribus , le- 
pori, asino , cervo , panther, mustelis, hysenis, et om- 
nibus timidis, aut propter metum maleficis. In Paphla- 
gonia bina perdicibus corda. In equorum corde et boum 
ossa reperiuntur interdum. Augeri id per singulos annos 
in homine, ac binas drachmas ponderis ad quinquage- 
simum accedere : ab eo detrahi tantumdem , et ideo non 
vivere bominem ultra centesimum annum defectu cor- 
dis, iEgyptii existimant, quibus mos est cadavera ad- 
servare medicata. Hirto corde gigni quosdam homines 
proditur,-neque alios fortiores esse industria, sicut Aristo- 
menem Messenium, qui ccc occidit Lacedmonios. Ipse 
convulneratus et captus, semel per cavernam lautumia- 
rum evasit , angustos vulpium aditus secutus. Iterum 
captus , sopitis custodibus somno, ad ignem advolutus 
lora cum corpore exussit. Tertio capto Lacedmonii 
pectus dissecuere viventi , hirsutumque cor repertum 
est. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i3 9 

prolonge point les supplices de la vie. Pour lui , toute 
blessure porte la mort avec elle. Toutes les autres parties 
tant mortes, la force vitale subsiste encore dans le cur. 

Chez quels animaux on trouve un cur trs-gros ou trs-petit; 
chez lesquels on en a vu deux. 

LXX. On rpute stupides les animaux qui ont le 
cur dur; courageux, ceux qui l'ont petit ; craintifs, 
ceux qui l'ont fort grand. Il est trs-grand , en proportion 
de leur corps, dans les rats, le livre, l'ne , le cerf, la 
panthre, la belette, l'hyne, et tous les animaux timides 
ou malfaisans par crainte. Dans la Paphlagonie , les per- 
drix ont deux curs. On trouve quelquefois des os dans 
celui des chevaux et des bufs. Dans l'homme , il aug- 
mente chaque anne de deux drachmes, jusqu' l'ge 
de cinquante ans; partir de cette poque, il dcrot 
de la mme manire ; et l'homme ne vit pas au del de 
cent ans, parce qu'il ne lui reste rien du cur, suivant 
l'opinion des Egyptiens, qui sont dans l'usage d'embau- 
mer les cadavres. On dit que quelques hommes naissent 
avec un cur velu , et qu'on n'en voit pas de plus 
braves et de plus ingnieux : tel fut Aristomne le Mes- 
snien, qui tua trois cents Lacdmoniens. Bless et 
fait prisonnier , il s'chappa une premire fois par un 
trou de carrire, en suivant les passages pratiqus par 
les renards. Pris une seconde fois, il se trana vers le 
feu pendant le sommeil de ses gardes , brla ses liens , 
en se brlant lui-mme une partie du corps. Pris une 
troisime fois , les Lacdmoniens l'ouvrirent tout vi- 
vant, et lui trouvrent le cur velu. 



i4o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

* Qnando in extis aspici cpta. 

LXXI. In corde summo pinguitudo est qudam , 
laetis extis. Non semper autem in parte extorum habi- 
tum est. L. Postumio Albino, rege sacrorum, post cen- 
tesimam vicesimam sextam olympiadem , quum rex 
Pyrrhus ex Italia discessisset , cor in extis aruspices in- 
spicere cperunt. Caesari dictatori, quo die primum veste 
purpurea processit, atque in sella aurea sedit, sacrifi- 
canti bis in extis defuit. Unde quaestio magna de divi- 
natione argumentantibus , potueritne sine illo viscre 
hostia vivere , an ad tempus amiserit. Negatur cremari 
posse in iis , qui cardiaco morbo obierint ; negatur et 
veneno interemptis. Certe exstat oratio Vitellii , qua 
reum Pisonem ejus sceleris coarguit, hoc usus argu- 
mento : palamque testatus, non potuisse ob venenum 
cor Germanici v Csaris cremari. Contra gnre morbi 
defensus est Piso. 



De pulmone : et quibus maximus , quibus minimus : quibus nihil 
aliud quam pulmo intus : quae causa velocitatis animalium. 

LXXII. Sub eo pulmo est , spirandique officina , at- 
trahens ac reddens animam, idcirco spongiosus, ac fistu- 
lis inanibus cavus. Pauca eum (ut dictum est) habent 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 141 

Depuis quand on examine le cur dans l'inspection des entrailles. 

LXXI. Certaine graisse se trouve la sommit du 
cur dans les victimes d'heureux prsage. Cependant le 
cur n'a pas toujours t regard comme partie des en- 
trailles. C'est lorsque L. Postumius Albinus tait roi 
des sacrifices , aprs la cent vingt-sixime olympiade, 
et lorsque Pyrrhus se fut retir de l'Italie , que les aru- 
spices commencrent observer le cur avec les en- 
trailles. Le premier jour o le dictateur Csar parut en 
robe de pourpre , et sur un sige d'or, deux fois il ne 
se trouva point de cur dans les victimes ; de l une 
grande question entre les aruspices : l'animal avait -il 
pu vivre sans ce viscre , ou l'avait-il perdu momenta- 
nment? On prtend que le cur des hommes morts du 
mal cardiaque ne peut tre brl ; on dit la mme chose 
de ceux qui ont pri par le poison. Nous avons encore 
le discours dans lequel Vitellius accuse Pison de ce 
crime, en lui opposant cette preuve. Il attesta publique- 
ment que le cur de Germanicus Csar n'avait pu tre 
brl cause du poison ; au contraire , la nature de la 
maladie fut allgue pour la dfense de Pison. 

Du poumon : chez qui ses dimensions atteignent l'extrme petitesse 
ou l'extrme grandeur ; chez qui les poumons occupent tout 
l'intrieur du corps : cause de l'agilit de quelques animaux. 

LXXII. Au dessous est le poumon , organe de la res- 
piration , qui attire et renvoie l'air, et cause de cela est 
spongieux et cribl de tuyaux vides. Peu d'animaux. 



i4a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

aquatilia. At cetera ova parientia exiguum , spumosum, 
nec sanguineum : ideo non sitiunt. Eadem est causa, 
quare sub aqua diu ranae et phoc urinentur. Testudo 
quoque , quamvis pracgrandem et sub toto tegumento 
habeat, sine sanguine tamen habet. Quanto minor hic 
rorporibus , tanto velocitas major. Chamseleoni portione 
maximus , et nihil aliud intus. 



De jecinore, et quibus animalibus, et inquibus locis bina jecora. 

LXX1IL Jecur in dextra parte est : in eo quod caput 
extorum vocant , magnae varielatis. M. Marcello circa 
mortem , quum periit ab Annibale , defuit in extis. Se- 
quenti deinde die geminum repertum est. Defuit et 
C. Mario , quum immolaret Uticae : item Caio principi 
kalend. januariis , quum iniret consulatum, quo anno 
interfectus est : Claudio successori ejus , quo mense in- 
teremptus est veneno. Divo Augusto Spoleti sacrificanti 
primo potestatis suse die, sex victimarum jecora re- 
plicata intrinsecus ab ima fibra reperta sunt : respon- 
sumque duplicaturum intra annum imperium. Caput 
extorum tristis ostenti csum quoque est, prlerquam 
in sollicitudine ac metu : tune enim perimit cura: Bina 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i/,3 

aquatiques , comme il a t dit , ont ce viscre. Les 
autres ovipares ont un poumon petit, fongueux et non 
sanguin ; c'est pourquoi ils ne sont pas sujets la soif. 
C'est aussi par cette raison que les grenouilles et les 
phoques restent long-temps plongs sous l'eau. Le pou- 
mon de la tortue , quoiqu'il soit trs - grand et qu'il 
s'tende tout le long de son caille , ne contient point 
de sang. Plus il est petit, relativement au corps, plus 
l'animal est lger. Le camlon est celui qui a le poumon 
proportionnellement plus grand : il n'a point d'autre 
viscre. 



Du foie : en quels lieux et chez quels animaux il s'en est trouv 

deux. 



LXXIII. Le foie est au ct droit : ce qu'on appelle 
en lui la tte des entrailles est sujet beaucoup de va- 
rits. M. Marcellus, non loin de la mort, lorsqu'il fut 
tu par Annibal , ne trouva pas ce viscre parmi les en- 
trailles ; le lendemain on le trouva double. Il manqua 
aussi C. Marius , offrant un sacrifice dans Utique ; de 
mme qu' l'empereur Caus , aux calendes de janvier, 
quand il prit possession du consulat, l'anne o il fut 
tu; et Claude son successeur, le mois o il prit par le 
poison. Le divin Auguste, sacrifiant Spolette le pre- 
mier jour de sa puissance , les foies de six victimes se 
trouvrent replis vers le bord infrieur : il fut rpondu 
que, dans l'anne, son autorit crotrait de moiti. L'in- 
cision de la tte des entrailles est encore d'un sinistre 
augure, except dans l'inquitude et la crainte, car alors 



i44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

jecora leporibus circa Briletum et Tharnen , et in 
Chersoneso ad Propontidem. Mirumque translatis alio 
interit alterum. 

De felle : ubi , et in quibus geminum. Quibus animalium non sit : 
et quibus alibi quam in jecore. 

LXXIV. In eodem est fel , non omnibus datum ani- 
malibus. In Eubae Chalcide nullum pecori. In Naxo 
praegrande geminumque, ut prodigii loco utrumque ad- 
ven. Equi , muli , asini , cervi , capreae , apri , cameli , 
delpbini non habent. Murium aliqui habent. Honiinum 
paucis non est , quorum valetudo firmior , et vita lon- 
gior. Sunt qui equo non quidem in jecore esse > sed m 
alvo putent : et cervo in cauda , aut intestinis. Ideo 
tantam habent amaritudinem, ut a canibus non attin- 
gantur. Est autem nihil aliud, quam purgamentum pes- 
simumque sanguinis , et ideo amarum est. Certe jecur 
nulli est, nisi sanguinem habentibus. Accipit hoc a corde, 
cui jungitur : funditque in venas. 



Quae vis ejus. 

LXXV. Sed in felle nigro insania? causa homini , 
morsque toto reddito. Hinc et in mores crimen , bilis 



% 

i r / 

HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. i/,5 

elle dissipe les soucis. Les livres ont deux foies aux en- 
virons de Briletum et de Tharne , et dans la Chersonnse 
voisine de la Propontide : chose merveilleuse ! transpor- 
ts ailleurs , ils en perdent un. 

Du fiel : o et chez qui il est double. Animaux sans fiel ; animaux 
dont le fiel n'est point log dans le foie. 

LXXIV. Dans le foie est le fiel, qui n'a pas t donn 
tous les animaux. A Chalcis d'Eube , le menu btail 
n'en a pas. A Naxos , il a un fiel trs-grand et double ; 
en sorte que, sous ces deux rapports, il est un prodige 
pour les trangers. Les chevaux , les mulets , les nes , 
les cerfs, les chevreuils, les sangliers, les chameaux, les 
dauphins n'ont pas de fiel. Quelques rats en ont. Des 
hommes, en petit nombre, en sont dpourvus, et ceux-l 
jouissent d'une sant plus robuste et vivent plus long- 
temps. Il y en a qui pensent que le fiel du cheval est , 
non dans le foie , mais dans le ventre , et celui du cerf 
dans la queue ou dans les intestins ; aussi sont-ils tellement 
amers, que les chiens n'y touchent pas. Le fiel n'est autre 
chose qu'une excrtion , et la partie la plus vicieuse du 
sang , et c'est pour cela qu'il est amer. Au moins le foie 
n'existe-t-il que dans les animaux qui ont du sang. Il 
le reoit du cur, auquel il est attach, et le rpand 
dans les veines. 

Vertu du fiel. 

LXXV. La bile noire cause la folie l'homme , et la 
mort si elle est rejete totalement : aussi est-ce tablir 
vin. 10 



/ii,. 



146 C. PLINII HIST. NAT. LIB. X. 

nomine. Adeo magnum est in hac parte virus , quum 
se fundit in animum. Quin et toto corpore vagum , co- 
lorem quoque oculis aufert : illud quidem redditum , 
etiam ahenis : nigrescuntque contacta eo : ne quis mi- 
retur id venenum esse serpentium. Carent eo , qui ab- 
sinthium vescuntur in Ponto. Sed renibus et, parte tan- 
tum altra intestino jungitur, in corvis , coturnicibus , 
phasianis : quibusdam intestino tantum , ut columbis , 
accipitri , muraenis. Paucis avium in jecore. Serpenti- 
bus portione maxime copiosum , et piscibus. Est autem 
plerisque toto intestino , sicut accipitri, milvo. Prseterea 
in jecore est et cetis omnibus : vitulis quidem marinis 
ad multa quoque nobile. Taurorum felle aureus ducitur 
color. Aruspices id Neptuno ut humoris potentiae dica- 
vere : geminumque fuit divo Augusto , quo die apud 
Actium vicit. 



Quibus crescat cum luna et decrescat jecur. Aruspicum circa ca 
observationes , et prodigia mira. 

LXXVI. Murium jecusculis fibr ad numerum lunae 
in mense congruere dicuntur , totidemque inveniri , 
quotum lumen ejus sit : prterea bruma increscere. Cu- 
niculorum in Btica saepe gemin reperiuntur. Rana- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 147 

une prvention fclieu se contre le caractre d'un homme, 
que de dire , il a de la bile ; tant le poison de cette vsicule 
est funeste lorsqu'il exerce son action sur l'me ! Epau- 
chpar tout le corps, il change mme la couleur des 
yeux; rejet au dehors, il ternit l'airain: tout se noircit 
par son contact. Qu'on ne s'tonne donc pas que ce soit 
l le venin des serpens : dans le Pont , ceux qui se 
nourrissent d'absinthe , n'en ont pas. Il est attach aux 
reins , et tient seulement par un ct l'intestin dans 
les corbeaux , les cailles, les faisans; l'intestin seule- 
ment dans quelques animaux, comme les pigeons, l'- 
pervier , les murnes. Peu d'oiseaux ont le fiel dans le 
foie. Celui des serpens et des poissons est proportion- 
nellement plus grand ; dans la plupart des oiseaux il 
s'tend tout le long de l'intestin , comme dans l'pervier 
et le milan. De plus, tous les ctacs ont le fiel dans 
le foie : celui des veaux marins est vant pour plusieurs 
usages. De celui des taureaux on tire une couleur d'or. 
Les aruspices ont consacr le fiel Neptune , comme 
au souverain de l'humide lment. Il se trouva double 
dans la victime offerte par le divin Auguste, le jour o 
il vainquit Actium. 

Animaux dont le foie crot et dcrot avec la lune. Observations 
des aruspices , et prodiges qui s'y rapportent. 

LXXVI. On dit que dans le foie des rats, le nombre 
des lobes correspond au mois de la lune, qu'on en trouve 
autant que la lune a de jours; qu'en outre ils grossissent 
au solstice d'hiver. Dans la Btique, on trouve souvent 

10. 



m ! 

148 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

rum rubetarum altra fibra a formicis non attingitur , 

propter veneuum , ut arbitrantur. Jecur maxime vetusta- 

tis patiens, septenis.durare annis, obsidionum exempla 

prodidere. 

. 

Prsecordia. Risus natura. 

1 
LXXVII. Exta serpentibus et lacertis longa. Caecinae 

Volaterrano dracones emicuisse de extis lseto prodigio 

traditur : et profecto nihil incredibile sit , existimanti- 

bus, Pyrrho rgi, quo die periit, prcisa hostiarum ca- 

pita repsisse, sanguinem suum lambentia. Exta homini 

ab inferiore viscerum parte separantur membrana , quse 

prsecordia appellant, quia cordi pretenditur, quod Grci 

appellaverunt cppevx. Omnia quidem principalia vis- 

cera, membranis propriis, ac velut vaginis inclusit pro- 

videns natura : in hac fuit et peculiaris causa vicinitas 

alvi, ne cibo supprimeretur animus. Huic certe refertur 

accepta subtilitas mentis : ideo nulla est ei caro , sed 

nervosa exilitas. In eadem prcipua hilaritatis sedes , 

quod titillatu maxime intelligitur alarum, ad quas subit, 

non alibi tenuiore cute humana, ideo scabendi dulce- 

dine ibi promixa. Ob hoc in prliis gladiatorumque 

spectaculis mortem cum risu itrajecta prcordia adtu- 

lerunt. 



I 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 1*9 

deux lobes au foie des lapins. Les fourmis ne touchent 
jamais au second lobe de* grenouilles rubtes , cause 
du poison qu'il contient , ce que l'on croit. Le foie 
se garde trs-long-temps, et des siges nous ont fourni 
des exemples de foies conservs sept ans. 

Diaphragme. "Nature du rire. 

LXXVII. Les viscres des serpens et des lzards sont 
allongs. On rapporte que Ccina de Volaterre vit, par 
un prodige heureux , des serpens sortir des entrailles 
d'une victime ; et , certes , le fait n'aura rien d'incroyable 
pour ceux qui admettent que le jour o prit le roi 
Pyrrhus, les ttes des victimes, spares du corps, se 
tranrent en lchant leur propre sang. Les entrailles de 
l'homme sont spares de la partie infrieure des viscres 
par une membrane que nous nommons prcordia ( dia- 
phragme) , parce qu'elle s'tend au devant du cur, et 
que les Grecs ont appele <ppeve. Tous les viscres prin- 
cipaux ont t renferms dans des membranes qui leur 
sont propres, comme dans des tuis, par la prvoyante 
nature ; mais, pour celui-ci , le voisinage du ventre tait 
une raison particulire, afin que la respiration ne ft 
pas intercepte par les alimens. On attribue au diaphragme 
la subtilit de l'entendement : voil pourquoi il est sans 
chair, mais nerveux et mince. Il est aussi le sige principal 
de la gat , comme on le voit surtout par l'effet que pro- 
duit le chatouillement des aisselles , au dessous desquelles 
il s'avance; et la peau de l'homme n'ayant, nulle part 
ailleurs, plus de finesse, c'est aussi l que le chatouille- 



) / 



I 



C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



De ventre, et quibus nullus. Que sola vomant. 

LXXVIII. Subest venter stomachum habentibus , ce- 
teris simplex, ruminantibus geminus, sanguine caren- 
libus nullus. Intestinus enim ab ore incipit , et quibus- 
dam eodem reflectitur , ut sepiae , polypo. In homine 
adnexus infmo stomacho , similis canino. His solis ani- 
malium inferiori parte angustior : itaque et sola vomunt, 
quia repleto propter angustias supprimitur cibus : quod 
accidere non potest iis , quorum spatiosa laxitas eum in 
inferiora transmittit. 



Lacts , hillae , al vus , colon. Quare quaedam insatiabilia animalia. 

LXXIX. Ab hoc ventriculo lacts in homine et ove , 
per quas labitur cibus , in ceteris hillae : a quibus ca- 
paciora intestina ad alvum , hominique flexuosissimis 
orbibus. Idcirco magis avidi ciborum , quibus ab alvo 
longius spatium. Iidem minus solertes , quibus obe- 



HISTOIRE NATURELLE , L1V. XL i5i 

ment se fait sentir de plus prs ; aussi, dans les batailles 
et dans les spectacles de gladiateurs, a-t-on vu mourir, 
en riant, des hommes dont le diaphragme avait t tra- 
vers. 

Du ventre : animaux qui n'en ont point. A quels animaux seuls 
appartient la facult de vomir. 

LXXVIII. Au dessous du diaphragme , dans les ani- 
maux qui ont l'estomac , est le ventre , simple dans un 
grand nombre , double dans les ruminans , nul dans 
ceux qui n'ont point de sang ; car le canal intestinal , 
chez eux, commence la bouche, et chez quelques-uns, 
comme la sche et le polype , il revient y aboutir. 
Dans l'homme , il est attach au bas de l'estomac , et 
ressemble celui du chien. Des animaux , ce sont les 
seuls qui l'aient plus troit la partie infrieure, et qui, 
par cette raison , soient sujets au vomissement , parce 
que, l'estomac tant rempli , cette extrmit plus troite 
arrte les alimens ; ce qui ne peut arriver ceux chez 
qui ce viscre donne un passage plus libre la nourri- 
ture. 

Intestins grles ( fraise ) , billes , derniers intestins , colon. Causes 
de l'insatiable voracit de quelques animaux. 

LXXIX. Aprs le ventricule se trouvent, dans l'homme 
et la brebis, les intestins grles, appels, dans les autres 
animaux, hill , par o passent les alimens. Viennent 
ensuite les gros intestins, qui aboutissent l'anus, et 
qui , dans l'homme , forment une infinit de contours. 
Ceux en qui ils sont plus longs , sont aussi plus grands 



i5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

sissimus venter. Aves quoque geminos sinus habent 
qudam : unum, quo merguntur recentia, ut guttur: al- 
terum , in quem ex eo demittunt concoctione maturata : 
ut gallinae , palumbes, columbae , perdices. Cetera? fere 
carent eo ; sed gula patentiore utuntur : ut graculi , 
corvi , cornices. Quaedam neutro modo , sed ventrem 
proximum habent, quibus praelonga colla et angusta , 
ut porphyrioni. Venter solidipedum asper et durus. Ter- 
restrium aliis denticulat asperitatis , aliis cancellatim 
mordacis. Quibus neque dents utrimque , nec rumina- 
tio , hic conficiuntur cibi , hinc in alvum delabuntur. 
Media hc umbilico adnexa in omnibus, in homine 
suillae infima parte similis, a Grcis appellatur colon, 
ubi dolorum magna causa est. Angustissima canibus , 
qua de causa vehementi ni su , nec sine cruciatu, levant 
eam. Insatiabilia animalium, quibus a ventre protinus 
recto intestino transeunt cibi , ut lupis cervariis , et 
inter aves mergis. Ventres elephanto quatuor, cetera 

ma 

suibus similia : pulmo quadruplo major bubulo. Avibus 
venter carnosus callosusque. In ventre hirundinum pul- 
lis lapilli candido aut rubenti colore, qui chelidonii vo- 
cantur, magicis narrati artibus, reperiuntur. Et in ju- 
vencarum secundo ventre pilse rotunditate nigricans 
tofus, nullo pondre : singulare, ut putant, remedium 
aegre parientibus , si tellurem non attigerit. 



1 

HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. i5" 

mangeurs ; et les hommes qui ont le ventre charg 
d'embonpoint ont l'esprit moins subtil. Quelques oiseaux 
aussi ont deux poches : l'une est le jabot , o descendent 
d'abord les alimens ; l'autre . o passent ces alimens , 
lorsque la digestion est dj avance : tels sont les poules, 
les ramiers , les pigeons , les perdrix. La plupart des 
autres, comme les graculus (choucas), les corbeaux, 
les corneilles, n'ont presque pas de jabot, mais l'so- 
phage est. seulement plus largi. Quelques-uns n'ont ni 
l'une ni l'autre; mais ils ont le ventre trs-prs de l'so- 
phage, le cou trs-long et troit, comme le porphyrion. 
Le ventre des solipdes est raboteux et dur. Dans plu- 
sieurs animaux terrestres, les parois en sont hrisses 
de pointes ; chez d'autres , c'est un rseau rude comme 
une lime. Chez les animaux qui n'ont pas de dents aux 
deux mchoires, et qui ne ruminent pas, la nourriture 
est digre dans l'estomac, d'o elle passe dans le ventre. 
Sa partie moyenne, toujours attache l'ombilic, in- 
frieurement conforme dans l'homme comme chez le 
porc , est appele par les Grecs colon ; cet intestin est 
le sige de grandes douleurs. Il est trs-troit dans les 
chiens , ce qui fait qu'ils ne peuvent le vider qu'avec 
beaucoup d'effort et de douleur. Les animaux sont in- 
satiables quand les alimens passent immdiatement de 
l'estomac dans des intestins non replis : tels sont les 
loups cerviers, et, parmi les oiseaux, les mergus (plon- 
geons ). L'lphant a quatre estomacs , le reste des in- 
testins comme le porc. Son poumon est quatre fois plus 
grand que celui du buf. Le ventre ( gsier ) des oi- 
seaux est charnu et calleux. Dans celui des jeunes hi- 



i54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



De omcnto , et de splene , et qulbus animalium non sit. 

LXXX. Ventriculus atque intestina pingui ac tenui 
omento integuntur, praeterquam ova gignentibus. Huic 
adnectitur lien in sinistra parte adversus jecori , cum 
quo locum aliquando permutt , sed prodigiose. Quidam 
eum putant inesse ova parientibus , item serpentibus 
admodum exiguum ; ita certe apparet in testudine , et 
crocodilo, et lacertis, et ranis. iEgocephalo avi non esse 
constat, neque iis quae careant sanguine. Peculiare cur- 
sus impedimentum aliquando in eo : quamobrem inuri- 
tur cursorum laborantibus. Et per vulnus etiam exempto, 
vivere animalia tradunt. Sunt qui putent adimi simul 
risum homini ; intemperantiamque ejus constare lienis 
magnitudine. Asiae regio Scepis appellatur, in qua mi- 
nimos esse pecori tradunt , et inde ad lienem inventa re- 
mdia. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i55 

rondelles on trouve de petites pierres blanches ou 
rouges , qu'on nomme chlidoines , vantes dans l'art 
magique. Quelquefois le second estomac des gnisses ren- 
ferme un tuf noirtre, en forme de pelotte ronde, d'une 
extrme lgret : remde souverain , dit-on , dans les 
accouchemens difficiles, pourvu qu'il n'ait pas touch 
la terre. 

De l'piploon. De la rate , et des animaux qui n'en ont point. 

LXXX. Le ventricule et les intestins sont recouverts 
d'un piploon gras et mince, except dans les ovipares. 
La rate y est attache la partie gauche, l'opposite 
du foie. Quelquefois cette situation est change en sens 
contraire, mais c'est un prodige. Quelques-uns pensent 
que les ovipares et les serpens ont la rate extrmement 
petite : du moins on la trouve telle dans la tortue, le 
crocodile, le lzard et la grenouille. Il est certain qu'elle 
manque l'oiseau gocphale et tous les animaux pri- 
vs de sang. Elle est quelquefois un empchement par- 
ticulier la course : c'est pourquoi on la brle aux 
coureurs qui en sont incommods. On prtend que les 
animaux vivent aprs mme qu'elle a t enleve par in- 
cision. Il en est qui pensent que l'homme perd en mme 
temps la facult de rire, et que l'intemprance du ris a 
pour cause la grandeur de la rate. On nomme Scepsis 
une rgion de l'Asie, o, dit-on, le menu btail a la 
rate trs-petite, et d'o viennent les remdes pour ce 
viscre. 



1 56 . C. PUNII HIST. NAT. LIB. XI. 

De renibus, et ubi quaterni animalibus : quibus nulli. 

LXXXI. At in Brileto et Tharne quaterni rens cer- 
vis : contra pennatis , squamosisque nulli. Cetero sum- 
mis adhaerent lumbis. Dexter omnibus elatior, et minus 
pinguis sicciorque. Utrique autem pinguitudo e medio 
exit , praeterquam in vitulo marino. Animalia in renibus 
pinguissima : oves quidem letaliter circum eos concreto 
pingui. liquando in eis inveniuntur lapilli. Rens ha- 
bent omnia quadrupedum , quae animal gnrant : ova 
parientium testudo sola, qua? et alia omnia viscera : sed 
ut homo , bubulis similes , velut e multis renibus com- 
positos. 

Pectus : costse. 

LXXXII. Pectus, hoc est, ossa, praecordiis et vitali- 
bus natur circumdedit : at ventri , quem necesse erat 
increscere, ademit. Nulli animalium circa ventrem ossa. 
Pectus homini tantum latum, reliquis carinatum, volu- 
lucribus magis, et inter eas aquaticis maxime. Costae ho- 
mini tantum octonae, suibus dense, cornigeris tredecim , 
serpentibus triginta. 






HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i5 7 

Des reins , et q l'on voit des animaux en avoir quatre. Animaux 
sans reins. 

LXXXI. A Briletum et Tharne, les cerfs ont quatre 
reins; au contraire, les oiseaux et les animaux cailles 
n'en ont pas. Du reste, ils sont attachs la partie sup- 
rieure des lombes ; le droit est plus lev, moins gras et plus 
sec. Du milieu de chaque rein sort un peloton de graisse , 
except dans le veau marin. C'est aux reins que les ani- 
maux ont le plus de graisse : celle qui s'amasse autour 
de cette partie fait mme prir les moutons. On y trouve 
quelquefois de petites pierres. Tous les quadrupdes vi- 
vipares ont des reins ; parmi les ovipares, la tortue seule 
en est pourvue : elle a aussi tous les autres viscres ; 
mais, ainsi que l'homme, elle a les reins semblables 
ceux du buf, et comme forms de plusieurs reins ag- 
glomrs. 

Poitrine : ctes. 

LXXXII. La nature a plac la poitrine, c'est--dire 
une charpente osseuse autour du diaphragme et des 
parties vitales : elle ne l'a point fait pour le ventre, 
qui avait besoin de se dilater. Nul animal n'a d'os au- 
tour du ventre. L'homme seul a la poitrine large et plate: 
elle est en forme de carne dans les autres animaux , 
surtout dans les oiseaux , encore plus dans les oiseaux 
aquatiques. L'homme n'a que huit ctes, le porc dix , les 
btes corne treize, les serpens trente. 







i58 C. PLINII HIST. NAT. UB. XI. 

Vesica : quibus non sit. 

LXXXIII. Infra alvum est a priore parte vesica, quae 
nulli ova gignentium, praeter testudinem: nulli nisi san- 
guineum pulmonem habenti : nulli pedibus carentium. 
In ter eam et alvum arteriae, ad pubem tendentes, quae 
ilia appellantur. In vesica lupi lapillus, qui Syrites vo- 
catur. Sed in horainum quibusdam diro cruciatu subinde 
nascentes calculi, et setarum capillamenta. Vesica mem- 
brana constat , quae vulnerata cicatrice non solidescit : 
neque qua cerebrum , aut cor involvitur : plura enim 
membranarum gnera. 



De vulvis : de suum vulva : de sumine. 

LXXXIV. Feminis eadem omnia : praetcrque vesicae 
junctus utriculus , unde dictus utrus : qod alio no- 
mine locos appellant : hoc in reliquis animalibus vul- 
vam. Haec viperae et intra se parientibus, duplex : ova 
generantium adnexa praecordiis : et in muliere geminos 
sinus ab utraque parte laterum habet : funebris , quoties 
versa spiritum inclusit. Boves gravidas negant praeter- 
quam dextero vulvae sinu ferre, etiam quum geminos 
fcrant. Vulva ejecto partu melior, quam edito. Ejectitia 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 1% 

Vessie ; animaux qui en sont prives. 

LXXXIII. Au dessous du ventre, la partie ant- 
rieure , est la vessie qui manque tous les ovipares , 
except la tortue; elle manque tous les animaux qui 
n'ont pas le poumon sanguin , tous ceux qui n'ont 
pas de pieds. Entre la vessie et le ventre sont des ar- 
tres qui aboutissent au pubis : on les nomme iliaques. 
Dans la vessie du loup se trouve la pierre Syrite. 
Quelquefois il se forme dans celle de l'homme des 
pierres et des filamens qui causent d'horribles douleurs. 
La vessie est forme d'une membrane qui, une fois d- 
chire, ne se cicatrise jamais, non plus que celles qui 
enveloppent le cerveau ou le cur ; car il y en a de plu- 
sieurs sortes. 

Vulve : vulve de la truie ; des ttines. 

LXXXIV. Les mmes viscres existent dans les 
femmes, except qu' la vessie est joint un utricule ap- 
pel utrus, qu'on appelle autrement loci (lieux), et qui 
prend le nom de vulve dans les autres animaux. Cette 
partie est double dans la vipre et dans les animaux qui 
enfantent au dedans d'eux-mmes : celle des ovipares est 
attache au diaphragme. Dans la femme, elle a deux 
sinus , l'un droite , l'autre gauche. Elle cause la mort 
toutes les fois que, s'tant renverse, elle absorbe de l'air. 
On dit que les vaches ne portent que du ct droit de la 
vulve, lors mme qu'elles portent deux veaux. La vulve 



160 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

vocatur illa , haec porcaria , primiparae suis optima 
contra effetis. A partu, praeterquam eodem die suis oc- 
cisae , livida ac macra. Nec novellarum suum , praeter 
primiparas probatur : potiusque veterum, dum ne effe- 
tarum , nec biduo ante partum , aut post partum , aut 
quo ejecerint die. Proxima ejectitiae est, occisae uno die 
post partum. Hujus et sumen optimum , si modo ftus 
non hauserit : ejectitiae deterrimum. Antiqui abdomen 
vocabant : priusquam calleret , incientes occidere non 
adsueti. 



Quae sevum habeant , quae non pinguescant. 

LXXXV. Cornigera una parte dentata, et quae in pe- 
dibus talos habent, sevo pinguescunt. Bisulca, scissisve 
in digitos pedibus , et non cornigera , adipe. Concretus 
hic, et quum refrixit, fragilis : semperque in fine carnis. 
Contra pingue inter carnem cutemque, succo liquidum. 
Quaedam non pinguescunt , ut lepus , perdix. Steriliora 
cuncta pinguia, et in maribus, et in feminis; senescunt- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 161 

est plus dlicate aprs l'avortement qu'aprs le part na- 
turel. Dans le premier cas on l'appelle ejectitia, dans le 
second porcaria : celle d'une truie sa premire porte 
est trs-bonne; c'est tout le contraire dans une truie 
puise. Aprs le part, la vulve est maigre et livide, 
moins que la truie n'ait t tue le mme jour. On n'es- 
time celle des jeunes qu'aprs qu'elles ont mis bas une 
fois : on prfre celle des vieilles, pourvu qu'elles ne 
soient pas puises , et qu'on ne les tue pas deux jours 
avant qu'elles mettent bas, ni deux jours aprs, ni le 
jour mme de l'avortement. Aprs l'jectice, la meil- 
leure est celle d'une truie tue le lendemain du jour o 
elle a fait ses petits. Les ttines de cette dernire sont 
excellentes, pourvu que les petits n'en aient point suc 
le lait : celles d'une truie qui a avort ( ejecticia ) sont 
dtestables. Les anciens les dsignaient sous le nom d'ab- 
domen. Ils attendaient que les ttines fussent dessches, 
et n'taient pas dans l'usage de tuer des truies prtes 
mettre bas. 

Animaux pourvus de graisse; animaux qui n'en ont pas. 

LXXXV. Les animaux corne, qui ont des dents 
une seule mchoire et des osselets aux pieds, ont du suif. 
Les bisulces , les fissipdes et ceux qui n'ont point de 
cornes ont de la graisse. Elle est compacte , cassante 
quand elle est refroidie , et toujours ramasse aux extr- 
mits charnues. Au contraire, le gras qui se trouve 
entre la chair et la peau est liquide. Quelques animaux, 
comme le livre et la perdrix , n'engraissent jamais, 
vm. 1 1 



i6i C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

que celerius praepinguia. Omnibus animalibus est quod- 
clam in oculis pingue. Adeps cunctis sine sensu : quia 
nec arterias habet, nec venas. Plerisque animalium est 
pinguitudo sine sensu : quam ob causant sues spirantes 
a muribus tradunt adrosos. Quin et L. Apronii consu- 
laris viri filio detractos adipes , levatumque corpus im- 
mobili onere. 



De medullis, et quibus non sint. 

LXXXVI. Et medulla ex eodem vidtur esse, in ju- 
venta rubens \ et senecta albescens. Non nisi cavis 
haec ossibus : nec cruribus jumentorum , aut eanum : 
quare fracta non ferruminantur, quod defluente evenit 
medulla. Est autem pinguis iis , quibus adeps : sevosa , 
cornigeris: nervosa, et in spina tantum dorsi, ossa non 
habentibus, ut piscium generi : ursis nulla : leoni in 
feminum et brachiorum ossibus paucis exigua admo- 
dum : cetera tanta duritia, ut ignis elidatur , velut e 
silice. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 16H 

Tous les animaux gras, mles ou femelles, sont moins 
fconds ; ils vieillissent plus vite lorsqu'ils sont trs- 
chargs de graisse. Tous les animaux ont une matire 
grasse dans les yeux. Dans tous la graisse est insensible, 
parce qu'elle n'a ni artres ni veines. Chez la plupart 
des animaux, l'embonpoint excessif produit l'insensibi- 
lit : aussi a-t-on vu des porcs vivans se laisser ronger 
par les rats; on prtend mme que le fils de L. Apro- 
nius, personnage consulaire, fit dgraisser et allger, 
par cette opration , la masse inerte de son corps. 

De la moelle : animaux sans moelle. 

LXXXVI. La moelle semble forme de la mme ma- 
tire : rouge dans la jeunesse , elle blanchit avec l'ge. 
On ne la trouve que dans les os creux , jamais dans les 
jambes des btes de somme ou des chiens ; c'est pour- 
quoi ces parties , une fois fractures , ne peuvent se 
consolider , parce que la soudure s'effectue par l'pan- 
chement de la moelle. Elle est grasse dans les animaux 
adipeux, de la nature du suif dans les animaux cornes, 
de celle du nerf, et seulement dans l'pine dorsale , 
chez les animaux qui n'ont point d'os, comme dans la 
classe des poissons. Elle n'existe pas dans l'ours : le 
lion n'en a qu'une trs-petite quantit dans les os des 
cuisses et des bras : les autres sont d'une telle duret, 
que le choc en fait jaillir le feu comme d'un caillou. 



i i. 



*G/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

De ossibus et spinis. Quibus nec ossa , nec spina. Cartilagines. 

LXXXVII. His dura , quse non pinguescunt : asino- 
rum ad tibias canora. Delphinis ossa , non spinae : ani- 
mal enim pariunt : serpentibus spinae. Aquatilium mol- 
libus , nulla : sed corpus circulis carnis vinctum 7 ut 
sepiao , atque loligini. Et insectis negatur aeque esse ulla. 
Cartilaginea aquatilium habent medullam in spina. Vi- 
tuli marini cartilaginem , non ossa. Item omnium au- 
ricul , ac nares , quos modo eminent , flexili mollitia , 
natur providentia , ne frangerentur. Cartilago rupta 
non solidescit. Nec praecisa ossa recrescunt , prterquam 
veterinis ab ungula ad suffraginem. Homo crescit in 
longitudinem ad annos usque ter septenos : tum deinde 
ad plenitudinem. Maxime autem pubescens nodum quem- 
dam solvere , et prcipue gritudine , sentitur. 



De nervis. Quae sine nervis. 

LXXXVIII. Nervi orsi a corde, bubuloque etiam 
circumvoluti , similem naturam et causam habent , in 
omnibus lubricis applicati ossibus : nodosque corporum, 
qui vocantur articuli , aliubi interventu ? aliubi ambitu, 
aliubi transita ligantes, hic teretes , illic lati , ut in uno- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i65 

Des os et des artes. Chez qui manquent celles-ci et ceux-l. 
Cartilages. 

LXXXVII. Les os sont durs dans les animaux qui 
ne prennent point de graisse : ceux des nes sont assez 
sonores pour faire des fltes. Les dauphins ont des os 
et point d'artes , car ils sont vivipares : les serpens ont 
des artes. Les mollusques n'en ont pas; mais leur corps 
est li par des cercles de chair, comme dans la sche et 
le calmar. On nie galement leur existence chez les in- 
sectes. Les poissons cartilagineux ont de la moelle dans les 
artes. Les veaux marins ont un cartilage et point d'os. De 
mme, chez tous les animaux, les oreilles et les narines, 
quand elles sont saillantes, sont molles et flexibles, par 
une prvoyance de la nature, afin qu'elles ne fussent pas 
brises. Un cartilage rompu ne se consolide pas. Les os 
coups ne repoussent jamais , except dans les btes de 
somme, depuis l'ongle jusqu'au jarret. L'homme crot en 
hauteur jusqu' vingt-un ans , ensuite en grosseur. C'est 
particulirement l'poque de la pubert qu'il semble se 
dnouer, surtout la suite d'une maladie. 

Nerfs. Animaux sans nerfs. 

LXXXVIII. Les nerfs (tendons) qui partent du cur 
et mme qui l'entourent , dans le buf, ont une nature et 
un principe semblable celui del moelle; ils s'attachent, 
dans tous les animaux , des os lisses et glissans, et lient 
les jointures qu'on nomme articulations; ils sont, tantt 
intermdiaires, tantt orbiculaires ou transversaux, ar- 



i66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

quoque poscit figuratio. Neque ii solidantur incisi : mi- 
rumque , vulneratis summus dolor : praesectis , nullus. 
Sine nervis sunt quaedam animalia , ut pisces : arteriis 
enim constant. Sed neque his molles piscium generis. 
Ubi sunt nervi, interiores conducunt membra, superio- 
res revocant. Inter hos latent arteriae , id est , spiritus 
semitae. His innatant venae , id est , sanguinis rivi. Ar- 
teriarum pulsus, in caeumine maxime membrorum evi- 
dens , index fere morborum , in modulos certos , leges- 
que metricas, per aetates, stabilis, aut citatus , aut tardus, 
descriptus ab Herophilo medicinae vate , miranda arte , 
nimiam propter subtilitatem desertus , observatione ta- 
men crebri aut languidi ictus , gubernacula vita tem- 
prt. 



Arteriae, venae : quae nec venas, nec arterias habent. De sanguine 
et sudore. 



LXXXIX. Arteriae carent sensu : nain et sanguine. 
Nec omnes vitalem continent spiritum : praecisisque tor- 
pescit tantum pars ea corporis. Aves nec venas nec ar- 
terias habent : item serpentes, testudines, lacertae, mi- 
nimumque sanguinis. Venae in praetenues postremo fibras 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 167 

rondis on plats , selon que l'exige la configuration de 
chaque os. Les nerf coups ne se rejoignent plus ; et , 
chose tonnante, quand ils sont en partie coups, ils cau- 
sent une douleur excessive; et tout--fait, ils n'en causent 
aucune. Les nerfs manquent dans certaines classes d'a- 
nimaux , tels que les poissons : des artres en tiennent 
lieu. Les mollusques sont mme dpourvus d'artres. 
Partout o sont des nerfs , les intrieurs tendent les 
membres, les extrieurs les retirent. Entre les nerfs sont 
caches les artres , c'est--dire , les conduits de l'air. 
Parmi elles circulent les veines, c'est--dire, les canaux 
du sang. Le battement des artres, sensible surtout aux 
extrmits des membres , indique ordinairement l'tat de 
maladie. Des mesures fixes, des lois numriques, d- 
termines pour tous les ges , suivant qu'il est rgulier, 
lent ou prcipit, lui ont t assignes par Hrophile, 
un des oracles de la mdecine, avec un art merveilleux, 
mais abandonn comme trop subtil , quoique l'observa- 
tion de la frquence ou de la lenteur du pouls soit un 
moyen sr de gouverner la sant. 



Artres, veines : animaux sans artres et sans veines. Du sang et 
de la sueur. 



LXXXIX. Les artres sont dpourvues de sensibi- 
lit , car elles n'ont pas de sang. Toutes ne contiennent 
pas l'esprit vital; et quand elles sont coupes, la partie 
du corps o elles se trouvent reste seule engourdie. Les 
oiseaux n'ont ni veines, ni artres ; il en est de mme 
des serpens, des tortues et des lzards, qui n'ont que 



i68 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

subter totam cutem dispersa? , adeo in angustam subtili- 
tatem tenuantur , ut penetrare sanguis non possit , 
aliudve quam exilis humor ab illo, qui cacuminibus in- 
numeris sudor appellatur. Venarum in umbilico nodus 
ac coitus. 



Quorum celerrime sanguis spissetur, quorum non coeat : quibus 
crassissimus , quibus tenuissimus , quibus nullus. 

XC. 38. Sanguis quibus multus et pinguis, iracunda : 
maribus, quam feminis, nigrior : et juventae magis quam 
senio : et inferiore parte pinguior. Magna et in eo vita- 
litatis portio. Emissus spiritum secum trahit : tactum 
tamen non sentit. Animalium fortiora , quibus sanguis 
crassior : sapientiora , quibus tenuior : timidiora, qui- 
bus minimus , aut nullus. Taurorum celerrime coit atque 
dureseit, ideo pestifer potu maxime. Aprorum, ac cer- 
vorum , caprearumque , et bubalorum omnium non 
spissatur. Pinguissimus asinis , homini tenuissimus. His 
quibus plus quaterni pedes , nullus. Obesis minus co- 
piosus , quoniam absumitur pingui. Profluvium ejus uni 
fit in naribus homini , aliis nare alterutra , quibusdam 
per inferna , multis per .ora stato tempore ? ut nuper 
Macrino Visco viro praetorio : sed omnibus annis Volu- 
sio Saturnino urbis prfecto , qui nonagesimum etiam 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 169 

trs-peu de sang. Les veines, divises en ramifications 
dlies , disperses partout sous la peau , parviennent 
un tel degr de finesse et de tnuit, que le sang n'y 
peut pntrer, mais seulement une humeur subtile qui 
suinte par une infinit de pores , et forme ce qu'on ap- 
pelle la sueur. L'ombilic est le point de runion et le 
centre des veines. 

* 

Animaux dont le sang se coagule avec une extrme rapidit; autres 
dont le sang ne se caille pas. Animaux sang pais , sang 
fluide ; animaux qui n'en ont pas du tout. 

XC. 38. Les animaux en qui le sang est abondant et 
gras sont colriques : il est plus noir chez les mles que 
chez les femelles, et plus dans la jeunesse que dans la 
vieillesse : il est aussi plus gras dans les parties inf- 
rieures. La vie rside en grande partie dans le sang; en 
s'coulant il entrane avec lui l'esprit vital : cependant 
il est insensible. Les animaux qui ont le sang plus pais 
sont plus courageux : ceux qui l'ont plus fluide sont 
plus intelligens : ceux qui en ont trs-peu ou point du 
tout sont plus timides. Le sang des taureaux se coa- 
gule et se durcit trs -vite; aussi est -il mortel pris en 
breuvage. Celui des sangliers , des cerfs , des che- 
vreuils et des bubales ne s'paissit point. L'ne a le 
sang le plus gras , l'homme le sang le plus fluide. Les 
animaux qui ont plus de quatre pieds en sont privs. Il 
est moins abondant dans les animaux chargs d'embon- 
point, parce qu'il est absorb par la graisse. L'homme 
seul rend le sang par le nez; quelques-uns par une 
seule narine, d'autres parles voies infrieures; plusieurs 



i 7 o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

cxcessit annum. Solum hoc in corpore teniporarium 
sentit incrementum : siquiclem hostiae abundauliorem 
fundunt , si prius bibere. 







# 



Quibus ccrtis tempribus anni nullus. 

XCI. Quae animalium latere certis tempribus dixi- 
mus , non habent tune sanguinera , praeter exiguas ad- 
modum circa corda guttas, miro opre naturae : sicut 
in homine , vim ejus ad minima momenta mutari , non 
modo tantum in ore suffusa materia , verum ad singulos 
animi habitus, pudore, ira, metu : palloris pluribus 
modis , item ruboris. Alius enim irae , et alius verecun- 
diae. Nam et in metu refugere, et nusquam esse certum 
est multisque non transfluere transfossis : quod homini 
tantum evenit. Nam qae mutari diximus , colorem alie- 
num accipiunt quodam repercussu : homo solus in se 
mutt. Morbi omnes morsque sanguinem absumunt. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 171 

par la bouche, des poques dtermines, comme, de 
nos jours, Macrinus Viscus, qui fut prteur; mais Vo- 
lusius Saturninus, prfet de Rome, qui a vcu plus de 
quatre-vingt-dix ans, vomissait le sang une fois l'anne. 
C'est la seule substance qui , dans le corps, reoive un 
accroissement momentan; car les victimes en rpan- 
dent une plus grande quantit, lorsqu'elles ont bu avant 
d'tre immoles. 

Animaux chez qui le sang manque certaines poques de l'anne. 

XCI. Ceux des animaux qui se tiennent cachs des 
poques dtermines , comme nous l'avons dit , n'ont 
point alors de sang , si ce n'est quelques gouttes autour 
du cur : admirable procd de la nature ! Telles sont 
encore, dans l'homme, les altrations qu'prouve le sang 
pour les causes les plus lgres; lorsqu'il se rpand sur 
le visage mme, suivant chaque affection de l'me, la 
honte, la colre, la crainte: l'homme plit ou rougit 
de diverses manires. Ces effets ne sont pas les mmes 
dans la colre que dans la pudeur. Il est certain que 
dans la crainte le sang se retire et disparat , et que 
plusieurs ont t percs de part en part sans rendre 
de' sang , ce qui est particulier l'homme. Les animaux 
que j'ai dit changer de couleur ne font que rflchir 
une teinte trangre : l'homme seul porte en lui-mme 
la cause de ce changement. Toutes les maladies et la 
morl consument le sang. 



i 7 2 C. PLIMI HIST. NAT. LIB. XI. 

An in sanguine principatus. 

XC1I. 39. Sunt qui subtilitatera animi * constare noii 
tenuitate sanguinis putent , sed cute operimentisque 
corporum magis aut minus bruta esse, ut ostreas et 
testudines : boum terga , setas suum obstare tenuitati 
immeantis spiritus, nec purum liquidumque transmitti : 
sic et in homine , quum crassior callosiorve excludat 
cutis : ceu vero non crocodilis et duritia tergoris tri- 
buatur, et solertia. 

De tergore. 

XCIII. Hippopotami corii crassitudo talis , ul inde 
tornentur hast , et tamen quaedam ingenio medica di- 
ligentia. Elephantorum quoque tergora impenetrabiles 
cetras habent , quum tamen omnium quadrupedum sub- 
tilitas animi praecipua perhibeatur illis. Ergo cutis ipsa 
sensu caret , maxime in capite : ubicumque per se ac 
sine carne est , vulnerata non coit, ut in bucca cilioque. 

De pilis et vestitu tergoris. 

XCIV. Quae animal pariunt, pilos habent : qu ova, 
pennas , aut squamas, aut corticem, ut tesludines : aut 
cutem puram ? ut serpentes. Pennarum caules omnium 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 173 

Le sang cst-il le principe de la vie. 

XCIT. 39. Quelques auteurs pensent que la subtilit 
de l'esprit ne dpend pas de la fluidit du sang; mais que 
les animaux sont plus ou moins stupides , comme les 
hutres et les tortues, en proportion de l'paisseur de 
la peau ou des tgumens : que le cuir des bufs , les 
soies du porc interceptent le passage l'air, qui ne peut 
pntrer pur et subtil , et que la mme chose arrive aux 
hommes quand ils ont la peau trop paisse et calleuse ; 
comme si , dans les crocodiles , la duret de la peau ne 
se trouvait pas jointe l'adresse ! 

Du cuir. 

XCIII. Le cuir de l'hippopotame est d'une telle pais- 
seur, qu'on en forme des piques ; et cependant il trouve 
dans son instinct le talent de se gurir lui-mme. La 
peau des lphans fournit des boucliers impntrables ; 
c'est cependant celui de tous les quadrupdes auquel on 
reconnat le plus d'intelligence. La peau est donc in- 
sensible par elle-mme , surtout la tte : partout o 
elle est seule et sans chair , elle ne se runit point aprs 
qu'elle a t entame , comme aux joues et aux pau- 
pires. 

Des poils , et de ce qui recouvre la peau. 

XCIV. Les vivipares ont des poils ; les ovipares , des 
plumes , ou des cailles , ou une carapace comme les 
tortues , ou une simple peau comme les serpens. Les 



i 7 4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

cavi: prcis non crescunt, evulsae renascuntur. Mem- 
branis volant fragilibus insecta , humentibus hirundines 
m mari , siccis inter tecta vespertilio. Horum alae quo- 
que articulos habent. Pili a cute exeunt crassa birti , 
feminis tenuiores , equis in juba largi , in armis leoni : 
dasypodi et in buccis intus, et in pedibus, quae utraque 
Trogus et in lepore tradidit : hoc exemplo libidinosiores 
hominum quoque hirtos colligens. Villosissimus anima- 
lium lepus. Pubescit homo solus , quod nisi contigit , 
sterilis in gignendo est, seu masculus , seu femina. Pili 
in homine partira simul, partim postea gignuntur. Con- 
geniti autem non desinunt, sicut nec feminis magnopere. 
Invente tamen quaedam defluvio capitis invalidae : ut et 
lanugines oris , quum menstrui cursus stetere. Quibus- 
dam postgeniti viris sponte non gignuntur. Quadrupe- 
dibus pilum cadere atque subnasci , annuum est. Viris 
crescunt maxime in capillo , mox in barba. Recisi , non , 
ut herbae, ab ipsa incisura augentur , sed ab.radice 
exeunt. Crescunt et in quibusdam morbis , maxime 
phthisi, et in senecta : defunctorum quoque corporibus. 
Libidinosis congeniti , maturius defluunt : agnati, cele- 
rius crescunt. Quadrupedibus senectute crassescunt, la- 
nque rarescunt. Quadrupedum dorsa pilosa , ventres 
glabri. Boum coriis glutinum cxcoquitur, taurorumque 
prcipuum. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. i 7 5 

tuyaux des plumes sont toujours creux ; coupes , elles 
ne croissent plus ; arraches , elles renaissent. Les in- 
sectes volent au moyen de membranes fragiles ; elles 
sont humides dans l'hirondelle de mer , sches dans la 
chauve-souris de nos habitations. Leurs ailes ont aussi 
des articulations. Le poil qui sort d'une peau paisse 
est rude : celui des femelles est plus fin. Les chevaux 
en ont une grande abondance au cou , les lions aux 
paules ; le dysapode en a mme dans l'intrieur de la 
bouche et aux pieds , particularits que Trogus attribue 
aussi au livre ; et il en conclut que les hommes qui ont 
beaucop de poil sont plus enclins aux plaisirs. Le plus 
velu des animaux , c'est le livre. L'homme seul de- 
vient pubre; et les individus , mles ou femelles , chez 
qui la pubert ne se manifeste point , sont incapables 
d'engendrer. Il y a des poils que l'homme apporte en 
naissant; d'autres lui viennent avec l'ge. Les premiers 
ne tombent pas , et les femmes perdent rarement les 
leurs ; cependant on a vu des femmes devenir chauves , 
comme on en voit dont le menton se couvre de duvet, 
aprs que le flux menstruel s'est arrt. Il y a des 
hommes qui n'ont jamais les poils qui viennent avec 
l'ge. Ceux des quadrupdes tombent et renaissent tous 
les ans. Les poils qui croissent le plus dans l'homme 
sont d'abord les cheveux, et ensuite la barbe. Lorsqu'ils 
ont t coups, ils ne repoussent pas, comme l'herbe, 
par la partie entame , mais par la racine. Ils croissent 
dans certaines maladies , surtout dans la phthisie ; et 
('est ce qu'on voit encore dans la vieillesse, mme aprs 
la mort. Les hommes livrs aux plaisirs perdent de meil- 



176 C. PLIN1I HIST. NAT. LIB. XI. 



De mammis, et quae volucrum mammas habeant. Notabilia ani- 
malium in uberibus. 



XCV. Mammas homo solus e maribus habet : cetera 
animalia mammarum notas tantum. Sed ne feminae qui- 
dem in pectore , nisi quae possunt partus suos attollere. 
Ova gignentium , nulli : nec lac , nisi animal parienti : 
volucrum, vespertilioni tantum. [Fabulosum enim arbi- 
tror de strigibus ubera eas infantium labris immulgere. 
Esse in maledictis jam antiquis strigem convenit : sed 
quae sit avium , constare non arbitror. 

4o. Asinis a ftu dolent : ideo sexto mense arcent 
partus, quum equae anno prope toto praebeant. Quibus 
solida ungula , nec supra geminos ftus , haec omnia bi- 
nas habent mammas , nec aliubi , quam in feminibus. 
Eodem loco bisulca et cornigera : boves quaternas, oves 
capraeque binas. Quae numeroso fecunda partu , et qui- 
bus digiti in pedibus , haec plures habent , toto ventre 
duplici ordine , ut sues , generosae duodenas , vulgares 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 177 

leure heure les poils qu'ils apportent en naissant ; les 
autres croissent plus vite. Dans les quadrupdes, le poil 
devient plus pais, et la laine s'claircit avec l'ge. Ils ont 
le dos garni de poil , et le ventre nu. Le cuir du buf 
donne , par la cuisson , la colle-forte ; la meilleure est 
celle du taureau. 

Des mamelles. Oiseaux mammifres. Circonstances remarquables 

des pis. 

XCV. Seul des animaux mles , l'homme a des 
mamelles , les autres en ont seulement des indices ; mais 
les femelles mmes n'ont de mamelles la poitrine 
qu'autant qu'elles peuvent porter leurs petits entre leurs 
bras. Elles manquent tous les ovipares ; il n'y a que 
les vivipares qui aient du lait, et, parmi les volatiles, la 
chauve -souris seulement : car je regarde comme fabu- 
leux que les striges versent le lait de leurs pis sur les 
lvres des enfans. Je sais que depuis long-temps le mot 
strige est devenu une injure; mais je ne crois pas qu'on 
sache quel est cet oiseau. 

4o. Les nesses souffrent des mamelles aprs avoir 
mis bas ; c'est pour cette raison qu'elles cartent leurs 
nons au bout de six mois, tandis que les cavales al- 
laitent presque une anne entire. Les solipdes, et ceux 
qui ne donnent pas plus de deux petits , ont deux ma- 
melles , toujours situes entre les cuisses. Les bisulces 
et les cornigres les ont places au mme endroit. Les 
vaches en ont quatre, les brebis et les chvres deux. 
Les animaux qui donnent des portes nombreuses, et 
vm. 12 



178 JC. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

biuis minus : similiter canes. Alia ventre medio quater- 
nas, ut pantherae : alia binas, ut leaen. Elephas tantum 
sub armis duas : nec in pectore , sed citra in alis occul- 
tas. Nulli in feminibus digitos habentium. Primogeniti 
in quoque partu suis primas premunt : eae sunt fauci- 
bus proximae : suam quisque novit in ftu quo genitus 
est ordine , eaque alitur, nec alia. Detracto illa alumno 
suo sterilescit illico , ac resilit. Uno vero ex omni turba 
relicto, sola munifex, quae genito fuerat adtributa des- 
cendit. Ursae mammas quaternas gerunt. Delphini binas 
in ima alvo papillas tantum , nec videntes , et paulum 
in obliquum porrectas. Neque aliud animal in cursu 
lambitur. Et balaenae autem vitulique mammis nutriunt 
ftus. 



De lact, de colostris, de caseis; ex quibus non fit : de coagulo. 
Gnera alimenti ex lact. 

XCVI. 4 1 - Mulieri ante septimum mensem profusum 
lac, inutile. Ab eo mense, quod vitales partus, salubre. 
Plerisque autem totis mammis, atque etiam alarum sinu 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 179 

dont les pieds sont digits , en ont un grand nombre , 
distribues sur deux rangs le long du ventre : telles sont 
les truies ; celles de la meilleure espce ont douze ma- 
melles , les communes deux de moins. Il en est de mme 
des chiennes. D'autres animaux ont quatre mamelles au 
milieu du ventre, comme les panthres : d'autres deux, 
comme les lionnes. L'lphant en a deux seulement au 
dessous des paules, non pas la poitrine, mais en de, 
et caches sous les aisselles. Nul animal digit n'a les 
mamelles entre les cuisses. Les premiers ns de chaque 
porte s'attachent aux premires mamelles de la truie, 
c'est--dire celles qui sont le plus prs de la gorge. 
Chacun connat la sienne selon l'ordre de sa naissance , 
y prend sa nourriture, et jamais une autre. Si l'on 
enlve celle-ci son nourrisson , elle devient strile 
aussitt , et se retire ; s'il n'en reste qu'un de toute la 
bande , la mamelle qui lui fut destine sa naissance 
conserve seule sa fcondit. Les ourses ont quatre ma- 
melles. Les dauphins ont seulement au bas du ventre 
deux mamelons peine visibles , et qui se dirigent un 
peu obliquement. Nul autre animal n'allaite en courant. 
Les baleines et les veaux marins allaitent aussi leurs 
petits. 

Lait , colostrum , fromages. Chez quels animaux le lait ne four- 
nit point ces substances. Prsure. Alimens dont le lait est la 
base. 

XCVI. 4 1 - Avant le septime mois le lait de la femme 
est inutile ; depuis ce mois il est bon , parce qu'alors 
l'enfant nat viable. Chez beaucoup de femmes il sort 

12. 



180 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

fluit. Cameli lac habent , donec iterum gravescant. Sua- 
vissimum hoc existimatur ad unam mensuram tribus 
aqu additis. Bos ante partum non habet. Ex primo 
semper a partu colostra fiunt : quae , ni admisceatur 
aqua , in pumicis modum coeunt duritia. Asin pr- 
gnantes continuo lactescunt. Pullis earum , ubi pingue 
pabulum , biduo a partu maternum lac gustasse , ltale 
est. Genus mali vocatur colostratio. Caseus non fit ex 
utrimque dentatis , quoniam eorum lac non coit. Te- 
nuissimum camelis , mox equis : crassissimum asin, ut 
quo coaguli vice utantur. Conferre aliquid et candori 
in mulierum cute existimatur. Poppsea certe Domitii 
Neronis conjux , quingentas secum per omnia trahens 
ftas , balnearum etiam solio totum corpus illo lact 
macerabat, extendi quoque cutem credens. Omneautem 
ign spissatur, frigore serescit. Bubulum caseo fertilius, 
quam caprinum , ex eadem mensura paene altero tanto. 
Qu plures quaternis mammas habent , caseo inutilia , 
et meliora qu binas. Coagulum hinnulei, leporis, hdi 
laudatum. Prcipuum tamen dasypodis , quod et pro- 
fluvio alvi medetur, unius utrimque dentatorum. Mirum 
barbaras gentes , qu lact vivant ignorare aut sper- 
nere tt sculis casei dotem, densantes id alioqui in 
acorem jucundum , et pingue butyrum : spuma id est 
lactis, concretiorque, quam quod srum vocatur. Non 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 181 

par toutes les parties des mamelles , et mme par les 
aisselles. La femelle du chameau donne du lait jusqu' 
ce qu'elle soit pleine de nouveau. Ml trois parties 
d'eau , il passe pour trs-agrable. La vache n'en a point 
avant le part. Le premier qu'elle donne aprs avoir vl 
est le colostrum, qui se durcit comme une pierre ponce 
si l'on n'y mle de l'eau. Les nesses pleines ont aussi tek 
du lait. Dans les pturages gras, il est mortel pour Pnon 
s'il en gote les deux premiers jours qui suivent sa 
naissance. L'espce de maladie qu'il donne s'appelle co- 
lostration. Le lait des animaux qui ont des dents aux 
deux mchoires ne fait point de fromage, parce qu'il ne 
se coagule pas. Le plus clair est celui des chameaux, 
ensuite celui des jumens : celui de l'nesse est trs-pais, 
au point qu'on s'en sert au lieu de prsure. On croit qu'il 
ajoute la blancheur de la peau des femmes. Poppe, 
femme de Domitius Nron , tranait partout sa suite 
cinq cents nesses nourrices, et baignait son corps entier 
dans leur lait, croyant ainsi donner plus de souplesse 
sa peau. Toute espce de lait s'paissit par le feu, et s'- 
claircit par le froid. Le lait de vache donne plus de fro- 
mage que celui de chvre, et mme, mesure gale, 
presque le double. Le lait des animaux qui ont plus de 
quatre mamelles ne vaut rien pour le fromage ; le meil- 
leur est celui des animaux qui n'en ont que deux. On 
vante la prsure du faon, du livre , du chevreau, mais 
surtout celle du dasypode, qui, de plus, est un remde 
pour le flux de ventre : il est le seul, entre les animaux 
qui ont des dents aux deux mchoires, dont la prsure 
ait cette proprit. 11 est tonnant que les nations bar- 



i2 C. PLINII HIST. NA. LIB. XI. 

omittendum in eo olei vim esse , et barbaros ornnes in- 
fantesque nostros ita ungi. 



Gnera caseorum. 

XCVII. [\i. Laus caseo'Romae , ubi omnium gentium 
bona cominus judicantur , e provinciis , Nemausensi 
prcipua , Lesurae Gabalicique pagi : sed brevis , ac 
musteo tantum commendatio. Duobus Alpes generibus 
pabula sua adprobant : Dalmatica? Docleatam mittunt , 
Centronicse Vatusicum. Numerosior Apennino. Cebanum 
hic e Liguria mittit, ovium maxime lactis : /Esinatem 
ex Umbria : mistoque Etruriae atque Liguria? confnio , 
Lunensem magnitudine conspicuum : quippe et ad sin- 
gula millia pondo premitur : proximum autem Urbi 
Vestinum, eumque e Ceditio campo laudatissimum. Et 
caprarum gregibus sua laus est, Agrigenti maxime, eam 
augente gratiam fumo : qualis in ipsa Urbe conficitur, 
cunctis praeferendus. Nam Galliarum sapor medicamenti 
vim obtinet. Trans maria vero Bithynus fere in gloria 
est. Inesse pabulis salem , eliam ubi non detur , ita 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XI. i83 

bures, qui vivent de luit, ignorent ou mprisent, depuis 
tunt de sicles, le mrite du fromuge, quoique, d'ail- 
leurs , elles sachent fuire prendre le lait pour en former 
une liqueur agrablement acide, et un beurre gras. Le 
beurre est l'cume du lait, plus paisse que ce qu'on 
appelle srum (petit-lait). N'oublions pas qu'il a les pro- 
prits de l'huile, et que tous les barbares s'en frottent 
le corps comme nous le faisons pour nos enfans. 

Diverses espces de fromages. 

XCVII. 4 2 - A Rome , o l'on juge les productions 
de tous les pays, on prfre, entre les fromages qui 
viennent des provinces, celui de Nmes, de Lesure et 
du pays de Gabali (Gvaudan); mais leur qualit est 
de courte dure , et ils ne sont bons qu'tant frais. 
Deux sortes de fromages donnent du renom aux ptu- 
rages des Alpes : les Alpes Dalmatiques nous envoient 
le doclate; les Centroniennes, le vatusique. L'Apennin 
fournit des varits plus nombreuses. En Ligurie, celui 
de Cva , qui est fuit principulement de luit de brebis ; en 
Ombrie , celui d'Esinu , et sur les confins de l'Etrurie et 
de lu Ligurie, celui de Lunu, remurquuble pur su gran- 
deur, car il pse mille livres; prs de Rome, le vestin: 
le meilleur de ce canton se fait dans la campagne C- 
dilienne. Les fromages de lait de chvre ont aussi leur 
mrite , surtout celui d'Agrigente , auquel lu fume 
donne un nouveau prix. Tels qu'on les confectionne 
Rome, ils sont prfrables tous les autres : car la 
saveur de celui des Gaules reoit sa force des ingr- 



i8/, C. PLINII HIST. NAT LIB. XL 

maxime intelligitur , omni in salem caseo senescente , 
quales redire in musteum saporem, aceto et thymo ma- 
ceratos , certum est. Tradunt Zoroastrem in desertis 
caseo vixisse annis viginti , ita temperato , ut vetusta- 
tem non sentiret. 



Differentiae membrorum hominum a reliquis animalibus. 

XCVIII. 43. Terrestrium solus homo bipes. Uni ju- 
guli , humeri , ceteris armi : uni ulnae. Quibus anima- 
lium manus sunt , intus tantum carnosae : extra nervis 
et cute constant. 

De digitis ; de brachiis. 

XCIX. Digiti quibusdam in manibus seni. C. Horatii 
ex patricia gente filias duas ob id Sedigitas appellatas 
accepimus , et Volcatium Sedigitum , illustrem in poe- 
tica. Hominis digiti articulos habent ternos, pollex bi- 
nos, et digitis adversus universis flectitur : per se vero 
in obliquum porrigitur 7 crassior ceteris. Huic minimus 
mensura par est : duo reliqui sibi , inter quos mdius 
longissime protenditur. Quibus ex rapina victus qua- 
drupedum , quini digiti in prioribus pedibus , reliquis 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL i85 

diens. Au del des mers , celui de Bithynie a le plus de 
renomme. La meilleure preuve qu'il existe un sel dans 
les pturages, c'est que, sans avoir t sal , tout fro- 
mage prend un got de sel en vieillissant. Macr dans 
le vinaigre et l thym , il reprend sa saveur premire. 
On prtend que Zoroastre vcut vingt ans dans les d- 
serts, se nourrissant de fromage compos de telle sorte, 
qu'il paraissait toujours nouveau. 



Diffrence des membres de l'homme et des parties analogues chez 
les animaux. 



XCVIII. 43. De tous les animaux terrestres , l'homme 
seul est bipde : lui seul a une gorge , des paules , qui 
portent chez les autres le nom 'armi. Lui seul a des bras ; 
ceux qui ont des mains les ont charnues seulement en 
dedans ; au dehors , elles ne sont composes que de nerfs 
et de peau. 

Des doigts ; des bras. 

XCIX. Quelques personnes ont six doigts aux mains. 
Nous lisons que deux filles de C. Horatius , de famille 
patricienne , ont reu , pour cette raison , le surnom de 
Sedigit ; etVolcatius, pote clbre, celui de Sedigitus. 
Les doigts de l'homme ont trois articulations ; le pouce 
en a deux , et il se flchit dans un sens oppos tous 
les doigts : par lui-mme il s'tend obliquement : il est 
plus gros que les autres. Le petit doigt lui est gal en 
longueur. Deux autres sont gaux entre eux ; celui du 
milieu est le plus long de tous. Les quadrupdes qui 



i86 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

quaterni. Leones , lupi , canes , et pauca in posteriori- 
bus quoque quinos ungues habent , uno juxta cruris 
articulum dependente : reliqua quae sunt minora , et di- 
gitos quinos. Brachia non omnibus paria secum. Stu- 
dioso Thraci in C. Csaris ludo notum est dextram 
fuisse proceriorem. Animalium qudam , ut manibus , 
utuntur priorum ministerio pedum : sedentque ad os 
illis admoventia cibos , ut sciuri. 



De simiarum similitudine. 

C. 44- Nam simiarum gnera perfectam hominis imi- 
tationem continent, facie, naribus , auribus, palpebris, 
quas solse quadrupedum et in inferiore habent gna. Jam 
mainmas in pectore, et brachia, et crura in contrarium 
similiter flexa : in manibus ungues, digitos, longiorem- 
que mdium. Pedibus paulum differunt. Sunt enim ut 
manus , preelongi , sed vestigium palmae simile faciunt. 
Pollex quoque his , et articuli , ut homini , ac praeter 
gnitale , et hoc in maribus tantum , viscera etiam in- 
teriora omnia ad exemplar. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 187 

vivent de proie ont cinq doigts aux pieds de devant, 
et quatre aux autres. Les lions , les loups, les chiens, 
et quelques autres en petit nombre , ont aussi cinq 
ongles aux pieds postrieurs : l'un de ces ongles est plac 
l'articulation de la jambe. Les autres animaux qui sont 
plus petits ont pareillement cinq doigts. Les deux bras 
dans tous les hommes ne sont pas gaux entre eux. On 
sait que, dans la troupe de gladiateurs de C. Csar (Ca- 
ligula) , le Tlirace Studiosus avait le bras droit plus long. 
Certains animaux se servent des pieds de devant comme 
de mains : ils s'asseyent, portant par ce moyen les alimens 
leur bouche; tels sont les cureuils. 

Ressemblance des hommes et des singes. 

C. 44- Les diverses espces de singes offrent l'imitation 
parfaite de l'homme , par la face , par les narines , par 
les oreilles , par les cils , que , seuls des quadrupdes , 
ils ont la paupire infrieure. Ils ont aussi les ma- 
melles la poitrine, les bras et les jambes flchis en 
sens contraire , des ongles aux mains , des doigts , et 
celui du milieu plus long que les autres. Ils diffrent 
un peu par les pieds, car ils les ont allongs comme les 
mains, et la trace qu'ils impriment en marchant figure 
celle de la paume de la main. Ils ont encore , ainsi que 
nous, le pouce et des articulations; et si, dans les mles 
seulement, on excepte les parties sexuelles, ils seront 
en tout, mme pour les viscres intrieurs, semblables 
l'homme. 



i88 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XI. 

De unguibus. 

CI. 45. Ungues clausulae nervorum summae existi- 
mantur. Omnibus hi, quibus et digiti. Sed simi im- 
bricati , hominibus lati , et defuncto crescunt, rapacibus 
unei : ceteris recti , ut canibus , prter eum qui a crure 
plerisque dependet. Omnia digitos habent, quae pedes, 
excepto elephanto. Huic enim informes , numro qui- 
dem quinque , sed indivisi , ac leviter discreti : ungulis- 
que , haud unguibus similes : et pedes majores priores. 
In posterioribus articuli brves. Idem poplites intus 
flectit hominis modo. Cetera animalia, in diversum pos- 
terioribus articuli pedibus , quam prioribus. Nam qu 
animal gnrant, genua ante se flectunt, et suffraginum 
artus in aversum. 

De genibus , et poplitibus. 

Cil. Homini genua et cubita contraria : item ursis , 
et simiarum generi , ob id minime pernicibus. Ova pa- 
rientibus quadrupedum , crocodilo , lacertis , priora ge- 
nua post curvantur,posteriora in priorem partem. Sunt 
autem crura his obliqua, humani pollicis modo. Sic et 
inultipedibus, praeterquam novissima salientibus. Aves, 
ut quadrupdes, alas in priora curvant, sufifragines in 
posteriora. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 189 

Des ongles. 

CI. l\S. On pense que les ongles sont la terminaison 
des nerfs. Tous les animaux qui ont des doigts ont des 
ongles. Mais chez le singe ils sont arqus ; chez l'homme 
ils sont plats : ils croissent mme aprs la mort. Les 
animaux de proie les ont crochus ; les autres , comme 
les chiens , les ont droits , si ce n'est celui qui , chez la 
plupart, est attach la jambe. Tous ceux qui ont des 
pieds ont des doigts, except l'lphant. Il est bien vrai 
qu'il a cinq doigts, mais informes, souds ensemble et 
lgrement distincts, plus semblables la corne qu'aux 
ongles. Ses pieds de devant sont aussi plus grands. A 
la jambe de derrire , les articulations sont courtes. Il 
flchit les jarrets en dedans, la manire de l'homme. 
Les autres animaux plient les jambes de derrire et 
celles de devant en sens contraire. Les vivipares flchis- 
sent le genou en avant, et le jarret en arrire. 

Des genoux et des jarrets. 

CIL Chez l'homme , les genoux et les coudes se fl- 
chissent en sens oppos. Il en est de mme chez les ours 
et les singes, ce qui les rend moins prompts la course. 
Parmi les quadrupdes ovipares, le crocodile, les lzards 
plient les genoux en arrire et les jarrets en avant. 
Leurs jambes se flchissent obliquement , comme le 
pouce de l'homme. Il en est ainsi des insectes multi- 
pdes, l'exception des sauteurs, pour les jambes de 
derrire. Les oiseaux , comme les quadrupdes , flchis- 
sent les ailes en avant et les jambes en arrire. 



iqo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

In quibus membris corporis humani sacra religio. 

CIII. Hominis genibus qudam et religio inest, ob- 
servations gentium. Haec supplices adtingunt : ad liaec 
manus tendunt : lic, ut aras, adorant : fortassis quia 
inest iis vitalitas. Namque in ipsa genu utriusque com- 
missura, dextra laevaque, a priore parte gemina qu- 
dam buccarum inanitas inest: qua perfossa, ceu jugulo, 
spiritus fugit. Inest et aliis partibus quaedam religio : 
sicut dextra osculis aversa appetitur, in fide porrigitur. 
Antiquis Grci in supplicando mentum adtingere mos 
erat. Est in aure ima mmorise locus , quem tangentes 
attestamur. Est post aurem que dextram Nemesios 
( qu dea latinum nomen ne in Capitolio quidem inve- 
nit) quo referimus tactum ore proximum a minimo di- 
giturn , veniam sermonis a diis ibi recondentes. 



Varices. 



CIV. Varices in cruribus viro tantum : mulieri raro. 
G. Marium, qui septies consul fuit, stantem sibi extrahi 
passum unum hominum , Oppius auctor est. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 191 

Parties du corps humain auxquelles s'attachent des ides religieuses. 

CIII. L'usage des nations a , de tout temps , attach 
une sorte de superstition aux genoux de l'homme. Ce sont 
les genoux que touchent les supplians : c'est vers les 
genoux qu'ils tendent les mains: ils se prosternent de- 
vant eux comme devant les autels , peut-tre parce qu'ils 
contiennent le principe de la vie. En effet , l'articu- 
lation mme de chaque genou , tant droite qu' gau- 
che, il se trouve la partie antrieure une double ca- 
vit, par o la vie s'chappe comme par une blessuro 
faite la gorge. On a encore attach des ides reli- 
gieuses d'autres parties : par exemple, on prsente 
baiser le dessus de la main droite ; on tend cette 
main dans les promesses. Chez les anciens Grecs , la 
coutume tait de toucher le menton de ceux qu'on sup- 
pliait. Le sige de la mmoire est dans le bas de l'o- 
reille ; et nous le touchons quand nous invoquons le 
tmoignage de quelqu'un. Derrire l'oreille droite rside 
pareillement Nmsis ( desse qui n'a point trouv de 
nom latin, mme dans le Capitole); nous y portons le 
doigt annulaire, aprs l'avoir touch de la bouche, pour 
demander aux dieux le pardon d'une parole indiscrte. 

Varices. 

CIV. Les varices aux jambes affligent seulement 
l'homme , rarement la femme. C. Marius , sept fois 
consul, est, au rapport d'Oppius, le seul mortel qui 
ait endur qu'on les lui coupt tant debout. 



192 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

De gressu , et pedibus , et cruribus. 

CV. Omnia animalia a dextris partibus incedunt, si- 
nistris incubant. Reliqua , ut libitum est , gradiuntur. 
Lo tantum et camelus pedatim, hoc est, ut sinister pes 
non transeat dextrum, sed subsequatur. Pedes homini 
maximi, feminis tenuiores in omni gnre. Surae homini 
tantum, et crura carnosa. Reperitur apud auctores quem- 
dam in iEgypto non habuisse suras. Vola homini tan- 
tum , exceptis quibusdam. INamque et hinc cognomina 
inventa Planci , Plauti , Pansae , Scauri : sicut a cruri- 
bus Vari , Vaciae , Vatinii : qu vitia et in quadrupedi- 
bus. Solidas habent ungulas, quae non sunt cornigera: 
igitur pro his telum ungula est illis. Nec talos habent 
eadem. At qu bisulca sunt , habent : iidem digitos ha- 
bentibus non sunt : neque in prioribus pedibus omnino 
ulli. Camelo tali similes bubulis, sed minores paulo. Est 
enim bisulcus discrimine exiguo pes imus, vestigio car- 
noso , ut ursi : qua de causa in longiore itinere sine 
calciatu fatiscunt. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XI. ig3 

De la marche , des pieds , des jambes. 

CV. Tous les animaux se mettent en marche en par- 
tant du pied droit ; ils se couchent du ct gauche. Les 
autres marchent au gr de leur caprice ; le lion seule- 
ment et le chameau mesurent leurs pas; c'est--dire que 
le pied gauche ne dpasse jamais le pied droit, mais 
reste en arrire. Les pieds de l'homme sont propor- 
tionnellement les plus grands; ceux des femelles ,.dans 
toutes les espces , sont plus petits. L'homme seul a 
des mollets et des jambes charnues. Nous trouvons 
dans les auteurs qu'on a vu en Egypte un homme sans 
mollets. L'homme seul , quelques exceptions prs , 
a la plante du pied creuse : de l les surnoms de 
Plancs , Plautus , Pansa , Scaurus; comme des jambes 
sont venus ceux de Varus , Vacia , Vatinius. Ces dif- 
formits se retrouvent aussi dans les quadrupdes. Les 
animaux qui n'ont pas de cornes ont l'ongle du pied 
solide: cet ongle est leur arme. Ils n'ont point d'osselets, 
tandis qu'on en voit dans les bisulces; les digits n'en ont 
pas non plus , et nul n'en a aux pieds antrieurs. Les 
osselets du chameau ressemblent ceux du buf, 
mais ils sont un peu plus petits; car il a le pied four- 
chu , quoique la sparation soit peu apparente. Il a aussi 
la plante du pied charnue, comme l'ours; c'est pourquoi 
un long voyage l'abme, moins qu'il n'ait les pieds en- 
velopps d'une chaussure. 



vin. i3 



194 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

De ungulis. 

CVI. 46- Ungul veterino tantum generi renascun- 
tur. Sues in Ulyrico quibusdam locis solidas habent un- 
gulas. Cornigera fere bisulca. Solida ungula , et bicorne 
nullum. Unicorne asinus tantum Indicus : unicorne et 
bisulcum, oryx. Talos asinus Indicus unus solidipedum 
habet. Nam sues ex utroque gnre existimantur, ideo 
fdi earum. Hominem qui existimarunt habere , facile 
convicti. Lynx tantum digitos habentium , simile quid- 
dam talo habet : leo etiamnum torluosius. Talus autem 
rectus est in articule pedis ventre eminens concavo , in 
vertebra ligatus. 



Volucrum pedes. 

CVII. 47- Avium ali digitatae, ali palmipdes, aliae 
inter utrumque divisis . digitis adjecta latitudine. Sed 
omnibus quaterni digiti , trs in priore parte , unus a 
calce. Hic deest quibusdam longa crura habentibus. lynx 
sola utrimque binos habet. Eadem linguam serpentium 
similem in magnam longitudinem porrigit. Collum cir- 
cumagit in aversum. Ungues ei grandes ceu graculis. 
Avium quibusdam- gravion bus, in cruribus additi radii : 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. iy5 

Des sabots. 

CVI. 46. La corne du pied ne repousse qu'aux btes 
de somme. Les porcs, en quelques lieux de l'Illyrie, sont 
solipdes. Les btes cornes sont gnralement bisulces. 
Il n'existe point d'animal solipde deux cornes. L'ne 
indien seul est unicorne. L'oryx est tout la fois uni- 
corne et bisulce. L'ne indien est le seul solipde qui ait 
des osselets. Les porcs semblent appartenir l'une et 
l'autre classe ; c'est pourquoi les leurs sont difformes. 
Les auteurs qui ont pens que l'iiomme a des osselets 
ont t facilement convaincus d'erreur. Parmi les digi- 
ts , le lynx seul a quelque chose de semblable aux os- 
lets. Ceux du lion sont encore plus tortueux. L'osse- 
let est un os droit de l'articulation du pied , deux 
faces, l'une concave, l'autre convexe , et li dans la ver- 
tbre. 

Pattes des oiseaux. 

CYI1. 47- Parmi les oiseaux, les uns sont digits, les 
autres palmipdes ; quelques-uns ont les doigts en par- 
tie diviss, en partie attachs par une membrane. Ils ont 
tous quatre doigts , trois en avant, un en arrire. Celui-ci 
manque quelques-uns de ceux qui ont les jambes lon- 
gues. L'iynx seul en a deux en avant et en arrire. Il a la 
langue d'une grandeur dmesure, et semblable celle des 
serpens. Il tord son cou en arrire. Comme le graculus , 
il a les ongles trs-grands. Quelques-uns des oiseaux 
pesans ont des ergots aux jambes ; mais on n'en voit 

i3. 



19G C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

nulli uncos habentium ungues. Longipedes porrectis ad 
caudam cruribus volant : quibus brves , contractas ad 
mdium. Qui negant volucrem ullam sine pedibus esse , 
confirmant et apodas habere, et oten et drepanin, in eis 
quae rarissime apparent. Visas jam etiam serpentes anse- 
rinis pedibus. 

Pedes animalium , a binis ad centenos. De pumilionibus. 

CVIII. 48. lnsectorum pedes primi longiores, duros 
liabentibus oculos, ut subinde pedibus eos tergeant, ceu 
notamus in muscis. Quae ex bis novissimos habent lon- 
gos, saliunt : ut locustae. Omnibus autem his seni pedes. 
Araneis quibusdam praelongi accedunt bini. Internodia 
singulis terna. Oct.onos et marinis esse diximus, polypis, 
sepiis , loliginibus , cancris , qui brachia in contrarium 
movent, pedes in orbem, aut in obliquum. Iisdem solis 
animalium rotundi. Cetera binos pedes duces habent : 
cancri tantum, quaternos. Qu hune numerum pedum 
excessere terrestria, ut plerique vermes, non infra duo- 
denos habent, aliqua vero et centenos. Numerus pedum 
impar nulli est. Solidipedum crura statim justa nascun- 
tur mensura : postea exporrigentia se verius , quam 
crescentia. Itaque in infantia scabunt aures posteriori- 
bus , quod addita aetate non queunt ; quia longitudo 
superficiem corporum solam ampliat. Hac de causa inter 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 197 

aucun de ceux qui ont les ongles crochus. Les longi- 
pdes tendent les jambes vers la queue quand ils vo- 
lent : ceux qui les ont courtes les retirent sous le milieu 
du corps. Ceux qui nient qu'aucun oiseau soit sans 
pieds, assurent que les apodes en sont pourvus, comme 
l'otis et le drpanis , que nous voyons trs-rarement. On 
a mme vu des serpens pattes d'oie. 

Pieds des animaux , de deux cent pieds. Des nains. 

CVIII. 48. Ceux des insectes qui ont les yeux durs 
ont les pieds antrieurs plus longs, afin de pouvoir de 
temps en temps s'essuyer les yeux , comme nous le 
voyons dans les mouches. Ceux qui ont les pieds de 
derrire plus longs sautent, comme les sauterelles. Ils 
ont tous six pieds. Certaines araignes ont, en outre, 
deux pieds trs-longs. Chaque patte a trois phalanges. 
Nous avons dit que les animaux marins ont huit pieds; 
tels sont les polypes, les sches, les calmars, les cancres, 
qui meuvent leurs bras en sens contraire, et leurs pieds 
circulairement ou obliquement. Ce sont les seuls ani- 
maux dont les pieds soient arrondis. Dans les autres , 
deux pieds rglent la marche, et quatre dans les cancres 
seuls. Parmi les insectes terrestres , ceux qui ont un 
plus grand nombre de pieds , comme la plupart des 
vers, n'en ont pas moins de douze; quelques-uns en ont 
jusqu' cent. Le nombre des pieds n'est impair dans au- 
cun. Les jambes des solipdes ont , au moment de la 
naissance , leur juste longueur : dans la suite , elles 
grossissent plutt qu'elles ne s'allongent ; aussi , dans 



i 9 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

initia pasci , nisi submissis genibus , nou possunt : nec 

usque dum cervix ad justa incrementa perveniat. 



49. Pumilionum genus in omnibus animalibus est , 
atque etiam inter volucres. 

De genitalibus : de hermaphroditis. 

CIX. Genitalia maribus quibus essent rtro , satis 
diximus. Ossea sunt lupis , vulpibus , mustelis , viverris : 
unde etiam calculo humano remdia praecipua. Urso 
quoque simul atque exspiraverit , cornescere aiunt. Ca- 
melino arcus intendere , Orientis populis fidissimum. 
Nec non aliqua gentium quoque in hoc discrimina 7 et 
sacrorum etiam , citra perniciem amputantibus matris 
deum Gallis. Contra mulierum paucis prodigiosa assi- 
milatio : sicut hermaphroditis utriusque sexus : quod 
etiam quadrupedum generi accidisse Neronis principatu 
primum arbitror. Ostentabat certe hermaphroditas sub- 
junctas carpento suo equs , in Treverico Galliae agro 
repertas : ceu plane visenda res esset , principem ter- 
rarum incidere portentis. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 199 

le premier ge , se grattent-ils les oreilles avec les pieds 
de derrire , ce qu'ils ne peuvent faire dans un ge plus 
avanc, parce que l'accroissement en longueur ne porte 
que sur la surface du corps : c'est par cette raison que , 
dans les commencemens , ils ne peuvent patre qu'en 
flchissant les genoux , jusqu' ce que le cou ait acquis 
son entire croissance. 

49. H y a des nains dans toutes les espces d'animaux, 
mme parmi les oiseaux. 

Des organes de la gnration : des hermaphrodites. 

CIX. Nous avons suffisamment parl des animaux qui 
ont les parties gnitales en arrire. Elles sont osseuses 
dans les loups, les renards, les belettes, les viverra: c'est 
d'elles que nous tirons les principaux remdes contre 
le calcul humain. On dit que celles de l'ours prennent 
la consistance de la corne aussitt aprs sa mort. Les 
peuples de l'Orient font, avec le membre du chameau, 
les meilleures cordes pour leurs arcs. Observons com- 
bien il existe de contrastes dans les usages des nations 
et dans leurs ides religieuses : les Galles de la mre 
des dieux se mutilent , sans que l'amputation leur soit 
funeste. D'un autre cot, dans quelques femmes on re- 
connat une ressemblance monstrueuse avec l'homme : 
cette classe appartiennent les hermaphrodites , qui 
runissent les deux sexes; mme chez les quadrupdes, 
on en a vu des exemples, dont le premier date , je crois, 
de l'empire de Nron. Il faisait vanit d'atteler son 
char des jumens hermaphrodites , qu'on avait trouves 



G. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



De testibus. Trium generum semiviri. 

CX. Testes pecori armentoque ad crura decidui ? 
subus adnexi : delphino prlongi ultima conduntur alvo , 
et elephanto occulti. Ova parientium lumbis intus ad- 
haerent : qualia ocissima in Venere. Piscibus serpenti- 
busque nulli, sed eorum vice bin ad genitalia a renibus 
venae. Buteonibus terni. Homini tantum injuria , aut 
sponte naturae franguntur : idque tertium ab herma- 
phrodilis et spadonibus semiviri genus habent. Mares 
in omni gnre fortiores, praeterquam in pantheris, et 
ursis. 



De caudis. 

CXI. 5o. Caudae, prter hominem , ac simias , om- 
nibus fere animal , et ova gignentibus , pro desiderio 
corporum : nudae hirtis , ut apris : parv villosis , ut 
ursis : praelongis setosae , ut equis. Amputat lacertis et 
serpentibus renascuntur. Piscium meatus gubcrnaculi 
modo regunt : atque etiam in dextram atque lvam 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 201 

au territoire deTrves, dans la Gaule: comme si le matre 
de la terre , tran par des monstres , tait un spectacle 
digne de l'admiration des peuples. 

Des testicules. Des trois classes d'eunuques. 

CX. Le gros et le menu btail a les testicules pen- 
dans ; les porcs les ont adhrens ; ceux du dauphin sont 
trs-longs et cachs dans la partie postrieure du ventre \ 
dans l'lphant ils ne sont pas visibles. Les ovipares les 
ont intrieurement attachs aux lombes, et ils sont trs- 
prompts dans l'acte de la gnration. Les poissons et les 
serpens n'en ont pas, mais ils ont la place deux veines 
qui vont des reins aux parties gnitales. Le buto en a 
trois. Il n'arrive qu' l'homme qu'ils soient dtruits, ou 
naturellement, ou par une cause trangre; et c'est ce qui 
tablit , aprs les hermaphrodites et les eunuques , une 
troisime sorte d'individus qui ne sont hommes qu' 
demi. Dans toutes les espces, hors la panthre et l'ours, 
les mles sont plus courageux. 

Des queues. 

CXI. 5o. Si l'on excepte l'homme et les singes , tous 
les vivipares et les ovipares gnralement ont une queue 
proportionne au besoin de leur corps ; nue dans ceux 
qui ont le poil hriss, comme les sangliers; petite dans 
les animaux velus, comme l'ours; garnie de crins dans 
les animaux trs-longs, comme le cheval. Celle des lzards 
et des serpens renat aprs avoir t coupe. Les pois- 



aoa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

mot , ut remigio quodam impellunt. Lacertis inveniun- 
tur et geminae. Boum caudis longissimus caulis, atque 
in ima parte hirtus. Idem asinis longior quam equis , 
sed setosus veterinis. Leoni infima parte , ut bubus et 
sorici : pantheris non item : vulpibus et lupis villosus, 
ut ovibus , quibus procerior. Sues intorquent : canum 
dgnres sub alvum reflectunt. 



De vocibus animalium. 

CXII. 5 1 . Vocem non habere , nisi quae spirent , 
Aristoteles putat. Idcirco et insectis sonum esse , non 
vocem , intus meante spiritu , et incluso sonante. Alia 
murmur edere , ut apes. lia cum tractu stridorem, ut 
cicadas. Recepto enim ut duobus sub pectore cavis spi- 
ritu, mobili occursante membrana intus, attritu ejus 
sonare. Muscas, apes, et similia cum volatu et incipere 
audiri et desinere. Sonum enim attritu et interiore aura , 
non anima reddi. Locustas peunarum et feminum attritu 
sonare , creditur sane. Item aquatilium pectines slridere, 
quum volant: mollia, et crusta intecta, nec vocem nec 
sonum ullum habere. Sed et ceteri pisces, quamvis pul- 
mone et arteria careant , non in totum sine ullo sono 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL ao'3 

sons s'en servent comme de gouvernail pour diriger leur 
route ; et mme , en l'agitant droite et gauche , ils 
avancent force de rame. Dans les lzards elle est quel- 
quefois double. Dans le buf la tige de la queue est trs- 
longue et garnie de poil par le bas. Elle est plus longue 
dans l'ne que dans le cheval. Mais toutes les btes de 
somme l'ont garnie de poil. La queue du lion se termine 
comme celle du buf et de la souris; il n'en est pas ainsi 
de la panthre : celle des renards et des loups est trs- 
garnie , aussi bien que celle de la brebis , mais qui est 
plus longue. Les porcs l'ont tortille ; les chiens abtar- 
dis la replient sous le ventre. 

Des voix diverses des animaux. 

CX1I. 5i. Aristote pense que nul animal n'a de voix, 
s'il ne respire. En consquence , le bruit que font les in- 
sectes n'est pas une voix, mais seulement un son form par 
le passage de l'air comprim dans l'intrieur du corps. Les 
uns bourdonnent, comme les abeilles: les autres ont un 
cri aigu et prolong , comme les cigales ; parce que l'air, 
reu dans deux cavits au dessous de la poitrine , y 
rencontre une membrane mobile ont le frottement 
produit le son que nous prenons pour leur voix. Les 
mouches , les abeilles et les autres ne se font entendre 
que dans le vol : en effet, le son est form par le frois- 
sement de cette membrane et par l'air intrieur, et non 
par la respiration. On croit gnralement que les sau- 
terelles produisent le son par le froissement de leurs 
ailes et de leurs cuisses. De mme, parmi les animaux 



ao4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

sunt. Stridorem eum dentibus fieri cavillantur. Et is qui 
caper vocatur, in Acheloo amne , grunnitum habet , et 
alii de quibus diximus. Ova parientibus sibilus , serpen- 
tibus longus , testudini abruptus. Ranis sonus sui ge- 
neris , ut dictum est ( nisi si et in his ferenda dubitatio 
est), qui inox in ore concipitur, non in pectore. Mul- 
tum tamen in iis refert et locorum natura. Muta? in 
Macedonia traduntur, muti et apri. Avium loquaciores 
quae minores , et circa coitus maxime. Aliis in pugna 
vox, ut coturnicibus : aliis an te pugnam , ut perdici- 
bus : aliis quum vicere, ut gallinaceis. Iisdem sua ma- 
ribus : aliis eadem ut feminis : ut lusciniarum generi. 
Quaedam toto anno canunt, qudam certis temporibus , 
ut in singulis dictum est. Elephas citra nares ore ipso , 
sternutamento similem elidit sonum : per nares autem , 
tubarum raucitati. Bubus tantum feminis vox gravior : 
in omni alio gnre exilior, quam maribus : in homine 
etiam castratis. Infantis in nascendo nulla auditur, an- 
tequam totus emergat utero. Primus sermo anniculo 
est. Semestris locutus est Crsi fdius in crepundiis : quo 
prodigio totum id concidit regnum. Qui eelerius fari 
cpere , tardius ingredi incipiunt. Vox roboratur quar- 
todecimo anno. Eadem in senecta exilior : neque in alio 
animalium spius mutatur. Mira prterea sunt de voce 
digna dictu. In theatrorum orchestris, scobe aut arena 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XI. 2o5 

aquatiques, les peignes ne font de bruit qu'en volant; les 
mollusques et les crustacs n'ont pas de voix, et ne font 
entendre aucun son; mais les autres poissons, quoique 
dpourvus de poumon et de trache-artre, ne sont pas 
absolument muets. C'est une raillerie que d'attribuer leur 
cri aigu au frottement de leurs dents. Celui qu'on nomme 
caper , dans le fleuve Achlos, a le grognement du porc : 
comme beaucoup d'autres dont nous avons parl. Les 
ovipares ont un sifflement , prolong dans les serpens , 
entrecoup dans les tortues. Les grenouilles ont un cri 
particulier qui , comme nous l'avons dit , se forme dans 
la bouche, et non dans la poitrine ( moins qu'il ne 
faille aussi le rvoquer en doute). Mais , cet gard , la 
nature des lieux apporte une grande diffrence. On pr- 
tend qu'elles sont muettes dans la Macdoine, aussi bien 
que les sangliers. Les oiseaux les plus petits ont le plffs 
de ramage, surtout dans la saison des amours. Les uns 
font entendre leur voix dans le combat , comme les 
cailles; d'autres avant le combat, comme les perdrix; 
d'autres aprs la victoire , comme les coqs. Dans ces 
espces, les mles ont une voix qui leur est propre; dans 
les autres elle est la mme qu'aux femelles , comme dans 
les rossignols. Quelques-uns chantent toute l'anne, 
d'autres certaines poques , comme il a t dit l'ar- 
ticle de chacun d'eux. L'lphant rend de la bouche, en 
de des narines, un son qui ressemble un ternurnent; 
et par les narines , un son rauque comme une trom- 
pette. Dans le buf seulement , les femelles ont la voix 
plus grave : dans toute autre espce elles l'ont moins forte, 
comme aussi, dans l'espce humaine, les eunuques. L'en- 



2o6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

superjccta clevoratur, et in rudi parietum eircumjectu , 
doliis etiam inanibus : currit eadem concavo vel recto 
parietum spatio , quamvis levi sono dicta verba ad al- 
terum caput perferens , si nulla inaequalitas impediat. 
Vox in homine magnam vultus habet partem. Agnosci- 
mus eam prius , quam cernamus , non aliter quam ocu- 
lis : totidemque sunt eae , quot in rerum natura morta- 
les : et sua cuique, sicut facis. Hinc illa gentium, totque 
linguarum , toto orbe diversitas : hinc tt cantus et mo- 
duli , flexionesque. Sed ante omnia explanatio animi , 
quae nos distinxit a feris , inter ipsos quoque homines 
discrimen alterum aeque grande , quam a belluis , fecit. 



De adgnascentibus membris. 
CXIII. 5a. Membra animalibus adgnata inutilia sunt, 



HISTOIRE NATURELLE, LIY. XL 107 

faut qui nat ne fait point entendre de cri avant qu'il 
ne soit entirement sorti de l'utrus. Il commence 
parler au bout d'un an. Le fils de Crsus parla dans son 
berceau , l'ge de six mois ; prodige qui entrana la 
chute de cet empire. Ceux qui ont commenc plus tt 
parler, commencent plus tard marcher. La voix se 
fortifie la quatorzime anne: elle est plus grle dans 
la vieillesse : en nul autre animal elle n'prouve de plus 
frquentes mutations. La voix offre encore des mer- 
veilles dignes d'tre racontes. Dans les orchestres des 
thtres, de la limaille ou du sable rpandu sur le sol, 
une enceinte de murailles raboteuses, et mme des ton- 
neaux vides, absorbent la voix; mais elle se propage le long 
de parois concaves ou droites, et mme elle porte jusqu' 
l'autre extrmit des mots prononcs trs-bas, si nulle 
ingalit ne l'arrte. La voix, dans l'homme, dpend 
beaucoup de la physionomie. Avant que d'apercevoir une 
personne, nous la reconnaissons la voix aussi certaine- 
ment qu'en Fa voyant; et il y en a autant que d'individus 
dans la nature: chacun a la sienne, comme chacun a son 
visage. De l cette diversit de nations et de langages dans 
tout l'univers; de l cette incalculable varit de chants, 
de modulations et d'inflexions. Mais , par dessus tout , la 
parole, cet interprte de l'me qui nous a distingus des 
btes, tablit encore entre les hommes mmes une diff- 
rence non moins grande que celle qui spare l'homme de 
la brute. 

Des membres surnumraires. 

CXIII. 5a. Les membres surnumraires dans les ani- 



ao8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

sicut sextus homini semper digitus. Placuit in Egypte 
nutrire portentum , binis et in aversa capitis parte ocu- 
lis hominem , sed iis non cernentem. 



Vitalitatis et morum notae , et membris hominuirt. 

CXIV. Miror quidem Aristotelem non modo credidisse 
praescita vitae esse aliqua in corporibus ipsis, veruni 
etiam prodidisse. Quae quamquam vana existimo , nec 
sine cunctatione proferenda, ne in se quisque et augu- 
ria anxie quserat : adtingam tamen , quae tantus vir in 
doctrina non sprevit. Igitur vitae brevis signa ponit ra- 
ros dents , praelongos digitos , plumbeum colorem , 
pluresque in manu incisuras , nec perptuas. Contra 
longae esse vitae incurvos humeris, et in manu una duas 
incisuras longas habentes, et plures quam xxxn dents, 
auribus amplis. Nec universa haec (ut arbitror) , sed sin- 
gula observt, frivola (ut reor), et vulgo tamen nar- 
ra ta. Addidit morum quoque aspectus simili modo apud 
nos Trogus , et ipse auctor severissimus : quos verbis 
ejus subjiciam : Frons ubi est magna , segnem animum 
subesse significat : quibus parva , mobilem : quibus 
rotunda , iracundum , velut hoc vestigio tumoris appa- 
rente. Supercilia quibus porriguntur in rectum , molles 
significant : quibus juxta nasum flexa sunt , austeros : 
quibus juxta tempora indexa , derisores : quibus in to- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 209 

maux, comme un sixime doigt chez l'homme, sont inu- 
tiles. On s'est plu en Egypte nourrir un monstre hu- 
main qui avait derrire la tte deux yeux , mais dont il 
ne voyait pas. 

Signes de vitalit , et indices du moral des hommes , mme par 
l'aspect de leurs membres. 

CXIV. Je m'tonne qu'Aristote ait cru, et mme qu'il 
ait crit qu'on trouve dans le corps quelques pronostics 
de la vie. Quoique j'estime ces recherches vaines et 
dangereuses publier , de peur que chacun ne cherche 
avec anxit des augures en soi-mme, je toucherai ce 
point que n'a pas ddaign un homme aussi grand dans 
la science. 11 tablit donc comme signes d'une vie courte, 
les dents cartes, les doigts trs-longs, la couleur plom- 
be , et dans la main des lignes nombreuses et inter- 
rompues. Il prdit, au contraire, une longue vie ceux 
qui ont les paules votes, deux longues lignes dans 
la main, plus de trente-deux dents, les oreilles grandes. 
Il n'exige pas , je pense , la runion de tous ces signes , 
mais un seul ; observations frivoles , mon avis , et 
nanmoins gnralement rpandues. Chez nous, Trogus, 
auteur trs-grave lui-mme , a donn aussi ds rgles 
pour connatre les murs d'un homme par l'inspection 
de sa physionomie; je les exposerai avec ses propres ter- 
mes : Un grand front dcle un esprit paresseux ; un petit 
front, la vivacit ; un front arrondi, l'emportement de 
la colre, comme si ce renflement tait produit par l'in- 
tumescence des passions. Les sourcils qui s'tendent en 
ligne droite indiquent un homme effmin ; ceux qui 
vin. i4 



ai o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

tum demissa , malevolos et invidos. Oculi quibuscum- 
que sunt longi , maleficos esse indicant. Qui carnosos a 
naribus angulos habent , malitioe notam prbent. Can- 
dida pars extenta, notam impudenti habet: qui iden- 
tidem operire soient, inconstantiae. Auricularum magni- 
tudo, loquacitatis et stultiti nota est. Hactenus Trogus. 



De anima et victu. 

CXV. 53. Anim leonis virus grave, ursi pestilens. 
Contacta halitu ejus nulla fera adtingit : citiusque pu- 
trescunt afflata reliquis. Hominis tantum infici natura 
voluit pluribus modis , et ciborum ac dentium vitiis , 
sed maxime senio. Dolorem sentire non poterat : tactu 
sensuque omni carebat , sine qua nibil sentitur. Eadem 
commeabat , recens assidue , exitura supremo , et sola 
ex omnibus superfutura. Denique hc trahebatur e clo. 
Hujus quoque tamen reperta pna est , ut neque idip- 
sum, quo viveret, in vita juvaret. Parthorum populis 
hoc praecipue , et a juventa , propter indiscretos cibos : 
namque et vino ftent ora nimio. Sed sibi proceres 
medentur grano Assyrii mali, cujus est suavitas praeci- 
pua in esculenta addito. Elephantorum anima serpentes 
extrahit, cervorum urit. Diximus hominum gnera, qui 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XL 211 

descendent vers le nez , un homme austre ; flchis 
vers les tempes, un railleur; abaisss dans leur tota- 
lit , un malveillant et un envieux. Les yeux trs-fendus 
indiquent un caractre malfaisant. Les yeux qui ont 
l'angle charnu du ct du nez sont une marque de m- 
chancet. Le blanc de l'il fort tendu est un signe 
d'impudence, et le clignotement habituel un signe d'in- 
constance. La grandeur des oreilles dnote le babil et la 
sottise. Telles sont les expressions de Trogus. 

De la respiration et de la nourriture. 

CXV. 53. L'haleine du lion est ftide; celle de l'ours, 
pestilentielle. Nulle bte sauvage ne touche aux corps 
fltris de son souffle; ils se corrompent plus vite qu'au- 
cun autre. La nature a voulu que celle de l'homme seu- 
lement ft infecte par plusieurs causes, la corruption 
des alimens et des dents , mais surtout la vieillesse. Il ne 
pouvait donner de prise la douleur, ce souffle impal- 
pable , invisible , sans lequel rien n'est senti : il circule 
sans cesse renouvel, il doit ne nous quitter qu' notre 
dernire heure , et survivre seul ce qui est en nous ; 
enfin , c'est du ciel qu'il mane. Toutefois, la nature ne 
l'a pas pargn , afin que le vhicule de la vie devnt 
pour nous un tourment. Les Parthes surtout en ressen- 
tent les effets , mme ds la jeunesse , cause de leurs 
ragots trop assaisonns. De plus , l'excs du vin leur 
donne une haleine empeste ; mais les grands y rem- 
dient par les graines des pommes d'Assyrie (du citron ?) , 
qui, mles aux alimens, leur communiquent une saveur 

i4- 



912 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 

venena serpentium suctu corporibus eximerent. Quin et 
subus serpentes in pabulo sunt , et aliis venenum est. 
Quae insecta appellaviraus , omnia olei aspersu necan- 
tur. Vultures unguento qui fugantur , alios appetunt 
odores , scarabaei rosam. Quasdam serpentes scorpio 
occidit. Scythae sagittas tingunt viperina sanie, et hu- 
mano sanguine : irremediabile id scelus, mortem illico 
affert levi tactu. 



Quae veneno pasta ipsa non pereunt, et gustata necant. 

CXVI. Quae animalium pascerentur veneno diximus. 
Quaedam innocua alioqui, venenatis pasta noxia fiunt 
et ipsa. Apros in Pamphylia et Ciliciae montuosis , sa- 
lamandra ab his devorata , qui edere moriuntur. Nec 
est intellectus ullus in odore , vel sapore : et aqua vi- 
numque interimit salamandra ibi immortua , vel si om- 
nino biberit , unde potetur : item rana , quam rubetam 
vocant. Tantum insidiarum est vitae ! Vespae serpente 
avide vescuntur , quo alimento mortiferos ictus faciunt. 
Ideoque magna differentia est victus : ut in tractu pisce 
viventium Theophrastus prodit , boves quoque pisce 
vesci , sed non nisi vivente. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 2i3 

douce et agrable. L'haleine des lphans fait sortir les 
serpens de leur trou; celle des cerfs les brle. Nous avons 
parl de ces hommes qui, en suant les plaies, tirent le 
venin des serpens. Bien plus , les serpens sont une nour- 
riture pour les porcs , et un poison pour les autres ani- 
maux. Tous ceux que nous avons appels insectes prissent 
par l'aspersion de l'huile. Les vautours, qui fuient les 
parfums, aiment les autres odeurs; les scarabes recher- 
chent la rose. Le scorpion fait prir quelques serpens. Les 
Scythes trempent leurs flches dans le venin de la vipre 
et le sang humain : ce poison sans remde donne la mort 
l'instant, pour peu qu'on en soit effleur. 

Animaux qui mangent impunment des substances vnneuses, et 
dont la chair empoisonne. 

CXVI. Nous avons dit quels animaux se repaissent de 
poisons. Quelques-uns, innocens d'ailleurs, deviennent 
nuisibles en se nourrissant de substances vnneuses. 
Dans la Pamphylie et les montagnes de la Cilicie , les 
sangliers qui ont dvor une salamandre empoisonnent 
ceux qui mangent de leur chair : ni l'odeur ni le got 
ne le font connatre; l'eau mme et le vin o est morte 
une salamandre, ou seulement dont elle ait bu , luent 
ceux qui en boivent. Il en est de mme de la grenouille 
qu'on appelle rubte : tant la vie est environne de dan- 
gers ! Les gupes sont avides de la chair du serpent ; 
cet aliment rend leurs piqres mortelles : voil pour- 
quoi la diffrence est grande entre telle et telle nour- 
riture. Thophraste rapporte que , dans le pays des 



2i/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XI. 



Quibus de causis homo non concoquat. De remediis cruditatum. 

CXVII. Homini cibus utilissimus simplex. Acervatio 
saporum pestifera , et condimento perniciosior. Diffi- 
culter autem perficiuntur omnia in cibis acria , nimia , 
et avide hausta : et aestate, quam hieme, difficilius : et 
in senecta, quam in juventa. Vomitiones homini ad haec 
in remedium excogitatae , frigidiora corpora faciunt , 
inimicae oculis maxime ac dentibus. 



Queraadmodum corpulentia contingat : quomodo minuatur. 

CXVIII. Somno concoquere corpulentiae , quam fir- 
mitati utilius. Ideo athletas malunt cibos ambulatione 
perficere. Pervigilio quidem praecipue vincuntur cibi. 

54. Augescunt corpora dulcibus , atque pinguibus , 
et potu : minuuntur siccis et aridis, frigidisque, ac siti. 
Quaedam animalia, et pecudes quoque in Africa , quarto 
die bibunt : homini non utique septimo ltale est m- 
dias durasse : at ultra undecimum plerosque certum 
est mori , esuriendi semper inexplebili aviditate anima- 
lium unicuique. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 2i5 

Ichthyophages , les bufs se nourrissent de poisson , 
mais seulement de poisson vivant. 

Causes de nos mauvaises digestions. Remdes des crudits. 

CXV1I. Les alimens les plus simples profitent le plus 
l'homme. La multitude des mets est funeste par elle- 
mme , et plus pernicieuse encore par les assaisonne- 
mens. Toute nourriture acre ou prise en excs, et trop 
avidement avale, se digre difficilement, plus diffici- 
lement en t qu'en hiver, et dans la vieillesse que dans 
la jeunesse. Les vomissemens , invents par l'homme 
comme un remde contre les indigestions , refroidissent 
le corps , et sont nuisibles surtout aux yeux et aux 
dents. 

Comment se dveloppe l'embonpoint ; comment on le fait 
diminuer. 

CXVIII. La digestion pendant le sommeil donne 
plus d'embonpoint que de force; aussi veut- on que les 
athltes digrent en se promenant. Dans l'tat de veille , 
l'estomac remplit mieux ses fonctions. 

54- Les alimens doux et gras, et l'usage des boissons, 
donnent l'embonpoint ; les substances sches , arides , 
froides, et la soif, amaigrissent. Quelques animaux , et 
mme les troupeaux en Afrique , boivent tous les quatre 
jours. L'homme peut, sans mourir, supporter la faim 
jusqu'au septime jour; mais il est certain que la plupart 
meurent aprs le onzime ; car la faim , dans tous les 
animaux , est un besoin qui ne peut tre tromp. 



2i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XL 

Quae gustu famem sitimque sedent. 

CXIX. Quaedam rursus exiguo gustu famem ac sitim 
sedant, conservantque vires, ut butyrum , hippace , 
glycyrrhiza. Perniciosissimum autem in omni quidem 
vita , quod nimium , praecipue tamen corpori : minui- 
que 7 quod gravet, quolibet modo utilius. Verum ad re- 
liqua natur transeamus. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XL 217 

Quels objets , en petite quantit, apaisent la faim et la soif. 

CXIX. D'autre part, certaines substances, prises en 
petite quantit, apaisent la faim et la soif, et conservent 
les forces : tels sont le beurre , l'hippace , la rglisse. 
Ce qu'il y a de plus pernicieux, c'est l'excs, et surtout 
l'excs de nourriture. Retrancher les superfluits nui- 
sibles est la plus utile des recettes. Mais passons au 
reste de l'histoire naturelle. 



NOTES 

DU LIVRE ONZIME. 



Page 2 , ligne 4- Insectorum animalium gnera. L'histoire 
des insectes est la partie de tout le rgne animal sur laquelle 
les anciens ont commis le plus d'erreurs : dpourvus de micro- 
scopes , s'occupant avec trop peu de suite de ces petits tres qu'ils 
mprisaient , ils ne s'taient fait que des ides confuses de leur 
gnration et de leurs mtamorphoses , et mme ce n'est gure 
qu' dater de Swammerdam , c'est--dire vers la fin du dix-sep- 
time sicle , que l'on en a pris des notions plus justes que 
les leurs. Mais , quoique nous ayons sur ce livre beaucoup d'er- 
reurs relever , nous aurons aussi plus d'une occasion d'y ad- 
mirer avec quelle justesse Aristote avait dj indiqu les prin- 
cipaux traits de la conformation des insectes , et avec quelle 
prcision il en avait fix les rgles. C'est de lui que Pline a tir 
ce qu'il y a de bon dans ce livre , encore l'a-t-il plus d'une fois 
altr en le copiant. Quant la dtermination des espces , si 
l'on excepte les plus communes , elle nous sera presque impos- 
sible , cause du grand nombre parmi lesquelles il faudrait faire 
nos choix. Le plus souvent nous serons obligs de nous borner 
l'indication des genres. G. Cuvier. 

I, page 2, ligne il. Omnia insecta appllata ah incisuris. Dans 
le langage de Pline , le mot insectes dsigne tous les animaux 
articuls , qui composent la plus nombreuse et la plus diversifie 
des quatre grandes divisions , que les naturalistes appellent au- 
jourd'hui les embranchemens du rgne animal. 

Forms sur un plan tout diffrent de celui des vertbrs 7 
dont le type est dans l'homme , leur organisation a t le sujet 
d'une foule de fables dbites par les anciens, et adoptes par 
les modernes jusqu' l'poque de Swammerdam et de Raumur. 



NOTES DU LIVRE XI. 219 

Les crits de ces deux clbres naturalistes contiennent les 
vrais lmens de l'anatomie des insectes. L'importance de leurs 
dcouvertes a t universellement reconnue. On s'est empress 
de continuer leurs travaux , les erreurs ont t dissipes , et la v- 
rit se montre de toutes parts. Dans le grand nombre de savans 
qui ont consacr leurs veilles l'anatomie dlicate , qu'il nous 
suffise de citer Ger, Lyonnet, Roesel, et MM. Cuvicr, Savigny, 
Lon Dufour, Straus, Hrold, Marcel de Serres, Milne Edwards 
et Audouin. 

M. Straus , l'auteur du plus grand ouvrage publi dans ces 
derniers temps , sur l'anatomie des articuls, divise tout l'em- 
branchement en six classes , distribues suivant l'ordre d'analo- 
gie avec les animaux suprieurs , savoir : annlides , myriapodes , 
insectes , crustacs , arachnides et cirrhopodes. La premire 
classe contient tous les vers sang rouge ; la seconde , les ani- 
maux articuls respiration trachenne , dont le corps est form 
d'un grand nombre de segmens pdifres, vulgairement les mille- 
pieds ; la troisime , les hexapodes respiration trachenne , 
proprement les insectes ; la quatrime , les animaux articuls 
respiration branchiale , vulgairement dcapodes ; la cinquime , 
les animaux articuls dpourvus d'antennes , pattes rayonnantes 
sur le mme centre , vulgairement octopodes ; enfin la sixime , 
les animaux articuls dont les pattes sont converties en cirrhes 
(filamens articuls). 

Les rapports ncessaires qui lient les embranchemens entre 
eux drivent des caractres principaux qui les distinguent. L'em- 
branchement suprieur , ou des vertbrs , est caractris par 
un corps articul , form de deux moitis symtriques , et sou- 
tenu par une charpente osseuse', dont la partie centrale est com- 
pose d'une srie de pices symtriques , sur lesquelles toutes 
les autres parties du squelette viennent s'appuyer. Le corps 
des articuls est galement form de deux moitis symtriques , 
et dont la parit est mme plus grande que dans les vertbrs. 
Il est articul et form d'une srie de pices centrales , sur les- 
quelles viennent s'appuyer les autres parties ; mais il manque de 
squelette intrieur. 

Dans l'un et l'autre embranchement, le systme nerveux forme 



aao NOTES DU LIVRE XL 

sa partie principale une moelle pinire longitudinale , de la- 
quelle naissent la plupart des nerfs du corps ; mais ce centre 
nerveux offre cette diffrence , que chez les vertbrs il est plac 
le long du dos, tandis que chez les articuls il est, au contraire, 
situ le long du ventre. 

Le systme musculaire est aussi dvelopp dans les animaux 
articuls que dans les vertbrs. Les muscles y prsentent peu 
prs la mme disposition et les mmes formes ; ils sont parfai- 
tement distincts les uns des autres , comme dans le premier em- 
branchement. 

Les fonctions de la digestion et de la circulation conservent 
leurs appareils la limite des deux embranchemens , et s'exercent 
encore peu prs, dans l'un et dans l'autre , de la mme manire. 
Nous observons galement la respiration par les branchies 
dans quelque partie de ces deux embranchemens. La respiration 
par les traches , chez les articuls , est oppose , et correspond 
la respiration pulmonaire chez les vertbrs. 

La fonction de la gnration , ou reproduction , s'y excute 
d'une manire analogue. 

Pour ce qui concerne l'appareil de la locomotion des animaux 
articuls , nous le voyons form , comme chez les vertbrs , 
de deux systmes d'organes, l'un actif, ou les muscles, et l'autre 
passif, ou la charpente solide qui soutient le corps , mais avec 
des diffrences sensibles. Le systme osseux , qui a disparu en 
arrivant aux derniers poissons , se trouve remplac , chez les 
articuls , par les organes tgumentaires , qui en remplissent tout 
aussi bien les fonctions. Les muscles vont tous d'une pice du 
tt une autre ; et l les tgumens deviennent entirement les 
organes passifs de la locomotion , et remplacent le squelette os- 
seux des vertbrs. 

Il existe sans doute un passage naturel entre les animaux ver- 
tbrs et les articuls ; mais , toutefois , les seuls rapports qui 
lient ces deux divisions du rgne animal n'existent que dans 
quelques systmes d'organes en gnral , et peu dvelopps dans 
les genres par lesquels elles s'avoisiuent , c'est--dire par ceux 
qui sont placs aux degrs les plus bas. La srie des vertbrs 
tant arrive , par les dgradations qu'elle a subies , l'tat le 



NOTES DU LIVRE XI. 221 

plus simple que comporte son mode d'organisation , la nature 
inpuisable a commenc un nouvel embranchement , celui des 
articuls , en introduisant successivement dans l'conomie ani- 
male un nouvel ordre d'organes entirement diffrens de ceux 
qu'elle abandonne , et modifiant considrablement ceux qu'elle 
conserve. 

Examinant plus particulirement l'anatomie des insectes pro- 
prement dits , M. Straus a essay de l'assujettir aux mmes prin- 
cipes que l'anatomie humaine. Il a compt et dcrit deux cent 
quarante-six pices dans la charpente solide du hanneton , nom- 
bre suprieur de seize paires celui des os du squelette humain. 
Par la diversit des appareils et la combinaison de leurs mou- 
vemens , il a fait voir que l'articulation de l'aile de cet insecte 
est un chef-d'ceuvrg de mcanique , dont rien n'approche dans 
le corps de l'homme ou dans celui d'aucun des grands animaux. 

Quant au second systme organique , on sait assez gnrale- 
ment que Lyonnet a dcrit et reprsent rellement plus de 
quatre mille muscles dans son anatomie de la chenille qui ronge 
le bois du saule, phalna cossus, L. , aujourd'hui cossus ligniperda. 
Ce nombre a toujours paru excessif, et capable de porter la con- 
fusion dans l'tude de l'anatomie. Lyonnet a en effet compt tous 
les muscles qui se rptent , et , en subdivisant les faisceaux 
l'infini, il semble avoir fait un organe de chaque fibre. M. Straus 
a mieux aim renoncer ce luxe de subtilit , pour se rapprocher 
du langage ordinaire : il n'a dcrit effectivement que deux cent 
quatre-vingt-huit muscles dans le hanneton, et trois cent quatre- 
vingt-seize dans l'araigne aviculaire , sans compter les chefs , 
qui se runissent en un seul. 

Sous ce rapport, il faut l'avouer, notre organisation est plus 
complique ; mais on ne sera pas peu tonn , sans doute , en ap- 
prenant que la presque totalit des muscles de l'insecte est en- 
tirement renferme dans la tte et le thorax , qui ont si peu de 
longueur. 

L'appareil du systme digestif prsente les organes mastica- 
teurs plus compliqus, chez les crustacs surtout, que chez 
l'homme , et un canal alimentaire extrmement tortueux dans 
plusieurs espces. On y trouve un pharynx, un sophage, un jabot 



222 NOTES DU LIVRE XI. 

succentnr , le jabot propre , et un intestin divis en duodnum , 
colon et rectum. Il est partout accompagn d'un foie simple ou 
multiple, avec des organes salivaires et rnaux. 

Les organes gnitaux existent chez tous les animaux articuls. 
Ils y sont souvent composs d'un plus grand nombre de glandes 
scrtoires que chez les grands animaux. 

La fonction de la respiration s'y opre par la voie des tra- 
ches , c'est--dire des milliers de canaux replis de mille ma- 
nires , qui transportent de l'orifice des stigmates la surface du 
corps , dans toutes les parties de l'insecte , l'air qui sert la 
rgnration du sang. Chez les crustacs et plusieurs autres, 
cette fonction se fait par la voie des branchies , la manire des 
poissons : dans la principale division des arachnides , par des pou- 
mons , comme chez l'homme. 9 

Plusieurs physiologistes ont ni l'existence du cur dans les 
insectes , parce que , dsesprant de pouvoir expliquer comment 
il sert la circulation du sang , ils ont cherch lui assigner 
d'autres fonctions. M. Straus , suivant les dgradations de cet 
organe jusqu' la classe des insectes , y dmontre le cercle de 
la circulation , dont la principale partie est un cur en forme de 
vaisseau (vaisseau dorsal). 

Cet anatomiste dcrit, avec la mme mthode qu'on emploie 
dans l'anatomie humaine, tous les nerfs des insectes, dont, 
observant les filets jusqu' la fibre lmentaire , Lyonnet a lev 
le nombre une incroyable quantit. Il fixe vingt-quatre 
paires environ le nombre des nerfs rels qui partent de la moelle 
pinire et du cerveau , par une origine semblable , dans les plus 
grands animaux et dans ces tres si petits , si voisins du nant, 
o la main du Tout-Puissant clate avec tant de grandeur. 

L'anatomie microscopique a dmontr que les yeux du han- 
neton sont forms par la runion de plus de dix-sept mille yeux 
simples, et beaucoup au del chez plusieurs autres espces. 

Le sige des autres sens dont sont pourvus les insectes n'est 
pas encore bien connu aujourd'hui. 

11 est vraisemblable que le sens du toucher rside dans la patte 
de l'insecte, comme dans la main de l'homme. Le sige de Toue 
est peut-tre aux antennes; et quant l'odorat, M. Straus 



NOTES DU LIVRE XI. 22^ 

vient de dcouvrir l'orifice des stigmates , toujours ouvert 
l'air ambiant , un appareil en forme de caisse , qui fait croire qu'il 
en est le sige. 

Du reste , les insectes peuvent tre dous de quelque sens qui 
manque l'homme , et dont par consquent nous ne saurions 
avoir aucune ide. Do. 

Page 4-j ligne 2. In culice? Culex pipiens, L. , vulgairement le 
cousin. G. CuviER. 

Ligne 5. Truculentam llam et portione maximam vocem. Il n'est 
personne qui n'ait entendu les sifflemens aigus que produit le vol 
du cousin. G. C. 

Ligne 9. Telum. La trompe du cousin se compose d'un tube 
membraneux cylindrique, termin par deux lvres, et renfermant 
cinq soies cailleuses et pointues , produisant l'effet d'un aiguil- 
lon. Voyez-en la figure (RAUMUR, Mm. pour servir Thist. 
des insectes , tom. v, pi. 4-2). Le tube suce le sang quand l'aiguil- 
lon a ouvert le vaisseau. G. C. 

Ligne i3. Teredini. Le iaret {teredo navalis , L. ). Comme 
on le voit liv. xvi , chap. 80. Ce n'est pas un insecte , mais un 
mollusque de forme allonge , qui pntre dans les bois enfoncs 
sous l'eau , et s'y creuse des conduits au moyen des deux valves 
de sa petite coquille. Il est la perte des pieux, des vaisseaux, etc. 
11 a menac l'existence de la Hollande. 

Cependant Pline n'attachait pas un sens trs-fixe au mot te- 
redo , quoique au livre xvi , chap. 80, il dise expressment que 
les tarets ne sont redoutables qu'aux bois plongs dans la mer : 
ll iantum in mari sentiuntur ; nec putant aliam proprie dici posse 
teredinem: car au livre VIII, chap. 7^, il rapporte comme un fait 
surprenant qu'une prtexte , qui datait du temps de Servius 
Tu I lins, n'ait pas ressenti les injures des teredo : Nec teredinum 
injurias sensisse annis D LX. On pourrait donc croire , jusqu' un 
certain point , que Pline , dans le passage qui nous occupe , a 
parl de l'insecte qui perce les poutres des appartemens , et non 
du teredo marin, queThophraste a dcrit ainsi : Ou ykp ylverat 
Tepnfav , ctxh' v t Sa.xa.Tl>!. EV7/ <T t) Ttptifcv tg> p.v 
neyet , ftiKpv. Keqaxhv S" %ei {j.sy.xtiv ko.) qS'qvtcis. (Hist. 
des Plantes , liv. V, p. 52 1 , dit. d'Amst. , i6440 G. C. 



a*4 NOTES DU LIVRE XI. 

II , page 6 , ligne 2. Insecta mxdti negarunt spirare. Les insectes 
respirent par des orifices nomms stigmates , percs le long des 
cts de leur corps , et qui laissent pntrer l'air dans des tra- 
ches ou vaisseaux lastiques qui , en se ramifiant l'infini , le 
conduisent sur tous les points du corps. Le corps de l'insecte 
est en quelque sorte tout entier un poumon. G. CuviER. 

Ligne 9. Vocem esse his negant. Les diffrens bruits , chants , 
bourdonnemens que les divers insectes font entendre ne sont 
pas des voix proprement dites, en ce qu'ils ne sont pas produits 
par l'air sortant par un larynx, mais bien par le frottement ou 
le choc de quelques-unes de leurs parties solides les unes contre 
les autres. Dans les cigales , c'est un instrument particulier, la 
base de l'abdomen ; dans les grillons , le frottement des cuisses 
contre les couvertures des ailes ; dans les cousins , le frottement 
de ses ailes dans l'air ; dans le crambyx , le frottement du cor- 
selet contre l'abdomen , etc. G. C. 

Ligne 22. Sangunem non esse. Les insectes , comme tous les 
autres animaux , ont un fluide nourricier qui leur tient lieu de 
sang; mais il est blanc, et ne circule point dans un systme de 
vaisseaux. 11 transsude de leur canal intestinal , et baigne toutes 
leurs parties ; cependant M. Carus a observ une certaine rgu- 
larit dans ses mouvemens. G. C. 

Ligne a^. Sepi in mari sanguinis vicem alramentum. L'encre 
de la sche n'est pas du sang, mais. une liqueur excrmentitielle. 
Ce mollusque a du sang nanmoins , et un appareil circulatoire 
trs-complet. Ce sang est transparent et bleutre. G. C. 

Page 8, ligne 1. Purpurarum generi infector ille suais. La 
pourpre est aussi une liqueur excrmentitielle, et non pas le sang 
du murex ; son vrai sang est transparent , comme dans tous les 
mollusques. G. C. 

III , page 8 , ligne 7. Insecta non videntur nervos habere. 

Quelque sens qu'ait ici le mot nervi, la proposition est inexacte. 
Tous les insectes ont un cerveau , une espce de moelle pinire 
et des nerfs. Leur moelle est un cordon nerveux double , qui 
rampe le long du ventre , et a , d'intervalle en intervalle , des 
nuds d'o partent les rameaux nerveux. G. C. 



NOTES DU LIVRE XI. 5 

Page 8 , ligne 8. Nec pinguia. Les insectes ne sont point d- 
pourvus de graisse , et mme dans leur premier tat , celui de 
larve , ils en ont une grande quantit , qui doit leur servir de 
provision et d'aliment pendant qu'ils seront l'tat de chry- 
salide. G. Cuvier. 

Ligne g. Nec carnes. Les insectes ont de la chair , c'est--dire 
des muscles pour leurs mouvemens , comme les animaux sup- 
rieurs ; il suffit pour s'en convaincre d'ouvrir le corselet d'un 
scarabe ou les cuisses d'une sauterelle. Cette chair est fibreuse 
comme toute autre , mais sa couleur est blanche comme celle de 
leur sang. G. C. 

Lign en. Corpus... siccius.... quam durius. Et hoc solum his est. 
Pline ne dcrit l que l'enveloppe membraneuse ou corne qui 
tient lieu la fois , aux insectes , de peau et de squelette ; mais 
cette enveloppe contient l'intrieur des viscres, des traches, 
des nerfs , en un mot, une organisation trs-complique et trs- 
admirable. Voyez le Trait de Lyonnet sur la chenille du bois de 
saule, et celui de M. Straus sur le hanneton. G. C. 

IV, page 10 , ligne 1. De apibus. L'conomie des abeilles est 
dcrite ici avec plus d'loquence que d'exactitude. N'ayant pu les 
observer qu'au travers de ruches de cornes , et n'y ayant pas 
mis une grande suite , les anciens ont laiss chapper plusieurs 
faits ; ce qui est d'autant plus excusable , que la patience des 
modernes n'est mme parvenue en dcouvrir quelques-uns 
que dans ces dernires annes , Schirach et Huber ayant ajout 
beaucoup ce que Raumur avait constat. G. C. 

VI , page i4-t ligne 1. Commosn... pissoceron... propolin. Quel- 
ques manuscrits portent commisin ; l'dition de Parme offre le 
diminutif mityn. Dans Aristote, chez qui Pline a emprunt pres- 
que tout ce qu'il dit des abeilles , on lit ( llist. des anim. , liv. ix, 
chap. 64 ) Kvva-i ; mais dans Hsychius ( Lexicon , p. 546 ) on 

trouve K6/xjua>o-is <srb rv /uexiorovpyav w rov rjuimv S'ik- 

npKrts. Aristote ( Ibidem. ) parle aussi du mitys , qui est comme 
un sdiment noir et d'odeur forte , dont les abeilles se servent 
pour garnir l'ouverture de leur ruche , usage peu prs sem- 
viri. i5 



17.G NOTES DU LIVRE XI. 

blable celui du commosis ou x.vv<rts, qui signifie matire gom- 
meuse , en latin gummilatio. Aristote parle comme Pline du 
Tio-o-Mpo (poix-cire), dont Virgile a dit (Gorg., IV, v. ^o): 

... Collectumque haec ipsa ad munera gluten 

Et visco et Phrygiae servant pice lentius Id ; 

mais il cite en outre (Hist.des anim. , liv. v, ch. 22) la Mo-arts, 
que Camus traduit par propolis. Pline rduit donc trois le nom- 
bre des enduits dont les abeilles recouvrent l'intrieur des ruches. 
et qu'Aristote portait quatre. 

Selon Raumur ( Mm. pour serir Thist. des insectes, V, 
p. 437 ) , ces substances ne sont que diverses varits de la pro- 
polis , matire gommeuse diffrente de la cire , et que les abeilles 
emploient boucher les fissures de leurs ruches. Elle est de dif- 
frentes couleurs et de diffrentes consistances. G. Cuvier. 

VII, page i4? ligne i3. Erithace.... sandaracam.... cerinihum.... 
opium, dum operantur, cibus. Ce sont diffrens mlanges de pollen 
des fleurs dont les abeilles se nourrissent. G. C. 

Varron {De re Rustica , lib. III , cap. 16 ) et Aristote (Hist. 
des anim., liv. v, ch. 19 ; et liv. ix , ch. 64.) parlent de l'ri- 
thaque. Ce dernier dit que les abeilles portent la cire et l'ritha- 
que avec leurs cuisses. Aristote (liv. IX, ch. 64 ) dit que la san- 
daraque approche de la cire pour la duret , et que le crinthe , 
qui est un des alimens de l'abeille , est d'une qualit infrieure 
au miel. Hsychius (Lexic. , p. 525) regarde comme une seule 
matire Trithaque et le crinthe : KptvQos , dit-il , m xsyofivn 
iptxKtt , k<rfi Ts T/>o<pi riv tFa.petrlevToi.1 ea.VTtt.7s < /iSxia-a-eu. 

V11I , page 16 , ligne 2. Ceras ex omnium arborum satorumque 
floribus confingunt. Suivant les dcouvertes de M. Huber fils , la 
cire se scrte dans des poches de la face interne des demi- 
anneaux infrieurs de l'abdomen de l'abeille , et en sort en forme 
de lames : c'est une laboration du miel que l'abeille a digr. 

G. C. 
X , page 18, ligne g. Quibus est earum adolescentia , ad opra 
exeunt, et supradicta comehunt : seniores intus operantur. M. Huber 



NOTES DU LIVRE XI. 7 

a dcouvert qu'il y a deux classes d'abeilles neutres : les ou- 
vrires, qui vont au dehors chercher des matriaux et les mettent 
en uvre ; et les nourricires , qui sont plus petites , et de- 
meurent dans la ruche pour prendre soin des larves. G. CuviER. 

Page 18, ligne 16. Alice cibum comparant ex eo , quod adlatum 
est. Le miel suc dans le fond de la corolle des fleurs , et dpos 
dans le premier estomac de l'abeille, y subit une prparation, aprs 
quoi il est vers dans la cellule qui doit le recevoir. G. C. 

Page 22, ligne i. Domos.... plebei.... regibus.... fucis. Les trois 
sortes de loges sont ncessaires, et ne dpendent pas du plus ou 
moins d'abondance. 

Ce que Pline nomme plcbs consiste dans les abeilles ouvrires 
ou neutres , qui constituent la grande masse de la population , 
et qui ne sont que des femelles dont le sexe ne s'est pas dve- 
lopp , faute de la nourriture ncessaire pour cela , qui ne se 
donne qu'aux individus destins devenir des reines. 

Ces reges ou ces rois devraient plutt tre appels reines. Ce 
sont les femelles dont les larves ont t leves dans des cel- 
lules d'une forme et d'une grandeur particulires , et dont une 
nourriture plus abondante et plus dlicate a dvelopp les or- 
ganes sexuels. Elles sont destines reproduire l'espce. Il ne 
doit y en avoir qu'une par ruche. Celles qui closent ensuite 
sont mises mort , ou deviennent les chefs des essaims destins 
peupler de nouvelles ruches. 

Les fuci sont les mles qui doivent fconder la femelle ou la 
reine de la ruche. G. C. 

XI , page 7,2 , ligne 6. Fuci , sine aculeo. Il est vrai que l'ai- 
guillon est propre aux femelles et aux neutres , c'est--dire aux 
ouvrires ; mais les fuci ne sont pas pour cela des abeilles im- 
parfaites , ce sont les mles de l'espce , comme nous venons 
de le dire. G. C. 

Ligne g. Tardantes sine cementia puniunt.... Quum mella cce- 
perunt maturescere , abigunt. hesfuci ne travaillent point , si ce 
n'est la fcondation des reines. Vers l'automne , quand cette 
fcondation est consomme, les ouvrires les chassent, et ils p- 
rissent misrablement. G. C. 

ID. 



228 NOTES DU LIVRE XI. 

Page 22 , ligne 12. uo major eonan fuit multitudo , hoc major 
fiel examinum provehtus. On voit que les anciens s'taient aperus 
de quelque influence de la part des fuci sur la multiplication de 
l'espce. G. Cuvier. 

XII , page 24. , ligne 2. Regias. La cellule qui doit contenir 
la larve d'une future reine est toute diffrente des autres , bien 
plus grande, en forme d'ampoule suspendue sur le ct du rayon, 
et souvent au bas de ce rayon , comme une stalactite. Les abeilles 
fournissent cette larve une nourriture plus abondante et plus 
substantielle. G. C. 

Ligne 5. Sexangul omnes cell , singulorum e pedum opre. 
Le rapport du nombre des pans des cellules avec celui des pieds 
des abeilles est purement accidentel. Les abeilles les construisent 
principalement avec les mchoires. Leur figure hexangulaire est 
la plus convenable pour perdre moins d'espace et moins de cire. 
Il en est de mme des trois rbombes qui forment le fond de la 
cellule ; et mme Knig et Cramer ont prouv, par le calcul des 
maxima et minima , que l'inclinaison de ces rbombes est telle 
qu'il fallait pour arriver au maximum d'conomie et de place. 

G. C. 

Ligne g. Venit hoc ex are. La matire premire du miel est une 
excrtion du fond du calice ou de la corolle des fleurs. Les abeilles 
vont l'y recueillir au moyen d'une trompe dlie. G. C. 

XVI , page 34 , ligne 11. Apium enim coitus visus est num- 
quam. La reine des abeilles s'accouple dans le haut des airs, au 
commencement de l't , et rentre dans la ruche pour y pondre. 
Une seule fcondation suffit pour les ufs innombrables qu'elle 
ne cesse de dposer dans les cellules pendant tout l't , et 
mme , ce qu'on croit , pendant les annes suivantes. Les 
abeilles ouvrires , n'ayant point le sexe dvelopp , ne s'accou- 
plent jamais. G. C. 

Ligne i4> Hune esse solum marem. C'est au contraire la seule 
femelle. G. C. 

Page 36 , ligne 2. Oestrus vocatur hoc malum. 11 parat que 
ceux dont Pline emprunte cette observation ont voulu parler 



NOTES DU LIVRE XI. 229 

des/uci, ou des mles dont ils ne connaissaient pas bien la na- 
ture. G. Cuvier. 

Page 36 , ligne /,.. Gallinarwn modo incubant. Les abeilles 
prennent soin de loger les ufs , mais ne les couvent pas prci- 
sment. G. C. 

Quod excusum est , primwn vermkulus. C'est le premier tat 
de l'insecte , la larve. G-. C. 

Ligne 7. Rex statim penniger. Cela n'est point exact : la 

reine commence par tre une larve , ainsi que toutes les autres 
abeilles, et mme c'est une larve d'abeille ouvrire qui, choisie, 
place dans une cellule plus grande , et nourrie autrement , d- 
veloppe son sexe et devient reine. G. C. 

Ligne 9. Njmphcc. Les nymphes ou chrysalides sont l'tat in- 
termdiaire entre celui de larve et l'tat parfait. Le pins grand 
nombre des insectes, quand il est dans cet tat, perd toute mo- 
bilit. La reine des abeilles est oblige d'y passer comme ses 
sujets. G. C. 

Ligne 1 5. Ruptis membranis , qu singulos cingunt. La nymphe 
a les mmes membres que l'insecte parfait , aux ailes prs , qui 
ne sont pas encore dveloppes ; mais ces membres sont replis 
et envelopps d'une membrane que l'insecte dchire pour se mon- 
trer au dehors. G. C. 

Ligne 23. Regemque juvenem qualis turba comitatur. Chaque 
essaim est conduit par une reine , mais souvent c'est l'ancienne 
reine de la ruche qui part avec lui. Quand deux reines s'y 
trouvent , l'essaim se partage. Quelquefois l'une des deux divi- 
sions , se trouvant trop petite , abandonne la reine qu'elle avait 
suivie , pour se joindre l'autre. G. C. 

Page 38 , ligne 2. Deterrimos necant. Ce ne sont pas les 
abeilles neutres qui tuent les reines surnumraires , mais les 
reines elles-mmes , lorsqu'il en clt dans une ruche plusieurs 
la fois. Elles se livrent des combats outrance. La premire 
reine closc va mme dtruire dans leurs cellules celles qui ne 
le sont pas encore. Si Ton introduit dans une ruche une reine 
trangre , la reine rgnante se jette sur elle ; mais si , aprs 
avoir priv les abeilles de leur reine , on attend vingt-quatre 



2*o NOTES DU LIVRE XI. 

heures pour leur en donner une autre , elles l'accueillent bien. 

{Voyez HuBER, Observ., I , p. 169 et suiv.) G. CuviER. 

Page 38 , ligne 4- Forma.... quant ceteris major, penn breviores. 
La reine des abeilles est plus grande que les mles et que les neutres ; 
et son abdomen , qui est rempli d'oeufs , est plus long propor- 
tion, ce qui fait paratre ses ailes plus courtes. G. C. 

Ligne 8. Il y a quelques additions d'imagination dans cette 
description des fonctions de la reine ; mais , au total , elle est 
exacte. G. C. 

XVII , page 38 , ligne i5. An dederit eum quidem natura. La 
reine des abeilles a un aiguillon comme les abeilles neutres , 
mais elle s'en sert plus rarement, et parat en tout d'un naturel 
plus tranquille. G. C. 

XVIII , page 4- 2 1 ligne i5. Ex aliis spe dimicant causis. 

Ces combats ont t dcrits par plusieurs observateurs , surtout 
par Raumur ( tome IV ). La plupart ont pour but de repousser 
des essaims trangers , qui veulent se loger dans des ruches dj 
habites. On voit aussi des luttes acharnes entre les indivi- 
dus. G. C. 

XIX , page 4-4 ligne 12. Ad unum ictum hoc infixo , etc. L'ai- 
guillon de l'abeille , ayant des dentelures recourbes en arrire , 
est souvent retenu dans la piqre qu'il a faite , et alors l'insecte 
prit , parce qu'il est dchir. Il ne se change point en fucus. 
Nous avons dit que le fucus n'est que l'abeille mle. G. C. 

Ligne 17. Est in exemplis , eqnos ab iis occsos. On vient de 
publier rcemment encore, dans les journaux, qu'un essaim d'a- 
beilles , en se jetant avec fureur sur des chevaux et sur des 
hommes , les a fait prir. G. C. 

Ligne 2 1 . Natur ejusdem dgnres vesp , atque crabrones. 
Les gupes et les frelons sont des insectes cruels , de la mme 
classe que les abeilles , mais non pas des dgnrations de leur 
espce. Il est trs -vrai qu'ils leur livrent une guerre acharne. 

G. C. 

XX , page 4-6, ligne 16. Rege... consumpto mret plebs. La pr- 



NOTES DU LIVRE XI. rti 

sence de la reine est le stimulant ncessaire de l'activit des 
neutres. La reine morte ou enleve, toute la ruche se disperse 
bientt , moins qu'on ne la ferme lorsque dj il y a des larves 
closes. Les abeilles alors choisissent une de ces larves , lui con- 
struisent une cellule royale, et lui donnent la nourriture n- 
cessaire pour dvelopper son sexe et en faire une reine. 

G. Cuvier. 

Page 48, ligne 4- Cleron vocant. Claros est, comme on voit, 
un nom de maladie. Linnseus en a fait le nom d'un insecte dont 
la larve pntre dans les rayons, et attaque les larves des abeil- 
les. G. C. 

XXI , page 4-8 , ligne 10. Papilio , etc. C'est la teigne des 
ruches , dont la chenille creuse dans la cire des canaux qui tra- 
versent les rayons , et s'y tisse une enveloppe de soie avant de 
se mtamorphoser. Il y en a deux espces (phalcena tinea mello- 
nella , L. , et phalna tortrix Cereana , L. ). G. C. 

Ligne 17. Oleo quidem non apes tantum , sed omnia insecla 
exanimantur. L'huile tue tous les insectes , en bouchant leurs 
stigmates et en les empchant de respirer. G. C. 

XXII , page 5o , ligne 11. Vita eis septenis annis universa. 

Alvos numquam ultra decem annos durasse. Il est fort douteux que 
les abeilles vivent aussi long-temps, et l'on a russi conserver 
des ruches trente ans et au del. G. C. 

XXIII, page 5o , ligne 18. 11 n'est pas ncessaire de dire 
que , malgr l'autorit de Virgile , ce chapitre entier est fa- 
buleux. G. C. 

XXIV, page 52 , ligne 6. Vesp... crabrones. Les gupes con- 
struisent souvent sous des toits , mais il y en a aussi qui con- 
struisent sous terre. Les frelons construisent souvent dans des 
creux d'arbre. G. C. 

Ligne 8. Sexangu cell. Elles sont en effet en prisme hexa- 
gone , mais leur fond n'est pas , comme celui des abeilles , en 
pyramide tridre. . G. C. 

Cera autan corticea et araneosa, La matire des ruches des 



a3* NOTES DU LIVRE XI. 

gupes et des frelons n'est pas de la cire , mais les fibres du 

bois ou de l'corce des plantes. G. Cuvier. 

Page 52 , ligne 9. Ftus ipse inqualis. On trouve en effet dans 
les gupiers des petits en diffrens tats, mais cela a lieu aussi dans 
les ruches. G. C. 

Ligne 12. Vesp , qu ichneumones , etc. L'auteur dcrit ici 
l'industrie d'un genre d'insectes appels sphex par Linnaeus , qui 
enterrent avec leurs ufs des insectes qu'ils ont blesss , et qui 
doivent servir de pture leurs larves quand elles seront closes. 

G. C. 

Page 54- , ligne 2. Opifices maires. Ceci est encore trs- 
bien observ. Une gupe femelle pleine , chappe de l'hiver , 
commence son nid; elle y pond des ufs dont les produits sont 
des individus neutres et plus petits , qui l'aident l'agrandir: 
pendant tout l't il n'en nat pas d'autres. Ce n'est qu'en au- 
tomne qu'il se produit des mles et des femelles , et quelques- 
unes de ces dernires seulement perptuent l'espce au printemps 
suivant. G. C. 

Ligne 4- H et clmentes. Ce ne sont pas les femelles , mais les 
mles , qui manquent d'aiguillons. G. C. 

Ligne 1 1 . Nec crabronum autem , nec vesparum generi reges. La 
socit des gupes n'est point monarchique. 11 y a plusieurs mles 
et plusieurs femelles la fois. G. C. 

XXV, page 54- , ligne i5. Quartum inter hc genus est. Cette 
phrase annonce qu'il va parler encore d'insectes de la famille 
des abeilles et des gupes, ou , comme on les nomme, d'hy- 
mnoptres. G. G 

Bombycum, in Assyria proveniens.... Nidos luto fingunt , salis.... 
adplicatos lapidi... In Us et ceras , etc. Dans ce peu de mots , Pline 
dcrit fort bien l'industrie des abeilles maonnes , qui construi- 
sent leur nid contre un mur, en terre et en sable bien masti- 
qu , lequel ne contient que quelques cellules ovales bien plus 
grandes que celles des abeilles communes , et dont chacune con- 
tient une larve avec sa provision d'alimens. Aristote raconte 
peu prs les mmes faits (liv. v, ch. 2^.) > mais il ne les trans- 
porte point en Assyrie. G. C. 



NOTES DU LIVRE XI. a33 

XXVI , page 56 , ligne 2. Et alla horum origo , etc. Dans cet 
endroit , emprunt aussi d'Aristote ( liv. v, ch. 19), Pline d- 
crit un animal d'un tout autre genre que le prcdent , un v- 
ritable ver soie , d'abord chenille , puis chrysalide , et enfin 
papillon ; mais il y a quelque confusion , puisque c'est sa 
premire forme , celle de ver , qu'il attribue des cornes , 
c'est--dire des antennes , qui n'appartiennent qu'au papillon. 
Il multiplie aussi les formes au del du vrai , car il n'y en a que 
trois comme dans tous les insectes. Quoi qu'il en soit , ce pas- 
sage nous apprend que , ds avant Aristote , on filait dans la 
Grce la soie d'une chenille pour en faire des toffes. 

G. Cuvier. 

XXVII , page 56 , ligne 1 1 . Bombycas et in Co , etc. Ce cha- 
pitre prouve encore que l'on tirait parti de la soie des chenilles de 
la Grce, et mme, ce qu'il parat, de celles de quatre arbres 
diffrens , le chne , le frne , le cyprs et le trbinthe. Quelque 
obscurit qu'il y ait dans la description de ces insectes et de leurs 
mtamorphoses , on ne peut douter que ce ne fussent des che- 
nilles. Aujourd'hui celle du mrier blanc, apporte Constan- 
tinople du temps de Justinien, a fait ngliger toutes les autres, 
parce que sa soie est plus belle, plus facile dvider , et que l'on 
peut en recueillir une plus grande quantit. C'est peut-tre celle-l 
dont Pline dit, la fin du chapitre, qu'on laisse encore le bom- 
byx d'Assyrie aux femmes. G. C. 

XXVIII , page 58, ligne i4- Luporum. Les araignes-loups, qui 
chassent aux mouches en courant ou sautant aprs elles , et ne 
font de toile que pour envelopper leurs ufs, qu'elles portent 
avec elles. G. C. 

Ligne 20. Qudam inlus lanigera fertilitas. Pline a souponn 
la vrit. Les modernes ont dcouvert et dcrit, dans les plus 
petits dtails, l'appareil dont la nature a pourvu l'araigne pour 
fabriquer sa toile ; Roesel, surtout, en a donn de trs -bonnes 
figures. 

J'emprunte au naturaliste franais Olivier la description qu'il 
<n a faite ( Encjcl. mthod. in-4. , Insectes , tom. I ) , d'aprs- 
Raumur: 



M * 

a34 NOTES DU LIVRE XI. 

Toutes les espces d'araignes, tant le mle que la femelle , 
ont , pour la fabrication de leur toile , un appareil fort com- 
pliqu , que la nature a dparti elles seules. A la partie post- 
rieure du corps , prs de l'anus, on voit quatre mamelons qui 
se meuvent dans tous les sens , plus ou moins apparens suivant 
les espces, beaucoup plus gros et plus saillans dans les araignes 
fileuses que dans les chasseuses. L'extrmit de ces mamelons 
est arrondie : vue au microscope , elle parat crible de petits 
trous , peu prs comme la tte d'un arrosoir. Dans les arai- 
gnes de la premire famille , elle est hrisse d'une infinit de 
petites parties allonges , de figure conique , perces , chacune 
leur extrmit , d'un trs-petit trou. Ce sont l les filires d'o 
sort cette prodigieuse quantit de fils trs-fins et trs-dlis dont 
l'ensemble , qui va quelquefois au del de mille , ne forme ce- 
pendant qu'un fil encore trs-mince et trs-fin. 

Les rservoirs de la matire soie , qui se trouvent dans 
l'intrieur du corps , sont au nombre de six grands et deux pe- 
tits ; les premiers , en forme d'intestins , placs les uns ct 
des autres, et recourbs six ou sept fois dans l'espace qui s'tend 
entre l'origine du ventre et les mamelons , o ils aboutissent. 
Ils sont presque de grosseur gale dans toute leur tendue ; 
mais , vers les mamelons , ils se terminent en un filet trs-mince. 
A la base de ces six rservoirs sont les deux petits , de la figure 
d'une larme de verre , et placs , un de chaque ct , sur une 
ligne oblique. Ces deux petits rservoirs communiquent avec les 
grands par des branches qui se recourbent un grand nombre de 
fois , et forment ensuite un lacis inextricable. Il parat que c'est 
dans les deux rservoirs en forme de larmes que se ramasse et se 
prpare d'abord la matire visqueuse qui doit fournir la soie ; les 
autres ne sont destins qu' la contenir ou lui faire subir un 
dernier degr de perfection. 

Les toiles des araignes n'ont pas toutes la mme figure ni 
la mme solidit , quoiqu'elles soient galement propres ar- 
rter les insectes qui s'y laissent prendre. Les unes sont une 
espce de filet trs-lche, d'une figure spirale rgulire; quel- 
ques autres ne sont composes que de fils tendus dans tous les 
sens et sans aucun ordre apparent ; d'autres enfin ressemblent 



NOTES DU LIVRE XL 35 

une espce de tapis , d'un tissu serr , tendu sur un plan ver- 
tical. 

Les toiles du premier genre appartiennent aux araignes ap- 
peles tendeuses , et dont le travail est le plus industrieux. Elles 
tendent leurs toiles verticalement entre les rameaux des arbres , 
et quelquefois au dessus d'un foss ou d'un ruisseau. Pour expli- 
quer comment elles parvenaient attacher leurs fils de l'un 
l'autre bord , Lister a prtendu qu'elles les lanaient par une 
sorte d'jaculation , peu prs , dit-il , comme les porcs-pics 
lancent leurs piquans , avec cette diffrence cependant que les 
piquans du porc-pic se dtachent entirement de son corps , 
tandis que les fils de l'araigne, quoique pousss au loin, restent 
attachs au corps de l'animal. Mais la chose ne se passe pas ainsi ; 
et le vent , ou l'agitation de l'air, auquel l'araigne confie ses 
fils , en est le principal agent. L'araigne , ayant tir de ses ma- 
melons un fil plus ou moins long , suivant la distance qu'il y a 
d'une branche l'autre , ou suivant la largeur du foss , laisse 
flotter au gr du vent son fil , qui ne tarde pas se coller contre 
quelque branche par son gluten naturel. L'araigne le tire 
elle de temps en temps , pour reconnatre s'il est attach quelque 
part : elle bande alors ce fil , et elle le fixe l'endroit o elle se 
trouve. Elle rpte la mme opration lorsqu'elle a besoin d'en 
tendre un autre un peu plus bas , aprs quoi elle passe l'autre 
bord, par le moyen de ces fils , qu'elle attache alors aux endroits 
qui lui paraissent les plus convenables, et qu'elle double et triple 
pour leur donner plus de solidit. Lorsqu'elle a ainsi tendu deux 
fils paralllement , l'araigne achve sans peine l'artifice dlicat 
dcrit avec tant de perfection par le naturaliste romain. 

Les toiles du deuxime genre , excutes par les araignes 
nommes filandires , ne prsentent aucune difficult, et je les 
passe sous silence. 

Homberg {Mm. de VAcad. des sciences , ann. 1707, p. 34-3 ) 
a dcrit la manire dont les araignes dites tapissires , parmi 
lesquelles est l'araigne domestique , ourdissent leurs toiles , 
qu'on a compares des tapis. C'est principalement en arrtant 
et fixant leurs fils , par le moyen de la matire visqueuse , aux 
parois des murs qui font l'angle. Cette matire est bien abon- 



a 36 NOTES DU LIVRE XI. 

dante dans la nature, puisque les corps dsigns sous le nom de 
fds de la Vierge sont aussi des toiles d'araignes. Do. 

XXIX , page 62 , ligne 8. Aranei conveniunl clunibus. La g- 
nration de l'araigne ne ressemble point ce qui a lieu dans 
les autres parties du rgne animal. 

L'observation attentive a dmontr que , dans cette espce , 
le mle fconde la femelle l'aide des palpes qu'il introduit dans 
la vulve de la femelle , situe sous la partie antrieure de l'ab- 
domen. 

Au dernier article des deux palpes se trouve une grosse pice 
terminale en forme de massue, corne chez quelques-uns, spon- 
gieuse chez d'autres, et qui manque aux palpes de la femelle. 

Quoique les organes mles soient doubles , il n'y a qu'une 
vulve, qui conduit deux ovaires par autant de conduits tubu- 
leux plus ou moins rapprochs. 

Dans la copulation , l'introduction des deux pnis est alter- 
native, et se fait d'une manire si instantane, qu'elle ressemble 
un simple contact : tant est grande la frayeur du mle l'ap- 
proche de la femelle! 

M. Straus reconnat, dans ses Considrations gnrales, la v- 
rit de tous ces points , tablie dj par ses devanciers. Il reste 
encore dcouvrir les testicules et les vaisseaux sminifres de 
l'araigne , sur laquelle il a entrepris un travail considrable. 
Puissent ses occupations lui permettre de nous faire bientt part 
de cette dcouverte ! 

Il est peu de naturalistes , dans les temps anciens et modernes, 
qui ne se soient occups de l'araigne. Lesser , dans sa Thologie 
des insectes y s'tend sur la gnration des araignes. Clerck, na- 
turaliste sudois du commencement du dix-huitime sicle, est 
regard comme le premier qui ait reconnu les palpes pour or- 
ganes sexuels mles. Frich , naturaliste allemand ., a aperu la 
vulve. Lister et De Ger dcrivent ces parties. Ce dernier auteur, 
Raumur et Lyonnet ( notes sur la Thologie des insectes ) d- 
crivent aussi l'accouplement des araignes. Olivier ( Encyclop. 
mthod.) dit que les mles , pour s'accoupler, font sortir un corps 
blanc de leurs palpes. M. Latreille appelle gane des organes 



NOTES DU LIVRE XI. a3 7 

mles ce que Fabricius et Olivier avaient dcrit sous le nom de 
lvre infrieure. 11 est vrai que rviranus , dans ces derniers 
temps , a prtendu que les organes mles occupent une place 
correspondante celle de la vulve ; mais M. Cuvier, dans la 
dernire dition du Rgne animal , rend aux palpes la fonction 
que leur avaient assigne tant d'observateurs ; et M. Straus, dont 
tous les savans connaissent l'habilet dans l'anatomie microsco- 
pique , soutient cette doctrine. Do. 

XXX, page 64., ligne 2. Scorpiones.... vermiculos ovorum specie 
pariunU Les scorpions font des petits vivans ; mais ils sortent 
blancs de leur corps , les queues et les pieds rapprochs en une 
masse ovale , ce qui a pu les faire prendre pour des vers. 

G. Cuvier. 

Ligne 4- Veneni serpentium , etc. La piqre du scorpion com- 
mun d'Europe n'est pas d'ordinaire trs-dangereuse ; cependant 
il y en a dans le Midi une espce rougetre qui fait plus de mal. 
Ce n'est gure que dans les pays chauds qu'habitent des espces 
dont le venin soit mortel. Mais il faut se souvenir que l'Afrique, 
l'Egypte et la Syrie sont du nombre des pays sur lesquels avaient 
crit les auteurs que Pline consulte. G. C. 

Ligne. 10. Venenum ah Us candidum. Suivant les naturalistes 
modernes qui ont publi l'anatomie du scorpion , et parmi les- 
quels je me contenterai de citer MM. Marcel de Serres , Lon 
Dufour et Straus , l'organe destin scrter l'humeur vn- 
neuse , revtu extrieurement d'une membrane assez paisse , 
occupe le dernier article de la queue , la base de l'aiguillon. 
Il est compos intrieurement de deux glandes jauntres, trs- 
adhrentes a la substance corne , et se prolongeant par un 
canal jusqu' l'extrmit de l'aiguillon , largi vers'sa base en 
une sorte de rservoir pour l'humeur scrte par les glandes. 
Elles sont composes d'une infinit de glandules arrondies , 
trs-serres les unes contre les autres , et communiquant en- 
semble. Il en rsulte un conduit excrteur, qui a son issue 
l'extrieur par l'aiguillon ; mais les vaisseaux qui apportent la 
glande les sucs ncessaires ne sont pas encore connus. Do. 

Ligne i5. Coitum Us iribuiu Les scorpions s'accouplent en effet. 



a38 NOTES DU LIVRE XL 

Les mles ont deux verges et les femelles deux vulves, places 
sous le thorax, prs des peignes. Les mles sont en gnral plus 
grles. G. Cuvir. 

Page 64 , ligne 19. Pluribus enim sena. C'est, en effet, le 
nombre gnral des nuds de la queue. 11 n'y en a sept que par 
une exception rare, mais qui ne parat pas devoir influer sur la 
force du venin. G. C. 

Ligne ai. Quibusdam inesse permets. Il n'y a point de scor- 
pions ails ; peut-tre Apollodore a-t-il voulu parler des pa- 
norpes ou mouches-scorpions , insectes quatre ailes , dont l'ab- 
domen s'allonge et se termine en une espce de pince qui imite 
un peu l'aiguillon de la queue du scorpion. Il est surtout pro- 
bable que c'est ces panorpes qu'on doit appliquer ce que 
Pline dit plus loin : Visuntur tamen aliquando in Italia , sed in- 
nocui. G. C. 

XXXI , page 68 , ligne 2. Stelliones. Le stellio des Latins est 
Yascalabos et V ascalabotes des Grecs , le lzard dans lequel 
Ascalabus fut chang par Crs. Nicandre (Theriac, v. 483) et 
Antoninus Liberalis (chap. 24) l'appellent ascalabos ; et Ovide 
( Mtam. , liv. v, v. 4^o et suiv.) , rappelant la mme fable , in- 
dique son nom latin de stellio : 

Aptumque colori 

Nomcn habet variis slellatus corpora gultis. 

Pline ( liv. xxix , ch. 4 ) dit que le stellio est appel par les Grecs 
ascalabotes , galeotes et colotes ; et cependant il annonce que ce 
stellion des Grecs est diffrent de celui d'Italie : In Italia non 
nascitur; est enim hic plenus lentigine , siridore acerbo , et yescitur, 
quce omnia a nostris stellionibus alina sunt. Il a agi conformment 
cette synonymie; car, dans les passages qu'il traduit d'Aristote 
ou de Thophraste , il rend galeotes par stellio , tout comme 
ascalabotes. Ainsi , dans le chapitre actuel , ce qu'il dit , que le 
stellion vit d'araigne , est attribu V ascalabotes par Aristote 
( liv. IX , ch. 1 ) ; mais la prcaution qu'a le stellion de dvorer 
sa peau quand il en change , de peur qu'elle ne soit utile aux 
pileptiques, que Pline rapporte (liv. vin, ch. 3i , et liv. xxx, 



NOTES DU LIVRE XL a3y 

cli. 10), est prise de passages d'Aristote (Hisl., Hv. VIII , ch. i5, 
17, 29 ; liv. iv , ch. 1 1 ; liv. IX , ch. 1 , 9 ) et de Thophraste 
( de Anim. invid. ) , qui tous les deux nomment l'animal dont il 
s'agit galeotes. 

Au reste , il n'y a pas de doute que le stellio ne soit l'espce 
de gecko commune en Italie , et que l'on y nomme tarentola , la 
tarente de Provence , ou le gechoite de Lacpde ; il est dans 
Gmelin , sous les noms de laceria Mauritanica et lacerta Turcica. 
En effet , cet animal a quelque rapport avec le camlon : il 
mange des araignes ( Pline, liv. xi , ch. 26) ; il a sur le dos 
des tubercules rangs avec ordre , que l'on peut avoir compars 
des toiles ( Ovide , Mtam. , liv. v, v. 4^o) ; il se tient dans les 
coins des murailles , des portes , dans les caves , les spulcres 
(Pline , liv. xxx, ch. 10 ) , et il est d'une forme assez trange 
et assez dplaisante pour qu'on ait pu lui attribuer les proprits 
singulires ou malfaisantes dont Pline parle en plusieurs endroits 
(liv. vin , ch. 3i ; liv. xi , ch. 25 ; liv. xxix, ch. 4- ; liv. xxx , 
ch. 10, etc.); il a surtout celle de marcher sous les plafonds , 
sous les branches (en s'y cramponnant), que le livre de Mirabil. 
auscult., cap. 12 , attribue kVascalabotes. La mme habitude est 
attribue par Aristophane (Nub. , v. 170) et par Plutarque 
( de Fac. in lund) au galeotes ; et c'est, avec la remarque du sco- 
liaste d'Aristophane sur ce vers , le seul appui que nous trou- 
vions l'assertion de Pline sur le sens de ce nom , car ni Aristote 
ni Thophraste ne disent que leur galeotes soit le mme que leur 
ascalabotes. Quant au colotes , il est presque certain qu'il en est 
diffrent , puisque Aristote le nomme peu de ligne de distance 
(Hist. , liv. IX , ch. 1). Aristote dit cet endroit que la mor- 
sure de Y ascalabotes est mortelle en quelques cantons de l'Italie ; 
le livre de Mirabil. auscult., cap. 160, dit la mme chose de ceux 
de Sicile, mais qu'en Grce cette morsure est faible. Pline au 
contraire (liv. VIII, ch. 4.9) dit qu'ils sont mortels en Grce, 
et innocens en Sicile. 

Il importe assez peu d'expliquer ces contradictions ; car , ce 
qui est certain , c'est que le venin du gecko n'est pas plus rel 
que celui de la salamandre ; il ne pourrait mordre un peu pro- 
fondment. Quand il marche sur la peau , il fait venir des am- 



a4o NOTES DU LIVRE XL 

poules , mais c'est probablement en la piquant avec ses ongles , 

qui sont excessivement dlis. G. C. 

XXXII , page 68 , ligne 6. Cicadis. Ce chapitre est emprunt 
d'Aristote , mais avec des modifications moins intelligibles que 
l'auteur primitif. 

Selon Aristote ( Hist. , liv. V, ch. 3o) , il y a de grandes ci- 
gales nommes achetas , qui viennent les dernires , disparaissent 
les premires ; et d'autres plus petites, nommes ietligonies , qui 
paraissent plus tt et disparaissent plus tard. 

Il ajoute que les grandes chantent, que les petites sont muettes, 
c'est--dire , comme il l'explique plus bas , chantent seulement 
quelque peu ; que , dans l'une et l'autre espce , celles qui chan- 
tent ont une incision sous la ceinture ; que ce sont les mles 
seuls qui ont cette facult ; que les femelles ont un organe avec 
lequel elles dposent leurs ufs dans la terre ou les tiges des 
roseaux , et autres branches mortes , et qu'il en vient d'abord 
un petit ver, et ensuite ce que l'on nomme tettigometra, ou mre 
de la cigale , c'est--dire la larve et la nymphe ; qu'au lieu de 
bouche , elles ont une sorte de langue , au moyen de laquelle 
elles pompent la rose. 

Presque toutes ces observations sont d'une justesse parfaite , 
et s'appliquent bien nos cigales du midi de l'Europe, cic. ple- 
beia , L. ; cic. orni, L. ; cic. hmatodes , L. , si ce n'est que c'est 
cette dernire espce qui est la plus petite , et cependant qui 
chante sur le ton le plus aigu, et avec le moins d'interruption: 
elle se tient surtout dans les vignes. Mais peut-tre Aristote 
n'a-t-il voulu parler que des deux premires , qui vivent sur 
les arbres, et dont le cic. plebeia , qui est la plus grande, a le 
chant plus aigu ; le cic. orni , qui est moindre , l'a plus rauque. 
Peut-tre aussi pourrait-on croire que , par ces petites cigales 
qui ne chantent point , il n'a entendu parler que des cicadelles , 
ou de ces petits insectes de la famille des cigales , que nous 
trouvons jusque dans notre nord ; mais cela me parat moins 
probable. G. C. 

Ligne i4- Asperitas. La femelle a un organe assez compli- 
qu , au moyen duquel elle perce , non pas la terre comme les 



NOTES DU LIVRE XI. i^i 

sauterelles , mais les branches mortes , pour y dposer ses 
ufs. G. CuviER. 

Page 68, ligne 20. Linguis simile in pectore , quo rorem 

lambunt. La trompe des cigales semble partir de la poitrine , 
tant elle est attache sous l'arrire de la tte. Elles s'en servent 
pour sucer, non pas la rose, mais les sucs des feuilles et ds 
tiges. G. C. 

XXXIII, page 70 , ligne 16. Les rgles de ce chapitre, prises 
dans Aristote , sont d'une exactitude remarquable , et prouvent 
que ce grand philosophe avait tudi les insectes avec une grande 
attention. G. C. 

XXXIV, page 72, ligne 6. Quibusdam pennarum tutel crusta 
supervenit. Ce sont les coloptres , ou les insectes dont les ailes 
se replient sous des tuis. G. C. 

Ligne 8. His negalus aculeus. Il est trs-vrai qu'aucun co- 
loptre n'a d'aiguillon. G. C. 

Ligne il. Lucanos. Le cerf-volant (lucanus cervus , L.), dont 
la larve vit dans l'intrieur des chnes. G. C. 

Ligne 1 2. Aliudrursus ... qui efimo ingnies pilas, etc. Les scarabes 
bousiers , genre de coloptres qui enferme ses ufs dans des 
boules d'excrmens d'animaux , o la larve qui en clora trou- 
vera une demeure et des alimens. G. C. 

Ligne 16. Alii focos et prata , etc. Les grillons domestiques et 
champtres, et les taupes-grillons. G. C. 

Ligne 17. Lucent.... laterum et clunium colore lampjrides.J^cs 
lampyrides , vulgairement vers luisans. C'est aux deux cts de 
l'abdomen que le mle porte sa lumire; la femelle a toute l'extr- 
mit postrieure de cette partie luisante. G. C. 

Ligne 18. Nunc pennarum hiatu refulgenies, etc. Dans l'espce du 
nord de la France (lampyris nocliluca, L.), le mle , qui est ail , 
brille peu. On ne remarque gure que la femelle , qui rampe 
sans ailes dans l'herbe ; mais dans l'espce d'Italie {lampyris Ila- 
lica, L. ) les deux sexes sont ails. G. C. 

Ligne 21. Tenebrarum alumna blottis vila. Ce nom a t 
donn plusieurs coloptres rongeurs qui se tiennent dans 
vin. 16 



a4a NOTES DU LIVRE XI. 

l'obscurit. C'tait des blattes que l'on menaait les mauvais 

livres: 

Constrictos nisi das mihi libellos , 
Admitlunt tineas trucesque blaitas. 

Marx. , xiv, 35. 

ce qui doit se rapporter quelques dermestes. Mais il y en avait 
aussi d'autres sortes, et Pline lui-mme (liv. XXIX , cb. 6) en 
indique trois : 

i. Les molles , trop vaguement caractrises par cette seule 
pithte, pour qu'on puisse en assigner l'espce; 

2. Celle que l'on nommait mylcon , parce qu'elle naissait 
dans les moulins. C'est le tenebrio molitor de Linnseus , le e-ixtyn 
pToiroiav de Dioscorides ( liv. Il , ch. 38 ). Cet insecte est de 
couleur puce ou pourpre fonc, et pourrait bien, pour le dire 
en passant, avoir donn le nom la couleur dite blattea, dont 
plusieurs auteurs parlent comme d'une sorte de pourpre. 

La troisime sorte , dcrite comme ayant le derrire pointu , 
et rpandant une odeur dsagrable, est manifestement le tenebrio 
mortisagus , L. (Blaps. , Fab.) , probablement le o-/A<pw (Zfovtrn 
d'Aetius et de Paul d'Egine. 

On donne aujourd'hui le nom de blattes des insectes de l'ordre 
des orthoptres, trs-diffrens de ceux de Pline. G. CuviER. 

Page 72 , ligne 23. Fodiunt ex eodem gnre , etc. Nous ne con- 
naissons point de scarabe qui fasse quelque chose d'analogue au 
miel ou des rayons ; peut-tre Pline veut-il parler du scarabus 
nasicornis , L. , qui vit dans les dbris d'corces, surtout dans le 
tan , et dont la larve s'y fait une espce de coque dans laquelle 
elle se mtamorphose ; peut-tre du hanneton (scar. melolontha, L.) 
ou du scarabe dor scar. auraius , L. ). Je me dciderais plutt 
pour ce dernier , qui est le vrai melolontha des Grecs. L'on a pu 
tre induit croire qu'il fait du miel, parce qu'on le voit presque 
toujours sur les fleurs. G. G 

Page 74 1 ligne 5. Pennce insectis omnibus sine scissura. Cette 
proposition , prise d'Aristote ( liv. IV, ch. 7 ) , n'est pas com- 
pltement exacte. Les ailes de beaucoup de coloptres sont ar- 
ticules dans leur milieu , et se replient sur elles-mmes pour 
rentrer sous leurs tuis. G. C. 



NOTES DU LIVRE XI. *43 

Page 7 4- > ligne 5. Nulli cauda nisi scorpioni. La panorpe a une 
queue assez semblable celle du scorpion. Les pbmres , les 
ichneumons , etc. , en ont d'autres sortes. Aristote (loco citato) 
s'tait born dire , ce qui est vrai , que les insectes ne se ser- 
vent pas de leur queue pour diriger leur vol. G. CuviER. 

Ligne 6. Solus et brachia habeL Ce que l'on nomme bras dans 
les scorpions , ne sont que les palpes de leurs mcboires. La 
pince , vulgairement appele scorpion des livres ( phalangium 
cancroides , L. ) , en a de pareils. G. C. 

Solus.... et in cauda spiculum. Ceci est exact. G. C. 

Ligne 8. Asilo... culici.... quibusdam muscis in ore et pro 

iingua sunt hi aculei. Tous les insectes deux ailes , qui ont un 
aiguillon , l'ont attach la bouche , mais il sert entamer la 
peau; et ce n'est pas son aide, mais avec le secours de la langue 
elle-mme , qu'ils sucent. G. C. 

Ligne 12. Nec sunt talibus dents. Aucun diptre n'a de m- 
choires propres mordre et diviser les corps ; ce sont ces or- 
ganes qui ont pris , chez eux , la forme d'aiguillon. G. C. 

XXXV, page 7 4 -, ligne 18. Locustis. Hpariunt in terram d- 
misse) spin coule. Les sauterelles femelles ont l'abdomen ter- 
min par un organe long , pointu et tranchant , qui leur sert 
percer la terre pour y dposer leurs ufs. G. C. 

Page 76 , ligne 1. Sine cruribus, pennisque itptantes. Les petites 
sauterelles, au sortir de l'uf, n'ont point encore d'ailes; 
mais elles ont dj des pieds , et mme des cuisses propres 
sauter. G. C. 

Ligne 7. Qui eas strangulat. En gnral les insectes et les sau- 
terelles , comme les autres , meurent aprs avoir opr la re- 
production; mais le ver dont il est ici question est imaginaire. Il 
est possible que l'on ait vu un ver dvorer la gorge d'un ca- 
davre de sauterelle , et que de l soit ne cette fable. L'attaque 
de la sauterelle contre le serpent en est une de la mme cat- 
gorie. G. C. 

Ligne \\. In India ternum pedum... serrarum usum prccbere. Les 
grandes sauterelles ont les dentelures de leurs jambes assez fortes 

16. 



a/, 4 NOTES DU LIVRE XL 

pour qu'on s'en serve scier des objets de peu de duret. Il y 
en a de prs d'un pied de longueur, mais nous n'en connaissons 
pas de trois pieds. G. CuviER. 

Page 76 , ligne 20. Deorum ires pestis ea intelligitur, etc. C'est 
l'histoire de la sauterelle voyageuse (gryllus migratorius , L.) , 
l'un des plus affreux flaux des campagnes dans les pays mridio- 
naux. G. C. 

XXXVI, page 80, ligne 1. Cette histoire de l'conomie des 
fourmis est un peu vague , et n'est gure plus exacte que celle 
des abeilles. G. C. 

Ligne 2. Vermiculum... similem ovis vere. Ce qu'on appelle vul- 
gairement ufs de fourmis sont en effet leurs larves ou vers , et 
leurs nymphes. Ces dernires , enveloppes dans leur tunique , 
ont quelque ressemblance avec des grains de bl ; c'est ce qui a 
fait dire que la fourmi amasse du bl pour sa nourriture d'hiver. 
Elle ne mange point l'hiver ; et si elle porte des grains dans sa 
fourmilire , c'est, comme d'autres petits corps, pour en soutenir 
les diffrentes alles. G. C. 

Ligne 4- Apes utiles faciunt cibos , h condunt. Les abeilles font 
du miel qui nous est utile ; les fourmis , au contraire , ne font 
rien , mais viennent enlever des parcelles de fruits, des brins de 
viande , et d'autres substances alimentaires , pour les porter dans 
leur fourmilire , et nourrir leurs larves des sucs qu'elles en 
expriment. G. C. 

Ligne 10. Madefacta imbre proferunt atque siccant. Elles ont 
le plus grand soin d'exposer leurs larves au soleil et l'air pour 
les scher, de les dfendre contre toutes les attaques , d'aider les 
nymphes sortir de leurs enveloppes , etc. C'est , comme dans 
le genre des abeilles , aux seules fourmis neutres et sans ailes , 
aux ouvrires , que tout ce travail est dvolu. Les mles et les 
femelles ont des ailes. A peine ont-ils pris leur tat parfait , 
qu'ils s'accouplent, quelques exceptions prs, hors de la four- 
milire, dans l'air, et s'y montrent alors en essaims nombreux. 
Les mles sont pkis petits, les femelles plus grandes et pour- 
vues de longues ailes, dont elles se dpouillent aprs l'accou- 
plement. Celles qui sont restes dans la fourmilire y perptuent 



NOTES DU LIVRE XL a45 

l'espce ; celles qui se sont accouples dans l'air vont former 
de nouveaux tahlissemens , o elles commencent par prendre 
soin de leurs petits, comme les ouvrires le feront par la suite. 

G. Cuvier. 

Page 80, ligne i5. Qu tune earum concarsalio ? Ces im- 
menses concours de fourmis ont lieu surtout lorsque les mles 
et les femelles chappent ; mais on voit aussi quelquefois cer- 
taines fourmis marcher en colonnes serres et innombrables , 
soit pour tablir une nouvelle colonie , soit pour spolier une 
autre fourmilire, et y prendre des larves et des nymphes qu'elles 
rapportent dans la leur. G. C. 

Quam diligens cum obviis qudam coocutio atque percundatio ? 
Les observateurs modernes prtendent avoir remarqu , comme 
les anciens, que les fourmis paraissent s'instruire , par le tou- 
cher et par l'odorat , du succs de leurs recherches , et s'en- 
courager et s'aider mutuellement. Consultez , sur les fourmis, 
les belles Recherches de M. Huber fds. Genve, 1810, in-8. 

G. C. 
Page 82 , ligne 2. Aurum ex cavernis egerunt terr. C'est encore 
ici un de ces contes sur l'origine des marchandises loignes , 
que les marchands rpandaient pour cacher la vraie source de 
leurs richesses. Cependant on a pens que quelque ressemblance 
fortuite de nom avait pu donner lieu l'erreur, et faire pren- 
dre par un voyageur pour une fourmi ce qui , dans l'intention 
de celui qui lui parlait , tait un quadrupde , et , par exemple , 
quelqu'un de ceux qui , se creusant des tanires, peuvent, dans 
les terrains qui contiennent de l'or, en mettre des grains au 
jour. M. de Veltheim trouve que le corsac ou petit renard de 
l'Inde {canis corsac, Gm.) rpond assez cette indication. Peut- 
tre , lorsqu'on connatra mieux les montagnes du nord de 
l'Inde, et les hahitudes des animaux qui l'habitent , trouvera-t-on 
quelque chose d'encore plus prcis. G. C. 

XXXVII , page 82 , ligne 12. Raphani* C'est l'histoire du pa- 
pillon du chou ou du raifort, assez exacte (papilio brassic , ou 
papilio raphani , L. ). G. C. 



246 NOTES DU LIVRE XI. 

^k i P a g 86 , ligne i. Histoire assez exacte de la tique des 
chiens ( acarus ricinus , L. ) et de celle des bufs ( acarus redu- 
pius , SciIRANK.). G. ClJVIER. 

Ligne io. Est et volucre canbus peculiare suum malum. Des 
mouches deux ailes , du genre des cynips de Liun. , s'attachent 
quelquefois en si grand nombre aux oreilles des chiens, qu'elles 
les font ulcrer. G. C. 

4 

XLI , page 86 , ligne 12. Toutes ces origines d'insectes at- 
tribues la gnration spontane sont imaginaires. 

Les teignes sont les chenilles de papillons de nuit bien con- 
nus, qui se filent une enveloppe dans laquelle elles se tiennent. 
Non-seulement elles se changent en chrysalides , mais celles-ci 
deviennent des papillons semblables ceux dont les ufs ont 
donn des chenilles. 

L'insecte qui nat dans les fleurs du figuier , et qui aide sa 
fcondation , est du genre des galles : c'est le cynips psenes , L. 

Sous le nom de cantharies, Pline entend diffrens coloptres, 
dont plusieurs ne sont pas du genre des cantharides , tel qu'on 
l'a fix aujourd'hui, mais qui, toutes, ont leur gnration bien 
connue , et une succession de mtamorphoses bien rgulires : 
elles ont donc un uf , une larve , une nymphe , et un insecte 
parfait qui reproduit l'espce , et toujours dans la mme succes- 
sion. G. C. 

Page 88, ligne 5. Et in nive vermiculi. Des observations 

plus rcentes ont t faites sur la neige rouge qui se trouve dans 
les montagnes. De Saussure, pendant son voyage dans les Alpes, 
ayant rencontr de la neige rouge, et en mme temps des fleurs 
qui avaient la mme couleur , il attribua la teinte que la neige 
avait contracte aux tamines de ces mmes fleurs. Plus tard , 
Ramond ( Voyage au mont Perdu ) observa le mme phnomne, 
et l'attribua au mica. Plus rcemment encore on a mis une autre 
opinion , et on a cru que cette teinte provenait du champignon 
du genre uredo. ( Voyez la note qui se trouve dans le second vo- 
lume de Pline, page 385, sur les pluies de sang.) 

XLI1I , page 88, ligne 17. Hypanis fluvius , etc. C'est ici 



NOTES DU LIVRE XI. 247 

l'histoire de l'phmre, ou d'une de ces petites friganes, qui ne 
vivent pas plus long-temps l'tat parfait que les phmres. Ce 
qui me fait donner la prfrence une frigane (phryganea , L.), 
c'est l'espce d'tui dont Aristote , l'auteur original , le fait sor- 
tir. Les friganes se construisent de ces tuis avec des brins d'her- 
bes , de petites coquilles , et d'autres petits corps. Au reste , ces 
sortes d'insectes ne sont pas particuliers au Bog ou Hjpanis : il 
y en a dans toutes nos eaux. G. Cuvier. 

Page 90 , ligne 4-> Tabani quidem eliam ccilate. Les taons ont 
les yeux si singulirement colors , avec des bandes et des taches 
sur des fonds brillans , que l'on est port les croire aveugles. 
Linnseus en a nomm un tabanus ccutiens. G. C. 

Muscis... si cinere condantur, redit vita. Le froid , l'immersion 
dans un liquide engourdissent beaucoup d'insectes , et Ton peut 
leur rendre le mouvement en les faisant chauffer et scher. Tout 
le monde a entendu parler de ces mouches trouves par Franklin 
dans du vin d'Espagne, et qui ressuscitrent ds qu'elles furent 
exposes l'air. G. C. 

XLIV, page 90 , ligne 6. Ici commence une espce d'anato- 
mie compare , o l'on suit sparment chaque organe dans les 
diffrens animaux auxquels il a t accord. G. . 

Ligne 8. Nunc per singulas corporis partes. Au premier coup 
d'ceil, le corps de l'homme, et des animaux qui s'en rapprochent 
le plus , semble form , dans les deux moitis de sa longueur , 
par des parties analogues ; mais cette ressemblance suppose ne 
s'tend pas au del des apparences : une anatomie attentive y 
dmontre bientt de grandes diffrences dans l'organisation, n- 
cessites par les diffrences dans les fonctions. 

Les membres suprieurs ou thorachiques , et les membres 
infrieurs ou pelviens , ont entre eux des analogies frappantes 
que l'homme le moins clairvoyant aperoit d'abord : il en est 
d'autres que la rflexion et une comparaison scrupuleuse peuvent 
encore y faire dcouvrir ; mais , nanmoins , il n'est pas juste 
de prtendre que ce sont les mmes membres. D'abord , l'os de 
l'paule n'a point d'analogue aux extrmits infrieures : tels le 
comparent l'ilium , que d'autres comparent aux os latraux de 



248 NOTES DU LIVRE XI. 

la face. L'humrus diffre considrablement du fmur dans toutes 
ses parties. Le membre suprieur n'a point de rotule ; les deux 
os de l'avant-bras tournent l'un sur l'autre ; le tibia et le p- 
ron , la jambe , sont souds l'un l'autre. Le pied diffre 
encore plus de la main. L'analogue de l'ischion n'existe d'au- 
cune manire dans l'extrmit suprieure. Ceux qui comparent 
l'omoplate l'ilium veulent trouver de la ressemblance entre la 
clavicule suprieurement , et le pubis infrieurement ; mais le 
premier de ces os ne s'articule pas , comme l'autre , avec l'os 
correspondant du ct oppos. La clavicule ne concourt que m- 
diatement l'articulation du bras avec l'paule ; le pubis con- 
court directement , avec l'ilium et l'ischion , celle de la cuisse 
avec le bassin , et il en rsulte plus de solidit dans les mem- 
bres infrieurs , plus de mobilit dans les suprieurs. La clavi- 
cule , en dedans , est mobile sur le sternum ; le pubis ne l'est 
pas sensiblement sur l'ischion. La clavicule , enfin , ne s'unit 
que par des ligamens l'apophyse coracode ; le pubis finit par 
se confondre avec l'ischion : de l encore plus de mobilit dans 
le membre suprieur, plus de solidit dans l'infrieur. 

La moiti suprieure du corps est en effet compose de plu- 
sieurs vertbres thorachiques ou dorsales , des ctes suprieures 
et de l'extrmit correspondante du sternum, puis des vertbres 
cervicales , enfin du crne , que l'on compare un assemblage 
de vertbres , et des os de la face , que l'on a compars ceux 
du bassin. Dans la moiti infrieure on trouve galement des 
vertbres thorachiques , plusieurs ctes , et l'extrmit infrieure 
du sternum , puis les vertbres lombaires , enfin le sacrum et le 
coccyx , qui reprsentent videmment une srie de vertbres 
runies , et les os du bassin. 

On ne peut nier, sans doute , qu'il n'y ait quelque similitude 
entre ces deux systmes ; mais quand ensuite on compare toutes 
les choses attentivement , on est tonn de voir que les parties 
les plus videmment analogues diffrent cependant beaucoup : 
ce qui dtruit la symtrie des deux moitis longitudinales du 
corps. 

En effet, les deux extrmits du sternum ne sont pas sem- 
blables : de plus , toutes les vertbres dorsales ont leurs apo- 



NOTES DU LIVRE XI. 2 /, 9 

physes pineuses et leurs lames osseuses diriges vers le bassin. 
Toutes les ctes sont inclines , dans ce sens aussi , sur la co- 
lonne vertbrale. Pour que la symtrie de construction et 
lieu , il faudrait que les six dernires vertbres du dos et les six 
ctes abdominales fussent diriges en sens oppos ; il faudrait 
aussi que les vertbres infrieures fussent diriges en sens in- 
verse , c'est--dire vers le milieu du corps , comme les cervi- 
cales ; il faudrait enfin que les parties comparables fussent nu- 
mriquement les mmes. 

Le sacrum n'est pas sans quelques ressemblances loignes 
avec le crne ; mais, dire le vrai, les diffrences l'emportent 
sur les ressemblances. On ne trouve que trois ou , tout au plus , 
quatre vertbres la base du crne , en y comprenant le vo- 
mer ; mais les vertbres sacres sont bien plus nombreuses : 
elles ont une figure bien diffrente , et la manire dont s'y 
termine le canal vertbral ou racbidien n'est pas mme compa- 
rable ce qui a lieu l'autre extrmit. Pour les os du bassin , 
ils forment un difice que l'on peut comparer, si l'on veut , 
l'difice osseux que prsente la face l'extrmit suprieure ; 
mais , en y regardant de prs , il est difficile de saisir une autre 
analogie que la grossire ressemblance de position aux deux 
extrmits opposes du corps. On peut encore comparer ( car 
quelle comparaison n'a-t-on pas faite ) le coccyx et le vomer ; 
mais cette comparaison mme ne peut gure tre propose que 
cbez l'homme , puisque chez les animaux le coccyx , par son 
grand dveloppement , formant la queue , reste sans analogue. 
Enfin , pour ne rien dire de plus , si l'on persistait vouloir 
rapprocher les os latraux du bassin de ceux de la face , on serait 
hors d'tat de trouver ensuite , dans les membres infrieurs , les 
analogues de l'paule , la premire partie du membre suprieur, 
dont nous avons suffisamment parl. 

Les anciens ont visiblement connu la similitude des deux 
moitis latrales du corps, et en ont dduit plusieurs cons- 
quences lgitimes. Les modernes, et seulement les plus rcens, 
ont voulu tablir une pareille similitude en ce qu'ils ont appel 
les deux moitis longitudinales: le lecteur peut juger de l'impor- 
tance de cette dcouverte. Do. 



a5o NOTES DU LIVRE XI. 

Page 90, ligne 12. Phnici. Nous avons dj vu que c'est le 
faisan dor. G. CuviER. 

Page go, ligne i3. Pavonibus , crinilis arbuscidis. La crte du 
paon se compose de petites plumes dont la tige est nue et le 
sommet a des barbes vertes , ce qui les fait ressembler de petits 
arbres. G. C. 

Stymphalidi , cirrho. On voit, par ce qu'il dit plus bas du pic , 
que cirrus , pour Pline, signifie une huppe courte et pointue; et 
par la descrplion que Pausanias (Arcade) donne de certains oiseaux 
d'Arabie , que l'on appelait de son temps stymphalides , et qui 
taient de la taille des grues , de la forme des ibis , mais avaient 
le bec droit et assez dur pour percer toutes les armures , on voit 
que c'tait quelque espce de hron ou de cigogne bec fort. Je 
n'ai pas besoin de dire que ce n'taient pas pour cela les oiseaux 
du lac Stymphale, dtruits par Hercule; mais on avait, comme 
pour d'autres espces , transport un oiseau rel le nom d'un 
oiseau mythologique. G. C. 

Ligne i5. Galerita. Le cochevis (alauda cristata , L. , enl. 
5o3). G. C. 

Ligne 16. Diximus et cui plicatilem crislam. La huppe (upupa 
epops , L. , enl. 52 ). G. C. 

Ligne 18. Et fulicarum generi ddit. Le fulica de cet endroit ne 
peut tre la foulque , qui n'a point d'aigrette. G. C. 

Ligne 19. Et gmi Balearic. Aldrovande a cru que la grue 
balarique de Pline pouvait tre l'oiseau royal ( ardea paeonina , 
enl. 265 ). D'aprs la comparaison que fait ici Pline de ses ai- 
grettes avec celles du grand pic , je ne doute pas que ce ne soit 
bien plutt la demoiselle de Numidie {ardea virgo, L. , enl. 24.1). 
L'oiseau royal ne vient que du Sngal ; la demoiselle est , au 
contraire , commune sur la cte de Barbarie , d'o elle a pu 
s'chapper souvent jusqu'aux Balares. Les danses bizarres qu'elle 
fait expliquent d'ailleurs bien ce vers de Laberius , cit par No- 
nius : 

Virum tn hune grucm balearicam an hominem putas esse ? 

M. Savigny, dans ses Recherclies sur le systme des oiseaux 
d'Egypte , de Syrie , reconnat la mme synonymie. G. C. 



NOTES DU LIVRE XT. a5i 

XLV, page 92, ligne 8. Subidonibus. Les difficults leves sur 
ce mot me paraissent imaginaires. Pourquoi ne serait-ce pas le 
daguet , ou cerf de seconde anne , qui a les bois simples comme 
des poinons? G. CuviER. 

Ligne 10. Platjceroias. Les daims (cervus dama , L.). G. C. 

Ligne 11. Capreis. Les chevreuils. G. C. 

Ligne i4 Rupicapris. Les chamois. G. C. 

Ligne i5. Damis. On croit que c'est le nagor {antilope re- 
dunca, L.). G. C. 

Ligne 17. Strepsiceroti, quem addacem Africa appellat. Plusieurs 
gazelles peuvent prtendre ces deux noms , car il en est beau- 
coup qui ont les cornes en forme de lyre. Le premier a t donn 
une espce du Cap , probablement inconnue aux anciens , le 
condoma, Buff. (antilope strep s icero s , Gm. ). On a appliqu r- 
cemment le second une espce dcouverte depuis peu en Nubie 
{antilope addax , Mus. Francof.). G. C. 

Mobilia... ut aines , Phrygien armentis. Il y a des varits de 
bufs o les cornes , qui sont rduites une petite dimension, 
n'adhrent qu' la peau , et non pas au crne. G. C. 

Page g4, ligne 4- Cerastis. La vipre craste (coluber crastes, L.) 
du nord de l'Afrique , qui a sur chaque paupire une protub- 
rance en forme de corne. G. C. 

Ligne 11. Cestrota pictur gnre dicuntur. C'est une manire de 
buriner dont Pline parle au livre xxxv, chapitre 4-1- Avant Har- 
douin , on lisait cerostrata; mais il est vident, par le passage de 
Pline du trente-cinquime livre , que la leon d'Hardouin est 
prfrable. 

Ligne 21. Asino Indico. Le rhinocros. ( Voyez ce que j'en ai 
dit sur le ch. 3o, du liv. VIII. ) G. C. 

Ligne i'6. Qui pulant eos in cornua absumi , facile coarguuntur 
cenarum natura, qu neque dnies habent , ut neque mares , nec ta 
men cornua. Cette rflexion , trs-juste , n'a pas empch de re- 
produire tout nouvellement ce ridicule systme sur le change- 
ment des incisives suprieures des ruminans en cornes ou en 
bois. G. C. 

XLVIII, page 98, ligne i5. Infirmiss'ima esse ursis , durissima 



a5a NOTES DU LIVRE XL 

psitlacis. Les ours n'ont pas le crne moins solide proportion 
que les autres quadrupdes de leur taille ; mais les perroquets 
l'ont en effet un peu plus pais, proportion, que beaucoup d'au- 
tres oiseaux. G. Cuvier. 

XL1X, page 98, ligne 18. Cerebrum.... poljpi. Les poulpes, 
les sches , et en gnral tous les mollusques , ont un cerveau 
distinct. ( Voyez nos Mmoires pour servir l'anatomie de cette 
classe.) G. C. 

Page 100, ligne 17. Cereis.... vermiculi. Ce sont des larves 
d'stres (strus , L. ), insectes deux ailes, qui pondent sur les 
bords des lvres ou de l'anus des quadrupdes , et dont les larves 
pntrent et s'tablissent dans diverses cavits, selon leurs es- 
pces. G. C. 

L, page 102, ligne 11. Delphinum. Le dauphin etac a des 
orifices extrieurs ses oreilles , comme les phoques , mais trs- 
petits. G. C. 

LU, page io4, ligne i3. Subfacent cculi. Dans tous les temps, 
le sens de la vue a occup l'attention des mdecins , des physi- 
ciens , des mathmaticiens et des philosophes. 

Le sens de la vue dans son tat primitif, avant son ducation 
et le dveloppement des facults intellectuelles , nous donne des 
connaissances que nous rapportons nous-mmes. Il n'y a point 
alors distinction entre le subjectif et l'objectif, tout est subjectif; 
mais , ds que le sens s'exerce , l'homme apprend k distinguer les 
perceptions internes , constantes , subjectives des perceptions 
externes, variables et objectives. 

L'il nous donne les sensations de la lumire et des couleurs. 
Ces nergies ne sont pas inhrentes aux objets extrieurs , causes 
d'excitation , mais l'organe du sens lui-mme. Cet organe ne 
peut tre affect que dans les nergies qui lui sont propres. La 
lumire , les couleurs n'existent pas comme tels au dehors du 
sens ; mais l'organe sensitif , mis en rapport avec un stimulus 
quelconque , est affect , et l'impression qu'il prouve devient 
sensation dans les nergies de la lumire ou des couleurs. Une 



NOTES DU LIVRE XL 2 5 3 

action mcanique , l'impression du froid et du chaud , le galva- 
nisme et l'lectricit , les ractifs chimiques , les pulsations dans 
l'organe mme , l'inflammation de la rtine , les sympathies de 
l'il avec les autres parties, sont des stimulus de l'action vi- 
suelle , tout aussi bien que la lumire. Elle n'a sur les autres 
aucun avantage dans la production des nergies subjectives, car 
la sensation de lumire produite par la percussion ou le frotte- 
ment de l'il n'est pas produite par une lumire extrieure, qui 
traverserait des milieux rfringens de l'il. La phosphorescence 
des yeux de certains animaux , dans l'obscurit , est un phnomne 
qui ne dpend point d'une lumire produite dans l'il , mais 
uniquement de la lumire extrieure , rflchie par le tapis qui 
recouvre la chorode. L'il , dans l'tat de repos , prouve la 
sensation de l'obscur ; mais l'obscurit mme est aussi peu inh- 
rente aux corps que la qualit lumineuse. Dans la transition 
d'une affection vive l'tat de repos , se manifestent , comme 
phnomnes intermdiaires , les couleurs subjectives. La posi- 
tion renverse des objets sur la rtine est une chose absolument 
ncessaire , et ne saurait devenir un problme rsoudre pour 
la physiologie ; c'est au contraire une des vrits les plus belles 
et les plus fcondes dans l'importante fonction de la vision. 
Quant la grandeur des objets que nous voyons , quelque dis- 
tance qu'elles s'offrent notre il , elles ne sont qu'apparentes : 
nous ne voyons que la grandeur naturelle et relle de notre r- 
tine , grandeur qui est toujours gale la somme de toutes les 
grandeurs apparentes de tous les objets compris en une seule 
fois dans le champ de la vision. C'est au philosophe Berkley 
que nous devons la dcouverte de ces vrits , confirmes par 
l'anatomie. 

Suivant M. J. Millier, professeur Bonn ( Recherches sur la 
phjsiol. compare du sens de la vision*), il y a unit subjective 
dans les deux champs de la vision chez l'homme. Les deux r- 
tines de l'il ne forment qu'un seul organe subjectif; toutes les 
parties situes dans un certain mridien , et une distance d- 
termine du centre d'un il , sont identiques avec les parties 
correspondantes de l'autre. L'affection simultane de deux points 
identiques ou semblables dans les deux yeux , produit le mme 



254 NOTES DU LIVRE XI. 

phnomne : l'affection de deux points diffrens produit aussi 
une sensation de lumire localement diffrente. L'image d'un 
objet qui se produit en mme temps sur les parties identiques des 
deux rtines ne peut tre vu que simple. 11 y a au contraire vi- 
sion double si l'image est produite sur des points subjective- 
ment diffrens. Les deux rtines sont identiques sous le rapport 
de l'espace , mais non sous celui de l'impression ; car un il 
clair par du jaune et du bleu en mme temps reoit l'impres- 
sion du vert , tandis que les deux couleurs sont perues distinc- 
tement si un il voit travers le bleu, et l'autre travers le 
jaune. 

L'identit subjective de certaines parties des deux rtines , et 
leur diffrence subjective d'avec toutes les autres parties , se 
retrouvent aussi dans les nerfs optiques et dans leur cbiasma : 
elles y prexistent. Tous les lmens de l'un des nerfs optiques, 
diffrens entre eux-mmes , sont ncessairement unis , leur 
origine , aux lmens du nerf oppos , qui leur sont exclusive- 
ment identiques , mais galement diffrens entre eux-mmes. 
Telle est l'ide physiologique du chiasma. Les racines du cbiasma, 
ou ses deux extrmits centrales , ne renferment que des parties 
absolument diffrentes entre elles. Les nerfs optiques ou bran- 
ches , extrmits priphriques du chiasma , au contraire , se 
composent d'lmens djffrens entre eux dans le mme nerf, 
mais semblables des lmens correspondais dans l'autre nerf. 
Chaque racine du cbiasma s'y divise en deux parties semblables , 
qui se rendent chacune un il diffrent. Si l'une des racines 
du cbiasma est paralyse , il en rsulte une paralysie des parties 
identiques ou semblables des deux rtines, qui en tirent leur ori- 
gine , c'est--dire que la partie externe de la rtine d'un il , et 
la partie interne de la rtine de l'autre il , sont frappes de 
paralysie. 

Pourquoi les animaux, avec des yeux divergens et sous des 
( onditions qui produisent la vision double, ont-ils la vue simple? 
comment peuvent-ils fixer des objets situs dans la direction de 
l'axe de leurcorps, et s'en saisir mme dans la course et au saut? 
Chez l'homme , les centres des deux rtines sont semblables , 
chez les animaux ils sont diffrens; mais chez l'homme les axes 



NOTES DU LIVRE XI. a55 

oculaires et les axes visuels concident entre eux ; chez les ani- 
maux qui ont le regard mobile, ces axes se croisent sous diff- 
rens angles. Les axes visuels, chez les animaux , sont les lignes 
qui vont de l'objet fix travers le centre du cristallin , o ils 
se croisent avec les axes divergens des yeux , pour aller tomber 
dans la partie postrieure externe de chaque il , sur un point 
de la rtine situ dans le mme mridien , et une gale dis- 
tance du centre , c'est--dire sur deux points subjectivement 
identiques. Ces deux points sont, dans l'il de l'animal , ce que 
le centre des rtines est dans celui de l'homme. Chez les singes , 
les axes visuels et oculaires semblent concider comme chez 
l'homme. Chez les autres animaux, la divergence des axes ocu- 
laires crot de plus en plus, et avec elle diminue aussi l'tendue 
des points identiques dans la partie externe et postrieure de la 
rtine. Chez les ctacs et chez la plupart des poissons osseux , 
o la position des yeux est entirement latrale , l'identit par- 
tielle des deux rtines cesse tout--fait. Toutes ces diffrences se 
retrouvent dans l'organisation du chiasma et des nerfs optiques. 
Dans les poissons , qui n'ont point la convergence mobile des 
axes visuels , il n'existe point de chiasma. La divergence des 
yeux varie beaucoup dans les espces d'un mme genre ; elle 
varie aussi suivant les diffrens ges de l'animal ; elle parat aller 
en croissant avec les annes. 

Quant aux conditions de convergence , relativement la vi- 
sion distincte diffrentes dislances , l'inclinaison des axes vi- 
suels dpend de l'tat de rfraction de l'il , sous l'influence 
des nerfs ciliaires, et rciproquement l'tat de rfraction de l'il 
dpend de l'inclinaison des axes visuels , proportionne la dis- 
tance des objets, toutefois dans certaines limites. 

Lorsque la rtine est paralyse , la partie centrale de l'organe 
visuel peut encore produire la sensation lumineuse par l'effet 
de causes internes. Ce phnomne s'observe chez beaucoup d'a- 
veugles. La rtine est l'expansion du nerf optique ; c'est elle- 
mme que nous voyons, dans son tat d'affection, sous le nom 
de champ de la vision , dans tous les phnomnes visuels. Les 
stimulus organiques internes , telles , par exemple , les excitations 
de l'organe crbral dans les parties qui prsident l'imagina- 






a5G NOTES DU LIVRE XI. 

ton , l'entendement , etc. , n'y peuvent produire que la sen- 
sation de la lumire. son tour le nerf optique , dans son tat 
d'affection , agit comme un puissant stimulus sur l'organe c- 
rbral , et le fait ragir dans son nergie propre. Lorsque l'exci- 
tation extrieure manque , celle de l'intrieur devient plus puis- 
sante : de l la frquence des phnomnes lumineux dans l'il 
au milieu de l'obscurit. Ces phnomnes , d'abord vagues et 
obscurs , prennent une forme dtermine , et deviennent lumi- 
neux sous l'action de l'organe de l'imagination. Le sige de ces 
phnomnes peut tre au del de la rtine , ce qui est prouv 
par l'exemple de beaucoup d'aveugles. Les hallucinations vi- 
suelles dans le dlire , et les images produites dans les songes , 
ont le plus ordinairement leur sige dans les parties les plus 
centrales de l'organe du sens; c'est ce qui est prouv par l'im- 
mobilit de ces images. Celles qui suivent les mouvemens des 
yeux ont , au contraire , leur sige dans la rtine. 

L'imagination dtermine dans le champ de la vision , obscur 
ou clair , des images qui ne sont dessines que par leurs con- 
tours , sans lumire propre. Elle modifie aussi les impressions 
sensitives , internes ou externes , qui donnent lieu des formes 
plastiques ou des images lumineuses dans la clairvoyance entre 
les tats de veille et de sommeil , ou dans les rves. 

Le somnambulisme magntique produit aussi , dans le champ 
de la vision , des images lumineuses qu'on appelle clairvoyance 
magntique. Il y a encore production d'images fantastiques dans 
l'extase et dans les tats de passion vive , en gnral avec 
croyance la ralit objective de l'image : vision extatique , re- 
ligieuse , magique , dmoniaque, etc. , qui varie suivant les ides 
particulires du visionnaire. En outre , des images lumineuses se 
forment , dans le champ de la vision , par l'effet de moyens 
externes , et c'est la clairvoyance narcotique , ou en cons- 
quence d'affections idiopathiques et sympathiques du cerveau et 
du systme nerveux , ou dans l'tat d'alination mentale. Enfin , 
il y a des images fantastiques , produites en plein jour par l'in- 
fluence de l'imagination , sans qu'on croie leur ralit objec- 
tive , et des images fantastiques volontaires , mais qui se modi- 
fient lorsqu'elles sont dveloppes. 



NOTES DU LIVRE XI. 5 

La clairvoyance nocturne de Tibre , et dont les modernes ont 
plusieurs exemples , est regarde par les physiologistes comme 
un des caractres les plus frappans de l'nergie vitale. Possde 
comme condition essentielle par la plupart des animaux noctur- 
nes , elle s'est rencontre diffrens degrs , mme chez des in- 
dividus de notre espce , distingus d'ailleurs par de grandes fa- 
cults. On cite, entre autres, Cardan, Scaliger le pre, Thodore 
de Bze , le physicien Mairan , le publiciste Camille Desmoulins. 

Deux maladies contraires , la nyctalopie et l'hmralopie , 
auxquelles l'il est sujet, sont trangement confondues dans le 
langage. Les uns disent que la nyctalopie empche de voir la 
lumire faible du crpuscule , lorsque le soleil se couche ; les 
autres , que la nyctalopie empche de voir le jour, et non la 
nuit. Le sens de l'autre mot varie suivant ces deux acceptions. 
H. Etienne les donne d'aprs l'auteur grec de l'Isagoge ( Ths, 
ling. Grc. , inf. , tom. II). 

Le terme WKTa.xcc'jiet est communment employ par les m- 
decins grecs , postrieurs Hippocrate , pour la maladie qui 
empche de voir aprs le coucher du soleil , suivant le langage 
de Pline. Le mot hmralopie est nouveau , et nous pourrions 
nous en passer ; mais l'Acadmie ayant pris le mot nyclalopie dans 
l'acception contraire, qui parat tre celle des livres d'Hippocrate, 
il est ncessaire de conserver ces deux mots : nyclalopie , vision 
distincte dans les tnbres , nulle pendant le jour ; hmralopie , 
au contraire. Do. 

Page io4 , ligne 18. Talpis visus non est. Aristote et tous les 
philosophes grecs ont cru la taupe aveugle. Galien, au contraire, 
soutient que la taupe voit. Il affirme qu'elle a tous les organes 
connus de la vision. Les naturalistes modernes ont trouv l'il 
de l'animal. 11 est trs-petit, tout au plus du volume d'un grain 
de millet , dur au toucher , et rsiste l'effort des doigts qui 
tentent de le comprimer. Sa couleur est d'un noir d'bne. Outre 
la paupire qui le recouvre , il est dfendu par de longs poils 
qui , se croisant les uns sur les autres , forment au devant un 
bandeau pais et serr. Buffon (tom. vu, p. 323) nie express- 
ment que la taupe soit aveugle. Cependant les anatomistes mo- 
dernes , ne trouvant pas le nerf optique, ressuscitrent l'opinion 
vin. 1 7 



2 r >8 NOTES DU LIVRE XL 

d'Aristofe ; et nous avons entendu professer que , malgr son 
il , la taupe ne voit pas , et que , dans cet animal , l'organe de 
la vision n'est qu'un point rudimentaire , sans usage. 

Des expriences directes , qu'a fait faire depuis M. le profes- 
seur Geoffroy Saint-Hilaire , ont paru dmontrer que la taupe se 
servait de ses yeux , puisqu'elle se dtournait pour viter les 
obstacles placs sur sa route. Mais, si la taupe voit, comment se 
fait-il qu'elle n'ait pas de nerf optique ? 

M. Serres avait pens que ce nerf tait, chez elle , suppl par 
un rameau suprieur de la cinquime paire, celui que l'on peut 
regarder comme l'analogue de la branche ophthalmique de 
Willis. Suivant M. Geoffroy ( Mmoire lu l'Acadmie des sciences, 
i5 septembre 1828) , ce transport de fonction sur un nerf qui , 
naturellement , n'est pas destin la remplir , n'existe pas. La 
taupe voit l'aide d'un nerf particulier, par une exception unique 
dans le rgne animal ; car ce nerf ne pouvant, cause du trop grand 
dveloppement de l'appareil olfactif qui obstrue le trou optique, 
suivre le trajet le long duquel il se rend , dans les autres ani- 
maux , aux tubercules quadrijumeaux , suit une autre direction , 
et s'anastomose avec le nerf de la cinquime paire , qui est le 
plus prs. 

La taupe possde deux sortes de systmes nerveux pour l'or- 
gane de la vue , un nerf principal qui rpond au nerf optique 
des autres animaux , et un nerf accessoire. Indpendamment du 
nerf qui occupe le fond de l'il , et que cette position doit faire 
considrer comme le principal , il en est un autre qui , venant 
de la cinquime paire , se rend , ds son origine , au pourtour 
du globe oculaire. Ces deux nerfs sont renferms dans une gane 
commune , dans le mme nvrilme. Do. 

Page io4 , ligne 21. /Utero oculo cogre. On reconnat en- 
core ici quelque dire d'augure. G. CuviER. 

LV, page ii4i ligne 11. Pisces non habeni gnas. Dans la 

plupart des poissons il n'y a aucune paupire mobile ; seule- 
ment, daus quelques-uns, la peau passe devant l'il sans for- 
mer un repli : d'autres (les poissons osseux) ont chaque angle 
de l'il un voile vertical et immobile qui n'en recouvre qu'une 



NOTES DU LIVRE XI. a5 9 

petite partie. L'il du poisson -lune peut tre recouvert en- 
tirement par une paupire , perce circulairement, qui se ferme 
au moyen d'un sphincter. Cinq muscles rayonnes, qui s'attachent 
au fond de l'orbite, en dilatent l'ouverture. Vergne. 

LVI , page 116, ligne i. Quadrupedibus in superiorc ianium 
gna , volucribus in injeriore : et quibus , etc. Pline , qui a em- 
prunt Aristote {Parties des animaux , liv. II, ch. i3 et i4) 
ce qu'il rapporte ici des cils et des paupires , a mal rendu l'ide 
du philosophe grec , car celui-ci dit tout le contraire : Bhecpa.piS'ets 
tT' ir) tcv Qxetykpuv e%ei , os-ec rpi'/jts %yji' opviQe <T ko.) iccv 
qoxiS'cTM bvfev. O ykp x et T P'X as -> etc - ( cn - *40 G. Cuvier. 

LIX, page 118, ligne 7. Avbus, serpenlibus, piscibus fora- 
mina... sine naribus. Dans les oiseaux, l'ouverture des narines 
n'est jamais munie des cartilages et des muscles qui forment le 
nez dans l'homme ; l'ouverture en est seulement rtrcie par des 
portions plus ou moins tendues de la peau qui recouvre le bec. 
Dans les reptiles, il existe seulement, l'ouverture des narines, 
quelques couches charnues qui peuvent dilater ou rtrcir cette 
ouverture. Dans les poissons , l'entre de la fosse qui forme la 
narine est plus troite que cette fosse mme : la petite membrane 
qui l'entoure peut se redresser au gr de l'animal en un tube 
courbe. Dans les oiseaux et les reptiles , les narines ont le double 
usage de la respiration et de l'olfaction; dans les poissons, c'est 
un sac qui ne sert qu' l'olfaction. Vergne. 

LXI , page 120, ligne 4- Serrati peclinatim coeuntes, ne contra- 
rio occursu atterantur : ut serpenlibus, piscibus, canibus. Beaucoup 
d'animaux ont une ou plusieurs de leurs dents qui s'entrecroi- 
sent avec les dents de la mchoire oppose ; mais il y a toujours 
assez de frottement pour user ces dents, et l'exemple du chien 
donn par Pline est tout--fait inexact. Quant aux serpens et aux 
poissons, leurs dents se renouvellent mesure qu'elles manquent. 

Ligne 6. Exserli , ut apro , hippopotamo , elephanlo. Non- 
seulement ces animaux , mais encore le dugong , le babiroussa , 
le muntjac, le chevrotin , etc. Em. Rousseau. 

T 7- 



2 Go NOTES DU LIVRE XI. 

Page 120 , ligne g. Hi sunt serralis longissimi/Foutcs les dents 
canines sont plus longues que toutes autres espces de dents , 
sans distinction de sparation. Em. Rousseau. 

Ligne 12. Capr superiores non sunt, prter primores geminos. 
La chvre n'a point de dents suprieures , except les molaires 
qui correspondent celles de la mchoire infrieure. Em. R. 

Ligne i3. Nulli exserti, quibus serrait. Le morse, le dugong 
offrent un exemple contraire. Em. R. 

Raro femin , et iamen sine usu. Les femelles de l'lphant, 
du morse, du dugong, du chevrotin, du muntjac ont, comme 
leur mle, des dents apparentes et qui servent aux mmes usages ; 
seulement elles sont moins fortes. Em. R. 

Ligne 16. Sed omnibus concavi. Il est vrai que les dents sail- 
lantes n'ont pas toujours l'extrmit radiculaire ferme , et ceci 
s'applique toute dent qui crot continuellement, comme cela se 
remarque dans toutes les incisives des rongeurs , les dfenses de 
l'lphant, les canines et incisives de l'hippopotame, etc. Mais 
cependant les dents canines des lions, des chiens, des ours, etc., 
sont trs-longues et fermes leur extrmit, quand ces ani- 
maux ont un degr d'ge. Em. R. 

Ceteris dents. D'aprs ce qui a t dit la note prcdente , il 
est facile de prvoir que toute dent qui ne doit plus crotre sera 
ncessairement ferme sa partie radiculaire, ou du moins elle 
ne sera justement perfore que pour y laisser arriver les vais- 
seaux et nerfs nourriciers. Em. R. 

Piscium omnibus serrati, prter scarum, etc. Il serait trop long 
de nommer tous les poissons qui n'ont pas les dents en forme de 
scie. Pline a probablement donn ce nom celles qui sont ran- 
ges sur une ligne droite : c'est une mauvaise dnomination. 

Em. R. 

Ligne 17. Huicuniaquatilium plani. Les mchoires suprieures 
et infrieures des scares reprsentent assez bien le bec des perro- 
quets ; et, dans l'paisseur de ce bec, il y a une trs-grande 
quantit de petites dents arranges symtriquement en forme de 
mosaque, et mesure que celles qui occupent les bords libres de 
ce bec viennent s'user, elles sont remplaces par d'autres dents 
qui glissent de l'intrieur absolument la manire des anneaux 



NOTES DU LIVRE XL 261 

du jeu de bague ; en sorte que les bords des mcboires de ce pois- 
son reprsentent fort bien des dents de scie uses. Em. Rousseau. 

Page 120, ligne 18. Mullis eorum in lingua ettoto ore... Muftis 
et in palato , atque etiam in couda. Quoi qu'en dise Hardouin , la 
correction de Rondelet est juste et ncessaire. Beaucoup de pois- 
sons , et mme presque tous ceux que nous appelons osseux, ont 
des dents dans le pharynx. 11 est ridicule de leur en supposer la 
queue. G. Cuvier. 

Prterea in os vergentes, ne excidant cibi , etc. Beaucoup de pois- 
sons ont des dents trs-longues et pointues sans tre courbes 
vers la cavit gutturale ; nous citerons les scombres, plusieurs es- 
pces de sphyrnes et de ctacs. Em. Rousseau. 

LXII , page 122, ligne 8. Aliqui, tune decidere eum, rursusque 
recrescere, facilem decussu : et sine eo esse , quas traciari cernamus. 
Les serpens venimeux ont tous des crochets supports par l'os 
maxillaire proprement dit : il n'y a qu'un seul de ces crochets 
qui y soit soud; mais, derrire lui, il y en a d'autres pour 
le remplacer, en cas qu'il vienne manquer, soit par vtust 
ou par des efforts propres le rompre ; les crochets remplaais 
sont d'autant plus grands qu'ils sont prs du crochet soud, et 
ceux-ci ne sont maintenus cet os maxillaire que par un pdi- 
cule membraneux. Em. R. 

Ligne 1 1. Viper dents gingivis conduntur. Toutes les dents des 
serpens sont soudes aux os maxillaires et aux palatins ; elles sont 
souvent remplaces par d'autres, quand l'animal les perd. 11 n'y a 
que les crochets secondaires qui ne se soudent pas, moins qu'ils 
ne remplacent le crochet soud ; comme je l'ai remarqu la 
note prcdente, ces crochets sont renferms et cachs dans un 
repli des gencives , et se dveloppent d'autant plus que le serpent 
carte ses crochets. Mais ces dents ne sont pas simplement enfon- 
ces , car elles traversent au contraire cette membrane de part en 
part. Em. R. 

Ligne 1 3. Volucrum nulli dents , prter vespertilionern. Les 
chauve-souris sont des mammifres bien caractriss : les trois 
ordres de dents chez ces animaux sont bien videns. 

Le licau travail que le professeur Geoffroy Saint - Hilaire 



a6a NOTES DU LIVRE XI. 

a publi sur les dents cornes des oiseaux, ne laisse aucun doute 
sur l'existence de cet organe dans toute la classe de l'ornitholo- 
gie. Em. Rousseau. 

Page 122, ligne i. Camelus una ex iis, qunon sunt corrigera, 
in superori maxilla primores non habet. Les chameaux et les lamas 
ont un os incisif garni d'une dent incisive chaque ct ; de plus, 
ces animaux ont des canines et des molaires ; ce qui dtruit le 
fait avanc par Pline comme rgle absolue. Em. R. 

Ligne 16. Cornua habentium nulli serrati. Je ne puis compren- 
dre comment Pline a pu dire que tout animal portant des cornes 
n'a pas les dents spares, lorsque nous leur voyons au contraire 
les molaires tre spares des incisives infrieures par un espace 
trs-considrable appel barre ; et si la mchoire suprieure , 
o il n'y a jamais de dents incisives, il existe chez quelques es- 
pces de ces animaux une dent canine suprieure, alors il y a de 
cette dent la premire molaire une distance assez considrable : 
ces dernires, la vrit, sont ranges sur une ligne et se tou- 
cbent ; les incisives se touchent galement entre elles, et forment 
ordinairement l'ventail dploy. Em. R. 

Ligne 19. Echinis quinos esse, unde intelligi potuerit, miror. 
Cela n'tait pas difficile ; c'est en y regardant. Les cinq dents des 
oursins sont trs-apparentes. G. CuviER. 

Page 124., ligne 1. Simi dents, ut homini. Tous les singes 
ont trois ordres de dents, c'est--dire des incisives, des ca- 
nines et des molaires : les incisives sont, pour le nombre, 
quelques diffrences prs, les mmes que celles de l'homme : les 
canines en diffrent pour la forme, mais non pour le nombre. 
Quant aux molaires , il y a galement une ressemblance plus ou 
moins grande , nanmoins leur nombre varie chez quelques 
espces; les alouats, les atles, les sajous et les samiris ont 
trente-six dents : cette diffrence n'est que pour les molaires , 
qui sont chez ceux-ci de quatre en plus. Em. Rousseau. 

Ligne 2. Elephanto intus admanendum quatuor : prterque eos, 
qui prominent , masculi reflexi , feminis recii atque proni. Il est pro- 
bable que Pline n'a voulu parler que des lphans de l'Inde qui 
n'ont, la vrit, que quatre dents molaires, deux la m- 
choire suprieure, et deux l'infrieure ; mais les lphans 



NOTES DU LIVRE XI. a63 

d'Afrique en ont le double, c'est--dire quatre suprieures et 
quatre infrieures ; quant aux dfenses qui sont au nombre de 
deux, elles ne prsentent pas de diffrence pour la courbure 
chez les deux sexes. Em. Rousseau. 

Page 1 24 , ligne 4- Muscuus marinus , qui balnam antecedit , 
nullos habet. Voyez la note 70 du livre IX. 

Ligne 6. Terresirium minutis quadrupedibus , primores bini utrim- 
que longissimi. La taupe qui peut tre range parmi les carnas- 
siers terrestres, a six petites incisives la mchoire suprieure, 
et huit la mchoire infrieure , quatre canines trs-grandes 
et trs-aigus, et vingt-huit molaires : en tout quarante-quatre. 

Em. R. 

LX11I, page 124, ligne g. Ceteris cum ipsis nascuntur. Il est 
trs-peu d'animaux qui, dans l'tat naturel, naissent avec des 
dents apparentes : les singes, les chiens , les chats, etc., n'ont pas 
de dents au moment de la naissance. Em. R. 

' Ilomini , postquam natus est, septimo mense. Pline prcise trop, 
car c'est ordinairement du quatrime au huitime mois que nous 
voyons paratre les quatre incisives centrales : et ceux qui ont 
observ cette opration de la nature sur un certain nombre 
d'enfans doivent avoir t frapps de la variation de leur appari- 
tion. Em. R. 

Ligne 11. Mutantur homini, leoni , jumenio , cani, et ruminanti- 
bus. Tous les animaux en gnral changent leurs dents de lait ; 
aussi ai-je fait voir, dans mon Anatomie compare du systme den- 
taire, que les rongeurs qui n'ont que trois molaires chaque ct 
des mchoires, n'en changent pas. Em. R. 

Ligne 12. Sed leoni et cani, non nisi canini appellati. Pline in- 
duit dans une trs-grande erreur, en ne faisant changer que les 
dents canines chez les lions et les chiens; car un lger examen 
aurait fait voir que ces animaux changent galement toutes leurs 
incisives et molaires de lait. Em. R. 

Ligne i3. Lupi dexter caninus in magnis habetur operibus. Les 
notes prcdentes donnent le degr de confiance que l'on doit 
accorder cette assertion. Em. R. 

MaxiUares, qui sunt a caninis, nullum animal muiat. Toutes les 



264 NOTES DU LIVRE XI. 

fois qu'il y a des dents canines, il y a derrire elles, mais jamais 
en avant , des dents molaires ; ces dents , si elles sont de lait , 
tombent un certain ge : par exemple , le lion change les trois 
molaires de lait de la mchoire suprieure et les deux de la m- 
choire infrieure. Les chiens changent les trois premires mo- 
laires de l'une et de l'autre mchoire (nous entendons que cela 
s'opre chaque ct des os maxillaires). Em. Rousseau. 

Page 126, ligne 2. Cetero maribus plures, quam feminis, in ho- 
mme, pecudc, capr'is, sue. Le nombre de dents chez l'homme est 
le mme que chez la femme ; les variations ont lieu chez l'un 
comme chez l'autre. Il en est de mme pour les moutons , les 
chvres , les porcs. Em. R. 

Ligne 6. Est exemplum dentis homini et in palato geniti. Cette 
dviation anomale n'est pas trs-rare, .car nous l'avons vue plu- 
sieurs fois dans la belle collection de M. Morand, l'un de nos 
dentistes les plus distingus. Em. R. 

Ligne 7. At canini amissi casualiquo numquam renascuntur. Nous 
avons dj fait remarquer, par les prcdentes notes, que les 
canines de lait se remplacent, quoiqu'elles soient tombes par 
accident ; mais les canines de seconde dentition ne se remplacent 
jamais. Em. R. 

LXIV, page 126, ligne 11. Mias veterinomm dentbus indica- 
tur. Il n'y a que le cheval et l'ne chez lesquels on puisse relle- 
ment juger l'ge d'une manire approximative par les dents inci- 
sives. Em. R. 

Equo sunt numro XL. Pline dit juste en ne donnant que qua- 
rante dents au cheval : cependant des auteurs modernes en ad- 
mettent quarante-deux , mais cette erreur vient sans doute de ce 
qu'il y a une petite molaire de lait au maxillaire suprieur, qui 
n'est que supplmentaire dans le premier ge, et qui, quelque- 
fois , ne tombe que parce qu'elle se trouve pince entre le bord 
alvolaire et la premire molaire de seconde dentition. Em. R. 

Ligne 16. Equo castrato prius, non deci durit dents. La castra- 
tion n'empche pas les dents de la seconde dentition de repara- 
tre et de suivre leur marche naturelle. Em. R. 

Ligne 18. Quod si non prius peperere, quam dcidant postremi , 



NOTES DU LIVRE XL 265 

sierilitas certa. Les animaux qui ont fait toutes leurs dents sont au 
contraire , en gnral , plus forts et plus aptes la gnration. 

Em. Rousseau. 

Page 126, ligne 20. Suibus dcidant numquam. Ces animaux 
suivent la loi commune et changent toutes leurs dents de lait. 

Em. R. 

Page 1 28 , ligne 3. Qurnn fere sedecim annorum exstimantur. 
On peut juger, jusqu' vingt-quatre ans et au del , de l'ge du 
cheval, par l'inspection d'une espce de cornet osseux, garni 
d'mail, qui se trouve dans chacune des incisives, par le plus ou 
moins d'usure qu'il a subie: les autres signes ne sont qu'acces- 
soires et beaucoup moins positifs. Em. R. 

Ligne 4- Hominum dentibus quoddam inest virus. Cette fable 
n'est plus de notre sicle. Em. R. 

Ligne 5. Namque et speculi nitorem ex aiverso nudati hebe- 
tant, etc. Si l'on prsente une dent isole devant une glace , elle 
n'agira pas ; il n'y a que l'exhalation des poumons qui en hu- 
mecte le poli et la rende terne. Em. R. 

Ligne 6. Et columbarum ftus implumes necant. Ce conte n'est 
plus de nos jours. Em. R. 

LXV, page 128, ligne 11. Lingu non omnibus eodem modo. 
Les anciens , au rapport d'Ambroise Par , considraient la lan- 
gue comme une quatrime chair. Aristote , au livre des Animaux , 
dit seulement que c'est une chair molle et spongieuse. Galien {de 
Dissectione muscuorum, tom. I, cap. i4, pag- Ifi, Venetiis, 162 5) a 
manifestement dcrit les muscles stylo-glosses , les gnio-glosses 
et les hyo-glosses. Vsale a reconnu, de plus, des fibres longitu- 
dinales , obliques, droites et transverses, tellement confondues, 
qu'elles ne peuvent tre ni suivies par les yeux , ni rendues par 
la peinture. Fabrice d'Aquapendente et Casserius, son disciple, 
ont dcrit et figur les muscles glosso-piglottiques. M. Mal- 
pighi a indiqu le lingual superficiel et des fibres transversales, 
perpendiculaires et obliques dans le milieu de la langue, dont 
G. Bidioo , dans sa Grande anatomie , a donn une figure. En 
1804, Ant. et FI. Caldani en ont publi de nouvelles figures, plus 
belles que celles de leurs prdcesseurs ; ils ont dcrit le raph 



*66 NOTES DU LIVRE XI. 

mdian de la langue , qui est dsign dans leur splendide ouvrage 
sous le nom de linea alescens. Enfin, en 182 1 , M. P. N. Gerdy 
a tent de rsoudre l'inextricable tissu de cet organe , suivant et 
dcrivant les muscles intrinsques dans toute leur tendue , les 
extrinsques dans leurs connexions immdiate, et dterminant la 
forme du tissu jaune lingual et la nature de la surface adhrente 
de la membrane linguale. 

De ces recherches consignes dans un mmoire prsent 
l'Acadmie royale de mdecine , il rsulte que la structure in- 
time de la langue est forme i d'une membrane propre; 2 d'un 
tissu jaune particulier ; 3 d'un muscle lingual superficiel ; 4 de 
deux muscles linguaux profonds ; 5 des muscles linguaux trans- 
verses; 6 des linguaux verticaux, qui sont autant de muscles 
intrinsques ; 7 des deux muscles stylo-glosses ; 8 des deux hyo- 
glosses; 9 des deux genio-glosses ; io des deux glosso-staphy- 
lins ; ii des faisceaux hyo-glosso-piglottiques , qui sont des 
muscles extrinsques. 

La membrane linguale est dense , comme cartilagineuse sa 
surface adhrente. Cette disposition donne beaucoup de solidit 
aux insertions des fibres musculaires sous-jacentes. 

Le tissu jaune recouvre la base de la langue : il y tapisse la 
membrane d'enveloppe, qui n'est point cartilagineuse en cette 
rgion. Ce tissu adhre l'hyode, lpiglolte et beaucoup de 
fibres musculaires : il contient des follicules dans son paisseur, 
et prsente beaucoup d'analogie avec le tissu de la pointe de 
l'piglotte , le tissu jaune artriel et celui de la prostate. 

Le muscle lingual superficiel recouvre la surface suprieure et 
les bords de la langue. Ses fibres se portent d'arrire en avant, 
les unes sur la face suprieure de la langue , en convergeant vers 
la ligne mdiane; les autres suivant les bords, suprieurement 
et infrieurement , jusqu' la pointe. Les linguaux profonds sont 
au nombre de deux , placs de chaque ct sous les deux tiers 
postrieurs de la langue. Les linguaux transverses, en nombre 
pair, traversent toute la largeur de la langue , croisant angle 
droit les fibres latrales du muscle lingual superficiel , diviss sur 
la ligne mdiane par un raph fibro -cellulaire ou albugin, 
courbes de plus en plus en avanant vers la base de la langue. 



NOTES DU LIVRE XI. 2 6>7 

Les linguaux verticaux s'tendent de la face suprieure la face 
infrieure de la membrane propre de la langue, traversant toute 
l'paisseur de cet organe, recourbs et de plus en plus obliques 
vers sa base. Leurs fibres s'entrecroisent avec celles des muscles 
transverses , peu prs comme les fils de nos toiles. Les muscles 
hyo-glosso-piglottiques sont de petits faisceaux musculaires , 
presque invisibles chez l'homme, mais trs-sensibles chez le 
buf et d'autres grands animaux. Les uns vont de l'hyode au 
tissu jaune, les autres de ce tissu l'piglotte; d'autres de l' pi- 
glotte l'hyode, et forment une masse commune qui a des 
connexions avec les linguaux profonds , pour les innombrables 
mouvemens de la langue. Do. 

Page 128, ligne 11. Tenuissima serpentibus et trisidca. La lan- 
gue des serpens n'est rellement divise qu'en deux pointes qui 
paraissent cornes et lisses. L'erreur peut venir de l'agilit avec 
laquelle ils la meuvent. Vergne. 

Ligne i3. Lacer tis bifia et pilosa. Cette langue est bifide , mais 
non velue. V. 

Vituis quoque marinis duplex. Cette langue n'est pas bifurque. 
Elle est lisse et sans papilles distinctes. V. 

Ligne 18. Imbricat asperitatis. La rugosit de la langue des 
chats, tigres, lions, etc., a en effet un certain nombre de pa- 
pilles coniques trs-prononces , cornes , pointues , et dont 
l'extrmit est dirige en arrire, de telle sorte que quand ils 
lchent ils dchirent comme avec une lime. V. 

Page i3o, ligne 3. Intima absoluta a gulture. Cela est vrai, 
ainsi que pour les crapeaux , les pipas , etc. 

Ligne 8. Palpitante ibi lingua ululalus dicilur. Leur voix est le 
rsultat du passage de l'air expir, mis en tat de vibration dans 
le larynx suprieur et dans des sacs , qui ont leur entre dans la 
gorge. V. 

LXVI, page i32, ligne 2. Quod... uv nomine... iantum est. 
Chez les singes, le bord libre du voile du palais se prolonge en 
pointe pour former la luette. 

Ligne 4- Epiglossis... mdli ova generantium. La valvule carti- 



268 NOTES DU LIVRE XL 

lagineuse place au dessus de la glotte, qu'on appelle piglotte, 
est, quelques exceptions prs, particulire aux mammifres. 
On trouve dans quelques reptiles , tels que le scinque schned- 
rien , l'iguane et les crocodiles , un prolongement analogue 
l'piglotte. Vergne. 

Page i32, ligne 6. Interior, earumappellaturarteriaadpulmonem 
atque cor pertinens... Altra exterior appellatur sane gula, qua cibus 
atque potus devoratur. Tendit hc ad stomachum , is ad ventrem, etc. 
On est extrmement embarrass quand il s'agit de donner des sy- 
nonymes aux termes anatomiques employs par Pline. Il ne se fai- 
sait qu'une ide trs-inexacte ( quand il dit , par exemple , que 
la trache se rend au cur ) d'une science qui n'tait pour ainsi 
dire pas encore dans l'enfance : aussi emploie-t-il vaguement le 
mme mot pour exprimer , tantt une chose , tantt une autre. 
En outre , ses mots ne correspondent nullement ceux qui , dans 
notre langue , paraissent tre les synonymes naturels : comme 
stomachus , qui, chez lui, ne dsigne pas l'estomac. Il en est de 
mme pour le mot venter , qui est le viscre auquel nous donnons 
le nom d'estomac. Mais on est encore fort embarrass pour ce mot 
quand on trouve celui ventriculus , qui semble dsigner aussi l'es- 
tomac. Malheureusement la difficult augmente encore quand on 
veut recourir Aristote , chez qui Pline a pris la plupart des 
ides anatomiques qu'il exprime, car la synonymie est encore dif- 
frente, et Pline prend souvent dans un sens un mot qu' Aristote 
avait pris dans un autre. 

Ligne 7. Ad pulmonem atque cor pertinens. Il n'existe pas de 
rapport entre l'piglotte et le cur. 

Hanc operit in epulando... torqueat. Dans ces derniers temps , 
M. Magendie a conclu de quelques expriences et de l'observa- 
tion de faits pathologiques , que l'piglotte n'avait pas pour usage 
principal de fermer l'ouverture du larynx durant la dglutition; 
mais nous croyons que sa conclusion n'est pas rigoureuse. 

Ligne 11. Hanc per vices operit. L'piglotte ne peut pas fermer 
le pharynx, ni s'opposer au retour de ce qui pourrait refluer 
de l'estomac. V. 

LXVII, page i34, ligne 3. Leoni ianlum, etc.,. ex singulis 



NOTES DU LIVRE XI. 269 

rectisque ossibus rigens. Tous ces animaux , et jusqu' la girafe , 
ont sept vertbres dans le cou. 

Page i34-, ligne 8. Membrana modo incisa statim expiretur. Non- 
seulement les membranes d'enveloppes , mais la moelle pinire 
elle-mme peut tre dtruite au dessous de son renflement ant- 
rieur, sans que mort s'ensuive immdiatement. Vergne. 

LXVHI, page i34, ligne 16. Sub arleria... adnexa spin. 
L'estomac ne se trouve pas au dessous de la trache -artre, et 
n'est point fix la colonne vertbrale. V. 

Ligne 19. Tesludini marin lingua nulla, nec dents. Les tortues 
ont une langue ; et , au lieu de dents , elles ont les mchoires 
garnies d'une substance corne analogue celle du bec des oi- 
seaux. V. 

Page i36, ligne 1. Decrescenlibus crenis. Ce passage, qui 
avait tant embarrass le pre Hardouin , qu'il dit : Locum siquis 
aut plane intelligere , ant sanare ausit , lamapdem trado , nous pa- 
rat trs-facile expliquer , en admettant la conjecture trs- 
probable de crenis au lieu de renis , qui non-seulement ne pour- 
rait pas s'entendre , mais encore ne serait pas latin. En outre , 
le mot crena est pour ainsi dire un terme technique par lequel 
on dsigne les asprits calleuses de l'estomac. Nous avons rejet 
le mot venis, qui se trouve dans quelques ditions (celle de Lyon 
entre autres) , parce qu'il ne peut nullement convenir dans ce 
passage. 

LXIX, page i36, ligne 5. Cor anirnalibus cleris in medio 
pectore est : homini tantum infra lvam papillam. Les anciens n'ont 
pas connu sa structure ; Aristote n'a rien dit de plus que ce que 
Pline lui emprunte ici. L'auteur du livre du Cur, attribu Hip- 
pocrate, et Galien en ont laiss chacun une description savante 
pour leur temps, o les principales parties , qui tombent imm- 
diatement sous la vue , sont exposes avec clart ; mais leur des- 
cription mme est incomplte en cela. 

Vsale, le prince des anatomistes modernes', doit avoir l'hon- 
neur de cette dcouverte. Outre les artres, les veines et les 
nerfs du cur, il a reconnu dj, dans son organisation, un 



270 NOTES DU LIVRE XI. 

double rang de fibres longitudinales, obliques et transversales, 
qui tablit la distinction des tissus fibreux et musculeux dont elle 
est forme. 

R. Lower, et aprs Lancisi , ont dcrit ces deux tissus , dont 
Winslow et Wolf ont depuis publi de bonnes figures. 

M. P. N. Gerdy a encore examin le cur aprs ces babiles 
anatomistes ; et, dans le Bulletin de la Facult de mdecine , 1820, 
n 5, il a insr un mmoire original , qui offre une description 
du tissu musculeux, qui est le principal, plus exacte et plus 
simple, surtout pour les ventricules, que toutes celles qu'on 
avait donnes avant lui. 

Il est constant, aujourd'hui, que la structure propre du cur 
rsulte de deux tissus diffrens , dont l'un , fibreux ou albugin, 
revt l'autre intrieurement. Celui-l forme une zone d'une faon 
contigu' , autour de chaque orifice auriculaire et artriel ; des 
bordures aux festons d'origine des artres aorte et pulmonaire ; 
des lames triangulaires dans les intervalles de ces festons ; des 
tendons placs entre les lames des valvules sigmodes , et parmi 
lesquels ceux de leur bord se fixent au fibro -cartilage valvulaire ; 
enfin , un rseau blanchtre entre les lames des valvules ventri- 
culaires , qui reoit les tendons des ventricules et s'attache aux 
zones auriculaires. 

Le cur est le principal agent de la circulation du sang. Le 
sang va de toutes les parties du corps par les veines gnrales, 
les cavits droites du cur et l'artre pulmonaire aux poumons ; 
et des poumons toutes les parties du corps par les veines pul- 
monaires , les cavits gauches du cur et les artres gnrales. 
Ainsi il passe et repasse dans les mmes organes sans revenir sur 
ses pas, comme s'il tait en mouvement dans un appareil circu- 
laire. C'est cette succession de mouvemens qui s'appelle cir- 
culation. 

Le mouvement du sang pouss hors des capillaires se com- 
munique de proche en proche, et s'tend probablement depuis 
ces vaisseaux jusque dans les branches veineuses. Il agit sur 
le sang des veines en raison de la quantit de son mouvement et 
des rsistances qu'il prouve. La quantit du mouvement du 
sang est donne par sa masse et sa vitesse. La masse du sang 






NOTES DU LIVRE XI. 171 

mouvoir rsiste dans les veines ascendantes aux masses mo- 
trices chasses des capillaires, et par la force d'inertie et par 
sa pesanteur. L'tendue des surfaces rsiste en multipliant 
les points de contact, et par consquent les frottemens. Le 
changement de direction des veines n'est pas, par lui-mme, un 
obstacle la circulation veineuse; et si cette cause n'augmentait 
pas la longueur des vaisseaux , elle serait sans influence. L'exp- 
rience le prouve : un corps de pompe horizontal, perc au 
mme niveau, son fond et sur les cots, d'ouvertures gales 
par leur tendue et l'paisseur de leur bord, donne la mme 
quantit de liquide par chacune d'elles, lorsqu'on pousse le 
piston. 

Les veines loignes de l'oreillette droite , et o le reflux au- 
riculaire ne se fait point sentir, pressent le sang d'une manire 
continue par leur lasticit et par une contraction vitale lente 
qui, pendant la vie, la suite d'accidens, resserre peu peu les 
veines et finit par les rduire en ligamens. 11 en rsulte que ces 
vaisseaux restent immobiles, appliqus sur le sang, comme un 
tuyau rsistance fixe , et que la multiplicit et l'troitesse des 
veines multiplient les obstacles , sans augmenter peut-tre la 
puissance. 

Diffrentes sortes de compressions accidentelles, comme celles 
des muscles et des intestins, ou rgulires comme celles du dia- 
phragme, htent la circulation des veines; parce que, sous ces 
influences, il est toujours plus difficile au sang de rtrograder 
que d'avancer. La pesanteur favorise d'autant plus la circulation 
veineuse qu'elle est plus directement descendante. Enfin, l'action 
des artres , celle des capillaires , et peut-tre aussi celle du 
cur, y concourent plus puissamment encore. 

Comme le sang se prcipite alternativement des veines dans 
l'oreillette droite, et comme il en est alternativement repouss, 
en partie , par la contraction de l'oreillette l'encontre des co- 
lonnes qui s'avancent, il les heurte brusquement, les repousse 
son tour, et les veines se gonflent, s rigent , forces par 
l'effort de deux colonnes opposes qui s'entrechoquent dans leur 
sein. Le reflux qui en rsulte apporte une diffrence de vitesse 
alternative dans la circulation veineuse. 11 se fait ingalement 



%7* NOTES DU LIVRE XL 

sentir, en raison des obstacles la circulation , de l'extensibilit 
des veines, et de leurs valvules, des espaces, des anastomoses 
et des compressions. Lorsqu'enfin le ressort des veines est band 
autant que possible par le reflux auriculaire , elles reviennent 
sur elles-mmes, et repoussent de nouveau le sang vers l'oreil- 
lette avec une vitesse diffrente, suivant les obstacles dans les 
diverses veines , la diminution d'espace dans leur longueur, les 
anastomoses et les compressions accidentelles. La multiplicit des 
veines , qui augmente les obstacles , est compense dans celles 
que le reflux met en action par la multiplicit des puissances. 

Lorsque l'oreillette se contracte , le sang , press de la circon- 
frence au centre, se partage en trois portions : l'une rcurrente, 
qui reflue pniblement dans les veines caves , en y occasionant 
le mouvement rtrograde, dont j'ai parl; l'autre progressive, 
qui s'lance dans le ventricule droit ; une autre intermdiaire , 
qui reste d'abord immobile, en quilibre entre les deux autres, 
et dont les parties deviennent ensuite successivement progres- 
sives , mesure que la seconde s'avance. L'oreillette se con- 
tracte, t dans sa circonfrence, par l'action du plan de fibres 
superficielles charnues, qui l'entourent sa base ; 2 de haut en 
bas , par l'action des anses musculeuses et des faisceaux charnus 
rticuls; 3 autour de la veine cave suprieure, par l'action du 
sphincter de ce vaisseau et sur les cts de la cave infrieure par 
celle des anses charnues voisines. 

Lorsque le ventricule droit , distendu et stimul par le sang 
qu'y a chass l'oreillette, se contracte, le sang se divise encore 
en trois portions : l'une rtrograde, l'autre progressive, la troi- 
sime intermdiaire. Il se contracte par l'action des anses char- 
nues qui l'unissent au ventricule gauche et celle de ses anses pro- 
pres. Comme le mouvement rtrograde du sang de l'oreillette 
se partage dans les veines , de mme son mouvement progressif 
se divise dans l'artre pulmonaire, entre les masses de fluide 
qu'il choque et les vaisseaux qu'il froisse, et dont il bande les res- 
sorts. Bientt la raction est gale et enfin suprieure l'action : 
alors les artres se resserrent soudain par leur lasticit. Ce mou- 
vement est alternatif, parce qu'il est produit par l'action du ven- 
tricule, qui est alternative , et qu'il est dtruit chaque fois par 



mwmvM 



NOTES DU LIVRE XI. 27* 

les obstacles qui s'opposent la libre circulation. Les artres 
pulmonaires ne rsistent pas plus que les veines par leur change- 
ment de direction ; cependant leurs courbures offrent une rsis- 
tance relle, car elles se dplacent dans la systole. Cette rsistance 
est duc ce que les courbures augmentent les frottemens par d- 
faut d'exteusion dans le sens de leur concavit. Le sang circule de 
moins en moins rapidement entre l'origine de l'artre pulmonaire 
et ses divisions extrmes ; parce que les artres, en se dilatant suc- 
cessivement, et d'autant plus qu'elles sont plus rapproches du 
ventricule, recueillent, chacune, une portion de l'onde lance 
par le cur dans le tronc artriel ; et qu'enfin l'espace augmente 
dans les artres pulmonaires, et depuis leur origine jusqu'aux ca- 
pillaires des poumons. Les obstacles ne contribuent pas le moins 
du monde ce dcroissement de vitesse, car le sang ne se ralen- 
tit pas graduellement, comme la bille lance sur le tapis du bil- 
lard. Toute la masse du liquide est branle la fois , et le sys- 
tme artriel rend, d'une contraction l'autre, aux capillaires 
autant de sang qu'il en a reu du cur. 

Galien, un demi-sicle environ aprs Pline, est le seul des 
anciens qui ait reconnu quelques parties du cours du sang. On 
peut dire que sa dcouverte des valvules du cur et son exp- 
rience de la ligature des vaisseaux ont ouvert la route qui a men 
la dcouverte de la circulation. C'est inutilement que plusieurs 
modernes ont essay de la trouver dans les crits d'Hippocrate , 
o il n'est question que du mouvement gnral des parties conte- 
nantes et contenues. 

Au commencent du seizime sicle, l'infortun Servet soup- 
onna et annona, dans un livre thologique, que le cours du 
sang se fait depuis le ventricule droit jusqu'aux poumons ; et 
depuis ces organes dans tout le corps par le systme vasculaire 
sang rouge. L. Levasseur, Columbus, Arantius eurent peu 
prs les mmes ides; mais Cesalpin osa aller plus loin : frapp 
du gonflement des veines au dessous des ligatures , il admit 
tout hasard que le sang revient des artres au ventricule droit 
par cet intermdiaire. Ces opinions , qui n'taient encore que des 
suppositions pour le public et mme pour leurs auteurs, devin- 
rent la vrit quand la main du gnie leur en eut imprim la forme. 
VIII. 18 



VI IH 



274 NOTES DU LIVRE XI. 

Ce fut Guillaume Harvey qui fit cette dmonstration en 1628. 
Le philosophe Descartes fut un des premiers qui embrassrent 
la nouvelle thorie ; et, quoi qu'il l'ait un peu dfigure, l'auto- 
rit de son nom contribua beaucoup la faire recevoir dans les 
coles. M. Malpighi dmontra, en 1661 , la circulation capillaire, 
l'aide du microscope. Ruysch oprait dans le mme temps ses 
admirables injections. Par ce procd subtil , Blancard , en 
167 1 , prouva l'anastomose des artres avec les veines. Molyneux, 
Leuwenhock , Hewson , Dlia Torre , tudirent la circula- 
tion capillaire dans ses rapports avec la forme des globules du 
sang. Weitbrecht reconnut une force vitale particulire dans 
les petits vaisseaux. Quant la vitesse relative du sang dans les 
organes circulatoires, Keill , Haies, Cheyne , Michelotti, Ro- 
binson, Morgan, l'ont en vain cherche. Haller lui-mme parat 
avoir cru , mais tort , que le sang se ralentit en s'loignant du 
cur, et par l'augmentation d'espace, et cause des obstacles. 
Richat sentit confusment que le ralentissement progressif du 
sang n'existe pas de cette sorte; mais il est tomb, faute d'at- 
tention , dans une erreur plus grave , en tablissant une compa- 
raison trop rigoureuse entre nos organes circulatoires et un sys- 
tme de tuyaux inertes , ainsi que l'a fait voir M. le professeur 
Gerdy. Do. 

Page 1 36 , ligne 6. Homini iantum infra leam papillam. Chez 
l'homme , le cur se trouve aussi sur la ligne mdiane; mais sa 
pointe tant tourne gauche, y fait sentir ses pulsations. 

Ligne i5. In magnis animalbus triplex. Dans tous les mammi- 
fres et les oiseaux, le cur a quatre cavits, deux de chaque 
cts, oreillette et ventricule, qui sont adosses avec leurs ana- 
logues. Parmi les reptiles, les sauriens, les chloniens et les ophi- 
diens ont trois cavits, deux oreillettes et un ventricule. Les ba- 
traciens et les poissons n'ont qu'une oreillette et un ventricule. 

LXXIX, page i5o, ligne i5. Idcirco nyigis avidi ciborum, 
rjuibus ab alvo longius. La longueur du canal intestinal dans tous 
les vertbrs est toujours en rapport avec l'espce de nourriture. 
Elle est, en gnral, beaucoup plus grande dans les herbivores 
que dans les carnivores: dans les omnivores elle tient le milieu. 






. 



Wl 



NOTES DU LIVRE XL *:5 

Gnralement plus grande dans les mammifres, elle diminue 
successivement dans les oiseaux , les reptiles , les poissons , re- 
lativement celle du corps. VergnE. 

Page i5o, ligne i5. Iidem minus soieries , quibus obesissimus 
venter. Cette observation est juste dans beaucoup de cas , o 
l'accumulation de la graisse dans le msentre tient une irri- 
tation chronique du tube intestinal. V. 

Aees quoque geminos sinus habcnt quccdam. Voyez la note, 
chap. lxxviii. 

Page i52, ligne 8. Venter solidipedum. Des deux portions de 
la surface interne de l'estomac des solipdes , limites par tin pli 
dentel , la gauche est lisse , la droite veloute : ni l'une ni l'autre 
n'est dure et raboteuse. 

Ligne 8. Terrestrium aliis denticulat asperitatis. Ce sont les 
papilles de la muqueuse. 

Ligne io. Quibus neque dents utrimque. Dans tous les animaux 
c'est l'estomac qui digre. Dans ceux qui n'ont pas de dents 
l'organisation du ventricule y supple. 

Ligne 16. Insatiabilia animalium , quibus a ventre protinus 
recto intestino iranseunt cibi , ut lupis , etc. Nous avons traduit 
recto intestino par intestins non replis au lieu ft intestin rectum, sens 
qu'on a toujours donn cette phrase. Nous croyons avoir saisi 
le vritable sens de l'auteur ; puisque c'est le mot mot de sa 
phrase , et qu'en outre la chose est trs-vraie. Personne n'ignore 
que chez les animaux carnassiers les intestins ont beaucoup 
moins de longueur, sont moins replis que dans les herbivores : 
il y a mme des hommes chez qui la longueur du tube digestif a 
une moins grande dimension que chez d'autres, et nous ne 
serions pas loigns de croire que cela ne se trouve que chez des 
individus qui mangent la viande de prfrence tout autre ali- 
ment. En outre , il n'y a aucun animal chez qui l'estomac abou- 
tisse immdiatement au rectum. Ce serait donc prter Pline 
une erreur grossire que de lui faire dire que la chose est ainsi. 

Ligne 18. Ventres elephanto quatuor. C'est--dire que l'esto- 
mac de l'lphant prsente cinq larges replis transversaux. V. 

Ligne 11. In juvencarum secundo ventre pil rotunditate nigri- 
cans tofus , nullo pondre. Pline dsigne, par cette description, 

18. 



9.76 NOTES DU LIVRE XI. 

l'espce de concrtion laquelle on a donn le nom d'gagropile. 
Non-seulement on en rencontre dans le deuxime estomac du 
buf, mais encore dans le premier, ainsi que dans les deux esto- 
macs et les intestins de plusieurs animaux ruminans. Ces pelotes 
rsultent du feutrage des poils que les animaux ont avals, et la 
forme sphrique est donne par la pression laquelle elles sont 
soumises dans les intestins. 

LXXX , page i54 , ligne a. Ventriculus atqiie intestina. C'est le 
repli de la membrane prilonale qu'on nomme grand piploon. 

Ligue 4- Lien in sinistra parte. Malgr le progrs des sicles, 
nous ignorons encore la nature et l'usage de la rate. M. Malpigbi, 
l'un des premiers auteurs de la fine anatomie, au milieu du dix- 
septime sicle, enseigne que cet organe est form principale- 
ment de cellules ou vsicules garnies intrieurement de diff- 
rentes petites glandes, jointes ensemble, et dont six, sept ou 
huit forment une espce de glande conglomre, o paraissent 
se terminer les artres et les veines. 

Sans parler d'une artre trs-volumineuse , ni d'une veine 
non moins considrable que les anciens ont connues ; sans 
parler des nerfs nombreux fournis par le plexus solaire , ni des 
vaisseaux lymphatiques qui sont en petit nombre , ni d'une enve- 
loppe pritonale trs-adhrente, qui se rflchit sur les vais- 
seaux splniques, et va se confondre avec les piploons, il entre 
dans la structure de la rate une membrane fibro-celluleuse , que 
les branches vasculaires entranent avec eHes, et dont la face 
interne fournit une multitude de filamens, qui se croisent et for- 
ment un rseau, assez compliqu dans l'intrieur de l'organe, o 
l'on trouve de plus des granulations blanchtres, que Malpighi a 
appeles glandes. 

Nos anatomistes n'ont pas su dterminer la nature de ces gra- 
nulations. Us n'ont point encore suffisamment dbrouill la com- 
position ou la structure du rseau intrieur, que quelques-uns 
seulement considrent comme un tissu ou corps rectile, et d'au- 
tres comme un lacis, simulant un plexus nerveux, d'aprs les 
observations de M. Slraus. 

La rate qui se trouve chez la plupart des animaux ne parat 






NOTES DU LIVRE XI. 277 

distinctement chez l'homme qu'aprs le premier mois de la con- 
ception : elle se dveloppe par une srie de lobules qui parais- 
sent tre d'abord de simples renflemens des extrmits vaseu- 
laires , mais qui se runissent bientt aprs pour former une 
masse homogne, rougetre ou mme d'un brun assez fonc. 
Quelquefois, un ou plusieurs de ces lobules restent distincts 
jusqu' la naissance; et de l ces histoires nombreuses de rates 
multiples, observes l'ouverture des cadavres. 

Mille hypothses ont t imagines pour expliquer les fonc- 
tions de la rate. Aprs avoir t considre, dans les sicles pas- 
ss , comme l'organe de la bile noire ou mlancolie , du suc gas- 
trique ou fluide nutritif, elle est regarde de nos jours comme un 
diverticule du systme sanguin, comme une sorte de ganglion 
qui agit sur le sang de la mme manire que les ganglions lym- 
phatiques agissent sur la lymphe. Do. 

Page i54 , ligne 8. Mgocephalo avi II est extrmement pro- 
bable que l'gocphale de Pline est une des espces du genre 
limosa de Brisson , dmembrement du genre scolopax de Lin- 
nseus ; mais on ne saurait assurer que ce soit la barge aegoc- 
phale {limosa gocephala ; scolopax gocephala , L.) , dont Buffon 
a donn la figure (pi. enl.916) sous le nom de grande barge rouge. 

Ligne 11. Et per vulnus etiam exempto. On peut, en effet, 
enlever impunment la rate aux chiens et autres animaux. 

Vergne. 

LXXXI,page i56, ligne 2. Al... quaterni rens cervis. Tous les 
mammifres n'ont que deux reins analogues, pour la structure 
intime , ceux de l'homme. Mais ils peuvent tre diviss en plu- 
sieurs mamelons. V. 

Ligne 3. Contra pennatis , squamosisque nulli. Les oiseaux ont 
des reins situs derrire le pritoine, dans des enfoncemens de la 
face suprieure du bassin, mais ils sont de forme irrgulire, 
diviss en lobes par des scissures et non composs de deux sub- 
stances distinctes , comme ceux des mammifres. Les reptiles 
ont aussi des reins dont la grandeur, la forme , la position va- 
rient dans les diffrens ordres, mais on n'y peut distinguer les 
deux substances : ils manquent en outre de calice ou de bas- 
sinet. V. 






278 NOTES DU LIVRE XL 

LXXXI1I , page i58, ligne 2. Infra alvum est a priore parle 
vesica , qu nulli ova gigneniium , prter testudinem. Parmi les 
oiseaux, l'autruche et le casoar sont les seuls dont le cloaque soit 
organis de manire servir de vessie. Parmi les reptiles , les 
cbeloniens et les batraciens en ont une. Elle manque dans les 
crocodiles, les lzards, les agames , genre de l'ordre des sau- 
riens , et dans les ophidiens. Vergne. 

Ligne 8. Vesica membrana constat, qu vulnerata cicatrice non 
solidescit. C'est une erreur, les plaies de la vessie se cicatrisent 
trs-bien. V. 

LXXXIV, page i58, ligne i5. Hoc in reliquis animalibus vul- 
vam. On appelle vulve l'entre du vagin dans toutes les femelles 
des mammifres ; toutes ont une matrice qui peut tre simple , 
double , triple et quadruple , et la fois complique. 

Ligne 18. Funebris (utrus), quoties versa spiritum inclusit. Voici 
encore un passage pour lequel nous avons adopt un sens diffrent 
de celui que tous nos devanciers avaient suivi. En effet, on ne 
conoit pas comment le renversement de la matrice peut arrter la 
respiration et causer la mort par ce fait. Nous croyons , au con- 
traire , que Pline veut dire tout simplement que de l'air s'intro- 
duit quelquefois dans ce viscre pendant le renversement , et 
cause la mort. Mais, comme il peut s'introduire de l'air sans 
produire des accidens mortels , nous serions plutt ports ad- 
mettre la leon , l'appui de laquelle certains manuscrits sem- 
blent venir, et qui &omi, funesta. Du reste Hippocrate (Maladies 
des femmes, liv. i), 7*SEtius (ch. LXXVII1 de Uteri inplatione), nous 
ont dtermin adopter le sens que nous avons suivi. 

LXXXV11I, page 164., ligne 17. Nereiorsia corde. C'est l'opi- 
nion d'Arstote. Dans ces temps reculs, qu'on peut considrer 
comme le premier ge, ou l'enfance de l'anatomie, ceux qui la 
cultivaient, n'ayant pas de lumires plus tendues que celles de nos 
bouchers, confondaient indiffremment les nerfs, les vaisseaux et 
les tendons. 11 n'est donc pas tonnant qu'Aristote, le premier de 
tous les anatomistes , ait assign aux nerfs cette origine. 

Galien , au livre de la Dissection des nerfs, chap. I , dmontre 
que les nerfs des sens et du mouvement drivent du cerveau im- 



NOTES DU LIVRE XI. 279 

mdiatement ou mdiatement. Depuis cette poque aucun auato- 
miste ne leur a donn une autre origine. 

Les nerfs, mconnus au premier ge de l'anatomie, font au- 
jourd'hui le principal objet de l'tude des anatomistes. Le Gallois, 
un des plus clbres de ce sicle , considrait le systme nerveux 
comme la trame premire et la partie principale de la structure 
des animaux. Quelques naturalistes l'ont critiqu , d'aprs l'ob- 
servation des animaux infrieurs, o parait manquer absolument 
le systme nerveux ; mais l'analogie ne suffit-elle pas pour nous 
persuader? Conoit-on l'existence d'un organisme animal, sans 
un mode quelconque de mouvement et de sentiment ? Et ce 
mode, quel qu'il soit, peut-il avoir lieu sans nerfs ? 

Les anatomistes modernes les plus rcens font trois classes de 
nerfs : i nerfs crbraux, i nerfs racbidiens, 3 nerfs ganglion- 
naires. Les deux premires ont t long-temps runies, et en- 
core aujourd'hui on applique l'une et l'autre les mmes con- 
sidrations. D'ailleurs le systme de ces deux sortes de nerfs est 
le plus anciennement connu et tudi , et celui qui a donn lieu au 
plus grand nombre d'observations. L'tude du systme ganglion- 
naire n'est pas dj bien ancienne , et nous possdons encore peu 
de documens sur ce sujet embrouill. Je dois nanmoins citer 
l' A natomie analytique de Manec, deuxime livraison ; Paris, 182g. 

La sensibilit du systme nerveux est hors de doute. Les nerfs 
sont minemment sensibles : on croit que cette proprit rside 
dans la substance propre du nerf. Les opinions sont partages 
sur la sensibilit de la substance du cerveau. Quelques physiolo- 
gistes refusent cette proprit tout l'organe. Haller pense que 
les parties profondes sont sensibles , tandis que les couches ext- 
rieures ne le sont pas. 

Le systme nerveux est form de fibres qui courent dans une 
direction longitudinale. C'est surtout dans les nerfs que cette 
structure fibreuse est vidente. Ils sont composs pour la plupart 
d'un nombre plus ou moins grand de faisceaux visibles l'il 
nu , forms eux-mmes de cordons ou faisceaux plus petits , les- 
quels rsultent d'un assemblage de filamens trs-dlis. Les fais- 
ceaux , les cordons et les filamens se ramifient de diverses ma- 
nires et forment entre eux des anastomoses multiplies. Jamais 



28o NOTES DU LIVRE XL 

un faisceau ne parcourt en ligne directe une grande tendue T 
mais le nombre des ramifications et des communications ner- 
veuses est moins grand vers les extrmits qu'au milieu. L'pais- 
seur des faisceaux varie depuis un dixime de ligne jusqu' une et 
plusieurs lignes. Tous ces filamens paraissent tre composs 
d'une substance mdullaire , ou pulpe , semblable celle du cer- 
veau, enveloppe d'une gane ou nvrilme qui reprsente un 
tube de la mme forme que le nerf lui-mme. On s'accorde 
dire que le nvrilme n'est que du tissu cellulaire ; quelques ana- 
tomistes seulement disent aussi que la substance mdullaire est 
de la mme nature. Les travaux entrepris sur la composition du 
systme nerveux semblent dmontrer qu'elle est forme de glo- 
bules divers , runis par une matire demi-fluide. 

La figure de tous les nerfs est cylindrique. Les fils dont ils 
rsultent s'entrelacent entre eux dans la structure intime des 
nerfs , et au dehors pendant leur trajet. Ces dernires communi- 
cations se rapportent trois formes principales : l'anastomose 
ou anse , le plexus et le ganglion. 

L'anastomose se fait entre des branches spares et distinctes, 
peu prs de mme grosseur. Il se forme , en outre , des anses 
anastomotiques autour des vaisseaux. Tantt elles proviennent 
des divers filets du mme tronc , tantt elles rsultent de l'union 
entre des filets appartenant des nerfs diffrens. 

Les plexus sont des anastomoses disposes diversement , et 
formes par les cordons* de plusieurs nerfs. 

Les ganglions d'une structure plus complexe ont un volume 
plus considrable que les nerfs et les plexus. Ordinairement ronds, 
un peu aplatis, et d'une substance dense et ferme lorsqu'on 
l'incise , les uns ne paraissent tre que les dveloppemens des 
filets nerveux; les autres doivent tre considrs comme des 
centres ou des points de runion de plusieurs nerfs. 

Le systme nerveux de l'homme est plus constamment le 
mme que celui des animaux. Vicq-d'Azyr avait d'abord soup- 
onn cette vrit dont Wentzel a donn la dmonstration : il a 
observ que, dans les quadrupdes, les deux moitis du systme 
nerveux rpondent moins parfaitement l'une l'autre , et que les 
dviations de structure sont moins rares que dans l'homme. 



NOTES DU LIVRE XI. 281 

Le corps de l'animal est, dans les premiers temps de sa for- 
mation , compos de deux moitis latrales trs-distincles. Cette 
division se voit aussi trs-bien dans le systme nerveux. La s- 
paration s'aperoit sur la ligne mdiane; elle existe non-seule- 
ment pour le cordon rachidien , mais encore pour le cerveau et 
pour toutes les branches nerveuses du systme priphrique. 
Les deux moitis latrales se correspondent trs- exactement 
dans la plus grande partie du systme nerveux, de sorte qu'il 
y a, entre l'une et l'autre, sous le rapport de la situation, de 
la forme et du volume , moins de diffrences que dans les autres 
organes. 

La structure et la disposition du systme nerveux sont peu 
sujettes varier. Les nerfs ganglionnaires, ou systme du grand 
sympathique , varient plus souvent , et dans des degrs beaucoup 
plus remarquables que les nerfs crbraux et rachidiens. 

On pense assez gnralement que les nerfs rachidiens sortent 
de la moelle pinire dont ils sont les prolongemens. On a mme 
prsum que la substance mdullaire se trouvait en dehors sur 
le cordon rachidien , pour que les nerfs qui en sortent eussent un 
plus petit trajet parcourir, et n'eussent pas de substance grise 
traverser ; mais un examen attentif fait reconnatre que tous 
les nerfs communiquent plus ou moins avec la substance cendre. 
Vicq-d'Azyr a , depuis long-temps , indiqu ces connexions. 
M. Gall a dmontr que cette disposition est gnrale, et que la 
naissance d'un nerf correspond toujours la prsence de la sub- 
stance cendre. 

On a long-temps agit la question de savoir si les nerfs des 
deux premires classes naissent du mme ct des centres crnio- 
rachidiens, que celui o ils se distribuent aux organes, ou bien 
s'ils se croisent. M. G. Breschet (Encyc. mthod. mdec, tome x , 
page 575) pense que l'opposition des sentimens sur ce point pro- 
vient des diffrens degrs d'exactitude que l'on a apports dans 
les recherches. Cet habile anatomiste assure qu'il n'y a pas d'autre 
entrecroisement que celui des faisceaux nerveux que l'on voit 
la partie suprieure du cordon rachidien. 

Les nerfs se terminent presque partout de la mme manire. 
Il faut excepter le nerf optique, qui ne forme pas de branches 



282 NOTES DU LIVRE XL 

ni de ramifications : il s'panouit et produit une expansion mem- 
braneuse. Le nerf auditif offre une terminaison analogue ; elle en 
diffre par son apparence plexiforme. Ce nerf se perd dans une 
membrane, mais ne la constitue pas essentiellement. La termi- 
naison des autres nerfs est difficile apprcier, car ils se confon- 
dent avec la substance propre des organes. On observe facilement 
que les nerfs deviennent trs-mous dans leurs ramifications , et 
paraissent perdre leurs enveloppes en totalit ou en partie. 

Le systme nerveux , aux diverses poques de la vie , prsente 
des diffrences trs -remarquables , soigneusement notes dans 
les livres d'anatomie. Ce systme existe un des premiers; mais 
c'est une question aujourd'hui fort controverse de savoir si les 
diverses parties de l'appareil nerveux se dveloppent simultan- 
ment ou les unes aprs les autres. Les auteurs les plus rcens 
pensent que le dveloppement est successif, que la moelle pi 
nire nat la premire , ensuite le cerveau , etc. Do. 

XC1V, page 174.} lignes 11 et 12. Congeniii autem non desi- 
nunt, sicut nec feminis magnopere. Aristote, dont Pline a emprunt 
tout ce qu'il rapporte sur les poils, dh(Hist. des Anim., liv. III, 
chap. 11) que ceux qui sont apports par l'homme en naissant, 
sont les cheveux , les cils et les sourcils ; ceux qui viennent 
avec l'ge sont d'abord les poils des parties naturelles, puis ceux 
des aisselles, et enfin ceux du menton. Mais Pline, dans la 
phrase en question, est en contradiction avec un autre passage 
qui se trouve quelques lignes plus bas (mme chapitre) : libidi- 
nosis congeniti, maturius defluunl. Il y a donc ici une corruption 
du texte; et dans Aristote on trouve deux passages (liv. ni, 
chap. 1 1) qui semblent indiquer la correction faire : On ne 
voit ni enfant, ni femme, ni eunuque chauve; seulement, 
l'gard des eunuques, si on les rend tels avant l'ge de pubert , 
les poils que cet ge devait amener ne leur viennent jamais. 
Le second passage est dans le liv. IX, chap. 7g; et Aristote dit : 
... A l'gard des autres poils qu'on apporte en naissant, ils ne 
tombent point, car jamais un eunuque ne devient chauve. 
D'aprs cette dernire citation, Hardouin avait conjectur qu'il 
serait mieux de lire : Congeniti autem non desinunt eunuchis, nec 



NOTES DU LIVRE XI. a83 

feminis magnopere. Cette leon, si elle ne renferme pas un sens 
conforme ce qui se passe dans la nature, aurait au moins 
l'avantage de faire disparatre une contradiction vidente ; ce- 
pendant nous n'avons pas voulu la risquer dans notre texte. 

XCV, page 176, ligne 9. Esse in malediclis jam antiquis stri- 
gem convenu : sed qu sit avium, consiare non arbitror. Quoique 
Pline n'ait pas connu l'animal auquel les anciens donnaient le 
nom de strige , cela n'a point empch les modernes de chercher 
dterminer l'espce et le nom de cet animal fabuleux. Brotier, 
s'appuyant de l'autorit d'Asselquist {Voyage dans h Levant, 
tome il, page 19), pense que c'est le hibou d'Orient, oiseau si 
vorace qu'il entre dans les maisons et dchire les enfans pendant 
la nuit, ce que prtend cet auteur. Poinsinet de Sivry, dans une 
longue note o il accumule des soi-disant tymologies slavonnes 
et allemandes , s'exprime ainsi : On demande quelle sorte d'oi- 
seau est le strige ? je rponds que c'est le stryz des Slavons, 
c'est--dire notre grimpereau, qui est un oiseau de passage, 
et qu'on nomme aussi torche-pot, dnomination injurieuse , assez 
convenable aux nourrices d'emprunt, et qui semble tre la 
source trs-ancienne du sens vaguement injurieux attach , selon 
Pline, tout ce qui portait le nom strix , etc., etc. Il est inu- 
tile de rfuter cette dernire opinion. L'autre est plus raison- 
nable , puisque l'on voit par Festus que les anciens dsignaient 
sous ce nom un oiseau nocturne dont le cri et le vol avaient 
quelque chose d'effrayant : Striges, dit-il , aves nocturnas, ut ait 
Verrius, grci <r7 pyy cts appellant : a quo maleficis mulierbus no- 
men inditum est , quas volaticas etiam vocant. 1 laque soient his ver- 
bis eas veluti avertere grci : 

~2.Tf'tyy .'Trb'irofjL'jrov , yvxTtvjj.etv , tv artfiyytt a'xav , 

Et l'on trouve dans le Trompeur de Plaute (acte m , scne il , 
vers 3o) : 

Ei homines cnas sibi coquunl : quutn condiunt , 
Non condimentis condiunt, sed strigibus : 
Vivis convivis intestina qua exedunt , 
Hoc qnidem hoinincs , eic. 



a 84 NOTES DU LIVRE XI. 

Ovide ne pouvait manquer de parler des striges , aussi l'a-t-il 
fait avec toute l'exactitude d'un observateur qui les aurait exa- 
mins avec soin ; voici la description qu'il en donue (Fastes, 
liv. VI ) : 

Sunt a vida: volucres 

Grande caput, stantes oculi, rosira apla rapiox, 

Canilies pennis, unguibus hamus inest. 
Nocle volant, puerosque petunt nutricis egenles, 

Et vitiant cunis corpora rapt a suis. 
Carpere clicunt.nr laclentia viscera rostris : 

Et plnum poto sanguine guttur habent. 
Est il lis strigibus nomen ; sed nominis hujus 

Causa, quod horrenda stridere nocte soient. 

Les anciens donnaient aussi , comme on le voit par le passage 
rapport plus haut, le nom de striges aux femmes qui s'occu- 
paient de malfices , et qu'ils qualifiaient aussi de volatic : on 
dsigne encore , en Italie , les sorcires par le nom de streghe. Du 
reste, on peut consulter le Lexic. const. , au mot KSf>yji/a.ho5 , 
et Seranus , de Infanlibus dentientibus aut strige vexatis. 

CIII, page 190, ligne 12. Nemesios {tju dea latinvm nomen ne 
in Capitolio quidem invenit). Pline parle encore de Nmsis 
(liv. XXVIII, chap. 2) : cu/'us Rom simulacrum in Capitolio est, 
quamis latinum nomen non sit. Cette desse tait celle qui pu- 
nissait les indiscrtions. Elle avait pour attribut une querre et 
un mors , comme on le voit par deux anciens vers grecs. 

CV , page 102 , ligne 2. Omnia animalia a dextris partibus 
incedunt. Selon Aristote {de Animalium incessu, cap. 2, 3, g) 
les principes du mouvement de translation per locum sont l'im- 
pulsion et la traction. Les animaux se meuvent par tout le corps 
la fois ou par parties , comme dans la marche. Ce qui est mu 
l'est toujours par le moyen de deux parties organiques dont 
l'une comprime l'autre. Dans la marche de l'homme et des ani- 
maux, il y a des parties qui se reposent, tandis que d'autres se 
meuvent ; car Faction de marcher, de voler ou de nager ne peut 
avoir lieu sans flexion. Tout ce qui a des pieds se tient alterna- 



NOTES DU LIVRE XL 2 85 

tvement sur les deux jambes ; il est donc ncessaire de flchir 
l'une tandis que l'autre avance , puisque les membres opposs 
sont gaux en longueur. Aussi est-il ncessaire que ce qui re- 
pose s'inflchisse dans le jarret , ou ce qui en tient lieu , si l'ani- 
mal qui marche manque de genou. 

Galien ( de Usu pariium ) remarque que , lorsque l'homme 
marche , la jambe qui le soutient porte le double du poids qu'elle 
soutenait dans la station. Il ajoute que , dans le transport de la 
jambe , les muscles , qui flchissent , agissent plus que ceux qui 
tendent , et que la force de leur tension empche la chute du 
corps. 

Fabrice d'Aquapendente ( de Motu locali animalium secundum 
totum, 1618) enseigne que les mouvemens se font en haut et en 
bas, en avant et en arrire, a droite et gauche : le mouvement 
compos , qui s'opre en rond , forme une septime espce. Tous 
ces mouvemens sont oprs par les os tte ronde , mais non 
par les os dont la rondeur est imparfaite. Les flchisseurs agis- 
sent quand la jambe se porte en avant, et les extenseurs quand 
elle se tient debout; ensorte qu'ils se reposent alternativement. 
Dans la marche , la translation est opre par une jambe , l'appui 
est fourni par l'autre. Toute translation de la jambe se fait par 
une flexion et une extension. Dans cet acte , la jambe se flchit 
et se porte en avant. Tandis que le transport d'une jambe 
s'opre, l'autre, qui est applique terre, s'tend. Ainsi la 
marche consiste dans la translation et l'appui alternatifs des 
jambes : la translation s'opre par la flexion des articulations , et 
l'appui par leur extension ; enfin l'extension et la flexion pro- 
viennent de l'action des muscles. Telle est la srie de ces phno- 
mnes : contraction des muscles , flexion et extension des articu- 
lations , appui et marche. 

Le clbre Borelli a montr {de Motu animalium, c. 19, p. 1, 
prop. i56) que, lorsque le corps se porte en avant, il se meut 
l'extrmit d'un rayon form par la jambe qui le soutient; 
qu'alors il obit au mouvement rflchi du pied qui presse le sol, 
comme la barque du batelier , lorsqu'elle s'loigne du rivage 
qu'il presse de sa perche ; que la flexion de la tte et du corps en 
avant favorise ce mouvement , en portant la ligne de gravit au 



iS6 NOTES DU LIVRE XI. 

del du pied appuy sur le sol; qu'alors la chute, devenue immi- 
nente , est prvenue par le transport rapide du pied de derrire 
au del de celte ligne. 

Le philosophe Gassendi a observ , aprs Fabrice , les deux 
mouvemens circulaires , en sens contraire , que le pied excute 
sur sa pointe avant le transport de la jambe; et sur son talon, 
aprs ce transport. ( Barthez, Nouvel, mcaniq. , in-4", p. 52.) 

Hamberger, ensuite, a tabli que la rsistance du sol est la 
cause prochaine de la marche, de la course, du saut; et que 
la rsistance de la terre pousse par la jambe , dont le pied s'tend , 
la partie du bassin auquel elle est articule {ibidem). 

Barthez consacre , l'explication de la marche , douze pages 
in-4 de sa Nouvelle mcanique animale, qui contiennent un trsor 
d'rudition , mais qui n'ajoutent rien aux richesses de la science. 

M. J. Chabrier, ancien officier suprieur (Bull, des se. m., 
tom. XIII, 71), lut, l'Acadmie royale des Sciences, le 
20 aot 1827, un mmoire sur la locomotion, dans lequel, ayant 
principalement en vue de faire concevoir le moyen le plus simple 
que l'on puisse imaginer pour donner l'homme la possibilit de 
voyager au milieu des airs, comme les oiseaux, il a dvelopp 
une opinion diffrente de celle qui est gnralement admise sur 
le mode d'action des muscles , et qui n'a pas paru appuye sur des 
observations positives. Il condamne Borelli pour avoir pris en 
considration la rsistance du sol ; il ne pense pas qu'on doive 
dans la mcanique animale employer la comparaison des res- 
sorts, etc. 

M. le docteur Gerdy, dont on attend avec impatience le Trait 
de Physiologie , a publi , dans le Journal de physiologie expri- 
mentale , un mmoire sur le mcanisme de la marche de l'homme , 
qui en offre la thorie la plus plausible. 

Sa dmonstration tablit les dix points suivans : 

i. Le pied qui se spare du sol, ne s'en spare, mme dans 
le premier pas , qu'aprs s'tre dcharg de sa part du poids du 
corps. 

2 . Le membre, appuy sur le plan qui le soutient, se meut 
d'arrire en avant , comme un rayon sur l'astragale. 

3. Il existe dans la marche une concidence remarquable entre 






NOTES DU LIVRE XI. 287 

le moment o la ligne de gravit sort de la base de sustentation 
que lui offrait le pied de derrire , et le moment o le pied de 
devant s'applique sur le sol. 

4-. Le tronc est le thtre de huit mouvemens diffrens : mou- 
vement d'lvation et d'abaissement alternatifs ; translation obli- 
que du corps droite et gauche alternativement ; rotation du 
bassin ; mouvement inverse des paules; inclinaison latrale des 
axes du bassin et de la colonne vertbrale , l'un sur l'autre ; effort 
d'lvation et de station dans les muscles vertbraux. 

5. Le balancement des bras est d la rotation des paules et 
de la poitrine. 

6. Les changemens de direction dans la marche sont dus 
presque tous une rotation plus ou moins considrable , ainsi 
qu' un mouvement de conversion. 

7 . La marche dans l'obscurit prsente au moins deux genres 
diffrens de faux pas. 

8. La marche sur une surface glissante n'offre des chutes fr- 
quentes que par la dcomposition de la pression des pieds sur la 
surface. 

9. L'enfant qui se remue sur ses quatre membres la fois , ne 
marche point sur ses pieds comme les quadrupdes , mais se trane 
sur ses genoux et ses jambes. 

io. La marche prsente aux diffrens ges des modifications 
considrables : l'impuissance de la marche chez l'enfant et chez 
le vieillard est occasione par la faiblesse des muscles principa- 
lement. Do. 

Page 19 a , ligne 9. Namque et hinc cognomina inventa, Planci, 
Plauii , Pans , Scauri. Plancus et Plautus signifient pied-plat: 
Scaurus , celui qui a le talon tortu , et sur lequel la jambe porte 
faux: Pansa, pied large : Varus , celui qui a les jambes arques 
en dehors: Varia , celui qui a les jambes arques en dedans : Va- 
tinius , celui qui a les jambes contournes. GuEROULT. 

CIX, page 198, ligne ig. Porlentis. Aristote, le pre de l'his- 
toire naturelle, considre les monstres comme des exceptions 
aux lois gnrales. Jusqu' nos jours les naturalistes et les m- 
decins mmes avaient fait peu d'attention cet objet , auquel 



288 NOTES DU LIVRE XI. 

quelques contemporains veulent attacher une trs-grande impor- 
tance. Tout rcemment on a prtendu faire de l'tude des mons- 
tres une zoologie nouvelle, parallle la zoologie des tres r- 
guliers. On a jug applicables la classification des monstres, et 
la mthode catgorique , et la nomenclature binaire de Linne , 
et gnralement toutes les rgles inventes par les naturalistes. 

Le Pline franais, Buffon , a, le premier, propos une classi- 
fication des monstruosits. Il dit qu'on peut rduire trois classes 
tous les monstres possibles : i les monstres par excs ; 2 les 
monstres par dfaut ; 3 ceux qui offrent quelques irrgularits 
dans la grandeur, la situation respective et la structure des 
parties. 

Le philosophe Bonnet {Considrt, sur les corps organiss, 
tom. vu, pag. 73) tablit quatre classes de monstruosits : la 
premire renferme les vices de conformation extraordinaire de 
quelques organes ; la deuxime , les vices o les organes ou les 
membres ont une situation irrgulire ; la troisime les dviations 
organiques par dfaut ; la quatrime enfin les monstruosits par 
excs , que les parties soient ou ne soient pas suivant le type 
normal de l'espce. 

Blumenbach , dans son Manuel d'histoire naturelle, rapporte 
aussi les dviations organiques ou monstruosits quatre modi- 
fications principales : i changemens de forme ou forme irrgu- 
lire des parties individuelles; 2 changemens de situation des 
organes; 3 vices par dfaut ; 4 vices par excs. 

Le professeur Huber tablit neuf classes de monstruosits; 
Voigtel dix et Malacarne seize. Mais Treviranus (Biolog., tom. III, 
pag. 4-25) les rduit deux : monstruosits qualitatives et quan- 
titatives. J. Fr. Meckel, auteur d'une Anatomie pathologique esti- 
me , revient la division de Buffon , ajoutant seulement une 
quatrime classe pour les hermaphrodites. MM. Chaussier et 
Adelon {Diction, des Sciences mdicales, tom. xxxi) la reprodui- 
sent avec moins de changemens encore. Enfin , M. G. Breschet 
(Dict. de Md., tom. Vl), considrant les monstruosits comme 
une classe de maladies, dviations organiques ou caco genses, 
la divise en quatre ordres , subdiviss en un nombre prodigieux 
de genres et d'espces. L'ordre premier est celui des agnses. 



NOTES DU LIVRE XI. 289 

dviation organique avec diminution de la force formatrice ; le 
deuxime , des hypergnses , dviation organique avec augmen- 
tation de la force formatrice ; le troisime , des diplognses , 
dviation organique avec runion des germes ; le quatrime , des 
htrognses , dviation organique avec qualits trangres du 
produit de la gnration. 

Voil par quel progrs l'esprit humain a tent <le soumettre 
des rgles les aberrations de la nature , lorsqu'elle parat s'tre 
affranchie de ses lois ordinaires. 

Mais au moment que je trace ces lignes, de nouvelles classifi- 
cations paraissent en foule, en sorte que dans l'norme quantit 
de ces productions que chaque jour voit clore , je ne sais la- 
quelle m'arrter. Dieu veuille que ce flau ne nous afflige pas 
davantage, et que le got de la vritable science, que la jeunesse 
abandonne pour des dcouvertes frivoles et phmres, renaisse 
parmi nous! 

M. Geoffroy Saint-Hilaire , qui a fait tant de recherches sur 
les monstres {Considrai, gnrales sur les monstres, Paris, 182.6), 
ne s'en tient pas un strile catalogue : son but est de s'en 
servir pour pntrer plus avant dans le labyrinthe de l'anatomie 
physiologique. Ce peut tre , en effet , un spectacle instructif 
que celui de l'organisation tudie dans ses actes irrguliers. La 
nature , comme surprise dans des momens d'hsitation et d'im- 
puissance , peut nous dvoiler quelques-uns de ses secrets. 

Le principe de l'unit de composition organique, entre les 
mains de M. Geoffroy, reoit un nouveau lustre de l'tude ana- 
tomique des monstruosits. Suivant lui , toutes les formes di- 
verses, sous lesquelles se manifeste l'organisation, sortent d'un 
mme type. Loin de regarder les monstres comme des exceptions 
aux lois gnrales , il les considre comme des bauches qui ne 
seraient point acheves , comme des tats reprsentant des de- 
grs divers d'organisation. 

Les diverses sortes de monstruosits connues jusqu' prsent 
sont tellement nombreuses, qu' moins de faire un gros livre, 
je ne saurais faire de chacune une description dtaille. M. Geof- 
froy n'a pas pouss bout ses recherches. L' Anatomie compare 
des monstruosits animales, par M. Serres, entreprise sur le mme 
vin. 19 



290 NOTES DU LIVRE XI. 

plan, contient seulement les lmeiis de cette science. Entre les 
plus fameuses , je citerai celles des monstres qu'on nomme au- 
jourd'hui htradelphes , hypognathes , hermaphrodites, hyp- 
rencphales , polyops , acphales, anencphales , cyclopes , ag- 
nes, thlipsencphales , notencphales, rhinencphales, poden- 
cphales , aspalasomes , les monstres par inclusion , etc. La plu- 
part de ces mots emportent leur signification. 

Les anatomistes modernes n'ont pas seulement essay de classer 
mthodiquement les monstres : ils ont tent encore d'expliquer 
les lois suivant lesquelles ils supposent que leur formation a 
lieu , considrant les faits observables , relativement aux mons- 
tres, comme des expriences en quelque sorte prpares d'avance 
par la nature pour montrer aux physiologistes les principes de 
la composition organique. 

La plus clbre de ces lois est celle que M. Geoffroy a prco- 
nise sous le nom de balancement , loi par laquelle le dveloppe- 
ment excessif d'une partie a toujours lieu aux dpens d'une autre. 
Une autre loi , aussi bien tablie , est celle qui est relative la 
plus grande frquence des monstruosits dans les parties qui re- 
oivent leurs nerfs du trisplanchnique ou grand sympathique : 
tels les intestins , la vessie , les organes gnitaux , les vaisseaux 
sanguins. 

On a observ encore que le trouble des parties est born dans 
certaines limites : on n'a, par exemple, jamais trouv les pou- 
mons dans le crne, ou le cerveau dans le bas-ventre, l'aorte 
abouche l'intestin , etc. Les animaux suprieurs peuvent pro- 
duire des monstruosits qui ressemblent des espces infrieures; 
mais celles-ci ne produisent jamais de monstruosits qui ressem- 
blent un type plus lev. Gnralement la dure des monstres 
par excs est plus grande que celle des autres ; plusieurs ont 
mme vcu ge d'homme. 

La comparaison des monstres de toutes sortes , dit M. Cuvier, 
a conduit M. Serres ce rsultat gnral, que les monstruosits 
semblables concident toujours avec des dispositions semblables 
du systme sanguin. 

Ainsi les acphales complets sont privs de cur, les anenc- 
phales de carotides internes. Ceux qui n'ont pas d'extrmits 



NOTES DU LIVRE XL 9 i 

postrieures n'ont pas d'artres fmorales ; et ceux qui manquent 
d'extrmits antrieures manquent aussi d'artres axillaires. Il y 
a une double artre descendante dans les monstres doubles par 
en bas, et une double aorte dans ceux qui le sont par en haut. 

M. Serres assure mme que les parties surnumraires, quelle 
qu'en soit la position la priphrie du corps , doivent toujours 
leur naissance l'artre propre l'organe qu'elles doublent ; qu'une 
partie antrieure sur-ajoute, par exemple, mme au dessous 
du menton , reoit une artre axillaire qui rampe sous la peau du 
cou , pour aller vivifier ce membre insolite. 

Il n'a trouv aucune exception cette rgle dans les nom- 
breuses monstruosits dont il a fait la dissection. De l rsulte 
que ces sortes d'anomalies sont restreintes dans certaines limites : 
une tte , par exemple , ne se verra jamais implante sur le sa- 
crum , parce que ce trajet serait trop long et trop embarrass 
pour les carotides ou les vertbrales surnumraires. 

Il en rsulte aussi que ces organes surnumraires ne peuvent 
tre que des rptitions plus ou moins exactes des parties pro- 
pres l'animal , dans lequel on les observe ; qu'un monstre hu- 
main n'aura pas en plus des pieds de quadrupde ou d'oiseau , 
et rciproquement. Il n'est jamais arriv qu' des personnes peu 
verses dans la science anatomique, de pouvoir croire retrouver, 
dans un monstre, la combinaison de diffrentes parties propres 
diverses classes ou diverses espces. 

Toutes les monstruosits qu'a examines M. Geoffroy lui ont 
fourni la preuve que l'organisation fondamentale se conserve 
toujours au milieu mme des anomalies. Ainsi, dans les becs de 
livre, il ne s'agit que d'une solution des articulations, soit des 
os intermaxillaires entre eux, quand le bec de livre est simple; 
soit de ces os avec les maxillaires , quand il est double : dans les 
ftus trompe , c'est le dfaut d'ossification ou de dveloppement 
des os de la cavit nasale qui laisse les parties molles du nez en 
quelque sorte suspendues par le rapprochement ou la confusion 
des yeux, et reprsentant souvent, avec beaucoup d'exactitude, 
une trompe de tapir ou d'lphant. Dans un monstre, n Lille, 
qui avait non-seulement le cerveau hors du crne , et port 
comme par une espce de pdicule podencphale , mais les vis- 

T 9-. 



1 
9C)* NOTES DU LIVRE XI. 

cres de la poitrine et de l'abdomen en grande parlie hors de 
leurs cavits, on retrouvait cependant les os du crne sous le 
cerveau qu'ils auraient d couvrir, et les os de la poitrine seule- 
ment carts les uns des autres : ce dplacement du cerveau , du 
cur, des poumons, du foie et de quelques autres viscres, avait 
produit sur ces organes et sur ceux qui taient rests dans l'in- 
trieur de grands cliangemens de configuration. 

Dans les monstres du genre anencphale, caractriss par la 
privation du cerveau et de la moelle pinire , le systme osseux 
est profondment modifi ; car, au lieu de se maintenir dans son 
tat tutmleux , chacun de ses lmens , chaque anneau vertbral 
est ouvert. M. Geoffroy a reconnu , parmi les antiquits gyp- 
tiennes de M. Pasalacqua , un monstre de ce genre qui a t d- 
terr Hermopolis , dans des catacombes rserves aux animaux, 
au milieu d'un grand nombre de cadavres de singes. Il suppose 
que les mauvais prsages attachs par la superstition aux produits 
monstrueux, ont fait relguer celui-l loin des spultures des 
hommes , et il croit en trouver la preuve dans un amulette trouv 
auprs de la momie, honneur qui n'tait fait qu'aux tres de race 
humaine. Cet amulette, qui reprsente un singe cynocphale, 
dont la pose est ordinairement celle d'un homme assis , avait 
servi de modle l'attitude donne la momie monstrueuse. 

Au reste ce qui concerne la gnration des monstres est en- 
core envelopp d'paisses tnbres. Les ides d'volution in- 
complte, d'arrt de dveloppement, qui ont fait tant de bruit 
dans ces derniers temps , ne sont point applicables aux htra- 
delphes, ou ftus accoupls, connus des anciens, et les plus fa- 
meux de tous , ni aux hypognathes , qui comprennent les mons- 
tres par inclusion, peut-tre les plus surprenans, ni mme aux 
aspalasomes , aux hyprencphales , monstres par ventration. 

Dans aucun de ces cas, non plus, on ne voit clairement la 
loi de balancement. Do. 






! 



LIVRE DOUZIEME 







C. PLINII SECUNDI 

HISTORIARUM MUNDI 

LIBER XII. 

ARBORUM NATURE. 



Honor earum. 

I. iVnimalidm omnium, quae nosci potuere, nature 
generatim membratimque ita se habent. Restant neque 
ipsa anima carentia (quandoquidem nihil sine ea vivit) 
terra dita , ut inde eruta dicantur , ac nullum silea- 
tur naturae opus. Diu fuere occulta ejus bnficia , 
summumque munus homini datum , arbores , silvaeque 
intelligebantur. Hinc primum alimenta , harum fronde 
mollior specus, libro vestis. Etiamnum gentes sic de- 
gunt. Quo magis ac magis admirari subit , ab iis prin- 
cipiis caedi montes in marmora 7 vestes ad Seras peti : 
unionem in Rubri maris profundo , smaragdum in ima 
tellure quaeri. Ad hoc excogitata sunt aurium vulnera : 
nimirum quoniam parum erat collo crinibusque gestari, 
nisi infoderentur etiam corpori. Quamobrem sequi par 



- V * ^ v * V l V \ \ * x *, V v V X fc VX UV VXVV-V'- v^M/wt/Wx ww/* \u\\uw\vu wv* wv% ww ww.x \ \ \ * 

HISTOIRE NATURELLE 

DE PLINE. 
LIVRE XII. 

HISTOIRE NATURELLE DES ARBRES. 



Place honorable des arbres dans la nature. 

I. llous venons d'exposer, tant en gnral que dans 
ses dtails anatomiques , la nature de tous les animaux 
que l'on a pu connatre. Il nous reste parler des pro- 
ductions de la terre, qui ont galement une me, car 
rien ne peut vivre sans me. Puis nous traiterons de 
ce qui se tire du sein mme de la terre, pour ne rien 
omettre de tous les ouvrages de la nature. Ses bienfaits 
demeurrent long-temps ignors , et l'on regardait jadis 
les plantes et les forts comme le plus grand don qu'elle 
et pu faire au genre humain : aussi l'homme en a-t-il 
d'abord tir sa nourriture , a-t-il rendu sa caverne plus 
moelleuse par leur feuillage, fait ses habits avec leur 
corce. Quelques peuples vivent encore de la sorte. Ne 
doil-on pas s'tonner de plus en plus que, de cette sim- 
plicit premire, on en soit au point de couper les mon- 
tagnes pour en arracher le marbre ; de courir chez les 



296 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

est ordinem vit , et arbores ante alia dicere , ac mo 

ribus primordia ingerere. 



II. 1. Heec fuere numinum templa , priseoque ritu 
simplicia rura etiam nunc deo prcellentem arborem 
dicant. Nec magis auro fulgentia atque ebore simulacra, 
quam lucos , et in iis silentia ipsa adoramus. Arborum 
gnera numinibus suis dicata perpetuo servantur : ut 
Jovi esculus , Apollini laurus , Minervse olea , Veneri 
myrtus, Herculi populus. Quin et Silvanos, Faunosque, 
et dearum gnera slvis , ac sua numina , tamquam et 
clo , adtributa credimus. Arbores postea blandioribus 
fruge succis hominem mitigavere. Ex iis recreans mem- 
bra olei liquor , viresque potus vini : tt denique sapo- 
res annui sponte venientes : et mensse (depugnetur licet 
earum causa cum feris, et pasti naufragorum corpori- 
bus pisces expetantur) etiamnum tamen secundse. Mille 
praeterea sunt usus earum, sine quis vita degi non pos- 
sit. Arbore sulcamus maria terrasque admovemus : ar- 
bore exaedificamus tecta : arbore et simulacra numinum 
fuere , nondum pretio excogitato belluarum cadaveri ; 



HISTOIRE NATURELLE , L1V. XII. 297 

Sres pour en rapporter des vtemens; enfin d'aller cher- 
cher des perles au fond de la mer Rouge , des meraudes 
dans les entrailles de la terre ? Voil pourquoi l'on ima- 
gina de se percer les oreilles. C'tait trop peu sans 
doute pour l'homme de porter des pierreries au cou et 
dans les cheveux, il fallait encore les incruster dans son 
corps. Aussi, afin de suivre la marche de la vie, nous 
allons parler des arbres, et peindre les murs des pre- 
miers sicles. 

IL 1 . Les arbres furent les premiers temples ; et nous 
voyons aujourd'hui les campagnes, fidles encore la 
simplicit de l'ancien culte , consacrer leur plus bel 
arbre la Divinit ; les images des dieux , brillantes d'or 
et d'ivoire , ne nous inpirent pas plus de vnration que 
les bois sacrs , et leur silence mme. Les arbres demeu- 
rent toujours consacrs chacun une divinit particu- 
lire : le chne Jupiter, le laurier Apollon , l'olivier 
Minerve , le myrte Vnus , le peuplier Hercule. 
Des Sylvains, des Faunes , et certaines desses, ont t 
attribus aux forts , qui ont leurs dieux comme le ciel , 
suivant la croyance vulgaire. Dans la suite , les arbres , 
par leurs sucs plus agrables que les grains, ont donn 
l'homme une vie plus douce. C'est d'eux que nous re- 
cevons l'huile, qui dlasse les membres; le vin, qui ra- 
nime les forces ; enfin tous ces fruits savoureux qui 
viennent chaque anne spontanment; aujourd'hui mme 
encore ils composent nos seconds services, quoique, 
pour couvrir nos tables , nous fassions la guene aux 
htes des forts, et que nous allions chercher les poissons 
repus des cadavres des naufrages. Les arbres sont , en 



298 C. PLINII HIST. NAT. LIB. JJJI. 

atque ut, a diis nato jure luxuriae, eodem ebore nu- 
minum ora spectarentur , et mensarum pedes. Produnt 
Alpibus coercitas , et tum inexsuperabili munimento 
Gallias, hanc primum habuisse causam superfundendi 
se Itali, quod Helico ex Helvetiis civis earum , fabri- 
lem ob artem Romae commoratus, ficum siccam et uvam, 
oleique ac vini prmissa remeans secum tulisset. Qua- 
propter hsec vel bello quaesisse venia sit. 



De peregrinis arboribus. Platanus quando primum in Italia y 
et unde. 



III. Sed quis non jure miretur, arborem umbrae gra- 
tia tantum ex alieno petitam orbe ? Platanus haec est , 
mare Ionium in Diomedis insulam ejusdem tumuli gra- 
tia primum invecta, inde in Siciliam transgressa, atque 
inter primas donata Italiae, et jam ad Morinos usque 
pervecta, ac tributarium etiam detinens solum, ut gentes 
vectigal et pro umbra pendant. Dionysius prior, Siciliae 
tyrannus, regiarn in urbem transtulit eas, domus suae 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XII. 299 

outre , employs mille usages indispensables la vie. 
Avec les arbres nous sillonnons les mers et rapproebons 
les terres ; avec les arbres nous construisons des mai- 
sons ; les arbres furent mme employs aux statues des 
divinits avant qu'on et attach du prix au cadavre 
des animaux, et qu'on se ft avis, comme pour trouver 
chez les dieux l'autorisation du luxe , de reproduire 
leurs traits avec cet ivoire qui sert galement dcorer 
les pieds de nos tables. On rapporte que les Gaulois , 
arrts par les Alpes, rempart jusqu'alors insurmontable, 
se dterminrent pour la premire fois se rpandre sur 
l'Italie, parce que Hlicon , artisan helvtien, ayant tra- 
vaill quelque temps Rome, en avait rapport des figues 
sches et des raisins, de l'huile et du vin d'lite. Qu'on 
les excuse donc d'avoir recherch ces productions, mme 
au prix de la guerre. 



Des arbres exotiques. poque de l'apparition du platane en Italie 
et d'o il venait. 



III. Mais qui ne sera surpris, juste titre, qu'on ait 
fait venir d'un monde tranger un arbre qui n'est bon qu' 
procurer de l'ombrage? c'est le platane, apport d'abord, 
travers la mer Ionienne , dans l'le de Diomde pour 
orner le tombeau de ce hros; de l il passa en Sicile, et 
c'est un des premiers arbres trangers donns l'Italie. 
Dj il est parvenu chez les Morins ; mais le terrain 
qu'il y occupe est sujet un tribut, et des nations paient 
un impt mme pour de l'ombre. Denys l'Ancien , tyraij 
de Sicile , le transporta dans sa capitale : ce fui la mer- 



3oo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

miraculum, ubi postea factum gymnasium : nec potuisse 
in araplitudinem adolescere, ut alias fuisse in Italia, ac 
nominatim Hispania , apud auctores invenitur. 

Natura earum. 

IV. Hoc actum circa capte Urbis aetatem : tantum- 
que postea honoris increvit , ut mero infuso enutrian- 
tur : compertum id maxime prodesse radicibus : docui- 
musque etiam arbores vina potare. 



Miracula ex his. 

V. Gelebratae sunt primum in ambulatione Aeademiae 
Athenis cubitorum xxxiii a radice ramos antcdente. 
Nunc est clara in Lycia gelidi fontis socia amnitate , 
itineri apposita , domicilii modo , cava octoginta atque 
unius pedum specu, nemorosa vertice, et se vastis pro- 
tegens ramis, arborum instar, agros longis obtinet um- 
bris : ac ne quid desit speluncae imagini , saxese intus 
crepidinis corona muscosos complexa pumices : tam 
digna miraculo , ut Licinius Mucianus ter consul , et 
nuper provinciae ejus legatus , prodendum etiam posteris 
putarit, epulatum intra eam se cum duodevicesimo co- 
mit : large ipsa toros prbente fronde, ab omni afflatu 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3oi 

veille de son palais, dans le lieu o , depuis, fut tabli 
le gymnase; mais ces platanes n'y parvinrent pas une 
grande hauteur. Quelques crivains remarquent qu'il y 
en avait aussi en Italie, et notamment en Espagne. 

Nature des platanes. 

IV. Ceci se passa vers le temps de la prise de Rome. 
On donna dans la suite tant de prix aux platanes , 
qu'aujourd'hui on les nourrit avec du vin pur. On a re- 
connu que cette liqueur fait beaucoup de bien aux ra- 
cines , et nous avons instruit mme les arbres s'a- 
breuver de vin. 

Faits merveilleux qui s'y rapportent. 

V. Les premiers platanes dont on ait beaucoup parl 
ornaient , dans Athnes , la promenade de l'Acadmie ; 
leurs racines , plus longues que les branches , avaient 
trente-trois coudes. Il existe aujourd'hui en Lycie un 
platane clbre, dont le charme s'unit celui d'une 
frache fontaine. Plac sur le chemin , il offre pour 
asile une grotte de quatre-vingt-un pieds , creuse dans 
le tronc ; il a pour cime une fort , et , s'entourant 
de vastes rameaux qui semblent autant d'arbres , il 
couvre la campagne d'une ombre immense. Afin que 
rien ne manque l'image d'une grotte , l'intrieur est 
garni d'un rang de pierres-ponces revtues de mousse. 
Cet arbre est si merveilleux , que Lucinius Mucianus , trois 
fois consul, et dernirement lieutenant en Lycie, a cru 



3oa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

securum, optantem imbrium per folia crepitus , lactio- 
rem , quam marmorum nitore , picturae varietate , la- 
quearium auro, cubuisse in eadem. Aliud exemplum 
Caii principis , in Veliterno rure mirati unius tabula ta, 
laxeque ramorum trabibus scamna patula, et in ea epu- 
lati, quum ipse pars esset umbrae, quindecim convivarum 
ac ministerii capace triclinio, quam cenam appellavit ille 
nidum. Est Gortynae in insula Creta juxta fontem pla- 
tanus una, insignis utriusque linguae monumentis, num- 
quam folia dimittens : statimque ei Graecise fabulositas 
superfuit , Jovem sub ea cum Europa concubuisse : ceu 
vero non alia ejusdem generis esset in Cypro. Sed ex 
ea primum in ipsa Creta (ut est natura hominum no- 
vitatis avida) platani satae regeneravere vitium : quando- 
quidem commendatio arboris ejus non lia major est, 
quam solem aestate arcere , hieme admittere. Inde in 
Italiam quoque ac suburbana sua , Claudio principe , 
Marcelli iEsernini libertus , sed qui se potentiae causa 
Caesaris libertis adoplasset, spado Thessalicus praedives, 
ut merito dici posset is quoque Dionysius, transtulit id 
genus. Durantque etiam in; Italia portenta terrarum , 
prter illa scilicet , quas ipsa excogitavit Italia. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3o3 

devoir transmettre la postrit, qu'il mangea dans cette 
grotte avec dix-huit personnes, que le feuillage lui four- 
nissait abondamment des lits, qu'il y tait l'abri de tous 
les vents , et prtait l'oreille sans entendre le bruit de la 
pluie qui frappait le feuillage , plus content que de l'- 
clat des marbres, des couleurs varies de la peinture, 
de la dorure des lambris , et qu'il y passa la nuit. Caligula 
admira , dans le territoire de Vlitres , un platane dont 
les branches formaient un plancher , avec des bancs 
trs-larges disposs l'entour. Il dna avec quinze con- 
vives dans cette salle; et, quoiqu'il occupt bien sa part 
de l'ombre , il y eut assez de place pour les gens nces- 
saires au service. Il appela ce repas le festin du nid. A 
Gortyne, dans l'le de Crte, il existe auprs d'une fon- 
taine un platane que les Grecs et les Romains ont c- 
lbr dans leurs crits. Il ne perd jamais ses feuilles ; 
aussi n'chappa-t-il pas aux fables de la Grce , et Jupi- 
ter, sous cet arbre, avait eu commerce avec Europe; 
comme s'il n'existait pas dans l'le de Cypre d'autres pla- 
tanes de mme espce ! Grce la nature humaine, tou- 
jours avide de nouveaut , il fournit d'abord la Crte 
des rejetons qui reproduisirent ce dfaut ; car cet arbre n'a 
pas de mrite plus grand que celui d'arrter la chaleur 
du soleil en t , et de la laisser passer en hiver. Du 
temps de l'empereur Claude , cette espce fut transpor- 
te de Crte en Italie par un affranchi de Marcellus 
^Eserninus , mais qui, par ambition, s'tait fait mettre 
au nombre des affranchis de l'empereur. Cet eunuque 
thessalien la fit planter dans sa maison de campagne , 
et pourrait avee raison tre appel un autre Denys. On 



3o4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 



Chamaeplatani. Quis primum viridaria tondere instituent. 

VI. i. Namque et chamaeplatani vocantur coact bre- 
vitatis : quoniam arborum etiam abortus invenimus. Hoc 
quoque ergo in gnre , pumilionum infelicitas dicta 
erit. Fit autem et serendi gnre, et recidendi. Primus 
C. Matius ex equestri ordine, divi Augusti amicus, in- 
venit nemora tonsilia intra hos lxxx annos. 



Malum Assyrium quomodo seratur. 

VII. 3. Peregrin et cerasi , Persicque , et omnes 
quarum Graeca notnina aut alina : sed quae ex his in- 
colarum numro esse cpere , dicentur inter frugiferas. 
In prsesentia externas persequemur , a salutari maxime 
orsi. Malus Assyria, quam alii vocant Medicam, vene- 
nis medetur. Folium ejus est unedonis, intercurrentibus 
spinis. Pomum ipsum alias non manditur : odore prsecel- 
lit foliorum quoque, qui transit in vestes una conditus, 
arcetque animalium noxia. Arbor ipsa omnibus horis 
pomifera est , aliis cadentibus , aliis maturescentibus , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3o5 

voit encore en Italie de ces prodiges exotiques , ind- 
pendamment de ceux que l'Italie elle-mme a invents. 

Cham-platanes. Nom de l'homme qui eut l'ide de tailler les 
bosquets. 

VI. 2. Tel est le cham-platane ( platane nain ) , que 
sa petitesse force a fait ainsi nommer ; car nous avons 
trouv moyen de faire avorter mme les arbres. J'aurai 
donc aussi , dans le rgne vgtal, parl de la disgrce 
des nains. On se les procure , et par la manire de 
les planter, et par celle de les tailler. Caus Matius , 
chevalier romain en faveur auprs d'Auguste, ima- 
gina le premier, il y a quatre-vingts ans, de tondre 
les bosquets. 

Comment se plante le pommier d'Assyrie. 

VII. 3. Les cerisiers, les pchers, et tous les arbres 
dont les noms sont ^grecs ou d'une autre langue , sont 
exotiques. Lorsque je traiterai des arbres fruit, je 
parlerai de ceux d'entre eux qui ont commenc se na- 
turaliser chez nous. Occupons-nous , pour le moment , 
des arbres trangers , en commenant par le plus salu- 
taire de tous. Le pommier d'Assyrie (citronnier), que 
d'autres nomment mdique , est un excellent antidote. 
Sa feuille ressemble celle de l'undon ( arbousier ) , 
qu'on armerait de quelques piquans. Le fruit ne se 
mange pas. L'arbre se distingue aussi par l'odeur de 
ses feuilles, qui se communique aux toffes avec les- 

vin. 20 



3oG c. PLINII HIST. NAT. L1B. XII. 

aliis vero subnascentibus. Tentavere gentes transferre ad 
sese propter remedii prstantiam fictilibus in vasis , dato 
per cavernas radicibus spiramento: qualiter omnia trans- 
itura longius seri arctissime transferrique meminisse 
conveniet , ut semel quque dicantur. Sed nisi apud 
Medos , et in Perside , nasci noluit. Hc est autem , 
cujus grana Parthorum proceres incoquere diximus es- 
culentis , commendandi halitus gratia. Nec alia arbor 
laudatur in Mdis. 



Indiae arbores. 

VIII. 4- Lanigeras Srum in mentione gentis ejus 
narravimus : item Indiae arborum magnitudinem. Unam 
e peculiaribus Indias Virgilius celebravit ebenum , nus- 
quam alibi nasci professus. Herodotus eam .ZEthiopiae 
intelligi maluit, in tributi vicem regibus Persidis e ma- 
terie ejus centenas phalangas tertio quoque anno pen- 
sitsse jEthiopas , cum auro et ebore prodendo. Non 
omittendum id quoque : vicenos dents elephantorum 
grandes, quoniam ita significavit, iEtbiopas ea de causa 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3o7 

quelles on l'enferme, et qu'elle garantit des insectes nui- 
sibles. Il porte des fruits dans toutes les saisons : tandis 
que les uns tombent , d'autres mrissent , et d'autres 
commencent se former. Des nations ont essay, cause 
de son efficacit contre les poisons, de le transporter 
chez elles , dans des vases d'argile , o l'on donnait de 
l'air aux racines par des trous : car , soit dit une fois 
pour toutes , les arbres qu'on veut faire voyager loin 
doivent tre troitement plants dans les caisses qui 
servent les transporter. Au reste , le citronnier a re- 
fus jusqu'ici de natre ailleurs que chez les Mdes et 
dans la Perse. Ce sont les graines de citron que les 
grands , chez les Parthes , font cuire dans leurs ragots 
(comme nous l'avons dit), afin de se donner une haleine 
agrable. Nul autre arbre dans la Mdie ne mrite une 
distinction particulire. 

Arbres de l'Inde. 

VIII. 4- Les arbres laine des Sres ont t dcrits 
dans la notice que nous avons donne sur cette nation. 
Nous avons aussi parl de la grandeur des arbres de 
l'Inde. De tous ceux qui appartiennent spcialement 
cette contre, Virgile n'a parl que de Tbnier. Il as- 
sure qu'il ne nat pas ailleurs. Hrodote croit plutt 
que c'est un arbre d'Ethiopie. Il crit en effet que tous 
les trois ans les Ethiopiens envoyaient en tribut au roi 
de Perse cent bches de ce bois, avec de l'or et de l'ivoire ; 
et n'omettons pas non plus cette circonstance ; car, sui- 
vant les expressions de l'historien, les Ethiopiens payaient 

20. 



3<>8 C. PLIiNII HIST. NAT. LIB. XII. 

pendere solitos. Tanla ebori auctoritas erat , Urbis 
nostr trecentesimo decimo anno : tune enim auctor 
ille bistoriam eam condidit Thuriis in Italia. Quo magis 
mirum est , quod eidem credimus , qui Padum amnem 
vidisset , neminem ad id tempus Asiae Graeciaeque , aut 
sibi cognitum. iEtbiopiae forma, ut diximus, nuper al- 
lata Neroni principi , raram arborem Meroen usque a 
Syene fine imperii , per dccc xcvi m passuum, nullam- 
que nisi palmarura generis esse docuit. Ideo fortassis in 
tributi auctoritate tertia res fuerit ebenus. 



Quando primum Romae visa ebenus. Qine gnera ejus. 

IX. Romae eam Magnus Pompeius in triumpho Mi- 
tbridatico ostendit. Accendi Fabianus negat : uritur ta- 
men odore jucundo. Duo gnera ejus : rarum id , quod 
melius , arboreum, trunco enodi, materie nigri splen- 
doris , ac vel sine arte protinus jucundi : alterum fru- 
ticosum cytisi modo , et tota India dispersum est. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. *o 9 

en tribut vingt grandes dents d'lphant. Le prix de 
l'ivoire tait donc dj bien lev vers l'an 3io de Rome; 
car c'est cette poque qu'il crivait son histoire Thu- 
rium , en Italie. N'est-il pas surprenant qu'on ajoute foi 
cet auteur , quand il dit que personne jusqu'alors , 
parmi les habitans de la Grce ou de l'Asie, du moins sa 
connaissance , n'avait vu les rives du P ? La carte d'Ethio- 
pie nouvellement apporte, comme nous l'avons dit plus 
haut, l'empereur Nron, nous a instruits que depuis 
Syne, qui borne notre empire, jusqu' Mro, c'est-- 
dire dans l'tendue de huit cent quatre-vingt-seize milles, 
la vgtation est rare , et qu'il n'existe presque pas 
d'autres arbres que ceux du genre des palmiers. C'est 
peut-tre pour cela que l'bne , parmi les tributs , te- 
nait le troisime rang. 



Quand Rome vit l'bne pour la premire fois. Diverses espces 

d'bne. 



IX. Le grand Pompe fit voir l'bne Rome dans 
son triomphe sur Mithridate. Fabianus dit que ce bois 
ne s'enflamme point; il se consume pourtant, en rpen- 
dant une odeur agrable. Il y a deux sortes d'b- 
niers : le meilleur et le plus rare est un arbre dont le 
tronc n'a point de nuds, et dont le bois n'a pas besoin 
du secours de l'art pour tre beau ; l'autre est un arbris- 
seau qui ressemble au cytise, et qui est commun dans 
toute l'tendue des Indes. 






3io C. PLINII H1ST. NAT. LIB. XII. 

Spina Indica. 

X. 5. Ibi et spina similis , sed deprehensa vel lucer- 
nis, igni protinus transiliente. Nunc eas exponam, quas 
mirata est Alexandri Magni victoria , orbe eo patefacto. 



Ficus Indica. . 

XL Ficus ibi exiiia poma habet. Ipsa se semper se- 
rens , vastis diffunditur ramis : quorum imi adeo in 
terram curvantur , ut annuo spatio infigantur , novam- 
que sibi propaginem faciant circa parentem in orbem, 
quodam opre topiario. Intra sepem eam aestivant pas- 
tores, opacam pariter et munitam vallo arboris, dcora 
specie subter intuenti, proculve, fornicato ambitu. Su- 
periores ejusdem rami in excelsum emicant , silvosa 
multitudine, vasto matris corpore, ut lx passus pleri- 
que orbe colligant, umbra vero bina stadia operiant. 
Foliorum latitudo peltae effigiem Amazonicae habet : hac 
causa fructum integens , crescere prohibet. Rarusque 
est , nec fabae magnitudinem excedens : sed per folia 
solibus coctus prdulci sapore , dignus miraculo arbo- 
ris : gignitur circa Acesinen maxime amnem. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3n 

pine indienne. 

X. 5. Il y a aussi dans les Indes une sorte d'pine 
qui lui ressemble , mais qui s'en distingue , parce que , 
expose mme la flamme d'une lampe, elle laisse aus- 
sitt passer la lumire. Nous allons maintenant parler 
des arbres qui firent l'admiration d'Alexandre-le-Grand 
lorsque ce monde lui fut ouvert par la victoire. 

Figuier indien. 

XI. Le figuier y porte des fruits trs-petits. Cet arbre, 
se multipliant toujours par lui-mme , tend de vastes 
branches, dont les plus basses se courbent vers la terre, 
au point qu'elles y prennent racine dans l'espace d'un 
an, et qu'elles forment une nouvelle plantation autour 
du tronc principal, comme si elles avaient t disposes 
par l'art du jardinier. Les bergers se retirent l't dans 
cette enceinte, ombrage la fois et fortifie par l'arbre 
mme , et qui , l'intrieur ou de loin , est agrable 
l'il , par les arcades de sa circonfrence. Les bran- 
ches suprieures se portent en haut , et leur multi- 
tude forme une fort au dessus de l'norme tige mater- 
nelle , de manire ce que l'ensemble s'arrondisse en 
un cercle de soixante pas , et dont l'ombre couvre deux 
stades. La largeur de la feuille reprsente un bouclier 
d'amazone ; et , en cachant le fruit , elle l'empche de 
crotre. Les figues sont peu nombreuses , et n'excdent 
pas la grosseur d'une fve ; mais , cuites par le soleil 
travers le feuillage, elles sont trs-douces, et dignes de 



3 12 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

4 



Arbor pala : pomum ariena. 

XII. 6. Major alia : porno et suavitate praecellentior, 
quo sapientes Indorum vivunt. Folium alas avium imi- 
tatur, longitudine trium cubitorum , latitudine duum. 
Fructum cortice mittit , admirabilem succi dulcedine , 
ut uno quaternos satiet. Arbori nomen palae , pomo 
arienae. Plurima est in Sydracis, expeditionum Alexan- 
dri termino. Est et alia similis huic , dulcior pomo , sed 
interaneorum valetudini infesta. Edixerat Alexander, ne 
quis agminis sui id pomum attingeret. 



Indicarum arborum forraae sine nominibus. Liniferae Indiae 
arbores. 

XIII. Gnera arborum Macedones narra vere , majore 
ex parte sine nominibus. Est et terebintho similis ce- 
tera , pomo amygdalis , minore tantum magnitudine , 
proecipuae suavitatis. In Bactris utique hanc aliqui tere- 
binthum esse proprii generis potius, quam similem ei, 
putaverunt. Sed unde vestes lineas faciunt , foliis moro 
similis, calycepomi, cynorrhodo. Serunt eam in campis, 
nec est gratior villarum prospectus. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3i3 

l'arbre merveilleux qui les produit. Ce figuier se trouve 
spcialement aux environs du fleuve Acsine. 

L'arbre pala : le fruit arina. 

XII. 6. Il y en a un autre plus grand, qui l'emporte 
par la grosseur et la douceur de son fruit, dont les 
sages de l'Inde se nourrissent. La feuille imite une aile 
d'oiseau. Elle a trois coudes de long et deux de large. 
Le fruit sort de l'corce , est d'un got exquis , et un 
seul suffit pour rassasier quatre personnes. Cet arbre 
se nomme pala , et son fruit arina. Il est en grand nom- 
bre dans la Sydracie , terme des expditions d'Alexandre. 
Il existe encore un autre arbre semblable celui-ci, 
dont le fruit est plus doux , mais cause la dysenterie. 
Alexandre avait expressment dfendu son arme d'y 
toucher. 



Description d'arbres indiens anonymes. Arbres indiens qui portent 

du lin. 

XIII. Les Macdoniens parlaient de plusieurs autres 
arbres , sans assigner de nom au plus grand nombre 
d'entre eux. Il en est un qui ressemble au trbinthe 
pour tout le reste, mais dont le fruit , moins gros qu'une 
amande , a une saveur exquise. Quelques-uns ont pens 
que cet arbre, qui se trouve dans la Bactriane, est plu- 
tt le trbinthe qu'un autre qui lui soit semblable. Celui 
d'o l'on tire les habits de lin ressemble au mrier par 
ses feuilles, et au cynorrhodon (glantier) par la cou- 



3i4 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XII. 



Piperis arbores. Gnera piperis : brechma. Zingiberi, sive 
zimpiberi. 

XIV. 7. Oliva Indise sterilis , praeterquam oleastri 
fructu. Passim vero quae piper gignunt, juniperis nostris 
similes : quamquam in fronte Caucasi solibus opposita 
gigni tantum eas aliqui tradidere. Semina a junipero 
distant parvulis siliquis, quales in faseolis videmus. H, 
priusquam dehiscant , decerpt , tostaeque sole , faciunt 
quod vocatur piper longum : paulatim vero dhiscentes 
maturitate, ostendunt candidum piper : quod deinde 
tostum solibus , colore rugisque mutatur. Verum et iis 
sua injuria est , alque cli intemprie carbunculantur , 
fiuntque Semina cassa et inania , quod vocant brechma , 
sic Indorum lingua significante abortum. Hoc ex omni 
gnre asperrimum est, levissimumque , et pallidum. 
Gratius nigrum : lenius utroque candidum. Non est hu- 
jus arboris radix, ut aliqui existimavere, quod vocant 
zimpiberi, alii vero zingiberi, quamquam sapore simile. 
Id enim in Arabia atque Troglodytica in villis nascitur, 
parv herbae , radice candida. Celeriter ea cariem sen- 
tit , quamvis in tanta amaritudine. Pretium ejus in li- 
bras, vi. Piper longum facillime adulteratur Alexan- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3i5 

ronne de son fruit. On le plante en pleine terre , et il 
donne un aspect des plus agrables aux campagnes. 

Poivriers. Des diverses espces de poivre. Brechma. Zingiberi et 
zimpiberi. 

XIV. 7. Les oliviers de l'Inde sont striles, except 
les oliviers sauvages. Les arbres qui portent le poivre y 
sont communs , et ressemblent nos genvriers : quel- 
ques-uns prtendent cependant qu'ils ne croissent que 
sur la partie du mont Caucase qui est le plus expose 
au soleil. Leurs graines diffrent du genivre par leurs 
petites gousses , semblables celles des fasoles. Si on 
cueille ces gousses avant qu'elles s'ouvrent , elles don- 
nent, sches au soleil , ce qu'on nomme poivre-long. Si , 
au contraire, elles s'ouvrent peu peu en mrissant, 
elles donnent le poivre blanc , qui , dessch ensuite 
au soleil , se ride et change de couleur. Elles prou- 
vent aussi des altrations ; elles sont brouies par les 
intempries de l'air, et leurs fruits deviennent alors creux 
et vides , ce que les Indiens nomment brechma , terme 
qui, dans leur langue, indique l'avortement. Le poivre 
est , dans ce cas , trs-acre , trs-lger et ple. Le poivre 
noir est d'un got plus agrable; le blanc est moins pi- 
quant que les deux autres. Ce n'est pas la racine du poi- 
vrier, comme quelques crivains l'ont pens, qui porte 
le nom de zimpiberi, ou, suivant d'autres, celui de 
zingiberi , quoique la saveur soit la mme, car le gin- 
gembre crot dans l'Arabie et dans le pays des Troglo- 
dytes. C'est une racine blanche qui appartient une 



3i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

drino sinapi. Emitur in libras, x, xv. Album , x, vir ; 
nigrum, x, iv. Usum ejus adeo placuisse mirum est. In 
aliis quippe suavitas cepit , in aliis species invitavit : 
huic nec pomi nec baccae commendatio est aliqua : sola 
placere amaritudine , et hanc in Indos peti. Quis illa 
primus experiri cibis voluit? aut cui in appetenda avi- 
ditate esurire non fuit satis ? Utrumque silvestre genti- 
bus suis est , et tamen pondre emitur , ut aurum vel 
argentum. Piperis arborem jam et Italia habet majorem 
myrto , nec absimilem. Amaritudo grano eadem quae 
piperi musteo creditur esse. Deest tosta illa maturitas , 
ideoque et rugarum colorisque similitudo. Adulteratur 
juniperi t baccis mire vim trahentibus. In pondre qui- 
dem multis modis. 



Caryophyllon. Lycium, sive pyxacanthum chironiuin. 

XV. Est etiamnum in India piperis grani simile , 
quod vocatur garyophyllon, grandius fragiliusque. Tra- 
dunt in Indico luco id gigui. Advhitur odoris gratia. 



HISTOIRE NATURELLE, LIY. XII. 3i7 

plante herbace. Malgr sa saveur , d'une grande cret , 
cette racine se moisit en peu de temps. Elle se vend six 
deniers la livre. Le poivre-long est trs-ais falsifier avec 
le sinapi d'Alexandrie. Ce poivre se vend quinze deniers 
la livre; le poivre blanc en cote sept, et le poivre noir 
seulement quatre. Il est , du reste , tonnant que l'usage 
du poivre ait tant d'attrait. 11 y a des choses qui se 
font dsirer par leur suavit, d'autres par leur beaut; 
le poivre n'a aucun titre cette faveur, comme fruit 
ni comme baie ; il ne plat que par son cret , et c'est 
elle qu'on va chercher jusqu'aux Indes. Qui le premier 
osa l'essayer dans ses alimens, ou qui, pour se procurer 
l'apptit, n'eut pas assez de la dite? Le poivre et le 
gingembre sont regards comme des productions sau- 
vages dans le pays o ils croissent, et pourtant on les 
vend au poids , de mme que l'or et l'argent. L'Italie a 
maintenant des poivriers qui sont un peu plus grands 
que le myrte, et lui ressemblent assez. On croit que leur 
fruit a l'cret du poivre des Indes nouvellement cueilli. 
Mais ne mrissant pas, comme lui, sous un soleil qui le 
torrfie , il n'a non plus ni les mmes rides , ni la mme 
couleur. On falsifie le poivre en y mlant des baies de 
genivre, qui en contractent trs-bien l'cret. On se sert 
de plusieurs artifices pour le rendre plus pesant. 

Caryophylle. Lycium ou pyxacanthe chironien. 

XV. H y a aussi dans l'Inde une graine aromatique 
semblable au poivre, mais plus grosse et plus fragile, 
que Ion nomme garyophy lion (girofle). On dit qu'elle 



3i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

Fert et in spinis piperis similitudinem , praecipua ama- 
ritudine , foliis parvis densisque , cypri modo , ramis 
trium cubitorum, cortice pallido, radie lata, lignosaque, 
buxei coloris. Hac in aqua cum semine excepta in aereo 
vase medicamentum fit , quod vocatur lycion. Ea spina 
et in Pelio monte nascitur , adulteratque medicamen- 
tum. Item asphodeli radix, aut fel bubulum, aut absin- 
thium , vel rhus , vel amurca. Lycion aptissimum me- 
dicinae, quod est spumosum. Indi in utribus camelorum 
aut rhinocerotum id mittunt. Spinam ipsam in Graecia 
quidam pyxacanthum Chironkim vocant. 



Macir. 

XVI. 8. Et macir ex India advehitur, cortex rubens 
radicis magnae , nomine arboris suae : qualis sit ea , in- 
compertum habeo. Corticis melle decocti usus in medi- 
cina ad dysentericos praecipuus habetur. 

Saccharon. 

XVII. Saccharon et Arabia fert, sed laudatius India: 
est autem mel in arundinibus collectum , gummium 





HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3 19 

crot dans une fort sacre de l'Inde. On ne l'apporte 
qu' cause de son parfum. L'Inde produit encore un 
arbre pineux qui porte un fruit semblable au poivre , et 
d'une grande cret. Ses feuilles sont petites et ramasses, 
comme celles du cypre; ses branches ont trois coudes 
de longueur; son corce est ple; sa racine est aplatie, 
ligneuse, et de la couleur du buis. De cette racine in- 
fuse dans l'eau avec la graine, dans un vase de cuivre, 
on fait un mdicament appel lycion. La mme pine 
crot sur le mont Plion , et sert falsifier ce remde. 
On emploie galement c^t effet la racine d'asphodle , 
le fiel de buf, l'absinthe, le rhus (sumac) et le marc 
d'huile. Le lycion le plus convenable la mdecine est 
cumeux. Les Indiens l'envoient dans des outres de peaux 
de chameaux ou de rhinocros. Quelques personnes 
donnent , en Grce , le nom de pyxacanthe chironien 
l'pine elle-mme. 

Macir. 

XVI. 8. Le macir s'apporte aussi des Indes : c'est 
l'corce rouge d'une grande racine qui porte le mme 
nom que son arbre. Mais quel est cet arbre ? c'est ce 
que je n'ai pu dcouvrir. Cette racine , bouillie avec du 
miel , est principalement employe contre la dysenterie. 

Sucre. 

XVII. L'Arabie produit du sucre, mais celui des 
Indes est prfr. C'est une espce de miel qui s'amasse 



3ao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

modo candidum dentibus fragile , amplissimum nucis 

avellanae magnitudine , ad medicinae tantum usum. 

Arbores Arianae gentis. Item Gedrosiae : item Hyrcania?. 

XVIII. Contermina Indis gens Ariana appellatur, cu- 
jus spina lacrymarum pretiosa , myrrhae similis, accessu 
propter aculeos anxio. Ibi et frutex pestilens raphani , 
folio lauri , odore equos invitante , qui paene equitatu 
orbavit Alexandrum primo introitu : quod et in Gedro- 
sis accidit. Item laurino folio et ibi spina tradita est , 
cujus liquor aspersus oculis , caecitatem infert omnibus 
animalibus. Necnon et herba praecipui odoris referta 
minutis serpentibus , quarum ietu protinus moriendum 
esset. Onesicritus tradit in Hyrcaniae convallibus ficis 
similes esse arbores , quae vocentur occhi , ex quibus 
defluat mel horis matutinis duabus. 



Item Bactriae. Bdellium, sive brochon, sive malacham, sive mal- 
dacon. Scordacti. In omnibus odoribus aut condimentis di- 
cuntur adulterationes , exprimenta, pretia. 

XIX. 9. Vicina et Bactriana , in qua bdellium nomi- 
natissimum. Arbor nigra est , magnitudine oleae , folio 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3a i 

sur des roseaux. Il est blanc comme de la gomme, et se 
casse sous la dent. Les plus gros morceaux sont de la 
grosseur d'une aveline. La mdecine seule en fait usage. 

Arbres de l'Ariane , de la Gdrose , de l'Hyrcanie. 

XVIII. Dans l'Ariane, province limitrophe des Indes, 
on trouve un arbre pineux , et par cela mme d'un 
abord difficile, d'o dcoule une liqueur prcieuse, sem- 
blable la myrrhe. H y a dans la mme contre un ar- 
brisseau vnneux dont la racine ressemble au raifort, 
et la feuille celle du laurier, donf l'odeur attire les che- 
vaux, ce qui fut cause que , ds son entre en cette pro- 
vince , Alexandre perdit presque toute sa cavalerie ; 
accident qui se renouvela dans la Gdrosie. 11 se trouve 
aussi dans l'Ariane une autre plante pineuse qui a la 
feuille du laurier, et dont le suc, rpandu sur les yeux, 
fait perdre la vue tous les animaux. On y rencontre 
aussi une herbe d'une odeur singulire, couverte de pe- 
tits serpens, dont la morsure fait mourir sur-le-champ. 
Onsicrite dit que , dans les valles d'Hyrcanie , on 
trouve des espces de figuiers nomms occhi , dont 
il dcoule du miel , tous les matins , pendant deux 
heures. 

Arbres de la Bactriane. Bdellium ou brochon, autrement malacham 
ou maldacon. Scordactes. Falsifications qu'on fait subir aux 
aromates et aux pices ; vrification des denres ; leur prix. 

XIX. 9. Non loin de l, dans la Bactriane, se trouve 
le bdellion trs-renomm. L'arbre qui le produit est noir, 

vin. 21 



3*2 C. PLINTI HIST. NAT. LIB. XII. 

roboris, fructu caprifici naluraque. Gummi alii brochon 
appellant , alii malacham , alii maldacon. Nigrum vero 
et in offas convolutum , adrobolon. Esse autem dbet 
translucidum , simile cer, odoratum, et quum fricatur, 
pingue, gustu amarum citra acorem. In sacris vino per- 
fusum , odoratius. Nascitur et in Arabia , Indiaque , et 
Media, ac Babylone. Aliqui peraticum vocant ex Media 
advectum. Fragilius hoc et crustosius,amariusque: at In- 
dicum humidius et gumminosum. Adulteratur amygdala 
nuce. Cetera ejus gnera cortice et scordasti. Ita voca- 
tur arbor mulo gummi. Sed deprehenduntur (quod 
semel dixisse et in ceteros odores satis sit ) odore , co- 
lore , pondre , gustu , ign. Bactriano nitor siccus , 
mul tique candidi ungues. Praeterea suum pondus, quod 
gravius esse aut levius non debeat. Pretium sincero in 
libras x terni. 



Persidis arbores. 



XX. Gentes supra dictas Persis attingit, Rubro mari 
( quod ibi Persicum vocavimus ) longe in terra aestus 
agente , mira arborum natura. Namque erosae sale , in- 
vectis derelictisque similes , sicco litore radicibus nudis 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3a3 

de la grandeur d'un olivier, feuilles de chne ; mais, 
par sa nature et par son fruit , il tient du figuier sau- 
vage. Sa gomme est appele par les uns brochon , par 
les autres malacha , et quelquefois maldacon. Le bdel- 
lion noir, rassembl en masses, est l'adrobolon. Au 
reste , cette gomme doit tre translucide , couleur de 
cire et odorante , surtout quand on la frotte ; grasse , 
arrire au got , mais sans aigreur. Employe dans les 
sacrifices, on l'arrose de vin, ce qui augmente son par- 
fum. Elle nat aussi dans l'Arabie, dans l'Inde, dans la 
Mdie et Babylone. Quelques-uns appellent pra tique 
le bdellion qu'on apporte de Mdie. Il est plus fragile , 
plus cailleux et plus amer que les autres; celui des Indes 
est plus humide et gommeux. On le falsifie avec des aman- 
des , et les autres espces avec l'corce du scordaste , 
arbre dont la gomme ressemble au bdellion ; mais la 
falsification , de mme que celle des autres parfums , 
ce que nous dirons une fois pour toutes , se dcouvre 
par l'odeur, la couleur, le poids, le got et le feu. Le 
bdellion de la Bactriane est sec , luisant , et parsem de 
taches blanches comme celles de l'ongle. Il se reconnat 
en outre un certain poids dont il ne s'carte jamais 
en plus ou en moins. Il cote trois deniers la livre. 

Arbres de Perse. 

XX. La Perse avoisine les rgions dont nous venons 
de parler ; et la mer Rouge , que nous avons dsigne 
plus haut sous le nom de golfe Persique , poussant ses 
mares au loin sur les terres, y dtermine des propri- 

21. 



3a/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

polyporum modo amplexae striles arenas spectantur. 
Eaedem mari adveniente fluctibus pulsatae, resistunt im- 
mobiles. Quin et pleno aestu operiuntur totae : apparet- 
que rerum argumentis asperitate aquarum illas ali. Ma- 
gnitudo miranda est , species similis unedoni , pomum 
amygdalis extra , intus contortis nueleis. 



Persici maris insularum arbores. Gossympinum arbor. 

XXI. io. Tylos insula in eodem sinu est, repleta 
silvis, qua spectat Orientem, quaque et ipsa stu maris 
perfunditur. Magnitudo singulis arboribus fici, flos sua- 
vitate inenarrabili , pomum lupino simile , propter as- 
peritatem intactum omnibus animalibus. Ejusdem in- 
sula? excelsiore suggestu lanigerae arbores alio modo , 
quam Srum. His folia infecunda : quae , ni minora es- 
sent, vitium poterant videri. Ferunt cotonei mali am- 
plitudine cucurbitas , quae maturitate ruptas ostendunt 
lanuginis pilas, ex quibus vestes pretioso linteo faciunt. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3a5 

ts singulires dans les vgtaux ; car on voit des arbres, 
rongs par le sel , qui paraissent avoir t apports et 
dlaisss sur le rivage, et qui , lorsque la plage est 
sec, embrassent de leurs racines nues, la manire des 
polypes, les sables striles. Lorsque la mare revient, 
ils rsistent , immobiles , au choc des vagues. Ils sont 
quelquefois entirement couverts par les eaux , et la 
chose elle-mme prouve que l'amertume de ces eaux les 
nourrit. Ils sont d'une grandeur surprenante, ils res- 
semblent des arbousiers; leur fruit est, au dehors, 
comme celui de l'amandier ; mais , l'intrieur , leur 
noyau est contourn. 

Arbres des iles de la mer Persique. Le gossympin. 

XXI. 10. L'le de Tylos , situe dans le mme 
golfe , est remplie de forts du ct de l'orient , partie 
qui est couverte des eaux de la mer dans le temps du 
flux. Les arbres qu'on y voit sont de la grandeur du 
figuier. Leurs fleurs ont une odeur ravissante ; leur 
fruit est semblable au lupin ; mais il est si pre , qu'au- 
cun animal n'en veut manger. Dans la partie la plus 
leve de l'le, on trouve des arbres qui produisent du 
duvet diffrent de celui des Sres. Leurs feuilles ne pro- 
duisent rien , et l'on pourrait les confondre avec celles 
de la vigne , si elles n'taient plus petites. Ces arbres 
produisent des courges de la grosseur d'un coing , qui 
se rompent en mrissant, et donnent des pelottes lai- 
neuses dont on fabrique des toiles prcieuses pour faire 
des vtemens. 



326 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

1 1. Arbores vocant gossympinos: fertiliore etiam Tylo 
minore, quae distat x m pass. 



Chynas arbor. Ex quibus arboribus lina in Oriente fiant. 

XXII. Juba circa fruticem lanugines esse tradit , lin- 
teaque ea Indicis prstantiora. Arabiae autem arbores , 
ex quibus vestes faciant , cynas vocari , folio palmae si- 
mili. Sic Indos suae arbores vestiunt. In Tylis autem et 
alia arbor floret albae violae specie , sed magnitudine 
quadruplici , sine odore , quod miremur in eo tractu. 



Quo in loco arborum nulla folia dcidant. 

XXIII. Est et alia similis , foliosior tamen , roseique 
floris : quem noctu comprimens , aperire incipit solis 
exortu , meridie expandit. Incolae dormire eum dieunt. 
Fert eadem insula et palmas, oleasque, ac vites, et cum 
reliquo pomorum gnre ficos. Nulli arborum folia ibi 
decidunt. Rigaturque gelidis fontibus , et imbres ac- 
cipit. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 327 

1 1. On nomme ces arbres gossympins. La petite le 
de Tylos , loigne de dix mille pas de celle du mme 
nom dont nous avons parl , est encore plus fertile en 
cette sorte de production. 

Le chynas. De quels arbres on fait des tissus en Orient. 

XXII. Juba rapporte que sur un certain arbrisseau 
se trouve un duvet dont on fait des toiles plus belles 
que celles des Indes. Il ajoute que les arbres d'Arabie 
qui fournissent des vtemens se nomment cynes , et 
qu'ils ont la feuille comme les palmiers. Les Indiens 
tirent pareillement de leurs arbres de quoi se vtir. On 
trouve dans les les de Tylos un autre arbre semblable 
au violier, mais quatre fois plus grand, et sans odeur, 
ce qui est surprenant dans ce climat. 

Lieux o les arbres ne perdent point leur feuillage. 

XXIII. On y trouve galement un autre arbre sem- 
blable au prcdent , mais plus charg de feuilles. Sa 
fleur a l'apparence' d'une rose : elle se ferme la nuit, 
commence s'ouvrir au lever du soleil , et s'panouit 
midi ; ce qui fait dire aux insulaires que cette fleur a la 
facult de dormir. Celte le produit aussi des palmiers, 
des oliviers, des vignes, des figuiers, et gnralement 
toute sorte de fruits. Aucun arbre n'y perd ses feuilles. 
Le pays est arros par des fontaines dont l'eau est trs- 
froide , et par des pluies assez frquentes. 



3a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

Quibus modis constent arborum fructas. 

XXIV. Vicina his Arabia flagilat quamdam generum 
distinctionem , quoniam fructus iis constat radice , fru- 
tice , cortice , succo , lacryma , ligno , surculo , flore , 
folio , porno. 

De costo. 

XXV. 11. Radix et folium Indis est maximo pretio. 
Radix costi gustu fervens , odore eximio , frutice alias 
inutili. Primo statim introitu amnis Indi in Patale in- 
sula , duo sunt ejus gnera : nigrum , et quod melius , 
candicans. Pretium in libras x. vi. 

De nardo. Differentiae ejus xu. 

XXVI. De folio nardi plura dici par est , ut princi- 
pali in unguentis. Frutex est gravi et crassa radice, sed 
brevi ac nigra , fragilique , quamvis pingui , situm re- 
dolente, ut cyperi, aspero sapore, folio parvo densoque. 
Cacumina in aristas se spargunt : ideo gemina dote 
nardi spicas ac folia clbrant. Alterum ejus genus apud 
Gangem nascens , damnatur in totum , ozaenitidis no- 
mine, virus redolens. Adulteratur et pseudonardo herba, 
quae ubique nascitur crassiore atque latiore folio , et 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XII. 3o 

Des produits utiles des arbres. 

XXIV. Non loin se trouve l'Arabie , qui rclame 
quelque intrt pour ses productions, consistant en di- 
verses espces de racines , de branches , d'corces , de 
sucs , de gommes, de bois, de rejetons, de fleurs et de 
fruits. 

Du costus. 

XXV. 12. La racine du costus et les feuilles du nard 
sont fort estimes dans les Indes. Cette racine a une 
saveur brlante et une excellente odeur ; le reste de la 
plante est inutile. A l'embouchure du fleuve Indus, dans 
l'le de Patale, il y a deux sortes de costus , le noir et 
le blanc : ce dernier est le meilleur. Son prix est de six 
deniers la livre. 

Du nard : douze varits de cette plante. 

XXVI. Quant aux feuilles du nard, il convient d'en 
traiter un peu au long , parce qu'elles sont la base des 
parfums. Le nard est un arbrisseau dont la racine, 
paisse, pesante, courte et noire, aise rompre, bien 
qu'elle soit grasse, joint une saveur pre, une odeur 
aussi dsagrable que celle du cyperus. Ses feuilles sont 
petites et touffues. Son sommet se termine en barbe , 
et cette partie est aussi estime que les feuilles. Il y a 
une autre sorte de nard qui n'est d'aucun usage, et 
qui crot auprs du Gange , on le nomme oznitide , 



33o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

colore languido in candidum vergente. Item sua radie 
permixta ponderis causa, et gummi, spumaque argenti, 
aut stibio , ac cypero , cyperive cortice. Sincerum qui- 
dem levitate deprebenditur, et colore rufo , odorisque 
suavitate, et gustu maxime siccante os, sapore jucundo. 
Pretium spicse in libras x. c. Folii divisere annonam : ab 
amplitudinehadrosphaerum vocatur majoribus foliis, x. l. 
Quod minore folio est, mesosphaerum appellatur : emi- 
tur x. lx. Laudatissimum microspliserum e minimis fo- 
lium: pretium ejus x. lxxv. Odoris gratia omnibus ma- 
jor recentibus. Nardo color qui inveteraverit , nigriori 
melior. In nostro orbe proxime laudatur Syriacum , mox 
Gallicum, tertio loco Creticum , quod aliqui agrium vo- 
cant, alii phu, folio olusatri, caule cubitali , geniculato, 
in purpura albicante, radice obliqua villosaque, et imi- 
tante avium pedes. Baccharis vocatur nardum rusticum, 
de quo dicemus inter flores. Sunt autem ea omnia herb 
prter Indicum. Ex iis Gallicum et cum radice velli- 
tur, abluiturque vino. Siccatur in umbra , alligatur fa- 
sciculis in charta , non multum ab Indico differens , 
Syriaco tamen levius. Pretium x. m. In his probatio 
una, ne sint fragilia , et arida potius, quam sicca folia. 
CumGallico nardo semper nascitur herba, quae hirculus 
vocatur, a gravitate odoris et similitudine, qua maxime 
adulteratur. Distat , quod sine cauliculo est , et quod 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 33 1 

cause de sa mauvaise odeur. Le nard se falsifie avec une 
herbe trs-commune, nomme faux-nard, dont la feuille 
est plus large et plus paisse, et dont la couleur peu pro- 
nonce tire sur le blanc. Pour rendre le nard plus pesant , 
on y mle de sa racine, de la gomme , de la litharge, 
de l'antimoine , du cyperus , ou de l'corce de cyperus. 
On reconnat le nard pur sa lgret , sa couleur 
rousse , sa bonne odeur et sa saveur agrable, la 
proprit qu'il a de desscher la bouche. Les pis se 
vendent cent deniers la livre. Les feuilles font varier le 
prix de cette denre : l'adrosphaeron , ou nard grandes 
feuilles , se vend cinquante deniers la livre ; le mso- 
sphron, c'est--dire moyennes feuilles, cote soixante 
deniers; enfin le plus renomm, le microsphaeron , ou 
petites feuilles , vaut soixante-quinze deniers. L'odeur 
du nard , quelle qu'en soit l'espce , est plus agrable 
quand il est nouveau; s'il a vieilli, le plus noir est pr- 
frable. Parmi ceux qui croissent dans notre empire , 
le plus renomm est celui de Syrie ; vient ensuite celui 
des Gaules, puis celui de Crte, que quelques-uns ap- 
pellent nard sauvage ? et d'autres phu. Cette troisime 
espce a la feuille comme celle de l'olusatrum , la tige 
haute d'une coude , garnie de nuds , et de couleur 
pourpre ple. Sa racine est tortue , couverte de poil , et 
ressemble au pied d'un oiseau. On appelle baccharis le 
nard des champs ; nous en parlerons en traitant des 
fleurs. Tous ces diffrens nards sont des herbes, 
l'exception de celui des Indes. Le nard des Gaules s'ar- 
rache avec sa racine ; on le lave ensuite dans du vin. 
Aprs l'avoir fait scher l'ombre, on le met en petites 



33a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

minoribus foliis , quodque radicis neque amarae , neque 

odorat. 



Asaron. 

XXVII. 1 3. Nardi vim habet et asarum : quod et ip- 
sum aliqui silvestre nardum appellant. Est autem ederae 
foliis , rotundioribus tantum mollioribusque, flore pur- 
pureo , radie Gallici nardi : semen acinosum , saporis 
calidi ac vinosi. Montibus in umbrosis bis anno floret. 
Optimum in Ponto , proximum in Phrygia , tertium in 
Illyrico. Foditur quum folia mittere incipit , et in sole 
siccatur, celeriter situm trahens, ac senescens. Inventa 
nuper et in Thracia herba est , cujus folia nihil ab In- 
dico nardo distant. 



Amomum : amomis. 
XXVIII. Amomi uva in usu est, Indica vite labrusca: 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 333 

bottes dans du papier. Il diffre peu de celui des Indes ; 
mais il est plus lger que celui de Syrie, et se vend 
trois deniers la livre. Le seul moyen de les connatre , 
c'est qu'elles ne soient pas fragiles et dessches , mais 
seulement sches. On trouve toujours auprs du nard 
des Gaules une herbe qui lui ressemble , et que son 
odeur forte et analogue celle du bouc a fait surnom- 
mer hircule : on s'en sert pour le falsifier. Elle en 
diffre en ce qu'elle n'a point de tige , que ses feuilles 
sont plus petites , et que sa racine n'est ni amre ni 

odorante. 

Asaron. 

XXVII. i3. L'asarum a les mmes proprits que le 
nard ; aussi quelques-uns l'appellent-ils nard sauvage. 
Ses feuilles ressemblent celles du lierre , mais elles 
sont plus rondes et plus flexibles. Sa fleur est pourpre , 
sa racine est semblable celle du nard gaulois , et sa 
graine, remplie de suc, a une saveur chaude et vineuse. 
Il crot sur les montagnes ombrages, et fleurit deux fois 
l'an. La premire qualit se recueille dans le Pont , la 
seconde dans la Phrygie , et la troisime en lllyrie. On 
l'arrache quand ses feuilles commencent paratre , on 
le sche au soleil, autrement il se gte bientt et con- 
tracte une mauvaise odeur. On a trouv depuis peu dans 
la Thrace une herbe dont les feuilles sont tout--fait 
semblables celles du nard des Indes. 

L'amome ; l'amomide. 

XXVIII. La grappe d'amomum est d'un frquent 



334 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

ut alii existimavere, frutice myrtuoso, palmi altitudine: 
carpiturque cum radice , manipulatim leniter componi- 
tur, protinus fragile. Laudatur quam maxime Punici 
mali foliis simile , nec rugosis , colore rufo. Secunda 
bonitas pallido. Herbaceum pejus, pessimumque candi- 
dum , quod et vetustate evenit. Pretium uv in libras 
x. lx; friato vero amomo x. xlviii. Nascitur et in Arme- 
niae parte, quae vocatur Otene, et in Media, et in Ponto. 
Adulteratur foliis Punicis, et gummi liquido , ut cohae- 
reat convolvatque se in uv modum. Est et quae voca- 
tur amomis , minus venosa atque durior , ac minus 
odorata : quo apparet , aut aliud esse, aut colligi imma- 
turum. 



Cardamomum. 



XXIX. Simile his et nomine et frutice cardamomum, 
semine oblongo. Metitur eodem modo et in Arabia. 
Quatuor ejus gnera : viridissimum ac pingue , acutis 
angulis , contumax frianti , quod maxime laudatur : 
proximum e rufo candicans : tertium brevius atque ni- 
grius. Pejus tamen varium et facile tritu , odorisque 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 335 

usage : c'est le fruit d'une vigne sauvage des Indes, ou, 
comme d'autres le prtendent , le produit d'un arbris- 
seau qui ressemble au myrte , et n'a qu'un palme de 
hauteur. On l'enlve avec sa racine , et on l'assemble 
en faisceau avec prcaution , car il se brise aisment. 
Celui dont on fait le plus de cas a les feuilles, comme le 
pommier punique (grenadier?), rousses et sans rides. 
On accorde le second rang celui qui est ple ; celui qui 
ressemble de l'herbe est encore infrieur ; enfin , le 
blanc est le pire de tous , et cette couleur lui vient 
en vieillissant. En grappe , il vaut soixante deniers 
la livre ; mais quand il est gren il ne se vend que 
quarante-huit. Cet arbrisseau crot dans la partie de 
l'Armnie qu'on nomme Otne, dans la Mdie et dans 
le Pont. On le falsifie avec des feuilles de grenadier , 
qu'on y adapte l'aide de la gomme liquide, en les rou- 
lant en forme de grappe. Il y a un autre aromate appel 
amomide, mais moins veineux, plus dur et moins odo- 
rant; ce qui montre que c'est une espce diffrente, ou 
que c'est l'amome cueilli avant sa maturit. 

Le cardamome. 

XXIX. Le cardamome leur ressemble tous deux 
par son nom et par sa figure : sa graine est oblongue. 
On le recueille de la mme manire en Arabie. Il 
y en a de quatre sortes. En premire ligne on distin- 
gue celui qui , gras et d'une couleur verte trs-pronon- 
ce, a les angles aigus, et est difficile briser. Le se- 
cond est d'un blanc roux ; le troisime est plus petit et 



336 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

parvi : qui verus, costo vicinus esse dbet. Hoc et apud 

Medos nascitur. Pretium optimi in libras x. duodecim. 



De thurifera regione. 

XXX. Cinnamomo proxima gentilitas erat, ni prius 
Arabiae divitias indicari conveniret , causasque , quae 
cognomen illi felicis ac beatae dedere. Principalia ergo 
in illa thus , et myrrha : haec et cum Troglodytis com- 
munis. 

i4- Thura, praeter Arabiam , nullis , ac ne Arabiae 
quidem universae. In medio ejus fere sunt Atramitae , 
pagus Saborum , capite regni Sabota, in monte excelso, 
a quo octo mansionibus distat regio eorum thurifera , 
Saba appellata. (Hoc significare Graeci mysterium di- 
cunt. ) Spectat ortus solis aestivi , undique rupibus in- 
via, et a dextra mari scopulis inaccesso. Id solum e 
rubro lacteum traditur. Silvarum longitudo est, schni 
xx latitudo dimidium ejus. Schnus patet Eratosthenis 
ratione , stadia xl hoc est , passuum quinque millibus : 
aliqui xxxn stadia singulis schnis dedere. Attolluntur 
colles alti , decurruntque et in plana arbores sponte 
nata?. Terram argillosam esse convenit , raris fonlibus 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XII. 33 7 

plus brun ; le quatrime enfin , et le pire , a des cou- 
leurs diverses, peu d'odeur et beaucoup de friabilit. 
Le bon cardamome doit avoir une odeur approchant 
de celle du costus. On le trouve aussi dans la Mjdie. 
Le meilleur se vend douze deniers la livre. 

Du pays de l'encens. 

XXX. L'affinit de nom nous engagerait parler 
ds prsent du cinnamome , si nous ne trouvions 
plus convenable de traiter auparavant des richesses, de 
l'Arabie, et des causes qui l'ont fait surnommer fertile 
et heureuse. Ses principales productions sont l'encens 
et la myrrhe : cette dernire se trouve aussi dans le pays 
des Troglodytes. 

i4- L'encens appartient exclusivement l'Arabie, 
encore ne le trouve-t-on pas dans toute cette contre. 
Vers le milieu du pays sont les Atramites, qui habitent 
un canton des Sabens, et dont la capitale est Sabota. 
Cette ville est btie sur une haute montagne , huit 
journes de la province o crot l'encens , lieu qu'on 
nomme Saba ; ce qui, chez les Grecs, signifie mystre. 
Ce canton, situ au levant d't , est environn de ro- 
chers inaccessibles, et droite la mer, par ses cueils, 
le rend inabordable. On dit que ce terroir est d'un rouge 
laiteux. Les forts qui produisent l'encens ont vingt 
schnes de longueur et moiti de largeur. Le schne, 
au rapport d'ratosthne , contient quarante stades, 
'est--dire cinq mille pas ; d'autres ne lui ont donn 
que trente-deux stades. De hautes collines s'y lvent. 

VI 11. 22 



338 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

ac nitrosis. Attingunt et Mini , pagus alius , per quos 
evehitur uno tramite a^igusto. Hi primi commercium 
thuris fecere, maximeque exercent : a quibus et Minum 
dictum est. Nec prterea Arabum alii thuris arborem 
vident , ae ne horum quidem omnes. Feruntque mmm 
non amplius esse familiarun) , qu jus per successiones 
id sibi vindicent. Sacros vocari ob id , nec ullo congressu 
feminarum, funerumque,quum incidant eas arbores aut 
metant, pollui : atque ita religione merces augeri. Qui- 
dam promiscuum jus iis populis esse tradunt in silvis : 
alii per vices annorum dividi. 



Quse arbores thus ferant. 

XXXI. Nec arboris ipsius quse sit facis , constat. 
Res in Arabia gessimus , et romana arma in magnam 
partem ejus penetravere : Caius etiam Caesar, Augusli 
filius, inde gloriam petiit, nec tamen ab ullo (quod equi- 
dem sciam) Latino arborum earum tradita facis. Gr- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 33 9 

Les arbres, ns spontanment, se prolongent dans la 
plaine. On convient gnralement que cette terre est 
argileuse , et que les fontaines , qui s'y trouvent en 
petit nombre , sont nitreuses. A peu de distance est le 
pays des Minens , autre canton travers lequel on 
apporte l'encens par un seul chemin fort troit. Ce 
peuple fut le premier qui en fit commerce , et mainte- 
nant encore il s'en occupe presque exclusivement , ce 
qui fait que l'encens a t appel minen. Il n'est pas 
permis aux. autres Arabes de voir l'arbre de l'encens , 
et les Sabens eux-mmes n'ont pas tous cette faveur. 
On prtend qu'il n'y a que trois mille familles qui , par 
droit de succession , s'arrogent ce privilge. On dit , 
pour cette raison , qu'ils sont sacrs ; et quand ils sont 
sur le point de tailler leurs arbres ou d'en faire la r- 
colte, ils se gardent bien de se souiller par le commerce 
des femmes ou en assistant aux funrailles , attendant 
de cette observation religieuse l'augmentation de leurs 
richesses. Quelques-uns disent que tous ceux de cette 
nation ont toujours un gal droit sur ces forts; d'autres 
assurent qu'ils en jouissent annuellement, chacun leur 
tour. 

Arbres qui portent l'encens. 

XXXI. On ne s'accorde point sur la forme de l'arbre. 
Nous avons combattu en Arabie , et les armes ro- 
maines ont pntr dans une grande partie de ce pays : 
Caus Csar, fils d'Auguste, s'y est mme acquis de la 
gloire , et cependant nul auteur latin , du moins ma 
connaissance , ne nous a donn la description de cet 

22. 



34o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

corum exempla variant. Alii folio piri, minore dumtaxat, 
et herbidi coloris prodidere. Alii lentisco similem sub- 
rutilo. Quidam terebinthum esse, et hoc visum Antigono 
rgi allato frutice. Jubarex iis voluminibus, quae scripsit 
ad C. Caesarem, Augusti filium, ardentem fama Arabiae, 
tradit contorti esse caudicis, ramis aceris maxime Pon- 
tici , succum amygdala modo emittere : talesque in Car- 
mania apparere, et in iEgypto satas studio Ptolemseo- 
rum regnantium. Cortice lauri esse constat : quidam et 
folium simile dixere. Talis certefuit arbor Sardibus. INam 
et Asiae reges serendi curam habuerunt. Qui mea aetate 
legati ex Arabia venerunt , omnia incertiora fecerunt , 
quod jure miremur, virgis etiam thuris ad nos commean- 
tibus : quibus credi potest, matrem quoque terete et enodi 
fruticare trunco. 



Quae natura thuris , et quse gnera. 

XXXII. Meti semel anno solebat, minore occasione 
vendendi. Jam quaBstus alteram vindemiam afFert. Prior 
atque naturalis vindemia circa Canis ortum flagrantis- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3/,l 

arbre. Quant aux rcits des Grecs , ils varient : les uns 
disent que ses feuilles ressemblent au poirier, quoique 
un peu plus petites , et de couleur herbace ; les autres , 
qu'il est semblable au lentisque, et d'un roux tant soit peu 
ardent; d'autres enfin, que c'est une sorte de trbinthe, 
et que le roi Antigone fut de cet avis quand on lui en 
apporta un arbrisseau. Dans les ouvrages que le roi Juba 
composa pour satisfaire l'ardeur que la clbrit de l'Ara- 
bie avait inspire Caus Csar, fils d'Auguste , ce mo- 
narque rapporte que l'arbre de l'encens a le tronc tor- 
tueux , que ses branches ressemblent celles de l'rable 
du Pont , qu'il jette une gomme semblable celle de l'a- 
mandier ; qu'on voit enfin de tels arbres dans la Carma- 
nie, ainsi qu'en Egypte, o ils ont t plants par les 
soins des rois Ptolmes. Il est certain qu'il ressemble au 
laurier par son corce, quelques-uns disent aussi par sa 
feuille : du moins , tels taient les arbres qu'on voyait 
Sardes ; car les rois d'Asie ne ngligrent pas non plus 
d'en faire planter. Les ambassadeurs qui, de mon temps, 
sont venus d'Arabie n'ont fait que rendre, sur ce sujet, 
nos connaissances plus obscures encore. Cette incertitude 
est surprenante, car on nous apporte mme des branches 
d'encens , par lesquelles on peut juger que le tronc de 
l'arbre est uni et sans aucun nud. 

Nature de l'encens ; ses espces. 

XXXII. La vente en tant autrefois moins suivie, on 
ne faisait qu'une rcolte par an ; aujourd'hui l'appt du 
gain en fait faire deux. La premire et la plus naturelle 3e 



3/|2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XII. 

simo aestu , incidentibus qua maxime videatur esse prae.- 
gnans , tenuissimusque tendi cortex. Laxatur hic plaga , 
non adimitur. Inde prosilit spuma pinguis. Haec concreta 
densatur , ubi loci natura poscat , tegete palmea exci- 
piente, aliubi area circumpavita. Purius illo modo, sed 
hoc ponderosius. Quod in arbore haesit , ferro depec- 
titur, ideo corticosum. Silva divisa certis portionibus 
mutua innocentia tuta est : neque ullus saucias arbores 
custodit : nemo furatur alteri. At hercules Alexandriae, 
ubi tjiura interpolantur , nulla satis custodit diligentia 
ofcinas. Subligaria signantur opifici : persona adjicitur 
capiti , densusve reticulus : nudi emittuntur. Tanto mi- 
nus fidei apud nos pna, quam apud illos silvse habent. 
Autumno legitur ab aestivo partu. Hoc, purissimum, can- 
didum. Secunda vindemia est vere, ad eam hieme cor- 
ticibus incisis. Rufumhocexit, nec comparandum priori. 
Illud carpheotum , hoc dathiatum vocant. Creditur et 
novellae arboris candidius , sed veteris odoratius. Qui- 
dam et in insulis melius putant gigni. Juba in insulis 
negat nasci. 



Quod ex eo rotunditate gutjt pependit , masculum 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3*3 

ces rcoltes se fait , au lever de la Canicule , dans les plus 
violentes chaleurs, par une incision la partie qui parat 
la mieux nourrie , la plus mince et la plus tendue de l'- 
corce. On dilate la plaie en l'ouvrant, mais sans rien enle- 
ver. Il s'en chappe une cume onctueuse qui s'paissit et 
se coagule , reue sur une natte de palmier , si la nature 
du lieu le permet, ou sur une aire battue autour de 
l'arbre. L'encens qui tombe sur les nattes est plus pur, 
l'autre est plus pesant. Ce qui reste adhrent l'arbre 
se racle avec le fer : aussi est -il rempli d'corce. La 
fort , divise en un certain nombre de parties , est 
en sret sous la bonne foi rciproque. Personne ne 
garde les arbres inciss, le vol tant sans exemple. 
Mais dans la ville d'Alexandrie , o on falsifie l'en- 
cens , la plus active surveillance peut peine garan- 
tir les laboratoires. On appose un cachet sur le cale- 
on de l'ouvrier; on lui couvre le visage d'un masque 
ou d'un rseau trs-pais ; on le fait sortir nu : tant il 
est vrai que la rigueur des lois donne moins de sret 
dans nos villes que la seule bonne foi dans ces forts. On 
ramasse en automne les productions de l't. Celui-ci, 
trs-pur, est blanc. La seconde rcolte a lieu au prin- 
temps , par suite des incisions faites en hiver. Cet encens 
est roux , et n'est pas comparable l'autre. On l'appelle 
dathiate, et le premier se nomme carphote. On prtend 
que l'encens d'un jeune arbre est plus blanc, mais que 
celui d'un vieil arbre a plus d'odeur. Quelques-uns disent 
que l'encens des les est le meilleur ; Juba prtend que 
les les n'en fournissent point. 

L'encens qui reste suspendu sous la forme arrondie 



3/, 4 C PLINII IIIST. NAT. LIB. XII. 

vocamus, quum alias non fere mas vocetur, nbi non sit 
femina. Religioni tributum, ne sexus alter usurparetur. 
Masculum aliqui putant a specie testium dictum. Prae- 
cipua autem gratia est mammoso, quum haerente lacryma 
priore consecuta alia miseuit se. Singula haec manum 
implere solita invenio, quum minore diripiendi aviditate 
lentius nasci liceret. Grci stagoniam et atomum tali 
modo appellant : minorem autem orobiam. Micas cou- 
cussu elisas mannam vocamus. Etiamnum tamen inve- 
niuntur gutt, qu tertiam partem minae, hoc est xxvm 
denariorum pondus aequent. Alexandro magno in pue- 
ritia sine parsimonia thura ingerenti aris , paedagogus 
Leonides dixerat, ut illo modo, quum devicisset thuri- 
feras gentes, supplicaret. At ille Arabia potitus , thure 
onustam navem misit ci , exliortatus ut large deos ado- 
raret. 



Thus colectum Sabota camelis convehitur, porta ad 
id una patente. Degredi via capitale leges fecere. Ibi d- 
cimas deo, quem vocant Sabin, mensura, non pondre 
sacerdotes capiunt. Nec ante mercari licet: inde impensa? 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XII. 3/,f> 

de gouttes est appel maie , quoique ordinairement ee 
nom ne s'emploie pas lorsqu'il n'existe point de femelle. 
C'est par un principe religieux qu'on lui a donn ce 
nom , pour qu'il ne ft pas dsign par l'autre sexe. 
Quelques-uns pensent que c'est sa ressemblance avec 
un testicule que cet encens doit cette dnomination. On 
estime surtout celui qui a la forme de mamelle, ce qui 
arrive quand une premire larme, arrte pendant qu'elle 
coule, est suivie d'une autre qui se mle avec elle. Chaque 
grain tait , dit-on , capable de remplir la main , lors- 
qu'on tait moins avide de cueillir l'encens , et qu'on le 
laissait crotre plus lentement. Les Grecs nomment ces 
boules stagonies et atomes; ils appellent orobie l'encens 
dont les globules sont menus. Nous appelons manne 
les parcelles qui se dtachent par le frottement. Au 
reste , on trouve encore aujourd'hui des gouttes d'en- 
cens qui psent le tiers d'une mine, c'est--dire 
vingt -huit deniers. Un jour qu'Alexandre -le -Grand, 
jeune encore , prodiguait l'encens dans un sacri