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LIBRARY 



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UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY AT URBANA-CHAMPAIGN 



FEB 2 4 \m 



L161 O-1096 






BIBLIOTHQUE 
LATINE - FR A]\C AISE 



PUBLIE 



C. L. F. PANCKOUCKE. 






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IMPRIMERIE DE C. L. F. PANCKOUCKE, 
RDI DE} roiTcvins, n" 14. 



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HISTOIRE NATURELLE 

DE PLINE 

TRADUCllON NOUVELLE 

PAR M. AJASSON DE GRANDSAGNE 

ANNOTE 

PAR MM. BEUDANT, BRONGNIART, G. CUVIKR, 

DAUNOU, KMERIC DAVID, DESCURET, DO , E. DO.O , DUSGATE, 

FE, L. FOUCH, FOURIER , GUIBOURT, ELOl JOHANNEAU, 

lACROlX, LAFOSSE, LEMERCIER, LETRONNE, LOUIS LISKENNE, 

L. MARCUS, MONGS, 

C. L. F. PANCKOUCKE, VALENTIN PARISOT , 

QUATREMRE DE QUINCY, P. ROBERT, ROBIQUET, 

H. THIBAUD, THUROT, VALENCIENNES , HIPP. TEBGKK. 



TOME ONZIEME. 



PARIS 



c. L. F. PANCKOUCKE 

MEMBHK DK l'oRDRK ROYAI. DK IVA LEGION d'hONHEUB 
EDITEUR, RUE DES POITEVINS, W" l/| 

M DCCC XXXL 



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LIVRE DIX -SEPTIEME. 

( CONTI NUATION.) 

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' C. PLINU SECUNDI 

HISTORIARUM MUNDI 

LIBER XVII. 

SATIVARUM ARBORCM NATUR*. 

De intervallis arborum. 

XVn. 12. rlujus loci pars est ad intervalla pertinens. 
Quidam Punicas , et myrtos , et lauros densiores seri 
jusserunt , in pedibus tamen novenis. Malos amplius 
paulo, vel magis etiam piros, magisque amygdalas, et 
ficus r quod optime dijudicabit ramorum amplitudinis 
ratio , locorumque , et umbrae cujusque arboris : quo- 
niam bas quoque observari oportet. Brves sunt , quam- 
vis magnarum arborum, quae in orbem ramos circinent, 
ut in malis , pirisque. Eaedem normes cerasis , lauris. 

De umbra. 
XVni. Jam quaedam umbrarum proprietas. Juglan- 









HISTOIRE NATURELLE 

DE PLINE. 
LIVRE XVII. 

HISTOIRE NATURELLE DES ARBRES QUI POUSSENT E GRAINE. 



Des intervalles des arbres. 

XVIL 12. Il nous reste dire quels intervalles on 
doit laisser entre chaque arbre ; quelques agriculteurs 
veulent qu'on plante les grenadiers , les myrtes , les lau- 
riers rapprochs les uns des autres , en laissant toutefois 
entre eux neuf pieds de distance. Les pommiers deman- 
dent tre un peu plus espacs, les poiriers encore plus, 
l'amandier et le figuier bien davantage. On doit, dans 
cette opration, tenir compte des lieux, de la dimension 
des rameaux , et mme de l'ombre projete , car cette 
dernire observation n'est pas sans importance. Des ar- 
bres , mme assez grands, qui jettent leurs branches en 
rond, comme les poiriers et les pommiers, donnent peu 
d'ombre ; les cerisiers et les lauriers en donnent beaucoup. 

De l'ombre. 

XVITI. Parlons maintenant des proprits diverses 

1. 






MfV.W^ 



\ ' y C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

dium gravis et noxia , etjam capiti humano , omnibus- 
que juxta satis. Necat gramina et pinus : secl ventis 
utraque resistit , qua jam et protecta vinearum ratione 
egent. Stillicidia pinus , quercus , ilicis , panderosissima. 
Nullum cupressi , umbra minima , et in se convoluta. 
Ficorum levis , quamvis sparsa : ideoque inter vineas 
seri non vetantur. Ulmorum lenis, etiam nutriens, qua- 
cumque opacat. Attico hc quoque videtur e gravissi- 
mis : nec dubito , si emittantur in ramos. Constrictae 
quidem ullius noxiam esse non arbitrer. Jucunda et pla- 
tani , quamquam crassa : licet gramini credere non soli , 
haud alia laetius operiente toros. Populo nulla ludenti- 
bus foliis : pinguis alno, sed pascens sata. Vitis sibi suf- 
ficit , mobili folio , jactatuque crebro solem umbra tem- 
perans , eodem gravi protegens in imbre. Omnium fere 
levis umbra, quorum pediculi longi. Non fastidienda haec 
quoque scientia , atque non in ultimis ponenda, quando 
quibusque satis umbra aut nutrix , aut noverca est. Ju- 
glandium quidem, pinorumque, et picearum, et abietis, 
qucumque attigere , non dubie venenum est 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIL 5 

de l'ombre des arbres. Celle du noyer est fcheuse et 
nuisible l'homme , h qui elle cause des maux de tte , 
et toutes les plantes qui croissent dans son voisinage. 
Celle du pin tue les herbes ; mais le pin et le noyer ont 
l'avantage de rsister au vent , ce qui les rend propres 
servir d'abri aux vignes. Le pin , le chne , l'ilex , re- 
tiennent l'eau de pluie en quantit ; le cyprs ne jette 
qu'une ombre trs-petite , et en quelque sorte ramasse 
sur elle-mme. Celle du figuier, quoique fort tendue, 
est lgre ; aussi est-il admis dans les vignobles. Celle 
de l'orme est douce, et nourrit les plantes qu'elle couvre. 
Suivant Atticus, cependant, elle est des plus nuisibles, ce 
dont je ne doute pas pour l'orme longues branches, mais 
ce que je n'admets pas pour l'orme branches courtes 
et ramasses. L'ombre du platane est agrable , quoique 
trs-paisse , non-seulement par l'abri qu'elle offre contre 
le soleil , mais encore par l'agrment incomparable des 
lits de gazon qui s'tendent au pied de l'arbre. Le peu- 
plier, avec ses feuilles perptuellement mobiles , n'a pas 
d'ombre; celle de l'aune est paisse, mais favorable 
l'accroissement des plantes. La vigne a assez de son 
ombre, car celle de ses feuilles, mobiles et frquemment 
agites, tempre pour elle l'ardeur du soleil, et la pr- 
serve du choc pesant de la pluie. Gnralement les feuilles 
longs pdicules ont l'ombre lgre. Ce n'est pas une 
branche d'instruction mprisable ou vulgaire que celle 
(jui apprend en quels temps et quels vgtaux l'ombre 
est utile ou nuisible. Celle des noyers , des pins , du 
pica et du sapin sont indubitablement dltres pour 
tout ce qu'elles touchent. 



6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

De stillicidiis. 

XIX. Stillicidii brevis definitio est. Omnium quae pro- 
jectu frondis ita defenduntur, ut per ipsas non defluant 
imbres, stilla saeva est. Ergo plurimum intererit hac in- 
quisitione terra in qua seremus , in quantum arbores 
quasque alat. Jam per se colles minora qurunt inter- 
valla. Ventosis locis crebriores seri conducit. Olea ta- 
men maximo intervallo , de qua Catonis Italica senten- 
tia est: Inxxv pedibus minimum, plurimum xxx seri. 
Sed hoc variatur locorum natura. Non alia major in 
Btica arbor. In Africa vero (fides pnes auctores erit) 
milliarias vocari multas narrant a pondre olei , quod 
ferant annuo proventu. Ideo lxxv pedes Mago intervallo 
ddit undique : aut in macro solo , ac duro , atque ven- 
toso, quum minimum xlv. Baetica quidem uberrimas 
messes inter oleas metit. Illam inscientiam pudendam 
esse conveniet , adultas interlucare juslo plus , et in se- 
nectam prcipitare , aut (plerumque ipsis qui posuere, 
coarguentibus imperitiam suam ) totas excidere. Nihil 
est fdius agricolis, quam gestae rei pnitentia, multo 
jam ut prstet laxitate delinquere. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIL 7 

De l'eau que laissent tomber les feuilles des arbres. 

XIX. Deux mots suffiront pour l'eau que laissent 
tomber les feuilles des arbres quand il pleut : celle qui , 
arrte dans les feuilles , ne va pas mouiller le tronc , 
ne peut que nuire gravement. Il est important de con- 
natre la nature du terroir o l'on veut planter, et les 
espces susceptibles d'y prosprer. Les distances entre 
chaque arbre doivent tre plus courtes sur les collines ; 
dans les lieux exposs aux vents, il est bon de les rap- 
procher davantage : toutefois , on doit espacer toujours 
beaucoup les oliviers. Voici la loi de Caton , du moins 
pour ceux de l'Italie: Plantez l'olivier au moins vingt- 
cinq , au plus trente pieds d'intervalle. Cette loi varie 
selon la nature des lieux. L'olivier, en Btique, est le plus 
grand des arbres; en Afrique , si l'on ajoute foi au rcit de 
quelques auteurs, il en est qu'on appelle milliaires, parce 
qu'ils rendent annuellement un millier pesant d'huile. 
Magon veut qu'il y ait en tout sens soixante-quinze pieds 
dans une plantation de ce genre ; et si le sol est maigre , 
le lieu expos au vent, au moins quarante -cinq. En 
Btique , les plants d'oliviers sont entresems de superbes 
moissons. On conviendra que c'est une ignorance hon- 
teuse de la part des cultivateurs, d'laguer l'excs les 
oliviers dj grands, ce qui hte pour eux la vieillesse, 
ou, ce qui est de la part mme de ceux qui ont plant, un 
aveu de leur impritie, de les couper entirement. Quoi 
de plus triste en agriculture que de condamner ce qu'on 
a fait ? mieux vaut donc cent fois pcher par l'excs 
d'espace. 



8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

Quae tarde crescantj quae celeriter. 

XX. i3. Quaedam autem natura tarde crescunt, etia 
primis semine tantum nascentia, et longo vo durantia. 
At qu3B cito occidunt , velocia sunt , ut ficus , Punica , 
prunus , malus , pirus , myrtus , salix : et tamen ante- 
cedunt divitiis. In trimatu enim ferre ineipiunt , osten- 
dentes et ante. Ex his ientissima pirus. Ocissima om- 
nium cyprus et pseudocyprus frutex. Protinus enim 
floret , semenque profert. Omnia vero celerius adoles- 
cunt stolonibus ablatis , unamque in stirpem redactis 
alimentis. 

Propagine nascentia. 

XXI. adem natura et propagines docuit. Rubi nam- 
que curvati gracilitate et simul proceritate nimia, de- 
figunt rursus in terrain capita, iterumque nascuntur ex 
sese : repleturi omnia , ni rsistt cultura : prorsus ut 
possint videri homines terrae causa geniti : ita pessima 
atque exsecranda res, propaginem tamen docuit, ac vi- 
viradicem. Eadem autem natura est ederis. Gato propa- 
gari praetcr vitem tradit ficum, oleam, Punicam, ma- 
lorum gnera omnia, laurum, prunos , myrtos, nuces 
avellanas, et Praenestinas , platanum. Propaginum duo 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 9 

Arbres qui poussent lentement ; arbres qui poussent vite. 

XX. i3. Certaines espces sont lentes crotre, no- 
tamment celles qui viennent de graines ou qui vivent 
long-temps ; au contraire d'autres sont rapides dans leur 
croissance, tels sont le figuier, le grenadier, le prunier, 
le pommier, le poirier, le myrte, le saule; cependant ils 
rapportent les premiers, ordinairement ds l'ge de trois 
ans , et quelquefois mme plus tt. Le poirier est le plus 
lent ; le cypre et l'arbuste dit le faux-cypre sont les plus 
htifs : en effet , ils fleurissent et portent fruil presque 
en mme temps. Au reste , tout arbre dont on fait tom- 
ber les rejetons crot plus vite, parce que la sve passe 
alors tout entire dans le tronc. 

Arbres qui se reproduisent par provins. 

XXI. C'est encore la nature qu'on doit l'ide des pro- 
vins. Minces et longues, les ronces laissent pencher vers la 
terre leurs ttes , qui bientt s'y enfoncent et renaissent 
ainsi d'elles-mmes ; de sorte que , sans l'obstacle qu'y 
apporte l'agriculture , elles couvriraient bientt la sur- 

^ face du globe. Il est donc vrai que l'homme naquit 
pour l'agriculture , puisqu'une plante nuisible et odieuse 
lui a offert l'exemple des provins et du plant vif. Le 
lierre prsente le mme exemple. Selon Caton , outre la 

* vigne, on multiplie par provins le figuier, l'olivier, tous 
les pommiers , le laurier, le prunier, le myrte, l'aveli- 
nier, le noyer de Prncste et le platane. On provigne 



^ 



lo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

gnera : ramo ab arbore depresso in scrobem quatuor 
pedum quoquo, et post biennium amputa to flexu, plan- 
taque translata post trimatum : quas si longius ferre li- 
beat, in qualis statim , aut vasis fictilibus defodere pro- 
pagines aptissimum , ut in iis transferantur. Alterum 
genus luxuriosius , radies in ipsa arbore soUicitando , 
trajectis per vasa fictilia vel qualos ramis , terraque cir- 
cumfartis : atque hoc blandimento impetratis radicibus , 
inter poma ipsa et cacumina (in summa etenim cacu- 
mina hoc modo petuntur) audaci ingenio arborem aliam 
longe a tellure faciendi , eodem , quo supra , biennii 
spatio abscissa propagine , et cum qualis illis sata. Sa- 
bina herba propagine seritur et avulsione. Tradunt faece 
vini, aut e parietibus latere tuso mire ali. lisdem modis 
rosmarinum seritur , et ramo , quoniam neutri semen. 
Rhododendron propagine et semine. 



De insitione : quomodo inventa sit. 

XXII. 14. Semine quoque inserere natura docuit, 
raptim avlum fam devoralo , solidoque, et alvi tepore 
madido , cum fecundo fimi medicamine abjecto in niol- 
libus arborum lecticis, et ventis saepe translato in aliquas 
corticum rimas : unde vidimus cerasum in salice , pla- 
tanum in lauro , laurum in ceraso , et baccas simul dis- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. ii 

de deux faons : on couche une branche d'arbre dans 
une fosse de quatre pieds en tous sens ; au bout de deux 
ans on coupe la courbure, au bout de trois on trans- 
plante. Si l'on porte un peu loin le provin , on fait bien 
de le mettre dans un panier ou dans un pot pour le 
transporter. 11 est une autre mthode, plus recherche, 
qui fait pousser les racines sur la tige mme : on fait 
passer l'extrmit d'une branche dans un pot ou un 
panier que l'on remplit de terre bien presse : grce 
ces prcautions dlicates , on fait crotre des racines ; in- 
vention hardie , qui nous fait obtenir un arbre loin du 
sol, au milieu des fruits et la cime d'un autre arbre, 
car c'est la cime qu'a lieu cette opration. Du reste, 
comme dans l'autre mthode , on coupe le provin au 
bout de deux ans, puis on le plante avec son panier. 
La Sabine se multiplie de provins et de rejetons. La lie 
de vin ou la brique pile la font prosprer. Le romarin 
vient de mme que la sabine : il vient aussi de bouture. 
Ni l'un ni l'autre n'a de graine. Le laurier-rose vient de 
graine et de provin. 

Ente; son origine. 

XXIL i4- La nature a de mme appris l'homme 
l'art d'enter les plantes par graine. Un oiseau affam 
enlve et dvore une graine entire : amollie par la cha- 
leur de l'estomac, elle est dpose, avec la fiente qui la 
fconde, dans les aisselles des branches des arbres; sou- 
vent encore un coup de vent la transporte dans quelque 
fissure de l'corce. C'est ainsi que l'on a vu le cerisier 



12 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVH. 

colores. Tradunt et monedulam condentem soinina m 

ihesauros cavernarum , ejusdem rei praebere causas. 



Inoculatio. 



XXIII. Hinc nata inoculatio , sutori simili fistula 
aperiendi in arbore oculum cortice exciso, semenque in- 
cludendi eadem fistula sublatum ex alia. In ficis autem 
et malis haec fuit inoculatio antiqua. Virgiliana quaerit 
sinum in nodo gemmae expulsi corticis, gemmamqueex 
alia arbore includit. Et liactenus natura ipsa docuit. 



Gnera insitionum. 

XXIV. Insitionem autem casus , magister alius , et 
paene numerosior, ad hune modum. Agricola sedulus 
casam sepis munimento cingens , quo minus putresce- 
rentsudes, limen subdidit ex edera. At illae vivaci morsu. 
adprehensae , suam ex alina fecere vitam , apparuitque 
truncum esse pro terra. Aufertur ergo serra aequaliter 
superficies : lvigatur falce truncus. Ratio postea du- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. i3 

crotre sur le saule , le platane sur le laurier, le laurier 
sur le cerisier, et, sur un mme arbre, des baies de 
couleurs varies. La mondule (choucas) , dit-on , donne 
lieu au mme phnomne , en cachant des graines dans 
des creux d'arbres qui lui servent de magasins. 

De la greffe. 

XXIII. Cette observation a fait dcouvrir la greffe 
par inoculation. A l'aide d'un couteau semblable au tran- 
chet du cordonnier , on a ouvert le bourgeon d'un 
arbre en coupant une portion de l'corce, et dans cette 
ouverture on a introduit la greffe enleve avec le mme 
instrument sur un autre arbre : telle tait la mthode 
employe autrefois pour greffer les figuiers et les pom- 
miers. Virgile veut qu'on pratique une incision lgre 
dans le bourgeon mme, aprs avoir enlev l'corce, et 
qu'on y introduise un bourgeon tranger ; jusqu'ici c'est 
la nature qui a servi de modle. 

Diverses espces de greffes. 

XXIV. Il est une autre greffe due au hasard qui est 
aussi un grand matre, et de qui nous tenons peut-tre le 
plus grand nombre de connaissances. Un laboureur indus- 
trieux, voulant entourer sa cabane d'une espce de palis- 
sade, pour empcher les pieux de pourrir, les planta dans 
du lierre vif : les pieux , bientt saisis et enlacs par le 
lierre, reprirent vie, grce une sve trangre, et l'on 
vit qu'une tige d'arbre pouvait remplacer la terre. Ainsi 



m 



I /j C. PLINII HIST. NAT. IJB. XVIL 

plex : et prima iiiter corticem lignumque inserendi. i- 
mebant prisci trimcum findere : mox inforare ausi medio : 
ipsique in eo medullae calamum imprimebant, unum in- 
serentes , neque enim plures capiebat meduUa. Subtilior 
postea ratio vel senos adjicit, mortalitati eorum et nu- 
mro succurrere persuasa, per mdia trunco leniter fisso, 
cuneoque tenui fissuram custodiente, donec cuspidatim 
decisus descendat in rimam calamus. 



Multa in hoc servanda. Primum omnium , quae pa- 
tiatur coitum talem arbor , et cujus arboris calamus. 
Varie quoque et non iisdem in partibus subest omnibus 
succus. Vitibus ficisque mdia sicciora, et e summa parte 
conceptus, ideo illinc surculi petuntur. Oleis circa m- 
dia succus : inde et surculi : cacumina sitiunt. Facillime 
coalescunt, quibus eadem corticis natura, quaeque pari- 
ter florentia ejiisdem horae germinationem succorumque 
societatem habent. Lenta enim res est , quoties humidis 
rpugnant sicca, mollibus corticum dura. Reliqua ob- 
servatio , ne fissura in nodo fit : rpudit quippe ad- 
venam inhospitalis duritia. Ut in parte nitidissima , ne 
longior multo tribus digitis, ne obliqua, ne translucens. 



# 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. i5 

il faut d'abord enlever galement , avec la scie , la su- 
perficie du tronc, et la polir avec la serpe; on peut en- 
suite procder de deux manires : la premire consiste 
insrer la greffe entre l'corce et le bois, car jadis on 
craignait dfendre le tronc; mais insensiblement on s'y 
hasarda, et l'on'poussa l'incision dans le tronc et jusque 
dans la moelle : il est vrai qu'on n'y introduisait qu'une 
greffe, car la moelle n'en pouvait recevoir davantage. 
Par la seconde mthode, plus ingnieuse, on est par- 
venu insrer jusqu' six greffes; de sorte que, par le 
nombre , on eut la chance de suppler celles qui pour- 
raient prir. On fend doucement le tronc par le milieu, 
et l'on tient la fente ouverte avec un petit coin, jusqu' 
ce que la greffe , taille en pointe , ait pntr dans la 
fente. 

Il y a bien des soins prendre dans cette opration. 
D'abord quel arbre prend-on la greffe, et sur quel 
arbre peut-elle prosprer? Tous les arbres, non plus, 
n'ont pas leur sve au mme endroit : le figuier et la 
vigne sont plus secs au milieu , et leur force productive 
rside surtout leur sommet : aussi est-ce du sommet 
qu'on tire les greffes. Ij'olivier est plein de sve dans sa 
partie intermdiaire ; c'est celle qui fournit des greffes : 
la cime est sche. Les arbres qui ont les corces de mme 
nature, qui fleurissent, bourgeonnent, et sont en sve 
au mme instant, s'unissent aisment. La runion est 
lente au contraire lorsqu'on place le sec sur l'humide , 
et l'arbre corce tendre sur l'arbre corce dure. Ne 
faites point d'incision sur un nud, la greffe trangre 
ne trouve pas dans cette partie dure un abri hospitalier. 



i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

Virgilius ex cacumine inseri vetat. Certumque est , ab 
humeris arborum orientem aestivum spectantibus , sur- 
culos petendos , et e feracibus , et e germine novello , 
nisi vetust arbori inserantur : ii enim robustiores esse 
debent. Praeterea ut praegnantes, hoc e^, germinatione 
turgentes , et qui parre illo speraverint anno. Bimi uti- 
que 5 nec tenuiores digito minimo. Inseruntur autem et 
inversi , quum id agitur , ut minor altitude in latitudi 
nem se fundat. Ante omnia gemmautes nitere conveniet, 
nihil usquam ulcerosum esse, aut retorridum. Spei fa\ 
medulla calami commissurae, si in matre ligni cortics- 
que jungatur. Id enim satius, quam foris cortici quari. 
Calami exacutio medullam ne nudet. Tenui tamen fis- 
tula detegat , ut fastigatio laevi descendat cuneo , tribus 
non ampliore digitis. Quod facillime contingit , tinctum 
aqua radentibus. Ne exacuatur in vento , nec cortex a 
ligno decedat alterutri. Calamus ad corticem usque suum 
deprimatur. Ne luxetur dum deprimitur : neve cortex 
replicetur in rugas. Ideo lacrymantes calamos inseri non 
oportet, non hercule magis, quam aridos : quia illo modo 
labat humore nimio cortex : hoc , vitali defectu non hu- 
mescit, neque concorporatur. Id etiam religionis servant: 
ut luna crescente , ut calamus utraque deprimatur manu. 
Et alioqui in hoc opre duae ^imul manus minus nitun- 
tur, necessario temperamento. Validius enim demissi 



>, 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVII. 17 

C'est dans la partie la plus unie que l'on pratique la fente ; 
elle ne doit pas avoir beaucoup plus de trois doigts de 
longueur; il faut qu'elle soit verticale, et ne traverse pas 
de part en part. Virgile dfend de prendre des greffes 
la cime. Il est certain que les meilleures sont celles qu'on 
tire des branches qui regardent l'orient d't, d'un arbre 
fertile en fruits et de jeunes rejetons. Cependant, si 
l'arbre qui reoit la greffe est vieux , la greffe doit tre 
plus forte; de plus, choisissez-la assez garnie de bour- 
geons pour faire esprer qu'elle portera du fruit la mme 
anne ; il faut qu'elle ait deux ans, et au moins la gros- 
seur du petit doigt ; qu'elle soit insre par le bout 
le plus petit , pour que , par cette mthode , l'arbre 
gagne en largeur ce qu'il perd en hauteur ; surtout 
que les bourgeons soient nets , sans corchures et sans 
rides. Vous pouvez compter qu'elles reprendront bientt 
si leur moelle est jointe au bois et l'corce des sauva- 
geons , car cette mthode vaut mieux que celle de mettre 
la moelle des greffes dcouvert et fleur de l'corce. 
Taillez la greffe en pointe sans mettre la moelle nu : on 
se sert cet effet d'un petit instrument tranchant pour 
donner la pointe la forme d'un coin uni et lisse, qui ait 
au plus trois doigts de long : on y arrive aisment en ra- 
clant la greffe trempe dans l'eau. Ne taillez pas la greffe 
au grand air; ayez soin que l'corce, tant du sauvageon 
que de la greffe, tienne au bois ; enfoncez la greffe j usqu' 
l'endroit o commence l'corce; mais, en la faisant descen- 
dre, prenez garde de la luxer et de faire froncer l'corce : 
aussi doit-on craindre de placer les greffes quand elles sont 
en pleine sve, aussi bien que quand elles sont sches; car, 

XI. 2 



i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

tardlus ferunt, fortins durant: contraria, ex diverse. Ne 
hiscat nimium rima , laxeqiie capiat , aut ne parum : et 
exprimat, aut compressum necet. Hoc maxime praeca- 
vendum , ut prvalide accipientis trunco in mdia fis- 
sura relinquatur. Quidam, vestigio fissurae falce in truncis 
facto , salice prseligant marginem ipsum. Postea cuneos 
figunt , continente vinculo libertatem dehiscendi. Qu- 
dam in plantario insita eodem die transferuntur. Si cras- 
sior truncus inseratur , inter corticem et lignum inseri 
melius,cuneooptime osseo, ne cortice rumpatur laxato. 
Cerasi librodempto finduntur. Hae solae et postbrumam 
inseruntur. Dempto libro habent veluti lanuginem, quae 
si comprehendit insitum , putrefacit. Incolume cuneo 
adactum utilissime adstringitur. Inserere aptissimum 
quam proximum terre , si patiatur nodorum truncique 
ratio. Eminere calami sex digitorum longitudine non 
amplius debent. 



Cato argillae , vel cretae arenam , fimumque bubulum 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVlL 19 

dans le premier cas , l'corce se lche par trop d'humi- 
dit ; dans le second , l'corce , trop peu humecte , ne 
peut faire corps avec celle du sauvageon. On observe 
avec un soin religieux de greffer au croissant de la lune; 
de faire usage des deux mains lorsqu'on enfonce la greffe, 
car alors , les deux mains agissant la fois , l'effort est 
plus doux, plus gal : or , si la greffe enfonce fortement 
est plus durable, elle est aussi plus tardive; le contraire a 
lieu par l'opration contraire. Que la fente ne soit ni trop 
large, ni trop lche, ni trop troite, car alors elle chas- 
serait, ou toufferait la greffe trop serre; le grand point 
est de faire l'incision au milieu du tronc , pour que la 
greffe y soit fixe solidement. Quelques-uns, aprs avoir 
marqu sur le tronc, avec la serpe , la place de la fente, 
lient le bord avec de l'osier , pour empcher qu'il ne 
s'ouvre trop , aprs quoi ils enfoncent les coins. Il est 
des arbres qu'on greffe et transplante le mme jour 
hors de la ppinire. Si l'on agit sur un gros sauvageon , 
le mieux est de mettre la greffe entre le bois et l'corce; 
on emploie alors un coin d'os , de peur de rompre l'- 
corce en l'cartant. Sur le cerisier, on enlve le liber 
avant de pratiquer l'incision. C'est le seul arbre qu'on 
greffe aprs le solstice d'hiver. Aprs l'enlvement du 
liber, il prsente une espce de duvet qui fait pourrir la 
greffe s'il s'y attache. Il est bon de serrer la greffe une fois 
introduite l'aide d'un coin et sans aucun accident. Plus 
l'on greffe prs de terre, mieux l'on russit, pourvu que 
les nuds et la taille de l'arbre le permettent. La greffe 
ne doit point passer de plus de six doigts le sauvageon. 
Caton veut que l'on mle et que l'on ptrisse, jusqu' 

2. 



f 



20 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

admisceri , atque ita usque ad lentorem subigi jubet , 
idque interponi et circumlini. Ex iis quae commentatus 
est , facile apparet illa aetate inter lignum et corticem , 
ne alio modo inserere solits , aut ultra latitudinem 
duum digitorum calamos demittere. Inseri autem prae- 
cipit pira ac mala per ver, et post solstitium diebiis l 
et post vindemiam. Oleas autem et ficos per ver tantum 
luna sitiente , hoc est , sicca. Praeterea post meridiem , 
ac sine vento Austro. Mirum quod non contentus insi- 
tum munisse , ut dictum est , et cespite ab imbre frigo- 
ribusque protexisse, ac mollibus bifidorum viminum fas- 
cibus , lingua bubula ( herbae id genus est) insuper ob- 
tegi jubet , eamque illigari opertam stramentis. Nunc 
abunde arbitrantur paleato luto sarcire libres , duos di- 
gitos insito exstante. 



Veruo inserentes tempus Urget , incitantibus se gem- 
niis, praeterquam in olea, cujus diutissime oculi partu- 
riunt, minim'umque succi habent sub cortice qui nimius 
insitis nocet. Punica vero et ficum , quaeque alia sicca 
sunt , recrastinare minime utile. Pirum vel florentem 
itoserere licet , et in maium quoque mensem protendere 
insitionem. Quod si longius adferantur pomorum ca- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 21 

consistance visqueuse , de l'argite ou de la craie avec 
de la fiente de buf, et qu'on en frotte la greffe par 
dessus et tout Tenlour ; mais on voit clairement par 
ses crits qu' cette poque ou ne greffait qu'entre bois 
et corce , et que la greffe ne descendait qu' deux doigts 
de profondeur. Il recommande en outre d'enter les poi- 
riers et les pommiers au printemps , et cinquante jours 
aprs le solstice d't et aprs les vendanges ; l'olivier 
et le figuier au printemps seulement, et par une lune qui 
ait soif, c'est--dire par une lune sche; toutefois l'opra- 
tion ne doit se faire qu'aprs midi et dans l'absence du 
vent du sud. Je lis avec surprise, dans Caton, qu'outre 
ces prcautions pour enduire la greffe, comme je l'ai dit, 
pour la couvrir de gazon , pour la prserver du froid et 
de la pluie, enfin pour la lier avec de l'osier fendu , il 
demande encore pour elle une enveloppe de feuilles de 
langue-de-buf (c'est une espce d'herbe); que le tout 
soit recouvert de paille et assujetti par un lien. On se 
contente aujourd'hui d'enduire la greffe, par dessus l'- 
corce , d'un mlange d'argile et de paille ; la greffe ne 
doit passer que de deux doigts. 

Ceux qui attendent le printemps pour greffer se trou- 
vent presss par le temps, vu que tous les arbres bour- 
geonnent , sauf l'olivier toujours trs-lent pousser ses 
bourgeons , qui d'ailleurs sont fort peu pourvus de sve 
sous l'corce ; or cette sve trop abondante nuit aux 
sujets greffs. Quant au grenadier, au figuier et aux au- 
tres arbustes secs , il n'y a pas remettre au lendemain. 
On peut greffer le poirier , mme lorsqu'il est en fleurs , 
et ajourner la greffe jusqu'en mai. Si l'on veut transpor- 



a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

lami, rapo infxos optime custodire succum arbitrantur: 
servari inter duos imbrices juxta rivos , vel piscinas, 
utrimque terra obstructos. 

1 5. Vitium vero in scrobibus siccis stramento opertos , 
ac deinde terra obrutos , ut cacumine exsistant. 

De vite inserenda. 

XXV. Gato vitera tribus modis inscrit. Praesectam find 
jubet per medullam, in eam surculos exacutos (ut dic- 
tum est)'*addi, meduUas jungi. Altero , si inter sese 
vites contingant , utriusque in obliquum latere contra- 
rio adraso junctis medullis colligari. Tertium genus est, 
terebrare vitem in obliquum ad medullam , calamosque 
addere longos pedes binos, atque ita ligatum insitum , 
intritaque illitum operire terra, calamis subrectis. Nostra 
aetas correxit, ut Gallica uteretur terebra, qu excavat, 
ne urit : quoniam adustio omnis hebetat : atque ut gem- 
mascere incipiens legatur calamus : nec plus quam binis 
ab insito emineret oculis , ulmeo vimine alligatus , bi- 
naque circumcideretur acie a duabus partibus , ut inde 
potius distillaret mucor , qui maxime vites infestt. 
Deinde quum evaluissent flagella pedes binos , vinculum 
insiti incideretur, ubertati crassitudine permissa. Vitibus 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. a^ 

ter au loin les greffes des pommiers , il est bon , pour 
qu'elles conservent leur sve, de les ficher dans des raves. 
On les conserve aussi en les plaant prs d'un ruisseau 
ou d'un tang, entre deux tuiles creuses, lutes des deux 
cts avec de la terre. ' ' ' ' ' 

i5. Les marcottes de vignes se gardtit dans des 
fosses sches, couvertes d'un enduit de paille et de terre, 
qui laisse passer leur sommit. 

Greffe de la vigne. 

XXV. Caton indique trois manires de greffer la 
vigne: la premire consiste fendre, juste par le milieu, 
le tronc de la mre -vigne, et l'on y glisse la greffe, 
taille en pointe comme ci-dessus , de manire joindre 
les deux moelles. Par la seconde mthode , lorsque deux 
ceps se touchent , on les taille de biais du ct par le- 
quel ils se regardent, mais en sens contraire ; on joint 
les deux moelles au moyen d'une ligature ; le troisime 
procd consiste percer de biais, jusqu' la moelle, un 
cep de vigne, puis glisser, dans le trou, des greffes 
longues de deux pieds ; on lie , on enduit d'argile ptrie 
avec de la paille : les greffes doivent tre droites. 
On a modifi de nos jours ce procd. On emploie la 
tarire gauloise , qui perce sans brler , car toute 
brlure affaiblit la vigne. On fait choix de greffes qui 
commencent bourgeonner; on rejette celles qui ont 
plus de deux bourgeons au dessus de l'ente , qu'on 
assujettit avec un lien d'orme. Sur chaque ct des 
greffes on pratique avec la serpe une petite incision pur 



24 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

inserendis tempus dedere ab aequinoctio autumno ad ger- 
minatiouis initia. Sativae plantae silvestrium radicibus 
inseruntur natura siccioribus. Si sativae silvestribus in- 
serantur, dgnrant in feritatem. Reliqua caelo constant. 
Aptissima insitis siccitas. Hujus enim remedium adpositis 
fictilibus vasis modicus humor per cinerem distillans. 
Inoculatio rores amat levs. 



Emplastratio. 

XXVI. i6. Emplastratio et ipsa ex inoculatione nata 
videri potest. Crasso autem maxime cortici convenit , 
sicut est ficis. Ergo amputatis omnibus ramis, ne succum 
avocent, nitidissima in parte, quaque praecipua cerna- 
tur hilaritas, exempta scutula (ita ne descendat ultra 
ferrum) cortici imprimitur ex alia cortex par, cum sui 
germinis mamma : sic compage densata , ut cicatrici 
locus non sit , et statim fit unitas , nec humorem , nec 
adflatum recipiens : nihilominus tamen et luto munire, 
et vinculo melius. Hoc genus non pridem repertum vo- 
lunt , qui novis moribus favent. Sed id etiam apud ve- 



M 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. aS 

oi s'coule l'excs de suc, excs des plus funestes la 
vigne. Enfin, lorsqu'elles ont pouss des scions de deux 
pieds, on coupe la ligature, et on laisse la branche gref- 
fe crotre en libert. On greffe la vigne depuis l'qui- 
noxe d'automne jusqu' l'poque de sa germination. On 
greffe les plantes domestiques sur les racines des plantes 
sauvages , naturellement sches ; mais notons que l'arbre 
domestique ainsi greff revient l'tat sauvage. Les 
autres faits relatifs la greffe tiennent l'atmosphre : 
un temps sec est le plus convenable au jeune sujet : on 
prvient la trop grande scheresse en plaant prs de 
lui des pots de terre pleins de cendre, travers laquelle 
l'eau filtre peu peu. De lgres roses sont favorables 
la greffe par inoculation. 

Greffe en cusson. 

XXVI. t6. La greffe en cusson doit vraisemblable- 
ment son origine la greffe par inoculation ; elle con- 
vient surtout aux arbres qui ont l'corce paisse , au 
figuier, par exemple; elle consiste couper toutes les 
branches d'un arbre , pour empcher qu'elles ne d- 
tournent la sve ; enlever au couteau , dans la partie 
la plus nette et la plus vive , une portion de l'corce 
en forme d'cusson , sans entamer le bois qu'elle re- 
couvre , puis prendre sur un autre arbre un cusson 
d'corce avec son bourgeon , et le mettre la place 
du premier : il doit concider et joindre si exactement , 
qu'il soit impossible d'apercevoir la trace de la cicatrice , 
et la runion des deux corces doit tre telle , que l'eau 



aG C. PLINTI HIST. NAT. LIB. XVII. 

teres Graecos invenitur , el apiid Catonem , qui oleam 
fcumque sic inseri jussit, mensura etiam praefinita se- 
cundum reliquam diligentiam suam : cortices scalpro 
excidi quatuor digitorum longitudine, et trium latitu- 
dine , atque ita coagmentari , et illa sua intrita oblini : 
eadem ratione et in malo. 



Quidam huic generi miscuere fissuram in vitibus , 
exempta cortici tessella , surculo a latere piano adigendo. 
Tt modis insilam arborem vidimus juxta Tiburtes Tul- 
lias , omni gnre pomorum onustam , alio ramo nuci- 
bus, alio baccis, aliunde vite, ficis, piris, Punicis , ma- 
lorumque generibus. Sed huic brevis fuit vita. Nec tamen 
omnem experimentis adsequi naturam possumus. Quae- 
dam cnim nasci , nisi sponte nullo modo queunt : eaque 
immitibus tantum et desertis locis proveniunt. Capacis- 
sima insitorum omnium ducitur platanus, postea robur : 
verum utraque sapores corrumpit. Quaedam omni g- 
nre inseruntur, ut ficus et Punicae. Vitis non recipit 
emplastra, nec quibus tenuis , ac caducus, rimosusque 
cortex : neque inoculationem sicc, aut humoris exigui. 
Fertilissima omnium inoculatio, postea emplastratio. Sed 
utraque iufirmissima. Et qu cortice nituntur tantum , 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVII. 27 

ni l'air ne puissent y pntrer : il est bon nanmoins de 
la protger par un enduit, et mieux encore par une 
ligature. Les partisans d'inventions nouvelles prtendent 
que ce procd a t rcemment dcouvert ; on le trouve 
cependant dcrit chez les anciens auteurs grecs et chez 
Caton, qui le recommande pour l'olivier et le figuier, 
et qui mme, avec son exactitude ordinaire, dtermine 
les dimensions de l'cusson : il doit avoir quatre doigts 
de long sur trois de large. Aprs l'avoir appliqu, il faut 
le couvrir de l'enduit dont il nous a parl plus haut. 11 
veut qu'on ente de mme les pommiers. 

Quelques-uns prtendent que l'on doit rapporter la 
greffe en cusson l'usage de fendre de ct, aprs avoir 
enlev une petite partie de l'corce, une mre-vigne, pour 
insrer dans la fente le jeune sujet. J'ai vu , prs des Tullies 
de Tibur, un arbre ent selon toutes les mthodes que je 
viens de dcrire , et charg de toutes sortes de fruits : une 
branche portait des noix, une autre des baies, d'autres des 
raisins, des figues, des poires, des grenades et diverses es- 
pces de pommes, mais il ne vcutpas long-temps. Au reste, 
toutes nos tentatives n'imitent qu'imparfaitement la na- 
ture. Il est des arbres qui ne viennent que spontanment, 
et dans des lieux sauvages et dserts. De tous les arbres, 
le plus apte recevoir toute espce de greffes, est, dit-on, 
le platane ; ensuite vient le rouvre; mais tous deux dt- 
riorent le got des fruits. Quelques arbres, par exemple 
le figuier et le grenadier, se greffent de toute faon. On 
ne peut cussonner ni la vigne ni les arbres corce 
mince , caduque et crevasse. L'inoculation ne russit 
pas sur les arbres secs ou peu riches en sve ; ccpen- 




a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVll. 

vel ievi aura ocissime deplantautur. Inserere firmissi- 

muin , et fecundius , quam serere. 



1 7. Non est omittenda rartas unus exempli. Corel- 
lius , eques rom. Ateste genitus , insevit castaneam suo- 
metipsam surculo in Neapolitano agro. Sic facta est 
castauea, quae ab eo nomen accepit inter laudatas. 
Postea Etereius libertus Corellianam iterum insevit. 
Hase est inter eas differentia : illa copiosior , hc Ete- 
reiana melior. -A- 

Ramo nascentia. 

XXVII. Reliqua gnera casus ingenio suo excogita- 
vit , ac defractos serere ramos docuit , quum pli de- 
fixi radies cepissent. Multa sic seruntur, in primisque 
ficus , omnibus aliis modis nasceus , praeterque talea : 
optime quidem, si vastiore ramo pli modo exacuto adi- 
gatur alte , exiguo super terram relicto capite , eoque 
ipso arena cooperto. Ramo seruntur et Punica , palis 
laxato prius meatu : item myrtus. Omnium horum lon- 
gitudine trium pedum , crassitudine minus brachiali , 
cortice diligenter servato, trunco exacuto. 




HiSTOraE NATURELLE, LIV. XVII. 29 

dant c'est la plus avantageuse des greffes : vient ensuite 
la greffe en cusson ; mais toutes deux tiennent peu , 
surtout la dernire, qui n'est soutenue que parFcorce, 
et que le moindre vent emporte aussitt. Du reste , la 
greffe augmente la force et la fertilit des arbres. 

17. N'oublions pas un cas rare. Corellius , cbevalier 
romain d'Ateste , enta , prs de Naples , un chtaignier, 
avec une greffe prise sur le mme chtaignier : on donna 
l'arbre, ainsi greff, le nom de Corellien. Ses fruits 
devinrent fameux. L'affranchi Etereius le greffa de nou- 
veau , et il y eut cette diffrence entre les deux varits , 
que la corellienne rapportait davantage , et que l't- 
rienne donnait des fruits plus -doux. 

Plantes qui naissent d'une branche. 

XXVn. On doit au hasard les autres modes de mul- 
tiplication vgtale. Ainsi , des pieux plants en terre 
ayant repris racine , on s'avisa d'arracher des branches et 
de les planter. Nombre d'arbres se propagent ainsi, notam- 
ment le figuier , qui vient aussi de toute faon , outre la 
bouture; et il russit encore mieux de cette manire si l'on 
fait choix d'une grosse branche, qu'on la taille en pointe, 
qu'on l'enfonce trs-avant , et que , ne laissant passer 
que la tte , on la recouvre encore de sable. On plante 
de mme le grenadier et le myrte , mais en largissant 
pralablement avec un pieu le trou qui doit les recevoir. 
Tout plant de ce genre doit avoir trois pieds de long, tre 
un peu moins gros que le bras; en outre, il faut qu'il ait 
toute son corce, et qu'il se termine en pointe. 



3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

Quae taleis : et quomodo serantur, 

XX VIII. Myrtus et taleis seritur : morus talea tantum, 
qiioniam in ulmo eam inseri religio fulgurum prohibet. 
Quapropter de talearum satu nunc dicendum est. Ser- 
vandum in eo ante omnia , ut taleae ex feracibus fiant 
arborilms : ne curvae , neve scabrae , aut bifurcae : neve 
tenuiores , quam ut manum impleant : ne minores pe- 
dalibus : ut illibato cortice : alque ut sectura inferior 
ponalur semper , et quod erit ab radie : adcumuletur- 
que germinatio terra , donec robur planta capiat. 



Olearum cultura. 

XXIX. i8. Quae custodienda in olearum cura Cato 
judicaverit, ipsius verbis optime praecipiemus. Taleas 
oleagineas , quas in scrobe saturus eris, tripedaneas fa- 
cito : diligenterque tractato , ne liber laboret , quum do- 
labis, aut secabis. Quas in seminario saturus eris , p- 
dales facito : eas sic inserito : locus bipalio subactus sit, 
beneque glutus. Quum taleam demittes, pede taleam 
opprimito. Si parum descendat, malleo aut mateola adi- 
gito : cavetoque, ne librum sciudas, quum adiges. Palo 
prius locum si feceris, quo taleam demittas, ita melius 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 3i 

Plantes qui naissent de boutures : manire de les planter. ' 

XXVIII. I-^e myrte aussi se plante de bouture; c'est la 
seule manire de multiplier le mrier; car, de peur de 
la foudre, on n'ose le greffer sur l'orme. Dcrivons donc 
ici la multiplication par bouture. On doit avant tout 
prendre les boutures sur des arbres fertiles; elles doivent 
tre droites , et ne prsenter ni asprits ni fourchures ; 
tre de grosseur remplir la main , et avoir au moins 
un pied de haut; il faut que l'corce soit intacte; qu'on 
mette toujours en bas le ct par o elles ont t coupes, 
c'est--dire celui qui tait le plus voisin de la racine; 
que pendant la vgtation on accumule la terre l'entour, 
jusqu' ce que la bouture ait acquis une certaine force. 

Culture de l'olivier. 

XXIX. 18. Caton a trait de la culture de l'olivier 
avec une telle supriorit, que nous ne croyons pouvoir 
mieux faire que de le citer. Donnez , dit-il , trois pieds 
de long aux boutures d'olivier que vous voulez planter 
dans une fosse ; en les aiguisant ou les coupant , prenez 
garde d'endommager l'corce. Celles que vous destinez 
la ppinire ne doivent avoir qu'un pied. En les plan- 
tant , ayez soin que le terrain soit meuble et uni ; en 
enfonant la bouture , appuyez dessus avec le pied ; si 
elle ne descend pas assez , aidez-vous du maillet ou de 
la tte de votre bche, en ayant soin, dans cette op- 
ration , de ne point blesser l'corce : si pralablement 



32 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

vivet. Taleae ubi trimae sunt, tum denique cur sint, 
ubi liber se vertet. Si in scrobibus aut in sulcis seres, 
ternas taleas ponito : easque divaricato supra terram , 
ne plus quatuor digitos transversos emineant, gemma 
vel oculo servato. Diligenter eximere oleam oportet, et 
radies quam plurimas cum terra ferre. Ubi radies bene 
operueris , calcare bene ne quid noceat. 



Opefum surcularium per tempora anni dgestio. 

XXX. Si quis quaerat quod tempus oleae serendae sit, 
agro sicco per sementem , agro Iseto per ver. Olivetum 
diebus xv ante aequinoctium vernum incipito putare. Ex 
eo die dies xl recte putabis. Id hoc modo putato. Qua 
locus recte ferax erit, quae arida erunt, et si quid ventus 
interfregerit , inde ea omnia eximito. Qua locus ferax 
non erit, id plus concidito, aratoque bene, enodatoque, 
stirpesque levs facito. Circum oleas autumnitate abla- 
queato, et stercus addito. Qui olivetum saepissime et al- 
tissimemiscebit, is tenuissimas radies exarabit. Radies 
si sursum abibunt, crassiores fient, et eo in radies vires 
oleae abibunt. 

Qu gnera olearum, vel in quo gnre terrae vivere 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVII. 33 

vous prparez avec un pieu un trou pour mettre votre 
bouture, elle russira mieux. Quand elle aura trois ans, 
vous ferez une marque sur l'corce , afin de l'orienter. 
Si vous les tablissez dans des raies ou des fosses, qu'elles 
soient par groupe de trois, un peu cartes au dessus de 
la terre , mais qu'elles ne la dpassent que de quatre 
travers de doigt ; qu'elles aient un bourgeon ou un 
il hors du sol. L'olivier qu'on transplante doit tre 
tir de sa place avec prcaution ; il faut enlever autant 
de racines que possible avec la terre qui les entoure, et, 
quand elles auront t suffisamment recouvertes, fouler 
la terre avec le pied , afin que rien ne puisse leur nuire. 

Oisb-Ibution des travaux de la greffe pendant les diverses poques 
de l'anne. 

XXX. Mais quelle poque doit tre plant l'olivier? 
Au temps des semailles , si l'on a une terre sche ; au 
printemps , si la terre est bonne. On peut commencer 
monder les oliviers quinze jours avant l'quinoxe du 
printemps , et les quarante jours suivans. Si le terroir 
est fertile , enlevez tout le bois sec et tout ce que le 
vent aura rompu; s'il est strile, mondez davantage; 
labourez avec soin; taillez les tiges, et dchargez - les 
d'un bois inutile. En automne , dchaussez et fumez le 
pied des arbres. De frquens et profonds labours dans 
les champs d'oliviers les dbarrasseront de radicules d- 
lies et surabondantes. Si les racines arrivaient fleur 
de terre , elles deviendraient trop grosses , et dtourne- 
raient leur profit les forces de l'arbre. 

En traitant de l'huile , nous avons parl des diverses 
XI. 3 



3/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. X\I1. 

et seri debeant, qiioque spectare oliveta, diximus in ra- 
tione olei. Mago in colle et siccis , et argilla , inter au- 
tuninum et brumam seri jussit. In crasso aut humido , 
aut subriguo , a messe ad brumam. Quod praecepisse 
euni Afi'icae intelligitur. Italia quidem nunc vere maxime 
serit. Sed si et autumno libeat , post aequinoctium xl 
debus ad Vergiliarum occasum , quatuor soli dies sunt , 
quibus seri noceat. Africae peculiare quidem in oleaslro 
est inserere. Quadani aeternitate consenescunt proxima 
adoptioni virga emissa, atque ita alia arbore ex eadem 
juvenescente : iterumque et quoties opus sit , ut aevis 
eadem oliveta constent. Inseritur autem oleaster calamo, 
et inoculatione. 



Olea , ubi quercus effossa sit , maie ponitur : quoniam 
vermes, qui raucae vocantur, in radie quercus nascun- 
tur, et transeunt. Non-inhumare taleas, aut siccare prius 
quam serantur, utilius compertum. Vtus olivetum ab 
aequinoctio verno intra Vergiliarum exortum interradi 
alternis annis , melius inventum : item muscum circum- 
dare radici. Circumfodi autem omnibus annis a solstitio 
dunm cubitorum scrobe pedali altitudine : stercorari 
tertio anno. 



HISTOIRE NATURELLE, UV. XVII. 55 

espces d'olivier, des terrains o chacune d'elles peut 
vivre et prosprer , et des expositions qui leur convien- 
nent. Magon recommande de les planter sur un coteau 
ou dans une terre sche et argileuse , depuis le com- 
mencement de l'automne jusqu'au solstice d'hiver; si le 
sol est gras , humide ou marcageux , il veut qu'on les 
plante entre la moisson et le solstice. Mais on sent que 
Magon ne parle que pour l'Afrique. Aujourd'hui , en 
Italie , on plante le plus ordinairement l'olivier au 
printemps; ou, si l'on choisit l'automne, quarante jours 
aprs l'quinoxe, jusqu'au coucher des Pliades; encore 
y a-t-il quatre jours o cette plantation est dangereuse. 
La greffe sur l'olivier sauvage ne se pratique qu'en Afri- 
que. La vieillesse des oliviers est une espce d'immor- 
talit, car on replante diverses reprises des rejetons qui 
donnent de nouveaux arbres aussi souvent qu'on en a be- 
soin ; de sorte qu'une mme plantation dure des sicles. 
I/olivier sauvage se greffe par scions et par inoculation. 
On ne doit pas planter d'oliviers l'endroit prcdem- 
ment occup par un chne , les racines de cet arbre tant 
infestes par une espce de ver dit rauque, qui attaque- 
rait aussi celles de l'olivier. On a reconnu qu'il vaut mieux 
ne pas enterrer et ne pas faire scher les boutures avant 
de les planter. Il est bon d'monder les vieux oliviers 
de deux annes l'une, depuis l'quinoxe du printemps 
jusqu'au lever des Pliades , comme aussi d'entourer 
leurs racines de mousse, de les dchausser tous les ans 
vers le solstice d't, en donnant la fosse deux cou- 
des de large sur une coude de profondeur, et de les 
fumer la troisime anne. 

3. 



36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIJ. 

Mago idem amygdalas ab occasu Arcturi ad lirumam 
seri jubet. Pira non eodem tempore omnia , quoniam 
non que floreant. Eadem oblonga , aut rotunda , ab 
occasu Vergiliarum ad brumam. Reliqua gnera mdia 
hieme ab occasu Sagitt , subsolanum , aut septentrio- 
nes spectantia. Laurum ab occasu Aquilae ad occasum 
Sagitt. Connexa enim de tempore serendi aeque ratio 
est. Vere et autumno id magna ex parte feri decrevere. 
Est et alia hora circa Cauis ortus , paucioribus nota , 
quoniam non omnibus locis pariter utilis intelligitur , 
sed haud omittenda nobis , non tractus alicujus ratio- 
nem , verum natur totius indagantibus. In Cyrenaica 
regione sub etesiarum flatu conserunt : nec non et in 
Grcia : oleam maxime in Laconia. Cos insula et vites 
tune serit : ceteri apud Grcos , inoculare et inserere 
non dubitant : sed arbores non serunt. Plurimumque in 
eo locorum natura pollet. Namquc in ^gypto omni se- 
runt mense, et ubicumque imbres aestivi non sunt, ut 
in India et jEthiopia. INecessario post hc autumno se- 
runtur arbores. 



Ergo tria tempora eadem germinalionis, ver, et Ca- 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVII. ^7 

Selon Magon , il faut planter les amandiers du coucher 
de l'Arcture au solstice d'hiver. On ne plante pas tous 
les poiriers en mme temps, parce que les poques de 
leur floraison varient : ceux qui ont des fruits oblongs 
ou ronds doivent l'tre depuis le coucher des Pliades 
jusqu'au solstice d'hiver ; on plante les autres en plein 
hiver, aprs le coucher de la Flche; ils doivent tre 
exposs l'orient quinoxial ou au nord. Le laurier se 
plante depuis le coucher de l'Aigle jusqu' celui de la 
Flche. Les poques pour la greffe sont les mmes que 
celles de la plantation. On est d'accord que gnrale- 
ment ces deux oprations se doivent faire au printemps 
et en automne. On peut aussi les pratiquer une autre 
poque , vers le lever de la Canicule ; mais celle m- 
thode, avantageuse seulement dans quelques lieux, est 
peu connue: toutefois je ne peux l'oublier dans un livre 
qui embrasse , non pas une contre, mais la nature en- 
tire. Disons donc qu'en Cyrnaque et en Grce on les 
plante quand les vents tsiens soufflent, ce qu'on fait 
plus spcialement encore en Laconie pour l'olivier, et 
dans l'le de Cos pour la vigne. Dans le reste de la 
Grce on pratique la greffe, par inoculation et en fente, 
cette poque, mais on ne plante pas. La nature des 
lieux a la plus grande influence en tout ceci. En Egypte, 
par exemple, il n'est pas de mois oi on ne plante. Il en 
est de mme partout o il pleut rarement en t, comme 
dans l'Inde et dans l'Ethiopie. Ds que le printemps 
ne convient pas la plantation, on doit planter en au- 
tomne. 

11 y a trois poques pour la pousse des bourgeons: 



38 C. PLINII HLST. NAT. LIB. XVII. 

nis , Arcturique ortus. Neque enim animalium tantum 
est ad coitus aviditas, sed multo major est terr ac sa- 
torum omnium libido : qua tempestive uti , plurimum 
interest conceptus. Peculiare utique in insitis, quum sit 
mutua cupiditas utrimque coeundi. Qui ver probant , ab 
aequinoctio statim admittunt, praedicantes germina par- 
lurire, ideo faciles corticum esse complexus. Qui praefe- 
l'unt autumnum , ab Arcturi ortu , quoniam statim radi- 
cem quamdam capiant, et ad ver parata veniant, atque 
non protinus germinatio auferat vires. Quaedam tameu 
statutum tempus anni habent ubique, ut cerasi et amyg- 
dal circa brumam, serendi vel inserendi. De pluribus 
locorum situs optime judicabit. Frigida enim et aquosa 
verno conseri oportet , sicca et calida autumno. 



Communis quidem Itali ratio tempora ad hune mo- 
dum distribuit : moro ab idibus februariis in aequinoc- 
tium , piro autumnum : ita ut brumam quindenis , nec 
minus , diebus antecedant. Malis aestivis , et cotoneis , 
item sorbis , prunis , post mediam hiemem in idus fe- 
bruarias. Siliquae Graecae et Persicis , ante brumam per 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 3(, 

le printemps, le lever de la Canicule et de l'Arcture. Ce 
n'est donc pas seulement chez les animaux qu'on retrouve 
l'ardeur de se reproduire, car la terre et toutes les plantes 
la partagent un degr plus haut encore ; il faut saisir 
l'instant o celte ardeur se dveloppe, pour obtenir un 
produit plus abondant. Plus de soin encore est nces- 
saire l'gard des greffes , o le sauvageon et le sujet 
greff ne demandent qu' s'unir. Ceux qui regardent le 
printemps comme la saison la plus convenable pour la 
greffe , la pratiquent au commencement de l'quinoxe 
de mars : ils se fondent sur ce que le^ arbres poussent 
alors leurs bourgeons, et que la runion des corces 
est plus facile. Ceux qui donnent la prfrence l'au- 
tomne greffent au lever de l'Arcture , vu qu'alors les 
greffes, en quelque faon, prennent aussitt racine, et 
que, toutes disposes pour l'poque du printemps, elles 
n'puisent pas alors leurs forces dans le bourgeonne- 
ment. Toutefois, certaines espces ne se greffent et ne 
se plantent qu' une poque fixe, par exemple le cerisier 
et l'amandier vers le solstice d'hiver. La situation des 
lieux sera le meilleur guide cet gard. Il faut planter 
au printemps dans les lieux froids et aquatiques , et en 
automne dans les lieux chauds et secs. 

Voici comment l'anne agricole est distribue cet 
gard en Italie. On plante le mrier depuis les ides de 
fvrier jusqu' l'quinoxe; le poirier, en automne, jus- 
qu' quinze jours au moins avant le solstice d'hiver ; 
les pommiers htifs , les cognassiers , les cormiers , les 
pruniers , du milieu de l'hiver aux ides de fvrier ; les 
carougiers et les pchers, en automne, avant le solstice 



4o c PLnra msT. nat. ub. xvn. 

autuinnum. Nucibus, juglandi, et piaex, et avellanx, 
et Graecx, atque castaneae, a kalendis martiis ad idus 
easdem. Salici, genists, circa martias kalendas. Haoc in 
siccis semioe, illam in humidis virga seri, diximus. 

19. Est etiam noue nova inserendi ratio, ne quid 
sciens quidem praeteream, quod usquam invenerim, Co- 
lumells excogitata , ut adfirmat ipse , qua vel diversae 
insociabilesque naturx arborum copulentur, ut fici at- 
que oleae. Juxta hanc seri ficum jubet non ampliore in- 
tCTvallo, quam ut contingi large possit ramo oleae quam 
maxime sequaci atque obedituro : eumque omni intrim 
tempore edomari meditatione curvandi. Postea fico adepta 
vires ( quod evenire trimae , aut utique quinquenui so- 
let), detruncata superficie, ipsumque deputatum , et , ut 
dictum est, adraso cacumine, defigi in crure fici, custo- 
ditum vincuiis , ne curvatura fugiat. Ita quodam propa- 
ginum insitorumque temperamento, triennio communi- 
ter duas matres coalescere. Quarto anno abscisum totum 
adoptantis esse, nondum vulgata ratione, aut mibi crte 
satis comperta. 



mSTOIRE NATITIELLE, LIV. XVIL ' 4 

dTliver ; les noyers , les pins , les aveliniers , les aman- 
diers, les chtaigniers, des kalendes de mars aux ides 
du mme mois; les saules, les gents, vers les kalendes 
de mars. Le gent , comme nous l'avons dj dit , se 
multiplie de graine dans les lieux secs ; le saule , au con- 
traire , en lieu humide , se multiplie de bouture. 

ig. J'ajouterai un autre genre de greffe rcemment 
invent , car je ne veux rien omettre de tout ce que 
j'ai pu dcouvrir. C'est Columelle qu'on la doit , s'il 
faut l'en croire lui-mme. Cette greffe consiste dans 
l'union de deux arbres de nature diffrente , et en 
quelque sorte antipathique; tels sont, par exemple, l'o- 
livier et le figuier. Plantez un figuier peu de distance 
d'un olivier, de telle sorte qu'une branche du dernier, 
laquelle vous donnerez toute la souplesse et la flexi- 
bilit possible , se laisse plier sans peine , par l'habitude 
que vous lui en aurez fait prendre , et puisse toucher le 
figuier voisin; lorsque celui-ci a pris de la force, ce qui 
arrive quand il a trois ans , et au plus tard quand il 
en a cinq, coupez le sommet; taillez en pointe, de la 
manire expose ci -dessus , la cime de la branche d'oli- 
vier; insrez-la dans le tronc du figuier, et munissez he 
tout d'une ligalui'e, pour empcher l'arcade de s'chap- 
per : par cette mthode , qui tient de la greffe et du pro- 
vignement, les deux arbres vivront en commun pendant 
trois ans. La quatrime anne , coupez la branche gref- 
fe, qui alors appartiendra toute au figuier. Ce genre de 
greffe, ma connaissance du moins, est encore fort 
peu rpandu. 



4* C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

De ablaqueandis , et adcumulandis. 

XXXI. Cetero eadem illa de calidis frigidisque , et 
humidis et siccis supra dicta ratio , et scrobes fodei*e 
monstravit. In aquosis enim neque altos , neque amplos 
facere expediet : aliter in aestuoso solo et sicco, ut quam 
maxime accipiant aquam , contineanlque. Haec et vete- 
res arbores colendi ratio est. Ferventibus enim locis 
adcumulant aestate radies operiuntque , ne solis ardor 
exurat. Aliubi ablaqueant, perflatusque admittunt. lidem 
hieme cumulis a gelu vindicant. Contra illi hieme ape- 
riunt, humoremque sitientibus quaerunt. Ubicumque cir- 
cumfodiendi arbores ratio in circuitu pedes in orbem 
ternos : neque id in pratis , quando amore solis humo- 
risque in summa tellure oberrant. Et de arboribus haec 
quideni fructus gralia serendis inserendisque in univer- 
sum sint dicta. 

De salicto. 

XXXII. 20. Hinc restt earum ratio, quae proplei- 
alias seruntur, ac vineas maxime, cduo ligno. Priu- 
cipatum in iis obtinent salices , quarum satio fit loco 
madido : tamen refosso duos pedes et semipedem , talea 
sesquipedali , vel pcrtica, quae utitior, quo plenior. In- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 4"? 

Du dchaassement et du rechaussement des arbres. 

XXXI. C'est la ncessit, dj par nous proclame, 
de choisir des lieux chauds ou froids, humides ou secs, 
qu'on doit la mthode des fosses. Dans les lieux aquati- 
ques , elles doivent tre peu larges et peu profondes ; le 
contraire a lieu dans les terres chaudes et sches , o le 
but est de leur faire prendre et retenir beaucoup d'eau. 
Les mmes principes prsident la culture des vieux 
arbres. Dans une terre chaude , on rechausse ces arbres 
en t , de peur que leurs racines ne soient brles par 
l'ardeur du soleil ; ailleurs on les dchausse pour leur 
donner de l'air. En hiver on les rechausse pour les ga- 
rantir de la gele , tandis qu'ailleurs on les dchausse 
afin qu'ils s'imprgnent mieux d'humidit. Quel que soit 
le lieu , le meilleur mode de dchaussement consiste 
faire tout autour une fosse en rond , de trois pieds de 
largeur; mais cela ne peut se faire dans les prs, o 
les racines , qui cherchent le soleil et l'humidit , vien- 
nent presque fleur de terre. Voil tout ce qui regarde 
en gnral la manire de planter et de greffer les arbres 
fruitiers. 

Des saussaies. 

XXXII. 20. Il nous reste parler des arbres qu'on 
plante pour servir d'autres, et notamment la vigne, et 
dont on coupe le bois de temps en temps. Parmi ces ar- 
bres, le saule tient le premier rang ; on le plante dans des^ 
lieux aquatiques et dans des fosses de deux pieds et deim 



44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

tervallo esse debent pedes seni. Trimae pedibus binis a 
terra putatione coercentur, ut se in latitudinem fun- 
dant, ac sine scalis tondeantur, Salix enim fecundior 
est , qiio terrae propior. Has quoque omnibus annis 
onfodi jubent mense aprili. Haec est viminalium cul- 
tura. Perticalis et virga et talea seritur, fossura eadem. 
Perticas ex ea caedi justum est quarto fere anno. Et eae 
autem senescentium propagine prsarciunt locum, pcr- 
tica immersa , ac post annum recisa. Salipis viminalis 
jugera singula sufficiunt xxv vineae jugeribus. Ejusdem 
rei causa populus alba seritur bipedaneo pastinatu , talea 
sesquipedali , biduo siccata , palmipde intervallo, terra 
super injecta duorum ubitorum crassitudine. 



Arundineta. 

XXXIIL Arundo etiamnum dilutiore, quam hae, solo 
gaudet. Seritur bulbo radicis,quem alii oculum vocant, 
dodrantali scrobe, intrvallo duum pedum et semipedis : 
reficiturque ex sese vetere arundineto exstirpato , quod 
utilius repertuni, quam castrare, sicut antea. Namque 
iuter se radies serpunt , mutuoque discursu necantur. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 45 

de profondeur; les boutures qu'on y enfonce ont un pied 
et demi de long. On emploie aussi des perches ; plus 
celles-ci sont grosses , mieux elles valent. On doit espacer 
de six pieds. Quand les saules ont trois ans, on les coupe 
deux pieds de terre, afin qu'ils s'tendent en largtur, 
et qu'on puisse un jour les tondre sans chelle ; d'ailleurs, 
plus ils sont voisins de la terre, plus ils produisent. On 
doit bcher les saussaies tous les ans au mois d'avril ; 
ceci s'applique la culture de l'osier. Celui qui donne 
des perches se plante de scion et de bouture dans des 
fosses de mme dimension. On peut couper des perches 
ds la quatrime anne. Quand le saule est vieux , on le 
provigne , et on rajeunit la saussaie en enfonant en 
terre des branches qu'on ne spare qu'au bout d'un an. 
Un arpent d'osier sufft pour vingt-cinq arpens de vigne. 
Le peuplier blanc se plante aussi , pour le service de la 
vigne , dans une terre remue deux pieds de profon- 
deur. La bouture, qui a un pied et demi de long, doit 
avoir sch deux jours. On espace d'un pied et un palme, 
et on couvre le plant de deux coudes de terre. 

Plantations de roseaux. 

XXXII. Les roseaux sont encore plus avides d'humi- 
dit que les deux plantes prcdentes. Les bulbes ou il- 
letons de leurs racines se mettent dans des fosses de neuf 
pouces de profondeur. On espace de deux pieds et demi. 
Lorsque les roseaux sont vieux , il vaut mieux arracher 
le plant que de l'claircir, comme on le pratiquait autre- 
, fois , car les racines entrelaces s'embarrassent et s'- 



46 C. PLINII HIST. NA. LIB. XVII. 

Tempus conserendi , priusquam oculi arundinum iiitu- 
mescant, ante kalendas martias. Crescit ad bruniam 
usque; desinitque , quum durescere incipit : hoc signuni 
tempestivam habet caesuram. Et hanc autem quoties et 
viiieam fodiendam putant. Seritur et transversa , non 
alte terra condita : erumpuntque e singulis oculis toti- 
dem plant. Seritur et deplantata pedali sulco : binis 
obrutis gemmis, ut tertius nodus terram attingat : prono 
cacumine , ne rores concipiat. Caeditur decrescente luna. 
Vineis anno siccata utilior, quam viridis. 



De eteris ad perticas et palos caeduls. 

XXXIV. Castanea pedamentis omnibus praefertur fa- 
cilitate tractatus , perdurandi pervicacia , regerminatione 
csedua vel salice ltior. Qurit solum facile, nec tamen 
arenosum : maximeque sabulum humidum , aut carbun- 
culum , vel tofi etiam farinam , quamlibet opaco , sep- 
tentrionalique et praefrigido situ , vel etiam declivi. R- 
cust eadem glaream , rubricam , cretam , omnemque 
terra) fecunditatem. Seri nuce diximus, sed nisi ex maxi- 
tnis non provenit , nec nisi quinis acervatim satis. Per- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVU. 47 

touffent. On les plante avant 1 poque laquelle leurs 
bulbes se gonflent, c'est--dire ayant les kalendes de 
mars. Ils croissent jusqu'au solstice d'hiver, puis cessent 
de crotre pour commencer durcir ; c'est alors le mo- 
ment favorable pour les couper. Il faut, dit-on , tailler 
le roseau aussi souvent que la vigne. On plante aussi le 
roseau en le couchant de son long , et en couvrant le 
plant d'un peu de terre ; chaque il alors produit un 
roseau. Quelquefois on met dans des raies d'un pied de 
profondeur une bouture garnie de trois illetons, dont 
deux sont cachs dans la terre, et le troisime se montre 
sa superficie. On penche la tte du roseau , de peur 
que la rose ne s'y arrte. La coupe se fait dans le 
dcours. Les chalas que le roseau fournit la vigne 
valent mieux quand le bois a sch un an que s'il est 
employ vert. 

Des autres taillis qui fournissent des perches et des pieux. 

XXXIV. Nul arbre ne donne de meilleurs chalas que 
le chtaignier, parce qu'il se laisse facilement manier, 
qu'il dure trs-long-temps , et que d'ailleurs il est plus 
prompt que le saule mme se reproduire mesure 
qu'on le coupe. Il lui faut un sol lger sans tre grave- 
leux, un sable humide, ou bien une terre charbonne, 
ou une espce de tuf pulvris. Il s'accommode des lieux 
ombrags , exposs au nord et au froid , ainsi que des 
pentes. Il n'aime pas le gravier, les terres rouges, crayeuses, 
et en gnral les terres fertiles. Nous savons qu'on le 
fait venir en semant des chtaignes ; mais il ne lve qu'au- 



48 C. PUNU HIST. NAT. LIB. XVII. 

fringi solum dbet supra , ex novembri mense in februa- 
rium : quo solut sponte cadunt ex arbore , atque sub- 
nascuntur. Intervalla sint pedalia, undique sulco dodran- 
tali. Ex hoc seminario transferuntur in aliud , bipedali 
intervallo, plus bienuio. Sunt et propagines, nulli quidem 
faciliores. !Nudata enim radie, tota in sulco prosterni- 
tur. um ex cacumine supra terram relicto renascilur, 
et alia ab radie. Sed translata nescit hospitari , pavet- 
que novitatem. Biennio fere postea prosilit. Ideo nuci- 
bus potius , quam viviradicibus , plantaria caedua im- 
plentur. Cultura non alia, quam supradictis , fodiendis 
supputandisque per biennium sequens : de cetero ipsa 
se colit, umbra stolones supervacuos enecante. Caeditur 
intra septimum annum. Suffciunt pedamenta jugeri 
unius vicenis vinearum jugeribus, quando etiam ea bi- 
fida stirpe fmnt , durantque ultra alteram silvae su 
ceesuram. 



Esculus similiter provenlt , csura triennio senior , 
minus morosa nasci. In quacumque terra seritur, nasci- 
tur e balano , sed non nisi esculi : scrobe dodrantali , 
intervallis duorum pcdum : seritur leviter quater auno. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. /I9 

tant qu'on les prend grosses , et qu'on les met en terre 
par tas de cinq ; on doit rompre la terre au dessus , de- 
puis le mois de novembre jusqu'en fvrier, car c'est 
l'poque o les chtaignes tombent d'elles-mmes et com- 
mencent lever. On les plante la distance d'un pied, 
et dans des sillons de neuf pouces de profondeur. Au bout 
de deux ans , ou plus , on transplante les jeunes plants 
dans une autre ppinire , en les espaant de deux 
pieds. On provigne aussi cet arbre, et c'est celui de tous 
qui se multiplie le mieux par cette mthode. Pour cela, 
il faut dchausser la racine et coucher dans un sillon le 
provin tout entier, sauf le bout, qu'on laisse hors de 
terre, et duquel natra un nouveau chtaignier, en mme 
temps qu'un autre natra de la racine. Du reste, l'arbre 
ainsi obtenu n'aime point tre transplant , et redoute 
le changement de terrain. Il sort de terre en deux ans 
environ. On prfre gnralement la multiplication par 
chtaignes au plant vif pour avoir un taillis. La culture 
de cet arbre ne consiste, comme celle des prcdens, qu'en 
bchage et en mondage pendant les deux annes sui- 
vantes, car, du reste, il se cultive lui-mme; son ombre 
fait prir les rejetons superflus. On le coupe dans le 
courant de la septime anne. Un arpent de chtaigniers 
fournit assez d'chalas pour vingt arpens de vigne. Du 
reste, on les fend pour en augmenter le nombre, et ils 
durent au del du temps o se fait la coupe suivante. 

L'esculus vient de mme , mais moins difficilement. 

On le coupe trois ans plus tard. Il crot en toute terre, 

et ne provient que de son gland , qu'on sme quatie 

fois l'anne, en les plaant un un dans une fosse de 

XI. 4 



^ 



5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

Hoc pedamentum minime putrescit, caesumque maxime 
fruticat. Praeter haec, sunt caedua qii diximus, fraxi- 
nus , laurus, Persica , corylus , malus, sed tardius nas- 
cuntur : terramque defixa vix tolrant , non modo hu- 
morem. Sambucus contra firmissima ad palum taleis 
seritur, ut populus : nam de cupresso satis diximus. 



Vinearum ratio et arbustorum. 

XXXV. 21. Et praedictis velut armamentis vinearum, 
restt ipsarum natura , prcipua tradenda cura. 

Vitium surculis , et quarumdam arborum , quibus 
fungosior intus natura est , geniculati scaporum nodi 
intersepiunt medullam. Ferulae ipsse brves et ad summa 
breviores , articulis utique duobus internodia includunt. 
Medulla , sive illa vitalis anima est, ante se tendit lon- 
gitudinem impellens , quamdiu nodi pervia patet fis- 
tula. Quum vero concreti ademere transitum , repercussa 
erumpit, ab ima sui parte, juxta priorem nodum alter- 
nis laterum semper inguinibus, ut dictum est in arundine 
ac ferula : quorum dextrum ab imo intelligitur articulo, 
laevum in proximo, atque ita per vices. Hoc vocatur in 
vite gemma , quum ibi cespitem fecit. Ante vero quam 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVH. 5i 

neuf pouces , et des intervalles de deux pieds. Les 
chalas qu'il fournit sont presque incorruptibles. Plus on 
coupe l'arbre, et plus il produit. On a aussi des taillis 
de quelques arbres ci-dessus nomms, tels que frne, 
laurier, pcher, coudrier, pommier, mais ils sont moins 
prompts crotre. Leurs chalas rsistent peu dans la 
terre , et encore moins dans l'eau ; le sureau , au con- 
traire, en donne d'excellens. On plante cet arbre de 
bouture , comme le peuplier. Il a t parl assez au lojqg 
du cyprs. 

Culture de la vigne et des arbres qui servent la soutenir. . ' ; 

XXXV. 11. Nous avons trait de tout ce qui sert 
soutenir la vigne ; nous n'avons plus qu' nous occuper 
de son histoire , ce que nous Jfronovec un spin par- 
ticulier. , ^ . ,^ 

Les branches de la vigne , ainsi que celles de divers 
arbres spongieux l'intrieur, ont des nuds ou arti- 
culations qui , de distance en distance , interrompent et 
enferment la moelle : cette distance est courte dans, les 
rameaux, surtout la cime. La moelle, cette espce d'me 
ou de principe de vie, s'tend toujours en longueur, tant 
que le nud, ouvert dans son centre, lui laisse un pas- 
sage; mais si le nud, tout d'une pice, lui refuse ce pas- 
sage, elle se replie, s'chappe par en bas, et produit un 
bourgeon auprs du nud prcdent; ces bourgeons pous- 
sent toujours alternativement des deux cts , comme noi;s 
l'avons remarqu dans le roseau et dans la frule ; ainsi 
l'on verra un bourgeon droite au bas d'un des nuds 
de la branche, un botirgeon n ga-uche ati nud suivant, 

4. 



Si C PLI5TI mST. RAT. UB. XVIL 

&iat, in coocaYo octilus : et in cacumine ipso, gonsien. 
Sic palmites , nepotes , nvae ^ folia , pampini gignuntiir. 
Minunque , firmM^ esse in dextra parte genita. 



Hos ergo in sarculis nodos , quum senintur, medios 
secare oportet , ita ne profluat medulla. Et in fico qui- 
dem dodrantales paxiUi solo patefacto senintur , sic ut 
descoidant qnae proxima arbori fuernt , duo oculi extra 
tenram emineant. Oculi autem in arborum surculis pro- 
|M4e Tocantur, unde germinanL Hac de causa et in 
plantariis aliquando eodem anno ferunt , quos fu^e la- 
tnri fructns in arbore : quum tempestTe sati praegnan- 
tes , ncboatos conceptus aliubi pariunt. Ita satas ficos , 
tertio anno transferre icUe. Hoc pro senescendi cleri- 
tate adtributam huic arbori , ot citissime proviiat. 



Yitiiini namotisior satus est. Primum omniom nibil 
seritur ex bis, nisi inutile, et deputatum in sarmento. 
Oppatatur autem quidquid proximo tulit fimctum. So- 
lebat capitolatos utrimque e duro surculns seri : eoque 
argum^ito malleolus vocatur etiam nnnc Postea avelli 



HISTOIRE NATURELLE, HV. XVU. 53 

et ainsi de suite. Lorsque le bourgeon est grand au point 
de former de la verdure , on le nomme gemme ; avant ce 
temps il porte le nom d'oeilleton ; la cime du sarment 
on l'appelle germe. C'est de ces bourgeons que provien- 
nent les sarmens, les rejetons, les grappes, les feuilles 
et les tendrons. Il est remarquer que les produits du 
cot droit sont toujours plus forts. ** 

Si l'on veut planter de la vigne, on doit couper les 
marcottes entre deux nuds , pour empcher l'coule- 
ment de la moelle. Pour la plantation du figuier, on 
choisit des scions de neuf pouces de long, que l'on en- 
fonce en terre, dans un trou , par l'extrmit qui tait 
la plus voisine du tronc de l'arbre, et en laissant deux 
illetons sortir de terre : le mot illeton signifie pro- 
prement les boutons o commence la germination dans 
les rejetons des arbres. Par cette prcaution , il airive 
quelquefois que le scion porte dans l'anne mme les 
fruits qu'il aurait ports s'il ft rest sur l'arbro. On 
peut surtout l'esprer lorsque les bourgeons sont dj 
gros, et qu'ils sont plants en temps convenable : ainsi, 
le fruit conu dans un endroit se recueille dans un autre. 
Le figuier plant par cette mthode souffre la transplan- 
tation au bout de trois ans. Cette clrit de rapport 
compense la clrit avec laquelle cet arbre vieillit. 

La vigne donne quantit de plants, mais on ne plante 
que ce qui nuit au cep , et par consquent ce qu'il est 
ncessaire de retrancher : or ce que l'on retranche ainsi 
ne consiste qu'en parties puises par le fruit qu'elles 
viennent de porter. Jadis , en prenant la marcotte dans 
le bois dur, on lui donnait de chaque ct comme ime 



rv^ 



54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

cum sua calce cptus est , ut in fico : neque est aliud 
vivacius. Tertium genus adjectum etiamnum expeditius 
sine calce , propter quod sagittae vocantur, quum intorti 
panguntur : iidem quum recisi nec intorti, trigemmes. 
Plures autem ex eodem surcuio hoc modo fiunt. Serere 
e pampinariis strile est , nec nisi fecundo oportet. Quae 
raros habet nodos , infecunda judicatur, At densitas 
gemmarum, fertilitatis indicium est. Quidam seri vtant, 
nisi eos qui floruerint , surculos. Sagittas serere minus 
utile, quoniam in transferendo facile rumpitur quod in- 
tortum fuit. Seruntur pedali , non breviores , longitu- 
dine, quinque sexve nodorum. Pauciores tribus gemmis 
in hac mensura esse non poterunt. Inseri eodem die , 
quo deputentur, utilissimum. Si multo postea necesse 
sit serere custoditos uti praecepimus, caveri utique, ne 
extra terram positi sole iuarescant, ventove aut fi-igore 
hebetentur. Qui diutius in sicco fuerinl , prius quam se- 
rantur , in aqua pluribus diebus revirescant. 



Solum apricum et quam amplissimum in seminario, 
sive" in vinea , bidente pastinari dbet ternos pedes bi- 
palio alto : marra rejici quaternum pedum fermento , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIL 55 

petite tte ; de l le nom de mallole qu'on lui donne 
encore aujourd'hui. Plus tard il parut sufiisant de l'en- 
lever avec un talon, comme on le fait pour le figuier : en 
effet, c'est la marcotte la plus vivace. On en plante d'une 
troisime espce, plus simples encore et sans talon ; on 
les nomme flches si on les tord en les plantant, et mar- 
cottes trois bourgeons si on ne les tord pas. Un mme 
sarment peut donner plusieurs marcottes de cette espce. 
Un drageon tir du tronc ne rapporte point. Ce n'est 
que des branches fcondes qu'on doit tirer les marcottes. 
Celles qui ont les nuds loigns les uns des autres passent 
pour striles; au contraire, l'abondance de bourgeons 
est un signe de fertilit. Selon quelques-uns, il ne faut 
planter que les branches qui ont fleuri. Les flches 
russissent peu , parce qu'elles se rompent aisment 
en les plantant. On donne aux marcottes au moins 
un pied de long ; elles ont alors cinq ou six nuds. Si 
elles ont moins de trois bourgeons, elles ne peuvent ar- 
river la longueur d'un pied. 11 est bon de les planter 
le jour mme o on les a coupes ; dans le cas o l'on 
serait oblig d'attendre plus long-temps , il faudrait les 
garder avec les mmes prcautions que nous avons re- 
commandes ci -dessus, et les couvrir de terre, afin 
d'empcher, et le soleil de les desscher, et le vent ou 
le froid de les affaiblir. Celles qui seraient restes trop 
de temps au sec seront tenues dans l'eau plusieurs jours 
avant la plantation, jusqu' ce qu'elles y reverdissent. 

Il faut un terrain expos au soleil et trs-vaste, &oit 
pour une ppinire , soit pour un vignoble. Le sol 
doit tre bch avec la houe trois pieds de profon- 



56 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

ita ut pedes binos fossa procdt. Fossum purgari , et 
extendi , ne crudum relinquatur : verum et exigi men- 
sura. Mal pastinatum deprehenduut scamua inaequalia. 
Metienda est et ea pars, quae interjacet pulvini. Surculi 
seruntur et iii scrobe et in sulco longiore , super quos 
tenerrima ingeritur terra. Sed in gracili solo frustra, 
nisi substrato pinguiore. Nec minus quam duos integi 
oportet , et proximam attingi terram : eodem paxillo de- 
primi et spissari. Interesse in plantario sesquipedes inter 
bina semina in latitudinem , in longitudinem semisses. 
Ita satos malleolos quarto et vicesimo mense recidere ad 
imum articulum, nisi ipsi parcatur. Oculorum inde ma- 
teria emicat , cum qua sexto ac tricesimo mense viyira- 
dix transfertur. 



Est et luxuriosa ratio vites serendi, ut quatuor mal- 
leoli vehementi vinculo colligentur in parte luxuriosa : 
atque ita vel per ossa hubuli cruris , vel per colla ficti- 
lia trajecti , obruantur binis eminentibus gemmis. Hu- 
mescunt hoc modo, recisique palmitem emittunt. Postea 
fstula fracta radix libre capit vires , uvaque fert om- 
nium corporum suorum acinos. In alio gnre inventu 
novitio finditur malleolus, raedullaque erasa, in se colli- 
gantur ipsi caules, ita ut gemmis parcatur omni modo. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 5? 

deur. On y creusera des fosses de deux pieds , dont 
on rejettera la terre sur les bords, qui auront ainsi 
quatre pieds de hauteur. On nettoie ensuite la terre , on 
l'tend, on l'galise ; par l on ne laisse rien qui n'ait 
i remu : des barres ingales montrent que la terre 
n'a pas t bche exactement. On doit aussi mesurer 
avec soin l'intervalle qui spare les fosses. On plante 
indistinctement les marcottes dans des fosses ou dans de 
longues raies , l'essentiel est de les couvrir de la terre 
la plus menue. Si le sol est maigre, il est indispensable 
de former au dessous un lit de bonne terre. On plante 
toujours au moins deux marcottes ensemble , on les re- 
couvre de la terre la plus voisine, que l'on presse et que 
l'on enfonce avec la houe. L'espace laisser entre les 
marcottes est d'un pied et demi en longueur, et de six 
pouces en largeur. Deux ans aprs cette opration , on 
taille les marcottes et l'on coupe le nud le plus proche 
de terre, moins qu'on ne juge propos de l'pargner, 
car il en sort des illetons avec lesquels , au bout de 
trois ans, on transplante le plant vif. 

Indiquons une autre mthode de plantation qui tient 
du luxe : elle consiste lier troitement quatre marcottes 
dans l'endroit le plus vert et le mieux nourri , les passer 
dans un os de pied de buf ou dans un tuyau d'argile , 
puis les mettre sous terre en laissant paratre seulement 
deux bourgeons : les marcottes s'imprgnent ainsi d'hu- 
midit ; alors on les taille pour qu'elles jettent leur bois; 
plus tard on casse l'os ou le vaisseau , et la racine , libre , 
prend de l'extension et de la force. Les grappes que 
porte ce plant sont d'autant de sortes qu'il y avait d'es- 



58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVU. 

Tum malleolus in terra fmo mixta seritur , et quuni 
spargere cpit caules, deciditur, foditurque saepius. Talis 
uvae acinos nihil intus ligni habituros Columella pro- 
mittit , ([uum vivere seiniua ipsa perquam mirum sit, 
medulla adempta. Nasci surculos etiam quihus non sit 
articulatiu arboris, non omittendum videtur. Namque 
buxi tenuissimis quinis senisve colligatis depacti pro- 
veniunt. Quondam in observa tione erat, ut defringeren- 
tur ex imputata buxo, aliter vivere non credili : detraxere 
hoc exprimenta. 



Seminarii curam sequitur vinearum ratio. Quinque 
generum hae : sparsis per terram palinitibus, aut per se 
vite subrecta, vel cum adminicuio sine jugo, aut pedatae 
siraplici jugo, aut compluviatae quadruplici. Quae pedatae 
ratio erit, eadem intelligitur ejus quoque, in qua sine 
adminicuio vitis per se stabit. Id enini non fit , nisi pe- 
damenti inopia. Simplici jugo constat porrecto ordine 
quem canterium appellant. Melior ea vino , quando sibi 
ipsa non obumbrat, adsiduoque sole coquitur, et ad- 
flatura magis sentit , et celerius roreni dimittit : pampi- 
nationi quoque et occatiooi omniquc operi facilior. Super 



JISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 5g 

pces de marcottes. On a invent nouvellement une autre 
faon de planter la vigne ; on fend tout du long la mar- 
cotte , et , aprs avoir enlev la moelle , on rejoint les 
deux portions, et on les lie sans blesser aucunement les 
bourgeons ; la marcotte est ensuite plante dans une 
terre mle de fumier , et ds qu'elle jette du bois on 
la coupe , et on bche souvent la terre autour d'elle. 
Selon Columelle , les raisins que produit ce plant n'ont 
point de ppins. Il est trange cependant que, la moelle 
enleve, les marcottes ne meurent pas. Toutefois, n'ou- 
blions pas qu'on voit reprendre les scions de certains 
arbres qui n'ont pas de moelle ; par exemple , cinq six 
petits brins de buis, lis ensemble et mis en terre, re- 
prennent. On voulait jadis que les brins fussent enlevs 
d'un buis qui n'et jamais t taill : on croyait que sans 
cela ils ne pouvaient vivre ; l'exprience a prouv le 
contraire. 

La vigne plante, nous devons enseigner de quelle 
manire on la gouverne. Il y a cinq espces de vignes : la 
vigne courante, celle qui se soutient d'elle-mme , celle 
qui est chalasse sans tre en treille, celle qui est cha- 
lasse et simple treille, enfin la vigne en treille quatre 
pans. La culture est la mme pour la vigne chalasse 
et pour celle qui se soutient d'elle-mme; car si cette 
dernire n'a point d'chalas , ce n'est qu' cause du 
manque de bois. La vigne simple treille se dispose en 
rangs allongs , et dans l'ordre dit canterium ; c'est celle 
qui donne le meilleur vin, parce que, ne se faisant pas 
d'ombre elle-mme , elle est plus expose au soleil et 
au vent, qui, par consquent, en enlve plus prompte- 



6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

cetera deflorescit utilius. Jugum fit pertica, aut arun- 
dine, aut crine, funiculove, ut in Hispania, Brundisii- 
que. Compluviata copiosior vino est , dicta a cavis aedium 
compluviis. Dividitur in quaternas partes totidem jugis. 
Hujus serendi ratio dicetur , eadem valitura in omni 
gnre , in hoc vero numerosior tantum. 



22. His vero tribus seritur modis : optime in pasti- 
nato, proxime sulco , novissime in scrobe. De pastina- 
tione dictum est. Sulco latitudo palae satis est : scrobibus 
ternorum pedum in quamque partem. Altitude in quo- 
cumque gnre tripedalis , ideo nec vitis minor trans- 
ferri dbet, exstatura etiamnum duabus gemmis. Emol- 
liri terram minutisin scrobe imo sulcis, fimoquemisceri, 
necessarium. Clivosa altiores poscunt scrobes, praeterea 
pulvinatis a devexitate labris. Qui ex his longiores fient, 
ut vites binas accipiant e diverse , alvei vocabuntur. 
sse vitis radicem in medio scrobe oportet : sed ipsam 
iunixam solido in orientem quinoctialem spectare: ad- 
minicula prima e calamo accipere. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 6i 

ment la rose. D'ailleurs, on l'effeuille, on la bche , on la 
soigne de toute manire avec bien moins de peine. Elle 
coule moins eu dfleurissant. On forme les treilles de 
perches , de roseaux , et mme de cordes de crins ou de 
chanvre , comme en Espagne et Brindes. La vigne 
treille quatre pans, d'o son nom de compluviata^ par 
allusion aux compluvia ou gouttires des maisons, est 
celle qui donne le vin en plus grande abondance; elle 
est treille de quatre cts dififrens. Ce que nous allons 
dire sur la manire de la planter peut s'appliquer tout 
autre espce de vigne ; ici seulement l'opration est plus 
complique. 

11. Il y a trois manires de planter les vignes ; la 
meilleure consiste les mettre en terre bche ; le mieux 
ensuite est d'en garnir des raies ; enfin on les place aussi 
dans des fosses. Nous avons indiqu ci-dessus comment 
on doit bcher. Les raies doivent avoir la largeur de la 
bche ; les fosses , trois pieds en tout sens ; la profon- 
deur sera toujours de trois pieds , quelle que soit l'espce 
de vigne : on voit par l qu'il ne faut pas transplanter 
des ceps trop courts , puisque d'ailleurs on doit laisser 
hors de terre deux bourgeons. Il est ncessaire d'ameu- 
blir la terre au fond de la fosse , en y traant de lgers 
sillons et y mlant du fumier. Sur les coteaux, il faut des 
fosses plus profondes , et rehausses de terre par le bord 
infrieur. Une fosse assez longue pour contenir deux ceps 
spars se nomme lit {aheus). Gnralement la racine du 
cep doit tre au milieu de la fosse, le cep mme doit tre 
soutenu solidement ; il faut qu'il regarde le levant qui- 
noxial , et que ses premiers chalas soient de roseaux. 



6a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

Vineas limitari decumano xviii pedum latitudinis ad 
contrarios vehiculorum transitas, aliisque transversis 
limitibus denum pedum distingui per mdia jugera. Aut 
si major modus sit , totidem pedum cardine , quot de- 
cumano, limitari. Semper vero quintanis semitari, hoc 
est, ut quinto quoque palo singulae jugo pagine inclu- 
dantur. 

SqIo spisso , non nisi repastinato , nec nisi viviradi- 
cem seri : tenero et soluto , vel malleolum , sulco , vel 
scrobe. In colles sulcos agere transversos , melius quam 
pastinare, ut defluvia palis eorum contineantur. Aquoso 
caelo , vel sicco solo malleolos serere autumno , nisi si 
tractus ratio mutavit. Siccus enim et calidus autumno 
poscit seri , humidus frigidusque etiam veris exitu. In 
arido solo viviradix quoque frustra seritur. Maie et in 
siccis malleolus , nisi post imbrem. At in riguis , vel 
frondens vitis, et usque ad solstitium recte , ut in His- 
pania. Quiescere ventos sationis die utilissimum. Pleri- 
que auslros optant, Cato abdicat. 



#.. ^.: 



. Interesse , medio temperamento , inter binas vitcs 

-ri 

oportet pedes quinos : minimum autem laeto solo pedes 



HISTOIRE NATURELLE, LlV. XVII. 63 

Tout vignoble doit tre born par un chemin de dix- 
huit pieds de large, afin que deux chariots qui se ren- 
contrent y passent aisment. Tout demi-arpent doit tre 
spar du demi-arpent voisin par un chemin de dix pieds 
de large. Si le clos est considrable, il faut donner aux 
chemins de croisire la mme tendue qu' la voie prin- 
cipale ; de plus , les ceps de vigne treille doivent tre 
plants de cinq en cinq, c'est--dire de manire ce que 
chaque perche contienne cinq chalas. 

Une terre forte et bien laboure ne doit recevoir que 
du plant vif; une terre lgre et meuble admet des 
marcottes en raies ou en fosses; mieux vaut , si le ter- 
rain est en coteau , y tracer des sillons latralement que 
de le bcher : par l les chalas retiennent mieux la terre, 
que la chute des eaux pourrait entraner. Il faut planter 
les marcottes par un temps pluvieux , ou bien en au- 
tomne , quand la terre est sche , sauf le cas o la na- 
ture des terroirs s'y opposerait. On plante en automne ' 
si le pays est chaud et sec , la fin du printemps s'il est 
froid et humide. Un plant vif ne peut russir dans une 
terre sche; il en est de mme des marcottes, moins 
qu'elles ne soient plantes aprs la pluie. Un sol bien 
arros admet trs-bien la vigne , mme lorsqu'elle a des 
feuilles , et cela jusqu'au solstice d't : c'est ce que l'on 
voit en Espagne. On fait bren de choisir un temps calme 
pour la plantation de la vigne. La plupart des cultiva- 
teurs regardent le vent du midi comme favorable : Caton 
n'est pas de cet avis. 

Lorsque le terrain est mdiocre, on laisse entre deux 
ceps cinq pieds d'intervalle: quatre pieds, au moins, suf- 



64 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

quaternos : tenui, plurimurn octonos. Umbri et Marsi 
ad vicenos intermittunt arationis gratia in his, quae vo- 
cant porculeta. Pluvio et caliginoso tractu rariores poni, 
sicco densiores congruit. Subtilitas parcimoni compen- 
dia invenit , quum vinea in pastinato seritur, obiter se- 
niinarium faciendi , ut et viviradix loco suo, et malleo- 
lus, qui transferatur, inter vites et ordines seratur. Quae 
ratio in jugero circiter sedecim millia viviradicum donat. 
Interest autem biennium fructus , quo tardius in sato 
provenit, quam in translate. Viviradix posita in vinea 
post annum resecatur usque ad terram, ut unus tantum 
emineat oculus , adminiculo juxta adfixo , et fimo ad- 
dito. Simili modo et secundo anno reciditur , viresque 
concipit , et intra se pascit sufFecturas oneri : alias festi- 
natione pariendi gracilis atque ejuncida , ni cohibeatur 
castigatione tali , in fetum exeat tota. Nihil avidius nas- 
citur : ac nisi ad pariendum vires serventur , tota fit 
ftus. 



Pedamenta optima , qu diximus : aut ridicae e ro- 
bore , oleaque : aut si non sint , pli e junipero , cu- 
presso , laburno , sambuco. Reliquorum generum sudes 
omnibus annis reciduntur. Saluberrima in jugo arundo 
connexa fasciculis, durt quinis annis. Quum breviores 



/ 



HISTOIRE NATURFXLE, LIV. XVII. 65 

fisent dans une bonne terre; dans une mauvaise, on en 
laisse jusqu' huit. En Ombrie et chez les Marses, il est 
telle espce de vigne dont les ceps ont jusqu' vingt pieds 
d'intervalle : le but des vignerons est de pouvoir culti- 
ver cet intervalle , qu'ils appellent porculetum. On plante 
moins dru dans les lieux sujets la pluie et au brouil- 
lard ; le contraire a lieu dans les lieux secs. L'industrie 
a trouv moyen d'conomiser sur les dpenses qu'exige 
la plantation de la vigne en terre bche. On se borne 
mettre entre deux rangs de plant vif un rang de 
marcottes destines tre un jour transplantes par 
cette mthode. On peut mettre dans un arpent environ 
seize mille plants vifs , qui rapporteront deux ans avant 
les marcottes. Le plant vif doit tre , un an aprs la 
plantation , coup prs de terre et ne conserver qu'un 
illeton , aprs quoi on l'chalasse et on le fume. On 
le coupe de mme la seconde anne ; par l il prend des 
forces et devient capable de soutenir le poids des sar- 
mens et du fruit ; au contraire, s'il pousse trop vite et 
sans tre rprim de la sorte , il reste menu, grle comme 
le jonc, et se jette tout en bois. Nulle plante ne se dve- 
loppe plus volontiers que la vigne ; et si on ne. lui con- 
servait ses forces pour porter du fruit , elle ne se char- 
gerait que de bois. 

Les meilleurs chalas se font des bois dont nous avons 
parl plus haut , ou bien de rouvre , d'olivier , et , 
dfaut de ceux-ci , de genvrier, de cyprs , d'aubour et 
de sureau. Les chalas tirs d'un autre bois doivent tre 
aiguiss de nouveau tous les ans. Les roseaux en four- 
nissent d'exc/ellen.s pour les vignes en treille , pourvu 
XI. 5 



66 C. PLTNII HIST. NAT. LIB. XVII. 

palmites sarmento junguntiir inter se funiiim modo, ex 

hoc arcus funeta dicuntur. 

Tertius vineae annus palmitem velocem robustuinque 
emittit , et quem facit tas vitem. Hic in jugum insilit. 
Quidam tune excaecant eum , supina falce auferendo 
oculos, ut longius evocent, noxia injuria. Utilior enim 
consuetudo pariendi , satiusque pampinos adjugatac de- 
tergere , usque que placeat roborari eam. Sunt qui v- 
tant tangiproximo anno quam translata sit: neque an te 
Lx menseni falce curari : tune autem ad trs gemmas 
recidi. Alii et proximo quidem anno recidunt , sed ut 
ternos quaternosve singulis annis adjiciant articules , 
quarto demum perducant ad jugum. Id utrumque fruc- 
tum tardum , praeterea retorridum et nodosum reddit, 
pumilionum increraento. Optimum autem, matrem esse 
firmam, postea fetum audacem. Nec tutum est quod 
cicatricosum,magno imperltiae errore. Quidquid est taie, 
plagis nascitur, non e matre. Totas enim habet illa vires 
dum roboratur : et annuos accipit tota ftus , quum 
permissum fuerit nasci. Nil natura portionibus parit. 
Quae quum excreverit , satis firma protinus in jugo col- 
locari debebit : sin etiamnum infirmior erit, sub ipso 
jugo hospitari recisa. Viribus , non aetate decernitur. 
Temerarium est, ante crassitudinem pollicarem viti mi- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 67 

qu'on en lie plusieurs ensemble. Ils durent cinq ans. 
Quelquefois on runit des ceps de petite taille en tor- 
tillant leurs branches ' la manire des cordes , ce qui 
forme des arcades dVes funeta. 

La vigne , trois ans , jette rapidement un bois fort 
et solide , qui finit , avec le temps , par devenir une 
vigne, et qui se rpand sur les treilles. Quelques cul- 
tivateurs retranchent alors les illetons avec la serpe 
renverse, afin de la faire crotre en longueur; ce pro- 
cd est nuisible : mieux vaut , et c'est l'usage , la laisser 
produire ses bourgeons , et ne la tailler que lorsqu'elle 
est attache la treille, et qu'elle a eu le temps de 
prendre de la force ; d'autres veulent qu'on laisse la 
vigne intacte l'anne de la transplantation , et que mme 
on n'y porte la serpe qu'au bout de cinq ans ; alors on 
retranche le bois , en laissant seulement trois bourgeons. 
D'autres taillent ds la premire anne, mais en ayant 
soin chaque anne de laisser la tige s'accrotre de trois 
quatre nuds. Au bout de quatre ans ils disposent en 
treille. Ces deux mthodes rendent le bois noueux et 
raboteux comme celui des arbres nains , et le fruit est 
plus lent paratre. L'essentiel est d'avoir des ceps bien 
nourris et des rejetons qui croissent rapidement. Il ne 
faut pas compter sur le sarment qui provient des cica- 
trices ; il y aurait ignorance et erreur grave : tout bois 
de ce genre est le produit d'une plaie , et non celui de 
l'arbre-mre. Le cep emploie sa sve tout entire tant 
qu'il lui reste prendre de la force ; mais ds qu'on l'in- 
vite pousser au dehors , il y porte toute sa vigueur. 
La nature tend produire sans interruption; en cons- 

5. 



6S C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

pcrare. Sequenti anno palmites serventur pro viribus 
matris singuli aiit gemini. lidem et secuto, si coget in- 
firtnitas , nutriantur : terlioque demum duo adjiciantur. 
Nec sunt plures quaternis umquara pennittendi. Bre- 
viteixjue , non indulgendum est , et semper inhibenda 
fecunditas. Ea est enim natura , ut parre malit , quam 
vivere. Quidquid materiae adimitur, fructui accedit. Ula 
semina mavult , quam fructum gigni , quoniam fructus 
caduca res est. Sic perniciose luxuriat : nec ampliat se, 
sed cgerit. 



Dabit consilium et soli natura. In macro , etiamsi 
vires habebit , recisa intra jugum moretur , ut omnis 
fetura sub eo exeat. Minimum id esse debebit interval- 
lum ut attingat jugum, speretque, non teneat : adeo non 
recumbat in eo, nec dlicate se spargat. Ita temperetur 
hic modus , ut crescere etiamnum malit, quam parre. 

Palmes duas tresve gemmas sub jugo habere dbet , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 9q 

quence ou doit attendre que la vigne soit devenue assez 
forte et assez grande , et la mettre aussitt en treille. 
Tant qu'elle est faible, elle doit tre dbarrasse de son 
bois inutile , et maintenue au bas de la treille. C'est la 
force relle , et non l'ge , qui dcide de tout. 11 y a 
folie exiger des produits de la vigne avant qu'elle ait 
atteint un pouce d'paisseur. La premire anne on 
laisse crotre une ou deux branches , selon la force du 
cep ; la seconde on les nourrit seules , si la faiblesse du 
cep l'exige; la troisime on admet deux branches de sur- 
crot , mais sans jamais dpasser le nombre de quatre ; 
en un mot , il ne faut jamais seconder, mais arrter au 
contraire la fcondit de la vigne, fcondit telle, que 
l'arbre prfre le plaisir de produire la vie. Tout ce 
que l'on retranche au bois tourne l'avantage du fruit : 
cependant la production favorite de la vigne consiste en 
marcottes plus qu'eu fruits , car le fruit ne doit pas lui 
rester ; abondance destructive pour l'arbre , qui s'puise 
plus qu'il ne s'agrandit. 

La nature du terroir indique aussi les mthodes 
suivre. Dans une terre maigre , quelle que soit la force 
de la vigne , il faut la couper plus bas que la treille , de 
manire mme ce que les rejetons se dveloppent au 
dessous de celle-ci : cependant que la plante en soit 
trs-peu de distance, qu'elle y touche presque , ou plutt 
qu'elle l'espre sans l'atteindre, surtout sans s'y reposer 
et s*y tendre son aise; en un mot, gouvernez vos ceps 
de manire ce qu'ils aiment mieux crotre que pro- 
duire. 
. On doit laisser aux ceps , au dessous de la treille , 



^o C. PLINU HIST. NAT. LIB. XVII. 

ex quibus materia nascatur ; tune par jugum mergi , al- 
ligarique, ut sustineatur jugo, non pendeat. Vineulo 
mox adstrietus a tertia gemma alligari ; quoniam et sic 
coercetur impetus materise, densioresque citra pampini 
exsultant : cacumen religari vtant. Natura hc est : de- 
jecta pars , aut prligata , fructum dat , plurimumque 
ipsa Gurvatura. Quod citra est, materiem mittit, offen- 
sante , credo, spiritu , et illa, quam diximus, medulla. 
Quae ita emicuerit materia , fructum dabit anno se- 
quente. 



Sic duo gnera palmitum : quod e duro exit , mate- 
riamque in proximum annum promittit, pampinarium 
vocatur : at ubi supra cicatricem est , fructuarium. 
Alterum ex anniculo palmite , semperque fructuarium. 
Relinquitur sub jugo et qui vocatur custos. Hic est no- 
vellus palmes , non longior tribus gemmis , proximo 
anno materiam daturus, si vitis luxuria se consumpse- 
rit. Et alius juxta eum, verruc magnitudine, qui fu- 
runculus appellatur , si forte custos fallat. 

Vitis antequam septimum annum a surculo compleat,^ 
evocata ad fructum ejuncescit, ac moritur. Nec vete- 
rem placet palmitem in longum , et ad quartum usque 
pedamentum emitti, quod alii dracones, alii juniculos 
vocaut, ut faciant qu masculeta appellant. Quum in- 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVII. 71 

deux ou trois bourgeons qui jettent un jour du bois ; 
alors on le dirigera dans la treille , et on l'y attachera 
de manire ce qu'il trouve un point d'appui et soit 
fix invariablement. On lie le sarment un peu au dessus 
du troisime bourgeon : par l on rprime la tendance 
du bois se porter au dehors , et l'on a des pousses plus 
belles , plus touffues sous la ligature. Il ne faut jamais 
lier la cime. Naturellement la vigne porte du fruit dans 
les parties qui retombent et dans celles qui touchent 
la ligature, surtout l'endroit de la courbure; au des- 
sous on ne trouve gure que du bois , peut-tre parce 
que l'humeur vitale et la moelle dont il a t parl, op- 
posent une barrire aux sucs nourriciers ; mais le bois 
ainsi produit rapporte l'anne d'aprs. 

De l deux sortes de sarmens. L'un vient du bois dur, 
et doit lui-mme donner du bois l'anne suivante : on 
le nomme sarment feuilles, et, lorsqu'il se trouve au 
dessus de la plaie, sarment fruit ; l'autre provient du 
bois d'une anne, et donne toujours du fruit. On tient 
plus bas que la treille un jeune sarment appel tuteur , 
et on ne lui laisse que trois bourgeons : il ne donne de 
bois que l'anne d'aprs, si le cep s'est puis. Prs de 
lui on laisse encore un autre sarment fort petit , dit fu- 
roncle , et destin le suppler s'il vient manquer. 

Une vigne qu'on laisse porter du fruit avant la sep- 
time anne, dater du temps o elle a t plante en 
marcottes , s'puise et meurt. On dfend de laisser les 
vieux sarmens crotre en longueur, et s'tendre jusqu'au 
quatrime chalas. On les nomme dragons ou junicules. 



7 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVU. 

duruit vitis , pessimum in vinea traducere. Quinto anno 
et ipsi| palmiles intorquentur , singulaeque e singulis 
materia emittuntur , ac deinde e proximis , prioresque 
amputantur. Semper cuslodem relinqui melius : sed is 
proximus viti esse dbet , nec lougior quam dictum est: 
et , si luxuriaverint palmites , intorqueri : ut quatuor 
materias , vel duas , si unijuga erit vinea , emittat. 



Si per se vitis ordinabitur sine pedamento , quale- 
cumque initio adminiculum desiderabit, dum stare con- 
discat et recta surgere. Cetera a primordio eadem. Di- 
vidi autem putatione pollices tequali examine undique , 
ne praegravet fructus parte aliqua , obiter idem depri- 
raens prohibebit in excelsum emicare. Huic vineae trium 
pedum altitudo excelsior nutat : ceteris a quinto, dum 
ne excdt hominis longitudinem justam. lis quoque 
quae sparguntur in terra, brves ad innitendum cannas 
circumdant, scrobibus per ambitum factis, ne vagi pal- 
mites inter se pugnent occursanles : majorque pars ter- 
rarum ita supinam in tellure vindemiain metil. Siqui- 
dem et in Africa, et in ^gypto. Syriaque, ac tota Asia, 
et multis locis Europ hic mos praevalet. Ibi ergo juxta 
terram comprinii dbet vitis, eodem modo et tempore 
nutrita radice, quo in jugata vinea : ut semper pollices 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIL t3 

et ils forment ce qu'on appelle vignes mles. Un cep 
vieux n'est plus bon pour provin. Quand la vigne a 
cinq ans, on tord les sarmens et on leur permet de pro- 
duire du bois nouveau; mesure qu'il parat, on re- 
tranche le prcdent. 11 est bon de laisser une branche de 
supplment, mais cette branche doit tre voisine de la 
tige principale , et ne pas avoir plus de longueur que 
nous ne l'avons dit plus haut. Toute branche qui pousse 
trop abondamment doit tre tordue, pour qu'elle ne pro- 
duise que quatre branches secondaires , ou deux seule- 
ment si la vigne est simple treille. 

Si l'on veut des vignes qui se soutiennent sans cha- 
las, il faut, dans les commencemens , leur donner un 
appui quelconque , jusqu' ce qu'elles soient assez fortes 
pour se soutenir et rester debout; du reste, leur culture 
est la mme que celle des autres vignes. Dans la taille , 
on laisse de chaque ct des ceps une gale quantit de 
branches , afin que les fruits ne psent pas plus d'un ct 
que de l'autre. Ces mmes fruits, en faisant plier lgre- 
ment les branches , les empchent de trop pousser en 
haut. La vigne sans chalas penche ds qu'elle est arri- 
ve trois pieds ; les autres peuvent aller cinq et au 
del, sans toutefois excder la hauteur ordinaire d'un 
homme. Quant aux vignes rampantes , on les environne 
de petits roseaux qui leur servent d'appui, et l'on creuse 
des fosses l'entour , de peur que les branches vaga- 
bondes ne se rencontrent et ne se disputent le passage. 
Le monde presque entier ne vendange que des grappes 
ainsi couches terre; du moins, tel est l'usage dans 
l'Egypte, l'Afrique, la Syrie , l'Asie entire, et nombre 



74 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

tantum relinquantur : fertili solo , cum tribus gemmis ; 
graciliore , quinis : praestatque multos esse , quam lon- 
gos. Quae de natura soli diximus , tanto potentiora sen- 
tientur, quanto propior fuerit uva terr. 



^<i-^ 



Gnera separari, ac singulis conseri tractibus utilis- 
simum. Mixtura enim generum etiam iu vino, non modo 
in musto discors: aut si misceantur, non alia, quam 
pariter maturescentia , jungi necessarium. Juga altiora, 
quo ltior ager , et quo planior : item roscido , nebu- 
loso, minusque ventoso conveniunt. Contra, humiliora 
gracili et arido , aestuoso , ventisque exposito. Juga ad 
pedamentum quam arctissimo nodo vinciri oportet , vi- 
tem levi contineri. Quae gnera vitium , et in quali solo 
cloque essent conserenda, quum enumeraremus naturas 
earum et vinorum, notavimus. 



De reliquo cultu vehenienter ambigitur. Plerique s- 
tate tota post singulos rores confodi jubent vineam. Alii 
vtant gemmantem : decuti enim oculos , tractuque in- 
trantium deteri : et ob id arcendum procul omne quidera 
pecus, sed maxime lanatum, quoniam facillime auferat 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIJ. 7 5 

de lieux en Europe. Cette espce de vigne doit tre 
maintenue prs de terre, pour se fortifier sur sa racine, 
aussi long-temps et de mme que la vigne treille; mais 
il faut toujours y laisser les jeunes branches , avec trois 
bourgeons si la terre est fertile, et cinq si elle est maigre; 
du reste , mieux vaut , dans ses branches , le nombre 
que la longueur. Les qualits du terrain , dont nous 
avons parl , se feront d'autant mieux sentir , que les 
grappes se trouveront plus prs de terre. 

Il est bon que les espces diverses soient spares , et 
que chacune d'elles occupe son canton, car le mlange 
de raisins diffrens n'est pas meilleur que celui des vins 
de diffrentes espces : du moins faut-il , si l'on mle 
des grappes tires de plants divers, les prendre dans 
ceux qui mrissent en mme temps. Les treilles doivent 
tre d'autant plus hautes , que les terres sont plus fer- 
tiles, unies, sujettes aux roses, aux brouillards, et peu 
exposes au vent; elles seront basses sur un terrain aride, 
maigre , chaud , et o le vent agit avec force. Toutes 
doivent tre lies fortement aux supports , mais la vigne 
n'y doit tre attache que par une faible ligature. Ea 
traitant des vins et des diverses espces de vignes, nous 
avons indiqu celles qu'il fallait planter, ainsi que le 
terrain et le ciel qui leur conviennent. 

Les autres dtails de cette culture sont sujets con- 
testation. Presque tous les agriculteurs bchent la vigne 
tout l't aprs chaque rose; d'autres dfendent de b- 
cher lorsqu'elle bourgeonne, parce qu'en allant et venant 
on fait tomber, ou du moins on froisse les bourgeons ; 
c'est pour cette raison qu'on carte des vignes tous les 



76 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

gemmas. luimicos et pubesceiite uva rastros : satisque 

esse vineam ter anno confodi, ab aequinoctio verno : ad 

Vergiliarum exortum , et Canis ortum , et nigrescente 

acino. Quidam ita dterminant : veterem semel a vin- 

demia anle brumam, quum alii ablaqueare et stercorare 

satis putent. Iterum ab idibus aprilis , antequam conci- 

pit, hoc est, in vi idus maias. Deinde prius quam flo- 

rere incipiat , et quum defloruerit , et variante se uva. 

Peritiores adfirmant , si justo saepius fodiatur, in tantum 

tenerescere acinos , ut rumpantur. Quae fodiantur , ante 

ferventes horas diei fodiendas convenit : sicuti lutum 

ueque arare, neque fodre. Fossione pulverem excitatum 

contra soles nebulasque prodesse. 



Pampinatio verna in confesso est, ab idibus maiis 
intra dies x utique antequam florere incipiat : et eam 
infra jugum debere fieri. De sequente variant sententiae. 
Quum defloruerit, aliqui pampinandum putant : alii sub 
ipsa maturitate. Sed de bis Gatonis praecepta dcernent. 
Namque et putationum tradenda ratio est. 

Protinus banc a vindemia , ubi caeli tepor indulget , 
adoriuntur. Scd hoc fieri numquam dbet ratione ua- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 77 

bestiaux, et surtout les btes laine, qui arrachent les 
bourgeons trs - facilement. Il ne faut pas non plus, 
ajoutent-ils, bcher la vigne lorsque le raisin commence 
paratre. Il suffit de la bcher trois fois par an, aprs 
l'quinoxe du printemps , savoir : au lever des Pliades , 
celui de la Canicule, et lorsque le raisin noircit. Quel- 
ques-uns veulent qu'une vigne vieille soit bche une 
fois entre les vendanges et le solstice d'hiver ; d'autres se 
contentent de la dchausser et de la fumer. Ils la bchent 
ensuite aprs les ides d'avril et avant la germination , 
qui arrive vers le 6 des ides de mal ; la mme opration 
a lieu un peu avant la floraison , puis aprs la chute des 
fleurs , puis lorsque la grappe se colore. Selon d'habiles 
cultivateurs, la vigne trop bche produit des grains 
tendres , au point de crever ; l'instant le plus favorable 
pour bcher est celui qui prcde la grande chaleur du 
jour. Un terrain bourbeux ne doit tre ni bch ni la- 
bour. On prtend que la poussire qu'excite la bche 
dfend le raisin du soleil et des brouillards. 

On convient que l'pamprement du printemps doit 
se faire des ides de mai au 7 des kalendes suivantes, et 
avant la floraison. On le pratique au dessous de la treille. 
Les opinions varient sur le second pamprement , qui 
doit se faire immdiatement aprs la chute des fleurs , 
selon les uns , et , suivant les autres , lorsque le raisin 
est prs de mrir ; mais ici nous nous rglerons sur les 
prceptes de Caton , et nous passerons la manire de 
tailler la vigne. 

Les uns commencent cette opration ds que les ven- 
danges sont flnies, si le temps est doux; cependant des 



78 C. PLINII HTST. NAT. LIB. XVII. 

turae an le Aquilae exortum , ut in sideruin causis doce- 
bimus proximo volumine. Immo vero Favonio, quoniam 
anceps culpa sit praeproperae festinationis. Si saucias re- 
centi medicina mordeat qiiaedam hiemis ruminatio : cer- 
tum est gemmas earum frigore hebelari, plagasque findi, 
et caeli vitio exuri oculos lacryma distillante. Nam gelu 
fragiles fieri quis nesciat? Operarum ista computatio 
est in latifiindiis , non lgitima naturae festinatio. Quo 
maturius putantur aptis diebus, eo plus materiae fun- 
dunt : quo serius, eo fructum uberiorem. Quare macras 
prius conveniat putare , validas novissime. Plagam om- 
nem obliquam fieri, ut facile dcidant imbres : et ad 
terram verli quam levissima cicatrice acie falcis exacta, 
plagaque conlaevata. 



Recidi autem semper inter duas gemmas , ne sit 
vulnus oculis in recisa parte. Nigram esse eam existi- 
mant, et donec ad sincera veniatur, recidendam : quo- 
niam e vitioso materia utilis non exeat. Si macra vitis 
idoneos palmites non habeat , ad terram recidi eam , 
novosque elici utilissimum. In pampinatione non hos 
detrahere pampinos, qui cum uva sint : id etenim 
uvas supplantt , praeterquam in novella vinea. Inu- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 79 

raisons physiques prouvent que l'on doit toujours at- 
tendre au lever de l'Aigle , comme nous le dirons dans 
le livre suivant, en traitant de l'influence des astres. On 
devrait attendre mme jusqu'au retour du vent d'ouest, 
car il y a toujours tmrit se hter avant le temps. Ne 
peut -il pas arriver que l'hiver recommence et attaque 
les branches, encore affaiblies par de rcentes blessures? 
Alors le froid dbilite les bourgeons , fend la plaie , gle 
les illetons naissans et fait couler la sve. On sait 
aussi que la vigne se casse par la gele. Accusez ici l'ac- 
tivit prmature des cultivateurs de grands vignobles , 
et non l'activit lgitime de la nature. Au reste , plus 
la vigne, pourvu que ce soit en temps convenable, est 
taille de bonne heure , plus elle jette de bois ; plus 
elle est taille tard , plus elle porte de fruits. La taille 
doit donc tre plus htive dans une terre maigre , plus 
tardive dans un sol riche. Les incisions doivent tre 
obliques, pour faciliter l'coulement de la pluie; il faut, 
de plus , qu'on les dirige vers la terre , que la cicatrice 
soit faite aussi lgrement que possible , et qu'elle soit 
lisse. 

Il faut toujours couper entre deux bourgeons , de ma- 
nire ne jamais blesser d'illetons. On devra enlever 
tout ce qu'on nomme bois noir, jusqu' ce que l'on ar- 
rive au vif, car jamais bois gt ne produit rien de bon. 
Si la vigne est maigre et que le bois ne soit pas dans 
l'tat dsirable , il est bon del couper rase terre , 
pour en obtenir de nouveau. Lors de l'pamprement , il 
faut respecter les branches qui ont du raisin , car vous 
le feriez couler , moins que la vigne ne ft nouvelle- 



8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

tiles judicantur in latere nati , non ab oculo : quippe 
etiam uva , quae nascatur e duro rigescente , ut nisi 
ferro detrahi non possit. 

Pedamentum quidam inter duas vites utilius putant 
statui : et facilius ablaqueantur ita : raeliusque est uni- 
jug vine, si tamen et ipsi jugo sint vires, nec flatu 
infesta regio. In quadripartita quam proximum oneri 
adminiculum esse dbet : ne tamen impedimentum sen- 
tiat ablaqueatio, cubito abesse non amplius : ablaqueari 
autem prius, quam putari , jubent. 

Cato de omni cultura vitium ita praecipit. Quam 
altissimam vineam facito, alligatoque recte, dum ne 
nimium constringas, hoc modo eam curato. Capila vi- 
tium putata circumfodilo , arare incipito. Ultro citroque 
sulcos perpetuos ducito. Vites teneras quam primum 
propagato , veteres quam minimum castrato. Potius , si 
opus erit, dejicito, biennioque post prcidito. Vitem 
novellam resecari tum erit tempus, ubi valebit. Si vinea 
ab vite calvata erit, sulcos interponito, ibique viviradi- 
cem serito. Umbram a sulcis removeto ; crebroque fo- 
dito. In vinea vetere serito ocinum. Si macra erit, quod 
granum capit ne serito : et circum capita addito stercus, 
paleas , vinaceas , aut aliquid horumce. Ubi vinea fron- 
dere cperit , pampinato. Vineas novellas alHgato cre-* 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 8i 

ment plante. On regarde comme inutiles les branches 
et les grappes qui naissent sur un cep dur et raide, et 
que l'on ne peut en dtacher qu' l'aide de la serpe. ^ 

Quelques-uns sont d'avis de placer un chalas entre 
deux ceps ; par l, en effet, le dchaussement est plus fa- 
cile , et la mthode est excellente pour la vigne simple 
treille , si toutefois la treille est forte et que le vignoble 
ne soit pas trop expos aux vents. Pour la vigne quatre 
pans, l'chalas doit tre prs des ceps, sans nuire pour- 
tant la facilit du dchaussement. La distance ne doit 
pas passer une coude; au reste, on recommande de d- 
chausser cette vigne avant de la tailler. 

Voici les prceptes gnraux de Caton sur la culture 
de la vigne. Que la vigne, dit-il , soit aussi haute que 
possible; liez-la bien sans trop la serrer; ne vous cartez 
pas de cette pratique. Aprs la taille , bchez et com- 
mencez labourer ; faites de ct et d'autre de longues 
raies que rien n'interrompe. Si les ceps sont jeunes, htez- 
vous de provigner ; s'ils sont vieux , laguez le moins 
possible; couchez-les plutt s'il en est besoin, et, au 
bout de deux ans , coupez fleur de terre ; ne taillez 
le cep nouvellement plant que quand il a acquis sa 
force. Si la vigne est claire, tracez des raies interm- 
diaires que vous garnirez de plants vifs; que ces raies 
n'aient point d'ombre. Bchez souvent autour d'elles. 
Semez de Vocinum si la vigne est vieille ; si elle est 
maigre, n'y plantez rien qui porte grain. Mettez au pied 
des ceps du fumier, de la paille , du marc de raisin, ou 
tout autre engrais. Epamprez ds que la vigne se couvre 
XI. 6 



8a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

bro , ne caulis pracfringatur. Et quae jam in perticam 
ibit , ejus pampinos teneros alligato leviter, porrigito- 
que. Ubi recte steterint , ubi uva varia fieri cperit , 
vites subligato. 

Vitis insitio una est per ver, altra quum uva flo- 
ret : ea optima est. Vineam veterem si in alium locum 
trausferre voles , dumtaxat brachium crassum licebit. 
Primum deputato. . Binas gemmas nec amplius relin^ 
quito. Ex radicibus bene effodito. Et cave radies ne 
saucies. Ita uti fuerit , ponito in scrobe aut in sulco, 
operitoque, et bene occulcato. Eodemque modo vineam 
statuilo , alligato, flexatoque uti fuerat , crebroque fo- 
dito. Ocinum , quod in vinea seri jubet , antiqui ap- 
pellabant pabulum , umbr patiens , quod celerrime 
proveniat. 

a.'5. Sequitur arbusti ratio , rairum in modum dam- 
nata a Saserna ptre filioque , celebrata Scrofae , ve- 
tustis'simis post Catonem , peritissimisque : ac ne a 
Scrofa quidem , nisi Italiae , concessa : quum tam longo 
judicetur aevo, nobilia vina non nisi in arbustis gigni, 
et in his quoque laudatiora summis, sicut uberiora irais : 
/ideo excelsitate prpfioitur. Hac ratione et arbores reli- 
gantur. Prima omnium ulmus, excepta prppter nimiam 
frondem atinia. Deinde populus nigra eadem de causa, 
minus densa folio. Non spernunt plerique et fraxinum, 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 83 

de feuilles: est-elle jeune, liez en plusieurs endroits, de 
peur que la tige ne se rompe. Quand elle monte sur la 
perche , attachez lgrement les branches les plus ten- 
dres en les tendant; si la vigne se soutient d'elle-mme, 
liez-la ds que les grappes commencent se colorer. 

On greffe la vigne d'abord au printemps, ensuite lors 
de la floraison, et cette dernire poque est prfrable. 
Voulez-vous transplanter une vieille vigne , commencez 
par la tailler , et ne lui laissez qu'une grosse branche 
pourvue seulement de deux bourgeons ; fouillez jusqu'aux 
racines, mais prenez garde de les blesser; puis mettez le 
cep dans une fosse ou dans une raie que vous recouvri- 
rez , et dont vous foulerez bien la terre ; aprs quoi il 
faudra la poser, la lier et la tourner comme elle tait 
auparavant , et avoir soin de bcher souvent. Caton 
recommande de semer dans la vigne une espce de four- 
rage qui aime l'ombre , et que les anciens appelaient 
ocinum , parce qu'il crot trs-vite. 

23. Parlons maintenant des arbres sur lesquels on fait 
monter la vigne , mthode blme svrement par les 
deux Saserna , pre et fils, prconise au contraire par 
Scrofa. Ces auteurs sont les plus anciens et les plus ha- 
biles aprs Caton. Au reste, Scrofa mme ne permet ce 
procd qu'en Italie. Une longue exprience a prouv 
qu'en cette contre les vins d'lite viennent sur les ar- 
bres ; les plus hauts donnent les meilleurs, les plus bas 
en donnent une plus grande quantit: tant il y a d'avan- 
tage tenir la vigne haute ; c'est ainsi que nous avons 
dni des liens , mme aux arbres. L'orme , except 
celui d'Atinie, qui est trop charg de feuilles, est le 

G. 



4 C. PLINII HLST. NAT. LIB. XVII. 

ficumque , etiam oleam , si non sit umbrosa ramis. Ha- 
rum satus cultusque abunde tractatus est. Ante trice- 
simum sextum mensem attingi falce vetantur. Alterna 
servantur brachia : alternis putantur annis : sexto anno 
maritantur. Transpadana Italia , prter supra dictas , 
cornu, populo, tilia, acere, orno , carpino, quercu, 
arbustat agros : Venetia salice, propter uliginem soli. 
Et ulmus detruncata a medio in ramorum scamna di- 
geritur , nulla fere xx pedum altiore arbore. Tabulata 
earum ab octavo pede altitudinis dilatantur in collibus 
siccisque agris : a xii in campestribus et humidis. Meri- 
dianum solem spectare palmae debent. Rami a projectu 
digitorum modo subrigi , tonsili in his tenuium quoque 
virgultorum barba , ne obumbrent. Intervallum justum 
arborum , si aretur solum , quadrageni pedes in terga 
frontemque, in latera viceni. Si non aretur, hoc in om- 
nes partes. Singulis denas spe adnutriunt vites , dam- 
nato agricola minus ternis. Maritare nisi validas , ini- 
micum, enecante veloci vitium incremento. Serere tri- 
pedaneo scrobe necessarium distantes inter sese arbo- 
remque singulis pedibus. Nihil ibi malleolis atque pasti- 
nationi , nulla fodiendi impendia : utpote quum arbusti 
ratio bac peculiari dote prstet, quod in eodem solo seri 
fruges et vitibus prodest. Superque , quod vindicans se 
altitudo, non, ut in vinea, ad arcendas animalium in- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 85 

plus propre cet usage ; vient ensuite le peuplier noir, 
qui a le feuillage moins touffu. Gnralement on es- 
time aussi le frne , le figuier , l'olivier , pourvu que ses 
branches donnent peu d'ombre. L'ensemencement et la 
culture de ces arbres ont t amplement dcrits. La 
serpe ne doit toucher la vigne qu'au bout de trois ans. 
On taille de deux annes l'une ; on fait alterner les 
branches ; on attache la vigne l'arbre quand elle a six 
ans. Dans l'Italie Transpadane, outre les arbres ci-dessus 
nomms, on donne pour appui la vigne le cornouiller, 
le peuplier, le tilleul, l'rable, l'orme, le charme, le 
chne. En Vntie, on la fait grimper sur les saules, 
cause de l'humidit du sol. Quant aux ormes, on com- 
mence par retrancher les grosses branches du milieu , 
puis l'on dispose les autres par tages ; presque jamais 
l'arbre n'a plus de vingt pieds. Sur des coteaux ou dans 
un lieu sec , on forme le premier tage huit pieds de 
hauteur ; douze , si c'est en plaine ou sur une terre 
humide. La fourchure doit toujours regarder le midi. Les 
branches doivent s'lever comme les doigts de la main ; 
aussi coupe-t-on souvent les rameaux secondaires, pour 
viter l'ombre. La distance moyenne des arbres doit tre, 
dans un sol que l'on veut labourer , de quarante pieds 
en longueur et de vingt en largeur ; si l'on n'y veut pas 
labourer, vingt pieds en tout sens suffisent. Un seul 
arbre porte souvent jusqu' dix ceps , et l'on blme 
le laboureur qui lui en laisse moins de trois. On ne doit 
marier la vigne l'arbre que quand il est fort, sinon 
la rapide croissance de la vigne le tue. Chaque plant 
doit tre mis dans une fosse de trois pieds de profondeur, 



86 C. PLINII HIST. NA. LIB. XVII. 

jurias pariete , vel sepe , vel fossarum utique impeiidio 

muniri se cogat. 



In arbusto e prdictis sola viviradicum ratio , item 
propaginum , et haec gemina , ut diximus. Qualorum in 
ipso tabult maxime probata , quoniam a pcore tutis- 
sima est. Altra, deflexa vite vel palmite juxta suam 
arborem , aut circa proximam cselibem. Quod supra terr 
ram est e matre, radi jubetur, ne fruticet. In terra non 
pauciores gemmse quatuor obruuntur ad radicem ca- 
piendam : extra in capite binae relinquuntur. Vitis in 
arbusto quatuor pedes in longo constat, omni sulco trs 
lato, alto duos cum semipede. Post annum propago in- 
ciditur ad medullam, ut paulatim radicibus suis adsues- 
cat: caulis a capite ad duas gemmas reciditur : tertio 
totus mergus abscinditur, reponiturque altius in terram, 
ne ex reciso frondeat. Tolli viviradix a vindemia proti- 
nus dbet. 



Nuper repertum, draconem serere juxta arborem : ita 
appellamus palmitem emeritum , pluribusque indura- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 87 

et un pied de distance de l'arbre; du reste, il n'y a 
dans cette mthode ni soins de marcottes , ni fiais de 
labour profond ou lger, car les vignes ainsi cultives ont 
le rare avantage de russir encore mieux lorsque l'on y 
sme du grain ; de plus, leur hauteur est telle, qu'elles 
n'ont pas besoin , comme les vignobles ordinaires , de 
murailles, de haies ou de fosss, pour tre l'abri des 
insultes des animaux. 

Ce genre de vigne ne se multiplie que de plants vifs 
ou de provins; ceux-ci, comme nous l'avons dit, sont de 
deux sortes : d'abord , et c'est le mode le plus approuv , 
car on dfie ainsi la dent des bestiaux , on peut mettre 
les sommits des vignes dans des paniers placs sur les 
tages des arbres. On peut aussi coucher en terre le cep, 
ou une de ses branches, prs de l'arbre protecteur, ou 
prs d'un autre qui soit sans vigne; on ratisse alors de 
la tige-mre tout ce qui est hors de terre, pour emp- 
cher la naissance des branches. Le provin doit avoir au 
moins quatre bourgeons en terre pour prendre racine , 
et deux hors de terre : on le met dans une raie de quatre 
pieds de long sur trois de large et deux et demi de pro- 
fondeur. Aprs un an, on incise le provin jusqu' la 
moelle, pour l'habituer se fortifier sur ses racines, puis 
on le coupe, deux bourgeons prs; au bout de trois 
ans on le spare entirement du cep et on l'enterre plus 
profondment, de peur qu'il ne pousse du cot de la 
coupure. Quant aux plants vifs, on doit les enlever im- 
mdiatement aprs les vendanges. 

On a depuis peu imagin de planter auprs des arbre 
des dragons ou vieux ceps durcis par l'ge et le temps; 



^8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

tum annis. Hune praecisum quam maxima amplitudine , 
tribus partibus longitudinis deraso cortice , quatenus 
obruatur (unde et rasilem vocant), deprimere sulco , 
reliqua parte ad arborem erecta : ocissimum in vite. Si 
gracilis sit vitis aut terra , usitatum est quam proxime 
solum decidi , donec firmetur radix : sicut neque rosci- 
dam seri, neque a septentrionis flatu. Vtes aquilonem 
spectare debent ipsae , palmites autem earum meri- 
diem. 

Non est festinandum ad putationera novellae : sed 
primo in circulos materies colligenda , nec nisi validae 
putatio admovenda : seriore fere anno ad fructum ar- 
busta vite , quam jugata. Sunt qui omnino putari v- 
tant, priusquam arborum longitudinem sequaverit. Prima 
falce sex pedes a terra recidatur , flagello infra relicto , 
et nasci coacto incurvt ione materiae. Trs ei gemmae , 
non amplius , dputa to supersint. Ex his emissi palmi- 
tes proximo anno imis ingerantur scamnis , ac per sin- 
gulos annos ad superiora scandant, relicto semper du- 
ramento in singulis tabulatis , et emissario uno , qui 
subeat , usque quo placuerit. De cetero putatione omni , 
flagella qu proxime tulerunt, recidantiir : nova circum- 
cisis undique capreolis spargantur in tabulatis. Vernacula 
putatio dejectis per ramos vitium crinibus circumvestit 
arborem ,^ crinesque ipsos uvis : Gallica in traduces por- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 89 

on fait choix des plus grands, et, aprs les avoir coups 
et corcs jusqu'aux trois quarts de leur longueur, on 
enfonce dans une raie la partie corce, en laissant le 
reste debout auprs de l'arbre. Ce plant , dit vigne 
rasile, crot trs-vite. S'il est menu, ou que le terrain 
soit maigre , on le taille tout prs de terre , jusqu' ce 
que la racine ait pris de la force. On ne plante jamais 
cette vigne par la rose ou par un vent du nord; le cep 
doit regarder le nord - est , et les jeunes branches le 
midi. 

Il ne faut pas se presser de tailler cette vigne quand 
elle est jeune ; mais il faut commencer par donner au 
jeune bois la forme d'une couronne, et n'approcher la 
serpe que quand la plante est forte. Ordinairement la 
vigne ascendante ne porte fruit qu'un an aprs la vigne 
en treille ; quelques cultivateurs dfendent de la tailler 
avant qu'elle n'ait atteint la hauteur de l'arbre. La serpe, 
quand elle touche cette vigne pour la premire fois , 
doit laisser six pieds la tige , et plus bas une branche 
qui sera provenue de la courbure du jeune bois. Cette 
branche, aprs la taille, ne doit avoir que trois bour- 
geons au plus; l'anne suivante on fait arriver au pre- 
mier tage de l'arbre les jeunes branches fournies par 
ces bourgeons , et chaque anne on leur fait monter un 
tage, laissant toujours sur l'tage prcdent une vieille 
branche , et une nouvelle pour la conduire o l'on vou- 
dra. Du reste, chaque taille, il faut couper les verges 
qui auront port l'anne prcdente , et faire courir sur 
les tages des branches nouvelles, aprs en avoir enlev 



go C. PLINII HIST. NAT. LIE. XVII. 

rigitur : ^miliae viae in ridicas atiniarum ambitu, fron- 

dem earum fugiens. 



Est quorumdam imperitia sub ramo vitein vinculo 
suspendendi, suffocante injuria : contineri dbet vimine , 
non arctari. Quin immoetiam quibus salices supersunt, 
molliore hoc vinculo facere malunt , herbaque, Siculi 
quam vocant ampelodesmon : Grcia vero universa 
junco, cypero, ulva. Liberatam quoque vinculo per ali- 
quot dies vagari, et inconditam spargi, atque in terra, 
quam per totum annum spectaverit , recumbere. Nam- 
que ut veterina a jugo , et canes a cursu volutatio ju- 
vat , ita tum et vitium porrigi lumbos. Arbor quoque 
ipsa gaudet assiduo levata onere , similis respiranti. Ni- 
hilque est in opre naturee , quod non exemplo dierum 
noctiumque aliquas vices feriarum velit. Ob id protinus 
a vindemia putari, et lassas etiamnum fructu edito, im- 
probatur. Putatae rursus alllgentur alio loco : namque 
orbitas vinculi sentiunt , vexatione non dubia. 



Traduces Gallica cultura bini utrimque lateribus, si 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 91 

tous les tendrons. En Italie, on taille la vigne en faisant 
passer les sarmens parmi les branches des arbres , de 
sorte que le feuillage de ceux-ci se trouve accompagn 
de raisin. En Gaule, la vigne court d'arbre en arbre. Le 
long de la voie Emilienne, on voit des vignes enlacer les 
branches d'ormes atiniens , mais en fuir le feuillage. 

Quelques vignerons ignorans lient la vigne sous les 
branches des arbres , pour la tenir suspendue ; ils lui 
nuisent et l'touffent. Il faut cette plante des liens d'o- 
sier , et non de fer : il est mme des lieux o, le saule 
se trouvant en abondance, on prfre ses branches 
l'osier. En Sicile, on emploie une herbe dite ampelo- 
desmos, et dans toute la Grce on se sert de joncs, de 
souchets et d'herbes marcageuses. Mieux vaut encore 
laisser quelques jours la vigne libre errer et ramper 
irrgulirement et l sur la terre, sur ce lit qu'elle a 
dsir toute l'anne; car, de mme que les btes de 
somme aprs leur service, et les chiens aprs une longue 
course, la vigne aime se dlasser et s'tendre ; les 
arbres mme semblent goter de la joie, et en quelque 
sorte reprendre haleine lorsqu'on les dlivre d'un far- 
deau qu'ils ont long-temps soutenu. Il n'est pas de tra- 
vail dans la nature qui ne doive tre suivi de repos , 
tmoin la succession des jours et des nuits : c'est pour 
cette raison qu'on dfend de tailler la vigne aprs la 
vendange, lorsqu'elle est encore fatigue des fruits qu'elle 
a ports. Tailles, il faut les lier de nouveau, mais un 
autre endroit : une trace circulaire indique encore la li- 
gature , et montre qu'elles ont souffert. 

En Gaule , on fait courir de chaque cot deux sar- 



9 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

pars quadrageno distet spatio : quaterni , si viceno : in- 
ter se obvii miscentur , alliganturque una concilit! , 
virgultorum comitatu obiter rigorati qua deficiant: aut 
si brevitas non patiatur ipsorum , adalligato protendun- 
tur in viduam arborem imco. Traducem bimum praeci- 
dere solebant. Oneratis enim vetustate melius donare 
tempus, ut transilem faciant, ni largiatur crassitudo: 
alias utile toros futuri draconis pasci. 



Unum etiamnum genus est, mdium inter hoc et pro- 
paginem, totas supplantandi in terram vites, cuneisque 
findendi et in sulcos plures simul ex una propagandi , gra- 
cilitate singularum firmata circumligatis hastilibus , nec 
recisis qui a lateribus excurrant pampinis, Novariensis 
agricola traducum turba non contentus , nec copia ra- 
morum, impositis etiamnum patibulis palmites circum- 
volvit. Itaque prter soli vitia , cultura quoque torva 
fiunt vina. Alia culpa juxta Urbem Varracinis, qu al- 
ternis putantur annis , non quia id viti couducat , sed 
quia vilitate reditum impendia exsuperant. Mdium 
temperamentum in Carsulano sequuntur : cariosasque 
tantum vitis partes , incipientesque inarescere deputan- 
do, ceteris ad uvam relictis , detracto onere superva- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 93 

mens , s'il y a quarante pieds entre les arbres ; si la dis- 
tance n'est que de vingt , on fait courir quatre sarmens , 
puis on runit et on lie ensemble les sarmens de deux 
arbres diffrens ; et , dans les endroits o ils sont trop 
faibles, on les affermit par de petites baguettes subsi- 
diaires. Dans le cas o les sarmens trop courts ne peu- 
vent se rencontrer, on les tend , et un crochet inter- 
mdiaire les runit l'arbre voisin. Les sarmens ainsi 
conduits se coupent la seconde anne. Lorsqu'ils n'ont 
pas la grosseur requise, il vaut mieux leur donner le 
temps de crotre pour atteindre l'arbre voisin; car il est 
toujours bon de favoriser l'accroissement des ceps qui 
doivent devenir des dragons. 

Une autre mthode , qui tient le milieu entre la pr- 
cdente et celle des provins , consiste coucher en terre 
un cep entier, le fendre avec des coins, en faire plu- 
sieurs provins grles , que l'on place dans diffrentes 
raies , aprs les avoir affermis par des chalas qu'on lie 
avec eux, sans couper aucune des branches latrales. A 
Novare , non content de faire courir la vigne sur les 
arbres et d'un arbre l'autre, le vigneron la fait passer sur 
des fourches plantes cet effet; procd vicieux, qui, 
joint la mauvaise qualit du terrain , donne de la du- 
ret au vin. Prs de Rome , on a aussi le tort de ne 
tailler que de deux en deux ans les vignes dites varra- 
cines; mais ici on songe non la prosprit de la vigne, 
mais aux frais du vin , dont le prix ne couvre pas la d- 
pense. On garde un juste milieu Carsule, o l'on coupe 
de la vigne ce qui est pourri ou ce qui commence se 
scher, tandis qu'on laisse porter du raisin tout le 



94 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

cuo , pro nutrimento omni est raritas vulneris. Sed iiisi 
pingui solo talis cultura dgnrt in labruscam. 

Arbusta arari quam altissime desiderant , tainetsi fru- 
menti ratio non exigit. Pampinari ea non est moris : et 
hoc compendium oper. Deputantur cum vite pariter 
interlucata densitate ramorum qui sint supervacui , et 
absumant alimenta. Plagas ad septentriones, aut ad me- 
ridiem spectare vetuimus : melius , si neque in occasu 
solis. Diu dolent talia quoque ulcra , et difficile sanes- 
cunt, algendo nimis , aestuandove. Non eadem in vite, 
qu in arbustis , libertas : quoniam certa latera est fa- 
cilius abscondere , et detorquere , quo velis , plagas. In 
arborum tonsura supiniore velut calices faciendi, ne con- 
sistt humor. 

Ne uvae ab animalibus infestentur. 

XXXVI. Viti adminicula addenda , quae scandt ad- 
prehensa , si majora sint. 

i[\. Vitium generosarum pergulas quinquatribus pu- 
tandas, et quarum servare uvas libeat, decrescente luna 
tradunt. Quae vero interlunio sint putatae, nullis aui- 
malium obnoxias esse. Alia ratione plena luna noctu ton- 
dendas, quum sit ea in Leone , Scorpione, Sagittario, 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. gS 

reste. La plante, ainsi dbarrasse d'un bois inutile, se 
nourrit d'autant mieux , que le fer la touche peu : ce- 
pendant, moins d'tre dans un terroir fertile, les vignes 
ainsi cultives retombent l'tat sauvage. 

La vigne montante demande un labour profond , 
quoique les crales semes prs d'elle ne l'exigent pas. 
On ne les pampre pas , et c'est autant d'pargn en 
main-d'uvre. En les taillant , on retranche aux arbres 
eux-mmes toute branche inutile , et qui consumerait en 
pure perte la nourriture. Nous avons fait observer que 
les incisions ne doivent regarder ni le noid ni le midi ; 
il serait bon aussi qu'elles ne regardassent point l'ouest. 
Ces plaies sont long-temps sensibles , et l'extrme froid 
comme l'extrme chaleur en rendent la gurison diffi- 
cile. Au reste, la vigne montante est plus aise traiter. 
On peut, avec bien moins de peine, mettre couvert 
les cts faibles, et tourner la coupure son gr. Lors- 
qu'on la dirige vers le ciel , il faut y pratiquer de petites 
rigoles pour empcher que l'eau n'y sjourne. 

Ccmiment on prserve la vigne des ravages des animaux. 

XXXVL On doit donner la vigne des chalas assez 
grands pour qu'elle les enlace et y grimpe. 

a4- Les bonnes espces de vignes en treille se taillent, 
dit-on , vers les ftes de Minerve. Si l'on veut du raisin qui 
soit de garde, on doit oprer pendant le dcours. On assure 
que la vigne taille l'poque de la conjonction ne re- 
doute aucune espce d'insectes ; d'autres recommandent 
de la tailler de nuit dans la pleine lune, quand cet astre 



96 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

Tauro : atque in totum serendas plena , aut crescente 
utique , censent. Sufficiunt in Italia cultores dni in 
centena jugera vinearum. 



Morbi arborum. 

XXXVII. At abunde satu cultuque arborum tractato, 
quoniam de palmis ac cytiso in peregrinis arboribus ad- 
fatim diximus, ne quid desit, indicanda reliqua natura 
est, magnopere pertinensad omnia ea. Infestantur nam- 
que et arbores morbis. Quid enim genitum caret his 
malis? Et silvestrium quidem perniciosos negant esse, 
vexarique tantum grandi ne in germinatione aut flore. 
Aduri quoque fervore, aut flatu frigidiore, prpostero 
die : quoniam suo frigora etiam prosunt , ut diximus. 
Quid ergo ? non et vites algore intereunt ? Hoc quidem 
est , quo deprehendatur soli vitium , quoniam non eve- 
nit nisi in frigido. Itaque per hiemes caeli rigorem pro- 
bamus , non soli. Nec infirmissimae arbores gelu peri- 
clitantur , sed maximae : vexatisque ita cacumina prima 
inarescunt, quoniam prstrictus gelu non potuit eo 
pervenire humor. 

Arborum quidam communes morbi , quidam privati 
generum. Communis vermiculatio est, sideratio, ac do- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 97 

est dans les signes du Lion , du Scorpion , du Sagittaire 
et du Taureau. On prtend gnralement que la plan- 
tation doit avoir lieu dans la pleine lune, ou, du moins, 
dans le croissant. En Italie , il suffit de dix ouvriers pour 
cultiver cent arpens de vignes. 

Maladies des arbres. 

XXXVII. Aprs avoir parl au long de la plantation 
et de la culture des arbres, car nous avons dj am- 
plement parl du palmier et du cytise l'article des 
plantes exotiques, nous complterons ce livre en nous 
occupant de tous les autres dtails relatifs l'histoire 
naturelle des arbres. Les arbres aussi sont sujets des 
maladies : quel tre cr n'est pas afflig de ce genre de 
maux? Il est vrai que les arbres sauvages , dit-on, n'en 
meurent point , et ne craignent que la grle lors du 
bourgeonnement et de la floraison , ou l'extrme cha- 
leur qui les dessche, ou bien un vent glac survenant 
contre-temps, car, ainsi que nous l'avons dj dit, le froid 
dans la saison convenable leur est trs-avantageux. Mais, 
objecle-t-on , la gele ne fait-elle pas prir la vigne? Sans 
doute, mais c'est la faute du terroir : car la vigne ne prit 
que dans un sol froid. Ce n'est pas la froidure du ciel en 
hiver qu'on doit accuser, c'est celle du terrain ; d'ailleurs , 
quels arbres risquent de prir par la gele ? ce sont les plus 
gros, et non les plus faibles, et c'est la cime qui souffre 
la premire , parce que la sve gele ne peut y arriver. 

Telle maladie est commune tous les arbres , telle 
autre certaines espces. Les premires sont les vers , 

XI. 7 



98 C. PLINII HIST. NAT. LIB XVII. 

lor membrorum, unde partium dbilitas : societate iio- 
minum quoque cum hoininum miseriis. Trunca diciinus 
certe corpora, et oculos germinum exustos, ac multa 
simili sorte, Itaque laborant et fam , et cruditate , qu 
fiunt humoris quantitate. Aliquae vero et obesitate : ut 
omnia quae resinam ferunt, nimia pinguitudine in tedam 
mutantur : et quum radies quoque pinguescere cpere, 
intereunt , ut animalia, nimio adipe : aliquando et pes- 
tilentia per gnera, sicut inter homines, nunc servitia , 
nuuc plebs urbaiia , vel rustica. 



Vermiculantur magis minusve quaedam, omnes tamen 
fere : idque aves cavi corticis sono experiuntur. Jam 
quidem et hoc in luxuria esse cpit : praegrandesque 
roborum delicatiore sunt in cibo ; cossos vocant : atque 
etiam farina saginati , hi quoque altiles funt. Maxime 
autem arborum hoc sentiunt piri , mali , fici : minus , 
quae amarae sunt et odorat, Eorum qui in ficis exsis- 
tunt , alii nascuntur ex ipsis : alios parit, qui vocatur 
crastes : omnes tamen in cerasten figurantur , sonum- 
que edunt parvuli stridoris. Et sorbus arbor infeslatur 
vermiulis rufis, et pilosis, atque ita emoritur. Mespilus 
quoque in senecta obnoxia ei morbo est. 

Sideratio tota e clo constat. Quapropter et grando 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 99 

les mauvaises influences , les malaises de certaines par- 
ties , malaises dont l'effet est de les dbiliter. Remarquez 
ces dnominations de misres communes l'arbre et 
l'homme. On dit de mme que les arbres sont mutils, 
qu'ils ont les yeux, c'est--dire les bourgeons, brls, et 
mille expressions de ce genre. On dit qu'ils sont affams, 
qu'ils ont crudit et surabondance d'humeurs ; enfin , 
tel arbre a trop de graisse (telle est la maladie ordinaire 
des arbres rsineux, car leur rsine n'est qu'une graisse 
excessive; et quand cette graisse se porte dans les ra- 
cines, ils meurent, comme les animaux, de gras fondu); 
telle espce vgtale souffre d'une peste analogue au 
flau qui , dans l'espce humaine , moissonne , tantt les 
esclaves, tantt le peuple des villes, tantt celui des 
campagnes. 

Les vers ne s'attachent pas galement tous les ar- 
bres , mais presque tous y sont sujets. Les oiseaux re- 
connaissent leur prsence au son creux que rend l'corce 
becquete; mais dj les gros vers du rouvre figurent, 
sous le nom de cosses, parmi les mets les plus dlicats; 
on les engraisse de farine, on les lve. Les espces qui 
souffrent le plus des vers sont le poirier, le pommier et 
le figuier; les arbres bois amer et odorant y sont moins 
exposs. Parmi les vers du figuier , les uns naissent 
spontanment, les autres sont produits par le ver dit 
craste : tous cependant finissent par se changer en c- 
raste ; ils font entendre alors un petit son aigu. Le cor- 
mier est en proie des vers roux et velus qui le font 
prir. Vieux, le nflier est expos la mme maladie. 

Les mauvaises influences dpendent toutes du ciel. Dans 

7- 



loo C. PLIINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

in his causis intelligi dbet : et carbunculatio , et quod 
pruinarum injuria evenit. Haec enim verno tepore invi- 
tatis , et erumpere audentibus satis mollibus insidens , 
adurit lactescentes germinum oculos, quod in flore car- 
bunculum vocant. Pruinae perniciosior natura, quoniam 
lapsa persidet, gelatque, ac ne aura quidem ulla depel- 
litur,quia non fit nisi immoto are et sereno. Proprium 
tamen siderationis est, sub ortu Canis siccitatum vapor, 
quum insitae ac novellae arbores moriuntur, prcipue 
ficus, et vites. Olea praeter vermiculationem , quam aeque 
ac ficus sentit, clavum etiam patitur, sive fungum placet 
dici , vel patellam. Haec est solis exustio. Nocere tradit 
Cato et muscum rubrum. Nocet plerumque vitibus at- 
que oleis et nimia fertilitas. Scabies communis omnium 
est. Imptigo , et quae adnasci soient, cochleae, peculia- 
ria ficorum vitia : nec ubique : sunt enim qudam aegri- 
tudines et locorum. 

Verum ut homini nervorum cruciatus, sic et arbori, 
ac duobus aeque modis. Aut enim in pedes, hoc est, ra- 
dies, irrumpit vis morbi : aut in articulos, hoc est, ca- 
cuminum digitos , qui longissime a toto corpore exeunt. 
Inarescunt ergo : et sunt apud Graecos sua nomina utri- 
que vitio. Undique primo dolor , mox et macies earum 
partium fragilis, postremo tabs, morsque, non intrante 
succo, aut non perveniente : maximeque id fici sentiunt. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. loi 

cette classe se rangent la grle, le liarbon et la bruine; 
le charbon attaque jeunes les arbres. Quand la chaleur 
du printemps les anime et favorise leur pousse, elle brle 
les jeunes bourgeons alors remplis de lait, et tue les 
fleurs : de l le nom de carbanculus ( petit charbon). La 
gele blanche est plus fatale encore ; car ds qu'elle est 
tombe sur les arbres , elle y sjourne et les gle , sans 
que jamais le vent puisse la dissiper, car elle n'a lieu que 
par un temps calme et serein. De toutes les mauvaises 
influences , la principale est l'ardeur des jours canicu- 
laires; elle tue les jeunes greffes, notamment les figuiers 
et les vignes. Les oliviers , outre les vers auxquels ils 
sont sujets, ainsi que le figuier, redoutent ce que l'on 
appelle clou, champignon ou patelle; c'est une espce 
de coup de soleil. Selon Caton , la mousse rouge leur 
est encore nuisible. Souvent l'olivier et la vigne souf- 
frent de leur extrme fertilit. La gale est commune 
tous les arbres. La rudesse de l'corce , les limaons qui 
naissent sur elle , sont des maladies propres au figuier, 
inais en certains lieux , car certaines maladies tiennent 
aux localits. 

Les maladies nerveuses attaquent les arbres ainsi que 
l'homme , et de deux manires diffrentes : tantt le 
mal se porte au pied de l'arbre , c'est--dire sa racine ; 
tantt il attaque les articulations, ou doigts du sommet 
les plus loigns de la tige ; l'arbre alors se dessche. 
Ces deux formes de maladies ont un nom particulier en 
Grce. Il y a d'abord douleur universelle , puis maigreur 
et fragilit des parties attaques, marasme et mort. Ce 
dprissement vient de ce que la sve ne circule plus , 



I02 C. PLINII HIST. NA. LIB. XVII. 

Caprificus omnibus immunis est , qu adhuc diximus. 
Scahies gignitur roribus lentis post Vergilias. Nam si 
rariores fuere, perfundunt arborem , non scalpunt sca- 
bie. Et grossi cadunt , si vel imbres nimii fuere. Alio 
modo ficus laborat radicibus madidis. 



Vitibus prter vermiculationem et siderationem mor- 
bus peculiaris articulatio, tribus, de causis : una, vi tem- 
pestatum germinibus ablatis : altra , ut notavit Theo- 
phraslus , in supinum excisis : tertia , culturae imperitia 
laesis. Omnes enim earum injuri in articulis sentiuntur. 
Siderationis genus est in his deflorescentibus, roratio : aut 
quum acini, priusquam crescant, decoquuntur in callum. 
^grotant et quum alsere, laesis uredine attonsarum ocu- 
lis. Et calore hoc evenit intempestivo : quoniam omnia 
modo constant, certoque temperamento. Fiunt et culpa 
yites colenlium , quum praestringuntur, ut dictum est : 
aut circumfossor injurioso ictu verberavit : vel etiam 
subarator imprudens luxavit radies , corpusve desqua- 
mavit. Est et quaedam contusio falcis hebetioris. Quibus 
omnibus causis difficilius tolrant frigora aut aestus : 
quoniam in ulcus pntrt omnis a foris injuria. 



> HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVTI. loi 

ou bien n'arrive plus la paitin malade; le figuier, sur- 
tout , souffre de cette maladie, T.e figuier sauvage ne 
craint aucune de celles que nous venons de citer. La 
gale des arbres vient des roses gluantes qui tombent 
aprs le lever des Pliades. En petite quantit, ells ne 
font que mouiller les branches sans y engendrer la gale. 
Des pluies ti'op abondantes font tomber les figues vertes. 
Les figuiers souffrent encore du trop d'humidit des 
racines. 

La vigne craint , outre les vers et les influences du 
ciel , une maladie particulire des articulations. Trois 
causes la produisent : d'abord la perte des bourgeons 
par suite de vents violens ; ensuite, selon Thophraste, 
la direction des coupures vers le haut ; enfin les frois- 
semens qu'elle subit par une culture peu claire : c'est 
surtout vers les nuds de l'arbre que ces lsions se font 
sentir. La vigne souffre encoie d'une influence particu- 
lire lorsqu'elle dfleurit : elle coule , ou bien les grains , 
avant d'avoir acquis leur grosseur, se durcissent en glo- 
bules desschs. Elles souffrent aussi de la gele lorsque 
celle-ci les surprend sur la treille , ce qui brle leurs 
bourgeons. Une chaleur intempestive leur est galement 
nuisible; car, en tout, il faut une juste inesure et une 
temprature approprie. Les vignes ont encore redou- 
ter d'autres maladies, causes par l'impritie du vigne- 
ron, pai' exemple, lorsqu'il coupe mal propos les bour^- 
geons , comme nous l'avons dj dit ; lorsqu'il fioisse 
et blesse le cep en bchant l'entour; lorsqu'on labou- 
rant il arrache les racines, ou enlve l'corce de la tige ; 
enfin lorsqu'il use, pour la taille, d'une serpe mal aigui- 



io4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 



Infirmissima vero malus, maxmeque qu dulcis est. 
Quibusdam dbilitas sterilitatem , non necem, adfert : ut 
si quis pino cacumen auferat, vel palmae : sterilescunt enim, 
nec moriuntur. iEgrotant aliquando et poma ipsa per 
se sine arbore , si necessariis temporibus imbres aut te- 
pores vel adflatus defuerc , aut eontra abundavere : de- 
cidunt enim, aut dtriora fiunt. Pessimum est inler om- 
nia , quum deflorescentem vitem et oleam percussit im- 
ber, quoniam simul defluit fructus. 

Sunt ex eadem causa nascentes et erucae, dirum 
animal , eroduntque frondem , aliae florem , olivarum 
quoque , ut in Mileto : ac depastam arborera turpi facie 
relinquunt. Nascitur hoc malum tepore humido , et 
lento. Fit aliud ex eodem , si sol acrior insecutus inussit 
ipsum vitium, ideoque muta vit. 

Est etiamnum peculiare olivis et vitibus ( araneura 
vocant) , quum vel uti telae involvunt fructum, et absu- 
munt. Adurunt et flatus quidam cas maxime, sed et alios 
fructus. Vermiculationem et poma ipsa per se quibusdam 
annis sentiuut, mala, pira, mespila, Punica. In oliva 



t 
- HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. io5 

se : ainsi endommage, la vigne a plus de peine sup- 
porter le froid ou le chaud , vu que chaque plaie ressent 
plus vivement les injures du temps. 

Le pommier, surtout celui qui donne des pommes 
douces , est de complexion trs-faible. Il est des arbres 
chez lesquels l'affaiblissement produit la strilit , mais 
non la mort: ainsi le pin, le palmier, privs de leur cime, 
perdent la fcondit , mais non la vie. Quelquefois les 
fruits seuls sont malades , tandis que l'arbre reste sain. 
Par exemple , lorsqu'il ne vient pas de pluie , de cha- 
leur ou de vent en temps convenable , ou que ces ph- 
nomnes ont lieu contre-temps, alors le fruit tombe 
ou perd de sa qualit. L'accident le plus funeste pour la 
vigne et l'olivier, c'est la pluie lors de la dfloraison, car 
alors le fruit coule. 

C'est aussi la pluie qui fait natre les chenilles , insectes 
pernicieux aux arbres , dont ils rongent ou le feuillage ou 
la fleur. A Milet, ils dvorent jusqu'aux feuilles et aux fleurs 
de l'olivier. L'arbre qui a t leur proie n'est plus , lors- 
qu'ils l'abandonnent, qu'un cadravre hideux. Ce flau de 
la vgtation s'engendre dans les temps doux, humides 
et mdiocrement chauds. Quelquefois un autre flau suit 
le premier : c'est une violente chaleur qui tue les che- 
nilles ; alors le mal ne fait que changer de nature. 

Un autre mal particulier l'olivier et la vigne est ce 
qu'on appeUe la toile d'araigne. On voit le fruit envelopp 
d'une espce de toile , qui bientt le fait prir. Certains 
vents brlent les olives et les raisins , et d'autres fruits 
encore, mais moins cruellement. Il y a des annes o les 
pommes, les poires, les nfles et les grenades sont piques 



loG C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

aiicipiti evciitu, quando sub cute nati fructum adimunt : 
augent, si in ipso nucleo fuere erodentes eum. Gigni illos 
prohibent pluviae, quae fiunt post Arcturum : eaedem si 
Austrinae fuere, gnrant, in drupis quoque, qu ma- 
turescentes tum sunt prsecipue caducae. Id riguis magis 
evenit , etiamsi non cecidere. fastidiendis. Sunt et cu- 
licum gnera aliquibus molesta, ut glandibus, fico, qui 
videntur ex liuniore nasci, tune dulci subdito corticibus. 
Et aegi'otatio quidem fere in bis est. 



Quaedam temporum causas, aut locorum non proprie 
dicuntur morbi , quoniam protinus necant : sicut tabs 
quum invasit arborera, aut uredo, vel flatus abcujus re- 
gionis proprius , ut est in Apulia Atabulus , in Euba 
Olyrapias. Hic enim , si flavit circa brumam , frigore 
exurit arefaciens, ut nullis postea solibus recreari possint. 
Hoc gnre convalles et adposita fluminibus laborant , 
preecipueque vitis , olea , ficus. Quod quum venit, de- 
tegitur statim in germinatione : in oliva tardius : sed in 
omnibus signum est revivescendi , si foba amisere : alio- 
qui, quas putes prsevaluisse , emoriuntur. Nonnumquam 
inarescunt folia, eademque revivescunt. AHae in septen- 
t rionalibus , ut Ponto , Phrygia , frigore aut gehi labo- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 107 

des vers. L'olive ne s'en trouve pas toujours mal : si le 
ver nat sous sa peau , elle se gte ; mais elle devient 
au contraire plus grosse si le ver habite, et, par cons- 
quent, ronge le noyau. Les pluies qui suivent le lever de 
l'Arclure empchent ces vers de natre sous la peau; ces 
mmes pluies venues par le vent du midi favorisent le 
dveloppement du ver , surtout dans les drupes qui 
mrissent, et qui sont alors trs-sujettes tomber. L'o- 
livier redoute surtout cette maladie lorsqu'il est prs 
des ruisseaux ; le fruit en ce cas ne vaut rien, restt-il 
mme sur l'arbre. Certaines espces de moucherons en- 
gendres , ce qu'il semble , d'une humeur douce qui est 
sous l'corcc, infestent particulirement certains arbres , 
par exemple le chne et le figuier; on les range au nombre 
des maladies des arbres. 

On ne donne pas ce nom certains accidens tempo- 
raires ou locaux, qui font mourir subitement les arbres, 
comme lorsqu'ils prissent de scheresse ou de brlure , 
ou qu'ils sont frapps d'un vent particulier un pays, 
comme l'Atabule en Apulie , et l'Olympias dans l'le 
d'Eube. Quand ces vents soufflent vers le solstice d'hi- 
ver , le froid qu'ils excitent gle et dessche la plante , 
au point que nulle chaleur ne peut la rtablir. Les ar- 
bres situs dans les vallons et le long des rivires sont 
sujets cet accident, et surtout la vigne, l olivier et le 
figuier. On s'en aperoit ds l'poque du bourgeonne- 
ment; dans l'olivier, cependant, on ne reconnat le mal 
que plus tard. C'est un bon signe de voir les feuilles 
tomber, on en conclut que l'arbre reprendra. Ceux au 
contraire que l'on croirait chapps au danger prissent; 



io8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

rant, si post brumam continua vere xl diebus. Et ibi 

autem , et in reliqiiis partibus , si protinus editis frucli- 

bus gelatio magna consecuta est , etiam paucis diebus 

necat. 



Qu injuria hominum constant, secundas habent cau- 
sas. Pix, oleuni, adeps, inimica praecipue novellis. Cor- 
tice in orbem detracto necantur, excepto subere, quod 
sic etiam juvatur : crassescens enim prstringit et stran- 
gulat. Nec adrachne offenditur, si non simul incidatur 
et corpus. Alioquin et cerasus, et tilia, et vitis corticem 
mittunt, sed non vitalem, nec proximum corpori : ve- 
rum eum , qui subnascente alio expellitur. Quarumdam 
natura rimosus cortex, ut platanis. Tiliae renascitur paulo 
minus quam totus, Ergo bis, quarum cicatricem trahit, 
medentur luto fimoque. Et aliquando prosunt , si non 
vehementior frigorum aut calorum vis secuta est. Quae- 
dam tardius ita moriuntur, ut robora et quercus. Refert 
et tempus anni. Abieti enim et pino si quis detraxerit, 
sole Taurum vel Geminos transeunte quum germinant, 
statim moriuntur. Eamdem injuriam hieme pass diu- 
tius tolrant. Similiter ilex , et robur , et quercus. Quae 
si angusta dccorticatio fuit, nihil nocetur supra dictis. 
Infirmiorcs quidem et in solo gracili, vel ab una tantum 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 109 

quelquefois les feuilles se desschent et reverdissent la 
mme anne. Dans le Nord, par exemple dans le Pont 
et dans la Phrygie, la gele ou le froid, continuant qua- 
rante jours aprs le solstice d'hiver, endommage les 
arbres. L d'ailleurs , ainsi qu'en tout autre lieu , la 
gele qui suit immdiatement la fructification fait mourir 
les arbres en peu de jours. 

Dans une seconde catgorie se classent les maux cau- 
ss par la faute de l'homme: la poix, l'huile, la graisse, 
sont nuisibles aux arbres, surtout aux jeunes. Tout arbre 
dont on coupe l'corce l'entour meurt trs-vite; il faut 
cependant en excepter le lige , auquel cette opration 
est utile , car l'corce trop paisse le serre et l'touff. 
L'adraclm supporte aussi l'enlvement de l'corce , 
pourvu toutefois qu'on n'attaque pas le bois. Le cerisier, 
le tilleul , la vigne , produisent une espce d'corce qui 
et n'est pas une corce vive, qui ne touche pas le bois, 
que pousse en dehors une autre corce forme au 
dessous ; quelques arbres ont l'corce naturellement 
crevasse, tel est le platane; celle du tilleul revient, 
mais non entirement. Quand des arbres sont blesss 
en quelque endroit , la plaie doit tre remplie de fu- 
mier ou d'argile ; par l on arrive quelquefois rta- 
blir l'corce , pourvu qu'il ne survienne ni grands froids 
ni fortes chaleurs. H y a quelques arbres , par exemple 
le rouvre et le chne , que ce moyen fait vivre plus 
long-temps. On doit ici avoir gard la saison. Le sapin 
et le pin , corcs lors de la floraison et quand le soleil 
est dans le signe du Taureau ou dans celui des G- 
meaux , meurent aussitt. Pratique en hiver, cette ope- 



iio C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

parte detractus interimit. Similem et decacuminatio ra- 
tionem habet, cupressi, piceae, cedri: h enim detracto 
cacumioe , aut ignibus adusto , intereunt, Similem et 
depastio animaliiim. Oleam quidem etiam si lambat ca- 
pra, sterilescere, auctor estVarro, ut diximus. Quaedam 
hac injuria moriuntur : aliqua dtriora tantum fiunt , 
ut amygdalae : ex dulcibus enim transfigurantur in ama- 
ras. Aliqua vero etiam utiliora , ut apud Chios pirus , 
quam Phocida appellant. Nam detruncatio diximus qui- 
bus prodesset. Intereunt pleraque et fissa stirpe , excep- 
tis vite, malo, fico, Punica : quaedam vel ab ulcre tan- 
tum. Ficus hanc injuriam spernit, et omnia quae resinam 
gignunt. Radicibus amputatis mori, minime mirum est. 
Pleraeque tamen non omnibus , sed maximis , aut quae 
sunt inter illas vitales abscissis moriuntur. 



Necant invicem inter sese umbra, vel densitate , at- 
que alimenti rapina. Necat et edera vinciens. Nec viscum 
prodest : et cytisus necatur eo quod halimon vocant 
Graeci. Quorumdam natura non necat quidem , sed ldit 
odore, aut succi inixtura : ut raphaniis, et laurus , vi- 



HISTOIRE NATURELLE, LTV. XVII. m 

ration les fait prir moins vite ; la mme chose a lieu pour 
l'ilex , le chne et le rouvre. Dans le cas o l'corce- 
ment n'est que partiel , ces arbres n'en souffrent pas ; 
s'ils sont faibles, s'ils habitent un sol maigre , cet cor- 
cement , n'et-il lieu que d'un ct , sufft pour les faire 
prir. Il n'est pas moins dangereux d'tter le cyprs , le 
pica , le cdre ; car , soit qu'on coupe ou qu'on brle 
la cime, ils meurent galement. Les btes qui broutent 
endommagent aussi les arbres. Selon Varron, les chvres 
rendent strile l'olivier seulement lch par elles : c'est 
ce que nous avons dj rapport. Quelques arbres en 
meurent, d'autres ne sont que dtriors, par exemple l'a- 
mandier doux , dont les fruits deviennent amers. Certaines 
espces s'en trouvent bien ; tel est le poirier phocidien , 
qui crot Chio. Nous avons dit plus haut quels sont les 
arbres qui gagnent tre branchs; la plupart meurent 
ds que leur tronc a t fendu ; ceci pourtant n'a pas 
lieu pour la vigne, le pommier, le figuier et le grenadier; 
quelques-uns prissent ds qu'on les entame; le figuier 
et tous les arbres rsine ne craignent rien de cette 
pratique. On conoit sans peine qu'un arbre meure 
lorsque l'on coupe ses racines ; la plupart cependant ne 
cessent de vivre qu'aprs l'amputation des plus grosses, 
ou de celles qui contiennent le principe vital. 

Il est des arbres qui se font prir mutuellement , par 
leur ombre , ou par l'paisseur de leur feuillage , ou 
parce qu'ils se drobent entre eux la nourriture. Le 
lierre tue les arbres en les embrassant ; le gui leur est 
galement funeste ; le cytise meurt prs de la plante que 
les Grecs appellent halimos. D'autres plantes , la v- 



112 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

tem. Olfactrix enim intelligitur, et tangi odore mirum 
in modum : ideo quum juxta sit, averti et recedere, sa- 
poremque inimicum fugere. Hinc sumpsit Androcydes 
medicinam contra ebrietates , raphanus ut mandatur 
praecipiens. Odit et caulem, et olus omne, odit et cory- 
lum, ni procul absint , tristis atque aegra. Nitrum qui- 
dem , et alumen, marina aqua calida, et fab putamina, 
vel ervi , ultima venena sunt. 



Prodigia ex arboribus. 

XXXVUI. 9.5. In ter vitia arborum est et prodigiis 
locus. Invenimus enim sine foliis natas : vitem et malum 
Punicam stirpe fructum tulisse , non palmite , aut ramis : 
vitem , uvas sine foliis : oleas quoque amisisse folia bac- 
cis hrentibus. Sunt et miracula fortuita. Nam et oliva 
in totum ambusta revixit : et in Botia derosae a locus- 
tis ficus iterum germinavere. Mutantur arbores et co- 
lore, fiuntque ex nigris candidae , non semper prodi- 
giose : e maxime qu ex semine nascuntur, ut populus 
alba in nigram transit. Quidam et sorbum, si in cali- 
diora loca venerit , sterilescere putant. Prodigio au tem 
fiunt ex dulcibus acerba poma, aut dulcia ex acerbis, e 
caprifico fici : aut contra : gravi ostento , quum in de- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. ii3 

rite, ne tuent pas les arbres , mais leur nuisent, soit par 
l'odeur, soit par la qualit de leur suc : ainsi le raifort et 
le laurier sont nuisibles la vigne ; celle-ci semble doue 
d'odorat, toute exhalaison l'affecte un point extraor- 
dinaire : aussi , ds qu'elle sent prs d'elle un laurier ou 
un raifort, elle se dtourne pour fuir une odeur qu'elle 
dteste ; c'est ce qui a fait conclure Androcide que le 
raifort tait un remde contre l'ivresse. La vigne dteste 
encore les choux, tous les lgumes, le coudrier, et dans 
leur voisinage elle est toujours maladive et maigre. Le 
nitre, l'alun, l'eau de mer chaude, les cosses de fves ou 
d'orobe sont pour elle des poisons mortels. 

Prodiges concernant les arbres. 

XXX Vin. 25. Parmi les maux que craignent les arbres, 
plaons aussi les monstruosits. On a vu des arbres crotre 
sans porter de feuilles ; un cep de vigne et un grenadier 
dont le fruit adhrait au tronc , et non aux branches ; 
un cep de vigne garni de raisin sans avoir de feuilles; des 
oliviers qui avaient perdu leur feuillage et gard leurs 
fruits. Il est encore d'autres merveilles qui sont dues au 
hasard : ainsi un olivier compltement brl a repris ; 
en Botie, des figuiers rongs par des sauterelles bour- 
geonnrent de nouveau. Quelquefois un arbre change de 
couleur, et passe du noir au blanc; ce fait, d'ailleurs, 
n'est pas toujours contre nature , surtout pour l'arbre 
qui nat de graine : c'est ainsi que le peuplier blanc se 
change en peuplier noir. On a dit que le cormier, trans- 
plant en un lieu plus chaud, cesse de produire; mais 
XI. 8 



ii/i C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

teriora mutantur , ex olea in oleastrum , ex candida 
uva et fico , in ni gras : ut Laodiceae , Xerxis adventn 
platano in oleam mutata : qualibus ostentis Aristandri 
apud Graecos volumen scatet, ne in infinitum abeamus: 
apud nos vero C. Epidii commentarii , in quibus arbores 
locutae quoque reperiuntur. Subsedit in Cumano arbor 
gravi ostento, paulo ante Pompeii Magni bella civilia, 
paucis ramis eminentibus. Inventum Sibyllinis libris in- 
ternecionem hominum fore , tantoque eam majorem , 
quanto propius ab Urbe postea facta esset. Sunt prodi- 
gia , et quum alienis locis enascuntur , ut in capitibus 
statuarum , vel aris , et quum in arboribus ipsis alienae. 
Ficus in lauro nata est Cyzici ante obsidionem. Simili 
modo Trallibus palma in basi Caesaris dictatoris circa 
bella civilia ejus. Necnon et Romse in Capitolio in ca- 
pite Jovis bello Persei enata palma , victoriam trium- 
phosque portendit : bac tempestatibus prostrata, eodem 
loco ficus enata est , M. Messal , C. Cassii censorum 
lustro. A quo tempore pudicitiam subversam Piso gravis 
auctor prodidit. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. ii5 

on met au rang des prodiges la succession des fruits 
amers aux fruits doux , des fruits doux aux amers. Le 
figuier et le figuier sauvage offrent l'exemple des deux ' 
cas. On croit voir un prsage de malheur lorsque le chan- 
gement a lieu en mal; par exemple, quand un olivier 
domestique devient olivier sauvage; quand un cep de 
vigne ou un figuier fruits blancs en donnent de noirs. 
Ainsi , lors de l'invasion de Xerxs , Laodice vit un 
platane se changer en olivier. Le Grec Aristandre a 
compil un volume rempli de prodiges de ce genre , ce 
qui nous dispense d'en accumuler davantage. Les M- 
moires du Romain Epidius font mention d'arbres qui 
ont parl ; Cumes , et quelque temps avant la guerre 
civile de Csar et de Pompe , on vit un arbre s'enfon- 
cer en terre assez profondment pour que quelques bran- 
ches seulement parussent au dessus du sol. Les livres si- 
byllins prdirent alors que le sang coulerait avec d'autant 
plus d'abondance, que le thtre du carnage serait plus 
voisin de Rome. Un autre genre de prodige est la naissance 
d'un arbre en lieu extraordinaire, par exemple sur la tte 
d'une statue, ou sur un autel, ou sur un autre arbre : c'est 
ainsi qu'un figuier leva sur un laurier Cyzique, quelque 
temps avant le sige de cette ville; ralles, vers le temps 
de la guerre civile, un palmier s'leva sur le pidestal 
de la statue de Csar; Rome, au Capitole, pendant la 
guerre de Perse , on vit natre un palmier sur la tte 
de Jupiter , brillant prsage de victoire et de triomphe- 
Abattu par les vents, cet arbre fut remplac par un 
figuier lors du recensement du peuple fait par les cen- 
seurs Messala et Cassius ; et le svre Pison remarque 

S. 



n6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

Super omnia qu umquam audita sunt, erit prodigium 
in nostro aevo Neronis principis ruina factum in agro 
Marrucino , Vectii Marcelli e primis equestris ordinis 
oliveto universo viam publicam transgresse , arvisque 
inde e contrario in locum oliveti profectis. 



Medicinae arborum. 

XXXIX. 26. Nunc expositis arborum morbis, con- 
sentaneum est dicere et remdia. Ex his qudam sunt 
communia omnium, quaedam propria quarumdam. Com- 
munia : ablaqueati, adcumulatio, adflari radies, aut 
cooperiri , riguis dato potu vel ablato , fimi succo re- 
fectis, putatione levatis onere. Item succo emisso quae- 
dam veluti detractio sanguinis : circumrasio corticis : 
vitium extenuatio, et domitura palmitum : gemmarum , 
si frigus retorridas hirtasque fecerit , repumicatio , et 
qudam politura. Arborum iis aliae magis , aliae minus 
gaudent : veluti cupressus et aquam aspernatur et fimum, 
et circumfossuram , amputationemque , et omnia rem- 
dia odit : quin etiam necatur riguis : et vitis, et Punicae 
praecipue aluntur. Ficus arbor ipsa riguis alitur, pomum 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 117 

qu' dater de cette poque la pudeur cessa d'exister 
Rome, 

De tous les prodiges qui ont t clbrs dans tous les 
ges , le plus remarquable est celui que nous avons vu , 
sous Nron , chez les Marrucins. Une plantation d'oli- 
viers, appartenant Vectius Marcellus, illustre cheva- 
lier romain , fut transporte tout entire au del de la 
grande route, et les champs nagure au del de cette 
mme route vinrent occuper la place que quittait le 
verger. 

Comment on soigne les maladies des arbres. 

XXXIX. 16. Aprs avoir expos les maladies des ar- 
bres, il convient d'indiquer les remdes. Parmi ceux-ci, 
les uns sont communs tous les arbres, les autres par- 
ticuliers a certaines espces. Les premiers consistent 
dchausser ou rechausser les arbres, donner de l'air 
aux racines ou les recouvrir de terre, les abreuver ou 
^ les priver d'eau , les fumer, les tailler, les dchar- 
ger de bois; de plus, on diminue la quantit de leirs 
sucs par des espces de saignes. On ratisse leur corce 
tout l'entour. On arrte l'accroissement trop rapide des 
ceps et des branches par quelques coupures. On fait tom- 
ber les bourgeons fltris et rabougris par le froid, en 
frottant les arbres , et en les polissant pour ainsi dire. 
Tous les arbres ne s'accommodent pas au mme degr 
de ces remdes ; par exemple , le cyprs n'aime ni l'eau , 
ni le fumier, ni les labours , ni la taille; tout remde lui 
est odieux ; l'eau mme le fait prir : la vigne et le grena- 



ii8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

vero ejus marcescit. Amygdalae si colantur fossione , flo- 
rem amittunt. Nec insitas circumfodere oportet , prius- 
quam valid ferre cperint poma. Pluriinae autem am- 
putari sibi volunt onerosa ac supervacua , sicut nos 
ungues et capillum. Reciduntur veteres tota, ac rursus a 
stolone aliquo resurgunt: sed non omnes, nec nisi qua- 
riim naturam pati diximus. 



Quomodo rigandum. 

XL. Rigua stivis vaporibus utilia , hieme inimica , 
autumno varia, et ex natura soli : quippe quum vinde- 
miator Hispaniarum stagnante solo uvas demetat. Cetero 
majore in parte orbis etiam pluvias autumni aquas eri- 
vari convenit. Circa Canis ortum rigua maxime prosunt, 
ac ne tune quidem nimia , quoniam inebrietatis radici- 
bus nocent. Et aetas modum temprt. Novell enim 
minus sitiunt. Desiderant autem maxime rigari , quae 
adsuevere. Contra siccis locis genita non expetunt hu- 
morem , nisi necessarium. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 119 

tlier, au contraire, s'en trouvent merveille. Quant au 
figuier , l'arrosement en fait grossir la tige , mais des- 
sche les fruits. Si l'on bche la terre de l'amandier, l'ar- 
bre perd ses fleurs. De mme il ne faut bcher autour des 
jeunes greffes que quand elles ont pris de la force et 
port du fruit. Nombre d'arbres sollicitent l'amputation 
d'un bois superflu, aussi charge pour eux que la lon- 
gueur des cheveux et des ongles pour l'homme. Un arbre 
vieux peut se couper par le pied, et repousser de nou- 
veau par un rejeton ; mais cette mthode n'est pas g- 
nrale , et ne russit que pour les arbres dont nous 
avons parl plus haut. 

Modes d'irrigation. 

XL. L'arrosement est bon en t , funeste en hiver ; 
il ne convient en automne que selon la nature du terrain. 
En Espagne , par exemple , le vendangeur rcolte la 
grappe sur un sol baign d'eau, tandis qu'il est nces- 
saire , presque partout ailleurs , de dtourner les eaux 
qui tombent en automne. C'est principalement au lever 
de la Canicule qu'il faut pratiquer l'irrigation , en se 
gardant toutefois d'un excs qui serait fatal aux racines 
inondes. C'est encore l'ge qui doit ici servir de rgle. 
Les jeunes plantes ont moins soif ; celles qui ont l'ha- 
bitude des irrigations les rclament plus imprieuse- 
ment. Quant aux plantes que produisent les lieux secs , 
elles ne se trouvent bien que de la quantit d'eau qui leur 
est strictement ncessaire. 



lao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

Mirabilia de riguis. 

XLI. Asperiora vina rigari utique cupiunt in Sulmo- 
nensi Itali agro , pago Fabiano , ubi et arva rigant : 
mirumque , herbae aqua illa necantur, fruges aluntur , 
et riguus pro sarculo est. In eodem agro bruma , tanto 
magis si nives jaceant , geletve , ne frigus vites adurat , 
circumfundunt riguis, quod ibi tepidare vocant : memo- 
rabili natura in amne solo. Sed idem aestate vix tolerandi 
rigoris. 



-^ 



r ' ^ Castratio arborum. 

XLII. 2 7. Carbunculi ac rubiginum remdia demon- 
strabimus volumine proximo. Intrim est scarificatio 
qusedam in remediis : quum macie corticis ex gritudine 
adstringente se, justoque plus vitalia arborum compri- 
mente, exactam falcis aciem utraque manu imprimentes, 
perpetuis incisuris deducunt , ac veluti cutem laxant. 
Salutare id fuisse , argumento sunt dilattes cicatrices , 
et internato corpore expletae. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. lai 

Faits remarquables sur l'irrigation. 

XLI. Dans le village de Fabie, territoire de Sul- 
mone , en Italie, la rudesse des vins fait une loi de l'ir- 
rigation pour les vignes ; on arrose mme les champs 
bl , ce qui donne lieu un rsultat surprenant : les 
herbes meurent, les bls profitent, et l'irrigation tient 
lieu de sarclage. De plus , dans ce canton , on arrose 
vers le solstice d'hiver; c'est ce que, dans la langue du 
pays, on appelle attidir les vignes, surtout s'il neige ou 
qu'il gle , ce qui empche le froid de les faire souffrir. 
Il faut dire que l'eau employe pour cette opration vient 
d'une rivire voisine qui est chaude en hiver , quoique 
d'une fracheur presque insupportable pendant l't. 

Incisions pratiques sur les arbres. 

XLII. 27. Nous indiquerons dans le livre suivant les 
remdes employs contre le charbon et la rouille. En 
attendant, nous dcrirons l'utile pratique de la scari- 
fication , par laquelle on remdie l'amaigrissement 
de l'corce, resserre, par la maladie, au point de com- 
primer l'excs les parties vitales de l'arbre. On fait 
alors de longues incisions de haut en bas, l'aide d'une 
serpe tenue deux mains , et par ce moyen on relche 
en quelque faon l'corce. Ce qui prouve l'excellence de 
ce procd, c'est que les plaies s'largissent bientt, et 
que de l'intrieur se forme une couche nouvelle qui les 
remplit. 



122 C. PLINII mST. NAT. LIB. XVII. 

Alia arborum remdia. 

XLIII. Magnaque ex parte similis hominum medicina 
et arborum est, quando earum quoque terebrantur ossa. 
Amygdalae ex amaris dulces fiunt, si circumfosso stipite, 
et ab ima parte circumforato, defluens pituita abstergea- 
tur. Et ulmis detrahitur succus inutilis , supra terram 
foratis usque ad meduliam in senecta, aut quum ali- 
mente nimio abundare sentiuntur. Idem et ficorum tur- 
gido cortice incisuris in obliquum levibus emittitur : ita 
fit ne dcidant fructus. Pomiferis , quae germinant , nec 
ferunt fructum , fissa radie inditur lapis , fertilesque 
fiunt. Hoc idem et amygdalis , e robore cuneo adacto. 
In piris sorbisque , e teda, ac cinere et terra cooperto. 
Etiam radies circumcidisse prodest vitium luxriantiuum 
ficorumque, et circumcisis cinerem addidisse. Fici sero- 
tinae fiunt , si primae grossi, quum fabae magnitudinem 
excessere , detrahantur : subnascuntur enim quae serius 
maturescunt. Eaedem quum frondere incipiunt , si cacu- 
mina rami cujusque detrahantur, firmiores fertilioresque 
fiunt : nam caprificatio maturat. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. lai 

Autres remdes pour les arbres. 

XLIII. Gnralement on traite les arbres malades 
comme les hommes, puisqu'on en vient jusqu' percer leurs 
os. L'amandier amer produit des fruits doux lorsque , 
aprs avoir bch la terre tout l'entour , on le perce 
vers le pied, et qu'on essuie l'humeur qui suinte de la 
plaie. On dbarrasse aussi l'orme de ses sucs inutiles , 
en le perant fleur de terre jusqu' la moelle, lors- 
qu'il est vieux ou qu'il prend trop de nourriture. On 
pratique de mme sur l'corce gonfle du figuier de l- 
gres incisions obliques , et par ce moyen on empche 
les figues de tomber. Quand un arbre fruitier bour- 
geonne sans porter de fruits , on lui rend sa fcondit 
en fendant la racine , puis en plaant une pierre dans 
l'ouverture. On fend de mme l'amandier, mais on rem- 
place la pierre par un coin de rouvre qu'on fait entrer 
de force dans la fente. Dans les cormiers et les poiriers, 
on enfonce un coin de tda , puis l'on couvre la racine 
de terre et de cendre. On coupe tout autour les ra- 
cines de la vigne et du figuier, s'ils jettent trop de bois ; 
on recouvre les plaies de cendre. On obtient des figues 
tardives en cueillant les premires figues ds qu'elles ont 
pass la grosseur d'une fve: elles sont alors remplaces 
par des figues destines mrir l'arrire-saison. En 
coupant la sommit des branches d'un figuier l'instant 
o elles poussent des feuilles , on les rend plus solides 
et plus fcondes. On fait mrir les figues l'aide de la 
caprification. 



ia4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

. Caprificatio , et de ficis. 

XLIV. In ea culices nasci e grossis manifestura est : 
qiioniam quum evolavere, non inveniuntur intus grana, 
qiiae in eos versa apparet. Exeundi tanta est aviditas, ut 
plerique aut pede relicto , aut pinnae parte erumpant. 
Est et aliud genus culicum, quos vocant centrinas, fucis 
apium similes ignavia malitiaque, cum pernicie verorum 
et utilium : interimunt enim illos, atque ipsi moriuntur. 
Vexant et tineae semina ficorum. Contra quas remedium, 
in eodem scrobe defodere taleara lentisci, inversa parte, 
quae fuerit a cacumine. Uberrimas autem ficus rubrica 
amurca diluta, et cum fimo infusa radicibus frondere in- 
cipientium facit. Caprificorum laudantur maxime nigrae, 
et in petrosis , quoniam frumenta plurima habeant : ca- 
prificatio ipsa post imbrem. 



Quae putationis vitia. 

XLV. In primis autem cavendum, ne ex remediis vi- 
tia fiant : quod evenit nimia aut intempestiva mediciua. 
Interlucatio arboribus prodest : sed omnium annorum 
trucidatio ioutilissima. Vitis tantum tonsuram annuam 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. laf. 

De la caprification et du figuier. 

XLIV. Il est certain que dans les jeunes figues 
s'engendrent des moucherons ; la preuve , c'est que 
ds qu'ils se sont envols on ne trouve plus de grains 
l'intrieur du fruit: ces. grains se sont donc chan- 
gs en moucherons. Ces insectes sont si empresss de 
sortir , que la plupart , en s'enfuyant , laissent leurs 
pieds ou une partie de leurs ailes dans le fruit. Les cen- 
trines rappellent , par la fainantise et la mchancet , 
les bourdons ennemis des abeilles ; ils sont funestes aux 
moucherons qui mrissent les fruits , ils leur donnent 
la mort , mais la subissent en mme temps. Certaines 
teignes attaquent la graine du figuier ; on les carte en 
plantant par le bout le plus petit, dans la mme fosse, 
une bouture de lentisque. On obtient de belles rcoltes 
de figues l'aide de terre rouge dlaye avec de la lie 
d'huile , et jete avec du fumier sur la racine de l'arbre 
lors de la pousse des feuilles. Les meilleurs figuiers 
sauvages sont les noirs , et ceux qui croissent dans les 
endroits pierreux , parce que leurs fruits sont plus four- 
nis en grains. La caprification doit se faire aprs la 
pluie. 

Suites funestes d'une mauvaise taille. 

XLV. Il faut prendre garde surtout, en cherchant 
gurir les arbres , de leur faire contracter de nouvelles 
maladies , frquens rsultats des remdes administrs 
l'excs ou contre-temps. Il est bon de les laguer, 



A 



ia6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

quaerit , alternam vero myrtus , Punicae , oleae, quia ce 
leriter fruticescunt. Ceterae rarius tondentur, nulla au- 
tumno. Ac ne raduntur quidem , iiisi vere. Putatione 
plagae ad vitaiia sunt omnia qucumque non super- 
vacua. - 



De stercoratione. 

XLVI. Similis fmi ratio. Gaudent eo, sed cavendum 
ne in fervore solis admoveatur, ne immaturum, ne va- 
lidiusquam opus sit. Urit vineas suillum, nisi quinquen- 
nio interposito , praeterquam si riguis diluatur : et e co- 
riariorum sordibus, nisi admixta aqua : item largius. 
Justum existimant in denos pedes quadratos trs modios. 
Id quidem soli natura decernet. 



1 Arboribus medicamenta. 

XLVII. Columbino ac suillo plagis quoque arborum 
medentur. Si mala Punica acida nascantur, ablaqueatis 
radicibus fimum suillum adhibent : eo anno vinolenta , 
proximo dulcia futura. Alii urina hominis aqua mixta 
riganda censent quater anno, singulis amphoris : aut ca- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 127 

mais la mutilation des branches , renouvele chaque 
anne, leur devient funeste. La vigne seule demande 
tre taille tous les ans ; le myrte , le grenadier et l'oli- 
vier, tous les deux ans ; mais ces arbres poussent vite : 
on ne taille les autres que rarement, en automne ja- 
mais ; on ne doit mme les racler qu'au printemps. Lors- 
qu'on taille , tout bois qui n'est pas inutile est indispen- 
sable la conservation de l'arbre. 

De la manire de fumer. 

XLVL L'opration de fumer demande aussi des atten- 
tions; utile aux plantes , le fumier peut nuire cependant 
par une extrme chaleur, s'il est trop nouveau, ou s'il est 
trop fort. Le fumier de cochon brle les vignes, moins 
qu'il n'ait cinq ans , ou que le vignoble ne soit ample- 
ment arros. Il en est de mme des immondices des cor- 
royeurs , moins qu'on n'y mle de l'eau ; tout fumier 
nuit encore si l'on en met trop ; gnralement trois muids 
sont la mesure pour dix pieds carrs ; au reste , la nature 
du terrain doit en cela servir de rgle. 

Remdes pour les arbres. 

XL VII. La fiente de pigeon et le fumier de cochon 
gurissent aussi les plaies des arbres. On fait produire 
un grenadier des fruits moins acides en le dchaussant et 
en entourant le pied de l'arbre de fumier de cochon. 
Ds la premire anne les grenades sont vineuses ; la 
deuxime , elles sont douces. D'autres recommandent 



'W' 



a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XTII. 

cuinina spargi vino lsere diluto. Si findantur in ar- 
bore, pediculum intorqueri. Ficis utique amurcam ad- 
fundi. Ceteris arboribus aegris fcem vini , aut lupinum 
circum radies earum seri. Aqua quoque lupini decocti 
circumfusa pomis prodest. Fici , quum Vulcanalibus to- 
nuit, cadunt. Remedium est, ut ante stipula hordeacea 
areae stringantur. Cerasos praecoces facit , cogitque ma- 
turescere calx admota radicibus. Et hoc aulem, et omnia 
poma intervelli melius est, ut, quae relicta sint, gran- 
descant. 



a8. Qusedam pna emendantur , aut morsu excitan- 
tur, utpalm et lentisci. Saisis enim aquis aluntur. Salis 
vim et cineres, sed leniorem , habent : ideo fici adsper- 
guntur, rutaque, ne fiant verminosae, neve radies pu- 
treseant. Quin et vitium radicibus, aquam salsam jubent 
adfundi , si sint lacrymosae : si vero fructus earum dci- 
dant , cinerem aceto adspergi , ipsasque illini , aut san- 
daracha , si putrescat uva. Si vero fertiles non sunt , 
aceto acri subacto einere rigari atque oblini. Quod si 
fructum non maturent, prius inarescentem, preisarum 
ad radies plagam, fibrasque, aceto acri et urina vetusta 

't 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. 129 

de les arroser quatre fois dans l'anne avec l'urine humaine 
tendue d'eau , et chaque fois la dose d'une amphore ; 
ou encore de rpandre sur leurs cimes le suc du silphium 
ml avec du vin. Quand la grenade se fend sur l'arbre , 
on doit en tordre la queue ; si c'est une figue , il faut 
arroser le figuier de lie d'huile. Lorsque les autres ar- 
bres sont malades , il est bon de les arroser de lie de 
vin , ou de semer des lupins autour de leurs racines : 
en arrosant leur pied d'une dcoction de lupins, on donne 
de la qualit aux fruits. S'il tonne lors des Vulcanales , 
les figues tombent , moins que l'on ne prvienne cet 
accident en couvrant de paille d'orge les planches o 
sont les figuiers. On obtient des cerises prcoces , qu'on 
force mrir en mettant de la chaux sur les racines du 
cerisier. 11 est galement bon d'ter et l des fruits 
sur un arbre, pour dcider le dveloppement de ceux 
qu'on y laisse. 

28. Il y a des arbres qui gagnent tre maltraits, 
et, en quelque sorte, mordus: ainsi , le palmier et le len- 
tisque se nourrissent dans l'eau sale. La cendre a aussi 
les proprits du sel , mais moins prononces ; aussi en 
saupoudre-t-on les figuiers. On emploie de mme la rue 
pour carter les vers et prvenir la carie des racines. 
L'eau sale est aussi recommande pour les racines de la 
vigne s'il en suinte de l'humeur. Quand le raisin tombe, 
on arrose et l'on enduit la vigne d'un mlange de cendre 
et de vinaigre ; si la grappe se pourrit, on fait des frictions 
de sandaraque ; enfin si la vigne est strile , on l'arrose 
et on l'enduit d'un mlange de fort vinaigre et de cendre. 
Quand le raisin se dessche au lieu de mrir, on re- 

XI. 9 



i3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

madefacere , atque eo luto obruere , saepe fodere. Olea- 
rum , si parum promisere fructus , nudatas radies hi- 
berno frigori opponunt , eaque castigatione proficiunt. 
Omnia haec annua caili ratione constant : et aliquando 
serius poscuntur, aliquando celerius. Necnon ignis ali- 
quid prodest, ut aruadini : ambusta namque densior 
mitiorque surgit. 



Cato et medicamenta quaedam componit, mensurae 
quoque distinctione, ad majorum arborum radies am- 
phoram , ad minorum urnam amurcae , et aquae portio- 
nem aequam , ablaqueatis prius radicibus paulatim ad- 
fundi jubens. In olea hoc amplius, stramentis antea cir-< 
cumpositis : item fico. Hujus praecipue vere terram ad- 
aggerari radicibus : ila futurum , ut non dcidant grossi ; 
majorque fecunditas, nec scabra proveniat. Simili modo, 
ne convolvulus fit in vinea, amurcae congios duos de- 
coqui in crassitudinem mellis : rursusque cum bituminis 
tertia parte, et sulphuris quarta sub dio coqui, quoniam 
exardescat sub tecto. Hoc vites circa capita ac sub bra- 
chiis ungui : ita non fore convolvulum. Quidam contenti 
sunt fumo hujus mixturae suffire vineas secundo flatu , 
continue triduo. Plerique non minus auxilii et alimenti 



""""OUI,,,;,, 

I I 

HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIL i3i 

tranche le bois de la vigne prs de la racine, on hu- 
mecte la plaie et les fibres d'un mlange de vieille urine - 
et de fort vinaigre, puis on recouvre de Tespce de pte 
que nous venons d'indiquer, et l'on bche diverses re- 
prises. Lorsque l'olivier ne promet qu'une faible rcolte, 
on le dchausse et on laisse la racine expose la rigueur 
du froid de l'hiver; par ce traitement svre, il gagne en 
fertilit. Au reste , toutes ces oprations sont subordon- 
nes la temprature , et doivent tre tantt avances 
et tantt retardes : le feu mme s'emploie avec avantage 
sur quelques plantes , par exemple sur le roseau ; lors- 
qu'on le brle , il gagne en paisseur et en souplesse. 

Caton donne la recette de plusieurs remdes, et fixe 
la quantit laquelle on doit les administrer. Versez 
peu peu , dit-il , sur les racines , d'abord inondes , d'un 
arbre de premire grandeur, une amphore de lie d'huile; 
sur celles d'un arbre plus petit, une urne, toujours avec 
gale quantit d'eau. Pour l'olivier et le figuier, entou- 
rez-les d'abord de paille; le figuier surtout doit avoir t 
soigneusement rechauss au printemps; par ce moyen, 
les jeunes figues tiendront aux branches , et l'arbre en 
portera davantage sans devenir raboteux. Pour emp- 
cher les chenilles de natre sur la vigne , prenez deux 
congs de lie d'huile , que vous ferez cuire jusqu' 
consistance de miel ; ajoutez-y un tiers de bitume , un 
quart de soufre , et faites recuire le tout en plein air , 
car , dans l'intrieur , le mlange s'enflammerait ; en 
enduisant avec cette composition les nuds et les 
aisselles de la vigne , jamais chenille n'y viendra. 
Quelques-uns se contentent de faire trois jours de suite 

9-* 



i32 C. PLINII HIST, NAT. LIB. XVII. 

arbitranturin urina, quam Cato in arnurca , addita modo 
aquae pari portione , quoniam per se noceat. 



Alii volucre appellant animal prrodens pubescen- 
tes uvas : quod ne accidat, falces, quum sint exacutae, 
fibrina pelle dtergent, atque ita putant : sanguine ursino 
liniri volunt post putationem easdem. Sunt arborum 
pestes et formicse. Has abigunt , rubrica ac pice li- 
quida perunctis caudicibus : nec non et pisce suspenso 
juxta in unum locum congregant : aut lupino trito cum 
oleo radies linunt. 



Multi et talpas amurca necant : contraque erucas , 
et mala ne putrescant , lacert viridis felle tangi cacu- 
mina jubent. Privatim autem contra erucas ambiri arbo- 
res singulas a muliere incitati mensis , nudis pedibiis , 
recincta. Item ne quod animal pastu malefico decerpat 
frondem, fimo boum diluto adspergi folia, quoties imber 
interveniat , quoniam ita abluatur virus medicaminis : 
mira qusedam excogitante solertia humana. Quippe quum 
averti carmin grandi ns credant plerique : cujus verba 
inserere non equidem serio ausim , quamquam a Gafone 






HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. i33 

des fumigations de ce mlange par un veut qui porte la 
vapeur vers les ceps. Selon l'opinion commune , l'urine 
n'est pas moins nourrissante , ni moins utile que la lie 
d'huile , vante par Caton ; mais on doit l'tendre d'un 
volume gal d'eau , car, seule, elle serait nuisible , 
l'arbre. 

Le raisin en fleur est en proie un autre insecte 
rongeur , appel volucre. Pour s'en prserver , aprs 
avoir aiguis la serpe dont on veut se servir pour tail- 
ler la vigne, on l'essuie avec une peau de castor. Ou 
ajoute qu'aprs la taille il faut frotter la serpe avec du 
sang d'ours. Les fourmis sont aussi un flau pour les 
arbres; oa les chasse en graissant le tronc d'un mlange 
de terre rouge et de poix liquide, ou en suspendant 
l'arbre un poisson que toutes les fourmis assigent 
bientt, ou bien en frottant les racines d'huile dans 
laquelle on a broy des lupins. 

On fait encore mourir les taupes avec de la lie d'huile. 
On prserve les pommes de la moisissure et des che- 
nilles, en frottant la cime des arbres avec le fiel d'un 
lzard vert ; mais ce qui carte le plus srement les che- 
nilles, c'est de faire faire une femme, l'poque des 
menstrues , le tour de chaque arbre : il faut qu'elle ait 
les pieds nus et la robe retrousse. De plus, on empche 
les btes venimeuses de se repatre des feuilles des ar- 
bres , en rpandant sur celles-ci de la fiente de buf 
dlaye dans l'eau , toutes les fois qu'il pleut , afin que 
la pluie les lave et emporte ce que ce remde peut 
avoir de trop violent. Car de quoi ne s'avise pas l'in- 
dustrie humaine ! on va mme jusqu' croire , et c'est 



.Vm^v^'^"' 



i34 C. PLmiI HIST. NAT. LIB. XVII. 

prodita, coritra luxata membra , jungeiida arundinum 
fissur. Idem arbores religiosas lucosque succidi per- 
misit, sacrificio prius facto : cujus rei rationem preca- 
tionemque eodem volumine tradidit. 



""ni 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVII. i35 

l'opinion la plus gnrale, qu'on chasse la grle l'aide 
de chants magiques ; mais je n'ose rapporter srieuse- 
ment ces formules , quoique Caton nous ait transmis 
celle que l'on emploie pour remettre les luxations , 
en tenant appliqu sur le membre malade un roseau 
fendu. C'est aussi Caton qui recommande de n'abattre 
d'arbre ou de bois sacr qu'aprs un sacrifice. On voit 
dans le mme auteur et l'expiation et la formule des 
prires. 






NOTES 

DU LIVRE DIX-SEPTIME. 

( DEUXIME PARTIE. ) 



i^i. ChAP. XVI, page 2, ligne 6. Hujus loci pars est adin- 
teivalla pertinens. Pline , qui a dj parl de l'intervalle laisser 
entre les arbres dans les plantations, en traitant de chaque espce 
eu particulier, copie ici hophraste {Hist. plant. , il, 7; de 
Cousis, vill). Les rgles suivre, dans le cas dont il s'agit, d- 
pendent, pour une mme espce d'arbres, de l'exposition et de la 
plus ou moins grande richesse du sol ; et, pour des arbres d'es- 
pce diffrente , de l'espace que parcourent les racines , de la 
disposition de la cime , de la rapidit avec laquelle les radicelles 
puisent le sol , etc. , etc. 

1^1. XVlII,page?,, ligne 1 1. Juglandium grais et noxia.jtiiv. 
croyance, assez peu fonde, existe encore dans toute sa force. 
Pline a dit dj , XV, 24 ' Car/on a capitis graedine , propter odoris 
graoitatem.T ous les auteurs du moyen ge ont crit la mme chose 
en d'autres termes. L'ombre des arbres nuit aux plantes voisines 
en les privant de la lumire et de la douce influence du soleil. Sou- 
vent on attribue l'absence de la lumire , et consquemm.ent 
l'ombre des arbres, ce qui doit tre attribu leurs radicelles, qui 
puisent compltement le sol la surface , et empchent le d- 
veloppement de la plante. 

143. Page 4 , ligne 2. Necal gramina et pinus. Les forts de 
conifres donnent une ombre paisse. Les pins entrelacent leurs 
branches, et forment souvent des abris o le jour pntre peine. 
Cf. la note prcdente. 

i4.4' Ligne 12. Populo (^umbra') nulla ludentibus foliis. On 

* outrs les noies des livres xii xxvu incliisivcmenl soal dues 
M. Fr. 



NOTES DU LIVRE XVII. 187 

peut conjecturer qu'il s'agit ici du peuplier tremble , Popuus 
tremula , L. Cf. la note 189 et la note 2o3, au livre xvi, pour la 
synonymie et l'explication physiologique du mouvement conti- 
nuel de la feuille des peupliers. 

i4-5. XIX , page 6 , ligne "2. Stillicidii brevis definitio est. Pline 
annonce faussement que l'eau de pluie qui tombe goutte goutte 
des arbres sans mouiller le tronc leur est nuisible ; il n'en est 
rien. Palladius a donc crit mal propos, livre II, in Jamiar. y 
tit. 16 , en parlant du noyer : Besiderat inleralla majora ^pro ar- 
boris magniludine : quia stillicidiis follorum suorum, proximis , vel 
sui generis, nocebit arboribus, 11 n'existe aucun vgtal dont les 
feuilles puissent communiquer l'eau de pluie une qualit vn- 
neuse. On avait dit cela du mancenillier, arbre exotique rang 
parmi les poisons les plus actifs du rgne vgtal , et qui est 
gorg d'un suc lactescent acre et corrosif. Mais des expriences 
directes et nombreuses, faites la Martinique par M. Ricard, 
pharmacien de la colonie, ont dtruit ce prjug, bien mieux 
fond en apparence , que celui dont Pline et Palladius ont parl 
dans leurs crits et qui se rapporte au noyer. 

il fi. Ligne 6. Jam per se colles minora qurunt intervalla. 
Thophraste, crivain philosophe et qui cherchait avec un esprit 
suprieur fonder ses prceptes sur des causes rationnelles , dit , 
de Cousis, III, 8, que les arbres qui croissent sur les montagnes 
tendent moins leurs branches et leurs rameaux que ceux qui vi- 
vent en plaine. 

i4-7' Ligne 10. H^on alia major in Blica arbor. Si cela tait 
vrai du temps de Pline, et il est permis d'en douter, cette as- 
sertion serait de toute fausset aujourd'hui. On trouve , en An- 
dalousie , des palmiers , des peupliers , et plusieurs autres arbres 
qui s'lvent beaucoup au dessus des oliviers. 

148. Ligne 11. In Africa vero (^fides pnes audores erit') 
milliarias vocari mvllas narrant a pondre olei, quod ferant annuo 
proventu. Les exemples de la plus grande fracil , laquelle 
aient pu atteindre quelques oliviers monstrueux , sont loin d'ap- 
procher du rsultat rapport ici par noire auteur, qui a un pen- 
chant dcid pour l'exagration. 



i38 NOTES DU LIVRE XVII. 

i4-9* " XX. , page 8 , ligne 2. Qudam autem nalura tarde cres- 
cunt , et in prhnis semine tantum nascentia , et longo vo durantia. 
Pline s'exprime ici en termes peu diffrens de ceux que Varron 
emploie, de Re rust. , 1 , 4-i : Omnia minuta et arida, ad crescendum 
tarda : ea qu laxiora^ et fecundiora ; utfemina, quam mas: expro- 
portione in virgultis item. Ilaque ficus , malus punica , et vitis, pr opter 
femineam moUitiam, ad crescendum prona. Contra palma , et cupres- 
sus, et olea, in crescendo tarda, etc. Virgile a dit aussi que les ar- 
bres venus de semence croissaient moins vite que les autres : 

Jatn , qnae seminibus jactis se sastulit arbor, 

Tarda venit 

Georg., II, 67. 

Conf. sur la dure des arbres les notes 4^2 et suivantes au 
livre XVI. 

i5o. Ligne 8. Ocissima omnium cjrprus et pseudoc/prus fru- 
tex. Nous avons trait du cyprus , Lawsonia inermis, L. , note 99 
du livre XII. Ce faux cjrprus dont parle notre auteur ne peut 
tre rapport une plante connue, faute de renseignemens. Quel- 
ques manuscrits portent pseudo-cypirus. 

l5i. XXI, page 8, ligne 19. Cato propaari prter vilem tra- 
dilficum... Caton , de Re rustica, c. 5i, donne la liste des arbres 
qu'on peut provigner : Propagatio pomorum aliarum'jue arborum. 
Ah arbore abs terra pulli qui nasceniur, eos in terram deprimito , 
extollitoque primorem partem , uti radicem capiat: inde biennio post 
effodito , seritoque, Ficum , oleam , malum punicum , cotoneum , 
aliaque mala omnia, laurum, myrtwrn , nuces prnestinas , plala- 
num ; hc omnia a capite propagari , eximique , serique codent 
modo oportet. Pline a trait de ces arbres dans les livres prcdens. 

i52. Ligne 11. Propaginum duo gnera. Ces deux ma- 
nires de propager les plantes sont encore employes par les mo - 
dnies. Celte opration porte le nom de marcotte, quand on 
l'applique l'ensemble des plantes; on lui rserve le nom de 
provignage, quand on la met en usage pour la vigne. 

i53. Page 10, ligne 5. Alterum genus luxuriosius... Pline a 
compil ici Caton l'Ancien , de Re rust., i33 : Inarboribus radices 
uti copiant , calicem perlusum sumito tibi, aut quasillum : per eum 



NOTES DU LIVRE XVII. i3g 

ramuuni iranserito : eum quasillurii terra impleto, cacatoque : in 
arborem relinquito : ubi bimum eril , ramum tenerum infra prcidito : 
cum quasillo serito. Eu modo quodvis geuus arborum facere poteris 
uti radies bene habeant. 

i54- Page lo, ligne 12. Sabna herba propagine seritur et avul- 
sione. Conf. sur la sabine, Juniperus Sabina, L. , la note i3i du 
livre XXIV. 

i55, Ligne il\. lisdem modis rosmarinum seriiur et ramo, 
quoniam neutri semen. 11 est inutile de prvenir que la sabine 
et le romarin portent des graines comme toutes les plantes ph- 
nogaraes. Toutefois on connat une varit du Juniperus Sa- 
bina , L., var. jS, Sabina folio tamarisci Dioscoridis , C. Bauh, , 
Pinax , 4.87, qualifie de sterilis par les anciens auteurs qui, 
sans doute, n'avaient vu que l'individu mle de cette plante 
dioque. Quant au prtendu romarin strile de Pline, il n'en existe 
point qui prsente cette particularit ; cette plante, tant herma- 
phrodite, fructifie dans toutes les localits o elle fleurit. 

i56. Ligne 16. Rhododendron propagine et semine. Conf, sur 
cet arbrisseau la note 179 du livre xvi. 

157. XXII, page 10, ligne \^. Semine quoque inserere natura 
docuit, raptim avium jame devorato, solidoque, et ahi tepore madido, 
cum fecundo ftmi medicamine abjecto in mollibus arborum leciicis, et 
ventis spe translata in aliquas corticum rimas : unde vidimus cera- 
sum, in salice , platanum in lauro, laurum in ceraso , etc. Quoi- 
qu'on ait crit que l'art de la greffe se perdait dans la nuit des 
temps, et que les Phniciens l'avaient pratiqu, il parat bien tabli 
que les anciens auteurs grecs ne l'ont pas connu ; Homre et 
Hsiode n'en disent rien, et ce fut aprs eux (jue les Grecs 
ont greff la vigne , seule greffe qui parat avoir t alors en 
usage. Macrobe, Saturn., 1,17, attribue Saturne l'introduction 
de ce mode de propagation ; ce qui veut dire simplement que l'in- 
venteur^' en tait pas connu. Hxiic deo insertiones surculorum porno - 
rumque educationes , et omnium hujnsce modi fertilium trbuunt dis- 
ciplinas. Lucrce, v. i363, Pline, loco comm., et Tliophraste ,, 
deCausis, I, 6, p, 204. , et II, 19, p. 255, l'attribuent au ha-~ 
sard , ce qui est assez probable. 



i4o NOTES DU LIVRE XVII. 

Pline , en regardant comme un rsultat de la greffe le dvelop- 
pement du cerisier sur le saule, du platane sur le laurier, etc., se 
trompe. Les arbres que Ton trouve dans le creux des vieux 
troncs ne proviennent pas plus de la greffe que ceux qu'on voit 
dans les anfractuosils des rochers ou dans les fentes des mu- 
railles ; car ces arbres vivent aux dpens de la terre vgtale 
qu'ils y trouvent, et ne sont nullement parasites. 

Nous pensons , ainsi que le dit notre auteur, que la nature 
nous a rvl le moyen de greffer les vgtaux, mais c'est en 
nous montrant des Soudures ou greffes naturelles, produites par 
le contact de deux vgtaux qui , vivant dans quelque crevasse de 
rocher, se seront troitement unis et confondus : quiconque a 
parcouru les vieilles forts aura vu sans doute des exemples de 
ce fait curieux , mais assez frquent. 

Thophraste crit qu'un oiseau , ayant aval un fruit entier, le 
rendit avec ses excrmens dans le tronc d'un arbre creux ; l , 
favoris par les pluies et trouvant quelques dbris de terreau , il 
germa et produisit dans cet arbre un autre arbre d'espce diffrente. 
Ce rcit est une fable. Il ne put y avoir greffe par ce moyen, et 
nous en avons dit plus haut la cause. Ce mme auteur, en parlant 
de la greffe par fente, dit, et Pline raconte la mme chose d'aprs 
ce grand naturaliste , qu'un laboureur, voulant fortifier sa chau- 
mire en l'entourant d'une palissade , ficha dans du lierre , pour 
empcher leur dcomposition, des pieux destins la former ; ces 
pieux y reprirent vie, se nourrirent de la sve du lierre, poussrent 
des feuilles, etc. Ce fut l , ajoute-t-il , ce qui apprit aux hommes a 
greffer en fente. Il est bien douteux qu'une opration aussi gros- 
sire ait pu donner des greffes qui aient russi; on sait que la 
greffe n'a lieu que sur les espces de mme genre , ou sur les 
individus de mme famille. Or , quel tait le bois qui avait 
fourni ces pieux? quel arbre tait-ce que ce lierre.'' On ne sau- 
rait trop se tenir en rserve contre de pareilles croyances , et ce 
n'est pas un petit bienfait que nous devrons aux sciences , que de 
nous avoir donn les moyens d'apprcier leur juste valeur les 
rcits merveilleux dont les crits des anciens sont remplis. 

1 58. XXII l , page 1 2 , ligne 4- Hinc nata noculatio , sutori 



NOTES DU LIVRE XVII. i4i 

simili fistula aperiendi in arbore oculum coriice exciso , semenque 
indudendi eadem fistula sublatum ex alia. Cette greffe est connue 
des modernes sous le nom de greffe par gemmes. Elle est fr- 
quemment usite de nos jours dans la culture des arbres fruitiers 
et des arbres d'agrment. On en connat de plusieurs sortes. 
C'est la troisime sorte de greffe suivant Columelle, v, n, et l'on 
voit par le texte de cet auteur qu'on lui donnait aussi, mais 
tort , le nom H emplastralio... Tertium quo ipsas gemmas cum. 
exiguo cortice in partem sui delibratam recipit , quam vacant agri 
col emplaslrationem, vel ut quidam, , inoculationem, 

iSg. Page i, ligne 7. Virgiliana qurit sinum in nodo gemm 
expulsi corticis , gernmamque ex alia arbore includit. Virgile donne 
en effet ce procd dans le livre II des Gorgiques, vers yS et suiv. : 

Nec modus inserere, atque oculos imponere simplex. 
Nam , qua se medio irudunt de cortice gemmae, 
Et tenues rutnpunt tunicas ; angustus in ipso 
Fil nodo sinus : hue alina ex arbore germen 
Includunt , udoque docent inolesccrc libro. 

160. XXIV, page 12, ligne 1 1. Insitionem auiem casus, ma- 
gisler alius, etpne numro sior , ad hune modum. Cf. sur le pr- 
tendu hasard, auquel on devrait la greffe en fente, la note iSj. 
Les greffes en fente sont nombreuses. On a donn celle dont 
parle ici notre auteur le nom de greffe Pline. Elle russit princi- 
palement sur les arbres fruits en ppin. On lemploie moins 
aujourd'hui qu'autrefois. Ces sortes de greffes sont aussi connues 
sous le nom de greffes par scions en couronnes: unum quo resecia 
etfissa arbor resectos surculos accipit ( CoLUM., de Re rust.,, v, 11). 
C'est l la premire des greffes suivant le mme auteur. 

161. Page 14. > ligne g. Multa in hoc servanda. Il est superflu 
de dire que la plupart des prceptes donns ici par Pline sont er- 
rons ; affirmer que les arbres n'ont pas de la sve dans toute 
leur tendue , est une erreur que nous ne nous amuserons 
pas rfuter. Columelle, que Pline copie ici presque constam- 
ment, a employ le mot humor dans le sens du mot succus de 
Pline. Itaque cuslodiemus, ut a prdictis locis, quos hum.orosos rus- 
iid vacant, semina legamus , etc. On doit le traduire par sve. 



iki NOTES DU LIVRE XVII. 

162. Page i4 , ligne 12. Vitibus ficisque mdia sicciora, et 
e summa -parte conceplus , ideo illinc surcidi petuntur. Il rsulte 
le ce passage que les anciens greffaient le figuier. On doit re- 
marquer que, de tons les arbres fruitiers, le figuier est le seul 
dont la greffe n'amliore pas les fruits. Sennebier en tmoigne 
un grand tonnement ; et pourtant cet tonnement aura des 
bornes, si l'on se rappelle que, de tous les fruits, celui du figuier 
est le plus extraordinaire , puisqu'au fond ce n'est autre chose 
qu'un rceptacle floral charnu. Il n'est donc nullement tonnant 
qu'il sorte de la loi commune. 

i63. Ligne \/^.. FadUime coalescunt , quibus eadem corticis 
natura, quque pariter fiorentia ejusdem hor germinallonem succa- 
rumque socielatem halent. Ici Pline rentre dans des ides saines et 
fondes sur la physiologie vgtale. Il condamne ce qu'il dira 
ailleurs des greffes monstrueuses du poirier sur le platane , du 
pommier sur le cornouiller, etc., puisqu'il dclare que l'analogie 
entre le sujet et la greffe est ncessaire pour qu'elle russisse, 
hophraste, de Causis, 1,6, s'exprime dans les mmes termes, 
et Coliimelle, v, 11, semble avoir fourni notre auteur la 
phrase mme que nous commentons. Omnis surcidus omni arbori 
inseri potes t , si non est ei , cui inseritur, cortice dissimilis. Si vero 
etiam similem fmctum, , et eodem tem,pore offert , sine scrupulo cgregie 
inseritur. 

164.. Ligne 20. Ut in parle nitidissima , ne longior muto tri- 
bus digitis , ne obliqua, ne translucens. Virgilius ex cacumine inseri 
vetat. Virgile tablit en effet cette rgle dans ces vers: 

Aut rursum enodes irunci resecanlur, et alte 
FiniHtur in solidum cunejs via : deinde fer.ices 
Planiae immitHinlur : nec longimi tcmpus, et ingens 
Exiit ad clum raniis felicibus arbor. 

Georg., II, 78. 

i65. Page 16, ligne r. Cerlumque est, ab humris arborum 
orientem, stivum speclantibus , surados petendos , et e feracibus , 
et germine novello , nisi vetust arbori, etc. Les greffes russis- 
sent, quel que soit l'endroit de l'arbre o on les prenne; nan- 
moins il est juste de dire qu'on les enlve aux jeunes branches, 



NOTES DU LIVRE XVII. i43 

et que dans les arbres fruitiers les jeunes rameaux sont les 
plus vigoureux. Quant au choix des branches qui regardent 
l'orient , cette prcaution est inutile : c'est moins l'exposition 
des branches que la natui e du sol travers par les racines cor- 
respondantes , qui influe sur la force des rameaux. Columelle {de 
Re rust., V, 1 1 , et fe Arbor., c. 20), au reste, recommande la mme 
chose , et c'est sans doute chez cet auteur que Pline a emprunt 
ce prcepte. Voici comment le docte agronome s'exprime : Exqua 
arbore inserere voles , et surculos ad insitionem sumpiunis es , videto 
ut sit tenera et ferax , nodisque crebris : et quum primum germina 
tumebunt , de ramuis anniculis qui salis ortum speciabunt . et integri 
erunt, eos legito crassitudine digiii mimmi... . Semina si ex arboribus 
smes f de iis potissimum sumito, qu omnibus annis bonos et uberes 
f erunt fructus . Observabis autem ab humeris , qui sunt contra solem 
orientem, ut eosdem decerpas. On voit qu'on retrouve dans ce 
passage le sens presque littral du texte de notre auteur. 

166. Page 16 , ligne 22. Idetiam, religionis serant , ut luna 
crescenie, ut calamus ulraque deprimatur manu. Nous avons dj fait 
justice de toutes les purilits relatives l'influence des astres sur 
les divers procds de l'agriculture. Le temps les a fait disparatre 
aujourd'hui presque tous. Pourtant on s'indigne de voir encore 
paratre , chez des libraires plus avides de s'enrichir que de r- 
pandre les bienfaits de la civilisation, des ouvrages o les plus 
grossiers prjugs sont prsents comme des vrits incontesta- 
bles : tel est celui que nous avons sous les yeux , qui , imprim 
en Angleterre, et rimprim Lille , porte le nom pompeux de 
Vox stellarum ; tel est encore celui qu'on connat sous le nom 
A'Almanach des Bergers. 

167. Page 18, ligne 5. Qidam vestigio fissuras falce in 
itnncis facto, salice prligant marginem ipsum.^owX. ce qui suit est 
emprunt Palladius, in Februar., tit. 17, in Octob., tit. 12, etc. ; 
et Columelle , lib. v. Cf. Tiieoph. , de Causis, Il , 6. 

168. Ligne i8. Cato argill , vel cret arenam , fimumque 
bubulum admisceri... On nomme aujourd'hui ce mlange onguent 
Saint-Fiacre, et l'on a pour usage d'en entourer les greffes 
nouvelles pour empcher tout contact avec l'air extrieur. On 
s'en sert aussi pour amener la cicatrisation des parties ligneuses 



i/,4 NOTES DU LIVRE XVH. 

- 

qui ont t entames , soit par la dent des animaux , sot par des 
chocs extrieurs , soit enfin par la carie naturelle. L'onguent 
Saint-Fiacre diffre trs-peu du mlange indiqu par Caton ; seu- 
lement, au lieu de craie ou de sable, on emploie de la terre 
franche, plus convenable parce que le desschement tant moins 
rapide , on ne craint pas qu'il se fendille et qu'il tombe. 

169. Page 20 , ligne 2. Ex Us qu commenlaUis est... Tout 
ce paragraphe est emprunt Caton , de Re mstica , lib. l^o. 

170. Ligne 1 \. Ac moUihus bifidorum viminum fashus , lin- 
gua hubula (Jieib id genus est^ insuper obtegi j'ubet , etc. Par lingua 
bubula il faut ici entendre la buglosse , borragine dont Pline 
traitera au livre xxv. 

171. Page 22 , ligne 4- Vitium vero in scrobibus sicds stra- 
mento opertos, ac deinde terra obrutos, ut cacumine existant. Cette 
mthode de conservation, emprunte de Columelle, iv, 2t), est 
employe pour les jeunes plants ; les jardiniers appellent cette 
opration saler les plantes : on les laisse ainsi jusqu'au moment 
jug ncessaire pour faire la plantation. 

172. XXV, page 22 , ligne 7. Caio vitem tribus modis inserit. 
Columelle parle fort au long de l'art de greffer la vigne (iv, 29). 
Des trois procds indiqus par Pline, d'aprs Caton , de Re rus- 
tica, c. 4' ? deux sont entirement tombs en dsutude. La seule 
greffe qui soit encore quelquefois pratique est celle en fente; 
mais la vigne , comme tous les arbrisseaux noueux , prend si fa- 
cilement de marcottes et de boutures, qu'on trouve plus com- 
mode et plus conomique de la multiplier par ces derniers 
procds. 

173. Prsectam findi fubet per medullam, in eam surculos 
exacutos (^ut dictum est) addi , medullas jungi. Il existe pour la 
greffe de la vigne une singulire particularit : c'est que dans 
tous les autres arbres il faut disposer la greffe de manire ce 
que les dernires couches de l'corce et celle de l'aubier se cor- 
respondent exactement , prcaution qui est de toute rigueur , 
l'exception peut-tre de la vigne. La concidence des pidermes 
n'est pas ncessaire. 



NOTES DU LIVRE XVII. i45 

174- Page 22, ligne ii. Nostra tas correxit , ut Gallicaute- 
returterebra... Columelle, iv, 29, parle de cette tarire gauloise... 
Nos terehram, quant GalUcam dicimus, ad hanc insilionem commenti 
longe habiliorem utiliorenujue comperimus , etc. Didyme , in Geo- 
pom'c. , IV, 12 , parle aussi de cet iustrument. Le pre Hardouio 
veut que ce soit notre vile brequio. A-t-il raison ,'' nous n'osons 
l'affirmer ; cependant cela pourrait tre. 

175. Ligne i4- Nec plus quam Unis ah insito emineret oculis, 

vlmeo vimine alligatus On conoit que le choix d'un lien 

fait avec les rameaux de telle ou telle espce de plante est une pu- 
rilit. Columelle, de Arhoribus , cap. 8 , agit plus sensment en 
prescrivant seulemerft un lien, sans dsignation spciale. 

176. Ligne 19. Viiibus inserendis tempus dedere ab quinoctio 
auiumno ad germnatonis initia. L'poque ici donne pour pra- 
tiquer la greffe de la vigne est bien vague. Les modernes prescri- 
vent de faire cette opration en mai et en juin lorsque la vigne a 
commenc pousser ses jets. Si on opre plus tt, l'abondance 
de la sve et son rapide coulement ne permettent pas la greffe 
de se runir au sujet. 

177. Page 24 1 ligne 3. Si sativ sihestribus inserantur, degC' 
nerant in ferilatem. Cette assertion est emprunte Varron : Si 
in pirum sjlvaticam inseveris pirum quanwis bonam , non fore tant 
jucundum , quam si in eam qu silvestris non sit ( de Re rustica , I , 
4.0). Les ppinires fournissent , par le semis de graines d'espces 
franches, tous les arbres fruitiers aujourd'hui ncessaires dans 
nos vergers. La greffe pratique sur un arbre sauvage donne les 
mmes rsultats que ceux qu'on obtient d'un sujet provenant de 
la semence d'un arbre domestique ; ce qui est contraire l'opi- 
nion de Varron et de Pline. 

178. XXVf, Page 24-1 ligne 9. Emplastratio et ipsa ex 
inoculatione nata videri potest. Cette manire de greffer se nomme 
greffe en cusson , tandis que celle qui est qualifie SUnoculatio 
(Cf. la note i58) est la greffe par gemmes. 

179. Ligne ig. Sed id etiam apud veleres Grcos invenitur, 
et apud Catonem , qui oleamficumque sic inseri jussit , mensura etiam 

XI. 10 



146 NOTES DU LIVRE XVII. 

prfinita secundum reliquam diligentiam suam. Le passage de Ca- 
ton , cit par Pline , au lieu de porter digitos quatuor, comme il 
parat que l'a lu ntre auteur, laisse lire digitos trs ( Cato, de Re 
rustica, c. 42 )- 

180. Page 26 , ligne 9. Toi modis insilam arborem vidimus 
juxta Tiburtes Tullias , omni gnre pomorum onustam, alio ramo 
nucibus, alio baccis, aliunde vite,ficis, piris, punicis, malorumque 
generibus. Ce mot de vidimus est ici bien extraordinaire dans la 
bouche de Pline ; et c'est chose pnible pour un commentateur 
de douter de la vracit de l'auteur qu'il tudie. Une merveille pa- 
reille celle dont parle Pline ressemble aux contes orientaux 
des Mille et une nuits. En effet , comment concevoir qu'un seul 
arbre puisse offrir les fruits d'un verger tout entier ; et , quand 
on a peine croire la possibilit d'une seule greffe disgnre ', 
comment admettre la possibilit d'une runion de greffes d'arbres 
aussi diffrens que le sont le figuier et la vigne, le noyer et le 
grenadier, etc.? Il est pourtant une manire d'expliquer ce sin- 
gulier phnomne de culture ; nous allons l'entreprendre , mais 
on verra qu'il ne faudra pas prendre la rigueur le mot greffe , 
employ par notre auteur. 

On nomme greffe-diane une sorte de plantation en usage dans 
quelques parties de l'Italie, Gnes, Florence, Venise. On 
choisit un tronc d'oranger vivant , dont on supprime les bran- 
ches, puis on le perfore dans toute sa longueur, jusqu'au dessous 
de la rgion des racines. Le jardinier runit alors de jeunes su- 
jets de jasmins , d'amandiers nains fleurs doubles , de figuiers , 
de rosiers, de myrtes, etc. ; il plante ces vgtaux dans un vase, 
ou en pleine terre, selon le climat, et fait passer les jeunes pieds 
du groupe travers la tige de l'arbre perfor, de manire qu'elles 
dpassent le bord suprieur du tronc de quelques dcimtres ; 
enfin il enterre les racines de l'oranger jusqu' leur collet, arrose 
souvent, et cultive le tout comme un arbre nouvellement plant. 
Cet arbre ne manque pas de pousser , ainsi que les jeunes v- 
gtaux qu'il contient , et cette prtendue greffe si merveilleuse, 

Un amateur de rosiers nous a affirm qall avail pratiqu la greffe du 
rosier sur le groseiller, et quVlle avait russi. 



NOTES DU LIVRE XVII. 147 

qui dure de dix quinze ans , est opre. On peut voir, l'cole 
d'agriculture du Jardin des Plantes , deux groupes d'arbrisseaux 
sarmenteux dont les tiges , contournes les unes ct des au- 
tres, s'lvent, en forme de colonne torse, prs de deux mtres 
de hauteur, et sont termines par une cime vase, de laquelle on 
voit sortir ct les unes des autres, ici des branches de syco- 
more , de mahaleb , de faux-buier et de bignone rampante ; 
l , des rameaux de pchers , de baguenaudiers et de vigne- 
vierge. Les voyageurs ont souvent parl d'arbrisseaux sarmen- 
teux qui entourent les arbres , de leur tige , les serrent troi- 
tement , et finissent par tre envelopps eux-mmes par le 
tronc de ces mmes arbres. Ce fait est commun sous les tropiques. 
(Cf. les Annales du Musum d'histoire naturelle, XI, 1824.) 

Si l'on veut croire la vrit de l'assertion de Pline , on 
peut penser que l'arbre merveilleux du jardin de Tibur tait le 
produit de la fausse greffe dont nous venons de parler ; de sorte 
que le seul tort du naturaliste romain se bornerait ne pas avoir 
su distinguer la petite supercherie qui donne cette runion fac- 
tice l'aspect d'une greffe vritable. Au reste, nous donnons cette 
explication seulement comme une probabilit. 

181. Page 26 , ligne i5. Capacissima insitorum omnium ducilur 
platanus , postea rohur. Les horticulteurs modernes ne greffent 
plus le chne et le platane. 

182. XXVIII, page 3o, ligne 2. Myrtus et taleis seritur : 
morus talea tantum , quoniam in ulmo eam inseri religio fulgurum 
prohibet.he mrier ne pourrait tre ent sur l'orme. Quant au pr- 
jug renferm dans cette phrase, il a grossi dj le texte de notre 
auteur au liv. xv, 17, o l'on peut lire : Neque omnia insita misceri 

fas est y sicut nec spinas inseri, quando fulgura expiari non queunt 
facile : quoique gnera insita fuerunt, tt fulgura uno ictu prononcian- 
tur. Cf. , sur les divers passages de la fin de ce livre , Theoph. , 
Hist. plant. , II , 1,7; Pallad. , Februar. , tit. aS ; et CoLUM. , 
V, 8 , auxquels Pline a emprunt presque tout son texte. 

183. Ligne i3. Taleas oleaginas, quas in scrobe salurus eris... 
C'est encore aujourd'hui la bouture qu'on prfre tous les 
autres modes de propagation. L'olivier, disent les agriculteurs , 

10. 



i48 NOTES DU LIVRE XVII. 

veut tre plant gros. Le mode de plantation actuel diffre trop 
peu de l'ancienne manire pour qu'il soit besoin d'tablir une 
comparaison rigoureuse. Cf. Caon, c, 45; Varron, deRerus- 
tica, 1, 4o; CoLUM., v, 9 ; Oliv. de Serres, ii , 897, d. de 
Franc, de Neufchteau, etc. 

184.. Page 82 , ligne 1. Tale uhi trim sunt, tum denique 
cur sint , ubi liber se vertet, Columelle conseille aussi de remettre 
le jeune plant dans la mme direction que celle qu'il avait dans 
la ppinire. Ce prcepte sage annonce dans les anciens plus de 
connaissances physiologiques qu'on ne leur en suppose com- 
munment. Cf. ce sujet la note i3i de ce mme livre. 

I 85. XXX , page 82 , ligne 9. Si quis qnrat quodtempus... 
serend sit... Les modernes suivent encore les rgles traces par 
les anciens pour l'poque des plantations. Le moment le plus fa- 
vorable qu'on puisse choisir est la fin de l'hiver, depuis les derniers 
jours de fvrier jusqu'au milieu de mars , afin de profiter du 
mouvement d'ascension de la sve. Quelques cultivateurs ont le 
tort de planter en automne , et souvent les froids endommagent 
les jeunes plants. Cf Caton , 5, 27, 4o et 44* 

i86. Ligne lo. Olietum diebus XV ante quinoctum vernum 
incipito putare. On nglige trop souvent, et au prjudice des 
jeunes arbres, de pratiquer la taille recommande ici par notre 
auteur. Tous les prceptes de culture donns dans ce paragraphe 
sont fort rationnels et d'une grande sagesse : aussi sont-ils suivis 
par tous les cultivateurs intelligens. 

187. Ligne 2 1. Qu gnera olearum diximus. Pline a en 

effet trait des diverses sortes d'oliviers , livre XV. 

188. Page 34, ligne 7. Quatuor s oli dies sunl , quibus seri 
noceat. Quoique les manuscrits portent xiv, il est bien prouv 
qu'ils se trompent, puisqu'on lit encore au chapitre 2 de ce mme 
livre : Circa Vergilias quidem pluere inimicissimum viti et ole : 
quoniam iunc coitus est earum : hoc est illud quatriduum oleis de- 
cretorium ; et au chapitre 69 du livre suivant : Aliud hoc quatri- 
duum est decretorio die florentibus oleis vitibusque. Il est inutile 

de prvenir que l'assertion de Pline est une erreur fonde sur 



NOTES DU LIVRE XVII. i49 

quelque vieux prjug qui date des temps o la superstition s'- 
tait glisse partout. 

189. Page 34, ligne g. Quadam temitate consenescunt proxima 
adoptioni virga emissa. Il est certain que peu d'arbres peuvent tre 
compars, quant la dure , aux oliviers , puisqu'ils vivent cinq 
six cents ans; et que Bouche, dans son Histoire de Provence, en 
fait connatre un auquel on pouvait assigner neuf dix sicles. 
Quoique Taccroissement de l'olivier soit extrmement lent , ce- 
lui-ci avait un tronc creux et si prodigieusement gros, qu'une 
vingtaine de personnes pouvaient s'y abriter. Le propritaire de cet 
arbre colossal y tablissait son mnage tous les ts ; il y couchait 
avec toute sa famille, son cheval mme y avait une petite place. 
Les anciens devaient tre merveills d'une telle dure, non moins 
que de la manire dont l'olivier se reproduit. Il renat en quelque 
sorte de lui-mme; et, si le tronc meurt, il nat, des racines, 
une postrit nombreuse. Un fragment d'corce , auquel adhre 
un fragment de bois, tant mis en terre, donne naissance des 
radicules , et bientt une nouvelle race s'lve. Virgile a dit : 

Quin et caudibus sectis ( mirabile diclu ! ) 
Tradilur a sicco radix oleagina ligno. 

Que de raisons pour dcider les peuples mridionaux penser 
que l'olivier jouissait d'une sorte d'immortalit! ( Conf. , sur la 
dure des arbres , les notes 4.3'2-4-42 > ^u livre xvi.) 

igo. Ligne 12. Inserur autem oleaster calamo , et inocu- 
latione. Cf. les notes iSy et suivantes de ce mme livre. L'olivier 
est susceptible de recevoir diverses sortes de greffe. 

191. Ligne \l^.. Olea, ubi quercus effossa sit , etc. Pline , dans 
ce passage , nous montre qu'il tait moins croyant que ses con- 
temporains , et qu'il cherchait quelquefois des causes naturelles 
aux effets expliqus par les antipathies. Les anciens pensaient 
non-seulement que le chne et l'olivier ne pouvaient vivre dans 
le voisinage l'un de l'autre , mais encore que le second de ces 
arbres prissait quand on le plantait dans un terrain d'o le pre- 
mier avait t arrach. Il n'en est rien : la cause donne par Pline 
pour expliquer ce prtendu phnomne est superflue. Des exp- 
riences positives ont prouv que les chnes et les oliviers vien- 



i5o NOTES DU LIVRE XVII. 

neut trs-bien dans une mme plantation ; on trouve mme ces 

derniers arbres l'tat sauvage dans les forts de cbnes, etc. 

192. Page 34, ligne 16. Non inhumare taleas , etc. Colu- 
melle est d'un avis contraire , car il crit : Se oportebit talea- 
rum capita et imas partes rnixtofimo cum cinere oblinere, et ita totas 
eas immergere , ut putris terra quatuor digitis all superveniat ; se 
hinis indicihus ex utraque parle humantur.... (lib. V, 9). Les mo- 
dernes sont d'accord avec Pline contre l'avis de Columelle. 

193. Ligne 17. Vtus oivetum , etc. Les anciens taillaient 
rarement les oliviers. Pline veut qu'on les monde tous les deux 
ans , et Columelle seulement de huit en huit ans. Quelques 
cultivateurs condamnent la taille ; mais le plus grand nombre 
s'accorde sur l'utilit d'une taille modre, qui pourtant ne doit 
consister qu'en un simple lagagc. Il faut aussi enlever le bois 
mort et les branches languissantes. C'est en fvrier ou en mars 
qu'on pratique cette opration. Pline dit qu'on doit la faire en 
mai ; mais c'est bien tard , le mouvement de la sve ayant eu lieu 
depuis long-temps. 

194. Ligne 19. Itein muscum circumdare radici. Ce moyen 
est entirement abandonn ; mais on dchausse chaque anne le 
pied des arbres , et on les fume de temps en temps , comme le 
prescrit notre auteur. 

195. Page 36, ligne i. Mago idem arnygdalas ah occasu 
Arcturi ad brumam seri jubet. Ce prcepte est local , et particu- 
lier l'Italie ; ce n'est gure en janvier et fvrier, mois auxquels 
correspond le coucher de l'Arcture , qu'on planle les aman- 
diers en France ; on les transplante en automne. Au reste, Pal- 
ladius (il, in Januar. , tit. i5) s'exprime dans les mmes termes 
que Pline. 

196. Ligne 7. Connexa enim de tempore serendi que ratio 
est. C'est surtout au printemps que l'opration de la greffe est 
pratique ; nanmoins , on greffe aussi en automne , ce qui fait 
reconnatre une greffe il poussant et une greffe il dormant , 
suivant que le bourgeon greff au printemps pousse lors d l'as- 
cension printanire de la sve , ou qu'il demeure stationnaire 
pendant l'hiver sur le sujet qui l'a reu en autcmine : c'est l 






NOTES DU LIVRE XVII. i5i 

cette greffe pratique pendant que soufflent les vents tsiens , 
c'est--dire en aot. 

197. Page 36, ligne 21. Ergo tria tempora, etc. Voyez, sur les 
diverses poques du bourgeonnement, le chapitre 4-' du livre 
prcdent , o Pline a dit : Sunt ali naturales quibusdam , pr- 
terque vernas , qu suis constant sideribus.... Hiberna Aquil exortu ^ 
stiva Canis ortu , tertia Arcturi. lias duas quidam omnibus arho 
rihus communes putant , etc. Conf. , sur les prceptes donns dans 
ce paragraphe, CoLUM. , xi, 2. Les poques dtermines par 
Pline pour enter les arbres doivent varier en raison des lieux 
et des expositions ; leur dtermination est ici beaucoup trop ri- 
goureuse. 

ig8. Page 4o, ligne 5. Est etiam nunc nova inserendi ratio, etc. 
Cette greffe rentre encore dans les greffes htrognes , c'est- 
-dire impossibles. Voici comment Columelle (v, 11) la dcrit: 
Tum, arborem fici detrunca, plagamque leva, et mediam cuneo finde. 
Cacurmna deinde olivce , sicuti matri cohrent , ex utraque parte 
abrade , et ita fissur fici insre , cuneumque exime , diligenterque 
ramulos colliga , ne qua vi revellantur. Sic interposito triennio con- 
valescet ficus cum olea : et tum demum quarto anno , quum bene 
coierint , velut propagines , ramulos oliv a matre resecabis. Cette 
opration est fort bizarre , et ne doit donner aucun rsultat 
avantageux ; ce qui peut arriver de mieux , c'est d'avoir dans la 
suite deux troncs d'olivier. Le tronc du figuier prit, et ne sert 
que d'abri : il n'y a point d'union vritable , et partant point 
de greffe. Cf. plus haut la note 180. 

igg. XXXI , page 4^ , ligne 2. Cetero eadem illa de calidis 
frigidisque , et humidis et siccis , etc. Tous les prceptes renferms 
dans ce paragraphe ont dj t donns dans les chapitres 3 et 4 
de ce livre. 

200. XXXII, page 1^1 , ligne 18. Hinc restt earum ratio, etc. 
Plusieurs arbres servent en effet soutenir la vigne : l'orme , 
l'rable, le tilleul, le saule, MArundo Donax, etc., sont employs 
cet usage dans les pays o l'on cultive la vigne en hautains. 

201. Ligne 19. Principatum in iis obtinent salices. On emploie 
aujourd'hui plus rarement le saule que les autres arbres. Ce que 



II 



52 NOTES DU LIVRE XVII. 

notre auteur dit de la culture de cet arbre est emprunt Co- 
lumelle. La distance mettre entre chaque plant est prcise 
dans le texte de cet auteur : Riguus locus spatia laxiora desiderat, 
ecufue senum peum per qidncuncem. recte faciunt {de Re rust. , iv, 
3o). Il en est de mme de la profondeur donner aux fosses qui 
les reoivent : Ita enim prcipiunt veteres, in duos pedes et semis- 
sem salicto desiinatum solum (^de Re rust. , loco cit.) , ainsi que da 
choix faire des plants : Atque h vel cacuminibus , vel taleis de- 
ponuntur. Pertic tacuminum inodic plenitudinis , qu tamen di- 
pondiarii orbiculi crassitudinem non excdant^ optime panguntur..... 
Tale sesquipedales terreno hnmers paululum. obruuntur (de Re rust., 
loco cit.). 

Les pratiques modernes mises en usage pour la culture des 
saules diffrent peu de celles employes par les anciens. 11 en 
est plusieurs espces qu'on se contente de mettre en terre , et 
que l'on abandonne ensuite elles-mmes. Le saule longues 
feuilles , Salix viminalis , L. (osier blanc) , se plante en hiver au 
bord des rivires ', en lignes cartes de quatre pieds , au moyen 
de grosses boutures d'un pied de long, enfonces obliquement 
en terre , aux trois quarts de leur longueur. On donne cette 
plantation un labour d'hiver et un binage d't, au moins, pen- 
dant les deux premires annes. Pline prescrit de bcher les saus- 
saies tous les ans au mois d'avril : Has quoque omnibus annis 
confodi jubent mense aprli. 

202. Page 4-4 1 ligne 7. Perlicas ex ea cdi justum. est quarto 
fere anno. C'est du saule blanc ( Salix alba , L.) que Pline entend 
parler ici. Cette espce se trouve au bord des rivires et des 
prairies humides. Elle fournit des perches fort estimes ; on les 
laisse plus ou moins long-temps sur l'arbre , suivant qu'on veut 
les avoir plus ou moins grosses. 

2o3. Ligne i o. Ejusdem rei causa populus alba seritur bipeda- 

neo pastinatu Cet arbre a gard encore aujourd'hui l'pithte 

$alba, que les auteurs de l'antiquit lui ont donne; mais ceux-ci 
le confondaient avec le peuplier feuilles velues ( Populus ca- 
nescens, WlLLD.) , trs-rpandu en Europe. 

204. XXXIU , page 44 Hgne i5. Etiamnum dilutiore , etc. 



4 



NOTES DU LIVRE XVII. i53 

C'est encore aujourd'hui, au moyen des rejetons levs pendant 
l'hiver, qu'on multiplie ce roseau [Arundo Donax , L. )? nomm 
canne de Provence ; jamais on n'emploie les graines cet usage. 
Pline , dans le paragraphe o il traite de la culture du roseau , 
a adopt les opinions de Columelle et de l'auteur des Gopo- 
niques , ainsi qu'on peut le voir , chez le premier , au chapitre 82 
du livre iv du trait deRe rustica; et, chez le second, au livre v, 
chapitre 3i. Les modernes ont beaucoup simplifi la culture du 
roseau canne de Provence. 

2o5. Page 4-6 , ligne 5. Seritur et transversa , non alte terra 
condita. On n'emploie gure ce moyen aujourd'hui pour propa- 
ger la canne , et Columelle le condamne en ces termes : Sunt 
qui arundines intgras sternant, quoniam ex omnibus nodis sat arun- 
diies endttunt, Sedfere hoc genus eoanidam, exilemque , et humilem 
arundinem offert {de Arbor. , c. 29). Il existe une gramine c- 
lbre qui se reproduit l'aide des nuds que l'on met en terre ; 
c'est la canne sucre, que les Romains et les Grecs n'ont point 
connue. Cf. la note 44- au livre xii. 

206. Ligne 9. Cditur [arundo^ decrescente luna. Il est presque 
superflu de prvenir que ce prcepte est superstitieux. 

207. XXXIV, page 4-6 , ligne 12. Castanea pedamentis om- 
nibus prafertur, etc. Les modernes reconnaissent encore au bois 
de chtaignier la dure et la souplesse ; il est vrai qu'il se fend 
bien : c'est pourquoi ou l'emploie faire du merrain , des lat- 
tes, etc. Les jeunes chtaigniers sont employs , comme autre- 
fois , faire des chalas ; toutefois , l'on doit s'tonner que Pline 
puisse affirmer que le chtaignier croisse plus vite que le saule : 
il .n'en est rien. Il pousse avec une grande lenteur , et ce n'est 
que dans la force de l'ge qu'il a des branches longues et fortes , 
impropres toutefois faire des chalas. 

208. Ligne i4 Qurit solum facile , nec iamen arenosum 

Le chtaignier ne prospre point dans les terrains calcaires ; il 
craint autant le froid que la grande chaleur : aussi ne le trouve- 
t-on ni vers l'extrme nord ni vers le midi de l'Europe. On ne 
le cultive pas dans les plaines d'Italie , et sa propagation , sans 
tre difficile, ne peut tre entreprise dans tous les pays. Le texte 



^K 



i54 NOTES DU LIVRE XVU. 

de Pline renferme plusieurs choses qui semblent ne pouvoir s'ap- 
pliquer au chtaignier. Nous avons dj dit qu'il ne croissait que 
fort lentement , tandis que notre auteur assure le contraire. 
Nous ajouterons que cet arbre vient trs-mal dans le tuf, pres- 
que toujours compos de calcaire j qu'il se multiplie difficile- 
ment de marcottes et de rejetons , et jamais de boutures ; ce- 
pendant on lit dans le texte que nous commentons : Sunt et 
propagines , nulli quidem faciliores. On trouve aussi cette assertion 
inexacte dans Columelle ( iv, Si). 

209. Page 46 1 ligne 19. Sert nuce diximus. Pline a dit cela , 
en effet , au chapitre 24 <iu livre XV. C'est aujourd'hui la seule 
manire de propager ce bel arbre. 

210. Nec nisi quinis acervatim satis. Cette dcision ne doit 
pas tre prise dans un sens trop absolu. On met dans chaque 
trou une certaine quantit de chtaignes , afin de remplacer 
l'avance celles qui seront manges par les mulots , les rats , les 
souris , etc. , animaux qui en sont fort friands. Columelle , en 
gnral moins superstitieux que Pline, dit de les semer paisses. 
Voici comment il s'exprime ce sujet ; Spissms autem semen 
propter varias casus depunitur : nam interdum priusquam enasca 
tur , aut siccitatibus nux inarescit , aut aquarum ahundantia putres- 
cit : interdum subterraneis animalibus , sicuti muribus et talpis in- 
festatur, etc. [de Re rust. , IV, 33). 

211. Page 48, ligne 8. Sed translata nescit hospitari, pavet- 
que novitatem. Ceci est conforme la vrit , et a t emprunt 
Columelle ( iv, 33), qui dit: Mdius pertica {mergi more) dt- 
dinata propagatur, quant exempta reseritur : hc enim velut im- 
m^ta sua sede vehemenier germinat : at qu radidlus exempta et 
deposita est , biennio reformidat. Propter quod compertum est com- 
modius nucibus , quam, viviradidbus efusm,odi siloas institui. 

212. Ligne iS. Esculus simUiter provenit ^ etc. Nous avons 
cherch tablir que Vesculus est peut-tre le Quercus Escu- 
lus , L., chne commun en Italie , mais en convenant que la 
question ne peut tre rsolue d'une manire absolue. Peut-tre 
cet esculus n'est-il autre chose que quelque varit du chne 
commun. Cf. les notes 17 et ai , au livre xvi. 

2i3. Page 5o, ligne 2. Fraxinus , etc. Pline a , en effet , 




NOTES DU LIVRE XVII. i55 

consacr divers passages des livres xv et xvi ces arbres , trs- 
peu propres faire des chalas. 

214.. Page 5o, ligne 5. Sambucus contra firmissima ad palum, 
ifdeis seritur. Pline parlera du sureau au livre xxiv. On fait avec 
cet arbrisseau des haies pour clore les habitations. Beaucoup 
d'autres arbustes sont plus convenables ; mais on le prfre, 
cause de l'usage mdicinal de ses fleurs , et de l'emploi cono- 
mique de ses baies. A trois ou quatre ans , les jeunes pousses 
s'utilisent comme chalas ou comme tuteurs , et durent assez 
long-temps. Nanmoins elles ne mritent gure l'pithte At fir- 
missima qui leur est donne par notre auteur. 

21 5. Ligne 6. Nam, de cupresso satis di'ximus. Au livre pr- 
cdent , Cf. sur cet arbre la note 3oo , au passage cit. 

2i6. XXXV, page 5o , ligne 10. Vitium surculis et quarum.- 
dam arborum , etc. Ce que dit Pline ici ne manque pas de jus- 
tesse. Tous les arbres dicotyldons ont un canal mdullaire plus 
ou moins apparent , mais tous n'ont pas des nuds ; plusieurs 
plantes , dont le canal mdullaire est fort large , sont elles-mmes 
dans ce cas , et les exemples en sont nombreux. 

217. Ligne i4' Medulla, sive illa vitalis anima est. Haies et 
Linn pensaient que la force du vgtal rsidait dans la moelle ; 
d'autres , et M. de Mirbel est de ce nombre , refusent la moelle 
l'nergie que les deux clbres auteurs que nous venons de citer 
lui accordent ; Mais , dans ces derniers temps , Dutrochet est 
venu fortifier de raisonnemens sans rplique et d'expriences 
concluantes , l'opinion de Haies et de Linn , opinion que notre 
honorable ami M. Thmistocle Lestiboudois vient de rendre vic- 
torieuse dans son mmoire sur la structure des monocotyl- 
dones. Il semble donc tabli maintenant que la moelle est bien 
le corps qui reoit le premier l'influence vitale , ainsi que Pline 
le dit ; mais ce que cet auteur et tous les auteurs anciens igno- 
raient, c'est l'existence des rayons mdullaires, qui, s'allongeant 
travers l'corce , donnent naissance aux bourgeons ; car s'ils 
connaissaient l'effet , ils ignoraient la cause qui le produit. Co- 
lumelle parat avoir fourni Pline le passage de physiologie 
vgtale que nous commentons , ainsi qu'il rsulte du passage 



t 



i56 NOTES DU LIVRE XVII. 

suivant : Reliquas trunci partes humor omnis et alimentum , quod 
a solo ministratur, transcurrit , dum ad ultimum perenat. Naturali 
enim spiritu omne alimentum virentis , quasi qudam anima , per 
medullam trunci , relut per siphonem , quem T/ajSwTWV vacant me- 
chanici , trahitur in summum: quo quum pervenerit , ibi consistit, 
atque consumitur. {de Re rust. , III , i o. ) 

218. Page 5o , ligne 20. Hoc vocatur in vite gemma. Les 
botanistes modernes donnent le nom de gemmes tous les bour- 
geons. 

219. Ligne 21. Ante vero quam/aciat, in concavo oculus. Les 
cultivateurs modernes nomment aussi cEz'Z/e/oTzj, ou jeux, les bour- 
geons des arbres avant leur dveloppement : tel est l'tat dans 
lequel ils se prsentent immdiatement aprs la chute des feuilles. 
L'illeton terminal du rameau n'a point de nom particulier dans 
notre langue. 

220. Page 52, ligne i. Et in cacumine ipso ^ germen. Les 
distinctions admises aujourd'hui en faveur des bourgeons ne sont 
point tires de leur position , mais de la nature des parties qu'ils 
rei)ferment : ainsi on les dit, bourgeons fleur, bourgeons 
fruit , bourgeons mixtes , suivant qu'ils abritent des fleurs , des 
fruits seulement , ou bien des fleurs et des fruits tout la fois. 

221. Ligne 3. Mirumque , firmiora esse in dextra parte ge- 
nita. L'exprience ne parat pas avoir confirm cette rgle. 

222. Ligne 4* Hos ergo in surculis nodos, etc. Les radicules, 
destines fixer la plante au sol , partent toujours des nuds ; 
il y a donc plus de chance pour que la marcotte prenne , lorsque 
l'on met en terre un plus grand nombre de nuds. 

228. Ligne 12. Ita satas ficos , etc. Il n'est pas vrai que les 
figuiers vivent peu de temps ; on connat au contraire plusieurs 
de ces arbres qui ont atteint une longvit remarquable. 

224- Ligne 17. Solebat capitulatus ., etc. C'est par crossettes 
ou maillots {^malleoli') que l'on plante encore aujourd'hui la 
vigne basse dans la plupart de nos provinces. Les crossettes sont 
des branches de vignes enleves au cep , et tailles de manire 
ce qu'il reste un peu de bois de l'anne prcdente ; ce bois , 
tant couvert de bourgeons adventifs , donne promptement 
naissance des radicules. La forme ordinaire de cette sorte 




NOTES DU LIVRE XVII. ' 167 

fie marcotte est celle d'une petite crosse ou d'un petit maillet , 
ce qui rend compte des noms qui lui sont donns ; c'est, au reste, 
ainsi que Columelle ( lib. III, c. 6) explique l'origine du mot 
malleofus : Malleolus autem novellus , est palmes innatus prioris 
anni flagella , cognominatusque a similiiudine rei , quod in ea parte 
ffu decidiiur ex vetere sarmento promincns utrinque , malleoli spe- 
iem prhet. 

22 5. Page 52 , ligne 19. Postea avelli cum sua calce cptus 
est, ut in fico. Cf. Pline , chap. 1 3 de ce mme livre. 

226. Page 54. , ligne i. Neque est aliud vivacius ( malleolus). 
Pline dclare que les meilleures marcottes sont les malloles , 
et cette opinion est encore celle des modernes. Ecoutons Olivier 
de Serres sur ce sujet : C'est une erreur invtre que ce re- 
courbement-ci (on doit se rappeler la forme recourbe de ce 
genre de marcotte), tant blm des antiques, par le tmoignage 
de Columelle et de Pline, que par mespris ; le bout du sarment 
a est par eux appelle flche , comme ne servant qu' tre jette 
au loin ; aussi l'ont-ils nomm en latin flagellum , pour le vent 
qui le bat cause de sa faiblesse : lequel rejette , ont dfendu 
de s'en servir, pour crainte d'en faire des vignes infructueuses. 
Le docte agronome n'a pas remarqu que Columelle et Pline ne 
devaient pas tre confondus ici , et qu'ils n'taient pas d'accord 
sur la bont de ce genre de marcottes. Ces deux auteurs ne 
donnent pas au mot sagiita la mme signification : Sagittam rus- 
tici vacant navissm,am partem surculi : sive quia longius recessit a 
matre , et quasi emicuit , atque prosluit; seu quia cacumine atte- 
nuata prdicti teli specem gerit. Pline nomme sagitta le sarment 
qui ne porte sa base aucun fragment de la souche ou du tronc, 
quels qu'en soient la grosseur et l'ge. Notre auteur ne condamne 
pas absolument les malloles ; il dit seulement que le bois vieux 
qui y adhre n'est pas ncessaire , et cela est vrai : il sert seu- 
lement de garantie pour qu'on n'emploie que du sarment muni 
de bourgeons. 

227. Ligne 5. Serere e pam,pinariis strile est , etc. Cette 
assertion est hasarde ; l'exprience a dmontr qu'elle devait 
prendre place parmi les erreurs. 

228. Ligne g. Sagittas serere , etc. Les cultivateurs mo- 




i58 NOTES DU LIVRE XVII. 

dernes condamnent positivement cet usage , qui consistait 
tordre les marcottes ayant de les mettre en terre. Conf. CoLUM. , 
lib. m, cap. i8. 

229. Page 54 , ligne 11. Seruntur pedali..... Conf. CoLUM., 
III , 19. 

aSo. Ligne 12. Paucores tribus gemmi's in hac mensura esse 
non poterunt. Conf. CoLUM. , loco cit. Tout ceci est puis chez 
Columelle , ainsi que presque tout le paragraphe. 

23i. Ligne 17. Qui diutius in sicco fuerini , etc. Ce prcepte 
est trs-rationnel. On doit prfrer la terre humide l'eau pour 
la conservation des marcottes. 

282. Ligne 20. Bidente pastinari , etc. On entend par bidens 
une houe deux dents. La partie fourchue de la houe avait un 
peu moins de deux pieds de long , et se nommait bipalinus. On 
distinguait deux sortes de houe , une moyenne , et une grande 
qui avait trois pieds du ct de sa fourchure. 

233. Ligne 21. Marra rejici , etc. Il est probable que par 
marra on entendait un instrument plusieurs doigts ou plu- 
sieurs dents. Columelle (lib. x, v. 90) dit positivement que c'est 
un instrument propre briser les mottes, les diviser, et dchi- 
rer l'herbe. Voici les vers o se trouve cette dfinition : 

Mox bene cum glebis vivacera cespilis herbaoi 
Contundat marr, vel fracti dente ligonis , 
Pulria maluri solvantur ut ubera campi. 

Le nom de cet instrument est pass dans notre langue sans alt- 
ration. Cf. , au livre suivant , le chapitre 43. 

234. Marra re/ici, etc. L'opration qui prcde toute plan- 
tation doit tre celle qui tend rendre la terre plus lgre ; 
et, en effet, on sait que la libre circulation de l'air ne peut avoir 
lieu qu'autant que la terre a t remue , sans cela la vgtation 
souffrirait , et la plante prirait bientt. Les modernes pensent 
qu'il est avantageux de dfoncer la terre un an avant de faire les 
plantations de la vigne. 

235. Page 56 , ligne 9. Interesse in plantario , etc. On lit 
dans les Goponiques que les anciens espaaient les ceps , de deux 
pieds et demi : il est reconnu que cet intervalle est avantageux ; 




NOTES DU LIVRE XVII. 169 

mais il ne peut , cet gard , y avoir de rgles fixes , cause 
de la diversit des terrains. Dans le dpartement de l'Ain , on 
met entre chaque cep la mme distance que celle indique 
par Pline. Dans les environs de Lyon et dans ceux de Bordeaux , 
on met une bien plus grande distance ( six , huit , et mme dix 
pieds). Dans les dpartemens des Bouches -du- Rhne , de 
l'Isre et de Lot-et-Garonne , on plante les vignes en ranges 
cartes de vingt ou trente pieds ; l'espace intermdiaire est 
occup par des crales. Plus les vignes sont situes dans des pays 
chauds, plus il convient de les espacer. 

236. Page 56, ligne i5. Est et uxuriosa ratio vtes serendi. 
Cette manire de reproduire la vigne par quadruples marcottes 
n'est plus en usage aujourd'hui. 

2 3 7. Ligne 20. Ueaquefert omnium corporum suorum acinos. 
Cette assertion est fautive. Les marcottes soudes entre elles 
pourraient donner un cep capable de porter des raisins d'espces 
diffrentes, mais dont les grains seraient semblables dans chaque 
espce. 

238. Ligne 12. In alio gnre , etc. C'est tort que Colu- 
melle a dclar que les raisins produits par cette marcotte se- 
raient privs de ppins ; l'ablation de la moelle ne peut en 
aucune manire empcher la forme des graines dans le fruit. 
C'est mal propos que Pline s'tonne , plus loin , de ce que 
des branches d'arbres prives de moelle peuvent faire d'excel- 
lentes boutures. Son tonnement et cess s'il avait su qu'il 
existait dans toutes les plantes ligneuses une moelle rayonnante, 
distincte de la moelle centrale. 

23g. Page 58, ligne ii. Quinque generum h , etc. Olivier 
de Serres distingue seulement trois sortes de vignes , basses, 
moyennes et hautes. 

On trouve des vignes courantes dans les environs du Puy en 
Velay, La Rochelle, et mme en Normandie, o elles sont 
bien peu nombreuses, et servent tmoigner seulement que cette 
province n'est pas entirement impropre la culture de la vigne. 
Dans les dpartemens des Bouches-du-Rhne , du Gard , de 
l'Hraut et de l'Aude, on nomme vignes courantes, des vignes 
qu'on laboure souvent la charrue ; elles sont cartes, et on 



i6o NOTES DU LIVRE XVII. 

laisse monter leur souche sur un seul brin jusqu' la hauteur de 

deux pieds. 

240. Page 58 , ligne i3. Aut pedat simplici jugo , etc. De 
nos jours, la vigne est encore cultive en treille, en berceau , en 
espalier. Dans nos dparlemens du centre et du nord , on n'em- 
ploie les raisins qui s'y rcoltent que pour la table ; mais dans 
les vignobles de nos dparlemens mridionaux, dans les environs 
de Cahors, d'Alby, d'Agen, et dans tout le Mdoc , on dispose 
souvent les vignes en treilles basses , et on rcolte d'excellent 
vin ; ces vignes sont plantes en ranges fort cartes. On a 
adopt ce mode de culture, qui est assez avantageux, dans les 
environs de Vesoul , de Grenoble , de Besanon , de Lyon , 
d'Angers , d'Orlans , de Troyes. 

24.1. Page 60 , ligne i. Jugumfit perlica , aut arundine , etc. 
Conf. CoLUM. , IV, 17. La manire dont se font les treilles en 
Europe diffre suivant les localits , et en raison des matriaux 
que les cultivateurs ont leur disposition. 

il^i. Ligne 7. tlis vero tribus seritur modis. Les anciens ne 
connaissaient pas le mode de plantation la taravelle , condam- 
ne par les modernes , mais approuve par Olivier de Serres. 
La taravelle est une sorte de pieux pointu avec lequel on pra- 
tique des trous dans la terre ; ces trous sont destins recevoir 
les marcottes. On plante dans le Nord les colzats la taravelle. 

La plantation des vignes dans des fosses , soit longitudi- 
nales , soit orbiculaires , a le grave inconvnient , dans certains 
pays , de favoriser la gele des jeunes pousses au printemps , 
parce qu'elles sont plus abreuves d'humidit que celles qui sont 
sur les hauteurs. Les anciens ne disent rien touchant la direction 
que ces fosses doivent avoir ; on les dirige, autant que possible, 
du levant au couchant. La plupart des rgles traces dans ce 
paragraphe sont encore suivies dans quelques vignobles franais. 

243. Ligne 9. Sulco latitudo pal satis est..... Cf. CoLUM. , 
de Arboribus , ch. 5 ; Palladius , in Januar. , tit. X , p. 4o ; et en- 
core CoLUM. , V, 5. 

244* Ligne 18. Adminicula prima e calamo accipere. Il est 
inutile de prvenir que ce prcepte est une purilit. 



%|- 



NOTES DU LIVRE XVII. i6i 

a^-S. Page 62, ligne i. Vineas limita/ i deaimano XVIII pedum 

latitudinis Olivier de Serres veut que les raisins d'un plant 

diffrent soient spars par une alle ; il exige , en outre , qu'on 
pratique dans les vignes des sentiers et des chemins pour faciliter 
les rcoltes. Il parat que les vignes des anciens n'taient point, 
comme les ntres , entoures de haies pour en dfendre l'entre. 

246. Ligne 11. Aquoso ccclo , etc. L'poque que les mo- 
dernes ont adopte pour marcotter est galement l'automne; 
quelquefois il arrive que l'on marcoltc les vignes au premier 
printemps, mais cela n'a lieu que dans quelques cantons. 

24.7. Ligne 20. Interesse, medio tempe ramento , etc. Pline 
indique ici des mesures un peu diffrentes de celles que Columclle 
(m, i5) a dtermines. ( Vojez plus haut la note que nous avons 
donne ce sujet.) 

248. P'^ge 64 ligne i3. Simili modo et seamo anno recidilitr... 
Columelle, iv, 11 , blme cette pratique, qui nanmoins est ap- 
prouve par Caton , Virgile , et quelques autres auteurs. 

249- Ligne i4' Alias Jestinatione pariendi {^racilis atque efun- 
cida , etc. Par l'pithte Xejuncida, et par l'expression Xejuncere , 
que l'on trouve plus loin , Pline entend un dprissement de la 
vigne qui s'annonce par la production de rameaux longs et flexi- 
bles comme les tiges du jonc , et qui sont dpourvus de fruits. 

25o. Ligne 19. Pedamenta optima , etc. Le ro^ur des anciens 
est un chne , et probablement le Quercus Robur des botanistes 
modernes ; l'oZea, VOlea europa , L, ; le jimipenis , le Juniperus 
communis y L. ; le cupressus , notre Cupressus sempervirens ; le 
labumum , notre Cjiisus Labumum ; enfin le sambucus , notre 
Sambucus nigra. Indpendamment de ces plantes ligneuses , il pa- 
rat que les anciens se servaient encore des tiges du Ruscus acu- 
leatus , L. , connu en franais sous le nom de petit houx , ainsi 
que le tmoigne ce passage des Gorgiques (n , 4^3 ) : 

Nec non cliatn aspera rnsci 

Vimina 

En Europe , les chalas , nomms encore charniers et pnis- 
seaux , se font communment avec le bois de chtaignier, de 
charme, de chne, etc. ; au reste, le choix de ces chalas diffre 
XT. I I 



J#' 



i62 NOTES DU LIVRE XVII. 

suivant les pays. On les aiguise vers l'une des exlrmits, que l'on 
passe au feu, afin de les prserver de l'action de l'humidit. On 
a propos d'employer les branches des conifres , et ces chalas 
se conservent trs-bien. Si l'on veut en croire le pre Hardouin, 
les branches du cytise-aubours sont fort bonnes pour faire des 
chalas ; mais nous ne pensons point que ce savant ait raison , 
attendu que l'aubours se dcompose avec facilit. Quant au su- 
reau , propos par Pline , il ne vaut rien non plus , car il se 
pourrit trs-vite, et se brise au moindre effort. Les chalas faits 
de roseau {Arundo Donax , A. Phragmites ) durent fort long- 
temps , mais leur flexibilit et leur lgret offrent de graves in- 
convniens. 

^53. Page 66, ligne 3. Tertius vine annus , etc. Tout ce 
que Pline dit dans ce long paragraphe , touchant la taille de la 
vigne, est en gnral assez rationnel. 

^2.^l^.. Ligne 24.. Temerarium est , ante crassitudinem poUca- 
rem viti imperare. Ce prcepte n'est tout au plus convenable que 
pour les vignes disposes en treille. 

255. Page 70 , ligne 5. Natura hc est, etc. Ce n'est point 
l'exubrance de la moelle qu'il faut attribuer l'absence des 
bourgeons fruits vers l'extrmit suprieure des rameaux, mais 
bien ce que leur base est plus immdiatement soumise l'ac- 
tion vitale. 

256. Ligne 20. Vitis antequam sepiimum annum , etc. Cette 
assertion n'est pas exacte. Voyez la note 24.9, pour la valeur du 
verbe ejuncere- 

25^. Ligne 21. Nec veterem plaat palmitem , etc. Poinsinet 
entend , par le nom de draco, le sarment principal , que l'on ra- 
jeunit en le contournant , pour l'empcher de produire trop de 
branches. Ce mot rpondrait donc au nom franais de jouvenceau, 
car on sait que le dragon, c'est--dire le serpent, est le symbole 
d'une jeunesse ternelle , parce qu'il se dpouille tous les ans de 
sa peau , comme pour se rajeunir ; c'est sans doute d'aprs cette 
ide que quelques personnes ont nomm ce sarment juniculus , 
comme qui dirait le sarment toujours jeune. Columelle le quali- 
fie de duramenium ou de duramen , c'est--dire ^ endurci. Voyez 
la note 249. 



INOTES DU LIVRE XVII. i6S 

<258. Page 72 , ligne 10. Dividi autem putalione polUces quali 
examine undique. Coluinelle { IV , ^4 ) s'exprime ainsi : Sed me- 
minisse oportebit , ne in eadem linea , unoque lalere brachii esse 
duas maierias , pluresve paliamur, Namque id maxime vitem, in- 
festt , ubi non omnis pars brachii pari vice lahorat , atque qua 
portione succum. proli suce dispenst, sedab uno latere exsugilur: quo 
fit , ut ea vena , cujus omnis humor assumitur , velut icla fulgure 
arescat. 

aSg, Ligne i5. lis quoque qute sparguntur in terra , etc. La 
plupart des vignes basses de l'Orlanais et du Berri sont rele- 
ves , l'poque de la maturation des fruits , l'aide de petites 
fourchettes de coudrier qui empchent leur contact immdiat 
avec la terre humide ; s'il en tait autrement , la chaleur hu- 
mide qui se dgage du sol dterminerait promptement la cor- 
ruption du fruit. La lecture tout entire de cette partie de VHis- 
toire naturelle de Pline montre combien le mode de culture adopt 
par les anciens se rapproche de celui que nous suivons. 

260. Page 71 , ligne 5. Gnera separari , etc. Les agricul- 
teurs modernes recommandent beaucoup cette prcaution. 

Olivier de Serres, et avant lui Caton , Celsius et Columelle, 
mettent le choix des plants au premier rang des considrations 
auxquelles doivent faire attention ceux qui entreprennent la 
plantation d'une vigne. Cf. ce passage de Columelle (m , 20), 
o il dit : Nil dubito quin per species digerend vtes , disponend- 
que sint in proprios hortos , semitis ac decumanis distinguend. 

261. Ligne 8. Juga altiora, quo ltior ager, etc. Les rgles 
qui sont ici traces s'accordent avec la saine raison : plus le climat 
est froid , plus les vignes doivent tre tenues basses ; c'est l'avis 
de Columelle et des agriculteurs les plus instruits. On conoit 
qu'en loignant plus ou moins les vignes de terre , on les soumet 
plus ou moins l'action puissante de la chaleur rfracte. 

262.-^ Ligne 16. De reliquo cultu vehementer ambigitur. L'ordre 
des binages tabli par les modernes diffre peu de celui qui est 
suivi par les anciens. On donne pendant l'hiver un binage trs- 
profond ; on laisse reposer la terre pendant le printemps , et 
l'on donne trois binages pendant l't, savoir, un binage avant 
la floraison , un autre lorsque les grains du raisin ont acquis la 

II. 



i6/ NOTES DU LIVRE XVII. 

moiti de leur grosseur, et un dernier lorsque ceux-ci commen- 
cent entrer en maturit. Ces diverses faons sont indpendantes 
du sarclage. ''' * ^ 

263. -Page 76, ligne 12. Fossone pulerem excitatum , etc. 
Il est inutile de prvenir que ceci est une purilit. La poussire 
qui s'attache aux raisins leur est plus nuisible qu'avantageuse , 
puisqu'elle empche l'action alternative du chaud et de l'hu- 
midit. 

264. Ligne i/^. Pampinatio fema in confessa est, etc. L'- 
pamprement , ou effeuillage , est encore pratiqu de nos jours. 
Ce procd est nanmoins blm par les agriculteurs clairs. Il 
est prouv que l'unique avantage qu'on retire de cette opration 
est d'avoir des raisins plus colors , mais non plus mrs, comme 
on serait dispos le penser d'abord. 

265. Ab idlbus maiis intra dies X , etc. Pline copie Palladius, 
qui s'exprime en ces termes : Hoc mense pampinari conveniet : sed 
tune est oportuna pampinatio, quiim teneri rami digilis stringentibus 
crepabunt sine ifficultate carpentis. ( Conf. Pallad. , lib. VI , in 
Maio, tit. 2.) Columelle est, sur ce point, d'accord avec notre 
auteur. 

266. Ligne 20. Frotinus hanc a vindemia , etc. On peut 
tailler la vigne immdiatement aprs la chute des feuilles dans 
les climats o on ne craint pas les effets de la gele sur les cour- 
sons. Le climat de l'Italie est assez tempr pour permettre la 
taille d'automne. Au reste , on ne peut tablir de rgles fixes 
pour la taille ; elle doit diffrer suivant la qualit des terrains, 

267. Page 78, ligne 6. IVam genu fragiles fier i quis nesciati' 
La gele dtruit les bourgeons, et frappe de ncrose les rameaux. 
Dans tous les climats o le thermomtre descend de plusieurs 
degrs au dessous de zro , il est convenable , et les cultivateurs 
modernes sont d'accord sur ce point, qu'il faut tailler la vigne 
assez tard. Columelle (iv, 2g) s'exprime ce sujet dans des 
termes voisins de ceux qu'emploie ici notre auteur. 

268. Ligne 7. Operarum ista computaiio est , etc. coutons 
Columelle ce sujet (iv, 2 3): Ubi ruiis vastitas eleciionem nobis 
iemporis negat , valenlissimam quamque vineli parlem frigoribus 
dputant. 



NOTES DU LIVRE XVII. i65 

'S^ Page 78, ligne 8. Quo maturius putantur, etc. Coliimelle 
s'exprime dans des termes peu diflerens : Nec dubium quin sit 
liorum virgultorum natura talis , ut quanto maturius deionsa sint , 
plus materi : quanto serius, plus f indus afferanl (loco cit.). 

270. Ligne II. Plagam omnem ohliquam fieri , etc. C'est 
toujours obliquement que l'on pratique la taille del vigne, non 
pas afin que la pluie s'coule facilement , comme le dit Pline , 
mais cause de la facilit qu'on acquiert de pouvoir couper net 
les rameaux , et cela saos fendre le bois , ce qui aurait lieu avec 
les instrumens ordinaires en pratiquant la coupe horizontale. 
Pline ne dit point que les bourgeons fruits sont situs in- 
frieurement , et qu'il ne faut laisser qu'un ou deux illetons 
sur chaque sarment ; il nglige aussi de dire que la taille des 
vignes hautes et des vignes basses est diffrente. 

271. Ligne 18. Si macra vitis , etc. Les vignes trop d- 
charges de bois et courtement tailles donnent moins de vin , 
surtout si elles sont en bon fonds: ce fait s'explique par le trop 
de vigueur des bourgeons qui se dveloppent au premier prin- 
temps. 

i']i.. Page 80 , ligne g. Ablaqueari autem prius, quam pu- 
tari , jubent. La taille de la vigne doit prcder toutes les faons 
que l'on donne cet arbuste. 

273. Ligne II. Cato de omni culiura viiium ita prcipit. Les 
prceptes donns ici par Caton sont en gnral fort sages , mais 
ils ne sont pas applicables tous les vignobles. 

274' Page 82, ligne i3. Ocinum , quodin vinea serijubet, etc. 
Uocjjnum des botanistes est diffrent de Vocinum des anciens. On 
doit penser qu'il s'agit , non d'une labie , mais d'une lgumi- 
neuse. Cf. sur cette plante la note 261 , au livre xxi. On pense 
qu'il serait avantageux de suivre cette mthode , et de semer 
aprs la vendange quelques plantes dont le dveloppement est 
rapide , afin de les faire servir comme engrais. On pense encore 
que le sarrasin, Polfgonum Fagopjrum , serait avantageux. La 
fve des marais, Faba vulgaris, a t propose, et l'on sait qu'o 
emploie, dans le dpartement du Rhne, la vesce , Vicia saliva^ 

275. IJgne 16. Sequilur arbusti ratio , etc. La culture de la 
vigne eu hautains a encore lieu dans quelques cantons du Dau- 



i66 NOTES DU LIVRE XVII. 

phin et dans le dpartement des Basses -Alpes ; aujourd'hui 
mme l'Italie septentrionale ne suit gure un autre mode de cul- 
ture , quoique l'on st dj , ds le temps de Pyrrhus, que cette 
disposition tait vicieuse. Les raisins que l'on rcolte sur les 
hautains ont des grains ingaux , dont la maturit n'est pas simul- 
tane ; mais on peut sans inconvniens adopter cet usage dans les 
pays chauds : l'Italie mridionale , qui fournit d'excellens vins , 
en est une preuve. 

276. Page 82 , ligne 28. Prima omnium ulmus , etc. Les ar- 
bres indiqus par Pline comme tant propres servir de soutien 
la vigne sont, i" l'orme, Ulmus campestris , L. C'est tort 
que notre auteur en excepte la varit d'Atinie, parce qu'elle est 
irop touffue; Columelle (v, 6) ne fait point cette exception. 
j. le peuplier noir , Populus nigra , L. ; 3 le frne , Fraxinus 
excesior ; 4- le figuier , Ficus Carica ; 5" l'olivier , Olea euro- 
pa, L. ; 6 le cornouiller, Cornus mas , L. ; 7 le tilleul , TUia 
europa ; 8" l'rable , Acer campesiris ; 9 le charme , Carpnus 
Betuhis ; 10" diverses espces de chne , de saule, etc. 

L'Italie mridionale, o l'on n'a rien chang encore ce mode 
de culture , emploie les mmes arbres. La vigne cultive en hau- 
tains est d'un effet trs-pittoresque; il faut y renoncer pour la 
presque totalit de la France. 

277. Page 84 , ligne 5. Transpadana llalia, etc. Quelques 
commentateurs veulent qu'il soit ici question du peuplier blanc , 
Populus alha, L. ; cette opinion est assez vraisemblable, car il a 
t question plus haut , et positivement , du peuplier noir , Po- 
pulus nigra. D'autres sa vans veulent lire opulo ; il est certain que 
Columelle ( v, 6) numre Vopulus parmi les arbres qui servent 
de hautains. 

278. Ligne 8. Et ulmus detruncata , etc. Columelle (v, 6) 
parle en ces termes de la disposition qu'il convient de donner 
l'orme destin servir de hautains : Vlmum novelam sic formare 
convenici : loco pingiii octo pedes a terra , sine ram,o relinquendi , vel 
in arvo gracUi sepiem pedes : supra quod spatium, deinde per circui- 
ttim in trs partes arhor dividenda est , ac tribus laterihus singuli 
ramuli submitlendi . primo tabulalo assignentur. Mox de ternis pe- 
dibns supeipositis alii rami submiltendi sunf , ita ne iisdem lineis , 



NOTES DU LIVRE XV II. 167 

quibus in superiorc positi si'nt : in eademque ratione usque in cacumen 
ordinanda erit arhor. 

27g. Page 84, ligne 14.. Intervallum justum arhorum , etc. Co- 
lumelle ( v, 7 ) donne peu prs les mmes proportions : Ar- 
boribus rumpotinis si frumentum non inseritur , in utramque partem 
\ X pedum spalia interveniunt. At si segestibus indulgetur, in alleram 
partem XL pedes , in altrant XX relinquuntur. 

280. Ligne 18. Maritare , nisi validas , etc. Aisi teneram 
ulmum maritaveris , nopam sufferet: si velustam vilem applicueris, 
con/ugem necabit. lia sibi pares esse tate et viribus arbores vitesque 
convenit. ( CoLUM. , V, 6. ) 

281. Ligne 19. Serere tripedaneo scrobe , etc. On a propos 
de planter, par alternance avec la vigne , des arbustes que l'on 
tte , et qui sont espacs de dix pieds ; on dirige les sarraens de 
la vigne sur ces arbustes, et ils font guirlandes. Les fruits de cette 
vigne , convenablement loigns du sol , mrissent trs-bien et 
donnent un vin excellent. 

28'i. Page 86 , ligne 4- Qualorum in ipso tabulato , etc. Cette 
manire de provigner n'est plus en usage parmi les modernes ; on 
l'emploie nanmoins encore pour marcotter les illets et di- 
verses sortes d'arbustes. Palladius (lll, in Februar. , titul. 10) 
s'exprime en ces termes : Est et aliud de transferenda ex arbusto 
vite compendium. Fit ex vimine parva corbicula flc ad ar- 
borent , qui vitis inhret , fertur, et infundi mdia parte pertunditur, 
quo sarmenti virgam possit admittere. Inducto ilaque sarmcnlo 
vitis ejus , de qua transferre disponis , corbicula ipsa ex aliqua ar- 
boris parle suspendilur , et vica terra repletur , ut sarmentum, terra 
possit includi ; quod sarmentum prius intorquetur. lia exacto annui 
temporis spatio, sarmentum, quod clausum est , radies creabit intra 
prdictam corbiculam. Tune sub fundo corbis incisum radicatum 
sarmentum cum ipsa corbe porlabitur ad locum, queni vitibus arbus- 
tivis destinabis implere , ibique obruetur circa arboris maritand 
radies. 

283. Page 88 , ligne 6. Sicut neque roscidam seri , etc. Ca~ 
vendum ne aut septentronalibus veniis aut rorulent, sed sicc se- 
rantur. (CoLUM., v, 6.) 

284. Ligne 10. Non est festinandum ad putationem noi-ello:. 



i68 NOTES DU LIVRE XVII. 

Tout ce que Pline dt dans ce paragraphe se Ht aussi dans Colu- 
inelle (v, 6). 

285. Page 88, ligne 18. Acper singulos annos , etc. Colu- 
melle (iv, 21 et 22) appelle aussi cette vieille branche duramen 
et duramentum. Le mme auteur lui donne encore le nom de 
viateria. Il est remarquer que les Espagnols donnent aux ma- 
driers , aux solives , et en gnral tous les bois de charpente, 
le nom tmadera, qui, au reste, n'est peut-tre qu'une cor- 
ruption du mot materia , bois. 

285 his. Ligne 22. l!^ova circumdsis , etc. Varron ( l, 3i , ife 
l\e rustica ) explique ainsi cette expression : Capreolus coliculus est 
viteus intortus , ut cincinnus : is enim vtes ut teneat , serpit adlocum 
capiendum : ex quo a capiendo capreolus dictus. Peut-tre ce nom 
de capreolus vient-il plutt de ce que ses rejetons cherchent les 
hauteurs, comme font les chevreaux (^capreoW). 

286. Page go , ligne 7. Ampelodesmon. Ce nom , form du 
grec , signifie lien de vigne ( ijUTexos , vigne , et S'strfjt.s , lien ). 
Cette plante , nomme dis par les Siciliens , ne peut tre rap- 
porte aucune plante connue ; peut-tre s'agit-il d'une espce 
de jonc. 

287. Grcia vero unicersa j'unco , cjpero , ulca. Par les mots 
juncus et cjperus, Pline n'entend parler ici d'aucune espce parti- 
culire de jonc ou de souchet. Le mot uha a peut-tre une signi- 
fication aussi large , et signifie la plupart des plantes de marais. 
Nanmoins , comme il a t dj question des joncs et des sou- 
chels , peut-tre Pline a-t-il voulu parler de la festuque flot- 
tante (^F.fluitans)^ gramine fort commune en Italie et en Grce, 
et que nous avons donne pour \ ulva palustris des Latins , dans 
noire Tlore de Virgile ( page 169). 

288. Ligne i3. Nihilque est in opre natur , etc 

Quod caret alterna requie , durabilc non est , 

a dit Ovide ( HeroOd. , IV, v. 89 ). 

289. Page 92, ligne i. Interse obii miscentur, etc. Columelle 
(v, 7 ) s'exprime en termes peu diffrens : Curetur ut noei traduces 

. omnibus annis inter se ex arboribus proximis connectantur , et vte- 



-. v,S.I^ 



NOTES DU LIVRE XVn;* ^^^ ^60 

res deddaniur. Si tradux iraducem non contingit , mdia virga in 
ter eas deligetur : qitum deinde fruclus pondre urgebit , subjectis 
adminiais sustineatur. 

290. Page 92 , ligne 10. Totas supplaniandi , etc. Ce mode 
de provignage par divisions des ceps n'est point usit chez les 
modernes, et tout porte croire qu'il doit donner des rsultats 
fort peu avantageux. 

291. Page 94, ligne 5. Depuiantur cum vite, etc. Pline a dit 
au chapitre n : Pletique id demum cavent, ut plaga depulati cacu- 
minis meridiem speciet , ignari fis suris nimii vaporis opponi. Id qui" 
dem in horam diei quintam vel oclavam spectare maluerim. 

292. XXXVI, pageg4, ligne 16. Vitium generosarum per- 
gulas y etc. Tous les on dit qui grossissent ce paragraphe doivent 
tre rangs parmi les croyances superstitieuses. Nous avons dj 
fait justice de la plupart d'entre elles. 

2g4. XXXVII, page 96 , ligne 6. Quoniam depamis ac cy- 
tisoy etc. Cf. sur le palmier le texte du chap. 6 et suiv. du liv. xill, 
et nos notes 53 -78 du livre cit. lie cytise dont Pline parle 
ici n'est pas le cjlisus apibus grata, mais bien l'espce douteuse, 
C. ligno nigricante. Cf. notre note i65, au livre xiil. 

295. Ligne 8. Infestantur namque et arbores morbis. Les plantes 
prissent plus souvent par suite de maladies qui en abrgent la 
dure , que par vieillesse. Une foule de circonstances acciden- 
telles troublent ou suspendent l'action vitale; les chocs extrieurs 
blessent les couches corticales , et dterminent des caries sou- 
vent mortelles ; la dent des grands animaux ou les mandibules 
des insectes amnent les mmes rsultats. Les influences atmo- 
sphriques agissent plus srement encore: un abaissement de tem- 
prature trop considrable ou trop subit , une trop grande cha- 
leur , une inondation , des pluies continuelles , un grand vent , 
suffisent pour fendre le tronc des arbres , pour frapper de mort 
leurs rameaux, pour les draciner, ou dtruire l'adhrence de leurs 
racines avec le sol , etc. ; ce sont-l des causes accidentelles , 
mais qui se prsentent toujours pendant le cours de la dure des 
arbres. Lorsque , par un hasard fortuit , un arbre a chapp 



t^o NOTES DU LIVRE XVII. 

toutes ces causes de destruction, il prit de vieillesse, aprs avoir 
vcu un laps de temps considrable , surtout si sa texture est 
serre , et son accroissement lent. L'irritabilit se ralentit , ou 
mme s'teint , par un trop long exercice ; la vie cesse , et le 
vgtal est rendu au rgne inorganique, pour fournir ses lmens 
d'autres tres organiss. 

296. Page 96, ligne 10. Et silestrium quidemperniciosos, etc. 
C'est aussi l'opinion de Thophraste (iv, 16). Les arbres ta- 
blis en cultures rgulires sont moins robustes que les arbres 
sauvages: la greffe , la taille, les engrais , sont des causes qui 
abrgent la dure des arbres fruitiers , en leur donnant diverses 
affections morbides dont les arbres sauvages sont exempts. 

297. Ligne i3. Quoniam suofngora etiain prosunt, ut dixi- 
mus. Au chapitre 2 du livre prsent. 

298. Ligne o.i. Arborum quidam communes morbi, etc. Cette 
observation est conforme la vrit. On nomme maladies en- 
dmiques celles qui attaquent plus particulirement certaines 
races ou certaines familles : tels sont VUredo Caries et le Sdero- 
iium. Clavus pour les gramines-crales , la rouille , Uredo Ru- 
bigo , pour toutes les gramines, le blanc du rosier et celui des 
crucifres , la teigne des pins , etc. On donne le nom de spo- 
radiques aux maladies qui attaquent indiffremment , tantt une 
espce et tantt une autre, et qui, consquemment , peuvent at- 
taquer toutes les plantes. 

299. Ligne 22.Com.munis vermiculatio est, etc. On doit enten- 
dre par ce mot de vermiculatio, l'action des insectes ; elle s'exerce 
principalement sur des vgtaux dj malades. Celui de tous ces 
animaux qui les attaque avec le plus de violence , est le dermeste 
typographe , qui dpose ses ufs dans les cavits accidentelles 
que prsentent l'piderme. Les pucerons rpandent sur les feuilles 
une liqueur gluante et sucre qui , bouchant les pores absorbans 
et vaporatoires , s'oppose aux fonctions exhalantes et absor- 
bantes. Une foule d'insectes dposent dans les parties verces du 
vgtal des ufs qui donnent naissance aux gales, productions 
bizarres qui puisent la plante. Les larves du hanneton vivent , 
sous terre , des racines tendres de divers vgtaux ; les cantha- 
rides dvorent les feuilles des frnes , etc. On ne finirait pas si 



NOTES DU LIVRE XVH. . 171 

l'on voulait dnumrer tous les insectes qui vivent aux dpens 
du rgne vgtal. Par sideratio, Pline entend parler des mauvaises 
influences dtermines par les astres , influences auxquelles les 
modernes ne peuvent croire. Quant au malaise ou dprissement 
des plantes, dolormembrorum, unde parii'um dbilitas, c'est une n- 
crose cause par une foule de cas pathologiques, et qui, attaquant 
diverses parties du vgtal , laisse toutes les autres saines. 

3oo. Page 98, ligne 5. Ut omnia qu resinam ferunt , etc. 
Cf. sur ce passage la note 88, au livre xvi , o nous avons donn 
l'interprtation la plus probable de cette mtamorphose des ar- 
bres rsineux en tda. Une trop grande scrtion de rsine peut 
amener la mort des arbres verts , et , dans cette hypothse , ils 
deviennent trs-propres servir de tda ou de flambeau. Une 
maladie endmique des mieux caractrise est la teigne des pins. 
Les arbres attaqus rpandent une vive odeur de trbentine ; 
la rsine sort par gouttelettes de l'corce crevasse ; celle-ci 
se dtache par plaques, les feuilles tombent , et le tronc est bien- 
tt attaqu par une foule d'insectes qui y dposent leurs ufs. 
Dans cet tat , l'arbre prit , mais c'est plutt par une dviation 
des sucs rsineux que par leur accumulation , et il n'y a l rien 
qui ressemble cette maladie qui les change en tda, 

3oi. Ligne 8. Aliquando et pesiilentia , etc. Pline ne veut pas 
dire ici que ce soit une peste semblable celle qui frappe les 
animaux qui attaque les arbres , mais bien que ceux-ci prissent 
comme atteints simultanment par une maladie qui leur est com- 
mune. On a remarqu avec raison que les arbres taient sujets 
des maladies pidmiques, et mme contagieuses. Dans le pre- 
mier cas , elles frappent tout coup un grand nombre d'in- 
dividus dans une mme contre ; et dans le second , elles se 
propagent d'un individu l'autre, soit par le contact immdiat, 
soit par des particules subtiles transportes par les vents. Au 
reste, les causes de ces maladies contagieuses ne sont pas bien 
connues. 11 a pu arriver trs-souvent qu'on ait regard comme 
telles la mort d'un grand nombre d'arbres que des accidens sou- 
terrains ont fait prir ; telles sont , par exemple , des sources 
d'eau chaude qui s'lveraient tout coup la surface du sol, des 
manations gazeuses , etc. 



172 NOTES DU LIVRE XVII. 

3o7. Page 98 , ligne 12. Jam qudem et hoc in luxuria , etc. 
Les entomologistes modernes ont donn ce nom de cossus un 
genre d'insectes lpidoptres nocturnes de la famille des n- 
matocres. Ces chenilles font le plus grand tort aux arbres; elles 
dgorgent, au moment o on les saisit, une humeur visqueuse 
semblable de l'huile, et qui est d'une ftidit insupportable ; c'est 
celte particularit qui a fait justement penser que le cossus, dont 
les Latins vantaient la saveur agrable , n'tait pas le mme 
insecte que le ntre. On a prsum que ce cossus tait bien plu- 
tt la larve du grand capricorne ou celle du cerf-volant , parce 
qu'elles sont tuberculeuses , non odorantes , et qu'elles se trou- 
vent surtout dans le tronc des chnes. Cette larve devait tre 
courte et ramasse sur elle-mme , puisque notre auteur a dit 
ailleurs (au livre xxx) que l'on donnait aux hommes trapus le 
nom de cossi, tymologie d'o, suivant Sutone, Cossuna, femme 
de Csar, avait tir son nom : A similitudine horum venniuni ho- 
mines rugosi corporis ah antiquis cossi dictisunt, indeet Cossutiorum 
familia. Pline [loco cit.) nomme aussi ces vers cosses; mais Fes 
tus * leur donne le nom de cossi , mot dont l'orthographe se 
trouve fixe dans le passage que nous commentons. Geoffroy a 
suppos que ce cossus des anciens pourrait bien tre la larve du 
charanon ou calandre du palmier. Il est certain, du moins, qu' 
Java , les friands prisent fort une grosse larve qui nat dans le 
marc fibreux qui reste aprs la fabrication du sagou. ( Cf. FE , 
Notice sur les productions naturelles de Vile de Jaca , p. 8.) 

3o3. Ligne i5. Maxime aulem arborum hoc sentiunt , piri , 
mali, fici. Cette observation , conforme la vrit, a t em- 
prunte Thophraste, que notre auteur traduit ici presque litt- 
ralement. Cf. HEOPH. , Ilist. plant., IV, 16; EJUSD. , III, 12; 
Pallad. , in Januar., II , tit. i5 ; et IV, in Martio.') 

2^ol^.. Ligne 22. Sideratio tota e clo constat. Nous avons 
dj dit que l'influence des astres sur les arbres tait un prjug 
des anciens, qui, donnant une figure humaine chaque plante, 
supposaient qu'elles lanaient des regards malins , dont l'action 

' Cossi ah nntlquis dicehantur nalura tvgosi corporis hommes , e simi- 
litudine vermium ligao editomm , gui cossi appellantur. 



NOTES DU LIVRE XVII. 173 

pouvait tre funeste. Il est facile de voir, en lisant attentivement 
le texte, que, par sideratio , Pline entend parler des mtores, 
puisqu'il se sert des mots grando etpruin, ce qui doit faire croire 
seulement que l'on attribuait les mtores l'influence des astres. 

305. Page 100, ligne i. Et carbunculatlo , etc. L'action de 
la gele sur les jeunes pousses dtermine une sorte de brlure , 
et l'on se sert encore de ce mot pour rendre l'effet de la gele. 
JLa congellation des fluides qui circulent dans le vgtal, augmen- 
tant d'un septime leur dimension , rompt le tissu et frappe les 
arbres de mort ; dans cet tat , la temprature s'levant , les fluides 
sur lesquels l'action vitale ne s'exerce plus , s'vaporent , et la 
partie gele noircit et devient friable. 

3o5. Ligne 7. Proprium iamen siderationis , etc. Une cbaleur 
excessive dissipe les fluides qui circulent dans le vgtal et dilate 
les solides; il en rsulte ncessairement lajnort de la plante, car 
la chaleur, agissant sur le sol , vapore l'eau qui pourrait rem- 
placer la dperdition trop abondante qni s'exerce sur les parties 
vertes. On a vu en i8o3 des forts entires de sapins prir, dans 
les Vosges par l'effet d'une longue scheresse et d'une chaleur 
trop long-temps continue. 

306. Ligne 10. Olea prccter vermiculatibnem , etc. Les culti- 
vateurs savent trop combien Pline a raison de dire que les oli- 
viers sont sujets tre tourments par les insectes ; le coccus 
adonideum, connu sous le nom vulgaire de pou, la psyle-kerms, 
une mouche et une teigne, et divers autres insectes, leur causent 
plus ou moins de dommage. Il n'est pas facile de dire ce que 
Pline entend par clavus ., fungus et patella. Columelle (v, 9) a 
dit: Ple/Ttmque eliajn locis siccis et humidis arbores musco infes- 
iantur : qucm nisi ferramento resecueris , nec jruclum , nec ltam 

frondem olea inducet. Le clavus et la patella sont peut-tre des galles 
dans lesquelles on aurait cru remarquer une forme de clou ou de 
coupe. Par le moi fungus , on doit peut-tre entendre l'isaire , 
champignon filamenteux, dont Torganisation n'offre que des fila- 
mens aplatis et ramifis qui forment , sur les racines et sur les 
"''* feuilles, des couches minces qui deviennent un obstacle la trans- 
piration; l'olivier y est fort sujet. Enfin, par muscus ruber, peut- 
tre s'agit-il d'un erineum. Toutes ces hypothses sont plus ou 



174 NOTES DU LIVRE XVII. 

moins vraisemblables ; mais nous n'eu avons aucune prsenter 
pour expliquer la phrase suivante : Imptigo, etqu adnasci soient, 
cochJe, peculiaria ficotTim vitia. 

807. Page 100 , ligne 18. Vemm ut homini nervorum cruda- 
tus , etc. Ce paragraphe tout entier est emprunt Thophraste 
{Hist. plant., IV, 16). La mort partielle des vgtaux est fr- 
quente ; elle a lieu surtout dans les arbres pousse rapide, comme 
le figuier, qui en outre est poreux et facile se laisser pntrer 
par les agens extrieurs. Une foule de circonstances peuvent faire 
prir une branche d'arbre , les vents et la grle sont les plus 
frquentes. Les accidens qui arrivent aux racines influent aussi 
puissamment sur les diverses parties de la plante qui correspon- 
dent avec elles. 

3o8. Page 102, ligne 2. Scabies gigniiur , elc. Que doit-on 
entendre par ces roses gluantes (^Hist. plant. y iv, 16) ? Il n'est 
gure facile de dire ce que c'tait que cette maladie ; un insecte 
la faisait-il natre ? tait-ce une altration de l'piderme, une pro- 
duction de cynips sur les feuilles ? On ne peut rien dcider de 
positif sur ce cas de pathologie vgtale. 

809. Ligne 1 1 . Siderationis genus est , elc. Les vignerons 
reconnaissent deux sortes de brlure : le rougeau , quand les 
feuilles deviennent jaunes ou rouges , et qu'elles tombent avant 
le temps , alors le grain se dessche; la quille, quand on ne voit 
que quelques taches parses sur les feuilles , on l'attribue la 
rose. La coulure , c'est--dire l'avortement de l'ovaire de la 
vigne , est cause surtout par de longues pluies. Pline dit plus 
loin : Pessimum est nter omnia , quiim deflorescentem vilem et 
oleani percussii imber, quoniam simul defluitfructus. 

3io. Ligne i3. Mgroiant et quum alsere , etc. C'est ce qu'on 
nomme la gele. Il est des pays o cet accident est frquent. Un 
abaissement subit de temprature au moment o la sve est en 
mouvement , suffit pour enlever au vigneron tout espoir de r- 
colte. 

3ii. Ligne 14.. J^t colore hoc event iniempestieo. L'effet de 
la coulure par la chaleur et la scheresse a reu le nom de rou-** 
geau. ( Cf. la note 309. ) 

3 12. Ligne i5. Fiunt et culpa vtes coentium , etc. Voici 



NOTES DU LIVRE XVII. 175 

comment s'exprime ce sujet Columclle , au livre iv, chap. 24 : 
Super ctera illud eliam censemus , ut duris tennis strUsque et acu- 
iissimis ferramentis totum istud opus exsequamur. Obtusa enim , et 
hebes , et mollis faix putatorem moraiur , coque minus operis efficit , 
et plus laboris offert vinitori : nom sive curvatur acies , quod accidit 
molli , sive tardius pntrt , quod eeenit in reluso et crasso ferra- 
mento , majore nisu est opus. Tum etiam plag asper atque in- 
quales vtes lacrant ; neque enim uno , sed spius repetito ictu res 
iransigitur. Quo plerumquefit, ut quod prcidi debeat , perfringa- 
tur ; et sic vitis laniata scabrataque putrescat humoribus , nec plag 
consanentur. 

3i3. Page io4, ligne 2. Ut si quis pino cacumen auferat, etc. 
Cette assertion est emprunte Thophraste ( Hist. plant., iv, 
16). Si le tronc d'un pin est tronqu vers sa partie suprieure , 
il cesse de crotre en hauteur , mais il grossit plus vite et fruc- 
tifie comme ceux des arbres de la mme espce auxquels cet ac- 
cident n'est pas arriv. Si le bourgeon terminal d'un palmier est 
enlev , le cas est plus grave; l'arbre meurt, moins , ce qui est 
rare, qu'il ne se ramifie par dcurtation. Nous avons parl de ce 
phnomne dans nos notes sur les palmiers. 

3 14.. Ligne 7. Pessimum, est inter omnia , etc. Nos agricul- 
teurs ont adopt pour ce genre d'accident ce mme mot de de- 
ftuere, couler. On dit que la vigne, l'olivier, et mme les melons, 
coulent', ce qui veut dire que le pollen, entran par les pluies, 
n'a pu fconder l'ovaire de la fleur. Un sol trop fertile amne de 
pareils inconvniens ; la sve se porte vers les bourgeons et al- 
longe le bois , les feuilles languissent et avortent. 

3i5. Ligne i4- Fit aliud ex eodem, etc. Ce phnomne mer- 
veilleux , si tant est qu'il ait t observ , ne peut s'expliquer 
que par la naissance d'ichneumons qui se seraient dvelopps 
dans le corps des chenilles ; on sait que les chenilles , surtout 
celles dont la peau est tendre et dlicate, sont de tous les insectes 
les plus sujets tre percs par les ichneumons. Lorsque les 

Ainsi que le lmoigneot ces vers de Boilcau : 

Ou <|uclqnc longue |iluie , inondant vos vallons , 
A-t-elIc fait couler vos vins et vos melons ? 






176 NOTES DU LIVRE XVII. 

<* j* larves de ces animaux ont acquis tout leur dveloppement , elles 

criblent de trous, pour sortir, le corps des chenilles, qui meurent 
bientt. Est-ce l'observation de ce fait qui a donn lieu l'asser- 
tion de Pline ;' Elle est , au reste , emprunte Thophraste 
( Hist. plant., IV, 16 ). 

3 16. Page 104., ligne 16. Est etiamnum peculiare, e/c. Tho- 
phraste ( Hist. plant., I, V, 17) lui donne aussi ce nom, et c'est 
srement d'aprs cet auteur que Pline parle de cette maladie , 
dtermine par diverses sortes d'insectes connus des modernes. 
Le ver ou teigne de la vigne passe de l'un l'autre grain en se 
filant une galerie de soie ; il se pourrait que , dans des annes o 
., l'insecte est excessivement commun , il ait couvert les raisins de 
sa toile , au point de nuire la maturation ; un insecte semblable 
attaque quelquefois les olives. Tout le paragraphe est emprunt 
Thophraste ; il renferme , avec plusieurs observations exactes, 
quelques croyances absurdes. 

317. Page 106, ligne 6. Sunt et culicum gnera, etc. Cette 
humeur douce, dans laquelle les moucherons seraient engendrs, 
est au contraire produite par eux. Les pucerons , et beaucoup 
d'autres insectes, exsudent une liqueur sucre qui plat surtout 
aux fourmis. Les anciens croyaient que la matire engendrait sans 
germes prexistans , et la phrase que nous commentons donne 
une nouvelle preuve de cette croyance. 

3 18. Ligne 10. Qudam iemporum caus , etc. Nous avons 
dj parl de l'effet des mtores sur les arbres. Tout abaisse- 
ment trop subit de temprature , surtout au moment de la sve, 
est nuisible aux arbres ; une lvation trop considrable peut 
aussi leur nuire. Les vents Atabules et Olympias sont des vents 
du nord qui agissent dsavantageusement sur les arbres la pre- 
mire poque de l'ascension de la sve. Tout ce que notre auteur 
dit dans ce paragraphe est emprunt Thophraste { Hist. plant., 
IV, 17). Il aurait pu parler de l'effet des vents du midi , si re- 
douts des agriculteurs, en Espagne sous le nom de Solano , en 
Italie sous celui de Sirocco, et en Provence sous celui de Mistral. 
C'est , dans des climats moins brlans , la mme chose que le 
Simoun, qui souffle dans les dserts de l'Afrique. 

3i8. Page 108 , ligne 5. Qu injuria hominum consiant, etc. 



NOTES DU LIVRE XVII. 177 

Plne veut dire ici probablement que ces substances sont nuisibles 
quand on enduit avec elles l'corce des jeunes arbres; autrement 
l'huile et la graisse doivent tre regardes comme de bons en- 
grais lorsqu'on les mle avec la terre , et que la quantit en est 
modre, ( Cf. la note 355. ) 

Sig. Page 108, ligne 6. Coriice n orhem detracto necantur, 
excepta suhere , elc. Le tronc des dicotyldones est form de 
deux ordres de couches, les couches ligneuses et les couches 
corticales. L'intgrit de ces couches n'est pas ncessaire pour 
que le vgtal vive ; mais il faut du moins qu'il conserve in- 
tactes quelques couches corticales et quelques couches ligneuses. 
Si les unes ou les autres prissent en totalit, la mort du vgtal 
arrive ncessairement , car il faut qu'il excute une double srie 
de fonctions, savoir, l'ascension des fluides par les couches li- 
gneuses , et la descension par les couches corticales. Pline, ou 
plutt Thophraste, ne se rend pas compte de ce phnomne ; mais 
s'il ignorait la cause, il connaissait du moins l'effet. L'exception 
que notre auteur fait pour le lige repose sur une erreur. Pline 
appelle corce ce qui n'est autre chose qu'une portion consid- 
rable de la mduUe corticale, ou enveloppe herbace qui passe 
l'tat d'piderrae. Le lige rentre donc dans la loi commune ; si 
l'on enlve un anneau complet de l'corce qui s'tend au dessous 
de l'piderme, quelle qu'en soit l'paisseur, l'arbre prit. 

820. Ligne 9. Nec adiachne offenditur , etc. Cette exception 
n'est pas vraie et n'est justifie par aucune apparence extrieure, 
comme dans le lige. I^^adrachne dont Pline a parl au livre XIII, 
4o, est , suivant nous, VArbutus inlegrijolia. Cf. la note i52, 
au livre cit. 

82 1, Ligne 10. Alioquin et cerasus , etc. Ce que Pline prend 
ici pour l'corce n'en est qu'une partie nomme piderme , ca- 
pable de se reproduire dans un trs-grand nombre d'arbres. 

"li. Ligne i4- ^rgo his , quorum cicalricem trahit , etc. On 
pratique encore souvent ce procd conservateur. Nous avons dj 
parl (mme livre , note i4o) du mlange d'argile et de bouse de 
vache, que l'on nomme onguent Saint-Fiacre, du nom du saint, 
patron des jardiniers. 

SaS. Ligne 16. Qucedam tardius ta monuntur , ui robora et 
XI. 12 



9* 



178 NOTES DU LIA^RE XVII. 

quercus. L'action de l'air active la carie quand elle est nu ; l'eau 
peut sjourner dans les interstices , et les insectes l'attaquer fa- 
cilement. Recouvrir les blessures avec de l'argile mle de fumier 
est un moyen efficace , non-seulement pour les chnes , mais 
encore pour d'autres espces d'arbres. Nous avons vu en Suisse 
de vieux tilleuls traits de cette manire , et recouverts en outre 
d'corces trangres , dans le but de prolonger leur existence , 
et ce but tait atteint. 

324-. Page iio , ligne i. Similem et decacuminalio , etc. Cette 
assertion est fautive. La dcurtation empche les arbres verts de 
prendre de l'accroissement en hauteur , mais ne les fait nulle- 
ment prir. Le cdre du Liban , qui tend ses vastes rameaux au 
Jardin des Plantes de Paris , a perdu son bourgeon terminal de- 
puis long-temps , et il est plein de vigueur. 

Sa 5. Ligne 4-- Oleam qudem etiam si lambat capra , sferi- 
lescere , aucter est Varro , ut dixmus. On a exagr le tort que les 
chvres font aux arbres, et ce qu'on dit ici de la puissance de 
la langue de ce ruminant sur l'olivier est une fable ; il broute de 
prfrence les bourgeons et les jeunes pousses , et voil en quoi 
il est nuisible ; mais ceux qui ont chapp sa dent avide poussent 
trs-bien au printemps suivant. Thophraste et la plupart des 
auteurs ont partag ce prjug , qui trouve encore des gens cr- 
dules dans nos campagnes. 

326. Ligne 5. Qudam hoc injuria moriuntur , etc. Il ne faut 
pas pousser la crdulit jusqu' ajouter foi cette fable emprun- 
te Thophraste {de Causis , v, 25) et rpte par Palladius 
(^in Januar. , tit. i5 ), qui s'exprime ainsi : Servandcc amjgdal 
sunt a pcore , quia si rodantur , amarescunt. 

327. Ligne 8. Aliquavero etiam utiliora, etc. Il a pu arriver 
en effet que la dent des animaux ayant amput quelques branches, 
l'arbre ait vgt ensuite avec plus de vigueur. Tout ce para- 
graphe est puis dans Thophraste, que Pline traduit ici littra- 
lement. ( Cf. Hisl. planl. , IV, 19, 20; de Causis, v, 22 , etc.) 

3^8. Ligne 16. JSlecant invicem inler sese , etc. Les grands 
arbres puisent la terre par leurs radicules qui s'tendent au loin ; 
leurs rameaux pais, empchant l'air de circuler, touffent et 



NOTES DU LIVRE XVII. 179 

font prir d'puisement les arbres qui se trouvent dans leur voi- 
sinage. Pline met, tort, le lierre au nombre des parasites; cette 
plante a des crampons, mais point de suoirs, et dj nous avons 
fait cette remarque. Le gui peut seul frapper de langueur les arbres 
sur lesquels il y en aurait un trop grand nombre de pieds, 

32g. Page iio , ligne 18. Et cyisus necatur, etc. Quel est 
donc cet halimon qui tue le cytise ? sera-ce la cuscute, qui s'en- 
tortille si souvent autour des jeunes arbres i* un chvrefeuille ou 
cet hypocistis , qui vient sur les racines de diverses plantes qu'il 
puise? Tontes ces questions seront examines ailleurs. C Bau- 
hin donne le nom Xhalimon diverses espces 'atripex. Lacuna 
pensait que Vhalimon de Dioscoride n'tait autre chose que le 
trone (^vihumuTn^. 

33o. Ligue 19. Quorumdam naiura, etc. Nous avons fait ap- 
prcier ailleurs l'estime dans laquelle on devait tenir ces croyan- 
ces superstitieuses. Parmi celles qui dparent ce paragraphe, il en 
est qui paraissent fondes sur des faits rels, et qui s'expliquent 
par les lois de la physiologie vgtale. 

33i. Page 112, ligne 5. Odit et caulem . etc. Nos vignerons 
cultivent au milieu des vignes diverses cucurbitaces , des cruci- 
fres, la pomme de terre, etc. Virgile croyait aussi que le coudrier 
dplaisait la vigne ; c'est pourquoi il dit dans ces vers : 

Neve inler viles coryliim sere ; ncvc flagella 

Summa pete 

Georg. , II , 299. 

33?,. Ligne 6. Nitmm quidem , et alumen , etc. C'est Tlio- 
phraste que Pline emprunte ce qu'il dit ici de l'effet des cosses 
de fves sur la vigne (Tbeoph., de Cousis, v, 21). L'alun , le 
nitre et l'eau marine chaude pourraient nuire cet arbrisseau ; 
mais un engrais de fves et d'orobe ne peut que lui tre utile , 
et lui donner dans certains cas de la vigueur ; on a adopt l'u- 
sage de planter des fves et autres lgumineuses dans les vignes 
de quelques cantons de la France , pour les fumer. 

333. XXXVIII, page 112, ligne 10. VUia arboium, etc. Aucun 
des cas rares, dont parle Pline au commencement de ce chapitre,. 

12. 



i8o NOTES DU LIVRE XVIl. 

n'est impossible. Le tronc d'un arbre fruitier peut donner acci- 
dentellement un bourgeon fruit ; un olivier conserver ses fruits et 
perdre ses feuilles , et pousser des rejetons aprs avoir perdu sou 
tronc par le feu ; des figuiers peuvent mettre de nouveaux bour- 
geons aprs avoir perdu les leurs dvors par les sauterelles ; un 
arbre a pu , la rigueur, se fixer sur un autel, et introduire des 
radicules dans quelques-unes de ses fentes ; enfin il n'y a rien de 
merveilleux voir un figuier sur un laurier , lorsque celui-ci a 
t creus par l'ge, et que le centre du tronc est chang en hu- 
mus , et l'on voit tous les jours des groseillers, des chvrefeuil- 
les, etc. , sur nos saules. Le dplacement du verger d'oliviers de 
Vectius Marcellus est accompagn de circonstances extraordi- 
naires ; mais ce fait curieux n'est pas impossible. Nous avons vu 
prs de deux cents toises carres d'un terrain charg d'arbres 
descendre d'une pente douce , et traverser un jeune taillis en 
brisant tout sur son passage , comme le ferait une avalanche , 
mais avec lenteur, et sans que les arbres qui couvraient le terrain 
en souffrissent. 11 en est de la mtamorphose du peuplier blanc en 
peuplier noir, et du platane en olivier comme de la naissance d'un 
palmier qui sortit de la tte de la statue de Jupiter , le lecteur 
sait d'avance quelle confiance mritent de pareilles assertions. 
Pline aurait pu nanmoins citer, l'appui du prodige relatif 
la naissance d'un palmier sur la tte de la statue de Jupiter , des 
autorits, respectables de son temps; Maxime ( i , 6) lui aurait 
fourni cette citation : Palmam viridem Trallibus in de Viclori 
suh Csaris statua inler coagmenta lapidum just magnitudinis ena- 
tam, et le pote Philippe (^Anthologie') cette inscription, traduite 
ainsi du grec en latin : 

Csaris ex ara fimdit sua gcrmina Daplme, 

Quam fruslra Pbbi solliciiarat amor. 
Mutatus meliora Deo Deus : oderat olitn 

Laloidem : Latiuni nunc amat ecce Jovem. 
Radicem non fundit humus , sed saxea moles: 

Caesaribus parlum non negai ipsa lapis. 

Mais ce prtendu prodige n'en est pas un , et il n'est pas plus 
tonn.int qu'un palmier s'lve des fentes d'un autel, que de voir 



NOTES DU LIVRE XVII. i8i 

nos vieux crneaux se couronner de pruniers sauvages j de bou- 
leaux ou de genvriers. 

334.. XXXIX, page ii6, ligne 7. Nunc exposais arborum 
morbis , etc. C'est Thophraste que Pline a emprunt tout ce 
qu'il dit de relatif aux maladies des arbres , et il ne pouvait pui- 
ser de meilleures sources. ( Cf. Hist. plant.. Il , 8 ; de Causis , 
m, 23 ; et aussi Pallad. , n Januar., tit. i5.) On trouve dans 
le texte plusieurs prceptes dj donns ailleurs , au livre XVI , 
par exemple ; ces prceptes sont en gpral l'abri d'une cri- 
tique svre. 

335. Ligne 12. Item succo emisso, etc. Cette pratique ne peut 
s'exercer que pour les arbres sve abondante, pour l'orme, par 
exemple ; elle doit plutt tre dangereuse qu'utile : on a cru re- 
marquer pourtant que les rables saccharifres de l'Amrique 
septentrionale taient d'autant plus vigoureux, qu'ils avaient subi 
un plus grand nombre d'incisions. 

336. XLl , page 120, ligne 2. Asperiora -vina rigari ., etc. 
Sulmone tait la patrie d'Ovide. Les eaux y taient abondantes, 
et les irrigations faciles : , . 4^ . 

. Sulmo mihi patria est, gelidis uberrtnus uSis, 
Millia qui novies distat ab Urbe decem, 

Trist. , IV, X , 3. 

a dit le pole. L'arrosement des vignes est rarement favorable ; il 
a lieu pourtant encore de nos jours en Orient , en Italie et en 
Espagne ; mais l'exprience de tous les sicles prouve que le vin 
est d'autant meilleur, que le sol des vignes est plus sec. Si l'hu- 
midit fait crotre le pampre et grossir les raisins , elle diminue 
la quantit de sucre qu'ils renferment. 

337. XLII, page I20, ligne 11. Carbunculiac rubignum re- 
mdia, etc. Le charbon et la rouille sont produits par deux cham- 
pignons du genre xiredo , Uredo Rubigo et Uredo Caries. Nous en 
parlerons au livre suivant. Cette maladie attaque surtout, l'une les 
feuilles , l'autre les fruits des crales. 

338. Ligne 12. Intrim est scarificaiio qudam in remediis. 



i8 NOTES DU LIVRE XVII. 

La scarification est pratique encore aujourd'hui sur les cerisiers. 
Comme l'corce de ces arbres est pourvue de fibres circulaires 
qui nuisent au grossissement du tronc , on la fend dans toute sa 
longueur, et l'arbre peut s'accrotre avec plus de facilit. 

339. XLIII , page 122, ligne 2. Magnaque ex parle , etc. 
Dans le traitement suivre dans le cas de carie des os , Celse 
( VIII, 3) indique ce procd des premiers temps de la chirur- 
gie. Le rapprochement que Pline fait ici tient encore aux analo- 
gies gnrales qui taient censes exister entre les deux rgnes. 
Au reste, on a vu il y a peu d'annes un jardinier qui se vantait 
de soigner les arbres , comme on soigne les hommes , par des 
saignes et des purgatifs. Ce mdecin de nouvelle espce a trouve 
des admirateurs qui croyaient en lui. Il distillait et prparait des 
eaux suivant les maladies , dchaussait les arbres , nettoyait les 
racines, faisait des incisions , et y introduisait des liqueurs m- 
dicamenteuses. II recouvrait ensuite de terre ces liqueurs , qui , 
suivant lui , parcouraient l'intrieur de l'arbre , tandis que les 
mauvaises humeurs s'coulaient par les incisions qu'il faisait , 
soit aux branches , soit au tronc. D'autres jardiniers pra- 
tiquent une opration qu'ils qualifient de cautre , et dont on 
cite d'heureux effets ; cette pratique, qui a pour but de faciliter 
l'coulement de quelques sucs propres ou sveux , ressemble 
beaucoup celle dont parle notre auteur dans ce paragraphe. Ce 
qu'il conseille mme pour les cormiers n'en diffre point. Quel- 
ques cultivateurs routiniers fendent quelquefois les racines des 
arbres , et mettent une pierre dans l'incision, comme le prescrit 
Pline ; mais ce moyen ne peut avoir aucun rsultat avantageux. 
Cf. TheopH. , Hist. plant, II , 8 ; Pallad, , in Januar., tit. i5; 
CoLUM. , V, 10, etc. 

34.0. XLIV, page 124^ ligne 2. Inea culices nasci, etc. Autre 
preuve que les anciens croyaient une cration spontane. L'in- 
secte qui attaque la figue, et qui dtermine le phnomne de la 
caprification , est noir et luisant ; ses ailes n'ont point de taches. 
Il a t nomm par Linn dans les Amnitates academic, tom. I , 
page I , Cynips Psenes. Olivier l'a tudi dans le Levant. Ce 



NOTES DU LIVRE XVII. i83 

cynips pntre dans la figue par la base, et dpose un uf dans 
chaque semence. Il a environ une ligne de longueur. La larve 
nat et se nourrit de la graine , qui par consquent disparat. 
Ainsi s'explique la prtendue mtamorphose des semences en 
insectes. 

341 . Page 24. , ligne 6. Est et aliud genus culicum, etc. Aris- 
tote a donn ce nom de centrine , Jcev&pivtfs , un chien de mer 
qui montre , en avant de chaque nageoire dorsale , une forte 
pine, dont la piqre est, dit-on, venimeuse. C'est sans doute 
cause d'une arme dangereuse, semblable celle-l dans ses ef- 
fets , que Pline a donn une sorte de gupe le nom de centrine ^ 
nom puis chez Thophraste (il, 8). 

342. Ligne g. Contra qiuzs remedium , etc. Il est presque su- 
perflu de dire que ce moyen est puril. Columelle (v, lo) et 
Palladius (zn Marli'o , IV, 10) disent la mme chose. 

34.3. Ligne II. Uberiimas aulem ficus , etc. Ecoutons Colu- 
melle {de Re rustica , v, 10) : Semper conveniet , simul atque folia 
agere cperint ficus , rubricam amurca diluera , et cum stercore hu- 
mano ad radicem infundere : ea res efficit uberiorem fructum , et 
farclum fici pleniorem ac meliorem. 

344- XLV, page 126, ligne 3. Acn raduntur quidem , nisi 
vere. Cetle opration consiste enlever les mousses et les lichens 
qui , recouvrant le tronc en trop grand nombre, empchent l'- 
vaporation, et font prir l'corce qui se trouve trop long-temps 
en contact avec l'humidit: Indpendamment de cet inconvnient, 
il en existe un autre ; c'est que ces mousses servent de refuge 
une foule d'insectes qui vivent aux dpens xx bois. Columelle a 
parl de l'moussage ( IV, 24 ) : Muscus , inquit , qui more compe- 
dis crura vitium devincta comprimit , siiuque et velerno macrt , 
ferro distringendus et eradendus est, etc. ; et (xi , a ) Ole pulan- 
tur et emuscantur. On lit aussi dans Palladius {in Februar. , 12) : 
Muscus radatur ubicumque reperlus . Plus les corces sont rugueuses, 
plus les mousses et les lichens y croissent en abondance ; on a 
donc propos l'incision de Tpiderme , afin que le bois puisse 
s'accrotre sans trop tourmenter l'corce 5 mais ce moyen est in- 
suffisant. Les Anglais, et les Franais mme quelquefois , pra->- 



i84 NOTES DU LIVRE XVII. 

tiquent l'muscatlon par le ratissage j mais ce procd est long, et 
consquemment cher. Quelques personnes, aprs avoir dbarrass 
les arbres des mousses et des lichens , mettent de la chaux d- 
laye dans de l'eau sur le tronc, une hauteur de quelques pieds. 
On a aussi propos de placer au pied de l'arbre de la charre de 
lessive , mais on ne peut s'en procurer que de trs-faibles quan- 
tits. Nous doutons , au reste , de l'efficacit de ce moyen , qui 
tait inconnu aux anciens. 

345. XLVI, page 126, ligne 7. Similis fimi ratio. Pline a 
dj trait des fumiers. Les anciens entendaient trs-bien l'art de 
fumer les terres. Pline dclare que le fumier de cochon brle 
les vignes, mais les agriculteurs sont loin d'tre d'accord sur les 
qualits de cet engrais , qui est plus ou moins bon, suivant que 
l'animal qui l'a fourni a t plus ou moins bien nourri. Le trop 
d'engrais est peut-tre plus nuisible que le trop peu. 

34,6. XLVIl , page 126, ligne 16. Si mala Punica acida nas- 
cantur , etc. L'effet de cet engrais sur les grenades parat bien 
merveilleux. Au reste , Columelle s'exprime dans des termes peu 
diffrens: Quod si acidum, aut minus dutcemfructum feret, hoc modo 
emendaitur : stercore suillo , et humano , urinaque vetere radices ri-r ^ 
sato. Ea res elfertilem, arhorem. reddit , et primis annis fnictum. vi 
nosum, et post quinquennium, dulcem et apjremmifacit. Nos exiguum 
admodum, laseris vino deluim.us , et ita cacumina arhoris summa 
ohleimus: ea res emendavit acorem, malorum. Palladius dit la mme 
chose (iv, in Mort., tit. 10). 

34.7. Ligne 19. Aut cacumina sparg'i , etc. Il sera question 
du laser au livre xix. 

34-8. Page 128, ligne 8. Et ho autem , et qmnia, etc. Ce 
jnoyen est encore pratiqu pour certaines varits estimes de 
fruits. Palladius conseille la mme chose : Nuncpira , velmala, 
vhi ramos multa poma densabunt , interlegenda sunt qucumque 
vitiosa , ut succus qui ingrate his p os set impendi, ad meliora ver- 
iainr. ( Junio , tit. v.) 

J^^^ r-rr XJif^ne II. Qudam pna emendantur , etc. Il est rare 
que les modernes soumettent les arbres l'action des excitans : 



NOTES DU LIVRE XVU. i85 

l'emploi du sel doit avoir nanmoins, dans certains cas, quel- 
que utilit , mais de graves inconvniens peuvent \re le rsultat 
de cette pratique. Il est douteux que les palmiers et les lentisques 
puissent vivre dans l'eau sale, et y remplir sans inconvnient les 
fonctions de la nutrition. On trouve dans quelques terrains na- 
tron, en Egypte , des palmiers et des douma; ils y sont mal por- 
tans ou rabougris. Nous avons vu dans le midi de l'Europe des 
lentisques non loin du bord de la mer , mais ils n'y taient pas 
plus vigoureux que ceux qui en sont loigns. Au reste, ce que 
dit Pline ici est emprunt Thopliraste (^de Causis , m, 23). 

S.'o. Page 128 , ligne i4-. Rutaque , ne fiant verminos , neve 
radies puirescant. Palladius ( m Martio , tit. 9 ) recommande ce 
moyen , sur lequel il serait absurde de compter. 

355. Ligne i5. Quin et viiium radicilus , etc. En Bretagne , 
on emploie le sel comme amendement, principalement dans les 
terres bl. M. Maurice , de Genve, reconnat que le sel marin 
agit comme stimulant de la vgtation, mais que rien n'est plus 
incertain que son action , qui est tantt favorable et tantt nui- 
sible , suivant le sol , la saison , le mode de culture , etc. Il 
est possible , quand son action est favorable , qu'il se comporte 
comme un dissolvant de l'humus. Conf. l'auteur des Goponiques 
(v,37.) 

352. Ligne 16. Sivero fructus earum dcidant, etc. Ces moyens 
sont nuisibles et presque impraticables. Pline a emprunt ces pu- 
rilits chez l'auteur des Goponiques (v, 32, 33, 37), o il aurait 
d les laisser. 

353. Ligne 19. Quod sifiuctum non maturent, etc. Lorsqu'une 
vigne parat frappe de langueur, les modernes pratiquent le re- 
cepage , qui consiste tailler les sarmens au raz de la souche ; 
les rejets deviennent alors plus vigoureux que ceux qui ont t 
enlevs ; mais celte simple taille n'est accompagne d'aucun des 
accessoires prescrits par Pline. Palladius s'exprime en termes 
semblables: Mgras vite s , vel quibus fructus arescit , circumfodies , 
eturinam veterem suffundes. Item cinerem sarmenti, velquerci, aceto 
mixtum subjice. (PallaD. , in Martio, IV, tit. 7.) 

354- Page i3o, ligne i. Oearum, si parum, promisere fruc- 
tus ^^ etc. Nos agriculteurs se garderaient bien d'employer un sem- 



i86 NOTES DU LIVRE XVII. 

blable moyen. Aux approches de l'hiver, on dchausse quelque- 
fois les arbres d'un verger pour leur donner de l'air, les fumer, 
ameublir la terre , etc. ; mais l'opration faite , on les recouvre 
de terre , de peur que le froid n'agisse sur les racines , et ne 
fasse prir l'arbre. 

355. Page i3o , ligne 7. Cato et medicamenta qudamcom- 
ponit , etc. Caton recommande dans ce passage , auquel notre 
auteur renvoie , l'emploi de l'huile sur les racines des grands 
arbres. Pline a jug fort dsavantageuseraent cet engrais. ( Conf. 
plus haut la note 3 18. ) Voici en quels termes s'exprime Caton : 
Olea sifruclum non feret , ablaqueato. Poslea siramenta circumpo- 
niio. Postea amurcam cum aqua commisceto quas partes. Deinde ad 
oleam circumfundito : ad a?borem maximam amphoram committi 
sat est ; ad minores arbores pro ratione indito. Et idem hoc si facis 
ad arbores fer aces , e quoque meliores fient : ad eas tamen stra- 
menta ne addideris. ( de Re rustica , 93. ) 

356. Ligne i4- Simili modo , ne convohulus , elc. En gn- 
ral, on doit soigneusement se garder de toutes ces compositions 
monstrueuses qui peuvent tre un obstacle la libre circulation 
des fluides et des gaz dans le vgtal. On prfre ordinairement 
les fumigations aux onctions : la fume de soufre (gaz sulfureux), 
celles du bitume , de la paille mouille sont efficaces pour faire 
mourir les chenilles. L'insecte dont on parle ici est la pyrale de 
la vigne , espce de lpidoptre dont la chenille se roule dans la 
feuille aprs en avoir coup moiti le ptiole. Cet insecte cause 
de grands dommages la vigne dans certaines annes qui sont 
favorables leur dveloppement. li'attelabe du bouleau y vit de 
la mme manire. 

357. Page i32 , ligne 3. Alii volucre appellani animal pr- 
rodens puhescentes uvas. Cet insecte pourrait fort bien tre le 
charanon gris , qui mange les jeunes bourgeons et les raisins 
la premire priode de leur dveloppement. L'auteur des Gopo- 
niques appelle cet insecte <Prtpa.t (v, 3o) ; Columelle {de Ar- 
boribus , i5) le nomme volucra. Voici commenta s'exprime 
ce sujet: Genus est animalis , volucra appellatur : id fere (^vere) 
prrodit teneros ahuc pampinos et uvas: quod ne fit , fahes , qvibus 
vineam putaveris , peractapuiatione, sanguine ursino lino. Velsipel- 



NOTES DU LIVRE XVII. 187 

lem fibri habueris ^ in ipsa putaiione quoties falcem acueris , ea pelle 
aciem deiergito , atqiie lia putare incipit. Le remde donn par 
Pline contre le volucre est absurde. Le sang d'ours ne peut rien 
contre les insectes ; il n'y a pas long-temps , au reste , que la 
graisse de ce mme animal tait prconise contre la calvitie. Ou 
ne pourra rire des prjugs de tout genre, qui sont la lpre du 
corps social, que quand les prjugs auront disparu complte- 
ment ; avant cela il faut les redouter et les combattre. 

358. Page i32, ligne 6. Sunt arborum pestes et formic. 11 y 
a encore bien des pratiques ridicules dans le paragraphe qui com- 
mence par ces mots. On empche les fourmis de tenter l'escalade 
des arbres en entourant de trbenthine une zone de l'corce , 
dans la partie infrieure du tronc ; cette rsine , liquide et te- . 
nace , ne permet pas aux fourmis de la traverser impunment. 
L'huile peut donner un rsultat pareil. Les fourmis , comme on 
le pense bien, n'ont aucune aversion prononce contre les lupins, 
non plus qu'une prdilection bien prononce pour les poissons , 
qui ne peut les attirer l'exclusion des autres tres connus. Pal- 
ladius (i,35) s'exprime, au sujet du flau des fourmis, en 
termes peu diffrens. 

35g. Ligne 1 1. Wlulti et talpas amurca necant. Ce moyen ne 
peut tre d'aucune efficacit contre les taupes , il les loignerait 
seulement du lieu arros dH amurca ( lie d'olives ) , et leur ferait 
transporter leur demeure un peu plus loin. Palladius ( in Martio, 
lit. 9 ) , indique les prservatifs suivans : Contra talpas prodest 
cato s frquenter habere in mediis carduetis. Mustelas habent plerique 
mansuetas. Aliqui foramina illarum rubrica et succo agrestis cucunte- 
meris implei-erunt. ISonnulli juxta cubilia talparum plures cavernas 
aperiunt , ut ill territ fugiant solis admissu. Plerique laqueos in 
aditu earum setis pendentibus ponant. 

36o. Contraque erucas , etc. Encore une pratique supersti- 
tieuse dont Pline n'aurait pas d grossir son livre. C'tait une 
croyance presque gnrale, il y a peu d'annes, que les femmes, 
au moment du flux menstruel , dterminaient une foule d'acci- 
dens fcheux: les fleurs se fanaient leur approche, les arbrisseaux 
nouvellement plants mouraient, le lait se coagulait presque su- 
bitement , etc. Ainsi Calon , eu supposant qu'elles pouvaient , 



.4 



i88 NOTES DU LIVRE XVII. 

dans les mmes circonstaaces , faire prir les chenilles , n'est pas 

prcisment du dix-neuvime sicle , il est du dix-huitime. 

36 1. Page i32 , ligne i8. Quippe quum averti carmin gran- 
dines credant plerique. Quelques paysans se laissent encore enlever 
quelques cus par des fripons qui leur persuadent qu'ils sauront 
charmer la grle et les autres mtores fcheux avec des paroles. 
Une institution moderne est parvenue ce but vraiment miracu- 
leux par un moyen fort simple , celui des assurances. Je ne par- 
lerai pas des paragrles, sur l'efficacii desquels on n'est pas en- 
core d'accord. 

862. Ligne 19. Cujus -verha inserere , etc. Enfin Pline n'ose 
pas pousser l'ardeur de la compilation assez loin pour oser citer 
les paroles de Caton ; il craindrait, dit-il, de ne pas garder son 
srieux : et , cependant , combien de choses aussi ridicules a-t-il 
transcrit avec un imperturbable sang-froid? Nous n'imiterons pas 
cette fois sa rserve, et nous allons faire parler le docte et vnrable 
Caton : la citation paratra curieuse : Luxum si quod est , hac can- 
tione sanuni fiet. Arundinem prendetibiviridem P. iv, aut v, longam. 
Mediam diffinde , et duo homines teneant ad coxendices. Incipe can- 
tare in alio. S. F. ( hoc est, sanitas fracto) : vta Danata, Dariesy 

Dardaries , Aslataries. Die, una pares usque dum coeant Ubi 

coierint , et altra alleram tetigerit : id manu prende , et dextra si- 
nistra prcide ^ etc., etc. (Cato, de Re rustica, c. 160, p. 89.) 



LIVRE DIX-HUITIME. 



C. PLINU SECUNDI 

HISTORIARUM MUNDI 

LIBER XVIII. 

NATURiE FRUGUM. 



Antiquorum studium in agricultura. 

I. I. i^EQUiTDR natura frugum, hortorumque, ac flo- 
rum, quaeque alia praeter arbores aut frulices benigna 
tellure proveniunt, vel per se tantum herbarum im- 
mensa contemplatione , si quis stimet varietatem, nu- 
merum , flores , odores , coloresque , et succos , ac vires 
earum, quas salutis aut voluptatis hominum gratia gignit. 
Qua in parte prirnum omnium patrocinari terrae , et 
adesse cunctorum parenti juvat, quamquam inter initia 
operis defens. Quoniam tamen ipsa materia accedit 
in tus ad reputationem ejusdem parientis et noxia, nostris 
eam criminibus urgemus , culpamque nostram illi im- 
putamus. Genuit venena : ecquis invenit illa praeter ho- 
minem? Cavere ac refugere alitibus ferisque satis est. 



HISTOIRE NATURELLE 
DE PLINE. 

LIVRE XVIII. 

HISTOIRF. NATURELLE DES CEREALES. 

Got des anciens pour l'agriculture. 

I. I. il PRS les arbres et les arbrisseaux viennent les 
grains, les lgumes, les fleurs et tous les autres pr- 
sens de la terre. L'examen des herbes offre lui seul 
un objet immense h qui veut calculer la varit , le 
nombre, les fleurs , les parfums, les couleurs, les sucs 
et les vertus de celles qu'elle fait natre pour la sant 
ou pour le plaisir de l'homme. Ici, avant tout, je veux 
plaider la cause de la terre , et prter ma voix la mre 
de tous les tres. Je l'ai dj dfendue dans la premire 
partie de cet ouvfage ; mais le sujet que nous allons 
traiter nous la fera voir aussi enfantant des substances 
vnneuses , et nous en prenons droit de la charger de 
nos torts personnels, et de lui imputer une faute qui nous 
appartient exclusivement. Elle a produit des poisons ? 
quel autre que l'homme les a dcouverts ? les oiseaux 
et les btes sauvages se contentent de s'en prserver et 
de les fuir. I/lphant et l'urus aiguisent et polissent 



igi C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Atque quum arbore exacuant limentque cornua ele- 
phanti, et uri : saxo rhinocerotes , et utroque apri den- 
tium sicas , sciantque ad nocendum se praeparare ani- 
malia : quod tamen eorum tela sua , excepto homine , 
venenis tinguit ? Nos et sagittas tinguimus, ac ferro ipsi 
nocentius aliquid damus. Nos et flumina infcimus , et 
rerum natur elementa. Ipsum quoque quo vivitur, 
aerem in perniciem vertlmus. Neque est ut pulemus 
ignorari ea ab animal ibus : quae praepararent contra ser- 
pentium dimicationes, quae post praelium ad medendum 
excogitarent , indicavimus. Nec ab ullo praeter homi- 
nem , veneno pugnatur alieno. Fateamur ergo culpam , 
ne his quidem, quae nascuntur, contenti : etenim quanto 
plura eorum gnera humana manu fiunt ! Quin et ho- 
mines quidem ut venena nascuntur. Atra ceu serpentium 
lingua vibrt , tabesque animi contacta adurit , culpan- 
tium omnia, ac dirarum alitum modo, tenebris quoque 
suis , et ipsarum noctium quieti invidentium , gemitu , 
quae sola vox eorum est : ul inauspicatarum animan- 
tium vice obvii quoque vtent agerCj aut prodesse vitae. 
Nec ullum aliud abominati spiritus praemium novere , 
quam odisse omnia. Verum et in hoc eadem naturae 
majestas , tanto plures bonos genuit ac frugi , quanto 
fertilior in iis quae juvantaluntque, quorum aestimatione 
et gaudio nos quoque relictis exustioni su istis bomi- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. igB 

leurs dfenses contre un arbre , le rhinocros contre une 
pierre; le sanglier affile les siennes contre les pierres et 
les arbres ; enfin , tous les animaux savent se prparer 
nuire : mais en est-il un seul, l'homme except, qui 
empoisonne ses armes ? Pour nous , le fer n'est pas assez 
meurtrier ; nous trempons nos flches dans des sucs 
homicides ; nous infectons les fleuves et les lmens ; 
nous faisons de l'air mme, ce principe de la vie, un 
moyen de destruction. Qu'on ne s'imagine pas que les 
animaux ne connaissent pas les poisons; nous avons in- 
diqu les prcautions qu'ils prennent avant de combattre 
les serpens, et les remdes auxquels ils ont recours aprs 
les avoir combattus ; mais nul , except l'homme , ne 
s'arme d'un venin tranger. Avouons donc notre faute, 
nous qui ne suffisent pas les poisons que produit la 
nature : combien, en effet, sont plus nombreux ceux que 
notre main prpare ! que dis-je ? l'espce humaine n'a- 
t-elle pas aussi ses poisons? Des hommes, comme des 
serpens, dardent une langue livide : le venin de leur 
me brle tout ce qu'il touche. Ils trouvent du crime 
tout ; semblables ces oiseaux funbres , qui , du sein 
de leurs tnbres mmes , jaloux du repos de la nuit , 
le troublent par leurs gmissemens lugubres, seule voix 
qu'ils fassent entendre. Ils voudraient que leur ren- 
contre , comme celle des animaux sinistres, nous em- 
pcht d'agir et d'tre utiles nos semblables. Har 
est la seule jouissance de ces tres dtestables. Mais la 
majest de la nature , toujours bienfaisante , a produit 
les hommes vertueux en plus grand nombre, ainsi qu'elle 
s'est montre plus librale en plantes utiles et salutaires. 
Conteus de l'estime des gens de bien et de leur approba- 
tion, nous abandonnerons ces ronces humaines l'amer- 
XI. i3 



104 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

num rubis, pergemiis excolere vitam : eoque constan- 
tius, quo oper nobis major, quam famae, gratia expe- 
titur. Quippe sermo circa rura est , agrestesque usus , 
sed quibus vita honosque apud priscos maximus fuerit. 

Quae prima Rom* corona spicea. 

IL 2. Arvorum sacerdotes Romulus in primis insti- 
tuit , seque duodecimum fratrem appellavit inter illos , 
ab Acca Laurentia nutrice sua genitos , spicea corona , 
qu vitta alba colligaretur , in sacerdotio eis pro reli- 
giosissimo insigui data , qu prima apud Romanos fuit 
corona : honosque is non nisi vita finitur , et exsuies 
etiam captosque comitatur. Bina tune jugera populo 
romano satis erant, nullique majorem modum adtri- 
buit: quo servos paulo ante principisNeronis, contemp- 
tis hujus spatii viridariis , piscinas juvat habere majo- 
res : gratumque, si non aliquem et culinas. 

Numa instituit deos fruge colre, et mola salsa sup- 
plicare, atque (ut auctor est Hemina) far torrere, quo- 
niam tostum cibo salubrius esset. Td uno modo conse- 
cutum, statuendo non esse purum ad rem divinam, nisi 
tostum. Is et Fornacalia instituit farris torrendi ferias , 
et aeque religiosas terminis agrorum. Hos enim deos tune 
maxime noverant : Sejamque a serendo, Segestam a se- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 195 

tume qui les dvore , et nous continuerons servir l'Iiu- 
manit avec d'autant plus de constance , que nous cher- 
chons moins la renomme que l'utilit publique. En effet, 
nous n'avons parler que des champs et des travaux 
rustiques; mais ces travaux taient la principale occu- 
pation des anciens, et celle qu'ils honoraient le plus. 

Quand on vit Rome la premire coui'onne d'pis. 

IL 1. Les prtres des champs furent un des pre- 
miers ordres institus par Romulus; ce furent d'abord 
les onze fils d'Acca Laurentia, sa nourrice, et Romulus 
lui-mme, sous le nom de douzime frre. Il leur donna, 
comme la distinction la plus auguste de leur sacerdoce , 
une couronne d'pis , lie avec une bandelette blanche. 
Telle fut la premire couronne chez les Romains. Cette 
dignit est vie; on la conserve mme dans l'exil et la 
captivit. T)e\i\jugerum suffisaient alors chaque citoyen, 
et nul n'en reut davantage. Aujourd'hui des esclaves de 
Nron, peine chapps des fers, mprisent des vergers 
de si peu d'tendue ; il leur faut des viviers , et je pour- 
rais mme dire des cuisines plus spacieuses. 

Numa tablit l'usage d'offrir aux dieux des grains et 
de la farine mle de sel , et , si nous en croyons H- 
mina, de rtir le bl au four, parce que, dans cet tat, 
il donne une nourriture plus saine. Il y parvint , sur- 
tout, en statuant que le bl n'tait pas une offrande 
pure , moins qu'il n'et pass par le feu. Ce fut aussi 
Numa qui institua les ftes appeles FornacaleSy pendant 
lesquelles on mettait les bls au four , et non moins reli- 
gieusement observes que celles des dieux Thermes. C'- 

i3. 



196 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVII. 

getibus appellabant : quarum simulacra in Circo vide- 
mus. Tertiam ex his nominare sub tecto religio est. Ac- 
n degustabant quidem novasfruges aut vina, antequam 
sacerdoles primitias libassent. 



De jugero. 

III. 3. Jiigum vocabatiir, quod uno jugo boum in die 
exarari posset. Actus, in quo boves agerentur cum ara- 
tro, uno impetu juste. Hic erat cxx pedum : duplica- 
tusque in longitudinem jugerum faciebat. Dona amplis - 
sima imperatorum ac fortium civium, quantum quis 
uno die plurimum circumaravisset. Item quartarii farris, 
aut heminae, conferente populo. Cognomina etiam prima 
inde : Pilumni , qui pilum pistrinis invenerat : Pisonis, 
a pisendo. Jam Fabiorum, Lentulorum, Ciceronum, ut 
quisque aliquod optime genus sereret. Juniorum famili 
Bubulcum nominarunt , qui bubus optime utebatur. 
Quin et in sacris nihil religiosius confarreationis vin- 
culo erat : novaeque nuptae farreum prferebant. 



Agrum maie colre, censorium probrum judicbatur. 
Atque (ut refert Cato) quem virum bonum colonum 
dixissent , amplissime laudasse existimabant. Hinc et lo- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 197 

taient les divinits que les Romains d'alors connaissaient 
le plus. Ils avaient Scia et Segesta, dont les noms vien- 
nent de serere et de seges , et dont les statues se voient 
encore dans le Cirque. Il n'est pas permis de nommer 
la dernire dans l'intrieur de sa maison. Jamais on ne 
gotait ni des grains ni du vin nouveau avant que les 
prtres n'en eussent offert les prmices aux dieux. 

Du jugerum 

III. 3. On appelait jou^^jugum , ce qu'une paire de 
bufs pouvait labourer en un jour ; et actus, le sillon 
qu'on leur faisait tracer d'un seul effort , sans s'arrter. 
Li'actijs tait de cent vingt pieds. Le double de cette 
longueur formait le jugerum. On accordait aux gn- 
raux et aux plus braves guerriers autant de terrain qu'ils 
en pouvaient enfermer dans un sillon pendant un jour; 
c'tait la plus grande des rcompenses. Le peuple leur 
donnait aussi, par tte, le quart d'un cong, ou une 
limine de bl. Les premiers surnoms ont t tirs de 
l'agriculture ; celui de Pilumnus fut donn l'inventeur 
du pilon broyer le bl ; Pison vient de pisere, piler ; 
d'autres furent nomms Fabius , Lentulus , Cicron , 
selon qu'ils excellaient dans la culture de diffrens l- 
gumes. Un des Junius , qui s'entendait trs-bien gou- 
verner les bufs, fut surnomm Bubulcus. Dans les c- 
rmonies religieuses , rien de plus sacr que le mariage 
par confarration : les nouveaux maris portaient un 
gteau dc/a/v 

Celui qui cultivait mal son champ tait not par les 
censeurs; et le plus bel loge qu'on pt faire d'un homme, 
c'tait, comme dit Caton , de l'appeler un bon labou- 



198 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

cupletes dicebant, loci, hoc est, agri plenos. Pecunia 
ipsa a pcore appellabatur. Etiam nunc in tabulis cen- 
soriis pascua dicuntur omnla , ex qiiibus populus redi- 
tus habet, quia diu hoc solum vectigal fuerat. Multatio 
quoqiie non nisi ovium boumque impendio dicebatur; 
non omittenda priscarum legura benevolentia. Cautum 
quippe est , ne bovem , priusquam ovem , nominaret , 
qui indiceret multam. 

Ludos boum causa clbrantes , Bubetios vocabant. 
Servius rex, ovium boumque effigie primus aes signavit. 
Frugem quidem aratro quaesitam furtim noctu pavisse , 
ac secuisse , puberi xii tabuHs capital erat: suspensum- 
que Cereri necari jubebant, gravius quam in homici- 
dio convictum : impubem prtoris arbitratu verberari , 
noxiamque duphone decerni. 

Jam distinctio honosque civitatis ipsius non ahunde 
erat. Rusticae tribus laudatissimae eorum , qui rura ha- 
berent. Urbanae vero, in quas transferri ignominiaesset, 
desidi probro. Itaque quatuor sol erant a partibus 
Urbis, in queis habitabant, Suburrana, Palatina, Col- 
Hna , Esquilina. Nundinis Urbem revisitabant , et ideo 
comitia nundinis habere non licebat , ne plebs rustica 
avocaretur. Quies somnusque in stramentis erat. Glo- 
riam denique ipsam a farris honore adoream appella- 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVIII. 199 

reur. Ceux qui possdaient de grandes terres taient ap- 
pels locupletes. Pecunia (monnaie) vient epecus (btail). 
De nos jours encore tous les revenus publics sont inscrits 
dans les registres des censeurs sous le nom de pascua , 
parce que les pturages furent long-temps le seul revenu 
de l'tat. Les amendes ne s'imposaient qu'en moutons 
ou en bufs ; et observons ici la douceur des anciennes 
lois : elles dfendaient aux juges de prononcer l'amende 
en bufs, moins que le condamn n'et dj encouru 
celle qui se payait en moutons. 

Les jeux clbrs en l'honneur des bufs s'appelaient 
bubtiens. Le roi Servius ft le premier reprsenter, sur 
des pices d'airain , l'image d'une brebis ou d'un buf. 
Conduii'e un troupeau ou couper des grains pendant la 
nuit dans un champ couvert de moissons , tait un 
crime puni de mort. D'aprs la loi des Douze-Tables , 
le coupable, s'il tait en ge de pubert, devait tre 
suspendu un gibet , pour satisfaire Crs ; punition 
plus svre que pour l'honiicide; l'enfant tait battu de 
verges , la discrtion du prteur , et le dommage se 
payait au double. 

Les rangs et la distinction entre les citoyens n'eurent 
pas d'autre origine. Les tribus rurales, les plus estimes 
de toutes , se composaient de citoyens qui avaient des 
terres. Les tribus urbaines , o l'on tait relgu par 
ignominie, taient mprises comme lches et oisives ; 
aussi n'taient -elles qu'au nombre de quatre. On les 
nommait Suburrane, Palatine, CoUine et Esquiline, du 
nom des quartiers qu'elles habitaient. Tous les neuf 
jours , les habitans de la campagne venaient Rome 
pour le march. Il tait dfendu ce jour-l de tenir les 
comices , afin que le peuple de la campagne ne ft pas 



200 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

bant. Equidem ipsa etiam verba priscae significationis 
admiror. Ita enim est in commentariis pontificuni : Au- 
gurio canario agendo dies constituantur , priusquam 
frumenta vaginis exeant , et antequain in vaginas per- 
veniant. 



Quoties et quibus temporibus fuerit summa vilitas annonae. 

IV. Ergo bis moribus non modo sufficiebant fruges , 
nulla provinciarum pascente Italiam , verum etiam an- 
non viHtas incredibilis erat. Manius Marcius aedilis 
plebis primum frumentum populo in modios assibus 
donavit. L. Minucius Augurinus, qui Sp. Melium coar- 
guerat , farris pretium in trinis nundinis ad assem re- 
degit undecimus plebei tribunus : qua de causa statua 
ei extra portam Trigeminam , a populo stipe collata 
statuta est. Trebius in dilitate assibus populo frumen- 
tum praestitit : quam ob causam et ei statuae in Capito- 
lio ac Palatio dicat sunt : ipse supremo die populi liu- 
meris portatus in rogum est. Verum quo anno Mater 
deum advecta Romam est , majorem ea state messem , 
(|uam antecedentibus annis decem , factam esse tradunt. 
M. Varro auctor est , quum L. Metellus in triumpho 
plurimos duxit elepbantos , assibus singidis farris mo- 
dios fuisse : item vini congios, fiei(|iic sicc pondo xxx, 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. aoi 

dtourn de ses affaires. On reposait et on dormait sur 
la paille. Enfin, par une sorte d'hommage rendu au bl, 
la gloire elle-mme s'appelait Adorea. Je ne puis en- 
tendre sans surprise le langage des anciens temps. Ou- 
vrez les livres des pontifes , vous y lirez : Pour tirer 
des augures par le sacrifice d'une chienne, prenez jour 
avant que le bl ne sorte du fourreau, et avant qu'il n'y 
entre. 

. Quand et combien de fois le bl se vendit vil prix- 

IV. Avec de telles murs , non-seulement les rcoltes 
suffisaient sans qu'aucune province nourrt l'Italie, mais 
mme on a peine concevoir combien les denres taient 
vil prix. Manius Marcius, pendant son dilit , donna 
le premier le bl un as le boisseau. L. Minucius 
Augurinus , qui avait dcouvert les projets de Sp. Me- 
lius , rduisit le prix du bl un as pendant trois mar- 
chs, lorsqu'il fut lu onzime tribun du peuple; aussi 
le peuple se cotisa pour lui lever une statue hors de la 
porte Trigmina. Trebius, tant dile, fit donner le bl 
un as le boisseau ; pour cette raison , on lui leva aussi 
des statues au Capitole et sur le mont Palatin , et aprs 
sa mort, le peuple porta lui-mme son corps au bcher. 
On dit que l'anne o l'on transporta Rome la mre 
des dieux , la moisson fut plus abondante qu'elle ne l'avait 
t depuis dix ans. Varron rapporte que l'anne o 
L. Metellus conduisit en triomphe une troupe nom- 
breuse d'lphans , le boisseau de bl ne valait qu'un 
as , ainsi que le cong de vin , trente livres de figues 
sches, dix livres d'huile, dou/c livres de viande; et 
cette abondance ne provenait pas de ces vastes domai- 



2oa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

olei p. X , carnis p. xii. Nec e latifundiis singuloruni 
contingebat arcentium vicinos : quippe etiam lege Sto- 
lonis Licinii incluso modo quingentorum jugerum, et 
ipso sua lege damnato , quum substituta filii persona 
amplius possideret. Luxuriantis jam reipublic fuit ista 
mensura. Manii quidem Curii post triumphos immen- 
sumque terrarum adjectum imperio, nota concio est: 
Perniciosum intelHgi civem , cui septem jugera non 
essent satis. Hsec autem mensura plebei post exactos 
reges adsignata est. 

Quaenam ergo tantae ubertatis causa erat? Ipsorum 
tune manibus imperatorum colebantur agri : ut fas est 
credere , gaudente terra vomere laureato et triumphali 
aratore : sive illi eadem cura semina tractabant , qua 
bella ; eademque diligentia arva disponebant, qua cas- 
tra : sive honestis manibus omnia laetius proveniunt , 
quoniam et curiosius fiunt. Serentem invenerunt dati 
honores Seranum , unde cognomen. Aranti quatuor sua 
jugera in Vaticano, quae Prata Quintia appellantur, 
Cincinnato viator attulit dictaturam, et quidem ut tra- 
ditur, nudo, plenoque pulveris etiamnum ore. Cui via- 
tor, Vla corpus, inquit, ut proferam senatus popu- 
lique romani mandata. Taies tum etiam viatores erant : 
quod ipsum nomeu inditum est subinde et ex agris se- 
natum ducesque arcessentibus. At nunc eadem illa vincti 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVIII. 2o3 

ns , dont les limites s'tendent sans cesse sur les terres 
voisines : car la loi de Licinius Stolon avait dj born 
les fonds de terre cinq cents jugerum , et lui-mme 
avait t condamn par sa propre loi , parce que , sous 
le nom de son fils , il en possdait davantage : telle tait 
la mesure fixe dans un temps o la rpublique tait 
dj puissante. On connat les paroles de Manius Cu- 
rius , aprs qu'il eut triomph et ajout un territoire 
immense l'tendue de l'empire. Il dclare que celui 
qui sept jugerum ne suffisent pas , doit tre regard 
comme un citoyen dangereux. C'tait la mesure qui 
avait t assigne au peuple aprs l'expulsion des rois. 

Quelle tait donc la cause d'une si grande fertilit? 
C'est qu'alors les gnraux cultivaient leurs champs de 
leurs propres mains: la terre, osons le croire, s'ouvrait 
avec complaisance sous une charrue couronne de lau- 
rier et conduite par des mains triomphantes ; soit que 
ces grands hommes donnassent la culture le mme 
soin qu' la guerre , et qu'ils ensemenassent la terre 
avec la mme attention qu'ils disposaient un camp ; soit 
aussi que tout fructifie mieux sous des mains honntes , 
parce que tout se fait avec une exactitude plus scrupu- 
leuse. Les honneurs allrent trouver Atilius lorsqu'il 
semait son champ , ce qui lui fit donner le surnom de 
Seranus. Cincinnatus labourait , sur le mont Vatican , 
ses quatre arpens, nomms aujourd'hui les prs Quin- 
tiens, lorsqu'un envoy du snat lui apporta la dicta- 
ture ; on dit mme qu'il tait nu , et le visage encore 
tout couvert de poussire. Prenez un vtement, lui dit 
le messager, pour que je vous transmette les ordres du 
snat et du peuple romain. Telles taient alors les 



xol^ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

pedes , damnat maniis , inscriptique vultus exercent : 
non tamen surda tellure, quae parens appellatur, colique 
dicitur ipsa : honore his adsumpto , ut non invita ea , 
et iudignata , credatur id fieri. Sed nos miramur ergas- 
tulorum non eadem emolumenta esse , quae fuerint iin- 
, peratorum. 

\k 



Qui illustres de agricultura praeceperinl. 

V. Igitur de cultura agri prsecipere principale fuit et 
apud exteros. Siquidem et reges fecere , Hiero , Philo- 
metor, Attalus, Arclielaus : et duces Xenophon , et Pnus 
etiam Mago : cui quidem tantum honorem senatus nos- 
ter habuit Carthagine capta , ut quum regulis Africa^ 
bibliothecas donaret, unius ejusduodetriginta volumina 
censeret in Latinam linguam transferenda , quum jam 
M. Cato prcepta condidisset : peritisque linguae Punicse 
dandum negotium , in quo prcessit omnes vir claris- 
simae familige D. Silanus. Sapientes vero complures , 
quos sequeremur, prtexuimus hoc in volumine , non 
ingrate nominando M. Varrone, qui octogesimum pri- 
mum vit annum agens , de ea re prodendum putavit. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. aoS 

fonctions des messagers. On les avait nomms ainsi , 
parce qu'ils allaient chercher aux champs les snateurs 
et les gnraux ; mais aujourd'hui ces mmes champs 
sont livrs des esclaves enchans , des malfaiteurs 
condamns au travail , et dont le front est fltri. Ce- 
pendant la terre n'est pas sourde nos vux : nous 
lui donnons le nom de mre , nous appelons culte les 
soins qui lui sont rendus ; elle agre ce vain hommage , 
et rien ne fait voir que notre conduite l'offense, ni 
qu'elle en soit indigne ; mais devons-nous tre surpris 
qu'elle ne paie pas des esclaves comme elle rcompensait 
des gnraux? 

Hommes illustres , auteurs d'ouvrages sur l'agriculture. 

V. Chez les trangers mmes , des hommes du plus 
haut rang ont donn des prceptes sur l'agriculture. 
Parmi ces auteurs on nomme des rois , Hiron , Pliilo- 
mtor, Attale , Archlas ; des gnraux, Xnophon , 
Magon : ce dernier mme tait Carthaginois. Notre 
snat, aprs la prise de Carthage, lui rendit l'hommage 
le plus glorieux , en ordonnant , lors de la distribution 
des bibliothques entre les rois d'Afrique, que les vingt- 
huit livres de Magon seraient traduits en latin ; cepen- 
dant Caton avait dj publi ses ouvrages. Le soin de 
cette traduction fut confi des hommes verss dans la 
langue punique, et D. Silanus, d'une des plus illustres 
familles , se distingua principalement par ce travail. On 
cite encore une foule de savans. J'ai indiqu en tte de 
mon ouvrage ceux que je me proposais de suivre, et je 
nommerai volontiers Varron, qui, l'ge de quatre- 
vingt-un ans , a cru devoir publier un trait sur cette 
matire. 



o6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

4. Apud Romanos multo serior vitium cultura esse 
cpit. Primoque, ut necesse erat, arva tantum coluere: 
quorum nobis ratio nunc tractabitur non vulgari modo, 
verum, ut adhuc fecinius, et vetustis et postea inventis 
omni cura perquisitis, causaque rerum et ratione simul 
eruta. Dicemus et sidra, slderumque ipsorum terres- 
tria signa dabimus indubitata : quandoquidem qui ad- 
huc ea diligentius tractavere , quibusvis potius , quam 
agricolis , scripsisse possunt videri. 

Quse observanda in agro parando. 

VI. Ac primum omnium oraculis majore ex parte 
agemus , quae non in alio vitae gnre plura certiorave 
sunt. Cur enim non videantur oracula , a certissimo 
die maximeque veridico usu profecta ? 

5, Principium autem a Catone sumemus. Fortissimi 
viri et milites strenuissimi ex agricolis gignuntur , mi- 
nimeque maie cogitantes. Praedium ne cupide emas. In 
re rustica operae ne parcas , in agro emendo minime. 
Quod maie emptum est , semper pnitet. Agrum para- 
turos ante omnia intueri oportet aquam , viam , et vi- 
cinum. Singula magnas interprta tiones habent , nec 
dubias. Cato in conterminis hoc amplius stimari ju- 
bet , quo pacto niteant : In bona enim , inqiiit , re- 
gione bene nitent. Atilius Regulus , ille Punico bello 



HISTOIRE NATTJRELIE, LIV. XVIII. 207 

4. Les Romains furent long-temps sans cultiver la 
vigne ; la ncessit les fora n'tre d'abord que labou- 
reurs. J'exposerai leurs mthodes , non pas d'une ma- 
nire superficielle, mais, comme je l'ai fait jusqu'ici, en 
recherchant avec le plus grand soin les usages anciens 
et les dcouvertes modernes , et en expliquant la cause 
et la raison de chaque procd. Je parlerai aussi des astres, 
des signes terrestres qui les accompagnent , et sur les- 
quels il n'existe aucun doute; car les auteurs qui jusqu' 
prsent ont trait cette matire semblent avoir crit pour 
toute autre classe d'hommes que pour les agriculteurs. 

Ce qu'on doit observer dans l'achat d'une terre. 

VI. Et , d'abord , je procderai par des oracles , cai- 
nulle autre profession n'en renferme un plus grand 
nombre, ni de plus certains. Et pourquoi ne pas donner 
ce nom des maximes dictes par le temps et l'exp- 
rience, le plus sr et le plus infaillible des oracles? Caton 
me fournira les premiers. 

5. Ija classe des agriculteurs produit les hommes les 
plus braves , les soldats les plus actifs , et qui pensent 
le moins au mal. N'achetez jamais une ferme avec pr- 
cipitation. N'pargnez pas la peine en cultivant une terre, 
et moins encore en l'achetant ; on se repent toujours d'une 
mauvaise acquisition. Dans l'acquisition d'un champ, on 
doit, avant tout, considrer l'eau, la route et les voisins: 
chacun de ces trois points demande des explications dont 
l'importance et la vrit ne sont pas douteuses. Par rap- 
port aux voisins, Caton prescrit d'examiner leur carna- 
tion : Dans un bon pays , dit-il , les habitans ont un 
air de fracheur et de sant. Atilius Regulus, qui fut 



2o8 C. PLINII HIST. NAT. LIB XVIII. 

bis consul , aiebat , a neque fecundissimis locis insalu- 
brem agrum parandum , neque effetis salubrrimum. 
Salubritas loci non seniper incolarum colore detegitur , 
quoniam adsueti etiam in pestilentibus durant. Praeterea 
sunt quaedam partibus anni salubria : nihil autem salu- 
tare est, nisi quod tolo anno salubre. Malus est ager, 
cum quo doniinus luctatur. Cato iuter prima spectari 
jubet , ut solum sua virtute valeat , qua dictum est po- 
sitione : ut operariorum copia prope sit, oppidumque 
validum : ut navigiorum evectus vel itinerum : ut bene 
aedificatus et cultus, in quo falli plerosque video. Segni- 
tiem enim prioris domini pro emptore esse arbitrantur. 
Nihil est damnosius deserto agro. Itaque Cato , de 
bono domino melius emi, nec temere contemnendam 
alienam disciplinam : agroque , ut liomini , quamvis 
qustuosus sit, si tamen et sumptuosus, non multum 
superesse. Ille in agro quaestuosissimam judicat vitem : 
non frustra, quoniam ante omnia de impensae ratione 
cavit. Proxime hortos riguos : nec id falso , si sub op- 
pido sint. Et prata antiqui parata dixere. Idemque Cato 
interrogatus , quis esset certissimus quaestus, respondit, 
Si bene pascas. Quis proximus ? Si mediocriter 
pascas. Summa omnium in hoc spectando fuit , ut 
fructus is maxime probaretur , qui quam minimo im- 
pendio constaturus sset. Hoc ex locorum occasione ali- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 209 

deux fois consul dans la guerre punique, disait qu'il ne 
faut pas acheter une terre malsaine dans les pays les 
plus fertiles, ni, dans les pays les plus sains, une terre 
strile. La salubrit d'un pays ne se reconnat pas tou- 
jours au teint des habitans, parce qu'avec le temps on 
finit par s'habituer mme un air pestilentiel. D'ailleurs , 
il y a des cantons qui sont trs-sains pendant quelques 
parties de l'anne ; mais on ne peut appeler sains que 
ceux qui sont tels dans tous les temps. C'est un mauvais 
fonds que celui qui lutte contre son matre. Caton exige 
encore qu'une terre, situe comme nous venons de le 
dire , soit bonne par elle-mme; qu'il y ait dans le voi- 
sinage beaucoup de gens de travail ; une ville assez con- 
sidrable ; des rivires ou des routes pour les expor- 
tations; que les btimens soient en bon tat ; que le sol 
soit bien cultiv, car c'est en cela que la plupart des 
cultivateurs s'abusent : ils s'imaginent que la ngligence 
du dernier propritaire est l'avantage de l'acqureur. 
Rien de plus coteux qu'une terre abandonne : aussi 
Caton dit-il qu'il vaut mieux acheter d'un bon cultiva- 
teur , et qu'on ne doit pas mpriser lgrement la m- 
thode d'autrui. Il en est d'un fonds comme d'un homme; 
quelque profit qu'il fasse , si en mme temps il d- 
pense beaucoup , il restera peu de chose. Il regarde la 
vigne comme la culture la plus lucrative , et il n'a pas 
tort , puisqu'il se propose avant tout d'pargner les 
frais. Il place au second rang les jardins bien arross ; 
et il a raison , pourvu qu'ils soient auprs d'une ville. 
Les anciens appelaient les prs parata , fonds tout 
prpars. On demandait Caton quel tait le profit le 
plus assur : De bons prs , dit-il. Et ensuite? 
Des prs mdiocres. Il rsulte de l que le profit 
XI. 14 



ao C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

loi- alibi decernitur. Eodemque pertinet, quod agrico- 
lam vendacem esse oportere dixit. Fundum in adoles- 
centia conserendum sine cunctatione , dificandum non 
nisi consito agro : tune quoque cunctanter : optimum- 
que est (ut vulgo dixere) alina insania frui , sed ita, 
ut villarum tutela non sit oneri. Eum tamen qui bene 
habitet , saepius ventitare in agrum : frontemque domini 
plus prodesse quam occipitium , non mentiuntur. 

De villarum positione. 

VIL 6. Modus hic probatur, ut neque fundus villam 
qurat, neque villa fundum. Non ut fecerunt juxta di- 
versis eadem aetate exemplis L. Lucullus, et Q. Scvola, 
quum villa Scsevolae fundus careret , villa Luculli agro. 
Quo in gnre censoria castigatio erat minus arare , 
quam verrere. Nec hoc sine arte quadam est. Novissi- 
mus villam in Misenensi posuit C. Marins septies consul , 
sed peritia castrametandi , sic ut compartes ei ceteros 
ctiam Sulla Flix caecos fuisse diceret. 



Convenit nec juxta paludes ponendam esse, neque 
ad verso amne : quamquam Homerus omnino e flumine 
semper antelucanas auras insalubres verissime tradidit. 
Spectare in stuosis locis septentriones dbet, meri- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. ati 

qu'il estimait le plus tait celui qui cotait le moins; 

mais cela varie selon la nature des lieux. C'est dans 

la mme vue qu'il disait qu'un cultivateur doit aimer 

vendre; qu'il faut planter sans dlai dans la jeunesse, 

ne btir qu'aprs avoir plant , et alors mme ne pas 

se hter. Le mieux, comme dit un ancien proverbe, est ^ ^^ ' 

de profiter de la folie d'autrui ; encore faut-il que ^*^^'^B^ 

tretien de la maison ne soit pas onreux. Cependant il 

est vrai de dire que celui qui est bien log visite plus 

souvent sa terre, et que l'il du matre fait plus que ses 

talons. 

De la situation des biens de campagne. 

VIT. 6. Pour tablir une juste proportion , il faut 
que la maison suffise la terre, et la terre la maison. 
On n'imitera ni L. Lucullus, ni Q. Scvola, qui, dans 
le mme sicle, ont donn l'exemple de deux excs op- 
poss. La terre de Scvola manquait de btimens ; les 
btimens de Lucullus manquaient de terre. Or, on tait 
repris par les censeurs quand on avait moins labou- 
rer qu' balayer. L'art n'est pas inutile dans la disposi- 
tion d'une mtairie ; Marins , sept fois consul , fut le 
dernier qui en fit construire une prs de Misne, dans 
laquelle il dveloppa toute son exprience dans l'art 
des campemens. L'heureux Sylla disait lui-mme que 
tous les autres taient des aveugles en comparaison de 
Marius. 

On ne doit btir ni prs des marais ni le long des 
rivires , cause des vapeurs malsaines qui , suivant la 
juste remarque d'Homre , s'en exhalent avant le lever 
du soleil. Dans les pays chauds, la mtairie sera expose 
au nord ; dans les pays froids, au midi ; et dans les pays 

i4. 



21 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

diem in frigidis : in temperatis exortum gequinoctialem. 
Agri ipsius bonitas , quibus argumentis judicanda sit , 
quamquam de terr optimo gnre disserentes abunde 
dixisse possumus videri , etiamnum tamen traditas no- 
tas subsignabimus , Catonis maxime verbis : Ebulum , 
vel prunus silvestris , vel rubus, bulbus minutus, trifo- 
lium;- herba pralensis, quercus, silvestris pirus, malus- 
que , frumentarii soli notas. Item nigra terra , et cinerei 
coloris. Omnis creta coquit, nisi permacra : sabulumque, 
nisi id etiam pertenue est : et multo campestribus magis, 
quam clivosis respondent eadem. 

Modum agri in primis servandum antiqui putavere : 
quippe ita censebant , Satius esse minus serere , et 
melius arare : qua in sententia et Virgilium fuisse vi- 
deo. Veruraque confitentibus latifundi a p erdidere Ita- 
liamL : jam vero et provincias. Sex domini semissem 
Africae possidebant, quum interfecit eos Nero princeps : 
non fraudando magnitudine hac quoque sua Cn. Pom- 
peio , qui numquam agrum mercatus est conterminum. 
Agro empto domum vendendam , inclementer , atque 
non ex utilitate publiai status Mago censuit, hoc exor- 
dio prcepta pandere ingressus, ut tamen appareat as- 
siduitatem desideratam ab eo. 

Dehiuc peritia villicorum in cura habenda est: mul- 
taque de iis Cato prcepit. Nobis satis sit dixisse , quam 
proximum domino corde esse debere , et tamen sibi- 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVIII. 2 1 3 

temprs , au levant quinoxial. Quant aux indices qui 
peuvent faire juger de la bont d'un fonds, nous eu avons 
trait avec assez de dtails en examinant quels taient les 
meilleurs terroirs ; nous consignerons cependant ici quel- 
ques remarques, que nous emprunterons surtout Caton. 
L'hible, le prunier sauvage, la ronce, les petites bul- ^ 
bes , le trfle, l'herbe de pr, le chne, le poirier et le 
pommier sauvages, font reconnatre une terre bl. Il 
en est de mme de la terre noire ou cendre. Celle qui #^ 
est mle de sable ou de craie brle la semence , moins 
que la craie ne soit fort maigre et le sable trs-fin. Ces 
principes sont d'une application beaucoup plus sre 
encore dans les plaines que sur les coteaux. 

Les anciens pensaient qu'avant tout , l'tendue des 
terres devait tre restreinte dans de justes limites; aussi 
avaient-ils pour maxime de semer moins, et de labourer 
mieux. Je vois que tel fut aussi le sentiment de Virgile. 
Il faut l'avouer , les grands domaines ont perdu l'Italie , 
et mme les provinces. Parmi les citoyens que fit prir 
Nron, six possdaient eux seuls la moiti de l'Afri- 
que. Pompe n'acheta jamais la terre contigu la 
sienne ; c'est un trait qu'il ne faut point omettre dans 
son loge. Magon pense que celui qui achte une teirre 
doit vendre sa maison de ville ; c'est son premier pr- 
cepte: arrt svre et trop prjudiciable au bien pu- 
blic , mais qui montre qu'il exigeait la prsence du pro- 
pritaire. 

Il faut ensuite faire choix d'un mtayer expriment. 
Caton donne beaucoup de prceptes ce sujet. Il nous 
suffira de dire que le mtayer doit tre presque aussi 



2i4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

metipsi non videri. Coli rura ab ergastulis pessimum 
est , et quidquid agitur a desperantibus. Temerarium 
videatur unam vocem antiquorum posuisse, et fortassis 
incrediblle penitus aestimetur : a Nihil minus expedire, 
quam agrum optime colre. L. Tarius Rufus infima 
natalium humilitate , consulatum militari industria me- 
ritus , antiquae alias parcimoni , circiter millies H - S 
liberalitate divi Augusti congestum, usque ad detrecta- 
tionem heredis exhausit , agros in Piceno coemendo , 
colendoque in gloriam. Internecionem ergo famemque 
censemus? Immo hercules, modum judicem rerum om- 
nium utilissimum. Bene colre necessariura est : optime, 
damnosum, praeterquam sobole, suo colono, aut pas- 
cendis. Alioqui colente domino aliquas messes colligere 
non expedit , si computetur impendium operae. Nec te- 
mere olivam : nec quasdam terras diligenter colre, si- 
cut in Sicilia , tradunt : itaque decipi advenas. 



traecepta antiquonim de agro colendo". 

VIII. Quonam igitur modo utilissime coluntur agri ? 
ex oraculo scilicet, malis bonis. Sed defendi aequum est 
abavos , qui prceptis suis prospexere vit. Namque 
quum dicerent malis , intelligere voluere vilissimos. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL i5 

entendu que son matre, et pourtant n'avoir pas cette 
bonne opinion de lui-mme. Ce qu'il y a de pire , c'est 
d'employer la culture des esclaves enchans. Tout ce 
que font des gens dsesprs n'est jamais bien fait. Il 
y a une maxime des anciens qui paratra tmraire, et 
peut-tre mme incroyable , c'est que rien ne profite 
moins que de trs-bien cultiver. L. Tarius Rufus , de la 
naissance la plus obscure . s'tait lev au consulat par 
ses talens militaires. Enrichi des bienfaits d'Auguste , 
cet homme , d'ailleurs d'une conomie digne des an- 
ciens temps , acheta des terres dans le Picenum ; et , 
voulant se faire un noni par un excellent systme de 
culture, il y dpensa cent millions de sesterces, et nul 
aprs sa mort n'osa se porter hritier. Dirons - nous 
qu'une telle culture entrane sa suite la famine et la 
pauvret? Oui sans doute; et, en toutes choses , le 
meilleur est de tenir un juste milieu. Bien cultiver est 
ncessaire, trs-bien cultiver est prjudiciable, moins 
qu'on n'y emploie ses enfans , son mtayer, et les gens 
qu'on est oblig de nourrir. Si le matre veut le faire 
lui-mme, les rcoltes ne sauraient jamais le ddomma- 
ger de ses peines. Il ne faut pas cultiver avec trop de soin 
l'olivier ni certaines terres , telles qu'il s'en trouve en 
Sicile ; aussi les trangers y sont-ils tromps. 

Maximes des anciens sur l'agriculture. 

^'' VIII. Quelle est donc la manire de cultiver le plus 
avantageusement? Ecoutez l'oracle: c'est de faire un bon 
emploi du mauvais. Mais nos anctres, qui, dans leurs 
prceptes, n'ont eu en vue que nos intrts, mritent 
qu'on les justifie. Par du mauvais, ils entendaient ce qui 




ai6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Summum providentiae illorum fuit, ut quam minimum 
esset impendii. Praecipiebant enim ista , qui triumphales 
denas argenti libras in supellectile crimini dabant: qui 
mortuo villico relinquere victorias , et reverti in sua 
rura postulabant : quorum heredia colenda suscipiebat 
respublica , exercitusque ducebant, senatu illis villi- 
cante. 

Inde illa reliqua oracula : Nequam agricolam esse, 
quisquis emeret, quod praestare ei fimdus posset. Malum 
patrem familias , quisquis interdiu faceret , quod noctu 
posset , nisi in tempestate caeli. Pejorem , qui profestis 
diebus ageret , quod feriatis deberet. Pessimum , qui se- 
reno die sub tecto potius operaretur, quam in agro. 

Nequeo mihi temperare, quominus unum exemplum 
antiquitatis adferam , ex quo intelligi possit , apud po- 
pulum etiam de culturis agendi morem fuisse, qualiter- 
que defendi soliti sint illi viri. C. FuriusCresinus e ser- 
vitute liberatus, quum in parvo admodum agello lar- 
giores multo fructus perciperet, quam ex amplissimis 
vicinitas, in invidia magna erat, ceu fruges alinas pel- 
liceret veneficiis. Quamobrem a Sp. Albino curuli die 
dicta , metuens damnationem , quum in suffragium tri- 
bus oporteret ire, instrumentum rusticuin omne in fo- 
rum attulit, et adduxit familiam validam, atque (ut ait 
Piso ) bene curatam ac vestitam , ferramenta egregie 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 217 

cote le moins ; car leur principale intention tait de 
mnager les frais. Ceux qui nous donnaient ces prceptes 
taient des hommes qui faisaient un crime un triom- 
phateur d'avoir chez lui dix livres d'argenterie ; qui, la 
mort de leur mtayer, demandaient qu'il leur ft permis 
d'interrompre leurs victoires pour revenir dans leur 
champ ; c'taient ces hommes dont la rpublique se char- 
geait de cultiver l'hritage, et qui conduisaient les ar- 
mes pendant que le snat leur servait de fermier. 

C'est le mme esprit qui a dict ces autres oracles : 
Mauvais cultivateur, celui qui achte ce que sa ferme 
peut lui fournir. Mauvais pre de famille , l'homme qui 
fait le jour ce qu'il peut faire la nuit , moins que le 
temps ne s'y oppose. Plus mauvais encore celui qui fait 
les jours ouvrables ce qu'il pourrait remettre aux jours 
de ftes. Et le pire de tous , celui qui , dans un beau 
jour, travaille sous son toit au lieu d'tre aux champs. 
. Je ne puis m'empcher de rapporter un exemple de 
l'antiquit, qui prouve qu'on tait cit devant le peuple, 
mme relativement la manire d cultiver, et qui 
montre aussi comment les hommes de ce temps-l se d- 
fendaient en justice. C. Furius Cresinus , affranchi , re- 
tirait d'un trs-petit champ beaucoup plus de grains que 
ses voisins n'en recueillaient sur des terres trs-tendues. 
Ils en conurent une telle jalousie , qu'ils l'accusrent 
d'attirer les moissons par des sortilges. Cit par 
Sp. Albinus , dile curule , et craignant d'tre condamn 
lorsque les tribus iraient aux suffrages, il apporta sur 
la place publique tous ses instrumens de labour , de 
forts hoyaux , des socs pesans , des outils parfaitement 
bien faits ; il amena des bufs robustes , et ses gens 
tous vigoureux , et , comme dit Pison , bien nourris 



!ii8 ^ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIIl. 

facta , graves ligones , vomeres ponderosos , boves sa- 
tures. Postea dixit : Veneficia mea , Quirites, haec sant : 
nec possum vobis ostendere, aut in forum adducere lu- 
cubrationes meas , vigiliasque , et sudores. Omnium 
sententiis absolutus itaque est. Profecto , opra , non 
impensa , cultura constat. Et ideo majores fertilissimum 
in agro oculum domini esse dixerunt. 

Reliqua prsecepta reddentur suis locis , quae propria 
generum singulorum erunt. Intrim communia , quae 
succurrunt , non omittemus. Et in primis Catonis hu- 
manissimum utilissimumque : Id agendum, ut diligant 
vicini. Causas reddit ille : nos existimamus nulli esse 
dubias. Inter prima idem cavet , ne familiae malae sint. 
Nihil sero faciendum in agricultura omnes censent , 
iterumque suo quaeque temporefacienda. Ex tertio prae- 
cepto , praetermissa frustra revocari. De terra cariosa 
exsecratio Catonis abunde indicata est. Quamquam prae- 
dicere non cesst is : quidquid per asellum fieri potest, 
vilissime constat. Filix biennio moritur , si frondem 
agere non patiaris. Id efficacissimc contingit , germi- 
nantis ramis baculo decussis. Succus enim ex ipsa de- 
fluens , necat radies. Aiunt et circa solstitium avulsas 
non renasci , nec arundine sectas , aut exaratas vomeri 
arundine imposita. Similiter et arundinem exarari filice 
vomeri imposita praecipiunt. Juncosus ager verti pahi 



Histoire naturelle, liv. xviii. 419 

et bien vtus : Romains , dit-il ensuite , voici tous 
mes sortilges ; que ne puis-je aussi vous montrer ou 
amener sur cette place mes fatigues , mes veilles et 
mes sueurs ! Il fut absous d'une voix unanime. Oui , 
certes, c'est le travail , et non la dpense, qui fait une 
bonne culture ; aussi les anciens disaient-ils que rien ne 
fertilise mieux un champ que l'il du matre. 



Nous donnerons en leur lieu les prceptes particu- 
liers chaque espce de culture : voici, en attendant , 
quelques avis gnraux. Un des premiers que donne 
Caton n'est pas moins utile qu'il est humain ; c'est de 
se faire aimer de ses voisins. Il en donne les raisons ; 
elles ne paratront douteuses personne. Un autre soin 
trs-important , c'est que les gens de la mtairie ne 
manquent de rien. Une maxime gnrale en agriculture, 
c'est d'abord de ne rien faire trop tard , ensuite de faire 
chaque chose en son temps, enfin se persuader que l'oc- 
casion , une fois passe , ne se reprsente plus. Nous 
avons assez expliqu ce que Caton entend par la terre 
pourrie , qu'il dteste si fort. Voici d'autres prceptes 
qu'il rpte souvent. Tout ce qui peut se faire avec un 
ne cote trs-peu. La fougre meurt au bout de deux 
ans, si on l'empche de pousser ses branches : c'est ce 
qu'il est facile de faire , en les abattant avec le bton 
quand la plante se dveloppe, car le suc qui en dcoule 
fait prir les racines. On dit que la fougre ne repousse 
plus, pourvu qu'on l'arrache vers le solstice d't, ou 
qu'on la coupe avec un roseau, ou bien avec le soc de 
la charrue, sur laquelle on place cette dernire plante. 
Une fougre, place sur le soc, fait son tour prir les 



220 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

dbet : at in saxoso bidentibus. Frutecta igni oplime 
tolluntur. Humidiorem agrum fossis concidi atque sic- 
carl, utilissimum est : fossas autem cretosis locis aper- 
tas relinqui : in solutiore terra sepibus 6rmari , ne pro- 
cidant : aut supinis lateribus procumbere : quasdam. 
obcaecari, et in alias dirigi majores patentioresque : si 
sit occasio, silice vel glarea sterni. Ora autem earum 
binis utrimque lapidibus statuminari , et alio superin- 
tegi. Silvae exstirpandae rationem Democritus prodidit , 
lupini flore in succo cicut uno die macerato , sparsis- 
que radicibus. 



Gnera frugum. 

IX. ^. Et quoniam prseparatus est ager, naturanlinc 
indicabitur frugum. Sunt autem duo prima earum g- 
nera. Frumenta , ut triticum , hordeum : et legumina , 
ut faba , cicer. Differeutia vero notior quani ut indicari 

deceat. 

Natura, per gnera, frumenti. 

X. Frumenti ipsius totidem gnera, per tempora salu 
divisa. Hiberna, quae circa Vergiliarum occasum sata 



i 

HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. aai 

roseaux. Une terre remplie de joncs doit tre retourne 
la pelle ; et dans les endroits pierreux , avec la houe. 
Le meilleur moyen de dtruire les broussailles est d'y 
mettre le feu. Pour desscher un terroir trop humide, 
il est bon d'y creuser des fosss ; ces fosss seront lais- 
ss dcouvert dans un terroir ml de craie. Si la 
terre n'est pas ferme , il faudra la soutenir par des haies 
qui empchent les boulemens , ou faire des fosss plus 
troits par le bas que par le haut, en forme de tuile 
creuse renverse; d'autres conduits seront pratiqus sous 
terre, et aboutiront des fosss plus grands et plus d- 
couverts. 11 serait bon , si l'on avait cette commodit , 
de les garnir d'un lit de cailloux ou de gravier. Les 
bouches du foss devront , pour que la terre soit mieux 
soutenue , avoir de chaque ct deux pierres debout , et 
une autre par dessus celles-ci. Dmocrite dit que, pour 
dtruire un bois , il suffit de faire macrer pendant un 
jour des fleurs de lupin dans du suc de cigu , et d'en 
arroser les racines des arbres. 

Des diverses sortes de grains. 

IX. 7. Voil le champ prpar ; parlons maintenant 
des grains et de leur nature. On en distingue deux '''fe 
classes principales : les bls, comme le froment, l'orge; 
et les lgumes, comme la fve, le pois chiche. La diff- 
rence est trop connue pour qu'il soit besoin de l'expli- 
quer. 

Histoire naturelle des grains. 

X. IjCs bls se subdivisent eux-mmes en deux genres, 
suivant les saisons o on les sme. Les bls d'hiver se 



>#' 



aa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

terra per hiemem nutriuntur., ut triticura, far, hor- 
deiim. ^stiva , quae state ante Vergiliarum exortum 
seruntur, ut inilium , panicum , sesama, horminum , 
irio , Italiae dumtaxal ritu. Alioqui in Graecia et Asia 
omnia Vergiliarum occasu seruntur. Qudam autem 
utroque tempore in Italia. Ex his quaedam et tertio , 
veris scilicet. Aliqui verna, milium, panicum, lentem, 
cicer , alicam appellant. Sementiva autem , triticum , 
hordeum , fabam , napum , rapam. Et in tritici gnre 
pars aliqua pabuli est quadrupedum causa sati , ut far- 
rago : et in leguminibus , ut vicia. At commune quadru- 
pedum hominumque usui, lupinum. 

Legumina omnia singulas habent radies , praeter fa- 
bam, easque surculosas, quia non in multa dividuntur : 
altissimas autem cicer. Frumenta multis radicantur fi- 
bris, sine ramis. Erumpit a primo satu hordeum die 
septimo : legumina quarto , vel quum tardissime , sep- 
timo : faba a xv ad xx. Legumina in ^Egypto tertio die. 
Ex hordeo alterum caput grani in radicem exit, alte- 
rum in herbam , qu et prior lloret. Radicem crassior 
pars grani fundit, tenuior florem. Ceteris seminibus 
eadem pars , et radicem , et florem. 

Frumenta hieme in herba sunt : verno tempore fa- 
stigantur in stipulam, quae sunt biberni generis : at mi- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 223 

sment vers le coucher des Pliades, et se nourrissent 
en terre pendant l'hiver, tels sont le froment, le/arel 
l'orge. Les grains d't se sment en effet dans cette sai- 
son , avant le lever des Pliades ; ce sont le millet , le 
parus f le ssame, Xhorminum, Yiio , mais seulement 
en Italie , car en Grce et en Asie on sme tous les 
grains au coucher des Pliades. Il y en a que l'on sme 
dans les deux saisons en Italie, quelques-uns mme sont 
sems dans une troisime saison , c'est--dire au prin- 
temps. Des auteurs appellent grains de printemps le 
millet, le panis, la lentille, le pois chiche et Valica. Ils 
appellent graines de prime semence le froment , l'orge , 
la fve, le navet et la rave. Certaine espce parmi les 
hls , et la vesce parmi les lgumes, entrent dans la 
drage, ou fourrage que l'on sme pour les bestiaux. Le 
lupin est l'usage des hommes et des bestiaux. 

Tous les lgumes , l'exception de la fve , n'ont 
qu'une racine , d'o sortent plusieurs rejetons , parce 
qu'elle ne se divise pas en plusieurs rameaux. Ijes pois 
chiches jettent de profondes racines. Celles des bls sont 
fibreuses, sans rameaux. L'orge commence lever le 
septime jour aprs sa semaison. Les lgumes lvent le 
quatrime , ou au plus tard le septime jour ; la fve, 
depuis le quinzime jusqu'au vingtime; en Egypte, les j-. 
lgumes lvent ds le troisime. La partie infrieure du 
grain de l'orge produit la racine ; de la partie sup- 
rieure sort la feuille , d'o part la fleur ; c'est toujours 
la plus grosse partie qui donne naissance la racine, et 
la partie la plus petite la fleur: dans les autres grains, 
c'est la mme partie qui produit la fleur et la racine. 

Les bls sont en herbe pendant l'hiver; au printemps, 
les bls <l'hiver commencent s'lever et prendre tige. 



% 



aaV C' PLUVII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Hum et panicum in culmum geniculatum, et concavum, 

sesama vero in ferulaceum. Omnium satorum fructus , 

aut spicis coutinetur , ut tritici , hordei : muniturque 

vallo aristarum quadruplici : aut includitur siliquis, ut 

leguminum ; aut vasculls , ut sesamae , ac papaveris. 

Milium , et panicum tantum pro indivise , et parvis 

avibus expositum est. Indefensa quippe membranis 

continentur. Panicum a paniculis dictum , cacumine 

languide nutante , paulatim extenuato culmo paene 

in surculum , prdensis acervatur granis , cum longis- 

sima pedali phoba. Milii com granum complexae fim- 

briato capillo curvantur. Sunt et panico gnera : mam- 

mosa , e pano parvis raceraata paniculis : et cacumine 

gemino. Quin et colore distihguitur : candido, nigro , 

rufo , etiam purpureo. Panis multifarie et e milio fit , 

e panico rarus. Sed nullum frumentum ponderosius 

est , aut quod coquendo magis crescat : lx pondo panis 

e modio reducunt , modiumque pultis ex tribus sexta- 

riis mdidis. Milium intra hos decem annos ex India in 

Italiam invectum est, nigrum colore, amplum grano , 

arundineum culmo. Adolescit ad pedes altitudine sep- 

tem , praegrandibus culmis : lobas vocant : omnium fru- 

gum fertilissimum. Ex uno grano sextarii terni gignun- 

tur. Seri dbet in humidis. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. aaS 

Celle du millet et du panis est noueuse et fistuleuse ; 
celle du ssame est semblable celle des plantes frula- 
ces. Le fruit de toutes les plantes qui se sment est 
renferm dans des pis garnis de quatre rangs d'artes, 
comme le froment, l'orge; ou dans des gousses, comme 
les lgumes ; ou dans des ttes , comme la graine de 
ssame et de pavot. Le millet et le panis , contenus dans 
de simples tuniques , et sans dfense , sont exposs aux 
insultes des petits oiseaux. Le panis a t ainsi appel 
du mot panicuius j panicule. Sa cime se penche molle- 
ment ; sa tige diminue insensiblement de grosseur, comme 
un scion d'arbre ; son pi se compose d'un grand nom- 
bre de grains serrs les uns contre les autres : il a un 
pied de long. La panicule du millet , o est contenu le 
grain , se courbe lorsque les pdicules se roulent sur 
eux-mmes. On distingue plusieurs sortes de panis; celle 
qu'on appelle mammosa , panis mamelles , divise sa 
grappe en plusieurs pis. Elle est remarquable par sa 
double tte. On distingue aussi le panis par sa couleur : 
il y en a du blanc, du noir, du roux, et mme de cou- 
leur de pourpre. On fait plusieurs sortes de pain de 
millet , mais on en fait rarement de panis. Nul bl n'est 
plus pesant que le millet, ou ne s'enfle plus en cuisant. 
On fait d'un boisseau de ce grain soixante livres de pain, 
et de trois setiers du mme grain mouill , un boisseau 
de bouillie. Depuis dix ans on a apport des Indes en 
Italie une espce de millet noir; son grain est fort 
gros , et sa tige, semblable celle du roseau, est trs- 
grande : elle s'lve jusqu' sept pieds de hauteur. Sa 
grappe ou pi s'appelle loba. C'est le plus fertile de 
tous les bls , car un seul grain en produit trois setiers. 
On doit le semer dans les lieux humides. 

XI. i5 



226 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Frumenta quaedam in tertio genu spicam incipiunt 
concipere , quaedam in quarto , sed etiamnum occul- 
tam. Genicula autem sunt tritico quaterna , farri sena , 
hordeo octona. Sed non ante supradictum geniculorum 
numerum conceptus est spicae : qui ut spem sui fecit , 
quatuor aut quinque tardissime diebus florere incipiunt ; 
totidemque aut paulo pluribus deflorescunt. Hordea vero 
quum tardissime septem. Varro quater novenis diebus 
fruges absolvi tradit, et mense nono meti. 

Fabae in folia exeunt , ac deinde caulem emittunt , 
nullis distinctum internodiis. Reliqua legumina surcu- 
losa sunt. Ex his ramosa, cicer, ervum, lens. Quorum^ 
dam caules sparguntur in terram , si non habeant ad- 
miniculum, ut pisorum. Quod si non habuere, dt- 
riora funt. Leguminum unicaulis faba sola , unus et 
lupinis : ceteris ramosus praetenui surculo : omnibus 
vero fistulosus. ^ 

Folium quaedam ab radie mittunt, quaedam a ca- 
cumine. Frumentum vero et hordeum , viciaque , et 
quidquid in stipula est, in cacumine unum folium ha- 
bet, Sed hordeo scabra sunt, ceteris laevia. Multiplicia 
contra fabae, ciceri, piso. Frumentis folium arundina- 
ceum , fabae rotundum , et magnae leguminum parti. 
Longiora erviliae , et piso. Faseolis venosa : sesamae , et 
irioni sanguinea. Cadunt folia lupino tantum, et papa- 
veri. Legumina diutius florent, et ex his ervum ac cicer ; 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 227 

Il y a des bls qui commencent former l'pi au 
troisime nud , d'autres au quatrime , sans que l'pi 
se montre encore. Le froment a quatre nuds , le far 
six, et l'orge huit; or jamais ces bls ne forment d'pis 
avant d'avoir le nombre de nuds que nous venons de 
fixer. Quatre ou cinq jours , au plus tard, aprs que l'pi 
s'est montr, le bl commence fleurir: il dfleurit au 
bout d'un pareil nombre de jours , ou un peu plus. 
L'orge fleurit , au plus tard , en sept jours. Varron dit 
que les bls sont parfaitement forms au bout de trente- 
six jours, et qu'on les moissonne le neuvime mois. 

Les fves poussent d'abord des feuilles , et ensuite 
produisent une tige qui n'a aucun nud. Les autres l- 
gumes ont plusieurs tiges; quelques-uns les ont divises 
en rameaux, comme le pois chiche, l'ers et la lentille. 
D'autres ont les tiges rampantes, et ont besoin d'tre 
rames : tels sont les pois ; sans cette prcaution , ils 
viendraient moins bien. La fve et le lupin sont les seuls 
lgumes qui n'aient qu'une seule tige ; celle des autres 
est fort menue , et se divise en rameaux : dans tous , 
elle est fistuleuse. 

Dans certains bls, les feuilles partent immdiatement 
de la racine; dans d'autres, elles ne se dveloppent qu' 
la cime. Le froment, l'orge, la vesce, et en gnral tous 
les bls qui se soutiennent sur un chaume, n'ont qu'une 
seule feuille au sommet. Celles de l'orge sont rudes; celles 
des autres bls sont lisses. Les fves , les pois chiches 
et les pois communs ont au contraire un grand nombre 
de feuilles. Le bl a les siennes semblables celles du 
roseau ; elles sont arrondies dans la fve et dans une 
grande partie des lgumes. Celles de Yervilia et des 
pois sont un peu longues ; celles des fasoles sont vei- 

i5. 



9.28 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

sed diutissime faba xl diebus. Non autem singuli scapi 

tamdiu , quoniam alio desinente alius incipt : nec tota 

seges, sicut frumenti, pariter. Siliquantur vero omnia 

diversis diebus , et ab iina primum parte, paulatim flore 

subeuiite. 



Frumenta, quum defloruere, crassescunt, maturan- 
turqiie quum plurimum diebus quadraginta : item faba : 
paucissimis cicer. Id enim a semente diebus xl perfici- 
tur. Milium , et panicum , et sesama , et omnia stiva, 
XL diebus maturantur a flore, magna terrae caelique dif- 
ferentia. In yEgypto enim hordeum sexto a satu mense , 
frumenta septimo metuntur. In Hellade , hordeum. In 
Peloponneso octavo , et frumenta etiamnum tardius. 
Grana in stipula crinito textu spicantur. In faba le- 
guminibusque , alternis lateribus siliquantur. Fortiora 
contra hiemes frumenta, legumina in cibo. 

' .;. > -.v.;; 
Tunicae frumento plures. Hordeum maxime nudum, 
et arinca , sed praecipue avena. Calamus altior frumento , 
quam hordeo. Arista mordacior hordeo. In area exte- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 229 

nes; celles du ssame et de Virio tirent sur le rouge. 
Le lupin et le pavot seuls perdent leurs feuilles. Les l- 
gumes restent long-temps en fleur, principalement l'ers 
et les pois chiches ; mais la floraison de la fve est la 
plus longue de toutes, elle dure quarante jours : ce n'est 
pas que chaque rameau fleurisse pendant ce temps ; 
mais quand l'un est dfleuri , l'autre vient en fleur : ainsi 
la floraison dans ce lgume n'est pas simultane comme 
dans un champ de bl. Tous les lgumes produisent des 
gousses des poques diffrentes. Les gousses se for- 
ment d'abord au pied de la plante , car les fleurs ne pa- 
raissent que successivement le long de la tige. 

Lorsque la floraison est termine, les fromens gros- 
sissent, et ordinairement ils sont mrs aprs quarante 
jours. Il en est de mme de la fve. Les pois chiches 
mrissent en trs-peu de jours : ils sont bons cueillir 
quarante jours aprs avoir t sems. Le millet, le panis, 
le ssame , et tous les bls d't , sont quarante jours 
mrir aprs la floraison ; mais le moment de la rcolte 
varie selon les climats et les terrains. En Egypte , on 
moissonne l'orge six mois aprs les semailles, et le bl 
au septime mois. En Achae , on moissonne l'orge au 
septime mois ; dans le Ploponnse , au huitime, et le 
bl plus tard. Les grains qui sont ports sur un chaume 
sont contenus dans un pi garni d'artes. Dans la fve et 
les autres lgumes, les grains adhrent alternativement 
aux deux parois de la gousse. Les bls rsistent mieux 
au froid ; les lgumes sont plus nourrissans. 

Le froment a plusieurs enveloppes; l'orge, au con- 
traire, est nue, comme aussi Varincay et surtout l'a- 
voine. La tige du bl est plus haute que celle de l'orge , 
les artes de cette dernire sont plus piquantes. On bat 







a3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

runtur triticum , et siligo , et hordeum. Sic et seruntur 

pura, qualiter moluntur, quia tosta non sunt. E diverso 

far, milium, panicum, purgari, nisi tosta, non pos- 

sunt. Itaque haec cum suis follicuis seruntur cruda. 

Et far in vagiuulis suis servant ad satus, atque non 

torrent. 

Pe faire. 

XI. Levissimum ex. his hordeum , raro excedit xv li- 
bras, et faba xxii. Ponderosius far, magisque etiamnum 
triticum. Far in /Egypto ex olyra conficitur. Tertium 
genus spicae hoc ibi est. Galliae quoque suum genus 
farris dedere : quod iUic bracem vocant , apud nos san- 
dalam , uitidissimi grani. Et aha differentia est , quod 
fere quaternis libris plus reddit panis , quam far aHud. 
Populum romanum farre tantum e frumento ccc annis 
usum , Verrius tradit. 

*- 
De tritico. 

XII. Tritici gnera plura, quae fecere gentcs. Itahco 
nullum equidem comparaverim candore ac pondre, quo 
maxime discernitur : montanis modo comparetur ItaUae 
agris externum , in quo principatum tenuit Botia , 
deinde SiciUa , mox Africa. Tertium pondus erat hra- 
cio , Syrioque, deinde et yEgyptio , athletarum cum de- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 23i 

sur l'aire le froment, le siligo et l'orge; lorsqu'ils sont 
nets , on les moud tels qu'on les sme , c'est--dire sans 
les scher au four ; au contraire , il est indispensable de 
scher \efary le millet et le panis pour les nettoyer; 
on les sme avec leurs enveloppes, sans les faire passer 
au four. Le far, pour tre sem, se conserve aussi en 
pis, sans tre dessch. 

Far. 

X. De tous les bls , le plus lger, c'est l'orge ; ra- 
rement elle pse plus de quinze livres le boisseau. Les 
fves en psent rarement vingt-deux. Le far est plus 
pesant, et le froment encore davantage. En Egypte , on 
se sert iolyra pour faire le far ; on l'y regarde comme 
une troisime sorte de bl. Les Gaulois ont aussi une es- 
pce particulire de far, qu'ils appellent brace; c'est le 
sandala des Latins : le grain en est trs-blanc. Il dif- 
fre encore des autres yr, en ce qu'il rend par boisseau 
quatre livres de pain de plus. Selon Verrius , le peuple 
romain , pendant trois sicles , n'employa pas d'autre 
far que celui de bl. 

Froment. 

XII. Il y a plusieurs espces de froment, que l'on 
distingue par les noms des pays ; mais il n'y en a pas 
de comparable celui d'Italie en blancheur et en pe- 
santeur, qualits distinctives de ce grain. Le froment 
des parties montagneuses de l'Italie pourrait souffrir le 
parallle avec les fromens trangers, dont les plus es- 
tims sont ceux de Botie, puis ceux de Sicjle, et en- 
suite ceux d'Afrique. Les fromens de Thrace , de Syrie 



p 



232 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

creto, quorum capacitas jumentis similis, quem dlxi- 
mus ordinem fecerat. Grsecia et Ponticum laudavit, quod 
in Italiam non pervenit. Ex omni eadem gnre grani 
prtulit dracontiam , strangium , et selenusium , argu- 
mento crassissimi calami : ita pingui solo haec gnera 
adsignabat. Levissimum et maxime inane, seu tenuis- 
simi calami , in humidis seri jubebat , quoniam multo 

egeret alimente. 

, f*/. 

H fuere sententi Alexandro Magno rgnante, quum 
clarissima fuit Graecia, atque in toto terrarum orbe poten- 
tissima : ita tamen, ut ante mortem ejus annis fere cxlv 
Sophocles poeta in fabula Triptolemo frumentum Ita- 
licum ante cuncta laudaverit, ad verbum translata sen- 
tentia : 

Et fortunatam Italiam frumento canere candido. 

Qu laus peculiaris hodieque Italico est. Quo magis ad- 
miror, posteros Grcorum nullam mentionem hujus 
fecisse frumenti. 

Nunc ex liis generibus , quae Rom invehuntur, le- 
vissimum est Gallicum , atque e Chersoneso advectum : 
quippe non excedunt in modium vicenas libras, si quis 
granum ipsum ponderet. Adjicit Sardum selibras , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 233 

et d'Egypte , tenaient le troisime rang pour la pesan- 
teur : ces rangs avaient t ainsi rgls par les athltes , 
dont la voracit ne le cdait en rien celle des btes 
de somme. Les Grecs estimaient beaucoup le froment 
du Pont ; mais on ne le connat point en Italie. Ces 
mmes Grecs prfraient tous les autres fromens ceux 
qu'ils nommaient dracontien , strangien et slnusien : 
ces espces, ayant le chaume fort gros, devaient tre 
semes dans un terroir gras ; un terroir humide conve- 
nait , suivant eux , aux espces qui ont le chaume trs- 
lger et trs-menu , parce qu'elles ont besoin de beau- 
coup de nourriture. 

Telles taient les opinions des Grecs sur les bls, au 
temps d'Alexandre-le-Grand , c'est--dire dans les jours 
les plus brillans de la Grce , et lorsqu'elle formait la 
nation la plus puissante de l'univers. Cependant, cent 
quarante-cinq ans avant la mort du conqurant , le pote 
Sophocle , dans une pice de thtre intitule Triptoleme, 
clbre par dessus tous les autres le froment d'Italie. 
Voici sa pense exactement traduite : 

Heureuse l'Italie , qui se couvre de moissons blanchissantes ! 

Cette blancheur est encore de nos jours la qualit dis- 
tinctive du froment de cette contre. J'ai donc lieu de 
m'tonner que les Grecs [modernes n'aient fait aucune 
mention de cette espce de bl. 

Parmi les diverses espces de bls que l'on apporte 
Rome, le plus lger de tous est celui des Gaules et 
de la Chersonse , car il ne pse pas plus de vingt 
livres par boisseau. Celui de Sardaigne pse une demi- 
livre de plus; celui d'Alexandrie et de Sicile, dix onces; 



a34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVUI. 

A-lexandrinum et trientes : hoc et Siculi pondus. Boti- 
cum totam libram addit : Africum et dodrantes. In 
Transpadana Italia scio vicenas quinas libras farris 
modios pendere : circa Clusium et senas. Lex certe na- 
turae, ut in quocumque gnre pani militari tertia por- 
tio ad grani pondus accdt : sicut optimum frumentum 
esse, quod in subactu congium aquae capiat. Quibus- 
dam generibus per se pondus , sicut Balearico : modio 
tritici panis pbndo xxxv reddit : quibusdam binis mixtis, 
ut Cyprio et Alexandrino , xx prope libras non exce- 
dentibus. Cyprium fuscum est, panemque nigrum facit: 
itaque miscetur Alexandrinum candidum , redduntque 
XXV pondo. Thebaicum libras adjicit. 



Marina aqua subigi , quod plerique maritimis in 
locis faciunt , occasione lucrandi salis , inutilissimum. 
Non alia de causa opportuniora morbis corpora exsis- 
tunt. Galliae et Hispaniae frumento in potum resoluto , 
quibus diximus generibus, spuma ita concreta pro fer- 
mento utuntur. Qua de causa levior illis, quam ceteris, 
panis est. 

Differentia est ^ calami. Crassior quippe melioris est 
generis. Plurimis tunicis Thracium triticum vestitur, 
ob nimia frigora illi plagse exquisitum. Eadem causa et 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 235 

celui de Botie , une livre ; celui d'Afrique , une livre 
trois-quarts de plus. Dans l'Italie, au del du P, le 
boisseau de far pse vingt-cinq livres ; et aux environs 
de Clusium , vingt-six livres. Une rgle bien naturelle , ^ 

c'est que tout froment qui entre dans le pain du soldat 
doit peser un tiers de plus que lorsqu'il tait en grain. 
Le meilleur grain de cette espce est celui qui, dans la 
confection du pain , absorbe un cong d'eau par bois- 
seau. Il y a des fromens qui ont d'eux-mmes ce tiers 
d'augmentation en poids. Ainsi le froment des les Ba- 
lares rend par boisseau trente-cinq livres de pain. II 
y en a d'autres qui ont le poids requis lorsqu'on en 
mle de deux espces ensemble , comme celui de Cypre 
et celui d'Alexandrie , qui ne psent presque pas au del 
de vingt livres par boisseau. Le bl de Cypre est d'un 
brun fonc , et fait du pain noir. On le mle avec celui 
d'Alexandrie , qui est blanc, et un boisseau de ce m- 
lange donne vingt-cinq livres de pain. Le bl de Thbes 
en Egypte rend une livre de plus. 

Ptrir le pain avec de l'eau de mer, comme font la 
plupart des habitans des ctes maritimes pour pargner 
le sel , est une pratique extrmement dangereuse , car 
rien n'engendre un plus grand nombre de maladies. 
Dans les Gaules et en Espagne , on fait un breuvage avec 
certaines espces de bl que nous avons indiques ; on 
emploie l'cume de cette boisson en guise de levain ; 
voil pourquoi , dans ces pays , le pain est plus lger 
qu'ailleurs. 

On juge aussi de la qualit du bl par sa paille : plus 
elle est grosse , meilleur est le bl. Le froment de Thrace 
est revtu de plusieurs enveloppes , pour mieux rsister 
aux froids excessifs de cette contre. Ce sont ces mmes 



236 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

trimestre invenit, detinentibus terras nivibus , quod 
tertio fere a satu mease et in reliquo orbe metitur. Totis 
hoc Alpibus notum , et hiemalibus provinciis nullum 
hoc frumento laetius. Unicalamum praeterea , nec us- 
quam capax : seriturque non nisi tenui terra. Est et 
bimestre circa Thraciae ^num , quod quadragesimo die, 
quam satum est, maturescit : mirumque j^nulli frumento 
plus esse ponderis, et furfuribus carere. Utitur eo et 
Sicilia , et Achaia , montuosis utraque partibus. Euba 
quoque circa Carystum. In tantum f^llitur Columella , 
qui ne trimestris quidem proprium genus existimave- 
rit esse, quum sit antiquissimum. Graeci setanion vo- 
cant. Tradunt in Bactris grana tantse magnitudinis fieri , 
ut singula spicas nostras aequent. 

Hordeo; oryza. if 

Xni. Primum ex omnibus frumentis seritur hordeum. 
Dabimus et dies serendo cuique generi , natura singu- 
lorum exposita. Hordeum Indis sativum et silvestre , ex 
quo panis apud eos prcipuus , et alica. Maxime qui- 
dem oryza gaudent, ex qua ptisanam conficiunt, quam 
reliqui mortales ex hordeo. Oryzae folia carnosa, porro 
similia , sed latiora : altitudo cubitalis, flos purpureus, 
radix gemmcae rotunditatis. 



HISTOIRF NATURELLE, LIV. XVIIL a^ 

froids qui ont fait dcouvrir le bl de trois mois (bl 
de mars), car les neiges couvrent la terre pendant tout 
le reste de l'anne. On le moissonne en Thrace, et dans 
les autres pays, trois mois aprs qu'il a t sem. Cette 
espce est connue dans toutes les Alpes , et il n'en est 
aucune qui russisse mieux dans les pays froids. Ce bl 
n'a qu'une tige assez grle , et ne se sme que dans les 
terres lgres. Il y a encore dans les environ d'iEnos, en 
Thrace , un bl de deux mois , qui mrit quarante jours 
aprs les semailles ; et ce qu'il y a de surprenant , c'est 
que nul froment n'est plus pesant et ne rend moins de 
son. On le cultive dans les parties montagneuses de la 
Sicile et de l'Achae , et aux environs de Caryste , dans 
l'le d'Eube. Ainsi Columelle s'est tromp en disant 
qu'il n'existait point de bl de trois mois , puisque 
cette espce est connue depuis des sicles : les Grecs 
l'appellent setanios. On dit que, dans la Bactriane, les 
bls sont d'une telle grosseur , qu'un seul de leurs grains 
gale un pi des ntres. 

Orge; riz. 

Xni. Le premier bl que l'on sme est l'orge. Nous 
indiquerons les poques o l'on doit semer les diverses 
espces de grains, aprs avoir donn sur chacune d'elles 
les dtails ncessaires. Les Indiens connaissent une orge 
cultive et une orge sauvage, dont ils font commun- 
ment du pain et de Xalica; mais leur grain favori , c'est 
le riz. Ils en font aussi une sorte de gruau qui ressem- 
ble dM ptisana des Latins, et qui se tire de l'orge dans 
les autres pays. Les feuilles du riz sont charnues, sem- 
blables celles du poireau , mais plus larges. Il a une 



238 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 



Polenta. 

XIV. Antiquissimum in clbis hordeum, sicut Atlie- 
niensium ritu Menandro auctore apparet : et gladiato- 
rum cognomine , qui hordearii vocabantur. Polentam 
quoque Graeci non aliunde praeferunt. Pluribus fit haec 
modis. Graeci perfusum aqua hordeum siccant nocte una, 
ac postero die frigunt , deinde molis frangunt. Sunt qui 
vehementius tostum rursus exigua aqua adspergant, et 
siccent prius , quam molant. Alii vero virentibus spicis 
decussum hordeum recens purgant, madidumque in pila 
tundunt, atque in corbibus eluunt , ac siccatum sole 
rursus tundunt , et purgatum molunt. Quocumque au- 
tem gnre praeparato , vicenis hordei Hbris , ternas se- 
minis lini , et coriandri seHbram , salisque acetabulo , 
torrentes ante omnia miscent in mola. Qui diutius vo- 
lunt servare, cum polline ac furfuribus suis condunt 
novis fictilibus. Italia sine perfusione tostum in subtilem 
farinam molit, iisdem additis, atque etiam milio. Panem 
ex hordeo antiquis usitatum vita damnavit , quadrupe- 
dumque fere cibus est. * ;**/>' 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 239 

coude de haut. Sa fleur est purpurine, et sa racine 
ronde comme une perle. 

Polenta. 

XIV. L'usage de l'orge comme aliment est d'une 
haute antiquit , ainsi qu'on le voit par une coutume 
des Athniens , rapporte par le pote Mnandre , et 
par le nom de hordearii , orgiaires , que l'on donnait 
autrefois aux gladiateurs. Les Grecs ne font qu'avec 
l'orge le gruau appel polenta, et le prparent de dif- 
frentes manires. Aprs avoir mouill l'orge avec de 
l'eau , ils la mettent scher pendant une nuit ; le len- 
demain ils la font rtir , et moudre ensuite. Quelques- 
uns , aprs l'avoir rtie assez fortement , l'humectent 
avec un peu d'eau ; mais, avant que de la moudre, ils 
la font scher. D'autres grnent l'orge quand les pis 
sont encore verts, la nettoient, la mouillent et la pilent 
dans un mortier ; ils la mettent ensuite goutter dans 
des corbeilles , la schent au soleil , la nettoient et la 
pilent une seconde fois avant que de la moudre. Mais 
de quelque faon que l'on prpare le gruau , on met 
toujours , sur vingt livres d'orge , trois livres de graine 
de lin, une demi-livre de graine de coriandre, et trois 
onces de sel. On fait d'abord rtir, puis moudre ce m- 
lange. Ceux qui veulent conserver long-temps le gruau 
mettent la farine avec le son dans des pots de terre 
neufs. En Italie , on fait rtir l'orge sans la mouiller au- 
paravant ; et , aprs y avoir ajout les ingrdiens dont 
nous avons parl , et mme du millet , on la rduit en 
farine trs-fine. On mangeait autrefois du pain d'orge; 
mais par la suite on a rejet cette nourriture, qui main- 
tenant ne sert presque plus que pour les bestiaux. 



2^,o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Ptisana. j 

XV. Ptisanae inde usus validissimus saluberrimusque 
tantopere probatur. Unum laudibus ejus volumen di- 
cavit Hippocrates e clarissimis medicinae scientia. Pti- 
sanae bonitas praecipua Uticensi. In ^Egypto vero est , 
quae ft ex hordeo , oui sunt bini anguli. In Baetica et 
Africa genus , ex quo fit , bordei , glabrum appellat 
Turranius. Idem olyram et oryzam eamdem esse existi- 
mat. Ptisanae conficiendae vulgata ratio est. 

Trago. 

XVI. Simili modo ex tritici semine tragum ft , in 
Campania dumtaxat et ^gypto. 

Amylo. 

XVII. Amylum vero ex omni tritico ac siligine , sed 
optimum e trimestri. Inventio ejus Chio insulae debe- 
tur : et hodie laudatissimum inde est : appellatum ab eo, 
quod sine mola fit : proximum trimestri , quod e mi- 
nime ponderoso tritico. Madescit dulci aqua ligneis va- 
sis, ita ut integatur, quinquies in die mutata. Melius si et 
noctu, ita ut misceatur pariter. Emollitum , prius quam 
acescat , linteo aut sportis saccatum, tegulae infunditur 
illit fermento , atque ita in sole densatur. Post Chium 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 2/,i 

Ptisana. ^ 

XV. Le ptisana , ou orge mond , est fort estim ; 
c'est un aliment trs-sain et trs-substantiel. Hippocrate, 
le plus clbre des mdecins , a consacr un livre en- 
tier numrer ses vertus. Le meilleur est celui d'Uti- 
que. Celui d'Egypte est fait avec une espce d'orge 
deux rangs. Suivant Turranius , celui de l'Afrique et 
de la Btique est tir d'une orge sans artes. Le mme 
auteur croit que Volyra et le riz ne sont qu'une seule 
et mme espce. Tout le monde connat la prparation 
du ptisana. 

Tragum. 

XVI. Le tragum se fait de la mme manire , avec 
du grain de froment : il n'est connu que dans la Cam- 
panie et en Egypte. 

Amylum. 

XVII. \]amylum se fait indistinctement avec toutes 
les espces de froment et de siligo ; mais le meilleur 
est fourni par le froment de trois mois. On en doit l'in- 
vention auxhabitans de l'le de Chio, et c'est de l que 
l'on tire encore aujourd'hui Vamjlum le plus estim. Ce 
nom lui vient de ce qu'on le prpare sans le secours 
de la meule. Le meilleur, aprs celui que fournit le fro- 
ment de trois mois , est celui qu'on tire du froment le 
plus lger. On met tremper le bl dans des vases de 
bois, o l'on verse de l'eau douce; elle doit couvrir en- 
tirement le grain, et il faut la changer cinq fois par 

XI. i6 



iki C. PLINII HIST. NA.T. LIB. XVIIT. 

maxime laudatur Creticum , mox iEgyptium. Probatur 
autem laevore , et levitate : atque ut recens sit : jam et 
Catoni dictum apud nos. 



. . 



Hordei natura. 

XVIII. Hordei farina et ad medendum utuntur. Mi- 
rumque , in usu jumentorum, ignibus durato , ac postea 
molito , offisque humana manu demissis in alvum , ma- 
jores vires , torosque corporis fieri. Spicae quaedam binos 
ordines habent , quaedam plures usque ad senos. Grano 
ipsi aliquot differentiae, longius , leviusque, aut brevius, 
aut rotundius, candidius , nigrius, vel cui purpura est: 
ultimo ad polentam ; contra tempestates candido maxima 
infirmitas. Hordeum frugura omnium mollissimum est : 
seri non vult, nisi in sicca et soluta terra, ac nisi laeta. 
Palea ex optimis : stramento vero nullum comparatur. 
Hordeum ex omni frumento minime calamitosum , quia 
ante tollitur quam triticum occupet rubigo. Itaque sa- 
pientes agricolae triticum cibariis tantum serunt. Hor- 
deum sarculo seri dicunt , propterea celerrime redit : 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 9.4'. 

jour. Il est encore mieux de la changer aussi la nuit , 
pour qu'elle pntre davantage le grain. Lorsqu'il est 
bien amolli , on l'exprime avant qu'il commence 
aigrir , et on passe la liqueur dans un sac ou une cor- 
beille. On retend ensuite sur des tuiles frottes de le- 
vain , et on le laisse paissir au soleil. Aprs Xamyliim 
de Chio , le plus estim est celui de Crte , et ensuite 
celui d'Egypte. Le bon amjlum doit tre lisse, lger 
et frais. Caton , parmi les Romains, a dj donn une 
recette pour le prparer. 

Nature de l'orge. 

XVIIL La farine d'orge s'emploie aussi en mdecine. 
Le grain doit tre sch au feu avant d'tre moulu ; on 
en fait ensuite des boules de pte que l'on introduit 
l'aide de la main dans l'estomac des btes de somme : 
par ce moyen , on les engraisse et on les fortifie d'une 
manire tonnante. On voit des pis d'orge deux rangs 
de grains ; d'autres en ont davantage, et mme jusqu' 
six. Il y a aussi de la diffrence dans les grains : il s'en 
trouve de longs , de courts , de ronds , de lgers , de 
blancs, de noirs, de purpurins : ces derniers sont les 
moins propres faire le gruau , et les blancs sont les 
moins capables de rsister aux mauvais temps. L'orge 
est le plus mou de tous les bls; elle veut tre seme 
dans une terre meuble et sche, et cependant fertile. 
La paille d'orge est une des meilleures ; aucune autre 
n'est aussi bonne pour faire de la litire. L'orge est , de 
tous les grains, le moins expos aux injures des saisons, 
car on la rcolte ordinairement avant que la nielle n'at- 
taque le froment : aussi les laboureurs senss ne smenl-ils 

16. 



244 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIIl. 

fertilissimumque , quod in Hispaniae Carthagine aprili 
mense collectum est : hoc seritur eodem mense in Cel- 
tiberia, eodemque anno bis nascitur. Rapitur omne a 
prima statim maturitate festinantius, quam cetera. Fra- 
gili enim stipula et tenuissima palea granum continetur. 
Meliorem etiam polentam fieri tradunt, si non excocta 
maturitate tollatur. 



..- De arinca, et reliquis in oriente generibus. 

XIX, 8. Frumenti gnera non eadem ubique ; nec ubi 
eadem sunt , iisdem nominibus. Vulgatissima far, quod 
adoreum veteres appellavere, siligo, triticum. Haec plu- 
rimis terris communia. Arinca Galliarum propria , co- 
piosa et Itali est. jEgypto autem ac Syriae, Ciliciaeque 
et Asiae , ac Grciae peculiares , zea , olyra , tiphe. 
vEgyptus similaginem conficit e tritico suo , nequaquam 
Italic parem. Qui zea utuntur, non habent far. Est et 
haec ItaHae in Campania maxime , semenque appellatur. 
Hoc habet nomen res pi^aeclara , ut mox docebimus : 
propter quam Homerus ^siS'copo poupoc dixit : non ut 
aliqui arbitrantur , quoniam vitam donaret. Amylum 
quoque ex ea fit , priore crassius. Haec sola differentia 
est. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 24 5 

de froment que ce qu'il faut pour leur provision. On dit 
qu'en semant l'orge avec le sarcloir, elle pousse trs-vite. 
La plus fconde est celle qu'on moissonne Cartha- 
gne , en Espagne , pendant le mois d'avril ; on la sme 
encore au mme mois dans la Celtibrie : de sorte qu'elle 
donne deux rcoltes dans la mme anne. On moissonne 
l'orge aussitt qu'elle est mre , et avec plus de clrit 
que les autres bls; car sa paille est menue et fragile, 
et les enveloppes qui contiennent le grain sont trs- 
lgres. On prtend que le gruau est meilleur si l'orge a 
t rcolte avant sa parfaite maturit. 

Arinca , et autres espces orientales. 

XIX. 8. Les espces de froment ne sont pas les mmes 
partout, et celles qui sont les mmes ne portent point 
partout le mme nom. Les plus communes sont \e far, 
que les anciens appelaient adorewn , le siligo et le fro- 
ment commun. Ces trois espces se trouvent indiffrem- 
ment dans un grand nombre de pays. \]arinca appar- 
tient particulirement aux Gaules, mais on en trouve 
aussi beaucoup en Italie. Le zea , \oljra et le tiphe sont 
propres l'Egypte , la Syrie , la Cilicie , l'Asie et 
la Grce. Les Egyptiens font avec leur froment une 
fleur de farine , mais bien infrieure celle d'Italie. 
Dans les pays o le zea est en usage , le far n'est pas 
connu. Le zea est aussi cultiv en Italie, surtout dans 
la Campanie , o on l'appelle semen. La dnomination 
de zea est honorifique, comme nous le ferons bientt 
remarquer : aussi Homre donne-t-il la terre l'pithte 
de ^eiS'cpo, qui donne le zea y et non pas la vie, comme 
l'interprtent certains commentateurs. Le zea sert aussi 



246 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XVIII. 

Ex omni gnre durlssimum far , et contra hiemes 
frmissimum. Patitur frigidissimos locos, et minus sub- 
actos, vel aestuosos, sitientesque. Primus antiquis Latio 
cibus , magno argumente in adoreae donis , sicuti dixi- 
mus. Pulte autem , non pane , vixisse longo tempore 
Romanes manifestum , quoniam inde et pulmentaria 
hodieque dicuntur. Et Ennius antiquissimus vates obsi- 
dionis famem exprimens , offam eripuisse plorantibus 
liberis patres commmort. Et hodie sacra prisca , atque 
natalium , pulte fritilla conficiuntur : videturque tam 
puis ignota Graeciae fuisse, quam Italiae polenla. 



De silgine ; de similagine. 

XX. Tritici semine avidius nullum est , nec quod 
plus alimenti trahat. Siliginem proprie dixerim tritici 
delicias : candor est , et sine virtute , et sine pondre , 
conveniens humidis tractibus , quales Italiae sunt , et 
Galli Coma tas. Sed et trans Alpes in Allobrogum tan- 
tum Remorumque agro pertinax : in ceteris ibi partibus 
biennio in.lriticum transit. Remedium , ut gravissima 
quaeque grana ejus serantur. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 24? 

faire de Vamjlum : il ne diffre de celui dont nous 
avons parl plus haut, que parce qu'il est moins fin. 

Le far est le plus dur de tous les bls , et rsiste 
mieux aux rigueurs de l'hiver : aussi s'accommode-t-il 
des lieux les plus froids et les plus mal prpars , de 
mme que des lieux chauds et secs. Ce fut la premire 
nourriture des anciens Latins , comme on le voit par 
les dons faits au nom du peuple , et que l'on appelait 
adorea , ainsi que nous l'avons remarqu ailleurs. Il est 
certain que pendant long-temps les Romains ont vcu 
de bouillie, sans faire usage de pain. Du mot puis y 
bouillie, s'est form le mot actuellement en usage, pul- 
mentarium (ce qui se mange avec le pain). Ennius, un 
de nos plus anciens potes , pour peindre l'excs de la 
famine dans une ville assige, dit que les pres enle- 
vaient la portion de bouillie leurs enfans dsols. En- 
core aujourd'hui , dans les sacrifices suivant les anciens 
rits et ceux du jour natal, on offre de la pte frite. Au 
reste , il parat que la bouillie a t aussi peu connue 
des Grecs , que le gruau , ou polenta , l'a t des Latins. 

Siligo ; similago. 

XX. Il n'y a pas de grain plus avide que le triti- 
cum , ou froment commun , et qui exige plus de nour- 
riture. Le siligo est proprement la fleur des fromens. Il 
est blanc, lger l'estomac , et n'a aucune qualit nui- 
sible. Il se plat dans les pays humides , tels que l'Italie 
et la Gaule Chevelue ; mais , au del des Alpes , il ne 
se maintient que dans le pays des Allobroges et des 
Rmois ; dans les autres cantons , il passe , au bout 
de deux ans , l'tat de froment commun. Le moyen 



248 C. PLINII HIST. NAT. LIJi. XVIII. 

9. E siligine lautissimus panis, pistrinarumque opra 
laudatissima. Praecellit in Italia, si Campana Pisis natae 
misceatur. Rufior illa, at Pisana candidior, ponderosior- 
que cretacea. Justum est e grano Campanae , quam vo- 
cant castratam, e modio redire sextarios quatuor sili- 
ginis , vel e gregali sine castratura sextarios quinque , 
prterea floris semdium : et cibarii, quod secundarium 
vocant , sextarios quatuor : furfuris , sextarios totidem. 
E Pisana autem siliginis sextarios quinque : cetera paria 
sunt. Clusina, Aretinaque etiamnum sextarios siliginis 
adsciunt : in reliquis pares. Si vero pollinem facere li- 
beat , XVI pondo panis redeunt , et cibarii tria , furfu- 
rumque semodius. Molae discrimine hoc constat. Nam 
quse sicca moluntur , plus farinse reddunt : quae salsa 
aqua sparsa ; candidiorem medullain : verum plus reti- 
nent in furfure. Farinam a farre dictam nomine ipso 
apparet. Siliginea) farinae modius Gallicae xxii libras panis 
reddit , Italic duabus tribusve amplius in artopticio 
pane. Nam furnaceis binas adjiciunt libras in quocuni- 
que gnre. 

10. Similago e tritico fit laudatissima. Ex Africo jus- 
tum est e niodiis redire semodios , et pollinis sextarios 
quinque. Ita autem appellant in tritico, quod florcm in 



HISTOIRE NATURELLE, LIV.XVIII. 249 

d'empcher qu'il ne dgnre, c'est de ne semer que les 
grains les plus pesans. 

9. On fait avec le siligo un pain excellent et toutes 
les ptisseries les plus estimes. Le meilleur pain se 
fait en Italie , pourvu qu'on mle le siligo de Cam- 
panie avec celui de Pise ; le premier est roux , le der- 
nier est blanc. Celui qui est ml de craie est plus 
pesant. Celui de Campanie , quand il est bien net- 
toy, doit rendre par boisseau quatre setiers de fleur 
de farine ; quand il n'est pas nettoy , il rend cinq 
setiers , et un demi - boisseau de farine blanche ; de 
plus , quatre setiers de grosse farine faire le pain 
bis , et autant de son. Le siligo de Pise donne cinq 
setiers de fleur de farine ; pour le reste , il rend 
comme celui de Campanie. Le siligo de Clusium et 
celui d'Artia donnent six setiers de fleur de farine ; 
pour le reste du produit, ils ne diffrent point des pr- 
cdens. Si l'on veut obtenir de la fine farine , le bois- 
seau donnera seize livres de pain blanc, trois livres de 
pain bis , et un demi-boisseau de son : tout dpend de 
la manire de moudre. En effet , le bl moulu sec rend 
plus de farine ; celui qu'on a arros d'eau sale donne 
une farine plus blanche, mais il en reste davantage dans 
le son. Le mol farine indique assez qu'il tire son ty- 
mologie du mot far. Un boisseau de farine de siligo 
produit dans les Gaules vingt-deux livres de pain , et en 
Italie vingt-quatre ou vingt-cinq, si le pain est cuit 
la tourtire ; mais toujours il en produit vingt-quatre, 
si le pain est cuit au four. 

10, Le froment , ou triticum , donne de trs -belle 
fleur de farine, ou similago. Celui d'Afrique en rend 
moiti par boisseau , et , de plus , cinq setiers de fine 



aSo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

siligine. Hoc aerari officinae chartariaeque utuntur. Prae- 
terea secundarii sextarios quatuor, furfurumque tan- 
tumdem. Panis vero e modio similaginis cxxii , e floris 
modio cxvii. Pretium huic annoiia mdia in modios fa- 
rinae , xl asses : siniilagini castratae octonis assibus ara- 
plius , siligini castratae duplum. Est et alia distinctio 
similaginis , tempore L. Pauli nata , prima xvii pondo 
panis reddere visa, secunda xviii, tertia xix cum triente : 
et secundarii panis quinas selibras , totidem cibarii , et 
furfurum sextarios sex. 



Siligo numquam maturescit pariter, nec ulla segetum 
minus dilationem patitur, propter teneritatem, iis quae 
maturuere, protinus granum dimittentibus. Sed minus, 
quam cetera frumenta, in stipula periclitalur, quoniam 
semper rectam habet spicam : nec rorem continet , qui 
rubiginem faciat. 

Ex arinca dulcissimus panis ; ipsa spissior, quam far, 
et major spica , eadem et ponderosior. Raro modius 
grani non xvi libras implet. Exteritur in Graecia diff- 
culler : ob id jumentis dari ab Homero dicta. Hc enim 
est, quam olyram vocal. Eadcm in ^Egypto facilis, fer- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 261 

farine ou pollen.} c'est ainsi qu'on nomme, dans le tri- 
ticum y ce que nous avons appel la fleur, ^o^ dans 
le siligo. Les fondeurs et les papetiers font usage de 
cette dernire. Le mme bl rend , de plus , quatre se- 
tiers de farine commune, et autant de son. Un boisseau 
de fleur de farine de froment produit cent vingt-deux 
livres de pain ; un boisseau de fleur de farine de siligo 
en produit cent dix-sept. Lorsque les vivres sont un 
prix moyen, cette farine vaut quarante as le boisseau ; 
la fleur de farine de froment , blute, huit as de plus; 
la fleur de farine du siligo, aussi blute, vaut le double. 
Du temps de L. Paulus , voici comment on classait les 
diverses espces de fleurs de farine tires du froment : 
la premire rendait dix-sept livres de pain par boisseau ; 
la seconde, dix-huit; la troisime, dix-neuf livres quatre 
onces, et, de plus, deux livres et demie de pain bis 
blanc , autant de pain bis commun , et six setiers de 
son. 

Le siligo ne mrit jamais tout la fois ; aussi doit-on 
le moissonner sans dlai mesure qu'il mrit , car il est 
si tendre , que les grains tombent l'instant mme de 
leur maturit ; mais tant qu'il est sur pied , il a moins 
craindre que les autres bls, car il a toujours l'pi 
droit , et il ne retient pas la rose , qui cause la nielle 
aux autres espces de froment. 

Uarinca donne un pain trs -savoureux. Ce bl est 
plus ramass que \e far ; son pi est aussi plus gros 
et plus pesant ; rarement un boisseau de ce grain pse 
moins de seize livres. En Grce, il ne se bat que difficile- 
ment; aussi le donnait-on aux chevaux, suivant Homre: 
c'est le bl qu'il appelle olyra. Celui d'Egypte est 
facile battre, et il y crot abondamment. Le /rt/- n'a 



a 5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVllI. 

tilisque. Far siiie arista est : item siligo , excepta qu 

Laconica appellatur. 

Adjiciuntur his gnera , bromos , siligo excepta , et 
tragos , externa omnia ab Oriente invecta , oryzae simi- 
lia. Tiphe et ipsa ejusdem est generis, ex qua fit in nostro 
orbe oryza. Apud Graecos est zea. raduntque eain ac 
tiphen, quum sint dgnres, redire ad frumentum , si 
pist serantur ; nec protinus , sed tertio anno. 



De fertilitate tritici in Africa. 

XXL Tritico nihil est ferlilius : hoc ei natura tri- 
buit, quoniam eo maxime alebat hominem : utpote quum 
e modio , si sit aptum solum , quale in Byzacio Africae 
campo , cenleni quinquageni modii reddantur. Misit ex 
eo loco divo Augusto procurator ejus ex uno grano (vix 
credibile dictu) cccc paucis minus germina, exstantque 
de ea re epistolae. Misit et Neroni similiter ccclx stipu- 
las ex uno grano. Cum centesimo quidem et Leontini 
Sicili campi funduut , aliique , et tota Btica , et in 
primis iEgyptus. Fertilissima tritici gnera , ramosum , 
aut quod centigranium vocaut. Inventus est jam etscapus 
unus centum fabis onustus. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 253 

pas d'artes, non plus que le siligo, l'exception de la 
varit appele siligo de Laconie. 

Outre les bls dont nous venons de parler, nous con- 
naissons encore le bromos -, le siligo d'Egypte , et le 
tragos j tous bls trangers originaires d'Orient, et qui 
ressemblent au riz. Le tiphe est aussi rang dans cette 
classe, et l'on en fait dans nos contres un grain mond 
semblable au riz. Les Grecs ont le zea. On dit que ce 
bl, ainsi que le /yo^e, dgnre facilement, et que, si 
on les monde avant de les semer , ils passent l'tat de 
froment ordinaire, non pas la premire, mais la 
ti'oisime anne. 

Fertilit de l'Afrique en froment. 

XXL Aucune espce de graine n'est plus fconde que 
le triticum ; c'est une proprit que la nature lui a accor- 
de, parce qu'il fait la principale nourriture de l'homme. 
En effet , un boisseau de ce bl sem dans un terroir 
convenable, tel que celui de Byzacium en Afrique, en 
produit jusqu' cent cinquante. L'intendant de l'empe- 
reur Auguste lui envoya de cette province un pied de 
froment d'o sortaient prs de quatre cents tiges (chose 
peine croyable), toutes provenues d'un seul grain, 
et nous avons encore des lettres qui attestent ce fait. 
L'intendant de Nron lui envoya de mme trois cent 
soixante tiges de froment produites par un seul grain. 
Le territoire de Leontium en Sicile , d'autres cantons 
de cette le, toute la Btique, et principalement l'Egypte, 
rendent cent pour un. Les fromens d'un plus grand rap- 
port sont le rameux et celui qu'on appelle froment 
cent grains. On a vu aussi jusqu' cent fves sur une 
seule tige. 



a 54 C. PLINU HIS. NAT. LIB. XVIII. 

De sesama ; de erysimo , sive irione ; de hormino. 

XXII. ^stiva frumenta diximus, sesamam, milium-, 
panicum. Sesama ab Indis venit : ex ea et oleuni fa- 
ciunt : color ejus candidus. Huic simile est in Asia Gr- 
ciaque erysimum , ideinque erat, iiisi pinguius esset: 
quod apud nos vocant irionem : medicaminibus adnu- 
merandum potius , quam frugibus. Ejusdem naturse et 
horminum , a Graecis dictum , sed cumino simile , seri- 
tur cum sesama : hoc , et irione, nullum animal vesci- 
tur virentibus. 

De pisturis. 

XXIII. Pistura non omnium facilis : quippe Etruria 
spicam farris tosti plsente pilo prferrato, fstula ser- 
rata , et Stella intus denticulata , ut nisi intenti pisant , 
concidantur grana , ferrumque frangatur. Major pars 
Italiae ruido utitur pilo : rtis etiam quas aqua verset 
obiter, et molat. De ipsa ratione pisendi Magonis pro- 
ponetur sententia : triticum ante perfundi aqua iriulta 
jubet, postea evalli , deinde sole siccatum pilo repeti. 
Simili modo hordeum. Hujus sextarios xx spargi duo- 
bus sextariis aquae. Lentem torrere prius , deinde cum 
furfiiribus leviter pisi. Aut addito in sextarios xx lateris 
crudi frusto , et arenae semodio. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 255 

Ssame ; rysiiniim ou irio ; horminum. 

XXII. Sous le nom de bl d't, nous avons compris 
le ssame, le millet et le panis. Le ssame est originaire 
de l'Inde ; il est blanc , et les Indiens en tirent de 
l'huile. Il ressemble \erjsimum , qui crot en Asie 
et en Grce ; et l'on ne pourrait distinguer les espces 
si Xerysimum n'tait mieux nourri : les Latins l'appellent 
irio. On devrait plutt le classer parmi les plantes m- 
dicinales que parmi les bls. Uhorminum des Grecs est 
de mme nature ; il ressemble au cumin , et se sme en 
mme temps que le ssame. Les animaux n'y touchent 
point tant qu'il est vert , non plus qu' Verjsimum. 

Manire de monder les grains. 

XXIII. Tous les bls ne sont pas faciles monder. En 
trurie , on fait rtir \e/ar, puis on le monde l'aide 
d'un pilon , dont le bout est arm de fer et porte une 
espce d'toile garnie de dents en forme de scie. Cet 
instrument exige beaucoup d'attention quand on le ma- 
nie, autrement on hacherait le grain, ou l'on briserait 
les dents de fer. Dans la plus grande partie de l'Italie , 
on emploie un pilon brut et raboteux, ou bien des roues 
que l'eau fait tourner, pour froisser lgrement le grain. 
Nous indiquerons ici la mthode de Magon pour monder 
les grains. Il veut d'abord qu'on mouille le froment 
avec beaucoup d'eau , et qu'on enlve ensuite l'corce 
avec le pilon ; on doit ensuite le mettre scher au so- 
leil , et le piler de nouveau. Il prescrit le mme procd 
pour l'orge , mais il ne faut que deux setiers d'eau sui' 



256 C. PLINU HIST. NAT. LIB. XVIII. 



Erviliam iisdem modis, quibus lentem : sesamam in 
calida maceratam exporrigi : deinde confricari , et fri- 
gida mergi , ut paleae fluctuent , iterumque exporrigi 
in sole super linlea : quod nisi festinato peragatur, lurido 
colore mucescere. Et ipsa autem , quae evalluntur , va- 
riara pisturarum rationem liabent. Acus vocatur, quum 
per se pisitur spica , tantum aurificum ad usus. Si vero 
in area teritur cum stipula , palea , ut majore in ter- 
rarum parte, ad pabula jumenlorum. Milii, et panici , 
et sesamae purgamenta apludam vocant, et alibi aliis 
nominibus. ' 





De milio. 

XXIV. Milio Campania praecipue gaudet, pultemque 
candidam ex eo facit. Fit et panis prdulcis. Sarmatarum 
quoque gentes bac maxime pulte aluntur, et cruda etiam 
farina , equino lacte , vel sanguine e cruris venis ad- 
mixto. iEtbiopes non aliam frugem, quam milii bordei- 
que, novere. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. aSv 

vingt setiers de grain. Pour les lentilles , il conseille de 
les faire rtir d'abord, et de les piler ensuite lgrement 
avec du son; ou bien, sur vingt setiers de lentilles, de 
mettre un morceau de brique crue, et un demi-boisseau 
de sable. 

On traitera de mme Vewilia. Quant au ssame , 
on le mettra tremper dans l'eau chaude, puis on l'ten- 
dra au soleil , ensuite on le frottera fortement , et on 
le jettera dans l'eau froide, afin d'enlever les pailles 
qui surnagent ; enfin , on n'aura plus qu' l'tendre au 
soleil sur des linges. Ces oprations veulent tre excu- 
tes promptement, autrement le ssame moisirait, et 
prendrait une couleur livide. Tous les grains, au reste, 
ne se mondent pas de la mme manire. Quand on monde 
l'pi seul , les petites pailles qui s'en dtachent s'appel- 
lent des aiguilles [acus), et ne servent qu'aux orfvres ; 
mais si l'on bat les grains sur l'aire avec leur chaume, 
la paille , en Italie comme dans presque tous les autres 
pays , sert de fourrage aux btes de somme. Les petites 
pailles du millet , du panis et du ssame , se nomment 
parmi nous apluda ; elles ont encore d'autres noms , 
suivant les divers pays. 

Millet. 

XXIV. On cultive principalement le millet dans la 
Campanie ; on en fait une bouillie blanche , et un pain 
d'un fort bon got. Les Sarmates font de cette bouillie 
leur principale nourriture, ou bien encofe ils mlent de 
la farine crue de millet avec du lait de jument, ou avec 
du sang qu'ils tirent de leurs chevaux en les saignant 
la cuisse. Les Ethiopiens ne connaissent pas d'autres 
grains que l'orge et le millet. 

XI. 1 y 



a58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

De panico. 

XXV. Panico et Galliae quidem, praecipue Aquitania 
utitur. Sed et Circumpadana Italia addita faba , sine 
qua nihil conficiunt. Ponticae gentes nullum panico pr- 
ferunt cibum. Cetero sestiva frumenta riguis magis 
etiam , quam imbribus gaudent. Milium et panicum 
aquis minime , quuni in folia exeunt. Vtant ea inter 
vites arboresve frugiferas seri , terram emacrari hoc satu 
existimantes. 

De fermentis. 

XXVI. II. Milii praecipuus ad fermenta usus, e musto 
subacti in annuum tempus. Simile ft ex tritici ipsius 
furfuribus minutis et optimis, e musto albo triduo ma- 
turato subactis , ac sole siccatis. Inde pastillos in pane 
faciendo dilutos , cum similagine seminis fervefaciunt , 
atque ita farin raiscent , sic optimum panem fieri ar- 
bitrantes. Graeci in binos semodios farinae satis esse 
besses fermenti constituere. Et haec quidem gnera vin- 
demiis tantum fiunt. Quo libeat vero tempore , ex aqua 
hordeoque bilibres ofFae ferventi foco , vel fictili patina 
torrentur cinere et carbone , usque dum rubeant. Postea 
operiuntur in vasis, donec acescant : bine fermentura 
diluitur. Quum fieret autem panis hordeaceus , ervi aut 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 269 

Panis. 

XXV. Dans la Gaule , et surtout dans l'Aquitaine , 
on fait usage du panis; les peuples d'Italie , sur les bords 
du P , ajoutent au panis des fves , que d'ailleurs ils 
mlent dans tous leurs alimens. Sur les ctes du Pont- 
Euxin , on prfre le panis toute autre nourriture. Du 
reste, les bls d't s'accommodent mieux d'un terroir 
naturellement humide que des pluies. Le millet et le 
panis n'aiment pas l'eau lorsque leurs feuilles poussent. 
On dfend de les semer parmi les vignes et les arbres 
fruitiers , car on croit qu'ils puisent la terre. 

Des levains. 

XXVI. II. La farine de millet, ptrie dans du vin 
doux , fait un levain excellent , et qui se garde un an. 
On en fait aussi avec du son de froment , le meilleur 
et le plus fin, que l'on ptrit avec du vin blanc nou- 
veau de trois jours ; on forme de cette pte des espces 
de trochisques que l'on met scher au soleil. Quand 
on veut faire du pain , on les dlaye dans de l'eau 
chaude , avec de la fleur de farine de zea^ et on les 
mle la farine qu'on veut ptrir; de cette manire on 
obtient, dit -on, un pain excellent. Les Grecs pensent 
que huit onces de levain suffisent pour un boisseau de 
farine. Ces sortes de levain ne peuvent se faire qu'au 
temps des vendanges. Si l'on veut en avoir en tout 
temps , on dlayera dans de l'eau de la farine d'orge, on 
en formera des gteaux du poids de deux livres, qu'on 
fera cuire sur le foyer bien chaud , ou sur la cendre 

^7- 



%6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

cicerculae farina ipse fermentabatur : justum erat, duae 
librae in quinque semodios. Nunc fermentum fit ex ipsa 
farina , quse subigitur prius quam addatur sal , ad pultis 
modum decocta , et relicta donec acescat. Vulgo vero 
nec suffervefaciunt , sed tantum pridie adservata ma- 
teria utimtur. Palamque est naturam acore fermentari : 
sicut et validlora esse corpora , quse fermentato pane 
aluntur : quippe quum apud veteres ponderosissimo cui- 
que tritico praecipua salubritas perhibita sit. 



i-m 



--'!(,': Panis faciendi ratio , et origo. /. , 

XXVII. Panis ipsius varia gnera persequi superva- 
cuum videtur : alias ab obsoniis appellati , ut ostrearii : 
alias a deliciis , ut artolagani : alias a festinatione , ut 
speustici : nec non a coquendi ratione , ut furnacei, vel 
artopticii , aut in clibanis cocti : non pridem etiam e 
Parthis invectus, quem aquaticum vocant, quoniam aqua 
trahitur a tenui et spongiosa inanitate , alii Parthicum. 
Summa laus siliginis bonitate et cribri tenuitate constat. 
Quidam ex ovis aut lact subigunt : butyro vero geutes 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIJ. -261 

et la braise, dans un plat de terre, jusqu' ce qu'ils 
soient roux ; puis on les enfermera dans des vases , o 
on les laisse aigrir ; on mle ensuite ce levain dlay 
dans la pte. Lorsqu'on faisait du pain d'orge , on se 
servait pour levain de farine d'ers ou de cicercula ; 
on en mettait ordinairement deux livres sur deux bois- 
seaux et demi de farine. Maintenant on prpare le levain 
avec la farine mme dont on fait le pain : on ptrit la 
farine avant d'y mettre du sel , on la fait cuire comme 
de la bouillie, puis on l'abandonne sa propre fermen- 
tation ; pour l'ordinaire, mme, on se dispense de la 
faire cuire , et l'on se sert seulement de la matire gar- 
de de la veille. On voit par-l que ce qui fait lever la 
pte est un principe acide qui s'y mle. 11 n'est pas 
moins certain que ceux qui se nourrissent de pain lev 
sont plus vigoureux ; ce qui n'empche pas que le fro- 
ment le plus pesant ne soit aussi le plus sain, comme 
l'ont pens les anciens. 

Manire de faire le pain ; origine de cet art. 

XXVII. Il est inutile, ce me semble, d'entrer ici dans 
de longs dtails sur les diffrentes sortes de pains ; disons 
seulement qu'ils portent divers noms, suivant les mets 
avec lesquels on les mange : tels sont les pains appels 
ostreariij qu'on sert avec les hutres; ou suivant qu'ils 
sont propres flatter le got, comme ceux qu'on appelle 
artolagani; ou selon la promptitude qu'on met les faire, 
comme ceux qu'on nomme speustici ; ou enfin selon la 
manire dont on les fait cuire, comme les pains cuits au 
four, dans un moule ou une tourtire. Depuis peu , on a 
introduit du pays des Parthes la recette pour faire le pain 



a62 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

eliain pacatae, ad operis pistorii gnera transeunte cura. 
Durt sua Piceno in panis inventione gratia , ex alic 
materia. Eum novem diebus macrant : decimo ad spe- 
ciem tractae subigunt uvae passas succo : postea in fur- 
nis , ollis inditum , quae rumpantur ibi , torrent : neque 
est ex eo cibus , nisi inadefacto : quod fit lact maxime 
mulso. 



Quando pistorum initium Romae. 

XXVIIl. Pistores Romae non fuere ad Persicum usque 
bellum , annis ab TJrbe condita super dlxxx. Ipsi pa- 
nem faciebant Quirites, mulierumque id opus erat, sicut 
etiam nunc in plurimis gentium. Artoptam Plautus ap- 
pellat in fabula , quam Aululariam scripsit : magna ob 
id concertatione eruditorum , an is versus poet sit il- 
lius : certumque fit , Ateii Gapitonis sententia coquos 
tum panem lautioribus coquere solitos : pistoresque tan- 
tum eos , qui far pisebant, nominatos. Nec coquos vero 
habebant in servitiis , eosque ex macello conducebant. 
Cribrorum gnera Galli e setis equorum invenero, His- 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVIII. a63 

dit aquatique , parce qu'en le ptrissant , on tend la 
pte avec beaucoup d'eau ; il est trs-spongieux et trs- 
lger ; d'autres le nomment parthique. Le meilleur pain 
est fait de fleur de farine de siligo, mais elle doit tre 
blute trs-fine. Quelquefois on ptrit la pte avec des 
ufs et du lait ; d'autres fois on y ajoute du beurre : ce 
dernier raffinement est d aux nations qui , dans les loisirs 
de la paix, ont tourn toute leur attention sur l'art de la 
ptisserie. Le pain i'alica, qui fut invent dans lePicnum, 
conserve toujours sa rputation. On fait tremper Valica 
pendant neuf jours ; le dixime, on la ptrit avec du 
jus de raisins secs, on l'tend en long, et on la met cuire 
au four dans des pots de terre , qui s'y rompent facile- 
ment. Ce pain ne se mange que tremp ; c'est ordinai- 
rement dans du lait miell. 

Depuis quand il y a des boulangers dans Rome. 

XXVJIL II n'y a point eu de boulangers Rome avant 
la guerre de Perse, c'est--dire pendant cinq cent quatre- 
vingts ans depuis la fondation de cette ville. Chacun 
faisait soi'mme son pain : c'tait l'ouvrage des femmes, 
comme ce l'est encore chez beaucoup de nations. Plante, 
dans sa comdie intitule Aulularia , emploie le mot 
arlopta (boulangre), et les savans disputent si ce vers 
appartient Plaute , puisqu'il est certain , selon Ateius 
Capiton, qu'alors, dans les maisons les plus opulentes, 
c'taient les cuisiniers qui faisaient le pain , et qu'on 
n'appelait pistores ( boulangers ) que ceux qui pilaient 
le bl; toutefois, on n'avait pas encore d'esclaves qui 
fussent cuisiniers, on allait en louer au march. Les Gau- 
lois ont invent les tamis de crin ; les Espagnols , les 



264 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

pani e lino excussoria et pollinaria , ^gyptus e papyro 

atque junco. 

De alica. 

XXIX. Sed inter prima dicatur et alicae ratio , prs- 
tantissimae saluberrimaeque, quae palma frugum indubi- 
tata Italiam contingit. Fit sine dubio et in ^gypto , sed 
admodum spernenda. In Italia vero pluribus locis, sicut 
Yeronensi Pisanoque agro : in Campania tamen lauda- 
tissima. Campus est subjacens niontibus nimbosis , totis 
quidem xl m passuum planitie. Terra ejus (ut protinus 
soli natura dicatur ) pulverea summa , inferior bibula , 
et pumicis vice fistulosa : montium quoque culpa in bo- 
num cedit. Crebros enim inibres percolat atque trans- 
mittit : nec dilui aut madre voluit propter facilitatem 
cuiturae. Eadem acceptum humorem nuUis fontibus red- 
dit , sed temprt , et concoquens intra se vice succi 
continet- Seritur toto anno , panico semel , bis farre. Et 
tamen vere segetes , quae interquievere , fundunt rosam 
odoratiorem sativa : adeo terra non cesst parre. Unde 
vulgo dictum , Plus apud Campanos ungueuti , quam 
apud ceteros olei fieri. Quantum autem uni versas ter- 
ras campus Campanus antecedit, tantuni ipsum pars 
ejus, quae Laboriae vocantur, quem Phlegraeum Graeci 
appellant. Finiuntur Laboriae via ab utroque latere con- 
sulari, quae a Puteolis, et quae a Cumis Capuam ducit. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 265 

sas et les bluleaux de lin ; les gyptiens , ceux de pa- 
pyrus et de jonc. 

De l'alica. 

XXIX. Nous allons maintenant, avant tout, expli- 
quer la manire de prparer Valica. Ija meilleure et la 
plus saine se fait en Italie ; c'est un avantage que ce 
pays doit l'incontestable supriorit des grains qu'il 
produit. Sans doute on prpare aussi de Valica en 
Egypte, mais elle est d'une qualit bien infrieure. Ou 
en fait dans plusieurs cantons de l'Italie, comme V- 
rone et Pise; nanmoins la plus estime est celle de la 
Campanie. L , au dessous d'une chane de montagnes 
toujours couvertes de nuages , est une plaine qui n'a 
pas moins de quarante milles d'tendue. Le terroir (c'est ce 
qu'il importe de faire connatre d'abord) est poudreux la 
surface, et, sous cette couche de poussire, il est cribl 
de trous comme une pierre-ponce : aussi boit-il ais- 
ment l'eau. Les orages qui se forment sur les montagnes 
voisines lui deviennent avantageux ; car les pluies fr- 
quentes dont il est arros filtrent et passent travers les 
premires couches de terre sans les dtremper ou- les 
convertir en boue , ce qui en facilite la culture. Ce mme 
terroir ne rend point par des fontaines l'eau qu'il a re- 
ue , mais il la retient , la digre dans son sein , et en 
prpare comme un suc nourricier. On y sme dans une 
mme anne deux fois du far et une fois du panis ; au 
printemps mme, lorsqu'on laisse reposer quelque temps 
cette terre , elle donne d'elle-mme des roses plus odo- 
rantes que les roses domestiques ; ainsi jamais elle ne 
cesse de produire : de l vient qu'on dit vulgairement 
qu'il se fait plus de parfum dans la Campanie , que 



266 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 



Alica fit e zea , quam senien appellavimus. Tunditur 
granum ejus in pila lignea : ne lapidis duritia conterai. 
Nobilius , ut notum est, pilo , vinctorum pnali opra. 
Primori inest pyxis ferrea. Excussis inde tunicis, iterum 
iisdem armamentis nudata conciditur meduUa. Ita fiunt 
alic tria gnera : minimum , ac secundarium : gran- 
dissimum vero aphaerema appellant. Nondum habent 
candorem suum quo praecellunt : jam tamen Alexan- 
drinae praeferuntur. Postea (mirum dictu) admiscetur 
creta , quae transit in corpus, coloremque, et tenerita- 
tem adfert. Invenitur hc inter Puteolos et Neapolim, 
in colle Leucogaeo appellato. Exstatque divi Augusti 
decrelum, quo aimua vicena millia Neapolitanis pro eo 
numerari jussit e fisco suo, coloniam deducens Capuam. 
Adjecilque causam adferendi , quoniam negassent Cam- 
pani alicam confici siue eo mtallo posse. In eodem 
reperitur et sulphur : emicantque fontes Araxi oculorum 
claritati , et vulnerum medicinae , dentiumque firmitati. 



-^^^^^'01 m uni 

HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 167 

d'huile dans les autres pays ; mais autant la Campa- 
nie surpasse en fertilit toutes les autres contres , au- 
tant un seul de ses cantons surpasse tout le reste de la 
province : c'est celui que les Latins appellent Labori 
( de Labour ) , et les Grecs Phlegrum ( champ Phl- 
gren). Il est born de chaque ct par deux routes con- 
sulaires , dont l'une conduit de Pouzzoles Capoue , et 
l'autre de Capoue Cumes. 

Ualica se fait avec le zea , autrement dit semen. On 
pile ce grain dans un mortier de bois , car un mortier 
de pierre le briserait. Le pilon n'est pas celui qu'on fait 
manier par des esclaves enchans; il porte son extr- 
mit une espce de capsule en fer. C'est avec cet in- 
strument qu'on dbarrasse le zea de ses tuniques , et 
(ju'ensuite on concasse le grain mis nu. De cette ma- 
nire on obtient trois sortes ialica , la petite , la 
moyenne et la grosse. Les Grecs appellent cette der- 
nire aphairema. Ualica n'a pas encore cette blancheur 
clatante qui la distingue, et nanmoins on la prfre 
ds-lors celle d'Alexandrie. Ensuite, pour la blanchir, 
on y mle (chose tonnante! ) de la craie, qui s'incor- 
pore avec le grain et le rend galement blanc et tendre. 
Cette craie se trouve entre Pouzzoles et Naples, dans une 
colline appele Leucogum. Nous avons encore un d- 
cret de l'empereur Auguste, qui, en tablissant une co- 
lonie romaine Capoue , ordonna qu'on payt de son 
trsor particulier vingt mille sesterces par an aux Na- 
politains , pour cette colline qui leur appartenait. Cette 
redevance annuelle tait motive sur ce que les Cam- 
paniens avaient dclar que sans celte craie il tait 
impossible de prparer Valica. On trouve aussi du soufre 
dans cette colline; c'est l encore que sont les sources 



MfffV 

268 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 



Alica adulterina fit maxime quidem e zea , quae in 
Africa dgnrt. Latiores ejus spicae , nigrioresque , et 
brevi stipula. Pisnnt cum arena , et sic quoque difficul- 
ter deterunt utriculos , fitque dimidia nudi mensura. 
Posteaque gypsi pars quarta inspargitur , atque ut co- 
haesit , farinario cribro subcernunt. Quas in eo reman- 
sit , exceptitia appellalur , et grandissima est. Rursus 
quee transit , arctiore cernitur , et secundaria vocatur. 
Item cribraria, quae simiU modo in tertio remansit cri- 
bro angustissimo , et tantum aranea transmittente. 



Alia ratio ubique adulterandi. Ex tritico candidissima 
et grandissima eligunt grana , ac semicocta in ollis 
postea arefaciunt sole ad initium , rursusque leviter ad- 
spersa molis fraugunt. Ex zea pulchrius, quam ex tritico, 
fit graneum, quamvis id alic vitium sit. Candorera au- 
tem ei pro creta lactis incocti mixtura confert. 



b. 



"'/// 

HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. i6g 

nommes Araxi, clbres pour le rtablissement de la 
vue , la gurison des plaies , et l'affermissement des 
dents. 

On imite la vritable alica avec une espce de zea 
qui dgnre en Afrique. Elle a les pis plus larges et 
plus noirs , et la paille courte. On pile ce grain avec 
du sable; encore, par ce moyen , a-t-on beaucoup de 
peine lui enlever son corce; mis nu, il ne remplit 
plus que la moiti de la mesure. On y ajoute ensuite 
une quatrime partie de pltre, et, quand cette matire 
est bien incorpore avec le grain, on passe le tout par 
le tamis farine. Ce qui reste dans le tamis est la plus 
grosse alica ; on l'appelle exceptitia. Ce qui a pass est 
remis de nouveau dans un tamis plus fin ; ce qui ne peut 
passer cette fois est V alica moyenne. Enfin, sous le nom 
de cribraria , on dsigne Valica qui n'a pu passer par 
le tamis le plus fin , dont chaque trou ne donne passage 
qu' un fil d'araigne. 

Il y a une autre manire d'imiter Valica , et qui 
est connue partout. On choisit les plus gros grains de 
froment ordinaire , et les plus blancs ; aprs les avoir 
fait cuire demi dans des pots de terre , on les expose 
au soleil, jusqu' ce qu'ils soient aussi secs qu'aupara- 
vant ; ensuite on les arrose d'un peu d'eau , et on les 
brise sous la meule. Le graneum , ou Valica gros 
grains faite avec le zea, est toujours plus belle que 
celle qu'on prpare avec le froment; mais ce n'est tou- 
jours qu'une alica contrefaite. On russit la blanchir 
avec du lait bouilli , au lieu de craie. 



M Ml*' 

a7o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

De leguminibus ; faba. 

XXX. 12. Sequitur natura leguminum inter quae 
maximus honos fab : quippe ex qua tentatus sit etiam 
panis. Lomentum appellatur farina ea , adgravaturque 
pondus illa , et omni legumine. Jam vero et pabulo 
venalis fabae multiplex usus omnium quadrupedum ge- 
neri , praecipue homini. Frumento etiam miscetur apud 
plerasque gentes , et maxime panico solida , ac delica- 
tius fracta. Quin et prisco ritu fabata suae religionis diis 
in sacro est , praevalens pulmentari cibo , et hebetare 
sensus existimata , insomnia quoque facere. Ob hc Py- 
thagoricae sententiae damuata : ut alii tradidere, quoniam 
mortuorum animae sint in ea. Qua de causa parentando 
utique adsumitur. Varro et ob haec flaminem ea non 
vesci tradit, et quoniam in flore ejus litterae lugubres re- 
periantur. In eadem peculiaris religio : namque fabam 
utique e frugibus referre mos est auspicii causa , quae 
ideo referiva appellatur. Et auctionibus adhibere eam 
lucrosum putant. Sola certe frugum etiam exesa reple- 
tur crescente luna. Aqua marina, aliave salsa non per- 
coquitur. 






HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 



Des lgumes ; de la fve. 



XXX. 12. Nous devons maintenant passer aux l- 
gumes , parmi lesquels les fves tiennent le premier 
rang , car on a mme essay d'en faire du pain. La fa- 
rine e fve s'appelle lomentum , et , comme celle de 
tous les lgumes, elle rend plus pesant le pain o on la 
mle. Les fves se prparent de diffrentes manires 
pour la nourriture du btail, mais principalement pour 
celle de l'homme. Chez la plupart des nations , on les 
mle avec le froment , et surtout avec le panis , soit 
entires , soit concasses lgrement. Anciennement on 
offrait certaines divinits de la bouillie de fves , qui 
servait de nourriture habituelle. Cependant on a cru 
qu'elles appesantissaient les sens et causaient des insom- 
nies ; aussi Pythagore les a-t-il interdites comme ali- 
ment. Selon d'autres auteurs , cette interdiction tait 
fonde sur ce qu'il les regardait comme la demeure des 
mes aprs la mort ; c'est pour cette raison qu'on en sert 
dans les repas funbres. Voil aussi , selon Varron , 
pourquoi il n'est pas permis au flamen, ou grand-prtre 
de Jupiter , de goter des fves , qui , d'ailleurs , por- 
tent sur leurs fleurs des caractres lugubres. Les fves 
sont encore l'objet spcial d'une crmonie religieuse : 
on a coutume de rapporter une fve qu'on appelle re- 
ferwa , pour en tirer des prsages la moisson. On croit 
qu'il est avantageux de mettre des fves avec les objets 
qu'on veut vendre. Quoi qu'il en soit , la fve est le 
seul grain qui, mme tant moiti rong, se remplisse 
au croissant de la lune. Elle ne cuit ni dans l'eau de 
mer, ni dans aucune eau sale. 



i-jt C. PLINII HLST. NAT. LIB. XVIII. 

Seritur ante Vergiliarum occasum legumiimm prima, 
ut antecedat hiemem. Virgillus eam per ver seri jubet , 
Circumpadauae Italiae ritu. Sed major pars malunt fa- 
balia maturae sationis , qiiam trimestrem fructum. Ejus 
namque siliquae caulesque gratissimo sunt pabulo pecori. 
Aquas in flore maxime concupiscit : quum vero deflo- 
ruit , exiguas desiderat. Solum , in quo sata est , laetifi- 
cat stercoris vice. Ideo circa Macedoniam , Thessaliam- 
que , quum florere cpit , vertunt arva. 

Nascitur et sua sponte plerisque in locis, sicut septen- 
trionalis oceani insulis, quas ob id nostri Fabarias ap- 
pellant : item in Mauretania silvestris passim , sed prae- 
dura, et quae percoqui non possit. 

Nascitur in iEgypto spinoso caule : qua de causa cro- 
codili oculis timentes refugiunt. Longitudo scapo qua- 
tuor cubitorum est, amplissima crassitudo : nec genicula 
habet , molli calamo : simile caput papaveri , colore ro- 
seo : in eo fabae non supra tricenas : folia ampla : fructus 
ipse amarus et odore : sed radix perquam lauta incola- 
rum cibis, cruda , et omnino decocta , arundinum ra- 
dicibus similis. Nascitur et in Syria , Ciliciaque, et in 
Torone Chalcidis lacu. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XYIII. 27^ 

C'est le premier lgume que l'on sme avant le cou- 
cher des Pliades et le commencement de l'hiver. Vir- 
gile veut qu'on sme la fve au printemps, comme on 
le pratique en Italie , aux environs du P6 ; mais, pour 
l'ordinaire, on prfre les fves semes de bonne heure 
aux fves de trois mois , car les gousses et les tiges des 
premires sont excellentes pour le btail. Les fves, en 
fleur , demandent beaucoup d'eau ; aprs la floraison , 
elles n'en veulent que trs-pen. Elles engraissent la terre 
o on les sme , et lui servent de fumier : aussi , dans 
la Macdoine et la Thessalie, fait-on passer la charrue 
sur la terre lorsque les fves commencent fleurir. 

On trouve des fves sauvages dans presque tous les 
pays, par exemple dans les les de l'Ocan septentrional, 
que les Romains ont , pour cette raison , nommes Fa- 
baries. Dans la Mauritanie , les fves sauvages sont 
communes, mais si dures, qu'on ne peut parvenir 
les faire cuire. 

L'Egypte produit une espce de fve tige pineuse; 
les crocodiles l'vitent avec soin , dans la crainte de s'y 
blesser les yeux. Cette tige est trs-grosse, et haute de 
quatre coudes. Elle est tendre et sans aucun nud. 
Elle porte une tte couleur de rose , semblable celle 
du pavot, et dans laquelle on trouve au plus trente 
fves. Les feuilles sont grandes, le fruit est amer et a 
l'odeur forte ; mais la racine , qui ressemble celle du 
roseau, soit crue, soit cuite, fournit un mets excellent 
aux liabitans. Cette plante crot aussi en Syrie , en Cili- 
cie , et prs du lac de Toron , dans la Chalcidc. 



XI. 18 



%^l^ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

De lente ; de piso. 

XXXI. Ex leguminibus autem novembri seruntur 
lens, et in Grcia pisum. Leiis amat solum tenue magis, 
quam pingue , caelum utique siccum. Duo gnera ejus 
in yEgypto : alterum rotundius nigriusque, alterum sua 
figura. Unde vario usu translatum est in lenticulas no- 
men. Invenio apud auctores , aequanimitatem fieri ves- 
cenlibus ea. Pisum in apricis seri dbet, frigorum im- 
patientissimum. Ideo in Italia, et in austeriore caelo non 
nisi verno tempore , terra facili ac soiuta. 



'' ' Ciceris gnera. 

XXXII. Ciceris natura est gigni cum salsilagine : ideo 
solum urit. Ne, nisi madefactum pridie, seri dbet. Dif- 
ferenti plures , magnitudiue , figura, colore, sapore. 
Est enim arietino capiti simile, unde ita appellant , al- 
bum <nigrumque. Est et columbinum, quod alii Vene- 
rium vocant, candidum, rotundum, lev, arietino minus, 
quod religio pervigiliis adhibet. Est et cicercula minuti 
ciceris, inaequalis, angulosi, veluti pisum. Dulcissimum 
autem id, quod ervo simillimum : firmiusque quod ni- 
grum et rufum , quam quod album. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. a?^ 

Lentilles ; pois. 

XXXI. Parmi les autres lgumes, on sme au mois 
de novembre les lentilles , et en Grce les pois. Les 
lentilles prfrent une terre lgre une terre grasse; 
elles aiment surtout un temps sec. On eu cultive deux 
espces en Egypte, l'une qui ressemble la lentille com- 
mune, l'autre qui est ronde et noire. Les taches de 
rousseur ont pris leur nom de ce lgume. Je lis dans 
quelques auteurs que les lentilles tranquillisent l'esprit 
de ceux qui en mangent. Il faut semer les pois dans 
des lieux exposs au soleil , car ils craignent beaucoup 
le froid ; aussi, en Italie et dans les climats un peu ru- 
des , on ne les sme qu'au printemps , dans une terre 
meuble et lgre. ' 

Diverses espces de pois chiches. 

XXXII. Les pois chiches sont naturellement sals: 
aussi brlent-ils la terre. Il est bon de les mettre tremper 
dans l'eau un jour entier avant que de les semer. On 
en connat plusieurs espces qui diffrent entre elles de 
grosseur, de figure, de couleur et de got. On en voit 
qui ont la forme d'une tte de blier, dont ils ont pris 
le nom ; et , parmi ceux-ci , il y en a de blancs et de 
noirs. D'autres sont appels pois de colombes ou pois 
de Vnus ; ils sont blancs , ronds , lgers et moins gros 
que les prcdens. La religion en fait usage aux veilles 
des ftes de Vnus. Le cicercula est une espce de petit 
pois chiche ingal et anguleux. Les meilleurs pois chi- 
ches sont ceux qui ressemblent le plus l'ers. Les noirs 
et les roux sont plus fermes que les blancs. 

i8. 



!76 C. PLINU HIST. NA. LIB. XVIII. 

Faseoli. 

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'**'" 

XXXIII. Slliquae rotund ciceri, ceteris leguminum 

longae , et ad figuram seminis latee : piso cylindratae ; 
faseolorum cuni ipsis manduntur granis. Serere eos qua 
velis terra licet ab idibus octobris in kalendas novem- 
bres. Legumina, quum maturescere cperunt , rapienda 
sunt, quoniam cito exsiliunt, latentque quum decidere, 
sicut et lupinum : quamquam prius de rapis dixisse 
conveniat. 



De rapis. 

XXXIV. iv3. In transcursu ea attigere nostri, paulo 
diligentius Graeci, et ipsi tamen inter hortensia: si jus- 
tus ordo fit, a frumento protinus aut certe faba dicen- 
dis , quando alii usus praestantior ab bis non est. Ante 
omnia namque cunctis animalibus nascuntur, nec in 
novissimis satiant ruris alitum quoque gnera, magisque 
si decoquantur aqua. Quadrupdes et fronde eorum gau- 
dent. Et homini non minor rapaciorum suis horis gra- 
tia , quam cymarum : flavidorum quoque , et in horreis 
enecatorum , vel major quam virentium. Ipsa vero du- 
rant et in sua terra servata : et postea passa , paene ad 
alium proventum, famemque sentiri prohibent. A vino, 



HISTOIRE NATURELLE, LIY. XVIII. 277 

Fasoles. 

XXXIII. Les gousses des pois chiches sont rondes; 
celles des autres lgumes sont longues et aplaties, comme 
le grain qu'elles renferment , except cependant celles du 
pois commun , qui sont cylindriques. Celles des fasoles 
se mangent avec leurs grains. Le temps de les semer, 
n'importe dans quelle terre, est depuis les ides d'octobre 
jusqu'aux kalendes de novembre. Il faut cueillir les grains 
ds que les gousses commencent mrir, car ils tombent 
bientt d'eux-mmes el s'enfouissent dans la terre, 
comme on le remarque dans le lupin. Mais avant de 
passer ce dernier lgume , nous devons parler des 
raves. 

Raves. 

XXXIV. i3. Les auteurs latins n'en ont trait que 
fort lgrement; les Grecs en ont parl avec un peu plus 
d'exactitude , mais ils les ont ranges parmi les plantes 
potagres : cependant , si l'on veut suivre un ordre con- 
venable , il faut en parler immdiatement aprs le bl , 
ou du moins aprs la fve, parce qu'aprs ces deux 
productions de la terre, aucune n'est d'un usage plus 
gnral. Les raves sont la meilleure nourriture qu'on 
puisse trouver pour toute sorte d'animaux ; elles sont 
excellentes pour toutes les volailles qu'on lve la cam- 
pagne , surtout quand elles sont cuites dans l'eau. Les 
btes quatre pieds en aiment beaucoup les feuilles. Les 
hommes n'estiment pas moins les tendrons de raves , 
dans la saison convenable , que ceux du chou , et 
plus encore lorsqu'ils sont devenus jaunes et secs, pour 



278 C. PLINll HIST. NAT. LIB. XVIIJ. 

atque messe, tertius hic Transpadanis fructus. Terram 
non morose eligit , paene ubi nihil aliud seri possit. 
Nebulis, et pruinis , ac frigore ultro aluntur, amplitu- 
dine admirabili. Vidi xl libras excedentia. In cibis qui- 
dem nostris pluribus modis commendantur : durantque 
ad alla, sinapis acrimonia domita, etiam coloribus picta, 
praeter suum , sex aliis , purpureo quoque : neque aliud 
in cibis tingi decet. 



Gnera eorum Grseci duo prima fecere , masculuin , 
femininumque , et ea serendi modo ex eodem semine : 
densiore enim satu masculescere , item in terra difficili. 
Semen prstantius, quo subtilius. Species vero omnium 
trs. Aut enim in latitudinem fundi , aut in rotundita- 
tem globari. Tertiam speciem silvestrem appellavere, in 
longitudinem radice procurrente, raphani similitudine, 
et folio anguloso scabroque, succo acri : qui circa messem 
exceptus oculos purget, medeaturque caligini, admixto 
lact mulierum. Frigore dulciora fieri existimantur et 
grandiora : tepore in folia exeunt. Palma in Nursinoagro 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 279 

avoir t gards long-temps , que quand ils sont verts. 
Les raves mmes se conservent trs-bien si on les laisse 
en terre; et si ensuite on les en tire pour les faire s- 
cher, elles durent presque jusqu' la rcolte suivante, 
et offrent une ressource dans les temps de disette. Dans 
les pays au del du P , c'est la meilleure rcolte aprs 
le vin et le bl. Les raves ne sont pas difficiles sur le 
choix du terroir; elles s'accommodent mme du terrain 
o il ne peut venir rien autre chose. Les brouillards , le 
givre et le froid leur sont plus favorables et leur font 
prendre un accroissement prodigieux. J'en ai vu qui 
pesaient plus de quarante livres. Nous les apprtons de 
plusieurs manires pour l'usage de la table. Confites 
dans la moutarde , elles se gardent jusqu'aux raves nou- 
velles. On leur donne six sortes de couleurs, outre leur 
couleur naturelle ; on leur fait prendre mme celle de 
la pourpre : c'est le seul mets qu'il soit permis de co- 
lorer. 

Les Grecs en ont distingu deux espces princi- 
pales, la rave mle et la rave femelle; elles proviennent 
toutes deux de la mme graine, et la diffrence de sexe 
dpend uniquement de la manire de les semer. Pour 
avoir des raves mles, par exemple, il sufft de semer 
pais, ou dans un terrain rude. Plus la graine est pe- 
tite , meilleure elle est. Nous connaissons trois sortes 
de raves , les larges , les l'ondes , et une troisime espce 
qu'on appelle rave sauvage , et qui est longue comme le 
raifort ; ses feuilles sont anguleuses et scabres. Son 
suc est acre ; recueilli vers le temps de la moisson , et 
ml avec du lait de femme , il nettoie les yeux et 
claircit la vue. Le froid, dit-on , adoucit les raves et 
les rend plus grosses ; la chaleur ne fait que dvelopper 



28o C. PLINII HIS. NAT. LIB. XVIII. 

nascentibus. Taxatio in libras sestertii singuli, et in pe- 
nuria bini. Proxima in Algido natis. 



De napis. 

XXXV. Napi vero Amiternini , quorum eadem fere 
natura, gaudent que frigidis. Serunlur et ante kalen- 
das martias , in jugero sextarii quatuor. Diligentiores 
quinto sulco napum seri jubent , rpa quarto , utrum- 
que stercorato. Rpa laetiora fieri , si cum palea semi- 
nentur. Serere nudum volunt, precantem sibi et vicinis 
serere se. Satus utrique generi justus, inter duorum 
nuininum dies festos , Neptuni atque Vulcani. Ferunt- 
que subtili observatione, quota luna prcedente hieme 
nix prima ceciderit , si totidem luminum die intra prae- 
dictum temporis spatium serantur, mire provenire. Se- 
runtur et vere in calidis atque humidis. 



De lupin ch 

XXXVI. i4- Lupino est usus proximus , quum sit 
homini, et quadrupedum generi ungulas habenti, com- 
munis. Remedium ejus, ne metentes fugiat exsiliendo, 
ut ab imbre tollatur. Nec ullius, qu seruntur, natura 
adsensu terr mirabilior est. Primum omnium cum sole 



fflSTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. aSi 

leurs feuilles. Les plus estimes sont celles de Nursia ; elles 
valent un sesterce la livre , et , quand elles deviennent 
rares , deux sesterces : les meilleures ensuite sont celles 
du mont Algide. 

Navets. 

XXXV. Les navets d'Amiterne , qui sont presque de 
la mme nature que les raves, ne se plaisent pas moins 
dans les lieux froids. On les sme avant les kalendes de 
mars. Il faut quatre setiers de graine par arpent. Les 
cultivateurs expriments sment les navets aprs cinq 
labours , les raves aprs quatre , dans une terre bien 
fume. Ils disent que les raves viennent mieux si on les 
sme avec de la paille. Ils veulent encore qu'en semant 
on soit nu , et qu'on proteste qu'on le fait pour soi et 
pour ses voisins. Le vrai temps de les semer est entre 
les ftes de Neptune et celles de Vulcain. On prtend, 
et c'est le rsultat d'observations trs-prcises , que ces 
lgumes russissent d'une manire tonnante si on les 
sme autant de jours aprs les ftes de Neptune , que 
la lune en comptait au moment de la premire neige de 
l'hiver qui a prcd. Dans les pays chauds et humides , 
on les sme aussi au printemps. 

Lupin. 

XXXYI. 1 4- Aprs les navets et les raves , le lupin 
est le lgume dont on fait le plus d'usage , puisqu'il sert 
la fois la nourriture de l'homme et la pture des 
quadrupdes qui ont le pied pourvu de corne ou de 
sabot. Un moyen d'empcher qu'il ne s'chappe de ses 
gousses et ne se perde quand on le rcolte , c'est de le 



282 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

quotidie circiimagitur, horasque agricolis etiam nubiio 
demonstrat. Ter praeterea floret : terram amat , terraque 
operiri non vult. Et unum hoc seritur non arato. Quae- 
rit maxime sabulosa , et sicca , atque etiam arenosa. Coli 
ulique non vult. Tellurem adeo amat, ut, quamvis fru- 
tectoso solo conjectum inter folia vepresque, ad terram 
tamen radie perveniat. Pinguescere hoc satu arva vi- 
neasque diximus. Itaque adeo non eget fimo, ut optimi 
vicem reprsentet. Nihilque aliud nuUo impendio con- 
stat, ut quod ne serendi quidem gratia opus sit adferre. 
Protinus seritur ex arvo : ac ne spargi quidem postulat 
decidens spoute. 



Primumque omnium seritur , novissimum tollitur : 
utrumque septembri fere mense : quia si non antecessit 
hiemem , frigoribus obnoxium est. Impune praeterea ja- 
cet, vel derelictum etiam, si non protinus secuti obruant 
imbres, ab omnibus animalibus amaritudine sua tutum. 
Plerumque tamen levi sulco integunt. Ex densiore terra 
rubricam maxime amat. Ad hanc alendam post tertium 
florem verti dbet, in sabulo post secundum. Cretosa 
tantum , limosaque odit , et in iis non provenit. Mace- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII a83 

recueillir immdiatement aprs la pluie. De tous les 
grains que l'on sme, il n'en est pas de plus merveilleux 
que le lupin, ni que la terre favorise davantage : d'abord, 
il tourne chaque jour avec le soleil , et indique les heures 
au laboureur , mme quand le ciel est couvert ; en outre, 
il fleurit trois fois. Il aime la terre , et cependant il ne 
veut pas en tre recouvert ; aussi est-ce le seul grain 
que l'on sme sans labour. Il se plat de prfrence dans 
les terrains secs , sablonneux ou couverts de gravier, et 
il n'exige aucune culture. Il aime tellement la terre , 
que , s'il tombe parmi des ronces , au milieu des feuilles 
et des broussailles , sa racine parvient nanmoins jus- 
qu'au sol. Nous avons dit ailleurs qu'il engraissait les 
champs et les vignobles o on le sme. Ainsi , bien 
loin d'avoir besoin de fumier, il tient lieu lui-mme 
d'un excellent engrais. Nul grain dont la culture cote 
aussi peu ; on n'a pas mme besoin de l'apporter dans 
le champ pour le semer : on resme de suite une partie 
du grain qu'on vient de recueillir ; encore ne se donne- 
t-on pas la peine de le rpandre sur le terrain , puisqu'il 
y tombe de lui-mme. 

C'est le premier grain qu'on sme et le dernier qu'on 
rcolte : ces deux oprations ont lieu d'ordinaire au mois 
de septembre , car il souffre du froid si on ne le sme 
pas avant l'hiver. Si les pluies qui surviennent bientt 
aprs ne l'ont pas enfonc dans la terre , on peut sans 
inconvnient le laisser l'abandon sur le sol , car nul 
animal n'y touche cause de son amertume. La plupart 
cependant le sment dans des sillons fleur de terre, 
et le recouvrent ensuite. De toutes les terres fortes , 
c'est la rouge qu'il prfre. Si l'on veut engraisser cette 
mme terre , il sera bon d'y passer la charrue quand le 



284 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

ratum calida aqua homini quoque in cibo est. Nam bo- 
vem unum modii singuli satiant, validumque praestant: 
quando etiam impositum puerorum ventribus , pro re- 
medio est. Condi in fumo maxime convenit , quoniam 
in humido vermiculi umbllicum ejus in sterilitatem cas- 
trant. Si depastum sit in fronde, inarari protinus solum 
opus est. 



Vicia. 

XXXVII. 1 5. Et vicia pinguescunt arva , nec ipsa 
agricolis operosa : imo sulco sata , non sarritur , non 
stercoratur, nec aliud quam deoccatur. Sationis ejus tria 
tempora : circa occasum Arcturi , ut decembri mense 
pascat : tune oplime seritur in semen. jEque namque 
fert depasta. Secunda satio mense januario est : novis- 
sima martio : tum ad frondem utilissima. Siccitatem ex 
omnibus , quse seruntur , maxime amat : non asperna- 
tur etiani umbrosa. Ex semine ejus, si lecta maturaest, 
palea ceteris praefertur. Vitibus praeripit succum : lan- 
guescuntque , si in arbusto seratur. 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVIII. 28 

lupin aura fleuri pour la troisime fois ; et dans une 
terre sablonneuse , quand il aura fleuri deux fois. Le 
lupin hait les terres calcaires ou limoneuses , et refuse 
d'y crotre. Macr dans l'eau chaude , il devient propre 
la nourriture de l'homme. Un boisseau de lupins par 
jour rassasie un buf, et le rend fort et vigoureux. 
Appliqu en cataplasme sur le ventre des enfans, c'est 
un bon remde contre les vers. On le fait scher la 
fume pour le conserver ; si on le garde dans un en- 
droit humide , les insectes en rongent le germe et le 
rendent inutile pour la reproduction. Si le btail a 
mang le lupin en herbe , il faudra sur-le-champ la- 
bourer la terre o ce grain avait t sem. 

Vesce. 

XXXVII. i5. La vesce engraisse pareillement la 
terre , et sa culture n'est pas pnible pour le cultiva- 
teur : elle n'exige qu'un seul labour ; elle n'a pas besoin 
d'tre sarcle ni fume , mais seulement d'tre herse. 
On peut la semer trois diffrentes poques : vers le 
coucher de l'Arcture , pour la faire manger en herbe 
au btail dans le mois de dcembre ; celle qu'on sme 
alors donne la meilleure graine, et rapporte galement 
aprs avoir t mange en herbe. La seconde poque 
de la semer est le mois de janvier , et la troisime le 
mois de mars ; c'est alors qu'elle donne le plus de four- 
rage. C'est , de tous les grains , celui qui aime le plus 
un terrain sec ; nanmoins il s'accommode des lieux 
ombrags. On prfre sa paille toutes les autres, quand 
elle a t recueillie en maturit. Seme prs de la vigne, 
la vesce lui drobe son suc, et la fait tomber en langueur. 



286 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Ervum. 

XXXVIII. Nec ervi operosa cura est. Hoc amplius , 
quam vicia , runcatur : et ipsum medicaminis vim ob- 
tinens. Quippe per ervum divum Augustum curatum , 
epistolis ipsius memoria exstat. Sufficiunt singulis boum 
jugis modii quini sati. Martio mense satum , noxium 
esse bubus aiunt, item autumno gravedinosum : innoxium 
autem fieri primo vere satum. 



Silicia 

XXXIX. i6. Et silicia, hoc est, fenum graecum , 
scarificatlone seritur , non altiore quatuor digitorum 
sulco , quantoque pejus tractatur , tanto provenit me- 
lius. Rarum dictu , esse aliquid cui prosit negligentia. 
Id autem quod secale , ac farrago appellatur , occari 
tantum desiderat. . . 

Secale, sive asia. 

XL. Secale Taurini sub Alpibus asiam vocant, de- 
terrimum , et tantum ad arcendam famem : fecunda , 
sed gracili stipula , nigritia triste , sed pondre praeci- 
puum. Admiscetur huic far , ut mitiget amaritudinem 
ejus : et lamen sic quoque ingratissimum ventri est. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 287 

Ers. 

XXXVIII, La culture de l'ers n'est pas plus pnible; 
de plus que la vesce , il demande tre dbarrass 
des mauvaises herbes. Il est usit en mdecine. L'em- 
pereur Auguste fut guri par l'usage de cette plante , 
comme il l'atteste lui-mme dans ses lettres. Cinq bois- 
seaux d'ers suffisent pour ensemencer autant de terre 
qu'une paire de bufs en laboure en un jour. L'ers 
sem en mars est , dit-on , nuisible ces animaux ; 
celui qui l'a t en automne leur rend la tte pesante: 
celui qu'on sme au commencement du printemps ne 
leur cause aucun mal. 

Silicia. 

XXXIX. 16. Le silicia, ou fenu-grec, se sme presque 
fleur de terre , dans des sillons qui n'ont pas plus de 
quatre doigts de profondeur. Moins on donne de soin 
sa culture , mieux il vient. Il est rare de trouver une 
plante qui la ngligence du cultivateur soit profitable. 
Le seigle et la drage ne demandent qu' tre herss. 

Seigle ou asia. 

XL. Les Taurins , qui habitent aux pieds des Alpes , 
appellent le seigle asia ; c'est un fort mauvais bl : aussi 
n'en fait-on usage que faute d'autre aliment. Il produit 
beaucoup , quoique sa tige soit grle ; il est sombre , 
noirtre, et surtout trs-pesant. On y mle An far pour 
adoucir son amertume ; mais, malgr ce mlange , il est 



288 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Nascitur qualicumque solo cum centesimo grano : ip- 

sumque pro laetamine est. . 

Farrago ; cracca. 

XLI. Farrago ex recrementis farris prdensa serltur, 
admixta aliquando et vicia. Eadem in Africa fit ex hor- 
deo. Oinnia haec pabularia : degeneransque ex legumi- 
nibus quae vocatur cracca : in tantum coliimbis grata , 
ut pastas ea negent fugitivas illius loci fieri. 



De ocymo; ervilia. 

XLII. Apud antiques erat pabuli geuus, quod Cato * 
ocymum vocat, quo sistebant alvum bubus. Id erat e pa- 
bulis , segete viridi desecta, antequam gelaret. Sura Ma- 
milius id aliter interpretatur, et tradit fabae modios de- 
cem, viciae duos, tantumdem erviliae in jugeroautumno 
misceri et seri solitum. Melius et avena graeca , cui non 
cadit semen , admixta. Hoc vocitatum ocinum , boum- 
que causa seri sDlitum. Varro appellatum a celeritate 
proveniendi , e graeco quod y/sco dicunt. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 289 

extrmement nuisible l'estomac. Du reste , il vient 
dans toute sorte de terroir, rend cent pour un , et en- 
graisse la terre o on l'a sem. 

- Fourrage ; cracca. 

XLI. La drage ou fourrage , farrago , se fait d'un 
Jar de rebut qu'on sme fort pais/ en y mlant quel- 
quefois de la vesce. En Afrique , on la fait d'orge. Elle 
ne sert qu' la nourriture des animaux. Il en est de 
mme d'un lgume abtardi nomm cracca ; les pigeons 
sont si friands de sa graine, qu'ils ne s'loignent jamais, 
dit-on , du lieu o ils en ont trouv. 

Ocymum ; ervilia. 

XLII. Les anciens avaient une sorte de fourrage ^ue 
Caton appelle ocymum , dont ils se servaient pour ar- 
rter la diarrhe des bufs. Il se composait de lgumes 
verts , coups avant les geles. Sura Mamilius s'explique 
sur ce sujet d'une manire diffrente de Caton : suivant 
lui , on prenait pour un jugerum dix boisseaux de 
fves , deux de vesce , deux d^ ervilia , et , en automne , 
on semait ce mlange , meilleur encore si l'on y mlait 
de l'avoine grecque, qui ne perd jamais son grain. Il 
ajoute que ce fourrage, nomm ocymum , n'tait cultiv 
que pour les bufs. Varron drive la dnomination 
^ocymum , du grec wxfw , promptement , parce qu'en 
effet ce fourrage crot trs-vite. 



XI. 



19 



a^o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Medica. 

XLIII. Medica externa etiam Grciaeest, ut a Mdis 
advecta per bella Persarum, quae Darius intulit : sed vel 
in primis dicenda, tanta dos ejus est : quum ex uno satu 
amplius quam Iricenis annis duret. Similis est trifolio : 
caule, foliisque geniculata : quidquid in caule adsurgit, 
folia contrahuntur. Unum de ea et cytiso volumen Am- 
philochus fecit confusum. Solum , in quo seratur , ela- 
pidatum purgatumque subigitur autumno : mox aratum, 
et occatum integitur crate iterum ac tertium , quinis 
diebus interpositis, et fimo addito. Poscit autem siccum 
succosumque , vel riguum. Ita praeparato seritur mense 
maio : alias pruinis obnoxia. Opus est densilate seminis 
omnia occupari , internascentesque herbas excludi. Id 
prstant in jugera modia vicena. Movendum ne adura- 
tur, terraque protinus integi dbet. Si sit humidum so- 
lum herbosumve , vincitur, et desciscit in pratum. Ideo 
protinus altitudine unciali herbis omnibus liberanda est , 
manu potius, quam sarculo. Secatur incipiens florere, et 
quoties refloruit. Id sexies evenit per annos, quum mi- 
nimum , quater. In semen maturescere proliibenda est , 
quia pabulum utilius est usque ad trimatum. Verno seri 
dbet , liberarique ceteris herbis : ad trimatum , marris 
ad solum radi. Ita reliqu herbae intereunt sine ipsius 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 291 

Medica. 

XLIII. Les Grecs ont appel la luzerne medica , 
parce qu'ils la reurent des Mdes dans le temps oi 
Darius , roi de Perse , leur fit la guerre. Cette plante 
mrite une mention particulire , car elle a cette pro- 
prit, qu'une fois seme, elle dure plus de trente ans. 
Elle ressemble au trfle. Sa tige et ses feuilles sont 
noueuses. A mesure que sa tige s'lve , ses feuilles de- 
viennent plus troites. Amphiloque a crit un livre sur 
la luzerne et le cytise , oii il traite la fois de ces deux 
plantes. IjC champ o l'on veut semer la luzerne doit 
tre pierr , nettoy avec soin et retourn en automne. 
Bientt aprs il faut le labourer et le herser jusqu' 
trois fois, en laissant cinq jours d'intervalle entre cha- 
que labour, puis enfin y rpandre les engrais. Cette 
plante demande un terrain sec , et cependant fertile , 
et qu'on puisse facilement arroser. Le sol ainsi pr- 
par , on sme la luzerne au mois de mai ; plus tt , 
elle craindrait les geles. Il faut la semer trs -pais, 
pour qu'elle occupe tout le terrain et touffe toutes les 
autres herbes : aussi prend-on jusqu' vingt boisseaux 
de graine i^bv jugerum. Ds que la graine est seme, 
il faut y passer la herse et la couvrir de terre, de peur 
que le soleil ne la brle. Si le terrain est humide et 
fertile en herbes , celles - ci toufferont la luzerne , et 
vous n'aurez plus qu'un pr. Il faut donc , ds qu'elle a 
un doigt de haut , la dbarrasser de toutes les herbes 
trangres, avec la main plutt qu'avec le sarcloir. On 
la coupe quand elle commence fleurir, et toutes les 
fois qu'elle refleurit , ce qui arrive six fois par an , ou 

'9- 



atja C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

damno, propter altitudinem radicum. Si evicerint herbae, 
remedium unicum est aratio , saepius vertendo , donec 
omnes ali radies intereant. Dari non ad satietatem 
dbet , ne depler sanguinem necesse sit. Et viridis uti- 
lior est. Arescit surculose , ac postremo in pulverem 
inutilem extenuatur. De cytiso , cui et ipsi principatus 
datur in pabulis, adfatim diximus inter frutices. Et nunc 
frugum omnium natura peragenda est : cujus in parte 
de morbis quoque dicatur. li - 



Morbi frugum ; de avena. 

XLIV. ly. Primum omnium frumenti vitium avena 
est : et hordeum in eam dgnrt : sicut ipsa frumenti 
fit instar : quippe quum Germanise populi serant eam , 
neque alia pulte vivant. Soli maxime caelique humore 
hoc evenit vitium. Sequentem causam habet imbecillitas 
seminis, si diutius retentum est terra, prius quam erum- 
pat. Eadem est ratio, si cariosum fuit quum sereretur. 
Prima autem statim eruptione agnoscitur : ex quo ap- 
paret in radie esse eausam. Est et aliud ex vieino avena? 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 29^ 

pour le moins quatre. Il faut l'empcher de grener, car 
elle est meilleure en herbe jusqu' l'ge de trois ans. On 
doit la semer au printemps , et la sarcler avec soin. Au 
bout de trois ans on la coupe fleur de terre ; par ce 
moyen on fait prir les herbes sans endommager la lu- 
zerne, qui a les racines trs-profondes. Si les herbes par- 
venaient l'touffer , l'unique remde serait d'y passer 
la charrue , et de retourner la terre jusqu' l'entire 
destruction des racines trangres. On ne doit pas ras- 
sasier les bestiaux de luzerne , si l'on ne veut pas tre 
oblig de leur tirer du sang. Ce fourrage est meilleur 
vert que sec; en schant il devient dur comme du bois, 
et la fin il se rduit en poudre, qui n'est propre aucun 
usage. Quant au cytise, qui est encore regard comme 
un des meilleurs fourrages, nous en avons parl avec 
assez de dtails en traitant des arbrisseaux. Achevons 
maintenant ce que que nous avons dire sur les bls et 
les lgumes , et parlons aussi de leurs maladies. 

Maladies des grains; avoine. 

XLIV. 1 7. L'avoine est , de toutes les gramines , la 
plus nuisible au froment. L'orge s'abtardit et se con- 
vertit en avoine ; cette dernire son tour devient quel- 
quefois un quivalent du bl : en effet , les peuples 
de la Germanie la cultivent , et ne connaissent point 
d'autre bouillie que celle qui est faite avec ce grain. 
Cet abtardissement est caus surtout par l'humidit de 
l'air et du sol ; il vient aussi de la faiblesse de la se- 
mence , qui reste trop long-temps en terre avant d'en 
pouvoir sortir ; ou enfin de ce que le grain est piqu. 
On reconnat le mal aussitt que l'orge commence 



194 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

vitium , quum amplitudine inchoata granum , sed iion- 

dum matura , prius quam roboretur corpus , adflatu 

noxio cassum et inane in spica evanescit quodam ab- 

ortivo. 



Venti autem tribus temporibus noceat frumento et 

hordeo : in flore , aut protinus quum defloruere , vel 

maturescere incipientibus. Tum enim exinaniunt grana : 

prioribus causis nasci prohibent. Nocet et sol creber e 

nube. Nascuntur et vermiculi in radie , quum semen- 

tem imbribus secutis, inclusit repentinus calor humo- 

rem. Gignuntur et in grano, quum spicae pluviis calor 

infervescit. Est et cantharis dictus scarabaeus parvus , 

frumenta erodens. Omnia ea animalia eu m cibo defi- 

ciunt. Oleum , pix , adeps , contraria seminibus , caven- 

dumque ne contacta eis serantur. Imber et in herba 

utilis tantum : florentibus autem frumento et hordeo 

nocet, leguminibus innocuus , praeterquam ciceri. Ma- 

turescentia frumenta imbre laeduntur , et hordeum ma- 

gis. Nascitur et herba alba , panico similis , occupans 

arva, pecori quoque mortifera. Nam lolium , et tribulos, 

et carduos , lappasque , non magis quam rubos , inter 

frugum morbos potius , quam inter ipsius terrae pestes 

numeraverim. Caeleste frugum vinearumque malum , 

niillo minus noxium est rubigo. Frequentissima haec in 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 298 

sortir de terre , ce qui montre qu'il existe dans les 
racines. On dit encore que les bls dgnrent et se 
convertissent en avoine , lorsque les grains , tant dj 
gros et bien forms , mais n'tant pas encore mrs 
et n'ayant pas encore la force qu'ils doivent avoir , se 
trouvent frapps d'un vent nuisible qui les fait avorter 
dans l'pi , de manire qu'il n'y reste plus rien. 

Il y a trois poques o les vents nuisent au froment 
et l'orge , pendant la floraison, aprs la floraison, et 
lorsqu'ils commencent mrir. Dans cette dernire 
poque les vents puisent et desschent le grain ; dans 
les deux premires , ils l'empchent de se former. Le 
soleil aussi fait du tort aux bls quand il les frappe 
subitement au moment o les nuages s'cartent. Les 
racines sont sujettes tre attaques par les vers qui 
s'y engendrent , lorsqu'aprs les pluies qui suivent les 
semailles il survient tout coup des chaleurs qui ren- 
ferment l'humidit au dedans de la terre. Ces vers se 
forment aussi dans le grain quand l'pi est chauff par 
la chaleur qui succde la pluie. Il y a aussi de petits 
scarabes, nomms cantharis^ qui rongent le bl. Tous 
ces insectes ne prissent qu'aprs avoir consum les 
grains. L'huile , la poix et la graisse sont contraires aux 
semences, et l'on doit prendre garde de semer celles 
qui auraient t en contact avec ces substances. La 
pluie n'est favorable qu'aux bls en herbe; elle est nui- 
sible au froment et l'orge quand ils sont en fleur, mais 
elle ne fait aucun mal aux lgumes , except aux pois 
chiches. Elle gte le froment qui commence mrir , 
mais c'est l'orge qu'elle fait le plus de tort. Il crot 
aussi communment dans les champs une herbe blan- 
chtre , semblable au panis, qui est mortelle pour le 



296 C. PUNII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

roscido tractu , convallibusque , ac perflatum non ha- 
beutibus : e diverso carent ea ventosa et excelsa. Inter 
vitia segetum et luxuria est , quum oueratae fertilitate 
procumbunt. Commune autem omnium satorum vitium 
ei'ucae, etiam ciceris, quum salsilaginem ejus abluendo 
imber dulcius id facit. 



Est herba , quoe cicer enecat et ervum , circumli- 
gando se : vocatur orobanche : triticum simili modo 
ara : hordeum festuca , quae vocatur aegilops : lentem 
berba securidaca, quam Graeci a similitudine pelecinou 
vocant. Et hae quidem complexu necant. Circa Philippos 
ateramon nominant in pingui solo herbam, qua faba neca- 
tur : teramon, qua in macro, quum udam quidam veutus 
adflavit. ^Erae granum minimum est in cortice aculeato. 
Quum est in pane, celerrime vertigines facit : aiuntque 
in Asia et Graecia balneatores , quum velint turbam 
pellere, carbonibus id semen injicere. Nascitur et pha- 
langion in ervo, bestiola aranei generis, si hiems aquosa 
sit. Limaces nascuntur in vicia : et aliquando e terra 



HISTOIRE NATURELIJ:, LIV. XVIII. 297 

btail. L'ivraie, le tribulus , le chardon, le lappa et les 
ronces, sont plutt des maladies des bls que des flaux 
de la terre elle-mme ; mais de toutes les maladies cjui 
sont causes par l'intemprie des saisons , il n'en est 
pas de plus nuisible aux bls et aux vignes que la nielle. 
Elle est trs-frquente dans les lieux o il tombe de la 
rose, dans les valles et dans les endroits o l'air ne 
circule pas libremejit ; les lieux levs et exposs au 
vent n'y sont point sujets. Une autre maladie des bls , 
c'est lorsqu'ils sont trop forts et trop abondans, et que 
leur propre poids les fait tomber sur la terre. Mais un 
mal commun toutes les espces , ce sont les chenilles : 
elles attaquent mme les pois chiches lorsqu'ils ont t 
lavs par les pluies , qui adoucissent leur salure na- 
turelle. 

L'herbe appele orobanche touffe l'ers et les pois 
chiches, en se roulant autour de leurs tiges. L'ivraie fait 
prir de la mme manire le froment. L'orge est touffe 
par la plante nomme gilops ; la lentille par le secu- 
ridaca , appel pelecinos par les Glecs , cause de la 
ressemblance de son fruit avec une hache. Toutes ces 
plantes ne tuent les autres qu'en se roulant autour 
d'elles. Aux environs de la ville de Philippes, il en est une 
autre qui fait prir la fve : on l'appelle ateramon quand 
elle crot dans un terroir gras, et teramon quand elle 
vient dans un terrain maigre, et tue la fve qui a reu l'im- 
pression du vent tant mouille. Le grain de l'ivraie est 
trs-petit , et son enveloppe est piquante. Ml dans le 
pain, il cause presque aussitt des vertiges. On dit qu'en 
Asie et en Grce les baigneurs , pour carter la foule , 
jettent des grains d'ivraie sur des charbons ardens. Quand 
l'hiver est pluvieux , il s'engendre dans l'ers une petite 



29 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

cochle minutae , mirum in modum erodentes eam. Et 

raorbi quidem fere hi sunt. 



Remdia. 

XLV. Remdia eorum, quaecumque pertinent ad her- 
bas, in sarculo : et, quum semen jactatur, cinere. Quae 
vero in semine et circa radicem consistunt, prcedente 
cura caventur. Vino ante semina perfusa minus gro- 
tare existimant. Virgilius nitro et amurca perfundi ju- 
bet fabam : sic etiam grandescere promittit. Quidam 
vero , si triduo ante satum urina et aqua maceretur , 
prcipue adolescere putant. Ter quidem sarritam mo- 
dium fractae e modio solidae reddere. Reliqua semina 
cupressi foliis tusis si misceantur , non esse vermiculis 
obnoxia : nec si interlunio serantur. Multi ad milii re- 
mdia , rubetam noctu arvo circumferri jubent, prius 
quam sarriatur , defodique in raedio inclusam vase fic- 
tili : ita nec passerem , nec vermes nocere : sed eruen- 
damp rius quam metatur , alioqui amarum fieri. Quin 
et armo talpae contacta semina uberiora esse. Democri- 
tus succo herbae , quae appellatur aizoon , in tegulis 
nascens tabulisve , latine vero sedum , aut digitellum , 
mcdicata seri jubet omnia semina. Vulgo vero, si dul- 
cedo noceat, et vermes radicibus inhaereant, remedium 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 299 

espce d'araigne nomme phalangion. On trouve aussi 
des limaces dans la vesce , et quelquefois il sort de terre 
de petits limaons qui rongent ce lgume d'une manire 
tonnante. Voil peu prs toutes les maladies des c- 
rales. 

Remdes. 

XLV. Tant que les crales sont en herbe , tout le trai- 
tement consiste les sarcler; et quand on les sme, em- 
ployer de la cendre. Quant aux maladies qui attaquent 
la semence et la racine , on les prvient par quelques 
prcautions ncessaires avant de semer. On croit que les 
semences qu'on a fait tremper dans le vin sont moins 
exposes aux maladies. Virgile veut qu'on trempe les 
fves danj> de la lie d'huile mle avec du nilre , et assure 
que , par ce moyen , elles grossiront davantage. Quel- 
ques-uns croient favoriser le dveloppement des grains 
en les faisant macrer pendant trois jours, avant les se- 
mailles , dans de l'urine et de l'eau. On dit qu'un bois- 
seau de fves entires , qu'on aura sarcles trois fois , 
rend la mme quantit de fves mondes et concasses. 
On prtend que les autres grains ne craindront pas les 
vers si on les mle avec des feuilles de cyprs piles, ou 
bien si on les sme pendant l'interlune. Pour conserver 
le millet, plusieurs veulent qu'avant de le sarcler on 
porte tout autour du champ, pendant la nuit, un cra- 
paud qu'on enterrera ensuite au milieu dans un pot de 
terre neuf : avec cette prcaution , ni les oiseaux ni 
les vers ne toucheront au millet; mais il faudra ter 
le vase avant la moisson, autrement le grain serait amer.^ 
Les semences qu'on touche avec l'paule d'une taupe 
sont, dit-on , plus fertiles. Dmocrite recommande de 



3oo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

est, amurca pura , ac sine sale spargere, deinde sarrire; 
si in articulum seges ire cperit , runcare , ne herbae 
vincant. Pestem a milio atqiie panico, stiirnorum pas- 
serumve agmina , scio abigi herba, cujus nomen igno- 
tum est, in quatuor angulis segetis defossa, mirum dictu! 
ut omnino nuUa avis intret. Mures abiguntur cinere 
mustelae, vel felis diluto, et semine sparso vel decocta- 
rum aqua. Sed redolet virus animalium eorum etiam 
in pane. Ob id felle bubulo semina attingi utilius putant. 
Rubigo quidem, maxima segetum pestis , lauri ramis in 
arvo defixis, transit in ea folia ex arvis. Luxuria sege- 
tum castigalur dente pecoris in herba dumtaxat : et de- 
past quidem, vel saepius, nullam in spica injuriam sen- 
tiunt. Retonsarum etiam semel omnino certum est gra- 
num longius fieri, sed inane cassumque, ac satum non 
nasci. 



Babylone tamen bis scant , tertio depascunt : alio- 
qui folia tantum firent. Sic quoque cum quinquage- 
simo fenore messes reddit exilitas soli : verum dili- 
gentioribus cuni centesimo. Neque est cura difficilis : 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3oi 

ne semer les grains qu'aprs les avoir fait tremper dans 
le suc de la plante appele en grec aizoon , en latin 
sedum ou digitellum : elle crot sur les toits des mai- 
sons. Lorsque la douceur du terroir engendre des vers 
qui s'attachent aux racines des bls , le remde consiste 
arroser les bls avec de la lie d'huile , sans sel , et 
les sarcler ensuite. Si le bl commence se nouer, on 
devra pareillement le sarcler, de peur que les herbes 
ne l'touffent. Un moyen d'empcher les troupes de moi- 
neaux et d'tourneaux de ravager le millet et le panis , 
c'est d'enterrer aux quatre coins du champ une certaine 
herbe dont le nom n'est pas connu ; aucun oiseau , 
chose tonnante , n'ose ensuite y entrer. On chasse les 
rats en arrosant les semences avec de l'eau o l'on aura 
dlay de la cendre de belette ou de chat , ou avec de 
l'eau o l'on aura fait cuire ces animaux ; mais aussi le 
pain en conservera l'odeur : voil pourquoi il vaut 
mieux tremper les grains dans du fiel de buf. Si l'on 
plante dans un champ des branches de laurier, la nielle , 
le plus redoutable flau des moissons , quittera les bls 
pour se porter tout entire sur les feuilles de laurier. Si 
les bls sont trop pais, on y remdie en y faisant passer 
le btail, mais seulement quand ils sont en herbe : cette 
prcaution, mme renouvele plusieurs reprises, ne 
fait aucun tort l'pi ; au contraire , le bl qui n'a t 
tondu qu'une seule fois donne un grain plus long, mais 
vide , et qui ne peut germer aprs avoir t sem. 

Dans la Babylonie, on fauche les bls deux fois, et en- 
suite on y met le btail , autrement ils ne produiraient que 
des feuilles: avec cette mthode, une terre maigre rend 
cinquante pour un , et mme cent si elle est cultive 
avec soin. La culture, au reste , n'est pas difficile; elle 



3oi C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

quam diutissime adaquari gaudent, ut praepinguis et 
densa ubertas diluatur. Limum autem non mvehunt 
Euphrates Tigrisque, sicut in jEgypto Nilus. Nec terra 
ipsa herbas gignit. Ubertatis tamen tantae sunt , ut se- 
quente anno sponte restibilis fit seges, impressis vesti- 
gio seminibus : quae tan ta soli difFerentia admonet terrae 
gnera in fruges describere. 



Quod in quoque terrae gnre debeat seri. 

XL VI. Igitur Catonis haec sententia est : In agro 
crasso et laeto frumentum seri : si vero nebulosus sit 
idem, raphanum, milium, panicum. In frigido et aquoso 
prius serendum , postea in calido. In solo autem rubri- 
coso, vel pullo, vel arenoso, si non sit aquosum, lupi- 
num. In creta et rubrica, et aquosiore agro, adoreura. 
In sicco et non herboso , nec umbroso, triticum. In solo 
valido, fabam. Viciamvero quam minime in aquoso her- 
bidoque. Siliginem et triticum in loco aperto editoque , 
qui sole quam diutissime torreatur. Lentem in frutec- 
toso et rubricoso , qui non sit berbidus. Hordeum in 
novali , et in arvo , quod restibile possit fieri : trimes- 
tre , ubi sementem maturam facere non possis , et 
i^jus crassitudo sit restibilis. Subtilis et illa senten- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3o3 

consiste abreuver long-temps le terroir , qui , tant 
compacte, trs-gras et trs-fertile, a besoin d'tre bien 
dtremp. L'Euphrate et le Tigre n'y apportent point 
de limon , comme le Nil dans l'Egypte. La terre n'y pro- 
duit point d'herbes inutiles ; cependant elle est si f- 
conde, que le grain qui est tomb pendant la moisson, 
et qui est enfonc en terre par les pieds des moisson- 
neurs , lve de lui-mme l'anne suivante. Cette prodi- 
gieuse diffrence des terrains nous engage spcifier 
ici quelle espce de grain convient particulirement 
tel ou tel terroir. 

Ce qu'on doit semer dans chaque espce de terrain. 

XLVI. Voici les prceptes de Galon : Dans les terres 
fortes et fcondes , on smera du froment ; si elles sont 
sujettes aux brouillards , on y smera du raifort , du 
millet ou du panis. Les lieux froids et humides seront 
ensemencs avant les lieux chauds. Le lupin aime une 
terre rouge, ou noire , ou sablonneuse, pourvu qu'elle 
ne soit pas humide. Ijc/ar veut une terre rouge ou crta- 
ce qui soit bien arrose. Le triticum se plat dans un ter- 
rain dcouvert, sec, et qui ne produise pas d'herbes 
inutiles. La fve demande une terre forte. La vesce hait 
un terroir humide o l'herbe pousse facilement. Le si- 
ligo et le triticum seront sems dans une terre leve, 
dcouverte , oii le soleil puisse long - temps mrir le 
grain. La lentille demande une terre rouge , plante 
d'arbrisseaux , mais sans herbes. L'orge aime les terres 
en jachres aussi bien que celles qui portent deux ans 
de suite; mais dans ces dernires, et dans celles o les 
autres bls ne peuvent mrir, on smera de l'orge de 



3o/ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

tia : Serenda ea in tenuiore terra , quae non multo 
indigent succo, ut cytisus : et, clcere excepte, legumina 
quae velluntur e terra , non subsecantur. Unde et legu- 
mina appellata , quia ita leguntur. In pingui autem , 
quae cibi sunt majoris, ut olus, triticum, siligo, linum. Sic 
ergo tenue solum hordeo dabitur : minus enim alimenti 
radix poscit : lenior terra , densiorque tritico. In loco 
humili far adoreum , potius quam triticum , seretur : 
temperato, et triticum , et hordeum. Colles robustius, sed 
minus , reddunt triticum. Far et siligo , et cretosum , et 
uliginosum solum sortiuntur. 



18. Et frugibus ostentum semel (quod equidem in- 
venerim ) accidit , P. jEHo , Cn. Cornelio coss. quo anno 
superatus est Annibal : in arboribus enim tum nata pro- 
duntur frumenta. 

Diversitas gentium in sationibus. 

XLVII. Et quoniam de frugum terraeque generibus 
abunde diximus, nunc de arandi ratione dicemus, ante 
omnia ^gypti facilitate commemorata. Nilus ibi coloni 
vice fungens , evagari incipit , ut diximus , a solstitio , 
aut nova luna: ac primo lente, deinde vehementius, quam- 
diu in Leone sol est. Mox pigrescit in Virginem trans- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV, XVIII. ^o5 

trois mois.i Suivant une autre opinion non moins fon- 
de, il faudra semer dans les terres lgres les grains 
qui demandent peu de nourriture, comme le cytise, et, 
a l'exception du pois chiche, tous les lgumes que l'on ne 
coupe pas , mais qu'on arrache de terre. La dnomina- 
tion de lgume vient de cette manire de les cueillir, 
en latin lgre. On doit semer dans les terres grasses 
les grains qui exigent plus de nourriture , comme le 
chou, le triticum, le siligo, le lin. Ainsi on mettra l'orge 
dans une t,erre lgre, parce qu'il lui faut peu d'aliment; 
et le triticum dans une terre grasse et forte ; le far dans 
les lieux bas, de prfrence au triticum ; et enfin dans 
les lieux temprs ce mme triticum et l'orge. I^es co- 
teaux produisent un triticum plus beau, mais en moindre 
quantit ; \efar et le siligo russissent dans les terres 
crtaces et humides. 

i8. Sous le consulat de P. iEIius et de Cn. Cornlius, 
l'anne mme o Annibal fut vaincu, il arriva, en fait 
d'agriculture, un prodige dont je n'ai pas trouv d'autre 
exemple : il y eut , dit-on , des arbres qui produisirent 
du bl. 

vSystmes diffrens de culture chez diverses nations. 

XLVII. Aprs avoir trait en dtail des diffrentes 
sortes de grains et de terroirs , nous allons parler de la 
manire de labourer, et rappeler d'abord les procds 
faciles de l'Egypte. En ce pays, le Nil, supplant le la- 
boureur, commence se dborder au solstice d't, ou i 
la nouvelle lune suivante. Il crot d'abord lentement , puis 
avec plus de violence tant que le soleil est dans le signe 
du Lion ; il se ralentit quand le soleil est au signe de 
XI. 20 



3o6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

gresso , atque in Libra residet. Si duodecim cubita non 
excessit, fams certa est. Nec minus, si sedecim exsu- 
peravit. Tauto enim tardius decedit , quanto abundan- 
tius crevit , et sementem arcet. Vulgo credebatur, ab 
ejus decessu serere solitos , mox sues impellere vestigiis 
semina deprimentes in madido solo : et credo antiqui- 
tus factitatum. Nunc quoque non multo graviora opra : 
sed tamen inarari certum est abjecta prius semina in 
limo digressi amnis , hoc est , novembri mense inci- 
piente : postea pauci runcant, quod botanismon vocant. 
Reliqua pars non nisi cum falce arva visit paulo ante 
kalendas aprilis. Peragitur autem messis maio , stipula 
numquam cubitali : quippe sabulum subest; granumque 
limo tantum continetur. Excellentius Thebaidis regioni 
frumentum, quoniam palustris ^gyptus. Similis ratio, 
sed flicitas major Babyloniae Seleuciae, Euphrate atque 
Tigri restagnantibus, quoniam rigandi modus ibi manu 
temperatur. Syria quoque tenui sulco arat , quum mul- 
tifariam in Italia octoni boves ad singulos vomeres an- 
helent. In omni quidem parte culturae , sed in bac qui- 
dem maxime, valet oraculum illud, aQuid quque regio 
patiatur. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3o7 

la Vierge, et se retire quand cet astre est entr dans la 
Balance. Si l'inondation n'a pas pass douze coudes , 
la famine est certaine ; elle ne l'est pas moins si elle 
excde seize coudes, car le fleuve met d'autant plus de 
lenteur se retirer, que sa crue a t plus abondante; 
et il s'oppose aux semailles. On a cru long-temps que les 
Egyptiens semaient aussitt aprs la retraite du Nil , et 
qu'ils faisaient passer sur le grain des troupeaux de 
porcs qui l'enfonaient sous leurs pieds dans le sol d- 
tremp : je veux croire que c'tait l'ancien usage ; au- 
jourd'hui encore on ne prend pas beaucoup plus de 
peine. Cependant il est certain qu'ils enterrent avec la 
charrue le grain jet sur le limon que le fleuve a d- 
pos ; c'est ce qui a lieu u commencement de novem- 
bre. Quelques-uns, en petit nombre, vont par la suite 
arracher les mauvaises herbes, opration appele bota- 
nismos; mais la plupart ne retournent aux champs 
qu'avec la faucille , un peu avant les kalendes d'avril. 
La moisson est termine au mois de mai. Le chaume 
n'a jamais une coude de haut ; car le fond n'est que 
du sable , et le limon seul nourrit le grain. Le froment 
de la Thbade est d'une qualit suprieure, parce que 
la Basse Egypte est marcageuse. Les inondations de 
l'Euphrate et du Tigre procurent les mmes avantages 
Sleucie en Babylonie ; mais les effets en sont plus 
heureux , parce que les habitans savent diriger les irri- 
gations. Dans la Syrie aussi , on ne trace que de lgers 
sillons ; tandis qu'en plusieurs cantons de l'Italie, huit 
bufs attels une charrue puisent tous leurs efforts. 
Dans toutes les oprations agricoles , et surtout dans 
celle-ci , il faut se rappeler la sentence : Chaque ter- 
roir a sa vertu et son rgime particulier. 

20. 



3o8 C. PLTNII HIST. NA.T. LIB. XVIII. 

Vomerum gnera. 

XL VIII. Vomerum plura gnera : culter vocatur, in- 
ferius prdensam , prius quam proscindatur , terram 
secans , futiirisque sulcis vestigia praescribeus incisuris , 
quas resupiims in arando mordeat vomer. Alterum genus 
est vulgare, rostrati vectis. Tertium in solo facili, nec 
toto porrectum dentali, sed exigua cuspide in rostro. 
Latior haec quarto generi , et acutior in mucronem fas- 
tigata, eodemque gladio scindens solum , et acie laterum 
radies herbarum secans. Non^pridem inventum in Rhae- 
tia Galliae , ut duas adderent alii rotulas , quod genus 
vocant plaumorati. Cuspis effigiem palae habet. Serunt 
ita non nisi culta terra, et fere nova. Latitude vomeris 
cespites verst. Semen protinus injiciunt , cratesque 
dentatas supertrahunt. Nec sarrienda sunt hoc modo 
sata. Sed protelis binis ternisque sic arant. Uno boum 
jugo censeri anno facili s soli quadragena jugera, difi- 
cilis tricena , justum est. 



Ratio arandi. 



XLIX. 19. In arando magnopere servandum est 
Catonis oraculum : Quid est primum ? Agrum bene 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. Soj^ 

Diverses espces de socs. 

XL VIII. Il y a des soes de plusieurs sortes. On ap- 
pelle coutre le fer qui coupe la terre avant qu'elle soit 
souleve par la charrue, et qui trace la ligne des sillons 
que le soc, renvers sur son dos, doit ouvrir en labourant. 
Une autre espce , qui est le soc commun , n'est qu'un 
levier termin par un bec. Le soc de la troisime es- 
pce , employ dans les terres lgres , ne recouvre pas 
la totalit du bec, mais seulement la partie antrieure, 
o il forme une pointe. Dans une quatrime espce , la 
pointe est plus large , ses cts sont tranchans , et le 
mme instrument fend la terre et coupe les racines des 
herbes. Dans la Gaule rhtienne, on a imagin il y a 
peu de temps d'ajouter deux roues la charrue , qu'ils 
nomment alors plaumoratum. La pointe du soc a la 
figure d'une pelle ; l'on ne s'en sert que dans les terres 
meubles , et que, pour l'ordinaire, on a laisses en ja- 
chres. Comme le soc est large, il retourne mieux les 
mottes de terre. Immdiatement aprs le labour, on 
sme ; on brise ensuite les mottes avec la herse. Les 
terres cultives de la sorte n'ont pas besoin d'tre sar- 
cles. Ou ne laboure ainsi qu'avec deux ou trois paires 
de bufs attels la file et par couple ; une seule paire 
peut labourer par an quarante ji/gernm si la terre est 
lgre, et trente si elle est forte. 

Du labour. 

XLIX, iQ. Il faut, en labourant, suivre exactement 
les maximes de Calon. Quelle est la premire chose? 



3io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

colre. Quid secundum ? Bene arare. Quid tertium ? 
Stercorare. Sulco vario ne ares. Tempestive ares. Te- 
pidioribus locis a bruma proscindi arva oportet : frigi- 
dioribus ab quinoctio verno. Et maturius sicca regione, 
quam humida. Maturius densa terra, quam soluta, pin- 
gui quam macra. Ubi siccae et graves aestates, terra 
cretosa aut gracilis , utilius inter solstitium et autumni 
aequinoctium aratur. Ubi levs aestus , frquentes im- 
bres , pingue herbosumque solum , ibi mediis calori- 
bus. Altum et grave solum etiam hieme moveri placet : 
tenue valde et aridum , paulo ante sationis teinpus. 

Sunt et hic suae leges : Lutosam terram ne tangito. 
Vi omni arato : prius quam ares , proscindito. Hoc 
utilitalem habet , quod inverso cespite herbarum radi- 
es necantur. Quidam utique ab quinoctio verno pro- 
scindi volunt. Quod vere semel aratum est , a temporis 
argumento vervactum vocatur. Hoc in novali aeque ne- 
cessarium est. Novale est , quod alternis annis seritur. 
Araturos boves quam arctissime jungi oportet, ut capi- 
tibus sublatis arnt : sic minime colla contundunt. Si 
inter arbores vitesque aretur, fiscellis capistrari , ne ger- 
minum tenera praecerpant. Serriculam insitivam pendere, 
qua intercidantur radies. Hoc melius , quam convelli 
aratro, bovesque luctar. In arando versum peragi, nec 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3ii 

tle bien cultiver. La deuxime ? de bien labourer. La 
troisime ? de fumer. Ne formez pas des sillons ingaux. 
Labourez en temps convenable. Dans les pays chauds, 
il faut ouvrir la terre au solstice d'hiver; dans les pays 
froids , l'quinoxe du printemps, et plus tt dans les 
pays secs que dans les pays humides ; plus tt aussi dans 
une terre compacte que dans une terre bien meuble, 
et dans une terre grasse que dans une maigre. Dans les 
pays o les ts sont secs et brlans , et la terre crtace 
ou lgre, il vaut mieux labourer entre le solstice et 
l'quinoxe d'automne. Dans ceux o les chaleurs sont 
modres, les pluies frquentes, le sol gras et abondant 
en herbes , il faut labourer pendant les chaleurs. Un 
sol profond et pesant aime tre remu l'hiver ; celui 
qui est sec et sans profondeur, un peu avant les se- 
mailles. 

Voici encore d'autres rgles observer : Ne touchez 
pas une terre tant qu'elle est boueuse. Souvenez- vous 
qu'avant de labourer , il faut , autant qu'on le peut , 
fendre et diviser la terre. L'utilit de ce prcepte se 
conoit aisment; en retournant la glbe, on fait prir 
les racines des mauvaises herbes. Quelques-uns veulent 
qu'on ouvre la terre aussitt aprs l'quinoxe du prin- 
temps. Les Latins nomment vervactum la terre qu'on 
cultive ainsi , par allusion l'poque mme du travail. 
Cette mthode convient aussi aux jachres , c'est--dire 
aux terres qui ne portent que de deux annes l'une. Pour 
bien labourer , il faut que les bufs soient attels le 
plus prs possible l'un de l'autre, afin qu'en tirant la 
charrue , ils aient la tte leve et ne se meurtrissent point 
le col. Si on laboure dans des vignes ou parmi des ar- 
bres , il faudra museler les bufs , de peur qu'ils ne 



3i2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVllI. 

strigare in actu spiritiis. Justum est proscindi sulco do- 
drantali jugerum uno die, iterari sesquijugerum, si sit 
facilitas soli : si minus , proscindi semissem , iterari as- 
sem , quando et animalium labori natura leges statuit. 
Omne arvum rectis sulcis, mox et obliquis subigi dbet. 
In collibus transverso tantum monte aratur, sed modo 
in superiora, modo in inferiora, rostrante vomere. Tan- 
tumque est laboris homini , ut etiam boum vice funga- 
tur. Certe sine hoc animali montanae gentes sarculis 
arant. 



Arator, nisi incurvus, praevaricatur. Inde translatum 
hoc crimen in forum. Ibi itaque caveatur, ubi inventum 
est. Purget vomerem subinde stimulus cuspidatus rallo. 
Scamna inter duos sulcos cruda ne relinquantur, glebae 
ne exsultent. Maie aratur arvum , quod satis frugibus 
occandum est. Id demum recte subactum erit, ubi non 
intelligetur utro vomer ierit. In usu est et collicias in- 
terponere , si ita locus poscat , ampliore sulco , quae in 
fossas a(|uam educant. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3i3 

broutent les rejetons ou les bourgeons. On doit avoir 
une petite scie , pendue au manche de la charrue , 
pour couper les racines , ce qui vaut mieux que de les 
arracher avec le soc , et de fatiguer ses bufs par des 
efforts superflus. En labourant , suivez votre sillon sans 
vous arrter , et achevez-le sans reprendre haleine. Si 
la terre est lgre , on peut dans un jour , en fai- 
sant des sillons de neuf pouces de profondeur, donner 
la premire faon un jugerum , et la seconde un 
iugerum et demi ; mais si la terre est difficile , pour 
donner la premire faon un erm-jugerum , et la se- 
conde un jugerum entier, il faut tout une journe, 
car la nature a fix des bornes pour le travail des ani- 
maux. On doit toujours tracer des sillons droits , et 
ensuite des sillons qui coupent les premiers de biais. Sur 
les coteaux , on laboure transversalement , en dtournant 
le soc , tantt en haut , tantt en bas. L'homme est si 
laborieux , qu'il supple quelquefois le buf; du moins 
est-il certain que les montagnards labourent avec de 
simples sarcloirs , sans le secours de cet animal. 

L'attitude du laboureur est d'tre courb, autrement 
il s'carte de la droite ligne, il prvarique , mot qui a 
pass dans le langage du barreau : qu'on se garde donc 
de mriter un reproche dont l'expression a pris nais- 
sance dans les campagnes. On doit de temps en temps 
nettoyer le soc avec un bton garni d'une curette. Il ne 
faut pas laisser entre deux sillons des bancs, ou des es- 
paces qui ne soient pas labours, non plus que des mottes 
trop grosses. Une terre est mal laboure quand on est 
oblig de la herser aprs avoir sem le grain. Elle est 
bien laboure quand on ne peut reconnatre l'endroit o 
a pass la charrue. Si le terrain le demande, on pratique 



3i4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 



20. Aratione per transversum iterata , occatio sequi- 
tur , ubi res poscit , craie vel rastro ; et sato semine 
iteratio. Haec quoque ubi consuetudo patitur, crate con- 
tenta, vel tabula aratro adnexa, quod vocant lirare, 
operiente semina : unde primum appellata deliratio est. 
Quarto seri sulco Virgilius existimatur voluisse , quum 
dixit optiniam esse segetem , quae bis solem , bis frigora 
sensisset. Spissius solum , sicut plerumque in Italia , 
quinto sulco seri melius est, in Tuscis vero nono. At 
fabam et viciara non proscisso serere sine damno, com- 
pendium operae est. 



Non omittemus unam etiamnum arandi rationem , in 
Transpadana Italia bellorum injuria excogitatam. Salassi 
quum subjectos Alpibus depopularentur agros, panicum 
miliumque jam excrescens tentavere. Postquam respue- 
bat natura, inararunt. At illae messes multiplicata do- 
cuere , quod nunc vocant artrare , id est , aratrare , ut 
credo tune dictum. Hoc fit vel incipiente culmo, quum 
jam is bina ternave emiserit folia. Nec recens subtra- 
hemus exemplum , in Treverico agro tertio ante hune 
annum compertum. Nam quum hieme prgelida captae 



HISTOIRE NATIJRKIXE, LIV. XVIII. 3i5 

par intervalle des rigoles, ou des sillons plus larges, qui 
conduisent les eaux dans les fosss. 

20. Aprs avoir labour transversalement, on brise, s'il 
en est besoin , les mottes de terre avec le rteau ou la 
herse ; on ritre cette opration aprs les semailles. En 
quelques cantons, lorsque la nature du terrain le per- 
met , on couvre la semence avec une herse plane , ou 
une simple planche attache la charrue. Cette opra- 
tion s'appelle lirare; de l l'expression deliratio , et d- 
lire , employe dans le sens moral. Quand Virgile a dit 
que le champ qui produisait les meilleures moissons 
tait celui qui avait ressenti deux fois les influences du 
soleil et deux fois celles du froid , on voit qu'il a voulu 
qu'on labourt quatre fois avant que de semer. Il vaut 
mieux labourer cinq fois les terres fortes , comme dans 
la plus grande partie de l'Italie. Dans la Toscane , on 
laboure neuf fois. On peut sans inconvnient semer la 
fve et la vesce dans une terre non laboure ; c'est au- 
tant de travail pargn. 

Nous n'omettrons pas ici une manire de labourer, 
que les ravages de la guerre ont fait dcouvrir aux ha- 
bitans de l'Italie au del du P. Lorsque les Salassiens 
ruinaient les campagnes situes au pied des Alpes , ils 
se jetrent sur les panis et les millets qui taient dj 
grands ; n'en pouvant rien tirer, ils passrent la charrue 
dans les campagnes, mais la moisson n'en fut que plus 
abondante, phnomne qui apprit aux cultivateurs la- 
bourer le bl en herbe ; c'est ce qu'on appelle artrare , 
pour aratrare, qui , je pense, tait l'ancien mot. Cette 
opration a lieu lorsque les bls commencent pousser 
leurs liges , et qu'ils ont dj deux ou frois feuilles. 
N'oublions pas non plus un fait remarquable arriv , 



9 3i6 C. PLINII IIIST. NAT. LIB. XVIII. 

segetes essent , reseverunt , resarrientes campos mense 
martio, uberrimasque messes habuerunt. Nunc reliqua 
cultura Iradetur per gnera frugum. 



De occando , runcando , sarriendo , per gnera frugum. De 
cratione. 



L. 2 1. Siliginem , far, triticum , semen , hordeuin oc- 
cato, sarrito , runcato , quibus dictum erit diebus. Sin- 
gulae operae cuique generi in jugero suffcient. Sarcula- 
tio induratam hiberno rigore soli tristitiam laxat tern- 
poribus vernis , novosque soles admittit. Qui sarriet , 
caveat ne frumenti radies suffodiat. Triticum, hordeum, 
semen, fabam bis sarrire melius. Runcatio, quum seges 
in articulo est, evulsis inutilibus herbis, frugum radi- 
cem vindicat, segetemque discernit a cespite. Legumi- 
num cicer eadem , qu far, desiderat. Faba runcari non 
gestit , quoniam evincit herbas. Lupinum , runcatur 
tantum. Milium, et panicura occatur, et sarritur, non 
iteratur , non runcatur. Silicia et faseoli occantur tan- 
tum. Sunt gnera terrae , quarum ubertas pectinari 
segetem in herba cogat ( cratis et hoc genus , dentatae 
stilis ferreis) : eademque nihilominus et depascuntur. 
Quae depasta sunt, sarculo iterum cxcitari necessarium. 



-ii 

HISTOIRE NATURELLE, LIV.XVIII. 3i7 ^ 

il n'y a que trois ans, au territoire de Trves. Les bls 
avaient t gels par un hiver rigoureux ; les habitans 
ensemencrent une seconde fois leurs terres , les sar- 
clrent de nouveau au mois de mars , et obtinrent une 
rcolte trs-abondante. Passons maintenant la culture 
convenable aux diverses espces de bl. 

De la manire de herser , et du double sarclage selon les diverses 
espces de grains ; dans quels cas on emploie la herse. 

L. 11. Le siligo, le far, le triticum , le zea et l'orge 
veulent tre herss , sarcls , et purgs des mauvaises 
herbes, aux poques que nous indiquerons. Un seul ou- 
vrier Tparjugerum suffit pour chaque espce de bl. Le 
sarclage fait au printemps ramollit la terre, que le froid 
de l'hiver avait durcie , et la dispose se laisser pntrer 
par la chaleur du soleil renaissant. En sarclant , il faut 
prendre garde de ne point arracher les racines du bl. Le 
triticum , l'orge, le zea et la fve se trouvent mieux d'tre 
sarcls deux fois. En arrachant les mauvaises herbes 
lorsque les bls sont nous , on fait profiter la racine 
de ceux-ci, puisqu'on les dbarrasse de toute production 
inutile. Parmi les lgumes, le ccr exige les mmes soins 
que \efar. Il importe peu la fve qu'on lui te ses 
mauvaises herbes , parce qu'elle les touffe ; le lupin 
demande seulement qu'on les arrache la main. Le 
millet et le panis veulent tre herss et sarcls , mais 
seulement une fois, et n'exigent pas qu'on leur te en- 
suite les mauvaises herbes. Le fenugrec et les fasoles se 
contentent d'tre herss. Il y a des terres si fertiles qu'on 
est oblig de herser les bls en herbe avec la herse 
dents de fer , et en outre d'y faire patre le btail. Les 



^^^^ 



3 18 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

At in Bactris, Africa, Cyrene, omnia haec supervacua 
fecit indulgentia cli, et a semente non nisi messibus 
in aream redeunt : quia siccitas coercet herbas , fruges 
nocturno tactas rore nutriens. Virgilius alternis cessare 
arva suadet : et hoc , si patiantur ruris spatia , utilissi- 
mum procul dubio est. Quod si neget conditio , far se- 
rendum , unde et lupinum, aut vicia, aut faba sublata 
sint , et qu terram faciunt laetiorem. In primisque et 
hoc notandum , quaedam propter aha seri obiter : sed 
parum provenire priori diximus volumine , ne eadem 
spius dicantur : plurimum enim refert soh cujusque 
ratio. 



De summa fertilitate soli. 

LI. 2 2. Civitas Africae in mediis arenis , petentibus 
Syrtes Leptinque magnam, vocatur Tacape, felici super 
omne miraculum riguo solo : ternis fere millibus pas- 
suum in omnem partem fons abundat, largus quidem, 
sed certis horarum spatiis dispensatur inter incolas. 
Palma; ibi praegrandi subditur olea , huic ficus , fico 
Punica , iUi vitis : sub vite seritur frumentum , mox le- 
gumen , deinde olus , omnia eodem anno : omniaque 
aUena umbra aluntur. Quaterna cubita ejus soli in qua- 
dratum, nec ut a porrectis metiantur digitis, sed in 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. Sig 

bls o l'on a mis le btail doivent tre sarcls ensuite. 
Dans laBactriane, l'Afrique et la Cyrnaque, le climat est 
si favorable, que toutes ces prcautions y sont superflues. 
Le bl une fois sem, l'on ne retourne aux champs que 
pour la moisson ; car la scheresse empche les mauvaises 
herbes de lever , tandis que le bl se nourrit des roses 
de la nuit. Virgile veut qu'on laisse reposer la terre de 
deux ans l'un. Ce prcepte est assurment trs -bon 
pour ceux qui ont de vastes domaines; mais si le terrain 
est de peu d'tendue, on devra semer an far dans les 
champs o l'on aura rcolt des lupins , de la vesce , des 
fves, ou quelqu'autre grain qui engraisse la terre. Il est 
bon encore de remarquer qu'il y a des grains qu'on 
ne sme que par rapport d'autres , mais ils ne pro- 
fitent gure. Nous renverrons pour ce sujet au livre pr- 
cdent , pour ne point nous rpter. Au reste, il faut 
avoir gard aux diverses qualits du terroir. 

Extrme fertilit du sol. 

LI. 11. Au milieu des sables de l'Afrique, du cot 
des Syrtes et de la grande Leptis , est une ville nomme 
Tacape, dont le territoire est d'une fertilit qui semble 
tenir du prodige , et qui est due un excellent systme 
d'irrigations. On y trouve en effet une vaste fontaine de 
trois milles de diamtre, dont les eaux abondantes sont 
distribues certaines heures chaque propritaire. 
C'est l qu'on voit crotre, au dessous d'un grand pal- 
mier, un olivier; au dessous de l'olivier, un figuier; au 
dessous du figuier , un grenadier ; au dessous du gre- 
nadier, une vigne; au dessous de cette vigne on sme 
du froment , puis des lgumes , puis des herbes pota- 



ao C. PLINII. HIST. NAT. LIB. XVIII. 

pugnum contractis , quaternis denariis venumdantur. 
Super omnia est , bifera vite , bis anno vindemiare. Et 
nisi multiplici partu exinaniatur ubertas, pereunt luxu- 
ria singuli fructus. Nunc vero loto anno metitur aliquid : 
constatque fertilitati non occurrere homines. Aquarum 
quoque differentia magna riguis. Est in Narbonensi 
provincia nobilis fons, Sorge nomine est: in eo herb 
nascuntur in tantum expetitae bubus , ut mersis capiti- 
bus totis eas quaerant. Sed illas in aqua nascentes certum 
est non nisi imbribus ali. Ergo suam quisque terram 
aquamque noverit. 



Ratio saepius anno serendi. 

LII. 23. Si fuerit iila terra, quam appellavimus te- 
neram , poterit sublato hordeo milium seri : eo condito, 
rpa : his sublatis, hordeum vel triticum, sicut in Cam- 
pania : satisque talis terra aratur, quum seritur. Alius 
ordo : ut ubi adoreum fuerit , cesset quatuor mensibus 
iiibernis, et vernam fabam recipiat, ita ut ante hiema- 
iem ne cesset. Nimis pinguis alternari potest ita, si fru- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. Sai 

gres. Tous ces vgtaux rapportent la mme anne , 
et s'lvent l'un l'ombre de l'autre. Quatre coudes 
carres de cette terre , mesures , non main dploye , 
mais poing ferm, se vendent quatre deniers. Et ce 
qu'il y a de plus extraordinaire, c'est que la vigne y 
porte deux fois l'an. Si un terroir aussi fertile n'tait 
surcharg de cette multiplicit de productions, le fruit 
unique qu'on en exigerait par la culture prirait par 
trop d'abondance. Mais pendant l'anne tout entire, la 
terre fournit des rcoltes nouvelles , et il est constant 
que la quantit de produits ne diminue en rien sa f- 
condit. Au reste, toutes les eaux ne sont pas galement 
bonnes pour arroser la terre. Il y a dans la province 
Narbonnaise une fontaine clbre, nomme la Sorgue, 
dans laquelle il crot des herbes dont les bufs sont si 
avides, que, pour les atteindre, ils plongent leur tte 
tout entire dans l'eau; nanmoins il est certain que ces 
mmes herbes ne croissent dans cette fontaine que par 
les pluies ; tant il est important d'tudier les proprits 
de toutes les eaux et de tous les terrains. 

Manire de semer plusieurs fois l'ann. 

LU. 2 3. Si la terre est de celles que nous avons ap- 
peles tendres, on pourra, aprs la rcolte de l'orge, y 
semer du millet; aprs la rcolte du millet, y semer des 
raves; et aprs celles-ci, de l'orge ou du triticum^ comme 
on le fait dans la Campanie. Il suffira de labourer une 
pareille terre avant les semailles. On peut suivre un 
autre ordre : on laissera reposer pendant les quatre mois 
d'hiver la terre o il y aura eu nfar, puis on y mettra 
des fves de printemps , qui y demeureront jusqu' la 

XI. 9.T 



32a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

mento sublato, legumen tertio seratur. Gracilior, et in 
annum tertium cesset. Frumentum quidam seri vtant , 
nisi in ea qu proximo anno quieverit. 



Stercoratio. 

LUI. Maximam hujus loci partem stercorationis ob- 
tinet ratio , de qua et priore diximus volumine. Hoc 
tantum enim in confesso est, nisi stercorato seri non 
oportere, quamquam et hic leges simt propri. Milium, 
panicum , rpa , napus , nisi in stercorato non seran- 
tur. Non stercorato frumentum potius quam hordeum 
serito. Item in novalibus , tametsi in illis fabam seri 
volunt, eamdem ubicumque quam recentissime sterco- 
rato solo. Autumno aliquid saturus, septembri mense 
fmum inaret post imbrem. Utique si verno erit saturus, 
per hiemem fimum disponat. Justum est vehes octode- 
cim jugero tribui : dispergere autem prius quam ares- 
cat , aut jacto semine. Si haec omissa sit stercoratio , se- 
quens est, prius quam sarriat, aviarii pulvere. Quod ut 
hanc quoque curam determinemus, justum est singulas 
vehes fimi denario ire, in singulas pecudes minores; in 
majores , denas : nisi contingat hoc , maie substravisse 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. SaS 

rcolte des fves d'hiver. Lorsqu'une terre est trop 
grasse, ou peut lui faire donner successivement plusieurs 
rcoltes, en y semant trois fois de suite des lgumes aprs 
qu'elle a donn du froment. Si elle est trop maigre, on 
doit la laisser reposer de trois ans l'un. Quelques auteurs 
prescrivent de ne semer le froment que dans un terrain 
qui ait repos l'anne prcdente. 

Engraissement des terres par le fumier. 

LUI. Mais ici le point le plus important est de bien 
fumer la terre. Nous avons dj trait des engrais au 
livre prcdent. On convient qu'il ne faut jamais semer 
une terre sans l'avoir fume ; toutefois il y a ici des 
rgles suivre. Le millet , le panis, les raves, les navets 
ne peuvent se passer d'engrais ; le froment en a moins 
besoin que l'orge. Quoiqu'on recommande de semer les 
fves dans des terres reposes , il faut cependant que 
l'endroit o on les mettra soit fum tout nouvellement. 
Quand on veut semer quelque chose en automne , il 
faut, au mois de septembre, rpandre le fumier sur la 
terre , et labourer aprs la pluie. Si l'on veut semer au 
printemps, il sera bon de mettre le fumier pendant l'hiver. 
Var jugerum il faut dix-huit voitures de fumier, que l'on 
doit rpandre avant qu'il soit sec, ou immdiatement aprs 
qu'on a sem. Si l'on n'a pas fum la terre en temps 
convenable, on pourra le faire ensuite, avant de sarcler, 
en employant de la fiente de volailles. Quant au prix 
du fumier, j'observerai que celui du menu btail vaut 
un denier la voiture, et que dix voitures de fumier de 
gros btail ne valent pas davantage : s'il en est autre- 
ment, c'est une preuve que le laboureur n'a pas fourni 

'2 1. 



3a4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

pecori colonum appareat. Sunt qui optime stercorari 
putent, sub dio retibus inclusa pecorum mansione. Ager 
si non stercoratur , alget : si niniium stercoratus est , 
aduritur : satiusque est id sape , quam supra modum 
facere. Quo calidius solum est, eo minus addi stercoris, 
ratio est. 

Seminum probatio. 

LIV. il\. Semen optimum anniculum , bimum dte- 
nus, triraum pessimum, ultra strile. Et in uno omnium 
definita gnre ratio est : quod in ima area subsedit , ad 
semen reservandum est. Id enim optimum , quoniam 
gravissimum : neque alio modo utilius discernitur. Quae 
spica per intervalla semina habebit, abjicietur. Opti- 
mum granum quod rubet, et dentibus fractum, eumdem 
habet colorem : deterius , cui plus intus albi est. Cer- 
tum terras alias plus seminis recipere , alias minus. Re- 
ligiosumque inde primum colonis augurium , quum 
avidius accipiat , esurire creditur, et comesse semen. 
Sationem locis humidis celerius fieri ratio est, ne se- 
men imbre putrescat : siccis serius , ut pluviaj sequan- 
tur ; ne diu jacens atque non concipiens , evanescat. 
Itemque festinata satione densum spargi semen , quia 
tarde concipiat : serotina rarum , quia densitate nimia 
necetur. Artis quoque cujusdam est, aequaliter spargere. 
Manus utique congruere dbet cum gradu , semperque 



r HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 3^5 

assez de litire au btail. Quelques-uns pensent qu'on 
ne saurait mieux fumer un champ qu'en y faisant par- 
quer les troupeaux. Si une terre n'est pas fume, elle 
est trop froide ; si on la fume trop , on la brle : ainsi 
il vaut mieux la fumer peu et souvent que de la trop 
fumer tout d'un coup. Plus un terrain est chaud par lui- 
mme, moins il exige d'engrais. 

Moyen de connatre la qualit des graines. 

LIV. i[\. La graine d'un an est la meilleure pour se- 
mer ; vient ensuite celle de deux ans ; celle de trois 
ans est l moins bonne ; plus vieille , elle ne produit 
rien. Au reste , ce que nous disons ici s'applique g- 
nralement toutes sortes de graines. Le grain qui 
se trouve au bas de l'aire doit tre rserv pour les 
semailles : comme il est le plus pesant , il est aussi le 
meilleur; et il n'est pas de moyen plus sr pour con- 
natre sa qualit. Les pis qui ont leurs grains par 
intervalles ne valent rien pour semence. Le meilleur 
bl est celui qui est rougetre , et qui , cass sous la 
dent , est de mme couleur l'intrieur ; celui qui est 
blanc au dedans est de qualit infrieure. On sait , du 
reste , qu'il y a des terres qui exigent plus de semence 
que d'autres. Quand une terre en demande beaucoup, 
nos laboureurs , toujours superstitieux , en concluent 
qu'elle est affame et qu'elle la dvore. On doit semer 
de meilleure heure dans les lieux humides, de peur que 
la pluie ne pourrisse le grain; on sme plus tard dans 
les lieux secs , pour se rapprocher de l'poque des 
pluies , et de peur que le grain , demeurant long- 
temps dans la terre sans germer , ne perde sa vertu 



326 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XVIII. 

cum dextro pede. Fit quoque quorumdam occulta ra- 
tione, quod sors genialis atque fecunda est. Non trans- 
ferendum est ex frigidis locis semen in calida, neque ex 
praecocibus in serotina : idque in contrarium prcepere 
quidam falsa diligentia. 



Quantum ex quoque gnre frumenti in jugero serenduin. 

LV. Serere in jugera temperato solo justum est tri- 
tici aut siliginis modios v farris , aut seminis, (quod 
frumenti genus ita appellamus), x ; hordei vi ; fabae quin- 
tam partem amplius quam tritici : vici xii ; ciceris et 
cicerculae , et pisi , m; lupini x; lentis m, sed hanc cum 
fimo arido seri volunt : ervi vi , siliciae vi, faseolorum iv, 
pabuli XX, milii, panici, sextarios quatuor. Pingui solo 
plus, gracili minus. Est et alia distinctio : in denso, aut 
cretoso , aut uliginoso solo , tritici aut siliginis modios 
sex : in soluta terra , et sicca , et laeta , quatuor. Ma- 
cies enim soli, nisi rarum culmum habeat , spicam mi- 
nutam facit et inanem. Pinguia arva ex uno semine 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3*7 

productive. Quand on sme de bonne heure, il faut se- 
mer pais, parce que le bl est plus long-temps lever; 
quand la saison est avance , on sme clair, de peur que 
les grains ne s'touffent. C'est un art que de savoir r- 
pandre galement la semence; pour cela, il faut que la 
main du semeur s'accorde avec sa marche, et surtout 
avec le pied droit. En outre, par une espce de prro- 
gative mystrieuse , il y a des gens qui naissent avec la 
main heureuse , et par qui le grain sem est plus fcond. 
On ne doit pas mettre dans un terroir chaud le bl pro- 
venu d'un terroir froid, ni dans une terre tardive , celui 
d'une terre htive. Quelques auteurs cependant, abuss 
par un vain espoir d'amlioration, prescrivent la mthode 
contraire. 

De la quantit de crales qu'il faut semer par jugerum. 

LV. Dans un terrain ordinaire, il faut semer par/w- 
gerum , cinq boisseaux de triticuni ou de siligo ; dix 
boisseaux de far ou de semen ( c'est le nom que nous 
donnons une espce de froment ) ; six boisseaux 
d'orge , autant de fves ; douze boisseaux de vesce , 
trois boisseaux de pois chiches , autant de cicercula et 
autant de pois communs ; dix boisseaux de lupins , trois 
boisseaux de lentilles, mais il faut les semer avec du 
fumier sec ; six boisseaux d'ers , autant de fenugrec ; 
quatre boisseaux de fasoles, vingt boisseaux de drage, 
quatre setiers de millet ou de panis. Il faut plus de se- 
mence dans une terre grasse que dans une terre maigre. 
Il est une autre distinction faire : pour un sol gras , 
crtac ou humide , il faut par jugerum six boisseaux 
de triticum ou de siligo ; il n'en faut que quatre pour 



% C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

fruticem numerosum fundunt , densamque segetem e 
raro semine emitfunt. Ergo in ter quatuor et sex modios 
pro natura soli , alii quinque non minus seri, pluresve 
praecipiunt : item in consito , aut clivoso, ut in macro. 
Hue pertinet oraculum illud magnopere custodiendum ; 
ce Segetem ne defruges. Adjecit iis Accius in Praxi- 
dico, c( ut sereretur, quum luna esset in Ariete, Gemi- 
nis , Leone , Libra , Aquario. Zoroastres , Sole duo- 
decim partes Scorpionis transgresso , quum luua esset 
in Tauro. , 



De temporibus serendi. 

..'-ip.v.iiH'. y ^i') ' ' ' ' 

LVI. Sequitur hue dilata et maxima indigens cura 

de tempore fruges serendi quaestio, magnaque ex parte 
ratione siderum connexa. Quamobrem sententias om- 
nium in primis ad id pertinentes exponemus. Hesiodus, 
qui princeps omnium de Agricuitura praecepit , unum 
tempus serendi tradidit a Vergiliarum occasu. Scribebat 
enim in Botia Helladis , ubi ita seri diximus. Inter di- 
ligentissimos convenit, ut in alitum quadrupedumque 
genitura, esse quosdam ad conceptum impetus et terrae. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. Say 

un sol lger, sec et fertile par lui-mme ; car dans un 
sol maigre, si le bl n'est pas sem clair, il ne produit 
que des pis faibles et presque vides. Dans une terre 
grasse , un seul grain de bl donne un grand nombre 
de tiges ; et quoique sem clair , le bl vient fort pais. 
Ainsi la quantit de grain par jugerum est de quatre 
six boisseaux, selon la nature des terrains; suivant 
quelques auteurs , elle doit tre de cinq boisseaux , ni 
plus ni moins : soit qu'on sme dans un terrain plant 
d'arbres, ou form en coteau, ou dans un terrain maigre, 
la quantit de semence doit toujours tre la mme. Au 
reste , il ne faut pas perdre de vue l'importante maxime : 
N'puisez pas la terre en la faisant trop produire. Ac- 
cius, dans le Praxidique , ajoute qu'il faut semer quand 
la lune est dans les signes du Blier, des Gmeaux, du 
Lion, de la Balance et du Verseau ; et Zoroastre, lors- 
que le soleil a pass douze degrs du Scorpion, et que 
la lune est ans le Taureau. 

Du temps des semailles. 

LVI. 11 faut maintenant aborder une question trs- 
importante, et qui, en grande partie, se rattache au 
cours des astres : savoir , quel est le vrai temps de 
semer les grains. Nous allons rapporter les sentimens 
des auteurs qui ont trait cette matire. Hsiode, qui 
le premier a donn des prceptes d'agriculture, n'a in- 
diqu qu'une seule saison pour semer, c'est--dire 
le coucher des Pliades ; en effet , il crivait dans la 
Botie, partie de la Grce o les semailles avaient lieu 
cette poque, comme nous l'avons dj fait observer. 
Les meilleurs observateurs s'accordent reconnatre des 



33o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Hoc Graeci ita definiunt : quum sit calida et humida< 
Virgilius triticum et far a Vergiliarum occasu seri ju- 
bet , hordeum inter quinoctium autumni et brumam : 
viciam vero , faseolos et lentem , Boote occidente. Quo 
fit, ut horum siderum aliorumque exortus et occasus 
digerendi sint in suos dies. Sunt qui et ante Vergiliarum 
occasum seri jubeant , dumtaxat in arida terra , calidis- 
que provinciis : custodiri enim semen , corrumpente 
humore , et a proximo imbre uno die erumpere. Alii 
statim ab occasu Vergiliarum sequi imbres, a septimo 
fere die. Aliqui in frigidis ab aequinoctio autumni ; in 
calidis serius , ne ante hiemem luxu rient. Inter omnes 
autem convenit circa brumam serendum non esse : 
magno argumento , quoniam hiberna semina , quum 
ante brumam sata sint, septimo die erumpant : si post 
brumam , vix quadragesimo. Sunt qui properent, atque 
ita pronuntient , festinatam sementem saepe decipere , 
serotinam semper. E contrario alii , vel vere potius se- 
rendum , quam malo aulumno ; atque ubi fuerit necesse, 
inter Favonium et vernum aequiuoctium. 



Quidam omissa caelestis cura, ut inutili , temporibus 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 33 1 

poques o la terre prouve aussi , comme les oiseaux 
et les quadrupdes , le besoin de produire ; ces po- 
ques sont , suivant les Grecs , lorsqu'elle est chaude 
et humide. Virgile prescrit de semer le froment et \efar 
ds le coucher des Pliades ; l'orge , entre l'quinoxe 
d'automne et le solstice d'hiver; la vesce, les fasoles et 
les lentilles , au coucher du Bouvier. Il est donc nces- 
saire de fixer les jours o ces astres et les autres se 
lvent et se couchent. D'autres auteurs veulent que l'on 
sme avant le coucher des Pliades , mais seulement 
dans les terrains secs et dans les pays chauds. Ils pr- 
tendent que la semence, sujette se gter par l'humi- 
dit , se conserve mieux dans une terre sche , et qu' la 
premire pluie elle lve en un jour. Selon d'autres, il 
faut semer sept jours aprs le coucher des Pliades, qui 
est ordinairement suivi de pluies. Il y en a qui recom- 
mandent de semer ds l'quinoxe d'automne dans les 
pays froids , et plus tard dans les pays chauds , de 
peur que le bl ne pousse trop avant l'hiver ; mais 
tous conviennent qu'on ne doit pas semer vers le sol- 
stice d'hiver , et par une excellente raison , c'est que 
les bls d'hiver sems avant le solstice lvent le septime 
jour , et que ceux qui ont t sems aprs , lvent 
peine le quarantime. Quelques-uns se htent , dans 
la persuasion que si les semailles avances trompent 
souvent , les semailles tardives trompent toujours. Au 
contraire , d'autres soutiennent qu'il vaut mieux semer 
au printemps que dans un mauvais automne; et que, 
si l'on est forc de semer au printemps, il faut choisir 
l'intervalle entre les vents favoniens et l'quinoxe de 
mars. 

Quelques auteurs, ngligeant l'observation des astres 



332 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

definiunt. Vere jinum, et avenam, et papaver: atque uti 
nunc etiam Transpadani servant, usque in Quinqua- 
trus : fabam , siliginem novembri mense : far septembri 
extremo usque in idus octobris. Alii post hune diem in 
kalendas novembris. Ita his nulla naturae cura est : illis 
nimia, et ideo caeca subtilitas : quum res geratur inter 
rusticos, litterarumque expertes non modo siderum. Et 
confitendum est, caelo maxime constare ea : quippe Vir- 
gilio jubente praedisci ventos ante omnia ac siderum 
mores, neque aliter, quam navigantibus, servari. Spes 
ardua et immensa, misceri posse clestem divinitatera 
imperitiae : sed tentanda tam grandi vitae emolumento. 
Prius tamen sideralis dificultas, quam sensere etiam 
periti, subjicienda contemplationi est : quo deinde laetior 
mens discedat a clo, et facta sentiat, quae futura prae- 
nosci non possint. 



Digestio siderum in die$ et noctes terrestres. 

LVIL 25. Primum omnium dierum ipsorum anni 
solisque motus prope inexplical)iHs ratio est. Ad ccclxv 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 333 

comme entirement inutile, se bornent indiquer quel- 
ques poques de l'anne : ainsi l'on smera au printemps le 
lin, l'avoine et le pavot, jusqu'aux ftes de Minerve, comme 
on le fait encore aujourd'hui au del du P6. On smera 
les fves et le siligo au mois de novembre , et \^far de- 
puis la fin de septembre jusqu'aux ides d'octobre ; d'au- 
tres veulent qu'on le sme depuis les ides d'octobre 
jusqu'aux kalendes de novembre. Ainsi ces derniers cri- 
vains ne tiennent aucun compte des rvolutions clestes; 
les premiers y attachent trop d'importance , et ne don- 
nent que des explications obscures , trop subtiles pour 
des villageois grossiers, et qui n'ont aucune notion d'as- 
tronomie. Il faut nanmoins convenir que cette science 
est fort utile l'agriculture; aussi Virgile veut-il qu'a- 
vant tout le laboureur connaisse les vents et le cours des 
astres , et qu'il les observe avec la mme attention que 
le pilote au milieu des mers. Sans doute il paratra 
difficile de faire entrer dans des esprits grossiers des 
connaissances d'un ordre si lev, mais il faut au moins 
essayer d'y russir en considration des avantages que 
la socit peut en retirer. Auparavant il est ncessaire 
de prsenter les difficults qui se trouvent en cette 
matire , et qui ont frapp les plus habiles , afin qu'on 
se console d'tre forc d'abandonner le ciel si l'on n'a pu 
en comprendre la thorie, et qu'on puisse au moins 
rapporter les effets leurs causes , si l'on n'a pu les 
prvoir d'avance. 

Manire dont se comportent les astres pendant les jours et les 
nuits de la terre. 

LVII. 25. D'abord, il est presque impossible de d- 
terminer d'une manire prcise le* nombre des jours 



* v 



33/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVITI. 

adjiclunt etiamnum intercalarios diei noctisque qua- 
drantes. Ita fit , ut tradi non possint certa siderum 
tempora. Accedit confessa rerum obscuritas , nunc prae- 
currente, nec paucis diebus , tempestatum significatu , 
quod zpQX^if^oc^J^v Grci vocant : nunc postveniente , 
quod szix^ifji^acaiy : et plerumque alias citius , alias tar- 
dius caeli effectu ad terram deciduo : vulgo serenitate 
reddita confectum sidus audimus. Praeterea quum omnia 
hc stalis sideribus cloque adfixis constent, interve- 
niunt motu stellarum grandines , imbres , et ipsi non 
levi effectu , ut docuiinus , turbantque conceptae spei 
ordinem. Idque ne nobis tantum putemus accidere , et 
reliqua fallit animalia sagaciora circa hoc, ut quo vita 
eorum constet : aesti vasque alites prposteri aut prae- 
properi rigores necant , hibernas stus. Ideo Virgilius 
errantium quoque siderum rationem ediscendam praeci- 
pit , admonens observandum frigidae Saturni stellae 
Iran situ m. 



Sunt qui certissimum veris indicium arbitrentur 
ob infirmitatem animalis , papilionis provenlum. Id eo 
ipso anno , quum commentaremur hc notatum est , 
proventum eorum ter repetito frigore extinctum, ad- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIIL 335 

de l'anne et le cours du soleil. Aux trois cent soixante- 
cinq jours qui composent l'anne, on ajoute le quart 
d'un jour et d'une nuit , pour en faire ensuite un jour 
intercalaire; de l il suit qu'on ne saurait indiquer avec 
prcision le moment du lever et du coucher des astres. 
On convient qu'il y a encore dans cette thorie beau- 
coup d'obscurit ; en effet , les saisons quelquefois com- 
mencent plusieurs jours avant le terme qui leur a t 
fix, ce que les Grecs suppeWent procheimasis ; d'autres 
fois , plusieurs jours aprs , ce qu'ils appellent pichei- 
masis. Presque toujours l'action des astres se fait sentir 
sur la terre ou plus tt ou plus tard qu'il ne devrait ; 
aussi dit-on communment, lorsque le beau temps est 
revenu , que tel astre a produit son effet. Ces phno- 
mnes dpendent des astres fixs la vote des cieux , 
ainsi que des toiles, dont les raouvemens particuliers 
excitent des grles et des pluies qui sont d'une trs- 
grande consquence pour les biens de la terre , comme 
nous l'avons observ , et amnent dans la temprature 
des changemens sur lesquels le laboureur ne pouvait 
compter. Non-seulement les hommes y sont tromps , 
mais aussi les animaux , bien plus habiles que nous 
prvoir ces vicissitudes , puisque d'ailleurs leur vie en 
dpend; en effet, on a vu des oiseaux d't prir par des 
froids arrivs trop tt ou trop tard , et des oiseaux d'hi- 
ver par des chaleurs galement imprvues. Aussi Virgile 
veut-il qu'on tudie aussi le cours des plantes, et qu'on 
observe avec soin le passage du froid Saturne. 

Quelques-uns fixent le commencement du printemps 
l'apparition des papillons , parce que ces insectes sont fort 
dlicats. Nanmoins on a observ, dans l'anne mme o 
j'cris cette partie de mon ouviage, que le froid, ayant 



36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

venasque volucres ad vi kalendas februarii spem veris 

attulisse , mox saevissima hieine conflictatas. 

Res anceps : primum , omnium a clo peti legem : 
deinde eam argiimentis esse quaerendam. Super omnia 
est mundi couvexitas , terrarumque globi differentia , 
eodem sidere alio tempore aliis aperiente se gentibus : 
quo fit ut causa ejus non eisdem diebus ubique valeat. 
Addidere difficultatem et auctores diversis in locis ob- 
servando , mox etiam in iisdem diversa prodendo. Trs 
autem fuere sect : Chaldaea , ^gyptia, Graeca. His ad- 
didit apud nos quartam Caesar dictator, annos ad solis 
cursum redigens singulos, Sosigene perito scientiae ejus 
adhibito. Et ea ipsa ratio postea comperto errore cor- 
recta est : ita ut xii annis continuis non intercalaretur, 
quia cperat sidra annus morari , qui prius antecede- 
bat. Et Sosigenes ipse trinis commentationibus , quam- 
quam diligentlor ceteris, non cessavit tamen addubitare, 
ipse semet corrigendo. Auctores prodidere ea, quos prae- 
texuimus volumini huic, raro ullius sententia cum alio 
congruente. Minus hoc in reliquis miruni , quos diversi 
excusaverint tractus. Eorum qui in eadem regione dis- 
sedere, unam discordiam ponenius exempli gratia : oc- 
casum matutinum Vergiliarum Hesiodus ( nam hujus 
quoque nomine exstat Astrologia) tradidit fieri , quum 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 337 

repris trois fois, a fait prir autant de fois les papillons, et 
que les hirondelles qui , s'taient montres ds le 6 des 
kalendes de fvrier, et semblaient annoncer le retour du 
printemps, ont eu essuyer un rigoureux hiver. 

C'est donc une science trs-problmatique que celle 
de l'influence des astres , et les inductions qu'elle fournit 
sont fort douteuses. Ce qui augmente la difficult, c'est 
la convexit du ciel et la diffrence des climats de la 
terre : le mme astre se montre ici dans un temps, et l 
dans un autre ; d'o il suit que son influence ne se fait 
pas sentir en mme temps partout. Pour surcrot d'em- 
barras, les observations recueillies par les auteurs ont 
t faites dans des lieux diffrens , et ceux du mme 
pays ne s'accordent pas mme entre eux. On compte trois 
coles astronomiques, la chaldenne, l'gyptienne et la 
grecque. Le dictateur Csar en a fond , chez les Ro- 
mains, une quatrime, lorsqu'aid de Sosigne, habile 
astronome , il fixa la longueur de l'anne une rvolu- 
tion du soleil. On trouva dans la suite que son calendrier 
tait dfectueux , parce que l'anne , auparavant plus 
courte, se trouvait alors plus longue que le cours du 
soleil. Pour y remdier , il fallut , pour douze annes 
conscutives, supprimer les jours intercalaires, Sosigne 
lui-mme, le mathmaticien le plus exact de son temps, 
aprs avoir revu jusqu' trois fois ses calculs , sembla 
toujours douter de leur justesse , et ne cessa jamais de 
se corriger lui-mme. De tous les auteurs qui ont trait 
ce sujet , et que nous avons cits au commencement de ce 
livre, il en est rarement deux qui soient de mme avis. 
Cette divergence d'opinions est moins surprenante et 
plus excusable chez ceux qui crivaient en des pays dif- 
frens. Mais que dire de ceux qui, habitant le mme pays, 

XI. 22 



338 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

aequinoctium autumni conficeretur. Thaes vigesimo 
quinto die ab aequinoctio : Anaximander vigesimo nono: 
Euctemoii xlviii. 



Nos sequemur observationem Csaris : maxime haec 
erit Italise ratio. Dicemus tamen et aliorum placita : 
quoniam non uni us terrae , sed totius naturae interprtes 
sumus : non auctoribus positis ( id enim verbosum est ) , 
sed regionibus : legentes tantum meminerint, brevitatis 
gratia , quum Attica nominata fuerit , simul intelligere 
Cycladas insulas : quum Macedonia, Magnesiam, Thra- 
ciam : quum iEgyptus , Phnicen , Cyprum , Ciliciam : 
quum Botia , Locridem , Phocidem , et finitimos sem- 
per tractus : quum Hellespontus , Chersonesum, et con- 
tinentia usque Atho montem : quum lonia , Asiam , et 
iusulas Asiae : quum Peloponnesus , Achaiam et ad Hes- 
perum jacentes terras. Chaldaei Assyriam et Babyloniam 
demonstrabunt. Africam , Hispanias , Gallias sileri non 
erit mirum. Nemo enim observavit in iis, qui siderum 
proderet exortus. Non tamen difcili ratione dignos- 
centur in illis quoque terris digestione circulorum, quam 
in sexto volumine fecimus : qua cognatio caeli , non 
gentium modo , verum urbium quoque singularum in- 
telligitur, nota ex bis terris, quas nominavimus, sumpta 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 339 

sont nanmoins d'avis diffrens? En voici un exemple: 
Hsiode, qui nous a laiss aussi un ouvrage sur le cours 
des astres, fixe le coucher matutinal des Pliades au 
moment de l'quinoxe d'automne ; Thaes prtend qu'il 
n'arrive que vingt-cinq jours aprs ; Anaximandre en met 
vingt-neuf; Euctmon^ quarante-huit. 

Quant nous , nous suivrons les calculs de Gsar , 
qui se rapportent spcialement l'Italie ; mais nous 
rapporterons aussi les observations trangres , car 
notre plan n'est pas de traiter d'un seul pays, mais de 
la nature entire. Pour tre moins longs, nous citerons 
les pays, et non les auteurs; et, pour abrger davantage 
encore , les lecteurs se souviendront que , sous le nom 
d'Attique , il faut aussi entendre les Cyclades ; sous le 
nom de Macdoine , la Magnsie et la Thrace ; sous le 
nom d'Egypte , la Phnicie, l'le de Cypre et la Cilicie; 
sous celui de Botie, la Locride, la Phocide et les con- 
tres voisines; sous le nom d'Hellespont, la Chersonse 
et partie du continent jusqu'au mont Athos ; sous le 
nom de l'Ionie, l'Asie et les les Asiatiques ; sous le nom 
du Ploponnse, l'Achae et les pays adjacens aii cou- 
chant ; enfin sous le nom de Chalde , l'Assyrie et la 
Babylonie. On ne sera pas tonn que nous ne parlions 
ni de l'Afrique, ni de l'Espagne, ni des Gaules. Aucun 
auteur dans ces contres n'a laiss d'observations sur le 
lever ou le coucher des astres. Il ne sera pas difficile 
nanmoins de dterminer l'poque de ces phnomnes 
dans ces contres, en tudiant la disposition des cercles, 
telle que nous l'avons prsente dans le sixime livre. 
Par ce moyen , on dterminera la position astrono- 
mique, non-seulement de chaque pays, mais encore de 
chaque ville dont nous avons pu parler, en prenant par 

11. 



34o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVin. 

convexitate circuli pertinentis ad quas quisque quaeret 
terras , et ad earum siderum exortus , per omnium cir- 
culorum pares umbras. Indicandum et illud, tempesta- 
tes ipsas ardores suos habere quadrinis annis : et easdem 
non magna difFerentia reverli ratione solis : octonis vero 
augeri easdem, centesima revolvente se luna. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3/,i 

les ombres gales de tous les cercles, une portion du 
cercle de telle contre qu'on voudra choisir , et en cal- 
culant son rapport avec le lever des astres. Il faut faire 
observer encore que tous les quatre ans les chaleurs re- 
viennent peu prs les mmes pour chaque saison , en 
raison du mouvement du soleil, et que toutes les hui- 
times annes elles sont plus fortes , cause de la cen- 
time lunaison. 



NOTES .>,> 

DU LIVRE DIX-HUITIME.* du 

(premire partie.) ' 



I. ChaP. I, page 190, ligne 6. Sequiiur natura frugum , hor- 
tommque, acflorum, etc. Pline traite en effet des bls , des jardins 
et des fleurs dans les livres qui suivent. Notre auteur admire la 
prodigieuse varit des productions naturelles , et cependant , 
l'poque o il crivait, la terre n'tait pas encore connue , peine 
quelques centaines de lieues du littoral africain avaient t visi- 
tes, et l'Amrique avec ses innombrables les ne devaient tre 
dcouvertes que quatorze sicles plus tard. Les Romains avaient 
explor trs-imparfaitement l'Asie , et le nord de l'Europe leur 
tait entirement inconnu. Ils n'avaient donc vu qu'une trs- 
faible partie des richesses botaniques ; d'ailleurs , ils ngligeaient 
d'tudier les plantes qui n'avaient pas une application directe aux 
besoins de l'homme , ou qui ne servaient pas ses jouissances. 

Voici quelle est la marche chronologique de l'accroissement 
numrique des plantes : 

Hippocrate {opra omnia) , quatre cent cinquante-neuf ans 
peu prs avant Jsus-Christ , a parl de 284. plantes ; 

Thophraste [Historia Plantarum , lib. XII ), trois cent dix 
ans avant Jsus- Christ, a dcrit ou parl de 5oo plantes ; 

Dioscoride ( Materia medica , lib. VI ) , vingt ans aprs Jsus- 
Christ , a dcrit ou parl de 600 plantes environ ; 

Pline (^Historia naturalisa, lib. xxxvil), contemporain de Dios- 
coride , a parl de 800 plantes , et plus ; 

Matthiole {^Commentaires sur Dioscoride, i5oo-i577) a figur 
1,898 plantes ; 

* Toutes les notes des livres xii xxvii inclusiTemeat sont dues 
M. FE. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 34^ 

Dalechainp (Histon'a generalis Plantarum, i5i3-i588) a 
figur 2,781 plantes; 

Clusius (Ran'orum Planlarum Historia, iSa-iGog) a figur 
i3i5 plantes; 

Lobel (Jlisioria Stirpium , i538-i6i6) a figur 2,191 plantes ; 

J. Bauhin {Historia Plantarum universalis , i54.i-i6i3) a 
parl de 5,266 plantes ; 

C. Bauhin , dans le Pinax et le Theatrum botanicum , 1 56o- 
1624. , a dcrit ou parl de 6,000 plantes ; 

Parkinson [Theatrum botanicum et Paradisus terrestris , 1567 ) 
a figur 3,4.47 plantes ; 

Rai (n en 1628, mort en 1705), dans ses divers ouvrages, 
a parl de 8,655 plantes ; 

Toumefort {^Insiiiutiones R. herbari , Vojage au Levant, i656 
et 1708) a parl de 10,146 plantes; 

Linn, dans ses divers ouvrages, a fait connatre environ 7,000 
plantes ; 

Persoon, dans son Enchiridium, , a dcrit 21,000 plantes , sans 
compter les cryptogames , qu'on peut estimer 6,000 : total , 
27,000 ; 

Steudel { Nomenclator botanicus , 1821) a numr, savoir: 
genres phanrogamiques , 8,876 ; espces , 89,684 : genres cryp- 
togamiques , 557 ' espces , 10,965 ; total , 5o,649- 

M. de CandoUe porte approximativement 56, 000 le nombre 
des plantes phanrogames qui seront dcrites dans le prodrome 
dont la publication est commence , et il pense que ce ne sera 
gure que la moiti des plantes du globe, c'est--dire que les ou- 
vrages gnraux renfermeront plus tard la description de 120,000 
espces environ. On voit que les termes extrmes de cette pro- 
gression donnent : Thophraste, premier ouvrage universel , 5oo ; 
de Candolle, 56,ooo, et approximativement le double de ce nom- 
bre. De quelles expressions se servirait donc Pline pour rendre 
son tonnemcnt, la vue d'une si merveilleuse fcondit ? Que 
dirait-il en voyant le genre sphria , compos de 600 espces; et 
le genre agaricus, de prs de 1,200? Ce serait alors qu'il pourrait 



344 NOTES DU LIVRE XVIII. 

dire que cette tude est immense; elle est en eftet au dessus des 
forces d'un seul homme , et il faut se rsoudre tudier seule- 
ment quelques familles , et mme quelques genres. 

2. Page i()0 , ligne 1 2. Qua in parle primum omnium patroci- 
nari lerr, etc. C'est vers la moiti du livre II', et au chapitre 63, 
que Pline prend la dfense de la terre, qui est, dit-il, le domaine de 
l'homme, comme le ciel est le domaine de Dieu. Ou est tent de 
sourire en voyant la peine qu'ont prise de grands crivains et des 
hommes graves pour plaider, avec plus ou moins d'loquence , 
des causes qui n'ont pas besoin de dfenseurs. Chercher tablir 
l'existence de Dieu , et vouloir prouver que la terre est utile ses 
habitans , sont des purilits. Levez les yeux vers le ciel , pro- 
menez vos regards sur un vaste horizon , et votre intelligence 
vous en dira plus que les livres les mieux crits. 

On reproche la terre de produire des poisons ; mais la na- 
ture n'a-t-elle pas donn aux animaux l'instinct qui les en loigne, 
et l'homme la raison , qui fait tourner son profit ce qui pour- 
rait lui nuire. En y regardant de prs , on sait quoi s'en tenir 
sur toutes ces dclamations. 

3. Page 192 , ligne i. Atque quum arbore exacuant limentque 
cornua elephanti , etc. Les animaux ont l'instinct des ressources 
que la nature a mises leur disposition pour l'attaque et pour la 
dfense ; aussi les voit-on fuir ceux qu'ils craignent, et chercher 
ceux qu'ils peuvent vaincre. Ils se servent des armes qu'ils portent ; 
mais on ne peut supposer pourtant que, dans leur inaction, ils les 
aiguisent et les prparent: cette prvision ne serait point alors le 
rsultat de l'instinct, mais bien celui de l'intelligence ; d'ailleurs, 
s'il en pouvait tre ainsi , les grands animaux dtruiraient peu 
peu leurs armes en les usant contre les corps durs , car, l'mail 
tant enlev, la carie attaquerait bientt les dfenses de l'lphant 
et celles du rhinocros. On a vu peut-tre quelquefois ces ani- 
maux frotter leurs terribles dfenses contre les arbres ou contre 
les rochers , mais c'tait un excs de vitalit qu'ils dpensaient; 
ils respiraient alors la guerre, comme l'a dit le pote, mais, 
certes , ils nt fourbissaient pas leurs armes. 

4. Ligne 8. Neque est ut putemus ignorari ea ab animali- 
bus, etc. 11 est des herbes , a dit Pline au livre viii, chapitre 36 , 



NOTES DU LIVRE XVIII. 345 

qui neutralisent le venin des vipres, et auxquelles les lzards 
ont recours quand ils se sont battus contre ces dangereux en- 
nemis. La tortue mange de la sarriette pour se prserver de l'ef- 
fet de la morsure des reptiles; la fouine , avant de combattre les 
rats , mange de la rue , qui lui sert d'antidote contre les bles- 
sures qu'elle en reoit, etc. La zoologie des anciens est pleine 
de semblables purilits ; ils ont dit encore que les hirondelles 
et les perviers gurissaient leurs petits aveugles avec le suc de 
la grande chlidoine et avec le suc d'un hieracium; que la ci- 
gogne trouvait un prservatif sr du venin de l'aspic, dans l'ori- 
gan , tandis que les crapauds prfraient , en pareil cas , le plan- 
tain corne-de-cerf. Ces inepties se voyaient encore, il y a moins 
de deux sicles, dans des ouvrages estimables. 

l^bis. II, page 194 ligne 5. Qu prima Rom corona sp- 
cea. Le titre de ce chapitre diffre suivant les manuscrits , et le 
mot spicea n'existe pas toujours. On en a dduit la preuve que 
ce titre , et surtout ceux qui suivent ou prcdent, taient apo- 
cryphes, ce dont, au reste, on est aujourd'hui convaincu. Nous 
aurons l'occasion de montrer combien Pline a emprunt aux au- 
teurs rustiques dans ce livre important ; il les a souvent com- 
pils, sans mme se donner la peine de changer leur texte, dont 
on retrouve souvent des lambeaux entiers dans divers endroits 
de ce trait d'agriculture. 

5. Ligne 6. Arvorum sacerdoles Romulus in primis instituit. 
Acca Laurentia , nourrice de Romulus , tait dans l'usage d'of- 
frir une fois l'an un sacrifice aux dieux ; elle se faisait prcder 
alors par les douze fils dont elle tait mre. L'un d'eux tant 
mort , Romulus , pour consoler Acca , lui promit de le rempla- 
cer. On nommait ces frres les frres Arvales. Les sacrifices 
qu'ils offraient aux dieux taient connus sous le nom d'Ambar- 
vales. La formule des prires qu'on rcitait dans ces circons- 
tances se trouve au chapitre i4i du trait de Re rustica de Caton. 
On conduisait une truie dans un champ, et on lui en faisait faire 
trois fois le tour ', tandis que le laboureur, couronn de feuilles 

Terque novas circuin felix cal hostia fruges. 

ViRG. , Georg. , i, 345. 



34fi NOTES DU LIVRE XVUI. 

de chne, chantait les louanges de Crs. La crmonie tait ter- 
mine par le sacrifice de la truie , et par des libations de lait et 
de vin. Les contestations relatives aux limites des champs taient 
du ressort des prtres arvales. (Cf., sur les sacerdotes arvorum, 
onfratres arvales, Varron , de Lingua atina , iv, "23; AuLU- 
Gelle , VI , 7 , p. 377 ; Cato , loco cit. , et Festus.) 

Pline n'a rien dit des ambarvales {^ambire arva) , auxquelles 
prsidaient les firres Arvales , qui marchaient alors en tte du 
peuple , et faisaient trois fois le tour du domaine de la rpubli- 
que. 11 reste encore quelque chose de cette crmonie dans la 
religion catholique , o l'on a institu la procession dite des 
Rogations (rogare), afin de prier le Tout - Puissant de bnir 
les biens de la terre. On ne fait pas trois fois le tour des champs, 
mais on ritre cette procession pendant trois jours , de sorte 
que le nombre mystique trois prside encore cette crmonie. 
Virgile a dcrit les Ambarvales dans les Gorgiques , i , vers 34-3 : 

Quand l'ombrage au printemps invite an doux sommeil , 
Lorsque Tair est plus doux , l'borizon plus vermeil , 
Les vins plus dlicats , les victimes plus belles , 
Offre des vux nouveaux pour les moissons nouvelles ; 
Choisis pour temple un bois , un gazon pour autel , 
Pour offrande du vin , et du lait , et dn miel : 
Trois fois autour des bls on conduit la victime , 
Et trois fois, enivr d'une joie ananime. 
Un chur nombreux la suit en invoquant Crs : 
Mme , avant que le fer dpouille les gurts, 
Tous entonnent un hymne ; et , couronn de chne , 
Chacun, d'un pied pesant, frappe gaiment la plaine. 

6. Page 194 ligne 12. Bina tune Jugera populo romano salis 
erani, etc. Le rapport du jugre avec l'arpent de roi tait, suivant 
Rome de Lille , comme 538 est 1,000. Nous tablirons plus 
rigoureusement , au chapitre suivant , b comparaison des me- 
sures agraires anciennes avec les nouvelles. 

7. Ligne 17. Numa instituit deos fruge colre, etc. Il n'est 
pas vrai que le bl soit plus sain tant torrfi ; les fcules qui 
contiennent un principe acre , celle du manioc , par exemple , 
de mme que celle qu'on pourrait retirer, en France , du tami- 



NOTES DU LIVRE XVIII. 347 

ser , Tamus communis , ou de Varum, ont besoin de la torr- 
faction ou du lavage pour devenir alimentaires. Nous aurons 
l'occasion de dmontrer que les Romains entendaient aussi mal 
la prparation du pain que celle du vin. L'association du sel avec 
la farine dans les sacrifices n'a rien d'extraordinaire , le sel en- 
trait dans presque toutes les offrandes qu'on faisait aux dieux. 
Il fut le symbole de l'amiti , celui de la sagesse , etc. Le pr- 
jug du sel renvers, regard encore par quelques esprits faibles 
comme un funeste augure , vient des Romains. Ovide a parl 
{Fastes , I , v. 127) du sel et de la farine offerts aux immortels : 

Cuin crale sacerdos 

Iinponit libum mixtaque farra soli. 

8. Page 196, ligne x. Is et Fomacalta instUuitfarris torrendi 
ferias , etc. Pline ne dit qu'un mot des Fornacales ; nous devons 
suppler son silence. Les Romains, qui avaient fait des desses 
de toutes cboses , comme les sauvages font des fticbes et des 
gris-gris du premier objet qu'ils rencontrent, avaient personni- 
fi le moi f orna X , qui signifie four , et ils en avaient fait une 
desse laquelle on sacrifiait devant un four. Le grand Curius 
indiquait tous les ans le 17 de fvrier pour la clbration des 
Fornacales. Ovide raconte dans les Fastes l'origine de cette fte : 

Facta dea est Fornax : Lli fornace coloni 

Orant , ut fruges temperet illa suas. 
Curio legitimis niinc Fornacalia vt-rbis 

Maximus indicai , tic. 

Faste i , II , 5, 25. 

Festus parle fort au long de ces ftes : Fomacalia, inquit ,y^r/ 
institut suntfarris torrendi gratia : quod ad fomacem , qu in pis- 
irinis erat , sacrificium fieri solehat. Fornacalia sacra erant , quum 
far infornaculis torrehant. Cf. Varr. , de Lingua latina. Les Qui- 
rinales taient institues en faveur de ceux qui n'avaient pas c- 
lbr les Fornacales. 

On trouve dans le paragraphe que nous commentons les ex 
pressions/ar moUtum, salsum et tostum; nous allons les expliquer. 
Le/r molitwn tait une vritable farine moins belle que la ntre,. 



34 NOTES DU LIVRE XVIII. 

car les anciens n'taient pas fort habiles dans l'art d'en sparer 
compltement le son. \.t. far salsum tait de la farine prpare 
pour le sacrifice, farcum sak mxtum. Quant zn far tostum ^ c'- 
tait du bl rti ou lgrement torrfi ; de sorte que^r signifie 
farine et bl ( froment ). On rpandait du bl moulu , far moli- 
tum, sur la tte des victimes avant de les gorger, d'o est venu 
le mot immoler, a moendo , etc. 

9. Page ig6, ligne 2. Et que relgosas termnis agrorum. 
11 sagit ici des Terminales, ftes institues en l'honneur de Terme, 
qui fut dieu de la faon de Numa, avant que ce lgislateur n'et 
rgn. C'tait Jupiter qui prsidait aux limites des champs. On 
clbrait les Terminales vers le 10 de fvrier, peu de temps avant 
les Fornacales. On ne sacrifiait aucun animal pendant ces solen- 
nits ; on offrait seulement des gteaux et les prmices des biens 
de la terre. Il n'tait pas permis de souiller de sang les bornes. 
Toutes ces ftes et tous ces dieux ont disparu ; mais , sur les 
frontires des grands tats d'Europe, on rpand encore grands 
flots un sang plus pur que celui des animaux offerts en holocauste. 

Prs de la borne o chaque tal commeftce, 
Aucun pi n''est pur de sang humain , 

a dit un grand pote. 

Ovide a parl des Terminales dans les Fastes (il , v. 64t et 
suivans) : 

Mox ubi transierit , solito celebrelur honore 

Se|)arat indicio qui Deus arva suc. 
Termine , sive lapis , sive es defossus in agro 

Stipcs , ab antiquis tu quoque numen habes. 
Te duo diversa domini de parte coronant : 

Binaque serta tibi , binaque liba ferunl, etc. 

10. Ligne 3. Sejatnque a serendo. Tertulien nomme celle 
desse Sessia , et non Sja : Singula omamenta Circi, singula tem~ 

pla sunt Sessias a sementationibus , Messlas a messibus , Tu- 

telinas a tutela fructuum sustinent column , etc. {de Speclac. , 

I, 16). Ce passage de Tertulien nous fait encore connatre deux 
desses champtres: Tutlina , a tidelis fructuum ; et Messia , a 
messibus. Macrobe ( Saturn., 1 , 16) reconnat aussi la desse Tu- 



NOTES DU LIVRE XVIII. ^49 

tlina. Saint Augustin (de Cmiate Dei , cap. 8) parle des desses 
Sja , Sjestia et Tutelina : Satafrumenta , quamdiu sub terra es- 
senty prposiiam voluerunt habere Deam Sejam : quitm vero fam su- 
per ierram essent , et Sejetem facerent , Deam sejetiam : fntmenlis 
vero collectls atque reconditis , ut tuto servareniur , Deam Tutelinam, 
prposuerunt. On a longuement discut pour savoir quelle tait 
cette desse dont le nom ne devait pas tre prononc ailleurs que 
dans les champs. Clius Rhodiginus {Lect. ant. , i , 21 , 29), 
Turnbe (^Advers. , XX, cap. 36) , Vossius (<fe Idolair., lib. li , 
cap. 61), pensent que c'tait celui deTutlina; Hardouin (Comm. 
sur Pline , liv. xviii , 2 ) veut au contraire que ce soit Sjesta. 
Poinsinet pense que les auteurs ont confondu Sgesta , qui pr- 
side aux moissons, et Sjtia, qui n'est autre que la Victoire. 
Ce serait de ce rapport nominal que natraient toutes ces contra- 
dictions. Nous adopterons comme la conjecture la plus vrai- 
semblable , celle qui dsigne Tutelina. On peut s'y arrter , ne 
ft-ce que pour terminer ces discussions savantes , autrefois in- 
terminables. 

II. III, page 196 , ligne 9. Jugum vocabatur , etc. Rien n'- 
tait plus vari jadis en France que les termes employs pour les 
mesures agraires : c'est un grand bienfait que la rduction de 
tous ces termes en un terme commun. Malgr cela , quelques 
mots ont survcu l'adoption du systme dcimal. On mesure 
encore les terres arables par arpent et par septere ou boissele en 
Berry (c'est--dire ce qu'il faut de terre pour semer un boisseau 
de bl ) ; par journe en Bretagne et ailleurs ( ce qu'un buf 
peut labourer de terre en un jour ) ; par rasire dans le nord 
de la France ( dans le mme sens que boissele ) ; une rasire 
est aussi une mesure de capacit; par cent (cent perches) ; enfin 
par joug en Auvergne (dans le mme sens que Pline). Comme 
il sera frquemment question de Vactus , dajugerum, etc., nous 
croyons utile de donner le rapport de ces mesures avec les ntres. 

Divisions du jugerum. 

Le jugerum , ou as , se subdivisait en 2 actes carrs. 

I/actc carr en 6 onces de terre. 

Lonce de terre en 4 siciliqurs. 



35o NOTES DU LIVRE XVIII. 

La sicilique tait l'acte simple : : 5 : 4- 
L'acte simple , parca oa sillon ', la scxtule : : 6 : 5. 
La sexliile se subdivisait en 4 scrupules. 

Le scrupule de terre, dcempde carre, en loo pieds romains. 
Le pied romain quivalait lo pouces lo lignes-^ (Rome de l'Ille), 
ou o mtre 2947- * ' ' 

Valeur du jugencm. 

I jugerum valait une demi-hrdie, ou 2 actes carrs, ou 12 onces 
de terre , on 48 siciliqucs , ou 60 actes simples , ou 72 sextnles , 
ou enfin 28,800 pieds romains carrs. 

Valeur du jugerum et de ses parties. 



MESURES ROMAINES. 



L'brdie 

Le jugerum.. . . 
L'acte carr . . 
L'once de terre 
La sicilique. . . 
L'acte simple.. 
Le sextule ... 
Le ^crupnle. . . 



PIEDS ROMAINS 


MTRES CARRES 


c;iK$. 




57,600 


4999' 44 


28,800 


2499. 72 


14,400 


1249, 86 


2,400 


208, 3i 


600 


52, 08 


480 


41, 662 


400 


34, 7>8 


100 


8,6796 



499944 
24,9972 

i2,49b6 
2,o83i 
0,5308 
o,4i66 
0,3472 
0.0868 



AKPBIiT 

DK riKIf. 

1,4624 
0,7312 
o,3656 
0,0609 
0,0 i5o 
0.0121 
0,0100 
0,0025 



En nombres ronds, l'hrdie tait un peu suprieure l'arpent de Pa- 
ris ; le jugerum diffrait peu du demi-arpeni ' ; et la sicilique, trs-peu 
de la perche ( Paucton). Quoique Rome de Lille donne des proportions 
diffrentes , c'est cet auteur que nous avons suivi de prfrence. 

12. Page 196 , ligne 12. Dona amplis sma imperatorum. , etc. 
Dj, du temps de Pline, cette admirable modration avait cess. 
En Europe , on rcompense les moindres services rendus au 
prince par des dons quivalens au revenu d'une ville. Dj Phi- 
lippe-Auguste donnait en toute proprit vers l'an 1200, soa 
veneur, deux arpens (quatre jugerum) de bois, pour l'avoir 
merveilleusement aid coure un cerf; plus tard on a donn 
des lettres d'anoblissement pour des services tout aussi peu pro- 

' L'acte simple avait 4 pieds romains de largeur, sur 120 de longoenr. 

* Varron dit positivement que l'arpent des Gaulois ne contenait que 
la moiti de l'arpent romain , d'o il suivrait que l'arpent de Paris n'a 
pas change' sensiblement depuis dix-huit sicles. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 35 1 

Stables au bien de Ttat, et que les descendans des anoblis se 
gardaient bien de montrer. 

i3. Page 196, ligne i4' Item quarlarii farris , etc. Il sera si 
souvent question d'hmine , d'actabule et de modius dans ce 
livre , que nous croyons devoir donner la valeur rigoureuse de 
ces mesures. 

Valeur comparative du moms. 

Le modias se subdivisait en 3 semi-modius ; il valait 0,77 de boisseau. 

Le semi- modius en 5 } chenices, on o, 38 de boisseau. 

Le cbenice en i f septier , ou o, 07 

Le septier, ou Pas en a hmines, ou 0,046 

L'bmine en 4 ac tabules, ou o,o23 de Panciennc pinte 

de Paris. 

L'actabule en i - cyathe , ou o, 0067 de pinte. 

Le cyathe en 4 ligules , ou o, oo38 

La ligule o, ooogS 

Le boisseau tait autrefois de la contenance de i3 litres ; le litre qui- 
vaul peu prs la pinte. 

i4- Ligne i5. Cognomina etiam, prima inde, etc. Presque tous 
les peuples agriculteurs ont adopt des noms emprunts l'agri- 
culture. Nos anctres se faisaient appeler des Champs , grand 
Champ , du Pr , des Vignes, de la Vigne , du Foss , de la Haie , 
Du Chaume, Froment , Fromental , de VOrge, F Avoine , belle 
Avoine f Laboureur, Bouvier, Boulanger, Meunier, etc., etc. ; des 
noms analogues se retrouvent chez les diffrens peuples de 
l'Europe. 

i5. Ligne 18. Juniorum famili Buhulcum ,. etc. Parmi ces 
Bubulcus (Bouvier) on trouve un Caius Junius Bubulcus , deux 
fois consul , ensuite dictateur , puis matre de la cavalerie ; il y 
en eut un autre qui fut dile. ( Cf. Tite-Live, ix.) 

i6. Ligne 20. Quin et in sacris nihil religios ius , etc. La con- 
farration , con/arreatio {cum/arra) , tait la plus sainte manire 
de contracter mariage. Cette crmonie , qui se faisait devant 
dix tmoins , tirait sa saintet de l'usage qu'on observait d'offrir 
aux dieux le far et le sel : on rendait donc aux jeunes maris un 
hommage rserv aux immortels. Le mari et la femme mangeaient 



352 NOTES DU LIVRE XYIII. 

une partie de ce gteau ; on jetait le reste sur la tte des victimes 
(TlTE-LiVE, I, 968). Les poux faisaient ainsi leur premier 
repas en prsence des dieux. Il n'y a pas encore un sicle que , 
dans certains diocses, ceux qu'on venait de marier, rompaient 
ensemble le gteau au pied des autels, et buvaient un coup de 
vin en prsence du prtre. Cette crmonie tait prescrite par 
les rituels , et accompagne d'un protocole plus que singulier. 

16 bis. Page 198, ligne i. Agrum mole colre^ etc. La seule 
peine infliger aux laboureurs qui cultivent mal leur champ 
est inflige par la nature , car les produits de la rcolte sont 
moindres et de moindre qualit. Aulu-Gelle (iv, 12 , 3o2) 
s'exprime en ces termes ce sujet: Si qus agrum suum pas sus 
fuerat sordidescere , eum indiligente r curabat , ac neque araverat , 
neque purgaverat : si quis arborent suam vineamque habiterai dere- 
lictui , non id sine pna fuil : sed erat opus censorium , censoresque 
rarium faciebant , etc. 

17. Ligne 2. Atque {^ut refert Caio') quem virum bonum colo- 
num dixissent , etc. Dans tous les pays rcemment peupls et en- 
tours de peuples barbares, il ne devait y avoir que deux classes 
d'hommes galement estims , les soldats et les laboureurs , 
ceux-l pour cultiver la terre , ceux-ci pour la dfendre. Les 
socits , en vieillissant , semblent ne plus accorder qu'une im- 
portance secondaire l'agriculture ; les besoins intellectuels sont 
mis en premire ligne, et l'on estime surtout ceux qui travaillent 
les satisfaire en agrandissant le domaine des sciences. La civili- 
sation a fait des progrs rapides dans nos villes; mais tandis que 
les citadins s'clairent , les laboureurs , livrs de durs tra- 
vaux , ngligent de soigner leur intelligence , restent dans leur 
ignorance native , et cessent d'occuper la premire place dans la 
hirarchie sociale. Que l'instruction pntre donc dans nos cam- 
pagnes , que le bras qui conduit la charrue ne soit plus l'instru- 
ment aveugle d'une intelligence borne , et bientt l'on croira , 
comme Caton , louer dignement un homme en le disant un bon 
laboureur : Et virum bonum , quum laudahant : bonum agricolam , 
bonumtjue colonum. Amplis s ime laudari exislimabatur, qui ita lau- 
dabatur. 

18. Page 198, ligne 1 2. Ludos boum causa clbrantes, Bube- 



NOTES DU LIVRE XVIII. 353 

tios vocabunt. On n'a que trs-peu de dtails sur ces jeux Bubtiens. 
Saint Augustin (<fe Civt. Dei, IV, 34-) fait mention d'une desse 
Bubona qui prsidait la conservation des bufs , et que l'on 
invoquait dans ce but. 

ig. Page 198 , ligne 10. Seroius rex , ovium bourrique effigie 
primus s signait. Macrobe dit que c'est le roi Janus qui a le 
premier mis sur les monnaies l'effigie d'un buf; cet animal figu- 
rait sur les monnaies des Grecs , et surtout sur celles des Ath- 
niens, long-temps avant que les Romains songeassent le mettre 
sur les leurs. 

20 Ligne II. Frugem quidem aratro, etc. On lit. Tabula VII, 

2 , Qui frugem aratro qusilam furiim nox pavit, secuilque, suspen- 
sus Cereri necator : impubes prtoris arbitratu verberator noxiam- 
que duplione decernito. Les modernes n'ont que des peines correc- 
tionnelles pour de semblables dlits. Le code pnal des Franais 
punit de mort l'incendie des grains , moins cause de la valeur 
des productions crales , que parce qu'ils sont confis la foi 
publique. 

21. Ligne 16. Jm distinctio honosque , etc. Rien de sembla- 
ble ce que dit Pline n'existe chez les modernes. La consti- 
tution de Sude seule admet un ordre de paysans reprsents 
par des dputs la chambre des communes. 11 n'en est pas de 
mme en France. Cependant la Charte donne une grande impor- 
tance aux propritaires, et parmi ceux-l les possesseurs de terres 
sont en majorit : ce sont eux qui , en raison de l'impt qu'ils 
paient l'tat , sont surtout appels l'lection des dputs. 
Columelle (in Prcef.) donne aux tribus agricoles la prminence 
sur toutes les autres : At me hercule vera illa Romuli proies... semper 
rusticamplebemprposuit urban. Ut enim, qui in villis intra consepta 
morarentur , quam qui foris terram molirentur, ignaviores habiti : 
sic eos qui sub umbra civitatis intra mnia desides cunctarentur , 
quam qui rura colerent segniores visi. 

22. Ligne 19. Itaque quatuor sol , etc. Le 'nombre des 
tribus romaines a vari suivant les temps , et s'est accru suc- 
cessivement avec sa population. Aprs la paix conclue entre les 
Sabins et les Romains, Rome tait divise en trois tribus , celle 
des Rhamnes , celle des Tatiens et celle des Luceriens. Tarquin 

XI. 23 



354 NOTES DU LIVRE XVIII. 

l'Ancien doubla le nombre des tribus urbaines, sans en changer 
les noms ; de sorte qu'on disait la premire ou la seconde tribu 
des Hhamnes , la. troisime ou la quatrime tribu des Luc- 
riens, etc. : puis vint la division donne par Pline. Le nombre 
des tribus ne s'leva jamais au dessus de trente-cinq ; mais ces 
tribus , composes de citoyens , jouissant des mmes droits , 
taient plus homognes entre elles que les ordres nomms en 
Europe noblesse, clerg et tiers-tat. 

23. Page 198, ligne 23. Gloriam dentque ipsam, etc. Ecou- 
tons Festus : Adoream laudem^ sive gloriam dicebant: quia glorio- 
sum eum putabant esse , quifarris copia abundaret, Horace a em- 
ploy aussi le mot adorea. , - ; . ' .. . 

Et pulcher fugatis 

lUe dies Lalio lenebris , 
Qui primus aima risit adorea. 

Poinsinet fait remarquer avec raison que le mot adorea n'est 
venu signifier gloire , que parce que les premires couronnes 
ont t faites de bl. Nous parlerons ailleurs de Vador. 

24. Page 200, ligne i. Equidem ipsa etiam verba, etc. Notre 
auteur termine bien singulirement ce paragraphe , car la phrase 
que nous citons n'est nullement lie avec le texte qui prcde. 
On a beaucoup discut pour savoir ce qu'on devait entendre par 
ces mots, priusquamfrumenta vaginis exeant , et antequam in va- 
ginas perveniant. La signification la plus raisonnable est celle qui 
ferait supposer deux poques principales dans l'volution du bl : 
sa sortie de terre , alors que la tige est encore renferme dans 
la gane des feuilles ; et celle de la formation de l'pi , lorsqu'il 
est entour par les feuilles terminales. En adoptant cette expli- 
cation, il faut supposer ncessairement que deux sacrifices avaient 
lieu , l'un en fvrier et l'autre en mai ; c'tait alors qu'on im- 
molait une chienne rousse, pour se rendre les vents favorables. 

25. IV , page 200 , ligne 9. Manias Marcius dilis plebis 
primum, etc. Cette dilit remonte l'an de Rome 298, Marcus 
Valerius Maximus et Spurius VirginiusTricostus tant consuls. 

26. Ligne 1 3. Qua de causa statua ei extra portam, etc. Cette 



NOTES DU LIVRE XVIII. 355 

porte tait la dernire en de du Tibre ; elle conduisait Ostie. 
La porte de Saint-Paul , ainsi nomme du nom de la clbre 
glise de ce nom, en est peu distante. On a prtendu qu'elle 
avait pris le nom de Trigmina cause du combat des Horaces 
et des Curiaces ; cela est peu probable , car elle n'existait pas 
alors , moins qu'on ne veuille penser que ce nom lui avait t 
donn long-temps aprs le combat , dans la croyance o l'on et 
t que les. trois Romains taient sortis de Rome de ce ct 
pour aller triompher d'Albe. Cette porte , qui existe encore , 
est en brique , et d'une grande solidit ; elle est situe prs du 
mont Aventin , non loin des anciens thermes de rajan , et au 
milieu des vignes. 

27. Page 200, ligne 18. Verum quo anno Mater deum ad- 
vecta, etc. La statue de la Mre des dieux , c'est--dire de Cyble, 
fut apporte Rome l'an 55o , sous le consulat de Marcus Ce- 
thegus et de Publius Sempronius Tuditanus. 

28. Ligne 2 1 . M. Varro auclor est, etc. Ce fut l'an de Rome 6o4 
durant la premire guerre -Punique, que L. Metellus fit conduire 
Rome cent quarante-deux lphans qu'il avait pris sur les Car- 
thaginois , et qui servirent ensuite aux combats du cirque. ( Cf. 
Plin. , VIII, 6.) La dprciation du bl, dont Pline parle avec 
tant de complaisance , prouvait l'excessive raret du numraire , 
autant que l'abondance des grains. Il est un terme moyen du prix 
des grains, au dessous et au dessus duquel on ne doit pas dsirer 
qu'il atteigne. Polybe, contemporain de Caton l'Ancien (lib. l), 
vante ^ en termes peu diffrens de ceux employs par notre au- 
teur , l'abondance des denres , en Italie , aux poques fixes par 
Pline. 

ag. Page 202, ligne 2. Quippe etiamlege Stolonis Licinii , etc. 
Tite-Live (vu, 126), Columelle(l, 3), Plutarque {in CanL, p. i5o) 
parlent de ce fait. Stolon fut condamn payer une amende , 
decem miUilus cris , 4-00 francs environ. Le maintien de l'qui- 
libre dans la proprit n'est possible que dans les colonies nou- 
velles. Rome , qui fit punir Stolon , rapporta plus tard la loi en 
vertu de laquelle il fut condamn. 

3o. Ligne 6. Manii qiddem Curii post triumphos immen 
sumque terrarum adjecium imperio , nota concio est, etc. M. Curius, 

23. 



356 NOTES DU LIVRE XVIII. 

surnomm Dentatus , fut consul l'an de Rome 464 ; sa fru- 
galit et sa modration l'ont rendu clbre. Vivre en Curius, 
c'tait vivre sobrement et avec simplicit. Juvnal a dit des hy- 
pocrites : 



Curios simulant , el Bacchanalia vivunt. 

Satyr. , II , V. 3. 

Le nombre de jugerum de terre fix par la loi tait celui de sept 
( trois arpens et demi ). Quoiqu'il ft permis aux snateurs et 
aux autres grands foriptionnares de possder jusqu' cinq cents 
arpens de terre, Manius ne voulut jamais en avoir plus de sept, 
comme les simples citoyens, pensant qu'il tait impossible qu'un 
homme lev en dignit ne se contentt pas de ce qui devait 
suffire aux autres citoyens. 

3i. Page 202 , ligne i8. Aratiti quatuor sua jugera , etc. Ces 
quatre jugerum ( deux arpens ) qui composaient l'hritage du 
grand homme ^ taient situs au del du Tibre , entre la vigne 
de Mdicis et le mle d'Adrien ( chteau Saint- Ange ). Suivant 
le pre Hardouin , on appelle encore cette partie du territoire 
i Prati. On ne peut s'empcher de sourire en lisant que la 
terre donnait beaucoup de produits, parce qu'elle tait fire d'tre 
cultive par des hommes couronns de lauriers. Pline , aprs 
avoir pay ce tribut la religion de ses pres , qui personnifiait 
tout , raisonne ensuite plus sensment , en trouvant la cause de 
cette supriorit de culture dans des procds mieux entendus ; 
il s'indigne , avec toute la noblesse d'un grand cur, de ce que 
la terre tait cultive par des esclaves. Les mercenaires sment 
du bl , a-t-on dit , et il nat des chardons ; il faut des mains 
libres pour sacrifier Crs. 

32. V , page 2o6, ligne 6. Dicemus et sidra , 'etc. Ce pa- 
ragraphe est une sorte d'xorde qui semble rappeler le brillant 
dbut des Gorgiques: . . 

Quid facial llas segetes , quo sidre terram 
Verlere , Maecenas." 

33. VI, page2o6, ligne i5. Foriissimi viri et milites sire- 



NOTES DU LIVRE XVIII. 357 

nuissimi, etc. Ce jugement favorable, port en faveur dos labou- 
reurs et de leur race, serait encore aujourd'hui mme confirm. At 
exagricolis etviri fortissimi , et mililes strenuissimi gigtiuniur, maxi- 
meqite pius qustus , stabilissimusque consequitur , etc. (Cato, 
Prf., p. i). Ce sont les habitans des campagnes qui font surtout 
la force de nos armes. 

34.. Page 206, ligne g. Agrum paraturos ante omna , etc. 
Columelle {l , de Re rustca ) a crit : Multum conferre agn's lier 
comTnoduTn...de bonitate aqu ila omnibus clantm est, ut pluribus non 
sit disserendum.... de vicini commodo non est quidem cerlum , quem 
nonnunujuam mors , etc. ; et Caton ( loco cit. , c. i . ) : Vicini quo 
pacte niieant , id animum advertito. In bona regione bene nitere 
oportebii , etc. 

35. Ligne 2^.Aiilius Regulus, ille Punico bello bis consul, etc. 
Columelle {1 , de Re rust. , c. 4- ) cite aussi ce dire d'un Romain 
illustre : In universum tamen quasi testificandum , atque spius pr- 
dicandum habeo , quod primo jam, Punico bello dux inclytis simus 
M. Atilius Regulus dixisse memoratur : fundum , siculi nefcun- 
dissimi quidem soli , quum sit insalubris : ila nec effeti sit , si vel 
saluberrimus sit , parandum. Quod Atilius taiis suce agricolis ma- 
jore cum, auctoritate suadebat peritus usu. Nam, Pupini pestilentis 
simul et exilis agri cultoremfuisse eum loquuntur historie. 

36. Page 208 , ligne 6. Malus est ager , cum quo dominus 
luctatur. Ce prcepte, donn aussi par Columelle (l, 3), n'est pas 
d'une vrit incontestable. 

37. Ligne 7. Cato inter prima spectari jubet , etc. Caton 
( chap. I ) : Uti bonum clum habeat , ne calamitosum. siet. Solum 
bonum sua virtute valeat. Si poteris , sub radie montis siet , in me- 
ridiem spectet , loco salubri , operariorum, copia siet , bonumque 
aquarium, etc. 

38. Ligne i3, Itaque Cato, de bono domino melius emi, etc. 
Ce prcepte est rigoureusement vrai ; toutefois il ne faut pas 
oublier que trop de respect pouf les andennes pratiques d- 
i^nre en une routine condamnable. Il fapt discuter les an- 
ciens procds , ne pas les abandonner sans raison , mais ne pas 
y tenir aveuglment. Voici le texte de Caton (cap. i^ , auquel 
Pline fait allusion : Caeto alienam disciplinam, temere contemnas. 



358 NOTES DU LIVRE XVIII. 

De domino bono colono y hofloque dificaiore melius emelur Vi- 

deto , quam minimi instrumenti , sianptuosusque ager ne siet. Scito 
idem agrum, quod hominem,, quanwis qustuosus siet, si sumptuosus 
erit , relinqui non multum. 

Sg. Page 208 , ligne 17. lUe in agro qustuosissimam judicat 
vitem , etc. Malgr l'incertitude des rcoltes , et les vicissitudes 
atmosphriques qui influent si puissamment sur la qualit du vin, 
la vigne est encore aujourd'hui regarde comme la rcolte qui 
donne le plus de profit. On a t trop persuad de cette vrit , 
et l'on a plant plus de vignes qu'il n'tait besoin d'en avoir; de 
l une dprciation, considrable dans la valeur des vins et des 
vignes , dprciation encore augmente par les droits de toute 
espce dont les vins sont frapps. 

4o. Ligne ig. Proxime hortos riguos et prata. Voici 

comment Varron {deRe rustica, lib. I , c. 7 ) classe les divers 
genres de cultures : Cato quidem gradalim prponens , alium alio 
agrum meliorem, dicil esse in novem discriminibus : quod sil primus, 
ubi vine possint esse bono vino et multo : secundus , ubi hbrtus 
iriiguus : ierlius , ubi salicta : quart us , ubi oliveta : quintus , ubi 
pratum : sextus , ubi campus ffumentarius : septimus , ubi cccdua 
Sylva : octavus , ubi arbustum : nonus , ubi glandaria syha. Scrofa : 
scia , inquil , scribere illum : sed de hoc non consentiunt omnes , quod 
alii dant primatum bonis pratis , ut ego quoque : a quo antiqui prata 
parala appellarunt , etc. 

4.1. Ligne 20. Idemque Cato interrogatus , etc. Mettons sous 
les yeux du lecteur cette mme anecdote raconte par Cicron. 
Pline, avec sa concision ordinaire, l'a renferme dans quelques 
mots. L'orateur romain paratra moins concis, mais plus lgant : 
Ut etiam M. Cato credidit , qui consulenti quam partem Rei rustic 
exercendo celeriter locuplelari possel , respondit , si bene pasceret : 
rursusque interroganti quid deinde faciendo salis uberes fructus per 
cepturus essel , c^firmaeit , si mediocriler pasceret. 

42. Page 210, ligne 6. Eum tamen qui bene habitel, etc. Les an- 
ciens ont singulirement insist sur l'excellent effet de la vigilance 
et de la surveillance du matre dans la conduite des fermes. Caton 
(c. 4) a dit positivement: Ruii si recte habitaeeris , libentius et 
scepius venies : fundus melius erit : minus peccabitur , fructus plus 



NOTES DU LIVRE XVIII. " BSg 

copies. Frons occi'pitio prior..... et Columelle (iv, i8) : OcuU et 
vestigia domini , res agro saluhernma. 

Salvum le cupimns quidem ; , 

' Sed ille qui ocnlos centam habel, si Tenerit, 
Magno in periclo vita verletur tua. 

Doiniauni vidcre plaritnnm in rebas suis. 

Phedr. , Fab. IV, 19. 

Il n'est , pour voir , que l'il du - maiire , 

a dit notre immortel Lafontaine. Qu'est-ce qui engraisse bientt 
un cheval? L'il de son matre, S'ea-'^rrov o<p&a.h/nos^ r- 
pondit un Persan qui cette question tait adresse. (Xenopii., 
con. , V, 2 1 . ) 

4-3. VII, page 210, ligne 10, Modus hic probcUur, etc. Cecf 
est emprunt Caton (c. 3) : lia difices , ne villa fundum qu- 
rat, nevefundus villam. Columelle (l, 4)^ Varron {de Re rust., Il , 
ci), donnent ce ^me prcepte. 

4.4- Ligne 11. Non ut fecerunt iuxrta diersis , etc. C'est main- 
tenant Columelle que notre auteur compile {deRerust., 1,4-)' 
Multos enim deeirasse memoria prodidit, sicut prslantissitnos vros 
L. liucidlum et Q. Scvolam , quorum alter majores , aller minus 
amplas, quam poslulavit modus agri, villas exstruxit, quum, utrum- 
que sit contra rem familiarem , etc. 

4.5. Ligne 19. Convenit nec /uxta paludes , etc. Il ne faut pas 
mettre sur la mme ligue l'insalubrit des marais et celle des ri- 
vires. Columelle donne, comme il suit, les rgles observer 
dans la situation qu'on doit choisir pour btir une mtairie : Nec 

paludem quidem vicinam esse oportet dificiis quod ila calorihus 

noxium virus ructt , et infestis aculeis armata gignit animalia , 
qucc in nos densissimis examinibus involant. Tum etiam natricum 
serpentiumque pestes ^ hiberna destitutas uligine, cno et fermentata 
colluvie venenatas emittit, ex quibus spe contrahunlur cci morbi..,. 
sed et anni toto tempore situs atque humor instrumentum rusticum , 
suppellectilemque , et inconditos , conditosquefructus corrumpit (Co- 
LUM. , de Re rust. , 1,5). Il en est aussi question dans Varron : 
Adveriendum etiam si qua erunt loca palustria , e/ quod arescunl , et 
quod in iis crescunt animalia qudam minuta , qucc non possunt oculi 



* - 

36o NOTES DU LIVRE XVIII. 

consequi , et per ara intus in corpus per os ac nares perveniunt , 
atque efficiunt difficiles morbos. 

4.6. Page 2IO, ligne 20. Quamquam Homerus omnino eflu- 
mine , etc. Dans ce vers de V Odysse (v. 469) : 

Apji <r' k taroTeL/no -^v^fli itiiti i rpo. 

Frigida mane gravisque aura est , quam fluinina mitlunt. 

On doit avoir gard , dans l'apprciation qu'on fait de l'in- 
fluence des rivires sur la sant , la nature des terrains qu'elles 
parcourent , la rapidit de leur cours , l'lvation de leurs 
rives , aux plantations voisines , etc. , etc. Une rivire rapide qui 
coule sur du sable , et dont les rives sont suffisamment leves , 
a de grands avantages hyginiques pour les habitations voisines , 
sans avoir aucun inconvnient, 

4-7. Page 212, ligne 2. Agriipsms honitas, etc. L'argile, m- 
lange de terre alumineuse et d'une trs-faible quantit de silice , et 
la craie , constituent la terre vgtale dans des proportions diff- 
rentes ; mais quelles que soient ces proportions, elle est infertile si 
elle n'est pas mlange d'humus , et imprgne de gaz atmosphri- 
ques. Les plantes ne vivent pas indiffremment dans tous les ter- 
rains ; aussi peut-on indiquer la nature du terrain par les vgtaux 
qu'on y trouve. Le tussilage, Tussilago Farfara , L. , aime l'ar- 
gile ; le Plantage Cynops et la spargoute , le sable ; la brunelle , 
Brunella grandifiora , h. , ainsi que diverses gramines, le cal- 
caire ; la cigu indique une terre riche en humus , etc. Il faut , 
pour qu'un sol soit de bonne qualit , que l'argile , le sable , le 
calcaire et l'humus y entrent dans la proportion d'un quart ; mais 
ces proportions ne sont point rigoureuses. 

4.8. Ligne 5. Ebulum. Cf , sur l'hible , la note 72 du 
livre XXIV. 

49. Ligne 6. Prunus sihestris. Il s'agt ici du Prunus spi- 
nosa , L. , qui crot dans les terrains calcaires. On le trouve 
bien rarement dans les bonnes terres. Conf au livre xxiv, la 
note 142. 

50. Rubus. Cf. au livre xxiv la note 162 , o nous parlons 
des ronces. Ces arbrisseaux se plaisent dans presque tous les ter- 



NOTES DU LIVRE XVIII. 36 1 

rans ; toutefois ils prennent un dveloppement plus considrable- 
dans les terres riches en hum-us. 

5i. Page 212, ligne 6. Bulbus minutus. Ce petit bulbe, 
dont Pline reparlera encore au livre suivant , est une liliace du 
genre allium, VAllium sphrocephalum , L. , ou quelque espce 
voisine? 

52. TrifoUum. Cf. sur le trfle, la note 109 du livre xxi. 

53. Ligne 7. Herba praiensis. On ne peut savoir ce que 
Pline entend par cette herba praiensis ; c'est sans doute quelque 
gramine: le Poa praiensis, quelque phleum, Vahpecurus, le dac- 
tjlis , et peut-tre toutes ces plantes. 

54. Quercus. Cf. sur le chne la note 17 , au livre xvi. 

55. SUeestris pirus, malusque, frumentarii soli not. Ce pims 
silvesiris est le poirier sauvage. Cf. la note 106 , au livre XV ; 
et sur le malus ,. la. note io5 , au mme livre. 

Les plantes numres par Pline dans ce paragraphe croissent 
en gnral dans les terrains calcaires , et leur prsence , quoi 
qu'en dise Pline , est de mauvais augure. 

56. Ligne 11. Mudum agri in primis servandum , etc. Virgile 
a dit: 

Laudato ingenio rura , 

Exiguuin coliio 

Geoig., lib. it, V.413. 

57, Ligne 16. Sex domini semissem Afric possidebant , etc. 
Il faut sous-entendre ici de l'Afrique connue des Romains ; or 
ceux-ci n'avaient pas explor la cinquantime partie de ce vaste 
territoire , et ils ne possdaient que le littoral depuis l'isthme de 
Suez jusqu' Maroc. 

58. Ligne 20. Agro empto domum vendendam, inclementer 

Mago censuit. Il faut rsider , pour que la ferme prospre. Les 
modernes l'ont bien senti quand ils ont cr le nom d'homme 
des champs ; aussi voit-on les personnes adonnes la culture 
ne faire que de courtes apparitions dans nos cits : Frontemque 
domini plus prodesse quam occipitium, a dj dit notre auteur, qui 
se plaint de la svrit du Carthaginois Magon , dont Columelle 
rapporte aussi le prcepte utile : Nisi prsentia domini frequens 



362 NOTES DU LIVRE XVHI. 

operibus interveneril , ut in exerctu qiatm ahest imperalor , cuncla 
cessant officia. Maximeque reor hoc significantem Pnwn Magoncm, 
suorum scriptorum primordiian talibus auspicatum sententiis : qui 
agrum parabit , domum vendat : ne malit urbanum > quant rusticwn 
larem colre : ad magis cordi fuerit urbanum domicilium , rustico 
prdio , non eril opus , etc. 

5g. Page 212 , ligue z/f.. Dehinc peritia Calo prcepit. En 

effet Calon {de Re rusi., v, 10) a dit: Ne plus censeat villicus 
sapere se, .quant dominum : consideretqus , ut qu dominus imperavity 
fiant. 

60. Page 214, ligne 7. Circiter mllies H- S liberalitate dipi 
Augusti congestum , etc. On value diversement cette somme. 
Desplaces l'lve i2,5oo,ooo livres; Hardouin ne la porte qu' 
10,000,000 de notre monnaie. Le sesterce valait peu prs , du 
temps de Pline ,16 centimes ; ce serait donc une valeur de 
16,000,000 fr. environ. Rome de Lille value le sesterce 5 sols 
(25 cent.) ) ; ce serait alors 28,000,000. Voil bien de l'incer- 
titude : elle prouve videmment que , malgr d'immenses travaux 
sur la valeur des monnaies chez les anciens , on est encore bien 
loin de s'entendre. 

6 1 . Ligne 1 5. Nec temere olivam, e/f .Virgile a dit que l'olivier 
n'avait pas besoin de culture : 

Contra non uUa csl oleis caltura : neque iUse 
Procnrvam expectant falcem rasirosque tenaces , 
Quam semel baeserunt arvis , aarasque tirierunt. 

Georg., II , V. 431- 

assertion contredite par Pline , lequel , au livre XV, a donn des 
prceptes de culture fort importans. Les modernes n'abandon- 
nent pas les oliviers eux-mmes : on en dchausse le pied , 
on les fume , on les arrose , on les recp , on les taille mme 
quelquefois , etc. 

62. VIII , page 216 , ligne 1 1. Peforem, qui profestis diebus 
ageretf quodferiatis deberet. Le paganisme tolrait certains ou- 
vrages les jours de fte. Columelle en donne la preuve quand il 
dit (il , 22) : Quanquam pontifices nagent segelem feriis sepiri debere : 



NOTES DU LIVRE XVIII. 36:? 

vtant quoque anarum causa lavari oves , nisi propter medidnam...., 
fer Us auiem rilus ma/orum eliam illa permitlii : far pinsere , faces in~ 
cidere f candelas sebare , etc Virgile a dit aussi ; 

Qoippe etiam fcslis qusedam excrcere diebus 
Fas et jura sinunt. Rivos deducere nulla 
Relljgio vetuit , segeli praetendere sepem , 
Insidias avibns moliri , incendere vpres, 
Balantumque gregem fluvio mersare salubri. 

Georg. , liv. i , t. 268. 

63. Page 218 , ligne 6. El tdeo majores fertilissimum , etc. 
Pline revient encore ici sur la ncessit de la prsence du matre 
dans la ferme. La prsence du matre est l'il de la maison , 
dit Eschyle. 

64.. Ligne 16. Dterra cariosa exsecrato, etc. Cf. au livre XVII, 
c. 3, la note l^i. 

65. Ligne 19. Filx biennio moritur, etc. Cette fougre est la 
ptride , fougre femelle , Pteris aquilina. Quand on casse ou 
qu'on coupe sa lige , il n'en dcoule auci^n suc : il est donc faux 
que ce soit un moyen de faire prir la racine de cette plante nui- 
sible. 

66, Ligne 24. Similiter et arundinem exarari, etc. Il est inu- 
tile de dire que cette assertion est une fable, indigne de l'auteur 
qui la donne. 

67. Page 220, ligne i. Frutecta igni optime toUuntur. Le feu 
est un moyen avantageux et souvent employ pour dbarrasser un 
terrain qu'on veut rendre la culture. Les ceftdres qui sont le 
rsultat de la combustion augmentent beaucoup la fertilit de la 
terre. Dans un grand nombre de pays, on brle, aprs les mois- 
sons, les chaumes , ainsi que les tiges des herbes qui sont restes 
debout dans les champs ; cette opration est fort recommande. 
Cf. CoLUMELLE, Il , 4'^ = c'est cet auteur qui a fourni la presque 
totalit du paragraphe que nous commentons. 

68. Ligne 2 . Humidurem agrum f os sis concidi , elc. Ce 
moyen est employ journellement par les modernes. On a r- 
cemment invent , pour faciliter l'coulement des eaux , une es- 
pce de charrue dont nous avons vu dernirement le modle 
Genve , et qui a le nom de charrue-taupe ; elle sert tracer 



364 NOTES DU LIVRE XVIII. 

des conduits souterrains dans lesquels l'eau s'coule. Malheureu- 
sement le pied des animaux qui tranent cet instrument endom- 
mage plus peut-tre qu'il n'amliore. Columelle a parl de la 
construction des fosss pour faciliter l'coulement des eaux : 
Si locus humidus erit , abundantia uliginis ante siccetur /assis. 
Earum duo gnera cognovimus, ccarum et pcUentium. Spissis atque 
cretosis regionibus apert lelinquuntur : at ubi solutior humus est , 
aliqii jiunt patentes : qudam etiam ohccantur, ita ut in patentes 
ora hiantia ccarum competant. ( COLUM. , lib. II, c. 2.) 

6g. Page 220, ligne g. $ilv exstirpand rationem Democri- 
tus prodidit, etc. Les fleurs de lupin n'ont aucune action sur les 
arbres ; elles n'en auraient mme pas une bien marque sur l'es- 
tomac des animaux. Quant la cigu , quoiqu'elle puisse tre 
plus nuisible qu'avantageuse aux arbres , il est douteux qu'elle 
les ft mourir. 

70. IX, page 220, ligne i3. Et quoniam prparatus est 
ageri On donne le nom, de crales toutes les plantes dont les 
semences , riches en fcule , servent faire du pain. Ce mot r- 
pond assez exactement celui de/ruges; cependant, sous le nom 
de crales , on entend plus exactement le mot latin frumenta. 
Voyez la note suivante. 

71. X, page 220, ligne ig. Frumenti ipsius , etc. Le mot 
frumenta doit se traduire par le mot bl , qui s'entend des c- 
rales en gnrait On dit communment , dans le sens gnri- 
que : cette anne les bls sont beaux, il y a beaucoup de bl au 
march ; mais ce mot s'entend cependant plus particulirement 
du froment , parce qu'il est le bl par excellence. Quelquefois on 
dsigne le froment sous le nom de bl-froment , bladum frumen- 
tum. Les bls sont encore aujourd'hui classs d'aprs l'poque 
o on les sme : bls d'hiver ou d'automne , bls de mars , bls 
de la Saint - Jean ( le seigle). En latin, le vaot frumentum est 
toujours gnrique ; il a une bien plus grande extension qu'en 
franais , puisqu'il s'tend des plantes trangres la famille 
des-gramines. M. de Theis fait venir le mot frumentum effurment 
en celtique , driv tffeur, gerbe. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 365 

72. Page 222 , ligne i. Triticum. Dans l'acception botani- 
que , le mot triticum est un nom de genre , et ce genre renferme 
des espces non cultives. Dans l'acception commune, il se tra- 
duit en franais ^ac froment , nous avons dit quc/rumenlum se 
traduisait par le mot bl , dont l'extension est plus grande. On 
cullive encore en Europe, pour la nourriture de l'homme , le 
Triticum kybernum , L., et ses varits, le T. Spelta^ L,, l'pau- 
tre, le T. monococcum, L. , et le T. compositum , L. tils , qui ne 
parat pas avoir t connu des anciens. Quelle est donc l'espce 
laquelle il convient de rapporter le Triticum de Pline .'' Nous 
n'hsiterons pas dsigner le T. hjhernum^. On le semait , ont 
crit les auteurs, avant l'hiver et vers la fin d'octobre. C'tait 
particulirement en Apulie qu'on le cultivait. Sa tige , plus leve 
que celle de l'orge , porte quatre nuds. Ses feuilles sont 
douces au toucher ; son pi est garni de barbe comme l'orge ' , 
mais quelquefois il en est priv ; il offre quatre ranges de grains, 
et chacun d'eux est couvert de membranes qui se dtachent faci- 
lement : c'est le plus pesant des grains, etC* Voil bien les deux 
varits de froment , l'une pis glabres, l'autre pis barbus, 
varits cultives encore aujourd'hui dans nos provinces. Voici 
comment nous donnons la concordance synonymique du triticum: 

TW}^ , Deuter. , VIII , 8. lv/joff , HoMER., Iliad. , A , 69; 
Odfss. , A, 604.; , 112 ; Theoph. , VIII , 4- et ailleurs ; 
Diosc. , II , 107 ; Plut, , Symp. , vi , 6. Galen. , ad 
Glauc. , II; <fe Simpl. fcuult. ^ vili, 16 ; Triticum, Virg. , 
Georg. , I, 119; Plin. , loco comm. , et Latinor. ; Triti- 
cum hyhernum, LiNN., Spec.pl. , 126. Famille des gra- 
mines. Le froment et ses varits. 

On a cru que l'on devait donner plus particulirement le nom 
de foMfds \x notre froment barbu ( T. hjbernum). Le type de l'es- 
pce est celui du siligo , ou T. hybernum, var. muticum. 

' Spica ea qa matilata non est, in hordoo et tritico, tria faabet con- 
tinenlia granam, glamam, aristain. (Varr., de Re rust. , i , 48.) 

* Arisla , quae ul aciis lenuis longa cminel e giuma. Proindo ul grani 
theca sit gluma , cl apex arisla. (Eiusd. , loco cit.) 



Zm NOTES DU LIVRE XVIII. 

Le mot triticum vient, suivant Varron , de irilum, battu, de 
l'usage de le battre dans l'aire pour en tirer le grain. 

Sans affirmer quelle est la patrie du triticum, on croit pouvoir 
lui assigner la Perse ; du moins Michaux a-t-il observ , dans 
la province de Hamadam , la vgtation spontane de l'pautre 
(^Triticum Speita). Slrahon dit qu'on trouvait le froment dans la 
Musicanie ; les Hbreux le connaissaient dj , et l'appelaient 
'hhitah , TWt\ , d'o probablement est venu githago , nom d'un 
agrostemma qui ne crot que dans les bls. Le froment est au- 
jourd'hui cultiv chez tous les peuples civiliss ; il s'accommode 
de la plupart des terrains , et la nature a pris un soin particu- 
lier de sa reproduction, en lui donnant, ainsi qu' l'orge et au 
seigle , trois radicules , tandis que les autres plantes n'en ont 
qu'une ; prvoyance admirable , qu'on s'indignerait d'entendre 
appeler hasard. 

73. Page 222 , ligne i. Far. Ce mot signifie quelquefois , 
comme le mot frumenlum , tous les bls cultivs ; ce vers de 
Virgile en donne la preuve : 

Aut ibi flava seres , mulalo sidre , farra. 
Georg., I, 73 

Nanmoins on doit regarder comme peu prs certain que le 
far tait cette espce de froment nomme par les taodernes Tri- 
ticum dicoccum, , et par les Grecs e/a, ou sst. Dioscoride distin- 
gue deux espces de zea , l'un simple , fj.QVOKQKK0s , Triticum mo- 
nococcum; l'autre double , Triticum Spelta, S'ikokkos. Cette der- 
nire espce est encore nomme de nos jours farra dans le 
Frioul ; c'est sous ce nom At farra qu'elle est connue , suivant 
Belon , dans les environs d'Alexandrie. 

Homre fait mention du zea , ainsi que Thophraste ; ce der- 
nier lui donne l'pithte de robuste , que Virgile attribue aussi 
son far. 

Quant la plante nomme par Homre oMpet, et qu'on a 
cru, tort, lreVarinca de Pline, il parat que c'est l'espce de 
Uiticum connue sous je nom d'pautre. 

Par adorea liba , Virgile entend les plateaux de pte grossire 
qui tenaient anciennement lieu de plats et d'assiettes ; on les 



NOTES DU LIVRE XVIII. 367 

faisait arec la farine de iWor, nomme aussi adoreum quand on 
sous-entendait semen. 

Il rgne sur Vador , le far , le siligo ujie extrme confusion 
d'ides. Columelle est de tous nos auteurs latins celui dont le 
texte donne le plus de notions positives sur ces crales {/ru~ 
menta ). 11 place d'abord au premier rang le iriticum et le semen 
adoreum. Divisant ensuite ces deux classes , il fait l'numration 
des tritica , ce qui n'est point de notre sujet. Lorsqu'il en vient 
\ adoreum , il en nomme quatre espces principales et plus usi- 
tes que les autres : 1 \tfar, surnomm clusien blanchtre ; 2 le 
far dit vennuculum (ou, suivant les ditions, vernaculum ou ver- 
mi'culum) , d'un roux dor ; 3 un autre /ar blanc comme celui 
du Clusium , mais plus pesant; ^^ enfin Vhalicastrum , nomm 
aussi grains de trois mois , car il ne lui faut que ce temps pour 
crotre, dernire espce, qu'il regarde comme prfrable toutes 
les autres varits 'adoreum. 

Ador tifar ne sont donc point, comme on le dit, entirement 
synonymes; mais trois espces diverses Atfar, et une crale 
appele halicastenus , portaient ensemble le nom gnrique 
^ador. 

J. M. Gessner croit tre sr que tous les passages qui se rap- 
portent Vadoreum conviennent au grain appel , dans la haute 
Allemagne , dilnckel ; reste savoir quel est le vrai nom bota- 
nique de ce dunckel. 

Il faudrait des recherches d'une longueur que ces notes ne 
comportent pas , pour dterminer les espces ^hordeum ou de 
secale qui ont pu tre ranges sous ce nom vague et gnral 
lYador; mais puisque le plus souvent il se confond avec far, on ne 
se hasarde gure en le prenant pour le e/rf. des Grecs , ou notre 
Triticwn Spelta. On a aussi dsign le mas ; mais cette opinion 
est inadmissible : le mas est une gramine originaire de l'Am- 
rique mridionale qui fut inconnue aux anciens. Voici quelle est 
la concordance synonymique du yr; 

ncoS , ExoD., IX, 32. Zet ou Ze/ct, Theoph. , viii, 9; 
Ze*,Il0MEU. , Iliad., E, 196; Od/ss. , A, ^i ; 'i'et.ppo! , 
DiONYS. Halyc, ntiq. rom., IV, g. Far, Catull., ii, 4; 



368 NOTES DU LIVUE XVIII. 

Varr., I, 9 ; ViRG., Gorg., i, 78, i85 et ailleurs ; CoLUM., 
II , 619 ; Far , Adoreum et Semen , Plin. , xvill , 7 et 8 ; 
Semen , IsiDOR. , XVII , 3 : Trilicum dicoccum , SCHUBL. 
Gramines. L'pantre deux ranges. 

74. Page 222, ligne i. Hordeum. Les espces d'orges cul- 
tives en Europe sont les Hordeum vulgare , hexastichum , disti- 
chum et Zeocriton ; mais les anciens ne connaissaient pas toutes 
ces plantes , dont plusieurs ont t introduites en Europe depuis 
quelques sicles seulement. C'est la premire espce qu'il faut 
rapporter Vhordeum des anciens , et voici sa synonymie : 

n'iljf^, Bibl. sacr. K/)/fl A'/jxx'is ^ HiPPOCR., Morb., 
III , 896 ; R/jjm Asyx. , et par contraction K/>/ , HoMER, , 
Odjss. , A , 4.1 ; Iliad. , E, 196 ; At hen. Deipn., I , 71 ; 
Theoph. , VIII, 4- Hordeum, Catui.l. , 35 ; COLUM. , 
II, 9 , etc. ; Plin. , lococU. , Arinea?? Ejusd., Hordeum 
sativum, LiNN. , Spec. pi .iS. L'orge cultive. 

On ne sait pas quelle patrie on doit assigner l'orge ; rien ne 
le prouve mieux que la diversit des opinions cet gard. 
Henzelmann indique les montagnes de la artarie et de la Si- 
brie ; Riedezel , la Sicile , prs de Marzama ; Lamarck ( Encyd., 
IV, p. 6o3), Sprengel [Hist. Reiher., i, 9) et la partie orientale 
de la Gorgie. Rien de plus difficile rsoudre que cette question. 

Le mot hordeum drive de hordus , cause de la qualit du 
pain que donne sa farine ( BoDUSA Stapel) ; d'autres font 
venir ce mot e.fordeuTn, qui a vieilli , et qui drivait de cpopC , 
nutrimentum. On sait que le changement de la lettre h en/ est 
frquent. On disait yrj pour hors ;/umum latin est devenu homo 
en espagnol , formica est devenu hormiga , etc. 

75. Ligne 3. Milium. C'est-l le mil ou millet des mo- 
dernes , plante trop connue pour qu'il soit besoin d'en parler 
plus au long. Voici la concordance que nous tablissons : 

Kyxpos, Hesiod. , Oper. etdies; HiPPOCR. , Morhus mulierihus, 
i, 619; Kyxpvs^ Theoph., viii, 3, etc. ; Diosc, 11, 119; 
Strab., V, 3o8. Galen., de Alim./acult., 1 ; et de Simpl. 



NOTES DU LIVRE XVIIL 369 

med. ; Milum , Latinor. ; Panicum italicum , LiNN. , Spec. 
pi. , 83. Le mil ou millet. Famille des gramines. 

76, Page 22 , ligne 3. Panicum. Pline dira plus loin Partis 
multifarie et e milio fit , e panco rariis ( VIII, 7 ) ; et ailleurs, 
panicum a paniculis dictiim. L'emploi de cette gramine comme 
aliment remonte fort loin. Le mol panis indique que ce fut vrai- 
semblablement une des premires graines qui servirent faire du 
pain. On ne l'emploie plus gure cet usage. 

Voici quelle est la concordance synonymique du panicum : 

"Ekv/.ios Kt /eX/V, Diosc, l, 121 ;''EAU;WOf, Theoph., viii, 
1,3,7. Galen. , Fac. simpl.^ 6 , 83 ; Alim. , 1 , 3i4 ; 
Panicum, Plin. , loco comm. ; Panicum miliaceum , LiNN. , 
Spec. pi. , 86. Le millet paniculc tale ( famille des 
gramines ). 

Quelques auteurs, mais c'est le petit nombre , adoptent pour le 
Y^.iyy^poi le Panicum ilalicum ; et pour l'^AV//of , le Panicum, 
vfiiliaceum. Dioscoride assure que ces deux plantes sont peu diff- 
rentes , et ne les dcrit pas. Thophraste se contente de dire que 
\e panicum est plus petit que le mlium. Ce peu de donnes est in- 
suffisant pour dcider la question qui nous occupe. Il est prouv 
seulement que le panicum est bien le Panicum m,iliaceum des 
botanistes modernes. On lit dans Dioscoride (^in Notis) que le 
Keyxpos est le /uixiovjn des Romains, et VKkvjuos leur tclvimv/^ ; 
mais ces noies sont-elles bien authentiques ? 

77. SesamM. On connat aujourd'hui, sous le nom de s- 
same ou de jugeoline , une plante d'Orient dont les semences 
fournissent une huile fixe assez douce, nomme par les Arabes 
sisitch. Les Babyloniens , au rapport d'Hrodote , l'estimaient 
beaucoup. Dioscoride parle de l'huile que les Egyptiens reti- 
raient de SCS semences ( ll , 121 ). Pline dit plus loin que les In- 
diens en retirent de l'huile, et il assure qu'elle servait l'clairage 
et la prparation des alimens. Aujourd'hui la culture du ssame 
est abandonne en Europe; mais on doit croire qu'elle fut autre- 
fois trs-suivie en Grce et en Italie , puisque Thophraste ( de 
Causis, Il , 17 ) et Pline mettent cette plante parmi les crales. 

XI. 24 



370 NOTES DU LIVRE XVIII. 

Voici comment nous donnons la concordance synonymiquc du 

sesamum : 

2>)(n*yWt et InrctyLOV , HiPPOCR. , ^ffec. ; Theoph, , de Caus. 
plant., 17 , 19; Hist. plant. , VIII, 5 ; Diosc. , 11, lai. 
Sesama , Plin. , loco comm. ; Sesamum Veteium , C. Bauh., 
Fin. , p. 27. Schit-chi , Rheed., Malab. , 9, p. io5. 
Sesamum, orientale , LiNN. , Spec. pi. , 574. Le ssame 
d'Orient, ou jugeoline (famille des ssames). 

78. Page 222 , ligne 3. Horminum. Dioscoride dit que Vhor- 
minum, a des feuilles semblables celles du marrube , une tige 
haute d'une demi-coude et quatre angles , autour desquels 
on trouve des espces de fruits semblables des gousses qui pen- 
dent de haut en bas, et qui renferment des graines. Pline crit, 
chap. 22 de ce mme livre, qu'elle ressemble au cumin, et qu'on 
reconnat une espce sauvage et une espce cultive. Ce peu de 
renseignemens a paru suffisant aux commentateurs pour dsigner 
le Sahia Horminum de Linn. Mais s'agit- il bien d'une labie ? 
Toutes ces plantes ont une tige quadrangulaire entoure de fruits 
verticills ; elles sont toutes stimulantes , etc. ; malgr ces 
donnes , il nous reste bien des doutes sur la dtermination de 
V horminum ; en effet , cette plante tait range, par les anciens, 
au nombre des crales. Thcophraste et Pline s'accordent sur ce 
point. Or les crales tirant toute leur importance des semences, 
comment pourrait-on se dcider pour la sauge-hormin , dont les 
graines, amres et aromatiques, ne sont pas renfermes dans des 
gousses pendantes , et n'ont pas un prisperme farineux. Ces 
graines sont d'ailleurs tout--fait inutiles , et il en est de mme 
des autres parties de la plante dsigne , qui prend place parmi 
les aromatiques , riches en huile essentielle. C'est une plante 
mdicinale et nullement conomique. Au lieu donc de dsigner 
une labie, on devrait chercher une lgumineuse , car on peut 
carter sans inconvnient la circonstance qui a rapport aux angles 
de la tige de Vkorminum ; mais quelle serait , dans ce cas , la 
plante dsigner ? Nous ne pouvons le dire. 

"O/iyu/vov, Theoph. , Hist. pi. , viii, i et 7; Diosc. , m, i^S; 



NOTES DU LIVRE XVHI. 371 

(fopC/oj', Galen. , de Fac. simpl. , vii , iSa ; Hormimim, 
Plin. , loco comm. (p-op/ntov , Paul. ^gin. , vu , p. 24.9. 
Quid?? Labiat genus an potius genus legianinos. 

79. Page 222 , ligne 4- Irio. L'obscurit dont nous venons 
de nous plaindre en parlant de Vopfj.tvov , rgne aussi pour la d- 
termination de Vin'on ( Cf. la note prcdente ). On a dsign 
une crucifre ; on peut cependant faire , pour l'adoption de cette 
plante , plusieurs objections. 11 est bien tabli que Pline nomme 
irio ce que les Grecs nommaient spVa-ijuov ; mais , sous ce nom, 
les Grecs , suivant les commentateurs , entendaient parler de 
plusieurs plantes : ainsi Vepv<rt/uov d'Hippocrate et celui de Dios- 
coride seraient notre Erjsimum officinale , L. , tandis que l'e/>t/- 
(Tijxov de Thophraste ( Hist. plant. , vill , 3) serait le Brassica 
Eruca , L. Divers auteurs prtendent que c'est au Sisjmbrium 
pol/ceratium qu'il convient de rapporter V^pVa-tfj.ov de Dioscoride. 
Mais comment cette crucifre , ou le Brassica Eruca , pourrait- 
elle mriter d'tre tablie en culture rgulire ? Il est difficile 
de le dire. Une lecture attentive du texte de Thopbraste et de 
Dioscoride ne nous fait voir aucune raison suffisante pour ne pas 
reconnatre une seule et mme plante dans rEpva-//<or des divers 
auteurs grecs. Nous tablirons donc la concordance suivante : 

Epv<ri/x6v , HiPPOCR. ; Theoph. , VIII , I et 4 ; Ejusd. , de 
Clausis , 16 ; DiOSC. , II , 188; AypIoTpet, G^JEC. MOD. 
Jrio et Erysimum , Plin. , loco comm. ; Sisjmbrium polyce- 
ratium, LllSN. , Spec pi. , 918 ; secund. Anguillaram ; Erjsi- 
mum officinale, LiNN., Spec. pi. , 92-2 , teste Dodon. , Matth. 
in Diosc. , etc. ; Sisjmbrium Irio , LiNN. , Spec. pi. , 921 , 
teste Linn. Le sisymbre plusieurs siliques, l'irio, ou bien 
encore le vlar officinal. 
C'est d'aprs Thophraste que notre auteur met Virio au nom- 
bre des plantes crales.. 

80. Ligne 7. Aliqui vema lentem. Il ne reste aucim " 

doute sur la synonymie adopter pour le lens des Latins ; voici 
comment on peut l'tablir: 

Q''K'"^y , Bibl. sacr. <i>a,Ko et (I>etx , TuEOPH. , VIII , 3 ; 

24- 



S7 NOTES DU LIVRE XVIII. 

Diosc. , II, issg; Athen., Beipnos., iv, 5i ; ^etx, Gr^c. 
MOD. Lens, Catull. , 35 ; Virg. * , Georg. , i , 228 ; 
CoLUM., X, 10; Plin., loco comm. ; Lenticula, QuORUMD. ; 
Lens esculenta , Mnch. meth. ; Erum Lens , LiNN. , Spec. 
pi., loSg. La lentille. Cf. plus loin la note igS. 

81. Page 222 , ligne 8. Cicer. Cf. plus loin la note 194- 

82. Alcam. Alica est un mot qui a une triple significa- 
tion , car il veut dire boisson, bouillie, gruau, et souvent mme le 
grain avec lequel on le faisait. Il a ici la signification de bouillie. 
S'il fallait en croire Galien ( de Alim, fac. , vi , 6 , 3i4- ) , V alica 
serait une sorte de froment nomme yjivS'pos. Les anciens en 
faisaient un gruau et une bouillie ; soumis la fermentation , on 
en obtenait une sorte de bire. Nous reviendrons sur ce sujet. 
Cf. Plin. , lib. xxil ullim. , et la note 174 de ce mme livre. 

83. Sementiva auiem fabam. Nous donnerons note i83 

la synonymie de la fve, Faba vulgaris de Mncli. Par sementiva, 
Pline entend parler de semences qu'il faut mettre de bonne heure 
en terre. ^fcS'W'afa. ijl^v oc la-'?/, '^vpbf ^ "xpiti.... kvajuos, a dit 
Thophraste ( Hist. pi. , vin ,8,1). 

84. Ligne 9. Napnin , rapam. Nous aurons l'occasion de 
parler ailleurs de ces crucifres. Confrez au prsent livre les 
notes 199 et 204. 

85. Et in tritici, etc. Le mot farrago nous a fourni celui de 
fourrage. On connat deux sortes de fourrages , celui qu'on r- 
colte dans les prairies o dominent les gramines , et celui qu'on 
obtient dans les prairies artificielles : c'est-l le vritable yrrag-o 
des anciens. Il varie suivant la nature du terrain. Tantt c'est 
la luzerne et le trfle seuls ou runis, tantt la vesce, l'orge ou 
l'avoine , etc. Il n'est pas possible de savoir le nom de la varit 
de froment qu'on semait avec d'autres plantes pour en faire du 
fourrage. 

86. Ligne 11. At lupinum. Le lupin ne sert plus gure 

la nourriture de l'homme; il est mme rare qu'on l'emploie 

Dans ce a ers : 

Nec PdasiacR curam adspernabere lenlis. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 873 

aujourd'hui pour alimenter les bestiaux. Virgile lui donne avec 
raison l'pithte de iristis : 

Aut tenues ftus vici, trislisque lupini 
Susluleris 

Georg. , 1 , 75. 

Les stociens seuls et les pauvres s'en nourrissaient aprs avoir 
fait macrer les graines dans l'eau bouillante , afin d'en ter l'a- 
mertume. Voici la synonymie du lupin : 

Oepjuos , Theoph. , viii, 7; Dioscor,, 11, 182; Athen. , 
Beipnos., II , 4-5 ; AvTsvdpiov , SuiDAS ; Av^ovvi , Grmc. 
MOD. Lupinus , ViRG. , loco cit. ; CoLUM. , II , 10 ; Plin., 
loco comm. ; Lupinus hirsutus et pilosus , LiNN. , Spec, ph , 
ioi4- Le lupin (famille des lgumineuses). 

87. Page 111 , ligne i3. Legumina omnia, etc. Ceci est em- 
prunt Thophraste {Hist. pi. , vill ,2 ). La fve , de mme 
que les autres lgumineuses , n'a qu'une seule radicule. 

88. Ligne 16. Frumenta multis radicantur fibris , sine ramis. 
Pline veut dire ici que les racines du froment sont fibreuses , 
ou bien que cette prcieuse gramine a plusieurs radicules , 
ce qui est galement conforme la vrit ( Cf. la noie 72). 
On sait qu'on doit tendre toutes les gramines d'Europe ce 
que noire auteur dit du froment; aucune n'est ramifie , toutes 
sont sine ramis. Pline a pris la presque totalit de ce chapitre 
Thophraste. Cf. cet auteur ( Hist. pi. , viii, i ) et Varron {de 
Re rusi. ,1,4)- 

89. Ligne 16. Erumpit a primo , etc. Le temps que les 
graines mettent germer est, pour chaque espce, plus ou moins 
long, en raison de l'exposition, de l'lvation del temprature, 
et de la nature du sol dans lequel on les met ; plus la chaleur 
est grande , plus la terre est substantielle , et plus tt aussi la 
germination s'opre. Le temps que Pline spcifie pour la fve 
n'est point rigoureusement dtermin ; nos propres expriences 
nous ont appris qu'elle lve en beaucoup moins de quinze vingt 

Les espces de lupins les plus comtnuoes en Grce sont celles que 
nous dsignons. Le lupinus albus abonde en Italie]; les autres y sont rares. 



374 NOTES DU LIVRE XVIII. 

jours. Thophrasle a dit {Hist. pi., viii, i ) que la fve tait 
de tous les lgumes le plus difficile lever , et que mme , si les 
pluies abondantes survenaient immdiatement aprs les semailles, 
il y avait impossibilit qu'elles pussent russir. Les plus htives 
de toutes les graines sont celles des gramines ; puis viennent 
celles des crucifres , des lgumineuses , des labies , des om- 
bellifres, etc. ; les rosaces sont les plus tardives. Nous don- 
nerons ici , pour viter de multiplier les notes relatives la ger- 
mination , dont l'auteur parlera souvent , le tableau suivant , 
en nous contentant de citer les plantes dont Pline traite dans ce 
livre ou dans le suivant * : 

Plantes qui lvent en i jour Le millet et le froment. 

en 3 jours La blette , Fpinard , la fve , 

le haricot , le navet , la rave , 
la moutarde , la roquette. 

en 4 ^^ laitue , Paneth. 

en 5 Le cresson , et la plupart des 

cucurbitaces. 

en 6 La bette. 

en "j L'orge. 

en 8 Le pourpier et l'arroclie. 

en lo Le chou, 

en i5 ou 2o L'ognon. ^ 

en 3o L'hys?ope. , 

en 5o Le persil. 

en I an L'amandier, le pcher, le ch- 
taignier, la pivoine , etc. 

en 2 ans Le cornouiller, le rosier, l'au- 
bpine, le noisettier, et plu- 
sieurs autres graines i enve- 
loppes solides. 

90. Page 222, ligne 24- ^t miliurn et panicum, etc. Le chaume 
du millet et celui du panis sont en effet creux et gniculs , mais 
ce n'est point une spcialit ; toutes les gramines sont dans ce 
cas. Les tiges du ssame sont cylindriques , droites et hautes do 
deux pieds. On peut donc les comparer en effet aux tiges des ora- 

bcllifres. ... 

-i ' . t ^^.i ' 

WiNKiER, CAron*^. herbar. ; "Rvdb , Pnopug, plant. , 5{ 



NOTES DU i.IVRE XVIII. 375 

91. Page 224 , ligne 4- ^^ includitur siliquis , etc. 11 rsulte 
de ce passage que, par le mot sliqua , Pline entend parler du 
lgume ou de la gousse , sorte de fruit propre la famille des 
lgumineuses , et que par le mot vasculum il dsigne ce que 
les botanistes nomment capsule , sorte de fruits dhiscens et de 
forme trs-variable ; tels sont ceux du ssame et du pavot. ( Cf. 
sur le same la note 77 de ce mme livre , et sur le pavot la 
note 188, au livre xx.) 

92. Ligne 8. Panicum a paniculis , etc. Celte phrase ca- 
ractrise d'une manire aussi prcise qu'lgante le Panicum mi- 
liaceum , L. , le millet. ( Cf. plus haut la note 76. ) 

g3. Ligne 1 1. Milii com , etc. Il est facile de reconnatre 
ici le Panicum ilalicum, trs-bien diffrenci du Panicum m,ilia- 
ceum par la disposition de ses fleurs en pi serr. ( Cf. plus haut 
la note yS.) 

94.. Ligne 12. Sunt et panico gnera , etc. L'pi du panis est 
ramcux ; mais cette disposition est plus ou moins marque , sui- 
vant les varits. Pline dt que cet pi est de couleur variable , ce 
qui est vrai. Les varits les plus communes sont distingues , 
d'aprs la nuance de l'pi , en panis pi blanc ou roux , et en 
panis pi brun-pourpre, candido , nigro , rufo, etiam purpureo. 
Indpendamment de cette diffrence dans la couleur de l'pi, il y 
en a aussi dans la couleur de la graine elle-mme, 

95. Ligne 19. Milium intra hos decem annos , etc. On voit 
qu'il s'agit ici d'une grande graraine voisine des roseaux , et 
dont les semences taient runies en grand nombre sur un seul 
pi. Deux opinions ont t mises relativement la dtermina- 
tion de cette plante , l'une tendante dsigner le mas ( Zea 
Mais, L.), l'autre le sorgho ( Holcus Sorgho , L.). Il n'y a aucune 
probabilit que cette gramine des Indes puisse tre le mas , 
plante indigne de l'Amrique mridionale , d'o elle aurait t 
importe en Europe , puis en Asie ; celte origine est hors de 
doute. Nous avons eu entre les mains, lors de notre sjour en 
Espagne, un mmoire manuscrit sur le mas, adress du Mexique 
la junte de Sville , qui l'a dpos dans la bibliothque Co- 
lombine , o nous l'avons vu. L'auteur y traite fond de la 
culture du mas, dont il fait sentir les avantages, et annonce un 



376 NOTES DU LIVRE XVIII. 

envoi considrable de graines destines faire des essais de cul- 
ture sur le sol espagnol. 11 est difficile de concevoir que l'on 
ait t aussi long-temps discuter sur l'origine du mas, et qu'un 
aussi grand nombre de commentateurs aient cru devoir exercer 
leur sagacit sur cette question. Le mot mais est mexicain. On 
lit dans V Histoire de la conqute du Mexique de don Antonio Solis, 
qui crivait dans le commencement du dix-septime sicle, ce 
passage dcisif: Corrieron {las mexicanos) despaoridos a guarecerse 
de las hosques y MAYZALES. L'opinion qui dsigne le sorgho est la 
seule raisonnable. Cette gramine est indigne de l'Inde ; elle a 
le port d'un arundo , et prsente de l'analogie avec le millet dans 
la disposition des semences. Le nom de Milium indicum est donc 
tout--fait convenable. Ajoutons encore que peu de gramines 
fournissent une aussi grande quantit de semences ; de sorte que 
l'valuation donne par Pline , dans le passage comment , n'a 
rien qui ne soit vraisemblable. 

g5 bis. Page 228, ligne i. Lobas vocant, etc. Quelques ma- 
nuscrits portent aussi lobas. Le pre Hardouin crit pkobas, et nous 
regardons cette leon comme la plus vraisemblable. Phobas vient 
probablement du grec cpoCfi , chevelure. Les semences du sorgho 
sont disposes en panicules , et chacune d'elles est suspendue 
un pdicelle capillac. 

g 5 ter. Ligne 6. Geniatla cattem sunt iriiico qualema , etc~ 
Pline spcifie d'une manire trop absolue le nombre d'articula- 
tions (lu chaume de ces crales. Elles varient en raison de la 
rapidit de l'accroissement , qui lui-snme est subordonn au 
sol et la temprature. Si le nombre de ces articulations n'tait 
pas aussi variable , on aurait eu une donne de plus pour la 
rigoureuse dtermination du far. Au reste , ceci est emprunt 
Thophraste ( Hist. plant. , viil , 2 ) et Columelle ( il , 12). 

96. Ligne 1 1 . VatTo quaier novenis diebus , etc. La fixation 
du temps que les bls mettent atteindre leur entier accroisse- 
ment est ici beaucoup trop absolue ; elle dpend de l'poque des 
semailles , et d'une foule d'autres circonstances. 

96 iiV. Ligne i3. Fab in folia exeunt , etc. 11 y a ici une 
inexactitude. Les tiges de la fve n'ont pas des nuds articuls 
la manire des gramines ; mais on trouve des renflemens trs'- 



NOTES DU LIYRE XVIII. 877 

marqus vers les points de la tige qui portent les feuilles. Pline 
aurait raison s'il et parl en botaniste ; mais comme il ne pouvait 
connatre ce que les botanistes modernes entendent par nud 
(^nodus) ou par article (^articulas) , et la distinction rigoureuse 
qu'ils tablissent entre les deux, il a eu tort de dire que la tige de 
la fve n'avait point de nuds. 

96 ter. Page 226, ligne 12. Exhis ramosa, cicer, ervum, lens. 
Cf. la note 80 de ce livre , o nous avons parl de la lentille. Il 
sera incessamment question de l'ers (^ervum) et du cicer. 

97. Ligne 18. Folium qiicedam ah radice mittunt. Cette re- 
marque de Pline est contraire la vrit. Toute plante , lors de 
la germination de la graine , met des feuilles sminales ; deux 
si la plante est dicotyldone , et une seule, si elle est monocoty- 
ldone. Dans les gramines , les feuilles sont engainantes , et 
garnissent la tige dans plusieurs points de sa hauteur totale. Lors 
de la maturit des semences , les feuilles radicales sont ordinai- 
rement dessches. 

97 bis. Ligne 24- i/olia^ Sesam , et irioni sanguinea. Il 
n'est pas vrai que les feuilles du ssame soient rouges , moins 
que cela n'arrive vers la fin de la saison , et lors du dprissement 
de la plante. 

g8. Ligne 2 5. Cadunt folia lupino ianium , et papaveri. Les 
plantes annuelles ne perdent leurs feuilles que quand elles sont 
articules sur la tige ; encore arrive-t-il alors que la plante elle- 
mme prit au moment o la dfoliation devrait avoir lieu. Le 
lupin, ayant des feuilles articules, peut, jusqu' un certain 
point , les perdre ; mais le pavot n'est point dans ce cas , car le 
ptiole des feuilles fait corps avec la tige. On est effray , en 
commentant les anciens , du grand nombre d'inexactitudes qu'on 
rencontre dans leurs crits , mme dans ce qui a rapport aux 
choses les plus communes. 

99. Page 228, ligne i5. Foriiora contra hiemes fnanenta , le- 
gumina in cibo. On doit se rappeler que la plupart des legumina 
des anciens appartiennent la classe des lgumineuses ; or on 
sait qu' poids gal , le froment et l'orge contiennent une plus 
grande quantit de parties nutritives que les semences de hari- 
cots , de lentilles , de pois. Hippocrate , qui a trait fort au long 



378 NOTES DU LIVRE XVIII. 

de raliineutation, met en tte des semences nutritives l'orge et 
le bl. A la iSuite de ces crales il place celles qui sont four- 
nies par diverses autres gramines , et ne met qu'en troisime 
ligue les semences farineuses tires des lgumineuses ; puis 
viennent les semences mulsives. Les modernes sont encore de 
cet avis , et leur classification des alimens , quoique reposant 
sur d'autres bases , numre ces semences dans le mme ordre. 
Au reste , le jugement port par Pline dans le passage com- 
ment , ainsi que tout le paragraphe , sont emprunts Tho- 
phraste ( viil , 3 ). 

100. Page 228, ligne 17. Tunc frumento plures. Pline range 
sans doute dans les enveloppes du froment, la balle qui accom- 
pagne le grain jusqu' l'poque de la maturit. Quant l'orge , 
elle porte un fruit entour dans tous les temps par la balle; c'est 
donc tort que Pline dclare que la semence de l'orge est nue , 
moins qu'il ne veuille parler de la varit de l'orge com- 
mune, connue sous le nom de Hordeum cleste , ce qui est dou- 
teux. Cet auteur dit la mme chose de l'avoine , et appuie sur 
cette particularit ; sed prcipue avena, dit-il. Pour concilier avec 
la vrit cette double assertion fautive , il faut supposer que 
notre auteur n'tait pas d'accord avec lui-mme sur ce qu'il en- 
tendait par enveloppe dans les gramines. 

loi. Ligne 18. Et arinca. Cette semence, range par Pline 
parmi celles prives d'enveloppe , sera dcrite ailleurs par lui. 
(Cf. plus loin la note iSa.) 

102. Ligne 19. In area exteruntur.... siligo.... Il sera question 
plus loin de cette crale. Vojez notes 1^1 et i5i. 

io3. Page 280, ligne 5. Et/ar in vaginidis suis... non torrent. 
La recommandation faite ici par Pline est fort ncessaire. Les se- 
mences exposes une temprature trop leve, perdent leurs 
facults germinatrices. 

lo3 bis. XI , page 23o , ligne 8. Levissimum ex his hor- 
deum. I! faut en excrpter l'avoine, et mme le seigle. 

100 grains de froment psent [^ gr. bo- 

100 d'orge 3 . . . 85. 

100 de seigle a . . . 60. 

too. d'avoino 1. . . 5o. 



NOTES DU LIVRE XVII. 879 

io4- Page 23o , ligne 9. P ondei osius far , magisque etam- 
num triticum. Pline , en disant que le trlticum est plus pesant 
que leyr, ajoute une probabilit de plus l'opinion que nous 
avons mise note 73 , o nous dsignons Tpautre comme tant 
leyr des anciens. L'pautre fournit une semence presque aussi 
longue que celle du froment , mais beaucoup moins riche en 
farine. 

io5. Ligne 10. Var in JEgyjAo ex olyra conficitur. On voit 
par ce passage que le moi far signifiait aussi , comme nous l'avons 
dit , farine ou gruau. Les anciens ne devaient pas mettre une 
grande diffrence entre la farine et le gruau , ou plutt leur fa- 
rine grossire , dont on ne sparait presque jamais le son , tait 
un vritable gruau. 

Que doit-on entendre par oljra? tait-ce une varit du tri- 
ticum , quelque panis , ou le riz ( Oryza saliva, L.) i* Le docte 
Paneton veut que V olyra soit le riz, Pline crit , plus loin , que 
urranius regardait Voljra et ^orjza comme la mme plante ; 
mais le naturaliste romain rapporte celte opinion sans paratre y 
croire. M. de Paw croit, avec Galien, que cette gramine , con- 
nue d'Hrodote , tait le seigle. Les Egyptiens faisaient avec une 
pte acide un pain qu'ils nommaient koUeste ; on conjecture qu'ils 
employaient cet usage le far , farine ioljra ( Cf. Athen. , 
III i 16). On a dsign pour cette plante une varit de l'pau- 
tre {^Triticum dicoccum , ScHUBl. ) , regarde comme espce par 
plusieurs auteurs ; mais cette opinion de Dodone n'a point pr- 
valu , ainsi qu'on va le voir par la concordance synonymique 
suivante : 

"OxvpA , HOMER., Iliad., V. 196 , VIII, 56o ; Odyss., iv, 4i ; 
Galen. , Expos, voc. Hippocr. , p. 4.78 ; Theoph. , Ilist. 
plant. , VIII , 4- ; MnESITH. , Cyzic. (Orib. , coll. , IV, 4) i 
DiOSC. , II, ii3. Olyra, Plin. , loco comm. ; Triticum 
Spella, LiNN. ^L'pautre (famille des gramines). 

En voyant le peu de diffrence qu'il y a entre l'pautre et le 
(iroment deux ranges , on serait dispos croire qu'il peut 
bien y avoir eu confusion chez les auteurs entre Volyra et le zea. 
Cf la note 7 3. 



38o NOTES DU LIVRE XVIII. 

io6. Page 280, ligne 11. Galli quoqiie suum genus fatrs.... 
gran Ce Brace des Gaulois , Sandalum des Latins, est videm- 
ment une simple varit du froment. Au lieu de brace , on a crit 
quelquefois hrance ; mais cette version n'est pas admissible. On 
nomme cependant encore dans quelques provinces bl-blanc 
( blanc) une varit du froment , distingue de toutes les autres 
par la blancheur de son grain. On la trouve surtout dans nos 
provinces centrales. Elle peut rentrer dans la synonymie sui- 
vante : 

Brace , Gallor. ; Sandala , Latinor. ; Triticum hybemum , 
LiNN. , Spec. pi. , 126, var. Granis albis. Le froment 
blanz. 

107. XII, page 280, ligne 20. Monianis modo comparetur, etc. 
Cette classification des bls , suivant l'estime qu'on en faisait , 
est emprunte, ainsi que tout ce paragraphe, Thophraste (<fe 
Causis y iv) , l'exception de ce qui a rapport aux bls d'Italie. 

108. Page 284, ligne i4- Marina aqua subigi, etc. L'emploi 
de l'eau de mer dans la fabrication du pain est tout--fait con- 
damnable ; elle donnerait au pain une saveur dtestable , et ce 
pain serait certainement plus nuisible que profitable la sant. 

109. Ligne 17. Galli et Hispani , etc. Le ferment le plus 
frquemment employ de nos jours est encore la levure de bire ; 
elle acclre la fermentation panaire , et donne au pain fait de 
cette manire la supriorit qu'on lui reconnaissait dj du temps 
de Pline. 

1 10. Ligne 22. Plurimis iunicis Thracium triticum pestitur, etc. 
C'est Thophraste qui dit cela ( Hist. plantar. , VIII , 4 ) i cette 
observation est fausse , moins qu'on ne veuille parler d'une 
autre gramine que le froment ; mais, alors, quelle serait cette 
plante.'' serait-ce le seigle , qui se plat dans les terres lgres, 
et qui mrit trs-vite ? On ne peut l'assurer. Tout ce paragra- 
phe , emprunt Thophraste , est rempli d'inexactitudes. 

III. Page 286, ligne 10. In iantum fallitur Columella, etc. 
Pline n'est pas plus heureux dans la critique que dans la louange. 
Columelle n'a pas dit, au livre il , chap. 6, qu'il n'existait pas de 



NOTES DU LIVRE XVIII. 38 1 

bls trimestres ; il dit positivement , au contraire , que l'on cul- 
tive un froment et un alicastre trimestres : seulement il affirme avec 
raison que les fromens sems ds l'automne russissent mieux que 
les bls de mars , ce qui est incontestable. 

II 3. Page 2 36, ligne i3. Traduntn Bactris grana, etc. Pline 
renchrit encore sur une exagration. Thophraste a dit seule- 
ment que les grains de certains bls de la Bactriane atteignaient 
la grosseur d'un noyau d'olive. 

1 14. Xlll , page 236 , ligne i8. Hordeum Indis , etc. Si l'on 
ajoutait foi cette assertion , l'on ne. pourrait nier que l'orge 
ne ft originaire de l'Inde. On ne l'y a pas trouve croissant spon- 
tanment ; mais il est plusieurs gramines semences alimentaires 
qui y viennent naturellement : tel est le riz de montagnes, va- 
rit du riz ordinaire , et quelques autres gramines moins con- 
nues des Europens. 

11 5. Ligne ig. Maxime qiiidem oryza, etc. Le riz, Orjza 
saliva , L. , est une gramine connue et cultive ds la plus 
haute antiquit. Voici quelle synonymie il convient de lui at- 
tacher : 

"O/jy^ov , Theoph. , IV, 5 ; "OfMla. , Diosc. , ii , 117; Galen. , 
de Alim. facult. , I ; Aristob. apud Strab. , XV, loi^- 
Oryza, Mathiole ; Oryza saiiva , LlNN., Spec. pi., l^']^. 
Le riz cultiv. 

Suivant M. This , oryza vient de l'arabe eruas , mot dont les 
Grecs auraient fait o/w^t, les Latins oryza , les Espagnols arros, 
et les Franais riz. Nous ne croyons pas la validit de cette 
tymologie. Ce ne sont pas les Latins qui ont pris des mots aux 
Arabes, mais bien ceux-ci qui en ont emprunt aux langues d- 
rives du latin lors de leur sjour en Espagne, ou aprs la chute 
de l'empire de Constantinople. 

1 16. Ligne 21. Oryzfolia carnosa , etc. Les feuilles du riz 
ne sont pas charnues ; elles ressemblent beaucoup celles des 
roseaux (^arundo). La hauteur des chaumes est fort suprieure 
ce qu'en dit Pline. 

117. Ligne 23. Radix gemme rotunditatis. La racine du riz 



38a NOTES DU LIVKE XVIII. 

est fibreuse et toulTue. Pline commet bien des inexactitudes dans 
cette courte description d'une plante si connue. 

II 8. XIV, page 238, ligne 2. Aniiquissimum in cibis hor- 
(Jeum, etc. On doit expliquer l'antiquit de l'emploi de l'orge 
comme aliment , par la facilit de sa culture. Ce fut en effet 
Eleusis ( Attique ) qu'on en fit usage pour la premire fois , 
comme rcompense dcerne aux vainqueurs qui triomphaient 
<lans les jeux : Celehralur illic agon Proserpin et Cereris , qui vo- 
calur Eleusina , cujus prmium erat mensura hordei , dit le sco- 
liaste de Pindare. 

iig. - Ligne 4-' Polentam quoque Grci non aliunde prcefe 
tunt. Ce polenta est \''cLX<^hov des Grecs. Hippocrate le prescrit 
souvent ses malades , mais sans sel. Paul d'Egine en recom- 
mande l'usage dans de l'eau pour apaiser la soif. Qe polenta n'est 
pas identique avec ce que nous nommons le gruau d'orge, l'orge 
perl ou l'orge mond. Les divers modes de prparation usits 
consistent uniquement dbarrasser le grain de son enveloppe 
l'aide de meules plus ou moins cartes, suivant qu'on veut avoir 
un gruau plus ou moins bris. Nous n'avons aucune prparation 
moderne qui soit l'analogue de la polenta ; ce mot ne peut donc 
tre traduit rigoureusement par le mot gruau. 

120. Ligne 9. y^/iV rero virentibus spicis , etc. Cette prpa- 
ration ne devait donner ni un aliment sain ni un aliment nour- 
rissant ; avant leur maturit , les grains de bl , d'orge , d'a- 
voine , etc. , ne renferment qu'une mulsion douce et sucre , 
mais point de fcule. 

122. Ligne 12. Quocumque autem, gnre prparato, etc. L'ad- 
dition du lin dans le gruau d'orge le rendait dsagrable et de 
digestion trs-difficile ; celle de la coriandre , graine excitante , 
avait pour but de faciliter celte digestion : il en tait de mme 
du sel. En rsum, la polenta des anciens ne plairait gure aux 
modernes. Cf. les notes du chapitre 66, au livre xxl. 

122. XV, page 24.0, ligne 1. Ptisan inde usus , etc. La 
piisana n'tait autre chose que notre orge mond. Ht/^w , en 
grec, veut dire j'corcc ; c'est de l qu'est venu notre mot tisane: 



NOTES DU LIVRE XVIII. 38:i 

Torge mond faisait la base de celle dont on se. servait le plus 
souvent dans les maladies lgres. -. 

123. Page 24.0 , ligne 5. In JEgjpto vero est , etc. Si celle 
assertion est vraie , il est alors question de toute autre plante 
que de l'orge. Les semences du sarrasin (bl noir) , Poljgonum 
Fagopjrum , L. , sont anguleuses; mais cette circonstance est- 
clle suffisante pour faire croire que cette orge d'Egypte, grains 
anguleux , doit tre rapporte au bl noir ? Nous ne le pensons 
pas. 

124. Ligne 6. In Btica et Africa genus , etc. C'est sans 
doute d'un triticum que Pline parle ici. Toutes les espces du 
genre hordeum sont barbues. 

laS. Ligne 8. Olyram et orjzam , etc. Cf. la note io5. 
Cette opinion de Turranius n'a point t admise. 

126. XVI , page 2407 ligne 1 1. Simili modo ex tritici semine 
tragumfil. On prpare encore dans quelques parties de l'Europe, 
et mme quelquefois en France, du bl mond, mais c'est plutt 
un aliment qu'un mdicament ; quelques commentateurs se sont 
persuads que le tragum de Pline tait prpar avec la semence 
d'une gramine particulire et exotique nomme tragos. Nous 
ne voyons aucune raison de ne pas croire qu'on le prpart avec 
le froment. Il sera question plus loin du tragos. Cf. la note i54.. 

127. XVII, page 24.0, ligne i4' Amjlum t>ero , etc. Le pro- 
cd que Pline donne ici pour prparer l'amidon est grossier , 
et diffre de celui qu'on suit aujourd'hui ; on se sert de bl ou 
d'orge dont on a spar le son par la meule , et notre auteur 
dit que le nom d'amidon , amylum , a t donn cette prpa- 
ration parce qu'on ne se servait pas de meule. Dioscoride dit 
la mme chose (il, \iZ):^ kiMXov m/uotta-Tat S'tk rb yjopis 
/uvKov xfltT*<rxeya^(7-9a<. Les anciens ne connaissaient que lami- 
don retir des crales , tandis que les modernes en retirent 
d'une foule d'autres plantes , de bulbes ( pomme de terre) , de 
rhizomes (arow-root), de stipes (sagou), etc. L'amidon que l'on 
irouve dans le commerce est retir principalement du bl, de 
l'orge , du seigle , de l'avoine et des pommes de terre. 



Jlb.4 



384 NOTES DU LIVRE XVIII. 

128. Page 24.0 , ligne 18. Madescit dulci aqua, elc. Par aqua 
dulcis , il faut entendre l'eau de rivire , ou toute autre , pourvu 
qu'elle ne soit pas sale. 

129. Page 24.2, ligne 2. Jam et Catoni dictum apud nos . C'est 
au chap. 87 que Caton a donn la manire de prparer l'amidon: 
AmyluTn sicfacito : siliginem purgalo hene, postea in alveum indat, 
eo addat aqiuim bis in die. Die decimo aquam exsiccato , exurgeto 
hene , in aheo puro misceto hene , facito tanquam fx fit. Id in 
linteum novum indito , exprimito cremorem in patinam novam , aut 
in mortarium. Id omne ita facito , et refricato denuo. Kam patinam 
in sole ponito, arescat. Ubiarebit, in aulam nova mindilo, inde fa- 
cito cum lact coquat. 

i3o. XVIII, page 242, ligne 8. Spic quccdam hinos ordines 
habent, etc. Les varits d'orge, indiques ici par Pline, sont con- 
nues des modernes sous les noms de Hordeum disiichum , LiNN., 
Spec. , 125, orge deux ranges, ou distique; Hordeum vu- 
gare , LllsN. , loco citaio , l'orge ordinaire ; et Hordeum hexas- 
iichum, , LlNN. , loco cit. , l'orge six rangs , orge carre , ou 
orge d'hiver. L'orge ordinaire n'a que quatre ranges. 

i3i. Ligne 9. Grano ipsi aliquot differenti , etc. Toutes ces 
sous-varits de l'orge ne nous sont pas connues ; ont-elles bien 
exist ? On connat en Allemagne une espce d'orge graines 
noires , et qui , dit-on , devient quelquefois bisannuelle ; c'est 
V Hordeum nigrum de Willdenow. La qualit du terrain peut d- 
terminer l'alongement du grain , en augmenter la grosseur aux 
dpens du pricarpe, le rendre plus lisse, plus blanc , etc. 

i32. Ligne i3. Hordeum frugum omnium jnollissimum est, etc. 
La plupart des terrains conviennent l'orge , pourvu qu'ils 
ne soient ni compltement striles , ni marcageux l'excs ; 
nanmoins cette crale russit mieux dans les terrains qui sont 
en mme temps chauds et lgers , principalement si le calcaire 
y domine. 

i33. Ligne 18. Hordeum s arculo seri dicunt , etc. Le sarcloir 
est une espce de houlette plus ou moins longuement emman- 
che , ou une lame de couteau non coupante , qui sert arracher 
les mauvaises herbes. Semer avec le sarcloir , c'est sans doute 



NOTES DU LIVRE XVIII. 385 

conduire un semoir auquel est attache uue ratissoire , pour en- 
lever les herbes qui auraient pu crotre dans l'intervalle de temps 
qui s'coule entre le labour et les semailles. Au reste , ce passage 
est diflicile entendre. Horace a dit : 

Agros findere sarciilo. 

Cartn. , i , i , ii. 

134. Page '24.4- 1 ligne 6. Meliorem etiam poleniam , elc. Cette 

opinion , qui ne serait pas celle d'une personne ayant reu les 
premiers lmens de la chimie , a t fournie notre auteur 
par Galien : 'Ex 7cv vcov Kpnm cppvyetirv <rv/n/JiTpas Tb Ktxx- 
XKrlov kh<fnov yiveTeLi , etc. De Anim.facult., t. vi , c. 11, 3 17. 

i35. XIX, page 244i ligne 9. Frumenti gnera , elc. Pline 
donne ici la raison qui rend la dtermination des crales si 
difficile. Les mmes espces portent en effet des noms qui dif- 
frent suivant les pays. Comment alors arriver les reconnatre , 
surtout avec des descriptions incompltes ? 

i36. Ligne 10, Vulgatissimafar, etc. Cf. sur \cfar, aioreum 
des anciens, la note yS ; sur le siligo f la note \l^i ; et sur le 
trticum , la note 72. 

137. Ligne 12. Arinca Gnlliarum, etc. Nous parlerons plus 
loin de Y arinca. Cf. la note i52. 

i38. Ligne i3. JEgjpto aiitem ac Syri , etc. Cf. sur le zea 
ou zeia des Grecs, la note 73. C'est la mme plante que \tfar. 
11 s'agit du Trticum dicoccum, ScHUBL. , ou pautre deux ran- 
ges. Nous avons vu dans Volyra, l'pautre, Trticum Spela , L. 
Les botanistes ont cr dans la famille des gramines un genr 
oljrra qui n'a aucun rapport avec l'pautre. Conf. la note io5. 
Quant au tiph , la plupart des commentateurs voient en lui le 
seigle. Nous en parlerons plus loin. Cf. la note i55. 

iSg. Ligne 16. Est et hc Ital.... semenque appellatur. On 
donnait, assure-t-on, aAifar le nom honorifique de semen, comme 
qui dirait la semence par excellence, dans le mme sens qu'on 
dit la Bible ou le Koran : Adoreum , trilci genus , quod idem vulgo 
semen dicitur ( IsiB. , XVII , 3 ). Ce nom de semence semble 
indiquer , non que ce semen ( le far ) donnait la meilleure 
XI. aS 



386 NOTES DU LIVRE XVII. 

graine , mais que sans doute ce ft la premire crale cul- 
tive. 

14.0. Page 242 , ligne ^o. Amyliim quoque , etc. IJamylum 
ou amidon qu'on relirait de l'pautre ne diffrait de celui du 
triticum que parce qu'il tait mal prpar. L'amidon , quelle que 
soit la plante dont on le retire, a la mme apparence physique, 
ou , du moins , les diffrences observes ^ont peine sen- 
sibles. 

i/ji. Page 24.6 , ligne 5. Pulie autem non pane , etc. Le 
pulmenlarum. La bouillie sert en Europe nourrir les enfans 
dans les premiers mois de leur vie. En Asie , ce genre d'ali- 
mentation est fort rpandu. Les habitans de la cte de Barbarie et 
de quelques autres parties de l'Afrique se nourrissent de couz-couz 
prpar avec le sorgho et les semences de diverses autres grami- 
nes. Les Carthaginois taient appels par les Grecs , qui vi- 
vaient de pain , pultophagcs. Caton (de Re rust. , 85) nous apprend 
la manire de prparer ce mets : Pultem punicam sic coquito. Li- 
hram aliccc in aquam indito , facito , ut hene madeat. Id infundito 
in aheumpurum, eo casei recentis^ p. III , mellis P. s. , ocum unum, 
omnia una permisceto hene. Les anciens Romains taient pulto- 
phages : Erant majores nostri adeo continenti intenti , utfrequen- 
tior apud eos pullis usus , quant panis es set. Val. Max., il, 5. 

142. XX , page 246, ligne i4. Siiginem, proprie dixerim, etc. 
Les commentateurs sont presque tous d'accord pour reconnatre 
l'pautre dans le siligo. Il y a une foule de contradictions dans 
le texte de Pline relativement ce grain. La plante qui le four- 
nit, dit cet auteur ( lib. xvil, 17), veut des terrains levs, 
dcouverts et bien exposs au soleil : Siliginem et triticum in loco 
aperto editoque , qui sole quam diutissime torreatur ; mais , dans le 
passage que nous commentons , il prescrit au contraire de le 
semer dans des lieux humides , et il rpte cette assertion plus 
loin , en affirmant que le siligo se plat dans les terrains humides , 
o le froment ne peut prosprer. 11 est , dit-il , blanc et lger , 
et le pain qu'on en fait est le chef-d'uvre de la boulangerie ; 
pourtant les laboureurs ne doivent pas s'en laisser imposer sur 
le siligo , ni le souhaiter comme prfrable au triticum , etc. ; 



NOTES DU LIVRE XVIU. 887 

ailleurs il affirme que le triticum dgnre en siligo, et le siligo 
eairiiicum (xvii, 19), etc., etc. Pline ne rapporterait-il pas 
au siligo ce qui devrait l'tre plusieurs crales ? Dans tout 
ce qu'on lit chez les auteurs, il est difficile de croire que le 
siligo soit rellement l'pautre , qui porte le nom de froment 
rouge , tandis que Pline dit partout qu'il est blanc. On cultive 
cette crale dans les montagnes granitiques ou schisteuses ; elle 
reste long-temps en terre , s'lve peu , a des pis courts , des 
grains balles adhrentes qui rendent une pelite quantit de fa- 
rine , avec laquelle on ne peut faire qu'un pain grossier, cause 
de la difficult de dpouiller le grain de son enveloppe ; mais , 
en revanche , le gruau qu'on en prpare est excellent , etc. 11 
est difficile de reconnatre dans ces principaux caractres de 
l'pautre, le siligo des anciens; nous pensons donc que les au- 
teurs ont tort de traduire ohvpct par siligo ; le siligo des Latins 
n'est , suivant nous , qu'une simple varit du froment ordi- 
naire , et peut-tre la varit sans barbe balles blanches peu 
serres , grains petits , ronds et fort blancs ; c'est le bl blanc 
des environs de Lille et de presque toute la Flandre. Ce qui 
fortifie cette opinion , c'est que Pline a dit (xviii, 2 o):Far 
sine arista est , item siligo , manire fort claire de montrer que 
l'un n'est qu'une simple varit de l'autre. L'pautre diffre trop 
du froment ordinaire pour que les anciens aient pu ngliger de 
noter les caractres diffren ciels. Voici comment nous tablis- 
sons la concordance synonymique du siligo : 

Siligo , Plin. , XVIII , 19 , 20 et ailleurs ; Cat. , de Re rust. , 
c. 35 ; COLUM. , II , 9 ; Juven. , Satjr. , v, 70 ; Triticum 
hybemum, LiNN. , Spec. pi. , 126 ; var. y Muticum , granis 
albis , Agric. Le froment-touselle. 

14.3. Page "xlfi , ligne 18. In cleris ibi partibus , etc. Pline a 
dit ailleurs que le triticum se mtamorphosait au contraire eu 
siligo ( Cf. la note prcdente ). Les sous-varits du froment 
ordinaire peuvent en effet prouver quelques changemens par 
l'action du sol et de la temprature ; mais le Triticum Spelta , es- 
pce distincte , reste immuable. Columelle dit la mme chose 
que Pline. 

25. 



388 NOTES DU LIVRE XVIII. 

i4.4- Page 248 , ligne 4- Justum est e grano Campan , elc. 
Le modius quivalait o,y74. parties de notre boisseau; il est 
valu 16 septiers. Le rsultat de la mouture tait, chez lei^ an- 
ciens, le suivant, sur 200 parties : <!<; -^ 

' Fleur de farin:..V^..';U ..^^- ' ' 4 

Farine blanche. ....*. 80 

Grosse farine faire le pain bis \o 

Son v. , .i 4** 

Total 200 

Chez les modernes, sur 200 parties on obtient: 

Fleur de farine 84 

Farine dite de i*^, de 2* et de 3 gruau 58 

Farine de remoulage et recoupetles 8 

Son de diffrentes espces 4^ 

Dchet.-. , ..,..';,.....<.,......... 4 

ToTAi. 200 

Ou bien par les anciens procds , sur 200 parties : 

Farines de toute espce i6o 

Son !\o 

Total ./it^.'^U;. . aoo 

Et par les procds nouveaux : 

Farines de toute espce i5o 

Son 46 

Perte 4 

w. " 

Total 200 

Si les modernes ont plus de son , c'est que les procds de blu- 
tage sont bien suprieurs ceux autrefois employs. Au reste , 
ces proportions peuvent varier suivant les qualits de bls. 

Il rsulte de l'interprtation de ce passage que le boisseau 
des anciens aurait contenu 24 septiers, car Pline dit positivement 
que le siligo de Campanie donne par boisseau 4 septiers de fleur 
de farine, ou 5 quand il n'est pas moulu; un demi -boisseau 
de farine blanche , 4 septiers de grosse farine faire le pain 



NOTES DU LIVRE XV III. 689 

bis, et 4- e sou. Il y a donc 12 septiers d'une part, et un demi- 
boisseau ou 12 autres septiers ; Total , 24. 

Le triticum d'Afrique donne , suivant le mme auteur : 

Tfleur de farine .-. ..... . . ^. . 13 septiers, ou demi-boiss. 

Farine blanche 5 septiers. 

Grosse farine ' 4 

Son 4 

Total 26 septiers , ou 1 boisseau. 

Si l'on admet que la farine blanche varie , comme le siligo , de 
4 5 en raison de la perfection de la mouture , on aura encore 
24 septiers pour le modius. Explique qui pourra cette contradic- 
tion avec l'valuation des auteurs , qui accordent au modius 
16 septiers .seulement. 

145. Page 248, ligne i3. Nom qu sicca moluntur , etc. On 
arrose quelquefois encore le grain d'un peu d'eau pour faciliter 
la mouture , mais on se garde bien d'employer l'eau sale. Il 
n'est pas vrai que cette eau puisse ajouter la blancheur de la 
farine. 

146. Ligne 17. Siligene farin modius, etc. Le produit de 
la farine en pain est au moins d'un quart en sus du poids de celle 
indique par Pline dans cette phrase. Si le pain des anciens tait 
aussi bien fait que le ntre , et cela est plus que douteux , le 
modius de farine aurait pes de vingt-six vingt-huit livres ; mais 
la comparaison du modius avec notre boisseau tant : : 774 : 1000, 
un boisseau de farine devait peser de vingt vingt-quatre livres 
seulement. 

147. Ligne ig. Nam. fumaces binas , etc. On voit par cette 
phrase qu'il y avait deux manires de cuire le pain, savoir, dans 
des fours ordinaires et dans des sortes de moules. Il y a bien loin 
de cette manire la simple torrfaction du grain , et mme la 
coclion des ptes entre des pierres brlantes. 

i48. Ligne 21. Similago e tritico fit laudatissima. On doit 
entendre par similago , en grec a-e/ntS'etXts, la semoule, ou quel- 
qu'autre prparation voisine. 

149- Page 2 5o , ligne i. Hoc ccrari officin chartarique 
uluntur. Les fondeurs modernes ont quelquefois employ la fa- 



Sgo NOTES DU LIVRE XVIII. 

rine mle au pltre pour faire des moules. La pte de farine est 

d'un usage journalier dans l'art du papetier, du cartonnier, etc. 

i5o. Page aSo , ligne 3. Panis vero , etc. Le texte est vi- 
demment altr dans cet endroit : au lieu de cxxil et cxvii , il 
faut lire sans doute xxil et xxvii. Pline a dit plus haut : Siligi- 
nefarn modius GaUic XXII libras panis reddit , Italic duabus 
iribuse amplius in artopticio pane. Cf. plus haut la note i4-6. 

i5i. Ligne ii. Siligo numqunn , etc. Ce jugement leud 
encore carter l'opinion qui veut dsigner l'pautre, Triticum 
Speba , comme tant le siligo , car les grains de l'pi de l'pautre 
mrissent tous la fois. Cette crale rsiste mieux que toutes les 
autres aux intempries de l'air , c'est pourquoi on la sme dans 
les montagnes. Elle est quelquefois ensevelie sous les neiges pen- 
dant plusieurs semaines sans que les rcoltes soient perdues. Cf. 
les notes i4-2 et i4-3. 

iSa. Ligne 17. Ex arinca dulcissiinus panis. Cet arinca n'- 
tait autre chose que le Triticum hyhemum, le froment ordinaire, 
auquel la culture avait donn plus de dveloppement. On a sou- 
tenu que c'tait l'pautre , mais cela ne peut tre. L'pautre fait 
un gruau dlicieux , et un pain grossier , qui n'est gure sup- 
rieur au pain d'orge ; nous en avons donn la raison note i4-2. 
On a prtendu , d'aprs Pline , que Varinca tait Voljrra dont 
parle Homre dans ces vers : 

npct J <r^il iK^m i'i^vyti tltnttt 

Erl.a-1 , xp7 Xtuxov ifiTOfAiroi xai xi/pc. 

Iliad. , V, it)5. 

et dans ceux-ci , mme pome , lib. vili , adfinem: 

'Iirvoi (Ti itfl XtUKou eftTTT/jnioi x.t xvpttc 

Quelques savans enfin , s'appuyant de ces mmes vers , ont sou- 
tenu que Varinca tait la mme chose que le Kpi&ti /^evm , c'est-- 
dire l'orge , que l'on donne encore aux chevaux dans quelques 
parties de l'Europe mridionale. Mais , alors , comment supposer 
que Pline ait pu crire : Ex arinca duldssimus panis ; et plus 
loin : Ipsa spissior, quant far , et major spica, eadem et pondra- 



NOTES DU LIVRE XVIII. Sgi 

sior, toutes choses qui ne peuvent convenir ni l'pautre ni 
l'orge. Il y a impossibilit de concilier toutes ces contradictions ; 
car si Ton avait gard nos dernires objections , ce serait une 
varit du froment ; et si l'on voulait le rapporter au xpid Asux 
d'Homre , que les chevaux mangeaient comme l'avoine , ce se- 
rait l'orge. 

i53. Page 202, ligne i. Far sine arista est , etc. On con- 
nat des varits de Triticum hjbernum, Spelta et dicoccum avec et 
sans barbes ; l'exception faite ici pour le siligo de Lacdmone n'a 
donc rien qui doive surprendre. 

i54.. Ligne 3. Adjiciuntur his gnera , etc. On a voulu voir 
dans ce bromos l'avoine, Avena saliva, L. ; mais d'autres auteurs 
ont cru que ce pouvait tre le riz. Le ^pa/no des Grecs est bien 
la mme chose que Vaena des Latins ; mais il est vident que, 
dans ce passage , Pline range ce bromos parmi les crales ali- 
mentaires , et il le regarde comme entirement diffrent de 
Y avena., dont il parlera plus loin. Nous pensons que, sous le 
nom de bromos , Pline veut dsigner quelque gramine exotique 
inconnue , et peut-tre mme le riz , qui a fix l'attention des 
commentateurs. Cf. sur l'avoine la note 220 de ce mme livre. 

Quant au tragos, dont Dioscoride (l, 1 15) dit quelque chose, 
on peut croire que c'est un pautre. Voici ce que nous en ap- 
prend Sprengel dans ses Commentaires sur Dioscoride , p. ^Sy : 
Quid Tpyos/uerit optime, Galenus exponit ( Gal. , de Alim.fac. , 
1 , 5ig). Confia nimirum ex olyra nobilissima decorticata : copieras- 
que uti prolinus aqua dcoda., dein , ea effisa., sapa aut vino didci 
aiU multo , pineis etiam nucibus additis. Alio loco ( Comm. , l , in 
llippocr. , de vict. auct , pag. 4-55 ) e ze " variis speciebus ( x. 
X,eicdv ) Tpixyov parari iradit , neutiquam sibi contradicens , cum 
oxvpa. t,ta.s species aut poilus varietas sint. Et Geoponici (\ih. III , 8) 
ex olyra generosa ut et e Iritico alexandrino macerato , decorticato 
ac siccato confia Tpoiyov j'ubent. La synonymie des crales tait 
si flottante , que l'on a d donner des noms diffrens la mme 
plante ; ainsi , libre au lecteur de penser que c'est une varit 
de l'pautre , ou l'pautre lui-mme. On sait que Pline donne 
le nom de tragum au froment mond. Cf. la note 126. 

i55. Ligne 5. Tiphe et ipsa , etc. Nous avons cherch ta- 



Bga NOTES DU UVRE XVIII. 

bli'r {Horede Virgile, 170) que ce tiphe (Ticf. de Thophraste') 
tait la gramine connue des modernes sous le nom de ftuque 
flottante ou d'herbe la manne , dsigne par Virgile sous le 
nom Huha paluslris. Virgile en parle comme d'un aliment or- 
dinaire des bestiaux, et notamment des jeunes taureaux : 

Interea pabi indomitse ( juvencis ) non granoina laatuin , 
Ncc Tescas salicutn frondes , ulvamque palostrem , 

Sed frumenla carpes 

Georg. , III, 174- 

Mais M. Thibault de Berueaud * , s'appuyant d'un passage de 
Caton l'Ancien et de l'autorit de Dioscoride, ne veut admettre ni 
la nri(r1a.vct des Grecs , qui est notre flche d'eau ( Sagitiaria sa- 
gittifolid)^ appele dj par les Romains sagitta ^, ni la masse d'eau 
ou glois (Ti/cp de Thophraste 'i), Tjpha latifolia, L. , deux plantes 
qui ne peuvent plaire aux bestiaux , et dont le cheval seul fait 
sa nourriture. Amen ne choisir que dans la famille des gra- 
mines , on peut s'arrter au Festuca fluitans de Linn. C'est une 
gramine fort connue, galement abondante aux deux extrmi- 
ts de TEurope, en Grce et en Italie^, en Pologne et en Sude, 
et qui porte le nom d'herbe la manne , parce qu'elle fournit 
mme l'homme un' aliment aussi sain qu'agrable , au moyen 
de sa graine monde , cuile avec le lait comme le sagou. La 
tiph, comme on le voit par la comparaison de Thophraste et de 
Pline, portait un grain qui , mond , avait quelque ressemblance 
avec le riz ; on la trouvait communment dans les lieux mar- 
cageux. Plusieurs scoliastes prtendaient, ce que Galien nous 
apprend^, qu'Homre l'avait eue en vue, sous le nom de iw^ur, 
dans cette graine crale qu'Andromaque donnait manger aux 
chevaux d'Hector. Il est certain qu'on regardait la tiph comme 
une nourriture excellente pour les animaux, et comme pouvant, 

' Theoph. , Hist. pi. , viK , 9. Cf. plus loD la noie 317. 

* Mmoires de la Socit linnenne de Paris , lom. i , p. 575 

^ Plin. , XXI , 68 

4 Theoph. , Hisi. pi. , i, 8; iv, 11. 

5 Surlool Naples, suivant le docteur Tenern. 
o Galbn., de Fac. alim. , i , 5. 



NOTES DU LIVRE XVUI. SgS 

en cas de besoin , devenir celle de l'homme. Tout ceci peut 
trs-bien se rapporter la ftuque flottante et au tiphe de 
Pline ; mais nanmoins cette opinion , toute vraisemblable 
qu'elle puisse paratre , ne s'appuie sur aucune autorit respec- 
table. Si nous nous sommes exprim en termes plus positifs dans 
notre Flore de Virgile , c'est que nous avions adopt l'opinion 
de M. Thibault de lierneaud , sans vrifier les passages cils 
dans le Mmoire publi par cet crivain. En efFt , comment 
supposer qu'on puisse parler de Vulva ovivm de Caton (ch. 87) 
et de Va.yfXia'lis 'mora.fj.ioi de Dioscoride ( iv, 3o ) , sans que 
ces plantes existent rellement ? Comment croire qu'on veuille 
appuyer un systme sur des citations , sans que ces citations 
soient justes ? et pourtant il n'en est rien. Ayant appris con- 
natre l'importance des vrifications , nous avons vrifi les ci- 
tations du Mmoire sur Videa des anciens', sans pouvoir trouver 
ni Vulva ovium de Caton , ni Vctypoo-li igoTtifios de Dioscoride , 
non-seulement dans les passages indiqus , mais encore dans au- 
cun endroit de l'ouvrage latin et de l'ouvrage grec ; ainsi se 
trouve produit dans le monde savant un mmoire qui n'est ap- 
puy que sur des assertions mensongres , et que pourtant nous 
avons vu citer avec loge. La probit littraire serait-elle aussi rare 
que la probit commerciale? Heureusement, pour l'opinion que 
nous avons adopte ou soutenue , il y a encore plus de probabi- 
lits pour la festuque flottante que pour le seigle. 

i56. Page 252 , ligne 6. Traduntque eam ac tiphen , etc. Le 
mot dgnrer signifie en finanais changer de nature ; mais comme 
il se prend en mauvaise part , il veut dire , comme en latin , 
changer de bien en mal. Cependant il semblerait rsulter de la 
phrase cite que , chez les Latins , degenerare signifierait aussi 
se mtamorphoser d'un genre en un autre ; sans cela on ne pour- 
rait comprendre ce que Pline entendrait par une dgnrescence 
qui ferait passer un grain, pe^.it et peu estim , l'tat de fi-o- 
ment , dont le grain est justement reconnu pour tre la premire 
de toutes les semences alimentaires. 

107 XXI , page 252 , ligne lo. Triiico nihil est/ertilius, etc. 
La quantit de bl que produit une terre ensemence difiere 



394 NOTES DU LIVRE XVIII. 

suivant la manire dont les semailles ont t faites. M. le duc de 
Larochefoucauld-Liancourt s'est assur qu'au plantoir elle pou- 
vait rapporter cent cent trente pour un ; mais ce qu'on gagne 
en produit , on le.perd en main-d'uvre. On n'a aucun exemple 
en Europe d'une fcondit pareille celle dont Pline donne un 
exemple dans cette phrase : Utpote quum e modio , si sil aplum 
solum , quale in Bjzacio Afric campo , centeni quinquageni modii 
reddantur. Les terres les plus fertiles ne rapportent qu'environ 
quinze pour un , encore en est-il peu en France qui donnent 
un pareil produit. Les bonnes terres ordinaires donnent dix pour 
un , et les moins fertiles de quatre cinq seulement. Pline avait 
dj parl , au livre xvil , chapitre 3 , de la fertilit prodigieuse 
du terroir de Byzacium. 

i58. Page aSa , ligne i3. Misii ex eo loco divo Augusto , elc. 
En supposant qu'il n'y ait aucune exagration dans les faits rap- 
ports plus haut , on ne peut citer aucun exemple d'une f- 
condit aussi merveilleuse j seulement, en 1827 , un grain de 
froment, sem dans un jardin des environs de Brest, donna 
naissance , d'aprs le tmoignage d'auteurs respectables qui ont 
crit sur l'agriculture , un groupe de cent cinquante chau- 
mes ; avant cette poque , le plus grand exemple de fcondit 
connu ne s'tait point lev au del de cent dix-sept tiges pour 
un grain de froment. On cite encore parmi les phnomnes de 
ce genre un grain de bl de miracle ( Triticum composituni) qui 
a donn quatre-vingt-douze pis et treize mille huit cents 
grains. M. Teissier dit avoir vu dans la Bauce soixante pis 
sur un seul pied de froment, et soixante-trois sur l'autre. 11 y a 
bien loin de ces exemples aux quatre cents et aux trois cent 
soixante tiges cites par Pline comme provenant d'une mme 
semence. 

iSg. Ligne 19. Fertlissima tridci , ramosum , autquod cen- 
tigranium vacant. Il s'agit videmment ici du froment pis ra- 
meux, Triticum compositum , LiN. fils, que l'on crot originaire 
d'Egypte ou de Barbarie ; plusieurs botanistes pensent que ce 
n'est autre chose qu'une varit du froment commun. Ses pis 
sont gros et grands , leur partie infrieure est charge de quatre 
sept pis courts , scssilcs et serrs la base de l'pi principal. 



NOTES DU LIVRE XVIII. SgS 

Nous l'avons vu en culture rgulire dans les environs de Lyon. 
Celle espce ne parat pas avoir t connue des Grecs. Voici 
sa synonymie : 

Triticum ramosum aut centigranum , Plin. , loco comment. 
Trilicum spica multiplia, , C. Bauhin , Pinax, pag. 27. 
Triticum compositum , LlNN. fils , Suppl. , 11 5. Le bl de 
miracle ou bl de Smyrne des Franais. 

160. XXII , page 254., ligne 2. JEsiiva frwmenta , etc. Cf. sur 
ces diverses plantes les notes 7 5, 76 et 77 de ce mme livre. 

i6i. Ligne 3. Sesamn ah Indis , etc. Dioscoride (il, 121 ) 
dit aussi qu'on trouve le ssame en Egypte ; il est en effet cul- 
tiv en Egypte et dans les Indes : on le croit pourtant originaire 
de cette dernire rgion. 

162. Ligne 4- Huic simile est, etc. Thopbraste parle aussi 
de cette ressemblance , qui sans doute ne s'entendait que de la 
graine. Cf. la note 79 ' de ce mme livre. 

i63. Ligne 7. E/usdem, natur et horminum. Nous avons 
cherch dmontrer qu'on ne pouvait arriver la dterminaison 
de cette plante , note. 78. 

164.. Ligne 8. Cumino simile, etc. Pline traitera du cumin 
aux livres xix, ^7 ? et xx, Sy. 

i65. XXIII , page 254-, ligne 12. Pistura non omnium fa- 
cllis. 11 y avait Rome un corps de pistores silaginarii dans Ic- 
qu^ on admettait ceux qui excellaient dans l'art de moudre , 
ou plutt de piler le grain. On mangea d'abord les grains torr- 
fis, puis on les concassa, puis enfin on les pila jusqu' ce qu'ils 
fussent rduits en farine. Homre fait connatre qu'on tait dans 
l'usage d'craser le grain avec des rouleaux , sur des pierres dis- 
poses cet effet ; on n'en vint l'usage des meules horizontales 
que beaucoup plus tard. D'abord on commena les faire mou- 
voir force de bras par des esclaves, puis on se servit de bufs, 
de chevaux et d'nes ; enfin on imagina d'employer l'eau comme 
principe moteur, et enfin le vent. L'art de sparer le son de la 
farine marcha aussi graduellement ; d'abord on se servit de linges 
clairs , puis de tamis , de sas , etc. 



396 NOTES DU LIVRE XVIII. 

166. Page 254, ligne 22. Aul addito in sextarios XX , eU. On 
ne saurait trop s'tonner de la grossiret des procds employs 
par les Romains dans la prparation de leurs alimeus ; ils mettaient 
de la craie , de Peau sale , etc. , dans le vin ; de la craie dans 
Valica; ils ajoutaient, comme on le voit ici , leur farine de 
lentille et d'ers, de la brique pile et du sable, et consentaient 
faire ce mlange htrogne et dangereux dans le seul but de 
faciliter la mouture des semences. 

167. Page 256, ligne 6. Acus vocalur, etc. Pline (xxxill , 3) 
a mis l'opinion singulire que le feu des barbes ou artes des pis 
(am/) chauffait plus promptement l'or que le bois d'rable, 
qui passait alors pour tre le meilleur: Prterea mirum , prun 
violentissim igni in domitiim, palea citissime ardescere. 

168. Ligne g. Milii , et panici, et sesam , etc. Cet aphida 
n'tait autre chose sans doute que les barbes {^arista) des gra- 
mines et les supports du grain ( pdoncules ou pdicelles du 
fruit). Festus le dfinit ainsi : Apluda estgenus minutissimcc pale 
frumeniiy sice panici, etc.; Aulu-Gelle dit que c'est le son : Aplu- 
dum veteres rusticas fiximenli furfurem appellasse. 

i6g. XXIV, page 256, ligne i3. Milio Campania prcipue 
gaudet. Cf. sur le milium les notes 78 , go et gS. Les voyageurs 
nous apprennent que les artares qui habitent les rgions faisant 
aujourd'hui partie de la Sarmatie fabriquent avec le millet des 
bouillies qu'ils estiment beaucoup ; ils retirent aussi de cette c- 
rale un viu qui , dit-on , n'est point dsagrable. 

170. XXV, page 258, ligne 2. Panico et Galli quidem, etc. 
C'est encore dans le midi de la France et de l'Europe que le 
panis est le plus frquemment cultiv. Cf. la note 76. 

171, XXVI , page 2 58 , ligne 1 1. Milii prcipuus , etc. La 
thorie des levains , chez les anciens Romains , n'tait pas fort 
avance ; nous en savons beaucoup plus qu'eux sur ce point. 
On favorise la fermentation panaire avec des ptes qui ont dj 
ferment , ou bien avec des ptes auxquelles on ajoute de la 
levure de bire. Le mot de vin , indiqu par Pline , est assez 



NOTES DU LIVRE XVIII. 897 

bon , mais il peut dnaturer la saveur du pain. La prsure et le 
vinaigre sont des moyens rarement employs , et dont on pour- 
rait nanmoins se servir. Depuis quelques annes on a voulu fa- 
voriser la fermentation panaire avec des substances minrales 
pernicieuses, et notamment avec des sels de cuivre. 

172. Page 260 , ligne 7. Sicut et validiora , etc. Cette re- 
marque de Pline est d'une grande justesse. Les pains non levs 
sont compactes, lourds et difficiles mcher ; ils s'imbibent moins 
facilement de salive , de sorte que le bol alimentaire arrive dans 
l'estomac sans avoir reu les modifications premires qu'il doit 
subir pendant l'acte de la mastication. 

lyS. XXVII, page 260, ligne 11. Partis ipsius , etc. Voici 
la liste des pains connus chez les anciens ; on verra que sous le 
nom de pains ils comprenaient des prparations nommes au- 
jourd'hui ptisseries : 

Panis aquaticus seu Parthorum. Ainsi nomm de la grande quan- 
tit d'eau qui entrait dans sa composition. Conf. le texte de 
Pline. 

Panis artopticius. Pain cuit dans une tourtire ; il tait prpar 
avec la fleur de farine. Cf. Atiien. , lll, ii3, artopta, (tpTos, 
oT Tcct , cuire. 

Panis astrologicus. Sorte de beignets ou de gteaux dont le mode 
de prparation tait fort vari. 

Panis athletarum. Pain sans levain , grossier , pesant , ptri avec 
le fromage mou ; on le nommait coliphium , va\i(ptov. 

Panis autophirus. C'tait un gros pain de mnage fait avec une 
farine dont on n'avait pas retir le son ; c'est le pain bis des 
modernes. 

Panis azjmus. Pain sans levain, a. privatif, u/<, levain. Celse le 
disait bon pour l'estomac, c'est--dire de facile digestion: 
Stomacho apt{is panis sine fermenta. Les modernes pensent dif- 
fremment. 

Panis cacabaceus. Ce pain tait fait avec de l'eau qui avait bouilli 
dans du bronze j de cacabus , marmite, chaudron. 

Panis avilis ou panis rotundus vopiscus. 11 tait ainsi nomm , 



398 NOTES DU LH'^RE XVIII. 

parce qu'il tait distribu au peuple romain la place du bl 
qu'on lui donnait auparavant ; son poids varia de vingt-quatre 
vingt-cinq et trente-six onces. 

Partis cUbanis. Comme le panis artopticns, ce pain tait cuit dans 
une tourtire. 11 n'est pas facile de dterminer la diffrence 
qui existait entre le panis ariopticius et le panis dibanis , cuit 
aussi dans des moules. Ce dernier tait nomm Kpi^ccytre par 
les Athniens. 

Panis dejesticium , voyez panis speusticus. - ^ 

Panis dispensai orius , voyez panis civilis. 

Panis furnaceus. Pains cuits au four. Tryphon apud kihen. (lll, 
109) dit que les Grecs les nommaient hipniles. 

Panis gradilis Ce pain est le mme que le panis civilis; on le 
nommait ainsi , parce qu'on le distribuait au peuple, rang ou 
assis sur les degrs de l'amphithtre. 

Panis madidus. Ce n'tait point un pain , mais une pte de fa- 
rine de bl et de fve ; on l'appliquait sur le visage pour en- 
tretenir la fracheur du teint ; c'est pourquoi Juvnal l'avait 
nomm cutoria : 

Tandem aperit vallum et uloria prima rependil. 

Faciem quotidie pane madido linere consueverat , a dit Sutone en 
parlant du voluptueux Othon. 

Panis mililaris. Pain grossier, fait de grain peine cras l'aide 
de meules portatives , ou broy entre deux pierres. Ce pain 
sans levain tait cuit sous la cendre. 

Panis ostrearius. Le texte de Pline nous apprend qu'on le man- 
geait avec des hutres ; c'tait sans doute un pain de luxe. 

Panis parlhicus , voyez panis aquaticus. 

Panis secundus. Pain demi-blanc ; il venait aprs celui qu'on fai- 
sait avec la fleur de froment. Horace en parle : 
Vivit siliquis et pane secundo. 

C'est le pain de la petite proprit. 

Panis siligineus. Pain blanc fait de fleur de farine , et avec le bl 
sUigo. 

Panis sordidus. Pain fait presque entirement de son ; on le don- 
nait aux chiens. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 399 

Panis speusticus. C'tait moins un pain qu'une sorte de galette 
fate et cuite en peu d'instans dans un couvercle de tourtire. 
Il n'y entrait point de levain. On pense que c'est la mme 
chose que le pain depstciiis de Caton ( lib. LXXIV ). Speusticus 
vient du mot grec atievS'A^ se hter. A cause du peu de temps 
employ la cuisson, Pline dit lui-mme qu'il est ainsi nomm 
a festinalione. 

174" Page 262 , ligne 2. Durt sua piceno in panis , etc. 
Nous avons dj parl de Valica ( Cf. la note 82 ). Ce mot d- 
signe tantt une crale , celle avec laquelle on faisait le gruau , 
et tantt ce gruau lui-mme. C'tait avec Valica qu'on prpa- 
rait les gteaux nomms placent , non pas du nom des habitans 
de Plaisance , qui leur avaient donn la vogue , suivant quelques 
commentateurs; mais t placere , parce qu'ils taient agrables 
au got. Cf. plus bas les notes 177 et 178. 

175. XXVIII, page 262, ligne 12. Artoptam Plautus , etc. 
Le vers de Plaute auquel Pline fait allusion est le suivant : 

Ego hinc, artoplaiT) ex proxumo aiendam peto. 

Aululara, 11, 9, 4- 

Uarlopla tait une espce de four portatif dans lequel les Ro- 
mains faisaient leur pain. 

176. Ligne 19. Cribrorum gnera, etc. Comme on le voit, 
l'invention des tamis en crin remonte fort loin. La plante dont les 
Espagnols se servaient pour fabriquer les leurs tait sans doute le 
spart , Stipa tenacissima , L. , ou bien le Lygeum Spartum, L. 

177. XXIX , page 266 , ligne i. Alica fit e zea , etc. Cf. 
sur cette crale la note 78. Le zea ou semen est l'pautre 
deux semences , Triticum dicoccum. Strabon ( v , 252 ) dit que 
Valica de Campanie se faisait avec le far. Nous avons dit plu- 
sieurs fois qu'il y avait une grande confusion dans les ouvrages 
des anciens relativement la nomenclature des crales. 

178. Ligne 5. lia fiunt alic tria gnera, etc. De ces trois 
sortes ! alica y les deux premires sont en effet de vritables 



4oo NOTES DU LIVRE XVIII. 

gruaux ; la troisime n'tait autre chose qu'une farine gros- 
sire , le gruau dbarrass des enveloppes ; apheirema ne signifie 
pas autre chose. 

17g. ^ Page 266 , ligne g. Postea (^miriim dctu) admiscetur 
creta , etc. Cf. plus haut la note 166. La craie dont parle notre 
auteur se nomme maintenant dans le pays la lumera. On voit 
plus loin que Pline donne ce sous-carbonate de chaux le nom de 
rnetallem , qui, chez les anciens, avait une signification plus large 
que parmi nous le mot mtal , puisqu'il signifiait tout ce que l'on 
retire du sein de la terre ; il rpondait notre mot minral. On 
voit, d'aprs le mode de prparation de Valica, que l'espce nom- 
me par les anciens minima, contenait plus de craie que les autres: 
elle tait donc moins saine. 

180. Ligne 12, In colle Leucogo appellata. Leucogum est 
une dnomination grecque qui signifie terre blanche. Conf. au 
livre XVII , la note 54- 

181. Page 268, ligne i. Alica aulterina , etc. Cette varit 
de l'pautre ne peut tre dtermine faute de renseignemens suf- 
fisans. On sait que la graine de l'pautre , Tritcum Spelta , est 
dbarrasse difficilement de son enveloppe. 

182. Ligne 5. Posteaque gjpsi , etc. L'addition du gypse 
dans Valica d'Afrique est aussi vicieuse que celle de la craie dans 
Valica de Campanie: comment l'estomac s'accommodait-il de pa- 
reils mlanges ? -. "* 

i83. XXX , page 270, ligne 5. Jam vero et pabulo venalis 
fab, etc. La fve est trop connue pour que nous nous arrtions 
en parler longuement ; elle est originaire de la Perse. Les gyp- 
tiens passent pour s'tre les premiers livrs cette culture. Voici 
quelle est la concordance synonymique de cette plante : 

, SiB, Bibl. sacr. Ku*/<of, Plut. , Polit., 2 ; Diosc. , II, 
127 ; HoMER. , J//W., XIII, 589 ; Tivet^o ehxmiKos, HiPP., 
M^rb. mult., I, 608; Theoph., Hist. , VIII, .3. Faba , 
i's- ViRG. , Georg., T , 2i5 ; Catul. , 35; Varr. , l , 4^4 ; Co- 
LUM. , Il , 10 ; Plin., XVIII, 9, 3o ; Fabulum, Aulu-Gel., 
Faha vulgaris Mnch. meth. , i5o. La fve de marais 
( famille des lgumineuses ). 



NOTES DU LIVRE XVIII. 401 

184.. Page 270, ligne 7. Frumento etiam miscetur , etc. On 
ne se sert aujourd'hui de la farine de fves , pour la mler la 
farine , que dans les temps de disette. On dit qu'on l'ajoute 
nanmoins au froment dans le Valais et dans la Savoie. Je n'ai 
pu vrifier ce fait. 

i85. Ligne 9. Quin et prisco ritu , etc. Quibus temporibus , 
dit Varron ( de Vit. pop. rom. apud Nonium , l , 1), in sacris 
faham jaciant noclu , <u diamt se lmures domo extra januam jacere. 

186. Ligne II. Obhc Pjthagoric sententi damnata Il 

n'est sorte de folies qu'on n'ait dbites sur la dfense que Py- 
thagore faisait des fves ses disciples. Chacun sait pourtant 
que les suffrages populaires se donnaient autrefois par fves, et 
non par boules. La fve tait ainsi devenue le symbole des em- 
plois publics ; et le sens du prcepte n'avait rien d'obscur dans la 
bouche d'un sage qui ne voyait qu'avec mpris les jouissances de 
l'ambition. ( Cf. Flore de Virgile , 53. ) 

187. Ligne ig. Sola certe frugum etiam exesa repletur cres 
cenie luna. On ne saurait trop s'tonner de l'ignorance des an- 
ciens en physiologie vgtale , en les voyant admettre de pareilles 
croyances. Didvme ( in Geopon. , il , 33) dit la mme chose que 
Pline : 4>s- S'i rov Kvfiov SK^f^aiiiTcc a.vA'jffXt^povs^tti tsdhiv 7ns 
(Tth-iwAs uv^ov/uvus. 

188. Page 272 , ligne 2. Virgilius eam perver seri fubet.Vir- 
gile a dit en effet : 

Vere fabi satio. 

Georg. , 1 , 2 1 5. 

On sme les fves en France dans les mois de mars ou d'avril, 
quelquefois en automne dans les rgions mridionales. 

189. Ligne 7. Solum, in quo sala est , etc. Les modernes 
sont encore persuads de cette vrit. En Angleterre et en France 
on enterre les fves lorsqu'elles sont en fleur, et l'on croit que 
c'est un engrais excellent. Columelle avait dit avant Pline : Sunt 
etiam quiputent in aris hanc eamdem vice stercoris fungi : quodsic ego 
interpretor , ut existimem non sationibus ej'us pinguescere humum , 
sed minus hanc quam cetera semina vim terr consumere. Nam 
urtum. habeo frum.entis uliliorem agrum esse , qui nihil. quam, qui 

XI. 26 



4oa NOTES DU LIVRE XVIII. 

istam siliquam proximo anno tulerii (^de Re rust. , Il , lo). Cf. au 

livre XVII , les notes 76 et suiv. 

190. Page 272 , ligne 10. Naslur et sua sponte , etc. Cf. 
*iilN. f lib. IV, 27. Ces les Fabaries sont situes dans la mer du 
Pont , prs de l'embouchure de l'Ems. 

igi. Ligne i4- Nasciturin Mgypto, elc. C'est-l le Njrmpha 
Nelumbo des botanistes modernes. Pline a ici compil Thophraste 
(^Hist. , IV, 10) d'une faon tout--fait inexacte. Cf. au livre xill 
la note i3o , 6. On ne trouve plus le nelumbo dans les localits 
indiques par Pline. 

ig2. XXXI, page 27^ , ligne 2. Ex leguminibus , etc. Le 
pois est une lgumineuse cultive dans presque toute TEurope. 
Voici quelle est la synonymie que nous lui appliquons : 

'E/tg^ivflof , HoMER. , Iliad. , xiii , 589 ; HiPPOCR. ; "Epe^ivo , 
'0/)o/2a7of , Theoph. , VIII , 5; Uia-os , Ejusd., viii , 3. 
Plin. , loco comm. ; Pisum sativum , L. , Spec. pi. , 1026. 
Le pois cultiv. 

195. Ligne 4- -Omo gnera {lentis^ in Mgypto : allerum ro- 
tundius nigriusque , alterum sua figura. Les lentilles d'Egypte 
avaient de la clbrit ; Virgile en recommande la culture : 

Nec pelusiacse carain adspernabcre leatis. 

Georg. , 1 , 228. 

Martial en dit aussi quelque chose : 

Accipe Niliacam , Pelusia munera , Icntem. 

Mart. , XIII , epigr. 9. 

On ne peut dire avec certitude quelles varits il faut rapporter 
les lentilles d'Egypte dont parle notre auteur, 

194. XXXII, page 274? ligne 12. Ciceris natura est gigni 
cum salsilagne. Le pois chiche , Garbanzo des Espagnols , est 
cultiv surtout dans le midi de l'Europe. Il abonde dans l'Inde, 
et exsude pendant la floraison un acide qui peut corroder les 
bas et les souliers des personnes qui le foulent aux pieds. On 
peut appliquer ce lgume la synonymie suivante : 

E/)gi3<vflof , Theoph. , Hist. , viii , 3 ; K/rof , Ejusd. , loco cit. 



NOTES DU livre; XVIII. 4o3 

VIII , 3 ; DiOCL. apud Athen. , II , 44 ; E/JlS/fof , Diosc. , 
II, 126. Cicer, CoLUM. , II, 2 ; Pallad., Mart., lit. 6; 
Plin., hcocomm.; Arietinum, Ejusd., XXII, 72; Cicer An'e- 
U'num, AucT. Le pois chiche ou cicerole (famille des l- 
gumineuses). 

igS. Page 274 , ligne i3. Dfferent phires , magnitudine , 
figura, colore, sapore. Les modernes reconnaissent aussi plusieurs 
varits de ciceroles ; l'une est semences rouges , l'autre se- 
mences blanches. Les Espagnols en ont une varit gros grains 
et une autre grains plus petits. La saveur est la mme , ainsi 
que la forme, dans toutes les varits. II serait possible que Pline 
regardt comme varit du dcer quelque lgumineuse apparte- 
nant un autre genr , un orohus ou un vicia , par exemple. 

196. Ligne 16. Est et cicercula mimtii ciceris , inqualis , an 
gulsi , veluti pisum. Ce n'est point l le petit pois des modernes, 
si apprci par nos gourmets , mais la gesse, cultive soit comme 
fourrage , soit comme aliment ; nanmoins ses semences cuisent 
difficilement et se digrent mal. 

Voici la concordance synonymique qu'on peut tablir : 

Aaflypof , Theoph. , Hist. plant. , viii , 3 ; ^Ep^ivof tijuepos , 
DiOSC. , II , 126. Cicerula qu piso est similis, CoLUM. , 
Il , I ; Cicerula, Pai.LAD. , Januar. , tit. v ; Fthruar. , tit. IV ; 
Lathyrus sie Cicerula, DoDON., Pempt., Si 5; Lathyrus sa- 
tivus, L., Spec. pi. y io3o. Le pois gesse ou gesse domes- 
tique (famille des lgumineuses). 

197. XXXIII , page 276 , ligne 4- Faseolorum cum ipsis 
manduniur granis. Il s'agit ici d'une varit du haricot vert dont 
on mange les gousses. Il en est plusieurs dans ce cas : le haricot 
sans parchemin , le haricot sans fil , le haricot mange-tout , et 
plusieurs autres varits qui toutes appartiennent au Phaseolus 
vulgaris, L. , Spec.pl., 1016. 

ig8. Serere eos qua velis terra licet ah idibus octobris in ka- 
lendas novembres. Palladius dit de les semer en septembre (Pall., 
Sept., tit. XII ). En France, mme dans nos dpartemens les plus 
mridionaux , on ne sme les haricots , et en gnral toutes les 
lgumineuses alimentaires, qu'au premier printemps , autrement 

26. 



4o/, NOTliS DU LIVRE XVIII. 

leur germination , qui aurait lien vers l'arrire-saisoo , expose- 
rait cette plante prir pendant l'hiver. 

199. Page 276 , ligne 8. Quamquam prias de rapis dixisse 
conveniat. Le type de la rave des anciens est le hrassica Napus 
des botanistes , connu, dans les environs de Paris, sous le nom 
de turneps. Il n'est pas possible de fixer avec prcision la va- 
rit de raves que les anciens cultivaient de prfrence, ils 
croyaient , tort , qu'elle pouvait se changer en navet. Pline 
reproche aux auteurs latins d'avoir dit peu de chose de cette 
plante , et cependant Coliimelle en a donn beaucoup plus de 
dtails que lui. 

Voici quelle doit tre la concordance synonymique des rpa : 

Toyyvhis, Theoph. , Hist. , vu , l^. ; I>!osc, , il , i34.; Ni- 
CATSD. , apuAthn., XIV, i33. Rapa^ VaRR. , de Re rusU, 
I , c. 59 ; COLUM. , XI , 3 ; Pallad. , Jidius, tit. 1 ; Plin. , 
I0CO comm. ; Brassica Rpa et Brassica oleracea , var. Napo- 
Brassca , L. , Spec. pi. , g3i . Le chou-rave ( famille des 
crucifres ). 

200. XXXIV , page 278 , ligne 4- f'^id XL libras exceden- 
ia. Il n'y a point d'exagration dans le fait avanc ici par Pline, 
rogus avait vu des navets de quarante livres pesant ; Mathiole 
dit mme en avoir vu qui pesaient un quintal. 

201. Ligne 6. Etiam coloribus picta ^ etc. Ces varits, di- 
versement colores , appartiennent plutt au Brassica oleracea , 
sous les noms de Brassica oleracea gongyloides et de Napo-Brassica^ 
qu'au Brassica Rpa. On connat un chou-rave violet. 

202. Ligne 9. Gnera eorum Grci duo prima, etc. Les cru- 
cifres sont hermaphrodites. Cette qualification de mle et de 
femelle ne doit donc pas tre prise la rigueur. Cf. au livre sui- 
vant la note i3o. 

203. Ligne i4' Tertiam speciem silvestrem appellavere. Les 
plantes auxquelles les botanistes donnent le nom de raifort sau- 
vage sont au nombre de deux, le Rhaphanus Rhaphanistrum , L. , 
commun dans les moissons , mais dont la racine annuelle et 
fibreuse n'est nullement comparable aux raves ; l'autre est le Co~ 
chlearia Amioracia , L. , ou cranson , plante dont Pline traitera 



NOTES DU LIVRE XVIII. 4o5 

au livre suivant. Il est donc Impossible de savoir au juste ce que 
notre auteur entend par Rpa sivestris ; est-ce Tespce cultive 
abtardie, ou venue sans culture? est-ce quelque autre plante, 
une bryone , par exemple? Dioscoride a un yoyyvxis ttypict 
(il, i35), que l'on attribue, peut-tre sans preuves suffisantes, 
au Cordylocarpus muricalus , Desf. , Flore Atlantique , crucifre 
qui a t trouve en Grce. 

2o4- XXXV , page 280 , ligne 4- ^api vero Amitemni , 
quorum eademfere natura , gaudent quefrigidis. Le navet et ses 
varits , au milieu desquelles le type semble perdu , est le 
Brassica Napus. Les navets d'Amitenie ont t mentionns par 
Martial : ' -, ; 

Nos AmiternDS ager felicibiis ediicai bortis: 
Nursinas poleris parcius esse pilas. 

^ XIII , epigr 20. 

Columelle en dit aussi quelque chose : 

Quin el Tardipedi sacris jam rite solutis 
Nube nova serilur , cli pendentibus undis 
Gongylis illnstri mitlit quam Nursia oampo 
Quaeque Amiterninis deferlur bunias arvis. 

De Hortul. , ^21. 

Le mot bunias est le nom grec du navet. Voici quelle est sa 
concordance synonymique : 

BovK/f , NiCAND. , Ther., v. 585 ; Diosc , il , i36. Rpa, 
CoLUM., II, i ; X, Je Hort.; XI , 3 ; Mart., loco cit., etc.; 
Brassica Napus, L. , Spec. pi. , ^Zi \ algue variet. ejus. Le 
navet et ses varits. 

Nous ne dirons rien des procds de culture mls de prati- 
ques superstitieuses dont parle ici Pline. 

205. XXXVI , page 280 , ligne 17. Lupino est usus proxi- 
mus , etc. Cf. sur le lupin la note 86 de ce mme livre. Pline a 
dj vant l'emploi du lupin comme fourrage et comme aliment: 
At commune quadrupeum hominumque usui lupinum. 

206. Ligne 21. Primum omnium cum sole , etc. Pline a cxa- 



4o6 NOTES DU LIVRE XVIII. 

gr , comme il le fait toujours , une circonstance remarquable 
de la physiologie des feuilles qui appartiennent aux lgumineuses. 
Leurs folioles se replient en dedans , rapprochent leurs bords , 
et se penchent en mme temps vers la terre en s'inclinant sur 
leur ptiole. Ce phnomne de chaque jour commence vers le 
coucher du soleil , et ne cesse entirement que le lendemain 
vers le milieu de la journe: c'est ce que Linn a nomm le som- 
meil des plantes. Les fleurs de la plupart des plantes sont plus 
ou moins panouies , suivant que la lumire est plus ou moins 
grande. Quelques-unes, trop irritables, se ferment au contraire 
pendant la journe , mais c'est le petit nombre. Nous avons eu 
dj l'occasion de parler de pareils phnomnes (Cf. au livre Xlll 
la note 92 ). L'auteur des Goponiques (il , 87 ) et Athne 
(il , 91 ) se sont exprims , au sujet du lupin , en termes peu 
diffrens de ceux employs ici par notre auteur. 

207. Page 282 , ligne i3. Primumque omnium seritur, etc. 
Columelle a dit : Sive septembri m^nse ante quinocihim. , seupro- 
tinus a kalendis octobris crudis novalibus ingras , qualitercumque 
obruas , sustinet coloni negligentiam : teporem tamen autumni desi- 
derat , ul celeriter confirmetur ; nam, si non ante hiemem conalue- 
rit , frigoribus affligilur (^de Re rust. , II , 10). Tous les principes 
de culture donns par Pline dans ce chapitre sont puiss chez 
Thophraste ( Hist. , viii , i , 11, etc. ) et chez Columelle 
( loco citt o ). 

208. Ligne 18. Ex densiore terra rubricam maxime amat, 
Columelle ( 11 , 10) s'exprime ainsi : Lupinum exilem amat ter- 
ram , et rubricam prcipue : nam, cretam reformidat , limosoque non 
exit agro. 

209. Ligne 19. Ad hanc alendam post tertium florem verti 
dbet , etc. Les modernes croient aussi que le lupin engraisse la 
terre. 

210. Page 284., ligne 3. Quando etiam impositum puerorum 
ventrihus , pro remedio est. On ne reconnat aujourd'hui la fa- 
rine de lupin aucune proprit anti-vermineuse ; elle fait partie 
des farines rsolutives, mdicament peine employ de nos jours. 

211. XXXVII, page 284, ligne 8. Et vida pingescunt 



NOTES DU LIVRE XVIII. 407 

arva , etc. Cette lgumineuse est bien connue: Virgile la men- 
tionne plusieurs fois dans les Gorgiques , en donnant aux se- 
mences l'pithte de temds : 

Ant tenues ftus vicise, tristisque iupinus. 

Georg. , 1 , 75. 

Voici comment nous croyons pouvoir tablir la concordance sy- 
nonymique de la vesce : 

'AeiKw, TiiEOPH., Hist., vHi, 8 ; Diosc. , 11 , 178 ; 'A<})<*km 
et ^iKiov , Galen. , de Alim. facult. , lib. I , cap. pnult. ; 
K'^a.MV chez les Attiques ; B;tfc, GiLEC. RECENT. Vicia, 
ViRG., Georg., I, 75, 227 ; Cato, deRerust., 17 ; Varr., 
de Re rust. , l , 82 ; CoLUM., Il, 2, etc ; Plin. , loco comm. ; 
Aphace?F Ejusd. , xxi , 17 ; Vicia sau'a , L. , Spec. pi. , 
037. La vesce cultive. 

Quoique cette plante soit bien connue, elle ne laisse pas moins 
beaucoup de doutes sur diverses parties de sa synonymie. 
Fuchsius {Hist. stirp. , p. 110) et Mathiole dsignent pour 
Vct<^ctKn le Vicia sepium; Dodone , le Latkyrus Aphaca , L. ; 
Dalechamp , le Vicia anguslifolia , L. ; Sprengel , qui a indiqu 
i^Histor. Rei herbar. , 1, i83) le Lathjrus Aphaca , L. , hsite 
entre les Vida bith/nica , lutea et h/brida , das ses Commen- 
taires sur Dioscoride (173), Il y a moins d'embarras pour la 
partie synonymique latine ; encore faut-il convenir qu'on fai- 
sait bien peu de diffrence entre les lgumineuses semes dans 
tes champs ; rien ne le prouve mieux que l'identit des mots 
vesce et gesse, car anciennement on crivait vesce par deux s, 
et quelquefois gesse par se. 

Varron (^de Re rust. , i , 3i ) donne comme il suit l'tymologie 
du mot vicia: Vicia dicta est a vinciendo , quoditem, capreolos habet, 
ut vitis, quibuscum sursum vorsum, serpit , ad scapum-lupini , aliumee 
quem ut hreat ; id solet vincire. 

212. Page 284, ligne i5. Siccitaiem ex omnibus, etc. Co- 
lumelle en porte le mme jugement : Id genus prcipue non amat 

rares quumjam omnis humor sole veniove detersus est : neque am- 

plius projici dbet , quam quod eodem die possit operiri : nom si nox 



JvOTESDU UOLE XTHL 




BOBRX. finaiBy CoiyTW ^afefcnnL, D, Il : XI^ s: 
^ULABL ^ jMMHir. . IlS; ftjOL^ JkvaBMB.^JEJfaaaifr- 
'^^^B, L.^ iRac/., io(*. La Irad 







io.t 



o, 11 ; i wiw B, Vamp, AJBc) 



NOTES DU LIVRE XVm. 409 

PLIN. , loco camm.; Tn'gondla Fnum grcum, L., SpecpL, 
1095. Le fenugrec ( Camille des lgomineases ). 

Cf. aa livre xxiv la noie 263. 

217. XL , page 286, ligne 17. Secale Taurini siJ> Alpibus, etc. 
Voici la concordance svnonjmique du seigle : 

T/<;>, Theoph. , Hist. pi. , vil, 1,2,4; B^i* , Galen. , de 
Fac. alim., I, 3i2 ;^EX<tAi, GiLEC. REC SUigo^ CoLUM., il, 
6,9, teste Sprengel ; Secale et asa, PllN. , loco canun.; 
Secale crale ? L. , Spec pi. . 1 24.. Le seigle cuItT. 

Cette gramine , fort dprcie par Pline , est an contraire 
en estime parmi tous les peuples de l'Europe. Son grain donne 
un pain prfrable celui de Forge. Il se maintient plus frais, 
mais il est moins blanc que le pain de froment ; la teinte en est 
bleutre et la saveur douce. On mle quelquefois sa &rine avec 
celle du froment, mlange dont parle Pline : Admiscetarhuicfarf 
ut mtget amaritudinem ejus. Le pain de seigle n'est point amer. 
Tant de contradictions nous forcent poser cette question : Le 
secaie de Pline tait-il bien le seigle des modernes ."^ C la note i55. 

217 bis. XLI , page 288, ligne 6. Farrago ex recremtntis 
farris , etc. Ce farrago , mot d'o est venu celui de fourrage , 
tait un mlange de diffrentes plantes destines Tallmenta- 
tlon des berbivores. Nos prairies artificielles , et surtout nos 
prairies temporaires , on Ton sme l'tat de mlange la vescc, 
la gesse , les levs , le seigle , le froment , Torge , etc. , donnent 
un rsultat semblable celui que les anciens cherchaient obte- 
nir avec leur yrrfl^o. 

218. Ligne 8. Degeneransque ex leguitnibus qa vocatmr 
cracca. Les modernes ont donn le nom de cracca une espce du 
genre vida ; mais il n'est pas certain que ce soit l la plant 
de Pline. Quoi qu'il en soit , ce cracca parait tre VtLfAyjtf de 
Tfaophraste , et voici la synonymie que nous adoptons : 

A^X^'i Theopm. , HisLpL , viii , 10. Anuhus, Dodon., 
Pemp. ; AracuSy Araca et Cracca mofory Ad. LOBEL. ; Qwa. 



4io NOTES DU LIVRE XVIII. 

Plin. , loco comm. ; Vicia Cracca, L. , Spec. pi. , io35. La 
vesce multiflore (famille des lgumineuses). 

2ig. XLII , page 288, ligne 12. Quod Cato ocymum vo- 
cal, etc. Caton, que Pline cite ici , a crit ocinum , mais quel- 
ques manuscrits portent ocimum: Sementius facito, ocinum, viciam, 
fnum grcum , fabam, ervum, pahulum bubus ( Cat. , de Re rusU, 
27). Ubi ocinum tempestivum. erit^ dato primum. bubus (EJUSD., 54-)- 
Cet ocimum ne diffrait gure de \difarrago, si ce n'est qu'on y 
admettait seulement des lgumineuses, fve, vesce, ers, etc. 

220. Ligne 17. Melius et aena Grca. Dalchamp et le 
pre Hardouin ont dcid que cette avoine grecque tait la mme 
chose que le fipa/nos des Grecs, qui est la mme plante que notre 
avoine cultive. Rien n'est moins certain que cette hypothse. 
Dioscoride a deux bromes, le ^pa/xo {11 , 16) numr avec 
les crales , et le ^pcy.os isott. (iv, i4-o ) , dont il est parl la 
suite de Vgjlops. Cette dernire plante est V Avena fatua ou 
VAvena elatior. Voici la concordance synonyraique que l'on peut 
tablir avec quelque apparence de certitude : 

Bpafzos '^roci Kt ctiyvxo'\,fy DioscoK. , iv, i4o ; Aypto^po/no^ 
Atticor. RECENT. Aena grca , Plin. , loco citato ; 
Mgylops prima , MaTII. in Diosc. ; Avena grca , CjES. ; 
Avena fatua ^ L. , Spec. , 118 ; sie Avena sterilis , Ejusd. , 
loco cit. L'avoine trs-leve , ou fromental , ou bien en- 
core l'avoine strile (famille des gramines). 

On fait encore dans quelques pays des prairies artificielles 
avec le fromental ou avoine trs-leve ; elles se recommandent 
par leur dure. Cf. , sur Y avena sativa, nos notes du livre XXIl , 
chap. 79. 

221. Ligne 19. Varro appellatum, etc. Varron ^de Rerust., 
1 , 87 ) s'exprime en effet comme il suit : Ocinum dictum a grco 
verbo QKics , quod valet ciio. Similiter quod ocimum, in horto , etc. 

ai2.. XLIII , page 290 , ligne 2. Medica extema , etc. Cette 
plante peut recevoir la synonymie suivante : 

IVI<r>c) ^oTvn, Arist. , de Anim. , VIII ; Diosc. , II , 177 ; 



NOTES DU LIVRE XVIII. 4ii 

Plut. , in Viia Epie, p. 444 ; CoLUM., ii , 2 ; Pallad. , 
in Apr. , lit. I ; Meica^ Strab. , II , 56o. VaRR. , I, 42 ; 
ViRG., Georg., I, 2i5; Plin., lococomm.; IsiDOR. , Orig. ^ 
lib. XVII , 4 j Medicago saliva, L. , Spec. pi., 1096. La 
luzerne. . 

C'est Strabon (loco ai.) qu a dit le premier que la luzerne avait 
t tire de la Mdie. A voir la manire dont elle est rpandue 
aujourd'hui en Europe, on la croirait dans son lieu natal, et l'on 
douterait presque de la vrit de l'assertion de Strabon. 

223. Page 2go , ligne 4' Quum ex uno satu amplius quam iri- 
cenis annis duret. Eximia est herba medica : quod quum semel se- 
ritur, decem annis durt : quod per annum , deinde recte quaier, etc. 
(CoLUM. , de Re rusl. , II , ii ). Columelle a crit que la luzerne 
durait dix ans , et Pline , suivant son usage d'exagrer toutes 
choses , a dit trente ans ; toutefois l'apprciation raisonnable 
se trouve entre ces deux nombres : une luzemire peut rapporter 
pendant une vingtaine d'annes. 

224 Ligne 8. Solum , in quo seratur, etc. C'est Columelle 
et aux autres crivains rustiques que notre auteur a emprunt 
tout ce qu'il dit sur la culture de la luzerne. ( Cf. les auteurs 
cits plus haut, dans la synonymie de la note 222.) 

225. Ligne 12. Seritur mense maio , etc. Columelle ( Il , 11) 
dit qu'il faut sepier la luzerne en avril : Ita mense ultima aprles 
serito santum Palladius dit la mme chose ( in Apr. , tit. I ). 

226. Ligne 19. Secatur incipiens florere , etc. U n'y a point 
cette fois d'exagration dans l'assertion de Pline. Les bonnes 
terres des environs de Paris permettent de faire facilement trois 
quatre coupes par an; on en fait cinq six dans le Midi ; il parat 
mme certain qu'en Espagne et en Italie on peut obtenir, au moyen 
des arrosemens, de huit quatorze rcoltes dans une anne, 
tandis que dans le nord de l'Europe on n'eu peut avoir qu'une 
seule. 

227. Page 292 , ligne 6. De cjtiso , etc. Cf. sur le cytise U 
note i65 , au livre xiii. 

3a8. XLIV , page 292 , ligne 10. Vition aena est , etc. 



4i2 NOTES DU LIVRE XVIII. 

Cette dgnrescence du froment et de l'orge sont de vieilles 
fables mises en crdit par Thophraste , et adoptes aveuglment 
par Pline. Les auteurs rustiques , Caton , Varron et Patladius , 
n'en disent rien. Columelle (il, 9)3 crit , en parlant du choix 
des semences , que , faute de choisir les plus belles , on laisse 
dgnrer les plantes ; mais cela veut dire que les varits se 
perdent , et qu'elles rentrent dans le type commun qui les avait 
fournies. L'autorit de Thophraste et celle de Pline ont sans 
doute entran notre illustre Buffon , quand il s'est exprim 
comme il suit: Le grain dont l'homme fait son pain n'est point 
un don de la nature , mais le grand , l'utile fruit de ses recher- 
ches et de son intelligence dans le premier des arts ; nulle part 
sur la terre on n'a trouv du bl sauvage , et c'est videmment 
une herbe perfectionne par ses soins. Il a donc fallu recon- 
natre et choisir entre mille autres cette herbe prcieuse , il a 
fallu la semer, la recueillir nombre de fois pour s'apercevoir de 
sa multiplication toujours proportionne la culture et l'en- 
grais des terres. Et cette proprit, pour ainsi dire unique, qu'a 
le froment de rsister dans son premier ge au froid de nos 
hivers , quoique soumis , comme toutes les autres plantes an- 
nuelles , prir aprs avoir donn sa graine ; et la qualit mer- 
veilleuse de cette graine , qui convient tous les hommes , 
tous les animaux , presque tous les climats , qui d'ailleurs se 
conserve long-temps sans altration , sans perdre la puissance 
de se reproduire ; tout nous dmontre que c'est la plus heu- 
reuse dcouverte que l'homme ait jamais faite ; et que quelque 
ancienne qu'on veuille la supposer, elle a nanmoins t prc- 
de de l'agriculture , fonde sur la science et perfectionne par 
l'observation. ( Epoques de la nature. ) 

Ailleurs le mme auteur dit plus positivement: <f Le bl est 
une plante que l'homme a change au point qu'elle n'existe nulle 
part dans l'tat de nature. On voit bien qu'il a quelque rapport 
avec l'ivraie , avec le gramen , les chiendents et quelques autres 
herbes des prairies , mais on ignore laquelle de ces herbes 
on doit le rapporter; et comme il se renouvelle tous les ans, 
et que , servant de nourriture l'homme , il est de toutes les 
plantes celle qu'il a le plus travaille ; il est aussi de toutes , 



NOTES DU LIVRE XVIII. 4i3 

telle donl la nature est la plus altre Il ne ressemble plus 

la plante dont il a tir son origine.... La nature cependant ne 
manque jamais de reprendre ses droits ds qu'on la laisse agir en 
libert : le froment jet sur une terre inculte dgnre la pre- 
mire anne. Si l'on recueillait ce grain dgnr pour le jeter 
de mme , le produit de la seconde gnration serait encore 
plus allr , et au bout d'un certain nombre d'annes et de 
reproductions , l'homme verrait reparatre la plante originaire 

du froment , etc. ( Hist. nat. du chien.^ 

Il est facile de rpondre ces assertions. Le bl n'tant pas 
chez nous dans son lieu natal , ne peut prosprer qu'au moyen 
de divers procds de culture , qui consistent tous rendre 
la terre plus lgre , afin que l'air puisse la pntrer facilement, 
et isoler la graine de toutes les autres, pour que, durant la 
jeunesse de la plante, elw ne soit pas gne dans son dve- 
loppement , assez lent pendant les premiers mois de l'anne. Si 
l'on abandonnait le bl lui-mme , il ne se changerait ni en 
avoine ni en gjlops ; il disparatrait peu peu. Nous allons 
essayer de dmontrer cette vrit. Si le froment restait sur pied , 
voici ce qui arriverait : les pluies d'automne feraient germer les 
graines dans l'pi ; la plupart de celles qui tomberaient sur le sol 
seraient dvores par les animaux , et ce qui chapperait aurait 
bien de la peine rsister aux grandes herbes , qui envahiraient 
bientt toute l'tendue du sol. Quelques pieds seraient pour- 
tant encore debout l'anne suivante , mais , les mmes causes se 
reproduisant, tous auraient disparu au plus tard vers la troisime 
anne. On se rend facilement compte d'une pareille marche. Les 
crales ne prosprent que dans les terrains bien prpars ; mais 
en multipliant les moyens de culture , on a aussi , sans le savoir, 
donn aux plantes rustiques un sol qu'elles prfrent tous les 
autres ; elles se dveloppent donc rapidement et au grand d- 
triment des crales , plantes dlicates , surtout dans le com- 
mencement de leur existence. La grosseur du grain des bls, et 
l'abondance de la fcule qu'il recle , rassemblent autour des ha- 
bitations une foule d'animaux de toute espce qui le dvorent ; 
il faut que l'homme les loigne des cultures par des chasses ou 
des piges : s'il cessait de surveiller les champs , les oiseaux 



4i4 NOTES DU LIVRE XVII. 

et les mulots , se chargeraient de la moisson, La plupart des 
crales , et presque toutes les plantes que nous cultivons ne 
sont ni dans le sol qui leur convient , ni sous la latitude qui 
leur plat, ni enfin, entoures de plantes qui s'harmonisent 
avec elles, La main de l'homme les maintient artificiellement , 
et supple aux conditions qui leur manquent pour tre in- 
dpendantes ; nanmoins , tant que les soins intelligens de 
l'homme leur sont continus , elles vivent et se reproduisent ; 
s'ils cessent , aussitt elles languissent et disparaissent , mais 
sans passer l'tat sauvage , et encore moins en subissant une 
mtamorphose. On n'a pu trouver la patrie des crales; pour- 
quoi s'en tonner.'' connat-on bien toute la terre? n'assure-t-on 
pas avoir trouv dj l'orge, le seigle, l'pautre croissant spon- 
tanment ? et si le froment ne figure pas encore sur cette liste , 
ne peut-on pas croire qu'on l'y verra |IKis tard ? Lors mme qu'on 
ne le trouverait jamais spontan , n'est-il pas possible encore 
d'adopter cette ide mise dj par nous dans quelques autres 
crits, que les pays o il croissait sans culture sont aujourd'hui 
recouverts par les eaux? Qui sait mme si l'Atlantide, que les an- 
ciens nous reprsentent comme une terre de promission ds-long- 
temps civilise, n'tait pas la patrie primitive du froment? L'ab- 
sence de toui. ossement fossile humain dans les diverses couches 
de terrain qui forment l'enveloppe du globe pourrait s'expli- 
quer de la mme manire. Serait-il donc extraordinaire que le 
berceau du genre humain et t entour des plantes les plus 
propres lui servir d'aliment. Nous avons cru devoir entrer 
dans quelques dtails relativement l'impossibilit de voir le tr- 
tcum sativum passer l'tat d'avoine. Une opinion mise par 
Thophraste , adopte par Pline et soutenue par Buffon , valait 
bien la peine d'tre discute avec quelque tendue. 

220. Page 294 , ligne 5. Venti autem tribus temporibus no 
cent, etc. C'est Thophraste qui a fourni Pline tout ce qui a 
rapport aux influences atmosphriques sur la prosprit des bls 
(^ Hist. pi. , vin ., lo). A la premire poque de leur dvelop- 
pement ils ont craindre l'extrme scheresse et les trop longues 
pluies, car si l'une empche le dveloppement, l'autre dter- 
mine la pourriture ; enfin si pendant la floraison il survient des 



NOTES DU LIVRE XVIII. /,i5 

pluies froides , el que les vents du nord soufflent Gonstamment , 
la fcondation ne pourra s'oprer , el il y aura coulure. 

280. Page 294 1 ligne 9. Nascuntur et vermiculi , etc. C'est 
encore dans Thophraste que Pline a puis cette assertion. Il 
arrive bien rarement sous notre climat que les vers dvorent 
la racine des bls ; elle est fibreuse , et ne peut tenter que m- 
diocrement ces insectes. 

281. Ligne ii. Gignuntur (^vermiculi), etc. Peut-tre ces pr- 
tendus vers ne sont-ils autre chose que le germe du grain qui se 
dveloppe pendant les ts pluvieux ; pourtant les cultivateurs 
ont remarqu , mais ce fait est fort rare , que les grains de 
quelques pis taient dvors par certaines espces de larves. 

282. Ligne 12. Est et cantharis , etc. Dioscoridc ( 1 , 65 ) , 
et avant lui Thophraste ( viii , 10 ) , avaient crit que les 
cantharides vivaient sur les bls. Malgr cette assertion , il reste 
douteux que les insectes dsigns par lui soient en effet des 
cantharides. Si notre cantharide vsicatoire a t trouve snr 
les crales , ce n'est jamais qu'accidentellement ; pourtant , 
quelques auteurs modernes ont avanc qu'elles y vivaient quel- 
quefois ; mais nous pensons que la plupart de ceux qui ont af- 
firm ce fait n'en avaient pas t tmoins , et qu'ils ont simple* 
ment parl d'aprs les auteurs grecs , sans rflchir que ces 
crivains dsignaient sous le nom de Ketvapis , non notre can- 
tharide , mais quelque coloptre difficile ramener une sy- 
nonymie moderne. On doit dire , au reste , que le dommage 
occasion aux bls par les mandibules des insectes est presque 
nul , except dans les pays chauds , o quelquefois; la sauterelle 
dvore les crales. , ..,:,' 

233. Ligne 1^. Oleum , px , adeps , etc. Cette phrase est 
une espce de hors-d'uvre au milieu du paragraphe qui la con- 
tient. Les semences recevant de toutes parts, quand on les met 
dans la terre , l'influence de l'humidit qui doit les pntrer et 
disposer le germe sortir de ses enveloppes, sont ncessairement 
retardes lorsqu'elles sont enduites d'un corps insoluble dans 
l'eau. 

234 Ligne 19- ^ascituret herha lba , etc. Quelle tait donc 
cette herbe semblable au panic , qui envahissait les champs , et 



4i6 NOTES DU LIVRE XVIII. 

qui donnait la mort aux troupeaux ? On ne peut le dire. Toute- 
fois ce ne peut tre une gramine, famille entirement compose 
de plantes innocentes, la seule exception peut-tre de l'ivraie, 
dont les semences sont vnneuses, mais beaucoup moins qu'on 
ne parat le croire. Les euphorbes abondent dans les champs ; 
elles sont nuisibles aux animaux, mais leur instinct les en loigne, 
et d'ailleurs on ne peut dire d'aucune d'elles panico similis. 

235. Page 2g4 i ligne 20. Lolium. 11 est bien tabli main- 
tenant que le lolium des anciens est la mme chose que notre 
ivraie enivrante. Cette gramine, dont les semences sont nuisibles, 
abonde dans les champs lorsque les cultivateurs n'ont pas soin de 
l'extirper. On ne la trouve plus gure en France que dans les pays 
montagneux o les bons procds de culture n'ont pas encore 
pu pntrer. Virgile parle de la propagation de l'ivraie comme 
d'une calamit : 

Grandia saepe qaibus mandavimus hordea siilcis , 

Infelix lolium nascanlur. 

Ed. , V , 37. 

Interque intentia culta 

Infelix lolium et sleriles domiDantur avenae. 
^ Georg. , 1 , 154. 

Cette pithle Hinfelix donne l'ivraie est de tout point 
convenable, soit qu'on se rappelle ses effets nuisibles sur le corps 
humain , soit qu'on pense qu'elle envahit les terrains destins 
nourrir les crales. Le pre Hardouin croit que cette pithle 
lui convient , parce qu'elle nuit la vue , tmoin ce vers 
d'Horace : 

Et careanl loliis oculos yitantibus agri. 

On lit aussi chez Fulgence (fe Prisco sermons) : Luscitiosos dici 
voluerunt interdiu parum, videntesy quos Grcrci /MotrcLs vocant. Plautus 
( in Milit) : Mirum est lolio viditare te, tam vili triiico. Pa. Quid 
fam F Se. Quia luscitiosus. Dicunt enim. , quod lolium come- 
dentibus oculi obscurentur. 

Voici comment nous tablissons la concordance synonymique 
du lolium : 

Aipec , Thoph. , viii , 7 ; Atpa, kai HvcLfos , Diosc. , 11 , 122 ; 



NOTES DU LIVRE XVIII. 4'^ 

Zl^af/etP, QUORUMDAM ; 'H/et, Lacon. Lolium infelix , 
ViRG. , Ed. , V, 37 ; Georg. , I , 1 54 ; Lolium , 1*L1N. , loco 
comm., Ejusn. , XXII, 25 ; Lvliacea farina, Varr. , H, lo; 
COLUM. , VIII , 4- ; Lolium temuJentum, , L. , Spec. pi. , Wit 
L'ivraie enivrante ( famille des gramines). 

Le mot lolium vient , suivant M. de Tliis , du celtique loloa , 
d'o lolch en allemand , Ijruuly en csclavon. 

L'opinion des anciens sur la nocuil de l'ivraie n'tait pas 
mieux tablie que chez les modernes. Columelle et Varron ( de 
Re rust., loco cit.) conseillent d'en donner les graines la volaille. 
Parmentier dit que si l'on fait torrfier l'ivraie, elle devient ali- 
mentaire. Les auteurs qui parlent de son. action enivrante sont 
fort nombreux. 

286. Page 294., ligne 20. Et tiibulos. Pline parlera plus au long 
des /r/^ii/ujau livre XXI. Cf. les notes 22^, 25 1 et aSa, au livre cit. 
237. Ligne 21. Et carduos. Carduus a, dans ce passage, 
la mme signification que chardon en franais ; il n'est pas pr- 
sumable que Pline ait entendu rien prciser. Il runit donc 
ici plusieurs espces de plantes des genres centaurea ( espces 
pineuses) , serratula , carduus et cnicus des botanistes. Si pour- 
tant on voulait chercher quel est le chardon qui infeste le plus 
communment les champs du midi de l'Europe , on dsigne- 
rait le Centaurea solsticialis , qui y abonde , ainsi que Rai nous 
l'apprend : Monspelii in satis nihil abundantius ; nec minus frequens 
in Italia , unde incremento segetum aliquando afficit , et messorum 
manus pedesque vulnerat. Telle est aussi l'opinion du docte Mar- 
lyn dans ses Commentaires sur les Gorgiques ; c'est cette mme 
plante qu'il dsigne comme celle dont Virgile parle dans les vers 
suivans : 

Cardnus, el spiais surgit paliurtis acutis. 

Ed. V , 39. 

Segnisqiie horreret in arvis 

Carduus 

Georg. , I, i5t. 

Le savant Anglais a mis cette opinion d'une manire positive , 
mais nous croyons devoir prsenter la ntre avec plus de re- 
tenue. 



XI. 



^7 



4i8 NOTES DU LIVRE XVIII. 

Quelques commentateurs franais , ayant surtout prsentes 
devant les yeux les plantes franaises , ont cru devoir dsigner 
le Serratula arvensis ; mais celte plante est assez rare en Italie , 
tandis que le Centaurea solsiicialis est commun en Italie et en 
Grce , o il est maintenant nomm ^tiKa.piS'a,. 

238. Page 294? ligne 21. Lappasque. La plante que Pline 
dsigne ici ne diffre point de celle dont Virgile parle dans les 
vers suivans : 

Subit aspera silya , 

Lappque , tribulique 

Georg. , 1 , 1 53 . 

PTimam aspera silva , 

Lappaeque, tribulique absint 

2d.,iii,385. 

Le passage o Pline parle du lappa ( xxi , 64) est la traduction 
littrale de celui o Thophraste ( Hist. pi. , xiv , 7 ) dcrit 
son a.vTo.fivn ; c'est donc videmment cet ttTetftivtf qu'a voulu d- 
signer Pline. Il est important de se fixer sur ce point , car la 
plus grande incertitude a rgn de tout temps, dans les crits des 
modernes , sur le sens donner au mot lappa , qui parat avoir 
voulu dsigner dans le moyen ge toutes les plantes qui s'at- 
tachent aux vtemens , le gratteron , la bardane , etc. ; c'est 
mme la bardane ( ardium ) que Linn a conserv pour nom 
spcifique la dnomination traditionnelle de lappa. Cette compo- 
se cynarocphale ne semble pourtant gure devoir se rapporter 
au lappa des Latins ; elle ne crot point dans les champs culti- 
vs , et sa description ne se rapproche en aucune manire de 
celle qu'en donne Pline ( xxvi , 5 ) , description emprunte , 
comme nous l'avons dit , a Thophraste , et conue en ces 
termes : Aparinem alqui ornphalocarpum , alii philanthropon va- 
cant , ramosam , fUrsutam , quinis senisve in orbem circa ramos 
foliis per intervalla , semen roiundum, durum , concavum, subdulce, 
nascitur in frumentario ef$rq , c^t hortis pratisve asperitate etiam 
vestium tenaci. , 

On a cru reconnatre dans cette description le Gallium Apa- 
rine, rubiace fort commune dans nos champs, et que l'on trouye 



NOTES DU LIVRE XVIII. 419 

dans toute l'Italie. La signification du mot grec n'a point vari : 
Vefretpivtf de hophraste est le mme que celui de Dioscoride 
(m , 88 ) ; or, ce dernier auteur assure que Vaparine , connu 
galement sous les noms de philanthropos, ai ampelocarpos , d'om- 
phalocarpos , etc. , a la tige carre , les fleurs blanches , l'aspect 
gnral de la garance , etc. Certes , il s'agit ici du gratteron , 
nomm fort propos par Linn Gallium Aparine. Rarement on 
a le plaisir , en tudiant la botanique des anciens , d'arriver 
une dcision aussi prcise. 

Voici comment nous tablissons la concordance synonymique 
de Vaparine : 

A.Tetpivn , Theoph. , Hist. pi. , VII , i4 ; Dioscor. , m , 88 ; 

KoAAT|lJ^t , Gr^C. RECENT. Lappa,Yimi., Georg. , I, 
i53; m, 385; Plin. , lococomm., xxiv, ii6:xxvii, i5, 
avec les divers noms donns par Dioscoride ; Galium Apa- 
rine, L.^ Spec.pl. , iSy. Le gratteron; le galliet gratteron 
(famille des rubiacces). 

Sibthorp dsigne avec moins de vraisemblance le Galium verru- 
cosum. Smith , Flore grc. , I , gS. 

23(). Page 394, ligne 21. Non magis quam rubos , etc. On 
trouve quelquefois en effet la ronce dans les champs cultivs , 
surtout lorsque les terrains sont calcaires. Nous avons parl ail- 
leurs de la ronce. Cf. au livre XVI la note 365. 

24.0. Ligne 23. Cleste frugum vinearumque malum, etc. On 
entend par rubigo une sorte de champignon dont les modernes 
ont fait un uredo sous le nom de rubigo. Il affecte la forme de 
taches dont la couleur semble se rapprocher de celle de la rouille, 
qui attaque le fer expos l'air et l'humidit ; elles recouvrent 
les feuilles des crales plus ou moins compltement , suivant 
les localits et suivant les terrains. Plus les plantes sont vigou- 
reuses , et plus il semble que la rouille les mnage. On a attri- 
bu la rouille aux brouillards et l'humidit, et ce n'est pas sans 
raison. I^orsque l'air circule bien , et que la terre est lgre , il 
y a moins de chances pour voir pulluler ces myriades de petits 
vgtaux qui exercent une influence funeste sur la quantit des 
rcoltes , et mme sur leur qualit. Sous ce nom de rubigo , les 

27. 



4o NOTES DU LIVRE XVIII. 

Latins entendaient parler d'un grand nombre de fongosits ap- 
partenant aux genres xjloma, erineum, uredo , pucnia, ddium, 
erysjphe , etc. , mais tous ces genres ne vivent pas sur les c- 
rales. Voici quels sont les parasites qu'on y a trouvs jusqu'ici: 
Puccinia gramnis , Pers. , Sjn., -228. Uredo frumenti , SOWERB. , 

Fung., t. 14.0. 
Uredo segetum, Pers,, Syn., 22^, ainsi que les varits suivantes: 
et. Horde, Tessier, Malad. des grains , p. 3o6, f. 2-^. 
|S. Tritci, Bierk. , Ad. suec., lyyS, p. SaG. 
y. Aoen , Tessier , loco cit. , p. 336. 
<r. Panici miliacei , Pers. , loco cit. , 224. 
Uredo maydis , DC. , Flore fr. , suppl. , Spec, 61 5*, sur le mas. 
Uredo Caries ^ EJUSD. , loco cit. y GiS^, sur le froment seul. 
Uredo Ruhigo vera, EjusD. , loco cit., 628^, sur le froment seul. 
Uredo linearis , Pers. , Sjn. , 216, sur toutes les gramines , et 

principalement sur le froment. 
Sclerotium Clams, Dec, Flore fr., suppl., 746*^; Ergot, Tessier, 

Malad. des grains , p. 21-188 , f. i-5 ; p. i8g , f. 1-6 ; plus 

frquent sur l'orge que sur le bl-froment. 

Les Grecs et les Romains confondaient , comme on le pense 
bien , toutes ces espces. Les premiers nommaient la rouille, 
Rubigo des Latins, epVffi&n , tmoin Apule (in Geopon., liv. v, 
c. 3i , p. i5o) : *^kv S'ct^vtts v t apopa. kkS'ovs ^dxtf, (/.sta- 
^Ai'vetv us etvroxjsrhv ^xdc^ev tw? pva-itis. Cf.TnEOPH. , viii , 10. 

La rouille de la vigne n'est point un uredo , mais un erineum, 
V Erineum vitis , Dec. , Flore fr., Spec. , n 186. 

i^x, Page 2g4 ? ligne 1^. Frequentissima hc in roscido 
traclu , etc. Ces observations, dues Thopbraste {loco cit.), sont 
conformes nos propres observations. 

242. Page 296, ligne 2. Inler vilia segetum , etc. Cette luxu- 
riance des bls est fort rare, et n'a d'inconvnient que quand 
des pluies trop abondantes et des vents d'orage surviennent et 
couchent les pis , qui ont ensuite beaucoup de peine se re- 
lever. 

a43. Ligne 4- Commune autem omnium satorum vitium , etc. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 42 

Nous avons dj dit que le dommage caus aux bls par les in- 
sectes tait peu de chose. La larve du hanneton en dvore 
quelques pieds, mais cela n'arrive que bien rarement. 

24.4- Page 296 , ligne 7. Est herba qu cicer enecat et er- 
vum, etc. Cet orobanche n'est pas la plante connue des modernes 
sous ce mme nom , mais bien la cuscute d'Europe , Cuscuta 
europcca. Elle abonde dans certaines localits , et cause quelque 
dommage aux cultures, notamment aux champs de vesce et ders. 
Les linires en sont aussi quelquefois infectes. Elle est munie 
de suoirs et s'entortille autour de la plante , qu'elle fait prir 
bientt en s'appropriant les sucs destins la nourrir. Voici 
comment nous tablissons la concordance sjnonymique de celte 
plante : . - 

^Ofn,xyyj\ , Theoph. , Hist. plant., VI , 8 ; OtrtrpoKeovret ., 
SoTiON. , n Geopon., Il , 4-2 ; Paxam. , ii , 4^ ; ^E-rrivjLiov^ 
DlOSC. , IV, 176? Orobnche , Plin. , loco comm. ; Cus- 
cuta europa, L. , Spec. , 180; Cuscuta europa , Smith , 
Flore hrilan. , 282 ; et Cuscuta Epithjmum , EJUSD. , loco cit. , 
p. 283. La cuscute d'Europe , pithyme, augure du lin, 
teigne, etc. (famille des convolvulaces). 

Le mot orobanche est un mot grec form de (ifo.os ., orobe , et 
de ar^yjiv ^ trangler, qui touffe V orobe. L'orobanche de Diosco- 
ride n'est point une cuscute , mais la vritable orobanche des 
modernes , Orobanche elatior. Dalchamp a dsign , mais sans 
preuves suffisantes , le Poljgonum. Convolvulus , L. , pour l'oro- 
banche de Pline. 

245. Ligne 8. Triticum simili modo ra. Les dictionnaires 
traduisent le mot ra par ivraie , et avec raison , car l'ot//)* des 
Grecs n'est autre chose que le lolium des Latins ( Cf. plus haut 
la note 235 ). Il est douteux toutefois que Pline reconnt l'iden- 
tit du lolium et de Vra , autrement il n'et pas employ ce 
dernier mot, 11 ne faut pas croire que Vra agisse comme la 
cuscute , et qu'il touffe le froment comme la cuscute touffe 
certaines plantes ; cela veut dire uniquement que l'ivraie en- 
vahit le terrain , et le dispute au froment. 

246. Ligne 9, Hordeum festuca , qu vocalur g/lops. C'est 



4a2 NOTES DU LIVRE XVIII. 

aussi en envahissant le terrain que la festuque fait prir l'orge. 

Voici quelle est la concordance synonymique de lifestuca cegylops: 

Aiyixci)'^ , Theoph. , viii , 9 -, Diosc. , iv, iSg ; Galen. , 
de AUm. facult. , vi , 87 ; hyxa-^^ oi T CpcofAos, Po/ueot 
Cevet , Diosc. , m Notis ; 'S.tS'epoTla.po , Gr^c. rcent. ; 
Ay ptotriapt, Zacinth. Festuca gjrlops, Plin., oco comm. ; 
Mgylops ovata^ L. , Spec. , 14%^ seciind. DoDON. L'- 
gylops pi ovale. 

Dalchamp et le pre Hardouin ont dit que l'gylops devait 
tre rapport VAvena sterilis, L. ; cette opinion repose sur des 
bases bien lgres. 

247. Page 296, ligne 9. Lentem herba securHaca, etc. C'est ainsi 
que le pre Hardouin crit ce mol, mais les manuscrits portent jjfu- 
riVZfl^fl.Thophraste dit que le securidaca fait prir \aphaca, et non 
la lentille. On a dsign pour cette plante une biserrula , dont les 
feuilles ont quelque ressemblance avec la hache grecque, mhKets. 
Voici quelle est la concordance synonymique de cette plante : 

TliKtKms , Theoph. , Hst. pi. , viii , 8 ; Y^S'va-a.pov ka 'B-xe- 
xvos ^ Diosc, m, 146. Securiclata, Plin. , Ioco comm. ; 
Biserrula Pelecna , L. , Spec.pl., 1073. La bisserrule 
pelcine (famille des lgumineuses). 

Quelques auteurs ont voulu dsigner Y Astragahts hamosus , L. , 
d'autres la Coronilla Securidaca , L. , mais on a prfr croire 
qu'il s'agissait de la bisserrule , trs-commune dans le midi de 
l'Europe , et surtout en Grce , dans les moissons. La manire 
dont elle nuit aux rcoltes vient uniquement de la facilit et de 
la promptitude avec laquelle elle se propage. 

248. Ligne II. Circa Philippos ateramon nominant , etc. Le 
Philippes dont il est ici question se trouvait dans la seconde Ma- 
cdoine. Ce passage inintelligible donne la preuve de la lgret 
avec laquelle Pline compilait les auteurs grecs. Thophraste 
(ds Cousis., IV, i4) avait dit qu'il croissait aux environs de 
Philippes des fves difBciles cuire {incoctiles , Arspec/nvo) ., 
cause des vents froids qui y rgnent , et qui les endurcissent : 
MetprvpeT ka) Tb -zsrg/)) <i>iKtirTovs <rV[ji.Ca,7vov 'wefi tov? Kv/aovs. 
*Ek7 ykp <r(f6S'pA ^-^X?^^ irvsv/iitt' ka) cnspcifu.ovss rtves yhovTAt 



NOTES DU LIVRE XVIII. 4a5 

(Theoph. , loco cit. ) ; et Plutarque ( VII, Sympos. , qusU il , 
p. 701 ) avait rapport le mme fait : 'Ej'/rtX"*' ^^ ^'" 'wviVfAtt 
KiK/j.vf^ivois eviytvofvav^ kTspixiAovcts tfois, S'ik rt '^v')(os hio-jrtp 
iv ^iXiT-TTois Ttis Ma.KeS'ovlct.s )(r'lopovTiv ; mais voici que Pline , 
en lisaut ces passages tout de travers , fait deux plantes de deux 
adjectifs grecs, coctiles , repu/uvos, etincoctiles, a,7Sptt/uvos ^ rap- 
portant deux plantes diffrentes une qualit applicable une 
mme plante dont les semences cuisent tantt bien et tantt mal. 
Il y a peu d'exemples d'une plus grossire bvue. A voir la ma- 
nire dont le naturaliste romain a compil Thophraste, on finit 
par douter qu'il connt rellement la langue grecque. 

a^g. Page agG , ligne i4. ^r ffranum minimum est, etc. 
'Cf. sur l'ivraie , Lolium des Latins et des botanistes modernes , 
la note -iZS de ce mme livre. L'auteur des Goponiques (il, l^.\) 
a dit : Panibus admixlum , obducit tenebras vescentium oculis. Il est 
presque superflu d'avertir que la graine de l'ivraie, brle , ne 
peut produire l'effet que Pline dclare qu'elle produisait. 

aSo. Ligue 17. JVascitur et phalangion in ervo , etc. C'est 
Thophraste que Pline a emprunt ce fait {Hist.am'm., vill, 10). 
lien {Hist. anim., IX, Sg) a dit aussi : 'OpiCa yevvecTut <pa- 
XAyyia. otTTat. Il est douteux que ce soit en effet une araigne 
qui naisse sur Torobe , mais plutt quelque coloptre. 

aSi. XLV , page agS , ligne 4-' Remdia eorum in sar- 

culoy etc. Ce n'est pas un moyen efficace pour empcher les mau- 
vaises herbes de natre, que de mler de la cendre avec les semences ; 
ce procd empche seulement les jeunes plantes de devenir la 
proie des limaces. On emploie frquemment ce moyen dans les 
jardins humides du nord de la France. 

aSa. Ligne 7. Vino anie semina perfusa , etc. Ce moyen, in- 
diqu par Apule {Gopon. , II, i6), n'a aucune efficacit. 

SS. Ligne 8. Virgilius nitro et amurca , etc. Virgile a pres- 
crit en effet cette pratique dans ces vers : 

Semina vidi equidem miiltos meJicare screnles , 
Et nitro prius , et nigra perfundere amurca : 
Grandior ut ftus siliquis faliacibus esset- 

Georg. , I , 193. 



A4 NOTES DU LIVRE XVIIL 

Columelle rappelle aussi le prcepte du prince des potes latins : 
Prisris rusticis , nec minus Virgiio , prius amurca vel nilro mace 
tarif abam , et iia seri placut. Nos quoque sic medicatam comperi- 
mus, qiaim ad matuiitaiem perducta sit, minus a curadione infestari 
( de Re rust. , li , lo) ; et Palladius : Grciasseruntfab semina... 
nitrata aqua respersa , cocturam non habere difficilem. Des exp- 
riences nombreuses ont t faites pour acclrer la gernaination, 
et l'on s'est assur que les semences trempes dans l'eau de 
nitre , et surtout dans l'acide hydrochlorique , germaient avec 
plus de rapidit que les autres ; toutefois , les plantes ne portaient 
pas des semences plus grosses qu'auparavant : c'est donc tort 
que les Latins prtendaient le contraire. 

254. Page 298, ligne 12. Reliqua semina cupt es si, etc. Co- 
lumelle ( II , 9) dit la mme chose. Nous pensons qu'il y aurait 
dans certains cas de l'avantage associer aux semences quelques 
feuilles brises de cyprs ou de sabine ; l'odeur de ces feuilles 
pourrait empcher divers insectes d'en approcher. 

255. Ligne 14. Multi ad milii remdia, etc. Ces rveries , 
indignes d'un homme grave , et que nos paysans les plus igno- 
rans n'oseraient avouer , se lisent aussi chez l'auteur des Go- 
poniques. 

256. Ligne 19. Democritus succo herh azoon, etc. La 

pratique conseille ici par Pline est inutile et superflue. Q^iaizoon, 
dont nous parlerons ailleurs, est une crassulace. Quelques com- 
mentateurs dsignent le Sempervivum. tectorum , L. , joubarbe 
des toits. La joubarbe vient rarement in tegulis , tandis que le 
Sedum acre, L. , aime beaucoup cette localit. La saveur mordi- 
cante qu'on lui connat aurait pu donner l'ide d'employer le 
moyen conseill par Dmocrite et rappori par Pline. Columelle 
en dit quelque chose : Veteres quidam auctores , ut Democritus , 
prcipiunt semina omnia succo herb , qu sedum appellatur, me- 
dicar , eodemque remdia adversus bestiolas uti : quod verum esse 
expetientia nos docuit {de Re rust. , XI, 3^; et (II, 9) Qudam 
eliam sublerrane pestes adultas radicibus subsectis enecant. Id ne 
fit , remedio est aqu mixtus succus herb , quam rustici sedum 
appellant : nom hoc rnedicamine una nocle semina jnacerala jadwi" 
tur. Cf. Geopon. auct. , Xli, 7 , et II , ib. ,, ., 



NOTES DU LIVRE XVHI. 4a5 

^57. Page 3oo , ligne 3. Pestem a mlio atque panico , etc. 
Pline , en rapportant cette pratique superstitieuse et absurde , 
dit scio; pourtant, l'herbe qui produisit ces merveilles lui tait 
inconnue. Combien on regrette de lui voir allier la crdulit 
d'un enfant la sagesse d'un homme fait ! De pareilles assertions 
doivent apprendre au lecteur se tenir en rserve lorsqu'il s'agit 
de matires plus graves. Par gard pour notre auteur, nous ne 
relverons pas plusieurs autres pratiques , galement absurdes , 
recommandes dans ce mme paragraphe. 

258. Ligne g. Ob id feUe huhulo , etc. Cette pratique tait 
recommande par Apule ( xiii , 5 ). L'auteur des Goponiques 
( lib. x) prtend que l'enduit de fiel de buf garantit la racine 
des arbres de la dent des rats. Sans doute ces auteurs pensaient 
que l'amertume excessive du fiel de buf devait loigner ces 
animaux, et la chose n'est pas impossible. 

aSg. Ligne 10. Rubigo quidem , etc. Cf. sur le rubigo la 
note 240 de ce mme livre. Les feuilles du laurier ne nourris- 
sent aucun champignon parasite analogue ceux qu'on a observs 
sur les crales. Le prjug dont parle Pline se trouve aussi rap- 
port par Apule {in Geopon. ., v, 3i). Nous avons cit ce pas- 
sage vers la fin de la note 24.0. 

260. Ligne 1 1 . Luxuria segetum castgatur , etc. Virgile 
conseille ce moyen , encore frquemment suivi par les agri- 
culteurs modernes. 

Quid , qui , ne gravidis procumbat culmus arislis , 
Luxuriem segeium , tenera depascit in herba , 
Quum priniuoi sulcos quant sala. 

Georg., I, m. 
' , / 
L'effet qu'on se propose d'atteindre en faisant patre le btail 
dans les jeunes bls , est d'enlever l'excdent des feuilles , et de 
(aire pousser du collet de la racine un plus grand nombre de 
tiges. Cette pratique n'est pas sans inconvnient. 

261. Ligue i4 Retonsarum etiam , etc. On peut , en ton- 
dant les bls, les empcher de porter des pis , mais non leur en 
faire porter de striles. Tout le reste de ce paragraphe est em- 
prunt Thophrasle (^ Htst.pl. , viii, 7). 



Aa6 NOTES DU LIVRE XVIIl. 

2G2. Page 3o2 , ligne 2. Umum autem , etc. C'est Tho- 
phraste (vili, 7) qui nous apprend les effets de cette admirable 
fcondit. Si le fait avanc tait rel , 11 prouverait que le fro- 
ment se trouvait l dans le lieu qui lui convient le mieux , et 
que c'est peut-tre dans la Perse ou dans la Turquie d'Asie qu'il 
faut chercher la patrie primitive de cette plante prcieuse, qu'on 
s'est vainement efforc de trouver spontane. 

263. XL VI , page 3o2 , ligne 9. In agro crasso et to fru- 
mentum seri , etc. Voici comment s'exprime Caton (c. 6) : IJhi 
ager crus sus et ltus est sine arhoribus , quum agrvan frumentarium 
esse oportet. Idem ager si nehulosus est , rpa , raphanos , milium , 
panicim, id maxime seri oportet , etc. Les terres un peu fortes, un 
peu fraches et abondantes en humus, sont celles qui convien- 
nent le mieux au froment ; cette crale ne prospre point dans 
les sables arides. On peut nanmoins, au moyen d'un assolement 
bien entendu et des engrais , cultiver en bl presque toutes les 
terres ; mais il faut une grande habitude des cultures pour parve- 
nir le faire partout avec succs. 

264. Ligne 14. In creta et rubrica, et aquosore agro, adoreum. 
Cf. sur Vador la note 74. C'est une sorte d'pautre. Cette espce 
de froment s'accommode des plus mauvais terrains. On ne le 
sme point dans les bonnes terres, parce que ses pis sont petits, 
recouverts de la balle , et peu abondans en farine. C'est toujours 
Caton que Pline compile, 

265. Ligne 17. Siliginem et triticum, etc. Cf. sur le siligo la 
note 143. Ce n'est qu'une varit du froment. Il n'est donc pas 
extraordinaire que Pline dise qu'on peut le cultiver dans les ter- 
rains o prospre le froment. 

266. Ligne 11. Sublilis et iUa sententia : serenda ea in te- 
nuiore terra, qu non multo indigent succo ut citjsus, et cicere excepta. 
Cf. sur le cytise la note i65 , au livre Xlil ; et sur le cicer , la 
note ig4 du prsent livre. C'est Varron qui a fourni Pline la 
fin de ce paragraphe : Neque in pingui terra omnia seruntur recle, 
neque in rruicra nihil. Rectius enim in teneriore terra ea, qu non multo 
indigent succo , ut cjtisum et legumina , prter cicer : hoc enim quo- 
que kgumen , et cotera, qu veUuntur , legumina dicta : in pingui 



NOTES DU LIVRE XVIII. 4^ 

rectius, qu succi suni majoris ^ olus, trticum, siligo^ linum, (Varr. , 
de Re rustica , 1 , 28, ) 

1167. Page 3o4, ligne 12. Etfrugibus ostenium, etc. Quelques 
grains de froment , accidentellement ports dans le creux d'un 
vieux saule , ayant germ , auront donn lieu ce prodige ton- 
nant. L'poque que Pline rappelle ici est celle vers laquelle fut 
termine la seconde guerre Punique , l'an de Rome 553. ^.;. 

268. XLVII, page 3o4., ligne 19. Nilus ibi cooni vice fun- 
gens, etc. C'est toujours le dbordement du Nil qui sert en Egypte 
de rgle aux cultures. La fertilit est toujours admirable sur 
les bords du fleuve, et la strilit dsesprante dans les terrains 
qui en sont loigns. Les changemens gologiques qui se sont 
oprs dans la valle du Nil , depuis les sources de ce fleuve 
jusqu' la mer, sont peu imporlans depuis dix-buit sicles, 
car ce fleuve s'lve la mme bauteur que du temps d'Hrodote, 
de Pline et de l'empereur Julien , c'est--dire entre douze seize 
coudes (245-33o pouces, 20-27 pieds). 

26g. Page 3o6 , ligne 10. Postea pauci runcant , quod bo- 
tanismon vocani. Thophraste dit iorctvi^siv. I^es paysans du 
Lyonnais employaient aussi nagure le mot herboriser dans le 
mme sens. On dit en Berry esherber, ter les berbes ; et en 
Flandre, cruauder , ter l'berbe nouvellement accrue. Le mot 
botaniser ne s'entend plus que de la recberche des plantes comme 
objet d'tudes. 

270. Ligne l5. Similis ratio, sed flicitas major Babjloni 
Seieuci , Euphrate atque Tigri restagnantibus , etc. L'Eupbrate et 
le Tigre ne sont point sujets des crues priodiques comparables 
celles du Nil. 

27 1. XLVIII, page 3o8, ligne 2. Vomerum, plura gnera, etc. 
On ne connat pas le nom de l'inventeur de la cbarrue. Il est 
probable que l'on commena d'abord remuer la terre avec une 
bcbe; puis , quelque moyen plus facile ayant t trouv , on en 
vint un genre de charrue d'une simplicit excessive : ce fut 
d'abord une espce de croc , de pic , ou d'ancre , telle qu'on en 
a trouv dans ks pays peine civiliss. La charrue que Pline 



l^%S NOTES DU LIVRE XVIII. 

nous fait connatre ici diffre peine de celle qui sert encore 
aujourd'hui dans la plupart de nos provinces. Hsiode l'a d- 
crite soigneusement {Lab. et Dies , 4-^o ) , ainsi que Virgile 
dans ces vers: 

Continuo in sllvis magna vi flexa domatur 

In barim , et curvi formain adcipit ulmus aratri. 

Huic a stirpe pedes lemo ])rotenlus in octo ; 

Bin aures , duplici aplanlur dcnlalia dorso. 

Csedilur et tilia ante jugo levis , allaque fagus 

Slivae qu curnis a tergo lorqueal imos ; 

El suspcnsa focis explorai robora fumus. 

. / Georg. , 1 , 169. 

'"''A* -. 
Les Egyptiens faisaient Osyris l'honneur de la dcouverte 

de la charrue : 

Primus araira manu solcrti fecil Osyris , 

Et leueram ferro sollicitavit humum. 
Primus inexperlae commisil semina tcrrae , 

Pomaque non notis legii ab arboribus. 
Hic docuit teneram palis adjungere vitem ; 

Hic viridem dura caeJere faice comam. 



Bacchus et agricol magno confecla labore 
Pectora tristitix dissohenda ddit. 



TiBULL. , I , Eleg. 8. 

Hardouin fait driver vomer de vomere , vomir , parce qu'il 
soulve la terre et la rejette dans les sillons. Poinsinet en trouve 
l'tymologie dans les langues du Nord. 

272. Page 3o8, ligne 2. Culter vocatur , inferius priensam , 
priusquam proscindatur. Pline est le premier auteur qui ait em- 
ploy le mot culler dans le sens de couteau de charrue , mot dont 
nous avons fait coutre. Il est plus que probable que , du temps 
de Caton , la charrue , alors d'une simplicit fort grande , n'- 
tait pas encore arme d'un coultre. Notre mot couteau vient de 
cultelluSf qui drive de culter. Cullus, cultura, cultor voudraient-ils 
dire, lieu oi le culter a pass, homme qui emploie le culter, etc. .i* 
Aucun de ces mots ne se trouve dans les crits de Caton, ce 
qui semble annoncer qu'ils lui sont postrieurs. 

273. Ligne 10. Non pridem invenlum in Rhiia GaUi , etc. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 4^9 

La Rhte tait une rgion de l'ancienne Europe , connue au- 
jourd'hui sous le nom de pays des Grisons. Elle tait situe au 
dessus du PA, entre Vrone et Novum Campum , et compre- 
nait la partie mridionale des Alpes. Ses habitans, originaires de 
la Toscane , allrent s'y tablir sous la conduite de Rhtus, et ils 
s'appelrent Bhccti, du nom de leur chef. On connat encore 
dans les Alpes une montagne du nom de Rhtico. 

274- Page 3o8, ligne ii. Quod genus vacant plaumorati. Le 
pre Hardouin crit planaraii. Voici la note qu'il donne dans 
les commentaires de son dition de Pline ; nous la reproduisons 
textuellement, elle fera connatre toutes les variantes proposes 
par les diteurs : Siclibrifere omnes eiii, tantum post Frobenium: 
priores plammorati habent. Mss. Reg. Colb. aliique , plaumorati. 
GOROPIUS Becanus {Gallicorurn) , mavult plomcrat legi : quod 
Cimbrorum Kngua , seu vetere Gallica, plograt aratri ro'am nolet , 
plog. met. rat. , aratrum cum rota. Nos simplicius plaustra rati 
malumus. Servius, ad Georg. , I , v. 173, Manfu qu in Gal- 
lia Togata et Cisalpina exsislit , aratra habuisse rotas, ex eo Vir~ 
gilii versu colligil : 

Caeditur , et tilia atite jago levis, altaque fagus 
Slivae , quae carras a tergo torqueal imos. 

Georg., i , 1^2. 

Currus auterndixit, inquit Servius, propier rnorem provinci su, 
in qua aratra habent rotas , quibus juvantur. Ut minime mirum sit, 
gentes eas latine composita voce, qu significatum. ejus ac usum ex- 
prirruret , plaustratati extulisse. Rhceii enim , ut GalU togati latina 
lingua , vel Plinii certe tempore , utebanfur. Verum non uni hic 
duntaxat vocul , sed et sententi intgra; media'nam attulimus, qu 
prius ila legebantur : id non pridem incenium in Bhcctia. Galli duas 
addiderunt tati rotulas , quod genus vocant planarati. Suivant son 
usage , Poinsinet veut trouver dans le celtique la vritable ma- 
nire d'orthographier planarati. Il crit plaumo-rati^ et fait venir 
ce mot de ploum aratrum , et de rat ou radl , roue en langage 
belgique. \]iX\^\0Vi princeps porte plaumo-rati , et c'est ainsi que 
Brottier l'crit. Nos lecteurs jugeront quelle est la version qu'il 
faut adopter de prfrence. 



43o NOTES DU LIVRE XVIII. 

275. Page 208, ligne i4 Semen protinus injicunt ^ cratesque 
deniatas supertrhurU. Le crates est une sorte de herse : 

Multum adeo rastris glebas qui franpit inertes, 
Vimineasque trahit crates , juval arva. 

ViRG. , Georg. , 1 , 94. 

276. XLIX , page 208 , ligne 20. In arando magnopere ser- 
vemdum est Catonis oraculum (Cato, de Rerustica, c. 61.) 

277. Page 210, ligne 2. Sulco varia ne ares. C'est avec 
raison que les anciens recommandaient de aire des sillons gaux 
et droits, car autrement il pourrait y avoir des parties de terrain 
qui chapperaient au soc de la charrue. 

278. Tepidiorihus locis a bricma proscindi area oportet , etc. 
Le temps fix pour les labours varie en raison des terrains , des 
lieux et des cultures. En France , on laboure pendant les deux 
tiers de l'anne au moins, mais le moment de la plus grande ac- 
tivit est celui des derniers mois d'automne et des premiers du 
printemps : 

Vere noTo , gelidas canis qunm monlibus humor 
Liquitnr, et Zephyro pulris se gleba resolvit , 
Depresso iocipiat jam tum mibi taurus arairo 
Ingemerc , et salco attritas splendescere vomer. 

ViRG. , Georg. , i , 43. 

279. Ligne 12. Sunt et hic suce eges. Les rgles qui se lisent 
dans ce paragraphe , concernant le labour , sont empruntes 
Palladius (il , in Januar. , tit. 3) , Columelle (^de Re rust. , 
II , 4) et Varron ( 1 , 19 ) ; on ne peut en contester la justesse. 

280. Ligne 16. Quod vere semel aratum est , a temporis ar- 
gumento veroadum vocatur. Suivant le pre Hardouin , vervactum 
signifierait quasi vere actum, id est aratum. Poinsinet blme cette 
tymologie, tout aussi probable au moins que celle qu'il donn et 
qu'il tire du latin ver, et du celtique wacht gurde , sentinelle, 
rattachant l'poque de l'entre des soldats en campagne avec celle 
o le labour des champs est termin. 

281. Ligne 19. Araiuros boves quam arctissime jungi opor- 
tet, etc. Ce prcepte est donn par Columelle de Re rust, 11, 2) : 
Igilw in opre boves arcte junclos habere convenit , quo speciosius 



NOTES DU LIVRE XVni. A3i 

ingrediantur sublimes , et elatis capitibus , ac minus colla eorum la- 
befactenlur, jugumque melius aptum cervcibus insideat: hoc enim genus 
junciur maxime probalum. est. 

282. Page 3i2 , ligne i. Justum est prosdndi sulco dodran- 
tali fugerum. Cf. la note 11 du prsent livre , o nous donnons 
le tableau comparatif des mesures agraires des Romains avec les 
ntres. Le jugerum faisait peu prs la moiti de notre ancien 
arpent , ou pins exactement les 628 millimes. 

283. Ligne 5. Omne areum, recte sulcis, mox et obliquis subigi 
dbet. Ce prcepte est aussi donn par Columelle (ll , 2) : Bu- 
bulcum aulem per proscissum ingredi oporlet , alleinisque versibus 
obliquum tenere aratrum. , et altemis recto plenoffue sulcare : sed ita 
necubi crudum, solum relinquat et immotum , quod agricol scamnum 
vacant. Avant ces deux auteurs , Virgile avait dit : 

Neque illum 

Flava Cercs alto nequicquam spcial Olympo: 
El qui, proscisso quae suscitai aequorc terga , 
Rursus in obiiquum Ycrso perrumpit aratro , 
Exercetque frequens tellurem, alquc imperai arvis. 

Georg. , 1 , 96 . 

284. Ligne 6. In collibus transverso taninm monte aralur, etc. 
Ecoutons C>olumelle : Sed in arando maxime est ohservandum , 
semper ut transversus mons sulceiur. Nom hoc ralione difficultas 
acclivitatis infringitur , lahorque pecudum et hominurn commodissime 
sic minuitur. Paulum tamen quoliescumque iterabitur , rnodo in ela 
tiora , modo in depressiora clivi , obliquum agi siJcum oportebit , lU 
in utramque parlem rescindamus , nec eodem vestigio terram molia- 
mur. (^De Re rustica , 11,4-.) 

285. Ligne II. Arator, nisi incurvus , prctaricalur. On a 
fort diversement interprt ce mot prvaricatur. Nous pensons 
qu'il veut dire enjamber, passer par dessus , et au ligure , n- 
gliger. Pr , comme on sait , mis devant un mot , ajoute de la 
force sa signification premire. Variais veut dire qui a les 
jambes droites, raides ou tendues. Celte posture n'est pas fa- 
vorable au labourage, car, pour tirer un sillon droit, il faut 
surveiller la marche des bufs et celle du soc , et rgulariser 
l'un par l'autre, afin que les sillons soient rguliers, ce qu'on 



m 



432 NOTES DU LIVRE XVIII. 

% ne peut Caire que lorsqu'on est inclin sur la charrue. Quant 

l'application qu'on fit du mot prvariquer au barreau , elle est toute 
naturelle. Un laboureur qui ne soignait pas son travail ne rem- 
plissait pas ses devoirs, car le soc qu'il devait guider s'cartait de la 
ligne droite. On put dont dire plus tard et avec raison , d'un juge 
qui trahissait son devoir, il prvarique , puisqu'il agissait contre 
les obligations de son ministre , et que le chemin qu'il suivait 
tait tortueux. Toutefois, on peut faire remarquer que ce n'est pas 
toujours , comme le laboureur, par la raideur de l'chin que le 
juge prvarique , mais souvent par une cause tout--fait oppose. 
286. Page 3i4 ligne i. Aratone per transversum iterata , 
occatio sequitur, uhi res post, crate vel rastro. Le mot de craies 
est si souvent employ dans les anciens auteurs , qu'on peut fa- 
cilement , en les lisant avec attention , se faire une ide juste 
de l'instrument qui portait ce nom. Le nom de crates tait donn 
toute espce de tissu d'osier et de paille, comme nos paniers, 
nos hottes , etc. : les crates stercorari , hottes fumier ( Cato, 
de Re rust. , c. 10); les crates pastorales , claies ( CoLUM. , XII , 
i5); les crates jicari , paillassons (Cato, loco cit.') ; les crates 
entat , herses (Plin. , xvili , 5o). C'est de ces crates arms de 
dents qu'il est ici question ; on les tranait sur la terre nouvellement 
laboure pour briser les mottes. Columelle parle de cet instru- 
ment , trs-propre suivant lui unir la surface des terres qu'on 
voulait mettre en prairie : Tum glehas sarculis resolvemus , et 
inducta crate coccquabimus ; grumosque , quos ad versuram plerum- 
que tractce faciunt crates , dis sipabimus ita , ut necuhi ferramentum 
fnisec possit offendere. Le nom de crates , donn aux tissus en- 
trelacs de l'osier et de la paille , s'tendit bientt ceux qui 
taient faits de fortes branches d'arbres unies ensemble en gril 
ou en claie , et dont les traverses portaient les dents. Virgile leur 
donne le nom de vimine crates. On doit supposer qu'on les 
chargeait de pierres pour en augmenter le poids , autrement le 
pote n'et pas recommand de briser les mottes avec la herse 
et avec les crates , comme moyen de rduire les sols rfraclaires: 

Maltum aJeo rastris glebas qui frangit inertes, 

Vitnineasque trahit craies , javal arva 

Georg, , 1 , 95. 



NOTES DU LIVRE XVIII. /,33 

On est peu d'accord sur la forme que les anciens donnaient 
leur rastrum ; tait-ce un rteau dont on se servait comme nous 
nous servons de cet instrument, ou bien une herse trane par 
des bestiaux ? on n'en sait rien. Toutefois , il est certain que ce 
rastrum avait beaucoup de pesanteur : 

Tu gravibas rastris , cuuctantia perfode tcrga , 

crit Columelle (x, 71 ). 

Tribulaqne , trahexque , et iniqiio pondcre roslri , 

a dit Virgile (Georg. , 1 , 164 ) ; pourtant , l'exception de ces 
deux auteurs^ aucun crivain ne parle du rastrum comme d'un 
instrument pesant ; tous, au contraire, disent qu'il tait employ 
la main. Caton {de Re rusi. , c. 10) lui donne quatre dents 
seulement , ce qui ne pouvait convenir un instrument lourd et 
tran par des bestiaux : ferramenta , ferreas vill , sarcula vill, 
palas IV, rutra V, rasiros quadridentes. Columelle dit qu'on s'en 
servait pour mler le fumier : JEstieis deinde mensibus non aliter, 
ac si repastines , totum sterijuilinium rastris permisceri oportet {de Re 
rust. , II, i5 ). Cette opration pouvait trs-bien tre faite avec 
un fort rteau arm de dents de fer. Les anciens avaient des 
rastri dents de bois , qu'ils nommaient quelquefois rastelU : 
At medica obruitur non aratro, sed, ut dixi, ligneis rastells (CoLUM., 
de Re rust., II , i3). Qu ex viminibus et materia ruslica fiunt, 
ut corbes , fiscin , iribula , mallei et rastelli (Vark. , l, 22). Le 
rastrum tait employ pour recouvrir la semence lorsqu'on ne le 
faisait pas avec la charrue. L'homme qui tranait cet instrument 
tait nomm occator , et quelquefois aussi sarritor : Id genus 
prdii per sarritores occare soient { Varr, , 1 , 29 ). Uoccatio et le 
sarritio taient pourtant deux oprations distinctes : la premire 
consistait briser les mottes , et la deuxime recouvrir la se- 
mence; mais comme on les pratiquait avec le mme instrument, 
et en mme temps, on donnait ces deux mots une signification 
pareille: chacun d'eux signifiait , par extension, briser les mottes 
et recouvrir la semence. 

287. Page3i4 ligne 3. Hccc quoque ubi consuetudo paii- 
tur , etc. Les auteurs anciens ne sont pas tous d'accord sur la 
xr. a8 



434 NOTES DU LIVRE XVIII. 

Hgoureuse signification du mot lirare : Sed lir nomine (inqut 
Vossius) qud signelur non satis convenu inter veieres ipsos. No- 
nius dit que ce sont les petites cavits que l'on remarque dans 
les champs nouvellement labours ; mais , ces cavits , d'autres 
auteurs les nomment sulca. Festus ne donne le nom de lir 
qu'aux seuls sillons ensemencs : Elices , sulci aquarii , per quos 
aqua collecta educitur e liris , rservant celui de suld pour les sil- 
lons non ensemencs. En lisant attentivement les auteurs , on 
devine facilement que sulcus doit se traduire par le mot sillon 
dans le sens le plus gnral, et celui de lir par celui de sillon en- 
semenc. Ce qu'on nomme une raie, en horticulture , est un sillon 
peu profond, C'est l'tat de raie que l'on trouve le sillon, lors- 
qu'un second sillon , trac ct , a rempli de terre une partie 
de la cavit qui d'abord avait t faite. 

288. Page 3i4 , ligne 6. Quarto seri sulco Virgilius existima- 
fur voluisse , etc. 

Illa seges riemum votis respondet avari 
Agricolae , bis qu soletn , bis frigora sensii ; 
Illins immensae ruperunt horrea messes, 

ViRG. , Georg. ,1,47. 

Une terre laboure quatre fois rapportera une abondante mois- 
son de froment, dit le pote: ^* 

Vcux-lu voir les gurls combler tes vux avides ? 
Par les soleils brlans , par les frimas humides , 
Qu''ils soient deux fois mris et deux fois engraisss : 
Tes greniers crouleront sous tes grains entasss. 

Delille a traduit les vers latins en s'appuyant du passage de 
Pline que nous commentons, Poinsinet veut trouver dans les vers 
de Virgile et dans la prose de Pline la preuve qu'on labourait cinq 
fois , c'est--dire qu'on donnait quatre faons un champ dj 
labour et ensemenc , savoir deux faons l'ardeur du soleil , 
et deux faons la fracheur de la rose. Servius, le plus an- 
cien, et peut-tre le moins judicieux des commentateurs de 
Virgile , entendait par frigora la fracheur de la nuit , et par 
solem la chaleur du jour, ce qui ne voudrait pas dire que les la- 
bours doivent se faire dans les mois froids et dans les mois 



. NOTES DU LIVRE XVIII. 435 

chauds f mais bien que l'influence du chaud et du froid s'exerce 
sur chaque labour , et alternativement le jour et la nuit ; mais 
cela ne nous semble pas probable , et les mots bis qu soem , 
bisfrigora sensit , font clairement entendre qu'il s'agit de deux 
labours d'hiver et de deux labours de printemps. 

289. Page 3i4. , ligne i3. Salassi quum subjeclos Alpibus 
^epopularentur agros , etc. Celte histoire a tout--fait l'air d'une 
fable. Ces vainqueurs , irrits de ne pouvoir mettre profit les 
rcoltes , et qui passent la charrue dans les champs , opration 
la suite de laquelle les rcoltes n'en renaissent que plus belles , 
ont t moins compltement mystifis que les lecteurs qui ont 
cru Pline sur parole. 

290. Ligne 11. Nom quum hieme prcegelida capl segetes es- 
seni , etc. Ce passage de notre auteur prouve que l'on connais- 
sait l'usage de semer les bls en mars dans le nord de l'Europe 
long-temps avant que les Romains eussent pntr dans les 
Gaules. Les bls de mars sont moins beaux et donnent de moins 
belles rcoltes que les bls d'hiver. Cf. sur le mot arare la 
note 295. 

291. L , page 3i6 , ligne 6. Siliginem, far, triticum, semen y 
hordeum occato , sarrito , runcato , quitus dictum erit diebus. Cf. 
sur ces diverses crales les notes \[^i , yS , 189 et y^- Nous 
avons parl , note 287 , de Xoccaiio et du sanitio. Par runcatio , 
les anciens entendaient l'opration par laquelle on enlevait les 
herbes qui pouvaient disputer le terrain aux crales. Cf. la 
note 295. 

292. Ligne 8. Sarculatio induralam hiberno rgore soli tristi- 
tiam , etc. Le sarrilio , houage ou binage , s'excutait avec un 
instrument nomm sarcidum , espce de houe main dont on 
se servait de la mme manire que nous faisons ; nanmoins , sa 
forme tait diffrente de celle que nous donnons la houe. On 
l'employait , comme le rastrum et le crates , pour couvrir la 
semence , briser les mottes et dtruire les mauvaises herbes. On 
s'en servait dans les champs et dans les jardins. Caton {de Re rust., 
10) range le sarculum parmi les instnimens de fer : ferramenla 

ferieas VIII. Palladius en reconnat de deux sortes , l'un simple 

28. 



436 NOTES DU LIVRE XVIII. 

et l'autre deux cornes , sarculos simplices vel bicornes ( Il , 4-'^ ) 
il servait au labour , ainsi que le tmoigne ce passage de Pline : 
Certe sine hoc animali montan gnies sarculisarant (xvill , 4-9 ) 
On pense que c'tait le sarcidum bicorne qui tait employ 
cet usage. Il semble rsulter d'un passage de Columelle , que le 
sarculum servait aussi faire de petits sillons : 

Tune quoque trita solo splendetitia sarcula sntnat , 
Angustosque foros adverso limite diicens , 
Rursus in obliqaam distingut traraite parvo. 

x,93. 

ag3. Page 3i6 , ligne lo. Qui sarriet, caveat ne fmmenii ra- 
dies suffodiat. C'est Columelle (il, 12) qui donne ce conseil. 
Palladius a aussi crit : Sarciilanda frumenta : quod opus plerique 
negant fier dehere , quia radies eorum detegantur , aut incidantur , 
el necentur frigore subseeulo : mihi autem videlur herbosis locis tanium 
esse faciendum. (In Januar. , g.) 

2g4' Ligne n. Triticum, hordeum,^ semen , fabam bis sarrire 
melius. Columelle ( Il , 12 ) conseille de sarcler trois fois la fve. 
Palladius (il , in Januar., 9) s'exprime dans les mmes terme* 
que Pline. 

295. Ligne 12. Runeatio , quum seges in articula est , evulsis 
inutilibus herbis , etc. Il faut entendre par ce mot de runeatio ce 
que nous entendons par sarclage , c'est--dire l'extirpation des 
mauvaises herbes , soit en les arrachant avec la main , soit en 
les coupant avec le sarculum. On sarclait toutes les plantes cul- 
tives : le froment , le siligo , le sesarmim , Verpum , les dcera , 
les lentilles , le cicer , \e. far , le semen, etc. Varron conseille le 
runeatio peu aprs l'quinoxe d'hiver. Columelle le prescrit dans 
les premiers jours de mai. Les cultivateurs intelligens conseillent 
de sarcler peu de temps aprs le mois d'avril , afin de ne pas en- 
dommager les bls en les foulant aux pieds. Les anciens pouvaient 
faire cette opration avec bien plus d'impunit que nous , car 
leurs semis taient beaucoup moins pais que les ntres. Colu- 
melle recommande sans cesse le sarclage ( runeatio) dans les jar- 
dins. Il ne faut pas confondre cette opration avec le binage 
( sarritio ) , qui consistait tout ensemble remuer la terre et 



# I 

NOTES DU LIVRE XVIII. A? 

tltruire les mauvaises herbes avec le saradum. Indpendamment 
de ces deux sarclages, il y avait encore une troisime faon qu'on 
donnait aux grains pendant leur vgtation , et qui a quelque 
rapport ce qu'on appelle houage uu cheval. Cette opration 
tait destine donner un demi-labour. 

2()6. Page 3i8 , ligne l^. VirgiUus allemis cessare arva suadet : 

Alternis idem tonsas cessare novales, ' 

Et segneiii palicre situ durescere campuin. 

Aut ibi flava seres, mulalo sidcre, farra, 

Unde prius llum siliqua quassanle Icgumen , 

Aut tenues ftus viciae , tristisque Inpini 

Sustuleris fragiles calamos , silvamque sonantem. 

Georg,i,']i. 

L'art des assoicmcns est nouveau pour nous. On a encore , 
dans quelques pays, l'habitude de laisser les terres en jachres, 
c'est--dire reposer celles qui ont donn une rcolte; aujourd'hui 
on fait alterner les cultures, et les terres se reposent en donnant 
l'anne suivante un autre genre de produit. Les anciens avaient une 
espce de terre qu'ils nomxmicni reslibiles ; on l'ensemenait tous 
les ans avec de l'orge. Le mot vervactum rpond notre mot ya- 
chre {voyez la note 280). Les terres se reposaient quelquefois, et 
c'tait sur celles-l que l'on comptait le plus. Pline, en rappelant 
ici le passage de Virgile que nous venons de citer, dit que le 
prcepte donn par le pote est trs-bon pour ceux qui peuvent 
s'y conformer ; il conseille de semer du far dans les champs 
o on aura sem l'anne d'avant des lupins ou des fves, etc., 
ce qui prouve que dj , chez les anciens , on entrevoyait l'art 
d'alterner les cultures. 

297. LI, page 3i8, ligne i^. Civitas Afrc in mediis arens, 
pctentibus Syrtes , etc. Ptolme et Procope parlent de cette ville 
et de son territoire. 

298. Page 320, ligne i. Quaiemis enariis venwmdantur. 2 fr. 
80 cent, de notre monnaie , ou environ. 

29g. Ligne 6. Kst in Narbonensi provina nobilis fons, S orge 
nomine est. On trouve orge dans les manuscrits ; mais Ortelius l'a 
crit sorge, et on l'a traduit par fontaine : de l sorgue, mot qui y 



# 



%* 



* 



43 NOTES DU LIVRE XVIII. 

suivant Poinsnet , signifierait douleur , fontaine de la douleur et 
des regrets; de sorg , douleur, souci, tristesse, etc., en celtique. 
3oo. Page 820, ligne 7. In eo herh nascuntur in tantum 
expetit bubus ^ etc. Ces herbes sont communes , dit le pre Har- 
douin , dans le Velay , prs des bord de la Loire. La rive de 
tous les fleuves , les fontaines , les tangs , etc. , donnent nais- 
sance au Festuca fluitans , L. , et diverses autres plantes que 
les bestiaux paissent avec avidit. On ne peut donc croire qu'il 
s'agisse ici de plantes d'une espce particulire. 

3oi. LII , page 820 , ligne i3, Sifuerit illa terra, quam ap~ 
pellavimus ieneram , etc. Tout ce que les anciens avaient appris 
sur les assolemens se lit dans ce chapitre. Les auteurs rustiques 
n'ont dit que bien peu de chose sur ce sujet. Columelle tait 
pour l'alternance des rcoltes : Atque illa ( siligo et far adoreum) 
vicibus annorum requietum agitalumqii allernis , et quant ltissi 
mum volunt arvum (^de Re rust. , II, 9). Varron dit qu'il est 
convenable de laisser reposer la terre de deux annes l'une , ou 
que , si l'on veut la faire rapporter tous les ans , il ne faut y 
semer que des productions qui ne l'puisent pas : Agrum altemis 
annis relinqui opoiiet , aut paulo levioribus saiionibus serere , id 
est , qu minus sugunt terrant (^de Re rustica , 1 , 44 ) ^f- ^^ 
note 196. 

3o2. LUI , page 822 , ligne 5. Maximam, hujus loci parlent 
stercorationis obiinet ratio, etc. Pline a en effet parl des engrais au 
chapitre 6 du livre prcdent. Cf. au livre cit les notes 68-84. 

3o3. Ligne i5. Justum est vehes octodecim j'ugero tribui. Ainsi 
la quantit de fumier tait de dix-huit charretes p^r Jugerum ou 
par demi-arpent. Chaque voiture contenait quali'e-vingts ntodi; 
c'tait environ cinq modii par dix pieds carrs. Lorsqu'on vou- 
lait fortement fumer un champ , on mettait jusqu' vingt-quatre 
charretes ; dix-huit semblaient suffisantes lorijqu'on ne voulait 
pas sortir des bornes ordinaires : Jugerum autem desideral , quod 
spissius stercoratur, vehes quatuor et viginti; quod rarius duodeviginti 
(CoLUM. , de Rerust., il, 5). Cette quantit de fumier bien 
consomm est regarde comme suffisante pour un sol lger ; tels 



.* 



NOTES DU LIVRE XVIII. /.Sg 

sont ceux, par exemple , du midi de l'Europe. Ou doit plus for- 
tement fumer dans le nord de la France. 

304. Page 32 3 , ligne 18. Quod ut hanc quoque curam de 
ierininemus , etc. On lit chez Columelle, auquel Pline parat avoir 
emprunt ce qu'il dit ici : Parum autem diligentes existimo esse 
agricolas , apud quos minores singul pecudes tricenis diebiis minus 
quant singulas , iiemque majores denas vehes stercoris efficiunt , etc. 
(11, i5). Ce passage a dcid Poinsinet proposer d'inlerpoler 
dans le texte de Pline les mots tricenis diehus , qui rendent ce 
passage intelligible ; il faudrait donc qu'on lt : Quod ut hanc 
quoque curam determinemus , justum est TRICENIS DIEBUS singulas 
vehes ^mi, etc. 

305. Page 324, ligue 2. j4ger si non stercoratur , aget , etc. 
C'tait une maxime gnralement rpandue chez les anciens, qu'il 
fallait fumer plutt frquemment qu'abondamment : Nec ignorare 
colonos oporlet , sicuti refrigescere agrum , qui non stercoretur : ita 
peruti , si nimium stercoretur : magisque conducere agricol frquen- 
ter id potius , quant immodice facere. Nec prodest nimium stercorare 
uno iempore , sed frquenter et modice. ( CoLUM. , deRerustica, 
11, 16.) 

306. Ligne 5. Quo calidius solum est , eo minus addi sterco- 
ris, ratio est. C'est pour atteindre le mme but que Pline, et pour 
appeler l'attention des cultivateurs sur la nature de la terre qui 
doit recevoir l'engrais , que Palladius a dit : Ager aquosus plus 
stercoris qurit , siccus minus (7}e Re rust. , I , tit. 6 ). Columelle 
a donn plus de dveloppement ce prcepte : ISec dulium quin 
aquosus ager majoreni stercoris copiant , siccus minorem desideret : 
alter , quod assiduis humoribus rigens hoc adhibito regelatur : alter 
quodper se iepens siccitatibus, hoc assumpto largiore, torrelur : prop- 
ter quod nec desse ei talem materiam , nec superesse oportet. ( De 
Re rustica, il , 16.) 

307. LIV, page 324, ligne 7. Semen optimum anniculum, etc. 
L'auteur de Goponiques (H, i4) et Thophraste [Hist. plant., 
viii, II) disent la mme chose en termes peu diPfrens. Pline 
entend par semence d'un an celle qu'on vient de recueillir. Pal- 
ladius donne comme une maxime bien tablie que la graine ne 



44o ' " NOTES DU LIVRE XVUI. 

doit pas avoir plus d'une anne : Primgenia semina ddit natura ; 
reliqua invenit experientia coloni. Num prima , qii sine colono , 
priusquam sata , nota..,. Prima semina videre oportet , nevetusiale 
sint exsuda , aut ne sint admixia , aut ne propier similitudinem sint 
adulterina. Semen vtus tantum valet in quibusdam rbus , ut natu- 
ram. commutet. Nam ex semine brassic vetere sato, nasci aiunt 
rpa, et contra ex raporum brassicam (Varr. , de Re rust. , l, i^o). 
Et ailleurs : Semina phisquam annicula esse non debent, ne vetustate 
corrupta non prodeant. Ainsi cet auteur croyait que l'ge des se- 
mences influait sur l'espce de plante qu'elles sont destines re- 
produire, ce qui est une grande erreur. La physiologie botanique 
moderne reconnat que la germination d'une graine est d'autant 
plus rapide que la graine est plus rcente ; ils pensent aussi que la 
facult germinatrice dure d'autant plus que l'enveloppe qui ren- 
ferme l'embryon est plus solide ; il faut excepter de cette loi les 
semences amande huileuse. On divise les plantes en deux sries, 
sous le rapport de la facilit qu'elles ont de germer: ce sont les 
farineuses et les huileuses. Suivant les expriences directes de 
Tessier , diverses varits de froment , conserves pendant dix 
ans , donnrent , aprs avoir t semes, de trs-beaux produits. 
Nous avons fait germer du bl conserv en herbier depuis plus 
de vingt ans. 

3o8. Page 324-7 ligne lo. Quod in ima area subsedit, ad semen 
reservandum. est. Tous les anciens auteurs sont d'accord qu'il faut 
choisir le grain le plus gros et le plus lourd pour le semis : Quce 
seges grandissima atque optima fiierit , seorsum in aream. secerni 
oportet spias , ut semen optimum habeat ( Varr. , 1,52 ). lUud 
deinceps prcipiendum habeo, utdemessis segetibus jam in areafuiuro 
semini considamus. Nam quod ait Celsus , ubi m^diocris est fructus , 
optimam quamque spicam lgre oportet, separatimque ex ea semen 
reponere: quum. rursus amplior messis proeenerit , quidquid exteretur, 
capistero expurgandum erit , et semper quod propter magnitudinem 
ac pondus in imo subsederit , ad semen reservandum. Nam id pluri 
mum prodest , quia quamfis celerius locis humidis , tamen etiam sic-r 
cis frumenta dgnrant , nisi cura talis adhibeatur. Neque enim du- 
bium est, ex robusto semine posse fieri non robustum : quod vero 
protinus exile natum sit , nunquam robur accipere manifestum est. 



ritt 



NOTES DU LIVRE XVIII. /,4i 

Ideoque VirgUius (Georg. , I , 97 ) tum et alla , ium et hoc de 
sewinibus prclart sic dssendt: 

ViJi Jecla diii , et niulto speciata labore , 
Degcnerare (ninen , ni vis hiiinana quotannis 
Maxiiua quxquc manu legeret ; sic oiunia fatis 
Id prjus ruere, ac reiro sublapsa referri. 

CoLCM. , de Se rust. , 11 , 9. 

Pour bien comprendre la phrase de Pline o il est dit qu'il 
faut prfrer le grain qui descend vers la partie basse de l'aire , 
il est ncessaire de se rappeler que l'aire tait leve au milieu, 
basse sur les cts , et tourne ordinairement contre le vent , 
afin de mieux dbarrasser le grain de la balle ; celui qui tait le 
plus pesant allait le plus loin , et devait tomber ncessairement 
vers les parties basses de l'aire. 

809. Page 324 ligne i3. Optimum granum quod rubet ^ etc. 
Le far tait dans ce cas , du moins l'extrieur ; tout grain de 
froment que l'on brise sous la dent est blanc l'intrieur. 

3 ic Ligne i5. Certwn terras alias plus seminis recipere, alias 
minus. Varron conseille de diminuer la quantit commune de se- 
mences dans les terres grasses , et de l'augmenter au contraire 
dans les terres maigres : Si enim locus crassus, plus; si macer, minus 
(i , 4-4- ) Columelle {loco cit.~) en dit plus sur ce sujet ; il prescrit 
de dterminer la quantit de semence d'aprs la qualit du sol , 
la saison o l'on sme, etc. Nobis ne istam quidem, quam prdixi- 
mus , mensuram semper placet servari , quod eam varit aut loci, 
aut temporis , aut cli conditio. Loci, cum vel in campis , vel coUibus 
frumentum seritur , atque his vel pinguibus , vel mediocribus , vel 
macris. 

3 1 2. Ligne 1 9. Sationem lacis hunUdis celeriusfieri ratio est, etc. 
Il faut semer d'abord les terres froides et humides , dit Caton ; 
les terrains chauds doivent tre rservs pour la fin des se- 
mailles : Ubi quisque locus frigidissimus aquosissimusque erit , ibi 
primum serito. In caiidtssimis locis sementim postremumfieri oportet 
{de Re rust., 34). Columelle conseille la mme chose : Itaque in 
totum prcipimus , ut quisquis natura locus frigidus erit , is primus 
conseratur ; ut quisquis calidus , novissimus ( XI , 2 ). 

3i3. : Ligne a^ ytrtis quoque cu/usdam est, qualiter spar- 



44^ NOTES DU LIVRE XVIU. 

sere , etc. Les anciens ne connaissaient pas le semoir. Columelle 
parle d'un panier semer , qu'on recouvrait d'une peau d'hyne ; 
mais comme on ea relirait ensuite la graine pour la semer la 
main, ce n'lait point un instrument particulier : Nonnulli pelle 
hyn satoram trimodiam vestiunt , abpie ita ex ea , quum paulum 
immoraia sunt semina , jaciunt , non dubitantes proventura qu 
sic sata sunt ( II , 9 ). Quoique les modernes aient invent des 
machines fort ingnieuses pour semer, la manire le plus gn- 
ralement employe consiste encore jeter la semence par poi- 
gues , en marchant pas compts et d'une manire gale. On ap- 
pelle ce mode d'oprer, semer la vole. 

3i4. Page 826 , ligne i. Fit quoque quorumdam occulta ra- 
tione , etc. Ce prtendu bonheur attach la main de tel ou de 
tel semeur, est une fable , moins que Plioe ne veuille parler de 
l'habilet que l'on acquiert par une longue habitude ou par une 
disposition particulire ; cette habilet consiste semer gale- 
ment, afin que la terre reoive partout de la semence: une gale 
rpartition influe beaucoup sur la bont des rcoltes. 

3i5. LV, page 826, ligne 8. Serere in jugera temperato solo 
justum est, etc. Ce chapitre est puis presque tout entier chez Co- 
lumelle : Jugerum. agri pinguis plerunupie modios tritici quatuor, me- 
diocris quinijue postulat : adorei modios novem , si est ltum solum, etc. 
(il, 9). Nous verrons ailleurs que les anciens avaient gard la 
nature du sol relativement la quantit de semences qu'ils y 
mettaient. Les anciens n'taient pas d'accord sur la question de 
savoir s'il tait bon de rpandre plus de semence sur les terres 
fertiles que sur les terres maigres. Palladius se prononce pour 
l'affirmative, Columelle pour la ngative; les modernes sont eux- 
mmes , sur ce point, d'avis diffrens. 

3i6. Ligne o. Seminis {quod frumenti genus ita appeUamus). 
Cf. sur le semen adoreum la note 78 de ce mme livre. Nous avons 
trait dans divers endroits de ce commentaire des diverses se- 
mences numres dans ce chapitre. Cf. Columelle (il, 10) et 
Palladius (/ra Januar. , Il , 8 ). 

317. Ligne 14. Pabuli. Par ce mot de pahuhan on entendait 
un mlange de diverses crales qu'on cultivait pour la nourriture 



NOTES DU LIVRE XVIII. 4 A 3 

des bestiaux; il est synonyme efarrago':' Cf. plus haut les notes 85 
et 217 bis y au prsent livre. 

3 18. Page 826 , ligne il^. Pingui solo plus , gradli minus. 
Voyez la note i5, vers la fin. 

3ig. Ligne i5. Jn denso , catt cretoso , etc. Ecoulons Colu- 
mellc : Siliginis autem vel tritici , si mediocriter cretosus uligino- 
susque ager est, etiampcado plusquarn , itt prias jam dixi , quinque 
modiis ad sationem opus est : at si siccus et resolutus locus , idemque 
vel pinguis , vel exilis est, quatuor, etc. (11,9). 

32. Page 328, ligne 7. Segetem ne defruges. Cette maxime 
est emprunte Caton : Segetem ne defruget , nam id infelix est 
{De Rg rust. , c. 5). Columelle a dit galement : Constat segetem 
nimia defrugatione exinaniri, 

32 1 . Adjecit iis Accius in Praxidico , etc. Les Romains avaient 
grandement gard l'tat de la lune et du soleil pour dterminer 
le temps des semailles. Il n'y a pas encore fort long-temps qu'on 
trouvait en France quelques restes de ces pratiques superstitieuses. 

322. LVI , page 328, ligne 16. Hesiodus , quiprinceps om- 
nium de Agricultura prcepit , etc. Hsiode a donn ce prcepte 
dans son pome intitul 'KpT'*, xet) njuiptit. Virgile a dit la mme 
chose dans ces vers : 

At si triliceam in messem robustaque farra 
Exercebis hutnum, solisque inslabis aristis , 
Anle tibi Eose Allanlides abscondanlur. 

Geot^. , i , 219. 

Pline fixe le coucher des Pliades au 1 1 novembre ; "elles se 
couchent aujourd'hui plus tard , et vers le 22 du mme mois. 

323. Page 33o , ligne 2. VirgUius triticum et far a Vergilia- 
rum occasu seri jubet , etc. 

Libra die somniqtic pares ubi feccril horas, 
Et mdium luci alque iimbris jamdi dividit orbem , 
Exerccte, \iri, taurosj serile hordea campis , 
Usque 8ub exlremum brumae intraclabilis imbrcm. 

Georg. , i , 208. 

Placet nostro poet adoreum, atque etiam triticum, non ante semi- 
nare ) quam occiderint Vergilia:. Absconduntur autem altero et trice- 



444 NOTES DU LIVRE XVllI. 

shno die post autumnale quinoctium , quodfere conficUur nono ca- 

lendas octohris , etc., a dit Columelle (d!? Re rust. , II , 8 ). 

324.. Page 33o , ligne 4- Viciam vero , faseolos et lentem, 
Boote accident : 

Si vero Ticiamque scres, vilemque fa sel u m , 
INec pelusiacae curam adspernaberc lenlis ; 
Haud obscura cadens mittet libi signa Bootes : 
iDcipe, et ad mdias seinentein exlende pruinas. 

Georg. , 1 , 227. 

325. Ligne 8. Custodiri enimsemen , corrumpente humore, etc, 
Si seri sunt imbres , quanwis sitienti solo recte semen commiltitur : 
idque etiam in quibusdam provinciis , ubi status cli talis est , usur- 
patur. Nom quod sicco loco ingestum et inoccatum est , perinde ac si 
repositum in horreo , non corrumpitur. Atque ubi venit imber , nud~ 
torum dierum sementis uno die surgit. (CoLUM., Il, 8.) 

326. Ligne 11. Quidam omissa ccclesti cura, ul inutilCj tempori- 
bus definiunt. On voit par cette phrase qu'il y avait dj , du temps 
de Pline , plusieurs bons esprits qui mprisaient les prjugs 
superstitieux. Disons ici quelque chose du temps des semailles 
chez les Romains , et runissons dans cette note ce que nous 
serions forcs de dire dans une foule d'autres. Les anciens ne 
semaient que dans deux saisons , en automne et au printemps. 
Les premires semailles duraient depuis l'quinoxc de printemps 
jusqu'au solstice d'hiver. Les secondes , auxquelles on n'avait 
recours que dans les cas d'urgence , se terminaient au mois de 
mars. Les Romains pensaient qu'on ne devait pas mettre la se- 
mence en terre avant l'quinoxe , car si la saison n'tait pas fa- 
vorable , elle pourrissait : Neque ante quinoctium incipi oportere 
putant , quod, si minus idone tempestates sint consecut, putrescere 
semina soleant (Varr. , I, 34). Pline tait aussi de cet avis, ainsi 
que Columelle (note 325). Le premier de ces auteurs croyait 
fermement qu'on ne doit pas laisser trop long-temps la semence 
dans la terre , parce qu'elle s'y consume : Ne diu jacens atque non 
concipens , evanescat ( liv. XVIII , 54 ) Varron croyait que la 
chaleur pouvait dtruire les proprits germinatrices du bl ; et 
M. de Chteauvieux a fait, Genve , des expriences qui sem- 
blent fortifier cette opinion. On voit par ce qui prcde que les. 



/ / 



' I 



NOTES DU LIVRE XVIII. %M / (' / / / 

semailles duraient un temps considrable. En consultant le lever ^^ 
et le coucher des astres , on prcisait trop rigoureusement le 
moment des semailles, qui doit varier en raison de l'tat du ciel, 
de la temprature , et surtout de la nature des terrains. Les an- 
ciens avaient tabli ce sujet quelques rgles fort sages : Serendi 
tempora licet per menses certa signemus , tamen secunum loci et cccli 
naturam unusquisque custodiat. Frigidis locis autumnalis sato cele- 
rior fit , vema veto tardior. Calidis autern regionibus et autumnalis 

serior fieri potest , et verna maturior. Qucunque serenda sunt 

(Pali.ad. , 1 , 34 ). Virgile dit expressment que le temps le plus 
convenable aux semailles est la fin d'octobre. Il prescrit une 
grande diligence pendant cette opration , et veut que l'hiver 
soit entirementc onsacr aux doux loisirs : 

Nudus ara , sere nudus : hiems ignava colono. 
Frigoribus parlo agricolae plerumque fruunlur, 
Mutuaque inter se Ixli convivia carnnl. 
Invitt genialis hieuis , curasque resolvit. 

Georg. , 1 , 399. 

Les anciens n'avaient aucune confiance dans les semailles tar- 
dives , et Pline le proclame clairement : Sunt qui properent , atque 
ita pronunent , festinatam sementem spe decipere , serotinam sem- 
per ( XVIII , 56). On doit conclure de tout ce que nous ve- 
nons de dire que, quoique les anciens fussent disposs consulter 
les signes clestes pour fixer l'poque des semailles , ils avaient 
gard des signes moins quivoques ; ceux fournis par le sol 
et la temprature, et enfin que , quoiqu'ils eussent deux poques 
pour confier les grains la terre, ils ne comptaient gure que sur 
les semis d'automne. 

327. Page 332 , ligne i. Vere limon , et n*'enam , et papa- 
ver , etc. Nos cultivateurs sment le lin au printemps , en mars 
et en avril , et quelquefois eu automne > en septembre et en oc- 
tobre. Il y a des avoines d'autP'ine et de printemps. Quant au 
pavot , nous le semons en automne. Virgile dsigne , contradic- 
toircment avec notre aieur, que le lin et le pavot doivent tre 
sems en automne: 

Libra die somnique parcs ubi frccril lioras , 

Et in< dinui luci atquc umbris jam dividil orbem , 



'^// 



' I i'^^^S'i* NOTES DU LIVRE XVIII. 
' ' '^' Serite hordea campis , 







Ncc non et lini segetem et cereale papaver 
Tempus humo lgre 

Georg. , 1 , 208. 

Les ftes nommes Quinquatrus ou Quinquatria taient clbres 
aprs le cinquime jour des ides de mars, vers le 17 de ce mois. 
328. Page 332 , ligne 8. Quppe Virgilio jubente prdisc 
ventes ante omna ac siderum mores , neque aliter : 

Prterea tara sunl Arcluri aidera nobis, 
Hdorumque dies servandi , et lucidus Anguis , 
Quam quibus in palriam vcnlosa per aequora vcclis 
Pontus, et ostriferi fauces lentanlur Abydi. 

Georg, , 1 , 204. 

32g. LVIl , page 332 , ligne i8- Primum omnium dierum 
ipsorum anni solisque , etc. Cf. sur la plupart des difficults que le 
texte de notre auteur rvle , les notes relatives l'astronomie , 
au livre ll. L'anne romaine fut d'abord celle des Albains, c'est- 
-dire lunaire ; dix mois la composaient , mars en tait le pre- 
mier : elle avait cinquante jours de moins que l'anne lunaire 
relle , et soixante-un de moins que l'anne solaire, c'est--dire 
trois cent quatre jours seulement ; c'tait l l'anne de Romulus. 
Numa ajouta deux mois cette anne, janvier et fvrier, et elle 
se trouva tre compose de trois cent cinquante-cinq jours. Elle 
demeura ainsi jusqu' Jules Csar , o commence l'anne ju- 
lienne , qui se compose de trois cent soixante-cinq jours , huit 
heures , auxquels Grgoire le Grand ajouta onze minutes , pour 
arriver la plus grande exactitude possible. 

33o. Page 334 , ligne 3. Accedit confessa rerum obscuritas , etc. 
L'entre du soleil dans tel o^ tel signe du zodiaque, son passage 
l'quateur , etc., ne sont pas to^ours le signal d'un changement 
dans la temprature. Vgce a parl des jours prokimasiques et 
pikimasiqucs: Autenim circa diem statubim, autante, velpoHea, 
tempestates fieri , compertum, est: unde prcedcntes , Tfpoyjslf^a.rtv : 
nascentes die solenni , errix^ljucta-iv : subsquentes, HTetxs'M't<riVi 
grco vocahulo nuncuperaverunt ( IV, 4o ) 




NOTES DU LIVRE XVIII. Hk^f.f , ; 

33 1. Page 334, ligne i5. Ideo Virgilu errcmtium quoque 
siderum rationem ediscendam pracipit , etc. : 

Hoc meluens, caeli menses el sidra serv.-, 
Frigida Salurni sese qiio Stella receptet* 

Georg. , 1 , 335. - 

332. Page 336 , ligne i. lies anceps, etc. Voici enfin quelques 

ides philosophiques qui se trouvent sous la plume de Pline; mal- 
heureusement la cause par laquelle notre auteur explique rinflnence 
des astres est problmatique , et montre que les sciences astro- 
nomiques des anciens laissaient beaucoup dsirer. Les Grecs 
croyaient qu'il y avait autant de cieux que de plantes ; le hui- 
time ciel , ou le firmament , tait celui des toiles fixes. 

333. Ligne 20. Occasummatutinum Vergiliarum Ilesiodus , etc. 
L'ouvrage auquel Pline fait allusion a t mentionn par Thon, 
qui le nomme A(r'7/)ixw ^iQxos. Cet ouvrage est perdu. 



FIN DU ONZIEME VOLUME. 






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