THE UNIVERSITY
OF ILLINOIS
LIBRARY
VJ2
>
The person charging this material is re-
sponsible for its return to the library from
which it was withdrawn on or before the
Latest Date stamped below.
Theft, mutilation, and underlining of books ara reasons
for disciplinary action and may resuit in dismissal from
the University.
To renew call Tlphone Center, 333-8400
UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY AT URBANA-CHAMPAIGN
APR 1
MAY13
lMfly 719*
1980
980
...
FEB 7 lp86
MAR 1 8 1
L161 O-1096
BIBLIOTHQUE
LATINE - FRANAISE
5
PUBLIEE
C. L. F. PANCKOUCKE.
I
I*.
PARIS. IMPRIMERIE DE C. L. F. PANCKOUCKF. ,
r.lU DIS PilITKVIM , K. l4.
^
HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE *
TRADUCTION NOUVELLE
PAR M. AJASSON DE GRANDSAGNE
PAR MM. BEUDANT, BRONGNIART, G. CUVIER,
DAUKOU, MERIC DAVID, DESCURET, DOE , E. DOLO , DUSGATK,
FE, E. FOTICH, FOURIER , GUIBOURT, l.OI JOHATNEAU,
LACROIX, 1LAFOSSE, I.EMERCIER, LETRONNE, LOUIS L1SKF.NNE,
L. MARCUS, MONGS,
0. L. F. PANCKOUCKE, VALENTIN PARISOT ,
QUATRF.MERR DE QUINCY, P. ROBERT, ROBIQUFT,
W. TH1BA.UD, THTJROT, VALENCIENNES , HIFP. VERGNF..
g
TOME DOUZIME.
PARIS
C. L. F. PANCKOUCKE
MKMBir. f. l'ordre royal ne la lgion i>'ho\nioii
DITEUR, RUE DES POITEVINS, K I /,
I
M DCCC XXXII.
4
PI
*
* 1 1
199-9
y 12.
LIVRE DIX-HUITIEME.
(continuation.)
454170
C. PLINU SECUNDI
HTSTORIARUM MUNDI
LIBER XVIII.
SATORf FRUGUM.
Exortus , occasusque sidenim.
IjVIII. V/mnis autem ratio observata est tribus rao-
dis : exortu siderum , occasuque , et ipsorum temporum
cardinibus. Exortus occasusque binis modis intelligun-
tur. Aut enim adventu solis occultantur stellae et con-
spici desinunt, aut ejusdem abscessu proferunt se. Emer-
sum hoc melius , quam exortum consuetudo dixisset :
et illud occultationem potius, quam occasum. Alio modo,
quo die incipiunt apparere vel desinunt , oriente sole ,
aut occidente , matutini vespertinive cognominati ,
prout alterutri eorum mane vel crepusculo contingit.
Dodrantes horarum quum minimum intervalla ea de-
siderant ante solis ortum , vel post occasum , ut aspici
I
HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE.
LIVRE XVIII.
HISTOIRE NATURELLE DES CRALES.
Lever et coucher des astres.
LVIII. JLoutes les observations faites par rapport
l'agriculture n'ont que trois objets, le lever des astres,
leur coucher , et le commencement prcis des saisons.
Le lever et le coucher des astres peuvent se concevoir de
deux manires. Les toiles se cachent et cessent d'tre
visibles l'apparition du soleil ; elles reparaissent quand
cet astre s'est retir. Ces phnomnes seraient mieux d-
signs par les noms d'occultation et d'mersion , que par
l'expression vulgaire de lever et de coucher. En consid-
rant les toiles sous un autre point de vue , on observe
qu'elles se montrent ou disparaissent en mme temps
que le soleil se lve ou se couche ; c'est encore ce qu'on
nomme le lever ou le coucher des toiles, du soir ou du
matin , suivant l'poque de la journe o ce phnomne
a lieu. Dans ces derniers cas , on ne peut les voir que
trois quarts d'heure au plus avant le lever ou aprs le
I.
4 C. PLINIl HIST. NA.T. LIB. XVIII.
possint. Praeterea bis quaedam exoriuntur et occidunt.
Omiiisque sermo de his est stellis , quas adhaerere caelo
diximus.
Cardines temporum.
LIX. Cardo temporum quadripartita anni distinctions
constat , per incrementa lucis. Augetur haec a bruma ,
et aequatur noctibus verno aequinoctio diebus xc , horis
tribus. Deinde superat noctes ad solstitium diebus xcin,
horis duodecim ; usque ad aequinoctium autumni diebus
xcir, horis duodecim. Et tum aequata die procedit ex eo
ad brumam diebus lxxxix , horis tribus. Horae nunc in
omni accessione aequinoctiales , non cujuscumque diei
significantur : omnesque eae differentiae fiunt in octavis
partibus signorum. Bruma Capricorni , a. d. vin ka-
lendas januarii fere : aequinoctium vernum, Arietis :
solstitium , Cancri : alterumque aequinoctium , Librae :
qui et ipsi dies raro non aiiquos tempestatm significa-
tus habent.
Rursus hi cardines singulis etiamnum articulis tem-
porum dividuntur, per mdia omnes dierum spatia.
Quoniam inter solstitium et aequinoctium autumni ,
Fidiculae occasus autumnum inchoat die xlvf. At ab
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XV11I. 5
coucher du soleil. Il y a encore des toiles qui se lvent
et se couchent jusqu' deux fois. Au reste, nous ne par-
lons ici que des toiles fixes.
poques principales.
LIX. Les commencemens des saisons divisent l'anne
en quatre parties , durant lesquelles les jours sont plus
et moins longs successivement. Ils commencent crotre
ds le solstice d'hiver; ils sont gaux aux nuits, l'qui-
noxe de mars , c'est--dire au bout de quatre-vingt-dix
jours et trois heures. Ils deviennent graduellement plus
longs que les nuits jusqu'au solstice d't , pendant
quatre-vingt-treize jours et douze heures ; au bout de
quatre-vingt-douze jours et douze heures , l'quinoxe
d'automne, ils sont gaux aux nuits; puis ils dcroissent
pendant quatre-vingt-neuf jours et trois heures jusqu'au
solstice d'hiver. Il faut remarquer que les heures dont
il s'agit sont des heures quinoxiales, et que les quatre
saisons commencent toujours au huitime degr des
signes du zodiaque ; ainsi le solstice d'hiver tombe
d'ordinaire dans le Capricorne , au huitime jour avant
les kalendes de janvier ; l'quinoxe de printemps ,
dans le Blier ; le solstice d't , dans l'Ecrevisse ;
l'quinoxe d'automne, dans la Balance. Il est rare que
ces poques n'annoncent pas quelque changement de
temps.
De plus, chacune des quatre parties de l'anne- est'
subdivise elle-mme par la moiti du nombre des jours
qu'elle contient; ainsi, quarante-six jours aprs le sol-
stice d't, le coucher de la Lyre indique le commence-
ment de l'automne ; quarante-quatre jours aprs l'qui-
f> C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
quinoctio eo ad brumam, Vergiliarum matutinus oc-
casus hiemem die xliii. Inter brumam et quinoctium
die xlv flatus Favonii vernum tempus. Ab quinoctio
verno initium statis die xlviii Vergiliarum exortu
mal u ti no. Nos incipiemus a sementibus frumenti , hoc
est, Vergiliarum occasu matutino. Nec deinde parvorum
siderum mentione concidenda ratio est , et difficultas
rerum augenda , quum sidus vehemens Orionis iisdem
diebus longo decedat spatio.
Quae sementis hibernae tempora.
LX. Sementibus tempora plerique prsumunt , et ab
undecimo die autumnalis quinoctii fruges serunt , ad-
veniente Coronae exortu , continuis diebus certo prope
imbrium promisse Xenophon antequam deus signum
dederit. Hoc Cicero novembris imbre fieri interpretatus
est : quum sit vera ratio non prius serendi , quam folia
cperint decidere. Hoc ipso Vergiliarum occasu fieri
putant aliqui , a. d. ni idus novembris , ut diximus.
Servantque id sidus etiam vestis institores , et est in
clo notatu facillimum. Ergo ex occasu ejus de hieme
augurantur, quibus est cura insidiandi negotiatoris ava-
ritiae. Nubilo occasu pluviosam hiemem denuntiat : sta-
timque augent lacernarum pretia : sereno asperam , et
reliquarum vestium accendunt. Sed ille indocilis cli
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 7
noxe d'automne, le coucher matutinal des Pliades donne
commencement l'hiver ; quarante-cinq jours aprs le
solstice d'hiver, le vent Favonien, qui commence souf-
fler, annonce le retour du printemps; enfin, quarante-
huit jours aprs l'quinoxe de printemps, le lever matu-
tinal des Pliades marque le commencement de l't. Nous
commencerons par les semailles du froment, c'est--dire
par le coucher matutinal des Pliades, sans interrompre
nos remarques pour parler des constellations moins im-
portantes, ce qui ne ferait qu'augmenter ta difficult,
car le signe orageux d'Orion se couche vers le mme
temps, aprs avoir parcouru une vaste tendue du ciel.
Temps des semailles d'hiver.
4
LX. Presque toujours les semailles se font avant le
temps, c'est--dire onze jours aprs l'quinoxe d'au-
tomne , au moment du lever de la Couronne ; on est
presque sr alors d'avoir de la pluie plusieurs jours de
suite. Xnophon veut que l'on sme un peu avant que
le ciel en ait donn le signal, c'est--dire, selon l'inter-
prtation de Cicron , quelque temps avant les pluies de
novembre; mais le vritable temps de semer, c'est lorsque
les feuilles des arbres ont commenc tomber, et jamais
plus tt. Cette poque est fixe par quelques auteurs au
coucher mme des Pliades, c'est--dire au troisime jour
avant les ides de novembre , comme nous l'avons dit.
Cette constellation se remarque facilement dans le ciel , et
les marchands d'habits eux-mmes l'observent avec soin.
Par son coucher, ils jugent de l'tat futur de- l'hiver,
et profitent habilement des occasions pour forcer la main
l'acheteur le plus avare. Si le temps est couvert quand
8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
agricola , hoc signum habeat inter suos vpres , hu-
mumque suam aspiciens , quum folia viderit decidua.
Sic judicetur anni temperies , alibi tardius , alibi ma-
turius. Ita enim sentitur, ut caeli locique adficit natura :
idque in hac ratioue praecellit, quod eadem et in mundo
publica est, et unicuique loco peculiaris. Miretur hoc,
qui non meminerit ipso brumali die pulegium in car-
nariis florere : adeo nihil occultum esse natura voluit.
Et serendi igitur hoc ddit signum. Haec est vera in-
terpretatio, argumentum naturae secum adferens. Quippe
sic terrain peti suadet, proinittitque quamdam stercoris
vicem , et contra rigores terram flatusque operiri a se
m initit , ac monet festinare.
Quae leguininum et papaveris serendi.
LXI. Varro in fabae utique satu hanc observationein
custodiri praecepit. Alii plena luna serendam. Lentem
vero a vicesima quinta ad tricesimam. Viciam quoque
iisdem luna? diebus : ita demum sine limacibus fore.
Quidam pabuli causa sic seri jubent , seminis autem
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 9
les Pliades se couchent, ils jugent que l'hiver sera plu-
vieux, et sur-le-champ ils lvent le prix des manteaux.
Si le temps est serein, l'hiver sera rude, et ils haussent
beaucoup le prix des autres vtemens. Quant au la-
boureur incapable d'tudier l'tat du ciel , ses buissons
lui tiendront lieu de constellations ; qu'il jette les yeux
sur la terre ; qu'il remarque le moment o les feuilles
seront tombes, c'est le vritable temps des semailles.
C'est ainsi que l'on connat la temprature de l'anne,
mais plus tard dans un endroit, plus tt dans un autre,
suivant les terrains et les climats. L'avantage de cette
mthode, c'est qu'elle s'applique tout le globe, comme
chaque pays en particulier : voil ce qui tonnera
celui qui ne se rappellera pas que le pouliot fleurit dans
les garde-manger le jour mme du solstice d'hiver ;
tant la nature est soigneuse de ne nous laisser rien
ignorer : elle a "voulu nous indiquer ainsi l'poque des
semailles. Cette doctrine n'a rien d'quivoque, puis-
qu'elle est fonde sur les enseignemens de la najure. Elle
semble alors inviter le laboureur au travail , en lui mon-
trant dans les feuilles une espce d'engrais; elle l'avertit
de se hter, en couvrant la terre pour la dfendre des
vents et du froid.
Quand il faut semer les plantes lgumineuses et le pavot.
LXI. Varron ne fixe point d'autre poque pour
semer la fve ; d'autres veulent qu'on la sme dans la
pleine lune, et les lentilles depuis le 25 de la lune jus-
qu'au 3o. Les vesces devront tre semes aux mmes
jours, pour tre prserves des limaons. Quelques
auteurs prescrivent de semer cette poque celles
io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
vere. Est et alia manifestior ratio , mirabiliore naturae
piovidentia , in qua Ciceronis sententiain ipsius verbis
subsignabimus :
Jam vero semper viridis , semperque gravata
Lentiscus , triplici solita est grandescere ftu :
Ter fruges fundens , tria tempora monstrat arandi.
Ex his unum hoc erit, idem et lino ac papaveri serendo.
Cato de papavere ita tradit. Virgas et sarmenta, qua;
tibi usioni supererunt, in segete comburito. Ubi eas
combusseris , ibi papaver serito. Silvestre iu miro usu
est melle decoctum ad faucium remdia ; visque somni-
fera etiam sativo. Et hactenus de hiberna semente.
v*
Rerum in agro agendarum, et quid quoque mense feri in agro
oporteat.
LXIL 26. Verum ut pariter omnis culturae quoddam
breviarium peragatur, eodem tempore convenit et ar-
bores stercorare , adcumulare item vineas : sufilcit in
jugerum opra : et ubi patietur loci ratio , arbusta ac
vineas putare , seminariis solum bipalio praeparare , in-
cilia aperire, aquam de agro pellere, torcular lavare et
recondere. A kalendis novembris gallinis ova subponere
nolito, donec bru ma conficiatur. In eum diem ternadenu
subjicito state tota , hieme pauciora , non tamen infra
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. n
qui servent de fourrage , et au printemps celles qu'on
garde pour graine ; mais la nature , attentive nos
besoins, nous donne un moyen plus sr de savoir quand
il faut semer. Transcrivons ce sujet les propres paroles
de Cicron :
Le lentisque , toujours vert , toujours charg de fruits , nous
offre dans l'anne trois rcoltes successives , et nous indique , par
ses triples produits, les trois poques du labourage.
C'est l'une de ces trois poques qu'il faudra semer le
lin et le pavot. Voici sur cette dernire plante quelques
prceptes de Caton : Dans un champ qui aura port
du bl, brlez toutes les branches et tous les sarmens
qui vous seront inutiles; ensuite semez-y du pavot. Le
pavot sauvage bouilli dans du miel est un excellent re-
mde pour les maux de gorge. Le pavot cultiv a aussi
une vertu somnifre. Voil ce que nous avions dire
sur les semailles d'hiver.
Ce qu'on doit faire chaque mois dans les champs.
LXII. a6. Pour complter notre abrg d'agriculture,
nous ajouterons que, dans le mme temps, il faut fumer
les arbres et rechausser les vignes. Il sufft d'un seul ou-
vrier pour un jugerum. Si la nature du lieu le permet, on
devra monder les arbres, tailler la vigne, prparer le
sol avec la houe pour les ppinires , creuser les rigoles
et pratiquer les issues pour l'coulement des eaux , laver
le pressoir et le tenir couvert. Depuis les kalendes de
novembre jusqu'au solstice d'hiver , on ne met pas les
poules couver. Pendant tout l't et jusqu'aux kalendes
de novembre, on donne treize ufs chaque poule ; l'hiver
i2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
novena. Democritus talem futuram hiemem arbitratur,
qualis fuerit brumae dies , et circa eum terni : item sol-
stitio aestatem. Circa brumam plerisque bis septem ,
halcyonum fetura , ventorum quite , mollius caelum :
sed et in his et in aliis omnibus ex eventu significatio-
num intelligi sidra debebunt, non ad dies utique prae-
finitos exspectari tempestatum vadimonia.
Quid bruma.
LXIII. Per brumam vitem ne colito. Vina tum de-
faecari, vel etiam diffundi Hyginus suadet, a confecta
ea septimo die, utique si septima luna competat. Cerasa
circa brumam seri. Bubus glandem tune adspergi con-
venit in juga singula modios. Largior valetudinem in-
festt, et quoeumque tempore detur, si minus xxx die-
bus continuis data sit , narrant verna scabie pnitere.
Materiei caedendae tempus hoc dedimus. Reliqua opra
nocturna maxime vigilia constant , quum sint noctes
tanto ampliores. Qualos , crates , fiscinas texere : faces
incidere : ridicas praeparare interdiu xxx , palos lx. In
lucubratione vespertina ridicas v, palos x, totidem an-
telucana.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. i3
on en donne moins, mais jamais au dessous de neuf. D-
module dit que l'hiver sera tel qu'aura t le jour du
solstice et les trois jours les plus proches ; l't sera tel
que le solstice de juin. Suivant la plupart des auteurs,
il y a vers le solstice d'hiver , pendant la ponte des al-
cyons, quatorze jours o les vents sont calmes et le ciel
plus doux ; mais , en ceci comme en toute autre chose,
il faut juger des influences clestes par l'vnement ,
sans s'attendre voir les changemens de temps arriver
prcisment aux jours marqus.
Travaux faire pendant le solstice d'hiver.
LXIII. Ne touchez pas aux vignes pendant le solstice
d'hiver; sept jours aprs , si la lune elle-mme a sept
jours , vous pourrez, comme le recommande Hyginus ,
tirer les vins au clair et mme les transvaser. C'est aux
environs du solstice d'hiver qu'il faut planter les ceri-
siers. Il est bon alors de donner un boisseau de glands
par jour chaque paire de bufs : une quantit plus
forte leur serait nuisible ; mais en quelque temps qu'on
leur en donne, l'on doit continuer trente jours de suite,
ou bien les bufs souffriront de la gale au printemps.
Nous avons dj dit que c'tait le moment de couper
les bois. Les autres ouvrages se font la veille , car
les nuits sont fort longues ; c'est l qu'on fait les cor-
beilles, les claies, les paniers, qu'on fend les bois rsi-
neux pour les torches : pendant le jour on peut prparer
trente chalas et soixante pieux ; la veille du soir, cinq
chalas, dix pieux, et autant avant le jour.
1H C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
Quid a bruma in Favonium.
LXIV. A bruma in Favonium Caesari nobilia sidra
significant, tertio kalendas januarii matutino Canis oc-
cidens. Quo die Atticae et finitimis regionibus Aquila
vesperi occidere traditur. Pridie nonas januarii Caesari
Delphinus matutino exoritur, et postero die Fidicula ,
quo iEgypto Sagitta vesperi occidit. Item ad vi idus ja-
nuarii ejusdem Delphini vespertino occasu continu i
dies hiemant Italiae , et quum sol in Aquarium sentitur
transire , quod fere xvi kalendas februarii evenit : Vin
kalendas Stella regia appellata Tuberoni in pectore Leo-
nis occidit matutino. Et pridie nonas februarias Fidi-
cula vesperi Hujus temporis novissimis diebus ubicum-
que patietur caeli ratio , terrain ad rosarum et vine
satum vertere bipalio oportet. Jugero operae lx sufficiunt.
Fossas purgare, aut novas facere. Antelucanis ferra-
menta acuere , manubria aptare , dolia quassa sarcire ,
ipsorumque tabulas scabendo purgare, aut novas fa-
cere.
Quid a Favonio in aequinoctium vernum.
LXV. A Favonio in aequinoctium vernum Caesari
significat, xiv kalendas martii triduum varie. Etviu ka-
lendas hirundinis visu , et postero die Arcturi exortu
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. i!
Travaux excuter depuis le solstice d'hiver jusqu'au souffle du
vent d'ouest , ou Favonius.
LXIV. Depuis le solstice d'hiver jusqu' la naissance
du Favonius , voici , selon Csar , les astres dont il est
bon de remarquer l'influence. Le Chien se couche le
matin du troisime jour avant les kalendes de janvier.
On dit qu'alors l'Aigle se couche pour l'Attique et les
contres voisines. La veille des nones de janvier, le Dau-
phin, suivant Csar, se lve le matin, et le lendemain
la Lyre. Le mme jour la Flche se couche pour l'Egypte
le soir. Le 6 avant les ides de janvier , le Dauphin se
couche le soir , et le froid rgne en Italie plusieurs jours
de suite , comme aussi lorsque le soleil entre dans le
Verseau , ce qui arrive ordinairement le seizime jour
avant les kalendes de fvrier. Le 8 avant les kalendes ,
l'toile royale du cur du Lion se couche le matin, sui-
vant Tubron. La veille des nones de fvrier, la Lyre se
couche le soir. Pendant les derniers jours o parat cette
constellation, il faut, partout o le climat le permet,
travailler la terre avec la houe pour planter la vigne et
les rosiers ; soixante journes d'ouvrier suffisent pour un
jugerum. On devra nettoyer les fosss ou en faire de nou-
veaux, aiguiser les outils avant le jour et les emmancher,
raccommoder les tonneaux, racler et nettoyer les douves
ou en mettre de nouvelles.
Depuis la naissance du vent d'ouest jusqu' l'quinoxe de printemps.
LXV. Depuis la naissance du vent d'ouest jusqu'
l'quinoxe de printemps, le \[\ avant les kalendes de
mars annonce, suivant Csar, un temps variable pour
i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
vespertino. Item tertio nonas martii Caesar Cancri exortu
id fieri observavit. Major pars auctorum Vindemitoris
emersu, octavo idus Aquilonii piscis exortu, et postero
die Orionis. In Attica Milvum apparere observatur.
Caesar et idus martias ferales sibi aduotavit Scorpionis
occasu : xv vero kalendas aprilis Italiae Milvum ostendi :
duodecimo kalendas Equum occidere matutino.
Hoc intervallum temporis vegetissimum agricolis ,
maximeque operosum est , in quo praecipue falluntur.
Neque enim eo die vocantur ad munia , quo Favonius
flare debeat, sed quo cperit. Hoc acri intentione ser-
vandum est. Hoc illo mense signum deus habet, obser-
vatione minime fallaci aut dubia, si quis adtendat. Unde
autem spiret is ventus , quaque parte veniat , diximus
secundo volumine, et dicemus mox paulo operosius.
Intrim ab eo die (quisquis ifte fuerit) quo flare c-
perit , non utique vi idus februarii , sed sive ante ,
quando praevernat , sive post , quando hiemat : post
eam diem . inquam , innumera rusticos cura distringat ,
et prima quanque peragantur, quae differri nequeunt.
Trimestria serantur. Vites putentur, qua diximus, ra-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 17
trois jours, le temps sera mauvais aussi, le 8 avant les
kalendes, jour o l'on commence voir les hiron-
delles ; et le lendemain , jour o l'Arcture se lve le soir.
Csar observe que le temps est galement variable le 3
des nones de mars, jour du lever de l'Ecrevisse. La plu-
part des auteurs disent que cela arrive l'mersion du
Vendangeur, le jour du lever du Poisson septentrional ,
qui est le 8 des ides du mme mois, et au lever d'Orion,
qui a lieu le lendemain ; c'est alors que le Milan se
montre pour l'Attique. Csar a remarqu que les ides
de mars, jour o se couche le Scorpion, taient pour lui
d'un prsage funeste. Le i5 avant les kalendes d'avril,
le Milan se montre en Italie, et, le 12, le Cheval se
couche le matin.
C'est dans cet intervalle que les cultivateurs sont le
plus occups, et qu'ils ont le plus grand besoin d'acti-
vit ; mais c'est aussi l'poque o ils se trompent le
plus. Ils ne se mettent point au travail le jour o le vent
d'ouest aurait d souffler, mais seulement lorsqu'il a
commenc se faire sentir; cependant c'est une chose
laquelle ils ne sauraient faire trop attention , car c'est
l l'indice que le ciel leur donne en ce mois , indice qui
n'est jamais trompeur ni quivoque , pour peu qu'ils
l'observent avec soin. Dans le second livre nous avons
indiqu d'o et de quel cot prcisment soufflait le
Favonius ; nous en parlerons encore dans la suite avec
plus de dtails. Soit donc qu'il commence se faire sen-
tir avant le 6 des ides de fvrier, ce qui arrive dans
un printemps prcoce; ou aprs le 6 , ce qui a lieu lors-
que l'hiver est long , il faut , quel que soit le jour o
il a commenc souffler, que les laboureurs travaillent
sans relche , et s'attachent terminer d'abord les ou-
XII. 1
i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB, XVIII.
tione. Oleae curentur. Poma serantur, inseranturque.
Vineae pastinentur. Semina digerantur , instaurentur
alia. Arundines, salices, genistae serantur, caedanturque.
Serantur vero ulmi , populi , platani , uti dictum est.
Tuin et segetes convenit purgare, sarrire hibernas fru-
ges , maximeque far. Lex certa in eo , quum quatuor
fibrarum esse cperit. Faba vero non antequam trium
foliorum. Tune quoque levi sarculo purgare verius ,
quam fodere. Florentem utique xv primis diebus non
attingere. Hordeum nisi siccum ne sarrito. Putationem
aequinoctio peractam habeto. Vineae jugerum quaternae
oper putant alligantque : in arbusto singulae opra? ar-
bores xv. Eodem hoc tempore hortorum rosariorumque
cura est, qu separatim proximis voluminibus dicetur :
eodem et topiariorum. Tune optime scrobes fiunt. Terra
in futurum proscinditur , Virgilio maxime auctore , ut
glebas sol coquat. Utilior sententia , quae non nisi tem-
peratum solum in medio vere arari jubet : quoniam in
pingui statim sulcos occupant herba? , gracili insecuti
aestus exsiccant : tum namque succum venturis semini-
bus auferunt. Talia autumno melius arari certum est.
Cato verna opra sic dfinit : scrobes fieri , seminaria
propagari : in locis crassis et humidis uhnos , ficos ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. , 9
vrages qui ne souffrent aucun dlai. Il faut alors semer les
bls de trois mois, tailler la vigne de la manire que nous
avons expose, s'occuper des oliviers, planter et greffer
les arbres fruit , houer les vignes , rparer les ppinires
et en tablir d'autres , planter les roseaux , les saules , les
gents, et les tailler; planter les ormes, les peupliers et
les platanes , comme nous l'avons dit. Il faut encore
nettoyer les bls, sarcler ceux d'hiver, et surtout \efar;
le vrai temps pour cette opration , c'est lorsqu'il com-
mence montrer quatre feuilles. Les fves ne sont sar-
cles que lorsqu'elles ont trois feuilles , encore ne le
fait-on qu'avec un petit sarcloir, pour enlever ls herbes
sans fouiller la terre ; on n'y touche point les quinze
premiers jours aprs la floraison. Ne sarclez l'orge que
quand elle est sche. La taille des vignes doit tre ache-
ve l'quinoxe de mars. Quatre vignerons taillent et
lient par jour un jugerum de vignes ; un seul ouvrier
peut faire le mme travail pour les vignes de quinze
arbres. C'est aussi dans ce mme temps qu'il faut soi-
gner les rosiers , les jardins (dont nous parlerons s-
parment dans les livres suivans) et les parterres. C'est
encore un bommoment pour faire les fosses ; on donne
alors la premire faon la terre, pour que le soleil sche
la glbe; Virgile surtout recommande cette pratique. Il
est prfrable toutefois de ne labourer au printemps que
les terres de moyenne qualit ; car si la terre est forte ,
les herbes remplissent bientt les sillons ; si elle est l-
gre , les chaleurs qui surviennent la desschent ; ainsi
ces terres seraient prives des sucs destins nourrir le
grain ; il vaut mieux ne les labourer qu'en automne.
Voici l'ordre des travaux du printemps, suivant Caton.
Il faut creuser les fosses et tendre les ppinires ; plan-
2o C. PLINII HTST. NAT. LIB. XVIII.
poina, oleas seri : prata stercorari lima sitienle , quae
rigua non erunt : a flatu Favonii defendi, purgari, her-
bas malas radicitus erui , ficus intcrpurgari , seminaria
fieri, et vetera sarciri. Haec antequam vinea florere in-
cipiat. Itemque piro florente arare incipiat macra are-
nosaque. Postea uti quaeque gravissima et aquosissima ,
ita postremo arato. Ergo haec aratio lias habebit notas ,
lentisci primurn fructum ostendentis , ac piri florentis.
Erit et lertia in bulborum satu , scillae. Item in corona-
mentorum, narcissi; namque et haec ter florent, primoque
flore primam arationem ostendunt, medio secundam ,
tertio novissimam, quando inter sese alia aliis notas
prbent. Ac non in novissimis cavetur, ne fabis floren-
tibus attingatur edera : id enim noxium et exitiale ci
est tempus. Quaedam vero et suas habent notas , sicuti
ficus. Quum folia pauca in cacumine acetabuli modo
germinent, tune maxime serendas ficus.
Quid ab aequinoctio.
LXVI. .Equinoctium vernum a. d. vin kalendas apri-
lis peragi videtur. Ab eo ad Vergiliarum exortum ma-
tutinum , Csari significant kalendae aprilis. in nonas
aprilis in Attica Vergili vesperi occultantur. Edem
postridie in Botia : Caesari autem et Chaldis nonis :
HISTOIRE NATURELLE , L1V. XVIII. 21
ter les ormes , les figuiers , les arbres fruit et les oli-
viers dans les terrains gras et humides; fumer, au dclin
de la lune, les prs qui ne sont point arross , les dfendre
du vent d'ouest, les nettoyer et en arracher les racines
des mauvaises herbes; monder les figuiers; tablir des
ppinires, et rparer les anciennes, le tout avant que la
vigne entre en fleurs. Lors de la floraison du poirier,
on commencera labourer les terres maigres et sablon-
neuses ; on labourera en dernier lieu les plus fortes et
les plus humides. Ces travaux auront lieu quand le len-
tisque montrera son premier fruit, et que le poirier com-
mencera fleurir. On fera un troisime labourage dans
le temps o l'on plante^les bulbes et la scille. Parmi les
fleurs dont on fait des couronnes , le narcisse en four-
nit trois fois, et ces premires, secondes et troisimes
floraisons indiquent l'poque d'autant de labourages ;
tant il est vrai que tout est li dans la nature. On aura
soin de ne point toucher au lierre pendant la floraison
des fves; il prirait alors infailliblement. Quelques v-
gtaux nanmoins indiquent par eux-mmes l'poque o
il faut s'en occuper; ainsi le meilleur temps pour plan-
ter le figuier , c'est lorsque les cailles du calice se d-
veloppent en formant une espce d'entonnoir autour
du bouton.
Travaux partir de l'quinoxe.
LXVI. L'quinoxe de printemps parat toujours ar-
river le 8 avant les kalendes d'avril ; depuis cette poque
jusqu'au lever matutinal des Pliades , les kalendes d'a-
vril annoncent un changement de temps, selon Csar.
Le 3 avant les nones d'avril, les Pliades se couchent le
soir pour l'Attique , le lendemain pour la Botie , et fe
aa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
iEgypto Orion et gladius ejus incipiunt abscondi. Cae-
sari sexto idus significatur imber Libr occasu. xivka-
lendas maii iEgypto Suculae occidunt vesperi , sidus
vehemens, et terra marique turbidum : sextodecimo At-
ticae : xv Caesari, continuoque triduo significat. Assyri
autem xn kalendas. Hoc est vulgo appellatum sidus Pa-
rilicium, quoniam xi kalendas maii urbis Romae natalis,
quo fere serenitas redditur , claritatem observationi de-
dit: nimborum argumenta Hyadas appellantibus Graecis
has stellas. Quod nostri a similitudine cognominis graeci
propter sues impositum arbitrantes , imperitia appella-
vere Suculas. Caesari et vm kalendas notatur dies. vu
kalendas iEgypto Hdi exoriuntur : vi kalendas Botiae
et Atticae Ganis vesperi occultatur. Fidicula mane ori-
tur : v kalendas Assyriae Orion totus absconditur, iv au-
tem Canis : vi nonas maii Caesari Suculae matutino
exoriuntur, et vin idus Capella pluvialis. iEgypto autem
eodem die Canis vesperi occultatur. Sic fere in vj idus
maii, qui est Vergiliarum exortus, decurrunt sidra.
In hoc temporis intervallo, xv diebus primis agricolae
rapienda sunt ea , quibus peragendis ante aequinoctium
non suffecerit, dum scit inde natam exprobrationem
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. rf
jour des nones pour l'Italie et la Chalde ; en mme temps
Orion et son pe commencent se cacher pour l'Egypte.
Le 6 avant les ides, le coucher de la Balance annonce des
pluies, selon Csar. Le 14 avant les kalendes de mai,
les Hyades se couchent le soir pour l'Egypte ; c'est une
constellation fcheuse , et qui cause de violens orages
sur terre et sur mer. Le 16 elle se couche pour l'At-
tique , et le 1 5 pour l'Italie : elle annonce le mau-
vais temps pour trois jours de suite ; elle se couche
le 12 pour l'Assyrie. On l'appelle vulgairement Pari-
licium, parce que c'est le 1 1 avant les kalendes de mai
que Rome fut fonde. Comme cette poque ramne or-
dinairement le beau temps, le peuple y a fait une at-
tention particulire. Les Grecs nomment ces toiles
Hyades , parce qu'elles causent des pluies; mais nos
Latins , tromps par la ressemblance des ternies grecs ,
et s'imagina nt que ce nom tait tir de celui du porc,
les ont appeles Sucul. Le 8 avant les kalendes de
mai est un jour de pronostic pour Csar. Le y , les
Chevreaux se lvent en Egypte. Le 6 , le Chien se couche
le soir pour la Botie et l'Attique, et le matin la Lyre
se lve. Le 5 avant les kalendes , Orion se cache entire-
ment pour l'Assyrie , et , le 4 -, le Chien disparat. Le 6
avant les nones de mai , les Hyades se lvent le matin
selon Csar, et le 8 avant les ides se lve la Chvre,
qui amne de la pluie. Le mme jour le Chien se cache
le soir pour l'Egypte. Telle est peu prs la marche
des astres jusqu'au sixime jour avant les ides de mai ,
poque du lever des Pliades.
Dans les quinze premiers jours de cet intervalle, le
laboureur devra hter les ouvrages qu'il n'a pu achever
avant l'quinoxe , et se souvenir que ceux qui taillent
4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
fdam, putantium vites, per imitationem cantus alitis
temporari , quam cuculum vocant. Dedecus enim ha-
betur, dpprobriumque meritum, falcem ab illa volucre
in vite deprehendi, ut ob id petulantiae sales etiam cum
primo vere ludantur. Auspicio tamen detestabiles viden-
tur. Adeo minima quque in agro naturalibus trahuntur
argumentis. Extremo autem hoc tempore panici miliique
satio est. Justum est hoc seri maturato hordeo : atque
etiam in eodem arvo est signum illius maturitati , et
horum sationi commune, lucentes vespere per arva ci-
cindelee. Ita appellant ruslici stellantes volatus, Grci
vero lampyridas , incredibili benignitate naturae.
Quid a Vergiliarum exortu. De feno.
LXVII. 27. Jam Vergilias in clo notabiles catei-va
fecerat : non tamen his contenta , terrestres fecit alias ,
veluti vociferans : Cur cselum intuearis, agricola? Cur
sidra quaeras , rustice ? jam te breviore somno fessum
premunt noctes? Ecce tibi inter herbas tuas spargo pe-
culiares stellas , easque vespere et ab opre disjungenti
ostendo : ac ne possis prterire, miraculo sollicito. Vi-
desne ut fulgor igni similis alarum compressu tegatur ,
secumque lucem habeat et nocte? Dedi tibi herbas ho-
rarum indices : et ut ne sole quidem oculos tuos a terra .
HISTOIRE NATURELLE, LIV.XVHI. a5
trop tard leurs vignes s'exposent de honteuses dri-
sions, et entendre imiter devant eux le chant de cet
oiseau de passage appel coucou. Rien de plus humi-
liant en effet pour le cultivateur que d'tre rencontr
dans sa vigne par cet oiseau d't : de l aussi les rail-
leries piquantes dont il est l'objet ds le printemps , et
qui n'en paraissent pas moins de fcheux augure : tant
il est vrai que , dans les campagnes , les moindres cir-
constances sont rattaches des indices naturels. Les
derniers jours de cet intervalle , on sme le panis et le
millet; on ne doit le faire qu'aprs la maturit de l'orge.
On reconnat cette maturit et le temps de semer le pa-
nis et le millet, lorsqu'on voit briller le soir, dans les
campagnes , les mouches luisantes appeles cicindles
par les villageois latins , et lampyrides par les Grecs.
Admirons encore ici l'incroyable bont de la nature.
Travaux faire depuis Je lever des Pliades. Du foin.
LXVII. 27. Non contente d'avoir plac dans les cieux
les brillantes et nombreuses toiles lies Pliades , elle a
voulu en mettre d'autres ici-bas, comme si elle criait au
laboureur : Pourquoi contempler les cieux ? pourquoi
observer les astres , mortel destin aux travaux de la
terre ? Les nuits sont si courtes ! mets-les profit pour
ton repos. Voici, pour ton usage particulier, des astres
que j'ai sems parmi les herbes des campagnes ; je te les
prsente le soir , la fin de ta journe ; grce l'clat
merveilleux que j'ai eu soin de leur donner, ils ne peu-
vent chapper ta vue. Vois-tu comme ces insectes bril-
lans laissent chapper cette lueur scintillante comme du
feu , qui est cache sous leurs ailes, et qui les accompagne
26 C. PLINII HIST. NT. LIB. XVIII.
avoces , heliotropium ac lupinum circumaguntur cum
illo. Cur etiam nunc altius spectas , ipsumque caelum
scrutaris ? Habes ante pedes tuos ecce Vergilias. In
certis eae diebus proveniunt , durantque fdere sideris
hujusce : partumque eas illius esse certum est. Proinde
quisquis aestivos fructus ante illas severit , ipse frustra-
bitur sese. Hoc intervalle* et apicula procedens fabani
florere indicat : fabaque florescens eam evocat. Dabitur
et aliud finiti frigoris indicium. Quum germinare videris
morum, injuriam postea frigoris timere nolito.
Ergo opra, taleas olivarum ponere , ipsasque oleas
interradere, rigare prata aequinoctii diebus primis. Quum
herba creverit in festucam , arcere aquas : vineam pam-
pinare. Et huic lex'sua, quum pampini quatuor digitos
longitudine expleverint. Pampinat una opra jugerum.
Segetes iterare. Sarritur vero diebus viginti. Ab aequi-
noctio sartura nocere et vineae et segeti existimatur. Et
oves lavandi hoc idem tempus est.
A Vergiliarum exortu significant Caesari , postridie
Arcturi occasus matutinus : tertio idus maii Fidiculae
exortus : xn kalendas junii Capella vesperi occidens, et
in Attica Canis. xi kalendas Caesari Orionis gladius
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 27
partout pendant la nuit? Je t'ai donn des herbes pour
t'indiquer les heures. Ne dtourne pas les yeux de des-
sus la terre pour regarder le soleil , car l'hliotrope et le
lupin tournent avec lui. Pourquoi lever les yeux en haut,
et sonder la profondeur des cieux? Voil devant tes
pieds d'autres Pliades , elles se font voir en mme
temps que celles des cieux ; aussi ont-elles avec ces astres
une liaison particulire , et il est certain qu'elles sont
produites par leur influence. Ainsi, quiconque smera
les bls d't avant l'apparition de ces insectes lumineux
perdra sa peine. Dans ce mme temps l'abeille, qui aban-
donne sa ruche , te montre que les fves sont en fleur,
car c'est le charme de cette fleur qui l'attire. Enfin, si
tu veux t'assurer que l'hiver est fini, observe le moment
o le mrier se couvre de bourgeons ; alors il n'y a
plus de froid rigoureux craindre.
Dans les premiers jours de l'quinoxe, il faudra plan-
ter les rejetons d'oliviers, dchausser et nettoyer les oli-
viers eux-mmes , arroser les prs , et en retirer l'eau
quand l'herbe montera en tige. On devra aussi pamprer
la vigne , mais il faut que les pampres aient au moins
quatre doigts de long. Un seul ouvrier suffit pour pam-
prer xmjugerum. Il faut encore sarcler pour la seconde
fois les champs ensemencs ; on a vingt jours pour ce
travail. On croit que ces oprations , si elles ont lieu
aprs l'quinoxe , sont nuisibles aux bls et la vigne.
C'est encore le moment de laver les moutons.
Le lendemain du lever des Pliades , l'Arcture se cou-
che le matin ; le 3 avant les ides de mai , la Lyre se lve;
le \i avant les kalendes de juin , la Chvre se couche
le soir ; et le mme jour le Chien disparat pour l'At-
tique. Toutes ces poques, suivant Csar, annoncent
28 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
occidere incipit : tertio nonas junii Caesari et Assyriae
Aquila vesperi oritur : septimo idus Arcturus matutino
occidit, Italiae sexto : et quarto idus Delphinus vesperi
exoritur : septimodecimo kalendas julii gladius Orionis
oritur, quod iEgypto post quatriduum. Undecimo kalen-
das, ejusdem Orionis gladius Caesari occidere incipit:
vin kalendas julii vero longissimus dies totius anni , et
nox brevissima solstitium conficiunt.
In hoc temporis intervallo vineae pampinantur, cu-
raturque ut vinea vtus semel fossa sit , bis novella. Oves
tondentur : lupinum stercorandi causa vertitur : terra
proscinditur : vicia in pabulum secatur : faba metitur ,
dein concutitur.
28. Prata circa kalendas junii caeduntur, quorum fa-
cillima agricolis cura ac minimi impendii , hc de se
postulat dici. Relinqui debent in laeto solo vel humido,
vel riguo , eaque aqua pluvia rigari via publica. Utilis-
simum simul etherbaearare, deinde cratire, serere florem
ex fenilibus , atque ex praesepibus feno dilapsum spar-
gere, prius quam cratiantur. INec primo anno rigari,
nec pasci ante secunda fenisecia , ne herbae vellantur ,
obtrituque hebetentur. Senescunt prata, restituique de-
bent faba in his sata , vel rapis , vel milio. Mox inse-
quente anno frumento , rursusquc in prata tertio relin-
qui. Praeierea quoties secta sint, siciliri , hoc est, quae
HISTOIRE NATURELLE, LIV.XV1II. 29
du mauvais temps. Suivant le mme Csar, l'pe d'Orion
commence se cacher le 1 1 avant les kalendes de juin ;
le 3 avant les nones, l'Aigle se lve le soir pour l'Assyrie
et l'Italie. Le 7 avant les ides, l'Arcture se couche le matin ;
le 6 elle se couche pour l'Italie, et le 4 le Dauphin se lve
le soir. Le 17 avant les kalendes de juillet, 1 epe d'Orion
se lve aussi pour elle, et quatre jours aprs pour l'Egypte.
Le 1 1, selon le calendrier de Csar, la mme constella-
tion commence se cacher. Le 8 avant les kalendes de
juillet donne le jour le plus long et la nuit la plus courte
de l'anne ; c'est l'poque prcise du solstice d't.
Dans cet intervalle de temps, on pampre les vignes,
on donne une faon aux anciens plants, et deux aux
nouveaux. On tond les moutons. On tourne les lupins
en herbe pour engraisser la terre. On donne aux champs
une faon avec la charrue ; on coupe les vesces pour
servir de fourrage. On rcolte et on bat les fves.
28. Vers le milieu des kalendes de juin, on fauche les
prs. C'est un fonds qui demande trs-peu de soin et trs-
peu de dpense, et sur lequel nous prsenterons quelques
observations ncessaires. Il faut laisser en prs les lieux
gras et humides, et o l'on peut introduire l'eau faci-
lement. On devra pratiquer des rigoles pour les abreuver
avec l'eau de pluie des grands chemins. Une excellente
mthode pour avoir de bons prs , c'est de labourer la
terre, et d'y passer la herse aprs qu'on y aura sem de
la fleur ou de la graine ramasse dans les fenils, ou qui
tombe des rteliers. Il ne faut pas arroser les prs la
premire anne , ni permettre au btail d'y patre avant
qu'ils aient t fauchs deux fois, de peur que ces ani-
maux n'arrachent l'herbe, ou ne l'touffent en la foulant
aux pieds. Les prs vieillissent ; on les rajeunit en y
3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
feniseces praeterierunt , secari. Est enim in primis inu-
tile, enasci herbas sementaturas. Herba optima in prato
trifolii , proxima graminis , pessima nummuli , siliquas
etiam diras ferentis. Invisa et equisetis est , a similitu-
dine equinae setae. Secandi tempus, quum spica deflores-
cere cpit , atque roborari : secandum , antequam ina-
rescat. Cato Fenum, inquit, ne sero seces : prius quam
semen maturum sit, secato. Quidam pridie rigant, ubi
sunt rigua. Noctibus roscidis secari melius. Quaedam
partes Italiae post messem scant.
t
Fuit hoc quoque majoris impendii apud priores. Cre-
ticis tantum transmarinisque cotibus notis, nec nisi oleo
falcis aciem excitantibus. Igitur cornu propter oleum
ad crus ligato fenisex incedebat. Italia aquarias cotes
ddit, limae vice imperantes ferro. Sed aquariae protinus
virent. Falcium ipsarum duo gnera : Italicum brevius ,
ac vel inter vpres quoque tractabile. Galliarura lati-
fundia majoris compendii, quippe mdias caedunt her-
bas, brevioresque praetereunt. Italus fenisex dextra una
manu secat. Justum est una opra juger um in die de-
secari : alligarique manipulos mille ducentos , quaterna
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3i
semant des fves, des raves ou du millet. L'anne sui-
vante on y sme du froment , et la troisime anne on
les remet en prs. De plus, toutes les fois qu'un pr a
t fauch, il faut y passer la faucille, pour couper les
herbes que les faucheurs ont laisses , car il n'y aurait
aucun avantage les laisser grainer. La meilleure herbe
des prs , c'est le trfle , puis le gramen ; la plus mau-
vaise , c'est le nummulus , dont les gousses sont extr-
mement nuisibles. JJequisetis , ainsi appel cause de
sa ressemblance avec une queue de cheval , n'est pas
moins fcheux. Le temps de faucher , c'est lorsque les
pis commencent dfleurir et prendre de la force ; on
n'attend pas que l'herbe soit sche. Ne fauchez pas trop
tard , dit Caton ; fauchez avant que la graine soit mre.
Plusieurs , lorsque les localits le permettent, arrosent
les prs la veille de la fauchaison ; mais il vaut mieux
faucher pendant les nuits, o il tombe de la rose. Dans
quelques parties de l'Italie , on ne fauche qu'aprs la
moisson.
Cette opration tait anciennement plus coteuse
qu'aujourd'hui. On ne connaissait pas d'autres pierres
aiguiser que celles de Crte et d'outre-mer , encore
n'aiguisaient-elles les faux qu' l'aide de l'huile ; ainsi
les faucheurs portaient une corne pleine d'huile atta-
che leur cuisse. Depuis, on a trouv en Italie des
pierres qui, avec l'eau seule, mordent le fer comme le
fait une lime , mais il est vrai qu'elles ne tardent pas
devenir vertes. Il y a deux espces de faux, celles d'Italie,
qui sont courtes et aises manier , mme parmi les
buissons ; et celles des Gaules , qui abrgent l'ouvrage
dans les grandes prairies , car on n'y coupe qu' mi-
herbe , et on laisse celle qui est courte. Les faucheurs
3a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
pondo. Sectum verti ad solem , nec nisi siccum construi
oportet : nisi fuerit hoc observatum diligenter, exhalare
matutino nebulam quamdam, metasque mox sole accendi,
et conflagrare certum est. Rursus rigari desecta oportet,
ut secetur autumnale fenum , quod vocant cordum. In-
teramnae in Umbria quater anno secantur, etiam non
rigua. Ter vero plerisque in locis : et postea in ipso pa-
bulo non minus emolumenti est, quam a feno. Armento-
rum id cura, jumentor unique progeneratio suum cuique
consilium dabit, optimo maxime quadrigarum quaestu.
Solstitium.
LXVIII. Solstitium peragi in octava parte Cancri , et
octavo kalendas julii diximus. Magnus hic anni cardo ,
magna res mundi. In hoc usque a bruma dies creverunt,
sex mensibus. At sol ipse ad Aquilonem scandens , ac
per ardua enisus ab ea meta iucipit flecti , et digredi
ad Austrum , aucturus noctes aliis sex mensibus , abla-
turusque diei mensuram. Ex hoc deinde rapiendi con-
vehendique fructus alios atque alios tempus , et praepa-
randi se contra saeVam feramque hiemem : decebatque
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 33
d'Italie ne travaillent que de la main droite. Un seul ou-
vrier doit faucher en un jour un jugerum de pr ; un
seul ouvrier peut aussi lier douze cents bottes de foin ,
de quatre livres chacune. Quand l'herbe est coupe, il
faut la retourner souvent au soleil , et ne la mettre en
meules qu'autant qu'elle est compltement sche; si l'on
nglige cette prcaution , on verra les meules fumer le
matin , s'enflammer au soleil , et brler tout entires.
Aprs qu'on a fan , il faut arroser de nouveau les prs ,
pour avoir du foin d'automne qu'on appelle cordum
( regain ). A Intramne , en Ombrie , on fauche quatre
fois les prs, mme ceux qui n'ont pas t arross; dans
la plupart des autres cantons, on fauche trois fois, en-
suite le pturage n'est pas d'un moindre profit que le
foin mme. C'est un calcul que sauront faire ceux qui
lvent du gros btail , des btes de somme , et qui est
surtout en faveur des chevaux destins aux chars.
Du solstice d't.
LXVIII. Nous avons dit que le solstice d't arrivait
le 8 avant les kalendes de juillet, et au huitime degr
de l'Ecrevisse; c'est l'poque la plus importante de l'an-
ne, la plus intressante pour le laboureur. Depuis le
solstice d'hiver jusqu'alors, les jours ont augment pen-
dant six mois. Le soleil , en montant vers le septentrion ,
est arriv au point le plus lev de sa course ; de l il
commence descendre et retourner vers le midi , et
pendant six autres mois il augmente les nuits et diminue
les jours ; c'est l le temps de recueillir, de serrer les fruits
del terre, et de se prmunir contre ligueur et l'pret
de l'hiver. Il semblait convenable que la nature annont
xii. 3
34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
hoc discrimen indubitatis notis signasse naturam. Quam
ob rem eas manibus ipsis agricolarum ingessit, vertique
jussit ipsa die folia, et esse confecti sidens signum : nec
silvestrium arborum remotarumque, ne in saltus devios
montesque eundum esset quserentibus signa : non rursus
urbanarum, et quae topiario tantum coluntur, quamquam
et in his illa visantur. Vertit ole ante pedes sat, vertit
tiliae ad mille usus petendae : vertit populi alb etiam
vitibus nuptae : Adhuc parum est, inquit : ulmum vite
dotatam habes: et hujus vertam. Pabulo folia ejus strin-
gis , vitem dputas. Aspice , et tenes sidus. Alia parte
clum respiciunt , quam qua spectavere pridie. Salice
omnia alligas , humillima arborum, ipse toto capite al-
lior : et hujus circumagam. Quid te rusticum quereris?
Non stat per me , quominus caelum intelligas , et caele-
stia scias. Dabo et auribus signum. Palumbum utique
exaudi gemitus. Transisse solstitium caveto putes , nisi
quum incubantem videris palumbum.
A solstitio ad Fidicul occasum sexto kalendas julii
Caesari Orion exoritur : zona autem ejus quarto nonas
Assyriae : yEgypto vero Procyon matutino aestuosus :
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 35
par des signes non quivoques ce changement le saison;
aussi les a-t-elle mis presque entre les mains du labou-
reur. Elle a voulu que le jour mme du solstice les
feuilles se retournassent en sens inverse , pour avertir
que le soleil avait achev sa course. Et remarquez que
ces feuilles n'appartiennent pas des arbres sauvages
ou lointains ; la nature n'a pas voulu qu'on parcourt
les montagnes ou les forts cartes pour chercher les
avertissemens de travailler ; elles n'appartiennent pas
non plus des arbres connus seulement des habitans
des villes et cultivs dans les parterres , quoiqu'ils
puissent prsenter le mme phnomne : ce sont les
feuilles de l'olivier, qu'on rencontre chaque pas devant
soi ; du tilleul , qu'on recherche pour mille usages ;
du peuplier blanc , qu'on marie la vigne. Sera-ce
tout? Non. Laboureurs, dit la nature, l'orme soutient
tes vignes, je renverserai aussi ses feuilles. En les tail-
lant , tu en ramasses les feuilles pour nourrir ton b-
tail ; eh bien ! lve les yeux , et tu reconnatras le jour
du solstice ; les feuilles sont dans une situation inverse
celle de la veille. Mais quoi ! les branches de l'osier te
servent de liens; c'est un arbre des plus petits, et que
tu surpasses de toute la tte; eh bien ! je renverserai
aussi ses feuilles. Pourquoi te plaindre de ton igno-
rance? il ne tient pas moi que tu ne connaisses l'tat
du ciel et les mouvemens des astres. Veux-tu d'autres
signes encore? Prte l'oreille; entends les gmissemens
du ramier. Quand tu le vois couver, sois certain alors
que le solstice est pass.
Dans l'intervalle du solstice d't au coucher de la
Lyre, le 6 avant les kalendes de juillet, selon le calendrier
de Csar, Orion se lve; le 4 avant les nones , sa cein-
3.
36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
(juod sidus apud Komanos non hahet nomen , nisi Ca-
niculam hanc velimus intelligi , hoc est , minorem ca-
nem : ut in astris pingitur. Est autem magnopere per-
tinens, sicut paulo mox docebimus. Tertio nonas Chal-
daeis Corona occidit matutino , Atticae Orion totus eo
die exoritur. Pridie idus julii et iEgyptiis Orion desinit
exoriri : xvi kalendas augusti Assyriae Procyon exoritur,
Dein postridie fere ubique, confessum in ter omnes sidus
indicans, quod Canis ortum vocamus, sole partem pri-
mam Leonis ingresso. Hoc fit post solstitium xxhi die.
Sentiunt id maria , et terr , multae vero et fera? , ut
suis locis diximus. Neque est minor ei veueratio, quam
descriptis in deos stellis. Accenditque solem, et magnam
stus obtinet causam. xm kalendas augusti iEgypto
Aquila occidit matutino, etesiarumque prodromi flatus
incipiunt, quod Caesar x kalendas sentire Italiam exi-
stimavit. Aquila Atticae matutino occidit : in kalendas
regia in pectore Leonis Stella matutino Caesari emergit.
vjii idus augusti Arcturus mdius occidit : ni idus Fi-
dicula occasu suo autumnum inchoat, ut is adnotat : sed
ut vera ratio id fieri invenit, sexto idus easdem.
i
In hoc temporis intervallo res summa vitium agitur,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3 7
ture se montre en Assyrie ; ce mme jour , le brlant
Procyon se lve le matin en Egypte. Cet astre n'a point
de nom chez les Romains , moins qu'on ne prtende
qu'ils l'ont dsign sous le nom de Canicule , ou petit
Chien : c'est en effet la figure qu'on lui donne sur le globe
cleste. C'est un astre d'une puissante influence, comme
nous le montrerons bientt. Le 3 avant les noues , la
Couronne se couche le matin pour la Chalde , et Orion
se lve tout entier pour l'Attique. La veille des ides de
juillet, cette constellation cesse d'tre visible en Egypte,
et le 1 6 avant les kalendes d'aot Procyon se lve pour
l'Assyrie. Le lendemain , et cette poque est presque
partout la mme , le Chien se lve , le soleil entrant
au premier degr du Lion , vingt-trois jours aprs le
solstice. La terre et les mers " ressentent du lever de
cet astre , et mme plusieurs animaux , comme nous
avons eu occasion de le faire observer; aussi n'est -il
pas moins rvr que les toiles qui ont t mises au
rang des dieux. Il rend le soleil plus ardent, et occa-
sione en grande partie les chaleurs de l't. Le i3 avant
les kalendes, l'Aigle se couche le matin en Egypte , et
les vents tsiens commencent souffler; selon Csar,
ils ne se font sentir que le 10 en Italie; le mme jour,
l'Aigle se couche le matin pour l'Attique. Le 3, suivant
le calendrier de Csar, l'toile royale du cur du Lion
commence paratre, et le 8 avant les ides d'aot la
moiti de l'Arcture cesse d'tre visible; le 3, selon les
mmes calculs , le coucher de la Lyre donne commen-
cement l'automne ; mais des observations plus exactes
fixent le coucher de cette constellation au sixime joui-
avant les ides d'aot.
Cet intervalle de temps est dcisif pour la vigne, car
>,8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
decretorio uvis sidre illo , quod Caniculam appellavi-
mus. Unde carbunculare dicuntur, ut quodam uredinis
carbone exustae. Non comparantur huic malo grandines,
proeellae, quque numquam aunonae intulere caritatem.
Agrorum quippe mala sunt illa : carbunculus autem
regionum late palentium, non difficili emedio, nisi ca-
lumniari naturam rerum homines, quam sibi prodesse,
mallent. Ferunt Democritum, qui primus intellexit ,
ostenditque cum terris caeli societatem , spernentibus
hanc curam ejus opulentissimis civium , praevisa olei
caritate ex futuro Vergiliarum ortu, qua diximus ratione,
ostendemusque jam plenius, magna tum vilitate propter
spem olivae , coemisse in toto tractu omne oleum , mi-
rantibus qui paupertatem et quietem doctrinarum ei
sciebant in primis cordi esse. Atque ut apparuit causa ,
et ingens divitiarum cursus, restituisse mercedem anxiae
et avidae dominorum pnitentiae , contentum ita pro-
basse, opes sibi in facili,quum vellet, fore. Hoc postea
Sextius e Romanis sapientiae adsectatoribus Athenis fecit
eadem ratione. Tanta litterarum occasio est : quas equi-
dem miscebo agrestibus negotiis , quam potero dilucide
atque perspicue. Plerique dixere rorem inustum sole
acri, frugibus rubiginis causam esse, et carbuuculi vi-
tibus : quod ex parte falsum arbitror, omnemque ure-
dinem frigore tantum conslare ? sole innoxio. Id mani-
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVIII. 3 9
le sort de la vendange dpend uniquement de l'astre
que nous avons appel Canicule, dont les malignes in-
fluences causent le charbon qui brle les raisins. Les
orages et la grle, moins redoutables que ce flau, n'ont
jamais produit la chert qu'il occasione. Ils n'attaquent
que des cantons particuliers , tandis que le charbon ra-
vage des provinces d'une grande tendue. Il ne serait
pas difficile de prvenir ce malheur, si les hommes
n'aimaient mieux accuser la nature que de faire ce qui
leur serait avantageux. Dmocrite, le premier, reconnut
et montra la relation qui existe entre le ciel et la terre,
tude jusqu'alors ddaigne de ses opulens concitoyens.
Le lever des Pliades lui ayant fait prvoir, par les
moyens dj indiqus , et dont nous parlerons bientt
plus au long, que les huiles seraient fort rares, il acheta
toutes celles de son canton; la belle apparence de la
rcolte les avait fait tomber trs-bas prix ; mais cet
achat ne laissa pas d'tonner ceux qui connaissaient le
got de ce philosophe pour la pauvret et l'tude pai-
sible des sciences. Bientt on reconnut le motif de sa
conduite, et le gain immense qu'il pouvait faire. D-
mocrite alors, satisfait d'avoir prouv qu'il pouvait s'en-
richir s'il le voulait , restitua le prix des marchandises
aux avides propritaires , qui se dsespraient d'avoir
conclu un tel march. Long-temps aprs, un philosophe
romain nomm Sextius , guid par la mme observation ,
renouvela ce trait Athnes. Telle est l'utilit de la
science ; aussi en mlerai-je les notions celles de l'a-
griculture, avec le plus de clart et de nettet possible.
La plupart des auteurs croient que la rose brle par
l'ardeur du soleil cause la nielle des bls et le charbon
ds vignes ; je pense que cette raison est fausse en
40 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
festum fiet adtendentibus. Nam primum omnium non
hoc evenire, nisi noctibus et ante solis ardorem, depre-
henditur , totumque lunari ratione constat :, quoniam
talis injuria non fit nisi interlunio, plenave luna , hoc
est, praevalente : utroque enim habitu plena est, ut sae-
pius diximus : sed interlunio omne lumen , quod a sole
accepit, caelo regerit. Differentia utriusque habitus ma-
gna , sed manifesta : namque interlunio aestate calidis-
sima est, hieme gelida. E diverso in plenilunio aestate
frigidas facit noctes , hieme tepidas. Causa evidens : sed
alia redditur a Fabiano , Graecisque auctoribus. iEstate
enim interlunio necesse est cum sole nobis proximo cir-
culo currat , ign ejus cominus recepto candens : eadem-
que interlunio absit hieme, quando abscedit et sol. Item
plenilunio aestivo procui abeat adversa soli : hieme au-
tem ad nos per aestivum circulum accdt. Ergo per se
roscida quoties alget, infinitum quantum illo tempore
cadentes pruinas congelt.
Causse sterilitatum.
LX1X. Ante omnia autem duo gnera esse caelestis
injuriae meminisse debemus. Unum quod tempestates
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 41
partie, et que toute brlure des plantes vient du froid,
sans que le soleil y ait aucune part. On s'en con-
vaincra facilement, si l'on fait attention que le charbon
et la nielle ne tombent que la nuit , et avaut que le
soleil ait de la force : ils dpendent donc entirement
des influences lunaires. En effet , ces accidens ont lieu
seulement lorsque la lune est en conjonction ou dans
son plein, c'est--dire dans toute sa force; car dans ces
deux tats la lune est pleine , comme nous l'avons
fait observer plusieurs fois : mais quand elle est nou-
velle , elle renvoie dans les cieux toute la lumire
qu'elle reoit du soleil. La diffrence entre ces deux
tats est aussi grande qu'elle est sensible tout le monde.
La lune en conjonction est fort chaude en t et trs-
froide en hiver; au contraire, la pleine-lune rend les nuits
chaudes en hiver et froides en t. La raison en est vi-
dente, quoique Fabianus et les auteurs grecs en donnent
une diffrente. Dans les conjonctions d't , la lune ,
marchant avec le soleil dans un cercle voisin de la terre ,
est comme enflamme du feu que cet astre lui commu-
nique; mais dans les conjonctions d'hiver elle est loigne
de nous, ainsi que le soleil. Dans les pleines-lunes d't,
elle est loin de nous et en opposition avec le soleil ;
mais dans les pleines-lunes d'hiver, elle se rapproche de
nous, par le cercle de l't. Ainsi la lune tant natu-
rellement humide , toutes les fois que sa position la re-
froidit , elle congle presque toujours les brouillards qui
tombent alors.
Causes de la strilit.
LXIX. Avant tout, rappelons-nous que les accidens
qui dpendent de l'tat du ciel sont de deux sortes : les
/,2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
vocamus , in quibus grandincs , procellae , ceteraque si-
milia intelliguntur : quae quum acciderint, vis major
appellatur. Haec ab horridis sideribus exeunt, ut saepius
diximus , veluti Arcturo , Orione , Hdis. Alia sunt
illa, quae si lente caelo serenisque noctibus fiunt , nullo
sentiente, nisi quum facta sunt. Publicabaec, et magnae
differentiae a prioribus, aliis rubiginem , aliis uredinem,
aliis carbunculum appellantibus , omnibus vero sterili-
tatem. De his nunc dicemus, a nullo ante nos prodita,
priusque causas reddemus.
29. Duae sunt praeter lunarem , paucisque caeli locis
constant. Namque Vergiliae privatim attinent ad fru-
ctus , ut quarum exortu aestas incipiat , occasu hiems ,
semestri spatio intra se messes vindemiasque et omnium
maturitatem complexe. Est praelerea in caelo , qui vo-
catur lacteus circulus, etiam visu facilis. Hujus defluvio,
velut ex ubere aliquo , sata cuncta lactescunt , duorum
siderum observatione , Aquilae in septentriotiali parte ,
et in austrina Caniculae , cujus mentionem suo loco fe-
cimus. Ipse circulus fertur per Sagittarium atque Ge-
minos, solis centro bis aequinoctialem circulum secans ,
commissuras eorum obtinente hinc Aquila, illinc Cani-
nicula. Ideo effectus utriusque ad omnes frugiferas per-
tinent terras : quoniam in his tantum locis solis ter-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 43
uns s'appellent d'un nom gnral , temptes ; ce sont
les orages , les grles, et les autres accidens semblables,
que Yen dsigne encore sous le nom de forces majeures;
elles ont pour cause des astres malfaisans , tels que
l'Arcture , Orion , les Chevreaux : nous avons signal
plus d'une fois leur influence. Les autres surviennent
tout coup pendant Ja nuit, lorsque le temps est calme
et serein ; on ne les connat que lorsqu'ils sont arrivs.
Ils diffrent infiniment des premiers , et dsolent des
rgions entires. On leur donne les noms de rouille ou
nielle, ou de charbon , ou de brlure; mais partout ils
sont suivis de strilit. Nous donnerons sur ces ph-
nomnes des dtails ignors jusqu'ici, et, d'abord, nous
en expliquerons les causes.
29. Outre la lune, deux de ces causes rsident dans
quelques espaces circonscrits des cieux. D'un ct , ce
sont les Pliades qui influent spcialement sur les biens
de la terre ; comme l't commence avec leur lever, et
l'hiver avec leur coucher, elles embrassent, dans l'espace
de six mois, les moissons, les vendanges, et toutes les
autres rcoltes. D'un autre ct, c'est la voie lacte,
dont les influences, comme une nourriture bienfaisante,
allaitent et entretiennent toutes les semences. La voie
lacte s'aperoit aisment par elle-mme, et, de plus,
elle est remarquable par deux constellations, l'Aigle au
septentrion , et au midi la Canicule, dont nous venons
de parler. Le cercle de la voie lacte traverse les signes
du Sagittaire et des Gmeaux, et, passant par le centre
du soleil , il coupe en deux endroits diffrens la ligne
cjuinoxiale. Aux points de section avec les signes pr-
cdens , sont, d'un ct, l'Aigle; de l'autre, la Cani-
cule. Ainsi, toutes les terres cultives sont soumises
44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
raeque centra congruunt. lgittfr horum siderum diebus ,
si purus atque mitis aer genitalem illum lacteumque
succum transmiserit in terras , laeta adolescunt sata. Si
luna , qua dictum est ratione , roscidum frigus adsper-
serit, admixta amaritudo, ut in lact, puerperium necat.
Modus in terris hujus injuria? , quem fecit in quacum-
que convexitate comitatus utriusque causa?. Et ideo non
pariter in toto orbe sentitur, ut nec dies. Aquilam dixi-
mus in Italia exoriri a. d. xm kalendas januarii. Nec
patitur ratio naturae quidquam in satis ante eum diem
spei esse certae. Si vero interlunium incidat , omnes lii-
bernos fructus et praecoces laedi necesse est.
Rudis fuit priscorum vita atque sine litteris : non mi-
nus tamen ingeniosam fuisse in illis observationem ap-
parebit , quam nunc esse rationem. Tria namque tem-
pora fructibus metuebant , propter quod instituerunt
ferias , diesque festos , Rubigalia , Floralia , Vinalia.
Rubigalia Numa constituit anno regni sui xi, quaenunc
aguntur a. d. septimum kalendas maii , quoniam tune
fere segetes rubigo occupt. Hoc tempus Varro deter-
minavit, soleTauripartem decimam obtinente, sicut tune
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. /,5
l'influence de ces deux constellations; car, dans ces deux
passages seulement , le centre du soleil correspond
celui de la terre. S'il arrive donc qu'au moment du lever
ou du coucher de ces astres , l'air doux et serein trans-
mette la terre cette espce de rose laiteuse et fcon-
dante qui dcoule de la voie lacte, les grains croissent
avec la plus belle apparence; mais si la lune, comme
nous en avons dj averti , envoie une rose froide ,
alors l'amertume de cette rose aigrit l'humeur bienfai-
sante de la voie lacte , et fait prir les fruits naissans.
Ces accidens sont plus ou moins graves , en quelque
climat que ce soit, selon que les deux causes dont nous
venons de parler concourent plus ou moins leur pro-
duction ; aussi ne sont-ils pas les mmes par toute la
terre , puisqu'aussi bien ils n'arrivent pas partout le
mme jour. Nous avons dit que l'Aigle se lve en Italie
le i3 avant les kalendes de janvier: le cours ordinaire de
la nature ne permet pas, avant cette poque, de compter
sur les fruits de la terre; mais si la lune se trouve alors
en conjonction , tous les fruits d'hiver et les fruits htifs
en souffriront infailliblement.
Nos anctres menaient une vie grossire, sans culti-
ver les sciences; leurs observations, cependant, ne pa-
ratront pas moins ingnieuses que les calculs des mo-
dernes. Ils redoutaient pour les fruits de la terre trois
poques diffrentes , pour lesquelles ils avaient tabli
autant de ftes, les Rubigales, les Florales et les Finales.
Les Rubigales , institues par Numa la onzime anne
de son rgne , sont clbres aujourd'hui le septime
jour avant les kalendes de mai, parce que c'est le temps
o la nielle attaque ordinairement les bls. Varron a fix
la position du soleil , pour ce mme jour, au dixime
46 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
ferebat ratio. Sed vera causa est , quod post dies unum
et triginta ab quinoctio verno , per id quatriduum ,
varia gentium observatione in iv kalendas maii , Canis
occidit , sidus et per se vebemens , et cui proccidere
Caniculam necesse sit. Itaque iidem Floralia quarto ka-
lendas easdem instituerunt , Urbis anno dxvi ex oracu-
lis Sibyllae , ut omnia bene deflorescerent. Hune diem
Varro dtermint , sole Tauri partem quartamdecimam
obtinente. Ergo si in hoc quatriduum inciderit pleni-
lunium , fruges et omnia quae florebunt , laedi necesse
erit. Vinalia priora, quae ante hos dies sunt ix kalendas
maii degustandis vinis instituta, nihil ad fructus atti-
nent : nec quae adhuc diximus, ad vtes oleasque, quo-
niam earum conceptus exortu Vergiliarum incipit a. d.
vi idus maii, ut docuimus. Aliud hoc quatriduum est,
quod neque rore sordere velint: exhorrent enim frigidum
sidus Arcturi postridie occidens : et multo minus pleni-
lunium incidere.
iv nonas junii iterum Aquila exoritur vesperi , decre-
torio die florentibus oleis vitibusque , si plenilunium in
eum incidat. Equidem et solstitium vin kalendas julii
simili causa duxerim , et Canis ortum post dies a solsti-
tio xxm, sed interlunio accidente, quoniam vapore con-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. /, 7
degr du Taureau, selon les calculs qui s'appliquaient
ce temps-l; mais la vritable cause, c'est que, trente-un
jours aprs l'quinoxe de printemps, c'est--dire du 8
au 4 avant les kalendes de mai , selon les observations
des diffrens peuples, arrive le coucher du Chien, con-
stellation dangereuse que l'on doit apaiser, avant qu'elle
se couche, par le sacrifice d'une chienne. L'an 5i6 de
la fondation de Rome, nos anctres, par l'avis des livres
sibyllins , institurent les ftes Florales ; on les clbre
le 4 avant les kalendes de mai, pour obtenir que la flo-
raison s'achve heureusement. Selon Varron , le soleil
se trouve alors au quatorzime degr du Taureau ; or,
si la pleine-lune arrive ce jour-l et les trois suivans ,
les bls et les autres plants en fleur souffriront infail-
liblement. Les premires ftes Vinales, qui se clbrent
le 9 avant les kalendes de mai , et avant les Florales ,
furent institues pour goter les vins; elles n'ont aucu-
nement pour objet les fruits de la terre, non plus que
les vignes ou les oliviers ; car ces arbres ne commencent
leur premire pousse qu'au 6 avant les ides de mai, lors
du lever des Pliades , comme nous l'avons dit. Voil
encore quatre jours dangereux pendant lesquels on
redoutait extrmement la rose, et aussi l'influence de
l'Arcture , constellation froide qui se couche le lende-
main. On craignait bien moins la pleine-lune quand elle
arrivait cette poque.
Le 4 avant les nones de juin , l'Aigle se lve de nouveau
le soir; et si son lever concide avec la pleine-lune , c'est
une poque critique pour les oliviers et les vignes en fleur.
Pour moi, je crois que , par la mme raison, le huitime
jour avant les kalendes de juillet , c'est--dire le jour
mme du solstice d't, n'est pas moins dangereux pour
/,8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
stat culpa, acinique praecoquuntur in callum. Rursus
plenilunium nocet a. d. iv nonas julii , quum iEgypto
Canicula exoritur : vel certe xvi kalendas augusti , quum
Itali. Item xiii kalendas augusti, quum Aquila occidit,
usque in x kalendas easdem. Extra has causas sunt Vi-
nalia altra, qirae aguntur a. d. xiv kalendas septem-
bris. Varro a Fidicula incipiente occidere mane , dter-
mint , quod vult initium autumni esse , et hune diem
festum tempestatibus leniendis institutum. Nunc Fidicu-
lam occidere a. d. vi idus augusti servatur.
Intra haec constat cselestis sterilitas. Neque negave-
rim posse eam permutari arbitrio legentium , locorum
stimantium naturas. Sed a nobis rationem demonstra-
tam esse satis est : reliqua observatione cujusque con-
stabunt. Alterutrum quidem fore in causa, hoc est, ple-
nilunium aut nterlunium , non erit dubium. Et in hoc
mirari benignitatem naturae succurrit : jam primum hanc
injuriam omnibus annis accidere non posse , propter
statos siderum cursus : nec nisi paucis noctibus anni :
idque quando futurum sit, facile nosci. Ac ne per omnes
menses timeretur, earum quoque lege divisum , aestate
interlunia praeterquam biduo secura esse, hieme pleni-
lunia : nec nisi stivis brevissimisque noctibus metui ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 4 9
les vignes. Je dirai la mme chose du lever du Chien , qui
a lieu vingt-huit jours aprs, si la lune se trouve alors en
conjonction , car l'excs des chaleurs cuit et endurcit les
raisins. La pleine-lune est encore nuisible le 4 avant les
nones de juillet, lorsque la Canicule se lve en Egypte,
ou du moins le 16 avant les kalendes d'aot, jour de son
lever en Italie. Elle est nuisible encore depuis le 1 3 avant
les mmes kalendes, jour du coucher de l'Aigle, jusqu'au
10. Les secondes ftes Vinales, institues pour d'autres
motifs, ont lieu le i3 avant les kalendes de septembre.
Ce jour, selon Varron, est celui du coucher matutinal de
la Lyre , qu'il prtend tre aussi le commencement de
l'automne; il dit que ces ftes ont pour objet d'adoucir
les mauvais temps. On observe que maintenant la Lyre
se couche le 6 avant les ides d'aot.
C'est dans cet intervalle que les biens de la terre ont
le plus risquer des influences clestes. Je conviens que
ces poques peuvent varier , suivant que mes lecteurs
appliqueront ces remarques des climats divers. C'est
assez pour moi d'avoir indiqu la cause gnrale des
phnomnes , le reste dpendra des observations parti-
culires; toujours est-il certain que la lune, soit pleine,
soit en conjonction , influe positivement sur les acci-
dens dont nous parlons. On peut encore ici admirer la
bont de la nature. D'abord , elle a tellement rgl le
cours des astres , que ces dangereux phnomnes ne
peuvent avoir lieu tous les ans, mais seulement pendant
quelques nuits d'une certaine anne, et qu'il est ais de
prvoir le temps o ils arriveront. Pour qu'on ne les
craignt pas dans tous les mois, la nature a voulu qu'en
hiver il n'y et que deux jours o la pleine-lune ft
dangereuse , et deux en t o l'on et redouter U
xii. 4
5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
diebus non idem valere. Praeterea tain facile intelligi, ut
formica minimum animal interlunio quiescat, plenilunio
etiam noctibus operetur. Avem parram oriente Sirio, ipso
die non apparere , donec occidat. E di verso chlorionem
prodire ipso die solstitii. Neutrum vero lunae statum
noxium esse, ne noctibus quidem, nisi serenis, et omni
aura quiescente : quoniam neque in nube, neque in flatu
cadunt rores : sic quoque non sine remedio.
Remdia.
LXX. Sarmenta , aut palearum acervos , et evulsas
herbas fruticesque, per vineas camposque, quum time-
bis, incendito : fumus medebitur. Hic e paleis et contra
nebulas auxiliatur, ubi nebulae nocent. Quidam trs can-
cros vivos cremari jubent in arbustis, ut carbunculi
non noceant. Alii siluri carnem leviter uri a vento , ut
per totam vineam fumus dispergatur.
Varro auctor est, si Fidiculae occasu, quod est initium
autumni , uva picta consecretur inter vtes , minus no-
cere tempestates. Archibius ad Antiochuni Svriae regem
HISTOIRE NATUUELLE, LIV. XVIII. 5i
conjonction ; encore n'est-elle craindre que pendant
les nuits les plus courtes de cette saison, et nullement
pendant le jour; ensuite les animaux, mme les plus
petits, nous offrent un moyen facile de la reconnatre;
car alors les fourmis se reposent , au lieu que dans la
pleine-lune elles travaillent, mme la nuit. L'oiseau ap-
pel paria disparat le jour mme du lever de Sirius,
pour ne se montrer qu'aprs son coucher; le chlorion, au
contraire, parat le jour mme du solstice. D'ailleurs, la
lune en conjonction ou dans son plein n'est nuisible pen-
dant la nuit que par un temps serein et parfaitement
calme; en effet, s'il y a du vent ou si le ciel est couvert ,
il ne tombe point de rose; encore est-il possible alors
de se garantir des influences lunaires.
Prservatifs.
LXX. Si vous avez sujet de craindre, placez dans vos
champs et vos vignes de la paille ou des sarmens en
monceaux, ou des herbes sches et des broussailles, puis
mettez-y le feu ; la fume prviendra tout accident. La
fume de paille brle est bonne aussi pour carter les
brouillards nuisibles. Quelques - uns , pour prserver
du charbon les vignes soutenues par des arbres , pres-
crivent d'y brler trois erevisses vivantes ; d'autres
veulent qu'on rtisse petit feu de la chair de silure,
de manire ce que le vent chasse la fume par toute la
vigne.
Varron dit que si au coucher de la Lyre, c'est--dire
le premier jour d'automne , on consacre une grappe de
raisin peinte , au milieu des vignes , elles souffriront
moins du mauvais temps. Archibius , dans une de ses
4-
5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII
scripsit : Si fictili novo obruatur rnbeta pana in mdia
segete , non esse noxias tem pesttes.
Quid a solstitio fieri oporteat.
LXXI. Opra rustica hujus intervalli, terram iterare,
arare, arbores circumfodere : ubi stuosa regio poscat,
adcumulare. Germinantia, nisi in solo luxurioso,fodienda
non sunt. Seminaria purgari sarculo. Messem hordea-
ceam facere. Aream ad messem creta praeparare, Catonis
sententia amurca temperatam, Virgilii operosius. Majore
ex parte aequant tantum , et fimo bubulo dilutiore illi-
nunt. Id satis ad pulveris remedium videtur.
De messibus.
LXXII. 3o. Messis ipsius ratio varia. Galliarum lati-
fundiis valli praegrandes dentibus in margine infestis ,
duabus rtis per segetem impelhmtur, jumento in con-
trarium juneto : ila direptae in vallum cadunt spicae.
Stipula alibi mdia? falce praeciduntur, atque inter duas
mergites spica distringitur. Alibi ab radice vellunt : qui-
que id faciunt, proscindi ab se obiter agrum interpre-
tantur , quum extrabant succum. Differentia haee : ubi
stipula domos contegunt , quam longissimam servant.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XM11. Ji
lettres Autiochus, roi de Syrie, dit qu'une grenouille
rubte, enterre au milieu des bls dans un pot de terre
neuf, les garantit de l'intemprie des saisons.
Travaux faire depuis le solstice.
LXXI. Voici, pour cet intervalle, l'ordre des tra-
vaux rustiques. Il faut donner la terre une second* 1
faon, labourer, dchausser les arbres, et, si la chaleur
du pays l'exige, les rechausser; mais il ne faut point les
dchausser quand ils bourgeonnent , si ce n'est dans
un fonds fertile. On devra sarcler les ppinires , mois-
sonner les orges, prparer l'aire en la couvrant de craie
dtrempe, d'aprs le conseil de Caton , dans de la lie
d'huile; la mthode de Virgile demande plus de faon. La
plupart aplanissent le terrain , et se contentent de l'en-
duire de fiente de buf dlaye dans de l'eau; ils croient
que cet enduit suffit pour empcher la poussire.
Des moissons.
LXXII. 3o. La manire de moissonner n'est pas la
mme partout. Dans les vastes plaines des Gaules , on
se sert d'une grande caisse porte sur deux roues , et
dont les bords sont garnis de dents. Un buf attel der-
rire cette machine la pousse en avant travers les bls,
et les pis enlevs par les dents qui les saisissent tom-
bent dans la caisse. En d'autres pays, on coupe le bl
mi-chaume avec la faucille, et l'on spare les pis
l'aide d'uu double peigne (merges). En d'autres lieux,
on arrache le bl jusqu' la racine, el on s'imagine par
cette mthode donner dj la terre une lgre faon ,
5/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
Ubi feni inopia est, stramento paleam quaerunt. Panici
culmo non tcgunt. Milii culmum fere inurunt. Hordei
stipulam bubus gratissimam servant. Panicum et milium
singnlatira pectine manuali legunt Galliae.
Messis ipsa alibi tribulis in area, alibi equarum gres-
sibus exteritur , alibi perticis flagellatur. Triticum , quo
serius metitur , copiosius invenitur : quo celerius vero ,
hoc speciosius ac robustius. Lex aptissima antequam
granum indurescat, et quum jam traxerit colorem. Ora-
culum vero, biduo celerius messem facere potius, quam
biduo serius. Siliginis et tritici etiam ratio in area hor-
reoque. Far, quia difficulter excutitur, convenit cum
palea sua condi : et stipula tantum , et aristis liberatur.
Palea plures gentium pro feno utuntur. Melior ea ,
qu tenuior, minutiorque , et pulveri propior : ideo
optima e milio, proxima ex hordeo, pessima ex tritico,
praeterquam jumentis opre laborantibus. Culmum saxo-
sis locis quum inaruit, baculo frangunt, substrat u ani-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 55
niais on ne fait que lui ter son suc. Voici des usages
diffrens relativement la paille : dans les endroits o les
maisons en sont couvertes , on coupe le chaume le plus
long possible ; dans les cantons o le foin est rare , la
paille est employe pour litire. Le chaume du panis ne
s'emploie pas couvrir les maisons ; celui du millet se
brle presque partout. On conserve la paille de l'orge ,
parce qu'elle est recherche des bufs. Dans les Gaules
on cueille les pis de millet et de panis un un , avec
une sorte de peigne qu'on tient la main.
Le grain s'obtient, dans certains pays, l'aide d'une
espce de chariot qu'on fait passer sur le bl tendu
dans l'aire; ailleurs, on le foule aux pieds des chevaux.;
ailleurs encore, on le bat au flau. Plus le froment est
moissonn tard , plus il est abondant ; plus on se hte
de le moissonner, plus il est beau et bien nourri. Le
meilleur temps pour moissonner, c'est lorsque le grain
commence, durcir , et qu'il a dj pris de la couleur.
Une maxime regarde comme un oracle, c'est qu'il vaut
mieux faire la moisson deux jours plus tt que deux
jours trop tard. Cela s'applique galement au froment
et au siligo , qui deviennent plus beaux dans l'aire et le
grenier; mais pour le far, comme il n'est pas facile
battre , on le serre en pis , aprs en avoir spar le
chaume et les artes.
Dans plusieurs pays , la paille remplace le foin. La
meilleure est celle qui est lgre, mince et presque pul-
vrulente. La plus estime est celle du millet, et ensuite
celle de l'orge ; la moins bonne est celle du froment,
except pour les btes de fatigue. Dans les endroits
pierreux, on brise le chaume avec des btons, pour
servir de litire au btail. Si la paille manque, on bat
56 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
maliiim. Si palea defecit, et culmus teritur. Ratio haec :
matiyius desectus, muria diu respersus , dehinc sicca-
tus in manipulos convolvitur, atque ita pro feno bubus
datur. Sunt qui accendant in arvo et stipulas, magno
Virgilii praeconio. Summa autem ejus ratio, ut herba-
rum semen exurant. Ritus diversitatem magnitudo facit
messium , et caritas operariorum.
De frumento servando.
LXXIII. Connexa est ratio frumenti servandi. .Hoi-
re operose tripedali crassitudine , pariete lateritio , ex-
aedificari jubent aliqui. Praeterea superne impleri , ne
adflatus admittere, aut fenestras habere ullas. Alii ab
exortu tantum stivo, aut septentrione, eaque'sine calce
eonstrui , quoniam sit frumento inimicissima : nani qiue
de amurca praeceperint , indicavimus. Alibi contra sus-
pendunt granaria lignea columnis , et perflari undique
malunt , atque etiam a fundo. Alii omnino pendente
tabulato extenuari granum arbitrantur : et si tegulis
subjaceat, confervescere. Multi ventilari quoque vtant :
curculionem enim non descendere infra quatuor digitos,
nec amplius periclitari. Columella et Favonium ventuni
conferre frumento praecipit : quod miror equidem , sie-
eissimum alioqui. Sunt qui rubeta rana in liinine lioriei
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. 57
le chaume. Voici comment se pratique l'oprai ion : on
coupe de bonne heure le chaume , on l'arrose long-
temps de saumure, et, aprs l'avoir fait scher, on le
met en bottes , que l'on donne aux bufs en guise de
foin. Il y en a qui brlent le chaume dans le champ
mme; Virgile recommande beaucoup cet usage, dont
l'objet principal est de dtruire par le feu les semences
des mauvaises herbes. La diffrence dans la manire de
moissonner tient la grande tendue des terres bl,
et la raret des moissonneurs.
De la conservation du bl.
LXXIII. Nous passons naturellement la manire
de conserver le bl. Des auteurs veulent que les murailles
des greniers aient trois pieds d'paisseur, et soient con-
struites en briques; qu'en outre les greniers n'aient ni
fentres ni ouvertures qui donnent passage l'air, et
qu'on y jette le bl par en haut. D'autres veulent qu'il
n'y ait d'ouvertures que du ct du levant d't ou du
septentrion , et que les greniers soient construits sans
chaux , parce qu'elle est fort contraire au bl. Nous
avons rapport ailleurs les avis qu'ils donnent sur l'emploi
de la lie d'huile. En certains endroits les greniers sont en
bois , et soutenus en l'air sur des piliers , de manire
recevoir le vent de tous cots , mme par dessous ; en
d'autres endroits on pense que le bl, mis sur un plan-
cher ainsi suspendu dans l'air, diminue de grosseur, et
que, plac au grenier sous les tuiles, il s'chauffe. Bien
des gens ne veulent pas qu'on remue les. bls , car ils
prtendent que le charanon ne pntre jamais plus.de
quatre doigts dans le las, et qu'ainsi tout ce qui est au
58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
pede e longioribus suspensa , invehere jubeant. Nobis
referre plurimum tempestivitas condendi videbitur. Nam
si parum tostum atque robustum collectum sit , aut ca-
lidum conditum , inimica innasci necesse est.
Diuturnitatis causa? plures. Aut in ipsius grani corio,
quum est numerosius, ut milio : aut succi pinguedine, qui
pro humore suffcit tantum, ut sesamse : aut amaritudine,
ut lupino et cicerculae. In tritico maxime nascuntur
animalia , quoniam spissitate sua concalescit, et furfure
crasso vestitur. Tenuior hordeo palea , exilis et legu-
mini : ideo non gnrant. Faba crassioribus tunicis ope-
ritur , ob hoc effervescit. Quidam ipsum triticum diu-
turnitatis gratia adspergunt amurca, mille modios qua-
drantali. Alii Chalcidica aut Carica creta , aut etiam
absinthio. Est et Olynthi , ac Cerinthi Eub terra ,
quae corrumpi non sinat. Nec fere condita in spica lae-
duntur.
Utilissime tamen servantur in scrobibus , quos si-
ros vocant, ut in Cappadocia, et in Thracia. In His-
pania et Africa, ante omnia ut sicco solo fiant, curant:
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 5 9
dessous n'a rien craindre. Suivant Columelle , le vent
d'ouest est bon pour les bls, et c'est ce qui m'tonne,
quoique ce vent d'ailleurs soit trs -sec. Des auteurs
prescrivent de suspendre une grenouille rubte par une
patte de derrire l'entre du grenier. Pour moi, je
pense que le meilleur moyen de conserver le bl est de
le serrer en temps convenable; car si on le ramasse avant
qu'il soit suffisamment recuit par le soleil , ou avant qu'il
soit assez ferme, ou lorsqu'il est chaud , il s'y engendrera
ncessairement des insectes nuisibles.
Diverses causes contribuent conserver long-temps
les grains. Ou la graine est enveloppe de plusieurs tuni-
ques, comme dans le millet; ou le suc del graine mme
est gras, onctueux , et la tient suffisamment humecte,
comme dans le ssame ; ou enfin elle est garantie par
son amertume naturelle , comme le lupin et le ci-
cercula. C'est surtout dans le froment qu'il s'engendre
des insectes ; car, tant plus gros que les autres bls, il
s'chauffe facilement ; d'ailleurs son corce est aussi plus
paisse. Celle de l'orge est mince, comme aussi celle des
lgumes : voil pourquoi ils ne sont pas attaqus des
insectes. La fve est revtue d'paisses tuniques ; aussi
s'chauffe-t-elle facilement. Quelques-uns, pour conserver
le froment , jettent, sur mille boisseaux de ce bl, une
amphore de lie d'huile ; d'autres le saupoudrent de craie
de Chalcis ou de Carie, et mme d'absinthe. On trouve
Olynthe , et Crinthe dans l'le d'Eube , une terre
qui empche les grains de se gter. Serrs en pis , ils
ne sont presque jamais attaqus.
Le moyen le plus sr de les conserver , c'est de les
mettre dans des fosses appeles sires (siros), comme on fait
en hrace et en Cappadoce. En Espagne et en Afrique, on
6o C. PLINI1 HIST. NAT. LIB. XVIII.
mox ut palea substernatur. Praeterea cum spica sua
conduntur. Ita frumenta si nullus spiritus penetret ,
certum est nihil maleficum nasci. Varro auctor est, sic
conditum triticum durare annis quinquaginta , milium
vero centum. Fabam et legumina in oleariis cadis oblita
cinere,longo tempore servari. Idem fabam a Pyrrhi rgis
aetate, in quodam specu Ambraciae usque ad piraticum
Pompeii Magui bellum durasse , annis cireiter centum
viginti.
Ciceri tantum null bestiolae in horreis innascun-
tur. Sunt qui urceis ciner substratis , et illitis ace-
tum habentibus, leguminum acervos superingerant, ita
non nasci maleficia credentes. Alii qui in salsamentariis
cadis gypso illinant : alii qui lentem aceto laserpitiato
respergant , siccatamque oleo inungant. Scd brevissima
observatio , quod vitiis carere velis , interlunio lgre.
Quare plurimum refert, condere quis malit, an vendere.
Crescente enim lima frumenta grandescunt.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. fit
choisit pour ces fosses un terrain parfaitement sec ; on
met de la paille sous le bl, et, de plus, on le serre en
pis : de cette manire on est assur, pourvu que l'air
ne trouve aucun passage , que le grain n'aura rien
craindre des insectes malfaisans. Varron prtend que par
cette mthode le froment se garde cinquante ans , et le
millet un sicle entier; que les fves et les autres lgu-
mineuses se conservent fort long-temps , si on les met
dans des tonneaux o il y a eu de l'huile , et qu'on les
saupoudre de cendre. Le mme auteur rapporte que ,
dans une certaine grotte prs d'A.mbracie, un amas de
fves s'tait conserv depuis le temps du roi Pyrrhus
jusqu' la guerre des pirates par Pompe , c'est--dire
environ cent vingt ans.
Le pois chiche seul n'a pas redouter dans les gre-
niers l'attaque des insectes. Quelques-uns emploient de
grands vases de terre qui contiennent encore du vi-
naigre ; ils les frottent avec de la cendre, et, aprs
les avoir placs sur un lit de mme matire, ils rangent
par-dessus les lgumineuses en monceaux , pensant
qu'il ne s'y engendrera aucun insecte nuisible. D'autres
les enferment dans des barils o l'on a tenu du pois-
son sal , et les enduisent de pltre. D'autres arro-
sent les lentilles de vinaigre aromatis avec du laser,
et , aprs les avoir fait scher , les enduisent d'une
couche d'huile. Un moyen plus expditif pour avoir des
grains exempts de corruption, c'est de les rcolter quand
la lune est en conjonction : aussi est-il trs-important
de savoir si l'on rcolte pour vendre ou pour garder;
car les bls grossissent dans le croissant de la lune.
6a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
De vindemia, et autumni operibus.
LXXIV. 3 1 . Sequitur ex. divisione temporum autum-
nus a Fidiculae occasu ad aequinoctium , ac deinde Ver-
giliarum occasum , initiumque hiemis. In his intervallis
significant , pridie idus augusti Atticae Equus oriens
vesperi : iEgypto et Caesari Delphi nus occidens. xi ka-
lendas septembris Caesari et Assyriae, Stella quaeVinde-
mitor appellatur , exoriri mane incipit , vindemiae ma-
turitatem promittens. Ejus argumenturn erunt acini
colore mutati. Assyriae v kalendas et Sagitta occidit, et
etesiae desinunt. Vindemitor iEgypto nonis exoritur. At-
ticae Arcturus matutino , et Sagitta occidit mane. Quinto
idus septembris, Caesari Capella oritur vesperi. Arctu-
rus vero mdius pridie idus, vehementissimo significatu
terra marique per dies quinque. Ratio ejus haec tradi-
tur : si Delphino occidente imbres fuerint, non futuros
per Arcturum. Signum orientis ejus sideris servetur ln-
rundinum abitus : namque deprehensae intereunt. Sexto-
decimo kalendas octobris , vEgypto Spica , quam tenet
Virgo, exoritur matutino, etesiaeque desinunt. Hoc idem
Caesari xiv kalendas , xin Assyriae signihcant : et xi ka-
lendas Caesari commissura Piscium occidens , ipsumque
aequinoctii sidus vm kalendas octobris. Deinde consen-
tiunt (quod est rarum) Philippus, Calippus, Dositheus,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 63
De la vendange et des travaux d'automne.
LXXIV. 3i. Pour suivre notre division de l'anne,
nous devons dire que l'automne commence au coucher
de la Lyre, comprend l'quinoxe de septembre, et s'tend
jusqu'au coucher des Pliades, poque du commencement
de l'hiver. Dans cet espace de temps, la constellation du
Cheval se lve le soir, pour l'Attique, la veille des ides
d'aot; le mme jour, selon Csar, le Dauphin se couche
pour l'Egypte : cette poque donne lieu des pronos-
tics fcheux. Le 1 1 avant les kalendes de septembre ,
l'toile appele le Vendangeur se lve le matin en Italie
et en Assyrie ; elle annonce la prochaine maturit du
raisin , qui se reconnat au changement de couleur.
Le 5 , la Flche se couche pour l'Assyrie , et les vents
tsiens cessent de souffler. Aux nones de septembre , le
Vendangeur se lve pour l'Egypte, l'Arcture se lve le
matin pour l'Attique , et le matin aussi la Flche se
couche. Le 5 avant les ides , la Chvre se lve le soir,
selon Csar. La veille des ides , l'Arcture se montre
moiti , et cette dangereuse constellation annonce le
mauvais temps pour cinq jours sur terre et sur mer.
S'il a plu au coucher du Dauphin , il ne pleuvra point
au lever de l'Arcture. Un signe qui fait connatre la pro-
chaine apparition de l'Arcture , c'est le dpart des hi-
rondelles ; s'il les surprend, elles prissent. Le 16 avant
les kalendes d'octobre , l'pi de la Vierge se lve le
matin en Egypte, et les vents tsiens cessent de souffler.
Selon le calendrier de Csar, il ne se lve pour l'Italie que
le 1 4, et le i3 pour l'Assyrie. Le 1 1 avant les kalendes,
suivant les mmes calculs, le nud du signe des Poissons
64 C. PLINTI HIST. NAT. LIB. XVIII.
Parmeniscus , Conon , Criton , Democritus , Eudoxus ,
iv kalendas octobris Capellam matutino exoriri, et ii[ ka-
lenclas Hdos. Sexto nonas octobris Atticae Corona exo-
ritur mane. Asiae et Caesari v kalendasHeniochus occidit
matutino. Tertio kalendas Caesari Corona exoriri incipit.
et postridie occidunt Hdi vesperi. vm Idus octobris
Caesari fulgens in Corona Stella oritur. Et ni idus Ver-
giliae vesperi. Idibus Corona tota. Sexto kalendas no-
vembris Suculae vesperi exoriuntur. Pridie kalendas Cae-
sari Arcturus occidit : et Suculae exoriuntur cum sole.
Quarto nonas Arcturus occidit vesperi. Quinto idus no-
vembris gladius Orionis occidere incipit. Dein m idus
Vergili occidunt.
In his temporum intervallis opra rustica, napos, ra-
phanos serere , quibus diebus diximus. Vulgus agreste
et rpa post ciconiae discessum maie seri putat. Nos om-
nino post Vulcanalia, et prcocia cum panico. A Fidi-
culae autem occasu viciam, faseolos , pabulum : boc si-
lente luna seri jubent. Et frondis praeparandae tempus
boc est. Unus frondalor quatuor frondarias fiscinas com-
plere iti die justum babet. Si decrescente luna praepa-
relur, non putrescit : aridam colligi non oportet.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 65
disparat, et le 8 est le jour de l'quinoxe. Quoique les
astronomes s'accordent rarement, Philippe, Callippe ,
Dosithe , Parmnisque , Conon , Criton, Dmocrite ,
Eudoxe, conviennent que la Chvre se lve le 4 avant
les kalendes d'octobre au matin , et les Chevreaux le 3.
Le 6 avant les nones du mme mois , la Couronne pa-
rat le matin dans l'Attique. Le 5 avant les kalendes ,
le Cocher se couche le matin pour l'Italie , et pour
l'Asie. Le 3, la Couronne commence se montrer, et le
lendemain les Chevreaux disparaissent le soir. Le 8 avant
les ides d'octobre , selon les calculs du mme Csar ,
l'toile brillante de la Couronne se lve en Italie; le 3,
les Pliades se lvent le soir; le jour des ides, la Cou-
ronne se montre tout entire. Le 6 avant les kalendes
de novembre, les Hyades se lvent le soir; la veille des
kalendes, l'Arclure se couche, et les Hyades se lvent
avec le soleil. Le L\ avant les nones , l'Arcture disparat
le soir; le 5 avant les ides de novembre, l'pe d'Orion
commence n'tre plus visible ; le 3 , les Pliades se
couchent.
Voici l'ordre des travaux de la campagne dans cette
saison. On smera les navets et les raiforts aux jours
dj indiqus. Les paysans croient qu'il n'est pas bon
de semer des raves aprs le dpart des cigognes. Pour
nous, nous sommes d'avis qu'on doit les semer aprs les
ftes de Vulcain , et les raves prcoces en mme temps
que le panis. Aprs le coucher de la Lyre , on smera
les vesces , les fasoles et la drage ; cette dernire ,
lorsque la lune sera en conjonction. C'est encore le
moment de ramasser les feuilles ; un homme peut , dans
un jour, en cueillir assez pour remplir quatre cor-
beilles. Si la feuille est prise dans le dclin de la lune ,
xii. 5
66 C. PLIN1I HIS. NAT. LIB. XVII! .
Vindemiam antiqui numquam existimavere maturam
ante aequinoctium : jam passim rapi cerno. Quamobrem
et hujus tempora notis argumentisque signentur. Leges
ita se habent : Uvam calidam ne legito, hoc est , in
ejus siccitate , ac nisi imber intervenerit. Hanc ne legito
rorulentam, hoc est, si ros nocturnus fuerit , nec prius,
quam sole discutiatur. Vindemiare incipito, quum ad
palmitem pampinus procumbere cperit , aut quum
exempto acino ex densitate intervallum non complet!
apparuerit, acinum non augeri. Acinos plurimos fert ,
si contingat crescente luna vindemiare. Pressura una
culeos xx implere dbet. Hic est pes justus. Ad totidem
culeos et lacus, xx jugeribus unum sufficit torculum.
Premunt aliqui singulis , utilius binis , licet magna sit
vastitas singulis. Longitudo in his refert , non crassi-
tudo : spatiosa melius premunt. Antiqui funibus, vit-
tisque loreis ea detrahebant, et vectibus. Intra centum
annos inventa Graecanica , mali rugis per cochleas bul-
lantibus , palis adfixa arbori Stella , a palis arcas lapi-
dum attollente secum arbore : quod maxime probatur.
Intra viginti duos hos annos inventum , parvis prelis ,
et minori torculari, aedificio breviore, et malo in medio
decreto , tympana imposita vinaceis superne toto pon-
dre urgere, et super prela construere congeriem.
HISTOIRE NATURFXLE, LIV? XVIII. 67
elle ne pourrit pas ; mais elle doit tre cueillie avant
d'tre sche.
Les anciens croyaient que les raisins n'taient jamais
mrs avant l'quinoxe ; mais je vois qu'en beaucoup
d'endroits aujourd'hui on est plus press de faire les
vendanges; aussi dois je en fixer l'poque d'une manire
claire et prcise. Voici les rgles suivre. Ne cueillez
point le raisin quand il est chaud, c'est--dire sec, mais
attendez qu'il ait plu ; ne le cueillez pas lorsqu'il est
charg de la rose de la nuit, mais attendez qu'elle ait
t dissipe par Te soleil. Commencez vendanger quand
vous verrez les pampres s'incliner vers le cep ; ou lors-
qu'ayant t un grain d'une grappe fort serre, vous ver-
rez qu'il ne grossit point, et que la place qu'il occupait
ne se remplit pas Les grappes porteront plus de grains
si l'on vendange dans le croissant de la lune. Un seul
pressurage doit donner vingt culeus de vin, c'est la juste
mesure ; ainsi , raison de ce nombre de culeus et d'au-
tant de cuves, un seul pressoir suffit pour vingt arpens
de vignes. Quelques-uns ne mettent qu'un seul arbre au
pressoir ; mais il vaut mieux eu avoir deux , quoique
chacun de ces instrumens soit fort grand. On considre
ici la longueur et non l'paisseur, car les plus longs sont
ceux qui pressent le mieux. Les anciens serraient leurs
pressoirs avec des cordes , des bandes de cuir et des le-
viers. Depuis cent ans on a invent les pressoirs la
grecque , dont l'arbre est vis ; cet arbre est attache
la machine appele l'toile, et qui soutient des quartiers
de pierre que l'arbre lve mesure qu'il s'lve lui-mme.
Ces, sortes de pressoirs sont les plus estims. Il y a
vingt-deux ans qu'on a imagin d'en construire de petits
qui tiennent bien moins de place, et dont la vis est au
5.
68 C. PJNII HST. NAT. UB. XVIII
Hoc et poma colligendi tempus, et observatio , quum
aliquod maturitate , non tempestate , dcident : hoc et
faeces exprimendi : hoc et defrutum coquendi silente luna
noctu : aut si interdiu , plena : ceteris diebus aut ante
exortum luna? , aut post occasum. Nec de novella vite,
aut palustri, nec nisi e matura uva , nec nisi foliis de-
spumandurn : quia si ligno contingatur vas, adustum ac
fumosum fieri putant. Justum vindemiae tempus ab
aequinoctio ad Vergiliarum occasum dies xliv. Ab eodem
die oraculum occurrit , frigidum picari pro nihiloducen-
tium. Sed jam et kalendis januarii , defectu vasorum ,
vindemiantes vidi , piscinisque musta condi , aut vina
efFundi priora , ut dubia reciperentur. Hoc tam saepe
proventu nimio evenit , quam saevitia insidiantium ca-
ritati civili. Sed aequi patris familias modus est, aniiona
cujusque anni uti. Id perque etiam lucrosissimum.
Reliqua de vinis affatim dicta sunt. Item vindemia
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. 69
milieu. On met sur le raisin que l'on veut pressurer une
sorte de tambour que l'on surcharge le plus qu'il est
possible, en y entassant des pierres.
C'est aussi dans cette saison qu'il faut cueillir les
fruits; on connatra le moment convenable quand on
en verra quelques-uns qui seront tombs de maturit ,
sans que le vent les ait abattus. C'est encore le moment
d'exprimer la lie de vin et de faire le raisin. On devra
le faire cuire pendant la nuit si la lune est en conjonc-
tion , et pendant le jour si elle est pleine; toute autre
poque , l'opration n'aura lieu qu'avant le lever de la
lune , ou aprs son coucher. Le raisin ne devra pas
tre pris d'une vigne nouvelle ou marcageuse , mais
il faudra qu'il soit bien mr. On n'cumera le raisin
qu'avec un rameau de feuilles , car si l'on y touchait
avec un instrument de bois, il sentirait, dit-on, le brl
ou la fume. Le vritable temps des vendanges dure
depuis l'quinoxe jusqu'au coucher des Pliades, c'est-
-dire quarante-quatre jours. Une maxime des vigne-
rons, c'est que, pass cette poque, il serait inutile de
poisser les tonneaux cause du froid. J'ai vu cependant
des gens ne vendanger qu'au commencement de janvier ;
faute de vaisseaux , mettre le vin dans de simples r-
servoirs , ou rpandre le vin vieux des tonneaux pour
faire place des vins d'une qualit douteuse. Ces in-
convniens sont aussi bien la suite d'une rcolte trop
abondante , que le rsultat d'une avarice impitoyable
qui spcule sur la chert publique ; mais un honnte
pre de famille borne ses dsirs et se contente du pro-
duit de l'anne , et certes le gain n'est pas moins con-
sidrable.
Nous avons parl avec assez de dtails de ce qui con-
7 o C. PLINII HLST. NAT. LIB. XVIII.
lac ta olivam esse rapiendain, et quae ad oleum pertinent,
quaeque ad Vergiliarum oceasum agi debent.
Lunaris ratio.
LXXV. 3a. His, quae sunt necessaria adjicientur de
luna , ventisque , et praesagiis, ut sit tota sideralis ratio
perfecta. Namque Virgilius etiam in numros lunac
digerenda quaedam putavit, Democriti secutus ostenta-
tionem. Nos legum utilitas, quae in toto opre, in hac
quoque movet parte.
Omnia quae caeduntur, carpuntur, conduntur, inno-
centius decrescente luna , quam crescente funt. Ster-
cus , nisi decrescente luna , ne tangito. Maxime inter-
menstruadimidiaquestercorato. Verres, juvencos,arietes,
hdos , decrescente luna castrato. Ova luna nova sup-
ponito. Scrobes luna plena noctu facito. Arborum ra-
dies luna plena operito. Humidis locis interlunio serito,
et circa interlunium quatriduo. Ventilari quoque fru-
menta ac legumina , et condi circa extremam lunain
jubent: seminaria, quum luna supra terrain sit, fieri :
calcari musta , quum luna sub terra : item niaterias
caedi , quaeque alia suis locis diximus. Neque facilior est
observatio ac jam dicta a nobis secundo volumine: sed
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. 71
cerne les vins , et fait observer qu'immdiatement aprs
la vendange il faut hter la rcolte des olives* Nous
avons pareillement trait des huiles , et de tout ce qu'il
faut faire jusqu'au coucher des Pliades.
Thorie des lunaisons.
LXXV. 32. Nous allons maintenant ajouter ici quel-
ques observations ncessaires sur la lune , les venls et
les prsages , pour complter nos remarques astrono-
miques. Virgile mme , se conformant aux principes de
Dmocrite , a cru que, pour certaines oprations agri-
coles , il fallait faire uue distinction entre les diffrens
jours de la lune; pour nous, nous ne voulons consigner
ici, comme dans tout le reste de cet ouvrage , que des
prceptes d'une utilit relle.
S'il s'agit de tailler ou de couper, de cueillir et de
serrer , ces oprations s'excutent mieux dans le dclin
de la lune que dans le croissant. Ne touchez au fumier
que dans le dclin. Pour fumer vos terres, choisissez
surtout le moment o la lune est en conjonction ou
dans son premier quartier. Chtrez les verrats, les tau-
reaux, les bliers et les boucs dans le dclin. Mettez les
ufs couver quand la lune est nouvelle. Creusez les
fosss la nuit, quand elle est dans son plein. Rechaussez
les arbres dans la pleine-lune. Semez dans les lieux hu-
mides lorsqu'elle est en conjonction , ou bien le qua-
trime jour soit avant, soit aprs. On recommande de
vanner les bls ou les lgumineuses, et de les serrer sur
la fin de la lune ; de faire les ppinires lorsqu'elle est
sur l'horizon , et de fouler les raisins lorsqu'elle est au
dessous , comme aussi de couper les bois et d'excuter
7 a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
quod intelligere vel rustici possint, quoties ab occidente
sole cernetur, prioribusque noctis horis lucebit , cres-
cens erit, et oculis dimidiata judicabitur : quum vero
occidente sole orietur ex adverso , ita ut pariter aspi-
ciantur , tum erit plenilunium. Quoties ab ortu solis
orietur, prioribusque noctis horis detrahet lumen, et in
diurnas extendet, decrescens erit, iterumque dimidia.
In coitu vero (quod interlunium vocant) quum apparere
desierit. Supra terras autem erit, quamdiu et sol, inter-
lunio, et prima tota die : secunda , horae unius dextante
sicilico : ac deinde tertia usque ad quintamdecimam ,
multiplicatis horarum iisdem portionibus : quintade-
cima tota supra terras noctu erit , eademque sub terris
tota die. Sextadecirna ad primae horae nocturnae dex-
tantem sicilicum sub terra aget , easdemque portiones
horarum per singulos dies adjiciet usque ad interlu-
nium. Et quantum primis partibus noctis detraxerit ,
quod sub terris agat, tantumdem novissimis ex die ad-
jiciet supra terram. Alternis autem mensibus xxx im-
plebit numros , alternis vero detrahet singulos. Haec
erit ratio lunaris.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. 7 3
les autres travaux que nous avons dj indiqus. Le
cours de cet astre n'est pas facile observer; d'ailleurs,
nous en avons trait dans le deuxime livre. Mais voici
quelques remarques la porte mme des simples vil-
lageois. Quand on voit la lune du ct du soleil cou-
chant , et qu'elle claire pendant les premires heures
de la nuit, c'est alors son croissant, et on voit la moiti
de son disque. Quand elle se lve en mme temps que
le soleil se couche, et qu'elle est en opposition avec lui,
de sorte que l'on voit la fois les deux astres , c'est
alors la pleine-lune. Quand elle se lve du ct de l'o-
rient, qu'elle n'claire que pendant les dernires heures
de la nuit, et se montre une partie du jour, c'est son
dclin , pendant lequel elle ne laisse voir que la moiti
de son disque. Lorsqu'elle cesse tout--fait de se mon-
trer, c'est la conjonction ou l'interlune. Pendant ce temps
et tout le premier jour , elle reste sur l'horizon autant
que le soleil. Le deuxime jour elle y demeure dix
douzimes et un quart de la premire heure de la nuit.
Le troisime jour, elle y reste un temps double, et
ainsi, dans la mme proportion, jusqu'au quinzime
jour ; alors elle est toute la nuit sur l'horizon , et pen-
dant tout le jour au dessous. Le seizime jour elle ne
se lve qu'au bout de dix douzimes et un quart de la
premire heure de la nuit, et chaque jour elle retarde
son lever dans la mme proportion, jusqu' la con-
jonction. Ainsi , autant d'heures de la nuit elle rcsle
sous l'horizon sans clairer, autant d'heures du jour
suivant elle parat sur l'horizon aprs avoir clair le
reste de la nuit. Au surplus , de deux mois l'un , son
cours est alternativement de vingt-neuf et de trente jours.
Telle est la thorie des lunaisons.
74 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
Ventorum ratio.
LXXVI. 33. Ventorum paulo scrupulosior.Observato
solis ortu quocumque libeat die , stantibus hora diei
sexta , sic ut ortum eum a sinistro humero habeant ,
contra mediam faciem meridies, a vertic septentrio erit.
Qui ita limes per agrum currit, cardo appellatur. Cir-
cumagi deinde melius est , ut umbram suam quisque
cernt : alioqui post hominem erit. Ergo permutatis la-
teribus, ut ortus illius diei a dextro humero fit , oc-
casus a sinistro , tune erit hora sexta , quum minima
umbra contra mdium fiet hominem. Per hujus mediam
longitudinem duci sarculo sulcum : vel cinerc lineam .
verbi gratia, pedum viginti conveniet : mediamque men-
suram, hoc est, in decimo pede, circumscribi circulo
parvo, qui vocetur umbilicus. Quae pars fuerit a vertice
umbrae, haec erit ventus septentrionalis. Illo tibi, puta-
tor, arborum plagae ne spectent, neve arbusta vineaeve,
uisi in Africa, Cyrenis, iEgypto. Illinc fiante ne arato,
quaeque alia prsecipimus. Quae pars lineae fuerit a pedi-
bus umbrae, meridiem spectans, haec ventum Austrum
dabit, quem aGraecis Notum diximus vocari. Illinc flatu
veniente, materiam vineamque, agricola, ne tractes. Hu-
midus aut aestuosus Italiae est. Africae quidem incendia
eu m serenftate adfert. In hune Italiae palmites spectent,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 75
I
Des vents , relativement l'agriculture.
LXXVJ. 33. La connaissance des vents offre un peu
plus de difficult. Aprs avoir observ l'endroit o le
soleil se lve , il faut vers la sixime heure ( midi ) ,
n'importe quel jour, se placer de manire que le le-
vant soit gauche , alors on aura en face le midi , et
dos le septentrion. Le sentier qui traverse un champ
dans cette direction s'appelle cardinal. L'observateur
fera bien ensuite de se retourner pour voir son ombre,
autrement elle demeurerait derrire lui. Dans cette po-
sition, inverse de la premire, il aura le levant droite,
le couchant gauche , et il reconnatra prcisment la
sixime heure ( ou l'heure de midi ) lorsqu'il aura di-
rectement devant lui l'ombre la plus courte. Alors, avec
un sarcloir ou avec de la cendre, il faut tracer une ligne
qui passe par le milieu de la longueur de l'ombre, et qui
ait , par exemple , vingt pieds de long ; au milieu de
cette mesure, c'est--dire au dixime pied, on tracera un
petit cercle que l'on appelle centre (ombilic). La portion
de ligne qui sera du ct de la tte de l'ombre indiquera
le vent du nord. Ceux qui taillent les arbres auront soin
que les coupures ne regardent point de ce ct, ni les
arbres qu'on mari.e la vigne, ni les vignes elles-mmes,
except en Afrique , en Egypte et dans la Cyrnaque.
Quand ce vent souffle, on ne doit ni labourer la terre,
ni vaquer aux travaux dont nous allons parler. La por-
tion de ligne qui termine l'ombre aux pieds de l'obser-
vateur, et qui se dirige vers le midi, marquera le vent
du sud , ou X Auster , que les Grecs appellent Notas.
Lorsque ce vent souffle , il ne faut ni tailler la vigne
76 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XVIII.
sed non plagae arborum vitiumve. Hune oliveti metator
Vergiliarum quatriduo , hune caveat insitor calamis ,
gemmisque inoculator. De ipsa regionis ejus hora prae-
monuisse conveniet. Frondem mdia die, arborator, ne
caedito. Quum meridiem adesse senties , pastor , aestate
contrahente se umbra, pecudem a sole in opaca cogito.
Quum asstate pasces, in occidentem specta ante meri-
diem, post meridiem in orient em : aliter noxium, sicut
hieme et vere, si in rorulentum duceres. Ne contra sep-
tentrionem paverissupradictum. Clodunt ita, lippiuntve
ab adflatu, et alvo cita pereunt. Qui feminas concipi
voles, in hune ventum spectantes iniri cogito.
Limitatio agrorum.
LXXVII. 3/4- Diximus ut in mdia linea designare-
tur umbilicus. Per hune mdium transversa currat alia.
Haec erit ab exortu aequinoctiali ad occasum aequinoctia-
lem : et limes qui ita secabit agrura, decumanus voca-
bitur. Ducantur deinde aliae du lineae in dusses obli-
quae , ita ut a septentrionis dextra laevaque ad Austri
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 77
ni couper les bois. En Italie, ce vent est chaud ou hu-
mide. En Afrique , il est sec , mais brlant. Il faudra en
Italie que les ceps regardent de ce ct , mais non les
coupures qu'on fait aux arbres ou la vigne en les
taillant. En plantant des oliviers , on devra se mettre
contre ce vent durant les quatre jours du lever des
Pliades, et aussi en greffant en cusson ou en fente. Il
est propos d'avertir, par rapport cette mme con-
tre , de ne point couper de feuilles au milieu du jour.
En t, lorsqu'un berger verra que l'ombre devient
fort courte et que l'heure de midi approche , il mnera
son troupeau dans un endroit couvert et l'abri du so-
leil; en t , il fera patre le btail du ct du couchant,
avant midi ; et aprs midi , du ct du levant , autre-
ment il se trouverait aussi mal que si on le menait en
hiver ou au printemps dans un pturage charg de rose.
On ne fera point patre les bestiaux contre le vent du
nord ; il leur fait tenir les yeux ferms , leur cause la
chassie, et mme un flux de ventre qui les fait prir.
Cependant, si l'on veut avoir des femelles, il faut que
les mres soient tournes du ct du nord pendant
l'accouplement.
Manire de tracer les rumbs des vents dans un champ.
LXXVII. 34. Nous avons dit qu'au milieu de la
ligne appele cardinale, il fallait tracer un petit cercle ou
ombilic. Il faut maintenant tirer par le centre de ce
cercle une ligne qui le coupe transversalement. Cette
seconde ligne ira du levant quinoxial au couchant
quinoxial. La route qui traverse un champ dans cette
direction prend le nom de dcumane. On doit ensuite ,
dans ce mme cercle , tracer deux autres lignes obliques
78 C PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
dextram laevamque descendant. Omnes per eumdem cur-
rant umbilicum , omnes inter se pares sint , omnium
intervalla paria. Quse ratio semel in quoque agro , in-
eunda erit : vel si saepius libeat uti e ligno facienda , re-
gulis paribus in tympanum exiguum , sed circinatum
adactis. Ratione qua doceo, occurrendum ingeniis quo-
que imperitorum est. Meridiem excuti placet , quoniam
semper est idem : sol autem quotidie ex alio caeli rao-
mento , quam pridie , oritur : ne quis forte ad exorlum
capiendam putet lineam.
Ita caeli exacta parte, quod fuerit lineae caput sep-
tentrioni proximum a parte exortiva solstitialem habe-
bit exortum, hoc est, longissimi diei, ventumque Aqui-
lonem , Boream Graecis dictum. In hune ponito arbores
vitesque. Sed hoc fiante ne arato : frugem ne serito :
semen ne jacito. Praestringit enim atque percellit hic
radies arborum , quas positurus adferes. Praedoctus
esto : alia robustis prosunt , alia infantibus. Nec sum
oblitus, in hac parte ventum Graecis poni , quem Cae-
ciam vocant. Sed idem Aristoteles , vir immensae subti-
litatis , qui id ipsum fecit, rationem convexitatis mundi
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 79
en sautoir, de manire que l'une s'tende du ct droit
du septentrion au ct gauche du midi , et l'autre du
ct droit du midi au ct gauche du septentrion.
Toutes ces lignes doivent passer par le centre du pe-
tit cercle , tre d'gale grandeur , et galement loi-
gnes l'une de l'autre. Il faudra, au moins une fois dans
chaque champ, marquer de la sorte la direction des
vents. Pour la reconnatre volont , on n'aura qu'
tracer sur un rond de bois quatre lignes qui se croi-
sent au centre, d'gale longueur, et pareille distance
l'une de l'autre. Mais, en donnant cette mthode, je
dois prmunir les gens simples et ignorans contre une
erreur o ils pourraient tomber. Je les laisserai bien
tracer la ligne du midi , car le midi ne change jamais ;
mais je les avertirai que le soleil ne se lve jamais deux
jours de suite dans le mme endroit du ciel. Ainsi , en
tirant les lignes , on ne doit tenir aucun compte de
l'ombre qui vient du levant.
Aprs avoir partag de la sorte les rgions du ciel ,
on trouvera que la tte de la ligne qui avoisine le sep-
tentrion du ct du levant marque l'orient d't, c'est-
-dire l'endroit o le soleil se lve au plus long jour de
l'anne ; et la direction de l'aquilon que les Grecs ap-
pellent Bore. Placez du ct de ce vent les arbres el
les vignes ; mais, pendant qu'il souffle , gardez-vous de
labourer la terre, de semer aucune espce de grain,
de replanter mme , car il dessche et tue les racines
des plantes pendant le transport. Soyez averti d'avance
que parmi les vents il en est qui font du bien aux vieux
arbres, et d'autres aux jeunes. Je n'ignore pas que les
auteurs grecs placent aussi entre le septentrion et 1 o-
rient le vent qu'ils appellent Ccias. Parmi eux on re-
8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
reddit , qua contrarius Aquilo Africo flat. Nec tamen
eum toto anno in praedictis timet agricola. Mollitur si-
dre aestate mdia , mutatque nomen , etesias vocatur.
Ergo quum frigidum senties , caveto : ac quacumque
Aquilo prdicitur, tanto perniciosior septentrio est. In
hune Asiae, Graeciae, Hispani, maritimae Italiae, Cam-
paniae , Apuli arbusta vineaeque spectent. Qui mares
concipi voles , in hune pascito , ut sic ineuntem iueat.
Ex adverso Aquilonis ab occasu brumali Africus flabit,
quem Graeci Liba vocant. In hune a coitu quum se pecus
circumegerit , feminas conceptas esse scito.
Tertia a septentrione linea , quam per latitudinem
umbr duximus , et decumanam vocavimus , exortum
habebit quinoctialem , ventumque subsolanum , Gra?-
cis Apelioten dictum. In hune salubribus locis villae
vineque spectent. Ipse leniter pluvius : tamen est sic-
cior Favonius, ex adverso ejus ab quinoctiali occasu,
Zephyrus Grascis nominatus. In hune spectare oliveta
Cato jussit. Hic ver inchoat, aperitque terras tenui fri-
gore saluber. Hic vites putandi, frugesque curandi, ar-
bores serendi , poma inserendi , oleas tractandi jus dabit,
adflatuque nutritium exercebit.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 8r
marque Aristote, ce gnie si profond qui a expliqu,
par la convexit du monde, pourquoi l'Aquilon soufflait
dans une direction oppose l'Africus. Au reste, l'Aqui-
lon n'est pas craindre toute l'anne pour le laboureur :
au milieu de l't, sa temprature est adoucie par la
Canicule ; alors il change de nom , et s'appelle vent
tsien. Ainsi , quand vous sentirez qu'il est froid , vous
devez vous en dfier. Ce que nous disons de l'Aquilon
s'applique au vent du septentrion, qui est plus nuisible
encore. En Asie , en Grce , en Espagne , sur les ctes
de l'Italie, dans la Campanie et PApulie , les vignes et
les arbres , auxquels on les marie , doivent tre exposs
lWquilon. Si vous voulez avoir des animaux mles ,
il faut que l'talon ait la tte tourne contre ce vent en
couvrant la femelle. L'Africus , en grec Libjs , souffle
du couchant d'hiver dans un sens contraire l'Aquilon.
Quand une femelle , aprs l'accouplement , se tourne
du ct de ce vent, soyez sr qu'elle donnera des fe-
melles.
La troisime ligne partir du septentrion, qui coupe
l'ombre dans sa largeur, et que nous avons appele
dcumane, marquera l'orient quinoxial, et le vent ap-
pel en latin Subsolanus , en grec Apeliotes. Dans les
lieux o l'air est sain, les mtairies et les vignes doivent
regarder de ce ct. Il amne des pluies lgres. Au con-
traire, le vent Favonien, qui souffle du couchant qui-
noxial, est sec : les Grecs l'appellent Zphyr. Caton
recommande de placer de ce ct les oliviers. C'est le
zphyr qui donne naissance au printemps et qui ouvre
le sein de la terre : il est un peu froid , mais il est
sain. C'est lui qui dcide du moment de tailler la vigne ,
de sarcler les bls, de planter et de greffer les arbres, de
xit. 6
8a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
Quarta a septentrione linea , eadem Austro ab exor-
tiva parte proxima , brumalem liabebit exortum , ven-
tumque Vulturnum , Eurum Graecis dictum , sicciorem
et ipsum , tepidioremque. In hune apiaria et vineae Ita-
liae, Galliarumque, spectare debent. Ex adversoVulturni
flabit Corus , ab occasu solstitiali et occidentali latere
septentrionis , Graecis dictus Argestes , ex frigidissimis
et ips^e , sicut omnes qui a septentrionis parte spirant.
Hic et grandines infert, ca vendus et ipse, non secus ac
septentrio. Vulturnus si a serena caeli parte cperit flare,
non durabit in noctem : at Subsolanus in majorem par-
tem noctis extenditur. Quisquis erit ventus , si fervidus
sentietur, pluribus diebus permanebit. Aquilonem prae-
nuntiat terra siccescens repente , Austrum humescens
rore occulto.
Prognostica : a sole.
LXXVIII. 35. Etenim praedicta ventorum ratione, ne
saepius eadem dicantur, transire convenit ad reliqua
tempestatum praesagia, quoniam et hoc placuisse Vir-
gilio magnopere video. Siquidem in ipsa messe saepe
concurrere preelia ventorum damnosa imperitis refert.
Tradunt eumdem Democritum metente fratre ejus Da-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 83
s'occuper des oliviers : son premier souffle est le signal
des travaux les plus actifs.
La quatrime ligne , partir du septentrion , qui
avoisine le midi du ct du levant , indiquera l'orient
d'hiver , et le vent Vulturne , que les Grecs nomment
Eurus. Ce vent est chaud et sec. Dans l'Italie et dans
les Gaules , on doit choisir cette exposition pour les
ruches et pour les vignes. Le Corus des Latins, ou
XArgestes des Grecs , souffle en sens contraire , du
ct du couchant d't , droite du septentrion. Il est
trs-froid , de mme que tous les vents septentrionaux.
Il amne des grles, et l'on doit autant s'en mfier que
du vent du nord mme. Si le ciel est serein du ct
o le Vulturne commence souffler, il cessera avant
la nuit; mais le Subsolanus dure pendant la plus grande
partie de la nuit. Au reste, tout vent, quel qu'il soit,
qui amne de la chaleur, se soutient plusieurs jours
de suite. Lorsque la terre se sche tout coup , c'est
l'annonce du vent du nord ou de l'Aquilon ; lorsqu'elle
devient humide sans cause apparente, c'est une marque
qu'il soufflera un vent du sud.
Pronostics tirs du solei.
LXXVIII. 35. Aprs avoir indiqu les prsages tirs
des vents, nous devons^ pour viter les rptitions inutiles,
passer aux autres signes qui nous font connatre l'tat futur
du temps. Virgile attache cette connaissance beaucoup
d'importance, et il prend soin de nous avertir que, dans
le temps mme de la moisson r les vents dchans se
livrent entre eux des combats qui causent la ruine de
ceux qui n'ont pas su les prvoir. On raconte que Da-
6.
84 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
maso ardentissimo stu orasse, ut reliqu segeti parce-
ret , raperetque desecta sub tectum , paucis mox horis
saevo iinbre vaticinatione adprobata. Quin immo et arun-
dinem non nisi impendente pluvia seri jubent, et fruges
insecuturo imbre. Quamobrem et haec breviter attinge-
mus, scrutati maxime pertinentia.
Primumque a sole capiemus praesagia. Purus oriens ,
atque non fervens, serentim diem nuntiat : at hibernam
pallidus grandinem. Si et occidit pridie serenus, et ori-
tur , tanto certior fides serenitatis. Concavus oriens
pluvias praedicit : idem ventos , quum ante exorientem
eum nubes rubescunt : quod si et nigrae rubentibus in-
tervenerint, et pluvias. Quum orientis atque occidentis
radii rubent , coire pluvias. Si circa occidentem rubes-
cunt nubes , serenitatem futur diei spondent. Si in
exortu spargentur partim adAustrum, partim ad Aqui-
lonem, pura circa eum serenitas sit licet, pluviam ta-
men ventosque significabunt. Si in ortu aut in occasu
contracti cernentur radii , imbrem. Si in occasu ejus
pluet, aut radii in se nubem trahent, asperam in proxi-
mum diem tempestatem significabunt. Quum oriente
radii non illustres eminebunt, quamvis circumdati nube
non sint, pluviam portendent. Si ante exortum nubes
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 85
mase , frre de Dmocrite , faisant couper ses bls pen-
dant un temps fort chaud , le philosophe le pressa
d'interrompre son travail , et de mettre promptement
couvert ce qui tait dj coup , parce que , dans
quelques heures, il allait tomber une pluie violente,
et l'vnement justifia sa prdiction. On recommande
mme de ne planter les roseaux et de ne semer les grains
qu'un peu avant les pluies. Ainsi, nous allons traiter des
pronostics , mais en peu de mots , et en nous arrtant
seulement aux principaux.
Nous commencerons par ceux que donne le soleil.
Lorsqu'il est brillant son lever, sans tre fort chaud,
il annonce un beau jour; quand il est ple, c'est signe
de grle et de tempte. S'il est brillant son coucher et
son lever du lendemain , on est encore plus assur d'a-
voir un beau jour. Lorsqu'en se levant il parat comme
enfonc dans un nuage, c'est marque de pluie. Lorsque
avant son lever on aperoit des nues rouges , c'est
signe de vent ; les nuages noirs parmi les rouges an-
noncent de la pluie. Lorsque les rayons du soleil pa-
raissent rouges, soit son lever, soit son coucher, les
pluies seront abondantes. Si les nues qui environnent le
soleil son coucher sont rouges, elles promettent un beau
lendemain. Si au lever du soleil les nuages sont rpandus
vers le midi ou vers le nord , quoique le ciel soit serein
autour de l'astre , il y aura de la pluie et du vent. Si
pendant son lever ou son coucher ses rayons paraissent
raccourcis, c'est signe de pluie. S'il pleut son coucher,
et que les rayons attirent eux les nuages, on doit s'at-
tendre un violent orage pour le lendemaiu. Si au lever
du soleil les rayons ne sont ni vifs ni brillans , n'y et-il
pas mme de nuages l'entour, c'est un signe de pluie
86 C. PUNII HIST. NAT. LIB. XVIII.
globabuntur, hiemem asperam denuntiabunt. Si ab ortu
repellentur, et ad occasum abibunt, serenitatem. Si nu-
bes solem circumcludent , quanto minus luminis relin-
quent, tanto turbidior tempestas erit : si vero etiam
duplex orbis fuerit, eo atrocior. Quod si in exortu fiet,
ita ut rubescant nubes , maxima ostendetur tempestas.
Si non ambibunt , sed incumbent , a quocumque venta
fuerint, eum portendent. Si a meridie, et imbrem. Si
oriens cingetur orbe, ex qua parte is se aperit, exspec-
tetiir ventus. Si totus defluxerit qualiter, serenitatem
dabit. Si in exortu longe radios per nubes porriget, et
mdius erit inanis, pluviam significabit. Si ante ortum
radii se ostendent, aquam et ventum. Si circa occiden-
tem candidus circulus erit, noctis levem tempestatem :
si nebula , vehementiorem : si candente sole , ventum :
si ater circulus fuerit , ex qua regione is ruperit se ,
ventum magnum.
A luna.
LXXIX. Proxima sin,t jure lun prsagia. Quartam
eam maxime observt iEgyptus. Si splendens exorta
puro nitore fulsit, serenitatem : si rubicunda , ventos :
si nigra ; pluvias portendere creditur. In quinta cornua
ejus obtusa , pluviam : erecta et infesta ventos semper
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 87
Si avant le lever du soleil les nuages sont rassembls
en pelotons , c'est marque d'une grande tempte ; s'ils
s'loignent de l'orient et se portent l'occident, la jour-
ne sera belle. Si les nues entourent le soleil , plus
elles l'obscurciront , plus la tempte sera forte ; si elles
forment autour de lui un double cercle, elle sera plus
terrible encore. Si c'est au lever du soleil , et que les nues
soient rouges, c'est signe d'un violent orage. Si les nuages
n'environnent pas le soleil, mais le pressent seulement,
elles annoncent qu'il y aura du vent de ce ct; places
du ct du midi , elles annoncent en outre de la pluie.
Si le soleil son lever est entour d'un cercle , on doit
attendre du vent du ct o le cercle s'ouvrira ; s'il
disparat tout la fois , on aura du beau temps. Si le
soleil en se levant jette au loin ses rayons travers les
nues, et que le centre de son disque soit dcouvert,
c'est un signe de pluie. Si les rayons se montrent avant
son lever , il y aura de la pluie et du vent. S'il est en-
vironn son coucher d'un cercle blanc , il y aura un
faible orage la nuit prochaine. S'il est environn d'un
nuage, l'orage sera plus fort. S'il parat blanc, il y aura
du vent. S'il est entour d'un cercle noir , il s'lvera
un vent violent du ct o le cercle rompra.
De la lune.
LXXIX. Les prsages tirs de la lune tiennent sans
contredit le premier rang. En Egypte , on observe par-
ticulirement le quatrime jour de la lune : si elle pa-
rat, son lever, brillante d'un clat net et pur, le
temps sera beau ; si au contraire elle est rougetre , il
y aura du vent ; si elle est noirtre , c'est un signe de
88 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XV11I.
signifcant : quarta tamen maxime. Cornu ejus septen-
trionale acuminatum atque rigidum , illum prsagit
ventum : inferius , Austrum : utraque recta , noctem
ventosam. Si quartam orbis rutilus cingit , ventos et
imbres prmonebit.
Apud Varronem ita est : si quarto die luna erit
directa , magnam tempestatem in mari prsagiet , nisi
si coronam circa se habebit , et eam sinceram : quo-
niam illo modo non ante plenam lunam hiematurum
ostendit. Si plenilunio per dimidium pura erit , dies
serenos significabit : si rutila , ventos : nigrescens ,
imbres. Si calrgo orbis nubem incluserit , ventos ,
qua se ruperit : si gemini orbes cinxerint , majorem
tempestatem. Et magis , si trs erunt, aut nigri, inter-
rupti atque distracti. Nascens luna, si cornu superiore
obatrato surget , pluvias decrescens dabit : si inferiore ,
ante plenilunium : si in mdia nigritia illa fuerit , im-
brem in plenilunio. Si plena circa se habebit orbem ,
ex qua parte is maxime splendebit , ex ea ventum os-
tendet. Si in ortu cornua crassiora fuerint, horridam
tempestatem. Si ante quartam. non apparuerit , vento
Favonio fiante, hiemalis toto mense erit. Si sextadecima
vehementius flammea apparuerit , asperas tempestates
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 8g
pluie. Le cinquime jour, si les cornes du croissant sont
mousses, c'est une marque de pluie; si elles sont dresses
et aigus, c'est toujours un signe de vent, mais surtout
le quatrime jour. Si la corne septentrionale est droite
et allonge en pointe , le vent vient du nord ; si c'est la
corne mridionale, le vent souffle du midi; si les deux
cornes sont droites , il y a du vent pendant la nuit. Si
la lune , son quatrime jour , est entoure d'un cercle
rouge , elle pronostique le vent et la pluie.
Passons maintenant aux remarques de Varron. Au
quatrime jour, si la lune a les cornes droites , elle pr-
sage une grande tempte sur mer, moins qu'il n'y ait un
cercle autour du croissant, et que ce cercle ne soit net;
dans ce cas , il n ? y aura pas de mauvais temps avant la
pleine-lune. Si la lune dans son plein parat claire dans
la moiti de son disque , le temps sera beau ; si elle
parat rouge, c'est signe de vent; si elle est noirtre,
c'est signe de pluie. Si l'on voit autour du croissant un
cercle sombre et obscur, il y aura du vent du ct o
il se rompra; s'il y a deux cercles, c'est signe d'un plus
grand orage, et d'un orage plus violent encore s'il y en
a trois , ou si les nues sont noires , spares et dis-
perses. Si la corne suprieure de la nouvelle lune pa-
rat noirtre au lever de l'astre , on aura de la pluie au
dclin ; si c'est la corne infrieure , il pleuvra avant la
pleine-lune; si c'est le centre du croissant, il pleuvra
dans la pleine-lune. Si l'on voit un cercle autour de la
pleine-lune, il viendra du vent du ct o ce cercle pa-
ratra plus brillant. Si au lever de la lune les cornes
sont grosses , c'est une marque d'un violent orage. Si
la lune ne se montre pas avant le quatrime jour, et que
le vent favonien souffle , il y aura du mauvais temps
f)o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
praesagiet. Sunt et ipsius lunae octo articuli, quoties in
angulos solis incidit, plerisque inter eos tantum obser-
vantibus prsagia ejus, hoc est, tertia , septima , un-
decima, quintadecima , nonadecima, vigesimatertia, vi-
gesimaseptima , et interlunium.
A stellis.
LXXX. Tertio loco stellarum observationem esse
oportet. Discurrere eae videntur interdum , ventique
prolinus sequuntur , in quorum parte ita prsagivere.
Cselum quum aequaliter totum ent splendidum , articu-
lis temporum , quos proposuimus , autumnum serenum
praesagibunt, et frigidum. Si ver et stas non sine riguo
aliquo transierint , autumnum serenum et densum ,
minusque ventosum facint. Autumni serenitas ventosam
liiemem facit. Quum repente stellarum fulgor obscura-
tur , et id neque nubilo , neque caligine , pluvia aut
graves denuntiantur tempestates. Si volitare plures stell
videbuntur, quo feruntur albescentes, ventos ex iis par-
tibus nuntiabunt. Aut si cursitabunt , certos : si id in
pluribus partibus fiet , inconstantes ventos effundent.
Si stellarum errantium aliquam orbes incluserint, im-
bres. Sunt in signo Cancri du stell parv, AselU
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. gi
pendant toute la lunaison. Si la lune, au seizime jour,
parat plus enflamme que de coutume , on doit s'at-
tendre a de violens orages. Il y a dans chaque lunaison
huit poques particulires o la lune se rencontre en
certain aspect avec le soleil ; les observateurs n'ont gard
qu'aux prsages tirs dans les intervalles des jours dont
nous parlons : ce sont les troisime , septime , onzime ,
quinzime, dix-neuvime, vingt-troisime, vingt-septime
jours , et celui o elle est en conjonction.
Des toiles.
LXXX. Viennent en troisime lieu. les prsages .tirs
des toiles. On voit quelquefois des toiles courir d'un
endroit l'autre ; c'est signe qu'aussitt aprs il s'l-
vera des vents dans la mme direction. Quand le ciel
est galement brillant et serein partout aux poques que
nous venons d'indiquer, c'est une marque que l'au-
tomne sera beau et froid. Si le printemps et l't sont
un peu pluvieux , l'automne sera beau , il n'y aura pas
de vent, mais des brouillards. Un bel automne prsage
du vent pour l'hiver. Quand les toiles plissent tout
coup, quoiqu'il n'y ait ni brouillards ni nuages, c'est
signe de pluie ou de violens orages. Si l'on voit voler des
toiles suivies d'une trane de lumire, il y aura du
vent dans la mme direction ; si on les voit courir dans
le mme sens , les vents seront constans ; ils seront in-
constans si les toiles voltigent dans des directions di-
verses. Si l'on voit des cercles autour d'une des plantes,
c'est un signe de pluie. Il y a dans la constellation de
l'Ecrevisse deux petites toiles appeles Aselli , entre
lesquelles se trouve comme une petite nue nomme
y C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
appellatae , exiguum inter illas spatium obtinente nubtv
cula , quam Praesepia appellant. Hc quum caelo sereno
apparere desierit, atrox hiems sequitur. Si alteram earum
Aquiloniam caligoabstulit, Auster saevit: si Austrinam,
Aquilo. Arcus quum sunt duplices , pluvias nuntiant :
a pluviis, serenitatem non perinde certam : circuli uovi
circa sidra aliqua, pluviam.
A tonitribus.
LXXXI. Quum sestate vehementius tonuit quam fui-
sit , ventos ex ea parte denuntiat : contra si minus tonuit ,
imbrem. Quum sereno caelo fulgetrae erunt et tonitrua ,
abhiemabit. Atrocissime autem, quum ex omnibus qua-
tuor partibus caeli fulgurabit. Quum ab Aquilone tan-
tum, in posterum diem aquam portendet. Quum a sep-
tentrione , ventum eum. Quum ab Austro , vel Coro ,
aut Favonio , nocte serena fulguraverit, ventum et im-
brem ex iisdem regionibus demonstrabit. Tonitrua ma-
tutina ventum signifcant, imbrem meridiana.
A nubibus.
LXXXII. Nubes quum sereno caelo feruntur, a qua-
cumque parte id fiet, exspectentur venti : si eodem loco
globabunlur , adpropinquante sole discutientur. Et hoc
si ab Aquilone fit , ventos : si ab Austro , imbres por-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 9 3
prsepc ( crche ). Lorsque cette nue ne parat pas, le
ciel tant clair et serein, c'est le prsage d'une violente
tempte. Si l'une de ces deux toiles, la septentrio-
nale , par exemple , est cache par des brouillards ,
on aura le vent du midi ; si c'est la mridionale , le
vent du nord. Quand l'arc-en-ciel est double , c'est signe
de pluie ; s'il se montre aprs la pluie , c'est la marque
d'un beau temps , mais qui ne sera pas de longue dure.
Si l'on voit de nouveaux cercles autour de quelques astres ,
c'est un signe de pluie.
Du tonnerre.
LXXXI. Lorsqu'en t les tonnerres sont plus fr-
quens que les clairs, il y aura des vents du ct qu'il
tonne; si les clairs sont plus frquens que les tonnerres,
il y aura de la pluie. Des clairs et des tonnerres pen-
dant que le ciel est serein, annoncent du mauvais temps;
si les clairs partent des quatre parties du ciel , l'orage
sera terrible ; si elles partent du cot de l'Aquilon , il y
aura de la pluie le lendemain ; si , pendant une nuit
sereine, elles arrivent du cot du midi, du nord- ouest
ou de l'ouest , c'est une marque qu'il y aura du vent
et de la pluie de ces mmes cts. S'il tonne le matin ,
c'est signe de vent; midi, c'est signe de pluie.
Des nues.
LXXXU. Si pendant un ciel serein on voit les nuages
courir dans l'air, n'importe de quelle partie du ciel, on
peut compter qu'il s'lvera des vents dans la mme
direction. Si les nuages se rassemblent dans le mme
endroit , l'approche du soleil les dissipera. Lorsqu'ils
9 4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
tendent. Sole occidente si ex utraque parte ejus clum
ptent, tempestatem significabunt. Vehementius atrae ab
oriente , in noctem aquam minantur : ab occidente , in
posterum diem. Si nubes , ut vellera lanae , spargentur
multae ab oriente, aquam in triduum praesagient. Quum
in cacuminibus montium nubes consident , hiemabit. Si
cacumina pura fient , disserenabit. Nube gravida can-
dicante , quod vocant tempestatem albam , grando im-
minebit. Caelo quamvis sereno, nubecula quamvis parva
flatum procellosum dabit.
A nebulis.
LXXXIII. Nebulae e montibus descendentes, aut caelo
cadentes , vel in vallibus sidentes , serenitatem pro-
mittunt.
Ab ignibus terrestribus.
LXXXIV. Ab his terreni igns proxime significant :
pallidi namque, murmurantesque, tempestatum nuntii
sentiuntur : pluviae etiam in lucernis fungi. Si flexuose
volitet flamma , ventum. Et lumina quum ex sese flam-
mas elidunt, aut vix accenduntur. Item quum in eo
pendentes coacervantur scintilla? : vel quum tollentibus
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 9 5
viennent du nord-est, ils annoncent du vent; et du ct
du midi, de la pluie. Si, pendant le coucher du soleil ,
les nues s'avancent de part et d'autre vers cet astre ,
on est menac d'un orage ; si elles sont trs-noires du
ct du levant, on doit attendre de la pluie pour la
nuit prochaine ; si c'est du couchant , il pleuvra le jour
suivant. Quand les nues sont rpandues du ct du
levant comme des flocons de laine , et qu'elles sont
nombreuses , c'est un prsage de pluie pendant trois
jours de suite. Quand elles s'arrtent sur le sommet
des montagnes , c'est un signe de mauvais temps ; si
ces mmes sommets paraissent dgags de nuages , le
temps sera beau. Quand on aperoit un nuage blanc et
fort charg , appel nuage blanc de tempte , on est me-
nac de la grle. Un trs-petit nuage isol, dans un temps
serein , annonce un vent orageux.
Des brouillards.
LXXXIII. Quand les brouillards descendent des
montagnes, tombent du ciel , ou s'abaissent dans les
valles , ils promettent du beau temps.
Des feux terrestres.
LXXXIV. Passons maintenant aux pronostics tirs du
feu que nous allumons pour notre usage. Quand il est ple
et qu'il fait du bruit, c'est un signe d'orage. Les champi-
gnons au bout des mches de lampes allumes annoncent
de la pluie. Si la flamme est ondoyante , c'est un signe
de vent. Il en est de mme lorsque les lampes s'-
teignent d ? elles-mmes , ou s'allument avec peine ; ou
bien , lorsqu'on y voit un amas de points tincelans qui
96 C. PLINII. HIST. NAT. LIB. XVIII.
ollas carbo adhrescit : aut quum contectus ignis e se
favillam discutit , scintillamve emittit : vel quum cinis
in foco concrescit, et quum carbo vehementer perlucet.
Ab aquis.
LXXXV. Est et aquarum significatio. Mare si tran-
quillum in portu a cursu stabit, et murmura verit intra
se, ventum prdicit. Si identidem, et biemem, et im-
brem. Litora ripasque si resonabunt tranquille, asperam
tempestatem : item maris ipsius tranquillo sonitus ,
spumve disperse, aut aquae bullantes. Pulmones ma-
rini in pelago , plurium dierum hiemem portendunt.
Saepe et silentio intumescit, flatuque altius solito jam
intra se esse ventos fatetur!
Ab ipsis tempestatibus.
LXXXVI. Equidem et montium sonitus, nemorum-
que mugitus prdicunt : et sine aura , quae sentiatur ,
folia ludentia. Lanugo populi , aut spinae , volitans ;
aquisque pluma innatans. Atque etiam in campis tem-
pestatem venturam praecedens suus fragor : caeli quidem
murmur non dubiam habet significationem.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. 97
tiennent les uns aux autres ; quand on trouve des char-
bons attachs aux vases qu'on retire du feu ; quand le
feu qui est couvert carte la cendre chaude ou lance
des tincelles ; quand la cendre du foyer prend une
forme solide ; et, enfin, quand les charbons jettent un
clat trs-vif.
Des eaux.
LXXXV. Les eaux fournissent aussi des pronostics.
Si l mer, aprs une mare, parat calme dans un
port, et que cependant elle fasse entendre un murmure
sourd, c'est du vent qu'elle annonce. Si elle gronde par
intervalle , c'est un signe de gros temps et de pluie.
Si , la mer tant calme, ses rivages retentissent au loin ;
si , dans cet tat de repos , elle fait entendre un bruit
clatant ; si elle cume ou bouillonne , ce sont autant
de signes d'une violente tempte. Quand on voit les
poumons de mer nager sur les eaux , c'est un prsage
de mauvais temps pour plusieurs jours. Souvent la mer
s'enfle extraordinairement , mme dans le calme , et an-
nonce qu'elle va donner issue aux vents qui gonflent
ses eaux.
Des temptes mmes.
LXXXVI. Le mugissement des forts, le bruit qu'on
entend sur les montagnes, sont autant de pronostics.
On en tire aussi des feuilles qui frmissent sans que
l'agitation de l'air soit sensible; de la bourre du peu-
plier ou des chardons qui voltigent dans l'air , ou d'une
plume qui nage sur la surface de l'eau. Quand un orage
vient fondre sur les campagnes, il s'annonce par le bruit
qui le prcde. Quand le ciel gronde, le pronostic n'est
pas quivoque.
xii. 7
98 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
Ab animalibus ; ab aquatilibus ; a volucribus.
LXXXVII. Praesagiunt et animalia. Delphini tran-
quillo mari lascivientes, flatum, ex qua veniunt parte r
item spargentes aquam turbato, tranquillitatem. Loligo
volitans , conch adhaerescentes , echini adfigentes sese ,
aut arena saburrantes, tempestatis signa sunt. Ranae
quoque ultra solitum vocales. Et fulicae matutino clan-
gore. Item mergi , anatesque , pennas rostro purgantes ,
ventum : ceterque aquaticse aves concursantes : grues
in mediterranea festinantes : mergi maria aut stagna
fugientes. Grues silentio per sublime volantes , sereni-
tatem : sic noctua in imbre garrula : at sereno , tempes-
tatem : corvique singultu quodam latrantes, seque con-
cutientes , si continuabunt , ventos : si vero carptim
vocem resorbebunt , ventosum imbrem. Graculi sero a
pabulis recedentes , hiemem. Et albae aves , quum con-
gregabuntur. Et quum terrestres volucres contra aquam
clangores dabunt , perfundentes sese : sed maxime cor-
nix. Hirundo tam juxta aquam volitans, ut penna srcpe
percutiat : quaeque in arboribus habitant , fugitantes in
nidis suis : et anseres continuo clangore intempestivi.
Ardea in mediis arenis tristis.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 9
Des animaux ; des animaux aquatiques ; des oiseaux.
LXXXVII. On tire aussi des prsages des animaux.
Quand les dauphins se jouent sur les flots pendant le
calme , ils annoncent du vent du ct d'o ils viennent;
quand ils rpandent l'eau autour d'eux dans un gros
temps, c'est un signe que la tempte va se calmer. Quand
le calmar bondit sur l'eau , que les coquillages s'attachent
la grve, que les hrissons de mer enfoncent leurs piquaus
dans le sable , ou se lestent avec du gravier , la tempte
est prochaine. Le pronostic est le mme quand les gre-
nouilles coassent plus qu' l'ordinaire , que les foulques
font entendre leurs cris ds le matin , ou qu'on voit les
plongeons et les canards se nettoyer avec le bec , les
autres oiseaux aquatiques courir en troupes , les grues
se retirer rapidement au milieu des terres, les plongeons
fuir la mer et les tangs. Lorsque les grues volent en
silence au haut des airs , c'est une marque de beau
temps. Il en est de mme si la chouette crie pendant la
pluie; si elle crie pendant un temps serein , elle an-
nonce un orage. Lorsque les corbeaux croassent avec
une espce de gloussement en secouant leurs plumes, et
qu'ils continuent de la sorte sans interruption , c'est
signe de vent ; si leurs cris sont entrecoups et inter-
rompus , c'est signe de vent et de pluie tout la fois.
Quand le choucas se retire tard aprs avoir pris sa p-
ture , c'est un pronostic d'orage ; il en est de mme
lorsque les oiseaux blancs se rassemblent en troupes;
que les oiseaux de terre vont crier contre l'eau et en
arrosent leurs plumes , principalement la corneille ; ou
bien encore lorsque les hirondelles rasent de si prs la
surface de l'eau, qu'elles l'effleurent souvent de leurs
7-
C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII.
A quadrupedibus.
LXXXVIII. Nec mirum , aquaticas, aut in totum
vofucres praesagia aeris sentire. Pecora exsultantia, et
indecora lascivia ludentia , eamdem significationem
habent. Et boves caelum olfactantes , seque lambentes
contra pilum. Turpesque porci alienos sibi manipulos
feni lacrantes : segniterque et contra industriam suam
absconditae formicae, vel concursantes, aut ova progeren-
tes. Item vermes terreni erumpentes.
Ab herbis.
LXXXIX. Trifolium quoque inhorrescere , et folia
contra tempestatem subrigere certum est
A cibis,
XC. Necnon et in conviviis mensisque nostris , vasa
quibus esculentum additur, sudorem repositoriis lin-
quentia , diras tempestates praenuntiant.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 101
ailes ; que les oiseaux qui perchent se rfugient dans
leurs nids ; que les oies nous assourdissent de leurs cris ;
ou que le hron parat triste au milieu des sables.
Des quadrupdes.
LXXXVIII. On ne doit pas s'tonner que les oiseaux
aquatiques, et mme tous les oiseaux en gnral, pres-
sentent les changemens de temps ; ces changemens nous
sont aussi indiqus par les bondissemens et les jeux
grossiers des troupeaux ; les bufs semblent flairer le
ciel , et se lchent contre-poil ; le porc fangeux par-
pille le foin qui n'est point destin sa nourriture ;
les fourmis , contre leur naturel , se tiennent oisives et
renfermes dans leur demeure, ou bien elles courent
de ct et d'autre , ou transportent leurs ufs hors de
la fourmilire ; enfin les vers de terre sortent de leurs
trous.
Des herbes.
LXXXIX. Il est certain que le trfle se hrisse et
dresse ses feuilles l'approche de l'orage.
Des alimens.
XC. Enfin, lorsque les plats o l'on sert les viandes
dans les festins ou les repas ordinaires viennent suer,
et que cette sueur reste attache aux plateaux, on doit
s'attendre de violens orages.
NOTES
DU LIVRE DIX-HUITIME.
( DEUXIME PARTIE. )
334. LX , page 6, ligne 11. Sementibus lempora pleriquc
prsumunt , etc. Quoique le mot decedat semble indiquer plutt
le coucher que le lever d'un astre , le pre Hardouin n'en pr-
tend pas moins que l'poque prcise par Pline est celle indique
par Virgile dans ces vers :
An te tibi Eoae Atlantides abscondantur ,
Gnosiaque ardentis decedal Stella Coronae ,
Dbita quam sulcis commutas semina , quamque
Invitae properes anni spem credere terrae.
Georg. , 1 , 221.
L'auteur des Goponiques (il , 12 ) fixe le temps des semailles
au coucher de la Couronne, et non son lever, suivant en cela
l'opinion de Virgile.
335. Ligne i4 Xenophon antequam deus signum dederit , etc.
On lit en effet dans les Economiques , p. 860 : 'Evei kv ykp
/ueTotzaptvbs %pivor sam , iskv ret tov o cLvpci-ot Tp\s rov bv
cL'TroCx'a-ovrtv , ovrre ftp^as rhv yiv tq>n-si etviovs a-irtipeiv.
336. Ligne 1 6. Quum sit vera ratio non prias serendi , etc.
Rien n'est plus incertain que l'indice tir de la chute des feuilles
pour prciser le temps des semailles ; cette poque est plus ou
moins rapproche, en raison de la prcocit des printemps, de la
chaleur des ts , etc. Disons encore que les feuilles des arbres
ne tombent pas toutes la mme poque. Les peupliers perdent
* Toutes les notes des livres xn xxvn inclusivement sont dues
M. Fe.
NOTES DU LIVRE XVIII. io3
leurs feuilles de bonne heure , les chnes les conservent trs-
long-temps , etc.
337. LXI , page 8 , ligne i5. Varro in fab utique satu
hanc observationem custodiri prcepit. C'est au livre I , chap. 34 ,
que Varron donne ce conseil : Fabam optime seri in Vergiliarum
occasu. Nous avons dj dit que le coucher des Pliades rpon-
dait au 1 1 octobre. Dans le nord de l'Europe, on ne fait les semis
de fves qu'au printemps.
338. Ligne 16. AUi plena luna serendam. C'est Palladius
(xil, inNovemb., tit. 1) qui conseille celte pratique supersti-
tieuse.
33g. Ligne 17. Vidant quoque iisdem lun diebus , etc. Cette
influence prtendue de la lune sur l'apptit des limaons est
une fable mise en crdit par Columelle : Vici autem du sationes
sunt. Prima , quant pabuli causa circa quinoctium autumnale seri-
mus , septem ntodios e/'us in unum Jugerum. Secundo , qua sex mo-
dios mense januario, vei etiant serius, jacimus scmini progenerando....
Observandum erit, ne ante quintam et vigesimam lunam terr man-
aetur. Aliter sat fere limacem nocere comperimus {de Re rustica ,
II, 11).
34.0. Page 10, ligne i. Est et alia manifestior ratio, etc.
Les vers de Cicron {de Divinat. , n i5 ), que nous avons cits
livre xv, note 221, sont une traduction presque littrale de
ce passage d'Aratus :
TpintXoa. <T o-%liot x.uitr Tpiwa.i <f i/i
r/oT*i x.ctf'no'io , <pifti i't ti triftctl' ixicrj
'E-titit tpTt
On retrouve la mme croyance exprime dans cette prose de
l'auteur des Goponiques: 'H <T r^vos Tpss KOLpTovs qipet , ko.) si
fiiV <Sy>>T0f KaLpTrOS K&XOS yvtnttt , T0l> TZptTOV <rKOp\v KCthas
KcLpToqopev 0-n^.a.ivsi , o/xoiW <T fer) t>v Hxxav. Nous avons
trait du lentisque au livre XII , note 81. C'est le Pistacia Tere-
binthus de Linn. Il est bien difficile d'appliquer cet arbre ce
que Cicron , Pline et l'auteur des Goponiques en disent dans
les passages que nous avons cits. C'est bien un arbre toujours
io4 NOTES DU LIVRE XVIII.
vert , semper viridis ; mais il n'est pas vrai qu'il donne de triples
produits, et qu'il soit toujours charg de fruits, semper gravata.
Nous verrons plus loin que la scille fournissait les mmes in-
dices aux anciens. Cf. la note 356.
34-I- Page 10 , ligne 7. Ex his unum hoc erit , idem et lino
acpapaveri serendo. Pline a dit un peu plus haut que l'poque vers
laquelle on doit semer le pavot et le lin tait le printemps \Vere
limon , et avenant , et papaver. Cf. la note 327 de ce mme livre.
34- * bis. Ligne g. Ubi eas combusseris, ibi papaver serito. Sil-
eestre , etc. Le coquelicot ( Papaver Rhas ) est encore aujour-
d'hui employ comme un lger sdatif dans quelques affections
de la gorge. Quintus Srnus Samonicus lui accorde les mmes
proprits:
Disce etiain miram ex humili inedicamitK* curam :
Actiaco melli jungas agreste papaver,
Decoctumque simul mandes , mansumque vorabis.
34.2. Ligne 1 1. Visque somnifera etiain sativo. La vertu som-
nifre du pavot cultiv est bien autrement nergique que celle
du coquelicot, puisqu'il fournit l'opium. Cf. sur le pavot cultiv,
Papaver somniferum , L. , le livre XX , note 288.
34.2 bis. LX1I , page 10, ligne i5. Verum ut pariter omnis
cultur , etc. Il est question dans ce chapitre des travaux d'hiver.
C'est dans les crits de Caton et dans ceux de Columelle que
Pline a puis tout ce qu'il dit ici : Per hiemem aquam de agro de-
pellere oportet. In monte fossas incites puras habere oportet Quum
pluere incipiet , familiam cum ferreis surculis exire oportet , et incilia
aperire, aquam diducere in vias , et segetem curare oportet , uti fluat
(Cat. , c. i55).
343. Ligne ai. A kalendis novembris gaUinis ova subponere
nolito, etc. Il rsulte de ce passage que les poules pouvaient couver
toute l'anne en Italie ; dans notre climat, on ne peut donner des
ufs l'incubation que jusqu' la fin de l't , car les petits mour-
raient indubitablement pendant les rigueurs de l'hiver.
343 bis. Page 12 , ligne I. Democritus talem futur am hiemem
arbitratur, etc. L'influence que l'tat du ciel , pendant le premier
.
NOTES DU LIVRE XVIII. io5
jour du solstice d't et du solstice d'hiver, exerce sur toute la dure
d'une saison, est tout--fait suppose; elle a pourtant bon nom-
bre de dfenseurs, et nous pourrions citer une foule de dictons
populaires qui justifient notre assertion. Que de gens instruits ,
d'ailleurs , seraient sans prjugs s'ils ne soutenaient l'influence
de la lune rousse sur l'tat de l'atmosphre, et s'ils n'attendaient
Saint-Mdard pour prdire leurs amis quarante jours de pluie
ou quarante jours de beau temps !
344 Page 12, ligne 3. Circa brumam plerisque bis septem,etc.
VIII kalendas maias, halcyonei dies vocantur : in Atlantico quidem
mari summa tranquillitas notai a est. ( CoLUM. , XI, 2.)
344 fc LXIII, page 12, ligne 16. Reliqua opra nocturna
maxime vigilia constant, etc. Ecoulons Columelle sur les travaux
d'hiver : Sed etiam longis noctibus addiurnum tempus aliyuid adji-
ciendum est; nam multa sunt qu in lucubratione recle aguntur. Sive
enim vineas possidemus , pli et ridic possunt dolari, exacuique
sive palm spartive fecunda est , fiscin , sportceque , seu virgulto-
rum corbes ex vimine ( CoLUM. , XI, 2 ) ; et Virgile :
Et quidam seros hiberni ad humais igns
Pervigilat, ferroque faces inspicat acuto.
Inlerea longum cantu solala laborem ,
Arguto conjux percurrit pectine telas,
Aut dulcis musli Vulcano decoquit humorein
Et foliis undam tepidi despumat aheni.'
Georg., 1,291.
345. LXIV , page i4, ligne 4- Q u0 die Attic et finitimis
regionibus Aquila vesperi occidere traditur. Columelle, au chapitre 2
du livre XI, a fourni tout ce que Pline dit ici touchant le lever et
le coucher des astres dans leurs rapports avec l'agriculture.
345 bis. LXV, page 16, ligne 5. Csar et idus martias fe-
rales sibi adnotant Scorpionis occasu. Il y eut un devin qui lui prdit
et l'avertit long-temps devant (J. Csar) qu'il se donnt bien
de garde du jour des ides de mars , qui est le quinzime , parce
qu'il serait en grand danger de sa personne. Ce jour tant venu ,
il sortit de sa maison pour s'en aller au snat , et , saluant le
io6 NOTES DU LIVRE XVIII.
devin , lui dit en riant : Les ides de mars sont venues ; et que
le devin lui rpondit tout bas : Elles sont venues voirement ,
Csar, mais elles ne sont pas passes. ( Plut. , in Vit. J. Csar.,
trad. d'Amyot. )
346. Page 16, ligne 6. XV vero kalendas aprilis Itali Miloum
ostendi , etc. Ovide nomme cette constellation Milvius :
Stella Lycaoniam vergit declivis ad Arcton
Milvius : haec illa nocte videnda venit.
Quid dederil volucri , si vis cognoscere , caelum ....
Ovid. , Fast. , m , 793.
346 bis. Ligne 18. Post eam diem, inquam, innumera rusticos
cura distringal , etc. Cf. sur les diffrens travaux recommands par
Pline pendant cette poque de l'anne , Varron ( de Re rust. ,
I, 29 et3o), Columelle (XI, 2), Palladius (in Februar., t. 3).
347. Ligne 21. Viles putentur, qua diximus , rations.. .. Pline
a indiqu en effet tous ces travaux au livre XVII , chapitre 35.
Cf. les notes 234 et suiv. Dans rnumration des arbres cits ici ,
on trouve le platane , et pourtant notre auteur n'en a rien dit aux
passages auxquels il renvoie.
348. Page 18, ligne 5. Tum et segetes coneenit purgare, etc. Les
agriculteurs modernes trouveront sans doute plus convenable de
sarcler les bls avant qu'ils soient en pis. Il faut ici se rappeler
que les anciens semaient beaucoup plus clair que nous. Au reste,
Columelle et Palladius sont d'accord ici avec Pline : Triticum et
adoreum, qiatm quatuor fibras habere cperint, hordeum quum quin-
queifaba et ctera legumina, quum quatuor digitis a terra exstiierint,
recte sarrientur ( CoLUM., II , 12 ). Triticum et far sarritur qua-
tuor foliorum : hordeum quinque , etc. ( PALLAD. , II , in Januar. ,
tit. 9 ).
349. Ligne 10. Putationem quinoctio peractam haeto. Cf. sur
la taille de la vigne les notes 353 et suiv., au livre xvil : A kalendis
mardi eximia est vitium putatio , usque in decimum kalendarum apri-
lium , si tamen se gemm nondum moveant ( CoLUM., XI , 12).
35o. Ligne 1 1 . Vine jugerum quatern opra; putant alii-
gantque, etc. Ecoutons Columelle : Jugerum valentis et jam coitsli-
tui vine quatuor operis putatur, sex aUigatur. Arbusto nihil ejus-
modi potes t apie finit i , etc. (de Arbor. , 5 ).
NOTES DU LIVRE XVIII. 107
35 1. Page 18, ligne i5. Terra in futurum proscinditur, Virgilio
maxime auctore , ut glebas sol coquat.
Ergo ge , terras
Pingue solum, primis exlemplo a mensibus anni ,
Fortes invertant tauri, glebasqne jacentes
l'ulvi ruli nt;i coquat maturis solibus aestas.
Georg. , 1 , 63.
35a. Ligne 22. Cato verna opra sic dfinit , etc. Voici ce que
dit Caton (de Re rus t. , 4.0 ) : Per ver kcfieri oportet. Sulcos et
scrobes fieri seminariis . Vitiariis locum verti. Vites propagari. In locis
crassis et humectis ulmos , ficos , poma , oleas seri oportet. Ficos ,
oleas , mala , pira , vites inseri oportet luna silenti post meridiem ,
sine vento austro. Oleas , ficos , pira, mala hoc modo inserito. Quem
ramum insiturus eris , prcidilo, inclinato aliquantum , ut aqua de-
ftuat
353. Page 20, ligne 1. Prata stercorari luna sitiente , qu
rigua non erunt. Cf. le livre XVII , chapitre 8. Voici comment
s'exprime Caton : Prata primo vere stercorato , luna silenti , qu
irrigua non erunt. Ubi Favonius flare cperit , tum prata dfendes :
depurgato , herbasque malas omnes radicitus effodito ficos
interputato , et in vinea ficos succidito alte seminarium facilo ,
et vetera resarcito. Hoc facito antequam vineam defodere incipias.
Pline a dit sitiente. luna , au lieu de silente luna; on croit que
cela signifie le dclin de la lune. Cf. au livre xvi la note 385.
354.. Ligne 5. Itemque piro florente arare incipiat macra are-
nosaque. Cette poque , fixe par la floraison des poiriers , varie
suivant les annes ; pourtant on peut penser que , pour l'Italie,
il s'agit de la fin de fvrier ou du commencement de mars: Dapem
pro bubus piro florente facito. Postea verno arare indpito : ea Iota
primum arato , qu rudecta arenosaque erunt : postea uti quque
gravissima atque aquosissima erunt , iia postremo arato.
355. Ligne 7. Ergo hc aratio has habebit notas , etc. Cf.
sur la triple production de fniit attribue au lentisque, la note 34o
de ce mme livre.
356. Ligne 9. Erit et tertia in bulborum satu , scilla:. Aratus
( Aiorti/usu.) , auquel on doit ce que Pline dit sur le lentisque ,
io8 NOTES DU LIVRE XVIII.
assure que la scille fleurit trois fois, ainsi qu'on peut le voir dans
ces deux vers :
"Outrt iitt s-^iiou ctfTiif iiriJ'pxvTZTO KctfnrZ ,
T&Tfa. x il B-x.'t\h*( TiKfjuisnxi kl&ti Xtux-ff.
Cette assertion est fausse ; aucune liliace ne peut fleurir trois
fois : plusieurs causes physiologiques s'y opposent. Le bulbe qui
a fleuri ne refleurit que l'anne suivante. Pline dit un pt-u plus
loin ; Item in coronamentorum , narcissi : namque et hc ter florenl.
C'est Thophraste qui lui fournit ce fait , tout aussi mal tabli
que celui fourni par la scille. ( Cf. Theoph. , Hist. plant. ,
vil, 12.)
Quant au bulbus , c'est la mme liliace que celle laquelle
Pline a donn l'pithte de minutas au chapitre 7 de ce mme
livre. Cf. la note 5i.
357. Page 20 , ligne i3. Ac non in novissimis caeetur, etc.
Le prjug consacr dans celte phrase n'a t puis chez aucun
auteur connu ; il appartient malheureusement en propre noire
auteur.
358. LXVI , page 20, ligne 19. JEquinoctium vernum a. d.
VIII kalendas aprilis peragi videtur. On remarque dans le texte de
Pline et celui des auteurs anciens qui ont cherch prciser le
lever et le coucherdes astres , plusieurs diffrences dans les po-
ques. Le coucher de la Balance, fix par Pline au sixime jour
avant les ides d'avril, est fix par Columelle(lX, 2) , d'abord au
quatrime, puis au huitime. Ovide fait lever la Chvre le premier
jour des kalendes de mai, et Pline le huitime jour avant les ides
du mme mois :
Ab Jove surgat opiis : prima mihi nocte vklcnda
Stella est in cunas officiosa Jovis.
Nascitur Oleniae signum pluviale Capell :
Illa dati caelum praemia lactis habel.
Ovid. , Fast. , v, 1 1 1 .
Les Pliades se lvent, suivant Pline, le sixime jour des ides de
mai, et Columelle {loco cit.) dit qu'on les voit le jour des noues
seulement. Nous nous bornons signaler ces diffrences.
NOTES DU LIVRE XVIII. io 9
35g. Page 20 , ligne 20. Vergiliarum exortum , etc. Ovide
parle en ces termes des Pliades :
Pleiadas aspicies omnes ; tntumqur sororum
Agmen , ubi ante idus nox cril nna super.
Tum mihi non dnbiis aucloribus incipit restas:
El tepidi fincin tempora veris habent.
F. st., v, 599.
360. Page 22 , ligne 20. In hoc temporis intervallo , etc. \\ est
douteux que les auteurs voulussent, enaccusantles cultivateurs de
ngligence, faire allusion la paresse du coucou, qui va pondre
dans les nids des autres oiseaux, au lieu de se construire un nid
pour lui-mme. Porphyrion explique comme il suit le sens con-
tenu dans cette phrase , et l'explique plus convenablement. Les
paysans que l'on trouve occups la vigne ont coutume d'tre
tourns en ridicule lorsqu'on les y voit travailler hors de saison,
et leurs compagnons contrefont , en les regardant , le chant du
coucou , comme pour leur reprocher de s'occuper encore de
travaux qui doivent tre termins long-temps avant l'arrive de
cet oiseau de passage. Horace a dit dans ce mme sens :
Tnm Prnosiinus saJso multumque flucnli
Expressa arbuslo regeril cotivicia , durus
Vindemiator et invictus , cui spe viator
Cessisset, magna compclhins voce cucullum.
Satyr. 1 , 7 , v. 28.
36 1 . Page 24 , ligne 8. Atque etiam in eodem arvo est signum
illius maturitati, etc. Cf. sur les cicindles et les lampyrides la note ?.
du livre XI. Les modernes donnent le nom de cicindle des co-
loptres trs-carnassiers , orns de couleurs brillantes , et qui
exhalent une odeur agrable lgrement musque lorsqu'on 1rs
saisit -, ils ne brillent pas dans l'obscurit. Les lampyrides , au
contraire, sont doues d'une proprit phosphorescente. Lam-
pjride vient d'un mot grec qui sigjjjfie splendcsco, xa.f*isvptla. On
trouve ce nom dans Elien , dans Aristote et dans Dioscoride.
Les noms latins tendent tous rappeler la phosphorescence de
ces insectes, lucio , luciola, flammides , lucernula , incenduia , nite-
dula. etc.; nous leur donnons en France le nom de vers luisans.
no NOTES DU LIVRE XVIII.
36. LXV1I , page 24. , ligne i4- Jom Vergitias in clo
notabUes caterva fecerat , etc. Pline, dans ce paragraphe , crit avec
chaleur et lgance, se montre pote et philosophe. On se plat
le voir, secouant le joug des prjugs sous lequel il marche
si pniblement , conseiller au laboureur de chercher prs de
lui , et dans les tres anims , des signes pour le diriger dans ses
travaux , et l'engager consacrer au repos les nuits , plutt que
de les passer tudier des astres qui, n'ayant avec notre globe
que des rapports de position , ne peuvent influer ni sur les cul-
tures ni sur les vnemens de la vie : voil ce qu'on aime lire
dans le texte de notre auteur. Ces signes tirs des tres anims,
auxquels Pline ajoute tant de confiance , sont pourtant sujets
tromper celui qui les tudie. Les hirondelles , qu'un vent tem-
pr ramne dans nos climats , y viennent quelquefois prir, et
une foule d'insectes qui naissent seulement dans les chaleurs ,
meurent souvent de froid quelque temps aprs leur naissance.
Les agriculteurs doivent tudier surtout le sol , et se soumettre ,
pour le reste, aux nombreuses anomalies que nous offre la marche
des saisons.
363. Page 26, ligne 8. Dabitur et aliudfinitifrigoris indicium, etc.
Pline (liv. XVI , chap. 4- 1 ) a dclar que le mrier tait le plus
sage des arbres, parce qu'il ne germe que fort tard, ce qui le met
l'abri des geles printanires : Ob id dicta sapientissima arbo-
rum. Cf. la note 222, au livre cit. Passerat s'est empar de cette
ide dans ses posies latines, et il lui a donn quelque extension.
Voici en quels termes il s'exprime :
Sit pudor insanis , morus sapit ; illa doloso
Nil temere crdit Zephyro : nam veris adulli
Jam cerlum exspeclans solem , non germinat ante,
Frigoris infesti quam cuncta recesserit aura :
Tum floretque, viretque simul : longque rependit
Damna morse : atque nna totam se nocle profundit.
Insidias cli ne tune vereare sereni
Amplius. et vasto qu caeca pericula ponto :
Ut bene subductam deducas na-vita pinum,
Sint tibi Vergilise , \ideas qnum germina mori.
NOTES DU LIVRE XVIII. 1 1 1
364- Page 26, ligne 1 1 . Ergo opra, laleas olivarum ponere, etc.
Cf. sur la culture du mrier, la note 260, au livre XVI. Toutes les
rgles de conduite , traces par Pline dans ce paragraphe , sem-
blent avoir t puises chez Varron (de Be rust. , 1 , 3i ). Tertio
intervallo inter Vergiliarum exortum et solstitium hcfieri debent.
Vineas novellas fodere , aut arare , et postea occare dicunt , etc. Cf.
Colum., xi , 2 ; Pallad. , in Maio, tit. 4- ; Cato , c. 4o.
365. Ipsasque oleas interradere , etc. Suivant M. Grard , le
mot interradere ne peut se rendre que par celui de racler. Cette
opration devait consister ratisser la partie du cep l'endroit
o il sort immdiatement de terre. Cette pratique est encore
usite pour l'olivier. Cet arbre pousse , du haut de sa souche ,
de petites racines filamenteuses que l'on met dcouvert quand
on l'a dchauss. Le chevelu se dessche bientt ; on en dgage
la souche en la ratissant avant de la recouvrir de terre : telle est
la manire dont M. Grard explique le mot interradere. Mais
pourquoi ne pas croire que ce mot signifie dchausser, c'est--dire
enlever la terre qui entoure la souche de l'arbre , celle que les
pluies d'hiver ou de printemps ont amasse autour du collet. En
faisant cette opration , il tait possible , au reste , que l'on ra-
tisst le tronc pour le dbarrasser des mousses ou des lichens qui
le recouvraient. Cette double interprtation peut donc tre ad-
mise sans nul inconvnient.
366. Page 28, ligne 16. Utilissimum simulet herb arare, etc.
Les cultivateurs modernes pratiquent quelquefois le labourage dans
les prairies pour les renouveler, et sment dans cette terre nou-
vellement remue les graines des plantes qu'on y trouvait aupa-
ravant. Un pr labour , et ensemenc de nouveau , produit de
l'herbe en plus grande abondance.
367. Ligne 19. Nec primo anno rigari, etc. Columelle fait la
mme recommandation : Nec pecora quidem oportet teneris adhuc et
subsidentibus pratis immittere : sed quoties herba prosiluerit falcibus
desecare. Nam pecudes molli solo infigunt ungulas , atijue interruptas
non sinunt herbarum radies serpere , et condensare. Altero tamen
anno minora pecora post fenisecia permittemus admitli... tertio deinde,
quum pratum solidius ac durius erit , poterit etiam majores reciperc
pecudes (de Re rust., II , 18).
#
lia NOTES DU LIVRE XVIII.
368. Page 3o, ligne i. Herba optima in prato trifolii , etc. Le
trfle ( Trifoium praiense, T.rubens et T.repens) mrite d'occuper
la premire 'place parmi les plantes qui vivent dans nos prairies.
Par le mot gramen, Pline entend parler sans doute de diverses
sortes de gramines, alopecurus , phleum , poa , festuca , etc. C'est
donc ici un terme gnrique. Quant au mimmulus , pessima
herba , ferens siliquas , il n'est gure possible de dire ce que
c'tait. Quelques commentateurs ont prtendu qu'il s'agit des
carex , mauvais fourrage, pouvant tout au plus servir comme
litire ; d'autres , lisant nummuus , ont indiqu la nummulaire ,
Ljsimachia Nummidaria , L., plante trs-commune dans les prai-
ries basses, et qui corrode, dit-on, les lvres des brebis qui la
paissent. Enfin , on a dsign une pdiculaire , le Rhinanthus
Crista galli , qui est fort commun aussi dans les prs. Rien
n'est plus hasard, car il faut une plante siliques ou gousses.
Toutes ces divergences d'opinions montrent de reste l'extrme
difficult qu'il y a de dcider ce qu'on doit entendre par le mot
mimmulus , ou nummuus.
36g. Ligne 4 Invisa et equisetis est , etc. Cet equisetis des
Latins est Vhippuris des Grecs. Pline l'appelle equisetum au
livre xxvi , chapitre 83. Les espces d' Equisetum ou de prle ,
trouves jusqu'ici dans nos prs , sont Y Equisetum fluviatile , L. ,
Spec. , i5i7 , et V Equisetum palustre, L. , Spec. , i5i6. On ne
les voit gure que dans les prs humides et marcageux ; ce
sont les moins bons ; Pline a grande raison de dire : Invisa et
equisetis est.
370. Ligne 5. Secandi tempus , quum spica deflorescere c
pit f etc. Les prairies taient alors fauches deux fois, en mai et en
septembre ; c'est comme maintenant. Varron place la seconde coupe
entre la Canicule et l'quinoxe d'automne : Quinlo intervallo inter
Caniculam et ccquinoctium autumnale oportet , etc. (i, 33). Nous
nommons le second foin regain, et Columelle lui donne le nom
de cordum : Aluntur autem commodissime repositis ulmeis , yel ex
fraxino frondibus , vel autumnali feno , quod cordum vocatur ; nam
idmollius, et ob hoc jucundius est , quam maturum ( VII , 3 ). Caton
le qualifie de fenum cordum dans cette phrase : Frondem popul-
neam, ulmeam, querneam condito, non peraridam , pabulum ovibus.
NOTES DU LIVRE XVIII. n
Item fenum cordum , sicilimenta de pralo , ea arida condito ( de Re
rustica , 5 ).
370 bis. Page 3o, ligne 7. Cato fenum, inquit, ne sero seces, etc.
Voici comment s'exprime Caton ( c. 53 ) : Fenum , ubi tempus
erii , secato : cavetoque ne sero seces. Priusquam semen malurumfiet,
secato: etquid optimum fenum erit, seorsum condito. Columelle dit
qu'il faut couper le foin avant qu'il ne sche : Fenum autem de-
metitur optime antequam inarescat. Nam et largius percipilur , et
jucundiorem cibum pecudibus prcebet (de Re rust. , il , 19 ). Vairon
s'exprime en termes peu diffrens : Coupez l'herbe la faux , dit
cet auteur, lorsque la chaleur commence la fltrir , et qu'elle
cesse de crotre : Herba quum crescere de s Ut , et cestu arescit , sub-
secari falcibus debel [Y arr. , 1, 4-9)- Les anciens agriculteurs
avaient tous compris qu'en fauchant l'herbe de bonne heure on
augmentait les chances du regain , et que le foin tait meilleur.
37 1. Ligne 9. Noclibus roscidis secari melius. Voici le pr-
cepte donn par Virgile :
Nocte levs stipulai melius, nocle arida prata,
Tondentur : nooiis lenlus non dficit humor.
Georg. , 1 , 289.
372. Ligne 1 1. Fuit hoc quoque majoris impendii apud priores.
Pline parlera plus au long, au chapitre 4 7 du livre xxvi , des
pierres aiguiser ; nous y renvoyons. Toutes les substances mi-
nrales qui peuvent aviver le taillant des instrumens tranchans
sont des pierres aiguiser ; toutefois, celles qui sont plus parti-
culirement en possession de cette dnomination sont les grs
durs grain fin. La France en possde un grand nombre de va-
rits.
373. Ligne 16. Falcium ipsarum duo gnera. Pline ne pat le
ici que des faux couper l'herbe. Les anciens en avaient de toute
espce : pour monder les arbres , arborari ; pour couper les
buissons et les grandes herbes , lumari ; celles avec lesquelles
on dfrichait , rustari ; celles qui servaient aprs la moisson
pour couper le chaume, stramenlari ; celles avec lesquelles on
coupait la vigne ou les saules , viniiori , etc. : Sic alia quorum
nonnulla gnera species habent plures , ut falces. Nam dicuniur ab
xii. 8
ii4 NOTES DU LIVRE XVIII.
eodem scriptore vineaticce opus esse sex , scirpicid v , sUatic V ,
arborari III, et instance X. Varr., de Re rust. , 1 , 11. Cf. Cvr. ,
de Re rust. , c. 10 et 1 1 ; PALLAD., in Januar. , tit. 43 ; Colum. ,
de Re rust. , II , 21 , IV, 25 , XII , 18.
374. Page3o, ligne 16. lialicum brevius , ac vel inter vpres
quoque tractable. Cette faux , plus courte que la faux gauloise, dont
on se servait de la main droite , et qui tait seulement propre
aux lieux embarrasss de buissons , avait sans doute quelques
rapports de forme avec la faux-faucille, usite dans le nord de la
France pour la moisson.
3y5. Ligne 17. Galliarum latifundia ma/oris compendii , etc.
Cette faux gauloise , plus longue que la faux d'Italie , et qui
abattait en peu de temps une grande quantit d'herbe , ne devait
pas diffrer beaucoup de notre faux ordinaire ; du moins ce qu'en
dit Plme prouve qu'on s'en servait de la mme manire.
376.- t ~Page 32, ligne 2. Nisifuerit hoc obsercatum diligenter, etc.
La combustion spontane du foin a lieu sans que le concours du
soleil soit ncessaire ; cet accident arrive fort souvent dans les fenils
o Ton a entass du foin mouill. Ecoutons Columelle: Est aulcm
modus in siccando , ut neque peraridum , neque rursus viride colli-
gatur : alterum , quod omnem succum si amisit, stramenti vicem ob-
tinet : alterum , quod si nimium retinuit , in tabulato putrescit : ac
spe concaluit , ignem crt, et incendium Certe quidquid ad eum
modum , quo dbet , siccatum erit , in metas exstri conoeniet , casque
ipsas in acutissimos vertices exacui. Sic enim commodissime fenum
defenditur a pluviis : qu etiamsi non sint , non alienum tamen est
prdictas metas facere , ut si quis humor kerbis inest , exsudet , ulque
excoquatur in acervis, Propter quod prudentes agricol , quameis jam
llatum tecto , non ante componunt , quam per paucos die s tenuere con-
gestum, in se concoqui et defervescere pauntur ( COLUM. , II , ig).
On doit admirer la sagesse de toutes les pratiques recommandes
par les anciens. Ils mettaient tout leur foin en bottes, et l'exp-
rience a prouv que c'est la meilleure manire de le conser-
ver ; aussi beaucoup d'conomistes qui entendent leurs intrts
procdent-ils ainsi. Nous ferons remarquer en passant que la
botte de foin tait autrefois d'environ quatre livres , quaterna
pondo; le poids lgal d'une botte de foin est aujourd'hui de cinq.
NOTES DU LIVRE XVIII. n5
377. Page 32 , ligne 5. Interamn in Umbriaquater anno se-
cantar, etc. Pareille chose arrive encore dans quelques parties de
la France.
378. Ligne 7. Et postea in ipso pabuo non minus molument
est, quant afeno. Pralum minimi sumptus egens , per ontnes annos
prbet reditum : neque eum simplicem; quum etiam in pabulo non
minus reddat , quant infeno. ( CoLUM. , de Re rusl. , II , 17.)
37g. LXVIII , page 32 , ligne 1?.. Solstitium peragiin octava
parte Cancri , etc. Pline a prcis l'poque du solstice au chap. 5g
de ce mme livre.
38o. Page 34, ligne 1. Quant ob rem eas manibus ipsis agrico-
larum ingessit, etc. Cf. le chapitre 36 du livre xvi, et les notes igi
et ig3, o nous avons combattu ce prjug, fort rpandu chez
les crivains rustiques. Varron (1, 4-6) en parle en ces termes :
Propter ejusmodi res admiranda discrimina sunt naturalia , quod ex
quibusdam foliis propter eorum versuram , quod sit anni tempus dici
possit, ut olea, elpopulus alba, et salix. Horum enintfolia, quum con-
verterunt se , solstitium dicitur fuisse. Aulu-Gelle dit aussi quelque
chose touchant ce prtendu phnomne : Vulgo et scriptum et cre-
ditunt est , folia olearum arborum bruntali et solstitiali die converti :
et quer. pars eorum fuerat inferior , atque occultior , eam supra fieri
atque exponi ad ocuos , et ad soient , quod nobis quoque semel atque
iterum experiri volenlibus ita esse prope modum visum est ( AuLU-
Gell. , IX , 7 ). Le scholiaste de Nicandre ( in Ther. , 32 ) a dit
aussi : 'H xala rk yXAVKct rav <pvxxa>v oivco g^e< ec Qpovs pq.- Ta,
T jucivec , yjifimos. Il est bien tonnant qu'un fait aussi vi-
demment faux , et dont la fausset est si facile dmontrer , ait
trouv un aussi grand nombre de gens crdules.
38 1. Page 36, ligne 11. Sentiunt id maria, et terra:, etc. C'est
au chapitre 4-0 du livre II, et au chapitre 25 du livre IX, que Pline
a parl de l'influence des jours caniculaires. On a dit et imprim
qu' l'poque de la Canicule , c'est--dire lorsque Procyon se
lve avec le soleil ou Mars , ce qui a lieu vers le 16 de juillet,
la mer bouillonne, le vin tourne, les chiens deviennent enrags,
les animaux prouvent de l'abattement , les fivres continues et
de mauvais caractres se dclarent, etc.; ce sont de vritables
8.
n6 NOTES DU LIVRE XVIII.
Io lies. Toutefois, c'est du moins cette poque que les chaleurs
sont les plus fortes ; et il rsulte de cette lvation de tempra-
ture quelques phnomnes inaccoutums , qui peuvent exercer
une influence plus ou moins marque sur les tres vivans. On
croit encore maintenant , dans quelques-unes de nos provinces,
aux* phnomnes de la Canicule. Gemmius (c. i4, p. 58) et le
pre Petau ( Uran. var. dissert. , 1. Il, c. 10) ont dissert lon-
guement sur l'influence caniculaire. Le pote Horace en a parl
dans quelques-unes de ses posies:
Jam Procyon furit ,
Et Stella ve^ani Le onis ,
Sole dies referento siccos.
Lib. m, Ol. 29, v. 18.
C nem illum
Invisum agricolis si 1 ns.
Satyr. , 1 , 7 , v. a5.
Le pote Manilius en a dit aussi quelque chose :
Subsequilur rapido contenta Canicnla curso ,
Quo nullurn terris violenlius ailvenit astrum;
Nec gravius cedit
1, v. 338.
Pline attribuera plus loin la Canicule la bruine qui brle la
vigne : Decretorio mis sidre illo , quod Caniculam appellavimus
( mme chapitre )
38-2. Page 36 , ligne i4- XIII kaendas augusti Mgypio Aquila
occidit matutino, elesiar unique, etc. Tertio kaendas augustas Arpj.Ua
occidit : tempestatem significat. ( CoLUM. , XI , 2.)
383. Ligne 17. III kaendas regia in pectore Leonis stlla ma-
tutino Cas sari emergit. Quarto kaendas augusti, Leonis in pectore
clar stell exoriuntur, interdum tempestatem significat. (CoLUM.,
loco cit.)
384- Ligne 19. \'III idus augusti Arcturus mdius occidit, etc.
vu idus augusti Arcturus occidit mdius : nebulosus stus , pridie
idus augusti, Fidis occidit mane , et autumnus incipit. ( COLUM. ,
loco cit. )
385. Page 38, ligne 8. Ferunt Democritum, qui primas iniel-
lexil , etc. Pline seul attribue Dmocrite cette prvision qui lui
fit croire une grande abondance d'olives pour l'annesui vante.
NOTES DU LIVRE XVIII. n 7
Cicron ( de Doinat. , il , 201 ) , Aristote {Polit. , I , 7 ) ,
Diogne La'rce {Fie de Thaes ) en font honneur au philosophe
Thaes, ce qui, au reste, ne tire pas consquence. Cette anec-
dote merveilleuse doit prendre place parmi les faits hasards dont
fourmillent les crits des anciens. Nanmoins un cultivateur exerc
peut tirer de l'aspect des bourgeons et de leur nombre, des in-
ductions plus ou moins justes sur la rcolte prochaine.
386. Page 38 , ligne 18. Hoc poslea Sextius e Romanis sa-
pienti adsectatoribus Aihenis fecit eadem ratione , etc. Sexlium
ecce quum maxime lego, virum acrem , Grcis yerbis , Romanis mo-
ribus , philos ophantem , etc. ( SenEC. , Ep. 5g. )
387. Ligne 22. Plerique dixere rorem inustum sole acri , etc.
On a pendant trs-long-temps attribu la rouille (mbigo) aux
brouillards , et nagure encore on expliquait de cette manire
toutes les maladies des feuilles. Ce fut vers la dernire moiti du
sicle pass seulement qu'on reconnut dans les taches qui couvrent
les feuilles , des amas plus ou moins serrs de petites produc-
tions fongueuses , parasites. L'humidit , le dfaut de lumire et
d'air sont les causes qui favorisent le plus le dveloppement de
ces productions. ( Cf. au prsent livre la note z^o.)
388. Page 4? ligne 3. Quoniam ialis injuria non fit nisi inter-
lunio, etc. Thophraste attribue aussi la rouille la lune, paraissant
en outre faire entendre que l'absence de chaleur pendant les nuits
est une des causes secondaires qui la favorisent ; 'H <T' sfVa-iCn,
<rct<Wf>7t)S TtS' OVeTp <T <rtt.-TzfbV CLVZV f/MOTMTOf KXOTpictr JUA~
hta-lx II pv<rtCovTd.i <rrtos Tcit <aa.V(rtxw<ns. Aib k< 7MV etMvm
tm Sflt/oTJrn cnveiv tV vvktqs {de Causis, m , 7 ).
38g. LXIX, page 4-2, ligne 11. Duce sunt prccter lunarem, etc.
L'astrologie judiciaire , qui tait fonde sur l'influence que les
astres devaient exercer sur les individus , rgla long-temps les
affaires de la terre. Une foule d'hommes distingus ont t les d-
fenseurs de celte science de mensonge jusque vers la fin du dix-
septime sicle. L'astrologie et l'alchimie sont aujourd'hui con
sidres comme des maladies mentales qui ont atteint quelques
ttes faibles et mal organises ; le temps en a fait lentement jus-
tice. Les astrologues avaient tendu l'influence des astres sur tous
n8 NOTES DU LIVRE XVIII.
les tres vivans ; leur fausse thorie sduisit un grand nombre de
personnes , parce qu'ils semblaient appuyer leurs raisonnemens
sur l'astronomie, science positive, et dont les calculs ont une
exactitude rigoureuse. On attribua , non sans raison , le phno-
mne des mares au phnomne de l'attraction; mais on tendit
l'atmosphre l'action que la lune exerce sur les eaux de la mer :
ds-lors l'apparition plus ou moins frquente des mtores ter-
restres dpendit de cet astre , puis secondairement des autres
plantes , et mme des toiles fixes. La circulation des fluides
dans les plantes , l'acclration ou le retard de la germination ,
la maturation des fruits, etc., tout fut expliqu par ces influences
prtendues, et l'astronomie devint essentiellement lie avec l'agri-
culture. Une foule de prjugs s'tablit ds-lors ; et comme on
croyait entirement , et sans rserve , la vrit des explications
donnes, sans chercher se les expliquer, on resta dans cette
fausse direction ; les bons esprits ngligrent de chercher les
vritables causes des phnomnes clestes et terrestres, et n'o-
srent accuser d'erreur Pline et les anciens auteurs , Grecs ou
Romains ; ainsi chacun, sduit par le ton d'assurance avec lequel
ces vnrables crivains s'taient exprims , se tint pour instruit
suffisamment , et pourtant l'ignorance tait complte.
3qo. Page 4 2 , ligne i5. Est prterea in ccelo, etc. Il en est de
l'influence de la voie lacte comme de celle de tous les corps c-
lestes ; ce prjug est au nombre des prjugs onomatiques (fon-
ds sur le rapport illusoire du nom). Il est peu d'exemples d'nne
plus grossire ignorance. Presque toutes les applicaiions de l'as-
tronomie l'agriculture sont de cette force. Nous ddaignons
de relever tout ce qu'on lit d'absurde dans ce chapitre.
3g I. Page 44 1 ligne i5. Tria namque temporafructibus metue-
lant , etc. Ce nom de Rubigales vient de rubigo , rouille ( Cf. la
note 222), dont on craignait la funeste influence sur les rcoltes:
Paibigalia dicta ab Rubigo. Secundum segetes huic Deo sacrificatur, ne
rubigo occupet segetes ( Var., de Ling. lat., v, p. 1+']). Ces Rubigales
taient clbres le septime jour avant les kalendes de mai ,
c'est--dire le 2 5 d'avril , parce que c'est vers ce temps que la
rouille ou nielle a coutume d'infester les cultures: Rubigalia, dies
festus, septimo halendas maias, quo Rubigo Deo suo, quem putabant
NOTES DU LIVRE XVIII. 119
rubiginem averiere , sacrificaba.nl ( Festus ). On sacrifiait , selon
Ovide, au dieu Robigus ou Rubigus les entrailles d'un chien ou
celles d'une brebis :
Flamen in anliquae lucum Rubiginis ih.it .
Exla canin tlauinis , exta daturus ovis.
Protinus accessi , ritus ne nescius essem ,
Edidit hc Flamen verba, Quirine , luus.
Aspera Rubigo , parcas cerealibus herbis.
Fast. , iv , 907.
Columelle dit qu'on immolait au dieu Rubigo un petit chien
nouvellement n :
Hinc mala Rubigo virides ne torreat hcrbas
Sanguine laclentis catuli placatur, et extis.
De Hortul. , x , 35t .
Varron {de Re rust. , I, 1) invoque au commencement de sou livre
Robigus et Flore, dont la protection prserve les bls et les arbres
de la rouille , et les fait fleurir temps : {invocabo) Quarto
Robigum ac Floram , qubus propitiis , neque rubigo frumenta nique
arbores corrumpit , neque non tempestive fiorent. Itaque public Ro-
bigoferi Robigalia. Cf. sur le Robigo la note 222 , dj cite. Le
diu Robigo avait un temple entour d'un bois, dans la cinquime
rgion de la ville , et un autre temple sur la voie Nomentane ,
hors la porte Capne. Les Rhodiens invoquaient Apollon contre
la rouille des bls , sous le nom de Erythibius , form de pvriCtt,
la rouille ou nielle des crales , etc.
3g2. Page /fi , ligne I. Sed vera causa est , etc. Cf. sur l'in-
fluence prtendue des jours caniculaires, la note 38i. C'est sans
doute cause de cette influence sur l'apparition de la rouille
qu'on sacrifiait au dieu Robigo les entrailles d'un chien, ou mme
un chien nouveau-n ; c'est quoi ont rapport plusieurs passages
cits note 3g 1 , ainsi que les suivans , qui sont moins connus :
Est canis , Icarium dicunt ; quo sidre molo ,
Tosta silit Tellus , praeripiturque seges :
Pro Cane sidereo canis hic imponitur arae ,
Et quare fit , nil nisi nomen habet.
no NOTES DU LIVRE XVIII.
Thura focis vinumque ddit, fibrasque bidenlis
Turpiaque obscenae vidimus exta Canis.
Ovid. , Fast. , iv, g3y.
Rutiler, canes, id est, non procul a rubro colore, immolantur, ul ait
Atteius Capito , canario sacrificio pro frugbus , deprecand sviti
causa sideris Canicul ( FesUS , in Fragm. ) .
3g3. Page 4-6 , ligne 5. Floralia. Les ftes Florales, nommes
aussi Antisthses, duraient six jours , et se terminaient , suivant
Ovide, aux kalendes de mai. C'tait durant ces ftes que les jeux
Floraux taient clbrs. On voit par le texte de Pline que les
Florales avaient pour objet de demander Flore une heureuse
floraison des crales. On sait que dans les temps pluvieux la
fcondation ne pouvant avoir lieu , il y a coulure, c'est--dire
avortement , par empchement de l'mission du pollen. Le re-
tour de ces ftes , qui paraissent avoir t institues en 5io ou
5 16, ne fut rgulier que vers l'an de Rome 58o , la suite d'une
strilit dtermine par une longue srie de printemps froids et
pluvieux. D'abord dcentes et dignes des premiers temps de la
rpublique , ces ftes devinrent plus tard la honte de Rome.
Cf. Varron (1 , 1 ) , Valr-Maxime (il, 108) , Martial , etc.
3g4- Ligne 11. Vinalia. On clbrait les Vinales deux fois
par an; c'est pourquoi Pline emploie l'expression Vinalia prior a.
Cet auteur ne parle que des Vinales d'avril , qui n'avaient pas
pour but de demander la faveur des dieux pour la vigne , mais
de goter les vins et de leur en faire des libations: Calpar, vinuni
novum , quod ex dolio demitur sacrifiai causa antequam gustetur. Jovi
enim prius sua vina libabant , qu appellabant Festa Vinalia
( Festus , in Fragment. ). Varron {de Re rust. , 1 , 1 ) parle des
Vinales, mais il n'en dit que peu de mots dans cet ouvrage. 11
faut consulter cet auteur ailleurs ( de Ling. Lalin. , v, 3), pour
trouver sur les Vinales des renseignemens curieux. C'est un
jour de Jupiter , dit-il , et non de Vnus , et on prend grand
soin de les clbrer dans le Latium. En certains endroits , c'-
taient les prtres mmes qui faisaient les vendanges. Le flamine
diale commence encore la vendange Rome , et donne l'ordre
qu'on la continue ; il sacrifie Jupiter un agneau femelle, etc., etc.
On faisait des libations Jupiter avec le vin nouveau avant de le
NOTES DU LIVRE XVIII. 121
goter. Les Vinales d'aot taient consacres Vnus , et on les
clbrait pour demander aux dieux un temps favorable la ven-
dange. Cf. la note 3g6.
3g5. Page 4-6 , ligne i5. Aliudhoc quatriduum est, etc. Con-
sultez nos vignerons et nos cultivateurs , et vous apprendrez,
par tous les vieux dictons qu'ils transmettent soigneusement
leurs enfans , qu'il est des jours critiques pour la vigne. Le
corps social marche , on ne peut le nier ; mais il laisse derrire
lui une foule de tranards.
3g6. Page 48, ligne 5. Extra has causas sunt Vinalia altra, etc.
Cf. sur les Vinales de septembre , la fin de l'avant-dernire note.
Ces Vinales taient surnommes aussi Rustiques: Rustica Vinalia
appellantur , mense augusto , quatuor decimo kalendas septembres
Jovis dies feslus , quia Latini bellum gerentes adversus Mezentium ,
omnis vini libationem ei deo dedicaverunt : eodem autem die Veneri
iernpla sunt consecrata... quia in ipsius de tutela sunt horti ( FEST.).
397. Page 5o , ligne 1. Prterea tant facile intelligi , etc. 11
est presque superflu de dire que cette assertion est fausse.
3cj8. Ligne 3. Avern parram oriente Sirio, etc. Cf. le livre X ,
au chapitre 4-5 , ou Pline a parl de l'oiseau parra. Quelques
commentateurs pensent que c'est le loriot, Oriolus Galbula, L. ;
d'autres dsignent la msange , Parrus major, L. Horace a dit
un mot de la parra :
Impios parr rrcineniis omen
Ducal
0^.37,1.111.
3g<). LXX , page 5o, ligne 10. Sarmenta, autpalearum acer-
vos , etc. Le moyen propos ici par Pline avait t aussi prconis
par Coumelle {de Arboribus , i3) , en ces termes : Ne rubigo
vineam vexet. Palearum acervos inter ordines vemo tempore po-
sitos habeto in vinea : quumfrigus contra temporis consuetudinem
intellexeris , omnes acervos incendilo : itafumus nebulam et rubigi-
nem removebit. Il ne faut pas compter sur l'efficacit d'une pareille
pratique. On ne connat jusqu'ici aucun moyen vraiment efficace
d'empcher le retour de la rouille. Les agriculteurs ont conseill
de faucher les feuilles des crales frappes de rouille avant
iaa NOTES DU LIVRE XVIII.
qu'elles montent en tige, l'exprience ayant dmontr que celles
qui succdent n'en ont que peu ou point ; de laisser en jachre
les terres qui semblent favoriser ce flau ; de changer l'ordre de
succession des cultures ; enfin , de semer pais ou de forcer les
engrais. Columelle {de Re rust. , il , g ) avait conseill ce der-
nier moyen quand il a dit : Ubi vel uligo vel alia pestis segetem
enecat, ibi columbinum stercus convertit. Cf. l'auteur des Goponiques ,
v, 3i.
4.00. Page 5o , ligne i3. Quidam trs cancros vivos cremari
jubent in arbustis , etc. Cf. Apul. ( in Geoponic. , V, 3i ) sur cette
pratique absurde.
4.01. Ligne i5. Alii siluri carnem hviter uri a yento , etc. L'au-
teur des Goponiques (v, 3i) conseille aussi ce moyen ridicule:
Tivss <T e-ixovpov rbv l%fv. KctTctre/uvre , x.a.iov<ri Ketrk lve/uov,
Kenh tfoLv [/.pos Toy yjapiov rht 'o<r/uhv <notovvres.
f\oi. Ligne 17. Varro auctor est, si Fidicul occasu, etc. S'il
est vrai que Varron a dit cela , ce n'est pas ce qu'il a dit de
mieux.
4o3. Ligne ig. Archibius ad Antiochum Sjri regem scrip-
sit , etc. Cet Archibius n'est connu que par ce passage de Pline ;
ses ouvrages sont perdus , ainsi que sa correspondance avec An-
tiochus : peu de personnes la regretteront.
4.04. LXXI , page 52 , ligne 8. Aream ad messem creta pr-
parare , etc. Caton , dans le chapitre o il donne la composition
d'une aire battre le grain , ne parle pas de l'emploi de la craie :
Aream , ubi frumentum teratur, sic facis. Confodiatur minute terra ,
et amurca bene conspergatur , ut combibat quam plurimum. Ubi bene
comminuta terra fuerit, et amurcam combiberit , cylindro aut pavi~
cula coquato. Ubi coquata erit , neque formicce molest erunt , et
quum pluerit , lectum non erit (deRe rust., 12g). Virgile en conseille
l'emploi :
Area cran primis ingenti sequanda cylindro ,
Et vertenda manu , et creta solidanda tenaci ,
Ne subeant herb, neu pulvere vicia fatiscat.
Georg., 1 , 178.
Il y a donc eu , ainsi que le fait observer Poinsinet, un lapsus
NOTES DU LIVRE XVIII. ia3
memori. Si Pline et t exact, il et crit : Aream ad messem
terra prparare , Caionis sententia , amurca temperata , Virgilii,
operosius creta. Ne peut-on pas croire qu'il y a ici erreur de
copistes ?
4o5. Page 52 , ligne 9. Majore ex parte quant tantum , etc.
Pline est le seul auteur de l'antiquit qui parle de cette manire
de construire l'aire battre le grain. Elle est peut-tre infrieure
celles conseilles par Caton (de Re rust., 91 et i3g), par Palla-
dius ( I , tit. 36 ) , par Columelle ( il , 20) et par Varron ( de
Re rust. , I , 5i ). On plaait l'aire sur des lieux levs , d'o
vient son nom d'ara* (a'er) , pour que les vents pussent facilement
sparer le grain de la balle. On la voulait fort dure et fort unie,
et quelquefois on la couvrait d'un toit en chaume ; cela se pra-
tiquait ainsi chez les Hbreux. En Italie, on levait frquem-
ment prs de l'aire un lieu couvert pour mettre les gerbes
l'abri en cas de pluie ; c'est pourquoi on la nommait nubla-
rium, etc. Les modernes recouvrent leur aire de terre glaise bien
battue et passe au cylindre ; quelquefois on l'enduit de bouse de
vache ou de sang de buf. Dans le midi de la France , on se sert
d'un mlange de terre forte , de paille , et de marc d'olives non
sal , parce que le sel marin contient parfois du muriate de
chaux , qui attire l'humidit de l'air. On voit que tous ces pro-
cds rentrent plus ou moins compltement dans ceux indiqus
par les anciens.
4.06. LXXII, page 5a , ligne i3. Messis ipsius ratio varia.
Rien n'tait plus variable que les moyens employs pour mois-
sonner. Varron (de Re rust. , 1 , 5o ) dcrit trois manires diff-
rentes : celle de l'Ombrie , qui consistait couper le bl la
main raz de terre avec la faucille ; c'est la manire la plus com-
mune en Europe. On sparait ensuite les pis dans le champ
mme , pour procder aprs au battage : Frumenti tria gnera sunt
messionis , unum , ut in Ombria , ubifalce secundum terrant succi-
dunt stramentum ; et manipulum , ut quemque subsecurant , ponunt
in terra. Ubi eos fecerunt multos , iterum eos percensent , ac de sin-
gulis scant inter spicas et stramentum, etc. Une deuxime manire,
suivant le mme auteur , est celle du Picnum , o l'on se sert
i4 NOTES DU LIVRE XVIII.
d'an batiUum , courbe de bois, qui porte son extrmit une pe-
tite scie de fer ; lorsqu'elle a saisi un paquet d'pis, elle le coupe,
et laisse la paille sur pied pour tre scie son tour plus tard :
Altero modo metunt , ut in Piceno , ubi ligneum habent incurvum
baiillum , in quo sit extremo serrulaferrea ; hc quum comprehendit
fasiern spicarum, desecat , etc. , etc. La troisime manire, dit tou-
jours le mme auteur, est suivie surtout dans les environs de
Rome ; elle consiste couper la paille au milieu de sa hauteur,
en saisissant la partie suprieure avec la main gauche l : Tertio
mctitur , ut sue urbe Rama , et loris plerisque , ut stramentum m-
dium subsecent , quoi manu sinisira summum prehendunt ; a quo
medio messem dictam puto. Il n'est pas facile de reconnatre ces
trois procds parmi ceux que dcrit notre auteur; toutefois ,
il est possible de reconnatre la rigueur le dernier mode dans
cette phrase : Stipula: alibi medicc falce prciduntur , atque inter
duos mergites spica distringitur.
4.07. Page 52, ligne i3. GaJliarum latifundiis vatti prgrande \>
dentbus in margine infess, etc. Ce passage de Pline, qui donne une
manire de moissonner particulire la Gaule , serait inintel-
ligible si l'on ne s'aidait d'un passage de Palladius dans lequel
cet auteur s'exprime avec une exactitude plus rigoureuse. Nous
croyons devoir en donner la traduction : <t Dans les plaines de
la Gaule, on met en usage une manire trs-expditive de mois-
sonner. On peut dpouiller un champ trs-tendu en un jour sans
moissonneurs et l'aide d'un seul buf. On se sert cet effet d'une
machine monte snr deux roues ; la partie carre est forme de
planches leves sur les cots , et inclines en dehors vers la
base ; elle est donc plHS large vers le haut que vers le bas. Sur le
devant , la planche est moins leve que des trois autres cts ;
son bord suprieur est arm d'un trs-grand nombre de petites
dents cartes , redresses vers les extrmits , et disposes sur
une seule ligne qui correspond la hauteur des pis. Le der-
rire de cette machine porte deux brancards semblables ceux
d'une litire ; un buf y est attach , et sa tte est place du
* Le mot mes si f x er.draii peut-tre de cet usage de scier la paille par
le milieu , etc.
NOTES DU LIVRE XVIII. 2 5
ct de la machine. Tous les liens et le joug lui-mme sont tour-
ns en sens contraire. Il faut choisir pour celle manuvre un
animal doux , facile conduire, et qui n'aille pas plus -vite qu'on
ne le dsire. Lorsque cette machine est pousse dans les bls sur
pied , les pis , rassembls et eutasss dans la caisse , se s-
parent de la paille , qui reste en arrire. Le conducteur abaisse
ou relve , suivant qu'il en est besoin , cette range de dents;
le bl est coup, et bientt le champ tout entier est moissonn.
C'est surtout dans les plaines et les terres unies , o l'on n'a
pas besoin de paille pour nourrir le btail , que l'emploi de cette
machine peut tre avantageux. Sans doute cette machine op-
rait de la mme manire que la merga , dont les dents , troites
leur extrmit , larges vers le point d'insertion dans le bois ,
taient tranchantes sur les cts. Lorsque la machine tait pous-
se en avant , les dents tant tenues un peu au dessous de la
hauteur des pis, on conoit que les tiges du bl entraient dans
les intervalles laisss entre chaque dent; que les pis, plus gros
que les tiges, devaient tre coups vers leur naissance, et re-
pousss dans la caisse attache l'appareil , au fur et mesure que
de nouveaux pis, sans cesse coups, dounaient lieu des mon-
ceaux considrables, refouls bientt vers la partie de la machine
o se trouvait la caisse , qui bientt tait remplie. Malgr ce
long passage traduit de Palladius , et les rflexions sur le jeu de
la machine , que nous empruntons Dickson , on ne peut croire
qu'il ft avantageux de l'employer , cause de l'ingalit des
chaumes ; car il devait ncessairement chapper l'instrument un
grand nombre d'pis qui taient perdus pour le cultivateur.
4.08. Page 52 , ligne 17. Stipule alibi medi falce prcidun-
iur , etc. Cet instrument, nomm merges par Pline, est appel
merga par Columelle : Sunl aulem metendi gnera complura: mulli
falcibus verriculatis , atque ils vel rostratis , vel denliculatis , mdium
mlmum scant: mulli mer gis y alii peclinibus spicam ipsam legunt, etc.
Piaule (/ Pnulo, act. v, se. 2 , v. 58) parle de la merga:
Palas vendmdas sibi ail , et mergas datas .
Ut hortiuu fodial , aiqoe ut fromenlum metat.
Ou ne sait trop ce que pouvait tre la merga; elie ne coupait q<ie
126 NOTES DU LIVRE XVIII.
les pis, et la paille restait sur pied. Les commentateurs suppo-
sent que ce mot est driv de mergere , plonger dans l'eau , et qui
s'applique au plongeon des oiseaux aquatiques. Comme cet in-
strument ne recueillait que les pis seulement , il est probable
que son mouvement ressemblait celui d'un oiseau de rivire
qui plonge et reparat avec sa proie. Cette circonstance dispose
penser aussi que la merga tait garnie de fourchettes cartes
leur ouverture , pour recevoir les tiges , et resserres leur
origine, afin d'arrter les pis et de les couper en se relevant.
On la portait en avant , les fourchettes saisissaient les pis qui
y restaient attachs , ou retombaient dans le corps de l'instru-
ment dispos pour les recevoir. Le hatiUum de Varron (ni , 6 )
tait sans doute peu diffrent , car il servait au mme usage.
4.09. Page 52, ligne 18. Alibi ah radie vellunt, etc. On conoit
facilement tout ce que cette mthode a de vicieux. En arrachant
les bls , on prive la terre d'un engrais essentiel , celui qui est
fourni par les chaumes et leurs racines.
^.io. Page 54 , ligne 5. Messis ipsa alibi tribuls in area, etc.
Varron parle de cette double manire de battre les grains : E spicis
in aream excuti grana; quod fit apud alios jumentis junctis, ac tribulo;
idfit e tabula lapidibus autferro exasperata , quo imposito auriga, aut
pondre grandi trahitur jumentis junctis, ut discutiat e spica grana ,
aut ex assibus deniatis cum orbiculis, quod vocant plostrum pniatm.
In eo cuis sedeat , atque agitet , qu trahant , jumenta , ut in His-
pania citeriore , et aliis locis faciunt. Apud alios exteritur grege ju-
mentorum inacto , et ibi agitato perticis , quod ungulis e spica exte-
runtur grana {de Re rust., I, 52 ). Columelle (il , 21 ) s'exprime
en termes peu diffrcns. Ces deux manires de dbarrasser
le grain de l'pi sont encore usites dans quelques parties de
l'Europe. Nous avons vu en Espagne le plostrum pnicum mis
en usage , et les chevaux fouler aux pieds les chaumes sur une
aire semblable celle que les anciens nous ont fait connatre. De
tous les usages de la vie , les plus immuables sont ceux qui se
rapportent l'agriculture. Virgile a trs - lgamment dcrit le
battage des grains l'aide des chevaux :
Saepe eliam car.su quatiunt , et sole fatigant ,
NOTES DU LIVRE XVIII. 127
Quum graviter tonsis getnit area frugibus, il quum
Surgentem ad zephyrum pale jactaniur inanes.
Geor. , ta, i3a.
Il rsulte d'un passage d'Homre , qu'en Grce le battage des
grains s'oprait l'aide de bufs ; du moins compare- t-il les
chevaux d'Achille , foulant aux pieds les armes et les morts ,
des bufs foulant la moisson dans une aire spacieuse.
*flc F on t/ ft5 )3o* po-sva tpvfjtrr&irov ,
TpiCijuevui xp XiuKoy vTJjutVM il kxun'
'Vif/.tytt n xItt' iy'ivoyro j3ov virh <nr'o<r(r ifi/xvx.en'
'Q; iiv 'A^iKKiiot
Iliad. , lib. xx , v. 49^.
4.1 1. Page 54 , ligne 6. Triticum, quo serius metitur, etc. Rien
de tout ceci n'est vrai. Lorsqu'on moissonne tard , on est expos
perdre beaucoup de grain , tant par le dgt que font les oiseaux,
que par suite de l'grenage quand on procde la moisson ou
l'enlvement des gerbes , etc. ; toutefois l'pautre et le seigle
peuvent tre laisss sur pied pendant long-temps sans un grand
inconvnient; il n'en est pas de mme du froment ni de l'avoine.
Au reste, les laboureurs anciens condamnent le prcepte de notre
auteur dans le texte mme, puisqu'on lit plus bas: (Jraculum vero,
biduo clerius messemfacere potius , quambiduo serius. Il est donc
probable qu'ils avaient senti en partie les inconvniens que nous
signalons.
4.12. Ligne 8. Lex aptissima antequam granum indures-
cat , etc. Columelle dit (il, 1 ) : Recrastinari non dbet, sedqua-
liter flaventibus jam salis, antequam ex toto grana indurescant, quum
rulicundum colorent iraxerunt , mes sis facienda est ; ut potius in
area et in acervo , quam in agro , grandes cant frumenta , etc.
4- 3. Ligne 14. Palea plures gentium pro feno utuntur. Disons
un mot des divers usages auxquels les anciens employaient la
paille. Chez les modernes , les chaumes sont coups en mme
temps que les pis ; chez les anciens , ces oprations taient
distinctes : on coupait la paille trente jours environ aprs la
moisson des pis ( Colum. , XI , 1 ). Varron donne cette op-
ration le nom de spicilegium : Messe facta spicilegium venire
oportet , aut domi lgre stipulant : aut si sunt spic rar, et oper
iu8 NOTES DU LIVRE XVIII.
car , composa (de Re rus t. , 1 , 53). L'usage principal de la paille
tait pour la litire des bestiaux ; a son dfaut, on employait les
feuilles d'orme et celles de divers autres arbres. Lzpalea, ou
herbe courte , tait donne au btail , mais on avait soin de la
briser sur l'aire du battage ; de nos jours encore on la fait man-
ger aux bestiaux, surtout en Espagne. On se servait aussi de la
paille pour recouvrir les habitations rurales.
4-1 4- Page 54, ligne i5. Ideo optima e milio, proxima ex hor-
deo, te.Thaer, dans ses Elmens d'agriculture, tablit comme il suit
le terme moyen des parties nutritives contenues dans la paille de
diverses gramines; orge soixante-trois, avoine soixante-un, fro-
ment cinquante, seigle quarante , c'est--dire qu'il faut soixante-
trois parties de paille d'orge pour quivaloir une de grains
d'orge , etc. Bosc classe diffremment les pailles; voici comment
il les numre d'aprs leur degr de bont: froment, avoine ,
orge , seigle et riz. Les modernes sont bien loin de s'accorder
avec les anciens sur le degr de bont du chaume des crales,
puisque les premiers placent en tte la paille de froment, dont
les anciens disaient pessima ex trilco. Cf. Colum. , vi , 3.
4-1 5. Page 56, ligne 4- Sunt qui accendant in areo et stipulas,
magno Virgilii prconio. Virgile a raison de louer cette pratique,
qui est excellente :
Saepe etiain sterilts incendere profuit agros ,
Aique levem stipulam crepitanlibus urere flanunis :
Sive inde occultas vires et pabula lerr
Pinguin concipiunt : sive iilis omne per ignem
Excoquitur -vilium , atque exsudt inutilis humor;
Georg. , 1 , 84
4.16. LXXIll , page 56, ligne 9. Connexa est ratio frumenii
servandi. La conservation des grains a t pour toutes les nations
un objet d'tudes et desoins. Caton donne la recette d'un enduit
qui , s'il fallait l'en croire , prserverait le grain du ravage des
charanons. Palladius dcrit trs-bien les greniers, indique quels
matriaux doivent servir leur construction , etc. Pline est de
tous les auteurs latins celui qui donne le plus de dtails sur ce
sujet. Cf. les notes suivantes.
' I
IVOTES DU LIVRE XVIII. 129
4 !7- Page 56 , ligne g. Horrea operose iripedali crassitu-
dine, etc. Palladius dit la mme chose (i, 19 ) ; seulement, au
lieu de trois pieds d'paisseur, il se contente d'en exiger deux.
4-!8. Ligne 12. Alii ab exorfu lanlum aest'wo , etc. Cf. Vi-
truve ( de Archit. , 1 , i\ )
4-19* Ligne i3. Eaque sine calce construi. Tel n'est point
l'avis de Columelle, qui conseille un mlange de sable, de chaux
et d'amurca : Tum deinde quum exaruit , simili modo pavimenta tes-
tacca , qu pro aqua receperint amurcam mistam calci et arence
Parietes oblinuntur amurca subacto luto , eux pro paleis admis ta sunt
arida oeastri..... (Colum., 1,6). Ainsi donc , la chaux entrait
dans la construction des greniers. Les auteurs qui la pros-
crivaient craignaient sans doute que les murs venant se sal-
ptrer , il n'en rsultt une humidit nuisible la conservation
des grains.
420. Ligne l5. Alibi contra suspendunt granaria lignea co-
lumnis , etc. Varron conseille ce mode de construction : At triti-
cum condi oportet in granaria sublimia , qu perflentur vento ab
exortu , ac septentrionum regione, ad qu nulla aura humida ex pro
pinquis locis adspiret granaria in agro quidam sublimia faciunt ,
ut in Hispania ciieriore, et in Apulia; ita ut non solum a lateribus
per fenestras , sed etiam subtus a solo venfus regelare possit ( de Re
rustica , 1, 57). Cette djlbosition des greniers avait pour but
prjncipal la ventilation des grains. Il y avait encore un avantage
dont ne parlent pas les auteurs , mais qui n'tait gure moins
important , c'tait d'empcher les souris d'y pntrer. En Va-
lais , les granges sont isoles du sol , l'aide de poteaux qui
portent de larges dalles leves deux ou trois pieds de terre ,
et plus larges que les poteaux eux-mmes. Cet isolement a pour
but d'empcher les mulots et les souris d'y pntrer. Ces ani-
maux fort communs partout, et qui fourmillent dans le Va-
lais , s'tabliraient dans les granges , et l , pullulant avec une
incroyable rapidit , y nourriraient , aux dpens du cultivateur,
leurs gnrations affames. ( FE , Vojrage indit dans In Suisse
occidentale. )
421. Ligne 19. Multi ventilari quoque vlant , etc. Columelle
est de cet avis : Sic emunita sola et latera horreorum , ut retidi ,
xii. 9
i3o NOTES DU LIVRE XVIII.
prohibent curculionem : quod genus exitii quum incidit, multi opinan-
tur arceri posse , si exes fruges in horreo ventUntur , et quasi re-
frigerentur. Id aulem falsissimum est : neque enim hoc facto expellun--
tur animalia , sed immiscentur totis acervis : qui si maneant immoti ,
summis tantum partibus infestantur : quoniam infra mensuram palmi
non nascitur curculio {de Re rust. ,1,6). Les charanons ne
paraissent presque jamais la surface des tas de bl , mais ils s'y
renferment indfiniment. Ces animaux causent de grands ravages,
ce qui les a rendus redoutables dans tous les temps et dans tous
les pays. Virgile a parl du dommage qu'ils causent aux grains :
Populatque ingentem farris acervum
Curculio
Georg., i, i85.
Dans une factie intitule Curculio, ou le Parasite, Plautc a fait
dire un de ses personnages , qui demande o il trouvera Cur-
culio :
Ubi nunc Curculionem inveniam ?
In tritico facillime
Vel quingentos curculiones pro uno saxo reperias.
Plaut. , Curcul. , iv, se. 4-
422. Page 56, ligne 21. Columella et Faonium ventum conferre
frumento prcipit , etc. Columelle a dit en effet : At ubi paleis im-
mixta sunt frumenla , vento separentur. Ad eam rem atonius ha-
betur eximius, qui lenis , qualisque stis mensibus perflat (de Re
rustica , II , 21 ).
423. Ligne 23. Sunt qui rubela rana in limine horrei , etc.
Cette pratique ridicule n'a t recueillie que par Pline, le plus
intrpide compilateur de l'antiquit, toujours prt grossir son
livre de toutes les absurdits qui parvenaient son oreille.
4 2 4- Page 58 , ligne 1. Nobis referre phirimum tempestivitas
condendi videbitur , etc. Pline revient des ides plus saines. La
conservation des bls n'est en effet assure qu'autant que les bls
ont t rcolts en temps opportun.
4 2 5. Ligne 5. Bhiturnitatis causa: phtres. Les graines qui
se conservent le mieux sont celles qui ont un prisperme fari-
neux. Les semences huileuses s'altrent assez vite , car l'huile
NOTES DU LIVRE XVIII. i3i
qu'elles renferment se rancit, et ds-lors elles ne peuvent servir
ni l'alimentation ni la germination. Le froment n'est pas, ainsi
que Pline l'assure , revtu de plusieurs enveloppes. Le riz et
l'orge en ont deux , cause de la persistance de la glume. Le
millet n'a qu'une seule enveloppe ; c'est donc tort que Pline
dit : Aut in ipsius grani corio , quum est numerosius , ut milio. Le
ssame ne peut tre conserv que peu de temps avec l'intgrit de
ses proprits. L'amertume du lupin et celle de la gesse ( cicer-
cula ) loigne les insectes , tandis que l'huile ou la fcule les
attire.
4.26. Page 58, ligne 12. Quidam ipsum triticum diuturnitatis
gratia, etc. Cette pratique est dtestable, et disposerait le froment
s'altrer. Les anciens tenaient peu de compte de la saveur dsa-
grable que la lie d'huile communiquait au bl ; nous sommes
plus dlicats, et voulons surtout que les substances alimentaires
conservent l'intgrit d leurs proprits , et la saveur qui leur
est propre.
4.27. Ligne i4-. Alii Chalcidica aut Carica creta, etc. L'emploi
de la craie pour la conservation des bls a des inconvniens plus
graves encore que ceux rsultant de l'emploi de la lie d'huile ; nous
les avons signals (notes 166 , 17g et 182 de ce mme livre).
L'absinthe a une saveur amre nauseuse qui ne permettrait plus
d'employer les grains avec lesquels on la mlerait j au reste, ces
moyens ne pourraient pas empcher les charanons de se multi-
plier. La ventilation et le criblage sont les oprations sur lesquelles
on compte le plus efficacement pour dtruire ces insectes nuisibles.
4.28. Ligne 18. Utilissime tamen servantur in scrobibus , etc.
Vilruve nomme ces sires des cryptes ; Varron en parle fort au
long : At triticum condi oportet in granaria sublimia , qu perflen-
tur quidam granaria habent sub terris , speluncas quas vocant
reipovs , ut in Cappadocia , ac Thracia. Alii , ut in Hispania cite-
riore , puteos , ut in agro Carthaginiensi , ac Oscensi. Horum solum
paleis substernunt ; et curant ne humor, aut aer tangere possit, nisi
quum promitur adusum: quo enim spiritus non penenerit, ibi non ori-
tur curculio ( de Re rust. , l , 5j). Cette manire de conserver les
grains est surtout facile dans les pays chauds. Indpendamment
des peuples cits par les auteurs rustiques , on apprend par di-
9-
*
i3a NOTES DU LIVRE XVIII.
-vers passages des historiens l que les Phrygiens, les Scythes, les
Hyrcaniens , les Perses et les Egyptiens conservaient leurs bls
dans des magasins souterrains. On a cru que ces peuples avaient
pour but unique la longue conservation des grains , mais nous
pensons que c tait aussi pour les soustraire a leurs ennemis
dans les cas d'une brusque invasion. En Espagne, o l'on nomme
ces magasins positos , nous avons pu juger que ces cachettes
ou matamores , ainsi que les appelaient les Maures , n'taient pas
toujours faciles dcouvrir. Beaucoup d'habitans ont , dans la
dernire guerre , sauv de cette manire une quantit de grains
assez considrable. Les vins sont , dans quelques provinces du
mme pays, conservs dans de semblables cachettes. En Ukraine,
en Lithuanie , en Hongrie , on emmagasine le bl comme dans
le midi de l'Europe. La facile conservation du grain dans ces
sires n'a pas t mise hors de doute en France , malgr les
expriences multiplies d'un patriote clair , M. Ternaux , au-
quel on a du la construction de silos ou de matamores. M. Ser-
vires crivait il y a une quarantaine d'annes que l'on dcouvrait
de temps en temps en Hongrie des greniers souterrains remplis,
ce qu'on croit , par l'ordre de Soliman II , en i526 ; le bl y
tait en bon tat. En 1707 , on trouva Metz un magasin de
grains form en i525 ; le pain qu'on fit de ce bl fut trouv
bon , mais peu savoureux. Dans les fouilles d'Herculanum , en
1700 , on dterra des vases pleins de froment qui n'tait pas en-
tirement dsorganis. La longue conservation du grain est donc
suffisamment tablie.
' Britanni spicas in horreis subterraneis reponunt. Diod. Sic, v, p. 209.
Sabinus quum ruri , in Gallia, haberet effossas camras , ubi bona re-
bondi poterant , in specus istas subterraneas descendit. Plut. , Amau ,
11 , 770.
Gcrmani soient et subterraneos specus aperire , eosque multo insuper
fimo onerant, suffugiuin hiemi, et receptaculum frugibus. Tcit. , Ger-
man. , 16.
Syassus vicus Pfarygiae. In hoc vico ainnt Cimmerios in siris reconditas
invenisse myriades tritici, indique eos Iongo tempore sustentatos.STEPH.,
ce Urb. , p. 683.
Syrrhos vocant Barbari ( circa Bactrianam ) quos ita solerter abscon-
dunt , ut nisi qui defoderunt invenire possint. Quint. Curt. , vu. 4
Cf. Vitruv. , II , 1 ; vi , 8.
NOTES DU LIVRE XVIII. i33
29. Page 60, ligne 3. Varro auctor est, sic conditum triticum
durare annis quinquaginta , mlium vero centum Sic conditum
triticum manet vel annos quirujuaginta : milium vero plus annos
centum. ( Varr. , de Re rust , I , 57. ) Cf. la fin de la note pr-
cdente.
43o. Ligne 5. Fabam et legumina in oleariis cadis oblita
cinere , etc. Columelle dit cela des lentilles : Ea , ne curculionbus
absumatur..... in sole siccetur , et radice silphii irita cum aceto as-
pergatur, defriceturque : atque ita rursus in sole siccata , et mox re-
frigerata recondatur , si major est modus , in korreo , si minor , in
vasis oleariis , salsamentariisque , qu repleta confestim gypsata
sunt. Quandocumque in usus prompserimus , intgrant lentem repe-
riemus. Potest tamen etiam citra istam medicationem cineti mixta
commode servari ( de Re rust. , II , 10).
4-3 1. Ligne 1^. Alii qui lentem aceto laserpitiato respergant, etc.
Nous traiterons du laser au livre suivant. Cf. le texte cit de Co-
lumelle (note prcdente) sur le mode de conservation des l-
gumes avec le laser et le vinaigre. #
4-32. LXXIV, page 62, ligne 6. JEgypto et Csari Delphinus
occidens. Columelle dit pareille chose du coucher de cette constel-
lation : Idibus augusti , Delphini occasus tempeslatem significat. XIX
kalend. septembris , ejusdem sideris matutinus occasus tempestatem
significat ( de Re rust. , XI , 2 ).
4-33. Ligne 11. Vindemitor JEgypto nonis exoriiur. Il rsulte
du texte de Columelle que cette constellation se lverait quatre
jours plus tard : VII kalend. septembr. vindemiator exoritur mane ,
et Arcturus incipit occidere : interdum pluvia {de Re rust. , XI, 2 ).
4.34- Ligne 12. Quinto idus septembris , Csari Capella oritur
vesperi. Nous avons dj fait voir (note 358 , mme livre) que
Pline et les auteurs rustiques ne s'accordent pas dans les po-
ques indiques pour le coucher et le lever des astres; nous ajou-
terons que Columelle (ix , 2) , ainsi que Csar, fixent le lever
de l'pi de la Vierge , en Egypte , au quatorzime jour des
kalendes d'octohre ; Pline , au contraire , affirme qu'il parat
le seizime.
i34 NOTES DU LIVRE XVIII.
4-35. Page 62 , ligne i3. Arciurus vero mdius pridie idus, etc.
Ce prjug astronomique tait connu de Plaute:
Iocrepui hybernum , et fluctus movi marinos:
Nain Arcturus signum sum omnium acerrimum :
Vehemens sum exoriens ; quum occido , vehementior.
Plaut. , in Rudent. prol. , v. 69.
4-36. Ligne 23. Deinde consentiunt (qitod est rarum)
Conon. Ce Conon , rang par Pline au rang des astronomes , a
t mentionn par Virgile et par Properce, ainsi qu'il rsulte des
passages suivait* :
Lenla quibus torno facili superaddita vitis
Diffusos hedera veslit pallente corymbos.
In medio duo signa , Conon
Virg. , Ed. , ni , v. 38.
Me crt Archylae soboles Babylonius Orops.
Horon , et proavo ducta Conone domus.
Propert., Eleg., iv, 1.
4.37. Page 64., ligne i4-- In his iemporum^inlernallis opra rus
tica, etc. Pline a fix l'poque pendant laquelle on doit semer les
raves, entre les ftes de Neptune et celles de Vulcain : Inter duorum
numinum dies festos , Neptuni ac Vulcani. Cf. le chapitre 34 de ce
mme livre.
4-38. Ligne ai; Si dec/escente luna prparetur , etc. Les an-
ciens soutenaient que les bois rcemment coups , ou les plantes
cueillies pendant le dclin de la lune , duraient bien plus long-
temps que ceux cueillis ou coups une autre poque et dans
des circonstances contraires.
4-3g. Page 66 , ligne 4- Uvam calidam ne legito , hoc est , etc.
Cette pratique est contraire aux usages suivis par les modernes ,
qui entendent bien mieux que les anciens l'art de faire les vins.
Caton {de Re rust. , c. 112 ) dit de laisser le raisin sur le cep
quand on veut faire du vin de Coos , puis de le cueillir quand
il aura plu et qu'il sera sch : Uvas relinquito in vinea, sinito ut
bene coquantur : et ubi pluerit et siccaverit , tum deligito , etc. , etc. Il
y a dans ce paragraphe d'autres erreurs que nous ngligeons
dessein de relever ; telle est celle ayant rapport aux signes qui
'//
NOTES DU LIVRE XVIII. i35
font reconnatre que le raisin est mr, et cette assertion singu-
lire, qui Veut que ce fruit soit fourni d'une plus grande quan-
tit de grains quand on le cueille dans le croissant de la lune que
dans le dcours.
44- Page 66, ligne 1 1. Pressura una culeos XX implere dbet.
Le culeus tait une mesure de capacit dont nous donnerons tout-
-I'heure l'exacte valeur. Par lacus, il faut entendre une cuve. Le
culeus tait la mme chose que le dolium; il contenait environ six
cent vingt pintes de Paris , et valait , en mesure romaine ,
20 amphores ,
ou 4 urnes, ou 1920 hmines,
ou 160 congs
ou 960 sextarius ,
ou 384o quartarius ,
ou 7680 actabules.
44 * Ligne i4- Prmuni aliqui singulis (torculum), utilius Unis.
Vitruve (vi , 9) donne comme il suit les dimensions du torculum
ou pressoir : Ipsum autem torcular si non cocleis torquetur , sed
veclibus et prelo premitur; ne minus longum pedes quadraginta con-
stiluatur. lia enim erit vectiario spatium expedilum. Latitudo ejus
ne minus pedum senum denum , nam sic erit ad plnum opus fa-
cieniibus libra versatio et expedila. Si autem duobus prelis loco opus
fueri' , quatuor et viginti pedes lalitudini dentur. On trouve crit
dans les auteurs, tantt torcular ou torcularium, et tantt torculum.
Cet instrument est dcrit fort au long dans les auteurs ; il tait
loin d'galer nos pressoirs en simplicit et en solidit. Le torcu-
lum dont parle Pline se rapproche pourtant assez des pressoirs
vin, tels qu'on les faisait il y a cinquante ans.
44 2 - Page 68, ligne 1. Hoc et poma colligendi tempus , etc. Ce
paragraphe renferme une foule de prjugs : cuire le raisin pendant
la nuit, si la lune est en conjonction avec le soleil, et pendant
le jour si cet astre est dans son plein ; n'cumer ce raisin qu'avec
un rameau de feuilles , parce que le bois lui communiquerait
aussitt une saveur de brl ou de fume " , sont des pratiques
ridicules auxquelles il ne faut pas s'arrter.
' Aut dulcis musti Vulcano decoqait humorem ,
Et foliis ii!k1:iiii trepidi despumat aluni
Georg. , 1 , ag5.
1 36 NOTES DU LIVRE XVIII.
4.43. Page 68, ligne 17. Reliqua de vinis affatim dicta sunt. Cf.
sur la vigne et la fabrication des vins , les notes 254 et suiv. , au
livre xiv.
444- Page 70, ligne 1. Olivam esse rapiendam, etc. sur
le mode d'extraction de l'huile , la note 7 , livre XV.
44^- LXXV, page 70 , ligne 6. Namque Virgilius etiam in
numros lun digerenda qudam putavit, etc. Pline croit tre dans
la saine voie en bornant l'influence de la lune sur les plantes ,
deux priodes, celle du renouvellement et celle du dcroissement
de cet astre. Nous avons dit plusieurs fois que les modernes
niaient avec raison que la lune et de l'influence sur la vgtation ;
voici, au reste, les prceptes donns par Virgile, Georg., I, 276 :
Ipsa dies alios alio ddit ordine luna
Felices operum. Quintam fuge : pallidus Orcus ,
Eumenidesque sat : tuin partu Terra nefando
Cumque Japetiimque crt, saevumque Typha ,
Et conjuratos clum rcscindere fratres.
Ter suut conati imponere Pelio Ossam
Scilicet , atque Oss frondosum involvere Olyrnpum ;
Ter pater exstruclos disjecit fulmine montes.
Seplima post decimam felix , et ponere vtes;
Et prensos domitare boves , et licia telse
Addere : nona fugse melior, contraria furlis.
446. Ligne 10. Omnia qu cduntur, etc. Il doit nous suffire
d'avoir combattu le principe admis par Pline et les anciens , rela-
tivement l'influence de la lune, pour nous croire dispenss de
rfuter notre auteur dans chacun des faits qu'il numre dans
ce chapitre. Cf. les notes 3go , 44 2 et 445 de ce mme livre ,
et les notes 5-8 , 166 et 3o4 , au livre xvil.
447- Ligne 20. Item materias cdi , etc. Cf. au livre XVI ,
les notes 382 et suiv.
448. LXXVI , page 74 1 ligne 2. Ventorum paulo scrupulo-
sior. Beaucoup des choses qu'on lit dans ce chapitre ont t com-
piles par Pline chez les auteurs qui l'ont prcd , surtout chez
Aristote ( de Mundo ,3).
44q> Ligne 3. Hora diei sexla. Cette sixime heure rpond
notre douzime heure du jour, ou midi.
NOTES DU LIVRE XVIII. 137
4.5o. Page 74 , ligne 6. Qui ita limes per agrum currit , carda
appllatur. Par cardo, on doit entendre un chemin , un sentier, un
foss qui conduisait du midi au nord. Hygin fait driver ce mot
de a cardine mundi, parce que la direction tait la mme que
celle de l'axe du globe.
45 1. Page 76, ligne 1. Hune oliveli metator Vergiliarum qua
triduo , etc. Cf. au livre xvil , les notes 187 et suivantes.
4-52. Ligne 7. Quum cestate pasces , etc. Voici ce que Co-
lumelle a dit sur le mme sujet: Hieme et vere, matutinis tempo-
ribus intra septa contineantur, dum dies arvis gelicidia detrhat : nam
pruinosa Us diebus herba pecudi gravedinem crt , ventremque pro-
luit ( COLUM. , de Re rust. , VII , 3 ).
4.53. Ligne il. Qui feminas concipi voles , etc. Aristote , le
grave Aristote, gnie universel qui porta son influence jusque
dans des temps peu loigns de nous , a dit que le vent du nord-
ouest faisait engendrer des mles aux brebis. Rappelons-nous que
les anciens croyaient que les cavales d'Andalousie concevaient par
la seule entremise du zpbyr.
454- LXXVII , page 76, ligne 17. Et limes qui ita secbit
agrum, decumanus vocabitur. Ces limites dcumanes taient celles
qui couraient de l'est l'ouest. On nommait decumani les fermiers
du dixime impos sur les terres labourables. Cicron en parle
souvent dans les Verrines.
455. LXXVIII , page 82 , ligne 18. Transire convertit ad
reliqua iempestalum prsagia, etc. Les pronostics (prsagia) sont
les signes tirs de l'atmosphre, des corps terrestres, des animaux
et des vgtaux , au moyen desquels on peut prvoir les chan-
gemens de temps. L'art des pronostics est fond sur des faits
dont l'explication n'est pas toujours facile , mais auxquels le
temps a donn une sanction qui en fait regarder un grand nombre
comme infaillibles. Le grand agent de toutes les vicissitudes at-
mosphriques est l'lectricit. C'est ce fluide qui modifie le sys-
tme nerveux chez les animaux , et qui augmente ou diminue
l'irritabilit dans les vgtaux ; par lui les fluides circulent avec
une rapidit plus ou moins grande. Il teint ou ranime l'exci-
i38 NOTES DU LIVRE XVIII.
tation, et produit une foule de phnomnes qui, pour tre dif-
ficiles expliquer , n'en existent pas moins. A cette cause pre-
mire il conviendrait d'en adjoindre d'autres ; telle est l'action
du soleil , celle des vents , etc. On pourrait donc, la rigueur,
peser tous les pronostics, et faire apprcier le degr de confiance
qu'ils peuvent inspirer. Un pareil travail serait ici dplac ; nous
ne l'entreprendrons donc pas. Aratus , mdecin grec qui vivait il
y a plus de deux mille ans, est, comme chacun sait, auteur d'un
long pome sur les pronostics ; il renferme peu d'erreurs. Pline
a d connatre cet ouvrage ; il ne le cite pourtant pas dans ce
chapitre , et l'on peut s'en tonner. Avinus , pote latin qui
vivait sous l'empereur Thodose l'Ancien , a traduit Aratus en
vers latins , en y faisant quelques additions. Les pronostics fai-
saient partie de la religion paenne ; c'tait en quelque sorte la
science des augures , rduite ce qu'elle avait de plus positif;
mais on doit s'attendre trouver chez les anciens une foule d'as-
sertions mensongres dont le temps a fait justice ; disons mme
que , chez les modernes , les pronostics offrent des anomalies
nombreuses , et non encore expliques. On ne doit donc tudier
cet art qu'avec rserve , et n'en firfc que de rares applications
aux procds d'agriculture.
Virgile , cit par Pline , a consacr un bon nombre de vers
aux pronostics. Le passage des Gorgiques auquel notre auteur
fait allusion, est celui du livre I er , o l'on trouve cet admirable
tableau d'un de ces orages qui trop souvent dtruisent en un
jour l'espoir d'une rcolte :
Saepe ego , quum flavis messorem induceret arvis
Agricola , et fragili jam slriogeret hordea culmo ,
Omnia venlorum concnrrere prlia vidi ,
Quae gravidam late segetem ab radicibus imis
Sublime expulsam eruerent : ita turbine nigro
Ferret hiems culmumque levem, stipulasque volantes.
Saepe etiam immensum caelo venit agmen aquarum .
Et fdain glomerant tempestatem imbribus atris
Collectae ex alto nubes : mit ard.ius aether ,
Et pluvia ingenti sata laeta , boumque labores
PUuit
Georg. , 1 , 3i6.
NOTES DU LIVRE XVIII. i3 9
C'est Aratus, Thophraste, Snque et Virgile que notre
auteur doit la plus grande partie du texte de ce chapitre ; la suite
de nos notes en donnera la preuve.
4-56. Page 82, ligne 22. Tradunt eumdem Democritum, etc. Ce
trait de sagesse est rapport par Diogne Larce (in Vit. Democr.).
Nous avons lu dans un ouvrage d'agriculture quelque chose de
semblable au fait cit par Pline. Un laboureur o-ccup de la mois-
son la fit tout coup suspendre , et rpondit un curieux qui
lui demandait compte de cette soudaine inaction , que la terre
suait , et qu'une grande pluie allait tomber , ce qui arriva. Les
paysans connaissent la science des pronostics mieux peut-tre
que les plus savans physiciens et que les philosophes les plus
clairs.
457. Page 84 , ligne 7. Primumque a sole capiemus prsa-
gia , etc. Cf. Thophraste, de Sign. plue, et vent. , p. 128.
4-58. Ligne 9. Si et occidit pridie serenus , etc. Cf. Tho-
phraste , loco cit. , note prcdente*
45g. Ligne 10. Concavus oriens pluvias prdicil.
Iie ubi nascenlem maculis variaverit orlum
Conditus in mibem , medioque refugerit orbe ,
Suspecti tibi sint imbres : namque urget ab all
Arboribusque satisque Notus , pecorique sinister.
Georg. , 1 , 44 1 --
Cf. Thophraste , de Sign. plue, et vent. , p. 118, o l'on trouve
le mme prcepte.
46o. Ligne 11. Idem ventes, quum ante exorieniem eum nubes
rubescunt , etc. Ceci est emprunt d' Aratus :
Ignea si fulgor prcurrit plurimus ora ,
Flamina crebra salis quatiunt -vada , etc.
Arat., trad. par Avienus, p. 69.
Ces pronostics semblent ici d'accord avec l'exprience.
46i. Ligne i3. Quum orientis atque occidentis radiirubent, etc.
THEOPH. , loco cit., p. ni.
462. Ligne i4 Sicirca occidentem rubescunt nubes , etc. Ecou-
tons Aratus :
Sed non ora cavo similis , medioque recedens
Orbe quasi , vel si radios discingitur ultro r
Mo NOTES DU LIVRE XVIII.
Figat ut australem porrecto sidre parlent
Ac bureau rigidi jaculelur luminis ign ,
Et vcnto et pluviis rcparata Juce carebit.
Arat. , trad. par Avien. , p. 69.
Tout ceci est assez rationnel, et semble confirm par l'exprience.
4-63. Page 84, ligne 18. Si in ortu aut in occasu contracti cer-
neniur radii, imbrem. Cf. Aratus, loco cil. La plupart des pronostics
donns dans la suite de ce paragraphe sont assez exacts. Il en
est plusieurs de particuliers Pline , ou du moins que l'on ne
trouve pas mentionns dans Aratus.
4.64.. LXXIX, page 86, ligne ig. Proxima sint jure lun
prsagia , etc. Les anciens croyaient que le changement de lune
influait beaucoup sur l'atmosphre ; cette croyance est loin d'tre
teinte , et des personnes de toute classe et de toute condition
attendent avec une grande impatience, lorsque le temps est mau-
vais , la nouvelle lune , qii devra rendre au ciel sa srnit.
M. Arago s'est efforc de combatre ce prjug , et ses efforts ont
t rcompenss de quelque succs. Virgile tirait de la lune les
mmes pronostics que Pline :
At si virgineum suffuderit ore ruborein ,
Ventus erit: vento semper rubet aurea Phbe.
Sin orlu in quarto ( namque is certissimus auctw )
Pura, nec obtusis per caelum cornibus ibit,
Totus et ille dies , et qui nascenlur ab il!o ,
Exactum ad mensern , pluvia ventisque carebunl :
Votaque servati solvent in litore nautsc
Glauco, etPanopcae, et Inoo Melicert.
Georg. , 1 , 43o.
4-65. Ligne 22. Sinigra, pluvias porlendere credilur , etc. Ce
pronostic parat emprunt Virgile :
Luna reverlentes quum primum colligit igns,
Si nigrum obscuro comprenderil ara cornu ,
Maximus agricolis pelagoque parabitur irnber.
Georg. , i , 427.
On trouve bien des purilits dans la suite de ce paragraphe, et
nous ngligeons dessein de les relever.
NOTES DU LIVRE XVIII. 14 *
466. LXXX, page 90, ligne 7. Tertio loco slellarum obser-
vationem esse oporlet , etc. Les anciens croyaient que les corps"
lumineux qui filent dans le ciel, et qui le parcourent dans toutes
les directions en dcrivant une courbe plus ou moins pronon-
ce , taient de vritables toiles. On sait aujourd'hui quoi s'en
tenir sur ce phnomne ; on l'attribue au gaz hydrosulfur, en-
flamm , dans les rgions suprieures de l'air , par une tincelle
lectrique ; d'autres le considrent comme analogue aux feux-
follets , etc. Ce phnomne est plus frquent dans le midi que
dans le nord.
467. Ligne 12. Si ver et stas non sine riguo liquo transie-
rint, etc. Ceci est en gnral justifi par l'exprience. Thophraste
{de Sign. pluv. et ventor.) s'exprime dans les mmes termes.
4.68. Ligne 1 5. Quum repente stellrum fulgor obscuratur, etc.
Ceci est conforme l'observation et fond en raison. On con-
oit que l'affaiblissement de la lumire des toiles annonce qu'il
y a entre elles et nous une quantit plus ou moins grande de va-
peurs aqueuses , dont la prsence rvle un mouvement dans
l'atmosphre.
469. Ligne 17. Si volitare pluies stell videbuntur, etc. Cf. la
note 4-66 , sur la nature de ces toiles tombantes. L'erreur de
Pline ce sujet tait celle de son sicle. Virgile et Snque
pensaient de mme. Cette opinion a t long-temps celle du
vulgaire dans presque toute l'Europe , et le nom franais ,
toiles tombantes , en est une preuve. Snque ( Qust. nat. ,
1, c. 1) croyait que ces prtendues toiles taient entre la lune
et la terre : Argumenium tempestatis naut putant , quum multcr
transvolant stell : quod si signum veniorum est , ibi est , ubi venti
sunt , id est , in are, qui mdius , inter lunam et terram est. Vir-
gile a signal le phnomne sans chercher quelles causes le pro-
duisent :
Spe etiam stcllas , vente- impendente , videbis
Prcipites clo labi , noctisque per timbras
Flammarum longos a tergo albescere tract us.
Georg. , 1 , 365.
4.70. Ligne ai. Si stellrum errant mm aliquam orbes incluse-
rint , imbres. Ce pronostic parat conforme l'exprience.
i/,a NOTES DU LIVRE XVIII.
471. Page ga , ligne 5. Arcus quum sunt duplices , pluvias
nuntiant. Confirm par l'exprience. Aratus avait dit :
Si discolor Iris
Demittat gemino se fornice
Pluribus abruptis fundelur uubibus imber.
Art. , traduit par Avien. , v. 371.
472. LXXXI , page 92 , ligne 17. Tonitrua matutina ventum
significant , imbrem meridiana. Ceci parat encore conforme
l'exprience. Cf. la dernire note de ce livre.
4.73. LXXXII , page g4 , ligne 4- Si nubes, ut vellera lance, etc.
Confirm par Aratus et par Thophraste ( ouvrage cit ).
4_74- Ligne 5. Quum in cacuminibus montium nubes consi-
dent , hiemabit. Thophraste avait tir ce pronostic avant que
Pline en parlt (ouvrage cit , p. 1 1 1 ) : Montium cacuminibus in-
sidentes nubes , signum tempeslatis. Dans tous les pays de mon-
tagnes, on tire un semblable pronostic de la station des nuages
sur le sommet des monts. On peut se rappeler ce que les voya-
geurs disent de certains nuages, de forme et de couleur particu-
lires, qui s'arrtent sur la montagne de la Table, et sont, au Cap,
le prsage infaillible d'une horrible tempte.
475. LXXXIII, page g4 , ligne 12. Nebul e montibus des-
cendantes , etc. Nous avons t mme de vrifier la vrit de ce
pronostic dans les hautes Alpes.
476. LXXXI V, page g4, ligne 18. Plui etiam in lucernis
fungi. Semble fond en raison et conforme l'exprience. Tho-
phraste ( de Sign. plue, et vent. , p. 1 1 1 ) a dit : Fungi in lucernis ,
flantibus austris , aquas pronuntiant. Virgile a dcid la mme
chose :
Ne noclurna quidem carpentcs pensa puellae
Nescivere hiemem , testa quum ardente vidrent
Scinlillare oleum , et putres concrescere fungos.
Gcorg., 1, 3go.
Ce phnomne et ceux qui suivent paraissent tenir l'tat hygro-
mtrique de l'air.
NOTES DU LIVRE XVIII. itf
4-77- Page g4, ligne ai. Velquum, tollentibus allas tarbo ad-
harescil , etc. La plupart de ces phnomnes semblent annoncer
une puret plus grande de l'air, et indiquent le beau temps plutt
que la pluie.
478. LXXXV , page 96 , ligne 10. Pulmones marini in pe-
lago. On a cru reconnatre, sous ce nom impropre, un animal de
la Mditerrane , des genres alcyons , tethye ou mduse.
479. LXXXVI, page 96, ligne 16. Et sine aura, qu sen-
tiatur , folia ludenlia. Virgile a donn ce pronostic parmi ceux qui
annoncent une violente tempte :
Sacpe levem paleam , et frondes volilare caducas,
Aut summa nantes in aqua colludcre plumas.
Georg. , 1 , 368.
48o. Ligne 18. Atque etiam in campis tempe stalem , etc. On
n'entend ordinairement dans le ciel que le bruit du tonnerre ;
les vents mme, quelque imptueux qu'on les suppose , ne font
de bruit qu'en louchant un obstacle qui les arrte.
48i. LXXXVII, page g8, ligne 2. Delphini tranquillo mari
lascieientes , etc. Il n'est pas un marin qui ne puisse assurer la
mme chose. Les auteurs grecs s'accordent sur l'vidence de ce
pronostic avec les Romains. Thophraste ( de Sign. tempest. ) et
Plutarque ( Qust. nathr. ) s'expriment dans les mmes termes.
Cicron a dit aprs eux : Loligines et delphini exsultantes iempes-
talemfuluram significant [de Divin., p. 270).
481. Ligne 4- Loligo volitans , etc. Nous nommons ces ani-
maux calmars, par contraction de calamar, critoire en vieux
franais, driv de calamarium, meuble o l'on conserve les ca~
lamus , qui tenaient lieu de plumes chez les anciens. Les calmars ,
dans leur intrieur, contenaient une matire noire semblable
l'encre ; les Grecs les connaissaient sous le nom de Tfivo?. Cf.
les notes du livre IX.
483. Ligne 5. Echini adfigenles sese , etc. On donne le nom
144 NOTES DU LIVRE XVIII.
'echinus diverses espces d'oursins ; ils sont connus sous le
nom vulgaire de hrissons de mer. Cf. le livre IX.
484. Page 98 , ligne 6. Ranoe quoque ultra solitum vocales. Ce
pronostic , sur l'infaillibilit duquel on croit encore de nos jours,
tait connu d'Aratus:
Si repetunt velerm ran per stagna querelam.
Avieh. in Arat.
et de Virgile :
. El vetercai in limo ranae cecinere querelam.
Georg. , 1, 378.
4.85- Ligne 7. Etfulic malutino clangore.
'H Tpva opOjwov ipfjia.i hxoMy&r.
Arat.
Et quum pana fulix trepido petit arva \olatu ,
Stagna sinens , longasque itrt clangore querelas ,
Indicat insanis frta inox canescerc ventis :
Latipedemque anatcm cernes excedere ponlo.
Avien. in Arat. , v. 35o
Cf. TlIEOPH. , de Sign. pluv. et vent. , p. 112; et lib. de Sign. vent. ,
p. 118; TURNEB. , XXV, i3.
486. Ligne 9. Grues in mediterranea feslinantes. Cf. ./'E.LIAX. ,
Hist. anim., lib. vil , c. 7. Avinus, dans sa traduction d'Ara-
tus, a dit :
Si Tbreicice per aperta
Sponte grues trpidant, nec sese audacibus aethrae
Committunt pennis
Mox tempestates et nubila tetra cientur.
Avibn. , loco cit. , v. 44 2 -
487. Ligne 10. Mergi maria aut stagna fugienles. Lucain a
rappel ce pronostic dans son pome :
Nec placet incertus qui provocat aequora Delphin :
Aut siccum quod mergus amat : quodque ausa rolare
Ardea sublimis perniae con6sa natanti.
Phars. , v. 552.
NOTES DU LIVRE XVIII. i/,5
"Virgile avait dit avant lui, en parlant des pronostics fournis par
les oiseaux :
Jam sibi tu m curvis maie temprt nnda carinis ,
Quu-m inedio celeres revolant ex quore mergi ,
Clamoremque ferunl ad litora ; quumque marina:
In sicco ludunt fu'icse ; notasque paludes
Deserit , atque altam supra volt ardea nubem.
Georg. , i , 3Go.
Cf. Cassiod. , Varr. Epp., lib. ni , ep. 4-8.
4-88. Page 98 , ligne 1 1. Grues silenlio. Cf. THEOPH., de Sign.
seren. , p. 128 ; et AELIAN. , Hist. anim. , lib. VII, c. 7.
4.80. Ligne 12. Sic noctua. Ce pronostic avait dj t ob-
serv par Thopbraste et Elien. Voyez la note prcdente.
4.90. Ligne i3. Conique sirgulluquodarn lalran'es , etc. Ko/>.
<Bcx\ks ne7a.Cxxeiv elabs <pavks , t&vtyiv m? $\s qUyfyrai ,
ka) s^rippo<o"H , Kc etvrov Ttvkfy), v T/streAM, ctv/uovs ffti[/.a.tvei-
i&v <Ts jut/uHrui tm <pavj tovs a-lctxu.y/j.ovs, Kt kv /uh rhv eiavav
tyCVM fy, Kc s<mj>potCtiv , v5~ap (Turs'EB. , lib. XXV, c. i3).
Avinus s'exprime ainsi au sujet de ce pronostic:
Agmine quum denso circumvoliiare videtur
Graculus, et tenui quum stridunt gultiire corvi ,
Convenit instantes praenoscere protinus imbres.
Avien. in Arat, v. 388.
4.91. Ligne i6. Et alb aves. Il est bien difficile de dcider
quel oiseau il faut rapporter cet avis alla. Hardouin renvoie
Thophraste (de Sign. tempcst.) et Elien (Hist. anim. , VII , 7 ) ,
sans dcider quel il doit tre. Poinsinet a traduit ce mot par
oiseau blanc , sans chercher prciser l'espce ; ne serait-il pas
question, sous ce nom, d'une sorte de mouette?
4g2. Ligne 17. Et quum terrestres volucres, etc. Sur le vers 375
du livre I er des Gorgiques , Varron l'Atacin ( in Servio ) a crit
ces vers :
Tum liceat pelagi volucres, tardaeque paludis
Cernere inexplelo studio ceriare lavandi :
Et velut insolitum pennis infundere rorem :
Aul arguta lacus circum volitavil birundo , etc.
XII. 10
146 NOTES DU LIVRE XVIII.
/(.q3. Page 98 , ligne 18. Sed maxime cornix. Lucain a rappel
ce pronostic :
Quodque caput spargens undis , velut occupet imbrem ,
Instabili gressu metitur litora cornix.
Phars., v, 555.
Cf. l'auteur des Goponiques , 1,3: Keti Kopvti k<u' a.tyiet\ov rhv
Kt<pa.\tiv iat,px ov<rce - > % irWA vn%ofA.ivy) 'ofJipovr T7po(/.nvvet.
Virgile a dit aussi :
Tum cornix plena pluviam vocat improba voce ;
Et sola in sicca secuni spatiatur arena.
Georg., 1, 38g.
4q4- Ligne ig. Ilirundo tam juxta aquam volitans , elc. Ce
pronostic est encore admis par les modernes. Los hirondelles
ne volent prs de l'eau que quand la pluie menace , pour y at-
teindre plus srement les insectes dont elles font leur proie , et
qui ne peuvent s'lever beaucoup , cause de l'tat hygrom-
trique de l'air.
4.95 Ligne 31. Et anseres continuo clangore intempesiivi. Ce
pronostic parat confirm par l'exprience. Lorsqu'un orage vio-
lent doit clater , les animaux paraissent agits d'une vague in-
quitude ; leurs sens , plus parfaits que les ntres , kur rvlent
une foule de signes prcurseurs qui nous chappent ; peut-lre
aussi que l'activit de notre intelligence nous rend moins im-
pressionnables l'action du fluide lectrique , que les animaux ,
dous seulement d'instinct. ( Cf. Theoph. , de Sign. tempest. ,
p. 125.)
496. Ligne 22. Ardea in mediis arenis tristis. Lucain ( v,
54-9) dit au contraire que, quand le temps menaait de pluie,
ees oiseaux gagnaient la rgion suprieure des airs :
Quodque ausa volare
Ardea sublimis pennae confisa natanli.
Virgile a dit du hron la mme chose que Lucain. Cf. la note 487.
497. LXXXVIII , page 100 , ligne 3. Pecora exsultantia, etc.
Avinus , v. 5i3, d'aprs Aratus , a dit:
Pastor id indicium pluvialis frigoris edet ,
Et si persultans aries lascivius herbas
NOTES DU LIVRE XVIII. i/ l7
Appctat : aut sese sustollanl sallibus haedi :
Vel si juge gregi cupiant hrere, etc.
Cf. ilLIAN. , de Anim. , vil , 8.
4.98. Page 100, ligne 5. Et boves clum olfactantes.
Aut bucula crcluin
Suspicions, palulis captavit naribus auras.
Georg. , 1 , 375.
Et bos suspiciens oreluui , mirabile visu ,
Naribus acreum patulis decerpsit odorem.
Varr. Atac. , apud Servium.
4gg. Seque lambenies contra pilum. Avinus ne parle pas de
ce pronostic dans les mmes termes :
F>ubus arator item trahit alr signa procellse ,
Lambere si lingua prima hos vosligia forte
Viderit,aut dextrum prosternere corpus in armum.
Avien., v. 5ao.
Nous hasarderons une rflexion : on sait que les poils des ani-
maux attirent le fluide lectrique. Les animaux en se lchant
contre-poil , et cela arrive souvent aux chats , n'auraient-ils pas
trouv par instinct un moyen de diminuer la quantit de ce fluide,
qui agit corhme un trop puissant excitant ?
5oo. Ligne 7. Segniterque et contra industriam suam , etc. Il
semble que la dernire partie de ce pronostic , qui a rapport au
transport des ufs par les fourmis, est conforme l'exprience:
Nec tenuis formica caeis non eeehit ova , a dit Varron l'Alacin.
Virgile avait aussi connaissance de cette habitude:
Saepius et tectis penetralibus extulit ova
Angustum formica terens ilcr- . .
Georg. , 1 , 379.
Plutarque (de Anim. prudent. ) s'est tendu avec complaisance sur
cette particularit.
5oi. Ligne g. Item vermes terreni erumpentes. Confirm par
l'exprience. Aratus a dit :
~Sx.iiy.nKi;. . .
Kfvo/ to Kttx'iouiri //Xaivac vrepa yttitif.
502. LXXXIX , page 100 , ligne il. Trifolium quoque inhoi-
IO.
i48 NOTES DU LIVRE XVIII.
rescere , etc. Il est certain que les plantes offrent des signes pr-
curseurs de la pluie ou de la scheresse. On connat un souci ,
Calendula phivialis , qui ferme ses fleurs quand il doit pleuvoir.
Le Nepenlhes distilatoria a un opercule qui s'lve ou s'abaisse,
suivant l'tat de l'atmosphre. Une foule de plantes offrent des
phnomnes peu diffrens, soit dans leurs fleurs, soit dans leurs
feuilles. Une lumire plus ou moins vive , une plus ou moins
grande quantit d'eau dans l'air, un changement de temprature,
l'lectricit, etc. , sont les agens principaux qui excitent ou mo-
drent l'irritabilit dont les plantes sont doues.
Nous croyons intressant de runir ici les pronostics sur l'in-
faillibilit desquels les modernes comptent le plus, afin d'offrir
au lecteur un point de comparaison curieux , et de complter
ainsi ce qui manque au texte de Pline sur cette matire.
Pronostics tirs de Tatmosphre et des mtores.
Les toiles qui perdent leur clart sans qu'on aperoive des
nuages dans le ciel , indiquent l'orage.
Les toiles paraissant plus grandes qu' l'ordinaire , ou plus
prs les unes des autres, sont le signe d'un changement de temps.
Le beau temps et la chaleur sont indiqus par des clairs, sans
nuages l'horizon.
Les tonnerres du matin amnent les vents ; ceux de midi , la
pluie ; ceux du soir , l'orage.
Une bourrasque ou un trs-fort orage sont indiqus par un
tonnerre continuel.
C'est une continuit de pluie qu'annonce un arc-en-ciel bien
color ou double.
La couleur bleutre qui entoure le soleil , la lune ou les
toiles , est un signe de pluie.
Si la pluie fume en tombant , c'est signe qu'il pleuvra long-
temps et abondamment ; ou autrement, lorsqu'aprs une petite
pluie on aperoit un petit brouillard sur la terre , c'est signe
qu'il tombera beaucoup de pluie.
Les nuaqes qui , aprs la pluie , descendent prs de terre et
semblent rouler sur les champs , annoncent le beau temps.
NOTES DU LIVRE XVIII. i/, 9
Un brouillard qui survient aprs le mauvais temps doit en faire
esprer la prompte cessation ; mais si le brouillard survient pen-
dant le beau temps , et qu'il s'lve en laissant des nuages , le
mauvais temps est immanquable.
Deux soleils (une parlie) annoncent la neige et le froid.
Les clairs en hiver font prjuger qu'il y aura bientt de la
neige et du vent.
Les nuages moutonns (qui ressemblent la laine sur le dos
des moutons) sont en t l'indice du vent, et en hiver l'indice
de la neige.
Un horizon dpourvu de nuages et sans vent, ou avec le vent
du nord , assure la permanence du beau temps.
Lorsqu'aprs le vent il survient une gele blanche qui se dis-
sipe en brouillards, on est assur d'un temps mauvais et malsain.
Le vent du sud-ouest est celui qui amne le plus souvent la
pluie, et le vent de l'est celui qui l'amne le plus rarement.
Lorsque le vent change frquemment de direction , on doit
s'attendre une bourrasque.
Un vent qui commence souffler aprs le lever du soleil est
plus fort et plus durable qu'un vent qui commence pendant la
nuit.
La gele qui commence par un vent d'est dure long-temps.
Lorsque le vent ne change pas , on doit esprer ou craindre
que le temps reste long- temps beau ou mauvais.
Quand le vent passe au nord par l'est, le beau temps est plus
durable que lorsqu'il y arrive par l'ouest.
On dit gnralement que lorsqu'il pleut le 3 de mai , il n'y
aura pas de noix; que lorsqu'il pleut le i5 juin, il n'y aura pas
de raisin. On peut galement fixer, pour tous les fruits ou grains
qui sont l'objet de nos cultures, un jour de pluie dont l'influence
sur le produit est remarquable , parce que ce jour est celui o
les fleurs doivent tre en majorit panouies , et qu'il n'y a pas
de fcondation pendant la pluie.
En hiver , une grande quantit de neige promet une anne
abondante , et beaucoup de pluie promet le contraire , parce que
la neige empche la dperdition des gaz qui se forment dans la
terre , et que les pluies font pourrir beaucoup de plantes.
i5o NOTES DU LIVRE XVIII.
Si le printemps et l't sont tous deux trop secs , ou tous
deux trop pluvieux , on sera menac de disette , parce que la v-
gtation n'aura pas pu se dvelopper convenablement.
Un automne pluvieux fait que le vin est mauvais ; un bel
automne doit faire croire que l'biver sera venteux.
Les printemps et les ts pluvieux sont ordinairement suivis
d'un bel automne ; un printemps et un t secs annoncent au
contraire un automne pluvieux.
Pronostics tirs des corps terrestres.
Si la flamme d'une chandelle tincelle , ou si elle forme un
champignon , il y a grande probabilit de pluie.
La suie qui se dtache naturellement des chemines annonce
galement la pluie.
Une braise plus ardente qu' l'ordinaire, et une flamme plus
agite , sont les avant-coureurs du vent.
Le son des cloches , entendu de plus loin qu' l'ordinaire ,
est un signe de vent ou de changement de temps.
Une odeur bonne ou mauvaise, qui semble plus forte que la
veille , est un signe de pluie.
Si le sel , le marbre , le fer, les vitres deviennent humides ;
si les bois des portes et des fentres se gonflent ; si les cors aux
pieds deviennent douloureux, c'est signe de pluie ou de dgel.
Pronostics tirs des animaux et des plantes.
L'abondance des chauves-souris annonce un temps chaud et
serein pour le lendemain ; c'est le contraire quand elles volent
en petit nombre.
Si la chouette crie pendant le mauvais temps , on peut s'at-
tendre qu'il va changer.
Les corbeaux qui crient le matin annoncent la mme chose.
C'est un indice de pluie et d'orage lorsque les oies et les ca-
nards volent , crient , se plongent dans l'eau pendant le beau
temps.
La pluie est assure dans la journe si les abeilles ne s'cartent
pas beaucoup de leur ruche le matin , et dans la nuit si elles y
rentrent le soir de bonne heure.
NOTP;S DU LIVRE XVIIL r5i
De mme , lorsque les pigeons rentrent tard au colombier ,
c'est signe de pluie pour le lendemain.
Les moineaux qui gazouillent plus qu' l'ordinaire , et se ras-
semblent en plus grand nombre , doivent faire prvoir le mau-
vais temps.
11 en est de mme lorsque les poules se roulent dans la pous-
sire avec plus d'ardeur, lorsque les coqs chantent le soir, lors-
que les hirondelles rasent la surface de la terre et de l'eau.
La frquence et la vivacit de la piqre des mouches annonce
un orage.
Quand les petites tipules se runissent en grande quantit avant
le coucher du soleil, et tourbillonnent en colonne , c'est l'indi-
cation du beau temps pour le lendemain.
Si les grenouilles coassent plus qu' l'ordinaire ; si les crapauds
sortent le soir et en grand nombre de leurs trous ; si les vers de
terre se montrent la surface du sol ; si les taupes labourent
plus que de coutume ; si les dindons se rassemblent, il y a pres-
que certitude de pluie.
La pluie est galement probable si les chevaux , les bufs ,
les vaches, et surtout les brebis , mangent plus vite et plus qu'
l'ordinaire.
Lorsque les fleurs du souci , et eu gnral de la plupart des
composes, ne .s'ouvrent pas, c'est qu'il doit bientt pleuvoir.
L'exaltation de l'odeur des plantes a toujours lieu lorsqu'un
orage se prpare.
vvv* WVVWV WVVW/V\'*%/VVW\/V*/\/V%i VWV*VVV%*/VV%^
v* MfVWMMI wwv^\^ (JWWWfc
C. PLINII SECUNDI
HISTORIARUM MUNDI
LIBER XIX.
LINI NATURA, ET CULTUS HO RT E N SI ORU M.
Lini natura , et miracula.
I. ijiderum quoque tempestatumque ralio , vel im-
peritis facili , atque indubitato modo monstrata est :
vereque intelligentihus non minus conferunt rura de-
preliendendo caelo, quam sideralis scientia agro colendo.
Proximam multi hortorum curam fecere : nobis non
protinus transire ad ista tempestivum videtur. Mira-
murque quosdam scientiae gratia, eruditionis sua? gloriam
ex his petentes tam multa prseteriisse , nulla mentione
babita tt rerum sponte curave provenientium , prser-
tim quum plerisque earum , pretio usuque vit, major
etiam, quam frugibus, perhibeatur auctoritas.
Atque ut a eonfessis ordiamur utilitatibus, quaeque non
HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE.
LIVRE XIX.
NATURE DU LIN, ET HORTICULTURE.
Du lin ; faits merveilleux relatifs cette plante.
I. Iour expliquer les rvolutions des astres et la
thorie des saisons , nous nous sommes appuys sur des
principes certains, faciles saisir, mme par les per-
sonnes trangres la science. Ces principes bien con-
us, il est ais de voir que la campagne ne sert pas
moins la connaissance des phnomnes clestes, que
l'astronomie aux progrs de l'agriculture.
Beaucoup d'auteurs ont cru devoir passer immdia-
tement la culture des jardins; ce sujet, mon avis,
serait ici dplac. Je m'tonne mme que des hommes
instruits, qui fondaient leur clbrit sur leurs talens
en pareille matire , n'aient point parl d'un si grand
nombre de vgtaux sauvages ou cultivs, surtout quand
les avantages que nous en tirons dans l'usage journa-
lier nous les ont rendus plus prcieux mme que les c-
rales.
Commenons par les espces dont l'utilit est tecon-
i5/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX;
solum terras omnes, verum etiam maria replevere: seri-
tur, a dici neque inter fruges, neque inter hortensia po-
test , linum. Sed in qua non occurret vitae parte , quodve
miraculum majus, herbamesse quae admoveat /Egyptum
Italiae : in tantum , ut Galerius a freto Siciliae Alexan-
driam septima die pervenerit , Babilius sexta , ambo
praefecti : aestate vero proxima Valerius Marianus ex
praetoriis senatoribus , a Puteolis nono die lenissimo
flatu? herbam esse, quae Gades ad Herculis columnas
septimo die Ostiam adferat , et citeriorem Hispaniam
quarto, provinciam Narbonensem tertio, Africam al-
tero : quod etiam mollissimo flatu contigit C.Flavio le-
gato Vibii Crispi proconsulis ? Audax vita , scelerum
plena ! aliquid seri , ut ventos procellasque recipiat : et
parum esse fluctibus solis vehi. Jam vero nec vla satis
esse majora navigiis. Sed quamvis amplitudini antenna-
rum singul arbores sufficiant , super eas tamen addi
velorum alia vla, praeterque alia in proris, et alia in
puppibus pandi , ac tt modis provocari mortem. De-
nique tam parvo semine nasci , quod orbem terrarum
ultro citroque portet, tam gracili avena, tam non alte
a tellure tolli : neque id viribus suis necti, sed fractum
tusumque et in mollitiam lanae coactum , injuria ac
summa audacia , eo pervenire. Nulla exsecratio suffcit
contra inventorcm dictum suo loco a nobis : cui satis
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. i55
nue dans toute l'tendue des terres et des mers : parlons
d'abord du lin. On le sme , et on ne peut le classer ni
parmi les grains, ni parmi les plantes potagres. Mais
quelle foule d'usages ne se prte- t-il pas ? quelle mer-
veille plus tonnante qu'une plante qui rapproche telle-
ment l'Egypte de l'Italie, que Galerius et Babilius, tous
deux prfets d'Egypte , passrent le premier en sept
jours, et l'autre en six , du dtroit de Messine au port
d'Alexandrie? et, l't dernier, Valerius Marianus, s-
nateur romain, ex-prteur, ne se rendit-il pas de Pouz-
zoles au mme port en neuf jours , quoique le vent ft
trs-faible ? Ainsi une herbe peut nous transporter des
colonnes d'Hercule , de Cadix Ostie , en sept jours ;
de l'Espagne citrieure en quatre ; de la province Nar-
bonnaise en trois; de l'Afrique en deux jours seulement,
mme avec un vent modr , comme l'prouva Caus
Flavius , lieutenant du proconsul Vibius Crispus. O
comble de l'audace et de la perversit humaine! on sme
pour recueillir les vents et les temptes ! c'est trop peu
d'tre voitures par les flots seuls ! que dis-je ? des voiles
plus grandes que le navire ne suffisent plus ; chaque
mt supporte des antennes immenses , et cependant au
dessus des voiles qu'elles supportent, on suspend d'au-
tres voiles encore , outre celles qui flottent la poupe
et la proue : tant l'homme est ingnieux provoquer
la mort ! Eh quoi ! c'est d'une semence si petite , d'une
tige si courte et si frle qu'on tire ce qui doit dpla-
cer tour tour les diverses parties du monde ! Encore
n'emploie-t-on pas le lin dans toute sa force ; on le
bat, on le broie, on l'assouplit comme la laine : ce n'est
que trait de la sorte qu'il seconde notre criminelle au-
dace. J'ai nomm en son lieu l'inventeur des voiles ; on
1 56 C PUNII HIST. NAT. LIB. XIX.
non fuit homincin in terra inori , nisi periret et inse-
pultus. At nos priore libro imbres et flatus cavendos ,
frugum causa victusque , praemonebamus. Ecce seritur
hominis manu, metitur ejusdem liominis ingenio, quod
ventos in mari optet. Praeterea ut sciamus favisse pnas,
nihil gignitur facilius : ut sentiamus uolente id fieri na-
tura , urit agrum , deterioreraque^etiam terram facit.
Quomodo seratiir, et gnera ejus excellentia xxvn.
II. i . Seritur sabulosis maxime , unoque sulco : nec
magis festinat aliud. Vere satum aestate vellitur : et
hanc quoque terrae injuriam facit. Ignoscat tamen ali-
quis jEgypto serenti , ut Arabiae Indiaeque merces im-
portet : itane et Galliae censentur hoc reditu, montes-
que mari oppositos esse non est satis, et a latere oceani
obstare ipsum quod vocant inane ? Cadurci , Caleti ,
Ruteni , Bituriges , ultimique hominum existimati Mo-
rini , immo vero Galliae universae vla texunt. Jam
quidem et transrhenani hostes : nec pulchriorem aliam
vestem eorum feminae novere. Qua admonitione suc-
currit , quod M. Varro tradit , in Seranorum familia
gentilitium esse, feminas liuea veste non uti. In Germa-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 1S7
ne peut assez le maudire : peu content que l'homme
mourt sur la terre , il a voulu qu'il prt mme sans
spulture. Dans le livre prcdent, je recommandais,
pour conserver les grains ncessaires la vie , de se
prcautionner contre les vents et les orages ; et voici
que , de sa propre main , l'homme sme , l'homme re-
cueille par cette invention fatale ce qui doit appeler sur
les flots le souffle des vents ; mais qu'il le sache bien ,
sa tmrit n'est que trop punie. Rien ne crot plus ai-
sment que le lin ; et ce qui prouve que la nature ne le
produit qu' regret, c'est qu'il brle le sol qui le nour-
rit , et dtriore la terre elle-mme.
Comment on sme le lin ; vingt-sept espces principales de lin.
II. I. On le sme principalement dans les terrains
sablonneux , et aprs un seul labour. Nulle plante ne
pousse plus vite. Sem au printemps, on l'arrache en t,
et cette mthode fatigue encore la terre. Pardonnons
l'Egyptien de le cultiver, pour introduire dans son pays
les productions de l'Inde et de l'Arabie. Mais les Gaules,
quels avantages peuvent-elles s'en promettre? enfermes
d'un ct par des montagnes qui ferment l'accs du ri-
vage, de l'autre par un ocan o finit le monde. Cepen-
dant les Cadurciens, les Caltiens , les Rutniens , les
Bituriges, les Morins eux-mmes aux confins de la terre
habite; que dis-je? les Gaules tout entires fabriquent
des voiles. Dj mme nos ennemis, au del du Rhin ,
imitent cet exemple ; leurs femmes font du lin leur plus
beau vtement. Je me rappelle ce sujet que, dans la fa-
mille des Seranus, ce que rapporte Varron , les femmes
ne connaissent pas l'usage du lin. En Germanie , les
i58 C PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
nia autem defossi atque sub lerra id opus agunt. Simi-
liter etiam inltalia, regione Aliana, inter Padum Ti-
cinumque amnes , ubi a Setabi tertia in Europa lino
palma : secundam enim in vicino Alianis capessunt
Retovina, et in jEmilia via Faventina. Candore Alianis
semper crudis Faventina prferuntur : Retovinis te-
nuitas summa densitasque, candor aeque ut Faventinis,
sed lanugo nulla , quod apud alios gratiam , apud alios
offensionem habet. Nervositas filo aequalior paene quam
aranis , tinnitusque , quum dente libeat experiri i ideo
duplex , quam ceteris , pretium.
Et Hispania citerior habet splendorem lini praeci-
puum , torrentis in quo politur natura , qui adluit Tar-
raconem. Et tenuitas mira , ibi primum carbasis reper-
tis. Non dudum ex eadem Hispania Zoelicum venit in
Italiam, plagis utilissimum. Civitas ea Gallaeciae et Oceano
propinqua. Est sua gloria et Cumano in Campania , ad
piscium et alitum capturam. Eadem et plagis maleria.
Neque enim minores cunctis animalibus insidias, quam
nobismetipsis lino tendimus. Sed Cumanae plagae conci-
dunt apros , et hi casses vel ferri aciem vincunt. Vidi-
musque jam tantae tenuitatis , ut anulum hominis cum
epidromis transirent, uno portante multitudinem qua
saltus cingerentur ( nec id maxime mirum , sed singula
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. i5 9
toiles se fabriquent dans des souterrains; cet usage sub-
siste aussi en Italie, dans le canton d'Alia, entre le P et
le Tsin : c'est l que se trouve , entre les espces d'Europe ,
la troisime en qualit aprs celle de Stabis. Au second
rang sont placs le lin de Rtovium, prs d'Alia, et celui
de Faventium sur la voie Emilienne. Pour la blancheur,
on prfre le lin de Faventium celui d'Alia, dont la
teinte n'est jamais pure. Celui de Rtovium est extrme-
ment fin et serr , aussi blanc que celui de Faventium ;
mais il manque de moelleux , ce qui le fait estimer des
uns et mpriser des autres. On en fabrique un fil trs-fort,
aussi uni que le fil d'araigne ; soumis l'preuve et
tendu avec la dent , il rend un son clair et aigu : aussi
cette espce se vend - elle une fois plus cher que les
autres.
Le lin de l'Espagne citrieure se distingue par son
clat , avantage qu'il doit aux eaux d'un torrent qui
baigne les murs de Tarragone. Il est d'ailleurs admirable
pour sa finesse : aussi est-ce l que furent tablies les
premires fabriques de carbases (batiste?). Il n'y a pas
long-temps qu'on a fait passer d'Espagne en Italie le
lin de Zola, ville de Galice, voisine de l'Ocan. Il est
excellent pour les toiles de chasse. Celui de Cumes en
Campanie donne encore des filets trs-estims pour pren-
dre les poissons et les oiseaux; on en fait aussi des toiles
de chasse , car avec le lin nous ne dressons pas moins
de piges aux animaux qu' nous-mmes. Les toiles de
Cumes arrtent les sangliers , et le fer mme est moins
fort qu'un filet. J'en ai vu de si fines, qu'avec leurs
cordes elles passaient par un anneau ; un seul homme
en portait assez pour entourer un bois , et ce qu'il y a
de plus extraordinaire, chaque fil tait compos de cent
ifio C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
earum stamina centeno quinquageno filo constare) : sicut
paulo ante Julio Lupo , qui in praefectura TEgypti obiit.
Mireutur hoc ignorantes in /Egyptii quondara rgis ,
quem Amasim vocant , thorace , in Rhodiorum insula
ostendi in templo Minervae, ccclxv filis singula fila con-
stare : quod se expertum nuper Romae prodidit Mucia-
nus ter consul , parvasque jam reliquias ejus superesse
hac experientium injuria. Italia et Pelignis etiamnum
linis honorem habet, sed fullonum tantum in usu; nul-
lum est candidius , lanve similius : sicut in culcitis
preecipuam gloriam Cadurci obtinent. Galliarum hoc ,
et tomenta pariter, inventum. Italiae quidem mos etiam
nunc durt in appellatione stramenti.
iEgyptio lino minimum fimitatis , plurimum lucri.
Quatuor ibi gnera : Taniticum , ac Pelusiacum , Buti-
cum, Tentyriticum , cum regionum nominibus, in qui-
bus nascuntur. Superior pars iEgypti in Arabiam ver-
gens gignit frulicem , quem aliqui gossipion vocant ,
pi ures xylon , et ideo lina inde facta xylina. Parvus
est, similemque barbat nucis defert fructum, cujus ex
interiore bombyce lanugo netur. Nec ulla sunt eis can-
dore mollitiave praeferenda. Vestes inde sacerdotibus
iEgypti gratissimae. Quartum genus Orchomenium ap-
pellant. Fit e palustri velut arundine, dumtaxat pani-
cula ejus. Asia e genista facit lina ad retia praecipua? in
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 161
cinquante brins. Peu de temps auparavant, Julius Lu-
pus , qui mourut prfet d'Egypte , s'tait dj servi de
filets semblables. On pourrait en tre surpris, si l'on ne
savait qu' Rhodes , dans le temple de Minerve , on
montre une cuirasse d'Amasis , ancien roi d'Egypte ,
dont chaque fil est de trois cent soixante-cinq brins.
Mucien, qui fut trois fois consul, nous a assur tout r-
cemment, Rome, qu'il avait lui-mme vrifi le fait;
il ne reste plus que quelques parties de cette cuirasse ,
trop peu respecte des curieux. L'Italie estime encore
aujourd'hui les lins de l'Abruzze ; mais les foulons seuls
en font usage. Il n'y en a pas de plus blanc ni de plus ap-
prochant de la laine. Celui des Cadurciens est recherch
pour les matelas. Ces matelas et les lits de bourre sont
une invention des Gaules. En Italie, on couchait autre-
fois sur des paillasses : le mot stramentum , que nous
employons encore aujourd'hui , en est la preuve.
Le lin d'Egypte, le moins fort de tous , est celui qui
rapporte le plus. On en compte quatre espces , qui por-
tent les noms des divers cantons o elles croissent, c'est-
-dire de Tanis , de Peluse, de Butis et de Tentyra. La
Haute-Egypte, dans cette partie qui avoisine l'Arabie,
produit l'arbrisseau appel gossypion , plus commun-
ment xylon, dont on fabrique les toiles xylines (gazes?).
Cet arbrisseau est petit , et porte un fruit semblable
l'aveline. On file le duvet qui se trouve dans l'intrieur.
Nulle toile n'est prfrable pour la blancheur ou le
moelleux ; aussi est-ce le vtement favori des prtres
d'Egypte. Il y a une quatrime espce de lin appele
lin d'Orchomne; on ne le tire que de la tte d'un ro-
seau qui crot dans les marais. En Asie , le gent qu'on
a mis tremper pendant dix jours fournit pour la pche
xy. il
,(J 2 C. PLINII HIST. NA.T. LIB. XIX.
piscando durantia, frutice madefacto dnis diebus. iEthio-
pes Indique e malis , Arabes cucurbitis , in arboribus ,
ut diximus , genitis.
Quomodo perficiatur.
III. Apud nos maturitas ejus duobus arguments in-
telligitur , intumescente semine , aut colore flavescente.
Tum evulsum, et in fasciculos manuales colligatum, sic-
catur in sole, pendens conversis superne radicibus uno
die, inox quinque aliis , in contrarium inter se versis
fascium cacuminibus, ut semen in mdium cadat. Inter
rnedicamina huic vis , et in quodam rustico ac praedulci
Itali Transpadanae cibo, sed jam pridem sacrorum tan-
tum gratia. Deinde post messem triticeam virgae ipsae
merguntur inaquam solibus tepefactam, pondre aliquo
depressae : nulli enim levitas major. Maceratas indicio
est membrana laxatior. Iterumque inversae , ut prius ,
sole siccantur : mox arefactae in saxo tunduntur stupa-
rio mallo. Quod proximum cortici fuit , stupa appel-
latur, deterioris lini, lucernarum fere luminibus aptior.
Et ipsa lamen peclitur ferreis hamis, donec omnis mem-
brana decorticetur. Medull numerosior distinctio, can-
dore, mollitia. Linumque nere et viris dcorum est. Cor-
tices quoque decussi clibanis et furnis praebent usum.
Ars depectendi digerendique : justum e quiuquagenis
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i63
des filets excellens et de longue dure. Les thiopiens
et les Indiens tirent le lin d'un fruit semblable celui
de nos pommiers; les Arabes, comme nous l'avons dit,
d'un fruit de la forme d'une courge.
Comment on confectionne le lin.
III. Quant notre lin , sa maturit se reconnat deux
signes, lorsqu'il jaunit, et que sa graine commence
se gonfler : alors on l'arrache , et , aprs l'avoir li en
petites bottes qui remplissent la main , on le met scher
debout au soleil. Le premier jour, les racines sont tour-
nes en haut; les cinq jours suivans , les ttes de cha-
que botte sont appuyes les unes contre les autres, pour
que la graine tombe au milieu. Elle est usite en m-
decine , et mme dans l'Italie , au del du P , on en
faisait un mets rustique qu'on trouvait de fort bon got;
mais depuis long-temps il n'est en usage que dans les
sacrifices. Quand la rcolte des fromens est acheve, on
met rouir le lin dans une eau chauffe par le soleil ;
on le charge d'un corps pesant pour l'y tenir plong ,
car aucune matire n'est plus lgre : le rouissage est
achev quand la fibre est devenue plus lche. On fait
ensuite scher de nouveau les bottes au soleil , en les
renversant comme nous l'avons dit plus haut ; une fois
sches , on les bat sur la pierre avec un maillet propre
cette opration. La partie voisine de l'corce est ce
qu'on appelle l'toupe ; c'est un lin d'une qualit in-
frieure , et qui n'est bon qu' faire des mches de lam-
pes. On ne laisse pas toutefois de srancer l'toupe
jusqu' ce que toute l'corce soit enleve. Les fibres in-
trieures donnent des fils plus fins, plus blancs et plus
i r.
if>4 C. PJ.TNII HIST. NAT. LIB. XIX.
fascium libris quinasdenas carminari. Iterum deinde in
filo politur, illisum crebro in silice ex aqua : textum-
que rursus tunditur clavis , semper injuria melius.
De lino asbestino.
IV. Inventum jam est etiam , quod ignibus non ab-
sumeretur. Vivum id vocant , ardentesque in focis con-
viviorum ex eo vidimus mappas , sordibus exustis ,
splendescentes igni magis , quam possent aquis. Regum
inde funbres tunicae , corporis favillam ab reliquo s-
parant cinere. Nascitur in desertis adustisque sole Indiae,
ubi non cadunt imbres , inter diras serpentes : adsues-
citque vivere ardendo , rarum inventu , difficile textu
propter brevitatem. Rufus de cetero colos, splendescit
igni. Quum inventum est, quat pretia excellentium
margaritarum. Vocatur autem a Graecis asbestinum ex
argumento naturae. Anaxilaus auctor est linteo eo cir-
cumdatam arborem, surdis ictibus , et qui non exaudian-
tur, casdi. Ergo huic lino principatus in toto orbe.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i65
doux. 11 n'est pas dshonorant pour les hommes de filer
le lin. Ses chenevottes servent chauffer'les fours. C'est
un art que de savoir le srancer et lui donner la dernire
prparation. Cinquante livres de lin brut doivent rendre
quinze livres de lin peign. Quand il est fil , on l'as-
souplit de nouveau , en le mouillant et en le battant sur
la pierre. On bat mme encore les tissus de lin avec
une espce de pilon , et ces battages ritrs ne font que
le rendre meilleur.
Du Un asbeste.
IV. On a encore trouv une espce de lin incombustible,
ou vif, comme on l'appelle. J'ai vu, dans des festins, des
serviettes de ce lin jetes dans un foyer ardent ; quand
les taches en avaient t consumes par le feu , on les
retirait plus nettes et plus clatantes que si elles eussent
t blanchies dans l'eau. On en fait pour les funrailles
des rois des linceuls qui sparent leurs cendres de celles
du bcher. Ce lin crot , dans l'Inde , dans des dserts
infests d'affreux reptiles, et toujours arides et brlaus.
Ainsi le climat o il vit l'habitue l'action du feu. On
le trouve rarement , et on le travaille avec beaucoup de
peine, cause du peu de longueur de ses fibres. Sa
couleur est rousse ; pass au feu , il acquiert une blan-
cheur clatante. Ceux qui le trouvent le vendent aussi
cher que les plus belles perles. Les Grecs l'appellent
asbeste , nom qui indique la nature mme de cette sub-
stance. Anaxilas prtend qu'un arbre entour d'un
tissu de ce lin peut tre abattu avec la cogne sans que
les coups soient entendus de personne. Ces singulires
proprits ont rendu ce lin le plus prcieux de l'univers.
i66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
Proximus byssino , mulierum maxime deliciis circa
Elim in Achaa genito : quaternis denariis scripula ejus
permutata quondam , ut auri , reperio. Linteorum la-
nugo, e velis navium maritimarum maxime, in magno
usu medicinae est : et cinis spodii vim habet. Est et inter
papavera genus quoddam , quo candorem lintea praeci-
puum trahunt.
Quando linum tingi cptum.
V. Tentatum est tingi linum quoque , et vestium
insaniam accipere , in Alexandri Magni primum classi-
bus , Indo amne navigantis , quUm duces ejus ac pr-
fecti in certamine quodam variassent insignia navium :
stupueruntque litora , flatu versicoloria implente. Vlo
purpureo ad Actium cum M. Antonio Cleopatra ve-
nit , eodemque effugit. Hoc fuit imperatorise navis in-
signe.
Quando primum in theatris vla.
VI. Postea in theatris tantum umbram fecere : quod
primus omnium invenit Q. Catulus , quum Capitolium
dedicaret. Carbasina deinde vla primus in theatro
duxisse traditur Lentulus Spinter Apollinaribus ludis.
Mox Caesar dictator totum forum Romanum intexit ,
viamque sacram ab domo sua et clivum usque in Gapi-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 167
Aprs lui vient le byssus, que les femmes recherchent
avec tant de passion. 11 crot aux environs d'lis, en
Achae. Je lis qu'autrefois il se vendait au poids de l'or;
un scrupule de ce lin valait quatre deniers. Le duvet des
toiles de lin, surtout des toiles de navires qui ont l en
mer, est trs-usit en mdecine ; leur cendre a les mmes
vertus que le spodium (tutie). Il y a une espce de pavot
qui donne aux tissus de lin une extrme blancheur.
A quelle poque l'on commena teindre le lin.
V. On a voulu aussi teindre le lin, et lui faire adop-
ter les bizarres couleurs de nos vtemens. Le premier
essai de ce genre eut lieu sur la flotte d'Alexandre-le-
Grand , lorsqu'il descendait l'Indus. Ses gnraux et ses
officiers, dans un combat, firent ainsi distinguer leurs
navires , et cette varit de couleurs des voiles , enfles
par le vent , rpandit l'tonnement sur les rives du
fleuve. Cloptre avait accompagn Marc-Antoine Ae-
tium sur un navire dont les voiles taient de pourpre ;
ces mmes voiles servirent sa fuite. C'tait la marque
distinctive du vaisseau amiral.
A quelle poque des toiles s furent tendues sur les thtres.
VI. Les toiles de lin furent ensuite employes dans
les thtres, seulement pour donner de l'ombre. Catu-
lus le premier les fit servir cet usage lors de la d-
dicace du Capitule. Plus tard, Lentulus Spinter fut aussi
le premier , dit-on , qui couvrit le thtre de fins tissus
de carbase pour la clbration des jeux en l'honneur
d'Apollon. Quelque temps aprs, Csar, alors dictateur,
i68 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
tolium , quod munere ipso gladiatorio mirabilius visum
tradunt. Deinde et sine ludis Marcellus Octavia sorore
Augusti genitus, in dilitate sua, avunculo xi consule,
a. d. kalendas augusti, velis forum inumbravit, ut sa-
lubrius litigautes consistrent : quantum mutatis mori-
bus Catonis censorii , qui sternendum quoque forum
muricibus censuerat. Vla nuper colore caeli , stellata ,
per rudentes iere etiam in amphitlieatro principis Ne-
ronis. Rubent in cavis dium , et muscum a sole defen-
dunt. Cetero mansit candori pertinax gratia. Honor
etiam et Trojano bello. Cur enim non et prliis inter-
sit , ut naufragiis ? Thoracibus lineis paucos tamen
pugnasse , testis est Homerus. Hinc fuisse et navium ar-
mamenta apud eumdem interpretantur eruditiores : quo-
niam quum sparta dixit , significaverit sata.
De sparti natura.
VII. i. Sparti quidem usus multa post ssecula cptus
est : nec ante Pnorum arma, quae primum Hispaniae
intulerunt. Herba et haec sponte nascens , et quae non
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 169
fit couvrir le Forum tout entier , la voie Sacre et la
monte du Capitole , jusqu'au temple mme , genre de
magnificence qui parut plus admirable encore que son
spectacle de gladiateurs. Dans la suite, Marcellus, fils
d'Octavie , sur d'Auguste , pendant son dilit , sous
le onzime consulat de son oncle , avant le jour des ka-
lendes d'aot , fit galement couvrir la place publique ,
quoiqu'il n'y et point de jeux; c'tait simplement pour
que les plaideurs fussent plus 'leur aise l'ombre.
Quel changement dans les murs depuis Caton le Cen-
seur, qui voulait que le Forum ft pav de chausses-
trapes ! Tout rcemment, des voiles de couleur bleu-c-
leste et semes d'toiles flottrent , suspendues des
cbles , sur le vaste amphithtre de Nron. Les cours
intrieures des palais sont couvertes de toiles rouges
qui dfendent la mousse de l'ardeur du soleil. Au reste,
la couleur blanche du lin n'a dans aucun temps perdu
de sa faveur ; il tait lui-mme en estime ds la guerre
de Troie. Et pourquoi en effet ne pas faire un instru-
ment de guerre d'un instrument de naufrage? Suivant
Homre, cependant, peu de guerriers portaient des cui-
rasses de lin , mais les agrs des navires taient tous de
cette matire, d'aprs l'opinion des plus habiles inter-
prtes ; car le mot sparta, dont se sert le pote , ne si-
gnifie que le produit d'une semence.
Du spart.
VII. 2. Le spart n'a t employ que plusieurs sicles
aprs ; son usage ne remonte pas plus loin que la pre-
mire guerre des Carthaginois en Espagne. C'est une
herbe qui crot sans culture , et ne saurait tre seme ;
i 7 o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
queat seri, juncusque proprie aridi soli , uni terra? dato
vitio. Nainque id malum telluris est : nec aliud ibi seri
aut nasci potest. In Africa exiguum et inutile gignitur.
Carthaginiensis Hispaniae citerions portio, nec haec tota,
sed quatenus parit , montes quoque sparto operit. Hinc
strata rusticis eorum, hinc igns facesque, hinc calcea-
mina, et pastorum v^stis, animalibus noxium , praeter-
quam cacuminum teneritate. Ad reliquos usus laboriose
evellitur , ocreatis cruribus , manu , textisque manicis ,
convolutum osseis iligneisve conamentis. Nunc jam in
hiemem juxta : facillime tamen ab idibus maiis in junias:
hoc maturitatis tempus.
Quomodo perficiatur.
VIII. Vulsum fascibus in acervo animatum biduo ,
tertio resolutum , spargiturin sole siccaturque, et rursus
in fascibus redit sub tecta. Postea maceratur aqua ma-
rina optime, sed et dulci,si marina desit: siccatamque sole
iterum rigatur. Si repente urgeat desiderium , perfusum
calida in solio ac siccatum stans, compendium operae
fatetur. Hoc autem tunditur, ut fit utile, praecipue in
aquis marique iuvictum. In sicco praeferunt e cannabi
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 171
un jonc qui ne crot que dans un sol aride , et -encore
dans un espace circonscrit ; malheureuse production
d'une terre dont il atteste lui-mme la strilit, car au-
tour de lui ne lve ni ne vgte aucune autre plante.
Le spart d'Afrique est petit et hors d'usage. On en trouve
sinon dans toute la province de Carthagne en Espagne,
du rrtoins dans une partie ; mais partout o il crot ,
les montagnes mme en sont couvertes. Il fournit aux
hcfbirans de la campagne des espces de matelas , des
flambeaux , des chaussures , des vtemens de bergers ;
on s'en sert aussi pour le chauffage. Il est nuisible au
btail, except la partie tendre des sommits. Pour l'em-
ployer d'autres usages , il faut l'arracher pniblement
de terre , se garnir les jambes de bottines , les mains de
gants , puis le rouler autour d'un os ou d'un bton , afin
de l'enlever moins difficilement. Aujourd'hui on retarde
jusqu'aux approches de l'hiver; mais le temps le plus
favorable cette opration est depuis les ides de mai
jusqu'aux ides de juin : c'est l'poque de sa maturit.
# Comment on prpare le spart.
VIII. Aprs l'avoir arrach, on le lie en bottes, qu'on
laisse en monceau expos l'air pendant deux jours;
le troisime , on le dlie , on l'tend au soleil pour le
scher, puis on le remet en bottes pour le rentrer. En-
suite on le fait rouir avec soin dans l'eau marine, ou,
dfaut d'eau marine, dans l'eau douce; et aprs l'a-
voir sch au soleil , on le mouille de nouveau. Est-on
press , on le met dans une cuve , on l'arrose d'eau
chaude , puis on le fait scher debout : c'est le moyen
d'pargner sa peine et son temps. On le bat pour pou-
17a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
fmes. At spartum alitur etiam demersum , veluti nata-
lium sitim pensans. Est quidem ejus natura interpolis :
rursusque quam libeat vetustum novo miscetur. Ve-
rumtamen complectatur animo , qui volet miraculum
aestimare, quanto sit in usu , omnibus terris, navium
armamentis, machinis difieationum , aliisque desideriis
vitae. Ad hos omnes usus quae suficiant , minus trigii^a
millia passuum in latitudinem a litore Carthaginis novae,
minusque c in longitudinem esse reperientur. Longius
vehi impendia prohibent.
Quando primus usus ejus.
*
IX. Junco Graecos ad funes usos nomini credamus r
quo herbam eam appellant : postea palmarum foliis ,
philuraque, manifestum est: et inde translatum a Pnis
sparti usum, perquam simile veri est.
De eriophoro bulbo.
X. Theophrastus auctor est, esse bulbi genus circa
ripas amnium nascens , cujus inter summum corticem,
eamque partem qua vescuntur , esse laneam naturam ,
ex qua impilia vestesque quaedam confciant. Sed neque
Lk
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 17
voir le mettre en uvre. Les cordages qu'il fournit sont
inaltrables dans l'eau douce et dans l'eau de mer.
Quand les cordages ne doivent pas tre mouills , on
prfre ceux de chanvre; mais le spart se nourrit dans
l'eau , comme pour se ddommager de la soif qu'il a
prouve dans l'aridit du sol natal. Un avantage qui lui
est propre, c'est qu'on peut le raccommoder facilement,
quelque us qu'il soit, en mlant du spart neuf avec
le vieux. Mais pour bien apprcier cette herbe extraor-
dinaire , qu'on se reprsente quelle foule d'usages on
l'emploie dans tous les pays, pour les agrs des navires,
pour les machines de construction, enfin pour tous les
besoins de la vie; et cette plante, qui nous rend tant
de services , n'a pour crotre , sur le rivage de Cartha-
gne , qu'un espace de moins de trente milles de large
sur moins de cent milles de long. Les frais de transport
empchent de la faire passer plus loin.
A quelle poque commena l'usage du spart.
IX. Les Grecs se servaient du jonc pour faire des
cordages ; c'est ce que prouve le nom mme qu'ils don-
nent cette plante. Ils employrent ensuite les feuilles
de palmier, l'corce de tilleul ; et il est trs-probable que
les Carthaginois n'ont fait que les imiter en travaillant
de mme le spart.
Du bulbe riophore.
X. Suivant Thophraste , on trouve sur les bords des
rivires une plante bulbeuse qui , entre la tunique ex-
trieure et la partie comestble , porte une espce de
laine dont on fait une sorte de feutre et d'toffe ; mais
l 7 /i C. PLINII HIST. NAT. LIB XIX.
regionem, in qua fit, neque quidquam diligentius ,
praeterquam eriophoron id appellari , in exemplaribus ,
quae quidem invenerim , tradit : neque omnino ullam
mentionem habet, cuncta cura magna persecutus cccxc
annis ante nos , ut jam et alio loco diximus; quo appa-
ret, pst id temporis spatium in usum venisse spartum.
Quae sine radie nascantur et vivant : quae nascantur et seri non
possint.
XL Et quoniam a miraculis rerum cpimus , seque-
mur eorum ordinem , in quibus vel maximum est ,
aliquid nasci aut vivere sine ulla radie. Tubera haec
vocantur, undique terra circumdata , nullisque fibris
nixa , aut saltem capillamentis , nec utique extuberante
loco in quo gignuntur , aut rimas agente : neque ipsa
terrae cohaerent. Cortice etiam includuntur, ut plane nec
terram esse possimus dicere , nec aliud quam terrae cal-
lum. Siccis haec fere et sabulosis locis, frutectosisque
nascuntur. Excedunt saepe magnitudinem mali cotonei,
etiam librali pondre. Duo eorum gnera : arenosa den-
tibus inimica , et altra sincera. Distinguuntur et colore,
rufo, nigroque, et intus candido : laudatissima Africae.
Crescant , anne vitium id terrae (neque enim aliud in-
telligi potest ) ea protinu globetur maguitudine , qua
ii tu ru in est : et vivantne , an non, haud facile arbitror
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i 7 5
il ne nous dit pas , du moins dans les exemplaires que
j'ai pu me procurer, quelle est la patrie de cette plante:
il se borne nous apprendre qu'on l'appelle riophore.
Cet auteur, qui a trait l'histoire des plantes avec une si
grande exactitude, trois cent quatre-vingt-dix ans avant
nous , ne fait en aucun endroit mention du spart : preuve
vidente que l'usage de cette plante est postrieur au
temps o il crivait.
Vgtaux qui naissent et vivent sans racines; vgtaux qui naissent
sans qu'on puisse les semer.
XL Nous avons commenc par traiter des merveilles
de la nature, continuons les examiner en dtail. Une
des principales , sans dpute, c'est qu'une plante naisse
et vive sans aucune racine : telle est la truffe. Entire-
ment cache sous terre , elle n'a pas de fibres , pas le
moindre chevelu ; on ne remarque l'endroit o elle
se forme ni protubrance ni gerure ; elle n'est pas
mme adhrente au sol , mais enveloppe dans un t-
gument particulier: ainsi ce n'est point de la terre, mais
une production calleuse qui s'y dveloppe. Elle nat
d'ordinaire dans les lieux secs, sablonneux et couverts
de buissons. Il n'est pas rare de trouver des truffes
plus grosses qu'un coing , et mme du poids d'une
livre. Il y e/i a de deux sortes : les unes sont pleines de
sable et dangereuses pour les dents ; les autres sont pures
et nettes. Leur couleur varie : on en yoit de rousses, de
noires, et d'autres chair blanche; les plus estimes
sont celles d'Afrique. La truffe crot-elle peu peu, ou
bien cette informe production du sol , car ce ne peut
tre autre chose , acquiert-elle tout d'un coup la gros-
i 7 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
intelligi posse. Putrescendi enim ratio communis est iis
cum ligno. Lartio Licinio praetorio viro jura reddenti in
Hispania Carthagine, paucis his annis scimus accidisse,
mordenti tuber, ut deprehensus intus denarius primos
dents inflecteret : quo manifestum erit, terrae naturam
in se globari. Quod certum est , ex iis erunt quae na-
scantur, et seri non possint.
Misy, iton, gefanion.
XII. 3. Simile est et quod in Cyrenaica provincia vo-
cant misy, praecipuum suavitate odoris ac saporis , sed
carnosius : et quod in Thracia iton, et quod in Grcia
geranion.
De tuberibus.
-
XIII. De tuberibus haec traduntur peculiariter : quum
fuerint imbres autumnales , ac tonitrua crebra , tune
nasci, et maxime e tonitribus: nec ultra annum durare:
tenerrima autem verno esse. Quibusdam locis accepta
riguis feruntur : sicut Mitylenis negant nasci*, nisi exun-
datione fluminum invecto semine ab Tiaris. Est autem
is locus , in quo plurima nascuntur. Asiae nobilissima
circa Lampsacum , et Alopeconnesum : Graeciae vero ,
circa Elin.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 177
seur qu'elle doit avoir? A-t-elle la vie , ou non ? C'est
ce qu'il serait difficile de dcider ; du moins savons-nous
qu'elle est sujette la pourriture , comme le bois. Il y
a peu d'annes que Lartius Licinius , ex-prteur Rome,
et qui remplissait la mme charge Carthagne , en
mordant une truffe, y rencontra un denier qui faillit
lui casser les dents de devant. Ce fait montre videm-
ment que la truffe n'est qu'une agglomration de par-
ticules terreuses. Toujours est-il certain qu'elle doit tre
classe parmi les vgtaux qui naissent d'eux-mmes, et
qu'on ne peut semer.
Misy , iton , granium.
XII. 3. Le misy de la Cyrnaque n'est qu'une espce
de truffe , d'un got plus exquis et d'une odeur plus
suave ; elle est aussi plus charnue : tels sont encore
Y iton des Thraces, et le geranion des Grecs.
Truffes.
XIII. Voici quelques particularits sur les truffes :
elles croissent en abondance quand l'automne est pluvieux
et que les tonnerres sont frquens. Cette dernire circon-
stance aide singulirement leur production. Elles ne
durent qu'un an. Les plus tendres sont celles qu'on r-
colte au printemps. En certains pays , on attribue aux
eaux la naissance des truffes ; ainsi il n'en crotrait
point Mitylne, si le dbordement des rivires n'en
apportait la semence de Tiare , o elles se trouvent en
grande quantit. Les truffes les plus renommes en Asie
croissent aux environs de Lampsaque et d'Alopconnse ;
en Grce, aux environs d'Elis.
XII. \i
i 7 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
Pezicae.
XIV. Sunt et in fungorum gnre a Graecis dicti pe-
zicae, qui sine radie aut pediculo nascuntur.
De laserpitio , et lasere : maspetum.
XV. Ab his proximum dicetur auctoritate clarissi-
iimiu laserpitium , quod Graeci silphion vocant , in
Cyrenaica provincia repertum : cujus succum vocant
laser : magnificum in usu medicamentisque, et ad pon-
dus argenti denar pensum. Multis jam annis in ea
terra non invenitur , quoniam publicani , qui pascua
conducunt , majus ita lucrum sentientes , depopulantur
pecorum pabulo. Unus omnino caulis nostra repertus
memoria, Neroni principi missus est. Si quando incidit
pecus in spem nascentis, hoc deprehenditur signo : ove ,
quum comederit , dormiente protinus , capra sternu-
tante. Diuque jam non aliud ad nos invehitur laser, quam
quod in Perside, aut Media, et Armenia nascitur large,
sed multo infra Cyrenaicum : id quoque adulteratum
gummi , sacopenio , aut faba fracta. Quo minus omit-
tendum videtur, C. Valerio, M. Herennio coss. , Cyrenis
advecta Romam publie laserpitii pondo xxx; Caesarem
vero dictatorem initio belli civilis, inter aurum argen-
tumque protulisse ex aerario laserpitii pondo cxi. Id
apud auctores Graeciae evidentissimos invenimus natum
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 1 79
Pziques.
XIV. Les pziques des Grecs, qui naissent sans racines
ni pdicule , sont mises au rang des champignons.
Laserpitium , laser; maspetum.
XV. Nous allons parler maintenant de cette plante
fameuse , trouve dans la Cyrnaque , que nous avons
appele laserpitium , et les Grecs silphion. Son suc ,
connu sous le nom de laser , est tellement en vogue
pour les mdicamens et pour d'autres usages , qu'on le
vend au poids de l'argent; mais depuis nombre d'annes
on ne trouve plus de laserpitium dans cette province ,
car cette plante y est dtruite par le btail que les fer-
miers des pturages, pour grossir leurs profits, laissent
patre dans les endroits qui la produisent. De notre
temps , il ne s'en est trouv qu'un seul pied , qui fut
envoy Nron. S'il arrive que le btail rencontre quel-
que pousse naissante de laserpitium , on s'en aperoit
aux signes suivans : la brebis qui en a mang s'endort
sur-le-champ, et la chvre ternue. Depuis long-temps
on ne nous apporte que le laserpitium , commun dans la
Perse, la Mdie et l'Armnie, mais qui est trs-infrieur
celui de la Cyrnaque; encore est -il falsifi avec la
gomme, le sacopnium, et mme avec la farine de fves :
aussi ne devons-nous pas oublier que, sous le consulat
de Caus Valerius et de Marcus Herennius, on apporta
de Cyrne Rome trente livres de laserpitium qui furent
vendues publiquement ; et qu'au commencement de la
guerre civile, Csar, alors dictateur, tira du trsor
public , avec l'or et l'argent , cent onze livres de cette
12.
i8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
imbre piceo repente madefacta tellure , circa Hesperi-
dum hortos Syrtimque majorem , septem annis ante op-
pidum Cyrenarum , quod conditum est Urhis nostr
anno cxliii. Vim autem illam per quatuor millia stadium
Africae valuisse. In ea laserpitium gigni solitum , rem
feram ac contumacem, et si coleretur, in dserta fu-
gientem : radie multa crassaque, caule ferulaceo, aut
simili crassitudine. Hujus folia maspetum vocabant ,
apio maxime similia. Semen erat foliaceum , folium ip-
sum vero deciduum. Vesci pecora solita, primoque pur-
gari , inox pinguescere , carne mirabilem in modum
jucunda. Post folia amissa , caule ipso et homines ve-
scebantur decocto , asso, elixoque : eorum quoque cor-
pora xl primis diebus purgante a vitiis omnibus. Succus
duobus modis capiebatur : e radice , atque caule. Et
haec duo erant nomina : rhizias, atque caulias vilior illo
ac putrescens. Radici cortex niger. Ad mercis adulteria,
succum ipsum in vasa conjectum , admixto furfure *
subinde concutiendo ad maturitatem perducebant , ni
ita fecissent, putrescentem. Argumentum erat maturita-
tis, color, siccitasque sudore finito. Alii tradunt laser-
pitii radicem fuisse majorem cubitali , tuberque in ea
supra terram. Hoc inciso , profluere solitum succum ,
ceu lactis , superenato caule , quem magydarin voca-
runt. Folia aurei coloris pro semine fuisse, cadentia a
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 181
plaute. Les auteurs les plus renomms de la Grce nous
apprennent que le laserpitium naquit tout coup la
suite d'une pluie noire et paisse comme de la poix, qui
tomba aux environs du jardin des Hesprides et de la
grande Syrte, sept ans avant la fondation de Cyrne,
qui fut btie l'an i43 de Rome. La vertu productive de
cette pluie s'tendit en Afrique sur un espace de quatre
mille stades. Le laserpitium de ce pays tait, dit-on, une
plante sauvage et rebelle , qui fuyait en quelque sorte
dans les dserts , plutt que de se soumettre la cul-
ture. Ses racines taient paisses et nombreuses, sa tige
semblable celle de la frule, ou de la mme grosseur.
Sa feuille , appele maspetum , ressemblait celle de
l'ache , et tombait tous les ans. Sa graine tait aplatie
comme une feuille. Le btail aimait fort cette herbe ,
qui le purgeait d'abord , l'engraissait ensuite , et donnait
sa chair un got exquis. On mangeait la tige aprs
la chute des feuilles , mais cuite , bouillie ou rtie. Pen-
dant les quarante premiers jours, elle purgeait le corps
de toutes les humeurs vicieuses. Le suc se tirait de
deux parties de la plante , de la racine et de la tige :
aussi avait-il deux noms diffrens ; celui de la racine
tait appel rhizias, celui de la tige caulias ; ce dernier
se vendait moins cher , comme plus sujet se gter.
L'corce de la racine tait noire. Pour falsifier le la-
serpitium , on versait le uc dans un vase , on y
mlait du son , et on le battait jusqu' ce que le
mlange ft intime , autrement il se serait gt. On
connaissait que la mixtion tait son vrai point,
lorsqu'elle avait pris de la couleur, et qu'elle tait par-
faitement sche. D'autres disent que la racine du laser-
pitium avait plus d'une coude , qu'elle faisait voir
,82 C. PLINII HIST. NAT LIB. XIX.
Canis ortu , Austro fiante. Ex his laserpitium nasci so-
litum, annuo spatio et radie et caule consummantibus
sese. Hoc et circumfodi solitum prodidere. Nec purgari
pecora , sed gra sanari , aut protinus mori , quod in
paucis accidere. Persico silphio prior opinio congruit.
Magydaris.
XVI. Alterum genus ejus est , quod magydaris vo-
catur, tenerius et minus vehemens, sine succo : quod
circa Syriam nascitur, non proveniens in Cyrenaica re-
gione. Gignitur et in Parnasso monte copiosius , qui-
busdam laserpitium vocantibus : per quae omnia adul-
teratur rei saluberrimae utilissimaeque auctoritas. Pro-
batio sinceri prima , in colore modice rufo , et quum
frangitur, candido intus, inox translucente : gutta, aqua
salivaque liquescit. Usus in multis medicaminibus.
De rubia.
XVII. Sunt etiamnum duo gnera, non nisi sordido
nota vulgo, quum quaestu multum polleant. In primis
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i83
hors de terre une espce de tubrosit qui rendait pat-
incision un suc laiteux; au dessus s'levait la tige, ap-
pele magydaris. Ses feuilles , de couleur d'or , tenaient
lieu de graines; elles tombaient au lever de la Canicule,
ds que soufflait le vent du midi. De ces feuilles nais-
sait le laserpitium; au bout d'un an, sa racine et sa
tige avaient acquis leur perfection. Selon les mmes au-
teurs, on tait dans l'usage de dchausser cette plante:
elle ne purgeait point le btail , mais elle le gurissait
quand il tait malade, ou le faisait prir sur-le-champ;
ce dernier cas tait fort rare. La premire description
s'applique au laserpitium de Perse.
Magydaris.
XVI. On en connat une seconde espce appele
magydaris , plus tendre , d'un effet moins puissant que
la premire , et qui ne rend point de suc. Elle crot sur
les frontires de la Syrie , et non dans la Cyrnaque.
On trouve communment sur le mont Parnasse une
plante qu'on a aussi nomme laserpitium; on s'en sert,
comme de la prcdente, pour falsifier le vritable laser,
dont les effets salutaires sont universellement reconnus.
On distingue celui-ci aux marques suivantes : il est lg-
rement roux au dehors ; lorsqu'on le rompt , il parat
blanc et transparent au dedans ; il se fond en outre dans
l'eau ou la salive. Il entre dans la composition de plu-
sieurs mdicamens.
Garance.
XVII. Nous avons encore deux plantes, connues seule-
ment du plus bas peuple, par le profit considrable qu'elles
X
i84 C. PLINII HIST. NAT. L1B. XIX.
rubia tingendis lanis et coriis necessaria. Laudatissima
Italica, et maxime suburbana : et omnes paene provin-
ciae scatent ea. Sponte provenit, seriturque similitudine
erviliae. Verum spinosus ei caulis : genieulatus hic est ,
quinis circa articulos in orbe foliis. Semen ejus rubrum
est. Quos in medicina usus habeat, suo dicemus loco.
De radicula.
XVIII. At quae vocatur radicula , lavandis demum
lanis succum habet : mirum quantum conferens candori
mollitiaeque. Nascitur sativa ubique , sed sponte praeci-
pua in Asia Syriaque , saxosis et asperis locis. Trans
Euphratem tamen laudatissima, caule ferulaceo, tenui,
et ipso cibis indigenarum expetito, et unguentis, quid-
quid sit cum quo decoquatur : folio oleae. Struthion
Graeci vocant : floret aestate , grata aspectu : verum sine
odore , spinosa , et caule lanuginoso. Semen ei nullum ,
radix magna, quae conditur ad quem dictum est usum.
Hortorum gratia.
XIX. 4- Ab his superest reverti ad hortorum curam,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i85
lui procurent. La premire est la garance, employe pour
la teinture des laines , et ncessaire la prparation des
cuirs. La plus estime est celle d'Italie, et surtout des
environs de Rome. On la trouve communment dans
presque toutes les provinces. Elle vient d'elle-mme, ou
bien on la sme comme les petits pois. Sa tige est pi-
quante et noueuse; chaque nud porte un verticille de
cinq feuilles. Sa graine est rouge. Nous parlerons ailleurs
de l'usage de cette plante en mdecine.
Radicule.
XVIII. Celle que nous appelons radicula fournit un
suc utile pour le nettoyage des laines , auxquelles elle
donne une blancheur et une douceur merveilleuses.
L'espce cultive vient partout ; quant la sauvage ,
on estime celle de l'Asie Mineure et de la Syrie : elle
crot dans les terrains rudes et pierreux , mais la meil-
leure se trouve au del de l'Euphrate. Sa tige est mince
et semblable celle de la frule. C'est un mets recher-
ch des habitans, qui l'emploient aussi dans les par-
fums , en la faisant bouillir avec d'autres ingrdiens.
Sa feuille est celle de l'olivier. Les Grecs nomment cette
plante struthion. Elle fleurit en t , mais ses fleurs ,
d'un aspect agrable, n'ont point d'odeur. Sa tige est
pineuse et couverte de duvet. Elle ne porte point de
graines. Sa racine, qui est grosse, est rserve pour l'u-
sage dont nous avons parl en premier lieu.
Agrment des jardins.
XIX. 4. Passons la culture des jardins; ce sujet se
t86 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
et suapte natura memorandam , et quoniam antiquitas
nihil prius mirata est, quam Hesperidum hortos , ac
regum Adonis et Alcinoi : itemque pensiles , sive illos
Semiramis , sive Assyriee rex Cyrus fecit , de quorum
opre alio volumine dicemus. Romani quidem reges ipsi
coluere. Quippe etiam Superbus Tarquinius nuntium
illum saevum atque sanguinarium filio remisit ex horto.
lu xn tabulis legum nostrarum nusquam nominatur
villa , semper in significatione ea hortus : in horto vero
heredium. Quam rem comitata est et religio quaedam :
hortoque et foco tantum contra invidentium effascina-
tiones/dicari videmus in remedio satyrica signa, quam-
quam hortos tutel Veneris adsignante Plauto. Jam
quidem hortorum nomine in ipsa urbe delicias, agros,
villasque possident. Primus hoc instituit Athenis Epi-
curus , otii magister. Usque ad eum , moris non fuerat
in oppidis habitari rura. Romae quidem per se hortus
ager pauperis erat.
Ex horto plebei macellum, quanto innocentiore vietu !
Mergi enim , credo , in profunda satius est , et ostrea-
rum gnera naufragio exquiri , aves ultra Phasidem
amnem peti , et fabuloso quidem terrore tutas , immo
sic pretiosiores , alias in Numidiam atque iEthiopiae se-
pulcra : aut pugnare cum feris , mandique capientem
quod mandat alius. At hercule quam vilia haec , quam
.*
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 187
recommande assez par lui-mme. Rien n'a plus excit
l'admiration de l'antiquit que les jardins des Hespri-
des, des rois Adonis et Alcinos, et ces terrasses sus-
pendues , ouvrage de Smiramis , ou de. Cyrus , roi
d'Assyrie. Nous devons en parler ailleurs. Les rois de
Rome n'ont pas eux-mmes ddaign cette culture : ce
fut de son jardin que Tarquin le Superbe renvoya son
fils le courrier dont le retour fatal cota tant de sang
(aux habitans de Gabies). Le mot villa, dans nos lois des
Douze-Tables, n'est jamais employ pour dsigner une
mtairie , mais bien celui de hortus. Le mot heredium ,
l'hritage , y dsigne le jardin. On a mme attach des
ides religieuses cette sorte de proprit. Le foyer et
le jardin sont les seuls endroits o nous voyons con-
sacrer des figures de satyres, pour dtourner les ma-
lfices de l'envie. Plaute nanmoins met les jardins
sous la protection de Vnus. Aujourd'hui , sous le
nom de jardin , on possde , mme au centre de
Rome, des ombrages dlicieux, des campagnes et des
mtairies. Epicure , matre en l'art de jouir de la vie
oisive , introduisit le premier cet usage ; avant lui ,
on ne savait pas trouver la campagne au milieu des
villes.
A Rome, le jardin tait le champ du pauvre : c'- ^
tait du jardin que le peuple tirait ses provisions. Que
cette frugalit lui pargnait de maux ! Mais sans doute
il vaut mieux s'enfoncer dans les abmes de la mer,
se perdre sous les flots pour y choisir des hutres ,
courir au del du Phase pour chercher des oiseaux que
les rcits effrayans de la fable semblaient devoir garan-
tir de nos atteintes , et qui n'en sont que d'un plus
grand prix nos yeux ; en poursuivre d'autres chez les
88 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XIX.
parata voluptati satietatique , nisi eadem, quae ubique,
indignatio occurreret ! Ferendum sane fuerit exquisita
iiasci poma , alia sapore , alia magnitudine, alia mon-
stro , pauperibus interdicta : invcterari vina , saccisque
castrari : nec cuiquam adeo longam esse vitam , ut non
ante se genita potet : e frugibus quoque quoddam ali-
mentum sibi excogitasse luxuriam , ac medullam tantum
earum : superque pistrinarum operibus et caelaturis vi-
vere , alio pane procerum , alio vulgi , tt generibus
usque ad infimam plebem descendente annona. Etiamne
in herbis discrimen inventum est, opesque differentiam
fecere in cibo , etiam uno ase venali ? In his quoque
aliqua sibi nasci tribus negant , caule in tantum sagi-
nalo , ut pauperis mensa non capiat. Silvestres fecerat
natura corrudas, ut quisque demeteret passim : ecce al-
tiles spectantur asparagi : et Ravenna ternos libris re-
pendit. Heu prodigia ventris ! Mirum esset non lic're
pecori carduis vesci : non licet plebi. Aqu quoque se-
parantur , et ipsa naturae elementa vi pecuniae discreta
sunt. Hi nives, illi glaciem potant, pnasque montium
in voluptatem gulae vertunt. Servatur algor aestibus ,
excogitaturque ut alienis mensibus nix algeat. Deco^
quunt alii aquas : mox et illas hiemant. Nihil utique
homini sic , quomodo rerum naturae placet. Etiamne
herba aliqua divitiis tantum nascitur? Ncmo Saeros
HISTOTRE NATURELLE, UV. XIX. 189
Numides, et jusque dans les tombeaux d'Ethiopie, ou
livrer eombat aux animaux froces, et se faire d-
vorer pour satisfaire la voracit d'autrui. Ah ! que les
productions des jardins seraient meilleur compte !
qu'elles suffiraient facilement nos plaisirs et nos be-
soins ! Mais ici l'on trouve les mmes sujets d'indigna-
tion que partout ailleurs. Souffrons , s'il le faut , qu'il
naisse des fruits rares et recherchs, que leur saveur,
leur grosseur ou leur monstruosit interdisent aux pau-
vres ; qu'on laisse vieillir les vins; qu'on les nerve, en
les faisant passer par la toile ; que l'homme le plus
vieux puisse toujours boire des vins plus vieux que lui.
Souffrons que le luxe se rserve la moelle du grain , et
s'en compose un mets pour lui seul ; que la pte , tra-
vaille et sculpte par une main habile, fasse distinguer
le pain du riche de celui du pauvre; qu'il y ait des bls
diffrens pour chaque condition jusqu' la plus basse :
mais trouver une distinction jusque dans les herbes !
Les richesses tablir des diffrences dans un mets qui
ne se vend qu'un as ! il en est auxquels le peuple
n'ose prtendre. La culture grossit le chou au point
que la table du pauvre ne peut le contenir. La nature
avait voulu que les asperges fussent sauvages , afin que
chacun les cueillt en tous lieux ; mais dj l'art les
nourrit et les perfectionne au point que trois asperges
de Ravenne psent une livre. Excs monstrueux de la
gourmandise ! on verrait avec surprise le chardon in-
terdit aux bestiaux ; il l'est au peuple. Il y a aussi des
eaux privilgies , et l'argent a mis des distinctions ,
mme entre les lmens. Les uns boivent de la neige,
les autres de la glace : le flau des montagnes est de-
venu une jouissance pour la sensualit. On fait pro-
i 9 o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
Aventinosque montes, et iratae plebis secessus circum-
spcxerit : inox enim certe sequabit , quos pecunia sepa-
raverit. Itaque hercule nul lu m macelli vectigal majus
fuit Roinae, clamore plebis incusantis apud omnes prin-
cipes, donec remissum est portorium mercis hujus :
compertumque non aliter quaestuosius censum haberi
aut tutius , ac minore fortunae jure , quum credatur
pensio ea pauperum. Is in solo sponsor est , et sub dio
reditus, superficiesque caelo quocumque gaudens.
Hortorum Cato praedicat caules. Hinc primum agri-
cole aestimabantur prisci , et sic statim faciebant judi-
cium , nequam esse in domo matrem familias ( etenim
hacc cura feminae dicebatur) ubi indiligens esset hortus :
quippe e carnario, aut macello vivendum esse. Sed nec
caules, ut nunc, maxime probabant , damnantes pul-
mentaria , quae egerent alio pulmentario : id erat oleo
parcere; nam gari desideria etiam in exprobratione erant.
Horti maxime placebant , quia non egerent igni, parce-
rentque ligno , expedita res et parata semper : unde et
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIX. 191
vision de froid pour le temps des chaleurs. On a trouv
le secret de faire geler la neige au fort de l't. D'autres
font bouillir l'eau, et la transforment en glace un mo-
ment aprs. Nulle chose ne plat l'homme telle que
la nature l'a faite. Mais faut-il aussi qu'il y ait des herbes
qui ne croissent que pour les riches ? Et personne ne
tourne ses regards vers le mont Sacr et vers le mont
Aventin , antiques retraites d'un peuple irrit ! Ah !
bientt l'galit rapprochera ceux que la richesse avait
spars. Les droits normes que payaient ces denres
excitrent les rclamations de la multitude ; elle fatigua
de ses cris tous les empereurs , jusqu' ce que les l-
gumes eussent t exempts de toute imposition. L'exp-
rience a prouv que le moyen le plus avantageux de
percevoir la taxe, le plus sr et le plus indpendant de
la fortune , tait de regarder le jardin du pauvre comme
sa caution envers l'tat. Le sol mme rpond pour lui :
c'est un bien au soleil , une surface qui russit sous
toute exposition.
Caton vante les choux de jardins. C'tait d'aprs leur
culture qu'on apprciait les anciens cultivateurs; et comme
l'inspection du jardin regardait la femme, on jugeait,
lorsqu'il tait nglig , que la matresse de la maison
n'entendait rien au mnage, car il fallait alors avoir re-
cours la boucherie ou au march. Mais les choux
eux-mmes n'taient pas , comme aujourd'hui , recher-
chs de prfrence ; on ddaignait un mets qu'un autre
mets assaisonne : par l on conomisait l'huile. Pour
le garurn , il et t honteux de le dsirer. Ce qui leur
faisait surtout aimer les jardins, c'est que les lgumes
n'exigent pas de feu , qu'ils pargnent le bois, qu'ils
prsentent des mets toujours prts et sous la main. Pr-
i 9 C. PIJN1I HIST. NAT. LIB. XIX.
aeetaria appellantur , facilia concoqui , nec oneratura
sensum cibo, et quae minime accdrent desiderium pa-
nis. Pars eorum ad condimenta pertinens fatetur domi
versuram fieri solitam : atque non Indicum piper quae-
situm, quaeque trans maria petimus. Jam quoque in fe-
nestris suis plebs urbana in imagine hortorum quoti-
diana oculis rura prbebant , antequam praefigi pro-
spectus omnes coegit multitudinis innumer saeva la-
trocinatio. Quamobrem sit aliquis et lus honos , neve
auctoritatem rbus vilitas adimat, quum praesertim etiam
cognomina procerum inde nata videamus; Lactucinos-
que in Valeria familia non puduisse appellari : et con-
tingat aliqua gratia operae euraeque nostroe, Virgilio
quoque confesso , quam sit difficile verborum honorem
tam parvis perhibere.
Digestio terrae.
XX. Hortos villae jungendos non est dubium, riguos-
que maxime habendos , si contingat , prfluo amne : si
minus e puteo rota , organisve pneumaticis , vel tolle-
nonum haustu rigandos. Solum proscindendum a Fa-
vonio : in autumnum praeparandum est post xiv dies,
iterandumque ante brumam. Octo jugerum operis pa-
lari justum est , fimum trs pedes alte cum terra mis-
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. uf\
pars au vinaigre, ils sont d'une digestion facile, ne
surchargent point l'estomac , et tiennent presque lieu
de pain. Ceux qui entrent dans les assaisonnemens at-
testent que nos anctres n'taient pas dans l'usage de
recourir la bourse d'autrui ; ils savaient se passer du
poivre de l'Inde , et des pices que nous allons cher-
cher au del des mers. Le peuple mme de la ville ,
entretenant ses fentres des espces de jardins , pr-
sentait aux yeux le continuel spectacle de la campagne,
avant que les brigandages affreux d'une multitude trop
nombreuse eussent forc de griller les fentres des mai-
sons/Les jardins mritent donc aussi quelque estime, et
le peu d'importance de cette culture ne doit pas la faire
mpriser. Que <lis-je? c'est elle que les plus grands
personnages de Rome doivent leur surnom. Une bran-
che de la famille Valeria ne s'est pas crue dshonore
de tenir le sien d'une laitue (Lactucinus). J'espre qu'on
me saura quelque gr de mon travail , puisque Virgile
lui-mme reconnat combien il est difficile de traiter no-
blement un sujet si peu relev-
Distribution de li terre.
XX. Le jardin doit tre contigu la mtairie , et ,
s'il se peut, dans le voisinage d'une eau courante, pour
la facilit des arrosemens ; sinon l'on emploiera l'eau de
puits, au moyen d'une roue, d'une pompe ou d'une bas-
cule. Il faut ouvrir la terre aux premiers souffles du
vent d'ouest ; quatorze jours aprs , la prparer pour
l'automne, et lui donner encore une autre faon avant
l'hiver. Il ne faut pas moins de huit hommes pour
bcher un arpent; car on doit mler le fumier avec la
xii. i3
i 9 /, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
ceri, areis distingui, easque resupinis pulvinorum toris,
ambiri singulas tramitum sulcis, qua detur accessus ho-
mini , scatebrisque decursus.
Nascentium , praeter fruges , et frutices.
XXI. In hortis nascentium alia bulbo commendantur,
alia capite, alia caule, alia folio, alia utroque, alia se-
mine , alia cortice, alia cute, aut cartilagine, alia carne,
alia tunicis carnosis.
Natura , et gnera , et historiae nascentium in hortis rerum xx. In
omnibus dicitur quomodo quaeque serantur.
XXII. Aliorum fructus in terra est, aliorum et extra,
aliorum non nisi extra. Quaedam jacent crescuntque ,
ut cucurbitae et cucumis. Eadem pendent , quamquam
graviora multo etiam iis quae in arboribus gignuntur :
sed cucumis cartilagine. Cortex huic uni maturitate
transit in lignum. Terra conduntur raphani , napique ,
et rpa: atque alio modo inulae, siser, pastinacae. Quae-
dam vocabimus ferulacea , ut anethum, malvas. Namque
tradunt auctores , in Arabia malvas septimo mense ar-
borescere , baculorumque usum prbere extemplo. Sed
et arbor est malva in Mauretania Lixi oppidi aestuario,
ubi Hesperidum horti fuisse produntur ce passibus ab
Oceano, juxta delubrum Herculis, antiquius Gaditano,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i 9 5
terre la profondeur de trois pieds, partager le jardin
en planches ou couches bords relevs, pratiquer au-
tour de chacune des sentiers par lesquels on puisse ap-
procher et faire circuler les eaux d'arrosement.
Des plantes de jardins , l'exception des grains et des arbustes.
XXI. On recherche dans les plantes de jardins dif-
frentes parties : la bulbe, la tte, la tige, les feuilles,
ou bien la tige et les feuilles la fois ; la graine , l'-
corce, la crote ou l'enveloppe cartilagineuse, la chair,
et enfin les tuniques charnues.
Histoire naturelle de vingt espces diffrentes qui naissent dans les
jardins. Indication de la mthode qu'on suit pour l'ensemence-
ment de chacune.
XXII. Les unes ont le fruit en terre , les autres en
terre et hors de terre , d'autres hors de terre seulement.
Quelques-unes croissent terre , comme certaines es-
pces de courges et de concombres ; il en est d'autres
qui sont suspendues aux branches des arbres, quoique
pesant beaucoup plus que les fruits de l'arbre qui leur
sert d'appui. Le concombre a une enveloppe cartilagi-
neuse ; c'est le seul fruit dont l'corce devienne aussi
dure que le bois quand il est mr. Les raiforts , les na-
vets et les raves sont cachs en terre ; l'aune , le siser,
le panais le sont aussi, mais d'une manire diffrente. Il
y a d'autres plantes que j'appellerai frulaces , comme
l'aneth et les mauves. En effet , des auteurs nous disent
qu'en Arabie les mauves deviennent , en sept mois , de
la grandeur des arbres, et fournissent des btons qui ne
cotent aucune prparation. On trouve aussi une mauve
i3.
9 6 C. PLINH HIST. NAT. LIB. XIX.
ut ferunt. Ipsa altitudinis pedum xx, crassitudinis quam
circumplecti nemo possit. In simili gnre habebitur et
cannabis. Necnon et carnosa aliqua appellabimus , ut
spongias in humore pratorum enascentes. Fungorum
enim callum , in ligni arborumque natura diximus , et
alio gnre tuberum paulo ante.
Quae cartilaginei generis : cucumeres : pepones.
XXIII. 5. Cartilaginei generis , extraque terram est
cucumis, mira voluptate Tiberio principi expetitus. Nullo
quippe non die contigit ei , pensiles eorum hortos pro-
moventibus in solem rtis olitoribus : rursusque hiber-
nis diebus intra specularium munimenta revocantibus.
Quin lact mulso semine eorum biduo macerato , apud
antiquos Graeciae auctores scriptum est seri oportere, ut
dulciores fiant. Crescunt qua coguntur forma. In Italia
virides , et quam minimi : in provinciis quam maximi :
et cerini , aut nigri. Placent copiosissimi Africae, gran-
dissimi Msiae : quum magnitudine excessere , pepones
vocantur. Vivunt hausti in stomacho in posterum diem ,
nec perfici queunt in cibis , non insalubres tamen plu-
rimum. Natura oleum odere mire : nec minus aquas
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i 97
arborescente sur la cte de Mauritanie, prs d'une lagune
contigu la ville de Lixe , o tait , dit-on , le jardin
des Hesprides. Cet arbre, qu'on voit deux cents pas
de l'Ocan , prs d'un temple d'Hercule , plus ancien ,
ce qu'on prtend , que celui de Cadix , a vingt pieds
de hauteur, et il est si gros qu'un homme ne saurait
l'embrasser. Au nombre de ces plantes nous mettrons
aussi le chanvre. Il en est d'autres que j'appellerai char-
nues : telles sont les ponges , qui naissent dans les
prairies trop humides. Nous avons parl des champi-
gnons en traitant des arbres et des plantes ligneuses ; et
quant aux truffes, nous venons de nous en occuper.
Vgtaux du genre cartilagineux : concombres , pepons.
XXIII. 5. Les concombres sont cartilagineux , et ont
le fruit hors de terre. L'empereur Tibre les aimait avec
passion ; aussi en servait-on tous les jours sa table.
On les cultivait dans des caisses suspendues sur des
roues, afin de pouvoir facilement les exposer au soleil,
et les retirer en hiver dans des serres garnies de vitrages.
Les anciens auteurs grecs prtendent que pour avoir des
concombres plus doux , il faut, avant que de les semer,
en laisser, pendant deux jours, tremper la graine dans du
lait miell. Les fruits prennent telle forme qu'on veut leur
donner. En Italie, ils sont verts et trs-petits; dans les
provinces, il en existe de fort gros qui sont jaunes ou
noirs. Ceux d'Afrique sont excellens et fort communs.
Ceux de la Msie deviennent trs-gros; si leur grosseur
est excessive , on les appelle pepons. Le concombre est
lourd sur l'estomac, o il se conserve jusqu'au lende-
main sans pouvoir tre digr ; cependant il n est pas
198 C. PLINII H1ST. NAT. LIB. XIX.
diligunt. Desecti quoque ad eas modice distantes adre-
punt : aut si quid obstet, versi pandantur, curvanturque :
id vel ima nocte deprehenditur, si vas cum aqua subji-
ciatur a quatuor digitorum intervallo , descendentibus
ante posterum diem : at si oleum eodem modo sit , in
hamos curvatis. Iidem in fistula flore demisso , mira
longitudine crescunt. Eece quum maxime nova forma
eorum in Campania provenit mali cotonei effigie. Forte
primo natum ita audio unum : mox semine ex illo genus
factum: melopeponas vocant. Non pendent hi, sedhumi
rotundantur. Mirum in Iris, praeter figuram coloremque,
et odorem , quod maturitatem adepti , quamquam non
pendentes , statim a pediculo recedunt. Columella suum
tradit commentum, ut toto anno eontingant. Fruticem
rubi quam vastissimum in apricum locum transferre ,
et recidere , duum digitorum relicta stirpe , circa ver-
num aequinoctium : ita in medulla rubi semine cucume-
ris insito , terra minuta fimoque circumaggeratas resi-
stere frigori radies. Cucumerum Graeci tria gnera fe-
cere : Laconicum, Scytalicum, Boticum. Ex lus tantum
Laconicum aqua gaudere.
Sunt qui herba, quae vocatur culix nonrine, trita ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 199
trop malsain. Il a pour l'huile une haine tonnante, et
non moins d'amour pour l'eau. Mme coup par le
pied , il se trane prs de l'eau, s'il s'en trouve une
faible distance ; rencontre-t-il un obstacle , il se tourne
du moins et se courbe du ct de l'humidit : c'est ce
qu'on peut reconnatre dans l'espace d'une seule nuit ,
en plaant prs d'un concombre , quatre doigts de
distance , un vase rempli d'eau ; le lendemain , le con-
combre se sera approch : il sera recourb en arrire si
le vase contient de l'huile. Les concombres en fleur,
introduits dans des tuyaux, deviennent d'une longueur
surprenante. Une espce toute nouvelle s'est montre en
Campanie; elle a la forme du coing. Le premier individu
naquit , dit-on , par le seul effet du hasard , ses graines
ensuite propagrent l'espce. Ces sortes de fruits s'appel-
lent melo-pepons (melons?); ils ne sont point suspendus,
ils croissent terre en masse ronde. Outre leur figure,
leur couleur et leur odeur, ils ont ceci de particulier,
qu'aussitt aprs leur maturit ils quittent leur queue,
quoiqu'ils n'y soient pas suspendus. Columelle donne
un moyen de son invention pour avoir des concombres
toute l'anne : c'est de prendre , vers l'quinoxe du
printemps, la ronce la plus grosse qu'il sera possible,
de la transplanter dans un endroit expos au soleil, et
d'en couper les branches et la tige deux doigts de
terre ; ensuite , d'enter la graine de concombre dans la
moelle de la ronce: les racines, couvertes tout l'en-
tour de fumier et de menue terre , rsisteront la ri-
gueur du froid. Les Grecs distinguent trois espces de
concombres : ceux de Laconie , ceux de Scytalie et ceux
de Botie. Les premiers seulement aiment l'eau.
Si avant de semer la graine de concombre on la met
aoo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
semen eorum maceratum seri jubeant , ut sine semine
nascantur.
Cucurbita.
XXIV. Similis et cucurbitis natura , dumtaxat in
nascendo. /Eque hiemem. odere. Amant rigua ac fimum.
Seruntur ambo semine in terra sesquipedali fossura y
inter aequinoctium vernum , et solslitium : Parilibus
tamen aptissime. Aliqui malunt ex kalendis martii cu-
curbitas, et nonis cucumeres, et per Quinquatrus serere,
simili modo reptantibus flagellis scandentes parietum
aspera in tectum usque, natura sublimitatis avida. Vires
sine adminiculo standi non sunt, velocitas pernix, levi
umbra camras ac pergulas operiens. Inde haec duo
prima gnera : camerarium ; et plebeium , quod humi
rpit. In priore mire tenui pediculo libratur pondus im-
mobile aurae. Cucurbita quoque omni modo fastigatur,
vaginis maxime vitilibus, conjecta in eas postquam de-
floruit : crescitque qua cogitur forma , plerumque et
draconis intorti figura. Libertate vero pensili concessa ,
jam visa est novem pedum, longitudinis. Particulatim
cucumis floret , sibi ipse superflorescens , et sicciores
locos patitur , candida lanugine obductus , magisque
quum crescit.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. soi
tremper dans le suc de l'herbe appele culix , on aura
des concombres qui ne porteront point de semences.
Courges.
XXIV. Les courges ressemblent aux concombres , du
moins lvent-elles de la mme manire; elles craignent
galement le froid ; elles aiment l'eau et le fumier. On
les sme , comme les concombres , dans des tranches
profondes d'un pied et demi , entre l'quinoxe de prin-
temps et le solstice d't ; mais le temps le plus favora-
ble , c'est aux ftes des Parilies. D'autres aiment mieux
semer les courges aux kalendes de mars, les concom-
bres aux nones du mme mois, ou pendant les ftes
de Minerve. La courge tend ses branches comme le
concombre , et monte le long des murailles jusque sur
le toit des maisons , tant cette plante aime s'lever ;
cependant elle ne peut se soutenir d'elle-mme. Elle
crot trs-vite : aussi a-t-elle bientt couvert d'un lger
ombrage les treilles et les berceaux. Pour cette raison ,
on distingue la courge de treilles de la courge commune,
qui rampe terre. On voit avec surprise , dans la pre-
mire de ces espces , une queue extrmement menue
soutenir un fruit que son poids rend immobile tous
vents. La courge prend aussi toute sorte de figures ;
on la met d'ordinaire dans des tuis d'osier aussitt
qu'elle est dfleurie ; elle prend en croissant la forme
de cette enveloppe trangre , et le plus souvent celle
d'un serpent entortill. Suspendue en libert , elle ac-
quiert jusqu' neuf pieds de longueur. Le concombre
ne montre pas ses fleurs toutes la fois , mais succes-
sivement. Il s'accommode d'un terrain sec. Il est cou-
202 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
Cucurbitarum numerosior usus. Et primus caulis in
cibo. Atque ex eo in totum natura diversa. Nuper in
balinearum usum venere urceorum vice , jam pridem
vero etiam cadorum ad vina condenda. Cortex viridi
tener : deraditur nibilominus in cibis. Cibos salubres
ac lenes pluribus modis existimant, qui perfici humano
ventre non queant, sed non intumescant. Semina quae
proxima collo fuerint, proceras pariunt : item ab imis,
sed non comparandas supra dictis : quae in medio ro-
tundas : quae in lateribus, crassas brevioresque. Siccan-
tur in umbra, et quum libeat serere, in aqua mace-
rantur. Cibis , quo longiores tenuioresque, eo gratiores.
Et ob id salubriores , quae pendendo crevere : minimum-
que seminis taies babent , duritia ejus in cibis gratiam
terminante. Eas quae semini serventur , ante hiemem
praecidi non est mos. Postea fumo siccantur, condendis
hortensiorum seminibus rusticae supellectili. Inventa est
ratio , qua cibis quoque servarentur : eodemque modo
cucumis , usque ad alios paene proventus : et id quidem
in muria fit. Sed et scrobe , opaco in loco arena sub-
strato , fenoque sicco opertos , ac deinde terra, virides
servari tradunt. Sunt et silvestres in utroque gnre, et
omnibus fere hortensiis. Sed et his medica tantum na-
tura est. Quam ob rem differentur in sua volurnina.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. ao3
vert d'une bourre blanche qui devient plus paisse me-
sure qu'il grossit.
L'usage des courges est plus vari ; on en mange
mme les jeunes tiges : elles sont, du reste, d'une na-
ture tout--fait diffrente. C'est depuis peu qu'on em-
ploie les courges dans les bains , en guise d'aiguires ;
mais il y a long-temps qu'elles servent de barils pour
mettre les vins. Encore vertes , elles ont une peau ten-
dre , qu'on ne laisse pas d'enlever quand on les apprte
pour la table. Elles passent pour un aliment doux et
sain , d'une digestion trs-difficile , mais qui ne gonfle
point le ventre. La graine qui est le plus prs du col
du fruit donne les courges longues ; celle d'en bas les
produit moins longues ; celle du milieu les donne ron-
des ; celle des cts , grosses et courtes. La graine est
sche l'ombre ; on la met tremper dans l'eau avant
de la semer. Les courges les plus longues et les plus
menues sont les plus dlicates : aussi celles de treilles
sont-elles les meilleures ; d'ailleurs elles ont moins de
graine : or la duret de la graine te cet aliment une
partie de sa bont. Celles que l'on veut garder pour
graines ne sont cueillies qu' l'entre de l'hiver. On les
fait ensuite scher la fume , et elles servent ren-
fermer les semences des plantes de jardin. On a trouv
le moyen de conserver pour la table les courges et les
concombres, presque jusqu' la rcolte suivante : c'est
de les mettre dans la saumure. Toutefois assure-t-on que
ces fruits, poss sur le sable au fond d'une fosse creuse
dans un endroit sombre, recouverts de foin sec et en-
suite de terre , s'y conservent toujours verts. On trouve
des espces sauvages de courges et de concombres comme
de toutes les plantes de jardins, mais on ne les emploie
uo4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
De rapis : napis.
XXV. Reliqua cartilaginum naturae terra occultantur
omnia. In quibus de rapis abunde dixisse poteramus vi-
deri , nisi medici masculini sexus facerent in his ro
tunda , latiora vero et concava feminini , praestantiora
suavitate , et ad condiendum faciliora : quae saepius sata
transeunt in marem. Iidem naporum quinque gnera fe-
cere : Corinthium, Cleonaeum, Liothasium, Boticum,
et quod per se viride dixerunt; Ex iis in amplitudinem
adolescit Corinthium , nuda fere radie. Solum enim
hoc genus superne tendit, non ut cetera in terram. Lio-
thasium quidam Thracium appellant, frigorum patien-
tissimum. Ab eo Boticum dulce est, rolunditate etiam
brevi notabile , neque ut Cleonaeum praelongum. In to-
tum quidem , quorum tenuia folia, ipsi quoque dulcio-
res : quorum scabra, et angulosa, et horrida, amariores.
Est praeterea genus silvestre, cujus folia sunt erucae si-
milia. Palma Romae Amiterninis datur , inde Nursinis:
lertia nostratibus. Cetera de satu eorum in rapis dicta
sunt.
De raphanis.
XXVI. Cortice et cartilagine constant raphani : mul-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 2 o5
qu'en mdecine; aussi nous rservons-nous d'en parler
plus loin.
Raves ; navets.
XXV. Toutes les autres plantes cartilagineuses sont
caches en terre. De ce nombre sont les raves , dont
nous avons dj trait assez au long. Bornons -nous
ajouter que, selon le sentiment des mdecins, les
raves rondes sont des mles , les plates et les creuses ,
des femelles. Ces dernires sont d'un meilleur got et
plus faciles confire ; leur graine resseme plusieurs
fois ne donne plus que des raves mles. Les mmes au-
teurs ont tabli cinq espces de navets : le Corinthien ,
le Clonien , le Liothasien , le Botien , et celui qu'ils
dsignent par l'pithte de vert. Le Corinthien est le
plus gros , et dcouvre presque entirement sa racine ;
car c'est la seule espce qui se porte en haut , toutes les
autres se dirigent vers le bas. Le Liothasien , nomm
par d'autres Thracien , rsiste le mieux au froid. Aprs
lui , le Botien a la saveur la plus douce : il est remar-
quable en ce qu'il est rond et court ; le Clonien , au
contraire, est fort long. En gnral, les navets feuilles
minces et unies sont plus doux ; les navets feuilles
pres, rudes et anguleuses, sont plus amers. Il en existe
une espce sauvage dont les feuilles sont semblables
celles de la roquette. A Rome, les navets les plus esti-
ms sont ceux d'Amiterne, ensuite ceux de Nursia, et
enfin ceux de Vrone. Nous avons parl de leur culture
en traitant des raves.
Raiforts.
XXVI. Les raiforts ont le cartilage et l'corce ; quel-
io(i C. PLINII HIST. NAT. LIR. XIX.
tisque eorum cortex crassior etiam , quam quibusdani
arborum. Amaritudo plurima illis est , et pro crassitu-
dine corticis. Cetera quoque aliquando lignosa. Et vis
mira colligendi spiritum , laxandique ructum : ob id
cibus illiberalis , utique si proxime olus mandatur : si
vero cum olivis drupis , rarior ructus fit , minusque f-
tidus. iEgypto mire celebratur propter olei fertilitatem ,
quod e semine ejus faciunt. Hoc maxime cupiunt serere,
si liceat: quoniam et quaestus plus quam a frumento, et
minus tributi est , nullumque copiosius oleum.
Gnera raphani Graeci fecere tria, foliorum differen-
tia, crispi, atque laevis, et tertium silvestre. Atque huic
laevia quidem , sed breviora ac rotunda , copiosaque ;
atque fruticosa : sapor autem asper, et medicamenti
instar ad eliciendas alvos. Et in prioribus tamen diffe-
rentia a semine est : quoniam aliqua pejus , aliqua ad-
modum exiguum ferunt. Hc vitia non cadunt , nisi in
crispa folia.
Nostri alia fecere gnera : Algidense a loco , longum
atque translucidum. Alterum rapi figura , quod vocant
Syriacum, suavissimum fere ac tenerrimum , hiemisque
patiens. Praecipuum tamen est , quod e Syria non pri-
dem advectum apparet, quoniam apud auctores non re-
peritur : id autem tota hieme durt. Etiamnum unum
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 207
quefois mme celle-ci est plus paisse que l'corce de
certains arbres. Ils sont trs-cres , et proportion que
l'corce est plus paisse; quelquefois aussi leur substance
devient ligneuse. Au reste, les raiforts sont extrmement
flatueux , et causent beaucoup de rapports ; aussi ne
conviennent-ils pas la bonne compagnie, surtout si on
les mange avec d'autres lgumes : avec des olives encore
vertes , les rapports sont moins frquens et moins dsa-
grables. Les Egyptiens estiment singulirement le rai-
fort , cause de la grande quantit d'huile qu'ils en
tirent , car aucune graine n'en donne autant que la
sienne ; aussi la sment-ils de prfrence , et autant
qu'il leur est permis de le faire, car ils y trouvent plus
de profit qu'au bl , et ils paient moins d'impts.
Les Grecs , d'aprs la diffrence des feuilles., ont par-
tag les raiforts en trois espces : ils sont ou crpus , ou
lisses , ou sauvages ; ces derniers ont les feuilles lisses ,
mais nombreuses , courtes et rondes. Leur port est celui
d'un arbrisseau. Le got en est pre , et ils lchent le
ventre. Quelques espces de raiforts se distinguent par
la graine, qui est en trs-petite quantit, ou de qualit
infrieure; mais ces dfauts sont particuliers aux raiforts
feuilles crpues.
Chez les Latins, les espces sont diffrentes : ils con-
naissent le raifort du mont Algide, long et transparent;
le raifort dit de Syrie , de la forme de la rave , trs-
doux et trs-tendre , et qui ne craint pas le froid ; le
meilleur cependant est celui qui ne nous est venu que
depuis peu de la Syrie : du moins , les auteurs n'en
parlent-ils nulle part ; il dure tout l'hiver. Il y a une
espce sauvage , appele par les Grecs agrion ; par les
ioS G PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
silvestre Grci agrion vocant , Pontici armon, alii leu-
cen , nostri armoraciam , fronde copiosius quam cor-
pore. In omnibus autem probandis maxime spectantur
caules : immitium enim rotundiores crassioresque , ac
longis canalibus. Folia ipsa tristiora , et angulis hor-
rida.
Seri vult raphanus terra soluta , humida. Fimum
odit, palea contentus. Frigore adeo gaudet , ut in Ger-
mania infantium puerorum magnitudinem quet. Se-
ritur post idus febr. ut vernus sit : iterumque circa Vul-
canalia , quee satio melior. Multi et martio , et aprili
serunt , et septembri. Incipiente incremento , confert
alterna folia circumobruere, ipsos vero adcumulare. Nam
qui extra terram emersit, durus fit atque fungosus. Ari-
stomaehus detrahi folia per hiemem jubet, et, ne lacunae
stagnent , adcumulare : ita in aestatem grandescere.
Quidam prodidere, si palo adacto caverna palea inster-
natur sex digitorum altitudine , deinde in semen fimum-
que et terra congeratur, ad magnitudinem scrobis cre-
scere. Prcipue tamen saisis alunlur. Itaque etiam tali-
bus aquis irrigantur, et in iEgypto nitro sparguntur, ubi
sunt suavitate prcipui. In totum quoque salsugine ama-
ritudo eorum eximitur, fiuntque coctis similes. Namque
et cocti dulcescunt, et in naporum vicem transeunt.
Crudos medici suadent, ad colligenda acria viscerum ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. ao 9
nations politiques , armon ; par d'autres , leucc ; par les
Latins , armoracia : elle a beaucoup de feuilles et peu
de racines; au reste, on reconnat les bons raiforts la
tige. Dans les espces acres, les tiges sont plus rondes,
plus grosses , et sillonnes par de longs canaux ; les
feuilles rudes, anguleuses, et d'un aspect dsagrable.
Le raifort veut une terre lgre et humide ; il hait
le fumier, et se contente de paille. Il se trouve si bien
du froid , qu'en Germanie on en voit de la grosseur
d'un enfant. On le sme d'abord aprs les ides de f-
vrier, pour en avoir au printemps; et ensuite au mois
d'aot , vers les ftes de Vulcain : c'est l'poque la plus
favorable : d'autres le sment en mars , avril et sep-
tembre. Quand il commence grossir , il est bon de
couvrir successivement ses feuilles et de le rechausser
lui-mme , car hors de terre il devient dur et spon-
gieux. Aristomaque veut qu'on effeuille les raiforts pen-
dant l'hiver, et qu'on rechausse la plante pour empcher
que les eaux ne sjournent au pied : c'est le moyen d'en
avoir de grands et forts en t. Faites en terre , avec
un pieu, un trou profond de six doigts; placez au fond
une graine de raifort que vous recouvrirez de fumier
et de terre , et vous aurez , dit-on , un raifort de la
grandeur du trou. Au reste, rien ne nourrit mieux la
plante que le sel ; aussi l'arrose-t-ou d'eau sale. En
Egypte , o elle est d'une qualit suprieure , on r-
pand du nitre sur le sol. La salure te aux raiforts
toute leur cret , [et produit l'effet de la cuisson ; or ,
tant cuits , ils sont doux , et se mangent comme des
navets. Pour faciliter le vomissement, les mdecins font
xii. i4
vio C. PUNII HIST. NAT. LIB. XIX.
dniidos cum snle jejunis esse , atque ita vomitionibus
praeparant meatum. Tradilnt et praecordiis necessarium
liunc succum : quando phthisin cordi intus inhaerentem
non alio ptuisse depelli compertum sit in jEgypto, re-
gibus eorpora mortuorum ad scrutandos morbos inse-
eantibus. Atque, ut est Graeca vanitas, fertur in templo
Apollinis Delphis adeo ceteris cibis praelatus raphanus,
ut ex auro diearetur, beta ex argento, rapum e plumbo.
Scires non ibi genitum Manium Curium imperatorem ,
(juem Samni'tiuin legatis aurum repudiaturo adferenti-
bus, rapum torrentem in foco inventum Annales nostri
prodidere. Scripsit et Moscbion Graecus unum de ra-
phano volumen. Utilissimi in cibis hiberno tempore exi-
stimantur: iidemque dentibus semper inimici, quoniam
atterant. Ebora certe poliunt. Odium his cum vite maxi-
mum , refugitque juxta satos.
Pastinaca.
XXVII. Lignosiora suntreliqua, in cartilaginum g-
nre a nobis posita. Mirumque, omnibus vehementiam
saporis inesse. Ex iis pastinacae unum genus agreste
sponte provenit : staphylinos Graece dicitur. Alterum
seritur radie vel semine , primo vere vel autumno : ut
HISTOIRE NATURELLE , L1V. XIX. ai i
manger aux malades , jeun , des raiforts crus avec
du sel, pour attirer dans l'estomac les humeurs Acres
des autres viscres. On prtend mme que le suc de
cette plante est ncessaire aux parties nobles ; au moins
est-ce l'unique remde contre l'ulcration interne du
cur : c'est ce qu'ont prouv les dissections de cada-
vres ordonnes , par les rois d'Egypte , pour dcouvrir
les causes des maladies. Voici un fait qui montre bien la
frivolit des Grecs et la prfrence accorde au raifort
sur les autres alimens : on a ddi dans le temple d'A-
pollon, Delphes, un raifort d'or, une bette d'argent,
et une rave de plomb. A ce seul trait , on jugerait que
M. Curius, un de nos plus grands gnraux , n'avait
pas eu la Grce pour patrie ; car on voit dans nos an-
nales que les dputs samnites , venant lui offrir l'or
qu'il ddaigna , le trouvrent son foyer , occup
faire cuire une rave. Un auteur grec, Moschion,a com-
pos un livre entier sur les raiforts. On les regarde
comme un aliment trs-salutaire en hiver; cependant ils
sont nuisibles aux dents, puisqu'ils les usent : du moins
les emploie-t-on polir l'ivoire. Il existe entre eux et
la vigne une si grande antipathie, qu'un cep s'loigne
du raifort plant prs de lui.
Panais.
XXVII. Les autres plantes cartilagineuses , d'aprs
notre classification, sont d'une substance plus ligneuse,
et remarquables en ce qu'elles ont toutes une saveur trs-
forte : de ce nombre est une espce de panais sauvage,
nomm par les Grecs staphylinos. Le panais cultiv se
sme ou se replante au commencement du printemps
2i a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
Hygino placet, februario, augusto, septembri, octobri,
solo quam altissime refosso. nnicula utilis esse incipit,
bima utlior, gratior autumno, patinisque maxime, et
sic quoque virus illi intraclabile est. Hibiscum a pasti-
naca gracilitate distat , damnatum in cibis , sed medi-
cinae utile. Est et quart um genus in eadem similitudine
pastinac, quam nostri Gallicam vocant , Graeci vero
daucon : cujus gnera etiam quatuor fecere : in ter me-
dica dicendum.
Sisere.
XXVIII. Siser et ipsum Tiberius princeps nobilita-
vit , flagitans omnibus annis e Germania. Gelduba ap-
pellatur castellum Rheno impositum , ubi generositas
praeeipua. Ex quo apparet frigidis locis couvenire. Inest
longitudine nervus, qui decoctis extrabitur, amaritudi-
nis tamen magna parte relcta : quae mulso in cibis tem-
perata , etiam in gratiam vertitur. Nervus idem et pa-
stinacae majori , dumtaxat anuiculae. Siseris satus men-
sibus februario , martio , aprili , augusto , septembri ,
octobri.
Inula.
XXIX. Brevior his est , sed torosior , amariorque
inula , per se stomacbo inimicissima : eadem dulcibus
HISTOIHE NATURELLE, L1Y . XIX. ai 3
ou de l'automne ; Hygin veut que ce soit aux mois de
fvrier, d'aot, de septembre et d'octobre. La terre
doit recevoir un profond labour. Ils sont bons un an,
meilleurs deux, d'un got plus agrable en automne,
surtout bouillis; encore conservenl-ils une saveur dsa-
grable qu'on ne saurait leur ter. L hibiscum diffre
du panais en ce qu'il est plus menu : il n'est d'aucun
usage pour la cuisine, mais il est employ en mdecine.
On connat une quatrime espce de panais , nomme
gauloise par les Latins, et daucos par les Grecs, qui en
distinguent mme quatre varits ; nous en parlerons
en traitant des plantes mdicinales.
Siser.
XXVIII. L'empereur Tibre mit en rputation le
siser, parce que ebaque anne il en faisait venir de la
Germanie. Le plus beau se trouve Gelduba, forteresse
sur le Rhin ; on voit par l que cette plante aime les
pays froids. Le siser a dans sa longueur une espce
de corde qu'on enlve lorsqu'il est cuit ; malgr cette
prcaution, il conserve en grande partie son amertume
naturelle ; mais , apprt dans du vin miell , cette
amertume mme lui donne un meilleur got. Le grand
panais a une corde semblable, mais seulement un an.
On sme le siser dans les mois de fvrier, mars, avril,
aot , septembre et octobre.
Aune.
XXIX. L'aune a la racine plus courte, mais plus
charnue et plus amre ; prise seule, elle est extrme-
*i4 C. PLINII HLST. NAT. LIB. XIX.
mixtis saluberrima. Pluribus raodis austeritate vicia
gratiam invenit. Namque et in polliuem tuuditur arida,
liquidoque dulci temperatur : et decocta posca , aut ad-
servata , vel macerata pluribus modis , et tune mixta
defruto, aut subacta melle, uvisve passis, aut pinguibus
caryotis Alio rursus modo cotoneis malis , vel sorbis,
aut prunis , aliquando pipere aut thymo variata , defe-
ctus praecipue stomachi excitt, illustrata maxime Julia?
A.ugustae quotidiano cibo. Supervacuum ejus semen :
quoniam oculis ex radice excisis, ut arundo, seritur. Et
haec autem , et ,siser , et pastinaca , utroque tempore ,
vere et autumno , magnis seminum intervallis : inula ne
minus quam ternorum pedum , quoniam spatiose fruti
cat. Siser autem transferre melius.
Bulbis , scilla , aro.
XXX. Proxima his est bulborum natura , quos Cato
in primis serendos praecepit , celebrans Megaricos. Ve-
ruin nobilissima est scilla, quamquam medicamini nata,
acetoque exacuendo. Nec ulli ampliludo major , sicut
nec vis asperior. Duo gnera medica : masculum albis
foliis, femina nigris. Et tertium genus est cibis gratum :
epimenidim vocatur, angustius folio, ac minus aspero.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. ai 5
ment contraire l'estomac ; mle des ingrdiens
doux , elle est trs-salutaire. Il y a plusieurs moyens
le lui ter son cret et de la rendre agrable au got.
Les uns la rduisent en poudre fine , et la mlent dans
une liqueur douce; les autres, aprs l'avoir garde quelque
temps , ou fait cuire dans de l'oxycrat , ou l'avoir dtrem-
pe dans quelque liqueur, la jettent dans du vin cuit,
ou l'incorporent dans du miel , des raisins secs ou des
dattes grasses ; d'autres la prparent avec des coings ,
des cormes ou des prunes, en y ajoutant quelquefois
du poivre ou du thym. De quelque faon qu'on l'ap-
prte, elle fortifie singulirement l'estomac. Elle doit en
grande partie sa renomme Julie , fille d'Auguste ,
qui en usait tous les jours. La graine est hors d'usage :
on multiplie la plante par les rejetons des racines, comme
le roseau. L'anne , comme le siser et le panais , se
plante au printemps et en automne ; l'espace entre
chaque racine doit tre assez grand , et de trois pieds
au moins pour l'aune , dont les rameaux s'tendent
beaucoup. Le siser gagne tre transplant.
Bulbes, scille , arum.
XXX. Les bulbes sont les plantes qui ont le plus
d'affinit avec les prcdentes; Caton recommande fort
leur culture , et vante celles de Mgare. La scille tient
le premier rang entre les bulbes , quoiqu'elle serve
principalement en mdecine et pour aiguiser le viuai-
gre." Aucune espce n'est plus grosse ni plus acre. On
distingue deux scilles mdicinales : la scille mle ,
feuilles blanches ; la scille femelle , feuilles noires.
Une troisime espce, feuilles plus troites et moins
2i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
Seininis plurimum omnibus. Celerius tamen proveniunt
satae bulbis circa latcra natis. Et ut crescant, folia qu
sunt his ampla , deflexa circa obruuntur : ita succum
omncm in se trahunt capita. Sponte nascuntur copio-
sissime in Balearibus Ebusoque insulis , ac per Hispa-
nias. Unum de iis volumen condidit Pythagoras philo-
sophus, colligens medieas vires, quas proximo reddemus
libro. Reliqua bulborum gnera differunt colore, magni-
tudine, suavitate. Quippe quum quidam crudi mandan-
tur, ut in Chersoneso Taurica. Post hos in Africa nati
maxime laudantur, mox Apuli. Gnera Grci bc fe-
cere : bulbinen, setanion, pythion, acrocorion, gilopa,
sisyrinchion. In boc mirum imas ejus radies crescere
bieme : verno autem , quum appartient viola, minui el
cou trahi , tum deinde bulbum pinguescere.
Est inter gnera, et quod in iEgypto arou vocant,
scillae proximum amplitudine, foliis lapathi, caule recto
duum cubitorum , baculi crassitudinc , radie mollioris
naturae , qu edatur et cruda. Effodiuntur bulbi ante
ver, aut dtriores illico fiunt. Signum maturitatis , fo-
lia inarescentia ab imo ; vetustioresque improbant : item
parvos et longos. Contra rubicundis rotundioribusque
laus , et grandissimis. Amaritudo plerisque in vertice
est. Media eorum dulcia. Bulbos non nasci , nisi e se-
mine , priores tradiderunt. Sed et in Prnestinis cam-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. ?. i 7
rudes, est employe comme aliment; on l'appelle pi-
mnidiennc. Les scilles ont beaucoup de graine , mais
elles viennent plus vite si l'on en replante les caeux.
Pour les faire grossir davantage , on recourbe leurs
feuilles, qui sont fort grandes, et on les enterre; parce
moyen , tout le suc se porte dans la tte. La scille crot
d'elle-mme et en abondance dans les les Balares, dans
celle d'buse et en Espagne. Le philosophe Pythagore a
crit sur cette plante un livre entier , o il numre
toutes ses vertus mdicinales ; nous en rendrons compte au
livre suivant. Les autres bulbes diffrent par la couleur,
la grosseur et le got. Dans la Chersonse Taurique,
il en est qui se mangent crues; les plus estimes ensuite
sont celles d'Afrique, puis celles de l'Apulie. Les Grecs
en connaissent plusieurs espces : la bulbine , la seta-
nienne, \epythion, Yacrocorion, Ygilops , le sisyrin-
chion. Cette dernire est remarquable en ce que ses
racines croissent et s'allongent en hiver, et qu'au prin-
temps, lorsque parat la violette, elles diminuent et se
raccourcissent ; ensuite la bulbe grossit.
Il faut encore ranger parmi les bulbes la plante ap-
pele par les /Egyptiens aron ; elle est presque aussi
grosse que la scille : elle a les feuilles du lupathum ; la
tige droite, haute de deux coudes, et de l'paisseur d'un
bton ; sa racine , tendre et molle, peut se manger crue.
Les bulbes sont tires de terre avant le printemps , au-
trement elles seraient bientt gtes. Les feuilles , qui
se desschent par le bas , indiquent le moment de la
maturit. Quand les bulbes sont vieilles , petites ou
longues, on n'en fait aucun cas; mais on estime celles
qui sont grosses , rouges et rondes. Leur amertume n'est
presque jamais sensible qu'au sommet ; le milieu est
*i 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
pis sponte nascuntur, ac sine modo etiam in Remorum
arvis.
De omnium earum radicibus , floribus , foliis. Quibus hortensio-
rum folia cadant.
XXXI. 6. Hortensiis omnibus fere singulae radies ,
ut raphano, betae, apio, mal va?. Amplissima autem la-
patho , ut quae descendat ad tria cubita. Silvestri minor
et humida : efFossa quoque diu vivit. Quibusdam tamen
capillatae , ut apio , malvae : quibusdam surculosae , ut
oeimo. Aliis carnosae, ut betse , aut magis etiamnum
eroeo : aliquibus ex cortice et carne constant, ut raphano,
rapis : quorumdam geniculata? sunt , ut graminis. Quae
rectam non habent radicem, statim plurimis nascuntur
capillamentis , ut atriplex , et blituni. Scilla autem , et
bulbi, et cpe, et allium, non nisi in rectum radicantur.
Sponte nascentium quaedam numerosiora sunt radice ,
quam folio, ut aspalax, perdicium, erocum.
Florent confertim serpyllum , abrotonum , napi , ra-
phani , meuta , ruta : et cetera quidem quum cpere ,
deflorescunt : ocimum autem particulatim et ab imo
incipit : qua de causa diutissime floret. Hoc et in he-
liotropio herba evenit. Flos aliis candidus, aliis luteus,
aliis purpureus. Folia cadunt a cacuminibus , origano ,
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. 219
doux. Les anciens ont prtendu que les bulbes devaient
ncessairement tre semes ; cependant nous les voyons
crotre sans culture dans les campagnes de Prncste, et
mme de Reims, o elles sont extrmement communes.
Racines , fleurs , feuilles de tous ces vgtaux. Plantes de jardins
qui perdent leurs feuilles.
XXXI . 6. La plupart des plantes de jardin n'ont qu'une
racine, comme le raifort, la bette, l'ache, la mauve.
Celle du lapatlium est fort grande, car elle atteint sou-
vent trois coudes de longueur; celle du lapathum sau-
vage est plus courte et plus humide, aussi vit-elle long-
temps hors de terre. Quelques racines sont garnies de
chevelu , comme dans l'ache et la mauve; quelques autres
poussent des drageons, comme dans le basilic; d'autres
sont charnues, comme dans la bette, et plus encore dans
le safran. Il y a des plantes racines charnues et pour-
vues d'corce, comme la rave et le raifort; ou racines
noueuses, comme le gramen. Celles qui n'ont pas la ra-
cine verticale jettent immdiatement beaucoup de che-
velu, comme l'arroche et la blette. La scille , les bulbes ,
l'ail et l'ognon ont la racine verticale. Parmi les plantes
sauvages, il en est qui ont plus de racines que de feuilles,
par exemple l'aspalax , le perdicium , le safran.
Le serpolet , l'auronne , le navel , le raifort , la
mente , la rue panouissent leurs fleurs toutes la fois;
elles ne s'ouvrent que successivement dans le basilic ,
en commenant par le bas: aussi cette plante resle-t-elle
trs-long-tcmps fleurie ; c'est ce qu'on voit aussi dans
l'Iiliotrope. La couleur des fleurs est , ou blanche , ou
jaune, ou purpurine. Les feuilles (\u sommet tombent
aao C. PLINII HIST. NA.T. LIB. XIX.
inulae, et aliquando rutae injuria laesae. Maxime concava
sunt caep , gethyo.
Caeparum gnera.
XXXII. Allium caepasque inter deos in jurejurando
habet jEgyptus. Caepae gnera apud Graecos : Sardia, Sa-
mothracia , alsidena , setania , schista , Ascalonia , ab
oppido Judaeae nominata. Omnibus etiam odor lacry-
mosus , et praecipue Cypriis, minime Gnidiis. Omnibus
corpus totum pinguitudinis earum cartilagine. E cun-
ctis setania minium , excepta Tusculana , sed dulcis.
Schista autem et Ascalonia condiuntur. Schistam hieme
cum coma sua relinquunt, vere folia detrahunt, et alia
subnascuntur iisdem divisuris : unde et nomen. Hoc
exemplo reiiquis quoque generibus detrahi jubent, ut
in capita crescant potius, quain in semina. Ascalonia-
rum propria natura. Etenim velul striles sunt ab ra-
die, et ob id semine seri illas, non deponi , jusser
Graeci. Praeterea serius circa ver , quum germinant ,
transferri : ita crassescere , et tune properare praeteriti
temporis pensitatione. Festinandum autem in his est,
quoniam maturae celeriter putrescunt. Si deponantur ,
caulem mittunt et semen , ipsaeque evanescunt. Est et
colorum differentia. In Isso enim et Sardibus candidis-
simae proveniunt. Sunt in honore et Creticae, dequibus
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XJX. aai
les premires dans l'origan, Pau ne, et mme la rue, si
elle a t maltraite ; elles sont fistuleuses dans l'ognon
et la ciboule.
Alliaces.
XXXII. Les Egyptiens adorent l'ail et l'ognon, et
jurent par ces divinits. Les Grecs distinguent plusieurs
sortes d'ognons : celui de Sardes, celui de Samothrace,
l'alsidnc , le stanien , le schiste , et l'ascalonien, ainsi
appel du nom d'une ville de Jude. L'odeur de l'ognon
fait venir la larme l'il ; cet effet est trs - sensible
dans ceux de Cypre, presque nul dans ceux de Gnide.
Tous ont la tte grasse et cartilagineuse. Le stanien
est le plus petit aprs celui de Tusculum, et nanmoins
il est doux. On confit le schiste et l'ascalonien (chalotte).
On laisse hiverner en terre le schiste , sans l'effeuil-
ler ; au printemps on lui te ses feuilles, aprs quoi il
en revient d'autres qui naissent , comme les premires ,
des mmes intervalles que les caeux laissent entre
eux ; c'est cette circonstance que le schiste doit son
nom. On effeuille de mme les autres ognons , pour
qu'ils grainent moins et donnent des ttes plus grosses.
L'ascalonien est d'une nature particulire; sa racine ne
produit pas de caeux : aussi les Grecs veulent-ils qu'on
le sme au lieu de le planter , et , en outre , qu'on le
transplante un peu plus tard , vers le printemps , l'-
poque de la germination ; par ce moyen , l'chalotte
deviendra grosse , et se htera de crotre pour rparer
le temps perdu. Il faut tre prompt l'enlever quand
elle est mre, car elle se gte bientt. Si l'on plante
l'chalotte , elle monte et donne de la graine , mais
elle finit par prir. Les ognons diffrent aussi par la
aa2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
dubitant, an edem sint,quae Ascaloniae, quoniam satis
rapita crassescunt : depositis , eau les et semina. Distant
sapore tantuni dulci.
Apud nos duo prima gnera. Unum condimentariae,
quam illi gethyon , nostri pallacanam vocant. Seritur
mensibus martio , aprili , maio. Alterum capitatae , quae
ab aequinoctio autumni , vel a Favonio. Gnera ejus
austeritatis ordine , Africana , Gallica , Tusculana , As~
ealonia, Amiternina. Optima autem, quae rotundissima.
Item rufa acrior, quam candida : sicca, quam viridis :
et cruda , quam cocta : sieca, quam condita. Seritur
Amiternina frigidis et humidis loeis, et sola allii modo
capite , reliquae semine. Proxima quae state nullum
semen emittunt, sed caput tantum , quod inarescit. Se-
(juenti autem anno permutata ratione semen gignitur,
eaput ipsum corrumpitur. Ergo omnibus annis separatim
semen ep causa seritur, separatim caep seminis. Ser-
vantur autem optime in paleis. Gethyum paene sine ca-
pite est, eervicis tantum longae, et ideo totum in fronde :
spiusque resecatur , ut porrum. Ideo et illud serunt ,
non deponunt. Cetero caepas ter fosso solo seri jubent ,
exstirpatis radicibus herbarum, in jugera denas libras.
lntermisceri satureiam quoniam melius proveniat. Run-
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIX. aaS
couleur. Ceux d'Issus et de Sardes sont trs -blancs;
ceux de Crte sont aussi trs -estims : peut-tre ne
sont-ils qu'une varit de l'ascalonien ; en effet, si on
les sme, ils donnent une grosse tte ; et si on les
plante, leur pousse se convertit en feuilles et en graine.
Ils ne diffrent de l'chalotte que par leur got, qui est
plus doux.
Les Latins distinguent deux principales sortes d'o-
gnons , la ciboule et l'ognon tte. La ciboule, pulla-
cana des Latins , getliyon des Grecs , s'emploie dans les
assaisonnemens t et se sme en mars , avril et mai ;
l'ognon tte ne se sme qu' l'quinoxe d'automne ou
au premier souffle du vent Favonien. Cette dernire
espce comprend des espces secondaires plus ou moins
acres ; ce sont les ognons d'Afrique , des Gaules , de
Tusculum , d'Amiterne et d'Ascalon , ou l'chalotte; les
plus ronds sont les meilleurs ; les rouges sont plus acres
que les blancs , les secs plus que les verts ; ils le sont
encore plus , mangs crus que mangs cuits , et plus
tant secs qu'tant confits. Celui d'Amiterne aime les
terrains froids et humides ; c'est celui dont on plante
les caeux, comme ceux de l'ail : tous les autres vien-
nent de graine. Les plus estims aprs les ronds sont
ceux qui, la premire anne, ne portent point de graine,
mais seulement une tte qui sche. L'anne suivante ,
c'est tout le contraire , car ils donnent de la graine, et
la tte se gte. Ainsi , tous les ans il faut semer la
graine pour avoir l'ognon, et planter l'ognon pour avoir
la graine. Les ognons se conservent fort bien dans la
paille. La ciboule n'a presque pas de tte , mais seule-
ment un long col ; les feuilles constituent toute la
plante, que l'on tond plusieurs fois, comme les por-
aa/ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
cari praeterca , et sarriri , si non ssepius , quater. Asca-
loniam inense februario serunt nostri. Semen eaeparum
nigrcscere incipiens, antequam marcescat, metunt.
De porro.
XXXIII. Et de porro in hae cognatione dici conve-
niat, praesertim quum sectivo nuper auctoritatem de-
derit princeps Nero, vocis gratia , ex oleo statis meu-
sium omnium diebus, nihilque aliutl , ac ne pane quidem
veseendo. Seritur semine ab quinoctio autumno : si
sectivum facere libuit , densius. In eadem area secatur,
donec deficiat , stercoraturque semper. Si nutritur in
capita , antequam secetur , quum increvit , in aliam
aream trausfertur, summis foliis leviter recisis ante me-
dullam : et capitibus retractis , tunicisve extremis. Anti-
qui silice vel tegula subjecta capita dilatabant : hoc item
in bulbis. Nunc sarculo leviter convelluntur radies ,
ut delumbatae alant, neque distrahant. Insigne, quod
quum fimo laetoque solo gaudeat, rigua odit ; et tamen
proprietate quadam soli constant. Laudatissimus in
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX ja5
reaux. Pour la mme raison on la multiplie de graine,
et non de caieux. Le terrain o l'on veut semer l'ognon
doit tre bch trois fois, et purg de toute racine. On
prend dix livres de graine parjugerum. Si l'on y mle
de la sarriette , les ognons n'en deviennent que plus
beaux. Il faut en outre les sarcler, et arracher les mau-
vaises herbes jusqu' quatre fois , et mme davantage.
En Italie, on sme l'chalotte au mois de fvrier. On
rcolte la graine d'ognon quand elle commence noir-
cir, et avant qu'elle se fltrisse.
Poireau.
XXXII. Par son affinit avec l'ognon, le porreau
doit trouver ici sa place. L'espce qui se tond a acquis
depuis peu beaucoup de clbrit , grce l'empereur
Nron , qui , pour rendre sa voix plus belle , en man-
geait avec de l'huile certains jours de chaque mois ; il
s'abstenait alors de tout autre aliment , mme de pain.
On sme les porreaux de graine , aprs l'quinoxe d'au-
tomne. Si l'on veut avoir des porreaux qui se tondent ,
on les sme plus dru. On les tond jusqu' ce qu'il n'y
ait plus rien couper , et on tient toujours la terre
bien fume. Pour avoir des porreaux tte , il faut ,
avant de les tondre et quand ils sont assez gros, les
transplanter dans une autre planche , en coupant lg-
rement le bout des feuilles sans toucher au blanc, et re-
tournant en arrire les premires tuniques ou enveloppes
de la tte. Les anciens plaaient une pierre ou une
brique sous la tte, pour la faire grossir, ce qu'ils pra-
tiquaient aussi pour les bulbes. Maintenant on enlve
doucement les racines avec le sarcloir pour les aflfai-
xn. i5
aa6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
^gypto, mox Osti, atque Arici. Sectivi duo gnera:
herbaceum folio incisuris ejus evidentibus , quo utun-
tur medicamentarii. Alterum genus pallidioris folii ,
rotundiorisque , incisuris lcvioribus. Fama est , Melam
equestris ordinis, reum ex procuratione a Tiberio prin-
cipe accersitum , in sumraa desperatione succo porri ad
trium denariorum argenteorum pondus hausto , con-
festim exspirasse sine cruciatu. Ampliorem modum ne-
gant noxium esse.
De allo.
XXXIV. Allium ad multa ruris prcipue medicamenta
prodesse creditur. Tenuissimis , et quae separantur , in
universum velatur membranis : mox pluribus coagmen-
tatur nucleis, et his separatim vestitis. Asperi saporis :
quo plures nuclei fuere, hoc est asperius. Tdium huic
quoque halitu, ut caepis : nullum tamen coctis. Gene-
rum differentia in tempore : prcox maturescit sexa-
ginta diebus : tum in magnitudine. Ulpicum quoque in
hoc gnre Graeci appellavere allium Cyprium, alii an-
tiscorodon, prcipue Africae celebratum inter pulmen-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a* 7
blir , en portant ailleurs le suc de la plante , et pour
mieux nourrir la tte. Une chose remarquable, c'est
que le porreau aime le fumier et les bons terroirs, et
que cependant il craint l'eau; toutefois, par une pro-
prit particulire , il ne dgnre nulle part. Les meil-
leurs porreaux sont ceux d'Egypte, puis ceux d'Ostic
et ceux d'Aricie. Les porreaux qui se tondent sont de
deux sortes : les uns sont d'un couleur herbace , et
leurs feuilles ont des chancrures trs-remarquables ; on
les emploie en mdecine. Les autres ont les feuilles plus
blondes, plus rondes, et moins sensiblement chan-
cres. Mla, chevalier romain , intendant de Tibre,
fut accus pour fait de sa gestion , et mand prs de
l'empereur; dsesprant de sa vie, il avala, dit-on, le
poids de trois deniers d'argent de suc de porreau , et
expira sur-le-champ sans douleur. On prtend qu'une
dose plus forte ne fait aucun mal.
Ail.
XXXIV. L'ail passe , dans les campagnes surtout ,
pour un bon remde en diverses maladies. Sa tte est tout
entire couverte de pellicules trs-fines, qui se sparent
l'une de l'autre, et forme de la runion de plusieurs
gousses revtues aussi de leurs enveloppes particulires.
Il a un got trs-acre, et cette cret augmente en raison
du nombre des gousses. Comme l'ognon , il donne une
mauvaise haleine ceux qui en mangent; cuit, il n'a pas
ce dfaut. Le temps ncessaire la maturit n'est pas
le mme pour tous les aulx ; l'ail htif ne demande que
soixante jours. La grosseur tablit encore une diffrence :
celui que lesGrecs appellent ail deCvpre, ou antiscorodon,
i5.
a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
taria ruris , grandius allio. Tritum in oleo et aceto ,
mirum quantum increscat spuma. Quidam ulpicum, et
al li u ni in piano seri vtant, castellatimque grumulis im-
poni, distautibus iuter se pedes ternos. Inter grana'di-
giti interesse debent : simul atque tria folia eruperunt,
sarriri. Grandescunt, quo saepius sarriuntur. Mature-
scentium caules depressi in terram obruuntur : ita ca-
vetur ne in frondem luxurient. In frigidis utilius vere
seri , quam autumno. Cetero , ut odore careant , omnia
haec jubentur seri , quum luna sub terra sit : colligi ,
quum in coitu. Sine his Menander e Graecis auctor est ,
allium edentibus , si radicem betae in pruna tostam su-
perederint , odorem extingui. Sunt qui et allium ulpi-
cum inter Compitalia ac Saturnalia seri aptissime putent.
Allium et semine provenit, sed tarde. Primo enim anno
porri crassitudinem capite effcit : sequenti dividitur,
tertio consummatur : pulcbriusque taie existimant qui-
dam. In semen exire non dbet, sed intorqueri caulis
satus gratia, uti caput validius fit. Quod si diutius al-
lium caepamque inveterare libeat , aqua salsa tepida
ungenda sunt. Ita diuturniora fient , melioraque usui ,
sed in satu sterilia. Alii contenti sunt primo super pru-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 2*9
et les Latins ulpicum , particulirement estim en Afrique
pour les ragots rustiques , est plus gros que l'ail com-
mun. Broy avec de l'huile et du vinaigre, il produit une
tonnante quantit d'cume. Quelques-uns prescrivent de
ne point planter l'ail de Cypre et l'ail commun dans un
terrain uni ; ils veulent qu'on les mette par tas dans de pe-
tits monceaux de terre, en laissant un intervalle de trois
pieds entre chaque monceau, et la distance de quelques
doigts entre chaque gousse ; aussitt qu'ils ont jet trois
feuilles, on doit les sarcler: plus cette opration est
ritre , plus l'ail devient gros. Quand ils commencent
mrir, on couche leur tige et on l'enfouit , pour les
empcher de pousser trop de feuilles. Dans les lieux
froids, il vaut mieux planter l'ail au printemps qu'en
automne. Au reste , pour qu'il n'ait pas d'odeur , on
prescrit de le planter quand la lune est sous terre, et de
le cueillir quand elle est en conjonction. Sans s'arrter
ces circonstances, Mnandre, auteur grec, dit que l'on
garantira son haleine de l'odeur de l'ail , si l'on mange
immdiatement aprs une racine de bette, cuite sur les
charbons. Selon quelques auteurs , il y a de l'avantage
planter l'ail entre les ftes Compitales et les Saturnales.
L'ail vient aussi de graine, mais alors il est tardif.
La premire anne , sa tte n'est pas plus grosse qu'un
porreau ; elle se partage en gousses la seconde , et
n'est parfaite qu' la troisime. Quelques-uns pensent
que l'ail est plus beau , venu de cette manire. On ne
doit pas laisser grainer l'ail , mais lui tordre la tige,
afin que la tte devienne plus forte , et fournisse
plus de caeux. Si l'on veut garder long -temps l'ail
et l'ognon , il faut les mettre tremper dans de l'eau
sale tide ; par ce moyen , ils se conserveront plu*
2 3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
nas suspendisse, abundeque ita profici arbitrantur ne
germinent : quod facere allium cpamque extra terram
quoque certum est , et cauliculo acto evanescere. Aliqui
et allium palea optime servari putant. Allium est et in
arvis sponte nascens , alum hoc vocant : quod adversus
improbitatem alitum depascentium semina coctum , ne
renasci possit , abjicitur : statimque , quae devoravere
aves , stupentes manu eapiuntur : et si paulum com-
movere, sopitae. Est et silvestre, quod ursinum vocant,
odore molli , capite praetenui , foliis grandibus.
Qaoto quaeque die nascantur.
XXXV. 7. In horto satorum celerrime nascuntur
ocimum , blitum, napus, eruca : tertio enim die erum-
punt: anethum quarto, lactuca quinto, raphanus sexto,
cucumis et cucurbitae septimo , prior cucumis : nastur-
tium ac sinapi quinto, beta aestate sexto, hieme decimo:
atriplex octavo , cepae xix aut vicesimo , gethyum de-
cimo , aut duodecimo. Contumacius coriandrum. Cunila
quidem , et origanum post xxx diem. Omnium autem
difficillime apium : quadragesimo enim die quum celer-
rime , quinquagesimo majore ex parte emergit.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a3i
long-temps, seront meilleurs pour l'usage, mais ne vau-
dront rien pour planter. D'autres se contentent de les
suspendre sur des charbons ardens , et croient que ce
moyen suffit pour les empcher de germer, ce qui ar-
rive souvent, mme hors de terre, l'ail et l'ognon,
qui , aprs avoir pouss une faible tige , se rduisent
presque rien. D'autres pensent que l'ail se conserve
fort bien dans la paille. Il existe une espce d'ail sauvage
appele aluni ; on s'en sert contre les oiseaux voraces,
qui viennent manger les semailles. Aprs l'avoir fait
cuire pour l'empcher de germer , on le jette sur les
terres ensemences : peine l'oiseau en a-t-il got ,
qu'il est tourdi au point de se laisser prendre la
main, et au moindre mouvement il s'endort. On trouve
encore dans les bois une autre espce , appele ail
d'ours; son odeur est douce, ses feuilles grandes, et sa
tte fort petite.
Nombre de jours que chaque plante exige pouf sortir de terre.
XXXV. 7. Entre les plantes potagres, celles qui
viennent le plus vite sont le basilic, la blette, le navet
et la roquette , car elles lvent ds le troisime jour ;
l'aneth , au quatrime; la laitue, au cinquime; le rai-
fort , au sixime ; le concombre et la coarge , au sep-
time , mais le concombre avant la courge ; le cresson
et le snev , au cinquime ; la bette , au sixime en
t , au dixime en hiver ; l'arroche , au huitime ;
l'ognon, au dix-neuvime ou au vingtime; la ciboule,
au dixime ou au douzime. La coriandre ne se montre
pas si tt; la sarriette et l'origan ne lvent qu'aprs le
trentime jour ; mais la plus tardive de ces plantes est
a3a C. PL1NII HIST. NA.T. LIB. XIX.
liquid et seminum aetas confert , quoniam recen-
tiora maturius gignuntur, in porro, gethyo, cucumi ,
cucurbita : ex vetere autem celerius proveniunt apium,
beta, cardamum, cunila, origanura, coriandrum. Mirum
ia betae semine : non enim totum eodem anno gignit ,
sed aliquid sequente, aliquid tertio. Itaque ex copia se-
minis modice nascitur. Quaedam anno tantum suo pa-
riant, quaedam saepius, sicut apium, porrum, gethyum.
Hase enim semel sata pluribus annis restibili fertilitate
proveniunt.
Seminum natura.
XXXVI. Seminaplurimisrotunda, aliquibus oblonga,
paucis foliacea et lata, ut atriplici. Quibusdarn angusta
et canaliculata , ut cumino. Differunt et colore , nigro
candidoque : item duritia surculacea. In folliculo sunt ,
raphano , sinapi , rapo. Nudum semen apii , coriandri ,
anethi , feniculi , cumini. Cortice obducta bliti , betae ,
atriplicis , ocimi. At lactucis in lanugine. Nihil ocimo
fecundius : cum maledictis ac probris serendum praeci-
piunt ; ut laetius proveniat, sato pavitur terra. Et cu-
minum qui serunt , precantur ne exeat. Quae in cortice
sunt, difBcillime inarescunt, maximeque ocimum et
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 2 3H
le persil : il ne parat que le quarantime jour au plus
tt , et le plus ordinairement au cinquantime.
La germination dpend aussi en partie de l'ge de
la graine ; la plus nouvelle lve plus vite dans le por-
reau , la ciboule , le concombre et la courge ; au con-
traire , le persil , la bette , le cresson , la sarriette ,
l'origan, la coriandre lvent plus tt quand la semence
est vieille. Celle de la bette est remarquable , en ce
qu'elle ne produit pas toute dans la premire anne;
une partie ne lve qu' la seconde , une autre la troi-
sime ; aussi , quelque pais qu'ont l'ait seme, ne vient-il
gure de bette la fois. Quelques plantes ne produisent
que pendant un an , d'autres plusieurs annes de suite ,
comme le persil , le porreau , la ciboule, car ces plantes,
une fois semes, subsistent et vivent plusieurs annes.
Nature des graines.
XXXVI. Beaucoup de plantes ont la graine ronde ,
quelques-unes l'ont oblongue; d'autres, en petit nombre,
large et foliace , comme l'arroche ; d'autres encore ,
troite et creuse en gouttire , comme le cumin. Les
graines diffrent aussi par la couleur : les unes sont
blanches , les autres noires ; d'autres ont la duret du
bois. Le raifort , le snev , la rave ont les graines ren-
fermes dans des siliques ; elles sont nues dans le persil ,
l'aneth , le fenouil et le cumin ; revtues d'corce dans
la blette , la bette , l'arroche , le basilic ; garnies de
duvet ou d'aigrette dans les laitues. Point de plante plus
fconde que le basilic ; on recommande de le semer en
prononant des imprcations et des maldictions; pour
qu'il vienne mieux , on bat la terre o il est sem. En
*
3\ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
gith : siccantur omnia, ac sunt fecunda. Utique meliora
nascuntur acervatim sato semine, quam sparso. Ita certe
porrum et allium serunt in Jaciniis colligatum. Apium
etiam paxillo caverna facta , ac fimo ingesto.
Nascuntur autem omnia aut semine, aut avulsione.
Quaedam semine, et surculo : ut ruta, origanum , oci-
mum : praecidunt enim et hoc , quum pervenit ad pal-
mum altitudinis. Quaedam et radice et semine, ut caepa,
allium, bulbi, et si quorum radicem anniferorum relin-
quunt. Eorum vero quae a radice nascuntur, radix diu-
turna et fruticosa est, ut bulbi, gethyi, scillae. Fruticant
alia et non capite , ut apium et beta. Caule reciso fere
quidem omnia regerminant, exceptis quae non scabrum
caulem habent : et in usum vero ocimum , raphanus ,
lactuca. Hanc etiam suaviorem putant a regermina-
tione. Raphanus utique jucundior detractis foliis ante-
quam decaulescat. Hoc et in rapis. Nam et eadem di-
reptis foliis cooperta terra crescunt, durantque in
aestate.
Quorum singula gnera , quorum plura sint.
XXX.VII. Singula gnera sunt ocimo, lapatho, blito^
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. u35
semant le cumin , on fait des prires pour qu'il ne lve
point. Les graines revtues d'corce sont plus difficiles
scher, principalement celles du basilic et de la nielle;
on les dessche toutes nanmoins , et alors elles sont
fertiles. Semes par petits tas , elles viennent mieux
qu'parpilles ; du moins sme-t-on ainsi celles du por-
reau et de l'ail, aprs les avoir mises en sachets; celles
du persil se placent dans des trous faits au plantoir, et
se recouvrent ensuite de fumier.
Toutes les plantes de jardin viennent de graine ou de
rejetons , quelques-unes des deux manires la fois ,
comme la rue , l'origan et le basilic : on coupe ce der-
nier lorsqu'il a un palme de haut. Quelques autres
viennent de graine et de racines, comme l'ognon , l'ail,
les bulbes , et les plantes tige annuelle et racine
vivace. Dans ces dernires , les racines sont de longue
dure, et fournissent un grand nombre de caeux, par
exemple , la ciboule, les bulbes, la scille. Il y en a d'au-
tres dont les racines, ne formant point de tte, donnent
des rejetons , comme dans le persil et la bette. Presque
toutes repoussent aprs qu'on leur a coup la tige, except
celles qui l'ont lisse et unie. Citons , entre les plantes
d'un usage ordinaire, le basilic, le raifort et la laitue;
cette dernire est alors , dit-on , d'un got plus agrable.
Du moins le raifort parat-il meilleur s'il est effeuill
avant d'avoir perdu sa tige. 11 en est de mme de la rave,
qui , effeuille et laisse en terre, devient plus grosse ,
et se conserve tout l't.
Genres qui ne contiennent qu'une espce ; genres qui en ont
plusieurs.
XXXVII. On ne connat qu'une espce de basilic ,
*36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
nasturtio, erucae, atriplici, coriandro, anetho. Haec enim
ubique eadem sunt , neque aliud alio melius usquam.
Rutam furtivam tantum provenire fertilius putant, sicut
apes furtivas pessime. Nascuntur etiam non sa ta, men-
tastrum, nepeta, intubum, pulegium. Contra plura g-
nera sunt eorum qua? diximus, dicemusque : et in primis
apio.
8. Id enim quod sponte in humidis nascitur heliose-
linum vocatur, uno folio, nec hirsutum. Rursus in siccis
hipposelinum , pluribus foliis , simile helioselino. Ter-
tium est , oreoselinum , cicutae foliis , radie tenui , se-
mine anethi , minutiore tantum. Et sativi autem diffe-
rentiae in folio denso , crispo , aut rariore et leviore :
item caule tenuiore aut crassiore. Et caulis aliorum can-
didus est, aliorum purpureus, aliorum jvarius.
Natura et gnera, et historia in horto satarum rerum xxm.
De lactuca ; gnera ejus.
XXXVIII. Lactucee Graeci tria fecere gnera : unum
lati caulis, adeo ut ostiola olitoria ex. his factitari pro-
diderint. Folium his paulo majus herbaceo, et angustis-
simum, ut alibi consumpto incremento. Alterum rotundi
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a3 7
de lapatlvum, de blette, de cresson, de roquette , d'ar-
roche , de coriandre et d'aneth ; en effet , ces plantes
sont partout les mmes, et d'une gale bont dans tous
les pays. On croit cependant que la rue qu'on a dro-
be vient en plus grande abondance , tandis qu'au con-
traire les abeilles enleves leur possesseur ne sauraient
russir. On sait que , de plus , la chicore , le pouliot ,
le calament , et une espce de mente , viennent sans
culture ; mais pour les plantes dont nous avons parl ,
ou dont nous parlerons ci-aprs , on en distingue plu-
sieurs espces, surtout dans l'ache ou le persil.
8. La premire espce, Iielioselinum , est appele persil
des marais, du lieu o elle crot; elle est glabre, et n'a
qu'une feuille. La seconde espce , semblable la prc-
dente, est Y hipposelinum ; il a plusieurs feuilles, et crot
dans les lieux secs. La troisime espce est Yoreoselnum,
ou persil de montagne; il a la racine menue, la feuille
de la cigu et la graine de l'aneth, mais plus petite. Le
persil cultiv se subdivise lui-mme en plusieurs vari-
ts , distingues par des feuilles serres ou plus clair-
semes, plus crpues ou plus douces ; par des tiges plus
grosses ou plus minces. Ces tiges , d'ailleurs , sont ou
blanches , ou rouges, ou bien d'une couleur varie.
Histoire naturelle de vingt-trois espces de plantes potagres.
Laitue : ses espces.
XXXVIII. Les Grecs reconnaissent trois espces de
laitues : la premire a la cte si large , qu'on en fait ,
dit-on , des portes de jardin. Ses feuilles sont plus lon-
gues que celles de la laitue commune, mais fort troites,
parce que la nourriture de la plante se porte ailleurs. La
2 38 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
caulis : tertium sessile, quod Laconicon vocant. Alii co-
lore, et tempore satus, gnera discrevere. Esse enim
nigras , quarum semen mense januario seratur : albas ,
quarum martio : rubentes, quarum aprili. Et omnium
earum plantas post binos menses deferri. Diligentiores
plura gnera faciunt : purpureas, crispas, Cappadocas,
Graecas. Longioris has folii , caulisque lati : praeterea
longi et angusti, intubi similis. Pessimum autem genus
cum exprobratione amaritudinis appellavere picrida. Est
etiamnum alia distinctio atrae , quas meconis vocatur, a
copia lactis soporiferi , quamquam omnes somnum pa-
rre creduntur. Apud antiquos Itali hoc solum genus
earum fuit , et ideo lactuc nomen adept. Purpuream
maxim radicis , Caecilianam vocant. Rotundam vero
ac minima radice, latis foliis, astytida : quidamque eu-
nuchion , quoniam he maxime refragetur Veneri. Est
quidem natura omnibus refrigeratrix , et ideo aestate
gratas stomacho fastidium uferunt, cibique appetentiam
faciunt. Divus certe Augustus lactuca conservatus in
gritudine fertur prudentia Musae medici , quum prioris
Camelii religio nimia eam negaret : in tantum recepta
commendatione , ut servari etiam in alienos menses eas
oxymelite repertum sit. Sanguinem quoque augere cre-
duntur. Est etiamnum , quae vocatur caprina lactuca ,
de qua dicemus inter medicas. Et ecce quum maxime
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a3 9
seconde espce est ronde, et la troisime la laitue sessile,
ou de Laconie. D'autres distinguent les diffrentes sortes
de laitues par la couleur et par l'poque o on les sme :
celles que l'on sme en janvier sont noires ; en mars ,
blanches ; en avril , rouges. Il les faut toutes replanter
aprs le deuxime mois. Ceux qui se piquent de plus
d'exactitude distinguent encore un plus grand nombre
de varits ; des purpurines, des frises, des laitues de
Cappadoce ou de Grce : celles-ci ont la feuille plus
longue et la cte large. Il y en a d'autres feuille
longue et troite , semblable celle de la chicore. Les
plus mauvaises sont celles que les Grecs appellent pi-
rides , cause de leur amertume. Ils en connaissent
aussi une espce noire appele meconis , cause de la
quantit de suc laiteux et narcotique qu'elle contient ;
cependant toutes les laitues passent pour provoquer au
sommeil. Anciennement , en Italie , on n'estimait que
la laitue meconis; les Latins, par allusion son lait,
lui ont donn le nom de lactuca. L'espce de couleur
purpurine, racine trs-grosse, est nomme Ccilienne;
la ronde, feuille large, racine trs-petite, est Xasty-
tis , que d'autres appellent eunuchion , parce que , de
toutes les laitues, c'est la plus propre teindre les feux
de l'amour. Toutes ces espces en gnral sont naturel-
lement rafrachissantes; aussi les recherche-t-on en t,
car elles chassent le dgot et veillent l'apptit. Il est
certain du moins que l'empereur Auguste dut sa gu-
rison l'usage de la laitue, que lui avait conseille Musa ,
quoique, auparavant, elle lui et t scrupuleusement
interdite par le mdecin Camlius; elle est tellement
estime aujourd'hui , qu'on a imagin de la conserver
dans l'oxymel, pour les mois o elle n'est plus cultive:
tv
240 C. PLINI1 HIST. NAT. LIB. XIX.
cpit irrepere sativis admodum probata , quae Cilicia
vocatur, folio Cappadociae, nisi crispum latiusque esset.
De intubis.
XXXIX. Neque ex eodem gnre possunt dici , ne-
que ex alio intubi , hiemis patientiores , virusque prae-
ferentes , sed caule non minus grati. Seruntur verno
plant eorum : ultimo vere transferuntur. Est et erra-
ticum intubum . quod in iEgypto cichorium vocant , de
quo plura alias. Inventum omnes thyrsos, vel folia lactu-
carum , prorogare urceis conditos , ac rcentes in pati-
nis coquere.
Seruntur lactucae anno toto laetis et riguis, stercora-
tisque , binis mensibus inter semen , plantamque , et
maturitatem. Legitimum tamen , a bruma semen ja-
cere , plantam Favonio transferre : aut semen Favonio ,
plantam quinoctio verno. Albae maxime hiemem to-
lrant. Humore omnia hortensia gaudent , et stercore
praecipue lactucae , et magis intubi. Seri etiam radies
illitas fimo interest, et repleri ablaqueata humo. Quidam
et aliter amplitudinem augent : recisis , quum ad semi-
pedem excreverint, fimoque suillo recenti illitis.Can-
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIX. 24 1
elle passe encore pour augmenter la masse du sang. Nous
parlerons d'une autre espce, la laitue de chvre, en trai-
tant des herbes mdicinales. Enfin , il en est encore une
autre que l'on cultive depuis peu , et dont l'usage est
fort approuv, c'est celle de Cilicie; elle a les feuilles
de la laitue de Cappadoce, mais plus larges et crpues.
Des chicores.
XXXIX. La chicore, sans tre prcisment du mme
genre , ne peut tre place dans un autre. Elle supporte
mieux l'hiver. Son amertume est plus forte, mais elle
ne parat pas , au total , moins bonne que la laitue.
On plante la chicore au commencement du printemps,
pour la replanter la fin de cette saison. On connat
aussi la chicore sauvage, ou chicore proprement dite
des Egyptiens; nous en parlerons ailleurs plus au long.
On a trouv le moyen de conserver de la laitue dans
des pots, pour l'avoir frache quand on veut la cuire.
On sme des laitues toute l'anne, dans un bon ter-
rain , fum et arros avec soin ; deux mois aprs , on
les replante ; elles sont mres au bout de deux autres
mois. L'usage cependant est de les semer aprs le
solstice d'hiver , pour les transplanter en fvrier ; ou
de les semer en fvrier, pour les replanter l'qui-
noxe de printemps. Les blanches supportent mieux le
froid. Toutes les plantes potagres aiment l'eau et le
fumier, surtout les laitues, et encore plus la chicore.
Il est bon mme d'enduire de fumier les racines des lai-
tues avant de les planter, et. de leur en garnir le pied
aprs les avoir dchausses. Il est encore un moyen de
les avoir plus grandes, c'est de les couper quand elles
XII. i(j
a/,2 C. PLINII BIST. NAT. LIB. XIX.
dorem vero putant contingere iis dumtaxat quae sint
seminis albi , si arena de litore a primo incremento con-
geratur in mdias , atque increscentia folia contra ipsas
rcligentur.
De beta ; gnera iv.
XL. Beta hortensiorum levissima est. Ejus quoque a
colore duo gnera Graeci faciunt, nigrum, et candidius,
quod praeferunt , parcissimi seminis : appellantque Si-
culum , eandoris sane discrimine praeferentes et lactu-
cam. Nostri betae gnera faciunt, vernum et autumnale,
a temporibus satus, quamquam et junio seritur. rans-
ferunlur autem in planta hae quoque, et oblini fimo
radies suas , locumque similiter madidum amant.
Usus iis et cum lente ac faba , idemque qui oleris :
et praecipuus , ut lenitas excitetur acrimonia sinapis.
Medici nocentiorem quam olus , esse judicavere. Quam-
obrem adpositas non memini : degustare etiam religio
est , ut validis potius in cibo sint. Gemina iis natura ,
et oleris, et capite ipso exsilientis bulbi : species summa
in latitudine. Ea contingit , ut in lactucis, quum c-
perint colorem trahere, imposito levi pondre. Neque
alii hortensiorum latitudo major. In binos pedes ali-
quando se pandunt , multum et soli natura conferente.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. itf
ont un demi-pied de haut , et de les enduire de fumier
de porc encore chaud. 11 n'y a, dit-on , que celles qui
proviennent de graine blanche qui puissent blanchir ;
encore doit-on rpandre sur elles du sable de rivire ds
qu'elles commencent grossir, et lier les feuilles aussi-
tt qu'elles ont acquis une certaine grandeur.
De la bette : ses quatre espces.
XL. La bette est la plus lgre des plantes de jar-
din. Les Grecs en ont distingu deux espces d'aprs
la diffrence de couleur , la noire , et la blanche , ap-
pele aussi Sicilienne. Elle porte fort peu de graine ; sa
couleur la fait estimer davantage, ce quia lieu galement
pour la laitue. Les Latins distinguent la bette prin-
tannire et la bette automnale, raison du temps o on
la sme ; cependant cette opration peut avoir lieu au
mois de juin. On la transplante comme la laitue, en
prenant soin d'en garnir les racines de fumier. Elle aime
pareillement un terrain humide. On la mange avec les
fves et les lentilles; on l'apprte aussi comme le chou,
mais surtout avec la moutarde, qui corrige sa fadeur
naturelle. Les mdecins la croient plus malsaine que
le chou ; aussi ne me rappel-je pas en avoir vu servir.
Quelques personnes se feraient scrupule d'en goter, per-
suades qu'un tel mets ne convient qu'aux constitutions
robustes. Les feuilles ont une autre qualit que la ra-
cine. La bette larges cotes passe pour la meilleure.
On leur procure cet accroissement, comme aux laitues,
en les chargeant d'un poids lger lorsqu'elles commen-
cent prendre couleur. Aucune herbe n'est plus large
en effet. On voit des bettes de deux pieds d'tendue,
16*.
a/ 4 4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
Hae quidem in Circeiensi agro amplissimae proveniunt.
Sunt qui betas Punica malo florente optime seri existi-
ment : transferri autem , quum quinque foliorum esse
cperint. Mira differentia , si vera est , candidis solvi
al vos modice, nigris inhiberi. Et quum brassica corrum-
patur in dolio vini sapor , odore betae foliis demersis
restitui.
De brassica; gnera ejus.
XLI. Olus caulesque , quibus nunc principatus hor-
torum , apud Grsecos in honore fuisse non reperio. Sed
Cato brassicae miras canit laudes , quas in medendi loco
reddemus. Gnera ejus facit tria : unam extentis foliis ,
caule magno : alteram crispo folio, quam apianam vocat:
tertiam minutis caulibus , lenem , teneram , minimeque
probat. Brassica toto anno seritur, quoniam et toto se-
catur. Utilissime tamen ab aequinoctio autumni : trans-
ferturque , quum quinque foliorum est. Cyma a prima
sectionc praestat proximo vere Hic est quidam ipsorum
caulium delicatior teneriorque cauliculus , Apicii luxu-
ri, et per eum Druso Gaesari fastiditus, non sine ca~
stigatione Tiberii patris. Post cymam ex eadem brassica
contingunt aestivi autumnalesque cauliculi, mox hiberni ,
iterumque cymae , nullo acque gnre multifero , donec
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 2/, 5
mais la nature du terrain y contribue beaucoup. Les
plus grandes croissent dans les environs de Circeium.
L'poque la plus avantageuse pour les semer , c'est ,
suivant quelques auteurs , lorsque les grenadiers sont
en fleur ; on devra les replanter lorsqu'elles auront cinq
feuilles. Une diffrence bien singulire entre les deux
espces, suppos qu'elle soit relle, c'est que la bette
blanche lche le ventre, et que la noire le resserre. On
prtend que la feuille du chou gte le vin d'un tonneau ,
et que la feuille de la bette lui rend son got naturel.
Du chou : ses espces.
XLI. Les choux , qui aujourd'hui sont au premier
rang des plantes potagres, n'taient pas , que je sache ,
fort estims des Grecs; Caton , toutefois, en vante sin-
gulirement les proprits : nous en parlerons lorsque
nous traiterons de la matire mdicale. Il en distin-
gue trois espces , la premire tige grosse et larges
feuilles; la seconde, qu'd appelle apiene, feuilles cr-
pues; la troisime, dont il fait le moins de cas, est
tendre, lisse, et a les tiges menues. On coupe les choux
toute l'anne , aussi les sme-t-on en tout temps ; ce-
pendant l'poque la plus favorable est aprs l'quinoxe
d'automne : on les transplante lorsqu'ils ont pris cinq
feuilles. Coups une fois, ils donnent de nouvelles pousses
au printemps suivant : ces jeunes tiges sont la partie la
plus dlicate et la plus tendre de la plante ; cependant
Apicius, ce fameux gourmet, les ddaignait, et il inspira
le mme dgot Drusus , qui en fut rprimand par
son pre Tibre. Aprs qu'un chou a donn des tendrons,
il pousse en t, en automne, et mme en hiver, de
a46 C. PLINU HIST. NAT. LIB. XIX.
sua ferlilitate consumatur. ertia circa solstitium : ex
qua si humidior locus est, aestate : si siccior, autumuo
plantatur. Humor fimusque si defuere , major saporis
gratia est : si abundavere , laetior fertilitas. Fimum asi-
ninum maxime convenit.
Est haec quoque res inter opra ganeae : quapropter
non pigebit verbosius persequi. Praecipuus fit eau lis sa-
pore ac magnitudine, primum omnium si in repastinato
seras : dein si terram fugientes cauliculos seces , a terra-
que adtollentes se proceritate luxuriosa exaggerando
aliam adcumules , ita ne plus quam cacumen emineat.
Tritianum hoc genus vocatur, bis computabili impendio,
taedioque.
Cetera gnera complura su ut. Cumauum sessili folio,
capite patulum. Aricinum altitudine non excelsius, folio
numerosius, quam tenuius. Hoc utilissimum existimatur,
quia sub omnibus paene foliis fruticat eauliculis peculia-
ribus. Pompeianum procerius , caule ab radice tenui ,
intra folia crassescit. Rariora haec angustioraque : sed
teneritas in dote , si frigora non tolrt : quibus etiam
aluntur Brutiani , praegrandes foliis , caule tenues , sa-
pore acuti. Sabellico usque in admirationem crispa sunt
folia, quorum crassitudo caulem ipsum extnut: sed
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a/,7
nouveaux rejetons ; puis des tendrons, jusqu' ce qu'enfin
il s'puise et se consume par sa propre fertilit , car au-
cune plante potagre ne produit autant que celle-l. On
sme la troisime espce vers le solstice d't ; on la
replante dans la mme saison si le terrain est humide ,
en automne s'il est trop sec. I>es choux qui n'ont t ni
arross ni fums ont meilleur got ; si l'on n'pargne ni
le fumier, ni l'eau, la rcolle sera plus abondante. Le
fumier d'ne est le meilleur.
Comme le chou entre dans les mets recherchs des
gourmands, il mrite que nous en parlions avec quelque
tendue. Pour avoir des choux bien nourris et de bon
got, on devra d'abord les semer dans un terrain qui
ait reu deux faons ; on coupera ensuite les jeunes
tiges qui ne tiennent que faiblement la terre; quant
celles qui montent trop haut, on les rechaussera avec
soin , et de manire n'en laisser paratre que le som-
met. Cette sorte de chou s'appelle tritien; sa culture
demande double peine et double dpense.
Les autres espces sont nombreuses. Celui de Cumes
a les feuilles sessiles et la tte vase. Celui d'Aricie ,
sans tre plus haut , a les feuilles plus nombreuses et
assez paisses ; c'est le plus recherch de tous , pour
certains rejetons particuliers qui naissent sous presque
toutes les feuilles. Le chou de Pompea est plus lev; sa
tige est grle vers la racine, plus grosse vers les feuilles,
qui sont plus troites et plus clair-semes ; on l'estime
parce qu'il est tendre, mais il doit tre t l'abri du froid.
Celui de Calabre , au contraire, se nourrit au froid ; il
a les feuilles trs-grandes, la tige menue , et la saveur
piquante. Celui de l'Abruzze a les feuilles frises d'une
manire tonnante, et leur paisseur est telle, qu'elles
24 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
dulcissimi perhibentur ex omnibus. Nuper subiere La-
cuturres ex convalle Aricina , ubi quondam fuit lacus ,
turrisque quae remanet : capite prgrandes , folio innu-
meri : alii in orbem porrecti , alii in latitudinem torosi.
Nec plus ullis capitis post Tritianum , cui pdale ali-
quando conspicitur , et cyma nullis serior. Cuicumque
autem generi pruinae plurimum suavitatis conferunt : et
nisi obliquo vulnere defendatur medulla , plurimum
nocent. Semini destinati non secantur. Est etiam sua
gratia numquam plant habitum excellentibus : halmy-
ridia vocant, quoniam nisi in maritimis non proveniunt,
navigatione quoque longinqua viridibus adservatis. Sta-
tim desecti ita ne humum attingant, in cados olei quam
proxime siccatos obturatosque conduntur, omni spiritu
excluso. Sunt qui plantain in transferendo alga subdita
pediculo 5 nitrove trito , quod tribus digitis capiatur ,
celeriorem ad maturitatem fieri putent. Sunt qui semen
trifolii nitrumque simul tritum adspergant foliis. Nitrum
in coquendo etiam viriditatem custodit : aut Apiciana
coctura, oleo ae sale, prius quam coquantur, maceratis.
Est inter herbas genus inserendi , praecisis germinibus
caulis , et in medullam semine ex aliis addito. Hoc et
in cucumere silvestri. Ne non olus quoque silvestre est
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. 249
puisent la tige : c'est de toutes les espces celle qui a
le got le plus doux. On a apport depuis peu d'une
valle prs d'Aricie , o il y avait autrefois un lac, et
une tour qui subsiste encore, les choux appels lacu--
terres; ils ont la tte fort grosse, les feuilles trs-
nombreuses ; les uns sont ronds , les autres larges et
charnus. Il n'y en a point qui aient la tte plus grosse,
except les tritiens , qui l'ont quelquefois de l'paisseur
d'un pied ; il n'y en a pas non plus qui poussent plus
tard leurs tendrons. La gele blanche donne tous les
choux un excellent got; elle leur devient nuisible, si
l'on n'en garantit la moelle par une coupure en biais.
Ceux qu'on garde pour graine ne se coupent jamais. Il
est une autre espce de choux qui a aussi son mrite ;
ils restent toujours en herbe ; on les appelle halmy-
rides , parce qu'ils ne croissent que sur les ctes. Ils se
conservent toujours verts, et on en fait provision pour
les voyages de long cours sur mer. On les coupe avant
qu'ils touchent terre , et on les met dans des ton-
neaux bien secs qui ont contenu de l'huile , et qu'on
bouche avec soin pour en fermer l'entre l'air. Quel-
ques cultivateurs croient hter la maturit des choux en
mettant, au pied, de l'algue, ou autant de nitre en poudre
qu'ils en peuvent prendre avec trois doigts. D'autres r-
pandent sur les feuilles de la graine de trfle et du nitre
broys ensemble; le nitre, en effet, les maintient dans
leur verdeur , mme aprs qu'ils sont cuits : ou bien
il faut suivre la mthode d'Apicius , et les laisser trem-
per dans l'huile et le sel , avant de les faire cuire.
On a un moyen particulier d'enter les plantes potagres :
on coupe les rejetons de la tige , et on place une graine
dans la moelle. On pratique cette opration mme sur
2 5<> C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
trium foliorum, divi Julii carminibus praecipue jocisquc
militaribus celebratum : alternis quippe versibus expro-
bravere lapsana se vixisse apud Dyrrachium , praemio-
riiin parcimoniam cavillautes : esl autem id cvma sil-
vestris.
De asparagis; de corruda.
XLII. Omnium hortensiorum lautissima cura aspara-
gis. De origine eorum in silvestribus curis abunde di-
ctum, et quomodo eos juberet Cato in arundinetis seri.
Est et aliud genus ineultius asparago, mitius corruda,
passim etiam montibus nascens , refertis superioris Ger-
maniae campis, non inficeto Tiberii Caesaris dicto, her-
bam ibi quamdam nasci simillimam asparago. Nam quod
in Neside Campaniae insula sponte nascitur, longe op-
timum existimatur. Hortensium seritur spongiis : est
enim plurimae radicis, altissimeque genninat. Viret thyrso
primum emicante : qui caulem educens , tempore ipso
fastigatus in toros striatur. Potest et semine seri.
INihil diligentius comprehendit Cato, novissimumque
ibriest, ut appareat repenti nam ac noviliam viro curam
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a5i
le concombre sauvage. La lapsane crot aussi sans cul-
ture ; elle porte trois feuilles. Les chansons militaires et
les plaisanteries des soldats de Jules Csar l'ont rendue
clbre ; de deux vers l'un , ils lui reprochaient de n'a-
voir vcu, prs de Dyrrachium , que de cette herbe
seule : c'est ainsi qu'ils le raillaient sur la rcompense
mesquine accorde leurs services. La lapsane est une
espce de chou sauvage.
Des asperges sauvages et cultives.
XLII. De toutes les plantes de jardin, les asperges
sont celles dont la culture est le mieux soigne. Nous
avons parl suffisamment de leur origine , en traitant
des plantes sauvages ; nous avons dit comment Caton
voulait qu'on les plantt parmi les roseaux. Il en existe
une espce plus rude que celle qu'on cultive, mais moins
piquante que l'asperge sauvage; elle est commune sur
les montagnes, et couvre les campagnes de la Germanie.
Tibre la dsignait d'une manire assez plaisante , en
disant qu'il croissait dans ce pays une herbe fort sem-
blable l'asperge. Celle qui vient sans culture dans
l'le de Nsis, prs les ctes de la Campanie, est, dit-on,
excellente. Dans l'espce cultive, on plante les racines
qui sont fort nombreuses et s'enfoncent une grande
profondeur. Les pousses de l'asperge sont d'abord vertes;
en s'levant , elles se transforment en autant de tiges,
dont la partie suprieure se ramifie en peu de temps
pour prendre une forme pyramidale. L'asperge se mul-
tiplie aussi de graine.
Caton n'a rien trait avec plus de soin que l'article
des asperges; il l'a plac la fin de son ouvrage, ce qui
?
u5-2 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XIX.
fuisse. Locum subigi jubet humidum et crassum : semi-
pedali undique intervallo seri , ne calcetur. Praeterea ad
lineam grana bina aut terna paxillo demitti : videlicet
semine tum tantum serebantur : id fieri secundum qui-
noctium vernum. Stercore satiari , crebro purgari , ca-
veri ne cum herbis evellatur asparagus. Primo anno
stramento ab hieme protegi : vere aperiri, sarriri, run-
cari : tertio incendi verno. Quo maturius incensus est ,
hoc melius provenit. Itaque arundinetis maxime conve-
nit, quae festinant incendi. Sarriri jubet idem, non an-
tequam asparagus natus fuerit, ne in sarriendo radies
vexentur. Ex eo velli asparagum ab radice : nam si
defringatur, slirpescere , et intermori. Velli, donec in
semen eat. Id aulem maturescere ad ver , incendique :
ac rursus , quum apparuerit asparagus, sarriri ac ster-
corari. Ac post annos novem , quum jam vtus sit , di-
geri subacto solo stercoratoque. Tum spongiis seri , sin-
gulorum pedum intervallo. Quin et ovillo firao nomi-
natim uti, quoniam aliud herbas creet.
Nec quidquam postea teutatum utilius apparuit , nisi
quod circa idus februani defosso semine acervatim par-
vulis scrobibus serunt, plurimum maceratutn fimo. Dein
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 25**
prouve qu'il a travaill sans prparation sur cette ma-
lire, et qu'elle tait toute nouvelle pour lui. Il veut
qu'on choisisse un terrain humide, gras et bien remu;
qu'on laisse un demi-pied d'intervalle entre chaque plant,
de peur qu'on ne les foule. Comme on se bornait alors
semer les asperges , les trous faits au plantoir et en
droite ligne devaient recevoir chacun deux ou trois
graines. On les semait vers l'quinoxe de printemps.
L'asperge veut tre abondamment fume , sarcle sou-
vent et avec prcaution , de peur qu'on ne l'arrache
avec les mauvaises herbes. La premire anne , on les
couvre de paille pendant l'hiver ; au printemps on les
dcouvre pour sarcler et rafrachir la terre ; la troisime
anne, on les brle au printemps : plus tt on y met
le feu , mieux elles viennent ensuite ; aussi sont-elles
bien parmi les roseaux, qui demandent tre brls de
bonne heure. Caton recommande de ne les sarcler que
lorsqu'elles sont sorties de terre, pour ne pas endom-
mager les racines. En les cueillant , on descendra jus-
qu' la racine mme , autrement elle pousserait des re-
jetons qui puiseraient la plante, On les rcolte jusqu'au
moment o elles montent en graine. La graine est mre
au printemps : alors on les brle; et quand il en parat
de nouvelles , on s'occupe de les sarcler et de les fu-
mer. Au bout de neuf ans, elles sont vieilles; il faut
en planter d'autres dans un terrain labour et fum
avec soin. On met les racines en terre un pied d'in-
tervalle. On n'emploie que le fumier de mouton : les
autres produisent trop d'herbes.
Depuis Caton, les expriences sur la culture des as-
perges n'ont point fourni de mthode plus avantageuse
que celle qu'il a prescrite : seulement on sme aujourd'hui
254 C. PLINII HIST. tfAT. LIB. XIX.
nexis inter se radicibus spongias fadas post quinoctitim
autumni disponunt pedalibus intervallis, fertilitate in
denos annos durante. Nullum gratins his solum quant
Ravennatium hortorum.
Indicavimus et corrudam. Hune enim intelligo sil-
vestrem asparagum , quem Graeei liormenum, aut mya-
canthon vocant , aliisve nominibus. lnvenio nasci et
arietis cornibus tusis atque defossis.
De carduis.
XLIII. Poterant videri dicta omnia quae in pretio
sunt , nisi restaret res maximi quasstus , non sine pu-
dore dicenda. Certum est quippe carduos apud Cartha-
ginem magnain , Cordubamque praecipue , sestertium
.sena millia e parvis reddere areis : quoniam portenta
que-que terrarum in ganeam vertimus, etiam ea qu re-
fugiunt quadrupdes consciae. Carduos ergo duobus mo-
llis serunt : autumno planta, et semine ante nonas rnar-
tias : plantque ex eo disponuntur ante idus novembris,
aut in locis frigidis circa Favonium. Stercorantur etiam ,
si diis placet , laetiusque proveniunt : condiunturque
aceto nielle diluto, addita laseris radie, et cumini, ne
quis dies sine carduo sit.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. a55
la graine par tas dans de petites fosses, aprs l'avoir lais-
se long-temps macrer dans le fumier. Cette opration a
lieu vers les ides de fvrier. Aprs l'quinoxe d'automne,
on plante un pied d'intervalle les racines entortilles
ensemble ; de cette manire, un plant d'asperge produit
durant dix ans sans tre "renouvel. Nul terroir ne leur
est plus favorable que celui de Ravenne.
Nous avons dj nomm le corruda, ou asperge sau-
vage, que les Grecs appellent hormenum, ou myacan-
thoSy et qu'ils dsignent encore sous d'autres noms. Je lis
que des cornes de blier, piles et enfouies, produisent
des asperges.
Des cardons.
XL1II. On serait tent de croire que nous avons puis
la liste des plantes auxquelles notre luxe attache du prix,
et cependant il nous reste parler de celles dont la cul-
ture est la plus lucrative ; nous ne saurions la nommer
sans rougir. On sait que chaque planche de chardons (car-
dons, artichauts?), aux environs de l'ancienne Carthage,
et surtout de Corduba , en Espagne, rapporte par an six
mille sesterces. Ainsi , la gourmandise tourne en jouis-
sances jusqu'aux productions monstrueuses de la nature,
que l'instinct seul interdit aux animaux. Au reste , les
chardons viennent de deux manires : de plant, en au-
tomne; de graine, avant les nones de mars. On les plante
avant les ides de novembre ; ou bien , dans les lieux
froids, au milieu de fvrier. Que dirai-je de plus? on a
soin de les fumer, et, grce celte prcaution, ils mul-
tiplient davantage; enfin, on les confit dans le miel et
le vinaigre, avec le laser et le cumin, pour avoir chaque
jour le plaisir de manger des chardons.
2 5G C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
De reliquis in horto satis. Ocimum. Eruca. Nasturtium.
De ruta.
XLIV. Cetera in transcursu dici possunt. Ocimum
Parilibus optime seri ferunt : quidam et autumno : ju-
bentque , quum hieme seratur, aceto semen perfundi.
Eruca quoque et nasturtium, vel state, vel hieme fa-
cillime nascuntur. Eruca praecipue frigorum contem-
ptrix , divers est, quam lactuca, naturse , concitatrix
Veneris : idcirco jungitur illi fere in cibis , ut nimio
frigori par fervor immixtus temperamentum quet. Na-
sturtium nomen accepit a narium tormento. Et inde vi-
goris significatio proverbio id vocabulum usurpavit, ve-
luli torporem excitantis. In Arabia mir amplitudinis
dicitur gigni.
De ruta.
XLV. Ruta quoque seritur Favonio , et ab quino-
ctio autumni : odit hiemem , et humorem , ac fimum.
Apricis gaudet et siccis , terra quam maxime lateraria.
Cinere vult nutriri : hic et semini miscetur, ut careat
erucis. Auctoritas etiam peculiaris apud antiquos ei fuit.
Invenio mustum rutatum populo datum a Cornelio Ce-
thego , in consulatu collega Quinti Flaminini , comitiis
peractis. Amicitia est ei et cum fico , in tantum , ut
nusquam lsetior proveniat, quam sub hac arbore. Seri-
tur et surculo, melius in perforatam fabam indito, quae
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. *5 7
Des autres plantes que l'on sme dans les jardins : l'ocimum ,
l'eruca, le nasturtium.
XLIV. Nous pouvons tre plus brefs sur les autres
plantes. Le temps le plus propre semer le basilic est
aux ftes Parilies. Quelques-uns prfrent l'automne, et
prescrivent, si l'opration a lieu en hiver, d'arroser la
graine de vinaigre. La roquette et le cresson supportent
le plus facilement le froid et le chaud. Ses proprits ne
sont pas les mmes que celles de la laitue , car elle excite
l'amour; aussi mle-t-on ces deux plantes dans les mets,
pour que la chaleur de l'une corrige la froideur de l'autre,
et qu'elles se neutralisent mutuellement. Le cresson , ou
nasilort , doit son nom la sensation dsagrable qu'il
cause par son odeur; de l le proverbe, en parlant d'un
homme indolent et lche , qu'il faut lui faire manger du
cresson pour l'animer. Il est, dit-on, extraordinairement
grand en Arabie.
La rue.
XLV. On sme la rue quand souffle le vent favo-
nien , et aprs l'quinoxe d'automne ; elle craint le
froid , l'eau et le fumier ; elle aime les lieux secs ,
exposs au soleil , et un terroir plein de gravats. Les
cendres nourrissent la plante , et on en mle avec sa
graine pour loigner les chenilles. Les anciens faisaient
un cas particulier de la rue. J'ai lu que Cornlius Ce-
thegus, ayant t nomm consul avec Quintius Flami-
ninus , fit distribuer au peuple , aprs l'assemble , du
vin aromatis avec de la rue. Cette plante a beaucoup
de sympathie avec le figuier; aussi ne vient-elle jamais
plus belle qu' l'ombre de cet arbre. On la multiplie
xii. 17
a58 C. PLINII 1IIST. NAT. LIB. XIX.
succo nutrit compreliendendo surcuium. Seritur et a
seipsa ; namque incurvato cacumine alicujus rami , quum
adtigerit terrain , statim radicatur. Eadem et ocimo na-
tura , nisi quod diffcilius crescit. Sed durata runcatur
non sine dificultale , pruritivis ulceribus , ni munitis
manibus id fit , oleove defensis. Conduntur autem et
ejus folia , servant urque fasciculis.
De apio.
XLVL Ab aequinoctio verno seritur apium , semino
paululum in pila pulsato. Crispius sic putant fieri, aut
si satum calcetur cylindro pedibusve. Proprium ei ,
quod colorem mutt. Honos ipsi in Achaia, eoronare
victores sacri certaminis Nemeae.
Menta.
XL VII. Eodern tempore seritur menta planta : vel si
nondum genninat, spongia. Minus haec humido gaudet.
^Estate viret , hieme flavescit. Genus ejus silvestre men-
tastrum est. Et hoc propagatur, ut vitis , vel si inversi
rami serantur. Mentae nomen suavitas odoris apud Grae-
cos mutavit, quum alioqui mintha vocaretur, unde nostri
nomen declinaverunt. Grato menta mensas odore percur-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 5 9
aussi de rejetons; mais on doit en faire passer la partie
infrieure dans une fve perce, qui embrasse le jeune
plant, et le nourrit de son suc. La rue se provigne en-
core d'elle-mme; car si le sommet d'un rameau touche
la terre en se courbant, il prend aussitt racine. C'est
ce qu'on remarque aussi dans le basilic ; mais il est
tardif crotre. Il est difficile de sarcler la rue ; il faut
se garnir les mains de gants, ou les frotter d'huile, car
elle cause des ulcres et des dmangeaisons. Pour con-
server ses feuilles, il suffit d'en faire des paquets que
l'on serre ensuite.
Le persil.
XLVI. On sme Je persil aprs l'quinoxe du prin-
temps. On monde lgrement la graine dans un mortier
pour le rendre plus touffu ; ou bien , aprs la semaille ,
on foule la terre avec les pieds ou le cylindre. Une pro-
prit particulire cette plante , c'est de changer de
couleur. Elle est en honneur dans l'Achae, o l'on cou-
ronne d'ache les vainqueurs aux jeux Nmens.
La mente.
XLVII. A la mme poque on replante la mente ;
dfaut djeunes pousses, on prend les rejetons des ra-
cines. Cette plante craint davantage l'humidit ; elle
est verte en t , jauntre en hiver. Nous en connais-
sons une espce sauvage : c'est le mentaslrum. On la
multiplie en la couchant comme la vigne , ou mme en
plantant ses rameaux le sommet en bas. L'odeur agra-
ble de cette plante lui a fait donner un nom particulier
par les Grecs, au lieu de celui de mintha qu'elle por-
2 6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
rit in rusticis dapibus. Semel sata, diutina aetate durt.
Cohgruit pulegio, cujus natura in carnariis reflorescens
spius dicta est. Haec quoque servantur simili gnre ,
mentam dico, pulegiumque, et nepetam.
Condimentorum tamen omnium fastidiis cuminum
amicissimum. Nascitur in summa tellure vix haerens,
et in sublime tendens. In putridis et calidis maxime
locis, medio serendum vere. Alterum ejus genus silves-
tre quod rusticum vocant , alii Thebaicum : si tritum
ex aqua potetur, in dolore stomachi prodest. In Carpe-
tanra nostri orbis maxime laudatur : alioqui ^Ithiopico
Africoque palma est. Quidam huic iEgyptium praefe-
runt.
lusatrum.
XLVIII. Sed praecipue lusatrum mirae naturae est.
Hipposelinum Grci vocant , alii smyrnium. E lacryma
caulis sui nascitur. Seritur et radice. Succum ejus colli--
gunt, myrrhae saporem habere dicunt. Auctorque est
Theophrastus , myrrha sata natum. Hipposelinum vete-
res praeceperant in locis incultis , lapidosis , juxta ma-
ceriam seri : nunc et repastinato seritur, et a Favonio
post aequinoctium autumnum. Quippe quum capparis
quoque seratur siccis maxime, area in defossum cavata,
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIX. 16 1
tait d'abord , et dont nous avons fait notre mot mente.
Son parfum suave relve le got des mets rustiques.
Une fois plante , elle dure toute l'anne. Elle se rap-
proche beaucoup du pouliot, qui fleurit dans les garde-
mangers , comme nous l'avons dit plus d'une fois. On
n'a qu'une manire de conserver la mente , le pouliot et
le npeta (calament).
Cependant de toutes les plantes d'assaisonnement, la
plus propre rveiller l'apptit, c'est le cumin. Il crot
la surface de la terre, laquelle il tient peine, et se
porte toujours en haut. On doit le semer dans des lieux
chauds , et o la fermentation putride se fasse sentir.
Il en existe une espce sauvage, appele cumin rustique
ou thbaque. Broy dans l'eau , il est utile pour les
douleurs d'estomac. Le meilleur cumin d'Europe crot
dans la Carptanie ; mais celui d'Ethiopie et celui d'A-
frique sont d'une qualit suprieure : quelques personnes
nanmoins prfrent celui d'Egypte.
L'olusatrum.
XLVIII. L'olusatrum est d'une nature tout--fait sin-
gulire : c'est Yhipposelinum des Grecs , ou bien encore
le smjrnium ; il nat de l'espce de gomme qui dcoule
de sa tige. Il se multiplie aussi par ses racines. On re-
cueille sa gomme, qui a , dit-on , l'odeur de la myrrhe.
Ce mme suc, mis en terre, donne naissance la plante,
si l'on en croit Thophraste. Les anciens prescrivaient
de le semer dans les lieux incultes, pierreux, et auprs
des vieilles murailles. Maintenant on choisit un terrain
qui ait reu deux faons. Le temps de la semaille est de-
puis le premier souffle du vent favonien jusqu' l'quinoxe
a6a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
ripisquc unclique circumstructis lapide : alias cvagatur
per agros, et cogit solum sterilescere. Floret state :
viret usque ad Vergiliarum occasum , sabulosis familia-
rissimum. Vitia ejus , quod trans maria nascitur, dixi-
mus inter peregrinos frutices.
Careum.
XLIX. Peregrinum et Careum , gentis sui nomine
appellatum , culinis principale. In quacumque terra seri
vult , ratione eadem , qua olusatrum. Laudatissimum
tamen in Caria , proximum Phrygia.
Ligusticum.
L. Ligusticum silvestre est in Liguriae suae montibus :
seritur ubique : suavius sativum , sed sine viribus. Pa-
nacera aliqui vocant. Cratevas apud Graecos cunilam
bubulam eo nomine appellat : ceteri fere conyzam , id
est, cunilaginem : thymbram vero, quae sit cunila. Haec
apud nos habet vocabulum et aliud, satureia dicta in
condimentario gnre. Seritur mense februario , ori-
gano annula. Nusquam utrumque additur, quippe si-
milis effectus. Sed cunilae iEgyptium origami m tantum
prfertur.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. *6i
d'automne, car on le sme avec le cprier : l'endroit doit
tre sec, et entour d'un foss revtu de pierres de tous
cts , autrement le cprier envahirait tout le terrain, et
le rendrait strile. Il fleurit l't , conserve sa verdure
jusqu'au coucher des Pliades, et se plat particulire-
ment dans les lieux sablonneux. Quant aux qualits
malfaisantes du cprier d'outre-mer, nous eu avons parl
en traitant des arbrisseaux trangers.
Le careuiu.
XLIX. Le careum (carvi) est aussi une plante tran-
gre; elle tire son nom du pays qui la produit, et n'est
presque d'usage que pour la cuisine. Quel que soit \c
terrain , on doit la semer comme l'olusatrum ; toute-
fois , les pays o elle russit le mieux sont la Carie , et
ensuite la Phrygie.
Le ligusticuiu.
L. Le ligusticum croit naturellement sur les montagnes
boises de la Ligurie , son pays natal. Du reste , on le
sme partout. L'espce cultive est d'un meilleur got,
mais sans vertus. Il est quelquefois dsign sous le nom
de panax. Cratevas , auteur grec , donne ce nom la
cunila bubula , ou sarriette; d'autres l'appliquent la
conyze, ou sarriette sauvage, et donnent celui de thym-
bra la cunila proprement dite. Nous avons cit cette
dernire espce , appele aussi salureia , sarriette , en
parlant des plantes d'assaisonnement. On la sme au
mois de fvrier. Elle a le plus grand rapport avec l'ori-
gan ; aussi n'emploie-t-ou jamais ces deux plantes en-
semble , car leur vertu est la mme ; seulement on pr-
fre h la sarriette l'origan d'Egvple.
a 64 C PLLNII H1ST. NAT. LIB. XIX.
Lepidium.
LI. Peregrinum fuit et lepidium. Seritur a Favonio '
dein quum fruticavit , juxta terram praeciditur : tune
runcatur , stercoraturque : per biennium hoc. Postea
iisdem fruticibus utuntur, si non saevitia hiemis ingra-
vat , quando impatientissimum est frigorum. Exit et in
eubitalem altitudinem , foliis laurinis , sed mollibus :
ususque ejus non sine lact.
Gith.
LU. Gith pistrinis, anisum et anethum culinis et me-
dicis nascuntur. Sacopenium et ipsum in hortis quidem ,
sed medicinae tantum.
Papaver.
LUI. Sunt quaedam comitant ia aliorum satus , ut pa-
paver. Namque cum brassica seritur , ac portulaca : et
eruca cum lactuca. Papaveris sativi tria gnera : can-
didum , cujus semen tostum in secunda mensa cum
melle apud antiquos dabatur. Hoc et panis rustici crust
inspergitur, adfuso ovo inhaerens, ubi inferiorem crus-
tam apium githque cereali sapore condiunt. Alterum
genus est papaveris nigrum , cujus scapo inciso lacteus
succus excipitur. Tertium genus rham vocant Grci,
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. a65
Le lepidium.
LI. Le lepidium nous est arriv primitivement de
l'tranger. On le sme ds que souffle le vent favonien ;
aussitt qu'il a pouss, on le coupe fleur de terre, en-
suite on le sarcle et on le fume , et cela pendant deux
ans. Aprs ces oprations, la plante est mise en usage,
si toutefois elle rsiste l'hiver , car elle craint extrme-
ment le froid. Elle s'lve jusqu' la hauteur d'une cou-
de. Elle a les feuilles du laurier, si ce n'est qu'elles sont
molles. On ne fait usage du lepidium qu'avec le lait.
Le gith.
LU. La nielle, ou gitli , sert aux boulangers; l'anis
et l'aneth , dans la cuisine et dans la mdecine. Le sa-
copenium se cultive aussi dans les jardins , mais ne
s'emploie qu'en mdecine.
Le pavot.
LUI. Certaines plantes veulent tre semes avec d'au-
tres : ainsi , le pavot se sme avec le chou et le pour-
pier; la roquette, avec la laitue. On distingue trois
espces de pavot cultiv : le blanc, dont la graine grille
se servait au dessert , avec du miel , chez les anciens.
Aujourd'hui les habitans des campagnes saupoudrent de
cette graine la crote suprieure du pain , aprs l'avoir
dore avec un jaune d'uf ; quant la crote de des-
sous, ils emploient le persil et la nielle {gith) pour en
relever le got. La seconde espce est le pavot noir ,
dont la tige rend, par incision, un suc laiteux. La troi:
i66 C. PLINII IIIST. NA.T. LIB. XIX.
ici nostri erraticum. Sponte quidem, sed in arvis cum
hordeo maxime nascitur, eruc simile, cubitali altitu-
dine , flore rufo et protinus deciduo : unde et nomen
a Graecis accepit. De reliquis generibus papaveris sponte
nascentis dicemus in medicinae loco. Fiusse autem in ho-
nore apud Romanos semper, indicio est Tarquinius Su-
perbus, qui legatis a filio missis decuticndo papavera
in horto altissima , sanguinarium illud responsum hae
facti ambage reddidit.
Reliqua sativa aequinoctio autumni.
LIV. Rursus alio comitatu aequinoctio autumni se-
runtur coriandrum , anethum , atriplex , malva , lapa-
thum, crefolium , quod pderota Graeci vocant : et
acerrimum sapore, ignei effectus, ac saluberrirnum cor-
pori , sinapi , nulla cultura , melius tamen planta tra-
lata. Quin e diverso vix est sato semel eo liberare locum,
cjuoniam semen cadens protinus viret. Usus ejus etiam
pro pulmentario in patellis decocto , citra intellectum
acrimoniae. Coquuntur et folia , sicut reliquorum ole-
rum. Sunt autem trium generum : unum gracile , alte-
rum simile rapi foliis , tertium eruc. Semen optimum
/Egyptium. Athenienses napy appcllaverunt, alii thapsi,
alii saurion.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 267
sime est le coquelicot, ou rhas des Grecs. Il crot
sans culture dans les champs , surtout parmi l'orge. Il
a la feuille semblable celle de la roquette, une coude
de hauteur, la fleur rouge et tombant de bonne heure ,
circonstance laquelle il doit son nom grec. Nous
parlerons des autres espces de pavot , en traitant des
plantes mdicinales. Le pavot fut de tout temps en
estime chez les Romains ; ce qui le prouve , c'est que
Tarquin le Superbe, pour toute rponse aux messagers
que son fils lui avait envoys, se contenta d'abattre,
dans son jardin , les ttes des pavots les plus levs :
c'tait lui indiquer, d'une manire nigmatique, quel
sang il fallait verser.
Autres plantes semer l'quinoxe d'automne.
LIV. La coriandre, l'aneth , Farroche , la mauve, le
lapathum , le cerfeuil , que les Grecs appellent pde-
ros, se sment en mme temps, l'quinoxe d'automne;
ajoutons le snev , dont la saveur est si piquante ,
qu'elle produit presque l'effet du feu. Cette plaute n'en
est pas moins salutaire ; elle vient sans culture , mais
elle est meilleure replante. Une fois seme, il devient
difficile d'en purger le terrain, parce que sa graine tom-
be terre germe aussitt. Cette mme graine cuite se
mange en ragot; la cuisson lui te son cret. Quant
aux feuilles, elles se mangent cuites comme celles des
autres lgumes. On distingue trois sortes de snev :
l'une est menue , l'autre a la feuille de la rave , la troi-
sime celle de la roquette. La meilleure graine nous
vient d'Egypte. Les Athniens l'ont appele napy, d'au-
tres thapsi, d'autres saurion.
268 C. PLINII HIST. NAT. LIB XIX.
Serpyllum, et sisymbrium.
LV. Serpyllo et sisymbrio montes plerique scatent ,
sicut inThracia : u tique deferunt ex his avulsos ramos,
seruntque. Item Sicyone ex suis montibus, et Atbenis
ex Hymetto. Simili modo et sisymbrium serunt. Laetis-
simum nascitur in puteorum parietibus, et circa pisci-
nas ac stagna.
Ferulacea gnera quatuor. Cannabis.
LVI. 9. Reliqua sunt ferulaeei generis ceu fenicu-
lum, anguibus (ut diximus) gratissimum, ad condienda
plurima , quum inaruit : eique perquam similis thapsia,
de qua diximus inter externos frutices. Deinde utilis-
sima funibus cannabis seritur a Favonio. Quo densior
est , eo tenuior. Semen ejus quum est maturum , ab
quinoctio autumni distringitur , et sole , aut vento ,
aut fumo siccatur. Ipsa cannabis vellitur post vinde-
miam, ac lucubrationibus decorticata purgatur. Optima
Alabandica , plagarum prcipue usibus. Tria ejus ibi
gnera. Improbatur cortici proximum , aut medullae :
laudatissima est e medio , quae mesa vocatur : secunda
Mylasea. Quod ad proceritatem quidem attinet , Rosea
agri Sabini arborum altitudinem aequat. Ferul duo
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 269
Le serpolet , le sisymbrium.
LY. Les montagnes sont presque toujours couvertes
de serpolet et de sisymbrium , comme dans la Thrace.
On arrache les rameaux de la plante sauvage pour les
planter dans les jardins. Les habitans de Sicyone vont
chercher le serpolet sur leurs montagnes, et les Ath-
niens sur le mont Hymette. On replante de la mme
manire le sisymbrium. Il en vient de trs-beau aux
murailles des puits , et l'entour des viviers et des
tangs.
Frulaces : quatre espces. Le chanvre.
LVI. 9. Les autres plantes de jardin sont toutes f-
rulaces : tels sont le fenouil , employ dans divers as-
saisonnemens ; nous avons dj remarqu que les ser-
pens l'aimaient beaucoup : la thapsie , presque en tout
semblable au fenouil , et dont nous avons parl en traitant
des arbrisseaux trangers : enfin le chanvre, si utile pour
les cordages ; on le sme au souffle du vent favonien :
plus il est sem pais , plus il vient menu. Sa graine
est mre vers 1 quinoxe d'automne ; c'est le moment
d la recueillir : on la fait ensuite scher au soleil , au
vent ou la fume. On arrache le chanvre aprs la ven-
dange, et on le teille les soirs la veille. Celui d'Ala-
bande est le meilleur , surtout pour les filets de chasse.
On en distingue trois espces : la filasse la plus voisine
de l'corce, od du centre, est la moins bonne; la plus
estime est celle du milieu , nomme par cette raison
mse , mitoyenne. On place au second rang le chanvre
de Mylase. Quant la grandeur, celui de Rosea , dans
a 7 o C. PJLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
gnera in peregrinis fruticibus diximus. Semen ejus in
Italia cibus est. Conditur quippe, duratque in nrceis vel
anni spatio. Duo ejus gnera: caules, et raecmi. Corym-
biam banc vocant , corymbosque quos condiunt.
Morbi hortensiorum.
LVII. 10. Morbos bortensia quoque sentiunt, sicut
reliqua terra? sata. Namque et ocimum senecta dgn-
rt in serpyllum , et sisymbrium in mentam. Et ex se-
mine brassicae veteris rpa fiunt, atque invicem. Et ne-
eatur cuminum ab limodoro, nisi repurgetur. Est autem
unicaule, radie bulbo simili, non nisi in solo gracili
nascens. Alias privatim cumini morbus scabies. Et oei-
mum sub Canis ortu pallescit. Omnia vero accessu mu-
lieris menstrualis flaveseunt. Bestiolarum quoque gnera
innascuntur. Napis culices , rapbano crucae , et vermi-
culi : item laetucis et oleri : utrisque hoc amplius , lima-
ces et coclileae. Porro vero privatim animalia , qu fa-
cillime stercore injecto capiuntur, condentia in id se.
Ferroque non expedire tangi rutam, cunilam, mentam ,
ocimum , auctor est Sabinus Tiro in libro Cepuricon ,
(juem Maecenati dicavit.
HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. 271
le pays clos Sabins, s'lve aussi haut qu'un arbre. Nous
avons cit deux espces de frules en traitant des ar-
brisseaux trangers. En Italie, on en mange la graine,
(|ue l'on a fait confire. Elle se conserve dans des pots
une anne entire. On rserve pour cet usage les tiges
suprieures et les ombelles de la plante. On appelle les
premires corymbia , les secondes coiymbi.
Maladies les plantes de jardin.
LVII. 10. Les plantes de jardin sont sujettes aux
maladies, comme tous les autres vgtaux. Le basilic,
dans sa vieillesse , se change en serpolet , et le sisym-
brium en mente. La graine d'un vieux chou donne
des raves ; celle d'une vieille rave produit des choux.
Le limodorum lue le cumin qu'on n'a pas sarcl avec
soin. Il n'a qu'une seule tige ; sa racine est bulbeuse,
et il ne crot que dans les terres maigres. Le cumin ,
d'ailleurs, est particulirement sujet la gale. Le ba-
silic perd sa couleur au lever de la Canicule. Du reste,
toutes les plantes jaunissent l'approche d'une femme
(jui a ses rgles. Elles nourrissent encore des espces
particulires d'insectes; les navets, des moucherons; le
raifort, la laitue, le chou, des chenilles et des vermis-
seaux; et les deux dernires plantes, en outre, des
limaces et des escargots. 11 nat sur le poireau une es-
pce particulire d'insectes , qu'on prend aisment en
leur jetant de la fiente , parce qu'ils vont se cacher
dedans. Sabinus Tiro, dans son Trait de la culture des
jardins y qu'il ddia Mcne, dit qu'il est dangereux
de toucher avec le fer la rue, la sarriette, la mente
et le basilic.
uri C. PLMI HIST. NAT. LIB. XIX.
Remdia. Quibus modis formicae necentur. Contra erucas remdia :
contra culices.
LVI1I. Idem contra formicas , non minimum horto-
rum exitium , si non sint rigui, remedium monstravit,
limum marinum , aut cinerem , obturandis earum fora-
minibus. Sed efficacissime heliotropio herba necantur.
Quidam et aquam diluto latere crudo inimicam eis
putant. Naporum medicina est, siliquas una seri : sicut
olerum cicer ; arcet enim erucas. Quo si omisso jam
natae sint, remedium estabsinthii succus decocti insper-
sus : et sedi , quam aizoum vocant : genus hoc herba?
diximus. Semen olerum si succo ejus madefactum se-
ratur, olera nulli animalium obnoxia futura tradunt. In
totum vero nec erucas , si palo imponantur in hortis
ossa capitis ex equino gnre, feminae dumtaxat. Adver-
sus erucas et cancrum fluviatilem in medio horto suspen-
sum auxiliari narrant. Sunt qui sanguineis virgis tangant
ea, qua? nolunt his obnoxia esse. Infestant culices hortos
riguos praecipue si sint arbuscul aliquae. Hi galbano
accenso fugantur.
1 1 . Nam quod ad permutationem seminum attinet ,
quibusdam ex iis firmitas major est, ut coriandro, betae,
porro, nasturtio, sinapi, erucae , cunil, et fere acribus.
Infirmiora autem sunt atriplici, ocimo, cucurbitae , cu-
cumi : et aestiva omnia hibernis magis durant : minime
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a 7 3
Remdes. Comment on dtruit les fourmis ; recettes contre les
chenilles, contre les moucherons.
LVIII. Le mme auteur recommande pour dtruire
les fourmis , ce flau des jardins mal arross , de bou-
cher les fourmilires avec du limon de mer ou de la
cendre ; mais rien n'est meilleur pour faire prir ces in-
sectes que l'herbe appele hliotrope. On prtend que
l'eau o l'on a dlay de la brique crue produit le mme
effet. On garantit les navets en les semant avec des
siliques; et les choux , en les semant avec le pois chiche
(cicer), qui carte les chenilles. Si l'on n'a pas pris cette
prcaution , on tuera les chenilles en arrosant les plantes
avec une dcoction d'absinthe et de sedum , appel par
les Grecs aizoum ; nous avons dj parl de cette herbe.
On dit que si l'on fait tremper la graine qu'on veut se-
mer , dans du suc de sedum , les plantes ne seront ja-
mais attaques par les insectes , et que les os de la
tte d'une jument , placs au bout d'un pieu dans un
jardin , en carteront pour toujours les chenilles. Un
autre prservatif, c'est de suspendre au milieu des terres
un cancre de rivire. Des cultivateurs touchent , avec
des branches de cornouiller, les plantes qu'ils veulent
garantir. Les moucherons infestent les jardins , surtout
s'ils y trouvent de l'eau et quelques arbrisseaux. On
carte ces insectes en brlant du galbanum.
il. En examinant les altrations qu'prouvent les
graines , nous voyons qu'il y en a qui se conservent
long-temps , par exemple , celles de la coriandre , de la
bette , du poireau , du cresson , du snev , de la ro-
quette, del sarriette, et de presque toutes les plantes
acres. D'autres durent moins , comme celles de l'arro-
xii. 18
a 7 4 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XIX.
autem gethyum. Sed ex his quae sunt fortissima, nullum
ultra quadrimatum utile est, dumtaxat serendo. Culinis
et ultra tempestiva sunt.
Quibus sals aquse prosint.
LIX. Peculiaris medicina raphano , betae , rutae, cu-
nilae, in saisis aquis, quae et alioqui plurimum suavitati
et fertilitati conferunt. Ceteris dulcium aquarum rigua
prosunt. Utilissimae ex iis , quae frigidissimae , et quae
potu suavissimae. Minus utiles e stagno , et quas elices
inducunt , quoniam herbarum semina invehunt. Praeci-
pue tamen imbres alunt. Nam et bestiol innascentes
necantur.
Ratio rigandi hortos.
LX. 12. His horae rigandi, matutina atque vespera,
ne infervescat aqua sole. Ocimo tantum et meridiana :
etiam satum celerrime erumpere putant, inter initia
ferventi aqua adspersum. Omnia autem translata meliora
grandioraque fiunt, maxime porri, napique. In transla-
tione et medicina est, desinuntque sentire injurias, ut
gethyum , porrum , raphani , apium , lactue , rapae ,
cucumis. Omnia autem silvestria fere sunt et foliis mi-
HISTOIRE NATURELLE, UV. XIX. a 7 5
che, du basilic, de la courge, du concombre. Les graines
des plantes d't se conservent mieux que celles des
plantes d'biver, mais celles de la ciboule moins que les
autres. Au reste , la semence la plus durable n'est plus
bonne semer au bout de quatre ans; mais elle peut tre
employe en cuisine, mme au del de ce terme.
A quelles plantes sont avantageuses les eaux sales.
LIX. L'eau sale est bonne , particulirement au
raifort , la bette , la rue et la sarriette ; elle rend
ces plantes plus belles et d'un meilleur got. Les autres
se trouvent bien d'tre arroses d'eau douce ; la plus
frache et la plus agrable boire est aussi la meilleure.
L'eau des tangs, ou celle qui vient par des conduits
particuliers , est moins bonne , en ce qu'elle introduit
dans les jardins les graines des mauvaises herbes. L'eau
de pluie est la plus utile la vgtation , car elle dtruit
mme les insectes qui dvorent les plantes.
Irrigation des jardins.
LX. 12. Le temps d'arroser, c'est le matin et le soir,
afin que l'eau ne s'chauffe pas au soleil : le basilic seul
veut tre arros midi ; on prtend que sa graine lve
plus vite si on l'arrose d'eau bouillante aprs la semaille.
Toutes les plantes potagres gagnent tre replantes,
surtout les navets et les porreaux ; cette opration leur
devient mme utile , en ce qu'elle les dbarrasse de
toute espce parasite : c'est ce qu'on remarque dans la
ciboule, le porreau, le raifort, le persil, la laitue, la
rave, le concombre. Les plantes sauvages ont presque
18.
* 7 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
nora, et caulibus , succo acriora : sicut cunila, origa-
num, ruta. Soluin vero ex omnibus lapathum silvestre
melius : hoc in sativis rumex vocatur, nasciturque for-
tissimum : Iraditur certe semel satum durare, nec vinci
umquam a terra , maxime juxta aquam. Usus ejus cum
ptisana tantum in cibis leviorem gratioremque saporem
praestat. Silvestre ad multa medicamina utile est. Adeo-
que nihil omisit cura , ut carmin quoque comprehen-
sum reperiam , in fabis caprini fimi singulis cavatis , si
porri , eruca? , lactucae , apii , intubi , nasturtii semina
inclusa serantur , mire provenire. Quae sunt silvestria ,
eadem in sativis sicciora intelliguntur, et acriora.
De suocis et saporibus hortensiorum.
LX. Namque et succorum saporumque dicenda dif-
ferentia est, vel major in his quam pomis. Sunt autem
acres cunilae , origani , nasturtii, sinapis. Amari , absin-
thii, centaurei. Aquatiles, cucumeris, cucurbit, lactucae.
Acuti , thymi , cunilae. Acuti et odorati , apii , anethi ,
feniculi. Salsus tantum e saporibus non nascitur, ali-
quando extra insidit pulveris modo , ut cicerculis
tantum.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a 77
toujours les tiges et les feuilles plus petites , mais le suc
plus acre , comme la sarriette, l'origan, la rue. Par une
exception unique , le lapathum sauvage est meilleur
que l'espce cultive , appele rumex (oseille) : celle-ci
dure trs-long-temps; seme une fois, il est impossible,
dit-on , d'en purger le terrain , surtout dans le voisi-
nage des eaux. On la mange avec l'orge mond; elle le
rend plus lger et d'un meilleur got. Le lapathum sau-
vage est d'un grand usage en mdecine. Voici ce qui
prouve quel point l'on a pouss les expriences. Un
pote nous apprend que si l'on sme la graine de por-
reau , de roquette , de laitue, de persil , de chicore et de
cresson, aprs l'avoir enferme dans des boules de fiente
de chvre, les plantes deviendront singulirement belles.
Les plantes primitivement sauvages restent toujours
plus sches et plus acres que les espces cultives pro-
prement dites.
Des sucs et de la saveur des plantes potagres.
LXI. Nous devons dire un mot de la diffrence des
sucs et des saveurs, car elle est encore plus prononce
dans les herbes que dans les fruits. La sarriette, l'origan ,
le cresson, le snev , ont une saveur Acre ; l'absinthe,
la centaure, une saveur amre. Elle est aqueuse dans
le concombre , la courge et la laitue ; piquante dans
le thym et la sarriette ; piquante et odorante dans le
persil, l'aneth, le fenouil. De toutes les saveurs, la sale
est la seule qui ne soit pas naturelle aux plantes ; elle
rside quelquefois leur extrieur sous la forme d'une
poudre qui en couvre la superficie, comme dans les pois,
chiches.
7 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
De piperitide , et Hbanotide , et smyrnio.
LXII. Atque ut intelligatur vana , ceu plerumque,
vitae persuasio : panax piperis saporem reddit, et magis
etiam siliquastrum , ob id piperitidis nomine accepto.
Libanotis odorem thuris, smyrnium myrrhae. De panace
abunde dictum est. Libanotis locis putribus et macris
ac roscidis seritur semine. Radicem habet olusatri ,
nihil a thure differentem. Usus ejus post annum sto-
macbo saluberrimus. Quidam eam nomine alio rosma-
rinum appellant. Et smyrnium olus seritur iisdem locis,
myrrhamque radie resipit. Eadem et siliquastro satio.
Reliqua a ceteris et odore et sapore differunt , ut ane-
thum. Tantaque est diversitas atque vis , ut non solum
aliud alio mutetur, sed etiam in totum auferatur. Apio
eximunt coqui obsoniis acetum : eodem cellarii in saccis
odorem vino gravem.
Et hactenus hortensia dicta sint, ciborum gratia dum-
taxat. Maximum quidem opus in iisdem naturae restt;
quoniam proventus tantum adhuc, summasque quasdam
tractavimus. Vera autem eu jusque natura non nisi me-
dico effectu pernosci potest , opus ingens occultumque
divinitatis, et quo nullum reperiri possit majus. Ne sin-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 279
Piperitis , libanotis , smyrnium.
LXII. Et ce qui prouve , ici comme ailleurs , la vanit
de toutes nos opinions , le panax a le got du poivre ,
et plus encore l'espce de siliquastruni laquelle nous
avons donn, pour cette raison mme, le nom de pipe-
ritis. Le libanotis a l'odeur de l'encens ; le smyrnium ,
celle de la myrrhe. Nous avons parl au long An panax.
On sme la graine du libanotis dans un terrain maigre,
et o tombe la rose. Sa racine , semblable celle de
Yolusatrum, a prcisment l'odeur de l'encens. Aprs un
au, il est trs-salutaire l'estomac. Quelques auteurs
lui donnent le nom de romarin. Quant au smyrnium ,
on le sme dans les mmes terrains que le libanotis;
sa racine a l'odeur de la myrrhe. On sme de mme
le piperitis. Les autres plantes diffrent des prcdentes
par la saveur et l'odeur , comme l'aneth. Enfin les v-
gtaux ont des vertus si opposes, que non-seulement
les proprits de l'un sont altres par les proprits
de l'autre, mais quelquefois mme totalement dtruites.
Ainsi , nos cuisiniers corrigent l'aigreur du vinaigre par
le persil ; et nos sommeliers emploient cette mme
plante en sachets pour ter au vin une odeur dsa-
grable.
Voil ce que nous avions dire sur les plantes po-
tagres , considres seulement sous le rapport cono-
mique. Nous nous sommes borns des dtails succincts
sur leur culture. Il nous reste traiter un point plus
important ; nous ne pouvons connatre la nature intime
de ces vgtaux qu'en examinant leurs proprits m-
dicales : produit mystrieux et sublime d'une sagesse
a8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX.
gulis id rebus contexereraus , justa fecit ratio, quum
ad alios medendi desideria pertinerent, longis utriusque
dilationibus futuris, si miscuissemus. Nunc suis quaeque
partibus constabunt, poteruntque a volentibus jungi.
%
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a8t
divine , et au dessus duquel il n'est rien. Nous n'avons
pas cru devoir traiter cette partie mesure que nous
parlions de chaque plante; beaucoup de lecteurs, ne re-
cherchant que les vertus des plantes, auraient trop perdu
de temps si les objets eussent t confondus. Au moyen
de la division adopte, on pourra, si l'on veut, runir
tout ce qui se rattache un seul et mme sujet.
NOTES
DU LIVRE DIX-NEUVIME.
i. Chap. 1, page i52 , ligne 6. Sderum quoque iempestalum-
que ratio, etc. Pline en effet a tabli, et fort longuement, la tho-
rie des astres et des saisons, dans son application l'agriculture,
au livre xvil, chap. 2 et 3, et au livre XVIII, chap. 57, 75 , etc.
Les rapports que notre auteur signale ici sont illusoires, et c'est
tort qu'il affirme srieusement que si l'astronomie sert l'agri-
culture, l'tude de la campagne facilite aussi la connaissance du
ciel : Vereque intettigentibus non minus conferunt rura deprehendendo
clo , quant sideralis scientia agro colendo.
Pline blme les auteurs goponiques de traiter des jardins aprs
avoir trait de la culture de la terre ; il ne suivra pas , dit-il ,
leur exemple , et nanmoins ce livre est tout entier consacr
l'examen des plantes potagres; peine parle-t-il de quelques
productions qui viennent sans culture. Notre auteur a voulu se
montrer plus mthodique que ses prdcesseurs , et pourtant il
les suit pas pas.
Dans son enthousiasme pour les plantes textiles , Pline les
met au dessus des crales et des lgumes , aprs avoir dit que
celles - ci ne pouvaient tre compares nulle autre quant
leur importance. Peu d'auteurs en histoire naturelle savent
garder une juste mesure. L'objet dont ils s'occupent acquiert
soudain un prix inestimable leurs yeux ; et, pour le rehausser
encore , ils vont chercher des points de comparaison parmi les
productions dont ils ont nagure parl avec une sorte d'amour,
et qui alors semblaient suprieures toutes les autres.
Pline et ses successeurs ont t puiser les faits et les descrip-
* Toutes les notes des livres xn xxvn inclusivement sont dues
M. Fe.
NOTES DU LIVRE XIX. a83
tions chez des auteurs peu connus , dont le style n'avait ni
chaleur ni lgance ; ils ont embelli et dvelopp ces faits ,
souvent avec un rare bonheur ; mais malheureusement des hy-
pothses plus brillantes que justes ont t accueillies comme des
vrits incontestables. On s'tait promis d'crire l'histoire de la
nature, c'est le roman qu'on en a donn. Tous les promium de
Pline nous ont suggr de pareilles rflexions. Cet auteur est
rarement heureux dans ce que nous pourrions nommer la partie
dclamatoire de son livre. Il voulait faire de la science , c'est de
la littrature qu'il a fait, et l'on ne trouve gure louer que
son style.
2. Page i54, ligne i. Setitur , ac dici neque inter fruges , etc.
Le linum des anciens est la mme plante que notre lin. Voici quelle
est la concordance synonymique que nous lui donnons :
nrtCO, Exod. , ix, 3i. AW, Homer. , lliai. E, 487 ;
Tueoph. , IV, etc. ; Tiiucyd. , lv, 26, et Auclor. varior.
grsecor. Linum, VlRG., Georg., I, v. 77 et 212; CoLUM.,
11 , 10 ; Pallad. , Feb., 12 ; Plaut., Pseud., act. 1 , se. 1 ;
Cei.S , VII , i , etc. ; Linum usitalissimum , I.INN, , Spec.
pi. , 397. Le lin usuel. Famille des lines.
Nous donnerons les particularits relatives au lin au fur et
mesure que le texte nous mettra dans l'obligation de les faire
connatre.
3. Ligne 3. Quodve miraculum majus , etc. Pline se dit ici :
Quoi de plus merveilleux que cette plante l'aide de laquelle on
franchit les plus grandes distances avec une rapidit sans gale ?
On pourrait aujourd'hui lui rpondre , la vapeur, qui permet de
faire le tour du lac de Genve en douze heures, d'aller de Toulon
Alger en trente , etc. , de franchir des distances de huit dix
lieues en une heure, dans des voilures mues par son incompara-
ble puissance , etc.
4.. Ligne 6. Babilius. Brotier crit , d'aprs les manuscrits
de la Bibliothque royale , Babilius. C'est ainsi que Snquc
( Qust. natur. , IV, 2 ) orthographie ce nom propre : Babilius
virorum oplimus , in omni litlerarum gnre taris simus , auciar est ,
quum ipse prfectus obtineret JEgyptum , IleracleolUo oslio /V//i ,
284 NOTES DU LIVRE XIX.
quod est maximum , sibi spectaculo fuisse , etc. , etc. Sutone ( Vie
de Nron , c. 36) crit Babilus. ( Cf. TACIT. , Annal. , p. o5.)
5. Page i54 ligne ig. Denique tam parvo semine nasci ,
quod orbem terrarum vitro citroque portet , tam gracili avena Ici
le mot avena a une signification que ne lui ont pas donne les au-
teurs : il a le sens de tige, non pas de tige de gramiue (chalu-
meau ou chaume), mais celui de tige dans le sens le plus tendu ,
puisqu'on l'applique celle du lin.
6. Ligne il+. JSulIa exsecratio suffii contra inventorem diction
suo loco a nobis. Il v a bien de la dclamation dans tout ce qui
vient d'tre crit par notre auteur. On lit au chap. 56? livre Vil :
Vla Icarus , malum et antennam Ddahis iwencre. Pline a voulu
mettre en prose cette belle imprcation d'Horace :
Mi robur, et aes triplex
Circa pectus erat , qui fragilem truci
Commisit pelago ratem.
Od. i, 3.
Nos voiles sont faites avec le chanvre, plante dont l'importauce
tait inconnue aux anciens, qui n'en fabriquaient que des cordages.
La matire faire des voiles tait , indpendamment du lin , le
gent, le jonc, le Cuir et la peau des animaux. Dans l'Inde on
se sert encore aujourd'hui de nattes. Les voiles des anciens taient
peintes , et l'on poussa le luxe jusqu' les teindre en pourpre.
Nous ddaignons cette vaine recherche.
7. Page i56, ligne 5. Prterea ut sciamus f avis se pnas, etc.
Nous verrons au contraire que la culture du lin demande les plus
grandes prcautions , et que c'est une des plus difficiles.
8. Ligne 7. Urit agrum , etc. On sait que Virgile a dit :
Urit eoim lini campum seges
Georg., 1, v.77.
Le lin demande beaucoup d'engrais ; c'est par le mot puiser qu'il
faut rendre le mot urere employ potiquement par Virgile, puis
copi par Pline dans sa prose.
g. II , page i56 , ligne g. Seritur ( linum ) sabulosis maxime,
unoque sulcoj, etc. Toute terre peut porter du lin , disent nos cul-
NOTES DU LIVRE XIX. a85
tivateurs ; cependant il faut choisir , si on le peut , une terre
lgre , frache et fortement engraisse. Columelle (H, 10) a fait
cette recommandation : Pingui et llo solo , humidiore , non si-
/fente. Palladius ( XI , i) veut un terrain trs-gras et mdiocre-
ment humide : Pinguissimo loco , et modice humido. Quoique l'ac-
croissement du lin soit rapide , il est cependant des plantes qui
croissent plus rapidement encore. On le sme en mars ou en
avril , et la rcolte a lieu , suivant les annes , de juin sep-
tembre. Lorsque le semis est fait , il suffit ensuite de passer la
herse pour enterrer la graine , et d'arracher soigneusement les
herbes au commencement du dveloppement des jeunes plantes.
10. Page i56, ligne 10. Vere salum stale veUitur. Le semis
du lin a lieu quelquefois en automne ; il avait toujours lieu au
printemps chez les Romains.
Jdcirco et primas Hnornm tangerc messes
Ante vtant . qnam maturis accenderit annus
Ignibus , et claro PJeias se prompserit ortu.
Gratius, inCyneg., x. 5~.
il. Et hanc quoque terr injuriant facit. Pline a dit au livre
prcdent, chap. 72 : Alibi frumenia ab radice vellunl : quique id
faciunt , proscindi ab se obiter agrum interprelaniur , qiaan extraliant
succum. Cf. la note 4-og , au livre cit.
12. Ligne 1 1. Ignoscat tamen aliquis JEgypto serenti, etc. On
croirait, en lisant ce passage, que les tissus de lin ne servaient qu'
faire des voiles , puisque l'auteur trouve ridicule que les Gaulois
s'occupassent de la culture de cette plante. Pourtant il dit plus
loin que les peuples transrhnaniens employaient les tissus de lin
vtir leurs femmes , qui ne connaissaient pas de plus bel habil-
lement. Les Gaulois cultivaient sans doute cette plante dans le
mme but.
i3. Ligne 21. In Germania autem defossi atque sue terra id
opus agunt. On a cru long-temps , et l'on croit encore aujour-
d'hui , que l'humidit des caves est ncessaire pour favoriser le
lissage du chanvre et du lin ; aussi voit-on encore un grand
nombre de tisserands y travailler, ce qui a de grands inconv-
niens pour leur sant.
a86 NOTES DU LIVRE XIX.
i \. Page i58 , ligne 3. Ubi a Setabi terlia in Europa lino
palma. Il a t question des serviettes de Stabis dans la prface
de Pline. Cf. les notes du livre I er . On croit que Stabis est une
ville d'Espagne, Xativa , dans le royaume de Valence. Silius Ita-
liens ( lib. III , i ) a vant la beaut des tissus de lin de Stabis:
Seiabis et telas Arabum sprevisse superba ,
Et Pelusiaco filum componere lino.
Gralius ( in Cjneget. , v. 4- 1 ) :
Hispanique alio spectantur Setabes usu.
i5. Ligne 4-- Secundam enim in vicino Alliants capes sunt Re-
tonna. Le savant Cluvier croit que cette ville est la mme que
Litubium , dont parle Tite-Live ( liv. XXXII ). Elle est situe
dans la Ligurie.
16. Ligne 1 2. Et Hispania citerior habel splendorem Uni pr-
cipuum, etc. Ce petit fleuve est le Subi , le Gaya ou le Fruncoli ,
qui tous deux arrosent Tarragone.
17. Ligne i^- Et tenuitas mira , ibi primum carbasis reper-
tis. Le mot carbasus dsigna d'abord le lin et les toiles tissues
avec cette plante; plus tard on donna ce nom aux tissus de colon.
Solin a mme t jusqu' nommer carbasus le lin incombustible,
minral plus connu sous le nom d'amiante : Carbasa etiam qu
inter igns valent (c. II). Il est probable que carbaso est un mot
espagnol , et qu'il servait dsigner quelque varit du lin. C'-
tait avec lui qu'on fabriquait ordinairement les voiles tendues
au dessus des amphithtres ; car Pline nous dira plus loin :
Carbasina deinde vla primus in theatro duxisse traditur Lentulus
Spinler Apollinaribus ludis. On doit penser que ces toiles avaient
un degr diffrent de finesse , puisqu'on en faisait des voiles et
des tentes , et que les vestales portaient des tuniques du lin car-
basus ; du moins est-il vrai que Valre-Maxime nous parle de
cet emploi : Maxima virgine Mmlia adorante, quum carbasum,
quant optimam habebai , foculo imposuisset , subito ignis emicuit.
Carbasus ne veut pas dire toile fine (toile de batiste), mais
seulement toiles fabriques Tarragone avec le lin carbasus.
C'est donc mal propos que l'on a blm Virgile d'avoir donn
NOTES DU LIVRE XIX. 287
ce nom des voiles 1 , puisqu'il est dmontr qu'on on faisait avec
le lin, tmoin l'expression de carbasina vla dont se servaient
les prtres. Virgile a aussi parl du carbasus comme d'un tissu
propre servir de vlement :
Tum croceam clilaniydeuique, sinusque crpantes
Carbasoos fulvo in nodum collegerat anro ,
Pictus acu tunicas et barbara (cgmina crurom.
JEneid., xi , v. y;'*.
Il est certain que, d'abord rserv aux tissus tarragonais, le nom
de carbasus prit de l'extension ; il devint gnrique , et fut
donn tous ceux qui avaient un certain degr de perfection.
Quinte-Curce (vin, 9, 24. ) , en parlant du luxe des rois in-
diens , s'exprime ainsi: Carbaso Indi corpora usque pedes vlant:
eorumque rex aurea lectica , margaritis circumpcndentibus , rccubat :
dislincta sunt auro et purpura carbasa , qu indutus est.
Carbasus genus Uni est , quod abusive plerumque pro vlo ponitur,
die Servius (Comm. in JEneid. , m , 357). Nous ne voyons pas
pourquoi le nom de carbasus aurait t donn improprement aux
voiles. 11 arrive frquemment que l'on transporte aux composs
le nom du composant, non-seulement en posie , mais encore
dans le langage vulgaire. Cf. la note 19 , pour un exemple puis
dans le texte mme de notre auteur.
18. Page i58, ligne 21. Vidimusque jam tant tenuitatis, etc.
Si Pline n'exagre pas la finesse des tissus de lin , il semblerait
que les anciens dpassaient celle que nous donnons aux ntres ;
mais ce passage , fort corrompu , et qui a t rtabli par le pre
Hardouin , ne l'a pas certainement t d'une manire exacte ,
et nous en trouvons la preuve dans le sens du passage lui-
mme. Il est question de toiles de chasse, surtout de celles qui
pouvaient servir retenir des sangliers , ce qui suppose ces
tissus une grande force ; or cette solidit est toujours en raison
inverse de la finesse, -et les toiles de chasse, qui pourraient passer
Et aura?
Vla vocant , turaidoque inflatur carbasus austro.
JEneid., ut , v. 35(>.
Voca! jam carbasus auras.
Id. , IV, t. 47
288 NOTES DU LIVRE XIX.
avec leurs agrs (epidroma) au travers d'un anneau , seraient
peine capables de servir un oiseleur pour arrter quelques pas-
sereaux. Il faut donc croire que les toiles fines dont parle notre
auteur avaient un tout autre usage que celui de servir de filets ou
de rets pour la chasse aux btes fauves.
ig. Page 160 , ligne 10. Sicut in culcitis prcipuam gloriam
Cadurci obtinent. La partie des Gaules ici dsigne est le Querci,
dont la capitale est Cahors. Sulpitia fait mention des bandelettes
de lin de Cahors :
Ne me cadurcis destilutam fasciis
Nudam Caleno concubentem profrt.
Juvnal nommait un matelas cadurcum , parce qu'il tait fait de
lin de Cahors , comme on nommait carhasa la voile faite avec
du lin de Tarragone :
Inslitor hjbern legetis nivfique cadurci.
Salir, vu, v. 221 .
Magnaquc debelur \iolalo pna cadurco.
Satir. vi , v. 536.
20. Ligne i4- JEgypiio lino minimum firmitatis , plurimum
lucri. Il est douteux que le lin d'Egypte soit le moins fort de tous,
mais on sait n'en pas douter qu'il est le plus gigantesque. Has-
selquist dit qu'on voit quelquefois le lin d'Egypte s'lever la
hauteur de plus de quinze pieds , sur une tige de la grosseur de
celle du roseau ordinaire.
21. Ligne i5. Quatuor ibi gnera : Taniticum , ac Pelusiacum,
Buticum , Tentjrilicum. On connat aujourd'hui en France : i le
lin froid, ou grand lin: c'est celui qu'on cultive en Flandre ; il sert
fabriquer cet admirable fil dont la valeur s'lve quelquefois
plusieurs centaines de francs la livre, et qui sert faire la dentelle;
2 le lin chaud , ou ttard , cultiv particulirement dans le midi
de la France ; 3 le lin moyen , qu'on croit tre le type de l'es-
pce. On parle encore de lin tardif et de lin prcoce, qui donnent
des filasses de qualits fort diffrentes. Il est douteux que ces va-
rits se rapportent exactement aux varits gyptiennes.
11. Ligne 17. Superior pars Mgypti in Arabiam vergens gignit
fnilicem, etc. Nous avons dj consacr une note au gossipion ,
NOTES DU LIVRE XIX. 289
le coton ( Gossypium arboreum, L. ). Cf. la note 53, au livre XII.
Pline entend parler ici du cotonnier arbrisseau. 11 ne nous reste
plus qu' donner la concordance synonymique de cette plante:
jnn, Parai., XV, a3. ^JuS ', Arab. Avfpor /xopor,
Theoph. , iv, g; et le fruit, &piv)} @v<ra-of, Gr.*cor. ;
POLLUX, Onomast. , VIII , 17 ; Plut., in Isid. ; 1 11. non. ,
II , 86 ; ARRIAN. , p. 17g. Nemus canens molli lana ,
Virg., Georg. , II , I20 1 ; Xylon et Gossypium, PLIN. , loco
comm. ; Arbores laniger , EJUSD. , XII , 21 ; Gossympini
arbores, EJUSD. , loco cil. ; Byssus , genus Uni, IsiD. , Orig.,
XIX, 22 et 27 ; TERTULL. , de Pallio; Silv laniger ,
P. Mla , vin , 8.
On confondait sous ces divers synonymes le G. herbaceum, L. ,
var. a, annuum, qui crot prs de Semenoud, Mehallet et Kebyreh ;
le G. herbaceum , var. /3 , ftufescens, Del., in Fl.JEgyp., 98, qu'on
trouve abondamment dans l'Egypte suprieure et en Nubie, o
il est nomm bennabouk; et enfin le G. vitifolium Cavan. , que les
Arabes dsignent sous le nom de qotn al chagar, c'est--dire coton
en arbre.
On doit regarder comme synonymes les mots xylon, byssus et
goss/mpinum ; ils taient appliqus, tantt la plante , tantt
au coton , et tantt aux toffes qu'on en fabriquait. Il est pro-
bable que le coton roux, dont parle Pbilostrate dans la Vie d'A-
pollonius ( liv. il , 10 ) , n'tait pas le produit d'un gossypium,
mais celui d'un bombax , et sans doute celui du Bombax pentan-
drum, L. ; en effet , les semences sont entoures d'un duvet de
la plus belle apparence , mais qui ne peut en aucune manire
remplacer le coton. Tous les auteurs ont donn au coton pour
patrie l'Egypte et l'Inde : Kct) fihv ko.) ta (lv<r<rivet.- Kt w (lv<r<ro
xivov ti eios Tetp"'lvS'oif, w<T> <f Ktti Tctp' kiyvYliois <*t fyxov
ni epiw yiyvtTo.1. PoLL. , Onomast. , VII , 17 ; Byssus in
JEgypto quam maxime nascitur. S. Je ROM. , in Ezech. , c. 27 ;
'Es-nTi/^Iy^o/ Ktv* yjrrtu, x.a.TxTep Myencti M&px os ' *' vov
70 tiro tm <ry<Tp3C Arr. , p. 179 E, H. Steph. On pense , non
sans raison, que le nom de gossypium est le nom barbare du coton-
' Qui d nemora JEthiopum molli canentia lana ?
xir. 19
2<>o NOTES DU LIVRE XIX.
nier, et que le nom de bjsstts est un nom hbreu* y\2 (butz), appli-
qu mal propos, par Suidas et Hsychius, la couleur pourpre.
23. Page 160 , ligne 23. Quarlu/n gcnus Orchomenium ap-
pdlant , etc. Nous avons rapport ce roseau Y Arando Donax
des botanistes modernes. Cf. la note 33o, troisime synonymie,
livre xvi. La panicule de cette plante est compose de fleurs
poilues , mais on ne peut en tirer parti ; la ranger parmi les lins
choque le bon sens.
24. Ligne 25. Asia e genista facil lina ad relia prcecipua.
On voit par ce passage que le mot linum avait un sens fort tendu ;
il signifie ici filasse, quel que filt le degr de finesse. Les ha-
bitans de Pise font rouir les tiges du gent, et en retirent une
filasse dont on peut fabriquer des cordes , du fil , ainsi que des
toffes grossires , etc.
25. Page 162 , ligne 2. Arabes cucurbitis , in arboribus , ut
diximus , genitis. Pline a dit au livre XII , ch. 21 : Ferunt colonei
mali amplitudine cucurbitas , quce maturitaie ruptcr os tendant lanu-
ginis pilas , ex quibus vestes prelioso linteo faciunt. 11 ne faut pas
s'arrter ici au mot cucurlita; Pline entend parler, non pas d'une
vritable cucurbitace , mais d'un fruit assez gros qui aurait eu
quelque rapport avec la citrouille : or celte particularit nous
ramne vers les bombax pour trouver cet arbre , qui , suivant
notre auteur, donnait un duvet diffrent de celui des Sres, mais
dont pourtant on faisait de prcieux tissus. Le Bombax pentan-
drum, L. , Spec.pl. , 0,5g, -est un grand arbre de l'Inde, dont les
feuilles sont digites. Pline les compare avec celles de la vigne, et
les dit plus petites. Le fruit est long d'un demi-pied , et prsente
exactement la forme d'un concombre fort rtrci vers la base.
Le duvet est d'une finesse extrme : malheureusement il est fort
court , et on ne peut Le tisser ; nanmoins on l'emploie divers
usages domestiques. C'est bien l certainement l'arbre dont parle
notre auteur, mal instruit, du reste, relativement aux tissus qu'on
aurait faits de ce duvet. Cette erreur est fort pardonnable. Qui-
conque a vu le duvet des bombax croirait qu'il petit remplacer ,
et avec avantage , le lin et le coton.
25 bis. III , page 1G2 , ligne 10. lnler medkamina huic vis, etc.
NOTES DU LIVRE XIX. 9 .
La graine de lin renferme dans le prispcrme un mucilago abon-
dant , dont on a tir parli en mdecine. Comme aliment, la fa-
rine de lin ne peut tre nullement estime. On a essay en temps
de disette de la mler celle du froment pour en faire du pain ,
mais il tait lourd et indigeste. Quelques individus qui en avaient
mang en assez grande quantit moururent , dit-on. Nanmoins
on sait qu'un individu affect de boulimie , dvorait , dans l'h-
pital o il avait t reu , les cataplasmes de farine de lin sans
en tre incommod ; peut-tre l'tat de sur-excitation habituel
dans lequel se trouvait l'estomac rend-il compte de cette diff-
rence d'action.
26. Page 162 , ligne i3. Deinde post messem tritiuam virg
ips merguntur in aquam solibus tepefactam , etc. On voit par ce
passage que les anciens ne connaissaient qu'une manire de rouir
le lin. On en connat , indpendamment de celle indique par
Pline , deux autres, le rouissage sur terre et le rouissage eu eau
courante. Ces trois oprations sont fort longues , et durent de
quinze quarante-cinq jours. La plus expditive est celle au
moyen de l'eau dormante, mais elle donne des produits infrieurs.
Les industriels s'efforcent depuis quelque temps de trouver un
procd moins long. Les socits savantes ont promis de couron-
ner l'auteur de l'amlioration dsire : la rcompense est prte,
mais jusqu'ici personne ne l'a mrite.
27. IV, page 164 ligne 5. Invent um jam est etiam , quod
ignbus non absumeretur (asbestinuni). La place que Pline donne
cette substance prouve qu'il regardait l'amiante comme une
production appartenant au rgne vgtal , ce que le mot nasci-
tur , employ plus loin, prouverait jusqu' l'vidence s'il en
tait besoin. Cet auteur a dcid du rang que l'asbeste ou amiante
devait occuper, par l'usage auquel on l'employait , et sans plus
ample inform. Quoi qu'il en soit , c'est une substance remar-
quable du rgne minral , forme de silice , de magnsie , de
chaux et d'alumine. Elle est en filamens longs, dlis, flexibles,
ayant un aspect soyeux. 11 n'est sorte de fables qu'on n'ait d-
bites sur l'asbeste. Aldrovande disait qu'on pouvait rduire l'a-
miante en huile , et qu'elle brlait sans se consumer jamais.
'9-
n 9 i NOTES DU LIVRE XIX.
I) .mires supposaient que les mches d amiante brlaient dans
l'huile sans la consumer; de l la fable des lampes inextinguibles.
Aux usages mentionns par Pline, on peut ajouter ceux-ci, qui
sont plus modernes. On fait entrer l'asbeste dans la fabrication
d'une poterie qui, bien que lgre , est moins fragile que celle
faite par les procds ordinaires. Une Italienne, madame Perpenti,
est parvenue fabriquer avec cette pierre flexible des toiles , des
papiers et de la dentelle. L'asbeste est bien moins rare aujour-
d'hui qu'il n'tait autrefois.
28. Page 164 > ligne 8. Regum nde funbres tunic , etc. On
employait fort rarement les tissus d'asbeste dans les funrailles ,
et l'on s'est assur que les anciens n'taient pas aussi soigneux
qu'on pourrait le croire de recueillir les cendres des morts ,
pures de tout mlange ; toutes les urnes ouvertes ont montr
dans leur intrieur , indpendamment des os calcins , une plus
ou moins grande quantit de charbon. Mais si Ton doit penser
que l'emploi de l'asbeste dans les funrailles tait rare , on sait
n'en pas douter qu'il avait quelquefois lieu. On trouva en 170?. ,
Rome et prs de la porte Naevia , une urne funraire dans la-
quelle il y avait un crne , des os brls , et des cendres ren-
fermes dans une toile d'asbeste d'une merveilleuse longueur, prs
de deux mtres , sur un mtre six cents millimtres de largeur.
On voyait nagure au Vatican ce monument prcieux.
2g. Ligne 1 1 . Adsuescitque vivere ardendo. Pline trouve la
cause de Tincombustibilit de l'asbeste dans sa station au milieu
des dserts de l'Inde , lieux o l'ardeur du climat est extrme.
Les anciens s'garaient presque toujours quand ils voulaient se
rendre compte des proprits des corps. L'asbeste abonde dans
les hautes Alpes , dans le voisinage des glaciers , en Ecosse , et
mme en Sibrie.
3o. Ligne i5. Vocatur autem a Grcecis asbestinum ex argu-
mente) naturec. "AffCefflov , en grec , signifie inextinguible ; c'est
donc par mtonymie que cette production aurait t nomme
ainsi , au lieu d'incombustible : k privatif, a-^ivw^t , teindre ,
c'est--dire qu'on ne peut teindre (ou dtruire). Amiante, que
l'on crit souvent mal propos amianthe, est synonyme ftasbeste;
il signifie une chose qu'on ne peut souiller : . privatif , j4.ia.iva ,
NOTES DU LIVRE XIX. a 9 3
souiller. Les tissus d'amiante n'ont point de taches qui puissent
rsister l'action du feu.
3i. Page 164, ligne 16. Anaxiaus auclorest, linleo eo circum-
dalam arborem , etc. Les instrumens tranchans, et mme conlon-
dans, dtruisent trs-rapidement le tissu fdamenteux de l'asbeste.
Pline, jugeant de la valeur des choses par les singularits qu'elles
prsentent , place l'asbeste au dessus du lin ; dans ce sicle de
raison , personne ne confirmera un pareil jugement.
3. Page 166, ligne 1. Proximus bjssino , mulierum maxime
dliais circa Eim in Achaia genito. Le byssus des anciens n'est
autre chose que le coton. Cf. plus haut la note 22. Pausanias
( Eliac. 1) a renchri sur l'assertion de Pline , qui dclare que le
byssus le plus estim croissait prs d'EIis, dans l'Achae ; l'au-
teur grec dit mme qu'on ne le trouvait que l. Il est douteux
que le coton ft cultiv dans l'Achae , partie de la Grce ou la
temprature est trs-variable ; mais en admettant avec Pline que
cette plante y ait t rellement cultive, on ne peut gure pen-
ser, avec Pausanias , qu'elle l'ait t exclusivement. Philostrate a
dit que l'arbre qui produisait le bjssus avait les feuilles du saule
et le port d'un peuplier. Arrien et Apollonius disent la mme
chose. Quoique ces caractres ne puissent se rapporter au coton-
nier, ce n'est pas une raison de penser qu'il s'agisse d'une autre
planie. On sait combien sont incertains les renseignemens four-
nis par les auteurs grecs ou latins, qui ne se sont pas occups
spcialement d'histoire naturelle.
33. Ligne 3. Linteorum lanugo , e velis navium marilima-
rum maxime , in magno usu medicince est : et cinis spodii vim habel.
Cette fois nous sommes heureux d'tre d'accord avec Pline sur
les proprits comparatives de la tuthie et de la cendre des vieilles
voiles ; elles sont vraiment gales en bont , et ces substances
occupent la mme place dans Yeslime des modernes. Cf. Galen.,
lib. III, xatTet T'jTovs.
34. Ligne 5. Est et inter papavera genus quoddam, quo can-
dorem lintea prcipuum trahunt. On a pens, mais nous ne savons
pourquoi , que ce papaver tait le papaver heradion dont Pline
parlera livre xx, 79. Nous examinerons celle opinion en don-
nant nos notes sur ce mme livre.
294 NOTES DU LIVRE XIX.
35. VI, page 166, ligne 18. Postea in theatrs tantum umbram
fecere. Ecoutons le pote Lucrce:
Et volgo faciunt id lutea , rufaque vla,
Et ferrugina , quum magnis intenta tlieatris
Per inalos volgata trabesque trementia flulaut.
Namque ibi consessum caveai subi or, et omneui
Scenai speciem , patrum, matrumque , deorumque,.
Inficiunt , cogunlque suo fluitare colore, eic.
Luck. , iv, v. 73.
36. Page 168 , ligne 9. Rubent in cavis dium , et muscum a
sole defendunt. Le choix qu'on faisait de la couleur rouge pour
abriter contre les rayons du soleil, blesse la saine physique. On
sait que l blanc est bien prfrable , par la proprit qu'il a de
rflchir les rayons lumineux.
37. Ligne il+. Quoniam quum sparta dixit . significaverit sata.
Homre a dit en effet:
Iliiid.. il, v. i35.
38. VII, page 168, ligne 17. Spart i quidem usus multa post
secua cptus est. Ce sparlum dont on parle ici est une gramine
connue sous le nom de Stipa tenacissima. Voici quelle est la con-
cordance synonymique de cette plante :
AtvotrirapTov , TllEOPH. , 1 , 8. Spartum, Plin., loco comm. ;
Colum. , XII , 5o ; Pallad. , Varr. , etc. ; Stipa tenacis-
sima , L. , Spec. plant. , 11 5. Le spart , esparto des Es-
pagnols.
Nous ne rangeons pas dans cette synonymie le Spartum Ljgeum, L.,
ou alvarde faux-spart. Ses chaumes sont peu prs impropres aux
usages auxquels on emploie le vrai spart, et il est douteux qu'il ft
connu des anciens , moins qu'on veuille croire que le spart d'A-
frique , dont notre auteur dit quelques mots, fut cette gramine.
3q. Ligne 19. Herba et hc sponte nascens , et qu non queat
seriy etc. Il est vrai que tout le spart qu'on trouve dans le com-
merce vient spontanment; on pourrait pourtant, si on le vou-
lait bien, l'tablir en culture rgulire. Varron {de Re rustica ,
1 , 0.6 ; le pre Hardouin cite par erreur le chapitre 32 ) dit
NOTES DU LIVRE XIX. 2q5
positivement qu'on sme le spart: Sic ubi cannabim seras , Union ,
juncum , spartum , unde lineas , /unes f arias.
4o. Page 170, ligne 4- Carthaginiensis Hispani rilerioris
portio , etc. C'est encore dons toute l'Espagne mditerranenne
qu'on trouve le spart et qu'on l'y rcolte ; les autres provinces
ne fournissent que de l'alvarde. ( Cf. la note 38 , vers la fin. )
4 * Ligne 5. Hinc slrata rusiieis eorum , hinc igns facesque ,
hinc calceamina , etc. On emploie encore Vesparto aux mmes
usages dans l'Espagne mridionale. Les chaussures 'esparto sont
nommes esparlenas et alpargatas , mots videmment arabes.
4-2. Ligne 7. Animatibus noxium , praetgrquam cacuminum
teneritate. 11 n'est pas exact de dire que le spart tenace est nuisible
aux bestiaux : cette plante ne renferme en elle-mme aucun prin-
cipe dangereux , et si les herbivores ne la recherchent pas da-
vantage, on doit trouver la raison de cet loignement dans
l'extrme duret de ses chaumes.
43. IX, page 172, ligne 12. Junco Grcos ad f une s usos
nomini credamus , etc. Les Grecs nomment en effet le jonc, et les
cordes qu'on en fait eyjnvos. Il est probable que ce nom tait
collectif, comme l'est chez nous le mot jonc, qui s'applique
diverses espces du genre juncus des botauistes , et quelques
scirpus , notamment au Scirpus lacuslris , L.
44* X, page 172 , ligne 17. Theophrastus auclor est , etc.
Thophraste (Hist.pl., vu, i3) , et d'aprs lui Athne (il,
p. 64) , parlent en effet de cette plante, qu'il est bien difficile
de rapporter avec certitude une plante connue. Le nom
'pioqpov , qu'elle portait , ne peut tre appliqu Yeriophorum
des botanistes modernes , cyprace dont la graine met de longs
fils soyeux, tandis que la lige ressemble celle d'un jonc , et est
parfaitement glabre; c'est donc tout--fait gratuitement qu'o a
dsign Y Eriophorum angustifolium , L. La racine de cette plante
n'est point bulbeuse ; quoi qu'en ait dit Dodone, aucune de ses
parties ne peut servir comme aliment, et les longues soies qui
entourent la graine ne sont pas susceptibles de servir la con-
fection des tissus.
45. Page 174 ligne 3. Neque oinnino ullam mentionna ha-
a 9 6 NOTES DU LIVRE XIX.
bet, eU. Pline pensait tort que Thophraste n'avait rien dil du
spartum ; cet auteur grec en fait mention au livre 1 er , ch. 8 de
VHisloria plantarum , et le dsigne comme ayant une corce
plusieurs tuniques. Cf. la note 38.
46. XI, page 174 ligne 11. Tubera hc vocanlur , undique
terra circumdata , etc. Avant toutes choses , donnons la concor-
dance synonymique de cette clbre plante :
~ \ ... *-^ , Avic. , p. 194.- "T<Tror, KepAvviov, Kpc,viov,yep&veiov,
Theoph. , Hist. plant., 1,9; Athen. , 11, 21 ;*TJW ,
Diosc. , Il , i^5 ',"ltov en Thrace, test. Plin. , xix, 12 ;
"Ittov, Grjec. recentior. Tuber, Plin., loco comm. ;
Mart. , xiii , 5o; Juven. , xix, 3; Apicius, de Art. co-
quinar. , etc. ; Tuber Cbarium , LlNN. et Auct. var. ; Ljce-
perdon Gulosorum, SCOP., FI. Carniolc. La truffe noire, et
peut-tre la truffe grise, T. griseum , Pers. , Sjn., p. 127.
Les anciens ne savaient rien touchant le mode de reproduc-
tion de la truffe ; ils voyaient en elle une cration accidentelle
et spontane dont l'organisation leur tait inconnue. La partie
que Pline dsigne sous le nom de corticule , callosit forme
par la terre, Cortice etiam includuntur, ut plane nec terrain esse pos-
simus dicere, nec aliud quam terr callum, est une sorte d'hyme-
nium form de vsicules qui , en se dveloppant , contiennent
de petites truffes ou truffinelles. C'est tort que notre auteur dit
que l'endroit o les truffes se forment ne se fendille pas : Nec
utique extuberante loco in quo gignuntur , aut rimas agente , le con-
traire arrive toujours.
La plupart des noms grecs donns la truffe rendent compte
du mystre de sa reproduction , ou de la singularit de sa forme.
4.7. Ligne 18. Excedunt spe magnitudinem mali cotonei ,
etiam librali pondre. Si Haller n'a point exagr, il est des truffes
dont la grosseur est vraiment extraordinaire: cet auteur dit qu'il
y en a du poids de quatorze livres. Valmont de Bomare parle
d'une truffe commune en Savoie , qui atteint frquemment le
poids d'une livre.
48- Ligne 19. Duo eorum gnera Distinguuntur et coloee ,
NOTES DU LIVRE XIX. a 9 7
rufo, nigroque, et intus candido. Les modernes connaissent aussi
plusieurs varits de la truffe : la noire , la grise , la violette ,
l'alliace , la musque , la blanche , etc.
4g- Page 174 > ligne ai. Laudatissima Afric. On trouve
en Afrique les mmes espces de truffes qu'en Europe ; cepen-
dant il en est une qui semble tre exclusive a cette partie de la
terre. Cf. la note 5a.
5o. Page 176, ligne 1. Putrescendi enim ratio communis est
Us cum ligno. A la fin de l'hiver ou au premier printemps , la
truffe n'est encore qu'une sorte de tubercule rougetre ou vio-
let, gros comme un pois, et assez consistant. En t , la surface
de la truffe devient noire et comme chagrine ; elle a une gros-
seur peu considrable , prend le nom de truffe blanche , et n'a
point de parfum. Au commencement de l'hiver , sa surface est
trs-noire et chagrine ; elle a atteint toute sa grosseur, a beaucoup
de parfum et de saveur, etc. ; peu aprs elle tombe en bouillie ,
jette ses propagules, qui redeviennent, avec le temps, des truffes
parfaites , etc. : c'est alors que les pluies les charrient au loin.
5i. Ligne 6. Quod certum est , ex Us erunt qu nascantur, et
seri non possint. Plusieurs personnes ont cherch multiplier les
truffes dans des truffires artificielles ; les expriences tentes
n'out pas t sans succs , mais pourtant ce uccs n'a pas t
tellement complet , qu'on ait pu tablir la truffe en culture
rgulire. Pline , en disant plus loin que l'on attribue aux pluies
la production des truffes , semble reconnatre implicitement la
possibilit de la multiplication des truffes par germes : Quibus-
dam locis accepta riguis feruntur : sicut Mitjlenis negant nasci , nisi
exundatione fluminum invecto scmine ab Tiaris.
5a. XII , page 176 , ligne g. Simile est et quod in Cyrenaica
provincia yocant misy, etc. On croit qu'il faut rapporter ce misj
la truffe blanc de neige. Voici quelle serait , dans cette hypo-
thse , la synonymie de cette espce :
Tamhra et Terfex Africanorum, LON l'AfriC, liv. IX ; Tamcr
et Kema, AvJCEN. M/<rov , Athen., Beipnos. , p. 62.
Misy, Plin. , loco comm. ; Tuber niveum , DESFONT. , Flore
%
I
298 NOTES DU LIVRE XIX.
Allant. , p. 436. La truffe blanche, truffc-terfex {/errer
/ex , fcule de terre ).
Elle est globuleuse et piriforme , de la grosseur dune noix, et
quelquefois de celle d'une orange. C'est, dil-on , un manger d-
licieux.
53. Page 176, ligne 11. Etquodin Thracia iton , etc. Quel-
ques manuscrits portent ceraunium, mais il est plus convenable
de lire iton avec le pre Hardouin ; cette leon est d'ailleurs po-
sitivement indique par Athne ( il , p. 62): Ayet S~e Ttfi
uvtcv e$pa.<r1os. Tfe vS'vov S K&\ov<ri Ttves Yepkveiov , ko.) ehi
kxxo v'Ttystov. Ka/ rrcJLXtv 7(v yyeorKav tovtojv yvvna-t,-
'/ua. Ko q>y<r/f, oiov rov ts vS'vov, kc tov <pvofx4vov wep) Kvphvnv,
Kctxovtri fjiiav. Aoks <f' <T e-^Spct tovt sivai , kc rhv la-^nv
'iyjiv KpeSn. Ka) rb v th &pciK T yevfjievov tov, etc.
54. XIII, page 176, ligne i4- De tuberibus hc tradunlur
peculiariter , etc. Lorsque les anciens ne pouvaient trouver l'ori-
gine d'une production , ils faisaient de la mythologie ou sup-
posaient des miracles. Juvnal a parl de l'influence du tonnerre
sur la reproduction des truffes :
Post hune radnnlur lubera , si ver
Tune erit, et i'acient oplala tonitrua ccenas
Majores
Juven., Salir., v, v. 116.
Cf. Plut., Sjmpos. qust., lib. iv, c. 2.
55. Ligne 17. Quibusdam locis accepta riguis feruntur , etc.
Cf. la note 5i. C'est Thophraste , chez Athne (il , p. 62) ,
qui a avanc ce fait : Ou nhv ci\x' ivioi ye 'as a-^sp/uxTiKtii ovcus
tm? .p%^ vTQhu.^kvovTiv zv yovv t> a\y istXu rv Mnvxnvatav
ov y&i wpTepov sivai itpv yevojuvtis -TrojuCpcLf ro a-rrip^A
Kctievs'/Jn ifo Tiapv, tovto S' sa-l y^apiov iv a irohxk ylveTAi...
<f)VTcLl T KO.) Tgpi Ax(/.^AK0V , KAl v ' ' h.MCiriKOVVm( , HCI.V TW
'Rxilttr.
56. Ligne 18. Nisi exundatione fluminum inveclo semine ab
Tiaris. Poinsinet de Sivry met, au sujet de ce mot tiaris ,
l'opinion suivante : Ce nom Tiar ( les Tiares) fut sans doute
donn des hauteurs ou assemblages de collines, cause de leur
>
m
ai
NOTES DU LIVRE XIX. 199
ressemblance avec la tiare des anciens, surtout avec la tiare droite,
ittpA />flti de Lucien ; mais l'autre genre de tiare , appele tiaris ,
devait tre une sorte de panache ou plumasson dploy en para-
sol pour ombrager la tte. Hsychius la dfinit xyos nriir <otpt-
Kt^AXiicLs , le panache d'un chapeau ou d'un bonnet qui prenait
le tour de la tte : c'tait donc une sorte de mitre panache pa-
noui ; aussi les glossateurs Pinterprtent-ils pi/eus crisUtlus et a
sole defendens.
57. XIV, page 178 , ligne 2. Sunt et in fungcrum gnre a
Grcis dicti pezic , etc. Les anciens ont donn le nom de pzize
(peziza) un genre de champignon cupuliforme , dans lequel
on ne peut reconnatre le pezica de Pline. Quelques auteurs ont
pens que ce devait tre les Ijrcoperdon et les genstrum , vulgaire-
ment connus sous le nom de vesse-lonp ; d'autres ont dsign
des morilles , et entre autres la Morthella esculenta ; tel est l'avis
de Sprengel ( Hist. R. herbari , 109). Quelques-uns ont voulu
voir en lui V Aurimlaria tremeloides des botanistes. L'une de ces
dsignations est la vritable probablement ; mais laquelle s'ar-
rter? voil l'embarras, et il est grand. rTs/reei, dit Athne
( il , p. 61), ippioi kai tKa.vMi ovies TV^yJtvaMTi. Les tstai
sont donc des champignons sans racines ni liges ; mais combien
de fongosits sont dans ce cas ! tmoin les sderoiium , les Ijrco-
perdon, les peziza , la truffe , etc. Pline venant de parler de celte
dernire plante , doit-on penser qu'il soit question d'un champi-
gnon comestible? on peut le supposer. 11 faudrait, si l'on admet-
tait cette hypothse , carter les sderoiium et les lycoperdaces ,
pour chercher parmi les hehella. Mais quoi bon nous occuper
srieusement dterminer une plante qui n'est connue par aucune
description ? reconnaissons plutt l'impossibilit o nous nous
trouvons d'claircir ce point obscur de la botanique des anciens, et
contentons-nous d'tablir la concordance synonymique suivante :
Uilfatt , THEGPH. in Athen., II, p. 61 ; U^os 1 , Theopii. ,
Hist.pl., 1 , 9. Pezica, PLIN. , loco comm. Champignon
arrhize et acaulc, d'une dtermination impossible.
' Alhnec ( loco cit. ) cile Thophrasie sur le pezila ; mais cet auleur
crit x97ifp 'fioi , /xCkii , -nr^o , xpxyiov. Quel est le textr qu'il con-
3oo NOTES DU LIVRE XIX.
58. XV, page 178, ligne 5. Abhis proximum dicctur aucto-
ritale clarissimum laserpiiium , etc. Cette plante , et la gomme-
rsine qu'on en retire, ont beaucoup occup les commenta-
teurs. Leurs doctes lucubrations prsentent quelques contra-
dictions , et cela doit peu tonner. Rien n'est en effet plus in-
certain que l'origine des rsines, aujourd'hui mme que la terre,
mieux connue , a t parcourue par un grand nombre de voya -
geurs clairs. Que devait-ce donc tre autrefois , que des tradi-
tions vagues , dnatures en passant de bouche en bouche , et
recueillies par des marchands cupides ou par des soldats igno-
rans , taient adoptes sans examen par des compilateurs cr-
dules ? Nous allons essayer de chercher l'origine du laserpitium ,
en prsentant notre opinion dgage de tout talage d'rudition ;
tablissons d'abord la concordance synonymique de la plante en
question, et faisons-la suivre de celle du produit:
I. 2/aio? , HlPPOC. , Morb. mulier. , II , 626 , 65 1 , 670 ; et
semen <*>vx\w, vel AiCukov, vel hiioTiKov, loco cit.; 2/aw,
Theoph. , Hist. plant. , VI , 3 ; et folium 'hlkrrreTtL ; radx
M*yvttpif ? et semen Qvhtov , EJUSD. ; S/aiov mCvkov ,
Diosc. , m , 94. ; Herod. , IV, 169 ; Galen. , Comm. in
Hipp. de Vict. auct., IV, p. 877 ; 2/a/oV {radix), RISTOPH.
apud Alhn. , I, 5o ; Jul. PoLLUX , VI , 67 ; NlCANDER ,
Alexiph. , v , 3o8. Laserpitium , Plin. , loco comm. , et
XXII, 49; Silphion, COLUM., XII, 7 et 57 ; EJUSD., deArbor.,
23 ; Laserpitium , Ejusd. , VI , 17. o^ks* , ARAB.
Thapsia Silphium , Vivian. , FI. Libye. Le thapsie , qui
donne le silphium.
II. 'Oto? HVpnvctKQ, GrjEC. ; 'Ot^s tf-jAcp/ou, Hesych., I^exic.;
Z.KopS'o.o-a.pov, Gr.ec. rcent. Laser, Latinor. ; Plin.,
loco comm. , et xxil , 4-9 ; Scrib. Larg. , xvi , 67 , etc. ;
Laser parihicum , APTJLEIUS , I, 3o. ^Lv^if Arab,
jum^a* ( Kindichisak ) , Persan. Gummi-resina nobis
ignota seu certe a Thapsia Silphio producta.
11 rsulte de la lecture des auteurs anciens qui ont crit sur le
vient de rectifier? celui de Thcophraste , sans donle ; car la correction
du texte d^thne trouve sa confirmation dans le texte mme de Pline,
qui crit pezica , et non puxox.
NOTES DU LIVRE XIX. 3<u
sitphion, que celte plante avait plusieurs racines assez grosses et
recouvertes d'une corce noire , une tige semblable celle de la
frule , et gale en grosseur , des feuilles analogues celles du
persil ( plusieurs fois divises ) , et annuellement caduques ( ce
qui annonce une plante vivace , ou au moins bisannuelle) , une
graine aplatie comme une feuille (munie sans doute d'ailes mem-
braneuses) (Plin. , loco comm.). C'est une plante de Syrie, d'Ar-
mnie , de Mdie et de Libye. Dans ce dernier pays il crot une
plante dont la racine, nomme p.a.yCS'ttpts , ressemble celle
du silphion; elle est pourtant plus petite. Sa texture est spon-
gieuse ; on ne peut en obtenir aucune gomme-rsine ( DlOSC. ,
m , o,4- ) Suivant Thophraste , c'est une plante de Libye qui
donne une gomme-rsine (biros x.Vpma.'itts); la feuille (/ueta-Teru.)
a de la ressemblance avec le persil ; la semence porte des ailes
membraneuses. Cf. la note 7 1 , sur le /uetyvS'ecpif.
Quoique ces descriptions soient vagues et incompltes, on
voit bien clairement qu'il s'agit d'une grande ombellifre bisan-
nuelle, feuilles dcoupes, donnant une semence aplatie ailes
membraneuses. Convenons que c'est bien peu de renseignemens
pour dcider dfinitivement. On a dsign la Ferula Asaftida x ,
puis la Ferula tingitana a et V Angelica lucida 3 , puis enfin le Thapsia
Silphium 4. Faisons connatre d'abord la gomme-rsine , nous
pserons aprs ces diverses opinions.
Le suc (gomme-rsine) du silphion a toujours t rare, et
cette circonstance donna lieu au proverbe grec Bttou o-Uqtov,
silphion de Battus ou de Cyrne , dont Battus tait fondateur ,
expression reue pour caractriser une chose rare 5 . Celui qui
est de bonne qualit est roux , transparent , ayant une odeur
semblable a la myrrhe, et non alliace, d'un got agrable, et
blanchissant dans l'eau. Le meilleur est celui de Cyrne ; celui
1 Opinion de Linn.
a Id. de Sprengel , Hist. Rei herb. , 1 , p. 84.
3 Id. de Bodceus a Stapel , Comment, in Theoph.
4 Dlia Cella , in FI. Libye. , Vivian.
5 O/ 1 ' v <To/ y fjtoi
Te Xoi/tov tJv *<*J B*ttou <ri\q>iOv.
Hesych., lib. v ; Aristoph. , in Plut., 926.
3oa NOTES DU LIVRE XIX.
de Syrie el de Mdie est moins boa el d'une odeur moins agrable :
il est sophistiqu avec le sagapeman ou avec la farine ne fves
( Diosc., loco ai. ). Pline, ainsi qu'on le voit par la lecture du
texte , a copi Thophraste dans ce qu'il paratrait avoir ajout
au texte de Dioscoride. On obtenait cette gomme-rsine de la
tige et du collet de la racine , qui quelquefois s'levait au dessus
du sol. Le suc de la tige, ucuxas , se gte plus facilement que
celui de la racine, fiuts. Il se desscbe entirement l'air, etc.
Ajoutons que si le sUphion cvrnaque a l'odeur de la myrrhe ,
celui de Perse, a celle de lait , et que c'est pourquoi on l'appe-
lait scordolasarum. Le slphion cvrnaqoe jouissait d'une haute
estime chex les Grecs, cause de sa saveur agrable et de l'a-
grment de son odeur. Hippoerate {de Morb. nui., iy, 3oj) en
lait l'loge ; on avait , suivant lui , cherch naturaliser le sU-
phion dans le Ploponnse , mais sans aucan succs.
Maintenant que nous connaissons bien la plante et son pro-
duit, quelle plante et quel produit connu des modernes ta util
les rapporter ?
Est-ce la Fenda Asafiida et son produit nomm du mme
nom, ainsi que l'a prtendu, le premier, Kaempfer (Aman. exoL,
536 ) ? on serait tent de le croire. La racine est vivace , noi-
rtre extrieurement ; ses tiges sont canneles, creuses, etc. : mais
ce systme sera bientt renvers, si l'on veut se rappeler que les
feuilles sont grandes, lisses, assez semblables celles de b pivoine,
divises seulement en trois ou quatre folioles ovales- oblon-
gues , etc. , et nullement comparables celles du persil ; que ses
fruits sont ovales-oblongs , comprims , mais non munis d'ailes
membraneuses ; enfin que le suc propre a pour odeur caract-
ristique celle de l'ail , qui ne doit point exister dans le bon s-
phion. Nous pourrions ajouter que toute la plante est imprgne
d'un suc pais , ftide , qui ne permettrait pas de la rendre ali-
mentaire. El que l'on ne vienne pas nous allguer que, les gots
diffrant trs-souvent , tel peuple peut savourer ce que tel autre
repousse avec horreur : ce ne serait pas ici le cas d'invoquer
cette vrit , car X'asa ftia n'est point un aliment , mais un
assaisonnement ; et la tige qui le produit a un degr d'cret si
prononc , qu'elle incommoderait celui qui oserait l'ingrer.
NOTES DU LIVRE XIX. 3o
Est-ce la Fenila tingitana , L., ainsi que le veul Sprcngcl
( Hist. Rei heii. , p. 84. ) ? Il est certain que les feuilles de cette
frule sont les seules que Ton puisse comparer celles du persil,
car elles sont trs-finement dcoupes. Ajoutons que les se-
mences sont grandes, ovales et aplaties ; mais elle n'a t trouve
jusqu'ici dans aucune des localits o les anciens auteurs placent
leur silphion. Nous l'avons vue en Espagne , vis--vis Tanger,
et rien ne nous dispose croire que cette plante fournisse une
gomme-rsine.
Est-ce la Ferula persica ? Non certainement ; car le peu que
nous savons touchant cette plante douteuse ne peut se rapporter
la description du silphion; et on lui attribue avec plus de rai-
son le sagapeniun , que l'on sait tre identique avec le ntre.
Quant l'opinion qui veut dsigner YAngelUa silvestris (Prosp.
Alp. , de PL exot., p. 210), elle ne vaut mme pas la peine qu'on
la discute.
Il tic reste plus examiner que l'opinion du docteur Viviani ,
qui voit le silphion dans une ombellifre de Libye, qu'il a nom-
me Thapsia Silphiuni ( Viv. , FI. Lih/c). Ce fut en 1817 que
M. Dlia Cella, qui voyageait en Libye (ancienne Cyrnaque),
dcouvrit celte plante, que le docteur Viviani reconnut pour
un thapsia , et qu'il dcrivit sous le nom spcifique de T. Sil-
phium. 11 n'a pas vu les (leurs , mais le feuillage est semblable
celui de la plante que l'on trouve figure sur les mdailles cy-
rnaques. Sa racine , qui est fusiforme , rend un suc gommo-
rsineux qui peut s'paissir l'air. L'odeur en est agrable , et
cette condition est de rigueur, car tous les auteurs grecs s'ac-
cordent sur ce point. Ce qui dispose surtout adopter cette
opinion, c'est que les semences de tous les thapsia sont compri-
mes et munies de quatre ailes membraneuses , particularit qui
aurait valu la plante le nom de qv^Kcv, feuille, qu'elle a port.
Il faut dire pourtant qu'il paratrait que la quantit de produit
gommo-rcsincux serait peu considrable; mais cela n'explique-
rait que mieux la raret du silphion ou laser.
Il ne reste plus dcider qu'une seule chose : le suc du j/7-
phion tait-il bien produit par la plante dont nous venons de
parler? nous n'en douions pas un seul instant, mais nous pet:-
3o4 NOTES DU LIVRE XIX.
sons que sous ce nom on confondait deux gommes-rsines vi-
demment distinctes ; Tune , le vritable silphion , d'une odeur
agrable; l'autre, ayant l'odeur alliace, suc moins estim que le
premier , et d peut-tre la frule asa ftida. On voit clai-
rement dans Dioscoride (loco cit.) que s'il y avait deux sortes
de suc silphion , il y avait aussi deux plantes de ce nom. Il est
vrai que cet auteur ne dit pas qu'il faille attribuer la plante de
Libye , laserpitio similis , la plus mauvaise qualit de silphion
( odeur alliace) , ce qui rend notre hypothse douteuse. Tho-
phraste ( vi , g4 ) dit que cette plante vient en Syrie.
Rsumons-nous , et disons :
i. Que les hypothses mises par les commentateurs sur le
silphion avant Dlia Cella , ne sont nullement satisfaisantes , et
doivent tre rejetes ;
2. Qu'il parait assez bien tabli que cette plante de la Cy-
rnaque est le Thapsia Silphium , Vivian. , FI. Libye. ;
3. Que le suc gommo-rsineux du thapsia n'est ni Yasa f-
tida ni le sagapenum , mais bien une gomme-rsine particulire ,
et aujourd'hui inconnue ;
4. Que des deux espces de suc silphion , l'une , celle qui a
une odeur alliace parat tre due une plante diffrente , et
que peut-tre c'est Vasa ftida.
5g. Page 178, ligne 6. Silphion. Poinsinet veut trouver
l'tymologie de ce mot dans le radical silf , qui , dans toutes
les langues du Nord , concourt former les mots argent : siher,
angl. ; silber , germ. ; sttfwer , sud. ; sehir , tartare , etc. Le
nom de silphion lui aurait t donn parce qu'il tait vendu au
poids de l'argent : Et ad pondus argenti denarii pensum.
60. In Cyrenaica prooincia reper.'um. Tous les auteurs s'ac-
cordent sur cette localit. Dioscoride en assigne plusieurs autres;
mais le meilleur silphion, suivant lui , venait de la Cyrnaque ,
que l'on qualifiait de laserpitifre.
Laserpitiferis jacet Cyrenis.
Catull. , Eleg. vu, v. 4-
61. Ligne g. Mullis jam annis in ea terra non invenilur.
Scribonius Largus , qui vivait au temps de Tibre , a dit ( xvi ,
NOTES DU LIVRE XIX. 3o5
comp. 67) : Medicamenta autan simplicia quidam hcecfaciunt : laser
Cjrrenaicum , si polerit inveniri : sin minus , Sjrriacum tiqua dilu-
ium, etc. Ce laser de Syrie n'est plus le vritable laser.
62. Page 178, ligne i4- Ove, quum comedert, dormienie prc-
tinus , capta sternutante. Cette absurdit n'a t puise par Pline
dans aucun des ouvrages qu'il a compils ; elle lui appartient en
propre.
63. Ligne 18. Id quoque adulteratum gummi , sagapeno , etc.
Ceci est confirm par Dioscoride (m , g).
64- Ligne ig. Quo minus omittendum videtur , C. Valerio ,
M. Herennio coss. , etc. Ces personnages taient consuls l'an de
Rome 661.
65. Ligne 22. Id apud auctores Grci evidentissimos , etc.
Si Plineveut faire ici allusion au texte de Thophraste (vi, 3),
c'est qu'il ne l'a pas compris.
66. Page 180, ligne 12. Postfoia amissa. Les feuilles de
toutes les ombellifres tiges annuelles et racine vivace pris-
sent avec les tiges elles-mmes. Thophraste {loco cit.) les dit
annuelles.
67. Ligne i5. Et hc duo erant nomina, etc. Les noms don-
ns ces sucs leur venaient de la partie de la plante laquelle
on les devait , pifa , radix , et kclvk , caulis. Le suc propre
extrait de la tige des plantes herbaces est plus aqueux que celui
qu'on obtient des racines , et peut s'altrer bien plus vite.
68. Ligne 22. Alii tradunl laserpitii radicem fuisse ma'/orem
cubitali , etc. Cette partie de la racine qui sort de terre est le
collet ; c'est toujours l qu'on pratique les incisions , afin de
faciliter la sortie des sucs gommo-rsineux.
69. Ligne 2^.. Caule , quem mag/darin vocarunt. C'est en
effet le nom que donne Thophraste la tige de cette plante.
Poinsinet veut que ce mot signifie baguette des Mages.
70. Page 182, ligne 5. Persico silphio , etc. Cf. Eustathe sur
le vers 1017 de Dionysius , p. 127. Tout ce paragraphe est em-
prunt Thophraste (vi , 3).
71. XVI, page 182 , ligne 7. Alterum genus ejus est , etc.
Thophraste ( Hist. pi. , vi , 3 ) a fourni tout ce paragraphe
XII. 20
3o6 NOTES DU LIVRE XIX.
notre auteur. S'il faut l'en croire, le mag/daris diffre du laser-
pilium; il est plus facile rompre, moins odorant, et ne fournit
point de gomme-rsine (laser) ; son port est aussi diffrent II
vient en Syrie. Celui qu'on a dit avoir trouv dans la Cyrnaque
et sur le Parnasse est une sorte de laserpitium. Cette plante f
rulace porte des pines tantt sur ses feuilles et tantt sur ses
tiges , etc. Dioscoride affirme ( III , o,4) que le mag/daris crot
en Libye ; sa racine , selon lui , est semblable celle du laser-
pitium : toutefois , elle est moins grosse , moins acre , fon-
gueuse , et ne laisse dcouler aucun suc. Sprengel ( Hist. Rei
herb. ) a dcid sur ce peu de renseignemens que le mag/daris
pouvait tre rapport une ombellifere du genre laserpitium ,
le L.fendaceum, L. ; mais il faut convenir que des dsignations
aussi hasardes nuisent plus la science qu'elles ne la servent.
Cette plante , trouve par Tournefort non loin des frontires de
Perse , a bien le port des frules ; mais combien d'ombellifres
sont dans ce cas! La racine est pleine d'un suc acre et fort amer,
et nous avons vu que Dioscoride dit positivement le contraire.
Les fruits sont fongueux , tandis que l'auteur grec rapporte ce
caractre la racine, fort grosse dans la plante des modernes , et
fort petite dans la plante des anciens. Rsumons-nous en deux
mots ; il n'est pas possible d'arriver la dtermination de la
plante nomme futyvS'etpif par les Grecs.
Voici la concordance synonymique , ou plutt l'numration
des auteurs qui parlent de cette plante :
MctyvfttpK , Theoph. , vi , 3 ; Diosc. , ni , 94. Magj-
daris, Plis. , loco comm. Genus umbeUiferarum affine cum
fendis. Cf. sur le sjrlpfuon, la note 58.
Ce mot de mag/daris a exerc la sagacit de Poinsinet de Sivrv.
Suivant cet auteur, c'est un mot persau qui signifie baguette des
Mages, daris paraissant appartenir au verbe arabe darab, frapper.
72. Page 182, ligne 8. Quod circa Sjriam nascitur, etc. le pi
Ivpicts , dit Thophraste , que Pline copie. Dioscoride fait natre
au contraire cette plante en Libye, it AtCvn. Cf. ces auteurs aux
passages cits plus haut..
j3 Ligne \"i. Probatio sinceri prima , in colore modice rufo.
NOTES DU LIVRE XIX. 3o 7
et quum frangitur, candido intus. &ia.qpsi , dit Dioscoride ( III ,
g4 ) , <T& ctvTov o vTpvpos , xa't S"ia.vyhf , rnvpvittv /xi <Tk
krrmvs , 'O-pf tmv ^evo-zf svyjpis re <T/W <oi t xvxp
^pw^efc , etc.
74. Page 182 , ligne i4 /fyua salaque liquescit. On sait en
effet que les gommes-rsines sont solubles en partie dans l'eau.
75. Ligne i4- Usus in multis. Pline traitera des proprits
du laser aux chapitres 4.8 et .+<) du livre suivant.
76. XVII , page 192 , ligne 17. Sunt eiiamnum duo gnera
inprimis rubia, etc. Donnons d'abord la concordance synonymique
de cette plante clbre.
'Efo/JoJWov, Hippocr. , de Vict. acut. , 4.07 ; Ejusd. , vil , 9,
ix, 14 ; Diosc. , m, 160. iLj, .AEgypt. <$>qv g/>ufl/>Jr,
PHIL. Alexandrin. Rubia, Plin. , loco comrn. ; Rubia,
C.SL., AUREL., Chron., III, 5 ; Warreniia, Carol. Macn.,
Capit. Azala ou Jzari , Smyrn. Rubia tinclorum saliva,
C. BAUHIN, Pin., 333; Rubia tinclorum, L. , Spec. plant. ,
a5g. La garance des teinturiers.
Le mot latin rubia tire son origine du celtique rub , rouge.
Ce radical a aussi fourni le mot latin ruber. On le retrouve
dans Robert, nom autrefois appliqu exclusivement aux hommes
cheveux roux. L'pithte robertianum , donne un granium
counu des botanistes , signifie rougelre , et l'on sait en effet
que les tiges et les ptioles sont d'un rouge trs - prononc.
Les mois rubis et rubicon ont une origine semblable. Notre vieux
mot rubrique tait jadis donn aux livres de droit, parce qu'ils
taient crits avec une encre rouge dont la base tait la garance.
Rhus , rubus , et mme rosa , sont galement drivs du mme
radical. S'il fallait en croire Poinsinet de Sivry , notre mot ga-
rance serait un mot d'origine wisigothique, et viendrait du verbe
sudois garfwa , qui signifie corroyer , parce que les peaux d'a-
nimaux taient presque toutes colores avec la garance. Cette
tymologie n'est point admise par M. de This, qui tire l'origine
du mot garance de garringoa, rouge, en cantabre, mot qui a pour
radical gar , synonyme de rub en celtique. Ces tymologies me
o8 NOTES DU LIVRE XIX.
semblent tout--fait hasardes. Sans savoir au juste d'o vient
ce mot garance , il est certain qu'on le retrouve dans le mot
warrentia , nom qui est donn la garance dans les Capitulaires
de Charlemagne.
nj, Page 184, ligne 1. Laudatissima Italica , et maxime
suburbana. Dioscoride ( III , 160) met en premire ligne la ga-
rance de Ravenne. Cette racine prcieuse , laquelle des tra-
vaux rcens dus nos honorables amis , MM. Robiquet et
Kuhlmann , viennent de donner une nouvelle importance , est
cultive avec succs dans la plus grande partie de l'Europe ,
surtout dans le midi de la France. Il en vient aussi du Levant ,
et surtout de la Hollande : celle de Lille a de la rputation.
78. Ligne 3. Sponte provenu , seriturque similitudine ereili.
Verum spinosus ei caulis , etc. Il ne faut pas prendre la lettre
la description donne par Pline. Les tiges de la garance ne sont
pas pineuses, mais seulement hrisses de poils raides, ou plu-
tt de petites dents crochues. Il faut reprocher une lgre inexac-
titude Dioscoride , dont Pline a presque littralement copi le
texte en cet endroit. Il n'y a aucun rapport vritable entre les
semences de cette rubiace et celle de l'orobe (en-ili). 11 n'est
pas juste non plus de dire que les fruits sont rouges , car ils sont
noirtres.
7<). Ligne 6. Quos in medicina usus habeat , suo dicemus loco.
Pline traitera en effet des proprits mdicinales de la garance
au livre xxiv, chapitre 56.
80. XVIII, page 184., ligne 8. At quos vocatur radicula , la-
candis demum lanis succum habet. On voit que ce mot est un
diminutif du mot radix ; pourtant il est appliqu une plante
dont la racine est assez grosse (Radix magna , Plin. ). On a cru
que cette plante tait le Reseda luteola des botanistes, en franais
la gaude; mais Pline , non plus que les auteurs grecs , ne disent
rien de ses proprits tinctoriales.
Voici comment nous tablissons la corcordance synonymique
de cette plante :
27/>oyfliop , TllEOPO. , VI , 7 ; DlOSC. , I , ig3. Radix la-
noria, COLLM. , XI , 1 ; PlIN. , XIX , 18; Pseudo-siru-
NOTES DU LIVRE XIX. ^09
thium, MATCH. Cast. ; Struthium, La<;. ; GESSN. , lloit.
Germ. ; Planta ignola an Gypsophila Struthium . L. , Spec.
pi. , 582 ? ? Opinion de Ferd. lmpcrati , Comment. Diosc ,
liv. 11 , ''li- <)>.
Cette concordance synonymique ne peut pas tre considre
comme dfinitivement arrte. II n'est pas possible , dans l'tat
actuel de nos connaissances , de dcider quelle est la radicula ,
et si on doit la rapporter au <r1pov6iov , Via-kris ou au yy^eviov.
Ce point de botanique des anciens forme une question trs-
complique que nous aurons l'occasion d'examiner plus com-
pltement ailleurs. Les personnes qui voudraient de plus longs
dtails sur ce sujet peuvent recourir aux Commentaires de Ro-
dus de Stapel sur Thopbraste (vi , 7 ). On a dsigne , mais
suivant nous sans raison , la Gypsophila Struthium , qui abonde
en Espagne. Cette plante est riche en principes mucilagiucux , et
ne contient pas de principes colorans. Les caractres botaniques
ne permettent pas de reconnatre en elle la radicula de l'auteur
latin. Cf. la note 82.
81. Page 184, ligne 10. Nascitur saliva ubique , etc. La
Gypsophila Struthium crot en Espagne , et il n'est pas impos-
sible qu'on ne la trouve aussi dans d'autres localits. Linn a
prtendu que la lige et la racine de celle plante servaient encore
aux Espagnols aux usages auxquels les anciens employaient la
radicula. Nous n'avons pourtant rien vu de semblable dans ce
pays, que nous avons habit assez long-temps.
8a. Ligne 1?.. Caule ferulaceo , tenui , etc. Celle description
assez complte ne nous permet gure de reconnatre la Gypso-
phila Stiuthium. Elle fleurit en aot , mais sa lige n'a rien qui
la rapproche de celle des frules. Ses feuilles troites, linaires,
demi-cylindriques , et souvent fascicules , diffrent tout- -fait
de celle de l'olivier. Enfin , sa tige n'est ni pineuse ni lanugi-
neuse. On sait que par semen nullum , Pline entend dire semence
fort petite. Cette particularit est vraie , mais elle ne peut cer-
tainement suffire pour faire adopter, mme avec doute, la gypso-
phila pour la plante dont il est ici question.
83. XIX, page i84, ligne 19. Ah fus sitperesl revoit adhorto-
3io NOTES DU LIVRE XIX.
rum curam, etc. Par hortus, les Latins entendaient parler uniquement
d'un jardin potager , huerla des Espagnols. Les jardins d'agr-
ment et ceux qui runissaient l'utile et l'agrable taient com-
pris sous le nom de horti, les jardins. En franais , le mot jardin
est collectif et n'a qu'une signification vague ; il s'entend du
jardin de la chaumire et de celui du chteau ; aussi a-t-on cher-
ch diffrencier les diverses sortes de jardin : celui qui ne
renferme que des fleurs est le parterre , celui o on ne voit
que des arbres fruitiers est le verger, le terrain consacr la
culture des arbres est une ppinire. Les Latins n'taient pas
beaucoup prs aussi riches en expressions varies. Les premiers
jardins furent destins d'abord la culture des plantes potagres ;
le besoin de dfendre ces plantes alimentaires de la dent des btes
fauves les fit entourer de fosss ou de haies, de sorte qu'on peut
penser que ces premiers jardins diffraient peu des ntres. A
peine l'homme a-t-il satisfait ses besoins , qu'il songe ses
plaisirs. Les parterres alignrent donc leurs planches rgulires
pour y recevoir des fleurs ; les statues des dieux protecteurs des
jardins , puis celles des hros ou des demi-dieux y trouvrent
leur place ; les marbres prcieux , les vases de prix , les bassins
d'o jaillissaient des eaux fraches et limpides vinrent embellir
ces lieux de dlices, et le luxe fut satisfait. 11 ne faut pas ajouter
une croyauce aveugle tout ce que les anciens nous racontent
des jardins de l'antiquit. Ce qu'ils nous ont appris de ceux des
Hesprides est ml de fables incroyables , et tout se borne
penser que les filles d'Hesperus possdaient un jardin bien en-
tretenu, dfendu, par de gros chiens, de l'invasion de leurs voi-
sins , et dans lequel elles cultivaient des plantes remarquables par
leur beaut , notamment des orangers , mala aurea ; c'est sans
aucun doute de l'or de ces admirables fruits qu'Ovide a dit :
Arboreae frondes , auro radiante virantes ,
Ex auro rainos , ex auro poma tegebant.
Mctam. , iv, v. 636.
Ce n'est pas ici le lieu de rechercher le lieu o se trouvaient ces
antiques jardins. Quant aux jardins d'Adonis , il faudrait , avant
d'en parler , chercher si ce personnage , que l'on croit tre fa-
buleux , a jamais exist (Cf. la note suivante); c'est pourquoi
NOTES DU LIVRE XIX. 3n
nous nous abstiendrons d'en parler. Les jardins d'Alcinoiis ,
clbrs par Homre, ont pu exister en effet; mais il faut, pour
apprcier ce qu'en dit le pote , dgager le rcit de tout le mer-
veilleux qu'il renferme , et l'on n'aura plus qu'un jardin habile-
ment-dirig , o , par des procds de culture mieux entendus
qu'ailleurs , on obtenait de meilleurs fruits et en plus grande
quantit. Les jardins suspendus , si renomms cbez les Grecs ,
doivent tre mis au rang des fables. Ou conoit en effet difficile-
ment qu'on ait lev des jardins plants de grands arbres sur des
poutres portes par d'innombrables colonnes en pierre. Dans
quel but aurait-on fait cette dpense ? combien de temps auraient
pu durer les poutres de palmier , charges d'une norme masse
dterre vgtale humide, et attaques par d'innombrables in-
sectes ? La docte antiquit est sans doute fort respectable , mais
nos aeux ont t beaucoup trop loin dans le respect qu'ils
avaient pour elle, puisqu'il leur a fait admettre comme vrits
une foule de choses hasardes , et qui ne peuvent supporter un
examen approfondi. Il rsulte videmment de la lecture attentive
des crits des anciens sur leurs jardins, qu'ils taient bien moins
avancs que nous dans la science horliculturale.
84.. Page 186 , ligne 3. Adonis. Ce mot /idons , en grec
"h.S'av , v A<JWo? , est ici au gnitif. Les anciens nommaient jardina
d'Adonis les lieux o l'on cultivait les plantes des pays chauds
dans des vases irepiqoptiTovs , ou caisses en bois. 'Afovtioi kHtoi
XtyovTcti 01 /ugrcpot kHtoi , dit Suidas (p. 83). Platon en parle
aussi dans Phdre. Adonis, suivant la fable, est fds de Cinvre, roi
de Chypre. On lit dans Ezchiel (vill , i4-) : Les femmes pleu-
raient Adonis : ces lamentations avaient pour cause les maux <!<
la lune , c'est--dire les clipses ; elles duraient jusqu' la tin du
cinquime jour de la lune: c'est pour cela que le prophte Ez
chiel (vill , 1 ) croit que ces lamentations avaient lieu au jour
dit , qirinla mensis. Trois sortes de crmonies pratiques par les
Juifs sont dcrites successivement dans ce chapitre. La premire
tait la Thurificatio idolorum, V encensement des idoles ( V, g, 10,
11); la seconde s'appelait Planctus Adonidis , gmissemeiis sur
la mort d'Adonis (11, i3, i4) la troisime consistait dans
l'adoration du soleil levant ( i5, 16). Les femmes juives ado-
3ia NOTES DU LIVRE XIX.
raient donc la lune comme les hommes adoraient le soleil , ceux-
ci d'ailleurs beaucoup plus coupables en se souillant du crime
de l'idoltrie , qui est toujours moins honteux chez les femmes
que chez les hommes. Les femmes faisaient des gteaux pour la
reine du ciel , ou la lune , comme nous l'apprend Jrmie
(vu, 18), et les hommes lui offraient aussi des sacrifices dans
les villes de Jude et sur les places de Jrusalem , et lui at-
tribuaient l'abondance dont ils jouissaient. C'est sous le mme
nom que Crs est dsigne dans Virgile , au commencement
du livre I er des Gorgiques. Adonis est aussi appel Luna , c'est-
-dire Dominatrix , nom fminin tir du mot masculin hbreu
VTN. Adonis est donc appel Luna , parce qu'il dominait sur
les moissons, si l'on peut parler ainsi. zchiel dit que le nom
du jour quinta mensis vient de ce qu'au sixime jour la lune avait
tout son clat: et Pline soutient que les druides, chez les Gau-
lois , faisaient commencer le premier mois de l'anne par ce
jour. Ainsi on peut croire qu'Ezchiel a indiqu l'tymologie
de cette expression quinta mensis avec beaucoup de vraisem-
blance, parce que pendant toute la dure de ce jour les femmes
faisaient entendre de grands cris sur la mort d'Adonis , ou la
lune. Dans Virgile ( Eclog. x , v. 1 1 ) , Adonis est le nom d'un
berger ; et Plaute parle aussi d'un Adonis dans ses Mnechmes
(act. I, se. 2 , v. 34); mais ni l'un ni l'autre ne disent qu'il tait
pleur par les femmes ou par les hommes. Il existe dans la
fable un autre Adonis , dont Thocrite , Bion et d'autres auteurs
font mention ; mais qu'a-t-il de commun avec celui des femmes
de Jude et d'zchiel ? Hardouin.
85. Page 186, ligne 6. Quippe etiam Superbus Tarquinius
nuntium illum svum , etc. Sextus dpcha un exprs son pre
pour prendre conseil sur la conduite qu'il devait tenir envers
les Gabiens , dont il avait gagn la confiance , et qu'il voulait
asservir. Tarquin , qui ne voulait pas confier cet exprs les
ordres qu'il avait donner son fils, le conduisit dans un jardin
o il y avait quantit de pavots fleuris ; l , 'se promenant d'un
air taciturne et mlancolique , il s'amusa abattre , avec une ba-
guette qu'il tenait la main, les ttes de pavots les plus leves,
et aprs avoir fait plusieurs tours d'alle , il renvoya le courrier
NOTES DU LIVRE XIX. 3i3
sans rponse. Sextus n'eut pas de peine comprendre l'intention
de son pre : il fit mourir, sous divers prtextes , les hommes
qui avaient le plus d'autorit Gabies , et , devenu le matre ,
il livra cette ville aux Romains (Cf. Val. Max. , vii,(,n'i,
et Rollin, Hist. Rom., I, ig4 > dit in-12, 174.0). Thrasybnle
de Milet avait autrefois donn le mme conseil Priandre . et
d'une manire semblable. Ce fait , qui est attribu deux per-
sonnages , ne doit vraisemblablement tre attribu personne.
Cf. plus loin la note 282.
86. Page 186, ligne 9. In horto vero, heredium. Varron f de
Re rust., I , 10) a employ aussi ce mot heredium, qui est dfini
par Festus , prdium parvulum.
87 . Ligne 25. Primus hoc instituit Athenis Epicurus otii magisler.
On lit dans plusieurs ditions olii magister , mais les manuscrits
portent tous hortorum magister , sans doute parce qu'Epicure
acheta un jardin Athnes, pour y enseigner la philosophie.
88. Ligne 22. Aves ullra Phasidem amnem peti , etc. On sait
que l'oiseau du Phase est le faisan, Phasianus colchicus , L. ;
nos potes le dsignent encore sous ce nom. ( Cf. Pline , au
livre x.) La Colchide, clbre par la fable de Jason et de Mde,
tait prsente par les potes comme une terre de prodiges.
89. Page 188, ligne 4- Inveterari vina , saccisque castrari.
Cf. au livre XIV la note 274. Pline a dit : Quin immo ut plus
capiamus , sacco frangimus vires. Pline entend parler ici des vins
passs au sac, c'est--dire filtrs et privs d'une partie des im-
purets qu'ils renferment souvent. Cette opration avait aussi pour
but de priver le vin d'une grande partie de son alcool.
qo. Ligne 6. E frugibus quoque quoddam alimentum sibi
excogitasse luxuriam , etc. Par moelle du bl , Pline entend sans
doute parler de la fine fleur de farine , dont on fait un pain
dlicieux ; c'tait sans doute l le partis siligineus , auquel on
donnait une forme particulire, et que l'on couvrait de dessins.
Cf. la note 272 , au livre prcdent. Pline , en parlant de Yalica,
a dit : Sed inter prima dicatur et alic ratio, prstanlissim salu-
berrimque : qu pama frugum indubitnla llaliam conlingil... alita
fit e zea nudata concidilur medulla . etc.
91. Ligne 22. In his quoque aliqua sibi nasci tribus negant, etc.
H14 NOTES DU LIVRE XIX.
Le Brassica capitata alba, C. Bauhin , Pin. , III , peut acqurir
de trs-grandes proportions : il en est qui psent plus de dix
douze livres.
92. Page 188 , ligne 25. Ecce altiles spectaniur asparagi, etc.
Il est presque superflu de prvenir que l'assertion de Pline est
exagre. Aucune varit de l'asperge n'atteint les proportions
auxquelles on devrait supposer qu'elle atteindrait d'aprs l'va-
luation du poids indiqu dans cette phrase.
g3. Ligne 27. Heu prodigia ventris , etc. Tout ce long pa-
ragraphe est dclamatoire. Les lgumes qui demandent plus de
soins de culture doivent avoir un prix lev. Il est tout simple
que l'ananas cultiv en serre chaude soit plus cher que le chou
cultiv en plein champ , et qu'il reste un fruit de luxe ; heureu-
sement que le pauvre peut s'en passer sans que cette privation
lui soit bien pnible. Le chardon auquel Pline fait allusion
est le Cynara Cardunculus des botanistes. Il est probable que
du temps de notre auteur la culture de ce lgume tait fort peu
rpandue.
94- Ligne 20. Hi nies , illi glaciem potant. Plus habiles que
les Romains dans l'art de prparer les boissons glaces , nous
eu faisons des sorbets ou des glaces en les associant avec le
sucre et les fruits riches en parfum ou en acidit. L'hygine
nous a appris que l'eau de neige ou l'eau de glace taient nui-
sibles la sant , et qu'elles exeraient une action trop ner-
gique sur l'estomac. Aulu-Gelle (xix, 5) fait mention des bois-
sons glaces : Is nos aquam multum ex diluia nive bibentes coerce-
bat , se veriusque increpabat. Martial en a parl aussi :
Nec labris nisi magna ineis crystalla terantur,
Et faciant nigras nostra Falerna nives.
Epigr. ix , a3.
Nec nisi per niveau Caecnba potet aquam.
Epigr. m, 17.
Horace nous fait connatre qu'on mettait rafrachir des carafons
de vin dans l'eau courante ( Od. Il, 11 , v. 20).
g5. Ligne 22. Servatur algor stibus , excogitaturque ut alie-
nis mensibus nix algeat. On voit par cette phrase que l'usage de
NOTES DU LIVRE XIX. 3i5
conserver la glace pendant l't remonte fort loin (Cf. Athen. ,
lib. m, 21). Martial parle, dans ses Epigrammes , d'eau et de
vin refroidis avec la neige :
Non potare nivcm, sed aquam potare rigcntem
De nive , commenta est ingeniosn silis.
JSpigr. ii v, 117.
Et plus loin :
Massili lumos miscere nivalibus undis
Parce, puer, constet ne tibi pluris aqua.
U , 118
gG. Page igo , ligne 20. Hortorum Cato prd/cal coules.
Quoique les modernes aiment beaucoup les choux , ce lgume
n'occupe pas la place qu'il avait dans l'estime des anciens , nos
mdecins reprochant cet aliment de ne pas convenir aux esto-
macs dlicats. Caton (i56 et i5y), auquel Pline renvoie, dit po-
sitivement : Brassica est, qu omnibus oleribus antistat. On peut,
dit-il , le manger cru ou cuit : Eam eslo, vel coctam, vel crudam.
Toutefois, il dclare que, pour le manger cru, il faut l'associer au
vinaigre. Nous doutons qu'on pt le manger ainsi sans inconv-
nient. Le chou recle en grande quantit un principe acre, qu'on
retrouve dans toutes les crucifres ; il faut absolument que la
coclion le lui enlve, pour qu'il prenne place parmi les alimens
sains et agrables.
'97. Ligne 24. Quippe e carnario, aut macello. Les Espagnols
ont conserv dans leur langue ce mot camarium , qui a servi
former le mot carniceria , qui s'applique avec plus de raison au
march o l'on vend la chair des animaux destins la nourri-
ture de l'homme. Notre mot boucherie, prsente beaucoup pins de
vague , et devrait s'appliquer aux lieux o l'on vend les den-
res alimentaires de toute espce. MaceUum signifiait primiti-
vement le march aux herbes, et Varron (de Lingua Int., p. 35)
nous en donne l'assurance en ces termes : Forum olitorium : hoc
erat antiquum macellum , ubi olerum copia. Ea loca etiamnum La-
cedmonii vacant juaKehhru , sed Iones os lia horlorum et castdli
H&Kihhovs etc. Plus tard le mol macellum prit de l'extension,
et rpondit exactement notre mot march.
3i6 NOTES DU LIVRE XIX.
g8. Page 190 , ligne 26. Iderat oleo parcere ; nam gari desi-
deria eliam in exprobralione eranl. Le garum est peut-tre , de
toutes les prparations culinaires des anciens , la seule qui ait
t conserve par les modernes. Nagure encore le garum tait
employ en Italie, et de nos jours on en fait usage aux Indes et
en Turquie. A Constantinople , il sert conserver les poissons
cuits qui n'ont pas t mangs dans la journe. Il parat qu'il y
avait une infinit d'espces de garum. Dioscoride parle d'un garum
fait avec la chair des quadrupdes , et d'un autre fait avec les
scorpions ; il le regarde plutt comme un mdicament que comme
un vritable assaisonnement. On le prparait communment en
faisant subir un commencement de putrfaction des dbris de
poissons saupoudrs de sel. On recueillait le fluide corrompu
( sanies puirescentium) , et on y ajoutait des aromates. Quelques
auteurs en faisaient un grand cas ; toutefois Martial dit (lib. vil,
epigr. g4) que cette liqueur tait noire, d'un aspect dgotant,
et d'une odeur repoussante :
Unguentum foerat , quoi! onyx modo parva gerebat :
Olfecil postqnam Papilus, eccc garum est.
Nanmoins cette ftidit n'empchait pas le garum d'tre fort re-
cherch, puisque ce mme Martial en a dit (lib. xm, epigr. 82) :
Nobile mine sitio luxuriosa garum.
Et ailleurs (lib. xm, epigr. 102):
Exspirantis adhuc scombri de sanguine primo ,
Accipe fastfsum , mimera cara , garum.
Cela nous amne naturellement chercher quelle espce de pois-
son servait particulirement la confection du garum. On voit
dans le passage cit plus haut qu'Athne parle d'un scombre
qui est notre maquereau commun, Scomber Scombrus de Linn,
et qu'on suppose avoir port nagure le nom de garum. Le pi-
card , Sparus Smarris de Linn ; l'anchois , Clupea incrasicholus
de Linn , et probablement une foule d'espces voisines , taient
employs faire le garum; le thon mme servait cet usage,
puisque Horace a dit ( lib. il , sat. 9 , v. 46) :
Garo de succis piscis Ibcri.
NOTES DU LIVRE XIX. 3, 7
Nous ne nous tendrons pas davantage sur cet assaisonnement,
dont il sera question plus au long livre jcxxi, cliap. .{3 ; nous
nous contenterons de dire ici que , pour bien entendre les au-
teurs anciens , il faut distinguer les mots ganis et garum ; le pre-
mier n'tait autre chose que le nom du poisson des intestins du-
quel on faisait la saumure garum, le second tait la saumure
elle-mme ; mais quel que ft le poisson dont on servait , elle
conservait toujours le nom de garum , etc.
99- Page ig2, ligne 22. Et contingat aliqua gratta opei
curque nostr , etc. Le pre Hardouin renvoie au vers G , livre iv
des Gorgiques , o. Virgile dit :
In lenui labor : at tennis non gloria
non en parlant des jardins, mais en parlant des abeilles, auxquelles
il consacre le livre cit. On doit vivement regretter que le pote
de Mantoue n'ait pas chant les jardins ; Columelle, qui a rempli
cette lacune, ne console pas de celle perte.
100. XX , page 192 , ligne 27. IJortos vill jungendos non
est dubium , etc. Tous ces moyens d'irrigations sont encore em-
ploys de nos jours dans diverses parties de l'Europe , et varis
en raison des localits. L'eau de puits, trop froide, peut nuire
la vgtation, en dterminant un abaissement trop considrable
de temprature. L'arrosemcnt au moyen d'une roue est frquem-
ment mis en usage en Barbarie et en Espagne , o l'on donne
celle machine le nom de noria. Elle consiste en un chapelet
pos sur une roue , et qui porte une suite non interrompue de
godets qui puisent successivement l'eau et la versent dans un
rservoir o elle est reue. La roue putale dont parle Pline est
sans doute la mme que celle qui est dcrite par Vitruve ( liv. vil,
chap. g). La pompe est rarement employe, mais la bascule l'est
trs-frquemment .
101. XXII, page ig4i Hgne22. Aliorum fructus in terra est ,
aliorum et extra, aliorum non nisi extra. Pline, par le mot fructus ,
entend probablement ici parler de la partie mangeable des l-
gumes , des tubercules ou des racines charnues , par exemple ,
3i8 NOTES DU LIVRE XIX.
et non point du vritable fruit. On ne connat parmi les plantes
cultives dans les jardins qu'une seule plante dont le fruit mrite
jusqu' un certain point le nom de souterrain ; c'est X Arachys
hypoga de Linn , ou pistache de terre , que Pline ne pouvait
connatre.
102. Page ig4 > ligne 25. Cortex (cucumis') huic uni maturi-
tate transit in lignum. Notre auteur, en disant que le fruit du
concombre devient aussi dur que le bois , tombe dans son exa-
gration ordinaire : elle n'a ici que peu d'inconvnient; mais elle
doit nous apprendre nous tenir en garde contre les assertions
hyperboliques rpandues avec profusion dans son ouvrage , sur-
tout quand elles ont rapport des productions lointaines.
io3. Ligne 27. Atque alio modo inul , siser , pastinac.
Il y a lieu de s'tonner en voyant l'aune figurer parmi les l-
gumes. C'est une plante fortement odorante, amre, excitant la
salivation ; la culture ne lui enlve que bien peu de ses propri-
ts dsagrables , et nous avons ici la preuve que les anciens
taient beaucoup moins dlicats que nous sur le choix de leurs
alimens ; cependant , associe au sucre, on en prparait un condit
qui n'a rien de bien dsagrable. Il sera question du siser au cha-
pitre 28, du pastinaca au chapitre 27, et de Yinula au chapitre 29
de ce mme livre.
io4-. Qudam vocabimus ferulacea , ut anethum , malvas.
Le rapprochement entre la mauve et l'aueth , placs tous deux
parmi les plantes frulaces par notre auteur, annonce l'igno-
rance la plus complte de la botanique. Il est peu de plantes
qui diffrent davantage. Il sera question de l'aneth au cha-
pitre 74 du livre suivant. Disons maintenant quelque chose des
mauves.
Ou voit videmment , par une lecture attentive du texte de
Pline , que cet auteur parle de plusieurs espces distinctes , et
qu'il dsigne comme maha des plantes sur lesquelles il n'avait que
des donnes vagues et incertaines. Il y a exagration dans l'appr-
ciation de la hauteur de plusieurs d'entre elles. La plus grande
malvace europenne ne dpasse gure dix pieds. Ne nous ton-
nons pas de voir la mauve figurer parmi les plantes potagres ;
dans le midi de la France , on fait entrer les mauves dans les
NOTES DU LIVRE XIX. 3ig
brdes , sorte de pot-pourri compos de lgumes. En Chine ou
en mange les feuilles comme nous mangeons les pinards.
Voici comment nous tablissons la concordance synonymique
du genre malva :
Mctxx ,, 'i Hom., Batrochom. , 160; HESIOD. , Opra et dies ,
4.1 ; Aristoph. in Plut. , Athen. , Deipnos, 11,5a; Moa6%i,
Antiph. apud Athen. y II , 5a. Maladie, Col. , de Re rust.,
X , 247 ; Malva , PLIN. , loco comm. ; XX , 84 x ; PALLAD. ,
Februar., 2^.; Oct., 1 1 ; Malv varice species, prcipue malva
silvestris , L. La mauve champtre.
io5. Page io,4- > ligne 2g. In Arabia mahas septimo mense
arborescere, etc. En rduisant cette assertion ce qu'elle peut ren-
fermer de rigoureusement vrai , on sera amen dcider que la
rapidit de la croissance de cette mauve d'Arabie indique une
plante annuelle , et probablement le Lavatera arborea , ou quel-
que espce voisine , qui atteint souvent en quelques mois une
hauteur de dix pieds , et quelquefois davantage , lorsque ce dve-
loppement est favoris par le sol et la temprature. Cf. Theoph. ,
Hist. plant. ,1,5.
106. Ligne 20. Sed et arbor est malva in Mauretania Ipsa
altitudinis pedum XX, crassitudinis quant circumplecti nemo possit.
Aucun arbre de la famille des malvaces , si l'on en excepte les
adansonia et quelques autres plantes exotiques que Pline pouvait
connatre , n'atteint les proportions dtermines dans la phrase
que nous commentons. Il s'agit donc d'un arbre tranger cette
famille , et qu'il n'est pas possible d'indiquer.
107. Page 196, ligne 2. In simili gnre habebituret cannabis.
Nous ferons, au sujet du rapprochement de la mauve et du chanvre,
la mme observation que nous avons faite au sujet de la mauve
et de l'aneth , note io4- Nous traiterons du chanvre au livre sui-
vant, chapitre 97.
108. Ligne 2. Necnon et carnosa aliqua appeUabimus , etc. Le
pre Hardouin dcide qu'il s'agit ici de la conferve, dont l'auteur
traitera plus au long livre xxvil , chapitre 45. Nous examinc-
' Cf. la note 211 du livre cit pour le complment de cette syno-
nymie.
3 ao NOTES DU LIVRE XIX.
rons celte question en son lieu , et nous nous contenterons de
dire ici que la dsignation de plante charnue , naissant dans les
prs, convient assez mal la conferve, plante immerge et flot-
tante , dont l'apparence est filamenteuse et non charnue.
ioq. Page 196, ligne 4- Fungorum enim calhim, etc. Pline
a parl eu effet des champignons au livre XVI , chapitre i3 ,
sous le nom Sagaricum , et au prsent livre sous ceux de misy ,
iton ,