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Full text of "Histoire naturelle de Pline"

THE UNIVERSITY 

OF ILLINOIS 

LIBRARY 

VJ2 



> 



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sponsible for its return to the library from 
which it was withdrawn on or before the 
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Theft, mutilation, and underlining of books ara reasons 
for disciplinary action and may resuit in dismissal from 

the University. 

To renew call Tlphone Center, 333-8400 

UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY AT URBANA-CHAMPAIGN 



APR 1 



MAY13 

lMfly 719* 



1980 
980 



... 



FEB 7 lp86 
MAR 1 8 1 




L161 O-1096 



BIBLIOTHQUE 
LATINE - FRANAISE 

5 

PUBLIEE 



C. L. F. PANCKOUCKE. 

I 



















I*. 






PARIS. IMPRIMERIE DE C. L. F. PANCKOUCKF. , 

r.lU DIS PilITKVIM , K. l4. 



^ 



HISTOIRE NATURELLE 

DE PLINE * 



TRADUCTION NOUVELLE 

PAR M. AJASSON DE GRANDSAGNE 



PAR MM. BEUDANT, BRONGNIART, G. CUVIER, 

DAUKOU, MERIC DAVID, DESCURET, DOE , E. DOLO , DUSGATK, 

FE, E. FOTICH, FOURIER , GUIBOURT, l.OI JOHATNEAU, 

LACROIX, 1LAFOSSE, I.EMERCIER, LETRONNE, LOUIS L1SKF.NNE, 

L. MARCUS, MONGS, 

0. L. F. PANCKOUCKE, VALENTIN PARISOT , 

QUATRF.MERR DE QUINCY, P. ROBERT, ROBIQUFT, 

W. TH1BA.UD, THTJROT, VALENCIENNES , HIFP. VERGNF.. 



g 



TOME DOUZIME. 



PARIS 

C. L. F. PANCKOUCKE 

MKMBir. f. l'ordre royal ne la lgion i>'ho\nioii 
DITEUR, RUE DES POITEVINS, K I /, 



I 

M DCCC XXXII. 



4 









PI 






* 









* 1 1 

199-9 
y 12. 



LIVRE DIX-HUITIEME. 

(continuation.) 






454170 



C. PLINU SECUNDI 

HTSTORIARUM MUNDI 

LIBER XVIII. 

SATORf FRUGUM. 



Exortus , occasusque sidenim. 

IjVIII. V/mnis autem ratio observata est tribus rao- 
dis : exortu siderum , occasuque , et ipsorum temporum 
cardinibus. Exortus occasusque binis modis intelligun- 
tur. Aut enim adventu solis occultantur stellae et con- 
spici desinunt, aut ejusdem abscessu proferunt se. Emer- 
sum hoc melius , quam exortum consuetudo dixisset : 
et illud occultationem potius, quam occasum. Alio modo, 
quo die incipiunt apparere vel desinunt , oriente sole , 
aut occidente , matutini vespertinive cognominati , 
prout alterutri eorum mane vel crepusculo contingit. 
Dodrantes horarum quum minimum intervalla ea de- 
siderant ante solis ortum , vel post occasum , ut aspici 



I 






HISTOIRE NATURELLE 
DE PLINE. 

LIVRE XVIII. 

HISTOIRE NATURELLE DES CRALES. 



Lever et coucher des astres. 

LVIII. JLoutes les observations faites par rapport 
l'agriculture n'ont que trois objets, le lever des astres, 
leur coucher , et le commencement prcis des saisons. 
Le lever et le coucher des astres peuvent se concevoir de 
deux manires. Les toiles se cachent et cessent d'tre 
visibles l'apparition du soleil ; elles reparaissent quand 
cet astre s'est retir. Ces phnomnes seraient mieux d- 
signs par les noms d'occultation et d'mersion , que par 
l'expression vulgaire de lever et de coucher. En consid- 
rant les toiles sous un autre point de vue , on observe 
qu'elles se montrent ou disparaissent en mme temps 
que le soleil se lve ou se couche ; c'est encore ce qu'on 
nomme le lever ou le coucher des toiles, du soir ou du 
matin , suivant l'poque de la journe o ce phnomne 
a lieu. Dans ces derniers cas , on ne peut les voir que 
trois quarts d'heure au plus avant le lever ou aprs le 

I. 



4 C. PLINIl HIST. NA.T. LIB. XVIII. 

possint. Praeterea bis quaedam exoriuntur et occidunt. 
Omiiisque sermo de his est stellis , quas adhaerere caelo 
diximus. 

Cardines temporum. 

LIX. Cardo temporum quadripartita anni distinctions 
constat , per incrementa lucis. Augetur haec a bruma , 
et aequatur noctibus verno aequinoctio diebus xc , horis 
tribus. Deinde superat noctes ad solstitium diebus xcin, 
horis duodecim ; usque ad aequinoctium autumni diebus 
xcir, horis duodecim. Et tum aequata die procedit ex eo 
ad brumam diebus lxxxix , horis tribus. Horae nunc in 
omni accessione aequinoctiales , non cujuscumque diei 
significantur : omnesque eae differentiae fiunt in octavis 
partibus signorum. Bruma Capricorni , a. d. vin ka- 
lendas januarii fere : aequinoctium vernum, Arietis : 
solstitium , Cancri : alterumque aequinoctium , Librae : 
qui et ipsi dies raro non aiiquos tempestatm significa- 
tus habent. 



Rursus hi cardines singulis etiamnum articulis tem- 
porum dividuntur, per mdia omnes dierum spatia. 
Quoniam inter solstitium et aequinoctium autumni , 
Fidiculae occasus autumnum inchoat die xlvf. At ab 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XV11I. 5 

coucher du soleil. Il y a encore des toiles qui se lvent 
et se couchent jusqu' deux fois. Au reste, nous ne par- 
lons ici que des toiles fixes. 

poques principales. 

LIX. Les commencemens des saisons divisent l'anne 
en quatre parties , durant lesquelles les jours sont plus 
et moins longs successivement. Ils commencent crotre 
ds le solstice d'hiver; ils sont gaux aux nuits, l'qui- 
noxe de mars , c'est--dire au bout de quatre-vingt-dix 
jours et trois heures. Ils deviennent graduellement plus 
longs que les nuits jusqu'au solstice d't , pendant 
quatre-vingt-treize jours et douze heures ; au bout de 
quatre-vingt-douze jours et douze heures , l'quinoxe 
d'automne, ils sont gaux aux nuits; puis ils dcroissent 
pendant quatre-vingt-neuf jours et trois heures jusqu'au 
solstice d'hiver. Il faut remarquer que les heures dont 
il s'agit sont des heures quinoxiales, et que les quatre 
saisons commencent toujours au huitime degr des 
signes du zodiaque ; ainsi le solstice d'hiver tombe 
d'ordinaire dans le Capricorne , au huitime jour avant 
les kalendes de janvier ; l'quinoxe de printemps , 
dans le Blier ; le solstice d't , dans l'Ecrevisse ; 
l'quinoxe d'automne, dans la Balance. Il est rare que 
ces poques n'annoncent pas quelque changement de 
temps. 

De plus, chacune des quatre parties de l'anne- est' 
subdivise elle-mme par la moiti du nombre des jours 
qu'elle contient; ainsi, quarante-six jours aprs le sol- 
stice d't, le coucher de la Lyre indique le commence- 
ment de l'automne ; quarante-quatre jours aprs l'qui- 



f> C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

quinoctio eo ad brumam, Vergiliarum matutinus oc- 
casus hiemem die xliii. Inter brumam et quinoctium 
die xlv flatus Favonii vernum tempus. Ab quinoctio 
verno initium statis die xlviii Vergiliarum exortu 
mal u ti no. Nos incipiemus a sementibus frumenti , hoc 
est, Vergiliarum occasu matutino. Nec deinde parvorum 
siderum mentione concidenda ratio est , et difficultas 
rerum augenda , quum sidus vehemens Orionis iisdem 
diebus longo decedat spatio. 

Quae sementis hibernae tempora. 

LX. Sementibus tempora plerique prsumunt , et ab 

undecimo die autumnalis quinoctii fruges serunt , ad- 

veniente Coronae exortu , continuis diebus certo prope 

imbrium promisse Xenophon antequam deus signum 

dederit. Hoc Cicero novembris imbre fieri interpretatus 

est : quum sit vera ratio non prius serendi , quam folia 

cperint decidere. Hoc ipso Vergiliarum occasu fieri 

putant aliqui , a. d. ni idus novembris , ut diximus. 

Servantque id sidus etiam vestis institores , et est in 

clo notatu facillimum. Ergo ex occasu ejus de hieme 

augurantur, quibus est cura insidiandi negotiatoris ava- 

ritiae. Nubilo occasu pluviosam hiemem denuntiat : sta- 

timque augent lacernarum pretia : sereno asperam , et 

reliquarum vestium accendunt. Sed ille indocilis cli 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 7 

noxe d'automne, le coucher matutinal des Pliades donne 
commencement l'hiver ; quarante-cinq jours aprs le 
solstice d'hiver, le vent Favonien, qui commence souf- 
fler, annonce le retour du printemps; enfin, quarante- 
huit jours aprs l'quinoxe de printemps, le lever matu- 
tinal des Pliades marque le commencement de l't. Nous 
commencerons par les semailles du froment, c'est--dire 
par le coucher matutinal des Pliades, sans interrompre 
nos remarques pour parler des constellations moins im- 
portantes, ce qui ne ferait qu'augmenter ta difficult, 
car le signe orageux d'Orion se couche vers le mme 
temps, aprs avoir parcouru une vaste tendue du ciel. 

Temps des semailles d'hiver. 

4 
LX. Presque toujours les semailles se font avant le 

temps, c'est--dire onze jours aprs l'quinoxe d'au- 
tomne , au moment du lever de la Couronne ; on est 
presque sr alors d'avoir de la pluie plusieurs jours de 
suite. Xnophon veut que l'on sme un peu avant que 
le ciel en ait donn le signal, c'est--dire, selon l'inter- 
prtation de Cicron , quelque temps avant les pluies de 
novembre; mais le vritable temps de semer, c'est lorsque 
les feuilles des arbres ont commenc tomber, et jamais 
plus tt. Cette poque est fixe par quelques auteurs au 
coucher mme des Pliades, c'est--dire au troisime jour 
avant les ides de novembre , comme nous l'avons dit. 
Cette constellation se remarque facilement dans le ciel , et 
les marchands d'habits eux-mmes l'observent avec soin. 
Par son coucher, ils jugent de l'tat futur de- l'hiver, 
et profitent habilement des occasions pour forcer la main 
l'acheteur le plus avare. Si le temps est couvert quand 



8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

agricola , hoc signum habeat inter suos vpres , hu- 
mumque suam aspiciens , quum folia viderit decidua. 
Sic judicetur anni temperies , alibi tardius , alibi ma- 
turius. Ita enim sentitur, ut caeli locique adficit natura : 
idque in hac ratioue praecellit, quod eadem et in mundo 
publica est, et unicuique loco peculiaris. Miretur hoc, 
qui non meminerit ipso brumali die pulegium in car- 
nariis florere : adeo nihil occultum esse natura voluit. 
Et serendi igitur hoc ddit signum. Haec est vera in- 
terpretatio, argumentum naturae secum adferens. Quippe 
sic terrain peti suadet, proinittitque quamdam stercoris 
vicem , et contra rigores terram flatusque operiri a se 
m initit , ac monet festinare. 



Quae leguininum et papaveris serendi. 

LXI. Varro in fabae utique satu hanc observationein 
custodiri praecepit. Alii plena luna serendam. Lentem 
vero a vicesima quinta ad tricesimam. Viciam quoque 
iisdem luna? diebus : ita demum sine limacibus fore. 
Quidam pabuli causa sic seri jubent , seminis autem 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 9 

les Pliades se couchent, ils jugent que l'hiver sera plu- 
vieux, et sur-le-champ ils lvent le prix des manteaux. 
Si le temps est serein, l'hiver sera rude, et ils haussent 
beaucoup le prix des autres vtemens. Quant au la- 
boureur incapable d'tudier l'tat du ciel , ses buissons 
lui tiendront lieu de constellations ; qu'il jette les yeux 
sur la terre ; qu'il remarque le moment o les feuilles 
seront tombes, c'est le vritable temps des semailles. 
C'est ainsi que l'on connat la temprature de l'anne, 
mais plus tard dans un endroit, plus tt dans un autre, 
suivant les terrains et les climats. L'avantage de cette 
mthode, c'est qu'elle s'applique tout le globe, comme 
chaque pays en particulier : voil ce qui tonnera 
celui qui ne se rappellera pas que le pouliot fleurit dans 
les garde-manger le jour mme du solstice d'hiver ; 
tant la nature est soigneuse de ne nous laisser rien 
ignorer : elle a "voulu nous indiquer ainsi l'poque des 
semailles. Cette doctrine n'a rien d'quivoque, puis- 
qu'elle est fonde sur les enseignemens de la najure. Elle 
semble alors inviter le laboureur au travail , en lui mon- 
trant dans les feuilles une espce d'engrais; elle l'avertit 
de se hter, en couvrant la terre pour la dfendre des 
vents et du froid. 

Quand il faut semer les plantes lgumineuses et le pavot. 

LXI. Varron ne fixe point d'autre poque pour 
semer la fve ; d'autres veulent qu'on la sme dans la 
pleine lune, et les lentilles depuis le 25 de la lune jus- 
qu'au 3o. Les vesces devront tre semes aux mmes 
jours, pour tre prserves des limaons. Quelques 
auteurs prescrivent de semer cette poque celles 



io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

vere. Est et alia manifestior ratio , mirabiliore naturae 
piovidentia , in qua Ciceronis sententiain ipsius verbis 
subsignabimus : 

Jam vero semper viridis , semperque gravata 
Lentiscus , triplici solita est grandescere ftu : 
Ter fruges fundens , tria tempora monstrat arandi. 

Ex his unum hoc erit, idem et lino ac papaveri serendo. 
Cato de papavere ita tradit. Virgas et sarmenta, qua; 
tibi usioni supererunt, in segete comburito. Ubi eas 
combusseris , ibi papaver serito. Silvestre iu miro usu 
est melle decoctum ad faucium remdia ; visque somni- 
fera etiam sativo. Et hactenus de hiberna semente. 



v* 



Rerum in agro agendarum, et quid quoque mense feri in agro 

oporteat. 

LXIL 26. Verum ut pariter omnis culturae quoddam 
breviarium peragatur, eodem tempore convenit et ar- 
bores stercorare , adcumulare item vineas : sufilcit in 
jugerum opra : et ubi patietur loci ratio , arbusta ac 
vineas putare , seminariis solum bipalio praeparare , in- 
cilia aperire, aquam de agro pellere, torcular lavare et 
recondere. A kalendis novembris gallinis ova subponere 
nolito, donec bru ma conficiatur. In eum diem ternadenu 
subjicito state tota , hieme pauciora , non tamen infra 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. n 

qui servent de fourrage , et au printemps celles qu'on 
garde pour graine ; mais la nature , attentive nos 
besoins, nous donne un moyen plus sr de savoir quand 
il faut semer. Transcrivons ce sujet les propres paroles 
de Cicron : 

Le lentisque , toujours vert , toujours charg de fruits , nous 
offre dans l'anne trois rcoltes successives , et nous indique , par 
ses triples produits, les trois poques du labourage. 

C'est l'une de ces trois poques qu'il faudra semer le 
lin et le pavot. Voici sur cette dernire plante quelques 
prceptes de Caton : Dans un champ qui aura port 
du bl, brlez toutes les branches et tous les sarmens 
qui vous seront inutiles; ensuite semez-y du pavot. Le 
pavot sauvage bouilli dans du miel est un excellent re- 
mde pour les maux de gorge. Le pavot cultiv a aussi 
une vertu somnifre. Voil ce que nous avions dire 
sur les semailles d'hiver. 

Ce qu'on doit faire chaque mois dans les champs. 

LXII. a6. Pour complter notre abrg d'agriculture, 
nous ajouterons que, dans le mme temps, il faut fumer 
les arbres et rechausser les vignes. Il sufft d'un seul ou- 
vrier pour un jugerum. Si la nature du lieu le permet, on 
devra monder les arbres, tailler la vigne, prparer le 
sol avec la houe pour les ppinires , creuser les rigoles 
et pratiquer les issues pour l'coulement des eaux , laver 
le pressoir et le tenir couvert. Depuis les kalendes de 
novembre jusqu'au solstice d'hiver , on ne met pas les 
poules couver. Pendant tout l't et jusqu'aux kalendes 
de novembre, on donne treize ufs chaque poule ; l'hiver 






i2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

novena. Democritus talem futuram hiemem arbitratur, 
qualis fuerit brumae dies , et circa eum terni : item sol- 
stitio aestatem. Circa brumam plerisque bis septem , 
halcyonum fetura , ventorum quite , mollius caelum : 
sed et in his et in aliis omnibus ex eventu significatio- 
num intelligi sidra debebunt, non ad dies utique prae- 
finitos exspectari tempestatum vadimonia. 



Quid bruma. 

LXIII. Per brumam vitem ne colito. Vina tum de- 
faecari, vel etiam diffundi Hyginus suadet, a confecta 
ea septimo die, utique si septima luna competat. Cerasa 
circa brumam seri. Bubus glandem tune adspergi con- 
venit in juga singula modios. Largior valetudinem in- 
festt, et quoeumque tempore detur, si minus xxx die- 
bus continuis data sit , narrant verna scabie pnitere. 
Materiei caedendae tempus hoc dedimus. Reliqua opra 
nocturna maxime vigilia constant , quum sint noctes 
tanto ampliores. Qualos , crates , fiscinas texere : faces 
incidere : ridicas praeparare interdiu xxx , palos lx. In 
lucubratione vespertina ridicas v, palos x, totidem an- 
telucana. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. i3 

on en donne moins, mais jamais au dessous de neuf. D- 
module dit que l'hiver sera tel qu'aura t le jour du 
solstice et les trois jours les plus proches ; l't sera tel 
que le solstice de juin. Suivant la plupart des auteurs, 
il y a vers le solstice d'hiver , pendant la ponte des al- 
cyons, quatorze jours o les vents sont calmes et le ciel 
plus doux ; mais , en ceci comme en toute autre chose, 
il faut juger des influences clestes par l'vnement , 
sans s'attendre voir les changemens de temps arriver 
prcisment aux jours marqus. 

Travaux faire pendant le solstice d'hiver. 

LXIII. Ne touchez pas aux vignes pendant le solstice 
d'hiver; sept jours aprs , si la lune elle-mme a sept 
jours , vous pourrez, comme le recommande Hyginus , 
tirer les vins au clair et mme les transvaser. C'est aux 
environs du solstice d'hiver qu'il faut planter les ceri- 
siers. Il est bon alors de donner un boisseau de glands 
par jour chaque paire de bufs : une quantit plus 
forte leur serait nuisible ; mais en quelque temps qu'on 
leur en donne, l'on doit continuer trente jours de suite, 
ou bien les bufs souffriront de la gale au printemps. 
Nous avons dj dit que c'tait le moment de couper 
les bois. Les autres ouvrages se font la veille , car 
les nuits sont fort longues ; c'est l qu'on fait les cor- 
beilles, les claies, les paniers, qu'on fend les bois rsi- 
neux pour les torches : pendant le jour on peut prparer 
trente chalas et soixante pieux ; la veille du soir, cinq 
chalas, dix pieux, et autant avant le jour. 







1H C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Quid a bruma in Favonium. 

LXIV. A bruma in Favonium Caesari nobilia sidra 
significant, tertio kalendas januarii matutino Canis oc- 
cidens. Quo die Atticae et finitimis regionibus Aquila 
vesperi occidere traditur. Pridie nonas januarii Caesari 
Delphinus matutino exoritur, et postero die Fidicula , 
quo iEgypto Sagitta vesperi occidit. Item ad vi idus ja- 
nuarii ejusdem Delphini vespertino occasu continu i 
dies hiemant Italiae , et quum sol in Aquarium sentitur 
transire , quod fere xvi kalendas februarii evenit : Vin 
kalendas Stella regia appellata Tuberoni in pectore Leo- 
nis occidit matutino. Et pridie nonas februarias Fidi- 
cula vesperi Hujus temporis novissimis diebus ubicum- 
que patietur caeli ratio , terrain ad rosarum et vine 
satum vertere bipalio oportet. Jugero operae lx sufficiunt. 
Fossas purgare, aut novas facere. Antelucanis ferra- 
menta acuere , manubria aptare , dolia quassa sarcire , 
ipsorumque tabulas scabendo purgare, aut novas fa- 
cere. 

Quid a Favonio in aequinoctium vernum. 

LXV. A Favonio in aequinoctium vernum Caesari 
significat, xiv kalendas martii triduum varie. Etviu ka- 
lendas hirundinis visu , et postero die Arcturi exortu 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. i! 

Travaux excuter depuis le solstice d'hiver jusqu'au souffle du 
vent d'ouest , ou Favonius. 

LXIV. Depuis le solstice d'hiver jusqu' la naissance 
du Favonius , voici , selon Csar , les astres dont il est 
bon de remarquer l'influence. Le Chien se couche le 
matin du troisime jour avant les kalendes de janvier. 
On dit qu'alors l'Aigle se couche pour l'Attique et les 
contres voisines. La veille des nones de janvier, le Dau- 
phin, suivant Csar, se lve le matin, et le lendemain 
la Lyre. Le mme jour la Flche se couche pour l'Egypte 
le soir. Le 6 avant les ides de janvier , le Dauphin se 
couche le soir , et le froid rgne en Italie plusieurs jours 
de suite , comme aussi lorsque le soleil entre dans le 
Verseau , ce qui arrive ordinairement le seizime jour 
avant les kalendes de fvrier. Le 8 avant les kalendes , 
l'toile royale du cur du Lion se couche le matin, sui- 
vant Tubron. La veille des nones de fvrier, la Lyre se 
couche le soir. Pendant les derniers jours o parat cette 
constellation, il faut, partout o le climat le permet, 
travailler la terre avec la houe pour planter la vigne et 
les rosiers ; soixante journes d'ouvrier suffisent pour un 
jugerum. On devra nettoyer les fosss ou en faire de nou- 
veaux, aiguiser les outils avant le jour et les emmancher, 
raccommoder les tonneaux, racler et nettoyer les douves 
ou en mettre de nouvelles. 

Depuis la naissance du vent d'ouest jusqu' l'quinoxe de printemps. 

LXV. Depuis la naissance du vent d'ouest jusqu' 
l'quinoxe de printemps, le \[\ avant les kalendes de 
mars annonce, suivant Csar, un temps variable pour 



i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

vespertino. Item tertio nonas martii Caesar Cancri exortu 
id fieri observavit. Major pars auctorum Vindemitoris 
emersu, octavo idus Aquilonii piscis exortu, et postero 
die Orionis. In Attica Milvum apparere observatur. 
Caesar et idus martias ferales sibi aduotavit Scorpionis 
occasu : xv vero kalendas aprilis Italiae Milvum ostendi : 
duodecimo kalendas Equum occidere matutino. 



Hoc intervallum temporis vegetissimum agricolis , 
maximeque operosum est , in quo praecipue falluntur. 
Neque enim eo die vocantur ad munia , quo Favonius 
flare debeat, sed quo cperit. Hoc acri intentione ser- 
vandum est. Hoc illo mense signum deus habet, obser- 
vatione minime fallaci aut dubia, si quis adtendat. Unde 
autem spiret is ventus , quaque parte veniat , diximus 
secundo volumine, et dicemus mox paulo operosius. 
Intrim ab eo die (quisquis ifte fuerit) quo flare c- 
perit , non utique vi idus februarii , sed sive ante , 
quando praevernat , sive post , quando hiemat : post 
eam diem . inquam , innumera rusticos cura distringat , 
et prima quanque peragantur, quae differri nequeunt. 
Trimestria serantur. Vites putentur, qua diximus, ra- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 17 

trois jours, le temps sera mauvais aussi, le 8 avant les 
kalendes, jour o l'on commence voir les hiron- 
delles ; et le lendemain , jour o l'Arcture se lve le soir. 
Csar observe que le temps est galement variable le 3 
des nones de mars, jour du lever de l'Ecrevisse. La plu- 
part des auteurs disent que cela arrive l'mersion du 
Vendangeur, le jour du lever du Poisson septentrional , 
qui est le 8 des ides du mme mois, et au lever d'Orion, 
qui a lieu le lendemain ; c'est alors que le Milan se 
montre pour l'Attique. Csar a remarqu que les ides 
de mars, jour o se couche le Scorpion, taient pour lui 
d'un prsage funeste. Le i5 avant les kalendes d'avril, 
le Milan se montre en Italie, et, le 12, le Cheval se 
couche le matin. 

C'est dans cet intervalle que les cultivateurs sont le 
plus occups, et qu'ils ont le plus grand besoin d'acti- 
vit ; mais c'est aussi l'poque o ils se trompent le 
plus. Ils ne se mettent point au travail le jour o le vent 
d'ouest aurait d souffler, mais seulement lorsqu'il a 
commenc se faire sentir; cependant c'est une chose 
laquelle ils ne sauraient faire trop attention , car c'est 
l l'indice que le ciel leur donne en ce mois , indice qui 
n'est jamais trompeur ni quivoque , pour peu qu'ils 
l'observent avec soin. Dans le second livre nous avons 
indiqu d'o et de quel cot prcisment soufflait le 
Favonius ; nous en parlerons encore dans la suite avec 
plus de dtails. Soit donc qu'il commence se faire sen- 
tir avant le 6 des ides de fvrier, ce qui arrive dans 
un printemps prcoce; ou aprs le 6 , ce qui a lieu lors- 
que l'hiver est long , il faut , quel que soit le jour o 
il a commenc souffler, que les laboureurs travaillent 
sans relche , et s'attachent terminer d'abord les ou- 

XII. 1 



i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB, XVIII. 

tione. Oleae curentur. Poma serantur, inseranturque. 
Vineae pastinentur. Semina digerantur , instaurentur 
alia. Arundines, salices, genistae serantur, caedanturque. 
Serantur vero ulmi , populi , platani , uti dictum est. 
Tuin et segetes convenit purgare, sarrire hibernas fru- 
ges , maximeque far. Lex certa in eo , quum quatuor 
fibrarum esse cperit. Faba vero non antequam trium 
foliorum. Tune quoque levi sarculo purgare verius , 
quam fodere. Florentem utique xv primis diebus non 
attingere. Hordeum nisi siccum ne sarrito. Putationem 
aequinoctio peractam habeto. Vineae jugerum quaternae 
oper putant alligantque : in arbusto singulae opra? ar- 
bores xv. Eodem hoc tempore hortorum rosariorumque 
cura est, qu separatim proximis voluminibus dicetur : 
eodem et topiariorum. Tune optime scrobes fiunt. Terra 
in futurum proscinditur , Virgilio maxime auctore , ut 
glebas sol coquat. Utilior sententia , quae non nisi tem- 
peratum solum in medio vere arari jubet : quoniam in 
pingui statim sulcos occupant herba? , gracili insecuti 
aestus exsiccant : tum namque succum venturis semini- 
bus auferunt. Talia autumno melius arari certum est. 



Cato verna opra sic dfinit : scrobes fieri , seminaria 
propagari : in locis crassis et humidis uhnos , ficos , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. , 9 

vrages qui ne souffrent aucun dlai. Il faut alors semer les 
bls de trois mois, tailler la vigne de la manire que nous 
avons expose, s'occuper des oliviers, planter et greffer 
les arbres fruit , houer les vignes , rparer les ppinires 
et en tablir d'autres , planter les roseaux , les saules , les 
gents, et les tailler; planter les ormes, les peupliers et 
les platanes , comme nous l'avons dit. Il faut encore 
nettoyer les bls, sarcler ceux d'hiver, et surtout \efar; 
le vrai temps pour cette opration , c'est lorsqu'il com- 
mence montrer quatre feuilles. Les fves ne sont sar- 
cles que lorsqu'elles ont trois feuilles , encore ne le 
fait-on qu'avec un petit sarcloir, pour enlever ls herbes 
sans fouiller la terre ; on n'y touche point les quinze 
premiers jours aprs la floraison. Ne sarclez l'orge que 
quand elle est sche. La taille des vignes doit tre ache- 
ve l'quinoxe de mars. Quatre vignerons taillent et 
lient par jour un jugerum de vignes ; un seul ouvrier 
peut faire le mme travail pour les vignes de quinze 
arbres. C'est aussi dans ce mme temps qu'il faut soi- 
gner les rosiers , les jardins (dont nous parlerons s- 
parment dans les livres suivans) et les parterres. C'est 
encore un bommoment pour faire les fosses ; on donne 
alors la premire faon la terre, pour que le soleil sche 
la glbe; Virgile surtout recommande cette pratique. Il 
est prfrable toutefois de ne labourer au printemps que 
les terres de moyenne qualit ; car si la terre est forte , 
les herbes remplissent bientt les sillons ; si elle est l- 
gre , les chaleurs qui surviennent la desschent ; ainsi 
ces terres seraient prives des sucs destins nourrir le 
grain ; il vaut mieux ne les labourer qu'en automne. 

Voici l'ordre des travaux du printemps, suivant Caton. 
Il faut creuser les fosses et tendre les ppinires ; plan- 



2o C. PLINII HTST. NAT. LIB. XVIII. 

poina, oleas seri : prata stercorari lima sitienle , quae 
rigua non erunt : a flatu Favonii defendi, purgari, her- 
bas malas radicitus erui , ficus intcrpurgari , seminaria 
fieri, et vetera sarciri. Haec antequam vinea florere in- 
cipiat. Itemque piro florente arare incipiat macra are- 
nosaque. Postea uti quaeque gravissima et aquosissima , 
ita postremo arato. Ergo haec aratio lias habebit notas , 
lentisci primurn fructum ostendentis , ac piri florentis. 
Erit et lertia in bulborum satu , scillae. Item in corona- 
mentorum, narcissi; namque et haec ter florent, primoque 
flore primam arationem ostendunt, medio secundam , 
tertio novissimam, quando inter sese alia aliis notas 
prbent. Ac non in novissimis cavetur, ne fabis floren- 
tibus attingatur edera : id enim noxium et exitiale ci 
est tempus. Quaedam vero et suas habent notas , sicuti 
ficus. Quum folia pauca in cacumine acetabuli modo 
germinent, tune maxime serendas ficus. 



Quid ab aequinoctio. 

LXVI. .Equinoctium vernum a. d. vin kalendas apri- 
lis peragi videtur. Ab eo ad Vergiliarum exortum ma- 
tutinum , Csari significant kalendae aprilis. in nonas 
aprilis in Attica Vergili vesperi occultantur. Edem 
postridie in Botia : Caesari autem et Chaldis nonis : 



HISTOIRE NATURELLE , L1V. XVIII. 21 

ter les ormes , les figuiers , les arbres fruit et les oli- 
viers dans les terrains gras et humides; fumer, au dclin 
de la lune, les prs qui ne sont point arross , les dfendre 
du vent d'ouest, les nettoyer et en arracher les racines 
des mauvaises herbes; monder les figuiers; tablir des 
ppinires, et rparer les anciennes, le tout avant que la 
vigne entre en fleurs. Lors de la floraison du poirier, 
on commencera labourer les terres maigres et sablon- 
neuses ; on labourera en dernier lieu les plus fortes et 
les plus humides. Ces travaux auront lieu quand le len- 
tisque montrera son premier fruit, et que le poirier com- 
mencera fleurir. On fera un troisime labourage dans 
le temps o l'on plante^les bulbes et la scille. Parmi les 
fleurs dont on fait des couronnes , le narcisse en four- 
nit trois fois, et ces premires, secondes et troisimes 
floraisons indiquent l'poque d'autant de labourages ; 
tant il est vrai que tout est li dans la nature. On aura 
soin de ne point toucher au lierre pendant la floraison 
des fves; il prirait alors infailliblement. Quelques v- 
gtaux nanmoins indiquent par eux-mmes l'poque o 
il faut s'en occuper; ainsi le meilleur temps pour plan- 
ter le figuier , c'est lorsque les cailles du calice se d- 
veloppent en formant une espce d'entonnoir autour 

du bouton. 


Travaux partir de l'quinoxe. 

LXVI. L'quinoxe de printemps parat toujours ar- 
river le 8 avant les kalendes d'avril ; depuis cette poque 
jusqu'au lever matutinal des Pliades , les kalendes d'a- 
vril annoncent un changement de temps, selon Csar. 
Le 3 avant les nones d'avril, les Pliades se couchent le 
soir pour l'Attique , le lendemain pour la Botie , et fe 



aa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

iEgypto Orion et gladius ejus incipiunt abscondi. Cae- 
sari sexto idus significatur imber Libr occasu. xivka- 
lendas maii iEgypto Suculae occidunt vesperi , sidus 
vehemens, et terra marique turbidum : sextodecimo At- 
ticae : xv Caesari, continuoque triduo significat. Assyri 
autem xn kalendas. Hoc est vulgo appellatum sidus Pa- 
rilicium, quoniam xi kalendas maii urbis Romae natalis, 
quo fere serenitas redditur , claritatem observationi de- 
dit: nimborum argumenta Hyadas appellantibus Graecis 
has stellas. Quod nostri a similitudine cognominis graeci 
propter sues impositum arbitrantes , imperitia appella- 
vere Suculas. Caesari et vm kalendas notatur dies. vu 
kalendas iEgypto Hdi exoriuntur : vi kalendas Botiae 
et Atticae Ganis vesperi occultatur. Fidicula mane ori- 
tur : v kalendas Assyriae Orion totus absconditur, iv au- 
tem Canis : vi nonas maii Caesari Suculae matutino 
exoriuntur, et vin idus Capella pluvialis. iEgypto autem 
eodem die Canis vesperi occultatur. Sic fere in vj idus 
maii, qui est Vergiliarum exortus, decurrunt sidra. 



In hoc temporis intervallo, xv diebus primis agricolae 
rapienda sunt ea , quibus peragendis ante aequinoctium 
non suffecerit, dum scit inde natam exprobrationem 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. rf 

jour des nones pour l'Italie et la Chalde ; en mme temps 
Orion et son pe commencent se cacher pour l'Egypte. 
Le 6 avant les ides, le coucher de la Balance annonce des 
pluies, selon Csar. Le 14 avant les kalendes de mai, 
les Hyades se couchent le soir pour l'Egypte ; c'est une 
constellation fcheuse , et qui cause de violens orages 
sur terre et sur mer. Le 16 elle se couche pour l'At- 
tique , et le 1 5 pour l'Italie : elle annonce le mau- 
vais temps pour trois jours de suite ; elle se couche 
le 12 pour l'Assyrie. On l'appelle vulgairement Pari- 
licium, parce que c'est le 1 1 avant les kalendes de mai 
que Rome fut fonde. Comme cette poque ramne or- 
dinairement le beau temps, le peuple y a fait une at- 
tention particulire. Les Grecs nomment ces toiles 
Hyades , parce qu'elles causent des pluies; mais nos 
Latins , tromps par la ressemblance des ternies grecs , 
et s'imagina nt que ce nom tait tir de celui du porc, 
les ont appeles Sucul. Le 8 avant les kalendes de 
mai est un jour de pronostic pour Csar. Le y , les 
Chevreaux se lvent en Egypte. Le 6 , le Chien se couche 
le soir pour la Botie et l'Attique, et le matin la Lyre 
se lve. Le 5 avant les kalendes , Orion se cache entire- 
ment pour l'Assyrie , et , le 4 -, le Chien disparat. Le 6 
avant les nones de mai , les Hyades se lvent le matin 
selon Csar, et le 8 avant les ides se lve la Chvre, 
qui amne de la pluie. Le mme jour le Chien se cache 
le soir pour l'Egypte. Telle est peu prs la marche 
des astres jusqu'au sixime jour avant les ides de mai , 
poque du lever des Pliades. 

Dans les quinze premiers jours de cet intervalle, le 
laboureur devra hter les ouvrages qu'il n'a pu achever 
avant l'quinoxe , et se souvenir que ceux qui taillent 



4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

fdam, putantium vites, per imitationem cantus alitis 
temporari , quam cuculum vocant. Dedecus enim ha- 
betur, dpprobriumque meritum, falcem ab illa volucre 
in vite deprehendi, ut ob id petulantiae sales etiam cum 
primo vere ludantur. Auspicio tamen detestabiles viden- 
tur. Adeo minima quque in agro naturalibus trahuntur 
argumentis. Extremo autem hoc tempore panici miliique 
satio est. Justum est hoc seri maturato hordeo : atque 
etiam in eodem arvo est signum illius maturitati , et 
horum sationi commune, lucentes vespere per arva ci- 
cindelee. Ita appellant ruslici stellantes volatus, Grci 
vero lampyridas , incredibili benignitate naturae. 

Quid a Vergiliarum exortu. De feno. 

LXVII. 27. Jam Vergilias in clo notabiles catei-va 
fecerat : non tamen his contenta , terrestres fecit alias , 
veluti vociferans : Cur cselum intuearis, agricola? Cur 
sidra quaeras , rustice ? jam te breviore somno fessum 
premunt noctes? Ecce tibi inter herbas tuas spargo pe- 
culiares stellas , easque vespere et ab opre disjungenti 
ostendo : ac ne possis prterire, miraculo sollicito. Vi- 
desne ut fulgor igni similis alarum compressu tegatur , 
secumque lucem habeat et nocte? Dedi tibi herbas ho- 
rarum indices : et ut ne sole quidem oculos tuos a terra . 



HISTOIRE NATURELLE, LIV.XVHI. a5 

trop tard leurs vignes s'exposent de honteuses dri- 
sions, et entendre imiter devant eux le chant de cet 
oiseau de passage appel coucou. Rien de plus humi- 
liant en effet pour le cultivateur que d'tre rencontr 
dans sa vigne par cet oiseau d't : de l aussi les rail- 
leries piquantes dont il est l'objet ds le printemps , et 
qui n'en paraissent pas moins de fcheux augure : tant 
il est vrai que , dans les campagnes , les moindres cir- 
constances sont rattaches des indices naturels. Les 
derniers jours de cet intervalle , on sme le panis et le 
millet; on ne doit le faire qu'aprs la maturit de l'orge. 
On reconnat cette maturit et le temps de semer le pa- 
nis et le millet, lorsqu'on voit briller le soir, dans les 
campagnes , les mouches luisantes appeles cicindles 
par les villageois latins , et lampyrides par les Grecs. 
Admirons encore ici l'incroyable bont de la nature. 

Travaux faire depuis Je lever des Pliades. Du foin. 

LXVII. 27. Non contente d'avoir plac dans les cieux 
les brillantes et nombreuses toiles lies Pliades , elle a 
voulu en mettre d'autres ici-bas, comme si elle criait au 
laboureur : Pourquoi contempler les cieux ? pourquoi 
observer les astres , mortel destin aux travaux de la 
terre ? Les nuits sont si courtes ! mets-les profit pour 
ton repos. Voici, pour ton usage particulier, des astres 
que j'ai sems parmi les herbes des campagnes ; je te les 
prsente le soir , la fin de ta journe ; grce l'clat 
merveilleux que j'ai eu soin de leur donner, ils ne peu- 
vent chapper ta vue. Vois-tu comme ces insectes bril- 
lans laissent chapper cette lueur scintillante comme du 
feu , qui est cache sous leurs ailes, et qui les accompagne 



26 C. PLINII HIST. NT. LIB. XVIII. 

avoces , heliotropium ac lupinum circumaguntur cum 
illo. Cur etiam nunc altius spectas , ipsumque caelum 
scrutaris ? Habes ante pedes tuos ecce Vergilias. In 
certis eae diebus proveniunt , durantque fdere sideris 
hujusce : partumque eas illius esse certum est. Proinde 
quisquis aestivos fructus ante illas severit , ipse frustra- 
bitur sese. Hoc intervalle* et apicula procedens fabani 
florere indicat : fabaque florescens eam evocat. Dabitur 
et aliud finiti frigoris indicium. Quum germinare videris 
morum, injuriam postea frigoris timere nolito. 



Ergo opra, taleas olivarum ponere , ipsasque oleas 
interradere, rigare prata aequinoctii diebus primis. Quum 
herba creverit in festucam , arcere aquas : vineam pam- 
pinare. Et huic lex'sua, quum pampini quatuor digitos 
longitudine expleverint. Pampinat una opra jugerum. 
Segetes iterare. Sarritur vero diebus viginti. Ab aequi- 
noctio sartura nocere et vineae et segeti existimatur. Et 
oves lavandi hoc idem tempus est. 

A Vergiliarum exortu significant Caesari , postridie 
Arcturi occasus matutinus : tertio idus maii Fidiculae 
exortus : xn kalendas junii Capella vesperi occidens, et 
in Attica Canis. xi kalendas Caesari Orionis gladius 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 27 

partout pendant la nuit? Je t'ai donn des herbes pour 
t'indiquer les heures. Ne dtourne pas les yeux de des- 
sus la terre pour regarder le soleil , car l'hliotrope et le 
lupin tournent avec lui. Pourquoi lever les yeux en haut, 
et sonder la profondeur des cieux? Voil devant tes 
pieds d'autres Pliades , elles se font voir en mme 
temps que celles des cieux ; aussi ont-elles avec ces astres 
une liaison particulire , et il est certain qu'elles sont 
produites par leur influence. Ainsi, quiconque smera 
les bls d't avant l'apparition de ces insectes lumineux 
perdra sa peine. Dans ce mme temps l'abeille, qui aban- 
donne sa ruche , te montre que les fves sont en fleur, 
car c'est le charme de cette fleur qui l'attire. Enfin, si 
tu veux t'assurer que l'hiver est fini, observe le moment 
o le mrier se couvre de bourgeons ; alors il n'y a 
plus de froid rigoureux craindre. 

Dans les premiers jours de l'quinoxe, il faudra plan- 
ter les rejetons d'oliviers, dchausser et nettoyer les oli- 
viers eux-mmes , arroser les prs , et en retirer l'eau 
quand l'herbe montera en tige. On devra aussi pamprer 
la vigne , mais il faut que les pampres aient au moins 
quatre doigts de long. Un seul ouvrier suffit pour pam- 
prer xmjugerum. Il faut encore sarcler pour la seconde 
fois les champs ensemencs ; on a vingt jours pour ce 
travail. On croit que ces oprations , si elles ont lieu 
aprs l'quinoxe , sont nuisibles aux bls et la vigne. 
C'est encore le moment de laver les moutons. 

Le lendemain du lever des Pliades , l'Arcture se cou- 
che le matin ; le 3 avant les ides de mai , la Lyre se lve; 
le \i avant les kalendes de juin , la Chvre se couche 
le soir ; et le mme jour le Chien disparat pour l'At- 
tique. Toutes ces poques, suivant Csar, annoncent 



28 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

occidere incipit : tertio nonas junii Caesari et Assyriae 
Aquila vesperi oritur : septimo idus Arcturus matutino 
occidit, Italiae sexto : et quarto idus Delphinus vesperi 
exoritur : septimodecimo kalendas julii gladius Orionis 
oritur, quod iEgypto post quatriduum. Undecimo kalen- 
das, ejusdem Orionis gladius Caesari occidere incipit: 
vin kalendas julii vero longissimus dies totius anni , et 
nox brevissima solstitium conficiunt. 

In hoc temporis intervallo vineae pampinantur, cu- 
raturque ut vinea vtus semel fossa sit , bis novella. Oves 
tondentur : lupinum stercorandi causa vertitur : terra 
proscinditur : vicia in pabulum secatur : faba metitur , 
dein concutitur. 

28. Prata circa kalendas junii caeduntur, quorum fa- 
cillima agricolis cura ac minimi impendii , hc de se 
postulat dici. Relinqui debent in laeto solo vel humido, 
vel riguo , eaque aqua pluvia rigari via publica. Utilis- 
simum simul etherbaearare, deinde cratire, serere florem 
ex fenilibus , atque ex praesepibus feno dilapsum spar- 
gere, prius quam cratiantur. INec primo anno rigari, 
nec pasci ante secunda fenisecia , ne herbae vellantur , 
obtrituque hebetentur. Senescunt prata, restituique de- 
bent faba in his sata , vel rapis , vel milio. Mox inse- 
quente anno frumento , rursusquc in prata tertio relin- 
qui. Praeierea quoties secta sint, siciliri , hoc est, quae 



HISTOIRE NATURELLE, LIV.XV1II. 29 

du mauvais temps. Suivant le mme Csar, l'pe d'Orion 
commence se cacher le 1 1 avant les kalendes de juin ; 
le 3 avant les nones, l'Aigle se lve le soir pour l'Assyrie 
et l'Italie. Le 7 avant les ides, l'Arcture se couche le matin ; 
le 6 elle se couche pour l'Italie, et le 4 le Dauphin se lve 
le soir. Le 17 avant les kalendes de juillet, 1 epe d'Orion 
se lve aussi pour elle, et quatre jours aprs pour l'Egypte. 
Le 1 1, selon le calendrier de Csar, la mme constella- 
tion commence se cacher. Le 8 avant les kalendes de 
juillet donne le jour le plus long et la nuit la plus courte 
de l'anne ; c'est l'poque prcise du solstice d't. 

Dans cet intervalle de temps, on pampre les vignes, 
on donne une faon aux anciens plants, et deux aux 
nouveaux. On tond les moutons. On tourne les lupins 
en herbe pour engraisser la terre. On donne aux champs 
une faon avec la charrue ; on coupe les vesces pour 
servir de fourrage. On rcolte et on bat les fves. 

28. Vers le milieu des kalendes de juin, on fauche les 
prs. C'est un fonds qui demande trs-peu de soin et trs- 
peu de dpense, et sur lequel nous prsenterons quelques 
observations ncessaires. Il faut laisser en prs les lieux 
gras et humides, et o l'on peut introduire l'eau faci- 
lement. On devra pratiquer des rigoles pour les abreuver 
avec l'eau de pluie des grands chemins. Une excellente 
mthode pour avoir de bons prs , c'est de labourer la 
terre, et d'y passer la herse aprs qu'on y aura sem de 
la fleur ou de la graine ramasse dans les fenils, ou qui 
tombe des rteliers. Il ne faut pas arroser les prs la 
premire anne , ni permettre au btail d'y patre avant 
qu'ils aient t fauchs deux fois, de peur que ces ani- 
maux n'arrachent l'herbe, ou ne l'touffent en la foulant 
aux pieds. Les prs vieillissent ; on les rajeunit en y 



3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

feniseces praeterierunt , secari. Est enim in primis inu- 
tile, enasci herbas sementaturas. Herba optima in prato 
trifolii , proxima graminis , pessima nummuli , siliquas 
etiam diras ferentis. Invisa et equisetis est , a similitu- 
dine equinae setae. Secandi tempus, quum spica deflores- 
cere cpit , atque roborari : secandum , antequam ina- 
rescat. Cato Fenum, inquit, ne sero seces : prius quam 
semen maturum sit, secato. Quidam pridie rigant, ubi 
sunt rigua. Noctibus roscidis secari melius. Quaedam 
partes Italiae post messem scant. 



t 



Fuit hoc quoque majoris impendii apud priores. Cre- 
ticis tantum transmarinisque cotibus notis, nec nisi oleo 
falcis aciem excitantibus. Igitur cornu propter oleum 
ad crus ligato fenisex incedebat. Italia aquarias cotes 
ddit, limae vice imperantes ferro. Sed aquariae protinus 
virent. Falcium ipsarum duo gnera : Italicum brevius , 
ac vel inter vpres quoque tractabile. Galliarura lati- 
fundia majoris compendii, quippe mdias caedunt her- 
bas, brevioresque praetereunt. Italus fenisex dextra una 
manu secat. Justum est una opra juger um in die de- 
secari : alligarique manipulos mille ducentos , quaterna 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3i 

semant des fves, des raves ou du millet. L'anne sui- 
vante on y sme du froment , et la troisime anne on 
les remet en prs. De plus, toutes les fois qu'un pr a 
t fauch, il faut y passer la faucille, pour couper les 
herbes que les faucheurs ont laisses , car il n'y aurait 
aucun avantage les laisser grainer. La meilleure herbe 
des prs , c'est le trfle , puis le gramen ; la plus mau- 
vaise , c'est le nummulus , dont les gousses sont extr- 
mement nuisibles. JJequisetis , ainsi appel cause de 
sa ressemblance avec une queue de cheval , n'est pas 
moins fcheux. Le temps de faucher , c'est lorsque les 
pis commencent dfleurir et prendre de la force ; on 
n'attend pas que l'herbe soit sche. Ne fauchez pas trop 
tard , dit Caton ; fauchez avant que la graine soit mre. 
Plusieurs , lorsque les localits le permettent, arrosent 
les prs la veille de la fauchaison ; mais il vaut mieux 
faucher pendant les nuits, o il tombe de la rose. Dans 
quelques parties de l'Italie , on ne fauche qu'aprs la 
moisson. 

Cette opration tait anciennement plus coteuse 
qu'aujourd'hui. On ne connaissait pas d'autres pierres 
aiguiser que celles de Crte et d'outre-mer , encore 
n'aiguisaient-elles les faux qu' l'aide de l'huile ; ainsi 
les faucheurs portaient une corne pleine d'huile atta- 
che leur cuisse. Depuis, on a trouv en Italie des 
pierres qui, avec l'eau seule, mordent le fer comme le 
fait une lime , mais il est vrai qu'elles ne tardent pas 
devenir vertes. Il y a deux espces de faux, celles d'Italie, 
qui sont courtes et aises manier , mme parmi les 
buissons ; et celles des Gaules , qui abrgent l'ouvrage 
dans les grandes prairies , car on n'y coupe qu' mi- 
herbe , et on laisse celle qui est courte. Les faucheurs 



3a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

pondo. Sectum verti ad solem , nec nisi siccum construi 
oportet : nisi fuerit hoc observatum diligenter, exhalare 
matutino nebulam quamdam, metasque mox sole accendi, 
et conflagrare certum est. Rursus rigari desecta oportet, 
ut secetur autumnale fenum , quod vocant cordum. In- 
teramnae in Umbria quater anno secantur, etiam non 
rigua. Ter vero plerisque in locis : et postea in ipso pa- 
bulo non minus emolumenti est, quam a feno. Armento- 
rum id cura, jumentor unique progeneratio suum cuique 
consilium dabit, optimo maxime quadrigarum quaestu. 



Solstitium. 

LXVIII. Solstitium peragi in octava parte Cancri , et 
octavo kalendas julii diximus. Magnus hic anni cardo , 
magna res mundi. In hoc usque a bruma dies creverunt, 
sex mensibus. At sol ipse ad Aquilonem scandens , ac 
per ardua enisus ab ea meta iucipit flecti , et digredi 
ad Austrum , aucturus noctes aliis sex mensibus , abla- 
turusque diei mensuram. Ex hoc deinde rapiendi con- 
vehendique fructus alios atque alios tempus , et praepa- 
randi se contra saeVam feramque hiemem : decebatque 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 33 

d'Italie ne travaillent que de la main droite. Un seul ou- 
vrier doit faucher en un jour un jugerum de pr ; un 
seul ouvrier peut aussi lier douze cents bottes de foin , 
de quatre livres chacune. Quand l'herbe est coupe, il 
faut la retourner souvent au soleil , et ne la mettre en 
meules qu'autant qu'elle est compltement sche; si l'on 
nglige cette prcaution , on verra les meules fumer le 
matin , s'enflammer au soleil , et brler tout entires. 
Aprs qu'on a fan , il faut arroser de nouveau les prs , 
pour avoir du foin d'automne qu'on appelle cordum 
( regain ). A Intramne , en Ombrie , on fauche quatre 
fois les prs, mme ceux qui n'ont pas t arross; dans 
la plupart des autres cantons, on fauche trois fois, en- 
suite le pturage n'est pas d'un moindre profit que le 
foin mme. C'est un calcul que sauront faire ceux qui 
lvent du gros btail , des btes de somme , et qui est 
surtout en faveur des chevaux destins aux chars. 

Du solstice d't. 

LXVIII. Nous avons dit que le solstice d't arrivait 
le 8 avant les kalendes de juillet, et au huitime degr 
de l'Ecrevisse; c'est l'poque la plus importante de l'an- 
ne, la plus intressante pour le laboureur. Depuis le 
solstice d'hiver jusqu'alors, les jours ont augment pen- 
dant six mois. Le soleil , en montant vers le septentrion , 
est arriv au point le plus lev de sa course ; de l il 
commence descendre et retourner vers le midi , et 
pendant six autres mois il augmente les nuits et diminue 
les jours ; c'est l le temps de recueillir, de serrer les fruits 
del terre, et de se prmunir contre ligueur et l'pret 
de l'hiver. Il semblait convenable que la nature annont 
xii. 3 



34 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

hoc discrimen indubitatis notis signasse naturam. Quam 
ob rem eas manibus ipsis agricolarum ingessit, vertique 
jussit ipsa die folia, et esse confecti sidens signum : nec 
silvestrium arborum remotarumque, ne in saltus devios 
montesque eundum esset quserentibus signa : non rursus 
urbanarum, et quae topiario tantum coluntur, quamquam 
et in his illa visantur. Vertit ole ante pedes sat, vertit 
tiliae ad mille usus petendae : vertit populi alb etiam 
vitibus nuptae : Adhuc parum est, inquit : ulmum vite 
dotatam habes: et hujus vertam. Pabulo folia ejus strin- 
gis , vitem dputas. Aspice , et tenes sidus. Alia parte 
clum respiciunt , quam qua spectavere pridie. Salice 
omnia alligas , humillima arborum, ipse toto capite al- 
lior : et hujus circumagam. Quid te rusticum quereris? 
Non stat per me , quominus caelum intelligas , et caele- 
stia scias. Dabo et auribus signum. Palumbum utique 
exaudi gemitus. Transisse solstitium caveto putes , nisi 
quum incubantem videris palumbum. 



A solstitio ad Fidicul occasum sexto kalendas julii 
Caesari Orion exoritur : zona autem ejus quarto nonas 
Assyriae : yEgypto vero Procyon matutino aestuosus : 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 35 

par des signes non quivoques ce changement le saison; 
aussi les a-t-elle mis presque entre les mains du labou- 
reur. Elle a voulu que le jour mme du solstice les 
feuilles se retournassent en sens inverse , pour avertir 
que le soleil avait achev sa course. Et remarquez que 
ces feuilles n'appartiennent pas des arbres sauvages 
ou lointains ; la nature n'a pas voulu qu'on parcourt 
les montagnes ou les forts cartes pour chercher les 
avertissemens de travailler ; elles n'appartiennent pas 
non plus des arbres connus seulement des habitans 
des villes et cultivs dans les parterres , quoiqu'ils 
puissent prsenter le mme phnomne : ce sont les 
feuilles de l'olivier, qu'on rencontre chaque pas devant 
soi ; du tilleul , qu'on recherche pour mille usages ; 
du peuplier blanc , qu'on marie la vigne. Sera-ce 
tout? Non. Laboureurs, dit la nature, l'orme soutient 
tes vignes, je renverserai aussi ses feuilles. En les tail- 
lant , tu en ramasses les feuilles pour nourrir ton b- 
tail ; eh bien ! lve les yeux , et tu reconnatras le jour 
du solstice ; les feuilles sont dans une situation inverse 
celle de la veille. Mais quoi ! les branches de l'osier te 
servent de liens; c'est un arbre des plus petits, et que 
tu surpasses de toute la tte; eh bien ! je renverserai 
aussi ses feuilles. Pourquoi te plaindre de ton igno- 
rance? il ne tient pas moi que tu ne connaisses l'tat 
du ciel et les mouvemens des astres. Veux-tu d'autres 
signes encore? Prte l'oreille; entends les gmissemens 
du ramier. Quand tu le vois couver, sois certain alors 
que le solstice est pass. 

Dans l'intervalle du solstice d't au coucher de la 
Lyre, le 6 avant les kalendes de juillet, selon le calendrier 
de Csar, Orion se lve; le 4 avant les nones , sa cein- 

3. 



36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

(juod sidus apud Komanos non hahet nomen , nisi Ca- 
niculam hanc velimus intelligi , hoc est , minorem ca- 
nem : ut in astris pingitur. Est autem magnopere per- 
tinens, sicut paulo mox docebimus. Tertio nonas Chal- 
daeis Corona occidit matutino , Atticae Orion totus eo 
die exoritur. Pridie idus julii et iEgyptiis Orion desinit 
exoriri : xvi kalendas augusti Assyriae Procyon exoritur, 
Dein postridie fere ubique, confessum in ter omnes sidus 
indicans, quod Canis ortum vocamus, sole partem pri- 
mam Leonis ingresso. Hoc fit post solstitium xxhi die. 
Sentiunt id maria , et terr , multae vero et fera? , ut 
suis locis diximus. Neque est minor ei veueratio, quam 
descriptis in deos stellis. Accenditque solem, et magnam 
stus obtinet causam. xm kalendas augusti iEgypto 
Aquila occidit matutino, etesiarumque prodromi flatus 
incipiunt, quod Caesar x kalendas sentire Italiam exi- 
stimavit. Aquila Atticae matutino occidit : in kalendas 
regia in pectore Leonis Stella matutino Caesari emergit. 
vjii idus augusti Arcturus mdius occidit : ni idus Fi- 
dicula occasu suo autumnum inchoat, ut is adnotat : sed 
ut vera ratio id fieri invenit, sexto idus easdem. 



i 
In hoc temporis intervallo res summa vitium agitur, 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 3 7 

ture se montre en Assyrie ; ce mme jour , le brlant 
Procyon se lve le matin en Egypte. Cet astre n'a point 
de nom chez les Romains , moins qu'on ne prtende 
qu'ils l'ont dsign sous le nom de Canicule , ou petit 
Chien : c'est en effet la figure qu'on lui donne sur le globe 
cleste. C'est un astre d'une puissante influence, comme 
nous le montrerons bientt. Le 3 avant les noues , la 
Couronne se couche le matin pour la Chalde , et Orion 
se lve tout entier pour l'Attique. La veille des ides de 
juillet, cette constellation cesse d'tre visible en Egypte, 
et le 1 6 avant les kalendes d'aot Procyon se lve pour 
l'Assyrie. Le lendemain , et cette poque est presque 
partout la mme , le Chien se lve , le soleil entrant 
au premier degr du Lion , vingt-trois jours aprs le 
solstice. La terre et les mers " ressentent du lever de 
cet astre , et mme plusieurs animaux , comme nous 
avons eu occasion de le faire observer; aussi n'est -il 
pas moins rvr que les toiles qui ont t mises au 
rang des dieux. Il rend le soleil plus ardent, et occa- 
sione en grande partie les chaleurs de l't. Le i3 avant 
les kalendes, l'Aigle se couche le matin en Egypte , et 
les vents tsiens commencent souffler; selon Csar, 
ils ne se font sentir que le 10 en Italie; le mme jour, 
l'Aigle se couche le matin pour l'Attique. Le 3, suivant 
le calendrier de Csar, l'toile royale du cur du Lion 
commence paratre, et le 8 avant les ides d'aot la 
moiti de l'Arcture cesse d'tre visible; le 3, selon les 
mmes calculs , le coucher de la Lyre donne commen- 
cement l'automne ; mais des observations plus exactes 
fixent le coucher de cette constellation au sixime joui- 
avant les ides d'aot. 

Cet intervalle de temps est dcisif pour la vigne, car 



>,8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

decretorio uvis sidre illo , quod Caniculam appellavi- 
mus. Unde carbunculare dicuntur, ut quodam uredinis 
carbone exustae. Non comparantur huic malo grandines, 
proeellae, quque numquam aunonae intulere caritatem. 
Agrorum quippe mala sunt illa : carbunculus autem 
regionum late palentium, non difficili emedio, nisi ca- 
lumniari naturam rerum homines, quam sibi prodesse, 
mallent. Ferunt Democritum, qui primus intellexit , 
ostenditque cum terris caeli societatem , spernentibus 
hanc curam ejus opulentissimis civium , praevisa olei 
caritate ex futuro Vergiliarum ortu, qua diximus ratione, 
ostendemusque jam plenius, magna tum vilitate propter 
spem olivae , coemisse in toto tractu omne oleum , mi- 
rantibus qui paupertatem et quietem doctrinarum ei 
sciebant in primis cordi esse. Atque ut apparuit causa , 
et ingens divitiarum cursus, restituisse mercedem anxiae 
et avidae dominorum pnitentiae , contentum ita pro- 
basse, opes sibi in facili,quum vellet, fore. Hoc postea 
Sextius e Romanis sapientiae adsectatoribus Athenis fecit 
eadem ratione. Tanta litterarum occasio est : quas equi- 
dem miscebo agrestibus negotiis , quam potero dilucide 
atque perspicue. Plerique dixere rorem inustum sole 
acri, frugibus rubiginis causam esse, et carbuuculi vi- 
tibus : quod ex parte falsum arbitror, omnemque ure- 
dinem frigore tantum conslare ? sole innoxio. Id mani- 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XVIII. 3 9 

le sort de la vendange dpend uniquement de l'astre 
que nous avons appel Canicule, dont les malignes in- 
fluences causent le charbon qui brle les raisins. Les 
orages et la grle, moins redoutables que ce flau, n'ont 
jamais produit la chert qu'il occasione. Ils n'attaquent 
que des cantons particuliers , tandis que le charbon ra- 
vage des provinces d'une grande tendue. Il ne serait 
pas difficile de prvenir ce malheur, si les hommes 
n'aimaient mieux accuser la nature que de faire ce qui 
leur serait avantageux. Dmocrite, le premier, reconnut 
et montra la relation qui existe entre le ciel et la terre, 
tude jusqu'alors ddaigne de ses opulens concitoyens. 
Le lever des Pliades lui ayant fait prvoir, par les 
moyens dj indiqus , et dont nous parlerons bientt 
plus au long, que les huiles seraient fort rares, il acheta 
toutes celles de son canton; la belle apparence de la 
rcolte les avait fait tomber trs-bas prix ; mais cet 
achat ne laissa pas d'tonner ceux qui connaissaient le 
got de ce philosophe pour la pauvret et l'tude pai- 
sible des sciences. Bientt on reconnut le motif de sa 
conduite, et le gain immense qu'il pouvait faire. D- 
mocrite alors, satisfait d'avoir prouv qu'il pouvait s'en- 
richir s'il le voulait , restitua le prix des marchandises 
aux avides propritaires , qui se dsespraient d'avoir 
conclu un tel march. Long-temps aprs, un philosophe 
romain nomm Sextius , guid par la mme observation , 
renouvela ce trait Athnes. Telle est l'utilit de la 
science ; aussi en mlerai-je les notions celles de l'a- 
griculture, avec le plus de clart et de nettet possible. 
La plupart des auteurs croient que la rose brle par 
l'ardeur du soleil cause la nielle des bls et le charbon 
ds vignes ; je pense que cette raison est fausse en 



40 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

festum fiet adtendentibus. Nam primum omnium non 
hoc evenire, nisi noctibus et ante solis ardorem, depre- 
henditur , totumque lunari ratione constat :, quoniam 
talis injuria non fit nisi interlunio, plenave luna , hoc 
est, praevalente : utroque enim habitu plena est, ut sae- 
pius diximus : sed interlunio omne lumen , quod a sole 
accepit, caelo regerit. Differentia utriusque habitus ma- 
gna , sed manifesta : namque interlunio aestate calidis- 
sima est, hieme gelida. E diverso in plenilunio aestate 
frigidas facit noctes , hieme tepidas. Causa evidens : sed 
alia redditur a Fabiano , Graecisque auctoribus. iEstate 
enim interlunio necesse est cum sole nobis proximo cir- 
culo currat , ign ejus cominus recepto candens : eadem- 
que interlunio absit hieme, quando abscedit et sol. Item 
plenilunio aestivo procui abeat adversa soli : hieme au- 
tem ad nos per aestivum circulum accdt. Ergo per se 
roscida quoties alget, infinitum quantum illo tempore 
cadentes pruinas congelt. 



Causse sterilitatum. 



LX1X. Ante omnia autem duo gnera esse caelestis 
injuriae meminisse debemus. Unum quod tempestates 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 41 

partie, et que toute brlure des plantes vient du froid, 
sans que le soleil y ait aucune part. On s'en con- 
vaincra facilement, si l'on fait attention que le charbon 
et la nielle ne tombent que la nuit , et avaut que le 
soleil ait de la force : ils dpendent donc entirement 
des influences lunaires. En effet , ces accidens ont lieu 
seulement lorsque la lune est en conjonction ou dans 
son plein, c'est--dire dans toute sa force; car dans ces 
deux tats la lune est pleine , comme nous l'avons 
fait observer plusieurs fois : mais quand elle est nou- 
velle , elle renvoie dans les cieux toute la lumire 
qu'elle reoit du soleil. La diffrence entre ces deux 
tats est aussi grande qu'elle est sensible tout le monde. 
La lune en conjonction est fort chaude en t et trs- 
froide en hiver; au contraire, la pleine-lune rend les nuits 
chaudes en hiver et froides en t. La raison en est vi- 
dente, quoique Fabianus et les auteurs grecs en donnent 
une diffrente. Dans les conjonctions d't , la lune , 
marchant avec le soleil dans un cercle voisin de la terre , 
est comme enflamme du feu que cet astre lui commu- 
nique; mais dans les conjonctions d'hiver elle est loigne 
de nous, ainsi que le soleil. Dans les pleines-lunes d't, 
elle est loin de nous et en opposition avec le soleil ; 
mais dans les pleines-lunes d'hiver, elle se rapproche de 
nous, par le cercle de l't. Ainsi la lune tant natu- 
rellement humide , toutes les fois que sa position la re- 
froidit , elle congle presque toujours les brouillards qui 
tombent alors. 

Causes de la strilit. 

LXIX. Avant tout, rappelons-nous que les accidens 
qui dpendent de l'tat du ciel sont de deux sortes : les 



/,2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

vocamus , in quibus grandincs , procellae , ceteraque si- 
milia intelliguntur : quae quum acciderint, vis major 
appellatur. Haec ab horridis sideribus exeunt, ut saepius 
diximus , veluti Arcturo , Orione , Hdis. Alia sunt 
illa, quae si lente caelo serenisque noctibus fiunt , nullo 
sentiente, nisi quum facta sunt. Publicabaec, et magnae 
differentiae a prioribus, aliis rubiginem , aliis uredinem, 
aliis carbunculum appellantibus , omnibus vero sterili- 
tatem. De his nunc dicemus, a nullo ante nos prodita, 
priusque causas reddemus. 

29. Duae sunt praeter lunarem , paucisque caeli locis 
constant. Namque Vergiliae privatim attinent ad fru- 
ctus , ut quarum exortu aestas incipiat , occasu hiems , 
semestri spatio intra se messes vindemiasque et omnium 
maturitatem complexe. Est praelerea in caelo , qui vo- 
catur lacteus circulus, etiam visu facilis. Hujus defluvio, 
velut ex ubere aliquo , sata cuncta lactescunt , duorum 
siderum observatione , Aquilae in septentriotiali parte , 
et in austrina Caniculae , cujus mentionem suo loco fe- 
cimus. Ipse circulus fertur per Sagittarium atque Ge- 
minos, solis centro bis aequinoctialem circulum secans , 
commissuras eorum obtinente hinc Aquila, illinc Cani- 
nicula. Ideo effectus utriusque ad omnes frugiferas per- 
tinent terras : quoniam in his tantum locis solis ter- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 43 

uns s'appellent d'un nom gnral , temptes ; ce sont 
les orages , les grles, et les autres accidens semblables, 
que Yen dsigne encore sous le nom de forces majeures; 
elles ont pour cause des astres malfaisans , tels que 
l'Arcture , Orion , les Chevreaux : nous avons signal 
plus d'une fois leur influence. Les autres surviennent 
tout coup pendant Ja nuit, lorsque le temps est calme 
et serein ; on ne les connat que lorsqu'ils sont arrivs. 
Ils diffrent infiniment des premiers , et dsolent des 
rgions entires. On leur donne les noms de rouille ou 
nielle, ou de charbon , ou de brlure; mais partout ils 
sont suivis de strilit. Nous donnerons sur ces ph- 
nomnes des dtails ignors jusqu'ici, et, d'abord, nous 
en expliquerons les causes. 

29. Outre la lune, deux de ces causes rsident dans 
quelques espaces circonscrits des cieux. D'un ct , ce 
sont les Pliades qui influent spcialement sur les biens 
de la terre ; comme l't commence avec leur lever, et 
l'hiver avec leur coucher, elles embrassent, dans l'espace 
de six mois, les moissons, les vendanges, et toutes les 
autres rcoltes. D'un autre ct, c'est la voie lacte, 
dont les influences, comme une nourriture bienfaisante, 
allaitent et entretiennent toutes les semences. La voie 
lacte s'aperoit aisment par elle-mme, et, de plus, 
elle est remarquable par deux constellations, l'Aigle au 
septentrion , et au midi la Canicule, dont nous venons 
de parler. Le cercle de la voie lacte traverse les signes 
du Sagittaire et des Gmeaux, et, passant par le centre 
du soleil , il coupe en deux endroits diffrens la ligne 
cjuinoxiale. Aux points de section avec les signes pr- 
cdens , sont, d'un ct, l'Aigle; de l'autre, la Cani- 
cule. Ainsi, toutes les terres cultives sont soumises 



44 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

raeque centra congruunt. lgittfr horum siderum diebus , 
si purus atque mitis aer genitalem illum lacteumque 
succum transmiserit in terras , laeta adolescunt sata. Si 
luna , qua dictum est ratione , roscidum frigus adsper- 
serit, admixta amaritudo, ut in lact, puerperium necat. 
Modus in terris hujus injuria? , quem fecit in quacum- 
que convexitate comitatus utriusque causa?. Et ideo non 
pariter in toto orbe sentitur, ut nec dies. Aquilam dixi- 
mus in Italia exoriri a. d. xm kalendas januarii. Nec 
patitur ratio naturae quidquam in satis ante eum diem 
spei esse certae. Si vero interlunium incidat , omnes lii- 
bernos fructus et praecoces laedi necesse est. 



Rudis fuit priscorum vita atque sine litteris : non mi- 
nus tamen ingeniosam fuisse in illis observationem ap- 
parebit , quam nunc esse rationem. Tria namque tem- 
pora fructibus metuebant , propter quod instituerunt 
ferias , diesque festos , Rubigalia , Floralia , Vinalia. 
Rubigalia Numa constituit anno regni sui xi, quaenunc 
aguntur a. d. septimum kalendas maii , quoniam tune 
fere segetes rubigo occupt. Hoc tempus Varro deter- 
minavit, soleTauripartem decimam obtinente, sicut tune 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. /,5 

l'influence de ces deux constellations; car, dans ces deux 
passages seulement , le centre du soleil correspond 
celui de la terre. S'il arrive donc qu'au moment du lever 
ou du coucher de ces astres , l'air doux et serein trans- 
mette la terre cette espce de rose laiteuse et fcon- 
dante qui dcoule de la voie lacte, les grains croissent 
avec la plus belle apparence; mais si la lune, comme 
nous en avons dj averti , envoie une rose froide , 
alors l'amertume de cette rose aigrit l'humeur bienfai- 
sante de la voie lacte , et fait prir les fruits naissans. 
Ces accidens sont plus ou moins graves , en quelque 
climat que ce soit, selon que les deux causes dont nous 
venons de parler concourent plus ou moins leur pro- 
duction ; aussi ne sont-ils pas les mmes par toute la 
terre , puisqu'aussi bien ils n'arrivent pas partout le 
mme jour. Nous avons dit que l'Aigle se lve en Italie 
le i3 avant les kalendes de janvier: le cours ordinaire de 
la nature ne permet pas, avant cette poque, de compter 
sur les fruits de la terre; mais si la lune se trouve alors 
en conjonction , tous les fruits d'hiver et les fruits htifs 
en souffriront infailliblement. 

Nos anctres menaient une vie grossire, sans culti- 
ver les sciences; leurs observations, cependant, ne pa- 
ratront pas moins ingnieuses que les calculs des mo- 
dernes. Ils redoutaient pour les fruits de la terre trois 
poques diffrentes , pour lesquelles ils avaient tabli 
autant de ftes, les Rubigales, les Florales et les Finales. 
Les Rubigales , institues par Numa la onzime anne 
de son rgne , sont clbres aujourd'hui le septime 
jour avant les kalendes de mai, parce que c'est le temps 
o la nielle attaque ordinairement les bls. Varron a fix 
la position du soleil , pour ce mme jour, au dixime 



46 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

ferebat ratio. Sed vera causa est , quod post dies unum 
et triginta ab quinoctio verno , per id quatriduum , 
varia gentium observatione in iv kalendas maii , Canis 
occidit , sidus et per se vebemens , et cui proccidere 
Caniculam necesse sit. Itaque iidem Floralia quarto ka- 
lendas easdem instituerunt , Urbis anno dxvi ex oracu- 
lis Sibyllae , ut omnia bene deflorescerent. Hune diem 
Varro dtermint , sole Tauri partem quartamdecimam 
obtinente. Ergo si in hoc quatriduum inciderit pleni- 
lunium , fruges et omnia quae florebunt , laedi necesse 
erit. Vinalia priora, quae ante hos dies sunt ix kalendas 
maii degustandis vinis instituta, nihil ad fructus atti- 
nent : nec quae adhuc diximus, ad vtes oleasque, quo- 
niam earum conceptus exortu Vergiliarum incipit a. d. 
vi idus maii, ut docuimus. Aliud hoc quatriduum est, 
quod neque rore sordere velint: exhorrent enim frigidum 
sidus Arcturi postridie occidens : et multo minus pleni- 
lunium incidere. 



iv nonas junii iterum Aquila exoritur vesperi , decre- 
torio die florentibus oleis vitibusque , si plenilunium in 
eum incidat. Equidem et solstitium vin kalendas julii 
simili causa duxerim , et Canis ortum post dies a solsti- 
tio xxm, sed interlunio accidente, quoniam vapore con- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. /, 7 

degr du Taureau, selon les calculs qui s'appliquaient 
ce temps-l; mais la vritable cause, c'est que, trente-un 
jours aprs l'quinoxe de printemps, c'est--dire du 8 
au 4 avant les kalendes de mai , selon les observations 
des diffrens peuples, arrive le coucher du Chien, con- 
stellation dangereuse que l'on doit apaiser, avant qu'elle 
se couche, par le sacrifice d'une chienne. L'an 5i6 de 
la fondation de Rome, nos anctres, par l'avis des livres 
sibyllins , institurent les ftes Florales ; on les clbre 
le 4 avant les kalendes de mai, pour obtenir que la flo- 
raison s'achve heureusement. Selon Varron , le soleil 
se trouve alors au quatorzime degr du Taureau ; or, 
si la pleine-lune arrive ce jour-l et les trois suivans , 
les bls et les autres plants en fleur souffriront infail- 
liblement. Les premires ftes Vinales, qui se clbrent 
le 9 avant les kalendes de mai , et avant les Florales , 
furent institues pour goter les vins; elles n'ont aucu- 
nement pour objet les fruits de la terre, non plus que 
les vignes ou les oliviers ; car ces arbres ne commencent 
leur premire pousse qu'au 6 avant les ides de mai, lors 
du lever des Pliades , comme nous l'avons dit. Voil 
encore quatre jours dangereux pendant lesquels on 
redoutait extrmement la rose, et aussi l'influence de 
l'Arcture , constellation froide qui se couche le lende- 
main. On craignait bien moins la pleine-lune quand elle 
arrivait cette poque. 

Le 4 avant les nones de juin , l'Aigle se lve de nouveau 
le soir; et si son lever concide avec la pleine-lune , c'est 
une poque critique pour les oliviers et les vignes en fleur. 
Pour moi, je crois que , par la mme raison, le huitime 
jour avant les kalendes de juillet , c'est--dire le jour 
mme du solstice d't, n'est pas moins dangereux pour 



/,8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

stat culpa, acinique praecoquuntur in callum. Rursus 
plenilunium nocet a. d. iv nonas julii , quum iEgypto 
Canicula exoritur : vel certe xvi kalendas augusti , quum 
Itali. Item xiii kalendas augusti, quum Aquila occidit, 
usque in x kalendas easdem. Extra has causas sunt Vi- 
nalia altra, qirae aguntur a. d. xiv kalendas septem- 
bris. Varro a Fidicula incipiente occidere mane , dter- 
mint , quod vult initium autumni esse , et hune diem 
festum tempestatibus leniendis institutum. Nunc Fidicu- 
lam occidere a. d. vi idus augusti servatur. 



Intra haec constat cselestis sterilitas. Neque negave- 
rim posse eam permutari arbitrio legentium , locorum 
stimantium naturas. Sed a nobis rationem demonstra- 
tam esse satis est : reliqua observatione cujusque con- 
stabunt. Alterutrum quidem fore in causa, hoc est, ple- 
nilunium aut nterlunium , non erit dubium. Et in hoc 
mirari benignitatem naturae succurrit : jam primum hanc 
injuriam omnibus annis accidere non posse , propter 
statos siderum cursus : nec nisi paucis noctibus anni : 
idque quando futurum sit, facile nosci. Ac ne per omnes 
menses timeretur, earum quoque lege divisum , aestate 
interlunia praeterquam biduo secura esse, hieme pleni- 
lunia : nec nisi stivis brevissimisque noctibus metui , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 4 9 

les vignes. Je dirai la mme chose du lever du Chien , qui 
a lieu vingt-huit jours aprs, si la lune se trouve alors en 
conjonction , car l'excs des chaleurs cuit et endurcit les 
raisins. La pleine-lune est encore nuisible le 4 avant les 
nones de juillet, lorsque la Canicule se lve en Egypte, 
ou du moins le 16 avant les kalendes d'aot, jour de son 
lever en Italie. Elle est nuisible encore depuis le 1 3 avant 
les mmes kalendes, jour du coucher de l'Aigle, jusqu'au 
10. Les secondes ftes Vinales, institues pour d'autres 
motifs, ont lieu le i3 avant les kalendes de septembre. 
Ce jour, selon Varron, est celui du coucher matutinal de 
la Lyre , qu'il prtend tre aussi le commencement de 
l'automne; il dit que ces ftes ont pour objet d'adoucir 
les mauvais temps. On observe que maintenant la Lyre 
se couche le 6 avant les ides d'aot. 

C'est dans cet intervalle que les biens de la terre ont 
le plus risquer des influences clestes. Je conviens que 
ces poques peuvent varier , suivant que mes lecteurs 
appliqueront ces remarques des climats divers. C'est 
assez pour moi d'avoir indiqu la cause gnrale des 
phnomnes , le reste dpendra des observations parti- 
culires; toujours est-il certain que la lune, soit pleine, 
soit en conjonction , influe positivement sur les acci- 
dens dont nous parlons. On peut encore ici admirer la 
bont de la nature. D'abord , elle a tellement rgl le 
cours des astres , que ces dangereux phnomnes ne 
peuvent avoir lieu tous les ans, mais seulement pendant 
quelques nuits d'une certaine anne, et qu'il est ais de 
prvoir le temps o ils arriveront. Pour qu'on ne les 
craignt pas dans tous les mois, la nature a voulu qu'en 
hiver il n'y et que deux jours o la pleine-lune ft 
dangereuse , et deux en t o l'on et redouter U 
xii. 4 



5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

diebus non idem valere. Praeterea tain facile intelligi, ut 
formica minimum animal interlunio quiescat, plenilunio 
etiam noctibus operetur. Avem parram oriente Sirio, ipso 
die non apparere , donec occidat. E di verso chlorionem 
prodire ipso die solstitii. Neutrum vero lunae statum 
noxium esse, ne noctibus quidem, nisi serenis, et omni 
aura quiescente : quoniam neque in nube, neque in flatu 
cadunt rores : sic quoque non sine remedio. 



Remdia. 

LXX. Sarmenta , aut palearum acervos , et evulsas 
herbas fruticesque, per vineas camposque, quum time- 
bis, incendito : fumus medebitur. Hic e paleis et contra 
nebulas auxiliatur, ubi nebulae nocent. Quidam trs can- 
cros vivos cremari jubent in arbustis, ut carbunculi 
non noceant. Alii siluri carnem leviter uri a vento , ut 
per totam vineam fumus dispergatur. 



Varro auctor est, si Fidiculae occasu, quod est initium 
autumni , uva picta consecretur inter vtes , minus no- 
cere tempestates. Archibius ad Antiochuni Svriae regem 



HISTOIRE NATUUELLE, LIV. XVIII. 5i 

conjonction ; encore n'est-elle craindre que pendant 
les nuits les plus courtes de cette saison, et nullement 
pendant le jour; ensuite les animaux, mme les plus 
petits, nous offrent un moyen facile de la reconnatre; 
car alors les fourmis se reposent , au lieu que dans la 
pleine-lune elles travaillent, mme la nuit. L'oiseau ap- 
pel paria disparat le jour mme du lever de Sirius, 
pour ne se montrer qu'aprs son coucher; le chlorion, au 
contraire, parat le jour mme du solstice. D'ailleurs, la 
lune en conjonction ou dans son plein n'est nuisible pen- 
dant la nuit que par un temps serein et parfaitement 
calme; en effet, s'il y a du vent ou si le ciel est couvert , 
il ne tombe point de rose; encore est-il possible alors 
de se garantir des influences lunaires. 

Prservatifs. 

LXX. Si vous avez sujet de craindre, placez dans vos 
champs et vos vignes de la paille ou des sarmens en 
monceaux, ou des herbes sches et des broussailles, puis 
mettez-y le feu ; la fume prviendra tout accident. La 
fume de paille brle est bonne aussi pour carter les 
brouillards nuisibles. Quelques - uns , pour prserver 
du charbon les vignes soutenues par des arbres , pres- 
crivent d'y brler trois erevisses vivantes ; d'autres 
veulent qu'on rtisse petit feu de la chair de silure, 
de manire ce que le vent chasse la fume par toute la 
vigne. 

Varron dit que si au coucher de la Lyre, c'est--dire 
le premier jour d'automne , on consacre une grappe de 
raisin peinte , au milieu des vignes , elles souffriront 
moins du mauvais temps. Archibius , dans une de ses 

4- 



5a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII 

scripsit : Si fictili novo obruatur rnbeta pana in mdia 

segete , non esse noxias tem pesttes. 

Quid a solstitio fieri oporteat. 

LXXI. Opra rustica hujus intervalli, terram iterare, 
arare, arbores circumfodere : ubi stuosa regio poscat, 
adcumulare. Germinantia, nisi in solo luxurioso,fodienda 
non sunt. Seminaria purgari sarculo. Messem hordea- 
ceam facere. Aream ad messem creta praeparare, Catonis 
sententia amurca temperatam, Virgilii operosius. Majore 
ex parte aequant tantum , et fimo bubulo dilutiore illi- 
nunt. Id satis ad pulveris remedium videtur. 



De messibus. 

LXXII. 3o. Messis ipsius ratio varia. Galliarum lati- 
fundiis valli praegrandes dentibus in margine infestis , 
duabus rtis per segetem impelhmtur, jumento in con- 
trarium juneto : ila direptae in vallum cadunt spicae. 
Stipula alibi mdia? falce praeciduntur, atque inter duas 
mergites spica distringitur. Alibi ab radice vellunt : qui- 
que id faciunt, proscindi ab se obiter agrum interpre- 
tantur , quum extrabant succum. Differentia haee : ubi 
stipula domos contegunt , quam longissimam servant. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XM11. Ji 

lettres Autiochus, roi de Syrie, dit qu'une grenouille 
rubte, enterre au milieu des bls dans un pot de terre 
neuf, les garantit de l'intemprie des saisons. 

Travaux faire depuis le solstice. 

LXXI. Voici, pour cet intervalle, l'ordre des tra- 
vaux rustiques. Il faut donner la terre une second* 1 
faon, labourer, dchausser les arbres, et, si la chaleur 
du pays l'exige, les rechausser; mais il ne faut point les 
dchausser quand ils bourgeonnent , si ce n'est dans 
un fonds fertile. On devra sarcler les ppinires , mois- 
sonner les orges, prparer l'aire en la couvrant de craie 
dtrempe, d'aprs le conseil de Caton , dans de la lie 
d'huile; la mthode de Virgile demande plus de faon. La 
plupart aplanissent le terrain , et se contentent de l'en- 
duire de fiente de buf dlaye dans de l'eau; ils croient 
que cet enduit suffit pour empcher la poussire. 

Des moissons. 

LXXII. 3o. La manire de moissonner n'est pas la 
mme partout. Dans les vastes plaines des Gaules , on 
se sert d'une grande caisse porte sur deux roues , et 
dont les bords sont garnis de dents. Un buf attel der- 
rire cette machine la pousse en avant travers les bls, 
et les pis enlevs par les dents qui les saisissent tom- 
bent dans la caisse. En d'autres pays, on coupe le bl 
mi-chaume avec la faucille, et l'on spare les pis 
l'aide d'uu double peigne (merges). En d'autres lieux, 
on arrache le bl jusqu' la racine, el on s'imagine par 
cette mthode donner dj la terre une lgre faon , 



5/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Ubi feni inopia est, stramento paleam quaerunt. Panici 
culmo non tcgunt. Milii culmum fere inurunt. Hordei 
stipulam bubus gratissimam servant. Panicum et milium 
singnlatira pectine manuali legunt Galliae. 



Messis ipsa alibi tribulis in area, alibi equarum gres- 
sibus exteritur , alibi perticis flagellatur. Triticum , quo 
serius metitur , copiosius invenitur : quo celerius vero , 
hoc speciosius ac robustius. Lex aptissima antequam 
granum indurescat, et quum jam traxerit colorem. Ora- 
culum vero, biduo celerius messem facere potius, quam 
biduo serius. Siliginis et tritici etiam ratio in area hor- 
reoque. Far, quia difficulter excutitur, convenit cum 
palea sua condi : et stipula tantum , et aristis liberatur. 



Palea plures gentium pro feno utuntur. Melior ea , 
qu tenuior, minutiorque , et pulveri propior : ideo 
optima e milio, proxima ex hordeo, pessima ex tritico, 
praeterquam jumentis opre laborantibus. Culmum saxo- 
sis locis quum inaruit, baculo frangunt, substrat u ani- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 55 

niais on ne fait que lui ter son suc. Voici des usages 
diffrens relativement la paille : dans les endroits o les 
maisons en sont couvertes , on coupe le chaume le plus 
long possible ; dans les cantons o le foin est rare , la 
paille est employe pour litire. Le chaume du panis ne 
s'emploie pas couvrir les maisons ; celui du millet se 
brle presque partout. On conserve la paille de l'orge , 
parce qu'elle est recherche des bufs. Dans les Gaules 
on cueille les pis de millet et de panis un un , avec 
une sorte de peigne qu'on tient la main. 

Le grain s'obtient, dans certains pays, l'aide d'une 
espce de chariot qu'on fait passer sur le bl tendu 
dans l'aire; ailleurs, on le foule aux pieds des chevaux.; 
ailleurs encore, on le bat au flau. Plus le froment est 
moissonn tard , plus il est abondant ; plus on se hte 
de le moissonner, plus il est beau et bien nourri. Le 
meilleur temps pour moissonner, c'est lorsque le grain 
commence, durcir , et qu'il a dj pris de la couleur. 
Une maxime regarde comme un oracle, c'est qu'il vaut 
mieux faire la moisson deux jours plus tt que deux 
jours trop tard. Cela s'applique galement au froment 
et au siligo , qui deviennent plus beaux dans l'aire et le 
grenier; mais pour le far, comme il n'est pas facile 
battre , on le serre en pis , aprs en avoir spar le 
chaume et les artes. 

Dans plusieurs pays , la paille remplace le foin. La 
meilleure est celle qui est lgre, mince et presque pul- 
vrulente. La plus estime est celle du millet, et ensuite 
celle de l'orge ; la moins bonne est celle du froment, 
except pour les btes de fatigue. Dans les endroits 
pierreux, on brise le chaume avec des btons, pour 
servir de litire au btail. Si la paille manque, on bat 



56 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

maliiim. Si palea defecit, et culmus teritur. Ratio haec : 
matiyius desectus, muria diu respersus , dehinc sicca- 
tus in manipulos convolvitur, atque ita pro feno bubus 
datur. Sunt qui accendant in arvo et stipulas, magno 
Virgilii praeconio. Summa autem ejus ratio, ut herba- 
rum semen exurant. Ritus diversitatem magnitudo facit 
messium , et caritas operariorum. 



De frumento servando. 

LXXIII. Connexa est ratio frumenti servandi. .Hoi- 
re operose tripedali crassitudine , pariete lateritio , ex- 
aedificari jubent aliqui. Praeterea superne impleri , ne 
adflatus admittere, aut fenestras habere ullas. Alii ab 
exortu tantum stivo, aut septentrione, eaque'sine calce 
eonstrui , quoniam sit frumento inimicissima : nani qiue 
de amurca praeceperint , indicavimus. Alibi contra sus- 
pendunt granaria lignea columnis , et perflari undique 
malunt , atque etiam a fundo. Alii omnino pendente 
tabulato extenuari granum arbitrantur : et si tegulis 
subjaceat, confervescere. Multi ventilari quoque vtant : 
curculionem enim non descendere infra quatuor digitos, 
nec amplius periclitari. Columella et Favonium ventuni 
conferre frumento praecipit : quod miror equidem , sie- 
eissimum alioqui. Sunt qui rubeta rana in liinine lioriei 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. 57 

le chaume. Voici comment se pratique l'oprai ion : on 
coupe de bonne heure le chaume , on l'arrose long- 
temps de saumure, et, aprs l'avoir fait scher, on le 
met en bottes , que l'on donne aux bufs en guise de 
foin. Il y en a qui brlent le chaume dans le champ 
mme; Virgile recommande beaucoup cet usage, dont 
l'objet principal est de dtruire par le feu les semences 
des mauvaises herbes. La diffrence dans la manire de 
moissonner tient la grande tendue des terres bl, 
et la raret des moissonneurs. 

De la conservation du bl. 

LXXIII. Nous passons naturellement la manire 
de conserver le bl. Des auteurs veulent que les murailles 
des greniers aient trois pieds d'paisseur, et soient con- 
struites en briques; qu'en outre les greniers n'aient ni 
fentres ni ouvertures qui donnent passage l'air, et 
qu'on y jette le bl par en haut. D'autres veulent qu'il 
n'y ait d'ouvertures que du ct du levant d't ou du 
septentrion , et que les greniers soient construits sans 
chaux , parce qu'elle est fort contraire au bl. Nous 
avons rapport ailleurs les avis qu'ils donnent sur l'emploi 
de la lie d'huile. En certains endroits les greniers sont en 
bois , et soutenus en l'air sur des piliers , de manire 
recevoir le vent de tous cots , mme par dessous ; en 
d'autres endroits on pense que le bl, mis sur un plan- 
cher ainsi suspendu dans l'air, diminue de grosseur, et 
que, plac au grenier sous les tuiles, il s'chauffe. Bien 
des gens ne veulent pas qu'on remue les. bls , car ils 
prtendent que le charanon ne pntre jamais plus.de 
quatre doigts dans le las, et qu'ainsi tout ce qui est au 



58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

pede e longioribus suspensa , invehere jubeant. Nobis 
referre plurimum tempestivitas condendi videbitur. Nam 
si parum tostum atque robustum collectum sit , aut ca- 
lidum conditum , inimica innasci necesse est. 



Diuturnitatis causa? plures. Aut in ipsius grani corio, 
quum est numerosius, ut milio : aut succi pinguedine, qui 
pro humore suffcit tantum, ut sesamse : aut amaritudine, 
ut lupino et cicerculae. In tritico maxime nascuntur 
animalia , quoniam spissitate sua concalescit, et furfure 
crasso vestitur. Tenuior hordeo palea , exilis et legu- 
mini : ideo non gnrant. Faba crassioribus tunicis ope- 
ritur , ob hoc effervescit. Quidam ipsum triticum diu- 
turnitatis gratia adspergunt amurca, mille modios qua- 
drantali. Alii Chalcidica aut Carica creta , aut etiam 
absinthio. Est et Olynthi , ac Cerinthi Eub terra , 
quae corrumpi non sinat. Nec fere condita in spica lae- 
duntur. 



Utilissime tamen servantur in scrobibus , quos si- 
ros vocant, ut in Cappadocia, et in Thracia. In His- 
pania et Africa, ante omnia ut sicco solo fiant, curant: 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 5 9 

dessous n'a rien craindre. Suivant Columelle , le vent 
d'ouest est bon pour les bls, et c'est ce qui m'tonne, 
quoique ce vent d'ailleurs soit trs -sec. Des auteurs 
prescrivent de suspendre une grenouille rubte par une 
patte de derrire l'entre du grenier. Pour moi, je 
pense que le meilleur moyen de conserver le bl est de 
le serrer en temps convenable; car si on le ramasse avant 
qu'il soit suffisamment recuit par le soleil , ou avant qu'il 
soit assez ferme, ou lorsqu'il est chaud , il s'y engendrera 
ncessairement des insectes nuisibles. 

Diverses causes contribuent conserver long-temps 
les grains. Ou la graine est enveloppe de plusieurs tuni- 
ques, comme dans le millet; ou le suc del graine mme 
est gras, onctueux , et la tient suffisamment humecte, 
comme dans le ssame ; ou enfin elle est garantie par 
son amertume naturelle , comme le lupin et le ci- 
cercula. C'est surtout dans le froment qu'il s'engendre 
des insectes ; car, tant plus gros que les autres bls, il 
s'chauffe facilement ; d'ailleurs son corce est aussi plus 
paisse. Celle de l'orge est mince, comme aussi celle des 
lgumes : voil pourquoi ils ne sont pas attaqus des 
insectes. La fve est revtue d'paisses tuniques ; aussi 
s'chauffe-t-elle facilement. Quelques-uns, pour conserver 
le froment , jettent, sur mille boisseaux de ce bl, une 
amphore de lie d'huile ; d'autres le saupoudrent de craie 
de Chalcis ou de Carie, et mme d'absinthe. On trouve 
Olynthe , et Crinthe dans l'le d'Eube , une terre 
qui empche les grains de se gter. Serrs en pis , ils 
ne sont presque jamais attaqus. 

Le moyen le plus sr de les conserver , c'est de les 
mettre dans des fosses appeles sires (siros), comme on fait 
en hrace et en Cappadoce. En Espagne et en Afrique, on 



6o C. PLINI1 HIST. NAT. LIB. XVIII. 

mox ut palea substernatur. Praeterea cum spica sua 
conduntur. Ita frumenta si nullus spiritus penetret , 
certum est nihil maleficum nasci. Varro auctor est, sic 
conditum triticum durare annis quinquaginta , milium 
vero centum. Fabam et legumina in oleariis cadis oblita 
cinere,longo tempore servari. Idem fabam a Pyrrhi rgis 
aetate, in quodam specu Ambraciae usque ad piraticum 

Pompeii Magui bellum durasse , annis cireiter centum 
viginti. 



Ciceri tantum null bestiolae in horreis innascun- 
tur. Sunt qui urceis ciner substratis , et illitis ace- 
tum habentibus, leguminum acervos superingerant, ita 
non nasci maleficia credentes. Alii qui in salsamentariis 
cadis gypso illinant : alii qui lentem aceto laserpitiato 
respergant , siccatamque oleo inungant. Scd brevissima 
observatio , quod vitiis carere velis , interlunio lgre. 
Quare plurimum refert, condere quis malit, an vendere. 
Crescente enim lima frumenta grandescunt. 






HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. fit 

choisit pour ces fosses un terrain parfaitement sec ; on 
met de la paille sous le bl, et, de plus, on le serre en 
pis : de cette manire on est assur, pourvu que l'air 
ne trouve aucun passage , que le grain n'aura rien 
craindre des insectes malfaisans. Varron prtend que par 
cette mthode le froment se garde cinquante ans , et le 
millet un sicle entier; que les fves et les autres lgu- 
mineuses se conservent fort long-temps , si on les met 
dans des tonneaux o il y a eu de l'huile , et qu'on les 
saupoudre de cendre. Le mme auteur rapporte que , 
dans une certaine grotte prs d'A.mbracie, un amas de 
fves s'tait conserv depuis le temps du roi Pyrrhus 
jusqu' la guerre des pirates par Pompe , c'est--dire 
environ cent vingt ans. 

Le pois chiche seul n'a pas redouter dans les gre- 
niers l'attaque des insectes. Quelques-uns emploient de 
grands vases de terre qui contiennent encore du vi- 
naigre ; ils les frottent avec de la cendre, et, aprs 
les avoir placs sur un lit de mme matire, ils rangent 
par-dessus les lgumineuses en monceaux , pensant 
qu'il ne s'y engendrera aucun insecte nuisible. D'autres 
les enferment dans des barils o l'on a tenu du pois- 
son sal , et les enduisent de pltre. D'autres arro- 
sent les lentilles de vinaigre aromatis avec du laser, 
et , aprs les avoir fait scher , les enduisent d'une 
couche d'huile. Un moyen plus expditif pour avoir des 
grains exempts de corruption, c'est de les rcolter quand 
la lune est en conjonction : aussi est-il trs-important 
de savoir si l'on rcolte pour vendre ou pour garder; 
car les bls grossissent dans le croissant de la lune. 



6a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

De vindemia, et autumni operibus. 

LXXIV. 3 1 . Sequitur ex. divisione temporum autum- 
nus a Fidiculae occasu ad aequinoctium , ac deinde Ver- 
giliarum occasum , initiumque hiemis. In his intervallis 
significant , pridie idus augusti Atticae Equus oriens 
vesperi : iEgypto et Caesari Delphi nus occidens. xi ka- 
lendas septembris Caesari et Assyriae, Stella quaeVinde- 
mitor appellatur , exoriri mane incipit , vindemiae ma- 
turitatem promittens. Ejus argumenturn erunt acini 
colore mutati. Assyriae v kalendas et Sagitta occidit, et 
etesiae desinunt. Vindemitor iEgypto nonis exoritur. At- 
ticae Arcturus matutino , et Sagitta occidit mane. Quinto 
idus septembris, Caesari Capella oritur vesperi. Arctu- 
rus vero mdius pridie idus, vehementissimo significatu 
terra marique per dies quinque. Ratio ejus haec tradi- 
tur : si Delphino occidente imbres fuerint, non futuros 
per Arcturum. Signum orientis ejus sideris servetur ln- 
rundinum abitus : namque deprehensae intereunt. Sexto- 
decimo kalendas octobris , vEgypto Spica , quam tenet 
Virgo, exoritur matutino, etesiaeque desinunt. Hoc idem 
Caesari xiv kalendas , xin Assyriae signihcant : et xi ka- 
lendas Caesari commissura Piscium occidens , ipsumque 
aequinoctii sidus vm kalendas octobris. Deinde consen- 
tiunt (quod est rarum) Philippus, Calippus, Dositheus, 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 63 

De la vendange et des travaux d'automne. 

LXXIV. 3i. Pour suivre notre division de l'anne, 
nous devons dire que l'automne commence au coucher 
de la Lyre, comprend l'quinoxe de septembre, et s'tend 
jusqu'au coucher des Pliades, poque du commencement 
de l'hiver. Dans cet espace de temps, la constellation du 
Cheval se lve le soir, pour l'Attique, la veille des ides 
d'aot; le mme jour, selon Csar, le Dauphin se couche 
pour l'Egypte : cette poque donne lieu des pronos- 
tics fcheux. Le 1 1 avant les kalendes de septembre , 
l'toile appele le Vendangeur se lve le matin en Italie 
et en Assyrie ; elle annonce la prochaine maturit du 
raisin , qui se reconnat au changement de couleur. 
Le 5 , la Flche se couche pour l'Assyrie , et les vents 
tsiens cessent de souffler. Aux nones de septembre , le 
Vendangeur se lve pour l'Egypte, l'Arcture se lve le 
matin pour l'Attique , et le matin aussi la Flche se 
couche. Le 5 avant les ides , la Chvre se lve le soir, 
selon Csar. La veille des ides , l'Arcture se montre 
moiti , et cette dangereuse constellation annonce le 
mauvais temps pour cinq jours sur terre et sur mer. 
S'il a plu au coucher du Dauphin , il ne pleuvra point 
au lever de l'Arcture. Un signe qui fait connatre la pro- 
chaine apparition de l'Arcture , c'est le dpart des hi- 
rondelles ; s'il les surprend, elles prissent. Le 16 avant 
les kalendes d'octobre , l'pi de la Vierge se lve le 
matin en Egypte, et les vents tsiens cessent de souffler. 
Selon le calendrier de Csar, il ne se lve pour l'Italie que 
le 1 4, et le i3 pour l'Assyrie. Le 1 1 avant les kalendes, 
suivant les mmes calculs, le nud du signe des Poissons 



64 C. PLINTI HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Parmeniscus , Conon , Criton , Democritus , Eudoxus , 
iv kalendas octobris Capellam matutino exoriri, et ii[ ka- 
lenclas Hdos. Sexto nonas octobris Atticae Corona exo- 
ritur mane. Asiae et Caesari v kalendasHeniochus occidit 
matutino. Tertio kalendas Caesari Corona exoriri incipit. 
et postridie occidunt Hdi vesperi. vm Idus octobris 
Caesari fulgens in Corona Stella oritur. Et ni idus Ver- 
giliae vesperi. Idibus Corona tota. Sexto kalendas no- 
vembris Suculae vesperi exoriuntur. Pridie kalendas Cae- 
sari Arcturus occidit : et Suculae exoriuntur cum sole. 
Quarto nonas Arcturus occidit vesperi. Quinto idus no- 
vembris gladius Orionis occidere incipit. Dein m idus 
Vergili occidunt. 



In his temporum intervallis opra rustica, napos, ra- 
phanos serere , quibus diebus diximus. Vulgus agreste 
et rpa post ciconiae discessum maie seri putat. Nos om- 
nino post Vulcanalia, et prcocia cum panico. A Fidi- 
culae autem occasu viciam, faseolos , pabulum : boc si- 
lente luna seri jubent. Et frondis praeparandae tempus 
boc est. Unus frondalor quatuor frondarias fiscinas com- 
plere iti die justum babet. Si decrescente luna praepa- 
relur, non putrescit : aridam colligi non oportet. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 65 

disparat, et le 8 est le jour de l'quinoxe. Quoique les 
astronomes s'accordent rarement, Philippe, Callippe , 
Dosithe , Parmnisque , Conon , Criton, Dmocrite , 
Eudoxe, conviennent que la Chvre se lve le 4 avant 
les kalendes d'octobre au matin , et les Chevreaux le 3. 
Le 6 avant les nones du mme mois , la Couronne pa- 
rat le matin dans l'Attique. Le 5 avant les kalendes , 
le Cocher se couche le matin pour l'Italie , et pour 
l'Asie. Le 3, la Couronne commence se montrer, et le 
lendemain les Chevreaux disparaissent le soir. Le 8 avant 
les ides d'octobre , selon les calculs du mme Csar , 
l'toile brillante de la Couronne se lve en Italie; le 3, 
les Pliades se lvent le soir; le jour des ides, la Cou- 
ronne se montre tout entire. Le 6 avant les kalendes 
de novembre, les Hyades se lvent le soir; la veille des 
kalendes, l'Arclure se couche, et les Hyades se lvent 
avec le soleil. Le L\ avant les nones , l'Arcture disparat 
le soir; le 5 avant les ides de novembre, l'pe d'Orion 
commence n'tre plus visible ; le 3 , les Pliades se 
couchent. 

Voici l'ordre des travaux de la campagne dans cette 
saison. On smera les navets et les raiforts aux jours 
dj indiqus. Les paysans croient qu'il n'est pas bon 
de semer des raves aprs le dpart des cigognes. Pour 
nous, nous sommes d'avis qu'on doit les semer aprs les 
ftes de Vulcain , et les raves prcoces en mme temps 
que le panis. Aprs le coucher de la Lyre , on smera 
les vesces , les fasoles et la drage ; cette dernire , 
lorsque la lune sera en conjonction. C'est encore le 
moment de ramasser les feuilles ; un homme peut , dans 
un jour, en cueillir assez pour remplir quatre cor- 
beilles. Si la feuille est prise dans le dclin de la lune , 
xii. 5 



66 C. PLIN1I HIS. NAT. LIB. XVII! . 

Vindemiam antiqui numquam existimavere maturam 
ante aequinoctium : jam passim rapi cerno. Quamobrem 
et hujus tempora notis argumentisque signentur. Leges 
ita se habent : Uvam calidam ne legito, hoc est , in 
ejus siccitate , ac nisi imber intervenerit. Hanc ne legito 
rorulentam, hoc est, si ros nocturnus fuerit , nec prius, 
quam sole discutiatur. Vindemiare incipito, quum ad 
palmitem pampinus procumbere cperit , aut quum 
exempto acino ex densitate intervallum non complet! 
apparuerit, acinum non augeri. Acinos plurimos fert , 
si contingat crescente luna vindemiare. Pressura una 
culeos xx implere dbet. Hic est pes justus. Ad totidem 
culeos et lacus, xx jugeribus unum sufficit torculum. 
Premunt aliqui singulis , utilius binis , licet magna sit 
vastitas singulis. Longitudo in his refert , non crassi- 
tudo : spatiosa melius premunt. Antiqui funibus, vit- 
tisque loreis ea detrahebant, et vectibus. Intra centum 
annos inventa Graecanica , mali rugis per cochleas bul- 
lantibus , palis adfixa arbori Stella , a palis arcas lapi- 
dum attollente secum arbore : quod maxime probatur. 
Intra viginti duos hos annos inventum , parvis prelis , 
et minori torculari, aedificio breviore, et malo in medio 
decreto , tympana imposita vinaceis superne toto pon- 
dre urgere, et super prela construere congeriem. 



HISTOIRE NATURFXLE, LIV? XVIII. 67 

elle ne pourrit pas ; mais elle doit tre cueillie avant 
d'tre sche. 

Les anciens croyaient que les raisins n'taient jamais 
mrs avant l'quinoxe ; mais je vois qu'en beaucoup 
d'endroits aujourd'hui on est plus press de faire les 
vendanges; aussi dois je en fixer l'poque d'une manire 
claire et prcise. Voici les rgles suivre. Ne cueillez 
point le raisin quand il est chaud, c'est--dire sec, mais 
attendez qu'il ait plu ; ne le cueillez pas lorsqu'il est 
charg de la rose de la nuit, mais attendez qu'elle ait 
t dissipe par Te soleil. Commencez vendanger quand 
vous verrez les pampres s'incliner vers le cep ; ou lors- 
qu'ayant t un grain d'une grappe fort serre, vous ver- 
rez qu'il ne grossit point, et que la place qu'il occupait 
ne se remplit pas Les grappes porteront plus de grains 
si l'on vendange dans le croissant de la lune. Un seul 
pressurage doit donner vingt culeus de vin, c'est la juste 
mesure ; ainsi , raison de ce nombre de culeus et d'au- 
tant de cuves, un seul pressoir suffit pour vingt arpens 
de vignes. Quelques-uns ne mettent qu'un seul arbre au 
pressoir ; mais il vaut mieux eu avoir deux , quoique 
chacun de ces instrumens soit fort grand. On considre 
ici la longueur et non l'paisseur, car les plus longs sont 
ceux qui pressent le mieux. Les anciens serraient leurs 
pressoirs avec des cordes , des bandes de cuir et des le- 
viers. Depuis cent ans on a invent les pressoirs la 
grecque , dont l'arbre est vis ; cet arbre est attache 
la machine appele l'toile, et qui soutient des quartiers 
de pierre que l'arbre lve mesure qu'il s'lve lui-mme. 
Ces, sortes de pressoirs sont les plus estims. Il y a 
vingt-deux ans qu'on a imagin d'en construire de petits 
qui tiennent bien moins de place, et dont la vis est au 

5. 



68 C. PJNII HST. NAT. UB. XVIII 



Hoc et poma colligendi tempus, et observatio , quum 
aliquod maturitate , non tempestate , dcident : hoc et 
faeces exprimendi : hoc et defrutum coquendi silente luna 
noctu : aut si interdiu , plena : ceteris diebus aut ante 
exortum luna? , aut post occasum. Nec de novella vite, 
aut palustri, nec nisi e matura uva , nec nisi foliis de- 
spumandurn : quia si ligno contingatur vas, adustum ac 
fumosum fieri putant. Justum vindemiae tempus ab 
aequinoctio ad Vergiliarum occasum dies xliv. Ab eodem 
die oraculum occurrit , frigidum picari pro nihiloducen- 
tium. Sed jam et kalendis januarii , defectu vasorum , 
vindemiantes vidi , piscinisque musta condi , aut vina 
efFundi priora , ut dubia reciperentur. Hoc tam saepe 
proventu nimio evenit , quam saevitia insidiantium ca- 
ritati civili. Sed aequi patris familias modus est, aniiona 
cujusque anni uti. Id perque etiam lucrosissimum. 




Reliqua de vinis affatim dicta sunt. Item vindemia 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. 69 

milieu. On met sur le raisin que l'on veut pressurer une 
sorte de tambour que l'on surcharge le plus qu'il est 
possible, en y entassant des pierres. 

C'est aussi dans cette saison qu'il faut cueillir les 
fruits; on connatra le moment convenable quand on 
en verra quelques-uns qui seront tombs de maturit , 
sans que le vent les ait abattus. C'est encore le moment 
d'exprimer la lie de vin et de faire le raisin. On devra 
le faire cuire pendant la nuit si la lune est en conjonc- 
tion , et pendant le jour si elle est pleine; toute autre 
poque , l'opration n'aura lieu qu'avant le lever de la 
lune , ou aprs son coucher. Le raisin ne devra pas 
tre pris d'une vigne nouvelle ou marcageuse , mais 
il faudra qu'il soit bien mr. On n'cumera le raisin 
qu'avec un rameau de feuilles , car si l'on y touchait 
avec un instrument de bois, il sentirait, dit-on, le brl 
ou la fume. Le vritable temps des vendanges dure 
depuis l'quinoxe jusqu'au coucher des Pliades, c'est- 
-dire quarante-quatre jours. Une maxime des vigne- 
rons, c'est que, pass cette poque, il serait inutile de 
poisser les tonneaux cause du froid. J'ai vu cependant 
des gens ne vendanger qu'au commencement de janvier ; 
faute de vaisseaux , mettre le vin dans de simples r- 
servoirs , ou rpandre le vin vieux des tonneaux pour 
faire place des vins d'une qualit douteuse. Ces in- 
convniens sont aussi bien la suite d'une rcolte trop 
abondante , que le rsultat d'une avarice impitoyable 
qui spcule sur la chert publique ; mais un honnte 
pre de famille borne ses dsirs et se contente du pro- 
duit de l'anne , et certes le gain n'est pas moins con- 
sidrable. 

Nous avons parl avec assez de dtails de ce qui con- 



7 o C. PLINII HLST. NAT. LIB. XVIII. 

lac ta olivam esse rapiendain, et quae ad oleum pertinent, 

quaeque ad Vergiliarum oceasum agi debent. 



Lunaris ratio. 

LXXV. 3a. His, quae sunt necessaria adjicientur de 
luna , ventisque , et praesagiis, ut sit tota sideralis ratio 
perfecta. Namque Virgilius etiam in numros lunac 
digerenda quaedam putavit, Democriti secutus ostenta- 
tionem. Nos legum utilitas, quae in toto opre, in hac 
quoque movet parte. 

Omnia quae caeduntur, carpuntur, conduntur, inno- 
centius decrescente luna , quam crescente funt. Ster- 
cus , nisi decrescente luna , ne tangito. Maxime inter- 
menstruadimidiaquestercorato. Verres, juvencos,arietes, 
hdos , decrescente luna castrato. Ova luna nova sup- 
ponito. Scrobes luna plena noctu facito. Arborum ra- 
dies luna plena operito. Humidis locis interlunio serito, 
et circa interlunium quatriduo. Ventilari quoque fru- 
menta ac legumina , et condi circa extremam lunain 
jubent: seminaria, quum luna supra terrain sit, fieri : 
calcari musta , quum luna sub terra : item niaterias 
caedi , quaeque alia suis locis diximus. Neque facilior est 
observatio ac jam dicta a nobis secundo volumine: sed 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. 71 

cerne les vins , et fait observer qu'immdiatement aprs 
la vendange il faut hter la rcolte des olives* Nous 
avons pareillement trait des huiles , et de tout ce qu'il 
faut faire jusqu'au coucher des Pliades. 

Thorie des lunaisons. 

LXXV. 32. Nous allons maintenant ajouter ici quel- 
ques observations ncessaires sur la lune , les venls et 
les prsages , pour complter nos remarques astrono- 
miques. Virgile mme , se conformant aux principes de 
Dmocrite , a cru que, pour certaines oprations agri- 
coles , il fallait faire uue distinction entre les diffrens 
jours de la lune; pour nous, nous ne voulons consigner 
ici, comme dans tout le reste de cet ouvrage , que des 
prceptes d'une utilit relle. 

S'il s'agit de tailler ou de couper, de cueillir et de 
serrer , ces oprations s'excutent mieux dans le dclin 
de la lune que dans le croissant. Ne touchez au fumier 
que dans le dclin. Pour fumer vos terres, choisissez 
surtout le moment o la lune est en conjonction ou 
dans son premier quartier. Chtrez les verrats, les tau- 
reaux, les bliers et les boucs dans le dclin. Mettez les 
ufs couver quand la lune est nouvelle. Creusez les 
fosss la nuit, quand elle est dans son plein. Rechaussez 
les arbres dans la pleine-lune. Semez dans les lieux hu- 
mides lorsqu'elle est en conjonction , ou bien le qua- 
trime jour soit avant, soit aprs. On recommande de 
vanner les bls ou les lgumineuses, et de les serrer sur 
la fin de la lune ; de faire les ppinires lorsqu'elle est 
sur l'horizon , et de fouler les raisins lorsqu'elle est au 
dessous , comme aussi de couper les bois et d'excuter 



7 a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

quod intelligere vel rustici possint, quoties ab occidente 
sole cernetur, prioribusque noctis horis lucebit , cres- 
cens erit, et oculis dimidiata judicabitur : quum vero 
occidente sole orietur ex adverso , ita ut pariter aspi- 
ciantur , tum erit plenilunium. Quoties ab ortu solis 
orietur, prioribusque noctis horis detrahet lumen, et in 
diurnas extendet, decrescens erit, iterumque dimidia. 
In coitu vero (quod interlunium vocant) quum apparere 
desierit. Supra terras autem erit, quamdiu et sol, inter- 
lunio, et prima tota die : secunda , horae unius dextante 
sicilico : ac deinde tertia usque ad quintamdecimam , 
multiplicatis horarum iisdem portionibus : quintade- 
cima tota supra terras noctu erit , eademque sub terris 
tota die. Sextadecirna ad primae horae nocturnae dex- 
tantem sicilicum sub terra aget , easdemque portiones 
horarum per singulos dies adjiciet usque ad interlu- 
nium. Et quantum primis partibus noctis detraxerit , 
quod sub terris agat, tantumdem novissimis ex die ad- 
jiciet supra terram. Alternis autem mensibus xxx im- 
plebit numros , alternis vero detrahet singulos. Haec 
erit ratio lunaris. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. 7 3 

les autres travaux que nous avons dj indiqus. Le 
cours de cet astre n'est pas facile observer; d'ailleurs, 
nous en avons trait dans le deuxime livre. Mais voici 
quelques remarques la porte mme des simples vil- 
lageois. Quand on voit la lune du ct du soleil cou- 
chant , et qu'elle claire pendant les premires heures 
de la nuit, c'est alors son croissant, et on voit la moiti 
de son disque. Quand elle se lve en mme temps que 
le soleil se couche, et qu'elle est en opposition avec lui, 
de sorte que l'on voit la fois les deux astres , c'est 
alors la pleine-lune. Quand elle se lve du ct de l'o- 
rient, qu'elle n'claire que pendant les dernires heures 
de la nuit, et se montre une partie du jour, c'est son 
dclin , pendant lequel elle ne laisse voir que la moiti 
de son disque. Lorsqu'elle cesse tout--fait de se mon- 
trer, c'est la conjonction ou l'interlune. Pendant ce temps 
et tout le premier jour , elle reste sur l'horizon autant 
que le soleil. Le deuxime jour elle y demeure dix 
douzimes et un quart de la premire heure de la nuit. 
Le troisime jour, elle y reste un temps double, et 
ainsi, dans la mme proportion, jusqu'au quinzime 
jour ; alors elle est toute la nuit sur l'horizon , et pen- 
dant tout le jour au dessous. Le seizime jour elle ne 
se lve qu'au bout de dix douzimes et un quart de la 
premire heure de la nuit, et chaque jour elle retarde 
son lever dans la mme proportion, jusqu' la con- 
jonction. Ainsi , autant d'heures de la nuit elle rcsle 
sous l'horizon sans clairer, autant d'heures du jour 
suivant elle parat sur l'horizon aprs avoir clair le 
reste de la nuit. Au surplus , de deux mois l'un , son 
cours est alternativement de vingt-neuf et de trente jours. 
Telle est la thorie des lunaisons. 



74 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Ventorum ratio. 

LXXVI. 33. Ventorum paulo scrupulosior.Observato 
solis ortu quocumque libeat die , stantibus hora diei 
sexta , sic ut ortum eum a sinistro humero habeant , 
contra mediam faciem meridies, a vertic septentrio erit. 
Qui ita limes per agrum currit, cardo appellatur. Cir- 
cumagi deinde melius est , ut umbram suam quisque 
cernt : alioqui post hominem erit. Ergo permutatis la- 
teribus, ut ortus illius diei a dextro humero fit , oc- 
casus a sinistro , tune erit hora sexta , quum minima 
umbra contra mdium fiet hominem. Per hujus mediam 
longitudinem duci sarculo sulcum : vel cinerc lineam . 
verbi gratia, pedum viginti conveniet : mediamque men- 
suram, hoc est, in decimo pede, circumscribi circulo 
parvo, qui vocetur umbilicus. Quae pars fuerit a vertice 
umbrae, haec erit ventus septentrionalis. Illo tibi, puta- 
tor, arborum plagae ne spectent, neve arbusta vineaeve, 
uisi in Africa, Cyrenis, iEgypto. Illinc fiante ne arato, 
quaeque alia prsecipimus. Quae pars lineae fuerit a pedi- 
bus umbrae, meridiem spectans, haec ventum Austrum 
dabit, quem aGraecis Notum diximus vocari. Illinc flatu 
veniente, materiam vineamque, agricola, ne tractes. Hu- 
midus aut aestuosus Italiae est. Africae quidem incendia 
eu m serenftate adfert. In hune Italiae palmites spectent, 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 75 

I 
Des vents , relativement l'agriculture. 

LXXVJ. 33. La connaissance des vents offre un peu 
plus de difficult. Aprs avoir observ l'endroit o le 
soleil se lve , il faut vers la sixime heure ( midi ) , 
n'importe quel jour, se placer de manire que le le- 
vant soit gauche , alors on aura en face le midi , et 
dos le septentrion. Le sentier qui traverse un champ 
dans cette direction s'appelle cardinal. L'observateur 
fera bien ensuite de se retourner pour voir son ombre, 
autrement elle demeurerait derrire lui. Dans cette po- 
sition, inverse de la premire, il aura le levant droite, 
le couchant gauche , et il reconnatra prcisment la 
sixime heure ( ou l'heure de midi ) lorsqu'il aura di- 
rectement devant lui l'ombre la plus courte. Alors, avec 
un sarcloir ou avec de la cendre, il faut tracer une ligne 
qui passe par le milieu de la longueur de l'ombre, et qui 
ait , par exemple , vingt pieds de long ; au milieu de 
cette mesure, c'est--dire au dixime pied, on tracera un 
petit cercle que l'on appelle centre (ombilic). La portion 
de ligne qui sera du ct de la tte de l'ombre indiquera 
le vent du nord. Ceux qui taillent les arbres auront soin 
que les coupures ne regardent point de ce ct, ni les 
arbres qu'on mari.e la vigne, ni les vignes elles-mmes, 
except en Afrique , en Egypte et dans la Cyrnaque. 
Quand ce vent souffle, on ne doit ni labourer la terre, 
ni vaquer aux travaux dont nous allons parler. La por- 
tion de ligne qui termine l'ombre aux pieds de l'obser- 
vateur, et qui se dirige vers le midi, marquera le vent 
du sud , ou X Auster , que les Grecs appellent Notas. 
Lorsque ce vent souffle , il ne faut ni tailler la vigne 



76 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

sed non plagae arborum vitiumve. Hune oliveti metator 
Vergiliarum quatriduo , hune caveat insitor calamis , 

gemmisque inoculator. De ipsa regionis ejus hora prae- 
monuisse conveniet. Frondem mdia die, arborator, ne 
caedito. Quum meridiem adesse senties , pastor , aestate 
contrahente se umbra, pecudem a sole in opaca cogito. 
Quum asstate pasces, in occidentem specta ante meri- 
diem, post meridiem in orient em : aliter noxium, sicut 
hieme et vere, si in rorulentum duceres. Ne contra sep- 
tentrionem paverissupradictum. Clodunt ita, lippiuntve 
ab adflatu, et alvo cita pereunt. Qui feminas concipi 
voles, in hune ventum spectantes iniri cogito. 



Limitatio agrorum. 

LXXVII. 3/4- Diximus ut in mdia linea designare- 
tur umbilicus. Per hune mdium transversa currat alia. 
Haec erit ab exortu aequinoctiali ad occasum aequinoctia- 
lem : et limes qui ita secabit agrura, decumanus voca- 
bitur. Ducantur deinde aliae du lineae in dusses obli- 
quae , ita ut a septentrionis dextra laevaque ad Austri 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 77 

ni couper les bois. En Italie, ce vent est chaud ou hu- 
mide. En Afrique , il est sec , mais brlant. Il faudra en 
Italie que les ceps regardent de ce ct , mais non les 
coupures qu'on fait aux arbres ou la vigne en les 
taillant. En plantant des oliviers , on devra se mettre 
contre ce vent durant les quatre jours du lever des 
Pliades, et aussi en greffant en cusson ou en fente. Il 
est propos d'avertir, par rapport cette mme con- 
tre , de ne point couper de feuilles au milieu du jour. 
En t, lorsqu'un berger verra que l'ombre devient 
fort courte et que l'heure de midi approche , il mnera 
son troupeau dans un endroit couvert et l'abri du so- 
leil; en t , il fera patre le btail du ct du couchant, 
avant midi ; et aprs midi , du ct du levant , autre- 
ment il se trouverait aussi mal que si on le menait en 
hiver ou au printemps dans un pturage charg de rose. 
On ne fera point patre les bestiaux contre le vent du 
nord ; il leur fait tenir les yeux ferms , leur cause la 
chassie, et mme un flux de ventre qui les fait prir. 
Cependant, si l'on veut avoir des femelles, il faut que 
les mres soient tournes du ct du nord pendant 
l'accouplement. 

Manire de tracer les rumbs des vents dans un champ. 

LXXVII. 34. Nous avons dit qu'au milieu de la 
ligne appele cardinale, il fallait tracer un petit cercle ou 
ombilic. Il faut maintenant tirer par le centre de ce 
cercle une ligne qui le coupe transversalement. Cette 
seconde ligne ira du levant quinoxial au couchant 
quinoxial. La route qui traverse un champ dans cette 
direction prend le nom de dcumane. On doit ensuite , 
dans ce mme cercle , tracer deux autres lignes obliques 



78 C PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

dextram laevamque descendant. Omnes per eumdem cur- 
rant umbilicum , omnes inter se pares sint , omnium 
intervalla paria. Quse ratio semel in quoque agro , in- 
eunda erit : vel si saepius libeat uti e ligno facienda , re- 
gulis paribus in tympanum exiguum , sed circinatum 
adactis. Ratione qua doceo, occurrendum ingeniis quo- 
que imperitorum est. Meridiem excuti placet , quoniam 
semper est idem : sol autem quotidie ex alio caeli rao- 
mento , quam pridie , oritur : ne quis forte ad exorlum 
capiendam putet lineam. 



Ita caeli exacta parte, quod fuerit lineae caput sep- 
tentrioni proximum a parte exortiva solstitialem habe- 
bit exortum, hoc est, longissimi diei, ventumque Aqui- 
lonem , Boream Graecis dictum. In hune ponito arbores 
vitesque. Sed hoc fiante ne arato : frugem ne serito : 
semen ne jacito. Praestringit enim atque percellit hic 
radies arborum , quas positurus adferes. Praedoctus 
esto : alia robustis prosunt , alia infantibus. Nec sum 
oblitus, in hac parte ventum Graecis poni , quem Cae- 
ciam vocant. Sed idem Aristoteles , vir immensae subti- 
litatis , qui id ipsum fecit, rationem convexitatis mundi 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 79 

en sautoir, de manire que l'une s'tende du ct droit 
du septentrion au ct gauche du midi , et l'autre du 
ct droit du midi au ct gauche du septentrion. 
Toutes ces lignes doivent passer par le centre du pe- 
tit cercle , tre d'gale grandeur , et galement loi- 
gnes l'une de l'autre. Il faudra, au moins une fois dans 
chaque champ, marquer de la sorte la direction des 
vents. Pour la reconnatre volont , on n'aura qu' 
tracer sur un rond de bois quatre lignes qui se croi- 
sent au centre, d'gale longueur, et pareille distance 
l'une de l'autre. Mais, en donnant cette mthode, je 
dois prmunir les gens simples et ignorans contre une 
erreur o ils pourraient tomber. Je les laisserai bien 
tracer la ligne du midi , car le midi ne change jamais ; 
mais je les avertirai que le soleil ne se lve jamais deux 
jours de suite dans le mme endroit du ciel. Ainsi , en 
tirant les lignes , on ne doit tenir aucun compte de 
l'ombre qui vient du levant. 

Aprs avoir partag de la sorte les rgions du ciel , 
on trouvera que la tte de la ligne qui avoisine le sep- 
tentrion du ct du levant marque l'orient d't, c'est- 
-dire l'endroit o le soleil se lve au plus long jour de 
l'anne ; et la direction de l'aquilon que les Grecs ap- 
pellent Bore. Placez du ct de ce vent les arbres el 
les vignes ; mais, pendant qu'il souffle , gardez-vous de 
labourer la terre, de semer aucune espce de grain, 
de replanter mme , car il dessche et tue les racines 
des plantes pendant le transport. Soyez averti d'avance 
que parmi les vents il en est qui font du bien aux vieux 
arbres, et d'autres aux jeunes. Je n'ignore pas que les 
auteurs grecs placent aussi entre le septentrion et 1 o- 
rient le vent qu'ils appellent Ccias. Parmi eux on re- 



8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

reddit , qua contrarius Aquilo Africo flat. Nec tamen 
eum toto anno in praedictis timet agricola. Mollitur si- 
dre aestate mdia , mutatque nomen , etesias vocatur. 
Ergo quum frigidum senties , caveto : ac quacumque 
Aquilo prdicitur, tanto perniciosior septentrio est. In 
hune Asiae, Graeciae, Hispani, maritimae Italiae, Cam- 
paniae , Apuli arbusta vineaeque spectent. Qui mares 
concipi voles , in hune pascito , ut sic ineuntem iueat. 
Ex adverso Aquilonis ab occasu brumali Africus flabit, 
quem Graeci Liba vocant. In hune a coitu quum se pecus 
circumegerit , feminas conceptas esse scito. 



Tertia a septentrione linea , quam per latitudinem 
umbr duximus , et decumanam vocavimus , exortum 
habebit quinoctialem , ventumque subsolanum , Gra?- 
cis Apelioten dictum. In hune salubribus locis villae 
vineque spectent. Ipse leniter pluvius : tamen est sic- 
cior Favonius, ex adverso ejus ab quinoctiali occasu, 
Zephyrus Grascis nominatus. In hune spectare oliveta 
Cato jussit. Hic ver inchoat, aperitque terras tenui fri- 
gore saluber. Hic vites putandi, frugesque curandi, ar- 
bores serendi , poma inserendi , oleas tractandi jus dabit, 
adflatuque nutritium exercebit. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 8r 

marque Aristote, ce gnie si profond qui a expliqu, 
par la convexit du monde, pourquoi l'Aquilon soufflait 
dans une direction oppose l'Africus. Au reste, l'Aqui- 
lon n'est pas craindre toute l'anne pour le laboureur : 
au milieu de l't, sa temprature est adoucie par la 
Canicule ; alors il change de nom , et s'appelle vent 
tsien. Ainsi , quand vous sentirez qu'il est froid , vous 
devez vous en dfier. Ce que nous disons de l'Aquilon 
s'applique au vent du septentrion, qui est plus nuisible 
encore. En Asie , en Grce , en Espagne , sur les ctes 
de l'Italie, dans la Campanie et PApulie , les vignes et 
les arbres , auxquels on les marie , doivent tre exposs 
lWquilon. Si vous voulez avoir des animaux mles , 
il faut que l'talon ait la tte tourne contre ce vent en 
couvrant la femelle. L'Africus , en grec Libjs , souffle 
du couchant d'hiver dans un sens contraire l'Aquilon. 
Quand une femelle , aprs l'accouplement , se tourne 
du ct de ce vent, soyez sr qu'elle donnera des fe- 
melles. 

La troisime ligne partir du septentrion, qui coupe 
l'ombre dans sa largeur, et que nous avons appele 
dcumane, marquera l'orient quinoxial, et le vent ap- 
pel en latin Subsolanus , en grec Apeliotes. Dans les 
lieux o l'air est sain, les mtairies et les vignes doivent 
regarder de ce ct. Il amne des pluies lgres. Au con- 
traire, le vent Favonien, qui souffle du couchant qui- 
noxial, est sec : les Grecs l'appellent Zphyr. Caton 
recommande de placer de ce ct les oliviers. C'est le 
zphyr qui donne naissance au printemps et qui ouvre 
le sein de la terre : il est un peu froid , mais il est 
sain. C'est lui qui dcide du moment de tailler la vigne , 
de sarcler les bls, de planter et de greffer les arbres, de 
xit. 6 



8a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Quarta a septentrione linea , eadem Austro ab exor- 
tiva parte proxima , brumalem liabebit exortum , ven- 
tumque Vulturnum , Eurum Graecis dictum , sicciorem 
et ipsum , tepidioremque. In hune apiaria et vineae Ita- 
liae, Galliarumque, spectare debent. Ex adversoVulturni 
flabit Corus , ab occasu solstitiali et occidentali latere 
septentrionis , Graecis dictus Argestes , ex frigidissimis 
et ips^e , sicut omnes qui a septentrionis parte spirant. 
Hic et grandines infert, ca vendus et ipse, non secus ac 
septentrio. Vulturnus si a serena caeli parte cperit flare, 
non durabit in noctem : at Subsolanus in majorem par- 
tem noctis extenditur. Quisquis erit ventus , si fervidus 
sentietur, pluribus diebus permanebit. Aquilonem prae- 
nuntiat terra siccescens repente , Austrum humescens 
rore occulto. 

Prognostica : a sole. 

LXXVIII. 35. Etenim praedicta ventorum ratione, ne 
saepius eadem dicantur, transire convenit ad reliqua 
tempestatum praesagia, quoniam et hoc placuisse Vir- 
gilio magnopere video. Siquidem in ipsa messe saepe 
concurrere preelia ventorum damnosa imperitis refert. 
Tradunt eumdem Democritum metente fratre ejus Da- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 83 

s'occuper des oliviers : son premier souffle est le signal 
des travaux les plus actifs. 

La quatrime ligne , partir du septentrion , qui 
avoisine le midi du ct du levant , indiquera l'orient 
d'hiver , et le vent Vulturne , que les Grecs nomment 
Eurus. Ce vent est chaud et sec. Dans l'Italie et dans 
les Gaules , on doit choisir cette exposition pour les 
ruches et pour les vignes. Le Corus des Latins, ou 
XArgestes des Grecs , souffle en sens contraire , du 
ct du couchant d't , droite du septentrion. Il est 
trs-froid , de mme que tous les vents septentrionaux. 
Il amne des grles, et l'on doit autant s'en mfier que 
du vent du nord mme. Si le ciel est serein du ct 
o le Vulturne commence souffler, il cessera avant 
la nuit; mais le Subsolanus dure pendant la plus grande 
partie de la nuit. Au reste, tout vent, quel qu'il soit, 
qui amne de la chaleur, se soutient plusieurs jours 
de suite. Lorsque la terre se sche tout coup , c'est 
l'annonce du vent du nord ou de l'Aquilon ; lorsqu'elle 
devient humide sans cause apparente, c'est une marque 
qu'il soufflera un vent du sud. 

Pronostics tirs du solei. 

LXXVIII. 35. Aprs avoir indiqu les prsages tirs 
des vents, nous devons^ pour viter les rptitions inutiles, 
passer aux autres signes qui nous font connatre l'tat futur 
du temps. Virgile attache cette connaissance beaucoup 
d'importance, et il prend soin de nous avertir que, dans 
le temps mme de la moisson r les vents dchans se 
livrent entre eux des combats qui causent la ruine de 
ceux qui n'ont pas su les prvoir. On raconte que Da- 

6. 



84 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

maso ardentissimo stu orasse, ut reliqu segeti parce- 
ret , raperetque desecta sub tectum , paucis mox horis 
saevo iinbre vaticinatione adprobata. Quin immo et arun- 
dinem non nisi impendente pluvia seri jubent, et fruges 
insecuturo imbre. Quamobrem et haec breviter attinge- 
mus, scrutati maxime pertinentia. 



Primumque a sole capiemus praesagia. Purus oriens , 
atque non fervens, serentim diem nuntiat : at hibernam 
pallidus grandinem. Si et occidit pridie serenus, et ori- 
tur , tanto certior fides serenitatis. Concavus oriens 
pluvias praedicit : idem ventos , quum ante exorientem 
eum nubes rubescunt : quod si et nigrae rubentibus in- 
tervenerint, et pluvias. Quum orientis atque occidentis 
radii rubent , coire pluvias. Si circa occidentem rubes- 
cunt nubes , serenitatem futur diei spondent. Si in 
exortu spargentur partim adAustrum, partim ad Aqui- 
lonem, pura circa eum serenitas sit licet, pluviam ta- 
men ventosque significabunt. Si in ortu aut in occasu 
contracti cernentur radii , imbrem. Si in occasu ejus 
pluet, aut radii in se nubem trahent, asperam in proxi- 
mum diem tempestatem significabunt. Quum oriente 
radii non illustres eminebunt, quamvis circumdati nube 
non sint, pluviam portendent. Si ante exortum nubes 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 85 

mase , frre de Dmocrite , faisant couper ses bls pen- 
dant un temps fort chaud , le philosophe le pressa 
d'interrompre son travail , et de mettre promptement 
couvert ce qui tait dj coup , parce que , dans 
quelques heures, il allait tomber une pluie violente, 
et l'vnement justifia sa prdiction. On recommande 
mme de ne planter les roseaux et de ne semer les grains 
qu'un peu avant les pluies. Ainsi, nous allons traiter des 
pronostics , mais en peu de mots , et en nous arrtant 
seulement aux principaux. 

Nous commencerons par ceux que donne le soleil. 
Lorsqu'il est brillant son lever, sans tre fort chaud, 
il annonce un beau jour; quand il est ple, c'est signe 
de grle et de tempte. S'il est brillant son coucher et 
son lever du lendemain , on est encore plus assur d'a- 
voir un beau jour. Lorsqu'en se levant il parat comme 
enfonc dans un nuage, c'est marque de pluie. Lorsque 
avant son lever on aperoit des nues rouges , c'est 
signe de vent ; les nuages noirs parmi les rouges an- 
noncent de la pluie. Lorsque les rayons du soleil pa- 
raissent rouges, soit son lever, soit son coucher, les 
pluies seront abondantes. Si les nues qui environnent le 
soleil son coucher sont rouges, elles promettent un beau 
lendemain. Si au lever du soleil les nuages sont rpandus 
vers le midi ou vers le nord , quoique le ciel soit serein 
autour de l'astre , il y aura de la pluie et du vent. Si 
pendant son lever ou son coucher ses rayons paraissent 
raccourcis, c'est signe de pluie. S'il pleut son coucher, 
et que les rayons attirent eux les nuages, on doit s'at- 
tendre un violent orage pour le lendemaiu. Si au lever 
du soleil les rayons ne sont ni vifs ni brillans , n'y et-il 
pas mme de nuages l'entour, c'est un signe de pluie 



86 C. PUNII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

globabuntur, hiemem asperam denuntiabunt. Si ab ortu 
repellentur, et ad occasum abibunt, serenitatem. Si nu- 
bes solem circumcludent , quanto minus luminis relin- 
quent, tanto turbidior tempestas erit : si vero etiam 
duplex orbis fuerit, eo atrocior. Quod si in exortu fiet, 
ita ut rubescant nubes , maxima ostendetur tempestas. 
Si non ambibunt , sed incumbent , a quocumque venta 
fuerint, eum portendent. Si a meridie, et imbrem. Si 
oriens cingetur orbe, ex qua parte is se aperit, exspec- 
tetiir ventus. Si totus defluxerit qualiter, serenitatem 
dabit. Si in exortu longe radios per nubes porriget, et 
mdius erit inanis, pluviam significabit. Si ante ortum 
radii se ostendent, aquam et ventum. Si circa occiden- 
tem candidus circulus erit, noctis levem tempestatem : 
si nebula , vehementiorem : si candente sole , ventum : 
si ater circulus fuerit , ex qua regione is ruperit se , 
ventum magnum. 



A luna. 

LXXIX. Proxima sin,t jure lun prsagia. Quartam 
eam maxime observt iEgyptus. Si splendens exorta 
puro nitore fulsit, serenitatem : si rubicunda , ventos : 
si nigra ; pluvias portendere creditur. In quinta cornua 
ejus obtusa , pluviam : erecta et infesta ventos semper 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 87 

Si avant le lever du soleil les nuages sont rassembls 
en pelotons , c'est marque d'une grande tempte ; s'ils 
s'loignent de l'orient et se portent l'occident, la jour- 
ne sera belle. Si les nues entourent le soleil , plus 
elles l'obscurciront , plus la tempte sera forte ; si elles 
forment autour de lui un double cercle, elle sera plus 
terrible encore. Si c'est au lever du soleil , et que les nues 
soient rouges, c'est signe d'un violent orage. Si les nuages 
n'environnent pas le soleil, mais le pressent seulement, 
elles annoncent qu'il y aura du vent de ce ct; places 
du ct du midi , elles annoncent en outre de la pluie. 
Si le soleil son lever est entour d'un cercle , on doit 
attendre du vent du ct o le cercle s'ouvrira ; s'il 
disparat tout la fois , on aura du beau temps. Si le 
soleil en se levant jette au loin ses rayons travers les 
nues, et que le centre de son disque soit dcouvert, 
c'est un signe de pluie. Si les rayons se montrent avant 
son lever , il y aura de la pluie et du vent. S'il est en- 
vironn son coucher d'un cercle blanc , il y aura un 
faible orage la nuit prochaine. S'il est environn d'un 
nuage, l'orage sera plus fort. S'il parat blanc, il y aura 
du vent. S'il est entour d'un cercle noir , il s'lvera 
un vent violent du ct o le cercle rompra. 

De la lune. 

LXXIX. Les prsages tirs de la lune tiennent sans 
contredit le premier rang. En Egypte , on observe par- 
ticulirement le quatrime jour de la lune : si elle pa- 
rat, son lever, brillante d'un clat net et pur, le 
temps sera beau ; si au contraire elle est rougetre , il 
y aura du vent ; si elle est noirtre , c'est un signe de 



88 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XV11I. 

signifcant : quarta tamen maxime. Cornu ejus septen- 
trionale acuminatum atque rigidum , illum prsagit 
ventum : inferius , Austrum : utraque recta , noctem 
ventosam. Si quartam orbis rutilus cingit , ventos et 
imbres prmonebit. 



Apud Varronem ita est : si quarto die luna erit 
directa , magnam tempestatem in mari prsagiet , nisi 
si coronam circa se habebit , et eam sinceram : quo- 
niam illo modo non ante plenam lunam hiematurum 
ostendit. Si plenilunio per dimidium pura erit , dies 
serenos significabit : si rutila , ventos : nigrescens , 
imbres. Si calrgo orbis nubem incluserit , ventos , 
qua se ruperit : si gemini orbes cinxerint , majorem 
tempestatem. Et magis , si trs erunt, aut nigri, inter- 
rupti atque distracti. Nascens luna, si cornu superiore 
obatrato surget , pluvias decrescens dabit : si inferiore , 
ante plenilunium : si in mdia nigritia illa fuerit , im- 
brem in plenilunio. Si plena circa se habebit orbem , 
ex qua parte is maxime splendebit , ex ea ventum os- 
tendet. Si in ortu cornua crassiora fuerint, horridam 
tempestatem. Si ante quartam. non apparuerit , vento 
Favonio fiante, hiemalis toto mense erit. Si sextadecima 
vehementius flammea apparuerit , asperas tempestates 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 8g 

pluie. Le cinquime jour, si les cornes du croissant sont 
mousses, c'est une marque de pluie; si elles sont dresses 
et aigus, c'est toujours un signe de vent, mais surtout 
le quatrime jour. Si la corne septentrionale est droite 
et allonge en pointe , le vent vient du nord ; si c'est la 
corne mridionale, le vent souffle du midi; si les deux 
cornes sont droites , il y a du vent pendant la nuit. Si 
la lune , son quatrime jour , est entoure d'un cercle 
rouge , elle pronostique le vent et la pluie. 

Passons maintenant aux remarques de Varron. Au 
quatrime jour, si la lune a les cornes droites , elle pr- 
sage une grande tempte sur mer, moins qu'il n'y ait un 
cercle autour du croissant, et que ce cercle ne soit net; 
dans ce cas , il n ? y aura pas de mauvais temps avant la 
pleine-lune. Si la lune dans son plein parat claire dans 
la moiti de son disque , le temps sera beau ; si elle 
parat rouge, c'est signe de vent; si elle est noirtre, 
c'est signe de pluie. Si l'on voit autour du croissant un 
cercle sombre et obscur, il y aura du vent du ct o 
il se rompra; s'il y a deux cercles, c'est signe d'un plus 
grand orage, et d'un orage plus violent encore s'il y en 
a trois , ou si les nues sont noires , spares et dis- 
perses. Si la corne suprieure de la nouvelle lune pa- 
rat noirtre au lever de l'astre , on aura de la pluie au 
dclin ; si c'est la corne infrieure , il pleuvra avant la 
pleine-lune; si c'est le centre du croissant, il pleuvra 
dans la pleine-lune. Si l'on voit un cercle autour de la 
pleine-lune, il viendra du vent du ct o ce cercle pa- 
ratra plus brillant. Si au lever de la lune les cornes 
sont grosses , c'est une marque d'un violent orage. Si 
la lune ne se montre pas avant le quatrime jour, et que 
le vent favonien souffle , il y aura du mauvais temps 



f)o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

praesagiet. Sunt et ipsius lunae octo articuli, quoties in 
angulos solis incidit, plerisque inter eos tantum obser- 
vantibus prsagia ejus, hoc est, tertia , septima , un- 
decima, quintadecima , nonadecima, vigesimatertia, vi- 
gesimaseptima , et interlunium. 



A stellis. 

LXXX. Tertio loco stellarum observationem esse 
oportet. Discurrere eae videntur interdum , ventique 
prolinus sequuntur , in quorum parte ita prsagivere. 
Cselum quum aequaliter totum ent splendidum , articu- 
lis temporum , quos proposuimus , autumnum serenum 
praesagibunt, et frigidum. Si ver et stas non sine riguo 
aliquo transierint , autumnum serenum et densum , 
minusque ventosum facint. Autumni serenitas ventosam 
liiemem facit. Quum repente stellarum fulgor obscura- 
tur , et id neque nubilo , neque caligine , pluvia aut 
graves denuntiantur tempestates. Si volitare plures stell 
videbuntur, quo feruntur albescentes, ventos ex iis par- 
tibus nuntiabunt. Aut si cursitabunt , certos : si id in 
pluribus partibus fiet , inconstantes ventos effundent. 
Si stellarum errantium aliquam orbes incluserint, im- 
bres. Sunt in signo Cancri du stell parv, AselU 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. gi 

pendant toute la lunaison. Si la lune, au seizime jour, 
parat plus enflamme que de coutume , on doit s'at- 
tendre a de violens orages. Il y a dans chaque lunaison 
huit poques particulires o la lune se rencontre en 
certain aspect avec le soleil ; les observateurs n'ont gard 
qu'aux prsages tirs dans les intervalles des jours dont 
nous parlons : ce sont les troisime , septime , onzime , 
quinzime, dix-neuvime, vingt-troisime, vingt-septime 
jours , et celui o elle est en conjonction. 

Des toiles. 

LXXX. Viennent en troisime lieu. les prsages .tirs 
des toiles. On voit quelquefois des toiles courir d'un 
endroit l'autre ; c'est signe qu'aussitt aprs il s'l- 
vera des vents dans la mme direction. Quand le ciel 
est galement brillant et serein partout aux poques que 
nous venons d'indiquer, c'est une marque que l'au- 
tomne sera beau et froid. Si le printemps et l't sont 
un peu pluvieux , l'automne sera beau , il n'y aura pas 
de vent, mais des brouillards. Un bel automne prsage 
du vent pour l'hiver. Quand les toiles plissent tout 
coup, quoiqu'il n'y ait ni brouillards ni nuages, c'est 
signe de pluie ou de violens orages. Si l'on voit voler des 
toiles suivies d'une trane de lumire, il y aura du 
vent dans la mme direction ; si on les voit courir dans 
le mme sens , les vents seront constans ; ils seront in- 
constans si les toiles voltigent dans des directions di- 
verses. Si l'on voit des cercles autour d'une des plantes, 
c'est un signe de pluie. Il y a dans la constellation de 
l'Ecrevisse deux petites toiles appeles Aselli , entre 
lesquelles se trouve comme une petite nue nomme 



y C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

appellatae , exiguum inter illas spatium obtinente nubtv 
cula , quam Praesepia appellant. Hc quum caelo sereno 
apparere desierit, atrox hiems sequitur. Si alteram earum 
Aquiloniam caligoabstulit, Auster saevit: si Austrinam, 
Aquilo. Arcus quum sunt duplices , pluvias nuntiant : 
a pluviis, serenitatem non perinde certam : circuli uovi 
circa sidra aliqua, pluviam. 

A tonitribus. 

LXXXI. Quum sestate vehementius tonuit quam fui- 
sit , ventos ex ea parte denuntiat : contra si minus tonuit , 
imbrem. Quum sereno caelo fulgetrae erunt et tonitrua , 
abhiemabit. Atrocissime autem, quum ex omnibus qua- 
tuor partibus caeli fulgurabit. Quum ab Aquilone tan- 
tum, in posterum diem aquam portendet. Quum a sep- 
tentrione , ventum eum. Quum ab Austro , vel Coro , 
aut Favonio , nocte serena fulguraverit, ventum et im- 
brem ex iisdem regionibus demonstrabit. Tonitrua ma- 
tutina ventum signifcant, imbrem meridiana. 

A nubibus. 

LXXXII. Nubes quum sereno caelo feruntur, a qua- 
cumque parte id fiet, exspectentur venti : si eodem loco 
globabunlur , adpropinquante sole discutientur. Et hoc 
si ab Aquilone fit , ventos : si ab Austro , imbres por- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 9 3 

prsepc ( crche ). Lorsque cette nue ne parat pas, le 
ciel tant clair et serein, c'est le prsage d'une violente 
tempte. Si l'une de ces deux toiles, la septentrio- 
nale , par exemple , est cache par des brouillards , 
on aura le vent du midi ; si c'est la mridionale , le 
vent du nord. Quand l'arc-en-ciel est double , c'est signe 
de pluie ; s'il se montre aprs la pluie , c'est la marque 
d'un beau temps , mais qui ne sera pas de longue dure. 
Si l'on voit de nouveaux cercles autour de quelques astres , 
c'est un signe de pluie. 

Du tonnerre. 

LXXXI. Lorsqu'en t les tonnerres sont plus fr- 
quens que les clairs, il y aura des vents du ct qu'il 
tonne; si les clairs sont plus frquens que les tonnerres, 
il y aura de la pluie. Des clairs et des tonnerres pen- 
dant que le ciel est serein, annoncent du mauvais temps; 
si les clairs partent des quatre parties du ciel , l'orage 
sera terrible ; si elles partent du cot de l'Aquilon , il y 
aura de la pluie le lendemain ; si , pendant une nuit 
sereine, elles arrivent du cot du midi, du nord- ouest 
ou de l'ouest , c'est une marque qu'il y aura du vent 
et de la pluie de ces mmes cts. S'il tonne le matin , 
c'est signe de vent; midi, c'est signe de pluie. 

Des nues. 

LXXXU. Si pendant un ciel serein on voit les nuages 
courir dans l'air, n'importe de quelle partie du ciel, on 
peut compter qu'il s'lvera des vents dans la mme 
direction. Si les nuages se rassemblent dans le mme 
endroit , l'approche du soleil les dissipera. Lorsqu'ils 



9 4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

tendent. Sole occidente si ex utraque parte ejus clum 
ptent, tempestatem significabunt. Vehementius atrae ab 
oriente , in noctem aquam minantur : ab occidente , in 
posterum diem. Si nubes , ut vellera lanae , spargentur 
multae ab oriente, aquam in triduum praesagient. Quum 
in cacuminibus montium nubes consident , hiemabit. Si 
cacumina pura fient , disserenabit. Nube gravida can- 
dicante , quod vocant tempestatem albam , grando im- 
minebit. Caelo quamvis sereno, nubecula quamvis parva 
flatum procellosum dabit. 



A nebulis. 

LXXXIII. Nebulae e montibus descendentes, aut caelo 
cadentes , vel in vallibus sidentes , serenitatem pro- 
mittunt. 

Ab ignibus terrestribus. 

LXXXIV. Ab his terreni igns proxime significant : 
pallidi namque, murmurantesque, tempestatum nuntii 
sentiuntur : pluviae etiam in lucernis fungi. Si flexuose 
volitet flamma , ventum. Et lumina quum ex sese flam- 
mas elidunt, aut vix accenduntur. Item quum in eo 
pendentes coacervantur scintilla? : vel quum tollentibus 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 9 5 

viennent du nord-est, ils annoncent du vent; et du ct 
du midi, de la pluie. Si, pendant le coucher du soleil , 
les nues s'avancent de part et d'autre vers cet astre , 
on est menac d'un orage ; si elles sont trs-noires du 
ct du levant, on doit attendre de la pluie pour la 
nuit prochaine ; si c'est du couchant , il pleuvra le jour 
suivant. Quand les nues sont rpandues du ct du 
levant comme des flocons de laine , et qu'elles sont 
nombreuses , c'est un prsage de pluie pendant trois 
jours de suite. Quand elles s'arrtent sur le sommet 
des montagnes , c'est un signe de mauvais temps ; si 
ces mmes sommets paraissent dgags de nuages , le 
temps sera beau. Quand on aperoit un nuage blanc et 
fort charg , appel nuage blanc de tempte , on est me- 
nac de la grle. Un trs-petit nuage isol, dans un temps 
serein , annonce un vent orageux. 

Des brouillards. 

LXXXIII. Quand les brouillards descendent des 
montagnes, tombent du ciel , ou s'abaissent dans les 
valles , ils promettent du beau temps. 

Des feux terrestres. 

LXXXIV. Passons maintenant aux pronostics tirs du 
feu que nous allumons pour notre usage. Quand il est ple 
et qu'il fait du bruit, c'est un signe d'orage. Les champi- 
gnons au bout des mches de lampes allumes annoncent 
de la pluie. Si la flamme est ondoyante , c'est un signe 
de vent. Il en est de mme lorsque les lampes s'- 
teignent d ? elles-mmes , ou s'allument avec peine ; ou 
bien , lorsqu'on y voit un amas de points tincelans qui 



96 C. PLINII. HIST. NAT. LIB. XVIII. 

ollas carbo adhrescit : aut quum contectus ignis e se 
favillam discutit , scintillamve emittit : vel quum cinis 
in foco concrescit, et quum carbo vehementer perlucet. 

Ab aquis. 

LXXXV. Est et aquarum significatio. Mare si tran- 
quillum in portu a cursu stabit, et murmura verit intra 
se, ventum prdicit. Si identidem, et biemem, et im- 
brem. Litora ripasque si resonabunt tranquille, asperam 
tempestatem : item maris ipsius tranquillo sonitus , 
spumve disperse, aut aquae bullantes. Pulmones ma- 
rini in pelago , plurium dierum hiemem portendunt. 
Saepe et silentio intumescit, flatuque altius solito jam 
intra se esse ventos fatetur! 



Ab ipsis tempestatibus. 

LXXXVI. Equidem et montium sonitus, nemorum- 
que mugitus prdicunt : et sine aura , quae sentiatur , 
folia ludentia. Lanugo populi , aut spinae , volitans ; 
aquisque pluma innatans. Atque etiam in campis tem- 
pestatem venturam praecedens suus fragor : caeli quidem 
murmur non dubiam habet significationem. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XVIII. 97 

tiennent les uns aux autres ; quand on trouve des char- 
bons attachs aux vases qu'on retire du feu ; quand le 
feu qui est couvert carte la cendre chaude ou lance 
des tincelles ; quand la cendre du foyer prend une 
forme solide ; et, enfin, quand les charbons jettent un 
clat trs-vif. 

Des eaux. 

LXXXV. Les eaux fournissent aussi des pronostics. 
Si l mer, aprs une mare, parat calme dans un 
port, et que cependant elle fasse entendre un murmure 
sourd, c'est du vent qu'elle annonce. Si elle gronde par 
intervalle , c'est un signe de gros temps et de pluie. 
Si , la mer tant calme, ses rivages retentissent au loin ; 
si , dans cet tat de repos , elle fait entendre un bruit 
clatant ; si elle cume ou bouillonne , ce sont autant 
de signes d'une violente tempte. Quand on voit les 
poumons de mer nager sur les eaux , c'est un prsage 
de mauvais temps pour plusieurs jours. Souvent la mer 
s'enfle extraordinairement , mme dans le calme , et an- 
nonce qu'elle va donner issue aux vents qui gonflent 
ses eaux. 

Des temptes mmes. 

LXXXVI. Le mugissement des forts, le bruit qu'on 
entend sur les montagnes, sont autant de pronostics. 
On en tire aussi des feuilles qui frmissent sans que 
l'agitation de l'air soit sensible; de la bourre du peu- 
plier ou des chardons qui voltigent dans l'air , ou d'une 
plume qui nage sur la surface de l'eau. Quand un orage 
vient fondre sur les campagnes, il s'annonce par le bruit 
qui le prcde. Quand le ciel gronde, le pronostic n'est 
pas quivoque. 

xii. 7 



98 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 

Ab animalibus ; ab aquatilibus ; a volucribus. 

LXXXVII. Praesagiunt et animalia. Delphini tran- 
quillo mari lascivientes, flatum, ex qua veniunt parte r 
item spargentes aquam turbato, tranquillitatem. Loligo 
volitans , conch adhaerescentes , echini adfigentes sese , 
aut arena saburrantes, tempestatis signa sunt. Ranae 
quoque ultra solitum vocales. Et fulicae matutino clan- 
gore. Item mergi , anatesque , pennas rostro purgantes , 
ventum : ceterque aquaticse aves concursantes : grues 
in mediterranea festinantes : mergi maria aut stagna 
fugientes. Grues silentio per sublime volantes , sereni- 
tatem : sic noctua in imbre garrula : at sereno , tempes- 
tatem : corvique singultu quodam latrantes, seque con- 
cutientes , si continuabunt , ventos : si vero carptim 
vocem resorbebunt , ventosum imbrem. Graculi sero a 
pabulis recedentes , hiemem. Et albae aves , quum con- 
gregabuntur. Et quum terrestres volucres contra aquam 
clangores dabunt , perfundentes sese : sed maxime cor- 
nix. Hirundo tam juxta aquam volitans, ut penna srcpe 
percutiat : quaeque in arboribus habitant , fugitantes in 
nidis suis : et anseres continuo clangore intempestivi. 
Ardea in mediis arenis tristis. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 9 

Des animaux ; des animaux aquatiques ; des oiseaux. 

LXXXVII. On tire aussi des prsages des animaux. 
Quand les dauphins se jouent sur les flots pendant le 
calme , ils annoncent du vent du ct d'o ils viennent; 
quand ils rpandent l'eau autour d'eux dans un gros 
temps, c'est un signe que la tempte va se calmer. Quand 
le calmar bondit sur l'eau , que les coquillages s'attachent 
la grve, que les hrissons de mer enfoncent leurs piquaus 
dans le sable , ou se lestent avec du gravier , la tempte 
est prochaine. Le pronostic est le mme quand les gre- 
nouilles coassent plus qu' l'ordinaire , que les foulques 
font entendre leurs cris ds le matin , ou qu'on voit les 
plongeons et les canards se nettoyer avec le bec , les 
autres oiseaux aquatiques courir en troupes , les grues 
se retirer rapidement au milieu des terres, les plongeons 
fuir la mer et les tangs. Lorsque les grues volent en 
silence au haut des airs , c'est une marque de beau 
temps. Il en est de mme si la chouette crie pendant la 
pluie; si elle crie pendant un temps serein , elle an- 
nonce un orage. Lorsque les corbeaux croassent avec 
une espce de gloussement en secouant leurs plumes, et 
qu'ils continuent de la sorte sans interruption , c'est 
signe de vent ; si leurs cris sont entrecoups et inter- 
rompus , c'est signe de vent et de pluie tout la fois. 
Quand le choucas se retire tard aprs avoir pris sa p- 
ture , c'est un pronostic d'orage ; il en est de mme 
lorsque les oiseaux blancs se rassemblent en troupes; 
que les oiseaux de terre vont crier contre l'eau et en 
arrosent leurs plumes , principalement la corneille ; ou 
bien encore lorsque les hirondelles rasent de si prs la 
surface de l'eau, qu'elles l'effleurent souvent de leurs 

7- 



C. PLINII HIST. NAT. LIB. XVIII. 



A quadrupedibus. 

LXXXVIII. Nec mirum , aquaticas, aut in totum 
vofucres praesagia aeris sentire. Pecora exsultantia, et 
indecora lascivia ludentia , eamdem significationem 
habent. Et boves caelum olfactantes , seque lambentes 
contra pilum. Turpesque porci alienos sibi manipulos 
feni lacrantes : segniterque et contra industriam suam 
absconditae formicae, vel concursantes, aut ova progeren- 
tes. Item vermes terreni erumpentes. 

Ab herbis. 

LXXXIX. Trifolium quoque inhorrescere , et folia 
contra tempestatem subrigere certum est 

A cibis, 

XC. Necnon et in conviviis mensisque nostris , vasa 
quibus esculentum additur, sudorem repositoriis lin- 
quentia , diras tempestates praenuntiant. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XVIII. 101 

ailes ; que les oiseaux qui perchent se rfugient dans 
leurs nids ; que les oies nous assourdissent de leurs cris ; 
ou que le hron parat triste au milieu des sables. 

Des quadrupdes. 

LXXXVIII. On ne doit pas s'tonner que les oiseaux 
aquatiques, et mme tous les oiseaux en gnral, pres- 
sentent les changemens de temps ; ces changemens nous 
sont aussi indiqus par les bondissemens et les jeux 
grossiers des troupeaux ; les bufs semblent flairer le 
ciel , et se lchent contre-poil ; le porc fangeux par- 
pille le foin qui n'est point destin sa nourriture ; 
les fourmis , contre leur naturel , se tiennent oisives et 
renfermes dans leur demeure, ou bien elles courent 
de ct et d'autre , ou transportent leurs ufs hors de 
la fourmilire ; enfin les vers de terre sortent de leurs 
trous. 

Des herbes. 

LXXXIX. Il est certain que le trfle se hrisse et 
dresse ses feuilles l'approche de l'orage. 

Des alimens. 

XC. Enfin, lorsque les plats o l'on sert les viandes 
dans les festins ou les repas ordinaires viennent suer, 
et que cette sueur reste attache aux plateaux, on doit 
s'attendre de violens orages. 



NOTES 

DU LIVRE DIX-HUITIME. 

( DEUXIME PARTIE. ) 



334. LX , page 6, ligne 11. Sementibus lempora pleriquc 
prsumunt , etc. Quoique le mot decedat semble indiquer plutt 
le coucher que le lever d'un astre , le pre Hardouin n'en pr- 
tend pas moins que l'poque prcise par Pline est celle indique 
par Virgile dans ces vers : 

An te tibi Eoae Atlantides abscondantur , 
Gnosiaque ardentis decedal Stella Coronae , 
Dbita quam sulcis commutas semina , quamque 
Invitae properes anni spem credere terrae. 

Georg. , 1 , 221. 

L'auteur des Goponiques (il , 12 ) fixe le temps des semailles 
au coucher de la Couronne, et non son lever, suivant en cela 
l'opinion de Virgile. 

335. Ligne i4 Xenophon antequam deus signum dederit , etc. 
On lit en effet dans les Economiques , p. 860 : 'Evei kv ykp 
/ueTotzaptvbs %pivor sam , iskv ret tov o cLvpci-ot Tp\s rov bv 
cL'TroCx'a-ovrtv , ovrre ftp^as rhv yiv tq>n-si etviovs a-irtipeiv. 

336. Ligne 1 6. Quum sit vera ratio non prias serendi , etc. 
Rien n'est plus incertain que l'indice tir de la chute des feuilles 
pour prciser le temps des semailles ; cette poque est plus ou 
moins rapproche, en raison de la prcocit des printemps, de la 
chaleur des ts , etc. Disons encore que les feuilles des arbres 
ne tombent pas toutes la mme poque. Les peupliers perdent 

* Toutes les notes des livres xn xxvn inclusivement sont dues 
M. Fe. 



NOTES DU LIVRE XVIII. io3 

leurs feuilles de bonne heure , les chnes les conservent trs- 
long-temps , etc. 

337. LXI , page 8 , ligne i5. Varro in fab utique satu 
hanc observationem custodiri prcepit. C'est au livre I , chap. 34 , 
que Varron donne ce conseil : Fabam optime seri in Vergiliarum 
occasu. Nous avons dj dit que le coucher des Pliades rpon- 
dait au 1 1 octobre. Dans le nord de l'Europe, on ne fait les semis 
de fves qu'au printemps. 

338. Ligne 16. AUi plena luna serendam. C'est Palladius 
(xil, inNovemb., tit. 1) qui conseille celte pratique supersti- 
tieuse. 

33g. Ligne 17. Vidant quoque iisdem lun diebus , etc. Cette 
influence prtendue de la lune sur l'apptit des limaons est 
une fable mise en crdit par Columelle : Vici autem du sationes 
sunt. Prima , quant pabuli causa circa quinoctium autumnale seri- 
mus , septem ntodios e/'us in unum Jugerum. Secundo , qua sex mo- 
dios mense januario, vei etiant serius, jacimus scmini progenerando.... 
Observandum erit, ne ante quintam et vigesimam lunam terr man- 
aetur. Aliter sat fere limacem nocere comperimus {de Re rustica , 
II, 11). 

34.0. Page 10, ligne i. Est et alia manifestior ratio, etc. 
Les vers de Cicron {de Divinat. , n i5 ), que nous avons cits 
livre xv, note 221, sont une traduction presque littrale de 
ce passage d'Aratus : 

TpintXoa. <T o-%liot x.uitr Tpiwa.i <f i/i 
r/oT*i x.ctf'no'io , <pifti i't ti triftctl' ixicrj 
'E-titit tpTt 

On retrouve la mme croyance exprime dans cette prose de 
l'auteur des Goponiques: 'H <T r^vos Tpss KOLpTovs qipet , ko.) si 

fiiV <Sy>>T0f KaLpTrOS K&XOS yvtnttt , T0l> TZptTOV <rKOp\v KCthas 

KcLpToqopev 0-n^.a.ivsi , o/xoiW <T fer) t>v Hxxav. Nous avons 
trait du lentisque au livre XII , note 81. C'est le Pistacia Tere- 
binthus de Linn. Il est bien difficile d'appliquer cet arbre ce 
que Cicron , Pline et l'auteur des Goponiques en disent dans 
les passages que nous avons cits. C'est bien un arbre toujours 



io4 NOTES DU LIVRE XVIII. 

vert , semper viridis ; mais il n'est pas vrai qu'il donne de triples 
produits, et qu'il soit toujours charg de fruits, semper gravata. 
Nous verrons plus loin que la scille fournissait les mmes in- 
dices aux anciens. Cf. la note 356. 

34-I- Page 10 , ligne 7. Ex his unum hoc erit , idem et lino 
acpapaveri serendo. Pline a dit un peu plus haut que l'poque vers 
laquelle on doit semer le pavot et le lin tait le printemps \Vere 
limon , et avenant , et papaver. Cf. la note 327 de ce mme livre. 

34- * bis. Ligne g. Ubi eas combusseris, ibi papaver serito. Sil- 
eestre , etc. Le coquelicot ( Papaver Rhas ) est encore aujour- 
d'hui employ comme un lger sdatif dans quelques affections 
de la gorge. Quintus Srnus Samonicus lui accorde les mmes 
proprits: 

Disce etiain miram ex humili inedicamitK* curam : 
Actiaco melli jungas agreste papaver, 
Decoctumque simul mandes , mansumque vorabis. 

34.2. Ligne 1 1. Visque somnifera etiain sativo. La vertu som- 
nifre du pavot cultiv est bien autrement nergique que celle 
du coquelicot, puisqu'il fournit l'opium. Cf. sur le pavot cultiv, 
Papaver somniferum , L. , le livre XX , note 288. 

34.2 bis. LX1I , page 10, ligne i5. Verum ut pariter omnis 
cultur , etc. Il est question dans ce chapitre des travaux d'hiver. 
C'est dans les crits de Caton et dans ceux de Columelle que 
Pline a puis tout ce qu'il dit ici : Per hiemem aquam de agro de- 

pellere oportet. In monte fossas incites puras habere oportet Quum 

pluere incipiet , familiam cum ferreis surculis exire oportet , et incilia 
aperire, aquam diducere in vias , et segetem curare oportet , uti fluat 
(Cat. , c. i55). 

343. Ligne ai. A kalendis novembris gaUinis ova subponere 
nolito, etc. Il rsulte de ce passage que les poules pouvaient couver 
toute l'anne en Italie ; dans notre climat, on ne peut donner des 
ufs l'incubation que jusqu' la fin de l't , car les petits mour- 
raient indubitablement pendant les rigueurs de l'hiver. 

343 bis. Page 12 , ligne I. Democritus talem futur am hiemem 
arbitratur, etc. L'influence que l'tat du ciel , pendant le premier 



. 



NOTES DU LIVRE XVIII. io5 

jour du solstice d't et du solstice d'hiver, exerce sur toute la dure 
d'une saison, est tout--fait suppose; elle a pourtant bon nom- 
bre de dfenseurs, et nous pourrions citer une foule de dictons 
populaires qui justifient notre assertion. Que de gens instruits , 
d'ailleurs , seraient sans prjugs s'ils ne soutenaient l'influence 
de la lune rousse sur l'tat de l'atmosphre, et s'ils n'attendaient 
Saint-Mdard pour prdire leurs amis quarante jours de pluie 
ou quarante jours de beau temps ! 

344 Page 12, ligne 3. Circa brumam plerisque bis septem,etc. 
VIII kalendas maias, halcyonei dies vocantur : in Atlantico quidem 
mari summa tranquillitas notai a est. ( CoLUM. , XI, 2.) 

344 fc LXIII, page 12, ligne 16. Reliqua opra nocturna 
maxime vigilia constant, etc. Ecoulons Columelle sur les travaux 
d'hiver : Sed etiam longis noctibus addiurnum tempus aliyuid adji- 
ciendum est; nam multa sunt qu in lucubratione recle aguntur. Sive 

enim vineas possidemus , pli et ridic possunt dolari, exacuique 

sive palm spartive fecunda est , fiscin , sportceque , seu virgulto- 
rum corbes ex vimine ( CoLUM. , XI, 2 ) ; et Virgile : 

Et quidam seros hiberni ad humais igns 
Pervigilat, ferroque faces inspicat acuto. 
Inlerea longum cantu solala laborem , 
Arguto conjux percurrit pectine telas, 
Aut dulcis musli Vulcano decoquit humorein 
Et foliis undam tepidi despumat aheni.' 

Georg., 1,291. 

345. LXIV , page i4, ligne 4- Q u0 die Attic et finitimis 
regionibus Aquila vesperi occidere traditur. Columelle, au chapitre 2 
du livre XI, a fourni tout ce que Pline dit ici touchant le lever et 
le coucher des astres dans leurs rapports avec l'agriculture. 

345 bis. LXV, page 16, ligne 5. Csar et idus martias fe- 
rales sibi adnotant Scorpionis occasu. Il y eut un devin qui lui prdit 
et l'avertit long-temps devant (J. Csar) qu'il se donnt bien 
de garde du jour des ides de mars , qui est le quinzime , parce 
qu'il serait en grand danger de sa personne. Ce jour tant venu , 
il sortit de sa maison pour s'en aller au snat , et , saluant le 



io6 NOTES DU LIVRE XVIII. 

devin , lui dit en riant : Les ides de mars sont venues ; et que 
le devin lui rpondit tout bas : Elles sont venues voirement , 
Csar, mais elles ne sont pas passes. ( Plut. , in Vit. J. Csar., 
trad. d'Amyot. ) 

346. Page 16, ligne 6. XV vero kalendas aprilis Itali Miloum 
ostendi , etc. Ovide nomme cette constellation Milvius : 

Stella Lycaoniam vergit declivis ad Arcton 

Milvius : haec illa nocte videnda venit. 
Quid dederil volucri , si vis cognoscere , caelum .... 

Ovid. , Fast. , m , 793. 

346 bis. Ligne 18. Post eam diem, inquam, innumera rusticos 
cura distringal , etc. Cf. sur les diffrens travaux recommands par 
Pline pendant cette poque de l'anne , Varron ( de Re rust. , 
I, 29 et3o), Columelle (XI, 2), Palladius (in Februar., t. 3). 

347. Ligne 21. Viles putentur, qua diximus , rations.. .. Pline 
a indiqu en effet tous ces travaux au livre XVII , chapitre 35. 
Cf. les notes 234 et suiv. Dans rnumration des arbres cits ici , 
on trouve le platane , et pourtant notre auteur n'en a rien dit aux 
passages auxquels il renvoie. 

348. Page 18, ligne 5. Tum et segetes coneenit purgare, etc. Les 
agriculteurs modernes trouveront sans doute plus convenable de 
sarcler les bls avant qu'ils soient en pis. Il faut ici se rappeler 
que les anciens semaient beaucoup plus clair que nous. Au reste, 
Columelle et Palladius sont d'accord ici avec Pline : Triticum et 
adoreum, qiatm quatuor fibras habere cperint, hordeum quum quin- 
queifaba et ctera legumina, quum quatuor digitis a terra exstiierint, 
recte sarrientur ( CoLUM., II , 12 ). Triticum et far sarritur qua- 
tuor foliorum : hordeum quinque , etc. ( PALLAD. , II , in Januar. , 
tit. 9 ). 

349. Ligne 10. Putationem quinoctio peractam haeto. Cf. sur 
la taille de la vigne les notes 353 et suiv., au livre xvil : A kalendis 
mardi eximia est vitium putatio , usque in decimum kalendarum apri- 
lium , si tamen se gemm nondum moveant ( CoLUM., XI , 12). 

35o. Ligne 1 1 . Vine jugerum quatern opra; putant alii- 
gantque, etc. Ecoutons Columelle : Jugerum valentis et jam coitsli- 
tui vine quatuor operis putatur, sex aUigatur. Arbusto nihil ejus- 
modi potes t apie finit i , etc. (de Arbor. , 5 ). 



NOTES DU LIVRE XVIII. 107 

35 1. Page 18, ligne i5. Terra in futurum proscinditur, Virgilio 
maxime auctore , ut glebas sol coquat. 

Ergo ge , terras 

Pingue solum, primis exlemplo a mensibus anni , 
Fortes invertant tauri, glebasqne jacentes 
l'ulvi ruli nt;i coquat maturis solibus aestas. 

Georg. , 1 , 63. 

35a. Ligne 22. Cato verna opra sic dfinit , etc. Voici ce que 
dit Caton (de Re rus t. , 4.0 ) : Per ver kcfieri oportet. Sulcos et 
scrobes fieri seminariis . Vitiariis locum verti. Vites propagari. In locis 
crassis et humectis ulmos , ficos , poma , oleas seri oportet. Ficos , 
oleas , mala , pira , vites inseri oportet luna silenti post meridiem , 
sine vento austro. Oleas , ficos , pira, mala hoc modo inserito. Quem 
ramum insiturus eris , prcidilo, inclinato aliquantum , ut aqua de- 
ftuat 

353. Page 20, ligne 1. Prata stercorari luna sitiente , qu 
rigua non erunt. Cf. le livre XVII , chapitre 8. Voici comment 
s'exprime Caton : Prata primo vere stercorato , luna silenti , qu 
irrigua non erunt. Ubi Favonius flare cperit , tum prata dfendes : 

depurgato , herbasque malas omnes radicitus effodito ficos 

interputato , et in vinea ficos succidito alte seminarium facilo , 

et vetera resarcito. Hoc facito antequam vineam defodere incipias. 
Pline a dit sitiente. luna , au lieu de silente luna; on croit que 
cela signifie le dclin de la lune. Cf. au livre xvi la note 385. 

354.. Ligne 5. Itemque piro florente arare incipiat macra are- 
nosaque. Cette poque , fixe par la floraison des poiriers , varie 
suivant les annes ; pourtant on peut penser que , pour l'Italie, 
il s'agit de la fin de fvrier ou du commencement de mars: Dapem 
pro bubus piro florente facito. Postea verno arare indpito : ea Iota 
primum arato , qu rudecta arenosaque erunt : postea uti quque 
gravissima atque aquosissima erunt , iia postremo arato. 

355. Ligne 7. Ergo hc aratio has habebit notas , etc. Cf. 
sur la triple production de fniit attribue au lentisque, la note 34o 
de ce mme livre. 

356. Ligne 9. Erit et tertia in bulborum satu , scilla:. Aratus 
( Aiorti/usu.) , auquel on doit ce que Pline dit sur le lentisque , 



io8 NOTES DU LIVRE XVIII. 

assure que la scille fleurit trois fois, ainsi qu'on peut le voir dans 
ces deux vers : 

"Outrt iitt s-^iiou ctfTiif iiriJ'pxvTZTO KctfnrZ , 
T&Tfa. x il B-x.'t\h*( TiKfjuisnxi kl&ti Xtux-ff. 

Cette assertion est fausse ; aucune liliace ne peut fleurir trois 
fois : plusieurs causes physiologiques s'y opposent. Le bulbe qui 
a fleuri ne refleurit que l'anne suivante. Pline dit un pt-u plus 
loin ; Item in coronamentorum , narcissi : namque et hc ter florenl. 
C'est Thophraste qui lui fournit ce fait , tout aussi mal tabli 
que celui fourni par la scille. ( Cf. Theoph. , Hist. plant. , 
vil, 12.) 

Quant au bulbus , c'est la mme liliace que celle laquelle 
Pline a donn l'pithte de minutas au chapitre 7 de ce mme 
livre. Cf. la note 5i. 

357. Page 20 , ligne i3. Ac non in novissimis caeetur, etc. 
Le prjug consacr dans celte phrase n'a t puis chez aucun 
auteur connu ; il appartient malheureusement en propre noire 
auteur. 

358. LXVI , page 20, ligne 19. JEquinoctium vernum a. d. 
VIII kalendas aprilis peragi videtur. On remarque dans le texte de 
Pline et celui des auteurs anciens qui ont cherch prciser le 
lever et le coucherdes astres , plusieurs diffrences dans les po- 
ques. Le coucher de la Balance, fix par Pline au sixime jour 
avant les ides d'avril, est fix par Columelle(lX, 2) , d'abord au 
quatrime, puis au huitime. Ovide fait lever la Chvre le premier 
jour des kalendes de mai, et Pline le huitime jour avant les ides 
du mme mois : 

Ab Jove surgat opiis : prima mihi nocte vklcnda 

Stella est in cunas officiosa Jovis. 
Nascitur Oleniae signum pluviale Capell : 

Illa dati caelum praemia lactis habel. 

Ovid. , Fast. , v, 1 1 1 . 

Les Pliades se lvent, suivant Pline, le sixime jour des ides de 
mai, et Columelle {loco cit.) dit qu'on les voit le jour des noues 
seulement. Nous nous bornons signaler ces diffrences. 



NOTES DU LIVRE XVIII. io 9 

35g. Page 20 , ligne 20. Vergiliarum exortum , etc. Ovide 
parle en ces termes des Pliades : 

Pleiadas aspicies omnes ; tntumqur sororum 

Agmen , ubi ante idus nox cril nna super. 
Tum mihi non dnbiis aucloribus incipit restas: 

El tepidi fincin tempora veris habent. 

F. st., v, 599. 

360. Page 22 , ligne 20. In hoc temporis intervallo , etc. \\ est 
douteux que les auteurs voulussent, enaccusantles cultivateurs de 
ngligence, faire allusion la paresse du coucou, qui va pondre 
dans les nids des autres oiseaux, au lieu de se construire un nid 
pour lui-mme. Porphyrion explique comme il suit le sens con- 
tenu dans cette phrase , et l'explique plus convenablement. Les 
paysans que l'on trouve occups la vigne ont coutume d'tre 
tourns en ridicule lorsqu'on les y voit travailler hors de saison, 
et leurs compagnons contrefont , en les regardant , le chant du 
coucou , comme pour leur reprocher de s'occuper encore de 
travaux qui doivent tre termins long-temps avant l'arrive de 
cet oiseau de passage. Horace a dit dans ce mme sens : 

Tnm Prnosiinus saJso multumque flucnli 
Expressa arbuslo regeril cotivicia , durus 
Vindemiator et invictus , cui spe viator 
Cessisset, magna compclhins voce cucullum. 

Satyr. 1 , 7 , v. 28. 

36 1 . Page 24 , ligne 8. Atque etiam in eodem arvo est signum 
illius maturitati, etc. Cf. sur les cicindles et les lampyrides la note ?. 
du livre XI. Les modernes donnent le nom de cicindle des co- 
loptres trs-carnassiers , orns de couleurs brillantes , et qui 
exhalent une odeur agrable lgrement musque lorsqu'on 1rs 
saisit -, ils ne brillent pas dans l'obscurit. Les lampyrides , au 
contraire, sont doues d'une proprit phosphorescente. Lam- 
pjride vient d'un mot grec qui sigjjjfie splendcsco, xa.f*isvptla. On 
trouve ce nom dans Elien , dans Aristote et dans Dioscoride. 
Les noms latins tendent tous rappeler la phosphorescence de 
ces insectes, lucio , luciola, flammides , lucernula , incenduia , nite- 
dula. etc.; nous leur donnons en France le nom de vers luisans. 



no NOTES DU LIVRE XVIII. 

36. LXV1I , page 24. , ligne i4- Jom Vergitias in clo 
notabUes caterva fecerat , etc. Pline, dans ce paragraphe , crit avec 
chaleur et lgance, se montre pote et philosophe. On se plat 
le voir, secouant le joug des prjugs sous lequel il marche 
si pniblement , conseiller au laboureur de chercher prs de 
lui , et dans les tres anims , des signes pour le diriger dans ses 
travaux , et l'engager consacrer au repos les nuits , plutt que 
de les passer tudier des astres qui, n'ayant avec notre globe 
que des rapports de position , ne peuvent influer ni sur les cul- 
tures ni sur les vnemens de la vie : voil ce qu'on aime lire 
dans le texte de notre auteur. Ces signes tirs des tres anims, 
auxquels Pline ajoute tant de confiance , sont pourtant sujets 
tromper celui qui les tudie. Les hirondelles , qu'un vent tem- 
pr ramne dans nos climats , y viennent quelquefois prir, et 
une foule d'insectes qui naissent seulement dans les chaleurs , 
meurent souvent de froid quelque temps aprs leur naissance. 
Les agriculteurs doivent tudier surtout le sol , et se soumettre , 
pour le reste, aux nombreuses anomalies que nous offre la marche 
des saisons. 

363. Page 26, ligne 8. Dabitur et aliudfinitifrigoris indicium, etc. 
Pline (liv. XVI , chap. 4- 1 ) a dclar que le mrier tait le plus 
sage des arbres, parce qu'il ne germe que fort tard, ce qui le met 
l'abri des geles printanires : Ob id dicta sapientissima arbo- 
rum. Cf. la note 222, au livre cit. Passerat s'est empar de cette 
ide dans ses posies latines, et il lui a donn quelque extension. 
Voici en quels termes il s'exprime : 

Sit pudor insanis , morus sapit ; illa doloso 
Nil temere crdit Zephyro : nam veris adulli 
Jam cerlum exspeclans solem , non germinat ante, 
Frigoris infesti quam cuncta recesserit aura : 
Tum floretque, viretque simul : longque rependit 
Damna morse : atque nna totam se nocle profundit. 



Insidias cli ne tune vereare sereni 
Amplius. et vasto qu caeca pericula ponto : 
Ut bene subductam deducas na-vita pinum, 
Sint tibi Vergilise , \ideas qnum germina mori. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 1 1 1 

364- Page 26, ligne 1 1 . Ergo opra, laleas olivarum ponere, etc. 
Cf. sur la culture du mrier, la note 260, au livre XVI. Toutes les 
rgles de conduite , traces par Pline dans ce paragraphe , sem- 
blent avoir t puises chez Varron (de Be rust. , 1 , 3i ). Tertio 
intervallo inter Vergiliarum exortum et solstitium hcfieri debent. 
Vineas novellas fodere , aut arare , et postea occare dicunt , etc. Cf. 
Colum., xi , 2 ; Pallad. , in Maio, tit. 4- ; Cato , c. 4o. 

365. Ipsasque oleas interradere , etc. Suivant M. Grard , le 
mot interradere ne peut se rendre que par celui de racler. Cette 
opration devait consister ratisser la partie du cep l'endroit 
o il sort immdiatement de terre. Cette pratique est encore 
usite pour l'olivier. Cet arbre pousse , du haut de sa souche , 
de petites racines filamenteuses que l'on met dcouvert quand 
on l'a dchauss. Le chevelu se dessche bientt ; on en dgage 
la souche en la ratissant avant de la recouvrir de terre : telle est 
la manire dont M. Grard explique le mot interradere. Mais 
pourquoi ne pas croire que ce mot signifie dchausser, c'est--dire 
enlever la terre qui entoure la souche de l'arbre , celle que les 
pluies d'hiver ou de printemps ont amasse autour du collet. En 
faisant cette opration , il tait possible , au reste , que l'on ra- 
tisst le tronc pour le dbarrasser des mousses ou des lichens qui 
le recouvraient. Cette double interprtation peut donc tre ad- 
mise sans nul inconvnient. 

366. Page 28, ligne 16. Utilissimum simulet herb arare, etc. 
Les cultivateurs modernes pratiquent quelquefois le labourage dans 
les prairies pour les renouveler, et sment dans cette terre nou- 
vellement remue les graines des plantes qu'on y trouvait aupa- 
ravant. Un pr labour , et ensemenc de nouveau , produit de 
l'herbe en plus grande abondance. 

367. Ligne 19. Nec primo anno rigari, etc. Columelle fait la 
mme recommandation : Nec pecora quidem oportet teneris adhuc et 
subsidentibus pratis immittere : sed quoties herba prosiluerit falcibus 
desecare. Nam pecudes molli solo infigunt ungulas , atijue interruptas 
non sinunt herbarum radies serpere , et condensare. Altero tamen 
anno minora pecora post fenisecia permittemus admitli... tertio deinde, 
quum pratum solidius ac durius erit , poterit etiam majores reciperc 
pecudes (de Re rust., II , 18). 



# 



lia NOTES DU LIVRE XVIII. 

368. Page 3o, ligne i. Herba optima in prato trifolii , etc. Le 
trfle ( Trifoium praiense, T.rubens et T.repens) mrite d'occuper 
la premire 'place parmi les plantes qui vivent dans nos prairies. 
Par le mot gramen, Pline entend parler sans doute de diverses 
sortes de gramines, alopecurus , phleum , poa , festuca , etc. C'est 
donc ici un terme gnrique. Quant au mimmulus , pessima 
herba , ferens siliquas , il n'est gure possible de dire ce que 
c'tait. Quelques commentateurs ont prtendu qu'il s'agit des 
carex , mauvais fourrage, pouvant tout au plus servir comme 
litire ; d'autres , lisant nummuus , ont indiqu la nummulaire , 
Ljsimachia Nummidaria , L., plante trs-commune dans les prai- 
ries basses, et qui corrode, dit-on, les lvres des brebis qui la 
paissent. Enfin , on a dsign une pdiculaire , le Rhinanthus 
Crista galli , qui est fort commun aussi dans les prs. Rien 
n'est plus hasard, car il faut une plante siliques ou gousses. 
Toutes ces divergences d'opinions montrent de reste l'extrme 
difficult qu'il y a de dcider ce qu'on doit entendre par le mot 
mimmulus , ou nummuus. 

36g. Ligne 4 Invisa et equisetis est , etc. Cet equisetis des 
Latins est Vhippuris des Grecs. Pline l'appelle equisetum au 
livre xxvi , chapitre 83. Les espces d' Equisetum ou de prle , 
trouves jusqu'ici dans nos prs , sont Y Equisetum fluviatile , L. , 
Spec. , i5i7 , et V Equisetum palustre, L. , Spec. , i5i6. On ne 
les voit gure que dans les prs humides et marcageux ; ce 
sont les moins bons ; Pline a grande raison de dire : Invisa et 
equisetis est. 

370. Ligne 5. Secandi tempus , quum spica deflorescere c 
pit f etc. Les prairies taient alors fauches deux fois, en mai et en 
septembre ; c'est comme maintenant. Varron place la seconde coupe 
entre la Canicule et l'quinoxe d'automne : Quinlo intervallo inter 
Caniculam et ccquinoctium autumnale oportet , etc. (i, 33). Nous 
nommons le second foin regain, et Columelle lui donne le nom 
de cordum : Aluntur autem commodissime repositis ulmeis , yel ex 
fraxino frondibus , vel autumnali feno , quod cordum vocatur ; nam 
idmollius, et ob hoc jucundius est , quam maturum ( VII , 3 ). Caton 
le qualifie de fenum cordum dans cette phrase : Frondem popul- 
neam, ulmeam, querneam condito, non peraridam , pabulum ovibus. 



NOTES DU LIVRE XVIII. n 

Item fenum cordum , sicilimenta de pralo , ea arida condito ( de Re 
rustica , 5 ). 

370 bis. Page 3o, ligne 7. Cato fenum, inquit, ne sero seces, etc. 
Voici comment s'exprime Caton ( c. 53 ) : Fenum , ubi tempus 
erii , secato : cavetoque ne sero seces. Priusquam semen malurumfiet, 
secato: etquid optimum fenum erit, seorsum condito. Columelle dit 
qu'il faut couper le foin avant qu'il ne sche : Fenum autem de- 
metitur optime antequam inarescat. Nam et largius percipilur , et 
jucundiorem cibum pecudibus prcebet (de Re rust. , il , 19 ). Vairon 
s'exprime en termes peu diffrens : Coupez l'herbe la faux , dit 
cet auteur, lorsque la chaleur commence la fltrir , et qu'elle 
cesse de crotre : Herba quum crescere de s Ut , et cestu arescit , sub- 
secari falcibus debel [Y arr. , 1, 4-9)- Les anciens agriculteurs 
avaient tous compris qu'en fauchant l'herbe de bonne heure on 
augmentait les chances du regain , et que le foin tait meilleur. 

37 1. Ligne 9. Noclibus roscidis secari melius. Voici le pr- 
cepte donn par Virgile : 

Nocte levs stipulai melius, nocle arida prata, 
Tondentur : nooiis lenlus non dficit humor. 

Georg. , 1 , 289. 

372. Ligne 1 1. Fuit hoc quoque majoris impendii apud priores. 
Pline parlera plus au long, au chapitre 4 7 du livre xxvi , des 
pierres aiguiser ; nous y renvoyons. Toutes les substances mi- 
nrales qui peuvent aviver le taillant des instrumens tranchans 
sont des pierres aiguiser ; toutefois, celles qui sont plus parti- 
culirement en possession de cette dnomination sont les grs 
durs grain fin. La France en possde un grand nombre de va- 
rits. 

373. Ligne 16. Falcium ipsarum duo gnera. Pline ne pat le 
ici que des faux couper l'herbe. Les anciens en avaient de toute 
espce : pour monder les arbres , arborari ; pour couper les 
buissons et les grandes herbes , lumari ; celles avec lesquelles 
on dfrichait , rustari ; celles qui servaient aprs la moisson 
pour couper le chaume, stramenlari ; celles avec lesquelles on 
coupait la vigne ou les saules , viniiori , etc. : Sic alia quorum 
nonnulla gnera species habent plures , ut falces. Nam dicuniur ab 

xii. 8 



ii4 NOTES DU LIVRE XVIII. 

eodem scriptore vineaticce opus esse sex , scirpicid v , sUatic V , 
arborari III, et instance X. Varr., de Re rust. , 1 , 11. Cf. Cvr. , 
de Re rust. , c. 10 et 1 1 ; PALLAD., in Januar. , tit. 43 ; Colum. , 
de Re rust. , II , 21 , IV, 25 , XII , 18. 

374. Page3o, ligne 16. lialicum brevius , ac vel inter vpres 
quoque tractable. Cette faux , plus courte que la faux gauloise, dont 
on se servait de la main droite , et qui tait seulement propre 
aux lieux embarrasss de buissons , avait sans doute quelques 
rapports de forme avec la faux-faucille, usite dans le nord de la 
France pour la moisson. 

3y5. Ligne 17. Galliarum latifundia ma/oris compendii , etc. 
Cette faux gauloise , plus longue que la faux d'Italie , et qui 
abattait en peu de temps une grande quantit d'herbe , ne devait 
pas diffrer beaucoup de notre faux ordinaire ; du moins ce qu'en 
dit Plme prouve qu'on s'en servait de la mme manire. 

376.- t ~Page 32, ligne 2. Nisifuerit hoc obsercatum diligenter, etc. 
La combustion spontane du foin a lieu sans que le concours du 
soleil soit ncessaire ; cet accident arrive fort souvent dans les fenils 
o Ton a entass du foin mouill. Ecoutons Columelle: Est aulcm 
modus in siccando , ut neque peraridum , neque rursus viride colli- 
gatur : alterum , quod omnem succum si amisit, stramenti vicem ob- 
tinet : alterum , quod si nimium retinuit , in tabulato putrescit : ac 

spe concaluit , ignem crt, et incendium Certe quidquid ad eum 

modum , quo dbet , siccatum erit , in metas exstri conoeniet , casque 
ipsas in acutissimos vertices exacui. Sic enim commodissime fenum 
defenditur a pluviis : qu etiamsi non sint , non alienum tamen est 
prdictas metas facere , ut si quis humor kerbis inest , exsudet , ulque 
excoquatur in acervis, Propter quod prudentes agricol , quameis jam 
llatum tecto , non ante componunt , quam per paucos die s tenuere con- 
gestum, in se concoqui et defervescere pauntur ( COLUM. , II , ig). 
On doit admirer la sagesse de toutes les pratiques recommandes 
par les anciens. Ils mettaient tout leur foin en bottes, et l'exp- 
rience a prouv que c'est la meilleure manire de le conser- 
ver ; aussi beaucoup d'conomistes qui entendent leurs intrts 
procdent-ils ainsi. Nous ferons remarquer en passant que la 
botte de foin tait autrefois d'environ quatre livres , quaterna 
pondo; le poids lgal d'une botte de foin est aujourd'hui de cinq. 



NOTES DU LIVRE XVIII. n5 

377. Page 32 , ligne 5. Interamn in Umbriaquater anno se- 
cantar, etc. Pareille chose arrive encore dans quelques parties de 
la France. 

378. Ligne 7. Et postea in ipso pabuo non minus molument 
est, quant afeno. Pralum minimi sumptus egens , per ontnes annos 
prbet reditum : neque eum simplicem; quum etiam in pabulo non 
minus reddat , quant infeno. ( CoLUM. , de Re rusl. , II , 17.) 

37g. LXVIII , page 32 , ligne 1?.. Solstitium peragiin octava 
parte Cancri , etc. Pline a prcis l'poque du solstice au chap. 5g 
de ce mme livre. 

38o. Page 34, ligne 1. Quant ob rem eas manibus ipsis agrico- 
larum ingessit, etc. Cf. le chapitre 36 du livre xvi, et les notes igi 
et ig3, o nous avons combattu ce prjug, fort rpandu chez 
les crivains rustiques. Varron (1, 4-6) en parle en ces termes : 
Propter ejusmodi res admiranda discrimina sunt naturalia , quod ex 
quibusdam foliis propter eorum versuram , quod sit anni tempus dici 
possit, ut olea, elpopulus alba, et salix. Horum enintfolia, quum con- 
verterunt se , solstitium dicitur fuisse. Aulu-Gelle dit aussi quelque 
chose touchant ce prtendu phnomne : Vulgo et scriptum et cre- 
ditunt est , folia olearum arborum bruntali et solstitiali die converti : 
et quer. pars eorum fuerat inferior , atque occultior , eam supra fieri 
atque exponi ad ocuos , et ad soient , quod nobis quoque semel atque 
iterum experiri volenlibus ita esse prope modum visum est ( AuLU- 
Gell. , IX , 7 ). Le scholiaste de Nicandre ( in Ther. , 32 ) a dit 
aussi : 'H xala rk yXAVKct rav <pvxxa>v oivco g^e< ec Qpovs pq.- Ta, 
T jucivec , yjifimos. Il est bien tonnant qu'un fait aussi vi- 
demment faux , et dont la fausset est si facile dmontrer , ait 
trouv un aussi grand nombre de gens crdules. 

38 1. Page 36, ligne 11. Sentiunt id maria, et terra:, etc. C'est 
au chapitre 4-0 du livre II, et au chapitre 25 du livre IX, que Pline 
a parl de l'influence des jours caniculaires. On a dit et imprim 
qu' l'poque de la Canicule , c'est--dire lorsque Procyon se 
lve avec le soleil ou Mars , ce qui a lieu vers le 16 de juillet, 
la mer bouillonne, le vin tourne, les chiens deviennent enrags, 
les animaux prouvent de l'abattement , les fivres continues et 
de mauvais caractres se dclarent, etc.; ce sont de vritables 

8. 



n6 NOTES DU LIVRE XVIII. 

Io lies. Toutefois, c'est du moins cette poque que les chaleurs 
sont les plus fortes ; et il rsulte de cette lvation de tempra- 
ture quelques phnomnes inaccoutums , qui peuvent exercer 
une influence plus ou moins marque sur les tres vivans. On 
croit encore maintenant , dans quelques-unes de nos provinces, 
aux* phnomnes de la Canicule. Gemmius (c. i4, p. 58) et le 
pre Petau ( Uran. var. dissert. , 1. Il, c. 10) ont dissert lon- 
guement sur l'influence caniculaire. Le pote Horace en a parl 
dans quelques-unes de ses posies: 

Jam Procyon furit , 

Et Stella ve^ani Le onis , 
Sole dies referento siccos. 

Lib. m, Ol. 29, v. 18. 

C nem illum 

Invisum agricolis si 1 ns. 

Satyr. , 1 , 7 , v. a5. 

Le pote Manilius en a dit aussi quelque chose : 

Subsequilur rapido contenta Canicnla curso , 
Quo nullurn terris violenlius ailvenit astrum; 

Nec gravius cedit 

1, v. 338. 

Pline attribuera plus loin la Canicule la bruine qui brle la 
vigne : Decretorio mis sidre illo , quod Caniculam appellavimus 
( mme chapitre ) 

38-2. Page 36 , ligne i4- XIII kaendas augusti Mgypio Aquila 
occidit matutino, elesiar unique, etc. Tertio kaendas augustas Arpj.Ua 
occidit : tempestatem significat. ( CoLUM. , XI , 2.) 

383. Ligne 17. III kaendas regia in pectore Leonis stlla ma- 
tutino Cas sari emergit. Quarto kaendas augusti, Leonis in pectore 
clar stell exoriuntur, interdum tempestatem significat. (CoLUM., 
loco cit.) 

384- Ligne 19. \'III idus augusti Arcturus mdius occidit, etc. 
vu idus augusti Arcturus occidit mdius : nebulosus stus , pridie 
idus augusti, Fidis occidit mane , et autumnus incipit. ( COLUM. , 
loco cit. ) 

385. Page 38, ligne 8. Ferunt Democritum, qui primas iniel- 
lexil , etc. Pline seul attribue Dmocrite cette prvision qui lui 
fit croire une grande abondance d'olives pour l'annesui vante. 



NOTES DU LIVRE XVIII. n 7 

Cicron ( de Doinat. , il , 201 ) , Aristote {Polit. , I , 7 ) , 
Diogne La'rce {Fie de Thaes ) en font honneur au philosophe 
Thaes, ce qui, au reste, ne tire pas consquence. Cette anec- 
dote merveilleuse doit prendre place parmi les faits hasards dont 
fourmillent les crits des anciens. Nanmoins un cultivateur exerc 
peut tirer de l'aspect des bourgeons et de leur nombre, des in- 
ductions plus ou moins justes sur la rcolte prochaine. 

386. Page 38 , ligne 18. Hoc poslea Sextius e Romanis sa- 
pienti adsectatoribus Aihenis fecit eadem ratione , etc. Sexlium 
ecce quum maxime lego, virum acrem , Grcis yerbis , Romanis mo- 
ribus , philos ophantem , etc. ( SenEC. , Ep. 5g. ) 

387. Ligne 22. Plerique dixere rorem inustum sole acri , etc. 
On a pendant trs-long-temps attribu la rouille (mbigo) aux 
brouillards , et nagure encore on expliquait de cette manire 
toutes les maladies des feuilles. Ce fut vers la dernire moiti du 
sicle pass seulement qu'on reconnut dans les taches qui couvrent 
les feuilles , des amas plus ou moins serrs de petites produc- 
tions fongueuses , parasites. L'humidit , le dfaut de lumire et 
d'air sont les causes qui favorisent le plus le dveloppement de 
ces productions. ( Cf. au prsent livre la note z^o.) 

388. Page 4? ligne 3. Quoniam ialis injuria non fit nisi inter- 
lunio, etc. Thophraste attribue aussi la rouille la lune, paraissant 
en outre faire entendre que l'absence de chaleur pendant les nuits 
est une des causes secondaires qui la favorisent ; 'H <T' sfVa-iCn, 

<rct<Wf>7t)S TtS' OVeTp <T <rtt.-TzfbV CLVZV f/MOTMTOf KXOTpictr JUA~ 

hta-lx II pv<rtCovTd.i <rrtos Tcit <aa.V(rtxw<ns. Aib k< 7MV etMvm 
tm Sflt/oTJrn cnveiv tV vvktqs {de Causis, m , 7 ). 

38g. LXIX, page 4-2, ligne 11. Duce sunt prccter lunarem, etc. 
L'astrologie judiciaire , qui tait fonde sur l'influence que les 
astres devaient exercer sur les individus , rgla long-temps les 
affaires de la terre. Une foule d'hommes distingus ont t les d- 
fenseurs de celte science de mensonge jusque vers la fin du dix- 
septime sicle. L'astrologie et l'alchimie sont aujourd'hui con 
sidres comme des maladies mentales qui ont atteint quelques 
ttes faibles et mal organises ; le temps en a fait lentement jus- 
tice. Les astrologues avaient tendu l'influence des astres sur tous 



n8 NOTES DU LIVRE XVIII. 

les tres vivans ; leur fausse thorie sduisit un grand nombre de 
personnes , parce qu'ils semblaient appuyer leurs raisonnemens 
sur l'astronomie, science positive, et dont les calculs ont une 
exactitude rigoureuse. On attribua , non sans raison , le phno- 
mne des mares au phnomne de l'attraction; mais on tendit 
l'atmosphre l'action que la lune exerce sur les eaux de la mer : 
ds-lors l'apparition plus ou moins frquente des mtores ter- 
restres dpendit de cet astre , puis secondairement des autres 
plantes , et mme des toiles fixes. La circulation des fluides 
dans les plantes , l'acclration ou le retard de la germination , 
la maturation des fruits, etc., tout fut expliqu par ces influences 
prtendues, et l'astronomie devint essentiellement lie avec l'agri- 
culture. Une foule de prjugs s'tablit ds-lors ; et comme on 
croyait entirement , et sans rserve , la vrit des explications 
donnes, sans chercher se les expliquer, on resta dans cette 
fausse direction ; les bons esprits ngligrent de chercher les 
vritables causes des phnomnes clestes et terrestres, et n'o- 
srent accuser d'erreur Pline et les anciens auteurs , Grecs ou 
Romains ; ainsi chacun, sduit par le ton d'assurance avec lequel 
ces vnrables crivains s'taient exprims , se tint pour instruit 
suffisamment , et pourtant l'ignorance tait complte. 

3qo. Page 4 2 , ligne i5. Est prterea in ccelo, etc. Il en est de 
l'influence de la voie lacte comme de celle de tous les corps c- 
lestes ; ce prjug est au nombre des prjugs onomatiques (fon- 
ds sur le rapport illusoire du nom). Il est peu d'exemples d'nne 
plus grossire ignorance. Presque toutes les applicaiions de l'as- 
tronomie l'agriculture sont de cette force. Nous ddaignons 
de relever tout ce qu'on lit d'absurde dans ce chapitre. 

3g I. Page 44 1 ligne i5. Tria namque temporafructibus metue- 
lant , etc. Ce nom de Rubigales vient de rubigo , rouille ( Cf. la 
note 222), dont on craignait la funeste influence sur les rcoltes: 
Paibigalia dicta ab Rubigo. Secundum segetes huic Deo sacrificatur, ne 
rubigo occupet segetes ( Var., de Ling. lat., v, p. 1+']). Ces Rubigales 
taient clbres le septime jour avant les kalendes de mai , 
c'est--dire le 2 5 d'avril , parce que c'est vers ce temps que la 
rouille ou nielle a coutume d'infester les cultures: Rubigalia, dies 
festus, septimo halendas maias, quo Rubigo Deo suo, quem putabant 



NOTES DU LIVRE XVIII. 119 

rubiginem averiere , sacrificaba.nl ( Festus ). On sacrifiait , selon 
Ovide, au dieu Robigus ou Rubigus les entrailles d'un chien ou 
celles d'une brebis : 

Flamen in anliquae lucum Rubiginis ih.it . 

Exla canin tlauinis , exta daturus ovis. 
Protinus accessi , ritus ne nescius essem , 

Edidit hc Flamen verba, Quirine , luus. 
Aspera Rubigo , parcas cerealibus herbis. 



Fast. , iv , 907. 

Columelle dit qu'on immolait au dieu Rubigo un petit chien 
nouvellement n : 

Hinc mala Rubigo virides ne torreat hcrbas 
Sanguine laclentis catuli placatur, et extis. 

De Hortul. , x , 35t . 

Varron {de Re rust. , I, 1) invoque au commencement de sou livre 
Robigus et Flore, dont la protection prserve les bls et les arbres 

de la rouille , et les fait fleurir temps : {invocabo) Quarto 

Robigum ac Floram , qubus propitiis , neque rubigo frumenta nique 
arbores corrumpit , neque non tempestive fiorent. Itaque public Ro- 
bigoferi Robigalia. Cf. sur le Robigo la note 222 , dj cite. Le 
diu Robigo avait un temple entour d'un bois, dans la cinquime 
rgion de la ville , et un autre temple sur la voie Nomentane , 
hors la porte Capne. Les Rhodiens invoquaient Apollon contre 
la rouille des bls , sous le nom de Erythibius , form de pvriCtt, 
la rouille ou nielle des crales , etc. 

3g2. Page /fi , ligne I. Sed vera causa est , etc. Cf. sur l'in- 
fluence prtendue des jours caniculaires, la note 38i. C'est sans 
doute cause de cette influence sur l'apparition de la rouille 
qu'on sacrifiait au dieu Robigo les entrailles d'un chien, ou mme 
un chien nouveau-n ; c'est quoi ont rapport plusieurs passages 
cits note 3g 1 , ainsi que les suivans , qui sont moins connus : 

Est canis , Icarium dicunt ; quo sidre molo , 

Tosta silit Tellus , praeripiturque seges : 
Pro Cane sidereo canis hic imponitur arae , 

Et quare fit , nil nisi nomen habet. 



no NOTES DU LIVRE XVIII. 

Thura focis vinumque ddit, fibrasque bidenlis 
Turpiaque obscenae vidimus exta Canis. 

Ovid. , Fast. , iv, g3y. 

Rutiler, canes, id est, non procul a rubro colore, immolantur, ul ait 
Atteius Capito , canario sacrificio pro frugbus , deprecand sviti 
causa sideris Canicul ( FesUS , in Fragm. ) . 

3g3. Page 4-6 , ligne 5. Floralia. Les ftes Florales, nommes 
aussi Antisthses, duraient six jours , et se terminaient , suivant 
Ovide, aux kalendes de mai. C'tait durant ces ftes que les jeux 
Floraux taient clbrs. On voit par le texte de Pline que les 
Florales avaient pour objet de demander Flore une heureuse 
floraison des crales. On sait que dans les temps pluvieux la 
fcondation ne pouvant avoir lieu , il y a coulure, c'est--dire 
avortement , par empchement de l'mission du pollen. Le re- 
tour de ces ftes , qui paraissent avoir t institues en 5io ou 
5 16, ne fut rgulier que vers l'an de Rome 58o , la suite d'une 
strilit dtermine par une longue srie de printemps froids et 
pluvieux. D'abord dcentes et dignes des premiers temps de la 
rpublique , ces ftes devinrent plus tard la honte de Rome. 
Cf. Varron (1 , 1 ) , Valr-Maxime (il, 108) , Martial , etc. 

3g4- Ligne 11. Vinalia. On clbrait les Vinales deux fois 
par an; c'est pourquoi Pline emploie l'expression Vinalia prior a. 
Cet auteur ne parle que des Vinales d'avril , qui n'avaient pas 
pour but de demander la faveur des dieux pour la vigne , mais 
de goter les vins et de leur en faire des libations: Calpar, vinuni 
novum , quod ex dolio demitur sacrifiai causa antequam gustetur. Jovi 
enim prius sua vina libabant , qu appellabant Festa Vinalia 
( Festus , in Fragment. ). Varron {de Re rust. , 1 , 1 ) parle des 
Vinales, mais il n'en dit que peu de mots dans cet ouvrage. 11 
faut consulter cet auteur ailleurs ( de Ling. Lalin. , v, 3), pour 
trouver sur les Vinales des renseignemens curieux. C'est un 
jour de Jupiter , dit-il , et non de Vnus , et on prend grand 
soin de les clbrer dans le Latium. En certains endroits , c'- 
taient les prtres mmes qui faisaient les vendanges. Le flamine 
diale commence encore la vendange Rome , et donne l'ordre 
qu'on la continue ; il sacrifie Jupiter un agneau femelle, etc., etc. 
On faisait des libations Jupiter avec le vin nouveau avant de le 






NOTES DU LIVRE XVIII. 121 

goter. Les Vinales d'aot taient consacres Vnus , et on les 
clbrait pour demander aux dieux un temps favorable la ven- 
dange. Cf. la note 3g6. 

3g5. Page 4-6 , ligne i5. Aliudhoc quatriduum est, etc. Con- 
sultez nos vignerons et nos cultivateurs , et vous apprendrez, 
par tous les vieux dictons qu'ils transmettent soigneusement 
leurs enfans , qu'il est des jours critiques pour la vigne. Le 
corps social marche , on ne peut le nier ; mais il laisse derrire 
lui une foule de tranards. 

3g6. Page 48, ligne 5. Extra has causas sunt Vinalia altra, etc. 
Cf. sur les Vinales de septembre , la fin de l'avant-dernire note. 
Ces Vinales taient surnommes aussi Rustiques: Rustica Vinalia 
appellantur , mense augusto , quatuor decimo kalendas septembres 
Jovis dies feslus , quia Latini bellum gerentes adversus Mezentium , 
omnis vini libationem ei deo dedicaverunt : eodem autem die Veneri 
iernpla sunt consecrata... quia in ipsius de tutela sunt horti ( FEST.). 

397. Page 5o , ligne 1. Prterea tant facile intelligi , etc. 11 
est presque superflu de dire que cette assertion est fausse. 

3cj8. Ligne 3. Avern parram oriente Sirio, etc. Cf. le livre X , 
au chapitre 4-5 , ou Pline a parl de l'oiseau parra. Quelques 
commentateurs pensent que c'est le loriot, Oriolus Galbula, L. ; 
d'autres dsignent la msange , Parrus major, L. Horace a dit 
un mot de la parra : 

Impios parr rrcineniis omen 

Ducal 

0^.37,1.111. 

3g<). LXX , page 5o, ligne 10. Sarmenta, autpalearum acer- 
vos , etc. Le moyen propos ici par Pline avait t aussi prconis 
par Coumelle {de Arboribus , i3) , en ces termes : Ne rubigo 
vineam vexet. Palearum acervos inter ordines vemo tempore po- 
sitos habeto in vinea : quumfrigus contra temporis consuetudinem 
intellexeris , omnes acervos incendilo : itafumus nebulam et rubigi- 
nem removebit. Il ne faut pas compter sur l'efficacit d'une pareille 
pratique. On ne connat jusqu'ici aucun moyen vraiment efficace 
d'empcher le retour de la rouille. Les agriculteurs ont conseill 
de faucher les feuilles des crales frappes de rouille avant 



iaa NOTES DU LIVRE XVIII. 

qu'elles montent en tige, l'exprience ayant dmontr que celles 
qui succdent n'en ont que peu ou point ; de laisser en jachre 
les terres qui semblent favoriser ce flau ; de changer l'ordre de 
succession des cultures ; enfin , de semer pais ou de forcer les 
engrais. Columelle {de Re rust. , il , g ) avait conseill ce der- 
nier moyen quand il a dit : Ubi vel uligo vel alia pestis segetem 
enecat, ibi columbinum stercus convertit. Cf. l'auteur des Goponiques , 
v, 3i. 

4.00. Page 5o , ligne i3. Quidam trs cancros vivos cremari 
jubent in arbustis , etc. Cf. Apul. ( in Geoponic. , V, 3i ) sur cette 
pratique absurde. 

4.01. Ligne i5. Alii siluri carnem hviter uri a yento , etc. L'au- 
teur des Goponiques (v, 3i) conseille aussi ce moyen ridicule: 
Tivss <T e-ixovpov rbv l%fv. KctTctre/uvre , x.a.iov<ri Ketrk lve/uov, 
Kenh tfoLv [/.pos Toy yjapiov rht 'o<r/uhv <notovvres. 

f\oi. Ligne 17. Varro auctor est, si Fidicul occasu, etc. S'il 
est vrai que Varron a dit cela , ce n'est pas ce qu'il a dit de 
mieux. 

4o3. Ligne ig. Archibius ad Antiochum Sjri regem scrip- 
sit , etc. Cet Archibius n'est connu que par ce passage de Pline ; 
ses ouvrages sont perdus , ainsi que sa correspondance avec An- 
tiochus : peu de personnes la regretteront. 

4.04. LXXI , page 52 , ligne 8. Aream ad messem creta pr- 
parare , etc. Caton , dans le chapitre o il donne la composition 
d'une aire battre le grain , ne parle pas de l'emploi de la craie : 
Aream , ubi frumentum teratur, sic facis. Confodiatur minute terra , 
et amurca bene conspergatur , ut combibat quam plurimum. Ubi bene 
comminuta terra fuerit, et amurcam combiberit , cylindro aut pavi~ 
cula coquato. Ubi coquata erit , neque formicce molest erunt , et 
quum pluerit , lectum non erit (deRe rust., 12g). Virgile en conseille 
l'emploi : 

Area cran primis ingenti sequanda cylindro , 
Et vertenda manu , et creta solidanda tenaci , 
Ne subeant herb, neu pulvere vicia fatiscat. 

Georg., 1 , 178. 

Il y a donc eu , ainsi que le fait observer Poinsinet, un lapsus 






NOTES DU LIVRE XVIII. ia3 

memori. Si Pline et t exact, il et crit : Aream ad messem 
terra prparare , Caionis sententia , amurca temperata , Virgilii, 
operosius creta. Ne peut-on pas croire qu'il y a ici erreur de 
copistes ? 

4o5. Page 52 , ligne 9. Majore ex parte quant tantum , etc. 
Pline est le seul auteur de l'antiquit qui parle de cette manire 
de construire l'aire battre le grain. Elle est peut-tre infrieure 
celles conseilles par Caton (de Re rust., 91 et i3g), par Palla- 
dius ( I , tit. 36 ) , par Columelle ( il , 20) et par Varron ( de 
Re rust. , I , 5i ). On plaait l'aire sur des lieux levs , d'o 
vient son nom d'ara* (a'er) , pour que les vents pussent facilement 
sparer le grain de la balle. On la voulait fort dure et fort unie, 
et quelquefois on la couvrait d'un toit en chaume ; cela se pra- 
tiquait ainsi chez les Hbreux. En Italie, on levait frquem- 
ment prs de l'aire un lieu couvert pour mettre les gerbes 
l'abri en cas de pluie ; c'est pourquoi on la nommait nubla- 
rium, etc. Les modernes recouvrent leur aire de terre glaise bien 
battue et passe au cylindre ; quelquefois on l'enduit de bouse de 
vache ou de sang de buf. Dans le midi de la France , on se sert 
d'un mlange de terre forte , de paille , et de marc d'olives non 
sal , parce que le sel marin contient parfois du muriate de 
chaux , qui attire l'humidit de l'air. On voit que tous ces pro- 
cds rentrent plus ou moins compltement dans ceux indiqus 
par les anciens. 

4.06. LXXII, page 5a , ligne i3. Messis ipsius ratio varia. 
Rien n'tait plus variable que les moyens employs pour mois- 
sonner. Varron (de Re rust. , 1 , 5o ) dcrit trois manires diff- 
rentes : celle de l'Ombrie , qui consistait couper le bl la 
main raz de terre avec la faucille ; c'est la manire la plus com- 
mune en Europe. On sparait ensuite les pis dans le champ 
mme , pour procder aprs au battage : Frumenti tria gnera sunt 
messionis , unum , ut in Ombria , ubifalce secundum terrant succi- 
dunt stramentum ; et manipulum , ut quemque subsecurant , ponunt 
in terra. Ubi eos fecerunt multos , iterum eos percensent , ac de sin- 
gulis scant inter spicas et stramentum, etc. Une deuxime manire, 
suivant le mme auteur , est celle du Picnum , o l'on se sert 



i4 NOTES DU LIVRE XVIII. 

d'an batiUum , courbe de bois, qui porte son extrmit une pe- 
tite scie de fer ; lorsqu'elle a saisi un paquet d'pis, elle le coupe, 
et laisse la paille sur pied pour tre scie son tour plus tard : 
Altero modo metunt , ut in Piceno , ubi ligneum habent incurvum 
baiillum , in quo sit extremo serrulaferrea ; hc quum comprehendit 
fasiern spicarum, desecat , etc. , etc. La troisime manire, dit tou- 
jours le mme auteur, est suivie surtout dans les environs de 
Rome ; elle consiste couper la paille au milieu de sa hauteur, 
en saisissant la partie suprieure avec la main gauche l : Tertio 
mctitur , ut sue urbe Rama , et loris plerisque , ut stramentum m- 
dium subsecent , quoi manu sinisira summum prehendunt ; a quo 
medio messem dictam puto. Il n'est pas facile de reconnatre ces 
trois procds parmi ceux que dcrit notre auteur; toutefois , 
il est possible de reconnatre la rigueur le dernier mode dans 
cette phrase : Stipula: alibi medicc falce prciduntur , atque inter 
duos mergites spica distringitur. 

4.07. Page 52, ligne i3. GaJliarum latifundiis vatti prgrande \> 
dentbus in margine infess, etc. Ce passage de Pline, qui donne une 
manire de moissonner particulire la Gaule , serait inintel- 
ligible si l'on ne s'aidait d'un passage de Palladius dans lequel 
cet auteur s'exprime avec une exactitude plus rigoureuse. Nous 
croyons devoir en donner la traduction : <t Dans les plaines de 
la Gaule, on met en usage une manire trs-expditive de mois- 
sonner. On peut dpouiller un champ trs-tendu en un jour sans 
moissonneurs et l'aide d'un seul buf. On se sert cet effet d'une 
machine monte snr deux roues ; la partie carre est forme de 
planches leves sur les cots , et inclines en dehors vers la 
base ; elle est donc plHS large vers le haut que vers le bas. Sur le 
devant , la planche est moins leve que des trois autres cts ; 
son bord suprieur est arm d'un trs-grand nombre de petites 
dents cartes , redresses vers les extrmits , et disposes sur 
une seule ligne qui correspond la hauteur des pis. Le der- 
rire de cette machine porte deux brancards semblables ceux 
d'une litire ; un buf y est attach , et sa tte est place du 

* Le mot mes si f x er.draii peut-tre de cet usage de scier la paille par 
le milieu , etc. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 2 5 

ct de la machine. Tous les liens et le joug lui-mme sont tour- 
ns en sens contraire. Il faut choisir pour celle manuvre un 
animal doux , facile conduire, et qui n'aille pas plus -vite qu'on 
ne le dsire. Lorsque cette machine est pousse dans les bls sur 
pied , les pis , rassembls et eutasss dans la caisse , se s- 
parent de la paille , qui reste en arrire. Le conducteur abaisse 
ou relve , suivant qu'il en est besoin , cette range de dents; 
le bl est coup, et bientt le champ tout entier est moissonn. 
C'est surtout dans les plaines et les terres unies , o l'on n'a 
pas besoin de paille pour nourrir le btail , que l'emploi de cette 
machine peut tre avantageux. Sans doute cette machine op- 
rait de la mme manire que la merga , dont les dents , troites 
leur extrmit , larges vers le point d'insertion dans le bois , 
taient tranchantes sur les cts. Lorsque la machine tait pous- 
se en avant , les dents tant tenues un peu au dessous de la 
hauteur des pis, on conoit que les tiges du bl entraient dans 
les intervalles laisss entre chaque dent; que les pis, plus gros 
que les tiges, devaient tre coups vers leur naissance, et re- 
pousss dans la caisse attache l'appareil , au fur et mesure que 
de nouveaux pis, sans cesse coups, dounaient lieu des mon- 
ceaux considrables, refouls bientt vers la partie de la machine 
o se trouvait la caisse , qui bientt tait remplie. Malgr ce 
long passage traduit de Palladius , et les rflexions sur le jeu de 
la machine , que nous empruntons Dickson , on ne peut croire 
qu'il ft avantageux de l'employer , cause de l'ingalit des 
chaumes ; car il devait ncessairement chapper l'instrument un 
grand nombre d'pis qui taient perdus pour le cultivateur. 

4.08. Page 52 , ligne 17. Stipule alibi medi falce prcidun- 
iur , etc. Cet instrument, nomm merges par Pline, est appel 
merga par Columelle : Sunl aulem metendi gnera complura: mulli 
falcibus verriculatis , atque ils vel rostratis , vel denliculatis , mdium 
mlmum scant: mulli mer gis y alii peclinibus spicam ipsam legunt, etc. 
Piaule (/ Pnulo, act. v, se. 2 , v. 58) parle de la merga: 

Palas vendmdas sibi ail , et mergas datas . 
Ut hortiuu fodial , aiqoe ut fromenlum metat. 

Ou ne sait trop ce que pouvait tre la merga; elie ne coupait q<ie 



126 NOTES DU LIVRE XVIII. 

les pis, et la paille restait sur pied. Les commentateurs suppo- 
sent que ce mot est driv de mergere , plonger dans l'eau , et qui 
s'applique au plongeon des oiseaux aquatiques. Comme cet in- 
strument ne recueillait que les pis seulement , il est probable 
que son mouvement ressemblait celui d'un oiseau de rivire 
qui plonge et reparat avec sa proie. Cette circonstance dispose 
penser aussi que la merga tait garnie de fourchettes cartes 
leur ouverture , pour recevoir les tiges , et resserres leur 
origine, afin d'arrter les pis et de les couper en se relevant. 
On la portait en avant , les fourchettes saisissaient les pis qui 
y restaient attachs , ou retombaient dans le corps de l'instru- 
ment dispos pour les recevoir. Le hatiUum de Varron (ni , 6 ) 
tait sans doute peu diffrent , car il servait au mme usage. 

4.09. Page 52, ligne 18. Alibi ah radie vellunt, etc. On conoit 
facilement tout ce que cette mthode a de vicieux. En arrachant 
les bls , on prive la terre d'un engrais essentiel , celui qui est 
fourni par les chaumes et leurs racines. 

^.io. Page 54 , ligne 5. Messis ipsa alibi tribuls in area, etc. 
Varron parle de cette double manire de battre les grains : E spicis 
in aream excuti grana; quod fit apud alios jumentis junctis, ac tribulo; 
idfit e tabula lapidibus autferro exasperata , quo imposito auriga, aut 
pondre grandi trahitur jumentis junctis, ut discutiat e spica grana , 
aut ex assibus deniatis cum orbiculis, quod vocant plostrum pniatm. 
In eo cuis sedeat , atque agitet , qu trahant , jumenta , ut in His- 
pania citeriore , et aliis locis faciunt. Apud alios exteritur grege ju- 
mentorum inacto , et ibi agitato perticis , quod ungulis e spica exte- 
runtur grana {de Re rust., I, 52 ). Columelle (il , 21 ) s'exprime 
en termes peu diffrcns. Ces deux manires de dbarrasser 
le grain de l'pi sont encore usites dans quelques parties de 
l'Europe. Nous avons vu en Espagne le plostrum pnicum mis 
en usage , et les chevaux fouler aux pieds les chaumes sur une 
aire semblable celle que les anciens nous ont fait connatre. De 
tous les usages de la vie , les plus immuables sont ceux qui se 
rapportent l'agriculture. Virgile a trs - lgamment dcrit le 
battage des grains l'aide des chevaux : 

Saepe eliam car.su quatiunt , et sole fatigant , 



NOTES DU LIVRE XVIII. 127 

Quum graviter tonsis getnit area frugibus, il quum 
Surgentem ad zephyrum pale jactaniur inanes. 

Geor. , ta, i3a. 

Il rsulte d'un passage d'Homre , qu'en Grce le battage des 
grains s'oprait l'aide de bufs ; du moins compare- t-il les 
chevaux d'Achille , foulant aux pieds les armes et les morts , 
des bufs foulant la moisson dans une aire spacieuse. 

*flc F on t/ ft5 )3o* po-sva tpvfjtrr&irov , 

TpiCijuevui xp XiuKoy vTJjutVM il kxun' 

'Vif/.tytt n xItt' iy'ivoyro j3ov virh <nr'o<r(r ifi/xvx.en' 

'Q; iiv 'A^iKKiiot 

Iliad. , lib. xx , v. 49^. 

4.1 1. Page 54 , ligne 6. Triticum, quo serius metitur, etc. Rien 
de tout ceci n'est vrai. Lorsqu'on moissonne tard , on est expos 
perdre beaucoup de grain , tant par le dgt que font les oiseaux, 
que par suite de l'grenage quand on procde la moisson ou 
l'enlvement des gerbes , etc. ; toutefois l'pautre et le seigle 
peuvent tre laisss sur pied pendant long-temps sans un grand 
inconvnient; il n'en est pas de mme du froment ni de l'avoine. 
Au reste, les laboureurs anciens condamnent le prcepte de notre 
auteur dans le texte mme, puisqu'on lit plus bas: (Jraculum vero, 
biduo clerius messemfacere potius , quambiduo serius. Il est donc 
probable qu'ils avaient senti en partie les inconvniens que nous 
signalons. 

4.12. Ligne 8. Lex aptissima antequam granum indures- 
cat , etc. Columelle dit (il, 1 ) : Recrastinari non dbet, sedqua- 
liter flaventibus jam salis, antequam ex toto grana indurescant, quum 
rulicundum colorent iraxerunt , mes sis facienda est ; ut potius in 
area et in acervo , quam in agro , grandes cant frumenta , etc. 

4- 3. Ligne 14. Palea plures gentium pro feno utuntur. Disons 
un mot des divers usages auxquels les anciens employaient la 
paille. Chez les modernes , les chaumes sont coups en mme 
temps que les pis ; chez les anciens , ces oprations taient 
distinctes : on coupait la paille trente jours environ aprs la 
moisson des pis ( Colum. , XI , 1 ). Varron donne cette op- 
ration le nom de spicilegium : Messe facta spicilegium venire 
oportet , aut domi lgre stipulant : aut si sunt spic rar, et oper 



iu8 NOTES DU LIVRE XVIII. 

car , composa (de Re rus t. , 1 , 53). L'usage principal de la paille 
tait pour la litire des bestiaux ; a son dfaut, on employait les 
feuilles d'orme et celles de divers autres arbres. Lzpalea, ou 
herbe courte , tait donne au btail , mais on avait soin de la 
briser sur l'aire du battage ; de nos jours encore on la fait man- 
ger aux bestiaux, surtout en Espagne. On se servait aussi de la 
paille pour recouvrir les habitations rurales. 

4-1 4- Page 54, ligne i5. Ideo optima e milio, proxima ex hor- 
deo, te.Thaer, dans ses Elmens d'agriculture, tablit comme il suit 
le terme moyen des parties nutritives contenues dans la paille de 
diverses gramines; orge soixante-trois, avoine soixante-un, fro- 
ment cinquante, seigle quarante , c'est--dire qu'il faut soixante- 
trois parties de paille d'orge pour quivaloir une de grains 
d'orge , etc. Bosc classe diffremment les pailles; voici comment 
il les numre d'aprs leur degr de bont: froment, avoine , 
orge , seigle et riz. Les modernes sont bien loin de s'accorder 
avec les anciens sur le degr de bont du chaume des crales, 
puisque les premiers placent en tte la paille de froment, dont 
les anciens disaient pessima ex trilco. Cf. Colum. , vi , 3. 

4-1 5. Page 56, ligne 4- Sunt qui accendant in areo et stipulas, 
magno Virgilii prconio. Virgile a raison de louer cette pratique, 
qui est excellente : 

Saepe etiain sterilts incendere profuit agros , 
Aique levem stipulam crepitanlibus urere flanunis : 
Sive inde occultas vires et pabula lerr 
Pinguin concipiunt : sive iilis omne per ignem 
Excoquitur -vilium , atque exsudt inutilis humor; 



Georg. , 1 , 84 

4.16. LXXIll , page 56, ligne 9. Connexa est ratio frumenii 
servandi. La conservation des grains a t pour toutes les nations 
un objet d'tudes et desoins. Caton donne la recette d'un enduit 
qui , s'il fallait l'en croire , prserverait le grain du ravage des 
charanons. Palladius dcrit trs-bien les greniers, indique quels 
matriaux doivent servir leur construction , etc. Pline est de 
tous les auteurs latins celui qui donne le plus de dtails sur ce 
sujet. Cf. les notes suivantes. 



' I 






IVOTES DU LIVRE XVIII. 129 

4 !7- Page 56 , ligne g. Horrea operose iripedali crassitu- 
dine, etc. Palladius dit la mme chose (i, 19 ) ; seulement, au 
lieu de trois pieds d'paisseur, il se contente d'en exiger deux. 

4-!8. Ligne 12. Alii ab exorfu lanlum aest'wo , etc. Cf. Vi- 
truve ( de Archit. , 1 , i\ ) 

4-19* Ligne i3. Eaque sine calce construi. Tel n'est point 
l'avis de Columelle, qui conseille un mlange de sable, de chaux 
et d'amurca : Tum deinde quum exaruit , simili modo pavimenta tes- 

tacca , qu pro aqua receperint amurcam mistam calci et arence 

Parietes oblinuntur amurca subacto luto , eux pro paleis admis ta sunt 
arida oeastri..... (Colum., 1,6). Ainsi donc , la chaux entrait 
dans la construction des greniers. Les auteurs qui la pros- 
crivaient craignaient sans doute que les murs venant se sal- 
ptrer , il n'en rsultt une humidit nuisible la conservation 
des grains. 

420. Ligne l5. Alibi contra suspendunt granaria lignea co- 
lumnis , etc. Varron conseille ce mode de construction : At triti- 
cum condi oportet in granaria sublimia , qu perflentur vento ab 
exortu , ac septentrionum regione, ad qu nulla aura humida ex pro 

pinquis locis adspiret granaria in agro quidam sublimia faciunt , 

ut in Hispania ciieriore, et in Apulia; ita ut non solum a lateribus 
per fenestras , sed etiam subtus a solo venfus regelare possit ( de Re 
rustica , 1, 57). Cette djlbosition des greniers avait pour but 
prjncipal la ventilation des grains. Il y avait encore un avantage 
dont ne parlent pas les auteurs , mais qui n'tait gure moins 
important , c'tait d'empcher les souris d'y pntrer. En Va- 
lais , les granges sont isoles du sol , l'aide de poteaux qui 
portent de larges dalles leves deux ou trois pieds de terre , 
et plus larges que les poteaux eux-mmes. Cet isolement a pour 
but d'empcher les mulots et les souris d'y pntrer. Ces ani- 
maux fort communs partout, et qui fourmillent dans le Va- 
lais , s'tabliraient dans les granges , et l , pullulant avec une 
incroyable rapidit , y nourriraient , aux dpens du cultivateur, 
leurs gnrations affames. ( FE , Vojrage indit dans In Suisse 
occidentale. ) 

421. Ligne 19. Multi ventilari quoque vlant , etc. Columelle 
est de cet avis : Sic emunita sola et latera horreorum , ut retidi , 

xii. 9 







i3o NOTES DU LIVRE XVIII. 

prohibent curculionem : quod genus exitii quum incidit, multi opinan- 
tur arceri posse , si exes fruges in horreo ventUntur , et quasi re- 
frigerentur. Id aulem falsissimum est : neque enim hoc facto expellun-- 
tur animalia , sed immiscentur totis acervis : qui si maneant immoti , 
summis tantum partibus infestantur : quoniam infra mensuram palmi 

non nascitur curculio {de Re rust. ,1,6). Les charanons ne 

paraissent presque jamais la surface des tas de bl , mais ils s'y 
renferment indfiniment. Ces animaux causent de grands ravages, 
ce qui les a rendus redoutables dans tous les temps et dans tous 
les pays. Virgile a parl du dommage qu'ils causent aux grains : 

Populatque ingentem farris acervum 

Curculio 

Georg., i, i85. 

Dans une factie intitule Curculio, ou le Parasite, Plautc a fait 
dire un de ses personnages , qui demande o il trouvera Cur- 
culio : 

Ubi nunc Curculionem inveniam ? 

In tritico facillime 

Vel quingentos curculiones pro uno saxo reperias. 

Plaut. , Curcul. , iv, se. 4- 

422. Page 56, ligne 21. Columella et Faonium ventum conferre 
frumento prcipit , etc. Columelle a dit en effet : At ubi paleis im- 
mixta sunt frumenla , vento separentur. Ad eam rem atonius ha- 
betur eximius, qui lenis , qualisque stis mensibus perflat (de Re 
rustica , II , 21 ). 

423. Ligne 23. Sunt qui rubela rana in limine horrei , etc. 
Cette pratique ridicule n'a t recueillie que par Pline, le plus 
intrpide compilateur de l'antiquit, toujours prt grossir son 
livre de toutes les absurdits qui parvenaient son oreille. 

4 2 4- Page 58 , ligne 1. Nobis referre phirimum tempestivitas 
condendi videbitur , etc. Pline revient des ides plus saines. La 
conservation des bls n'est en effet assure qu'autant que les bls 
ont t rcolts en temps opportun. 

4 2 5. Ligne 5. Bhiturnitatis causa: phtres. Les graines qui 
se conservent le mieux sont celles qui ont un prisperme fari- 
neux. Les semences huileuses s'altrent assez vite , car l'huile 



NOTES DU LIVRE XVIII. i3i 

qu'elles renferment se rancit, et ds-lors elles ne peuvent servir 
ni l'alimentation ni la germination. Le froment n'est pas, ainsi 
que Pline l'assure , revtu de plusieurs enveloppes. Le riz et 
l'orge en ont deux , cause de la persistance de la glume. Le 
millet n'a qu'une seule enveloppe ; c'est donc tort que Pline 
dit : Aut in ipsius grani corio , quum est numerosius , ut milio. Le 
ssame ne peut tre conserv que peu de temps avec l'intgrit de 
ses proprits. L'amertume du lupin et celle de la gesse ( cicer- 
cula ) loigne les insectes , tandis que l'huile ou la fcule les 
attire. 

4.26. Page 58, ligne 12. Quidam ipsum triticum diuturnitatis 
gratia, etc. Cette pratique est dtestable, et disposerait le froment 
s'altrer. Les anciens tenaient peu de compte de la saveur dsa- 
grable que la lie d'huile communiquait au bl ; nous sommes 
plus dlicats, et voulons surtout que les substances alimentaires 
conservent l'intgrit d leurs proprits , et la saveur qui leur 
est propre. 

4.27. Ligne i4-. Alii Chalcidica aut Carica creta, etc. L'emploi 
de la craie pour la conservation des bls a des inconvniens plus 
graves encore que ceux rsultant de l'emploi de la lie d'huile ; nous 
les avons signals (notes 166 , 17g et 182 de ce mme livre). 
L'absinthe a une saveur amre nauseuse qui ne permettrait plus 
d'employer les grains avec lesquels on la mlerait j au reste, ces 
moyens ne pourraient pas empcher les charanons de se multi- 
plier. La ventilation et le criblage sont les oprations sur lesquelles 
on compte le plus efficacement pour dtruire ces insectes nuisibles. 

4.28. Ligne 18. Utilissime tamen servantur in scrobibus , etc. 
Vilruve nomme ces sires des cryptes ; Varron en parle fort au 
long : At triticum condi oportet in granaria sublimia , qu perflen- 

tur quidam granaria habent sub terris , speluncas quas vocant 

reipovs , ut in Cappadocia , ac Thracia. Alii , ut in Hispania cite- 
riore , puteos , ut in agro Carthaginiensi , ac Oscensi. Horum solum 
paleis substernunt ; et curant ne humor, aut aer tangere possit, nisi 
quum promitur adusum: quo enim spiritus non penenerit, ibi non ori- 
tur curculio ( de Re rust. , l , 5j). Cette manire de conserver les 
grains est surtout facile dans les pays chauds. Indpendamment 
des peuples cits par les auteurs rustiques , on apprend par di- 

9- 



* 
i3a NOTES DU LIVRE XVIII. 

-vers passages des historiens l que les Phrygiens, les Scythes, les 
Hyrcaniens , les Perses et les Egyptiens conservaient leurs bls 
dans des magasins souterrains. On a cru que ces peuples avaient 
pour but unique la longue conservation des grains , mais nous 
pensons que c tait aussi pour les soustraire a leurs ennemis 
dans les cas d'une brusque invasion. En Espagne, o l'on nomme 
ces magasins positos , nous avons pu juger que ces cachettes 
ou matamores , ainsi que les appelaient les Maures , n'taient pas 
toujours faciles dcouvrir. Beaucoup d'habitans ont , dans la 
dernire guerre , sauv de cette manire une quantit de grains 
assez considrable. Les vins sont , dans quelques provinces du 
mme pays, conservs dans de semblables cachettes. En Ukraine, 
en Lithuanie , en Hongrie , on emmagasine le bl comme dans 
le midi de l'Europe. La facile conservation du grain dans ces 
sires n'a pas t mise hors de doute en France , malgr les 
expriences multiplies d'un patriote clair , M. Ternaux , au- 
quel on a du la construction de silos ou de matamores. M. Ser- 
vires crivait il y a une quarantaine d'annes que l'on dcouvrait 
de temps en temps en Hongrie des greniers souterrains remplis, 
ce qu'on croit , par l'ordre de Soliman II , en i526 ; le bl y 
tait en bon tat. En 1707 , on trouva Metz un magasin de 
grains form en i525 ; le pain qu'on fit de ce bl fut trouv 
bon , mais peu savoureux. Dans les fouilles d'Herculanum , en 
1700 , on dterra des vases pleins de froment qui n'tait pas en- 
tirement dsorganis. La longue conservation du grain est donc 
suffisamment tablie. 

' Britanni spicas in horreis subterraneis reponunt. Diod. Sic, v, p. 209. 

Sabinus quum ruri , in Gallia, haberet effossas camras , ubi bona re- 
bondi poterant , in specus istas subterraneas descendit. Plut. , Amau , 
11 , 770. 

Gcrmani soient et subterraneos specus aperire , eosque multo insuper 
fimo onerant, suffugiuin hiemi, et receptaculum frugibus. Tcit. , Ger- 
man. , 16. 

Syassus vicus Pfarygiae. In hoc vico ainnt Cimmerios in siris reconditas 
invenisse myriades tritici, indique eos Iongo tempore sustentatos.STEPH., 
ce Urb. , p. 683. 

Syrrhos vocant Barbari ( circa Bactrianam ) quos ita solerter abscon- 
dunt , ut nisi qui defoderunt invenire possint. Quint. Curt. , vu. 4 

Cf. Vitruv. , II , 1 ; vi , 8. 






NOTES DU LIVRE XVIII. i33 

29. Page 60, ligne 3. Varro auctor est, sic conditum triticum 

durare annis quinquaginta , mlium vero centum Sic conditum 

triticum manet vel annos quirujuaginta : milium vero plus annos 
centum. ( Varr. , de Re rust , I , 57. ) Cf. la fin de la note pr- 
cdente. 

43o. Ligne 5. Fabam et legumina in oleariis cadis oblita 
cinere , etc. Columelle dit cela des lentilles : Ea , ne curculionbus 
absumatur..... in sole siccetur , et radice silphii irita cum aceto as- 
pergatur, defriceturque : atque ita rursus in sole siccata , et mox re- 
frigerata recondatur , si major est modus , in korreo , si minor , in 
vasis oleariis , salsamentariisque , qu repleta confestim gypsata 
sunt. Quandocumque in usus prompserimus , intgrant lentem repe- 
riemus. Potest tamen etiam citra istam medicationem cineti mixta 
commode servari ( de Re rust. , II , 10). 

4-3 1. Ligne 1^. Alii qui lentem aceto laserpitiato respergant, etc. 
Nous traiterons du laser au livre suivant. Cf. le texte cit de Co- 
lumelle (note prcdente) sur le mode de conservation des l- 
gumes avec le laser et le vinaigre. # 

4-32. LXXIV, page 62, ligne 6. JEgypto et Csari Delphinus 
occidens. Columelle dit pareille chose du coucher de cette constel- 
lation : Idibus augusti , Delphini occasus tempeslatem significat. XIX 
kalend. septembris , ejusdem sideris matutinus occasus tempestatem 
significat ( de Re rust. , XI , 2 ). 

4-33. Ligne 11. Vindemitor JEgypto nonis exoriiur. Il rsulte 
du texte de Columelle que cette constellation se lverait quatre 
jours plus tard : VII kalend. septembr. vindemiator exoritur mane , 
et Arcturus incipit occidere : interdum pluvia {de Re rust. , XI, 2 ). 

4.34- Ligne 12. Quinto idus septembris , Csari Capella oritur 
vesperi. Nous avons dj fait voir (note 358 , mme livre) que 
Pline et les auteurs rustiques ne s'accordent pas dans les po- 
ques indiques pour le coucher et le lever des astres; nous ajou- 
terons que Columelle (ix , 2) , ainsi que Csar, fixent le lever 
de l'pi de la Vierge , en Egypte , au quatorzime jour des 
kalendes d'octohre ; Pline , au contraire , affirme qu'il parat 
le seizime. 



i34 NOTES DU LIVRE XVIII. 

4-35. Page 62 , ligne i3. Arciurus vero mdius pridie idus, etc. 
Ce prjug astronomique tait connu de Plaute: 

Iocrepui hybernum , et fluctus movi marinos: 
Nain Arcturus signum sum omnium acerrimum : 
Vehemens sum exoriens ; quum occido , vehementior. 
Plaut. , in Rudent. prol. , v. 69. 

4-36. Ligne 23. Deinde consentiunt (qitod est rarum) 

Conon. Ce Conon , rang par Pline au rang des astronomes , a 
t mentionn par Virgile et par Properce, ainsi qu'il rsulte des 
passages suivait* : 

Lenla quibus torno facili superaddita vitis 
Diffusos hedera veslit pallente corymbos. 

In medio duo signa , Conon 

Virg. , Ed. , ni , v. 38. 

Me crt Archylae soboles Babylonius Orops. 
Horon , et proavo ducta Conone domus. 

Propert., Eleg., iv, 1. 

4.37. Page 64., ligne i4-- In his iemporum^inlernallis opra rus 
tica, etc. Pline a fix l'poque pendant laquelle on doit semer les 
raves, entre les ftes de Neptune et celles de Vulcain : Inter duorum 
numinum dies festos , Neptuni ac Vulcani. Cf. le chapitre 34 de ce 
mme livre. 

4-38. Ligne ai; Si dec/escente luna prparetur , etc. Les an- 
ciens soutenaient que les bois rcemment coups , ou les plantes 
cueillies pendant le dclin de la lune , duraient bien plus long- 
temps que ceux cueillis ou coups une autre poque et dans 
des circonstances contraires. 

4-3g. Page 66 , ligne 4- Uvam calidam ne legito , hoc est , etc. 
Cette pratique est contraire aux usages suivis par les modernes , 
qui entendent bien mieux que les anciens l'art de faire les vins. 
Caton {de Re rust. , c. 112 ) dit de laisser le raisin sur le cep 
quand on veut faire du vin de Coos , puis de le cueillir quand 
il aura plu et qu'il sera sch : Uvas relinquito in vinea, sinito ut 
bene coquantur : et ubi pluerit et siccaverit , tum deligito , etc. , etc. Il 
y a dans ce paragraphe d'autres erreurs que nous ngligeons 
dessein de relever ; telle est celle ayant rapport aux signes qui 



'// 

NOTES DU LIVRE XVIII. i35 

font reconnatre que le raisin est mr, et cette assertion singu- 
lire, qui Veut que ce fruit soit fourni d'une plus grande quan- 
tit de grains quand on le cueille dans le croissant de la lune que 
dans le dcours. 

44- Page 66, ligne 1 1. Pressura una culeos XX implere dbet. 
Le culeus tait une mesure de capacit dont nous donnerons tout- 
-I'heure l'exacte valeur. Par lacus, il faut entendre une cuve. Le 
culeus tait la mme chose que le dolium; il contenait environ six 
cent vingt pintes de Paris , et valait , en mesure romaine , 

20 amphores , 
ou 4 urnes, ou 1920 hmines, 



ou 160 congs 
ou 960 sextarius , 



ou 384o quartarius , 
ou 7680 actabules. 



44 * Ligne i4- Prmuni aliqui singulis (torculum), utilius Unis. 
Vitruve (vi , 9) donne comme il suit les dimensions du torculum 
ou pressoir : Ipsum autem torcular si non cocleis torquetur , sed 
veclibus et prelo premitur; ne minus longum pedes quadraginta con- 
stiluatur. lia enim erit vectiario spatium expedilum. Latitudo ejus 
ne minus pedum senum denum , nam sic erit ad plnum opus fa- 
cieniibus libra versatio et expedila. Si autem duobus prelis loco opus 
fueri' , quatuor et viginti pedes lalitudini dentur. On trouve crit 
dans les auteurs, tantt torcular ou torcularium, et tantt torculum. 
Cet instrument est dcrit fort au long dans les auteurs ; il tait 
loin d'galer nos pressoirs en simplicit et en solidit. Le torcu- 
lum dont parle Pline se rapproche pourtant assez des pressoirs 
vin, tels qu'on les faisait il y a cinquante ans. 

44 2 - Page 68, ligne 1. Hoc et poma colligendi tempus , etc. Ce 
paragraphe renferme une foule de prjugs : cuire le raisin pendant 
la nuit, si la lune est en conjonction avec le soleil, et pendant 
le jour si cet astre est dans son plein ; n'cumer ce raisin qu'avec 
un rameau de feuilles , parce que le bois lui communiquerait 
aussitt une saveur de brl ou de fume " , sont des pratiques 
ridicules auxquelles il ne faut pas s'arrter. 

' Aut dulcis musti Vulcano decoqait humorem , 
Et foliis ii!k1:iiii trepidi despumat aluni 

Georg. , 1 , ag5. 



1 36 NOTES DU LIVRE XVIII. 

4.43. Page 68, ligne 17. Reliqua de vinis affatim dicta sunt. Cf. 
sur la vigne et la fabrication des vins , les notes 254 et suiv. , au 
livre xiv. 

444- Page 70, ligne 1. Olivam esse rapiendam, etc. sur 
le mode d'extraction de l'huile , la note 7 , livre XV. 

44^- LXXV, page 70 , ligne 6. Namque Virgilius etiam in 
numros lun digerenda qudam putavit, etc. Pline croit tre dans 
la saine voie en bornant l'influence de la lune sur les plantes , 
deux priodes, celle du renouvellement et celle du dcroissement 
de cet astre. Nous avons dit plusieurs fois que les modernes 
niaient avec raison que la lune et de l'influence sur la vgtation ; 
voici, au reste, les prceptes donns par Virgile, Georg., I, 276 : 

Ipsa dies alios alio ddit ordine luna 

Felices operum. Quintam fuge : pallidus Orcus , 

Eumenidesque sat : tuin partu Terra nefando 

Cumque Japetiimque crt, saevumque Typha , 

Et conjuratos clum rcscindere fratres. 

Ter suut conati imponere Pelio Ossam 

Scilicet , atque Oss frondosum involvere Olyrnpum ; 

Ter pater exstruclos disjecit fulmine montes. 

Seplima post decimam felix , et ponere vtes; 

Et prensos domitare boves , et licia telse 

Addere : nona fugse melior, contraria furlis. 

446. Ligne 10. Omnia qu cduntur, etc. Il doit nous suffire 
d'avoir combattu le principe admis par Pline et les anciens , rela- 
tivement l'influence de la lune, pour nous croire dispenss de 
rfuter notre auteur dans chacun des faits qu'il numre dans 
ce chapitre. Cf. les notes 3go , 44 2 et 445 de ce mme livre , 
et les notes 5-8 , 166 et 3o4 , au livre xvil. 

447- Ligne 20. Item materias cdi , etc. Cf. au livre XVI , 
les notes 382 et suiv. 

448. LXXVI , page 74 1 ligne 2. Ventorum paulo scrupulo- 
sior. Beaucoup des choses qu'on lit dans ce chapitre ont t com- 
piles par Pline chez les auteurs qui l'ont prcd , surtout chez 
Aristote ( de Mundo ,3). 

44q> Ligne 3. Hora diei sexla. Cette sixime heure rpond 
notre douzime heure du jour, ou midi. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 137 

4.5o. Page 74 , ligne 6. Qui ita limes per agrum currit , carda 
appllatur. Par cardo, on doit entendre un chemin , un sentier, un 
foss qui conduisait du midi au nord. Hygin fait driver ce mot 
de a cardine mundi, parce que la direction tait la mme que 
celle de l'axe du globe. 

45 1. Page 76, ligne 1. Hune oliveli metator Vergiliarum qua 
triduo , etc. Cf. au livre xvil , les notes 187 et suivantes. 

4-52. Ligne 7. Quum cestate pasces , etc. Voici ce que Co- 
lumelle a dit sur le mme sujet: Hieme et vere, matutinis tempo- 
ribus intra septa contineantur, dum dies arvis gelicidia detrhat : nam 
pruinosa Us diebus herba pecudi gravedinem crt , ventremque pro- 
luit ( COLUM. , de Re rust. , VII , 3 ). 

4.53. Ligne il. Qui feminas concipi voles , etc. Aristote , le 
grave Aristote, gnie universel qui porta son influence jusque 
dans des temps peu loigns de nous , a dit que le vent du nord- 
ouest faisait engendrer des mles aux brebis. Rappelons-nous que 
les anciens croyaient que les cavales d'Andalousie concevaient par 
la seule entremise du zpbyr. 

454- LXXVII , page 76, ligne 17. Et limes qui ita secbit 
agrum, decumanus vocabitur. Ces limites dcumanes taient celles 
qui couraient de l'est l'ouest. On nommait decumani les fermiers 
du dixime impos sur les terres labourables. Cicron en parle 
souvent dans les Verrines. 

455. LXXVIII , page 82 , ligne 18. Transire convertit ad 
reliqua iempestalum prsagia, etc. Les pronostics (prsagia) sont 
les signes tirs de l'atmosphre, des corps terrestres, des animaux 
et des vgtaux , au moyen desquels on peut prvoir les chan- 
gemens de temps. L'art des pronostics est fond sur des faits 
dont l'explication n'est pas toujours facile , mais auxquels le 
temps a donn une sanction qui en fait regarder un grand nombre 
comme infaillibles. Le grand agent de toutes les vicissitudes at- 
mosphriques est l'lectricit. C'est ce fluide qui modifie le sys- 
tme nerveux chez les animaux , et qui augmente ou diminue 
l'irritabilit dans les vgtaux ; par lui les fluides circulent avec 
une rapidit plus ou moins grande. Il teint ou ranime l'exci- 



i38 NOTES DU LIVRE XVIII. 

tation, et produit une foule de phnomnes qui, pour tre dif- 
ficiles expliquer , n'en existent pas moins. A cette cause pre- 
mire il conviendrait d'en adjoindre d'autres ; telle est l'action 
du soleil , celle des vents , etc. On pourrait donc, la rigueur, 
peser tous les pronostics, et faire apprcier le degr de confiance 
qu'ils peuvent inspirer. Un pareil travail serait ici dplac ; nous 
ne l'entreprendrons donc pas. Aratus , mdecin grec qui vivait il 
y a plus de deux mille ans, est, comme chacun sait, auteur d'un 
long pome sur les pronostics ; il renferme peu d'erreurs. Pline 
a d connatre cet ouvrage ; il ne le cite pourtant pas dans ce 
chapitre , et l'on peut s'en tonner. Avinus , pote latin qui 
vivait sous l'empereur Thodose l'Ancien , a traduit Aratus en 
vers latins , en y faisant quelques additions. Les pronostics fai- 
saient partie de la religion paenne ; c'tait en quelque sorte la 
science des augures , rduite ce qu'elle avait de plus positif; 
mais on doit s'attendre trouver chez les anciens une foule d'as- 
sertions mensongres dont le temps a fait justice ; disons mme 
que , chez les modernes , les pronostics offrent des anomalies 
nombreuses , et non encore expliques. On ne doit donc tudier 
cet art qu'avec rserve , et n'en firfc que de rares applications 
aux procds d'agriculture. 

Virgile , cit par Pline , a consacr un bon nombre de vers 
aux pronostics. Le passage des Gorgiques auquel notre auteur 
fait allusion, est celui du livre I er , o l'on trouve cet admirable 
tableau d'un de ces orages qui trop souvent dtruisent en un 
jour l'espoir d'une rcolte : 

Saepe ego , quum flavis messorem induceret arvis 
Agricola , et fragili jam slriogeret hordea culmo , 
Omnia venlorum concnrrere prlia vidi , 
Quae gravidam late segetem ab radicibus imis 
Sublime expulsam eruerent : ita turbine nigro 
Ferret hiems culmumque levem, stipulasque volantes. 
Saepe etiam immensum caelo venit agmen aquarum . 
Et fdain glomerant tempestatem imbribus atris 
Collectae ex alto nubes : mit ard.ius aether , 
Et pluvia ingenti sata laeta , boumque labores 

PUuit 

Georg. , 1 , 3i6. 



NOTES DU LIVRE XVIII. i3 9 

C'est Aratus, Thophraste, Snque et Virgile que notre 
auteur doit la plus grande partie du texte de ce chapitre ; la suite 
de nos notes en donnera la preuve. 

4-56. Page 82, ligne 22. Tradunt eumdem Democritum, etc. Ce 
trait de sagesse est rapport par Diogne Larce (in Vit. Democr.). 
Nous avons lu dans un ouvrage d'agriculture quelque chose de 
semblable au fait cit par Pline. Un laboureur o-ccup de la mois- 
son la fit tout coup suspendre , et rpondit un curieux qui 
lui demandait compte de cette soudaine inaction , que la terre 
suait , et qu'une grande pluie allait tomber , ce qui arriva. Les 
paysans connaissent la science des pronostics mieux peut-tre 
que les plus savans physiciens et que les philosophes les plus 
clairs. 

457. Page 84 , ligne 7. Primumque a sole capiemus prsa- 
gia , etc. Cf. Thophraste, de Sign. plue, et vent. , p. 128. 

4-58. Ligne 9. Si et occidit pridie serenus , etc. Cf. Tho- 
phraste , loco cit. , note prcdente* 

45g. Ligne 10. Concavus oriens pluvias prdicil. 

Iie ubi nascenlem maculis variaverit orlum 
Conditus in mibem , medioque refugerit orbe , 
Suspecti tibi sint imbres : namque urget ab all 
Arboribusque satisque Notus , pecorique sinister. 

Georg. , 1 , 44 1 -- 

Cf. Thophraste , de Sign. plue, et vent. , p. 118, o l'on trouve 
le mme prcepte. 

46o. Ligne 11. Idem ventes, quum ante exorieniem eum nubes 
rubescunt , etc. Ceci est emprunt d' Aratus : 

Ignea si fulgor prcurrit plurimus ora , 
Flamina crebra salis quatiunt -vada , etc. 

Arat., trad. par Avienus, p. 69. 

Ces pronostics semblent ici d'accord avec l'exprience. 

46i. Ligne i3. Quum orientis atque occidentis radiirubent, etc. 
THEOPH. , loco cit., p. ni. 

462. Ligne i4 Sicirca occidentem rubescunt nubes , etc. Ecou- 
tons Aratus : 

Sed non ora cavo similis , medioque recedens 
Orbe quasi , vel si radios discingitur ultro r 



Mo NOTES DU LIVRE XVIII. 

Figat ut australem porrecto sidre parlent 
Ac bureau rigidi jaculelur luminis ign , 
Et vcnto et pluviis rcparata Juce carebit. 

Arat. , trad. par Avien. , p. 69. 

Tout ceci est assez rationnel, et semble confirm par l'exprience. 
4-63. Page 84, ligne 18. Si in ortu aut in occasu contracti cer- 
neniur radii, imbrem. Cf. Aratus, loco cil. La plupart des pronostics 
donns dans la suite de ce paragraphe sont assez exacts. Il en 
est plusieurs de particuliers Pline , ou du moins que l'on ne 
trouve pas mentionns dans Aratus. 

4.64.. LXXIX, page 86, ligne ig. Proxima sint jure lun 
prsagia , etc. Les anciens croyaient que le changement de lune 
influait beaucoup sur l'atmosphre ; cette croyance est loin d'tre 
teinte , et des personnes de toute classe et de toute condition 
attendent avec une grande impatience, lorsque le temps est mau- 
vais , la nouvelle lune , qii devra rendre au ciel sa srnit. 
M. Arago s'est efforc de combatre ce prjug , et ses efforts ont 
t rcompenss de quelque succs. Virgile tirait de la lune les 
mmes pronostics que Pline : 

At si virgineum suffuderit ore ruborein , 
Ventus erit: vento semper rubet aurea Phbe. 
Sin orlu in quarto ( namque is certissimus auctw ) 
Pura, nec obtusis per caelum cornibus ibit, 
Totus et ille dies , et qui nascenlur ab il!o , 
Exactum ad mensern , pluvia ventisque carebunl : 
Votaque servati solvent in litore nautsc 
Glauco, etPanopcae, et Inoo Melicert. 

Georg. , 1 , 43o. 

4-65. Ligne 22. Sinigra, pluvias porlendere credilur , etc. Ce 
pronostic parat emprunt Virgile : 

Luna reverlentes quum primum colligit igns, 
Si nigrum obscuro comprenderil ara cornu , 
Maximus agricolis pelagoque parabitur irnber. 

Georg. , i , 427. 

On trouve bien des purilits dans la suite de ce paragraphe, et 
nous ngligeons dessein de les relever. 



NOTES DU LIVRE XVIII. 14 * 

466. LXXX, page 90, ligne 7. Tertio loco slellarum obser- 
vationem esse oporlet , etc. Les anciens croyaient que les corps" 
lumineux qui filent dans le ciel, et qui le parcourent dans toutes 
les directions en dcrivant une courbe plus ou moins pronon- 
ce , taient de vritables toiles. On sait aujourd'hui quoi s'en 
tenir sur ce phnomne ; on l'attribue au gaz hydrosulfur, en- 
flamm , dans les rgions suprieures de l'air , par une tincelle 
lectrique ; d'autres le considrent comme analogue aux feux- 
follets , etc. Ce phnomne est plus frquent dans le midi que 
dans le nord. 

467. Ligne 12. Si ver et stas non sine riguo liquo transie- 
rint, etc. Ceci est en gnral justifi par l'exprience. Thophraste 
{de Sign. pluv. et ventor.) s'exprime dans les mmes termes. 

4.68. Ligne 1 5. Quum repente stellrum fulgor obscuratur, etc. 
Ceci est conforme l'observation et fond en raison. On con- 
oit que l'affaiblissement de la lumire des toiles annonce qu'il 
y a entre elles et nous une quantit plus ou moins grande de va- 
peurs aqueuses , dont la prsence rvle un mouvement dans 
l'atmosphre. 

469. Ligne 17. Si volitare pluies stell videbuntur, etc. Cf. la 
note 4-66 , sur la nature de ces toiles tombantes. L'erreur de 
Pline ce sujet tait celle de son sicle. Virgile et Snque 
pensaient de mme. Cette opinion a t long-temps celle du 
vulgaire dans presque toute l'Europe , et le nom franais , 
toiles tombantes , en est une preuve. Snque ( Qust. nat. , 
1, c. 1) croyait que ces prtendues toiles taient entre la lune 
et la terre : Argumenium tempestatis naut putant , quum multcr 
transvolant stell : quod si signum veniorum est , ibi est , ubi venti 
sunt , id est , in are, qui mdius , inter lunam et terram est. Vir- 
gile a signal le phnomne sans chercher quelles causes le pro- 
duisent : 

Spe etiam stcllas , vente- impendente , videbis 
Prcipites clo labi , noctisque per timbras 
Flammarum longos a tergo albescere tract us. 

Georg. , 1 , 365. 

4.70. Ligne ai. Si stellrum errant mm aliquam orbes incluse- 
rint , imbres. Ce pronostic parat conforme l'exprience. 



i/,a NOTES DU LIVRE XVIII. 

471. Page ga , ligne 5. Arcus quum sunt duplices , pluvias 
nuntiant. Confirm par l'exprience. Aratus avait dit : 

Si discolor Iris 

Demittat gemino se fornice 

Pluribus abruptis fundelur uubibus imber. 

Art. , traduit par Avien. , v. 371. 

472. LXXXI , page 92 , ligne 17. Tonitrua matutina ventum 
significant , imbrem meridiana. Ceci parat encore conforme 
l'exprience. Cf. la dernire note de ce livre. 

4.73. LXXXII , page g4 , ligne 4- Si nubes, ut vellera lance, etc. 
Confirm par Aratus et par Thophraste ( ouvrage cit ). 

4_74- Ligne 5. Quum in cacuminibus montium nubes consi- 
dent , hiemabit. Thophraste avait tir ce pronostic avant que 
Pline en parlt (ouvrage cit , p. 1 1 1 ) : Montium cacuminibus in- 
sidentes nubes , signum tempeslatis. Dans tous les pays de mon- 
tagnes, on tire un semblable pronostic de la station des nuages 
sur le sommet des monts. On peut se rappeler ce que les voya- 
geurs disent de certains nuages, de forme et de couleur particu- 
lires, qui s'arrtent sur la montagne de la Table, et sont, au Cap, 
le prsage infaillible d'une horrible tempte. 

475. LXXXIII, page g4 , ligne 12. Nebul e montibus des- 
cendantes , etc. Nous avons t mme de vrifier la vrit de ce 
pronostic dans les hautes Alpes. 

476. LXXXI V, page g4, ligne 18. Plui etiam in lucernis 
fungi. Semble fond en raison et conforme l'exprience. Tho- 
phraste ( de Sign. plue, et vent. , p. 1 1 1 ) a dit : Fungi in lucernis , 
flantibus austris , aquas pronuntiant. Virgile a dcid la mme 
chose : 

Ne noclurna quidem carpentcs pensa puellae 
Nescivere hiemem , testa quum ardente vidrent 
Scinlillare oleum , et putres concrescere fungos. 

Gcorg., 1, 3go. 

Ce phnomne et ceux qui suivent paraissent tenir l'tat hygro- 
mtrique de l'air. 



NOTES DU LIVRE XVIII. itf 

4-77- Page g4, ligne ai. Velquum, tollentibus allas tarbo ad- 
harescil , etc. La plupart de ces phnomnes semblent annoncer 
une puret plus grande de l'air, et indiquent le beau temps plutt 
que la pluie. 

478. LXXXV , page 96 , ligne 10. Pulmones marini in pe- 
lago. On a cru reconnatre, sous ce nom impropre, un animal de 
la Mditerrane , des genres alcyons , tethye ou mduse. 

479. LXXXVI, page 96, ligne 16. Et sine aura, qu sen- 
tiatur , folia ludenlia. Virgile a donn ce pronostic parmi ceux qui 
annoncent une violente tempte : 

Sacpe levem paleam , et frondes volilare caducas, 
Aut summa nantes in aqua colludcre plumas. 



Georg. , 1 , 368. 

48o. Ligne 18. Atque etiam in campis tempe stalem , etc. On 
n'entend ordinairement dans le ciel que le bruit du tonnerre ; 
les vents mme, quelque imptueux qu'on les suppose , ne font 
de bruit qu'en louchant un obstacle qui les arrte. 

48i. LXXXVII, page g8, ligne 2. Delphini tranquillo mari 
lascieientes , etc. Il n'est pas un marin qui ne puisse assurer la 
mme chose. Les auteurs grecs s'accordent sur l'vidence de ce 
pronostic avec les Romains. Thophraste ( de Sign. tempest. ) et 
Plutarque ( Qust. nathr. ) s'expriment dans les mmes termes. 
Cicron a dit aprs eux : Loligines et delphini exsultantes iempes- 
talemfuluram significant [de Divin., p. 270). 

481. Ligne 4- Loligo volitans , etc. Nous nommons ces ani- 
maux calmars, par contraction de calamar, critoire en vieux 
franais, driv de calamarium, meuble o l'on conserve les ca~ 
lamus , qui tenaient lieu de plumes chez les anciens. Les calmars , 
dans leur intrieur, contenaient une matire noire semblable 
l'encre ; les Grecs les connaissaient sous le nom de Tfivo?. Cf. 
les notes du livre IX. 

483. Ligne 5. Echini adfigenles sese , etc. On donne le nom 



144 NOTES DU LIVRE XVIII. 

'echinus diverses espces d'oursins ; ils sont connus sous le 
nom vulgaire de hrissons de mer. Cf. le livre IX. 

484. Page 98 , ligne 6. Ranoe quoque ultra solitum vocales. Ce 
pronostic , sur l'infaillibilit duquel on croit encore de nos jours, 
tait connu d'Aratus: 

Si repetunt velerm ran per stagna querelam. 

Avieh. in Arat. 

et de Virgile : 

. El vetercai in limo ranae cecinere querelam. 

Georg. , 1, 378. 

4.85- Ligne 7. Etfulic malutino clangore. 

'H Tpva opOjwov ipfjia.i hxoMy&r. 

Arat. 
Et quum pana fulix trepido petit arva \olatu , 
Stagna sinens , longasque itrt clangore querelas , 
Indicat insanis frta inox canescerc ventis : 

Latipedemque anatcm cernes excedere ponlo. 

Avien. in Arat. , v. 35o 



Cf. TlIEOPH. , de Sign. pluv. et vent. , p. 112; et lib. de Sign. vent. , 
p. 118; TURNEB. , XXV, i3. 

486. Ligne 9. Grues in mediterranea feslinantes. Cf. ./'E.LIAX. , 
Hist. anim., lib. vil , c. 7. Avinus, dans sa traduction d'Ara- 
tus, a dit : 

Si Tbreicice per aperta 

Sponte grues trpidant, nec sese audacibus aethrae 

Committunt pennis 

Mox tempestates et nubila tetra cientur. 

Avibn. , loco cit. , v. 44 2 - 

487. Ligne 10. Mergi maria aut stagna fugienles. Lucain a 
rappel ce pronostic dans son pome : 

Nec placet incertus qui provocat aequora Delphin : 
Aut siccum quod mergus amat : quodque ausa rolare 
Ardea sublimis perniae con6sa natanti. 

Phars. , v. 552. 



NOTES DU LIVRE XVIII. i/,5 

"Virgile avait dit avant lui, en parlant des pronostics fournis par 
les oiseaux : 

Jam sibi tu m curvis maie temprt nnda carinis , 
Quu-m inedio celeres revolant ex quore mergi , 
Clamoremque ferunl ad litora ; quumque marina: 
In sicco ludunt fu'icse ; notasque paludes 
Deserit , atque altam supra volt ardea nubem. 

Georg. , i , 3Go. 

Cf. Cassiod. , Varr. Epp., lib. ni , ep. 4-8. 

4-88. Page 98 , ligne 1 1. Grues silenlio. Cf. THEOPH., de Sign. 
seren. , p. 128 ; et AELIAN. , Hist. anim. , lib. VII, c. 7. 

4.80. Ligne 12. Sic noctua. Ce pronostic avait dj t ob- 
serv par Thopbraste et Elien. Voyez la note prcdente. 

4.90. Ligne i3. Conique sirgulluquodarn lalran'es , etc. Ko/>. 
<Bcx\ks ne7a.Cxxeiv elabs <pavks , t&vtyiv m? $\s qUyfyrai , 
ka) s^rippo<o"H , Kc etvrov Ttvkfy), v T/streAM, ctv/uovs ffti[/.a.tvei- 
i&v <Ts jut/uHrui tm <pavj tovs a-lctxu.y/j.ovs, Kt kv /uh rhv eiavav 
tyCVM fy, Kc s<mj>potCtiv , v5~ap (Turs'EB. , lib. XXV, c. i3). 
Avinus s'exprime ainsi au sujet de ce pronostic: 

Agmine quum denso circumvoliiare videtur 
Graculus, et tenui quum stridunt gultiire corvi , 
Convenit instantes praenoscere protinus imbres. 
Avien. in Arat, v. 388. 

4.91. Ligne i6. Et alb aves. Il est bien difficile de dcider 
quel oiseau il faut rapporter cet avis alla. Hardouin renvoie 
Thophraste (de Sign. tempcst.) et Elien (Hist. anim. , VII , 7 ) , 
sans dcider quel il doit tre. Poinsinet a traduit ce mot par 
oiseau blanc , sans chercher prciser l'espce ; ne serait-il pas 
question, sous ce nom, d'une sorte de mouette? 

4g2. Ligne 17. Et quum terrestres volucres, etc. Sur le vers 375 
du livre I er des Gorgiques , Varron l'Atacin ( in Servio ) a crit 
ces vers : 

Tum liceat pelagi volucres, tardaeque paludis 
Cernere inexplelo studio ceriare lavandi : 
Et velut insolitum pennis infundere rorem : 
Aul arguta lacus circum volitavil birundo , etc. 

XII. 10 



146 NOTES DU LIVRE XVIII. 

/(.q3. Page 98 , ligne 18. Sed maxime cornix. Lucain a rappel 

ce pronostic : 

Quodque caput spargens undis , velut occupet imbrem , 
Instabili gressu metitur litora cornix. 

Phars., v, 555. 

Cf. l'auteur des Goponiques , 1,3: Keti Kopvti k<u' a.tyiet\ov rhv 

Kt<pa.\tiv iat,px ov<rce - > % irWA vn%ofA.ivy) 'ofJipovr T7po(/.nvvet. 

Virgile a dit aussi : 

Tum cornix plena pluviam vocat improba voce ; 
Et sola in sicca secuni spatiatur arena. 

Georg., 1, 38g. 

4q4- Ligne ig. Ilirundo tam juxta aquam volitans , elc. Ce 
pronostic est encore admis par les modernes. Los hirondelles 
ne volent prs de l'eau que quand la pluie menace , pour y at- 
teindre plus srement les insectes dont elles font leur proie , et 
qui ne peuvent s'lever beaucoup , cause de l'tat hygrom- 
trique de l'air. 

4.95 Ligne 31. Et anseres continuo clangore intempesiivi. Ce 
pronostic parat confirm par l'exprience. Lorsqu'un orage vio- 
lent doit clater , les animaux paraissent agits d'une vague in- 
quitude ; leurs sens , plus parfaits que les ntres , kur rvlent 
une foule de signes prcurseurs qui nous chappent ; peut-lre 
aussi que l'activit de notre intelligence nous rend moins im- 
pressionnables l'action du fluide lectrique , que les animaux , 
dous seulement d'instinct. ( Cf. Theoph. , de Sign. tempest. , 

p. 125.) 

496. Ligne 22. Ardea in mediis arenis tristis. Lucain ( v, 
54-9) dit au contraire que, quand le temps menaait de pluie, 
ees oiseaux gagnaient la rgion suprieure des airs : 

Quodque ausa volare 

Ardea sublimis pennae confisa natanli. 

Virgile a dit du hron la mme chose que Lucain. Cf. la note 487. 

497. LXXXVIII , page 100 , ligne 3. Pecora exsultantia, etc. 
Avinus , v. 5i3, d'aprs Aratus , a dit: 

Pastor id indicium pluvialis frigoris edet , 
Et si persultans aries lascivius herbas 



NOTES DU LIVRE XVIII. i/ l7 

Appctat : aut sese sustollanl sallibus haedi : 
Vel si juge gregi cupiant hrere, etc. 

Cf. ilLIAN. , de Anim. , vil , 8. 

4.98. Page 100, ligne 5. Et boves clum olfactantes. 

Aut bucula crcluin 

Suspicions, palulis captavit naribus auras. 

Georg. , 1 , 375. 
Et bos suspiciens oreluui , mirabile visu , 
Naribus acreum patulis decerpsit odorem. 

Varr. Atac. , apud Servium. 

4gg. Seque lambenies contra pilum. Avinus ne parle pas de 
ce pronostic dans les mmes termes : 

F>ubus arator item trahit alr signa procellse , 
Lambere si lingua prima hos vosligia forte 
Viderit,aut dextrum prosternere corpus in armum. 

Avien., v. 5ao. 

Nous hasarderons une rflexion : on sait que les poils des ani- 
maux attirent le fluide lectrique. Les animaux en se lchant 
contre-poil , et cela arrive souvent aux chats , n'auraient-ils pas 
trouv par instinct un moyen de diminuer la quantit de ce fluide, 
qui agit corhme un trop puissant excitant ? 

5oo. Ligne 7. Segniterque et contra industriam suam , etc. Il 
semble que la dernire partie de ce pronostic , qui a rapport au 
transport des ufs par les fourmis, est conforme l'exprience: 
Nec tenuis formica caeis non eeehit ova , a dit Varron l'Alacin. 
Virgile avait aussi connaissance de cette habitude: 

Saepius et tectis penetralibus extulit ova 
Angustum formica terens ilcr- . . 

Georg. , 1 , 379. 

Plutarque (de Anim. prudent. ) s'est tendu avec complaisance sur 
cette particularit. 

5oi. Ligne g. Item vermes terreni erumpentes. Confirm par 
l'exprience. Aratus a dit : 

~Sx.iiy.nKi;. . . 

Kfvo/ to Kttx'iouiri //Xaivac vrepa yttitif. 

502. LXXXIX , page 100 , ligne il. Trifolium quoque inhoi- 

IO. 



i48 NOTES DU LIVRE XVIII. 

rescere , etc. Il est certain que les plantes offrent des signes pr- 
curseurs de la pluie ou de la scheresse. On connat un souci , 
Calendula phivialis , qui ferme ses fleurs quand il doit pleuvoir. 
Le Nepenlhes distilatoria a un opercule qui s'lve ou s'abaisse, 
suivant l'tat de l'atmosphre. Une foule de plantes offrent des 
phnomnes peu diffrens, soit dans leurs fleurs, soit dans leurs 
feuilles. Une lumire plus ou moins vive , une plus ou moins 
grande quantit d'eau dans l'air, un changement de temprature, 
l'lectricit, etc. , sont les agens principaux qui excitent ou mo- 
drent l'irritabilit dont les plantes sont doues. 

Nous croyons intressant de runir ici les pronostics sur l'in- 
faillibilit desquels les modernes comptent le plus, afin d'offrir 
au lecteur un point de comparaison curieux , et de complter 
ainsi ce qui manque au texte de Pline sur cette matire. 

Pronostics tirs de Tatmosphre et des mtores. 

Les toiles qui perdent leur clart sans qu'on aperoive des 
nuages dans le ciel , indiquent l'orage. 

Les toiles paraissant plus grandes qu' l'ordinaire , ou plus 
prs les unes des autres, sont le signe d'un changement de temps. 

Le beau temps et la chaleur sont indiqus par des clairs, sans 
nuages l'horizon. 

Les tonnerres du matin amnent les vents ; ceux de midi , la 
pluie ; ceux du soir , l'orage. 

Une bourrasque ou un trs-fort orage sont indiqus par un 
tonnerre continuel. 

C'est une continuit de pluie qu'annonce un arc-en-ciel bien 
color ou double. 

La couleur bleutre qui entoure le soleil , la lune ou les 
toiles , est un signe de pluie. 

Si la pluie fume en tombant , c'est signe qu'il pleuvra long- 
temps et abondamment ; ou autrement, lorsqu'aprs une petite 
pluie on aperoit un petit brouillard sur la terre , c'est signe 
qu'il tombera beaucoup de pluie. 

Les nuaqes qui , aprs la pluie , descendent prs de terre et 
semblent rouler sur les champs , annoncent le beau temps. 



NOTES DU LIVRE XVIII. i/, 9 

Un brouillard qui survient aprs le mauvais temps doit en faire 
esprer la prompte cessation ; mais si le brouillard survient pen- 
dant le beau temps , et qu'il s'lve en laissant des nuages , le 
mauvais temps est immanquable. 

Deux soleils (une parlie) annoncent la neige et le froid. 

Les clairs en hiver font prjuger qu'il y aura bientt de la 
neige et du vent. 

Les nuages moutonns (qui ressemblent la laine sur le dos 
des moutons) sont en t l'indice du vent, et en hiver l'indice 
de la neige. 

Un horizon dpourvu de nuages et sans vent, ou avec le vent 
du nord , assure la permanence du beau temps. 

Lorsqu'aprs le vent il survient une gele blanche qui se dis- 
sipe en brouillards, on est assur d'un temps mauvais et malsain. 

Le vent du sud-ouest est celui qui amne le plus souvent la 
pluie, et le vent de l'est celui qui l'amne le plus rarement. 

Lorsque le vent change frquemment de direction , on doit 
s'attendre une bourrasque. 

Un vent qui commence souffler aprs le lever du soleil est 
plus fort et plus durable qu'un vent qui commence pendant la 
nuit. 

La gele qui commence par un vent d'est dure long-temps. 

Lorsque le vent ne change pas , on doit esprer ou craindre 
que le temps reste long- temps beau ou mauvais. 

Quand le vent passe au nord par l'est, le beau temps est plus 
durable que lorsqu'il y arrive par l'ouest. 

On dit gnralement que lorsqu'il pleut le 3 de mai , il n'y 
aura pas de noix; que lorsqu'il pleut le i5 juin, il n'y aura pas 
de raisin. On peut galement fixer, pour tous les fruits ou grains 
qui sont l'objet de nos cultures, un jour de pluie dont l'influence 
sur le produit est remarquable , parce que ce jour est celui o 
les fleurs doivent tre en majorit panouies , et qu'il n'y a pas 
de fcondation pendant la pluie. 

En hiver , une grande quantit de neige promet une anne 
abondante , et beaucoup de pluie promet le contraire , parce que 
la neige empche la dperdition des gaz qui se forment dans la 
terre , et que les pluies font pourrir beaucoup de plantes. 






i5o NOTES DU LIVRE XVIII. 

Si le printemps et l't sont tous deux trop secs , ou tous 
deux trop pluvieux , on sera menac de disette , parce que la v- 
gtation n'aura pas pu se dvelopper convenablement. 

Un automne pluvieux fait que le vin est mauvais ; un bel 
automne doit faire croire que l'biver sera venteux. 

Les printemps et les ts pluvieux sont ordinairement suivis 
d'un bel automne ; un printemps et un t secs annoncent au 
contraire un automne pluvieux. 

Pronostics tirs des corps terrestres. 

Si la flamme d'une chandelle tincelle , ou si elle forme un 
champignon , il y a grande probabilit de pluie. 

La suie qui se dtache naturellement des chemines annonce 
galement la pluie. 

Une braise plus ardente qu' l'ordinaire, et une flamme plus 
agite , sont les avant-coureurs du vent. 

Le son des cloches , entendu de plus loin qu' l'ordinaire , 
est un signe de vent ou de changement de temps. 

Une odeur bonne ou mauvaise, qui semble plus forte que la 
veille , est un signe de pluie. 

Si le sel , le marbre , le fer, les vitres deviennent humides ; 
si les bois des portes et des fentres se gonflent ; si les cors aux 
pieds deviennent douloureux, c'est signe de pluie ou de dgel. 

Pronostics tirs des animaux et des plantes. 

L'abondance des chauves-souris annonce un temps chaud et 
serein pour le lendemain ; c'est le contraire quand elles volent 
en petit nombre. 

Si la chouette crie pendant le mauvais temps , on peut s'at- 
tendre qu'il va changer. 

Les corbeaux qui crient le matin annoncent la mme chose. 

C'est un indice de pluie et d'orage lorsque les oies et les ca- 
nards volent , crient , se plongent dans l'eau pendant le beau 
temps. 

La pluie est assure dans la journe si les abeilles ne s'cartent 
pas beaucoup de leur ruche le matin , et dans la nuit si elles y 
rentrent le soir de bonne heure. 



NOTP;S DU LIVRE XVIIL r5i 

De mme , lorsque les pigeons rentrent tard au colombier , 
c'est signe de pluie pour le lendemain. 

Les moineaux qui gazouillent plus qu' l'ordinaire , et se ras- 
semblent en plus grand nombre , doivent faire prvoir le mau- 
vais temps. 

11 en est de mme lorsque les poules se roulent dans la pous- 
sire avec plus d'ardeur, lorsque les coqs chantent le soir, lors- 
que les hirondelles rasent la surface de la terre et de l'eau. 

La frquence et la vivacit de la piqre des mouches annonce 
un orage. 

Quand les petites tipules se runissent en grande quantit avant 
le coucher du soleil, et tourbillonnent en colonne , c'est l'indi- 
cation du beau temps pour le lendemain. 

Si les grenouilles coassent plus qu' l'ordinaire ; si les crapauds 
sortent le soir et en grand nombre de leurs trous ; si les vers de 
terre se montrent la surface du sol ; si les taupes labourent 
plus que de coutume ; si les dindons se rassemblent, il y a pres- 
que certitude de pluie. 

La pluie est galement probable si les chevaux , les bufs , 
les vaches, et surtout les brebis , mangent plus vite et plus qu' 
l'ordinaire. 

Lorsque les fleurs du souci , et eu gnral de la plupart des 
composes, ne .s'ouvrent pas, c'est qu'il doit bientt pleuvoir. 

L'exaltation de l'odeur des plantes a toujours lieu lorsqu'un 
orage se prpare. 



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C. PLINII SECUNDI 

HISTORIARUM MUNDI 

LIBER XIX. 

LINI NATURA, ET CULTUS HO RT E N SI ORU M. 



Lini natura , et miracula. 

I. ijiderum quoque tempestatumque ralio , vel im- 
peritis facili , atque indubitato modo monstrata est : 
vereque intelligentihus non minus conferunt rura de- 
preliendendo caelo, quam sideralis scientia agro colendo. 

Proximam multi hortorum curam fecere : nobis non 
protinus transire ad ista tempestivum videtur. Mira- 
murque quosdam scientiae gratia, eruditionis sua? gloriam 
ex his petentes tam multa prseteriisse , nulla mentione 
babita tt rerum sponte curave provenientium , prser- 
tim quum plerisque earum , pretio usuque vit, major 
etiam, quam frugibus, perhibeatur auctoritas. 

Atque ut a eonfessis ordiamur utilitatibus, quaeque non 



HISTOIRE NATURELLE 

DE PLINE. 
LIVRE XIX. 

NATURE DU LIN, ET HORTICULTURE. 

Du lin ; faits merveilleux relatifs cette plante. 

I. Iour expliquer les rvolutions des astres et la 
thorie des saisons , nous nous sommes appuys sur des 
principes certains, faciles saisir, mme par les per- 
sonnes trangres la science. Ces principes bien con- 
us, il est ais de voir que la campagne ne sert pas 
moins la connaissance des phnomnes clestes, que 
l'astronomie aux progrs de l'agriculture. 

Beaucoup d'auteurs ont cru devoir passer immdia- 
tement la culture des jardins; ce sujet, mon avis, 
serait ici dplac. Je m'tonne mme que des hommes 
instruits, qui fondaient leur clbrit sur leurs talens 
en pareille matire , n'aient point parl d'un si grand 
nombre de vgtaux sauvages ou cultivs, surtout quand 
les avantages que nous en tirons dans l'usage journa- 
lier nous les ont rendus plus prcieux mme que les c- 
rales. 

Commenons par les espces dont l'utilit est tecon- 



i5/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX; 

solum terras omnes, verum etiam maria replevere: seri- 
tur, a dici neque inter fruges, neque inter hortensia po- 
test , linum. Sed in qua non occurret vitae parte , quodve 
miraculum majus, herbamesse quae admoveat /Egyptum 
Italiae : in tantum , ut Galerius a freto Siciliae Alexan- 
driam septima die pervenerit , Babilius sexta , ambo 
praefecti : aestate vero proxima Valerius Marianus ex 
praetoriis senatoribus , a Puteolis nono die lenissimo 
flatu? herbam esse, quae Gades ad Herculis columnas 
septimo die Ostiam adferat , et citeriorem Hispaniam 
quarto, provinciam Narbonensem tertio, Africam al- 
tero : quod etiam mollissimo flatu contigit C.Flavio le- 
gato Vibii Crispi proconsulis ? Audax vita , scelerum 
plena ! aliquid seri , ut ventos procellasque recipiat : et 
parum esse fluctibus solis vehi. Jam vero nec vla satis 
esse majora navigiis. Sed quamvis amplitudini antenna- 
rum singul arbores sufficiant , super eas tamen addi 
velorum alia vla, praeterque alia in proris, et alia in 
puppibus pandi , ac tt modis provocari mortem. De- 
nique tam parvo semine nasci , quod orbem terrarum 
ultro citroque portet, tam gracili avena, tam non alte 
a tellure tolli : neque id viribus suis necti, sed fractum 
tusumque et in mollitiam lanae coactum , injuria ac 
summa audacia , eo pervenire. Nulla exsecratio suffcit 
contra inventorcm dictum suo loco a nobis : cui satis 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. i55 

nue dans toute l'tendue des terres et des mers : parlons 
d'abord du lin. On le sme , et on ne peut le classer ni 
parmi les grains, ni parmi les plantes potagres. Mais 
quelle foule d'usages ne se prte- t-il pas ? quelle mer- 
veille plus tonnante qu'une plante qui rapproche telle- 
ment l'Egypte de l'Italie, que Galerius et Babilius, tous 
deux prfets d'Egypte , passrent le premier en sept 
jours, et l'autre en six , du dtroit de Messine au port 
d'Alexandrie? et, l't dernier, Valerius Marianus, s- 
nateur romain, ex-prteur, ne se rendit-il pas de Pouz- 
zoles au mme port en neuf jours , quoique le vent ft 
trs-faible ? Ainsi une herbe peut nous transporter des 
colonnes d'Hercule , de Cadix Ostie , en sept jours ; 
de l'Espagne citrieure en quatre ; de la province Nar- 
bonnaise en trois; de l'Afrique en deux jours seulement, 
mme avec un vent modr , comme l'prouva Caus 
Flavius , lieutenant du proconsul Vibius Crispus. O 
comble de l'audace et de la perversit humaine! on sme 
pour recueillir les vents et les temptes ! c'est trop peu 
d'tre voitures par les flots seuls ! que dis-je ? des voiles 
plus grandes que le navire ne suffisent plus ; chaque 
mt supporte des antennes immenses , et cependant au 
dessus des voiles qu'elles supportent, on suspend d'au- 
tres voiles encore , outre celles qui flottent la poupe 
et la proue : tant l'homme est ingnieux provoquer 
la mort ! Eh quoi ! c'est d'une semence si petite , d'une 
tige si courte et si frle qu'on tire ce qui doit dpla- 
cer tour tour les diverses parties du monde ! Encore 
n'emploie-t-on pas le lin dans toute sa force ; on le 
bat, on le broie, on l'assouplit comme la laine : ce n'est 
que trait de la sorte qu'il seconde notre criminelle au- 
dace. J'ai nomm en son lieu l'inventeur des voiles ; on 



1 56 C PUNII HIST. NAT. LIB. XIX. 

non fuit homincin in terra inori , nisi periret et inse- 
pultus. At nos priore libro imbres et flatus cavendos , 
frugum causa victusque , praemonebamus. Ecce seritur 
hominis manu, metitur ejusdem liominis ingenio, quod 
ventos in mari optet. Praeterea ut sciamus favisse pnas, 
nihil gignitur facilius : ut sentiamus uolente id fieri na- 
tura , urit agrum , deterioreraque^etiam terram facit. 



Quomodo seratiir, et gnera ejus excellentia xxvn. 

II. i . Seritur sabulosis maxime , unoque sulco : nec 
magis festinat aliud. Vere satum aestate vellitur : et 
hanc quoque terrae injuriam facit. Ignoscat tamen ali- 
quis jEgypto serenti , ut Arabiae Indiaeque merces im- 
portet : itane et Galliae censentur hoc reditu, montes- 
que mari oppositos esse non est satis, et a latere oceani 
obstare ipsum quod vocant inane ? Cadurci , Caleti , 
Ruteni , Bituriges , ultimique hominum existimati Mo- 
rini , immo vero Galliae universae vla texunt. Jam 
quidem et transrhenani hostes : nec pulchriorem aliam 
vestem eorum feminae novere. Qua admonitione suc- 
currit , quod M. Varro tradit , in Seranorum familia 
gentilitium esse, feminas liuea veste non uti. In Germa- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 1S7 

ne peut assez le maudire : peu content que l'homme 
mourt sur la terre , il a voulu qu'il prt mme sans 
spulture. Dans le livre prcdent, je recommandais, 
pour conserver les grains ncessaires la vie , de se 
prcautionner contre les vents et les orages ; et voici 
que , de sa propre main , l'homme sme , l'homme re- 
cueille par cette invention fatale ce qui doit appeler sur 
les flots le souffle des vents ; mais qu'il le sache bien , 
sa tmrit n'est que trop punie. Rien ne crot plus ai- 
sment que le lin ; et ce qui prouve que la nature ne le 
produit qu' regret, c'est qu'il brle le sol qui le nour- 
rit , et dtriore la terre elle-mme. 

Comment on sme le lin ; vingt-sept espces principales de lin. 

II. I. On le sme principalement dans les terrains 
sablonneux , et aprs un seul labour. Nulle plante ne 
pousse plus vite. Sem au printemps, on l'arrache en t, 
et cette mthode fatigue encore la terre. Pardonnons 
l'Egyptien de le cultiver, pour introduire dans son pays 
les productions de l'Inde et de l'Arabie. Mais les Gaules, 
quels avantages peuvent-elles s'en promettre? enfermes 
d'un ct par des montagnes qui ferment l'accs du ri- 
vage, de l'autre par un ocan o finit le monde. Cepen- 
dant les Cadurciens, les Caltiens , les Rutniens , les 
Bituriges, les Morins eux-mmes aux confins de la terre 
habite; que dis-je? les Gaules tout entires fabriquent 
des voiles. Dj mme nos ennemis, au del du Rhin , 
imitent cet exemple ; leurs femmes font du lin leur plus 
beau vtement. Je me rappelle ce sujet que, dans la fa- 
mille des Seranus, ce que rapporte Varron , les femmes 
ne connaissent pas l'usage du lin. En Germanie , les 



i58 C PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

nia autem defossi atque sub lerra id opus agunt. Simi- 
liter etiam inltalia, regione Aliana, inter Padum Ti- 
cinumque amnes , ubi a Setabi tertia in Europa lino 
palma : secundam enim in vicino Alianis capessunt 
Retovina, et in jEmilia via Faventina. Candore Alianis 
semper crudis Faventina prferuntur : Retovinis te- 
nuitas summa densitasque, candor aeque ut Faventinis, 
sed lanugo nulla , quod apud alios gratiam , apud alios 
offensionem habet. Nervositas filo aequalior paene quam 
aranis , tinnitusque , quum dente libeat experiri i ideo 
duplex , quam ceteris , pretium. 

Et Hispania citerior habet splendorem lini praeci- 
puum , torrentis in quo politur natura , qui adluit Tar- 
raconem. Et tenuitas mira , ibi primum carbasis reper- 
tis. Non dudum ex eadem Hispania Zoelicum venit in 
Italiam, plagis utilissimum. Civitas ea Gallaeciae et Oceano 
propinqua. Est sua gloria et Cumano in Campania , ad 
piscium et alitum capturam. Eadem et plagis maleria. 
Neque enim minores cunctis animalibus insidias, quam 
nobismetipsis lino tendimus. Sed Cumanae plagae conci- 
dunt apros , et hi casses vel ferri aciem vincunt. Vidi- 
musque jam tantae tenuitatis , ut anulum hominis cum 
epidromis transirent, uno portante multitudinem qua 
saltus cingerentur ( nec id maxime mirum , sed singula 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. i5 9 

toiles se fabriquent dans des souterrains; cet usage sub- 
siste aussi en Italie, dans le canton d'Alia, entre le P et 
le Tsin : c'est l que se trouve , entre les espces d'Europe , 
la troisime en qualit aprs celle de Stabis. Au second 
rang sont placs le lin de Rtovium, prs d'Alia, et celui 
de Faventium sur la voie Emilienne. Pour la blancheur, 
on prfre le lin de Faventium celui d'Alia, dont la 
teinte n'est jamais pure. Celui de Rtovium est extrme- 
ment fin et serr , aussi blanc que celui de Faventium ; 
mais il manque de moelleux , ce qui le fait estimer des 
uns et mpriser des autres. On en fabrique un fil trs-fort, 
aussi uni que le fil d'araigne ; soumis l'preuve et 
tendu avec la dent , il rend un son clair et aigu : aussi 
cette espce se vend - elle une fois plus cher que les 
autres. 

Le lin de l'Espagne citrieure se distingue par son 
clat , avantage qu'il doit aux eaux d'un torrent qui 
baigne les murs de Tarragone. Il est d'ailleurs admirable 
pour sa finesse : aussi est-ce l que furent tablies les 
premires fabriques de carbases (batiste?). Il n'y a pas 
long-temps qu'on a fait passer d'Espagne en Italie le 
lin de Zola, ville de Galice, voisine de l'Ocan. Il est 
excellent pour les toiles de chasse. Celui de Cumes en 
Campanie donne encore des filets trs-estims pour pren- 
dre les poissons et les oiseaux; on en fait aussi des toiles 
de chasse , car avec le lin nous ne dressons pas moins 
de piges aux animaux qu' nous-mmes. Les toiles de 
Cumes arrtent les sangliers , et le fer mme est moins 
fort qu'un filet. J'en ai vu de si fines, qu'avec leurs 
cordes elles passaient par un anneau ; un seul homme 
en portait assez pour entourer un bois , et ce qu'il y a 
de plus extraordinaire, chaque fil tait compos de cent 



ifio C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

earum stamina centeno quinquageno filo constare) : sicut 
paulo ante Julio Lupo , qui in praefectura TEgypti obiit. 
Mireutur hoc ignorantes in /Egyptii quondara rgis , 
quem Amasim vocant , thorace , in Rhodiorum insula 
ostendi in templo Minervae, ccclxv filis singula fila con- 
stare : quod se expertum nuper Romae prodidit Mucia- 
nus ter consul , parvasque jam reliquias ejus superesse 
hac experientium injuria. Italia et Pelignis etiamnum 
linis honorem habet, sed fullonum tantum in usu; nul- 
lum est candidius , lanve similius : sicut in culcitis 
preecipuam gloriam Cadurci obtinent. Galliarum hoc , 
et tomenta pariter, inventum. Italiae quidem mos etiam 
nunc durt in appellatione stramenti. 

iEgyptio lino minimum fimitatis , plurimum lucri. 
Quatuor ibi gnera : Taniticum , ac Pelusiacum , Buti- 
cum, Tentyriticum , cum regionum nominibus, in qui- 
bus nascuntur. Superior pars iEgypti in Arabiam ver- 
gens gignit frulicem , quem aliqui gossipion vocant , 
pi ures xylon , et ideo lina inde facta xylina. Parvus 
est, similemque barbat nucis defert fructum, cujus ex 
interiore bombyce lanugo netur. Nec ulla sunt eis can- 
dore mollitiave praeferenda. Vestes inde sacerdotibus 
iEgypti gratissimae. Quartum genus Orchomenium ap- 
pellant. Fit e palustri velut arundine, dumtaxat pani- 
cula ejus. Asia e genista facit lina ad retia praecipua? in 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 161 

cinquante brins. Peu de temps auparavant, Julius Lu- 
pus , qui mourut prfet d'Egypte , s'tait dj servi de 
filets semblables. On pourrait en tre surpris, si l'on ne 
savait qu' Rhodes , dans le temple de Minerve , on 
montre une cuirasse d'Amasis , ancien roi d'Egypte , 
dont chaque fil est de trois cent soixante-cinq brins. 
Mucien, qui fut trois fois consul, nous a assur tout r- 
cemment, Rome, qu'il avait lui-mme vrifi le fait; 
il ne reste plus que quelques parties de cette cuirasse , 
trop peu respecte des curieux. L'Italie estime encore 
aujourd'hui les lins de l'Abruzze ; mais les foulons seuls 
en font usage. Il n'y en a pas de plus blanc ni de plus ap- 
prochant de la laine. Celui des Cadurciens est recherch 
pour les matelas. Ces matelas et les lits de bourre sont 
une invention des Gaules. En Italie, on couchait autre- 
fois sur des paillasses : le mot stramentum , que nous 
employons encore aujourd'hui , en est la preuve. 

Le lin d'Egypte, le moins fort de tous , est celui qui 
rapporte le plus. On en compte quatre espces , qui por- 
tent les noms des divers cantons o elles croissent, c'est- 
-dire de Tanis , de Peluse, de Butis et de Tentyra. La 
Haute-Egypte, dans cette partie qui avoisine l'Arabie, 
produit l'arbrisseau appel gossypion , plus commun- 
ment xylon, dont on fabrique les toiles xylines (gazes?). 
Cet arbrisseau est petit , et porte un fruit semblable 
l'aveline. On file le duvet qui se trouve dans l'intrieur. 
Nulle toile n'est prfrable pour la blancheur ou le 
moelleux ; aussi est-ce le vtement favori des prtres 
d'Egypte. Il y a une quatrime espce de lin appele 
lin d'Orchomne; on ne le tire que de la tte d'un ro- 
seau qui crot dans les marais. En Asie , le gent qu'on 
a mis tremper pendant dix jours fournit pour la pche 
xy. il 



,(J 2 C. PLINII HIST. NA.T. LIB. XIX. 

piscando durantia, frutice madefacto dnis diebus. iEthio- 
pes Indique e malis , Arabes cucurbitis , in arboribus , 
ut diximus , genitis. 

Quomodo perficiatur. 

III. Apud nos maturitas ejus duobus arguments in- 
telligitur , intumescente semine , aut colore flavescente. 
Tum evulsum, et in fasciculos manuales colligatum, sic- 
catur in sole, pendens conversis superne radicibus uno 
die, inox quinque aliis , in contrarium inter se versis 
fascium cacuminibus, ut semen in mdium cadat. Inter 
rnedicamina huic vis , et in quodam rustico ac praedulci 
Itali Transpadanae cibo, sed jam pridem sacrorum tan- 
tum gratia. Deinde post messem triticeam virgae ipsae 
merguntur inaquam solibus tepefactam, pondre aliquo 
depressae : nulli enim levitas major. Maceratas indicio 
est membrana laxatior. Iterumque inversae , ut prius , 
sole siccantur : mox arefactae in saxo tunduntur stupa- 
rio mallo. Quod proximum cortici fuit , stupa appel- 
latur, deterioris lini, lucernarum fere luminibus aptior. 
Et ipsa lamen peclitur ferreis hamis, donec omnis mem- 
brana decorticetur. Medull numerosior distinctio, can- 
dore, mollitia. Linumque nere et viris dcorum est. Cor- 
tices quoque decussi clibanis et furnis praebent usum. 
Ars depectendi digerendique : justum e quiuquagenis 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i63 

des filets excellens et de longue dure. Les thiopiens 
et les Indiens tirent le lin d'un fruit semblable celui 
de nos pommiers; les Arabes, comme nous l'avons dit, 
d'un fruit de la forme d'une courge. 

Comment on confectionne le lin. 

III. Quant notre lin , sa maturit se reconnat deux 
signes, lorsqu'il jaunit, et que sa graine commence 
se gonfler : alors on l'arrache , et , aprs l'avoir li en 
petites bottes qui remplissent la main , on le met scher 
debout au soleil. Le premier jour, les racines sont tour- 
nes en haut; les cinq jours suivans , les ttes de cha- 
que botte sont appuyes les unes contre les autres, pour 
que la graine tombe au milieu. Elle est usite en m- 
decine , et mme dans l'Italie , au del du P , on en 
faisait un mets rustique qu'on trouvait de fort bon got; 
mais depuis long-temps il n'est en usage que dans les 
sacrifices. Quand la rcolte des fromens est acheve, on 
met rouir le lin dans une eau chauffe par le soleil ; 
on le charge d'un corps pesant pour l'y tenir plong , 
car aucune matire n'est plus lgre : le rouissage est 
achev quand la fibre est devenue plus lche. On fait 
ensuite scher de nouveau les bottes au soleil , en les 
renversant comme nous l'avons dit plus haut ; une fois 
sches , on les bat sur la pierre avec un maillet propre 
cette opration. La partie voisine de l'corce est ce 
qu'on appelle l'toupe ; c'est un lin d'une qualit in- 
frieure , et qui n'est bon qu' faire des mches de lam- 
pes. On ne laisse pas toutefois de srancer l'toupe 
jusqu' ce que toute l'corce soit enleve. Les fibres in- 
trieures donnent des fils plus fins, plus blancs et plus 

i r. 



if>4 C. PJ.TNII HIST. NAT. LIB. XIX. 

fascium libris quinasdenas carminari. Iterum deinde in 
filo politur, illisum crebro in silice ex aqua : textum- 
que rursus tunditur clavis , semper injuria melius. 



De lino asbestino. 

IV. Inventum jam est etiam , quod ignibus non ab- 
sumeretur. Vivum id vocant , ardentesque in focis con- 
viviorum ex eo vidimus mappas , sordibus exustis , 
splendescentes igni magis , quam possent aquis. Regum 
inde funbres tunicae , corporis favillam ab reliquo s- 
parant cinere. Nascitur in desertis adustisque sole Indiae, 
ubi non cadunt imbres , inter diras serpentes : adsues- 
citque vivere ardendo , rarum inventu , difficile textu 
propter brevitatem. Rufus de cetero colos, splendescit 
igni. Quum inventum est, quat pretia excellentium 
margaritarum. Vocatur autem a Graecis asbestinum ex 
argumento naturae. Anaxilaus auctor est linteo eo cir- 
cumdatam arborem, surdis ictibus , et qui non exaudian- 
tur, casdi. Ergo huic lino principatus in toto orbe. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i65 

doux. 11 n'est pas dshonorant pour les hommes de filer 
le lin. Ses chenevottes servent chauffer'les fours. C'est 
un art que de savoir le srancer et lui donner la dernire 
prparation. Cinquante livres de lin brut doivent rendre 
quinze livres de lin peign. Quand il est fil , on l'as- 
souplit de nouveau , en le mouillant et en le battant sur 
la pierre. On bat mme encore les tissus de lin avec 
une espce de pilon , et ces battages ritrs ne font que 
le rendre meilleur. 

Du Un asbeste. 

IV. On a encore trouv une espce de lin incombustible, 
ou vif, comme on l'appelle. J'ai vu, dans des festins, des 
serviettes de ce lin jetes dans un foyer ardent ; quand 
les taches en avaient t consumes par le feu , on les 
retirait plus nettes et plus clatantes que si elles eussent 
t blanchies dans l'eau. On en fait pour les funrailles 
des rois des linceuls qui sparent leurs cendres de celles 
du bcher. Ce lin crot , dans l'Inde , dans des dserts 
infests d'affreux reptiles, et toujours arides et brlaus. 
Ainsi le climat o il vit l'habitue l'action du feu. On 
le trouve rarement , et on le travaille avec beaucoup de 
peine, cause du peu de longueur de ses fibres. Sa 
couleur est rousse ; pass au feu , il acquiert une blan- 
cheur clatante. Ceux qui le trouvent le vendent aussi 
cher que les plus belles perles. Les Grecs l'appellent 
asbeste , nom qui indique la nature mme de cette sub- 
stance. Anaxilas prtend qu'un arbre entour d'un 
tissu de ce lin peut tre abattu avec la cogne sans que 
les coups soient entendus de personne. Ces singulires 
proprits ont rendu ce lin le plus prcieux de l'univers. 



i66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

Proximus byssino , mulierum maxime deliciis circa 
Elim in Achaa genito : quaternis denariis scripula ejus 
permutata quondam , ut auri , reperio. Linteorum la- 
nugo, e velis navium maritimarum maxime, in magno 
usu medicinae est : et cinis spodii vim habet. Est et inter 
papavera genus quoddam , quo candorem lintea praeci- 
puum trahunt. 

Quando linum tingi cptum. 

V. Tentatum est tingi linum quoque , et vestium 
insaniam accipere , in Alexandri Magni primum classi- 
bus , Indo amne navigantis , quUm duces ejus ac pr- 
fecti in certamine quodam variassent insignia navium : 
stupueruntque litora , flatu versicoloria implente. Vlo 
purpureo ad Actium cum M. Antonio Cleopatra ve- 
nit , eodemque effugit. Hoc fuit imperatorise navis in- 
signe. 

Quando primum in theatris vla. 

VI. Postea in theatris tantum umbram fecere : quod 
primus omnium invenit Q. Catulus , quum Capitolium 
dedicaret. Carbasina deinde vla primus in theatro 
duxisse traditur Lentulus Spinter Apollinaribus ludis. 
Mox Caesar dictator totum forum Romanum intexit , 
viamque sacram ab domo sua et clivum usque in Gapi- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 167 

Aprs lui vient le byssus, que les femmes recherchent 
avec tant de passion. 11 crot aux environs d'lis, en 
Achae. Je lis qu'autrefois il se vendait au poids de l'or; 
un scrupule de ce lin valait quatre deniers. Le duvet des 
toiles de lin, surtout des toiles de navires qui ont l en 
mer, est trs-usit en mdecine ; leur cendre a les mmes 
vertus que le spodium (tutie). Il y a une espce de pavot 
qui donne aux tissus de lin une extrme blancheur. 


A quelle poque l'on commena teindre le lin. 

V. On a voulu aussi teindre le lin, et lui faire adop- 
ter les bizarres couleurs de nos vtemens. Le premier 
essai de ce genre eut lieu sur la flotte d'Alexandre-le- 
Grand , lorsqu'il descendait l'Indus. Ses gnraux et ses 
officiers, dans un combat, firent ainsi distinguer leurs 
navires , et cette varit de couleurs des voiles , enfles 
par le vent , rpandit l'tonnement sur les rives du 
fleuve. Cloptre avait accompagn Marc-Antoine Ae- 
tium sur un navire dont les voiles taient de pourpre ; 
ces mmes voiles servirent sa fuite. C'tait la marque 
distinctive du vaisseau amiral. 

A quelle poque des toiles s furent tendues sur les thtres. 



VI. Les toiles de lin furent ensuite employes dans 
les thtres, seulement pour donner de l'ombre. Catu- 
lus le premier les fit servir cet usage lors de la d- 
dicace du Capitule. Plus tard, Lentulus Spinter fut aussi 
le premier , dit-on , qui couvrit le thtre de fins tissus 
de carbase pour la clbration des jeux en l'honneur 
d'Apollon. Quelque temps aprs, Csar, alors dictateur, 



i68 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

tolium , quod munere ipso gladiatorio mirabilius visum 
tradunt. Deinde et sine ludis Marcellus Octavia sorore 
Augusti genitus, in dilitate sua, avunculo xi consule, 
a. d. kalendas augusti, velis forum inumbravit, ut sa- 
lubrius litigautes consistrent : quantum mutatis mori- 
bus Catonis censorii , qui sternendum quoque forum 
muricibus censuerat. Vla nuper colore caeli , stellata , 
per rudentes iere etiam in amphitlieatro principis Ne- 
ronis. Rubent in cavis dium , et muscum a sole defen- 
dunt. Cetero mansit candori pertinax gratia. Honor 
etiam et Trojano bello. Cur enim non et prliis inter- 
sit , ut naufragiis ? Thoracibus lineis paucos tamen 
pugnasse , testis est Homerus. Hinc fuisse et navium ar- 
mamenta apud eumdem interpretantur eruditiores : quo- 
niam quum sparta dixit , significaverit sata. 



De sparti natura. 

VII. i. Sparti quidem usus multa post ssecula cptus 
est : nec ante Pnorum arma, quae primum Hispaniae 
intulerunt. Herba et haec sponte nascens , et quae non 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 169 

fit couvrir le Forum tout entier , la voie Sacre et la 
monte du Capitole , jusqu'au temple mme , genre de 
magnificence qui parut plus admirable encore que son 
spectacle de gladiateurs. Dans la suite, Marcellus, fils 
d'Octavie , sur d'Auguste , pendant son dilit , sous 
le onzime consulat de son oncle , avant le jour des ka- 
lendes d'aot , fit galement couvrir la place publique , 
quoiqu'il n'y et point de jeux; c'tait simplement pour 
que les plaideurs fussent plus 'leur aise l'ombre. 
Quel changement dans les murs depuis Caton le Cen- 
seur, qui voulait que le Forum ft pav de chausses- 
trapes ! Tout rcemment, des voiles de couleur bleu-c- 
leste et semes d'toiles flottrent , suspendues des 
cbles , sur le vaste amphithtre de Nron. Les cours 
intrieures des palais sont couvertes de toiles rouges 
qui dfendent la mousse de l'ardeur du soleil. Au reste, 
la couleur blanche du lin n'a dans aucun temps perdu 
de sa faveur ; il tait lui-mme en estime ds la guerre 
de Troie. Et pourquoi en effet ne pas faire un instru- 
ment de guerre d'un instrument de naufrage? Suivant 
Homre, cependant, peu de guerriers portaient des cui- 
rasses de lin , mais les agrs des navires taient tous de 
cette matire, d'aprs l'opinion des plus habiles inter- 
prtes ; car le mot sparta, dont se sert le pote , ne si- 
gnifie que le produit d'une semence. 

Du spart. 

VII. 2. Le spart n'a t employ que plusieurs sicles 
aprs ; son usage ne remonte pas plus loin que la pre- 
mire guerre des Carthaginois en Espagne. C'est une 
herbe qui crot sans culture , et ne saurait tre seme ; 



i 7 o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

queat seri, juncusque proprie aridi soli , uni terra? dato 
vitio. Nainque id malum telluris est : nec aliud ibi seri 
aut nasci potest. In Africa exiguum et inutile gignitur. 
Carthaginiensis Hispaniae citerions portio, nec haec tota, 
sed quatenus parit , montes quoque sparto operit. Hinc 
strata rusticis eorum, hinc igns facesque, hinc calcea- 
mina, et pastorum v^stis, animalibus noxium , praeter- 
quam cacuminum teneritate. Ad reliquos usus laboriose 
evellitur , ocreatis cruribus , manu , textisque manicis , 
convolutum osseis iligneisve conamentis. Nunc jam in 
hiemem juxta : facillime tamen ab idibus maiis in junias: 
hoc maturitatis tempus. 



Quomodo perficiatur. 

VIII. Vulsum fascibus in acervo animatum biduo , 
tertio resolutum , spargiturin sole siccaturque, et rursus 
in fascibus redit sub tecta. Postea maceratur aqua ma- 
rina optime, sed et dulci,si marina desit: siccatamque sole 
iterum rigatur. Si repente urgeat desiderium , perfusum 
calida in solio ac siccatum stans, compendium operae 
fatetur. Hoc autem tunditur, ut fit utile, praecipue in 
aquis marique iuvictum. In sicco praeferunt e cannabi 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 171 

un jonc qui ne crot que dans un sol aride , et -encore 
dans un espace circonscrit ; malheureuse production 
d'une terre dont il atteste lui-mme la strilit, car au- 
tour de lui ne lve ni ne vgte aucune autre plante. 
Le spart d'Afrique est petit et hors d'usage. On en trouve 
sinon dans toute la province de Carthagne en Espagne, 
du rrtoins dans une partie ; mais partout o il crot , 
les montagnes mme en sont couvertes. Il fournit aux 
hcfbirans de la campagne des espces de matelas , des 
flambeaux , des chaussures , des vtemens de bergers ; 
on s'en sert aussi pour le chauffage. Il est nuisible au 
btail, except la partie tendre des sommits. Pour l'em- 
ployer d'autres usages , il faut l'arracher pniblement 
de terre , se garnir les jambes de bottines , les mains de 
gants , puis le rouler autour d'un os ou d'un bton , afin 
de l'enlever moins difficilement. Aujourd'hui on retarde 
jusqu'aux approches de l'hiver; mais le temps le plus 
favorable cette opration est depuis les ides de mai 
jusqu'aux ides de juin : c'est l'poque de sa maturit. 

# Comment on prpare le spart. 

VIII. Aprs l'avoir arrach, on le lie en bottes, qu'on 
laisse en monceau expos l'air pendant deux jours; 
le troisime , on le dlie , on l'tend au soleil pour le 
scher, puis on le remet en bottes pour le rentrer. En- 
suite on le fait rouir avec soin dans l'eau marine, ou, 
dfaut d'eau marine, dans l'eau douce; et aprs l'a- 
voir sch au soleil , on le mouille de nouveau. Est-on 
press , on le met dans une cuve , on l'arrose d'eau 
chaude , puis on le fait scher debout : c'est le moyen 
d'pargner sa peine et son temps. On le bat pour pou- 



17a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

fmes. At spartum alitur etiam demersum , veluti nata- 
lium sitim pensans. Est quidem ejus natura interpolis : 
rursusque quam libeat vetustum novo miscetur. Ve- 
rumtamen complectatur animo , qui volet miraculum 
aestimare, quanto sit in usu , omnibus terris, navium 
armamentis, machinis difieationum , aliisque desideriis 
vitae. Ad hos omnes usus quae suficiant , minus trigii^a 
millia passuum in latitudinem a litore Carthaginis novae, 
minusque c in longitudinem esse reperientur. Longius 
vehi impendia prohibent. 



Quando primus usus ejus. 

* 

IX. Junco Graecos ad funes usos nomini credamus r 
quo herbam eam appellant : postea palmarum foliis , 
philuraque, manifestum est: et inde translatum a Pnis 
sparti usum, perquam simile veri est. 

De eriophoro bulbo. 

X. Theophrastus auctor est, esse bulbi genus circa 
ripas amnium nascens , cujus inter summum corticem, 
eamque partem qua vescuntur , esse laneam naturam , 
ex qua impilia vestesque quaedam confciant. Sed neque 



Lk 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 17 

voir le mettre en uvre. Les cordages qu'il fournit sont 
inaltrables dans l'eau douce et dans l'eau de mer. 
Quand les cordages ne doivent pas tre mouills , on 
prfre ceux de chanvre; mais le spart se nourrit dans 
l'eau , comme pour se ddommager de la soif qu'il a 
prouve dans l'aridit du sol natal. Un avantage qui lui 
est propre, c'est qu'on peut le raccommoder facilement, 
quelque us qu'il soit, en mlant du spart neuf avec 
le vieux. Mais pour bien apprcier cette herbe extraor- 
dinaire , qu'on se reprsente quelle foule d'usages on 
l'emploie dans tous les pays, pour les agrs des navires, 
pour les machines de construction, enfin pour tous les 
besoins de la vie; et cette plante, qui nous rend tant 
de services , n'a pour crotre , sur le rivage de Cartha- 
gne , qu'un espace de moins de trente milles de large 
sur moins de cent milles de long. Les frais de transport 
empchent de la faire passer plus loin. 

A quelle poque commena l'usage du spart. 

IX. Les Grecs se servaient du jonc pour faire des 
cordages ; c'est ce que prouve le nom mme qu'ils don- 
nent cette plante. Ils employrent ensuite les feuilles 
de palmier, l'corce de tilleul ; et il est trs-probable que 
les Carthaginois n'ont fait que les imiter en travaillant 
de mme le spart. 

Du bulbe riophore. 

X. Suivant Thophraste , on trouve sur les bords des 
rivires une plante bulbeuse qui , entre la tunique ex- 
trieure et la partie comestble , porte une espce de 
laine dont on fait une sorte de feutre et d'toffe ; mais 



l 7 /i C. PLINII HIST. NAT. LIB XIX. 

regionem, in qua fit, neque quidquam diligentius , 
praeterquam eriophoron id appellari , in exemplaribus , 
quae quidem invenerim , tradit : neque omnino ullam 
mentionem habet, cuncta cura magna persecutus cccxc 
annis ante nos , ut jam et alio loco diximus; quo appa- 
ret, pst id temporis spatium in usum venisse spartum. 

Quae sine radie nascantur et vivant : quae nascantur et seri non 

possint. 

XL Et quoniam a miraculis rerum cpimus , seque- 
mur eorum ordinem , in quibus vel maximum est , 
aliquid nasci aut vivere sine ulla radie. Tubera haec 
vocantur, undique terra circumdata , nullisque fibris 
nixa , aut saltem capillamentis , nec utique extuberante 
loco in quo gignuntur , aut rimas agente : neque ipsa 
terrae cohaerent. Cortice etiam includuntur, ut plane nec 
terram esse possimus dicere , nec aliud quam terrae cal- 
lum. Siccis haec fere et sabulosis locis, frutectosisque 
nascuntur. Excedunt saepe magnitudinem mali cotonei, 
etiam librali pondre. Duo eorum gnera : arenosa den- 
tibus inimica , et altra sincera. Distinguuntur et colore, 
rufo, nigroque, et intus candido : laudatissima Africae. 
Crescant , anne vitium id terrae (neque enim aliud in- 
telligi potest ) ea protinu globetur maguitudine , qua 
ii tu ru in est : et vivantne , an non, haud facile arbitror 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i 7 5 

il ne nous dit pas , du moins dans les exemplaires que 
j'ai pu me procurer, quelle est la patrie de cette plante: 
il se borne nous apprendre qu'on l'appelle riophore. 
Cet auteur, qui a trait l'histoire des plantes avec une si 
grande exactitude, trois cent quatre-vingt-dix ans avant 
nous , ne fait en aucun endroit mention du spart : preuve 
vidente que l'usage de cette plante est postrieur au 
temps o il crivait. 

Vgtaux qui naissent et vivent sans racines; vgtaux qui naissent 
sans qu'on puisse les semer. 

XL Nous avons commenc par traiter des merveilles 
de la nature, continuons les examiner en dtail. Une 
des principales , sans dpute, c'est qu'une plante naisse 
et vive sans aucune racine : telle est la truffe. Entire- 
ment cache sous terre , elle n'a pas de fibres , pas le 
moindre chevelu ; on ne remarque l'endroit o elle 
se forme ni protubrance ni gerure ; elle n'est pas 
mme adhrente au sol , mais enveloppe dans un t- 
gument particulier: ainsi ce n'est point de la terre, mais 
une production calleuse qui s'y dveloppe. Elle nat 
d'ordinaire dans les lieux secs, sablonneux et couverts 
de buissons. Il n'est pas rare de trouver des truffes 
plus grosses qu'un coing , et mme du poids d'une 
livre. Il y e/i a de deux sortes : les unes sont pleines de 
sable et dangereuses pour les dents ; les autres sont pures 
et nettes. Leur couleur varie : on en yoit de rousses, de 
noires, et d'autres chair blanche; les plus estimes 
sont celles d'Afrique. La truffe crot-elle peu peu, ou 
bien cette informe production du sol , car ce ne peut 
tre autre chose , acquiert-elle tout d'un coup la gros- 



i 7 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

intelligi posse. Putrescendi enim ratio communis est iis 
cum ligno. Lartio Licinio praetorio viro jura reddenti in 
Hispania Carthagine, paucis his annis scimus accidisse, 
mordenti tuber, ut deprehensus intus denarius primos 
dents inflecteret : quo manifestum erit, terrae naturam 
in se globari. Quod certum est , ex iis erunt quae na- 
scantur, et seri non possint. 



Misy, iton, gefanion. 

XII. 3. Simile est et quod in Cyrenaica provincia vo- 
cant misy, praecipuum suavitate odoris ac saporis , sed 
carnosius : et quod in Thracia iton, et quod in Grcia 
geranion. 

De tuberibus. 

- 

XIII. De tuberibus haec traduntur peculiariter : quum 
fuerint imbres autumnales , ac tonitrua crebra , tune 
nasci, et maxime e tonitribus: nec ultra annum durare: 
tenerrima autem verno esse. Quibusdam locis accepta 
riguis feruntur : sicut Mitylenis negant nasci*, nisi exun- 
datione fluminum invecto semine ab Tiaris. Est autem 
is locus , in quo plurima nascuntur. Asiae nobilissima 
circa Lampsacum , et Alopeconnesum : Graeciae vero , 
circa Elin. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 177 

seur qu'elle doit avoir? A-t-elle la vie , ou non ? C'est 
ce qu'il serait difficile de dcider ; du moins savons-nous 
qu'elle est sujette la pourriture , comme le bois. Il y 
a peu d'annes que Lartius Licinius , ex-prteur Rome, 
et qui remplissait la mme charge Carthagne , en 
mordant une truffe, y rencontra un denier qui faillit 
lui casser les dents de devant. Ce fait montre videm- 
ment que la truffe n'est qu'une agglomration de par- 
ticules terreuses. Toujours est-il certain qu'elle doit tre 
classe parmi les vgtaux qui naissent d'eux-mmes, et 
qu'on ne peut semer. 

Misy , iton , granium. 

XII. 3. Le misy de la Cyrnaque n'est qu'une espce 
de truffe , d'un got plus exquis et d'une odeur plus 
suave ; elle est aussi plus charnue : tels sont encore 
Y iton des Thraces, et le geranion des Grecs. 

Truffes. 

XIII. Voici quelques particularits sur les truffes : 
elles croissent en abondance quand l'automne est pluvieux 
et que les tonnerres sont frquens. Cette dernire circon- 
stance aide singulirement leur production. Elles ne 
durent qu'un an. Les plus tendres sont celles qu'on r- 
colte au printemps. En certains pays , on attribue aux 
eaux la naissance des truffes ; ainsi il n'en crotrait 
point Mitylne, si le dbordement des rivires n'en 
apportait la semence de Tiare , o elles se trouvent en 
grande quantit. Les truffes les plus renommes en Asie 
croissent aux environs de Lampsaque et d'Alopconnse ; 
en Grce, aux environs d'Elis. 

XII. \i 



i 7 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

Pezicae. 

XIV. Sunt et in fungorum gnre a Graecis dicti pe- 
zicae, qui sine radie aut pediculo nascuntur. 

De laserpitio , et lasere : maspetum. 

XV. Ab his proximum dicetur auctoritate clarissi- 
iimiu laserpitium , quod Graeci silphion vocant , in 
Cyrenaica provincia repertum : cujus succum vocant 
laser : magnificum in usu medicamentisque, et ad pon- 
dus argenti denar pensum. Multis jam annis in ea 
terra non invenitur , quoniam publicani , qui pascua 
conducunt , majus ita lucrum sentientes , depopulantur 
pecorum pabulo. Unus omnino caulis nostra repertus 
memoria, Neroni principi missus est. Si quando incidit 
pecus in spem nascentis, hoc deprehenditur signo : ove , 
quum comederit , dormiente protinus , capra sternu- 
tante. Diuque jam non aliud ad nos invehitur laser, quam 
quod in Perside, aut Media, et Armenia nascitur large, 
sed multo infra Cyrenaicum : id quoque adulteratum 
gummi , sacopenio , aut faba fracta. Quo minus omit- 
tendum videtur, C. Valerio, M. Herennio coss. , Cyrenis 
advecta Romam publie laserpitii pondo xxx; Caesarem 
vero dictatorem initio belli civilis, inter aurum argen- 
tumque protulisse ex aerario laserpitii pondo cxi. Id 
apud auctores Graeciae evidentissimos invenimus natum 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 1 79 

Pziques. 

XIV. Les pziques des Grecs, qui naissent sans racines 
ni pdicule , sont mises au rang des champignons. 

Laserpitium , laser; maspetum. 

XV. Nous allons parler maintenant de cette plante 
fameuse , trouve dans la Cyrnaque , que nous avons 
appele laserpitium , et les Grecs silphion. Son suc , 
connu sous le nom de laser , est tellement en vogue 
pour les mdicamens et pour d'autres usages , qu'on le 
vend au poids de l'argent; mais depuis nombre d'annes 
on ne trouve plus de laserpitium dans cette province , 
car cette plante y est dtruite par le btail que les fer- 
miers des pturages, pour grossir leurs profits, laissent 
patre dans les endroits qui la produisent. De notre 
temps , il ne s'en est trouv qu'un seul pied , qui fut 
envoy Nron. S'il arrive que le btail rencontre quel- 
que pousse naissante de laserpitium , on s'en aperoit 
aux signes suivans : la brebis qui en a mang s'endort 
sur-le-champ, et la chvre ternue. Depuis long-temps 
on ne nous apporte que le laserpitium , commun dans la 
Perse, la Mdie et l'Armnie, mais qui est trs-infrieur 
celui de la Cyrnaque; encore est -il falsifi avec la 
gomme, le sacopnium, et mme avec la farine de fves : 
aussi ne devons-nous pas oublier que, sous le consulat 
de Caus Valerius et de Marcus Herennius, on apporta 
de Cyrne Rome trente livres de laserpitium qui furent 
vendues publiquement ; et qu'au commencement de la 
guerre civile, Csar, alors dictateur, tira du trsor 
public , avec l'or et l'argent , cent onze livres de cette 

12. 



i8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

imbre piceo repente madefacta tellure , circa Hesperi- 
dum hortos Syrtimque majorem , septem annis ante op- 
pidum Cyrenarum , quod conditum est Urhis nostr 
anno cxliii. Vim autem illam per quatuor millia stadium 
Africae valuisse. In ea laserpitium gigni solitum , rem 
feram ac contumacem, et si coleretur, in dserta fu- 
gientem : radie multa crassaque, caule ferulaceo, aut 
simili crassitudine. Hujus folia maspetum vocabant , 
apio maxime similia. Semen erat foliaceum , folium ip- 
sum vero deciduum. Vesci pecora solita, primoque pur- 
gari , inox pinguescere , carne mirabilem in modum 
jucunda. Post folia amissa , caule ipso et homines ve- 
scebantur decocto , asso, elixoque : eorum quoque cor- 
pora xl primis diebus purgante a vitiis omnibus. Succus 
duobus modis capiebatur : e radice , atque caule. Et 
haec duo erant nomina : rhizias, atque caulias vilior illo 
ac putrescens. Radici cortex niger. Ad mercis adulteria, 
succum ipsum in vasa conjectum , admixto furfure * 
subinde concutiendo ad maturitatem perducebant , ni 
ita fecissent, putrescentem. Argumentum erat maturita- 
tis, color, siccitasque sudore finito. Alii tradunt laser- 
pitii radicem fuisse majorem cubitali , tuberque in ea 
supra terram. Hoc inciso , profluere solitum succum , 
ceu lactis , superenato caule , quem magydarin voca- 
runt. Folia aurei coloris pro semine fuisse, cadentia a 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 181 

plaute. Les auteurs les plus renomms de la Grce nous 
apprennent que le laserpitium naquit tout coup la 
suite d'une pluie noire et paisse comme de la poix, qui 
tomba aux environs du jardin des Hesprides et de la 
grande Syrte, sept ans avant la fondation de Cyrne, 
qui fut btie l'an i43 de Rome. La vertu productive de 
cette pluie s'tendit en Afrique sur un espace de quatre 
mille stades. Le laserpitium de ce pays tait, dit-on, une 
plante sauvage et rebelle , qui fuyait en quelque sorte 
dans les dserts , plutt que de se soumettre la cul- 
ture. Ses racines taient paisses et nombreuses, sa tige 
semblable celle de la frule, ou de la mme grosseur. 
Sa feuille , appele maspetum , ressemblait celle de 
l'ache , et tombait tous les ans. Sa graine tait aplatie 
comme une feuille. Le btail aimait fort cette herbe , 
qui le purgeait d'abord , l'engraissait ensuite , et donnait 
sa chair un got exquis. On mangeait la tige aprs 
la chute des feuilles , mais cuite , bouillie ou rtie. Pen- 
dant les quarante premiers jours, elle purgeait le corps 
de toutes les humeurs vicieuses. Le suc se tirait de 
deux parties de la plante , de la racine et de la tige : 
aussi avait-il deux noms diffrens ; celui de la racine 
tait appel rhizias, celui de la tige caulias ; ce dernier 
se vendait moins cher , comme plus sujet se gter. 
L'corce de la racine tait noire. Pour falsifier le la- 
serpitium , on versait le uc dans un vase , on y 
mlait du son , et on le battait jusqu' ce que le 
mlange ft intime , autrement il se serait gt. On 
connaissait que la mixtion tait son vrai point, 
lorsqu'elle avait pris de la couleur, et qu'elle tait par- 
faitement sche. D'autres disent que la racine du laser- 
pitium avait plus d'une coude , qu'elle faisait voir 



,82 C. PLINII HIST. NAT LIB. XIX. 

Canis ortu , Austro fiante. Ex his laserpitium nasci so- 
litum, annuo spatio et radie et caule consummantibus 
sese. Hoc et circumfodi solitum prodidere. Nec purgari 
pecora , sed gra sanari , aut protinus mori , quod in 
paucis accidere. Persico silphio prior opinio congruit. 



Magydaris. 

XVI. Alterum genus ejus est , quod magydaris vo- 
catur, tenerius et minus vehemens, sine succo : quod 
circa Syriam nascitur, non proveniens in Cyrenaica re- 
gione. Gignitur et in Parnasso monte copiosius , qui- 
busdam laserpitium vocantibus : per quae omnia adul- 
teratur rei saluberrimae utilissimaeque auctoritas. Pro- 
batio sinceri prima , in colore modice rufo , et quum 
frangitur, candido intus, inox translucente : gutta, aqua 
salivaque liquescit. Usus in multis medicaminibus. 

De rubia. 

XVII. Sunt etiamnum duo gnera, non nisi sordido 
nota vulgo, quum quaestu multum polleant. In primis 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i83 

hors de terre une espce de tubrosit qui rendait pat- 
incision un suc laiteux; au dessus s'levait la tige, ap- 
pele magydaris. Ses feuilles , de couleur d'or , tenaient 
lieu de graines; elles tombaient au lever de la Canicule, 
ds que soufflait le vent du midi. De ces feuilles nais- 
sait le laserpitium; au bout d'un an, sa racine et sa 
tige avaient acquis leur perfection. Selon les mmes au- 
teurs, on tait dans l'usage de dchausser cette plante: 
elle ne purgeait point le btail , mais elle le gurissait 
quand il tait malade, ou le faisait prir sur-le-champ; 
ce dernier cas tait fort rare. La premire description 
s'applique au laserpitium de Perse. 

Magydaris. 

XVI. On en connat une seconde espce appele 
magydaris , plus tendre , d'un effet moins puissant que 
la premire , et qui ne rend point de suc. Elle crot sur 
les frontires de la Syrie , et non dans la Cyrnaque. 
On trouve communment sur le mont Parnasse une 
plante qu'on a aussi nomme laserpitium; on s'en sert, 
comme de la prcdente, pour falsifier le vritable laser, 
dont les effets salutaires sont universellement reconnus. 
On distingue celui-ci aux marques suivantes : il est lg- 
rement roux au dehors ; lorsqu'on le rompt , il parat 
blanc et transparent au dedans ; il se fond en outre dans 
l'eau ou la salive. Il entre dans la composition de plu- 
sieurs mdicamens. 

Garance. 

XVII. Nous avons encore deux plantes, connues seule- 
ment du plus bas peuple, par le profit considrable qu'elles 



X 



i84 C. PLINII HIST. NAT. L1B. XIX. 

rubia tingendis lanis et coriis necessaria. Laudatissima 
Italica, et maxime suburbana : et omnes paene provin- 
ciae scatent ea. Sponte provenit, seriturque similitudine 
erviliae. Verum spinosus ei caulis : genieulatus hic est , 
quinis circa articulos in orbe foliis. Semen ejus rubrum 
est. Quos in medicina usus habeat, suo dicemus loco. 



De radicula. 

XVIII. At quae vocatur radicula , lavandis demum 
lanis succum habet : mirum quantum conferens candori 
mollitiaeque. Nascitur sativa ubique , sed sponte praeci- 
pua in Asia Syriaque , saxosis et asperis locis. Trans 
Euphratem tamen laudatissima, caule ferulaceo, tenui, 
et ipso cibis indigenarum expetito, et unguentis, quid- 
quid sit cum quo decoquatur : folio oleae. Struthion 
Graeci vocant : floret aestate , grata aspectu : verum sine 
odore , spinosa , et caule lanuginoso. Semen ei nullum , 
radix magna, quae conditur ad quem dictum est usum. 



Hortorum gratia. 
XIX. 4- Ab his superest reverti ad hortorum curam, 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i85 

lui procurent. La premire est la garance, employe pour 
la teinture des laines , et ncessaire la prparation des 
cuirs. La plus estime est celle d'Italie, et surtout des 
environs de Rome. On la trouve communment dans 
presque toutes les provinces. Elle vient d'elle-mme, ou 
bien on la sme comme les petits pois. Sa tige est pi- 
quante et noueuse; chaque nud porte un verticille de 
cinq feuilles. Sa graine est rouge. Nous parlerons ailleurs 
de l'usage de cette plante en mdecine. 

Radicule. 

XVIII. Celle que nous appelons radicula fournit un 
suc utile pour le nettoyage des laines , auxquelles elle 
donne une blancheur et une douceur merveilleuses. 
L'espce cultive vient partout ; quant la sauvage , 
on estime celle de l'Asie Mineure et de la Syrie : elle 
crot dans les terrains rudes et pierreux , mais la meil- 
leure se trouve au del de l'Euphrate. Sa tige est mince 
et semblable celle de la frule. C'est un mets recher- 
ch des habitans, qui l'emploient aussi dans les par- 
fums , en la faisant bouillir avec d'autres ingrdiens. 
Sa feuille est celle de l'olivier. Les Grecs nomment cette 
plante struthion. Elle fleurit en t , mais ses fleurs , 
d'un aspect agrable, n'ont point d'odeur. Sa tige est 
pineuse et couverte de duvet. Elle ne porte point de 
graines. Sa racine, qui est grosse, est rserve pour l'u- 
sage dont nous avons parl en premier lieu. 

Agrment des jardins. 

XIX. 4. Passons la culture des jardins; ce sujet se 



t86 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

et suapte natura memorandam , et quoniam antiquitas 
nihil prius mirata est, quam Hesperidum hortos , ac 
regum Adonis et Alcinoi : itemque pensiles , sive illos 
Semiramis , sive Assyriee rex Cyrus fecit , de quorum 
opre alio volumine dicemus. Romani quidem reges ipsi 
coluere. Quippe etiam Superbus Tarquinius nuntium 
illum saevum atque sanguinarium filio remisit ex horto. 
lu xn tabulis legum nostrarum nusquam nominatur 
villa , semper in significatione ea hortus : in horto vero 
heredium. Quam rem comitata est et religio quaedam : 
hortoque et foco tantum contra invidentium effascina- 
tiones/dicari videmus in remedio satyrica signa, quam- 
quam hortos tutel Veneris adsignante Plauto. Jam 
quidem hortorum nomine in ipsa urbe delicias, agros, 
villasque possident. Primus hoc instituit Athenis Epi- 
curus , otii magister. Usque ad eum , moris non fuerat 
in oppidis habitari rura. Romae quidem per se hortus 
ager pauperis erat. 

Ex horto plebei macellum, quanto innocentiore vietu ! 
Mergi enim , credo , in profunda satius est , et ostrea- 
rum gnera naufragio exquiri , aves ultra Phasidem 
amnem peti , et fabuloso quidem terrore tutas , immo 
sic pretiosiores , alias in Numidiam atque iEthiopiae se- 
pulcra : aut pugnare cum feris , mandique capientem 
quod mandat alius. At hercule quam vilia haec , quam 



.* 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 187 

recommande assez par lui-mme. Rien n'a plus excit 
l'admiration de l'antiquit que les jardins des Hespri- 
des, des rois Adonis et Alcinos, et ces terrasses sus- 
pendues , ouvrage de Smiramis , ou de. Cyrus , roi 
d'Assyrie. Nous devons en parler ailleurs. Les rois de 
Rome n'ont pas eux-mmes ddaign cette culture : ce 
fut de son jardin que Tarquin le Superbe renvoya son 
fils le courrier dont le retour fatal cota tant de sang 
(aux habitans de Gabies). Le mot villa, dans nos lois des 
Douze-Tables, n'est jamais employ pour dsigner une 
mtairie , mais bien celui de hortus. Le mot heredium , 
l'hritage , y dsigne le jardin. On a mme attach des 
ides religieuses cette sorte de proprit. Le foyer et 
le jardin sont les seuls endroits o nous voyons con- 
sacrer des figures de satyres, pour dtourner les ma- 
lfices de l'envie. Plaute nanmoins met les jardins 
sous la protection de Vnus. Aujourd'hui , sous le 
nom de jardin , on possde , mme au centre de 
Rome, des ombrages dlicieux, des campagnes et des 
mtairies. Epicure , matre en l'art de jouir de la vie 
oisive , introduisit le premier cet usage ; avant lui , 
on ne savait pas trouver la campagne au milieu des 
villes. 

A Rome, le jardin tait le champ du pauvre : c'- ^ 
tait du jardin que le peuple tirait ses provisions. Que 
cette frugalit lui pargnait de maux ! Mais sans doute 
il vaut mieux s'enfoncer dans les abmes de la mer, 
se perdre sous les flots pour y choisir des hutres , 
courir au del du Phase pour chercher des oiseaux que 
les rcits effrayans de la fable semblaient devoir garan- 
tir de nos atteintes , et qui n'en sont que d'un plus 
grand prix nos yeux ; en poursuivre d'autres chez les 



88 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XIX. 

parata voluptati satietatique , nisi eadem, quae ubique, 
indignatio occurreret ! Ferendum sane fuerit exquisita 
iiasci poma , alia sapore , alia magnitudine, alia mon- 
stro , pauperibus interdicta : invcterari vina , saccisque 
castrari : nec cuiquam adeo longam esse vitam , ut non 
ante se genita potet : e frugibus quoque quoddam ali- 
mentum sibi excogitasse luxuriam , ac medullam tantum 
earum : superque pistrinarum operibus et caelaturis vi- 
vere , alio pane procerum , alio vulgi , tt generibus 
usque ad infimam plebem descendente annona. Etiamne 
in herbis discrimen inventum est, opesque differentiam 
fecere in cibo , etiam uno ase venali ? In his quoque 
aliqua sibi nasci tribus negant , caule in tantum sagi- 
nalo , ut pauperis mensa non capiat. Silvestres fecerat 
natura corrudas, ut quisque demeteret passim : ecce al- 
tiles spectantur asparagi : et Ravenna ternos libris re- 
pendit. Heu prodigia ventris ! Mirum esset non lic're 
pecori carduis vesci : non licet plebi. Aqu quoque se- 
parantur , et ipsa naturae elementa vi pecuniae discreta 
sunt. Hi nives, illi glaciem potant, pnasque montium 
in voluptatem gulae vertunt. Servatur algor aestibus , 
excogitaturque ut alienis mensibus nix algeat. Deco^ 
quunt alii aquas : mox et illas hiemant. Nihil utique 
homini sic , quomodo rerum naturae placet. Etiamne 
herba aliqua divitiis tantum nascitur? Ncmo Saeros 



HISTOTRE NATURELLE, UV. XIX. 189 

Numides, et jusque dans les tombeaux d'Ethiopie, ou 
livrer eombat aux animaux froces, et se faire d- 
vorer pour satisfaire la voracit d'autrui. Ah ! que les 
productions des jardins seraient meilleur compte ! 
qu'elles suffiraient facilement nos plaisirs et nos be- 
soins ! Mais ici l'on trouve les mmes sujets d'indigna- 
tion que partout ailleurs. Souffrons , s'il le faut , qu'il 
naisse des fruits rares et recherchs, que leur saveur, 
leur grosseur ou leur monstruosit interdisent aux pau- 
vres ; qu'on laisse vieillir les vins; qu'on les nerve, en 
les faisant passer par la toile ; que l'homme le plus 
vieux puisse toujours boire des vins plus vieux que lui. 
Souffrons que le luxe se rserve la moelle du grain , et 
s'en compose un mets pour lui seul ; que la pte , tra- 
vaille et sculpte par une main habile, fasse distinguer 
le pain du riche de celui du pauvre; qu'il y ait des bls 
diffrens pour chaque condition jusqu' la plus basse : 
mais trouver une distinction jusque dans les herbes ! 
Les richesses tablir des diffrences dans un mets qui 
ne se vend qu'un as ! il en est auxquels le peuple 
n'ose prtendre. La culture grossit le chou au point 
que la table du pauvre ne peut le contenir. La nature 
avait voulu que les asperges fussent sauvages , afin que 
chacun les cueillt en tous lieux ; mais dj l'art les 
nourrit et les perfectionne au point que trois asperges 
de Ravenne psent une livre. Excs monstrueux de la 
gourmandise ! on verrait avec surprise le chardon in- 
terdit aux bestiaux ; il l'est au peuple. Il y a aussi des 
eaux privilgies , et l'argent a mis des distinctions , 
mme entre les lmens. Les uns boivent de la neige, 
les autres de la glace : le flau des montagnes est de- 
venu une jouissance pour la sensualit. On fait pro- 



i 9 o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

Aventinosque montes, et iratae plebis secessus circum- 
spcxerit : inox enim certe sequabit , quos pecunia sepa- 
raverit. Itaque hercule nul lu m macelli vectigal majus 
fuit Roinae, clamore plebis incusantis apud omnes prin- 
cipes, donec remissum est portorium mercis hujus : 
compertumque non aliter quaestuosius censum haberi 
aut tutius , ac minore fortunae jure , quum credatur 
pensio ea pauperum. Is in solo sponsor est , et sub dio 
reditus, superficiesque caelo quocumque gaudens. 



Hortorum Cato praedicat caules. Hinc primum agri- 
cole aestimabantur prisci , et sic statim faciebant judi- 
cium , nequam esse in domo matrem familias ( etenim 
hacc cura feminae dicebatur) ubi indiligens esset hortus : 
quippe e carnario, aut macello vivendum esse. Sed nec 
caules, ut nunc, maxime probabant , damnantes pul- 
mentaria , quae egerent alio pulmentario : id erat oleo 
parcere; nam gari desideria etiam in exprobratione erant. 
Horti maxime placebant , quia non egerent igni, parce- 
rentque ligno , expedita res et parata semper : unde et 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIX. 191 

vision de froid pour le temps des chaleurs. On a trouv 
le secret de faire geler la neige au fort de l't. D'autres 
font bouillir l'eau, et la transforment en glace un mo- 
ment aprs. Nulle chose ne plat l'homme telle que 
la nature l'a faite. Mais faut-il aussi qu'il y ait des herbes 
qui ne croissent que pour les riches ? Et personne ne 
tourne ses regards vers le mont Sacr et vers le mont 
Aventin , antiques retraites d'un peuple irrit ! Ah ! 
bientt l'galit rapprochera ceux que la richesse avait 
spars. Les droits normes que payaient ces denres 
excitrent les rclamations de la multitude ; elle fatigua 
de ses cris tous les empereurs , jusqu' ce que les l- 
gumes eussent t exempts de toute imposition. L'exp- 
rience a prouv que le moyen le plus avantageux de 
percevoir la taxe, le plus sr et le plus indpendant de 
la fortune , tait de regarder le jardin du pauvre comme 
sa caution envers l'tat. Le sol mme rpond pour lui : 
c'est un bien au soleil , une surface qui russit sous 
toute exposition. 

Caton vante les choux de jardins. C'tait d'aprs leur 
culture qu'on apprciait les anciens cultivateurs; et comme 
l'inspection du jardin regardait la femme, on jugeait, 
lorsqu'il tait nglig , que la matresse de la maison 
n'entendait rien au mnage, car il fallait alors avoir re- 
cours la boucherie ou au march. Mais les choux 
eux-mmes n'taient pas , comme aujourd'hui , recher- 
chs de prfrence ; on ddaignait un mets qu'un autre 
mets assaisonne : par l on conomisait l'huile. Pour 
le garurn , il et t honteux de le dsirer. Ce qui leur 
faisait surtout aimer les jardins, c'est que les lgumes 
n'exigent pas de feu , qu'ils pargnent le bois, qu'ils 
prsentent des mets toujours prts et sous la main. Pr- 



i 9 C. PIJN1I HIST. NAT. LIB. XIX. 

aeetaria appellantur , facilia concoqui , nec oneratura 
sensum cibo, et quae minime accdrent desiderium pa- 
nis. Pars eorum ad condimenta pertinens fatetur domi 
versuram fieri solitam : atque non Indicum piper quae- 
situm, quaeque trans maria petimus. Jam quoque in fe- 
nestris suis plebs urbana in imagine hortorum quoti- 
diana oculis rura prbebant , antequam praefigi pro- 
spectus omnes coegit multitudinis innumer saeva la- 
trocinatio. Quamobrem sit aliquis et lus honos , neve 
auctoritatem rbus vilitas adimat, quum praesertim etiam 
cognomina procerum inde nata videamus; Lactucinos- 
que in Valeria familia non puduisse appellari : et con- 
tingat aliqua gratia operae euraeque nostroe, Virgilio 
quoque confesso , quam sit difficile verborum honorem 
tam parvis perhibere. 



Digestio terrae. 

XX. Hortos villae jungendos non est dubium, riguos- 
que maxime habendos , si contingat , prfluo amne : si 
minus e puteo rota , organisve pneumaticis , vel tolle- 
nonum haustu rigandos. Solum proscindendum a Fa- 
vonio : in autumnum praeparandum est post xiv dies, 
iterandumque ante brumam. Octo jugerum operis pa- 
lari justum est , fimum trs pedes alte cum terra mis- 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. uf\ 

pars au vinaigre, ils sont d'une digestion facile, ne 
surchargent point l'estomac , et tiennent presque lieu 
de pain. Ceux qui entrent dans les assaisonnemens at- 
testent que nos anctres n'taient pas dans l'usage de 
recourir la bourse d'autrui ; ils savaient se passer du 
poivre de l'Inde , et des pices que nous allons cher- 
cher au del des mers. Le peuple mme de la ville , 
entretenant ses fentres des espces de jardins , pr- 
sentait aux yeux le continuel spectacle de la campagne, 
avant que les brigandages affreux d'une multitude trop 
nombreuse eussent forc de griller les fentres des mai- 
sons/Les jardins mritent donc aussi quelque estime, et 
le peu d'importance de cette culture ne doit pas la faire 
mpriser. Que <lis-je? c'est elle que les plus grands 
personnages de Rome doivent leur surnom. Une bran- 
che de la famille Valeria ne s'est pas crue dshonore 
de tenir le sien d'une laitue (Lactucinus). J'espre qu'on 
me saura quelque gr de mon travail , puisque Virgile 
lui-mme reconnat combien il est difficile de traiter no- 
blement un sujet si peu relev- 
Distribution de li terre. 

XX. Le jardin doit tre contigu la mtairie , et , 
s'il se peut, dans le voisinage d'une eau courante, pour 
la facilit des arrosemens ; sinon l'on emploiera l'eau de 
puits, au moyen d'une roue, d'une pompe ou d'une bas- 
cule. Il faut ouvrir la terre aux premiers souffles du 
vent d'ouest ; quatorze jours aprs , la prparer pour 
l'automne, et lui donner encore une autre faon avant 
l'hiver. Il ne faut pas moins de huit hommes pour 
bcher un arpent; car on doit mler le fumier avec la 
xii. i3 



i 9 /, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

ceri, areis distingui, easque resupinis pulvinorum toris, 
ambiri singulas tramitum sulcis, qua detur accessus ho- 
mini , scatebrisque decursus. 

Nascentium , praeter fruges , et frutices. 

XXI. In hortis nascentium alia bulbo commendantur, 
alia capite, alia caule, alia folio, alia utroque, alia se- 
mine , alia cortice, alia cute, aut cartilagine, alia carne, 
alia tunicis carnosis. 

Natura , et gnera , et historiae nascentium in hortis rerum xx. In 
omnibus dicitur quomodo quaeque serantur. 

XXII. Aliorum fructus in terra est, aliorum et extra, 
aliorum non nisi extra. Quaedam jacent crescuntque , 
ut cucurbitae et cucumis. Eadem pendent , quamquam 
graviora multo etiam iis quae in arboribus gignuntur : 
sed cucumis cartilagine. Cortex huic uni maturitate 
transit in lignum. Terra conduntur raphani , napique , 
et rpa: atque alio modo inulae, siser, pastinacae. Quae- 
dam vocabimus ferulacea , ut anethum, malvas. Namque 
tradunt auctores , in Arabia malvas septimo mense ar- 
borescere , baculorumque usum prbere extemplo. Sed 
et arbor est malva in Mauretania Lixi oppidi aestuario, 
ubi Hesperidum horti fuisse produntur ce passibus ab 
Oceano, juxta delubrum Herculis, antiquius Gaditano, 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i 9 5 

terre la profondeur de trois pieds, partager le jardin 
en planches ou couches bords relevs, pratiquer au- 
tour de chacune des sentiers par lesquels on puisse ap- 
procher et faire circuler les eaux d'arrosement. 

Des plantes de jardins , l'exception des grains et des arbustes. 

XXI. On recherche dans les plantes de jardins dif- 
frentes parties : la bulbe, la tte, la tige, les feuilles, 
ou bien la tige et les feuilles la fois ; la graine , l'- 
corce, la crote ou l'enveloppe cartilagineuse, la chair, 
et enfin les tuniques charnues. 

Histoire naturelle de vingt espces diffrentes qui naissent dans les 
jardins. Indication de la mthode qu'on suit pour l'ensemence- 
ment de chacune. 

XXII. Les unes ont le fruit en terre , les autres en 
terre et hors de terre , d'autres hors de terre seulement. 
Quelques-unes croissent terre , comme certaines es- 
pces de courges et de concombres ; il en est d'autres 
qui sont suspendues aux branches des arbres, quoique 
pesant beaucoup plus que les fruits de l'arbre qui leur 
sert d'appui. Le concombre a une enveloppe cartilagi- 
neuse ; c'est le seul fruit dont l'corce devienne aussi 
dure que le bois quand il est mr. Les raiforts , les na- 
vets et les raves sont cachs en terre ; l'aune , le siser, 
le panais le sont aussi, mais d'une manire diffrente. Il 
y a d'autres plantes que j'appellerai frulaces , comme 
l'aneth et les mauves. En effet , des auteurs nous disent 
qu'en Arabie les mauves deviennent , en sept mois , de 
la grandeur des arbres, et fournissent des btons qui ne 
cotent aucune prparation. On trouve aussi une mauve 

i3. 



9 6 C. PLINH HIST. NAT. LIB. XIX. 

ut ferunt. Ipsa altitudinis pedum xx, crassitudinis quam 
circumplecti nemo possit. In simili gnre habebitur et 
cannabis. Necnon et carnosa aliqua appellabimus , ut 
spongias in humore pratorum enascentes. Fungorum 
enim callum , in ligni arborumque natura diximus , et 
alio gnre tuberum paulo ante. 



Quae cartilaginei generis : cucumeres : pepones. 

XXIII. 5. Cartilaginei generis , extraque terram est 
cucumis, mira voluptate Tiberio principi expetitus. Nullo 
quippe non die contigit ei , pensiles eorum hortos pro- 
moventibus in solem rtis olitoribus : rursusque hiber- 
nis diebus intra specularium munimenta revocantibus. 
Quin lact mulso semine eorum biduo macerato , apud 
antiquos Graeciae auctores scriptum est seri oportere, ut 
dulciores fiant. Crescunt qua coguntur forma. In Italia 
virides , et quam minimi : in provinciis quam maximi : 
et cerini , aut nigri. Placent copiosissimi Africae, gran- 
dissimi Msiae : quum magnitudine excessere , pepones 
vocantur. Vivunt hausti in stomacho in posterum diem , 
nec perfici queunt in cibis , non insalubres tamen plu- 
rimum. Natura oleum odere mire : nec minus aquas 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. i 97 

arborescente sur la cte de Mauritanie, prs d'une lagune 
contigu la ville de Lixe , o tait , dit-on , le jardin 
des Hesprides. Cet arbre, qu'on voit deux cents pas 
de l'Ocan , prs d'un temple d'Hercule , plus ancien , 
ce qu'on prtend , que celui de Cadix , a vingt pieds 
de hauteur, et il est si gros qu'un homme ne saurait 
l'embrasser. Au nombre de ces plantes nous mettrons 
aussi le chanvre. Il en est d'autres que j'appellerai char- 
nues : telles sont les ponges , qui naissent dans les 
prairies trop humides. Nous avons parl des champi- 
gnons en traitant des arbres et des plantes ligneuses ; et 
quant aux truffes, nous venons de nous en occuper. 

Vgtaux du genre cartilagineux : concombres , pepons. 

XXIII. 5. Les concombres sont cartilagineux , et ont 
le fruit hors de terre. L'empereur Tibre les aimait avec 
passion ; aussi en servait-on tous les jours sa table. 
On les cultivait dans des caisses suspendues sur des 
roues, afin de pouvoir facilement les exposer au soleil, 
et les retirer en hiver dans des serres garnies de vitrages. 
Les anciens auteurs grecs prtendent que pour avoir des 
concombres plus doux , il faut, avant que de les semer, 
en laisser, pendant deux jours, tremper la graine dans du 
lait miell. Les fruits prennent telle forme qu'on veut leur 
donner. En Italie, ils sont verts et trs-petits; dans les 
provinces, il en existe de fort gros qui sont jaunes ou 
noirs. Ceux d'Afrique sont excellens et fort communs. 
Ceux de la Msie deviennent trs-gros; si leur grosseur 
est excessive , on les appelle pepons. Le concombre est 
lourd sur l'estomac, o il se conserve jusqu'au lende- 
main sans pouvoir tre digr ; cependant il n est pas 



198 C. PLINII H1ST. NAT. LIB. XIX. 

diligunt. Desecti quoque ad eas modice distantes adre- 
punt : aut si quid obstet, versi pandantur, curvanturque : 
id vel ima nocte deprehenditur, si vas cum aqua subji- 
ciatur a quatuor digitorum intervallo , descendentibus 
ante posterum diem : at si oleum eodem modo sit , in 
hamos curvatis. Iidem in fistula flore demisso , mira 
longitudine crescunt. Eece quum maxime nova forma 
eorum in Campania provenit mali cotonei effigie. Forte 
primo natum ita audio unum : mox semine ex illo genus 
factum: melopeponas vocant. Non pendent hi, sedhumi 
rotundantur. Mirum in Iris, praeter figuram coloremque, 
et odorem , quod maturitatem adepti , quamquam non 
pendentes , statim a pediculo recedunt. Columella suum 
tradit commentum, ut toto anno eontingant. Fruticem 
rubi quam vastissimum in apricum locum transferre , 
et recidere , duum digitorum relicta stirpe , circa ver- 
num aequinoctium : ita in medulla rubi semine cucume- 
ris insito , terra minuta fimoque circumaggeratas resi- 
stere frigori radies. Cucumerum Graeci tria gnera fe- 
cere : Laconicum, Scytalicum, Boticum. Ex lus tantum 
Laconicum aqua gaudere. 



Sunt qui herba, quae vocatur culix nonrine, trita , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 199 

trop malsain. Il a pour l'huile une haine tonnante, et 
non moins d'amour pour l'eau. Mme coup par le 
pied , il se trane prs de l'eau, s'il s'en trouve une 
faible distance ; rencontre-t-il un obstacle , il se tourne 
du moins et se courbe du ct de l'humidit : c'est ce 
qu'on peut reconnatre dans l'espace d'une seule nuit , 
en plaant prs d'un concombre , quatre doigts de 
distance , un vase rempli d'eau ; le lendemain , le con- 
combre se sera approch : il sera recourb en arrire si 
le vase contient de l'huile. Les concombres en fleur, 
introduits dans des tuyaux, deviennent d'une longueur 
surprenante. Une espce toute nouvelle s'est montre en 
Campanie; elle a la forme du coing. Le premier individu 
naquit , dit-on , par le seul effet du hasard , ses graines 
ensuite propagrent l'espce. Ces sortes de fruits s'appel- 
lent melo-pepons (melons?); ils ne sont point suspendus, 
ils croissent terre en masse ronde. Outre leur figure, 
leur couleur et leur odeur, ils ont ceci de particulier, 
qu'aussitt aprs leur maturit ils quittent leur queue, 
quoiqu'ils n'y soient pas suspendus. Columelle donne 
un moyen de son invention pour avoir des concombres 
toute l'anne : c'est de prendre , vers l'quinoxe du 
printemps, la ronce la plus grosse qu'il sera possible, 
de la transplanter dans un endroit expos au soleil, et 
d'en couper les branches et la tige deux doigts de 
terre ; ensuite , d'enter la graine de concombre dans la 
moelle de la ronce: les racines, couvertes tout l'en- 
tour de fumier et de menue terre , rsisteront la ri- 
gueur du froid. Les Grecs distinguent trois espces de 
concombres : ceux de Laconie , ceux de Scytalie et ceux 
de Botie. Les premiers seulement aiment l'eau. 

Si avant de semer la graine de concombre on la met 



aoo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

semen eorum maceratum seri jubeant , ut sine semine 

nascantur. 

Cucurbita. 

XXIV. Similis et cucurbitis natura , dumtaxat in 
nascendo. /Eque hiemem. odere. Amant rigua ac fimum. 
Seruntur ambo semine in terra sesquipedali fossura y 
inter aequinoctium vernum , et solslitium : Parilibus 
tamen aptissime. Aliqui malunt ex kalendis martii cu- 
curbitas, et nonis cucumeres, et per Quinquatrus serere, 
simili modo reptantibus flagellis scandentes parietum 
aspera in tectum usque, natura sublimitatis avida. Vires 
sine adminiculo standi non sunt, velocitas pernix, levi 
umbra camras ac pergulas operiens. Inde haec duo 
prima gnera : camerarium ; et plebeium , quod humi 
rpit. In priore mire tenui pediculo libratur pondus im- 
mobile aurae. Cucurbita quoque omni modo fastigatur, 
vaginis maxime vitilibus, conjecta in eas postquam de- 
floruit : crescitque qua cogitur forma , plerumque et 
draconis intorti figura. Libertate vero pensili concessa , 
jam visa est novem pedum, longitudinis. Particulatim 
cucumis floret , sibi ipse superflorescens , et sicciores 
locos patitur , candida lanugine obductus , magisque 
quum crescit. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. soi 

tremper dans le suc de l'herbe appele culix , on aura 
des concombres qui ne porteront point de semences. 

Courges. 

XXIV. Les courges ressemblent aux concombres , du 
moins lvent-elles de la mme manire; elles craignent 
galement le froid ; elles aiment l'eau et le fumier. On 
les sme , comme les concombres , dans des tranches 
profondes d'un pied et demi , entre l'quinoxe de prin- 
temps et le solstice d't ; mais le temps le plus favora- 
ble , c'est aux ftes des Parilies. D'autres aiment mieux 
semer les courges aux kalendes de mars, les concom- 
bres aux nones du mme mois, ou pendant les ftes 
de Minerve. La courge tend ses branches comme le 
concombre , et monte le long des murailles jusque sur 
le toit des maisons , tant cette plante aime s'lever ; 
cependant elle ne peut se soutenir d'elle-mme. Elle 
crot trs-vite : aussi a-t-elle bientt couvert d'un lger 
ombrage les treilles et les berceaux. Pour cette raison , 
on distingue la courge de treilles de la courge commune, 
qui rampe terre. On voit avec surprise , dans la pre- 
mire de ces espces , une queue extrmement menue 
soutenir un fruit que son poids rend immobile tous 
vents. La courge prend aussi toute sorte de figures ; 
on la met d'ordinaire dans des tuis d'osier aussitt 
qu'elle est dfleurie ; elle prend en croissant la forme 
de cette enveloppe trangre , et le plus souvent celle 
d'un serpent entortill. Suspendue en libert , elle ac- 
quiert jusqu' neuf pieds de longueur. Le concombre 
ne montre pas ses fleurs toutes la fois , mais succes- 
sivement. Il s'accommode d'un terrain sec. Il est cou- 



202 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

Cucurbitarum numerosior usus. Et primus caulis in 
cibo. Atque ex eo in totum natura diversa. Nuper in 
balinearum usum venere urceorum vice , jam pridem 
vero etiam cadorum ad vina condenda. Cortex viridi 
tener : deraditur nibilominus in cibis. Cibos salubres 
ac lenes pluribus modis existimant, qui perfici humano 
ventre non queant, sed non intumescant. Semina quae 
proxima collo fuerint, proceras pariunt : item ab imis, 
sed non comparandas supra dictis : quae in medio ro- 
tundas : quae in lateribus, crassas brevioresque. Siccan- 
tur in umbra, et quum libeat serere, in aqua mace- 
rantur. Cibis , quo longiores tenuioresque, eo gratiores. 
Et ob id salubriores , quae pendendo crevere : minimum- 
que seminis taies babent , duritia ejus in cibis gratiam 
terminante. Eas quae semini serventur , ante hiemem 
praecidi non est mos. Postea fumo siccantur, condendis 
hortensiorum seminibus rusticae supellectili. Inventa est 
ratio , qua cibis quoque servarentur : eodemque modo 
cucumis , usque ad alios paene proventus : et id quidem 
in muria fit. Sed et scrobe , opaco in loco arena sub- 
strato , fenoque sicco opertos , ac deinde terra, virides 
servari tradunt. Sunt et silvestres in utroque gnre, et 
omnibus fere hortensiis. Sed et his medica tantum na- 
tura est. Quam ob rem differentur in sua volurnina. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. ao3 

vert d'une bourre blanche qui devient plus paisse me- 
sure qu'il grossit. 

L'usage des courges est plus vari ; on en mange 
mme les jeunes tiges : elles sont, du reste, d'une na- 
ture tout--fait diffrente. C'est depuis peu qu'on em- 
ploie les courges dans les bains , en guise d'aiguires ; 
mais il y a long-temps qu'elles servent de barils pour 
mettre les vins. Encore vertes , elles ont une peau ten- 
dre , qu'on ne laisse pas d'enlever quand on les apprte 
pour la table. Elles passent pour un aliment doux et 
sain , d'une digestion trs-difficile , mais qui ne gonfle 
point le ventre. La graine qui est le plus prs du col 
du fruit donne les courges longues ; celle d'en bas les 
produit moins longues ; celle du milieu les donne ron- 
des ; celle des cts , grosses et courtes. La graine est 
sche l'ombre ; on la met tremper dans l'eau avant 
de la semer. Les courges les plus longues et les plus 
menues sont les plus dlicates : aussi celles de treilles 
sont-elles les meilleures ; d'ailleurs elles ont moins de 
graine : or la duret de la graine te cet aliment une 
partie de sa bont. Celles que l'on veut garder pour 
graines ne sont cueillies qu' l'entre de l'hiver. On les 
fait ensuite scher la fume , et elles servent ren- 
fermer les semences des plantes de jardin. On a trouv 
le moyen de conserver pour la table les courges et les 
concombres, presque jusqu' la rcolte suivante : c'est 
de les mettre dans la saumure. Toutefois assure-t-on que 
ces fruits, poss sur le sable au fond d'une fosse creuse 
dans un endroit sombre, recouverts de foin sec et en- 
suite de terre , s'y conservent toujours verts. On trouve 
des espces sauvages de courges et de concombres comme 
de toutes les plantes de jardins, mais on ne les emploie 



uo4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

De rapis : napis. 

XXV. Reliqua cartilaginum naturae terra occultantur 
omnia. In quibus de rapis abunde dixisse poteramus vi- 
deri , nisi medici masculini sexus facerent in his ro 
tunda , latiora vero et concava feminini , praestantiora 
suavitate , et ad condiendum faciliora : quae saepius sata 
transeunt in marem. Iidem naporum quinque gnera fe- 
cere : Corinthium, Cleonaeum, Liothasium, Boticum, 
et quod per se viride dixerunt; Ex iis in amplitudinem 
adolescit Corinthium , nuda fere radie. Solum enim 
hoc genus superne tendit, non ut cetera in terram. Lio- 
thasium quidam Thracium appellant, frigorum patien- 
tissimum. Ab eo Boticum dulce est, rolunditate etiam 
brevi notabile , neque ut Cleonaeum praelongum. In to- 
tum quidem , quorum tenuia folia, ipsi quoque dulcio- 
res : quorum scabra, et angulosa, et horrida, amariores. 
Est praeterea genus silvestre, cujus folia sunt erucae si- 
milia. Palma Romae Amiterninis datur , inde Nursinis: 
lertia nostratibus. Cetera de satu eorum in rapis dicta 
sunt. 

De raphanis. 

XXVI. Cortice et cartilagine constant raphani : mul- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 2 o5 

qu'en mdecine; aussi nous rservons-nous d'en parler 
plus loin. 

Raves ; navets. 

XXV. Toutes les autres plantes cartilagineuses sont 
caches en terre. De ce nombre sont les raves , dont 
nous avons dj trait assez au long. Bornons -nous 
ajouter que, selon le sentiment des mdecins, les 
raves rondes sont des mles , les plates et les creuses , 
des femelles. Ces dernires sont d'un meilleur got et 
plus faciles confire ; leur graine resseme plusieurs 
fois ne donne plus que des raves mles. Les mmes au- 
teurs ont tabli cinq espces de navets : le Corinthien , 
le Clonien , le Liothasien , le Botien , et celui qu'ils 
dsignent par l'pithte de vert. Le Corinthien est le 
plus gros , et dcouvre presque entirement sa racine ; 
car c'est la seule espce qui se porte en haut , toutes les 
autres se dirigent vers le bas. Le Liothasien , nomm 
par d'autres Thracien , rsiste le mieux au froid. Aprs 
lui , le Botien a la saveur la plus douce : il est remar- 
quable en ce qu'il est rond et court ; le Clonien , au 
contraire, est fort long. En gnral, les navets feuilles 
minces et unies sont plus doux ; les navets feuilles 
pres, rudes et anguleuses, sont plus amers. Il en existe 
une espce sauvage dont les feuilles sont semblables 
celles de la roquette. A Rome, les navets les plus esti- 
ms sont ceux d'Amiterne, ensuite ceux de Nursia, et 
enfin ceux de Vrone. Nous avons parl de leur culture 
en traitant des raves. 

Raiforts. 

XXVI. Les raiforts ont le cartilage et l'corce ; quel- 



io(i C. PLINII HIST. NAT. LIR. XIX. 

tisque eorum cortex crassior etiam , quam quibusdani 
arborum. Amaritudo plurima illis est , et pro crassitu- 
dine corticis. Cetera quoque aliquando lignosa. Et vis 
mira colligendi spiritum , laxandique ructum : ob id 
cibus illiberalis , utique si proxime olus mandatur : si 
vero cum olivis drupis , rarior ructus fit , minusque f- 
tidus. iEgypto mire celebratur propter olei fertilitatem , 
quod e semine ejus faciunt. Hoc maxime cupiunt serere, 
si liceat: quoniam et quaestus plus quam a frumento, et 
minus tributi est , nullumque copiosius oleum. 

Gnera raphani Graeci fecere tria, foliorum differen- 
tia, crispi, atque laevis, et tertium silvestre. Atque huic 
laevia quidem , sed breviora ac rotunda , copiosaque ; 
atque fruticosa : sapor autem asper, et medicamenti 
instar ad eliciendas alvos. Et in prioribus tamen diffe- 
rentia a semine est : quoniam aliqua pejus , aliqua ad- 
modum exiguum ferunt. Hc vitia non cadunt , nisi in 
crispa folia. 

Nostri alia fecere gnera : Algidense a loco , longum 
atque translucidum. Alterum rapi figura , quod vocant 
Syriacum, suavissimum fere ac tenerrimum , hiemisque 
patiens. Praecipuum tamen est , quod e Syria non pri- 
dem advectum apparet, quoniam apud auctores non re- 
peritur : id autem tota hieme durt. Etiamnum unum 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 207 

quefois mme celle-ci est plus paisse que l'corce de 
certains arbres. Ils sont trs-cres , et proportion que 
l'corce est plus paisse; quelquefois aussi leur substance 
devient ligneuse. Au reste, les raiforts sont extrmement 
flatueux , et causent beaucoup de rapports ; aussi ne 
conviennent-ils pas la bonne compagnie, surtout si on 
les mange avec d'autres lgumes : avec des olives encore 
vertes , les rapports sont moins frquens et moins dsa- 
grables. Les Egyptiens estiment singulirement le rai- 
fort , cause de la grande quantit d'huile qu'ils en 
tirent , car aucune graine n'en donne autant que la 
sienne ; aussi la sment-ils de prfrence , et autant 
qu'il leur est permis de le faire, car ils y trouvent plus 
de profit qu'au bl , et ils paient moins d'impts. 

Les Grecs , d'aprs la diffrence des feuilles., ont par- 
tag les raiforts en trois espces : ils sont ou crpus , ou 
lisses , ou sauvages ; ces derniers ont les feuilles lisses , 
mais nombreuses , courtes et rondes. Leur port est celui 
d'un arbrisseau. Le got en est pre , et ils lchent le 
ventre. Quelques espces de raiforts se distinguent par 
la graine, qui est en trs-petite quantit, ou de qualit 
infrieure; mais ces dfauts sont particuliers aux raiforts 
feuilles crpues. 

Chez les Latins, les espces sont diffrentes : ils con- 
naissent le raifort du mont Algide, long et transparent; 
le raifort dit de Syrie , de la forme de la rave , trs- 
doux et trs-tendre , et qui ne craint pas le froid ; le 
meilleur cependant est celui qui ne nous est venu que 
depuis peu de la Syrie : du moins , les auteurs n'en 
parlent-ils nulle part ; il dure tout l'hiver. Il y a une 
espce sauvage , appele par les Grecs agrion ; par les 



ioS G PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

silvestre Grci agrion vocant , Pontici armon, alii leu- 
cen , nostri armoraciam , fronde copiosius quam cor- 
pore. In omnibus autem probandis maxime spectantur 
caules : immitium enim rotundiores crassioresque , ac 
longis canalibus. Folia ipsa tristiora , et angulis hor- 
rida. 

Seri vult raphanus terra soluta , humida. Fimum 
odit, palea contentus. Frigore adeo gaudet , ut in Ger- 
mania infantium puerorum magnitudinem quet. Se- 
ritur post idus febr. ut vernus sit : iterumque circa Vul- 
canalia , quee satio melior. Multi et martio , et aprili 
serunt , et septembri. Incipiente incremento , confert 
alterna folia circumobruere, ipsos vero adcumulare. Nam 
qui extra terram emersit, durus fit atque fungosus. Ari- 
stomaehus detrahi folia per hiemem jubet, et, ne lacunae 
stagnent , adcumulare : ita in aestatem grandescere. 
Quidam prodidere, si palo adacto caverna palea inster- 
natur sex digitorum altitudine , deinde in semen fimum- 
que et terra congeratur, ad magnitudinem scrobis cre- 
scere. Prcipue tamen saisis alunlur. Itaque etiam tali- 
bus aquis irrigantur, et in iEgypto nitro sparguntur, ubi 
sunt suavitate prcipui. In totum quoque salsugine ama- 
ritudo eorum eximitur, fiuntque coctis similes. Namque 
et cocti dulcescunt, et in naporum vicem transeunt. 
Crudos medici suadent, ad colligenda acria viscerum , 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. ao 9 

nations politiques , armon ; par d'autres , leucc ; par les 
Latins , armoracia : elle a beaucoup de feuilles et peu 
de racines; au reste, on reconnat les bons raiforts la 
tige. Dans les espces acres, les tiges sont plus rondes, 
plus grosses , et sillonnes par de longs canaux ; les 
feuilles rudes, anguleuses, et d'un aspect dsagrable. 

Le raifort veut une terre lgre et humide ; il hait 
le fumier, et se contente de paille. Il se trouve si bien 
du froid , qu'en Germanie on en voit de la grosseur 
d'un enfant. On le sme d'abord aprs les ides de f- 
vrier, pour en avoir au printemps; et ensuite au mois 
d'aot , vers les ftes de Vulcain : c'est l'poque la plus 
favorable : d'autres le sment en mars , avril et sep- 
tembre. Quand il commence grossir , il est bon de 
couvrir successivement ses feuilles et de le rechausser 
lui-mme , car hors de terre il devient dur et spon- 
gieux. Aristomaque veut qu'on effeuille les raiforts pen- 
dant l'hiver, et qu'on rechausse la plante pour empcher 
que les eaux ne sjournent au pied : c'est le moyen d'en 
avoir de grands et forts en t. Faites en terre , avec 
un pieu, un trou profond de six doigts; placez au fond 
une graine de raifort que vous recouvrirez de fumier 
et de terre , et vous aurez , dit-on , un raifort de la 
grandeur du trou. Au reste, rien ne nourrit mieux la 
plante que le sel ; aussi l'arrose-t-ou d'eau sale. En 
Egypte , o elle est d'une qualit suprieure , on r- 
pand du nitre sur le sol. La salure te aux raiforts 
toute leur cret , [et produit l'effet de la cuisson ; or , 
tant cuits , ils sont doux , et se mangent comme des 
navets. Pour faciliter le vomissement, les mdecins font 
xii. i4 



vio C. PUNII HIST. NAT. LIB. XIX. 

dniidos cum snle jejunis esse , atque ita vomitionibus 
praeparant meatum. Tradilnt et praecordiis necessarium 
liunc succum : quando phthisin cordi intus inhaerentem 
non alio ptuisse depelli compertum sit in jEgypto, re- 
gibus eorpora mortuorum ad scrutandos morbos inse- 
eantibus. Atque, ut est Graeca vanitas, fertur in templo 
Apollinis Delphis adeo ceteris cibis praelatus raphanus, 
ut ex auro diearetur, beta ex argento, rapum e plumbo. 
Scires non ibi genitum Manium Curium imperatorem , 
(juem Samni'tiuin legatis aurum repudiaturo adferenti- 
bus, rapum torrentem in foco inventum Annales nostri 
prodidere. Scripsit et Moscbion Graecus unum de ra- 
phano volumen. Utilissimi in cibis hiberno tempore exi- 
stimantur: iidemque dentibus semper inimici, quoniam 
atterant. Ebora certe poliunt. Odium his cum vite maxi- 
mum , refugitque juxta satos. 



Pastinaca. 

XXVII. Lignosiora suntreliqua, in cartilaginum g- 
nre a nobis posita. Mirumque, omnibus vehementiam 
saporis inesse. Ex iis pastinacae unum genus agreste 
sponte provenit : staphylinos Graece dicitur. Alterum 
seritur radie vel semine , primo vere vel autumno : ut 



HISTOIRE NATURELLE , L1V. XIX. ai i 

manger aux malades , jeun , des raiforts crus avec 
du sel, pour attirer dans l'estomac les humeurs Acres 
des autres viscres. On prtend mme que le suc de 
cette plante est ncessaire aux parties nobles ; au moins 
est-ce l'unique remde contre l'ulcration interne du 
cur : c'est ce qu'ont prouv les dissections de cada- 
vres ordonnes , par les rois d'Egypte , pour dcouvrir 
les causes des maladies. Voici un fait qui montre bien la 
frivolit des Grecs et la prfrence accorde au raifort 
sur les autres alimens : on a ddi dans le temple d'A- 
pollon, Delphes, un raifort d'or, une bette d'argent, 
et une rave de plomb. A ce seul trait , on jugerait que 
M. Curius, un de nos plus grands gnraux , n'avait 
pas eu la Grce pour patrie ; car on voit dans nos an- 
nales que les dputs samnites , venant lui offrir l'or 
qu'il ddaigna , le trouvrent son foyer , occup 
faire cuire une rave. Un auteur grec, Moschion,a com- 
pos un livre entier sur les raiforts. On les regarde 
comme un aliment trs-salutaire en hiver; cependant ils 
sont nuisibles aux dents, puisqu'ils les usent : du moins 
les emploie-t-on polir l'ivoire. Il existe entre eux et 
la vigne une si grande antipathie, qu'un cep s'loigne 
du raifort plant prs de lui. 

Panais. 

XXVII. Les autres plantes cartilagineuses , d'aprs 
notre classification, sont d'une substance plus ligneuse, 
et remarquables en ce qu'elles ont toutes une saveur trs- 
forte : de ce nombre est une espce de panais sauvage, 
nomm par les Grecs staphylinos. Le panais cultiv se 
sme ou se replante au commencement du printemps 



2i a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

Hygino placet, februario, augusto, septembri, octobri, 
solo quam altissime refosso. nnicula utilis esse incipit, 
bima utlior, gratior autumno, patinisque maxime, et 
sic quoque virus illi intraclabile est. Hibiscum a pasti- 
naca gracilitate distat , damnatum in cibis , sed medi- 
cinae utile. Est et quart um genus in eadem similitudine 
pastinac, quam nostri Gallicam vocant , Graeci vero 
daucon : cujus gnera etiam quatuor fecere : in ter me- 
dica dicendum. 

Sisere. 

XXVIII. Siser et ipsum Tiberius princeps nobilita- 
vit , flagitans omnibus annis e Germania. Gelduba ap- 
pellatur castellum Rheno impositum , ubi generositas 
praeeipua. Ex quo apparet frigidis locis couvenire. Inest 
longitudine nervus, qui decoctis extrabitur, amaritudi- 
nis tamen magna parte relcta : quae mulso in cibis tem- 
perata , etiam in gratiam vertitur. Nervus idem et pa- 
stinacae majori , dumtaxat anuiculae. Siseris satus men- 
sibus februario , martio , aprili , augusto , septembri , 
octobri. 

Inula. 

XXIX. Brevior his est , sed torosior , amariorque 
inula , per se stomacbo inimicissima : eadem dulcibus 



HISTOIHE NATURELLE, L1Y . XIX. ai 3 

ou de l'automne ; Hygin veut que ce soit aux mois de 
fvrier, d'aot, de septembre et d'octobre. La terre 
doit recevoir un profond labour. Ils sont bons un an, 
meilleurs deux, d'un got plus agrable en automne, 
surtout bouillis; encore conservenl-ils une saveur dsa- 
grable qu'on ne saurait leur ter. L hibiscum diffre 
du panais en ce qu'il est plus menu : il n'est d'aucun 
usage pour la cuisine, mais il est employ en mdecine. 
On connat une quatrime espce de panais , nomme 
gauloise par les Latins, et daucos par les Grecs, qui en 
distinguent mme quatre varits ; nous en parlerons 
en traitant des plantes mdicinales. 

Siser. 

XXVIII. L'empereur Tibre mit en rputation le 
siser, parce que ebaque anne il en faisait venir de la 
Germanie. Le plus beau se trouve Gelduba, forteresse 
sur le Rhin ; on voit par l que cette plante aime les 
pays froids. Le siser a dans sa longueur une espce 
de corde qu'on enlve lorsqu'il est cuit ; malgr cette 
prcaution, il conserve en grande partie son amertume 
naturelle ; mais , apprt dans du vin miell , cette 
amertume mme lui donne un meilleur got. Le grand 
panais a une corde semblable, mais seulement un an. 
On sme le siser dans les mois de fvrier, mars, avril, 
aot , septembre et octobre. 

Aune. 

XXIX. L'aune a la racine plus courte, mais plus 
charnue et plus amre ; prise seule, elle est extrme- 



*i4 C. PLINII HLST. NAT. LIB. XIX. 

mixtis saluberrima. Pluribus raodis austeritate vicia 
gratiam invenit. Namque et in polliuem tuuditur arida, 
liquidoque dulci temperatur : et decocta posca , aut ad- 
servata , vel macerata pluribus modis , et tune mixta 
defruto, aut subacta melle, uvisve passis, aut pinguibus 
caryotis Alio rursus modo cotoneis malis , vel sorbis, 
aut prunis , aliquando pipere aut thymo variata , defe- 
ctus praecipue stomachi excitt, illustrata maxime Julia? 
A.ugustae quotidiano cibo. Supervacuum ejus semen : 
quoniam oculis ex radice excisis, ut arundo, seritur. Et 
haec autem , et ,siser , et pastinaca , utroque tempore , 
vere et autumno , magnis seminum intervallis : inula ne 
minus quam ternorum pedum , quoniam spatiose fruti 
cat. Siser autem transferre melius. 



Bulbis , scilla , aro. 

XXX. Proxima his est bulborum natura , quos Cato 
in primis serendos praecepit , celebrans Megaricos. Ve- 
ruin nobilissima est scilla, quamquam medicamini nata, 
acetoque exacuendo. Nec ulli ampliludo major , sicut 
nec vis asperior. Duo gnera medica : masculum albis 
foliis, femina nigris. Et tertium genus est cibis gratum : 
epimenidim vocatur, angustius folio, ac minus aspero. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. ai 5 

ment contraire l'estomac ; mle des ingrdiens 
doux , elle est trs-salutaire. Il y a plusieurs moyens 
le lui ter son cret et de la rendre agrable au got. 
Les uns la rduisent en poudre fine , et la mlent dans 
une liqueur douce; les autres, aprs l'avoir garde quelque 
temps , ou fait cuire dans de l'oxycrat , ou l'avoir dtrem- 
pe dans quelque liqueur, la jettent dans du vin cuit, 
ou l'incorporent dans du miel , des raisins secs ou des 
dattes grasses ; d'autres la prparent avec des coings , 
des cormes ou des prunes, en y ajoutant quelquefois 
du poivre ou du thym. De quelque faon qu'on l'ap- 
prte, elle fortifie singulirement l'estomac. Elle doit en 
grande partie sa renomme Julie , fille d'Auguste , 
qui en usait tous les jours. La graine est hors d'usage : 
on multiplie la plante par les rejetons des racines, comme 
le roseau. L'anne , comme le siser et le panais , se 
plante au printemps et en automne ; l'espace entre 
chaque racine doit tre assez grand , et de trois pieds 
au moins pour l'aune , dont les rameaux s'tendent 
beaucoup. Le siser gagne tre transplant. 

Bulbes, scille , arum. 

XXX. Les bulbes sont les plantes qui ont le plus 
d'affinit avec les prcdentes; Caton recommande fort 
leur culture , et vante celles de Mgare. La scille tient 
le premier rang entre les bulbes , quoiqu'elle serve 
principalement en mdecine et pour aiguiser le viuai- 
gre." Aucune espce n'est plus grosse ni plus acre. On 
distingue deux scilles mdicinales : la scille mle , 
feuilles blanches ; la scille femelle , feuilles noires. 
Une troisime espce, feuilles plus troites et moins 



2i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

Seininis plurimum omnibus. Celerius tamen proveniunt 
satae bulbis circa latcra natis. Et ut crescant, folia qu 
sunt his ampla , deflexa circa obruuntur : ita succum 
omncm in se trahunt capita. Sponte nascuntur copio- 
sissime in Balearibus Ebusoque insulis , ac per Hispa- 
nias. Unum de iis volumen condidit Pythagoras philo- 
sophus, colligens medieas vires, quas proximo reddemus 
libro. Reliqua bulborum gnera differunt colore, magni- 
tudine, suavitate. Quippe quum quidam crudi mandan- 
tur, ut in Chersoneso Taurica. Post hos in Africa nati 
maxime laudantur, mox Apuli. Gnera Grci bc fe- 
cere : bulbinen, setanion, pythion, acrocorion, gilopa, 
sisyrinchion. In boc mirum imas ejus radies crescere 
bieme : verno autem , quum appartient viola, minui el 
cou trahi , tum deinde bulbum pinguescere. 

Est inter gnera, et quod in iEgypto arou vocant, 
scillae proximum amplitudine, foliis lapathi, caule recto 
duum cubitorum , baculi crassitudinc , radie mollioris 
naturae , qu edatur et cruda. Effodiuntur bulbi ante 
ver, aut dtriores illico fiunt. Signum maturitatis , fo- 
lia inarescentia ab imo ; vetustioresque improbant : item 
parvos et longos. Contra rubicundis rotundioribusque 
laus , et grandissimis. Amaritudo plerisque in vertice 
est. Media eorum dulcia. Bulbos non nasci , nisi e se- 
mine , priores tradiderunt. Sed et in Prnestinis cam- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. ?. i 7 

rudes, est employe comme aliment; on l'appelle pi- 
mnidiennc. Les scilles ont beaucoup de graine , mais 
elles viennent plus vite si l'on en replante les caeux. 
Pour les faire grossir davantage , on recourbe leurs 
feuilles, qui sont fort grandes, et on les enterre; parce 
moyen , tout le suc se porte dans la tte. La scille crot 
d'elle-mme et en abondance dans les les Balares, dans 
celle d'buse et en Espagne. Le philosophe Pythagore a 
crit sur cette plante un livre entier , o il numre 
toutes ses vertus mdicinales ; nous en rendrons compte au 
livre suivant. Les autres bulbes diffrent par la couleur, 
la grosseur et le got. Dans la Chersonse Taurique, 
il en est qui se mangent crues; les plus estimes ensuite 
sont celles d'Afrique, puis celles de l'Apulie. Les Grecs 
en connaissent plusieurs espces : la bulbine , la seta- 
nienne, \epythion, Yacrocorion, Ygilops , le sisyrin- 
chion. Cette dernire est remarquable en ce que ses 
racines croissent et s'allongent en hiver, et qu'au prin- 
temps, lorsque parat la violette, elles diminuent et se 
raccourcissent ; ensuite la bulbe grossit. 

Il faut encore ranger parmi les bulbes la plante ap- 
pele par les /Egyptiens aron ; elle est presque aussi 
grosse que la scille : elle a les feuilles du lupathum ; la 
tige droite, haute de deux coudes, et de l'paisseur d'un 
bton ; sa racine , tendre et molle, peut se manger crue. 
Les bulbes sont tires de terre avant le printemps , au- 
trement elles seraient bientt gtes. Les feuilles , qui 
se desschent par le bas , indiquent le moment de la 
maturit. Quand les bulbes sont vieilles , petites ou 
longues, on n'en fait aucun cas; mais on estime celles 
qui sont grosses , rouges et rondes. Leur amertume n'est 
presque jamais sensible qu'au sommet ; le milieu est 



*i 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

pis sponte nascuntur, ac sine modo etiam in Remorum 

arvis. 



De omnium earum radicibus , floribus , foliis. Quibus hortensio- 
rum folia cadant. 

XXXI. 6. Hortensiis omnibus fere singulae radies , 
ut raphano, betae, apio, mal va?. Amplissima autem la- 
patho , ut quae descendat ad tria cubita. Silvestri minor 
et humida : efFossa quoque diu vivit. Quibusdam tamen 
capillatae , ut apio , malvae : quibusdam surculosae , ut 
oeimo. Aliis carnosae, ut betse , aut magis etiamnum 
eroeo : aliquibus ex cortice et carne constant, ut raphano, 
rapis : quorumdam geniculata? sunt , ut graminis. Quae 
rectam non habent radicem, statim plurimis nascuntur 
capillamentis , ut atriplex , et blituni. Scilla autem , et 
bulbi, et cpe, et allium, non nisi in rectum radicantur. 
Sponte nascentium quaedam numerosiora sunt radice , 
quam folio, ut aspalax, perdicium, erocum. 

Florent confertim serpyllum , abrotonum , napi , ra- 
phani , meuta , ruta : et cetera quidem quum cpere , 
deflorescunt : ocimum autem particulatim et ab imo 
incipit : qua de causa diutissime floret. Hoc et in he- 
liotropio herba evenit. Flos aliis candidus, aliis luteus, 
aliis purpureus. Folia cadunt a cacuminibus , origano , 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. 219 

doux. Les anciens ont prtendu que les bulbes devaient 
ncessairement tre semes ; cependant nous les voyons 
crotre sans culture dans les campagnes de Prncste, et 
mme de Reims, o elles sont extrmement communes. 

Racines , fleurs , feuilles de tous ces vgtaux. Plantes de jardins 
qui perdent leurs feuilles. 

XXXI . 6. La plupart des plantes de jardin n'ont qu'une 
racine, comme le raifort, la bette, l'ache, la mauve. 
Celle du lapatlium est fort grande, car elle atteint sou- 
vent trois coudes de longueur; celle du lapathum sau- 
vage est plus courte et plus humide, aussi vit-elle long- 
temps hors de terre. Quelques racines sont garnies de 
chevelu , comme dans l'ache et la mauve; quelques autres 
poussent des drageons, comme dans le basilic; d'autres 
sont charnues, comme dans la bette, et plus encore dans 
le safran. Il y a des plantes racines charnues et pour- 
vues d'corce, comme la rave et le raifort; ou racines 
noueuses, comme le gramen. Celles qui n'ont pas la ra- 
cine verticale jettent immdiatement beaucoup de che- 
velu, comme l'arroche et la blette. La scille , les bulbes , 
l'ail et l'ognon ont la racine verticale. Parmi les plantes 
sauvages, il en est qui ont plus de racines que de feuilles, 
par exemple l'aspalax , le perdicium , le safran. 

Le serpolet , l'auronne , le navel , le raifort , la 
mente , la rue panouissent leurs fleurs toutes la fois; 
elles ne s'ouvrent que successivement dans le basilic , 
en commenant par le bas: aussi cette plante resle-t-elle 
trs-long-tcmps fleurie ; c'est ce qu'on voit aussi dans 
l'Iiliotrope. La couleur des fleurs est , ou blanche , ou 
jaune, ou purpurine. Les feuilles (\u sommet tombent 



aao C. PLINII HIST. NA.T. LIB. XIX. 

inulae, et aliquando rutae injuria laesae. Maxime concava 

sunt caep , gethyo. 

Caeparum gnera. 

XXXII. Allium caepasque inter deos in jurejurando 
habet jEgyptus. Caepae gnera apud Graecos : Sardia, Sa- 
mothracia , alsidena , setania , schista , Ascalonia , ab 
oppido Judaeae nominata. Omnibus etiam odor lacry- 
mosus , et praecipue Cypriis, minime Gnidiis. Omnibus 
corpus totum pinguitudinis earum cartilagine. E cun- 
ctis setania minium , excepta Tusculana , sed dulcis. 
Schista autem et Ascalonia condiuntur. Schistam hieme 
cum coma sua relinquunt, vere folia detrahunt, et alia 
subnascuntur iisdem divisuris : unde et nomen. Hoc 
exemplo reiiquis quoque generibus detrahi jubent, ut 
in capita crescant potius, quain in semina. Ascalonia- 
rum propria natura. Etenim velul striles sunt ab ra- 
die, et ob id semine seri illas, non deponi , jusser 
Graeci. Praeterea serius circa ver , quum germinant , 
transferri : ita crassescere , et tune properare praeteriti 
temporis pensitatione. Festinandum autem in his est, 
quoniam maturae celeriter putrescunt. Si deponantur , 
caulem mittunt et semen , ipsaeque evanescunt. Est et 
colorum differentia. In Isso enim et Sardibus candidis- 
simae proveniunt. Sunt in honore et Creticae, dequibus 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XJX. aai 

les premires dans l'origan, Pau ne, et mme la rue, si 
elle a t maltraite ; elles sont fistuleuses dans l'ognon 
et la ciboule. 

Alliaces. 

XXXII. Les Egyptiens adorent l'ail et l'ognon, et 
jurent par ces divinits. Les Grecs distinguent plusieurs 
sortes d'ognons : celui de Sardes, celui de Samothrace, 
l'alsidnc , le stanien , le schiste , et l'ascalonien, ainsi 
appel du nom d'une ville de Jude. L'odeur de l'ognon 
fait venir la larme l'il ; cet effet est trs - sensible 
dans ceux de Cypre, presque nul dans ceux de Gnide. 
Tous ont la tte grasse et cartilagineuse. Le stanien 
est le plus petit aprs celui de Tusculum, et nanmoins 
il est doux. On confit le schiste et l'ascalonien (chalotte). 
On laisse hiverner en terre le schiste , sans l'effeuil- 
ler ; au printemps on lui te ses feuilles, aprs quoi il 
en revient d'autres qui naissent , comme les premires , 
des mmes intervalles que les caeux laissent entre 
eux ; c'est cette circonstance que le schiste doit son 
nom. On effeuille de mme les autres ognons , pour 
qu'ils grainent moins et donnent des ttes plus grosses. 
L'ascalonien est d'une nature particulire; sa racine ne 
produit pas de caeux : aussi les Grecs veulent-ils qu'on 
le sme au lieu de le planter , et , en outre , qu'on le 
transplante un peu plus tard , vers le printemps , l'- 
poque de la germination ; par ce moyen , l'chalotte 
deviendra grosse , et se htera de crotre pour rparer 
le temps perdu. Il faut tre prompt l'enlever quand 
elle est mre, car elle se gte bientt. Si l'on plante 
l'chalotte , elle monte et donne de la graine , mais 
elle finit par prir. Les ognons diffrent aussi par la 



aa2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

dubitant, an edem sint,quae Ascaloniae, quoniam satis 
rapita crassescunt : depositis , eau les et semina. Distant 
sapore tantuni dulci. 



Apud nos duo prima gnera. Unum condimentariae, 
quam illi gethyon , nostri pallacanam vocant. Seritur 
mensibus martio , aprili , maio. Alterum capitatae , quae 
ab aequinoctio autumni , vel a Favonio. Gnera ejus 
austeritatis ordine , Africana , Gallica , Tusculana , As~ 
ealonia, Amiternina. Optima autem, quae rotundissima. 
Item rufa acrior, quam candida : sicca, quam viridis : 
et cruda , quam cocta : sieca, quam condita. Seritur 
Amiternina frigidis et humidis loeis, et sola allii modo 
capite , reliquae semine. Proxima quae state nullum 
semen emittunt, sed caput tantum , quod inarescit. Se- 
(juenti autem anno permutata ratione semen gignitur, 
eaput ipsum corrumpitur. Ergo omnibus annis separatim 
semen ep causa seritur, separatim caep seminis. Ser- 
vantur autem optime in paleis. Gethyum paene sine ca- 
pite est, eervicis tantum longae, et ideo totum in fronde : 
spiusque resecatur , ut porrum. Ideo et illud serunt , 
non deponunt. Cetero caepas ter fosso solo seri jubent , 
exstirpatis radicibus herbarum, in jugera denas libras. 
lntermisceri satureiam quoniam melius proveniat. Run- 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIX. aaS 

couleur. Ceux d'Issus et de Sardes sont trs -blancs; 
ceux de Crte sont aussi trs -estims : peut-tre ne 
sont-ils qu'une varit de l'ascalonien ; en effet, si on 
les sme, ils donnent une grosse tte ; et si on les 
plante, leur pousse se convertit en feuilles et en graine. 
Ils ne diffrent de l'chalotte que par leur got, qui est 
plus doux. 

Les Latins distinguent deux principales sortes d'o- 
gnons , la ciboule et l'ognon tte. La ciboule, pulla- 
cana des Latins , getliyon des Grecs , s'emploie dans les 
assaisonnemens t et se sme en mars , avril et mai ; 
l'ognon tte ne se sme qu' l'quinoxe d'automne ou 
au premier souffle du vent Favonien. Cette dernire 
espce comprend des espces secondaires plus ou moins 
acres ; ce sont les ognons d'Afrique , des Gaules , de 
Tusculum , d'Amiterne et d'Ascalon , ou l'chalotte; les 
plus ronds sont les meilleurs ; les rouges sont plus acres 
que les blancs , les secs plus que les verts ; ils le sont 
encore plus , mangs crus que mangs cuits , et plus 
tant secs qu'tant confits. Celui d'Amiterne aime les 
terrains froids et humides ; c'est celui dont on plante 
les caeux, comme ceux de l'ail : tous les autres vien- 
nent de graine. Les plus estims aprs les ronds sont 
ceux qui, la premire anne, ne portent point de graine, 
mais seulement une tte qui sche. L'anne suivante , 
c'est tout le contraire , car ils donnent de la graine, et 
la tte se gte. Ainsi , tous les ans il faut semer la 
graine pour avoir l'ognon, et planter l'ognon pour avoir 
la graine. Les ognons se conservent fort bien dans la 
paille. La ciboule n'a presque pas de tte , mais seule- 
ment un long col ; les feuilles constituent toute la 
plante, que l'on tond plusieurs fois, comme les por- 



aa/ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

cari praeterca , et sarriri , si non ssepius , quater. Asca- 
loniam inense februario serunt nostri. Semen eaeparum 
nigrcscere incipiens, antequam marcescat, metunt. 



De porro. 

XXXIII. Et de porro in hae cognatione dici conve- 
niat, praesertim quum sectivo nuper auctoritatem de- 
derit princeps Nero, vocis gratia , ex oleo statis meu- 
sium omnium diebus, nihilque aliutl , ac ne pane quidem 
veseendo. Seritur semine ab quinoctio autumno : si 
sectivum facere libuit , densius. In eadem area secatur, 
donec deficiat , stercoraturque semper. Si nutritur in 
capita , antequam secetur , quum increvit , in aliam 
aream trausfertur, summis foliis leviter recisis ante me- 
dullam : et capitibus retractis , tunicisve extremis. Anti- 
qui silice vel tegula subjecta capita dilatabant : hoc item 
in bulbis. Nunc sarculo leviter convelluntur radies , 
ut delumbatae alant, neque distrahant. Insigne, quod 
quum fimo laetoque solo gaudeat, rigua odit ; et tamen 
proprietate quadam soli constant. Laudatissimus in 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX ja5 

reaux. Pour la mme raison on la multiplie de graine, 
et non de caieux. Le terrain o l'on veut semer l'ognon 
doit tre bch trois fois, et purg de toute racine. On 
prend dix livres de graine parjugerum. Si l'on y mle 
de la sarriette , les ognons n'en deviennent que plus 
beaux. Il faut en outre les sarcler, et arracher les mau- 
vaises herbes jusqu' quatre fois , et mme davantage. 
En Italie, on sme l'chalotte au mois de fvrier. On 
rcolte la graine d'ognon quand elle commence noir- 
cir, et avant qu'elle se fltrisse. 

Poireau. 

XXXII. Par son affinit avec l'ognon, le porreau 
doit trouver ici sa place. L'espce qui se tond a acquis 
depuis peu beaucoup de clbrit , grce l'empereur 
Nron , qui , pour rendre sa voix plus belle , en man- 
geait avec de l'huile certains jours de chaque mois ; il 
s'abstenait alors de tout autre aliment , mme de pain. 
On sme les porreaux de graine , aprs l'quinoxe d'au- 
tomne. Si l'on veut avoir des porreaux qui se tondent , 
on les sme plus dru. On les tond jusqu' ce qu'il n'y 
ait plus rien couper , et on tient toujours la terre 
bien fume. Pour avoir des porreaux tte , il faut , 
avant de les tondre et quand ils sont assez gros, les 
transplanter dans une autre planche , en coupant lg- 
rement le bout des feuilles sans toucher au blanc, et re- 
tournant en arrire les premires tuniques ou enveloppes 
de la tte. Les anciens plaaient une pierre ou une 
brique sous la tte, pour la faire grossir, ce qu'ils pra- 
tiquaient aussi pour les bulbes. Maintenant on enlve 
doucement les racines avec le sarcloir pour les aflfai- 
xn. i5 



aa6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

^gypto, mox Osti, atque Arici. Sectivi duo gnera: 
herbaceum folio incisuris ejus evidentibus , quo utun- 
tur medicamentarii. Alterum genus pallidioris folii , 
rotundiorisque , incisuris lcvioribus. Fama est , Melam 
equestris ordinis, reum ex procuratione a Tiberio prin- 
cipe accersitum , in sumraa desperatione succo porri ad 
trium denariorum argenteorum pondus hausto , con- 
festim exspirasse sine cruciatu. Ampliorem modum ne- 
gant noxium esse. 



De allo. 

XXXIV. Allium ad multa ruris prcipue medicamenta 
prodesse creditur. Tenuissimis , et quae separantur , in 
universum velatur membranis : mox pluribus coagmen- 
tatur nucleis, et his separatim vestitis. Asperi saporis : 
quo plures nuclei fuere, hoc est asperius. Tdium huic 
quoque halitu, ut caepis : nullum tamen coctis. Gene- 
rum differentia in tempore : prcox maturescit sexa- 
ginta diebus : tum in magnitudine. Ulpicum quoque in 
hoc gnre Graeci appellavere allium Cyprium, alii an- 
tiscorodon, prcipue Africae celebratum inter pulmen- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a* 7 

blir , en portant ailleurs le suc de la plante , et pour 
mieux nourrir la tte. Une chose remarquable, c'est 
que le porreau aime le fumier et les bons terroirs, et 
que cependant il craint l'eau; toutefois, par une pro- 
prit particulire , il ne dgnre nulle part. Les meil- 
leurs porreaux sont ceux d'Egypte, puis ceux d'Ostic 
et ceux d'Aricie. Les porreaux qui se tondent sont de 
deux sortes : les uns sont d'un couleur herbace , et 
leurs feuilles ont des chancrures trs-remarquables ; on 
les emploie en mdecine. Les autres ont les feuilles plus 
blondes, plus rondes, et moins sensiblement chan- 
cres. Mla, chevalier romain , intendant de Tibre, 
fut accus pour fait de sa gestion , et mand prs de 
l'empereur; dsesprant de sa vie, il avala, dit-on, le 
poids de trois deniers d'argent de suc de porreau , et 
expira sur-le-champ sans douleur. On prtend qu'une 
dose plus forte ne fait aucun mal. 



Ail. 



XXXIV. L'ail passe , dans les campagnes surtout , 
pour un bon remde en diverses maladies. Sa tte est tout 
entire couverte de pellicules trs-fines, qui se sparent 
l'une de l'autre, et forme de la runion de plusieurs 
gousses revtues aussi de leurs enveloppes particulires. 
Il a un got trs-acre, et cette cret augmente en raison 
du nombre des gousses. Comme l'ognon , il donne une 
mauvaise haleine ceux qui en mangent; cuit, il n'a pas 
ce dfaut. Le temps ncessaire la maturit n'est pas 
le mme pour tous les aulx ; l'ail htif ne demande que 
soixante jours. La grosseur tablit encore une diffrence : 
celui que lesGrecs appellent ail deCvpre, ou antiscorodon, 

i5. 



a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

taria ruris , grandius allio. Tritum in oleo et aceto , 
mirum quantum increscat spuma. Quidam ulpicum, et 
al li u ni in piano seri vtant, castellatimque grumulis im- 
poni, distautibus iuter se pedes ternos. Inter grana'di- 
giti interesse debent : simul atque tria folia eruperunt, 
sarriri. Grandescunt, quo saepius sarriuntur. Mature- 
scentium caules depressi in terram obruuntur : ita ca- 
vetur ne in frondem luxurient. In frigidis utilius vere 
seri , quam autumno. Cetero , ut odore careant , omnia 
haec jubentur seri , quum luna sub terra sit : colligi , 
quum in coitu. Sine his Menander e Graecis auctor est , 
allium edentibus , si radicem betae in pruna tostam su- 
perederint , odorem extingui. Sunt qui et allium ulpi- 
cum inter Compitalia ac Saturnalia seri aptissime putent. 



Allium et semine provenit, sed tarde. Primo enim anno 
porri crassitudinem capite effcit : sequenti dividitur, 
tertio consummatur : pulcbriusque taie existimant qui- 
dam. In semen exire non dbet, sed intorqueri caulis 
satus gratia, uti caput validius fit. Quod si diutius al- 
lium caepamque inveterare libeat , aqua salsa tepida 
ungenda sunt. Ita diuturniora fient , melioraque usui , 
sed in satu sterilia. Alii contenti sunt primo super pru- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 2*9 

et les Latins ulpicum , particulirement estim en Afrique 
pour les ragots rustiques , est plus gros que l'ail com- 
mun. Broy avec de l'huile et du vinaigre, il produit une 
tonnante quantit d'cume. Quelques-uns prescrivent de 
ne point planter l'ail de Cypre et l'ail commun dans un 
terrain uni ; ils veulent qu'on les mette par tas dans de pe- 
tits monceaux de terre, en laissant un intervalle de trois 
pieds entre chaque monceau, et la distance de quelques 
doigts entre chaque gousse ; aussitt qu'ils ont jet trois 
feuilles, on doit les sarcler: plus cette opration est 
ritre , plus l'ail devient gros. Quand ils commencent 
mrir, on couche leur tige et on l'enfouit , pour les 
empcher de pousser trop de feuilles. Dans les lieux 
froids, il vaut mieux planter l'ail au printemps qu'en 
automne. Au reste , pour qu'il n'ait pas d'odeur , on 
prescrit de le planter quand la lune est sous terre, et de 
le cueillir quand elle est en conjonction. Sans s'arrter 
ces circonstances, Mnandre, auteur grec, dit que l'on 
garantira son haleine de l'odeur de l'ail , si l'on mange 
immdiatement aprs une racine de bette, cuite sur les 
charbons. Selon quelques auteurs , il y a de l'avantage 
planter l'ail entre les ftes Compitales et les Saturnales. 
L'ail vient aussi de graine, mais alors il est tardif. 
La premire anne , sa tte n'est pas plus grosse qu'un 
porreau ; elle se partage en gousses la seconde , et 
n'est parfaite qu' la troisime. Quelques-uns pensent 
que l'ail est plus beau , venu de cette manire. On ne 
doit pas laisser grainer l'ail , mais lui tordre la tige, 
afin que la tte devienne plus forte , et fournisse 
plus de caeux. Si l'on veut garder long -temps l'ail 
et l'ognon , il faut les mettre tremper dans de l'eau 
sale tide ; par ce moyen , ils se conserveront plu* 



2 3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

nas suspendisse, abundeque ita profici arbitrantur ne 
germinent : quod facere allium cpamque extra terram 
quoque certum est , et cauliculo acto evanescere. Aliqui 
et allium palea optime servari putant. Allium est et in 
arvis sponte nascens , alum hoc vocant : quod adversus 
improbitatem alitum depascentium semina coctum , ne 
renasci possit , abjicitur : statimque , quae devoravere 
aves , stupentes manu eapiuntur : et si paulum com- 
movere, sopitae. Est et silvestre, quod ursinum vocant, 
odore molli , capite praetenui , foliis grandibus. 



Qaoto quaeque die nascantur. 

XXXV. 7. In horto satorum celerrime nascuntur 
ocimum , blitum, napus, eruca : tertio enim die erum- 
punt: anethum quarto, lactuca quinto, raphanus sexto, 
cucumis et cucurbitae septimo , prior cucumis : nastur- 
tium ac sinapi quinto, beta aestate sexto, hieme decimo: 
atriplex octavo , cepae xix aut vicesimo , gethyum de- 
cimo , aut duodecimo. Contumacius coriandrum. Cunila 
quidem , et origanum post xxx diem. Omnium autem 
difficillime apium : quadragesimo enim die quum celer- 
rime , quinquagesimo majore ex parte emergit. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a3i 

long-temps, seront meilleurs pour l'usage, mais ne vau- 
dront rien pour planter. D'autres se contentent de les 
suspendre sur des charbons ardens , et croient que ce 
moyen suffit pour les empcher de germer, ce qui ar- 
rive souvent, mme hors de terre, l'ail et l'ognon, 
qui , aprs avoir pouss une faible tige , se rduisent 
presque rien. D'autres pensent que l'ail se conserve 
fort bien dans la paille. Il existe une espce d'ail sauvage 
appele aluni ; on s'en sert contre les oiseaux voraces, 
qui viennent manger les semailles. Aprs l'avoir fait 
cuire pour l'empcher de germer , on le jette sur les 
terres ensemences : peine l'oiseau en a-t-il got , 
qu'il est tourdi au point de se laisser prendre la 
main, et au moindre mouvement il s'endort. On trouve 
encore dans les bois une autre espce , appele ail 
d'ours; son odeur est douce, ses feuilles grandes, et sa 
tte fort petite. 

Nombre de jours que chaque plante exige pouf sortir de terre. 

XXXV. 7. Entre les plantes potagres, celles qui 
viennent le plus vite sont le basilic, la blette, le navet 
et la roquette , car elles lvent ds le troisime jour ; 
l'aneth , au quatrime; la laitue, au cinquime; le rai- 
fort , au sixime ; le concombre et la coarge , au sep- 
time , mais le concombre avant la courge ; le cresson 
et le snev , au cinquime ; la bette , au sixime en 
t , au dixime en hiver ; l'arroche , au huitime ; 
l'ognon, au dix-neuvime ou au vingtime; la ciboule, 
au dixime ou au douzime. La coriandre ne se montre 
pas si tt; la sarriette et l'origan ne lvent qu'aprs le 
trentime jour ; mais la plus tardive de ces plantes est 



a3a C. PL1NII HIST. NA.T. LIB. XIX. 

liquid et seminum aetas confert , quoniam recen- 
tiora maturius gignuntur, in porro, gethyo, cucumi , 
cucurbita : ex vetere autem celerius proveniunt apium, 
beta, cardamum, cunila, origanura, coriandrum. Mirum 
ia betae semine : non enim totum eodem anno gignit , 
sed aliquid sequente, aliquid tertio. Itaque ex copia se- 
minis modice nascitur. Quaedam anno tantum suo pa- 
riant, quaedam saepius, sicut apium, porrum, gethyum. 
Hase enim semel sata pluribus annis restibili fertilitate 
proveniunt. 



Seminum natura. 

XXXVI. Seminaplurimisrotunda, aliquibus oblonga, 
paucis foliacea et lata, ut atriplici. Quibusdarn angusta 
et canaliculata , ut cumino. Differunt et colore , nigro 
candidoque : item duritia surculacea. In folliculo sunt , 
raphano , sinapi , rapo. Nudum semen apii , coriandri , 
anethi , feniculi , cumini. Cortice obducta bliti , betae , 
atriplicis , ocimi. At lactucis in lanugine. Nihil ocimo 
fecundius : cum maledictis ac probris serendum praeci- 
piunt ; ut laetius proveniat, sato pavitur terra. Et cu- 
minum qui serunt , precantur ne exeat. Quae in cortice 
sunt, difBcillime inarescunt, maximeque ocimum et 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 2 3H 

le persil : il ne parat que le quarantime jour au plus 
tt , et le plus ordinairement au cinquantime. 

La germination dpend aussi en partie de l'ge de 
la graine ; la plus nouvelle lve plus vite dans le por- 
reau , la ciboule , le concombre et la courge ; au con- 
traire , le persil , la bette , le cresson , la sarriette , 
l'origan, la coriandre lvent plus tt quand la semence 
est vieille. Celle de la bette est remarquable , en ce 
qu'elle ne produit pas toute dans la premire anne; 
une partie ne lve qu' la seconde , une autre la troi- 
sime ; aussi , quelque pais qu'ont l'ait seme, ne vient-il 
gure de bette la fois. Quelques plantes ne produisent 
que pendant un an , d'autres plusieurs annes de suite , 
comme le persil , le porreau , la ciboule, car ces plantes, 
une fois semes, subsistent et vivent plusieurs annes. 

Nature des graines. 

XXXVI. Beaucoup de plantes ont la graine ronde , 
quelques-unes l'ont oblongue; d'autres, en petit nombre, 
large et foliace , comme l'arroche ; d'autres encore , 
troite et creuse en gouttire , comme le cumin. Les 
graines diffrent aussi par la couleur : les unes sont 
blanches , les autres noires ; d'autres ont la duret du 
bois. Le raifort , le snev , la rave ont les graines ren- 
fermes dans des siliques ; elles sont nues dans le persil , 
l'aneth , le fenouil et le cumin ; revtues d'corce dans 
la blette , la bette , l'arroche , le basilic ; garnies de 
duvet ou d'aigrette dans les laitues. Point de plante plus 
fconde que le basilic ; on recommande de le semer en 
prononant des imprcations et des maldictions; pour 
qu'il vienne mieux , on bat la terre o il est sem. En 



* 



3\ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

gith : siccantur omnia, ac sunt fecunda. Utique meliora 
nascuntur acervatim sato semine, quam sparso. Ita certe 
porrum et allium serunt in Jaciniis colligatum. Apium 
etiam paxillo caverna facta , ac fimo ingesto. 



Nascuntur autem omnia aut semine, aut avulsione. 
Quaedam semine, et surculo : ut ruta, origanum , oci- 
mum : praecidunt enim et hoc , quum pervenit ad pal- 
mum altitudinis. Quaedam et radice et semine, ut caepa, 
allium, bulbi, et si quorum radicem anniferorum relin- 
quunt. Eorum vero quae a radice nascuntur, radix diu- 
turna et fruticosa est, ut bulbi, gethyi, scillae. Fruticant 
alia et non capite , ut apium et beta. Caule reciso fere 
quidem omnia regerminant, exceptis quae non scabrum 
caulem habent : et in usum vero ocimum , raphanus , 
lactuca. Hanc etiam suaviorem putant a regermina- 
tione. Raphanus utique jucundior detractis foliis ante- 
quam decaulescat. Hoc et in rapis. Nam et eadem di- 
reptis foliis cooperta terra crescunt, durantque in 
aestate. 

Quorum singula gnera , quorum plura sint. 
XXX.VII. Singula gnera sunt ocimo, lapatho, blito^ 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. u35 

semant le cumin , on fait des prires pour qu'il ne lve 
point. Les graines revtues d'corce sont plus difficiles 
scher, principalement celles du basilic et de la nielle; 
on les dessche toutes nanmoins , et alors elles sont 
fertiles. Semes par petits tas , elles viennent mieux 
qu'parpilles ; du moins sme-t-on ainsi celles du por- 
reau et de l'ail, aprs les avoir mises en sachets; celles 
du persil se placent dans des trous faits au plantoir, et 
se recouvrent ensuite de fumier. 

Toutes les plantes de jardin viennent de graine ou de 
rejetons , quelques-unes des deux manires la fois , 
comme la rue , l'origan et le basilic : on coupe ce der- 
nier lorsqu'il a un palme de haut. Quelques autres 
viennent de graine et de racines, comme l'ognon , l'ail, 
les bulbes , et les plantes tige annuelle et racine 
vivace. Dans ces dernires , les racines sont de longue 
dure, et fournissent un grand nombre de caeux, par 
exemple , la ciboule, les bulbes, la scille. Il y en a d'au- 
tres dont les racines, ne formant point de tte, donnent 
des rejetons , comme dans le persil et la bette. Presque 
toutes repoussent aprs qu'on leur a coup la tige, except 
celles qui l'ont lisse et unie. Citons , entre les plantes 
d'un usage ordinaire, le basilic, le raifort et la laitue; 
cette dernire est alors , dit-on , d'un got plus agrable. 
Du moins le raifort parat-il meilleur s'il est effeuill 
avant d'avoir perdu sa tige. 11 en est de mme de la rave, 
qui , effeuille et laisse en terre, devient plus grosse , 
et se conserve tout l't. 

Genres qui ne contiennent qu'une espce ; genres qui en ont 
plusieurs. 

XXXVII. On ne connat qu'une espce de basilic , 



*36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

nasturtio, erucae, atriplici, coriandro, anetho. Haec enim 
ubique eadem sunt , neque aliud alio melius usquam. 
Rutam furtivam tantum provenire fertilius putant, sicut 
apes furtivas pessime. Nascuntur etiam non sa ta, men- 
tastrum, nepeta, intubum, pulegium. Contra plura g- 
nera sunt eorum qua? diximus, dicemusque : et in primis 
apio. 

8. Id enim quod sponte in humidis nascitur heliose- 
linum vocatur, uno folio, nec hirsutum. Rursus in siccis 
hipposelinum , pluribus foliis , simile helioselino. Ter- 
tium est , oreoselinum , cicutae foliis , radie tenui , se- 
mine anethi , minutiore tantum. Et sativi autem diffe- 
rentiae in folio denso , crispo , aut rariore et leviore : 
item caule tenuiore aut crassiore. Et caulis aliorum can- 
didus est, aliorum purpureus, aliorum jvarius. 



Natura et gnera, et historia in horto satarum rerum xxm. 
De lactuca ; gnera ejus. 

XXXVIII. Lactucee Graeci tria fecere gnera : unum 
lati caulis, adeo ut ostiola olitoria ex. his factitari pro- 
diderint. Folium his paulo majus herbaceo, et angustis- 
simum, ut alibi consumpto incremento. Alterum rotundi 






HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a3 7 

de lapatlvum, de blette, de cresson, de roquette , d'ar- 
roche , de coriandre et d'aneth ; en effet , ces plantes 
sont partout les mmes, et d'une gale bont dans tous 
les pays. On croit cependant que la rue qu'on a dro- 
be vient en plus grande abondance , tandis qu'au con- 
traire les abeilles enleves leur possesseur ne sauraient 
russir. On sait que , de plus , la chicore , le pouliot , 
le calament , et une espce de mente , viennent sans 
culture ; mais pour les plantes dont nous avons parl , 
ou dont nous parlerons ci-aprs , on en distingue plu- 
sieurs espces, surtout dans l'ache ou le persil. 

8. La premire espce, Iielioselinum , est appele persil 
des marais, du lieu o elle crot; elle est glabre, et n'a 
qu'une feuille. La seconde espce , semblable la prc- 
dente, est Y hipposelinum ; il a plusieurs feuilles, et crot 
dans les lieux secs. La troisime espce est Yoreoselnum, 
ou persil de montagne; il a la racine menue, la feuille 
de la cigu et la graine de l'aneth, mais plus petite. Le 
persil cultiv se subdivise lui-mme en plusieurs vari- 
ts , distingues par des feuilles serres ou plus clair- 
semes, plus crpues ou plus douces ; par des tiges plus 
grosses ou plus minces. Ces tiges , d'ailleurs , sont ou 
blanches , ou rouges, ou bien d'une couleur varie. 

Histoire naturelle de vingt-trois espces de plantes potagres. 
Laitue : ses espces. 

XXXVIII. Les Grecs reconnaissent trois espces de 
laitues : la premire a la cte si large , qu'on en fait , 
dit-on , des portes de jardin. Ses feuilles sont plus lon- 
gues que celles de la laitue commune, mais fort troites, 
parce que la nourriture de la plante se porte ailleurs. La 



2 38 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

caulis : tertium sessile, quod Laconicon vocant. Alii co- 
lore, et tempore satus, gnera discrevere. Esse enim 
nigras , quarum semen mense januario seratur : albas , 
quarum martio : rubentes, quarum aprili. Et omnium 
earum plantas post binos menses deferri. Diligentiores 
plura gnera faciunt : purpureas, crispas, Cappadocas, 
Graecas. Longioris has folii , caulisque lati : praeterea 
longi et angusti, intubi similis. Pessimum autem genus 
cum exprobratione amaritudinis appellavere picrida. Est 
etiamnum alia distinctio atrae , quas meconis vocatur, a 
copia lactis soporiferi , quamquam omnes somnum pa- 
rre creduntur. Apud antiquos Itali hoc solum genus 
earum fuit , et ideo lactuc nomen adept. Purpuream 
maxim radicis , Caecilianam vocant. Rotundam vero 
ac minima radice, latis foliis, astytida : quidamque eu- 
nuchion , quoniam he maxime refragetur Veneri. Est 
quidem natura omnibus refrigeratrix , et ideo aestate 
gratas stomacho fastidium uferunt, cibique appetentiam 
faciunt. Divus certe Augustus lactuca conservatus in 
gritudine fertur prudentia Musae medici , quum prioris 
Camelii religio nimia eam negaret : in tantum recepta 
commendatione , ut servari etiam in alienos menses eas 
oxymelite repertum sit. Sanguinem quoque augere cre- 
duntur. Est etiamnum , quae vocatur caprina lactuca , 
de qua dicemus inter medicas. Et ecce quum maxime 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a3 9 

seconde espce est ronde, et la troisime la laitue sessile, 
ou de Laconie. D'autres distinguent les diffrentes sortes 
de laitues par la couleur et par l'poque o on les sme : 
celles que l'on sme en janvier sont noires ; en mars , 
blanches ; en avril , rouges. Il les faut toutes replanter 
aprs le deuxime mois. Ceux qui se piquent de plus 
d'exactitude distinguent encore un plus grand nombre 
de varits ; des purpurines, des frises, des laitues de 
Cappadoce ou de Grce : celles-ci ont la feuille plus 
longue et la cte large. Il y en a d'autres feuille 
longue et troite , semblable celle de la chicore. Les 
plus mauvaises sont celles que les Grecs appellent pi- 
rides , cause de leur amertume. Ils en connaissent 
aussi une espce noire appele meconis , cause de la 
quantit de suc laiteux et narcotique qu'elle contient ; 
cependant toutes les laitues passent pour provoquer au 
sommeil. Anciennement , en Italie , on n'estimait que 
la laitue meconis; les Latins, par allusion son lait, 
lui ont donn le nom de lactuca. L'espce de couleur 
purpurine, racine trs-grosse, est nomme Ccilienne; 
la ronde, feuille large, racine trs-petite, est Xasty- 
tis , que d'autres appellent eunuchion , parce que , de 
toutes les laitues, c'est la plus propre teindre les feux 
de l'amour. Toutes ces espces en gnral sont naturel- 
lement rafrachissantes; aussi les recherche-t-on en t, 
car elles chassent le dgot et veillent l'apptit. Il est 
certain du moins que l'empereur Auguste dut sa gu- 
rison l'usage de la laitue, que lui avait conseille Musa , 
quoique, auparavant, elle lui et t scrupuleusement 
interdite par le mdecin Camlius; elle est tellement 
estime aujourd'hui , qu'on a imagin de la conserver 
dans l'oxymel, pour les mois o elle n'est plus cultive: 



tv 



240 C. PLINI1 HIST. NAT. LIB. XIX. 

cpit irrepere sativis admodum probata , quae Cilicia 

vocatur, folio Cappadociae, nisi crispum latiusque esset. 



De intubis. 

XXXIX. Neque ex eodem gnre possunt dici , ne- 
que ex alio intubi , hiemis patientiores , virusque prae- 
ferentes , sed caule non minus grati. Seruntur verno 
plant eorum : ultimo vere transferuntur. Est et erra- 
ticum intubum . quod in iEgypto cichorium vocant , de 
quo plura alias. Inventum omnes thyrsos, vel folia lactu- 
carum , prorogare urceis conditos , ac rcentes in pati- 
nis coquere. 

Seruntur lactucae anno toto laetis et riguis, stercora- 
tisque , binis mensibus inter semen , plantamque , et 
maturitatem. Legitimum tamen , a bruma semen ja- 
cere , plantam Favonio transferre : aut semen Favonio , 
plantam quinoctio verno. Albae maxime hiemem to- 
lrant. Humore omnia hortensia gaudent , et stercore 
praecipue lactucae , et magis intubi. Seri etiam radies 
illitas fimo interest, et repleri ablaqueata humo. Quidam 
et aliter amplitudinem augent : recisis , quum ad semi- 
pedem excreverint, fimoque suillo recenti illitis.Can- 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIX. 24 1 

elle passe encore pour augmenter la masse du sang. Nous 
parlerons d'une autre espce, la laitue de chvre, en trai- 
tant des herbes mdicinales. Enfin , il en est encore une 
autre que l'on cultive depuis peu , et dont l'usage est 
fort approuv, c'est celle de Cilicie; elle a les feuilles 
de la laitue de Cappadoce, mais plus larges et crpues. 

Des chicores. 

XXXIX. La chicore, sans tre prcisment du mme 
genre , ne peut tre place dans un autre. Elle supporte 
mieux l'hiver. Son amertume est plus forte, mais elle 
ne parat pas , au total , moins bonne que la laitue. 
On plante la chicore au commencement du printemps, 
pour la replanter la fin de cette saison. On connat 
aussi la chicore sauvage, ou chicore proprement dite 
des Egyptiens; nous en parlerons ailleurs plus au long. 
On a trouv le moyen de conserver de la laitue dans 
des pots, pour l'avoir frache quand on veut la cuire. 

On sme des laitues toute l'anne, dans un bon ter- 
rain , fum et arros avec soin ; deux mois aprs , on 
les replante ; elles sont mres au bout de deux autres 
mois. L'usage cependant est de les semer aprs le 
solstice d'hiver , pour les transplanter en fvrier ; ou 
de les semer en fvrier, pour les replanter l'qui- 
noxe de printemps. Les blanches supportent mieux le 
froid. Toutes les plantes potagres aiment l'eau et le 
fumier, surtout les laitues, et encore plus la chicore. 
Il est bon mme d'enduire de fumier les racines des lai- 
tues avant de les planter, et. de leur en garnir le pied 
aprs les avoir dchausses. Il est encore un moyen de 
les avoir plus grandes, c'est de les couper quand elles 

XII. i(j 



a/,2 C. PLINII BIST. NAT. LIB. XIX. 

dorem vero putant contingere iis dumtaxat quae sint 
seminis albi , si arena de litore a primo incremento con- 
geratur in mdias , atque increscentia folia contra ipsas 
rcligentur. 



De beta ; gnera iv. 

XL. Beta hortensiorum levissima est. Ejus quoque a 
colore duo gnera Graeci faciunt, nigrum, et candidius, 
quod praeferunt , parcissimi seminis : appellantque Si- 
culum , eandoris sane discrimine praeferentes et lactu- 
cam. Nostri betae gnera faciunt, vernum et autumnale, 
a temporibus satus, quamquam et junio seritur. rans- 
ferunlur autem in planta hae quoque, et oblini fimo 
radies suas , locumque similiter madidum amant. 
Usus iis et cum lente ac faba , idemque qui oleris : 
et praecipuus , ut lenitas excitetur acrimonia sinapis. 
Medici nocentiorem quam olus , esse judicavere. Quam- 
obrem adpositas non memini : degustare etiam religio 
est , ut validis potius in cibo sint. Gemina iis natura , 
et oleris, et capite ipso exsilientis bulbi : species summa 
in latitudine. Ea contingit , ut in lactucis, quum c- 
perint colorem trahere, imposito levi pondre. Neque 
alii hortensiorum latitudo major. In binos pedes ali- 
quando se pandunt , multum et soli natura conferente. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. itf 

ont un demi-pied de haut , et de les enduire de fumier 
de porc encore chaud. 11 n'y a, dit-on , que celles qui 
proviennent de graine blanche qui puissent blanchir ; 
encore doit-on rpandre sur elles du sable de rivire ds 
qu'elles commencent grossir, et lier les feuilles aussi- 
tt qu'elles ont acquis une certaine grandeur. 

De la bette : ses quatre espces. 

XL. La bette est la plus lgre des plantes de jar- 
din. Les Grecs en ont distingu deux espces d'aprs 
la diffrence de couleur , la noire , et la blanche , ap- 
pele aussi Sicilienne. Elle porte fort peu de graine ; sa 
couleur la fait estimer davantage, ce quia lieu galement 
pour la laitue. Les Latins distinguent la bette prin- 
tannire et la bette automnale, raison du temps o on 
la sme ; cependant cette opration peut avoir lieu au 
mois de juin. On la transplante comme la laitue, en 
prenant soin d'en garnir les racines de fumier. Elle aime 
pareillement un terrain humide. On la mange avec les 
fves et les lentilles; on l'apprte aussi comme le chou, 
mais surtout avec la moutarde, qui corrige sa fadeur 
naturelle. Les mdecins la croient plus malsaine que 
le chou ; aussi ne me rappel-je pas en avoir vu servir. 
Quelques personnes se feraient scrupule d'en goter, per- 
suades qu'un tel mets ne convient qu'aux constitutions 
robustes. Les feuilles ont une autre qualit que la ra- 
cine. La bette larges cotes passe pour la meilleure. 
On leur procure cet accroissement, comme aux laitues, 
en les chargeant d'un poids lger lorsqu'elles commen- 
cent prendre couleur. Aucune herbe n'est plus large 
en effet. On voit des bettes de deux pieds d'tendue, 

16*. 



a/ 4 4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

Hae quidem in Circeiensi agro amplissimae proveniunt. 
Sunt qui betas Punica malo florente optime seri existi- 
ment : transferri autem , quum quinque foliorum esse 
cperint. Mira differentia , si vera est , candidis solvi 
al vos modice, nigris inhiberi. Et quum brassica corrum- 
patur in dolio vini sapor , odore betae foliis demersis 
restitui. 



De brassica; gnera ejus. 

XLI. Olus caulesque , quibus nunc principatus hor- 
torum , apud Grsecos in honore fuisse non reperio. Sed 
Cato brassicae miras canit laudes , quas in medendi loco 
reddemus. Gnera ejus facit tria : unam extentis foliis , 
caule magno : alteram crispo folio, quam apianam vocat: 
tertiam minutis caulibus , lenem , teneram , minimeque 
probat. Brassica toto anno seritur, quoniam et toto se- 
catur. Utilissime tamen ab aequinoctio autumni : trans- 
ferturque , quum quinque foliorum est. Cyma a prima 
sectionc praestat proximo vere Hic est quidam ipsorum 
caulium delicatior teneriorque cauliculus , Apicii luxu- 
ri, et per eum Druso Gaesari fastiditus, non sine ca~ 
stigatione Tiberii patris. Post cymam ex eadem brassica 
contingunt aestivi autumnalesque cauliculi, mox hiberni , 
iterumque cymae , nullo acque gnre multifero , donec 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 2/, 5 

mais la nature du terrain y contribue beaucoup. Les 
plus grandes croissent dans les environs de Circeium. 
L'poque la plus avantageuse pour les semer , c'est , 
suivant quelques auteurs , lorsque les grenadiers sont 
en fleur ; on devra les replanter lorsqu'elles auront cinq 
feuilles. Une diffrence bien singulire entre les deux 
espces, suppos qu'elle soit relle, c'est que la bette 
blanche lche le ventre, et que la noire le resserre. On 
prtend que la feuille du chou gte le vin d'un tonneau , 
et que la feuille de la bette lui rend son got naturel. 

Du chou : ses espces. 

XLI. Les choux , qui aujourd'hui sont au premier 
rang des plantes potagres, n'taient pas , que je sache , 
fort estims des Grecs; Caton , toutefois, en vante sin- 
gulirement les proprits : nous en parlerons lorsque 
nous traiterons de la matire mdicale. Il en distin- 
gue trois espces , la premire tige grosse et larges 
feuilles; la seconde, qu'd appelle apiene, feuilles cr- 
pues; la troisime, dont il fait le moins de cas, est 
tendre, lisse, et a les tiges menues. On coupe les choux 
toute l'anne , aussi les sme-t-on en tout temps ; ce- 
pendant l'poque la plus favorable est aprs l'quinoxe 
d'automne : on les transplante lorsqu'ils ont pris cinq 
feuilles. Coups une fois, ils donnent de nouvelles pousses 
au printemps suivant : ces jeunes tiges sont la partie la 
plus dlicate et la plus tendre de la plante ; cependant 
Apicius, ce fameux gourmet, les ddaignait, et il inspira 
le mme dgot Drusus , qui en fut rprimand par 
son pre Tibre. Aprs qu'un chou a donn des tendrons, 
il pousse en t, en automne, et mme en hiver, de 



a46 C. PLINU HIST. NAT. LIB. XIX. 

sua ferlilitate consumatur. ertia circa solstitium : ex 
qua si humidior locus est, aestate : si siccior, autumuo 
plantatur. Humor fimusque si defuere , major saporis 
gratia est : si abundavere , laetior fertilitas. Fimum asi- 
ninum maxime convenit. 



Est haec quoque res inter opra ganeae : quapropter 
non pigebit verbosius persequi. Praecipuus fit eau lis sa- 
pore ac magnitudine, primum omnium si in repastinato 
seras : dein si terram fugientes cauliculos seces , a terra- 
que adtollentes se proceritate luxuriosa exaggerando 
aliam adcumules , ita ne plus quam cacumen emineat. 
Tritianum hoc genus vocatur, bis computabili impendio, 
taedioque. 

Cetera gnera complura su ut. Cumauum sessili folio, 
capite patulum. Aricinum altitudine non excelsius, folio 
numerosius, quam tenuius. Hoc utilissimum existimatur, 
quia sub omnibus paene foliis fruticat eauliculis peculia- 
ribus. Pompeianum procerius , caule ab radice tenui , 
intra folia crassescit. Rariora haec angustioraque : sed 
teneritas in dote , si frigora non tolrt : quibus etiam 
aluntur Brutiani , praegrandes foliis , caule tenues , sa- 
pore acuti. Sabellico usque in admirationem crispa sunt 
folia, quorum crassitudo caulem ipsum extnut: sed 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a/,7 

nouveaux rejetons ; puis des tendrons, jusqu' ce qu'enfin 
il s'puise et se consume par sa propre fertilit , car au- 
cune plante potagre ne produit autant que celle-l. On 
sme la troisime espce vers le solstice d't ; on la 
replante dans la mme saison si le terrain est humide , 
en automne s'il est trop sec. I>es choux qui n'ont t ni 
arross ni fums ont meilleur got ; si l'on n'pargne ni 
le fumier, ni l'eau, la rcolle sera plus abondante. Le 
fumier d'ne est le meilleur. 

Comme le chou entre dans les mets recherchs des 
gourmands, il mrite que nous en parlions avec quelque 
tendue. Pour avoir des choux bien nourris et de bon 
got, on devra d'abord les semer dans un terrain qui 
ait reu deux faons ; on coupera ensuite les jeunes 
tiges qui ne tiennent que faiblement la terre; quant 
celles qui montent trop haut, on les rechaussera avec 
soin , et de manire n'en laisser paratre que le som- 
met. Cette sorte de chou s'appelle tritien; sa culture 
demande double peine et double dpense. 

Les autres espces sont nombreuses. Celui de Cumes 
a les feuilles sessiles et la tte vase. Celui d'Aricie , 
sans tre plus haut , a les feuilles plus nombreuses et 
assez paisses ; c'est le plus recherch de tous , pour 
certains rejetons particuliers qui naissent sous presque 
toutes les feuilles. Le chou de Pompea est plus lev; sa 
tige est grle vers la racine, plus grosse vers les feuilles, 
qui sont plus troites et plus clair-semes ; on l'estime 
parce qu'il est tendre, mais il doit tre t l'abri du froid. 
Celui de Calabre , au contraire, se nourrit au froid ; il 
a les feuilles trs-grandes, la tige menue , et la saveur 
piquante. Celui de l'Abruzze a les feuilles frises d'une 
manire tonnante, et leur paisseur est telle, qu'elles 



24 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

dulcissimi perhibentur ex omnibus. Nuper subiere La- 
cuturres ex convalle Aricina , ubi quondam fuit lacus , 
turrisque quae remanet : capite prgrandes , folio innu- 
meri : alii in orbem porrecti , alii in latitudinem torosi. 
Nec plus ullis capitis post Tritianum , cui pdale ali- 
quando conspicitur , et cyma nullis serior. Cuicumque 
autem generi pruinae plurimum suavitatis conferunt : et 
nisi obliquo vulnere defendatur medulla , plurimum 
nocent. Semini destinati non secantur. Est etiam sua 
gratia numquam plant habitum excellentibus : halmy- 
ridia vocant, quoniam nisi in maritimis non proveniunt, 
navigatione quoque longinqua viridibus adservatis. Sta- 
tim desecti ita ne humum attingant, in cados olei quam 
proxime siccatos obturatosque conduntur, omni spiritu 
excluso. Sunt qui plantain in transferendo alga subdita 
pediculo 5 nitrove trito , quod tribus digitis capiatur , 
celeriorem ad maturitatem fieri putent. Sunt qui semen 
trifolii nitrumque simul tritum adspergant foliis. Nitrum 
in coquendo etiam viriditatem custodit : aut Apiciana 
coctura, oleo ae sale, prius quam coquantur, maceratis. 



Est inter herbas genus inserendi , praecisis germinibus 
caulis , et in medullam semine ex aliis addito. Hoc et 
in cucumere silvestri. Ne non olus quoque silvestre est 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. 249 

puisent la tige : c'est de toutes les espces celle qui a 
le got le plus doux. On a apport depuis peu d'une 
valle prs d'Aricie , o il y avait autrefois un lac, et 
une tour qui subsiste encore, les choux appels lacu-- 
terres; ils ont la tte fort grosse, les feuilles trs- 
nombreuses ; les uns sont ronds , les autres larges et 
charnus. Il n'y en a point qui aient la tte plus grosse, 
except les tritiens , qui l'ont quelquefois de l'paisseur 
d'un pied ; il n'y en a pas non plus qui poussent plus 
tard leurs tendrons. La gele blanche donne tous les 
choux un excellent got; elle leur devient nuisible, si 
l'on n'en garantit la moelle par une coupure en biais. 
Ceux qu'on garde pour graine ne se coupent jamais. Il 
est une autre espce de choux qui a aussi son mrite ; 
ils restent toujours en herbe ; on les appelle halmy- 
rides , parce qu'ils ne croissent que sur les ctes. Ils se 
conservent toujours verts, et on en fait provision pour 
les voyages de long cours sur mer. On les coupe avant 
qu'ils touchent terre , et on les met dans des ton- 
neaux bien secs qui ont contenu de l'huile , et qu'on 
bouche avec soin pour en fermer l'entre l'air. Quel- 
ques cultivateurs croient hter la maturit des choux en 
mettant, au pied, de l'algue, ou autant de nitre en poudre 
qu'ils en peuvent prendre avec trois doigts. D'autres r- 
pandent sur les feuilles de la graine de trfle et du nitre 
broys ensemble; le nitre, en effet, les maintient dans 
leur verdeur , mme aprs qu'ils sont cuits : ou bien 
il faut suivre la mthode d'Apicius , et les laisser trem- 
per dans l'huile et le sel , avant de les faire cuire. 

On a un moyen particulier d'enter les plantes potagres : 
on coupe les rejetons de la tige , et on place une graine 
dans la moelle. On pratique cette opration mme sur 



2 5<> C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

trium foliorum, divi Julii carminibus praecipue jocisquc 

militaribus celebratum : alternis quippe versibus expro- 

bravere lapsana se vixisse apud Dyrrachium , praemio- 

riiin parcimoniam cavillautes : esl autem id cvma sil- 

vestris. 



De asparagis; de corruda. 

XLII. Omnium hortensiorum lautissima cura aspara- 
gis. De origine eorum in silvestribus curis abunde di- 
ctum, et quomodo eos juberet Cato in arundinetis seri. 
Est et aliud genus ineultius asparago, mitius corruda, 
passim etiam montibus nascens , refertis superioris Ger- 
maniae campis, non inficeto Tiberii Caesaris dicto, her- 
bam ibi quamdam nasci simillimam asparago. Nam quod 
in Neside Campaniae insula sponte nascitur, longe op- 
timum existimatur. Hortensium seritur spongiis : est 
enim plurimae radicis, altissimeque genninat. Viret thyrso 
primum emicante : qui caulem educens , tempore ipso 
fastigatus in toros striatur. Potest et semine seri. 



INihil diligentius comprehendit Cato, novissimumque 
ibriest, ut appareat repenti nam ac noviliam viro curam 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a5i 

le concombre sauvage. La lapsane crot aussi sans cul- 
ture ; elle porte trois feuilles. Les chansons militaires et 
les plaisanteries des soldats de Jules Csar l'ont rendue 
clbre ; de deux vers l'un , ils lui reprochaient de n'a- 
voir vcu, prs de Dyrrachium , que de cette herbe 
seule : c'est ainsi qu'ils le raillaient sur la rcompense 
mesquine accorde leurs services. La lapsane est une 
espce de chou sauvage. 

Des asperges sauvages et cultives. 

XLII. De toutes les plantes de jardin, les asperges 
sont celles dont la culture est le mieux soigne. Nous 
avons parl suffisamment de leur origine , en traitant 
des plantes sauvages ; nous avons dit comment Caton 
voulait qu'on les plantt parmi les roseaux. Il en existe 
une espce plus rude que celle qu'on cultive, mais moins 
piquante que l'asperge sauvage; elle est commune sur 
les montagnes, et couvre les campagnes de la Germanie. 
Tibre la dsignait d'une manire assez plaisante , en 
disant qu'il croissait dans ce pays une herbe fort sem- 
blable l'asperge. Celle qui vient sans culture dans 
l'le de Nsis, prs les ctes de la Campanie, est, dit-on, 
excellente. Dans l'espce cultive, on plante les racines 
qui sont fort nombreuses et s'enfoncent une grande 
profondeur. Les pousses de l'asperge sont d'abord vertes; 
en s'levant , elles se transforment en autant de tiges, 
dont la partie suprieure se ramifie en peu de temps 
pour prendre une forme pyramidale. L'asperge se mul- 
tiplie aussi de graine. 

Caton n'a rien trait avec plus de soin que l'article 
des asperges; il l'a plac la fin de son ouvrage, ce qui 



? 



u5-2 C. PL1NII HIST. NAT. LIB. XIX. 

fuisse. Locum subigi jubet humidum et crassum : semi- 
pedali undique intervallo seri , ne calcetur. Praeterea ad 
lineam grana bina aut terna paxillo demitti : videlicet 
semine tum tantum serebantur : id fieri secundum qui- 
noctium vernum. Stercore satiari , crebro purgari , ca- 
veri ne cum herbis evellatur asparagus. Primo anno 
stramento ab hieme protegi : vere aperiri, sarriri, run- 
cari : tertio incendi verno. Quo maturius incensus est , 
hoc melius provenit. Itaque arundinetis maxime conve- 
nit, quae festinant incendi. Sarriri jubet idem, non an- 
tequam asparagus natus fuerit, ne in sarriendo radies 
vexentur. Ex eo velli asparagum ab radice : nam si 
defringatur, slirpescere , et intermori. Velli, donec in 
semen eat. Id aulem maturescere ad ver , incendique : 
ac rursus , quum apparuerit asparagus, sarriri ac ster- 
corari. Ac post annos novem , quum jam vtus sit , di- 
geri subacto solo stercoratoque. Tum spongiis seri , sin- 
gulorum pedum intervallo. Quin et ovillo firao nomi- 
natim uti, quoniam aliud herbas creet. 



Nec quidquam postea teutatum utilius apparuit , nisi 
quod circa idus februani defosso semine acervatim par- 
vulis scrobibus serunt, plurimum maceratutn fimo. Dein 






HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 25** 

prouve qu'il a travaill sans prparation sur cette ma- 
lire, et qu'elle tait toute nouvelle pour lui. Il veut 
qu'on choisisse un terrain humide, gras et bien remu; 
qu'on laisse un demi-pied d'intervalle entre chaque plant, 
de peur qu'on ne les foule. Comme on se bornait alors 
semer les asperges , les trous faits au plantoir et en 
droite ligne devaient recevoir chacun deux ou trois 
graines. On les semait vers l'quinoxe de printemps. 
L'asperge veut tre abondamment fume , sarcle sou- 
vent et avec prcaution , de peur qu'on ne l'arrache 
avec les mauvaises herbes. La premire anne , on les 
couvre de paille pendant l'hiver ; au printemps on les 
dcouvre pour sarcler et rafrachir la terre ; la troisime 
anne, on les brle au printemps : plus tt on y met 
le feu , mieux elles viennent ensuite ; aussi sont-elles 
bien parmi les roseaux, qui demandent tre brls de 
bonne heure. Caton recommande de ne les sarcler que 
lorsqu'elles sont sorties de terre, pour ne pas endom- 
mager les racines. En les cueillant , on descendra jus- 
qu' la racine mme , autrement elle pousserait des re- 
jetons qui puiseraient la plante, On les rcolte jusqu'au 
moment o elles montent en graine. La graine est mre 
au printemps : alors on les brle; et quand il en parat 
de nouvelles , on s'occupe de les sarcler et de les fu- 
mer. Au bout de neuf ans, elles sont vieilles; il faut 
en planter d'autres dans un terrain labour et fum 
avec soin. On met les racines en terre un pied d'in- 
tervalle. On n'emploie que le fumier de mouton : les 
autres produisent trop d'herbes. 

Depuis Caton, les expriences sur la culture des as- 
perges n'ont point fourni de mthode plus avantageuse 
que celle qu'il a prescrite : seulement on sme aujourd'hui 



254 C. PLINII HIST. tfAT. LIB. XIX. 

nexis inter se radicibus spongias fadas post quinoctitim 
autumni disponunt pedalibus intervallis, fertilitate in 
denos annos durante. Nullum gratins his solum quant 
Ravennatium hortorum. 

Indicavimus et corrudam. Hune enim intelligo sil- 
vestrem asparagum , quem Graeei liormenum, aut mya- 
canthon vocant , aliisve nominibus. lnvenio nasci et 
arietis cornibus tusis atque defossis. 

De carduis. 

XLIII. Poterant videri dicta omnia quae in pretio 
sunt , nisi restaret res maximi quasstus , non sine pu- 
dore dicenda. Certum est quippe carduos apud Cartha- 
ginem magnain , Cordubamque praecipue , sestertium 
.sena millia e parvis reddere areis : quoniam portenta 
que-que terrarum in ganeam vertimus, etiam ea qu re- 
fugiunt quadrupdes consciae. Carduos ergo duobus mo- 
llis serunt : autumno planta, et semine ante nonas rnar- 
tias : plantque ex eo disponuntur ante idus novembris, 
aut in locis frigidis circa Favonium. Stercorantur etiam , 
si diis placet , laetiusque proveniunt : condiunturque 
aceto nielle diluto, addita laseris radie, et cumini, ne 
quis dies sine carduo sit. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. a55 

la graine par tas dans de petites fosses, aprs l'avoir lais- 
se long-temps macrer dans le fumier. Cette opration a 
lieu vers les ides de fvrier. Aprs l'quinoxe d'automne, 
on plante un pied d'intervalle les racines entortilles 
ensemble ; de cette manire, un plant d'asperge produit 
durant dix ans sans tre "renouvel. Nul terroir ne leur 
est plus favorable que celui de Ravenne. 

Nous avons dj nomm le corruda, ou asperge sau- 
vage, que les Grecs appellent hormenum, ou myacan- 
thoSy et qu'ils dsignent encore sous d'autres noms. Je lis 
que des cornes de blier, piles et enfouies, produisent 
des asperges. 

Des cardons. 

XL1II. On serait tent de croire que nous avons puis 
la liste des plantes auxquelles notre luxe attache du prix, 
et cependant il nous reste parler de celles dont la cul- 
ture est la plus lucrative ; nous ne saurions la nommer 
sans rougir. On sait que chaque planche de chardons (car- 
dons, artichauts?), aux environs de l'ancienne Carthage, 
et surtout de Corduba , en Espagne, rapporte par an six 
mille sesterces. Ainsi , la gourmandise tourne en jouis- 
sances jusqu'aux productions monstrueuses de la nature, 
que l'instinct seul interdit aux animaux. Au reste , les 
chardons viennent de deux manires : de plant, en au- 
tomne; de graine, avant les nones de mars. On les plante 
avant les ides de novembre ; ou bien , dans les lieux 
froids, au milieu de fvrier. Que dirai-je de plus? on a 
soin de les fumer, et, grce celte prcaution, ils mul- 
tiplient davantage; enfin, on les confit dans le miel et 
le vinaigre, avec le laser et le cumin, pour avoir chaque 
jour le plaisir de manger des chardons. 



2 5G C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 



De reliquis in horto satis. Ocimum. Eruca. Nasturtium. 
De ruta. 

XLIV. Cetera in transcursu dici possunt. Ocimum 
Parilibus optime seri ferunt : quidam et autumno : ju- 
bentque , quum hieme seratur, aceto semen perfundi. 
Eruca quoque et nasturtium, vel state, vel hieme fa- 
cillime nascuntur. Eruca praecipue frigorum contem- 
ptrix , divers est, quam lactuca, naturse , concitatrix 
Veneris : idcirco jungitur illi fere in cibis , ut nimio 
frigori par fervor immixtus temperamentum quet. Na- 
sturtium nomen accepit a narium tormento. Et inde vi- 
goris significatio proverbio id vocabulum usurpavit, ve- 
luli torporem excitantis. In Arabia mir amplitudinis 

dicitur gigni. 

De ruta. 

XLV. Ruta quoque seritur Favonio , et ab quino- 
ctio autumni : odit hiemem , et humorem , ac fimum. 
Apricis gaudet et siccis , terra quam maxime lateraria. 
Cinere vult nutriri : hic et semini miscetur, ut careat 
erucis. Auctoritas etiam peculiaris apud antiquos ei fuit. 
Invenio mustum rutatum populo datum a Cornelio Ce- 
thego , in consulatu collega Quinti Flaminini , comitiis 
peractis. Amicitia est ei et cum fico , in tantum , ut 
nusquam lsetior proveniat, quam sub hac arbore. Seri- 
tur et surculo, melius in perforatam fabam indito, quae 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. *5 7 

Des autres plantes que l'on sme dans les jardins : l'ocimum , 
l'eruca, le nasturtium. 

XLIV. Nous pouvons tre plus brefs sur les autres 
plantes. Le temps le plus propre semer le basilic est 
aux ftes Parilies. Quelques-uns prfrent l'automne, et 
prescrivent, si l'opration a lieu en hiver, d'arroser la 
graine de vinaigre. La roquette et le cresson supportent 
le plus facilement le froid et le chaud. Ses proprits ne 
sont pas les mmes que celles de la laitue , car elle excite 
l'amour; aussi mle-t-on ces deux plantes dans les mets, 
pour que la chaleur de l'une corrige la froideur de l'autre, 
et qu'elles se neutralisent mutuellement. Le cresson , ou 
nasilort , doit son nom la sensation dsagrable qu'il 
cause par son odeur; de l le proverbe, en parlant d'un 
homme indolent et lche , qu'il faut lui faire manger du 
cresson pour l'animer. Il est, dit-on, extraordinairement 
grand en Arabie. 

La rue. 

XLV. On sme la rue quand souffle le vent favo- 
nien , et aprs l'quinoxe d'automne ; elle craint le 
froid , l'eau et le fumier ; elle aime les lieux secs , 
exposs au soleil , et un terroir plein de gravats. Les 
cendres nourrissent la plante , et on en mle avec sa 
graine pour loigner les chenilles. Les anciens faisaient 
un cas particulier de la rue. J'ai lu que Cornlius Ce- 
thegus, ayant t nomm consul avec Quintius Flami- 
ninus , fit distribuer au peuple , aprs l'assemble , du 
vin aromatis avec de la rue. Cette plante a beaucoup 
de sympathie avec le figuier; aussi ne vient-elle jamais 
plus belle qu' l'ombre de cet arbre. On la multiplie 
xii. 17 



a58 C. PLINII 1IIST. NAT. LIB. XIX. 

succo nutrit compreliendendo surcuium. Seritur et a 
seipsa ; namque incurvato cacumine alicujus rami , quum 
adtigerit terrain , statim radicatur. Eadem et ocimo na- 
tura , nisi quod diffcilius crescit. Sed durata runcatur 
non sine dificultale , pruritivis ulceribus , ni munitis 
manibus id fit , oleove defensis. Conduntur autem et 
ejus folia , servant urque fasciculis. 



De apio. 

XLVL Ab aequinoctio verno seritur apium , semino 
paululum in pila pulsato. Crispius sic putant fieri, aut 
si satum calcetur cylindro pedibusve. Proprium ei , 
quod colorem mutt. Honos ipsi in Achaia, eoronare 
victores sacri certaminis Nemeae. 

Menta. 

XL VII. Eodern tempore seritur menta planta : vel si 
nondum genninat, spongia. Minus haec humido gaudet. 
^Estate viret , hieme flavescit. Genus ejus silvestre men- 
tastrum est. Et hoc propagatur, ut vitis , vel si inversi 
rami serantur. Mentae nomen suavitas odoris apud Grae- 
cos mutavit, quum alioqui mintha vocaretur, unde nostri 
nomen declinaverunt. Grato menta mensas odore percur- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 5 9 

aussi de rejetons; mais on doit en faire passer la partie 
infrieure dans une fve perce, qui embrasse le jeune 
plant, et le nourrit de son suc. La rue se provigne en- 
core d'elle-mme; car si le sommet d'un rameau touche 
la terre en se courbant, il prend aussitt racine. C'est 
ce qu'on remarque aussi dans le basilic ; mais il est 
tardif crotre. Il est difficile de sarcler la rue ; il faut 
se garnir les mains de gants, ou les frotter d'huile, car 
elle cause des ulcres et des dmangeaisons. Pour con- 
server ses feuilles, il suffit d'en faire des paquets que 
l'on serre ensuite. 

Le persil. 

XLVI. On sme Je persil aprs l'quinoxe du prin- 
temps. On monde lgrement la graine dans un mortier 
pour le rendre plus touffu ; ou bien , aprs la semaille , 
on foule la terre avec les pieds ou le cylindre. Une pro- 
prit particulire cette plante , c'est de changer de 
couleur. Elle est en honneur dans l'Achae, o l'on cou- 
ronne d'ache les vainqueurs aux jeux Nmens. 

La mente. 

XLVII. A la mme poque on replante la mente ; 
dfaut djeunes pousses, on prend les rejetons des ra- 
cines. Cette plante craint davantage l'humidit ; elle 
est verte en t , jauntre en hiver. Nous en connais- 
sons une espce sauvage : c'est le mentaslrum. On la 
multiplie en la couchant comme la vigne , ou mme en 
plantant ses rameaux le sommet en bas. L'odeur agra- 
ble de cette plante lui a fait donner un nom particulier 
par les Grecs, au lieu de celui de mintha qu'elle por- 



2 6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

rit in rusticis dapibus. Semel sata, diutina aetate durt. 
Cohgruit pulegio, cujus natura in carnariis reflorescens 
spius dicta est. Haec quoque servantur simili gnre , 
mentam dico, pulegiumque, et nepetam. 

Condimentorum tamen omnium fastidiis cuminum 
amicissimum. Nascitur in summa tellure vix haerens, 
et in sublime tendens. In putridis et calidis maxime 
locis, medio serendum vere. Alterum ejus genus silves- 
tre quod rusticum vocant , alii Thebaicum : si tritum 
ex aqua potetur, in dolore stomachi prodest. In Carpe- 
tanra nostri orbis maxime laudatur : alioqui ^Ithiopico 
Africoque palma est. Quidam huic iEgyptium praefe- 
runt. 

lusatrum. 

XLVIII. Sed praecipue lusatrum mirae naturae est. 
Hipposelinum Grci vocant , alii smyrnium. E lacryma 
caulis sui nascitur. Seritur et radice. Succum ejus colli-- 
gunt, myrrhae saporem habere dicunt. Auctorque est 
Theophrastus , myrrha sata natum. Hipposelinum vete- 
res praeceperant in locis incultis , lapidosis , juxta ma- 
ceriam seri : nunc et repastinato seritur, et a Favonio 
post aequinoctium autumnum. Quippe quum capparis 
quoque seratur siccis maxime, area in defossum cavata, 



HISTOIRE NATURELLE , LIV. XIX. 16 1 

tait d'abord , et dont nous avons fait notre mot mente. 
Son parfum suave relve le got des mets rustiques. 
Une fois plante , elle dure toute l'anne. Elle se rap- 
proche beaucoup du pouliot, qui fleurit dans les garde- 
mangers , comme nous l'avons dit plus d'une fois. On 
n'a qu'une manire de conserver la mente , le pouliot et 
le npeta (calament). 

Cependant de toutes les plantes d'assaisonnement, la 
plus propre rveiller l'apptit, c'est le cumin. Il crot 
la surface de la terre, laquelle il tient peine, et se 
porte toujours en haut. On doit le semer dans des lieux 
chauds , et o la fermentation putride se fasse sentir. 
Il en existe une espce sauvage, appele cumin rustique 
ou thbaque. Broy dans l'eau , il est utile pour les 
douleurs d'estomac. Le meilleur cumin d'Europe crot 
dans la Carptanie ; mais celui d'Ethiopie et celui d'A- 
frique sont d'une qualit suprieure : quelques personnes 
nanmoins prfrent celui d'Egypte. 

L'olusatrum. 

XLVIII. L'olusatrum est d'une nature tout--fait sin- 
gulire : c'est Yhipposelinum des Grecs , ou bien encore 
le smjrnium ; il nat de l'espce de gomme qui dcoule 
de sa tige. Il se multiplie aussi par ses racines. On re- 
cueille sa gomme, qui a , dit-on , l'odeur de la myrrhe. 
Ce mme suc, mis en terre, donne naissance la plante, 
si l'on en croit Thophraste. Les anciens prescrivaient 
de le semer dans les lieux incultes, pierreux, et auprs 
des vieilles murailles. Maintenant on choisit un terrain 
qui ait reu deux faons. Le temps de la semaille est de- 
puis le premier souffle du vent favonien jusqu' l'quinoxe 



a6a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

ripisquc unclique circumstructis lapide : alias cvagatur 
per agros, et cogit solum sterilescere. Floret state : 
viret usque ad Vergiliarum occasum , sabulosis familia- 
rissimum. Vitia ejus , quod trans maria nascitur, dixi- 
mus inter peregrinos frutices. 



Careum. 

XLIX. Peregrinum et Careum , gentis sui nomine 
appellatum , culinis principale. In quacumque terra seri 
vult , ratione eadem , qua olusatrum. Laudatissimum 
tamen in Caria , proximum Phrygia. 

Ligusticum. 

L. Ligusticum silvestre est in Liguriae suae montibus : 
seritur ubique : suavius sativum , sed sine viribus. Pa- 
nacera aliqui vocant. Cratevas apud Graecos cunilam 
bubulam eo nomine appellat : ceteri fere conyzam , id 
est, cunilaginem : thymbram vero, quae sit cunila. Haec 
apud nos habet vocabulum et aliud, satureia dicta in 
condimentario gnre. Seritur mense februario , ori- 
gano annula. Nusquam utrumque additur, quippe si- 
milis effectus. Sed cunilae iEgyptium origami m tantum 
prfertur. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. *6i 

d'automne, car on le sme avec le cprier : l'endroit doit 
tre sec, et entour d'un foss revtu de pierres de tous 
cts , autrement le cprier envahirait tout le terrain, et 
le rendrait strile. Il fleurit l't , conserve sa verdure 
jusqu'au coucher des Pliades, et se plat particulire- 
ment dans les lieux sablonneux. Quant aux qualits 
malfaisantes du cprier d'outre-mer, nous eu avons parl 
en traitant des arbrisseaux trangers. 

Le careuiu. 

XLIX. Le careum (carvi) est aussi une plante tran- 
gre; elle tire son nom du pays qui la produit, et n'est 
presque d'usage que pour la cuisine. Quel que soit \c 
terrain , on doit la semer comme l'olusatrum ; toute- 
fois , les pays o elle russit le mieux sont la Carie , et 
ensuite la Phrygie. 

Le ligusticuiu. 

L. Le ligusticum croit naturellement sur les montagnes 
boises de la Ligurie , son pays natal. Du reste , on le 
sme partout. L'espce cultive est d'un meilleur got, 
mais sans vertus. Il est quelquefois dsign sous le nom 
de panax. Cratevas , auteur grec , donne ce nom la 
cunila bubula , ou sarriette; d'autres l'appliquent la 
conyze, ou sarriette sauvage, et donnent celui de thym- 
bra la cunila proprement dite. Nous avons cit cette 
dernire espce , appele aussi salureia , sarriette , en 
parlant des plantes d'assaisonnement. On la sme au 
mois de fvrier. Elle a le plus grand rapport avec l'ori- 
gan ; aussi n'emploie-t-ou jamais ces deux plantes en- 
semble , car leur vertu est la mme ; seulement on pr- 
fre h la sarriette l'origan d'Egvple. 



a 64 C PLLNII H1ST. NAT. LIB. XIX. 

Lepidium. 

LI. Peregrinum fuit et lepidium. Seritur a Favonio ' 
dein quum fruticavit , juxta terram praeciditur : tune 
runcatur , stercoraturque : per biennium hoc. Postea 
iisdem fruticibus utuntur, si non saevitia hiemis ingra- 
vat , quando impatientissimum est frigorum. Exit et in 
eubitalem altitudinem , foliis laurinis , sed mollibus : 
ususque ejus non sine lact. 

Gith. 

LU. Gith pistrinis, anisum et anethum culinis et me- 
dicis nascuntur. Sacopenium et ipsum in hortis quidem , 
sed medicinae tantum. 

Papaver. 

LUI. Sunt quaedam comitant ia aliorum satus , ut pa- 
paver. Namque cum brassica seritur , ac portulaca : et 
eruca cum lactuca. Papaveris sativi tria gnera : can- 
didum , cujus semen tostum in secunda mensa cum 
melle apud antiquos dabatur. Hoc et panis rustici crust 
inspergitur, adfuso ovo inhaerens, ubi inferiorem crus- 
tam apium githque cereali sapore condiunt. Alterum 
genus est papaveris nigrum , cujus scapo inciso lacteus 
succus excipitur. Tertium genus rham vocant Grci, 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. a65 

Le lepidium. 

LI. Le lepidium nous est arriv primitivement de 
l'tranger. On le sme ds que souffle le vent favonien ; 
aussitt qu'il a pouss, on le coupe fleur de terre, en- 
suite on le sarcle et on le fume , et cela pendant deux 
ans. Aprs ces oprations, la plante est mise en usage, 
si toutefois elle rsiste l'hiver , car elle craint extrme- 
ment le froid. Elle s'lve jusqu' la hauteur d'une cou- 
de. Elle a les feuilles du laurier, si ce n'est qu'elles sont 
molles. On ne fait usage du lepidium qu'avec le lait. 

Le gith. 

LU. La nielle, ou gitli , sert aux boulangers; l'anis 
et l'aneth , dans la cuisine et dans la mdecine. Le sa- 
copenium se cultive aussi dans les jardins , mais ne 
s'emploie qu'en mdecine. 

Le pavot. 

LUI. Certaines plantes veulent tre semes avec d'au- 
tres : ainsi , le pavot se sme avec le chou et le pour- 
pier; la roquette, avec la laitue. On distingue trois 
espces de pavot cultiv : le blanc, dont la graine grille 
se servait au dessert , avec du miel , chez les anciens. 
Aujourd'hui les habitans des campagnes saupoudrent de 
cette graine la crote suprieure du pain , aprs l'avoir 
dore avec un jaune d'uf ; quant la crote de des- 
sous, ils emploient le persil et la nielle {gith) pour en 
relever le got. La seconde espce est le pavot noir , 
dont la tige rend, par incision, un suc laiteux. La troi: 



i66 C. PLINII IIIST. NA.T. LIB. XIX. 

ici nostri erraticum. Sponte quidem, sed in arvis cum 
hordeo maxime nascitur, eruc simile, cubitali altitu- 
dine , flore rufo et protinus deciduo : unde et nomen 
a Graecis accepit. De reliquis generibus papaveris sponte 
nascentis dicemus in medicinae loco. Fiusse autem in ho- 
nore apud Romanos semper, indicio est Tarquinius Su- 
perbus, qui legatis a filio missis decuticndo papavera 
in horto altissima , sanguinarium illud responsum hae 
facti ambage reddidit. 



Reliqua sativa aequinoctio autumni. 

LIV. Rursus alio comitatu aequinoctio autumni se- 
runtur coriandrum , anethum , atriplex , malva , lapa- 
thum, crefolium , quod pderota Graeci vocant : et 
acerrimum sapore, ignei effectus, ac saluberrirnum cor- 
pori , sinapi , nulla cultura , melius tamen planta tra- 
lata. Quin e diverso vix est sato semel eo liberare locum, 
cjuoniam semen cadens protinus viret. Usus ejus etiam 
pro pulmentario in patellis decocto , citra intellectum 
acrimoniae. Coquuntur et folia , sicut reliquorum ole- 
rum. Sunt autem trium generum : unum gracile , alte- 
rum simile rapi foliis , tertium eruc. Semen optimum 
/Egyptium. Athenienses napy appcllaverunt, alii thapsi, 
alii saurion. 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 267 

sime est le coquelicot, ou rhas des Grecs. Il crot 
sans culture dans les champs , surtout parmi l'orge. Il 
a la feuille semblable celle de la roquette, une coude 
de hauteur, la fleur rouge et tombant de bonne heure , 
circonstance laquelle il doit son nom grec. Nous 
parlerons des autres espces de pavot , en traitant des 
plantes mdicinales. Le pavot fut de tout temps en 
estime chez les Romains ; ce qui le prouve , c'est que 
Tarquin le Superbe, pour toute rponse aux messagers 
que son fils lui avait envoys, se contenta d'abattre, 
dans son jardin , les ttes des pavots les plus levs : 
c'tait lui indiquer, d'une manire nigmatique, quel 
sang il fallait verser. 

Autres plantes semer l'quinoxe d'automne. 

LIV. La coriandre, l'aneth , Farroche , la mauve, le 
lapathum , le cerfeuil , que les Grecs appellent pde- 
ros, se sment en mme temps, l'quinoxe d'automne; 
ajoutons le snev , dont la saveur est si piquante , 
qu'elle produit presque l'effet du feu. Cette plaute n'en 
est pas moins salutaire ; elle vient sans culture , mais 
elle est meilleure replante. Une fois seme, il devient 
difficile d'en purger le terrain, parce que sa graine tom- 
be terre germe aussitt. Cette mme graine cuite se 
mange en ragot; la cuisson lui te son cret. Quant 
aux feuilles, elles se mangent cuites comme celles des 
autres lgumes. On distingue trois sortes de snev : 
l'une est menue , l'autre a la feuille de la rave , la troi- 
sime celle de la roquette. La meilleure graine nous 
vient d'Egypte. Les Athniens l'ont appele napy, d'au- 
tres thapsi, d'autres saurion. 



268 C. PLINII HIST. NAT. LIB XIX. 

Serpyllum, et sisymbrium. 

LV. Serpyllo et sisymbrio montes plerique scatent , 
sicut inThracia : u tique deferunt ex his avulsos ramos, 
seruntque. Item Sicyone ex suis montibus, et Atbenis 
ex Hymetto. Simili modo et sisymbrium serunt. Laetis- 
simum nascitur in puteorum parietibus, et circa pisci- 
nas ac stagna. 



Ferulacea gnera quatuor. Cannabis. 

LVI. 9. Reliqua sunt ferulaeei generis ceu fenicu- 
lum, anguibus (ut diximus) gratissimum, ad condienda 
plurima , quum inaruit : eique perquam similis thapsia, 
de qua diximus inter externos frutices. Deinde utilis- 
sima funibus cannabis seritur a Favonio. Quo densior 
est , eo tenuior. Semen ejus quum est maturum , ab 
quinoctio autumni distringitur , et sole , aut vento , 
aut fumo siccatur. Ipsa cannabis vellitur post vinde- 
miam, ac lucubrationibus decorticata purgatur. Optima 
Alabandica , plagarum prcipue usibus. Tria ejus ibi 
gnera. Improbatur cortici proximum , aut medullae : 
laudatissima est e medio , quae mesa vocatur : secunda 
Mylasea. Quod ad proceritatem quidem attinet , Rosea 
agri Sabini arborum altitudinem aequat. Ferul duo 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 269 

Le serpolet , le sisymbrium. 

LY. Les montagnes sont presque toujours couvertes 
de serpolet et de sisymbrium , comme dans la Thrace. 
On arrache les rameaux de la plante sauvage pour les 
planter dans les jardins. Les habitans de Sicyone vont 
chercher le serpolet sur leurs montagnes, et les Ath- 
niens sur le mont Hymette. On replante de la mme 
manire le sisymbrium. Il en vient de trs-beau aux 
murailles des puits , et l'entour des viviers et des 
tangs. 

Frulaces : quatre espces. Le chanvre. 

LVI. 9. Les autres plantes de jardin sont toutes f- 
rulaces : tels sont le fenouil , employ dans divers as- 
saisonnemens ; nous avons dj remarqu que les ser- 
pens l'aimaient beaucoup : la thapsie , presque en tout 
semblable au fenouil , et dont nous avons parl en traitant 
des arbrisseaux trangers : enfin le chanvre, si utile pour 
les cordages ; on le sme au souffle du vent favonien : 
plus il est sem pais , plus il vient menu. Sa graine 
est mre vers 1 quinoxe d'automne ; c'est le moment 
d la recueillir : on la fait ensuite scher au soleil , au 
vent ou la fume. On arrache le chanvre aprs la ven- 
dange, et on le teille les soirs la veille. Celui d'Ala- 
bande est le meilleur , surtout pour les filets de chasse. 
On en distingue trois espces : la filasse la plus voisine 
de l'corce, od du centre, est la moins bonne; la plus 
estime est celle du milieu , nomme par cette raison 
mse , mitoyenne. On place au second rang le chanvre 
de Mylase. Quant la grandeur, celui de Rosea , dans 



a 7 o C. PJLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

gnera in peregrinis fruticibus diximus. Semen ejus in 
Italia cibus est. Conditur quippe, duratque in nrceis vel 
anni spatio. Duo ejus gnera: caules, et raecmi. Corym- 
biam banc vocant , corymbosque quos condiunt. 



Morbi hortensiorum. 

LVII. 10. Morbos bortensia quoque sentiunt, sicut 
reliqua terra? sata. Namque et ocimum senecta dgn- 
rt in serpyllum , et sisymbrium in mentam. Et ex se- 
mine brassicae veteris rpa fiunt, atque invicem. Et ne- 
eatur cuminum ab limodoro, nisi repurgetur. Est autem 
unicaule, radie bulbo simili, non nisi in solo gracili 
nascens. Alias privatim cumini morbus scabies. Et oei- 
mum sub Canis ortu pallescit. Omnia vero accessu mu- 
lieris menstrualis flaveseunt. Bestiolarum quoque gnera 
innascuntur. Napis culices , rapbano crucae , et vermi- 
culi : item laetucis et oleri : utrisque hoc amplius , lima- 
ces et coclileae. Porro vero privatim animalia , qu fa- 
cillime stercore injecto capiuntur, condentia in id se. 
Ferroque non expedire tangi rutam, cunilam, mentam , 
ocimum , auctor est Sabinus Tiro in libro Cepuricon , 
(juem Maecenati dicavit. 



HISTOIRE NATURELLE, L1V. XIX. 271 

le pays clos Sabins, s'lve aussi haut qu'un arbre. Nous 
avons cit deux espces de frules en traitant des ar- 
brisseaux trangers. En Italie, on en mange la graine, 
(|ue l'on a fait confire. Elle se conserve dans des pots 
une anne entire. On rserve pour cet usage les tiges 
suprieures et les ombelles de la plante. On appelle les 
premires corymbia , les secondes coiymbi. 

Maladies les plantes de jardin. 

LVII. 10. Les plantes de jardin sont sujettes aux 
maladies, comme tous les autres vgtaux. Le basilic, 
dans sa vieillesse , se change en serpolet , et le sisym- 
brium en mente. La graine d'un vieux chou donne 
des raves ; celle d'une vieille rave produit des choux. 
Le limodorum lue le cumin qu'on n'a pas sarcl avec 
soin. Il n'a qu'une seule tige ; sa racine est bulbeuse, 
et il ne crot que dans les terres maigres. Le cumin , 
d'ailleurs, est particulirement sujet la gale. Le ba- 
silic perd sa couleur au lever de la Canicule. Du reste, 
toutes les plantes jaunissent l'approche d'une femme 
(jui a ses rgles. Elles nourrissent encore des espces 
particulires d'insectes; les navets, des moucherons; le 
raifort, la laitue, le chou, des chenilles et des vermis- 
seaux; et les deux dernires plantes, en outre, des 
limaces et des escargots. 11 nat sur le poireau une es- 
pce particulire d'insectes , qu'on prend aisment en 
leur jetant de la fiente , parce qu'ils vont se cacher 
dedans. Sabinus Tiro, dans son Trait de la culture des 
jardins y qu'il ddia Mcne, dit qu'il est dangereux 
de toucher avec le fer la rue, la sarriette, la mente 
et le basilic. 



uri C. PLMI HIST. NAT. LIB. XIX. 

Remdia. Quibus modis formicae necentur. Contra erucas remdia : 
contra culices. 

LVI1I. Idem contra formicas , non minimum horto- 
rum exitium , si non sint rigui, remedium monstravit, 
limum marinum , aut cinerem , obturandis earum fora- 
minibus. Sed efficacissime heliotropio herba necantur. 
Quidam et aquam diluto latere crudo inimicam eis 
putant. Naporum medicina est, siliquas una seri : sicut 
olerum cicer ; arcet enim erucas. Quo si omisso jam 
natae sint, remedium estabsinthii succus decocti insper- 
sus : et sedi , quam aizoum vocant : genus hoc herba? 
diximus. Semen olerum si succo ejus madefactum se- 
ratur, olera nulli animalium obnoxia futura tradunt. In 
totum vero nec erucas , si palo imponantur in hortis 
ossa capitis ex equino gnre, feminae dumtaxat. Adver- 
sus erucas et cancrum fluviatilem in medio horto suspen- 
sum auxiliari narrant. Sunt qui sanguineis virgis tangant 
ea, qua? nolunt his obnoxia esse. Infestant culices hortos 
riguos praecipue si sint arbuscul aliquae. Hi galbano 
accenso fugantur. 

1 1 . Nam quod ad permutationem seminum attinet , 
quibusdam ex iis firmitas major est, ut coriandro, betae, 
porro, nasturtio, sinapi, erucae , cunil, et fere acribus. 
Infirmiora autem sunt atriplici, ocimo, cucurbitae , cu- 
cumi : et aestiva omnia hibernis magis durant : minime 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a 7 3 

Remdes. Comment on dtruit les fourmis ; recettes contre les 
chenilles, contre les moucherons. 

LVIII. Le mme auteur recommande pour dtruire 
les fourmis , ce flau des jardins mal arross , de bou- 
cher les fourmilires avec du limon de mer ou de la 
cendre ; mais rien n'est meilleur pour faire prir ces in- 
sectes que l'herbe appele hliotrope. On prtend que 
l'eau o l'on a dlay de la brique crue produit le mme 
effet. On garantit les navets en les semant avec des 
siliques; et les choux , en les semant avec le pois chiche 
(cicer), qui carte les chenilles. Si l'on n'a pas pris cette 
prcaution , on tuera les chenilles en arrosant les plantes 
avec une dcoction d'absinthe et de sedum , appel par 
les Grecs aizoum ; nous avons dj parl de cette herbe. 
On dit que si l'on fait tremper la graine qu'on veut se- 
mer , dans du suc de sedum , les plantes ne seront ja- 
mais attaques par les insectes , et que les os de la 
tte d'une jument , placs au bout d'un pieu dans un 
jardin , en carteront pour toujours les chenilles. Un 
autre prservatif, c'est de suspendre au milieu des terres 
un cancre de rivire. Des cultivateurs touchent , avec 
des branches de cornouiller, les plantes qu'ils veulent 
garantir. Les moucherons infestent les jardins , surtout 
s'ils y trouvent de l'eau et quelques arbrisseaux. On 
carte ces insectes en brlant du galbanum. 

il. En examinant les altrations qu'prouvent les 
graines , nous voyons qu'il y en a qui se conservent 
long-temps , par exemple , celles de la coriandre , de la 
bette , du poireau , du cresson , du snev , de la ro- 
quette, del sarriette, et de presque toutes les plantes 
acres. D'autres durent moins , comme celles de l'arro- 
xii. 18 



a 7 4 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XIX. 

autem gethyum. Sed ex his quae sunt fortissima, nullum 
ultra quadrimatum utile est, dumtaxat serendo. Culinis 
et ultra tempestiva sunt. 



Quibus sals aquse prosint. 

LIX. Peculiaris medicina raphano , betae , rutae, cu- 
nilae, in saisis aquis, quae et alioqui plurimum suavitati 
et fertilitati conferunt. Ceteris dulcium aquarum rigua 
prosunt. Utilissimae ex iis , quae frigidissimae , et quae 
potu suavissimae. Minus utiles e stagno , et quas elices 
inducunt , quoniam herbarum semina invehunt. Praeci- 
pue tamen imbres alunt. Nam et bestiol innascentes 
necantur. 

Ratio rigandi hortos. 

LX. 12. His horae rigandi, matutina atque vespera, 
ne infervescat aqua sole. Ocimo tantum et meridiana : 
etiam satum celerrime erumpere putant, inter initia 
ferventi aqua adspersum. Omnia autem translata meliora 
grandioraque fiunt, maxime porri, napique. In transla- 
tione et medicina est, desinuntque sentire injurias, ut 
gethyum , porrum , raphani , apium , lactue , rapae , 
cucumis. Omnia autem silvestria fere sunt et foliis mi- 



HISTOIRE NATURELLE, UV. XIX. a 7 5 

che, du basilic, de la courge, du concombre. Les graines 
des plantes d't se conservent mieux que celles des 
plantes d'biver, mais celles de la ciboule moins que les 
autres. Au reste , la semence la plus durable n'est plus 
bonne semer au bout de quatre ans; mais elle peut tre 
employe en cuisine, mme au del de ce terme. 

A quelles plantes sont avantageuses les eaux sales. 

LIX. L'eau sale est bonne , particulirement au 
raifort , la bette , la rue et la sarriette ; elle rend 
ces plantes plus belles et d'un meilleur got. Les autres 
se trouvent bien d'tre arroses d'eau douce ; la plus 
frache et la plus agrable boire est aussi la meilleure. 
L'eau des tangs, ou celle qui vient par des conduits 
particuliers , est moins bonne , en ce qu'elle introduit 
dans les jardins les graines des mauvaises herbes. L'eau 
de pluie est la plus utile la vgtation , car elle dtruit 
mme les insectes qui dvorent les plantes. 

Irrigation des jardins. 

LX. 12. Le temps d'arroser, c'est le matin et le soir, 
afin que l'eau ne s'chauffe pas au soleil : le basilic seul 
veut tre arros midi ; on prtend que sa graine lve 
plus vite si on l'arrose d'eau bouillante aprs la semaille. 
Toutes les plantes potagres gagnent tre replantes, 
surtout les navets et les porreaux ; cette opration leur 
devient mme utile , en ce qu'elle les dbarrasse de 
toute espce parasite : c'est ce qu'on remarque dans la 
ciboule, le porreau, le raifort, le persil, la laitue, la 
rave, le concombre. Les plantes sauvages ont presque 

18. 



* 7 6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

nora, et caulibus , succo acriora : sicut cunila, origa- 
num, ruta. Soluin vero ex omnibus lapathum silvestre 
melius : hoc in sativis rumex vocatur, nasciturque for- 
tissimum : Iraditur certe semel satum durare, nec vinci 
umquam a terra , maxime juxta aquam. Usus ejus cum 
ptisana tantum in cibis leviorem gratioremque saporem 
praestat. Silvestre ad multa medicamina utile est. Adeo- 
que nihil omisit cura , ut carmin quoque comprehen- 
sum reperiam , in fabis caprini fimi singulis cavatis , si 
porri , eruca? , lactucae , apii , intubi , nasturtii semina 
inclusa serantur , mire provenire. Quae sunt silvestria , 
eadem in sativis sicciora intelliguntur, et acriora. 



De suocis et saporibus hortensiorum. 

LX. Namque et succorum saporumque dicenda dif- 
ferentia est, vel major in his quam pomis. Sunt autem 
acres cunilae , origani , nasturtii, sinapis. Amari , absin- 
thii, centaurei. Aquatiles, cucumeris, cucurbit, lactucae. 
Acuti , thymi , cunilae. Acuti et odorati , apii , anethi , 
feniculi. Salsus tantum e saporibus non nascitur, ali- 
quando extra insidit pulveris modo , ut cicerculis 
tantum. 










HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a 77 

toujours les tiges et les feuilles plus petites , mais le suc 
plus acre , comme la sarriette, l'origan, la rue. Par une 
exception unique , le lapathum sauvage est meilleur 
que l'espce cultive , appele rumex (oseille) : celle-ci 
dure trs-long-temps; seme une fois, il est impossible, 
dit-on , d'en purger le terrain , surtout dans le voisi- 
nage des eaux. On la mange avec l'orge mond; elle le 
rend plus lger et d'un meilleur got. Le lapathum sau- 
vage est d'un grand usage en mdecine. Voici ce qui 
prouve quel point l'on a pouss les expriences. Un 
pote nous apprend que si l'on sme la graine de por- 
reau , de roquette , de laitue, de persil , de chicore et de 
cresson, aprs l'avoir enferme dans des boules de fiente 
de chvre, les plantes deviendront singulirement belles. 
Les plantes primitivement sauvages restent toujours 
plus sches et plus acres que les espces cultives pro- 
prement dites. 

Des sucs et de la saveur des plantes potagres. 

LXI. Nous devons dire un mot de la diffrence des 
sucs et des saveurs, car elle est encore plus prononce 
dans les herbes que dans les fruits. La sarriette, l'origan , 
le cresson, le snev , ont une saveur Acre ; l'absinthe, 
la centaure, une saveur amre. Elle est aqueuse dans 
le concombre , la courge et la laitue ; piquante dans 
le thym et la sarriette ; piquante et odorante dans le 
persil, l'aneth, le fenouil. De toutes les saveurs, la sale 
est la seule qui ne soit pas naturelle aux plantes ; elle 
rside quelquefois leur extrieur sous la forme d'une 
poudre qui en couvre la superficie, comme dans les pois, 
chiches. 



7 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

De piperitide , et Hbanotide , et smyrnio. 

LXII. Atque ut intelligatur vana , ceu plerumque, 
vitae persuasio : panax piperis saporem reddit, et magis 
etiam siliquastrum , ob id piperitidis nomine accepto. 
Libanotis odorem thuris, smyrnium myrrhae. De panace 
abunde dictum est. Libanotis locis putribus et macris 
ac roscidis seritur semine. Radicem habet olusatri , 
nihil a thure differentem. Usus ejus post annum sto- 
macbo saluberrimus. Quidam eam nomine alio rosma- 
rinum appellant. Et smyrnium olus seritur iisdem locis, 
myrrhamque radie resipit. Eadem et siliquastro satio. 
Reliqua a ceteris et odore et sapore differunt , ut ane- 
thum. Tantaque est diversitas atque vis , ut non solum 
aliud alio mutetur, sed etiam in totum auferatur. Apio 
eximunt coqui obsoniis acetum : eodem cellarii in saccis 
odorem vino gravem. 



Et hactenus hortensia dicta sint, ciborum gratia dum- 
taxat. Maximum quidem opus in iisdem naturae restt; 
quoniam proventus tantum adhuc, summasque quasdam 
tractavimus. Vera autem eu jusque natura non nisi me- 
dico effectu pernosci potest , opus ingens occultumque 
divinitatis, et quo nullum reperiri possit majus. Ne sin- 



HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. 279 

Piperitis , libanotis , smyrnium. 

LXII. Et ce qui prouve , ici comme ailleurs , la vanit 
de toutes nos opinions , le panax a le got du poivre , 
et plus encore l'espce de siliquastruni laquelle nous 
avons donn, pour cette raison mme, le nom de pipe- 
ritis. Le libanotis a l'odeur de l'encens ; le smyrnium , 
celle de la myrrhe. Nous avons parl au long An panax. 
On sme la graine du libanotis dans un terrain maigre, 
et o tombe la rose. Sa racine , semblable celle de 
Yolusatrum, a prcisment l'odeur de l'encens. Aprs un 
au, il est trs-salutaire l'estomac. Quelques auteurs 
lui donnent le nom de romarin. Quant au smyrnium , 
on le sme dans les mmes terrains que le libanotis; 
sa racine a l'odeur de la myrrhe. On sme de mme 
le piperitis. Les autres plantes diffrent des prcdentes 
par la saveur et l'odeur , comme l'aneth. Enfin les v- 
gtaux ont des vertus si opposes, que non-seulement 
les proprits de l'un sont altres par les proprits 
de l'autre, mais quelquefois mme totalement dtruites. 
Ainsi , nos cuisiniers corrigent l'aigreur du vinaigre par 
le persil ; et nos sommeliers emploient cette mme 
plante en sachets pour ter au vin une odeur dsa- 
grable. 

Voil ce que nous avions dire sur les plantes po- 
tagres , considres seulement sous le rapport cono- 
mique. Nous nous sommes borns des dtails succincts 
sur leur culture. Il nous reste traiter un point plus 
important ; nous ne pouvons connatre la nature intime 
de ces vgtaux qu'en examinant leurs proprits m- 
dicales : produit mystrieux et sublime d'une sagesse 



a8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XIX. 

gulis id rebus contexereraus , justa fecit ratio, quum 
ad alios medendi desideria pertinerent, longis utriusque 
dilationibus futuris, si miscuissemus. Nunc suis quaeque 
partibus constabunt, poteruntque a volentibus jungi. 



% 






HISTOIRE NATURELLE, LIV. XIX. a8t 

divine , et au dessus duquel il n'est rien. Nous n'avons 
pas cru devoir traiter cette partie mesure que nous 
parlions de chaque plante; beaucoup de lecteurs, ne re- 
cherchant que les vertus des plantes, auraient trop perdu 
de temps si les objets eussent t confondus. Au moyen 
de la division adopte, on pourra, si l'on veut, runir 
tout ce qui se rattache un seul et mme sujet. 



NOTES 

DU LIVRE DIX-NEUVIME. 



i. Chap. 1, page i52 , ligne 6. Sderum quoque iempestalum- 
que ratio, etc. Pline en effet a tabli, et fort longuement, la tho- 
rie des astres et des saisons, dans son application l'agriculture, 
au livre xvil, chap. 2 et 3, et au livre XVIII, chap. 57, 75 , etc. 
Les rapports que notre auteur signale ici sont illusoires, et c'est 
tort qu'il affirme srieusement que si l'astronomie sert l'agri- 
culture, l'tude de la campagne facilite aussi la connaissance du 
ciel : Vereque intettigentibus non minus conferunt rura deprehendendo 
clo , quant sideralis scientia agro colendo. 

Pline blme les auteurs goponiques de traiter des jardins aprs 
avoir trait de la culture de la terre ; il ne suivra pas , dit-il , 
leur exemple , et nanmoins ce livre est tout entier consacr 
l'examen des plantes potagres; peine parle-t-il de quelques 
productions qui viennent sans culture. Notre auteur a voulu se 
montrer plus mthodique que ses prdcesseurs , et pourtant il 
les suit pas pas. 

Dans son enthousiasme pour les plantes textiles , Pline les 
met au dessus des crales et des lgumes , aprs avoir dit que 
celles - ci ne pouvaient tre compares nulle autre quant 
leur importance. Peu d'auteurs en histoire naturelle savent 
garder une juste mesure. L'objet dont ils s'occupent acquiert 
soudain un prix inestimable leurs yeux ; et, pour le rehausser 
encore , ils vont chercher des points de comparaison parmi les 
productions dont ils ont nagure parl avec une sorte d'amour, 
et qui alors semblaient suprieures toutes les autres. 

Pline et ses successeurs ont t puiser les faits et les descrip- 

* Toutes les notes des livres xn xxvn inclusivement sont dues 
M. Fe. 



NOTES DU LIVRE XIX. a83 

tions chez des auteurs peu connus , dont le style n'avait ni 
chaleur ni lgance ; ils ont embelli et dvelopp ces faits , 
souvent avec un rare bonheur ; mais malheureusement des hy- 
pothses plus brillantes que justes ont t accueillies comme des 
vrits incontestables. On s'tait promis d'crire l'histoire de la 
nature, c'est le roman qu'on en a donn. Tous les promium de 
Pline nous ont suggr de pareilles rflexions. Cet auteur est 
rarement heureux dans ce que nous pourrions nommer la partie 
dclamatoire de son livre. Il voulait faire de la science , c'est de 
la littrature qu'il a fait, et l'on ne trouve gure louer que 
son style. 

2. Page i54, ligne i. Setitur , ac dici neque inter fruges , etc. 
Le linum des anciens est la mme plante que notre lin. Voici quelle 
est la concordance synonymique que nous lui donnons : 

nrtCO, Exod. , ix, 3i. AW, Homer. , lliai. E, 487 ; 
Tueoph. , IV, etc. ; Tiiucyd. , lv, 26, et Auclor. varior. 
grsecor. Linum, VlRG., Georg., I, v. 77 et 212; CoLUM., 
11 , 10 ; Pallad. , Feb., 12 ; Plaut., Pseud., act. 1 , se. 1 ; 
Cei.S , VII , i , etc. ; Linum usitalissimum , I.INN, , Spec. 
pi. , 397. Le lin usuel. Famille des lines. 

Nous donnerons les particularits relatives au lin au fur et 
mesure que le texte nous mettra dans l'obligation de les faire 
connatre. 

3. Ligne 3. Quodve miraculum majus , etc. Pline se dit ici : 
Quoi de plus merveilleux que cette plante l'aide de laquelle on 
franchit les plus grandes distances avec une rapidit sans gale ? 
On pourrait aujourd'hui lui rpondre , la vapeur, qui permet de 
faire le tour du lac de Genve en douze heures, d'aller de Toulon 
Alger en trente , etc. , de franchir des distances de huit dix 
lieues en une heure, dans des voilures mues par son incompara- 
ble puissance , etc. 

4.. Ligne 6. Babilius. Brotier crit , d'aprs les manuscrits 
de la Bibliothque royale , Babilius. C'est ainsi que Snquc 
( Qust. natur. , IV, 2 ) orthographie ce nom propre : Babilius 
virorum oplimus , in omni litlerarum gnre taris simus , auciar est , 
quum ipse prfectus obtineret JEgyptum , IleracleolUo oslio /V//i , 



284 NOTES DU LIVRE XIX. 

quod est maximum , sibi spectaculo fuisse , etc. , etc. Sutone ( Vie 
de Nron , c. 36) crit Babilus. ( Cf. TACIT. , Annal. , p. o5.) 

5. Page i54 ligne ig. Denique tam parvo semine nasci , 

quod orbem terrarum vitro citroque portet , tam gracili avena Ici 

le mot avena a une signification que ne lui ont pas donne les au- 
teurs : il a le sens de tige, non pas de tige de gramiue (chalu- 
meau ou chaume), mais celui de tige dans le sens le plus tendu , 
puisqu'on l'applique celle du lin. 

6. Ligne il+. JSulIa exsecratio suffii contra inventorem diction 
suo loco a nobis. Il v a bien de la dclamation dans tout ce qui 
vient d'tre crit par notre auteur. On lit au chap. 56? livre Vil : 
Vla Icarus , malum et antennam Ddahis iwencre. Pline a voulu 
mettre en prose cette belle imprcation d'Horace : 

Mi robur, et aes triplex 
Circa pectus erat , qui fragilem truci 
Commisit pelago ratem. 

Od. i, 3. 

Nos voiles sont faites avec le chanvre, plante dont l'importauce 
tait inconnue aux anciens, qui n'en fabriquaient que des cordages. 
La matire faire des voiles tait , indpendamment du lin , le 
gent, le jonc, le Cuir et la peau des animaux. Dans l'Inde on 
se sert encore aujourd'hui de nattes. Les voiles des anciens taient 
peintes , et l'on poussa le luxe jusqu' les teindre en pourpre. 
Nous ddaignons cette vaine recherche. 

7. Page i56, ligne 5. Prterea ut sciamus f avis se pnas, etc. 
Nous verrons au contraire que la culture du lin demande les plus 
grandes prcautions , et que c'est une des plus difficiles. 

8. Ligne 7. Urit agrum , etc. On sait que Virgile a dit : 

Urit eoim lini campum seges 

Georg., 1, v.77. 

Le lin demande beaucoup d'engrais ; c'est par le mot puiser qu'il 
faut rendre le mot urere employ potiquement par Virgile, puis 
copi par Pline dans sa prose. 

g. II , page i56 , ligne g. Seritur ( linum ) sabulosis maxime, 
unoque sulcoj, etc. Toute terre peut porter du lin , disent nos cul- 



NOTES DU LIVRE XIX. a85 

tivateurs ; cependant il faut choisir , si on le peut , une terre 
lgre , frache et fortement engraisse. Columelle (H, 10) a fait 
cette recommandation : Pingui et llo solo , humidiore , non si- 
/fente. Palladius ( XI , i) veut un terrain trs-gras et mdiocre- 
ment humide : Pinguissimo loco , et modice humido. Quoique l'ac- 
croissement du lin soit rapide , il est cependant des plantes qui 
croissent plus rapidement encore. On le sme en mars ou en 
avril , et la rcolte a lieu , suivant les annes , de juin sep- 
tembre. Lorsque le semis est fait , il suffit ensuite de passer la 
herse pour enterrer la graine , et d'arracher soigneusement les 
herbes au commencement du dveloppement des jeunes plantes. 
10. Page i56, ligne 10. Vere salum stale veUitur. Le semis 
du lin a lieu quelquefois en automne ; il avait toujours lieu au 
printemps chez les Romains. 

Jdcirco et primas Hnornm tangerc messes 
Ante vtant . qnam maturis accenderit annus 
Ignibus , et claro PJeias se prompserit ortu. 

Gratius, inCyneg., x. 5~. 

il. Et hanc quoque terr injuriant facit. Pline a dit au livre 
prcdent, chap. 72 : Alibi frumenia ab radice vellunl : quique id 
faciunt , proscindi ab se obiter agrum interprelaniur , qiaan extraliant 
succum. Cf. la note 4-og , au livre cit. 

12. Ligne 1 1. Ignoscat tamen aliquis JEgypto serenti, etc. On 
croirait, en lisant ce passage, que les tissus de lin ne servaient qu' 
faire des voiles , puisque l'auteur trouve ridicule que les Gaulois 
s'occupassent de la culture de cette plante. Pourtant il dit plus 
loin que les peuples transrhnaniens employaient les tissus de lin 
vtir leurs femmes , qui ne connaissaient pas de plus bel habil- 
lement. Les Gaulois cultivaient sans doute cette plante dans le 
mme but. 

i3. Ligne 21. In Germania autem defossi atque sue terra id 
opus agunt. On a cru long-temps , et l'on croit encore aujour- 
d'hui , que l'humidit des caves est ncessaire pour favoriser le 
lissage du chanvre et du lin ; aussi voit-on encore un grand 
nombre de tisserands y travailler, ce qui a de grands inconv- 
niens pour leur sant. 



a86 NOTES DU LIVRE XIX. 

i \. Page i58 , ligne 3. Ubi a Setabi terlia in Europa lino 
palma. Il a t question des serviettes de Stabis dans la prface 
de Pline. Cf. les notes du livre I er . On croit que Stabis est une 
ville d'Espagne, Xativa , dans le royaume de Valence. Silius Ita- 
liens ( lib. III , i ) a vant la beaut des tissus de lin de Stabis: 

Seiabis et telas Arabum sprevisse superba , 
Et Pelusiaco filum componere lino. 

Gralius ( in Cjneget. , v. 4- 1 ) : 

Hispanique alio spectantur Setabes usu. 

i5. Ligne 4-- Secundam enim in vicino Alliants capes sunt Re- 
tonna. Le savant Cluvier croit que cette ville est la mme que 
Litubium , dont parle Tite-Live ( liv. XXXII ). Elle est situe 
dans la Ligurie. 

16. Ligne 1 2. Et Hispania citerior habel splendorem Uni pr- 
cipuum, etc. Ce petit fleuve est le Subi , le Gaya ou le Fruncoli , 
qui tous deux arrosent Tarragone. 

17. Ligne i^- Et tenuitas mira , ibi primum carbasis reper- 
tis. Le mot carbasus dsigna d'abord le lin et les toiles tissues 
avec cette plante; plus tard on donna ce nom aux tissus de colon. 
Solin a mme t jusqu' nommer carbasus le lin incombustible, 
minral plus connu sous le nom d'amiante : Carbasa etiam qu 
inter igns valent (c. II). Il est probable que carbaso est un mot 
espagnol , et qu'il servait dsigner quelque varit du lin. C'- 
tait avec lui qu'on fabriquait ordinairement les voiles tendues 
au dessus des amphithtres ; car Pline nous dira plus loin : 

Carbasina deinde vla primus in theatro duxisse traditur Lentulus 
Spinler Apollinaribus ludis. On doit penser que ces toiles avaient 
un degr diffrent de finesse , puisqu'on en faisait des voiles et 
des tentes , et que les vestales portaient des tuniques du lin car- 
basus ; du moins est-il vrai que Valre-Maxime nous parle de 
cet emploi : Maxima virgine Mmlia adorante, quum carbasum, 
quant optimam habebai , foculo imposuisset , subito ignis emicuit. 
Carbasus ne veut pas dire toile fine (toile de batiste), mais 
seulement toiles fabriques Tarragone avec le lin carbasus. 
C'est donc mal propos que l'on a blm Virgile d'avoir donn 



NOTES DU LIVRE XIX. 287 

ce nom des voiles 1 , puisqu'il est dmontr qu'on on faisait avec 
le lin, tmoin l'expression de carbasina vla dont se servaient 
les prtres. Virgile a aussi parl du carbasus comme d'un tissu 
propre servir de vlement : 

Tum croceam clilaniydeuique, sinusque crpantes 

Carbasoos fulvo in nodum collegerat anro , 
Pictus acu tunicas et barbara (cgmina crurom. 

JEneid., xi , v. y;'*. 

Il est certain que, d'abord rserv aux tissus tarragonais, le nom 
de carbasus prit de l'extension ; il devint gnrique , et fut 
donn tous ceux qui avaient un certain degr de perfection. 
Quinte-Curce (vin, 9, 24. ) , en parlant du luxe des rois in- 
diens , s'exprime ainsi: Carbaso Indi corpora usque pedes vlant: 
eorumque rex aurea lectica , margaritis circumpcndentibus , rccubat : 
dislincta sunt auro et purpura carbasa , qu indutus est. 

Carbasus genus Uni est , quod abusive plerumque pro vlo ponitur, 
die Servius (Comm. in JEneid. , m , 357). Nous ne voyons pas 
pourquoi le nom de carbasus aurait t donn improprement aux 
voiles. 11 arrive frquemment que l'on transporte aux composs 
le nom du composant, non-seulement en posie , mais encore 
dans le langage vulgaire. Cf. la note 19 , pour un exemple puis 
dans le texte mme de notre auteur. 

18. Page i58, ligne 21. Vidimusque jam tant tenuitatis, etc. 
Si Pline n'exagre pas la finesse des tissus de lin , il semblerait 
que les anciens dpassaient celle que nous donnons aux ntres ; 
mais ce passage , fort corrompu , et qui a t rtabli par le pre 
Hardouin , ne l'a pas certainement t d'une manire exacte , 
et nous en trouvons la preuve dans le sens du passage lui- 
mme. Il est question de toiles de chasse, surtout de celles qui 
pouvaient servir retenir des sangliers , ce qui suppose ces 
tissus une grande force ; or cette solidit est toujours en raison 
inverse de la finesse, -et les toiles de chasse, qui pourraient passer 

Et aura? 

Vla vocant , turaidoque inflatur carbasus austro. 

JEneid., ut , v. 35(>. 

Voca! jam carbasus auras. 

Id. , IV, t. 47 






288 NOTES DU LIVRE XIX. 

avec leurs agrs (epidroma) au travers d'un anneau , seraient 
peine capables de servir un oiseleur pour arrter quelques pas- 
sereaux. Il faut donc croire que les toiles fines dont parle notre 
auteur avaient un tout autre usage que celui de servir de filets ou 
de rets pour la chasse aux btes fauves. 

ig. Page 160 , ligne 10. Sicut in culcitis prcipuam gloriam 
Cadurci obtinent. La partie des Gaules ici dsigne est le Querci, 
dont la capitale est Cahors. Sulpitia fait mention des bandelettes 
de lin de Cahors : 

Ne me cadurcis destilutam fasciis 
Nudam Caleno concubentem profrt. 

Juvnal nommait un matelas cadurcum , parce qu'il tait fait de 
lin de Cahors , comme on nommait carhasa la voile faite avec 
du lin de Tarragone : 

Inslitor hjbern legetis nivfique cadurci. 

Salir, vu, v. 221 . 
Magnaquc debelur \iolalo pna cadurco. 

Satir. vi , v. 536. 

20. Ligne i4- JEgypiio lino minimum firmitatis , plurimum 
lucri. Il est douteux que le lin d'Egypte soit le moins fort de tous, 
mais on sait n'en pas douter qu'il est le plus gigantesque. Has- 
selquist dit qu'on voit quelquefois le lin d'Egypte s'lever la 
hauteur de plus de quinze pieds , sur une tige de la grosseur de 
celle du roseau ordinaire. 

21. Ligne i5. Quatuor ibi gnera : Taniticum , ac Pelusiacum, 
Buticum , Tentjrilicum. On connat aujourd'hui en France : i le 
lin froid, ou grand lin: c'est celui qu'on cultive en Flandre ; il sert 
fabriquer cet admirable fil dont la valeur s'lve quelquefois 
plusieurs centaines de francs la livre, et qui sert faire la dentelle; 
2 le lin chaud , ou ttard , cultiv particulirement dans le midi 
de la France ; 3 le lin moyen , qu'on croit tre le type de l'es- 
pce. On parle encore de lin tardif et de lin prcoce, qui donnent 
des filasses de qualits fort diffrentes. Il est douteux que ces va- 
rits se rapportent exactement aux varits gyptiennes. 

11. Ligne 17. Superior pars Mgypti in Arabiam vergens gignit 
fnilicem, etc. Nous avons dj consacr une note au gossipion , 



NOTES DU LIVRE XIX. 289 

le coton ( Gossypium arboreum, L. ). Cf. la note 53, au livre XII. 
Pline entend parler ici du cotonnier arbrisseau. 11 ne nous reste 
plus qu' donner la concordance synonymique de cette plante: 

jnn, Parai., XV, a3. ^JuS ', Arab. Avfpor /xopor, 

Theoph. , iv, g; et le fruit, &piv)} @v<ra-of, Gr.*cor. ; 

POLLUX, Onomast. , VIII , 17 ; Plut., in Isid. ; 1 11. non. , 

II , 86 ; ARRIAN. , p. 17g. Nemus canens molli lana , 

Virg., Georg. , II , I20 1 ; Xylon et Gossypium, PLIN. , loco 

comm. ; Arbores laniger , EJUSD. , XII , 21 ; Gossympini 

arbores, EJUSD. , loco cil. ; Byssus , genus Uni, IsiD. , Orig., 

XIX, 22 et 27 ; TERTULL. , de Pallio; Silv laniger , 

P. Mla , vin , 8. 

On confondait sous ces divers synonymes le G. herbaceum, L. , 

var. a, annuum, qui crot prs de Semenoud, Mehallet et Kebyreh ; 

le G. herbaceum , var. /3 , ftufescens, Del., in Fl.JEgyp., 98, qu'on 

trouve abondamment dans l'Egypte suprieure et en Nubie, o 

il est nomm bennabouk; et enfin le G. vitifolium Cavan. , que les 

Arabes dsignent sous le nom de qotn al chagar, c'est--dire coton 

en arbre. 

On doit regarder comme synonymes les mots xylon, byssus et 
goss/mpinum ; ils taient appliqus, tantt la plante , tantt 
au coton , et tantt aux toffes qu'on en fabriquait. Il est pro- 
bable que le coton roux, dont parle Pbilostrate dans la Vie d'A- 
pollonius ( liv. il , 10 ) , n'tait pas le produit d'un gossypium, 
mais celui d'un bombax , et sans doute celui du Bombax pentan- 
drum, L. ; en effet , les semences sont entoures d'un duvet de 
la plus belle apparence , mais qui ne peut en aucune manire 
remplacer le coton. Tous les auteurs ont donn au coton pour 
patrie l'Egypte et l'Inde : Kct) fihv ko.) ta (lv<r<rivet.- Kt w (lv<r<ro 
xivov ti eios Tetp"'lvS'oif, w<T> <f Ktti Tctp' kiyvYliois <*t fyxov 
ni epiw yiyvtTo.1. PoLL. , Onomast. , VII , 17 ; Byssus in 
JEgypto quam maxime nascitur. S. Je ROM. , in Ezech. , c. 27 ; 
'Es-nTi/^Iy^o/ Ktv* yjrrtu, x.a.TxTep Myencti M&px os ' *' vov 
70 tiro tm <ry<Tp3C Arr. , p. 179 E, H. Steph. On pense , non 
sans raison, que le nom de gossypium est le nom barbare du coton- 

' Qui d nemora JEthiopum molli canentia lana ? 

xir. 19 






2<>o NOTES DU LIVRE XIX. 

nier, et que le nom de bjsstts est un nom hbreu* y\2 (butz), appli- 
qu mal propos, par Suidas et Hsychius, la couleur pourpre. 

23. Page 160 , ligne 23. Quarlu/n gcnus Orchomenium ap- 
pdlant , etc. Nous avons rapport ce roseau Y Arando Donax 
des botanistes modernes. Cf. la note 33o, troisime synonymie, 
livre xvi. La panicule de cette plante est compose de fleurs 
poilues , mais on ne peut en tirer parti ; la ranger parmi les lins 
choque le bon sens. 

24. Ligne 25. Asia e genista facil lina ad relia prcecipua. 
On voit par ce passage que le mot linum avait un sens fort tendu ; 
il signifie ici filasse, quel que filt le degr de finesse. Les ha- 
bitans de Pise font rouir les tiges du gent, et en retirent une 
filasse dont on peut fabriquer des cordes , du fil , ainsi que des 
toffes grossires , etc. 

25. Page 162 , ligne 2. Arabes cucurbitis , in arboribus , ut 
diximus , genitis. Pline a dit au livre XII , ch. 21 : Ferunt colonei 
mali amplitudine cucurbitas , quce maturitaie ruptcr os tendant lanu- 
ginis pilas , ex quibus vestes prelioso linteo faciunt. 11 ne faut pas 
s'arrter ici au mot cucurlita; Pline entend parler, non pas d'une 
vritable cucurbitace , mais d'un fruit assez gros qui aurait eu 
quelque rapport avec la citrouille : or celte particularit nous 
ramne vers les bombax pour trouver cet arbre , qui , suivant 
notre auteur, donnait un duvet diffrent de celui des Sres, mais 
dont pourtant on faisait de prcieux tissus. Le Bombax pentan- 
drum, L. , Spec.pl. , 0,5g, -est un grand arbre de l'Inde, dont les 
feuilles sont digites. Pline les compare avec celles de la vigne, et 
les dit plus petites. Le fruit est long d'un demi-pied , et prsente 
exactement la forme d'un concombre fort rtrci vers la base. 
Le duvet est d'une finesse extrme : malheureusement il est fort 
court , et on ne peut Le tisser ; nanmoins on l'emploie divers 
usages domestiques. C'est bien l certainement l'arbre dont parle 
notre auteur, mal instruit, du reste, relativement aux tissus qu'on 
aurait faits de ce duvet. Cette erreur est fort pardonnable. Qui- 
conque a vu le duvet des bombax croirait qu'il petit remplacer , 
et avec avantage , le lin et le coton. 

25 bis. III , page 1G2 , ligne 10. lnler medkamina huic vis, etc. 






NOTES DU LIVRE XIX. 9 . 

La graine de lin renferme dans le prispcrme un mucilago abon- 
dant , dont on a tir parli en mdecine. Comme aliment, la fa- 
rine de lin ne peut tre nullement estime. On a essay en temps 
de disette de la mler celle du froment pour en faire du pain , 
mais il tait lourd et indigeste. Quelques individus qui en avaient 
mang en assez grande quantit moururent , dit-on. Nanmoins 
on sait qu'un individu affect de boulimie , dvorait , dans l'h- 
pital o il avait t reu , les cataplasmes de farine de lin sans 
en tre incommod ; peut-tre l'tat de sur-excitation habituel 
dans lequel se trouvait l'estomac rend-il compte de cette diff- 
rence d'action. 

26. Page 162 , ligne i3. Deinde post messem tritiuam virg 
ips merguntur in aquam solibus tepefactam , etc. On voit par ce 
passage que les anciens ne connaissaient qu'une manire de rouir 
le lin. On en connat , indpendamment de celle indique par 
Pline , deux autres, le rouissage sur terre et le rouissage eu eau 
courante. Ces trois oprations sont fort longues , et durent de 
quinze quarante-cinq jours. La plus expditive est celle au 
moyen de l'eau dormante, mais elle donne des produits infrieurs. 
Les industriels s'efforcent depuis quelque temps de trouver un 
procd moins long. Les socits savantes ont promis de couron- 
ner l'auteur de l'amlioration dsire : la rcompense est prte, 
mais jusqu'ici personne ne l'a mrite. 

27. IV, page 164 ligne 5. Invent um jam est etiam , quod 

ignbus non absumeretur (asbestinuni). La place que Pline donne 

cette substance prouve qu'il regardait l'amiante comme une 
production appartenant au rgne vgtal , ce que le mot nasci- 
tur , employ plus loin, prouverait jusqu' l'vidence s'il en 
tait besoin. Cet auteur a dcid du rang que l'asbeste ou amiante 
devait occuper, par l'usage auquel on l'employait , et sans plus 
ample inform. Quoi qu'il en soit , c'est une substance remar- 
quable du rgne minral , forme de silice , de magnsie , de 
chaux et d'alumine. Elle est en filamens longs, dlis, flexibles, 
ayant un aspect soyeux. 11 n'est sorte de fables qu'on n'ait d- 
bites sur l'asbeste. Aldrovande disait qu'on pouvait rduire l'a- 
miante en huile , et qu'elle brlait sans se consumer jamais. 

'9- 



n 9 i NOTES DU LIVRE XIX. 

I) .mires supposaient que les mches d amiante brlaient dans 
l'huile sans la consumer; de l la fable des lampes inextinguibles. 
Aux usages mentionns par Pline, on peut ajouter ceux-ci, qui 
sont plus modernes. On fait entrer l'asbeste dans la fabrication 
d'une poterie qui, bien que lgre , est moins fragile que celle 
faite par les procds ordinaires. Une Italienne, madame Perpenti, 
est parvenue fabriquer avec cette pierre flexible des toiles , des 
papiers et de la dentelle. L'asbeste est bien moins rare aujour- 
d'hui qu'il n'tait autrefois. 

28. Page 164 > ligne 8. Regum nde funbres tunic , etc. On 
employait fort rarement les tissus d'asbeste dans les funrailles , 
et l'on s'est assur que les anciens n'taient pas aussi soigneux 
qu'on pourrait le croire de recueillir les cendres des morts , 
pures de tout mlange ; toutes les urnes ouvertes ont montr 
dans leur intrieur , indpendamment des os calcins , une plus 
ou moins grande quantit de charbon. Mais si Ton doit penser 
que l'emploi de l'asbeste dans les funrailles tait rare , on sait 
n'en pas douter qu'il avait quelquefois lieu. On trouva en 170?. , 
Rome et prs de la porte Naevia , une urne funraire dans la- 
quelle il y avait un crne , des os brls , et des cendres ren- 
fermes dans une toile d'asbeste d'une merveilleuse longueur, prs 
de deux mtres , sur un mtre six cents millimtres de largeur. 
On voyait nagure au Vatican ce monument prcieux. 

2g. Ligne 1 1 . Adsuescitque vivere ardendo. Pline trouve la 
cause de Tincombustibilit de l'asbeste dans sa station au milieu 
des dserts de l'Inde , lieux o l'ardeur du climat est extrme. 
Les anciens s'garaient presque toujours quand ils voulaient se 
rendre compte des proprits des corps. L'asbeste abonde dans 
les hautes Alpes , dans le voisinage des glaciers , en Ecosse , et 
mme en Sibrie. 

3o. Ligne i5. Vocatur autem a Grcecis asbestinum ex argu- 
mente) naturec. "AffCefflov , en grec , signifie inextinguible ; c'est 
donc par mtonymie que cette production aurait t nomme 
ainsi , au lieu d'incombustible : k privatif, a-^ivw^t , teindre , 
c'est--dire qu'on ne peut teindre (ou dtruire). Amiante, que 
l'on crit souvent mal propos amianthe, est synonyme ftasbeste; 
il signifie une chose qu'on ne peut souiller : . privatif , j4.ia.iva , 



NOTES DU LIVRE XIX. a 9 3 

souiller. Les tissus d'amiante n'ont point de taches qui puissent 
rsister l'action du feu. 

3i. Page 164, ligne 16. Anaxiaus auclorest, linleo eo circum- 
dalam arborem , etc. Les instrumens tranchans, et mme conlon- 
dans, dtruisent trs-rapidement le tissu fdamenteux de l'asbeste. 
Pline, jugeant de la valeur des choses par les singularits qu'elles 
prsentent , place l'asbeste au dessus du lin ; dans ce sicle de 
raison , personne ne confirmera un pareil jugement. 

3. Page 166, ligne 1. Proximus bjssino , mulierum maxime 
dliais circa Eim in Achaia genito. Le byssus des anciens n'est 
autre chose que le coton. Cf. plus haut la note 22. Pausanias 
( Eliac. 1) a renchri sur l'assertion de Pline , qui dclare que le 
byssus le plus estim croissait prs d'EIis, dans l'Achae ; l'au- 
teur grec dit mme qu'on ne le trouvait que l. Il est douteux 
que le coton ft cultiv dans l'Achae , partie de la Grce ou la 
temprature est trs-variable ; mais en admettant avec Pline que 
cette plante y ait t rellement cultive, on ne peut gure pen- 
ser, avec Pausanias , qu'elle l'ait t exclusivement. Philostrate a 
dit que l'arbre qui produisait le bjssus avait les feuilles du saule 
et le port d'un peuplier. Arrien et Apollonius disent la mme 
chose. Quoique ces caractres ne puissent se rapporter au coton- 
nier, ce n'est pas une raison de penser qu'il s'agisse d'une autre 
planie. On sait combien sont incertains les renseignemens four- 
nis par les auteurs grecs ou latins, qui ne se sont pas occups 
spcialement d'histoire naturelle. 

33. Ligne 3. Linteorum lanugo , e velis navium marilima- 
rum maxime , in magno usu medicince est : et cinis spodii vim habel. 
Cette fois nous sommes heureux d'tre d'accord avec Pline sur 
les proprits comparatives de la tuthie et de la cendre des vieilles 
voiles ; elles sont vraiment gales en bont , et ces substances 
occupent la mme place dans Yeslime des modernes. Cf. Galen., 
lib. III, xatTet T'jTovs. 

34. Ligne 5. Est et inter papavera genus quoddam, quo can- 
dorem lintea prcipuum trahunt. On a pens, mais nous ne savons 
pourquoi , que ce papaver tait le papaver heradion dont Pline 
parlera livre xx, 79. Nous examinerons celle opinion en don- 
nant nos notes sur ce mme livre. 



294 NOTES DU LIVRE XIX. 

35. VI, page 166, ligne 18. Postea in theatrs tantum umbram 
fecere. Ecoutons le pote Lucrce: 

Et volgo faciunt id lutea , rufaque vla, 
Et ferrugina , quum magnis intenta tlieatris 
Per inalos volgata trabesque trementia flulaut. 
Namque ibi consessum caveai subi or, et omneui 
Scenai speciem , patrum, matrumque , deorumque,. 
Inficiunt , cogunlque suo fluitare colore, eic. 

Luck. , iv, v. 73. 

36. Page 168 , ligne 9. Rubent in cavis dium , et muscum a 
sole defendunt. Le choix qu'on faisait de la couleur rouge pour 
abriter contre les rayons du soleil, blesse la saine physique. On 
sait que l blanc est bien prfrable , par la proprit qu'il a de 
rflchir les rayons lumineux. 

37. Ligne il+. Quoniam quum sparta dixit . significaverit sata. 
Homre a dit en effet: 

Iliiid.. il, v. i35. 

38. VII, page 168, ligne 17. Spart i quidem usus multa post 
secua cptus est. Ce sparlum dont on parle ici est une gramine 
connue sous le nom de Stipa tenacissima. Voici quelle est la con- 
cordance synonymique de cette plante : 

AtvotrirapTov , TllEOPH. , 1 , 8. Spartum, Plin., loco comm. ; 
Colum. , XII , 5o ; Pallad. , Varr. , etc. ; Stipa tenacis- 
sima , L. , Spec. plant. , 11 5. Le spart , esparto des Es- 
pagnols. 

Nous ne rangeons pas dans cette synonymie le Spartum Ljgeum, L., 
ou alvarde faux-spart. Ses chaumes sont peu prs impropres aux 
usages auxquels on emploie le vrai spart, et il est douteux qu'il ft 
connu des anciens , moins qu'on veuille croire que le spart d'A- 
frique , dont notre auteur dit quelques mots, fut cette gramine. 
3q. Ligne 19. Herba et hc sponte nascens , et qu non queat 
seriy etc. Il est vrai que tout le spart qu'on trouve dans le com- 
merce vient spontanment; on pourrait pourtant, si on le vou- 
lait bien, l'tablir en culture rgulire. Varron {de Re rustica , 
1 , 0.6 ; le pre Hardouin cite par erreur le chapitre 32 ) dit 






NOTES DU LIVRE XIX. 2q5 

positivement qu'on sme le spart: Sic ubi cannabim seras , Union , 
juncum , spartum , unde lineas , /unes f arias. 

4o. Page 170, ligne 4- Carthaginiensis Hispani rilerioris 
portio , etc. C'est encore dons toute l'Espagne mditerranenne 
qu'on trouve le spart et qu'on l'y rcolte ; les autres provinces 
ne fournissent que de l'alvarde. ( Cf. la note 38 , vers la fin. ) 

4 * Ligne 5. Hinc slrata rusiieis eorum , hinc igns facesque , 
hinc calceamina , etc. On emploie encore Vesparto aux mmes 
usages dans l'Espagne mridionale. Les chaussures 'esparto sont 
nommes esparlenas et alpargatas , mots videmment arabes. 

4-2. Ligne 7. Animatibus noxium , praetgrquam cacuminum 
teneritate. 11 n'est pas exact de dire que le spart tenace est nuisible 
aux bestiaux : cette plante ne renferme en elle-mme aucun prin- 
cipe dangereux , et si les herbivores ne la recherchent pas da- 
vantage, on doit trouver la raison de cet loignement dans 
l'extrme duret de ses chaumes. 

43. IX, page 172, ligne 12. Junco Grcos ad f une s usos 
nomini credamus , etc. Les Grecs nomment en effet le jonc, et les 
cordes qu'on en fait eyjnvos. Il est probable que ce nom tait 
collectif, comme l'est chez nous le mot jonc, qui s'applique 
diverses espces du genre juncus des botauistes , et quelques 
scirpus , notamment au Scirpus lacuslris , L. 

44* X, page 172 , ligne 17. Theophrastus auclor est , etc. 
Thophraste (Hist.pl., vu, i3) , et d'aprs lui Athne (il, 
p. 64) , parlent en effet de cette plante, qu'il est bien difficile 
de rapporter avec certitude une plante connue. Le nom 
'pioqpov , qu'elle portait , ne peut tre appliqu Yeriophorum 
des botanistes modernes , cyprace dont la graine met de longs 
fils soyeux, tandis que la lige ressemble celle d'un jonc , et est 
parfaitement glabre; c'est donc tout--fait gratuitement qu'o a 
dsign Y Eriophorum angustifolium , L. La racine de cette plante 
n'est point bulbeuse ; quoi qu'en ait dit Dodone, aucune de ses 
parties ne peut servir comme aliment, et les longues soies qui 
entourent la graine ne sont pas susceptibles de servir la con- 
fection des tissus. 

45. Page 174 ligne 3. Neque oinnino ullam mentionna ha- 



a 9 6 NOTES DU LIVRE XIX. 

bet, eU. Pline pensait tort que Thophraste n'avait rien dil du 
spartum ; cet auteur grec en fait mention au livre 1 er , ch. 8 de 
VHisloria plantarum , et le dsigne comme ayant une corce 
plusieurs tuniques. Cf. la note 38. 

46. XI, page 174 ligne 11. Tubera hc vocanlur , undique 
terra circumdata , etc. Avant toutes choses , donnons la concor- 
dance synonymique de cette clbre plante : 

~ \ ... *-^ , Avic. , p. 194.- "T<Tror, KepAvviov, Kpc,viov,yep&veiov, 
Theoph. , Hist. plant., 1,9; Athen. , 11, 21 ;*TJW , 
Diosc. , Il , i^5 ',"ltov en Thrace, test. Plin. , xix, 12 ; 
"Ittov, Grjec. recentior. Tuber, Plin., loco comm. ; 
Mart. , xiii , 5o; Juven. , xix, 3; Apicius, de Art. co- 
quinar. , etc. ; Tuber Cbarium , LlNN. et Auct. var. ; Ljce- 
perdon Gulosorum, SCOP., FI. Carniolc. La truffe noire, et 
peut-tre la truffe grise, T. griseum , Pers. , Sjn., p. 127. 

Les anciens ne savaient rien touchant le mode de reproduc- 
tion de la truffe ; ils voyaient en elle une cration accidentelle 
et spontane dont l'organisation leur tait inconnue. La partie 
que Pline dsigne sous le nom de corticule , callosit forme 
par la terre, Cortice etiam includuntur, ut plane nec terrain esse pos- 
simus dicere, nec aliud quam terr callum, est une sorte d'hyme- 
nium form de vsicules qui , en se dveloppant , contiennent 
de petites truffes ou truffinelles. C'est tort que notre auteur dit 
que l'endroit o les truffes se forment ne se fendille pas : Nec 
utique extuberante loco in quo gignuntur , aut rimas agente , le con- 
traire arrive toujours. 

La plupart des noms grecs donns la truffe rendent compte 
du mystre de sa reproduction , ou de la singularit de sa forme. 

4.7. Ligne 18. Excedunt spe magnitudinem mali cotonei , 
etiam librali pondre. Si Haller n'a point exagr, il est des truffes 
dont la grosseur est vraiment extraordinaire: cet auteur dit qu'il 
y en a du poids de quatorze livres. Valmont de Bomare parle 
d'une truffe commune en Savoie , qui atteint frquemment le 
poids d'une livre. 

48- Ligne 19. Duo eorum gnera Distinguuntur et coloee , 






NOTES DU LIVRE XIX. a 9 7 

rufo, nigroque, et intus candido. Les modernes connaissent aussi 
plusieurs varits de la truffe : la noire , la grise , la violette , 
l'alliace , la musque , la blanche , etc. 

4g- Page 174 > ligne ai. Laudatissima Afric. On trouve 
en Afrique les mmes espces de truffes qu'en Europe ; cepen- 
dant il en est une qui semble tre exclusive a cette partie de la 
terre. Cf. la note 5a. 

5o. Page 176, ligne 1. Putrescendi enim ratio communis est 
Us cum ligno. A la fin de l'hiver ou au premier printemps , la 
truffe n'est encore qu'une sorte de tubercule rougetre ou vio- 
let, gros comme un pois, et assez consistant. En t , la surface 
de la truffe devient noire et comme chagrine ; elle a une gros- 
seur peu considrable , prend le nom de truffe blanche , et n'a 
point de parfum. Au commencement de l'hiver , sa surface est 
trs-noire et chagrine ; elle a atteint toute sa grosseur, a beaucoup 
de parfum et de saveur, etc. ; peu aprs elle tombe en bouillie , 
jette ses propagules, qui redeviennent, avec le temps, des truffes 
parfaites , etc. : c'est alors que les pluies les charrient au loin. 

5i. Ligne 6. Quod certum est , ex Us erunt qu nascantur, et 
seri non possint. Plusieurs personnes ont cherch multiplier les 
truffes dans des truffires artificielles ; les expriences tentes 
n'out pas t sans succs , mais pourtant ce uccs n'a pas t 
tellement complet , qu'on ait pu tablir la truffe en culture 
rgulire. Pline , en disant plus loin que l'on attribue aux pluies 
la production des truffes , semble reconnatre implicitement la 
possibilit de la multiplication des truffes par germes : Quibus- 
dam locis accepta riguis feruntur : sicut Mitjlenis negant nasci , nisi 
exundatione fluminum invecto scmine ab Tiaris. 

5a. XII , page 176 , ligne g. Simile est et quod in Cyrenaica 
provincia yocant misy, etc. On croit qu'il faut rapporter ce misj 
la truffe blanc de neige. Voici quelle serait , dans cette hypo- 
thse , la synonymie de cette espce : 

Tamhra et Terfex Africanorum, LON l'AfriC, liv. IX ; Tamcr 
et Kema, AvJCEN. M/<rov , Athen., Beipnos. , p. 62. 
Misy, Plin. , loco comm. ; Tuber niveum , DESFONT. , Flore 



% 

I 






298 NOTES DU LIVRE XIX. 

Allant. , p. 436. La truffe blanche, truffc-terfex {/errer 
/ex , fcule de terre ). 

Elle est globuleuse et piriforme , de la grosseur dune noix, et 
quelquefois de celle d'une orange. C'est, dil-on , un manger d- 
licieux. 

53. Page 176, ligne 11. Etquodin Thracia iton , etc. Quel- 
ques manuscrits portent ceraunium, mais il est plus convenable 
de lire iton avec le pre Hardouin ; cette leon est d'ailleurs po- 
sitivement indique par Athne ( il , p. 62): Ayet S~e Ttfi 
uvtcv e$pa.<r1os. Tfe vS'vov S K&\ov<ri Ttves Yepkveiov , ko.) ehi 
kxxo v'Ttystov. Ka/ rrcJLXtv 7(v yyeorKav tovtojv yvvna-t,- 
'/ua. Ko q>y<r/f, oiov rov ts vS'vov, kc tov <pvofx4vov wep) Kvphvnv, 
Kctxovtri fjiiav. Aoks <f' <T e-^Spct tovt sivai , kc rhv la-^nv 
'iyjiv KpeSn. Ka) rb v th &pciK T yevfjievov tov, etc. 

54. XIII, page 176, ligne i4- De tuberibus hc tradunlur 
peculiariter , etc. Lorsque les anciens ne pouvaient trouver l'ori- 
gine d'une production , ils faisaient de la mythologie ou sup- 
posaient des miracles. Juvnal a parl de l'influence du tonnerre 
sur la reproduction des truffes : 

Post hune radnnlur lubera , si ver 

Tune erit, et i'acient oplala tonitrua ccenas 

Majores 

Juven., Salir., v, v. 116. 

Cf. Plut., Sjmpos. qust., lib. iv, c. 2. 

55. Ligne 17. Quibusdam locis accepta riguis feruntur , etc. 
Cf. la note 5i. C'est Thophraste , chez Athne (il , p. 62) , 
qui a avanc ce fait : Ou nhv ci\x' ivioi ye 'as a-^sp/uxTiKtii ovcus 
tm? .p%^ vTQhu.^kvovTiv zv yovv t> a\y istXu rv Mnvxnvatav 
ov y&i wpTepov sivai itpv yevojuvtis -TrojuCpcLf ro a-rrip^A 
Kctievs'/Jn ifo Tiapv, tovto S' sa-l y^apiov iv a irohxk ylveTAi... 

<f)VTcLl T KO.) Tgpi Ax(/.^AK0V , KAl v ' ' h.MCiriKOVVm( , HCI.V TW 

'Rxilttr. 

56. Ligne 18. Nisi exundatione fluminum inveclo semine ab 
Tiaris. Poinsinet de Sivry met, au sujet de ce mot tiaris , 
l'opinion suivante : Ce nom Tiar ( les Tiares) fut sans doute 
donn des hauteurs ou assemblages de collines, cause de leur 

> 

m 

ai 



NOTES DU LIVRE XIX. 199 

ressemblance avec la tiare des anciens, surtout avec la tiare droite, 
ittpA />flti de Lucien ; mais l'autre genre de tiare , appele tiaris , 
devait tre une sorte de panache ou plumasson dploy en para- 
sol pour ombrager la tte. Hsychius la dfinit xyos nriir <otpt- 
Kt^AXiicLs , le panache d'un chapeau ou d'un bonnet qui prenait 
le tour de la tte : c'tait donc une sorte de mitre panache pa- 
noui ; aussi les glossateurs Pinterprtent-ils pi/eus crisUtlus et a 
sole defendens. 

57. XIV, page 178 , ligne 2. Sunt et in fungcrum gnre a 
Grcis dicti pezic , etc. Les anciens ont donn le nom de pzize 
(peziza) un genre de champignon cupuliforme , dans lequel 
on ne peut reconnatre le pezica de Pline. Quelques auteurs ont 
pens que ce devait tre les Ijrcoperdon et les genstrum , vulgaire- 
ment connus sous le nom de vesse-lonp ; d'autres ont dsign 
des morilles , et entre autres la Morthella esculenta ; tel est l'avis 
de Sprengel ( Hist. R. herbari , 109). Quelques-uns ont voulu 
voir en lui V Aurimlaria tremeloides des botanistes. L'une de ces 
dsignations est la vritable probablement ; mais laquelle s'ar- 
rter? voil l'embarras, et il est grand. rTs/reei, dit Athne 
( il , p. 61), ippioi kai tKa.vMi ovies TV^yJtvaMTi. Les tstai 
sont donc des champignons sans racines ni liges ; mais combien 
de fongosits sont dans ce cas ! tmoin les sderoiium , les Ijrco- 
perdon, les peziza , la truffe , etc. Pline venant de parler de celte 
dernire plante , doit-on penser qu'il soit question d'un champi- 
gnon comestible? on peut le supposer. 11 faudrait, si l'on admet- 
tait cette hypothse , carter les sderoiium et les lycoperdaces , 
pour chercher parmi les hehella. Mais quoi bon nous occuper 
srieusement dterminer une plante qui n'est connue par aucune 
description ? reconnaissons plutt l'impossibilit o nous nous 
trouvons d'claircir ce point obscur de la botanique des anciens, et 
contentons-nous d'tablir la concordance synonymique suivante : 

Uilfatt , THEGPH. in Athen., II, p. 61 ; U^os 1 , Theopii. , 
Hist.pl., 1 , 9. Pezica, PLIN. , loco comm. Champignon 
arrhize et acaulc, d'une dtermination impossible. 

' Alhnec ( loco cit. ) cile Thophrasie sur le pezila ; mais cet auleur 

crit x97ifp 'fioi , /xCkii , -nr^o , xpxyiov. Quel est le textr qu'il con- 



3oo NOTES DU LIVRE XIX. 

58. XV, page 178, ligne 5. Abhis proximum dicctur aucto- 
ritale clarissimum laserpiiium , etc. Cette plante , et la gomme- 
rsine qu'on en retire, ont beaucoup occup les commenta- 
teurs. Leurs doctes lucubrations prsentent quelques contra- 
dictions , et cela doit peu tonner. Rien n'est en effet plus in- 
certain que l'origine des rsines, aujourd'hui mme que la terre, 
mieux connue , a t parcourue par un grand nombre de voya - 
geurs clairs. Que devait-ce donc tre autrefois , que des tradi- 
tions vagues , dnatures en passant de bouche en bouche , et 
recueillies par des marchands cupides ou par des soldats igno- 
rans , taient adoptes sans examen par des compilateurs cr- 
dules ? Nous allons essayer de chercher l'origine du laserpitium , 
en prsentant notre opinion dgage de tout talage d'rudition ; 
tablissons d'abord la concordance synonymique de la plante en 
question, et faisons-la suivre de celle du produit: 

I. 2/aio? , HlPPOC. , Morb. mulier. , II , 626 , 65 1 , 670 ; et 
semen <*>vx\w, vel AiCukov, vel hiioTiKov, loco cit.; 2/aw, 
Theoph. , Hist. plant. , VI , 3 ; et folium 'hlkrrreTtL ; radx 
M*yvttpif ? et semen Qvhtov , EJUSD. ; S/aiov mCvkov , 
Diosc. , m , 94. ; Herod. , IV, 169 ; Galen. , Comm. in 
Hipp. de Vict. auct., IV, p. 877 ; 2/a/oV {radix), RISTOPH. 
apud Alhn. , I, 5o ; Jul. PoLLUX , VI , 67 ; NlCANDER , 
Alexiph. , v , 3o8. Laserpitium , Plin. , loco comm. , et 
XXII, 49; Silphion, COLUM., XII, 7 et 57 ; EJUSD., deArbor., 
23 ; Laserpitium , Ejusd. , VI , 17. o^ks* , ARAB. 
Thapsia Silphium , Vivian. , FI. Libye. Le thapsie , qui 
donne le silphium. 

II. 'Oto? HVpnvctKQ, GrjEC. ; 'Ot^s tf-jAcp/ou, Hesych., I^exic.; 
Z.KopS'o.o-a.pov, Gr.ec. rcent. Laser, Latinor. ; Plin., 
loco comm. , et xxil , 4-9 ; Scrib. Larg. , xvi , 67 , etc. ; 
Laser parihicum , APTJLEIUS , I, 3o. ^Lv^if Arab, 
jum^a* ( Kindichisak ) , Persan. Gummi-resina nobis 
ignota seu certe a Thapsia Silphio producta. 

11 rsulte de la lecture des auteurs anciens qui ont crit sur le 

vient de rectifier? celui de Thcophraste , sans donle ; car la correction 
du texte d^thne trouve sa confirmation dans le texte mme de Pline, 
qui crit pezica , et non puxox. 






NOTES DU LIVRE XIX. 3<u 

sitphion, que celte plante avait plusieurs racines assez grosses et 
recouvertes d'une corce noire , une tige semblable celle de la 
frule , et gale en grosseur , des feuilles analogues celles du 
persil ( plusieurs fois divises ) , et annuellement caduques ( ce 
qui annonce une plante vivace , ou au moins bisannuelle) , une 
graine aplatie comme une feuille (munie sans doute d'ailes mem- 
braneuses) (Plin. , loco comm.). C'est une plante de Syrie, d'Ar- 
mnie , de Mdie et de Libye. Dans ce dernier pays il crot une 
plante dont la racine, nomme p.a.yCS'ttpts , ressemble celle 
du silphion; elle est pourtant plus petite. Sa texture est spon- 
gieuse ; on ne peut en obtenir aucune gomme-rsine ( DlOSC. , 
m , o,4- ) Suivant Thophraste , c'est une plante de Libye qui 
donne une gomme-rsine (biros x.Vpma.'itts); la feuille (/ueta-Teru.) 
a de la ressemblance avec le persil ; la semence porte des ailes 
membraneuses. Cf. la note 7 1 , sur le /uetyvS'ecpif. 

Quoique ces descriptions soient vagues et incompltes, on 
voit bien clairement qu'il s'agit d'une grande ombellifre bisan- 
nuelle, feuilles dcoupes, donnant une semence aplatie ailes 
membraneuses. Convenons que c'est bien peu de renseignemens 
pour dcider dfinitivement. On a dsign la Ferula Asaftida x , 
puis la Ferula tingitana a et V Angelica lucida 3 , puis enfin le Thapsia 
Silphium 4. Faisons connatre d'abord la gomme-rsine , nous 
pserons aprs ces diverses opinions. 

Le suc (gomme-rsine) du silphion a toujours t rare, et 
cette circonstance donna lieu au proverbe grec Bttou o-Uqtov, 
silphion de Battus ou de Cyrne , dont Battus tait fondateur , 
expression reue pour caractriser une chose rare 5 . Celui qui 
est de bonne qualit est roux , transparent , ayant une odeur 
semblable a la myrrhe, et non alliace, d'un got agrable, et 
blanchissant dans l'eau. Le meilleur est celui de Cyrne ; celui 

1 Opinion de Linn. 

a Id. de Sprengel , Hist. Rei herb. , 1 , p. 84. 

3 Id. de Bodceus a Stapel , Comment, in Theoph. 

4 Dlia Cella , in FI. Libye. , Vivian. 

5 O/ 1 ' v <To/ y fjtoi 

Te Xoi/tov tJv *<*J B*ttou <ri\q>iOv. 

Hesych., lib. v ; Aristoph. , in Plut., 926. 



3oa NOTES DU LIVRE XIX. 

de Syrie el de Mdie est moins boa el d'une odeur moins agrable : 
il est sophistiqu avec le sagapeman ou avec la farine ne fves 
( Diosc., loco ai. ). Pline, ainsi qu'on le voit par la lecture du 
texte , a copi Thophraste dans ce qu'il paratrait avoir ajout 
au texte de Dioscoride. On obtenait cette gomme-rsine de la 
tige et du collet de la racine , qui quelquefois s'levait au dessus 
du sol. Le suc de la tige, ucuxas , se gte plus facilement que 
celui de la racine, fiuts. Il se desscbe entirement l'air, etc. 
Ajoutons que si le sUphion cvrnaque a l'odeur de la myrrhe , 
celui de Perse, a celle de lait , et que c'est pourquoi on l'appe- 
lait scordolasarum. Le slphion cvrnaqoe jouissait d'une haute 
estime chex les Grecs, cause de sa saveur agrable et de l'a- 
grment de son odeur. Hippoerate {de Morb. nui., iy, 3oj) en 
lait l'loge ; on avait , suivant lui , cherch naturaliser le sU- 
phion dans le Ploponnse , mais sans aucan succs. 

Maintenant que nous connaissons bien la plante et son pro- 
duit, quelle plante et quel produit connu des modernes ta util 
les rapporter ? 

Est-ce la Fenda Asafiida et son produit nomm du mme 
nom, ainsi que l'a prtendu, le premier, Kaempfer (Aman. exoL, 
536 ) ? on serait tent de le croire. La racine est vivace , noi- 
rtre extrieurement ; ses tiges sont canneles, creuses, etc. : mais 
ce systme sera bientt renvers, si l'on veut se rappeler que les 
feuilles sont grandes, lisses, assez semblables celles de b pivoine, 
divises seulement en trois ou quatre folioles ovales- oblon- 
gues , etc. , et nullement comparables celles du persil ; que ses 
fruits sont ovales-oblongs , comprims , mais non munis d'ailes 
membraneuses ; enfin que le suc propre a pour odeur caract- 
ristique celle de l'ail , qui ne doit point exister dans le bon s- 
phion. Nous pourrions ajouter que toute la plante est imprgne 
d'un suc pais , ftide , qui ne permettrait pas de la rendre ali- 
mentaire. El que l'on ne vienne pas nous allguer que, les gots 
diffrant trs-souvent , tel peuple peut savourer ce que tel autre 
repousse avec horreur : ce ne serait pas ici le cas d'invoquer 
cette vrit , car X'asa ftia n'est point un aliment , mais un 
assaisonnement ; et la tige qui le produit a un degr d'cret si 
prononc , qu'elle incommoderait celui qui oserait l'ingrer. 



NOTES DU LIVRE XIX. 3o 

Est-ce la Fenila tingitana , L., ainsi que le veul Sprcngcl 
( Hist. Rei heii. , p. 84. ) ? Il est certain que les feuilles de cette 
frule sont les seules que Ton puisse comparer celles du persil, 
car elles sont trs-finement dcoupes. Ajoutons que les se- 
mences sont grandes, ovales et aplaties ; mais elle n'a t trouve 
jusqu'ici dans aucune des localits o les anciens auteurs placent 
leur silphion. Nous l'avons vue en Espagne , vis--vis Tanger, 
et rien ne nous dispose croire que cette plante fournisse une 
gomme-rsine. 

Est-ce la Ferula persica ? Non certainement ; car le peu que 
nous savons touchant cette plante douteuse ne peut se rapporter 
la description du silphion; et on lui attribue avec plus de rai- 
son le sagapeniun , que l'on sait tre identique avec le ntre. 
Quant l'opinion qui veut dsigner YAngelUa silvestris (Prosp. 
Alp. , de PL exot., p. 210), elle ne vaut mme pas la peine qu'on 
la discute. 

Il tic reste plus examiner que l'opinion du docteur Viviani , 
qui voit le silphion dans une ombellifre de Libye, qu'il a nom- 
me Thapsia Silphiuni ( Viv. , FI. Lih/c). Ce fut en 1817 que 
M. Dlia Cella, qui voyageait en Libye (ancienne Cyrnaque), 
dcouvrit celte plante, que le docteur Viviani reconnut pour 
un thapsia , et qu'il dcrivit sous le nom spcifique de T. Sil- 
phium. 11 n'a pas vu les (leurs , mais le feuillage est semblable 
celui de la plante que l'on trouve figure sur les mdailles cy- 
rnaques. Sa racine , qui est fusiforme , rend un suc gommo- 
rsineux qui peut s'paissir l'air. L'odeur en est agrable , et 
cette condition est de rigueur, car tous les auteurs grecs s'ac- 
cordent sur ce point. Ce qui dispose surtout adopter cette 
opinion, c'est que les semences de tous les thapsia sont compri- 
mes et munies de quatre ailes membraneuses , particularit qui 
aurait valu la plante le nom de qv^Kcv, feuille, qu'elle a port. 
Il faut dire pourtant qu'il paratrait que la quantit de produit 
gommo-rcsincux serait peu considrable; mais cela n'explique- 
rait que mieux la raret du silphion ou laser. 

Il ne reste plus dcider qu'une seule chose : le suc du j/7- 
phion tait-il bien produit par la plante dont nous venons de 
parler? nous n'en douions pas un seul instant, mais nous pet:- 



3o4 NOTES DU LIVRE XIX. 

sons que sous ce nom on confondait deux gommes-rsines vi- 
demment distinctes ; Tune , le vritable silphion , d'une odeur 
agrable; l'autre, ayant l'odeur alliace, suc moins estim que le 
premier , et d peut-tre la frule asa ftida. On voit clai- 
rement dans Dioscoride (loco cit.) que s'il y avait deux sortes 
de suc silphion , il y avait aussi deux plantes de ce nom. Il est 
vrai que cet auteur ne dit pas qu'il faille attribuer la plante de 
Libye , laserpitio similis , la plus mauvaise qualit de silphion 
( odeur alliace) , ce qui rend notre hypothse douteuse. Tho- 
phraste ( vi , g4 ) dit que cette plante vient en Syrie. 

Rsumons-nous , et disons : 

i. Que les hypothses mises par les commentateurs sur le 
silphion avant Dlia Cella , ne sont nullement satisfaisantes , et 
doivent tre rejetes ; 

2. Qu'il parait assez bien tabli que cette plante de la Cy- 
rnaque est le Thapsia Silphium , Vivian. , FI. Libye. ; 

3. Que le suc gommo-rsineux du thapsia n'est ni Yasa f- 
tida ni le sagapenum , mais bien une gomme-rsine particulire , 
et aujourd'hui inconnue ; 

4. Que des deux espces de suc silphion , l'une , celle qui a 
une odeur alliace parat tre due une plante diffrente , et 
que peut-tre c'est Vasa ftida. 

5g. Page 178, ligne 6. Silphion. Poinsinet veut trouver 
l'tymologie de ce mot dans le radical silf , qui , dans toutes 
les langues du Nord , concourt former les mots argent : siher, 
angl. ; silber , germ. ; sttfwer , sud. ; sehir , tartare , etc. Le 
nom de silphion lui aurait t donn parce qu'il tait vendu au 
poids de l'argent : Et ad pondus argenti denarii pensum. 

60. In Cyrenaica prooincia reper.'um. Tous les auteurs s'ac- 
cordent sur cette localit. Dioscoride en assigne plusieurs autres; 
mais le meilleur silphion, suivant lui , venait de la Cyrnaque , 
que l'on qualifiait de laserpitifre. 

Laserpitiferis jacet Cyrenis. 

Catull. , Eleg. vu, v. 4- 

61. Ligne g. Mullis jam annis in ea terra non invenilur. 
Scribonius Largus , qui vivait au temps de Tibre , a dit ( xvi , 



NOTES DU LIVRE XIX. 3o5 

comp. 67) : Medicamenta autan simplicia quidam hcecfaciunt : laser 
Cjrrenaicum , si polerit inveniri : sin minus , Sjrriacum tiqua dilu- 
ium, etc. Ce laser de Syrie n'est plus le vritable laser. 

62. Page 178, ligne i4- Ove, quum comedert, dormienie prc- 
tinus , capta sternutante. Cette absurdit n'a t puise par Pline 
dans aucun des ouvrages qu'il a compils ; elle lui appartient en 
propre. 

63. Ligne 18. Id quoque adulteratum gummi , sagapeno , etc. 
Ceci est confirm par Dioscoride (m , g). 

64- Ligne ig. Quo minus omittendum videtur , C. Valerio , 
M. Herennio coss. , etc. Ces personnages taient consuls l'an de 
Rome 661. 

65. Ligne 22. Id apud auctores Grci evidentissimos , etc. 
Si Plineveut faire ici allusion au texte de Thophraste (vi, 3), 
c'est qu'il ne l'a pas compris. 

66. Page 180, ligne 12. Postfoia amissa. Les feuilles de 
toutes les ombellifres tiges annuelles et racine vivace pris- 
sent avec les tiges elles-mmes. Thophraste {loco cit.) les dit 
annuelles. 

67. Ligne i5. Et hc duo erant nomina, etc. Les noms don- 
ns ces sucs leur venaient de la partie de la plante laquelle 
on les devait , pifa , radix , et kclvk , caulis. Le suc propre 
extrait de la tige des plantes herbaces est plus aqueux que celui 
qu'on obtient des racines , et peut s'altrer bien plus vite. 

68. Ligne 22. Alii tradunl laserpitii radicem fuisse ma'/orem 
cubitali , etc. Cette partie de la racine qui sort de terre est le 
collet ; c'est toujours l qu'on pratique les incisions , afin de 
faciliter la sortie des sucs gommo-rsineux. 

69. Ligne 2^.. Caule , quem mag/darin vocarunt. C'est en 
effet le nom que donne Thophraste la tige de cette plante. 
Poinsinet veut que ce mot signifie baguette des Mages. 

70. Page 182, ligne 5. Persico silphio , etc. Cf. Eustathe sur 
le vers 1017 de Dionysius , p. 127. Tout ce paragraphe est em- 
prunt Thophraste (vi , 3). 

71. XVI, page 182 , ligne 7. Alterum genus ejus est , etc. 
Thophraste ( Hist. pi. , vi , 3 ) a fourni tout ce paragraphe 

XII. 20 






3o6 NOTES DU LIVRE XIX. 

notre auteur. S'il faut l'en croire, le mag/daris diffre du laser- 
pilium; il est plus facile rompre, moins odorant, et ne fournit 
point de gomme-rsine (laser) ; son port est aussi diffrent II 
vient en Syrie. Celui qu'on a dit avoir trouv dans la Cyrnaque 
et sur le Parnasse est une sorte de laserpitium. Cette plante f 
rulace porte des pines tantt sur ses feuilles et tantt sur ses 
tiges , etc. Dioscoride affirme ( III , o,4) que le mag/daris crot 
en Libye ; sa racine , selon lui , est semblable celle du laser- 
pitium : toutefois , elle est moins grosse , moins acre , fon- 
gueuse , et ne laisse dcouler aucun suc. Sprengel ( Hist. Rei 
herb. ) a dcid sur ce peu de renseignemens que le mag/daris 
pouvait tre rapport une ombellifere du genre laserpitium , 
le L.fendaceum, L. ; mais il faut convenir que des dsignations 
aussi hasardes nuisent plus la science qu'elles ne la servent. 
Cette plante , trouve par Tournefort non loin des frontires de 
Perse , a bien le port des frules ; mais combien d'ombellifres 
sont dans ce cas! La racine est pleine d'un suc acre et fort amer, 
et nous avons vu que Dioscoride dit positivement le contraire. 
Les fruits sont fongueux , tandis que l'auteur grec rapporte ce 
caractre la racine, fort grosse dans la plante des modernes , et 
fort petite dans la plante des anciens. Rsumons-nous en deux 
mots ; il n'est pas possible d'arriver la dtermination de la 
plante nomme futyvS'etpif par les Grecs. 

Voici la concordance synonymique , ou plutt l'numration 
des auteurs qui parlent de cette plante : 

MctyvfttpK , Theoph. , vi , 3 ; Diosc. , ni , 94. Magj- 
daris, Plis. , loco comm. Genus umbeUiferarum affine cum 
fendis. Cf. sur le sjrlpfuon, la note 58. 

Ce mot de mag/daris a exerc la sagacit de Poinsinet de Sivrv. 
Suivant cet auteur, c'est un mot persau qui signifie baguette des 
Mages, daris paraissant appartenir au verbe arabe darab, frapper. 

72. Page 182, ligne 8. Quod circa Sjriam nascitur, etc. le pi 
Ivpicts , dit Thophraste , que Pline copie. Dioscoride fait natre 
au contraire cette plante en Libye, it AtCvn. Cf. ces auteurs aux 
passages cits plus haut.. 

j3 Ligne \"i. Probatio sinceri prima , in colore modice rufo. 



NOTES DU LIVRE XIX. 3o 7 

et quum frangitur, candido intus. &ia.qpsi , dit Dioscoride ( III , 

g4 ) , <T& ctvTov o vTpvpos , xa't S"ia.vyhf , rnvpvittv /xi <Tk 

krrmvs , 'O-pf tmv ^evo-zf svyjpis re <T/W <oi t xvxp 
^pw^efc , etc. 

74. Page 182 , ligne i4 /fyua salaque liquescit. On sait en 
effet que les gommes-rsines sont solubles en partie dans l'eau. 

75. Ligne i4- Usus in multis. Pline traitera des proprits 
du laser aux chapitres 4.8 et .+<) du livre suivant. 

76. XVII , page 192 , ligne 17. Sunt eiiamnum duo gnera 

inprimis rubia, etc. Donnons d'abord la concordance synonymique 
de cette plante clbre. 

'Efo/JoJWov, Hippocr. , de Vict. acut. , 4.07 ; Ejusd. , vil , 9, 
ix, 14 ; Diosc. , m, 160. iLj, .AEgypt. <$>qv g/>ufl/>Jr, 
PHIL. Alexandrin. Rubia, Plin. , loco comrn. ; Rubia, 
C.SL., AUREL., Chron., III, 5 ; Warreniia, Carol. Macn., 
Capit. Azala ou Jzari , Smyrn. Rubia tinclorum saliva, 
C. BAUHIN, Pin., 333; Rubia tinclorum, L. , Spec. plant. , 
a5g. La garance des teinturiers. 

Le mot latin rubia tire son origine du celtique rub , rouge. 
Ce radical a aussi fourni le mot latin ruber. On le retrouve 
dans Robert, nom autrefois appliqu exclusivement aux hommes 
cheveux roux. L'pithte robertianum , donne un granium 
counu des botanistes , signifie rougelre , et l'on sait en effet 
que les tiges et les ptioles sont d'un rouge trs - prononc. 
Les mois rubis et rubicon ont une origine semblable. Notre vieux 
mot rubrique tait jadis donn aux livres de droit, parce qu'ils 
taient crits avec une encre rouge dont la base tait la garance. 
Rhus , rubus , et mme rosa , sont galement drivs du mme 
radical. S'il fallait en croire Poinsinet de Sivry , notre mot ga- 
rance serait un mot d'origine wisigothique, et viendrait du verbe 
sudois garfwa , qui signifie corroyer , parce que les peaux d'a- 
nimaux taient presque toutes colores avec la garance. Cette 
tymologie n'est point admise par M. de This, qui tire l'origine 
du mot garance de garringoa, rouge, en cantabre, mot qui a pour 
radical gar , synonyme de rub en celtique. Ces tymologies me 



o8 NOTES DU LIVRE XIX. 

semblent tout--fait hasardes. Sans savoir au juste d'o vient 
ce mot garance , il est certain qu'on le retrouve dans le mot 
warrentia , nom qui est donn la garance dans les Capitulaires 
de Charlemagne. 

nj, Page 184, ligne 1. Laudatissima Italica , et maxime 
suburbana. Dioscoride ( III , 160) met en premire ligne la ga- 
rance de Ravenne. Cette racine prcieuse , laquelle des tra- 
vaux rcens dus nos honorables amis , MM. Robiquet et 
Kuhlmann , viennent de donner une nouvelle importance , est 
cultive avec succs dans la plus grande partie de l'Europe , 
surtout dans le midi de la France. Il en vient aussi du Levant , 
et surtout de la Hollande : celle de Lille a de la rputation. 

78. Ligne 3. Sponte provenu , seriturque similitudine ereili. 
Verum spinosus ei caulis , etc. Il ne faut pas prendre la lettre 
la description donne par Pline. Les tiges de la garance ne sont 
pas pineuses, mais seulement hrisses de poils raides, ou plu- 
tt de petites dents crochues. Il faut reprocher une lgre inexac- 
titude Dioscoride , dont Pline a presque littralement copi le 
texte en cet endroit. Il n'y a aucun rapport vritable entre les 
semences de cette rubiace et celle de l'orobe (en-ili). 11 n'est 
pas juste non plus de dire que les fruits sont rouges , car ils sont 
noirtres. 

7<). Ligne 6. Quos in medicina usus habeat , suo dicemus loco. 
Pline traitera en effet des proprits mdicinales de la garance 
au livre xxiv, chapitre 56. 

80. XVIII, page 184., ligne 8. At quos vocatur radicula , la- 
candis demum lanis succum habet. On voit que ce mot est un 
diminutif du mot radix ; pourtant il est appliqu une plante 
dont la racine est assez grosse (Radix magna , Plin. ). On a cru 
que cette plante tait le Reseda luteola des botanistes, en franais 
la gaude; mais Pline , non plus que les auteurs grecs , ne disent 
rien de ses proprits tinctoriales. 

Voici comment nous tablissons la corcordance synonymique 
de cette plante : 

27/>oyfliop , TllEOPO. , VI , 7 ; DlOSC. , I , ig3. Radix la- 
noria, COLLM. , XI , 1 ; PlIN. , XIX , 18; Pseudo-siru- 



NOTES DU LIVRE XIX. ^09 

thium, MATCH. Cast. ; Struthium, La<;. ; GESSN. , lloit. 
Germ. ; Planta ignola an Gypsophila Struthium . L. , Spec. 
pi. , 582 ? ? Opinion de Ferd. lmpcrati , Comment. Diosc , 
liv. 11 , ''li- <)>. 

Cette concordance synonymique ne peut pas tre considre 
comme dfinitivement arrte. II n'est pas possible , dans l'tat 
actuel de nos connaissances , de dcider quelle est la radicula , 
et si on doit la rapporter au <r1pov6iov , Via-kris ou au yy^eviov. 
Ce point de botanique des anciens forme une question trs- 
complique que nous aurons l'occasion d'examiner plus com- 
pltement ailleurs. Les personnes qui voudraient de plus longs 
dtails sur ce sujet peuvent recourir aux Commentaires de Ro- 
dus de Stapel sur Thopbraste (vi , 7 ). On a dsigne , mais 
suivant nous sans raison , la Gypsophila Struthium , qui abonde 
en Espagne. Cette plante est riche en principes mucilagiucux , et 
ne contient pas de principes colorans. Les caractres botaniques 
ne permettent pas de reconnatre en elle la radicula de l'auteur 
latin. Cf. la note 82. 

81. Page 184, ligne 10. Nascitur saliva ubique , etc. La 
Gypsophila Struthium crot en Espagne , et il n'est pas impos- 
sible qu'on ne la trouve aussi dans d'autres localits. Linn a 
prtendu que la lige et la racine de celle plante servaient encore 
aux Espagnols aux usages auxquels les anciens employaient la 
radicula. Nous n'avons pourtant rien vu de semblable dans ce 
pays, que nous avons habit assez long-temps. 

8a. Ligne 1?.. Caule ferulaceo , tenui , etc. Celle description 
assez complte ne nous permet gure de reconnatre la Gypso- 
phila Stiuthium. Elle fleurit en aot , mais sa lige n'a rien qui 
la rapproche de celle des frules. Ses feuilles troites, linaires, 
demi-cylindriques , et souvent fascicules , diffrent tout- -fait 
de celle de l'olivier. Enfin , sa tige n'est ni pineuse ni lanugi- 
neuse. On sait que par semen nullum , Pline entend dire semence 
fort petite. Cette particularit est vraie , mais elle ne peut cer- 
tainement suffire pour faire adopter, mme avec doute, la gypso- 
phila pour la plante dont il est ici question. 

83. XIX, page i84, ligne 19. Ah fus sitperesl revoit adhorto- 



3io NOTES DU LIVRE XIX. 

rum curam, etc. Par hortus, les Latins entendaient parler uniquement 
d'un jardin potager , huerla des Espagnols. Les jardins d'agr- 
ment et ceux qui runissaient l'utile et l'agrable taient com- 
pris sous le nom de horti, les jardins. En franais , le mot jardin 
est collectif et n'a qu'une signification vague ; il s'entend du 
jardin de la chaumire et de celui du chteau ; aussi a-t-on cher- 
ch diffrencier les diverses sortes de jardin : celui qui ne 
renferme que des fleurs est le parterre , celui o on ne voit 
que des arbres fruitiers est le verger, le terrain consacr la 
culture des arbres est une ppinire. Les Latins n'taient pas 
beaucoup prs aussi riches en expressions varies. Les premiers 
jardins furent destins d'abord la culture des plantes potagres ; 
le besoin de dfendre ces plantes alimentaires de la dent des btes 
fauves les fit entourer de fosss ou de haies, de sorte qu'on peut 
penser que ces premiers jardins diffraient peu des ntres. A 
peine l'homme a-t-il satisfait ses besoins , qu'il songe ses 
plaisirs. Les parterres alignrent donc leurs planches rgulires 
pour y recevoir des fleurs ; les statues des dieux protecteurs des 
jardins , puis celles des hros ou des demi-dieux y trouvrent 
leur place ; les marbres prcieux , les vases de prix , les bassins 
d'o jaillissaient des eaux fraches et limpides vinrent embellir 
ces lieux de dlices, et le luxe fut satisfait. 11 ne faut pas ajouter 
une croyauce aveugle tout ce que les anciens nous racontent 
des jardins de l'antiquit. Ce qu'ils nous ont appris de ceux des 
Hesprides est ml de fables incroyables , et tout se borne 
penser que les filles d'Hesperus possdaient un jardin bien en- 
tretenu, dfendu, par de gros chiens, de l'invasion de leurs voi- 
sins , et dans lequel elles cultivaient des plantes remarquables par 
leur beaut , notamment des orangers , mala aurea ; c'est sans 
aucun doute de l'or de ces admirables fruits qu'Ovide a dit : 

Arboreae frondes , auro radiante virantes , 

Ex auro rainos , ex auro poma tegebant. 

Mctam. , iv, v. 636. 
Ce n'est pas ici le lieu de rechercher le lieu o se trouvaient ces 
antiques jardins. Quant aux jardins d'Adonis , il faudrait , avant 
d'en parler , chercher si ce personnage , que l'on croit tre fa- 
buleux , a jamais exist (Cf. la note suivante); c'est pourquoi 



NOTES DU LIVRE XIX. 3n 

nous nous abstiendrons d'en parler. Les jardins d'Alcinoiis , 
clbrs par Homre, ont pu exister en effet; mais il faut, pour 
apprcier ce qu'en dit le pote , dgager le rcit de tout le mer- 
veilleux qu'il renferme , et l'on n'aura plus qu'un jardin habile- 
ment-dirig , o , par des procds de culture mieux entendus 
qu'ailleurs , on obtenait de meilleurs fruits et en plus grande 
quantit. Les jardins suspendus , si renomms cbez les Grecs , 
doivent tre mis au rang des fables. Ou conoit en effet difficile- 
ment qu'on ait lev des jardins plants de grands arbres sur des 
poutres portes par d'innombrables colonnes en pierre. Dans 
quel but aurait-on fait cette dpense ? combien de temps auraient 
pu durer les poutres de palmier , charges d'une norme masse 
dterre vgtale humide, et attaques par d'innombrables in- 
sectes ? La docte antiquit est sans doute fort respectable , mais 
nos aeux ont t beaucoup trop loin dans le respect qu'ils 
avaient pour elle, puisqu'il leur a fait admettre comme vrits 
une foule de choses hasardes , et qui ne peuvent supporter un 
examen approfondi. Il rsulte videmment de la lecture attentive 
des crits des anciens sur leurs jardins, qu'ils taient bien moins 
avancs que nous dans la science horliculturale. 

84.. Page 186 , ligne 3. Adonis. Ce mot /idons , en grec 
"h.S'av , v A<JWo? , est ici au gnitif. Les anciens nommaient jardina 
d'Adonis les lieux o l'on cultivait les plantes des pays chauds 
dans des vases irepiqoptiTovs , ou caisses en bois. 'Afovtioi kHtoi 
XtyovTcti 01 /ugrcpot kHtoi , dit Suidas (p. 83). Platon en parle 
aussi dans Phdre. Adonis, suivant la fable, est fds de Cinvre, roi 
de Chypre. On lit dans Ezchiel (vill , i4-) : Les femmes pleu- 
raient Adonis : ces lamentations avaient pour cause les maux <!< 
la lune , c'est--dire les clipses ; elles duraient jusqu' la tin du 
cinquime jour de la lune: c'est pour cela que le prophte Ez 
chiel (vill , 1 ) croit que ces lamentations avaient lieu au jour 
dit , qirinla mensis. Trois sortes de crmonies pratiques par les 
Juifs sont dcrites successivement dans ce chapitre. La premire 
tait la Thurificatio idolorum, V encensement des idoles ( V, g, 10, 
11); la seconde s'appelait Planctus Adonidis , gmissemeiis sur 
la mort d'Adonis (11, i3, i4) la troisime consistait dans 
l'adoration du soleil levant ( i5, 16). Les femmes juives ado- 






3ia NOTES DU LIVRE XIX. 

raient donc la lune comme les hommes adoraient le soleil , ceux- 
ci d'ailleurs beaucoup plus coupables en se souillant du crime 
de l'idoltrie , qui est toujours moins honteux chez les femmes 
que chez les hommes. Les femmes faisaient des gteaux pour la 
reine du ciel , ou la lune , comme nous l'apprend Jrmie 
(vu, 18), et les hommes lui offraient aussi des sacrifices dans 
les villes de Jude et sur les places de Jrusalem , et lui at- 
tribuaient l'abondance dont ils jouissaient. C'est sous le mme 
nom que Crs est dsigne dans Virgile , au commencement 
du livre I er des Gorgiques. Adonis est aussi appel Luna , c'est- 
-dire Dominatrix , nom fminin tir du mot masculin hbreu 
VTN. Adonis est donc appel Luna , parce qu'il dominait sur 
les moissons, si l'on peut parler ainsi. zchiel dit que le nom 
du jour quinta mensis vient de ce qu'au sixime jour la lune avait 
tout son clat: et Pline soutient que les druides, chez les Gau- 
lois , faisaient commencer le premier mois de l'anne par ce 
jour. Ainsi on peut croire qu'Ezchiel a indiqu l'tymologie 
de cette expression quinta mensis avec beaucoup de vraisem- 
blance, parce que pendant toute la dure de ce jour les femmes 
faisaient entendre de grands cris sur la mort d'Adonis , ou la 
lune. Dans Virgile ( Eclog. x , v. 1 1 ) , Adonis est le nom d'un 
berger ; et Plaute parle aussi d'un Adonis dans ses Mnechmes 
(act. I, se. 2 , v. 34); mais ni l'un ni l'autre ne disent qu'il tait 
pleur par les femmes ou par les hommes. Il existe dans la 
fable un autre Adonis , dont Thocrite , Bion et d'autres auteurs 
font mention ; mais qu'a-t-il de commun avec celui des femmes 
de Jude et d'zchiel ? Hardouin. 

85. Page 186, ligne 6. Quippe etiam Superbus Tarquinius 
nuntium illum svum , etc. Sextus dpcha un exprs son pre 
pour prendre conseil sur la conduite qu'il devait tenir envers 
les Gabiens , dont il avait gagn la confiance , et qu'il voulait 
asservir. Tarquin , qui ne voulait pas confier cet exprs les 
ordres qu'il avait donner son fils, le conduisit dans un jardin 
o il y avait quantit de pavots fleuris ; l , 'se promenant d'un 
air taciturne et mlancolique , il s'amusa abattre , avec une ba- 
guette qu'il tenait la main, les ttes de pavots les plus leves, 
et aprs avoir fait plusieurs tours d'alle , il renvoya le courrier 



NOTES DU LIVRE XIX. 3i3 

sans rponse. Sextus n'eut pas de peine comprendre l'intention 
de son pre : il fit mourir, sous divers prtextes , les hommes 
qui avaient le plus d'autorit Gabies , et , devenu le matre , 
il livra cette ville aux Romains (Cf. Val. Max. , vii,(,n'i, 
et Rollin, Hist. Rom., I, ig4 > dit in-12, 174.0). Thrasybnle 
de Milet avait autrefois donn le mme conseil Priandre . et 
d'une manire semblable. Ce fait , qui est attribu deux per- 
sonnages , ne doit vraisemblablement tre attribu personne. 
Cf. plus loin la note 282. 

86. Page 186, ligne 9. In horto vero, heredium. Varron f de 
Re rust., I , 10) a employ aussi ce mot heredium, qui est dfini 
par Festus , prdium parvulum. 

87 . Ligne 25. Primus hoc instituit Athenis Epicurus otii magisler. 
On lit dans plusieurs ditions olii magister , mais les manuscrits 
portent tous hortorum magister , sans doute parce qu'Epicure 
acheta un jardin Athnes, pour y enseigner la philosophie. 

88. Ligne 22. Aves ullra Phasidem amnem peti , etc. On sait 
que l'oiseau du Phase est le faisan, Phasianus colchicus , L. ; 
nos potes le dsignent encore sous ce nom. ( Cf. Pline , au 
livre x.) La Colchide, clbre par la fable de Jason et de Mde, 
tait prsente par les potes comme une terre de prodiges. 

89. Page 188, ligne 4- Inveterari vina , saccisque castrari. 
Cf. au livre XIV la note 274. Pline a dit : Quin immo ut plus 
capiamus , sacco frangimus vires. Pline entend parler ici des vins 
passs au sac, c'est--dire filtrs et privs d'une partie des im- 
purets qu'ils renferment souvent. Cette opration avait aussi pour 
but de priver le vin d'une grande partie de son alcool. 

qo. Ligne 6. E frugibus quoque quoddam alimentum sibi 
excogitasse luxuriam , etc. Par moelle du bl , Pline entend sans 
doute parler de la fine fleur de farine , dont on fait un pain 
dlicieux ; c'tait sans doute l le partis siligineus , auquel on 
donnait une forme particulire, et que l'on couvrait de dessins. 
Cf. la note 272 , au livre prcdent. Pline , en parlant de Yalica, 
a dit : Sed inter prima dicatur et alic ratio, prstanlissim salu- 
berrimque : qu pama frugum indubitnla llaliam conlingil... alita 
fit e zea nudata concidilur medulla . etc. 

91. Ligne 22. In his quoque aliqua sibi nasci tribus negant, etc. 



H14 NOTES DU LIVRE XIX. 

Le Brassica capitata alba, C. Bauhin , Pin. , III , peut acqurir 
de trs-grandes proportions : il en est qui psent plus de dix 
douze livres. 

92. Page 188 , ligne 25. Ecce altiles spectaniur asparagi, etc. 
Il est presque superflu de prvenir que l'assertion de Pline est 
exagre. Aucune varit de l'asperge n'atteint les proportions 
auxquelles on devrait supposer qu'elle atteindrait d'aprs l'va- 
luation du poids indiqu dans cette phrase. 

g3. Ligne 27. Heu prodigia ventris , etc. Tout ce long pa- 
ragraphe est dclamatoire. Les lgumes qui demandent plus de 
soins de culture doivent avoir un prix lev. Il est tout simple 
que l'ananas cultiv en serre chaude soit plus cher que le chou 
cultiv en plein champ , et qu'il reste un fruit de luxe ; heureu- 
sement que le pauvre peut s'en passer sans que cette privation 
lui soit bien pnible. Le chardon auquel Pline fait allusion 
est le Cynara Cardunculus des botanistes. Il est probable que 
du temps de notre auteur la culture de ce lgume tait fort peu 
rpandue. 

94- Ligne 20. Hi nies , illi glaciem potant. Plus habiles que 
les Romains dans l'art de prparer les boissons glaces , nous 
eu faisons des sorbets ou des glaces en les associant avec le 
sucre et les fruits riches en parfum ou en acidit. L'hygine 
nous a appris que l'eau de neige ou l'eau de glace taient nui- 
sibles la sant , et qu'elles exeraient une action trop ner- 
gique sur l'estomac. Aulu-Gelle (xix, 5) fait mention des bois- 
sons glaces : Is nos aquam multum ex diluia nive bibentes coerce- 
bat , se veriusque increpabat. Martial en a parl aussi : 

Nec labris nisi magna ineis crystalla terantur, 
Et faciant nigras nostra Falerna nives. 

Epigr. ix , a3. 

Nec nisi per niveau Caecnba potet aquam. 

Epigr. m, 17. 

Horace nous fait connatre qu'on mettait rafrachir des carafons 
de vin dans l'eau courante ( Od. Il, 11 , v. 20). 

g5. Ligne 22. Servatur algor stibus , excogitaturque ut alie- 
nis mensibus nix algeat. On voit par cette phrase que l'usage de 



NOTES DU LIVRE XIX. 3i5 

conserver la glace pendant l't remonte fort loin (Cf. Athen. , 
lib. m, 21). Martial parle, dans ses Epigrammes , d'eau et de 
vin refroidis avec la neige : 

Non potare nivcm, sed aquam potare rigcntem 
De nive , commenta est ingeniosn silis. 

JSpigr. ii v, 117. 
Et plus loin : 

Massili lumos miscere nivalibus undis 
Parce, puer, constet ne tibi pluris aqua. 

U , 118 

gG. Page igo , ligne 20. Hortorum Cato prd/cal coules. 
Quoique les modernes aiment beaucoup les choux , ce lgume 
n'occupe pas la place qu'il avait dans l'estime des anciens , nos 
mdecins reprochant cet aliment de ne pas convenir aux esto- 
macs dlicats. Caton (i56 et i5y), auquel Pline renvoie, dit po- 
sitivement : Brassica est, qu omnibus oleribus antistat. On peut, 
dit-il , le manger cru ou cuit : Eam eslo, vel coctam, vel crudam. 
Toutefois, il dclare que, pour le manger cru, il faut l'associer au 
vinaigre. Nous doutons qu'on pt le manger ainsi sans inconv- 
nient. Le chou recle en grande quantit un principe acre, qu'on 
retrouve dans toutes les crucifres ; il faut absolument que la 
coclion le lui enlve, pour qu'il prenne place parmi les alimens 
sains et agrables. 

'97. Ligne 24. Quippe e carnario, aut macello. Les Espagnols 
ont conserv dans leur langue ce mot camarium , qui a servi 
former le mot carniceria , qui s'applique avec plus de raison au 
march o l'on vend la chair des animaux destins la nourri- 
ture de l'homme. Notre mot boucherie, prsente beaucoup pins de 
vague , et devrait s'appliquer aux lieux o l'on vend les den- 
res alimentaires de toute espce. MaceUum signifiait primiti- 
vement le march aux herbes, et Varron (de Lingua Int., p. 35) 
nous en donne l'assurance en ces termes : Forum olitorium : hoc 
erat antiquum macellum , ubi olerum copia. Ea loca etiamnum La- 
cedmonii vacant juaKehhru , sed Iones os lia horlorum et castdli 

H&Kihhovs etc. Plus tard le mol macellum prit de l'extension, 

et rpondit exactement notre mot march. 



3i6 NOTES DU LIVRE XIX. 

g8. Page 190 , ligne 26. Iderat oleo parcere ; nam gari desi- 
deria eliam in exprobralione eranl. Le garum est peut-tre , de 
toutes les prparations culinaires des anciens , la seule qui ait 
t conserve par les modernes. Nagure encore le garum tait 
employ en Italie, et de nos jours on en fait usage aux Indes et 
en Turquie. A Constantinople , il sert conserver les poissons 
cuits qui n'ont pas t mangs dans la journe. Il parat qu'il y 
avait une infinit d'espces de garum. Dioscoride parle d'un garum 
fait avec la chair des quadrupdes , et d'un autre fait avec les 
scorpions ; il le regarde plutt comme un mdicament que comme 
un vritable assaisonnement. On le prparait communment en 
faisant subir un commencement de putrfaction des dbris de 
poissons saupoudrs de sel. On recueillait le fluide corrompu 
( sanies puirescentium) , et on y ajoutait des aromates. Quelques 
auteurs en faisaient un grand cas ; toutefois Martial dit (lib. vil, 
epigr. g4) que cette liqueur tait noire, d'un aspect dgotant, 
et d'une odeur repoussante : 

Unguentum foerat , quoi! onyx modo parva gerebat : 
Olfecil postqnam Papilus, eccc garum est. 

Nanmoins cette ftidit n'empchait pas le garum d'tre fort re- 
cherch, puisque ce mme Martial en a dit (lib. xm, epigr. 82) : 

Nobile mine sitio luxuriosa garum. 

Et ailleurs (lib. xm, epigr. 102): 

Exspirantis adhuc scombri de sanguine primo , 
Accipe fastfsum , mimera cara , garum. 

Cela nous amne naturellement chercher quelle espce de pois- 
son servait particulirement la confection du garum. On voit 
dans le passage cit plus haut qu'Athne parle d'un scombre 
qui est notre maquereau commun, Scomber Scombrus de Linn, 
et qu'on suppose avoir port nagure le nom de garum. Le pi- 
card , Sparus Smarris de Linn ; l'anchois , Clupea incrasicholus 
de Linn , et probablement une foule d'espces voisines , taient 
employs faire le garum; le thon mme servait cet usage, 
puisque Horace a dit ( lib. il , sat. 9 , v. 46) : 

Garo de succis piscis Ibcri. 



NOTES DU LIVRE XIX. 3, 7 

Nous ne nous tendrons pas davantage sur cet assaisonnement, 
dont il sera question plus au long livre jcxxi, cliap. .{3 ; nous 
nous contenterons de dire ici que , pour bien entendre les au- 
teurs anciens , il faut distinguer les mots ganis et garum ; le pre- 
mier n'tait autre chose que le nom du poisson des intestins du- 
quel on faisait la saumure garum, le second tait la saumure 
elle-mme ; mais quel que ft le poisson dont on servait , elle 
conservait toujours le nom de garum , etc. 

99- Page ig2, ligne 22. Et contingat aliqua gratta opei 
curque nostr , etc. Le pre Hardouin renvoie au vers G , livre iv 
des Gorgiques , o. Virgile dit : 

In lenui labor : at tennis non gloria 



non en parlant des jardins, mais en parlant des abeilles, auxquelles 
il consacre le livre cit. On doit vivement regretter que le pote 
de Mantoue n'ait pas chant les jardins ; Columelle, qui a rempli 
cette lacune, ne console pas de celle perte. 

100. XX , page 192 , ligne 27. IJortos vill jungendos non 
est dubium , etc. Tous ces moyens d'irrigations sont encore em- 
ploys de nos jours dans diverses parties de l'Europe , et varis 
en raison des localits. L'eau de puits, trop froide, peut nuire 
la vgtation, en dterminant un abaissement trop considrable 
de temprature. L'arrosemcnt au moyen d'une roue est frquem- 
ment mis en usage en Barbarie et en Espagne , o l'on donne 
celle machine le nom de noria. Elle consiste en un chapelet 
pos sur une roue , et qui porte une suite non interrompue de 
godets qui puisent successivement l'eau et la versent dans un 
rservoir o elle est reue. La roue putale dont parle Pline est 
sans doute la mme que celle qui est dcrite par Vitruve ( liv. vil, 
chap. g). La pompe est rarement employe, mais la bascule l'est 
trs-frquemment . 

101. XXII, page ig4i Hgne22. Aliorum fructus in terra est , 
aliorum et extra, aliorum non nisi extra. Pline, par le mot fructus , 
entend probablement ici parler de la partie mangeable des l- 
gumes , des tubercules ou des racines charnues , par exemple , 



3i8 NOTES DU LIVRE XIX. 

et non point du vritable fruit. On ne connat parmi les plantes 

cultives dans les jardins qu'une seule plante dont le fruit mrite 

jusqu' un certain point le nom de souterrain ; c'est X Arachys 

hypoga de Linn , ou pistache de terre , que Pline ne pouvait 

connatre. 

102. Page ig4 > ligne 25. Cortex (cucumis') huic uni maturi- 
tate transit in lignum. Notre auteur, en disant que le fruit du 
concombre devient aussi dur que le bois , tombe dans son exa- 
gration ordinaire : elle n'a ici que peu d'inconvnient; mais elle 
doit nous apprendre nous tenir en garde contre les assertions 
hyperboliques rpandues avec profusion dans son ouvrage , sur- 
tout quand elles ont rapport des productions lointaines. 

io3. Ligne 27. Atque alio modo inul , siser , pastinac. 
Il y a lieu de s'tonner en voyant l'aune figurer parmi les l- 
gumes. C'est une plante fortement odorante, amre, excitant la 
salivation ; la culture ne lui enlve que bien peu de ses propri- 
ts dsagrables , et nous avons ici la preuve que les anciens 
taient beaucoup moins dlicats que nous sur le choix de leurs 
alimens ; cependant , associe au sucre, on en prparait un condit 
qui n'a rien de bien dsagrable. Il sera question du siser au cha- 
pitre 28, du pastinaca au chapitre 27, et de Yinula au chapitre 29 
de ce mme livre. 

io4-. Qudam vocabimus ferulacea , ut anethum , malvas. 
Le rapprochement entre la mauve et l'aueth , placs tous deux 
parmi les plantes frulaces par notre auteur, annonce l'igno- 
rance la plus complte de la botanique. Il est peu de plantes 
qui diffrent davantage. Il sera question de l'aneth au cha- 
pitre 74 du livre suivant. Disons maintenant quelque chose des 
mauves. 

Ou voit videmment , par une lecture attentive du texte de 
Pline , que cet auteur parle de plusieurs espces distinctes , et 
qu'il dsigne comme maha des plantes sur lesquelles il n'avait que 
des donnes vagues et incertaines. Il y a exagration dans l'appr- 
ciation de la hauteur de plusieurs d'entre elles. La plus grande 
malvace europenne ne dpasse gure dix pieds. Ne nous ton- 
nons pas de voir la mauve figurer parmi les plantes potagres ; 
dans le midi de la France , on fait entrer les mauves dans les 



NOTES DU LIVRE XIX. 3ig 

brdes , sorte de pot-pourri compos de lgumes. En Chine ou 
en mange les feuilles comme nous mangeons les pinards. 

Voici comment nous tablissons la concordance synonymique 
du genre malva : 

Mctxx ,, 'i Hom., Batrochom. , 160; HESIOD. , Opra et dies , 
4.1 ; Aristoph. in Plut. , Athen. , Deipnos, 11,5a; Moa6%i, 
Antiph. apud Athen. y II , 5a. Maladie, Col. , de Re rust., 
X , 247 ; Malva , PLIN. , loco comm. ; XX , 84 x ; PALLAD. , 
Februar., 2^.; Oct., 1 1 ; Malv varice species, prcipue malva 
silvestris , L. La mauve champtre. 

io5. Page io,4- > ligne 2g. In Arabia mahas septimo mense 
arborescere, etc. En rduisant cette assertion ce qu'elle peut ren- 
fermer de rigoureusement vrai , on sera amen dcider que la 
rapidit de la croissance de cette mauve d'Arabie indique une 
plante annuelle , et probablement le Lavatera arborea , ou quel- 
que espce voisine , qui atteint souvent en quelques mois une 
hauteur de dix pieds , et quelquefois davantage , lorsque ce dve- 
loppement est favoris par le sol et la temprature. Cf. Theoph. , 
Hist. plant. ,1,5. 

106. Ligne 20. Sed et arbor est malva in Mauretania Ipsa 

altitudinis pedum XX, crassitudinis quant circumplecti nemo possit. 
Aucun arbre de la famille des malvaces , si l'on en excepte les 
adansonia et quelques autres plantes exotiques que Pline pouvait 
connatre , n'atteint les proportions dtermines dans la phrase 
que nous commentons. Il s'agit donc d'un arbre tranger cette 
famille , et qu'il n'est pas possible d'indiquer. 

107. Page 196, ligne 2. In simili gnre habebituret cannabis. 
Nous ferons, au sujet du rapprochement de la mauve et du chanvre, 
la mme observation que nous avons faite au sujet de la mauve 
et de l'aneth , note io4- Nous traiterons du chanvre au livre sui- 
vant, chapitre 97. 

108. Ligne 2. Necnon et carnosa aliqua appeUabimus , etc. Le 
pre Hardouin dcide qu'il s'agit ici de la conferve, dont l'auteur 
traitera plus au long livre xxvil , chapitre 45. Nous examinc- 

' Cf. la note 211 du livre cit pour le complment de cette syno- 
nymie. 



3 ao NOTES DU LIVRE XIX. 

rons celte question en son lieu , et nous nous contenterons de 
dire ici que la dsignation de plante charnue , naissant dans les 
prs, convient assez mal la conferve, plante immerge et flot- 
tante , dont l'apparence est filamenteuse et non charnue. 

ioq. Page 196, ligne 4- Fungorum enim calhim, etc. Pline 
a parl eu effet des champignons au livre XVI , chapitre i3 , 
sous le nom Sagaricum , et au prsent livre sous ceux de misy , 
iton , geranion ztpzique (chap. 12 et i4) 

110. Ligne 5. Et alio gnre tuberum paulo ante. Pline en a 
parl en effet au chapitre 1 1 de ce mme livre. Cf. la note 4&- 

m. XXIII, page 196, ligne 8. Cartilaginei generis , extra- 
que terrant est cucumis. Etablissons d'abord la concordance syno- 
nymique du cucumis : 

DINfcfp, Nombr., II, 5. S/xwof ou ^ikvs rijuspos , ThEOPH. , 

vu , 4 ; Diosc. , 11 , i63 ; Athen. , m , 4 ; Aristoph. 
Commis, Virg. ; Coi.um., x, a34., 38o ; xi, 3; Pallad., 
Mart., 9 ; Cucumis sativus , L. , Spec. pi. , T 437 Le con- 
combre. 

L'tymologie de cucumis , de mme que celle de cucurbiia , a 
pour radical le mot celtique eue , qui signifie chose creuse. 

L'estime dans laquelle les modernes tiennent les concombres 
est fort infrieure celle que les anciens avaient pour ce l- 
gume. On le considre plutt comme un lest de l'estomac , que 
comme un aliment. Il n'est pas de lgume qui contienne une aussi 
faible quantit de parties nutritives. 

112. Ligne 9. Mira voluptate Tiberio principi expetitus , etc. 
11 rsulte clairement de ce passage, que les anciens favorisaient 
la maturation des fruits l'aide de caisses, ou mieux de couches 
mobiles recouvertes de pierres transparentes ou spculaires , 
faisant office de cloches. Ces pierres spculaires n'taient sans 
doute autre chose que du sulfate de chaux , avec lequel on fait 
encore des vitres dans quelques parties de l'Europe. Martial 
( Epigr. , liv. VIII , i4 ) parle de ces sortes de vitraux : 

Pallida ne Cilicum timeant pomaria bruinant , 
Mordeat et tenerum forlior aura nenius ; 



NOTES DU LIVRE XIX. lai 

llilu mis objecta notis spccularia puros 
Admillunt soles, et sine sole die m. 

Pline traitera des pierres spculaires au chap. 5 du liv. xxxvi. 
Ce qu'il nous dit de l'affection de l'empereur Tibre , et des 
soins tout particuliers qu'il donnait la culture du concombre, 
parat emprunt Columelle ( de Re rustica , XI , 3 ) : Pos- 
sunt etiam cucumeres , sit oper pretium , vasis majoribus, rotulcr 
subjici, quo minore abore producantur , et rursus inlra tecta recipian- 
tur. Sed nihlominus specularibus integi debebunt , ut etiam frigo- 
nbus serenis diebus tuto producantur ad solem. Hac rationefere ioto 
anno Tiberio Cccsari cucumis prbebatur. 

il 3. Page 196, ligne i3. Quin lact mulso semine eorum 
liduo macerato , etc. 11 est presque superflu de prvenir nos lec- 
teurs de l'inutilit du procd indiqu par Pline. Ce prjug 
tait fort rpandu ; Thophraste (Hist. plant., vil , 1 , cl de 
Causis , cap. 12) en a parl en termes peu diffrens de ceux dont 
Pline se sert ici. Columelle (xi , 3 ) dit positivement : Cucumis 
tener et jucundissimus fit , si, ante quant seras, semen ejus lact ma- 
cres : nonnulli etiam , quo dulcior exsistat, aqua mulsa idemfaciunt. 
Palladius (iv, tit. 9) s'exprime comme il suit , mais en appliquant 

le procd indiqu au melon : Nunc melones serendi rarius se- 

mina mulso et lact per triduum maceranda sunt , et tune jam siccata 
ponenda : hinc suaves efficiuniur. Odorati autem fiunt , etc. Le pr- 
jug, dont nous faisons justice ici, existe depuis long-temps, 
puisque nagure encore on faisait macrer les graines de melon 
dans le lait. Le seul effet raisonnable attendre de cette pratique 
serait de ramollir le tgument extrieur de l'amande (prisperme), 
et de faciliter ainsi la germination. 

n4 Ligne i5. Crescunt qua coguntur forma. In Italia yiri- 
des , et quant minimi : in provinciis quant maximi : et cermi * , aul 
nigri. C'est avec raison que notre auteur dit que les fruits des 
cucurbitaces ont des formes trs-variables. Le concombre vert, 
dont il parle , est connu des jardiniers sous le nom de con- 
combre vert ou concombre aux cornichons , parce qu'il est des- 

1 Un seul manuscrit, porte cerini, et le pre Hardouin a adopt celte 
correction. 

XII. 21 



3aa NOTES DU LIVRE XIX 

lin tre confit dans le vinaigre. Il n'atteint jamais une gros- 
seur" considrable , et prend en mrissant une couleur jauntre. 
Quant au concombre jaune citrin ( colore cilrino ) , c'est sans 
doute le concombre commun. Il n'existe aucune espce de 
couleur vraiment noire, moins que Pline ne veuille parler 
d'une teinte vert fonc. Virgile a donn au concombre l'pithte 
de cruleus , dans un pome qu'on lui attribue, peut-tre sans 
raison : 

Est pendens junco cruleus cucumis. 

Cnpa , v. 23, 

11 n'est pas possible de savoir au juste quelle est la cucurbi- 
tace que le pote a voulu dsigner. 

il 5. Page 196, ligne 18. Qiium magnitudine ex.essere , pe- 
pones vocantur. Ce n'est plus du concombre qu'il est question 
sous le nom de pepo, mais bien du potiron. Voici comment nous 
tablissons la synonymie de cette cucuibitace: 

2<xyat, Theoph. , Hist. pi. , 1 , 22 ; Tltrav, Diosc. , 11 , 164 ; 
Gal. , de Yac. aliment., Il, p. 565 ; Anaxylas, Theoph. 
apud THEN. , II, 3i. U?, AviCEN., p. 24.9 Pepo, 
Plin. , loco comm. ; Cucurbita Pepo, L. , Spec. pi. , i435. 
Le ppon ou potiron. 

1 1 6. Ligne 1.0. Vivunt hausti in stomacho in posterum diem, etc. 
Le concombre est loin d'tre aussi difficile digrer que Pline 
le prtend ici. Le mdecin Diphile, de Siphnos (Athen. , m, 2) 
met une opinion peu diffrente, dont voici les termes: Lyixos 

<T' 2j(pf/0 pwo-tf, VIKVOS ^VKTtKOS V^ctf/JV v<rlOKOVO(Jt.nTs 

<r7i , Hd v<rv>&oC[eL<r1os- %n Ka cpp/itcaroif , ko yzvvnTlXns , 

Le paragraphe que nous commentons renferme une foule de 
prjugs que nous nous abstiendrons de combattre. Celui qui est 
relatif la sympathie que le concombre aurait pour l'eau , et 
l'antipathie qu'il aurait pour l'huile , se trouve consign dans 
Palladius : Longi et ieneri cucumeres fiunt , si a/j/iam in patenli vas- 
culo sub eis ponas , duobus palmis inferiorem , ad quant festinando 

taies efficiuntur. Oleum sic meluit , ut si juxta posueris . velut 

hamus plicetur (de Re rust. , lib. iv, in Mart. , tit. 9 ). 



NOTES DIT LIVRE XIX. 3*3 

117. Page 198, ligne 6. Iidem in fisiula flore demis so , mira 
longitudine crescunt. Si l'on procde comme le dit Pline, il ar- 
rive en effet que le fruit suit toute la longueur du tube dans 
lequel la fleur a t mise , et qu'il acquiert une dimension 
fort considrable. Ecoutons Palladius ce sujet: Aliqui florem 
cucumeris cum vilicul suce capite cann inserunt . cui prias omnes 
nodos perforaverint : ibi cucumis nascetur in nimiam longitudinem 
tensus. 

118. Ligne 7. Ecce quum maxime nova forma eorum in Cam- 

pania provenit mali cotonei effigie melopeponas vocant. C'est l 

le melon des modernes pour lequel on peut tablir la synonymie 
suivante : 

DTIB3N, Nombr., Xt , 5. Iikv'os tgeTav , HlPP., Adfect. , 
529 ( Cf. Athen. , 11 , 3i ) ; 2/xubf, Arist., Prob., xx , 3; 
THEOPH. , Hist. plant. , 1 , 22 ; I'ikvs? DlOSC. , II, i63. 
PaLLAD. , Mari. , tit. 9 ; Melo-pepo , Pl.IN. , loco comm. ; 
Cucumis Melo , L. , Spec. plant. , i436. Le melon. 

11 g. Ligne i3. Columella suum tradit commentum, ut toto 
anno continuant. Columelle (xi, 3) a en effet parl du moyen 
d'obtenir des concombres toute l'anne. Les paroles de cet au- 
teur sont les suivantes : Nos autem leiiore opra istud fieri apud 
JEgypti gentis populum Mendesium legimus , qui prcipil aprico 
et stercoroso solo alternis ordinibus ferulas , alternis rubos in hortis 
consitos habere. Deinde eas confecio quinoctio paululum infra ter- 
ram secare, et ligneo stylo luxalis vel rubi vel ferul medullis stercus 
immitere , nique ita semina cucumeris inserere , qu scilicet incr- 
ment o suo coeant rubis et fendis. Nom non sua , sed quasi macrt a 
radice aluntur ; sic insitam stirpem frigoribus quoque cucumeris pros- 
berefructum. ( Cf. PALLAD., lib. IV, in Martio , lit. 9.) Pline, 
qui a emprunt Columelle le prtendu moyen d'avoir des 
concombres toute l'anne , a rendu fort obscur, le passage qu'il 
a compil. 

Les amateurs de concombres , et ils sont bien peu nom- 
breux, peuvent s'en procurer jusqu'aux fortes geles, en les se- 
mant fort tard et demeure ; lorsque les froids arrivent , on met 
les jeunes fruits l'abri sos des chssis. Il est rare toutefois 

21. 



3*4 NOTES DU LIVRE XIX. 

que l'on emploie ces moyens, le concombre tant mdiocre- 
ment estim. 

120. Page 198, ligne 20. Cucumerum Grci tria gnera fecere: 
Laconicum . Scylaiicum, Bolicum, etc. C'est Thophraste (Hist. 
plant., vil, 4-) qui a donn cette numration. On ne peut esp- 
rer de rapporter ces varits des espces aujourd'hui connues. 

121. Ligne 21. Ex his tantum Laconicum aqua gaudere. 
Thophraste dit seulement que le concombre de Laconie russit 
mieux que les deux autres quand on l'arrose. 

122. Page 200, ligne 1. Sunl quiherba, qu vocatur cidix 
nomine , tic. 11 est inutile de chercher dmontrer l'assertion 
mensongre mise dans cette phrase ; nous nous bornerons 
parler de Vherba culix. On ne trouve dans Pline aucun passage 
o cette plante soit dcrite. Palladius a conseill , et peut-tre 
d'aprs notre auteur , l'immersion des graines de concombre 
dans la dcoction d'herbe culix. Voici comment il s'exprime : Sine 
semine nascentur, si prius eorum semina oleo sabino * perungantur, 
et herba ea . qu culex dicitur, irita confricentur ( PALLAD. , de Re 
rust. , in Mdrtio , tit. g). On voit que si quelques auteurs nom- 
ment le culix , aucun ne l'a dcrit : il n'est donc pas possible de 
ramener cette plante une synonymie moderne. L'absence to- 
tale de lumire sur ce sujet n'a pas empch d'lever des conjec- 
tures. On a dsign deux plantes , l'une le Plantago PsyUium , 
parce qne ses semences ont quelque ressemblance avec la puce 
(pu/ex) ; l'autre la pulicaire , Inula Pulicaria , L. , parce qu'elle 
a , dit-on , la proprit d'carter ces insectes. C'est Csalpin qui, 
le premier, a mis cette opinion, regardant sans doute le mot 
culix comme une corruption du mot pidex. 

123. XXIV, page 200, ligne 4- Similis et cucurbitis nalura, 
dumtaxat in nascendo. JEque hiemem odere. Cette grande appr- 
hension du froid indique suffisamment que les courges ne sont 
point originaires de nos climats. Les voyageurs en ont trouv dans 
l'Amrique mridionale. Elles croissent spontanment dans l'Inde, 

' Quelques personnes veulent crire oleo sesamino au lieu de oleo sa- 
hino , se basant sur un passage de Fauteur des Goponiques , portant 
sesamino , et non sabino. Cf. Geoponic. , X!i , 17. 



NOTES DU LIVRE XIX. 3*5 

d'o il paratrait qu'elles ont t rpandues eo Europe, et d'abord 
sur le littoral mditerranen de l'Afrique. Il ne faudrait pas suivre 
la rigueur le prcepte de Pline , qui recommande de semer les 
graines de concombre et de citrouille un pied et demi de pro- 
fondeur ; la germination serait considrablement retarde , et 
pourrait mme n'avoir pas lieu. Nous nous sommes dj levs 
contre la fixation rigoureuse que les anciens faisaient de l'poque 
es semailles de telle ou telle plante ; on doit se borner con- 
sulter l'tat de la temprature et celui de la terre. 

124.. Page 200 , ligne 7. Parilibus tamen aptissime. Ces ftes 
romaines, qu'il ne faut pas confondre avec les Parilies, que les 
femmes enceintes faisaient clbrer dans leurs maisons pour ob- 
tenir du ciel des couches heureuses, taient tablies en l'hon- 
neur de Paies , desse ou dieu des bergers. Elles taient fixes 
au 10, avril, anniversaire, suivant Ovide, de la fondation de 
Rome. On purifiait les bercails et les troupeaux avec la fume 
de sabine et de soufre, puis on offrait un sacrifice de lait, de vin 
cuit et de millet. Des feux de paille et d'herbes sches taient 
allums , et les jeunes gens sautaient par dessus au son des in- 
strumens champtres. Il ne reste aucun vestige de ces ftes dans 
nos champs, o les travaux ne sont plus gays par des rjouis- 
sances foltres. La religion chrtienne , en donnant aux murs 
plus de gravit , a cart jusqu' la tradition des ftes du pa- 
ganisme. 

12 5. Ligne i3. Inde hc duo prima gnera : camerarium ; et 
plebeium , quoi humi rpit. Les courges-citrouilles rampent com- 
munment terre ; celles qui s'lvent et s'attachent aux corps 
environnans sont les courges-calebasses. 

Voici quelle est la concordance synonymique des diverses 
courges mentionnes par Pline dans ce chapitre : 

I. Cucurbita camerarium , loco comm. ; Cucurbita longior, DD. , 
Pempt., 6G9 ; J. Bauh*., II, 2i5. La courge longue, dont 
Pline dit plus loin : Liberlafe vero pensili concessa , j'am visa 
est novem pedum longitudinis *, et probablement les autres va- 

' Il n'est pas prcisment dit ici qnc ce soit la plante qui atteigne celle 
longueur de neuf pieds ; mais ou doit penser que l'auteur a voulu parler 
du fruit , et non de l'herbe, car dans ce dernier cas l'assertion serait au 



3*6 NOTES DU LIVRE XIX. 

rits de la courge-calebasse, Cucurbita kucantha, DUCHES., 
in Encycl. 
II. Cucurbita plebeium quod humi repil , principalement le Cu- 
curbita Pepo , var. Cucurbita foliis asperis , seu Zuccha flore 
luteo. Varit de citrouille feuilles rudes. 

Il rgne un grand vague chez les anciens, relativement la sy- 
nonymie des cucurbitaces potagres. Nous allons donner la 
concordance synonymique grecque et latine de la citrouille ou 
ppon , sans avoir gard la distinction rigoureuse des innom- 
brables varits que la culture a introduites dans nos jardins : 

Koaox.ui>/?, Hipp.; Arist., Prob., xx, i4; Theoph., Hist.pl., 
i , 22 ; KoxxvvQa., Diosc. , il , 162 ; KoaoxvvSm, Epich. apud 
Athen. ; THEOPH. , vu, 4; Athen. , Deipnos. , II, 20. 
Cucurbita gravis , VlRG. , Moret. , v. 77 ; PlIN. , loco 
commentato ; COLUM. , etc. ; Cucurbita leucantha , Cucurbita 
Pepo , L. , et varietates. La courge , la citrouille , et pro- 
bablement plusieurs varits et espces voisines. 

A travers l'obscurit qui rgne dans le texte des auteurs la- 
tins , il semble que l'on doive gnralement entendre par cucu- 
mis , le concombre ; par pepo , notre potiron ; par melo-pepo , le 
melon ; et par cucurbita , la courge : du moins Columelle , en 
donnant la cucurbita l'pithte de fragili collo ( de Cultu hor- 
torum , v. 236 ) , semble en fournir la preuve. Le texte de Pline 
montre videmment que ce nom de cucurbita s'tendait jusqu' 
notre citrouille. La plupart de nos courges ne peuvent servir d'a- 
liment ; mais on conoit facilement qu'on ait donn aux petites 
citrouilles ce nom de cucurbita , surtout celles dont la forme 
est allonge. 

Voyez, pour le complment de ces synonymies, les notes 32 
et 33 , livre xx. 

126. Page 202, ligne i. Cucurbitarum numerosior usas. Et 
primus caulis in cibo. Les anciens admettaient parmi leurs alimens 
une trs - grande quantit de rejetons de plantes. Les jeunes 

dessous de la vrit, puisque la plante acquiert des dimensions bien plus 
grandes que celles indiques dans la phrase cite. 



NOTES DU LIVRE XIX. 3*7 

pousses de citrouille devaient donner un mets insipide et fort 
peu nourrissant. Pline dit plus loin que l'on se servait , de son 
temps et depuis peu , des courges en faon d'aiguire pour le 
service des bains , et qu'on en faisait des sortes de vases pour 
recevoir les vins. Les varits de courge qui pourraient remplir 
ces divers usages sont la courge fleurs blanches , Cucurbila La- 
genaria de Linn , et la gourde , Cucurbila latior de Dodone. Il 
dit aussi que les courges servaient renfermer les graines que l'on 
voulait conserver: Eas qu semini serventur , ante hiemem pr- 
cidi non est mos. Cet usage est encore rpandu parmi les horti- 
culteurs, qui se servent surtout de la courge-trompette, Cucurbila 
longior de Dodone. On emploie aussi quelques autres varits 
de courges. On voit que ces divers usages s'appliquent ces plantes, 
et point aux citrouilles. 

127. Page 202 , ligne 7. Semina qu proxima collo fuerint , 
proceras pariunt, etc. Il est presque superflu de prvenir nos lec- 
teurs que ces assertions sont de toute fausset , chaque semence 
devant donner des fruits semblables ceux qui l'ont porte. 

128. Ligne 17. Inventa est ratio , qua cibis quoque servaren- 
tur : eodemque modo cucumis. Cette manire de conserver les 
concombres et les courges dans la saumure est indique avec plus 
de dtails par l'auteur des Goponiques , p. 344- Cf. NlCAND. , 
in Georg. , II , apud Athen. , lib. IX , c. 3. 

129. Ligne 22. Sunt et silvestres in utroque gnre. Pline 
traitera du cucumis silceslris au commencement du livre suivant. 
Cf. nos noies 3a et 33. 

i3o. XXV, page 2o4, ligne 2. Reliqua cartilaginum natur 
terra occultantur omnia , etc. Notre auteur a en effet trait des 
raves au livre prcdent , chapitre 34-. Voyez les notes 199 et 
suivantes. Cette division des raves en mles et femelles est ab- 
surde, et nous regrettons de dire que le sentiment mis par Pline 
tait celui de l'cole grecque, et notamment de Thophraste. Les 
modifications de forme que subissent ces racines sont le rsultat 
de la culture. C'est donc abusivement que Pline parle de la m- 
tamorphose des raves en longues (femelles) et en rondes (mles), 
suivant qu'on sme plusieurs annes de suite les semences de l'une 



3a8 NOTES DU LIYRE XIX. 

ou de l'autre de ces espces dans un mme sol : l'exprience nous 
apprend que chaque varit se reproduirait toujours sans changer 
notablement sa forme. Notre auteur, qui a compil iciThophrasle 
(Hist. plant. , vil, 40i a commis une inexactitude. L'auteur grec 
a dit que cette transformation avait lieu lorsqu'on faisait un se- 
mis trs-pais. Cette assertion n'est pas plus vraie que celle de 
Pline. 

i3i. Page 204. , ligne 7. Iidem naporum quinque gnera fe^ 
cere , etc. Pline continue puiser chez Thophraste ( Vil , 4 ) t 
et applique au navet ce qui devrait tre appliqu au raifort : 
QeiqpcKrlos <Ts (inquit Aihe.nus) kv vois irep\ qvtcv, yen pa.ya.vi- 
JW <p<rh eva.1 tVts, Kopiviav, AeioQarlav, Kxsavaiav , 'A/ua- 
pctv, 'Boiarlety y.tthea-^eti <T' <sr rivav tm Aeto6a.<rlav QpciKtctv, etc. 
Au lieu de iidem naporum , il faudrait lire iidem raphanorum , car 
c'est ainsi que l'auteur latin aurait d traduire paqavtS'av. On 
sent qu'il est tout--fait impossible de ramener ces espces des- 
varits connues des modernes, varits qui , au reste, sont trs- 
nombreuses. Le rapum viride de Pline est , suivant l'opinion 
commune , la varit nomme 'A.[xpeov par Athne ( livre il , 
ch. i5 ). Cf. sur le raphanus , la note i3g de ce mme livre. 

i32. Ligne 17. Est prterea genus silvestre , cujus folia sunt 
eruc similia. Cf. THOPHRASTE , VII , 4- Est-ce l le Raphanus 
Raphanislrum des botanistes? Cf.au livre prcdent la note2o3. 

i33. Ligne 18. Palma Rom Amiternims datur, inde Nursi- 
nis. Cf. sur les navets d'Amiterne, la note 204 , au livre pr- 
cdent. Noctia tait une ville de l'Ombrie, dont la position est 
douteuse. 

i34. Ligne ig. Tertia noslratibus. Poinsinet traduit ierlia nos- 
tratibus par ces mots: et en troisime lieu , ceux de mon pays, 
c est--dire , ceux de la patrie de Pline. Il me semble bien plus 
raisonnable de traduire par, et en troisime lieu , ceux du ter- 
ritoire de Rome o Pline tait fix depuis longues annes. 

I 35. XXVI, page 204 ligne 22. Coriice et cartilagine con- 
stant raphani , etc. Cette observation est exacte ; toutefois il ne 
faut pas croire que la comparaison du systme cortical des ar- 
bres et de celui des raves et des raiforts , soit de tout poinl ri- 






NOTES DU LIVRE XIX. &g 

goureuse ; on n'y trouve pas le mme ordre de vaisseaux , et le 
mode d'accroissement n'est pas entirement semblable. 

i36. Page 206, ligne 1. AmarUtio plurima illis est. Tho- 
pliraste emploie avec bien plus d'exactitude le mot S'ptjuvrtts, acri- 
monia. Au reste, au figur, amer signifie aussi piquant , mordant. 
On dit , une amre plaisanterie, une discussion pleine d'amertume. 

137. Ligne 3. Et vis mira colligendi spiritum , laxandique 
ructum. Cette apprciation des vertus mdicinales du raifort s'- 
tend la plupart des crucifres. Dioscoride s'exprime dans les 
mmes termes que notre auteur : 'Pd.q>avis kc ctvTti faviv/nLitov 
yevvmun pevKTix.h Ts.... etc. (11 , 137). 

i38. Ligne 7. JEgjplo mire celebratur propler olei feriilitalem , 
t/uod e semine ejus faciunl. Pline a dit au livre XV, chap. 7 : Plu- 
rimum autem in JEgypto fit oleum , e raphani semine. Nous ferons 
remarquer que l'on cultive encore en Egypte et en Nubie le Ra- 
phanus sativus , var. oleifer, pour l'extraction de l'huile. Le Bras- 
sica Napus , var. oleifera (DC. , Prod. , I, 224), est aussi en 
Egypte l'objet d'une culture soigne. Peut-tre Pline confond-il 
ces deux plantes sous le mme nom de raphanus ? 

i3c). Ligne 11. Gnera raphani Grci fecere tria. Avant de 
chercher dire quelque chose des diverses varits du rapha- 
nus , tablissons la synonymie de cette plante: 

'VcKpttvU , Tfieoph. , vil , 2 ; Taaptr et *P$w , Diosc. , 
il, 137; 'Epvyytov , p<T/ nrtfks , Romanor. ; Diosc. T 
inNotis; 0o/<wfl, Africanor. 1 ; EjUSD., loco ritato. Ra- 
phanus, Pi.in. , exclus, synonym. Grrecor. ; Radix , Caiiol. 
Magn. , Capit. ; Raphanus satius , L. , Spec plant. , g35. 
Le raifort et sa racine , le radis. 

Thophraslc fait connatre six espces de raifort. Cf. plus loin 
la note i4-i. Dioscoride en a deux seulement, une espce cul- 
tive et une sauvage. Dans le passage que nous commentons , 
Pline dit que les Grecs distinguent les raiforts par la feuille. Cet 
auteur s'est de nouveau mpris , et ne s'est pas souvenu que le 
chou tait appel f>i<pu.vos en dialecte celtique ; ainsi, le para- 

' QopirkQ est vox punica, congrua cnm Arahica i3ji (lorphalli) luberc, 
oh luberosam radieem ( Sprbno. , in Diosc. , 461 ). 



33o NOTES DU LIVRE XIX. 

graphe qui commence par ces mots , gnera raphani Grcifecere 
tria, jusqu' ceux-ci , hc vitia non cadunt , nisi in crispa folia , 
doit se rapporter aux choux cultivs. Le paragraphe qui suit 
concerne les raiforts, et Pline commence leur histoire en parlant 
des raiforts d'Italie. 

i4o. Page 206 , ligne i(). Nostri alia fecere gnera: Algi- 
dense a luco , etc. Pline a parl au livre prcdent des navets du 
mont Algide. C'est un coteau de la plaine de Tusculum , prs 
du mont Albin , quinze mille pas de Rome. Il tirait son nom 
ab algendo , et c'tait ce froid mme qui contribuait la bont 
des raves. On connaissait une ville d' ' Algidus ou 8 Algidum , 
btie prs du mont Algide. 

i^i. Ligne 24- Etiamnum unum slvesire Grci agrion va- 
cant, etc. Ce raphanus silvestris est, pour les modernes, d'un genre 
diffrent. Voici quelle est la synonymie probable de cette plante: 

'P&qctvls yplet , Diosc. , Il , i38 ; 'Ap/uopaKltt. , Romanor. ; 
Galen. , de Foc. alim., il, p. 622 : 'PetT/ot,, Incol. Asiat. , 
secund. Galen. , loco cit. ; 'Va.qttviS'es , PHILOX. , in Gloss. ; 
Armoracia, Armon , PONT. ; AevKt) x.e kypia,, Gr^ECOR. 
Raphanus silvestris, Plin., loco comm.; Lapsanafalsa, IsiD. , 
XVII, 10. Aramoraci et Remolaci , ANT. DIALECT. Ital. , 
teste Anguill. ; Raphanus rusticanus , LoBEL ; Cochlearia 
Armoracia , L. , Spec. plant. 1 , go4- Le raifort sauvage. 

142. Page 208, ligne 1. Pontici armon , alii leucen. Poinsinet 
veut que le radical du mot armon soit pris du mot britannique 
arm , pauvre, mince, etc. Suivant le mme auteur, armoracia 
voudrait dire armon , de chien ; rack tait le nom du chien dans 
la plupart des langues germaniques. De Theis donne une autre 
origine au mot armorique : il viendrait de ar, proche ; mor , 
mer; rich , contre, et signifierait, pays proche de la mer. Ar- 
moraci voudrait donc dire uniquement , raifort de l'Armorique. 
Quant au nom de leuce, kevx.ii en grec , blanc , il s'expliquerait 
par la grande blancheur de la chair de la racine. 

1 C'est le Raphanus marimus, Smith, Enl. bot. , 643 ; suivant Spren- 
gel [in Diosc, 461), celte crucifre abonde sur le littoral de la Bretagne. 



NOTES DU LIVRE XIX. 33 1 

i4-3. Page 208, ligne 8. Frigore adeo gaudet, ut in Gennania 
infanlium puerorurn magniludinem quet. Je souponne que Pline 
veut parler ici de la betterave, originaire du nord de l'Europe, 
et, dans ce cas, il n'y aurait aucune exagration dans l'apprcia- 
tion de la grosseur. 

i44* Ligne 9. Seritur post idus februar. ut vernus sit : iterum- 
que circa Vulcanalia , qu satio melior. La plupart des prceptes 
d'agriculture donns par Pline , et relatifs aux raiforts , sont 
emprunts Columelle. L'poque des semailles est prcise dans 
les termes suivans par cet auteur : Ceterum Augusto , circa Vulca- 
nalia , ter lia satio est : caque optima radias {hoc est raphani) , et 
rap, itemque napi , et siseris , etc. Et ailleurs : Raphani radix bis 
anno recte seritur ; februario mense, quum vernum fructum exspecta- 
mus , et Augusto mense circa Vulcanalia , quum maturius. Sed hc 
salio sine dubio melior habelur. Les Vulcanales , ftes en l'hon- 
neur de Vulcain, taient clbres Rome le 2'j du mois d'aot, 
et duraient buit jours. Comme il tait le dieu du feu, ou le feu 
lui-mme , le peuple jetait pour offrande , dans un brasier, plu- 
sieurs animaux. 

i4-5. Ligne 17. Quidam prodidere , si palo adacto caverna 
palea, etc. Cette pratique, qui ne donnerait pas le rsultat at- 
tendu par les gens qui s'y soumettraient , ne mrite pas qu'on 
la combatte en France. 

i4-6. Ligne 20. Prcipue tamen saisis aluntur , etc. Le sel 
d'Egypte , dont Pline parle ici , est une production naturelle , 
carbonate de sodium natif des chimistes modernes , connu de 
temps immmorial sous le nom de natron. Il se forme par la 
dcomposition simultane du muriate de soude et du carbonate 
de chaux qui existent dans les eaux saumtres. Le natron abonde 
en Egypte , dans la valle et le bassin des lacs. Pline parlera de 
ce sel au chapitre 6 du livre xxxi. 11 rsulte d'un passage de ce 
mme chapitre, que le natron tait employ comme engrais dans 
la culture de divers lgumes , et notamment des raiforts : Salis 
vice utuntur ad raphanos nitro JEgyptio : teneriores eos facil : olera 
viridiora. P.lN. , loco citato. 

i47- Ligne 25. Crudos medici suadent, ad colligenda acria 
viscerum , etc. Ces purilits sont prises chez Dioscoride , qui 



33a NOTES DU LIVRE XIX. 

attribue ces proprits , non pas au raifort , mais au chou : 'Sp- 
/ttofi cT Keti rof ifiiiv nixxovn Tpoes-io/uvn. Celsus dit la mme 
chose du radis. Nous ne nous arrterons pas relever toutes 
les hrsies mdicales renfermes dans ce long paragraphe. La 
maladie pdiculairc (plhiriasis) tait probablement plus com- 
mune autrefois qu'aujourd'hui , si l'on en juge par la grande 
quantit de remdes indiqus par les auteurs grecs et romains 
pour la combattre. On croyait alors que cette maladie avait son 
sige dans le cur, et qu'elle tait due quelque altration de 
ce viscre. Valerianus (de Re medica, v, i ) parle aussi des pro- 
prits du raifort contre la maladie pdiculaire : Contra pthiriasin , 
inquit , succus ejus adhibetur , qui solus potest tenuitate subtili ad 
imi corporis liniamenta cor penelrare. jEgyptii eni'm reges, quibus eral 
studium scrutari corpora mortuorum , et causas vaetudinum occulta 
fide recognoscere, in corde ipso nasci efusmodi viiium prodiderunt. Les 
modernes mettent encore les anliscorbutiques au nombre des 
remdes employer contre celle terrible maladie. Le pre Har- 
douin crit phtkisis : nous ne crovons pas cette correction ad- 
missible. 

i48. Page2io, ligne 9. Scires non ibi geniium Maniuin 
Curium imperalorem , etc. Cf. sur ce fait Valre Maxime (iv, 3), 
Cicron (ii Catone , c. 16), Mgacls (apud Athenum , XC ) , 
Plutarque (1 Apophteg.'), etc. 

14.9. Ligne 12. Scripsit et Moschion Grcus unum de ra- 
jhano volumen. Ce nom est commun plusieurs crivains , qu'il 
n'est pas possible de distinguer nettement. 

1 5o. Ligne 1 5. Odium his cum vile maximum, refugque juxla 
satos. Les anciens auteurs grecs et latins ne parlent que de l'an- 
tipathie du chou et de la vigne. Cf. livre xviu , note 33 1. Il y a 
au reste dans tout ce que Pline dit ici du raifort, plusieurs choses 
applicables au chou. Cf. plus haut les notes i3i et 139. 

i5i. XXVII , page raio , ligne 20. Ex Us pastinac unum 
genus agreste sponte proeenit : staphylinos grce dicitur. C'est vi- 
demment d'une ombellifre qu'il est ici question : mais laquelle 
doit-on choisir? Elle a , suivant Dioscoride , des feuilles sem- 
blables celles du gingidiiim . mais plus larges et un peu plus 



NOTES DU LTVRE XIX. 333 

amres. La tige est droite, rude, et porte une ombelle semblable 
celle de l'aneth, au milieu de laquelle on voit une petite fleur 
de couleur pourpre ou jauntre. Les fleurs sont blanches , la 
racine atteint la grosseur du doigt : elle peut avoir neuf pouces 
de long. Ses vertus mdicinales sont excitantes, comme celles 
de la plupart des plantes des ombellifres. Plusieurs plantes 
ont t dsignes comme tant le crlttyvxvos des Grecs. Spren- 
gel ( Hist. Rei herb. , I , 1 64 ) a dsign le Daucus mauritanicus ; 
mais dans ses Commentaires sur Dioscoride , page 520, il parat 
pencher pour le Danois guttatus , SiBTH. , plante commune en 
Grce. Enfin il va chercher , dans le genre Ammi , le visnaga , 
qu'il croit tre le siaphylinos agrios de Thophraste. Si l'on peut 
esprer de trouver cette plante parmi les ombellifres , comme il 
est raisonnable de le penser , ce sera au genre daucus qu'il fau- 
dra s'arrter ; car il arrive toujours que l'ombelle centrale avorte, 
et qu'elle est remplace par une fleur strile de couleur pourpre 
ou jauntre. Cette particularit existe plus frquemment dans le 
Daucus mauritanicus , qui est aussi l'espce la plus commune en 
Grce ; nanmoins il n'est pas possible de dcider la question 
d'une manire absolue. 

Voici comment nous tablirons la concordance synonymique 
de cette plante : 

^TA^vxvos iypios , THEOPH.P Hist. pantar. , IX, i5; Irct- 
vxvos , Athen. , lib. ix , 3 ; Diosc. , ni , 5g ; 112. (le&ps , 
Ross, (similis bryonice), teste Sprenc, in Diosc., p. 520. 
Pastinaca silvestris tenuifolia , C. Bauh. , p. i5i ; Daucus 
sativus seu D . mauritanicus , L., Spec. plant., 345. La 
carotte ordinaire , ou celle de Mauritanie. 

i5a. Page 210 , ligne 11. Allerum serilur radice vel semine, 
primo vere vel aulumno. Cet autre panais qui vient de semences, 
ou dont on plante les racines, est notre panais cultiv, Pastinaca 
saliva , h. C'est, suivant Sprengel (Hist. Rei herb. , I, 167), 
le rla-atpov de Dioscoride (il, i3g). Nous examinerons tout-- 
l'heure cette opinion. 

1 53. Page 212 , ligne 4- Hibiscum a pastinaca ,racilitate 
distat. Le pre Hardouin pense que cet hibiscum est le panais 



334 NOTES DU LIVRE XIX, 

sauvage, Pastinaca latifolia silvestris, Dodon. , aujourd'hui runi 
au panais cultiv , dont il ne diffre pas. Nous venons ailleurs 
que Pline donne ce nom ihibiscum une plante diffrente. Les 
modernes ont tabli parmi les malvaces un genre hibiscus. 

i54- Page 21 "2 , ligue 6. Est et quartum genus in eadem 
similitudine pasiinac , etc. Nous parlerons au livre XXV , cha- 
pitre 64- , de la carotte et de ses varits , distingues seulement 
par la couleur des racines , qui sont jauntres, blanchtres ou 
rougetres. Cf. plus haut la note i5i , o nous disons quelque 
chose de cette ombellifre. 

i55 XXV11I , page 212 , ligne 1 1. Siser et ipsum Tiberius 
pnnceps nobilitaeit , flagitans omnibus annis e Germania. Etablis- 
sons d'abord la concordance syuonymique de cette plante de la 
famille des ombellifres : 

ltretpov , DlOSC.,II, i3g; Galen., de Simpl. medic. facult. , 
lib. VII. Siser et Assyri radix , Hor. , lib. II , sat. 8, 
v. 9 ; Virg. , Moret. , v. j3 ; CoLUM. , XII , 116; Plin., 
loco comm.; Gerla , HlLDEG. , II, 62; Sium Sisantm, L., 
Spec. plant., 36 1. Le chervis. 

Il est assez gnralement admis , on ne sait trop pourquoi , 
que cette plante est originaire de la Chine. Si cette opinion , 
que nous n'adoptons pas , tait vraie , le chervis aurait pntr 
de bonne heure , par la Tartarie , jusqu'aux limites de l'Europe , 
puisqu'au rapport de Pline , dans le passage cit , Tibre exigeait 
annuellement des Germains un tribut de chervis. * 

La description de Pline ne pourrait conduire la dtermi- 
nation de son sisr que par des inductions tires des proprits 
mdicales, car il regarde cette plante comme diurtique, aphro- 
disiaque , analeptique et anti-mercurielle : Urinam ciet..... et Ve- 

nerem Prterea cordi convenue convalescentium , autpost mulias 

vomilaliones perquam utile. Heraclides contra argentum -picum ddit , 
et Veneri subinde qffensanti, grisfjue se recolligentibus.... (liv. XX, 
chap. 17). Mais comme il n'y a pas de raison suffisante pour 
croire , avec Sprengel , que le siser de Pline diffre de celui de 
Columelle {de Re rust. , xi , i3) , qui passe bon droit pour 



NOTES DU LIVRE XIX. 335 

tire le <ricttpov de Dioscoride (loco cit.), la critique peut marcher 
avec quelque certitude. 

Le trto-apov de Dioscoride et de Galien , qui n'eu disent pas 
autre chose que Pline , ou moins encore , est reprsent comme 
dou de qualits trop nergiques pour n'tre , comme on l'a 
prtendu, que la carotte ou le panais. Il avait cependant une ra- 
cine mangeable ; mais cette condition est remplie dans le Sium 
Sisarum de Linn , bien qu'il soit hors d'usage d'y chercher 
une substance alimentaire. Colnmelle est le premier auteur latin 
qui ait fait mention du siser. Nous avons mis dans notre syno- 
nymie, Virgile , qui en a parl dans le vers 'jZ du Moretum: 

i 
Hic siser , ei capiti nomen debentia porra. 

Mais outre qu'il n'est point du tout prouv que le Moretum soit 
de Virgile , nous devons avouer encore que plusieurs savans ont 
propos de substituer dans ce vers, au mot siser, le mot dur. 
Cf. au livre XXII, la note 81 , sur Velaphoboscum. 

i56. Page 212, ligne 12. Gelduba appellatw caslellum Rheno 
impositum , ubi generositas prcipua. On croit que Gelduba est 
Geld , prs d'Unuys (Cf. Tac. , Hist. , iv, p. g5 et suiv.). 

157. XXIX, page 212 , ligne 22. Brevior his est, sed toro- 
sior, amariorque inula, etc. Les commentateurs sont d'accord pour 
voir dans cette plante notre aune , Inula Helenium. Voici com- 
ment nous en tablirons la concordance synonymique: 

'Exviov, HlPP., Nat. mulier., 572 ; U.ccvtt,% yjipviov? TtlEOPH., 
IX, 12; 'Exvtov , Diosc. , I, 27, premire espce. 
Inula acida , Hor. , lib. Il , sat. 2 , v. 44 x Inula amara , 
EJUSD. , lib. II, sat 8 , v. 5i a ; Inula, Virg., Moretum , 
v. 72 ; Veget., Ars vler., III, 70 ; PALLAD. , Febr.; Inula 
tristis, COLUM., X, 118; Alanl. , IsiD. , Hispalliens. ; Inula 
Helenium , L. , Spec. plant. , 1 236. La grande aune. 

Enula campana est le nom sous lequel l'cole de Salerne re- 

1 Atque (icidas mavult inulas 

* Inulas egn primus 'amants 

Monstrai'i incoquere. 



316 NOTES DU LIVRE XIX. 

commande cette racine que Pline nous dpeint comme plus 
courte , plus charnue , plus amre que celle du panais , et qui 
bien certainement est le premier Ixviov de Dioscoride (loco cit.). 
Quant l'autre Ixviov , que le mdecin Anasarquc dit abonder 
en Egypte , dans le voisinage de la mer , c'est une plante toute 
diffrente , et dont Pline fait mention ailleurs sous le nom d'he- 
Icnium; c'est le Teucrium crelicum , labie commune dans le midi 
de l'Europe (Cf. au livre xxi , la note 126). 

L'aune , compte par les modernes au nombre des plantes 
officinales , tait , comme on le voit, mise autrefois au rang des 
lgumes. Pline dit que l'impratrice Julie en mangeait toute l'an- 
ne. Pour lui ter sa saveur amre , on avait soin de la confire. 
Malgr cette prcaution , elle ne devait avoir rien d'agrable au 
got , et il est probable qu'on attribuait son usage quelque 
proprit salutaire. On ne doit pas s'tonner des pithtes qui 
lui sont prodigues par les auteurs , et aucun moderne ne r- 
clamera contre celle d'amre ; on doit tre surpris nanmoins de 
celle d'acide , qui ne donne aucune ide de sa saveur vritable. 

i58. Page 21 4i ligne 1. Pluribus modis ausieritaie vida 
gratiam invertit. L'cole de Salerne prescrit de confire l'aune , 
soit dans de la saumure , qui lui donnerait un got insup- 
portable , soit dans le suc de rue , qui en ferait un vritable 
poison. 

Enula campana reddit praecordia sana , 
Cum succo rutae succus si sumilur ejus, 
Affirmant ruptis quod prosit potio talis. 

Les pharmacopes modernes donnent la recette d'une con- 
serve d'aune maintenant inusite : on la prpare avec la pulpe 
de la racine de cette plante , et une quantit dtermine de 
sucre. Tous les moyens donns par Pline , pour confire cette 
plante, prouvent jusqu' l'vidence que c'tait plutt un condi- 
ment qu'on voulait trouver en elle , qu'un vritable aliment. 
Columelle donne aussi quelques procds pour confire l'aunce ; 
ils diffrent peu de ceux indiqus par notre auteur. 

i5g. Ligne 9. Supervacuum ejus semen : quoniam oculis ex 
radice excisis. Tous les procds de culture, donns par Pline 



NOTES DU LIVRE XIX. 337 

vers la fin de ce chapitre, ont t emprunts Palladius et 
Coliimellc : Hoc mense (februario) initia seritur, quo canneta po- 
nuntur. Seriiur oculis , sicul calami.... (Pall. , de Be rust., in Febr. y 
tt. 2 4-.) : Paslinaca, siser, alque initia comalescunt aile pastinato, 

et loco slercoralo Inulam vero inlervallo trium pedum seri con- 

venit, quoniam vastes facit frutices ( Colum. , de Re rusi. , XI, 3). 

160. XXX, page 2i4, ligne 16. Proxima his est lulborum 
naiura, quos Cato in primis serendos prcecepit, clbrons Mega- 
ricos. Les auteurs anciens ont parl des bulbes dans une foule 
de leurs ouvrages ; mais aucun ne s'tant occup les dcrire , 
il en rsulte l'impossibilit d'arriver la dtermination fixe de 
ces plantes. Cependant les conjectures ne manquent point; nous 
ne chercherons point les reproduire , ni les grossir de celles 
que nous pourrions donner ici. Il s'agit toutefois d diverses 
espces ftallium, et sans doute de ceux qui n'ont pas une odeur 
trop dsagrable, et dont on se sert encore de nos jours. UAl- 
liwn Schnoprasum , connu sous le nom de ciboule , de ci- 
vette , d'apptit , et qui crot presque spontanment dans le 
midi de l'Europe , semble fixer plus particulirement l'attention. 
Nicandre, chez Athne ( liv. il , 25) , cite avec loge les bulbes 
de Mgare (Meyupticts (ZohCos). Ovide en parle comme d'un vio- 
lent aphrodisiaque. 

Daunius , an Libycis bulbas tibi missus ab oris , 
An a ciiiat Megaris : noxius omnis erit. 

Ovid. , Remed. amor. , v. 797. 

Quelques auteurs ont dsign pour la bulbe de Mgare l'ognon, 
Allium Cepa. Le pays de Mgare , disent-ils, tait trs-fertile en 
ognons, d'o tait venu le proverbe, Meyctpav $*KpVct, larmes 
mgariennes , fausses larmes produites par l'action du suc de 
l'ognon. Nous ferons remarquer pourtant que l'ognon est connu 
des Latins sous le nom de cpa et de cpula, et des Grecs sous 
celui de Kpbpjuvov. 

Voici quelle est la concordance synonymque de ces bulbes : 

BoAf , THEOPH. , VII , i3 (dans le sens gnrique) ; BoaCoV , 
NlCAND. , de Ther., v. 881 ; Bo/Cbs gJWVf , DlOSC , 
XII. 2 



338 NOTES DU LIVRE XIX. 

II, 200 : AlHEN. , II , s5 ; TilEOPH. apud ArilEN. , loeo 
citato. Bulbus Megaricus , CoLUM. , liv. X, v. 108; Bulbus 
Libyens, Ovid. , Remed. amor.. v. 797 ; et Bulbus candidiis , 
Ejusd. , Art. am. . I! , 4o ; Bulbi omne genus , M ART. , IV, 
4.6, xill, 34, etc.; Aliiurum varias species , diverses espces 
du genre Allium . notamment l'ognon , la ciboule , elc. 

1G1. Page 2i4, ligne 1 7. Verum nobilissima est scilla. Voici 
comment on peut tablir la concordance svnonymique de la 
scille : 

JJL.1, \ii\r,(in. Sx/aaw et lyjvot, HlPP. , de Mo<b. nmlier., 
II , 670 ; SxuAA*, TilEOPH. , VII , 4- TlIEOCR. , Idjll. V, 

v. 120 ; 2x/aaa , Diosc. , n , 202 ; Sxvaa* , Nie and. , de 
Tlier. , v. 881. Scilla, VlRG., Georg. , II!, 45i ; Coi.UM. , 
33 el 44 i Scilla inariiima . L. , Spec. plant.. 44 2 - La scille 
maritime. 

Cette plante, dont les proprits nergiques taient connues 
de l'antiquit, et dont la clbrit remonte si haut, que Pytha 
gore avait , dit-on , crit un livre entier sur ses proprits' m- 
dicales , est encore classe de nos jours parmi les substances les 
plus hroques. Son nom grec , que les Arabes ont emprunt 
sous les formes ishil , sihel , sikal , parat venir de rxvAA , 
noceo. 

161 bis. Ligne 19. Acetoque exacueno. Le vinaigre sciliitique 
est un des mdicamens les plus anciens et les plus nergiques. 
Pline dit ici seulement qu'il fortifie le vinaigre ; cet auteur aurait 
du dire qu'il en change entirement les proprits , car il le 
rend vomitif, el purge avec violence. On l'emploie encore de 
nos jours associ au miel. 

162. Ligne 20. Duo gnera medica : masculum albis foliis , 
femina nigris. Les feuilles do la scille sont vertes dans toutes les 
varits; aucune plante, d'ailleurs, n'a des feuilles noires. Par 
feuille, il faut entendre ici squamme , et, en effet, il existe 
deux varits de scille , l'une squammes blanches , et l'autre 
squammes rouges ; celle-ci est prfrable : on les a qualifies 
pendant long-temps de m file et de femelle. 



NOTES DU LIVRE XIX. 33 9 

i63. Page -i. i4 , ligne 21 . Et tertium genus est cibis gra/um , 
epimenidium vocatur. C'est Thophraste [Hist. plant., VII , n ) 
qui leur donne ce nom. Il est bien difficile de penser qu'il 
s'agisse ici d'une vritable seille ; toutes les variis de la scille 
maritime ont les mmes proprits. Les squammes extrieures 
sont membraneuses et presque dpourvues d'amertume ; les 
moins actives sont situes au centre ; quoique succulentes et su- 
cres , aucune d'elles ne peut tre mange impunment. 

1 64.. Page 216, ligne 4-. Sponte nascunliir copiosissime in Ba- 
learibus Ebusoque insulis , ac per Hispanias. La scille abonde en 
effet dans les localits indiques par Pline. Les ctes du dtroit 
de Gibraltar et celles de la Mditerrane espagnole en sont cou- 
vertes , de manire interdire dans beaucoup d'endroits la pr- 
sence d'autres vgtaux. 

i65. Ligne 11. Gnera Grci hcfecere : bubinen , selanion, 
pyihion , acrocorion , asgilopa , sisjrrinchion. Tbophraste (Hst. 
plant. , vil ,11) s'exprime ainsi : To hevKot'ov , ko floh(l(vn , x*i 
tu/wc, ko) Kvt , Ko rpTov Tivk rh a-Hrvplyxjov. Nous nous 
dispenserons d'tablir une discussion rgulire sur chacune de 
ces plantes; il nous suffira de donner brivement leur concor- 
oance synonymique : 

Boaj3/j>w , Muscaria bolrjodes , MlLL. , Dict. , n 1. Le mus- 
cari en grappe. Cf. pour le complment de cette note , le 
livre suivant , chapitre 4o. 

'Ax.pox.ptov. Quelques critiques proposent de lire 'AKporx.6- 

poS~ov. 
Afy/A4- On a donn ce nom a une gramine. On ne sait 

de quelle plante bulbeuse les Grecs veulent parler sous ce 

nom. 
Ku. Quelque plante cyprace, racine bulbeuse? 
riufliW seu owiitav. Plante bulbeuse inconnue; quelque espce 

du genre allium , vraisemblablement. 

HrVpiyyjov, THEOPH. , 1 , 16, 7 , i3. Iris Sisyrinchium, L., 
Spec. plant. , 590. L'iris sisyrinchion , ou bermudienne. 

il. 



34o NOTES DU LIVRE XIX. 

Zerxtriov. Varit de l'ognon. Allium Cepa, L. , Sp. pi. , 4-3i. 
Agvxoov, Theoph. , VI, 7. Leucoium vernum, L. , Spec.pl., 
4-1 4- La nivole printanire. Cf. 

166. Page 216 , ligne 16. Est inter gnera et quod in JEgypto 
aron vocant. Il est ici question de Y Arum Colocasia, L. , Spec. 
plant. , i368. Cf. sur cette plante clbre la note i3o , chap. g, 
au livre i3 , tom. IX , p. i5o. La comparaison faite par Pline 
des feuilles de la colocase avec le lapathum , manque d'exacti- 
tude. Il sera trs-incessamment question de cette plante. C'est 
tort que notre auteur donne le nom de bulbe la racine de la 
colocase ; c'est un tubercule. 

170. XXXI, page 218, ligne 5. Hortensiis omnibus fere 
singul radies , ut raphano , bet , apio , malv. Cette numra- 
tion est copie de Thophraste (IIist.pl., I , y): lyj^bv <T xe 
XttyjtvaS'm 7ct 'vksio-Icc /Koyoppi*- oov p<pa.vof , revTXov, etc. 
Il ne faut pas prendre trop la lettre l'expression de yuopoppjet 
donne dans cette phrase ; cela veut dire seulement que ces 
plantes ont une racine pivotante. Cf. parmi les notes du prsent 
livre, savoir: sur le raphanus , la note i38 ; sur la betterave , 
la note 23o ; sur Yapium, la note 2i5; et sur la mauve , la 
note io4- Ce chapitre est presque littralement traduit de Tho- 
phraste. 

171. Ligue 10. Ocimo. Cf. sur Vocimum , la note 261 , au 
livre xxi. 

172. Ligne 12. Ut raminis.... Cf. sur le gramen, la note 254 
au livre xxiv. 

173. Ligne i4- A triplex , et blilum.... Cf. sur Yatriplex, la 
note 209, au livre XX , chap. 83; et sur la bette, la note 234 > 
au livre XX. 

174. Ligne l5. Et bulbi , et cpe , et allium Cf. sur les 

bulbi\ la note 160, au prsent livre ; sur le cpa et sur Y allium, 
les notes i83 et ig4 mme livre. 

175. Ligne 17. Ut aspalax. Aucun auteur u'a tent de cher- 
cher connatre quelle plante il convenait de rapporter Yaspa- 
lax; Thophrasle est le seul auteur qui la nomme, et Pline, 



NOTES DU LIVRE XIX. 34 1 

qui en parle d'aprs Fauteur grec, n'en donne aucune description. 
Dalchamp veut qu'on lise, au lieu de aspalax, asphodelum ; 
mais il ne dit pas sur quoi il fonde son opinion. 11 semble na- 
turel de lire aspalax , trirccxat , comme dans le texte grec de 
VHistoria plantarum ( VU , 1 1 ) , ou spalax , si mieux on aime , 
comme le portent quelques manuscrits du mme ouvrage. Poinsi- 
net hasarde l'opinion suivante , que nous allons faire connatre. 
Spalax, dit-il, signifie, dans le rgne animal, une taupe, d'o 
s'est form le mot spalahia , ccit ; on peut conjecturer de l 
que aspalax doit signifier l'herbe aux aveugles , ou l'herbe aux 
taupes, c'est--dire la plante qui rend aveugle , ou peut-tre 
au contraire l'herbe qui exclut ou gurit , ou bien encore celle 
qui ne souffre point de taupes dans son voisinage, surtout si 
l'on suppose que ce mot aspalax se compose de l'a privatif, et 
de spalax , taupe , car cet animal est l'emblme vivant de la c- 
cit , etc. Malheureusement , aprs avoir lu cette note sur 
V aspalax , on n'y voit pas plus clair. 

176. Page 218, ligne 18. Perdicium, crocum. Cf. sur le per- 
dicium, le livre XXII , note 4-0 : on pense que c'est notre pari- 
taire. Nous parlerons du crocus note 4-8 du livre xxi. 

177. Ligne 19. Florent confertim serpyllum, abrotonum, rapi, 
raphani, menta , rula. Ces diverses plantes ne fleurissent pas 
toutes la mme poque; leurs fleurs ne se dveloppent pas en 
mme temps , et beaucoup d'autres vgtaux fleurissent aprs 
elles. Toutes les assertions de Pline consignes ici sont donc fau- 
tives ; c'est Thophraste (vu , 3) qui les lui a fournies. Cf. sur 
le serpyllum, la note 22g , au livre XX. 

178.-^- Ligne 20. Ocinium auiem particulatim et ab imo incipit. 
Cela est vrai pour notre Ocimum Basilicum , et pour presque 
toutes les plantes dont l'inflorescence est ramasse en pi , en 
thyrse ou en sertule. \1 ocimum de Pline n'est pas connu des 
modernes. - 

179. Ligne 21. Hoc et in heliotropio herba evenit. Cf. sur 
cette plante la note 58, au livre xxii , chap. 19. L'inflorescence 
de cette borragine , qui est connue des modernes sous le nom 
d' Heliotropium europum , ne s'oppose point l'observation faite 
ici par notre auteur d'aprs Thophraste ( Hist.pl. , VII, 3). 



3^2 NOTES DU LIVRE XIX. 

180. Page 218, ligne a3. Folia cadunl a cacuminibus , oti- 
gano , inul , et aliquando rut injuria ls. Ces remarques em- 
pruntes hophraste ( loco cit. ) , comme toutes celles qui sont 
consignes dans ce chapitre, manquent de justesse. Cf. sur Vori- 
ganum, le chapitre 67, au livre XX ; sur Vinula, la note \Sj 
du prsent livre. Il sera question de la rue au chapitre 4-5 de ce 
mme livre. 

181. Page 220, ligne 1. Maxime cuncava sunl cp, gethyo. 
On pense que la plante nomme par Pline , d'aprs les auteurs 
grecs , geihjum, est la mme chose que la ciboule, Aium Sch- 
noprasum. Thophraste donne cette espce A' allium ce mme 
nom de yndvov , avec l'pithte i<r$*Aff. Sprengel dcide qu'il 
s'agit de l'chalotte, ce qui nous semble peu probable; les feuilles 
de presque toutes les plantes de la famille des liliaces tant creu- 
ses plus ou moins profondment. 

182. XXXII , page 220, ligne . Allium cpasque inter deos 
in jurcjurando habet JEgyptus. L'ognon , qui tait pour les Egyp- 
tiens l'objet d'un culte spcial , est connu des botanistes mo- 
dernes sous le nom d Allium Cepa. Les habitans de Pluze se 
distinguaient entre tous les habitans de l'Egypte par leur vn- 
ration pour ce lgume. Ce n'tait pas pourtant qu'ils eussent 
pour lui une affection particulire , c'tait au contraire parce 
qu'ils avaient l'ail, l'ognon , la scille, etc. , en horreur. Ils les 
croyaient nuisibles la sant , redoutaient leur odeur , et les 
adoraient par le mme prjug superstitieux qui a fait adresser 
des hommages aux animaux nuisibles , tels que le crocodile , le 
serpent , etc. Les Plusiens avaient lev un temple o ils ado- 
raient l'ognon marin , c'est--dire la scille. Cf. plus haut la 
note 161. Quelques savaus ont prtendu que le nom de Kp/u/uvov, 
appliqu exclusivement l'ognon , devait l'tre la scille. Cf. 
sur le culte des Egyptiens pour les plantes bulbeuses, M. de Paw, 
Recherches sur les Egyptiens et sur les Chinois. 

i83. Ligne 5. Cp gnera apu Grcos : Sardia, Samo- 
thracia . Alsidena , Setania , Schista , Ascalonia , ab oppido Jud 
nominata. Cette numration est emprunte Thophraste 
( Hist. plant. , VII, 4) : 2*^et, Kv <T * , S/Uofy>etKl , Ktt't 



NOTES DU LIVRE XIX. 3/,3 

trMV SuTaj'iai, Ka'i lyja-la. , xe 'kaKaxviA. On ne peut se 
llatter d'arriver la dtermination prcise de ces diverses espces 
Gallium ; Vascalonia est rapporte avec quelque vraisemblance 
notre Allium A scalonicum, L. (Spec. plant. , 4.2g), connu sous 
le nom d'chalolte. Pline est le seul auteur qui parle de Pognon 
alsidnien. 

Voici quelle est la concordance synonymique de l'ognon : 

OlSjD , Nombr. , il , v. 12. Y.f>i>/u/uvov , et ses varits plus 
haut numres ; TllEOPH. , vil, 4-5 DlOSC. , il, 181. 
Cepa rubens , Virg. , Moretum , 84 , CoLUM. , XII , 10 ; 
Cpa, Plin. , loco comm. ; Cpula, Pallad. , Febr. , il^ ; 
Oct. , 1 1 ; Cepa , CAROL. Magn. , Capiiul. , 70 ; Allium 
Cepa , L. , Spec. pi., 4-3i. L'ognon des modernes. 

i84- Page 220, ligne 7. Omnibus etam odor lacrjmosus , et 
prcipue Cypriis , minime Gnidiis % . De tous les ognons , celui 
qui dtermine le larmoiement un plus haut degr est notre 
ognou cultiv. On sait que le suc de ce bulbe contient une trs- 
grande quantit d'acide actique; c'est cet acide qui agit princi- 
palement sur lefmembranes de l'oeil. 

i85. Ligne q. E cunclis Selania minima , excepta Tusculana, 
sed dulcis. Schista auUm et Ascalonia condiunlur , etc. L'ognon , 
comme toutes les plantes cultives avec soin depuis long-temps 
et dans toutes sortes de terrains , a des varits innombrables 
dans lesquelles rentrent probablement toutes celles numres 
par Pline dans ce chapitre. La plus petite des varits est connue 
des horticulteurs sous le nom d'ognon blanc htif de Florence. 
Est-ce l le cpa Tusculana ou Setania? nous ne suivrons pas plus 
loin ces comparaisons. 

186. Ligne 22. Est et colorum differentia. C'est par la cou- 
leur que l'on distingue principalement les varits d'ognons ; 
ainsi on connat un ognon rouge, blanc, jaune , ple*, etc. 

187. Page 222 , ligne 4- Apud nos duo prima gnera. Unum 
condimentari , quam illi gethyon , nostri pallacanarn vocani. Tous 

1 Le pote Lucilius a dit , satire v : 

Flebile ta-pc mihuI tacrym^scqne online latlar. 



344 NOTES DU LIVRE XIX. 

les auteurs traduisent le mot gethyon par ciboule. Cf. plus haut la 
note i8i.L'ognon tte (cpa capitala . Plix.) n'est autre chose 
que YAliium Cepa. C'est avec raison que Pline dit que cette espce 
se divise en plusieurs espces secondaires , que les ognous ronds 
sont les meilleurs, que les rouges ont plus d'cret que les blancs. 
Il paratrait que les ognous d'Amiterne, cpa Amiternina . ren- 
treraient comme varit dans YAliium satum. ou dans YAliium 
Ascalonicum, l'ail ou l'chalotle , puisque notre auteur dit qu'on 
plante leurs bulbes. Tout ce qu'on lit dans ce chapitre , et qui 
est relatif la culture , est emprunt presque littralement 
Columelle {de Re rust., XI , 3) et Palladius ( in Febr. , III , 
tit, 24. ). Plusieurs des prceptes donns par ces auteurs sont 

encore suivis de nos jours. 

* 

188. XXXIII, page 224. , ligne 5. Et de porro m hoc cogna- 
iione dic conveniat. Ce porrum est sans doute notre porreau. 

Voici comment nous tablirons la concordance svnonymique 
de cette plante : 

*rpB, Nombr. , XI, 12. U peur or , ThePH. , VII, 4; Rf>2><rov 
xs&tXrfbv, DlOSC. , II, 179; ATHEX. , IX, i3. Porrum 
capitatum ; VlRG. , Copa , i4; Porrum capitatum, MARTIAL., 
XIII , 19 ; CoLUM., XI , 3 ; PLIX. , loco comm. ; Porrus, Car. 
MaGX. , Capitul. ; Allium Porrum , L. , Spec. plant. , 4-23. 
Le porreau. 

Le porreau a d le surnom grec de ks^axotov , employ par 
Dioscoride , au renflement du corps de sa bulbe. Un critique a 
censur l'apprciation que nous faisons de cette pithte , et 
prtend'qu'elle doit s'entendre de la forme globuleuse de l'as- 
semblage des fleurs. Nous persistons nanmoins. En jardinage , 
la seule partie importante d'un vgtal est la partie utile. La 
synonymie des anciens botanistes ne diffrait point de la tradi- 
tion nominale populaire. Nos paysans nomment le bulbe de l'ail 
une tte d'ail. Pourquoi croire que les Grecs et les Latins aient 
procd d'une autre manire ? d'ailleurs, s'ils eussent donn l'- 
pithte de xe$et>i<nw et de capitatum l'assemblage des fleurs, ils 
eussent pu l'appliquer presque toutes les espces allium dont 
les fleurs sont rassembles en tte. 



NOTES DU LIVRE XIX. 345 

189. Page 224., ligne 5. Prsertim quum sectivo nuper auclo- 
ritatem dederit princeps Nero , etc. Quoiqu'on ne puisse nier que 
le porreau contienne une assez grande quantit de mucilage , 
il est douteux qu'il agisse avec efficacit sur la voix. Un grand 
nombre de personnes nanmoins, partageant ce prjug favorable 
au porreau , et mis en crdit par Pline , ont pour ce lgume 
toute la ferveur de Nron , et ne doutent pas que son usage 
prolong ne rende la voix plus nette et plus pure. On voit par 
cet exemple combien les prjugs sont tenaces. 

190. Ligne 9. Si sectwum facere libuit, densius. 11 est d'usage 
chez un grand nombre d'horticulteurs de couper les feuilles du 
porreau, afin de faire grossir la tige. Cette opration , plus nui- 
sible qu'utile , se pratique sur toutes les espces , de sorte qu'il 
n'est pas possible d'arriver la varit dont veut parler Pline. Ce 
porrum sectwum est le porrum sectile de Juvnal (Sat. III, v. 278), 
le porrum sectile et Tarentinum de Martial , dans ces vers : 

Fila Tarenlini graviter redolentia porri 
Edisti quotics , oscula clausa dato. 

Epigr. , lib. xiu , v. 18. 
et dans celui-ci : 

In quibus est lactuca sidens , et sectile porrum. 

Epigr. , lib. x , v. 48. 

Les Grecs le connaissaient sous le nom de ynbvxxis. Columelle 
{de Re rust. , XI , 3) en parle en ces termes: Porrum si sectwum 
facere. velis , densius satum prceperunt priores relinqui , et ita 
quum increverit , secari , etc. 

191. Ligne ig. Laudatissimus in Mgypto , mox Osti, atque 
Arici. Martial (liv. XIII, pigr. 19) mentionne les porreaux 
d'Aricie : 



Miltit praecipuos nemoralis Aricia porros, 
In niveo virides stipite cerne comas. 

192. Page 226, ligne 1. Sectivi duo gnera: herbaceum folio 
incisuris efus evideniibus , etc. Les varits de porreaux que la cul- 
ture a produits sont si nombreuses , que les horticulteurs d- 
daignent de les signaler. Les deux espces que l'on cultive le 



346 NOTES DU LIVRE XIX. 

plus frquemment dans les environs de Paris sont distingues 
par la longueur de leurs feuilles , ce qui les a fait qualifier de 
porreaux courts et de porreaux longs. 11 semblerait que la pre- 
mire espce mentionne par Pline doive se rapporter au porreau 
l'tat sauvage. 11 est si commun en Espagne, qu'il porte le plus 
grand prjudice aux cultures. 

193. Page 226 , ligne 4 Fama est , Melam equeslris ordinis, 
reum ex procuraiione a Tiberio principe accersitum , etc. Le suc de 
porreau est inoffensif. Pline parat pencher croire le contraire. 
Le pre Hardouin a soin d'avertir qu'il ne s'agit pas dans cette 
phrase de Pomponius Mla , gographe clbre. 

ig4- XXXIV , page 226, ligne 11. Allium ad mulla nuis 
prcipue medicamenta prodesse credilur. Tout ce que Pline dit dans 
ce chapitre peut se rapporter trs-bien notre ail cultiv, Allium 
sativum , L. 

Voici la concordance synonymique de cette plante : 

"ZKpofov , ARISTOPH. , in Plut.; XENOPH. , Sjmp.; Theoph. , 
VII, 4; DlOSC. , II, i65. Allium spissis fibris , VlRft. , 
Moret. , v. 88 ; Ed. II , 1 1 ; HoRAT. , Carm. , lib. v, 3 ; 
Mart. , Epigr. XII , 32 ; Allium grave, OviD. , Art. am. , 
1 , 221 ; A.flebile, EjUSD. , id. , v. 4*3 ; Plin., loco comm. ; 
PALLAD. , Januar. , i4 ; Allium sativum , L., Spec. plant. , 
425. L'ail cultiv. 

Rien de plus vari que le rle de l'ail dans les usages domes- 
tiques des peuples ; rien de plus singulier que l'estime qu'on 
avait pour ce bulbe , ador avec les autres allium en Egypte , 
ainsi que Pline nous l'apprend , et banni de la table des gens 
dlicats Rome. Il a inspir une ode tout entire Horace , qui 
s'crie : 

Parentis olim si quis impia manu 

Senile gutlur fregerit : 
Edat ciculis allium nocentius. 
O dura messorum ilia! 

Les peuples modernes ne l'estiment gure plus que les anciens, 
et nos Apicius le ddaignent tout--fait. Les soldats romains, 



NOTES DU LIVRE XIX. 3/, 7 

les moissonneurs , les marins en faisaient un usage frquent. 
( Cf. PLAUT. , in Pnul. , v. 5 , 54 R1STOPH. , Arach. ,1,4? 
10 ; Virg. , loco citato.) Galien (Mlh. md. , XII , 18) appelle 
l'aij , la thriaque des paysans. On lui attribuait autrefois de 
grandes vertus prophylactiques ; il en est de mme aujourd hai. 
JF.milius Macer lui accorde des proprits actives pour neutra- 
liser le venin des serpens : 

Hc ideo miscere cibis messoribus est mos , 
Ut si forte sopor fessos depresserit artus, 
Alignions a nocuis tuti requiescere possint. 

Les personnes qui avaient mang de l'ail ne pouvaieut pas 
entrer dans le temple de la mre des dieux ; cependant on le fai- 
sait manger aux personnes qui voulaient se purifier de quelque 
crime. 

Hinc grandes Galli , et cum sistro lusca sacerdos , 
Incussere deos infiantes corpora , si non 
Prdictum ter mane caput gustaveris alli. 

Peks. , Sut. v, v. 186. 

Les peuples mridionaux prouvent le besoin d'exciter quel- 
quefois les forces digestives de l'eslomac ; aussi l'ail est-il plus 
estim chez eux que dans le Nord. On ne doit donc pas s'tonner 
que ce bulbe ait trouv un dfenseur dans un pote mridional; 
il est douteux nanmoins que l'on prfre jamais les vers de la 
dfense ceux de l'attaque , et que le pote franais Marcellus 
fasse oublier le pote, Horace. 

ig5. Page 226, ligne cj. Allium yprium, alii antiscorodon,etc. 
Thophraste dit que cette espce est la plus grande de toutes : 
Ke juey&ei , ko.) niKprmi. Ki ykp 7$ /usy&ei yvos ti 
P/etipepo? crit, (jL.M<r1a, <T tq KvTpiov KXbovjuevov toiovtov (Hist. 
plant, VII, 4). 

19G. Page 228, ligne 2. Quidam ulpicum , et allium in piano 
sert vlant , etc. Poinsinet fait driver ce mot ulpicum de uhivum , 
ou ulpicum, ab uha spumosa. Columelle en parle (in Horl., v. 1 15) : 

Alliaque infraclis spicis et olentia late 
Ulpica 

ft livre XI , chapitre 3 : Ulpicum . quod quidam allium puni- 



I* 



348 NOTES DU LIVRE XIX. 

cum vocant , Grci autem cKppoe-KpoS'ov appellant , longe majoris 

est incremenii quant allium habet velut allium plures cohrentes 

spicas , etc. 

197. Page 228, ligne 4- Inter grana digiti intresse debent, etc. 
Columelle (loco cit.) , Palladius (de Re rust., in No.'emb. , tit. 6 ), 
l'auteur des Goponiques ( liv. XII , chap. 3o) , sont les auteurs 
anciens qui ont fourni Pline tout ce qui a rapport la culture 
de cette liliace. 11 a aussi puis chez Thophraste (Hist. plant., 

vu, 4). 

198. Page 23o , ligne 4* Allium est et in arvis sponte nascens, 
aluni hoc vocant. Voici la concordance synonymique de cet 
allium : 

'0<p/oo-xopocTof , Galen. , de Facult. simpl. , VII , p. 280 ; 
DlOSC. , II, 182. Allium arvense alum dictum , PLIN. , loco 
comm.; Allium silvestre tenuifolium, DoDON. ? teste Harduin.; 
Allium oleraceum , L. , Spec. plant. , 4 2 9- L'ail des cul- 
tures. 

Il est superflu de prvenir nos lecteurs que le moyen donn 
par Pline pour loigner les oiseaux incommodes des champs , 
n'aurait aucune efficacit. 

199. Ligne 9. Est et silvestre , quod ursinum vocant , odore 
molli, capite prienui , foliis grandibus. Il n'y a aucune difficult 
de reconnatre dans cet allium l'espce qui , parmi nous , a con- 
serv l'pithte iursinum, Allium ursinum , L. , Spec. pi. , 4-3 1 ; 
ses feuilles sont en effet assez larges , et ses fleurs assez grandes, 
mais peu nombreuses. Quant l'odeur que Pline dit tre trs- 
peu prononce , elle l'est au contraire beaucoup : cet allium in- 
fecte mme le lait des animaux qui le mangent ; il est commun 
dans presque toute la France. 

200. XXXV, page 23o , ligne 12. In horto satorum celer- 
rime nascuntur ocimum, blitum , napus , eruca , etc. Cf. sur la ger- 
mination des graines , et le temps qu'elles mettent lever, la 
note 89, au livre XVIII. Nous ferons remarquer que ce cha- 
pitre est presque entirement traduit de Thophraste ( Hist. pi. , 



* 



NOTES DU LIVRE XIX. 3/, 9 

VII , i ). Toutes les plantes ici numres ont t prcdemment 
examines , ou le seront bientt. Cf. sur le napus , la note 204, 
au livre prcdent; sur Veruca, le chapitre 49 du mme livre. 
Pline traitera de l'aneth livre xx, chapitre 74 ; du lactuca, de la 
coriandre et de la cunila , mme livre, chapitres 24., 64 et 82. 

201. Page 232 , ligne 1. Aliquid et seminum las confert , 
quoniam recentiora maturius gignunlur. Pline puise toujours chez 
Thophraste (vil , 2 et 3). Les ides physiologiques mises dans 
ce chapitre , ayant rapport la germination des graines , sont 
en gnral fondes sur une saine observation. Il est vrai que 
certaines graines ne gardent pas indfiniment leur facult ger- 
minatrice ; les unes la perdent rapidement , les autres au con- 
traire la conservent fort long-temps ; les graines prisperme 
huileux , moins facilement que les graines prisperme fari- 
neux. Celles qui sont renfermes dans des capsules ou dans des 
gousses rsistent mieux que les autres l'action du temps. Nous 
avons dj trait ces diverses questions ailleurs. Cf. la note 307, 
livre xvill. 

202. Ligue 4> Mirum in bef semine : non enim iotum eodem 
anno gignit , sed aliquid sequente , aliquid tertio. Cette observation 
repose sur un fait mensonger. Il n'est pas possible qu'une plante 
acquire une deuxime anne, la facult de germer, qu'elle n'au- 
rait pas eu la premire. 

2o3. Ligne g. Hosc enim semel sata pluribus annis restibili 
fertilitaie proceniunt. Quiconque s'est livr la culture des plantes 
a pu s'assurer par lui-mme de la vrit du fait nonc par Pline. 
Seulement il faut tendre beaucoup les exemples que cite cet auteur 
et qu'il trouve seulement dans l'ache, le porreau et la ciboule. 
On cite parmi les faits les plus curieux relatifs la conservation 
des graines dans le sein de la terre , l'exemple d'un champ de 
seigle qui fut recouvert subitement , aprs les semailles , par un 
glacier, et qui germa aussitt que la masse de glace eut disparu, 
ce qui n'arriva qu'au bout de cinquante ans. Ayant t nous- 
mmes chargs de diriger un jardin botanique dont quelques 
planches taient restes incultes pendant plusieurs aunes , nous 
fmes fort surpris d'y voir natre , aprs avoir fait bcher pro- 
fondment la terre , plusieurs espces de plantes exotiques qui 



M 



* 



* 



i NOTES DU LIVRE XIX. 

avaient vcu prcdemment dans ce jardin. De par ils exemples 
p n r r a ient tre multiplis l'infini. 

"o4- XXXVI , page aufo , ligne 18. Afo ocimo feamdius : 
cum maledwtis ac probris serendum prciphint ; ut ltius proni&t , 
sato paritur terra. Nous avons dit ailleurs que sous le nom " 1 oci- 
mum , les anciens dsignaient deux piaules diffrentes , dont 
lnne tait une lgnmineuse. Ce n'est point de celle dernire 
qui! est sans donte ici question, ni mme de X Ocimum BasiUcum. 
/Ut Fodenr est dlicieuse. On assure la germination de plu- 
fJcurs graines en foulant la terre qui les a reues. Columelle 
r 3t Re rust. , liv. xi, chap. 3) recommande cette pratique en 
ces termes: Fereeam fus diebus oama seruntur. quorum fjuum semen 
orrutum est diligenter , inadcatur pavicula Tel cjUndro : nom si ier- 
ram suspensam relinquas. plerumque corrumpur. Il est bon d'em- 
ployer le moyen indiqu dans ce passage lorsque Ton fait des 
semis danf- une terre lgre. 

2o5. Ligre 20. Et cuminum qui seront . precaniur ne exeat. 
C Tbophraste {de Re rust. , irv. IX , cfaap. 9). On doit en- 
tendre cette phrase dans ce sens : le cumin lve avec tant de fa- 
cilit que. quelle que soit la petite quantit de semence mise en 
terre , l en lve toujours plus qn il n'en est besoin. 

206. Page 2^4 , ligne 1. lia cerie porrum et allium seruni in 
[admis coUigatum. On nglige la prcaution indique dans cette 
ybrase comme tout-a-fait superfloe. Columelle la recommande 
en ces termes : Quod si qzds velii aphan atifolii facere , quantum 
semons possunt trs dihi comprehendere . rare linieolo illige 1 . et 
:ta in areoias disposiium relegeL 

207. Ligne 5. ^ascunfur auiem omnia oui semine , autavul- 

nnwr et surculo : ut ruta , orianum , ocimum. La rue et l'origan, 

tant des plantes vivaces , peuvent se reproduire de boutures , 
quoique difficilement. Quant Y ocimum. s'il tait vrai que ce fut 
notre Ocimum BasiUcum. . il ne pourrait se multiplier ainsi , puis- 
que c'est une plante annuelle; mais nous n'adoptons pas ici l'opi- 
nion des commentateurs. Voyez sur cette question la note 261 , 
an livre m , et an livre xvil la note 27^- 

208. -*g* - Cide reciso fere quidem omnia regernnant . 







V 



HOTES DU LITRE XIX. 35i 

txieptis qu nom scabrum eaulem habent : et in usnm -pero ocimum. 
raphatms . lactma. Pline , en net tant dans l'exception de la 
rgle qu'il laUit , les plantes dont les tiges sont lisses, a en pro- 
bablement en vue les monocotrldones : actrement son asser- 
tion serait fautive. Plusieurs plantes rfrace* dont les tiges sont 
lisses, peuvent repousser quand elles ont t coupes. La laitue 
n'est pas dans ce cas, elle prit alors. Quant Yochnum. si nous 
raisonnons toujours dans l*hvp thse que ce soit bien la YOd- 
mum Basilkum. ce qui est plus que douteux, il ne repousse plus 
quand il a t coup. 

209. XXXVll , page 334 1 ^igne 21. Singnla gnera sont 
odmo . lapatho . hhxo , rasturtio, ernca . atripLri , tnrianrm. ane- 
tho. Par singula gnera , il dut entendre singula pmretas; le mot 
gnera n'axait pas , l'poque o Pline crixait, la signification 
que les botanistes lui ont donne plus tard. Toutes les plantes 
enumres dans ce chapitre et dans les suixans ont t l'objet 
d'un examen spcial dans les livres precedens ; un grand nom- 
bre d'entre elles seront dcrites dans le livre XX. 

210. Page 236 , ligne 1. Ridant furtkam lantum pr ove nu* 
fertilhis putanL C'est ici co m me on voit le contraire du dicton 

beaucoup plus moral : Bien -paie ne profite jamais. Palladius (t 
MarL , tt. 9) a peut-tre emprunt notre auteur cette obser- 
vation purile. Voici comment il s'exprime : Hoc memre mta se- 
ritnr.~ sed. ut assemnt , menus jnrhva proteniet. 

211. Ligne S. lemim <mod spante in numithr nasdtnr ieJio 
seHnum vocaiur. Voici la phrase de Thophraste ( vu ,61, car 
Pline n'est ici que traducteur: T* ua ykf iacwrCAm? , 7 T*fk. 
tous hrywrev; mai h rs exsrt qaften*, fiari<s*txx%9 Tf*mm w 
JW y9rr*i. Cette ombellnere n'est point mooophvUe. Pal- 
ladius ( in AprUi . tit. 3) interprte bien mieux Thophraste. 
Voici ce qu'A dit : HeKoseEnon molli folio , et canlt ienero , mnmi 
nasdtnr in lanrmit , et hpposeUnen mrts austerinsmne. . 

Void comment ou peut tablir la concordance svnonvmique 
de cette plante : 

3AIW eASMP , HPP. , jfefZ. , 5?Q ; 'EjL&nr&Otm , Theoph. , 
HisL planiar. . vu , 6 ; 'Eteitskirtr , DlOSC , III , 7S. 



* 



35a NOTES DU LIVRE XIX. 

Helioselinum, Plin., loco comm.; Pallad., in Aprili, tit. 3; 
Apiumviride, VlRG., Georg., IV, 121;^. amarum , EJUSD., 
Ed. vi , 68 ; Apium , Colum. , xi , 3 ; Plin. , xx , 44 ; 
Apiitm graeolens , L. , Spec. plant. , 37g. L'ache odeur 
forte. 

Cf. au livre prsent , la note 2i5. 

212. Page 236 , ligne 9. \J no folio , nec hirsulum. Pline a lu 
par erreur dans Thophraste {JLovi<pv**.ov , une seule feuille , 
au lieu de /u.aLvo<pvk*.ov , qui a peu de feuilles , raris foliis , ou 
des feuilles molles. Palladius n'a point commis cette faute. Cf. 
la note prcdente. 

21 3. Rursus in siccis hipposelinum , pluribus foliis , simile 
helioselino. S'il faut en croire le pre Hardouin , cette plante 
est le persil de Macdoine , Bubon Macedonicum , L. , Spec. pi. , 
364- Nous devons convenir, en prsentant cette indication, que 
nous avons bien peu de donnes pour dcider si le pre Har- 
douin a raison. Sprengel (Hist. Rei herb. , 1 , 3g et suiv.) a in- 
diqu de prfrence, d'aprs C. Bauhin ( Pin. , 254 ) 1 le Smyr- 
nium Olusat/um. L'autorit de ce clbre botaniste nous fait ran- 
ger cette opinion contre celle du pre Hardouin. 

Nous tablirons donc comme il suit la concordance synony- 
mique de cette plante: 

'Wiroffhivw , HlPP. Morb. mulier. , I , 6o3 ; AftlST., Probl. , 
XX , 7 ; Theoph. , Hist. plani , VII , 6 ; Diosc. , III , 78. 
llipposelinum, PlN., loco comm.; Atrum olus, CLUM. , 
XI, 3 ; Olisatum, CaROL. Magn. , Capit. ; Smyrnium Olu- 
satrum, L., Spec. plant., 376. Le maceron commun. 

214. Ligne 10. Terlium est . oreoselinum, cieuf foliis , radice 
ienui, semine anethi . minutiore tantum. Les commentateurs ont 
dsign pour cette plante XopSQ<ri\LVov de Thophraste ( Hist. 
plant. y vu, 6) , le laserpitium formosum de Wildenow ; mais 
cette dsignation est encore plus hasarde que la prcdente. 
Anguillara pensait que ce devait tre le persil , et sans doute 
le persil sauvage. Sprengel (Hist. Rei herb. , tom. I, p. 365) a 
pens que Ypeoo-xtvov de Droscoride (ni , 76) tait le Selinum 



NOTES D.U LIVRE XIX. 353 

Oreoselinum de Linn , suivant en cela l'opinion des auteurs du 
moyen ge. L'obscurit de la matire ne nous permet pas d'- 
mettre notre opinion. 

21 5. Page 236, ligne 12. Et sativi autem differenti in folio 
denso , crispo , aul rariore et leviore. Il est assez vraisemblable que 
cette plante est notre persil cultiv , Apium Petroselinum , L. 
Peut-tre Virgile , en donnant son apium les pithtes 'ama- 
rum , de gracile , de viride {Ed., VI, 68; Gorg. , IV, 121), 
a-t-il voulu parler de cette mme plante, dont il indique 
la localit au bord des eaux ; le persil crot en effet prs des 
ruisseaux qui descendent des montagnes. Il est vert, et d'un 
vert plus agrable que celui de l'ache , dont l'odeur et la saveur 
sont tellement fortes et dsagrables , que les anciens ne pou- 
vaient plus mal choisir pour l'ornement de leurs repas. Le persil 
est amer et rsiste au froid bien mieux que l'ache, ce qui justifie 
Horace, qui lui a donn l'pithte de vivax. Nous avons con- 
serv la coutume d'orner nos mets de persil , et peut-tre cette 
pratique nous vient-elle des anciens. Ce qui fortifie cette opinion, 
qui veut que Yapium de Virgile et d'Horace soit bien le mme 
que celui de Pline, c'est qu'il est douteux que les Latins aient 
pu admettre dans leurs festins l'ach , qu'ils regardaient comme 
une plante funbre et d'un mauvais augure. Suidas dit positi- 
vement que l'ache indiquait le deuil et les larmes, ce qui faisait 
dire d'un malade dsespr : 11 n'a plus besoin que d'ache. 
Cf. ERASMI Adagia. 

Venons-en maintenant la synonymie du persil : 

lixivov lyHSfOV, Hu>P. ; hivov, TflEOPH. , Hist. plant, , vil, 
6 ; Ssaipok wx&ov , Diosc. , ni, 74. ; Zxivov , Nicand. , 
Alexiph. , v. 602. Apium amarum, Virg. , Eclog. VI , 68 ; 
viride , Georg. , IV , 121; gracile , Moret. , v. 89 ; Apium 
vivax , HoR. , Carm., lib. 1 , 3i ; PLIN. , loco comm. ; Apium 
Petroselinum , L. , Spec. plant. , 37g. lie persil. 

L'tymologie du mot apium est tire de la localit o cette 
plante crot de prfrence; car, suivant Bulle, apium vient iapon, 
eau, en celtique. Le mot franais ache aurait une tymologie sem- 
XII. 23 



354 NOTES DU LIVRE XIX. 

biable, aches tant, en celtique, le reprsentant de notre mot 



216. XXXVIH, page 236, ligne 18. Lactuc Grci tria 
fecere gnera. Avant d'arriver la dtermination des espces, 
donnons la concordance synonymique de la lactuca , considre 
comme genre: 

&pi^ec.Ki'vif , Theoph. , Hist.pl. , I , 16 , vil , 4-i et varits ; 
QplS'ti.Kivoi , Galen. , de Fac. alim. , II, p. 626 ; 0/>/<Tet| 
n/xepof, Diosc, 11, i65 ; Athen., ii, 32. Lactuca, Mart., 
xiii , 14. ; Vikg. , Moret. , 76 ; HoRAT. , lib. II , sot. 1+ , 
v. 5g ; sat. 8 , v. 8 ; PLIN. , loco comm. ; PALLAD. , Januar. , 
tit. i4 ; COLL'M. , X , 181 , etc. ; Lactuca sativa, L. , Spec. 
plant. , 1 1 18. r La lai lue. 

Les Grecs diffraient , comme on voit , dans la manire d'- 
crire le mot laitue, qu'ils crivaient /x'eTot^ , pifay.ivn etptf*.- 
kivos; Hipponax l'appelle TSTpaKvn ; Nicandre de Colophone 
dit , dans ses Gloses , qu'on appelle Brinihis , en Chypre , la 
laitue , sous les feuilles de laquelle Adonis s'tait cach lorsqu'il 
fut tu par un sanglier. Les anciens attribuaient la laitue les 
mmes proprits que nous lui reconnaissons encore; Amphis 
{apud Athen. , loco cit.~) lui attribue des vertus antiaphrodisiaques ; 
Eubulus dt la mme chose. Ses proprits somnifres leur avaient 
t indiques , et ils la croyaient un trs-bon aliment pour les 
malades , parce qu'elle est trs-peu nourrissante. 

Thophraste ( Hist. plant. , loco cit. ) divise les diverses sortes 
de laitues comme il suit : yiw T xevx.Hf zvliv <l\ka rpet, 70 t 
-srAetTaxen/Aer, xe rlpoyyvxKctvtov, Kt ipirov AeLKmtKv. Dios- 
coride (II, i65 et 166) ne distingue que deux espces de laitues, 
f/<Tet tinepos et 6/>/<Tet kypia,. Pline a jet, comme on le voit, 
beaucoup de vague dans la distinction qu'il essaie de donner 
des diffrentes espces de laitues ; il adopte d'abord la division 
donne par Thophraste , puis il arrive d'autres distinctions 
videmment fournies par les horticulteurs de son temps. Colu- 
melle (x, v. 182) tablit ses espces sur la couleur, mais les 
modernes ont form les leurs sur la forme de la feuille, plane ou 



NOTES DU LIVRE XIX. 355 

frise , et sur les chaogemens que la culture, qui parvient les 
tioler plus ou moins, dtermine. La dimension et la couleur ont 
fourni aussi quelques caractres spcifiques. (Fojrz la note suiv.) 

217. Page 236, ligne 18. Unum loti coulis , adeo ut ostiola 
olitora ex his factitari prodiderint. Thophraste (locoe.) parle 
de cette espce de laitue , dont il est difficile d'admettre l'exis- 
tence : Tm T nxaLTsav ovra tjfsj T?.a.TVKctvxoi ylvorieu, o<rl' 
iviovs zuTi Ketl 6-Jpa.is yjn<r%<ti x.niiovpi)ut7s.Sl Pline ne nous disait 
pas que cette espce a des feuilles troites , et que ces feuilles 
fussent proportionnes la tige , on serait tent de la dsigner 
comme celle laquelle se rapporte la fable des Grecs relative 
Adonis. Cf. la note prcdente. Il est presque superflu de dire 
qu'aucune varit de laitue ne fournit une tige aussi dmesur- 
ment large que le ferait supposer l'usage auquel on remployait. 
Les laitues romaines , ou chicons , sont plus longues que les 
autres ; elles s'lvent quelquefois jusqu quinze et dix -huit 
pouces , feuilles et tiges. 

La laitue tige ronde , dont Pline parle plus loin , ne peut 
tre rapporte une varit distincte, toutes les laitues ayant 
des tiges arrondies. Quant la troisime espce , que Pline qua- 
lifie de sessile , et qu'il appelle Lacluca laconica , on serait tent 
de la rapporter nos laitues pommes , dont quelques varits 
sont presque dpourvues de tige , et comme assises sur le sol , 
mais le pre Hardouin a dcid qu'il ne fallait pas la rapprocher 
de cette varit ; toutefois il ne dit pas les raisons qui pouvaient 
layer cette opinion. Les Grecs nommaient cette laitue ya./Mti- 
wAor. Martial en fait mention livre m , pigr. ^.y. 
. 218. Page 238, ligne 1. Alii colore, et lempore s a tus , gnera 
discrevere. Columelle est l'auteur latin qui a surtout distingu 
les espces de laitues d'aprs leur couleur ; les modernes ont 
fait de mme. Nous avons des laitues brunes et des laitues noires, 
auxquelles on peut rapporter les laitues prcoces mentionnes 
plus loin par notre auteur : Esse enim nigras , quorum semen 
mense januario seratur ; des laitues blanches ou blondes, et c'est 
le plus grand nombre ; d'autres rouges et sanguines , qui pro- 
bablement taient connues des Latins : Albas , quorum martio : 
rubentes , quorum aprili ; des laitues purpurines . des laitues fri- 

23. 



356 NOTES DU LIVRE XIX. 

ses , les unes ayant les feuilles longues , et les autres ayant les 
feuilles larges: Purpureas , crispas , Cappadocas , Grcas. Longio- 
ns has folii..... prterea longi et angusti, etc. 

2 9- Page 238, ligne 6. Cappadocas {laciucas'). Martial donne 
aux laitues de Cappadoce (liv. v, 79) l'pithte de viles. Colu- 
inelle les dcrit en ces termes , liv. x , 186 : 

Tertia, qnse spisso , sed puro vertice pallet, 
Hc sua Cappadocae servat cognoinina gentis. 

Cf. le mme auteur , liv. XI , chap. 3. 

220. Ligne 8. Pessimum autem genus cum exprobratione ama- 
ritudinis appelhuere picrida. Ces laitues amres sortent peut-tre 
du genre lactuca. Au reste , toutes les laitues ont une saveur 
amre plus ou moins prononce , que les efforts de la culture 
tendent faire disparatre. Peut-tre aussi faut-il runir cette 
sorte de laitue la laitue vireuse , Lactuca virosa , dont nous al- 
lons parler incessamment. 

22i. Ligne 9. Est etiamnum alia distinctio atr , qu meco- 
nis vocatur , a copia laclis soporiferi , quamquam omnes somnum 
parre creduntur. C'est l vraisemblablement la laitue vireuse , 
que l'on a peut-tre confondue avec la laitue sauvage , Lactuca 
silveslris. Elle tait connue de Dioscoride ( il , 166 ) sous le nom 
de p/tTa^ kypia.. Sa saveur est acre et amre. Le suc propre , 
qui est trs - abondant , agit nergiquement et la manire 
des poisons narcotiques. Il peut , dans certains cas , remplacer 
l'opium ; il ne faut donc pas s'tonner du nom de p.r\Kav qui 
lui t donn par les auteurs. Lorsque Pline dit qu'on n'es- 
timait autrefois en Italie que cette sorte de laitue , il sous- 
ntend ncessairement que c'tait dans les usages mdicinaux. 
Nous avons dj dit dans les notes prcdentes que les anciens 
connaissaient les proprits somnifres de la laitue. Galien ( de 
Fac. alim. , il , 4 ) dit en avoir prouv lui - mme les bons 
effets. Dioscoride [loco cit.) recommande l'une et l'autre laitue 
dans le mme but , et les mdecins modernes reconnaissent au 
suc propre de la laitue cultive des proprits calmantes qui l'ont 
fait introduire dans la matire mdicale sous les noms de lactu- 
carium et de thridace. 



NOTES DU LIVRE XIX. 35 7 

222. Page 238, ligne i3. Et ideo lactuc nomen adept. Pal- 
ladius a dit ( Januar. , tt- i4 ) : Lactiua dicta est quod abundantia 
lactis exuberet. 

223. Purpuream maxim radie is. Cc&anam vocant. C. Me- 
tellus , qui fut consul durant la premire guerre Punique , l'an 
de Rome 5o3 , a donn son nom cette laitue , tmoin ce vers 
de Columelle : 



Caecilii de uouiine dicta Melelh. 

Colum. . Hvrtul. , x, v. i8\. 

224. Ligne i4- Rotundam. vero ac minima radie , latis foliis , 
asljtida : quidamque eunuchion. Quelques manuscrits portent 
tort asljlida. Athne ( Il , 32 ) donne ce mot une significa- 
tion qui ne permet pas de lire autrement que astjtida . ce qui 
veut dire, qui rend strile. L'auteur des Goponiques (xil, i3) et 
Eustathius sur Y Iliade (p. 84g, 862 et i2q3). confirment cette 
leon. Les pythagoriciens la nommaient , dans le mme sens , 
svroxr^ov , quoniam hc maxime refragetur Veneri. llastjlis est 
une sorte de gui , nomm par Thopliraste (de Cousis , m, 16) 
rlexis. Cf. au livre xvi , la note 44g- 

225. Ligne 19. Dieus certe Augustus lactuca conseratus in 
grihidine fertur prudentia Mus medici, etc. Dion ( lib. LIX ) et 
Sutone ( c. 81 ) nous apprennent qu'Auguste eut cette maladie 
Tan de Rome -3i. Une souscription publique fut ouverte 
l'effet d'riger une statue Musa, qui le gurit; elle fut place en 
face de celle d'Esculape. ( Cf. Suet. , Vit. Aug. , c. 59. ) 

226. Ligne 11. In tantum recepta commendationc , ut servari 
etiam in aUenos menses eas oxymelite reperUan sit. Loxvmel , in- 
diqu dans ce passage pour la conservation de la laitue, et la 
saumure recommande par Dioscoride (il , i65 ), sont deux li- 
quides trs-peu propres conserver la laitue les proprits 
mdicinales ou alimentaires. Il n'en est , au reste , aucun qui 
puisse servir cet usage. 

22 y. XXXIX , page 24.0 , ligne 4- Neque ex eodem gnre 
possunt diei , neque ex alio iniubi , etc. Nous trouvons ici Pline 
d'accord avec les auteurs modernes. La chicore fait effecti- 



358 NOTES DU LIVRE XIX. 

veinent partie de la mme famille que la laitue. 11 est faux que 
cette dernire plante passe moins bien l'hiver que la chicore ; 
car toutes les laitues sont annuelles, l'exception d'une seule 
espce qui est vivace, et nomme , cause de celte particularit, 
lactuca perennis. Si la remarque de Pline tait vraie, il faudrait 
ncessairement supposer que , sous le nom de laitue, les an- 
ciens entendaient parler de plusieurs lactuces trangres au 
genre lactuca. Nous ferons remarquer que les tiges de la chi- 
core ont une amertume encore plus intense que les feuilles ; 
c'est une nourriture peu estime. 

228. Page 24.0, ligne 7. Est et erraticum intubum , quod in 
JEgypto cichorium vocant , etc. Cette plante, originaire d'Egypte, 
apporta en Europe son nom copte, qui devint en grec Kiyjopiov 
ou Kiyjpt , et dont on se servit pour distinguer l'espce sau- 
vage du genre <rpis. Les Arabes l'ont de mme adopt sous la 
forme chikourieh (Forsk. , 72, Gloss. botan. , p. n3). Nous 
parlerons de l'une et de l'autre chicore au livre suivant , cha- 
pitre 29. 

22g. Ligne 12. Seruntur lactuc anno tolo l'is et riguis , etc. 
Nos horticulteurs sment la laitue avant l'hiver , pour en avoir 
au premier printemps ; on fait aussi des semis dans le courant 
de fvrier et pendant toute la belle saison. Elle veut un terrain 
fertile , mais l'excs du fumier lui est nuisible. Quand on dsire 
que la laitue pomme , on supprime quelquefois la tige qui est au 
centre, et on lie les feuilles; celles-ci reoivent, indpendamment 
des sucs nourriciers qui leur taient destins, ceux qui devaient 
servir la tige , et elles prennent plus d'accroissement. Nous r- 
pterons ici que les laitues, aprs avoir t coupes, bien loin 
de s'accrotre , ne donnent plus que quelques rameaux latraux 
chtifs. Les anciens connaissaient sous le nom de laitue des 
plantes sans doute fort diffrentes. Au reste , tous les procds 
de culture donns par Pline dans ce paragraphe , se lisent aussi 
dans Palladius ( in Januar. , tit. i[ , lib. II ) : Meuse januario 
lactuca serenda est, yel decembri, ut planta ejus februario seritur, ut 
possit aprili mense iransferri. Sed certum est eam toto anno bene seri. 

si locus sit ltus , slercoratus , irriguus Antequam pangantur , 

radies ejus resecemus qualiler , et liquida fimo linamus : vel qu 



NOTES DU LIVRE XIX. 35 9 

j'am pacl sunt , nudat ltamen accipiant Candid fieri putan- 

tur, si fluminis arena , vel liitoris , frquenter spargatur in mdias , 
et collectis ips foliis alligentur , etc. , etc. 

1Z0. XL , page 7.^.1 , ligne 6. Beta hortensiorum levissima est. 
Ejus quoijue a colore duo gnera Gi ceci faciunt , nigrum , et candi- 

dius appellantque Siculum Nous traiterons de la bette au 

livre suivant. Pline traduit ici Thophraste . qui dit ( Hist.pl., 
vu , 4.) : Y,vyjJKoTpov &\ ku im tsvtxUov t hevKov rcv p.i- 
x&vos, kc Myoo-'ffepjuQTepov, ko.xqv<t rives l.iKZtKov.'Slirct.vTcos 
eT Ketl tw 6pia.Kivn;- m ykp hevKi yxvHvrpa. x.a ktsa.Ka>rpa.. 
Les botanistes nomment la bette de Sicile, Beta Cicla , et ils en 
font une varit de la Beta yulgaris. On a cru que ce mot tait une 
altration de Sicula ; mais quelques auteurs le font driver de 
kvkKos , cercle, cause des rayons que montre la racine, ce qui 
est bien plus raisonnable. Au reste , ce nom de Cicla n'est pas 
toujours crit avec un i, mais bien avec un y. Ce sont les au- 
teurs du moyen ge qui ont altr ce mot. Si les botanistes per- 
sistent conserver le nom de Cicla, il faudra l'crire Cjcla. 11 n'est 
gure possible de reconnatre ici la Beta Cicla ; le type de nos es- 
pces est probablement la Beta maritima, L. Il ne parat pas que 
les anciens mangeaient la racine de la betterave. 

a3 1. Ligne 10. Nostri bet gnera faciunt , vernum et autum- 
nale. Les modernes divisent les bettes-poires d'aprs leur cou- 
leur. Aprs Tt on ne mange plus gure de poires. Pline parle 
d'une espce noire et d'une espce blanche , et c'est Tho- 
phraste qui lui a fourni cette distinction. Nous ferons remarquer 
ici , comme une nouvelle preuve de l'incertitude de la dsigna- 
tion des couleurs chez les anciens , que le mot niger ne corres- 
pond pas directement notre mot noir ; aucune partie de la 
poire n'a cette nuance ; les feuilles sont blanches ou rouges ; 
niger et fj.exa.vos ont ici la signification de pourpre , atro-pur- 
pweus. On voit que les objections tires de la couleur, pour 
la dtermination de certaines plantes , n'ont que bien peu de 
valeur. 

232. Ligne i4- Usus Us et cum lente ne faba , idemque qui 
oleris : et prcipuus , ut lenitas excitelur acrimonia sinapis. On 



36o NOTES DU LIVRE XIX. 

conservait jadis les feuilles de bette ou de poire avec le vt 

et le poivre : 

Ut sapiant i a lu ne fabrorum prandia betae , 
O (juam spe pelet vina piperque coquus ! 

a dit Martial ( XIII, pigr. 10). 

233. Page 242 , ligne 16. Medici nocenliorem quam olus , 
esse judkavere ,etc. Les feuilles de poire ne sont pas malsaines ; 
nanmoins , c'est un aliment fade et qui ne convient pas tous 
les estomacs. Galien ( d Fac. alim. , tib. Il ) , dit qu'elle ne peut 
tre impunment mange en grande quantit ; le mdecin Diphile 
de Siphnos (chez Athne, ix , chap. 3) assure le contraire. 
Quelques manuscrits de Pline portent innocentiorem , ce qui 
s'accorde avec le jugement qu'en porte Diphile : At'<piXo '0 
liqvios ro revThi? quo-iv evyyxbrepov sva.1 tiV KpctjuCfi , x.t 

pS'UTIKCTSpOV. 

234. .... Olus... Par ce mot olus, il faut entendre ici le chou , 
brassica. Ce lgume , tant le plus estim de tous chez les an- 
ciens , portait le nom gnrique de olus. 

235. Page 244 1 ligne 2. Sunt qui betas Punico malo florenle 
optime seri exisliment, /c. Ecoutons Columelle : Beta florenti Pu- 
nico malo semine obruilur , et simul atque quinque foliorum est , in 
brassica differlur state , si riguus est hortus : at si siccaneus , au- 
fumno , quum jam pluei incesserint , disponi debebit ( de Re tust. , 
xi , 3 ). Nos jardiniers sment la poire en mars , et au plus 
tard en avril , ce qui rpond peu prs l'poque de la floraison 
du grenadier , Punica Granatum , L. 

236- Ligne 4- Mira differentia , si vera est , candidis solvi 
alvos modice , nigris inhiberi. Le mdecin Diphile (chez Athne, 
IX , chap. 3) prtend que la poire blanche est plus laxative que 
la noire (rouge) : TLvKoixiTtpov <Ts rb xsvkov , rh <Ts pxAV svpt}- 
TiKrepov ; et Dioscoride de Carys te ( loco cit. ) dit en ternies 
positifs : Tsvtkov rb xsvkov ix.Kp!<reis- iaiv ib <T /uxav kciskti- 
xv ivcti eKKploreas. Cf. Diosc. , 11 , 249. 

237. Ligne 5. Et quum brassica corrumpalur in dolio vini 
sapor , odore bei foliis demersis restitui. Pline termine ce cha- 






NOTES DU LIVRE XIX. 36* 

pitre par un fait mensonger : aucun auteur ne parle de l'action 
de la poire sur le vin gt par les feuilles de chou. 

a38. LXI , page 24.4 ligne 10. Sed Cato brassic miras 
canit laudes. Cf. Caton ( de Re rust. , c. i56 et iSt): Brassica 
est , inquit , qu omnibus oleribus antistat. Eam esto vel cociam , 
vel crudam. Crudam si edes, in acetum intinguito , mirifice concoquit. 
Alvum bonamfacit , lotiumque ad omnes res salubre est. 

23g. Ligne 12. Gnera ejus facit (Cato) tria. Caton recon- 
nat en effet trois espces de choux: le premier, qui a des feuilles 
lisses, larges, et une trs-grande tige ; le second , qui a des feuilles 
crpues , est qualifi 'apiacon ; c'est donc tort que Pline le 
nomme apiana. Enfin la troisime espce , appele Unis , a des 
feuilles petites et une saveur amre. Les modernes connaissent 
une quantit bien plus considrable de choux. L'anciennet de la 
culture de ce lgume , qui se perd dans la nuit des temps , en a 
multipli l'infini les vari ls. 

Nous allons donner la concordance synonymiquc de toutes 
les espces numrcs par Pline dans le courant de ce chapitre: 

Olus Apianum. OvA , NlCAND. , in Athen. , IX, 2 ; OvAo- 

<puAAo<r, Theoph. , vu, 4 ; 'Zeh.ivoeiS'hs, Cato , de Re nist. , 

c. 157; 1sKivovria\ THEN. , lococit.; ^.iMV&s , QuoRUMD. 

Brassica viridis crispa , C. Bauh. , Pin., ni. Le chou 

fris. 
Olus Aricium ". -Brassica Aricia, CoLUM. , X , v. i4-i 

Voyez Olus lacuturrium , dont il n'est qu'une varit. 
Olus Brutianum. Brassica Bruliana, CLUM. , X , v. i38. 

Le chou de Calabre , varit indtermine. 
Olus crispum , voyez Apianum. 
Olus ( brassica ) Cumanum , voyez Lev. 
Olus Halmyridianum. Kpt/u.Cn ciypict , DlOSC. , II, 157 ; 

EUDEM. apud Athen., IX, ?.. Crambe maritima , L. , Spec. 

plant. , 937. Le chou marin. axa.<r<roKpct/uCn seu 

Kp/^Cn 0stAaa-s-/6 , Gfi.flir.OR. Cf. la note 23g , au livre 

prcdent. 

' Aricic, aujourd'hui Rizza. 



.* 



36a NOTES DU LIVRE XIX. 

Olus lacuturrium. Brassica Turni lacus , CoLUM. , loco cil. ; 
Olus Aricium, Plin., loco comm. ; an Cyma siUeslris, EjUSD.P 
( voyez plus bas , noie 244 Us); Brassica oleracea gongy- 
loides , L. , loco cit. Le chou-rave. 

Olus (brassica') lev. As/et, Ae/cpVAA.o? , x.dMxS'tis , xe&{ , 
EUDEM. apud Athen. , g. Brassica Cym, CoLUM., lib. X, 
v. 1 3i ; Brassica capitula, C. Bauh. , Pin. ,111 . Le chou 
pomm et ses varits. 

Ohts Pompeianum. Brassica Pompeiana, CoLUM., x, v. 187 ; 
Brassica oleracea botrytis , L. , Spec. plant. , o,32. Le 
chou-fleur. 

Olus SabeUicum. Brassica Sabellica, CoLUM., X, v. i3g; Bras- 
sica ala crispa , C. Bauh. , Pin. , m ; Brassica oleracea 
Sabellica, L. , Spec. plant. , loco cit. Le chou frang. 

Olus Tritianum. Kpst/wC xe<p*>i>TM , y&fflpa, NlCAND. , in 
Athen. , loco cit. Brassica oleracea capitata, var. LAMRK. , 
Encycl. 

2 \o. Page 244? ligne i5. Brassica toto anno seritur , quo- 
niam et toto secatur. On sme en effet les choux en diffrentes 
saisons ; cela dpend des varits cultives de prfrence, et des 
usages de chaque pays. Les semailles ne doivent avoir lieu que 
quand le vent est au midi ou au levant , etc. 

241. Ligne 21. Post cymam ex eadem brassica, etc. Ces 
rejetons sont fort abondans dans une varit cultive en Flandre, 
et nomme chou de Bruxelles. Columelle appelle cymata les re- 
jetons axillaires du chou , tmoin ce vers : 

Frigoribus caules , et veri cymata miltit. 

Colum. , lib. x, v. i3i. 

Cependant , aux livres XI , 3 , et xil , 7 , il parle du Brassica 
cyma comme d'une espce distincte. 

242. Page 246 , ligne i4 Cetera gnera complura sunt , etc. 
Voyez pour la synonymie du chou , Brassica oleracea , L. , la 
note 239. Columelle a fait connatre quelques varits dont Pline 
ne dit rien : 

Quae pariant veteres cesposo litlorc Cum ; 

Quse dulcis Pompeia palus vicina salinis 



NOTES DU LIVRE XIX. 363 

Herculeis , vitreoque siler qui defluit amni : 
Quac duri praebent cymosa slirpc Sabelli, 
Et Turni lacus , et pomosi Tibcris arva , 
Bi mi quae tcllus , et mater Aricia porri. 

De Hort. , x , v. i3j. 

243. Page 248 , ligne 10. Halmjridia (brassica}. Poinsinet 
donne sur ce mot l'tymologie suivante : il le fait driver de A?, 
mare, el de /uvplS'iov, unguentarium ; peut-tre , dit-il, cette va- 
rit entrait-elle dans quelque parfum. Cf. pour la synonymie de 
cette plante, la note 23g. Quelques savans , au lieu de recon- 
natre ici le chou marin, G amie maritima , dsignent la solda- 
nelle , Convolvulus Soldanella. Cette dsignation est tout--fait 
arbitraire. Cf. la note n4 du livre suivant. 

243 bis. Ligne i5. Sunt qui plantant in transferendo algasubdita 
pediculo , nitrove trito , quod Iribus digitis capialur , etc. Columelle 
a sans doute fourni ce procd notre auteur. Voici comment il 
s'est exprim: Brassica, quum sex fuliorum erit, transfra dbet, ita 
ut radix ejus liquido fimo prius iUita , et involuta tribus alg tniolis 
pangatur : hc enim res effkit , ut in coctura celerius madescat , et 
viridem colorem sine nilro conservet [de Re rust. , XI , 3 ). Palladius 
( m, in Febr. , tit. 24) dit la mme chose en d'autres termes , 
et cite le passage de Columelle dont nous venons de donner la 
transcription littrale. Cf. l'auteur des Goponiques ( livre XII , 
chap. 17). Apicius ( liv. m , chap. 1) parle du procd juste- 
ment abandonn des modernes , et qui consistait saupoudrer 
de nitre les feuilles de chou ; Martial en dit quelque chose 
(liv. xill, pigr. 17) : 

Ne tibi pallentcs moveant fastidia caules , 
Nitrata viridis brassica fit aqua. 

On trouve dans ce paragraphe quelques essais imparfaits qui , 
plus tard , ont servi la confection de la chou-crote ( sauer- 
kraut ). 

244- Ligne 17. Sunt qui semen trifoUi. Cf. la noie pr- 
cdente. Dalchamp , dans ses Commentaires sur Pline, a juste- 
ment reproch cet auteur d'avoir mal interprt le mot rpi- 
<Pvmv, qui n'est autre , dans le passage o il se trouve cit, 



364 NOTES DU LIVRE XIX. 

qu'an adjectif qui se rapporte au mot cram.be: YS'ivtti yjitoTt 
rtiv xpc/^Ctiv v khfJivpQ Totra <rtre!pnv irporiiKer <T/ yjh ipiqvxxu 
tclvth yevofjLsvri vhpov xeov w k*juvpia, yiiv fi* kotkIvov kuta- 
<rei(r6e7<ra.v mcttrviiv , as ToxeV avThv 'BeT&yJs-b&i. Tovrq ykp 
Tt rpiro kc v-^ctyaTtpa. ylverut (Const. , lib. xh , c. 17 ). 

244 bis. Page 25o, ligne 2. Alternis quippe versibus exprobra- 
vcre lapsana se vixisse apud Dyrrachium , prmiorum parcimo- 
niam caillantes : est autem id cyma sihestris. Le pre Hardouin a 
conjectur que ce lapsana tait notre panais. Voici comment il 
s'exprime: Dioscoride parle du lapsana ( liv. il , chap. i4 2 )- 
U dit que c'est une plante des champs dont on fait cuire les 

feuilles et la tige pour les manger : htr/ju/ht ttfltv typtov ov 

ta (pvAAat xeti kavxos ^ieiat <p. Dion ( Exig. in Vita S, Pa- 
comii, c. 8) dit que le lapsana est un lgume inculte qu'on avait 
coutume de manger avec d'autres herbes assaisonnes avec l'huile. 
Outre ce lgume , auquel Pline donne trois feuilles , les soldats 
de Csar apprtaient aussi pour leurs repas le cyma siheslris , 
plante racine comestible , propre faire le pain , et qui n'est 
pas , comme celle du lapsana , grle et ligneuse. Csar parle de 
cette racine , laquelle il donne l'pithte de chara { de Bell. 
Civ., lib. III ); Sutone {in Jul. Cs. , 58) dit que cette herbe 
{herba) servit de pain aux troupes de Pompe renfermes dans 
Dyrrachium ; peut-tre aurait-il d attribuer de prfrence celte 
particularit la racine, quoique Appianus se serve du mme terme 
{Bell. Civ., lib. il, p. i65) : Thv rav kproiroiovv. Nous pensons 
que le cyma sihestris est notre panais , Pastinaca gallica , que 
Dioscoride {in JSoth. , p. ^54.) appelle, suivant quelques auteurs, 
Kiptts , et , suivant les Romains , KctporA , nom vulgaire sous 
lequel il est encore connu de nos jours. C'est une grande er- 
reur de confondre ce lgume trois feuilles , soit avec VArmo- 
racia (le raifort sauvage), qui a de nombreuses feuilles, soit avec 
cette espce de panais qui , ayant aussi une grande quantit de 
feuilles , a reu l'pithte de &o\v$v*hos. Quelque spcieuses 
que soient les raisons donnes par le docte commentateur, nous 
concevons difficilement que Pline ait pu rapprocher le chou , 
dont tout le monde connat la feuille , de la carotte et du 
panais, avec lesquels il n'a aucune ressemblance, mme loigne. 



NOTES DU LIVRE XIX. 365 

Si l'on voulait parvenir la dtermination de cette plante , ne 
pourrait-on pas y arriver sans sortir du genre brassicai' N'avons- 
nous pas le chou- rave et le chou-navet, qui donnent des ra- 
cines tuberculeuses, succulentes et bonnes manger? ces espces, 
du moins , ont l'avantage d'offrir des feuilles entirement sem- 
blables celles du type , et de runir leurs rejetons en cime , 
de manire mriter le nom donn par notre auteur. Ainsi 
donc , pour nous , le lapsana ou cyma silvesiris de Pline, car il 
est vident que cet auteur n'en fait qu'une seule et mme plante, 
est un brassica racine charnue. Nous ne pouvons mieux faire 
en terminant cette note , que de citer l'opinion de M. Cuvier 
sur la chara de J. Csar, passage cit plus haut. Suivant ce sa- 
vant naturaliste, la plante dont les soldats de Pompe se nour- 
rirent prs de Dyrrachium serait la mme que le lapsana de 
Pline. Il existe l'tat sauvage , dans toute la Hongrie, une 
plante du genre crambe , nomme , cause de la localit o 
on la trouve , tatarica , dont les racines, longues quelquefois de 
quatre pieds , et grosses comme le bras , sont manges cuites 
dans du lait , et servent d'aliment dans les temps de disette. 
Clusius avait dj souponn que cette plante tait la chara de 
Csar, et M. Thibaud de Bernaud a lu en 1814., l'Acadmie 
des sciences, un mmoire tendant dvelopper ce systme. Quoi- 
que M. Cuvier taie de l'autorit de son nom l'opinion de Clu- 
sius et celle de M. de Bernaud , nous ne pouvons nous y ranger, 
i parce que le Crambe tatarica ne mrite en aucune manire le 
surnom de trifolium; 2 en ce qu'il ne parat point du tout prouv 
que la plante dsigne se trouvt autrefois dans les environs de 
Dyrrachium. La distance qui se trouve entre cette ville de Laconie 
et la Hongrie explique pourquoi l'auteur de la Flore grecque (Sib- 
torp ) n'en a fait aucune mention. Il est bien vrai que , pour la 
premire objection , M. Cuvier propose , d'accord avec M. de 
Bernaud, de substituer aux mots trium foliorum le mot triumpha- 
lis , tir de quelques manuscrits, et approuv par Dalchamp ; 
mais la version trium foliorum est videmment la seule qui puisse 
tre admise. Cf. le texte de Constantin , cit dans la note pr- 
cdente, et o cet auteur donne au crambe l'pithte de rpi- 
qvhXov. Plus prs des temps anciens , Constantin a su baser sa 



366 NOTES DU LIVRE XIX. 

note critique sur des manuscrits tout--fait authentiques. Cf. la 

note ii2 , au livre suivant. 

245. XLU , page 25o, ligne 7. Omnium hortensiorum lau- 
tissima cura asparagis. Nous parlerons de l'asperge pineuse plus 
loin. ( Cf. la note 218, au livre xxi.) L'asperge est encore au- 
jourd'hui l'objet d'une culture soigne, et un lgume chri des 
gourmands. 

Voici quelle est la concordance synonymique de celte plante 
clbre : 

' Kw*fayis , Galen. , Foc. allm. , II ; DlOSC. , II, 142. 
Asparagus , Juven. , sat. v, v. 82 ; et sat. XI , v. 69 , et 
LatISOR. ; Asparagus vffiiinalis , L. , Spec. plant. , 44&- 
L'asperge cultive. Cf. sur l'asperge sauvage, la note 120, 
au livre suivant. 

246. Ligne 8. De origine eorum in sileestribus curis abunde 
dictum , et quomodo eos juheret Cato in amndinetis seri. Cf. le 
livre XVI, chap. 67. 

24.7. Ligne i3. Nam quodin Rside Campani insula sponte 
nascitur, etc. Cluvier ( Ital. ant. , p. 67 ) prtend que l'le Nsis 
se nomme aujourd'hui Nsita. 

248. Ligne 1 5. Hortensium seritwr spongiis. On ne sait trop 
pourquoi les Latins avaient donn le nom de spongia aux ra- 
cines de l'asperge. Palladius (lib. iv, in Mort., tit. 9) lui donne 
ce mme nom : Hoc mense asparagos seremus , circa apriles kal. 
Sed expeditior ratio est , si asparagorum spongias ponas , qu cito 
fructum minislrent. Hc sic fient : semina asparagi quanta tribus 
digitis comprehendere possis post idusfebr. pingui et stercorato solo 
in singulis f os sis ponis , et Ui'.er obruis. His coeuntibus , radix 
connexa nascetur: qu appellatur spongia, etc. 

24g. Ligne 19. Sihil diligentius comprehendit Cato, novissi- 
mumque libri est , etc. (Cf. Cato , de Re rust. , c. 161.) C'est 
dans cet auteur que Pline a puis tout ce qu'il dit de relatif 
la culture de l'asperge. Nous nous dispenserons de comparer 
le mode de culture des anciens avec celui des modernes. Les 
premiers recommandent avec raison de fumer abondamment les 



NOTES DU LIVRE XIX. 367 

asperges. Le semis a lieu , comme autrefois, en mars. On sme 
aussi par rayons ; on sarcle les jeunes plants ; on les protge 
contre les rigueurs de l'hiver, en les couvrant de paille, etc. Il 
est encore en usage de couper les asperges le plus prs possible 
du collet de la racine. 

250. Page 2 54 , ligne 3. Nullum gratius his solum quant 
Kavennatium horiorum. Nous ferons remarquer ici que Martil 
n'est pas d'accord avec Pline , le pote latin ne faisant pas plus 
de cas des asperges de Ravenne que des asperges sauvages. Cf. 
la note 218, au livre xxi. 

25 1. Ligne 7. Invenio nasci et arietis cornibus tu si s atque de- 
fossis. Cet absurde prjug , que Pline semble admettre , est 
repouss par Dioscoride : v Eviot <T a-lopttra.v on *.v in Kpiov 
xpc/.ra ffvyn.o^a.s Kctropvfy , qwereti ka-Tupctyor fxoi Te ctTa- 
vov. Didyme , dans les Gopuniques (liv. XII, chap. 18), parat 
ajouter foi cette fable. Cf. sur l'asperge sauvage, la note 218 
du livre XXI. 

252. XL1II , page a54, ligne 12. Certum est quippe carduos, 
apud Carthaginem magnam, Cordubamque prdpue, sestertium sena 
mi/lia e parvis reddere areis. Six mille sesterces font peu prs 
six cenls francs de notre monnaie. Le pre Hardouin a pens 
que le carduus dont Pline parle dans ce passage, tait l'artichaut, 
Cynara Scolymus , L. , Spec. plant., 11 5g. Il base son opinion 
sur la comparaison du passage de Columelle (de Re rustica , 
XI , 3) , conu en ces termes : Cinar sobolem melius per au- 
tumni quinoctium disponemus : semen commodius circa kalendas 
martii seremus , cjusque plantant circa kalendas novembris deprimemus 
et multo cinere stercorabimus : id enim genus stercoris huic oleri vi- 
delur aptissimum. Le rapport que le pre Hardouin trouve entre 
ce passage de Columelle et celui de Pline est-il assez grand pour 
dcider la question ? c'est ce que nous examinerons la note 24.5 
du livre suivant. 

253. XLIV, page 256 , ligne 3. Ocimum Parilibus optime 
seri ferunt. Cf. sur Yocimum, la note 261 , au livre XXI. Nous 
avons dj parl des ftes Parilies. 



368 NOTES DU LIVRE XIX. 

254.' Page 7, 56, ligne 6. Eruca quoque et nasturtium, vel ces - 
tate , vel Mme facillime nascuntur. Conf. sur Yenica , Brassica 
Eiuca, L. , nos noies du livre XX, ch. ^9; et sur le nasturtium , 
Lepidium salivum , L. , celles du chapitre 5o , livre cit. 

55. Ligne 7. Eruca prcipue frigorum contemptrix , dlvers 
est , quam lactuca , natur , concitatrix Venais. Ovide donne la 
roquette, eruca, l'pithte de salax {Remed. , amor. 799). Dios- 
coride , que sans doute Pline copie, lui attribue les mmes pro- 
prits ( II , 170 ) , ainsi que Galien r de Fac. alim. . II , 53) , 
Columelle ( in Hort. ) et Marcellus Empirions ( c. 33 ). 

256. Ligne 10. Nasturtium nomen accepit a narium iormento. 
Yarron , chez Nonius , confirme comme il suit cette tymo- 
logie : Nasturtium , dit-il, nonne vides ab eo dici quodnasum tor- 
queat. L'auteur du Moretum (Virgile?) a dit , v. 84: 

Qnseqne trahunt acri vulttts naslurlia morsu. 

Le mot grec qui correspond celui de nasturtium , x,uf>a.uov , 
vient lui-mme de Kctp^et/uov , parce qu'il excite le cerveau par 
sa chaleur acre ; c'est pourquoi les Grecs le recommandaient 
pour stimuler les paresseux et les lches : K*/><Ta/Uov Vte , 
mange du nasturtium (pour te donner du courage). Cf. Vossius, 
au mot nasturtium , dans ses Etymologies. L'auteur des Gopo- 
niques (liv. XII, 27) a crit: <>6t<r) <Ts robf e-dlovras K&pftt/uov , 
bvrpctv TWP fivoietv ylverHai : il y a des personnes qui pr- 
tendent que ceux qui mangent du cresson ont plus de subtilit 
dans l'esprit que les autres. 

257. XLV, page 256, ligne i5. Ruta quoque serilur Faoonio. 
el ab quinoctio autumni. La rue est notre Ruta graveolens. Il en 
sera question au livre xx, chapitre 5i , nous y renvoyons. Cette 
plante , qui prenait place parmi les lgumes chez les anciens , 
et qui jouissait d'une grande estime comme aromate , ainsi que 
Pline prend soin de le dire dans ce passage et dans plusieurs 
autres , est regarde par les modernes comme un mdicament 
actif, et mme comme un poison. La prtendue sympathie de la 
rue pour le figuier est une fable fonde sur une observation 



NOTES DU LIVRE XIX. 3C 9 

vraie : la rue et le figuier * prosprent dans les mmes terrains. 
11 n'est pas vrai que la rue se provigne d'elle-mme. Les rameaux 
de cette plante sont raides , et ne se trouvent jamais en contact 
avec la terre. L'insertion d'une branche de rue dans une fve 
(Nonnulli ramulos rut pertus fab inserunt, vel bulbo, aique il a 
obruunt, alieno vigore servandos. Pall. , de Re rust., IV, in Mart., 
tit. 9), pour faciliter la bouture , est un procd qui n'a nulle 
valeur. Nos cultivateurs reproduisent la rue de semis , ou par la 
division des vieilles souches. Pline a puis la plupart des proc- 
ds de culture dont il parle dans ce chapitre , chez Thophraste 
( Hist. plant., VU , 5) , chez Columelle (xi , 3), et chez Pal- 
ladius (de Re rust. , loco cit.). 

a58. XL VI, page 258, ligne 9. Ab quinoctio verno seritur 
opium , semine paululum in pila pulsato. Cf. Columelle et Palla- 
dius, aux passages cits dans la note prcdente. Le procd indiqu 
ici avait pour but de sparer les deux semences, qui, comme on 
sait , sont accoles , et spares l'une de l'autre par un support 
grle. On voulait aussi dbarrasser l'amande d'une partie du 
prisperme. De pareils procds sont abandonns des horticul- 
teurs modernes, qui craindraient de briser l'amande , et de la 
rendre impropre la germination. 

25g. Ligne 12. Honos ipsi in Achaia, coronare victores sacri 
certaminis Neme. Juvnal (sat. VIII, v. 226) la qualifie de cou- 
ronne grecque, cause de l'usage que Pline rappelle ici : 



Graiaeque apiam meruisse corona. 



Cf. Nicandre ( in Ther. ) , Suidas (il, p. 2i3) , Plutarque (Sjmp. 
qust. , 3 , liv. V ). 

260. XLVII , page 258, ligne i5. Eodem tempore seritur 
menta planta. Cf. sur la menthe, la note i52 , livre XX, ch. 53. 
Pline dit qu'elle aime moins l'humidit que le persil , en quoi il 
est contredit par Columelle ( de Re rust. , lib. 111 , cap. 11): 
Menta dulcem desiderat uliginem : quant ob causant juxiafontem mense 

Aristote ( sect. n , prob. 18 ) a recherch la cause de ce fait. 

xii. 24 



370 NOTES DU LIVRE XIX. 

martio recte ponitur. Au reste, ces deux auteurs pourraient bien 
avoir tous les deux raison. Parmi les espces de menthes culti- 
ves , il en est qui prosprent dans les teirains humides, et 
d'autres qui veulent des terrains secs , mais c'est le plus petit 
nombre. 

261. Page 258, ligne 17. Genus ejus silvestre mentastrum est. 
Apule (Mtamorp. , chap. gi ) dit qu'elle est nomme par les 
Grecs KO.Ket/nv6ti . Nous aurons l'occasion d'en parler en don- 
nant la nomenclature des menthes, au livre suivant. Strabon men- 
tionne le mont Minthe, o sans doute abondait cette plante. 

262. Page 9.60 , ligne 3. Hc quoque servantur simili gnre, 
mentant dico , pulegiumque , et nepetam. Nous traiterons du pulc- 
gium au chapitre 54 du livre xx , et du nepeta au chapitre 56 
de ce mme livre. 

263. Ligne 5. Conimentorum lamen omnium fastidii s cumi- 
num amicissimum. Nous traiterons du cumin au chapitre 57 du 
livre XX. C'est notre Cuminum Cjminum, nomm cumin dans la 
presque totalit des langues europennes ; on lui donnait mme, 
chez les Hbreux , le nom de pD3 , cammon. Le cumin vient 
avec une grande facilit ; c'est de lui que Pline dit plus haut , 
qu'il fallait , aprs l'avoir sem , faire des prires pour qu'il ne 
vnt pas : Et cuminum qui serunt , precantur ne exeat. 

264. Ligne 8. Alterum ejus genus silvestre quoi rusticum yo- 
cant , al ii Thebaicurn. Cf. Dioscoride ( III , ch. 6g). Cet auteur 
l'indique, broy dans de l'eau , pour gurir la colique d'estomac; 
et , broy dans du vin , contre les faiblesses de ce mme viscre. 
Consultez, sur le cumin sauvage, la note 160, au livre xx, 
chap. 57. 

265. XLV1II , page 260, ligne i5. Sed prcipue olusatrum 
mir natur est , etc. Confrez sur cette plante , le livre xx , 
chap. 46. Columelle (liv. XI, chap. 3) l'appelle atrum olus. 11 
s'exprime en ces termes : Atrum olus , quod Grcorum quidam 
vocant T'Too-Mvov , nonnulli ffjuvpviov. Galien dit que le smyrnium 
est un hipposelinum sauvage. Nous reviendrons sur ce sujet au 
livre cit. 

266. Ligne 18. Auctorque est Theophrastus , myrrha sata 



NOTES DU LIVRE XIX. S71 

natum. Thophraste ( Hisl. plant. , IX , 1 ) a en effet avanc ce 
fait inexact, qui sans cloute s'explique par l'odeur de la gomme- 
rsine smymium , que les anciens avaient reconnue analogue 
celle de la myrrhe : Kett 7tves ct.Kovira.v7 es as v7evev h <r/uvpvn, 
ttyovvTtti Qxa.rlu.vetv ! ctxnis i^Toa-hivov. VvievsTcLt ykp kc 

eLW'o ftLKpVQV 70 TTOO-xiVOV. 

267. l'ge 260 , ligne 22. Quippe quum cappari quoque sera- 
iur siccis maxime , etc. Ce capparis est notre cprier , Capparis 
spinosa t L. , Spec. plant. , 720, dont nous avons dj parl. 
Cf. au livre XIII, la note i5g. 

268. XLIX , page 262, ligne 7. Peregrinum et Careum , 
gentis suce nomine appellatum , culinis principale. Celte plante est 
notre carvi , dont les semences sont encore admises parmi les 
condimens , surtout dans les rgions mridionales. 

Voici quelle est la concordance syuonymique que nous en 
tablissons : 

Kapos , DlOSC. , liv. III , ch. 66. Careum , Plin. , loco cit. ; 
Apic. , VII , 2; Careum, CAROL. MaGN. , Capit. ; Carum 
Carvi , L. , Spec. pi. , 378. Le carvi. 

26g. L, page 262, ligne 12. Ligusticum silvestre est in Li- 
guri suce montibus. Le ligusticum est une ombellifre , que les 
commentateurs ont cru reconnatre dans le Liguslicum Levisticum 
de Linn. Nous avons bien peu de donnes sur cette plante pour 
regarder la question comme entirement rsolue. Voici toutefois 
ce que nous hasarderons sur sa synonymie probable : 

Aiyva-liKbv , Dioscob. , m, 58; Uavukus , Quorvjmdam ; 
OBIB. , liv. XI , f. 204. Ligusticum , PLIN. , loco comm. ; 
Ligusticum Levisticum , L. , Spec. plant., 35g. La livche. 

270. Ligne i4- Cratevas apud Grcos cunilam bubulam eo 
nomine appellat. On tenterait vainement d'claircir ce passage de 
Pline , et de ramener une synonymie moderne ce qu'il entend 
par cunila bubula. C'est sans doute une labie voisine ds satu- 

9.4. 



37 NOTES DU LIVRE XIX. 

reia ou des thymbra; mais laquelle ;' Voici toutefois la note que 
le pre Hardouin donne sur cette phrase : Pline indique ici la 
varit des noms que les Grecs donnaient aux plantes , et ne 
les en blme pourtant nulle part. Il avertit avec raison que le 
nom de cunila bubula a t donn au ligusticum. 11 existe deux es- 
pces de thymbra, voisines l'une de l'autre : la premire est celle 
des Grecs ; la seconde est celle des Latins , qui l'ont appele 
satureia et cunila. Elle se rapproche du thymbra , et n'en diffre 
que peu. Columelle ( liv. IX, 4) parle du thymbra , qui n'est 
autre chose que la cunila , que les hahitans de la campagne ap- 
pellent satureia; et {in Hortulo) il dit que la satureia se rappro- 
che du thym , dont elle a l'odeur. Scribonius Largus ( Comp. , 
CXXIV ) donne aussi le nom de cunila la satureia ; c'est notre 
sarriette , Satureia hortensis , L. 

271. Ll , page 24.6, ligne 2. Peregrinumfuit et lepidium. Ce 
n'est pas sans raison que Pline range le lepidium parmi les 
plantes dont la patrie est inconnue. 11 se ressme dans tous nos 
jardins, mais on ne le trouve nulle part croissant spontanment. 
Il porte, chez Dioscoride (il., 265), ee mme nom de lepidium; 
nous en traiterons au livre suivant , chapitre 70. Les botanistes 
modernes connaissent celte crucifre sous le nom de Ipidium 
sativum , L. 

272. Ligne 3. Hein quum fruticavit , juxla terram prcidiiur. 
Columelle (de Re rusl., XI , 3 ) a crit : Lepidium velut porrum 
sectivum demetere poteris , rarius tamen. 

273. Ligne 5. Sinon svilia hiemis ingravat. Pline parat 
croire que le lepidium peut passer l'hiver en pleine terre ; c'est 
une erreur grossire , car cette plante est annuelle. Elle s'lve 
la hauteur d'une coude, mais ses feuilles n'ont aucun rapport 
avec celles du laurier ; les infrieures sont trs-dcoupes , les 
suprieures presque eutires et troitement lancoles. Diosco- 
ride ( il , 2o5) ne fait point le rapprochement hasard que nous 
critiquons chez Pline. 

2j4 LU, page 264, ligne 10. Gith pistrinis , etc. On tra- 
duit ordinairement ce nom de gith par celui de nielle. Dioscoride 



NOTES DU LIVRE XIX. 3 7 5 

(liv. m , chap. g3) lui donne aussi le nom de /mx&vdtov. Nous 
eu parlerons plus au long au livre XX , chap. 71. 

275. Page 264, ligne 11. Sacopenium , etc. Cette gomme- 
rsine , qui porte aussi le nom de sagapenum , sera l'objet d'un 
examen spcial au livre suivant , chapitre 75. On la croit pro- 
duite par une ombellifre. 

276. LUI, page 26.I, ligne i4-. Sunt qudam comitantia 
aliorum saius, ut papaver, etc. Le procd indiqu par Pline dans 
cette phrase n'a rien de rationnel. 11 est presque toujours nui- 
sible de semer dans un mme terrain , et la vole, des plantes 
diffrentes , moins qu'on ne se propose plus tard de les trans- 
planter ailleurs. 

277. Ligne 16. Papaveris sativi tria gnera. Nous donne- 
rons au livre suivant , chapitre 76 , la synonymie des divers 
pavots connus des anciens. Nous nous bornerons dire ici que 
le Papaver candidum de Pline est notre Papaver somniferum , va- 
rit album , dont les ttes sont surtout employes en mdecine. 
Le Papaver nigrum est la varit nigrum de la mme espce ; 
c'est elle qui , dans le nord de la France, sert l'extraction d 
l'huile. Quant la troisime espce de Pline , le Papaver erra- 
licum , ou potes des Grecs ; c'est notre coquelicot , qui a con- 
serv encore de nos jours le nom de Papaver Rhas. 

27g. Candidum , cu/us semen tostum in secundo mensa cum 
melle apud antiquos dabatur. Les graines du pavot ne participent 
en rien aux proprits de l'enveloppe capsulaire, quoique le pr- 
jug contraire soit encore soutenu par le vulgaire. En Lorraine , 
elles portent le nom de semezan , mot form videmment de se- 
men , et peut-tre de %civov. Le peuple les mange avec dlices , 
et en recouvre diverses sortes de ptisseries. 

280. Ligne 20. Alterum genus est papaveris nigrum, etc. Pline 
parat croire ici que le pavot noir est le seul qui renferme un 
suc laiteux ; c'est tort : le papaver album en recle une grande 
quantit. C'est nanmoins avec le papaver nigrum qu'ont eu lieu 
en France les essais pour l'extraction de l'opium indigne. 

281. Page 266, ligne 4- De reliquis generibus papaveris sponte 



3 74 NOTES DU LIVRE XIX. 

nascentis dicemus in medicin loco. Les pavots, dont Pline dclare 
vouloir parler au livre xx , sont le pavot cornu, Chelidonium glau- 
cium, et quelques autres plantes suc propre laiteux. Cf. au livre 
suivant les chapitres 78 et 7g. 

282. Page 266, ligne 6. Indicio est Tarquinius Superbus, etc. 
Les crivains latins (Tit.-Liv., liv. I ; Florus, liv. I , chap. 7; 
Front. , Strateg. 1 ; Val. Max., vu , 4) sont d'accord avec Pline 
pour attribuer Tarquin cette anecdote plus que suspecte ; mais 
Hrodote (Terps., v, p. 324) raconte la mme chose de Thra- 
sybule. Ovide ( Fast. , liv. 11 , v. 703 ) , usant peut-tre d'une 
licence potique , dit que les fleurs abattues par Tarquin taient 
des lis : 

Horlus odoratis suberat cuilissimus herbis, 

Seclus humum rivo lerie sonantis aquav 
lllic Tarquinius mandata latenlia nati 

Accipit , et virga lilia summa melit. 
Nuntius ut rediit , dccussaque lilia dixit : 

Filius , aguosco jussa parentis, ait. 
Nec mora , priDcipibus caesis ex urbe Gabioa , 

Traduntur ducibus innia nuda suis. 

Poinsinet de Sivry fait une grande dpense d'rudition pour 
prouver que Tarquin dsigna les grands , parmi les Gabiens , 
avec le pavot , de prfrence toute autre fleur. Il est d'usage , 
dit-il , de prouver que les diverses dnominations du pavot dans 
presque toutes les langues , sont honorifiques , et analogues 
l'ide de supriorit , puissance , etc. 

283. LIV, page 266, ligne 11. Rursus alio comilatu qui- 
noctio aulumni seruntur.... crefolium , quod pderota Grci vocant. 
Apule (ch. 104) a dit : Les Grecs nomment pderota ce que 
les Latins nomment cerfeuil. Columelle (liv. XI, ch.8) a gr- 
cis ce nom de crefolium en celui de chrephjllum. Les bota- 
nistes modernes ont adopt pour le cerfeuil ce nom ainsi chang 
par cet auteur ; mais le nom latin donn par Pline a servi for- 
mer le nom franais cerfeuil. 

284.- Ligne i3. Et acerrimum sapore , ignei effectus . ac sa- 
luberrimum corpori , sinapi , nulla cultura , melius tamen planta 
tralala. Cette moutarde sauvage est probablement la moutarde 



NOTES DU LIVRE XIX. &7$ 

noire , si frquemment employe dans nos officines. On pour- 
rait chercher prciser l'espce de sinapis sauvage dont Pline 
parle ; mais cette recherche est superflue , toutes les espces 
ayant des proprits semblables. Un mets compos de semences 
de moutarde qu'on aurait fait bouillir, l'effet de leur ter une 
partie de leur acrimonie, serait intolrable pour les modernes. Les 
feuilles et les sommits, que les anciens mangeaient frquemment, 
taient bien moins dsagrables , et prfrables aux semences ; 
toutefois, ce lgume devait avoir une saveur herbace ; il ne con- 
tenait d'ailleurs qu'un petit nombre de parties nutritives. 

285. Page 266 , ligne 20. Sunt autem trium generum. Cf. au 
livre suivant, le chapitre 87 , et les notes 224 et suivantes, o 
nous donnerons la concordance synonymique des sinapis. 

286. Ligne 22. Athenienses napj appellaerunt , alii thapsi , 
alii saurion. Le pre Hardouin donne sur ce mot napjr la note 
suivanle : Les Athniens, suivant Athne ( IX ) , appelrent 
celle plante vccnv , au lieu de o"/vmti ; nous prfrons ce mot de 
vctirv. Elle fut nomme *\i , cause de sa ressemblance avec 
la semence du FemlaThapsia. Nous avons dit que l'pithte de 
a-uvpiov lui avait t donne en raison du principe acre qui agit 
comme le venin du lacerla, qui , en Grce , s'appelle rttvpa.. C'est 
la mme saveur mordicanle qui a fait donner au naslurtium le 
nom de <ra.vp!tov. Peut-tre vaudrait-il mieux lire hlaspi au lieu 
de thapsi , car divers auteurs appellent ihlaspi le napy , comme 
le prouve cette phrase d'Hesychius : Xclo-t'u tsa. , Y vtoi 

<rctvplOV. 

287. LV, page 268 , ligne 2. Serpjllo et sisjmbrio montes 
plerique scatent , sicut in Thracia : utique deferunt ex his avulsos 
ramos , seruntque. Au lieu de ces derniers mots, plusieurs ma- 
nuscrits portent : Ubi aqu deferunt ex iis avulsos ramos , serunt- 
que. C'est le pre Hardouin qui , le premier , a propos cette 
correction , admise depuis par tous les diteurs. Ce savant s'est 
appuy du texte de Thophraste ( His t. plant. , VI , 7 ) , ainsi 
conu : Keti ykp %p<ts\)\\'>s rliv ciypto, ov x.op.(ovTes k tm hpav 
qvrevovo-i kc tv luivavi , hc 'Afltij'Mirii' ix. rov 'T/uttov : Le 
serpolet sauvage , qu'on arrache sur les montagnes pour le se- 



376 NOTES DU LIVRE XIX. 

mer , est le mme que celui des montagnes de Sicyone et du 

mont Hymette. 

288. Page 268 , ligne 5. Ltissimum nasciiur in puteorum 
parielibus , et circa piscinas ac stagna. Il est fort rare de trouver 
des plantes pharnogames dans les puits ; celles qu'on y ren- 
contre sont presque toujours des fougres ( Ceterach Scolopen- 
drium ) , des marchantia, et des mousses du genre hypnum. Pline 
aurait-il donn le nom de sisymbrium l'une de ces espces de 
plantes ? 

28g. LV1 , page 268, ligne 9. Reliqua sunt ferulacei generis 
ceufeniculum, anguibus (ut diximus) gralissimum. C'est au livre VIII, 
chapitre 4 1 1 que Pline a dit que les serpens aimaient beaucoup 
le feniculum. Cette ombellifre est connue des modernes sous le 
nom ? AnethumFnkulum. Les graines servent de condiment dans 
quelques contres du globe. 

2go. -Ligne 11. Eique perquam similis thapsia , de qua dixi- 
mus inter externos frutices. C'est au chapitre 4-3 du livre XIII 
que Pline parle de la thapsia. Cf. au livre cit, les notes 167 et 
1 58. Nous avons indiqu pour cette plante le Thapsia pillosa des 
botanistes. 

2g 1. Ligne 12. Deinde ulilissimafunibus cannabis seritur a 
Favonio. L'poque indique par notre auteur rpond la fin de 
fvrier. Le cannabis est notre chanvre , Cannabis sativa. Il en 
sera trait au chapitre 97 du livre suivant, note 24-3. 

292. Ligne i4- Semen ejus quum est maturum , ab qui- 
noctio autumni distringitur , et sole , aut vento , aut fumo siccatur. 
On a abandonn cet usage , qui consistait faire scher le che- 
nevis la fume. Grotius (m Cyneg.) rappelle cet usage : 

Illa vel ad flatus Hlices appende serenae , 
Vel caligineo laxanda reponito fumo. 

Le mme auteur a parl avantageusement du chanvre d'Alabau- 
dica , dont Pline reconnat plus loin trois sortes , et qu'il dit 
excellent pour faire des filets de chasse. 

At pauper rigai custos Alabandicus boni 
Cannabias nutrit silvas , quain coinmoda nostro 



NOTES DU LIVRE XIX. 3 77 

Aruiamenta operi! gravis est lutela sed ipsis, 
Tu licet jEmonios includas relibus ursos. 

Il est inutile de prvenir nos lecteurs qu'il n'existe dans nos 
climats aucune sorte de chanvre qui puisse venir la hauteur 
d'un arbre. Il est rare que les tiges s'lvent deux toises , et 
acquirent une circonfrence de deux pouces ; encore , pour 
arriver cette dimension , faut-il que les pieds soient isols , et 
dans un terrain extrmement substantiel. Des voyageurs assurent 
avoir vu , dans quelques parties de l'Asie , du chanvre ayant la 
force et la grosseur d'un arbrisseau. S'il n'y avait point d'exag- 
ration dans l'assertion de ce fait, il faudrait croire que ce chanvre 
n'est pas le mme que le ntre. 

2g3. Page 268 , ligne 22. Ferul duo gnera in peregrnis 
fruticibus diximus. Cf. sur la frule la note i55 , chapitre 4-2 du 
livre xiii. C'est une ombellifre connue des modernes sous le 
nom de Ferua communis. 

294. LVII, page 270 , ligne 6. Morbos hortensia quoque 

senliunt Namque et ocimum senecta dgnrt in serpyllum , et 

sisymbrium in mentam. Nous regrettons d'avoir faire remar- 
quer que ces prjugs, indignes de toute rfutation, sont puiss 
chezThophraste [deCaus., ch. 8). Palladius (in April. , liv. m) 
parle de ces transmutations, mais sur l'autorit de G. Martialis : 
Rem miram de ocimo Gargilius Martialis affirmt , quod modo pur- 
pureos , modo albos flores , modo roseos pant : et ex eo suo semine 
frquenter seratur, modo in serpyilum, modo in sisymbrium mutetur. 

2g5. Ligne 9. Et necatur cuminum ab Umodoro , nisi repur- 
getur. Avant le pre Hardouin , au lieu de cette phrase , on 
lisait : Et necatur cuminum ab imo dorso , nisi repurgetur. C'est en 
s'appuyant du passage suivant de Thophraste , que le savant 
commentateur a propos d'crire Umodoro : T <T VToqv/nevov 
sv&vs x. itis p/" Ta KVjulva.... ro xt/uS'opov , /uovkavxov.... p&v 
<T 'x st v'7roT']f>oyyvKov. Il s'agirait maintenant de dterminer 
le nom moderne du MjuS'opov des Grecs ; on ne peut hasarder 
que des conjectures. Pline assure , d'aprs Thophraste , que , 
si l'on ne sarcle pas bien le cumin , le limodoron le tuera : cette 



I /) 



3 7 8 NOTES DU LIVRE XIX. 

circonstance peut faire penser qu'il s'agit , soit d'une cuscute , 
soit d'une orobanche , soit enfin du Pol/gonum Coneolvulus , L. 

296. Page 270, ligne 12. Alias pruaiim cumini morbus 
scabies. Pline , sous le nom de scabies , entend probablement 
parler de la production fongueuse connue sous le nom depuccinia 
et d'uredo. 

297. Ligne i3. Omnia vero accs su mulicris menstrualis fla- 
vescunt. Nous avons vu des gens graves, dont l'esprit tait clair, 
dfendre avec opinitret le prjug exprim dans la phrase de 
Pline. 

298. Ligue i4- Bestiolarum quoque gnera innascuntur. Napis 
calices , raphano eruc , et yermiculi, etc. Cf. Thophraste (Hist. 
plant. , VII , 5 ) et l'auteur des Goponiques ( liv. XII , chap. 7 ). 
Les lgumes sont la proie d'un grand nombre de chenilles et 
de mollusques. Il n'est pas toujours juste de dire que ces ani- 
maux s'engendrent sur les lgumes , la plupart y vont seulement 
chercher leur pture. 

299. LVIII , page 272 , ligne 6. Sed efficacissime heliotro- 
pio herba necantur. L' ' heliotropium des Grecs et des Latins n'est 
autre chose que notre Helioiropium europum. Pline en parlera 
au livre XXII, chap. 29. Celte plante est sans action sur les four- 
mis : c'est tort que Pline dit le contraire. 

3oo. Ligne 8. Naporum medina est, siliquas una seri: sicui 
olerum cicer ; arcet enim erucas. Cf. sur le sliqua ( Ceratonia Sili- 
qua, L. ), la note 86, au livre XIII. Il y a autant d'erreurs que 
de faits avancs dans ce paragraphe. On peut dire , pour justifier 
notre auteur, que Thophraste (vu, 5) , Palladius 1 (l,-c. 35), 
l'auteur des Goponiques (xil , 7), et Columelle {de Re rosi. , XI , 
3 ) , ont avanc les mmes absurdits ; pourtant la dcoction 
d'absinthe ne serait pas entirement sans effet pour la destruc- 
tion de certains animaux. Il est difficile de garder son srieux 

1 Omnia se mina horti vel agri Jruntur ab omnibus malis et monstns 
Lui a servari , si equ calvaria , sed non virginis , intra hortum po- 
natur , vel cliam asince : creduntur enim sua pressentiez Jecundare quee 

spectant Aliqui fluviales cnucros pluribus locis intra hortum datas 

figunl. 



f h 

NOTES DU LIVRE XIX. 379 

quand on voit les hommes graves , tels que notre auteur et 
Palladius, indiquer comme un remde infaillible pour mettre en 
fuite les chenilles qui dvastent les jardins, les os de la tte d'une 
jument expose sur un pieu , ou bien de suspendre une perche 
une crevisse de rivire. Si des exemples d'une crdulit si en- 
fantine se prsentaient plus souvent , les commentateurs les plus 
intrpides n'y pourraient plus tenir. 

3oi. Page 272 , ligne g. Quo si omisso jam nal sint , re 
mdium est absinthii succus decocti inspersus , et sedi quant aizoum 
vocant : enus hoc herb diximus. Cf. sur Yaizoon, le chap. 4-5 du 
livre XVIII. On croit que cette plante est le Sempervivum tecto- 
iiim , notre joubarbe. Cf. sur la destruction des chenilles, Co- 
lumelle [de Re rust , XI , 3). 

3o2. Ligne 19. /// galbano accenso fuganiur. Cf. sur le gal- 
ba num , gomme-rsine due une ombellifre nomme Bubon 
^albanum , la note 108 , au livre XII. Les anciens attribuaient au 
(albamim la proprit de mettre en fuite tous les animaux nui- 
sibles ( Voyez Virgile , Gorg. , liv. m , v. 4-1 5 ). Palladius {de 
Re rust. , 1 , 35 ) s'exprime en termes peu diffrens de ceux 
qu'emploie Pline dans ce passage. 

3o3. Ligne 2 1 . Nam quod ad permutationcm seminum atlinet , 
quibusdam ex iis firmilas major est , ul coriandro , bet , etc. Tv 
<T a-TTip/uxTcv T<* fjiv ffliv IrjrypTipu , Tel T &aQev<r1epa. trpos 
fta/xovv ( Theoph. , Hist. plant. , vu, 6). La fin de ce cha- 
pitre est une traduction presque littrale du passage de Tho- 
phraste dont nous venons de citer le commencement. Nous avons 
dj fait remarquer que les graines ne conservent pas galement 
bien leurs facults germinatrices. Les expriences destines en 
fixer la dure ne sont pas assez nombreuses pour qu'on puisse 
approuver ou condamner les assertions de hophraste et de 
Pline. Il est faux toutefois que les graines bien conserves ne 
puissent germer aprs quatre annes : les lgumineuses et les 
gramines germent au bout d'un espace de temps beaucoup plus 
long. 

3o4- LIX , page 274, ligne 7. Ceteris dulcium aquarum rigua 
prosunl. Les eaux crues , marcageuses, visqueuses, et celles qui 






38o NOTES DU LIVRE XIX. 

sont trop charges de carbonates calcaires, ne valent rien pour 
arroser ; les eaux des rivires et des ruisseaux o le poisson 
abonde , celles des fontaines o fleurissent les crucifres , sont 
pures et bienfaisantes. Les eaux de pluie amasses dans les 
citernes sont encore meilleures, mais il faut les laisser quelque 
temps exposes la chaleur. Les eaux des cours et des fumiers 
portent avec elles l'abondance et la fertilit. Ce n'est pas sans 
une apparence de raison que Pline dit que l'eau de pluie tue 
les insectes : Prcpue tamen imbres aluni : nam et bestiol in- 
nascentes necantur. Il est une foule d'insectes que la scheresse 
multiplie , tels que les altises , si nuisibles la culture des 
plantes d'ornement; il en est de mme de certaines plantes para- 
sites , et notamment du blanc de meunier, sorte de champignon 
encore mal connu , et qui se dveloppe aussi d'autant plus ra- 
pidement que la scheresse est plus grande. 

3o5. LX , page 274 , ligne i^. His hor rigandi, matutina 
nique vespera , ne infervescat aqua sole. C'est hophraste (Hist. 
plant. , VII, 5) qui a fourni ce prcepte Pline. Nos horti- 
culteurs modernes prfrent les arrosemens du soir ceux du 
matin , parce que l'vaporation est moins forte , et que la plante 
s'approprie une plus grande quantit d'eau. Us veulent aussi que 
l'on emploie l'eau une temprature moyenne. Celle des fon- 
taines et celle des citernes ont besoin d'tre chauffes aux rayons 
du soleil avant qu'on puisse s'en servir. 

3o6. Ligne 21. Omnia auiem silvestria fere sunt et foliis mi- 
nora, et caulibus, succo acriora. Cette observation, fort juste, est 
due Thophraste, auquel Pline a emprunt ce chapitre ainsi que 
le suivant. La culture tend dvelopper le systme foliaire et toutes 
les parties vertes. Les plantes cultives contiennent plus d'eau , 
sont plus leves , moins aromatiques ou moins acres que les 
plantes sauvages. Les plantes venues sans culture sont plus pro- 
pres servir de mdicamens , les plantes cultives tre ali- 
mentaires. 

307. Page 276 , ligne 2. Solum vero ex omnibus lapathum 
silvestre melius : hoc in sativis rumex vocalur. Thophraste ( Hist. 
plant. , VII , 6 ) dit que le lapathum sauvage est d'une saveur 



NOTES DU LIVRE XIX. 38 1 

plus agrable que le cultiv. Confrez le chapitre 85 du livre 
suivant. 

3o8. Page 276, ligne 7. Adeoque nhil omisit cura, ut carmin 
quoque comprehensum reperiam , in fabis caprini fimi singulis ca- 
vatis, etc. Le nom du pote dont Pline invoque ici le tmoignage est 
inconnu aux modernes ; la postrit peut se passer de le savoir. 

3og. Ligne il. Qu sunt silvestria , eadem in sativis sic- 
ciora intelliguntur , et acriora. Pline rpte ici ce qu'il a dj dit 
plus haut d'aprs Thophraste : Ylvret. Te kc ^nporepa, t&v /W- 
pav Kctl 'ia-as avra tout$> toxxa kc ^pt/uvrepa. ko iryyp-jsptt. 
(Hist. plant. , VII, 6). 

3 10. LXI , page 276 , ligne 14. Namque et succorum sapo 
rumque dicenda differentia est , vel major in his quam pomis. Cf. sur 
' les saveurs, la note 223, au livre XV. 

3n. Ligne i5. Sunt autem acres cunil, origani , nasturtii , 
sinapis. Pline traitera, au livre suivant, de toutes les plantes nu- 
mres dans ce passage ; cet auteur traduit ici Thophraste : 0* 

<T &pifJLi\S , OtOV OpiytvOV , vjuCpCL , KCtp^OLtiOV , Votisvos' o S~ 

TMpo) , -\,iv(ov , KevTetvpov , etc. 

3 12. Ligne 16. Amari , absinthii , centaurei. Cf. sur l'ab- 
sinthe, nos notes sur le chapitre 28 du livre xxvn ; et sur le 
centaurion, nos notes sur le livre xxv, chapitre 3o. 

3i3. Ligne 19. S als us tanlum e saporibus non nascitur, ali- 
quando extra insidit pulveris modo , ut cicerculis tantum. La saveur 
sale se rencontre bien rarement dans le rgne vgtal , mais 
elle n'y est pas introuvable. Dans cette phrase , cicercula se tra- 
duit en grec par spCivdos. C'est le Lathyrus sativus dont nous 
avons parl au livre prcdent , note 196. 

3i4- LX1I , page 278 , ligne 2. Atque ut inteligatur vana , 
cm plerumque , yit persuasio : panax piperis saporem reddit , 
et magis eliam siliquastrum , ob id piperitidis nomine accepto. La 
plupart des auteurs font driver le mot piper de TtTra , je 
cuis , je digre , cause des proprits nergiques du poivre , 
comme excitant des forces digestives. Il rsulte de ce passage , 
que le mot siliquastrum serait le nom par lequel les anciens Ro- 



fin 



' 

38a NOTES DU LIVRE XIX. 

mains auraient dsign le poivre ; celui de piper ne serait venu 
qu'aprs. Cf. au livre XII, la note 35. Remarquons aussi que 
ce mot siliquastrum , form de siliqua , indique que l'opinion 
gnrale tait que ce fruit venait dans une silique. Pline l'a dit 
positivement au livre XII : Semina a junipero distant parmlis si- 
liquis , quales infaseolis vidimus. Cette particularit , si elle tait 
relle , ferait douter que notre piper nigrum ft bien le Piper 
des anciens ; toutefois , la comparaison du fruit avec les baies 
du genivre est tout - - fait convenable. Voyez plus bas la 
note 3i8. 

3i5. Page 278 , ligne 5. Libanotis odorem thuris , smyrnium 
myrrh. L'assertion de Pline, relativement au libanotis, confirme 
l'tymologie de ce mot , qui drive de hlCxvof , encens, et non 
du mont Liban , ainsi que le prtendent quelques auteurs. Les 
Grecs donnaient le nom de mCuvctU plusieurs plantes diff- 
rentes. Cf. au livre suivant les notes du chap. 54- Le smyrnium 
est une ombellifre que les commentateurs ont cru reconnatre 
dans notre Smyrnium perfoliatum , L. , grande ombellifre dont 
l'odeur est trs-forte. Nous examinerons cette question au liv.xx. 
N'y aurait-il pas une analogie nominale entre les mots myrrha et 
smyrnium ? 

3 16. De panace abunde dictum est. Cf. sur le panax , Pasti- 
naca Opopanax des botanistes, la note 110, chapitre 5j du 
livre XII. 

3i7. Ligne 7. Radicem {libanotis') habet olusatri. Cf. plus 
haut la note 3i5. Il s'agit ici du Smyrnium olusatrum , L. 

3i8. Ligne 11. Eadem et siliquastro satio. Voici encore une 
circonstance qui semble prouver que le poivre noir des modernes 
ne serait pas le mme que celui des anciens , puisqu'il est ques- 
tion dans ce passage de la manire de semer cet arbrisseau, qui 
devait tre inconnu Pline. En lisant attentivement le passage 
au chapitre 14 du livre XII, on est port penser que l'auteur 
latin confond quelque production indigne avec le piper, ce qui 
rend ses descriptions infidles. On a trop d'exemples de sem- 
blables erreurs , pour ne pas regarder cette hypothse comme 
une ralit. Ce qui dispose ericore penser ainsi, c'est que l'on 
ne peut s'empcher de reconnatre, au milieu d'une foule d'inexac- 



I ) 

NOTES DU LIVRE XIX. 383 

titudes, que c'est bien de notre poivrier que Pline parle au 
passage cit. 

319. Page 278, ligne 12. Ut anelhum. Cf. sur cette plante 
la note 186 , au livre XX. 

320. Ligne 17. Et hac tenus hortensia dicta sint , etc. Nous 
sommes disposs croire , mais de conviction seulement et sans 
pouvoir fournir des preuves, que le paragraphe qui termine ce 
livre est une interpolation des copistes. 



FIN DU DOUZIEME VOLUME. 



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