Ul^iVtfv'oi I Or
^ ILLINOiS LiBRARY
AT URSAISA-CHAMPAIGN
STACKS
BIBLIOTHQUE
\E-FRANCAISE
6
PUBLIE
C. L. F. * ^JCKE.
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IMPRIMERIE DE C, L. F. PANCKOUCKE,
RUE DES POITEVINS, " 1^.
HISTOIRE NATURELlE
DE PLINE
^^
TRADUCTION NOUVELLE
R M. AJASSON DE GRANDSAGISE
PAR MH. BEUDANT, BRONGNIART, G. CUVIER,
DAUNOU, HERIC DAVID, DESCURET, DO, E. DOLO , DUSGATE ,
FE, L. FOUCH, FOURIER, GUIBOURT, LOI JOHANNEAU,
LACROIX, LAFOSSE, LEMERCIER, LETRONNE, LOUIS LISK.ENNE,
L. MARCUS, MONGS,
C. L. F. PANCKOUCKE, VALEWTIN PARISOT ,
QCATREMRE DE QUINCY, P. ROBERT, ROBIQUET,
H. THIBAOU, THUROT, VALENCIENNES , HIPP. VERGKB.
TOME QUATORZIME.
PARIS
c. L. F. PANCKOUCKE
MCMBRE DB l'ordre BOYAT. DE Ul LGIOR D'HOtTREOR
DITEUR, RUE DES POITEVINS, N" 1 /|
M Dccc xxxn.
HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE.
LIVRE VINGT-DEUXIME.
454172
r
C. PLINU SECUNDI
HISTORIARUM MUNDI
LIBER XXII.
AUCTORITAS HERBARUM ET FRUGUM.
Gentes herbis formae grata uti.
I, J.MPLESSE poterant miraculum sui natura atque
tellus, reputantium vel prioris tantum voluminis dotes,
totque gnera herbarum , utilitatibus hominum , aut
voluptatibus genita. Sed quanto plura restant? quan-
toque mirabiliora inventu ? Illa enim majore in parte
cibi aut odoris decorisve commendatio ad uumerosa
exprimenta duxit. Reliquarum potentia adprobat, nihil
a rerum natura sine aliqua occultiore 'causa gigni.
II. I. Equidem et formas gratia ritusque perpetui, in
corporibus suis aliquas exterarum gentium uti herbis
quibusdam, adverto animum. Illinunt certe aliis aliae
faciem in populis barbarorum feminae, maresque etiam
apud Dacos et Sarmatas corpora sua inscribunt. Simile
HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE.
LIVRE XXII.
VERTUS DES AKBRES ET DES FRUITS.
Usage des herbes pour la beaut chez certaines nations.
I. Xjes proprits que nous avons dcrites dans le
livre prcdent ; tant de plantes diverses que la nature
et la terre ont cres pour nos besoins ou pour nos
plaisirs , suffiraient pour puiser l'admiration : mais qu'il
nous reste encore bien plus de merveilles ! combien en-
core de dcouvertes plus tonnantes ! La plupart de ces
plantes nous servent d'alimens , ou nous charment par
leur parfum et leur clat , et ces qualits prcieuses nous
ont conduits de nombreuses expriences ; mais les
vertus des autres prouvent que la nature ne fait rien
sans quelque dessein dont elle se rserve le secret.
IL I. Je remarque d'abord que, chez quelques na-
tions trangres , c'est un usage antique et sacr d'em-
ployer certaines herbes la parure : du moins , chez
les barbares , les femmes se teignent le visage avec le
suc des plantes ; et , chez les Daces et les Sarmates , les
hommes mme se peignent des figures sur le corps. Les
I.
4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
plantagini glasturti in Gallia vocalur , quo Britanno-
rum conjuges nuriisque toto corpore oblitae , quibus-
dam in sacris et nud incedunt , iEthiopum colorem
imitantes.
Herbis infici vestes. Item de sagmiiiibus, de verbenis, de
clarigatione.
m. 2. Jam vero infici vestes scimus admirabili fuco.
Atque ut sileamus Galatiae, Africae, Lusitaniae granis,
coccum imperatoriis dicatum paludamenlis,Transalpina
Gallia herbis Tyria atque conehylia tingit , omnesque
alios colores. Nec quaerit in profundis murices , seque
objiciendo escam, dum praeripit bellnis marinis, intacta
etiam ancoris scrutatur vada, ut inveniat per quod fa-
cilius matrona adultero placeat , corruptor insidietur
nuptae. Stans et in sicco carpit, quo fruges modo : sed
culpa non ablui usu : alioqui fulgentius instrui poterat
luxuria, certe innocenlius. Non est nunc propositum
ista consectari : nec omittemus , ut subjiciendo uti-
liora luxuriam vilitate circimiscribamus, dicturi et alias
herbis tingi lapides, parietesque pingi. Nec tingendi
tanien ralioncni omisissemus , si umquam ca liberalium
arlium fuissel. Intrim fortius agetur : auctoritasque
quanta debeatur etiam surdis, hoc est, ignobilibus her-
bis, perhibebitur. Siquidem auctores iraperii romani
ff f
HISTOIRE NATUREiXE, LIV. XXII. 5
Gaulois appellent glastum une herbe semblable au plan-
tain : les femmes et les filles des Bretons s'en frottent
le corps , et , aprs s'tre rendues aussi noires que des
Ethiopiennes , elles paraissent nues dans quelques c-
rmonies sacres.
Emploi des herbes pour la teinture. Sagmina , verveines ,
clarigation.
III. 2. Nous savons aussi que les herbes donnent aux
toffes une couleur admirable ; et, sans parler des graines
de Galatie , d'Afrique et de Lusitanie , qui fournissent
le coccus , ou l'carlate rserve pour les cottes-d'ar-
mes des gnraux, la Gaule Transalpine imite avec des
herbes la pourpre de Tyr, la conchylienne, et toutes
les autres couleurs. On n'a pas besoin de chercher le
murex au fond des mers ; de s'exposer devenir la proie
des monstres marins en drobant leur pture ; de fouil-
ler des abmes o les ancres mme n'ont pas pntr ,
pour donner une mre de famille les moyens de
plaire un adultre, ou un sducteur ceux de cor-
rompre une femme marie : on fait debout la rcolte et
en terre ferme, comme celle des grains dont on se nour-
rit. Le dfaut de cette teinture , c'est qu'elle ne peut se
laver, sans quoi le luxe et obtenu un clat plus vif, ou
du moins plus innocent. Mais mon dessein n'est pas
d'entrer ici dans tous ces dtails; je veux rendre le luxe
mprisable, en lui opposant des objets plus utiles : je
montrerai mme ailleurs qu'on se sert des herbes pour
teindre les pierres et peindre les murailles. Au reste,
je ne me serais pas dispens de parler de la teinture, si
jamais elle et t mise au rang des arts libraux. En
6 C. PLINU HIST. NAT. LIB. XXII.
conditoresque immensurn quiddam et hinc sumpsere,
quoniam non aliunde sagmina in remediis publicis
fuere, et in sacris legationibusque verbenae. Certe utro-
que nomine idem significatur, hoc est, gramen ex arce
cum sua terra evulsum : ac semper e legatis quum ad
hostes clarigatumque mitterentur, id est , res raptas clare
repetitum , unus utique verbenarius vocabatur.
De corona graminea : de raritate ejus.
IV. 3. Corona quidem nulla fuit graminea nobilior,
in majestate populi terrarum principis , praemiisque
gloriae. Gemmatae et aure, vallares, murales, rostra-
tae , civicae , triumphales , post hanc fuere , suutque
cunctae magno intervallo, magnaque differentia. Gete-
ras omnes singuli , et duces ipsi , imperatoresque mili-
tibus, aut aliquando collegiis dedere : decrevit in trium-
phis senatus , cura belli solutus , et populus otiosus.
4. Graminea numquam nisi in desperatione suprema
cpntigit, nulli nisi ab universo exercitu sei*vato dcrta.
Ceteras imperatores dedere, hanc solam miles impera-
tori. Eadem vocatur obsidionalis , liberatis obsidione
ff\
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 7
attendant , nous nous lverons des considrations
plus graves, et nous verrons quelle estime est due, mme
aux herbes mprises, c'est--dire inconnues. En effet,
elles ont t d'une ressource infinie pour les auteurs et
les fondateurs de l'empire romain , puisque seules elles
taient employes dans les calamits publiques, dan les
sacrifices et dans les ambassades. On les appelait sag-
mina et verben : ces noms dsignaient tous deux le
gazon arrach de la citadelle avec la terre qui le pro-
duit ; et lorsqu'on envoyait des dputs pour sommer
l'ennemi de donner satisfaction au peuple romain, l'un
d'eux tait nomm verbenarius , ou porteur de verveine.
Couronnes de gazon : leur raret.
IV. 3. De toutes les couronnes dont le peuple-roi ,
dans l'clat de sa puissance, rcompensait la valeur des
citoyens, la plus glorieuse tait celle de gazon. Les cou-
ronnes d'or enrichies de pierreries , vallaire , murale ,
rostrale , civique , triomphale , taient moins rvres ;
elles en sont une grande distance , et la diffrence est
infinie. Les autres peuvent tre donnes par un seul
homme : des chefs , des gnraux les ont accordes
leurs soldats, ou mme des corporations. Le snat
dgag des soins de la guerre, et le peuple gotant
les douceurs du repos , les ont dcernes dans les
triomphes.
4. La couronne de gazon ne s'accordait jamais que
dans une situation dsespre : nul ne l'obtint que
d'une arme entire sauve par sa valeur. Les gn-
raux dcernaient les autres , celle - l seule tait d-
cerne au gnral par les soldats. On l'appelait aussi
8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
abominandoque exitio totis castris. Quod si civicae hoiios,
uno aliquo ac vel humillimo cive servato , praeclarus
sacerque habetur, quid tandem existimari dbet , unius
virtute servatus uni versus exercitus? Dabatur haec viridi
e gramine, decerpto inde ubi obsessos servasset aliquis.
Namque summum apud antiques signum victoriae erat,
herbam porrigere victos, hoc est, terra et altrice ipsa
humo, et humatione etiam cedere : quem morem etiam
nunc durare apud Germanos scio.
Qui soli corona ea donatL
V. 5. Donatus est ea L. Siccius Dentatus semel ,
quum civicas quatuordecim meruisset, depugnassetque
cxx prliis semper victor. Tanto rarius est servatorem
unum a servatis donari. Quidam imperatores et spius
donati sunt, veluti P. Decius Mus, tribunus militum ,
ab exercitu : altra ab his , qui in praesidio obsessi fue-
rant , quanta esset ejus honoris auctoritas , confessus
rehgioue : siquidem donatus bovem album Marti im-
molavit , et centum fulvos , qui ei virtutis causa dati
fuerant simul ab obsessis. Hic Decius postea se consul ,
Imperioso collega, pro victoria devovit. Data est et a
senatu populoque romauo, qua claritate nihil equidem
in rbus humauis sublimius duco, Fabio illi , qui rem
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. y
obsidionale, quand une arme entire avait t dlivre
d'un sige et de l'horreur d'une destruction invitable.
Si la couronne civique accorde pour avoir sauv un
citoyen , mme le plus obscur , tait une rcompense
glorieuse et presque sacre , quel prix ne doit-on pas
estimer le salut d'une arme entire conserve par la
valeur d'un seul ? La couronne obsidionale tait faite de
gazon vert , cueilli l'endroit mme o taient assiges
les troupes qui se trouvaient dgages ; car, chez les an-
ciens, de l'herbe prsente par les vaincus tait l'aveu le
plus solennel de la victoire : par l ils dclaraient cder,
et la terre qui les avait nourris , et le droit d'y tre in-
hums. Cet usage subsiste encore chez les Germains.
Quels sont les hommes qui seuls ont reu la couronne de gazon.
V. 5. L. Siccius Dentatus ne l'obtint qu'une fois ,
quoiqu'il et gagn quatorze couronnes civiques, et qu'il
ft sorti vainqueur de cent vingt combats : tant il est
plus rare qu'un seul l'obtienne pour avoir sauv toute
une arme ! Quelques gnraux en ont reu plusieurs ;
par exemple, P. Decius Mus, tribun militaire, en reut
une de l'arme , et une autre des troupes qu'il avait d-
gages. Il tmoigna par un acte de religion quelle tait
l'minence de cet honneur : il immola au dieu Mars un
taureau blanc, et cent bufs de poil roux qui lui avaient
t donns, comme rcompense de sa valeur, par les
troupes qu'il avait sauves. Ce mme Decius, tant con-
sul avec Imperiosus , se dvoua depuis pour assurer la
victoire son arme. Le snat et le peuple romain l'ont
accorde Fabius , qui rtablit la puissance de Rome
en ne combattant pas, et je ne vois dans les choses hu-
lo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
omnem romanam restituit non pugnando. Nec data,
quum magistrum equitum et exercitum ejus servasset;
tune satius fuit nomine novo eoronari , appellatum pa-
trem ab his quos servaverat : sed quo dictum est con-
sensu honoratus est Annibale ex Ttalia pulso. Quae co-
rona adhuc sola ipsius imperii mauibus imposita est ,
et quod peculiare ci est, sola a tota Italia data.
Qui solus centurio.
VI. 6. Prter hos contigit ejus coronae honos M. Cal-
purnio Flammae, tribuno militum in Sicilia : centurioni
vero uni ad hoc tempus Cn. Petreio Atinali, cimbrico
bello. Primum pilum is capessens sub Catulo , exclu-
sam ab hoste legionem suain hortatus , tribunum suum
dubitantem per castra hostium erunipere interfecit , le-
gionenique eduxit. Invenio apud auctores eumdem prae-
ter hune honorem, adstantibus Mario et Catulo coss. ,
praetextatum immolasse ad tibicinem foculo posito.
Scripsit et SuUa dictator, ab exercitu se quoque dona-
tum apud Nolam, legatum bello marsico. Idque etiam
in villa sua Tusculaua, quae fuit postea Ciceronis, pinxit.
Quod si verum est , hoc exsecrabiliorera eum dixerim ,
quandoc[uidem eam capiti suo proscriptione sua ipse
detraxit, tanto paucioribus civium servatis, quam postea
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. ii
maines rien qui soit au dessus d'un pareil honneur. Ce
ne fut pas lorsqu'il eut sauv Minutius, gnral de la
cavalerie , et son corps d'arme : les troupes qu'il avait
dlivres prfrrent lui dcerner un titre nouveau en le
saluant du nom de pre. Cet hommage glorieux lui fut
dfr lorsque Annibal eut t chass de l'Italie. C'est la
seule couronne qui jamais ait t pose sur la tte d'un
citoyen par la patrie elle-mme, et , ce qui la distingue de
toutes les autres, c'est la seule qui ait t dcerne par
l'Italie entire.
Du seul centurion qui en ait t honor.
VI. 6. Outre les personnages que je viens de citer,
M. Calpurnius Flamma , tribun militaire en Sicile ,
-obtint encore l'honneur de cette couronne. Parmi les
centurions , un seul jusqu' prsent en a t dcor ;
ce fut Cn. Petreius , dans la guerre des Cimbres , sous
Catulus. La lgion dont il commandait la premire com-
pagnie avait t enveloppe; il exhortait les soldats se
faire jour travers le camp des ennemis ; le tribun h-
sitait, il le tua et dgagea sa lgion. Je trouve dans les
auteurs que, de plus, il sacrifia, revtu de la prtexte,
et au son de la flte , en prsence des consuls Marins et
Catulus. Le dictateur Sylla, dans ses mmoires, dit que
cette couronne lui fut dfre par l'arme , prs de Noie,
lorsqu'il tait lieutenant dans la guerre des Marses. Il
fit mme peindre cet vnement dans sa maison de
Tusculum, qui, depuis, appartint Cicron. Si ce fait
est vrai , Sylla n'en est que plus excrable , puisqu'il se
l'est arrache lui-mme par ses proscriptions. Pour
quelques citoyens sauvs alors , combien il cn gorgea
*-
12 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
occisis. Addat etiamnum liuic glori superbum cogno-
men Felicem , ipse tamen obsessis in toto orbe proscrip-
tis, hac corona Sertorio cessit. ^Emilianum quoque Sci-
pionem Varro auctor est donatum obsidionali in Africa,
Manilio consule , cohortibus servatis , totidemque ad
servandas eas eductis : quod et statuae ejus in foro suo
divus Augustus subscripsit. Ipsum Augustum M. Cic-
rone filio consule idibus septembris senatus obsidionali
donavit. Adeo civica non satis videbatur. Nec praeterea
quemquam hac invenimus donatum.
//ledicinae ex reliquis coronamentis.
VII. Nullae ergo herbae fuere certae in hoc honore :
sed quaecumque fuerant in periculi sede, quamvis igno-
biles ignotaeque, honorem nobilem faciebant : quod la-
tere apud nos minus quidem miror, cernens negligi ea
quoque, quae ad valetudinem conservandam, cruciatus-
que corporis propulsandos , et mortem arcendam per-
tinent. Sed quis non mores jure castiget ? Addidere vi-
vendi pretia deliciae luxusque. Numquam fuit cupido
vitae major, nec minor cura. Aliorum hanc operae esse
credimus : ne mandato quidem nostro alios id agere ,
medicisque provisum esse pro nobis. Ipsi fruimur vo-
luptatibus , et ( quo nihil equidem probrosius duco )
vivimus alina fiducia. mmo vero plerisque ultro etiam
HISTOIRE NATUREI>LE, LIV. XXII. i3
dans la suite ! Qu'il ajoute cette gloire le titre su-
perbe d'heureux ; en fermant l'univers aux proscrits , il
a cd lui-mme cette couronne Sertorius. Varron
rapporte que la couronne obsidionale fut dcerne
Scipion milien , en Afrique, sous le consul Manilius ,
lorsqu'il eut sauv plusieurs cohortes l'aide d'un nom-
bre gal de; soldats. Ce fait a t consign au bas de la
statue qu'Auguste lui fit lever dans son forum. Le snat
l'accorda Auguste lui-mme, aux ides de septembre ,
sous le consulat de M. Cicron , fils de l'orateur : tant
la couronne civique paraissait insuffisante ! Aprs ceux
que je viens de nommer, je ne trouve plus personne qui
ait obtenu cet honneur.
Remdes tirs des autres plantes couronnes.
VU. Cette couronne se faisait indistinctement avec
toutes sortes d'herbes. Prises l'endroit mme du dan-
ger, quoique viles, quoique inconnues, elles procuraient
cet honneur suprme. Je suis moins tonn que ces d-
tails soient ignors parmi nous, quand je vois qu'on a
la mme indiffrence pour les choses qui servent con-
server la sant , calmer les douleurs , repousser la
mort. Eh ! qui ne s'indignerait contre les murs du
sicle ? Le luxe et les dlices ont donn plus de prix
la vie; jamais on ne l'aima avec plus de passion, jamais
on ne ngligea tant les moyens de la conserver. Nous
croyons que c'est l'affaire des autres , qu'ils s'en occu-
pent mme sans nos ordres , et que les mdecins y ont
pourvu. Nous ne nous en fions qu' nous-mmes pour
les plaisirs, et, ce qui me parat le comble de la honte,
nous vivons sur la foi d'autrui. En ce moment mme ,
l^ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
irrisui sumus ista commentantes , atque frivoli operis
arguimur: magno, quamquam immensi laboris, solatio,
sperni cum reriim uatura : quam certe non defuisse uo-
bis docebimus, et invisis quoque herbis inseruisse re-
mdia : quippe quum medicinas dederit etiam aculeatis.
Haec enim proxime restant ex his , quas priore libro
nominavimus, in quibus ipsis providentiam naturae satis
mirari, amplectique non est. Dederat, quas diximus,
molles cibisque gratas. Pinxerat remdia in floribus ,
visuque ipso animos invitaverat , etiam deliciis auxilia
permiscens. Excogitavit aliquas aspectu hispidas, tactu
Iruces, ut tantum non vocem ipsius fingentis illas, ra-
tionemque reddentis exaudire videamur, ne se depascat
avida quadrupes, ne procaces manus rapiant, ne ne-
glecta vestigia obterant, ne insidens aies infringat : his
muniendo aculeis telisque armando, remediis ut tuta ac
salva sint. Ita hoc quoque, quod in iis odimus, homi-
num causa excogitatum est.
Erynge , sive cryngion.
VIII. 7. Clara in primis aculeatarum erynge est, sive
erynglon , contra serpentes et venena omnia nascens.
Adversus ictus morsusque radix ejus bibitur drachmae
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. i5
beaucoup de gens tournent mes travaux en ridicule ; ils
les accusent de frivolit : mais , quelque peine qu'ils me
cotent, c'est une grande consolation pour moi de par-
tager ce ddain avec la nature. Je montrerai du moins
que sa bont pour nous ne s'est jamais dmentie , et
qu'elle a plac des remdes jusque dans les plantes qui
nous sont odieuses , puisqu'elle a donn des vertus m-
dicinales mme celles qui sont hrisses de piquans.
Ce sont en effet ces dernires dont il nous reste parler
aprs celles que nous avons nommes dans le livre pr-
cdent. Ici nous ne pouvons assez admirer et compren-
dre la prvoyance de la nature : elle avait fait les pre-
mires douces au toucher, et agrables au got; elle
avait peint les remdes dans les fleurs ; elle nous avait
attirs par le plaisir des yeux, en mlant des secours
salutaires aux sensations les plus dlicieuses. Elle en a
imagin d'autres dont l'aspect est rebutant, et qu'on ne
peut toucher impunment. Il me semble l'entendre elle-
mme donner des raisons de sa conduite , et nous dire :
Je n'ai pas voulu qu'elles fussent broutes par un avide
quadrupde , enleves par des mains indiscrtes , foules
par des pas ports au hasard, rompues par des oiseaux
qui viendraient s'y reposer ; ces dards et ces pointes
dont elles sont armes les sauvent et les conservent pour
gurir vos maux. Ainsi , ce qu'on trouve de choquant
dans ces plantes est encore un bienfait de la nature
pour l'homme.
Erynge ou eryngium.
VIII. 7. Parmi les vgtaux garnis de piquans, il
n'en est point de plus recommandable que Verjrnge ou
eryngium; c'est un antidote contre la morsure des ser-
i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
pondre in vino : aut si plerumqiie taies injurias comi-
tatur et febris , ex aqua. Illinitur plagis , peculiariter
efcax contra chersydros ac ranas. Omnibus vero contra
toxica et aconita efficaciorem Heraclides medicus, injure
anseris decoctam , arbitratur. Apollodorus adversus
toxica cum rana decoquit , ceteri in aqua. Ipsa dura ,
fruticosa , spinosis foliis , caule geniculato , cubitali , et
majore aliquando, alia albicans, alia nigra, radice odo-
rata, et sativa quidem est. Sed et sponte nascitur in
asperis et saxosis : et in litoribus maris, durior, nigrior-
que, folio apii.
Centumcapita , xxx.
IX, 8. E:^ his candidam nostri centumcapita vocant.
Omnes ejusdem efFectus, caule et radice in cibos Grae-
corum receptis utroque modo, sive coquere libeat, sive
cruda vesci. Portentosum est, quod de ea traditur : ra-
dicem ejus alterutrius sexus similitudinem referre, ra-
ram inventu : sed si viris contigerit mas, amabiles feri.
Ob hoc et Phaonem Lesbium dilectum a Sappho. Multae
circa hoc non magorum solum vanitates, sed etiam py-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIL 17
pensj'et contre toutes sortes de venin. Sa racine se
prescrit, la dose d'une drachme dans du vin , pour
les plaies venimeuses , et dans de l'eau , s'il y a de la
[lvre, comme il arrive presque toujours en pareils acci-
[lens. On l'applique sur les blessures , et principalement
Lontre le venin des crapauds et des reptiles amphibies.
Ix mdecin Hraclide l'ordonne, cuite dans un bouillon
[l'oie , comme le meilleur remde contre l'aconit et les
[lutres poisons. ApoUodore, dans le mme cas, la fait
cuire dans un bouillon de grenouille ; d'autres , dans de
l'eau. Cette plante est dure ; elle a le port d'un arbris-
seau , les feuilles piquantes , la tige noueuse ; elle est
haute d'une coude , et quelquefois plus. Il y en a deux
espces, l'une blanche et l'autre noire ; toutes deux ont
la racine odorante. On la cultive dans les jardins ; elle
crot naturellement dans les lieux rudes et rocailleux.
Sur les bords de la mer , on en trouve une troisime
espce, plus dure, plus noire, et dont les feuilles res-
semblent celles de l'ache.
Trente remdes fournis par le centumcapita.
IX. 8. \Jerjngium blanc est appel par les Latins cen-
tumcapitay l'herbe cent ttes. Toutes les espces ^eryn-
gium ont les mmes proprits. En Grce, les tiges et les
racines, cuites ou crues, sont employes comme alimens.
On raconte de Veryngiani blanc des choses qui tiennent
du prodige. Sa racine , qu'on trouve rarement , a la
figure des parties naturelles de l'homme ou de la femme.
Si un homme trouve une racine mle , c'est une espce
de talisman qui le fait aimer : voil pourquoi Sapho devint
si perdment prise de Phaon de Lesbos. Les auteurs de
XIV. 2
i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
thagoricorum. Sed in medico usu praeter supra dicta
auxiliatur inflationibus , torminibus , cordis vitiis , sto-
raacho , jocineri , prcordiis in aqua mulsa , lieni in
posca. Item ex mulsa renibus, stranguriae, opisthotoni-
cis spasmis, lumbis, hydropicis, comitialibus, mulierum
mensibus, sive subsidant, sive abundent, vulvarumque
omnibus vitiis. Extrahit infixa corpori cum melle. Stru-
mas , parotidas , panos , recedentes ab ossibus carnes
sanat cum axungia salsa, et cerato : item fracturas. Cra-
pulam prsumpta arcet, alvum sistit. Allqui e nostris
sub solstitio colligi eam jussere. Ex aqua clesti imponi
omnibus cervicis vitiis. Oculorum quoque albugines sa-
nare adalllgatam tradiderunt.
De aciiio, r.
X. 9. Sunt qui et acanon eryugio adscribant, spino-
sam brevemque, ac latam herbam, spinisque latioribus.
Hanc impositam , sanguinem mire sistere.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 19
l'cole des mages , et les pythagoriciens eux-mmes , ont
dbit ce sujet mille rveries. Quant aux usages mdici-
naux de cette plante , outre les proprits dont nous avons
parl, elle est un bon remde, prise dans de l'eau mielle ,
pour les flatuosits et les douleurs de ventre , pour les
maladies du cur , de l'estomac , du foie et des autres
viscres ; avec de l'oxycrat , elle est bonne pour la rate.
On la prescrit dans de l'eau mielle pour les maux de
reins, la strangurie, les rtractions spasmodiques de la tte
ou opisthotones, les douleurs des lombes, l'hydropisie ,
l'pilepsie , la suppression ou l'coulement immodr
des rgles , et enfin pour toutes les maladies de la ma-
trice. Applique avec du miel , elle fait sortir les corps
trangers des plaies. Avec de la graisse sale et du crat,
elle gurit les crouelles , les parotides , les tumeurs in-
flammatoires, les fractures, et les cas o la chair se s-
pare des os. Prise avant de boire, elle prvient l'ivresse.
Elle arrte aussi le cours de ventre. Quelques auteurs
latins veulent qu'on la cueille aux environs du solstice
d't , et qu'on l'applique , avec de l'eau de pluie , pour
toutes les douleurs du cou. Enfin, on prtend que, place
sur les yeux , elle en dissipe les taies.
" Acanum , 1 .
X. 9. Uacanos , dont quelques auteurs ont fait une
espce d^eryngion, est une plante pineuse, basse, assez
tale et larges piquans. Applique extrieuremeni ,
elle est , dit - on j excellente pour arrter les hmor-
rhagies.
a.
ao <:. PLNII HIST. NAT. LIB. XXII.
De glycyrrhiza, sive adipso , xv.
XI. Alii eryngen falso eamdem putaverunt esse el
glycyrrhizam , quare subjungi eam protinus refert. Et
ipsa sine dubio inter aculeatas est, foliis china tis, pin-
guibus, tactuque gurnminosis, fruticosa, binum cubito-
rum altitudine, flore hyacinthi, friictu pilularum pla-
tani magnitudinis. Prstantissima in Cilicia , secunda
Ponto , radie dulci ; et haec tantum in usu. Gapitur ea
Vergiliarum occasu , longa ceu vitium : coloris buxei
melior, quam nigra : quque lenta , quani quae fragilis.
Usus in subditis decoct ad tertias, cetero ad mellis
crassitudinem, aliquando et tusae : quo gnre et vulne-
ribus imponitur, et faucium vitiis omnibus. Item voci
utilissimo succo : sic ut spissatus est , Hnguae subdito.
Item thoraci, jocineri. Hac diximus sitim famemque se-
dari. Ob id quidam adipson appellavere eam, et hydro-
picis dedere , ne sitirent. Ideo et commanducata stoma-
tice est, et ulceribus oris inspersa saepe, et pterygiis.
Sanat et vesicae scabiem, renum dolores, condylomata ,
ulcra genitalium. Dedere eam quidam potui in quarta-
nis, drachmarum duarum pondre, et pipere, hemina
aqN. Commanducata sanguinem ex vulnere sistit. Sunt
et qui calculos ea pelli tradiderunt. .
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 21
Quinze remdes tirs de la rglisse ou adipsos.
XT. D'autres auteurs ont pris mal propos la r-
glisse pour une espce ^eryngion; voil pourquoi nous
allons en parler ici. La rglisse appartient sans contre-
dit la classe des plantes pineuses, car ses feuilles sont
grasses , gluantes et hrisses de piquans. Elle a le port
d'un arbrisseau , et s'lve la hauteur de deux cou-
des. Elle a la fleur semblable celle de l'hyacinthe , et
le fruit de la grosseur de celui du platane. La plus esti-
me est celle de Cilicie , et ensuite celle du Pont. Sa
racine est douce ; c'est la seule partie employe en m-
decine. On la recueille au coucher des Pliades. Elle est
longue comme celle de la vigne. Celle qui est jaune
comme le buis est prfrable la noire, et celle qui
est flexible celle qui est cassante. On emploie sa d-
coction faite dans de l'eau jusqu' rduction un tiers,
quelquefois jusqu' ce qu'elle ait acquis la consistance
du miel ; ou bien on la pile pour l'appliquer sur les
plaies, et pour tous les maux de gorge. Son suc , paissi
et tenu sous la langue , est trs-bon pour la voix , et
aussi pour le foie et la poitrine. Nous avons dit ailleurs
que cette racine apaisait la faim et la soif; aussi quel-
ques auteurs l'appellent adipsos , et la prescrivent aux
hydropiques pour prvenir la soif Mche ou applique
en poudre plusieurs reprises , elle gurit les ulcres de
la bouche et fait tomber les pellicules membraneuses des
yeux. Elle gurit encore les asprits de la vessie, les dou-
leurs de reins , les condylomes et les ulcres des parties
gnitales. Quelques mdecins l'ordonnent en breuvage
pour la fivre quarte , la dose de deux drachmes dans
une hmine d'eau, avec un peu de poivre. Mche et ap-
aa C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
Tribuli gnera, ii ; medicinae, xii.
XII. lo. Tribuli unum genus in hortis nascitur, alte-
rum in fluminibus tantum. Succus ex his colligitur ad
oculorum medicinas. Est enim refrigerantis naturae, et
ideo utilis contra inflammationes collectionesque. Ulcra
per se erumpentia, et praecipiie in ore, cum melle sa-
nat : item tonsillas. Potus calcules frangit. Thraces, qui
ad Strymona habitant , foliis tribuli equos saginant :
ipsi nucleo vivunt, panem facientes praedulcem, et qui
contrahat ventrem. Radix caste pureque collecta , dis-
cutit strumas. Semen adalligatum , varicum dolores sc-
dat : tritum vero , et in aquam sparsum , pulices necat.
Stbe.
XIII. II. Stbe, quam aliqui pheon vocant, decocta
in vino , praecipue auribus purulentis medetur : item
oculis ictu cruentatis : haemorrliagiae quoque et dysen-
teriae infusa.
Hippophyes gnera , ii; medicinae, ii.
XIV. 12. Hippophyes in sabulosis maritimisque na-
scitur, spinis albis. Ederae modo racemosa est, candidis,
et ex parte rubentibus acinis. Radix succo madet , qui
HISTOIRE NATURELLE, LIV.XXII. a3
plique sur une blessure, elle arrte l'hmorrhagie. Enfin
on prtend qu'elle expulse les calculs de la vessie.
Des deux espces de tribulus; remdes, 12.
XII. 10. Des deux espces de tribulus y l'une crot
dans les jardins, l'autre ne se trouve que dans les ri-
vires. On en tire un suc qui s'emploie pour les maladies
des yeux , car il est rafrachissant , et par consquent
trs-bon contre les inflammations et les fluxions de ces
organes. Appliqu avec du miel , il gurit les ulcres
spontans, et surtout ceux de la bouche et des amygdales.
Pris en breuvage, il brise les pierres de la vessie. Les
Thraces qui habitent les bords du Strymon engraissent
leurs chevaux avec les feuilles de tribulus. Avec l'amande,
ils font un pain trs-agrable au got , et qui resserre le
ventre. La racine, cueillie par une personne chaste et
pure, gurit les crouelles. La graine, applique sur les
varices, en apaise la douleur; broye et mle dans l'eau ,
elle fait mourir les puces.
Stbe.
XIII. ij. l,e stbe, appel par d'autres pheos , cuit
dans du vin , est un bon remde pour les flux purulens
de l'oreille , et pour le sang extravas dans les yeux par
quelque contusion. En injection ou en lavement, il est
utile pour les hmorrhagies et la dysenterie.
Hippophyes : ses deux espces; des deux remdes qu'on en tire.
XIV. 12. U hippophyes crot dans les sables et sur
les bords de la mer ; cette plante a les piquans blancs ,
et produit, comme le lierre, des grapp<'s dont les grains
M C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
aut per se conditur, aut pastillis farinae. Hc bilem dc-
trahit obolo ponderis, saluberrime cum mulso. Est altra
hippopliyes, sine caule, sine flore, foliis tantum minutis.
Hujus quoque succus hydropicis mire prodest. Debent
accommodat esse et equorum naturae , neque ex alia
causa nomen accepisse. Quippe quaedam animalium re-
mediis nascuntur, locupleti divinitate ad generanda prae-
sidia : ut non sit mirari satis ingenium ejus, disponentis
auxilia in gnera, in causas, in tempora, ut aliis pro-
sit aliud horis, diesque nullus propc sine prsidiis re-
periatur.
ITrtica ; raedicinae , lxi.
XV. 1 3. Urtica quid esse invisius potest ? At iila
prseter oleum, quod in jEgypto ex ea fieri diximus, vel
plurimis scatet remediis. Semen ejus cicut contrarium
esse Nicander adfirmat : item fungis et argento vivo.
ApoUodorus et salamandris cum jure decoctae testudinis.
Item adversari hyoscyamo , et serpentibus , et scorpio-
iiibus. Quin illa ipsa amaritudo mordax, uvas in ore,
procidentesque vulvas, et infantium sedes, tactu resilire
cogit : letbargicos expergisci, tactis cruribus, magisque
fronte. Eadem canis morsibus addito sale medetur. Sait-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. ^5
sont blancs et rouges en partie. La racine fournit un
suc que l'on emploie seul , ou en trochisques avec de la
farine. A la dose d'une obole, elle vacue la bile, sur-
tout avec du vin miell. Il y a une autre espce d'iiippo-
phyes qui ne produit ni tige ni fleurs, mais seulement
de petites feuilles. Le suc de cette dernire est excellent
dans l'hydropisie. Au reste, ces deux plantes doivent
tre fort utiles pour les chevaux , comme leur nom pa-
rat l'indiquer; car il est certain que la nature, dont le
fonds est si riche et si vari , a tendu sa prvoyance
sur les animaux , et a cr pour eux des remdes par-
ticuliers. Peut-on assez admirer la sagesse qu'elle montre
dans la distribution de ses secours , dans leurs espces
diffrentes , leurs causes , leurs effets , et les poques o
il faut les employer ! car elles ne sont pas les mmes
pour tous, et il n'y a presque point de jour o l'on ne
puisse recourir un remde particulier.
Soixante-un remdes foui^nis par l'ortie.
XV. i3. Quelle plante plus odieuse que l'ortie? mais,
sans parler de l'huile que l'on en fait en Egypte , elle a
des proprits sans nombre. Sa graine , selon Nicandre ,
combat les mauvais effets de la cigu, des champignons
vnneux et du vif-argent.. Apollodore la prescrit, avec
du bouillon de tortue, coutre la jusquiame , et contre
le venin des salamandres, des serpens et des scorpions.
L'ortie, par son amertume mordicante , rtablit la si-
tuation des parties, et gurit les relchemens de la luette,
les chutes de la matrice , et celles de l'anus chez les en-
fans. Elle rveille les lthargiques si l'on en frotte les
jambes, ou mieux encore le front des malades. Appli-
26 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
guinem trita naribus indita sistit, et magis radice. Car-
cinomata et sordida ulcra, sale admixto : item luxata
sanat , et panos , parotidas , carnesque ab ossibus rece-
dentes. Semen potum cura sapa, vulvas strangulantes
aperit, et profluvia narium sistit impositum. Vomitiones
in aqua mulsa sumptum a cena faciles praestat , duobus
obolis : uno autem in vino poto lassitudines recrt.
Vulvae vitiis tostum, acetabuli mensura : potum in sapa
resistit stomachi inflationibus. Orthopnoicis prodest cum
melle : et thoracem purgat eodem ecligmate. Et lateri
medetur cum semine lini. Addunt hyssopum et piperis
aliquid. Illinitur lieni. Difficilem ventrem tostum cibo
emollit. Hippocrates vulvam purgari poto eo pronun-
tiat. Dolore levari tosto acetabuli mensura, dulci poto,
et imposito cum succo malvae. Intestinorum animalia
pelli cum hydromelite et sale. Defluvia capitis semine
illito cohonestari. Articulariis morbis et podagricis plu-
rimi cum oleo vetere, aut folia cum ursino adipe trita
imponunt. At eadem radix tusa cum aceto non minus
utilis : item lieni. Et cocta in vino discutit panos, cum
axungia vetere salsa. Eadem psilothrum est sicca.
I
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. U7
que avec du sel , elle gurit la morsure des chiens.
Broye et introduite dans les narines, elle en arrte
l'hmorrhagie ; mais, dans ce cas, sa racine est prf-
rable. On l'applique encore avec du sel sur les chan-
cres , les ulcres sordides , les luxations , les tumeurs
inflammatoires , les parotides , et lorsque les chairs se
sparent des os. La graine , prise avec du vin cuit , re-
mdie aux suffocations de la matrice, et introduite dans
le nez, en arrte les hmorrhagies. Prise la dose de
deux oboles dans de l'eau mielle, aprs le souper, elle
rend le vomissement facile; la dose d'une obole dans
du vin, elle dissipe les lassitudes. Pour les maladies de
la matrice , on la prescrit , rtie , la mesure d'un ac-
tabule ; et , dans du vin cuit , pour les gonflemens d'es-
tomac ; avec du miel , elle soulage les asthmatiques et
favorise l'expectoration ; avec de la graine de lin, elle
apaise les douleurs de cts : on y ajoute quelquefois de
l'hyssope et un peu de poivre ; en liniment , elle est
bonne pour la rate; mange rtie, elle lche le ventre.
Suivant Hippocrate , la graine d'ortie , prise en breu-
vage, purge la matrice; elle en apaise les douleurs si
on la donne rtie, dans du vin doux, la mesure d'un
actabule , et si on l'applique en pessaire avec du suc
de mauve ; avec de l'hydromel et du sel , c'est un bon
vermifuge ; en cataplasme , elle fait renatre les cheveux
tombs. Plusieurs en forment, avec de vieille huile, un
topique pour la goutte des pieds et des mains ; ils em-
ploient aussi les feuilles broyes avec de la graisse d'ours.
La racine, pile et applique avec du vinaigre, n'est pas
moins utile ; cuite dans du vin et incorpore avec de la
vieille graisse sale , elle rsout les tumeurs crysipla-
teuses ; sche, c'est un bon d(>pilatoire.
28 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXH.
Condidit laudes ejus Phanias physicus, utilissimam
cibis coctam conditamve professas arteriae , tussi , ven-
tris destillationi , stomacho, panis, parotidibus, pernio-
nibus : cum oleo sudorem , coctam cum conchyliis ciere
alvum: cum ptisana pectus purgare, mulierumque men-
ses : cum sale, ulcra quae serpant cohibere. Succo quo-
que in usu est. Expressus illitusque froati , sanguinem
narium sistit : potus urinam ciet , calcuios rumpit :
uvam gargarizatus reprimit. Semen colligi messibus
oportet. Alexandrinum maxime laudatur. Ad omnia haec
et mitiores quidem teneraeque efficaces , sed praecipue
silvestris illa, et amplius lepras e facie toliit, in vino
pota. Si quadrupes fetum non admittat , urtic natu-
ram fricandam monstrant.
Lamium, vu.
XVI. 14. Ea quoque , quam lamium inter gnera
earum appellavimus , mitissima , et foliis non morden-
tibus , medetur cum mica salis contusis , incussisque ,
inustis , et strumis , tumoribus , podagris , vulneribus.
Album habet in medio folio, quod ignibus sacris mede-
tur. Quidam e nostris tempore discrevere gnera. Au-
tumnalis urticae radicem alligatam in terlianis , ita ut
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 9.9
Le physicien Plianias a vant les vertus de l'ortie.
Suivant lui, cette plante, cuite ou confite, est un ali-
ment trs-sain et bon pour l'estomac. Elle calme la toux ,
rend la respiration libre , arrte le dvoiement , gurit
les tumeurs rysiplateuses , les parotides et les enge-
lures. Cuite dans l'huile , elle provoque la sueur ; avec
des coquillages , elle lche le ventre ; avec de l'orge
mond , elle purge la poitrine et provoque le flux men-
struel ; avec du sel , elle arrte les ulcres rongeans. Le
suc d'ortie a aussi ses usages en mdecine. Si l'on s'en
frotte le front , il arrte l'hmorrhagie nasale. Pris en
boisson, il provoque l'urine et brise les calculs; en gar-
garisme, il raffermit la luette relche. On doit recueillir
la graine d'ortie pendant la moisson. Celle d'Alexandrie
est la plus estime. Au reste , ce sont les orties les plus
douces et les plus tendres qui ont le plus de vertus,
surtout l'ortie sauvage, qui, prise dans du vin, gurit
en outre la lpre du visage. Enfin , quand les quadru-
pdes refusent de s'accoupler, on les y excite en leur
frottant les parties naturelles avec de l'ortie.
Remdes tirs du lamium ,7.
XVL 14. Parmi les diverses espces d'orties, celle que
nous avons appele lamium est la plus douce de toutes,
car ses feuilles n'ont pas de piquans. On l'applique avec
un grain de sel sur les contusions, les meurtrissures, les
brlures, les crouelles, les tumeurs, les parties ma-
lades de la goutte , et les plaies. La partie blanche du
milieu de la feuille est bonne pour l'rysiple. Des au-
teurs latins distinguent les espces d'orties , suivant les
saisons de chacune. Ainsi la racine de l'ortie d'automne,
#
3o C. PLINIl HIST. NAT. LIB. XXII.
aegri nuncupentur , quum eruitur ea radix , dicaturque
cui, et quorum flio eximatur, liberare morbo tradide-
runt. Hoc idem et contra quartanas poUere. lidem urti-
c radice addito sale, infixa corpori extrahi. Foliis cum
axungia strumas disculi : vel si suppuraverint , erodi
complerique.
Scorpionis gnera , ii ; medicina , i.
XVn. 1 5. Ex argumento nomen accepit scorpio herba.
Semen enim habet ad similitudinem caud scorpionis ,
folia pauca. Valet et adversus animal nominis sui. Est
et alia ejusdem nominis effectusque sine foliis, asparagi
caule , in cacumine aculeum habens , et inde nomen.
Leucacantha , sive phyllos , sive ischias , sive polygonatos , iv.
XVIII. i6. Leucacantham alii phyllon, alii iscliiada,
alii polygonaton appellant, radice cyperi, quae coraman-
ducata dentium dolores sedat. Item laterum, et lumbo-
rum , ut Hicesius tradit , semine poto drachmis octo ,
aut succo. Eadem ruptis, convulsis medetur.
Helxine, xii.
XIX. in. Helxinen aliqui perdicium vocant, quoniam
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 3i
porte en amulette, gurit la fivre-tierce ou la fivre-
quarte, pourvu qu'en l'arrachant on ait eu soin de nom-
mer la personne qui on la destinait, et en mme temps
le pre et la mre de cette personne. Ces auteurs ajou-
tent que la racine d'ortie , applique avec du sel , fait
sortir des plaies les corps trangers; que les feuilles, in-
corpores avec de la graisse , dissipent les crouelles , ou
les rongent si elles sont en suppuration , et y font re-
natre de nouvelle chair.
Des deux espces de scorpio ; remde, i.
XVII. i5. Le scorpio ne produit qu'un petit nombre
de feuilles. Cette plante doit son nom la forme de sa
graine, qui ressemble la queue d'un scorpion; elle en
gurit aussi les piqres. On connat encore une autre
plante de ce nom qui a la mme proprit ; cette der-
nire n'a point de feuilles : sa tige est semblable celle
de l'asperge, et se termine par un aiguillon, ce qui lui
a fait donner le nom de scorpion.
Du leucacantha ou phyllos, autrement ischias ou polygonatos, 4.
XVIII. 16. Le leucacantha , appel aussi phjllos ,
ischias et polygonatos , a la racine semblable celle du
cyperus. Mche, cette racine apaise le mal de dents.
Suivant Hicesius, la graine la dose de huit drachmes,
ou bien le suc pris intrieurement , soulagent les dou-
leurs des cts et des lombes. Cette plante est bonne
encore pour les dislocations et les ruptures.
De l'helxine, 12.
XIX. i -7. Uhelxine , appel autrement sideritis ou
^
^ ^.
3i C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
perdices ea praecipue vescantur. Alii siderilin, nonnuili
parthenium. Folia habet mixtae similitudinis plantagini
et marrubio, cauliculos densos, leviter rubentes, semina
in capitibus lappaceis adhrentia vestibus : unde et
lielxinem dictam volunt. Sed nos qualis vera esset
lielxine, diximus priore libro. Haec autem inficit lanas ,
sanat igns sacros, et tumores, collectionesque omnes,
et adusta. Panos succus cum psimmythio , et guttura
incipientia turgescere. Item veterem tussim cyatho hausto,
et omnia in humido , sicut tonsillas , et varices , cum
rosaceo. Imponitur et podagris cum caprino sevo, ce-
raque cypria.
Perdiciiim, sive parthenium, quae urceolaris, sive astericnm, xt.
XX. Perdicium sive Parthenium (nam sideritis alia
est) a nostris herba urceolaris vocatur, ab aliis asteri-
cum, folio similis ocimo, nigrior tantum , nascens in
tegulis , parietinisque. Medetur cum mica salis trita ,
iisdem omnibus, quibus lamium, et eodem modo : item
vomicae, calfacto succo potu. Sed contra ulcra, rupta,
lapsusque , et praecipitia , aut vehiculorum eversiones,
singularis. Verna carus Pericli Atheniensium principi,
<[uum is in arce templum adificaret, repsissetque super
altitudinem fastigii, et inde cecidisset, bac herba dicitur
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 33
parthenium , est encore nomm perdicium par quelques
auteurs , parce que les perdrix font de cette plante leur
principale nourriture. Ses feuilles ressemblent la fois
celles du plantain et du marrube. Ses tiges sont serres et
lgrement rouges. Ses graines, comme celles du lappa,
s'accrochent aux habits, ce qui lui a fait donner le nom
lielxi'ne ; mais, dans le livre prcdent, nous avons
donn les caractres du vritable helxine. Celui dont
nous parlons sert teindre les laines. Il gurit les ry-
siples , les brlures, les tumeurs et les dpts de toute
espce. Son suc, appliqu avec de la cruse, rsout les
tumeurs inflammatoires et les goitres naissans. Pris la
dose d'un cyathe, il gurit les toux invtres. En lini-
ment avec de l'huile rosat , il est bon pour les inflam-
mations des amygdales , les varices et les tumeurs des
parties humides ; avec du suif de chvre et de la cire
de Chypre, il forme un bon topique pour la goutte des
pieds.
Du perdicium, parthenium, urcolaire ou aslericum, ii,
XX. Le perdicium ou parthenium est appel par les
Latins urcolaire, et quelquefois astericum (le sidentis
est une plante toute diffrente). U urcolaire a les feuilles
semblables celles de l'ocimum, mais il est plus uoir. 11
crot sur les toits et les murailles. Broy et appliqu avec
un grain de sel , il opre comme le lamium , et convient aux
mmes maladies. Son suc, aval chaud , est un bon re-
mde pour les abcs intrieurs ; mais on l'emploie encore
pour les ulcres , les ruptures , les chutes , lorsqu'on est
tomb d'un lieu lev, ou qu'on a t renvers d'un char.
On dit qu'un jeune esclave fort aim de Pricls, premier
citoyen d'Athnes , tant tomb du fate du temple de
xiv. 3
34 C PUNII mST. NAT. LIB. XXI.
sanatus , monstrata Pericii somaio a Miucrva. Quare
Partheamm vocari cpta est, adsignaturque ei deae. Hic
est veraula, cujus effigies ex are fiisa est, et nobilis ille
Splanchuoptes.
Chanueieon , sive ixias , sive ulophyton , sTe cvnozolon : genen
ejas, II ; medicimp, xii.
XXI. i8. Chamaeleonem aliqui ixiam Tocant Duo
gnera ejus. Candidior asperiora foUa habet : serpt in
terra, echini modo spinas erigens, radice dulci, oore
gravssimo. Quibusdam in locis viscum gignit album
sub alis foliorum, maxime circa Canis ortum, quo modo
thura nasci dicuntur : unde et ixia appellatur. Hoc, ut
mastiche, utuntur mulieres. Quare et chamaeleon voce-
tur, varietate foliorum evenit- Mutt enim cum terra
colores, hic niger, ilUc viridis, aliubi cyaneus, aliubi
croceus, atque aliis colonbus.
x his candidus hjdropicos sanat succo radicis de-
coctae. Bibitur drachma in passo. Pellit et interaneorum
aniroalia acetabuli mensura succi ejusdem , in vino au-
stero, cum origani scopis. Facit ad difficultatem urinx.
Hic succus occidit et canes suesque in polenta. Addita
aqua et oleo contraliit in se mures ac necat, nisi (nto-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 35
Minerve, que l'on construisait alors dans la citadelle,
fut guri par le secours de cette plante, que la desse
avait montre en songe Pricls. Ds-lors , cette mme
plante fut consacre Minerve, et nomm parthenium.
Cet esclave , dont on a fait la statue en bronze , est le
fameux Splanchnopts.
Des deux espces de camlon , ixias , ulophyton ou cynozolon ;
remdes, 12.
XXI. 1 8. Le camlon est nomm par quelques auteurs
ixias. Il y en a deux espces, le noir et le blanc : celui-ci
a les feuilles trs-rudes ; il rampe terre , levant ses
pointes comme un hrisson. Sa racine est douce au got,
mais elle a une odeur trs- forte. En certains lieux , et
surtout vers le commencement de la Canicule , il pro-
duit , comme on dit que fait l'encens , une espce de glu
blanche, qui s'amasse dans l'aisselle des feuilles, ce qui
l'a fait nommer ixias. Les femmes l'emploient aux mmes
usages que le mastic. Les couleurs diverses de ses feuilles
lui ont fait donner le nom de camlon; elles varient,
en effet, suivant les terrains: tantt noires, tantt vertes,
quelquefois bleues, quelquefois jaunes, ou d'une autre
couleur encore.
Le suc de la racine cuite du camlon blanc gurit
l'hydropisie : on en fait prendre une drachme dans du
vin cuit. A la dose d'un actabule , dans du gros vin o
l'on a fait bouillir de l'origan, il tue les vers intestinaux.
Cest encore un bon remde pour la strangurie. Ce
mme suc, ml la farine d'orge, fait prir les chiens
et les pourceaux ; ml avec de l'eau et de l'huile , il
tue les rats, moins qu'ils ne boivent sur-le-champ
36 C. PLINII FIIST. NAT. LIB. XXII.
tinus aquam sorbeant. Radiccm ejus aliqui concisani
servari jubent fimicnlis pcndentem , decoquuntque in
cibo contra fluxiones , quas Graeci rheumallsrnos vocant.
Ex nigris aliqii marem dixere, cui flos purpureus
esset : et femnam, cui violaceus. Uno nascimtur caule
cubitali, crassitudine digitali. Radicibus earum lichenes
curantur, cum sulphure et bitumine una coctis : comman-
ducatis vero dents mobiles, aut in aceto decoctis. Succo
scabiem etiam quadrupedum sanant. Et ricinos canum
necant : juvencos quoque angin modo. Quare a qui-
busdam ulophyton vocatiir, et cynozolon , propter gravi-
tatem odoris. Ferunt et hc viscum ulceribus ulilissi-
mum. Omnium autem generum eorum radies scorpio-
nibus adversantur.
Coronopus.
XXII. ic). Coronopus oblonga herba est cum fissuris.
Seritur intrim , quoniam radix cliacis prclare facit
in cinere tosta.
Anchusa , xiv.
XXIII. 20. Et anchus radix in usu est , digitali
crassitudine. Finditur papyri modo : manusque inficit
sanguineo colore : prparat lanas pretiosis coloribus.
Sanat ulcra in cerato, praecipue senum : item adusta.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXU. 3:
de l'eau pure. Quelques-uns coupent la racine de la
plante par morceaux, qu'ils enfilent pour les laisser s-
cher ; ils les font manger cuits pour les fluxions que les
Grecs nomment catarrhes.
Quant au camlon noir , le mle , selon quelques
auteurs , a les fleurs pourpres , et la femelle les a vio-
lettes. L'un et l'autre n'ont qu'une seule tige , haute
d'une coude et grosse comme le doigt. Leurs racines ,
cuites avec du soufre et du bitume, s'appliquent avan-
tageusement sur les dartres ; mches ou cuites dans le
vinaigre, elles raffermissent les dents. Leur suc gurit
la gale des bestiaux , et tue la tique des chiens ; mais
il fait prir les jeunes bufs , en leur causant l'esqui-
nancie : c'est ce qui l'a fait nommer par quelques-uns
ulophftony et cjnozolon, cause de sa mauvaise odeur.
Le camlon noir fournit aussi une espce de glu excel-
lente pour les ulcres. Au reste , les racines de toutes
les espces sont salutaires contre la piqre des scorpions.
Coronopus. ' ' " "
XXIL ig. Le coronopus est une herbe feuilles
oblongues et dcoupes. On la cultive dans quelques
jardins , parce que sa racine, cuite sous la cendre, est
un excellent remde contre le flux de ventre.
De l'anchusa (orcanette), \l\.
XXIIL 20. On emploie aussi la racine de Xanchusa;
elle est de la grosseur du doigt, et se divise en feuillets
comme le papyrus. Elle colore les mains en rouge :
aussi fournit-elle pour les laines une teinture prcieuse.
Avec du crat, elle gurit les brlures et les ulcres,
38 C. PLINII HIST. NA. LIB. XXII.
Liquari non potest in aqua : oleo dissolvitur : idque
sincerae experimentum est. Datur et ad renum dolores
drachma ejus potui in vino : aut si febris sit, in decocto
balani. Item in jocinerum vitiis, et lienis, et bile suffu-
sis. Lepris et lentigini illinitur ex aceto. Folia trita cum
melle et farina, luxalis imponuntur : et pota drachmis
duabus in mulso alvum sistunt. Pulices necare radix in
aqua decocta traditur.
Pseudoanchusa , sive echis, sive doris, m.
XXIV. Est et alia similis, pseudoanchusa ob id ap-
pellata , a quibusdam vero echis , aut doris , et multis
aliis nominibus : lanuginosior , et minus pinguis , te-
nuioribus foliis et languidioribus. Radix in oleo non
fundit rubentem succum : et hoc ab anchusa discerni-
tur. Contra serpentes efficacissima potu foliorum, vel
seminis. Folia ictibus imponuntur. Virus serpentium
fugat. Bibitur et propter spinam. Folium ejus sinistra
decerpi jubent magi, et cujus causa sumatur dici, ter-
tianisque febribus adalligari.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIL 89
surtout des vieillards. Le suc de cette racine ne se dis-
sout pas dans l'eau, mais seulement dans l'huile; c'est
une preuve sre pour distinguer le vritable. On la
donne, la dose d'une drachme dans du vin, pour les
douleurs de reins , ou dans une dcoction de halanus
s'il y a de la fivre , comme aussi dans les obstructions
du foie ou de la rate, ou dans la jaunisse. On l'applique,
avec du vinaigre, sur les gales et les taches de rousseur.
Ses feuilles , broyes avec du miel et de la farine, for-
ment un bon topique pour les luxations. Prises au poids
de deux drachmes dans du vin miell , elles arrtent le
cours de ventre. Enfin , la dcoction de cette racine
dans l'eau tue les puces.
De la fausse anchuse, echis ou doris, 3.
XXIV. On connat une autre plante qui ressemble
beaucoup VancJiusa^ et qu'on appelle pour cette raison
pseudoanchusa. D'autres la nomment echis ou doris , et
de bien d'autres noms encore. Elle est plus cotonneuse,
moins grasse, et a les feuilles plus minces et plus faibles.
La racine , mise dans l'huile , ne rend point de suc
rouge; c'est ce qui la distingue de la vritable anchuse.
Ses feuilles ou sa graine , prises en breuvage , sont un
remde des plus efficaces contre la morsure des ser-
pens. Ses feuilles s'appliquent sur la plaie , et en font
sortir le venin. On la prescrit aussi en breuvage pour
les douleurs de l'pine du dos. Les auteurs de l'cole des
mages veulent qu'on cueille les feuilles de cette plante de
la main gauche, et qu'on nomme le malade qui on les
destine; portes en amulette, elles gurissent les fivres-
tierces.
tiO C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
Onochilon , sive archebon , sive onocheli , sive rhexia , sive
enchrysa, xxx.
XXV. 11. Est et alia herba proprio nomine onochi-
les , quam aliqui anchusam vocant , alii arcebion , alii
onochelim , aliqui rhexiani , multi enchrysam , parvo
frutice , flore purpureo , asperis foliis et ramis , radie
messibus sanguinea, cetero nlgra, in sabulosis nascens,
effcax contra serpentes, maximeque viperas, et radie
et foliis , aeque cibo ac potu. Vires habet messibus. Fo-
lia trita odorem eucumeris reddunt. Datur in cyathis
tribus vulva procidente. Pellit et tineas cum hyssopo. Et
in dolore renum aut jocineris ex aqua mulsa, si febris
sit : sin aliter, ex vino bibitur. Lentigini ac lepris radix
illinitur. Habentes eam , a serpentibus feriri negantur.
Est et alia huic similis flore rubro, minor, et ipsa ad
eosdem usus. Traduntque coramanducata ea , si inspua-
tur, mori serpentem.
De anthemide, sive leucanthemide , sive chamaemelo, sive melan-
thio : gnera, m ; medicinae, xi.
XXVI. Anthmis magnis laudibus celebratur ab Ascle-
piade. Aliqui leucanthemida vocant, alii leucanthemum,
alii eranthemon , quoniam vere floreat : alii chamaeme-
HISTOIRE NATURELLE,. LIV. XXII. /, i
De l'nochilon , archebion , onocheli , rhexia ou enchrysa , 3o.
XXV. 21. Il y a une autre plante connue particuli-
rement sous le nom dionochiles , mais que quelques au-
teurs ont appele anchusa, d'autres arcebioiy ou ono-
chelis , ou rhexia ^ plusieurs encore enchrysa. Ses tiges
sont petites , ses fleurs pourpres , ses rameaux et ses
feuilles rudes ; sa racine est rouge au temps de la mois-
son , et noire en tout autre temps. Elle crot dans les
lieux sablonneux. Ses feuilles ou sa racine , manges
ou prises en breuvage, sont trs-bonnes contre la mor-
sure des serpens , et principalement de la vipre. Sa
vertu est plus grande dans le temps de la moisson. Ses
feuilles , froisses , rendent une odeur de concombre.
On l'ordonne, la dose de trois cyathes, pour les chutes
de matrice; avec de l'hyssope, elle fait mourir les vers.
Dans les douleurs de reins ou de foie, on la prend dans
de l'eau mielle s'il y a de la fivre; et, s'il n'y en a pas,
dans du vin. On applique la racine sur les gales et les
taches de rousseur. Quand on la porte sur soi , elle pr-
serve, dit-on, de la morsure des serpens. 11 est encore
une autre plante fleurs rouges qui ressemble celle-ci :
on l'emploie aux mmes usages ; mais on prtend qu'en
la mchant et en crachant sur un serpent , on le fait
prir aussitt.
Des trois espces d'anthemis , leucanthemis , chamaemelon ,
melanthion ; remdes , 1 1 .
XXVI, Maithcmis est une plante dont Asclpiade
vante extrmement les vertus. Quelques-uns l'appellent
leucanthemis ou leucanthemum ; d'autres , eranthemon ,
42 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
Ion, quoniam odorem mali habeat. Nonnulli melanthe-
mon vocant. Gnera ejus tria flore tantum distant,
palmum non excedentia, parvisque floribus, ut rutae,
candidis , aut melinis , aut purpureis. In macro solo ,
aut juxta semitas coUigitur vere, et in coronamenta
reponitur. Eodem tempore et medici folia tusa in pa-
stilles digerunt : ilem florem et radicem. Dantur omnia
mixta drachmae unius pondre, contra serpentium om-
nium ictus. Pellit mortuos partus : item menstrua in
potu , et urinam , calculosque. Inflationes , jocinerum
vitia, bilem suffusam, gilopia commanducata,ulcerum
eruptiones manantes sanat. Ex omnibus his generibus
ad calculos efficacissima est, quae florem purpureum
habet: cujus et foliorum et fruticis amplitudo majuscula
est. Hanc proprie quidam eranthemon vocanl.
Lotos herba , iv.
XXVII. Loton qui arborem putant tantum esse, vel
Homero auctore coargui possunt. Is enim inter herbas
subnascentes deorum voluptati, loton primam nomina-
vit. Folia ejus cum melle, oculorum cicatrices, argema,
nubcculas discutiunt.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. ^3
parce qu'elle fleurit au printemps ; d'autres , cham-
melon, parce qu'elle a une odeur de pomme ; d'autres,
enfin , melanthemon. Il y en a trois espces qui ne dif-
frent que par la fleur ; aucune n'a plus d'un palme
de hauteur. Les fleurs sont petites, comme celles de la
rue, blanches, jaunes ou pourpres. Cette plante crot
dans les terrains maigres et sur les bords des chemins.
On la cueille au printemps pour en faire des couronnes.
Les mdecins alors pilent ses feuilles pour en former
des trochisques ; ils emploient indistinctement la fleur et
la racine. Toutes les parties de la plante, mles et
prises la dose d'une drachme , sont utiles contre la
morsure de toute espce de serpent. On l'ordonne, en
breuvage , pour faire sortir le ftus mort dans la ma-
trice , pour provoquer les rgles et les urines , et pour
expulser les calculs de la vessie. Mche , elle gurit
les maladie du foie , les panchemens de bile , l'aegilops ,
et les ulcres en pleine suppuration. De toutes les es-
pces d'anthemis , la plus efficace contre les calculs est
celle qui a la fleur rouge , et la tige ainsi que les feuilles
un peu plus grandes. C'est celle que l'on dsigne aussi
proprement sous le nom d'eranthemum.
Du lotos, herbe , l\.
XXVIL Ceux qui croient que le lotos ne peut tre
qu'un arbre , sont dans l'erreur : il est facile de les en
convaincre par le tmoignage d'Homre lui-mme, qui,
en nommant les herbes qui croissent pour le plaisir des
dieux, cite le lotos tout le premier. Ses feuilles, appli-
ques avec du miel, gurissent les ulcres des yeux, ceux
de l'iris, et dissipent les nuages qui offusquent la vue.
44 C. PLINII HTST. NAT. LIB. XXII.
Lotometra , ii.
XXVIII. Est et lotometra , quae fit ex loto sata , ex
cujus semine, simillimo porri, fiunt panes in iEgypto a
pastorlbus , maxime aqua vel lact subacto. Negatui'
quidquam illo pane salubrius esse, aut levius, dum ca-
leat : refrigeratus difficiliiis concoquitur, fitque ponde-
rosus. Constat eos qui illo vivant , nec dysenteria , nec
tenesmo , neque aliis morbis ventris infestarl. Itaque
inter remdia eorum habetur.
Heliotropion , gnera, ii. Helioscopium , sive verrucaria , xiii.
Tricoccon , sive scorpiurum , xiv.
XXIX. Heliotropii miraculum saepius diximus, cum
sole se circumagentis , etiam nubilo die : tantus sideris
amor est : noctu velut desiderio contrahi caeruleum flo-
rem. Gnera ejus duo : tricoccum, et helioscopium.
Hoc allius (quamquam utrumque semipedalem alti-
tudinem non excedit), ab ima radice ramosuni. Semen
in folliculo messibus colligitur. Nascilur non nisi in
pingui solo , cultoque maxime : tricoccum ubique. Si
decoquatur, invenio cibis placere : et in lact jucundius
alvum moUiri : et si decocti succus bibatur, efficacissime
exinaniri. Majoris succus excipitur state, liora sexta :
miscctur cum vino, sic firmior. Capitis dolorcs sedat ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. /,5
Du lotometra, 2.
XXVIII. Le lotometra est une plante produite de la
graine du lotos. Sa semence ressemble celle du millet,
et les patres d'Egypte en font du pain , en ptrissant
la farine avec de l'eau ou du lait. On dit que c'est, de
tous les pains, le plus sain et le plus lger quand il est
chaud ; quand il est froid , il est pesant et plus difficile
digrer. Il est constant que ceux qui s'en nourrissent
n'prouvent jamais ni dysenterie, ni tnesme, ni aucun
autre mal de ventre : aussi passe-t-il pour tre un bon
remde contre toutes ces maladies.
L'hliotrope ; ses deux espces. De l'helioscopium ou verrucaire, 1 3.
Du tricoccum ou scorpiure, i4-
XXIX. Nous avons souvent parl de l'hliotrope, cette
plante extraordinaire qui , par une sorte d'inclination
sympathique, se tourne toujours vers le soleil , mme
par un temps couvert , et qui renferme sa fleur bleue
pendant la nuit , comme si elle regrettait l'absence de
cet astre. On en connat deux espces , le tricoccum et
Xhelioscopium.
Tous deux n'ont pas plus d'un demi-pied de hauteur,
mais le dernier est le plus grand. Il pousse des tiges de
l'extrmit mme de sa racine. Sa graine , renferme
dans une sorte de bourse ou follicule , se recueille au
temps de la moisson. Il ne vient que dans les terrains
gras , et surtout dans ceux qui sont cultivs , au lieu
que le tricoccum vient partout. On prtend qu'il est bon
manger cuit; qu'il lche doucement le ventre si on le
fait cuire avec du lait , et que sa dcoction est un puis-
sant purgatif. Le suc de l'helioscopium se recueille en
4tt C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
rosaceo admixto. Verrucas cum sale tollit succus e fo-
lio : unde nostri verrucariam herbam appellavere, aliis
cognominari efFectibus digniorem. Namque et serpenti-
bus, et scorpionibus resistit, ex vino aut aqua mulsa,
ut Apollophanes, et Apollodorus tradunt. Folia infan-
tium destillationibus , quod siriasin vocant , illita me-
dentur. Item contractionibus , etiam si id comitialiter
accidat. Decocto quoque foveri os saluberrimum est.
Potum id pellit tineas , et renum arenas. Si ciiminum
adjiciatur, calculos frangit. Decoqui cum radie oportet,
qu cum foliis et hircino sevo podagris illinitur.
Alterum genus, quod tricoccum appellavimus, et alio
nomine scorpiuron vocatur, foliis non solum minoribus,
sed etiam in terram vergentibus. Semen ei est effigie
scorpionis caudae : quare ei nomen. Vis ad omnia ve-
nenata et pbalangia : sed contra scorpiones prcipue
illita. Non feriuntur habentes. Et si terram surculo
heliotropii circumscribat aliquis , negant scorpionem
egredi. Imposita vero herba , aut uda omnino resper-
sum, protinus mori. Seminis grana quatuor pota, quar-
tanis prodesse dicuntur; tria vero tertianis : vel si herba
ipsa ter circumlata subjiciatur capiti. Semen et Vene-
*r,.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 47
t, la sixime heure. Pour le mieux conserver, on
y mle du vin. Avec de l'huile rosat , il apaise les dou-
leurs de tte. Le suc des feuilles, appliqu avec du sel,
emporte les verrues : voil pourquoi les Latins ont ap-
pel cette herbe verrucaria , quoiqu'elle pt tre d-
signe plus noblement , si l'on considre ses autres pro-
prits. Suivant ApoUophane et Apollodore , si on la
prend dans de l'eau mielle et du vin, elle neutralise le
venin des serpens et des scorpions. Ses feuilles , appli-
ques en liniment , gurissent les fluxions des enfans ,
ou siriasis, et sont utiles pour les contractions nerveuses,
fussent-elles mme causes par l'pilepsie. La dcoction
est trs-salutaire ceux qui s'en lavent la bouche ; en
breuvage , elle chasse les vers intestinaux , et expulse
le gravier des reins ; prise avec du cumin , elle dissout
les calculs de la vessie. La plante cuite , avec sa racine
et ses feuilles , s'applique avantageusement , avec du
suif de bouc, sur les parties affliges de la goutte.
L'autre espce d'hliotrope , que nous avons nomme
tricoccum , et qui s'appelle encore scorpiuron , diffre
de la premire par ses feuilles plus petites et penches
vers la terre. Sa graine , d'ailleurs , a la forme d'une
queue de scorpion , d'o lui est venu ce dernier nom.
Cette herbe, applique en liniment, neutralise le venin
de Tarai gne-phalange et de tous les insectes malfaisans,
mais principalement du scorpion , qui ne pique mme
pas ceux qui la portent sur eux. Si l'on trace avec l'h-
liotrope un cercle autour de l'animal, il n'ose en sortir;
il meurt sur-le-champ si on le couvre de la plante mme,
ou si on l'arrose avec de l'eau o elle ait t macre.
Quatre grains de la semence, avals dans de l'eau, gu-
rissent la fivre-quarte; trois grains suffisent pour la
48 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
rem stimult. Cum melle panos discutit. Et verrucas
hoc utique heliotropium radicitus extrahit, et excres-
centia in sedibus. Spinae quoque ac lumborum sangui-
nem corruptum trahit ilhtum semen, et potum, injure
galhnacei decoctum , aut cum beta et lente. Cortex se-
miuis liventibuscolorem reddit. Magi heliotropium quar-
tanis quater, in tertianis ter alligari jubent ab ipso segro,
precarique eum, soluturum se nodos liberatum, et ita
facere non exempta herba. v
De callitricho , sive adianto , sive trichomane , sive polytricho ,
sive saxifraga : gnera ii ; medicinae, xxviii.
XXX. Aliud adianto miraculuni : state viret, bruma
non marcescit : aquas respuit, perfusum mersumve sicco
simile est : tanta dissociatio deprehenditur : unde et
nomen a Graecis : alioqui frutici topiario. Quidam calli-
trichon vocant, alii polytrichon, utrumque ab efFectu.
Tingit enim capillum : et ad hoc decoquitur in vino
cum semine apii, adjecto oleo copiose, ut crispum den-
sumque faciat : defluere autem prohibet. Duo ejus g-
nera : candidius, et nigrum breviusque. Id quod majus
est , polytrichon : aliqui , trichomanes vocant. Utrique
ramuli nigro colore nitent, foliis filicis : ex quibus in-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 4g
fivre-tierce; ou bien, aprs avoir pix)men la plante
trois fois autour du malade, on la met sous le chevet
du lit. La graine du tricoccum provoque l'amour; avec
du miel , elle dissipe les tumeurs inflammatoires. L'h-
liotrope gurit encore les excroissances de chair l'anus,
et emporte les verrues. La graine, en liniment, fait
sortir le sang corrompu des lombes ou de l'pine du
dos; on la prend aussi cuite dans un bouillon de poulet,
ou avec des bettes ou des lentilles. L'corce de la plante
fait disparatre les traces des meurtrissures. Suivant les
auteurs de l'cole des mages, l'hliotrope gurit la fivre-
tierce et la fivre-quarte , si le malade , sans arracher la
plante, y fait trois nuds dans le premier cas, et quatre
dans le second , en promettant de les dfaire quand il
sera rtabli.
Des deux espces de callitrichos ; adianton ou trichomanes ,
autrement polytrichos ou saxifrage ; remdes, a8.
XXX. Il adianton n'est pas une plante moins singulire
sous d'autres rapports : il est vert en t , et ne se fltrit
point en hiver. Son antipathie pour l'eau est telle, qu'tant
arros, ou mme plong dans ce liquide, il parat toujours
sec : cette proprit lui a valu le nom qu'il porte en grec ;
du reste, il a le port d'un arbrisseau de parterre. Quelques-
uns l'appellent callitrichos ou polytrichos y dnominations
relatives ses vertus, car il empche les cheveux de tom-
ber et il les noircit. Pour cet effet, on le fait cuire dans
du vin avec de la graine d'ache, en y ajoutant beaucoup
d'huile , pour qu'il rende la chevelure paisse et crpue.
On en connat deux espces , le blanc et le noir ; celui-ci
est le plus petit , le blanc est le plus grand : c'est le
polytrichos proprement dit , ou trichomanes. L'un et
XIV. 4
5o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
feriora aspera ac fusca sunt : omnia autem contrariis
pediculis densa inter se ex adverso : radix nulla. Um-
brosas petras , parietumque aspergines , ac fontium
maxime specus sequitur : et saxa manantia, quod mire-
mur, quum aquas non sentiat. Calculos e corpore mire
pellit, frangitque, utique nigrum. Qua de causa potius
quam quod in saxis nasceretur, a nostris saxifragum
appellatum crediderim. Bibitur e vino , quantum terni
decerpsere digiti. Urinam cient. Serpentium et ara-
neorum venenis resistunt. In vino decocti alvum sistunt.
Capitis dolores corona ex his sedat. Contra scolopendrae
morsus illinuntur, crebro auferendi, ne perurant : hoc
et in alopeciis. Strumas discutiunt, furfuresque in fa-
cie, et capitis manantia ulcra. Decoctum ex his pro-
dest suspiriosis , et jocineri , et Heni , et felle suffusis ,
et hydropicis. Stranguriae illinuntur, et renibus cum
absinthio. Secundas cient, et menstrua.
Sanguinem sistunt ex aceto, aut rubi succo poti. In-
fantes quoque exulcerati perunguntur ex iis cum rosace
et vino prius. Folium in urina pueri impubis, tritum
quidem cum aphronitro, et illitum ventri mulierum, ne
rugosus fit, praestare dicitur. Perdices et gallinaceos
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 5i
l'autre ont les feuilles semblables celles de la fougre,
et attaches de petits rameaux d'un noir brillant. Elles
sont rudes et brunes en dessous , mais toutes opposes
l'une l'autre et serres sur le mme rang. Cette plante
n'a pas de racines ; elle crot sur les rochers ombrags ,
dans les murailles humides , et surtout dans les grottes
o il y a des fontaines , ce qui est singulier dans une
herbe si antipathique pour l'eau. L'adianton , et princi-
palement le noir , s'emploie avec succs contre les cal-
culs , qu'il brise mme dans la vessie : aussi est-ce plutt
cause de cette vertu que les Latins l'ont appel saxi-
frage , que parce qu'il crot dans les rochers. On en
fait prendre dans du vin autant qu'on en peut saisir
avec trois doigts. Les deux espces poussent les urines,
neutralisent le venin des serpens et des araignes. Cuites
dans du vin , elles arrtent les diarrhes. Une couronne
d'adianton apaise le mal de tte. On applique la plante
sur la morsure des scolopendres ; mais il faut la changer
souvent, car elle deviendrait caustique. On l'emploie
aussi pour l'alopcie. Elle dissipe les crouelles, les
dartres du visage et les ulcres humides de la tte. Sa
dcoction est utile dans l'asthme , dans les maladies du
foie et de la rate , dans la jaunisse et l'hydropisie. En
liniment avec de l'absinthe, elle est bonne pour la stran-
gurie et les maux de reins. Elle provoque les rgles et
fait sortir l'arrire-faix.
Prise avec du vinaigre ou du suc de ronce, elle arrte
les hmorrhagies. Avec de l'huile rosat, on en fait un
onguent pour les corchures des enfans, aprs les avoir
laves d'abord avec du vin. La feuille, broye avec de
l'aphronitrum dans de l'urine d'un jeune enfant, et ap-
plique sur le ventre d'une femme, empche, dit-on, qu'il
4.
52 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
pugnaciores fieri putant, in cibum eorum addltis : pe-
corique esse utilissimos.
De picride, i. Thesium, i.
XXXI. 22. Picris ab insigni amaritudine cognomi-
natur, ut diximus : rotundo folio. Tollit eximie verrucas.
Thesium quoque non dissimili amaritudine est : sed
purgat alvum : in quem usum teritur ex aqua.
Asphodelum, ti.
XXXII. Asphodelum de clarissimis herbarum, quam
heroneon aliqui appellaverunt , Hesiodus et in silvis
nasci dixit. Dionysius, marem ac feminam esse. Defectis
corporibus et phthisicis constat bulbos ejus cum ptisana
decoctos, aptissime dari : panemque ex his cum farina
subactis , saluberrimum esse. Nicander et contra ser-
pentes ac scorpiones, vel caulem, quem anthericon vo-
cavimus , vel semen , vel bulbos ddit in vino tribus
drachmis : substravitque somno contra hos metus. Da-
tur et contra venenata marina, et contra scolopendras
terrestres. Cochleae mire in Campania caulem eum per-
sequuntur, et sugendo arefaciunt. Folia quoque illinun-
tur venenatorum vulneribus ex vino. Bulbi nervis arti-
culisque cum polenta tusi illinuntur. Prodest et concisis
ex aceto lichenas fricare : item ulceribus putrescentibus
HISTOIRE NATURELLE, LIV.XXIL 53
ne se ride. Enfin, l'adianton, ml dans la nourriture des
coqs et des perdrix, les rend plus hardis au combat. On
prtend encore qu'il est trs-bon aux troupeaux.
Delapicris, i. Du thesiuin, i.
XXXI. 22. hapicr, comme nous l'avons dit, doit
son nom sa grande amertume. Elle a la feuille ronde,
et la proprit spciale d'emporter les verrues.
Le thesium n'est pas moins amer ; mais on l'emploie
comme purgatif aprs l'avoir broy dans de l'eau.
De l'asphodle , 5i.
XXXII. L'asphodle, appel aussi heroneon, est une
des plantes les plus connues ; Hsiode dit qu'elle crot
aussi dans les bois. Dionysius la distingue en mle et
en femelle. Il est sr que ses bulbes , cuites avec de
l'orge mond , conviennent trs-bien dans le marasme
et la phthisie , et que le pain o on les mle , en les p-
trissant avec de la farine, est trs-salutaire. Nicandre
prescrivait ou la tige , que nous avons nomme an-
thericon , ou la graine , ou bien les bulbes , la dose de
trois drachmes dans du vin, contre la morsure des ser-
pens et la piqre des scorpions. Il faisait mettre cette
plante sous le chevet du lit , pour loigner ces ani-
maux dangereux. On l'emploie encore contre le venin
de quelques animaux marins et des scolopendres ter-
restres. Dans la Campanie , les escargots sont trs-
friands de cette plante , qu'ils sucent et font prir sur
pied. Les feuilles s'appliquent , avec du vin , sur les
plaies venimeuses. Les bulbes , broyes avec du gruau ,
s'appliquent galement sur les nerfs et les articulations.
54 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
ex aqua imponere : mammarum quoque et lestium in-
flammationibus. Decocti in fce vini, oculorum epipho-
ris supposito linteolo medentur. Fera in quocumque
morbo magis decoctis medici utuntur. Item ad tibiarum
tetra ulcra, rimasque corporum quacumque in parte,
farina arefactorum. Autumno autem colliguntur, quum
plurimum valent. Succus quoque tusis expressus aut
decoctis utilis fit corporis dolori , cum melle : idem odo-
rem corporis jucundum affectantibus , cum iri arida et
salis exiguo. Folia etiam supra dictis medentur, et stru-
mis, panis, ulceribus in facie, decocta in vino. Cinis e
radice alopecias emendat , et rimas pedum. Decoctae ra-
dicis in oleo succus, perniones et ambusta. Et ad gra-
vitatem aurium infunditur : a contraria aure in dolore
dentium. Prodest et urinae pota modice radix, et meu-
struis, et lateris doloribus : item ruptis, convulsis, tus-
sibus, drachmae pondre in vino pota. Eadem et vomi-
tiones adjuvat commanducata. Semine sumpto turbatur
venter.
Chrysermus et parotidas in vino decocta radice cu-
ravit : item strumas, admixta cachry ex vino. Quidam
aiunt, si imposila radice pars ejus in fumo suspenda-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIL 55
On frotte les dartres avec ces mmes bulbes haches dans
le vinaigre. On les met en cataplasme , avec de l'eau ,
sur les ulcres putrides et les tumeurs inflammatoires des
mamelles et des testicules. Cuites dans de la lie de vin,
et appliques comme collyre dans un petit linge, elles
gurissent les fluxions des yeux. Dans presque tous les
cas, elles valent mieux cuites. Pulvrises, elles sont
utiles pour les ulcres malins des jambes et les crevasses
de la peau, en quelque endroit du corps qu'elles puissent
se former. On les recueille en automne , c'est la saison
o elles ont le plus de force. Le suc exprim des bulbes
cuites ou piles, et ml avec du miel, est bon pour les
douleurs du corps ; il forme une essence agrable si l'on
y joint de la poudre d'iris et un peu de sel. Les feuilles
sont utiles dans tous les cas prcits ; cuites dans du
vin , elles gurissent les crouelles , les tumeurs rysi-
plateuses et les ulcres du visage. Les cendres de la
racine sont employes dans l'alopcie et pour les cre-
vasses des pieds. Le suc de cette mme racine cuite dans
l'huile est excellent pour les engelures et les brlures;
on l'injecte dans les oreilles pour la surdit. Il apaise
le mal de dents, mais alors on applique le remde
l'oreille , du ct oppos la douleur. La dcoction de
la racine , faible dose , provoque les urines , le flux
menstruel, et gurit les douleurs de cts. Prise avec du
vin , au poids d'une drachme , elle est bonne pour la
toux, les ruptures et les spasmes; mche, elle facilite le
vomissement. La graine, prise intrieurement, cause de
grandes agitations d'entrailles.
Chryserme employait la racine, cuite dans du vin,
pour les parotides; il y joignait le cachrjs pour gurir
les crouelles. Quelques auteurs prtendent que si , aprs
56 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
lur , quartoque die solvatur, una cum radie arescerc
struraam. Sophocles ad podagras utroque modo , eocta
crudaque , usus est. A d perniones decoctam ex oleo
ddit , et suffusis felle in vino , et hydropicis. Venerem
quoque concitari cum vino et melle perunctis, aut bi-
bentibus tradidere. Xenocrates et lichenas, psoras, le-
praSy radie in aceto decocta, tolli dicit. Item si cocta
sit cum hyoscyamo et pice liquida alarum quoque et fe-
minum vitia : et capillum crispiorem fieri , raso prius ca-
pite, si radie ea fricetur. Simus lapides renum in vino
decocta atque pota eximit. Hippocrates semen ejus ad
impetus lienisdari censet. Jumentorum quoque ulcra
ac scabiem , radix illita , aut decoct succus ad pilum
reducit. Mures etiam eadem fugantur, caverna prclusa
moriuntur.
Alimon, xiv.
XXXIII. A&phodelum ab Hesiodo quidam alimon ap-
pellari existimavere, quod fasum arbitror. Est enim suo
nomine alimon, non parvi et ipsum erroris inter au-
ctores. Alii enim fruticem esse dicunt densum , candi-
dum , sine spina , foliis oleae , sed mollioribus : coqui
autem hoec ciborum gratia. Radix tormina discutit ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII, 67
avoir appliqu la racine sur les crouelles , on en met
scher une partie la fume pendant quatre jours , les
crouelles scheront en mme temps que cette portion
de racine. Sophocle l'employait galement, cuite ou crue,
dans la goutte ; il l'ordonnait , cuite dans l'huile , pour
les engelures , et dans du vin , pour la jaunisse et l'hy-
dropisie. Cette racine, applique en liniment ou prise
avec du vin et du miel , passe encore pour exciter aux
plaisirs de l'amour. Suivant Xnocrate, cuite dans le
vinaigre, elle emporte les dartres, la lpre et la gale.
On la fait cuire avec de la jusquiame et de la poix li-
quide, pour la mauvaise odeur des cuisses et des aisselles.
Elle rend la chevelure plus fournie et plus paisse , si
Ton s'en frotte la tte aprs l'avoir fait raser. Simus la
prescrit , cuite dans du vin , pour expulser les calculs
des reins. Hippocrate ordonne la graine d'asphodle pour
les obstructions de la rate. La racine, applique l'ext-
rieur , ou bien le suc qu'on en exprime , aprs l'avoir
fait cuire , est trs-utile pour faire renatre le poil sur
les parties du corps des animaux qui ont eu des gales ou
des ulcres. Enfin , elle chasse les rats ; et si l'on en met
une l'entre de leur trou , ils y prissent.
De l'alimon , i4-
XXXIII. Quelques auteurs ont cru qu'Hsiode nom-
mait l'asphodle alimon ; je pense qu'ils se sont trom-
ps. L'alimon est une espce particulire, et sur laquelle
les botanistes sont loin d'tre d'accord. Les uns en font
un arbrisseau touffu, blanc, sans pines, feuilles sem-
blables celles de l'olivier , mais plus molles , et qu'on
mange cuites. Ils ajoutent que sa racine, prise la dose
58 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
drachmae pondre in aqua mulsa pota : item convulsa,
et rupta. Alii olus maritimum esse dixere saisum , et
inde nomen , foliis in rotunditatem longis , laudatum in
cibis. Duorum praeterea generum , silvestre , et mitius :
utrumque prodesse dysentericis etiam exulceratis cum
pane, stomacho vero ex aceto. Ulceribus vetustis illini
crudum, et vulnerum recentium impetus leniri, et luxa-
torum pedum ac vesicae dolpres. Silvestri tenuiora folia,
sed in eisdem remediis effectus majores, et in sananda
hominum ac pecorum scabie. Praeterea nitorem corpori
fieri ; dentibusque candorem , si fricentur radie ea. Se-
mine linguae subdito sitim non sentiri. Hoc quoque
mandi, et utraque etiam condiri. Cratevas tertium quo-
que genus tradidit , longioribus foliis et hirsutioribus ,
odore cupressi : nasci sub edera maxime : prodesse opi-
sthotonis, contractionibus nervorum, tribus obolis in
sextarium aquae.
Acanthes , sive psederos , sive melamphyllos , v.
XXXIV. Acanthi , topiariae et urbanae herbae , elato
longoque folio, crepidines marginum, adsurgentiumquc
pulvinorum toros vestientis, duo gnera sunt : aculea-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 59
d'une drachme dans de l'eau mielle , apaise les tran-
ches , et convient dans les ruptures et les contractions
nerveuses. Les autres prtendent que c'est une sorte de
lgume feuilles longues et arrondies , qui crot sur les
hords de la mer, et qui a le got du sel, ce qui lui a
fait donner son nom; du reste, il est bon manger. Ils
en distinguent deux espces , l'une sauvage , l'autre cul-
tive. Toutes deux , manges avec du pain , gurissent
la dysenterie, quand mme les intestins seraient ulcrs.
Avec du vinaigre , elles fortifient l'estomac. On les ap-
plique crues sur les ulcres invtrs , pour apaiser l'in-
flammation des plaies rcentes, pour calmer les douleurs
de la vessie et gurir les luxations des pieds. L'alimon
sauvage, qui a les feuilles plus petites, agit, dit-on,
plus efficacement pour toutes ces maladies , et particu-
lirement pour la gale de l'homme ou des bestiaux. Avec
la racine , on se frotte la peau pour la rendre nette et
polie , et les dents pour les blanchir. La graine , tenue
sous la langue , prvient la soif. L'alimon sauvage est
usit comme aliment : les deux espces, d'ailleurs, se
mangent aussi confites. Cratevas en tablit une troisime
qui a les feuilles plus longues et plus hrisses, et une
odeur de cyprs ; elle crot de prfrence sous le lierre.
On la donne, la dose de trois oboles dans un setier
d'eau , pour l'opisthotone et les contractions de nerfs.
De l'acanthe , paederos ou melamphyllos , 5.
XXXIV. L'acanthe est une plante urbaine, et qui
sert l'embellissement des jardins ; ses feuilles sont
droites et longues : on en fait des bordures autour des
bassins , et des carreaux de parterres. On en distingue
6o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
tum et crispum , quod brevius : alterum laeve , quod
aliqui paederota vocant, alii melamphyllum. Hujus ra-
dies ustis luxatisque mire prosunt : item ruptis, con-
vulsis, et phthisin metuentibus incoct cibo, maxime
ptisana. Podagris quoque illinuntur tritae et calefact
calidis.
Bupleuron, v.
XXXV. Bupleuron in sponte nascentium olerum
numro Grci habent , caule cubitali , foliis multis
longisque , capite anethi , laudatum in cibis ab Hippo-
crate : in medicina a Glaucone, et Nicandro. Semen
contra serpentes valet. Folia ad secundas feminarum ^
vel succum ex vino illinunt : et strumis folia cum sale
et vino. Radix contra serpentes datur in vino , et urin
ciendcB.
Buprestis, i.
XXXVI. Buprestim magna inconstantia Grci in
laudibus ciborum etiam habuere : iidemque remdia
tamquara contra venenum prodiderunt. Et ipsum no-
men indicio est boum certe venenum esse, quos dissi-
lire degustata fatentur. Quapropter nc de hac plura
diccmus. Est vero causa, quare venena monstremus inter
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXII. 6 1
deux espces : l'une est pineuse et frise ; c'est la plus
petite : l'autre est lisse , et s'appelle aussi pderos ou
melamphyllum. La racine de celle-ci est excellente pour
les brlures et les luxations. Mange cuite, surtout avec
de l'orge mond , elle convient dans les ruptures , les
tiraillemens de nerfs , et ceux qui craignent la plithi-
sie. Broye et applique chaude , elle est bonne pour la
goutte accompagne d'inflammation.
Du bupleuron, 5.
XXXV. Le bupleuron est mis par les Grecs au nombre
des lgumes qui croissent sans culture. Sa tige est haute
d'une coude; ses feuilles sont longues et nombreuses;
ses ttes sont semblables celles de l'aneth. Hippocrate
l'estime comme aliment ; Glaucon et Nicandre vantent
ses vertus mdicinales. Sa graine est bonne contre la
morsure des serpens. Le suc des feuilles , ou les feuilles
mmes appliques avec du vin , font sortir l'arrire-
faix ; avec du vin et du sel, elles gurissent les crouelles.
La racine , prise dans du vin , est utile contre la mor-
sure des serpens , et provoque les urines.
De la buprestis , i .
XXXVI. Les Grecs regardent la buprestis comme un
aliment agrable ; et , par une inconsquence ton-
nante , ils proposent des remdes contre cette plante ,
comme si elle tait vnneuse ; du moins il est certain,
de l'avis des Grecs et comme son nom l'indique assez,
qu'elle est un poison pour les bufs , qui prissent ds
qu'ils en ont got. Ainsi , nous n'entrerons pas sur la
buprestis dans de plus grands dtails. En effet, pour-
62 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
gramineas coronas, nisi libidinis causa expetenda alicui
videtur, quam non aliter magis accendi putant , quam
pota ea.
Elaphoboscon , ix.
XXX Vn. Elaphoboscon ferulaceum est, geniculatum
digiti crassitudine , semine corymbis dependentibus ,
silis effigie , sed non amaris , foliis olusatri : et hoc lau-
datum in cibis. Quippe etiam conditum prorogatur ad
urinam ciendam, lateris dolores sedandos, rupta, con-
vulsa sananda , inflationes discutiendas , colique tor-
menta. Contra serpentium omniumque aculeatorum
ictus. Quippe fama est , hoc pabulo cervos resistere
serpentibus. Fistulas quoque radix nitro addito illita
sanat. Siccanda autem in eos usus prius est, ne succo
SUD madeat , qui contra serpentium ictus non facit eam
deteriorem.
Scandix, x. Anthriscus, ii.
XXXVIII. Scandix quoque in olere silvestri a Graecis
pouitur, ut Opion et Erasistratus tradunt. Item decocta
alvum sistit. Semine singultus confestim ex aceto sedat.
Illinitur ambustis, urinas ciet. Decoctae succus prodest
stomacho , jocineri , renibus , vesic. Haec est , quam
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 63
quoi parlerions - nous de poisons en traitant des cou-
ronnes gramines? Peut-tre cependant voudrait -on
connatre cette plante pour la faire servir aux plaisirs
de l'amour, car sa dcoction passe pour un aphrodisiaque
des plus puissans.
De l'laphoboscon , 9.
XXXVII. Uelaphoboscon est une plante frulace ,
noueuse, et de la grosseur du doigt. Sa graine pend en
grappes comme celle du sili , mais elle n'est point
amre. Ses feuilles ressemblent celles de l'olusatrum.
On estime l'laphoboscon comme aliment ; on le garde
confit pour s'en servir lorsqu'il faut provoquer les urines,
apaiser les douleurs de cts , gurir les ruptures et les
contractions nerveuses , dissiper les gonflemens et les
tranches. C'est un bon remde contre la morsure des
serpens et les piqres de tous les insectes venimeux ;
aussi prtend-on que les cerfs n'ont rien redouter des
serpens en mangeant de cette plante. Sa racine , appli-
que avec du nitre , gurit les fistules. On doit la faire
scher avant de s'en servir, pour en enlever le suc, qui,
du reste, ne la rend pas moins efficace contre la mor-
sure des serpens.
Du scandix , 10. De l'anthriscus , 2.
XXXVIII. Le scandix , suivant Opion et Erasistrate,
est mis aussi par les Grecs au rang des plantes sauvages
employes comme aliment. Cuit , il arrte le flux de
ventre. Sa graine , prise dans du vinaigre , fait cesser
de suite les hoquets. Il s'applique aussi sur les brlures.
Il provoque les urines. Sa dcoction est bonne pour
64 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
Aristophanes Euripidi poet ohjlclt joculariter, ma-
trem ejus ne olus quidem legitimum venditasse, sed
scandicem.
Eadem erat anthriscus, si tenuiora folia et odoratiora
haberet. Peculiaris laus ejus, quod fatigato Venere cor-
pori succurrit, marcentesque senio jam coitus excitt.
Sistit profluvia alba feminarum.
lasione , ix.
XXXIX. Et iasione olus silvestre habetur, in terra
repens, cum lact multo : florem fert candidum : con-
ciliuin vocant. Et liujus eadem commendatio ad stimu-
landos coitus. Cruda ex aceto in cibo sumpta, mulieri-
bus lactis ubertatem prstat. Salutaris est phthisin
sentientibus. Infautium capiti illita , nutrit capillum ,
tenacioremque ejus cutem efcit.
Caucalis, xii.
XL. Estur et caucalis , feniculo similis , brevi caule ,
flore candido, cordi utilis. Succus quoque ejus bibitur,
stomacbo perquam commendatus , et urin , calculisque
et arenis pellendis , et vesicse pruritibus. Extnut et
iienis, jocineris, renumque pituitas. Semen menses fe-
minarum adjuvat, bilemqne a parlu siccat. Datur et
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 65
l'estomac et pour les maladies du foie , des reins et de
la vessie. C'est cette plante que dsigne Aristophane
lorsque , raillant le pote Euripide sur sa naissance , il
lui reproche que sa mre n'a jamais vendu de vritables
lgumes , mais du scandix.
JJanthriscus ne diffrerait pas du scandix, s'il avait
les feuilles plus menues et plus odorantes. Sa vertu sp-
ciale est de ranimer ceux qui se sont puiss par le
commerce des femmes, et de rallumer dans les vieillards
le got du plaisir. Il arrte aussi les flueurs blanches.
De l'iasione, 4-
XXXIX. Uiasione est encore une sorte de lgume
sauvage. C'est une plante laiteuse et rampante. Sa fleur
est blanche, et s'appelle concilium. Elle a aussi la pro-
prit d'exciter aux plaisirs de l'amour. Mange crue
avec du vinaigre , elle fait venir le lait aux nourrices.
Elle est trs-bonne ceux qui sont attaqus de la phthi-
sie. Applique sur la tte des enfans , elle raffermit la
peau et fait crotre les cheveux.
Du caucalis ,12.
XL. Le caucalis est aussi usit comme aliment. Il
ressemble au fenouil. Sa tige est courte , sa fleur blan-
che. Il passe pour un bon cordial. Son suc, pris int-
rieurement , fortifie l'estomac , provoque les urines ,
expulse les calculs et le gravier, et apaise les dman-
geaisons de la vessie. Il attnue le phlegme de la rate,
du foie et des reins. La graine excite le flux menstruel ,
et purge la bile aprs l'accouchement. On la prescrit
XIV. 5
66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
contra profluvia genitur viris. Chrysippus et conce-
ptionibus eam putat conferre multum : bibitur in vino
jejuais. Illinitur et contra venena marinorum , sicut
Petrichus in carmin suo signifcat.
Sium, XI.
XLI. His adnumerant et sium , latius apio , in aqua
nascens, pinguius, nigriusque, copiosum semine, sapore
nasturtii. Prodest urinis, renibus, lienibus, mulierum-
que mensibus , sive ipsum in cibo sumptum , sive jus
decocti , sive semen e vino drachmis duabus. Calculos
rumpit, aquisque quae gignunt eos, resistit. Dysentericis
prodest infusum. Item illitum lentigini , et mulierum
vitiis in facie noctu illitum, momentoque cuteni emen-
dat, et ramices lenit, equorum etiam scabiem.
Silybum.
XUI. Silybuna, chamleoni albo similem, aeque spi-
nosam, ne in Cilicia quidem, aut Syria, aut Phnice,
ubi nascitur, coquere tanti est : ita operosa ejus culiua
traditur. In medicina nullum usum habet.
Scolymon , sive limonion , v.
XLIII. Scolymon quoque in cibos recipit Oriens , et
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXII. 67
aux hommes pour la gonorrhe. Chrysippe prtend que,
prise jeun dans du vin , elle favorise la conception. On
l'applique sur les plaies faites par les animaux marins
venimeux , comme Petrichus le dit dans son pome.
Du sium, II.
XLI. Au nombre des plantes comestibles , on range
le sium, qui crot dans l'eau; il a les feuilles plus grandes
que celles de l'ache, plus grasses et plus noires. Sa graine
est abondante , son got semblable celui du cresson.
11 est bon pour les maux des reins et de la rate , pour
faire couler les urines et les menstrues , soit qu'on le
mange simplement , soit qu'on en boive la dcoction ,
ou la graine dans du vin , la dose de deux drachmes.
Il brise les calculs et tarit les humeurs dont ils sont
forms. En lavement , il est utile dans la dysenterie ;
en Uniment , pour les taches de rousseur ; appliqu la
nuit sur le visage d'une femme, il en nettoie la peau
en quelques instans. On l'emploie aussi pour gurir les
hernies, et la gale des chevaux.
Du silybum.
XLII. Le sitybum , semblable au camlon blanc ,
et galement pineux , crot en Cilicie , en Syrie et en
Phnicie; mais on ne l'admet point sur les tables, parce
qu'il est trop difficile apprter : du reste , il n'est d'au-
cun usage en mdecine.
Du scolymon ou limoniuin , 5.
XLIIL Le scoljmos se mange dans l'Orient ; on l'ap-
5.
68 C. PLINII HIS. NAT. LIB. XXIT.
alio iibmine limoniam appellat. Frutex est numquani
cubital! altior, cristisque foliorum ac radice nigra, sed
dulci : Eratostlieni quoque laudata iu pauperis cna.
Urinam ciere praecipue traditur : sanare lichenas et le-
pras ex aceto. Venerem stimulare in vino, Hesiodo et
Alcaeo testibus : qui florente ea cicadas acerrimi cantus
esse, et mulieres libidinis avidissimas, virosque iu coitum
pigerrimos scripsere, velut providentia naturae hoc ad-
jumento tune valentissimo. Item graveolentiam alaruni
emendat radicis emedullatae uncia, in vini Falerni he-
minis tribus decocta ad tertias , et a balineo jejuno ,
itemque post cibum cyathis singulis pota. Mirum est ,
quod Xenocrates promittit experimento, vitium id ex
alis per urinam effluere.
Sonclos, gnera ii ; mcdicinae xv.
XLIV. Estur et sonchos (ut quem Theseo apud Calli-
machum adponat Hecale), uterque , albus et niger :
lactucae similes ambo, nisi spinosi essent : caule cubi-
tali, anguloso, intus cavo, sed qui fractus copioso lacle
manet. Albus , qui e lact nitor, utilis orthopnoicis la-
ctucarum modo, ex embammate. Erasistratus calculos
per urinam pelli eo monstrat , et oris graveolentiam
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXII. 69
pelle aussi imonia. Il n'a jamais plus d'une coude de
hauteur. Les ctes de ses feuilles et sa racine sont
noires, mais douces au got. Suivant Eratosthne, c'est
un des meilleurs alimens du pauvre. Sa principale vertu
est de pousser les urines. Appliqu avec du vinaigre, il
gurit les dartres et la lpre. Il passe pour un puissant
aphrodisiaque, au rapport d'Hsiode et d'Alce, qui,
* avides de volupt, prtendent qu' l'poque de sa florai-
son les cigales ont le chant plus fort, et que les femmes
sont le plus amoureuses , tandis que les hommes sont le
moins ports au plaisir : comme si la nature et voulu
ranimer l'ardeur de ceux-ci en leur prsentant dans cette
plante un secours qui n'est jamais plus efficace. Sa racine
gurit la mauvaise odeur des aisselles : on en fait bouillir
ime once, sans moelle, dans trois hmines de vin de
Falerne, jusqu' rduction un tiers. On prend un
cyathe de cette dcoction jeun, au sortir du bain, et
aussi aprs le repas. D'aprs Xnocrate , l'effet de ce
breuvage est singulier , en ce qu'il chasse au dehors les
causes de la maladie par la voie des urines.
Des deux espces de sonchos ; remdes, i5.
XLIV. Le sonchos aussi est comestible ; car nous
voyons , dans Callimaque , Hcale servir cette plante
Thse. Il y en a deux espces, l'une blanche et l'autre
noire: toutes deux ressemblent la laitue, si ce n'est
qu'elles sont pineuses. La tige est anguleuse, fistuleuse,
et de la hauteur d'une coude. Quand on la rompt, il
en dcoule un suc laiteux abondant. Le sonchos blanc ,
dont le suc a la couleur du lait , est bon dans la diffi-
cult de respirer, tant pris assaisonn comme la laitue.
70 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
cx)mmaiiducato corrigi. Succus trium cyathorum men-
sura , in vino albo et oleo calefactus , adjuvat partus ,
ita ut a partu ambulent gravidae. Datur et in sorbi-
tione. Ipse caulis decoctus facit lactis abundantiam nu-
tricibus , coloremque meliorem infantium : utilissimus
his, qu lac sibi coire sentiant. Instillatur auribus suc-
cus , calidusque in stranguria bibitur cyathi mensura ,
et in stomachi rosionibus cum semine cucumeris, nu-
cleisque pineis. Illinitur et sedis collectionibus. Bibitur
contra serpentes scorpionesque : radix vero illinitur.
Eadem decocta in oleo y punici mali calyce , aurium
morbis praesidium est. Haec omnia ex albo. Cleemporus
nigro prohibet vesci, ut morbos faciente, de albo con-
sentiens. Agathocles etiara contra sanguinem tauri de-
monstrat succum ejus. Refrigeratoriam tamen vim esse
convenit nigro, et bac causa imponendum cura polenta.
Zenon radice albi stranguriam docet sanari.
Condrillon, sive condrille, m.
XXiV. Condrillon , sive condrille , folia habet intubi ,
circumrosis similia, caulem minus pedalem, succo ma-
dentem amaro , radice fabae simili , aliquando numerosa.
Habet proximam terrae mastichen tuberculo fabae, quae
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXII. 71
rasistrate croit qu'il expulse les graviers de la vessie,
et que , mch , il corrige les dfauts de l'haleine. Son
suc , pris chaud dans de l'huile et du vin blanc , la
dose de trois cyathes , aide les femmes en travail , mais
elles doivent s6 promener aussitt aprs l'accouchement.
On l'ordonne aussi en bouillon. La tige cuite augmente
le lait des nourrices, et donne une meilleure couleur
aux nourrissons : il est d'ailleurs trs-utile pour rsou-
dre le lait qui se caille dans les mamelles. On en injecte
le suc dans les oreilles; on le boit chaud pour la stran-
gurie , la dose d'un cyathe ; et pour les dchiremens
d'estomac , avec de la graine de concombre et des
pignons. On l'applique sur les abcs l'anus. On le
boit pour la morsure des serpens et la piqre des scor-
pions, ou bien l'on applique la racine sur les plaies. Cette
mme racine, cuite avec autant d'huile qu'en peut con-
tenir une corce de grenade , est utile pour les maux
d'omlies. Clempore reconnat les vertus du sonchos
blanc , mais il l'ejette le noir comme malsain et dange-
reux. Agathocle le recommande ceux qui ont bu du
sang de taureau. On convient nanmoins que le son-
clios noir est rafrachissant , et qu'on peut en cons-
quence l'employer en cataplasme avec du gruau. Zenon
ajoute que la racine du blanc gurit la strangurie.
Du condrillon ou condrille, 3.
XLV. Le condrillon ou condrille a les feuilles ron-
ges leur circonfrence , comme celles de la chicore;
la tige haute de moins d'un pied, et remplie d'un suc
amer ; la racine quelquefois trs-divise , et semblable
celle de la fve. Cette plante produit , presque fleur de
7 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
adposita feminarum menses trahere dicitur. Tusa cum
radicibus tota dividitur in pastilles, contra serpentes,
argumente probabili : si quidem mures agrestes lsi
ab his, banc esse dicuntur. Succus ex vino coctae, alvum
sistit. . Eadem palpebrarum pilos inordinatissimos , pro
gummi efficacissime rgit. Dorotheus stomacho et con-
coctionibus utilem carminibus suis pronuntiavit. Aliqui
feminis, et oculis, generationique virorum contrariam
putavere.
De boletis : proprietates eorum in nascendo.
XLVI. Inter ea quae temere manduntur, et boletos
merito posuerim, optimi quidem hos cibi, sed immenso
exemple in crimen adductos, veneno Tiberio Claudio
principi per banc occasionem a conjuge Agrippina dato :
^uo facto illa terris venenum alterum , sibique ante
omnes , Neronem suum ddit. Quorumdam ex his facile
noscuntur venena, diluto rubore, rancido aspectu,livido
intus colore, rimosa stria, pallido per ambitum labro.
Non sunt hc in quibusdam : siccique, et nitri simils,
veluti guttas in vcrticc albas ex tunica sua gcriuit.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 73
terre , une espce de mastic en forme de fve , qui ,
appliqu, fait couler les rgles, suivant quelques au-
teurs. Broye tout entire avec ses racines, on en forme
des trochisques qui paraissent vritablement utiles contre
la morsure des serpens ; car les rats des champs man-
gent , dit-on , de cette herbe quand ils ont t blesss
par ces reptiles. La dcoction faite dans du vin arrte
le cours de ventre. On se sert avec succs du suc du
condrillon comme d'une gomme , pour assujettir les
poils des paupires, quelque hrisss qu'ils puissent tre.
Dorothe , dans ses vers , dit qu'il est bon pour l'esto-
mac et qu'il facilite la digestion. Quelques auteurs pr-
tendent qu'il est contraire aux femmes, nuisible la
vue, et qu'il empche la gnration.
Des bolets : particularits relatives aux bolets ; leur naissance.
XLVI. Au nombre des plantes dont il est dangereux,
ou du moins imprudent de faire usage, nous rangerons
avec raison les bolets. Ces espces forment , il est
vrai , un mets trs-dlicat , mais fort dcri depuis le
fameux attentat d'Agrippinc , qui s'en servit pour em-
poisonner l'empereur Claude son mari , attentat qui la
conduisit infecter l'univers d'un autre poison, qui lui
devint funeste elle-mme par l'avnement de Nron,
objet de toute sa tendresse. On reconnat sans peine
plusieurs espces de bolets vnneux leur couleur d'un
rouge faible au dehors , livide au dedans , aux crevasses
de leurs feuillets , leur aspect sombre , et la bor-
dure ple de leur chapeau.
D'autres ne prsentent point les marques dont nous
parlons; ils sont secs, ont l'aspect du nitre et des taches
74 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
Volvam enim terra ob hoc priiis gignit, ipsum postea
in volva, ceu in ovo est luteum. Nec tunica minor
gratia in cibo infantis boleti. Rumpitur hac primo na-
scente : mox increscente, in pediculi corpus absumitur,
raroque umquam geminis ex uno pede. Origo prima
causaque e limo, et acescente succo madentis terrae, aut
radicis fere glandifer : initioque spuma lentior, dein
corpus membranae simile, mox partus. Ut diximus, illa
pernicialia, prorsus improbanda. Si enim Caligaris cla-
vus , ferrive aliqua rubigo , aut panni marcor adfuit
nascenti, omnem illico succum alienum saporemque in
venenum concoquit : deprehendisse qui, nisi agrestes,
possunt, atque qui colligunt? Ducunt ipsi alia vitia :
et quidem si serpentis caverna juxta fuerit, si patescen-
tem primo adhalaverit , capaci veuenorum cognatione
ad virus accipiendum. Itaque caveri conveniet , prius
quam se condant serpentes.
Signa erunt lot herbae, tt arbores fruticesque, ab
emersu earum ad latebram usque vernantes: et vel fi'axini
tantum folia , nec postea nascentia , nec ante decideutia.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 75
blanches sur le chapeau , restes de leur enveloppe : en
effet , l'enveloppe ou voli>a sort de terre la premire
pour renfermer le bolet , comme le jaune de l'uf est
renferm dans le blanc qui l'environne. Cette espce de
tunique sert galement de nourriture au bolet l'tat
d'embryon ; elle se rompt lorsqu'il est au moment d'-
clore ; mesure qu'il crot, elle s'allonge en pdicule,
et il est bien rare qu'on trouve deux bolets sur le mme
pied. Les principes gnrateurs de ces plantes sont
le limon et le suc fennentescible des terres humides,
ou bien des racines des arbres gland. Ce n'est d'abord
qu'une cume visqueuse , ensuite une espce de corps
membraneux , et enfin un bolet tout form. En gn-
ral , ils sont pernicieux, et l'on devrait s'en interdire
l'usage. En effet, si un clou de bottine, ou un mor-
ceau de fer rouill, ou quelque toffe pourrie, se trouvent
l'endroit o ils croissent , ils en contractent sur-le-
champ les qualits nuisibles, et les tournent en vritable
poison. Et quel autre qu'un habitant de la campagne,
ou un homme habitu les recueillir, pourrait se flatter
de les bien distinguer ? D'autres circonstances encore
les rendent vnneux. Si , par exemple , ils croissent
prs du trou de quelque serpent, et qu'ils soient frap-
ps de son haleine lorsqu'ils commencent s'ouvrir,
ils en attirent le venin , comme une substance analogue
et qui leur est propre : aussi devra-t-on s'en abstenir
jusqu' ce que les serpens se soient enfoncs dans leurs
retraites.
Cette poque se reconnat une infinit de plantes,
d arbres et d'arbrisseaux dont la verdure subsiste depuis
que ces reptiles sont sortis de terre jusqu' ce qu'ils y
soient rentrs ; mme il sufft d'observer la feuille du
76 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
Et bbletls quidem ortus occasusque omnis intra (lies
septem est.
De ftingis : ndtae venenatorum. Medicinae ex his , ix.
XLVII. 2.3. Fungorum lentior natura, et numerosa
gnera, sed origo non nisi ex pitulta arborum. Tutis-
simi , qui rubent callo , minus diluto rubore , quam bo-
leti. Mox candidi , velut apice flaminis insignlbus pedi-
culis. Tertium genus suilli, venenis accommodatissimi.
Familias nuper interemere, et tota convivia, Annseum
Serenum praefectum Neronis vigilum , et tribunos , cen-
turionesque. Quae voluptas tanta ancipitis cibi? Quidam
discrevere arborum generibus, fico, ferula, et gummim
ferentibus : nos item fago, aut robore, aut cupresso, ut
diximus. Sed ista quis spondet in venalibus? Omnium
colos lividus. Hic habebit veneni argumentum , quo si-
milior fuerit arborum fici. Adversus hsec diximus re^
mdia, dicemusque : intrim sunt aliqua et in his.
M:
Glaiiias stomacho utiles putatboletos. Siccantur pcn-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 77
frne, qui ne se montre qu' partir du moment de leur
apparition jusqu' celui de leur retraite. Au surplus la
dure totale des bolets, de la naissance la mort, n'est
que de sept jours.
Des champignons ; signes pour reconnatre ceux qui sont vn-
neux. Remdes qu'ils fournissent, 9.
XLVII. 23. Les champignons ont moins de consis-
tance. Il y en a beaucoup d'espces, mais toutes produites ut
de l'humeur vicieuse des arbres. Les moins craindre
sont ceux qui sont d'une couleur rouge plus fonce que
celle des bolets; ensuite sont les blancs, dont le pdon-
cule a quelque ressemblance avec la houpe du flamine ;
ceux de la troisime espce , appels suilli, sont trs-
vnneux. Il y a quelques annes qu'ils firent prir des
familles entires et tous les convives d'un festin , entre
autres Annus Serenus , prfet des gardes de Nron ,
avec les tribuns et les centurions. Quel si grand plaisir
peut - on trouver dans l'usage d'un mets si suspect ?
Quelques auteurs les distinguent par les arbres sur les-
quels ils croissent, comme le figuier, la frule, et les
arbres qui produisent une gomme : nous avons nous-
mmes cit ceux du htre, du rouvre et du cyprs. Mais
qui nous assure que ces diffrences ont t observes
dans ceux qui se vendent au march ? Tout champignon
vnneux est d'une couleur livide, et il est d'autant plus
nuisible, que sa couleur approche davantage de celle du
figuier. Nous avons indiqu quelques remdes contre
cette sorte de poison ; nous en proposerons d'autres en-
core : mais citons d'abord ceux qu'ils nous prsentent
eux-mmes pour certaines maladies.
Glaucias prtend que les bolets sont utiles l'estomac.
78 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
dents suilli, junco transfxi, quales e Bithynia veniunt. Hi
fluxionibus alvi, quas rheumatismos vocant, medentur,
excrescentibusque in sede carnibus : minuunt enim eas,
et tempore absumunt. Item lentiginem , et mulierum
vitia in facie. Lavantur etiam, ut plumbum, oculorum
medicamento. Sordidis ulceribus et capitis eruptionibus,
canum morsibus ex aqiia illinuntur.
Libet et coquendi dare aliquas communes in omni eo
gnre observationes , quando ipsae suis manibus deliciae
pracparant hune cibum solum, et cogitatione ante pa-
scuntur, succineis novaculis, aut argenteo apparatu co-
mitante. Noxii erunt fungi , qui in coquendo duriores
fient : innocentiores , qui nitro addito coquentur, si uti-
que percoquantur. Tutiores fiunt cum carne cocti , aut
cum pediculo piri. Prosunt et pira confestini sumpta.
Debellat eos et aceti natura, contraria iis. *"
Silphium, vu.
XL VIII. Imbribus proveniunt omnia haec. Imbre et
silphion. Venit primo e Cyrenis, ut dictum est. Ex Syria
nunc maxime importatur, deterius Parthico, sed Medico
melius, exlincto omni Cyrenaico, ut diximus. Usus sil-
phii in medicina : foliorum, ad purgandas vulvas pellen-
dosque emortuos partus : decoquuntur in vino albo et
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 79
Le suillus, qu'on a mis scher enfil dans un jonc, comme
ceux qui viennent de Bithynie, gurit les flux de ventre;
et , appliqu sur les excroissances de chair l'anus , il les
ronge et les consume peu peu. Il efface les taches de
rousseur et nettoie la peau du visage des femmes; en
outre , on le lave , comme le plomb , pour le faire entrer
dans les collyres. Enfin , appliqu avec de l'eau, il gurit
les ulcres putrides, les ruptions la tte et la mor-
sure des chiens.
Je veux bien encore ajouter ici quelques rflexions
gnrales sur la manire de faire cuire les champignons,
puisque nos gourmets ne ddaignent pas de les apprter
eux-mmes avec des couteaux de succin , dans des plats
d'argent , pour satisfaire au moins leur imagination
avant leur got. Tout champignon qui durcit en cuisant
est vnneux; les moins malfaisans sont ceux qui cuisent
avec une addition de nitre , si toutefois on parvient
les bien faire cuire ainsi ; mais il est plus sr de les
apprter avec des viandes ou avec des queues de poires.
Aussi est-il bon de manger des poires aussitt aprs les
champignons. Le vinaigre encore neutralise leurs qua-
lits vnneuses. . ,
Silphium, 7.
XLVin. Les champignons doivent leur naissance la
pluie: il en est de mme du silphium. Au commencement,
le silphium venait de la Cyrnaque, comme nous l'avons
dit ; aujourd'hui on l'apporte le plus communment de
la Syrie : il vaut mieux que celui de la Mdie , mais il
est infrieur celui des Parthes. On n'en trouve plus dans
la Cyrnaque , ainsi que nous l'avons fait observer. On
%
8o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
odorat, ut bibatur mensura acetabuli a balineis. Radix
prodest arteriis exasperatis : et collectionibus sanguinis
illinitur. Sed in cibis concoquitur aegre. Inflationes facit
et ructus. Urin quoque noxia. Sugillatis cum vino et
oleo amicissima , et cum cera strumis. Verrucae sedis
crebriore ejus sufftu cadunt.
Laser , xxxix.
XLIX. Laser e silphio profluens, quo diximus modo,
inter eximia naturae dona numeratum, plurimis compo-
sitionibus inseritur. Per se autem algores excalfacit ,
potum nervorum vitia extnut. Feminis datur in vino.
Et lanis moUibus admovetur vulv ad menses ciendos.
Pedum clavos circumscarificalos ferro , mixtum cerae
cxtrabit. Urinam ciet ciceris magnitudine dilutum.
. Andras spondet , copiosius sumptum nec inflationes
facere, et concoctioni plurimum conferre senibus et fe-
minis : item hieme, quam aestate, utilius, et tum aquam
l)ibentibus : cavendumque ne qua intus sit exulceratio.
Ab aegjfitudine recreationi efficax in cibo. Tempestive
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. Si
emploie en mdecine les feuilles de silphium pour purger
la matrice et en expulser le ftus mort ; on les fait
bouillir dans du vin blanc aromatis, qu'on doit pren-
dre , la dose d'un actabule , au sortir du bain. La
racine est bonne pour les irritations de la gorge , et
s'applique avec succs sur les dpts sanguins ; mais ,
lorsqu'on la mange, elle est d'une digestion difficile et
cause des vents et des rapports. Elle nuit, en outre,
l'coulement des urines. Avec de l'huile et du vin ,
elle est excellente pour les meurtrissures ; et avec de
la cire, pour les crouelles. Un parfum de cette racine,
souvent ritr , fait tomber les verrues l'anus.
Du laser , Sg.
XLIX. Le laser, qui n'est que le suc du silphium ,
comme nous l'avons dit prcdemment , est un des
nidicamens les plus prcieux, et entre dans une infinit
de compositions utiles. Employ seul , il rchauffe les
parties engourdies par le froid ; en potion , il apaise les
maux de nerfs. Les femmes le prennent dans du vin.
En pessaire avec de la laine , il provoque le flux men-
struel; en onguent avec de la cire, il dtruit les cors
aux pieds , si l'on a soin auparavant de les scarifier tout
autour avec un instrument de fer. Pris dtremp, la
grosseur d'un pois chiche , il pousse les urines.
Andras garantit qu'aval en certaine quantit il ne
cause aucun gonflement d'estomac, et facilite la diges-
tion des femmes et des vieillards. Il convient mieux
l'hiver que l't , surtout quand on ne boit que de
l'eau ; mais on doit s'en abstenir quand il existe quelque
ulcre interne. Il est bon pour rtablir les forces dans
xrv. 6
8a C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
enim datum, cauterii vim obtlnet : adsuetis etiam iiti-
lius, quam expertibus.
Ad extera corporum , indubitata confessiones habet.
Venena telorum et serpentium extinguit potum : ex
aqua vulneribus his circumiinitur : scorpionum tantum
plagis ex oleo : ulceribus vero non maturescentibus cum
farina hordeacea, vel fico sicca. Carbunclis cum ruta,
vel cum melle, vel per se visco superlitum, ut haereat :
sic et ad canis morsus. Excrescentibus circa sedem, cum
tegmine punici mali ex aceto decoctum. Clavis, qui
vulgo morticini appellantur, nitro mixto. Alopecias
nitro ante subactas replet cum vino , et croco , aut pi-
pere , aut murium fimo , et aceto. Perniones ex vino
fovet, et ex oleo coctum imponitur : sic et callo. Clavis
pedum superrasis praecipuae utilitatis. Contra aquas
malas, pestilentes tractus, vel dies.
In tussi , uva , fellis veteri suffusione , hydropisi ,
raucitatibus : confestim enim purgat fauces vocemque
reddit. Podagras in spongia dilutum posca lenit. Pleu-
riticis in sorbitione vinum poturis datur : contractioni-
bus , opisthotonicis , ciceris magnitudine cera circumli-
tum. In angina gargarizatur. Anhelatoribus , fet in tussi
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 83
la convalescence. Appliqu temps, il produit l'effet
d'un cautre. En gnral , il est plus salutaire ceux
qui sont accoutums d'en prendre, qu' ceux qui n'en
ont point encore fait usage.
Pour les maladies extrieures , il est d'une utilit g-
nralement avoue. En potion , il neutralise le venin des
serpens et des traits empoisonns ; on l'applique avec
de l'eau sur ces sortes de plaies ; avec de l'huile , sur
les piqres des scorpions ; avec de la farine d'orge ou
des figues sches , sur les ulcres qui ne viennent point
maturit. On l'emploie , avec de la rue ou avec du
miel, pour les charbons et pour les morsures des chiens,
ou seulement avec quelque substance visqueuse, pour
le faire tenir. Cuit avec une corce de grenade dans du
vinaigre, il dtruit les excroissances l'anus; avec du
nitre , il gurit les durillons ou cors aux pieds ; avec
du vin et du safran , ou du poivre , ou avec de la fiente
de rats et du vinaigre , il est bon pour l'alopcie; mais
on doit d'abord se frotter la tte avec du nitre. Il s'em-
ploie en fomentation avec du vin , ou s'applique , cuit
dans de l'huile , sur les engelures et sur les durillons.
Il est excellent pour les cors aux pieds , si l'on a soin de
les couper auparavant. C'est encore un utile prservatif
contre les eaux malsaines et contre les maladies pid-
miques qui ont pour cause le sol ou la temprature.
On le prescrit pour la jaunisse invtre, l'hydropisie,
la chute de la luette, la toux et l'enrouement, car il
nettoie sur-le-champ la gorge et rtablit la voix. Dlay
dans de l'oxycral et appliqu avec une ponge, il calme
les douleurs de la goutte. On l'ordonne dans du bouillon
pour la pleursie ; on fait prendre ensuite aux malades un
peu de vin. Pour les. contractions nerveuses et l'opistho-
G.
84 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
vetusta cum porro ex aceto datur : que ex aceto his
qui coagiilum lactis sorbuerint. Praecordiorum vitiis syn-
tecticis, comitialibus in vino, in aqua mulsa linguae pa-
ralysi. Coxendicibus et lumboruin doloribus cum de-
coclo melle illinitur.
Non censuerim, quod auctores suadent, ca vernis den-
tium in dolore inditum cera includi ; magno experi-
mento hominis, qui se ea de causa praecipitavit ex alto.
Quippe tauros inflammat naribus illitis : serpentes avi-
dissimas vini admixtum rurapit. Ideo nec inungi suase-
rim cum attico melle, licet prcipiant. Quas habeat
utiltates admixtum aliis , immensum est referre : et
nos simplicia tractamus : quoniam in his naturam esse
apparet, in illis conjecturam spius fallacem, nulli satis
custodita in mixturis concordia natur ac repugnantia.
Qua de re mox plura.
' De melle. Propolis, v. Mellis , xvi.
L. i[\. Non esset mellis auctoritas in pretio minor,
quam laseris, ni ubique nasceretur. Illud ipsa fabricata
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXII. 85
tone , on en forme , avec de la cire , des pilules de la
grosseur d'un pois chiche. On l'emploie en gargarisme
dans l'esquinancie. Pour la courte haleine et les toux
invtres , on le fait prendre dans du vinaigre avec
du suc de porreau , et avec du vinaigre seulement
ceux qui ont pris du lait caill. On le prescrit dans
les maladies de poitrine ou dans les consomptions ; avec
du vin , dans Tpilepsle ; avec de l'eau mielle , dans
la paralysie de la langue. On l'applique avec du miel
cuit pour la sciatique et les douleurs des lombes.
Pour l'odontalgie , je ne conseillerais pas , comme
quelques auteurs , de l'introduire avec de la cire dans le
creux d'une dent carie; car j'ai vu un homme, aprs avoir
employ ce remde , se prcipiter du haut de sa mai-
son. On remarque en effet que le laser, appliqu sur le
mufle des taureaux , les chauffe prodigieusement. Ml
avec du vin , il fait prir les serpens, qui sont trs-avides
de cette liqueur : aussi ne serais-je pas d'avis qu'on s'en
frottt les gencives avec du miel attique, malgr le conseil
des mmes auteurs. Je ne finirais point si je rapportais
tous les diffrens usages des compositions o l'on fait
entrer le laser ; nous ne traitons ici que des remdes
simples, o la nature seule agit d'une manire sensible;
dans les autres , on n'est guid que par des conjectures
trop souvent trompeuses, parce qu'on n'observe pas assez
l'analogie ou l'opposition rciproque des ingrdiens qu'on
emploie. INous reviendrons sur ce sujet avec plus de
dtails.
Du miel. De la propolis, 5. Du miel mme, i6.
L. 24. Le miel serait une production tout aussi pr-
cieuse que le laser, si elle tait moins commune. La na-
t
%6 0.; C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXU.
sit natura : sed huic gignendo animal , ut diximus ;
innumeros ad usus, si quoties misceatur, aestimemus.
Prima propolis alvorum (de qua diximus) aculeos et
omnia infixa corpori extrahit, tubera discutit, dura con-
coquit, dolores nervorum mulcet, ulceraque jam despe-
rantia in cicatricem cludit.
Mellis quidem ipsius natura talis est, ut putrescere
corpora non sinat, jucundo sapore atque non aspero,
alia quam salis natura. Faucibus , tonsillis , anginae ,
omuibusque oris desideriis utilissimum, arescentique in
febribus lingu. Jam vero peripneumonicis , pleuriticis
decoctum. Item vulneribus, a serpente percussis. Et
contra venena fungorum. Paralyticis in mulso : quam-
quam suae mulso dotes constant. Mel auribus instillatur
cum rosaceo : lendes et fda capitis animalia necat.
Usus despumati semper aptior : stomachum tamen in-
flat , bilem auget , fastidium crt , et oculis per se
inutile aliqui arbitrantur. Rursus quidam angulos exul-
ceratos melle tangi suadent. Mellis causas , atque diffe-
rentias , nationesque , et indicationem , in apium , ac
deinde florum natura diximus, quum ratio operis dividi
cogeret miscenda rursus , naturam rerum pernoscere
volentibus.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 87
ture seule produit le laser ; mais , pour le miel , elle a
cr un animal particulier, comme nous l'avons dit. Ses
usages sont innombrables , si nous considrons les di-
verses compositions o on le fait entrer.
La substance qui se trouve l'entre des rucbes, et
que nous avons nomme propolis , fait sortir des plaies
les pointes et les corps trangers qui y sont engags;
elle rsout les tumeurs, amollit les durets, calme les
maux de nerfs , et sche les ulcres les plus rebelles
se cicatriser.
Le miel lui-mme a la proprit de prserver les
corps de la pourriture , quoiqu'il ait la saveur douce ,
agrable , et totalement oppose la nature du sel. Il
est trs-utile dans les inflammations de la gorge et des
amygdales , dans l'esquinancie et toutes les maladies de
la bouche. Dans la fivre, on le prescrit aux malades qui
ont la langue sche ; et en dcoction , pour la pripneu-
monie, la pleursie , et aussi pour les plaies, la morsure
des serpens et les champignons vnneux. Pris dans du
vin miell , qui d'ailleurs a des vertus particulires , il
est bon pour la paralysie. On l'introduit dans les oreilles
avec de l'huile rosat. Il fait prir la vermine de la tte ,
et les lentes qui la produisent. Il est toujours meilleur
quand on a eu soin de l'cumer : nanmoins il gonfle
l'estomac, augmente la bile, cause des dgots, et, em-
ploy seul , nuit la vue , selon certains auteurs ;
d'autres , au contraire , recommandent d'en frotter les
ulcres qui se forment aux angles des yeux. Quant aux
principes du miel, ses diffrentes espces, au prix et
la qualit de chacune , nous en avons parl d'abord
en traitant des abeilles , ensuite en traitant dos fleurs ;
car le plan de notre ouvrage nous a forcs de sparer
C. PLINIl HIST. NAT. LIB. XXII.
Quo gnre ciborUm mores quoque mutentur.
LI. In mllis operibus et aqua mulsa tractari dbet.
Duo gnera ejus ; subit ac recentis, alterum invete-
rat. Repentina despuraato melle praeclaram utilitatem
habet in cibo segrotantium levi , hoc est , alic elut :
viribus recreandis , ore stomachoque mulcendo , ardore
refrigerando. Frigidam enim utilius dari ventri mol-
liendo , invenio apud auctores. Hune potum bibendum
alsiosis : item animi humilis et praeparci, quos illi dixere
micropsychos. Et est ratio subtilitatis immens a Pla-
tone descendens : corpusculis rerum laevibus , scabris ,
angulosis, rotundis, magis aut minus ad aliorum natu-
ram accedentibus : ideo non eadem omnibus amara aut
dulcia esse. Sic et in lassitudine proniores esse ad ira-
cundiam , et in siti. Ergo et haec animi asperitas , seu
potius animse , dulciore succo mitigatur. Lenit transi-
tum spiritus , et molliores facit meatus , ne scindant
euntem redeuntemque.
Exprimenta in se cuiquc : nullius non ira luctusquc,
tristitia et omnis animi impetus cibo mollitur. Ideoquc
^
HISTOIRE NATURELLE , LI V. XXII. 89
des objets qu'il faut runir si l'on veut connatre fond
les merveilles de la nature.
Quelles espces d'alimens influent sur les murs.
LI. En parlant des vertus du miel , nous ne devons
pas omettre l'eau mielle (hydromel ). Il y en a de deux
sortes , la vieille et la nouvelle : celle-ci se prpare
l'instant avec du miel cume et purifi. Elle est excel-
lente pour les malades qui ne prennent qu'une nourri-
ture lgre , comme Valica lave , car elle rtablit les
forces , humecte la bouche et l'estomac, et en apaise
les ardeurs par sa vertu rafrachissante. Prise froide,
elle est, selon quelques auteurs, plus utile pour amol-
lir et relcher le ventre. Ils recommandent ce breu-
vage ceux qui sont naturellement froids , et ceux
qui ont le temprament faible et abattu , et qu'ils ap-
pellent micropsjchi. Platon nous a laiss ce sujet un
systme extrmement subtil. Suivant ce philosophe , les
molcules des corps tant unies ou raboteuses , angu-
leuses ou rondes, affectent diffremment , selon les dif-
frens rapports qu'ils ont avec nos organes : voil pour-
quoi les mmes choses ne sont pas galement douces ou
amres pour toutes sortes de personnes. C'est ainsi que ,
dans la soif ou dans la fatigue, on se trouve plus enclin
la colre. Pour adoucir cette aigreur de l'esprit , ou
plutt des esprits, on devra faire usage d'un breuvage
doux, qui amollit et dbarrasse les conduits de la res-
piration , afin que l'air, ce principe de la vie, puisse y
passer sans dchirer les canaux qu'il parcourt.
Il n'est personne qui n'ait reconnu, par sa propre
exprience , que la nourriture calme la colre , l'afflic-
m
90 C. PLINII HLST. NAT. LIB. XXII.
observanda sunt, qu non solum corporum medictnani,
sed et morura habent.
De aqua mulsa, xvm.
Ln. Aqua mulsa et tussientibus utilis traditur, cale-
facta invitt vomitiones. Contra venenum psimmythii
salutaris , addito oleo. Item contra hyoscyamum , cum
lact maxime asinino , et contra halicacabum , ut dixi-
mus. Infunditur et auribus, et genitalium fstulis. Vulvis
imponitur cum pane molli, subitis tumoribus, luxatis ,
leniendisque omnibus. Inveteratae usum damnavere po-
steri, minus innocentem aqua miuusque vino firraum.
Longa tamen vetustate transit in vinura, ut constat
ioter omnes , stomacho inutilissimum , nervisque con-
trarium.
Mulsum, VI.
LUI. Seraper mulsum ex vetere vino utilissimum ,
facillimeque cum melle concorporatur, et quod in dulci
numquam evenit. Ex austero factura non implet stoma-
chum, neque ex decocto melle, minusque iuflat, quod
fere evenit. Adpetendi quoque rcvocat aviditatem cibi.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIL 91
tion , la tristesse , et les autres mouvemens imptueux,
de l'me. Aussi nos observations ne se borneront-elles?
pas aux remdes considrs sous les rapports physiques :
nous examinerons encore leur effet moral.
Remdes tirs de l'eau mielle ( hydromel ) , i S.
LU. L'eau mielle est encore bonne pour la toux ;
chaude, elle provoque le vomissement; avec de l'huile,
c'est un contre-poison de la cruse. Elle neutralise les
mauvais effets de la jusquiame , surtout si on la prend
avec du lait d'nesse.Elle n'est pas moins salutaire contre
l'halicacabum , comme nous l'avons dj remarqu. On
l'emploie en injection pour les maux d'oreilles , et pour
les fistules des parties gnitales. On l'applique, avec du
pain tendre , pour les maladies de la vulve , pour les
tjumeurs subites , pour les luxations , et enfin dans tous
les cas o il est besoin d'amollir et de rsoudre. On
rejette aujourd'hui l'usage de l'hydromel vieilli , comme
tant moins sain que l'eau pure et moins efficace que
le vin : nanmoins, lorsqu'on le garde long -temps, il
passe l'tat vineux ; mais on convient gnralement
qu'il est alors nuisible l'estomac, et qu'il attaque les
nerfs.
Du vin miell ,6, .
LUI. Quant au vin miell , le meilleur est celui qui
se fait avec du vin vieux ; le miel s'y mle trs-facile-
ment , ce qui n'a pas lieu avec du vin doux nouveau.
Celui que l'on compose avec du vin rude et sec , ou
avec du miel cuit, a l'avantage de ne pas gonfler l'es-
tomac et d'tre moins flatueux , inconvnient ordinaire
9 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
Alvum mollit frigido potu , pluribus calido sistit. Cor-
pora auget. Multi senectam lorigam mulsi tantum nu-
tritu toleravere, neque alio ullo cibo, celebri Pollionis
Romilii exemple. Centesimum annum excedentem eum
divus Augustus hospes interrogavit , quanam maxime
ratione vigorem illum animi corporisque custodisset.
At ille respondit : Intus miilso, foris oleo. Varro re-
gium cognominatum morbum arquatum tradit, quoniam
mulso curetur.
Melitites, m.
LIV. Melitites quo fieret modo ex musto.et melle,
docuimus in ratione vini. Saeculis jara fieri non arbitrer
hoc genus, inflationibus obnoxium. Solebat tamen in-
veteratum alvi causa dari in febre : item articulario
morbo, et nervorum infirmitate laborantibus, et mulie-
ribus vini abstemiis.
Cera , viii.
LV. Mellis naturae adnexa cera est : de cujus origine,
bonitate , nationibus , suis diximus locis. Omnis autem
mollit , calefacit , explet corpora ; recens melior. Datur
in sorbitione dysentericis , favique ipsi , in pulte alic
prius tost. Adversatur lactis naturae : ac milii magni-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. g5
du vin miell. Cette boisson ranime l'apptit. Prise
froide, elle lche le ventre; prise chaude, elle le resserre
pour l'ordinaire. Le vin miell augmente l'embonpoint;
plusieurs mme sont parvenus une extrme vieillesse
par l'usage seul du pain tremp dans cette liqueur pour
toute nourriture. Romilius Pollion nous en fournit un
exemple remarquable : il avait plus de cent ans lorsque
l'empereur Auguste , qui logeait chez lui , s'informa
comment il avait pu se maintenir dans cette vigueur
de corps et d'esprit jusqu' un ge si avanc. Le vieil-
lard lui rpondit : En humectant de vin miell le dedans,
et d'huile le dehors. Suivant Varron, la jaunisse se gu-
rit avec cette boisson, et voil pourquoi les Latins l'ont
appele le mal de roi (^morbus regius).
Du melitites , 3.
LIV. En traitant des vins , nous avons indiqu la
manire de composer le melitites avec du miel et du
mot ; mais ce breuvage donne des vents , et depuis
long-temps on a renonc son usage. Nanmoins on le
faisait prendre autrefois pour lcher le ventre dans la
fivre, pour la goutte , pour les faiblesses de nerfs, et
on en donnait aussi aux femmes , qui ne buvaient pas
de vin.
De la cire ,8.
LV. Nous ne pouvons parler du miel sans dire un
mot de la cire. Nous avons indiqu ailleurs son origine ,
ses qualits et ses diffrentes espces : toutes ont la
vertu d'chauffer, d'amollir, et de remplir de nouvelle
chair le vide des plaies. La nouvelle est toujours la meil-
leure. On l'ordonne dans du bouillon pour la dysente-
94 C. PLTNII HIST. NAT. LIB. XXII.
ludine deceni grana erae hausta non patiuntur coagu-
lari lac in stomacho. Si inguen tumeat, albam ceram in
pube fixisse remedio est.
Contra compositiones medicorum.
LVI. Nec hujus usus, quos mixta aliis praestat, enu-
merare medicina possit : sicuti nec ceterorum , quse cum
aliis prosunt. Ista , ut diximus , ingeniis constant. Non
fecit cerotum, malagmata, emplastra, collyria, antidota,
parens illa ac divina rerum artifex : offcinarum hc ,
immo verius avaritiae commenta sunt. Natiir quidem
opra absoluta atque perfecta gignuntur : paucis ex
causa, non ex conjectura, rbus adsumptis, ut succo
aliquo sicca temperentur ad meatus : aut corpore alio
humentia , ad nexus. Scripulatim quidem colligere ac
miscere vires, non conjectur humanse opus, sed im-
pudenti est.
Nos nec indicarum arabicarumque mercium, aut ex-
terni orbis adtingimus medicinas. Non placent remediis
tam longe nascentia : non nobis gignuntur : immo
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIL yS
rie. Les rayons de miel se prennent , pour le mme
cas, dans la bouillie di'alica rtie. La cire combat les
mauvais effets du lait ; elle l'empche de se cailler dans
l'estomac , si l'on en prend dix pilules de la grosseur
d'un grain de millet. La cire blanche est un bon re-
mde pour les enflures des aines , si on l'applique sur
la rgion du pubis.
Contre les compositions mdicinales.
LVI. Quant aux usages de la cire mle d'autres
remdes , il est aussi impossible de les dtailler ici ,
qu'il serait inutile de l'entreprendre pour les autres
substances qui entrent dans les compositions mdici-
nales : toutes sont dues l'imagination des mdecins.
La nature, cette mre bienfaisante de tous les tres, n'a
point invent les crats, les empltres, les collyres, les
antidotes; ce sont toutes inventions de la mdecine, ou
plutt de la cupidit. Les ouvrages de la nature sortent
entiers et parfaits de ses mains ; elle ne permet que les
compositions les plus simples, o la raison nous guide,
et non la conjecture; ainsi nous mlons aux substances
sches une liqueur qui leur sert de vhicule , ou aux
mdicamens liquides une substance solide qui leur donne
de la consistance. Mais prtendre runir par poids et par
mesure les vertus de diffrens mdicamens pour n'en
former qu'un seul , ce n'est pas une chimre seulement ,
c'est une vritable charlatanerie.
Nous ne traiterons pas des mdicamens qu'on tire
de l'Inde, de l'Arabie et des autres climats trangers.
Nous n'approuvons pas les remdes qui viennent de si
loin : ils ne sont pas faits pour nous , pas mme pour
96 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
ne illis quldem, alioqui non venderent. Odorum causa,
unguentorumque, et deliciarum, si placet, etiam super-
stitionis gratia emantur , quoniam thure supplicamus
et costo. Salutem quidem sine istis posse constare ,
vel ob id probabimus, ut tanto magis sui delicias
pudeat.
Medicinae ex frugibus. Siligine, i. Tritico, i. Palea, ii. Farre, i.
Furfuribus, i. Olyra, arinca, ii.
LVII. 2^. Sed medicinas e floribus coronamentisque
et hortensiis , quoique manduntur herbis , prosecuti ,
quonam modo frugum omittimus? Nimirum et bas in-
dicare conveniat. In primis sapientissima animaHuni
esse constat, quse fruge vescantur. Siliginis grana com-
busta, et trita in vino amineo, ocubs iUita epiphoras
sedant : tritici vero ferro combusta iis, quae frigus usse-
rit, praesentaneo sunt remedio. Farina tritici ex aceto
cocta , nervorum contractionibus : cum rosaceo vero et
fico sicca, myxisque decoctis, furfures tonsiUis fauci-
busqu gargarizatione prosunt. Sextus Pomponius prae-
torii viri pater, Hispani Citerions princeps , quum
horreis suis ventilandis praesideret , correptus dolore
podagrae , mersit in triticuni sese super genua : leva-
tusque siccatis pedibus mirabilem in niodum, hoc postea
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 97
ceux dans le pays desquels ils naissent , autrement ils
ne s'en dferaient pas en faveur des trangers. Qu'on
les achte, si l'on veut, titre d'essences et de par-
fums ; qu'on les fasse servir aux dlices de la vie , ou
mme pour l'appareil superstitieux des sacrifices, puis-
qu'on implore les dieux en brlant le costus et l'encens;
mais nous prouverons qu'ils sont inutiles la sant,
ne ft-ce que pour faire rougir le luxe de sa mollesse et
de sa frivolit.
Remdes tirs des grains. Du siligo, i. Du froment, i. Del
paille , 2. Du far, i. Du son, i. De l'olyra ou arinca, a.
'm
LVII. 26. Aprs avoir indiqu les vertus mdicinales
des fleurs , des herbes qui servent aux couronnes , des
plantes comestibles et potagres , pourrions-nous passer
sous silence les remdes que fournissent les bls? C'est
un devoir d'examiner , sous ce rapport , les crales ,
aliment principal du plus sage des animaux. Les grains
du siligo, rtis, pulvriss, et appliqus avec du vin
aminen , apaise les fluxions des yeux. Les grains du
froment , rtis sur une plaque de fer, s'appliquent avec
succs sur les parties geles par la violence du froid.
La farine de ce bl, cuite dans le vinaigre, est bonne
pour les contractions de nerfs; le son, employ en gar-
garisme, aprs avoir bouilli dans de l'huile rosat avec
des figues sches et des sbestes , est utile pour les
inflammations de la gorge et des amygdales. Sextus
Pomponius , qui tenait le premier rang dans l'Espagne
Citrieure, et dont le fils a t prteur, tant un jour
occup faire vanner ses grains, fut saisi d'une vio-
lente attaque de goutte : il s'enfona jusqu'au dessus
XIV. 7
98 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
remedio usus est. Vis tanta est , ut cados plenos siccet,
Paleam quoque tritici , vel hordei , calidam imponi ra-
micum incommodis expert! jubent, quaque decoctae sunt
aqua foveri. Est et in farre vermiculus teredini similis :
quo cavis dentium cera incluso, cadere vitiati dicuntur,
etiam si fricentur. Olyram , arincam diximus vocari.
Hac decocta ft medicamentum , quod vEgyptii atheram
vocant , infantibus utilissimum : sed et adultos illi-
nunt eo.
E farina per gnera : niedicinae xxviii.
LVIII. Farina ex hordeo et cruda et decocta colle-
ctiones, impetusque discutit, lenit, concoquitque. De-
coquitur alias in mulsa aqua aut fico sicca. Jocineris
doloribus cum posca concoqui opus est , aut cum vino.
Quum vero inter coquendum discutiendumque cura est,
tune in aceto melius, aut in faece aceti, aut in cotoneis,
pirisve decoctis. Ad multipedarum morsus cum melle :
ad serpentium , in aceto : et contra suppurantia , ad
extrahendas suppurationes , ex posca , addita rsina et
^alla. Ad concoctiones vero, et ulcra vetera, cum re-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 9g
des genoux dans un tas de bl , et l'humeur qui s'tait
porte sur les jambes tant subitement dessche , il se
trouva soulag, et ne recourut dans la suite qu' ce
seul remde. La vertu dessiccative du bl est si grande ,
qu'il peut tarir des tonneaux de liqueur. La paille du
froment et de l'orge, applique chaude, est un remde
prouv pour les hernies. L'eau dans laquelle on l'a fait
bouillir est employe en fomentation. On trouve dans le
jar un ver semblable au trdon. On lui attribue la vertu
de faire tomber les dents gtes ; on l'introduit , enve-
lopp avec de la cire, dans le trou de la carie, ou bien
mme on se contente d'en frotter la dent malade. Uolyra ,
appel aussi arinca, comme nous l'avons dit ailleurs,
donne une sorte de bouillie trs-bonne pour les enfans.
Les Egyptiens l'appellent athera ; ils en font aussi des
cataplasmes pour les adultes.
De diverses espces de farines; remdes, 28.
LVIII. La farine d'orge , crue ou cuite , apaise les
inflammations, amollit et fait aboutir les abcs : quelque-
fois aussi on la fait cuire dans de l'eau mielle ou avec
des figues scli^es. Pour les maladies du foie , on doit la
faire cuire dans du vin ou de l'oxycrat. Si l'on veut mrir
et faire aboutir un abcs, il est plus propos de l'em-
ployer cuite avec de la lie de vinaigre , ou du vinaigre
mme , ou bien avec des coings ou des poires. Avec
du miel , elle remdie la morsure des chenilles veni-
meuses ; avec du vinaigre , la morsure des serpens ;
avec de l'oxycrat, de la rsine et de la noix de galle,
elle mrit les abcs et les fait suppurer ; avec la rsine
seule , elle fait aboutir les abcs et gurit les ulcres
loo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
sina. Ad duritias cum fimo columbarum, aut fico sicca,
aut cinere. Ad nervorum inflammationes, aut intestlno-
rum , vel laterum , vel virilium dolores , cum papavere
aut meliloto, et quoties ab ossibus caro recedit. Ad
strumas cum pice et impubis pueri urina, cum oleo.
Cum graeco feno contra tumores praecordiorum , vel in
febribus cum melle vel adipe vetusto.
Siippuratis triticea farina multo lenior. Nervis cum
hyoscyami succo illinitur : ex aceto et melle, lentigini.
Ze , ex qua alicam fieri diximus , efficacior etiam hor-
deacea videtur : trimestris, moliior. Ex vino rubro ad
scorpionum ictus tepida, et sanguinem exscreantibus :
item arteriae. Tussi cum caprino sebo , aut butyro. Ex
feno graeco mollissima omnium. Ulcra manantia sanat,
et furfures corporis, stomachi dolores, pedes et mam-
mas cum vino et nitro cocta. ^rina magis ceteris pur-
gat ulcra vetera, et gangraenas : cum raphano et sale
et aceto , lichenas : lepras cum sulphure vivo : et capitis
dolores cum adipe anserino imposita fronti. Strumas et
panos coquit, cum fimo columbino et lini semine de-
cocta in vino.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIL loi
invtrs; avec de la fiente de pigeon , des figues sches
ou de la cendre , elle rsout les tumeurs dures ; avec le
pavot ou le mlilot, elle est bonne pour les inflammations
des nerfs et des intestins , pour les douleurs des cts
et des parties gnitales, et pour les cas o la chair se
spare des os. On l'applique, avec de la poix, de l'huile
et de l'urine d'enfant, sur les crouelles; avec du fenu-
giec , sur les tumeurs des parties nobles ; ou avec du
miel et de la vieille graisse , s'il y a de la fivre.
La farine de froment fait mrir plus doucement les
abcs. On l'applique avec du suc de jusquiame pour
les maladies de nerfs ; avec du vinaigre et du miel ,
pour les taches de rousseur. La farine de zea, dont on
fait Vaica , a plus de vertu que la farine d'orge ; celle
du bl de trois mois (bl de mars) agit avec moins de
force. On l'emploie tide, avec du vin rouge, pour les
piqres des sorpions, pour les crachemens de sang et les
maux de gorge ; et avec du beurre ou du suif de chvre,
pour la toux. La farine du fenugrec est la plus douce
de toutes. Cuite avec du vin et du nitre , elle gurit
les ulcres humides, les douleurs de l'estomac, des pieds,
des mamelles, et les dartres farineuses. I^a farine A^aira
( ivraie) est la plus efficace pour dterger les ulcres inv-
trs et les chairs gangrenes. Avec du sel , du vinaigre et
des raiforts , elle s'applique sur les dartres ; et avec du
soufre vif, sur la lpre. Mise sur le front avec de la
graisse d'oie , elle calme les douleurs de tte. Cuite dans
du vin avec de la fiente de pigeon et de la graine de
lin , elle rsout les crouelles et les tumeurs rysip-
lateuses.
I02 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
E polenta, viii.
LIX. De polentae generibus in frugum loco satis dixi-
mus , locorum ratione. A farina hordei distat eo quod
torretur, ob id stomacho utilis. Alvum sistit, impetusque
rubicundi tumoris. Et oculis illinitur, et capitis dolori
cum menta , aut alia rfrigrante herba. Item pernioni-
bus et serpentium plagis : item ambustis ex vino. Inhibet
quoque pusulas.
E polline , v. Pulte, i. Farina chartaria , i.
LX. Farina in pollinem subacta , vim extrahendi hu-
moris habet : ideo et cruore suffusis in fascias usque
sanguinem perducit : efficacius in sapa. Imponitur et
pedum callo, clavisque. Nam cum oleo vetere ac pice
decocto polline , condylomata , et alia omnia sedis vitia ,
quam maxime calido mirabilem in modum curantur.
Pulte corpus augetur. Farina , qua chartae glutinan-
tur, sanguinem exscreantibus dalur tepida sorbenda
eficaciter.
Ex aUca, vi.
LXI. Alica res romana est, et non pridem excogi-
tata : alioqui non ptisanae potius laudes scripsissent
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. io3
De la polenta ( gruau ) , 8.
LIX. En traitant des crales , nous avons parl du
gruau , et des diffrentes manires de le prparer en
diffrens pays. Le gruau n'est que de la farine d'orge
qu'on a fait rtir; c'est ainsi qu'elle devient utile l'es-
tomac. 11 arrte le flux de ventre et gurit les tumeurs
inflammatoires. On l'applique sur les yeux malades, et,
avec de la menthe ou quelque autre plante rafrachissante,
pour calmer le mal de tte. C'est un bon topique pour
les engelures, pour la morsure des serpens, et, avec
du vin , pour les brlures. Il empche aussi l'ruption
des boutons.
Du pollen , 5. De la bouillie , i. De la farine qui sert eoUer le
papyrus, i.
LX. La fleur de farine , en pte , attire les humeurs
au dehors. Applique sur les meurtrissures , elle en fait
sortir le sang de telle smte, que les bandages en sont
pntrs. Elle est encore plus efficace employe avec du
vin cuit. On en fait des empltres pour les durillons
et les cors aux pieds. Cuite avec de la vieille huile et
de la poix , et applique le plus chaudement possible ,
c'est un remde excellent pour les condylomes, et toutes
les autres maladies de l'anus. La bouillie engraisse , et
la pte qui sert coller le papier, prise un peu chaude,
est bonne pour l'hmoptysie.
De l'alica , 6.
LXI. l^alica est un mets particulier aux Romains , et
qui n'a t invent que depuis pci! j autrement, les Grecs
104 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
Graeci. Nondum arbitrer Pompeii Magrii aetate in iisu
fuisse, et ideo vix quidquam de ea scriptum ab Ascle-
piadis schola. Esse quidem eximie utilem nemo dubitat,
sive eluta detur ex aqua mulsa , sive in sorbitiones de-
cocta, sive in pultem. Eadem in alvo sistenda torre-
tur : dein favorum cera coquitur , ut supra diximus.
PecuHariter tamen longo morbo ad tabitudinem redactis
subvenit, ternis ejus cyaihis in sextarium aquae sensim
decoctis, donec omnis aqua consumatur. Postea sexta-
rio lactis ovilli aut caprini addito per continues dies ,
mox adjecto melle. Tali sorbitionis gnre emendantur
syntaxes.
E milio , VI.
LXII. Milio sistitur alvus, discutiuntur termina, in
quem usum torretur an te. Nervorum doloribus, et aliis,
fervens in sacco imponitur : neque aliud utilius : quo-
niam levissimum mollissimumque est, et caloris capa-
cissiinum. Itaque talis usus ejus est ad omnia, quibus
calor profuturus est. Farina ejus cum pice liquida , ser-
pentium et multipedse plagis imponitur.
E panico, iv.
LXIII. Panicum Diodes medicus mel frugum ap-
pellavit. Effectus habet, quos niilium. In vino potum
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. io5
l'eussent vante prfrablement l'orge mond , ou pti-
sana. Je ne crois pas mme qu'elle ft connue du temps de
Pompe, car peine en est-il fait mention dans les crits
de l'cole d'Asclpiade. Tout le monde convient qu'elle
est trs-salutaire prise en crme, ou dans de l'eau miel-
le, ou en bouillie. Rtie, elle arrte le cours de ventre;
ou bien , comme nous l'avons dit plus haut , on la fait
cuire avec des rayons de miel ; mais elle convient par-
ticulirement dans la disposition au marasme la suite
d'une longue maladie. On en fait cuire trois cyathes ,
petit feu , dans un setier d'eau , jusqu' ce que l'eau
soit toute consomme. On y ajoute ensuite un setier de
lait de chvre ou de brebis , avec du miel ; cette espce
de potage , continue plusieurs jours de suite , remdie
l'puisement et rappelle les forces.
Du mlium ( pans ? ) , 6.
LXII. Le milium rti gurit la colique et la diarrhe ;
on l'applique chaud, dans un sachet, pour les douleurs,
et particulirement pour celles des nerfs : c'est le meil-
leur topique en pareil cas , car il est extrmement mou
et lger, et conserve long-temps sa chaleur : aussi l'em-
ploie-t-on dans toutes les occasions oii il est besoin d'-
chauffer la partie afflige, La farine de milium s'applique,
avec de la poix liquide, sur la morsure des serpens et des
chenilles venimeuses.
Du panicum (mlUet?), 4.
LXIII. l^e panicum y que le mdecin Diocls appelle
le miel des bls, a les mmes proprits que le milium.
io6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
prodest dyseutericis. Similiter his quae vaporanda sunt ,
excalfactum imponitur. Sistit alvum in lact caprino
decoctum , et bis die haustum : sic prodest et ad
tormina.
E sesama, vu. Sesamoide, m. Anticyrico, iv.
LXIV. Sesama trita in vino sumpta , inhibet vomi-
tiones. Aurium inflammationi illinitur , et ambustis.
Eadem effcit, et dum in herba est. Hoc amplius, ociilis
imponitur decocta in vino. Stomacho inutilis cibus , et
animse gravitatem facit. Stellionum morsibus resistit.
Item ulceribus, quae cacoethe vocant, et auribus, oleum,
quod ex ea fit, prodesse diximus.
Sesamoides a similitudine nomen accepit, grano
amaro , folio minore. Nascitur in glareosis. Detrahit
bilem in aqua potum. Semen illinitur igni sacro : discu-
tit panos. Est etiamnum aliud sesamoides Anticyr
nascens, quod ideo aliqui Anticyricon vocant : cetera
simile erigeronti herb , de qua suo dicemus loco :
grano sesamae. Datur in vino dulci ad detractiones ,
quantum tribus digitis capitur, miscentque ellebori albi
unum et dimidium obolum , purgationem eam adhi-
bentes , maxime insaniae melancholic , comitialibus ,
podagris. Et per se drachmae pondre exinanit.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 107
Pris dans du vin , il est bon pour la dysenterie. On l'ap-
plique chaud , de la mme manire , sur les parties o
l'on veut exciter la transpiration. Bu deux fois par jour,
cuit dans du lait de chvre, il gurit le flux de ventre et
les tranches.
Du ssame , 7. Du sesamoides , 3. De l'anticyrique , 4-
LXIV. Le ssame , broy et pris dans du vin , arrte
le vomissement. On l'applique sur les inflammations^
des oreilles et sur les brlures. Il produit les mmes
effets n'tant qu'en herbe; mais cette herbe, cuite dans
du vin , gurit de plus les maladies des yeux. Du
reste , le ssame est indigeste et gne la respiration. Il
est ordonn contre la morsure des lzards, contre les
ulcres malins appels cacoethe par les Grecs. L'huile
de ssame, comme nous l'avons dj dit , est bonne pour
les maux d'oreille.
Le sesamoides doit son nom sa ressemblance avec
le ssame; ses feuilles sont plus petites et sa graine amre.
Il crot dans les lieux pierreux. Pris dans de l'eau , il
vacue la bile. On applique sa graine sur les rysiples
et sur les tumeurs inflammatoires. 11 y a une autre espce
de sesamoides qui crot dans l'le d'Anticyre , et qu'on
appelle par cette raison anticyrique. C'est une plante
semblable Verigeron , dont nous parlerons en son lieu.
Sa graine est celle du ssame. On en fait prendre une
pince dans du vin doux pour purger par en haut. On
l'ordonne la mme dose , avec une obole et demie d'el-
lbore, pour la mlancolie, l'pilepsie et la goutte. Cette
mme graine seule , au poids d'une drachme , purge
par en bas.
io8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
Ex hordeo, ix. Hordeo murino, m.
LXV. Hordeum optimum , quod candidisslmum. Suc-
cus decocti in aqua clesti digeritur in pastilles, ut in-
fundatur exulceratis interaneis et vulvis. Cinis ejus am-
bustis illinitur , et carnibus quae recedunt ab ossibus ,
et eruptionibus pituitae , mris aranei morsibus. Idem
adsperso sale ac melle , candorem dentibus , et suavi-
tatem oris facit. Eos qui pane hordeaceo utuntur ,
morbo pedum tentari negant. Novem granis si furun-
culuhi quis circumducat , singulis ter , manu sinistra ,
et omnia in ignem abjiciat , confestim sanari aiunt.
Est et herba phnicea appellata Graecis , nostris vero
hordeum murinum. Hc trita e vino pota prseclare ciet
menses.
E ptisana, iv.
LXVI. Ptisanae, quae ex hordeo fit, laudes uno vo-
lumine condidit Hippocrates, quae nunc omnes in ali-
cam transeunt. Contra quanto innocentior alica ? Hip-
pocrates tamen sorbitionis gratia laudavit , quoniam
lubrica ex facili hauriretur , quoniam sitim arceret ,
quoniam in alvo non intumesceret , quoniam facile
redderetur, et adsuetis hic solus cibus in febri bis die
possit dari : tantum remotus ab istis , qui medicinam
fam exercent. Sorbitionem tamen dari totam vetuit ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIL 109
De l'orge , 9. De l'hordeum murinum , 3.
LXy. L'orge la plus blanche est la meilleure. Avec le
suc d'orge , cuit dans de l'eau de pluie , on forme des
trochisques qui s'emploient en injections pour les ul-
cres des intestins et de la vulve. La cendre d'orge s'ap-
plique sur les brlures , sur les chairs qui se sparent
des os, sur les ruptions phlegmatiques et sur la mor-
sure des musaraignes. Mle avec du sel et du miel , elle
blanchit les dents et rend l'haleine douce. On prtend
que ceux qui se nourrissent de pain d'orge n'ont jamais
mal aux pieds. Si l'on prend neuf grains d'orge, et qu'on
cerne un furoncle trois fois avec chaque grain de la
main gauche, et qu'ensuite on les jette tous au feu, on
se trouve, dit-on , guri sur-le-champ. On connat une
autre plante nomme par les Grecs phnicea, et par les
Latins hordeum murinum, qui, broye et prise dans du
vin , est trs-bonne pour provoquer le flux menstruel.
De la ptisana , 4-
LXVL Les vertus de l'orge inonA , ou ptisana , ont
fourni Hippocrate le sujet d'un volume entier. Au-
jourd'hui on prfre l'alica, qui est en effet beaucoup
plus salutaire. Cependant Hippocrate recommande l'orge
mond comme une potion qui glisse et coule lgre-
ment, qui apaise la soif, qui ne gonfle point le ventre,
passe facilement , et peut se donner dans la fivre deux
fois par jour, pour toute nourriture, aux personnes qui
ont l'habitude d'en faire usage : tant sa mthode est op-
pose celle des mdecins qui ont pour maxime d'af-
famer leurs malades! Nanmoins il n'entend pas qu'on
no C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
alludvc quam succum ptisanse. Item quamdiu pedes
frigidi essent, tune quidem nec potionem dandam. Fit
et ex trilico glutinosior, arteriaeque exulceratae utilior.
Ex amylo , vin. Avena , i.
LXVII. Amylon hebetat oculos , guise inutile , contra
quam creditur. Item sistit alvum , epiphoras oculorum
inhibet, et ulcra sanat : item pusulas, et fluxlones san-
guinis. Gnas duras emoUit. Datur cum ovo his qui
sanguinem rejecerint. In vesicse vero dolore, semuncia
amyli cum ovo , et passi tribus ovis sufFervefacta , a
balineo. Quin et avenacea farina decocta in aceto nsevos
tollit.
E pane, xxi.
LXVIII. Panis hic ipse, quo vivitur, innumeras pne
continet medicinas. Ex aqua et oleo aut rosaceo mollit
collectiones , ex aqua mulsa duritias valde mitigat. Da-
tur et ex vino ad discutienda quse praestringi opus sit ,
et si magis etiamnum , ex aceto , adversus acutas pituitae
fluxiones , quas Grci rheumatismos vocant : item ad
percussa, luxata. Ad omnia autem haec fermentatus, qui
vocatur autopyros , utilior. Illinitur et paronychiis , et
callo pedum in aceto. Vtus airt nauticus panis tusus,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. m
prenne l'orge mme , mais seulement le suc en dcoc-
tion ; encore ne le permet-il qu'autant que les pieds ne
sont pas froids. On fait aussi une sorte de ptisana avec
le froment mond; elle est plus mucilagineuse, et con-
vient mieux dans les ulcres de la gorge et des bronches.
De l'amidon , 8. De l'avoine, i.
LXVII. L'amidon affaiblit la vue; il est nuisible
l'estomac, malgr l'opinion contraire; mais il arrte le
cours de ventre , apaise les fluxions des yeux , et gurit
les ulcres, les pustules , les ruptions phlegmoneuses et
l'engorgement des paupires. On le donne dans un uf
ceux qui vomissent le sang. Pour les douleurs de la
vessie, on le prescrit au poids d'une demi-once, un peu
chauff , avec un uf et autant de vin cuit que trois
coquilles d'uf peuvent en contenir. Quant la farine
d'avoine, on la fait cuire dans du vinaigre pour effacer
les taches du visage.
Du pain , 21.
LXVIII. Le pain mme que l'on mange ordinaire-
ment a une foule de proprits. Appliqu avec de l'eau ,
de l'huile simple ou de l'huile rosat, il amollit les abcs ;
et avec de l'eau mielle , les tumeurs dures , dont il
calme la douleur. On l'ordonne avec du vin pour arrter
les fluxions ; ou avec du vinaigre , lorsqu'il est besoin
de plus d'activit , comme dans les dbordemens violens
de pituite, appels par les Grecs catarrhes. Il est bon
encore pour les coups et les luxations. Le pain fait avec
du levain, et qu'on appelle autopjros y est le meilleur
pour tous les cas prcits. On l'applique avec du vinaigre
lia C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
atque iterum coctus , sistit alvuni. Vocis studiosis , et
contra distillationes , siccum esse primo cibo , utilissi-
mum est. Sitanius (hoc est, e trimestri) incussa in facie,
aut desquamata , cum melle aptisslme curt. Candidus
aegris , aqua calida frigidave madefactus , levissimum
cibum prbet. Oculorum tumori ex vino imponitur.
Sic et pusulis capitis, aut adjecta arida myrto. Tremulis
panem ex aqua esse jejunis statim a balineis demonstrant.
Quin et gravitatem odorum in cubiculis ustus emendat ;
et vini, in saccos additus.
E faba , xvi.
LXIX. Auxiliatur et faba. Namque solida fricta , fer-
vensque in acre acetum conjecta , torminibus medetur.
In cibo fressa , et cum allio cocta , contra deploratas
tusses , suppurationesque pectorum , quotidiano cibo su-
mitur : et commanducata jejuno ore, etiam ad furuncu-
los maturandos discutiendosve imponitur : et in vino
decocta, ad testium tumores, et genitalium. Lomento
quoque ex aceto decocto , tumores maturat atque aperit :
item livoribus, combustis medetur. Voci eam prodesse,
auctor est M. Varro. Fabalium etiam siliquarumque
cinis, ad coxendices, et ad nervorum veteres dolores
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. ii3
sur les panaris et les cors aux pieds. Le pain dur, ou le
biscuit des matelots , pil et cuit de nouveau , arrte
le cours de ventre. Le pain sec, mang jeun, est trs-
bon pour la voix et contre les rhumes de cerveau. Le
pain appel sitanius , fait avec du bl de trois mois ,
appliqu avec du miel , remdie efficacement aux meur-
trissures et aux dartres farineuses du visage. Le pain
blanc, dtremp dans de l'eau froide ou chaude, est un
aliment fort lger qui convient aux malades. On l'ap-
plique avec du vin pour les enflures des yeux : de cette
manire encore , il est bon pour les pustules de la tte :
on y ajoute aussi du myrte sec. On prescrit le pain
tremp dans l'eau , et pris au sortir du bain , jeun ,
pour les tremblemens des membres. Brl dans une
chambre, il en chasse le mauvais air; et, mis dans la toile
oi on passe les vins , il en corrige le mauvais got.
De la fve , i6.
LXIX. Les fves offrent aussi des remdes utiles. Fri-
casses tout entires, et jetes chaudes dans de fort vi-
naigre , elles gurissent les tranches. Concasses et
cuites avec de l'ail , elles sont bonnes pour les maladies
de poitrine; on les prend chaque jour, prpares de
cette manire, pour les toux chroniques. Mches jeun
et appliques sur les furoncles, elles les mrissent et les
font aboutir. Cuites dans du vin , elles sont bonnes
pour les tumeurs de la verge et des testicules. La fa-
rine de fves, cuite dans du vinaigre, fait mrir et per-
cer les abcs, et gurit les meurtrissures et les brlures.
Selon Varron, elles claircissent et fortifient la voix. La
cendre des tiges , des feuilles et des gousses , avec de la
XIV. 8
Il/, C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
cum adipis sullli vetustate prodest. Et ,per se cortices
decoeti ad tertias sistunt alvum.
Ex lente , xvii.
LXX. Lens optima, quae facillime coquitur, et ea
quse maxime aquam absorbet. Aciem quidem oculorum
obtundit, et stomachum inflat, sed alvum sistit in cibo,
magisque discocta caelesti aqua : eadem solvit, minus
percocta. Pusulas ulcerum rumpit, eaque quae intra os
sunt , purgat et adstringit. CoUectiones omnes imposita
sedat , maximeque exulceratas et rimosas. Oculorum au-
lem epiphoras cum meliloto, aut cotoneo. Contra sup-,
purantia cum polenta imponitur. Decoct succus ad
oris exulcerationes et genitalium adhibetur : ad sedem,
cum rosaceo aut cotoneo. In bis , quae acrius remedium
exigant , cum putamine punici , melle modico adjecto.
Ad id <lemum , ne celeriter inarescat , adjiciunt et bet
folia. Imponitur et strumis panisque , vel maturis vel
maturescentibus , ex aceto discocta. Rimis ex aqua
mulsa : et gangraenis cum punici tegmine. Item poda-
gris cum polenta, et vulvis, et renibus, pernionibus,
ulceribus difficile cicatricem trabentibus. Propter disso-
lutionem stomacbi triginta grana lentis devorantur. In
clioleris quoque et dysenteria effcacior est in tribus
aquis cocta : in quo usu melius semper eam torrere
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXII. 1 1 5
vieille graisse de porc, gurit la sciatiqiie et les douleurs
chroniques des nerfs. Enfin , l'enveloppe mme des fves,
bouillie jusqu' diminution des deux tiers, arrte le cours
de ventre.
De la lentille , 17.
LXX. Les lentilles qui cuisent le plus aisment et qui
boivent le plus d'eau , sont les meilleures : elles affaiblis-
sent la vue et causent des gonflemens ; mais, prises en
aliment, elles arrtent le cours de ventre, surtout tant
bien cuites dans de l'eau de pluie ; peu cuites, au contraire,
elles sont laxatives. Elles font tomber les crotes des
ulcres, dtergent et mondifient ceux de la bouche, et
apaisent l'inflammation dans les dpts de toute espce,
surtout quand ils sont ulcrs et sillonns de crevasses.
Avec du mlilot ou des coings , elles gurissent les
fluxions des yeux. On les applique avec du gruau pour
empcher les tumeurs de suppurer. La dcoction de
lentilles remdie aux ulcres de la bouche et des parties
de la gnration ; et avec des coings ou de l'huile rosat ,
aux maladies du sige. Dans les cas o le mal exige un
remde plus actif, on joint aux lentilles une corce de
grenade avec un peu de miel ; et, pour que le cata-
plasme ne sche point trop vite, on y ajoute des feuilles
de bette. Les lentilles, cuites dans le vinaigre, s'appli-
quent encore sur les crouelles et sur les tumeurs inflam-
matoires quand elles sont mres, ou qu'elles commencent
le devenir. On les emploie, avec de l'eau mielle, pour
les crevasses de la peau; avec une corce de grenade,
pour la gangrne ; avec du gruau , pour la goutte , les
maladies de la vulve , les douleurs de reins , les enge-
lures , les ulcres rebelles et opinitres. Dans les rel-
8.
ii6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
aiite, et tundere, ut quam tenuissima detur, vel per se,
vel cum cotoneo malo, aut piris, aut myrto, aut intubo
erratico, aut beta nigra, aut plantagine. Pulmoni est
inutilis, et capitis dolori, nervosisque omnibus, et felli :
uec somno facilis : ad pusulas utilis , ignique sacro , et
mammis in aqua marina decocta : in aceto autem duri-
tias et strumas discutit. Stomachi quidem causa, po-
lentae modo potionibus inspergitur. Quae sunt ambusta ,
aqua semicocta curt , postea trita , et per cribrum
effuso furfure , mox procedente curatione addito melle.
Ex posca coquitur ad guttura. Est et palustris lens per
se nascens in aqua non profluente, refrigeratoriae na-
tur : propter quod collectionibus illinitur, et maxime
podagris, et per se, et cum polenta : glutinat et intera-
nea procidentia.
Ex elelisphaco, sive sphaco, quse salvia, xiii.
LXXI. Est et silvestris elelispbacos dicta a Graecis ,
ab aliis sphacos. Ea est sativa lente levior, et folio mi-
nore, atque sicciore, et odoratiore. Est et alterum ge-
nus ejus silvestrius, odore gravi : haec mitior. Folia
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 117
cliemens d'estomac , on fait avaler trente grains de
lentilles. Dans le flux de bile et la dysenterie , on les
fait cuire en trois eaux : pour qu'elles agissent d'une ma-
nire plus efficace , il est mieux de les rtir et de les
pulvriser. On fait prendre cette poudre aussi fine qu'il
est possible , ou seule , ou bien avec des coings , ou des
poires , ou du myrte , ou de la chicore sauvage , ou de
la bette noire, ou enfin du plantain. Les lentilles nui-
sent aux poumons, la tte, aux scrtions de la bile,
aux nerfs en gnral, et troublent le sommeil ; mais,
cuites dans de l'eau de mer, elles sont excellentes pour
les pustules , l'rysiple et les enflures des mamelles.
Cuites dans le vinaigre , elles rsolvent les crouelles et
toutes les tumeurs dures. On en met dans le bouillon ,
en guise de gruau , pour les faiblesses d'estomac. Pour
les brlures, on les emploie demi cuites dans de l'eau;
ensuite on les broie , on les passe par le tamis pour en
ter le son , puis on les applique sur le mal ; on y
ajoute du miel sur la fin de la cure. Pour les maux
de gorge , on les fait cuire dans de l'oxycrat. On trouve
dans les eaux stagnantes une autre espce de lentilles ;
c'est une plante rafrachissante : aussi l'applique-t-on
seule , ou avec du gruau , sur les tumeurs et sur les
parties affliges de la goutte. C'est encore un btin topi-
que pour les hernies intestinales. -j
ir^: <wr^{- '*iij>^jji'}!>
De l'elelisphacos , sphacos ou sauge, i3. , - , ,;
LXXI. La plante que les Grecs appellent elelispha-
cos, ou sphacos, est une espce de lentille sauvage; elle
est plus lgre que la cultive , et a les feuilles plus
petites , plus sches et plus odorantes. Il y a encore
ii8 C. PUNII HIST. NAT. LIB. XXII.
habet cotonei niali effigie , sed minora et candida , quee
cum ramis decoquuntur. Menses ciet , et urinas : et pa-
stinacae ictus sanat. Torporem autem obducit percusso
loco. Bibitur cum absinthio ad dysenteriam. Cum vino
eadem commorantes menses trahit : abundantes sistit
decocto ejus poto. Per se imposita herba vulnerum san-
guinem coliihet. Sanat et serpentium morsus. Et si in
vino decoquatur, pruritus testium sedat. Nostri, qui
nunc sunt, herbarii elelisphacon graece, latine salviam
vocaat , mentae similem , canam , odoratam. Partus
emortuos ea adposita extrahunt : item vermes aurium
ulcerumque.
E cicere , et cicercula , xxiii.
LXXn. Cicer et silvestre est , foliis sativo simile ,
odore gravi. Si largius sumatur, alvus solvitur, et infla-
tio contraliitur, et toi'mina. Tostum salubrius habetur.
Cicercula etiamnum magis in alvo proficit. Farina
utriusque ulcra manantia capitis sanat, efficacius sil-
vestris. Item comitiales , et jocinerum tumores , et ser-
pentium ictus. Ciet menses et urinas, grano maxime.
Emeiidat et liclienas, et testium iuflammationes, regium
morbum , hydropicos. Ldunt omnia hc gnera exul-
ceratam vesicam , et rens. Cangrnis utiliora cum
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 119
une autre herbe de ce nom, plus sauvage que la prc-
dente ; son odeur est forte : elle est plus douce nan-
moins que l'autre. Ses feuilles ressemblent celles
du cognassier, mais elles sont plus blanches et plus pe-
tites. On les fait cuire avec leurs rameaux. Cette plante
provoque les mois et les urines ; elle gurit la piqre
du pastinaca , et engourdit la douleur de la partie
blesse. En breuvage avec de l'absinthe, elle gurit la
dysenterie; avec du vin, elle pousse les rgles; mais
sa dcoction les arrte , si elles sont trop abondantes.
Applique seule, elle tanche le sang des plaies et gurit
la morsure des serpens. Cuite dans du vin , elle apaise
les dmangeaisons des testicules. L'elelisphacos des Grecs
est appele par les Latins saluia. C'est une herbe sem-
blable la menthe , ple et aromatique. Employe
l'extrieur, elle fait sortir le ftus mort de la matrice ,
et chasse les vers qui s'engendrent dans les oreilles et
les ulcres.
Du cicer et du cicercula , 28.
LXXII. On connat aussi un cicer sauvage ; ses
feuilles , semblables celles du cicer cultiv , ont une
odeur forte. Pris en certaine quantit, il lche le ventre
et cause des gonflemens et des tranches. On prtend
qu'il vaut mieux rti. Le cicercula est meilleur pour
le ventre. La farine de l'une et de l'autre espce gurit
les ulcres humides de la tte ; cependant la farine du
cicer sauvage est prfrable. Cette farine est un bon re-
mde pour l'pilepsie, pour les tumeurs du foie et pour
la morsure des serpens. Le cicer provoque les mois et
les urines; pour cet effet, on emploie surtout le grain.
Il est bon pour les dartres , les inflammations des tesli-
I20 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
melle, et his quae cacoethe vocantur. Verrucaruin in
omni gnre prima luna singulis granis singulas tan-
gunt, eaque grana in linteolo deligata post se abjiciunt,
ita fugari vitium arbitrantes. Nostri prcipiunt arieti-
nura in aqua cum sale discoquere, ex eo bibere cyathos
binos in difficultatibus urinoe. Sic et calculos pellit ,
morbumque regium. Ejusdem foliis sarmentisque de-
coctis, aqua quam maxime calida morbos pedum mollit ^
et ipsum calidum tritumque illitum. Columbini decocti
aqua , horrorem tertianae et quartanae minuere creditur.
Nigrura autem cum gallae dimidio tritum , oculorum
ulceribus ex passo medetur.
Ex ervo, xx.
LXXIII. De ervo qudam in mentione ejus diximus :
uec potentiam ei minorem veteres , quam brassicae tri-
buere. Contra serpentium ictus ex aceto , ad crocodilo-
rum hominumque morsum. Si quis ervum quotidie je-
junus edat , lienem ejus absumi certissimi auctores
adfirmant. Farina ejus varos , sed et maculas toto cor-
pore emendat. Serpere ulcra non pattur : in mammis
efficacissimum. Carbunculos rumpit ex vino. Uriu dif-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 121
cules , la jaunisse et l'hydropisie ; mais toutes les espces
nuisent aux reins et la vessie, quand ces viscres sont
ulcrs. Appliques avec du miel, elles gurissent les ul-
cres malins et arrtent la gangrne. Pour faire tomber
les verrues , quelques-uns , la premire lune , touchent
d'un grain de cicer chaque verrue; puis ils mettent
ces grains dans un nouet de linge qu'ils jettent derrire
eux , persuads qu'ils seront bientt guris. Selon les
auteurs latins , le cicer arietinum , cuit dans de l'eau
avec du sel , et pris la dose de deux cyathes, gurit
la strangurie et la jaunisse , et expulse les calculs de
la vessie. La dcoction des feuilles et des tiges, employe
en fomentations le plus chaudement possible, ou le cicer
mme, cras et appliqu tout chaud, est un remde
excellent pour les douleurs des pieds. La dcoction du
cicer columbinum apaise les frissons dans la fivre-tierce
et dans la fivre-quarte. Le cicer nigrum , broy avec
la moiti d'une noix de galle , et appliqu avec du vin
cuit , gurit les ulcres des yeux.
De l'ers, 20.
LXXIIL En traitant de l'ers , nous avons indiqu
quelques-unes de ses proprits. Les anciens prtendent
qu'elles ne cdent en rien celles du chou. On l'ap-
plique avec du vinaigre sur les morsures des hommes ,
des serpens et des crocodiles. Suivant quelques auteurs
dun grand poids, l'ers, mang tous les jours jeun,
consume insensiblement la rate. Sa farine fait dispa-
ratre les taches de la peau sur le visage et sur tout
le reste du corps. L'ers arrte les progrs des ulcres ;
il est excellent pour les tumeurs des mamelles. Appli-
112 C. PLmn fflST. NAT. LIB.XXII.
ficultates, inflationem, vitia jocineris, tenesmon, et quae
cibum non sentiunt , atroplia appellata , tostum , et in
nucis avellan magnitudinein melle collectum devora-
tumque corrigit : item impetigines , ex aceto coctum et
quarto die solutum. Panos in melle impositum suppu-
rare prohibet. Aqua decocti perniones et pruritus sanat
fovendo. Quin et unverso corpori , si quis quotidic
jejunus biberit, meliorera fieri colorem existimant. Cibis
idem hominis alienum. Vomitiones movet, alrum lur-
bat, capiti et stomacho onerosum. Genua quoque de-
gravat. Sed madefactum plmibus diebus , mitescit ,
bubus jumentisque utilissimum. Siliquae ejus virides ,
prias quam indurescant , cum siio caule foliisque con
tritae , capillos nigro colore inficiunt.
Ex lupino , xxv.
fi."
LXXIV. Lupini quoque silvestres sunt, omni modo
minores sativis , pi*aeterquam amaritudine. Ex omnibus
quae eduntur, sicco nulli minus pouderis est, nec plus
utilitatis. Mitescunt cinere aut aqua calidis. Colorem
hominis fi^uentiores in cibo exhilarnt : amari contra
aspidas valent. Ulcra atra, aridi decorticatique triti,
supposito linteolo^ad vivum corpus redigunt. Strumas,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. laS
que avec du vin , il mrit les abcs appels anthrax ou
charbons. Rti , et pris dans du miel la grosseur
d'une aveline, il est utile pour la strangurie, les flaluo-
sits , le tnesme , les maladies du foie et l'atrophie ,
qui ne permet pas que les alimens profitent , et prive
le corps de tout suc nourricier. Pour les dartres, on
l'applique cuit dans le vinaigre , et l'on n'enlve le ca-
taplasme qu'au bout de quatre jours. Appliqu avec
du miel , il prvient la suppuration des tumeurs in-
flammatoires. Sa dcoction , employe en fomentation ,
gurit les engelures et les dmangeaisons. Si l'on en boit
jeun tous les jours , elle donne la peau plus d'clat
et de fracheur. Mais ce lgume est une nourriture peu
saine , car il excite le vomissement, drange le ventre,
appesantit la tte , charge l'estomac et affaiblit les
jambes. En le faisant tremper quelques jours dans
l'eau , il perd ces mauvaises qualits , et devient excel-
lent pour les bufs et toutes les btes de somme. Le suc
des gousses de l'ers , broyes toutes vertes avec la tige
et les feuilles , teint les cheveux en noir.
Du lupin, 35.
LXXIV. Les lupins sauvages sont tous gards plus
petits que les lupins cultivs, mais ils ont la mme
amertume. Ce lgume, tant sec, est de tous les ali-
mens le plus lger et le plus sain : il s'adoucit sur les
cendres chaudes ou dans l'eau bouillante. Quand on
mange souvent des lupins , ils rendent le teint vif et
agrable. Ceux qui sont amers remdient la morsure
des aspics. Les lupins secs , dpouills de leur corcc
et piles, s'appliquent, avec un morceau de linge, sur
ia4 C. PUNII HIST. NAT. LIB. XXII.
parotidas, in aceto cocti discutiunt. Succus decoctoruin
cum ruta et pipere , vel in febri datur ad ventris ani-
malia pellenda , minoribus triginla annorum : pueris
vero impositi, in ventrem jejunis prosunt. Et alio g-
nre tosti , et in defruto poti , vel ex melle sumpti.
lidem aviditatem cibi faciunt , fastidium detrahunt. Fa-
rina eorum aceto subacta, papulas pruritusque in bali-
neis illita cohibet , et per se siccat ulcra. Livores eraen-
dat : inflammationes cum polenta sedat. Silvestrium
efficacior vis est contra coxendicura et lumborum debi-
litatem. Ex iisdem decocta lentigines , et foventium
cutem corrigunt : si vero ad mellis crassitudinem de-
coquanlur vel sativi, vitiligines nigras et lepras emen-
dant. Sativi quoque rumpunt carbunculos impositi :
panos et strumas minuunt , aut maturant , cocti ex
aceto : cicatricibus candidum colorera reddunt. Si vero
caelesti aqua discoquantur, succus ille smegma fit : quo
fovere gangraenas, eruptiones pituitae, ulcra manantia,
utilissimum. Expedit ad lienem bibere, et cum melle
menstruis haerentibus.
Lieni crudi cum fico sicca triti ex aceto imponuntur.
Radix quoque in aqua decocta, urinas pellit. Medentur
pecori cum chamaeleone herba decocti , aqua in potuni
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. laS
les ulcres noirtres , pour les mondifer et faire revivre
les chairs. Cuits dans le vinaigre, ils rsolvent les pa-
rotides et les crouelles. La dcoction de lupins, bouillis
avec de la rue et du poivre , est un bon vermifuge ,
qu'on prend mme pendant la fivre, si l'on a moins de
trente ans ; on les applique en cataplasme sur le ventre
des enfans, lorsqu'ils sont encore jeun. Les autres
lupins s'emploient rtis, ou en potion dans du vin cuit,
ou en bol avec du miel. Ce lgume chasse le dgot et
ranime l'apptit. Sa farine , ptrie dans le vinaigre et
applique dans le bain , gurit les boutons et apaise les
dmangeaisons ; seule , elle fait scher les ulcres. Elle
dissipe les traces livides des meurtrissures ; avec du
gruau , elle apaise les inflammations. Les lupins sau-
vages sont plus efficaces pour la faiblesse des reins et
des lombes. Leur dcoction , employe en fomentations ,
nettoie la peau et efface les taches de rousseur. Les lu-
pins de l'une et de l'autre espce , cuits jusqu' con-
sistance de miel , font disparatre les taches noires de la
peau et gurissent la lpre. Les lupins cultivs s'appli-
quent avec succs pour faire aboutir les charbons. Cuits
dans du vinaigre, ils dissipent ou mrissent les crouelles
et les tumeurs rysiplateuses , et blanchissent les ci-
catrices. Cuits dans de l'eau de pluie , ils donnent une
liqueur savonneuse qui , employe en fomentations , est
excellente pour la gangrne , les ruptions phlegmati-
ques et les ulcres humides. On prescrit leur dcoction
comme un bon remde pour les maladies de la rate;
on y ajoute du miel pour la suppression des rgles.
Pour les maux de rate , on les pile crus , et on les
applique avec une figue sche et du vinaigre. La racine,
bouillie dans l'eau , provoque les urines. Bouillis avec
126 C. PLINII HIST. NA.T. LIB. XXII.
collata. Saiiant et scabiem quadrupedum omnium , iii
amurca decocti, vel utroque liquore postea mixto. Fu-
mus crematoriim culices necat.
Ex irione , sive erysimo , quod Galli velam , xv.
LXXV. Irionem inter friiges sesamae similem esse
diximus, et a Graecis erysimon vocari : Galli velam
appellant. Est autem fruticosum, foliis erucae, angustio-
ribus paulo , semine nasturtii. Utilissimum tussientibus
cum melle, et in thoracis purulentis exscreationibus.
Datur et regio morbo, et lumborum vitiis, pleuritlcis,
torminibus , cliacis. Illinitur vero parotidum et car-
cinomatum malis. Testium ardoribus ex aqua , alias
cum melle. Infantibus quoque utilissimum. Item sedis
vitiis, et articulariis morbis, cum melle et fico. Contra
venena etiam efficax potum. Medetur et suspiriosis ,
item fistulis, cum axungia veteri, ita ne intus addatur.
Ex hormino, vi.
LXXVI. Horminum semine (ut diximus) cumino si-
mile est, cetero porro, dodrantali alfitudine. Duorum
generum : alteri semen nigrius, et oblongum. Hoc ad
Ven^rem stimulandam, et ad oculorum argema et albu-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. 147
la plante dite camlon, ils sont salutaires aux bestiaux
qui en boivent la dcoction. Les lupins cuits avec du marc
d'huile , ou leur dcoction mle avec ce marc , guris-
sent la gale de tous les animaux quatre pieds. La fume
du lupin brl fait prir les cousins.
De l'irion ou erysimum, en gaulois vla, i5.
LXXV. En traitant des crales, nous avons dit que
Virion tait semblable au ssame , et que les Grecs
l'appelaient erysimon. Les Gaulois le nomment vla.
Cette plante a le port d'un arbrisseau, les feuilles de la
roquette, mais plus troites, et la graine du cresson.
Avec du miel , c'est un excellent remde pour la toux
et les crachemens purulens. On le prescrit aussi pour
la jaunisse , les douleurs des lombes , la pleursie , les
tranches et le flux de ventre. On l'applique sur les
parotides et les chancres , et , avec de l'eau ou du
miel , pour les inflammations des testicules. Il est par-
ticulirement salutaire aux petits enfans. Avec du miel
et des figues , il remdie aux maladies du sige et des
articulations. En breuvage, il passe pour un bon an-
tidote. 11 est bon pour l'asthme , et , avec de la vieille
graisse, pour les fistules ; mais il ne doit pas entrer dans
l'intrieur de la plaie.
De rhorminum , 6.
LXXVL Uhorminum , comme nous l'avons remar-
qu, a la graine semblable celle du cumin; du reste,
il ressemble au porreau et crot la hauteur de neuf
pouces. Il y en a deux espces : l'une donne une graine
noire et oblongue , qui passe pour aphrodisiaque, et
128 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
gines. Alteri canditlius semen et rotimdius. Utroque tuso
cxtrahuntur aculei ex corpore, per se illito ex aqua :
folia ex aceto imposita , panos per se vel cum raelle
discutiunt : item furunculos, priusquam capita faciant,
omncsque acrimonias.
E lolio, V.
LXXVII. Quin et ips frugum pestes in aliquo sunt
usu. Infelix dictum est a Virgilio lolium. Hoc tamen
molitum , ex aceto coctum , impositumque , sanat im-
petigines , ceierius , quo spius mutatum est. Medetur
et podagris, aliisque doloribus, ex oxymelite. Curatio
hc a ceteris differt. Aceti sextario uno dilui mellis
uncias duas justum est : ita temperatis sextariis tribus ,
decocta farina lolii sextariis duobus usque ad crassitudi-
uem , calidumque ipsum imponi dolentibus membris.
Eadem farina extrahit ossa fracta.
miliaria herba, t.
LXXVIII. Miliaria appellatur herba, qu necat mi-
lium. Haec trita, et cornu cum vino infusa, podagras
jumentorum dicitur sanare.
HISTOIRE NATURELLE , UV. XXII. lag
pour faire disparatre les taies des yeux et les taches
de l'iris ; l'autre espce a la graine blanche et ronde.
L'une et l'autre , piles et appliques avec de l'eau ,
font sortir des plaies tous les corps acrs qui y sont
rests engags. Les feuilles, appliques avec du vinaigre
ou du miel , dissipent les tumeurs inflammatoires , les
furoncles avant que le bouton soit form , et toute esi-
pce d'ruptions causes par des humeurs acres.
De l'ivraie , 5.
LXXVIL Les plantes ennemies des bls ont aussi
leurs vertus mdicinales. L'ivraie est qualifie par Vir-
gile d'herbe nuisible et malheureuse ; cependant sa
graine moulue , cuite dans le vinaigre et applique sur
les chauboulures, les gurit d'autant plus promptement,
qu'on renouvelle plus souvent le cataplasme. Avec de
l'oxymel, elle remdie la goutte et toutes les douleurs
des membres. Dans ces derniers cas , voici la manire
de la prparer : on dlaie deux onces de miel dans un
setier de vinaigre , et on y jette deux setiers de farine
d'ivraie; ce mlange, rduit la consistance du miel ,
s'applique tout chaud sur les parties affliges. Cette fa-
rine fait encore sortir les esquilles des os fracturs.
De l'herbe miliaire , i.
LXXVIIL Le miliaria est une herbe qui touffe le
millet. Broye et dtrempe dans du vin, on la fait avaler
aux btes de somme au moyen d'une corne , lorsqu'on
veut les gurir de la goutte.
xiv.
i3o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
E bromo, i.
LXXIX. Bromos semen est spicam ferentis herb .
nascitur inter vitia segetivS , avenae gnre : folio et sti-
pula triticum imitatur. In cacuminibus dependentes
parviilas velut locustas habet. Semen utile ad catapla-
smata, atque hordeum, et similia. Prodest tussientibus
succus.
Ex orobanche, sive cynomorio, i.
LXXX. Orobanchen appellavimus necantem ervum
et legumina : alii cynomorion eam appellant , a simili-
tudine canini genitalis. Cauliculus est sine sanguine,
foliis rubens. Estur et per se, et in patinis quum tenera
est decocta.
De leguminum bestiolis.
LXXXI. Et leguminibus innascuntur bestiol vene-
natae, qua manus pungunt, et periculum vitB adferunt,
solipugarum generis. A.dversus bas omnia eadem medeu-
tur, qu contra araneos et phalangia demonstrantur.
Et frugum quidem haec sunt in usa medico.
De zytho et cervisia.
LXXXII. Ex iisdem fiunt et potus, zythuni in ^gypto,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXTI. i3i
Du brome , i.
LXXIX. Le bwmos est la graine d'une herbe portant
pi, et qui crot parmi les bls, auxquels elle est trs-
nuisible. C'est une espce d'avoine dont les feuilles et
le chaume sont semblables ceux du froment. Elle
porte son sommet quelques pillets inclins. Sa graine
s'emploie en cataplasmes , comme celle de l'orge ou des
autres crales. Son suc est bon pour la toux.
De l'orobanche ou cynomorium, i.
- LXXX. Uorobanche est une herbe qui touffe l'ers
et les autres lgumes , comme nous l'avons dit ailleurs.
D'autres auteurs l'appellent cynomorion y cause de sa
ressemblance avec la partie gnitale du chien. Sa tige
est sche et fragile , et ses feuilles tirent sur le rouge.
Cette plante se mange crue , ou bien cuite avec d'autres
mets , lorsqu'elle est encore tendre.
Des insectes qui infestent les lgumes.
LXXXI. Il s'engendre sur les lgumes de petits in-
sectes, semblables aux solipuges , qui piquent les mains
et peuvent mettre en danger la vie. Leur piqre se
gurit par les mmes remdes qu'on emploie contre
le venin des araignes et des phalanges. Voil tout
ce que nous avions dire sur les vertus mdicinales
des crales.
Du zytbum et de la cervoise.
liXXXIL On en compose aussi diffrentes boissons :
9-
i32 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
celia et ceria in Hispania , cervisia et plura gnera in
Gallia , aliisque provinciis , quorum omnium spuma
cutem feminarum in facie nutrit. Nam quod ad potum
ipsum attinet , praestat ad vini transire mentionem ,
atque a vite ordiri medicinas arborum.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXII. i33
le zjthum en Egypte , le celia et le ceria en Espagne ,
le cervisia et autres espces de bire dans les Gaules
et dans plusieurs autres contres. L'cume de ces bois-
sons est un cosmtique employ par les femmes pour
entretenir la fracheur de la peau. Mais , puisqu'il s'agit
de breuvages, il vaut mieux passer de suite aux divers
usages du vin, et, en commenant par la vigne, exposer
les proprits mdicinales des arbres.
NOTES
DU LIVRE VINGT-DEUXIME.
f
I. Chap. II, page 3, ligne 16. lUiminU... fadem in populis
barbarorumfemin. La plupart des nations guerrires qui vivent
dans un tat de civilisation peu avanc , ont pour habitude de se
tatouer, c'est--dire de se couvrir le corps de figures d'animaux ,
ou de dessins bizarres qui leur donnent un aspect redoutable. Cet
usage est abandonn de tous les peuples de TEurope , mais pas
si universellement , qu'on ne retrouve encore des traces de cet
ancien usage presque partout. La plupart de nos soldats se font
encore tatouer les bras ou la poitrine , etc. Le mode suivi pour
ce tatouage est le mme que celui suivi jadis : il consiste
percer l'piderme avec de petites aiguilles , en suivant un dessin ,
et frotter ensuite la peau , ainsi perfore , avec de l'indigo ,
du pastel , de la laque , etc. ; quelquefois on emploie la poudre
tirer. Quoique le tatouage ait t , dans tous les lieux o il s'est
pratiqu, commun aux deux sexes, il est cependant excut avec
plus de recherche pour les hommes que pour les femmes. On ne
retrouve plus de traces de tatouage en Europe chez celles-ci ,
car le Card en diHere essentiellement. Solin a prtendu que les
bai4)ares se faisaient stigmatiser pour montrer combien ils taient
matres de leur douleur. Il est plus naturel de croire , avec Pom-
ponius Mla , que c'tait pour rehausser leur beaut. On peut re-
marquer que cet usage n'a eu de vogue que chez les peuples o les
arts taient dans l'enfance. Aussitt que l'on eut appris faonner
de cent manires l'or et l'argent , pour en faire des bijoux , et
que la dcence eut fait adopter des vtemens , le tatouage fut peu
peu abandonn , et la coquetterie prit une autre direction. II
* Tontes les notes des livres xii xxvii inclasivcment soot dues
M. Fiz.
NOTES DU LIVRE XXDL i35
est imrfiable que le tatouage n*tat pas le pour toates les
conAtkms. Ches les Tlmces, par ezcsple , H tt intrt aux
esdares ; les personnes de basse contion ne portaient que de
petits desnis, carts les inis des antres, lanfis qa^on reconnais-
sait , an c<Hitraire , les gens lidics aox larges des qoi lenr
coorraient tont le corps. U est assez singulier que ces stinc-
tions, tablies par les Tluaces, aient t les mtta q celles
adoptes par les halntans des fles de b mer da Sod , et de tons les
pajs nouTcUenieat dcoorerts , dans lesqnds le tatonage a t
observ.
3. P^;c ^,UffteiS,SiikplaatagimelmsbnmmGaOiaimaiu.
Donnons d^abord la concordance sjnonymiqae de cette plante :
"Iri^tg, HiPPOCB.; DiOSCGE., II, 2i5 et 316. Glasiiim,
Plin., loco comm.; Vitnan, J. CjES. , ik BtBo elEc, , i4'-
Makc Bubdig. , II, 23; Povpo?:. Mla, ui, 6; Isads
iamtesta, ske glastum, Matth., Gbobb. ; Isatis tmtimna, L.,
Spet.pL, 936. La gnde on pastd, gnnit des It^icss.
Qudqaes connMntatears, et entre antres le docte Spro^d ,
pensent que gUutmm et vAmai sont on mme mol coi roMpn ;
cela n'a rien de vraisemblable. 11 est plus probable qae Tan de
ces mots est une traduction de Tautre. Gkutmm vient dn cdtiqne
sloss. Terre, parce qne Ton avait compar la nnance de bien qna
fournit ce pastd la coolenr do verre (wbnaB). Giass signifie
verre dans les langues dn nord. J. Csar et Pompouns Mda
ont traduit ce mot par -ritntm cause de ce mme rapport de
couleur.
3. 111 , page 4 ligne 8. Aupie ut sttamms Gidatiae, Afrmm ,
Lmsitamet grams, 0aim, etc. Ce taoMs de Galatie, d*fique et
de Portugal est trs- vraisemblablement le kerms ou cocbenille
de ryense.
ILMMs fiit^uy Diosc, IT, 48; Theoph., ui , 16. Coamm
fuianmm, tmtms h&phka , Plc. , Im r m , et xxvi , 8.
Kerms vgtal , graine d'carlate on vermillon ; kerms
ou codienUe de l'yeasc ( Qaerms cecc^crm, L. , Spec pi. .
i4i3.)
^^^ NOTES DU U>TIE XXII.
4-*~"Pagc 4 7 ligne i5. Sedculpa non ailui usu Les peuples de
la Gaule Traosalpiae , qui remplaaient la pourpre par le suc de
certaines herbes , se sei^-aient sans doute de la garance ou de
l'orcaoette^ couleurs brillantes^ mais moins solides que celles
qu'on obtient de la cochenille.
5. Page 6, ligne 2. Quoniam non aliunde sagmina in reme-
diis publias fuere . etc. Festus donne sur les sagmina quelques
renseignemens curieux : Sagmia vocantur veriata , id esty herh
pur , quia rx loco sacro arcebtmiur a consule , f.rtore^ . lesolis
profiscentibus ad fdus fatndum, btUumque indicen&atu QX. Vos-
SIUS, EtjrmoL; TlTE-LlVE, Ut. I., 9.
6. Ligne 3. Verben. Nous dirons quelque chose de cette
plante curieuse dans nos notes sur le livre xrv, diap. 59. C'est
la f^erbena cfffdnaUs des modernes.
7. IV, page 6, ligne g. Corona iddon nuUa fit graminea
nobiUor, etc. Nous verrons plus loin , dans ce teste , qu'un assez
grand nombre de personnages illustres ont t honors de la cou-
ronne de gramines ; malgr cela, il est douteux qu'o puisse en
trouver quelque exemple sur les mdailles. On avait cru en re-
cunuaitre une sur une mdaille d'argent de la famille Fabia ; mais
la couronne, reprsente sur le revers, est trop petite pour qu'on
puisse prononcer avec certitude de cause.
8. Ligne 17. Graminea numquam nisi in iesporadone su-
prema amtigit, etc. Cf. Festus , Fragm.
9. Page 8 , ligne 6. Namque summum apud antfuos sinian
vidori erat , etc. Servius a donn, sur le vers 128 du livre viii
de VEndt , un commentaire auquel nous renvoyons. Cf. sur les
couronnes, les premires notes du livre prcdent.
10. Ligne 8. Quem morem eliam nunc durare apud Germaaos
sdo. Les vieux historiens nous apprennent qoe nos anctres pro-
cdaient en effet l'investiture en mettant dans les mains de
l'acqureur on du donateur une molle de terre ou de gazon ,
une branche d'arbre , ou de l'herbe prise sur les lieux. On se
contenta, dans la suite, d'une simple baguette, ou d'an ttton
qui rappelait cet ancien usage.
NOTES DU LIVRE XXII. i3^
11. VII , page I 2 , ligne 1 1 . Null ergo herb fuere cerl in
hoc honore. Il rsulte de ce passage que le mot grajnen avait l'ac-
ception do mot herbe, et n'tait pas, comme aujourd'hui, born
aux gramines.
12. Page 14., ligne 8. Dederal, quas diximus. Pline rappelle
e livre XX , o il a trait en effet des plantes dlicates qui peu-
vent servir d'aliment l'homme.
i3. VIII , page i4.f Kgne 20. Clara in primis aculeatarum
er/nge est , sive erjngin , etc. Les modernes ont conserv ce nom
'erjngium un genre de plantes ombellifres peu nombreux en
espces. Celles que les commentateurs ont dsignes de prf-
rence sont l'ryngium feuilles planes, l'ryngium dichotome,
et quelques autres.
Voici la synonymie des espces :
I. *V{pvyyiov., Theoph. , Hisi.pl. y vi, i ,''Y[pvyyo., Nicand.,
de Theiiac. , v. 645 , 84.9 et g^-S ; *}Apvyyiov capitulis abis ,
Diosc, m, 24. ; Plut., Symp., vu, 2 \''kyyttAlA^ Gr^c.
RECENT.; J'/cTa^etoC, Lacon. RECENT. Eryngium candi-
dum vel ceniumcapita, Plin. , XX , g, et Erjngium candicans,
loco cit., cap. 8; Eryngium. campestre , L. , Spec. pi., SSj.
Le panicaut herbe cent ttes , ou chardon-roulant.
II. ^^pvyyiov capitulis cndeis, DiOSC. , loco cil.; '^(^a.xt.yyet.^o,
Zactnth. RECENT.; Eryngion nigrum {id est colore intense
cruleo)^ et Eryngium albicans, pLlN. , loco comm. ; Eryn-
gium cyaneum, SiBTH., FI, grc. . dit. Smith , I , ijS.
Le panicaut fleurs bleues.
m. Eryngium maritimum , Plin. , XX, 8; Eryngium mariti-
mum , L. , Spec. pi. , SSj. Le panicaut maritime.
Les eryngium qui jusqu'ici ont t trouvs en Grce sont, in-
dpendamment des espces que nous avons dsignes, le tricus-
pidatum , le multifidum et le parvifiorum. \2 Eryngium planum. n'y a
point encore t rencontr , et, s'il y existe, il doit y tre trop
rare pour que les auteurs grecs l'aient dsign de prfrence aux
antres espces que nous avons indiques. L'lymologie du nom
i3 NOTES DU LIVRE XXIL
dVrfiigMHR est tirc de ses proprits mdicinales, do mot if>svytiv,
chasser les flatuosits.
Les Tcrtas mdicinales da chardon-roalant sont fort peu ner-
giques. Les modernes le prescrivent quelquefois comme diur-
tique. Cette plante tombe dans Poubli. Les anciens lui attribuaient
des effets qu'elle est loin de produire.
i4- P^^ 1^1 ligne 3. Omnibus veto contra toxica et euxuta
tffeaortm, etc. Nous traiterons des aconits au livre xxvii , cha-
pitre 3. Poinsinet de Sivry donne , au sujet du mot toxica , une
note fort ridicule. Au lieu de voir dans ce mot le terme gn-
rique sons lequel Ovide et Pline comprennent tous les poissons ,
il prfre chercher dans les langues celtique et celtoscythique
pour j trouver les mots icussac et tossa, crapaud, et regarde le
mot toxica , qui en serait un driv , comme exprimant le venin
du crapaud.
i5. Ligne g. Se et spante nascur in asperis et saxosis , etc.
Cette espce 'er/nsium , qui crot sar le bord de la mer , est
notre Erjngium maritimum. Cf. plus haut, la troisime synonymie
de la note i3. Dalediamp croit qu'on devrait plutt lire /oUo
scoljmi, du mot dM/itr^ k la place duquel Pline aurait lu par
erreur r4>jfef. Ce commentateur a t conduit adopter cette
opinion par Texamen qu'ail a fait des feuilles de VErjngium ma -
rilnumy qui n'ont aucun rapport avec celle de Tache, apiun,
i6. IX , page i6, ligne i3. Ex his caniam nostri centam-
capita roeanL Voyex, plus haut, la premire synonymie de la
note i3. On explique facilement ce nom vulgaire qui est pass
dans notre langue , par la disposition des fleurs qui imitent des
capitules. La racine du panicaut, qui tait comestible chex les
Grecs , n'est plus en usage parmi nous ; nanmoins , il est pr-
sumable qu'on la mangeait il y a peu de sicles , et c'est la seule
manire d'expliquer l'tymologe du mot franais panicaut , qui
serait la mme que celle du mot latin pantcum , driv de peuds.
Cette racine est odorante , et doit son odeur une petite quan-
tit d^huile essentielle qui lui donne des proprits excitantes ;
elles expliquent , jusqu' un certain point , la ible raconte par
Pline , relative Sapho et Pfaaon.
HOTES DU UVRE XXIL i39
17. ^X, page 18, Ugiie iS. Smal fd H i w ajmim i i O i *
hmmt, elc SpRagcl a ddd qae VaoMmi^VOmmpmimm Aimm-
Cdb n'est gare TniscMblablc , s Ton s^ca rCre rigoit-
: i la kso^ton donace for PtM , qn CB parie ctMiae
d'oac pbnte coorte, hruUhaia, et a^^aat f rfea i li y *ea lar-
geur, haijmta, ce qni iiiqne imc plante trs-taaKiue, et ra-
cynavoc^lule qn attct plas d'ne toise d'lvation , et fni se
ranfie n^diocremcnL Dioscoridc ne t pas Mention de Vmimmms;
suis TWopluaste en a parl (^Uist.pL, l , 16). Si Ton vonlait
ne pas sortir dn genre niy>ndinn, on ponnait dsigner arec pins
de raison VOmt/m imm mtmlun on VOmtpmJmm grtmm. CBanin
( Pim., 38o ) parah croire qoe Pocnnsix est cette plante qn^
qualifie de Citi iifcni r iat^aEms etUms AstirUr fmrjmne fonus. Les
coHnaentatenrs, qui dsignent povr Yaams Ymmuftm^m, ratta-
d^nt la s7non3rniie Vimfymfs (Nicaisd., 71er., t, 71). Nons
rcricndr on s sur ce sujet
18. XI , page 30 , ligne 3. GljcjrrriuzMau Pline dt dais
ce passage qae qadqoes aalcurs ont conConda Ver jm g u m arec la
rglisse. Il tkj a cependant aacnne ressenblanoe entre ces dens
plantes. NnDe espce de r^^sse n''cst ^nense ; mis le Glj-
cjmiixm edkimmta. (Iwrss} a dft ce nom ses lgones qui sont
ramasss en tte et hrisss de poils raidcs. Les anciens, qni n^-
laicnt pas fort dffciles en matire de descrqttMi, ont, cansc
de cette particularit , rapprodi Verjrmgimm de la r^Ksse. Cest
par errenr que Hine attribue aux feuilles ce qni doit tre t des
firnits.
Toic comment nons donnerons la concordance spMMjnnqae
de cette plante :
TMua, f*X* ralfa, Theopb. , HirL pimmL . uc , i3: Txnf-
^n, DioscoB. , ui , 7 ; Galek. , Je Fmc sim^ mti.,
I, 167 ; rAvaifpt* et *PyiAi, Ga^fic bbcet. Gfy-
/rrrUsm et imlfir rmdtx, LaTISOK. ; GlftyrrHim, Rum. ,
htm tammtaiaim ; lfmra . jto MEOIO ; Ufdriiim ,
Masc Eupiac , c 27 , p. 126 : GijTfTrim Jtdim, L.,
Spec fimmU , 10^6^ et probabicmenl la Gif^frrrim eAi-
t4o NOTES DU LIVRE XXII.
*. nai, loco cil. La rglisse lgumes lisses et la rglisse
lgumes hrisss.
Les commentateurs ont pens que la gfyjrrrhtza , rxt/fltxif de
Thophraste, ne devait pas tre rapporte aux deux espces que
nous Tenons de dsigner dans la synonymie , mais bien la Gl/
cjrrrhiza asperrima ^ Linn. fils , que Pallas ( Rase. , l , app. n" 121)
dclare avoir trouve trs-abondamment dans le dsert de Jalc ,
et dont les Kalmnks se servent comme plante alimentaire. Enfin
Sprengel ( Commentars sur Dioscoride) a dsign pour la plante
de Dioscoride , la Gljrcjrrrhiza glanuUfera de Willdenow, qui
abonde dans l'Asie centrale. Cette prfrence est, suivant ce
docte auteur, justifie par la rudesse de ses fruits et la viscosit
de ses feuilles. Nous ne voyons pas pourquoi les Grecs auraient
t chercher en Scythie et dans le centre de l'Asie, qui leur
tait entirement inconnu , une plante qui abonde en Crte ,
Samos, dans l'lide et dans l'Asie Mineure, prs de Smyme. Il
est probable qu'il s'agit des deux espces dsignes dans la syno-
nymie, que les anciens confondaient sans doute, et qui, tontes
deux , produisent es racines galement sucres. On lit nan-
moins dans le texte de Dioscoride que les feuilles de la rglisse
sont visqueuses , et qu'elles s'attachent aux doigts , ce qui n'a
pas lien poor les feuilles des Gljcjrrhiza glabra et ednala; mais
ce ne peut tre un obstacle l'adoption de l'opinion mise , et
si l'on voulait la rejeter pour adopter celle de Sprengel, on ne
pourrait se rendre compte de la couleur des fleurs {jlos hyacin-
ihi colore^ , qui s'applique trs-bien aux espces europennes , et
qui ne peut tre donne aux espces asiatiques.
19. Page 20, ligne 4- Foliis edimalis , etc. Il y a dans le texte
grec T* <pt/>.Act ttvnVit^ oKTO, 'fyjvu^ ce qui veut dire que les
fenillcs ressemblent celles du lentisque. Notre auteur, au lieu
de lire vyjyfi (^lentiscus) , a lu )(ifos (hrisson). C'est encore l
nn de ces nombreux exemples de la lgret avec laquelle Pline
compilait les auteurs grecs.
20. Ligne g. Longa (radix) ceu vitan. Dioscoride compare,
et avec moins d'exactitude , les racines de la rglisse celle de la
gentiane. La couleur interne de la rglisse est jaune {colore buxeci)^
mais elle est recouverte d'un pidcrmc plus ou moins noir , et
NOTES DU LIVRE XXH. ,41
ne prend une teinte bnioe dans tontes ses parties qoe quand elle
est dtriore.
21. Page 20 , ligne i4- Sic id spissatus est , Hngu subdiio. ...
Hacdixnus stmfamofupte sedarL On voit par ce passage que les
anciens connaissaient b prparation que nous nonunons extrait
de rglisse. Ce n'est pas sans quelque apparence de probabilits
que Pline dit cette racine nourrissante, car elle est ricbe en f-
rule et en sucre. On sait qu'elle est encore aujourd'hui la base
d'une boisson populaire que l'on vend dans les grandes villes.
Mais l'emploi trs-firqaent qu'on en (ait s'explique uniquement
par la modicit de sa valeur , et non parce qu'on lui suppose la
proprit de dsalt-er.
Les proprits mdicinales de la rglisse sont peu prs nulles,
et si elle joue un rle dans nos officines , c^est plutt comme un
correctif des mdicamens dsagrables que comme nn mdicament
utile. 11 n'est pas vrai qu'tant applique sur une blessure rcente
elle arrte l'hmorragie. Nous ^pourrions nier galement les
diffrentes indications qu'on lit dans le texte de notre auteur,
l'exception de celles qui tendent dsigner la rglisse comme un
mdicament bcbique.
23. Ligne 16. Ob id ipiidam aipson appdlapere eam, et hj-
dropids dedere , ne sitirenL Le mot adipsos vent dire , en effet , qui
apaise la soif, de a. privatif et ^l^t.^ soif. Cd la note prc-
dente. Et tpa famem sitinifue sedat sljcjrrrhiza , ob hoc dLi'i\s
vocata est , dit Auctuarius. Thophraste ( ix , i3) parie des pro-
prits de la rglisse pour calmer la soif; Galien {^de SimpL, VI )
s'exprime ainsi : *Yj%ft ^ mxu vyfiv irli Ta xfati ri fclfitt
yxvxv j ftoflms duTi^^r U^t to pcp^uexor , vyff ti /toc nilfimt
mtX \vyjillfOf W7^er fis irfmvau Kfvreets. Thophraste
{loco c(. ) rappelle b tradition diaprs laquelle b rglisse {radr
scjrtica) pourrait empcha*, pendant doure jours , l'estomac d'-
prouver la bim ou la soif.
Le pre Hardouin et son copiste Poinsinet citent , sur le mot
adipsan, le livre 1 et le chapitre 35 de Columelle ; il j a errcor
vidente, car le livre cit de Columelle ne renferme que neuf
chapitres ; c'est Auctuarius qui a donn Ttymolog^e du mot
adipson , dans sa phrase dte plus haut , et non ColumeUe.
142 NOTES DU LIVRE XXII.
23. XII , page 22 , ligne 2. Tribidi unum genus, de. Cf. au
livre prcdent , les notes 210 et 21 1. Nous avons attribu trois
plantes diffrentes les irbule Pline : le Triulus pabtstris au Trapa
natans, le Tribulus cicercufola la herse , Tribuhis terreslris des
botanistes modernes , et le Tribulus aculeatus, fructu siliquoso , au
Fagona cretUa , lu. y plante commune Candie, mais rare en
Grce et tout--fait trangre au climat d'Italie. Si Pline l'a
vue , il n'a pu la trouver que dans les jardins , ce qui expliquerait
pourquoi il lui donne l'pithte de hortensis. Peut-tre aussi
confondait-il avec cette plante quelque lgumineuse du genre
medicago , dont les fruits sont hrisss de piquans; mais ce n'est
qu'une simple conjecture. L'histoire des tribidi n'est pas exempte
d'obscurits et d'incertitudes : les auteurs de l'poque de la re-,
naissance des lettres donnaient VHippophae rhamnoides , L. , le
nom de tribulus marinus , nom de tout point impropre, d'abord
parce que cet arbrisseau n'est pas le tribulus des anciens , et en-
suite parce qu'on le trouve ailleurs que sur le bord des mers , en
Suisse et dans les valles de l'Arve , par exemple , plus de trois
cents toises au dessus du niveau de l'Ocan.
24. Ligne 7. Thraces...foliis iribuli equos saginant, etc. Tout
ceci doit se rapporter au trapa natans dont les semences, riches
en fcule , sont consquemment fort nutritives. La fcule agit
souvent contrahendo ventrem, moins par une vertu astringente
particulire , que par la proprit qu'elle a de nourrir l'estomac
sans trop le surcharger.
25. XIII , page 22, ligne 14. Stbe , quam aUqui pheon va-
cant, etc. Les modernes eut appliqu ces noms de stbe et epheos
ou phleos deux plantes de familles fort diffrentes : l'une est une
synanthre et l'autre une gramine qui ne sont pas aquatiques.
Suivant Thophraste (iv, 11) , le phleos est une plante aquatique
et pineuse qui crot surtout dans le lac Orchomne ; il y en a
deux , l'un mle et l'autre femelle : celle-ci sert faire des liens.
Aristophane parle du phleos comme d'une plante aquatique , dans
un choeur de sa singulire comdie des Grenouilles :
'Hx/us* (Tii xviriifov
NOTES DU LIVRE XXII. i43
11 rsulte d'un passage de hophrasle (vi, i) que le phkos
portait aussi le nom de stbe , ce qui est confirm par le passage
de Pline que nous commentons , et par Tiberius ( i ) 55 )', chez
qui on lit : S'7o/Cm- lo-lt ^\ ^xias. Galien (lib. I, de Antidotis)
mentionne une plante rameuse propre garder les vins : les
gens du pays rappelaient coljmbada, d'autres stbe; le mme au-
teur ( de Simpl. ) parle d'une autre stbe dont les feuilles et les
fruits sont astringens. On doit croire qu'il s'agit de la stbe de
Dioscoride (iv, ii), laquelle il attribue les mmes proprits,
mais dont il n'a malheureusement donn aucune description.
D'aprs Ruellius et Mentzel, la stbe de cet auteur tait nomme
stipa et tobion par les Romains. Les commentateurs n'ont pu
s'accorder sur la dsignation de cette plante. Dalechamp indique
la sagittaire, Sagittaria sagittifoUa; C. Bauhin veut que ce soit
la Centaurea Calcilrapa; d'autres ont voulu reconnatre en elle
une scabieuse; Clusius et Belli ont pens que c'tait le Poterium
spinosum, et Sprengel [Hist. Reikerb., I, io3 et 190) s'est rang
cet avis. Toutes ces opinions sont improbables. N'oublions pas
que le phJeos ou stbe est une plante pineuse , et qu'elle vit
dans les marcages. La scabieuse et la sagittaire ne sont point pi-
neuses, et \t poterium spinosum, ainsi que la C. Calcilrapa, L., ne
vivent pas dans les marais ; elles se plaisent , au contraire, dans les
terrains secs et arides. Dans leurs travaux sur les plantes des an-
ciens, les commentateurs ne veulent jamais que des concordances,
lors mme qu'il n'est pas possible d'en tablir de raisonnables.
La sto^e ne peut tre rapporte avec aucune plante connue.
Voici la seule synonymie probable :
Iloi^Yi 8 <^Ki(s, Theoph., VI, I et alibi; Galen. , de Simpl.;
Aristoph. , irt Ranib., I, 55; Diosc. , iv, 11 ; Tiberius
MuLOMEDicus. Stbe et Pheos , Plin. , loco comment.;
Herba aquatica spinosa , sapore adstringente,
26 XIV, page 22 , ligne 19. Hippophjes in sabulosis mari-
timisque nascitur, spinis albis. Il ne faut pas confondre Vhippophjes
et Vhippophstum. La premire de ces plantes est un arbrisseau
fort pineux, baies rouges, feuilles soyeuses blanchtres,
soigneusement dcrit par Dioscoride (iv, i56), et que l'on re-
i44 NOTES DU LIVRE XXII.
connat trs- bien dans V liippophae rhamnoides , L. ; l'autre est un
cnicus indiqu comme ne petite plante acaule , feuilles petites
et pineuses, etc. Sprengel a dsign le Cnicus sleUatus , L. , et,
si ce n'est cette cynarocphale , c'est du moins quelque espce
voisine. Ces dsignations ne sont pas l'abri de toute critique ;
VHippophae rhamnoides est bien un arbrisseau des bords de la
mer, baies rouges, etc., mais il n'a point de suc propre lai-
teux, et il n'est pas facile de dire comment il pouvait servir aux
foulons dans la prparation des toffes. La dsignation du Cnicus
stellatus pour Vhippophstum est assez hasarde ; car la descrip-
tion donne par Dioscoride est certainement applicable plu-
sieurs plantes. On pourrait ajouter, pour Vhippophae, qu'il n'est
pas mentionn dans la Flore grecque de Sibthorp, d'o il est na-
turel de conclure que, si on le trouve en Grce, il y est au moins
rare. Sprengel, voulant trouver pour Vhippophyes une plante
suc propre laiteux , a song l'euphorbe pineuse , Euphorbia
spinosa , qu'on trouve frquemment sur les rivages de l'Archipel
et de diverses autres parties de la Grce. Rien n'est moins pro-
bable que cette opinion. L'euphorbe pineuse ne mrite pas ce
nom. Ses rameaux seuls deviennent, en vieillissant , nus et pi-
quans leur extrmit , mais ne peuvent mriter le nom d'pine.
Il y a d'autres objections tires des fruits, qui sont hrisss,
jaunes, et auxquels le nom de baie n'est point applicable. On voit
combien est peu fonde l'opinion du docte auteur, et l'on peut
hardiment revenir l'opinion qui fait dsigner YHippophae
rhamnoides. C'est pourquoi nous tablirons la concordance syno-
nymique suivante :
I. 'iTTo^df , HiPPoCR. ; Diosc. , iv, 162; 'l-Brrour, 'It-
'jro^etvks, EjusD, , in Nothis. Hippophaes et Hippophjes ,
PlIN. , lib. XXI, 54. et XXII, 14.; Hippoph rhamnoides.
L. , Spec. pi. , i4-52. L'arbousier, faux nerprun.
II. 'I^Tasiflioi/ , 'I^Toaf, QuORUMD. (Nous reviendrons
sur Vhippophston dans nos notes sur le livre xxvil).
Carduus stellatus, L. , Spec. pi. y 11 53. Le chardon toile.
27. Page 27. , ligne ii. Radix suuo madet. La racine de l'ar-
bousier est ligneuse et dpourvue de suc propre. Toutefois cette
w
NOTES DU LIVRE XXII. 145
circonstance ne doit pas nous embarrasser. La description que
Dioscoride donne de son hippophae se rapporte trop parfaitement
notre plante pour qu'on puisse hsiter la reconnatre. Quant
la particularit tire du suc, c'est une inexactitude de Dioscoride,
copie par Pline.
28. Page 24, ligne 2. Est altra hippophyes, etc. Cf. sur
Vhippophsion , la note prcdente et la synonymie qui y est
jointe.
2g. Ligne 4- Debent accommodat esse et equorum natur ,
ruque ex alla causa nomen accepisse. P. Hardouin n'adopte pas
l'tymologie donne par Pline ; il pense que cette plante a t
nomme ainsi, parce qu'elle servait autrefois donner du lustre
aux toffes; de co;, clat, lustre, et dei^^os* qui, dans la plu-
part des composs grecs , n'est qu'une sorte d'augmentatif, d'o
ii suit que 'f^vocpuss ne voudrait dire autre chose que magnus
splendor. ' 'i '
3o. XV, page 24., ligne i3. Urtica quid esse irwisiuspotest?
Cf. sur VurtUa, les notes 228 et 281. Deux seules espces du
genre urtica ont t connues des anciens, VUrticaurens et VUr-
iica dioica. Elles ont t souvent confondues par eux , et notam-
ment par Pline , ainsi que nous l'avons fait remarquer dans nos
notes du livre prcdent. Voici quelle est la concordance syno-
nymique de ces plantes.
T.:, i
\. KKiri), HiPP., de Fia. ratio , IV, 36o ; de Nat. m//Vr., y,
572 ; NlCAND., in Alexiph., 211, 529 et ailleurs ; 'AxetAn
xsTTe-Tepfji'is , DioscoR., IV, 94; Apollodor. , in PUn. ,
loco comm.; KaTctxvwflof x,*/**'^^? , Nicand., de Ther., g44-
Urtica silestris acrior, qu dicitur canina, Plin., XXI, 55 ;
Urtica urens , L. , Spec. plant. , 1896. L'ortie brlante.
n. 'kKuxh^t) TpAyynptt, Diosc, iv, 94 ; Athen. , Deipnos.,
III , II. Urtica silestris , Plin. , XXI , 55 ; Urtica dioica,
L., Spec. plant. , 1896. L'ortie dioque.
"V Urtica herculana de Pline n'est point une vritable orjtie,
mais quelque labie; il la dit odorante : aucune ortie n'est dans ce
XIV. I o
146 NOTES DU LIVRE XXII.
cas; peut-tre s'agit-il d'une labie, du melittis par exemple, ou
de quelque lamium. Nous parlerons bientt de l'ortie morte.
3i. Page 24, ligne i3. At iUa {urtic) prter oleum... velpbi-
rinUs scatet remediis. Cf. la note 68 du livre XV, 7, auquel Pline
renvoie. L'huile d'ortie est une composition mdicinale dont les
proprits sont plus qu'hypothtiques. Les proprits mdicinales
des orties sont nulles, si on les ingre aprs la coction ; mais la m-
decine a tir quelque parti de l'irritation produite sur la peau par
le contact des orties vivantes. Elles dterminent une vive excita-
tion qui, dans certains cas, peut ranimer l'action vitale. On nomme
ce moyen thrapeutique urtication. Il tait, comme on voit par le
texte de notre auteur, connu des anciens. Celse {d^ Renudiis, III ,
27), Arete {Curt, acut , 1,2), Plinius Valerianus (m, 7), en
ont parl.
Rien de ce que notre auteur dit ici des proprits mdicinales
de l'ortie n'est fond en raison. La plante est justement re-
pousse de notre matire mdicale , mais il arrive encore que
quelques praticiens l'emploient. Ce qu'on lit aujourd'hui dans
divers traits de matire mdicale est entirement puis dans
le texte de Pline. On ne croit plus l'ortie capable d'arrter les
hmorrhagies.
On trouve une phrase curieuse dans ce chapitre, et nous ne pou-
vons la passer sous silence : c'estcelle oPline dit la semence utile,
quand on veut vomir aprs le souper. On doit se rappeler que
l'excs de la gloutonnerie fut tel, que les Romains se faisaient
vomir aprs leurs repas , afin de pouvoir recommencer. Il semble
que le passage cit confirme ce fait, moins qu'on ne prfre
penser que, dans certaines affections, les Romains croyaient utile
de vomir aprs leurs repas. Une pareille perturbation dans les
fonctions digestives aurait de graves inconvniens sur la sant.
32. Page 26, ligne i3. Hippocrates vulvam purgari poto eopro-
nuntiat.S.. Thophraste , pour les passages auxquels notre auteur
fait allusion.
33. Page 28, ligne i. Condidit laudes ejus Ph-anias. Galien
et Athne ont parl de ce mdecin auquel on a d un trait sur
les plantes , aujourd'hui inconnu. Considre sous le rapport
alimentaire , l'ortie n'a qu'une trs-mdiocre importance ; nan-
NOTES DU LIVRE XXII. 147
moins les jeunes pousses , cuites et assaisonnes , sont de trs-
facile digestion , et la saveur en est assez agrable.
34^. Page 28, ligne i3. S i quadrupdes fetum non admittat, etc.
Cf. HiPPOR. , in Hippiatr.; Anatol. , in Veterin. , c. i4-
35. XVI, page 28 , ligne 16. Ea quoque , quant lamium
appellavimus, etc. Les anciens, en mettant le lamium parmi les or-
ties, faisaient preuve d'une grande ignorance en botanique. Ce
lamium, qui porte encore aujourd'hui le nom d'ortie morte, foliis
non mordeniibus, est une labie dont les feuilles ont quelque res-
semblance avec celb s de l'ortie. Voici quelle est la concordance
synonymique de cette plante.
AsvKks /JJ/VM, DiOSC. , III, II 3. Lamium quod habet album
in medio folio , Plin. , loco comm. ; Leuce quant vocant me
soleucon, Ejusd., XXVII, 1 1; Lamium Plinii, Cameu., Hort.,
83; LamiuTn maculatum, L. ,Spec. plant., 80g. Milza-
della des Italiens. L'ortie morte feuilles macules.
Il n'est pas douteux que le lamium de Pline ne soit bien notre
Lamium maculatum, plante commune en Italie et dans le midi de la
France. Nous runissons au lamium le Acyx.etf de Dioscoride , qui
est videmment la mme plante que le leuce de Pline (livre xxvil ,
1 1). Sprengel {Hist. R. herb. l , 1 79 ) a dsign ce Lamium album ;
mais le texte de Pline , faisant connatre que la feuille est tache
par le milieu, circonstance qui explique le nom de mesoleucon, et
le mot Agi/xf , driv de A6ux) , qui peut tout aussi bien s'appli-
quer aux feuilles qu'aux fleurs , empche d'adopter cette ide , et
devra faire prvaloir notre opinion. Au reste, il est un moyen de
concilier ces deux opinions. Dioscoride parle d'un Agyxetf de mon-
tagne , et d'un Ax? qui vit prs des lieux cultivs ; ce dernier
pourrait tre le Lamium album , tandis que celui des montagnes
serait le Lamium. maculatum, que Sibthorp indique comme abon-
dant sur le mont Athos. On le trouve aussi dans les plaines au-
prs des haies , et il diffre bien peu du lamier fleurs blanches.
36. XVII , page 3o , ligne 8. Ex argumenta nomen euxept
scorpio herba. Pline traduit ici , et presque littralement , ce
10.
i4S sons m? litme jujl
^K DiMBanieAt ^ b MwpioM Cfiv. IT. dopu igSV n est i
a^^; S tm r pmu i m s alcmim^ L.., Sjpw. pimi., loSo. La
3y . fcge SovBgaciOLfrfrfa BTj wiJ rw 11 i r ii r .Ccrtl,s1
flWP les GOHHMBblBBn , K ^mJWB J nRgKf, pBHtc Bn~
ifi 4e b FnKe. Le texte 4r PGk scnit po^re iasil-
MT ddcr b fMs&M, Fm K s'it ie ceU ^ Dift-
^ dcrit acx Uea cette pbrte. On b naT, t-0,
hm/tmam et stmpmm; dk eralt sar le iMvd fo Mrs, s'-
lve b ha^ltmrtwm fdbKCtflBs; btige crtBgrwr, prife
itUwSi i,yertt Je petite fcaio^wiiiei, de bpwnM Jm
{^MB t JyiMl, et fMt hiBin; le soiHKt db b tige est
mfft , et b avev ^ b pbirte tringerte. T<Mt ceci ftml tn^-
lea se uffiOilei aa Stinim Trm^s; hms leroas reavifaer ^ae
cxUeimfc a Jesfindks, 10 pca owhnaiu et Ibrt pcdies.
Ccst tart fK PEae fit k cMlrake. Toici b comcatmat sf-
Tfmytm , f H lEofVMtr , i /l Tfy * i y , Diocc , ! , 5i ;
ctEirs., imNaiigj Stm/mi mtr, mefttSs, mspmmgi
tmk, PlBiL, fiw w , Twmem, Matct-: Sd:Mfrr^Br,L^
iS^pME. plmL^ 3n. La soafc fMase , baBe des cfc-
La inf M wr fe Wbe tiWt calre b fige de ccHe pfaaic
rt rdir ir Tiif rr|r ar dnil pur i^ratmlrr Jr Ttrf rrj^r nKiaili ,
OK l de VAspmiw^M mad^dms , dort ks figes sort aa pcm
3gu XVM, page 3o,lipiei^ Tri < oC^Mb*
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ftjDE.
i5o NOTES DU LIVRE XXIl.
Pin., i3o ' ; Polygonum maritimum aut dioaricatum ^ teste
Sprengel ' , 1 , 89 j Planta nobis gnoia.
' JU. 'Epi^/V, Galen. , de Fac. simpl. med., VI; Diosc. , iv, Sg '^.
'' ' r Polygonum dumetonim, L. , Spec. plant., 5*22 ; seii Con-
vohulus arvensis^ , L,, Spec.pl., 218; seu Antirrhinum gj-
ptiacum, L., Spec. plant. , 85i , teste SiBTHORP. , FI. grc.^.
La renoue grimpante, le liseron des champs, ou le muf-
flier d'Egypte.
it III. 'Ea^/i'H {herha muralis^^ DiOSC. , IV, 86. Parthenium ,
. i perdicum et murals herba , Cels. , H , 33 ; Helxine seu Per-
dicium , sideritis et parthenium , Plin. , loco comm. U.gpS't'
KUKI , GRjEC. RECENT. Parietaria officinalis , L. , Spec.
plant. , 14.92. La paritaire.
IV. 'l^/j/w de Thophraste , Helxine de Pline. Cf. au livre pr-
cdent , la note 2o5. C'est le %<tfJixiKciv xsvks , cynaro-
cphale du genre acarna.
V. Perdicium , Cels. , II , 33 , cit par Pline. Cf. au livre
prcdent, la note 228. ,.,,,
VI. Perdicium , sie parthenium , sive astericon , sive urceolaris ,
Plin., loco comm.; Vilrago, ScRlB. Larg. (Cette plante doit
' Cette plante est europenne, et non africaine.
' " Aucune descriplion du <orgp<r/*oy n'ayant t donoe par les anciens,
celle opinion ne peut tre admise que comme une hypothse.
5 La comparaison que Dioscoride fait des feuilles de cet x|ivii avec
le cissampelos, indique une plante grimpante; la ressemblance avec les
feuilles de lierre, Pexislence d'une tige grle; ces particularits, ainsi que
Yhabitat au milieu des vignes et des moissons , tendent faire dsigner le
Corn>ol\>ulus arvensis.
4 Les Grecs modernes nomment cette plante mifiir'Kox..S't ; Sibthorp
[FI. grc.) pense que c'est le iBrtftK>,v[jLsnv de Dioscoride ( iv, i4 )
5 II y a bien peu de probabilits pour que Sibthorp ail renconlr juste
dans la dsignation qu'il fait de Vanlhrrhinum gyptiacum , plante
tige droite ; nous avons dit qu'il fallait trouver ncessairement une plante
grimpante.
^' C'est videmment par erreur que Pline a rapport la synonymie de
Celse i^ son parthenium , qui est la malricaire des jardins; YHerha mu-
ralis du mdecin latin est la paritaire, ( Voyez la cinquime synonymie.)
NOTES DU LIVRE XXII. 6^
tre runie la prcdente , Pline ayant videmment parl
de la mme plante sous des noms dilfrens.)
4i' Page 32 , ligne 6. Hc aulem infict lanas^ etc. On ne re-
connat la paritaire aucune proprit tinctoriale; quant aux
vertus mdicinales , elles sont peu actives. On assure que quand
la paritaire crot dans les murs, elle contient du nitre; et que,
dans ce cas, elle agit comme diurtique. Pline a puis chez Diosco-
ride tout ce qu'il dit de l'emploi mdical de cette plante.
/^1 XX, page Sa , ligne i^. Perdicium se parthenium {nam
sideritis alla est) a nostris herba urceolaris vocatur, ab aliis aste-
ricum, etc. Nous avons dit que cette plante tait la mme que
Vhelxine du livre prcdent, c'est--dire la paritaire. Pline a
confondu d'une manire dplorable les synonymies relatives
l'i^'V , \'iX^lvY\ et aux perdicium (Voyez note ^6).
43. Ligne 18. Lamium. Cf. au prsent livre la note 35.
44* Ligne 22. Hoc herba diciiur sanatus, etc. Cf. PlutaRQUE
{Vie de Pricls).
45. XXI, page 34, ligne 7. Chamleonem aliqui ixiam va-
cant. Cf. au livre prcdent la note 20 5. Le camlon blanc qui
est rampant, hriss de pointes , dont la racine est douce, odo-
rante et rsinifre, est VAcarna gummifera., L. Dioscoride ajoute
que ses feuilles sont semblables celles du chardon , aigus et
rudes au toucher. Ce que Pline dit des usages auxquels on l'em-
ploie est confirm par Olivier {Vojage dans l'empire Ottoman, I ,
3i2). Les femmes de l'le de Naxos , l'imitation de celles
de Scio , se plaisent tenir dans la bouche la substance gom-
meuse, inodore, que produit cette plante; elles la mchent et la
retournent dans tous les sens , comme les autres font l'gard du
mastic. Cette exsudation est improprement nomme gomme : les
Arabes et les Maures la recueillent aux environs d'Alger, et en font
une sorte de glu. On sait que l'un des noms grecs de Vacama ,
i^lct , signifie glu , et Pline prend le soin de nous le dire. Spren-
gel {Hist. Rei herb. , loi ) dsigne pour le camlon blanc le
Carlina acaulis ; ce systme ne peut prvaloir, car cette plante ne
laisse exsuder aucun corps rsineux , et cette condition est rigou-
iSa NOTES DU LIVRE XXII.
rease. Cf. le texte de Dioscoride (m , lo), celui de Thophraste
(IX, i3), sur le yjtutiixieiv xsxjms; et les livres vi, 4 et ix , i ,
sur Vi^lvn.
4.6. Page 34, ligne 9. Radice dulci, etc. Thophraste (IX , i3)
dit aussi que la racine de camlon a une saveur douce. On lit
dans XaThriaque de Nicandre (v. 663 ) que cette saveur est ana-
logue celle du miel.
Dioscoride est d'accord sur ce point avec les deux auteurs dont
nous venons de parler.
47. Ligne i3. Quare et chamleon vocetur, etc. Dioscoride a
fourni l'tymologie du mot chamleon Pline ; nanmoins nous la
croyons hypothtique. Peut-tre faudrait-il la chercher dans le
mot 'Xjnfiii.i^ humifusum. La diversit de couleur de Veuama, sui-
vant la nature des terrains , est une fahle.
48. Ligne 17. Ex his candius hjrdropkos sanat succo radias
decoct. C'est Dioscoride (m, 10), Thophraste (ix, i3)
et Galien {de Fac. simpl. med.) que Pline emprunte ce qu'il dit
ici des proprits mdicinales du camlon blanc. L'opinion des
modernes n'est pas fixe relativement au mode d'action de cette
plante sur l'conomie vivante. Il est juste de penser qu'elle a un
certain degr d'activit : Pline en fait un poison pour les rats, et
c'est tort; le camlon hlanc n'a rien de vnneux.
49. Psge 36, ligne 4- ^^ nigris ediqui marem dixere , cm fls
purpureus esset, etc. Nous avons donn la concordance synony-
miqne de cette plante , note 2o5 du livre prcdent , et dsign
le Broiera cor/mbosa , WiLLD , syngnse horriblement hrisse
d'pines, dont les feuilles radicales sont assez grandes, tales et
profondment dcoupes; elles sont glabres et ressemblent celles
du scolymus ; la tige est droite, haute d'un pied au plus ; elle
porte des fleurs disposes en corymbe , et d'un bleu clair. Sibthorp
fait remarquer qu'on la trouve abondamment dans les champs
arides et pierreux, sur le bord des mers. Dioscoride , dont l'exacti-
tude est ordinairement fort grande, l'a indique dans cette localit.
Les proprits mdicinales du carthame corymbes ne sont pas
bien tablies. Nanmoins on sait que cette plante n'est point v-
NOTES DU LIVRE XXII. i53
nneuse; elle ne mrite donc nullement le nom '' ouophonon ,
%h.ov <^vov (^pov^ tout--fait pernicieuse ou mortelle j il est plus
juste de la qualifier de cjnozolon, car l'odeur qu'elle exhale est
dsagrable ; et l'on sait que les modernes ont pris aux anciens
cette habitude de choisir , pour terme de comparaison de ce qui
est mauvais , le chien , pauvre animal que son affection pour
l'homme et la supriorit de son instinct devaient au contraire
ennoblir et lever dans son estime.
5o. XXII , page 36 , ligne 1 6. Coronopus. Cette plante a d
le nom de coronopus la forme de ses feuilles qui ressemblent
(imparfaitement) la patte d'une corneille, Kopvti, corneille, -arovf,
pied. Les modernes lui donnent le nom de corne de cerf, et l'ont
range dans le genre cochlaria; en voici la concordance syno-
nymique.
KopavTouff , Theoph. , Hist. plant., VII, g; Galen. , deFac.
simpl. med. ; DlOSC. , II, i58. Coronopus , PliN. , loco
comm. ; Coronopus Ruellii , Grtn. , de Fruct. , I, 2g3 ;
Cochlaria Coronopus, L. , Spec. plant. , 904. Le cochlaria
corne de cerf.
Cette plante, qui peut tre mange en salade, est nglige des
modernes ; ses proprits sont antiscorbutiques.
5i. XXIII , page 36 , ligne 20. Et anchus radix in usu est,
digitali crassitudine , etc. Il y aurait une longue dissertation faire
sur l'orcanette , et une longue liste donner des plantes aux-
quelles les modernes ont impos ce nom. Nous n'entreprendrons
point ce travail , nous contentant ici de faire connatre les an-
chusa de Pline: toutes appartiennent la famille des borragines,
plantes communes dans l'Italie et dans le midi de la France.
Commenons par tablir la concordance synonymique de ces
plantes.
I. Anchusa vera. "kyxovo'ct , ThEOPH. , Hist. plantar. ,
VII , 9 ; "hyx'iVffA BpiS'a.Ktvis , Nicand. , Ther. , v. 838 ;
GalEN. , in Orat. ad artes , VI ; DiOSC. , IV , 23 ; OrPH. ,
i54 NOTES DU LIVRE XXII.
in Argonaut. ; Crat^v., Suidas, etc. Anchusa , PliN.,
loco comm.; Aetius, de Re med., I, p, 6. L4gJUi.*jt, Arabor.
?| Anchusa tinctoria , L. , Spec. plant. , ig2. La buglosse
tinctoriale.
II. Pseudanchusa. "Ep^^/ov, Diosc. , IV, 27 (dans ce qui a
rapport aux proprits mdicinales seulement). Pseudan-
chusa, echis autdoris, Plin., luco comm.; Anchusa itaiica, Retz,
PoiR. , Encjcl, La buglosse d'Italie.
III. Anchusa seu Onochlles. " Ky')(j>Vffet, erpet , xKiCicS'tov
a hvoyjctxs ., Diosc. , iv, 24 ; Galen., de Foc. simpl.,
VI, 149 ; NiCAND., Ther., v. Sl^i. Anchusa, onochiles ,
arcehion , anchusa, rhexia , Plin. , XXII, 25 ; Echium creti-
cum , L. , Spec. plant. , 200. La viprine de Crte , peut-
tre confondue par les Grecs avec Vechium diffusum.
IV. Anchusa minor. 'kyyjtvaa, rphti , DiOSC. , iv , aS ,
NiCAND., Ther. , V. 63; ; NiCAND., Scol. , p. 38 ; Galen.,
de Foc. sim.pl. med. , p. i4-9' Anchusa minor flore rubro,
Plin., loco comm.; Lithospermum fruticosum , L. , Spec. pi. ,
igo. Le grmil ligneux.
La premire anMja de Pline devrait tre rapporte V Anchusa
itaiica et V Anchusa tinctoria, plantes qui diffrent peine, et se
trouvent dans les mmes localits ; mais V Anchusa itaiica ne donne
aucun principe colorant : c'est sans doute ce qui aura valu cette
espce le nom de pseudanchusa , car, ressemblant exactement
l'espce tinctoriale par les formes extrieures, elle ne donne rien
la teinture. Sprengel ( Commentaire sur Dioscoride , 385 ) dsigne
pour cette fausse buglosse, le Lithospermum fruticosum , L. , dont
la tige ligneuse , les feuilles troites et la racine ligneuse et noirtre
loignent toute ide de rapprochement entre elle et la vritable
orcanette. D'autres commentateurs ont propos VEchium ru-
hrum, L., mais cette plante n'est point indique comme indigne
de la Grce par Sibthorp ; elle abonde en Autriche et dans quel-
ques parties de l'Asie Mineure ; je doute qu'on la trouve en Ita-
lie. Sa racine est noirtre , dure , presque ligneuse ; ses feuilles
sont fort troites ; la plante enfin n'a rien qui rappelle le port des
NOTES DU LIVRE XXII. i5
anchusa. \\ faut donc renoncer adopter le systme dvelopp
par Sprengel , et s'en tenir la buglosse d'Italie. En comparant
le texte de Dioscoride (chap. 27), on voit bien facilement que
Pline a donn son pseudanchusa les mmes proprits que celles
attribues par l'auteur grec Vi-x^iov, et cela explique la confu-
sion nominale dont nous parlons note 53. La pseudanchusa de
Pline est bien certainement V anchusa de Dioscoride ; il suffit, pour
s'en assurer, de comparer le texte des deux auteurs.
Qnzni^V anchusa onochiles, Pline nous apprend qu'on la trouve
dans les terrains sablonneux : elle a , dit-il , de petites tiges , des
fleurs de couleur pourpre , des feuilles et des rameaux rudes ,
une racine rouge au temps de la moisson, et noire dans tout
autre temps, ce qui n'est gure probable. Dioscoride, indpen-
damment de cette particularit qu'il rappelle galement, et de
quelques autres renfermes aussi dans le texte de Pline , annonce
qu'elle diffre de la vritable anchusa par lies feuilles plus petites
et plus rudes, par des rameaux grles, par des fleurs pourpres et
des racines rouges allonges. La viprine de Crte semble runir
ces divers caractres ; il faudrait nanmoins , pour dcider la
question d'une manire dfinitive , s'assurer si les racines sont
tinctoriales : anchusa est driv de ky/jav^a. fard.
52. Page 36, ligne 23. Sanat ulcra in cerato, etc. On se sert
encore aujourd'hui de l'orcanelte pour colorer quelques crats.
L'usage des borragines est uniquement born l'emploi de la ra-
cine ; l'analogie dispose croire que ces plantes agiraient comme
la buglosse officinale et la bourrache que l'on croit diurtiques et
adoucissantes ; elles contiennent du nitrate de potasse. Cf. sur les
proprits de V anchusa, Dioscoride [loc. cit.) et Atius: cet auteur
dit que, de son temps, les femmes se servaient de l'orcanelte pour
se colorer les joues. On croit que le fard vgtal avait pour base
l'orcanette.
53. XXIV, page 38, ligne 10. Est et alla similis., pseudan-
chusa oh id appellata , a quibusdam vero echis, etc. Sous le nom
d'g'xiov, Dioscoride (lll , 27) parle d'une plante qu'on a cru re-
connatre aiasVEchium ruhrum , L. Nous examinerons cette opi-
nion au livre xxv. Pline a mal--propos runi cette synonymie
i56 NOTES DU LIVRE XXII.
le nom d'echis, et c'est plus mal--propos encore qu'il a attribu
son pseudanchusa les proprits que Dioscoride donne V'j^iov.
Personne n'est plus inexact ni plus confus que Pline. Il est heu-
reux qu'au lieu de continuer la synonymie de son pseudanchusa ,
il ait mis et multis aliis nominibus, autrement il et sans doute em-
brouill encore plus cette nomenclature.
Tout ce que Pline crit, touchant les proprits mdicinales du
pseudanchusa , ne mrite pas les honneurs du commentaire. (Cf.
Dioscoride, iv, 25.)
54.. XXV, page l^.o , ligne 5. Multi enchrysam. Quelques
ditions portent anchusam , ce qui ne nous semble pas rgulier. 11
n'est gure probable que Pline, aprs avoir crit quam cUiqui vo-
tant anchusam , ait mis presque aussitt nuilti anchusam. Les com-
mentateurs avaient remarqu avant nous que l'index porte en-
chrjsam et ancrisum, suivant les manuscrits, mais non enchusam
ni anchusam; si l'index appartient Pline, il faut ncessairement
prfrer enchrysoTn.
; 55. XXVI , page 4-0 ligne 20. Anthmis magnis laudibus
celebratur ab Ascepiade. Aliqui leucanthemida vocant , alii leucan-
themum , etc. 11 y aurait une longue dissertation faire pour
arriver la dtermination de cet anthmis , sous le nom duquel
Pline et les Grecs ses prdcesseurs renfermaient des plantes fort
diffrentes. Nous nous contenterons de dire qu'il faut le chercher
parmi les radies : ce mot anthmis , de tvo , fleur, avait t
primitivement appliqu une fleur remarquable par sa beaut ;
c'est ce mot qui a servi de radical au mot leucanthemum , anth-
mide Heurs blanches; eranihemon , fleur prin tanire; melan~
themum, anthmide noirtre, et chammelon , qui signifie, selon
Pline, une fleur qui exhale une odeur de pomme. Trois anthmis,
diffrencis par la couleur de la fleur, ont t dsigns. Sibthorp
indique V Anthmis chia, L. , Spec. plant. , 1260, V Anthmis rosea
et V Anthmis tinctora. Sprengel {Hist. Rei herb.) veut recon-
natre au contraire dans les anthmis des Grecs, les Anthmis lata
et montana , et le Chrjsanihemum monspeliense. Ayant nous
prononcer sur l'opinion de ces deux auteurs , nous prfrons
NOTES DU LIVRE XXII. rS? '
adopter celle de Sibthorp , qui a fait des observations plus di-
rectes ; ainsi donc , nous tablirons la synonymie suivante :
Anthmis. 'hvUfJLis, oi / xsvKAvhjuov^ o T tipcivs/^ov, Diosc,
m, i54 ; Galen. , ii, 2, p. 38i ; na.TQvviy Cypriot.
RECENT. Anthmis , Lcucanthemis , Leucanthemon et Eran-
themon, Plin. , loco comm. ; Anthmis chia, L. , Spec. plant. ,
ia6o. L'anthmide de Chios.
fc. "AvSe/uis -ffo/xpy/JctvMf , o T hp^vhjuov , Diosc. , loco cit. ;
TlATovyi., Cypriot. rcent. Anthmis flore rubro , eran-
ihemon , Plin. , loco cit. ; Apul. , cap. 23 ; Anthmis rosea ,
SiBTH. , FI. grc. , edit. Smith , il , 191. L'anthmide
fleurs roses.
^. 'Avsfitf /xtthivvBils , DiOSC. , loco cit. Anthmis melan-
themon, Plin. , loco cit. ; Anthmis tinctoria, L. , Spec. plant.,
1263. L'anthmide tinctoriale.
y. "Avsfits xttfAAi /JLtxov , Diosc. , locotit.;''AvBejnov y^xapiv .,
HiPP. , de Nat. mulier., p. 552 ; EuetyfleyMoj' yKap'w , EJUSD. ,
de Morb. mulier. , l , p. GaS; 'Av^o;' <pvxxS'Sf, Theoph. ,
Hist. plant., VII, 8 , 14. j*^y^ ' Arabor. Set /Liojurixtt ,
GrtEC. RECENT. Chammelon , Plin. , loco cit. ; Matricaria
Chamomilla, L., Spec. plant. , 1 256. La camomille vulgaire.
56. XXVII, page 4-2, ligne 17. Loton qui arhorem putant
tantum esse , vel Homero auctore coargui possunt. La troisime
section de notre note i3o , au livre xiii , est en entier consa-
cre aux lotos herbacs. Ce lotos d'Homre est le Melilotus offi-
cinalis , L. , Spec. plant. , 1078 , notre mlilot, qui parfume si
agrablement les fuins du plus grand nombre de nos prairies. Les
passages d'Homre auxquels notre auteur fait allusion sont sur-
tout ceux-ci :
To- c^' 'w ^Bii J'ia. ^f Tio9iiXf<t <aroitiy ,
Iliad. , lib. xtv, v. 347.
Su ykf nttS'toto ktttc-aut ,
Epio;, S tr f*.i xmtt roxip , nS' xnttif oy.
Odyss. , lib. iv, v. 60a.
57. XXVIII, page 4-4- ? ligne 24 Est et lotomelra, etc. Ce
t58 NOTES DU LIVRE XXII.
texte renferme diverses inexactitudes. Il semblerait, en le lisant,
que le lotus et le lotomtre , ou grand lotus, seraient deux
plantes diffrentes, et cependant il y est dit que le lotomtre
natt de la graine du lotus , ce qui tablit Tidentitc des deux
plantes. Cf. sur ce lotus , Njrmpha Lotus de Linn , le septime
paragraphe de la note i3of au livre XIII : au lieu de semine si-
mili milio, on lit, dans plusieurs manuscrits, semine simillimo
porro. ThophvdiSle (H ist. plant., IV, lo), Dioscoride (iv, 114)7
Galien {de Fac. shnpl. med. , vil , p. 2o5), et Pline lui-mme
( XIII , 82) , comparent les semences de ce lotus avec les graines
du millet. Prosper Alpin rapporte qu'on en faisait du pain en
Egypte l'poque de ses voyages.
58. XXIX, page 44-7 ligne 12. Heliotropii miracuhtm spius
diximus , etc. Pline a parl (il , 4i ) de l'hliotrope. Il est plu-
sieurs fleurs qui semblent se diriger vers le soleil , et ce phno-
mne peut facilement s'expliquer par le besoin que jces plantes
prouvent de la lumire ; la fcondation ne peut s'oprer que par
elle : aussi voit-on les plantes immerges s'lever la surface
de l'eau pour oprer le mystre de la reproduction. Ce besoin
n'est pas toujours galement imprieux ; mais quand il l'est ,
alors les fleurs cherchent avoir le plus de lumire possible :
elles se dirigent donc vers le soleil , d'o elle mane , et sui-
vent son cours en excutant des mouvemens de torsion fort re-
marquables. Ce qu'on nomme sommeil , dans les plantes, tient
la prsence ou l'absence de la lumire, qui, avec l'lectricit,
sont les deux plus grands stimulans de la vie. L'panouissement
des fleurs diverses heures du jour, dont l'observation est due
Linn , constitue ce qu'il nomme potiquement l'horloge de
Flore. Les diverses heures d'panouissement tablissent entre les
fleurs des diffrences dans la quantit de lumire qu'il leur faut
comme stimulant, et, ces diffrences, le photomtre pourrait
peut-tre les exprimer. Quand une plante est noctiflore, c'est-
-dire qu'elle ne peut fleurir que pendant la nuit , cela prouve
qu'elle a plus besoin d'humidit que de lumire, et que ce fluide
agit trop vivement. Ces circonstances sont si rares, qu'elles con-
firmeraient la rgle en prsentant l'exception.
NOTES DU LIVRE XXII. 189
Pline dclare reconnatre dcnx espces d'hliotrope , l'nne
qu'il nomme tricoccum , probablement cause de la disposition
de sa capsule, qui tait trois loges; l'autre helioscopium, parce
que probablement le phnomne de la direction de la fleur vers
le soleil tait plus marque chez elle que chez l'autre. Il d-
clare que la couleur de la fleur est bleue. La dsignation de la
couleur de la fleur de l'hliotrope varie presque dans chaque au-
teur. Ovide , qui a racont dans le livre IV de ses Mtamor-
phoses , vers 268 , l'aventure de Clytie , fait cette fleur d'un
bleu violet ; Apule la dit de couleur pourpre.' Dioscoride, qui
reconnat aussi deux espces d'hliotrope , nous apprend que la
fleur est lgrement fauve , et blanche vers le sommet. En sup-
posant que les hliotropes dont parlent les auteurs grecs et
latins soient bien une seule et mme plante, les objections tires
de la couleur n'auraient pas une grande force , car on sait que
les plantes fleurs bleues ont presque toutes des varits fleurs
teintes de pourpre , ou blanchtres.
Suivant Dioscoride, le grand hliotrope a une fleur semblable
la queue d'un scorpion , ce qui lui a valu aussi le nom de
scorpione , comme sa disposition chercher le soleil lui a valu
celui d'hliotrope. Ses feuilles ressemblent celles de Vodmum,
quoique plus velues, plus blanches et plus grandes. Trois, quatre
ou cinq rameaux partent de sa tige , et ces tiges sont elles-
mmes rameuses ; ses fleurs , qui sont en tte , sont blanches ou
rousstres , et recourbes (ceci doit s'entendre de l'ensemble
des fleurs ) la manire d'une queue de scorpion. La racine
est grle. La description donne par Pline ne peut rien nous
apprendre , non plus que le passage d'Ovide , auquel nous ren-
voyons. Thophraste [Hist. plant, vil, ll^.) dit que l'hlio-
trope est ainsi nomm parce qu'il fleurit l'poque du solstice ;
il dit encore que sa floraison est long-temps prolonge. Tout
ceci se rapporte fort bien notre hliotrope , Helioiropium eu-
ropum, L. , et nous devons nous y arrter.
Quant au petit hliotrope , c'est , suivant Dioscoride , une
plante de marais, qui a les feuilles plus rondes que celles de l'es-
pce prcdente, quoique assez semblables. Ses semences sont
arrondies et pendantes. Cette description est bien concise , et
i6o NOTES DU LIVRE XXII.
pourtant les commentateurs se sont accords pour dsigner le
Croion tinctorium, L. , plante feuilles ovales, blanchtres, un peu
sinues , et fruits pendans , composs de trois capsules rondes
et tuberculeuses.
Il rsulte, de ces investigations, que l'hliotrope des potes
n'est pas la mme plante que celle des crivains prosateurs , et
qu'on peut tablir la concordance synonymique suivante :
I. 'HxioTpTiov, Theoph. , VII ,3,7; 'RhiorpoTtov jny , Kt
a-Kopviovpov, Diosc, IV, igS; Apul. , c. ^9 ** 3 ; Cels.,
IV, 17. Heliotropium , Plin. , loco comm. ; APOLLOPH.
et Apollod. , cits par Pline, loco cit. ; Verrucaria , Latin.
et Plin. , loco comm, ; Heliotropium eur,opum., L. , Spec. pi.,
187. L'hliotrope d'Europe, ou l'herbe aux verrues.
II. 'Haiot/)C7-/oi' /nupiv , DiOSCOR. , IV , 194. Heliotropium
tricoccum , PlIN. , loco comm. ; Croion tinctorium , L. , Spec.
plant. , 14.24. Le tournesol.
III. Heliotropium poetarum , OviD. , Metam., IV, 268; Hespe-
ris matronaUs, L. , Spec. plant., 927, teste Sprengel. La
julienne.
69. Page 44? ligne i3. Tantus sideris amor est, etc. Les
commentateurs ont pens que Pline avait mal traduit le mot
vtfTvppv , et qu'il avait lu v'proThf(^vpov. Dioscoride dit , en par-
lant du grand hliotrope , tiv^os hevKv, vrrrrv'pfov Flos in
cacumine candidus
60. Ligne 16. Hoc altius ab ima radie ramosum. Semen
infolliculo messibus coUigitur. Le sens renferm dans cette phrase
ne peut se rapporter l'hliotrope d'Europe , ni au croton-
tournesol , dont les semences ne sont pas renfermes dans des
follicules. Plus loin , en parlant de Vhelioscopium , notre auteur
semble foire croire , en spcifiant le temps et l'heure de la rcolte
du suc d'hliotrope , que c'est un suc gommo-rsineux qui d-
coulerait naturellement. Nous croyons que Pline a nomm une
plante , et qu'il en a dcrit une autre. Les proprits mdici-
nales de l'hliotrope d'Europe sont dnues de toute nergie ;
c'est mal--propos que Pline dit le contraire. S'il affirme qu'il
NOTES DU LIVRE XXII. i6t
est efficace contre la morsure des scorpions, c'est que l'ensemble
de ses fleurs simule la queue d'un scorpion ; si ce mode d'inflo-
rescence et rappel la forme d'un serpent, Pline n'et pas man-
qu de dclarer que la plante pouvait combattre la morsure des
serpeus.
6i. Page 46> ligne 12. Alterum genus, quod tricoccum appeUa-
imus, et.... scorpiuron vocatur, etc. Dioscoride (iv, 198 ) donne le
nom de scorpiuron son hMTf^otnov f/.yA\ matis (^ in Nothis) oh
trouve pourtant crit : 'Hxtorpngiov jniKpov , o T a-KopTriovpov.
Nous ne dirons rien del partie du texte qui dtermine les pr-
tendues proprits du petit hliotrope ou tricoccum. Nous nous
tonnerons que ni les Grecs ni les Romains n'aient parl des
proprits tinctoriales du croton-tournesol. Avant que l'Am-
rique n'et t dcouverte , on avait , et de temps immmorial ,
mis profit la plupart des productions vgtales europennes. Le
croton-tournesol dut attirer l'attention des anciens ; car ses baies
tachent le doigt qui les touche , et la richesse de son principe
colorant est rvle aux plus inattentifs.
62. Page 48, ligne i. Et verrucas hoc utqne heliotropium ra-
dicitus extrahit, etc. On a cru long-temps aux proprits de l'h-
liotrope d'Europe pour faire disparatre les excroissances char-
nues indolentes ; c'est pourquoi il porte encore vulgairement le
nom d'herbe aux verrues. On pourrait aussi penser qu'elle a reu
ce nom de la forme de ses fruits.
63. XXX , page 48, ligne 12. Aliud adianio miraculitm , etc.
Il est hors de doute que ni l'un ni l'autre des deux capillaires
ne peut tre rapport VkS'ictVTov des Grecs. Dioscoride ( iv ,
i36) dit positivement que VkS'ietVTov a de petites feuilles sem-
blables celles de la coriandre, incises vers le sommet, et
que la plante a un palme de haut. Pline donne son adianton de
petites feuilles symtriquement disposes et serres les unes cAt
des autres ; c'est ce que Dioscoride crit aussi de son rpix^/auvs^
auquel il donne aussi le nom '^ictvjov. La synonymie suivante
peut tre facilement, tablie :
I. TfiX'Atttr^ ,>uti Ti'flti'Toj' , Theoph. , Hist. plant. , \\i ^
XIV. II -
iGa NOTES DU LIVRE XXII.
i3; DiOSCOR. , IV, iSy ; Adianlon , CaUtrichon , Polytrichon
et Trichomanes , Gr^COR. , teste ApuL. , c. 4-7 noAurpi^,!,
Gr^C. RECENT. Adiantum , PliN., loco comm.; Saxifraga,
Latinor. , teste Plin. , loco cit. ; Saxifraga , HiLDEG. , H ,
1 4.3 ; Asplenium Trichomanes , L. , Spec. plant. , 1 54o. La
doradille des murs.
II. 'AS'lctVTOv , HiPP. , Fisi. , 883 ; Theoph. , Hist. plant. ,
VII , i3; NiCAND. , in Ther., v. 84-6; ^AS'ta.VTov Kal -zyoAv-
'^F'X'^y ) Diosc. , IV, i36; IIoAyT//x,', Gr^c. rcent.
Adiantum Capillus Veneris , L. , Spec. plant. , 11 38. Le
capillaire cheveux de Vnus, ou capillaire de Montpellier.
L'tymologie du mot kS'lAvrov (a privatif, et S'ittivo) rend
compte d'un effet qui se reproduit pour toutes les feuilles glau-
ques, revtues d'une sorte d'enduit creux qui les vernit et em-
pche l'action de l'eau. Les feuilles de chou et celles de plusieurs
autres vgtaux sont dans ce cas. Nicandre (z Ther., loco cit.)
rappelle aussi ce phnomne, dont presque tous les auteurs de
l'antiquit ont parl. ( Cf. Theoph. , vu, i3.)
11 est vident que Pline n'a pas connu V Adiantum Capillus Ve-
neris , L. , mais il a , du moins , lu le texte de Dioscoride ayant
rapport celte plante ; aussi a-t-il attribu son adianle tricho-
manes la plupart des proprits mdicinales que Dioscoride
donne son kS'la.VTov : la plante qu'il a dcrite n'est donc pas
la mme que celle dont il numre les vertus. Il n'est pas vrai
que l'adianle trichomanes puisse tre taill et faonn pour em-
bellir les jardins ; il n'est pas vrai non plus qu'il puisse teindre
les cheveux. Il a de nombreuses racines fibreuses , et Pline lui
en refuse ; enfin , on ne peut craindre qu'il agisse comme caus-
tique , etc. , etc.
\jts mots callitrichon , trichomanes et polytrichon, belle che-
velure et chevelure paisse, rappellent l'opinion qui faisait croire
que cette plante rendait les cheveux plus beaux et plus pais ;
il suffisait que le ptiole de la fronde de ces fougres ft noir et
capillac , pour que cette croyance ft gnrale.
Cf. sur les proprits de l'adiante, Dioscoride {loco cit.)., Ga-
Hen (11, 2), Apule {loco cil.)., Marcellus Empiricus , etc.
NOTES DU LIVRE XXII. i63
64. XXXI , page 52 , ligne 5. Picris ab insigni amariiu-
ine cognominatur , etc. Pline a dj parl de la piride au livre
prcdent. Il ne parat pas que Dioscoride ait connu cette plante,
hophraste ne la dcrit que fort imparfaitement, et, comme on
le voit , Pline en dit bien peu de chose. C'est donc sans avoir
une certitude entire que nous proposons la concordance syno-
nymique qu'on va lire :
IliKplf j ToEOPH. , Hisl. plant, f VII, 11 ; XeipoCoTxvi, GRjEC.
RECENT.; n<x/)Arec, Zacinth. Picris, Plin., xxi, Sg,
et loco comm. ; Picris asplenioides , L. , Spec. plant. y Iii5.
La picride feuilles d'asplnie.
Sprengel dsigne V Helminihia echioides , L. ; mais cette plante
a des feuilles lancoles et point arrondies ; elle est munie de
fortes asprits qui la font paratre pineuse. C'est le premier
(riy)(^os de Dioscoride, dsign par l'pithte de .Ko.vaS'a-lepa..
65. -Ligne 7. Thesium quoque non dis simili amariludine est, etc.
Cf. sur le ihesion, la note aSS , au livre prcdent. Nous avons
cherch tablir que cette plante n'tait pas connue des mo-
dernes, et que Sprengel avait indiqu tort le Thesion linophjl-
lum, L.
66. XXXII, page 52, ligne 10. Asphodelum. Cf. sur l'aspho-
dle , la note 286 , au livre prcdent. Cette plante , dont tous
les potes ont parl, a chang le nom d'asphodle qu'elle avait
dans la langue d'Homre et d'Hsiode , en celui de spourdakula
et de karabouki , qu'elle porte maintenant chez les Laconiens
et chez les Athniens modernes. De pareils changemens ne s'ex-
pliquent que trop. L'esclavage rend les terres incultes, l'homme
farouche , et la langue qu'il parle rude et barbare. Une nation
libre et heureuse met dans son langage , dans ses murs et
jusque dans ses monumens , quelque chose de potique qui s'-
teint et s'efface aussitt qu'elle porte des fers. Ce n'tait pas le
beau ciel de la Grce qui seul avait enfant les prodiges des arts
que nous nous efforons d'imiter: la libert avait plus fait encore.
11 fallait des mains libres pour tenir la lyre d'Homre ou le ci-
seau de Phidias.
1 r.
i64 NOTES DU LIVRE XXII.
67- Page Si, ligne 12. Dion/sus, marem ac feminam esse.
Nous avons dj dt plusieurs fois que la dsignation fiaite par les
anciens, de plantes mles et femelles, n^talt nullement tablie sur
les caractres botaniques. Elle n'indique que des varits, et rend
compte seulement de leur degr d'nergie.
68. Defectis corporibus et phthisicis constat aptissime
dari. Pline a consacr un long chapitre aux proprits mdici-
nales de l'asphodle. Nous ne discuterons pas la validit de ses
assertions , qui , pour la plupart , n'ont aucun fondement. La
bulbe de l'asphodle rameux esJ riche en mucilage ; on en retire
une pulpe qui est , dit-on , fort nourrissante. Etant mle avec
la farine du bl ou de l'orge , elle a pu servir faire du pain dans
les temps de disette. Si nous nous reportons la constitution
chimique de la bulbe de l'asphodle, nous verrons que, except
des proprits mollientes , toutes les autres sont supposes. On
peut ranger cette bulbe parmi les analeptiques, et l'appliquer avec
avantage sur les tumeurs inflammatoires , ainsi que sur les cre-
vasses ou gerures de la peau , etc. ; tout le resle est du do-
maine de la fable.
6g. Ligne i5. Nicaniler et contra serpentes ac scorpones....
ddit. Les vers de Nicandre , auxquels renvoie notre auteur, sont
les suivans :
"AXot ka Kat.vXflo)i V'wifiTtpoy vpx.o<o,
Vl0XXl.Ki S"' dV Ktti a-'Or'ifiy.a. , OTOU XoC kfji^i ti^ei.
Dioscoride (il , 199) a adopt cette croyance, que Pline
ensuite lui a emprunte. Les erreurs commises par les crivains
rputation ont cela de dangereux, qu'elles se reproduisent in-
dfiniment.
70. Page 54. , ligne 4- Fere in quocumque morbo magis decoctis
medici uiuniur. Ce n'tait pas sans raison que les mdecins de
l'antiquit recommandaient de n'employer les bulbes qu'aprs les
avoir fait cuire. Il est rare que les racines fculentes ou mucila-
gneuses ne contiennent pas un principe acre que l'action du feu
leur enlve.
71. Ligne 7. Autumno auiem colliguntur, etc. Jj'poque pr-
cise pour la rcolte des bulbes de l'asphodle est trs-ration-
NOTES DU LIVRE XXII. i65
nelle. C'est alors qu'elles ont acquis leur plus grand dveloppe-
ment et remplac les sucs fournis la tige et au fruit. C'est en
automne que Ton rcolte, pour l'usage pharmaceutique, presque
toutes les racines mdicinales.
72. Page 54., ligne 21. Chrjsermus , etc. Fabricius a pris soin
de nous prvenir de ne pas confondre ce Chrjsermus avec l'histo-
rien qui portait le mme nom, et qui tait n Corinthe.
73. Page 56, ligne 2. Sophocles. Les manuscrits varient sur
la manire d'crire ce nom propre dans le texte de Pline. Ceux
de la Bibliothque royale , les Colbert. et celui de Chiflet
criyeni Socles ;V index du livre porte Diodes; enfin, d'autres
manuscrits moins connus crivent Sacrtes. Il paratt qu'il exista
un mdecin qui porta ce nom. Cf. C^ELIUS AURELIANUS, V,
Chron., chap. i. ^
74.. Ligne 10. Simus. Les manuscrits royaux et celui de
ChifQet portent Timon.
75. XXXIII, page 56, ligne ly. Asphodelum ab Hesiodo
quidam alimon. On croit pouvoir dsigner pour Valimon des
Grecs , un atriplex qui vit prs des bords de la mer, et que les
botanistes ont nomm A. Halimus. C'est un arbrisseau qui s'-
lve environ deux mtres ; sa tige est rameuse ; toutes les par-
ties de la plante ont une couleur glauque agrable; ses feuilles
sont deltodes , un peu charnues et persistantes. La description
donne par Dioscoride , et copie par Pline dans un passage que
nous commentons , permet de reconnatre l'identit des deux
espces, de sorte que nous n'hsitons pas prsenter la concor-
dance synonymique suivante :
"AaI/Uo? , Theoph. , Hist.pl, 11, 20; DioscoR. , i, 121;
Galen. , de Fac. simpl. med. , VI, 22. Plin. , loco cit.
'AxifccItA, GR;EC. RECENT. {Cretens.)., Bel. , Singul. , p. 44-
't.J^ ' -^VCEN- 1 2 1 1 . Atriplex Halimus, L. , Spec. pi. ,
1492. L'arroche des bords de la mer.
Thodore Gaza, dans la traduction qu'il a donne de Tho-
phraste , traduit aki/hos par le mot accrone. Sibthorp ( FI. grc. ,
II, 266) ne donne pas le nom grec moderne de l'arroche mari-
i66 NOTES DU LIVRE XXIL
time, et ne parat pas avoir adopt l'opinion des commentateurs ;
il ne dsigne au reste aucune autre plante. On doit s'ton-
ner de ce silence; car, avant lui , Belon avait crit que l'arroche
maritime abondait en Crte. L'arbrisseau halimus , dit-il, v a
nom pour le jourd'hui halimatia , si frquent par toute l'ile
(la Crte) que grande partie des baies en sont faictes : et a les
cimes bonnes manger. Dioscoride et Pline ont crit l'un et
l'autre que l'on mangeait Vhalimon. Ce dernier auteur a fort em-
brouill l'bistoire de cette plante ; et nous sommes ports
croire , en voyant la grande extension donne l'expos des pro-
prits mdicinales , qu'il a parl de plantes diverses ; Vhalimon
lui a t inconnu, et il aura recueilli, suivant son usage , une
foule de traditions plus ou moins mensongres.
76. Page 58, ligne 2. Alii olus maritimum esse dixere sal-
sum, etjide nomen. Le nom 'kalimus, ixijuos, ou mieux tXiyUOf,
drive de etAf , non parce que la plante a une saveur sale, mais
parce qu'on la trouve seulement sur le bord des mers.
77. Ligne 4- Duorum prterea generum, sihestre , et milius....
Cralevas tertium quoque genus tradidt , etc. Si par l'pithte de
mitius il faut entendre une espce adoucie par la culture , il faut
convenir qu'on ne peut la rapporter V Atriplex Halimus, arbris-
seau qu'il ne serait nullement avantageux d'tablir en culture
rgulire. Peut-tre alors pourrait- on songer V Atriplex Poriu-
acoides, L. , Spec.pl., 1492. Confites au vinaigre , les feuilles et
les jeunes pousses ont une saveur agrable. Quant la troisime
espce , celle dont parle Cratevas , il faut peut-tre la chercber
dans un autre genre.
78. XXXI V, page 58, ligne 19. Acanthi, topiari et urban
herb.... duo gnera sunt. Le mot acanthus , pris dans son accep-
tion la plus tendue, s'appliquait une multitude de plantes pi-
neuses , herbaces ou ligneuses. Ainsi VcLkciv^os ksvkm de Tho-
phraste {Hist. plant., iv, 3) est V Acacia Sngal, WiLLD. ;
l'txetvfla ct.pa.Cim de Dioscoride (lli, i4) est le Carduus leuco-
graphus. Ce mot avait donc la mme tendue que le mot latin
spina et le nom franais pine que l'on donne aussi une foule
de plantes pineuses. Cf. pour la concordance synonymique des
NOTES DU LIVRE XXII. 167
aianlha el des spina, la note 142 , au livre xxiv ; mais ici le
mot acanthus a une acception borne et trs-facile prciser :
c'est videmment cet acanthus auquel Virgile donne les pithtes
de moUis , ridens tX flexus {Eclog. III, v. 4-5; IV, v. 20; Georg.
IV, V. 123).
Dioscoride a dcrit celte plante de manire la faire recon-
natre avec une trs-grande facilit. Pline , toujours prompt
recueillir toutes les traditions fabuleuses qui ont rapport aux
plantes, a nglig d'en donner la description, et se contente de
diffrencier les deux espces , l'une petite feuilles piquantes et
frises ( Acanthus spinosus ) , l'autre lisse et unie ( Acanthus
mollis). Thophraste ( iv, 11) dit fort peu de chose de l'acanthe.
Presque tous les potes ont parl de Vacanthus, et l'on sait quelle
clbrit elle a acquise en architecture pour avoir fourni le prin-
cipal ornement du chapiteau corinthien; les sculpteurs gothiques
avaient aussi adopt l'acanthe dans leurs ornemens d'architec-
ture ; mais , au lieu de prendre pour modle l'acanthe cultiv ,
ils avaient adopt l'acanthe pineuse, dont les formes sont beau-
coup moins gracieuses. Virgile , dans ses Eglogues , entoure de
cette feuille les coupes destines rcompenser les vainqueurs
du chant ; il en embellit aussi le voile d'Hlne :
Et circnmlcxlum croceo velamen acantlio ,
Ornalas argivae Helcnae
ViRG. , j^neid. , lib. i , v. 649.
Pline dit que l'acanthe est au nombre des plantes qui servent de
bordures dans les jardins; s'accordant en cela avec le pote latin ,
qui dit, en parlant du vieillard de Galse, Et quand venait le
premier printemps, il mondait ses acanthes flexibles. Quelques
critiques ont prtendu qu'il n'tait pas question de V Acanthus mol-
lis des botanistes, mais bien de quelque espce d'arbre, oubliant
que Pline le Jeune (Ept. v, 6, p. 358, dit. Panckoucke) dit po-
sitivement que les Romains dcoraient les alles de leurs jardins
avec l'acanthe : Acanthus in piano mollis, elpne dixerim, liquidus.
Amhilhunc amhulatio prs sis varieque tonsis viridibus inclusa. On ne
voit pas qu'il soit trange de donner une plante flexible, et non
arborescente, la forme qu'on dsire, soit en la liant avec de l'osier,
soit en la taillant pour lui ter le superflu de ses feuilles , afin
i68 NOTES DU LIVRE XXII.
de la mieux aligner en bordure. Pour terminer ce qui a rapport
cette plante clbre , nous dirons qu'elle n'a aucune proprit
mdicinale nergique ; on la croit lgrement molliente. On voit,
par le texte de Pline et par celui de Dioscoride , que les anciens
ne lui attribuaient qu'une faible action sur l'conomie vivante.
Voici comment on doit tablir la concordance synonymique
des deux acanihus :
\.^hxa,vhos vyps^ ThEOCR. , Id/ll. I, 55 ; 'Axetfet, KAi tpT-
xal'*,DlOSC., m, 19; Rom., notpaeTs/o-ov, 'Axctcflof AwflMf,
NiCAND. , Ther., v. 645. Acanthus mollis, ridens , flexus ,
ViRG. , locis citatis ; Acanihus torlus , CoLUM. , X , 24-3 ;
Acanihus pderos seu melamph/llum , PuN. , loco comm. ;
VlTRUV., de A rchit. ; Acanthus lubn'ois et flexuosus , Plin.
JUN. , Uh. V, epist. 6; Acanthus mollis, L. , Spec. pi., 891.
L'acanthe branc-ursine.
IL "AxAfflof, Spinis ceanothi simiUbus, Theoph., I, 16; 'Xk/lv^a
kypioLy DioscoR. , III, 20; MovvlpvA, /^ovlplva, , Gr^c.
RECENT. ; ToUAaeT/let , Lacon. Acanthus aculeatus et
crispusy Plin., loco comm,.; Acanthus spinosus, L. , Spec.pl.,
891. L'acanthe feuilles pineuses.
Miller (^Dicl., 2) a une varit d'acanthe laquelle il donne le
nom de nigra; ses feuilles ont une couleur vert-bouteille trs-
intense. Elle abonde en Italie et en Sicile. C'est cette varit qui ,
sans avoir t nettement distingue du type , a fait donner
l'acanthe , suivant toute vraisemblance , le nom de melam-
phyllum..
\^ acanihus semper frondens de Virgile {^Georg. il, v. 119) est
une plante arborescente tout--fait distincte de Vacanthus mollis.
79. XXXV, page 60, ligne 8. Bupleuron, Voici une
plante qui n'a point t connue de Dioscoride , ce qui est fort
rare et comme exceptionnel. Les commentateurs ont dsign pour
le buplvre de Pline VAmmi ma/us, L. , le Buplevrum rigidum, L.
et le Bi^levrum haldense, Willd : aucune de ces dsignations n'est
satisfaisante : VAmmi majus dpasse la hauteur d'une coude ;
ses feuilles sont pinnatifides , et elle ne peut en aucune ma-
NOTES DU LIVRE XXII. i6
nire prendre place parmi les plantes potagres. Le BupUvrum
baldense, WiLLD , ne se trouve que dans les montagnes sous-al-
pines , au mont Baido, en Carniole et en Croatie. Le JS, rigidum
a une tige grle, presque nue, trs-faible; ses feuilles, toutes
radicales, sont fort peu nombreuses; enfin on ne voit pas de quel
usage elle pourrait tre comme plante potagre. De ces trois
plantes, nanmoins, le grand amm/est celle qui prsente le plus
de probabilits'. Elle abonde en Grce, tandis que les deux au-
tres n'y ont point encore t trouves ; c'est une ombellifre fort
commune en France et en Italie , et qui a d certainement attirer
l'attention des anciens. Ses semences taient jadis employes en
mdecine comme carminatives. Voici comment nous tablirons la
concordance synonymique du hupleerum.
BotrirA6y/>ov , NiCAND. , de Ther. , v. 675 ^ Glauc. , cit. a Pli-
nio ; ^Aa-vpoKipeiKos^ GiLEC. l^ECEViT. Ameum , Carol.
Magn. , Capital. ; Bupleurum , PliN. , loco comm. ; Ammi
majus? L. , Spec. plant. , 348. Le grand ammi.
80. XXXVI, page 60, ligne 17. Buprestim. hophraste
range la ^ovtrpna-Tis parmi les plantes olraces, mais il ne la dcrit
point. Pline, qui parle des proprits de cette plante , n'en fait
pas non plus connatre les formes. Hippocrate et Galien n'ajoutent
ce peu de donnes aucun utile renseignement. C'est donc aux
seules conjectures qu'on en est rduit. Il est d'abord fort bien tabli
que cette plante tait range parmi les lgumes, et, quoique les
classifications adoptes par Pline soient bien imparfaites , le lieu
o l'a mise cet auteur, prouve qu'il la regarde comme une ombelli-
fre. Ici s'arrtent les consquences raisonnables qu'on peut tirer
du texte des auteurs. La contradiction signale par Pline, et re-
lative l'action du bupresiis , vient peut-tre, comme l'ont re-
marqu divers savans, de ce que l'auteur latin aurait confondu la
bupresiis plante , et le bupreste insecte ; malheureusement pour
Pline, les exemples de sa ngligence sont trop nombreux pour que
nous tentions de le disculper , et nous adoptons sans peine ,
La plante laquelle Dioscoride donne (m, 70) le nom d''i/AfAi eti-
9o<!rjKo, n'esl pas la tnuie que noire Ammi majus, \j.j c'est Vammi
coplicum. Cf. au livre xx, la noie i65.
70 NOTES DU LIVRE XXII.
au contraire , l'opinion qui le charge d'une erreur de plus.
Poinsinet, plus indulgent que nous, croit concilier le texte
latin avec les textes grecs , en disant que la plante , telle qu'elle
fut , tait nomme huprestis , parce qu'elle gurissait l'enflure
cause par le bupreste insecte. On sait que ce mot vient de jSovf
buf, et de cr/)o-7/> qui brle. Mais ceci n'est qu'une hypothse,
cl nous conclurons en dclarant qu'il y a impossibilit de recon-
natre la huprestis plante. C'est donc sans cause suffisante que
Sprengel a adopt , d'aprs les commentateurs qui l'ont prcd ,
le Buplevrum. rotundifolium. Les auteurs de l'antiquit qui ont parl
de la huprestis sont les suivans :
BovTpfia-li, HiPP. , de Morh. mulier., I , 619; Theoph., Hist.
plant, y 1 , 619 ; Galen., Comment, in voc. liippocr., l^.So.
Plin. , loco comm. XJmhellifera ignota.
On a cherch tablir que le <7sa.vu,Kki yjipveiov deDioscoridc
tait identique avec le ^ovtf pua-lis des autres auteurs grecs ; rien
ne parat appuyer cette opinion, non plus que celle qui veut ta-
blir l'identit entre cette plante et Velaphohoscum.
81. XXXVII, page 62 , ligne 5. Elaphohoscon. Dioscoride
(m, 80) ajoute cette courte description quelques autres carac-
tres. Les feuilles ont deux doigts de large, ressemblent celles
du trbinthe, sont allonges, un peu rudes et divises vers la
marge ; ses ombelles et ses semences sont semblables celles de
l'aneth ; la fleur est jauntre ; la racine blanche, de la grosseur et
de la longueur du doigt, douce et comestible ; la tige, de con-
sistance tendre, peut servir pour l'alimentation. Quoique cette
plante soit bien caractrise , il n'en est pas moins difficile de
la dterminer. Quelques auteurs ont runi Velaphohoscum et le
sisarum dans une mme synonymie, mais rien n'autorise cette ru-
nion. Ces deux plantes sont dcrites chezDioscoride et chez Pline
dans deux chapitres diffrens , et l'on ne peut raisonnablement
runir ce qu'ils ont regard comme distinct. Sprengel (^Hist. Rei
herh. I, 166) avait d'abord adopt pour les deux plantes le Sium
Sisarum., mais {comment, in Diosc, 49 ) 'l ^ chang d'avis et d-
sign la Pastinacasalia, L., suivant en cela l'opinion deSibthorp
NOTES DU LIVRE XXII. T^t
(FI. grc. , I, 202, dit. Smith) que nous adoptons, mais re-
gardant comme distinct le (rlrctpav et VK<t<p6^0TKov. Le Pasti-
naca sativa , L. est une ombellifre commune en Grce , aussi
Dioscoride la dcrit-il trs-bien ; le iria-ctpov y est rare , aussi ne
parle-t-il que des proprits mdicinales. Rsumons-nous, et di-
sons que le a-la-xpov et Vxctcf^oa-Kov sont deux plantes diffrentes,
dont la dernire est mieux connue que la premire ( Cf. au li-
vre XIX la note i55). On peut y rattacher la concordance syno-
ymique suivante.
'Ehet<poffKOV , DiOSCOR. , III , 80. IpN pvn ' , BOCHART ,
Can. , p. 755, teste Spreng. , id est desiderium rupicapr.
ElaphoboscuTi , Plin. , loco comm. ; Pastinaca satia , L. ,
Spec. plant. , 876. Le panais cultiv.
82. Page 62 , ligne 8. Quippe etiam condition prorogatur ad
urinam ciendam, etc. Pline a donn une grande extension ce que
Dioscoride a dit de V eaphoboscum. Les modernes ne tirent aucun
parti du panais comme mdicament. Nanmoins on a cru long-
temps que les semences taient diurtiques et fbrifuges. La seule
importance vritable de cette ombellifre vient de sa racine, qui
est alimentaire, et dont on a retir du sucre.
83. XXXVIII, page 62 , ligne 18. Scandix. Nous ne voyons
pas de raison suffisante pour reconnatre, avec Sprengel et ses
prdcesseurs , le cerfeuil , Chrophjllum sativum , L; , dans le
scandix des Grecs et des Romains. Cette plante ne se trouve
pas en Grce l'tat sauvage , et l'on nomme aujourd'hui
J.Kv^VKt^ dans ce pays, une ombellifre laquelle nous rattachons
la concordance synonymique suivante :
'S.KvS'v^ , Theoph. , Hist. pi. , vu , 8; Dioscor. , 11 , 168 ;
Aristopii., in Acharn. , act. Il, se. 4? OPION et Era-
SISTR. a Plin. citati , loco comm.; IkxvS'v^ ciyptov KcLyjtvov ,
Suidas ; ^KtcvS'vx.t et *AypioKciv11^i)tec , Gr^c. rcent.
Scandix , PlIN. , loco comment. ; Pecten Veneris , JUSD. ,
' Celle expression lire son lymologie d'elap/mboscurn, mot qui signifie
pture lies corfs , xao , /SoVxnv.
172 NOTES DU LIVRE XXII.
lb. XXIV ; Mati'H. , in Diosc. ; Scandlx Peclen Veneris , L. ,
Spec. plant. , 368. Le cerfeuil peigne de Vnus.
Pline a nomm, au livre prcdent, chapitre 52 , ( le scandixy
que d'autres appellent trogopogon, mais il y a videmment erreur,
soit du propre de notre auteur, soit de ses copistes.
84.. Page 62 , ligne 19. Item dcoda alvum sisiil , etc. Les
modernes ne tirent aucun parti de cette plante , ni sous le rap-
port alimentaire , ni sous le rapport mdicinal.
85. Page 64, ligne 4 Anthriscus, si tenuiora folia et odo"
ratiora haberet. Nul doute qu'il ne soit ici question du cerfeuil ,
ombellifre odorante dont l'usage comme condiment est si r-
pandu en Europe. Il est difficile de connatre d'une manire po-
sitive si c'est l Vvda-iKov de Thophraste et Vbpeo(rMvov de
Dioscoride.
Voici comment nous tablirons la concordance synonymique
de V anthriscus :
'EvQxo-tKov? Theoph. , Hist. pi., vu, 7 ; 'OpeoHMvov? Diosc,
III , 76 '. Anthriscus, PlJN. , loco comm. ; Scandix odorata,
L. , Spec. plant., 368. Le cerfeuil cultiv.
Cette plante , lgrement aromatique , peut agir comme alexi-
tre , ainsi que nous l'apprend Pline.
86. XXXIX , page 64. , ligne g. Et iasione olus sihestre ha-
betur.... concilium vacant. Nous avons tabli au livre prcdent
qu'il ne s'agissait pas, sous ce nom de iasione, du grand liseron ,
comme veulent le soutenir les commentateurs , moins que Pline
n'ait dcrit cette plante, en lui attribuant les proprits d'une
plante tout--fait diffrente ; nous serions assez dispos penser
ainsi, car nous ne connaissons en Europe que le liseron dont
la fleur blanche ait un calice monospale, et une tige grimpante
qui contienne un suc propre laiteux.
87. XL, page 64 ligne 17. Caucalis , etc. Le genre caucalis
des botanistes renferme une espce feuilles dcoupes , fleurs
' Siblhorp ( FI. grcec. ) crot que Tpioo-sX/vov pourrait tre plall le
persil, j4piuin Petroselinuin , L. , Spec plant., 7i3.
NOTES DU LIVRE XXII. 173
blanches et tiges courtes qu'on a cru pouvoir rapporter la
caucalis de Pline. Cf. le livre prcdent. C'est la caucalide
grandes fleurs , Caucalis grandiflora , L. , Spec. pi. , 346 , com-
mune dans le midi de l'Europe et dans les champs de toute la
Grce. Tout ce que Pline en dit , sous le rapport des proprits
mdicinales , est erron.
88. XLI , page 66 , ligne 6. His anumerani et sium , latius
apo , etc. Ce sium est une ombellifre aquatique que l'on a cru
pouvoir rapporter au Sium angustifolium. Mais s'il faut chercher
un sium, ne vaut-il pas mieux s'arrter au Sium latifolium, afin
de trouver une plante dont on puisse dire latins apio?
Voici la concordance synonymique de cette ombellifre :
Sioj', ThEOCR. , Idyl. V, 125; DlOSCOR. , II, i54; Athen. ,
II, p. 61, non Cratev. in DioscoK , loco cit. Sium y
Plin. , loco comm.; Laver, EJUSD. , lib. XXVI ; Sium latifo-
lium , L. , Spec. pi. , 36 1. La berle larges feuilles.
L'opinion que les modernes ont sur les proprits mdicinales
et alimentaires de la berle larges feuilles ne s'accorde pas
avec ce que disent les anciens; c'est un aliment suspect, et Ton
assure qu'il cause le dlire aux ruminans qui l'ingrent. Il est
possible que Pline ait attribu mal--propos au sium quelques-
unes des proprits propres au cresson.
89. LXII, page 66, ligne 16. Siljbum , chamleoni albo
similem, que spinosam. Il rsulte de la description de Diosco-
ride et de celle de Pline que le sljhon est une plante feuilles
larges, piquantes et comestibles (Plin., lib. xxvi , c. 25), pro-
duisant un suc laiteux qui se concrte en une sorte de gomme. Si
cette dernire circonstance est exacte , au lieu de chercher le
siljhon parmi les cynarocphales , il faudrait le chercher parmi
les chicoraces. Cordus , dans ses Commentaires sur Dioscoride ,
a dsign le chardon-marie , Carduus marianus , L. , et Sprengel
a adopt cette opinion. Mais Sibthorp, qui a trouv en Grce le
chardon-marie , ne le dsigne point comme tant le a-i'hvCov de
Dioscoride. Aprs avoir fait remarquer que cette plante est trop
imparfaitement dcrite pour que la dtermination ne prsente pas
*74 NOTES DU LIVRE XXII.
de l'incertitude, nous dsignerons le Sonchus palusiris , L, Il
st commun dans toute la Grce , notamment en lide ; le suc
propre en est abondant, susceptible de se concrter ; la plante est
pineuse et amre , mais elle peut devenir alimentaire avant d'a-
voir acquis toutes ses proportions. Les Athniens modernes, au
rapport de Sibthorp (F/, grc, II, i3i) , mangent, cuites et en
salade, les feuilles de V Helminlha echioides , WiLLD, gales en
amertume celles du laitron des marais. Pline nous dira plus loin
que l'on mangeait les feuilles du laitron ordinaire. Dioscoride
dit la mme chose.
Voici notre concordance synonymique :
2/AuCof , DIOSCOR. , IV, iSg. Silybum , Plin. , loco comm. ,
et XXVI , 25 ; Sonchus palusiris , L. , Spec. pl.<^ 1116. Le
laitron des marais.
go. -^ XLIII , page 66, ligne 21. ScoJjmon quoque in cibos re-
cipit riens f et alio nomine limoniam appellat. Les commentateurs
antrieurs Sibthorp, et Sprengel qui les a suivis pas pas, ont
dsign pour le scolymus des anciens, le Scolymus maculatus, L. ;
nous prfrons adopter, sur l'autorit de la Flore grecque, le cardon
d'Espagne, Scol/mus hispanicus , L. , plus commun que sa con-
gnre, et portant encore aujourd'hui le nom de ckxv/^os.
Voici donc la concordance synonymique que nous proposons :
iKXVjUos, Hesiod. , in "Epyet Ket 'tt/^pctl , 582 ; iKhV/uof Keti
xei/nmld, TheoPH., Hist. />/. , vi , 4 ; AlCjEI , m Procl, et in
Aihen., lib. X ; ArST., Proh., IV, 26; DlOSC, III, 16, teste
Sibthorp; 'S.koxvjuos , lnxvfA&pios ka-KhV/^Cpos , Grjec.
RECENT. Scolymus f Pliis. , loco cilato ; Scolymus hispani-
cus , L. , Spec. plant., 11 4-3. Le cardon d'Espagne.
Quelques auteurs sparent le -KoxVfios de Thophraste et le
irKxvyLos de Dioscoride ; nous ne voyons pas la raison de cette
sparation. Cette plante et ses congnres ne jouissent pas de
proprits bien nergiques, et tout ce qu'en dit Pline, d'aprs
les auteurs , est erron. On mange en Barbarie le Scolymus gran-
diflorus , L.
91. Page 68, ligne 5. Hesiodo et Alco. Les passages d'H-
NOTES DU LIVRE XXII. 175
siode et d'Alce, que notre auteur invoque, sont tirs du poine
intitul "Epyet. Ke 'Vi/upett , v. 582 et suiv. , et de Proclus.
Cf. Athne {Deipnos., liv. x) et Aristote {ProbL, 26, t. IV,
p. 7o5).
g-z. XLIV, page 68, ligne 16. Estur et sonchos... uterque ,
albus et niger. Il s'agit certainement ici de diverses espces du
genre sonchus. La principale espce, le S. oleraceus , varie beau-
coup, et c'est parmi cts varits qu'il faudra chercher les deux
sonchus mentionns par Pline.
Voici leur concordance synonymique :
I. lyxos-, Theoph, Hisf. plant., VI , 4 ; Diosc. , 11,159;
GaLEN. , de Fac. simpl. med. , VIII ; lix^s^GRJEC. RECENT.
Sonchus albus , Plin. , loco comm,; Oribaz. , XI; Sonchus
oleraceus , L. , Spec. plant. , 1 1 16. Le^^laitron ordinaire.
II. 2^p(,of ot^ptof , HEOPH. , loco cit. ; DiOSCOR. , loco cit.;
GalEN. , de Fac. simpl. med. , loco citato. Sonchus niger,
Plin. , loco comm. ; Orib. , loco cit.; Sonchus oleraceus var.
asper, L. , loco cit. Le laitron commun feuilles pineuses.
III. 'Z6y')(os ^Ifpoff, DlOSC, loco cit. Sonchus arvensis , L. ,
Spec. pi. , loco cit. Le laitron des champs.
Le laitron est avidement recherch par les herbivores; on le
mange en salade dans quelques pays, notamment la varit dite
crepola di terra ; mais on prfre , en gnral , les chicoraces
des genres lactuca et cichorum. Les proprits mdicinales du lai-
tron sont peu nergiques. On le dit rafrachissant et lgre-
ment laxatif. Les merveilles que Pline en raconte sont autant de
fables.
g4- XLV, page 70, ligne ig. Condrillon, sive condrille , etc.
Sibthorp voit dans cette plante la Chondrilla ramosissima, espce
dont la dcouverte lui appartient , et qui se trouve dans les en-
virons d'Athnes ; mais il nous semble plus convenable de choisir
la Chondrilla juncea , L., qu'il mentionne aussi dans sa Flore ;
nous avons t conduit proposer cette plante par la lecture
mme du texte de l'auteur de la Flore grecque, qui nous ap-
prend que dans l'le de Lemnos on retire une sorte d'extraclif
176 NOTES DU LIVRE XXII.
gommeux de la racine de la ondrilla funa. Dioscoride (il, 161)
disant positivement que l'on obtient cXdLyjivS^pixKn une sorte de
gomme de la grosseur d'une fve , semblable la rsine du mastic ,
il y a lieu de reconnatre l'identit de ces deux plantes ; c'est
pourquoi nous tablirons sans hsiter la synonymie suivante :
XofeT/}/, KC KlXtOplOV^ Kd <ripis^ ThEOPH. ? Hist. pi., VII , 9
et II ; Diosc., loco cit.; Kaa*, Gilec. rcent. (Lemnos).
Condrilon sive condrille, Pltn. , loco comm. ; Chondrilla jun-
cea, L. , Spec. pi. , 1120. La chondrille tige de jonc.
Famille des chicoraces.
Cette plante participe aux proprits des plantes de la mme
famille; elle est peu usite de nos jours, La gomme qu'on retire
de la racine n'est que le suc propre laiteux concrte. Ce n'est
ni une vritable gomme , ni un corps rsineux, mais simplement
une sorte d'extractif.
q5. XLVI , page 72 , ligne 11. nter ea qu temere mandun-
tur, et boletos merito posuerim , etc. Les anciens taient au moins
aussi friands de champignons que les modernes. Ils prfraient
ceux qui naissent dans les prs , o cependant il s'en trouve de
fort vnneux , quoiqu'il soit vrai nanmoins de dire que les plus
dangereux vivent l'ombre des grands arbres ;
Pratensibus optima fungis
Natura est
HoRAT. , lib. II , sal. 4 > v. 20.
Avant de parler de l'opinion des anciens sur la nature des
champignons et sur leur mode d'accroissement , nous allons ta-
blir la concordance synonymique des espces mentionnes par
Pline dans le courant de ce livre :
I. Bolelus , JUVEN., Satir. V ; Mart. , lib. I, Epigr. 2 1 , et
lib. III , Epigr. 60 ; CiCER. , Horat. , Sueton. , etc. ;
PlIN. , loco comm.; Agarici vohacei , AuCT. RECENT., pr-
cipue Agaricus aurantiacus , BuLL. , et A. Pseudo-agaricus ,
Bull. , t. la-z. Les agarics oronge et fausse oronge.
11 faut videmment rapporter les boleli de Pline aux agaricus
NOTES DU LIVRE XXII. 177
de la division des amanites. C'est dans cette section qu'il faut
chercher les meilleures espces et les plus nuisibles : telles sont
l'oronge et la fausse oronge. En cherchant donner les carac-
tres qui diffrencient les champignons de bonne et ceux de
mauvaise nature, Pline montre clairement qu'il a connu l'oronge
vraie et l'oronge fausse : ces phrases , Veluti guttas in yertice alhas
ex tunica sua gerunt. Voham enim terra oh hoc prius gignit , psum
postea in voha , ceu in ovo est luteum. Nec tunic minor gratia in
cibo infantis holeti. Rumpitur hc primo nascente : mox increscente,
in pediculi corpus absumitur , s'appliquent trs -bien l'oronge
vraie ; et celle-ci , Non sunt hc in quibusdam : siccique , et niiri
similes , l'oronge fausse.
II. Fungus (dans un sens tendu) Agarici et Boleli spec. auct.
Myxf, GiLEC.; Theoph., i, 8, g; DioscoR. , iv, 83;
Simpl. med, f 210.
et. Fungus albus , Plin. , A garicus procerus , ScHF. , Fung. ,
t. 22, ou espces voisines. La coulemelle ou couloumelle
leve.
/E. Fungus ruber , PLlN. , loco comm. ; Fungus pratensis ?
HoRAT., Salir., loco cit. IVIyxf, Theopii. , 1,8.
A garicus campestris , L. , Spec. plant., 164.1. L'agaric de
couche, ou bien V Agaricus deliciosus, L. , l'agaric dlicieux.
y. Suillus, Plin., loco cit. Porcina, Ital. rcent. Bolelus
edulis? Bull. , Champ. , p. 322. Le bolet comestible.
Il y aurait prsomption de chercher rattacher ces cham-
pignons des espces modernes, et de prtendre pouvoir dci-
der si les espces mentionnes par les Grecs taient connues des
Romains et vicef>ersa. Pline a dit lui-mme numerosa gnera, et
ne parle des espces dont nous venons de donner la synonymie
que comme des plus intressantes.
96. Page 72, ligne 16. Quorumdamex his facile noscuntur ve'
nena, diluio rubore, rancido aspectu , etc. 11 est remarquer que,
plus les botanistes se sont occups fond des champignons ,
plus ils paraissent les redouter , et semblent avoir d'hsitation
dans la dsignation des espces comestibles. Les paysans, qui
n'ont que des connaissances de tradition , se tromperaient
XIV. 1 2
17 NOTES DU LIVRE XXU.
peut-tre moins souvent que les plus clbres auteurs. Pline
dt positivement : Deprehendisse qui , nisi agrestes , possunt, atque
gui coUgunt? Nous pensons que , dans un pays aussi vari dans
ses productions que l'est la France, il faudrait ne considrer les
champignons que comme une nourriture de luxe , et se borner
manger l'agaric de couche , les morilles , et quelques autres
espces , <jui ne laissent aucun doute sur leurs caractres bota-
niques suffisamment tranchs.
97. Page 74, ligne 5. Origo prima causaque e limo, et
acescenie succo madentis terr , etc. 11 est curieux de connatre les
opinions qui ont t mises sur l'origine des champignons. Voici
les principales.
Les anciens, observant que les champignons n'avaient besoin
pour natre ni de racines ni de semences apparentes , leur cher-
chrent une origine divine ; ils les nommrent fils des Dieux et
de la Terre : qualification qu'ils donnaient aux hommes dont les
parens taient inconnus. Un petit nombre de philosophes soutint
qu'ils provenaient de la pituite des arbres , c'est--dire de leur
sve; d'autres, que le limon de la terre, rarfi par la chaleur
centrale du globe, les faisait natre ; enfin, quelques-uns pen-
srent qu'ils pullulaient, surtout dans les temps d'orage, lors de
la prtendue union du ciel avec la terre , union qui , suivant eux,
s'annonait, d'une part, par des coups de tonnerre, de l'autre,
par des ouvertures destines recevoir les influences clestes.
Dans le seizime sicle , on prtendit qu'ils taient le rsultat
de la putrfaction des corps, et , plus tard , qu'ils croissaient la
manire des minraux, et qu'ils offraient le phnomne d'une
vritable cristalliisation. Lancisi, Heker, Munckausen, et mme
le grand Linn , mirent en crdit une opinion bizarre , suivant
laquelle les champignons auraient t l'ouvrage et l'habitation
de certains polypes. Munckausen avana mme qu'ils produisaient
de vritables ufs, lesquels, tremps dans l'eau tide, closaient
et produisaient des vers , qui bientt se mtamorphosaient en
champignons. Butner, Weiss se rangrent cette opinion; le
dernier mme tait de si bonne foi, qu'il ne jugea pas pouvoir
faire mention des champignons dans son numration des plantes
des environs de Goettingue , ne croyant pas devoir les considrer
NOTES DU LIVRE XXII. 179
comme des vgtaux. Ce systme, quoique faux, est fond sur
une observation vritable , mais mal applique. Il est bien vrai
que l'on trouve des vers dans les champignons ; mais ils pro-
viennent d'ufs dposs par des insectes , surtout par ceux qui
appartiennent la famille des myctobiens y ainsi nomms parce
qu'ils vivent des fongosits. Cette origine , lant prouve , ne
permet plus de considrer les champignons comme des sortes de
polypiers, car ils sont dans les mmes circonstances que le fro-
mage et la chair des animaux , si frquemment attaqus par les
larves des insectes. L'opinion qui voudrait chasser les cham-
pignons du rgne vgtal s'est reproduite tout rcemment, mais
appuye sur des considrations plus spcieuses ; Nes d'Esenbeck
(^Handbuch der botanik, 1820) en est l'auteur. Il divise la pre-
mire classe de son rgne organique en quatre ordres vivans ;
savoir, les champignons, les plantes, les animaux et les hommes.
Les champignons, suivant lui, sont des vgtaux reproduits, et
les plantes des vgtaux reproductifs; les premiers sont des tres
organiss, forms par la dcomposition des tres vivans, et peu-
vent tre regards comme des atomes de plantes, que la nature
fait sortir de la substance expirante ; les seconds sont le rsultat
du dveloppement d'un tre dont les premiers rudimens sont
renferms dans une semence.
g8. Page 74 ligne 16. Itaque caeeri conveniet , prius quant se
coudant serpentes. Il est presque superflu de dire que le prjug
renferm dans cette phrase est sans fondement.
99. Page 76, ligne i. lit holetis quidem orlus occasusque
oninis intra dies septem est. Cette phrase prouve que , sous le nom
de holetus , Pline entendait parler des champiguons pdicule
central ; car on ne peut supposer qu'il ait ignor que les cham-
pignons , notamment ceux qui vivent sur les arbres , ont une
dure beaucoup plus longue , puisqu'il en est qui vivent plus
d'annes que Pline ne dit ici qu'ils vivent de jours.
100. XLVII , page 76, ligne 4- Fungorum lenlior natura , et
numerosa gnera , etc. C'est avec raison que notre auteur dclare
que les champignons sont de nature humide. Cf. sur les diverses
opinions relatives l'origine des champignons, la note 97.
lu.
i8o NOTES DU LIVRE XXI.
loi. Page 76, ligne 5. Tutissimi, qui rubent callo , etc. Cf.
sur la concordance synouymique des /ungus de Pline, la note 95.
102. Ligne II. Qu voluptas tanta ancipitis cibi? Martial a
consacr une pigramme la manie gastronomique qui fait bra-
ver la mort ceux qui veulent satisfaire leur sensualit.
Die mihi , quis furor esl? Turba spectante vocata,
Solus bolelos, Caeciliane, voras. '* '
Quid dignum tanlo venlrique gulque precabor ?
Boletuni , qaalein Claudius edit , cdas.
,; ... d.,.i.. . - Uh.i, epigr.2i.
io3. Ligne i5. Hc habebit veneni argumentum , quo similior
fuerit arborum fici. Cf. sur les caractres qui font distinguer les
bonnes et les mauvaises espces de champignons, notre Cours
d'Histoire naturelle pharmaceutique , t. 1, p. iSj.
104. Ligne 16. Adversus hc diximus remdia, dicemusque.
Le parti que la mdecine tire des champignons n'est pas fort
grand ; les modernes emploient comme purgatif le bolet blanc
ou bolet du larix ; quelques praticiens allemands ont prconis
le bolet odeur suave , Boletus suaveolens , BuLL. , contre la
phthisie pulmonaire. On a voulu aussi tirer parti de l'agaric fausse
oronge, AgaricusPseudo-aurantiacus; enfin chacun connat l'usage
chirurgical de l'amadou. Tout ce que dit Pline des proprits
mdicinales des champignons , est plus ou moins hasard.
io5. Page 78, ligne 8. Libet et coquendi dare aliquas com-
munes in om,ni eo gnre observaiiones. Ce paragraphe est termin
par une assertion vraie : le vinaigre est tout la fois l'assaison-
nement et l'antidote des champignons. Une foule d'autres au-
teurs, antrieurs Pline, avaient parl du vinaigre pour combattre
l'action souvent mortelle des champignons. On emploiera, dit
Nicandre , contre leur mauvais effet , l'hydromel , l'oxymel , le
nitre et le vinaigre , et l'on provoquera le vomissement. Les
champignons doivent tre apprts avec le vinaigre ou l'oxymel ,
afin de leur ter leur qualit nuisible. Un mdecin moderne ne
pourrait prescrire rien de plus rationnel que ce qu'on vient de lire.
L'eau vinaigre et sale parat dissoudre le principe actif. Notre
honorable ami , M. le docteur Mrat , rapporte qu'il a vu
Auxerre des prisonniers russes manger impunment tous les
NOTES DU LIVRE XXII. i8i
champignons en les faisant bouillir dans de l'eau sale ; les acides
vgtaux agissent comme le vinaigre , et M. Orfila s'est assur
de rinnocuit des plus dangereux , quand ou les assaisonnait au
citron. Cf. Dioscoride (iv, 83) , Scribonius Largus (^Comp., i^8)
et Diphile (//i Alhenum, II, ig).
106. XLVill , page 78, ligne 18. Imbrlbus proveniutU omnia
hc. La pluie n'engendre pas les champignons , elle facilite seu-
lement leur dveloppement. Vojez plus haut la note 97.
1 07. XLIX , page 80 , ligne 8. Laser e silphio profluens, qao
diximus nwdo , inter exhnia naiw dona numeratum. Cf. sur le
laser, et la gomme-rsine qui eu dcoule , la note 58 , au livre XIX.
Nous avons cherch prouver que c'tait le Thapsia Sjlphium
de Viviani {Flor. de Lib.) , mais que le produit ne se trouvait
plus aujourd'hui dans le commerce europen , moins que la
deuxime sorte, celle qui exhale une odeur alliace, ne soit
Vassa ou asa flida. N'ayant pas une connaissance positive du
sylphhan , nous ne pouvons discuter la validit des assertions
mdicales de Pline ; nanmoins , comme il s'agit certainement
d'une gomme-rsine produite par une ombellifre, nous pour-
rions tablir une discussion , en nous basant sur les proprits
mdicinales de Vassa ftida, du sagapenum, de V ammoniacum, etc.
Nous nous bornerons dire que ces gommes -rsines avaient
nagure la rputation d'tre emmnagogues , hydragogues ,
vermifuges et purgatives. Appliques l'extrieur , elles sont
cmoUientes et maturatives; on s'en sert encore aujourd'hui contre
les cors, et pour rsoudre certaines tumeurs. Tout ce qui, dans
le texte de Pline, ne se rapporte pas ce peu d'indications , est
erron, exagr ou mensonger.
108. Page 82 , ligne 9. Excrescentibus circa sedem , mm
legmine punici mali ex aceiodecoclum. Ce que Pline dit ici du laser,
Dioscoride (m, g^) le dit aussi de la racine du sUphium.
log. Page 84 , ligne 9. Quippe tauros inflammal naribus illi-
tis , etc. Les paysans de plusieurs de nos provinces centrales em-
ploient Vassa flida pour activer les forces digcstives des bles
bovines , et leur donner une nouvelle ardeur au travail.
110. L , page 84, ligne 18. Non esset rmllis auctoritas in
iSa NOTES DU LIVRE XXII.
pretiomnor, etc. L'habitude de donner de l'apprciation aux choses
rares fait tomber Pline dans une grande erreur. C'est prcis-
ment parce que le miel est commun , qu'il a une importance
conomique extrme. Quoique le sucre ait une saveur qui plat
plus gnralement que celle du miel , celui-ci est employ une
foule d'usages dans lesquels le sucre ne pourrait le remplacer
que fort imparfaitement. Il n'est aucun mdicament , l'opium et
le quinquina excepts , qui ne le cde au miel en utilit relle.
111. Page 86 , ligne 3. Prima propolis ahorum.... aculeos et
omnia infixa corpori exlrahit. Cf. sur la propolis , le livre XXI ,
chapitre 6. La propolis est une substance d'abord molle et duc-
tile , puis solide. Elle est soluble dans l'alcool , et se saponi-
fie par les alcalis. Sa saveur est presque entirement nulle , et
son odeur aromatique rappelle celle des bourgeons de peuplier.
C'est une substance vgtale non labore par les abeilles. On
ne sait pas bien quelle est son origine ; nous la croyons cepen-
dant fournie par le pollen. On se sert aujourd'hui de la propolis
pour prendre des empreintes de mdailles. On en fait aussi des
fumigations qui sont , dit-on , rsolutives. Feu Cadet de Gassi-
court a propos plusieurs formules de pommades avec \3i propo-
lis : aucune , que nous sachions, n'a t adopte.
112. Ligne j. Mellis quidem ipsiiis natura talis est, ut pu-
ircscere corpora non sinal. Le miel , ainsi que tous les corps sucrs ,
peut, l'tat sirupeux, conserver les corps organiques vgtaux
qu'on y plonge. Les Babyloniens embaumaient , dit-on , les ca-
davres avec le miel , et les Persans avec de la cire ; mais leurs
procds d'embaumement , par ce moyen , sont peu connus.
Les proprits mollientes du miel le font prfrer au sucre ,
comme boisson , dans une foule de circonstances. Les gargarismes
sont sucrs avec le miel. C'est sans aucun fondement que Pline
l'indique contre la morsure des serpens , et qu'il assure qu'il est
nuisible la vue , et qu'il gonfle l'estomac. C'est moins un v-
ritable mdicament qu'un correctif agrable de la saveur nau-
seuse de la plupart des drogues. Considr comme aliment , il
n'en est point qui se digre mieux. Le miel est lgremeut
laxatif. , , '
ii3. LI, page 88, ligne 2. In mellis operibus et aqua mtdsa
NOTES DU LIVRE XXII. i83
iractari dbet. Les traducteurs rendent le mol aqua mulsa par
hydromel. Ce nom , chez les modernes , s'applique uniquement
un produit ferment. Cf. au livre xiv, la note 241. L'eau
mielle rcente de Pline n'tait point dans ce cas : c'tait en effet
une boisson salutaire , et qui cessait de l'tre en passant la
fermentation vineuse. Les modernes prparent leur eau mielle
l'aide de la chaleur, afin de l'avoir plus pure , et consquem-
ment plus agrable. Ce que dit notre auteur, relativement aux
proprits de Teau mielle , n'est pas exempt d'erreurs ; mais
nanmoins quelques-unes de ses assertions sont rationnelles.
1 14' Page 88, ligne 11. Corpusculis rerum lvihus, scahris, etc.
Cette thorie du got est de tout point errone, ainsi que les raison-
nemens physiologiques qui terminent ce paragraphe. La saveur
d'un corps lui est particulire , et ne dpend en aucune manire
de l'arrangement de ses molcules. On sait quelles sont les con-
ditions ncessaires pour que la perception des saveurs soit facile
et complte. Il faut que l'organe du got soit libre, que la sub-
stance sapide soit dissoute dans la salive et en contact direct
avec l'organe. Il faut aussi que le corps ne soit ni trop chaud ni
trop froid, qu'une saveur douce ne succde pas immdiatement
une saveur forte , etc. Les mamelons nerveux de la langue don-
nent au got une grande finesse. On sait qu'ils sont excits par
tous les corps solubles, mais la loi en vertu de laquelle ils le
sont se lie d'une part la nature intime des corps , et de l'autre
la vie de sensation. Tout ce qu'on pourrait dire hors de l
rentre dans le domaine de Ihypothse.
1 15. Ligne i4- Sic et in lassitudine proniores esse ad iraain-
diam, et in sili. Une grande fatigue corporelle et une abstinence
trop long-temps prolonge dterminent une complte prostra-
tion des forces physiques , et peuvent , en excitant le systme
nerveux, disposer la colre. Snque (de Ira , 11 , 10) s'exprime
tort en termes peu diffrens de ceux qui sont ici employs par
Pline.
1 16. LII , page 90 , ligne 5. Contra venenum psimmythii sa-
lutaris f etc. Le psimmjthium n'tait autre chose que le sous-
carbonate de plomb, connu sous le nom de cruse. L'empoison-*^
i34 NOTES DU LIVRE XXII.
nement p<nr la cruse est fort dangereux : on peut le combattre
avantageusement avec de fortes doses d'huile; c'est elle qui agit
dans le remde prescrit par Pline , et non l'eau mielle.
117. LUI , page go, ligne 17 Quod in duki numquam
venit. Cette assertion est fausse ; le mot est tout aussi facilement
miscible au miel que le vin. Le vin miell est usit aujourd'hui
en chirurgie. La mdecine populaire en fait un grand usage dans
les plaies rcentes et pour dterger de vieux ulcres. En bois-
son , le vin miell est salutaire , mais il flatte peu le palais.
Les anciens l'estimaient beaucoup , et Horace en a parl plu-
sieurs fois dans divers passages de ses posies, notamment liv. Il,
Sat,2^ V. i5, ei Sut. 4-, V. 24.
Martial a consacr ces deux vers au vin miell :
Auica, aeclareum turbalis, mella, Falemuni :
Misceri decet hoc a Ganymede merum.
Lib. XIII , epigr. io5.
Ii8. Page 92 , ligne 7. Varro regium cognominalum morbum
arquatum tradil. Cette maladie est aujourd'hui connue souslenoni
d'ictre. Cf. le vocabulaire mdical du livre xx.
118 bis. LIV, page 92, ligne 11. Melitiies quo fieret modo
ex musto et melle. Cf. au livre xiv, chap. lo, la note 196.
1 19. LV, page 92 , ligne 18. Mellis natur adnexa cera est :
de cujus origine , bonitate , nationibus , suis diximus locis. Pline a
en effet trait de la formation du miel au livre xi , chap. 8 , et
au livre xxi , chap. 49- tlf la fin de ce dernier livre , nos
notes 14.2 et suiv.; et, sur les proprits mdicinales de la cire,
Dioscoride (il, io5), dont le texte tout entier se retrouve ici.
Voyez aussi Marcellus Empiricus (c. 27), Plinius Valerianus
(il, 28) et Celsus (iv, 29).
120. LVI , page 94 , ligne 5. Nec hujus usus, quos mixta ahis
prstat, etc. Ce chapitre tout entier n'est qu'une longue suite
de phrases dclamatoires. Ce n'est pas uniquement pour satisfaire
l'avidit qu'on a cr des formules composes. Il en est de fort
utiles , le laudanum par exemple , et mme la thriaque , quoi-
NOTES DU LIVRE XXII. i85
qu'on puisse citer celte prparation comme tout--fat mon-
strueuse. Nanmoins Pline avait raison d'appeler l'attention des
mdecins vers l'usage des substances simples. 11 n'y aura de ma-
tire mdicale que quand l'opinion sera bien fixe sur les pro-
prits des mdicamens administrs isolment ; mais quand on
sera parvenu atteindre ce but dsirable , il faudra ensuite tu-
dier l'action des substances l'tat de mlange , afin de pouvoir
modifier l'action de l'une par l'action de l'autre.
121. Page 94 ligne 7. Nonfecitcerotum, malagmata , em-
plastra, collyria, antidata, etc. Le nom de malagina tait synonyme
de cataplasme mollient dans la vieille langue pbarmaceutique ; on
l'tendit dans la suite tous les mdicamens topiques stimulans.
Le malagma tait compos de gommes, d'aromates, d'un peu de
graisse , d'huile et de cire , etc.
122. Ligne i4- Scripulalim quidem colligere, etc. Le scrupule
tait un des plus petits poids usits chez les Romains. Il valait ,
suivant Paneton (^Mtrologie)., 21 grains et 11/12 de France;
I 3/4 de sextans de Celse , ou deux simplicium , 6 siciliques.
Nous lui donnons aujourd'hui une valeur de 24 grains i/3 de
drachme ou 1/24 d'once. C'tait aussi la valeur que les Romains
lui attachaient en nombres ronds. Le scrupule tait jadis repr-
sent par ce signe 9 , et nous l'avons conserv sur nos formules
mdicales.
Le scrupule de terre qui valait deux toises carres , 5i3 mill.
de France ou 100 pieds romains carrs, tait une mesure agraire.
Cf. au livre xvill, la note n , pour la valeur comparative avec
le jugerum et ses parties.
123. Ligne 17. Nos nec indicarum arabicarumque mercium.....
adtingimus medicinas. Pline s'lve contre la prfrence injuste-
ment accorde, suivant lui, aux substances exotiques, et c'est
tort. Il est bien prouv aujourd'hui que certaines localits don-
nent sous des latitudes lointaines , et l'aide de la chaleur, des
productions qu'on ne peut remplacer par celles qui naissent dans
les rgions de la zone tempre. Quelle substance aromatique
d'Europe peut tenir lieu du benjoin et de la vanille.'' quelle
substance mdicamenteuse a une activit gale celle du quin-
quina? 11 est sans doute du devoir des Europens de chercher
i86 NOTES DU LIVRE XXII.
parmi les productions territoriales des succdans ces produc-
tions lointaines ; mais il est douteux qu'on puisse y parvenir,
moins qu'on ne les acclimate , ce qui est difHcile et mme im-
possible pour plusieurs d'entre elles.
I24.. LVII , page 96, ligne 9. Sed medicinas , elc. Les pro-
prits mdicinales des bls , dit Pline, sont infinies, et c'est en
quoi il se trompe. Les gramines sont plutt des plantes ali-
mentaires que mdicinales. L'identit de leur nature est si ab-
solue, qu'elle a rendu possibles le transport et la naturalisation
des herbivores d'un bout du monde l'autre. Plus les plantes
sont riches en parties assimilatrices , et moins elles conviennent
comme mdicamens. Ceci est vrai surtout des gramines-crales
dont les semences nourrissent , comme dit Pline , le plus sage
des animaux, VHomo sapiens de Linn. Le pricarpe des crales
(le son) est adoucissant dans le froment, et lgrement astringent
dans l'orge. Les gruaux d'avoine et d'orge servent prparer des
boissons alibiles, ainsi que les tiges souterraines (^rhizomes) des
chiendens. Quelques chaumes 'andropogon exotiques sont l-
grement aromatiques. Deux bronuis ont reu les noms de pur-
gans et de caiharticus , un panicum est dcor de l'pithte d'on-
tidotale ; il est douteux qu'ils mritent ces noms. Les modernes
ont retir de l'alcool de l'amidon , du sucre de la canne , etc. ;
mais ces produits , qui sont pour nous de la plus haute impor-
tance , n'taient point connus des anciens.
125. Ligne i3. Siliginis grana combusta... epiphoras sedant.
L'affection connue des anciens , sous le nom Xepiphora , est une
inflammation de la conjonctive. Nous avons parl du siligo ,
livre XVIII , note i4-2 , et avons cherch le reconnatre dans le
froment-touselle, varit du iriticum hybemum. Le siligo de Colu-
melle est peut-tre le seigle. Voyez livre cit, note 217. Cf. sur
le vin aminen , la note 25 au livre XIV. Les proprits .anti-
ophthalmiques accordes par Pline au sUgo sont supposes.
126. Ligne i5. Trilici vero ferro combusta. Cf. sur le triticum,
la note 72 au livre xvili. Tout ce que Pline nous dit des pro-
prits du froment est erron , l'exception seulement de l'em-
ploi de la dcoction du son comme gargarisme.
NOTES DU LIVRE XXII. 187
127. Page 96, ligne 19. Sextus Pomponius... correptus dolore
podagr, mersit in triticutn sese super genua, etc. Quintus Serenus
a mis eu vers le fait dont parle Pline : la posie devait s'emparer
de cette fable : ^
Non audita inihi sit fas , sed lecta referre :
Hoc quidam raplus ruorbo per tempora messis
Vicino planlas frumenti pressit acervo,
Evasitque gravem casu medicante dolorem.
Cap. de Podagra depellenda.
128. Page 98 , ligne 4- J^^t ^t infarre vermicidus teredini si-
milis. Ce vers Au/ar est la larve de la calandre nomme Calandra
granaria, Deg. , V, 289, 25. Elle est blanche , molle, allonge,
et ressemble beaucoup celle qui vit dans les noisettes. Cet
animal pullule avec une incroyable rapidit , et peut produire, en
une seule anne, prs de vingt-quatre mille individus rsultant de
diverses gnrations. L'emploi de ces larves contre la carie des
dents ne peut tre nullement avantageux. Cf. sur \c far , au
livre XVIII , la note 78.
129. Ligne 6. Olyram, an'ncam diximus vocan. Cet ol/ra ou
arinca est vraisemblablement l'peautre, et non pas une varit de
l'orge. Cf. au livre xviii , les notes io5 et i52. Il est fort diffi-
cile de dcider quelle crale portait ce nom.
1 30. LVIII , page 98 , ligne 1 1 . Farina ex hordeo , etc. Cf. sur
Vhordeum, la note 74 du livre xvill. Les modernes attribuent
la farine d'orge des proprits mollientes , et l'associent la
poudre de lin pour en faire des cataplasmes maturatifs ; en quoi
ils s'accordent avec les anciens. Quant aux vertus prophylactiques
de cette mme farine , contre la morsure de certains insectes
venimeux , on ne doit pas y croire. Pline a adopt, ce sujet ,
toutes les ides de Dioscoride (ii, 108). Nous avons trait du
mlilot note 90 du livre xxi ; des pavots , note 188 du livre xx ;
et du fenugrec, note 216 du livre xvill.
i3i. Page ICO, ligne 8. Suppuratis iriticea farina mxdto le-
nior. Les proprits de la farine de froment et de ses varits
sont, appliques l'extrieur, les mmes que celles de l'orge
/^
i88 NOTES DU LIVRE XXII.
et que celle du seigle. Les distinctions tablies par notre auteur
sont illusoires. Cf. sur le zea, la note 78, au livre xviii, et au
mme livre, sur Valica, ia note 82.
182. Page 100, ligne i3. Exfeno grco mollissima omnium, etc.
Les praticiens modernes accordent encore la farine du fenugrec
des proprits maturatives.
i33. Ligne 16. Mrina magis cleris purgat, etc. Ce nom
Xrina signifie farine d'ivraie, cette gramine portant en grec le
nom d'ctipet. Cf. sur l'ivraie, lolium des Latins, la note 235, au
livre XVIII ; la farine d'ivraie n'est point employe par les mo-
dernes , qui ne voient dans cette gramine renomme qu'une
plante proprits suspectes.
134. LIX , page 102 , ligne 2. De poent generibus infru-
gitm loco salis diximus. Cf. sur les polenta, la note 119, au
livre XVIII. Pline parle ici pour la premire fois de la torrfaction
du gruau : nous avons dit, note cite , que ce gruau n'tait pas
identique avec le ntre. Les modernes emploient avec avantage
contre la diarrhe les lavemens amilacs.
i35. Ligne 6. Cum menta , etc. Cf. sur les menthes, la
note i52, au livre xx. L'alliance de la menthe^ labie exci-
tante, avec la farine ou le gruau , n'est gure rationnelle.
i36. LX, page 102, ligne 10. Farina in poUinem suhacta.
Sous ce nom de farina , Pline entend parler de celle du far.
Voyez la note 73 du livre xviii. La force de succion que notre
-auteur accorde cette farine est fonde sur le prjug qui attri-
buait au bl la proprit d'attirer lui les liquides , mme lors-
qu'ils taient renferms dans des vases bien clos. Si, au lieu
d'appliquer la pte de farine sur les meurtrissures, on l'appliquait
sur les plaies rcentes , l'humidit , empchant la cicatrisation ,
permettrait au sang de s'couler librement : c'est ce but qu'on
veut atteindre, quand on met des cataplasmes de farine de lin sur
les piqres de sangsues.
137. LXI , page 102 , ligne 20. Alica res romana est. Pline
accorde Valica des Romains la supriorit sur la 'miri.vn des
Grecs , et prtend qu'ils ne connaissaient pas cette prparation.
NOTES DU LIVRE XXII. 189
Notre auteur a tort en cela ; car il est prouv , au contraire , que
les Grecs lui donnaient le nom de yJivS'poi. Galien ( Comm. in
Hippocr. , Je Ptisana') en donne la preuve en ces termes : Nam
qui alicam Hippocratis temporilus nondumjuisse existimant, eorum
inscitiam argues , tum ex quibusdam Comicis vetustioribus qui alic
meminere , tum etiam ex Hippocrate ipso , qui in libro de salubri
victu alic meniionem fecit , etc. Il est fait encore mention de Valica
ou chondros {in Affection., text. 3g et 4-2). Hippocrate, dans ces
passages , dit positivement que le chondros {^alica') est plus nour-
rissant que Xa ptisana: ces citations prouvent qu'elle tait connue
bien avant le grand Pompe. Le nom A^alica lui vient de ses
proprits nourrissantes : quod ALIT corpus , crit Feslus. C'est
pourquoi elle convenait ad tabitudinem , c'est- -dire pour rta-
blir les forces aprs de longues maladies.
i38. LXII , page 10 j, ligne i^-- Milio sistitur alvus , etc.
Cf. sur le milium des Latins, itiy%pos des Grecs, la note 7 5 ,
au livre xvill. Pline a emprunt Dioscoride ce qu'il dit des
proprits de cette plante , inusite de nos jours , et qui a de
nombreux succdans parmi les plantes de la mme famille Cf.
Thod. Priscien (il, 2, c. 19) et Plinius Valerianus (m, 57).
189. LXIII, page io4, ligne 22. Panicum Diodes medicus
jnel frugum appellavit. Cf. sur le panicum des Latins , xvf-Los
des Grecs , la note 76 , au livre xviii. Les remarques que nous
avons faites , note prcdente , sur les proprits mdicinales du
millet , peuvent s'appliquer cette plante.
14.0. LXIV, page 106 , ligne 6. Sesama... inhibet vomitiones.
Cf. sur le sesamum, la note 77, au livre XVIII. Cette plante tirait
toute son importance de l'huile fixe contenue dans les semences.
Elle est encore aujourd'hui en usage comme remde et comme
cosmtique chez les Egyptiens modernes , et c'est peut-tre par
suile de la tradition grecque, qu'ils lui supposent encore, mais
gratuitement , des proprits antiophthalmiques. Nous devons
avouer que, dans cerlains cas, l'huile de ssame pourrait, comme
le dit notre auteur, calmer les douleurs d'oreille; il est presque
superflu de dire que le ssame serait impuissant contre les ulcres
igo NOTES DU LIVRE XXIL
de mauvaise nature. La morsure du lzard steltion , Stellio vul-
garis , DaudIN, n'a rien de dangereux. On croit toutefois que
ce lzard n'est pas celui connu des anciens sous le nom de
stellio, lzard tachet.
i4.i' Page io6, ligne i3. Sesamoides a simUitudine nomen acce-
pit. Dioscoride (iv, iSj et i53) fait mention de deux a'^ajuoeiS'tff,
l'un avec l'pithte de grand, iJ(.iy(t^ l'autre avec celle de petit,
juiKpv ; ce sont deux plantes de nature fort diffrente. Le premier
abondait Auticyre , et portait le nom d'ellbore , non cause
de sa forme , mais seulement cause de son action ; cette plante
purgeant aussi fortement que l'ellbore blanc {Veratum alium).
Il ressemble au sneon ou la rue , a des feuilles longues , une
fleur blancbe et une racine grle ; ses semences sont amres ; du
reste , il ressemble au ssame. La deuxime espce a une petite
tige , des feuilles semblables celles du coronopus ( Cochleara
Coronopus) , plus petites et plus velues; elle forme de petites ttes
de fleurs, teintes lgrement de pourpre, et blanches vers leur
milieu. Les semences sont semblables celles du ssame, de
couleur fauve, et amres; la racine est petite. Ces descriptions
ont conduit les commentateurs dsigner pour le qrand sesa-
moides , le Reseda cJha , et pour le petit, V Astragalus sesameus.
Nous ne voyons pas en quoi le rsda blanc aurait pu mriter
de Galien le nom d'ellbore ; car il est inerte , et d'ailleurs sa
forme ne semble pas le rapprocher de la description donne par
Dioscoride. Sprengel , qui a prsent d'abord cette opiuion
{Hist. Rei herb. , I, lyS), l'a abandonne ensuite {Comm. sur
Diosc. , 635), et a dsign le Reseda mediterranea , SiBT. , plante
annuelle, commune dans les moissons, et que l'on trouve dans
la plupart des les de l'Archipel. Ni l'une ni l'autre de ces
plantes ne parat devoir convenir , et nous prfrerions adopter
l'opinion de Dalcharap , qui veut reconnatre en lui le Daphne
Tarlonraira , car cette plante est purgative ; mais comme ses
feuilles ne sont pas divises , il y a encore impossibilit de fixer
son opiuion. Quant au petit sesamoides , nous ne pouvons penser
que ce soit une lgumineuse. Les commentateurs qui choisissent
des rsdas, s'appuient de l'analogie de forme qui existe entre le
fruit des plantes de ce genre et le ssame ; mais cette ressemblance
NOTES DU LIVRE XXII. igi
n'est pas telle , qu'on doive s'y arrter. On voit qu'il y a peu de
chances de savoir ce que les Grecs entendaient par (rna-a./uoeiS'sj
et nous ne grossirons pas de nos hypothses celles que nous
venons de combattre. x
Voici les concordances synonymiques de ces plantes :
I. InffctfiosiS'ss /uya, Diosc. , iv, i5i; ^tta-etiJLhns, ff-fi(ra./u)s,
XVKO/J-KVlxPilOV , hXCopOS P^eVKOS, KOL kvIlKVplKOS, Diosc,
in Nothis ; 'AvIiKVptKos shxCopos, GalEN. , de Fac. simpl.
Sesamoides antcyricon , Plin. , XXII , loco cit. ; Daphne Tar-
tonraira, L. , Spec. plant., 5io, teste Dalech. ; Reseda alba,
L. , Spec. plant., 64-5, teste Spreng. , Hist. Reiherb., I, 175 ;
Reseda mediterranea, Ejusd. , Comment, in Dioscor. , 635. '>-
Nobis planta dubia.
II. Ina-a./tiosiS'h /ua/>op, Dioscor., iv, iSa ; Kopvtov, 01 T
(rha-A/nov a,yplov,TilOSC., in Nothis. Sesamoides in glareosis,
Plin., XXII, loco comm.; Astragalus sesameus , L. , Spec.
plant., 1068, teste Spreng. , Hist. Rei herb., i , 184.; Reseda
anescens, L., Spec. plant. , 644-; Ejusd. , Comm. in Diosc,
loco citato; Catananche crulea, L, , Spec. plant., 1 144 t^^t^
Matthiol ; Passerina hirsuta, L. , Spec. plant., 5i3, teste
Dalech. ; seu Passerina poljgalfolia, Lapeyr., teste Bauh.
Nobis planta dubia.
14.2. LXV, page 108, ligne 2. Hordeum. optimum, quod
candidissimum. Cf. plus haut, la note i3o , o nous avons ap-
prci les proprits mdicinales de cette crale. Tout ce qu'en
dit ici notre auteur est ml de prjugs grossiers que nous ne
chercherons pas combattre.
14.3. Ligne 12. Est et herba phnicea appellata Grcis ,
nostris vero hordeum, murinum. Le phnix , dit Dioscoride , a les
feuilles de l'orge. Si nous voulions nous fixer d'aprs la tradition
nominale , nous dsignerions V Hordeum, murinum des modernes ,
gramine commune en Grce sur les murs et dans les cultures ,
et dont la description est assez rapproche de celle donne par
Dioscoride. Si nous adoptons le Lolium perenne, c'est par respect
pour l'autorit d' Anguillara , de Matthiole et de Sprengel, qui
192 NOTES DU LIVRE XXII.
ont bas leur opinion sur l'assertion de l'auteur grec, relative
la forme de l'pi , (r1ei-)(yv <r lyMcpepii t uipA ; s'ils ont raison, ce
que nous leur accordons , il faut convenir que Pline n'a pas re-
connu celte plante ; il a eu certainement en vue VHordeum mu-
rinum, et la lecture du texte en donne la preuve.
^ovi^^ Diosc, IV, [4-3 ; 'Avov, ^gypt. , Diosc, mNothis.
Hordeum murinum, Latinor. , teste PlIN. , loco citato ;
Lolium perenne , L, , Spec. plant. , 122. L'ivraie vivace.
Rai-grass des Anglais.
i44' LXVI, page 108, ligne i6. Ptisan , qu ex hordeo
fit, laudes uno volimne condidit Hippocrates. L'oracle de Cos
tenait le gruau d'orge en grande estime ; les modernes prisent
davantage celui d'avoine : c'est un aliment de facile digestion et
convenable tous les estomacs; on en fait des boissons temp-
ratives. Cf. sur l'usage mdical et alimentaire du gruau {piana)^
Hippocrate {de Victu in morbis acutis, t. 17) et Galien (^Comment,
in Hippocr. , de Ptisana, t. II , p. 22 , etc.).
145. LXVII, page no, ligne 5. Amylon hebetat oculos. 11
est presque superflu de prvenir que ce prjug n'est pas fond.
Pline suit dans le cours de ce chapitre Dioscoride (il, i23).
Cf. sur Vamjlon, les notes 127, 129 et 14.0, au livre xvill.
14.6. LXVIII, page 110, ligne i4- Panis... continet medici-
nas. Le pain des anciens diffrait trop du ntre , pour qu'il soit
possible de comparer ce que dit Pline relativement aux proprits
de ce prcieux aliment. Maintenant le rle qu'il remplit dans la
thrapeutique est presque nul. On fait quelquefois une dcoc-
tion de pain, qu'on associe au laudanum, et constitue ce qu'on
nomme dcoction blanche. Lorsqu'on emploie du pain grill, on
a de l'eau pane , boisson temprante , usite parfois dans la m-
decine domestique.
147. Ligne 22. Velus aut nauticus panis. Nous avons parl
des diverses sortes de pain , note 173, au livre xvili. Qq panis
nauticus tait sans doute analogue au panis militans , et recevait
vraisemblablement un degr de cuisson suprieur. Cf. sur le
panis autopyros , la note cite. Silanius , a-nlccvios ou a-1veios ,
^ NOTES DU LIVRE XXII. 19?
pent signifier pain fait avec une farine crible avec soin ; o-tilt-
vio ^ cribl ou bien fait avec du bl de l'anne , <r\i']is; annosus;
c'est , d'aprs le texte de Pline , le sens dans lequel il faut en-
tendre ce mot. ^
14.8. LXIX, page 112, ligne 12. Auxliatur et faha. Cf.au
livre xviil , la note i83. La farine de fve est l'une des cinq
farines rsolutives ; la mdecine moderne ne l'emploie que bien
rarement ; tout ce que Pline en dit est assez fond ; il faut en
excepter toutefois ce qui a rapport l'emploi de la farine de
fve , pour gurir les tranches et les affections de poitrine. C'est
sans motif que Pline et Varron ont crit que la fve rendait la
voix claire et sonore. Ce prjug tait au reste fort rpandu jadis. *
On donnait aux chanteurs l'pithte efabarii. Comme mdica-
ment, l'usage de la fve est tomb en dsutude; on l'estime peu
aujourd'hui comme aliment.
i^Q. LXX, page i4-, ligne 4-' Lens optima , qu facillime
coquitur, et ea qu maxime aquam, absorbei. On voit par le texte
de ce long chapitre que les anciens estimaient la lentille d'une
manire toute particulire , et qu'ils lui attribuaient une foule
de proprits pour la plupart illusoires. On ne peut repousser
tout ce que Pline en dit, surtout dans la partie qui concerne les
applications de la farine de lentille l'extrieur. Il n'est pas vrai
que cet aliment , long-temps continu , affaiblisse la vue. Les
anciens ont dit cela de la plupart des alimens base de fcule ,
et notamment de l'amidon, ainsi que nous l'avons vu plus haut.
i5o. Ligne 6. Ahum sistit in cibo , etc. Cette assertion est
confirme par la plupart des auteurs cits notes prcdentes. On
peut facilement se rendre compte de cet effet. Lorsque les len-
tilles ne sont pas parfaitement cuites , elles chargent l'estomac
qui ne les digre que difficilement. Dans ce cas , elles peuvent
agir comme laxatif; dans le cas contraire, elles produisent un
effet tout diffrent. On sait que les alimens fcnlens sont plus ou
moins astringens.
i5i. Ligne in. In choeris quoque et dysenteria efficacior est
in tribus aquis coda. Il ne faut pas confondre ce cholra-morbus
XIV. 1 3
194 NOTES DU LIVRE XXII.
avec le cholra-morbus de l'Inde , maladie qui n'est encore
connue que par ses funestes effets , et sur laquelle il manquait
des renseignemens qu'il nous a t malheureusement trop facile
de prsndre. Le cholra-morbus des anciens est trs-exactement
dcrit par Celse (iv, ii); les Grecs le connaissaient aussi.
iS. Page ii6, ligne ii. Est et palustris Uns. Cette len-
tille d'eau n'a aucun rapport avec la lenlille dont nous venons
de parler, et qui appartient la famille des lgumineuses. Elle a
dil le nom de lentille la forme de ses feuilles, qui sont de la
grandeur d'une lentille et bombes comme ce lgume. Les com-
mentateurs ont dsign le Lemna rrdnor; mais nous pensons qu'il
faut runir cette espce les Lemna gibba et mme pol/rrhiza, qui
^vivent confondus dans les eaux stagnantes avec le Lemna minor.
Voici comment nous tablirons la concordance synonymique
de cette plante :
^AKo Twc TeK^iTav , DiOSC. , IV , 88. Lens palustris ,
Plin. , loco comm.; Lentlcula , Juss. ; Lemna omne genus ^
exclusa Lemna trisulca. La lentille d'eau ; le genre tout
entier , l'exclusion de la lentille d'eau trois pointes.
La lenticule a , dit-on , la proprit de purifier l'air, en absor-
bant en grande quantit le gaz carbonique , et en dgageant
au contraire l'oxigne : nagure encore on en faisait des cata-
plasmes rsolutifs et camans pour la goutte, les rysiples, etc. ;
mais ces proprits , qui n'ont aucune ralit, taient de vieilles
traditions prises dans les crits de Dioscoride et dans ceux de
Pline. Les anciens regardaient comme rfrigrantes toutes les
plantes qui naissaient dans les lieux inonds.
i53. LXXI, page ii6, ligne 17. Est et silvestris elelispha-
cos dicta a Grcis , ab aliis sphacos. Le texte de Pline runit visi-
blement des plantes qu'il faut sparer. Le premier elelisphacos est
vraisemblablement une lgumineuse du genre erum , et peut-
tre \E. tetraspermum , L. , Spec, plant., loSg , fort commun
dans la plupart des provinces grecques. Le second elelisphacos est
de la famille des lgumineuses , et appartient , suivant toute
vraisemblance, au genre sahia : nous penchons croire que c'est
NOTES DU LIVRE XXII. igS
la Sahia pomfera , L. , Spec. plant. , 34 , nomme aujourd'hui en
Grce <pet<rx,o/axiet. Elle a reu le nom de pomi/era , parce que
certains insectes encore mal connus y font natre des galles assez
grosses, et rouges comme l'api. Ses feuilles sont cotonneuses^
arrondies , blanchtres ; l'odeur qu'elle exhale est dsagrable et
trs-forte. C'est abusivement que Pline a rapproch ces deux
plantes. Quant au vritable elelisphacos , voici la synonymie qu'on
peut lui donner :
'Exe>il<r(^a.Kof, Theoph., Hist.pl, vi, 2 ; 'EASAiVaxoj' , 01 T
\A<p6Co(7X.ov , 01 J' <r<^etyvbv , DiOSC. , m , 4-o ; et in Nothis ,
Kto<r/uiv, Ket (peiyvov, Brf')(^LOV, iSGYPT. ; 'A^oyo-, KO<retXoV y
a-ePiCict , ROMANOR. ; Galen. , Comment, in Hippocr. , etc.
Elelisphacos , Plis. , loco comm. ; Salvia offtcinalis , L. ,
Spec. plant. , ?>l^.. La sauge officinale.
Sprengel dsigne {Hist. Rei herb., I , 87 et 76) les Sahia tri-
loba et cretica. Il est certain qu'il n'est gure possible de prciser
rigoureusement l'espce.
154. Page 118, ligne 2. Et pastinac ictus sanat. Ce pois-
son est aujourd'hui connu sous le nom de Trjgon Pastinaca, L. ;
son nom franais est celui de pastenague , mot corrompu de
pastinaca.
i4-5. LXXII, page 118, ligne il^. Cicer et silvestre est , etc.
Cf. au livre xviii, les notes ig4 et igS. H ne parat pas que ce
cicer sauvage soit diffrent du cicer cultiv , Cicer arietinum,. Cette
lgumneuse annuelle est spontane , au milieu des moissons ,
dans plusieurs les de l'Archipel. L'emploi mdical de la semence
du pois chiche est nul. C'est un aliment estim, notamment dans
les parties mridionales de l'Europe ; on le cultive jusque dans
l'Inde.
i56. Page 120, ligne l^.. Nostri prcipiunt arietinum in oijua
cum sale discoquere. Les modernes ont donn au cicer des anciens
l'pithte d'arietinum, cause d'une prtendue ressemblance entre
les semences et la tte d'un blier. Pline , par ce mot d^arieti-
num , n'entend pas parler d'une plante diffrente du cicer. Plinius
"Valerianus , qui a reproduit le texte de notre auteur, runit les
i3.
196 NOTES DU LIVRE XXIL
deux synonymies , et parle de celte plante sous le nom de cxr
arietinum. Marcus mpiricus fait la mme chose.
iSj. Page 120, ligne 9. Columbini decocti cujua , etc. Cf. au
livre XVIII, le chapitre 3'2, o Pline a crit en parlant du cicer :
Differenti plures , magnitudine , figura, colore j sapore. Fuehsius
avait donn cette espce l'pithte de nigrum; Lonicerus, celles
de rubrum et d'album. Ces varits existent en effet. Quant au ro-
lumbinum, il rentre peut-tre, comme synonymie, dans la plante
suivante.
i58. LXXIII , page 120 , ligne il^. De ervo qudam in men-
tione ejus dximus , etc. Cf. sur Vervum , les notes 2i3-2i5,
iiv. xvill. Il s'agit ici de V Ereum Ervilia. L'ers ne joue plus aucun
rle en mdecine : sa farine tait l'une des cinq farines rsolu-
tives. Ce n'est pas sans raison que Pline le dit un aliment mal-
sain ; on assure qu'il cause une dbilit marque. Quant tout
ce qu'on lit dans le texte latin, la rfutation en serait facile, mais
nous ne l'entreprendrons pas. L'ers tait chez les anciens un
excellent moyen de combattre la morsure des serpens , des cro-
codiles et des hommes. La morsure de l'homme n'a rien de ve-
nimeux , quoi qu'en dise Pline , moins qu'il n'entende parler
de celle des hydrophobes.
iSg. LXXIV, page 122, ligne i6. Lupini quoque shestres
sunt , etc. Cf. sur le lupin , la note 86 du livre xviii. La haute
estime dans laquelle les anciens tenaient le lupin est chose assez
extraordinaire ; c'est une semence amre et presque nauseuse,
d'une cuisson difficile , et qui se digre mal. Les stociens en
faisaient, dit-on, un frquent usage ; certes, ils ne pouvaient
mieux faire s'ils voulaient donner une preuve de leur mpris des
choses sensuelles. Macrs dans l'eau, les lupins perdent quelque
chose de leur amertume ; on les mangeait cuits avec de la sau-
mure , ou simplement assaisonns avec un peu de sel. Avant que
l'on songet raisonner la thrapeutique, on regardait les lupins
comme apritifs , diurtiques , emmnagogues , vermifuges ; c'-
tait une des quatre farines rsolutives. Pline dit aussi , d'aprs
les auteurs qu'il a compils , que le lupin est vermifuge, apri-
NOTES DU LIVRE XXII. 197
tif , emmnagogue et diurtique. Nous l'avons dj dt , long-
temps la matire mdicale des modernes fut celle de Dioscoride
et de Pline. Cf. sur le lupin, Dioscoride (ii, i32), Plinius
Valerianus (il, 21), Thod. Priscien (l, 18) et Marcellus Enj-
piricus (c. 28 , p. 200) , ainsi que Celse (iv, 17 ) , qui croyait
aussi aux proprits vermifuges de ces semences. Mais si , en
effet, le lupin a agi ainsi , c'est vraisemblablement cause de la
rue qu'on associait ce mdicament. Dioscoride et Galien oe
parlent de cette addition que pour administrer les lupins contre
les maladie de la rate.
Il n'est pas vrai que la fume de lupins fasse prir les insectes.
160. LXXV , page 126 , ligne 5. Irionem diximus , et a
Grcis erjrsimon vocari. Voil une plante dont la tradition no-
minale est clairement expose : c'tait Verjrsimon des Grecs , et
le vla des Gaulois; nous disons aujourd'hui velar. On voit, par
ce passage, que le mot/rUticosum ne signifie pas frutescent, comme
nous l'entendons aujourd'hui, mais simplement rameux. Le velar
jouit encore d'une certaine rputation pour calmer la toux. C'est
par suite d'une croyance semblable qui nous vient de Pline , ou
que Pline tient de nous , qu'on lui a donn le nom d'herbe au
chantre.
Peu de personnes savent que le grand Racine, dans ses lettres
Boileau , a parl de Verysimon , et de l'administration qui en
fut faite un chantre de Notre-Dame. Ce chantre dut cette
plante le retour de sa voix (Voyez Correspondance de Racine avec
Boileau, lettre 5 ) : c'est depuis lors (1687) que Verjrsimon a t
qualifi d'herbe au chantre. Cf. pour la concordance synonymi-
que de cette plante, la note 79 du' livre xvill ; et pour les autres
particularits relatives ses proprits , le texte de Dioscoride
(l, 188) et celui de Galien (<fe Fac. simpL med. , vi, p. 174)-
161. LXXVI , page 126, ligne 19^ Duorum generum (^hor~
imnunC) : alteri semen nigrius , et oblongum.... Alteri candidius semen
et rotundius. Cf. au livre XVIII , la note 78. Nous avons dit qu'il
tait presque impossible de dterminer ce que Pline et les Grecs
entendaient par horminum: aucune lumire nouvelle n'est fournie
198 NOTES DU LIVRE XXII.
par la lecture de ce passage. La comparaison des feuilles de cette
plante avec le porreau tendrait encore augmenter l'incertitude,
si l'on ne lisait dans le texte de Dioscoride qu'elles ressemblent
celles du inarrube , 'Ufcta-ic. Le pre Hardouin veut maintenir
la leon latine et corriger le texte grec, de sorte qu'il faudrait
lire isfkiT( , porreau , et non isfvit , marrube : tel n'est point
notre avis. Dans tous les cas o Pline et Dioscoride sont en
dissidence , n'hsitez pas , et condamnez l'auteur latin. La des-
cription donne par Dioscoride ne permet pas d'adopter pour
Vhorminum la correction propose, car il s'agit vraisemblablement
d'une lgumineuse , et peut-tre mme d'une trigonelle. Trop
d'incertitude rgne sur Vhorminum, pour que nous puissions dis-
cuter la validit es assertions mdicales ; toutes , presque sans
exception , sont empruntes Dioscoride (m , i45).
162. LXXVII , page 128, ligne 7. Quin et ips frugum
pestes in aliquo sunt usu. Conf. sur le lolium. , la note 235 , au
livre XVIII. Les anciens ne connaissaient pas le mode d'action
de l'ivraie sur le corps humain. Ils disaient que cette plante
nuisait la vue. Les mdecins qui ont tudi ses effets savent
qu'elle agit sur le cerveau en dterminant une sorte d'ivresse :
c'est ce qui lui a valu le nom d'ivraie enivrante. Elle ne figure
plus dans notre matire mdicale, et est fort rare dans les pays
bien cultivs , o la terre rpond aux efforts du laboureur.
. i63. LXXVIII , page 128, ligne 18. Miliaria appeUatur
herba , qu necat milium. Pline a parl de la cuscute cpithyme ,
mais nullement de la cuscute d'Europe, qui s'attache une foule
de vgtaux de diverses familles , tels que le pouliot , la ger-
mandrce , l'ononide , les gents , le serpolet , l'origan , le lin ,
et que nous avons vue sur le froment. Favorise par le climat
et par une temprature chaude et humide, la cuscute peut causer
de grands dommages aux rcoltes. Pline est le seul auteur qui
parle du miliaria, peut-tre parce qu'il est le seul qui ait observ
cette cuscute sur le millet. Notre opinion n'est qu'une hypo-
thse , mais tout nous dispose la croire vraie. Le miliaria de
Pline ne peut tre autre chose que la Cuscuta europa, h. , Spec.
NOTES DU LIVRE XXII. 19^
plant, , 180. Sprengel a dsign ( Hist. Rei herb. , I , 9oi ) pour
le miliaria le Panicum verticillatum , L. , mais sans dvelopper
celte opinion. Nous ne savons pas comment cette gramine
pourrait nuire au millet , et comment Pline aurait pu crire
miliaria necat milium. '
164.. LXXIX , page i3o, ligne 2. Bromos semenest spicam
ferentis herb, etc. Ce n'est pas l l'avoine grecque du livre xviii,
chap. 4-2 de Pline , laquelle nous avons consacr la note 220,
et que nous avons reconnue dans V Avenafatua, ou Avena sterilis,
l'une et l'autre inusites en mdecine cause de l'exiguit de
leurs semences, et de l'paisseur de l'pisperme qui les recouvre.
Le nom de ^p5/nos^ qui drive de ^pa/uct, nourriture, s'applique
surtout une gramine qui devait servir l'alimentation de
l'homme, ce qui appelle l'attention sur VAena saliva , L. ; car
on ne peut supposer, d'ailleurs, que ce gramen ait reu le nom
de bromos par antiphrase ; il s'agit donc ici de l'avoine ordinaire,
et nous en tablissons comnie il suit la synonymie , omise au
livre XVI II :
Bpjuos, HiPP. , de Vict. rat., 356; Bp/uos, Diosc. , II, 116.
Avena , Plin. , XVIII , 44- Bromos , EjUSD. , loco comm. ;
Avena sativa , L. , Spec. plant. , 118. L'avoine cultive.
L'avoine n'tait pas , chez les Romains , l'objet d'une culture
suivie; on la semait quelquefois daus l'automne, avec les autres
bls d'hiver, mais seulement pour la donner aux bestiaux comme
une sorte de foin. On se contentait de rcolter la semence desti-
ne perptuer les rcoltes. Les Grecs ne paraissent pas avoir
cultiv l'avoine, et il est rare encore aujourd'hui qu'on la trouve
cultive en Grce. Ce sont les Gaulois, et surtout les Germains,
qui ont rpandu cette culture dans les pays voisins,
Anguillara a cherch prouver que le chapitre de Dioscoride
o il est question du bromos avait t interpol par les copistes ,
qui avaient traduit littralement le chapitre de Pline que nous
commentons. Il faut convenir que si cette interpolation n'a pas
eu lieu , Pline a rigoureusement calqu son texte sur celui de
l'auteur grec ; mais cette circonstance n'a rien de convaincant ,
aoa NOTES DU LIVRE XXII.
et l'on peut dire que l'ouvrage de Doscorde tout entier a trouy
place dans V Histoire naturelle de Pline , qui a traduit trs-fr-
quemment , et souvent mme avec servilit, de nombreux pas-
sages que nous avons signals dans le cours de ces notes.
Sprengel (^Hist. Rei herb. , l , iSg ) runit dans une mme
synonymie les deux plantes dcrites livre il, chapitre ii6, et
livre IV, chapitre i4o? et les rapporte V Avenu sativa. Cette ru-
nion n'a rien de raisonnable , et l'auteur grec a eu certainement
en vue deux plantes diffrentes. Quelques commentateurs ont
prtendu que le i de Thophraste (^Hist. plant., iv, 6) n'-
tait autre chose que l'avoine : nous avons prfr voir eu lui
l'peautre, Triticum dicoccum. Cf. au livre XVIII, la note yS.
Si les Romains et les Grecs avaient eu en culture rgulire
notre avoine , il serait plus facile de la reconnatre dans leurs
crits , et la question qui nous occupe serait plus aise rsoudre.
Toutefois, nous pensons que le bromos de Pline doit tre regard
comme notre avoine. En disant que cette gramine a une tige et
des feuilles qui ressemblent celles du triticum, mais que ses
semences pendent des sommits de la tige comme de petites sau-
terelles ( locustes ) qui renferment la graine , cet auteur a mis
hors de doute l'identit des deux plantes. Il ne resterait donc plus
dcider que l'authenticit du chapitre ii6 du livre il; mais
Anguillara , qui , dans beaucoup de circonstances , mrite une
grande confiance , n'a mis en avant qu'une hypothse , et il faut
bien que nous prenions Dioscoride tel que les manuscrits nous
le prsentent : rien n'empche donc d'adopter la synonymie que
nous avons tablie en tte de cette note.
i65. Page i3o, ligne 4- In cacuminibus dependentes parvulas
velut locustas habet. Ce nom locuste , donn aux sauterelles , a t
adopt depuis quelques annes par les botanistes pour caract-
riser la fructification des gramines , et s'applique spcialement
celle de l'avoine. La locuste est tantt uniflore et tantt mul-
tiflore : les fleurettes qu'elle contient sont ou hermaphrodites ou
unisexuelles.
i66. LXXX , page i3o, ligue 9. Orobanchen appellavimus
necanlem ervum et le^mina. Nous avons trait de l'orobanche au
NOTES DU LIVRE XXII. api
livre xvui , note 24-4 et nous avons reconnu en lui la cuscute
d'Europe , contre l'opinion de Sprengel , qui prfre reconnatre
le Polygonum Convovuus , L. 11 suivrait de cette dsignation que
le miliaria du chapitre 78 de ce mme livre serait la mme
chose que l'orobanche - cuscute. Il est ici question d'une tout
autre plante, et nous croyons avec les commentateurs que c'est
bien l une espce du genre orobanche des modernes , et la mme
plante que celle de Dioscoride.
Voici comment on peut tablir la concordance synonymique
de ce singulier vglal :
'O/JoCayx"' DioscOR. , II, 172; ^OpoQxyyjn , o\ cT KVvo/n6ptov,
EjUSD. , in Nothis ; AvKos , Gr^C. RECENT. Orobanche
et ynomorion , Plin. , loco comm. ; Orobanche carjophyla-
ceuy Smith, Trans. phlosoph. , vol. 4-? 169- L'orobanche
odeur de grofle ; ou bien encore V Orobanche ramosa, L. ,
Spec. plant, , 882 , l'orobanche rameuse.
Cette plante a d ce nom ^orobanJie, quodopoCov a/y/jt^ parce
qu'elle tue l'ers. M. Decandolle assure qu'en Italie l'orobanche
rameuse nuit beaucoup la culture des fves. M. de Neufchteau
dit que , dans la province de l'Escaut , elle fait grand tort aux
trfles. Une foule d'agriculteurs font connatre qu'elle cause de
grands dommages aux chanvres. En Italie, on mange la tige des
orobanches en guise d'asperges.
167. LXXXI , page i3o , ligne i5. Et leguminibus inna~
scuntur bestio venenat , qu manus pungunt , etc. Il n'est pas.
possible de dire le nom de l'insecte qui fut connu des anciens
sous le nom de solipuge. Si cet animal n'est pas fabuleux , ce que
nous sommes assez dispos croire , c'est peut-tre une espce
de sauterelle qui , dtruisant les rcoltes , avait forc quelque
colonie quitter le pays dvast par elles. Ce serait peine
perdue, au reste, de chercher dbrouiller cette question, qui
doit tre regarde comme insoluble. Lucain fait mention de la
solipuge dans ce vers :
Quis calcare tuas timeat, solpuga, latcbras?
Pharsal. , lib. ix, v. 837.
202 NOTES DU LIVRE XXII.
168. LXXXII, page i3o, ligne 21. Ex iisdem fiunt et polus,
zyihum in Mgypto, celia et ceria in Hispania, etc. Cf. au livre Xiv,
la note 276, o nous avons parl des diffrentes sortes de bires.
Les mots celia, ceria sont deux anciennes expressions espagnoles.
Le vieux mot gaulois cereoise avait sans doute une mme origine
tymologique, et elle se perd dans la nuit des temps.
LIVRE VINGT-TROISIME.
C. PLINU SECUNDI
HISTORIARUM MUNDI
LIBER XXIII.
^ MEDICINiE EX ARBORIBUS CULTIS.
De vitibus, xx.
1. Jt ERACTA. cerealium in medendo quoque natura
est , omniumque quae ciborum , aut florum , odorumque
gratia proveniunt supina tellure. Non cessit his Po-
mona , partesque medicas et pendentibus ddit , non
contenta protegere, arborumque alere umbra quae dixi-
mus : immo velut indignata plus auxilii inesse his qu
longius a clo abessent , quaeque postea cpissent.
Primum enim homini cibum fuisse inde, et sic inducto
caelum spectare, pascique et nunc ex se posse sine
frugibus.
HISTOIRE NATURELLE
DE PLINE.
LIVRE XXIII.
REHiDES qu'on TIRE DES ARBRES CULTIVES.
Des vignes , 20.
I. iNous avons fait connatre les vertus mdicinales
des plantes que Crs fait germer la surface de la
terre pour la nourriture de l'homme , et expos les pro-
prits de celles dont les couleurs et les parfums flattent
galement sa vue et son odorat. Les prsens que lui fait
Pomone ne sont ni moins rels ni moins prcieux. Elle
ne s'est pas contente de conserver et de nourrir cer-
taines plantes l'ombre des arbres : elle a voulu que les
fruits , suspendus leurs branches , eussent aussi leur
Utilit particulire dans l'art de gurir, comme si elle
ft indigne qu'on tirt plus de secours des productions
les plus loignes du ciel, et qui n'ont paru que les
dernires. En offrant aux hommes les fruits des arbres,
qui furent leur premire nourriture , elle leur fait tour-
ner leurs regards vers les cieux , et les avertit qu'ils
peuvent encore se passer des bls, puisque ses bienfaits
suffisent leur subsistance.
ao6 C. PLINII mST. NAT. LIB. XXIII.
n. Ergo hercule artes in primis ddit vitibus , non
contenta delicias etiam , et odores , atque uuguenta ,
omphacio, et nanthe, ac massari (quae suis locis dixi-
mus), nobiliter instruxisse. Plurimum, inquit, homini
voluptatis ex me est. Ego succum vini , liquorem olei
gigno. Ego palmas et poma, totque varietates : neque
ut tellus , omnia per labores , aranda tauris , terenda
areis , deinde saxis , ut quando , quantove opre cibi
fiant ? At ex me parata omnia , nec curvo laboranda ,
sed sese porrigentia ultro : et si piget attingere, etiam
cadentia. Certavit ipsa secum, plusque utiiitatis causa
genuit etiam , quam voluptatis.
De foliis vitium, et pampino, vu.
III. Folia vitium et pampini capitis dolores, inflam-
mationesque corporum mitigant cum polenta. Folia per
se ardores stomachi ex aqua frigida : cum farina vero
hordei , articularios niorbos. Pampini triti et impositi ,
tumorem omnem siccant. Succus eorum dysentericis
infusus medetur. Lacryma vitium, quae veluti gummis
est , lepras et lichenas , et psoras nitro ante praeparatas
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 507
IL Mais ce sont les vignes qu'elle s'est plu douer
des proprits les plus utiles , car elle n'a pas voulu
qu'elles fussent seulement propres flatter nos sens ,
par les odeurs ou les parfums qu'on en tire , comme
l'omphacium , l'nanthe , le massari , dont nous avons
parl ailleurs. C'est moi, peut -elle dire, que les
mortels sont redevables de tout ce qu'ils possdent de
plus doux dans la vie. C'est moi qui fais couler pour
eux l'huile et le vin ; c'est moi qui fais mrir pour leur
usage les fruits et leurs innombrables varits, sans leur
faire , comme la terre , payer mes bienfaits par des tra-
vaux sans fin. Ils n'ont besoin ni de labourer pnible-
ment leur champ, ni de battre la moisson sur l'aire, ni
de la broyer sous la meule , pour en tirer pniblement
leur nourriture : je leur donne tout gratuitement; mes
productions s'offrent d'elles-mmes leurs mains : elles
tombent d'elles-mmes, s'ils ne veulent pas se donner
la peine de les dtacher. Enfin , cherchant se surpas-
ser elle-mme, elle a plus fait encore pour notre utilit,
qu'elle n'avait fait pour notre plaisir.
Des vrilles et des feuilles de la vigne, 7.
III. Les vrilles et les feuilles de la vigne, avec de la
farine d'orge, dissipent les maux de tte et les inflam-
mations. Appliques seules avec de l'eau froide , les
feuilles apaisent les ardeurs d'estomac, et avec de la fa-
rine d'orge, les douleurs de la goutte. Les vrilles, broyes
et employes en cataplasme , ont la vertu de rsoudre
toutes sortes de tumeurs. Leur suc , en lavement , est
salutaire dans la dysenterie. L'eau qui distille de la
vigne , comme une espce de gomme , gurit la lpre ,
5!^^
ao8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
sanat. adem cum oleo saepius pilis illitis, psilothri j
effectum habet, maximeque quam virides accensae vtes
exsudant : qua et verruc tolluntur. Pampini sangui-
nem exscreantibus , et mulierum a conceptu defectioni,
diluti ptu prosuit. Corlex vitium et folia arida, vul-
nerum sanguinem sistunt, ipsumque vulnus congluti-
nant.Vitis alb viridis tusae succo impetigines tollun-
tur. Cinis sarmentorom vitiumque et vinaceorum, con-
dylomatis et sedis vitiis medetur ex aceto : item luxatis
et ambustis, et lienis tumori, cum rosaceo et ruta et
aceto. Item igni sacro ex vino citra oleum adspergitur,
et intertrigini : et pilos absumit. Dant et bibendum ci-
nerem sarmentorum ad lienis remdia aceto consper-
sum , ita ut bini cyathi in tepida aqua bibantur, utque
qui biberit, in lienem jaceat.
%
Claviculae ipsae, quibus repunt vites, tritae, et ex aqua
pot , sistunt vomitionum consuetudinem. Cinis vitium
cum axungia vetere contra tumores proficit , fistulas
purgat , mox et persanat : item nervorum dolores fri-
gore ortos, contractionesque : contusas vero partes cum
oleo, carnes excrescentes in ossibus cum aceto et nitro,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 9.09
les gales et les dartres , qu'on a traites auparavant
i avec le nitre. Si Toa se frotte souvent de cette mme
eau mle avec de l'huile , c'est un bon dpilatoire ;
mais la meilleure pour cet usage est celle qui suinte
de sarmens encore verts, quand on les brle; de plus,
celle - ci emporte les verrues. L'infusion des vrilles ,
prise en potion , est bonne pour l'hmoptysie , et
pour les faiblesses et les dfaillances de cur qui sui-
vent la conception. L'corce de la vigne et ses feuilles
sches arrtent le sang des plaies et les consolident.
Le suc de la vigne blanche, pile encore verte, est un
bon remde contre les ruptions cutanes. La cendre
des sarmens, des ceps et du marc de raisin, gurit,
avec le vinaigre, les excroissances calleuses et les au-
tres maladies de l'anus. On l'emploie encore , mle
avec de l'huile rosat , du vinaigre et de la rue, pour
les luxations , les brlures et l'enflure de la rate , ou ,
en fomentations avec du vin sans huile, pour les rysi-
ples et l'intertrigo , et aussi pour faire tomber le poiL
On prescrit la cendre des sarmens pour les affections
de la rate: on l'arrose d'abord avec du vinaigre, et
l'on en fait prendre deux cyalhes, dans de l'eau tide,
au malade , qui doit ensuite se coucher sur le ct
gauche.
Les vrilles au moyen desquelles la vigne rampe ,
broyes et avales dans de l'eau , arrtent le vomis-
sement habituel. La cendre de vigne, avec du vieux-
oing , rsout les tumeurs , dterge les fistules et les
gurit radicalement. Elle convient encore aux con-
tractions de nerfs et aux douleurs causes par le froid.
Avec de l'huile , c'est un bon liniment pour les con-
tusions f la morsure des chiens et la piqre des scor-
XIV. 1 4
2IO C. PUNII HIST. NAT. LIB. XXIII.
scorpionum et canum plagas ciim oleo. Corticis per se
cinis combuslis pilos reddit.
De omphacio vitium , xiv.
IV. Omphacium qua fieret ratione incipientis uvae
pubertate , in unguentorum loco docuimus. Nunc ad
medicinam de eo pertinenfia iudicabimus. Sanat ea, quae
in humido sunt ulcra, ut oris, tonsillarum , genita-
liura. Oculorum claritati plurimum confert. Scabritiae
genarum, ulceribusque angulorum, nubeculis, ulceribus
quacumque in parte manantibus, cicatricibus marcidis,
ossibus purulente limosis. Mitigatur vehementia ejus
melle aut passo. Prodest et dysentericis , sanguineni
exscreantibus, anginis.
* De nanthe , xxi.
V. Omphacio cohret nanthe, quara vtes silvestres
ferunt, dicta a nobis in unguenti ratione. Laudatissima
in Syria, maxime circa Antiochiae et Laodice montes :
et ex alba vite rfrigrt, adstringit, vulneribus insper-
gitur, stomacho illinitur, utilis urinae, jocineri , capitis
doloribus, dysentericis. Contra fastidia obolo ex aceto
HISTOIRE NATDRELk, LIV. XXIII. 211
pions ; avec le vinaigre et le nitre , elle consume les
excroissances de chair qui viennent sur les os. La cendre
de l'corce, employe seule, fait renatre le poil des
parties qui ont t brles.
De l'ompLacium , 14.
, 1'
IV. En traitant des parfums , nous avons parl de
l'omphacium , et enseign la manire de le faire quand
les raisins commencent se former. Nous allons main-
tenant exposer ses vertus mdicinales. 11 gurit les ul-
cres des parties humides , tels que ceux de la bouche ,
des amygdales et des parties de la gnration ; il est
encore excellent pour claircir la vue , pour enlever les
taies , scher les ulcres de l'angle des yeux , effacer
les pustules qui naissent sur les paupires, mondifier les
ulcres humides en quelque partie du corps que ce soit ,
hter les cicatrices trop lentes se former, et dterger
les plaies purulentes qui pntrent jusqu'aux os. Son ac-
tion , trop forte et trop vive , est adoucie avec du miel
ou du vin cuit. Enfin, c'est un remde utile dans la
dysenterie, l'hmoptysie et l'esquinancie.
De l'nanthe , 21.
V. Aprs l'omphacium vient l'nanthe, production
des vignes sauvages , dont nous avons parl l'article
des parfums. L'nanthe la plus estime est celle qu'on
trouve en Syrie , et particulirement sur les montagnes
prs d'Antioche et de Laodice. Celle que produit la
vigne blanche est astringente et rafrachissante; on l'ap-
plique sur les plaies et sur l'estomac. Elle provoque les
14.
212 C. PLINII HIST. NA. Llli. XXII.
pota. Siccat manantes capitis eruptiones, efficacissima
ad vitia quse sunt in humidis : ideo et oris ulceribus ,
et verendis, ac sedi cum melle et croco. Alvum sistit.
Genarum scabiem emeiidat , oculorumque lacrymatio-
iies , ex vino stomachi dissolutionem : ex aqua frigida
pota sanguinis exscreationes. Cinis ejus ad collyria , et
ad ulcra purganda, et paronychia, et pterygia, proba-
tur. Uritur in furno , donec panis percoquatur. Massaris
odoribus tantum glgnitur : omniaque ea aviditas humani
ingenii nobilitavit, rapere festinando.
De uvis inaturis , receiitibus.
VI. I. Malurescentiuin autem uv vehenientiores ni-
grge, ideoque vinum ex his minus jucundum : suaviores
alb, quoniam e translucido facilius accipitur aer.
Rcentes stomachum , et spiritus inflatione alvum
turbant : itaque in febri damnantur , utique largiores.
Gravedinem enim capiti , morbumque lethargicum i'a-
ciunt. Innocentiores , qu decerpt diu pependere : qua
HISTOIRE NATUREL A:, LTV. XXIII. ai3
urines, et gurit les maladies du foie, les douleurs de
tte et la dysenterie. A la dose d'une obole dans du
vinaigre, elle rveille l'apptit. Elle dessche les ulcres
de la tte qui suintent beaucoup, et en gnral tous les
ulcres des parties humides, tels que ceux de la bou-
che, de l'anus et des parties de la gnration; on y ajoute
du miel et du safran. Elle arrte le cours de ventre,
gurit les pustules des paupires , et fait cesser le lar-
moiement. Avec du vin , elle est bonne pour les d-
rangemens d'estomac ; et , avec de l'eau , pour l'h-
moptysie. Sa cendre est employe dans les collyres ;
elle dterge les ulcres, les panaris, et dtruit les
excroissances membraneuses qui se forment la racine
des ongles. On la fait rtir dans un four, o on la
laisse jusqu' ce que le pain soit cuit. Le massaris n'est
employ que dans les parfums. Au reste , ce qui donne
ces productions un si grand prix, c'est l'empressement
qu'on met les enlever.
Des raisins mrs , fi'ais.
VI. I. Parmi les diverses espces de raisins qui vien-
nent maturit , ceux qui ont le plus de force sont
les raisins noirs; aussi le vin qu'on en fait est-il moins
agrable que celui que donnent les raisins blancs ;
ceux-ci sont plus doux, parce qu'tant clairs et trans-
parens, l'air les pntre plus facilement.
Les raisins , frais cueillis , causent des flatuosits ,
gonflent l'estomac et drangent le ventre ; aussi les
dfend-on aux fivreux, surtout pris en trop grande
quantit, car ils peuvent occasioner des pesanteurs de
tte, et mme la lthargie. Ceux qu'on a gards long-
ai4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
ventilatione etiam utiles fiunt stomacho, aegrisque. Nam
et rfrigrant leviter et fastidium auferunt.
De uvis condltis ; medicinae , xi.
YII. Qu autem in vino dulci condit fuere , caput
tentant. Proximae sunt pensilibus in palea servatae. Nam
in vinaceis servatae, et caput, et vesicam, et stomachum
infestant. Sistunt tamen alvum , sanguinem exscreanti-
bus utilissimse. Qu vero in musto fuere , pejorem vim
etiamnum habent, quam quse in vinaceis. Sapa quoque
stomacho inutiles facit. Saluberrimas putant medici in
caelesti aqua servatas, etiamsi minime jucundas : sed
voluptatem earum in stomachi ardore sentiri , et in
amaritudine jecoris , fellisque vomitione in choleris :
hydropicis, cum ardore febrium aegrotantibus. At in
ollis servatae, et os, et stomachum, et aviditatem exci-
tant. Paulo tamen graviores existimantur feri vinaceo-
rum halitu. Uvae florem in cibis si edere gallinacei , uvas
non attingunt.
De sarmentis uvanim , i.
VIII. Sarmenta earum, in quibus acini fuere, adstrin-
gendi vim habent, efficaciora ex ollis.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. ai5
temps suspendus ne sont point nialfaisans; l'air qui les
a pntrs les rend utiles aux malades et l'estomac ,
car ils rafrachissent doucement et excitent l'apptit.
Des raisins qa'n {garde ; remdes , 1 1.
VII. Les raisins confits dans du vin doux portent
la tte. Aprs ceux qui ont t suspendus l'air , les
meilleurs sont ceux que Ton a gards sur la paille. Ceux
qu'on laisse sur le marc de vin font mal la tte , et
sont nuisibles l'estomac et la vessie ; nanmoins ils
sont fort bons pour la diarrhe et l'hmoptysie. Les rai-
sins confits dans le mot valent moins encore que les
derniers ; ceux qui sont conservs dans du vin cuit sont
aussi contraires l'estomac. Les plus salubres de tous,
selon les mdecins , sont ceux que l'on garde dans l'eau
de pluie, quoiqu'ils soient les moins agrables au got.
On connat tout leur prix dans les ardeurs d'estomac ,
quand le foie est engorg par la bile, et dans les vo-
missemens de bile amre ; ils ne sont pas moins utiles
dans l'hydropisie et la fivre -chaude. Les raisins que
l'on conserve eu pots sont trs-bons pour l'estomac et
pour rveiller l'apptit. On prtend que la vapeur du
marc dont on les couvre les rend un peu pesans la
tte. Si les oiseaux de basse-cour mangent des fleurs
de vigne mles dans leur nourriture , ils ne touchent
plus au raisin.
Des sannens , i .
VIII. Les sarmens de vigne qui ont port des raisins
sont astringens ; ils le sont encore davantage , gardes
en pots.
2i6 C. PLINII HIST. NAT. UB. XXIIL
De nucleis acinoruni, vi.
IX. Nuclei acinorum eamdem vira obtinent. Hi sunt
qui in vino capitis dolorem faciunt. Tosti tritique sto-
macho utiles sunt. Inspergitur farina eorum, polentae
modo , potioni , dysentericis , et cliacis , et dissoluto
stomacho. Decocto etiam eorum fovere psoras et pru-
ritum utile est.
De vinaceis , viii.
X. Vinacei per se minus capiti aut vesicae nocent ,
quam nuclei : mammarum inflammationi triti cum sale
utiles. Decoctum eorum veteres dysentericos et cliacos
juvat , et potione , et fotu.
Uva theriace, iv.
XI. Uva theriace , de qua suo loco diximus , contra
serpentium ictus estur. Pampinos quoque ejus edendos
censent, imponendosque , vinumque et acetum ex his
factum auxiliarem contra eadem vim habet.
Uva passa, sive astaphis, xiv.
XII. Uva passa, quam astaphida vocant, stomachum,
ventrem et interanea tcntaret, nisi pro remedio in ipsis
HISTOIRE NATURELLE, LFV. XXIII. ai;
Des ppins ,6.
IX. Les ppins ont aussi une vertu astringente; ce
sont les ppins qui sont cause que le vin donne des
maux de tte ; mais , rtis et piles , ils sont bons pour
l'estomac. Rduits en poudre , on les mle dans la bois-
son des malades qui souffrent de la dysenterie ou du
flux de ventre, ou dont l'estomac est drang. Leur
dcoction s'emploie aussi , en fomentations , contre la
gale et les dmangeaisons.
Du marc , 8.
X. Le marc de raisins est moins nuisible par lui-
mme la tte et la vessie , que les ppins qui s'y
trouvent. Broy avec du sel , il dissipe les tumeurs des
mamelles. Sa dcoction, en breuvage et en fomentations,
est bonne dans la dysenterie et dans le flux de ventre
invtrs.
Du raisin thriacal , 4.
XI. Le raisin thriacal , dont nous avons parl en
son lieu , se mange , comme antidote , contre la mor-
sure des serpens ; on prtend mme qu'il est bon , en
pareil cas, d'en manger les feuilles et de les appliquer
sur la plaie. Au reste , le vin et le vinaigre qu'on en
lire ne sont pas moins salutaires pour les mmes ac-
cidens.
Du raisin sec, ou astaphis , i/(.
XII. Le raisin sec, appel en grec astaphis y serait
nuisible l'estomac , au ventre et aux entrailles, sans
ai 8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
acinis nuclei esseut: iis exemptis, vesicae utilis habetur ;
et tussi, alba utilior. Utilis et arteriae, et renibus : sicul
ex his passum privatim e serpentibus contra haemorrhoida
potens. Testiiini inflammationi cum farina cumini , aul
coriandri imponuntur : item carbunculis, articulariis
morbis, sine nucleis tritae cum ruta : fovere ante vino
ulcra oportet.
Sanant epinyctidas et ceria : et dysenteriam cum suis
nucleis. Et in oleo coctae gangraenis illinunlur cum
cortice raphani et melle. Podagns et unguium mobilibus
cum panace, et per se ad purgandum os capulque, cum
pipere commanducantur.
Astaphis agria, sive staphis, sive pituitaria, xii.
XIII. Astaphis agria, sive staphis, quam uvam tami-
niam aliqui vocant falso : suum enim genus liabet ,
cauliculis nigris , rectis , foliis labruscae : fert follicules
verius , quam acinos , virides , similes ciceri : in his
nucleum triangulum. Malurescit cum vindemia , nigrc-
scitque : quum taminise rubentes norimus acinos , scia-
musque illam in apricis nasci , hanc non nisi in opacis.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 219
les ppins qu'il renferme, et qui corrigent ces mau-
vaises qualits. Si l'on te les ppins , le raisin passe
pour tre utile la vessie. Les blancs sont meilleurs
que les autres pour la toux. Ils sont bons pour la gorge
et pour les reins. Le vin cuit que l'on en tire est salu-
taire contre la morsure des serpens , et spcialement
contre celle de l'hmorrhos. On les applique , avec de
la farine de cumin ou de coriandre, pour apaiser l'in-
flammation des testicules. Broys avec de la rue, aprs
qu'on en a t les ppins, ils sont un topique excellent
pour les charbons et la goutte, et pour les ulcres, qu'on
bassine d'abord avec du vin.
Ils gurissent les pinyctides , les ulcres nomms
ceria , et, avec les ppins, la dysenterie. Cuits dans de
l'huile, ils s'emploient en Uniment, avec de la pelure
de raifort et du miel , sur les parties attaques de la
gangrne. Appliqus avec du panax , c'est un remde
utile pour les ongles prts tomber et pour les douleurs
de la goutte. Mangs avec du poivre, ils nettoient la
bouche et purgent le cerveau.
De l'astaphis sauvage, autrement staphis ou pituitaire , 12.
XIII. Uastaphs agria , ou simplement staphis , est
mal propos confondue avec Vuua taminia par quelques
auteurs. Cette plante est une espce particulire. Elle a
les tiges noires, droites, et les feuilles semblables celles
du labrusca. Ses fruits sont moins des grains que des
gousses vertes comme celles des pois chicbes, et qui ren-
ferment des semences triangulaires. Ces fruits mrissent
en mme temps que les raisins, cl deviennent noirs, au
lieu que ceux de \iipa taminia sont rouges et ne chan-
a2o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
His nucleis ad purgalionern uti non censuerira , propter
ancipitem strangulationem : nec ad pituitam oris siccan-
dam, fauces enim ldunt. Phthiriasi caput et reliquum
corpus librant triti, facilius admixta sandaracha ; item
pruritu , et psoris. Ad dentiuni dolores decoquuntur in
aceto, ad aurium vitia, rheumatismiim cicatricum, ulce-
rum manantia.
Flos tritiis in vino contra serpentes bibitur : semen
enim abdicaverim, propter nimiam vim ardoris. Qui-
dam eam pituitariam vocant, et plagis serpentium uti-
que illinunt.
Labrusca , xii.
XIV, Labrusca quoque nanthen fert, satis dictam,
quae a Graecis ampelos agria appellatur, spissis et can-
dicantibus foliis, geniculata, rimoso cortice : fert uvas
rubentes cocci modo , quae cutem in facie mulierum
purganl, et varos : coxendicum et lumborum vitiis tusae,
cum foliis et succo prosunt. Radix decocta in aqua, pota
in vini Coi cyathis duobus , humorem alvi ciet : ideo
liydropicis datur. Hanc potius crediderim esse, quam
vulgus uvam laminiam vocat. Utuntur ea pro amuleto :
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL 22 1
gent jamais de couleur; on sait d'ailleurs que cette der-
nire plante ne crot que dans les lieux couverts, tandis
que l'astaphis agria, au contraire, se plat dans les en-
droits exposs au soleil. Quant aux semences dont nous
venons de parler, c'est un purgatif dont je ne conseil-
lerais pas l'usage, car il pourrait trangler le malade:
je ne les ferais pas non plus mcher pour vacuer la
pituite, car elles irritent la gorge ; mais, broyes et mles
la sandaraque , elles dlivrent de la vermine la tte
et tout le reste du corps, et sont aussi un bon remde
contre la gale et les dmangeaisons. On les fait bouillir
dans le vinaigre pour le mal de dents , les douleurs d'o-
reilles, les ulcres humides et les plaies fistuleuses.
La fleur de la plante, broye et prise dans du vin , gurit
la morsure des serpens ; sa semence est trop acre pour
qu'on en puisse faire usage. Quelques auteurs appellent
l'astaphis agria l'herbe la pituite , et recommandent ,
pour gurir la morsure des serpens, de l'appliquer sur
la plaie.
y Du labrusca (vigne sauvage), 12.
XIV. Le labrusca , nomm par les Grecs vigne sau-
vage , produit l'nanthe , dont nous avons parl avec
assez de dtails. Son feuillage est pais et tirant sur le
blanc ; ses sarmens sont noueux , et son corce est fen-
dille. Il a pour fruits des baies rouges comme l'car-
late , et dont les femmes se servent pour effacer les
taches du visage et nettoyer la peau. Piles et appliques
avec les feuilles et le suc , elles sont bonnes pour la
sciatique et pour les douleurs de reins. La racine, cuite
dans de l'eau et prise dans deux cyathes de vin de C,
vacue les humeurs du bas-ventre; aussi l'ordonne-l-on
Jt2 2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
et ad cxspuillonem sanguinis quoque adhibent , non
ultra gargarizationes, et ne quid devoretur, addito sale,
thjmo, aceto mulso. Ideo et purgationibus ancipitem
putant.
^ De salicastro , xii.
XV. Est huic similis , sed in salictis nascens : ideo
distinguitur nomine , quum eosdem usus habeat , et sa-
licastrum vocatur. Scabiem et pruriginem hominum
quadrupedumque aceto mulso trita hc efficacius tollit.
De vite alba , sive ampeloleuce , sive staphyle , sive melothro ,
sive archezosti , sive cedrosti , sive mado , xxxv.
XVI. Vitis alba est , quam Graeci ampeloleucen , alii
ophiostaphylon , alii melothron , alii psilothrum , alii ar-
cbezostin , alii cedrostin , alii madon appellant. Hujus
sarmenta longis et exilibus internodiis geniculata scan-
dunt. Folia pampinosa ad magnitudinem eder, divi-
duntur ut vitinm. Radix alba, grandis, rapliano similis
initio : ex ea caules asparagi similitudine exeunt. Hi
decocti in cibo alvum et urinam oient. Folia et caules
cxulcerant corpus : utique ulcerum phagedaenis et gan-
graenis , tibiarumque taedio cum sale illinuntur. Semen
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL a23
aux hydropiques. Je crois que c'est plutt cette plante
que les Latins appellent iii^a taminia. On la porte aussi
comme amulette. On la prescrit en gargarisme, mais sans
rien avaler de la potion , pour le crachement de sang ,
avec du sel , du thym et du vinaigre miell. Les m-
decins ne jugent pas qu'on puisse l'employer sans crainte
comme purgatif.
Ou salicastnim , 12.
XV. On connat une plante qui ressemble beaucoup
au labrusca, et qui sert aux mmes usages, mais qui crot
parmi les saules, ce qui lui a fait donner le nom de sa-
licastrum. Broye et applique avec du vinaigre miell,
elle a plus d'efficacit que la prcdente pour apaiser les
dmangeaisons , et gurir la gale des hommes et des
bestiaux.
De la vigne blanche, autrement ampeloleuce, staphyle, melothron,
archezostis, cedrostis ou madon, 35.
XVL La vigne blanche est nomme par les Grecs am-
peloleuce. Ils lui donnent encore plusieurs autres noms,
comme ophiostaphylos , melothron , psilothron , arche-
zostis, cedrostis et madon. Cette plante a les sarmens
longs et menus; leurs nuds sont peu saillans, et assez
loigns les uns des autres ; les feuilles sont de la gran-
deur de celles du lierre , dcoupes comme celles de
la vigne ordinaire, et garnies aussi de vrilles. La ra-
cine est grosse, blanche, et semblable au raifort dans
les premiers temps. Ses jets ressemblent beaucoup ceux
des asperges. Mangs cuits , ils lchent le ventre et
provoquent les urines. Les feuilles et les tiges ont une
vertu caustique ; aussi les applique-t-on avec du sel sur
224 C. PLINIl HIST. NAT. LIB. XXIIL
in uva raris acinis dependet , succo rubeute , poslea
croci. Novere id qui coria perficiunt : illo enim utuntur.
Psoris et lepris illinitur. Lactis abundandam facit coctum
cum tritico , potumque. Radix iiumerosis utilitatibus
nobilis , contra serpentium ictus tri ta drachmis duabus
bibitur. Vitia cutis in facie , varosque , et lentigines , et
sugillata emendat, et cicatrices. Eademque praestat de-
cocta in oleo. Decoctae datur et comitialibus potus :
item mente commotis, et vertigine laborantibus , dra-
chmae pondre quotidie anno toto. Et ipsa autem lar-
gior aliquanto sensus purgat. Illa vis praeclara , quod
ossa infracta extrahit in aqua , imposita , ut bryonia :
quare quidam banc albam bryoniam vocant. Alia vero
nigra efficacior in eodem usu cum melle et thure.
Suppuraliones incipientes discutit , veteres maturat
et purgat. Ciet menses et urinam. Ecligma ex ea fit
suspiriosis, et contra lateris dolores, vulsis, ruptis. Sple-
nem ternis obolis pota triginta diebus consumit. Illinitur
eadem cum fico et pterygiis digitorum. Ex vino secundas
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. aaS
les ulcres rongeans , sur les ulcres opinitres des
jambes , et sur les parties attaques de la gangrne. Les
fruits de cette plante sont en grappe pendante et peu
fournie; les baies rendent un suc rouge, qui devient
ensuite jaune comme le safran. Ce fruit est bien connu
des corroyeurs , qui l'emploient la prparation des
peaux. On l'applique sur la lpre et les gales malignes.
Sa dcoction avec du froment, prise en breuvage, fait
venir le lait. La racine est estime en mdecine pour
une foule d'usages. On la prescrit broye, la dose de
deux drachmes, contre la morsure des serpens. Elle
gurit les pustules, efface les rousseurs et les taches du
visage , et fait disparatre la trace des meurtrissures et
des cicatrices. Cuite dans l'huile, elle produit les mmes
effets. La dcoction de cette racine s'administre aussi
dans l'pilepsie , la manie et les vertiges : on en fait
boire tous les jours aux malades , la dose d'une
drachme, pendant une anne entire; une dose trop
forte troublerait l'entendement. Par une proprit bien
remarquable, cette plante, macre dans de l'eau et
applique sur les os fracturs , en fait sortir les es-
quilles. Comme elle partage cette vertu avec la bryone ,
quelques auteurs l'ont nomme bryone blanche ; nan-
moins l'autre espce, qui est noire, est plus efficace
pour le mme usage , si on l'applique avec du miel et de
l'encens.
La racine de la vigne blanche rsout les abcs qui
commencent se former , mrit ceux qui sont avancs ,
et les mondife. Elle provoque les rgles et les urines. On
la prescrit en looch pour l'orthopne, les douleurs de
cts , les ruptures et les convulsions. Prise en potion ,
la dose de trois oboles pendant trente jours , elle con-
XIV. i5
226 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
feminarum adposita trahit : et pituitam , drachma pota
in aqua mulsa , succus radicis. Colligi dbet ante matu-
ritatem seminis : qui illitus per se et cum ervo, laetiore
quodam colore et cutis teneritate mangonizat corpora.
Tunditur ipsa radix cum pingui fico, erugatque corpus,
si statim bina stadia ambulentur : alias urit, nisi fri-
gida abluatur. Jucundius hoc idem praestat nigra vitis,
quoniam alba pruritum adfert.
De vite nigra , sive bryonia , sive chironia , sive gynaecanthe , sive
apronia, xxxv.
XVII. Est ergo et nigra, quam proprie bryoniam vo-
cant , alii cliironiam , alii gynaecanthen , aut aproniam ,
similem priori, praeterquam colore. Hujus enim nigrum
esse diximus. Asparagos ejus Diodes prtulit veris as-
para gis in cibo , urinae ciendae , lienique minuendo. In
frutectis et arundinetis maxime nascitur.
Radix foris nigra , intus buxeo colore , ssa infracta
vel efficacius extrahit, quam supra dicta. Ceterum eidem
peculiare est, quod jumentorum cervicibus unice medetur.
Aiunt , si quis villam ea praecinxerit , fugere accipitres ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 227
sume la rate. Applique avec une figue , elle gurit les
excroissances qui viennent aux ongles des pieds ou des
mains. En cataplasme avec du vin , elle fait sortir l'ar-
rire-faix. Le suc de la racine, bu la dose d'une drachme
dans de l'eau mielle , vacue la pituite : on doit le re-
cueillir avant la maturit du fi-uit. C'est un excellent
cosmtique, soit qu'on l'emploie seul, soit qu'on le mle
avec de la farine d'ers, car il adoucit la peau et lui donne
de l'clat et de la fracheur. La racine mme , pile avec
des figues grasses, efface les rides ; mais, aprs s'en tre
frott, il faut se promener et parcourir l'espace de deux
stades ; d'ailleurs , elle brlerait la peau , si on ne se
lavait aussitt avec de l'eau froide. La vigne noire , pour
cet effet, est prfrable la vigne blanche, qui excite
des dmangeaisons.
De la vigne noire , autrement bryone , chironia , gynaecantlie ou
apronia, 35.
XVII. La vigne noire est la plante appele propre-
ment bryone, et que d'autres auteurs ont nomme chi-
ronia, gjncanthe ou apronia. Elle ressemble beaucoup
la vigne blanche , et n'en diffre que par sa couleur,
qui est noire. Diocls prfrait les jets de cette plante
aux jets des vritables asperges, et les faisait manger aux
malades pour provoquer les urines et diminuer l'en-
flure de la rate. Elle crot surtout dans les lieux couverts
d'arbrisseaux et parmi les roseaux.
Sa racine , noire au dehors , jaune au dedans, a plus
de vertu que celle de la vigne blanche pour faire sortir
les esquilles des os fracturs : c'est d'ailleurs un remde
unique pour les plaies au cou des btes de somme. On
prtend que , si l'on plante cette bryone autour d'une
i5.
228 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
tutasque firi villaticas alites. adem in jumento ho-
miaeque, flemina , aut sanguinem, qui se ad talos de-
jecerit , circumligata sanat. Et hactenus de vitium ge-
neribus.
De musto, xv.
XVin. Musta difFerentias habent naturales bas , quod
sunt candida, aut nigra, aut inter utrumque : aliaque,
ex quibus vinum fit; alia, ex quibus passum : cura
difFerentias innumerabiles faoit. In plnum ergo hsec
dixisse conveniat.
Mustum omne stomacho inutile, venis jucundum. A
balineis raptim et sine interspiratione pOtum , necat.
Cantharidum naturae adversatur. Item serpentibus ,
maxime haemorrhoidi , et salamandrae.
Capitis dolores facit, et gutturi inutile : prodest re-
nibus , jocineri , et interaneis vesicae : collvat enim ea.
Privatim contra buprestim valet.
Contra meconium , lactis coagulationem , cicutam ,
toxica , dorycnium , ex oleo potum , redditumque vo-
mitionibus. Ad omnia infrmius album, jucundius passi
mustum, et quod minorem capitis dolorem adlferat.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. aag
mtairie , elle carte les oiseaux de proie et met la vo-
laille en sret. Enfin , lie autour des talons , elle est
utile aux hommes et aux btes de somme pour dissou-
dre le sang qui s'est jet dans les pieds par la fatigue
d'une longue marche. Voil ce que j'avais remarquer
sur les diffrentes espces de vignes.
Du mot, i5.
XVITI. Il y a diffrentes sortes, d^ mots : les uns
sont blancs , les autres d'un rouge fonc , ou noirs ;
d'autres sont gris ou clairets. Il y en a qu'on laisse fer-
menter pour en faire du vin , et d'autres que l'on rserve
pour avoir du vin cuit. Outre ces diffrences naturelles,
la manire de les apprter en tablit encore une foule
d'autres ; nous nous bornerons donc en parler d'une
manire gnrale.
Toute espce de mot, ou de vin nouveau, est salutaire
aux veines, mais nuisible l'estomac; il ferait prir qui-
conque en boirait , au sortir du bain , un grand coup
d'un seul trait et sans reprendre haleine. C'est un anti-
dote contre le venin des cantharides et des serpens , et
particulirement de l'hmorrhos et de la salamandre.
Le mot cause des douleurs de tte et irrite la gorge;
mais il est bon pour le foie , les reins et la vessie , dont il
lubrfie les parois. Il a une vertu particulire contre Tin-
secte appel buprestis.
Bu avec de l'huile et rejet ensuite , il neutralise les
mauvais effets de l'opium , du lait caill, de la cigu,
du dorycnium et des autres poisons ; mais , tous ces
gards , le mot blanc est le moins efficace. Le plus
agrable de tous est celui qu'on fait de raisins cuits
a3o C. PLINU HIST. NAT. LIB. XXIII.
De vino.
XIX. Vini gnera differentiasque perquam multas
exposuimus, et fere cujusque proprietates. Neque ulla
pars difGcilior tractatu , aut numerosior : quippe quum
sit tardum dictu, pluribus prosit an noceaL Praeterea
quam ancipiti eventu potu statim auxilium fit, aut ve-
nenum? Etenim de natura ad remdia tantura perti-
nente nune loquimur. Unum de dando eo volumen
Asclepiades condidit, ab eo cognominatum : qui vero
postea de volumine illo disseruere , innumera. Nos ista
romana gravitate , artiumque liberalium adpetentia ,
non ut medici, sed ut judices salutis humanae, dili-
genter distinguemus. De generibus singulis disserere
immensum et iuexplicabile est, discordibus medicorum
sententiis.
De Surrentino, m; Aibano, ii; Falemo, vi.
XX. Surrentinum veteres maxime probavere : sequeus
aetas Albanum aut Falernum. Deinde alia alii iniquis-
simo gnre decreti, quod cuique gratissimum, ceteris
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 23 1
au soleil , et c'est aussi celui qui porte le moins la
tte.
Du vin.
XIX. Nous avons dj parl d'un grand nombre
d'espces diffrentes de vin, et expos les proprits de
la plupart d'entre elles. Aucune matire n'est plus abon-
dante ni plus difficile traiter ; on ne saurait dire , en
effet , s'il y a plus d'hommes qui le vin soit utile ,
qu'il n'y en a qui il est nuisible. Et, de plus, com-
ment dterminer les circonstances o il est un remde
salutaire , et celles o il devient un vritable poison ?
car, nous ne le considrons ici que sous le rapport de
la mdecine. Asclpiade a compos, sur la manire d'ad-
ministrer le vin , un livre qui porte son nom ; mais ,
par la suite , on a fait sur ce trait des commentaires
innombrables. Pour nous , nous traiterons cette matire
avec la gravit qui convient un Romain , et un
homme jaloux de s'instruire dans les sciences utiles
la socit. Ce n'est point comme mdecin, mais comme
juge attentif de ce qui peut tre utile ou nuisible la
sant, que nous ajouterons les claircissemens nces-
saires. Entrer dans un dtail complet sur les qualits
de chaque espce de vin en particulier, serait un travail
I immense , et mme impossible , puisque les mdecins
eux-mmes ne s'accordent pas entre eux.
Des vins de Surrente , 3 ; d'Albe , 2 ; de Falerne , 6.
XX. Les anciens prfraient le vin de Surrente; dans
les sicles suivans , on se dcida en faveur du vin d'Albo
ou de Falerue. Ensuite plusieurs autres espces de vin
a3a C. PLINII fflST. NAT. LIB. XXIIL
omnibus pronuutiando. Quin, ut constarent sentenliae,
quota portio tamen mortalium his generibus posset uti?
Jam vero nec proceres usquam sinceris. Eo venere
mores , ut nomina modo cellarum veneant , statimque
in lacubus vindemiae adulterentur. Ergo hercle, mirum
dictu , innocentius jam est , quodcumque et ignobilius.
Haec tamen fecere constantissime videntur victoriam ,
quorum mentionem fecimus. Si quis hoc quoque discri-
men exigit, Falernum ne in novitate, nec in nimia
vetustate corpori salubre est. Media ejus aetas a quinto-
decimo anno incipit. Hoc non rigido potu stomacho
utile, non item in calido. Et in diutina tussi sorbetur
merum utiliter a jejunis : item in quartanis. Nullo aeque
venae excitantur. Alvum sistit, corpus alit. Creditum
est obscuritatem visus facere : nec prodesse nervis , aut
vesicae.
Albana nervis utiliora. Stomacho minus, quae sunt
dulcia : austera vel Falerno utiliora. Goncoctionem mi-
nus adjuvant : stomachum modice implent.
At Surrentina nullo modo, nec caput tentant : sto-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 233
furent mises en vogue par des gens habiles faire valoir
celui qui leur plaisait davantage. Rien de plus injuste
cependant que de donner son got particulier comme
rgle du got gnral. Et quand mme les suffrages
se runiraient sur une seule espce , y aurait-il beau-
coup d'hommes qui pussent en faire usage ? Dj mme
les citoyens les plus riches ne peuvent boire le vin dans
toute sa puret. Dans le sicle o nous sommes , on ne
considre , dans l'achat du vin , que le renom d'une
cave en crdit. La vendange, peine dans la cuve, est
dj dnature; aussi, chose tonnante! les vins les moins
en crdit sont-ils les moins dangereux.
Nanmoins , les trois espces que nous venons de
citer paraissent conserver la prminence. Veut -on
quelques notes caractristiques sur chacune d'elles ? nous
dirons que le vin de Falerne , nouveau ou trop vieux ,
est galement nuisible la sant ; aprs quinze annes
de garde , il commence tre d'un ge moyen : alors il
est bon l'estomac , pourvu qu'il ne soit bu ni trop
chaud ni trop froid. Pris pur jeun , c'est un excellent
remde pour les toux chroniques et pour la fivre-
quarte. 11 n'est point de vin qui excite davantage le
mouvement des veines ; d'ailleurs , il arrte le cours
de ventre et nourrit l'embonpoint ; mais on prtend
qu'il obscurcit la vue , et qu'il nuit aux nerfs et la
vessie.
Les vins d'Albe sont salutaires au genre nerveux ;
ceux qui sont doux conviennent peu l'estomac ; secs ,
ils sont, pour ce viscre, un confortatif plus sr que le
Falerne. En gnral, ils sont moins favorables la diges-
tion , et gonflent un peu l'estomac.
Les vins de Surrente n'ontpas ces dfauts et ne portent
a34 C. PUNU HIST. NAT. UB. XXIII.
machi et intestinorum rheumatismos cohibent. Ccuba
jam non gignuntur.
De Setino, i; Statano, i; Signino, i.
XXI. At quse supersunt Setina, cibos concoqui cogunt.
Virium plus Surrentina, austeritatis Albana, vehemen-
ti minus Falerna habent. Ab his Statana non longo
intervallo abfuerint. Alvo citae Signinum maxime con-
ducere indubitatura est.
De reliquis vinis , lxiv.
XXII. Reliqua in commune dicentur. Vino aluntur
vires, sanguis, colosque hominum. Hoc quoque distat
orbis mdius, et mitior plaga a circumjectis : quantum
illis feritas facit roboris, tantum nobis hic succus. Lactis
potus ossa alit, frugum nervos, aquae carnes. Ideo minus
ruboris est in corporibus illis, et minus roboris, con-
traque labores patientiae.
Vino modico nervi juvantur, copiosiore laeduntur :
sic et oculi. Stomachus recreatur : adpetentia ciborura
invitatur : tristitia et cura hebetatur : urina et algor
expellitur : sonmus conciliatur. Praeterea vomitiones
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. a35
jamais la tte. Ils arrtent les dbordemens d'humeurs,
soit de l'estomac , soit des intestins. Les vignobles d'o
l'on tirait le Ccube n'existent plus.
Des vins de Setia , i ; de Stata , i ; de Signia , i .
XXI. Les vins que produisent encore les environs
de Setia aident fort la digestion. Les vins de Surrente
ont le plus de force; les plus pres, aprs eux, sont les
vins d'Albe ; les moins violens , ceux de Falerne. Les
vins de Stata approchent le plus de ces derniers. Ceux
de Signia sont les meilleurs , sans contredit , pour ar-
rter le cours de ventre.
Des autres vins ,64.
XXII. Parlons maintenant du vin en gnral. Le vin
entretient les forces , nourrit le sang et donne les cou-
leurs de la sant. C'est le vin qui distingue les climats
temprs et la zone que nous habitons , d'avec celles qui
les entourent. Le vin nous donne autant de force et de
vigueur que la temprature extrme des plages tran-
gres en donne aux peuples qui les habitent. Le lait
nourrit les os , les boissons faites avec les crales
nourrissent les nerfs , et l'eau est un aliment pour les
chairs. Ceux qui font usage de ces trois espces de li-
queurs n'ont pas la couleur bien vive , ne sont gure
robustes, ni capables de supporter de longs travaux.
Le vin fortifie les nerfs et la vue , s'il est pris mo-
drment ; car , pris avec excs , il produit l'effet con-
traire. Il est salutaire l'estomac ; il excite l'apptit,
bannit la tristesse et l'inquitude , ranime la chaleur,
provoque les urines et procure le sommeil; de plus , il
a36 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIH.
sistit : collectiones extra lanis huniidis impositis mi-
tigat. Asclepiades utilitatem vini aequari vix deorum
potentia pronuntiavit. Vtus copiosiore aqua miscetur ,
magisque urinam expellit : minus siti resistit. Dulce
minus inebriat, sed stomacho innatat : austerum faci-
lius concoquitur. Levissimum est , quod celerrime in-
veteratur. Minus infestt nervos , quod vetustate dul-
cescit. Stomacho minus utile est pingue, nigrum, sed
corpora magis alit. Tenue et austerum minus alit , magis
stomachum nutrit. Celerius per urinam transit, tanto-
que magis capita tentt : hoc et in omni aHo succo semel
dictum sit.
Vinum si sit fumo inveteratum insaluberrimum est.
Mangones ista in apothecis excogitavere. Jam et patres-
familias aetatem addi his, quae per se cariem traxere.
Quo certe vocabulo satis consilii dedere prisci : quo-
niam et in materiis cariem fumus erodit : at nos e
diverso fumi amaritudine vetustatem indui persuasum
habemus.
Quae sunt admodum exalbida, haec vetustate insalu-
bria funt. Quo generosius vinum est, hoc j magis ve-
tustate crassescit , et in amaritudinem corpori minime
utilem coit. Condire eo ahud minus annosum , insalubre
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 237
arrte le vomissement, et, appliqu l'extrieur avec de
la laine , il rsout les dpts. Asclpiade dclare qu'il
s'en faut peu que ses vertus ne l'emportent sur le pou-
voir des dieux. Le vin vieux porte mieux l'eau que le
vin nouveau , et pousse davantage les urines, mais il
dsaltre moins. Les vins doux causent moins facilement
l'ivresse , mais ils restent plus long-temps sur l'estomac :
les vins secs passent plus vite. Les plus lgers vieillis-
sent le plus promptement; ceux qui perdent leur ver-
deur en vieillissant sont les moins nuisibles aux nerfs.
Les vins pais et noirs conviennent peu l'estomac ,
mais ils nourrissent plus que les autres ; ceux qui sont
verts et qui ont plus de corps sont meilleurs l'estomac,
quoiqu'ils nourrissent moins. Comme ils passent plus
vite par les urines , ils portent aussi plus promptement
la tte : cette proprit , nous le disons une fois pour
toutes, est commune toutes les liqueurs fermentes.
Le vin qu'on a fait vieillir la fume est trs-pernicieux
la sant : c'est une pratique que les marchands mettent
en usage dans leurs celliers. Les pres de famille eux-
mmes ont imagin des moyens de donner un nouveau
degr de maturit aux vins qui ont dj vieilli naturel-
lement. Les anciens cependant, en se servant du mot
carie pour exprimer la vieillesse du vin , nous avaient
donn un assez sage conseil: la fume, en effet, dtruit
la carie des bois , et les renouvelle en quelque sorte ; et
nous, au contraire, nous prtendons que l'amertume de
cette fume donne aux vins une vieillesse anticipe.
Les vins de couleur blafarde deviennent malsains en
vieillissant. Plus un vin a de force , plus il devient pais
tant gard. Il se charge d'une amertume qui n'est rien
moins que salutaire; et, si on le mle avec un autre vin
a3S C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
est. Sua cuique vino saliva innocentissiina , sua culque
aetas gratissima , hoc est , mdia.
Observationes circa vina, lxi.
XXIII. Corpus augere volentibus, aut mollire alvum,
conducit inter cibos bibere. Contra minuentibus, alvum-
que cohibentibus , sitire in edendo, postea parum bibere.
Vinum jejunos bibere, novitio invento, inutilissimum
est curis, vigoremque animi ad procinctum tendentibus :
somno vero ac securitatibus jamdudum hoc fuit , quod
Homerica illa Helena ante cibum rainistravit. Sic quo-
que in proverbium cessit, Sapientiam vino obum-
brari. Vino damus homines , quod soli animaHum non
sitientes bibimus. Aquae potum interponere utihssimum :
itemque jugi superbibere. Ebrietatem quidem frigid
potus extemplo discutit.
Meracis potionibus per viginti dies ante Canis ortum,
totidemque postea, suadet Hesiodus uti. Merum quidem
remedio est contra cicutas, coriandrum, aconita, viscum,
meconium, argentum vivum, apes, vespas, crabrones,
phalangia , serpentium scorpionumque ictus, contraque
omnia quae refrigerando nocent. Privatim contra hae-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 239
moins vieux, ce mlange n'en est pas moins pernicieux.
Chaque vin doit conserver sa saveur naturelle pour ne
produire aucun mauvais effet, et veut tre bu au temps
o il parat le plus agrable , c'est--dire au milieu de
son ge.
Soixante-une observations sur les vins.
XXm. Ceux qui veulent acqurir de l'embonpoint ,
ou se tenir le ventre libre , doivent boire frquemment
pendant le repas ; ceux , au contraire , qui se trouvent
trop replets, ou qui veulent se resserrer, doivent s'abste-
nir de boire en mangeant , et ne boire que fort peu aprs
avoir mang. Prendre du vin jeun pour se donner des
forces et de la vigueur, quand on se dispose quelques
affaires srieuses , est une invention moderne plus nui-
sible qu'utile : cet usage n'avait t adopt jadis que
pour procurer le sommeil et bannir les soucis ; voil
pourquoi , dans Homre , Hlne en prsente aux con-
vives avant le repas ; de l aussi l'ancien proverbe : Le
vin endort la sagesse. C'est lui qui fait que , de tous
les animaux, l'homme seul boit sans soif. C'est une excel-
lente pratique, lorsqu'on boit du vin, d'avaler quelques
verres d'eau par intervalles, et mme, en sortant d'un
repas, d'en boire qui soit nouvellement puise la fon-
taine , car l'eau frache dissipe instantanment l'ivresse.
Hsiode recommande de boire du vin tremp , pendant
les vingt jours qui prcdent et qui suivent le lever de
la Canicule. Le vin pur est un bon antidote contre la
cigu, la coriandre, l'aconit, l'ixias, l'opium; il neutra-
lise les mauvais effets du vif-argent , de la morsure des
serpens, du venin des scorpions, de la piqre des abeilles,
des gupes, des frelons, des araignes -phalanges, et
2/,o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
inorrhoidas, presteras, fungos. Item contra inflationes,
rosionesque praecordiorum , et quorum stomachus in vo-
mitiones efFunditur ; et si venter aut interanea rheuma-
tismum sentiant. Dysentericis , sudatoribus , in longa
tussi , in epiphoris , meracum. At vero cardiacis , in
mamma laeva merum in spongia imponi prodest. Ad
omnia autem maxime album inveterascens. Utiliter
etiam fovetur vino calido virilitas jumentis : quo etiam
infuso cornu lassitudinem auferri aiunt. Simias , qua-
drupedesque, quibus digiti sunt, negant crescere adsue-
tas meri potu.
Quibus siegris danda, et quando danda.
XXIV. Nunc circa aegritudines sermo de vinis erit.
Saluberrimum liberaliter genitis, Campaniae quodcum-
que tenuissimum : vulgo vero , quod quemque maxime
juverit validum. Ulilissimum omnibus sacco viribus
fractis. Meminerimus succum esse , qui fervendo vires
e musto sibi fecerit. Misceri plura gnera, omnibus inu-
tile. Saluberrimum, cui nihil in musta additum est :
meliusque , si nec vasis pix adfuit. Marmore enim , et
gypso , aut calce condita , quis non etiam validus expa-
verit ? In primis igitur vinum marina aqua factum ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. j.l^t
enfin de tous les poisons froids, et particulirement de
Thmorrhos, du prester et des champignons. On le fait
prendre encore pour dissiper les gonflemens et les dou-
leurs aigus des viscres; pour rtablir l'estomac puis
par des vomisseniens violens, et pour arrter les dbor-
demens d'humeurs dans le ventre et les intestins. Avec
de l'eau , il est bon pour la dysenterie , les sueurs im-
modres, la toux chronique et les fluxions. Appliqu
pur avec une ponge sur la mamelle gauche , c'est un
topique excellent pour les cardiaques : mais , dans tous
les cas prcits , on doit employer de prfrence le vin
blanc vieux. Les fomentations de vin chaud , sur les
parties de la gnration , sont salutaires aux btes de
somme; on dissipe leur lassitude en leur faisant avaler
du vin au moyen d'une corne. On dit que les singes et
les quadrupdes digits ne prennent pas leur croissance,
si on les accoutume boire du vin pur.
A quels malades on doit les administrer , et quand.
XXIV. Nous allons maintenant considrer les vins
relativement leur usage en mdecine. Les vins de
Campanie qui ont le moins de corps , sont les plus sa-
lutaires pour les personnes riches et de distinction ; les
gens du peuple ne s'attachent qu' satisfaire leur got,
surtout quand ils sont en bonne sant. Les vins qui ont
jet leur feu en passant par la chausse, sont les plus
sains de tous. Nous nous rappellerons que le vin qui
constituait une liqueur douce, l'tat de mot, n'ac-
quiert de la force que par la fermentation. Les mlanges
de plusieurs sortes de vins sont toujours pernicieux : les
meilleurs sont ceux qui , tant nouveaux , n'ont subi
XI v. i6
a/, 2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
inutile est stomacho , nervis , vesicae. Rsina condita ,
frigidis stomachis utilia existimantur. Non expedire vo-
mitionibus, sicut neque mustum , neque sapa, neque
passum. Novitium resinatum nulli conducit. Capitis do-
lorem et vertigines facit : ab hoc dicta crapula est.
Tussientibus et in rheumatismo nominata prosunt. Item
cliacis et dysentericis , mulierum mensibus.
In hoc gnre rubrum nigrumve magis constringit ,
magisque calfacit. Innocentius pice sola conditum. Sed
et picem meminisse debemus non aliud esse, quam com-
bustae resinae fluxum. Hoc genus vini excalfacit, conco-
quit, purgat: pectori, ventri utile: item vulvarum dolori,
si sine febre sint , veteri rheumatismo , exulcerationi ,
ruptis , convulsis , vomicis , nervorum infrmitati , infla-
tionibus, tussi, anhelationibus , luxatis, in succida lana
impositiim. Ad omnia hc utiHus id, quod sponte na-
turae suae picem resipit, picatumque appellatur. Helve-
naco quoque tamen nimio caput tentari convenil.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL >/,3
aucun apprt , et surtout s'ils n'ont pas t renferms
dans des vaisseaux poisss. Quant ceux o l'on a ml
du marbre, du pltre ou de la chaux, ils sont redou-
tables, mme pour les tempramens les plus robustes.
Ceux qu'on a prpars avec de l'eau de mer, attaquent
les nerfs, l'estomac et la vessie. Ceux o l'on a fait
entrer de la rsine , sont propres aux estomacs froids ;
mais ils sont dangereux dans le vomissement, aussi bien
que le mot, et toute sorte de vin cuit. Le vin nouveau,
prpar avec de la rsine, ne peut qu'tre nuisible; il
cause des douleurs de tte et des vertiges ; de l vient
qu'on appelle du mme nom et la rsine et l'ivresse
qu'elle occasione. Les vins rsineux sont bons contre
les catarrhes, la toux , le flux de ventre, la dysenterie,
et l'coulement immodr des rgles.
Les vins rouges ou nors, ainsi prpars, resserrent et
chauffent davantage; ceux qu'on apprte avec de la
poix seule, sont prfrables; on doit se souvenir que la
poix n'est autre chose que de la rsine fondue au feu.
Ces vins poisss chauffent, aident la digestion, font
couler les humeurs , sont salutaires la poitrine et
l'estomac : ils se prescrivent dans les douleurs de la
matrice, si elles ne sont pas accompagnes de fivre;
dans les fluxions chroniques , les ulcres internes , les
ruptures , les spasmes , les abcs des viscres , les fai-
blesses de nerfs, les flatuosits, la toux, l'asthme; enfin
on les applique avec de la laine grasse sur les luxations.
Mais, dans tous ces cas, on doit choisir un vin qui sente
naturellement la poix , et qu'on nomme en consquence
vin poiss. On convient nanmoins que celui d'Helv-
naque, pris en trop grande quantit, occasione des maux
de tte.
16.
ft/i4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
Quod ad febrium valetudines attinet, certnm est non
dandum in febri , nisi veteribus segris : nec nisi decU-
nante morbo. In acutis vero jjericulis , nullis nisi qui
manifestas remissiones habeant, et bas noctu potius :
dimidia enim pars periculi est noctu, bocest, spe somni,
bibentibus : nec a partu abortuve, nec a bbidine gro-
tantibus , nec in capitis doloribus , nec quorum acces-
siones cum frigore extremitatuni fiant , nec in febri
tussientibus , nec in tremore nervorumque doloribus ,
vel faucium , aut si vis morbi circa illa intelligatur :
nec in duritia praecordiorum , venarum vehementia :
neque in opistbotono, tetano : nec singultientibus, nec
si cum febri dyspna sit. Minime vero ocubs rigenti-
bus , et genis stanlibus , aut defectis gravibusque : nec
quorum conniventium perlucebunt ocuh , palpebrisve
non coeuntibus , vel si dormientibus hoc idem eveniet :
aut si cruore suffunduntur oculi, vel si lemae in oculis
erunt. Minime lingua fungosa , nec gravi , et subinde
imperfecta loquentibus : nec si urina difficile reddetur,
neque expavescentibus repente, nec spasticis,aut rursus
torpentibus, nec si per somnos genitura effundatur.
Quomodo danda. Observationes circa ea, xci. ,
' XXV. Gardiacorum morbo unicam spem in vino esse
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 2^5
Quant l'usage du vin pour les fivreux, on doit
s'abstenir de leur en faire prendre , moins que la fivre
ne soit chronique, et que les symptmes ne commencent
diminuer : dans les fivres aigus, on dfend le vin aux
malades, moins qu'ils n'aient de bons momens bien
marqus ; on prfre leur en donner la nuit , parce que
le danger est beaucoup moindre , et qu'on se flatte de
leur procurer le sommeil. On doit de plus l'interdire
aussitt aprs l'accouchement , ou aprs une fausse-
couche , ou dans les maladies causes par l'abus du
plaisir; dans les maux de tte, dont les accs sont ac-
compagns de froid aux extrmits ; dans les toux o il
y a fivre ; dans les douleurs et les tremblemens de
nerfs , dans les maux de gorge , ou quand le mal existe
dans le voisinage de cette partie; dans les tumeurs des
viscres, l'opisthotone , le ttanos, le hoquet et la diffi-
cult de respirer, accompagne de fivre. Le vin est tout-
-fait contraire aux malades qui ont les yeux fixes, les
paupires immobiles, faibles ou pesantes; ceux dont
les yeux brillent malgr le rapprochement des paupires ,
ou qui ne peuvent les fermer entirement, ou qui les
entr'ouvrent pendant le sommeil , ou enfin qui les ont
rouges , enflamms ou chassieux. Il est encore trs-
nuisible ceux qui ont la langue paisse , pteuse et se
prtant difficilement l'articulation des sons ; de mme
qu' ceux qui sont sujets la strangurie , aux frayeurs
subites, aux spasmes, la lthargie et aux pollutions
nocturnes.
De quelle manire on doit administrer les vins. Quatre-vingt-onze
observations sur divers points.
XXV. H est certain que, dans la maladie cardiaque.
a46 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
certiim est. Sed id dandum quidam non nisi in acces-
sione censent, alii non nisi in remissione. Illi, ut sudo-
rem coerceant : hi, quia tutius putant, minuente se
morbo ; quam plurium sententiam esse video. Dari uti-
que non nisi in cibo dbet, nec a somno, nec prcedente
alio polu, hoc est, utique sitienti, nec nisi in despera-
lione suprcma, et viro facilius quam feminae : seni,
quam juveni : juveni , quam puero : hieme , quam
state : adsuetis potius, quam expertibus. Modus daudi
pro vehementia vini : item mixtura. Atque vulgo satis
putant UDum vini cyathum duobus aquae misceri. Si
dissolutio sit stomachi , dandum : et si cibus non de-
scendat. ,
De vnis fictitiis.
XXVI. Inter vini gnera , qu fingi docuimus , nec
fieri jam arbitror, et supervacuum eorum usum : quum
ipsis rbus, ex quibus finguntur, doceamus uti. Et alias
modum excesserat medicorum in his ostentatio, veluti
e napis vinum utile esse ab armorum equitandive lassi-
tudine prcipientium : atque ut reliqua omittamus ,
etiam e junipero. Et quis satius censeat , absiuthite
vino utendum potius, quam absinthio ipso? In reliquis
omittetur et palmeum, capiti noxium, ventrique tantum
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXUI. 247
le vin est l'unique remde sur lequel les malades puis-
sent compter. Mais les uns veulent qu'on l'administre
au plus fort du mal ; les autres ne le donnent que sur
la fin : les premiers ont pour but d'arrter la sueur ;
les seconds jugent ce rgime moins dangereux , quand
la maladie a perdu de son intensit; et c'est l'opinion
du plus grand nombre. On doit toujours le faire prendre
avec quelques alimens , jamais aprs le sommeil , ni aprs
une autre boisson , car il est bon que la soif se fasse
sentir; du reste, on n'a recours ce remde qu' toute
extrmit. Il convient mieux aux hommes qu'aux femmes,
aux vieillards qu'aux jeunes gens, aux jeunes gens qu'aux
enfans, en hiver qu'en t , ceux qui en ont l'habitude
qu' ceux qui n'en font pas ordinairement usage. Pour la
dose du vin, et la manire de le tremper, on aura gard
sa force. On croit communment qu'il sufft de mler
deux cyathes d'eau un cyatlie de vin. L'usage de cette
liqueur est ncessaire, si l'estomac est drang, ou si les
alimens ne passent pas. -
Des vins artificiels.
XXVI, Quant aux vins artificiels, dont nous avons in-
diqu la composition , je crois que l'on n'en fabrique plus
aujourd'hui, et que leur usage n'est pas ncessaire. Nous
avons, au reste, fait connatre les proprits des sub-
stances qui entraient dans leur fabrication, proprits
exagres outre mesure par les mdecins, qui prten-
daient, par exemple, que le vin de navet tait excel-
lent pour rtablir les forces puises aprs un combat
ou une longue course cheval ; suivant eux , le vin de
genivre avait les mmes vertus : nous ne dirons rien
des autres. Et qui pourrait affirmer que daus l'usage ,
24 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
molliendo , et sanguinem exscreantibus non inutile.
Fictitium non potest videri , quod bion appellavimus ,
quum sit in eo sola pro arte festinatio. Prodest stoma-
cho dissoluto, aut cibos non perficienti, prgnantibus ,
defectis , paralyticis , tremulis , vertigini , torminibus',
ischiadicis. In pestilentia quoque ac peregrinationibus ,
vim magnam auxiliandi habere dicitur.
De aceto, xxviii.
XXVIL Vini ctiam vitium transit in remdia. A.ceto
summa vis est in refrigerando , non tamen minor in
discutiendo : ita fit ut infusum terrae spumet. Dictum
est ssepius, diceturque quoties cum aliis prosit. Per se
haustum fastidia discutit , singultus cohibet , sternuta-
menta olfactu. Vim in balineis aestus arcet , si conti-
neatur ore. Quin et cum aqua bibitur. Multorum sto-
macho utiliter gargarizatur : cum eadem convalescentium
et a solis ardoribus. Oculis quoque illo modo saluberri-
mum fotu. Medetur potae hirudini. Item lepris, furfu-
ribus, ulceribus manantibus, canis morsibus, scorpio-
num ictibus, scolopendrarum , mris aranei, contraque
omnium aculeatorum venena et pruritus. Item contra
multipedae morsum. Calidum in spongia , adjecto sul-
phuris sextante sextariis tribus aceti , aut hyssopi fasci-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 2/,9
le vii d'absinthe est prfrable Fabsinlhe mme? Au
nombre de ces vins , dont je crois inutile de parler, est
celui de palmier qui cause des maux de tte, et n'est
bon que pour lcher le ventre et arrter l'hmoptysie.
Quant au vin appel bion, il n'est pas factice, puisque
tout l'art de le faire consiste employer les raisins avant
leur maturit. Il est bon pour les estomacs drangs ,
on qui digrent mal, pour les langueurs des femmes
enceintes, pour la paralysie, les tremblemens , les ver-
tiges , la colique et la sciatique. On le regarde comme
un remde extrmement utile dans la peste et dans les
longs voyages.
Du vinaigre , a8.
XXVII. Le vin, mme altr, fournit des remdes salu-
taires. Le vinaigre possde au plus haut degr la vertu de
rafrachir, et aussi d'attnuer et de diviser les humeurs :
rpandu sur la terre, il y produit en effet une espce
d'cume ou d'bullition. Nous avons parl et nous par-
lerons encore plusieurs fois des usages du vinaigre ml
d'autres mdicamens.En breuvage, il dissipe les dgots
et arrte le hoquet ; son odeur seule fait ternuer. Tenu
dans la bouche, il empche les effets de la chaleur trop
haute des bains. On en fait un breuvage avec de l'eau ,
et ce mlange, en gargarisme, est salutaire l'estomac;
en boisson , il convient ceux qui ont souffert de l'ar-
deur du soleil ; en fomentation , il n'est pas moins utile
pour les yeux. Il gurit ceux qui ont aval une sangsue,
remdie la lpre, aux dartres, aux ulcres humides,
la morsure des chiens, la piqre des scorpions, aux
blessures faites par les scolopendres , les musaraignes ,
le multipeda ( millepieds ), et tous les animaux veni-
25o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXUI.
culo, medetur sedis vitiis. In sanguinis fluxione post
excisos calcules , et omni alla , foris in spongia imposi-
tum, intus potum cyathis binis quam acerrimum. Con-
globatum utique sanguinem discutit. Contra lichenas et
bibitur, et imponitur. Sistit alvum , et rheumatismos
interaneorum infusum : item procidentia sedis , vul-
vaeque.
Tussim veterem inhibet , et gutturis rheumatismos ,
orthopnam, dentium labefactationem. Vesicae nocet,
nervorumque infrmitatibus. Nesciere medici, quantum
contra aspidas polleret. Nuper ab aspide calcata per-
cussus utrem aceti ferens, quoties deposuisset, sentiebat
ictum, alias illso similis: intellectum ibi remedium est,
potuque succursum. Neque altero os colluunt venena
exsugentes.
M
In totum domitrix vis haec non ciborum modo
est , verum et rerum plurimarum. Saxa rumpit infu-
sum, quse non ruperit ignis antecedens. Cibos qui-
HISTOIRE NATURELLE, LIA^ XXIII. aSi
meux, arms d'un aiguillon; de plus, il apaise les d-^
mangeaisons. Appliqu chaudement avec une ponge,
la dose de trois setiers pour deux onces de soufre ,
ou bien avec une poigne d'hyssope, il gurit les ma-
ladies de l'anus. Pour arrter le sang aprs l'opration
de la taille, ou toute autre hmorrhagie, on fomente
les parties avec une ponge trempe dans le plus fort
vinaigre, et l'on en fait boire au malade deux cyathes ;
c'est un excellent moyen pour rsoudre le sang caill.
On l'emploie l'intrieur et l'extrieur pour la
cure des dartres ; en lavement , pour arrter le cours
de ventre et les dbordemens d'humeur dans les in-
testins ; en injection , pour les chutes de l'anus et de la
matrice.
Il est excellent pour les toux invtres, l'asthme, les
fluxions de la gorge , et pour affermir les dents bran-
les. Il est nuisible la vessie, et dans les faiblesses de
nerfs. Les mdecins ont ignor jusqu' nos jours ses
vertus contre la morsure de l'aspic. Il n'y a pas long-
temps qu'un homme, qui portait une outre'de vinaigre,
fut mordu par un de ces reptiles , sur lequel il avait
mis le pied; il sentait la douleur de la blessure aussitt
aprs avoir mis bas son fardeau , et cessait de souffrir
ds qu'il l'avait repris : cette circonstance fit juger que
le vinaigre en breuvage pouvait servir d'antidote, et
en effet le bless fut sauv. Ceux qui sucent des plaies
venimeuses ne se servent que de cette liqueur pour se
laver la bouche.
La vertu pntrante du vinaigre n'agit pas seulement
sur les alimens , mais sur un grand nombre d'autres
substances ; il brise les rochers que le feu mme n'a pu
calciner. Au moins est-il certain qu'il n'est point d'assai-
aSi C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
deni et sapores non alius magis succus commendat aul
excitt : in quo usu mitigatur usto pane, aut cum vino :
vel accenditur pipere ac lasere : utique sale compesci-
tur. Non est prtereundum in eo exemplum ingens.
Siquidem M. Agrippa supremis suis annis conflictatus
gravi morbo pedum, quum dolorem eum perpeti ne-
quiret , unius medicorum portentosa scientia , igno-
rante divo Augusto, tanti putavit usu pedum sensuque
omni carere, dummodo et dolore illo careret, demersis
in acetum calidum cruribus in acerrimo impetu morbi.
De aceto scillino, xvii.
XXVIII. 2. Acetum scillinum inveteratum magis pro-
batur. Prodest , super ea quae diximus , acescentibus
cibis : gustatum enim discutit pnam eam. Et bis qui
jejuni vomunt : callum enim faucium facit, ac stomachi :
odorem oris tolbt, gingivas adstringit, dents firmat ,
colorem meliorem prsestat.
Tarditatem quoque aurium gargarizatione purgat, et
transitum auditus aperit. Oculorum aciem obiter exa-
cuit. Comitiabbus, melancholicis, vertiginosis, vulvarum
straugulationibus, percussis, aut prsecipitatis , et ob id
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. u53
sonnement si agrable ni si piquant pour les viandes ,
ou pour tout autre aliment. Quand on l'emploie cet
usage, on peut l'adoucir avec du vin , ou du pain rti;
si on veut l'aiguiser, on y mle du poivre ou du laser :
dans tous les cas, le sel lui fait perdre de sa force. En
traitant du vinaigre, nous n'omettrons pas un fait que
le nom des personnes rend de la plus haute importance.
M. Agrippa, dans les dernires annes de sa vie, souf-
frait cruellement de la goutte. Comme les douleurs de-
venaient insupportables , un mdecin , pour finir ses
tourmens , employa , l'insu d'Auguste , un remde
aussi violent qu'extraordinaire. Jugeant qu'il valait
mieux le rendre perclus des pieds et ter tout sentiment
aux parties affliges , que de le laisser en proie des
douleurs si vives , il lui fit tremper les jambes dans un
bain de vinaigre chaud , au plus fort mme de l'accs.
Du \inaigi'e scillitique , 17.
/
XXVIII. 2. Plus le vinaigre scillitique est vieux, plus
on lui trouve de vertus. Outre ses proprits dj signa-
les, il empche les alimens de s'aigrir dans l'estomac;
quelques gouttes suffisent pour rendre la digestion moins
pnible. Il est bon ceux qui vomissent jeun , car il
fortifie la gorge et l'estomac; il te la mauvaise odeur
de l'haleine, resserre les gencives, affermit les dents, et
rend le teint plus vif et plus agrable.
En gargarisme , il remdie la duret d'oreille et
ouvre les passages de l'oue; de plus, il claircit la vue.
Enfin il est excellent pour l'pilepsie, la mlancolie,
les vertiges , les suffocations de la matrice , les meur-
trissures , les chutes violentes et les autres accidens de
254 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIU.
sanguine conglobato, nervis infrmis, renum vitiis per-
quain utile. Cavendum exulceratis.
De oxymelite, vu.
XXIX. Oxymeli antiqui (ut Dieuches tradit) hoc
modo temperabant : mellis minas decem , aceti veteris
heminas quinque, salis marini pondo libram et qua-
drantem , aquae marinae sextarios quinque pariter co-
quebaut, decies dcfervescente cortina , atque ita difTun-
debant, inveterabantque. Sustulit totum id Asclepiades,
coarguitque. Nam etiam in febribus dabant. Profuisse
tamen fatenlur contra serpentes, quas sepas vocant, et
contra meconiuin , ac viscum : et anginis calidum gar-
garizatum, et auribus, et oris gutturisque desideriis, quae
nunc omnia oxalme contingunt : id sale et aceto rcente
eflcacius est.
De sapa , vu.
XXX. Vino cognata res sapa est, musto decocto,
donec tertia pars supersit. Ex albo hoc melius. Usus
contra cantharidas, buprestim, pinorum erucas, quas
pityocampas vocant, salamandras, et contra mordentia
venenata. Secundas partusque emortuos trahit , cum
bulbis potum. Fabianus auctor est, venenum esse, si
quis jejunus a balineis id bibat.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. a 55
celte espce, la suite desquels le sang se coagule; et
aussi pour les faiblesses de nerfs et les maux de reins.
On en dfend l'usage en cas d'ulcres internes.
De l'oxymel, 7.
XXIX. Voici , selon Dieuchs, comment les anciens
prparaient l'oxymel. Ils mlaient dix mines de miel
cinq hmines de vinaigre vieujc , une livre et un quart
de sel marin , cinq setiers d'eau de mer , et faisaient
bouillir le tout dans une chaudire , dix reprises dif-
frentes ; puis ils transvasaient la liqueur pour la laisser
vieillir. Asclpiade en condamna et en abolit entirement
l'usage : on donnait avant lui l'oxymel , mme dans la
fivre. On avoue cependant qu'il a pu tre utile contre
la morsure des serpens appels seps, et contre l'opium
et l'ixias. On le prescrivait encore, chaud et en garga-
risme , pour la surdit , les maux d'oreilles , et ceux de
la bouche et de la gorge. Dans tous ces cas , on lui
substitue maintenant la saumure aigre ; la meilleure se
fait avec du sel et du vinaigre nouveau.
Du s.ipa ( vin cuit ) , 7.
XXX. Le sapa, ou vin cuit, n'est que le mot bouilli
jusqu' diminution des deux tiers. On prfre celui qui
est fait de mot blanc. 11 est bon contre les cantha-
rides , les buprestes , les chenilles de pin appeles pi-
tyocampes , les salamandres et les insectes venimeux.
Pris avec des bulbes, il fait sortir l'arrire-faix et le ftus
mort dans la matrice. Fabianus prtend que c'est un v-
ritable poison, si l'on en prend jeun au sortir du bain.
a5G C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
De faece vini, xii.
XXXI. Consequens horum est vini faex , cujusque ge-
neris. Ergo vini fci tanta vis est, ut descendentes in
cupas enecet. Experimentum demissa praebet lucerna ,
quamdiu extinguatur, periculum denuntians. Illota mi-
scetur medicamentis. Cum iridis vero pari pondre ,
eruptionibus pituitae illinitur : et sicca vel madida con-
tra phalangia , et testium mammarumque inflationes ,
vel in quacumque parte corporis. Item cuni hordeacea
farina : et thuris polline in vino decocta crematur et
siccatur. Experimentum est lgitime coctae , ut refrige-
rata linguam tactu videatur urere. Celerrime exanima-
tur, loco non incluso condita. Crematio ei raultum vi-
rium adjicit. Utilissima est ad compescendos lichenas
furfuresque cum fco decocta. Sic et lepris et ulceribus
manantibus imponitur. Fungorum naturse contraria est
pota , sed magis cruda. Oculorum medicamentis cocta
et Iota miscetur. Medetur illita et testibus, et genitali-
bus. In vino autem adversus strangurias bibitur. Quum
cxspiravit quoque, lavandis corporibus et vestibus utilis :
luncque usum acaciae habet.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL ari;
De la lie de vin, la.
XXXI. Il nous reste maintenant parler de la lie de
quelque espce de vin que ce soit. La vapeur de la lie
de vin est si forte, qu'elle asphyxie ceux qui descendent
dans la cuve. Pour viter cet accident , on introduit une
lampe dans la cuve : tant qu'elle n'y peut rester allume,
c'est une marque qu'il y a du danger. Cependant la lie,
sans tre lave, entre dans plusieurs compositions m-
dicinales. En Uniment , avec poids gal de racine d'iris ,
elle est bonne pour les pustules sreuses de la peau.
Dessche ou humide, elle est employe contre la piqre
des phalanges , pour les inflammations des testicules ,
des mamelles ou des autres parties du corps. On la fait
bouillir dans du vin avec de la farine d'orge et de la
poudre d'encens , puis on la brle pour qu'il n'y reste
plus d'humidit. Pour connatre si la cuisson est par-
faite , on doit , quand elle est refroidie , voir si elle fait
sur la langue une impression brlante. Elle perd bien-
tt toute sa force , si elle reste expose l'air ; l'action
du feu augmente sa vertu. Cuite avec des figues, c'est
un topique excellent pour les dartres vives ou farineuses,
et aussi pour la lpre et les ulcres humides. En breu-
vage , c'est un contre-poison pour les champignons v-
nneux; mais elle est plus efficace, tant prisc'crue. Cuite
et lave , elle entre dans les collyres. On l'applique en
Uniment avec succs sur les testicules et les parties g-
nitales. On la prend dans du vin pour la strangurie.
Lorsqu'elle a jet son feu , elle est bonne encore pour
nettoyer le corps et les vtemens : on l'emploie alors
comme l'acacia.
XIV.
'7
258 C. PLINII HIST. NA. LIB. XXIII.
De faece aceti, xvii.
XXXII. Fx aceti pro materia acrior sit necesse est ,
multoque magis exulceret. Resistit suppurationum in-
crementis : stomachum, interanea, ventrem illita adju-
vat. Sistit earum partium rheumatismos , et mulierum
menses. Panos discutit nondum exulceratos, et anginas :
sacros igns cum cera. Mammas lactis sui impatientes
eadem extinguit. Ungues scabros aufert. E serpentibus
contra cerastas validissima cum polenta. Cum melan-
thio autem contra crocodili morsus , et canis. Et haec
cremata ampliat vires. Tune addito lentiscino oleo illita
una nocte rufat capillum. Eadem ex aqua in linteolo
adposita , vulvas purgat.
De faece sapae, iv.
XXXIII. Sap faece ambusta sanantur, melius addila
lanugine arundinis. Eadem fce decocta potaque , tusses
veteres. Decoquitur in patinis cum sale et adipe ad tu-
morem quoque maxillarum et cervicum.
De foliis oleae, xxiii.
XXXIV. 3. Olearum proxima auctoritas intelligitur.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. aSg
De la lie de vinaigre, 17.
XXXII. La lie de vinaigre , raison de la matire
qui la fournit , est ncessairement plus acre et plus
caustique que celle du vin. Elle arrte les progrs des
ulcres humides. Applique sur le ventre et sur l'estomac,
elle les fortifie et arrte les humeurs qui s'y portent, ainsi
que les menstrues. Elle rsout l'esquinancie , et les tu-
meurs inflammatoires avant qu'elles soient ulcres. Elle
gurit l'rysiple, tant incorpore avec de la cire. Elle
dissipe le gonflement des mamelles qui regorgent de
lait , et fait tomber les ongles malades. Avec de la fa-
rine d'orge, c'est un remde puissant contre la morsure
des crastes, et avec le melanthion, contre la morsure
des chiens et des crocodiles. Brle, elle acquiert encore
plus de force et de vertu. Alors elle rend la chevelure
blonde, si l'on s'en frotte la tte avec de l'huile de len-
tisque. Applique dans un linge , avec de l'eau /elle d-
terge les parties naturelles des femmes.
De la lie de vin cuit, 4-
XXXIII. La lie du vin cuit , ou sapa , gurit les
brlures ; dans ce cas , elle est plus efficace , applique
avec le duvet du roseau. Bouillie et prise en breuvage,
elle apaise les toux invtres. On l'emploie encore en
onguent, cuite dans un plat avec du sel et de la graisse,
pour toutes les tumeurs des mchoires et du cou.
Des feuilles d'olivier , 28.
XXXIV. 3. Aprs la vigne, le premier des arbres
17-
26o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
Folia earum vehementissime adstringunt , purgant, si-
stunt. Itaque commanducala imposita ulceribus meden-
tiir, et capitis doloribus illita cum oleo. Decoctum eorum
cum nielle his qu medici usserint , gingivarum inflam-
mationibus , paronychiis , sordidisque ulceribus , et pu-
trescentibus. Cum melle profluvium sanguinis e nervosis
partibus cohibet. Succus eorum carbunculantibus circa
oculos ulceribus et pusulis , procidentique pupillae eff-
cax : quapropter in collyria additur. Nam et veleres la-
crymationes sanat, et genarum erosiones. Exprimitur
autem succus tusis , adfuso vino et aqua caelesti , sicca-
tusque in pastilles digeritur. Sistit menses in lana ad-
motus vulvae. Ulilis et sanie manantibus. Item condy-
lomatis , ignibus sacris , quaeque serpunt ulcra , epi-
nyctidi.
De flore, iv. De olea ipsa, vi.
XXXV. Eosdem et flos earum habet effectus. Uruu-
tur et cauliculi florescentes , ut spodii vicem cinis
praestet : vinoque infuso iterum uritur. Suppurationes
et panos illinunt cinere eo, vel foliis tusis cum melle,
oculos vero cum polenta.
Succus fruticis recentis accensi distillans sanat liche-
uas, furfures, manantia ulcra. Nam et lacryma quae ex
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 261
fruitiers est l'olivier. Ses feuilles sont astringentes et
purgatives au plus haut degr. Mches et appliques
sur les ulcres, elles les mondifient; et en Uniment avec
de l'huile , elles calment les douleurs de tte. Leur d-
coction avec du miel est excellente pour les parties qui
ont souffert de la cautrisation, pour les inflammations
des gencives et pour les ulcres sordides et purulens.
Avec du miel, elles arrtent les hmorrhagies des par-
ties nerveuses. Leur suc est bon pour les ulcres et les
pustules rouges et enflammes des yeux, pour le ren-
versement de la prunelle : aussi , le fait-on entrer dans
les collyres; et en effet, il gurit les larmoiemens inv-
trs et l'ulcration des paupires. On exprime ce suc
des feuilles de l'olivier piles, qu'on arrose de vin et
d'eau de pluie ; on le fait scher ensuite pour en former
des trochisques. En pessaire avec de la laine , il arrte
les pertes des femmes. Il est excellent pour les ulcres
purulens, les condylomes, les pinyctides, les rysi ples
et les ulcres rongeans. ^
De la fleur d'olivier, 4- De l'olivier mme, 6.
XXXV. Les fleurs n'ont pas moins de vertus que les
feuilles. On briile les jeunes tiges de l'olivier, quand
elles commencent bourgeonner, pour que leurs cendres
fournissent une espce de spodiuiiiy que l'on brle de
nouveau , aprs l'avoir arros de vin. On applique ces
cendres, ou les feuilles piles avec du miel, sur les abcs
et les tumeurs inflammatoires ; mles avec du gruau
(l'orge , c'est un bon cataplasme pour les yeux.
Le suc de l'olivier, que l'on brle tout vert , gurit
les dartres vives et farineuses , et les ulcres humides.
262 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
arbore ipsa distillt , setliiopicaB maxime oleae , mirari
satis non est repertos , qui dentium dolores illinendos
censerent , venenum esse praedicantes , atque etiam in
oleastro quaerendum. E radice oleae quam tenerrim
cortex derasus , in melle crebro gustatu medetur san-
giiinem rejicientibus , et suppurata extussientibus. Ipsius
oleae cinis cum axungia tumores sanat : extrahitque fistu-
lis vitia , et ipsas sanat.
De olivis albis, iv; nigris, m.
XXXVI. Olivae alb stomacbo utiliores , ventri minus.
Praeclarum habent, antequamcondiantur, usum rcentes,
per se cibi modo devorat. Medentur enim arenosae
urin, item dentibus carnem mandendo attritis , aut
convulsis. Nigra oliva stomacbo inutilior, ventri faci-
lior, capiti et oculis non convenit. Utraque ambustis
prodest trita et illita. Sed nigra commanducalur, et
protinus ex ore imposita, pusulas gigni prohibet. Co-
lymbades sordida ulcra purgant, inutiles difficultatibus
urinae.
De amurca, xxi.
XXXVII. De amurca poteramus videri satis dixisse ,
Catonem secuti : sed reddenda medicin quoque est.
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXIII. a
Quant au suc qui dcoule naturellement de l'olivier,
et en particulier de celui d'Ethiopie , on ne saurait
assez s'tonner que des auteurs le recommandent
comme un bon remde pour les maux de dents , si
on l'applique sur les gencives; en effet, ils le signa-
lent eux-mmes comme un poison , et lui prtent les
mmes vertus qu' celui de l'olivier sauvage, d'o d-
coule une liqueur semblable. L'corce des racines les
plus tendres de l'olivier, prise souvent avec du miel,
est bonne contre l'hmoptysie et les crachemens pu-
rulens la suite de la toux. La cendre de l'arbre , in-
corpore avec de la graisse , gurit les tumeurs , fait
disparatre l'humeur vicieuse des fistules et les gurit.
Des olives blanches , 4 j ties noires , 3.
XXXVI. Les olives blanches sont bonnes l'estomac,
mais nuisibles au ventre. Manges seules , avant d'tre
conftes, et quand elles sont nouvelles, c'est un excellent
remde pour la gravelle, et pour les dents gtes ou
branles par l'usage des viandes. L'olive noire est nui-
sible l'estomac, favorable au ventre, mais ne convient
ni la tte, ni aux yeux. L'une et l'autre espce , broye
et applique, gurit les brlures. L'olive noire mche,
et applique de suite sur le mal , arrte les ampoules.
Les olives confites , ou colymbades , dtergent les
ulcres sordides ; mais elles sont nuisibles dans la
strangurie.
De l'amurca , ou marc d'olives ,21.
XXX VIL On pourrait croire que nous en avons assez
dit sur l'amurca , d'aprs les ides de Caton ; mais nous
i(ft C. PLINII HIS. NAT. LIB. XXIII.^
Gingivis et oris ulceribus, dentium stabilitati efficacis-
sime subvenit. Item ignibus sacris infusa, et his quae
serpunt. Pernionibus nigrae oliv amurca utilior : item
infantibus fovendis. Albae vero, mulierum vulvae in lana
admovetur. Multo autem omnis amurca decocta effica-
cior. Coquitur in cyprio vase ad crassitudinem mellis.
Usus ejus cum aceto, aut vino vetere, aut mulso, ut
quque causa exigat , in curatione oris , dentium , au-
rium, ulcerum manantium, genitalium, rhagadum. Vul-
neribus in linteolis imponitur,^ luxalis in lana : ingens
hic usus, utique inveterato medicamento : taie enim
fistulas sanat. Infunditur sedis , genitalium , vulvae exul-
cerationi. Illinitur vero podagris incipientibus : item ar-
ticulariis raorbis. Si vero cum omphacio recoquatur ad
mellis crassitudinem , casuros dents extrahit. Item ju-
mentorum scabiem , cum decocto lupinorum , et cha-
maeleone herba , mire sanat. Cruda amurca podagras
foveri utilissimum,
(V; '.rvor '.y.':
De foliis oleastri , xvi.
XXXVIIl. 4- oleastri foliorum eadem natura. Spo-
dium e cauliculis vehementius inhibet rheumatismos.
Sedat et inflammationes oculorum, purgat ulcra, alie-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 265
dovoiis encore parler de ses usages en mdecine. Le
marc d'olives -est excellent pour fortifier les gencives;
il gurit les ulcres de la bouche et affermit les dents.
On l'applique avec succs sur les rysiples et sur les
ulcres rongeans. Le marc d'olives noires est bon pour
les engelures, et dans les fomentations qui conviennent
aux enfans. Celui des olives blanches est utile en pessaire
avec de la laine, pour les maux de la matrice. Mais
l'un et l'autre sont beaucoup plus efficaces, employs
cuits. On les fait bouillir dans un vase de cuivre, jus-
qu' consistance de miel. Le marc, ainsi prpar, s'em-
ploie, suivant les cas, avec du vinaigre, du vin vieux
ou miell , pour les maux de la bouche , des dents ,
des oreilles , pour les ulcres humides , ceux des parties
gnitales, et pour les crevasses l'anus. On l'applique
avec du linge sur les plaies , et avec de la laine sur les
luxations. Il est encore plus salutaire lorsqu'il est vieux;
c'est alors un remde hroque pour les fistules. En in-
jection , il est bon pour les ulcres du sige et deTparties
naturelles des deux sexes; en cataplasme, pour la goutte
aux pieds lorsqu'elle se dclare , et pour toutes les ma-
ladies des articulations. Cuit avec l'omphacium jusqu'
consistance de miel , il fait tomber les dents gtes. Avec
la dcoction de lupins et le camlon , il est merveilleux
pour gurir la gale des btes de somme. En fomenta-
tion, il est excellent pour la goutte.
Des feuilles de l'ole.ister (olivier sauvage) , i6'.
XXXVIII. 4 Les feuilles de l'olivier sauvage ont les
mmes vertus. La cendre des jeunes pousses est plus
efficace contre le dbordement des humeurs. Il apaise les
^66 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
nata explet, excrescentia leniter erodit, siccatque, et
ad cicatricem perducit : cetera, ut in oleis. Pecullare
autem , quod folia decoquuntur ex melle , et dantur
cochlearibus contra sanguinis exscreationes. Oleum tan-
tum acrius , efcaciusque : et de eo os quoque colluitur
ad dentium firmitatem. Imponuntur folia et parony-
chiis , et carbunculis , et contra omnem collectionem
cum vino : iis vero quae purganda sunt , cum melle.
Miscentur oculorum medicamentis , et decoctum folio-
rum, et succus oleastri. Utiliter etiam auribus instilla-
tur cum melle, vel si pus effluat. Flore oleastri condy-
lomata illinuntur , et epinyctides. Item cum farina
bordeacea venter, in rbeumatismo : cum oleo, capitis
dolores. Cutem in capite ab ossibus recedentem cauli-
culi decocti , et cum melle impositi comprimunt. Ex
oleastro maturi in cibo sumpti sistunt alvum. Tosti au-
tem et cum melle triti , nomas repurgant , carbunculos
rumpunt.
De omphacio, m.
XXXIX. Olei naturam causasque abunde diximus. Ad
medicinam ex olei generibus hc pertinent. Utilissimum
esse ompbacium, proxime viride. Prseterea quam maxime
recens ( nisi quum vetustissimum quaeritur), tenue.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 167
inflammations des yeux , dterge les ulcres , fait re-
natre les chairs enleves , ronge doucement les super-
flues , enfin dessche les ulcres et les cicatrise ; ses
autres proprits sont semblables celles de l'olivier
cultiv. Une vertu qui lui est particulire, c'est que la
dcoction de ses feuilles arrte le crachement de sang ;
on doit la prendre par cuilleres. L'huile est plus acre
et plus efficace. On s'en frotte les gencives pour affer-
mir les dents. Ses feuilles, appliques avec du vin, sont
un bon topique pour les panaris, les charbons et toutes
sortes d'abcs ; pour ceux qui suppurent , on les appli-
que avec du miel. Leur dcoction et le suc de l'arbre
sont employs dans les collyres. Ce mme suc , avec du
miel , mme lorsqu'il y a coulement de pus , est utile ,
en injection , pour les maux d'oreilles. Les fleurs , en
cataplasme, gurissent les condylomes et les pinyctides.
Appliques sur le ventre, avec de la farine d'orge, elles
sont bonnes pour la diarrhe ; et sur la tte , avec de
l'huile, pour eu calmer les douleurs. Les jeumes tiges
cuites , en cataplasme avec du miel , raffermissent les
tgumens de la tte, lorsque la peau se spare des os.
Lorsqu'elles ont acquis toute leur consistance , on les
prescrit en aliment pour arrter le cours de ventre.
Rties et piles avec du miel , elles dtergent les ulcres
rongeans,et font aboutir les charbons.
De l'omphacium , 3.
XXXIX. Nous avons suffisamment expliqu la nature
et les principes de l'huile ; parlons maintenant des
espces employes en mdecine. L'omphacium a le plus
de vertus j la meilleure huile ensuite est la verte, et
268 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
odoratum , quodque non mordeat , e diverso qitam in
cibos eligitur. Omphacium prodest gingivis. Si conti-
neatur in ore, colorem dentium custodit magis, quam
aliud : sudores cohibet.
Denanthino, et de omni oleo , xxvm.
XL. OEnanthino idem est efFectus, qui rosaceo. Omni
autem oleo molliUir corpus , vigorem et robur accipit :
stoniacho contrarium. Auget ulcerum incrementa. Fau-
ces exasprt, et venena omnia hebetat, praecipue psini-
mythii, et gypsi , in aqua , muls, aut ficorum siccarum
decocto potum : contra meconium , ex aqua : contra
cantharidas, buprestim, salamandras, pityocampas : per
se potum , redditumque vomitionibus , contra omnia
supra dicta. Et lassitudinum perfrictionumque refectio
est. Torniiua calidum potum cyathis sex, magisque rula
simul decocta pellit. Item ventris animalia. Solvit alvum
heminae mensura, cum vino et calida aqua potum, aut
ptisanae succo. Vulnerariis emplastris utile. Faciem pui-
gat. Bubus infisum per nares, donec ructent, iuflationem
sedat.
Vtus autem magis excalfacil corpora , magisque
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 269
encore la plus nouvelle (hors les cas o l'on doit pr-
frer la plus ancienne), pourvu qu'elle soit bien claire,
d'une odeur agrable, sans acrimonie au got, qu'elle
possde, en un mot, les qualits de celle dont on se sert
comme aliment. L'omphacium est bon pour les gencives;
tenu dans la bouche, rien n'est plus utile pour conserver
la blancheur des dents. Il arrte aussi les sueurs.
De l'huile d'nanthe ; de l'huile en gnral , 28.
XL. L'huile d'nanthe a les mmes vertus que l'huile
rosat. Au reste, toutes les espces d'huile assouplissent
le corps, lui communiquent de la force et de la vigueur;
mais elles nuisent l'estomac , et irritent le gosier. Prise
dans de l'eau mielle , ou dans une dcoction de figues
sches , l'huile neutralise toute sorte de poisons ; elle est
bonne surtout contre le pltre et la cruse; avec de
l'eau, elle est salutaire contre l'opium, et aussi contre
les buprestes , les cantharides , les salamandre> et les
pityocampes ; prise toute pure, et vomie ensuite, elle
dtruit tous les venins prcits. C'est d'ailleurs un bon
remde pour les lassitudes et les frissons. Prise chaude,
la dose de six cyathes, ou mieux encore, bouillie avec
de la rue, elle apaise les tranches, et chasse les vers
intestinaux. A la dose d'une hmine , dans du vin , de
l'eau chaude , ou une dcoction d'orge mond , elle
lche le ventre. L'huile est utile dans la composition
des empltres vulnraires. Elle adoucit et nettoie la
peau du visage. En injection dans les naseaux des
bufs, jusqu' ce qu'ils la rendent par la bouche, elle
dlivre ces animaux de toute espce de flatuosit.
L'huile vieille est plus propre chauffer le corps,
270 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
discutit sudores. Duritias magis diffundit. Lethargicis
auxiliare , et inclinato morbo. Oculorum claritati con-
fertaliquid, cum pari portione mellis acapni. Capitis]do-
loribus remedium est. Item ardoribus in febri cum aqua :
et si vetusti non sit occasio , decoquitur, ut vetustatem
repraesentet.
De cicino oleo, xvi.
XLI. Oleum cicinum bibitur ad purgationes ventris
cum pari caldae meusura. Privatim dicitur purgare prae-
cordia. Prodest et articulorum morbis, duritiis omni-
bus, vulvis, auribus, ambustis. Cum cinere vero muri-
cum , sedis inflammationibus , item psorae. Colorem
cutis commendat , capillumque fertili natura evocat.
Semen ex quo fit, nuUa animans attingit. Ellychnia ex
uva" fiunt, claritatis praecipuse. Ex oleo lumen obscurum
propter nimiam pinguitudinem. Folia igni sacro illinun-
tur ex aceto : per se autem recentia mammis et epi-
plioris. Eadem decocta in vino inflammationibus, cum
polenta et croco : per se autem triduo imposita faciem
purgant.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL 271
provoquer la sueur et rsoudre les tumeurs. Elle est
d'un grand secours dans la lthargie, surtout dans le dclin
de la maladie. Employe par parties gales avec du miel
qui n'ait pas t expos la fume, elle est assez bonne
pour claircir la vue; du reste, c'est un remde utile pour
les maux de tte, et avec de l'eau , pour les ardeurs de la
fivre. Si l'on ne peut se procurer de vieille huile , ou fait
bouillir de l'huile nouvelle , pour lui communiquer les
vertus de la premire.
De l'huile de cici (ricin), 16.
XLI. L'huile de cici^ prise avec gale quantit d'eau
chaude, purge le ventre; mais sa vertu purgative agit
principalement, dit-on-, sur les parties voisines du cur.
Elle est utile aussi pour les gouttes , les tumeurs de
toute espce, les maladies de la matrice et des oreilles,
et pour les brlures. Applique avec de la cendre de
murex , elle gurit les inflammations du sige et la gra-
telle. Elle donne la peau une couleur vive et ag|;able ,
et fait crotre les cheveux. Aucun animal ne louche
la graine dont cette huile est tire. On fait avec les
grappes de l'arbre des mches qui rendent beaucoup
d'clat ; mais l'huile ne donne qu'une lumire sombre ,
parce qu'elle est trop grasse. On emploie les feuilles
du cici, en liniment avec du vinaigre, pour les rysi-
ples , ou seules , lorsqu'elles sont fraches , pour les
maladies des mamelles, et les fluxions. Cuites dans du
vin, et appliques avec du gruau d'orge et de safran ,
elles apaisent les inflammations. Appliques seules sur
le visage, pendant trois jours, elles nettoient et embel-
lissent la peau.
272 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
De amygdalino, xvi.
XLII. Oleum amygdalinum purgat, mollit corpora,
cuiem eriigat , nitorem commendat , varos cum melle
tollit e facie. Prodest et auribus , cum rosaceo et melle
et mali pimici germine decoctum , vermiculosque in his
necat, et gravitatem auditus discutit, sonos incertos et
tinnitus, obiter capitis dolores , et oculorum. Medetur
turunculis, et a sole ustis cum cera. Ulcra manantia
et furfures cum vino expurgat : condylomata cum me-
liloto. Per se vero capiti illitum, somnum allicit.
De laurino , ix.
XLIII. Oleum laurinum utilius quo recentius , quo^
que viridius colore. Vis ejus excalfactoria ; et ideo pa-
ralylicis , spasticis , ischiadicis , sugillatis , capitis dolo-
ribus, inveteratis distillationibus , auribus, in calyce
punici calfactum illinitur.
V
De myrteo, xx.
XLIV. Similis et myrtei olei ratio : adstringit, indu-
rat : medetur gingivis , dentium dolori , dysenteriae ,
vulvse exulceratae, vesicis, ulceribus vetustis vel manan-
tibus, cum squama ris et cera. Tfem eruptionibus ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 273
De l'nuile d'amandes, 16.
XLII. L'huile d'amandes est purgative et molliente ;
elle assouplit les membres, efface les rides, et donne
de l'clat la peau. Avec du miel, elle emporte les taches
du visage. Bouillie avec de l'huile rosat , du miel et des
bourgeons de grenadier, elle gurit les maux d'oreilles,
tue les vers qui s'y engendrent, dissipe les symptmes
de surdit , les bruissemens vagues , les tintemens , et
apaise les douleurs de la tte et des yeux. Avec de la
cire , elle forme un bon cataplasme pour les fuf oncles et
pour les parties brles par l'ardeur du soleil. Avec du
vin , elle gurit les ulcres humides , les dartres fari-
neuses , et , avec le mlilot , les condylmes. Seule , en
Uniment sur la tte , elle provoque le sommeil.
De l'huile de laurier , 9.
XLIII. Plus l'huile de laurier est verte et nouvelle,
plus elle a de vertu. Comme elle est chauffante , on
l'emploie en liniment , chauffe dans une corce de gre-
nade, pour la paralysie, les spasmes, la Sciatique, les
meurtrissures , les douleurs de tte , les rhumes de cer-
veau invtrs et les maux d'oreilles.
De l'huile de myrte, 20.
XLIV. L'huile de myrte a des qualits analogues. Elle
est astringente , propre fortifier et endurcir. On
l'emploie , avec de la cire et des scories d'airain , pour
les douleurs des gencives et des dents, pour la dysen-
terie , les ulcrations de la vulve ou de la vessie, les ul-
IV. 18
272 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
De amygdallno , xvi.
XLII. Oleum amygdalinum purgat, mollit corpora,
culem erugat , nitorem commendat , varos cum melle
tollit e facie. Prodest et auribus, cum rosaceo et melle
et mali punici germine decoctum , vermiculosque in his
necat, et gravitatem auditus discutit, sonos incertos et
tinnitus, obiter capitis dolores , et oculorum. Medetur
iurunculis, et a sole ustis cum cera. Ulcra manantia
et furfures cum vino expurgat : condylomata cum me-
liloto. Per se vero capiti illitum, somnum allicit.
t
De laurino , ix.
XLIII. Oleum laurinum utilius quo recentius, quo-
que viridius colore. Vis ejus excalfactoria ; et ideo pa-
ralylicis , spasticis , ischiadicis , sugillatis , capitis dolo-
ribus, inveteratis distillationibus , auribus, in calyce
punici calfactum illinitur.
De myrteo , xx.
XLIV. Similis et myrtei olei ratio : adstringit, indu-
rat : medetur gingivis , dentiuni dolori , dysenteriae ,
vulvae exulceratae, vesicis, ulceribus vetustis vel manan-
tibus, cum squama aeris et cera. Item eruptionibus ,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 273
De l'huile d'amandes, 16.
XLII. L'huile d'amandes est purgative et molliente ;
elle assouplit les membres, efface les rides, et donne
de l'clat la peau. Avec du miel, elle emporte les taches
du visage. Bouillie avec de l'huile rosat , du miel et des
bourgeons de grenadier, elle gurit les maux d'oreilles,
tue les vers qui s'y engendrent, dissipe les symptmes
de surdit , les bruissemens vagues , les tintemens , et
apaise les douleurs de la tte et des yeux. Avec de la
cire , elle forme un bon cataplasme pour les fuf oncles et
pour les parties brles par l'ardeur du soleil. Avec du
vin , elle gurit les ulcres humides , les dartres fari-
neuses , et , avec le mlilot , les condylmes. Seule , en
Uniment sur la tte , elle provoque le sommeil.
De l'huile de laurier, 9.
XLIII. Plus l'huile de laurier est verte et ntuvelle,
plus elle a de vertu. Comme elle est chauffante , on
l'emploie en liniment , chauffe dans une corce de gre-
nade, pour la paralysie, les spasmes, la sciatique, les
meurtrissures , les douleurs de tte , les rhumes de cer-
veau invtrs et les maux d'oreilles.
De rhuile de myrte, ao.
XLIV. L'huile de myrte a des qualits analogues. Elle
est astringente , propre fortifier et endurcir. On
l'emploie , avec de la cire et des scories d'airain , pour
les douleurs des gencives et des dents, pour la dysen-
terie , les ulcrations de la vulve ou de la vessie , les ul-
IV. 18
a76 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
nervos. Folia stomacho illinuntur : et vulvae concitatae
succus quoque eorum adponitur. Folia recentia com-
manducata , ulceribus in capite manantibus , item oris
medentur, et collectionibus, condylomatis. Decoctum fo-
liorum ambustis et luxatis prodest. Ipsa rufant capillum
tusa , adjecto slruthei mali succo. Flos capitis dolores
sedat cum aceto illitus. Idem combustus in cruda olla
nomas sanat et putrescentia ulcra per se, vel cum
melle. Odor floris olet , qui somnum facit. Adstringit
gleucinum , et rfrigrt , eadem ratione qua et nan-
thinum.
De balsamino, xiii.
^ XLVII. Balsaminum longe pretiosissimum omnium ,
ut in unguentis diximus , contra omnes serpentes effi-
cax. Oculorum claritati plurimum confert, caliginem
discutit. Item dyspnas, collectiones omnes duritiasque
lenit. Sanguinem deusari prohibt, ulcra purgat : au-
ribus, capitis doloribus, tremulis, spasticis, ruptis per-
quam utile. Adversatur aconito ex lact potum. Febres
cum horrore venientes perunctis leviores facit. Uten-
dum tamen modico , quoniam adurit , augetque vitia
non servato temperamento.
De malobathro, viii.
XLVIII. Malobathri quoque naturam et gnera ex-
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXIII. 277
et assouplit les nerfs. Ou applique les feuilles du cypros
en cataplasme sur l'estomac. Introduit dans la vulve ,
leur suc en apaise les irritations. Mches fraches , ces
mmes feuilles gurissent les ulcres humides de la
tte , ceux de la bouche , les dpts ou abcs , et les con-
dylmes. Leur dcoction est bonne pour les brlures et
les luxations ; piles avec du jus de coings, elles teignent
les cheveux en blond. Les fleurs de l'arbre, en cataplasme
avec du vinaigre , apaisent les douleurs de tte. Ces
mmes fleurs , calcines dans un pot de terre crue , et
appliques seules ou avec du miel , gurissent les ul-
cres corrosifs ou putrides. L'odeur qu'elles exhalent
provoque le sommeil. L'huile appele gleucinum res-
serre et rafrachit comme celle de l'nanthe.
De l'huile de baume, i3.
XLVII. L'huile de baume est la plus prcieuse de
toutes , comme nous l'avons dj dit en traitant des
parfums. Elle est excellente contre le venin da. toutes
les espces de serpens. Elle a la vertu d'claircir et de
fortifier la vue. Elle soulage dans l'asthme, rsout tous
les dpots et toutes les tumeurs, empche la coagula-
tion du sang , dterge les ulcres ; enfin , c'est un trs-
bon remde pour les maux de tte , les tremblemens , les
spasmes et les ruptures. Prise avec du lait, elle neutra-
lise l'aconit. En liniment, elle diminue les frissons de
la fivre ; mais il faut en user modrment , car elle
chauffe beaucoup et augmente le mal , si l'on en prend
en trop grande quantit.
Du malobarhrum , 8.
XLVIIL Nous avons aussi parl du malobathrum et de
278 C. PUNII HIST. NAT. Lia. XXIII.
posuimus. Urinaui (;iet. Oculorum epiphoris vino ex-
pressum utilissiine imponitur : item frontibus , dormire
\olentibus : efficacius, si et nares illinantur, aut si ex
aqua bibatur. Oris et halitus suavitatem commendat
linguae subditum folium , sicut et vestium odorem in-
terpositum.
De hyoscyamino, 11. Thermino, i. Narcissino, i. Raphanino, v.
Sesamino, m. Lirino, m. Selgitico, i. Iguvino , i.
XLIX. Hyoscyaminum emoUiendo utile est, nervis
inutile. Potum quidem cerebri motus facit. Therminum
e lupinis emollil , proximum rosaceo efFectum habens.
Narcissinum dictum est cum suo flore. Raphaninuni
phthiriases longa valetudine contractas tollit, scabri-
tiasque cutis in facie emendat. Sesaminum aurium do-
lores sanat, et ulcra quae serpunt, et quae cacoethe
vocant. Lirinon, quod et Phaselinum et Syrium voca-
vimus, renibus utilissimum est, sudoribusque evocan-
dis , vulvae molliendae , concoquendoque intus. Selgiti-
cum nervis utile esse diximus, sicut herbaceum quoque,
quod Iguvini circa Flaminiam viam vendunt.
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXIIL 279
ses diffrentes espces. Il provoque les urines ; broy et
exprim dans du vin, on l'applique avec succs sur les
fluxions des yeux; et sur le front, pour procurer le som-
meil ; il agit plus efficacement encore, si l'on s'en frotte
les narines , ou si on l'avale dans de l'eau. T.a feuille
du malobatlirum , tenue sous la langue, parfume l'ha-
leine ; place entre les vtemens , elle leur communique
une bonne odeur. , !^
De l'huile de jusquiame, 2. De l'huile de lupin, i. De l'huile de
narcisse , i. De l'huile de raifort , 5. De l'huile de ssame, 3.
De l'huile de lis, 3. De l'huile selgitique , i. De l'huile d'Igu-
XLIX. L'huile de jusquiame est molliente, mais con-
traire aux nerfs. En breuvage, elle trouble le cerveau.
L'huile de lupin a aussi une vertu molliente, et pro-^
duit peu prs les mmes effets que l'huile rosat. Quant
celle de narcisse , nous en avons parl en traitant de
la fleur mme. L'huile de raifort gurit la phthiriase qui
survient la suite d'une longue maladie, et elle adoucit
les asprits de la peau du visage. L'huile de ssame
calme les douleurs d'oreilles, et gurit les ulcres malins
et corrosifs. L'huile de lis, que nous avons aussi dsigne
sous le nom d'huile de Phaselis et de Syrie, est trs-
utile dans les maux de reins, pour provoquer la sueur,
amollir la vulve et mrir les tumeurs. Quant aux
huiles dites selgitique et herbace , que les marchands
d'Iguvium vendent sur la voie Flaminienne , elles sont
fort bonnes pour les nerfs , ainsi que nous l'avons dj
lait observer.
28o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
I.
De claeomeli , ii. De pissino , ii.
L. Elaeomeli , quod in Syria ex ipsis oleis manare
diximus, sapore melleo, non sine nausea, alvum solvit:
bilem prsecipue detrahit , duobus cyathis in hemina
aquae datis : qui bibere , torpescunt , excitanturque
crebro. Potores certaturi prsesumunt ex eo cyathum
unum. Pissino oleo usus ad tussim et quadrupedum
scabiem est.
De palmis , ix.
LI. A vitibus oleisque proxima nobilitas palmis : infrp
briant rcentes : capitis dolorem adferunt : minus, siccae:
nec , quantum videtur, utiles stomacho : tussim exasp-
rant , corpus alunt. Succum decoctarum antiqui pro
hydromelite dabant aegris ad vires recreandas, sitim
sedandam , in quo usu praeferebant Thebaicas. Sangui-
nera quoque exscreantibus utiles , in cibo maxime. Illi-
nuntur caryot stomacho , vesicae , ventri , intestinis ,
cum cotoneis et cera et croco. Sugillata emendant. Nu-
clei palmarum cremati in fictili novo, cinere loto spodii
vicem efficiunt, miscenturque collyriis, et calliblephara
faciunt addito oardp.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 281
De l'lomel , 2. De Thuile de poix , 2.
L. L'lomel qui coule des oliviers de Syrie, a la
saveur du miel, mais fade et nausabonde. Il lche le
ventre; la dose de deux cyathes dans une hmine
d'eau , il a une vertu particulire pour vacuer la bile ;
ceux qui en ont pris , tombent dans l'assoupissement ,
et ont besoin d'tre souvent rveills. Les buveurs qui
veulent disputer la palme dans un banquet, commen-
cent par avaler un cyathe d'lomel. L'huile de poix
s'emploie pour la toux et pour gurir la gale des qua-
drupdes.
Du palmier, 9.
LL Aprs la vigne et l'olivier , l'objet le plus digne
de notre considration est le palmier. Les dattes fraches
enivrent et causent des douleurs de tte; sches, elles
sont moins nuisibles : elles ne sont pas aussi bonnes
l'estomac qu'on se l'imagine ; elles augmentdt la
toux , mais elles sont nourrissantes. Les anciens ordon-
naient la dcoction de dattes , au lieu d'hydromel , pour
rtablir les forces des malades et apaiser la soif; pour
cet effet , ils prfraient les dattes de Thbes. Elles sont
salutaires dans le crachement de sang, surtout tant
manges. On en fait, avec des coings, du safran et de
la cire , un cataplasme qui s'applique sur le ventre ,
l'estomac , la vessie et les parties meurtries. Les noyaux
de dattes , calcins dans un pot de terre neuf, four-
nissent une cendre qui remplace le spodium. Elle entre
dans les collyres , et dans les pommades pour les pau-
pires, en y ajoutant du nard.
282 C. PLINII HIST. IV AT. Llli. XXIII.
De palma myrobalano , m.
LII. 5. Palma quae fert myrobalanum , probatissina
iu iEgypto , ossa non habet reliquarum modo in bala-
nis. Alvum el menses ciet in vino austero, et vulnera
conglutinat.
De palma elate, xvi.
LIII. Palma elate , sive spathe , medicinae confert
germina, folia, corticem. Folia imporiuntur praecordiis,
stomacho , jocineri , cineri, ulceribus quae serpunt, cica-
trici repugnantia. Psoi-as cortex ejus tener cum rsina
et cera sanat diebus xx. Decoquitur et ad testium vitia.
Capillum dnigrt suffitu, partus extrabit. Datur biben-
dus renum vitiis, et vesicae, et praecordiorum : et ca-
piti, et nervis inimicus. Vulvae ac ventris fluxiones sistit
decoctum ejus. Item cinis ad tormina potus in vino
albo , in vulvarum vitiis efEcacissimus.
Medicinae ex singulorum generum flore , tbliis , fructu , ramis ,
cortice, succo, ligno, radie, cinere. Malorum observationes, vi ;
cotoneorum , xxi i ; struthionim , i.
LIV. 6. Proxiinae varietates generum medicinarum-
que , quae mala babent. Ex bis verua , acerba , stoma-
cho inutilia suut : alvum, vesicam circumaguiit, nervos
laedunt. Coda ineliora. Colonea coda suaviora. Cruda
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXIII. 83
Du palmier myrobalan , 3.
LU. 5. Le palmier qui produit le myrobalan , et dont
l'espce la plus estime crot en Egypte, donne des
dattes qui diffrent des autres en ce qu'elles n'ont pas
de noyaux. Avec du vin sec , elles lchent le ventre et
htent le flux menstruel ; de plus , elles consolident les
plaies.
Du palmier elate, i6.
Lin. Le palmier elate y ou spathe, fournit la mde-
cine ses bourgeons, ses feuilles et son corce. Les feuilles
s'appliquent sur la rgion du cur, de l'estomac, du
foie , et sur les ulcres rongeans qui refusent de se ci-
catriser. L'corce encore tendre, avec de la cire et de
la rsine , gurit la gale en vingt jours ; sa dcoction
est bonne pour les maladies des testicules. Le parfum
de cette corce noircit les cheveux et facilite l'accou-
chement. On la prescrit en breuvage pour les maux^des
reins, de la vessie et de la rgion prcordiale; mais elle
est nuisible la tte et aux nerfs. La dcoction arrte le
flux de ventre et les pertes des femmes. Enfin les cen-
dres, prises dans du vin blanc, sont excellentes pour les
tranches et pour les maladies de la matrice.
Remdes tirs des fleurs, feuilles, fruits, branches, corces, sucs,
bois , racines , cendres de chaque espce. Observations sur les
pomaces , 6 ; sur les coings, l'i ; sur le struthium , i.
LIV. 6. Nous traiterons maintenant des vertus m-
dicinales des diverses espces de pommes ou de poires ,
et des arbres qui les produisent. Les pommes et les
poires de printemps ont un got acerbe et nuisent
284 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
tamen, dumtaxat matura, prosunt sanguinem exscrean-
tibus ac dysentericis , cholericis , cliacis. Non idem
prosunt decocta , quoniam amittunt constringentem
illam vim succi. Imponuntur et pectori in febris ardo-
ribus : et tamen decoquuntur in aqua caelesti, ad eadem,
quae supra scripta sunt. Ad stomachi autem dolores
cruda decoctave cerati modo imponuntur. Lanugo eorum
carbunculos sanat. Cocta in vino , et illita cum cera ,
alopeciis capillum reddunt. Quae ex his cruda in melle
condiuntur, alvum movent. Mellis autem suavjtati mul-
tum adjiciunt , stomachoque utilius id faciunt.
Quae vero in melle condiuntur cocta, quidam ad sto-
machi vitia , trita cum rosae foliis decoctis dant pro cibo.
Succus crudorum lienibus , orthopnoicis , hydropicis
prodest. Item mammis^ condylomatis, varicibus. Flos et
viridis , et siccus inflammationibus oculorum , exscrea-
tionibus sanguinis, mensibus mulierum. Fit et succus
ex his mitis, cum vino dulci tusis , utilis et cliacis
et jocineri. Decocto quoque eorum foveutur, si proci-
dant vulvae et interanea.
Fit et oleum ex his, quod melinum vocavimus, quoties
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. aSS
l'estoiTiac. Elles causent des tranches et attaquent la
vessie et les nerfs ; cuites , elles sont plus saines. Les
coings ont un got beaucoup plus agrable si on les fait
cuire; nanmoins ces fruits, mangs crus quand ils sont
bien mrs, sont utiles dans l'hmoptysie, la dysenterie,
les dbordemens de bile et la diarrhe. Cuits , ils ne pro-
duisent pas le mme effet , parce qu'ils ont perdu leur
vertu astringente. On les applique sur la poitrine , pour
apaiser les ardeurs de la fivre. Cependant on les fait
cuire aussi dans de l'eau de pluie , pour les diffrens
usages dont nous venons de parler. Cuits ou crus , on
les emploie, en cataplasme, pour les douleurs d'esto-
mac. Le duvet qui couvre le fruit gurit les charbons.
Les coings cuits dans du vin , et appliqus en liniment
avec de la cire, s'emploient utilement dans l'alopcie.
Crus et confits dans le miel , ils lchent le ventre ; ils
rendent d'ailleurs le miel beaucoup plus doux et plus
salutaire l'estomac.
Cuits et confits dans le miel , ils sont employs comme
un bon stomachique par quelques mdecins, qui en font
manger aux malades, aprs les avoir broys avec des
feuilles de roses cuites. Le suc de ce fi'uit cru est bon
pour les maladies de la rate, pour l'asthme, l'hydropisie,
les tumeurs des mamelles, les condylmes et les varices.
Les fleurs, sches ou fraches, apaisent les inflamma-
tions des yeux , le crachement de sang et le flux excessif
des menstrues. Piles dans du vin doux , elles donnent
une liqueur adoucissante , qui convient dans la diarrhe
et dans les maladies du foie. Leur dcoction , employe
en fomentations, est bonne pour les chutes des intestins
ou de la matrice.
Les coings fournissent encore l'huile que nous avons
286 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIir.
non fuerinl in humidis nata. Ideo utilissima, quae ex Sicilia
veniunt. Minus utilia struthia, quamvis cognata. Radix
eorum circumscripta terra manu sinistra capitur, ita
ut qui id faciet, dicat quae capiat, et cujus causa : sic
adalligata, strumis medetur.
Dalciam malorum observationes ; vi ; austerorum , rv.
LV. Melimela et reliqua dulcia, stomachum et ven-
trem solvunt , siticulosa , stuosa : sed nervos non
laedunt. Orbiculata slstunt alvum , et vomitiones , uri-
nas cient. Silvestria mala similia sunt vernis acerbis,
alvumque sislunt. Sane in hune usum immatura opus
sunt.
Gtreorum, v.
LVI. Citrea contra venenura in vino bibuntur, vel
ipsa. vel semen. Faciunt oris suavitatem, decocto eorum
colluti , aut succo expresso. Horum semen edendum
praecipiunt in malacia praegnantibus : ipsa vero contra
infirmitatem stomachi , sed non nisi ex aceto facile
mandunlur.
Panicomm, xxvi.
LVn. Puuici mali novem gnera nunc iterare super-
HISTOIRK NATURELLE, LIV. XXIII, 387
appele melinum ; mais il ne faut pas qu'ils soient venus
dans des terrains humides : aussi prfre-t-on ceux que
l'on tire de la Sicile. Le coing appel struthium, quoi-
qu'ayant beaucoup d'affinit avec les prcdens , est
moins estim. La racine de cette espce, porte au cou,
gurit les crouelles; mais il faut que celui qui l'arrache
dcrive l'entour un cercle avec la main gauche, en
nommant cette racine et celui pour qui il la destine.
Sur les pommes douces, 6 ; sur celles qui sont acerbes, /(.
LV. Les pommes nommes melimela , ainsi que
toutes les autres pommes douces, lchent le ventre et
l'estomac, chauffent et altrent, et ne sont cependant
pas nuisibles aux nerfs. Celles que l'on nomme orbicu-
lata ( rondes ) arrtent le vomissement et le flux de
ventre, et provoquent les urines. Les pommes sauvages
ont les mmes proprits que les pommes de prin-
temps, qui ont une saveur acerbe. Les unes et les autres
s'emploient pour arrter le flux de ventre. ^
Sur les citrons, 5.
LVL La pulpe et la graine du citron , prises dans
du vin, neutralisent les mauvais effets du poison. La d-
coction et le suc du citron , rendent l'haleine douce ,
quand on s'en lave la bouche. On fait manger la graine
aux femmes enceintes , dans les dgots qui accom-
pagnent la grossesse. Le fruit est bon pour les faiblesses
d'estomac; mais on ne saurait gure le manger qu'avec
du vinaigre.
vSur les grenades, 26.
LVn. Il serait inutile d'entrer ici dans de nouveaux
288 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
vacuum. Ex his dulcia, quae apyrina alio nomine ap- 1|
pellavimus , stomacho inutilia habentur , inflationes
pariunt, dents gingivasque laedunt. Quae vero ab his
sapore proxima vinosa diximus, parvum nucleum ha-
bentia, utiliora paulo intelliguntur. Alvum sistunt, et
stomachum , dumtaxat pauca , citraque satietatem. Sed
haec minime danda, quamquam omnino nulla, in febri,
nec carne acinorum utili , nec succo. Caventur aeque
vomitionibus , ac bilem rejicientibus.
Uvam in his , ac ne mustum quidem , sed protinus
vinum aperuit natura. Utrumque asperiore corlice. Hic
ex acerbis in magno usu. Vulgus coria maxime perficere
illo novit : ob id malicorium appellant medici. Urinam
cieri eodem monstrant : mixtaque galla in aceto decoc-
tum , mobiles dents stabilire. Expetitur gravidarum
malaciae, quoniam gustatu moveat infantem. Dividitur
malum, caelestique aquamadescit ternis fere diebus. Haec
bibitur frigida cHacis, et sanguinem exscreantibus.
Stomatice, xxiv.
LVIU. Ex acerbo fit medicamentum , quod stoma-
HISTOIRE NATURELLE, LlV.XXm. 289
dtails sur les neuf espces de grenades. Celles que l'on
nomme apjrina (sans ppins), ou autrement grenades
douces, sont , dit-on , contraires l'estomac, causent des
flatuosits et attaquent les dents et les gencives. Celles
dont le got approche le plus de ces dernires , c'est-
-dire les grenades vineuses , ont de petits ppins , et
sont un peu plus estimes pour leurs proprits. Elles
arrtent le flux de ventre, et rtablissent l'estomac,
pourvu toutefois qu'on n'en mange que trs - peu et
sa^ns se rassasier. Mais on ne doit les permettre qu'en
trs-petite quantit , ou mme il faut les interdire abso-
lument dans la fivre ; car le suc et la pulpe des grains
sont alors nuisibles. On les dfend aussi dans le vomis-
sement et dans les vacuations bilieuses. La nature
nous donne dans ce fruit du raisin, et je ne dirai pas
du mot , mais du vin tout fait. L'corce , dans les deux
espces , est un peu rude et grossire. Celle des grenades
aigres est employe une foule d'usages. Les tanneurs
s'en servent particulirement pour prparer leur^ cuirs;
aussi les mdecins l'appellent -ils malicorium. Ils lui
attribuent la vertu de provoquer l'urine et de raffermir
les dents branles; bouillie dans le vinaigre avec de
la noix de galle, cette corce convient encore dans
les dgots qu'prouvent les femmes enceintes : lors-
qu'elles en mchent , le ftus parat en ressentir quelque
motion. On coupe une grenade, qu'on laisse infuser
pendant trois jours dans de l'eau de pluie; cette infu-
sion se prend froide dans le flux de ventre et l'h-
moptysie.
Sur la stomatice, 24.
LVIIL On fait, avec des grenades' aigres, une com-
XIV. 19
a88 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
vacuum. Ex his dulcia, quae apyrina alio nomine ap-
pellavimus , stomacho inutilia habentur , inflationes
pariunt, dents gingivasque laedunt. Quae vero ab his
sapore proxima vinosa diximus, parvum nucleum ha-
bentia, utiliora paulo intelliguntur. Alvum sistunt, el
stomachum , dumtaxat pauca , ci traque satietatem. Sed
haec minime danda, quamquam omnino nuUa, in febri.
ne carne acinorum utili , nec succo. Caventur aequ
vomitionibus , ac bilem rejicientibus.
Uvam in his , ac ne mustum quidem , sed protinus
vinum aperuit natura. Utrumque asperiore corlice. Hi(
ex acerbis in magno usa. Vulgus coria maxime perficert
illo novit : ob id malicorium appellant medici. Urinan
cieri eodem monstrant : mixtaque galla in aceto decoc
tum , mobiles dents stabilire. Expetitur gravidarun
malaciae, quoniam gustatu moveat infantem. Dividitui
malum, clestique aquamadescit ternis fere diebus. Hae(
bibitur frigida cliacis, et sanguinem exscreantibus.
Stontatice, xxiv.
LVIII. Ex acerbo fit medicamentum , quod stoma-
HISTOIRE NATURELLE, LIV.XXllI. aSg
dtails sur les neuf espces de grenades. Celles que l'on
nomme apjrina (sans ppins), ou autrement grenades
douces, sont , dit-on , contraires l'estomac, causent des
flatuosits et attaquent les dents et les gencives. Celles
dont le got approche le plus de ces dernires , c'est-
-dire les grenades vineuses , ont de petits ppins , et
sont un peu plus estimes pour leurs proprits. Elles
arrtent le flux de ventre, et rtablissent l'estomac,
pourvu toutefois qu'on n'en mange que trs - peu et
sa^ns se rassasier. Mais on ne doit les permettre qu'en
trs-petite quantit , ou mme il faut les interdire abso-
lument dans la fivre; car le suc et la pulpe des grains
sont alors nuisibles. On les dfend aussi dans le vomis-
sement et dans les vacuations bilieuses. La nature
nous donne dans ce fruit du raisin, et je ne dirai pas
du mot , mais du vin tout fait. L'corce, dans les deux
espces, est un peu rude et grossire. Celle des grenades
aigres est employe une foule d'usages. Les tanneurs
s'en servent particulirement pour prparer leurs cuirs;
aussi les mdecins l'appellent - ils malicorium. Ils lui
attribuent la vertu de provoquer l'urine et de raffermir
les dents branles; bouillie dans le vinaigre avec de
la noix de galle , cette corce convient encore dans
les dgots qu'prouvent les femmes enceintes : lors-
qu'elles en mchent , le ftus parat en ressentir quelque
motion. On coupe une grenade, qu'on laisse infuser
pendant trois jours dans de l'eau de pluie; cette infu-
sion se prend froide dans le flux de ventre et l'h-
moptysie.
Sur la stomatice, 24.
LVIIL On fait, avec des grenades aigres, une corn-
xiv. 19
292 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
experimenlo. Si quis unum ex his , solutus vinculo
omni cinctus et calceatils, atque etiam anuli, decerpserit
duobus digitis, pollice et quarto sinistrae manus, atque
ita lustratis levi tactu oculis , mox in os additum devo-
raverit , ne dente contingat , adfirmatur nullam ocu-
lorum imbecillitatem passurus eo anno. lidem cytini
siccati tritique , carnes excrescenles cohibent : gingivis
et dentibus medentur : vel si mobiles sint , decocto
succo. Ipsa corpuscula trita , ulceribus quae serpunt
putrescuntve, illinuntur. Item oculorum inflammation!
intestinorumque : et fere ad omnia , quae cortices malo-
rum. A.dversantur scorpionibus.
De balaustio , xii.
LX. Noi est satis mirari curam diligentiamque pri-
scorum, qui, omnia scrutati, nihil intentatum reliquere.
In hoc ipso cylino (losculi sunt , antequam scilicet ma-
lum ipsum prodeat, erumpentes, quos balaustium vo-
cari diximus. Hos quoque crgo experti invenerunt scor-
pionibus adversari. Sistunt potu menses feminarum :
sanant oris ulcra , et tonsillas , uvam , sanguinis ex-
screationes, ventris et stomachi solutiones, genitalia,
ulcra quacumque in parte manantia. Siccavere etiam
ut sic quoque experirentur, inveneruntque tusorum fa-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. agS
des proprits admirables , selon le tmoignage et l'ex-
prience de plusieurs auteurs. Par exemple, aprs avoir
t son anneau et sa ceinture , et dnou ses souliers ,
on n'aura qu' cueillir le cytinus avec le pouce el le
quatrime doigt de la main gauche, puis s'en frotter
lgrement les yeux, ensuite l'avaler sans y toucher
avec les dents. C'est , dit-on , un moyen infaillible d'a-
voir la vue saine pendant toute l'anne. Ce mme cyti-
nus, sch et rduit en poudre, consume les excrois-
sances de chair; c'est un bon remde pour les dents et
les gencives ; le suc , en dcoction , raffermit les dents
branles. Piles et appliqus , les bourgeons de grena-
dier mondifient les ulcres rongeans et putrides , apai-
sent les inflammations des yeux et du bas-ventre , et
peuvent servir dans presque tous les cas o l'corce de
grenade est employe. Ils sont encore salutaires contre
la piqre des scorpions.
Sur le balaustium, 12.
LX. On ne saurait trop admirer les soins et l'exacti-
tude des anciens qui , dans l'examen des substances na-
turelles, n'ont laiss chapper aucune observation utile.
Du milieu du cytinus, avant que le fruit paraisse, nat
un certain nombre de petites fleurs ou fleurons, que
nous avons appels balaustium. Ayant soumis ces fleurs
l'exprience, ils ont reconnu qu'elles taient utiles
contre la piqre des scorpions. En breuvage, elles ar-
rtent le flux menstruel , gurissent les ulcres de la
bouche, l'inflammation des amygdales, le relchement
de la luette, le crachement de sang, le dvoiement du
ventre et de l'estomac, les maladies des parties gnitales.
294 C. PLEVII HIST. NAT. LIB. XXIII.
rina dysentericos a morte revocari, alvum sisti. Quirr
et nucleos ipsos acinorum experiri non piguit. Tosti
tusique stoniachum juvant, cibo aut potioni inspersi.
Bibuntur ex aqua clesti ad sistendam alvum. Radix
decocta succum emittit , qui taenias necat , victoriati
pondre. Eadem discocta in aqua, quas lycium, praestat
utilitates.
De punico silvestri.
LXI. Est et silvestre punicum a similitudine appella-
tum. Ejus radies rubro cortice denarii pondre ex vino
pota; somnos faciunt. Semine poto, aqua quae subierit
cutem , siccatur. Mali punici corticis fumo culices fu-
gantur.
Pirorum observationes , xii.
LXII. y. Pirorum omnium cibus etiam valentibus
onerosus, aegris quoque vini modo negatur. Decocta
eadem mire salubria et grata , praecipue crustumina.
Quaecumque vero cum melle decocta, stomachum adju-
vant. Fiunt cataplasmata e piris , ad discutienda corpo-
rum vitia : et decocto eorum ad duritias utimtur. Ipsa
adversantur boletis atque fungis, pelluntque pondre
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. agS
et les ulcres humides , en quelque partie du corps qu'ils
puissent tre. Ils ont fait scher ces fleurs pour prouver
leur vertu dans cet autre tat, et ils ont trouv que ,
rduites en poudre, elles gurissaient des dysenteries
mortelles, et faisaient cesser le flux de ventre. Ils n'ont
pas mme ddaign d'examiner les ppins ; ils ont
constat que, rtis et pulvriss, ils fortifiaient l'esto-
mac, tant mls avec les alimens ou la boisson. Dans
de l'eau de pluie, ils arrtent la diarrhe. Le suc de la
racine en dcoction , prise la dose d'un victoriat , tue
les vers intestinaux. Cette mme racine, dissoute dans
l'eau , par une forte dcoction , a les mmes proprits
que le lycium.
Sur la grenade sauvage.
LXI. On connat un autre arbrisseau , appel grena-
dier sauvage , cause de sa ressemblance avec le prc-
dent. Sa racine a l'corce rouge ; la dose d'un denier
dans du vin, elle provoque le sommeil. En breuvage,
sa graine gurit l'hydropisie. La fume de l'corce de
grenade brle chasse les cousins et les moucherons.
Observations sur les poires, 12.
LXII. 'j. Toutes les poires sont pesantes et indigestes,
mme pour les personnes en sant ; aussi les dfend-on ,
comme le vin , aux malades. Cuites , c'est un mets aussi
sain qu'agrable au got, surtout celles de Crustuminum.
Toutes les espces de poires, confites dans le miel , .sont
bonnes pour l'estomac. On les applique en cataplasme,
ou bien l'on en fait une dcoction , pour rsoudre les
tumeurs dures. C'est un remde eftcace contre les
^9^ C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
et pugnante succo. Piruni silvestre tardissime matu-
rescit. Conciditur, suspensumque siccatur ad sistendam
alvum : quod et decoctum ejus potu praestal. Decoquun-
tur et folia cura pomo ad eosdem usus. Pirorum ligni
cinis contra fungos effcacius proficit. Mala piraque
portatu jumentis mire gravia sunt vel pauca. Remedio
aiunt esse , si prius edenda dentur aliqua , aut utique
ostendantur.
Ficorum obserrationes , cxi.
LXin. Fici succus lacteus , aceti naturam habet.
Itaque coaguli modo lac contrahit. Excipitur ante ma-
tiiritatem pomi, et in umbra siccatur, ad aperienda
ulcra , cienda menstrua adpositu cum luteo ovi , aut
potu cum amylo. Podagris illinitur cum farina graeci
feni et aceto. Pilos quoque detrahit, palpebrarumque
scabiem emendat : item lichenas et psoras. Alvum sol-
vit. I^ctis ficulni natura adversatur crabronum, vespa-
rumque , et similium venenis , privatim scorpionum.
Idem cum axungia verrucas tollit. Folia, et quae non
maturuere fici, strumls illinuntur, omnibusque quae
emoUienda sint, discutiendave. Praestant hoc et per se
folia. Et alii usus eorum, tamquam in fricando lichene,
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 397 /
champignons vnneux , qu'elles prcipitent par leur
poids, ou neutralisent par leur suc. La poire sauvage
mrit fort tard ; on la coupe par tranches et on la suspend
pour la faire scher; on la fait prendre pour arrter le
flux de ventre : la dcoction produit le mme effet. La
dcoction des feuilles et du fruit de l'arbre n'est pas
moins utile. La cendre du poirier est un bon antidote
contre les champignons vnneux. Une charge de poires
ou de pommes, quelque faible qu'elle soit, est un far-
deau singulirement lourd pour les btes de somme ;
on remdie cet inconvnient, dit-on, si, avant que de
les charger, on leur en fait manger, ou seulement si on
leur en montre quelques-unes.
Observations sur les figues , n i .
LXIIL Le suc du figuier a la blancheur du lait et
les proprits du vinaigre. Aussi fait-il cailler le lait
comme la prsure. On recueille ce suc avant la matu-
rit du fr-uit, et on le fait scher l'ombre. Appliqu
avec un jaune d'uf, il fait aboutir les abcs; aval avec
de l'amidon, il pousse les rgles. On l'emploie en lini-
ment pour la goutte, avec du vinaigre et de la farine de
fenugrec; c'est encore un bon dpilatoire, et un re-
mde utile pour les pustules des paupires, les dartres
et la gratelle. Il lche le ventre et gurit les piqres des
gupes , des frelons et autres insectes semblables , et
particulirement des scorpions. Incorpor avec de la
graisse, il fait tomber les verrues. Les feuilles de l'arbre,
et les figues encore vertes, s'appliquent sur les crouelles,
et dans tous les cas o il est ncessaire d'amollir ou de
rsoudre; les feuilles seules produisent cet eflfcjt. Les
) I M l I
298 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
et alopeciis , et quaecumque exulcerari opus sit. Et ad-
versus canis morsus , ramorum teneri cauliculi cuti
imponuutur. lideni cum melle ulceribus, qu ceria vo-
cantur, illinuntur. Extrahunt infracta ossa cuni papa-
veris silvestris foliis. Canum rabiosorum morsus folio
trito ex aceto restrngunt. E nigra ficu candidi cauliculi
illinuntur furunculis, mris aranei morsibus cum cera.
Cinis earum e foliis, gangraenis, consumendisque qu
excrescunt.
Fici matur urinam cient , alvum solvunt , sudorem
movent, papulasque. Ob id autumno insalubres, quo-
niam sudantia hujus cibi opra corpora perfrigescunt.
Nec stomacho utiles , sed ad brve tempus : et voci
contrarias intelliguntur. Novissimae sahibriores , quam
primse : medicatae vero numquara. Juvenum vires au-
gent : senibus raeliorem valetudinem faciunt , minusque
rugarum, Sitim sedant : calorem rfrigrant. Ob id non
negandae in febribus constrictis, quas stegnas vocant,
Siccae fici stomachum laedunt : gutturi et faucibus
magnifie utiles. Natura bis excalfaciendi. Sitim adfe-
runt. Alvum raoUiunt, rheumatismis ejus, et stomacho
contrari. Vesicae semper utiles , et anhelatoribus , ac
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. agg
frictions, avec ces mmes feuilles, sont recommandes
pour l'alopcie et les dartres , et quand il faut exciter
une sorte d'exulcration. On applique sur la morsure
d'un chien les rameaux les plus tendres du figuier; on
en forme un cataplasme, avec du miel, pour les ul-
cres qu'on appelle ceria. Avec des feuilles de pavot
sauvage , ils font sortir les esquilles des os fracturs.
Broyes et employes avec du vinaigre , les feuilles
gurissent la morsure des chiens enrags. Les jeunes
rameaux blancs du figuier noir s'emploient en cata-
plasme avec de la cire, pour les furoncles et la morsure
des musaraignes. La cendre de ses feuilles est bonne
contre la gangrne, et pour consumer toutes les ex-
croissances.
Les figues mres provoquent les urines , lchent le
ventre, excitent la sueur et font venir des chaubou-
lures. Aussi sont-elles malsaines en automne, parce que
la sueur qu'elles excitent est suivie d'un froid nuisible.
Elles sont pesantes l'estomac, mais cette pesanteur
n'est que passagre. On croit qu'elles gtent la voix.
Celles qui mrissent les dernires sont plus saines que
les premires ; mais il faut toujours se dfier de celles
qui ont subi quelque prparation. Elles augmentent les
forces des jeunes gens, rtablissent la sant des vieillards,
et effacent en partie les rides; de plus, elles apaisent
la soif et calment l'ardeur du sang : aussi doit-on les
permettre dans les fivres sches , appeles stegnes.
Les figues sches nuisent l'estomac, mais elles sont
trs-bonnes pour la gorge. Elles sont chauffantes, et
irritent la soif Elles lchent le ventre , et on doit
s'en abstenir dans les dbordemens d'humeur, soit
dans l'estomac, soit dans les intestins. Au reste, elles
) l OA I
III '
3oo C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
suspiriosis. Item jocinerum, renum, lienum vitiis. Cor-
pus et vires adjuvant : ob id ante athlet hoc cibo
pascebantur : Pythagoras exercitator, primus ad carnes
eos transtulit. Recolligenti se a longa valetudine uti-
lissimse. Item comitialibus , et hydropicis , omnibusque ,
quae maturanda aut discutienda sunt , imponuntur :
efficacius calce aut nitro admixto. Coctae cum hyssopo
pectus purgant, pituitam, tussim veterem. Cum vino
autem ad sedem , et tumores maxillarum. Ad furuncu-
los , panos , parotidas , decoctae illinuntur. Utile et
decocto earum fovere feminas.
Decoct quoque esedem cum feno graeco utiles sunt
pleuriticis et peripneumonicis. Cum ruta coctae tor-
minibus prosunt. Tibiarum ulceribus cum ris flore.
Pterygiis cum punico malo. Ambustis , pernionibus ,
cum cera. Hydropicis coctae in vino , et cum absinthio
et farina hordeacea , nitro addito. Manducatae , alvum
sistunt. Scorpionum ictibus cum sale tritae illinuntur.
Carbunculos extrahunt in vino coctae et impositae.
Carcinomati , si sine ulcre est , quam pinguissimani
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HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL 3or
sont toujours utiles dans les maladies de la vessie, dans
la courte-haleine , l'asthme , et dans les maladies du
foie , des reins et de la rate. Elles sont nutritives et for-
tifiantes : aussi les athltes faisaient-ils des figues leur
principale nourriture, jusqu'au temps du lutteur Pytha-
goras qui les accoutuma se nourrir de viande. Les
figues sont encore excellentes dans la convalescence,
aprs une longue maladie, et aussi dans l'pilepsie et
l'hydropisie; on les applique dans tous les cas o il s'agit
de rsoudre, ou d'amener suppuration; leur effet est
plus sr, si l'on y ajoute de la chaux ou du nitre. Leur
dcoction, avec de l'hyssope, purge la poitrine, vacue
la pituite et gurit les toux invtres. Cuites dans du
vin , on les applique en cataplasme sur les tumeurs des
mchoires et l'anus; on les emploie galement cuites
pour les furoncles , les tumeurs rysiplateuses ou celles
des parotides. Les fomentations avec la dcoction de
figues sches sont utiles pour les femmes.
La dcoction de figues, avec du fenugrec, est trs-
bonne dans la pripneumonie et la pleursie. Cuites avec
de la rue , elles apaisent les douleurs de ventre. On les
applique, avec du vert-de-gris , sur les ulcres des jam-
bes ; avec de l'corce de grenade , sur les ptrygies ;
avec de la cire, sur les engelures et les brlures; cuites
dans du vin avec de l'absinthe, de la farine d'orge et
du nitre, elles s'emploient contre l'hydropisie. Prises
en aliment , elles resserrent le ventre. Broyes et appli-
ques avec du sel , elles gurissent la piqre des scor-
pions.
Un cataplasme de figues cuites dans le vin fait abou-
tir les charbons. Pour gurir les chancres non accom-
pagns d'ulcres et les phagdnes, il n'est point de
3o2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
fcum imponi; pne singulare remedium est: item pha-
gedaenae.
Ginis non ex alia arbore acrior : purgat, conglutinat,
replet, adstringit. Bibitur et ad discutiendum sangui-
nem concretum. Item percussis, prcipitatis , convulsis,
ruptis , cyathis singulis aquae et olei. Datur tetanicis et
spasticis : item potus vel infusus cliacis , et dysente-
ricis. Et si quis eo cum oleo perungatur, excalfacit. Idem
cum cera et rosaceo subactus, ambustis cicatricem te-
nuissimam obducit. Lusciosos ex oleo illitus.emendat,
dentiumque vitia crebro fricatu.
Produnt etiam , si quis , inclinata arbore , supino ore
aliquem nodum ejus morsu abstulerit , nullo vidente ,
atque cum aluta illigatum licio e coUo suspendent ,
strumas et parotidas discuti. Cortex tritus cum oleo,
ventris ulcra sanat. Crudse grossi verrucas et thymos ,
nitro farinaque additis tollunt. Spodii vicem exhibet
fruticum a radice exeuntium cinis. Bis tostus adjecto
psimmythio digeritur in pastillos , ad ulcra oculorum
et scabritiam.
Caprificorum observationes, xlii.
LXIV. Caprificus etiamnum multo efficacior fico.
: ! ! ! / I
\ M ' . I 1 ; I i
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 3o5
remde plus sr que d'y appliquer une figue, la plus
grasse que l'on puisse trouver.
Il n'est point de cendre aussi acre que celle du figuier :
elle est astringente, propre dterger, remplir et ci-
catriser les plaies. Prise en breuvage, elle rsout le sang
caill. On l'ordonne , dans un cyathe d'eau avec do
l'huile, pour les coups, les chutes graves, les secousses
violentes, les ruptures, les spasmes et le ttanos; on la
prescrit encore , en breuvage ou en lavement , pour la
diarrhe et la dysenterie. Elle rchauffe les parties que
l'on en frotte avec de l'huile. Incorpore avec de la cire
et de l'huile rosat , elle ne laisse sur les brlures qu'une
cicatrice lgre. Applique avec de l'huile, elle est bonne
pour ceux qui ont la vue faible; des frictions frquentes,
avec cette cendre , sont utiles dans les maux de dents.
On dit que si un malade attire soi une branche
de l'arbre, et en arrache un nud avec les dents, sans
tre vu de personne , il sera guri des parotides et des
crouelles , pourvu qu'il porte ce nud li avec un fil
dans une peau fine , et suspendu son cou. L'corce du
figuier, broye avec de l'huile, gurit les ulcres abdo-
minaux. Les figues vertes , appliques crues avec de la
farine et du nitre, emportent les verrues, mme celles
qu'on appelle thymes. La cendre des rejetons qui pous-
sent au pied de l'arbre remplace le spodium. Brle une
seconde fois, et rduite en trochisques avec de la c-
ruse, elle gurit les ulcres des yeux, et les boutons qui
se forment sur les paupires.
Observations sur les figuiers sauvages, l\%.
LXIV. Le figuier sauvage est encore plus recomman-
l\ \
3o4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
Lactis minus habet : surculo quoque ejus lac coagulatur
in caseum. Exceptum id coactumque in duritiam , sua-
vitatem caruibus adfert. Fricatur diluto ex aceto. Misce-
tur exulceratoriis medicamentis. Alvum solvit : vulvam
cum amylo aperit. Pota menses ciet cum luteo ovi. Po-
dagricis cum farina graeci feni illinitur. Lepras , pso-
ras, lichenas, lentigines expurgat : item venenatorum
ictus , et canis morsus. Dentium quoque dolori hic
succus adpositus in lana prodest, aut in cava eorum
additus. Cauliculi et folia , admixlo ervo, contra mari-
norum venena prosunt. Adjicitur et vinum. Bubulas
carnes additi caules magno ligni compendio perco-
quunt.
Grossi illitae strumas , et omnem collectionem emol-
liuut , et discutiunt. Aliquatenus et folia. Quae mol-
lissima sunt ex his , cum ceto ulcra manautia, et
epinyctidas , et furfures sanant. Cum melle foliis ceria
sanant, et canis morsus. Rcentes cum vino, phage-
dnas. Cum papaveris foliis ossa extrahunt. Grossi ca-
prifici inflationes discutiunt suffitu. Resistunt et san-
guini taurino poto , et psimmythio , et lacti coagulato
potae. Item in aqua decoct atque illitae parotidas sa-
nant. Cauliculi aut grossi ejus quam minutissim ad
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 3o5
ilable pour ses vertus mdicinales que le figuier cultiv.
Il rend moins de suc, mais ses rameaux ont aussi la
proprit de faire cailler le lait. Ce suc, recueilli et durci
ensuite , communique aux viandes un got agrable ;
il suffit de les en frotter aprs l'avoir dlay dans le
vinaigre. On fait entrer ce mme suc dans les remdes
caustiques. Il lche le ventre; avec de l'amidon, il faci-
lite l'coulement des rgles. Prises avec un jaune d'uf ,
les figues sauvages provoquent le flux menstruel. On
les applique avec de la farine de fenugrec sur les
parties malades de la goutte. Elle gurissent la lpre,
la gratelle et les dartres , effacent les taches de rousseur,
et remdient aux piqres des insectes venimeux, et aux
morsures des chiens enrags. Le suc , appliqu avec de
la laine, apaise la douleur de dents; on l'introduit aussi
dans leur cavit. Les feuilles et les jeunes rameaux ,
mls avec de la farine d'ers , sont salutaires contre le
venin des animaux marins; Ton y ajoute du vin. Les
jeunes tiges acclrent la cuisson de la chair de buf,
et pargnent aint le bois.
Les figues, appliques avant leur maturit, sont bonnes
pour les crouelles , et pour amollir et rsoudre toutes
sortes de dpts; on peut mme dans ce cas employer les
feuilles. Les plus tendres, appliques avec du vinaigre,
gurissent les ulcres humides , les pinyctides et les
dartres farineuses. Avec du miel , elles gurissent les ul-
cres appels ceria et la morsure des chiens. Les figues
fraches , avec du vin , gurissent les ulcres rongeans ;
avec des feuilles de pavot, elles font sortir les esquilles
des os fracturs. Le parfum des figues non parvenues
maturit dissipe les gonflemens. Prises en breuvage ,
elles sont salutaires ceux qui ont aval du sang de
XIV, 20
3o6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXHI.
scorpionum ictus e vino bibuntur. Lac quoque instilla-
tur plagae, et folia imponimtur. Item adversus murem
araneum. Cauliculorum cinis uvam faucium sedat. Ar-
boris ipsius cinis ex melle, rhagadia. Radix defervefacta
in vino, dentium dolores. Hiberna caprificus in aceto
cocta et trita , impetigines tollit. Illinuntur ramenta
rami sine cortice quam minutissima ad scobis modum.
Caprifico quoque medicinae unius miraculum additur.
Corticem ejus impubescentem puer impubis si defracto
ramo detrahat dentibus , medullam ipsam adalligatam
ante solis ortum, prohibere strumas. Caprificus tauros
quamlibet froces, collo eorum circumdata, in tantum
mirabili natura compescit, ut immobiles prstet.
De erineo herba, m.
LXV. Herba quoque, quam Grci erineon vocant,
reddenda in hoc loco propter gentilitatem. Palmum al ta
est, cauliculis quinis fere, ocimi similitudine , flos can-
didus , semen nigrum , parvum : tritum cum melle
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 3o7
taureau , ou de la cruse , ou qui ont du lait caill dans
restomac. Cuites dans l'eau et appliques , elles guris-
sent les inflammations des parotides. Les plus petits de
ces fruits , ou les jeunes rameaux pris dans du vin ,
remdient aux piqres des scorpions : dans ce cas , on
applique aussi sur la plaie le suc et les feuilles de l'arbre.
Cette recette convient encore pour la morsure des musa-
raignes. La cendre des jeunes rameaux est utile dans
le relchement de la luette. La cendre du bois mme est
un bon remde pour les crevasses de la peau. La ra-
cine, bouillie dans du vin, calme la douleur de dents.
Le figuier sauvage d'hiver , cuit dans le vinaigre et
broy, enlve les dartres et les boutons. On racle les
rameaux dpouills de leur corce, pour les rduire en
une poudre fine comme de la sciure de bois, qu'on ap-
plique ensuite sur le mal.
Le figuier sauvage possde encore , dit-on , une pro-
prit merveilleuse. Si un garon non pubre rompt un
jeune rameau , et enlve avec ses dents l'corce encore
lisse , la moelle aura la vertu de gurir les crouelles,
pourvu qu'on l'attache au cou du malade avant le le-
ver du soleil. Un rameau de cet arbre, li autour du cou
d'un taureau , quelque furieux qu'il soit , l'apaise sur-
le-champ , et le rend immobile comme par une espce
d'enchantement.
Sur l'herbe dite erineos, 3.
LXV. Il est une plante que les Grecs appellent erineos ,
dont nous devons parler ici , puisqu'elle porte le mme
nom. Sa hauteur est d'un palme ; ses tiges sont au
nombre de cinq ; ses fleurs, blanches ; ses graines, petites
et noires ; elle a beaucoup de rapport avec l'ocimum.
20.
Ho8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
attico, oculorum epiphoris medetur : utcumqiie autem
decerpta manat lact multo et dulci. Herba perquam
utilis aurium dolori, nitri exiguo addito. Folia resistunt
venenis. ,
De prunis, iv.
LXVI. Pruni folia decocta tonsillis , gingivis : iivae
prosunt in vino, decocto eo subinde ore colluto. Ipsa
pruna alvum molliunt, stomacho non utilissima, sed
brevi momento.
De persicis , ii.
LXVII. Utiliora persica, succusque eoriim, etiam-
num in vino aut in aceto expressus. Nec est alius eis
pomis innocentior cibus. Nusquara minus odoris , succi
plus, qui tamen sitim stimulet. Folia ejus trita illita,
hmorrhagiam sistunt. Nuclei persicorum cum oleo et
aceto, capitis doloribus illinuntur.
De prunis silvestribus , ii.
LXVIIT. Silvestrium quidem prunorum baccae, vel e
radie cortex , in vino austero si decoquantur , ita ut
triens ex hemina supersit, alvum et tormina sistunt.
Satis est singulos cyathos decocti sumi.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. Soq
Broye avec du miel attique , c'est un bon remde pour
les fluxions des yeux. De quelque manire qu'on enlve
cette plante , elle rend une grande quantit de suc doux
et laiteux. Mle avec un peu de nitre , elle est ex-
cellente pour les maux d'oreilles. Ses feuilles ont la
vertu de neutraliser les poisons.
Sur les prunes, 4-
LXVI. La dcoction des feuilles de prunier est bonne
pour les amygdales et les gencives. I^ur dcoction dans
du vin, employe en gargarisme, remdie au relche-
ment de la luette. Les prunes lchent le ventre ; elles
sont un peu pesantes sur l'estomac, mais cette pesanteur
ne dure qu'un moment.
Sur les pches, 2.
LXVIL Les pches sont plus salutaires, aussi bien que
leur suc , pris seul , ou exprim dans du vin ou du
vinaigi'e. C'est , de tous les fruits de ce genre , le moins
nuisible, celui qui a le moins d'odeur, et le plus de suc;
cependant il excite la soif. Ses feuilles, broyes et appli-
ques , arrtent les hmorrhagies. Les noyaux , en lini-
nient avec de l'huile et du vinaigre, dissipent les maux
de tte.
Sur les prunes sauvages , 2.
LXVITL Les baies du prunier sauvage, ou bien l'-
corce de la racine , cuites dans une hmine de vin sec ,
jusqu' diminution des deux tiers, arrtent le cours de
venlrc et les tranches. On prend un cyalhe de cette d-
coction chaque fois ; cette dose est suffisante.
3io C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
De limo , sive lichene arborum , ii.
LXIX. Et in iis, et sativis prunis est linius arbortim,
quem Grci lichena appellant, rhagadiis et condylo-
matis mire utilis.
De moris , xxxix.
LXX. Mora in ^gypto et Cypro sui generis, ut dixi-
mus, largo succo abundant, summo cortice desqua-
mato : altiore plaga siccantur, mirabili natura. Succus
adversatur venenis serpentium , prodest dysentericis ,
discutit panos, omnesque collectiones : vulnera conglu-
tinat , capitis dolores sedat , item aurium : splenicis
bibitur, atque illinitur : et contra perfrictiones : celer-
rime teredinem sentit. Nequeapud nos succo usus minor.
Adversatur aconito et araneis , in vino potus. Alvum
Suivit : pituitas, taeniasque et similia ventris animalia
extrahit. Hoc idem prstat et cortex tritus.
Folia tingunt capillum cum fici nigrae et vitis corti-
cibus simul coctis in aqua clesti. Pomi ipsius succus
alvum solvit protinus. Ipsa poma ad praesens stomacho
utilia, rfrigrant, sitim faciunt. Si non superveniat alius
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL 3ii
Sur le lichen des arbres, 2.
LXIX. On trouve sur l'corce des pruniers , sauvages
ou cultivs, une production appele en grec lichen; elle
est singulirement utile pour les crevasses de la peau,
et les excroissances calleuses de l'anus et des parties
gnitales.
Sur les mres , 3^.
LXX. Nous avons parl des mriers de Chypre et
d'Egypte , qui forment un genre particulier. Ils four-
nissent un suc abondant , si l'on se contente d'en ra-
tisser l'corce ; et, chose tonnante! quand on les en-
tame profondment, ils se desschent aussitt. Ce suc
est salutaire contre la morsure des serpens; il est
employ avec succs dans la dysenterie , et pour r-
soudre les tumeurs inflammatoires et toutes sortes de
dpts. Il consolide les plaies , et calme les douleurs de
tte et d'oreilles. On l'ordonne en breuvage ou en Uni-
ment dans les maux de rate et dans les frissons. Il se
gte en fort peu de temps. Le suc des mriers d'Italie
n'est pas moins usit parmi nous. Pris dans du vin,
c'est un bon antidote contre l'aconit et la piqre des
araignes. Il lche le ventre; il fait sortir la pituite, les
tnias et autres vers intestinaux. L'corce de l'arbre,
rduite en poudre, produit le mme efFet.
Les feuilles, bouillies dans de l'eau de pluie avec des
corces de vigne et de figuier noir, ont la proprit de
teindre les cheveux. Le suc de mres a une vertu laxative
qui opre trs-promptement. Les mres elles-mmes sont
bonnes l'estomac pour l'instant; elles rafrachissent.
3i2 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
cibus, intumescunt. ;Ex immaturis succus sistit alvum:
veluti animalis alicujus, in hac arbore observandis mi-
raculis, qu in natura ejus diximus.
Stomatice , sive arteriace , sive panchrestos , iv.
LXXI. Fit ex pomo panchrestos stomatice, eadeni
arteriace appellata, hoc modo : sextarii trs succi e
pomo, leni vapore ad crassitudinem mellis rediguntur.
Post additur omphacii aridi pondus x duorum , aut
myrrh x unius, croci x unlus. Haec simul trita mi-
scentur decocto. Neque est aliud oris , arteriae , uvae ,
stomachi , jucundius remedium. Fit et alio modo : succi
sextarii duo, meUis attici sextarius, decoquuntur, ut
supra diximus.
Mira sunt praeterea quae produntur. Mori germina-
tione, priusquam folia exeant, sinistra decerpi jubentur
futura poma : ricinos Graeci vocant. Hi terram si non
attigere, sanguinem sistunt adalligati, sive ex vulnere
fluat , sive ore , sive naribus , sive haemorrhoidis : ad hoc
servantur reposili. Idem praestare et ramus dicitur luna
plena detractus, incipiens fructum habere, si terram
non altigerit, privatim muHeribus adaUigatus lacerto,
contra abundantiam mensium. Hoc et quocumque tem-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 3i3
mais bientt elles excitent la soif, et causent des gon-
flemens, si l'on ne prend aussitt aprs quelque autre
nourriture. Le suc de ce fruit encore vert resserre le
ventre. On pourrait croire que le mrier est dou d'une
espce de sentiment, si l'on observe le singulier phno-
mne que nous avons rapport en traitant de cet arbre
en particulier.
Sur la stomatice ou arteriace, autrement panchrestos, ^.
LXXI. On fait avec les mres un mdicament ap-
pel panchrestos , stomatice ou arteriace ; en voici la
recette : prenez trois setiers de suc de mres , faites-les
cuire petit feu, jusqu' consistance de miel. Ajoutez-y
deux deniers de verjus sec , ou un denier de myrrhe et
un de safran : broyez le tout ensemble et oprez le m-
lange. Il n'est point de remde plus agrable, pour la
bouche , la gorge , la luette et l'estomac. Une autre re-
cette , c'est de mler six setiers de suc de mres un
setier de miel attique, et de faire cuire le mlange de la
manire que nous venons de dire.
On attribue encore au mrier des proprits qui
tiennent du merveilleux. Ds le premier moment de la
germination , avant que les feuilles ne paraissent , on
doit cueillir de la main gauche les bourgeons fruit :
les Grecs les appellent ricins. Ces bourgeons , attachs
sur le corps, pourvu qu'ils n'aient point touch la terre,
arrtent les hmorrhagies , soit d'une plaie , ou de la
bouche, ou du nez, ou des limorrhodes ; on les met
en rserve pour cet usage. On prtend qu'un rameau
enlev pendant la pleine -lune, lorsqu'il commence
porter fruit , produit le mme effet, pourvu encore qu'il
3i4 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
pore ab ipsis decerptum , ita ut terram non attingat
adalligatumque existimant praestare. Folia mori trita
aut arida decocta, serpentium ictibus imponuntur. A(
idemque potu proficitur. Scorpionibus adversatur e ra
dice corticis succus , ex vino aut posca potus.
Reddenda est et antiquorum compositio. Succuii
expressum pomi maturi immaturique mixtum , coque
bant in vase aereo ad melUs crassitudinem. Aliqui myrrh
adjecta et cupresso praeduratum ad solem torrebant
permiscentes spatha ter die. Hc erat stomatice, qua c
vulnera ad cicatricem perducebant. Alia ratio : suceur
siccato exprimebant pomo , multum sapori obsoniorur
conferente. In medicina vero contra nomas, et pectori
pituitas , et ubicumque opus esset , adstringi viscert
Dents quoque colluebant eo. Terlium genus : succi folii
et radice decoctis ad ambusta ex oleo illinenda. Impo
nuntur et per se folia.
Radix per messes incisa succum dat aptissimum der
tium dolori, collectionibusque, et suppurationibus. Alvui
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 3i5
n'ait pas touch la terre. Les femmes en particulier
doivent le porter attach au bras pour arrter l'coule-
ment excessif des menstrues. Si elles cueillent elles-
mmes , en quelque temps que ce soit , un de ces ra-
meaux , en prenant garde qu'il ne touche la terre , et
qu'elles le portent attach au bras , il aura la mme
proprit. Les feuilles de mrier, broyes toutes fraches,
ou bouillies sches , s'appliquent sur la morsure des
serpens. Prises en breuvage, elles sont galement effi-
caces. Le suc tir de l'corce de la racine, aval dans
du vin ou de l'oxycrat , gurit la piqre des scorpions.
Ajoutons ici l'ancienne recette pour faire la slomatice.
On mlangeait une certaine quantit de suc de mres
vertes, et de celles qui taient en maturit; on faisait
cuire ce mlange dans un vase d'airain, jusqu' consis-
tance de miel. Quelquefois on y ajoutait de la myrrhe
et du cyprs , et on laissait durcir le tout au soleil , en
le remuant trois fois par jour avec une spatule. Tel
tait le remde dont on se servait jadis pour consolider
les plaies. Voici encore une autre recette : on fait scher
le fruit , et ensuite on en exprime le suc. C'est un
assaisonnement qui relve le got des viandes. On l'em-
ployait en mdecine, pour les ulcres rongeans , pour
faciliter l'expectoration, et pour tous les cas o il fallait
remdier au relchement des viscres. On s'en lavait la
bouche pour conserver les dents. Le troisime mdica-
ment de cette espce se faisait avec le suc des feuilles
et de la racine du mrier cuites ensemble; ce suc s'ap-
pliquait avec de l'huile sur les brlures : on peut , dans
ce cas, employer seulement les feuilles.
La racine, incise dans le temps de la moisson , fournit
un suc utile pour le mal de dents et pour les dpts rcens,
3i6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
piirgat. Folia mori in urina madefacta, pilum coriis
detrahunt.
De cerasis , v.
LXXH. Cerasa alvum molliunt, stomacho inutilia :
eadem siccata alvum sistunt, uriuam cient. Invenio apud
auctores, si quis matutino roscida cum suis nucleis de-
voret , in tantum] levari alvum , ut pedes morbo libe-
rentur.
De mespiiis, ii. De sorbis, ii.
LXXm. Mespila , exceptis setaniis , quae malo pro-
piorem vim habent , reliqua adstringunt stomachum ,
sistuntque alvum. Item sorba sicca : nam recentia sto-
macho et alvo citas prosunt.
De nucibus pineis , xiii.
LXXIV. 8. Nuces pineae, quae resinam habent, con-
tusae leviter, additis in singulas sextariis aquae ad dimi-
dium decoctae, sanguinis exscreationi medentur, ita ut
cyathi bini bibantur ex eo. Corticis e pinu in vino
decoctum contra tormina datur. Nuclei nucis pineae
sitim sedant , et acrimoniam stomachi rosionesque , ef
contrarios humorcs consistentes ibi : et infrmitatem
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL 3i7
ou qui entrent en suppuration. De plus, il purge le ventre.
Les feuilles de mrier, macres clans de l'urine, enlvent
le poil des peaux.
Sur les cerises , 5.
LXXII. Les cerises fraches lchent le ventre , et
nuisent l'estomac. Sches, elles resserrent le ventre,
et provoquent les urines. Suivant certains auteurs , si
l'on mange le matin des cerises avec leurs noyaux ,
lorsqu'elles sont encore charges de rose, l'vacuation
qu'elle's procurent est telle, que les pieds en sont dlivrs
(le la goutte.
Sur les nfles , 2. Sur les sorbes , 2.
LXXIIL Les nfles , l'exception des staniennes ,
qui ont les proprits de la pomme, resserrent l'esto-
mac, et arrtent le flux de ventre. Il en est de mme
des sorbes sches: fraches, elles sont galement bonnes
pour le relchement de l'estomac et des voies inf-
rieures.
Sur les pommes de pin , i!.
LXXIV. 8. Les pommes de pin rsineuses lgrement
concasses , bouillies dans un setier d'eau pour cha-
cune, jusqu' diminution de la moiti, sont un bon re-
mde pour l'hmoptysie ; la dose est de deux cyathes
chaque fois. La dcoction de l'corce de pin dans du vin
apaise les tranches. Les pignons teignent la soif, cal-
ment les tiraillemens d'estomac , et adoucissent les hu-
meurs acres et nuisibles de ce viscre; de plus, ils rani-
ment les forces, et font du bien aux reins et la vessie. Il
3i8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
virium roborant , renibus et vesicae utiles. Fauces vi-
deiitur exasperare, et tussim. Bilem pellunt poti ex
aqua , aut vino , aut passo , aut balanorum decocto.
Miscetur his contra vehementiores stomachi rosiones
cucumeris semen , et succus porcilacae. Item ad vesicee
ulcra et rens, quoniam et urinam cient.
De amygdalis, xxix.
LXXV. Amygdalse amar radicum decoctum cuteni
in facie corrigit , coloremque liilariorem facit. Nuces
ips somnum faciunt, et aviditatem. Urinam et menses
cient. Capitis dolori illinuntur, maximeque in febri : si
ab ebrietate, ex aceto et rosaceo, et aquae sextario. Et
sanguinem sistunt , cum amylo et menta. Lethargicis ,
et comitialibus prosunt, Capite peruncto epinyctidas
sanant : e vino vetere ulcra putrescentia. Canum
morsus cum melle. Et furfures ex facie , ante fotu pra-
parata. Item jocineris et renum dolores ex aqua polae :
et saepe ex ecligmate cum rsina terebinthina. Calculosis
et difficili urinae in passo : et ad purgandam cutem in
aqua mulsa tritae, sunt efficaces.
Prosunt ecligmate joclneri , tussi , et colo , cum ele-
lisphaco modice addito. In melle sumitur nucis avellanae
magnitude. Aiunt , quinis fere praesumptis ebrietatem
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXllI. 319
parat qu'ils irritent la gorge et augmentent la toux. Pris
dans de l'eau, ou du vin , ou du vin cuit, ou enfin dans
une dcoction de dattes, ils vacuent la bile. Dans les
tiraillemens violens d'estomac, on mle les pignons avec
de la graine de concombre et du suc de pourpier. Ce
remde convient aussi pour les ulcres de la vessie et
pour les reins , parce qu'il provoque les urines.
Sur les amandes, 29.
LXXV. La dcoction de la racine d'amandier amer
adoucit la peau du visage et rend le teint plus agrable.
Les amandes procurent le sommeil et excitent l'app-
tit ; elles provoquent les urines et les menstrues. En
lniment, elles calment les douleurs de tte, surtout
dans la fivre ; si cette douleur est la suite de l'ivresse ,
on les applique avec du vinaigre et de l'huile rosat
dans un setier d'eau. Avec de l'amidon et de la menthe,
elles arrtent le sang. Elles sont bonnes pour la lthar-
gie et l'pilepsie. On s'en frotte la tte pour les pi-
nyctides. Avec du vin vieux, elles dtergent les ulcres
putrides ; avec du miel , elles gurissent les morsures
des chiens. Elles enlvent les dartres farineuses du vi-
sage aprs une fomentation pralable. En breuvage dans
de l'eau , elles soulagent les douleurs du foie et des
reins ; elles provoquent souvent le mme effet en looch
avec de la trbenthine. On les ordonne, dans du vin
cuit, pour la gravelle et la difficult d'uriner. Broyes
dans de l'eau mielle, elles nettoient la peau.
En lectuaire , avec du miel et un peu de sauge ,
elles conviennent dans la toux , la colique et les mala-
dies du foie. On en fait prendre aux malades la gros-
320 C. PLINII HIST. NAT. UB. XXIII.
non sentire potores : vulpesque, si ederint eas, nec con-
tingat e vicino aquam lambere, mori. Minus valent in
remediis dulces, et hae tamen purgant, et urinam cient.
Rcentes stotnachum implant.
De nucibus graecis, i.
LXXVI. Nucibus graecis cum absinthii semine ex
aceto sumptis, morbus regius sanari dicitur : item illitis
per se vitia sedis, et privatim condylomata. Item tussis
et sanguin is rejectio.
De juglandibus, xxiv.
LXXVII. Nuces juglandes Graeci a capitis gravedine
appellavere. Etenim arborum ipsarum foiioi umque vires
in cerebrum pntrant : hoc minore lormento, et in
cibis, nuclei faciunt. Sunt autem rcentes jucundiores,
siccae unguinosiores, et stomacho inutiles, difficiles con-
coctu, dolorem capitis inferentes, tussientibus inimicae,
et vomituris jejunis : aptae in tenesmo solo : traliunt
enim pituitam. Eaedem praesumptae venena hebetant :
item anginam cum ruta et oleo. Adversantur caepis ,
leniuntque earum saporem. Aurium inflammation! im-
ponuntur cum mellis exiguo; et cum ruta mammis, et
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL Sai
la grosseur d'une aveline. On prtend que cinq de ces
amandes, manges avant de boire, garantissent les bu-
veurs de l'ivresse ; et que si un renard , aprs en avoir
mang, ne trouve pas d'eau dans le voisinage, il meurt
infailliblement. Les amandes douces ont moins de vertus
comme mdicamens ; cependant elles sont purgatives et
diurtiques. Fraches, elles chargent l'estomac.
Sur les nbix grecques , i .
LXXVI. Les noix grecques, prises dans du vinaigre
avec de la graine d'absinthe , sont , dit-on , un bon re-
mde contre la jaunisse. Appliques seules, elles guris-
sent les tumeurs l'anus, et particulirement les excrois-
sances calleuses de cette partie. Elles sont bonnes aussi
pour la toux et l'hmoptysie.
Sur le noyer, a/j.
LXXVn. Les Grecs donnent au noyer un nom qui
exprime la proprit malfaisante qu'il a d'appesantir la
tte : en effet , l'odeur forte et pntrante de cet arbre
et de ses feuilles affecte le cerveau. Il en est de mme
des noix, quand on en mange; mais l'effet est moins
violent. Fraches, elles sont plus agrables; sches, elles
sont huileuses , pesantes l'estomac , difficiles dig-
ger : elles causent, de plus, des douleurs de tte, irri-
tent la toux , et nuisent beaucoup si l'on veut vomir
jeun. Elles ne conviennent que dans le tnesme ,
parce qu'elles entranent les phlegmes. Manges jeun ,
elles servent d'antidote. Avec de l'huile et de la rue ,
elles dissipent l'esquinancie. Elles corrigent l'acrimonie
XIV. ui
322 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
luxatis : cum cpa autem et sale, et melle, canis homi-
nisque morsui. Putamine nucis juglandis , dens cavus
inuritur. Putamen combustum tritumque in oleo aut
\iiio, infantium ;capite peruncto , nutrit capillum : et
ad alopecias eo sic utuntur. Quo plures nuces quis
ederit, hoc facilius tineas pellit. Quae perveteres sunt
nuces , gangrnis et carbunculis medentur : item sug-
gillatis : cortex juglandium, lichenum vitio, et dysen-
tericis. Folia trita cum aceto, aurium dolori.
In sanctuariis Mithridatis maximi rgis devicti , Cn.
Pompeius invenit in peculiari commentario ipsius manu
compositionem antidoti , e duabus nucibus siccis , item
ficis totidem, et rutae foliis viginti simul tritis , addito salis
grano: et qui hoc jejunus sumat, nullum venenum noci-
turum illo die. Contra rabiosi quoque canis morsum ,
nuclei a jejuno homine commanducati illitique praesenti
remedio esse dicuntur.
De avellanis, m; pistaciis, viii; castaneis, v.
LXXVIIT. Nuces avellan capitis dolorem faciunt,
inflationem stomachi : et pinguitudini corporis confe-
runt, plus quam sit verisimile. Tost et destillationi
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 3i^
de l'ognou et lui donnent une saveur plus douce. On les
emploie en cataplasme, avec un peu de miel ,.pour l'in-
flammation des oreilles; avec de la rue, pour les tumeurs
des mamelles et pour les luxations; et avec de l'ognon,
du sel et du miel , pour les morsures de l'homme et des
chiens. On cautrise avec des coquilles de noix la cavit
des dents caries. Ces mmes coquilles, brles et broyes
dans de l'huile ou du vin, sont un bon liniment pour
faire crotre les cheveux des enfans : on les emploie de
mme pour l'alopcie. Les noix, manges en assez grande
quantit, chassent les vers; les plus vieilles gurissent
la gangrne, les meurtrissures, et le charbon. Le brou
des noix est bon pour les dartres et pour la dysenterie.
Les feuilles du noyer, broyes avec du vinaigre, rem-
dient la douleur d'oreilles.
Aprs la dfaite de Mithridate , ce monarque si puis-
sant. Pompe trouva dans ses archives secrtes une re-
cette particulire crite de sa propre main ; c'tait un
antidote dont voici la composition. On prend deux noix
sches , autant de figues , vingt feuilles de rue , et on
broie le tout ensemble avec un grain de sel. Quiconque
usera de ce remde jeun n'aura rien craindre de
tout poison pendant la journe entire. Les noix m-
ches par un homme jeun , et appliques sur les mor-
sures d'un chien enrag , sont , dit-on , un remde sou-
verain pour ces sortes de plaies.
Sur les avelines , 3 ; les pistaches , 8 ; les chtaignes , 5.
LXXVIIL Les avelines occasionent des douleurs de
tte et des gonflemens d'estomac. Elles engraissent plus
qu'on ne saurait croire. Rties, elles sont un bon remde
21.
324 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIU.
medentur. Tussi quoque veteri tritae, et in aqua mtilsa
potae. Quidam adjiciunt grana piperis , alii e passo bi-
bunt. Pistacia eosdem usus et efFectus habent, quos pinei
nuclei, praeterque ad serpeatium ictus, sive edantur,
sive bibantur.
Caslaneae vehementer sistunt stomachi et ventris
fluxiones , alvum cient , sanguinem exscreantibus pro-
sunt f carnes alunt.
De siliquis , v. De corno, i. De unedone.
LXXIX. Siliquae rcentes , stomacho inutiles , alvum
solvunt sedem siccatae sistunt, stomachoque utiliores
fiunt. Urinam cient. Syriacas in dolore stomachi temas
in aquae sextariis decoquunt quidam ad dimidium ,
eumque succuni bibunt. Sudor virgae corni arboris la-
mina ferrea candente exceptus , non contingente ligno ,
illitaque inde fernigo, incipientes lichenas sanat. Arbu-
tus sive unedo , fructum fert difBcilem concoctioni , et
stomacho inutilem.
De lanrs, lxix.
LXXX. Laurus excalfactoriam naturam habet , et
foliis, et cortice, et baccis : itaque decoctum ex his,
maxime e foliis , prodesse vulvis et vesicis convenit.
lUita vero vesparum , crabronumque , et apium , item
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. SaS
pour les catarrhes et les fluxions. Piles et prises dans
(le l'eau mielle, elles gurissent les toux chroniques.
Quelques-uns y ajoutent des grains de poivre ; d'autres
les prennent dans du vin cuit. Les pistaches ont les
mmes usages et les mmes vertus que les pignons , et
sont, de plus, excellentes contre la morsure des serpens,
tant manges ou prises en breuvage.
Les chtaignes arrtent puissamment les dborde-
mens d'humeurs, soit des intestins, soit de l'estomac.
Elles lchent le ventre, font cesser l'hmoptysie, et en-
tretiennent l'embonpoint.
Sur les carouges , 5 ; le cornouiller , i ; l'arbousier.
LXXIX. Les carouges fraches sont nuisibles l'esto-
mac et lchent le ventre ; sches, elles le resserrent et
ne sont plus indigestes. Elles provoquent les urines.
Pour la douleur d'estomac , on fait cuire trois carouges
de Syrie dans un setier d'eau , jusqu' diminution de la
moiti , et on boit la dcoction. Le suc du cornouiller
se reoit sur une lame de fer rouge qu'on approche du
rameau sans toucher le bois. La rouille de cette lame
s'applique ensuite sur les dartres naissantes et les gurit.
L'arbousier, ou unedo y porte des fruits indigestes et
nuisibles l'estomac.
Sur les lauriers , 69.
LXXX. Les feuilles , l'corce et les baies du laurier
sont chauffantes ; aussi leur dcoction , et principale-
ment celle des feuilles , passe-t-elle gnralement pour
un bon remde dans les maladies de la matrice et de la
vessie. En cataplasme, ces mmes feuilles gurissent la
3^6 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
serpentium venenis rsistant , maxime sepis , dipsadis ,
et viper. Prosunt et mensibus feminarum cum oleo
cocta. Cum polenta autem, quae tenera sunt trita, ad
inflammationes oculorum : cum ruta, testium : cum ro-
saceo, capitis dolores, aut cum irino. Quin et comman-
ducata atque devorata pr triduum terna , librant tussi :
eadem prosunt suspiriis trita cum melle. Cortex, radicis
cavendus gravidis. Ipsa radix calcules rumpit , jocinert
prodest tribus obolis in vino odorato pota. Folia pota vo-
mitiones movent. Baccae menses trahunt adpositae tritae,
vel potae. Tussim veterem et orthopnam sanant binse,
detracto cortice in vino potae. Si et febris sit, ex aqua,
ait ecligmate ex aqua mulsa, aut ex passo decoctae.
Prosunt et phthisicis eodem modo, et omnibus thoracis
rheumatismis. Nam et coquunt pituitam et extrahunt.
Adversus scorpiones quaternae ex vino bibuntur.
Epinyctidas ex oleo illitae, et lentigines, et ulcra ma-
nantia, et ulcra oris, et furfures. Cutis pruriginem
succus baccarum emendat, et phthiriasin. Aurium do-
lori et gravitati instillatur, cum vino vetere et rosaceo.
Perunctos eo fugiunt venenata omnia. Prodest contra
ictus et potus, maxime autem ejus laurus , quae te-
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 827
piqre des gupes, des frelons, des abeilles, et neutra-
lisent le venin des serpens , et en particulier du seps ,
du dipsas et de la vipre. Cuites dans de l'huile , elles
provoquent le flux menstruel. Les plus tendres, piles
avec de la farine d'orge, sont bonnes pour les inflamma-
tions des yeux ; avec de la rue , pour les enflures des
testicules; avec de l'huile rosat ou de l'huile d'iris , pour
les douleurs de tte. Trois feuilles de laurier , mches
et avales trois jours de suite, dlivrent de la toux.
Broyes avec du miel, elles conviennent dans l'asthme.
L'corce de la racine est dangereuse pour les femmes
enceintes; la racine mme, prise au poids de trois oboles
dans du vin aromatis , dissout les calculs de la vessie
et gurit les obstructions du foie. La dcoction des
feuilles excite le vomissement. Les baies, prises en breu-
vage, ou broyes et appliques, passent pour emmnago-
gues. Deux de ces baies, dpouilles de leur corce et
prises dans du vin, gurissent les toux invtres et l'or-
thopne. S'il existe de la fivre, on les donne dans de
l'eau, ou eu lectuaire dans de l'eau mielle, ou bouil-
lies dans du vin cuit; de cette manire, elles sont utiles
encore dans la phthisie et dans toutes les fluxions de
poitrine, car elles cuisent et vacuent les phlegmes.
On en prend quatre, dans du vin, pour la piqre des
scorpions. En Uniment avec de l'huile , elles effacent les
taches de rousseur, gurissent les pinyctides, les dar-
tres, et desschent les ulcres humides et ceux de la
bouche. Le suc de ces baies est utile pour les dman-
geaisons et pour la phthiriase. On l'injecte , avec du vin
vieux et de l'huile rosat, pour la douleur d'oreilles et
la surdit : il suffit de s'en frotter le corps pour loigner
tous les animaux venimeux. Il gurit leurs piqres ,
3a8 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
nuiora habet folia. Baccae cum vino serpentibus , et
scorpionibus , et araneis resistunt. Ex oleo et aceto il-
linuntur et lieni , et jocineri : gangraenis cum melle.
Et in fatigatione etiam aut perfrictione succo eo
perungi , nitro adjecto , prodest. Sunt qui celeritati
partus multum conferre putent radicem, acetabuli men-
sura in aqua potam : efficacius recentem, quam aridam.
Quidam adversus scorpionum ictus, decem baccas dari
jubent potui. Item et in remedio uvae jacentis , qua-
drantem pondo baccarum, foliorumve, decoqui in aqu
sextariis tribus ad tertias, eamque calidam gargarizare :
et in capitis dolore , impari numro baccas cum oleo
conterere, et calfacere.
Laurus Delphicae folia trita olfactaque subinde, pesti-
lenti contagia prohibent : tanto magis si et urantur.
Oleum ex Delphica, ad cerata, acopumque, ad perfri-
ctiones discutiendas , uervos laxandos , lateris dolores ,
febres frigidas utile est. Item ad aurium dolorem , in
mali punici cortice tepefactum. Folia decocta ad tertias
partes aquae, uvam cohibent gargarizatione : potu alvi
dolores , intestinorumque. Tenerrima ex bis trita in
vino , papulas , pruritusquc , illita noctibus.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. ^^29
tant pris en breuvage, surtout celui du laurier petites
feuilles. Ces mmes baies , prises dans du vin , sont un
remde utile contre le venin des serpens, des scorpions
et des araignes. On les emploie en cataplasme, avec de
l'buile et du vinaigre , pour les affections de la rate et
du foie, et, avec du miel, pour la gangrne. Il est bon
de s'en frotter le corps, avec un peu de nitre, dans les
fatigues excessives et dans les frissons. Selon quelques
auteurs , la racine du laurier, prise dans de l'eau , la
dose d'un actabule , facilite singulirement l'accouche-
ment. La racine est meilleure frache que sche. Des
mdecins prescrivent dix graines de laurier, en breuvage,
pour la piqre des scorpions. Dans les relchemens de
la luette, on devra faire bouillir trois onces de ces
baies, ou bien de feuilles de laurier, dans trois setiers
d'eau , jusqu' rduction un tiers, et se gargariser avec
cette dcoction chaude. Pour la douleur de tte, il faudra
broyer les baies, en nombre impair, dans de l'huile, et
les faire chauffer avant de les appliquer.
Les feuilles du laurier de Delphes, broyes et flaires
de temps en temps, sont un prservatif contre la peste ;
le parfum des feuilles qu'on brle est encore plus effi-
cace. L'huile tire de cette espce de laurier est em-
ploye , dans les crats et dans les linimens , pour les
lassitudes ; elle est bonne pour dissiper les frissons , les
fivres froides , les douleurs de reins et les spasmes
nerveux. Chauffe dans une corce de grenade , elle
gurit le mal d'oreilles. Les feuilles , bouillies dans de
l'eau , jusqu' diminution des deux tiers , sont prescrites
en gargarisme pour le relchement de la luette, et en
breuvage pour les douleurs du ventre et des intestins.
Les plus tendres de ces feuilles, broyes dans du vin et
33o C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
Proxime valent cetera laurorum gnera. Laurus
Alexandrina , sive Idaea , partus celeres facit , radie
pota trium denariorum pondre, in vini dulcis cyathis
tribus. Secundas eliam pellit, mensesque. Eodem modo
pota daphnoides ( sive his nominibus quae diximus ) ,
silvestris laurus prodest : alvum solvit, vel recenti folio,
vel arido , drachmis tribus cum sale in hydromelite
manducata. Pituitas extrahit folium et vomitus, stoma-
cho inutile. Sic et baccae quindenae purgationis causa
sumuntur.
De myrto, lx.
LXXXI. 9. Myrtus sativa candida, minus utilis est
medicinae, quam nigra. Semen ejus medetur sanguinem
exscreantibus. Item contra fungos in vino polum. Odo-
rem oris commendat vel pridie commanducatum. Item
apud Menandrum Synaristosae hoc edunt. Datur et
dysentericis denarii pondre in vino. Ulcra diffcilia in
extremitatibus corporis sanat, cum vino subfervefactum.
Impouitur lippitudini cum polenta , et cardiacis in
mamma sinistra : et contra scorpionis ictus in mero : et
ad vesic vitia , capitis dolores , et aegilopas , antequam
suppurent : item tumoribus : exemptisque nucleis in
vino vetere tritum eruptionibus pituit. Succus seminis
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL 33 1
appliques la nuit , remdient aux chauboulures et
apaisent les dmangeaisons.
Les autres espces de laurier ont peu prs les mmes
vertus que les prcdens. Le laurier d'Alexandrie ou
du mont Ida facilite les accouchemens , si l'on prend
trois deniers de sa racine dans trois cyatlies de vin
doux. Il fait sortir l'arrire-faix et provoque les men-
strues. Le daphnode, laurier sauvage, connu encore
sous d'autres noms que nous avons indiqus, a les mmes
proprits. Ses feuilles, fraches ou sches , lchent le
ventre , au poids de trois drachmes , avec du sel dans
de l'hydromel. Elles vacuent les phlegmes et excitent
le vomissement , mais elles sont contraires l'estomac.
Les baies sont prescrites , au nombre de quinze , quand
il s'agit de purger.
Sur le myrte, 60.
LXXXI. 9. Le myrte blanc cultiv a moins d'usages
et de proprits en mdecine que le myrte noir. Sa graine
est bonne pour l'hmoptysie , et , prise dans du vin ,
contre les champignons vnneux. Elle laisse dans la
bouche une odeur suave qui dure jusqu'au lendemain.
Les Synaristoses de Mnandre mangent de la graine de
myrte. On l'ordonne , dans du vin , pour la dysenterie ,
au poids d'un denier. Lgrement bouillie dans du
vin , elle gurit les ulcres rebelles des extrmits du
corps. On l'applique , avec de la farine, pour la chassie;
et sur la mamelle gauche , dans la maladie cardiaque ;
avec du vin pur , pour la piqre du scorpion , pour les
maladies de la vessie, les douleurs de tte, les tumeurs
et les fistules lacrymales, avant qu'elles suppurent. On
l'emploie aussi avec succs pour les pustules sreuses
332 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
alvum slstit, urinam ciet. Ad eruptiones pusularum ,
pituitque , cum cerato illinitur : et contra phalangia.
Capillum dnigrt. Lenius succo oleum est ex eadem
myrto : lenius et vinura , quo numquam inebriatur. In-
veteratum sistit alvum et slomachum : termina sanat,
fastidium abigit.
Foliorum arentium farina sudores cohibet inspersa,
vel in febri. Utilis et cliacis, et procidentiae vulvarum ,
sedis vitiis, ulceribus manantibus, igni sacro fotu, capillis
fluentibus, furfuribus : item aliis eruptionibus, ambustis.
Additur quoque in medicamento, quod liparas vocant,
eadem de causa qua oleura ex his, efficacissimum ad ea
qu in humore sunt, tamquam in ore et vulva.
Folia ipsa fungis adversantur tri ta ex vino, cum cera
vero articulariis morbis et collectionibus. Eadem in
vino decocta dysentericis et hydropicis potui dantur.
Siccantur in farinam , qu inspergitur ulceribus , aut
hmorrhagiae. Purgant et lentigines, pterygia, et pa-
ronychias , et epinyctidas , condylomata , testes , tctra
ulcra : item ambusta cum cerato.
HISTOIRE NATURELLE , LIV. XXIIL 333
qui s'lvent sur la peau ; on doit alors broyer les baies
dans du vin vieux , et en ter les ppins. Leur suc res-
serre le ventre et provoque les urines. En liniment avec
du crat, il gurit les pustules sreuses ou inflamma-
toires, et la morsure de l'araigne-phalange. tl teint les
cheveux en noir. L'huile de myrte est plus douce que
le suc , aussi bien que le vin de myrte , qui n'enivre ja-
mais. Si on le laisse vieillir, il resserre le ventre et l'es-
tomac , apaise les tranches et ranime l'apptit.
Les feuilles sches pulvrises , appliques extrieu-
rement, arrtent la sueur, mme dans la fivre. En fo-
mentation, c'est un bon remde pour la diarrhe, pour
la chute de la matrice, les maladies du sige, les ulcres
humides, l'rysiple, l'alopcie, les dartres farineuses,
les exanthmes et les brlures. On fait entrer encore
celte poudre dans ces sortes d'empltres, appeles par les
Grecs lipares. Elle produit peu prs les mmes effets
que l'huile qu'on tire des feuilles mmes du myrte ,
excellente pour les ulcres des parties humides, comme
ceux de la bouche et de la vulve.
Les feuilles fraches, broyes dans du vin, neutra-
lisent les mauvais effets des champignons vnneux.
Avec de la cire, elles sont bonnes pour la goutte et
pour les dpts. On ordonne leur dcoction dans du
vin pour la dysenterie. On les dessche et on les pulv-
rise pour les appliquer sur les ulcres , ou pour arrter
les hmorrhagies. On les emploie encore avec succs
pour les taches de rousseur, les excroissances la ra-
cine des ongles, les panaris, les tumeurs calleuses de
l'anus, l'inflammation des testicules, les ulcres malins,
et les pustules appeles pinyctides. Incorpores avec
du crat , elles gurissent les brlures.
334 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXII.
Ad aures purulentas t foliis crematis utuntur, et
succo, et decocto. Comburuntur et in antidota. Item
cauliculi flore decerpti , in novo fictili operto cremati
in furno , dein triti ex vino. Et ambustis foliorum cinis
medetur. Inguen ne intumescat ex ulcre, satis est sur-
culum tantum myrti habere secum, non ferro, nec terra
contactum.
De myrtidano, xiii.
LXXXII. Myrtidanum diximus quomodo fieret. Vulvae
prodest , adpositu , fotu , et illitu. Multo efficacius et
cortice, et folio, et semine. Exprimitur et foliis succus
mollissimis in pila tusis, adfuso paulatim vino austero,
alias aqua caelesti : atque ita expresso utuntur ad oris
sedisque ulcra , vulvae , et ventris : capillorum nigri-
tiam , malarum perfusiones , purgationes lentiginum ,
et ubi constringendum aliquid est.
De mjrrto silvestri , sive oxymyrsine , sive chamaemyrsine , sive
rusco, vi.
LXXXm. Myrtus silvestris , sive oxymyrsine , sive
chamaemyrsine , baccis rubentibus et brevitate a sativa
distat. Radix ejus in bonore est , decocta vino , ad re-
num dolores pota , et difficili urinae , praecipueque
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIII. 335
Pour le mal d'oreilles avec coulement de pus , on
prescrit la cendre , le suc ou la dcoction des feuilles.
Cette cendre entre encore dans la composition des
antidotes , de mme que les tiges fleuries de myrte ,
brles au four , dans un pot de terre neuf, et broyes
ensuite dans du vin. La mme cendre est aussi un bon
remde pour les brlures. Pour empcher l'enflure qui
pourrait survenir dans l'aine la suite d'un ulcre , il
suffit de porter sur soi une jeune pousse de myrte que
la terre ni le fer n'aient pas touche.
Sur le myrtidanum , i3.
LXXXII. Nous avons indiqu ailleurs la manire de
faire le vin de m3rrte. En pessaire , en Uniment et eu
fomentation , il est bon pour les maladies de la vulve ,
et il a beaucoup plus de vertu que l'corce, les feuilles
ou les baies de myrte. On pile aussi dans un mortier les
plus tendres de ces feuilles , en les arrosant peu peu
avec du gros vin ou avec de l'eau de pluie : le suc
exprim de la sorte s'emploie pour les ulcres de la
bouche, de l'anus, de la vulve et du ventre; pour tein-
dre les cheveux en noir, dissiper les fluxions des joues,
effacer les taches de rousseur , et enfin dans tous les
cas o les astringens sont ncessaires.
Sur le myrte sauvage , autrement oxymyrsine , chamsemyrsinc
ou ruscus , 6.
LXXXIII. Le myrte sauvage, autrement nomm oxy-
myrsine ou chammyrsine , diffre du myrte cultiv en
ce qu'il est plus petit et qu'il porte des baies rouges.
On estime la dcoction de sa racine dans du vin pour
336 C. PLINII HIST. NAT. LIB. XXIII.
crass, et graveolenti : niorbo regio, et vulvarum pur-
gationi trita cum vino. Cauliculi quoque incipientes
asparagorum modo in cibo sumpti , et in cinere cocti.
Semen cum vino potum, aut oleo, aut aceto, calcules
frangit. Item in aceto et rosaceo tritum, capitis do-
lores sedat : et potum ^ morbum regium. Castor oxy-
myrsinen myrti foliis acutis, ex qua fiunt ruri scopae,
ruscum vocavit, ad eosdem usus. Et hactenus habent
se medicinae urbanarum arborum. Transeamus ad sil-
vestres.
HISTOIRE NATURELLE, LIV. XXIIL 3^7
les maux de reins et les diflGcuIts d'uriner, surtout
quand elle est paisse et d'une odeur forte. Broye dans
du vin , elle est bonne pour la jaunisse et pour nettoyer
la vulve. Ses jeunes pousses , manges en guise d'as-
perges et cuites sous la cendre, ont les mmes pro-
prits. Les baies, prises dans du vin, de l'huile ou du
vinaigre, brisent les calculs de la vessie. Broyes dans
du vinaigre et de l'huile rosat, elles calment les dou-
leurs de tte. En breuvage, elles gurissent la jaunisse.
Castor appelle ruscus le myrte sauvage feuilles pi-
quantes , dont les villageois font des balais. Ses usages
sont les mmes. Voil ce que nous avions dire sur les
vertus mdicinales des arbres cultivs : nous allons pas-
ser celles des arbres sauvages,
XIV. aa
NOTES
DU LIVRE VINGT-TROISIME.*
n commenant ces commentaires sur la matire mdicale de
Pline , nous croyons devoir prvenir que nous nous bornerons
signaler les proprits thrapeutiques qui semblent aujourd'hui
incontestables aux modernes, ou bien celles qui sont rationnelles
et fondes sur la constitution chimique des substances mentionnes
par l'auteur latin. On conoit que, si nous voulions relever toutes
les assertions hasardes renfermes dans cet ouvrage , nous fe-
rions un travail long et fastidieux , qui n'aurait aucune utilit
relle. Nous ne ferons d'exceptions que pour les cas qui expli-
quent un prjug encore en crdit en Europe par un prjug
consacr dans les crits du naturaliste romain.
I. Chap. m , page 206, ligne 14. Folia vtm et pampini
capis dolores , etc. Ce paragraphe tout entier est traduit de Dio-
scoride (v, i) ; nous aurons trs-frquemment occasion de signa-
ler de semblables emprunts. Pline a pris toute sa physiologie
vgtale et sa botanique Thophraste , comme il a emprunt
toute sa matire mdicale Dioscoride. Caton, Columelle et
Varron lui ont fourni la plus grande partie de son agriculture ,
ainsi que les rgles qu'il a traces pour l'horticulture. On s'est
demand lequel de Pline ou de Dioscoride avait prcd l'autre ,
et nous nous tonnons qu'on ait pu douter que Pline ait t le
vritable compilateur des crits de son devancier. Les Romains
ont t chercher les sciences et les arts en Grce , et le natura-
liste romain, en s'emparant de tout ce qu'il y avait dans les crits
des Grecs , n'a fait qu'user du droit de conqute.
* Toutes les notes des livres xii xxni inclasiveraent sont dues
M. Fe.
NOTES DU LIVRE XXIII. BSg
Tout ce que Pline dit ici des proprits mdicinales de la vigne
n'a rien de rel. Les feuilles et les vrilles ont une saveur acide
trs-marque , mais leur action sur le corps humain est peu
prs nulle. 11 en est de mme de celle de la sve de la vigne ,
laquelle notre auteur attribue la proprit de gurir les ulcres ,
d'agir comme dpilatoire , etc. L'corce de la vigne , ainsi que les
feuilles contenant une faible quantit de tannin, pourraient, dans
certains cas , arrter les hmorrhagies : Cortex vitium et folia
arida , vulnerum sangutnem sisiunt , ipsumque vunus conglulinant.
2. Page 208 , ligne 7. Vitis alb riridis tus succo impeti-
gines tolluntur. Cette vigne blanche ne peut tre la bryone , dont
les proprits mdicinales ont une grande nergie ; c'est tout
simplement une varit fruits blancs de la vigne sauvage.
Cf. plus loin la note 6.
3. Ligne 8. Cinis sarmentorum vitiumque et vinaceorum , etc.
Cette cendre alcaline ne diffre gure de celle qu'on obtient
de l'incinration des autres vgtaux. Avant que la chimie ait t
fonde sur des bases solides, c'est--dire avant les glorieux-
travaux de l'illustre et malheureux Lavoisier , on attribuait aux
cendres les mmes proprits qu'on accordait aux plantes qui les
avaient fournies, et il en rsultait d'tranges bvues. Au reste, dans
ce passage, Pline, en parlant des proprits de ces cendres alca-
lines , n'est pas fort loign de la vrit , puisqu'il les repr-
sente comme une sorte de caustique. Il est remarquer pourtant
qu'il les indique comme fondantes l'intrieur; mais, comme il
prescrit de les arroser avec du vinaigre , la dcomposition des
sous-carbonates de potasse et de soude donne lieu la formation
d'actates de ces mmes bases. Or, on voit encore une foule de
praticiens estimables ordonner, dans les engorgemens du foie, de
la terre folie de tartre (actate de potasse). Cf. sur les diverses
assertions renfermes dans ce chapitre , Dioscoride au ( passage
cit) , Marcellus Empiricus (chap. 28) et Plinius Valerianus (il,
i8; m, 22, 36 et 5i).
4 l^ psige 210, ligne 4* Omphacium, quafieret ratione inci-
pentis uv pubertate , in unguentorum loco docuimus. Pline en a en
effet parl au livre xii. Cf. la note 108. Cette composition,
22.
34o NOTES DU LIVRE XXIII.
dont les prupritcs devaient tre fort variables , tait faite soit
avec le raisin de la vigne amminenne, soit avec celui de la vigne
pythiennc. Voyez les noies 23 et 176 du livre Xiv, sur ces deux
sortes de vigne.
5. V, page 210, ligne i5. Ojnphacio cohret nantht , quant
vtes slvesires ferunt. Pline en a trait au livre xil. Cf. la note 1 10
de ce mme livre , et la note 206 du livre xiv. YJnanihe n'est
autre chose que la fleur de la vigne , dont l'odeur est dlicieuse.
Ses proprits mdicinales sont dpourvues d'activit , et tout ce
que notre auteur en dit est dpourvu de vraisemblance. Les
cendres de Vnanlhe sont alcalines. Cf. plus haut, la note 3.
6. Ligne 18. / ex alba vite rfrigrai (^nanthe). Cette vtis
tdba n'est pas la vigne blanche, Bryonia alba des botanistes, mais
bien quelque varit de la vigne vin , fruits blancs. Pline ,
au livre xil , chap. 61 , a vanl Vnanthe de la vigne blanche, et
la met au dessus de la noire (Jd est fruclu , nigrai). Omnibus autem
ex alba labrusca prstantior, quam e nigra. Ici le mot labrusca ,
vigne sauvage , empche toute quivoque , et il s'agit bien de
deux varits de la vigne. Dans le passage de ce livre que nous
commentons , il n'y a non plus aucun doute. La fleur de la
bryone est inodore , et ne pourrait entrer avec avantage dans la
composition des parfums.
7. Page 212, ligne 8. Massaris odorihus tantum gigrutur.
Le massaris n'est autre chose que Vnanthe, ou fleur de la vigne,
rcolte en Afrique ; on lui donnait la prfrence sur tous les autres
parfums , cause de la suavit de son odeur. Cf. au livre xii la
note III.
8. VI , page 212, ligne 12. Maiurescentium auiem wc vehe-
mentiores nigr. La distinction que Pline tablit entre les pro-
prits des raisins noirs et celles des raisins blancs est rationnelle.
Le raisin noir contient dans son enveloppe un principe colorant
fort abondant, ainsi qu'un peu de tannin. Le raisin blanc n'offre
point de principe colorant, mais beaucoup de tannin. En gn-
ral , les raisins blancs sont