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Full text of "Histoire physique, économique et politique du Paraguay et des établissements des Jésuites"

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1^^— -^^ 



60001 0033M 



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■«"■ 






HISTOIRE 



DU PARAGUAY 



KT 



DES ÉTABLISSExMENTS DES JÉSUITES 



* •.' 



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HISTOIRE 



DU PARAGUAY 



KT 



DES ÉTABLISSEMENTS DES JÉSUITES 



•V 



DU MÊME AUTEUR : 



^Tmmmm écomoiii^ves ivi]» i^^ahAri^ve méridioivai.k. 

1" Étude : do Taliae ao Purasoay, Culture, CoDSommation et Com- 
merce. Mapport adressé à MM. les Ministres de riostructiou publique 
et des Finances. Avec une lettre sur rintrodoelfon do Tabar en 
France, par M. Ferdinand Denis, conservateur à la bibliothèque Sainte- 
Geneviève; des notes et deux gravures: gr. in-8*, Paris, 1851. 



noTiCE fvum la ▼■£ et w^mm tmayaux de m. aiihh 

WïïjAmmj eorretpondant de Vinslilut et du ^utéum d* histoire natu- 
relle, lue k rassemblée générale de la Société de géographie du 22 avril 
1853, in-8*. (Eitrait du Bulletin de la Société.) 

Fra^nenla d'an VOYAGE Ali PAmAGUAY, exécuté par ordre du 
Gouvernement. COBaldérallaos sor l^risiao de la PepolalleB. 
Lea iBdieBs Paya^nàa. Lus à TAssomblée générale de la Société de 
géographie du 23 décembre 1853, in-8*. (Eitrait du Bulletin de la So- 
ciété.) 

I«B DOCTEUR PmANCIA, DICTATEUR Dl PARAGUAY : Ma vic Ct non 

liea%emeBieBl. Br. in-4*à 2 col., Paris, 185(>. ( Elirait de la Biogra- 
phie universelle (Mivhaud), 2' édition/ 



. rAtIB. larftlMKAlK »E ■"* V* kOlCaAKO-BtZAftO, KUK DB L érLKON, J. 



-. 






HISTOIRE 



PHYSIQUE , ÉCONOMIQUE ET POLITIQUE 

DU PARAGUAY 



ET 



DES ÉTABLISSEMENTS DES JÉSUITES 



FAR 



L. ALFRED DEMERSAY 

CHARGÉ d'une MISSION SCIENTIFIQUE DANS L'AMBRIQUE MÉRIDIONALE 



lUSION CBMTBALB »■ VA «OCIÉTi DB OÉOSBAPIIB 
BB l'hiKTITOT aiSTOBlOOB DB BBÉtIL 
DOCTBt'B KM HiBBCIBB , BTO. 



OOflAgS ACCOMFASlt D*OI ATLU. 
DE Pliai JOITiriCATITIS IT D'un BIBUOtlAPIU. 



I^s fable*, loin d« grandir Im h o wi a. 
la aatara el Dien, rapcloMUt lonl- 

Labartinb, Miium. 



TOME PREMIER 



PARIS 

LIBRAIRIK DE L. HACHETTE KT C' 

m'E niilIRK-SAaRAZIM , If 

1860 







cl- I 



&^: 



A 



LA MÉMOIRE 



DE MON PÈRE ET DE MA MÈRE 



ALFRED DEMERSAY 



X lOTRODUCTION. 

d'un long voyage, je me propose de le décrire, et de 
faire Thistoire d'un gouvernement « merveilleusement 
adapté aux mœurs des [ndiens. » Que je sois resté à 
la hauteur de cette tâche didGcile, je suis assurément 
fort éloigné de le prétendre ; mais le lecteur voudra 
bien m'accorder — je l'espère — que, pour atteindre à 
mon but, je n'ai épargné ni leifteilles, ni les patientes 
et laborieuses recherches. Commencé au milieu des 
émotions provoquées par les splendeurs des régions 
tropicales, ce livre a donc été continué dans le silence 
de la retraite, dans la méditation des plus sérieuses 
pensées. 

En publiant la première livraison de mes Études éco- 
nomiques sur V Amérique méridionale^ j'écrivais : 

« L'histoire n'a pas dit son dernier mot sur le gou- 
vernement théocratique du Paraguay; et en ces temps 
de fièvre littéraire, où tant d'articles de rexmes ont été 
inspirés par de vieux auteurs, la question si controversée 
des Missions est restée à l'écart, obscure encore sur 
plus d'un point, avec des éloges excessifs et des critiques 
passionnées, mais sans rien perdre de son importance 
et de son intérêt. 

< Loin de là : cet intérêt et cette importance gran- 
dissent chaque jour; car, en dernière analyse, l'organi- 
sation intérieure des Réductions fondées par les Jésuites, 
représente une des formes de l'organisation du travail 



INTRODUCTION. Xi 

en commun , c'est-à-dire un des termes du problème 
redoutable qui a surgi tout à coup du sein de nos luttes 
politiques, et pour les effacer (1). » 

Je relis ces pages qui datent de plusieurs années déjà, 
et je trouve qu'elles expriment encore toute ma pensée. 
Ce qui était vrai en 1851, n'a pas cessé d'être vrai 
en 1 859. D'une part, les rares publications qui ont paru 
sur le Paraguay, toutes de circonstance, se sont attachées 
au présent sans se préoccuper du passé (2) ; d'autre 
part, si le calme s'est fait à la surface de la société, si 
la civilisation a repris sa marche sur le solide terrain 
des principes d'éternelle justice un moment en péril, 
on ne saurait affirmer l'extinction entière de fausses 
doctrines, de décevantes illusions, tour k tour domi- 
nantes, ou repoussées l'une par l'autre. A tous ces 



(1) Études éeùnomiques twr tÀmérique méridionale. Première étode : 
Dm Tabac au Paraguay , Culture, Coosommation et Commerce, a?ec une 
lettre sur Vtntroduetùm du Tabœ en France, par M. FerdiniDd Deois, 
coneenrateur de la bibliothèque Saiote-GeueTièTe. Paris, 1S51, gr. iu-S*, 
deux deesioB. 

(2) Je ferai uoe exception en fareur de l'ouvrage que M. Thomas J. Page 
Tient de publier sous ce titre : La Plaia, the argentine Confédération 
and Paraguay,..^ withmap and numerous eogravings, 1 vol. gr. in-8*, 
London, 1859. M. Page, ofOcier de la marine des États-Unis, président de 
la Commission scientifique dont j'ai cité plusieurs fois les travaux sur 
d'autres indications, consacre quelques chapitres aux établissements 
fondés par les Jésuites en Amérique. Je regrette que le récit de ses expé- 
ditions dans rintérieur des terres, me parvienne après Timprcssion de mes 
dernières feuilles, le lecteur y eût gagné une description plus complète 
du Grand-Chaco dont le commander Page a exploré les rivières: mais j*ai 
consulté avec fruit la grande carte qu'il a publiée plusieurs années avant la 
QirratioD de ses voyages , et je n'ai point omis de le dire. 



- ^ 



XII IfiTRODUCTION. 

titres, rhistoire delà domination des Jésuites au Para- 
guay n'a donc rien perdu de son intérêt. 

J'ai hâte d'en faire Taveu , je ne me suis jamais 
dissimulé les délicatesses de mon sujet. Parler des 
Jésuites, même de ceux de l'Amérique, est une entre- 
prise fort épineuse, grosse tout au moins d'une foule de 
suppositions. Et cependant, il faut bien qu'on le sache : 
quelqtfe opinion que l'on se forme de l'influence, des 
intentions politiques, ou des secrets desseins de la célè- 
bre Compagnie en Europe, on ne saurait méconnaître, 
sans injustice, les grands services qu'elle a rendus dans 
le Nouveau Monde à la cause de l'humanité. Envoyés 
pour soustraire les Indiens à l'avidité des conquérants, 
aux mesures vexatoires des gouverneurs, au bruit des pro- 
testations énergiques de l'évèque de Chiapa, les Jésuites 
ont accompli cette lourde tâche à travers des obstacles 
sans nombre, et des périls qui ont fait dans leurs rangs 
plus d'an martyr. Leur austérité a défié toutes les accu-* 
sations, toutes les calomnies ; et leur administration a 
laissé parmi les Indigènes des souvenirs sous la pression 
desquels leurs successeurs ont succombé (1). On a cri- 
tiqué vivement, je le sais de reste, le régime des Mis- 
sions, et je ne veux pas prétendre qu'il conviendrait à 

(t) Vojei ce qai> dit Tâdeo HaCnke des religieux qui les ont remplacés, 
dtos uu mémoire inséré à la suite de l*ouTrage de J. Areoales : Koiieioâ 
hUlàricas y deseripHvas $obr§ el gran pais del Chaeo y rio Bernujo, 
Buenos-Ayres, 183S, p. 411. 



INTRODUCTION. XIII 

une société comme la nôtre ; mais un peuple jeune, des 
hommes sans prévoyance, sans souci du lendemain, de- 
vaient être gouvernés par les moyens, avec les pompes 
qui conviennent à la jeunesse des peuples. La destruc* 
tion de TOrdre a donc laissé en Amérique un vide im- 
mense que les voyageurs sont unanimes à dénoncer. Sur 
tous les points Tceuvre sociale a disparu depuis long- 
temps; sur presque tousTceuvre matérielle achève de 
disparaître. On le verra plus tard : en peu d'années la so- 
litude s'est faite au sein de ces magnifiques établisse- 
ments ; les Indiens ont repris lechemin des déserts, et se 
sont dispersés dans les forêts ^e leurs ancêtres aliient 
abandonnées à la voix persuasive des hommes dont la ré- 
putation de mansuétude et de charité était parvenue jus- 
qu'à eux. Il faut excepter de ce tableau l*fitnt du Para- 
guay, que son isolement depuis Tlndépendance a pré- 
servé de la manie des révolutions presque endémique 
dans les anciennes colonies de TEspagne, et qui grâce à 
cette tranquillité traditionnelle — chèrement achetée — 
a conservé intacts les monuments de la grandeur et des 
richesses de TOrdre fameux dont le nom restera désor- 
mais inséparable du sien. Il m'a donc été permis d'é- 
tudier sur place le régime institué de toutes pièces par 
les fondateurs des Missions, car U a subsisté jusqu'au 
7 octobre 18i8. Ce jour-là un décret présidentiel a 
paru, qui déclare ct/oyeni delà République les Indiens de 



xnr INTRODUCTION. 

tous les villages, les fait rentrer dans le droit commun « 
supprime leur juridiction particulière, établit de nou- 
velles autorités , etc. (1). J'ignore, à Theure qu'il est, 
les conséquenees de cette mesure prise par le président 
Lopez , sous rinfluence d*mae révolution européenne 
que Fun de ses ministres s'est chaîné de qualifier du 
haut de la tribune; et l'expérience dira bientôt si les In- 
diens affranchis des travaux de communauté {communir 
dad)f se sont rendus dignes de la liberté qu'on leur a 
octroyée avec des phrases d'un libéralisme sonore, dont 
j'ai quelque raison de me défier. 

CSAtes, nous tenons compte au président Lopez de ses 
intentions fatoyamment exprimées, mais il ne doit pas 
se le dissimuler, ce ne sera pas pour lui chose simple 
et facile de bouleverser de fond en comble, de mettre 
à néant l'œuvre séculaire d'excellents observateurs. 



(1) Stns Tooloir traiter dans cette note un point important degéographie 
politiqiia4wr leqael noas aurons à revenir, «t tout en laisiant de côté les 
queêtione encore pendantee de délimitation territoriale, nous derons 
dire ici qqt les trente TÎJIages {pueblos) (fti composaient ce qoe Ton a 
appelé <c Tempire gnaranique, » sont de nos jours répartis de la manière 
suirante : ceux qui sont situés sur la rive gauche de PUruguay, daus la 
province de Eio-Grande du Sud, appartiennent au BrésQ : ils sont au nombre 
de sept. On coosidiite les quinze bourgades élevées dans TEntre-Rios, c'est- 
à-dire entre FUruguay et le Paranà, comme faisant partie de la Confé- 
dération Argentine. Ces dernières ont entièrement disparu, tandis que celles 
do Brésil offrent encore çà et là des ruines de monuments extrêmement 
remarquables. EnGn, huit Mbsions sont enfermées dans le Paraguay pro- 
prement dit. Celles-lè, les guerres civiles les ont respectées; leurs édifices 
ioot toujours debout; et, ainsi que je viens de le dire, leur régime admi- 
nistratif a fonctionné presque sans modification depuis Torigine jusqu'au 
T octobre iSid. 



INTRODUCTION. xv 

d'hommes profondément habiles, que les écrivains, les 
savants ft les voyageurs de tous les pays s'accordent à 
louer dans une unanimité trop entière pour être Teffet 
du hasard, ou Texpression d'une opinln préconçuOé 
Ici, les noms que je pourrais citer se pressent en foule 
sous ma plume : Voltaire, Raynal, Montesquieu, Juan 
y UUoa, Angelis, Ferdinand Denis, Humboldt, Tadeo 
Haënke, A. de Saint-Hilaire, A. d'Orbigny, Robertson, 
Koster, Vambagen; combien d'autres encore ! 

Je poursuis le dépouillement des témoignages que j'ai 
recueillis, et j'en trouve un qui ne paraîtra pas suspect 
de partialité dans cette phrase d'um lettre adresséSpar 
Carvalho de Mendoza , gouverneur général du Maran-^ 
hâo, à son frère le marquis de Pombal, le grand marquis, 
l'ardent promoteur du décret de proscripllin de 1767 : 
c II m'est impossible de soumettre ces Pères ; leur 
politique et leur habileté défient tous mes efforts, et la 
force de mes armes. Ils ont donné aux sauvages des 
coutumes et des habitudes qui les attachent à eux indis- 
solublement. » 

J'arrive maintenante l'exposition du plan de ce livre. 
Et d'abord, il était impossible de séparer l'histoire des 
Missions de celle tout aussi peu connue du Paraguay 
proprement dit. Il y a plus : la terre sur laquelle se sont 
accomplis les événements dont j'entreprends la narra* 
tion était si hermétiquement close depuis un demi-siècle, 



XTI INTRODUCTION. 

les données que possède la science économique sur ses 
ressources m*ont paru si incertaines, que je ne déter- 
mine à faire précéder mon récit des obsenrations que le 
caractère mène de la mission dont j'étais chaîné me 
Caisait un devoir de recueillir. Je ne crois pas me 
tromper en avançant qu'il est difficile, de nos jours, au 
milieu des aspirations de ce siècle positif et désireux de 
tout connaître, d'écrire Thistoire d'un pays en laissant 
de côté la description du sol sur lequel se sont déroulés 
les faits que l'historien veut exposer; la connaissance de 
ses richesses naturelles, de ses productions organiques 
et inorganiques considérées au point de vue économi- 
que, c'est-2Hdire pratique et commercial ; la climatologie 
et les phénomènes delà physique du globe, d'une impor* 
tance de prraiier ordre dans la question de l'immi- 
gration; l'étude de la faune; les caractères enfin de 
la race à laquelle appartient le peuple dont il s'agit 
de raconter la vie politique, les mœurs et les insti- 
tutions. Il y a, en un mot, qu'on me passe cette expres- 
sion, il y a nécessité de décrire la scèue, avant de parler 
des acteurs. En efiet, on ne saurait trop le répéter, 
rhomme est placé dans une étroite liaison par rapport 
à la nature. Le monde physique au sein duquel il vit, 
agit et réagit incessamment sur lui, et à son insu. Un 
des membres \?s plus laborieux de l'Institut de France, 
avec lequel je me félicite de me rencontrer en parfaite 



I 

r" 

INTRODUCTION. XVll 

communauté d'idées etde sentiments, Ta dit: «Jusqu'ici 
on ne VfUlait voir dans l'humanité, que la reine de ce 
monde, et Ton oubliait que le monarqae dépend encore 
plus de ses sujet8,4|ue ses sujets ne dépeftdent de lui... 
L'homme lui-même n'est qu'un agent, agent principal 
sans doute, grande roue de la machine, mais qui subit 
les réactions et transmet les mouvements des autres 
parties du mécanisme général. Ces autres parties, c'est 
dans la nature physique, dans les règnes organique et 
inorganique, qu'il faut les aller chercher. Les influences 
dues aux actions extérieures qui entourent l'homme et le 
dominent d'autant plus qu'il est moins civilisé, donnent 
naissance aux conditioal sous l'empire desquelles, 
chaque race, chaque individu, grandit et se déve- 
loppe (1). > Désormais, la géographie se liera étroite- 
ment à l'histoire, car la géographîa telle que l'ont faite 
Malte-Brun, Karl Ritter, Balbi, a cessé d'être celte 
nomenclature étroite, aride, que l'on enseignait exclu- 
sivement à l'enfance, il y a peu d'années. Nulle science 
plus vaste, car elle embrasse touteÉ les branches 
des sciences naturelles, ou du moins elle les résume 
toutes. La géographie est encore le plus puissant 
auxiliaire de l'écosomie poyiique, puisqu'elle indique 
la source des richesses dont cette dernière étudie le dé- 

vl)ALracoMÀuaT, La Terre et l'Uomme, Paris, 18^7, ia-IS. Préface, 
p. 6. 



i- 



xvui INTRODUCTION. 

veloppement, la mise en œuvre et la transformation. 

Ces considérations, d^autres que j^abordeitf tout à 
rheure, m^ont Mnduit à diviser VHUtoire du Paraguay 
et de$ Établissements des Jésuites en foatre parties : .. 

1. Partds géographique ( Géographie physique et 
politique ;. 

IL Partie économique (Agriculture, Industrie, Com* 
mcrce). 

III. HiSToms DU Paraguay. 

IV. Histoire et Archéologie des Missions. 

Le Paraguay, isolé du reste du monde en sortant 
des mains de TEspagne, par la politique égoïste d'un 
tyran fantasque, a servi de texte à des récits exagérés et 
qui touchent de près au merveilleux. Les richesses 
naturelles, Tabondance des matières premières que peut 
fournir à Tindustrie et aux manufactures de TEurope, un 
pays fermé pendant un demi-siècle , ont augmenté en 
raison de la distance, et d'une curiosité surexcitée par 
rimposaîbilité de se satisfaire; et je répéterai ce que 
j'écrivais en tèle d'un rapport adressé à MM. les mi- 
nistres de l'Instruction publique et des Finances : 

« ... Je ne me fais pas illusion d'ailleurs sur Timpor-p 
tance à tous égards de cette partie èa Nouveau Monde, 
et l'intérêt qui s'attache à son nom est avant tout, il 
faut le dire, un intérêt de curiosité. Un emprisonnement 
continu durant trente années, d'extrêmes difficultés de 



INTRODUCTION. xix 

communications depuis la cessation de cet odieux sys« 
tème, Tétoignement qui prête aux choses une impor- 
tance et des formes souvent trompeilieSy ont laissé 
croire à des destinéts auxquelles le Paraguay ne saurait 
atteindre. Je garde donc l'espoir de rectifier des idées 
fausses, de dissiper quelques illusions, en faisant con- 
naître ses ressources avec sincérité» sans dénigrement 
et sans flatterie. » 

Je suis heureux de le reconnaître, la partie descrip- 
tivede cet ouvrage devra tout son intérêt aux communi- 
cations du naturaliste célèbre que les sciences ont perdu 
récemment. Je veux parler de M. Aimé Bonpland, dont 
le nom reviendra plus d^e fois dans le courant de 
ces pages. J'ai retrouvé en Amérique le compagnon de 
voyage de TUIustre Humboldt, qui a peu survécu 
lui-même à son meilleur ami. J'étais à peine installé 
dans son habitation d'une simplicité antique, que 
M. Bonpiand mettait à ma disposition, sans réserve, le 
volumineux journal où il consignait chaque jour, 
depuis trente années, le résultat de ses observations. 
J'y ai puisé, mais avec discrétion, et je conserve par 
devers moi l'assurance d'avoir rarement laissé échapper 
l'occasion de restituer ce qui appartient à l'excellent 
homme dont la modestie égalait le savoir (1). 



(1) Je dirai plus loin quelques mots des mauuscrits et des col I celions 
laiss.^8 à sa mort par M. Bouplaud. 



\\ INTRODUCTION. 

Ceci posé, ce programme plus ou moins complète- 
ment rempli, que restera- t-il da voyageur? Rien, ou 
peu de chose. |1 dira ici toute sa pensée : plus il avan->* 
çait dans Tétude de son sujet, pIuB se déroulait dans 
ses souvenirs la nature splendide qu'il avait k peindre, 
plus les événements qu*il interrogeait grandissaient 
en importance, moins lui a semblé opportune la 
publication revisée, toujours facile, d*un journal de 
voyage. Il a craint la défiance souvent injuste, quel- 
quefois légitime, d'un public incrédule ou blasé à 
Tendroit des aventures par lesquelles passe le voya- 
geur en franchissant le seuil du foyer domestique. 
Comme si la fiction trop iibuveot ne restait pas au- 
dessous de la vérité! Cependant, on trouvera plus 
loin un court résumé de mon séjour en Amérique, 
et je dirai quelques mots des circonstances auxquelles 
j*ai dû de pouvoir pénétrer dans un pays jusqu'alors 
fermé aux regards des étrangers. 

Des pièces justificatives, la plupart inédites ou peu 
connues, des documents recueillis dans les archives des 
Missions ou dans les bibliothèques de l'Europe, vien- 
droqt à l'appui de mon opinion sur les choses, et de 
mes jugements sur les personnes; et l'on trouvera à la 
fin de l'ouvrage l'indication des sources que j'ai consul- 
tées, lorsque j*ai eu à parler du passé. J'ai cherché à 
rendre cette bibliographie qfioins aride à l'aide de 



INTRODUCTION. XXI 

noticM^biographiques sur les historieDS les plus impor^ 
tants et les moins connus. La plupart appartiennent, 
on le prévoit d^avance, à Tinstitut de Loyola. J'em- 
prunterai ces notices à la Biographie univertelle pour 
laquelle je les ai rédigées (1). 

Un atlas et des cartes doivent accompagner aussi 
YHisloire du Paraguay. Les unes sont destinées à faire 
connaître la position astAmomique, Thydrographie, la 
géographie politique de cette région méditerranée ; 
les planches êb Tatlas reproduiront les ruines incon- 
nues des monuments élevés par la* puissante Société, 
et qui disparaissent peu à peu depuis tantôt un siècle 
sous la végétation envahissante des Tropiques ; la phy-^ 
sionomie, les coutumes des Indigènes indépendants ou 
soumis que nous avons observés ; enfin , les traits des 
personnages célèbres à divers titres dont le nom doit 
reparaître plus d'une fois dans mon récit. C'est aux 
instances pressantes, réitérées, de mon vénérable ami 
M. Bonpland, que je dois d'avoir repris le crayon que 
j'avais quitté en même temps que le collège; je ne 
l'ai pas oublié. Mes premières tentatives dans cette voie 
m'ont coûté des efforts que je le remercie chaque jour 
d'avoir provoqués. 

Le titre inscrit en tête de ces pages l'annonce, je dois 



(1) Biographie unij)erseHe {Miehaud), V édit. Voy. les tri. Foms, 
GcKVABA, GozHAii (ftoy Diaz de), Hiinxi, Indakti, LozAMo^MinuTOBi, etc. 



XXII INTRODUCTION. 

faire Tbistoire abrégée de la domination espagople au 
Paraguay, depuis sa découverte jusqu'à la présidence 
qui a recueilli l'héritage du trop fameux docteur 
Francia, dont le despotisme a fait regretter amère- 
ment le régime qui l'avait précédé. On trouvera mes 
appréciations sévères ; à ceux qui connaissent la vérité, 
elles sembleront équitables. Les anciennes colonies de 
l'Espagne sont toujours, et 4epuis bien des années, 
dans le pénible enfantement de pouvoirs réguliers. 
De l'état calme et relativement prospèie dans lequel 
elles vivaient sous l'ombrageuse tutelle de la Mé- 
tropole» elles sont tombées pour la plupart dans l'anar- 
chie semi-séculaire où nous les voyons se débattre et 
épuiser leurs dernières forces, sous les regards atten- 
tifs de la race anglo-saxonne qui convoite leurs dé- 
pouilles. Du nord au midi, du Mexique au Rio de la 
Plata, quel navrant spectacle elles offrent au Monde ! 
Quel enseignement salutaire au Brésil ! Nulles lois ci- 
viles; toutes les lois remplacées par la volonté d'un 
seul homme; nulles garanties pour l'existence comme 
pour la fortune des citoyens; rien de fixe, rien de 
régulier dans les rouages comme dans la marche de 
ces Constitutions éphémères» qui, avec des dehors 
démocratiques , servent de masques aux plus effroya- 
bles appétits. Telle était la situation du Paraguay sous 
le capricieux despotisme de Francîa; telle était celle de 



INTRODUCTION. x\lil 

Bu6QOS*Ayres sous la dictature plus intelligente mais 
non moins personnelle du général Rosas : et, malgré 
les généreux efforts du président Urquiza pour mettre 
fin à d'interminables guerres intestines; malgré Tinau- 
guration d'une politique de tolérance et de liberté* com- 
bien les peuples Argentins doivent comprendre qu'ils 
n'étaient pas mûrs pour la forme de gouvernement issue 
des luttes héroïques è^ l'Indépendance 1 L'histoire de 
chaque jour, les faits plus éloquents que les paroles, les 
aveux mêmes des écrivains qu'ils enfantent inces- 
samment, vengent l'autorité royale des reproches in- 
justes sous lesquels elle a succombé (1). Est-ce à dire 
que l'organisation coloniale imposée par le cabinet de 
Madrid fût exempte d'abus et même de vices? Loin de 
nous une pareille pensée si contraire à l'évidence : nous 
croyons seulement que la calomnie en cette circon* 
stance est Tenue en aide à la vérité,' pour faire table 
rase, pour saper des institutions qu'il eût été plus oppor- 
tun et plus sage d'améliorer que de détruire. 

Qu'on veuille bien s'en souvenir : je suis dans le 
Nouveau Monde, et j'entends y rester. Je ne fais pas le 
procès à des institutions dont il doit être permis, après 
tout, de ne pas proclamer l'excellence, quand on a vu 

* 

(1) D. J. Sabhidito, Civilisation et Barbarie^ Paris, 1853; — Maga- 
tisot CnvAirris, Sstudioi kiiloricoi, polit(co$ y iociaUs iobre el Rio 
de la PUUa, Paris, 1854. Voy. p. 340, d la note, uoe ciUtioa empraa- 
tét ra premier de ees tateors. 



XIIV INTRODUCTION. 

leur mise en ceuTre, et ses tristes résultats. La piiesse 
européenne s'est levée tout entière contre Tempressc* 
ment sauvage qui porte les despotes américains à se 
débarrasser d'un ennemi incommode « dangereux, ou 
simplement suspect ; et Ton comprendra qu'un voya- 
geur flétrisse ce mépris de la vie des hommes, 
qui tend à s'ériger par delà TOcéan en système gou- 
vernemental. Mais ce voyageur^ vise pas plus haut : 
il laisse à d'autres le vœ victis, cette connnode 
maxime dont la pratiquât toujours sans danger, est 
bien rarement sans profit. 

Chemin faisant , j'aurai l'occasion d'apprécier 
la conduite politique de quelques hommes qui diri- 
gent souverainement encore les affaires de leur pays. 
Tout en parlant avec liberté de leurs actes, j'espère ne 
jamais m'éloigner du respect que je dois à leur caractère. 
Cette déclaration s'adresse particulièrement au président 
Lopez, que j'ai eu l'honneur d'approcher, et dont la 
famille n'a cessé de se montrer à mon égard pleine 
d'affectueuses prévenances et d'attentions délicates. 

En terminant cette Introduction, je dirai quelques 
mots des motifs qui ont retardé la publication de mon 
livre. Je l'avoue, le sujet que je me proposais de trai- 
ter, a grandi peu à peu dans des proportions, a né- 
cessité des recherches que je n'avais pas prévues 
en l'abordant. Puis, si les ouvrages édités sur les 



INTRODUCTION. XXY 

Missions depuis le bannissement de leurs fondateurs 
sont assez rares» les Jésuites en ont publié eux-mêmes un 
bon nombre avant cette époque : et, quUque décidé à 
n*y prendre que ce qui me paraîtrait digne d'être lu, je 
me suis résigné à tout lire, suivant le précepte do This- 
torien Duclos. Cette méthode m'a permis plus d'une 
fois de m'abriter derrière des autorités moins contes*- 
tables que la mienne, et de m'effacer pour leur laisser 
la parole. J'ajouterai enfin — en laissant de cêté les 
lenteurs de l'exécution matérielle qui ont bien leur 
importance pour quiconque imprime en restant presque 
constamment éloigné de Paris — j'ajouterai que des 
fonctions publiques acceptées au moment où la société 
avait besoin de tous ses défenseurs (juin 1849), et 
volontairement résignées quelques années plus tard, 
ont aussi contribué à cet ajournement. Je passe sous 
silence les motifs personnels et dès lors sans intérêt, de 
ce renoncement momentané à la carrière administra- 
tive : nmile ad un amante maltrattato dalla ma bella^^ 
lascio lapol^ka ov*ella sta, e parla £altro (1). 

Paris, 25 août 1859. 

Dans le courant de Tannée 1844, je reçus du Dépar* 

(i) s. Pnuoo, Le wu PrigionU 



nn FEUILLES DÉTACHiES 

tement de riastruction publique alors dirigé par 
un des maîtres illustres de la vieille Université (1), 
la mission c|i visiter certaines parties peu connues 
de rAmérique. Mes instructions me prescrivaient de 
pénétrer au Paraguay à travers les provinces méri- 
dionales du Brésil ; d'étudier sous ses différents aspects 
un pays jusqu'alors fermé aux investigations des voya- 
geurs; de recueillir des renseignements sur sa situation 
économique et commerciale ; et d'explorer enfin au 
doiible point de vue de Tarcbéologie et de Thistoire, les 
Réductions guaranies fondées sur cette terre mysté- 
rieuse que Ton a assez justement appelée du nom de 
Chine américaine. 

Le ministre adjoignit à ma mission M. J. Treil- 
bard (8 j, et nous primes passage tous les deux à bord 
du vapeur de guerre «Fulton » commandé par M. Ma- 
zères, lieutenant de vaisseau (3). Le 4 décembre, le Fui» 
ton, après une longue série de retards, quittait enfio 
la rade de Brest, et tout aussitôt nous étions en proie, 
mon compagnon de voyage et moi, sans repos ni trêve, 
aux douloureuses étreintes de ce mal borrible et qui 
pis est, ridicule, que Ton appelle le mal de mer 1 Tout 
a été dit sur cette souffrance humaine, à laquelle il ne 

(1) M. Villemain. A une époqae où la mobilité des éYéoemenU efface 
si vite le souTenir des personnes , j^éproQTe quelque satisraction à rappeler 
cette circonstance déjà loin de nous. 

(2) Petit-fils du Directeur, et fils du Préfet de police de ce nom. 

(3) Uo troisième passager se rendait ea même temps q«e notas en Amé- 
rique; c'était M. Durand de Mareuil chargé d'Affaires de France h Buenos- 
Ayrcs. Recommandable par d'émincntes qualités personnelles, ce jeune 
diplomate allait se trouver aui prises quelques mois plus- tard arec d'inei- 
thcables complications. 



D*UI9 JOURNAL DE VOYAGE. XXTII 

serait pas juste d'appliquer le précepte médical : w* 
blatd camâ^ toUUur effectus, car — ce que Ton ignore 
généralement — bon nombre des symptômes du mal 
de mer*^ de ce malaise implacable, abrutissant, qui 
retire à Thomme toute énergie, toute pudeqr à la 
femme, persistent encore plusieurs jours après le dé- 
barquement. Aussi, sans rappeler davantage ces cruels 
souvenirs, nous débarquerons à Sainte-Croix-de^Téné* 
riffe où notre bateau jeta Tancre après treize jours d'une 
navigation entravée par ce cortège de contre-temps qui 
assaillent quiconque s'aventure sur c Tonde amère , » 
pour parler le langage des poètes. Bien amère en 
effet! 

Tous les marins relâchent [à Ténériffe, et tous ont 
raconté Timpression produite par la vue du pic gigan*- 
tesque qui émerge du sein des flots à trente ou quarante 
lieues de distance. Pour nous, j'en fais l'aveu sans 
rougir, nous débarquâmes assez insensibles à l'aspect 
grandiose et sévère que donnent à l'île les roches dénu- 
dées de lave et de granit, mais fort en peine de trouver 
un hôtel pour nous refaire d'un jeûne rigoureux qui 
durait depuis deux semaines. 

Bientôt installés dans la meilleure postula de la ville, 
les quelques jours dont notre commandant avait be« 
soin pour embarqueir son charbon, furent employés à 
parcourir le pays, et à prendre de nouvelles forces en 
vue de la lutte que nous allions soutenir pendant un 
mois tout entier dans notre traversée océanique. En- 
fin, le 23 janvier nous découvrons le Nouveau Monde, 
nous doublons le cap Frio, et quelques heures après,. 



IXTIIl VEUILLES DéTACHl^.ES 

le Fulton donne dans l'entrée de la baie magnifiqoe 
de Ganabarâ (1). Le soleil à peine descendu au-des- 
sous de rhofizon, la nuit s'est faite : assis à Tavant do 
navire, je cherche à découvrir à travers les ténèbres l'as- 
pect de la terre féconde que je dois explorer. Le lende- 
main, le soleil éclaira de ses rayons torrides les magni- 
ficences d'une mer intérieure assez vaste pour contenir 
les flottes du monde entier, et fermée à l'horizon par une 
chaîne de montagnes dont les pitons affectent la forme 
d'un buffet d'orgues garni de ses tubes inégaux et régu- 
lieris (2) ; à gauche, la figure du géant couché qui rap- 
pelle les nobles traits de Louis XYI ; le morne en pain de 
sucre derrière lequel dort abritée l'eau des lacs voisins 
du Jardin botanique; le Corœvado^ Tune des plus 
hautes montagnes du Brésil (3) ; puis, l'opulente cité 
de Rio qui borde la plage dominée par la chapelle de 
No$$a Senhora da Gloria^ et les édifices imposants de ses 
monastères. A droite la ville de Nitheroby, capitale de 
la province, étale ses maisons blanches aux volets verts, à 
la toiture écarlate; devantnous,desiles sans nombre, de 
toutes les dimensions, couvertes d'une végétation luxu- 
riante, cachent aux regards les échancrures profondes et 
les contours harmonieux de la baie; à nos côtés enfin, 
des pirogues creusées dans le tronc gigantesque d'un 
arbre centenaire, poussées par la brise qui enfle leur 
voile latine, ou par le mouvement cadencé de la pagaie 



(1) Nom de la baie de Rio de Janeiro daos la langue des lodieos Ta- 
pit qoi TÎYaieot sur ses bords lors de la découverte. 

(2) Aussi est-elle appelée Serra dos Qrgdos, 

<3) lie Corrovado (litlér. bossu), a une éIcTation de 2,329picds. 



d'un JOURltAL«DE VOYAGE. UIX 

que.foDt mouvoir les bras vigoureux d*UD nègre bariolé 
de couleurs tranchaDtes» accostent pour offrir à ^équi-^ 
page les fruits inconnus, étranges, des contrées équi- 
Qoxiales. Quel spectacle t Quellesr grandeurs inépuisa- 
bles! 

La France était représentée à la Cour du Brésil parle 
comte Eugène Ney, un caractère loyaU un esprit sé- 
rieux qui s'était fait connaître comme écrivain avant 
d'embrasser la carrière où la mort l'arrêta court presque 
au début. Les médecins avaient envoyé notre chargé 
d'ÂfiEûres chercher un allégement à ses souffrances sous 
un ciel plus clément, au milieu des solitudes magiques 
de la Serra des Orgues, et ce fut là que nous allâmes 
lui remettre les lettres ministérielles dont nous étions 
porteurs. Lorsque H. Ney se décida enfin à écouter les 
conseils de ses amis, lorsqu'il abandonna son poste pour 
levenir auprès des siens, il était trop tard. L'air du pays^ 
natal, édite suprême et dernière ressource, fut impuis* 
sant à le sauver, et il succomba peu de noois après son 
retour en France. 

Notre hôte descendit, quelques jours après nous, vers 
les plages brûlantes de hk ville où le rappelaient ses fonc- 
tions. Des événements d'origine et de nature différentes, 
venaient, en effet, de signaler les premiers mois d'une 
année qui comptera au nombre des plus heureuses 
pour le beau pays qui portait au xvi* siècle le nom de 
France antarctique (A). 

(1) Sovs le titre de France antarctique, André Thevet, cosmograph» 
et garde de$ SingulariteiduRcy, a publié vers 1558, une description det 
mer? eUks du Brésil. A Thevet, disons-le en passant, à Thevet, voyageur 



FEUILLES DBTACHÉES 

Ua héritier était oé depuis plusieurs semaines à la 
maison de Bragance, et quelques jours après là uais- 
sance de ce prince, les révoltés de la province de Rio- 
Grande du Stid faisaient leur soumission entre les mains 
du général Caxias, commandant en chef de Farmée. 
Ainsi, d'un côté la base du trône s'élargissait; de Tautre, 
l'empire américain longtemps menacé, un moment en- 
tamé par le fédéralisme, retrouvait sa force et son inté- 
grité dans la soumission de sujets rebelles, généreuse- 
ment amnistiés par le souverain. 

Le baptême de l'enfant impérial avait été remis au 
S5 mars, jour anniversaire de la prestation du serment 
à la Constitution. L'impératrice avait besoin de ce sur* 
sis : elle n'est pas devenue mère sans douleurs; les con- 
ditions de l'humanité sont immuables. Mais la Faculté 
de Paris compte d'habiles représentants au Brésil, et 
grâce au savoir, à la vieille expérience du docteur 
Peixoto, grâce aux soins assidus de M. Sigaud, notre sa- 
vant compatriote, son médecin ordinaire,^ S. M. se ré- 
tablit promptement de la violente secousse qu'elle avait 
éprouvée. 

Ici, j'ouvre mon Journal de voyage^ et je lis : 

«Le palais de l'empereur, ancienne résidence des vice- 



Mitigible, pai8qQ*il oaTigua ei pérégrioê, poar nous serrir deseteipres- 
«oos, diirant treate-sii mm, revient rboQoear insigne d*aToiri^ le ppemier, 
rapporté des plaines de TAmériqne une lïerbe eslrangeà laquelle il donna 
répithète d^angoulmoitine , en sonrenir d*AogoaIéme sa ville natale. 
Cette plante, c^éuit le Petun des Indiens, c'éuit le Tabac : herbe étrange, 
eo effet, celle qui, réalisant les rères des alchimistes et créant des pjra- 
midet d*or avec un peu de poussière et de fumée, dit entrer annuelle- 
ment cent cinquante millions dans les coffres de TËtat ! 



d'un journal de voyage. lui 

rois, s'élève au etotre d'une place fermée par la rade. 
C'est un édifice assez vaste, mais massif, sans style et sans 
goût. Il fallut pour le transformer en démeure royale 
à l'arrivée de D. Joâo Yl, lui adjoindre une portion des 
bâtiments appartenant aux Carmes et au Sénat muni- 
cipal. Aussi la distribution des appartements laisse- 
t*elld beaucoup à désirer. En revanche, la baie de Ni* 
theroby déroule sous ses fenêtres djl admirables paysa^- 
ges éelairés par le soleil des Tropiques. 

c La chapelle impériale où les cérémonies de TÊglise 

« 

se sont accomplies, est d'unearchitectureplus grandiose. 
Élevée à coté de Téglise métropolitaine, elle occupe un 
dea angles de la place, et Ton avait construit depuis 
le palais jusqu'à l'entrée principale, à quelques pieds du 
sdJ, une galerie découverte, une sorte de chaussée sur 
laquelle s'ouvrait un large escalier. 

« A l'heure dite, suivant un programme dont les Brési- 
liens, gens d'étiquette, observent fidèlement les rigou^- 
reusea prescriptions, le cortège se met en marche. En 
ce moment, la place ofiVe au regard un curieux spec- 
tacle : les troupes adossées aux maisons dont les fe* 
néires livrent un étroit passage à des milliers dé tètes, 
cernent une multitude qui réunit dans ses costumes les 
couleurs les plus éclatantes. Sur les visages on re- 
trouve toutes les nuances du blanc, toutes les variétés 
du jaune, toutes les décroissances du noir. Çà et là, un 
élégant promène dans la foule sa toilette de drap et 
de satin. Etrange courage sous un ciel de feu t Je 
troquerais si volontiers mon frac étroit et mon chapeau 
emplnmé, contre ma jaquette de voyage et mon feutre 






XXXII FEUILLES DJTACHifES 

à larges bords ! Une impatiente cariosité agite ces phy- 
sionomies d'expressions si diverses , dont Texcessive 
mobilité se fixe bientôt dans un sentiment commun 
d*étonneroent et d'admiration. 

«La musique des écuries impériales s'avance d'abord, 
è travers les hallebardiers qui font la haie dans toute 
rétendue de la galerie. Ces musiciens sont esclaves. 
Dom Pedro I^, Ampositeur distingué, développa 
sans efforts leur intelligence musicale. Rarement, 
dit^'On, son bâton de chef d'orchestre déviait de ses at- 
tributions pour leur faire mieux sentir l'intervalle qui 
sépare le dièse du bémol. Leur riche livrée, habit de 
velours cramoisi galonné d'or, culotte et bas de soie 
blancs, s'harmonise avec la teinte africaine de leur 
peau. Us jouent Thymne national, œuvre de leur maî- 
tre, de façon à faire honneur à sa réputation d'éminent 
artiste. Puis vient une légion d'employés du palais, de 
personnages de tout rang, dont le dénombrement de- 
manderait plusieurs pages. Tous, grands et petits {mo^ 
res emenoret)^ jeunes et vieux, sénateurs, conseillers 
d'État, chambellans, députés, membres des municipa- 
lités, etc., étalent un luxe étouffant de broderies. 
Quelques minutes s'écoulent encore pendant lesquelles 
on voit passer sur des plateaux d'argent les objets né- 
cessaires au baptême, l'eau, le sel... Enfin, le prince 
parait sur les bras du grand chambellan {mordomo mor) 
suivi de près par l'empereur, et le défilé s'achève au 
bruit des hourrahs, des cloches et du canon. 

c La chapelle, entièrement tendue de draperies rouges 
à crépines d'or, est éblouissante de lumières. Les dames 



d'un journal de voyage. XXXUI 

et le corps diplomatique en habit de gala, en occupent 
les larges tribunes. La cérémonie commence aussitôt» 
et Tordre qui y préside est vraiment remarquable^ 
Toutes les parties en ont été réglées d'avance, et se 
succèdent comme d'elles-mêmes et sans confusion. Le 
roi Louis- Philippe, parrain, était représenté par le mi- 
nistre de la justice, et la marraine, l'impératrice Amé- 
lie duchesse de Bragance, par le apistre de l'empire» 
A l'époque où Jean YI se réfugia oans sa colonie (lors 
de l'entrée des armées françaises dans la Péninsule), 
Harcos Portugal fut appelé d'Italie pour diriger l'or- 
chestre de la Capella real; Neukomm, élève favori 
d'Haydn, y tenait l'orgue. Aujourd'hui la troupe ita- 
lienne prête le concours de ses chanteurs] à la mai-* 
trise, et l'exécution des chants sacrés est irréprochable. 

< Après un Te Deum en actions de grâces, le cortège 
est revenu au palais dans le même ordre, à la lueur 
d*une brillante illumination. Arrivé au haut de l'es- 
calier, l'empereur a présenté son fils à la foule, et les 
vivat ont éclaté de nouveau. 

«Ces hommages, ces acclamations chaleureuses, 
l'empereur s'efforce à les mériter. C'est un grand et 
beai) jeune homme de dix-neuf ans, dont la figure 
blonde porte un remarquable cachet de gravité affable 
et douce. Si comme souverain il n'a pas encore permis 
de juger ses tendances politiques, comme homme, on 
rend justice à la variété et à l'étendue de ses connaisr 
sances. Timide, mais d'une timidité qui disparait 
chaque jour sous l'exercice du pouvoir, il parle peu. 
Pendant la cérémonie , son recueillement était prq- 



XXXIV FEUILLES fVtfACntES 

fond, son émotion visible; c'est que pour lui déjà la 
vie a été rude. Orphelin presque à sa naissance, il est 
seul aujourd'hui sur cette terre du Brésil d'où il a vu 
partir un à un tous les siens. Comme lui', Timpé^trice, 
8CÉur du roi de Naples, est à deux mille lieues de ses 
affections de famille, les seules vraies, les seules solides 
en ce monde, et près du trône auquel la Providenee 
les a appelés si jeuiHH, pour un ami, combien d*indif- 
férents! » 

Cependant, les spectacles de gala, les bals et Tes 
(êtes donnés à bord dés navires de guerre ancrés dans 
la rade, à l'occasion de la naissance du prince que la 
mort devait ravir l'année suivante à l'espoir des Brési- 
liens, ne me faisaient pas perdre de vue la mission que je 
tenais de la confiance du Gouvernement ; et des séances 
presque journalières à la bibliothèque, de fréquentes vi- 
sites aux établissements scientifiques de la ville, me per- 
mettaient de contpléter les renseignements que je rece- 
vais des hommes les plus versés dans la connaissance 
du pays. 

Une première excui^ion dans la province de Bio 
nous initia aux fatigues de la vie de voyage, et nous 
permit de diriger nos observations vers les riches pro- 
ductions de la zone torride. Confiées aux bras esclaves 
des Noirs , elles consistent presque exclusivement en 
plantations du précieux arbuste qui fournit le café : 
leur extension tient du prodige (1). La culture de la 

(1) L'eiportatkm du Cêté qui éUit de 68,513,562 fr. pour Taiinée 1840-50, 
aUeignait déjà le chiffre de 145,471,000 fr. eo 1854-55. (L*anoée Goancière 
commeDee au Brésil au 1*' juillet.] 



D'UIf JOURNAL HE VOYAGE. XXXV 

canne à sucre ne quitte pas la plage brûlante et sa^^ 
bleose de la baie. Parvenus sur les bords de la Para- 
hyba.qui sépare la province de Rio de celle de Espi** 
ritu-Santo, nous réprimes la route de la capitale de 
Tempiré, par où il fallait passer pour gagner la pro* 
yince de Saint-Paul où nous appelait Tétude de ques- 
tions du plus haut intérêt. 

A Rio, j'éprouvai le vif regret dé me séparer de 
H. Treilhard, dont Tesprit et Tliumeur joyeuse avaient 
abrégé bien des fois les longues heures de notre isole- 
ment. Nommé attaché à la légation de France au Brésil; 
mon compagnon de voyage acquérait une position sé- 
dentaire (1 ). 11 me fallut partir seul, et je fis tristement 
les préparatifs do cette expédition. Il me restait fort 
heureusement un serviteur fidèle que j'avais emmené de 
France, et ses soins assidus, ses talents multiples, son 
dévouement à toute épreuve, devaient m'ètre d'un 
grand secours au milieu des solitudes américaines, où 
la première règle est de compter sur ses seules rçs^ 
sources. 

Un bateau à vapeur me déposa à Santos, port princi- 
pal de la province de Sâo*Paulo^ après deux jours d'une 
navigation enchanteresse à travers des iles ravissantes 
qui laissent bien loin derrière elles FÂrchipel si vanté 
des poètes de la Grèce. Franchissant ensuite la Serra 
do Mot, qui longe la côte océanique en suivai\t sescapri- 
cieox contours, j'atteignis la vieille cité desPaulistes. J'y 

(1) Après a? oir rempli avec distinction plusieurs postes diplomatiques 
en Chine, en Hollande et dans la Plata, M. Treilhard fait partie depuis un 
an, en qualité' de secrétaire, de la légation de France aui États-Unis. 



XIXYI FEUILLES DÉTACHÉES 

trouvai, comme partout, la même réception cordiale de 
la part des habitants; de la part des autorités, le même 
empressement à me Yçnir en aide dans Taccomplisse- 
ment de ma mission. 

De retour à Rio le 2i septembre, j'y faisais à la h&te 
de nouveaux préparatifs de voyage, je renouvelais ma 
provision de passe-ports , de lettres de crédit, de ren? 
seignements de toute nature , et dès le 11 octobre 
je m'embarquais pour les provinces de Sainte- Ca<* 
therine et de Rio-Grande du Sud, résolu à tenter la 
voie de terre pour me rendre au Paraguay, celle des 
rivières demeurant fermée par suite des événements 
politiques et militaires dont le Paranà allait devenir 
le théâtre glorieux pour notre marine alliée à celle des 
Anglais. 

Hais ici quelques explications sont indispensables; 
il me faut reprendre les choses de plus haut. 

Pendant que M. de Mareuil faisait auprès du géné- 
ral Rosas de vaines tentatives pour l'amener à une mo- 
dification de sa politique traditionnelle vis-à-vis de 
Montevideo, le gouvernement français se décida, sur 
les instances du Rrésil et de concert avec le cabinet bri- 
tannique , à l'adoption d'une politique plus énergi- 
que > capable de vaincre des lenteurs compromettantes 
tout à la fois pour notre dignité et la sécurité de nos 
nationaux. Le baron Deffaudis nommé commissaire 
extraordinaire arrivait dans la Plata à la tin du mois 
de mai à bord de la frégate « Erigone, » après une re- 
lâche de quelques jours dans la capitale du Rrésil. Les 
efforts de M. Deffaudis, unis à ceux de M. Gore Ouse- 



d'un journal de voyage. xxxtii 

ley, le ministre anglais, restèrent sans résultats, et les 
deux diplomates prirent enfin, après de vaines négo- 
ciations et d'interminables pourparlers, le parti de re- 
courir à la force, pour amener le' gouverneur Rosas à 
composition (48 septembre). 

Le blocus de la ville, la saisie de Tescadre Argen- 
tine, fureht le prélude d'une démonstration plus im* 
portante et plus décisive. Je veux parler de l'expédi- 
tion militaire et commerciale du Paranà, ouvert à 
coups de canon par le beau fait d'armes d'Obligado 
auquel le Fulton «t son commandant prirent une part 
large et glorieuse (1). On le voit, toutes ces complica- 
tions ne me laissaient qu'une seule route , celle de 
terre, beaucoup plus longue, très-fatigante , et assez 
périlleuse : je résolus de la suivre. 

Dans le moment même où l' horizon s'assombrissait 
sur les bords du Rio de là Plata, D. Pedro II se dé- 
cidait à visiter les provinces méridionales de l'enipire, 
en compagnie de l'impératrice. Ce voyage, provoqué 
par la pacification de Rio-Grande, -inspiré par une po- 
litique habile, devait permettre au monarque d'effacer 
en partie les traces de la guerre civile qui avait désolé» 
durant neuf années, ce riche fleuron de sa couronne. 
Par une belle matinée de printemps (6 octobre), LL. 
MM. sortirent de la rade de Rio, à bord d'une frégate 
escortée de plusieurs bâtiments de la marine brési- 
lienne, pour atterrir après une courte traversée à 



(1) 20 oorembre 1645. 



XXXTIII FEUILLES DÉTACHÉES 

Desterro, chef-lieadéla meiTeilleiise province de Sainte- 
Catherine. 

J*y débarquai bientôt moi «9(10010, car, à la de- 
mande de notre chargé d'Affaires (1), j^avais reçu 
dii ministre de la marine mon pissage sur un vapeur 
de guerre qui devait rallier Tescadre impériale. Uem- 
pereur tardait un peu, au gré de mon impatience, à con- 
tinuer son voyage : enfin, le 9 novembre nous étions 
en vue de Rio*Granâe, où les plus enthousiastes dé- 
monstrations attendaient le jeune souverain. 

Arrivé quelques jours plus tard à Porto-Alègre, et 
tout occupé de m'assurer les moyens de me rendre ,k 
l'Assomption, j'y étais instruit d'une nouvelle bien 
faite pour m'ôter Tespoir d'y parvenir jamais. On ra- 
contait que M. de Castelnau avait descendu le rio 
Paraguay depuis ses sources jusqu'au fort d'Olympo (2), 
frontière nord de la république de Francia. De ce point, 
aux termes d'une consigne rigoureusement observée, 
le hardi voyageur avait demandé, mais inutilement, au 
président Lopez, pour lui et la Commission scientifique * 
qu il dirigeait, l'autorisation de pénétrer dans l'inté- 
rieur du pays. Ce refus était d'assez mauvais augure (3). 



(1) C'était alors le cheYalier de .Saiot-Georget, a]Bjoard*hai 
plénîpoteotiaire à la même résidence, ches qui j*ai coostammeot reooootré 
un cordial accueil et la plus franche hospitalité. Quelques années plus 
tard, M. de Saint-Georges, euTojé au Paraguay, y négocia un -traité de 
commerce : je reriendrai sur cette mission. 

(2) Voy. la position astronomique et Fhistoire de la fondation de cet 
établissement militaire, p. 434. 

(3) M. de Castelnau en a fait connaître les motifs assez singuliers {Ex- 
pédUion dans les parties centrales de V Amérique du Sud. Partie ^wfo- 
rique, Paris. 1850, t. II, p. 434). 



d'un journal de voyage. XXXIX 

D'autre part, la traversée de la province de Rio-Grande 
n'était rien moins que âûre« car dans tous les pays du 
monde, h goerre civile laisse après elle des coupeurs 
de bourses qui s'inquiètent aussi peu de la nationalité 
que de l'opiqion politique des voyageurs. En dépit de 
cet ensemble de circonstances peu rassurantes, je ne 
cédai pas au découragement. J'avais fait^^fort à propoa, 
dans les sabns du président de la province, la connais- 
sance d'un officier envoyé auprès de lui en qualité de 
commissaire spécial par le commandant en chef de l'ar- 
mée de Corrientes, et sur le point, sa mission accompliei 
de retourner auprès de son général. L'officier Argentin 
consentit de bonne grâce i m'accepter pour compagnon 
de voyage, afin de 19e feire profiter de son escorte (4 )• 
Avant de quitter Porto-Alègre , je pris congé de 
l'empereur, et je reçns du ministre qui l'accoqUIir 
gnail des dépèches et des lettres de recommandation 
pour le représentant du Brésil au Paraguay. On verra 
tout à l'heure que ce fut à cette circonstance que je 
dw d'y pouvoir pénétrer. Le prince daigna dans 
cette audience ajouter aux marques nombreuses de 
son intérêt tm conseil que j'eus le tort de ne pas sui- 
vre. Les informations que j'avais recueillies m'avaient 
fait prendre la résolution de me diriger d'abord vers la 
ville de l'Uruguayana, située sur les rives du fleuve 
doQt ellb porte le nom, et où je me croyais assuré de 
rencontrer M. Bonpland : c'était faire un assez long 



(1) Il arait oom Lioo Xagos, et oo lui donnait généralement le titre de 
coVonel ; ce goi, eu Amérique, ne tir« fM à conséquence. 






XL FBUILLKS OiTACHÉtS 

détour ; mais ce que j'avais appris du Paraguay, de la 
réserve et de Textrèroe circonspection dont il fallait s'y 
entourer dans les relations les plus ordinaires de la vie, 
me faisait vivement désirer de recevoir les conseils 
éclairés du savant compatriote qui avait eu le loisir de 
le bien connaître, durant les longues heures de son em- 
prisonnement, L'empereur, mieux informé» me con- 
ciliait d'aller directement à San-Borja où devait se 
trouver M. Bonpland, et par où, dans tous les cas, il 
me fallait passer pour atteindre ma destination. A Ale- 
grete, je reconnus l'inexactitude des renseignements qui 
m'avaient guidé. 

Embarqués , le colonel et moi, sur un petit bateau k 
vapeur, après avoir remonté lentement le cours da 
Jacuy, nous arrivions le 1 3 janvier à Rio-Pardo, petite 
vib que des rapides {cachœira) ne permettent pas de 
dépasser. Notre escorte commandée par un offider 
nous y attendait; et, après avoir consacré quelques jours 
à l'achat des montures qui nous étaient nécessaires, à 
l'organisation de notre double équipage, le dimanche 
18 janvier nous nous mettions en route, non sans 
avoir remercié de sa réception cordiale un brave Espa- 
gnol, ami de l'ofiBcier Argentin, qui nous avait héber^ 
gés pendant notre séjour. 

Au sortir de Rio-Pardo notre petite caravane pré- 
sentait le meilleur aspect. En tète marchait la troupe 
des chevaux et des mules (1) qui devait fournir les 

(1) Noos CD aYîons en tout 25. Chaque cheval me coulait 10 piastres ou 
patagons (54 ft-.); et les maies oae once oo quadruple (84 fr.) la pièee. 
Avant la guerre ces prii eussent éH de moitié moins élevés. Occasionnel* 



D*im JOURNAL DE VOYAGE. XLt 

relais, flanquéeà droite et à gauche de trois soldats, sous 
la surveillance du lieutenant commandant Tescorte. Der- 
rière loi venaient deux mules chargées des bagages les 
plus mdispensables, de mes cartes, de mes instruments 
et de quelques livres. Un soldat correntino, et uil 
domestique (peon) que j^avais engagé, les conduisaient 
en laisse. Nous suivions à une portée de fusil, et j'admi- 
rais la grice parfaite avec laquelle le colonel montait un 
joli cheval élégamment harnaché. Enfin, mon fidèle 
Maurice, armé comme nous, fermait la marche à quel- 
ques pas. 

J'épargnerai au lecteur les incidents de ce voyage 
de i 25 lieues à travers une province fort appauvrie par 
la guerre civile^ Nous couchions en plein air sur notre 
selle disposée dans ce but, et la liste des jours où je 
me suis endormi sans sotiper,' est assez longue pour 
que j'aie oublié les jours plus rares où nous pouvions 
obtenir de Thospitalité des habitants un rôti (asado) 
de viande séchée au soleil. 

En entrant à Alegrete, le 29, nos montures se 
ressentaient autant que nous, plus que nous, dés 
longueurs de la route. Beaucoup manquaient à l'ap- 
pel. Plusieurs avaient succombé à la fatigue; une 
de mes mules avait fui dès le départ, en emportant 
mes valises à grand'peine retrouvées , et dans quel 
état! Mon peon avait imité ma mule, en me volant 
un cheval et une once d'or que moins heureux cette 

lement je dirai que la çioonaie de papier en circulatioo au Brésil n'a 
pas cours dans la proyioce de Rio-Graari|s du Sud, excepté daos les villes 
priodpalet. 

c 



XUI FEUILLBS DÉTACOéES 

fois, je D*ai jamais revus. A Alegrete, j*aoquis la 
certitude que M. Bonpland se trouvait dans l'ancienne 
Mission de San-Borja, et ce fut là que je me dirigeai sans 
retard, après m'étre séparé de M. Lino Lagos, aimable 
compagnon dont je n'ai jamais eu de nouvelles. 

Je conserve précieusement le souvenir de mon en«« 
trevue avec le savant modeste, avec le vieillard affectueux 
dont je devais rester Thôte pendant plusieurs mois, 
grâce aux événements politiques qui surgissaient in- 
cessamment dans les provinces voisines ; je cède malgré 
moi au plaisir de la raconter. 

Je n'avais pas jugé à propos d'accepter ces lettres de 
recommandation banale qui vous sont offertes à chaque 
instant en Amérique, et l'accoutrement dans lequel je 
me présentai, n*était pas, il faut l'avouer, de nature à 
m*en tenir lieu. Il était deux heures de l'après-midi, 
lorsque je mis pied à terre devant la demeure modeste 
que mon guide avait eu beaucoup de peine à décou- 
vrir à l'extrémité du village de San-Borja. Assailli 
depuis le matin par un violent orage, une pluie tro- 
picale, diluvienne, avait déformé mes habits. Mes lon- 
gues et larges bottes détrempées par l'eau retom- 
baient en spirales sur mes talons , où les retenaient 
d'énormes éperons en fer achetés dans la province de 
Saint-Paul. Un poncho en cotonnade anglaise rayée de 
couleurs tranchantes, assez semblable à ceux que por- 
tent les nègres, mais souillé d'une boue argileuse et 
rougeâtre, me couvrait les épaules; et le sabre obligé 
des Rio-Grandenset me battait aux jambes. Le désordre 
de cette tenue m'inspinSt bien quelque inquiétude. 



d'un journal de voyage. TLm 

car la présrace d*un dooiestique français aussi pauvre- 
ment vêtu que le maître n'était pas faite pour rassu- 
rer l'hôte que je m'étais choisi ; et sans l'escorte que 
les autorités brésiliennes avaient mise à ma disposi- 
tion, je courais grand risque de passer à des yeux moins 
indulgents, pour un voyageur conduit dans ces contrée^ 
lointaines par un mobile au moins étranger à la science. 
Quelques mots me suffirent pour donner une autre 
expression aux regards scrutateurs et surpris de 
M. Bonpland, pour le mettre au courant de mes pro-* 
jets, .et lui faire connaître le but de ma visite. Le soir, 
j'étais installé dans sa maison, et nous étions devenus 
en quelques heures de vieux amis de vingt ans. 

Par suite des événements dont j'ai parlé plus haut, 
je ne pouvais penser à continuer mon voyage vers 
l'Assomption. Le gtoéral Urquiza, alors au service de 
Rosas avant de devenir son plus redoutable adver» 
saire , avait envahi la province de Gorrientes ; et le 
général Paz , notre allié , en butte à des manœuvres 
déloyales, séparant sa cause de celle du gouverneur 
Madariaga, résignait le commandement de son ar- 
mée, et se retirait suivi de quelques officiers Argen- 
tins au Paraguay qui lui offrit un asile. Ainsi qu'il 
arrive partout, et mille fois plus encore dans un pays 
complètement dénué de communications régulières, 
les rumeurs les plus alarmantes et les plus contradic- 
toires circulaient. La conséquence la plus positive — 
fort désespérante pour moi — de toutes ces nouvelles 
vraies ou fausses, c'est qu'il était impossible, au mi- 
lieu de ce gâchis politique, de cette conflagration gé- 



XUT FEUILLES DÉTACHÉES 

nérale, de franchir la petite distance qui me séparait . 
encore du Paraguay, et de courir le risque de tomber 
entre les mains des ennemis que la FVance tenait de 
vaincre à Obligado. 

11 fallait se résigner et attendre les événements. Je 
donnai le change à mon impatience, en recueillant 
assidûment les souvenirs du naturaliste célèbre qui, 
après avoir été le collaborateur de Tillustre Humboldi 
dans un voyage scientifique resté jusqu*ici sans égal, 
dut à son seul mérite, promptement apprécié par Tim- 
pératrice Joséphine, les importantes fonctions d'in- 
tendant des domaines de la Malmaison et de Navarre. 
Ces fonctions, il les conserva jusqu'à la chute de Tem- 
pire. Alors, tourmenté du désir de revoir FAmérique, 
il s'embarque de nouveau, arrive à Buenos-Ayres, et en- 
treprend une longue expédition qui devait le conduire à 
travers les Pampas, le Grand-Chaco et la Bolivie, au 
pied des Andes qu'il voulait explorer une seconde fois. 
Mais parvenu dans les anciennes Missions des Jésuites 
situées sur la riVe gauche du Paranà, M. Bonpiand 
fut attaqué à l'improviste , saisi et garrotté par les 
soldats du docteur Francia, qui le retint prisonnier 
pendant dix années , en dépit d'une royale inter- 
vention, et des démarches de M. de Chateaubriand 
alors ministre des affaires étrangères. En vérité^., 
il faudrait interroger l'histoire peu connue de quel- 
que vieux voy4igeur du xvi' siècle, pour trouver une 
existence plus aventureuse que celle-ci ; car, au temps 
où nous vivons, on rencontre parmi les savants peu 
de ces destinées bizarres et capricieuses où l'imprévu 



d'un journal de voyage. xlv 

flomine , et auxquelles semble présider une fatalité 
iocompréliensible sans doute, mais dont il est dif- 
ficile de méconnaître entièrement la puissance et les 
effets. Doué d*une mémoire peu commune, Tancicn 
intendant de Joséphine avait une conversation facile, 
enjouée , semée de traits anecdotiques , et fort atta- 
chante. Sa vigueur égalait sa mémoire, et malgré 
son grand âge, il était infatigable à cheval (1 ). Comme 
son illustre ami M. de Humboldt » il avait puisé 
dans les Andes cette vitalité centenaire que n*usent 
tii Tactivité du corps, ni les travaux de Tesprit. Il 
semble que les voyageurs qui ont exploré les hautes 
montagnes voisines du ciel, soient comme les navigar 
teurs des régions boréales. Lorsqu'on visite Green<- 
wich, on s'incline avec surprise devant des siècles am* 
bulants qui ont passé leur jeunesse au milieu des glaces 
étemelles des pôles. La même longévité parait réservée 
au)( voyageurs qui ont atteint les sommets neigeux.de 
rillimani ^t du Chimbora^o. Mais j.e m'éloigne de 
San-Borja ; il faut y revenir. 

Je consacrais chaque jour les heures delà sieste à la 
rédaction de mes notes, à l'étude des questions qup 

(t) Hé le 22 août 1773, H. Booplaod avait alors plqs de 72 ans. Le nom 
4e sa rupille était Goujaudf mais elle reçut à aoe époque déjà ancienne. 
pàigome pour quel motif, lesufooiD de Bonpland, A la longue, le uoqi 
de Goujaud disparut et ût place au surnom. Les exemples de semblables 
substitutions sont loin d*ètre rares dans Tbistoire privée des familles. 

Ou trouvera à la 6n du second volume i Bibliographie), que Notice sur 
la vie elles ouvrages de if. Bonpland. Lue à l'Assemblée générale de 
laSoeiéCé de gépgrapbie le 22 avril 1853, et insérée au Bulletin (IV* série, 
t. V, p. 240-254), cette notice a été publiée par le MIonileur universel 
du 26, et reproduite par extraits dans VAmide la maison (t. V\ p. 209). 
et dans le Moniteur des hôpitaux des 22 et 21 mars 1859. 



XLTI FEUILLES DÉTACHÉES 

mon hôte m'indiquait comme devant être Tobjet de mes 
recherches. Sur ses instances pressantes, j'avais con- 
senti à me remettre au dessin, que des occupations plus 
positives, mais non plus intéressantes, m'avaient fait 
abandonner. Je comprenais de quel prix devaient être an 
jour pour moi ces souvenirs incorrects, et sans me lais- 
ser décourager par les imperfections du début, j'allais 
par les plus chaudes heures de la journée m'asseoir au 
milieu des ruines de Téglise : là, abrité par un pan de 
muraille lézardée, je m'appliquais patiemment à repro- 
duire tous les détails archéologiques de ce monu- 
ment grandiose (1 ) , que Ton renversa quelques mois 
plus tard pour édifier à sa place une nouvelle con- 
struction. Bientôt je m'enhardis; des richesses sculptu- 
rales mais inanimées de l'église jésuitique je passai 
au paysage, et enfin aux hommes. Je fis le portrait 
de plusieurs Indiens, en commentant par les ser- 
viteurs de M. Bonpland. Topfer dit quelque part 
dans ses Voyages en Zigzags^ en parlant du talent 
comme peintres des nobles Valaisans, « qu'ils sont ré- 
duits à se Ure scrupuleux par gaucherie, et copiâtes 
par inexpérience : » je m'efforçais de mériter Tappli- 
cation de ce jugement d'un charmant esprit. 

Le matin,, j'accompagnais M. Bonpland auprès de 
ses malades ; le soir , nous nous promenions dans Mk 
environs de la ville , en laissant toute liberté d'allure 
à nos chevaux. Parfois nous passions plusieurs jours 
de suite, campés au milieu des forêts vierges, afin de 

(1) Toy. VAtl9ê. 



D*UN10URNAL DB VOYAGE. XLYII 

faire tout à l'aise de Thistôire naturelle. Cette vie 
d'aventures plaisait fort au célèbre voyageur dont elle 
ravivait les lointains souvenirs. Souvent aussi nous 
allions jusqu'au Paso de l'Uruguay, petit hameau 
qu'habitait alors l'ancien gouverneur de Corrientes 
D. Pedro Ferré, exilé par la politique d'une province 
qu'il avait longtemps et sagement administrée. M. Ferré 
avait pour commensaux trois Jésuites espagnols reve- 
nus depuis peu de mois du Paraguay, et je recueillais 
de leur bouche de précieux renseignements. 

Cependant les complications politiques menaçaient 
de s'éterniser, et la route d'Itapua restait close. 
Pour mettre le temps à profit, je résolus d'explorer 
les Missions orientales, réunies au Brésil depuis le corn* 
mencement du siècle , en accomplissant tout d'abord 
cette partie intéressante de mon itinéraire dont j'avais 
renvoyé l'exécution à mon retour. Mes disposi- 
tions furent bientôt faites, et je partis pénétré des in- 
structions de M. Bonpiand, pour visiter une à une 
toutes les Réductions de la rive gauche de TUru- 
guay. Quelques-unes possédaient encore des ruines 
remarquables de leur splendeur passée; l'emplacement 
des autres se révélait seulement par un amas confus de 
pierres amoncelées, envahies et presque cachées par 
une végétation parasite. Pour habitants, çà et là 
quelques pauvres Indiens disséminés alentour dans des 
cabanes, ou réfugiés dans les bâtiments des collèges. 
Ceux-ci prenaient soin des églises, quand elles étaient 
encore debout. De tous côtés la misèrCr la solitude, 
l'abandon. On pouvait suivre à leurs traces^ profondes 



XLVllI FEUILLES DÉTACHÉES 

les ravages de la guerre étrangère, causés par la dou- 
ble invasion des bordes indiciplinées d'Artigas sous 
la conduite de l'Indien Andres Tacuari (1 81 6), par celle 
du général Rivera en 1 828 ; et les désastres plus récents, 
mais non moins déplorables de la guerre civile» apaisée 
depuis quelques mois. 

Ce fut avec un vif sentiment de satisfaction que je 
revins de ce long voyage de privations et de fatigues» 
ip'asseoir de nouveau à la table frugale de l'ami de 
M. Humboldt. Je trouvai cbez lui mes malles que 
j'avais dû, à mon grand regret, confier à un convoi de 
charrettes; et d'excellentes nouvelles du Paraguay. 
Je dois dire ici qu'en m^éloignant de San-Borja, j'avais 
laissé entre les mains de M. Bonpland, dans la prévi- 
sion du passage d'un courrier, deux lettres, adressées. 
Tune au président Lopez, la seconde à M. Pimenta 
Bucuo , ministre du Brésil à l'Assomption. Après un 
court résumé de mes aventures et de mes mécomptes, 
je priais M. Pimenta Bueno d'appuyer vivement ma 
demande auprès du premier magistrat de la république 
paraguayenne» et d'obtenir de lui la permission refusée 
quelques mois auparavant à M. deCasteInau. 

Les instances de l'habile diplomate avaient eu raison 
des hésitations présidentielles, et M. Pimenta Bueno 
en m^annonçant la délivrance d'un passe-port qui allait 
nrattendre à la frontière, ajoutait l'offre courtoise de la 
plus franche hospitalité. 

Mes pK'paratifs promptement terminés sous le coup 
de ces heureuses nouvelles, je pris enfin congé de l'ex- 
cellent homme qui m*avait si cordialement accueilli; 



d'un journal DB voyage. XLIX 

et suivi (le quelques soldats, je traversai lestement un 
pays sans ressources, peuplé de maraudeurs recrutés 
dans les rangs d'une armée ennemie. 

Le jour où j'entrai dans la Mission d'Itapua , aujour- 
d'hui ville de l'Incarnation, les retards, les fatigues et les 
dangers, j'oubliai tout. Les ordres du président Lopez 
m'y avaient- précédé, et ce ne fut pas sans un vif senti- 
ment de satisfaction, que je reçus du commandant de 
la place le passe-port qui m'accordait les secours en 
bomm^ et en chevaux nécessaires pour me rendre 
dans la capitale de la nouvelle et mystérieuse répu- 
blique. Ainsi s'abaissaient devant moi des barrières 
que j'avais redouté si longtemps de trouver infranchis- 
sables. 

Mon voyage depuis Itapua jusqu'à l'Assomption ne 
fut qu'iuie promenade un peu longue (1) « à travers 
un pays pourvu au plus haut degré des attraits 
toujours séduisants de l'inconnu. J'y trouvais une 
sécurité tout européenne, et mon passe-port énon- 
çant que je voyageais < con aumlioê (avec secours), » 
je n'avais à me préoccuper de rien. Le gite, la table, 
les hommes et les chevaux, je rencontrais tout à point. 
Ces mots magiques avaient élevé mon voyage aux 
proportions d'un service obligatoire envers l'Ëtat : or« 
on verra ce qu'est VEtat (e/ Estado) dans ce singulier 
pays. 

Cette manière agréable de voyager n'est pas, il s'en 
faut, tout à fait sans inconvénients pour les habitants 

(1) EoTironceat lieues de France. 



L rECILLBS DÉTACHÉES 

placés dans les directions principales ; surtout pour 
ceux qui joignent à cette situation Tayantage d'avoir 
une demeure mieux installée , et plus d'aisance que 
leurs voisins ; car c'est sur eux, on le devine, que 
pèsent de préférence les charges de cette corvée. Aussi 
le gouvernement actoeU tout en conservant une insti*-^ 
tution du régime colonial précieuse pour les voyageurs 
appelés à en profiler, réclame-t^il avec modération ce 
concours entièrement gratuit de ses sujets. 

En arrivant à l'Assomption, je mis pied à terre 
devant la légation brésilienne , et ce fut en vain que 
je voulus me défendre d'y établir au moins pendant 
quelques jours mon domicile : il n'existait pas alors 
dans tout le Paraguay une maison ayant un rapport 
même éloigné avec la plus modeste hôtellerie. 

M. Pimenta Bueno est Pauliste. Il est né dans cette 
belle province qui a fourni au Brésil, à toutes les épo- 
ques de son histoire, un nombreux contingent d'hommes 
distingués dans les lettres et la politique. Ses études de 
droit terminées, il entra dans la magistrature, et en 
franchit rapidement les premiers degrés. Très*jeune 
encore, il avait été pourvu d'un siège dans une cour 
suprême; mais séparé momentanément de ses fonctione 
judiciaires , M. Pimenta Bueno occupait depuis deux 
ans le poste de ministre près le gouvernement du Fa-* 
raguay. 

M. Pimenta Bueno aimait la France. Il connaissait 
notre littérature, et lisait la plupart des livres que nosiiâ- 
timents emportent à Rio où ils sont aussitôt traduits. 
Comme tous les Brésiliens , il montrait une prédilec- 



d'un journal DB V0TA6E. LI 

tioQ marquée poar les ouvrages d'économie politique. 
Ses opioioDS en matière commerciale et de gou- 
vernement se ressentaient de Tinfluence de ses lectures 
favorites, et je puis dire que le petit nombre de me- 
sures libérales décrétées (sinon mises à exécution) par 
le président, lui ont été inspirées par Thabile ministre 
de Tempereur D. Pedro. Après ces détails, on com- 
prendra de reste le cordial accueil que j'en reçus. 

Quelques heures après mon arrivée, mon hôte me 
présenta au président D. Carlos Antonio Lopez, et S. E. 
m'adressa avec une dignité froide, médiocrement na- 
turelle et polie, plusieurs questions sur l'objet de mon 
voyage dans la république qu'il gouverne, on le sait, 
sans contrôle, et avec des formes passablement abso- 
lues. En faisant l'histoire de son administration, je 
reviendrai sur les tendances de cet homme d'État que 
je regrette de voir conserver vis-à-vis des étrangers des 
procédés de nature à justifier l'épitfiète de c unscru- 
pulous diplomatist» que lui décerne un voyageur 
moderne (1). L'impartialité nous impose le devoir de 
le dire, les mesures arbitraires, odieuses, que le Dicta- 
teur avait élevées à la hauteur d'un système politique, 
il y a quelque vingt ans, né sont plus de mise pour un 
gouvernement appelé à compter avec les puissances de 
l'Europe; et nous qui faisons des vœux pour la prospé- 
rité du Paraguay, nous voudrions voir son chef omni- 
potent plus convaincu de cette incontestable vérité. 

Je rencontrai fort heureusement dans la femme et 

(t) Thomas J. Page, La PMa, the arçctUine Confédération and Pa- 
ra(guay, p. 117. 



tu FF-Ull-LF.S mÎTACHIÎFS 

les fîlles (lu président Lopez, des manières simples et 
sans prélenlions, qui ne rappelaient en rien l'exercice 
des hautes prérogatives concentrées dans les mains du 
chef de la famille. Je fus par elles initié au\ mœurs 
d'une société toute nouvelle pour moi, et aux ha!ù- 
' tudes d'un monde primitif dont la civilisation n'avait 
pas encore poli les défauts, ou, si l'on veut, perverti 
les qualités qu'il a reçues de la nature. 

Le personnel de la légation impériale (1) ne com- 
prenait pas tous les étrangers en ce moment de passage 
i l'Assomption. M. Leverger, officier de marine, d'ori- 
giue française, y était arrivé quelques jours avant moi 
avec deux canonnières amenées de Cuyabà, clief-lieu de 
la province de Mato-Grosso (2). Né à Saint-Malo, 
M. Leverger était entré de bonne heure au service du 
Brésil, car il commandait une bombarde en 18^7, lors 
de la guerre avec la ConfiMéralion Argentine. Envoyé 
quelques années plus tard à Cuvabù. comme comman~ 
dant de la marine, notre compatriote s'y était marié. 
Après avoir exploré à plusieurs reprises le Rîo-Para- 
guay jusqu'au fort d'Olyiiipo, M. Leverger s'y pré- 
senta de nouveau au mois d'avril tSi3, en qualité d« 
consul général et de chargé d'Affaires par intérim. Mais 
l'entrée du pays lui fut refusée, et il ne put obtenir de ' 

il) Les foncliODS de secrt-Uirc flaieal rrinplita par M. GatUuo MidopI 
deFirla c Albuquerqae, brau-Trère du miDislre, lequel aiait ta oolre un 
srcrcttire parliculier («irritilot. 

(ï) J'ai doaai quelques dL'taiU sur ces deui emba tenions (Chip. Xir, 
llydroffraphic. yavigalion Ituviate, p. I3ji. L'utics^ nommaii finit! e 
trtf de fnwrnro, l'iulre lieioilo de Julhn, diles inemorablfs dans l'bis- 
loire du bréail. Cbacuiie d>ll<«. irm^ d'uo ctaoa di 6 tt d'uu piercier à 
l'âTinl, »■!( k boid 31 bommtf d'i'qnipagt. 



D*UN JOURNAL DE VOYAGE. uil 

se rendre à rAssompUon pour remplir le mandat qujU 
avait r^n du ministre des Affaires étrangères. 

L'année siyvante, une nouvelle tentative de sa part 
eut plus de succès : le 28 novembre 1843, Tofficier de 
marine parvint en canot jusqu'à la capitale du Para- 
guay , à Taide d'une lettre adressée par le président 
de la province de Mato-Grosso au gouvernement de là 
république. Il y avait cependant des ordres positifs 
de ne laisser passer les porteurs de communications 
ordinaires que jusqu'à la Villa de San Salvador; led 
dépêches diplomatiques faisant seules exception à 
cette consigne sévère, qui fort heureusement pour 
M. Leyergèr fut mal interprétée par le commandant 
d'Olympo. Le président Lopez, alors premier consul, le 
reçut bien, et le congédia le 5 décembre, au bout d'une 
semaine , repos à peine sufSsant pour dissiper les fa-^ 
tigues d'un voyage en pirogue, dont ta durée totale, 
aller et retour, devait être de quatre-vingt-cinq 
jours. 

Ces reconnaissances successives du fleuve ont per- 
fliis à M. Leverger de compléter les itinéraires de Pasos 
et de Quiroga ; et l'hydrographie encore si imparfaite- 
.ment cionnue du Rio-Paraguay, lui devra d'intéressantes 
dbservations. D'après une lettre que m'a écrite mon re- 
grettable ami le docteur Sigaud, médecin de l'empe- 
reur do Brésil, quelques mois avant sa mort, les tra-* 
vaux de l'ofBcier français, enfouis dans les cartons 
de V Archiva miHlar , seraient encore inédits. Cette 
circonstance m'a déterminé à publier les notes qu'il 
ibien voulu me communiquer dans des entretiens pré- 



^ ^ * 



I4T FBUaLES DJTACHiES 

eieux pour moi » et au milieu d'intarissables conver- 
sations (1). 

C'était quelque chose d'être arrivé au Paraguay après 
une pareille somme de contre-temps et d'ennuis; cela 
ne suffisait pas. Il fallait encore pouvoir y rester, et 
obtenir la permission d'en explorer l'intérieur. Déjà 
une semaine s'était écoulée au milieu d'alternatives 
d'espérances et de craintes, lorsqu'une circonstance pro- 
videntielle vint aplanir tous les obstacles, et abaisser 
comme par enchantement les barrières dans lesquelles 
je me sentais enfermé. 

Le plus jeune des fils du président Lopez fut atteint 
d'une maladie grave, et l'on s'aperçut aussitôt que les re* 
mèdes des médecins du pays (mranderos) ne suffiraient 
pasà le guérir. Dans ces circonstances pressantes, M. Pi- 
menta me pria de voir le petit malade, et j'y consentis 
volontiers. Nous nous disions tous les deux que, sa gué- 
rison obtenue, ma mission ne rencontrerait plus d'obsta- 
cles, et que la Chine américaine n'aurait plusde mystères 
pour moi. Mais il y avait aussi à cette médaille un re- 
vers ; et je ne me dissimulais pas que l'insuccès devait 
me valoir un ordre de dépait. Très-désireux , on le 
croira sans peine, de mettre ma responsabilité à coin 
vert, j'expliquai au président Lopez la gravité de la 
position de son fils, et je lui démontrai l'urgence d'une 
opération délicate, mais en définitive peu douloureuse» 
sans laquelle il était impossible de s'opposer à une ter- 

(1) J'ai appris depuis moQ retour eo Fi'aoce la nomioatioa de M. Ao- 
gnsCe Leyerger aai fancUoos de président de la profincede Mato-Grosso ; 
récompeose luieo légilimemeot dae à ses mérites. 



d'un journal de voyage. iJf 

minaison fatale. Le pàre comprit, et me donna atm 
hésiter une autorisation aussi large que je la poo^ 
vab désirer : la mère fut moins confiante, et il me 
fallut perdre en explications vingt fois répétées, en 
instances toujours vaines, des heures précieuses dont 
chacune aggravait la position du malade, et rendait 
du même coup la tâche du malheureux docteur de plus 
en plus difficile. Enfin, le lendemain — le lendemain 
seulement-— -le président vint de sa personne renouveler 
Tassentiment qu'il m'avait donné, et sans perdre de 
temps je pratiquai sous ses yeux une opération qui 
réussit au delà de toutes mes prévisions. J'aurai tou- 
jours présent au souvenir le moment de satisfaction 
indicible que j'éprouvai en voyant le petit malade hors 
de danger; et sa mère, je me plais à le reconnaître, 
s'est souvenu plus que moi du service que j'avais été 
assez heureux pour lui rendre. 

Maintenant j'abrège, car le reste se devine. Je n'ac-» 
ceptai comme témoignage de la reconnaissance de la 
puissante famille quune chose, un passe-port con 
Quxilios qui me donnait liberté pleine et entière de par- 
courir en tout sens le territoire du Paraguay : je me mis 
proDiptement en mesure d'en profiter. 

Après plusieurs voyages dans les environs de la Ca- 
pitale, et des excursions dans le Grand-Chaco, je pris 
enfin la route de Yilla-Rica, seconde ville de la répu- 
blique, d'où je passai dans les Missions. Je ne tardai 
pas à m'apercevoir , aux prévenances nombreuses des 
balHtants, à l'entière soumission des magistrats à 
mes moindres désirs, que ma réputation d'ami de 



LYI FEUILLES DÉTACHÉES 

« S. E. le Suprême Gouvernement » m*ayaU précédé 
partout sur mon passage. 

Je m'attachai à recueillir des renseignements sur 
toutes les questions que je jugeais de nature à inté- 
resser rindustrie de France, et de son commerce avec 
une contrée dont les richesses naturelles sont encore 
inconnues, grâce à son isolement systématique (1). 
Les produits agricoles, la culture du tabac, la récolte 
et la préparation du Maté, l'exploitation des bois d'é- 
bénisterie et de constructions civiles et navales, firent 
successivement Tobjet de mes recherches. Grâce en- 
core à ce désir de m'étre agréable ou utile dont je par- 
lais tout à rheure, mes collections d'histoire naturelle 
s'accroissaient dans de rapides et satisfaisantes pro- 
portions. 

En franchissant le rio Tebiquary, j'entrai dans le 
territoire des Missions; et parvenu une seconde fois 
sur les bords du majestueux Paranà, de ce fleuve *« sans 
rivages, » je visitai successivement toutes les bour- 
gades indiennes, dont l'état, sans être prospère, mon- 
trait assez ce qu'elles avaient dû être entre les mains 
de leurs fondateurs. J'admirai l'église grandiose et ri- 
chement ornée de Santa-Rosa, et je contemplai triste- 
ment les assises granitiques de celle de Jésus^ que les 
Missionnaires n'eurent pas le temps d'achever. Au vil- 
lage del Carmen (2), j'étais réveillé chaque matin par 



(1) Voj. De r Avenir des relations c<nnmereiales entre la France ei 
le ParaçMay, dans le Journal des ÈconimieleSy ooTembre 18S3 et 
décembre 1855. 

(2) Lorsque II Missioo d*IUpua fut érigée par le gouferDemeot cotisa* 



d'uh journal de voyage. ltii 

une troupe de musiciens dont les accords se mêlaient 
à la voix de jeunes enfants qui chantaient Thymne na^ 
tional du Paraguay. Les Indiens ont le génie de la 
musique, et tout entier à la douceur de leurs mélodies^ 
je m'efforçais d'oublier le sens des paroles qui glori- 
fiaient en termes bien inintelligibles pour eux, l'indé* 
pendance et la liberté d'un pajs courbé sous le joug 
d'un gouvernement absolu. 

Nulle part je ne farouvai de vestiges de Huduslrie mé* 
tallurgique ; et cette constatation avait son importance. 
Personne, en effet» ne l'ignore : on a de flbt temps 
soupçonné les Jésuites d'avoir entassé d'immenses 
richesses dans leurs collèges, grâce à l'exploitation se* 
erète des filons d'or et d'argent qu'ils avaient, disait-on^ 
découverts. De nos jours, on parait revenu à une ap* 
préoiation plus équitable et plus rationnelle des sources 
de la prospérité des Missions entre les mains de 
la Compagnie. On a <;essé de chercher la cause de cette 
prospérité là où elle n'était pas, c'est-à-dire dans Tin- 
dustrieminière, qui, en dei^iière' analyse, n'a produit 
sur aucun point du globe de résultats féconds et 
durables (1); pour la voir là où elle était, c'est-à-dire 
dans une culture merveilleusement appropriée à h na<^ 
ture du sol, au climat de ces riches contrées; et dans 



Wre en ViUa de la Eneamaeiùn, les Indiens forent transportés an rillage 
4êl Carmêm qae Ton fonda tout exprès k peu de distanœ du tio Taqoary» 
(1) Cette assertion ne saurait être infirmée par ce que nous royoos de 
■os joms; et si la Californie et les placera australiens ont pris en pea 
d*années nn prodigieux accroissement, c'est k cause .des flots compactes 
d'une population affamée , accourue de tous les coins du globe k ce cri 
■agîqne : de tôt! 

d 



i 



LTtlI FtUILLIS DÉTACViES 

les produits du travail d'ouvriers habiles et dociles 
aux coBseils d'une intelligente direction. Nufle part 
M revanche, je n'eus le spectacle déplofable de ces 
feuilles entreprises par les rares habitants des Ifi»^ 
mma brèsitiMnte, qui bouleversent le sol des èdt* 
êom échappés aux ravages du temps", k racKon 
dttlnictive des phénomènes atmosphéri<|ues , dana 
Tespoir de découvrir les trésors que la tradition accttse 
les Jésuites d'y avoir enfbnis.. I^a loinr de Sainl-MiGfael 
s'écroulera quelque jour, sapée par la piôAe 4e ees 
dMrdbeÉft avides qu^aocuM eoosidéralioB n'arrlielf ). 
Pendant mmi exploration du Faragnaj, la qmm^ 
MHi de la Plata n'avait pas avancé d^nn pas, et la 
IpBmre civile coacinoail plus ardente sur les boidh; du 
gpand leave doM la OMift de SoKs semble avoir marqué 
iil a h man t la décaunr e rt ^ Véaerye des agents de TIik 
NffvenliaD rrslail loq^nssanle en Cm» de rehstinatiôn 
dn fènènd Rosask qui savait le cabinet firanv» pen 
maposea entraren InttesnMneeaivec lui. Anasi^ lOffsqiie 
lyès unaqonr de pl nsi e nis meisà TA i w imp liu n , et nn 
n an v im n vi>vafe à YiHa-Ricak je vonins enfin m^er 
«n i^onr « il me 6llnl mn anr ii i la vote rapide dn 

«^■Wa ^WVH Ni VBv^EHI^MI VMHRnHwl» ^BWKV nnT ICS 

eMRw dn nonveenenr ne vNMn^AvreSk 

la t^^m^ Kmi(^ h pifnibh qne f ^^ai» defk 

Mai» rimiMTtnmt de ce r^inuwi atm(pi efuniè à tant 4"nn* 

%pm« ml eirtKe wis mafpiMffmaent aMancae ynr la 

m 



d'un jouamal m voyagv. ux 

qui revenait au Bré3il où i'aUeud^U la récqmpepse 
de sei loyaux sacyicas (1); et par la certitude do Fe<- 
trouyer à San^Borja JA. Boopl^nd, et d'y repr^u* 
dre pendaqt quelque jours des conversationâ iustruc* 
tÎYes. 

Vint rheure triste des adieui^; et le 4 ayri) f 847, je 
pm enfin congé du bon vieillard auquel j'avais voué 
le plus sincère attachement* Notre séparation devait 
être éternelle ; je n'ai plus revu M. Bonpiaqd, qui» 
après avoir résisté à mes pressantes spllicttations, m'ér 
«rivait encore quelques mois avant sa mort, une lettre 
affectueuse dans laquelle je lis ce passage : 

« Le vif désir de retourner en France est bien pro- 
foiidément gravé dans mon cœur» et les divers travaux 
dont je viens de vous entretenir étant en bonne vote, 
rien ne m'arrêtera plus ici, et j'irai revoir la Malmai- 
son. Mais ce voyage sera de courte durée ; j'offnrai au 
gouvernement mes collections botaniques et minérale^ 
giques pour les déposer au Muséum, et je reviendrai 
au milieu de mes plantations de l'Uruguay. « 

M. Bonpland avait alors 84 ans! Son espoir (je de- 
vrais dire ses illusions), ne s'est pas réalisé. Il est mort 
sans avoir revu la France, et oublié de la France qu'il 
remplissait, il y a un demi-siècle, de l'éclat de ses tra- 
vaux (2). 

(1) RoiUBé président d§ la province de Rio-Grtnde do Snd. il a fait 
partte depoil cette époqne, de deni cabinets, en qnalité de ministre de la 
jpsticft 

v2) Après une eiistence des pins areuturenses et qni rappelle celle des 
Tieu foyagjMirs, le vieil ami de M. Hnmboldl, sorti des mains dn Dicta- 
teur après dix années de captivité, s'est éteint doucement dans sa ferme 



LX FEUILLES ]>ÉTACHiES 

J'arrivai à Rio-Grande après un long voyage et 
de rades fatigues, et je m'y embarquai le 30 mai 
sur une goélette sarde , pour Montevideo où je me 
dirigeais dans Tespérance de pouvoir profiter du 
retour d'un bâtiment de la station. Nos démêlés avec 
le gouvernement Argentin paraissaient , disait-on , 



de Saolt-Aiiê, ftrèt de llJnigtiay, le 12 mai 1858. Vit-OD jtmait deaUnée 
ploa bizarre et plus capridenae 

Dès qae la noufelle de sa mort parvint à M. Lefebrre de Bécourt, notre 
niiiHBtre près la Confératioo Argentine, il prit immédiatement des mesores 
pour conserver aui sciences les manuscrits et les coUections de M. Boo- 
pland. Hais déjà Therbier et les échantillons minéralogiqnes STaient été 
donnés an musée organisé sous sa direction, à Corrientes. 11 arait con- 
fié ses manuscrits ani soins d*une famille de la même Tille. M. de Bros- 
sard, notre consul à TAssomption, s*y rendit; un inrentaire Ait dressé, 
envoyé au ministère des Afiaires étrangères, et communiqué au lloséum 
par rintermédiaire du département de Tlnstruction publique. Le gouver- 
neur de la prorince de Corrientes, proposait d*écbanger les collections 
d*bistoire naturelle contre des livres destinés à la bibliothèque de la ville, 
et des instruments de physique : cet^ offre a été acceptée, et des négocia- 
tions se poursuivent sur ces bases. Cependant, deui caisses renfermant 
une partie des travaux du célèbre botaniste recueillis par M. de Brossard, 
sont parvenues aux Affaires étrangères par les soins de Tadministration da 
la Marine; mais opposition est faite h leur délivrance au nom des béritien» 
de M. Bonpiabd, qui manifestent Tintention de faire valoir leurs droits k 
cette partie de son patrimoine. 

L'aflkire en est là : en attendant qu'elle reçoive une solution, je vais dire 
ce que Ton trouvera dans ce recueil, car j*ai eu le loisir de le bien con- 
naître. On y trouvera des notes nombreuse^ et très-diverses sur les con- 
trées de TAmérique qu*il a parcourues ; des recherches sur la constitution 
géologique des provinces de Corrientes et de Rio -Grande du Sud ; des 
descriptions botaniques en grand nombre ; des observations sur la prépa- 
ration du Maté et la culture du Tabac, que j*ai citées dans la première 
livraison de mes Étudeê économiqwi $ur l'Amérique méridionale; des 
racherches sur les bois du Paraguay et des Missions dont je parlerai plus 
loin ; un Blémoire sur le Maix del agua, adressé k M. de Mirbd, en 
mars 1838 (voy. p. 162), etc.; mais il ne 8*y rencontrera aucun ouvrage de 
|4Higue haleine* soit achevé, soit en cours d*exécution. 

M. Bonpland ne quittait San-Borja que pour faire des voyages dans les 
provinces Argentines. C'est dam» ce coin ignoré du globe qu'il a reçu, il y 



d'un journal de voyage. . ÏLXI 

m 

s'acheminer vers une solution pacifique. Après Tin- 
succès de la mission de M. Hood , chargé simulta- 
nément des pouvoii^ des deux grandes puissances, 
M. Deffaudis atait été rappelé, et remplacé parle comte 
Walewski que je retrouvai bientôt à Buenns-Ayres, où 
sa présence, en suspendant les hostilités, me permit de 
me rendre. On connaît Tissue dé cette nouvelle tenta- 
tive de conciliation, qui échoua comme les précédentes 
devant les exorbitantes prétentions du c grand améri- 
cain (1).» Alors, M. Walewski retourna à Montevideo, 
et séparant désormais son action de celle de son collègue 
lord Howden, ministre de S. M. B., il maintint le 
blocus de Buenos-Ayres, et se décida li revenir en 
France sur le navire qui Tavait amené dans la Platà. Il 
était impossible de rencontrer une occasion meilleure, 
plus agréable sous tous les rapports, de faire une aussi 
longue traversée ; mais je n'avais pas encore épuisé la 
série interminable de mes mésaventures, et je ne devais 
revoir la patrie qu'après avoir connu les cruelles an- 
goisses d'un naufrage auquel j^écbappai par miracle. 
Dès que M. de Cbabannes-Curton, commandant du 



a peu d*année8, une preuve dod équivoque de la haute estime du gouter- 
oeoieol pour les services quUl n'a cessé de rendre aux sciences naturelles. 
Le correspondant de Tlnstitut et du Muséum, auquel Temperenr, dès le 
commencement du siècle, assurait une existence honorable en lui accor- 
dant une fiension, n'avait pas U croix de la Légion d'honneur. Informé de 
c^te circonstance an mois de janvier 1849, M. de Falloux, ministre de 
flnstraction publique, proposa au chef de l'État la réparation de cet in- 
juste oubli. On devine Témotion que fit naître chez M. Bonpiand ce sou- 
venir glorieux du pays. 

(1) Surnom décerné au général Roms par les partisans de son eiclu- 
sivisme politique. 



un FKUILLES Dlh:ACIliiKS 

«CassiDÎ (1)»^ eut consenti de la meilleure grâce du 
inonde à me recevoir à son bord, je me décidai à pren- 
dre les devants, et à aller l'attendre à Rio -^de- Janeiro, 
où m'appelaient des affaires d'intérêt, des renaeigne- 
ments à compléter, et le désir de revoir encore \m amis 
que j'y avais laissés. 

Le 23 juillet était le jour du départ du pocket an** 
glais pour la capitale du Brésil. Depuis la veille» une 
vblente tempête de S. 0. (pampero) soulevait des va- 
gues énormes, et aucun des nombreux navires ancrés 
dans la rade n'osait metti*e d'embarcation à la mer. 
L'heure pressait, et le^'désir de partir me poussa à com-^ 
mettre une imprudence qui me devint promptement fa* 
taie. Je frétai une barque de pêcheur montée par trois 
hommes que l'appât du gain décida â risquer leur vie 
dans cette périlleuse entreprise, et je m'y embarquai 
avec mon domestique. Nous courions des bordées 
debout à la lame , avec une petite voile basse que le 
vent déchirait, et les vagues écumeuses roulant sur la 
barque, menaçaient à chaque instant de l'epgloutir. 

On était en hiver; Teau et le froid nous glaçaient. 
Au lieu d'avancer vers le navire en partance, nous déri- 
vions, et je voyais approcher le moment où nous devions 
être jetés à la côte. Cette prévision dura peu ; un choc 
terrible dissipa mon incertitude, en me faisant voir 
l'horreur de notre situation. Notre frêle esquif, sou- 
levé par la lame, était retombé sur Textrémité du 



(1) Aajourd'fami contre-amiral et chef de la station naTalc du irésil et de 
la PlaU. 



d'OH lÔUHNAL DK yOTACE. LXitl 

gratté mât d*iiYi briek ^ofhifgé; une I&i^e voie d'era 
s'éuH ooveMe, et malgré ton» nos effbrts pour Uéten- 
cher^ nosd" coûtions. J'abrège ces angoisses dont je 
conserve ftmpérfssaMe m dMloorsux souveêftr. On 
avait VQ du bant des navires voisins* notre lotte, notre 
anxiété^ on vit aussi le suprême danger qui nom me- 
naçait, et une embarcaftion plus forte que la ndtre, 
«lotitèe par des vnatélata sardes, vtift nous arraclier è 
la mort. Mais ce secours avait trop tardé ; et f «va?» Mt 
Il -douleur dfe voir dSnparafm Tune après feutre tieux 
eiiaseseuntenttnt de prédedxobjetsdliistoironaturelle, 
quekpsea oartes, «t des manuscrits : perte que je me 
Mis itiibroé vainement de réparer ! 

kptkè eette épreuve désastreuse, je ne songeai *|flus 
h me sépatei* du Cimini. La poHtesse exquise du 
commandant, les attentions déficates de sa femme; 
une intimité chaque jour plus grande avec l'Envoyé 
français et ses secrétaires (f ), que de puissants motifs 
pour me faire oublier les atteintes du mal de mer, 
s'il existait un remède contre cette souffrance I On re- 
trouvera plus tard le comte Walewski à Tœuvre 
difficile de la pacification des Républiques Argen- 
tines. Il y a montré la fermeté, la droiture et les ta- 
lents diplomatiques que sa présidence du Congrès de 
Paris a achevé de' mettre en relief. 

Quant à la comtesse Walewska qui avait suivi résolù- 



(1) Le personnel de I« miesien se composait de MM. Alfred de Brossant 
et Jales de Saux : le premier est aajoard*hai consol an Paraguay, et le 
second s.-dîrecteur au département des Affaires étrangères. Le comte Sen- 
tiroglio accompagnait M. Walewski son beau-frère en qualité d'attaché. 



LJlJ. FELILLGS DÉTACHÉES U'UN JOURNAL DK TOTAGE. 

ment son mari, ma lâche est toute faite. La Bruyère 
a dépeint en quelques Ugoes la femme telle qu'on la 
' comprenait dans le grand siècle, et de ma retraite j'en- 
tends dire que ce portrait lui convient toujours, au mi- 
lieu des grandeurs dont I éclat ne l'a pas éblouie. 

Lorsque nous débarquâmes à Toulon , déjà s'an- 
nonçait au loin le grondement sourd, précurseur de 
i' émeute et d'une révolution qui devait faire le tour de 
l'Europe. 

Trois années s'étaient écoulées depuis mon départ, et 
cette longue absence avait été fatale à ma famille. Kn 
embrassant le meilleur des pères, je cherchai vainement 
h ses côtés les êtres chéris que j'y avais laissés ; leur place 
était vide... Le ciel qui m'avait sauvé comme une 
épave des flots furieux de la Plata, s'était montré pour 
eux moins clément. Hélas! 

- Us vnyageni aussi. " 




LE PARAGUAY 



[ LES MISSIONS DES JÉSUITES. 



Ik 



PREMIERE PARTIE. 

OiOCBAPHIE PHTSI9VE ET VOLtTIÇUS. 



CHAPITRE PREMIER. 



Un demi-siècle après le second voyage au Rio de la 
Plata de l'iafortuné Diaz de Solis, qui avait, ouvert à 
l'Espagne l'accès de territoires immenses, et ajouté un 
nouveau fleuron à sa glorieuse couronne américaine , 
la province du Paraguay s'étendait, en latitude, des 
sources du fleuve qui lui a donné son nom au détroit 
de Magellan ; et de l'est à l'ouest, depuis les frontières 
de la capitainie portugaise de San-Vicente et les ri- 
vages de l'océan Atlantique, jusqu'aux premiers contre- 




^J 



^ 



2 POSITION ASTRO>0»IOUE , 

forts <Ie lit cliairte lîes Andes (1). Ainsi, toute cettfi 
région, dont la superficie pour ainsi dire incommensu? 

* rable, comprend de nos jours la Confédération Argei^' 
tine, la République orientale de l'Uruguay, la plus 
grande partie des provinces brésilieaDes de Hio-Grande 
du Sud, de Saint-Paul et de Mato-Grosso, et les plaines 
de la Bolivie, était alors Tapanage d'un seul gouver* 
oçment qui siégeait dans la ville de l'AssomptioD. 

^Kilu^si vastes proportions expliquent et justifient le 
surnom de Géant des provincex des Indes, que lui dô- 
cerne un écrivain de la compagnie de Jésus (î). 

Le temps qui change les destinées des empires, de- 
vait amener le fractionnement de ce royaume infini. 
Du côté du nord et de l'est, les Portugais de Cuyabà 
et de Saint-Paul s'emparent de la province de Guayra, 
d'où ils chassent les Missionnaires, et se rapprocheni 
à grands pas du Pérou , dont les richesses minérali 
excitent leur convoitise; du coté du sud, ils étendent 
leurs conquêtes vers le lac de (os PatOÊ, et fondent 
bientôt la colonie du Saint-Sacrement, sur les bord: 
du Rio de la Plala. 

D'autres causes qu'on pourrait appeler internes et 
faciles à pressentir ; la rivalité des chefs » jaloux de sff 



(1) BiiMiL éWud encore c» limites, en doonaiil pour rrontièrcs ai 
■ ritgBa<r '■ 'u Dord, la mi^redrs AiiiazoDes; lu sud, la terre MageJlaDiqu< 
an levant, le Br^til ; au conchant , le Chili et le P^rou. HUtoirt phitono- J 
phiçae et polUi^ue det ilabliurmenlt ifn Huroptent dant J» tin 
Indet. U Ha^e, 1TT4. 1. 111, p. HT. 

i2i lUttoTta del Paraçvay , Riodela Plala. yTuruma», pur el F.* " 
GuviAi, P' i, dans : CoUeeion de o6r<u y dncvmenlo* relaliiKH a la hU- 
liiria anliûua y moilcrna de las provineini del Rio delà Plala, pablU-e 
(lar P. Dt Ancelis. Bocnos-Aires, 1S3G, I, ri. 






CIRCONSCRIPTION ET LIMITES. ;l 

rendre indépendants les uns des autres; le désir naturel 
au Souverain d'imprimer une impulsion uniforme, plus 
directe, et dès lors plus active, à toutes les parties de 
ce grand corps, aidèrent puissamment k sa dislocation. 
Ainsi, vers 1560, Nuflo de Chaves fonde le gouverne- 
ment de Santa-Cruz de la Sierra, qu'il parvient à sous- 
traire à l'autorité centrale : en 1620, le Cabinet de Ma- 
drid divise en deux la province du Paraguay, et établit 
à Buenos-Ayres un gouverneur qui reçoit, en i776, le 
titre et les hautes prérogatives de Vice-Roi (I). Dès 
lors, les autorités de l'Assomption passent sous les or- 
dres de la Cité qu'elles avaient fondée, et dont elles 
avaient conservé la tutelle pendant un siècle (â). 

Les célèbres établissements fondés par les Jésuites sur 
ce point de l'Amérique, eurent aussi leur part de ces vicis- 
situdes. Détachées du Paraguay par Philippe V (3), répar- 
ties plus lard entre les deux provinces en vertu d'une or- 
donnance de 1 783, les Missions furent érigées en un gou- 
vernement parliculierelindépendant, qui disparut bien- 
tôt lui-même dans la chute de la domination espagnole. 

Enfin, à la suite de longs démêlés et de négociations 
interminables, des traités intervinrent entre deux puis- 
sauces que le hasard avait placées côte à côte dans le 
Nouveau Monde comme dans l'Ancien, et qu'une anti- 
pathie séculaire et déraisonnable ne tarda pas à rendre 
rivales au delà de l'Atlantique comme en Europe. On 



(l) Oilule royale du S soùt. 

(3) C'est au Paraguay ainsi réduit, quo RiYNAL(Oui>. ei(^, I. III, p. 333) 
donne le nom de Paraguay particulier. 
(a CéilateB des It fi'ïrier 1B25, et 6 DOTembrc i6M. 



4 POSITION ASmONOHlQtlB, 

lira plus loin l'historique de ces traités ; qu'il nous suf- 
fise de dire ici que ies deux derniers (1), déchirés avant 
leur mise à exécution , sous prétexte d'obstacles et de 
difficultés qu'on avait intérêt à déclarer insurmontables, 
ont été impuissants à éteindre les rivalités des deux Mé- 
tropoles, rivalités dont le joug pèse encore sur leurs 
^colonies émancipées. Chose triste à penser; les rap- 
^ ports entre la République du Paraguay et l'Empire du 
Brésil sont devenus tels dans ces dernières années, 
qu'une rupture sérieuse est à craindre. A l'heure où 
nous écrivons ces lignes, cette querelle territoriale 
dans laquelle semblait s'être concentrée la haine natu- 
relle de deux peuples , se réveille aussi ardente que 
jamais chez leurs descendants : seul héritage qu'ils ne 
répudient pas! Un intérêt de médiocre importance 
survit souvent, à travers les générations, à toutes les 
formes de gouvernement que le hasard des révolu- 
tions renverse ou édiâe (2) t... 

Il est peu de contrées même dans l'Amérique méri- 
dionale, dont tes limites soient aussi incertaines que 
celles de la République du Paraguay. Voisine à la fois 
du Brésil, c'est-à-dire d'une ancienne colonie du Por- 
'tugal, elle a hérité des contestations encore pendantes 
entre les deux Cours à l'époque de son indépendance; 
*t d£puis qu'elle s'est séparée des provinces de la vice- 



(I) Ceni de nso et de i7n. 

Ci) Celle appréciitioD n'a tnit qu'à U diliiniUtioD territoriale ; je laisse 
tu dt'bors la question de uavigatioD et de commerce , maigri la plus évi- 
dïule COQDexLli- ; celle-ci n'a jamais une importance médiitcre. 



la WwT«i«T tM ln, a«, A *•*!■• 



BIBLIOTHÈQUE 

CHEMINS DE FER. 

UUT^ GRAND IN-16 OU L\-I8 JËSlg. 



«nlOfnu. f Ml 11 on. 

dt Pkri*. I> *dillB>>'. 

2lr. 

rNHUw. I «oL t rr. 

Mn rfixpM'MMi VR(- 
1 : L< élu PHninfar. 
I «el. ï fr! 

— Pferr«d*'nibrgJi'. 



Uhi ou U Lftmpa nifii-- 
rf^u et Lauli xvi. 
Itmft it ta Ttmar. 



Siinl-SlDiuf 



l« ««rA^t tlner 
■é*BU gud* de* tcmg 
I on Appendice «jiir<ii 



. ptitéàit du iDKur- 
umudea «L d« Fiiflwii- 
MUhioo Ptria, Fruii- 



mer du Nord, irtduU i 



■licei ds la 

P..*.!.. 

■ La ei«ti lamori natcrau, rtcii»- 

tnlEdeXênophoD MdeFliiun.ii.&Oc. 
- ti marioo» Ja mon grand-ptn tt lé 

Itilammt àujuif . iraduiu ds l'iuglsia 



— Pilto*™, outanouïelloIlBturi 
AwoUant : Seinti di la ii'i du l 






î?rx.r/™ïïr7i; s 



BaruTdln de Baint-Nam : Paul (( 
fir^inu. 1 lûl. I l>. 

■«tiwt ; ilanuT. ou le XiBncllMoa inl- 
p>.l ..ce un rh»,,itrB «ur lef ublei 

BeltesD (i'.l : Uj car'ui à jaun- ri ik 
earlomooc.!. Oiiyr»go llluilri .le 
W »l«n*lle6 sur boii. , fr. 

iTalnna <Cb.) : Lt Nourtllt-Calidoni; 
«oyagti.iiilM' 



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Mlih*.l (Alfred de) : Ltê FiOu du Bo^. 
Bmeya « FkUpnt : L'atocnt Paulin. 
CÛw (^fiqnB d> EMIcj); Palombi. ou 



CaniB.): &irii( 



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Ctrvaotte : Ctelaïua, induit pir L. 

KioriCoMTal. SOc. 

CbampBrary : jU* oui dt Noii, i td- 

CbapuCB.) : lu chatMH prlntOrti tn 



— Il tport 4 Para, i *d1. 3 (r. 

— I* lurf, OD J» Counu de ehetiui 
enPrenoeBlanlrHilawrw. IToLl fr. 


OuktU(M«.e): Cnnlà^d,» 
l'aniilal* par Haut Louiu S*r 


B!l«UâB*rlMd(t1coDiied«) -.Àlata. 
Rit^i. IM SiK^ha. 1 toi. S Ir. 


flivtlH (ThéopbUo) ; Caprict 


— U gmit du eJirtyiOBim*. 1 1. 1 (r. 


-'^'iilTtol. 


- L« muf lyr. «1 le dimifr d» ,46n.- 


- i« rxmond. la «»»«>. IW 


cïrflBM. I *dI. i fr. 


— iflJliStUI. 1 TOl. 


OMlUlt 1 A.) t law, un >T>tt>nfl 01 ion 


Urul 1 1. ) a* HMr d« lioH 




BtinUck«r : Aotniut; rfSM 


Ctnie (H.): £< eardltul ifaiarm. i n>- 


?:z;;ï';.rx.rr;;r*. 


lame. I Ir. 
— Lf rardinol da RicAditu. 1 toI. i Ir. 


"K'ïi™' '..«rs;? isi"' 


DelUHrt (B.) : 1> 3*iiti du IxmAnr. 


BaU» ; Wn-lAfr, traduit de ri 


SOgBlr'WtxUMli» cÂaitfM [ 


Bn BhuUi FrançcU dt tUdids. 


nmlre» d'un Isa j V UU 
d'Bulrcfole; !' t^ roi des ( 


iTïd. da ruua pw 1. 


iTOl. îfr 


- roTMiBoulta.inMiuildBr 


DUltr ( Cb.) : M jouri a» lUitrl. i •<>- 


L. Vuirdaf. 1 tel. 


- soÔ'ilNu nr !• JV.'l. i ,ol. a fr 


DondaU ( I^Bi») : ij morlyr 4ê 


- S^ow cAm II anmJ-BMri; <{• 2a 


ftolUaurd : la pte'ii m Fron 


Dt l«li (Ch.) : JVoiiii«Um itattliir. 


l>ime>llu>tr4desartSnetlM. 


i.m. a[r. 


BDl»t (F.) : Lamour Ahu I« « 


in»0)ta-) ^CArhliM. ( .01. l fr. 


ëuida bixwrLqua. «• édil. l td 


- LaroiibhuKM. i tôt. i fr. 




- ta vitTg, du Liban, i «il. a fr. 


pirU.CmBH 


-««(«... «l. ïlr. 


fdotiard m <l il, bowvel 


r«rT7tGabrlal 1 : Cattal flnditn, tct- 


laù, ou Ut AUBlt» (O Fruti 






l.nl. ïlf. 






U!rr«><>u>la*n<inMMU.i 


d'or; 


tii9ra.«(<CJwrlt.iiiiL'4lJ.H 


PTemiftrepjirtle. i«il. » (t. 




Dmiiième pvUa. l toi. I fr. 


ApgltfMrra, pir C. HinuHI, 



boiiifu Haguti. i 



i tn arliqtiinadN. i» 



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FniUlBet (J. L.) : U Japon 00 

S*Ib«rt l de Bnim ) t U^md* 
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labaPnDïlln.BcrOhr! 



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rm Mïaj^PtHiHnt. I 



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•«d^>rleui«. I loi. Il 
Mi : CArijlDfihi Colom 



r*ff*pmrf(&ifnl-i>Din 



■£&•!. 



Franei," iUmcr^a de 30 t)«uUM p*r 

F. GrFnler. 3* éHMoa. i toi J n-. 
- La chaut à courre n Franet, illui- 
((«c d« 40 vicDCilï» iwr (ircuier RIe 



celébnié» éiranB^rcs : I. hs CK*>lier 
Mirino; II. Anne lli>di:1iaE; III. ttn- 



— Œhlmuhtogtr, 

— ViUoria Caloane 
UonuB'LedQB : La Balli 

— iMlUi ailand 



.ot. 



ree csne «. inr. 



(I ei Criif\i\ rival ilf (on maltrt. 

LcTiUlant : Yoyngt tant rintlrimr dt . 

!-Afn,,u, CBhrîgiJ. i vol. i fr. 

UTaIn (P.). Vojei Guisol (F.). 
Iii>Daiiil»tCb.)i laiorcitlirit.i^. i Ir. 
Kaico ds SUat-HlUlT* (E.) i Antedoltt 

tu (itnin di Napntion /«■, i toi. i fr. 
Hartln (Henri) ; Tancriilt de IMton 

1 •"!. 1 fr. 

Mtntj (?. àe)i Awk l'>rMi/)'fur ; — tti 

Frèra dtSlirtii^. t toi. i fr. 

[«mail l?.): Im aiitriclt m Jiutro- 

(>• , yojtfe dkiii la Nouvells-Hul- 

[élT : Canin il nauetUti.l toi. i fr. 

- mra. I lo!. I fr. 

- La Floridt. i toi. a fr. 

- La gimrri du Wdam. 1 toi. î fr. 

- La maliniu du louer*,-— Tafa- 



Cliarlii l4 i 
ie):UCidCa 



bio^iniphiei' moderne*, i toi. sa c. 
- On ehajjilre di ta Bnolution frati- 

FruM de I1IB ï i;m, précûdii d'un* 
ijiirDJuclioii hlelorlquc sut Im iour- 

lemps modoroea. i tul. t tr, 

BoBtaiM (Ud}) t ûilTit Blwùiti, \rt- 

duii»derjiiiKl.puP.SoiI«au.ii.i fr. 
■oTla (Fréd.) : Saint Fran^eii 4'jinit 

(1 in FranciKaini, i toi. i fr. 




CIRGONSCRIPTION ET UMITIS. 5 

royauté de Buenos-Ayres , aucun traité n'est venu , en 
reconnaissant sa nationalité, sanctionner les limites in- 
certûnes dans lesquelles elle se renferme ou dont elle 
sort , toutes les fois que l'intérêt de sa sécurité ou les 
raisons de sa politique le lui commandent. 

C'est dire que son territoire se compose de deux par- 
ties : l'une principale , essentielle , bornée à l'ouest 
par le rio Paraguay ^ au sud et à l'est par le Paranà , 
qui reçoit les eaux du précédent sous les 27* 24' de 
latitude, est séparée du côté du nord des possessions 
brésiliennes, parles rios Corrientes ou Âpa et Yagua- 
rey (1 )• Ces deux rivières, nées dans la sierra de San- 
José ou de Maracayù, se dirigent, la première à Touest 
pour se jeter dans le rio Paraguay par. 22® 4', et la se<- 
conde à l'est , pour se joindre au Paranà sous les S2* 
26' de latitude. 

Cette manière de voir, nous ne le dissimulerons pas, 
conforme à l'esprit, sinon à la lettre des traités de 1 750 
et de 1 777, et qui s'appuie sur les Instructions adressées 
ultérieurement aux commissaires délimitateurs, par les 
Cabinets de Madrid et de Lisbonne, n'a été reconnue 
durant longues années, que par un accord tacite des 
parties intéressées , en l'absence d'une convention plus 
récente et moins obscure ; non toutefois, sans de vives 
protestations de la part du Brésil , qui revendique 
comme ligne de séparation, en plein parlement, 
par la bouche de ses orateurs les plus versés en 
cette matière , les rios Ipané et Igatimi (2) . Le cours 

(1) Oa Igarej ; rio IveDheima des Portogtis. 

(t) DiiOÊirio do ienkor Pi9Mn^^giêÊno^na êUêdo do Senado dt 16 tff 



m 



6 FOSITION ASTRONOMIQUE, 

de cette dernière rivière, parallèle à TYaguarey, se 
confond avec celui du Paranà, par 23'' 56' de lat., non 
loin de la grande cataracte ( salto grande) de ce fleuve 
parent de la mer. 

Il y a plus : le président Lopez rejette à son tour le 
traité de 1 777, en accusant le gouvernement brésilien 
de l'avoir déchiré en 1854 , lors de ses négociations avec 
rËtat oriental de l'Uruguay, et réclame pour frontière 
le rio Blanco, situé au nord de TÂpa. L'article de son 



Junho 1855. Di80D»-le occasiomiellemeot, le BrésO compte à Tétranger 
d'improdeDts amis qai le poussent dans une voie funeste, en Teicitant à 
reculer encore les bornes de ses immenses domaines jusqu'au rio Paraguay 
àTouest, et jusqu'à la Plata du côté du sud, qu'ils considèrent comme 
des limites tracées par la nature, dans le but d'assurer son homogénéité 
(DuTOT, France et Brésil, Paris, 1857, p. 63; Xavier Etha, Ui deiuc Amé- 
riquei , p. 3). A rencontre de cette manière de voir, nous ayons entendu 
des hommes d'État regretter cette étendue gigantesque, hors de toute pro- 
portion arec la densité de la population (le Brésil possède 5 millions d'ha- 
bitants , disséminés sur une superficie qui égale douze fois celle de la 
France ) I Nous comprenons assez le patriotisme — cet égpîsme des peu- 
ples — pour ne pas donner h une nation le conseil de se mutiler ; toute- 
fois , qui voudrait soutenir que les efforts sincères de l'Empire américain 
dans la voie du progrès , ne seraient pas plus efficaces s'il les concentrait 
sur une surface moindre, à l'aide d'une administration pourvue des moyens 
de centraliser les services , et d'imprimer aux affaires la directiOQ qui 
n'arrive que très-affaiblie, de nos jours, aux fonctionnaires placés h d'in- 
croyables distances de la capitale ? ( Il faut plus de trois mois pour expé- 
dier une dépèche de Rio de Janeiro à Cuyabà, chef-lieu de la province de 
Mato-Orosso ). Solliciter l'agrandissement du Brésil , c'est vouloir raviver 
les aspirations mourantes du fédéralisme ; c'est oublier les causes des 
troubles qui signalèrent l'orageuse minorité de D. Pedro II ; c'est aussi 
provoquer l'ardent antagonisme de deux branches de la grande famiUe la- 
tine , antagonisme qui s'effacera un jour, nous l'espérons , mais dont il 
nous paraîtrait raisonnable de tenir plus de compte. jLa politique loyale 
et réservée du jeune Souverain et de ses conseillers, est h nos yeux bien au- 
trement profitable aux véritables intérêts du pays , et nous voyons avec 
plaisir ces visées d'usurpations inutiles et embarrassantes, énergiquement 
repoussées dans des publications seroi-officielies ( Ciihus Rbyiaod, Le 
Bréiil, 18M, Poêi-êcripkm^ P- ^^ Jk^r 



CIRCONSGRTPTION ET UNITES. 7 

journal où nous trouvoDs exposée cette préteotion , 
omet de faire connaître de quels titres il entend l'ap* 
puyerO). 

Ainsi réduite à Timmense delta circonscrit par les 
rios Paraguay, Paranà, Yaguarey et Corrientes , la ré* 
publique fondée par le Docteur Francia , a de super- 
ficie 10,443 lieues carrées de 5,000 varas, soit 9,749 
lieues carrées de 25 au degré. L'espace compris entre 
les rios Âpa et filanco est égal à 860 lieues carrées es- 
pagnoles (2). 

Les dépendances pour ainsi dire accessoires du Pa- 
raguay, comprennent les territoires qu'il a revendiqués 



(1 ) Semanario de avisât y eonoeimienioê utiles, n* 109 du 23 juin 1855. 
Eo farlaoi de la ligne de TApa, dans le discours que nous veiioos de citer, 
M. Pimeota Bueoo ajoute : a Assim jamais poderia o Paraguay, possuir 
a linha do Apa. » Û 8*en faut donc beaucoup que Ton soit près de s*en- 
leodre. 

(2) Ou 805 lieues de 25 au degré. U faut ajouter que , à une certaine 
époque, le Paraguay nes^étendait pas jusqu'au Paranà du cAté du sud. 
Lors de l'érection de l'érèché de Buenos-Ayres , le district de Pedro Goii* 
lales compris dans l'angle formé par le confluent des deux fleuves lui fut 
attribué, et conGé aux soins du curé de la Ensenada de la yllle de Cor- 
rieotes. L'existence d'oo large fleure à franchir, décuplait les inconvé- 
nients d'une mesure dont on ne se rend pas bien compte. Malgré la décision 
des commissaires des deux èvèques, signée le 8 juin 1727 à Candelaria (en 
▼ertii d'une cédule royale du 11 février 1724 , qui prescrit de fixer les li- 
mites des juridictions ecclésiastiques, afin d'apaiser tous les différends), en 
droit la question resta pendante ; mais le Paraguay fournissait une garde 
à Curopayti et un desservant à la paroisse de Pedro Gonzales. 

L'art. 4 du traité du 12 octobre 1811 maintient le statu quo dans les 
termes suivants : « Debiendo en lo demas quedar tambien por ahora los 
limitai de esta provincia del Paraguay , en la forma en que actualmente se 
hallan. » Le règlement de limites avec Corrientes, du 31 juillet 1841, avait 
tranché la question en reconnaissant comme dépendance du Paraguay le 
territoire soumis à la juridiction de la Villa del Filar (art. l*' ) : mais 
cette eoDventioo ayant été abrogée, le principe VU possidêtis a fini par 
prévaloir. ^ 



4 



8 POSITION ASTRONOIUQUB^ 

(le tout temps, dans les Missions de TEntre-Rios et dans 
le Grand-Chaco. 

Le Paraguay a des droits incontestables sur le 
Chaco ; ce sont ceux dont il a hérité de la Métropole , 
et qu'il s'agit aujourd'hui de partager avec la Bolivie 
d'une part, et la Confédération Argentine de l'autre. 
Or, quelle sera la part de chacun? Suivant quelles don- 
nées procédera-tr-on au partage ? 

Les prétentions de la République Bolivienne ne nous 
sont pas connues; celles de l'ancienne vice-royauté de 
la Plata sont exposées dans un ouvrage habilement com- 
pilé par un ingénieur Argentin, qui commence par 
faire à son pays la part du lion , en mettant tout d'a- 
bord hors de cause l'Ëtat dont nous discutons les 
droits (4). L'auteur divise le Chaco en trois sections, 
à l'aide des rivières qui le coupent diagonalement ; il 
attribue, sans hésiter, la zone septentrionale à la Bo- 
livie, et la zone méridionale à la Confédération Argen- 
tine. Quant à la section comprise entre les rivières Pil- 
comayo et Bermejp, et intermédiaire aux deux précé- 
dentes, il la considère comme pouvant seule fournir 
matière à des négociations ultérieures entre ces deux 
puissances. 

Ce n'est pas ainsi , il s'en faut, que l'entend le pré- 
sident Lopez. Dans une carte dressée en 1854, avec 
des documents fournis par le général Francisco So- 
lano Lopez , son fils et son ministre plénipotentiaire 
à Paris , par M. Cortambert secrétaire général de la 



(1> Nolieiaê hiêêorieas y dêêeripiivaê «odre el gran paii deî Chaeo y 
rio Bermejo, por Jm Aunalis, 1 vol. in-8. Baenot-Ayres, 1S33. 



CIECONSCRIPTION ET LIMITBS. 9 

Société de géographie , on trouve rimmense territoire 
qu'il réclame dans le Chaco, nettement circonscrit par 
une ligne droite, qui, de la pointe méridionale de File 
Atajo située au confluent des rios Paraguay et Paranà , 
s'avance à Touest , jusqu'aux 6y 45' de longitude. Ar- 
rivé là , le tracé change brusquement de direction, et 
remonte sans déviation , du sud au nord , jusqu'au pa- 
rallèle de 20* 10' environ, pour s'infléchir de nouveau 
à angle droit et venir rejoindre le rio Paraguay , dont 
il côtoie le bord oriental jusqu'à l'embouchure du 
rio Blanco. Le vaste espace circonscrit par cette série 
de lignes droites et le cours du fleuve à l'est, re- 
présente un parallélogramme qui n'a pas moins de 
16,537 lieues carrées de superficie, et comprend la 
presque totalité des trois zones dont nous parlions tout 
à l'heure. On voit par ce simple aperçu , à quelle im- 
portance s'élèvera la question de la délimitation des di- 
vers États sud -américains, et quelles prétentions con- 
traires doivent les diviser, le jour où ils entreprendront 
sérieusement de la résoudre. 

Tout en reconnaissant au Paraguay d'incontestables 
droits à la souveraineté partielle du Grand-Chaco , 
nous ignorons comment il entend soutenir ses ambi- 
tieuses visées. Par des traités? Mais le roi d'Es- 
pagne, sans voisins de ce côté, ne s'est jamais pré- 
occupé que fort accidentellement du soin de liâiiter 
la juridiction de ses lieutenants sur des déserts infran- 
chissables. 

Proposera-t-il de prendre pour base des négociations 
le principe de VUtipossidetisfU^is cet argument serait 



10 POSITION ASTRONOMIOUB, 

tout au plus valable pour l*étroite bande qui longe la 
rive occidentale du Paraguay, sur laquelle il a, de 
tout temps, fait acte d'occupation, et ne lui vaudrait 
qu'un territoire de très-médiocre étendue, au lien de 
16,537 lieues carrées qu'il réclame. 

A plusieurs reprises, en effet, les autorités espagnoles 
établirent des postes et des blockhaus dans le Chaco , 
pour contenir les hordes sauvages qui l'habitent, et 
défendre le Paraguay de leurs incursions. Lé Docteur 
Francia et ses successeurs ont complété cette ligne de 
défense. Déjà, en 1792, le fort Bourbon (1) avait été 
fondé dans un but politique, et comme réponse aux 
établissements portugais de Nova Coïmbra et d'Albu- 
querque. Si à ces actes de possession on ajoute les 
voyages de découvertes dirigés vers le Pérou par les 
premiers Conquérants ( Conquistadores ) ; ceux que les 
Missionnaires de la Compagnie de Jésus entreprirent 
par la voie des rivières pour relier leurs établissements 
du Paraguay à ceux de Moxos et de Chiquitos; quel- 
ques Réductions presque aussitôt détruites par les In- 
diens, que fondées par les Espagnols; et de récents 
essais de colonisation qui ne paraissent pas avoir 
réussi (2), on aura le sommaire de toutes les tentatives 
de domination dirigées vers une contrée où les indi- 
gènes ont su défendre avec un indomptable courage , 
leurtndépendance, et maintenir leur nationalité (3). 



(1) Oa Olimpo : lat. Il* 1*26**; loDg. 60*6*. 

(2) Nous Touloot ptrier de la Noovelle-Bordeaai, colonie fraoçaiae éta- 
blie aai alentoora do QÊariel M Çerrilo. 

(3) rsous trouviafteMe phiM^iDS lin mémoire manascrit cooferfé à 



CIRCONSCRIPTION BT LIMITES. ii 

Les droits du Paraguay à la souveraineté de quel- 
ques-unes des Missions de TEntre-Rios, droits que le 
président Lopez a soutenus dans ces dernières années 
avec énergie (4 ) , ne nous paraissent pas contestables. 
Après le bannissement des Jésuites, Tordonnance de 
4783 rendue sur les propositions de D. Francisco de 
Paulo y Bucareli, gouverneur et capitaine général de 
Buenos-Ayres, avait pourvu à l'administration tant ci- 
vile que spirituelle des Réductions Guaranies, qui fu- 
rent divisées en cinq départements. Ceux de Santiago 
et de Gandelaria, comprenant treize Pueblos, restèrent 
dans les dépendances du Paraguay. Cet état de choses 
dura jusqu'au 47 mai 1803. Une cédule royale réunit 
alors toutes les Missions en un gouvernement particu- 
lier, sous l'administration du lieutenant - colonel D. 
Bernardo de Velasco. Quelques années plus tard (1 806), 
Velasco devenu gouverneur du Paraguay , conserva ce 
double titre et ces doubles fonctions jusqu'à l'époque 
de l'Indépendance. 

11 faut le dire, dans l'état d'obscurité et d'incertitude 
qui entoure de nos jours la délimitation de la plupart 
des États sud-américains, le Paraguay serait admissible 



rAssompUon et intitalé Deicripeian de la provincia del Paraguay por 
tl capitan de ftagata D. Juan F. Aguirre, comandanle de to euarla 
fariidade demareaeion de limilei ccn Portugal : «Da c6té de rocci- 
« dent, cette proTînce o*a point de frontières déterminées ; et, eomfM eUe 
« ne poêeide aucun établitêemenl dam le Grand-Chaco, on peut prendre 
« pour limite actnelle, da cAté de roccident, le rio Paraguay. » L*auteur 
écrirait en 1788 ; son témoignage ne saurait donc être entaché de par- 
tialité. 

(1) Manifleilo du 13 février 1848. Journal El Pmraguayo indepen 
HenU^wn. 



12 POSITION ASTRONOMIQUE, 

à discuter , ipfo facto , ses droits à la souveraineté du 
territoire entier des Missions, qu'il possédait à Tépoque 
de son émancipation. Mais il se borne à revendiquer 
le département de Candelaria, situé, en partie, au delà 
du Paranà ; les trois Pvsblos de ce département élevés 
sur la rive droite du fleuve, lui appartenant sans con- 
testation possible. 

Voilà tout au moins, ce que nous trouvons exposé 
dans le manifeste de son Président du 43 février 1848; 
mais la carte précitée de M. Gortambert laisse vcnr 
bien clairement de plus grandes prétentions. 

En effet, si reprenant la ligne-frontière à Textrémité 
méridionale de Tile Atajo, qui nous a servi de point 
de départ pour l'étude des limites du Paraguay dans le 
Chaco, nous marchons vers Test, nous la voyonscôtoy^ 
la rive gauche du Paranà jusqu'à la Tronquera de I/h 
reto, descendre ensuite presque verticalement du nord 
au sud , le long de la lagune Yberà , jusqu'à la ren- 
contre du rio Âguapey • En cet endroit , le pointillé de 
la carte change; les limites deviennent incertos toda- 
ria, comme nous Tapprend la légende ; et la ligne de 
démarcation se bifurque. L'un des tracés descend l'A- 
guapey jusqu'à sa jonction avec l'Uruguay dont il re- 
monte le cours suivant les stipulations du traité de 
1777, pour rejoindre le Paranà à l'embouchure du rio 
Iguâzu ou Curiliba. 

Le second tracé remonte à son tour le cours de 
TAguapey, et se réunit au précédent à l'origine du rio 
San-Antonio-Guazù , en se tenant à égale distance du 
Paranà et de l'Uruguay. L'espace compris entre ces 



cmcomoRtPTiON et limites. 13 

deux derniers fleuves est évalué à 2,300 lieues carrées 
de S6 1 /i an degré- 
Même en défalquant de cette somme les 480 lieues 
carrées qui expriment l'étendue du territoire situé à 
Test de la ligne qui joint tes rios Pepiri-Mini et San- 
Antonio-Mini , on voit que le gouvernement du Para- 
guay revendiquerait encore tout le territoire des Mis- 
sions, moins les Pueblos appartenant aujourd'hui au 
Brésil, et ceux d'Yapeyù et de la Cruz. Or ces préten- 
tions seraient en opposition formelle avec le manifeste 
du 13 février 1848. 

Un voyageur- naturaliste que nous aurons occasion 
de citer plus d'une fois , donne pour limites au dépar- 
tement de Gandelaria , en latitude les 27 et 28® , et en 
longitude, 57^ 30' et 58« 30' (1). 

Il faut ajouter que lors du partage des Missions 
entre les évèchés de Buenos-Ayres et de l'Assomption, 
en suite de là déclaration des cfinfimissaires nommés 
par les defox prélats , signée le 8 juin 1 727 , il fut en* 
tendu que la juridiction ecclésiastique du Paraguay 
comprend^it , comme celle du pouvoir civil , les ver- 
sants {lo$ vertentes) duParanà, et la juridiction de 
Buenos- Ayres ceux de l'Uruguay. 

Des conventions diplomatiques viennent encore à 
l'appui des droits du Paraguay, et le traité conclu 
entre le premier pouvoir issu de la Révolution et les 
envoyés argentins , les reconnaît formellement. Celte 



(1) Le Docteur Ringcbr, Reise naeh Paraguay in éên Jahren 1818 bi$ 
18)6, Aaraa, 1835, iD-8, p. 1. 



16 POSITIOR ASTRONOMIQUE «T LUITES. 

qui concédait (art. 4) l'ile Apipé à la province de Cor- 
rientes , si cette convention eût survécu aux circon- 
stances sous l'empire desquelles elle avait été négo- 
ciée (i). 

En récapitulant les chiffres épars dans cette longue 
discussion , on voit que l'Ëtat du Paraguay possède la 
superficie suivante : 

Territoire compris entre les nos Paraguay et Pa- 
ranà 10,443 

Territoire revendiqué dans le Grand- 
Chaco 16,537 

Territoire revendiqué entre le Parant et 
l'Uruguay i,820 

Total. . 28,770 
lieues carrées de 5,000 varas castillanes (2), ou 
26,935 lieues carrées de 25 au degré : la France n'en 
a que 26,759. 

(1) Nous trooTODS cette phrase dans le Moniteur da 5 octobre 18S3 : 
« On sait qae cette tle... fait, d'après le traité coodii il y a hait mois , 
partie de la province de Corrientes. » Noos ignorons la date précise et la 
teneor de cet acte. Peut-être 8*agit-il ici du traité conclu entre Lopei et 
Urquiza après la chute de Roses (1852). Cette négociation, qui avait pour 
base la reconnaissance de la Nationalité paraguayenne, échoua par suite 
du refus de Buenos-Ajres de ratifier les pouvoirs du Général, et de Térec- 
tion de cette province en un État indépendant de la- Confédération Argen- 
tine. 

(2) Cette somme est extraite de la carte de M. Cortambert. — If. db 
Hdhboldt donne au Paraguay proprement dit 7,424 lieues carrées de 
20 au degré ( Voyage aux régiont égmnoxiaUi du Nouveau^oniineni, 
t. IX, p. 229). 



\ ' 






CHAPITRE II. 



COlTISTâTlMS TBilITORUUI BITU L'ElPAGlE BT U POlTUeU (l)i. — 

BUUB DV PAPB Â^XAIDIB .VI. — 
TRAITt DB T0RDB8ILLU BT DB SâlAGOBSB. 

(M9»-*lIt9) 



Lès grandes entreprises maritimes de la fin du xv® 
siècle eurent pour point de départ les découvertes des 
Portugais, qui poussés pair les incitations de Tinfant 
D. Henrique, fils du roi D. Joâo P', sur les traces des 



(1) li*histoire des démêlés séenlaires aaïqnels n donné Ken la délimtu- 
CioD des possessions hispano -portugaises dn IfonveamContinent, est en- 
core à faire ; nons ne youlons en donner ici qu'un simple aperçu, en ren- 
▼oyant pour Tétude approfondie de cette intéressante qnestfon.de géo- 
graphie politique, aui ouvrages suivants : 

Q^adro eUmentar da$ relaçôe$ politieàs e diplomaiicat de Portugal 
am 0$ dwenai polencioi do Bundo, par le vicomte db SAitTiREH, Pa- 
ris, lS4f- 1854, t. II ; 

Colleeçào de noticiai para a hittoria e geografia da$ naçàei ultra- 
marinas. Lisboa, 1841, t. VU; 

Coleecion de los viagei y deseulnimienloi que hicieron por mar loi 
EtpaHoles^ par Nayarrbtb, Madrid, 1825 à 1837, t. II, III et lY ; 

Diêerlacion hUlùrica y geografica êobre el meridiano de demarcaeion 
entre lo$ daminios de Eepaûa y Portugal, etc*, por D. JombJuan x !>• 

2 



18 CONliSTATIOIVS TERRITORIALES. 

Arabes chassés de la Péninsule, doublèrent le cap Bo- 
jador eu de Non (1 ), et reconnurent les côtes occiden- 
tales de TÂfrique jusqu au-dessous de la Guinée. Alors 
le pape Nicolas Y octroya par une bulle (2) , au roi 
Alphonse Y, le privilège de la découverte des mers, Iles 

Amtohio Ulloa, Madrid , 17I0« petit iii*S» et Paris, 1776, in- 12. Lt BibliO' 
ieea del Comereio del Plala, t. 1, Nonteridee, 1845, coatieot sens ce 
titre apocryphe : Contêêlaeùm de Portugal a la diiertaeùm de D, Jorje 
Juan y D. Antonio de Vlloa, uo mémoire sans nom d'anteiir, écrit dès 
IMI, et relatirà la foodation de la Colonia do Saeramento; 

Hiitoria de la$ demarcaciones de limites en la America , eompueela 
por D. V. Aguilar t Jcrado, y D. F. Riquinâ, dans : BibHoteea del Comer- 
eio^ 1846, il ra. 

Kous citerons encore plnsieiirs manuscrits de la B. I. classés sous le 
n* 1486 sup. Fr. Celui qui a pour titre : Memoria sobre la lineadioiêoiria 
de los dominios de S, Jf . C. y dfl Réjf de Portugal en America méri- 
dional, por D. Miguel Lastirru, est accompa^é d*une carte sur laquelle 
sont figurés les différents méridiens de démarcation d*après la bulle du 
Pape Aleundre VI et le traité de Tordesillas. 

Ifous terminerons ces indications bibliographiques, par le saraqt tra- 
vail de M. J. A. DB Varniagin, intitulé : Êistaria gérai do àrasBÎly etc., 
Mi^d, t. l*M8M, et t. Il, 1857, petit in<4*. En rendant compte à k So- 
ciété de géographie du premier volume de cet ouvrage , M. r'Aybzac a été 
conduite étudier plusieurs points restés fdrt obscurs de ces uégoclationa 
intenniniWw» et les e éclairés d'iule vite lumière. Toutefois, nous devoM 
ajouter que VEœamen critique de Tbonorable vice-président de là Société, 
a provoqué des réponses de la part de MM. A. De Yamhagen et Da SQva , 
dont ou cyNmatt les boaui tnvRui histori%ues sur leur commune patrie. Le 
lecteiAr trouvera tofs les éléments de cette discussion, pleine d'éruditioo 
et de courtoisie, dans le BulleUn de la Société de géographie ^ t. XIT 
et XY, i857*11i&8. On peut consulter ettcore uu travail de M. m Yariiia- 
CBH : Ai Primeiras negociaçôes diplOÊnaticai respectivasào Braxilp 
dans le 1" vol. des Êemorioê do instUuto historico e geografiço Bra- 
sUeiro , p. 119 à 154 1 plusieurs Mémoires du vicomte de Sao Liopoloo, 
même recueil , p. 1 à 54 et 205 à 244 ; et ses Années dm Prowneia de 
S. Pêàro^ Pwis, 1830, ia-8. 

(1) Avant cette époque, on regardait le cap de Won ou Capui Non, sîM 
dans le Biled-ul-djérid, comme le Non plus ultra des navigateurs, comme 
de nouvelles colonnes d*Bereule; d*où les marins français avaient tiré ce 
proverbe : Le cap de Non, qui le passe, ne revoit jamais sa fsMson. 

{%) % ieueéff iiié. 



1493— 16a0.^ <9 

et terres voisines , du côté de TOrient et du Midi jus- 
qu'aui Indes. 

€es privilèges ifilrent confîrniés par les papesf^Ca- 
lixte III et Sixte IV (1). Toutefois, ce dernier excepta 
de la concession les ites €anaries , qui devaient appar- 
tenir à la couronne d'Espagne, en vertu d*un traité an- 
térieurement conclu entre les deux princes catholiques, 
et dont il confirma les principales dispositions. 

Tels étaient Vétat des choses et la situation respective 
de l'Espagne et du Portugal, lorsque Colomb, cette 
grande ftme si naïvement dévouée aux œuvres de Dieu, 
vint offrir ses services aux souverains de Castillè et d'A- 
ragon, en s'engageant à découvrir de nouvelles terres, 
sans porter atteinte aux droits du Portugal. On sait le 
reste. On sait que l'immortel Génois, sorti le 3 août 4 i^ 
du port de Palos, avec trois caravelles qu'il avait ob- 
tenues par six années de sollicitations et de prières , 
après avoir navigué pendant soixante-dix jours à l'ouest 
des iles Fortunées malgré les résistances d'un équipage 
tour à tour abattu ou mutiné, découvrit enfin le 42 oc* 
tobre l'fle de San-Salvador, puis celle d'Hispaniola, et 
revint à Barcelonne au mois d'avril de l'iBinnée suivante , 
rendre compte d'une découverte qu'il ne devait qu'à 
son audace, à son génie, et à de « miraculeuses inspi- 
rations. » 

A peine le pape Alexandre VI eut-il connaissance des 
résultats merveilleux de ce voyage, que, pressé de 
convertir au christianisme les habitants de ces contrées 

U) BMm an ii mtê 1156 et 31 juin UBi . 



16 POSITIOH ASTRONOmOUK ET LIVITKS. 

qui concédait (art. i) l*ile Apipé à la province de Cor- 
rientes , si cette convention eût survécu aux circon- 
stances sous Tempire desquelles elle avait été négo- 
ciée (1). 

En récapitulant les chiffres épars dans cette longue 
discussion , on voit que l'Ëtat du Paraguay possède la 
superficie suivante : 

Territoire compris entre les nos Paraguay et Pa- 
ranà 10,443 

Territoire revendiqué dans le Grand- 
Chaco 46,537 

Territoire revendiqué entre le ParanI et 
rUruguay 1,820 

Total. • 28,770 
lieues carrées de 5,000 varas castillanes (2), ou 
26,935 lieues carrées de 25 au degré : la France n'en 
a que 26,759. 



(1) Nous troayons cette phrase dans le M(mUeur da 5 octobre t853 : 
« On sait qae cette tic... fait, diaprés le traité coDdv il y a huit mois , 
partie de la proTÎoce de Corrieotes. » Noos ignorons la data précise et la 
teneor de cet acte. Peat-étre s*agit-il ici du traité conclu entre Lopez et 
Urqniza après la chute de Rosas (1S52). Cette négociation, qui arait pour 
base la reconnaissance de la Nationalité paraguayenne, échoua par suite 
du refus de Buenos-Ajres de ratifier les pouToirs du Général, et de Térec- 
tion de cette proTÎuce en un État indépendant de la- Confédération Argen- 
tine. 

(3) Cette somme est eitraite de la carte de M. Cortambert. — M. di 
HoMBOLDT donne au Paraguay proprement dit 7,424 lieues carrées de 
90 au degré ( Vayaçi aux réginms équinoxiaki du Nouveau^oniinent, 
t. IX, p. 229). 



* 



CHAPITRE IL 



COmSTATIOVS TIRIITOHIAUS »TU L*nPA6R IT U P0ITU6U (l)u 

BULU DU PAPB Atf XAIDBE ¥1. — 
THAITt DI TOHDISILLAS II U SA1A608SI. 

( Me» -* me ) 



Lès grandes entreprises maritimes de la fin du xV® 
siècle eurent pour point de départ les découvertes des 
Portugais, qui poussés pair les incitations de l'infant 
D. Henrique, fils du roi D. Joâo I*', sur les traces des 



(1) l'histoire des démêlés sétfalaires Aaïqnels a donné Ken la délimita- 
tion des possessioDi his|Mino -portugaises dn IfonteamContinent, est en- 
core à faire ; nous ne voulons en donner ici qa*un simple aperçu, en ren- 
îoyant pour Vétnde approfondie de cette intéressante question. de géo- 
graphie politique, aui ouvrages suivants : 

Qtiadro elementar das relaçôet polUieàs e diplomaiicas de PorlngcU 
eom as dfver$ai poteneias do Mundo, par le vicomte ni Santarem, Pa- 
ris, 1849-tS54, t. n : 

ColUcçào de noiicias para a hUtoria e geografia dos naçôes ultra* 
marinas. Lisboa, 1841, t. YH; 

Coleecion de los viages y descubrimienlos que hicieron por mar los 
Eipafioles, par Navarrbti, Madrid, 1825 h 1837, t. II, IH et lY ; 

IHsertaeion hisUiriea y geografiea sobre el meridiano de demarcacion 
entre los dominios de Espafka y Portugal, etc., por D. Jomui Juan j D. 

2 



18 COinlSTATIONS TERRITORIALES. 

Arabes chassés de la Péninsule, doublèrent le cap Bo- 
jador ou de Non (1 ), et reconnurent les côtes occiden- 
tales de l'Afrique jusqu au-dessous de la Guinée. Alors 
le pape Nicolas V octroya par une bulle (2) , au roi 
Alphonse V, le privilège de la découverte des mers, iles 

Amtonio Ulloa, Madrid, 17I&, petit ui-8, et Paris, 1776, io-13. La Biblio- 
Uea del Comereio det Plala, t. 1, Moaterideo, 1845, cootieot sens ce 
titre apocryphe : Contetlacion de Portugal a la diserlaeion de D. Jorje 
Juan y D, Antonio de Vlloa, no mémoire sans nom d'auteur, écrit dès 
1081, et relatif à la foudation de la CoUmia do Saeramento; 

Bistoria de las demarcaciones de IHnites en la America , eompueila 
por D. V. AGoiLAR T JuRADO, y p. F. RiouiNAi dans : Biblioteca del Comer- 
eio, 1846, t. m. ' ' 

Nous citerons encore plusieurs manuscrits de la B. I. classés sous le 
n* 1486 sup. Fr. Celui qui a pour titre : Memoria eo&re la lineadivieoria 
de lo$ dominios de S, M. C. f del Aéy de Portugal en America méri- 
dional, por D. Miguel Lastabria, est accompagné d'une carte sur laquelle 
sont figurés les différents méridiens de démarcation d'après la bulle du 
Pape Aleiandre VI et le traité de Tordesillas. 

Nous terminerons ces indications bibliographiques, par le sayaqt tra- 
tàii de M. J. A* di Vabniacbm, intitulé : Êiêtoria gérai do Breutilf etc., 
M^d , t V\ 1854, et t. II, 1857, petit in*4*. En rendant compte à la So- 
ciété de géographie du premier volume de cet ouvrage , M. d'Ayizac a été 
conduite étudier plusieurs points restés fdrt obscurs de ces Bégociatioos 
inlef mi oab kt , et les a éclairés d'une rite lumière. Toutefois, nous deroos 
ajouter que ï Examen critique de l'honorable vice-président de là Société, 
a provoqué des réponses de la part de MM. A. De Vamhagen et Da SUva , 
doirt om cponait les beaui travaux hisiqrivues sur leur commune patrie. Le 
lectciAr trouvera tofs les éléments de cette discussion, pleine d'érnttiUon 
et de courtoisie, dans le Bulletin de la Société de géo^apkie, t. XIV 
et XV, i857«lï58. On peut consulter encore un travail de M. di Vabhsa- 
Giff : As Primeirae negociaçàee diplOÊnaticat respectivae âo Braxil, 
dans le 1" vol. des Êemoriae do instUuto historico e geografieo Bra- 
eiUiro , p. 119 b 154 1 plusieurs Mémoires du vicomte de Sao Liopoloo, 
même recueil , p. 1 à 54 et 205 à 244 ; et sfs Annùee dm Promneia de 
S. Pêéro, Ptfis, ISaa, mS. 

(1) Avant cette époque, on regardait le cap de Non ou Caput Non, situé 
dans le Biled-ul-djérid, comme le Non plut ultra des navigateurs, comme 
de nouvelles colonnes d'Bereule; d'où les marins français avaient tiré ce 
proverbe : Le cap de Non, gui le paeee, ne revoii Jamaiê $a mainm. 

<)) ajWPief 1454. 



1493—1539. ' <9 

et terres voisines , du côté de TOrient et du Midi jus- 
qu'aux Indes. 

€es privilèges furent confirmés par les papesf^ Ca- 
Itxte III et Sixte IV (1). Toutefois, ce dernier excepta 
de la concession les iles Canaries , qui devaient appar- 
tenir à la couronne d'Espagne, en vertu d'un traité an- 
térieurement conclu entre les deux princes catholiques, 
et dont il confirma les principales dispositions. 

Tels étaient Vétat des choses et la situation respective 
de l'Espagne et du Portugal, lorsque Colomb, cette 
grande ftme si naïvement dévouée aux œuvres de Dieu, 
vint offrir ses services aux souverains de Castillè et d'A- 
ragon, en s'engageant à découvrir de nouvelles terres, 
sans porter atteinte aux droits du Portugal. On sait le 
reste. On sait que l'immortel Génois, sorti le 3 août 4 iô2 
du port de Palos , avec trois caravelles qu'il avait ob- 
tenues par six années de sollicitations et de prières, 
après avoir navigué pendant soixante-dix jours à l'ouest 
des iles Fortunées malgré les résistances d'un équipage 
tour à tour abattu ou mutiné, découvrit enfin le 42 oc- 
tobre l'ile de San-Salvadof, puis celle d'Hispaniola, et 
revint à Barcelonne au mois d'avril de Tisonnée suivante , 
rendre compte d'une découverte qu'il ne deyaît qu'à 
son audace, à son génie, et à de € miraculeuses inspi- 
rations. » 

« 

A peine le pape Alexandre VI eut-il connaissance des 
résultats merveilleux de ce voyage, que, pressé de 
convertir au christianisme les habitants de ces contrées 

a ) Bnllet dea 1» mêtê 1156 et 31 jain UBi. 



SO COimCSTATtONS TI1UUT0RIALE8. 

nouvelles, et peut-être aussi d'intéresser dès la |>re- 
miëre année de son pontificat, à l'exécution de ses am- 
bitieux desseins, le souverain du pays où lui-même était 
né (1 ) , il n'hésita pas à rendre une bulle par laquelle 
il octroyait, en vertu de mu omnipotence, aux rois ca- 
tholi()ues Ferdinand et Isabelle et à leurs successeurs, 
tous les continents et iles déjà découverts ou à décou- 
vrir, pourvu qu'ils fussent situés à l'occident et au midi 
d'une ligne imaginaire tirée du pôle arctique au pôle 
antarctique , et passant à jj 00 lieues à l'ouest des iles 
Açores et du cap Vert (2). Il n'était dérogé^en rien aux 
concessions faites par ses prédécesseurs à la Couronne 
de Portugal, à laquelle restait attribuée la propriété des 
territoires à découvrir à l'orient de cette ligne, eonnue 
depuis lors sous le nom de Méridim de démarcation. 

Une seule restriction était mise à celte double inves- 
titure de droit divin : ces terres ne devaient être occu- 
pées par aucun prince chrétien avant le jour dé Noël 
commençant l'année 4493. 

Cette bulle célèbre^ qui divisait le monde en deux 
parties égales, et l'attribuait à deux puissances au dé- 
triment des autres (3) , confirmée par celle du 24 no- 

(1) Roderic Lenzaolo ( oo Borgia du nom de sa mère ), 4ui panrint^ la 
plas haute dignité de l'Ëgliae en 1492 sons le nom d'Aleiandre VI, était 
originaire de Valence (royaume d^AragoUy. 

(2) Voyez aui Noies et Pièces juilificatites les passages les plus im- 
portants do cette bulle, insérée en entier par Navarrete, dans la Coleecion 
de los viÊiget y descubrimienloê» t. lù, p. 28 à 35 ; par extraits, dans VUiê- 
loire générale des traités de pùis^ cl autres transactions principales 
entre toutes les puissances de V Europe depuis- la paix de WestphaHe, 
Paris, Amyot, 8 toL, t. IV, p. 403 ; par extraits, mais en français, dans les 
Trois mondes de La Popclliotère, livre II, art. 2. 

(3) Sans vouloir répéter ici la réflexion sensée tout sa forme plaisante, 



. 1493—1529. ai 

?embre suivant « parut au roi D. Joâo II de nature à 
porter atteinte à ses droits, et à entraver les conquêtes 
qu'il poursuivait sur les. côtes de T Afrique. occidentale. 
Des ambassadeurs portèrent à Rome ses plaintes qui ne 
furent pas écoutées. Alors* il résolut de iaire valoir di-^ 
rectement ses prétentions auprès du roi d'Espagne, qui 
consentit sans peine à laisser à des commissaires munis 
de pleins pouvoirs, le soin de régler ce différend. 

Tordesillas, où se trouvait alors la cour, fut désigné 
comme lieu de réunion. On se mit promptement d'ac* 
cord , et dès le ? juin 1 494 , un traité contenant les 
engagements les moins équivoques , intervint entre les 
deux monarques , qui , pour rendre son exécution plus 
certaine, s'obligèrent à en demander la confirmation 
par le Saint-Père t chaque haute partie eontractante 
promettant de se soumettre aux censures les plus se- 
vère»-, en jcas de. contravention à ses clauses (1). 
Par le traité de Tordesillas, il fut stipulé : 
Que le méridien de démarcation serait porté à 



et bieo coaoae» de Frauçois I*' à la nonyelle d*an partage qui excluait la 
France de ce riche patrimoine, nous ferons observer à ceux qui pourraient 
s'étonner d*un acte du Saint-Siège aliénant le droit d*autrui dont la réserve 
est toujours soui-entendue , que , k cette époque , les princes de TEurope 
encore catholiques - romains , constituai(*nt une sorte de Confédération 
ayant le pape pour chef, chargé de régler eo arbitre souTerafin » leurs dif- 
Xérends.. Ce qui paraît ioadmissible'an xix* siècle était chose toute dltu- 
reUe au xv*; il ne faut pas Toubliér. D'ailleurs, la cour de Rome confé- 
rait let pouToirs eeclésiastiques « destinâtis missionariis ad Indos protec- 
tM a christianissimo rege Galli» » aut Missionnaires que la France en« 
Yoyait dans ces mêmes pays, sur lesquels le Portugal et l'Espagne pré- 
tendaient avoir reçu un droit exclusif de la puissance papale. ( D'Aykzac, 
Bulletin 1857, t. XIV» p. 191» d to note. ) 

(1) Une bulle confirmatite de ialet U (24 janvier 1506) pourvoira l'eié- 
ealîon da la coov«Qtioo. 



22 CONTESTATIONS TKRKITORIALES. 

370 lieues à Touest des iles du cap Vert. C'étaiU on le 
voit, reculer d'une distance presque triple la bar- 
rière posée par Alexandre VI ; mais l'Espagne ne croyait 
alors abandonner qu'un espace couvert par l'Océan, car 
à cette époque, Al varea^ Cabrai, en cherchant à doubler 
le cap de Bonne-Espérance sur les traces et d'après les 
Instructions de Vasco de Gama, n'avait pas encore ren- 
contré le Brésil déjà entrevu par Vincent Pinçon. 

Que les découvertes faites en deçà de cette ligne^ par 
des sujets espagnols , appartiendraient au Portugal ; et 
réciproquement , que celles effectuées par des naviga- 
teurs portugais au delà de la ligne séparatlve , fejraient 
retour à la couronne de Castille. 

Enfin, il fut convenu que les deux puissances expé- 
dieraient dans le terme de dix mois comptés à partir 
du jour de la signature du traité, deux ou quatre vats>* 
seaux (caravela^) montés par des astronomes , des pi- 
lotes et des géographes, lesquels, partant des Canaries, 
devaient se rendre aux iles du cap Vert, et se diriger de 
là vers Toccident, pour marquer la limite de 370 lieues 
comptées à partir de cet archipel, et fixer h méridien de 
démarcation (1)* 

Cette dernière clause, qiii était tout le traité, ne Ait 
pas remplie. Outre que son exécution présentait des 
difficultés insurmontables, puisqu'il s'agissait de peser 
des bornes sur des points du globe encore Inconnus , 
les deux princes absorbés, l'un par le désir de pour-^ 



(1) NiVARRm, Coleeriùn de la Viagês, t. II, p. 130 à 143. Voy. ivisi 
Noies el Pièces jutti/lcalivei. 



1(93—1539. S3 

suivre ses entreprises vers le cap de Bonne-Espénince , 
l*aotre par les menreilleux résultats de la découverte 
du Nouveau*Monde ; convaincus d'ailleurs, que par- 
tant d'un même point pour se diriger, le prerhièT vers 
l'est, et le second vers l'ouest, ils ne parviendraient ja« 
mais à ae rencontrer, les deux princes semblent ne 
pas avoir attaché une grande importance k l'observa- 
tion de cette partie du traité. 

Sans doute,* les limites des possessions bispano<»lu«- 
sitaniennds étaient inconnues, et le point où devait s'ar- 
rêter la juridiction de chaque puissance incertain; mais, 
en vertu des stipulations déjà faites, et des réservea po- 
sées pour l'avenir, l'usurpation d'un territoire par l'une 
des parties ne devait*-elle pas cesser dès que l'autre 
signalerait la position exacte de la ligne séparative , et 
par conséquent l'injustice des prétentions de la partie 
adverse? Ainsi le dommage ne pouvait durer que lé 
temps nécessaire pour réchmer contre un établissement 
entrepris contrairement aux conventions, et obtenir la 
fixation de la ligne de partage. 

Un événement mémorable et imprévu ne tarda pas k 
susciter de nouveaux démêlés , en mettant en relief les 
prétentions rivales des puissances péninsulaires à la 
souveraine d'un même territoire* Il s'agissait de la 
découverte de l'archipel des Moluques , 6Ji étaient ar- 
rivés soua le coihmandement de Gonzalo Goinez de 
Espinosa, les navires de l'expédition entreprise par 
Magellan, après la mort de ce grand capitaine. Cette 
nouvelle parvint en Europe le 6 septembre 4 5S2 , par 
le vaisseau la Victoire, auquri revient l'honneur insigne 



« 



24 CONTESTATIONS T^RRHORULKS. 

d'avoir fip^it, le premier, le tour du monde , et Ib Por- 
tugal s'empressa^de revendiquer la possession de ce&iles 
des Ëpices (de lu Etpeoeria}f comme situées en dedans 
des limites de ses domaines, .et comme ayant été déjà 
découvertes par ses sujets. 

Une nouvelle convention devenait nécessaire. Après 
bien des pourparlcû^s , on décida que des commissaires 
choisis par les deux cours, seraient chargés de pro- 
noncer sur la propriété des Moluques , d'après le mé- 
ridien établi dans le traité de Tordesillas. A ces diplo- 
mates oa adjoignit des hommes de lettres, et les marins 
\eâ plus fameux de Tépoque. Parmi ces derniers, ^n voit 
âgurer Hemando Colon le second fils du célèbre ami- 
ral, Sébastian Gaboto, Juan Vespucio et quelques-uns 
de ceux qui étaient revenus sur la Victoria ^ le témoi-> 
gnage des compagnonsr de Magellan devant peser d'nn 
grand poids dans la solution de cette question diffièile. 

Le congrès se réunit en el Puente de Coj^, rivière qui 
sert de limite aux deux- royaumes , sur le- chemin de 
Badajoz à Yelves. Après de longues discussions, il se 
sépara sans rien décider. Il s'agissait de faire l'appli* 
cation du traité de Tordesillas,- et depuis sa signature, 
de nouvelles conquêtes avaient été faites sur la oôte 
orientale du Sud-Amérique. Alvarez €abral avait re- 
connu le Brésil; et l'infortuné Solis avait payé de. sa vie 
le découverte du Rio de la Plata, dans lequel il était 
oatré en ehercHant un passage pour, se rendre dans 
l'océan Pacifique. Dès lors, il. n'était plus indifférent 
pour les deux Couronnes que la* ligne-frontière Wl 
culée vers l'ouest, ou avancée vers rorient. 



1493—1539. 35 

Et puifi^ qnella mesure devait-on employer dansda 
fixation? Le traité avail-il stipulé que les 370 Iieues.se- 
raient des lieues légales de Castille de 26 1/2, ou des 
lieues maritimes de 20 au degré, ou bien enfin des 
lieues. de« 17 1/2 ou 70 milles au degré alors en usage 
chez les marins espagnols et portugais (1 ) ? 

Cette sérieuse difficulté vaincue, laquelle dès Hes du 
cap Yert convenait-il de choisir pour point inchoactif ? 
Fallait-il compter la distance à partir de la plus orien- 
tale ou de la plus occidentale? Prendre Tile du Sel ou 
File Saint-Antoine, ou bien encore l'ile Saint-Nicolas, 
située au milieu de l'archipel 7 Et , si l'on se souvient 
que le traité dont on tentait vainement l'application , 
loin d'affaiblir l'autorité des bulles pontificales, ^en avait 
au contraire. reconnu comme formellement obligatoires 
les principales dispositions , on arrive à une série d'ob- 
jections tout à lait insolubles. 
. La bulle d'Alexandre VI avait confoAdu en un seul 
et même groupe les iles Âçores et celles du cap Vert , 
quoiqu'il y ait entre elles une latitude différentielle de 
22* et une longitude de plus d'un degré; dès lors, il 
devenait impossible de mettre d'accord la bulle et le 
traité. Suivre le méridien des Açores , c'était laisser 
de côté celui du cap Vert^ et réciproquement. Il n'était 



i 

(1) M. oi^VabniIgin, Hiêtoria gérai êo Brazily et Bulletin de la So- 
ciété de géographie^ avril 1858, t. XV, se groooDce pour li lieue de 16 } au 
degré. Je renvoie à sdq Examen de quelques points de F histoire géogra- 
plhiq^e au Brésil, et apx ConsidérgUUrns géographiques sur thistoire 
du Brésil de M. i»'Avezac, Bulletin^ t. XIV, 1857, pour les données cosmo- 
graphiques et métrologiques de ces difficiles problèmes , et les théories 
pro|>osées pour leur tolatioo. 



26 CONTESTATIONS TKfUUTORIALBS. 1493—1529. 

pbs plus aisé , grâce à cet écart en longitude, de prendre 
pour point de départ les Âçores , comme Fordoniiait 
Tacte émané de la puissance papale, et de suivre le pa- 
rallèle des iles du cap Vert, comme l'indiquait le traité. 

Pendant que ces négociations traînaient en longueur, 
grâce aux moyens dilatoires imaginés et mis en avant 
par les liomtaes de Loi (^letrados, disent Jorge Juan 
et Ulloa ) , la guerre continuait entre les Portugais et 
les Castillans établis dans l'archipel des Moluques, les 
uns sur les iles Tidor et Gilolo, les autres à Terrenate. 
Ce fut sur ces entrefaites, que profitant d'un, moment 
où l'empereur se trouvait à bout de ressources par suite 
de ses nombreuses entreprises , le roi de Portugal qoi 
n'avait pas perdu de vue l'objet de ses convoitises , et 
qui tenait à ressaisir le riche monopole du commerce 
des épices, liîi acheta moyennant 3,500 ducats d'or, li 
propriété des Moluques. Le contrat de vente conte» 
nant un pacte de retrovendenio fut signé à Saràgosse le 
22 avriH 529(1). 

Ainsi s'éteignirent les discussions qui s'étaient éle- 
vées sur ce point ; mais il demeura expressément en* 
tendu qu'il n'était dérogé en rien aux autres disposi-* 
lions fondamentales du traité deTordesillas, qui recèvak 
de cet acte une consécrtition nouvelle. 



(1) Joui Juaii et Ulloa, DitertacUm Mitoriea, ete., aitribueiil à tari 
pour date à ce traité FaDoée 1526.' SANTARm , Qmdro elimenlar doi r$r 
laçàeê polUieat^ t. II, p. 46 k 69^; Gardkn , Histoire généraU des irailéê 
de paix , t. IV, p. 419 ; Maatins , SupplémeM au recueil des IraUéê ^ 
paix, GcBtUogae, 1803 k 1808, 4 Tol. hi-8«, 1. 1, p. 378 à itl. 



CHAPITRE III. 



CtintTATlOIS TEBllTtUâUn (soite). — rOIDATIOl 91 U COLOIII M 

tAIIT-SAGUUIT. — TlAITt DI LItBOIII ET D*UTH£GIT. — 

GOITKITIOI DI PAII8. — TlAITt DI HADHIO. 

(iite-^mo) 



On le voit, FÂméilque laissée à Técart, n'était point 
intervenue dans les démêlés qui avaient divisé les deux 
cours. I/Espagne regardait toujours comme appartenant 
au Portugal, le Brésil, qu'elle supposait situé à Torient 
du méridien de démarcation. Les deux nations avaient, 
il est vrai, fondé des colonies sur le même continent, 
mais une telle distance séparait le Pérou de la Terra 
de Santa-Cruz, qu'elles ne se préoccupèrent pas tout 
d'abord des limites dans lesquelles chacune d'elles pût 
s'étendre, sans commettre une usurpation ' de terri- 
toire. Peu à peu les conquêtes s'agrandirent, des villes 
nouvelles furent fondées, les centres de population se 
rapprochèrent ; et il vint un moment où les sujets des 
deux monarchies rivales se trouvèrent en présence. 



38 CONTESTATIONS TERRITORIALKS. 

Alors, chaque souverain voulut connaître l'étendue de 
sa juridiction transatlantique, et les bornes de colonies 
qui avaient pris en peu d'années des développements 
gigantesques, grâce à Taventureuse énergie de leurs 
fondateurs. 

Ces contestations nouvelles surgirent à l'occasion de 
Térection d'uiie ville dont le vice-roi du Brésil , Ma- 
noel Lobo, jeta les premiers fondements sur la rive 
septentrionale de La Plata, et qui reçut le nom de Co- 
lonia do Sacramento (1). Les habitants de Buenos- 
Ayres , qui de tout temps avaient regardé leur métro- 
pole comme maîtresse souveraine des deux rives du 
fleuve jusqu'à son embouchure, inquiets du voisinage 
immédiat d'une nation rivale, et désireux de rentrer 
en possession d'un territoire dont ils avaient toujours 
joui , adressèrent à leur gouverneur d' énergiques re- 
présentations, et le mirent en demeure de chasser les 
Portugais d'une position qui appartenait à leur roi. 
Celui-ci se rendit sans peine à ces instances, et après 
avoir adressé à D. Manoel Lobo de vaines réclama- 
tions, il attaqua le nouvel établissement et s'en em- 
para. Les milices Argentines qui s'étaient mises à la 
disposition du gouverneur, et les Indiens des Missions, 
contribuèrent puissamment au succès de cette entre- 
prise (2), dont la nouvelle parvenue en Europe, hâta 
la conclusion du traité provisionnel que le duc de Jo- 
venazo , ambassadeur extraordinaire d'Espagne au- 

(1) 1679. 

(2) 7 août 1680. Uoe cédule royile da 16 septembre 1639 trait autorisé 
l'anneiDcnt des lodieiis pour repoasser les ioTasioiis des Paaiiates. 



1529~175a. 29 

près du prince Régent, négociait alors' avec la cour de 
Portugal. 

Ce traité signé k Lisbonne le 7 mai 1681 et ratifié 
par le Roi Carlos II le 25 du même mois, contient dix- 
sq)t articles. Il ordonne, en substance, la restitution 
de la nouvelle colonie du Saint-Sacrement, de ses 
armes et munitions ; la réintégration des prisonniers 
dans leurs foyers, avec défense à ces derniers d'élever 
des remparts et des constructions en pierres pour cou- 
vrir leur artillerie, et d'entreftentr des relations avec 
lés Indiens des Missions* espagnoles, etc. En même 
temps, les habitants de Buenos-Âyres rentraient dans la 
jouissance des plaines de la rive gauche du fleuve. Ces 
stipulations étaient faites sans préjudice et sous réserve 
des droits des debx princes à la propriété légitime de 
ces territoires (art. 42), laquelle devait être détermi- 
née d'après le méridien de Tbrdesillas, par des com- 
missaires chargés de procéder avec la méthode suivie 
lors des négociations intructueuses'de 1524. Les con- 
férences ne devaient pas se prolonger au delà de trois 
mois, et après ce terme, en cas de désaccord, les deux 
puissances s'engageaient à en appeler au Pape dans 
Tannée, et à se soumettre à sa décision suprême. 

Lès négociations s'ouvrirent de nouveau sur la 
Rivera de Cayà^ dans l'Estràmadure , le 10 novembre 
1681, et se- terminèrent le 22 janvier de l'année sui- 
vante, comme celles que la découverte de l'Archipel 
desMoluques avait motivées. Les mêmes causes avaient 
produit les mêmes effets. Les astronomes et. les géo- 
graphes des deux nations, n'ayant pu se mettre d'ac- 



30 CONTESTATIONS TERKIT01UALBS. 

cord sur Ja solution des problèmes scientifiques qu^ib 
avaient à résoudre, il devint impossible aux commia- 
saires de s^tntendre et d'arriver à une conclusion. 
. La Disertacion de Jorge Juan et UUoa, et le mé* 
moire de Miguel Lastarria (1) énuœèrent en tarmes 
pleins d'intérêt, les obstacles qui firent échouer les 
négociations. Je dirai quelques mots de ces obstacks , 
en regrettant d'être obligé de tourner court sur ce 
point. 

On commença, comme la première fois, par de Ion* 
gués discussions sur le choix de Ifle qui devait servir 
à rétablissement du méridien de démarcation, et les 
Espagnols proposèrent vainement, pour concilier les 
intérêts des deux Couronnes , de substituer Vile de 
Saint-Nicolas située au milieu de rArchipel du Cap 
Vert, à File Saint - Antoine la plus occidentale de 
toutes. Et, comme les raisons que chaque partie fai- 
sait valoir à Tappui de ses prétentions, n'étaient ni 
moins fondées ni moins puissantes que celles de la 
partie adverse à l'appui des siennes, on convint d'éta* 
bUr deux lignes de délimitation : la première ayant 
pour point de départ le centre de l'ile Saint-Nicolas; 
la seconde la pointe occidentale de l'île Saint -An-- 
toine (2). Ceci posé, les cosmographes et les astro- 
nomes se mirent à l'œuvre et commencèrent leurs cat 
culs ; mais une difficulté nouvelle ne tarda pas à surgir 
et à les diviser. 

(1) Biblioteca del Comercio del Plala, t. V\ p. 138, 202 ctsair.'-^ Mu. 
de laB. I. n*1486, Slip. Fran. D«2. v 

(2) Ut. N. 17* y i Long. 0. 27* iV. 



1589—1750. 31 

Les Etpttl^ols roulaient se servir des cartes dressées 
par les marins hollandais, toat à fait désintéressés Ami& 
le débftt qu'il s'agissait de résoudre. Ces cartes étaient 
alors réputées les plus exactes, cette nation ayant long- 
temps navigué sur les côtes du Brésil, où elle avait, à 
une autre époque, possédé des établissements impor^ 
tants. Les commissaires portugais proposèrent les 
caries dressées par leurs pilotes, et firent leurs calculs 
sur celles des Trâxeira, approuvées par Manoel Pimen- 
tel Villasboas, qui lui-même siégeait au congrès. Or, 
ces cartes n'inspiraient aucune confiance aux Espa- 
gnols, qui leur r^rochaiént d'avoir été graduées pour 
les besoins de la cause, ou tout au moins d'avoir en- 
traîné le prince D. Pedro à ordonner l'occupation d'une 
contrée qu'il regardait , d'après elles, comme comprise 
dans ses possessions transatlantiques. 

Nous croyons qu'il n'est pas impossible d'expliquer les 
divergences d'opinion , et les résultats contradictoires 
auxquels on arriva de part et d'autre, sans supposition de 
mauvaise foi, et sans admettre une altération préméditée 
des pièces du procès. Les cartes proposées par les deux 
parties n'avaient pas pour base des calculs astronomi- 
ques rigoureux ; elles avaient été dressées d'après les 
itinéraires des navigateur^ les plus fameux de l'époque. 
Or, personne n'ignore les différences que présentent 
entre elles l'estime et l'observation directe; combien 
sont incertaines les données d'un itinéraire maritime: 
et puissante l'action des courants qjoii diminuent ou 
augmentent notablement les distances, suivant qu'on 
navigue dans leur direction ou en opposition avec elle. 



32 CONTBSTATIOIIS TBRRITORULIS. 

A la fin da xyd® siècle, Tinsuffisanee o» rimperfecUon 
des iDstruments nautiques, les hésitationaet les titon-* 
nemente des marins au milieu de mers encore pea 
connues, rendaient toutes ces causes d'erceur. assuré* 
ment *biea plus actives que de nos jours. Aussi, tandis 
que les astronomes castillans établissaient par leurs eal- 
culs, la ligne séparative à S"" 43' à Test du cap de Santa* 
Maria (1), en comptant les distances de File Saint- 
Nicolas, et à S"" 47' en partant de 1^ côte occidentale de 
rUe Saint-Antoine, ce qui leiipr attribuait un territoire 
beaucoup plus étendu que celui qui était alors en Utigt} 
les commissaires et les marins portugais la plaçaient» 
dans le premier cas, à 19 lieues à Torient, et danale 
second, à 13 lieues à l'occident de la Colonie (2). JLes 
explications de résultats aussi divergents ne manquèrent 
pas, on peut le croire, et des deuit parts on n'oublia 
pas d'invoquer le bon droit» la justice, le désintéresse* 
ment, et de faire valoir la modération de ses préten^ 
tiens, en même teqips que l'excellence des preuves sur 
lesquelles on les appuyait. Ainsi que d'ordinaire iLar- 



(i) Ce eâp et celui de San-Antooio limitent rembouehiire da Rio de la 
PlaU. 

(2j V Examen critique d'une nouvelle hiêioire du Brésil , par M. d*Atjb- 
ZAC (BallèUD de la Société de géographie 4«8éHe, t. XIV, 1S57), esif aecoai- 
ptgoé d'une carte sur laquelle sont figurés les méridiens de démarcation 
proposés par les géographes des deui nations, par M. de Vambagen et par 
lui. Le plus oriental, calculé pour TEspagne par Sébastien Cabot, et inserit 
sur sa mappemonde de 1544, coïncide, sur la côte, aYcc le tropique du Ca- 
pricorne. La ligne la plus occidentale, déterminée par J. Teiieira, com- 
prend dans les possessivis portugaises, le cap Santa-Maria , la Colonie, le 
cours du Paranà et tout le Paraguay. La différence entre les deux calcula 
est de plus de 13 degrés : résultat assez inexplicable de Fart de grouper 
les chiffres en matière de longitudes t 



1B39— 1750. ^ 33 

rire, l6s intérêts o[^sés ne voulurent entendre à aucune 
concession ; chacun demeura ferme dans Topiiiion qu'il 
avait émise, et la négociation en iresta là. Les deui sou^ 
venins eux-mêmes ne parabsent pas avoir exécuté la 
clause qui les obligeait à soumettre, en dernier ressort, 
le différend à l'arbitrage de la cour dé Rome (4)* 

La Colohia do Saerâmenlo avait été restituée auTôr- 
tugal (2), mais le traité d'alliance de '1701 si promp- 
tement déchiré par la guerre, qui contenait l'abandon 
de tous les droits de l'Espagne sur cette place et sur le 
territoire environnant, jusqu'à une portée de canon de 
ses murs, maintenait formellement (art. 5) les disj[>o* 
sitions fondamentales du traité de Tordesillas. X la paix 
d'Utrechl (3), et lors de la convention de Paris (4), on 
revint sur la teneur de cet article en termes qui ne lais- 
saient pas prévoir l'annulation prochaine d'un pacte 
dont on poursuivait si opiniâtrement L'exécution depuis 
deux siècles. 

Les engagen^ents formels , les assurances données et 
reçues dans le cours de négociations auxquelles avaient 
pris part tes graùdes puissances de l'Europe , restaient 
sans force par delà l'Océan , et les hostilités conti- 
nuaient sur les bords du Rio de la Plata. Des Instruc- 



(1) Miguel tastarria ( Memaria sobre ta Àinea diviioria^ p. 202 de Té- 
dilioo de Monlefideo > dit eipressémcot : Y aun que de parte de nuetlro 
Soberano se ocwrHàaRoma par la décision, nunca comparecio la de 
PcTlmgaL 

(2) Fémer 1683. 

(3) 6 féfrier 1715. 
(4> 10 marsl7:i7. 

3 






34 COlITISTATIOilS TBaAITOlUALBS . 

tiop3 précises et minutieuses ( 1 ) ordoQnaîeot d'aîUeufS* 
à D. Bruno Mauricio Zavala, gouverneur et capiuine 
général de Buenos Ayres, de i^ pas permettre an com- 
mandant de la Golonia de sortir de Tenceinte mal défi* 
nie «qui lui avait été assignée; et des lettres royale^ 
données à Âranjuez le 16 avril 1725, approuvaient Té-* 
rection de la ville de Saint-Philippe de Montevideo sur 
le terrain en litige. Vers le même temps». Saleeda suc- 
cea^ur de Zavala, pour s'opposer plus efficacement ji 
l'introduction des marchandises de contrebande dans 
les domaines de son maître» iuvestissait la place, portu- 
gais. , 

Les deux Cours, animées du désir de fôiire cesser un 
état de choses si préjudiciable à leurs intérêts, résolu- 
rent, d'un commun accord, de procéder à la délimi^ta- 
tion de leurs possessions transatlantiques. On négocia 
de nouveau, et le 13 janvier 1750, D. José de Çai;vajal 
y Lancastre, et Tomas da Silva Tellez signèrent à Ma- 
drid, un traité de limites composé de 26 articles (2). 

L'abrogation virtuelle de toutes \es conventions an* 
lérieures, depuis et y compris la célèbre bulle du pape 
Alexandre VI, jusqu'aux traités d'Utrecht et de Paris ; 



(1) InstractioQ royale datée de Buen-Retiro, ]c 12 octobre 1716; Ci'dulc 
royale du 27 jaoyier 1720. 

(2> Un texte espagnol de ce traité se trouve dans la CoUecion de obrat 
y doewmentos,eic.f de Auféltft, BoeiMiB- lyres, 1836, A« IV. M. Df Santarssi 
la analysé dans son ouvrage iutitalé : Qmëro tUmeniar dat rtlaçàeê 
polUiéas 9 diplomaiicas de Portugal, t. Il, p. 233 et suiv. VHiêMre gé- 
iiérale de$ Traitée de paix, etc. , t. IV , p. 432 , renrerme uue (radactiou 
française de ce docameot, faite par M. Kocb sur le tcite portugais, et re- 
visée par le comte de Gqirdcn d'après le texte espagnol. ^ Martens, sup- 
plément au recueil, t 1*', p. 32S. 



N^ (» ) .1589— 1T60.. , 85 

la reconnaissance de la souveraineté de TEspagne sur 
les lies Philippines; la consécration et la légitimation 
dftfi coB()uéteB et des eiqpiétements des sujets portugais 
dans rAmazopie^ au dud st à 4'auest de la province 4^ 
Mato-Grosèo ; tel est le sommaire des trois premiers 
articles^ . '-, ^'. 

L'article 4 contient le.tr^cé de la ligae ^de £(éparatioii 
d^uia les ofttes de l'Océan^ ir partir de rembouçhurv 
du ruisseauqui sort des Ca$tillo$ grandes^ jusqu'à celle 
de rUûcuy, sur la rive orientale ou gauche de l'Uru*- 
guay-, . 

J'arrive eqfin aux articles 5 et 6 du traité^ qui oui 
traitàlsi fixation des Routières *du Paraguay* Ils sont 
ainsi conçus ; 

Art, 6. 

# 

« A partir de l'embouchure du ]Mo Ibicuy, la ligne- 
fronlière remontera le cours de lUruguay, jusqu'à la 
rencontre du rio Pepiri ou Pequiri, qui se joipt à lui 
par sa rive oéddentale. Elle continuera en rcftnéntant lé 
cours du Pepiri jusqu'à sa principale source, et de là, 
elle suivra par les hauteurs jusqu'à la source pritici- 
pale de la rivière la plus voisine, qui se jette dans le 
Rio-Grande de Currtibà, appelé aussi Iguazù. Ensuite 
la ligne suivra le cours de l'Iguazù, jusqu'à son con- 
fluent avec le Paranà par la rive orientale de ce fleuve , 
et depuis ce confluent , elle remontera le cours du Pa- 
ranà jusqu'au point où il reçoit le rio Igurey par sa 
rive occidentale. » 



# 



36 gontbstatiohs teàritorialés. 15s9— 1750. 

Art. 6. 

c La frontière remontera le cours de Tlgorey depub 
son eniliouchare jusqu'à la rencontre de sa ftourcé pris- 
oipale , et de là , elle ira rejoindre en ligne droite ^ par 
les hauteurs {par lo mas alto del terreno)^ la source prin- 
cipale de la rivière la plus voisine, qui se jette dans le 
Paraguay par son bord oriental, et qui doit être celui que 
Ton désigne sous le nom de Cofrientes (i). Elle des- 
cendra le cours de cette rivière, jusqu'à sa jOnotion 
avec le Paraguay, et remontera de là par le Ut princi* 
pal occupé par les eaux de ce fleuve en temps de ^he- 
resse, jusqu'à 4a rencontre des marais (jpantûnos) qu'if 
forme, et que l'on appelle Laguna de lot Xàrayet, et 
traversant cette lagune, jusqu'à Tembouchure du Rio 
Jaurù (2). » 

(1) Quê folwf sera §1 ^im liaiium .CorrfaUet. 

(2) L'onTra^e ialatulé CùlUeçào ai Noiieimi para a hiUaria m §ÊO§ra^ 
fia doê naçàeê «IframaHiuu, t. VU, p. 3S et sui? ., cooti^t des Instnic- 
tîMW poor l*eiécQtkMi de ee traité, réd ig ée» en S7 articles et signées à Ma- 
drid le 17 janfier 1751, par les devi Pléaipoteotiaiies, José de CarT^ et 
TooMs da Silva Tellei. 



CHAPITRE IV. 



CWTBITàTlMS TIlllTOlIUU (tuite). — tOULtf EUIT PBt IIVIUS 

fiVAlAIIt. — COIf HTIOI DB 1711. ~ 

TIAITi DB Pins. — lOUf BUt «UBIII EITIB lE POITUGAL 

ET L*B8PA«IB. — TIAITÈ PltUMIAIlE DE LlUTIS DB 1977. — 

C0ITBIT109 "DU PâlDO. 
( 1750^1777) 



Le traité de 1 750 , il est aisé de le i^mprendre , re- 
posait sur des bases tout à fait incertaines, et son exé- 
cution supposait des données géographiques que les 
hautes parties contractantes étaient loin de posséder 
dans leurs chancelleriea, car jusqu'à cette époque, 
aucune tentative n'avait été foite dans le but de recon- 
naître la frontière intérieure des possessions hispano- 
portugaises. 

Et d'abord, au méridien de Tordesillas, c'est-à-dire 
à une ligne droite, facile à établir par suite des grands 
progrès que l'art de la navigation et l'astronomie 
avaient faits depuis le commencement du xviu^ siècle, 



38 CONTESTATIONS TKRRITORULES. 

on venait de substituer une ligne brisée, tortueuse, qui 
devait côtoyer des rivières dont le nom seul était connu, 
mais dont la situation douteuse, le cours incertain, et 
les sources problématiques, nécessitaient une reconnais- 
sance préliminaire du terrain, longue et difficile. 11 
s'agissait de parcourir un tracé d'un immense dévelop- 
pement, en dépit des mille obstacles qu'offire à chaque 
pas une nature vierge; de traverser des forêts impé- 
nétrables; de franchir de larges et profonds cours d'eau; 
de repousser les incessantes attaques des hordes sau- 
vages- au milieu de contrées inconnues, sans ressovr- 
ces, et pçuplées d'animaux incommodes ou dange- 
reux (1 ). ♦ 

Les Commissaires de 1790 durent créer de toutes 
pièces les cartes dont ils se servirent dans l'accomplis- 
sement de la lourde tâche qu'on leur avait codfiée; 
car les documents recueillis par les Missionnaires leur 
furent d'un secours insignifiant. Ces courageux apô- 
tres, absorbés par les soins que réclamaient leurs .néo- 
phytes, par le loaable désir d'étendre leurs conqnètei 
spirituelles-, étaient restés étrangers aux progrès ré- 
cents des sciences naturelles , auxquels devaient con- 
tribuer plos tard , les PP. Quiroga , B. Suares et tast 
d'autres. Ce fut à eux cependant que les marins et les 
astroDoibes envoyés d'Europe, s'adressèrent comoM^ 



(1) HeonoeimitnÉo éel Rio F€firi-€magà jmnt D. José iIama CAim, 
àêm i C^lêceiom 49 tb^Mtê y éêCiÊmtmiùêéb àmg^m, LÏW. CikKV Mlmuè 
peinlare eSirojable des fatigues qu'il codiira pendiot ccUe rrroninimmii. 
el sôos k poids deoqaeUos te eooiaiissaire portugais, soo ooDè^ie « ftiffil 



175Ô— 1777. 39 

aux seuls pilotes capables de les guider à travers dés ré- 
gions encore vierges»^ mais connues d'eux pour les avoir 
parcourues à Vaide des rivières qui les sillonnent dans 
tontes les directions. 

On se mit résolument à Tœuvre, et Ton doit au zèle 
et aux lumières des commissaires hispano-portugais , 
des travaux d^tfti haut intérêt, et des matériaux qui pré- 
parèrent et rendirent plus facile la tâche si glorieuse- 
ment remplie par les hommes qui leur succédèrent à la 
*fio du siècle. 

A ces insurmontables difficultés d*exécution, vint 
s*ajouter un événement grave , dont les coiisèqtfences 
imprévues devaient amener la remise en vigueur des 
anciens traités, et Tabrogation de celui qui lés avait 
annulés. 

Nous l'avons dit, en recevant la Colonia, le roi 
d^Espagne avait cédé, suivant les engagements pris 
dans les négociations dUt^écht (1), les sept Missions 
Guaranies situées sur la rivé gauche de TUruguay. 
L'article 16 stipulait les conditions de cette cession 
qui donnait aux Missionnaires le droit de se retirer de 
l'autre côté du fleuve, en emmenant toutela population 
des Pueblos^ et ce qu*elle possédait. Mais lés Indiens re- 
fusèrent de se soumettre à cette clause importante du 
traité. Ils prirent les armes, et il fallut les forces com- 
binées des deux puissances pour les réduire (1754). 

Les Missionnaires, qui daiïs un mémoire habilement 
rédigé par le P. Lozano, avaient fait à S. M. G. d'6- 

(1) Art. 7 du Trailé. 



40 CONTESTATIONS TEREITORULBS. 

nergiques représentations contre cette disposition, fu- 
rent accusés d'avoir fomenté la révolte. On alls^ jusqa*i 
prétendre que leur intervention dans Fa lutte avait été 
décisive, et que renouvelant les exploits des VP« Ro^ 
mero et Mora contre les Paulistes, les Jésuites avaient 
conduit au feu leurs néophytes. Nous reviendrons sur 
ce point intéressant de l'histoire des Missions, et sur 
cette imputation qui vaut bien la peine d'être discutée. 
Disons seulement,, que le traité de 1750 tacitemept 
annulé depuis plusieurs années, et qui ne parait pas 
avoir reçu un commencement d'^écution sérieuse, fut 
abrogé ouvertement par la convention de 1761 (1). 
Mais il reste à titre de document historique important, 
et comme le programme des grands travaux géodésie 
ques dont les frontières du Brésil et du Paraguay al- 
laient bientôt devenir le théâtre. La convention de 1761 
remit les choses sur le pied où elles étaient avant la 
signature du traité de 1730, rendant ainsi leur force 
et toute leur vigueur aux dispositions fondamentales 
du traité de Tordesillas. 

Le 3 juin 1 762 , parut le manifes,te de Charles II« 
contre le^ Portugal, et la . guerre éclata de nouveau 
contre les depx puissances. Les Espagnols s'emparè- 
rent immédiatement de la Colonia (2), pour se déli- 
vrer de voisins dont la présence importune nuisait k 
leurs intérêts, en mettant obstacle à la navigation du 
Rio de la Plata : toutefois, ils ne la conservèrent pas 

• 

(1) CoDTeDtioo da 12 février 1761, eàtre Joseph !•' el Charles tO f elle 
reoferme trois articles. 

(2) 30 octobre 1762. 



1750—1777. 41 

longtemps, car aux termes de Tart. 2 du traité de Pa^ 
ris(1), coufirmatif de la convention de ^61 , elle fit 
bientôt retour à ses fondateurs. 

En dépit de ce nouveau traité auquel avaient pris 
part les grandes puissaiices de l'Europe, la bonne in- 
telligence se rétablissait avec peine entre les deux sou- 
verains de la Péninsule, violemment séparés pac le 
Pacte de Famille (2), lorsque Joseph P% l'un d'eux, 
mourut. L'esprit de conquête, si prononcé à cette épo* 
que chez s^ sujets, les avait poussés à étendre leurs dé- 
couvertes et à fonder de nouveaux établissements dans 
la province de Mato-Grosso, en se rapprochant de plus 
en plus de la vice-royauté du Pérou. Les représenta- 
tions énergiques du supérieur des Réductions Guara- 
nies, celles du capitaine général de Buenos-Ayres n'ar- 
rêtaient pas dans leur marche envahissante ces hommes 
intrépides, qui , au mépris de dangers sans nombre et 
d'incroyables fatigues, venaient de Saint-Paul trafiquer 
avec les habitants des bords du Guaporé ou Itenès. 
Contre ces empiétements , le Gouverneur du Paraguay 
D. Agustino de Pinedo, n'avait pas hésité à employer 
la force, et il avait détruit en 1 777 le village de Iga- 
timi, élevé sur la rive droite du Paranà (lat. 23"" 40'). 
L'Espagne comprit alors que les.moyens de persuasion 
devaient faire place à d'aujtres. Tandis qu'une escadre 
sortie de ses .ports, s'emparait de l'île Sainte-Cathe- 



(1) 10 féfrier 1763. Parties eoDtractaotes Joseph !•', Louis XV. 
Charles iU, et Georges Ul.roi d* Angleterre. 

(2) 15 aoèt 1761. 



42 CONTESTATIONS TBRRITORULES. 

rine (1), en se dirigeant vers la Plata » la reine Dom 
Maria I faisait des ouvertures pacifiques au cabinet 
de Madrid, et sollicitait une délimitation des ptm^ 
sessions hispano- portugaises, basée sur Texécution 
des traités d'Utrecht et de Paris , mais en se serrant 
des cartes dressées en commun , par les commissaires 
nommés en vertu du pacte de 1750. L'Espagne ne 
se rendit pas , sans les combattre, à ces propositions. 
Elle objectait que le traité de Tordesillas ddnt la te- 
neur avait toujours fait loi pour les deux parties , 
était encore le seul qu'elles devaient suivre; que squ 
exécution ne dépendant que d'une- série d'opérations 
astronomiques, il était bonteux à des nations dvi- 
lisées de douter qu'il fût possible de déterminer H 
position précise du méridien de démarcation stipulé 
dans cette convention fondamentale, et cela dans uli 
siècle illustré par les plus remarquables progrès dans 
toutes les branches des connaissances humaines. Que 
dès lors, il appartenait aux marins et aux géographes 
de fixer les limites des possessions tranaocéaniques des 
deux couronnés , en mettant à profit les observations 
des astronomes les plus distingués de l'époque ; avec 
Tobligation pour elles de se restituer mutuellement les 
territoires indûment occupés. Enfin, les ai^unwnts du 
cabinet de Lisbonne, représenté par Don Francisco 
Inocencio de Souza Coutinho, l'emportèrent, et la né- 
gociation dans laquelle intervint personnellement le 
comte de Florida Blanca, scellée le 1 *' octobre 1 777 à 

{D ÎO féTricr 1777. 



1750-^1777. 48 

Sâint-Ildefonse, fut ratifiée & rEscurtal le 1 1 du même 
moîs(1). 

Plus avantageux à TEspagne que celui de 1750, ce 
traité lui cédait la Colonie du Saint-Sacrement^ et le 
territoire environnant ; la reconnaissait souveraine des 
deux rives de la Plata, et maîtresse exclusive des eaux 
et de la navigation du fleuve; lui rendait la propriété 
des Missions de la rive orientale de l'Uruguay, et des 
plaines de Tlbicuy, sans lui imposer d'autre sacrifice 
que la restitution de Tile Sainte^atberine dont elle ve- 
nait de s'emparer. 

Les stipulations relatives aux frontières du Paraguay 
eonflnnent purement et simplement celles de 1750; 
Elles font Tobjef des articles 8 et 9 de la nouvelle con- 
vention. 

Cette ligne-frontière présentait donc tous les in- 
eoRvénients de la précédente, dont elle ne différait 
pas sensiblement, et les commissaire» chargés de sa 
détermination , se trouvèrent bientôt aux prises avec 
les obstacles qui avaient arrêté leurs devanciers. On 
avait choisi pour limites des rivières que le défaut pres- 
que absolu de données topographiques, ou l'inexacti- 
tude de celles que l'on possédait , empêchaient de re- 
trouver sur le terrain; ou parce qu'elles n'existaient 



(1) La CoUceion de los Tratados de Espafia, Madrid, 1796, t. III, 
renfèmK le teite espagnol et les aaoexes de ce traité. Od eo trouve une 
iQtre édltioD dans la Coleccion de obras y docwnentoê de Angelis, t. IV, 
Boeoos-Ajres, 1836. C^est sur celle-ci c|a*a été Taite la traduction insérée, 
par extraits , dans nos yote$ et Pièces ju$ii/icaUves, Nous Ta? ons revue 
d'après Fanal yse donnée en portugais par M. le vicomte de Santarem, 
dans le Qmdro elewkenlar diu relaçôes poUHcaSy etc. , t. II , p. 299, 



44 CONTESTATIONS TBRRIT0RULE8. 1750—1777. 

pas k la place qui leur avait été assignée, ou parce 
qu'elles ue portaient pas , dans le pays , les noms sous 
lesquels on les avait désignées. 

Mais en aucun point de la ligne, cette disette de do- 
cuments géographiques ne fut aussi vivement restsentie 
que sur les frontières du Paraguay. 

L'un des commissaires, que ses beaux travaux en 
Histoire naturelle ont illustré. Don Félix de Azara» a ex- 
posé dans sa correspondance officielle, avec cette saga- 
cité qui distingue tous ses écrits , les difficultés insur*- 
nfontables de la mission qui lui avait été confiée, et 
Tes obstacles nombreux et divers à travers lesquels s'^t 
traînée pendant vingt ans une opération qui ne deyait 
aboutir à aucun résultat (1 ). Ce fut vaioemrat que la 
Convention du Pardo (2), en confirmant le traité de 
1777, prit soin d'expliquer celles de ses dispositions 
qui pouvaient paraître ou obscures ou douteuses, à 
Taide du texte même de celui de 1750.. 



(1) Corrupandencia o/lctol e ineâiia tcbre la dewiareacion de ItmUM 
entre el Paragmoff y el Broiii, dans la Coleeàon de oèrtu y éoe ume nlo i 
publiée par Aogelis, t. IV. 

(2) 11 mare 1778 ; Tratadot de Espoûa, t. Ul, p. 251. Maktins, HêcueH 
des Traiiés de paix^ i. I*', p. 709 ( en français). CeUe eooventioa ptatée 
eotrc la rcioo D. Maria 1 et le roi D. Carlos Ul, cooUeot 19 articles. 



CPAPITRE V. 



cMmtfTAfion ^niUTMUu» (suite et 6d)^ » euTiciii a l*ixécbtioi 
w leirmo tiaitê. — iiitbbctioii botaus me i77t bt bb nst. 

— ITAT BB U QUBITIOB AB COaUBCBUBT BV SlftCU. 

(1911-^ltOl) 



Les phis insurmontables difficultés provenaient de la 
teneur des artièles 8 et 9 qui attribuaient pour fron- 
liëre-nord au Paraguay/ les rios Igureyet Gorrientes. 
Or, ces cours d'eau les commissaires hispano-portu- 
gais ne parvenaient pas i les trouver sur le terrain. 

Le même obstacle avait arrêté leurs prédécesseurs 
après le traité de 1750, mais ils l'avaient éludé, en pro- 
posant ^e substituer le rio Gatimi ou Igatimi au premier, 
et le rio Ipané-Guazù au second (4). Reprise et proposée 
de nouveau par le gouverneur de Buenos-Ayres, D.Juan 
José Vertiz , cette substitution favorable aux intérêts 



(1) Cmta de D, Manuel A. de Floretal Marques de Valdeliriae, etc , 
p. 17 et 27 ; dans la Coleecion de obras y documenia$ de Angelis, t. IV. 



46 CONTESTATIONS TERRnORULIS. 

portugais fut admise par les cabinets de Madrid et de 
Lisbonne, et des Instructions furent expédiées dans ce 
sens par la cour d*Espagne en 1778 (1). 

Mais on ne tarda pas à s'apercevoir des préjudices 
notables d'un arrangement qui entraînait Tabandon de 
Yquamandiyu, Belen, Conception, et la perte des im- 
menses Yerbales (2) situés au nord de Tlpané^kiazù. 
En conséquence un ordre royal du 7 avril 1 782, vint 
fixer le sens de ces Instructions, mais d'une façon tout 
à fait contradictoire, puisqu'il portait que, nonobstant 
ee qu*elles prescrivaient relativem^t au tracé de lâ'K* 
gne de démarcation, la ville de Conception et les autres 
établissements devaient rester au pouvoir de l'Espagne : 
c'était retenir d'une main ce que l'on concédait de 
l'autre. 

Une contradiction aussi flagrapte ne pouvait man- 
quer de fournir aux agents de la puissance rivale, des 
motifs plausibles de traîner les choses en longueurt ce 
à quoi ils n'étaient que trop enclins. Aussi, après avoir 
refusé de consentir à la subrogation des rios Igurey et 
Corrientes par l'Igatimi et l'Ipané , sous prétexte que 
rien ne l'autorisait à déroger aussi ouvertement à une 
(les clauses formelles du traité , le vice*roi de Rio-de- 
Janeiro admettait-il l'exécution de l'Instruction royale 
(Ju 6 juin 1778, mais pour le cas seulement où les deux 
rivières n'existeraient pas. 



(1) InstructioH royale da 6 juin 1778. 

(V) Forêts où croit le âlaU^ oa Herbe du Paraguay ; du uom géoéri^ue 
cspagooJ Yerba, 



. if77— teoi. kl 

Or, aux yeuK des ingémepiB pwtagais, llgnrey n'é* 
Udt autre que le rio Garey ou Acaray, qui ae jette éans 
le Paranà par aa rive occidentale, au-dessoue de la 
fraude cataracte, et sous le parallèle de S5* 30'« Cette 
ligne, plus préjudiciable encore que la j^écédente aux 
intérêts de l'Espagne, lui enterait de nombreux cen* 
tiw de population, et la plupart des Yerbales situés 
entre le- Parana et le Paraguay. 

Âzara, par des observations qui portent le cachet de 
son bon sens habituel , Âzara détruisit ces préten- 
tions (1). Pour lui, l'existence des deux' rivières qui 
avait donné lieu à de si âpres discussions depuis la 
signature du traité, n'était pas douteuse. Il fit voir 
d'abord que, malgré l'analogie incontestable qui exis- 
tait entre ces deux noms, il était impossible de pren- 
dre le rio Garey ou Acaray pour le rio Igurey dont 
parlait le traité; attendu que les négociateurs, en le 
désignant comme frontière, avaient la conviction que 
ce cours d'eau, quel qu'il fût, devait se trouver au*des« 
sus de la grande cataracte (lo/to grande) du Paranà ; 
et que les Instructions royales de 1 778 reconnaissaient 
explicitement cette situation (2). 

On voit d'ailleurs, ajoutait-il, parles instructions 
données aux Commissaires délimitateurs de 4750 (3) 



(1 ) Informe del Virey A*, de Arredondo à su iuceicr, p. 21 ; dÏMis Cô* 
letcion de obras y documentas, i. IV. 

(2} Voy. Ifislruction royale da 6 jqjd 1778, aax Notes et Pièces Jus- 
lificatives. 

(3) Outre les Instructions des deux Plénipotcutiaires José dr Carvajiit el 
Toaat di Silvi Tclicz , dont H a élé porlé diir.s une précédeulo noie , la 
Collecçûo de noiicias, etc. Life>bf«r t^^t 1- VU, en coolient d autres don* 



48 C0NTESTÀTI0H8 TBUITOaULn. 

que la rivière dont on Supposait les sources vqisinesile 
l'Igurey devait se jeter dans le Paraguay en dedans du 
tropique « circonstance qui n'existe pas pour le Garey, 
doQt les branches d^origine sont plus rapprochées de 
celles du Xejuy qui se joint au rio Paraguay par 24*^4 S' 
de latitude, c'est-à-dire en dehors de la zone équato-* 
riale, en laissant au nord les villes de Yquamandiya, 
Conception, Belen, et les Yerbalm les plus riches de la 
province. 

Azara démontra ensuite que le rio Iguarey ou Yagua- 
rey, était celui que les plénipotentiaires avaient voulu 
désigner sous le nom d'Ygurey, et les raisons assuré- 
ment très-plausibles sur lesquelles il appuie sa manière 
de voir, sont les suivantes : 

Cette rivière bien connue des sujets des deux nations^ 
se jette dans leParanà par sa rive droite sous les SS"* 39' 
de latitude, c'est-à-dire au-dessus du Salto et par trois 
embouchures. Le volume considérable de ses eaux, m 
fait une ligne-frontière toute naturelle. 

La différence entre les noms Igurey et Iguarey est si 
faible, qu'on peut la considérer comme le résultat d'une 
faute de copiste dans le texte des traités, ou d'une er- 
reur de la carte dont on s'est servi pour leur rédaction. 
Et d'ailleurs, le mot Igurey n'a aucun sens en guarani, 
tandis que les mots Yaguarey et Iguarey y sont d'un 
usage très^fréquent. 

Ënliu, Texamen des itinéraires et des cartes dressés 



iiff » dana Ttle NnrUihGaKia, \t 90 mai 17S3« ptr les coaiiiii«aires prâd* 
|Nm« iUmiei fmtt éù AiHlrMa et l« Naïqus de VahMirm. 



1777—1801. 49 

en vue de l'exécution du traité de 1750, démontre que 
les ^urces de ce rio Iguarey, sont les plus rapprochées 
de celles d'un autre cours d'eau large et profond , qui 
se joint au Paraguay par sa rive gauche sous les 28^ i' 
de latitude, près de quelques pics (cerros) auxquels les 
Commissaires donnèrent le nom à'Jtapucu (1 ). Or, cette 
circonstance et d'autres encore rapprochées des termes 
de la convention , les avaient déterminés à le regarder 
comqie étant le rio Corrientes proposé par \es plénipo- 
tentiaires. C'est sous ce nom que, d'un commun accord, 
ils le désignèrent sur leurs cartes, quand ils remontè- 
rent le Rio-Paraguay jusqu'à l'embouchure du Jaurù, 
avant de reconnaître le rio Igatimi. Cette ligne présen- 
tait enfin ce. dernier avantage de laisser un large es- 
pace inhabité, et peu habitable à cause des inondations, 
entre les centres de population dépendant des deux 
couronnes, les plus rapprochés (3). 

Les Observations d'Âzara avec une carte k l'appui , 
adressées à Madrid par le vice-roi de Buenos-Âyres , 
furent approuvées, et un ordre royal du 6 février 4791^ 
en annulant les Instructions de 1778,' décida que la 
frontière ne devait plus passer par les rios Igatimi et 
Ipané-Guazù, mais qu'elle suivrait les rios Iguarey ou 
Yaguarey, et Corrientes. 

Cette résolution qui conciliait leurs intérêts , n'ob- 
tint pas cependant l'assentiment des deux parties. Aux 
yeux des Ingénieurs portugais, les Observation&d'Azara, 

(1) /to-ptictt, Picnre-Ionguc/ 

\t) Informe del Virey Arredondo, p. 21 et 22 ; Corre$pondéfieia ofidal 
de Àtara^ p. t5 el Miir. . 



M CONTESTATIONS TERRITORULI)» 

quoNpie revêtues ié la safiiction royale, étaient de ^vm- 
pies conjectures en dehors de la lettre du traité, M 
^i par cela même , leur laissaient le droit d'eo faire 
d'autres. 

Sur plusieurs points de la ligne , des contestatioBS 
analogues s'élevaient au sujet de rarroyo Chuy, des 
rivières Piratini et Yaguaron, et le cours de Topération 
se trouvait suspendu. En même temps, il s'agissait de 
reoonnaitre les nos Pepiri - Guazù .et San -Antonio 
(art. 8), et le commissaire espagnol. Cabrer, bra- 
vait seul les dangers et les fatigues excessives d'un 
pareil travail, son collègue ayant été mis promptement 
hors d'état de le suivre. 

En un mot, sur toute l'étendue du tracé l'opéra- 
tion prise, abandonnée et reprise, traînait en longueur 
et menaçait de ne jamais aboutir à un résultat de na- 
ture è satisfaire les deux puissances, faute d'instruc- 
tions précises. Or, il était impossible d'en donner, car 
on marchait à Taventure sur un terrain inconnu. Les 
fii^rois de Buenos- Ayres et de Rio-de- Janeiro solli- 
citaient à Madrid et à Lisbonne la solution de difficultés 
chaque jour nouvelles : et les hasards d'une navigation 
longue et difficile; la lenteur avec laquelle se traitaient 
alors les affaires ; l'obligation pour les deux Coura de 
se concerter* et de prendre de communes résolutions 
sur les points en litige ; tout contribuait à amener ces 
retards décourageants dont Azara se plaint si amère- 
ment dans ses lettres. 

II faut ajouter, pour tout dire, que de secrets inté- 
rêts qui Miient bien leur importance, conspiraient 



•' 1777—1801. 61 

aussi contre racbèvement de cette o&uvre conûclérable» 
si laborîeusemeQt poursuivie depuis plusieurs siècle. 
Les Espagnols ont vivement reproché à 4eurs adVer- 
taires« ^ans une foule d'écrits , d'avoir par une apadiie 
calculée et leur mauvais vouloir , enrajé les opéra- 
tions, et d'avoir, ainsi obtenu, de guerre lasse , l'abro- 
gation tacite d'un traité qui les obligeait à la restitu- 
tion des territoires immenses qu'ils avaient usurpés 
avant et depuis sa conclusion. Mais il est permis de 
croire , après la lecture des pièces nombreuses de ce 
long procès, que l'Espagne, alors même qu'elle con- 
sentait , à contre-cœur il est vrai , à la cession de con* 
trées dont elle se regardait comme souveraine, pré- 
parait en même temps, les moyens de les reconquérir 
à la première occasion favorable. Ainsi , le capitaine 
général de la province brésilienne de Mato^lJvoBso , 
avait fait acte d'occupation sur la i^ive occidentale du 
Paraguay, en fondant Albuquerque (1 ) et Nova Coïm- 
bra (2) dans le voisinage des Missions de Moxos «t 4b 
Chiquitos , le fort do Principe de Beyra , sur le bord 
oriental du Guaporé ou Iténès, pour commander le 
cours de cette rivière, et avancé de 20 lieuas vers le 
sud le chemin de Cuyabà à Mato-Grosso; en même 
temps, il avait élevé l'établissement de Casalbasco sur 
le rio Barbados (3) » 



(1) Aujourd'hui Corumbà, en 1778. Lat. 19* 0* 8" ; et d*après Aura, 
18^ 52'. LoDg. 59» 56' 45". 
(9) Ea i77^.J.at. 19- 57 ; et d'apris.AMra, X9^ 53\ Uag. ao* l\ 

méHdUnMle, S vol. w-S.' Paris, 1S45), el AmmAsi» AtitaM, l^âfani 



^ 



' 68 CONTESTATIONS TERRITORUl 

Le vice -roi de Buenos- Ayres informé de ces em- 
piétements, ne cessait d'adresser des plaintes, et d'éner- 
giques mais inutiles réclamations aux autorités portu- 
gaises de Rio-Grande du Sud et de Rio-de-Janeiro , 
tout en sollicitant à Madrid l'autorisation d'employer 
des moyens de répression plus efficaces. Alors, un ordre 
royal du 11 juin 1791, prescrivit la fondation de quel- 
ques postes militaires au sud du Piratini, et sur les 
deux rives du Paraguay, entre la ville de Conception et 
les nouveaux établissements portugais. 

 partir de cette époque, l'exécution du traité parait 
abandonnée : la question séculaire des Limites change 
de caractère; les deux puissances semblent uniquement 
préoccupées , l'une du soin d'agrandir ses immenses 
domaines, l'autre des moyens de défendre les siens 
contM les usurpations de sa rivale. 

Dans ce but , le vice-roi Ârredondo fonde trois forts 

sur la frontière N. E. de la Banda oriental^ et fait 

- croiser une chaloupe de guerre dans la Lagunamirim; 

le gouverneur du Paraguay établit le fort Bourbon dans 

le Grand-Ghaco. 

Un peu plus tard, les Ingénieurs espagnols quittent 
les provinces septentrionales de la vice -royauté de 
Buenos-Âyres pour reconnaître celles du sud , et réu- 
nissent de précieux documents géographiques sur les 
Pampas, infinis comme l'Océan et jusqu'alors inconnus. 



toas les dfai CtMlbisco en dehors des limites da Portagal ; mtis, d'âpre 
le irremier # serait situé sur la riye gsncbe, et d'après le second sur la 
rire droito du rio Bartadoo. 



H* 1777—1801. 53 

Bientôt une révolution mémorable éclate en Europe ; 
des guerres générales se succèdent, et les deux Cours EL" 
oublient leurs différends américains , pour ne songer 
qu'à la défense et au salut de la Péninsule menacée 
par les armées françaises. Enfin, dès le commencement 
du siècle, la guerre encore et les événements politiques 
modifient le tracé de la frontière hispano-portugaise « 
sinon dans la partie qui concerne le Paraguay, du moins 
dans celle qui a trait aux Missions , puisque , de nos 
jours , l'Empire du Brésil s'étend jusqu'à l'Uruguay, 
et possède les sept Pueblos qui lui avaient été cédés 
en 1750. En faisant l'histoire de ces établissements cé- 
lèbres , nous reviendrons sur cette infraction au traité 
préliminaire de 1777, et à la clause de garantie réci- 
proqtie stipulée dans le traité d'Amitié et de Commerce 
du 11 mars 1778 (1), 

(1) La dféclaratiOD de guerre da Portugal à l*£spagne, alors ralliée [de 
la France, k rinstigation de FAngleterre , est du 124 mai 1801 : les Portu- 
gais eoTahirent, cette aonée^là même, le territoire des Missions de la rive 
gauche de TUruguay, et Font conserTé depuis cette époque. 

L*examen de la politique extérieure du président Lopez , nous fourafra 
plus tard Toccasion de reparler des négociations qu*il a entamées, h plu- 
sieurs reprises , avec le Brésil , dans le but d^arriver à la fixation de la 
frontière nord du Paraguay. Ces négociations n^ont pas été terminées par 
les conférences tenues à Rio-de-Janeiro, en mars et^ivril 1856, entre TEu- 
Toyé de la république, et le Ministre des affaires étrangères de Tempire. Il 
résulte seulement de la teneur des protocoles, que le gouvernement brési- 
lien aurait concédé la ligne formée par les rios Apa et Igatimi, le Paraguay 
revendiquant toujours celle des rios Blanco et Igurey ou Ivenheima. Il faut 
louer le cabinet de Rio de la modération dont il a ff it preuve dans ces nou- 
velles et toujours infructueuses tentatives de conciliation , en renonçant 
aux prétentions émises, en pleine assemblée parlementaire, par Fhonorable 
N. Pûneot^ Bueoo {voy. chap. 1*% pag. 5, et pag. 7, 4 to note ). Le jour 
où le présideol Lopeàse montrera animé des mêmes sentiments, Tinter- ^ 

minable queétkAi des Limites aura fait un pas déci^f vers sa solution. ^ 



I 



CHAPITRE VI 



tiMiimi. — ctmiviATiti iT ctaPMiTiMi M m. 



Les hardies explorations des voyageurs modernes, ont 
ramené à des proportions plus exactes, Takitude exa* 
gérée par les géographes, des chaînes de montagnes et 
des plateaux au milieu desquels naissent entrelacés les 
premiers sous-affluents de la rivière des Amazones, et 
ceux de la Plata. Des 14"* aux 19* de latitude, la cor- 
dilière des Andes envoie vers Test des prolongements 
qui par une longue série d'étages superposés » vont se 
réunir au système orographique du Brésil. 

Toutefois, Tensenible de ces ramifications qui ser^ 
pentent entre les bassins des deux plus grands cours 
d'eau du Sud- Amérique, n'est pas continu. Il oflfre d'a- 
bord une lai^e échancrure, au fond de laqwlle coulent 
le Rio-Grande de Santa «Cnu et les autres affluents 



OR06IUPHIE. CONFIGUlUtlOn ET COMPOSITION DU SOL. 55 

du Mamoré , qui , nés sur le mpMji oriental des 
Andes Boliviennes, se dirigent au nord vers la val- '^ 
iée de l'Amazone. Pe ce côté, la pente du massif 
aboutit à des plaines élevées {Campos dos Pareci$) au 
milieu desquelles apparaissent les branches d'origine 
des rios Tapajos et Paraguay. Les premières prennent 
une direction N. pour se rendre comme les précédents 
dans la grande vallée transversale qui livre passage aux 
eaux niajestueuses de l'Amazone, ^ ce roi des fleuves; 
vallée dont on retrouve jusqu'à un certain point l'ana- 
logue dans le Saint-Laurent et les grands lacs du N. E. 
des États-Unis : nous verrons tout à l'heure la direction 
des secondes. 

Du côté du S. 0. la. pente du massif est plusjwpide. 
Elle parait se terminer assez brusquemeo| |||^ le 
19* parallèle, dans les plaines de la province âe Cbi- 
quitos. Vers l'E. S. E. s'étendent les chaînons souvent 
interrompus qui vont se souder au système brésilien. 
Eu devenant plus australes, ces chaînes secondaires 
s abaissent, et leur diamètre transversal se rétrécit. Les 
plaines du milieu desquelles elles surgissent , et dont 
elles interrompent l'horizontalité, s'abaissent peu à peu 
elles-mêmes, et finissent par se confondre avec les 
savanes noyées du Grand-Chaco, avec les plaines du 
Paraguay, de Santa-Fé , de Corrientes , pour s'unir 
enfin aux Pampas du Rio de la Plata. 

Cependant la ligne N. et S. que tracent successive- 
ment les affluents du Paraguay, le Rio-^araguay lui- 
même, et fe Piaranà, semble limiter du côté de l'E. une 
large bande au delà de laquelle le sol comn)^qjC§ à 



56 orographie: 

s'élever par une ftérie de pentes alternatives, qui don- 
nent naissance à de nombreux cours d'eau, jusqu'aux 
montagnes basses du Brésil. Du côté du N. N. E., ces 
reliefs du sol de plus en plus prononcés, vont se stfo-^ 
der par les prolongements de la Serra dm vertent€s 2i 
la Serra do Espinhaço, que le colonel Eschwege regarde 
comme la charpente osseuse du Brésil , et dont Tagrar- 
cernent géologique n'est pas parfaitement connu. Vers 
l'E. S. E. les plateaux et les crêtes s'élèvent graduelle- 
ment jusqu'à la rencontre de la Serra Gérai ou do Mar^ 
à laquelle ils aboutissent. 

La vallée du Rio-Paraguay assez étroite à l'origine 
et dans le cours supérieur du fleuve, contourne l'ei- 
trémité orientale des montagnes de Chiquitos, prend 
.ensuHMlr une direction N. 0. vers la province de Moxos, 
et communique' par là avec la vallée de TÂmazone. 
Elle s'élargit à partir du 19® degré, mais inégalement. 
Sur la rive droite les Sierras (<) de San-José, de San- 
Lorenzo et de San-Juan, rameaux du système chiqui- 
tien, résultat du dernier des trois soulèvements aux- 
quels les géologues attribuent l'émersion du Brésil, se 
terminent assez loin du fleuve et ne paraissent pas s'a- 
vancer au delà des GO"" de longitude , contrairement à 
l'opinion d'Azara (2). Sur sa rive gauche les montagnes 
s'en rapprochent davantage; aussi ses inondations pé- 



(1) Sierra, cbaloe de montagnes esctrpées. 

v2) Voy. A. D*ORBiGirr, Fragment (fuit voyage au centré de VAmérUme 
méridionale, in-8» Paris, 1845 ; el les cartes de Tatlas qvf^ceonqitgM les 
Vojfoges dam lUmérique méridionale du célèktre natorâliate ^fffçiMr' , 

Parif, lae». 



CONFIGURATION ET COXPOSITION DU SOL. 37 

riodiques s*étendeDt-»elles beaucoup moins de ce côté. 
Ces hauteurs d'abord isolées (loinas) , puis continues 
{lomadas) , s'allongent vers TE., s'élèvent de plus en 
ptes, et atteignent bientôt une chaîne centrale dirigée 
N, et S., et ayant en moyenne un degré de largeur. 
Cette chaîne porte au Paraguay le nom àe^Cordillcra 
de los montes, et dans les cartes celui de Sierra Amam" 
hay, de San-Joséy ou de Maracayù (1). Du côté du 
nord, elle se continue avec les Sierras GallanOf Blanca, 
et cette série plus ou moins interrompue de montagnes 
que la plupart des géographes considèrent comme le 
trait d'union entre la Cordilière des Andes qui longe 
rOcéan Pacifique, et la chaîne qui côtoie, sous le nom 
de Serra Gérai ou do Mar, les rivages de l'Atlantique. 
A partir des 21% le faîlede hCordillera de lq$ montes 
ou de Maracayù se trouve placé sous les SS"* de longi- 
tude. Les cours d'eau qui descendent de son versant 
occidental vont se réunir au Rio-Paraguay après un 
court trajet; ceux du versant oriental se rendent au Pa- 
ranà, au delà duquel le terrain recommence à s'élever 
jusqu'aux chaînes du Brésil , souvent entrecoupées de 
vallées larges et profondes au milieu desquelles cou- 
lent, à travers des rapides et des cataractes, les rios 
Curitiba etTiété affluents du Paranà ; et l'Uruguay qui 
par les Si"" 20' de latitude, concourt à la formation 
du vaste estuaire connu sous le nom de Rio de la 
Plata. 



(t) Les Jlniites dios quelques miDascrits écrÎTeot Mbaracayù; 
fit ms |Mratt plus conforme k la pronoociatioa de ce mot d'origine gi 
mis. 



ce 
gua- 



58 OROCRAPHIE. 

Sous les 84* la Cordillera envoie vers Test un pro« 
longement qui forme au milieu du lit du Paranà une 
digue à travers laquelle le fleuve s'est frayé avec 
peine un passage. Cet entassement de roches, *im%e 
du chaos , sur lequel les eaux se brisent avec un époo- 
vantable fracas, a reçu le nom de grande cataracte 
{salto grande) (1). 

Au nord de Villa-Rica, entre les 25 et 26' de lati- 
tude et sous les 58* 30' de longitude, une autre branche 
se détache de la Sierra de Maracavù , et suivant une 
direction 0. N. 0. aboutit au Rio-Paraguay. Nous y 
reviendrons. 

Cette chaîne se termine elle-même dans la partie sud- 
orientale du Paraguay vers les 27* de latitude par une 
suite à% collines continues d'abord, puis interrompues, 
qui vont toujours u s'abaissant à mesure qu'elles 
deviennent plus australes. 

Il résulte de cette disposition , qu'une ligne tirée 
du N\ 0. au S. E., de l'Assomption à la ville de Tlncar- 
nation sur le Paranà, diviserait le Paraguay en deux 
{vurties inégales; TuneN.E. au sol accidenté, montuenx 
et /ouvert d>paisses forêts (moNlr») (2); l'autre S.O. 
iHHàuooup moins étendue que la première» triangulaire, 
|4aue ou mollement ondulée « comprise entre les rios 



kV iki d<r«if ne flit» yartkmliè w wl fèjt < m>i/€f • k« forte oà cnll 

«vHi» <« NffMvU »«rt orUt» 4e te CvréUkriÊ Jk Mm nc^ji» €m ks Je- 
•mie* uHre»! k« jtrtHWtf è Têiét énfwHm ite iBlnéuàrral li caton 



CONFIGURATION ET COMPOSITION DU SOL. 59 

Paraguay et Paranà, et souvent inondée dans leurs crues 
périodiques. Par ce dernier caractère, par sa constitu- 
tion géologique et les caractères de sa flore , cette sec- 
tion méridionale présente Taspect des llanos du Grand-* 
Chaco, qui semble ainsi reparaître à Torient du Rio- 
Paraguay. On peut donc trouver, jusqu'à un certain 
point, dans la configuration orographique de la Répu- 
blique paraguayenne, une transition entre le sol inégal 
et montueux du Brésil, et les plaines unies du Chaco 
que continuent les Pampas du sud. Nous verrons plus 
tard le sol des Missions — à Texoeption de la petite 
partie comprise dans le triangle que nous venons de dé- 
crire — se composer de campot (/Êebrados^ c'est-à-dire 
de plaines ondulées , coupées de collines continues, 
ou alternant avec des mornes isolés, et arrosées par de 
nombreux ruisseaux qui en font |p pays le plus fertile 
et le plus propre à Télève du bétail. 

L'horizontalité des plaines du Paraguay méridional, 
est interrompue par des élévations arrondies comme 
des segments de grandes sphères (loma^^ tierras allas), 
à pentes douces^ et couvertes de graminées. On les ren- 
contre en grand nombre au bord des rivières et des 
fleuves, et près de leur jonction. N'étant jamais inon- 
dées, on les dirait créées pour servir de refuge aux ani- 
maux dans les plus fortes crues^ A mesure que du 
S. 0. on avance vers le N. E. on remarque que l'alti- 
tude de ces lomas augmente, que leur aspect et leurs 
caractères géologiques se modifient. Les plus hautes 
sont boisées; elles s'élèvent à 30 ou 40 mètres au-des- 
sus des plaines environnantes. Plus près encore de la 



60 OROGRAPHIE. 

chaîne de Maracayù, les monticules tantôt isolés en- 
core, le plus souvent soudés les uns aux autres, affec- 
tent des formes irréguliëres. Ils représentent ou des 
cônes tronqués , ou des masses allongées et à dos d'ine 
avec une pente abrupte, presque à pic, et montrant la 
roche à nu du côté qui regarde le N. et le N. E. ; la 
pente est plus faible sur le versant S. S. 0. Ils revê- 
tent ainsi peu à peu les caractères de la chaîne à la- 
quelle ils vont se réunir. 

Ces segments de sphères, plus nombreux encore 
dans le nord du pays , près de Villa-Real et sur les 
bords de TAquidabanigy, en devenant plus serrés, 
laissent entre eux doi vallées de plus en plus étroites, 
qui livrent passage à des ruisseaux qui descendent dans 
la plaine où ils forment des marais {esterai) avant de 
verser leurs eaux daas les artères principales. 

La Cordillero de lo$ monter a une hauteur absolue 
(|ui ne parait pas considérable ; elle atteint son 
maximum d'élévation aux frontières du Paraguay, 
sous les 21 et 22* de latitude. Elle n'offre, dans 
8on trajet, aucune de ces saillies qui atteignent, dans 
les Andes, des proportions si grandioses. Elle présente 
une suite de cônes tronqués et de pics sur lesquels on 
trouve la roche dénudée et en décomposition. Ces 
crêtes assez rapprochées, cQuvertes d*une épaisse vé- 
gétation, en ne permettant pas à la vue de s^étendre , 
impriment au paysage un cachet de sévérité triste, et 
lui donnent un aspect sauvage et monotone (1). Elles 



\t\ RnMHiu INitt iMiHb Fat^a^Miy» ^ 1 V 



CONFIGUIUTION ET COMPOSITION UU SOL. 61 

ferment des valloDs étroits, sans direction bien déter- 
minée à leur origine, mais qui en s' élargissant se diri- 
gent soit à rO., soit à TE. Ce sont autant de petits bas- 
sins dont les eaux prennent leur cours vers de larges 
yallées à pente douce, et dont le fond est coupé par des 
rivières profondes, mais peu rapides, qui couvrent à 
d'assez grandes distances le pays d'alentour de marais 
impraticables {esteras , bahados). 

Du côté de l'occident, les vallées principales qui 
aboutissent au Rio-Paraguay sont celles du Xejuy, de 
l'Ypané-Guazb, de l'Aquidabanigy et de l'Apa ou Cor- 
rientes. Les vallées de l'Igatimi , de l'Amambay et du 
Yaguary se dirigent de l'O. à TE. vers le Paranà. Leur 
pente est plus roide , et les bords plus élevés des 
rivières ne sont plus submergés par les eaux. 

Après avoir envoyé le prolongement qui forme le 
salto grande du Paranà , la Sierra suit une direction 
S. S. 0. jusqu'à Villa-Rica. Dans ce tr^et, elle pré- 
sente une crête en dos d'âne assez étroite, rarement 
interrompue par quelque pic plus élevé, et dont l'al- 
titude diminue progressivement. Le versant oriental 
va rejoindre, par une pente douce coupée de lomasy 
la vallée du Paranà dont les eaux coulent sur fond de 
roche; le versant occidental offre à l'œil des inclinaisons 
plus rapides, auxquelles succèdent les plaines étendues 
qui séparent cette chaîne du Rio-Paraguay, et les e«fero5 
au milieu desquels se perdent les ruisseaux qui s'échap- 
pent de ses flancs. A partir de Villa-Rica la Sierra s'é- 
largit et s'abaisse. Elle se continue depuis les 26^ 30' 
de latitude, sous la forme de ces collines tantôt boisées. 



«w 



6S OtOGRÀPHIB. 

Ufttôt inias » doAt nous avons parlé , qui , eo se rappro- 
chant toujours de la rive occidentale du Paranà suÎYâPt 
une direction S. S. £.» finissent par disparaître dan» le 
voisinage des rapides situés sous les 58* 5i' de longi- 
tude, et qui ont reçu le nom de petite cataracte (juUto 
cfttco). 

Les dernières ramifications de la Sierra, eo exhaofr- 
saut ainsi la rive droite du Paranà, ont pour effet de la 
mettre à Tabri des eaux ; et sur toute leur étendue , 
le débordement s'effectue suivant des lois qui m'ont 
paru différentes de celles qui président aux inondati(His 
du Rio-Paraguay. Dans ce dernier Qeuve, Teau monte 
et submerge les rives, parce que leur élévation peu con- 
sidérable a beaucoup d'uniformité. Quelques points 
seulement apparaissent comme des ilôts» à de grandes 
distances au-dessus de la nappe liquide : l'inondation 
est directe. 

Le lit duPàranà plus profond et souvent creusé dans 
le roc vif f'fMrmet à sou niveau de s*élever davantage 
s;uis que le Qeuve déborde : bientôt il ne peut plus 
recevoir le tribut de ses aflluents, dont les eaux s'accu- 
mulent peu à peu et finissent par submerger les plaines 
qu^ils traversent. Plus tard , le Paranà continuant à 
grossir^ sort de sou lit, mab il en sort par le Ut même 
des ruisseaux qu'il recevait. 11 trouve là « pour ainsi 
dire, autant de brèches à travers lesquelles il s^écbappe, 
eu ne couvrant la rive que sur de petites surfaces. 

Quelques mots sur le prolongement qui se détache 
de la chaiue principale» au nord et à quelques lieues de 
Villa4)ka« Au |H>iut ëe séparation, le faite de cette 



CONFIGURATION KT COMPOSITION DU SOL. 68 

obiJne est surmonté de cônes el de pyramides dont 
raititui^e numma peut être évaluée à 300 mètres. La 
hauteur du {>lateau diminue à mesure qu'il s'avance 
suivant une direction 0. puis N. 0. jusqu'au Rio-Pa- 
raguay, où il parait se terminer en partie par une ai- 
guille de roc vif qui coupe le lit du fleuve, et des récifs 
cachés par ses eaux; en partie par des élévations iso- 
lées au milieu des plaines du Grand-Chaco. Parvenue 
à 4'extrémité orientale du lac Ypacarahy, dont les eaux 
ne sont séparées que par une bande étroite de terre du 
pied de la falaise, la Cordillera s'abaisse assez rapide- 
ment, et sa crête reste parfaitement horizontale. Elle 
ferme du côté du nord une vallée étroite à son origine, 
qui s'élargit à mesure qu'elle devient plus occiden- 
tale. Le versant qui regarde le S. est trës-roide, à 
pic sur certains points, et s*élève comme une muraille 
du fond de la plaine. Le versant N. à pente beaucoup 
plus douce, se termine par une suite de collines et de 
gorges au centre desquelles on trouve les villages de 
Caacupe, Altos, Âtira, Piribebuy, etc. Ces vallons qui 
livrent passage à de nombreux tributaires du rio Pa- 
raguay, d'une importance secondaire, s'élargissent et 
se confondent vers le N. N. E. avec une va^le plaine 
dont le fond est occupé par V estera d'Aguaracaty. A 
l'E., les chaînons de la Cordillera vont se souder par 
Ajos, Yhuet San-Joaquin à la Sierra de Maracayii, cou- 
verte en ce point d'épaisses forêts qui portent le nom 
de Hontes de Taruff^. 

La vallée située au pied de la Cordillera, suit elle* 
même une direction 0. puis N. 0.; elle est fermée très- 



64 OROMAPHIB. 

kieoniplétenient do côté du S. par une série^e collmes 
tantôt isolées, tantôt continues, mais presque ^fM^ours 
allongées suivant une direction identique. Ces collines 
commencent près dé Fembouchure du Salado par le- 
quel le lac Ypacarahy se décharge dans le Rio-Paraguay ; 
elles s'élèvent progressivement en avançant vers TE. 
et le S. E., et vont se confondre, d'une part avec les 
hauteurs des environs de l'Assomption, et de l'autre 
avec les dernières divisions sud-orientales de la chaîne 
de Maracayù. Qu'elles soient boisées, ou seulement 
couvertes de graminées, on remarque que leur versant 
N. est plus rapide que le versant opposé. 

En se rapprochant de la CordiUera , ces collines lui 
envoient quelques ramifications peu élevées, qui divi* 
sent la vallée principale en autant de vallées seeon* 
daires, dont la plus importante est celle de Pirayu, qui 
commence au village de Paraguary (1 ), suit la direction 
de la CoMiUera^ et se termine, en changeant de nom , 
au Rio-Paraguay. Fort étroite à son origine, elle pré- 
sente bientôt une largeur moyenne de S a 3 kilomètres/ 
Le ruisseau {arroyo) de Pirayu , source principale du 
lac Ypacarahy, en occupe le milieu. H coule sur fond de 
sable et de vase dans un lit assez encaissé, d'où il dé- 
borde fréquemment. Du versant oriental des hauteurs 
qui ferment l'extrémité de la vallée de Pirayu , nais- 
sent les premiers sous-affluents du Tebiquary-Mini. 

Les reliefs dont j'ai déjà plusieurs fois parlé sous 
le nom de loinas se rattachent le plus ordinairement 

(I) ut. 25* ae* 51**. Loog. W 30* M>". 



OOimWRATIOlf ET GOMPOSTTIOli DU SPL. 65 

à une Alite d'autres collines,, dépendances elltp^ 
mteâf^des montagnes principales; mais il n'est pas 
rare dé rencontrer sur tous les points du pays, des seg- 
ments de grandes sphères entièrement isolés au milieu 
des plaines, d'où ils semblent surgir comme des ilôts, 
lors des inondations qui les enveloppent de toutes parts. 
Ces protubérances du sol , assez rapprochées les unes 
des autres, sont séparées par un espace parfaitement 
horizontal ; elles affectent souvent la forme en pain de 
sucre (Pan de azucar)^ et c'est alors sous ce nom géné- 
rique qu'on les désigne. Plusieurs sont groupées près 
de rembouchjjire du Salado (lat. 25^ T); deux s'élèvent 
au-dessus dés steppes du Grand-Chaco ; la plus méri- 
dionale porte le nom de Castillo. Sur la rive gauche du 
Paraguay, au cône principal ou Pefum , succèdent des 
hmas souvent interrompues qui vont rejoindre , nous 
l'avons dit, les hauteurs des environs de l'Assomption 
au milieu desquelles apparaît le Cerrito de Lambaré. 
Un autre Pan de oiticar, signalé dans toutes les recon- 
naissances du Rio-Paraguay, se voit par ^V iT de 
latitude (1). 

Enfin, nous ne devons pas omettre le Cerro de Santo- 
Tome, une des saillies de la Cordillera que la tradition 
signale à l'attention curieuse du voyageur. Cette mon- 
tagne qui domine de sa masse imposante le village de 
Paraguary, renferme plusieurs excavations, dont la 
plus considérable est connue sous le nom de Grotte 



(i) IV 25' 6". Traek swrvey of ihe river Paraguay surveyed by Corn- 
wèander Ta. J. PâCi. U. S. S. Water Witch, 1855. Scale tôt???. 

5 



66 OftOGIlAMIE. GOnViecmATTON ET COHPOSmOll m SOL. 

• 

(diera) de Saint-Thomas. L*apôtre y célébrait, dit-on, 
les mystères sacrés, lorsqu'il traversa TOcéai pnnr 
porter aux peuples autochthones du Nouveau-Monde la 
parole du Christ. L'ouverture de cette caverne, à la- 
quelle OB arrive par un étroit sentier, irrégulièrement 
arrondie , est surmontée de quartiers de roche dont la 
disposition offre une ressemblance fort imparfaite avec 
la tribune d'une chapelle (1). 

Les eaux qui descendent de ces élévations, ne tanoo- 
vaut à leur pied qu'un sol sans déclivité, et pour voies 
d'écoulement, que des ruisseaux dont lejit peu profond 
et à pente insensible ne suflSt pas à les r|cevoir» se ré-* 
pandent à travers les plaines, et donnent naissance 
par leur stagnation , à ces e$tero$ immenses , désespcûr 
du voyageur dont ils entravent à chaque instant la mar- 
che, mais qui préservent les troupeaux des effets dfà hk 
sécheresse, si désastreux sous un ciel embrasé. 



(1) Le sommet déoudé da ocrro de Piregaarj, déterminé de la'Umr 
de Téglise, reste aa N. 50* E. 



CHAPITRE VU 



MMtlâraiB. — COmSUBATlOV IT CrafOtlTIOV DO lOL (fllite). 



Le sol du Paraguay appartient , à part les alluvior^s, 
au système tertiaire de FÂmérique du sud. Composé de 
grès ferrifères et d'argiles , avec de vastes dépressions 
couvertes d'alluvions modernes « il se relie au terrain 
tertiaire guaranien de M. d'Orbigny^ qui comprend 
dans son immense extension le nord de la province de 
Corrientes» les Missions de l'Entre-Rios.et celles du 
Brésil. Il représente l'étage supérieur de cette couche 
à laquelle M. de Humboldt a donné les noms de Mo- 
lasse et de Nagelfluh. Le docteur Rengger (1 ), qui nous 
fournira quelques aperçus géologiques, regarde cette 
formation comme réduite , ici à ses termes les plus 
simples, car elle ne consiste qu'en poudingue et en 

(t) artot with Paraguay y p. SS. 



08 0B06RAPHIB. 

grès, dont les uns plus grossiers occupent la surface 
(lu soi, et forment unis à du conglomérat la masse 
des lomas ; et dont les autres , à grains très-fins , 
presque imperceptibles» constituent un grès marneux 
qu*il appelle marne sablonneuse, et qui se montre dans 
les couches inférieures du sol sur les bords du Hio- 
Paraguay. 

La ville de TAssomption est assise sur le versant 
N. 0. d'une colline formée presque entièrement de ce 
grès, recouvert d'une couche de sable mêlée d'argile 
dont l'épaisseur atteint quelquefois un pied, et à travers 
laquelle s'échappent de nombreux filets d'eau qui ren- 
dent les rues humides, boueuses, et forment sur les 
places de véritables marais. Les pluies si violentes sous 
cette latitude, ont mis à nu dans plusieurs endroits» 
la roche colorée en brun roùgeâtre par Toxyde de fer 
qu'on y rencontre aussi en grains pisiformes (1). Peu 
de temps avant mon arrivée à l'Assomption, dit le 
docteur Renier, on y avait déterré plusieurs blocs de 
grès de 10 à 100 pieds cubes, composés de grains de 
quart! agglutinés sans ciment, et paraissant apparteoir 
k la roche d'Aregua, d'où sans doute les eaux les avaient 
apportés. 

En descendant le Rio-Paraguay jusqu'à sa jonction 
avec le Paranà , on remarque que l'élévation toujours 
uniforme du bord oriental» est rarement asseï 



v1^ todif de rAssoapcion detfimiiM« fitr M. Sonplawi : • Grès à gros 
f tains qttarlteui dk ciMiIrvr rwicvAtre pâle , ofrattt a la lo«f« et pdilct 
pamiles ro«kf« «le ^Mrti Uiic«i» éHit ks gnÉM pmiaHl pli* mi 



CONFIGURATION ET COMPOSITION DU SOL. 69 

rable pour le mettre à l'abri des grandes crues. A l'ex- 
trémité du port de TÀssomption^ le banc de grès parait 
à découvert, et fbrme, sur une étendue de 1 kilomètre, 
la rive du fleuve. Parvenue à la pointe de Itapyta 
(Pierre rouge), cette masse stratifiée çl taillée à pic, 
a 25 pieds de puissance au-dessus du niveap moyen des 
eaux : elle recouvre le grès marneux, et s'étend jusqu'à 
la pointe de Curupaina^ où le rivage commence à â'a-^ 
baisser insensiblement. Il s'élève de nouveau au Cer- 
rito de Lambaré , s'abaisse ensuite et reste parfaite- 
ment borizontal jusqu'à Curupayti. 

Les rives du Paraguay sont, formées de couches ho- 
rizontales ou parallèles ^ux ondulations du sol, super- 
posées dans l'ordre suivant : 

La couche inférieure est de sable formé de grains 
arrondis ou anguleux de quartz limpide ou jaunâtre, 
inèlés d'argi]e : cette couche est tantôt nue, tantôt 
recouverte d'une argile limoneuse (lodo) d'un gris 
cendré ou noirâtre , douce au toucher, tenue en sus- 
pension par. les eaux qui l'y déposent en $e retirant , 
surtout après une inondation. Elle est traversée par 
des bancs d'argile de couleur variable, et présent^ sur 
d'autres points un grès à cassure terreuse, formé de 
grains de quartz^ très-fins et d'argile en proportion pré- 
pondérante, disséminé par blocs, ou formant des cou- 
ches continues (Rengger.). Ce grès, dont la^ surface 
déi^omposée par l'influence des agents atmosphériques 
oflfre beaucoup d'inégalités, est gris ou coloré par du 
fer oxydé rouge. La couche sableuse elle-iqème est 
quelquefois teinte en jaune ou en rouge brunâtre, par 



70 ORÔGhAPRiE. 

du fer hydraté, de la limonité mamelonnée à structure 
compacte ou oolithique. 

Au-dessus d'elle' vient une couche d'argile presque 
pure, d'une épaisseur de 1 à 2 mètres, et de même na- 
ture que le limon qui recouvre le fit de sable sur lequel 
coulent les eaux du fleuve. 

A ce banc argileux, tantôt compacte, homogène, tan- 
tôt traversé par des filons de sable, est superposée une 
couche de même nature, d'un gris cendré bleuâtre , 
contenant du fer en proportion notable et de nombreux 
détritus de végétaux non décomposés. Une très-mince 
enveloppe de terre végétale la recouvre. 

En remontant le fleuve depuis l'Assiomption, on re- 
trouve tout d'abord dans la rive gauche la roche sur 
laquelle la ville est assise; remplacée, à quelques lieues 
plus au nord, par un grès beaucoup plus dur, à grains 
de quartz hyalin très-serrés, très-fins, et agglutinés 
par une proportion moindre de ciment. Ce grès qui 
forme la masse des lamas du bord oriental, reparait 
dans le Grand-Chaco où il constitue les élévations 
connues sous le nom de Castillos. 

Au port de VEmboseada situé à l'extrémité occiden- 
tale de la Cordilleray on a ouvert une carrière , où de- 
puis la domination espagnole, on exploite cette roche 
dont les strates faiblement inclinées au N. comme là 
pente septentrionale de la chaîne elle-même, sont rem- 
placées plus profondément par des blocs de forme cu- 
bique. Là plupart des édifices de la capitale ontété bâtis 
avec cette roche, qui résiste très-bien à l'action destrac- 
tive des phénomènes atmosphériques. On retrouve la 



COIfFlGUBATIOrf ET COMPOSITION DU SOL. 71 

même solidité dans le grès rougeâtre, à grains fins, 
qui abonde dans les environs des Missions de Jésus et 
de Trinidad , près du Paranà. Les Jésuites l'ont eno- 
ployé à la construction de Téglise qu'ils n'ont pas eu le 
temps de couvrir avant leur bannissement. La maçon- 
nerie du temple, encore debout et parfaitement con- 
servée, est très-remarquable (1). 

Plus au nord, la rive parait composée de couches de 
sable et d'argile analogues à celles dont on a lu la des- 
cription, mais au delà d'Ypita jusque dans le voisinage 
du rio Xejuy, le grès reparait par places, ^it en dé- 
bris, soit en strates horizontales traversées par des 
fentes verticales {%). 

La même roche se montre à nu sur d'autres points 
de la Cordilière. En revenant de Yilla-Rica par le die- 
min qui, après avoir suivi le versant N. de cette chaîne, 
la coupe obliquement à l'extrémité orientale du lac 
Ypacarahy, et descend dans la vallée de Pirayu,.j'ai 
retrouvé , comme le savant voyageur suisse , le grès 
formé de crains tantôt très-fins, tantôt plus grossiers , 
disposé en strates horizontalei ou faiblement inclinées 
au N. : en certains endroits il passait au poudingue. 
Cette roche, qui contient aussi du fer pisiforme et 
des morceaux de fer magnétique, se montre fréquem- 
ment à nu jusqu'à Yilla-Rica. En face de cette ville, 
elle apparaît sur le tiers supérieur d'un cône escarpé , 
assez bas , à sommet largement arrondi , auquel l'ab- 



(1) Voy. Y Atlas. 
\t) la Inwfin, p. ta. 



7S OROeiUPHtB. ^ 

sence de végétation a fait donner le nom de Monté 
Pelado. 

Dé Yilla-Rica à Gurugoaty, le grès de nature Taria* 
ble encore, se montre rarement, si ce n'est dans les 
chemins et sur le bord des ruisseaux. Nous avons déjà 
dit qOe le faite de cette cliaine, recouvert d'une végéta- 
tion puissante, présentait dans son élévation beancoap 
d'uniformité. 

En s'avançant des rives du fleuve vers l'intérieur tlu 
pays , on rencontre encore le grès dans les lomas dont 
il constitue la masse, tantôt formé de grains fins, tan* 
tôt passant par places au poudingue. 

Le lit des ruisseaux, formé de sable quelquefois mé- 
langé de galets quartzeux, ou de l'argile bleue-noirâtre, 
onctueuse au toucher, qui entre dans la composition 
de celui du Paraguay, est creusé plus à l'est dans le roc 
vif, à une profondeur variable, mais qui augmente dans 
le voisinage de la Sierra de Maracayù. Les cours d'eau, 
qui du versant orieital de cette chaîne se dirigent vers 
le Paranà, présentent à un haut degré cette constitution 
rocheuse. 

Partout le grès (à part les exceptions que j'ai signa* 
lées), une fois mis à nu, est facilement attaquable, 
et ne résiste que médiocrement aux agents atmosphé- 
riques. Les crêtes et les aspérités des culminances 
montagneuses s'effacent; les sommets des cône£( s'af- 
faissent et s'arrondissent; et la roche se décompose 
par des éboulements successifs, en blocs nombreux 
qui s'accumulent au pied des lomas; ou se désagrège 
en couches de sable soit pur, soit mélangé d'argile. 



GCmPIGURATIÔN IT COMPOSITION DU SOL. 73 

bientôt envahies paie l'active végétation des régions 
tropicales. 

Mais nulle part elle ne renfernoe de calcaire. Aussi^ 
traitée par les acides, ne produit-elle pas d'efferves- 
cence, et Teau des nombreux ruisseaux qui s'échappent 
de ses interstices, ne laisse-t^IIe aucun résidu après son 
ébullition. 

Ce n'est qu'exceptionnellement qu'on rencontre des 
sels de chaux au Paraguay et dans les Missions. Ainsi , 
sur la rive gauche et dans le lit du fleuve, par 26* 4 T 
de latitude, on a trouvé des blocs d'une roche calcaire 
qui, étant calcinée, sert à blanchir les maisons. Ce pa- 
rage porte le nom de los Yesos. Un autre dépôt a été 
découvert, à l'époque de la Révolution américaine, sur 
le bord oriental , à 25 ou 30 lieues de Ytlla-Real. Cette 
roche exige un feu très* vif pour être réduite (1); la 
chaux qu'*en en extrait n^est pas très-blanche, et ne 
donne qu'un mortier de qualité médiocre. Avant cette 
découverte, on tirait cette matière de la Bajada, petite 
ville de l'Entre-Rios, sur le Paranà (2). 

Le docteur Rengger signale encore la présence de la 



(1) « Vae à la loape, elle oflfre des points brillants dont je ne puis déter- 
■ioer k natare. » Ma, dé M. Boopland. 

(2) U faat, je crois, r(^arder comme de natare calcaire la pierre friable, 
légère, se fendant facilement, d*an blanc sale, et un peu âpre à la bouche, 
qoe les Goaranis nomment Tobàiy, et les habitants de la prorincc de 
Saint-Paol ToboHnga. Cette roche constitue sur la rire gauche de FUru- 
guy, entre le Pa$to et la Mission de Santo-Tome, des couches de 25 à 
30 centimètres d*épaisseur. M. Boopland pense qu>lle existe au Paraguay, 
dans les rarins où le cours des eaux la met à un. Elle y servirait à blan- 
ekir les maisons. Je ne Tai tue en place que dans le voisinage du Passa de 
rUmguay, sor l'eitréme frontière dn Brésil. 



74 MOGAAPBIB. 

chaux carboDatée dans le cimeot d^un gfès qui se trouve 
par 22* 10' au N. de Tevego (1). « Ce grès est asseï 
fin pour serrif de pierre à rasoirs. Sa couleur est tantôt 
d'un gris de cendre bleuâtre ou verdâtre, tantôt d^on 
jaune blanchâtre. Il est tendre et présente une casMit 
terreuse , qui cependant scintille par des points pres- 
que imperceptibles , à la lumière directe du soleil. La 
roche est divisée par des fentes en prismes à quatre ou 
cinq pans, et de ^ à 2 pieds de longueur (2). » Enfin, on 
extrait de la chaux sur les bords du Paraguay, à peu 
de distance de ses sources, au^essous du parage nonmé 
As tre$ barras. 

Entre les Missions de Jésus et de Trinidad , on rea- 
contre un grès blanchâtre, assez résistant, qui fournit 
de bonnes pierres à aiguiser. Un grès analogue, propie 
au même usage, g!t sur la five gauche du Parana, dans 
le port de Tancienne bourgade {pueblo) de San-Ignaeio* 
Mini (3). 

De ce qui précède , il résulte que la charpente os- 
seuse ( si je puis employer cette expression ) de la ré- 
gion située k Torient de la ligne N. et S. décrite par 
les rios Paraguay et Parank, est constituée par une 
roche massive de grès, modifiée par places, plutôt dans 
le mode d'agrégation de ses parties constituantes qne 
dans leur nature, et n'offrant des traces de calcaire que 



(1) Ueo de déporUlk» fondé pv FraMia à 120 lieuct r<. de râ ae e f 
tioa. 

(3) C/M Mqmk, p. SI . 

(3) Il eiifte me eotre Mêmum du Deoi de SM-Igoacio-OMià éam riii- 
Urieur du Paraguay. 



CONn^URATION ET GOMTOSITION DU SOL. T$ 

très-excepticonellement. Située à une profondeur va- 
riable sous la terre végétale qui la recouvre, dans la 
emitrée que nous étudions/dans les provinces d'Entre* 
Rios et de Corrientes, cette roche semble occuper une 
poeitîoif tout à fait superficielle vers les frontières du 
Brésil » et sur les hauteurs de Montevideo et de Maldo- 
nado. Mais» déjà plus profondément situées dans la ré* 
l^on sud-occidentale du Paraguay, ses couches incli* 
nées à l'ouest s^enfoncent davantage dans les Uanos 
du Grand'Chaco et dans les Pampas. C'est au delà de 
cette* ligne que les can^s qtiebrados font place aux 
plaines immenses dont l'horizontalité persiste ininter- 
rompue pendant des centaines de lieues, jusqu'à la ren- 
contre des premiers échelons de la cordillère des 
Andes. 

Parfois, la roche traverse la croûte de terre qui l'en- 
veloppe, et des blocs de grès surgissent isolés, ou en- 
tassés sur un petit espace, au milieu des plaines. Le 
plus curieux exemple de ces mrgiiemefUs existe dans 
la provmce de Cwrientes, où la masse principale qui 
le constitue, porte le nom à'ItOrfueu (Pierre-longue). 
J'emprunte aux Notes inédites de mon illustre ami 
M. Bonpland, l'intéressante description de ce phéno- 
mène géologique (i). 

< La pierre-longue est située au N. E., et lès roches 
qui en dépendent, au S. 0. de celle-ci. Ainsi, toutes 
vontduN. E. an S. O. 

€ Le banc de roche qui accompagne la pierre-longue, 

il) V^èBermlkm porte U dilt>da SSoevcnkre 1884. 



T6 OROGRAPHIE. 

est entièreiAent de grès d'un blanc grisâtre, à i^raias 
fiqs^t plus ou moins tendre. J'ai pris des échantUloiiB 
au bas de Vlta-jmcu; ils sont plus t^idres que oeu 
pris au sommet. Les roches environnantes sont, eomoiè 
la pierre principale, couvertes de lichen : ce filNeiiible 
indiquer leur antiquité. 

<i On assure dans le pays que Vlta-fueu croit, et 
quelques individus prétendent s'en être assurés en la 
mesurant. Au contraire elle se détruit par l'action 
combinée de l'eau , du soleil et des vents ; les géolo- 
gues disent avec raison que les pierres ne croissent pas. 
D'autres expliquent cette croissance en disant que les 
eaux entraînent, tous les jours , la terre du pied de la 
roche ; c'est une erreur. . 

c Les couches de Vlta-pucu ofiTrent deux inclinai- 
sons différentes : la première plus rare, est horiion- 
taie ; la seconde , qui s'observe aussi dans toutes les 
roches environnantes qui appartiennent à la même for- 
mation, est inclinée au S. O. 

« La pierre-longue et ses dépendances se trouvent 
au bas du versant d'une colline formée de roche 
quartzeuse rougeâtre , pins élevée de quelques varoi 
que Vlta^pucUi et située au N. O. Au N. £. et plos 
loin se trouve une autre colline basse, formée de terre, 
et offrant seulement à sa surface de gros cailloux rou- 
lés. Ces deux élévations vont du N. E. au S. 0. : 
elles ont probablement la même formation que l'/to- 
pneu. 

c Depuis lV,5fariria de Fernandez, on traverse un sol 
de nature généralement terreuse , coupé de coilines et 



coranouBiTiM bt coiiPosaLTiûif du sol. 77 

de marais» et parsemé de petits cailioux de grès, et de 
fragments de cette roche en boules que j'ai désignée 
8008 le nom de roche magnétique en forme de boules. 
On rencontre aussi la roche anguleuse ou basaltique, 
des Mi^Mfis comme la précédente , et du grès quart- 
zeux. 

c Depuis le rio tta-pucu^ jusqu'à la pierre du même 
nom» on remarque de grands espaces recouverts d'un 
sable blanc formant des monticules qui semblent dus à 
Faction des vents. La rivière coule sur la roche poreuse 
ou Tacuru du Paraguay. Sujette à de grandes crues , 
elle offre de distance en distance des réservoirs plus ou 
moins grands, mais très-profonds, de sorte qu'on ne l'a 
jamais vue à sec. Cette roche présente ici le même phé- 
nomène que dans l'Uruguay, où elle forme aussi de 
vastes bassins, d'une profondeur extrême.. » 

J'ai sous les yeux le croquis qui accompagne cette 
description. Je remarque que Vlta-pucu, mesurée à 
hauteur d'homme, offre une circonférence de 12 va- 
ras 4/4, et une hauteur de 8 varas 1/4 : la distance 
qui sépare les deux pierres vues du N. 0., est de trois 
varas (1). Les arêtes sont plus émoussées, et les an- 
gles plus arrondis dans la pierre principale, que dans 
la masse lithoïde qui l'accompagne. Les caractères géo- 
logiques de VltOrpucUy rappellent ceux des rochers spo- 
radiques que MM. de Humboldt.et Bonpland ont ren- 
contrés sur les bords de l'Âtabapo et du Cassiquiare, où 



(1) La vara étant égale k 0"S6, ces chiffres donnent les dimensions 
iiiétn4iiies sniTantes : 10- M ; 7- 09 ; 2- 58. 



78 OROGRAHR. COIÎTIGimATlON ET COnOBITIOll Ml SOL. 

leur présence rend difficile la fixation des limites d'un 
système, dont les montagnes» au lieu d'être rangées 
longitudinalement , semblent groupées au hasard (4 ). 



(1) IimouT et BoNPLAii»» rofo^ OMX ré§itmâ éq m it me ei aUi êm 
y€fiÊvea%hComiimtni» t. X, p. 141. 

Des écluntilkMis de Vlfà-vuem rccoeilUs ptr M. Bonplaad, Ognrent dans 
les galerifs minéralogiques du Moséun d*Hi9Coîre oatarelle. 



CHAPITRE VIll. 



OiMIAPI». — 

coCTiavBATioi IT covosiTioi DO SOL (suite et fio). 



Esquissons inaintmant à grands traits la physionomie 
des terrains qui enveloppent et masquent la formation 
puissante de grès dont l'assise géologique de cette ré- 
gion est composée. 

Xantôt, et le plus ordinairement, le sol arable est 
constitué par une terre rouge ferrugineuse, traversée 
par des filons d'argiles de couleurs variables , parfois 
très-vives. C'est la Terre rou^^ des Missions, dont nous 
signalerons dès à présent l'admirable fertilité. Ce limon 
ferrifère, sans gypse, d'une épaisseur souvent consi- 
dérable, appartient au dépôt supérieur des terrains 
tertiaires : il est postérieur è la formation marine de 
ces contrées. D'après M. Lund , on te retrouve en plu- 



80 GEOGRAPHIE. 

sieurs points du Brésil , dans les provinces de Rio-de- 
Janeiro et de Minas ; et sur cette immense étendue, il 
revêt indistinctement les plaines, les vallées, et même 
les pentes douces des montagnes jusqu'il S,000 mètres 
de hauteur (1). 

La Terre rouge est souvent mélangée de sable 
quartzeux, que Ton rencontre aussi seul tout k fait 
pur, et en couches puissantes sur de grandes surfaces, 
comme dans les environs de TAssomption : ce sable 
provient de la décomposition de la roche sous-jacente. 

Le fond des vallées, où les eaux en s'accumulant for- 
ment des e$tera$ et des banadas , est recouvert d'une 
croûte d'argile noirâtre , épaisse parfois d'un mètre et 
plus; de même que les argiles gypseuses supérieures 
du terrain guaranien, elle donné au sol une imper- 
méabilité qui engendre de nombreuses lagunes. Elle 
doit sa couleur noire à la présence de détritus v^é- 
taux, et surtout à celle de l'oxyde de fer. Aussi , les mé- 
decins du pays {cwrandertn) l'admiAistrent-ils comme 
astringent, en infusion, dans le cas de diarrhées chro- 
niques. 

Étudiés au point de vue de la production agricole, 
ces différents terrains sont loin de présenter les mêmes 
avantages ; et Tappréciatiob comparative de leurs qua- 
lités trouvera place dans un chapitre spécial (2). 



vi; Lt dodMr Lui»» OMqi éml ««r k$ m&mmifirft fàuUa ém 
trffil. Dans les ^1nmalf$ en srWurts mmtmrtUes, L XI, p. 214 et 230, 

it^ Voy . Pâiim MOWOWQCK, A§rie mt N a r9. Kdws i t o— t r oa i dans ce clW" 
piirf r«iiljM de te rcfTt rente ém Bimmu. 



CONFIGURATION ET OmPOSITlON DU SOL. 81 

• 

Les filons argileux qui sillonnent la Terre rouge, four- 
Dissent des matières premières à l'industrie. Ainsi» 
Tocre rouge est employée dans la peinture à la dé- 
trempe. Pour cela , après l'avoir calcinée , on la pile , 
et on la délaye dans une eau de colle, ou contenant un 
mucilage que l'on peut encore remplacer par le suc 
du Cactus feruvianus. L'argile coloi^ée par l'oxyde de 
fer hydraté ( ocre jaune ) , et l'argile blanche , servent 
au même usage. L^ Jésuites savaient en tirer parti 
pour la. décoration des églises et des collèges des Ré- 
ductions : les orfèvres façonnent leurs creusets avec 
l'ocre jaune, et les Indiens emploient l'argile noirâtre 
qu'ils tirent des vallées dans la fabrication de leur po- 
terie. 

Le Paraguay est-il un pays de mines? J'ai répondu 
par avance,. en partie, à cette question (1). Mais s'il 
n'offre dans l'histoire de son passé, au témoignage 
même d'Asara (2) , que des traces à peine çaisissables 
de l'industrie métallurgique, il s'en faut bien qu'il soit 
dépourvu des richesses que cette industrie met en 
œuvre. Les recherches entreprises par ordre du prési- 
dent Lopez, il y a. UB& dizaine d'années, ont, sous ce 
rapport, conduit à des résultats assez satisfaisants. 

En traitant de sa constitution géologique , j'ai si- 



(1) Voy. iNTBODDCriON. 

(2) « U saffit'd'âYotr dit qne le pays est plat , et qa'il D*a qu*an petit 
ooinbre de montagnes peu élcYées, pour faire connaître qu*on n'y trouve 
pas de minéranx. » {Voyages dans lAfnérique méridionale, 1. 1 , p. 58.) 
Plus loin (p. 61) il ajoute : « Il n'y a aucune mine de fer dans toute TAmé- 
rique méridionale. » Ge qui suit, démontrera Tinçiactitude de cette as- 
sertion. 

G 



8S OROeHAPHIB. 

gnalé presque & chaque pas dans le sol, Texistenoe 
sous des états bien distincts, du plus utile de tous hs 
métaux. Ainsi, les variétés lithoïdes du peroxyde de fer 
donnent une teinte rouge plus ou moins intense aux 
différentes roches de grès et de poudingue, et à la Terre 
des Missions; sur quelques points, il colore des élé^ 
vations tout entières. Tel est particulièrement le cas 
du Cerro pyta (1), un des pics de la chaîne de Mara- 
cayù. I/argtle ocreuse jaune doit sa couleur à Thy- 
droxyde de fer ou hématite .-compacte brune : le fer 
oligiste se présente avec Féclat métallique, et une cou- 
leur grise ou noirâtre. 

Enfin, la Terre rouge contient un sable magnétique, 
à grains arrondis, rarement anguleux, et attirables à 
Taimant, qui apparaissent à sa surface en traînées 
noires, (pétalliques, dans les chemins où les eaux plu- 
viales trouvent un écoulement rapide. Très-abondant 
au Paraguay dans le lit des ruisseaux et des rivières, où 
il forme de petits dépôts d'un noir bleuâtre, il est mêlé 
à des grains de quartz dont on le sépare facilement. Lie 
grès de la Cordilière renferme aussi des morceaux de 
fer oxydulé : j'en ai recueilli des fragments à la sqrface 
du sol, plus à TE., à une lieue du village d'Yuty. 

Les investigations auxquelles s'est livré, en 18V7, 
un officier polonais, au service du gouvernement para- 
guayen, ont amené la découverte de riches minières de 
fer, et quelquesi échantillons analysés par M. Beudant 



(1) Wonlagne rougir ; association hybride assci commuiK* daosia laogM 
du pays, do dcu\ nioU, Tun espagno], Taulrc guarani. 



CONFIGURATION ET GOMPOSITTON DU SOL. 83 

fils, In^nieiir des mines, ont donné les résultats sui- 
vants : 

N* 3. Fer oligiste eontenant des traces de manga- 
nèse. 

N* 4. Fer oligiste pur. 

N^ 5 et 7. Fer oligiste contenant des traces de man- 
ganèse. 

N^ 6. Ferpyriteux en partie décomposé. ' 

N* 8. Fer oligiste avec un peu de fer oxydé hy- 
draté (<). 

Je regrette de ne pouvoir fournir aucune indication 
sur le gisement de ces minerais , les fouilles ayant été 
faites avec le mystère qui préside, depuis le Dictateur, 
aux actes les plus simples d'un Pouvoir ombrageux. 
Toutefois, le résultat -de ces explorations n'a pas été 
perdur et depuis quelques années on a ouvert au cerro 
de San-Miguel une mine de fer qui parait prospérer, et 
dont les produits afifrancbiront peut-être bientôt, du 
lourd tribut qu'elle paye à l'étranger, une industrie qui 
fournit aux autres les instruments dont elles ont be- 
soin. Nous manquons de renseignements sur la situa- 
tion présente de cette utile exploitation , qui figure 
parmi les Desiderata remis par la Société de géogra- 
phie au général Solano Lopez, à la veille de son retour 
en Amérique (2). 

(1) École des BCines : Extrait des registres du Imreau d'essai pour tes 
tfâfstaïueê minéralesj d* 1659. 

(2) Instructions remises à M. te Brigadier générât D. Francisco So- 
lano Lopez y ministre de la République du Paraguay à Paris, rédigées 
par M. Alfred Demersay. {Butte{in de la Société de géographie, 4" série, 
1854,t. VUI, p.26i.) 



84 OROGRAPHIE. 

EnÛD , on a trouvé plusieurs fragments de fer mé- 
téorique à la surface du sol ; mais la masse de fer natif 
la plus considérable a été rencontrée à la un du «ècle 
dernier dans le Chaco : il en sera question plus loin (4). 

En 1779 , on découvrit à 50 lieuesf au S. de FAs^ 
somption du minerai de mercure : des échantillons ex- 
pédiés à Buenos-Ayres, molivërent un ordre du Con- 
seil des Indes qui prescrivait un nouvel envoi ; mais des 
analyses plus exactes ne furent suivies d'aucun résultat 
satisfaisant. 

On entreprit encore» au temps de la domination es- 
pagnole, l'exploitation d'une mine de cuivre dans le 
voisinage des pwblo$ de Santa-Ana et de San-Carlos , 
entre le Paranà et l'Uruguay : elle fut promptement 
abandonnée ^ faute d'ouvriers spéciaux , et parce que 
son rendement n'était pas en rapport avec les frais 
d'extraction. 

La présence de l'or ne s'est jusqu'ici révélée, d'une 
manière bien évidente, en aucun point du pays. On a 
prétendu que les Jésuites en avaient tiré de fabuleuses 
quantités des flancs de la petite montagne sur laquelle 
s'élève k Capilla de San-Miguel ; mais Azara n'en dit 
mot , et son silence qui a bien sa signification , vient 
appuyer le témoignage des écrivains de la Compa- 
gnie (2). Cette montagne offre un grès traversé par des 
filons de quartz blanc, très-pur. Au S. de San-Miguel, 
et près dé la capilla , des masses de ce quartz forment 



(l> Chap. ClimatoloQie. 

{2) McRATORi, il Critiianeiimo feliee, tditioD Traoç*, p« 275. 



CONflGUaATION ET COMPOSITION DU SOL. 85 

des saillies de là 2 piètres, connues sous le nom de 
IkMMmoti (Pierre blanche). Pour M. Bonpiand, .« il 
est présumable que Ton doit trouver de l'or dans la mon- 
tagne de San-Miguel, laquelle contient bien certaine- 
ment du mercure. Cette mine se présente sous la forme 
d'une terre brune qui noircit le papier et les mains 
quand on la touche. L'échantillon envoyé à Potosi où 
l'analyse en fut faite, avait cette apparence (1 ). » 

Placé au centre du massif continental sud-améri- 
cain » à une distance presque égale du Brésil aux gi- 
sements de pierres précieuses, d'or et de platine; du 
Chili et du Pérou aux mines de cuivre et d'argent; le 
Paraguay étalera peut-être un jour aux regards charmés 
d'heureux explorateurs, de riches filons de pierres fines 
et de métaux. On les trouvera dans la région N. N. E., 
s'il est vrai que la richesse mibéralogique augmente 
avec la fréquence des montagnes. Le voisinage du dis- 
trict Diamantino, des quartz stratifiés et des sables au- 
rifères de Cuyabà, et le rapport qui parait exister entre 
la présence du grès et celle du diajnanl, prêtent à cette 
supposition quelque probabilité. Nous sommes loin, 
très-loin cependant, de prédire une abondance d'or com- 
parable à celle qui pénétrerait le sol de la province de 
Mato-Grosso, au dire du lieutenant Maury de la marine 
anglo-américaine, dont l'éblouissante description rap- 
pelle trop le Candide de Voltaire, et les récits fabuleux 

« 

(i) Hm. a ce propos, le savant Yoyageur cite un oavrage iotitulé : Vi$ 
4u Docteur Moreno^ eréok de Buenaê-Ayree, U no iB*a pas été pobsiblc 
de le ilécouvrir. 



86 OROGRAPHIE. 

(ies Mille et une Nuits (1). Peut-être même le diamant 
existe-Vil dans les couches inférieures de la rodle 
quarizeuse, comme dans les gtès mêlés d*argîle de la 
province de Saint-Paul (2) ; ce qui » après tout » nous 
parait moins désirable que la présence du terrain houil- 
1er, que les voyageurs n'ont pas encore signalée. Or» 
avec les aspirations du siècle, la découverte d'un gile 
carbonifère effacerait celle ded plus riches filons mé- 
talliques, car le Paraguay n'est pas dépourvu de che- 
mios carrossables, et son réseau de rivières intérieures 
permettrait une exploitation qui ne saurait prospwer 
de longtemps dans la province brésilienne de Sainte* 
Catherine, où plusieurs gisements du précieux oom** 
bustible ont été rencontrés (3). 



(t^ L^^iMisoM H U$ ràîtê mUmmHfmi #r fAwmi^mt mérUUimmit. 
« Ctt^abà, dîl le litulejunt Herndon, rst «u ceutrr de la régiou aurifère 4e 
ce pay» superbe. Oo j trouve de l'or eo Teine , entre les pierres , dans les 
fb^pb des nNBa>ea«iet eu petits ftraiosà flear de terre : à te snile de ciaqa e 
pluie* les escJares et les petits enfants conrent le ramasser dans les ban^ 
des rues de la rille. Uans la région DîaaMntine, il est certain qu*on tronre 
des diauMuts mêlés à la terre« comme on trouve for dans les etcavatisus 
de la Californie. Selon Caslelnau« un iMmune en roulant ficlirr un pien en 
terre « trouva un diamant de neuf carats. OnelqueCoîs oo trouve des dia-^ 
mantsdanslegteswrdepelitsoisaant. •(ClnmAir»,<^iii^idnl» tSM^îM, 
p. tW.) 

La citation esl etacte : OMis» en'raeantant ces histoires BKtvetlIcnBSA^ le 
«ojaitenr fimncnis se farée bien d'en farantir rantbeniktiè. Voj. F. ns Cas- 
TiBt\u\ KipffiiHom d«in« 1rs p«rfics rmlmks de rj m rr é fMf ém Snd» 
exécutée par ordrv du ftonvcmcmcnt* de 1SI3 à 1SI7. Fsrfir àjiêeéêfm^ 
fam» t«M,t.U«p.SSt. 

vt^ A. ftssis » Jtemmnr sur lit ftmiêmm feolufM|iir écs irrrmu dit te 
pnrfir lÊmfrmUém trr»*!. i>ans les O wn jM r j rmém A i èd swn d i r a t et» 
SÉMicrf fie f.<cndrui»r d«9 «ct«n<«s, t. XJV, juillet l^ia« et les Ji4 
dlr Aininls Hwmm$9rt^ u \« imik p« l>3s. avec 7 

v^^ Voir sur «es ètpè l^ bimHifj» et sw* 1» 
extratuon» Oruaus Yjlx Lant, iir te OitMiinilisiu mi IreM » 




COimCURATION BT G0KP08ITI0N DU SOL. Si 

Le Paraguay et les Missions ne présentent dans leur 
constitution géologique , aucune trace de productions 
volcaniques, et les tremblements de terre y sont à peu 
près inconnus. Nulle source soit thermale, soit miné- 
rale; et si les eaux du lac Ypacarahy sont parfois 
prescrites avec efficacité, dans le traitement des afiec- 
tîODs chroniques , c'est que leur action analogue à 
celle des bains de mer, quoique beaucoup moins éner- 
gique, est due à la présence d'une très-faible pro- 
portion de sel tenu en dissolution, et qui provieint 
du terrain argileux qu'elles submergent. Cette argile 
ssBfère se rencontre sur plusieurs points du pays , 
et constitue un phénomène géognostique dont il 
convient de dire quelques mots, car il joue un rôle 
ioipoptant dans l'économie domestique et rurale du 
Paraguay. Déjà, j'ai eu l'occasion de signaler dans une 
autre publication (1} l'extrême avidité avec laquelfe les 
bestiaux recherchent et mangent cette terre saline , et 



ISIS, gTw ÎD-S, p. 11-8; et LÉONdB AuBé, Notxee tur la prcvince de Sainte- 
ColA^tne, daos les Annales maritimes et coloniales, avril 1847, p. 20. 

Oo a constaté depuis peu l*eiistence d*ane mine de houille dans la pro- 
findt de Rio-Graude du Sud . près de la Ti'lle du Triomphe. Les premiers 
eanis faits pour la mettre en eiploitatioa oot eu des résultats asseï favo- 
rables. On a trouve , toutefois , que le charboa ne donnait pas assez de 
flaome, défaut qui est aussi celui du charbon des États-Unis, et auquel 
les Américains ont remédié en établissant sous les grils tles ventilateurs 
qui fournissent une quantité d'oxygène suffisante pour alimenter conve- 
nablement la flamme. Si Texploitatiou en grand réussit déflnitivement , 
Uo-Grande. devenant rentrepdt du combnstible extrait, pourra en Oour- 
nîr à b Da¥igatioo à vapeur de la Plata h des prix qui feront une vive con- 
carreoee aux charbons étrfiugers. {Annales du commerce extérieur^ îé^ 
vciirl854.) 

{i) De t Avenir des relaHoms oommereiaUê entre la France et te Pa- 
raguay, dans le Journal des iconomistes, novembre iSM, p. S54. * 



88 OEOGEAPHIB. 

son influence sur leur santé; j*y reviendrai (1). liais 
ses efilorescences recueillies et traitées, par évapora* 
tion , fournissent la majeure partie du sel destiné à la 
consommation des habitants. On ramasse done la 
couche mince qui scintille à la surface du sol, on 
la fait dissoudre , et la lessive filtrée est évaporée dans 
des marmites de terre placées côte à côte sur des four- 
neaux grossièrement construits, sous lesquels on en- 
tretient le feu , en ajoutant de la lessive au for et a me- 
sure de Tévaporation , jusqu'il ee que les vases soient 
remplis par le dépôt salin, qui contient du carbonate 
de soude en proportion variable, et, suivant les loca- 
lités , soit du sulfate de sonde , ce qui le rend plus ou 
moins amer et déliquescent, soit du sul&te de inagné- 
sie (2). Les rosées abondantes et les pluies légères 
combinées avec Taction du soleil, favorisent la cru- 
tallisation du sel , tandis que les inondations ou les 
pluies fortes -et continues, opèrent des lavages qui 
lui sont contraires, et obligent les habitants à faire 
venir cet objet de première nécessité de Bueaos-Ayres, 
ou du Brésil par la voie longue et coûteuse d'Itapna. 
L'extraction de la presque totalité du sel nécessaire à 
la consommation, se (ait au village de Lambaré; dans 
les environs de la Capitale , sur les points de la rive 
gauche du fleuve les plus frëquemmeni inondés ; plus 



(I) V«j«ie ditpîlre g wl of éf : 

VNMi M pMpMY h 1 Mot v<9 ■MMif pf^MlWSSik 

l««ifi« <k> clM«4ièfts «• c«i>rr Kilt«« terfNS et trfes>|m 

y<wdfiir Vipajai» rwit»iati,cii«pwtai. 




COtIFIGURATIOIf BT COMPOSITION DU SOL. 89 

au nord à Tapuà ; et près du rio Salado , à quelques 
lieues du lac Ipacaraby. Celui qui vient de la ville de 
Conception, d'une préparation plus facile, est aussi plus 
blanc et de meilleure qualité ; mais les habitants ne ré- 
coltent que la quantité nécessaire à leurs besoins. 

Ces salines, communes sur toute la surface du pays 
et des contrées environnantes , dans le fond des vallées 
et sur le bord des ruisseaux , deviennent plus rares à 
mesure que le sol s*élève, et disparaissent dans la ré- 
gion montagneuse. Les habitants de Corrientes ont 
abandonné leur exploitation ; ils tirent le sel de la Pa- 
tagonie, et ils attribuent à cette substitution Textinc- 
tbtt du goitre (1 ). Sans avoir contre elle une complète 
improbabilité, cette opinion paraîtra discutable à ceux 
qui ont connaissance des communications adressées, 
dans ces dernières années, à TAcadémie des sciences, et 
des longues discussions qu'elles ont provoquées dans 
son sein. Au Brésil , dans les sertoës de Minas-Geraës, 
de Mato-GrosBO et de Piauhy, ces dépôts portent comme 
au Paragaay, le nom de barreras (2). 



(1) A. D*0m6NT, Voffoge dam VAWiériquêWiéridionale, t. !«% p. 342. 

(2) De barro, glaise. 

Reppelons, eo peu de mots , It composiUon do terrain tertiaire gaara- 
Dîeo relroiifé par A. d'Orl^goy dans la provioce de Chiquitos, sous le 
17" parallèle, et qui, au Paraguay comme partout où il eiiste, s*est déposp 
co omehes horixoàtales qui paraissent avoir nivelé les accidents du sol. 

Ce terrain se compose de trois couches : l'une de grès ferrugineux, très- 
durs , soufent remplis de rognons d'oxyde rouge ou d*hydrate de fer géo- 
diqtae ; sans fossiles : la seconde de calcaire h fer hydraté; sans fossiles. 
La troisième est formée d*argile gypseuse grise, sans fer. A. d'Orbignt « 
Voyage, Géologie, t. Ul, 3* partie, chap. XII et XllI. 



(.UAPITRË iX. 



■TDlOQBâPRlC. -^ LE BIOr&BAGOâT. 



Les précédentes considérations orograpliiques dé- 
inontrenl que le Paraguay et les Missions appartien- 
nent au bassin du Kio de la Plata , séparé de celui de 
TÂinazonc par le portage peu élevé connu sous le nom 
de campos dos Paresis^ que dominent les serras do 
Tauianduà «t do Tombador. Ce faite de partage des 
eaux, répond dans riiémisphère septentrional à la ligne 
qui divise le bassin de TOrénoque de ce^ui du rio Ne- 
gro et du fleuve des Amazones. La région hydrogra- 
phique de la Plata occupe Timmense vallée longitudi- 
nale du demi-continent sud-américain, bornée à Touést 
par la cordilière des Andes; à Test par la serra do Mot, 
qui s'étendent parallèlement aux côles océaniques. Elle 
embrasse une étendue évaluée par les géographes à 



HYDROGRAPHIE. LB RIO-IURAGUAY. 9f 

3»039,790 kilomètrett carrés (4). Trob cours d'estu ma- 
gnifiques» dont la direction générale est N. et S«, grossis 
de nombreux a£Quents, concourent à la formation du 
vaete estuaire dont Tembouchure Kmitée par les caps 
Saint-Antoine et Sainte-Marie sous les 35* de latitude, 
n'a pas moins de 40 lieues de large, et qui présente un 
développement de navigation de 3,555 kilomètres. Ces 
grands fleuves sont, en allant de l'O. à l'E. , le Para* 
guay, le iParanà ot T Uruguay. 

On a longuement discuté sur Torigine et Tétymo- 
logie du mot « Paraguay » qui du fleuve est passé à la 
province dont il forme la limite occidentale. La plus 
ancienne version et la plus naturelle, est celle des pre- 
miers conquérants ( aiI^(antoios ) , qui tFouvant la na- 
tion 'des Payaguàs maîtresse souveraine de ses eaux et 
de ses Iles , depuis Santa-Fé jusqu'au lac des Xarayes, 
lui donnèrent le nom de Payaguory , rivière den Paya- 
guà$ (2); et par suite d'une légère altération eupho- 
nique, celui de Paraguay. Les langues offrent de fré- 
quents exemples de corruptions moins naturelles et 
moins admissibles, à cotip sûr, que celle-là. 

Cependant cette étymologie n-'a pas été unanime- 
ment adoptée, et chaque historien a proposé la sienne. 

(1) Abbiin Raui, ÈlévMiUi^ de iféographM générale, 
{%) £o gnaraiii , y veut dire eau , el par eiteiisiou rwUre , flewje. Le 
MU lia cet Ilidieiis paraît dériver des deui mots pai et aguaâ^ qui si- 
goÊSeol « attaché à la rame; » ee qui, nous- le verrens plus tard, est tout 
i faii.eooformé à leurs lubitudes. La fioale rest assez cwumune, et sa 
proooacktioQ h la fois gutturale et oasak , est une des grandes dificultés 
de la langue guaranie. Les jésuites, dans leurs vocabulaires, Font eipri- 
mée par ce signe O. Elle offre quelque analogie avcel» prononciation du 
J {jota) des Espagnols, combinée avec celle de VU adouci des Allemands. 



9S HTDROGEAFHIE. 

Les uns, voyant les Indiens dorivage orner teof tAte 
de couronnes de fleurs , ont rendu Pfsrogumj^ par ew 
de couronnes bigarréa (en guarani para littéralement 
tacheté f veut dire aussi caiUmurt variéei ; * gim signifie 
cercle^ couronne; et, nous le savons, y se traduit par m», 
nf?î^)..Pour d'autres, le fleuve américain < mérite des 
couronnes, » ou bien encore, le lac des Xarayea dont il 
sort (ce qui est tout à fait inexact), c lui forme «neeoiH 
ronne (1 ). » On en conviendra, avec de pareilles inter- 
prétation$, la science étymologique ne recèlerait plus de 
problèmes insolubles. Enfin, pour quelques écrivains^ le 
mot Paraguay ou eau des Paraqua» , a été tiré du ninn 
d'une espèce d'oiseaux fort communs sur ses rives (S). 
Voici maintenant la version proposée par le docteur 
Reugger. Para en langage guarani veut dire encore 
fiier, et fuo-y, trot* d'eau, source; d'où Paraguaff, ou 
Paraguay, si Von consulte l'orthographe de qi^ques 
vieux manuscrits du xvi^ siècle conservés dans les ar^ 
chives de l'Assomption : ces mots c trou d'eau, source» 
pouvant s'entendre soit de l'Océan , soit des mers in-- 
térieures ou des grandes lagunes que le rio forme dans 
son cours (3). Ajoutons enfin pour dore cette digres- 



(1) D'oà le nom de /Umm coiirofiii^ qae lai donne le P. Charleroit. On 
Toit «reo étonnement eel écrivain eatiwihie n^némrt dans aan BiiêoUre 
du Mrttfluiy ( Paris, 1756,3 vol. i»-4«; i. 1«, p. S) eette erreur géogra- 
plnqne d^ réAitée par nn anlenr dn xn* siède, ^ ne ae pifoe paflaiit 
pas d*wie rigonranse eaaclitode. Ui Ar$mUimm o ImCo m qm ù ie dal aîo 
da l« PMa; par D. Maktiii aaL Bamo CannHau, dans la Oolêeekmée 
obrmi y docwMiifot, L II, BnenoarAyrcs, 18M. La pre m i è r e édHiaa a para 
à Uaboona en 1602. 

U) Pèoèkpa, OrMid* PmrrmpÊQ. 

\I) aaîat. p. 4. 



LE IIO-FAIUGOAY. 03 

sioDt et n'omettre aucune circonstance de nature k élu- 
cider ces obscures origines, que vers 4 537, peu d'années 
après la découverte, les Guaranis de la province obéis- 
saient aux ordres d'un- cacique nommé Paragua (1 ); 

Quoi qu'il en soit de la valeur un peu hypothétique 
de ces étymologies, le Paraguay, qui parait avoir reçu 
le premier le nom mensonger de Rio de la Plata ( ri- 
vière d'Argent), prend sa source dans la province bré- 
silienne de Mato-Grosso , par 14*35' de latitude, et 
58* 30' de longitude occidentale^, en un Keu qui' s'ap- 
pelle improprement As sete hgoas. Le fleuve ne sort 
en eflTet que de deux petits lacs è bords fangeux, circu- 
laires, entourés de palmiers Buritis, et situés sur un 
plateau de schistes argileux , à une altitude observée 
par M « de Castelnau de 305 mètres (2). Large à sa 
naissance de 25 à 30 mètres, bientôt grossi des eaux 
d'un troisième lac, il se précipite par une gorge étroite, 
coule au S. S. 0., et reçoit le rio Pari. Le morro 
Diamantino\ les serrai Azul.io Tombador, et do Taman- 
èuà, qui dominent le plateau , sont les éléments d'un 
même système, auquel se soude la chaîne nord-orien- 
tale du Paraguay, et qui constitue le trait d'union 
dont nous avons déjà parlé, entre la formation brési- 
Tienne et le surgisement des Andes (3). Azara et les 

■ 

(1) Série de lot unora Cdbernadoreê del Paraguay , etc., par et 
P. Baotista. Aogelis, t. U , p. 1S7. 

(t) Expédiiûm dam Je$ parOes ceniraUs de V Amérique du Sud, Par* 
tie kiiiorique^ t. II» p. 310. 

(S) 0» géologues, à la tète desquels il faut placer II. de Humboldl, 
coQsidèreot les formations comme iodépeodaiites Tune de raqtre , et sa 
refttseoi h admettre que le portage de Mato-Orosso soit suflUaot po«r 



auteurs espagnols donnent indistinetement à cet en- 
semble de culminanees montagneuses, le nom de Sierra 
del Pairaguay^ oo de ka Pare$i$, du nom des Indiens 
qui habitent dans ses replis, entre Diamantino et ViUa 
Bella de Mato-Grouo (1 )• 

Le rio Tapajos ou Topayo», connu à Diamantino sons 
le nom d'Arinos, tributaire de TAmaxone « prend sa 
source sur le même plateau que le Paraguay. En ce 
point , les branches d'origine des deux pkis grainds 
fleuves du Sud-Amérique , sortent des entrailles de la 
terre, entrelacées ; tressées, suivant T heureuse expres- 
sion de M. de Gastelnau. Ainsi, les sources de FArinos 
sont à 40 ou 50 mètres dans le sens horizontal, et à 
4 mètres dans le sens vertical , de celles du rio Kebo, 
tributaire du Cuyabà. Les sources du Tombador, soos- 
affluent de cette dernière rivière , sont très-voisines de 
celles du Ribeirâo do Estivado, véritable tronc de TAri- 
nos (2). Enfin, la vallée du Paraguay et celle du 
Çuyabà , sont séparées par la- Serra Azul de Tabais- 



relier ces deux systèmes de montagnes. Pour eux rabaissement do ler- 
raio dans la province de Chiqaitos est la ligne de partage des eaoï. A. M 
HoMBOLDT, Tableaux de la nature, traduction d^Eyriès, Paris, 1SS8, ip-S, 
t. 1'% p. 81 ; -w Van Lede, De la Colonisation au Brésil, Bruielles, 184S, 
gr. in-S, p. 95. 

(1) La Villa de Nossa Senhora da Coneeiçào do alto Paraguai^ Dia» 
mantino , s*élève au centre de la région auro-diamantifère, h une Heaa et 
demie dafleave (lat. 14* 20'). C'est ii tortqoe Flores considère la nation des 
laresis comme éteinte, ou réduite k quelques esclaves \,Cdtla al ^ar^ues 
de Valdêlirios, p. 9, dans : Coleeeionde docwnentos, t. IV). M. de CMlel- 
nau (ouv. cité) a recueilli sur ces Indiens d'intéressants détails. 

(2) T. Di Castblnac, Partie historique , 1. 1! ; et Carte des sourds du 
RîO'Paraguay, de VArinos^el du iHo^uyabà, V* partie, Géographie, Pa- 
ri», ISS."). 



LE RIO-PABAOPAY. 05 

sèment oii coulent les sous-affluents de TArâ^ay. Mais 
laissons de côté pour Finstant, ce^menreilleux entre- 
eroisement qui promet aux générations futures une na- 
vigation intérieure d'une incomparable étendue, et re- 
venons k la grande artère qui sera dans Tavenir Fan- 
neau principal de cette cfaaine ininterrompue^ 

Josqu^aux 1 6* de latitude, le Paraguay coule suivant 
une direelion N. et S. à peu près régulière; arrivé là, 
il s'infléchit brusquement tantôt à TE;, tantôt à TO., 
en décrivant de nombreux méandres. Déjè, il avait 
pris possession du cours tranquille et calme qu'il con- 
serve jusqu'à son embouchure. En effet, les rapides 
assez nombreux d'abord , disparaissent au-dessous de 
Ai Ures barras, nom. donné au triple confluent de ses 
eaux avec celles des nos Santa-Ana et do Tainanâaâ. 
Il traverse ensuite par plusieurs bras le lac fameux des 
Xarayes, regardé pendant longtemps comme sa source, 
el sur lequel nous reviendrons; puis, il continue à 
parcourir des terrains bas et inondés aux moindres 
crues jusqu'aux 22''. A partir de ce point, la rive gauche 
s'élève et s'abaisse alternativement jusqu'à la réunion 
do fleuve (4 ) avec le Paranà qui lui impose Injustement 
son nom (2), sous les 27'' 46' de lat. et les 60'' 50' de 



(1) Eo dépit &t la diatinction consacrée par Tasagc et les classifications, 
•iÛL^iiî derienl^ presque choquante lorsque! s*agit de rappliquer au flou- 
Yeao^Moode où Ja nature revêt de si majestueuses proportions, nous con- 
liooerons h appeler le Rio-Paragnay un fleuve, et nos iDctenrs ne tarde- 
rwi paa è partiger notre avis. 

(3) A beaucoup d*égards , on doit considérer le Rio- Paraguay comme la 
braociie pfincipale du Paranà , et plusieurs écrîvaina ont vaioeaient teoté- 
de réparer cette injuatice géographique^ en donnant à ae dernier fleuve le 



90 HYMOGRAraiE. 

long. 0. On peut évaluer à. 500 lieues retendue .de 
sou cours , pendant lequel la hrgeut du lit varié « 
même en temps ordkiatre , dans des proportions asstt 
notables» 

Cfette largeur n*est pas toujours facile à délerinmer* 
La présence d'îles nombrentes, de bancs de sable, Tes* 
trème fadiité avec laquelle le fleuve divague ou sort de 
son lit, entourent de quelques t)bstacles une apprécia* 
tion de cette nature. A TAssomption, où son cours 
offre une assez grande régularité, du côté de la rive 
gauche surtout, on peut évaluer la largeur moyenne du 
Paraguay de 800 à 4 ,000 mètres : en basses eaux, elle 
peut descendre à 600 mètres. Azara, à la suite d'une 
sécheresse tout à fait exceptionnelle,. Ua trouvée de 
4 ,232 pieds seulement. En général, la largeur du fleuve 
varie entre 350 et 600 mètres. Mais elle est en certaine 
endroits beaucoup plus considérable; ainsi, aurinoon 
de Naranjay, au-dessous de Pasope et de la Yilleta, elle 
atteint 4 2 ou 4 500 mètres. A Taide de mesures irigo- 
nométriques , le commandant Levei^er Ta trouvée de 
326 mètres, à la hauteur du Cerrito (lie Atajo). En 
revanche, et lorsque les eaux s'élèvent beaucoup au-des* 
sus du niveau ordinaire, comme lors de la crue de 4825, 
cette largeur peut atteindre 2 lieues et même davantage, 
sur les points où les berges du fleuve sont peu élevées. 

Azara a déterminé par des expériences précises le 
volume des eaux, et il a trouvé à TAissoftiption leur 
débit égal à 98,303 toises cubes, soit 786,424 mètres 

aotn de Paraguay jasqn'ao moment où par sa jonction atec TUrogaay, 
il forme le Sio de fa Plala. 



LE MO-PARAGUAY. 97 

cubes par heure. Or, à ce moment, I&rio était descendu 
à un étiage que personne ne se souvenait d'avoir vu : 
aussi, le célèbre ingénieur n'hésite4-il pas à lui ao* 
corder un volume double au moins de celui-ci (4). 

Ce que j'ai dit du peu d'élévation des rives du Pa- 
raguay , laisse prévoir comme conséquences un cours 
peu rapide , une profondeur toujours considérable , et 
des débordements qui s'étendent à de grandes distances 
dans rintérieur des terres. 

Le cours du fleuve est lent et majestueux. La vitesse 
de ses eaux, quoique variable suivant la largeur, la 
profondeur du lit , et certaines conditions que j'ex- 
ppserai, est toujours assez faible, et bien infé- 
rieure à celle des eaux du Paranà. On peut l'évaluer, 
en moyenne, à 1 mille 4 /2, en prenant pour extrêmes 
1/2 mille et 3 milles \/% (2). Âzara estime, d'après les 
observations et les nivellements barométriques des com- 
missaires chargés de l'exécution du traité de 1 750, que 
le rio n'a pas un pied de pente par mille marin entre les 
parallèles de 1 6« 24' et 22^ 57. 

Sa profondeur considérée d'une manière générale , 
et abstraction faite de quelques passes que nous indi- 
querons, est considérable. La sonde accuse depuis 
4 jusqu'à 12, 15, 20 mètres, et même davantage près 
de Tembouebure. 

Cette profondeur n'est pas la même dans toute la lar- 
geur du lit. Souvent il n'existe qu'un canal au milieu. 



(1) ycyoQti dans l'Amérique méridiùnale, i. I« p. C7. 
{t) I>e GO ao degré. 



Mi MIT IQB dkS COléSt Iq^mI BSiSR 4cpBK 99 jnfB à 

150 Bèlm. Parfois, le reste ert gMable. Cette 

dwft «a icnsB d^aDo^ 
» blocs de ffà» clphMnK 
: réglés. Dms qadfMt en* 
droîtft, le iMidest de rodie. 

Le Rio-P^ngiiay épmne des craei périediyiet el 
rqplîèrcs. HIes eoouneiieail à » Eure seatir a FA»- 
somptioD en férner, et angmeoteat ftm à pe« jnfi'eo 
join et juUet. Pois, les eoox hoi a se ot et ae retiieot 
aTee b oièoie régolarilé. Ces cnics soot docs aox |doies 
aboodantes, i|oi tooibeot dans b ^roTÎBce de Mato» 
Grosso pe&daat la saîsoo chaude, et qui oe sonrien* 
neot ao Paraguay que plus lard, ea aTrii» mai el jaio. 
H faut donc poor les produire des ploies générales et 
successives. Les premières emplissent ses brancbesd^ori- 
gine, l^immense lac des Xarajes et les terres basses qui 
renvironoent : les secondes, les lagunes do Grand* 
Chaco, et les nombreux tribntaires qui Tiennent abou- 
tir à la rive orientale du fleuve. 

A la suite de ces j^ies, il est rare qull ne aorte pas 
de son Kt du 16* au 22* degré de laL Peu à pou il y 
rentre, et le plus ordinairement sans laisser de traces 
de ce débordement passager qui fiicilite la navigation. 
Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi. Si 
les pluies persistent, b crue augmente, et ie Paraguay 
inonde les tares à de prodigieuses distances « depuis 
16*30' jusqu^à son emboucbure. En 1825, il avait à 
r Assomption, 8 kilomètres de large* et le docteur Reng- 
ger, témoin de ce fait, ajoute qu il navigua dans ime 



LB RI0*PARAGUAY. iB9 

pifogué au milieu des tètes de {ialmiers dont les troncs 
ne mesuraient pas moins de 25 "pieds. Vers le lac des 
Xarayes Tinondation prend des proportions gigautes^ 
ques ; et sur tous les points, les dégâts qu'elle entraîne 
sont indescriptibles. 

Les habitants, quoique placés à de grandes distancés . >ijt>. 
dans rinlérieur. des terres , .quittent précipitamment 
leurs demeures ; des villes entières sont abandonnées ; 
d'autres disparaissent englouties : tel fut, en 1825, le 
sort d^ Remolinos. 

Les bestiaux surpris par Finondatiôn périssent s'ils | 

ne parviennent pas à se réfugier sur ces segments de 
sphères, dont nous avons signalé l'existence dans un 
précédent chapitre. 

En même temps, le lit du fleuve se-^ déplace; des 
coudes et des bancs de sable s'effacent et disparaissent; 
d'autres se creusent ou surgissent; des îles se forment 
ou se réunissent à la terre ferme. Tous ces* changements 
dans le jchenal constituent des embarrî^s pour la navi- 
gation. ' 

Des plantes aquatiques arrachées dans les lagunes, 
et entraînées par le courant , signalent le commence- 
ment de la crue. La surface du fleuve^ en est presque 
couverte. Les reptiles et les jaguars , cernés par les 
eaux , cherchent un refuge sur ces îles flottantes , s'y 
attachent , et apparaissent ainsi inopinément près d^ 
habitations, et même au centre des villes. On trouve 
dans les auteurs espagnols , plusieurs exemples d^ ces 
brusques et dangereuses apparitions. 

D'après la disposition de ses rives, on est conduit à 



•• 



100 tfrimoGRAraiB. 

supposer que son niveau ne doit pas s'élever très-rapi- 
dement. Le docteur Renier est d'un avis contraire, 
et il cite à Fappui de son opinion ce fait qu'il aurait 
vu, durant des pluies continues, les eaux monter de 
1 pied iji dans les vingt-quatre heures; ce qui sur plu- 
sieurs points, déterminait une inondation de 1 kilo- 
mètre d'étendue (4). Assurément, pour ceux de nos 
lecteurs qui connaissent la croissance rapide des fleuves 
de l'Europe — celle de la Loire par exemple — ce 
chiffre de 4 pied 1/2 ne paraîtra pas très-concluant. 
Azara se tait sur ce point , et les renseignements que 
j'ai recueillis ne me permettent pas de partager la ma- 
nière de voir du voyageur suisse. ^ 

Les eaux décroissent avec régularité , et plus 
promptemcnt qu'elles ont monté. Elles laissent en 
se retirant des flaques d'eau étendues et peu pro- 
fondes; elles déposent dans les prairies et sur les 
champs cultivés une argile fine, limoneuse, noirâtre, 
douce au toucher, qui ne nuit en rien à la culture ; de 
nombreux détritus de végétaux ; elles abandonnent des 
poissons et des coquillages entraînés de points très- 
éloignés, car ces espèces diffèrent de celles qu'on ren- 
contre habituellement. Ces matières organiques ne tar- 
dent pas à entrer en décomposition ; mais la salubrité 
du pays n'est pas sensiblement altérée par ces effluves 
et ces émanations putrides. 

L'eau du Paraguay est, en tout temps, assez bonne 
à boire, quoique moins facile à digérer que celle du Pa- 

(1) Ctfi tnprà, p. 42. 



LE RIO-PARAGUAY. 101 

ranà. Au commencement des crqes , le trop-plein des 
lagunes saumâtres du Grand-Chaco lui donne un goût 
désagréable. Sa. limpidité n'est jamais parfaite,, car elle 
tient en suspension et laisse déposer un limon abon- 
dant, brun noirâtre, qu'un filtrage en séparerait promp- 
lement. Les pluies même passagères, mais un peu fortes 
la troublent au point de la rendre impotable. Cet in- 
convénient, joint à sa température élevée, empêche les 
habitants de l'Assomption d'en faire usage. Des femmes 
{aguaceras) apportent dans d'immenses jarres de terre, 
une eau plus fraîche, limpide, puisée à une fontaine 
qui s'échappe de la falaise du rio, à un demi-kilo- 
mètre de la ville. 

La profondeur peu considérable du fleuve auprès des 
bords, la stagnation des nombreuses lagunes qui s'y 
déversent, l'immense étendue de son cours qui se dé- 
roule lentement sous un ciel torride, permettent à ses 
eaux d'acquérir, en été , une température qui produit 
une impression désagréable à ceux qui les boivent, et 
parfois même à ceux qui s'y baignent. Cette élévation 
de température plus sensible sur les bas-fonds, dans 
les angles rentrants, découverts, où le courant ne se 
Tait pas sentir, et où la chaleur solaire agit directement, 
peut atteindre à 20 , 25 , et jusqu'à 28 et même à 
30 degrés , si toutes les circonstances dont je viens de 
parler se trouvent réunies. Des observations répétées à 
de longs intei;valles, m'ont donné, en hiver, 8, 10 et 
M degrés. Quelquefois, il y avait coïncidence entre la 
température de l'eau et celle de l'air, mais cet équilibre 
ne tardait pas à se rompre, car le froid ne durait pas, 



103 HYOROGRAPOtB. LE RI0-PARA6UAT. 

et la niasse liquide conservait presque sans variation 
sa température pendant plusieurs jours. 

J*ai constaté aussi des différences de plusieurs degrés 
entre les données thermométriques obtenues sur les 
bords, et celles observées au milieu du courant. Ces 
différences s'élevaient à 1"; 4*5, 2 et même 3 degrés, 
suivant que l'instrument plongeait dans les couches su- 
périeures, ou qu'il était descendu à plusieurs pieds au- 
dessous de la surface de Teau. 



CHAPITRE X. 



HTDROGRAPHIS ( :>Ulte ). — U IIO-PARAGOAT : SCS AfFUIEITS. 



Avant d'aborder la description des afQûents du Rio- 
Paraguay, nous dirons quelques. mots du lac des Xa- 
rayes « sur lequel les historiens de la découverte ont 
accrédité de fabuleuses traditions. Leur imagination , 
enflammée. par l'ardente soif de l'or, avait élevé au 
centre de ces marais inaccessibles , le puissant empire 
de Paytiti ou des Xarayea, qui promettait des trésors 
inépuisables aux conquérants assez heureux pour Tat- 
teindre. Mais cet Eldorado, semblable à la cité mer- 
veilleuse de Manoa du rio Parime, vainement pour- 
suivie depuis Colomb, s'évanouissait comme elle à leur 
approche. Ces décevantes illusions se sont enfin dissi- 
pées; et l'histoire en conserve le souvenir pour témoi- 
gner de la cupidité des hommes, à laquelle est due» il 



r-K 



104 HYDR06RAPHIB. 

faut cependant le reconnaître, l'audacieuse exploration 
des régious centrales du Sud-Amérique. 

Le lac des Xarayes ou Yarayés , commence un peu 
au-dessous de Tembouchure du rio Jaurù, par 16^ 30' 
de lat., et s'étend jusqu'aux 19\ Âzara lui attribue des 
diniensions plus considérables encore, et le prolonge 
jusqu'aux 22% en lui donnant 110 lieues de long de 20 
au degré, sur 40 de large (1 ). Des deux côtés du Para- 
guay et surtout par sa rive droite, vers les plaines de 
Chiquitos et du Grand-Chaco, les eaux s'étendent à de 
prodigieuses distances, ce qui donne au lac une figure 
irrégulière qui échappe à toute description. Entouré 
de terres basses bientôt inondées elles-mêmes, il re- 
présente plutôt une vaste dépression du sol, un en- 
semble de marais immenses, sans limites fixes et dis- 
tinctes, car celles que lui assigne Azara sont dépassées, 
nous l'avons dit, dans certains cas où les eaux débor- 
dent sur les deux rives du fleuve Jusqu'à son embou- 
chure. Alors, le lac des Xarayes prend les proportions 
d'une mer intérieure; et s'il fallait ajouter foi aux rela- 
tions des voyageurs, 5,000 lieues carrées disparaîtraient 
submergées, entre 1 6** 30' et 22** de latitude. En temps 
ordinaire, il n'est pas navigable à cause de son \)en de 
profondeur, et pendant une grande partie de l'année, sa 
surface complètement desséchée , est recouverte d* une 
forêt de roseaux et de plantes aquatiques. 



U) Voyages, t. 1, p. 45. Dans réditioD espagnole de la BiblioUca 4el 
Comercio del Plala, Montevideo, 1836, p. 39, on a imprimé par erreur 
170li?aes. j| 



LB RI0-PARA6UAY : SES AFFLUENTS. 105 

Ce lac a été regardé pendant longtemps comme la 
source du Paraguay. Après ce qui précède, il serait 
superflu de réfuter cette assertion. Loin de là : le fleuve 
gonflé par les pluies estivales du Mato-Grosso, se dé- 
verse dans cet immense bassin où ses eaux se réunis- 
sent à celles qui descendent des montagnes de la Boli- 
vie. Plus tard, ta masse liquide cherche un écoulement 
vers le sud, et c'est alors 'que la crue se fait sentir à FÂs- 
somption, et dans les plaines méridionales du pays. 

Le Rio-Paraguay reçoit par son bord occidental le 
tribut de nombreuses lagunes, et des rivières que re- 
tendue de leur cours rend importantes au point de vue 
des relations 4nternationalesr Elles appartiennent au 
Grand-Chaco, et j'en parlerai plus bin (1). 

Quelques amas d'eau permanents s'écoulent aussi 
par sa rive gauche ; mais , ainsi qu'il était aisé de le 
prévoir, ils sont moins multipliés à l'orient qu'à l'oc* 
cident du fleuve. L'élévation plus grande du sol , en 
les rendant plus rares, leur donne aussi une figure plus 
régulière, plus de profondeur, et ils se confondent 
moins avec les plaines environnantes. Cette dispo- 
sition appréciable surtout des 21^ aux âS"" 30', dis- 
parait en ce dernier point , où les deux bords s'afiais- 
sent, pour conserver une horizontalité uniforme, rare* 
ment interrompue, jusqu'à la rencontre du Paranà. 

Par 22* 25' et 27" 4 3' on trouve les embouchures 
multiples de deux lugunes sans importance ; mais près- 



€ 



) V. ApraNMCi, Le Grand^kaeo. 



106 HTMOGRAFim. 

que toujours les amas d'eau permanents se déversent 
dans leur réceptacle commun , par l'intermédiaire de 
ruisseaux d'une étendue médiocre. 

De ces lacs, le plus septentrional est la Laguna 4$ 
Ipacarahy. Nourrie en totalité par le ruisseau de Pi- 
rayù « qui prend sa source au pied du Cerro de Parm- 
guary, elle envoie ses eaux au Rio-Paraguay par le Sa- 
lade : longtemps on Ta regardée, mais à tort, comme 
n'ayant aucune communication avec cette grande ar- 
tère. La lagune est située au pied de la Cordilléra, 
dont la sépare une bande de terre étroite, creusée en 
ovale régulier et très-ouvert. Dû côté du sud, la rive 
présente quelques échancnires à angles arrondis. La 
direction de son grand diamètre est de S. E. à N. O. 
Elle a dans ce sens une étendue de 1 2 kilomètres^ et sa 
largeur est d'une lieue et demie ; sa profondeur pett 
considérable dépasse rarement un mètre. Le bassin est 
d'alluvion, le fond de sable et de vase, surtout près des 
liords où l'épaisseur de la couche limoneuse atteint an 
demi-mètre, et plus en certains endroits. Cette couche 
augmente sans cesse par des amas de détritus végé- 
taux. 

L'eau du lac rappelle un peu par sa couleur celle du 
Rio«Paraguay en temps de crue , mais elle a un goût 
tU^sagréable, légèrement saumâtre, qu'il £iut attribuer 
à la nature du sol qu>lle recouvre « car feau du Pi- 
rayù, qui forme presque exclusivement la lagune, eM 
l>^nno à inùre « tandis que celle du Salado , son déver- 
sinr, est saumàtre. Son ni^wiu varie peu ; il ne croit 
)^s, il ne décroît pas senaihlenienl. Pendant les ■ois 



LE RIO-PARAGUAY : SES AFFLUENTS. 107 

d'octobre et de novembre 1 833 , à la suite tle pluies 
continues, tes eaux montèrent, et vinrent battre tes 
arbres des Islas qui Tentourent (1 )• 

Le lac Ipacarahy, comme celui des Xarayes, comme 
la lagune immense et impénétrable de Ybera dans la 
province de Corrientes, a aussi sa légende. On ra- 
conte qu'à la place qu'il occupe, s'élevait autrefois 
un village d'Indiens nommé Arecaia. Une inonda- 
tion survint , et engloutit les habitants. Ceux qui par- 
vinrent à échapper au désastre, fondèrent le pueblo 
d^Atira sur le versant N. de la Cordilière. Au moment 
où le lac se formait, l'évèque vint le bénir, espérant par 
son intercession, l'empêcher de s'étendre : de là l'éty- 
mologie de son nom (2). 

On retrouve parfois, dit-on, dans ses eaux, des tuiles, 
des ustensiles de ménage en poterie de terre, qui attes- 
teraient l'existence reculée et singulière d'un village 
élevé stir ce point. Mais — et je me hâte d'en faire l'a- 
ven — je n'ai rien trouvé dans les vieux écrivains à l'ap- 
pui de cette tradition populaire, et Azara que je me 
plais à citer comme le modèle des voyageurs exacts, 
en racontant la formation de la peuplade d'Atirà , ne 
fait pas à cette légende qu'il a dû connaître, l'honneur 
d'une de ces réfutations laconiques dont il ne se montre 
jamais avare. 

A tout prendre, le fait d'une inondation extraordi- 
naire venant du Rio-Paraguay, n'est pas inadmissible. 

(1) Le mot espagnol I$la (lle> signifie aussi amas d*arbres au nilieu 
d*0Jie plaioe, sans doute par aoalogie. 
(t) Eo guarani tpa ean , et eartiff baptisée. 



108 HTDROGRAPHIB. 

La disposition du terrain ne s'oppose pas à cette suppo- 
sition. Mais pour qu'il y ait. formation d'un amas d'eau 
permanent, nettement circonscrit, à niveau presque 
invariable , présentant en un mot , toutes les condi- 
tions d'un véritable lac, il faut des causes cosmiques, 
dont l'action puissante eût produit en même temp» 
d'autres phénomènes géologiques, qui ne seraient. pas 
passés inaperçus pour les historiens d'une époque aussi 
rapprochée de la nôtre. 

Au dire des habitants de ses rives, la lagune pré- 
senterait un autre phénomène plus inexplicable encore: 
Ils assurent qu'à l'approche, du vent du N., et comme 
pour annoncer que la brise doit souffler de cette di- 
rection, elle fait entendre un grand bruit. Ainsi, le 
temps est calme, l'eau n'est pas soulevée par les va- 
gues, et ce grondement sourd se propagerait à plusieurs 
lieues au delà de la vallée de Itagua, avec une inten- 
sité d'autant plus grande, que le vent du nord doit 
être plus violent, et d'une plus longue durée. Deux 
explorations faites à plusieurs mois d'intervalle, ne 
m'ont pas permis de constater ce singulier phénomène, 
comparable jusqu'à un certain point , mais dans des 
conditions bien différentes, à celui des Seiches du lac 
Onega. 

Je n'ai vu sur le lac, ni barques, ni pirogues; et l'on 
affirme que la navigation n'y est pas, sans danger. Les 
Indiens Payaguàs, à peu près seuis, s'aventurent sur 
ses eaux. Us s'y rendent par le rio Salado pour chasser 
les troupes de Capivaras , auxquelles elles servent de 
retraite. On remarque encore qu'ils en côtoient les 

4 



LB RIO-PARIGUAY : SES AFFLUENTS. 100 

bords, et qu'ils évitent de. le traverser; manoeuvre assez 
facilement explicable par le motif qui les y amène (1), 
et* par l'existence probable de quelques hauts-fonds vers 
le centre. 

Les poissons ne sont pas nombreux ; on n'y trouve 
que des raies armées , avec une quantité prodigieuse 
d'alligators, dont les plus grands ne m'ont pas paru dé- 
passer 3 mètres. Les indigènes redoutent les attaques 
de ces hideux amphibies, et ne se baignent dans le lac 
qu'avec de grandes précautions, malgré les vertus cura- 
tives qu'ils prêtent à ses eaux. Je me souviens que pour- 
suivant sur ses bords de nombreuses bandes de canards 
et d'oiseaux aquatiques, tout le gibier que j'abattais 
dans le lac était aussitôt dévoré par les caïmans, au- 
cun de mes serviteurs (peones) n'osant y entrer, même 
à cheval. 

Le Salado ne donne lieu à aucune remarque. Il suit 
une direction 0. N. 0., et se réunit au Rio-Paraguay 
au N. et près du Peâon , par 25"* 7' de lat. , après un 
cours de 10 kilomètres. Il est . navigable pour des pi- 
rogues, pendant la plus grande partie de l'année. 

Le lac Ypoa est situé sous les 26'' de lat., et les plai- 
nes qui le séparent du précédent sont coupées alterna- 
tivement de lomas et à' esteras ^ à travers lesquels on 
arrive à V Estera Bèllaco qui l'entoure de toutes parts, 
et se prolonge pendant plusieurs lieues dans la direc- 
tion du sud. 



(1) C'est, en effet, près du rivage que se iieot le Capivara {Cabiai de 
fiuff. Cavia Captfwra de Lino.)* SDimal de Tordre des roogears. 



ItO HTDROGIUPHIB. 

Le lac Ypoa, confendo avec les plaines marécageuses 
enviroDDaotes , a la figure d'un carré long irréguUer, 
et des dimensions doubles de celles de h laguna Ipt* 
carahy. Ses eauK prennent leur cours vers le Tebiqaary- 
Guaiu, dans lequel elles se jettent dix lieues environ 
au-dessus de sa jonction avec le Rio-Paraguay , par 
rintermédiaire de Varroyo Negro. 

Plus au sud, entre le Tebiquary et le Paranà, s'étend 
V Estera de Neembucu qui couvre une immense surface, 
et se prolonge depuis la ville del Pilar et le Rio-Para* 
guay, jusqu'aux Missions de S. Ignacio-Guazu , de S. 
Yage et de S. Cosme, où la. planimétrie du sol oom* 
mence à disparaître. 

Par sa rive gauche, le Paraguay reçoit, de nom* 
brcuses rivières qui n'appartiennent pas toutes au ter- 
ritoire paraguayen. Ce sont du nord au midi : 

Le San-Lorenzo , ou rio de hs Porrudos. Il coule 
parallèlement au rio Cuyabà, qu'il surpasse par le vo- 
lume de ses eaux, et son importance plus grande è 
tous égards. Il reçoit cette dernière rivière 35 lieues 
environ avant sa jonction avec le fleuve, auquel il se 
réunit par deux bras séparés par une île. Le bras mé- 
ridional, sous le nom de Canal de Cheanéy aurait servi 
de chemin aux Paulistes, jusqu'à la capitale de la pro- 
vince de Mato-Grosso, fondée en 1729 (lat. 15' 47'), 
à peu de distance du rio Cuyabà qui lui a donné son 
nom (1). Mais l'existence de cette île est contestable. 

(1) Le P. OomoGi, Detcripcion del Rio-Paraguay, p. 4; — Flores, 
Caria al Uarques de Valdelirioê , p. 12 : dans la Coleccion de i 
Lat. de f «nboacliiire do Cheané IS* 6' ; da bn» principal 17* 55'. 



LB RIO-PARifiUAY : fttS AFFLUENTS. 111 

L'embouchure méridionale du San-Lorenzo Q^a, en 
effet , aucune importance , et leâ canots ne peuvent y 
passer qu'en temps de crue. Le reste de l'année, on ne 
trouve que des marais (banados)^ rendus infranckissa* 
blés par une forêt de plantes aquatiques, produit de la 
végétation tropicale. Toutefois', la nature des atterrisse- 
ments qui se forment peu à peu sur ce point, permet 
de supposer que la double communication signalée dans 
toutes les cartes, existait réellement, et qu'elle tend à 
disparaître sous les détritus qui s'y accumulent inces- 
samment. 

Vers les i 9', le Paraguay reçoit le Tacuari (i ), et par 
4 9* 20' le rib Mbotetey (2). Ces deux rivières nées 
dans la Sierra de San-José, coulent, la première de l'E. 
à l'O.; et la seconde, plus rapide, du S. E. au N. 0.; 
nous les verrons plus tard jouer un rôle important 
dans les incursions des Paulistes, et les tratisacttons 
commerciales de la province de Mato-Grosso. Mbotetey 
est une altération deObteteyii, nom d'origine indienne : 
c'esf le Mondego des Brésiliens. 

Les rios Guachié et Blanco mérit^ùt à peine une 
mention. Il en est de même du Tepoti, ruisseau dont 
l'existence a paru douteuse à quelques voyageurs qui 
le regardent comme l'ouverture d'une lagune (3) ; le 
fleuve présente en cet endroit une large courbure qui 
explique cette incertitude. 

(1) Le Tacuari a trois emboachares : celle da N. est située par 19* 3* ; 
la suiyante par 19* 7\ et celle da S. par 19* IT (Flores). 

(2) 19* 30' (Flores). 

(3) 21* 45' (Qviroga) ; 21* 47* 30" (Flores) ; 21* 40* 45** {Uénwire inédit 
du comoiandant Leverger). 



- % 



lis htdiographu. 

. La position du rio Apa ou Corrientes» limite septen- 
trionale de la république paraguayenne, que nous 
avons vu revenir souvent dans les interminables con- 
testations hispano-portugaises, a soulevé bien des dis- 
cussions. 

Le nom d'Apa est indien, et cette synonymie si fré* 
quente, a augmenté la confusion que des intérêts po- 
litiques avaient fait naître , et qu'ils ont entretenue; 
confusion que Ton rencontre d'ailleurs, à chaque pas, 
dans Tétude de la géographie américaine. Chaque voyft- 
geur a donc décrit cette rivière sous le nom qui lui a 
pki. Les uns passent sous silence le rio Corrientes, et 
parlent du rio Apa, auquel ils dojinent la position sui-^ 
vante : 22^ 3' (Pasos); 22*5' (FJores); 22*" 6' (Le- 
verger) (4). 

Azara mentionne le rio Corrientes par 22"" 4', et le 
P. Quiroga le place par 22'' 2', sans mot dire de l'autre 
désignation. 

Le docteur Rengger dans la carte qui accompagne 
son Reisenach Paraguay f inscrit un rio Corrientes 
sous les 22'' et quelques minutes, et un rio Apa sous- 
les 23\ 

l\)ur pous, ces deux noms désignent un seul et 
même cours d'eau, qui né au milieu des derniers con- 
tre-forts de la Sierra de San-José, se dirige à l'O. et se 
réunit au Paraguay sous les 22"^ 6' 30" ^ l'aide de 
deux bouches séparées par une ile basse et peu éten- 

CD Pasos, Diario de la navigcLcicn y reconocimiento del rio Pa- 
raguay, deide la Atumpcion hasla AUmquêrque y Coimbra, dios la 
Coleccion de Angelis, t. IV. 



LE RI0-FAHA6UAY ! SES AFFLUENTS. It3 

do9« Aii-de^u6 d'elle il a 40 brasses de largeur ; mais 
|ê chenal est assez étroit et le courant très^faible. Sm 
eaux iont plus claires que celles du Paraguay; les 
htrds ont une éléYation de 4 mètres. 

L'Aquidabanigy (1 ) formé par la réunion de plu^ 
sieurs ruisseaux qui descendent de la Sierra de San- 
loeé, suit une direction N. E. et 0. S. 0. On peut le 
flonaidérer comme la limite septentrionale de la partie 
Ittbitée du Paraiguay. Les Espagnols aTatent fondé 
mut rindépendance, des établissements au delà de 
Maligne, mais les Indiens M'bayas les attaquèrent et 
•^emparèrent des troupeaux. Leurs déprédations ne s'ar- 
KNèrent pas là » et plus tard le Dictateur fut obligé d'éta- 
|>lir des blockhaus pour les contenir. Le cours d^cette 
i^inbm est fea étendu , mais assez rapide ; elle grossit 
mut mmndres pluies; et la profondeur, la vitesse de 
f/fè eaux, Tescarpement de ses. bords, les fragments de 
roche et les galets qu'elle charrie en grande quantité, 
ea rendenl le passage à gué- difficile. en toute saison, et 
parfois impossible. 

De nombreux arrayas^ le Cangata, le Pastoreo Viejo, 
le Boy, etc. » nés sur le versant occidental de la Cor- 
àilUra de lo$ montes^ entre les ramifications que domine 
le Cerro pyta (montagne rouge) , se réunissent et for- 
mmi le rio Ipané (2), dont tes eatix transparentes, 
profondes et rapides, se dirigent bientôt à TO. pour se 
joindre à celles du fleuve, à 3 lieues au-dessous de 



(1) Cest le rift Gqarambaré da P. Quiroga. Lat. 23* S*. 

(3) Ipaoé-Guaiù du P. Quiroga, lat. 23* 28* ; et de Flores» lat^ 23' 38'. 

8. 



♦., 



1 14 HrOROGRAPHIE. < 

Belen. En cet endroit, Tlpané a une largeur moyenne 
46 40 mètres. Ses bords creusés dans le roc, en génét 
rai escarpés, sont couverts d'une végétatiop jpuîssaBte. 
Il coule comme ses affluents sur fond de sable et «de 
menu gravier, et comme eux n'est navigable que pour 
des pirogues à cause de ses récife. 

Le Xejuy (1 ) dont l'embouchure est située sous les 
34*J4', est une branche considérable du Paraguay. Il 
prend à sa sortie de la Gordillera de Mbaracayù , ooê 
direction générale Ë. et 0. en décrivant de nombreux 
circuits; et reçoit dans ce trajet, par sa .rive droiCe« le 
Xejuy-Mini, l'Ytanana, le Sepultura, nés dans la même 
chaîne ; et par sa rive gauche, le Curuguaty, qui coule 
du S«3^. au N. 0. La largeur du Xejuy à son embour 
chure est de SOO mètres^ et à Yquamandîyu de moi^s 
de la moitié. Sa profondeur varie de 2 à S mètres; 
mais en temps de sécheresse elle diminue beaucoup, 
et se réduit parfois à un pied. NavigaUe pour des pi-- 
rognes pendant la plus grande partie de l'année, cette 
rivière livre passage, à l'époque de se^ crues, à- de 
grandes embarcations qui descendent de la viller de 
Curuguaty avec des c(iargenf>ents dé Maté qu'elles con- 
duisent sur le marché de l'Assomption-. Ses eaux claires^ 
assez rapides, et très-poissonneuses, roulent sur un IH 
de sable qui devient limoneux à l'embouchure où une 
barre s'est formée. On rencontre le roc vif sUr ses 
bords ; p'est un giès à gros grains. 



(1) Ou Jejuff; il faudrait dire Yeyui, du nom d*un arbre fort comnuim 
sur ses rives. 



LB RIO-fA&AGUAY : SES AFFLUENTS. 115 

L6iM>ur8 de l'Aguaray, tributaire du Xejuy, est coupé 
par uBe cascade remarquable située dans la Sierrt ' 
dittSan-José. Cette rivière qu*Azara cempare à la Seine, 
aeqni^t une largeur de 25 à 30 mètres à peu de dis- 
tance de» sa source. Parvenue sous les 23* 38' de tat. et 
les B8* 38' de long.,, elle se précipite perpendiculaire- 
ment de toute la hauteur de là Sierra^ laquelle est ici 
de 384 pieds, et reprend ensuite un cours paisible. 
Ceat une des^tus hautes cascades connues; mais. Ht 
te docteur Rengger, se trouvant enfoncée dans une 
gorge «t tout entourée par la forêt viei^e» elle n'offre 
rien d'attrayant; c'est plutôt un spectacle triste et aau- 
Ti^, au miUeu d'une nature sombre et déserte (1 ). 

Entre le Xcjuy. et le Tebiquary, la rive gauch*Mu 
Pdnig«Mjy.<io reçoit que des affluents sans importance ; 
tels sont : le Tobaty, le Piribebuy (lat. 24' 68'), le 
Sombijrv 1^ Caqabé » qui servent de canaux d'écoule- 
ment à de nombreux e$tero$. 
J'ai décrk plus* haut le rio Salade^ 
Mais le Tebiquary-Gua2ù (2) . est incontestableinent 
le cours d'«eaia le plus intéressam qui débouche de ce 
côté, par son volume, et par sa direction qui coupe 
diagonalement, de Villa-Rica à Neembticu, l'espèce de 
delta que représente le territoire paraguayen. Il offre 
donc ainsi en toute saison, soit. directement, soit par 
ses affiuents , un chemin facile , assuré , aux produits 
de la région centrale. 



(1) f/H'iuprdtp. 54. 

Çt) Les EspagooU écriyeot TeHcuarU ^ 



1» 



1 19 HTDROGEiraiE. 

Le Tebiqutry (Mrend n source sous les 26* de fat. 
dans les plateaux élevés de la partie orientale du Ba-* 
raguay, habités par ies Gaaranb sauvages, -et renew- 
mes par leurs forêts de Maté. Les bruicbes d*erigiiMf 
se réunisseot tnentôt au troue priucipui » qui nit une 
direelion S. O. jusqu'au poto de Yulj, sous les SS^IO' 
de long. Arrivé li, il se dirige k TO., mais en décrtvunt 
de nombreux méandres jusqu^k son euiibeilieliiive, tit* 
constance à noter dam une rivière qui eofrie h travers 
on sol parfaitement horixonlal. 

Le peso de Yutv est situé à 5 Keues de fa li la si on 
franciscaine de f# nom. En eet endruit le rio est goésMe 
durant Tété ; dans fa saison des pluies, il déborde fié-* 
quemment. A quelques lîenes an-deauons du poso , le 
TebiiquarT reçoit par sa rive droite, le F h ' i f flgaim qui 
coule du ?l. N. E. an S. S. O. : sans importanee. 

Le TebiqwffT-llini Irîbelam dn Tebiquar y Cna n É , 
se joint à lui par o9*o de long. Son cewa est N. et & 
Il prend sa source près de Vil fa Ri c a dans las men- 
lagncs de Caà-Guaiù, rrfoit les rmasanm Yirm'Mini 
et Yacan-Guaià » se dbîge «n & O. , pnie un & » et 
démet bientôt navigable poer de grandes pirogpes. 

An peso de Itape en de Admrd sur fa lela 4m PAe* 
anaq^ion à Yilb4tka« auq u el en arfîve à Ira in ij ém 
phinm marécaggnsag asseï étendues, fa Ttbiqimrj 
Ifini aune fargeerde Mi M mèl m ^ Sa praftodaui 
est tri»*Taiiible« et son cours peu rapide, flaniant fa 
sttSMi des plui<s« il déborde et s étend à de grandes 
d&slanees : en tcmj^ de séebcnKse il r eé ei i eat gnéaUe. 
Je Tai trader» à plusirars reprbrs. à cheval, pendant 



LE RIO-PARAGUAY : SES AFFLUENTS. 117 

les mois de septembre et de janvier, tandis que, au 
mois d*août 1785, Azara dut s'embarquer dans une pi- 
rogue, et faire passer ses montures à la nage (1). 
Le Tebiquary-Guazù reçoit ensuite le Mbuyapej^, 
longe en faisant de nombreux circuits V estera BellacOf 
se^prossit deVarroyo Negro qui lui apporte les eaux de 
b lagune Ypoa, et se jette dans le Paraguay, à 1 i lieues 
auHlessus delà Villa delPilar,- par deux embouchures : 

« 

Tune, septentrionale, de 4 à 500 mètres avec un chenal 
de 4 00 mètres; la seconde, large de 800 mètres, se con- 
fond avec réouverture d'une lagune (2). 

Les Mox toujours assez profondes mais peu rapides 
des deux Tebiquary , coulent sur fond de sable et de 
limon : aussi sont-elles de qualité médiocre, et infé- 
rieures même à celles du Rio- Paraguay. La rive gauche 
a presque partout moins d'élévation que la droite : 
tontes deux sont couvertes d'arbres dont l'exploitation 
ednstitnait, au temps de la domination espagnole, une 
branche importante de commerce. Alors des bâtiments 
légers et des radeaux (jangadas) , chargés de bois de 
oonstraction , descendaient dans les ports dé Bueûos- 
Ayres et des villes Argentines. Eu séquestratit i»on 
pays, Francia coupa court à ce précieux trafic, et la 
monopolisation du commerce des bois décrétée jpar le 
gonvemement actuel (2 janvier 1846), n'est pas de 

nature ft !e &ira renaître. 

. ■ •• • ■ 

« 

(1) IHario de la navegacion y reconocimiento del rio Tébieuarié 
Ohra pàituma de F. ob Azara : dans la Coleccion de Aogcilis, t. II. 
(S) L. 26* 36'; 26*iS7' (LtTerger); S6« 35 52' (Commander T. J. Page). 



CHAPITRE XL 



(Mile). ^ U VAlâlâ R 



Là serra da$ Yerte9U€$ reliée ptr des coutn-^fidrU, 
d^une part aux rampas dot Partcà, el de Fautn» à la 
senra do Esfmkaço^ continue vers Toriait aons lea IS* 
de laU el les 5(r de loi^tude» le êioortktm ofiÊonm 
entre le bassin de TAmaione el cdni de la Plata. Elle 
sépare dans le voisinage de Villa Boa de Gojaj^ les 
branches d'origine des rios Aragiiaj el Tocanlias , des 
soQâ-affluexils principaux du Furanà, et fleure géanl 
que les Guaranis dans leur langage moiiQsylbbîqnB 
comparent à la mer (IV Plus à TE* , ses somoes n^l 
sépara de celles du San - Francisco el de la Fart- 







LE PARANA ET SES AFVLUEMTS. 119 

h^jèa par des ramifications de la Serra Gerd. Toutes ces 
branches nées à des distances considérables les unes 
des autres, se dirigent de TE. et du N; E. à TO. et au 
S^ O. et se confondent en un tronc principal qui coule 
ao S. O. , puis au S. jusqu'au 27^ parallèle et lés 
88* 10' de longitude. ArriVé là', le fleuve s'infléchit 
brusquement à VO. jusqu'aux fiO"^ 50', du il s'enfle 
des eaux ^n Paraguay (1), et se dirige de nouveau à 
tngte droit vers le S. pour conserver cette direction 
pendant plusieurs centaines de lieues , jusqu'au mo- 
iBjMit où par sa jonction avec l'Uruguay sous les 3^4"" 20', 
il forme le Rio de la Plata ou Paranà-Guazù des abori^ 
^ènes. * 

Ainsi, leParanà s'étend de l'E. à VO. des &(y aux 61 * 
environ, tandis que le cour» du Rio-Paraguay d'écarté 
peu du 60^ degré. Dans ce long trajet, il sépare le ter* 
ritoire paraguayen des possessions brésilieniï^s , tra- 
verse la province des Missions , et établit une limite 
Inen tranchée entre le sol ondulé de Gorrientes et d'En* 
Cre-Rios, et les savanes heriieuses du Grand-Chaco. 

Si le Paraûà surpasse le Rio-Paraguay par le volume 
beaucoup plus considérable de ses eaux, il est loin de 
régaler par la ré^larité de son cours i la profondeur 
et la largeur uniformes et<îonstantes de sotf lit. 

Deux cataractes séparées par un large espace semé 
d'écueils, de roches et de hauts fonds, interrompent, 
en effet, h navigation de cette grande artère âur une 
étendue de 3 degrés et demi. La première {Sùltô grande 

(1) ut. nubj. n* 30\ 



ISO HTDROGRAPeiK. 

00 de Guajrt dès Espagnols; a$ SeU ^uedas^ les Sept* 
chutes des Brésiliens), est sitaée par 2 V 4' 5S" de iat., 
ei 56* 55' de long. Aiara qui, s'il ne parle pas en té- 
oi(Hn oculaire, parait du moins s*ètre inspiré des rela- 
tions les plus exactes, décrit ainsi ce spectacle graoK 
diose qui efface les pins célèbres en ce genre, sus 
eicepter peut-être le saut fameux du Niagara : 

« Cest une cascade eflEroyable et digne d'ftredécfite 
par les ^tes. Il s*agit de la riTière du Parani, de cette 
riTière qui plus bas prend le nom de b Plata; de cette 
rinère qui, dans cet endroit même, a plus d'eau qa'me 
multitude des plus grands fleuTCs de VËorope léunâ, 
et qui au moment même où elle se jH^ipite, a dans aea 
état moyen beaucoup de fend et S,IOO toises de lar- 
geur (on Ta mesurée), ce qui lait presque une lieae ■»• 
rine. Cette énorme largeur se réduit suintement à n 
canal unique qui n'a que 30 toists^ dans lequdi éotie 
toute la masse d'eau en se préci|Htant aTcc une fut eur 
époorantaMe* On dirait que cette rÎTière, ûèn im vo- 
lume et de la TÎtease de ses ceux les phm ceusâdéfriilei 
do monde, Tent ébranler la terre jusque dans son 
centre, et produire la mutation de son axe. EUee w 
tombent pas verticalement ni d*aplomb, mais aor im 
plan incliné de 50 degrés à Tbociion; de manière à 
Curmer une bauteur perpendiculaire de SS pieds de 
Pteisi. La rosée ou les vapeurs qui s'éléfent au mnmrnf 
oà Tenu dioque les parois intérieures du roc, et quel» 
ques pointes de rocbers qui se trourcnt dans le canal 
du prjcipice« s^apercoÎTent à la dislance de plusieurs 
lieues en ferme de colemMs» et de pris, dies forment 



LB PARANA BT ^IS AFFLUENTS. lit 

iBX rayons du soleil différents arc»-ei^-ciel des eotH 
Iwrs les plus Tives» ei dans lesquels on aperçoit quelque 
mouyement de trépidation. Déplus, ces Vapeurs forment 
«ne plbie éternelle dan^ les enyirons. Le bruit se fait 
entmdrede'6 Ueuesi on croit Toir trembler les rocbers 
da T(Msiii*ge, qui sont si Jiérissés de pointes qu'ils dé« 
diirmi^ les souliers» 

« Pour reconnaître ce saut ou cataracte, il faut faice 
90 lieues dans le désert , depuis le bourg de Guruguaty 
jusqu'à U rivière Gatemjr ; arrivé là, on chercbe un ou 
deoi; gros trinres, dont . cbacub sert à faire un canot 
peur embarquer les voyageurs avec des vivres et tout 
oi qui est nécessaire. On laisse à terre, pour garder les 
chevâu,» quelques hommes bien armés, parce qu'il y 
a de ces côtés^là des Indiens sauvages qui ne font pas 
de quartier^ Ceux qui doivent visiter la cataracte et 
fM ee sont embarqués* font 30 lieues sur le Gatemy^ 
eo m tenant bien sur leurs gardes, à cause des Indiens 
qui habitent les bords de cette rivière, qui sont couvcfrts 
de bois trèsn^MÛs. Les voyageurs sont quelquefois obli- 
gées de trahier leurs canots sur les nombreux récifs 
qu'ik rencontrent, et qoelqurfois même de les porter 
sur leurs épaules. Us parviennent enfin au Paranà, et 
il leur reste encore jusqu'à la cataracte 3 lieues, que 
Ton peut faire par eau ou à pied sur les bj^rds, en cô- 
toyaiït un bois où on ne rencontre aucun oiseau ni grand 
Il petit, mais quelquefois seulement quelque yagua- 
rété , bête féroce plus terrible que les tigres et les 
Uons. On peut de dessus la rive mesurer la cataracte 
à son aise, et même en reconnaître la partie inférieure 



lia HYDROGRAPHIE^ 

en •hiraDtdans le beis; mais il pleut tellenaeiit-daiis 
les eoTirotts, qu'on est obligé de se mettre tputnii 
pour en approcher. 

« Je n'ai parlé que de la partie la plus forte de cette 
chute d'eau, formée par une ^plliue que l'on appelle 
cordillère de Maracayù, et qui traverse la rivière. Mm 
on peut, et on doit même en r^arder comme la conti- 
nuation les 33 lieues en ligne droite qu'il y a dqmis la 
oataracte jusqu'à l'embouchure de la rivière Yguasb 
ou Curitiba, aux SS'^'ir de latitude observée; ptree 
que dans toute cette étendue, la rivière a one pente 
très-considérable, et coule dans un canal de ro^^Mrs 
qui sont en général taillés d'aplomb, et qui est si étroit, 
que 2 lieues au-dessous de la cataracte, la rivière «^a 
que 47 toises de large^ Ses eaux se choquent avec fo- 
reur les unes contre les autres, et forment one mnki- 

• 

tude de gouflGres et d'abimes terribles qui engloutifaieot 
en peu de temps tous les bâtiments qui voudraient j 
passer (<).». 

Le docteur Rengger indique un autre diemin. Sekm 
lui , « il vaut mieux choisir pour point de départ la 
Réduction de SaintrLouis, près d' Yquamandeyo, en se 
faisant accompagner d'une demi-douiainie d'Indieiis 
Cuanàs , afin d'en imposer aux Indiens de Carima, et 
passer de là à Curuguaty, d'où, avec quelques bommes 
sûrs et une cinquantaine de chevaux et de mulets , on 
se dirige au nord-est jusqu'à la cordillère du Mancayù, 



1 1 ) Voyages, 1. 1, p. 7t ei suit. — Flores, Caria , du» U Coêeéckm ie 
ùbroi y é^cumenlm de lngelis» L IV. 



LE PARANA ST SE» AFFLUENTS. 1S3 

qu'on longe ensuite jusque près du Salto. On n'a be- 
soin alors de quitter ses chevaux et ses bagagesl qu'à 
deux lieues de la cataracte , chemin qu^il fkut faire à 
{Med,* parce que les bois et les roches ne peràiettent 
pas de le faire à cheval. L'un et l'autre de ces deux 
chemins 96 font depuis Guruguatyà travers un désert, 
où il n*y a que l'oeil exercé du créole paraguayen ou 
de Findien, et leur habitude de parcourir des contrées 
inhabitées, qui puissent trouver des passages pour 
tourner les bois et les marais (1 ) • > 

On donne improprement le nom de Petite cataracte 
(SaUo ckieo) ou Saut de Ajiipé, à des. récifs situés sous 
les 58* 54' de longitude, et formés par les dernières 
ramifications de la chaîne principale du Paraguay. Ces 
rapides ne font obstacle à la navigation que lorsque les 
eaux sont très-^basses. En-temps de cruelles pirogues, 
les bateaux plats (chalanaà) , et même les petites goé- 
lettes bien pilotées, les franchissent sans entraves; 

La citation que j'ai empruntée à Azara, a . mis en 
relief l'irrégularité de la largeur du fleuve, au^essous 
de la chute de Guayra. En remontant de ce point jus- 
qu'à ses sources , on retrouve d'autres cataractes sépa- 
rées par des parties navigables. Mais la science possède 
peu de données certaines sur le cours supérieur du 
Paranà, resté en dehors des explorations des Commis- 
saires hispano-portugais , et des. itinéraires tracés aux 
voyageurs modernes (2); 



(i) JUûe, p. 48. 

(3) Après le retour eo Frtnce de TeipédilioD de M. de Casleloaa dont 



iS4 HTDROGRAVHift. 

Le Saltû drieo une fois franchi , la largeur dii lit 
variable encore, atteint à des proportions considérables» 
Tantôt, Tceil embrasse avec peine Thorison nojé 
d'une nappe qui fie perd sous de lointains massif 4$ 
verdure; tantôt, les eaux se pressent dans les passes 
étroites des iles nombreuses qui entrayent leiur coMk 
Cette largeur qui n'est que de 4 00 mètres è deux lieuis 
aihdessous de la Grande taUiraete, est déjà dr^OO à 
dandelarîa^ et s'élève à Gdrrientes k i,O00. Dans les 
passes d'Obligado et de Cerrào, le «fleuve se rétrécit 
beaucoup. 

Xe volume des eaux est énorme, et les expresskms 
manquent pour donner une idée de leur masse -ifli^ 
posante. Asafa estime que le Paranà, à sa jonotiMt 
avec le Parsguay, à deux cent cinquante lieues de tott 
embouchure , égale dix fob ce dernier fleuve, et lis 
cent plus grandes rivières de l'Europe. 

Mais il s'en faut bien que sa proibndeur ait la même 
régularité constante, et qu'elle inspire aux marins une 
égale sécurité. On possède peu de renseignemmts kiir 
cette profondeur an^essus du Saut de Guayra. On 
sait seulement que le fleuve est navigable par places* 
puisque les Paulistes descendaient par le Tiété jusqu'à 
l'embouchure du Yaguary , et remontaient cette def^ 



î) iTtit ftfit partie, M. E. DeTîlJé reçut da gonTernement, li missioa d*en- 
treprendre do oooTeaD Tojage daos Tiotëneor do continent amériîeaift.Ses 
Instmctions lui prescriTaient de descendre le Tiété juaqu*aa Paranà. On 
connaît la fin regrettable et prématurée de ce jeune naturaliste , coleYé 
par la fièrre jaune à Rio de Janeiro, en 18î^3, atec un des membreft de la 
comnâaiHHi teiMitiSiivo qu*il dirigeait. 



LE PARAKA BT SES AFFLUENTS. iSS 

DÎère rivière, en poursuivant leur ecmse k travers 
mille obsUcles, jusqu*acix districts diamantifères du 
Mato-tîrosQO. 

Le feotf rs du Paranà violemment interrompu de Si^ 
à Tembouchure du tio Yguazù, redevient navi^ble, 
noosTavons dit, pour de petites embarcations^ jusqu'au 
SotocMco. A partir de ce point , la sonde aéonse des 
pi^dfcmdeurB varliMes enoore , «ais tdies qut la vSle 
de Coniente» <iat. S7^ 27' tV^ a reçu à plusieurs 
reprises dam son port, durant nos longs démêlés, 
avec te général Rosas, des navires de guerre d'un 
fort tirant d'eau. On Irowe pendant tonte T-année jus^ 
qu'à Paranà , capit^ de la GenCédération Argentine^ 
i, if et 6 mètres de fond. Au-^dessus , lo^sqB6^ la 
rivière «st iMase,- cette profondeur descend à t mètres,. 
A.Candelaiia, et an pcuo d'Itapuèoà la largeur dn 
fleuve est de iOO brasses-, on rencontre jusqu'à 4 et 
5 mètres. Mais de ce dernier point au Salto ohico^ le 
tlwltee^ (1 ) présente beaucoup d'irrégularité. En me 
rsndant au mois de novembre, de la ville* de Encarna^ 
eion au fuMo 4d Carmen^ je trouvais souvent dans 
hs passes moins de 50 ^centimètres d'eau. 

La vitesse du /courant dans la partie navigable est 
en moyenne de 3 à 4 miUes. 

Le Paranà éprouva aussi des crues périodiques 
moins fixes et mmns régulières que celles duParaguay. 
Elles commencent à se foire sentir * en novembre, 



(1) UotdlIemaQd qaisert à désigner la ligne formée pir la partie la 
plus profonde da lit d'un fleurie. 



136 HTDROCRAPUIR. 

augmentent pendant les mois de décembre et de janr 
TÎer; atteigqent leur maximum ea février, quelquefois 
en mars; alors les eaux décroissent et descendent à 
l'étiage en juillet, août et i^temhrè, qui sont les mois 
d*liiver pour rAmérique du Sud. 

Ce que j*ai dit plus haut (1) de la composition des 
rites du Paranà et du mécanisme de ses débordements* 
me dispense de. revenir sur ce point. Dans la ma-- 
jeure partie de son cours , la rive gauche est plus élevée 
que Tautre, et la falaise {barrémca)^ supérieure au ni* 
Yéau du fleuve» reste presque toujours à l'abri à» 
inondations qui s'étendent sans obstacle par la rive oo^ 
cidentale vers les plaine^ du Chaco. 

L^eau , plus claire ei plus limpide^ est en même 
temps plus fraîche que celle du Paraguay; ce qu'il 
faut attribuer à la fois à son volume plus considérable 
à sa vitesse, et à la constitution rocheuse du lit dtt 
Parant* 

Deliombreux.et importants affluents lui apportent 
leur tribut dans l'immense trajet qu'il parcourt du 
47* au 35* parallèle. Toutes ces routes, qui aboutissent 
à une ligne de navigation pleine de grandeur et de ma* 
jesté, ouvriront un jour au commerce les régions 
encore inconnues qu'elles traversent , depuis la zone 
équatoriale jusqu'aux régions tempérées. Nous nous 
contenterons d'indiquer les principales, tout en recon- 
naissant l'insuffisance des données hydrographiques 
que nous possédons sur elles. 

(1) Page 62. 



V • 

r ■ 



LE PARANA ET SES AFFLUENTS. 1S7 

Par son bord oriental et do N. au S., le Parafa reçoit 
le Tiété , le Paranà-Panema , les rios Aguapey, Ybay 
et Yguazù. D<^ ces cours d'eau, deux méritent plus 
qiifiine< simple mention. .-* 

Le rio Tiété ^ ou Anemb.y, est une des branches les 
^118 importantes au point de vue historique et com-* 
marciaU Par cette voie, les Paulistes s'acheQiinaient 
fers les Missions de ia province de Guayra pour .en- 
lever les Indiensqu'ilsenvoyaientaux mines; ou, par- 
Tenus dans le Paranà, remontaient le cours du rio 
Pârdo, et franchissant avec leurs canots Je portage 
étroit du Mbotetey , descendaient le cours de cette 
fiaàket jusqu'au Rio^Paraguay, pour se rradro dans la 
prpvkice de Mato-Grosso. • 
. Le Yiété prend sa source dans laprovipce brésilienne 
de Saint-Paul t au milieu des contre-forts de la serra 
iù Mot. Uû prolongement de cette chaîne sépare la 
vallée, de cette rivière , de celle qui reçoit les sous-af-^ 
flueixts de la Parahyba. Il roule sur des rapides jiisqu'à 
Ytu, où 8on<x)urs est interrompu par une cataracte si- 
tuée à une lieue de la ville. Ce n'est pas sa hauteur 
qui rend cette chute remarquable , mais il est difficile 
d*imaginer un entassement de roches granitiques* plus 
formidable. Lorsque je la visi^i (2 septembre)» la sé- 
cheresse avait beaucoup diminué le vx>lttme de ses eaux. 
Au-dessous d' Ytu , les brisants reparaissent par pkces, 
et ne cessent entièremem qu'à Porto-Feliz, d'où les 
embarcations descendent le cours toujours rapide et 
sinueux de cette rivière, jusqu'à son embouchure sous 
les 20^ 35' de latitude- 



^ 



1S8 HYDltOGRAFHni. 

Le riô Grande de Curitiba eu YgMzù (4 ) se joint 
%u Paranà sons les 25* 35' SS'*. Il liènt comme le 
précédent de la province de Sainte* Paul; né sur le 
versant occidental de la terra do Matf il reçoit do BOOh 
breux affluents dans les çamfoi euritibanoê. Cest 
une rivière belle et majestueuse dent la nairâgalioA est 
coupée f9ûr une cataracte mtuée à deux lieues do son 
embouchure. Sa hauteur Terticale n'a pM UKunsde 
4 74 .pieds , et les eaux se brisent avec un fracas épour 
vantidile sur trois étages de rochers. 

Les affluents^de la rive droite eu ooeâdentale du Plâ« 
ranà ont un parcours d^autant moins étendu qu*ilsioat 
plus méridionaux. Le voisinage^de la Sierra de Mann- 
cayù qui forme du N. au S. la ligne de partage des 
eaux, expliquo ce faible développement, la vitesse du 
cours, et la constitution rocheuse de ces rivières. A 
partir du S3* parallèle vers le N» , le fleuve s*éloigiie 
de la chaîne, et leur trajet'plus considérable prend -une 
directiondeN. O. àS. E. 

Nous avons déjà cité le rio Pardo en parlant des ky- 
eursions des Paulistes dans les régions centrales Ai 
Sud-Amériquct. Ajoutons pour clore cette énumératioa 
rapide, le rio Yaguare^, Ygurej ou Ivinheima qui a 
joué un rôle si important lors de la mise à raécutiott 
des traités de Limitet; et les rivières Amambay et Iga- 
timi nplorées à plusieurs reprises par les Pwtugais, 
au grand mécontentement des Espagnols. 



(1) f-Giiaiiii,mi^esraDde. 



t. 



LB PARANA ET SES AFFLUENTS. 129 

Au-dessous de la cataracte des Sept-chutes , visitée 
par le P. Antonio Ruiz de Montoya vers 1 61 5 (1 ) , les 
rios Àcaray , Monday , et d'autres en grand nombre, 
n'ont qu'une importance très-secondaire ou tout à fait 
nulle. Malgré ses récifs, TAcaray est navigable pour des 
pirogues. Enfin, les esteras du Paraguay méridional se 
déversent dans le Paranà à Taide de canaux qui ne por- 
tent pas de noms particuliers. 

Au S. de Corrientes, le fleuve reçoit par ses deux 
rives de nombreux affluents; trois lui apportent les 
eaux de la lagune Yberà. Mais le plus important est le 
Salado qui coupe diagonalement les plaines du Chaco : 
nous lui consacrerons quelques lignes (8). 



(1) n I troQTi le P. CaUldino yena à sa rencontre de la province de 
Goayra , où ils retoomèrent ensemble pour fonder de nooTclles Rédnc- 
tioos iRelaeùm geogra/ica e hUtarica de la provineia de Misionee , par 
D. Dbgo db Alvbab, p. 41, dans : Coleccion de obras y documenlos de An- 
gelis, t. IV). C'est donc à tort qne le savant éditeur de ce recueil, dans la 
JfaHiia Mograllea consacrée au général Alvear, attribue (p. 3) aux colo- 
neb Mark de Cabrer et Felia de Fonseca, la gloire d'être lee premiers et 
juiqu^ici U$ ieul$ explorateurs da Salto grande. Il y a plus : la Collée^' 
çèo die noltcioa para a hUtoria e geografia dae naçôes ultramarxnas, 
Lisboa» 1841, t. Vn, p. 510 à 519, contient une intéressante description 
de la cataracte des Sept-cbutes, à laquelle parvinrent , h travers miUe ob- 
stacles , le 21 octobre 1754 , les Commissaires chargés de Texécution du 
premier traité de Limitée. L'exploration de Cabrer et F. de Fonseca, Irès- 
postérieare à celle-ci, porte la date du 7 août 1788. 

(t) Yoy. Appbndhs. La description de TUrugua y trouvera naturellement 
place dans PhiMoire géographique des Missions. 



CHAPITRE UI. 



iTMMaAPiu ( Mile ). — ■ATitânta ruviAu. 



Nous noos sommes arrêté avec intérêt sur les toi» 
navigables du Paraguay» parce que noos les croyons 
destinées ii conserver dans cette région encore viei|pe, 
rimportance que des moyens plus rapides de eommo- 
nication leur ont fait perdre en deçà de UEqoataitf. 
L'économie de ces «-ch^oains qui marchent, > Teu»- 
tence de plaines fréquemment submei^ées, de marais 
impraticables, la faiblesse numérique d'imtf population 
clair- semée , retarderont pendant longtemps encore 
rétablissement des lignes de fer. Ainsi» une large ap- 
plication de la vapeur à la navigation fluviale ; des tra- 
vaux d'endiguement sur certains po'mts; Textraction 
de quelques roches à fleur d*eau; Tenlèvement des 



NAVIGATION FLUYIALE. 131 

troBcs d'arbres chan'iés par les rivières, combinés avec 
la création de chemins carrossables aboutissant à ces 
grandes artères; telles sont, à mon sens, les entre- 
prises auxquelles le gouvernement de ce pays doit s'ar- 
rêter. On a commencé sur d'autres points duSud-Âmé- 
rique, à l'exemple des États-Unis et de l'Europe, la con- 
struction des voies ferrées : mais, sans contester la faci- 
lité d*exécution que les travaux de ce genre rencon- 
treront dans l'horizontalité des plaines de la Confédéra- 
tion Argentine ; sans mettre en doute l'importance de la 
production brésilienne et le chiffre des souscriptions sé- 
rieusement engagées dans ces entreprises, nous doutons 
encore que ces créations prématurées remplissent les 
conditions d'un progrès véritable. Dépasser le but, 
ce n'est pas l'atteindre ; et l'avenir — un avenir pro- 
chain — dira si le gouvernement impérial , dans son 
louable désir de voir disparaître les distances, n'a pas 
accepté une trop lourde charge, en garantissait un 
intérêt de 5 pour 1 00 aux capitaux attirés par l'exééu- 
tioû des trois lignes qu'il a concédées (1 )• ^ ^^t permis 
de croire, sans encourir le reprocha de pessimisme, 
que ce réseau pouvait être remplacé sur certains points 
pair la construction de routes empierrées, et sur d'au- 
tres par l'endiguement d'un fleuve ou la canalisation 
d'une rivière. 

Un écrivain, comme nous admirateur enthousiaste 
des richesses naturelles du Brésil , envisage avec lès 
mêmes restrictions l'avenir de ces grandes entreprises 

(1) Les proTioces ajoutent encore 2 pour 100 h la garantie de l'I^tat. 



132 HTDnOGRAPniE« 

(l'utilité publique. « Il ne faut pas, dit M. Dutot, il ne 
faut pas que le Brésil se laisse trop séduire par Tes- 
poir de passer sans transition de la viabilité la plus 
défectueuse à la plus perfectionnée; cette dernière, par 
les immectseis dépenses qu'elle nécessite , ne peut être 
d'une application générale. 

< Cet entraînement vers la construction des v(Hes 
ferrées est d'autant plus à craindre que les Brésiliëofl» 
en considérant ce qui se passe aux États-Unis, peuvent 
être abusés par une analogie qui n'est qu'apparente. 
Les' Nord-Américains établissent des raiiways jusque 
sur les nouveaux territoires, mais ce sont les aventu- 
reux capitalistes de New-York et de Boston qui se 
cliargent de pourvoir aux dépenses, et ils le font d'an-^ 
tant plus volontiers que les clients, qui doivent faire U 
fortune de leurs entreprises, arrivent chaque année juir 
centaines de mille. Le Brésil n'en est pas encore là, soit 
qu'on envisage les capitaux accumulés, soit qu'on sup* 
pute le chiffre de son immigration. 

« L'Union n'a qu'à entretenir un courant établi ; le 
Brésil doit d'abord établir ce courant. Or, rien ne 
prouve que les chemins de fer soient pour lui le meil* 
leur moyen d'arriver à ce but. Même en admettant une 
analogie qui n'existe pas, on devrait se. rappeler que 
mille bateaux remontaient le Mississipi et ses affluents^ 
avant qu'une seule locomotive eût fonctionné dans les 
États que d'innombrables réseaux de chemins de fer 

# 

couvrent aujourd'hui dans tous les sens (1). » 

(1) H. DoTOT, France et Bréiil, Paris, 1857, p. 172. 



NAVIGATION FLUVIALE. 133 

Nous n*avons pas la prétention de nous ériger en 
tuteur du gouvernement paragu'ayen, et son écono- 
mie presque toujours excessive et mal entendue, nous 
est d'ailleurs un sûr garant de sa prudence en fait 
de travaux de toute nature. Aussi, croyons-nous sans 
.peine que sourd aux avis de conseillers utopistes ou 
impatients, il se bornera à appliquer la vapeur aux ca- 
naux dont la nature a si libéralement doté son terri- 
toire (<). 

Même en limitant le champ des entreprises aux 
seules communications fluviales, Timagination peut 
encore se donner carrière*. On a signalé dès les pre- 
miers temps de la découverte, le voisinage et Teatre- 
croisement des sources du Paraguay avec celles du 
fleuve des Amazones. Quelques esprits enthousiastes 
ont aussitôt proposé de réunir ces branches d'origine 
par un canal; de faire ainsi du Brésil une lie d'une in- 
commensurable étendue, en ouvrant la navigation entre 
les villes Argentines et Belem chef-lieu de la province 
du Parii : ce projet fut mis à l'étude sous le ministère 
du comte de Barca. 

Sur un autre point, l'Iténès ou Guapœré s'approche 
assez de la branche la plus méridionale du rio Jaurù, 
a£Quent du Paraguay, pour ne laisser entre le bassin de 
l'Amazone et celui de la Plata qu'un isthme étroit, 
facile à faire disparaître à l'aide d'un canal de 3 kilo- 



(1) Depuis plusieurs auDées , le Président Lopez paraît être entré dans 
cette Yoie. Des remorqueurs construits à TAssomption, et pourvus dt ma- 
chines anglaises, prêtent assistance aui narires du commerce. 



134 HTDROGRAPHIB. 

mètres creusé dans des marais. On ouvrirait ainsi une 
navigation merveilleuse à travers les contrées centraks 
du continent Sud-américain du 35® degré de lai. [à 
l'Equateur, et par le Cassiquiare jusqu'au delta de 
rOrénoque « sous le 8* degré de lat. N. 

A une époque où l'on ne prêtait qu'une attention 
médiocre aux questions purement commerciales, Tini- 
portance de cette communication n'était pas passée 
inaperçue aux yeux de ceux qui devaient être appd4s 
les premiers à en profiter. On trouve sur une carte 
dressée par les ingénieurs portugais chargés de4'ez4- 
cution du traité de 1 777, la mention suivante inscrite 
aux sources des rios laurù et Gnaporé : « I$ikmù de 
2,400 braças entre o Rio da Prata e as Amazonm for 
onde Govemador Luù Pinto de Souza^ no atma àe 
4 77St tnandou passar hutM embarcaçào de carga de $eù 
remospor banda^ œmmonicando o mar de EquinoxiM mm 
do paraielo de 36 gràos de laUtude Austral^ por hma 
ewnal mais de A 500 legoas^ formado pela natureza (4 ); » 

On pourrait encore .établir une communicatioii Ht^ 
recle entre le Paranà et le Paraguay,, en creusant im 
canal qui unirait le rio Pardo, soit au Mbotetoy^ soit 
au Tacuari, par le rio Camapoan. 

C^est le propre de la nature eolpssale du NouyeàÉ* 
Monde d'inspirer des projets dont la grandeur et les 
résultats possibles éblouissent, j'allais dire effrayant 



(1) Cette carte manuscrite a pour titre Carta limilrofe do paix de 
MoÊÊ^Tosso €i Cuyato, 1782 à 1790; ell^ est en la poeaessMm de M. F. 
Denif, qai me Ta commaoiqaée arec sod obligeance habituelle. 



% 



NAVIGATION FLUTULK. 135 

rim^ination. Tous ces rêves sont réalisables, toutes 
ces utopies deviendront dans quelques siècles d'ad> 
mirablea vérités, lorsque l'Europe aura donné à TÂmé- 
riquQ ce qui lui loanque, des colons^ en versant sur 
jcette terre promise le trop-plein de #es populations 
industrielles. 

Revenons à la navigation fluviale. 

Borné par deux rivières larges et profondes, qui 
Tétreignent de trçis côtés, à Test, au midi et à Touest, 
le Paraguay confine par le quatrième h l'empire brési- 
lien, dont le séparent d'immenses forêts encore in- 
connues, et peuplées d'Indiens insoumis et cruels. Ces 
obstacles à toute communication, qu*upe surveillance 
peu coûteuse suffit à rendre insurmontables, sont en- 
core fortifiés par les crues périodiques de ces grands 
cours d'eau, qui, à des époques fixes, changent en lacs 
les savanes sans fin du Chaco, et les plainesi méri- 
dionales du delta qu'ils circonscrivent. Mais , si ces 
fleuves permettent à la. nouvelle République de s'isoler 
au milieu d'un continent, ils peuvent aussi devenir pour 
ses produits des voies^'écoulement et de transport , et 
diminuer d'une manière notablç les inconvénients de sa 
position méditerranéenne, en faisant disparaître en 
partie l'énorme distance qui la sépare de l'Océan. 

Au nord et ^ l'ouest, les communications sont pos- 
jûbles en toute .saison, sinon faciles, avec la Bolivie et 
la province de Mato-Grosso. Déjà j'ai parlé des deux 
canonnières amenées de Cuyabà à l'Assomption par le 
capitaine Leverger. Là force de ces embarcationi[h|^n- 
tées, à quille plate, était de 15 tonneaux, et leiirnvant 



^- 



136 HTDROGlUPniE. 

d'eau de 3 à 4 pieds. Dans l'état actuel des choses 
cette considération est presque sans valeur, car le ^ 
raguay ne saurait tirer qu'à des prix exorbitants, dq 
Brésil, les objets manufacturés qui lui manquent, et 
de longues années s'écouleront sans doute avant que 
les denrées des provinces boliviennes y passent en 
transit, ou y soient échangées contre les marchandises 
d'Europe, qui prennent aujourd'4iui la voie de teire» 
après avoir été débarquées à Rio, à Santos, 6u sur les 
côtes du Pérou et du Chili. 

Lies détails dans lesquels nous sommes entré en dé- 
crivant le cours du Paraguay, ont mis ed relief la faci- 
lité que présente la navigation de ce beau flenve à de 
grandes distances de son embouchure. Dès 1557, à une 
époque où l'art nautique était dans l>M]fance, et peu 
d^années après sa découverte , Ruffeo de Chaves re- 
montait jusqu^à Tembouchure durio Jaurù (lat. 16* K) 
avec itO hommes, dans les navires qui les avaient 
transportés de l'Espagne au delà de rAtlantiqoe (1). 

Nous Tavons dit , au-dessous de As très barras^ le 
fleuve n'a plus de rapides {cackotitas) , et déjà à IGlh- 
Maria (hit« 16* 10'), il est navigable pour de grands 
canots. 

Nous ne reviendrons pas sur la vitesse de ses eaux : 
5ur tous les points, le courant {aisible cède aux efforts 
cadenci^s du rameur indien. La profondeur toujours 



(I) aMin « ^(tit «itc ritsMi : Il n* rirwMj es tl ■»]« éd 



% 



NAVIGATION FLUTULE. 137 

considérable, est en moyenne, de rembouchuire du 
San-Lorenzo k TAssoniption supérieure à 2 mètres. Il 
faut toutefois noter que, tandis que le lit présente jus- 
qu'au fort d'Olimpo (2r V 26'') peu d'irrégularité 
*et une profondeur à peu près constante , il «st très- 
irrégulier de ce dernier point à rÂssomption.'Cest 
aussi à partir de cette sentinelle ayancée des posses* 
rions paraguayennes , ique le fleuve recèle quelques 
passes un peu difiiciles à franchir, et des écueils contre 
lesquels la vigilance dés marins doit se tenir en éveil. 

Par 49* 48', le détroit {estrecho) de San^Francisco- 
Xavier est signalé par des élévations. ( cerros ) situées 
sur les deux rives du fleuve. 

• A 42 lieues de Los très hermanos (2r 1' 26'' 5) , ap- 
paraît au milieu d'une suite de collines, le Pan de azu- 
car (24® 17'), pic élevé au pied duquel le fleuve pré- 
sente un rétrécissement notable (1). 

On rencontre sous les 21 "" 35' le cerro Batatillo^ qui 
se termine par deux pointes de pierre au milieu du 
fleuve large en cet endroit de 200 mètres; vers 22* 6' la 
sierra de Galvan , et par 22" 4 0' ie détroit (angostura) 
de ritapuôu-Guazù. 

Mais le récif principal est situé au-dessus de la ville 
' de San*Salvador (2) : cependant, il est franchissable en 
tout temps pour les petites embarcations. 

Le P. Quiroga signale l'existence de roches au milieu 
de l'eau sous les 23^' 21 ' , et les 21'' 50' (3). 

(1) 21* ty tr (Pisos) ; 21* tr 30' (ZiTali y Ddgidillos). 

(3) n* 45' l'' (Z«vaU, RoUiro inédit : Archives de TAssomptioii). 

(3) Descripcion del rio Paraffuaff dtak la boca dtl Xamru, hasta la 



♦ 



138 UTDROGRAPBl^. 

Eofio qudqu^ vigies , d^gDiières ramifieatîoos de k 
CotfMlerUf existent près d^ Teiobouchure du rio Sa^ 

. A partir de l'Assomption, les écueils devieiurail 
rares et peu redoutables. Cependant certaines ^passes 
exigent une grande attention entre cette ville et la 
Yuelta de Itapir^ ; telles sent cdles de Tacumbii» de 
San-Antonio , de Lambaré » de la Yilleta, del Buef 
muertOy de la Angostojra : au coDameneement du mois 
d'avril 1855 , le minimum de fond eur ces passes était 
de 3-,50 (i). 

La profondeur est très-vanable aussi dans le^ tour- 
nants, ce qui tient à la nature du terrain qui compote 
alternativement les rives du fleuve. Ainsi, tandis que 
les banç^ existent aux angles saillants, et la.profoiidflwr 
aux angles rentrants, si la rive est d'alluvion, la oeQr 
traire se remarque souvent sinon presque toujoum, 
lorsque les angles saillants sont formés par la roche. 
Cette remarque est du capitaine Leverger, et j'^ puetn 
vérifier Texactitude. Dans ce dernier cas, en mips 
temps que la berge est coupée à pic , elle présente «ne 
plus grande élévation, et détermine dans le lit lUi lé- 
trécissem^t qui augmente la vitesse du courant. 
Toutes oes conditions se trouvent réunies dans le voi-- 



rtm/NfncM êel Harmmà , jmr «1 P. iosi Omocà ai ta emmpamki ii 
iMitf . Voj. Olirdoii de ABfcKs , t. IK Bvcoot-Ayres, tSSS. 

(t) Rrmr cokmimU . odobrr 18&3» , p. Sdi. Bmpport ém iitutemoMiée 
vêisttmm Picturâ tomftmmémmt r«rà« é wy r mr k fkakeaa. La iWito 
<kll^^«4«ttrrsHC« ée t"^. ml lesâ. N.2I.E., E. N. E. , E. S. £. 
H E, iUU miwh^H, H* ai\ Urerfcr .) 



NAVIGATION FLUTULC. 139 

Bmage du port de rAssomption, à l*eDdroit qui porte 
le Dom de Ponta de Itapyta. Cette saillie formée 
par un banc vertical de grès rougeâtre, s'élèré de 
8 mètres aa-*dessus des eaux; elle commence à Itape^ 
et finit 4 la pointa de Curupainai De Tacumbù au cer^ 
rito de Laml)aré le rivage reste horizontal. Plus au 
sud , quelques cerros apparaissent il l'orient du flepve 
dont ils sont presque toujours séparés par des plaines 
marécageuses. La hauteur des riyes eist en moyenne de 
3 jnètres ; rarement de 5, et n'excède jamais 7. 

Il résulte des détails dans lesquels nous sommes en- 
tré sur la profondeur du Rio-Paraguay , sur la posi- 
tion variable des hauts- fonds et le déplacement du 
chenal, que des navires calant plus de 1 pieds d'eau 
ne pourraient remonter, en tout temps, jusqu'à l'As- 
son^ption, sans de grandes difficultés. 

Au mois de janvier 1846, lorsque les forces combi- 
nées de la France et de l'Angleterre , eurent ouvert le 
Paranà par le beau fait d'armes d'Obligado, le Fulton, 
bâtiment à vapeur de notre marine, entra le premier 
dans les eaux inconnues du Rio-Paraguay. Le Fulton 
jaugeait epviron 800 tonneaux, et calait de 42 à 
13 pieds : mais c'était un steamer, qui échappait à la 
difficulté de courir des bordées. Encore fut-il forcé de 
s'arrêter à Lambaré , malgré le commencement d& la 
crue, et eh dépit de l'habileté çntreprenante de son 
commandant (1); de remorquer son charbon, et de 

(1) Le FulUm , commandé par le lieutenant Hazères , avait k bord 
MM. Trébouart et Charles Hotbam , capitaines de vaisseau , et chefs do 
Tescadre aoglo-française. 



140 HYDROGRAPHIB. 

faire pendant tout le voyage un usage fréquent de 4a 
sonde. 

Depuis cette époque, et jusqu'à ce jour, les ay^sos le 
Flambart (janvier 1 853) ; le Flambeau (capitaine Th. 
Picard, avril 4 855) •; et le Bi$$on (capitaine Mouchei^ 
mars 4857), sont les seuls navires à vatpeur français 
qui se soient présentés à l'Assomption (1 ). 



(1) J*«i fait de Tailles recherches, aux Arehhres de la Marioe , fmt Me 
procurer des deuils officiels sur ces expéditions. Après le rapport dlé 
plus haut do commandant Picard (Aeoiie.coloii«ale,2* sérié, octobre IWX 
je tt*ai k mentionner qa*iui article publié, par le journal nUmirtKtim 
do 5 norembre 1853. 



CHAPITRE XIII. 



iffDioaiAf m. — lATiflâTioi ninriAu ( fin ). 



Le Haut - Paraguay avait été exploré à -trois re* 
prises, en 4842, 43 et 46, par le commandant Leyer-c 
ger,. officier de la marine brésilienne : il compléta dans 
son troisième voyage ses travaux hydrographiques, 
par la reconnaissance du fleuve depuis TÂssomption 
jusqu'à 4M>n embouchure. 

Après le payillon du Brésil , après ceux de la France 
et de TÂngleterre, parurent les couleurs de l'Union. Le 
gouvernement des États-Unis envoya, en 1 853, le Wor 
ter-Witchr steamer de 1 50 chevaux, sous les ordres du 
commander Th. Page, qui avec l'autorisation du pré- 
sident Lopez, remonta le Paraguay, jusqu'à Corumbà 
(lat. 19*0' 8"). Grâce à son faible tirant d'eau (2",30), 



le Water-Wilch ne rencontra dans sa marche aucun ob- 
stacle, et trouva sur les bords magnifiquement boisés de 
la rivière, le chauffage de sa machine : la seconde partie 
de ritinéraire de Texpédition, celle qui avait pour biit 
l'exploration des rivières du Grand-Chaco, échoua de- 
vant des obstacles dont je parlerai. 

Ajoutons enfin que TÂmirauté anglaise envoya dans 
ces eaux lointaines , à Toccasion du dilSTérend entre le 
Brésil et la République; la corvette à vapeur deS. M. B. 
« Vixen > qui navigua de conserve avec le Flambem^ 
comme deux années auparavant le Locust avait aoconH 
pagné le Flambart. 

Voici quelques distanees principales relevées dans 
le Mémoire inédit du commandant Leverger : 

De la Tille de Cuyabà au fort d'Olimpo, la distaocQ 
est de 640 à 650 milles; et d*01impo à l'Assomption 
de 350 ^ 360 milles. Ainsi, de Cuyabà à cette demi^ 
ville, la distance totale est d'environ 1 ,000 milles, que 
M. Leverger a parcourus en trente^trois jours, sans ja-^ 
mais voyager de nuit. De la capkale du Paraguay à la 
garde du Cerrito située dans Hle Atajo, à l'eaiboiiehwe 
dtt fleuve , il a trouvé W% milles 8 , qui ont exigé à fat 
descente, avec vent favorable, calme et vent eontraira, 
quarante^huit heures quarante-^^ minutes ; et ih h 
remonte, avec vent contraire et souvent frais, 6ent 
cinquante-quatre heures quarante-cinq minutes. 

Le9 distances sont exprimées dans le tableau suivant 
en milles marins de 60 au degré , et en firaetions dé* 
cimales du mille : 



NAVIGATION FLUTIALE. 



1 ^ 



f 



t ** 



Klii • * 



KITI GAUCIIB. 



Atandoo 

Lambàré 

TUIeli 

Angotftiiri 

Palmes 

gmfg-ftifff* .••« 

Paso-Lagnna 

lOiiiidiiir 

Poope • 

RiaehoPara} 

■•tlflro i..iw.. 

lioeootda d« NaraD]*} • • • • 

HiaSdadOlo 

TOladeOlîTa 

Santija 

A^atape 

Remolioos 4 •.«.4.. 

Tflla-Fraaea 

Berradara 

tio Tebiqaary 

GadéA 

Taia del PUai* 

Tajy 

HUMifà... 

CaropaJftL ' «.«. 

Tras Bocas 

Cerrito (ea la iala de Atajo). 

(6) Gnardia. 



Distances. 



7,0 
9,9 

4;8 

5,9 
6,9 
7,4 
t,6 
5,0 
4it 

5,a 

7,7 
^,0 
4.Î 
1,6 
«,7 
5,0 

11,0 
»,7 
4,9 

15,3 
8,1 

21,8 
5,« 
»r2 
«,8 

13,2 
5,9 

12,7 
4,2 



202,8 



UTi Daoru. 



iM«M 



MriMH 



Eio Fitcomayo. 



, 



Oribge (<i). 



FwnMao (6). 



Rio BerBi^o. 



LATITVDI. 

n ■ li 



26M'25'î 



26*12'T 



20*19'. 



26* 36*. 



26» 51';»* 



Voici maintenant les étapes les plus remarquables 
de la route parcourue par l'expédition américaine : 



«14 



HYDROGRAPHfB. 



De rAsancion à Rosario 84 milles. 

DeRosario à YilU deConcepciOo 106 — 

D« GcMMepcioir à San-SalTidor M — 

De San-Stbador ta rio Apa 77 — 

Da rio Apa ao fort d'Olimpo M — 

Do fort d*01iiiipo à Rahia-Negra. M — 

De la Rahia-Negra à Coimbra 33 — 

De Coimbra à Albaqaerqne 47 — 

D*AUHiqaerqiie à Corofflbà 60 — 

ToTiL OMiniUei(l). 

En regard de ces chiffres, il n'est pas sans intérêt de 
placer quelques données beaucoup moins précises d'ex- 
plorateurs plus anciens. Flores, commissaire général 
de TEspagne pour Texécution du traité de 1 750, estime, 
d'après ses observations et les informations qu'il a 
prises, qu'il faut en moyenne : 

DeCayabàà rAseosptieii 27 joan. 

De la ville de Malo-Orosso k TemboockBie d« rio \ 

Jaurù. 9 I a» — (S) 

Do Jaorà à rAssomplioo ss) 

Ajoutons enfin à ces itinéraires que le défaut de len- 
seignements nous oblige à laisser incomplets, que 
Taviso à vapeur le Flambeau, parti de Corrientes le 
? avril, jetait l'ancre le 1 1 devant la ville de l'Assomp- 
tion. 

Malgré sa profondeur en général considérable, le 
tonnage des bâtiments à voiles destinés à la navigation 



(1> Toj. Trmrk awnyy of tke river PorofiMy turv e ^ èf cowmmmder 
Ti. J, Pâ€t, n. S. S. Water-Witcb. Stale 7r::V;i* VarialiM de faigvaie , 

il' C^iû «I Jtfcffurs de VmléeUrw, p. S7.«l. 



NAYlOATiaN FLUTULB. lIS 

4lu Rio-Paraguay, ne doit pas dépasser, en toute saison, 
SOO tonneaux : ceux de 20 à 50 sont préférables. 

Outre les embarcations pontées, les bateaux plats 
{ehalanas) et les pirogues, on se sert encore de ra- 
deaux {janfiadas)^ espèces de grands coffres carrés 
hits de poutres reliées entre elles, et couverts de cuirs 
ou d'un toit en paille. On les remplit des productions 
du pays, et Ton amarre sur les côtés de grandes pièces 
de bois destinées à l'exportation. Ces radeaux munis 
de deux gouvernails ne sont propres qu'à desemdre le 
fleuve, et ne saturaient résister aux gros temps. 

On ne peut remonter le courant qu'à l'aide d'une 
brise de S.» de S# E. ou de S. 0. Si le vent refuse, ou 
s'il est contraire, on débarque l'équipage pour haler 
l'embarcation {andar a eipia)^ opération pénible et de 
peu de ressource; si elle est peu chargée, on fait usage 
des rames. 

Nous verrons dans un prochain cfaapiti^ , que 
pour être éloignée du littoral, cette région n'est pas 
exempte de tempêtes. Celles qui soufflent du S. 0. 
{pamperoi) , sont les plus violentes, mais on peut tou- 
jours en prévenir les désastreux effets, parce qu'elles 
ne sont pas soudaines (1). Les marins doivent donc, à 
la vue de certains pronostics atmosphériques presqup 
infaillibles, s'abriter dtins une anse, en amarrant à la 
rive leurs embarcations presque toujours chargées avec 
excès , sous peine de les voir brisées sur un banc de 
sable ou englouties par les vagues. 



(1) Climatologie. 

10 



fiO UÎDROGBAVUIE. 

Les arbres arrachés et charriés par le courant , cdo- 
sûtuent des écueils dangereux contre lesquels Tatten- 
tton des pilotes {vaqueanos) ne saurait trop se tenir en 
garde. Lourds, d'une densité supérieure à celle deTeatt» 
souvent invisibles, ils déchirent le flanc des granSs 
navires poussés sur eux par une vive impulsion, et sob- 
mergeni les petits. 

Les îles nombreuses dont est parsemé le lit du flenvet 
entravent aussi la navigation par de sérieux obstacles. 
Généralement basses, allongées, submersibles, la v6* 
gétation puissante qui les recouvre, s'élève' comme ini 
rideau à travers lequel les eaux semblent fuir et seper^ 
dre (1 ). En passant sous ces dômes de verdure, les 
agrès du vaisseau coupent les lianes, et cette forêt de 
plantes parasites, dont les tiges flexibles et les fleurs 
éclatantes descendent en spirales jusqu'à la nappe Ur 
quide. Cest un dédale inextricable au milieu duquel 
Tceil exercé et Tinstinot d'un pilote peuvent seuls gui- 
der les marins, sans crainte de sortir du chenal, et de 
donner sur un écueil. Dans quelques endroits, deux 
iles partagent le lit en trois passes (irei bocas)^ emtn 
lesquelles le choix devient diflicile (2). Au fiiiqf 



(1) U plus <^lmduc cl U plos célèbre est ccUe dH Paroûo, o« tf« te 
Ortjonn^ sito^ à reitrémil^ méridionale du Uc des Xarayes. Le prenier 
et ce» DMDS loi fut înposé ptc les conquemu ^ cnucot y trMivef «• 
DOUTfl Edcn ; le sccood dcri^c de U foroie des oreUlcs percées cl pon- 
à&ùUs de ses habium^. C*esl à tort que ce caractère les a fail r«guder 
foauiie lc$ dernier^si desteadanls des Incas. La coatune de dilater éam 
d^ncroTables pnoportkwsle lobule de Toreille par rintrtvdQclioD d'un corps 
otranfrr. est très<repaiMhie dan» le Xou^eto Moode. 

,t) Lat îl' i(» vl-«*«ç<T\ 



NAVIGATION FLUVIALE. H7 

muerto (lut. S5? 32') » on devra suivre le bras le plus 
occidentalt celui qui côtoie le Grand-Cbaco. 

Enfin, il faut encore se tenir en garde contre les 
jaguars qui peuplent les rives du Paraguay. Les marins 
qui accostent, soit de jour, soit de nuit, choisiront de 
préférence sur la rive gauche un lieu découvert, dans le 
voisinage des postes que le gouvernement entretient 
pour prévenue les incursions des Indiens. Nous parle- 
A>iis ailleurs de ces blockhaus dont la garnison a pour 
consigne de porter secours aux bâtiments en détresse. 
Les tigres noirs sont plus redoutables que les autres. 
Us attaquent Téquipage imprudemment endormi à 
terre, car la vue du feu ne les effraye pas comme on Ta 
prétendu ; nageurs infatigables , ils poursuivent les 
pirogues qu'ils s'efforcent de faire chavirer. On en a vu 
s'élancer sur la. planche qui établissait une communi- 
cation avec le rivage, et enlever des hommes dand leurs 
embarcations. « ■ < 

Les serpents aquatiques {Curi^us des Guaranis}, sont 
des visiteurs plutôt effrayants que dangereux. Attirés 
par Todeur des volailles dont on les dit trë&*friands, i\é 
se bissent à bord à l'aide du gouvernail et des aspérités 
du navire. Deux fois, pendant la nuit, M. de Beaure- 
paire-Rohan, officier d'origine française au service du 
Brésil, 8€ trouva -aux prises avec un de ces énormes 
reptiles, et il confesse avec franchise qu'il dormit mal 
jusqu'au jour, ce que le lecteur croira de reste (1). 



(1) Viagem de Cu\fabà âo Rio de Janeiro, pelo Paraguay, Cor- 
fientes, etc., cm 1846. S. Paulo, 1W7, br. de 19 p. 



ikS HYDROGRAPHIE. 

J'ai décrit longuement la navigation du Bas-Pftrt- 
guay. Vers le sud, en effet, les rivières ont une grande 
importance commerciale, et le Paranà est, on peut 
dire. Tunique route qui mène à cette enclave presçie 
entièrement entourée par le désert. Sans doute, k c6té 
de ce chemin des premiers conquérants, il existe p<Hir 
le Paraguay des voies terrestres de communicatÎMi. 
Au temps de Francia, les négociants brésiliens se rai- 
datent à Itapua, à travers la province de Rio-Grande; 
et, dans ces dernières années, le président Lopei re- 
doutant, non sans raison, la perte de cette issue 
a tenté d*en ouvrir une nouvelle vers le Brésil « k 
U hauteur de Villa* Rica et de Tembo'uchnre darie 
Iguaiù. Ses efforts ont échoué; et le d^rèvement des 
droits d'exportation et dHmportation , pat la voie éê 
terre ^ décrété le 8 janvier 1846, n a pu compenser la 
longueur et les frais d'un pareil trajet. 

Longtemps encore le Paranà doit être le seul dâMm- 
ché praticable pour le commerce du nouvel État. On 
comprend dès lors U persistance opiniâtre avec laquelle 
son gouvernement en a contesté la souveraineté m 
général Rosas« et les refus opposés par ce dernier aux 
tnslances des agents de llntarventioo anglo-firançaise, 
el à celles du président Lopei dont il comptait nmener 
le pays dans le sein de la ConfcdératioB ArgeotÎDe, 
par U perspective de b misère, conséquoiee de la ruine 
du commerce et d^un nouvel eraprisonneaMnl* 

Les onie embouchures du fleuve, si vantées par les 
historiens de la découverte, ne sont pas accessibles à 
tous les naviriM^. Vu bitinmit de fort tonnage doit 



NAVIGATION FLUVIALE. 149 

en quittant la Plata« prendre la Boca del Paranà-Guazû, 
que commande le fort élevé sur Tile de Martin Gar- 
cia. Si déjà la crue commence à se faire sentir^ si 
le vent souffle avec force du S. E. ou du S., le na- 
vire guidé par un bon pilote, peut vaincre avec lenteur 
un courant dont la vitesse atteint 4 milles dans les 
passes étroites de Cerrito et d*Obligado. Mais ces 
brise» favorables se font attendre pendant des semaines 
entières; elles soufflent souvent en tempête , ou^ sont 
impuissantes à remettre à flot Tembarcation échouée 
sur les bancs mouvants qui encombrent le dienal. 
Bientôt la vapeur abrégera les longueurs de cette navi- 
gation, et permettra d*en éviter les écueils. La fprce et 
la rapidité du courant que les vents dominants aug- 
mentent encore, les bas-fonds, les méandres nom- 
breux et les brusques sinuosités du fleuve , cesseront 
d'être des obstacles pour ce modificateur si puissant des 
relations internationales. 

Pendant toute Tannée, dit M. le commandant Picard 
dans sou Rapport, la navigation jusqu'à Paranà est pos- 
sible pour les bâtiments ayant un tirant d'eau de 3°',30; 
mais au-dessus de cette ville , on rencontre des passes 
où quand la rivière est basse, il y a seulement 2 mètres 
d'eau, et quelquefois même un peu moins. Quand la 
rivière est baute, un navire calant 4^,30 peut aller 
jusqu'à Corrientes, et seulement jusqu'à la Paz, s'il 
cale 4",80. Lcf Vixen de S. M. B., coirvette à vapeur de 
300 chevaux, avait un tirant d'eau de 4™, 40 en par- 
tant de Paranà pour Corrientes le ? mars 1855 (1). 

(1) Reme coloniale, oeiobre 1855, p. 503. 



150 HYDROGRAPHIE. 

Le chenal éprouve de fréquentes modifications dans 
sa profondeur et dans sa direction, par suite de la mo- 
bilité des îles et des bancs. Il est à peu près impossible 
de se passer de Tassistance d'on pilote; la ressonroe 
des cartes • devient inutile, et les travaux hydrogra- 
phiques exécutés en 1 846 par le capitaine SuHivan, de 
la marine anglaise, sont à refaire depuis longtemps. 

Les grands navires, nous le savons, doivent s^arréter 
au Salto chico^ au-dessus de Corrientes ; mais s'ils ont 
une autre destination , s'ils doivent remonter jusqu^à 
TAssomptioi, ils cherchent rentrée du bras oriental *da 
Paraguay pour passer en vue et très-près de Tile Alajo, 
où le poste du Cerrito impose aux bitiments^e cmh^ 
merce Taccomplissement de formalités minutieuses 
dont nous reparlerons (1). 

Le nom de Très boeas, a été donné très^mprepre^ 
ment à la double embouchure du fleuve , lequel ne 
se réunit au Paranà que par deux bras séparés par File 
Atajo. On rencontre une petite ile à douze minutes de 
marche du Cerrito, qui, de ce point, reste au N. 4 5* O., 
à la distance de 7 10 de mille. De là, au R. N. 
70* 30' E., la vue découvre le Paranà, dont la largirar 
est d*un mille I.2. La rive gauche se voit dans la di- 
rection de S. O. à N. 0. (2). L*ile Atajo, nous le dî- 



(I) V«|« Farts £coiio»hks» -ifnrvlhm. iméuUne^ CcMWMrer. Cm 
r^çkfliciil» <ie palîc« fiscale ont ete réctWBeot modifiés pir le décret du 
Frésîdefil Lopei &m t6 août tS98« es eiéoilMMi de la cootenlte condôe 
le \t f^TTter de la atee aottee atec le Bn^l » et addàtioaoelle an trailé 
d'Amitié de Commerce tfl de Navigation du 6 avrtl t856k. 

{t) A. Ltvnctm^ MtWÊoért inédit. 



NAVIGATION FLUVIALE. 151 

roDS plus tard, a peu d'importance au point de vue 
stratégique. 

Au-dessus de ta petite cataracte'(saut de Âpipë), le 
Paranà n*est navigable jusqu'à Candeiaria qu^en teittpt 
de crue. Â rembouchure du rio Iguazù commencent 
les rapides .et le3 tourbillons qui ne cessent qu'au 
Saho grande. Ofi parviendra sanis doute, dans Tavenir, 
i Taincre cet obstacle en creusant un canal écluse. 
Laissons de côté la réalisation lointaine de ce projet, 
et disons seulement que les Jésuites avaient ouvert sur 
la rive orientale du fleuve un chemin d'une vingtaine 
de lieues, qui reliait leurs Missions du Paraguay à celles 
de la province de Guayra. 

Au-dessus des Sept-chutes, le Paranà offre aux Bré- 
siliens un cours paisible qu'ils remontent pendant une 
centaine de lieues jusqu'aux rapides de Urubu-Punga, 
à travers lesquels existe une passe accessible aux petites 
embarcations, qui pénètrent sans de trop grandes difii- 
cultés jusqu'au centre des provinces de Goyaz et de 
Minas-Geraës. * 

Ainsi va le Paranà, ce Mississipi du Sud, roulant ses 
eaux rapides pendant six cents lieues sous des latitudes 
très-diverses. Dans cet immense parcours, ses bords fer- 
tiles étalent successivement aux regards du voyageur 
les productions de la zone équatoriale, et les fruits que 
mûrit le soleil plus clément des régions tempérées. 
Fécondées par les bras actifs de la vieille Europe , 
ces vastes solitudes encore ignorées pèseront d'un 
grand poids dans la balance commerciale-du globe : et 
les voies magnifique de communication ouvertes par 



152 HYDROGRAPHIE. — NAVIGATION FLUTIALV. 

une nature prodigue à travers cette terre promise, 8ÎI«- 
lonnées par la vapeur, lui assurent un avenir dont Fea- 
prit le plus enthousiaste entrevoit avec hésitation la 
«Égnifieence (1). 



( 1) L'analyse dt Teau dès rifières et de qodques lagvaes ^enteiail vm 
grand intérèC à cette série de chapUres consacrés à PHydrographie du Pa- 
raguay. Je regretterai toujours que les circonstances an milien desqndles 
s'est eflèctné mon retour, m*aieoC obligé à Fabandon des écfcantfltoiB 
que j'ayais recueillis. Ceui du lac Ipacarahy , après SYCir résisté pendail 
plusieurs centaines de lieues aui rudes aDures du cheval , ont été brisés» 
en pleine mer, par le roulis du vaisseau* 



CHAPITRE XIV. 



— UPICT n U TÉSÉTATIOI ; GAlACTtUS M LA nOil. 



k: 



L 4 * 



« Je ne sais plus quel vieux Missionnaire pénétrant 
dans les forêts qui bordent TAmazone» s'écria, ravi par 
Tenthousiasme : Quel beau sermon que ces forêts I D'un 
mot, il essayait de faire comprendre ainsi leur sublime 
beauté ; d'un seul mot, en effet , pour qui a des sou- 
venirs , il peignait ces immenses arcades formées par 
les Vignaticos joignant à quatre-vingts pieds leurs bran- 
ches robustes , comme les ogives de nos cathédrales 
8*entrelacent dans leur régularité grandiose. D^un seul 
mot , il peignait ces lianes verdâtres , entourant dans 
leurs spirales immenses quelque vieux tronc de Sapou- 
caya (1) , ainsi qu'un serpent qui se tiendrait immo- 

* 

(i) Lccythis oUaria. 



15^ RÈGNE VÉGÉTAL. 

bile comme le serpent des Hébreux attaché à sa colonne 
d*airain. D'un mot, il peignait encore ces aloès, coupes 
du temple, qui ouvrent à l'extrémité des Jaquetihas 
leurs calices immenses de verdure, prêts à recevoir la 
rosée du ciel; puis, ces candâ||^s de cactus qu'un 
rayon du soleil vient quelquefois dorer, et qui se pa- 
rent d'une grande fleur rouge comme d'un feu soli- 
taire; puis, ces guirlandes d'épidendrum se balançant 
au souffle des vents et fuyant l'obscurité des forèCs 
pour jeter leurs fleurs au-dessus du temple; puis ces 
bignonias, guirlandes éphémères qui forment mille fes- 
tons. Il disait aussi le cri majesttueux du Guariba, 
dont le silence iest interrompu vers le soir, et qui se 
prolonge comme la psalmodie d'un chœur, tandis que^ 
le Ferrador, jetant par intervalle son cri sonore , imite 
la voix vibrante qui marque les heures dans nos cathé- 
drales. » 

Cette description 9 que. j'emprunte à l'auteiir des 
Scène$ de la Nature ,$qus les tropiques (1) , n^ doope 
encore qu'une imparfaite idée des magnificences végé- 
tales, qui sont pour les pays encore vierges du Nouveaii 
Continent, ce que sont les merveilles de l'art en Eu- 
rope. Hâtons-noufi de le dire, squs le rapport des car 
ractères de sa flore et de l'étendue de ses ibrèlSt le Fa* 
raguay sert de transitioa entre les grandes plaines du 
sud, et 1 immense région forestière du bassin de l'Aoïar 
zone. Ainsi, vers le nord, des forêts, rareipent inter^ 



vt) FerdiMQd Denis. Voy. rédittou qa'il i publier du Voyage dans Us 
oteU lit ia OwftiHe française, par r. V. Malocct, p. 103. 



ASPECT DE LA VÉGÉTATION. 155 

rompues confiDent à cellea du Mato-Grosso; mais à 
panir du vingt-quatrième parallèle, elles aUernent avec 
des savanes noyées ou couvertes de hautes herbes et de 
palmiers. Plus au sud, les plaines n'offrent de bois 
vielles que dans le njjjbinage deâ fleuves ; et l6 cours 
du Paraià, de TUruguay et des sous-affluents de la 
Plata, est indiqué par des bandes étroites couvertes 
d'une végétation luxuriante » et tracées en zigzags ^u 
milieu d'un jdésert de verdure. 
: Lorsqu'on descend le Rio-Paraguay» on reste encore 
frappé d'un changement dans l'aspect de la végétation; 
qui dépend moins peut-être de la succession des espèces 
holaniques, que de l'influence des conditions au milieu 
desquelles elles vivent et se développent. 

Les conditions climatériques qui président à l'ac- 
eomplissement de l'acte de la végétation , différent, en 
effet» assez notablement au Paraguay » de celles que 
l'oa rencontre à la même distance de H£quateur sur 
lee côtes océaniques; Nous verrons plus loin , que si 
la division d^ saisons n'y a pas • encore le caractère 
titoché qu'elle revêt dans les. pays tempérés , etle 
s'éloigne déjà d'une manière sensible deia marche et 
de la succession régulières que l'on observe dans les 
contrées équinoxiales. C'est par la rareté, l'inconstance 
et la yariabilité des phénomènes bydrométéoriques; par 
des alternances de sécheresse et d'hjyimidité extrêmes, 
que le climat du Paraguay se distingue à la fois du 
climat de la zone intertropicale, et de celui des lati- 
todes tempérées. 

Les effets du printemps ( septembre, octobre et no* 



156 RtoNB ViGiTAL. 

vembre) sur Its phénomènes de la végétation, sont 
|)eu sensibles, car k plupart des arbres ont travené 
rhiver sans perdre \&m (eniUag» : alors oependantte 
fleurs s'épanMâssent, et Therbe des praîriis s*élève piw 
verte et plus touffue. ^^ 

Durant Tété , les plantes eaqposées aux ardeurs d'un 
soleil torride ne Tegoivent pas toujours Teau qui l^ir «è- 
rait nécessaire. Sous Faction prolongée du vent da N., 
plus fréquent dans cette saison, les pfttnrages ae deaa^ 
chent, rkeriie devient jaune, se durcit, et n^offire plus 
aux troupeaux qu'une nourriture insuffisante. Te» le 
milieu du jour^ les feuilles des ariiras eouiliées aur 
leurs pétioles, restent pendanles et cooune flétries jw- 
qu> ce que la rosée de la suit les base revivre. Cet 
eflet se remaïque mène sur la feuille épaisK et presque 
coriace des orangen. Sans ces rosées dKNadaBlw la 
végétation périrûL Mais, survienl-il une averse apris 
une sédMTssse de plusieurs semaines? Tout à coup b 
scène change; la plaine se couvrc presque instantané- 
ment d'un tapb de verdure; à assure que Teau 8*iii* 
flltre dans le sol^ les feuilles des graminées se dérou- 
kttt : il semble^ coaune le reaauque le Doctevr 
KMgjp0r% que I ou pourrat suiprandrs la nature dbna 
aci^ lie I aocfwsseBMni^ 
Duw k« rAgious dMMMks cummf mus les latitudes 
Kmpéwdf du globe^ Tmu <ât f é lém e nt essentiel de b 
v^ vé^si^talK la cauM de mu espaHseu Tqpaunuse 
«MM i N tK UMi iumwmiuii. Le m1 V est d^uue 
irNiM iimiKlié^ pMx^f que Hiv^ramècrp se 

|ii^Qi^w WMWR^n^ viWP"^w^o w i^ran ^k 



ASPECT DE LA YJGliTATION. 157 

Cet excès d'humidité, très-appréciaUe sur les côtes du 
Brésil, y détermine une force de tégétation qui étonne 
et ravit le voyageur appelé à lODtempler pour la pre- 
mière fois les merveilles ie la nature équatori^le. En 
aucun pays du monde, peut-être, cette végétation n'a 
plus de force , et les forêts ne présentent plus de ma- 
jesté qu'à Rio de Janeiro» parce que nulle part l'hu- 
midité n'est aussi grande (1 )• Les pluies toujours plus 
fréquentes sur les côtes que dans l'intérieur des conti- 
nents; le voisinage des montagnes qui entourent la 
capitale du Brésil et la- brise chargée de vapeur d'eau 
qui souflDe du large; telles sont les causes qui produi- 
sant cet excès de saturation humide. J'aurai toujours 
présent au souvenir le spectacle de ces magnificences , 
que j'ai retrouvées dans toute leur pompe au nord de 
la province de Rio , sur les bords de la Parahyba. 

Les pluies générales de l'automne surviennent sou- 
vrat avec un vent de N. ou de N. E. Cette circon- 
stance, en augmentant la chaleur, et en répandant 



(1) La moyenne aooaelle de Phiimidité de Tair o*est , à Paris, que la 
moitié de celle de Thiimidité de Tair è Rio. Ce résalut « qaî semble tout à 
fidC en contradiction a^ec la pureté du ciel des tropiqnes , et Tétat bru- 
manx de Fatmosphère parisienne, s^ezplique par la diflérence considé- 
rable qui eiiste entre les températures moyennes des deni yiUes ( 33* 
ponr Tnne, et 10*,8 pour Tautre). On sait, en effet , qne plus la tempéra- 
tve de Tair est élevée , pins grande est la quantité de Tapeur d*eau qn*il 
peatcontenir. (Voy. un remarquable Mémmre de M. Pissis dans les CcmpUi 
ffMhw †V Académie des $eUnees, juillet 1843; les reletés de Bento 
Saadies Dorta, PtUrieta RrunUito, 1813-14 ; et les obsenrations météo- 
rdogiqnes publiées par MM» Spii et Martius, Tamiral Roussin et le ca- 
pifakie Freydnet.) Notons , en passant, que là quanUté d*eau qui tombe 
aoBoellement sur les eétes do Brésil tend à diminuer; el qne les oirages 
elles pluies ont perdu leur régularité par suite du défricbement déréglé 
des forêts. 



158 REÇUE VÉGÉTAL. 

une plus grande buinidité dans Tair, imprime, aux 
phénomènes de la vie végétative une vigurar nouvelle 
qui ne s'arrête que par4*abaifi8emeDt de température, 
produit en hiver par le veit de S. Après planeurs 
jours de brumes épaisses et de pluies fines, ce vent 
gagne le S. 0. , et le ciel s'éclairait. Alors , si Tat^ 
mosphère devient calme , on observe pendant la nuit 
une gelée blanche. Ces gelées inconnues dans le Haut- 
Paraguay , ne sont nuisibles qu'à la canne à sucre dont 
elles détruisent les rejetons {cogoUm) , si le sol^ les 
frappe avant qu'on ait pris la pnteaulion de fidre touH 
ber les glaçons qui les «dtourent, à Taide d*um longue 
corde traînée sur les cannes : c'est le dégel subit et sans 
transition qui nuit aux végétaux. 

Les froids de l'hiver n'ont d'ailleurs rien de lûen ri* 
goureux , car leur action n'empêche pas la vigne de 
fleurir pour la première fois, et les wangers pour la 
seconde. Dans celte saison , fleurissent aussi el pros* 
pèrent les légumes et les plantes importés d'Europe^* 
les choux-fleurs, les ro^ers, les salades et les œillets 
(Reugger). 

Nous parlerons plus loin de rabaissement assez no- 
table de température produit par le vent d'E. ou Fmi- 
Am ^ qui souffle règulièranent après le coucher du so- 
leil« Celle fraîcheur des nuitsqui succède à une chaleur 
accablante, doit modiâer la distributicMi géographique 
dce v^^fMaux^ lavoriser la fructification de cerinins ar- 
bres exotiques el nuin^ à celle de quelques plantes in- 
digènes. Ne poumil-<« pas attribuer à cette dreon- 
élance diiualérique. rabs^ence des bananiers dans lès 



ASPECT DE LA VÉGÉTATION. tS9 

liifl6ioD$ de rUroguay? J^ai vu le bananier daito'un 
jtrdin, à San-Borja, mais il n'y fructifie pas ; tandis 
qa?il Tient très-bien dans îa e^jfiBie êe San-Leopoldo 
Mti^e dans là même province, & une latitude plus mé- 
ridûmàle de près d'un degré. 

Les scènes grandioses de la nature américaine ont 
été trop^ éloquëmment décrites par les voyageura» les 
savants et les poètes , pour que je me hasarde après 
GUtteaubriand, Bernardin de Saint'-Fierre, MM.Âlexan- 
dn de H^mbôldt, Mafrtius, Âug. de Saint-Hilaire, etc., 
k ncoRter la splendeur un peu monotone des forêts 
vierges , leur silence imposant et triste vers le milieu 
dtt jour,' interrompu au lever et au coucher du 'soleil , 
fn les miltie bruits que fait entendre la population 
eliîr-semée de leurs solitudes. 
.«Les variations un peu brusques de température dont 
)• ipens de parler; Tinconstïmce et Tirrégularité des 
phi^omènes hydrométéoriques jointes à Tiction pro*- 
longée d'un soleil de feu , donnent aux grands bois du 
Paraguay méridional , l'aspect de ceâ forêts moins 
vastes et moins touffues qui portent au Brésil le nom 
de CatingM. La végétation est moins riche et moins 
pressée ; elle comprend quelques espèces qui se dé- 
poiuHent de leurs feuilles. Mais si la circulation de la 
s4ve parait s'arrêter che2 elles; c'est moins par suite de 
nflflueBce du froid que du manque d'humidité. Ainsi, 
les pétioles se détachent des rameaux et les feuilles 
flétries tombent, parce que la sécheresse produit ici une 
partie des phénomènes qui sont dus, ailleurs, au souffle 
de l'hiver. 



160 RÈGMB VÉGÉTAL. > 

Mais, à la même latitude, on retrouve sur la rite 
des fleuves et des rivières , au bord des lagunes e( des 
e$tero$^ les grands asp^ts d'une nature eaeore viei^^ 
et tout le luxe de la végétation tropicale. La hapte cime 
des Lapachos, des Cèdres, des Urundeys, des Algaro* 
bos, des Peterebys, etc., domine un fouillis inextri- 
cable d'essences naines, aux feuilles diversement dé* 
coupées, qui cacbe à Tœil le sol perpétuellement ho* 
mide de la forêt. Du sommet de ces géants descendent 
jusqu^à terre ou s'élancent de l'un à l'autre, des lianes 
dont le réseau s'enrpule en spirales autour des braqdies 
et du tronc, les étreint, et semble les retenir comme 
font les cordages noués aux mâts d'un vaisseau. Tan- 
tôt, ces plantes parasites qui tuent l'arbre qui les &it 
vivre, pendent avec la rectitude d'un fil à plomb; 
tantôt, elles se déroulent en gracieuses arabesqpes 
jus(^u'à la surface de l^u. On dirait alors des lignes 
qu'un pécheur aurait amorcées avec les fleurs les plos 
éclatantes (1). 

Mais, si l'air toujours chaud et humide circule avec 
peine à travers ces voûtes sombres; si les tiges sarmen^ 
teuses des lianes restent immobiles sous le soufilede la 
brise du soir, l'ouragan s'y fraye un passage que l'on 
suit aux traces qu'il laisse derrière lui. Sous le déchai- 
neroent tempétueux- du pampero , d'horribles craque- 
ments se font entendre; le tronc vermoulu des pal- 
miers centenaires s'écroule , et le sol reste jonché de 



(1) Alfrid Maqbt, Rapport twr Vouwrage du docteur MartiuM HUi^ 
tulé : Tahula vegetatioiiii in Broêilia, etc., dans le BuUetIn de la So- 
ciété de géographit, 4« série, 1656, t. XU, p. 122. 



ASPECT DE LA VÉGÉTATION. 161 

colonnes naturelles que Ton prendrait pour les ruines 
oubliée d*un temple grec envahi par une végétation 
parasite. Malheur alors , malheur au voyageur surpris 
par l'orage au milieu de. ces profondeurs boisées t II 
court. le risque de périr écrasé dans la scène de dévasta- 
tioi| qui s'approche. 

Les familles natureHes ne sont pas toutes également 
représentées dans la Flore du Paraguay et des Missions. 
Les genres Mimosa^ Quassia, CUrw^ Launis, Ilex; Bi- 
gnonia m'ont paru , le premier surtout, les plus répan- 
dus. D'autres genres de la nombreuse<famille des Légu- 
mineuses; l^s Composées, les Euphorbiacées , les Bro- 
méliacées, les Myrtées, les Âpocynées, etc., compren- 
nent des espèces variées : j'indiquerai les principales. 

Dans la classe des végétaux monocotylédonés , l'in- 
nombtrable famille des Graminées renferme à la fois les 
espèces naines qui tapissent le sol, et constituent les 
prairies où paissent en troupes nombceuses les ani- 
maux herbivores; et des essences à la fois légères et 
résistantes, que leurs dimensions permettent d'em- 
ployer dans la toiture des habitations. 

Si l'Agriculture ne devait pas figurer dans le cadre 
de ce livre; si nous n'avions pas l'intention de con- 
sacrer quelques pages aux plantes économiques ou 
sociales, on comprendrait difficilement une énuméra- 
tion des richesses botaniques du Paraguay, dans la- 
quelle la première place n'appartiendrait pas au pré- 
cieiii végétal qui fournit lé Maté ou Thé de FAmé- 
rique du Sud (1), Cultivée en d'autres temps par les 

(1) Iléx Paraguarieniii (Auguste de Saint-Hittire), Iucinbis. Ce n'est 

11 



163 RÈGNR YéGilAL, 

Jésuites, cette Iltcinée donnait , entre leurs niaiDs 
habiles, des produits considérables : ces plantations , 
l*homroe les a détruites, ou elles ont péri faute de soins; 
mais si Tarbre n'existe plus qu'à l'état sauvage , il est 
répandu des environs de Rio de Janeiro au pied des 
Andes boliviennes, et le Paraguay trouve encore 
dans la préparation de ses feuilles, l'article le plus 
important de son commerce. 

Les brusques variations de température et les autres 
phénomènes climatériques, déterminent dans la flore 
de l'intérieur des continents, une variété que ne présente 
pas la végétation beaucoup plus uniforme des bords 
de l'Océan. Quel contraste entre l'admirable Nym- 
phéacée aux feuilles orbiculaires et gigantesques, si 
digne de porter le nom d'une reine (4), et cette Pit- 
cairnie aérienne dont les guirlandes légères chargées 
de fleurs aux suaves parfums, se balancent mollement 
dans l'air qui seul fournit les principes de leur déve- 



pas stD8 raison que le savant voyageur gourmande les botanistes qui 1i# 
tont peu toujours fort serufmteux iur les règles de la grammaire ^ d'a- 
voir voulu substituer à ce nom consacré par Tuaage, celui de Para- 
guayensis. A. db Saint -Hiliiri, Tableau général de la protntice de 
Saint-Paul, Paris, 1851, p. 105, à la note. Pour rester dans les limites 
rigoureuses d*une lalinité irréprpebable, il faudrait dire Paraquarienm» 
(1) Maiz del agua (Maïs d*eau^, G. Nelumbium : Victoria cruziana , 
d*0rb. Espèce à neur rosée de près d'un pied de diamètre, très-voisioe de 
la Victoria regia découverte dans la Guyane et décrite par le botaniste 
Liodiey. Déjà, M. Bonplaod avait signalé h M. de Mirbel Teiistence de 
cette Nympbéacée dans les lagunes et les ruisseaut du Paraguay; tl 
Tavait classée entre les genres Nelumbium et Nymphœa, Après la féeao- 
dation, les (leurs s*enfoQcent, pour mûrir sous Teau des graines que les In- 
diens rcebercbenl et mangent avidement. Lettre à ai. F, Delessert,' ém 
les Comptes rendus daf séances de V Académie des sciences^ mais 18M. 
Voy. aussi f an-Hodtti, Flore des Serres^ t. VI, 1S50. 



ASPECT UE LA VÉGÉTATION. 103 

loppement (4)! A côté de ces plantes qui ne servent 
quà la parure d^une nature splendide, apparaissent 
les formes bizarres des Cactées. L*une d'elles (C. 
Opuntia) nourrit la cochenille; une autre (C. Peru- 
vianus) , aux tiges rameuses , angulaires et armées 
de faisceaux de petites épines fauves , entoure les cul- 
tures des Indiens d'nn rempart infranchissable. Tous 
ces rameaux cannelés qui se détachent d'un tronc 
commun en arrondissant leurs bras, semblent, suivant 
l'expression poétique d'un voyageur, autant de candé- 
labres disposés à l'avance pour éclairer la nuit une fête 
de géants. Des lianes, dont quelques-unes (Aristolo- 
chiées) fournissent un suc laiteux très -vanté contre 
la morsure des serpents, ces hôtes redoutables des so- 
litudes américaines, s'enlacent et se suspendent à la 
haute cime des arbres , tandis qu'à leur pied s'étalent 
deux Broméliacées épineuses [Ybira, Caraguata)^ dont 
les feuilles charnues fournissent par la macération une 
fibre textile, souple et résistante, préférable au chan- 
vre pour la confection des câbles, des cordages, et le 
calfatage des embarcations. 

J'arrive maintenant à Fétude de productions plus 
importantes. 

(t) Flor dêl ayrv (Fleur dto Tair) des Espugnols; CardffwiSa'mi des 
Goaraois ;. BBOHÉLucEiSi Les balcons des miisoos de Bacoos-Ayres sont 
UfHSsés de la variété à fleurs jaunes que Ton appelle AngelUo, pctil 
ange. 



CHAPITRE XV. 



BtsR HstriL (^aite ). — ni boii n paba§vat «t ms nssitn, 



Les bois du Paraguay possèdent certains caractères 
généraux qui les distinguent de ceux de l'Europe , et 
que Ton retrouve dans les bois du Brésil et des 
Guyanes (i)* Ils sont très-cpmpactes, d'une pesanteur 
spécifique considérable, et ne flottent pas. Ils brûlent 
diiTicilement, mais en revanche ils ont une solidité et 
une durée extrêmement remarquables. Rien de plus 
triste au milieu des défrichés (roçados) du Brésil, que 
Taspect de ces arbres séculaires, que la hache du plan- 
teur a' été forcée de respecter, et que le feu a noircis sans 



(1) V. DE NocviON, Eœtraitt des auteurs et voyageurs qui ont écrit 
sur la Guyane, suivis d'un Catalogue bibliographique ,] Paris ^ 1844 « 
în-8* ; — Noter, les Forêts vierges de la Guyane française, Paris, 
1827, 10-8* ; — SciOHBUBaK, A descripciou of bristish Guyana , Loa- 
doD, 1840, in-8*. 



DBS BOIS DU PARAGUAY. - 165 

pouvoir les consumer. L'outil tranchant ne les entame 
qu'avec peine ; ils deviennent très-unis sous le racloir, 
prennent le vernis admirablement, et se laissent bien 
débiter en placage : ils sont difficiles à sculpter à cause 
de la compacité et de la finesse de leurs fibres, mais ils 
se tournent bien. 

Leur durée, leur incorruptibilité, les rendent pré- 
cieux pour la marine : Azara estime qu'un bâliment 
construit au Paraguay, dure trois fois plus qu'un autre, 
sans l'aide du goudron- dont Fusage est à peu ()rës in- 
connu. 

Comme bois de constructions civiles, on peut les 
compter parmi ceux de premier ordre, à cause de leur 
grande, résistance à la .flexion. 

En Amérique, on attribue à la nature du sol, à l'ex- 
position et aux conditions climatologiques , une iti- 
flueoce fort exagérée sur les caractères physiques et les 
qualités des bois. Les quelques personnes instruites 
qu'on y rencontre, n'hésitent pas à regarder comme 
dues à l'action sans doute .puissante de ces causes , des 
dissemblances qu'il, serait beaucoup plus rationnel de 
considérer comme liées à des variétés botaniques d'une 
même espèce d'arbre. Toutefois, il faut reconnaître que 
la même bois pris dans deux localités peut offrir des 
différences assez notables dans ses propriétés : on sait 
qu'il en est ainsi en Europe. On admet donc , et 
avec quelque raison, que les arbres qui croissent dans 
le nord du Paraguay et le Grand-Chaco, au milieu de 
plsûnes huitiides ou fréquemment inondées , ont plus 
de* porosité et moins de résistance que Ceux qui vé- 



166 RÈCNE vfeÉTAL. 

gëtent dans des conditions opposées, dans les ter- 
rains secs, ou sur la pente des montagnes, ces derniers 
résistant mieux à Faction destructive des forces atmo- 
sphériques. 

Si l'élévation du prix du fret, première conséquence 
de Féloignement, ne permet pas de compter lesboia de 
TAmérique comme pouvant devenir pour la France 
un objet d'échange important au point de vue des 
constructions civiles et navales, il en est autrement 
lorsqu'on les envisage comme bois d'ébénbterie. L'é- 
clat, la nouveauté , la richesse de leurs couleurs et la 
délicatesse des nuances qui les unissent ; leur facilité 
à se laisser débiter en feuilles excessivement minces, et 
à prendre le vernis sous l'action peu prolongée du tam» 
pon, les rendent précieux pour la fabrication des meu* 
blés de fantabie. « Ils peuvent être employés avec 
succès comme bob de placage, et donner des meubles 
qui seront à coup sûr recherchés par les amateurs du 
luxe et du confortable (1). > 

C'est surtout dans les meubles non plaqués où le 
prix augmente en raison de la plus grande quantité de 
matière employée , que les bois du Paraguay auraient 
l'avantage sur l'acajou qui coûte deux fois autant : la 
nouveauté, le ton varié de leurs couleurs, leur donnent 



\,V PrtMkr Bmpport dt M. Plaisaai. Ckaigé ptr M. le Nimin 4e 
PAgriculturv el du CoeuDercr d'etpértncnter {UusieQrs écèastilloos de 
te» da fartgiiaj. II. Pieisaot, chef des iriYan à rÉcole ëàxi» H Méden 
d*Àii, e \Deiiaigiie 1m rteduu d^eipéneson MaÉkrenes el de eelcvli 
etacts» dans des rapports eocore iaédits qm porteot la date dea 20 février 
1SM H SS 9fpte«bi« tS5&. Les deot «i^noirer dm «Tant iogéoiear m 
laieaeol ries à d tti ae r a« peiai da.nM ^cewif a et caauMrcial : ao ki 
tr««Tfra a«i tUtrn jmHJkmtènê^ 



DES BOIS OU PARAGUAY. 187 

uqe supériorité incontestable sur le noyer, le cbéne et 
le sapin. 

L'importance de ces considérations économiques 
n'échappera à personne. L'introduction en France des 
boU du Paraguay procurerait un bénéfice réel aux né- 
gociants qui en feraient le commerce ; elle ajouterait 
eo même temps au nécessaire et au bien-être des popu- 
lations, dont une grande partie ne peut aborder les 
meubles dits de luxe, à cause de l'élévation de leurs 
prix. 

M. l'ingénieur Plaisant termine son Second Rapport 
à H. le Ministre du Commerce par les conclusions sui- 
vantes : 

c Les bois du Paraguay offrent beaucoup de 

chances de succès pour être préférés aux autres bois en 
général en usage dans nos pays ; attendu : 

1* Qu'ils ont, comme bon marché, une grande su- 
périorité sur l'acajou, et sur tous les bois exotiques de 
luxe ; car l'acajou qui est un des moins chers , coûte 
382 i'r. 50 c. le mètre cube , tandis que le plus cher 
des bois du Paraguay ne vaut que 173 fr. 68 c; un peu 
moins que la moitié du prudent ; 

2^ Que leur emploi dans l'ébénisterie, pour les meu- 
bles non plaqués serait d'un commerce très-lucratif, et 
le commencement d'une concurrence universelle pour 
les meubles en acajou et autres eu bois étrangers ; 

3* Que, quant aux meubles plaqués, on ne peut 
comparer les bois avec lesquels on fait les meubles 
communs , avec l'éclat des couleurs des bois de l'As- 
somption ; conséquemment en importaiH ces derniers , 



M8 * RtfillB YÈ^tTâL. 

m 

les autres bdie* edndent ImMAt abindonnés ; è*lB8t-à* 
dire qu'oo ne les emploierait plus pour eonfediomier le 

meoble; "^ . 

i^ Que i^usage de ees bois dans les eonstraolions ci- 
vUes, présente des avantages incontestables, et eonme 
légèreté, et comme prix de revient, sur le chêne de 
Bourgogne qui est le moins cher de tous. > - 

Nous avons dit plus haut (p. 118), quelques mots 
sur l'importance à toutes les époques du commerce des 
bois, en signalant les mesures impolitiques qui ont en- 
traîné sa ruine. Tôt ou tard , cette mine féconde sa- 
gement exploitée doit occuper, sous un régime plus 
libéral, le premier rang dans les exportations du pays. 
On trouvera plus loin des détails sur Téfat actuel de 
l'industrie forestière, encore entravée par le décret du 
2 janvier 1 846, et par l'absence ou le mauvais état des 
chemins ; sur l'exploitation et le prix des bob : il ne 
sera question ici que de leurs propriétés (1). 

TATANE, MuiosiES. 

J'ai parlé plus haut de fincombustibiîité des bois 
du Paraguay. Le Tatane, ainsi que l'indfque son nom 
guarani , ne brùle pas. Il se consume sans flamme , 
sans laisser de braise, et en répandant une odenr fé- 
tide (2). Lorsqu'on le fend, il éclate en longs mor- 



(V Tof. Paitii ÉcOHOiiittiiB, ti aui Piꀀêjm$iilkûHtti^ les Baf^forti 
de M. Flaisaal. 

\V Des ëem mois lois, Iba, H m particale privalm; oo dit «Mi r«- 
lare, df tatm el re maoTaise odf ur. 



DES BOfS DU PARAGUAY. Il59 

ceaux tortueux ; aussi entre-t-il dans les consiruclions 
navales, pour les liaisons et les courbes des navires. On 
pourrait cependant l'employer dans la charpente, le 
charronnage et même l'ébénislerie, parce qu'il est très- 
dense, incorruptible, d'une belle couleur jaune nuan- 
cée ; qu'il prend bien le vernis, et qu'il est très-difficile 
d*én retirer les clous qu'on y a enfoncés. Assez com- 
mun, il croit isolément ou forme des massifs. 

CEDRO , Cedrela BrasUiensU; C. odorata. 

Deux espèces. C. blanco. 

C. Colorado. 

Le Cèdre, très-différent de celui d'Europe, est un 
des arbres les plus communs et les plus beaux du Pa- 
raguay où il acquiert d'énormes dimensions. Le tronc 
seul s'élève souvent jusqu'à 20 mètres. La première es- 
pèce moins estimée se débite en planches. On emploie 
la seconde à une foule d'usages; à faire des caisses à 
cigares, des tables, des portes et des fenêtres. Il se 
laisse travailler plus' facilement lorsqu'il n'est pas tout 
à fait sec. Assez difficile à polir, il prend moins bien 
le vernis que la plupart des autres bois, parce qu'il 
est plus poreux ; mais il le conserve longtemps. Ainsi 
travaillé, il imite assez bien l'acajou. Il exhale, lors- 
qu'il est frais, une odeur désagréable. 

On< regarde comme une troisième variété un bois 
nommé Ccdrona ou Cedro castaho (bai-brun ) , qui me 
parait être une espèce botanique différente : elle est 
supérieure au Cèdre par sa beauté et sa solidité. 



170 BteHB TteiTAL. 

LAPACHO » BiGROHUCiBS. 

Deux eq>èce8 : Lapacho. 

— eretpo. 
Nom guarani : fpe[i) ou Taylj. 

Trèa-dense , inattaquable à Tair libre « il s'emploie 
dans les constructions civiles et navales : il fournil 
crexcellentes poutres. 

Le Lapacho à feuilles frisées {crespo)^ sert avanta- 
geusement dans le charronnage , Tébénisterie « les en- 
grenages de moulins, etc. Les Indiens du Paraguay et 
du Grand-Chaco en font des bois de lances. 

Il se laisse facilement travailler à Foutil tranchant 
et au polissoir. On rencontre les Lapachos agglo- 
mérés en bouquets, ou disséminés dans les fofièts, 
au milieu des autres arbres qu'ils dominent de leur 
vaste cime arrondie, touffue, et chargée de fleurs roses. 
Ils rappellent ainsi les plus beaux chênes des forêts de 
l'Europe , et paraissent répandus sur une surface im- 
mense , car on les trouve à la fois en Bolivie et sur 
les bords de l'Uruguay. 

ALGAROBO, Prosopis dulds, G. Ceralonia? Mimosées. 
Nom guarani : fbope. 

Il fournit des varangues et de très-belles courbes 
peur la construction des navires , et les jantes des 
roues. Un peu plus poreux que le Talane auquel il fcs- 

(I) Rmi coaHuw à pteMeor» espèces do G. Mi^nomim. 



DES BOIS DU PARAGUAY. 171 

semble beaucoup, il prend assez mal le vernis, mais il 
te conserve parfaitement. Sa couleur, très-belle, le 
rend propre à la fabrication des meubles de fantaisie. 
Le docteur Weddell signale TAlgarobo comme un 
arlnre de première utilité en Bolivie. Ses fruits , qui 
sont des gousses de deux à trois décimètres de lon- 
gueur, sont employés pour engraisser les bestiaux, et 
les graines servent à la nourriture des habitants eux^ 
mêmes (1). Le mésocarpe est une substance sucrée qui 
fournit par la fermentation une boisson agréable, mais 
enivrante {chkha) , déjà connue des habitants du Pa- 
raguay lors du voyage d'Ulderico Schmidel (1534) (2). 
On obtient à Taide d'incisions pratiquées sur son 
éoorce , de la résine qui combinée avec une matière 
ferrugineuse fournit une teinture noire. Enfin , cette 
écorce elle-même sert à tanner les cuirs qu'elle colore 
en jaune. Il existe plusieurs variétés de ce bel arbre, 
trè&*répandu dans les provinces de Salta, Tucuman et 
Santiago del Estejro. 

URUNDEY, HiMOSÉEsT 

Trois espèces : Urundey mi, chtco^' petit. 

— para, overo, tacheté. 

— pyfa, Colorado, rouge. 

Ces trois variétés sont rangées dans leur ordre de 



(1) WiMCLL, Voyage dans le 9nd de la Bolitfie, Paris , 1851, m-8% 

p. 38. 

il) Viage al Rio de la Plaia, p. 15-19, daos la Coleccion de oln^at y 
àoewKMntùs, t. UI. 



172 RÈGNE vteÉTAL. 

mérite. Les Urundeys sont des arbres de première 
grandeur, d*un diamètre considérable, très-durs, très- 
denses, et pouvant séjourner sous terre pendant des 
siècles sans pourrir. 

La première espèce , d'une couleur jaune , est pe^ 
santé et compacte; on remploie habituellement pour 
faire des charpentes, des poteaux (horeone$)^ des plan- 
ches et des meubles très-soKdes. 

LTrundey para, assez abondant aussi dans la pro- 
vince de Corrientes, a une couleur olive. Préférable k 
ru. pyta , il est inférieur à TU. mi. 11 faut travailler 
ces bois à Tétat frais, car une fois secs ils émous- 
sent les outils. Avec le temps, les veines et les nuances 
très - remarquables qu*ils' présentent, deviennent ob- 
scures et s*effacent. Mais Tapplication d'un vernis 8Ùf* 
tirait à conserver leur éclat primitif. Âzara assure 
(Voyages dans r Amérique mérid.^ 1. 1*', p. HO), qu'ils 
sont très-souvent attaqués par une grosse larve, et qu'il 
est rare de pouvoir les débiter en planches de plus de 
cinquante centimètres de large. 

YBYKAUO; nora giiar. de fbyra bois, et ro amer. 

• 

Le tronc de TYbiraro mesure souvent de 12 à 1 4 ra- 
ras. Très-commun; sa couleur rappelle celle du Cèdre. 
Excellent po,ur les jantes et Les rayons des roues de 
charrettes. On le débite aussi en planches, et on l'em- 
ploie dans le bordage des navires, où il fait merveille 
par sa durée. Azara fait une seule ^espèce de ce bois et 
du Lapacho. 



DES BOIS DU PARAGUAY. 173 

QUEBRÂHÂCHQ OU QUEBBACHO; Apoctnées? 

Deux espèces : Quebr. blanco. 

— Colorado. 

On le rencontre aussi à Corrientes et dans le Chaeo. 
Très-xiup» d'une solidité et d'une résistance extrê- 
mes, propre à tous les usages, il est plus particu- 
lièrement employé dans les constructions navales, car 
il résiste inxléftniment , de même que le Lapacbo à 
Taction destructive de Thumidilé. C'est un bois sans 
pores, à grain très-serré, et qui prend le vernis ad- 
mirablement : on dirait du marbre. Ces précieuses 
qualités sont encore plus prononcées dans la seconde 
espèce que dans la première. Dans la province de San- 
tiago , cet arbre Remplace le fer sans trop de désavan- 
tage, pour la construction des essieux de charrettes, et 
des cylindres à broyer la canne à sucre (1). 

TIMBO, MiMOSÉES; espèce d'Acacia. 

Nom guar. Timboy; ao Brésil Titnbo-Uvà. 

Trois variétés : Timbà blanco. 

— Colorado [Timboy-ala?) 

— amarillo. 

m 

D'une pesanteur spécifique beaucoup moins consi- 
dérable, et plus facile à travailler que les précédents. 



(1) Amcdéb JACQUES, Exeunion au RUhSalado, daos la nevue de Paris 
do 15 mars 1857. 



174 RàGNB VKGÉTàL. 

le Timbo est le bois par excellence pour les canots et 
les pirogues. Il atteint à dès dimensions colossales. 
C'est dans le tronc gigantesque de ce bel arbre qui ne 
se fend et n'éclate jamais , que Ton creuse ces embar- 
cations d'une seule pièce qui mesurent jusqu'à vÎQgt- 
cinq mètres de longueur, sur deux mètres et plus de 
largeur. La deuxième espèce est la plus estimée. Le 
Timbô croit à Corrientes , et au Brésil où son nom sert 
aussi à désigner des plantes douées de propriétés nar- 
cotiques et même vénéneuses (Euphorbiacées, Sapin- 
dacées, Asclépiadées). Annales de$ science$ nalureUes ^ 
tom. XII, 2* série, 1839, Botanique, p. 223. 

CURUPAY, Acacia Angico; Mimosées. 

11 faut classer dans le même genre les boia nommés 
Cunipaf'iia^ et Curupay-curu ou ata. 

Le Curupay abondant au Paraguay, croit aussi dans 
le Chaco. On se sert de Técorce pour tanner les cuirs 
auxquels il donne une couleur ferrugineuse. Très-dur, 
|H>u poreux, il prend très-bien le vernis. C'est le Ca- 
riifxiiï, BUca ou Sm/ des Boliviens. 

ESPINILLO, MmosÉEs; nom guar. Sanànba^. 

Quoique Irès-dur, très-compacte, et inaltérable soit 
à Tair libre, soit sous terre, TEspinillo est un excellent 
bois de chauffage. Ses branches minces et tortueuses 
brûlent avec la plus grande facilité , vertes ou sèches, 
en produisant une flamme trè$*vi?e. On en fait aussi 



DIS BOIS DU PARAGUAY. l75 

des palissades et des poteaux pour supporter le toit des 
corridors qui régnent autour des habitations. Cette es- 
pèce d* Acapia ( Espino du Chili, Aroma des Péruviens ) 
existe aussi à Corrientes et dans le Chaco^ où elle ca- 
ractérise les terrains argileux : de même que le Que- 
braeho, elle perd ses feuilles pendant Thiver. 

INCIENSO 9 Légumineuses. 

Le cœur de ce bois est incorruptible, et d'une du- 
reté remarquable. Il est assez commun, et sert dans la 
charpente des maisons ; et comme il a peu de pores , 
il se comporte bien sous le tampon : aussi convient-il 
à rébénisterie« On obtient à Taide d'incisions prati- 
quées dans son écorce, une résine qui a la couleur et 
Todeur de Tencens et que Ton emploie dans les églises, 
aux usages du culte, bien qu'elle soit souvent mêlée 
à des substances étrangères. Les Indiens de la Mission 
de Corpus , située près du Paranà , recueillent dans le 
lit du fleuve des boules de résine que Âzara regarde 
comme devant provenir des arbres qui croissent sur 
ses bords. Mais des manuscirits dus aux Jésuites, at- 
tribuent à cette substance une autre origine , et la re- 
gardent comme de Tambre gris. Quoi qu'il en soit, ces 
boules prennent feu facilement, et répandent une odeur 
que le célèbre voyageur met au-dessus de celle de l'en- 
cens d'Espagne. 



CHAPITRE XVI. 



BteVE ViOÊTAL. — DES BOIS OU PABAfiOAT BT BES KISSIOHS ( fin ). 



MOROSIMO. 

Trois espères : Moroêimo verdt, vert. 

— colorç^Oy rouge. 

— amarilloy jaune. 

Le Morosimo et les deux suivants , ont été étu- 
diés avec soin comme bois (rébérristerie et de con- 
structions civiles par M. Plaisant, et le résultat de ses 
expériences a été consigné dans les deux Rapports que 
j'ai cités plus haut. 

On trouve le Morosimo dans le Haut-Paraguay, près 
de la ville de San-Pedro. Propre à tous les usages et 
surtout à l'ébénisterie, ce bois, très-compacte, filamen- 
teux comme le chêne du nord , ressemble beaucoup à 
l'acajou commun. Sa couleur rouge (Mor. Colorado), est 



DES BOIS DU PARAMàY. ttT 

eoii|ié6 de yeines paiUeàel de quelques taché» noires et 
ep nuances, d'un bel effet, sonr Irèd^tenaces. Sa na- 
ture huileuse le rend d'une.longue consenratiôn. Diffi* 
Gile à travailler à i'outi] tranchant, il devient très-uni et 
onctueux sous le racloir ; il se laisse assez bien débiter 
eu placage, et conviendrait parfaitement am( ouvrages 
de tpur. . t . . 

PALÛ AMABILLO. Bm jaune. 

"i 

Non guar. tl^raSa^. • 

m • 

Tout aussi* difficile ii travailler soit au ciseau^ soif à 
la varlope quête précédent, le Paloamarillo lui est 
supérieur par sa belle couleur jaupe daire, passant au 
jaune safran après le vernis. Il se prête mieux aussi au 
placage, car débité en feuilles excessivement minces , 
il ne se tourmeqte pas. Il se tourne bien et prend rapi- 
dement le vernis : ces précieuses qualités le .rendent 
très-propre à rébénisteric de luxe dans laquelle il peut 
faire merveille. 

PALO DE ROSA» Bois de /ose. 

Cette espèce, commune dans Tile Âpipé, croit aussi 
à Corrientes où elle est très- recherchée par les ébé- 
nistes. Ses fibres sont bien plus fines que celles des 
préeédentes. « Ce bois, dit M. J^laisant daps son pre- 
mier Rapport au Ministre de l'Agriculture et du Com- 
merce, ce bois a une couleur rose pâle très-franche peu « 
dant qtt*on le travaille, mais abandonné m* effets per- 

t2 



178 Eten TtettâL. 

nicirax de Taîr ubs ètra préaUbtemeiit Temi, il prand 
biea vite iine couleur foncée qui a quelque anilefie 
avec celle du boia du cormier de.ProyeOCe. 

« Verni et 4aaiponné ioiniédiatement aprèa qo*OB fa 
mia en cauvr^, il a une couleur roae tendre nuaMée^ 
ondulée, trèa^agréable à VasA. Mais il eal trèe-ftehen 
pour Tébénisterie de luxe, que le fond rose et les nuanoaa 
que ce bois possède d*abord, ne conservent pas toute la 
fraîcheur qu-ils prennent sous le racloir et le tampon. 
En effet, après un certain laps de tempe, cette eovleur, 
charmante dès que le Pah de ro$a est verni, prend un 
ton dégénérant, sensiblement plus pile, et devient 
presque sans éclat. 

« Cette couleur rose ne se conservant pas, je doute 
fort qu^ ce bois puisse faire concurrence aux autres 
bois exotiques, qui sont déjà si bien connus par là 
belle ébénisterie française. Sa mise en œuvre offre les 
mêmes difficultés que celle des deux précédents. > 

PETEREBY, Cardia? 

m 

71*018 espèces : FtUfrehy hlanco. 

— negro. 

— . amariUo. 

Le Petereby est un bois à fibres serrées^ dur et com- 
pacte. La première espèce s'emploie dans la marine, 
à laquelle elle dennedes vergues, et des mâts meÎM 
liauls et plus pesants que ceux fournis par tes pîna du 
nord de rEurope. On attribue à la troisième des pro- 



DES BOIS HO PAIAGUAY. 17 V 

priétés médicales antivéoériennes. Ces aiiires attei- 
gnent ad Paraguay et dans le Grand -Chaco, d'é- 
normes proportions. Ils avaient, avant la séquestration 
du |Miys décrétée par Franoia ,* une vâlemr qu'ils re- 
prmdront sans doute avec l'accroissement des relations 
coimnerciales. 

TBYRAPYTA, Légumineuses? 

Ybympyia (Bois rouge). 
— mt (petit). 

Ces deux essences sont assez distinctes pour que 
H. Bonpiand ait classé la première dans la famille des 
Légumineuses, et la seconde qui est la plus estimée, 
parmi les plantes incertœ sedis. Elles se trouvent dans 
le Chaco, à Corrientes, comme au Paraguay. Usitées 
surtout dans le charronnage et les constructions na- 
vales, el}es servent aussi à faire des mortiers pour piler 
le maïs. 

LAUREL, Laurus; La urinées. 

Deux espèces de laurfer : Laurel negro. 

— blanco. 

D'une dureté remarquable, ce bois eât recherché 
pour les courbes 'et les œuvres vives des vaisseaux, l^ 
laurel negro est te plus estimé dans l'ébénisterie ; il a 
l'apparence de l'ébène. Difficile à sculpter, il prend 
bien le vernis. 



^ASSAPRAS» Laurus souafrûi; LAimmÉBS. 

Celte espèce pe serait-elle pas identique à eellé de 
rAmérique septeotrionale, dont Técorce et les neioii 
sont employées comme sudorifiques dans kpi mèoieft 
circonstances que le Palo taiào ou Gaîac ? 

PALO DE MORA, Mmu. 

Nom guar. Talayha. 

Ce bois très- dur, incorruptible et facile âi vernir, 
est recherché par les ébénistes à cause de sa belle 
couleur jaune. Très-propre aux ouvrages de tour. 

PALO SANTO, Bois Saint ou Guayacan^ Gaîacum sanelumy 

RUTACÉBS. 

Ce bois résineux, odoriférant, peu poreux, et qui 
porte à Cuba le nom de Giuiyaco, se rencontre au nord 
du Paraguay et dans le Chaco. Il a une couleur jaune 
verdâtre qui devient plus foncée par Faction de Tair 
et de la lumière sur la résine qu'il contient. Son exces- 
sive dureté, sa facilité à prendre le vernis et sa pe- 
santeur spécifique considérable, le placenl sur le même 
rang que TUrundey dont il possédé toutes les pré- 
cieuses qualités. Comme lui propre à tous les usages,* 
on ne Femploie que pour faire des cha[>elets et dé 
petits ouvrages de sculpture. Personne n'ignoreaossî 



DES BOIS BU PARAGUAY/ 181 

le parti que la médecine sait tirer de son action sudo- 
rifique dans le traitement des affections vénériennes. 

La résine du Palo santo, d'une odeur agréable, qui 
rappelle celle de Tacide benzoique, s'obtient en faisant 
bouillir la sciure dans Feau. La résine surnage bieptôt 
et se fige en se refroidissant. Ses propriétés médicales 
sont connues des créoles et des Indiens, quoique adgii- 
nistrée seule, elle soit impuissante à guérir la sy- 
philis (1). 

Je ferai observer, en passant, que la dénomination 
de Bois saint s'applique encore en Amérique à des es- 
sences très-différentes de celle-ci. Ainsi , les menui- 
siers du Para (Brésil), donnent le nom de Paô smto 
à. une variété presque noire du JacaranAa (Palissandre); 
tandis que celui de Guayacan désigne dans la province 
diQ Santiago, uae espèce de bois rouge, à la fois souple 
et solide, très*-estimé pour les lanceç et les flèches. 

NAÎHDIPA. 

Le Nandipà, assez léger, résineux, et facile à tra- 
vailler, sert à faire les fûts des armes à feu. Sa résine 
(iissoute dans Talcool fournit un excellent vernis 
podrr les bois. 



(1) C*est sans doute eu recoootisMpce des effets salutaires du Gnayacau, 
foe les Indiens toujours enclins aux ficttoos , et peu curieui de pénétrer 
les secrets de la nature, ont poétisé son mode de reproduction. Ils suppo- 
sait donequ*aii sein de ses fleurs éclosent des papiHons qui s'échappent 
ai OMUMot où elles, s'ouvrent. Les insectes ^près une eiistence éphé- 
mère s'enlinicent daps le ad , j meurent', et de Içur corps naît une plao4e 
hoatelle. * . . . 



18a item YiGiTàL. 

NARANJO, Oraoger; Cilrus^ AraAifTUCÉES. 

L*Oranger acquiert, sous cette latitude, des dimeiH 
sions qui rendent son bois propre non-seutement'à Té- 
bénisterie, mais au charronnage : on en fait d'excellents 
essieux de charrettes. Je reviendrai plus tard* lorsquMI 
serHi question des végétaux cultivés, sur ce bel arbre 
que Télégance de son port, la suavité de ses fleurs et 
les qualités de ses fruits, placent au premier rang des 
plantes sociales les plus éminemment utiles, et des 
dons les plus précieux faits par TEurope à TAmérique. 

Le Naranjo dulce (doux) et surtout le N. agrio (aigre) 
sont les deux espèces du genre Citrus employées dans 
rindustrle. Mais le bois du C. medica (limon commun, 
real des Espagnols), celui du Bigaradier (limon sutil)^ 
des Cédratiers (Cedrœ)^ ont comme elles la propriété 
d'être très-durs, de se façonner au tour et au ciseau, 
et de prendre une ^elle couleur jîiune paille sous Faction 
peu prolongée du tampon. 

CIRUPICAT, EuraoRBiACâss. 

Il fournit un suc gluant , qui amené à une certaine 
consistance par Tévaporation , sert de glu pour tendre 
des pièges aux oiseaux. 

PALO BLANGO, B0I9 UêDC. 

Facile à travailler et se conservant bien k Tair libre. 
Ce. nom s'applique à plusieurs espèces de caractères 
botaniques très-différents. 



DBS UNS DU PAlUaUAT. 18B 

YBYRA-PEPE. 

Arbre de première grandeur dont le bois jaune, fa- 
cire à vernir, est cm[)loyé dans la charpente des mai- 
sons et Tébénisterie. 

_ • '• 

MATA-OJO, Aehras? 
Deai espèces : 
NoBS giiar. Aguai-guasà. 



Les Paraguayos s*en servent comme de bois à brûler, 
et les Indiens du Cbaco pour faire des armes. On dit 
les fruits des deux, espèces vénéneux. 

SAUCE , Saule ; Salix, Salicinébs. 

• 

Très-abondants sur les bords du Paranà et du Pa- 
raguay, les Saules ^présentent des dimensions d'autant 
plus grandes qu'on s'avance davantage du côté du 8. 
On en rencontre dont la circonférence mesure de 2 à 
3 mètres; leur bois, blanc, est peu estimé : on assure 
qa^il existe une variété à boi!& rouge. 

PALMA, Palmiers. 

La famille des Palmiers, ces beaux arbres si utiles à 
la nourriture des, habitants des contrées équinoxiales, 
compte plusieurs espèces et de nombreux représentaqts 
au Paraguay. Considérés seulement comme bois de 



.184 - RteHB VfeÉTAL. . 

construction , on distingue deux espèces de palmiers : 
le Palma blanca, Yalaî; et 1^ P. negra^ Carondai. 

La seconde espèce est la meilleure. Elle sert à cou- 
vrir \^ halifations à cause de sa longue durée & Vair 
libre. On fend le stipe de Tarbre, et on en applique \é& 
deux parties sur les chevrons : elles font ainsi Tôffioe 
de tuiles. La partie convexe, revêtue de Técorce» reste 
en dehors. Ce genre de toiture est usité même dans les 
villes du Paraguay et de la province de Corriéntès. 

Le P. Yataï se rencontre dans les terrains sablonneux 
propres à la culture; Tamande donne de Thuile de 
coco. On trouve encore aux Missions, une espèce naine 
nommée Yatâî Poniy ou Y. rampant. 

Le P. Garondai (Copemicia ceriferà), aux feuilles 
en éventail , croit à la lisière des forêts, dans les 
plaines argileuses, humides, ou fréquemment inon- 
dées ; il fournit d^excellents chevrons. 

GUAlrAtVf , fpe branco des Brésiliens. 

Ce bois à grain fin et serré , fort agréablement 
nuancé, sert à faire des cercles : c'est aussi un excel- 
lent bois de chauffage. 

PALO DE I.ANZA. 

Ainsi que l'indique son nom, cette espèce (burnit 
des hanipe^ de lances ; oii l'emploie dans là char- 
pentérie, et on le brûle. 



DES BOtS DU PABÂGUAY. lê5 

CURnr, Araucaria; Nnheiro des Brésiliens, Conifères. 

On rappelle Arbre des Missions (Arbol de las 
Miiiones)^ parce que les Jésuites Favaient beaucoup 
multiplié. I^e. majestueux Curijf (nom gusrrani du genre 
Finm), aux longues branches horizontales, àUper- 
p00ée8 par étages, abonde dans tes forêts ti^versées 
par rUruguay et le Paranà. Il disparait sur les bords de 
ce dernier fleuve à la latitude du 35^ degré environ. 
Du côté du N. on peut considérerle parallèle de 23'' 40' 
comme son elLtrème limite sur le plateau de Saint - 
Phul (Brésil); car s'il existe dans la partie la plus 
méridionale de la province de Minas, par 21^ 10' 
et 81* 55', à une altitude de plus de mille inëtres, 
e*e8t parce qu*uâe plus f;rande élévation compense un 
èldignement moindre de la ligne^équatoriale. Dans les 
CamjH^ geraës des environs de Goritiba (1), au sol lé- 
gèreiment ondulé, on découvre au milieu de pâturages 
inmenses des Araucarias isolés, ou réunis en bou* 
quels, et mélangés alors d*arbres et d'arbrisseaux va- 
riés, tandis qu'en Europe il ne croit presque aucune 
plante dans tes bois de Conifères. La température qui 
s^élève par^suite de l'abaissement du terrain, à mesure 
que Von s'avance de l'est à l'ouest, a dû mettre obsta- 
cle à la propagation de ce bel arbre extratropical, qui 



fl) Oa CurltibAt'aocieiioe yUle de la province de Sainl-PaQl-, et depuis 
qiel^iiea années chef-lien de la nouvelle province de Paranà. Son nom 
vieçi de Curi^ H (iba, et signifie réunion de Pins, Elle est située par 25* 
51*, à 40S"»M aa-dei§as dir niteiade la mer. 



186 RàCHB YBSifàt. 

ne parait pas franchir lee limites de la partie la plus 
élevée du Paraguay, taudis qu^îl peut, eu Europe, ré- 
sister à une température à peine supérieure à 0*. 

L'Araucaria dont les dimensions égalent au ommus 
celles des Pins des contrées boréales, pourrait fournir 
à la marine .des m&ts et des yergues. Lres Indiens en 
recherchent avidement les graines contenues dans un 
cône qui s'ouvre de lui-même k l'époque de la ma* 
turité. 



CANÂ, Taeuara; Roseau » GaAHUiÉBs. 

On trouve au bord des nombreux cours d'eau plu- 
sieurs espèces de Tacuaras. Quelques-nus s'élèvent jus- 
qu'à 4 mètres ; très-gros, creux et légers, et cependant 
très-solides , ils servent de chevrons , de dromes pour 
les navires, et de bâtons de sonde pour les marins 
(C. maciza, C. bratHi). Ils sont très^bondant3 dans leN., 
sur les bords des rios Tacuari (1 ) et Mbotetey, d'où les 
eaux les arrachent et lea entraînent dans le fleuve. 
Lors de la guerre qu'ilet soutinrent oontre les forces 
combinées de l'Espagne et du Portugal, vers le milieu 
du dernier siècle, les Indiens Guaranis fabriquaient des 
canons avec ces roseaux renforcés de cuir et cerclés de 
fer« On pourrait les utiliser dans l'économie dqinefr* 
tique, à l'exemple des Chinois, auxquels ils fournissent 
une foule d'ustensiles de ménage. Ils remplaceraient 
ibrt avantageusement ceux que l'on tire de plusmirs 

(1) De Taeuara-y, riiikn te TooNrc/. 



DES B0I8 DU PARAGUAY. 187 

Cucurbitacées, ou que Ton fabrique avec les cornes des 
animaux domestiques (1). 

Une autre espèce de roseau, fort , plein , solide, 
htut.de 2 à 3 mètres (Caha Huybà ou Uvà, Gyne- 
rmn sacchar(ndes)y fournît dés cannes, des hampes de 
langes, et des flèches aux Indiens. Enfin la variété ap- 
pelée Tactià-py (écorce de Tacuà)^ creuse , à parois 
aussi minces qu'une écorce, remplace les moules à 
chandelles. 

MOLLE, Sehinus MolU. 

Bois à résine aromatique, employé dans Tébénis- 
tflrie (Dommuoe^ et facile à travailler quoique d'une 
MÊm grande dureté. 

VISNAL. 

L'arbre qui porte ce nom, de taille moyenne, épi- 
neux, de nature très-résistante, aux fleurs disposées 
en eluitons , croit en abondance au Paraguay, dans le 
Chaco, et au milieu des plaines des provinces de San- 
tiago et de Santa-Fé. Les Indiens en tirent d'excel- 
lentes armes. On extrait de ses feuilles un remède 
contre les maladies des yeux. 



(1) Le Bambou est en Chine une plante nationale. On mange ses jeunes 
P0MMS; oo en fait dy papier, dès fases de toutes sortes,, des conMgps, 
dci ÎMtruments d*optique, des conduites pour les eaui, etc. Voj. une 
iaHérfasante îlotice twr la euUwrt et remploi du Bambou en Chine ^ par 
m Vefdier>Latoar ; MoniUiÊr des 11, 16 et SS.Doveaibre 1S53. 



188 «ictik TteiTAL. 

TAPKREIVÀ ou TAPERYVA, Launu? 

9 

Il en existe deux variétés que ron rencontre plus 
particulièrement sur les bords du Haut-Paranà. Le 
T. guazà (grand), plus estimé que Tautre, possède 
toutes les précieuses qualités du Lapacho qu'il peut 
remplacer; mais il est beaucoup plus rare. 

CARUNDEY, Mimosées? 

Arbre qui parvient à de grandes dimensions. Son 
bois noir, incorruptible, d'une dureté comparable à 
celle du fer, se poKt facilement, et fournit aux peu* 
plades sauvages du Cbaco, les hampes de lances les plus 
estimées. 

YBlrRAUO-BI. 

Excellent pour la charpenterie et le charronnage, 
aussi solide que TUrunde^, il est sans égal pour les 
essieux de charrettes. 

ALGAROBILLA, Uqumiiibuses. 

Espèce très-voisine de TAIgarobo, d'une extrême 
dureté, et qui fournit des armes aux Indiens du 
Cbaco. Elle est très- propre à la charpente et à Tébé* 
nisterie. Les créoles di; Paraguay, font avec le fruit 
qui est une gousse noirâtre, allongée, très-aplaiîe, une 



DKS BOIS DU PARAGUAY. 189 

enore estimée. L'industrie en retirera quelque jour .une 
matière-colorante, appelée à rendre de grands services 
par son applifcation à la teinture. On désigne quelque- 
fois TAlgarobllla sous le nom de Guayacan negro. 

TBARO» Sapindui? 
Ifon goar. de Yba fruit» et ro amer. 

Lte fruits amers de cet arbre très-abondant au Pa- 
raguay» contiennent une pulpe glutinense, que Von 
emploie en guise de savon, en l'écrasant sur le linge. 
Aaara raconte (1) que les Jésuites avaient planté une 
allée de ces arbres précieux dans. la Mission d'Apos- 
tôles, afifi que les Indiennes en prissent les fruits, en 
se rendant à la fontaine. 

Je termine ici Ténumération des bois de construc- 
tion et d'ébénisterie que peut fournir le Paraguay; 
toutefois, sans en avoir épuisé la liste. Ses immenses 
forêts encore inexplorées renferment, sans nul doute, 
un grand nombre d'espèces inconnues. D'autres sont 
restées jusqu'à ce jour sans usages. En dépit de cette 
réserve, et malgré les plus patientes recherches, n'au- 
rai-je pas fait quelque double emploi , en décrivant te 
même arbre sous deux noms différents? Je n'oserais 
Taffirmer. 

Vobscurité qui règne dans cette question déjà dif-» 
fieile par elle-même, tient à des causes que la bonsta- 

(1) ro^ag€$, 1. 1'% p. U3. 



IW KiGiie rioitàU 

tatioDiles ctnietèreB botaniques fera seule dispiratlre; 
mais cette coostetatiou, posfi&ble à fobseirstéur sé- 
dentaire, oesse de Tètre pour lé Yoyageur qui passe, 
et dont les instants sont comptés (1 ). 

Les rares écrivains anciens ou modernes qui ont 
abordé le même sujet, ont multiplié les espèces, en dé- 
crivant à la fois le même arbre sous le nom espagnol 
ou portugais, et sous le nom guarani; nouvelle saurce 
de confusion. Ainsi, on a fait à tort deux espèces de 
bois de VEij^miUo et du Naniuba^; du Paie 4e niera 
et du Tatayba; du Guayacan du Cliaco et du Pëh 
santo. 

Des dénominations tirées de certaines propriétés 
communes à plusieurs essences, ont augmenté robscu- 
riiè. On a appelé Bm de fer (Polo de hierro) » des 
bois qui diffèrent entre eux de la manière la plus frap* 
pante, par les caractères de la floraison et de la fructi- 
fication; ou, comme le fait observer M. F. Denis, qui 
sont si légers qu'il peut paraître bizarre de leur voir 
appliquer une semblable épitbète (2). 

On trouve encore décritsv sous le nom de Polo Mfito^ 



(1) Tai pu cependant déterminer quelque^ famBles ; mais tmis lea 
Seorea l*ool été par M. Boopland, dtot. les manôicrits Aiaaeat dffeaoa 
aoe mine inépniaabie de précieni documents pour IVtnde de cette 
qneatien , sans «ne réeenre mit le lectenr appréciera les moUfb. le dois 
ajouter que les caractères physiques et les propriétés des bois, B*oiit été 
fournis par Texamen et la mise en ourre des échantillons nombrénx.que 
j^i rapportés #Amériqné. On ffieut consulter anssi ane ifole pnbfiée dans 
les Annaleê 4ù comvuree ewtérimr, et reproduite, par le MonUtfàtdn 
5 octobre 1S&3. 

(3) Brésily4ànB la collection de VUniven pUtoresque, de F. Didot» 
Paria, 183S, p. 63. 



DES BOIS DU PARAGUAY. 101 

le Guayacan , le Jacaranda (Palissandre) (4 ), et- le 
Pab de rma (2). 

EdBd, d'autres arbres, quoique pouvant servir aux 
constructions civiles et navales, tels que le Maté, le 
Goiavier ( Guaya/oa; Psidium, Myrtacées); le Caout- 
chouc (Mangaysy; Hevea guyannensis ^ Euphorbia- 
cées) ; le Copahu ( Copa^; Copaifera officin. , Légumi- 
nauses) , et VAmyvis elemifera ( Amyridées ), trouve- 
ront leur place dans la description des végétaux qui 
fournissent des produits à Tindustrie-, à Fécohomie do- 
mestique ou à la médecine (3). 



' (1) DiiGO ïn ALViiR » R^laeion geùffrafiea e hiilariea de la provineia 
êê Jfifioti^f; dans 'Coleeeion de doeumentoi, t. IV, p. 94. Les meDuisiers 
da Para (Brésil),- doonenl le nom de V^ ianto (bois saint; à une espèce 
de Palissandre {Jacaranda) y qui figurait pariùi les cnrieui objets rap- 
portés de TAiitaionie par M. Emile Carrey ( Expo$iii<m Univen, de 
IBM. Anneie du palais de Tludustrie ). 

(S) Second Rappori de M. Plaisant. 

(S) Part» bconohiqui. 



CHAPITRE XVn, 



ÇLIHATOLOSIE. ~ COISlOilATIOll êtltlAUS. 
miIllOI DU UlSeil. — BAICIB de la TISfiliTUlB, ET 
PltHOHtlEI ATBOIPlttlOUEl QUI LA BtitriEIT : 

DES TBITI. 



De la position astronomique d'un point du globe, de 
la configuration, de Taltitude et de la composition du 
sol, de la distribution à sa surface de Peau et des vé- 
gétaux , il n'est pas toujours possible de tirer comme 
conséquence la nature de son climat. 

Situé sur les limites de la zone torride, il semble 
que le Paraguay devrait offrir à l'observation des con- 
ditions météorologiques analogues, en partie, à celles 
des pays intertropicaux ; en partie, à celles des régions 
tempérées. Mais au milieu des continents, le pas- 
sage d'un système de climat à un autre ne parait s'ef- 



CONSIDÉRATtONS GÉNÉRALES. 193 

fectuer m j)ru8quement, ni par une transition insen- 
sible, à une distance plus ou moins rapprochée de 
rÊquateur, comme sur les côtes océaniques : il semble 
platôt se manifester par Tapparition alternative mais 
déréglée des phénomènes qui caractérisent, tantôt les 
elimats brûlants et humides des contrées équinoxiales ; 
tantôt les climats encore chauds mais plus secs des la- 
tiludes plus élevées. Il résulte de ce fait, une irrégu- 
larité très-grande de la distribution annueHe de la tem- 
pérature. Ainsi, ou bien les pluies générales et les orages 
amènent des inondations périodiques et désastreuses , 
eUTon éprouve toutes les conséquences d'une extrême 
humidité; ou bien, et c'est le cas le plus habituel, les 
pluies ne tombent que rarement et par places ; 4a vé- 
gétation souflPre et languit, malgré l'abondance des 
rosées; les p&iurages se dessèchent, les bestiaux se 
dispersent à la recherche des ruisseaux et des sources 
que le soleil n'a {>as taris; et \e pays suffit avec peine 
à là nourriture de ses habitants. 

Quoiqu'il ne soit pas impossible, surtout dans la 
partie méridionale du Paraguay, de reconnaître quatre 
saisons dans l'année, il vaut mieux, k l'exemple des 
habitants eux-mêmes, n'en admettre que deux, l'hiver 
et l'été. Malgré cette distinction, on peut encore dire 
qu'il fait chaud lorsque le vent souffle du N., et 
qu'il fait frais^ lorsque le vent vient du S. La marche 
du soleil et S9 hauteur au-dessus de l'horizon, n'exer- 
ceraient donc ici qu'une influence secondaire sur la 
température. 

Considéré dans son ensemble, et abstraction faite 

13 



194 CLIMAT0U>6IE. 

des années exceptionnelles, le climat du Plaragiiay est 
à la fois chaud et sec. 

Celui des Missions est plus tempéré. Un éloîgoement 
moindre du littoral ; un sol plus accidenté^ alternati- 
vement boisé et découvert ; des plaines ondulées (emu- 
po$' qudfradoi); l'existence de nombreuses rivières i 
courant rapide, y déterminent des conditions de salu- 
brité et de fertilité que nulle part ailleurs, même sur 
les bords du Rio de la Plata, on ne rencontre plus gé- 
nérales et plus complètes. Le cours beaucoup mirax 
marqué des saisons, let les autres circonstances clima- 
tériques, rapprochent davantage encore ce beau pays 
du midi de TEurope. Toutefois, ce que je dirai du Pa- 
raguay devra s'appliquer également aux Missions : 
chemin faisant, j- indiquerai les différences que m'ont 
présentées sous ce rapport ces deux contrées limi- 
trophes. 

L'atmosphère toujours brûlante dans le nord , mais 
successivement ou trop humide ou trop sèche, atteint 
son maximum de température en décembre, janvier et 
février. Il en est de même dans la zone méridionale et 
par conséquent plus tempérée du pays. Sur tous les 
points, juin, juillet et août, sont les mois les plus 
froids. Ces deux divisions correspondent, la première 
à Tété, et la seconde à l'hiver. Les mois de mars, 
avril et mai forment l'automne; ceux de septem- 
bre, octobre et novembre, le printemps. Ces divi- 
sions n'ont pas pour base le cours du soleil; mais, 
on le sait, peu de météorologistes sont restés fidèles 
à la division astronomique des saisons, qu'ils préfè- 



CONSlDiftATlONS GÉNÉRALES. Iffi 

reol régler plutôt d'après la marche de la. tempéra- 

tva. 

En tout temps, Taspect du ciel est admirable. On se 
croirait transporté dans les régions les plus favorisées 
de ritalie. J'ai retrouvé dans les Hautes-Alpes, sur les 
frontières du Piémont, mais avec des indications ther- 
mométriques bien différentes, la même pureté, la même 
diaphanéité de Tair. 

Les jQurs et les nuits ont une durée à peu près égale. 
Il n'y a pas, sous ce rapport , entre Tété et Thirer, 
une différence de trois heures. Le crépuscule est très* 
court; la nuit succède presque immédiatemeat au 
coucher du soleil, bientôt éclairée par la lumière sein* ^ 
tiilante d'étoiles innombrables. Du 8 février au 9 mars, 
durée de mon premier séjour à San-Borja, toutes les 
nuits ont été d'une sérénité indescriptible. Après une 
journée orageuse, il y eut une fois, le soir^ quelques 
noages au ciel. A 6 h. le thermomètre marquait 80*. 
Lorsque la lune est à son apogée, et qu'aucune vapeur 
p'en amo'uidrit l'éclat, on peut voyager avec autant de 
sécurité qu'en plein midi. 

La température est très- variable et sa marche irré-p 
gulière. Cela vient, je le répète, de ce, qu'elle dépend 
moins de l'influence directe du soleil, de sa distance 
au xénith de l'observateur, que de certains phénomènes 
atmosphériques que nous exposerons bientôt. 

Pendant huit mois de l'année, la colpnne thermo^^* 
métrique descend rarement -^ à midi — au-dessous 
de 25*; la moyenne est de 29 à 30 ; toutefois, elle peut 
monter exceptionnellement jusqu'il 38 et même 40*. 



196 CUMATOLOGIB. 

Azara indique comme moyenne de l'été 85* Fahr.» et 
pour maximum des plus chaudes journées 36* (100* 
Fahr.). Mais, le docteur Rengger fait observer arec 
raison, que le voyageur espagnol avait placé son in* 
strument dans sa chambre, et que la température' de 
l'intérieur des habitations est toujours inférieure de 
plusieurs d^rés à celle de l'air libre. 

Le 29 octobre, second mois du printemps, le tha^ 
momètre placé dans les meilleures conditions d'exac- 
titude, a atteint, à 2 h. 20 minutes, 40'' 5'. J'étais à 
Itapuà sur les bords du Paranà (1). A l'Assomption, 
ville assise sur un sol sablonneux, de nature à s'échauf- 
fer facilement, cette chaleur insolite avait été dé- 
passée, et lorsque j'y revins, les habitants conservaimt 
encore le souvenir des souffrances qu'elle leur avait 
causées. La santé publique n'en éprouva d'ailleurs au- 
cune altération, car c'est moins le degré absolu de 
chaleur que sa durée , qui affecte les organes dans les 
pays chauds. Il faut ajouter, que sur ce point le vent 
du N. arrivait comme un souffle embrasé , après avoir 
traversé les incendies allumés par les Indiens dans les 
hautes herbes des prairies du Chaco, dont l'horizon 
paraissait tout en feu. Ces incendies {quemazones) mo- 
difient l'aspect du ciel ; il devient gris, et le soleil est 
pâle. Il s'élève alors un brouillard sec, analogue à ce- 
lui que M, Kaemtz regarde comme produit par la com- 
bustion des tourbières et des forêts de TEurope (2). 



(1) AnciraneMittion, aajoard*hiii tille de nocaraatk>D. L«t.27*S0*'l(r. 
(3) K4HT;e, Coun complet de Météorologie, Paris, IS4S, p. 468. 



CONSIDÉRATIONS GÉNMiULBS. 107 

Durant les mois les plus froids, de juin à octobre, 
le mercure oscille — yëts le milieu du 'jour -^ entre 
I& et 20% mais il peut s'élever à 25, 30^ et plus, si le 
vent se fixe au N., ce qui arrive assez fréquemment. 

A toutes les époques de Tannée, le maximum de la 
température a lieu environ deux heures après la cul- 
mination du soleil; ce n'est que de trois à quatre heu- 
res^ C|u'elle commence ^ décroître. Sur le littoral, la 
chaleur ne suit pas la même marche. Ainsi, à Rio. de 
Janeiro, et dans tous les ports du Brésil, la brise du 
large s'élève deux heures avant le passage du soleil au 
méridien, et rafraîchit l'atmosphère. Ce phénomène 
devient plus sensible à mesure que Ton s'approche de 
TÊquateur. Au Brésil, ce vent s'appelle Viraçâo. Il 
souflQe au Paraguay à Theure ou il cesse sur les côtes, 
et il y porte le même nom (1). 

J'ai parlé avec enthousiasme de la sérénité des nuits. 
En ét^, dans les- Missions, elles sont constamment 
fraîches, surtout après une. pluie abondante, ou un 
orage de S. 0. Elles procurent un sommeil réparateur 
aux Européens énervés par la chaleur diurne. ^, 

•Pendant la saison froide, après un coup de vent 
de S., lorsque l'air est calme, le ciel olair et sans 
nuages, il n'est pas rare de voir la température s'abais- 
ser assez pour qu'il se forme de la gelée blanche sUr 
les toits en chaume, et à la pointe .des feuilles des gra- 
minées. Ce phénomène dont j*ai déjà parlé, inconnu 
dans le nord du Paraguay, qui ne se montre pas an- 

(1) ViraÊom,4t mrar vim. 



198 GLUUTOIX)GII. 

Duellemenl dans le voisinage de TAssomption, est beau- 
coup plus fréqfuent dans les Missions où il peut se ré- 
péter jusqu'à deux et trois, fois dans le courant de Thiver. 

Rarement le thermomètre descend au-dessous de 0. 
En 1786 et 4-789, quelques plantes et de Teau ge- 
lèrent dans la couf de la maison qu'habitait Azan; 
mais» il faut regarder cette circonstance comme ex- 
ceptionnelle, car le docteur Repgger ne Ta jamais ob- 
servée durant les six années de son séjour forcé dans • 
le pays, malgré le soin qu'il a souvent pris d'exposer 
par les nuits les plus froides de l'eau dans les endroits 
éloignés de tout abri (1). 

Le 4 juin 1846, à sept heures du soir, mon Iker- 
momëtre est descendu à 8*; le 9 octobre à neuf heures, 
à 10* 5', et le 10 mai à 7* 5'. Pour ma part,. je n'ai 
jamais observé de plus basses températures. En com- 
parant la-date de la seconde indication avec celle de 
l'observation maxima relatée plus liant , on voit quie 
dans l'espace de vingt jours il y a eu entre les dilata- 
tions extrêmes du mercure l'écartement considérabie de 
30 degrés. Or, ces faits, même isolés, ne vienneiH* 
ils pas k l'appui de ce que j'ai dit des brusques va- 
riations du climat (2)? 

(I) Ouv. cU, p. 73. 

^T Ils prouiPeDt auMÎ que ces variations dépassent hs diffcrettcra que 
l'oo observe eotre les températures inoyeoQcs du iiN|is le plus froid si 
reikïs du mois le plus chaud, eu France, en Suède, en Allemagne el en 
Italie. Voy. UcMBOLirr, Euai politique sur la Snutelle-Espagne, i. 1T, 
p. M)0, à la note. Sans doute, une circoostanco eséeuQeJle ue permet pas 
iraltacher à ces observations une valeur absolut; : elles u*ont pas élé 
faites daus la même localité; Tôcsrt eu latitude est supérieur à 2 degrés. 
En voyage, on observe quaud ou peut, cl comme on peut. 



DBS VKHTS. IM 

Modificateurs puissants de h température, les vents 
lont'eomme elle irréguliers et variables. 

On ne saurait, en effet, admettre au Paraguay la 
division établie par Tamiral Roussîn dans son remar- 
quable ouvrage hydrographique ( 1 ), pour les points 
de la côte orientale de TAmérique situés sous les 
mêmes parallèles; et reconnaître dans sa constitution 
climatérique tine mousson du N. et une mousson 
du S., correspondant, Tune à la saison sèche, et 
l'antre à la saison humide (2). Je le répète , les lois 
qui régissent les courants aériens ne présentent au- 
eufie fixité. 

Ces réserves faites, on peut dire que les vents gé- 
néraux sont de TE. N. E. et du N. N. E. passant à 
TE. au moment du coucher du soleil, pour le rumb 
N. ; et du S. 0. au S. E. pour le rumb S. : les pre- 
miers élèvent très-notablement la température ; les se- 
conds la refroidissent. 

Le vent de S. 0. porte le nom de pampero parce qu'il 
traverse les steppes des Pampas : en été, il amène 
toujours un orage. 

Le vent d'O. ou de N.- 0. est rare, et ne dure pas 
ao delà de quelques heures, après lesquelles il haie le 
S: O. et le S. Il est permis de croire avec Azara , que 
la chaîne des Andes lui fait obstacle et arrête sa 
propagation : ce qui tendrait à le prouver, c'est que 
plus on s'éloigne des Cordillères et plus fréquem- 

• 

(1) Roossm, Le Pilote du Brésil, ou Description des côtes de VAme- 
HfMf méridionale. In-fol. avec Cârles, Parts, I. R. 18S6, p. %. 
(f> Mtmêêon, M»t dérivé dtt malais m^mtei/n qui sigolfle smlmm. 



200 CLI1IAT0I;001E. 

ment il se fait sentir. Dans les provinces l)ré8Îlieiuies 
de Rio-Grande et de Sainte-Catherine, on Tappetle 
Minuano, du nom des aborigènes qui habitaient autre- 
fois le plateau de la Serra Gérai. 

Ceci posé, dans quel ordre ces courants atmosphé- 
riques se succèdent - ils Tun à l'autre? Ouelles sont 
leurs propriétés, quelle est leur influence au point de 
vue de la climatologie et de la constitution médicale 
du pays ? 

Le vent de N. E. succède toujours au vent J'E. , 
rO. et le N. 0. passant régulièrement au S. £. et 
au S. Ce vent est remarquable, à la fois par sa haute 
température, et par son extrême humidité. Né sous 
rÊquateur, il se charge d'une proportion considérable 
de vapeur d'eau en traversant les régions inondées de 
la zone torride. Il n*arrive donc qu'après avoir passé 
sur les plaines que couvrent de leurs débordements pé- 
riodiques, l'Amazone et ses affluents, le Rio-Paraguay 
et ses branches d'origine; qu'après avoir touché les 
immenses solitudes converties en lacs par les pluies 
qui tavibent régulièrement dans les provinces dç Chi- 
quitus et de Mato-Grosso. Aussi ses effets se font-ils 
promptement sentir sur les corps inorganisés, les 
matières organiques, sur les animaux et sur l'homme. 

Les niétaux s'oxydent; les cuirs et le papier -se cou- 
vrent de moisissures; les feuilles de tabac s'assou- 
plissent, dégagent leur principe gommeux et devien- 
nent onctueuses au toucher (1). Toutes les plantes, 

'( 1 ) Voy . Èiudes économiquiê tur V Amérique méHdionale. ^ Dm Taèae 
au ParapÊÊ^, CvUure, CoutomattioB et Conmeree, Ptm, 1851, p. SO 



DBS VENTS. 201 

jusqu'aux orangers^ au feuillage résislant, paraissonl 
flétries et comme brûlées. Les animaux, haletants, quit- 
tent les pâturages et cherchent avec un abri un peu 
de fraichcur.sous les arbres. L'homme lui-même, avec 
pmi)9 résiste à Tinfluence énervante de ce! air em- 
brasé. Son énergie physique et morale, dimiuué; Je 
moindre ef&rt lui devient pénible. Les personnes ner- 
veuses • restent sans forces et comme anéanties au 
moindre exercice; et leur peau, toujours humide, se 
couvre de grosses gouttes de sueur. 

Au lieu de cette prostration, on observe chez 
d'autres une agitation fét)rile., de Tinappétence , de la 
céphalalgie, et de violentes migraines, t^arfois même, 
cet état de malaise se traduit par des symptômes liys* 
tériques, ou des accès d'hypocoodrie. Ce vent, long- 
Itgips encore on s'en souviendra au Paraguay, exerçait 
une influence fâclieuse sur la 'santé du docteur Francia 
dont il aigrissait le caractère au plus haut point. Alors, 
il déchargeait ses soufirances et son humeur chagrine 
sur le premier venu ; il* infligeait les peines- 1q9 plus 
sévères et envoyait à la mort, sans bésitatioiiit ceux 
qu*U regardait, à tort ou à raison, comme ses en- 
nemb(1). 



(1) Dans ce cas , rirriUbilité nerveuse est développée et entre leooe 
par k présence dans Tdir d'un excès d*électricité, car elle cosse après 
«Q orage, alors qoc le vent b*a pas changé. Sur tous les points où Tin- 
f^nKeda fluide est énergique rt presque permanente, les mêmes fails 
se nproduisent. Ainsi. MM. Spii et Martius {Travels in firai i^ 1. 11), ont 
atfrÂiié an mode d*alimenlation les cas nombreui d*hj8iérie et d'hypo- 
CMdck qu*iJs ont observés dans la province et sûrtont dans la rille de 
Sànii-Piiil. U serait pliis«iaot— et je partage eo cela l'opinico du docteur 



MS CLIMATOLMIE. 

Parvenu à soii ^naxrmum de ?itbsse, le vent in N. 
souffle encore duranl plusieurs jours « et la chaleur 
doYenùe intolérable , pénètre dans Tintérieur des ha- 
bitations en dépit de toutes tes précautions. 

En même temps, le ciel -s'est troublé; de bièti il 
t^l devenu peu à peu d'un gris terne. Avec Tapparition 
du N. E. des êimts isolés, formés de filaments très- 
ténus, d'une blancheur éclatante, tantôt parallèles, 
tantôt diversement entre-croisés, se montrent au zénith 
l^endant le jour, et se dissipent te soir au moment où 
le vent passe à TE. Mais un léger rideau de vapeurs 
amortît la scrotilfaition des étoiles devenue plus sen- 
;iible. L'humidité de Kair augmentant de plus en plus, 
les «imis deviennent plus nombreux H pins denses. 
Ils sVtendeiit, se joignent, s'entrelacent, et leur ha'Q* 
teur semble diminuer. Bientôt, des rtrnHfMimffiff et des 
orrvKtfmfirf apparaissent è Thorizon (I). Ces noages; 




Si|Wi4 — et n|if<f%<y U fti^ — ic< et cr> ■fcctiiiiw a f act i— cMliaae d 
tr^ialeikMf et M"<tnci:.". 
f tiMt et Siint-r«rtest ii é mMi éecHf c— sr 

49 U WÊm éitolk f Ue csl tr^iMsiae , «41 - e^t «sràe m ■ilim €un ptele««i 
futtf iw I? »HMMt é" b :>errm A» Jr«*« fmétéammHk 1 aille 1/S 
4a tr«fii|w (lai. 73* ;U t« '. l« WÊmQ^rwÊtml é^ \9fr9n^ fflosarcft par 
lir«fT«fe» jIu :^ %vr> Ttaîmew 4« oiotaiil^ fS4 arrête par crdr ck^ae dp 
■natiiaifrt*» b«r CmI «èttUdr. Le «VBt Êtrrmi ks ; niln , aiëe à 
V*«r <iMifaifcfmnM . «t lir tiùAr ^*Hb» é fca pe i >^ii i «—le ca w 9tm\ 







INC8 VENTS. 208 

chaque jour p.lus épais, intarceptenl en partie les 
ra^ûs du soleU qui ne projettent plus qu'une lueur 
blafarde. 

On dit communément que le N, Ë. amène de la pluie. 
Ce fait d'observation m'a paru vrai, si ce vent haie 
le M. et dure plusieurs jours, les modifications qu'il 
imprime à Taspeet du ciel, étant des indices certains 
d'un cbangemeni de tiemps (1). 

Apres unjo durée moyenne de quatre .à six joui's, la 
brise du N. mollit, et tombe bientôt tout à fait. L'air 
redevenu calme, l'azur du ciel reparait, excepté du côté 
du S. Sf 0. où des cumuh-ëtratUÂ s'entassent en cou- 
ches qui s'épaississent de plus en plus, et que sillon- 
nent des éclairs d'un blanc éblouissant. 

A ce calme étouffant (2), succède bientôt un vent 
qui & élève du même côté ^ et qui, d'abord faible, 
augmente rapidement et disperse l'orage sur tous les 
points de L'horizon. La pluie sç précipite en gouttes 
larges. qui ne tardent pas à se confondre, et à devenir 
serrées et pour ainsi dire compactes, si je puis me 
servir de cette expressicm. La vitesse de leur choie est 
si considérable, qu'elle^ simulent des filets d'eau ft'é- 



cbeoi. te lecteur eo -Iroarurs uue histoire complète dans le Coure de 
Météorologie du professeur Kaemti {Vorlesungen uber météorologie, 
io-S*,' Balle, 184(y). M; Ch. Martius a doifné une Iradnctioo firaaçaise de 
cet ouvrage (Paris, 18i3), cm y joigoaut d*e\cellentes ootes. 

il) 11 eu est de même ru Europe, où Ips Hrrus auDonceot en été de la 
plaie f en hiver, de la neige ou du d^gcl. 

(S) LesSréaiiicns désiguent sous le nom demoffiiapâo, ce silence de 
mort atmosphérique pendant lequel on éprouve une chaleur dévoEante , 
mais qui n'allBCte poa peeportiounelleracat le thermomètre • parce qa*elle 
tient en partie au manque d'cvaporation à la surface du corps. 



20 i CLIXATOLOGIK. 

chappairt de h voùte cél«6te (1 ). Ces averses 
triques, paraissent phosphorescentes lor8C[ue la nuit 
n'est pas éclairée par la lune. 

Quelles que soient la durée de la pluie et la violence 
(le l'orage, le vent de S. 0. continue à souffler pen- 
dant Jrois jours; puis, il fait place au S., au S. E. et 
à TE. S. E. La chaleur a sensiblement diminué, et le 
temps se fixe au beau pendant plusieurs semaines. 

^Le pampere exerce une action tout opposée à celle 
du vent auquel il succède. Né sous les régions polaires 
australes, il est froid, et par conséquent sec. Avant de 
parvenir au Paraguay, il a d'ailleurs touché des sa- 
vanes dépourvues d'eau et brûlées par le soleil de 
Tété. Il produit donc un abaissement de la tempé- 
rature très-rapide , parfois presque instantané. J'ai vu 
^x)us son influence le mercure descendre en une heure 
de 16 et même de 18 degrés. Aussi, le regarde-l-on 
comme la cause la iJus active des suppressions de 
transpiration, et par suite, des maladies de toute na- 
ture ; des fluxions de poitrine, des dyssenteries, etc. 
Les Pkraguayos se hâtent de se couvrir d'un poncho 
qu'ils conservent dans l'intérieur de leur m^son , imi- 
tant en cela les Argentins et les Brésiliens de la province 
de Rio-Grande. Dans un climat où la santé dépend 
principalement de la r^ularité des fonctioiïs de la peau, 



vt^ Alon If pluTNMB^rf icone ém ctetc» 4e M à U, 30 H j«aq«*à 
W^ rm «ne iM^vr». a«ppH«K ^*Me éa plaies les ^m TiolMiIti 
< >be<ri#» » à r«n», a tu tt\kt ém 8 joîa tH% peaëit laquelle oo re- 
timlKt fo «M lie«r«» H iMii à fan etcefMsBeUiaMft^ à rokeerraliire, 



Dn TiNTS. 305 

de pareilles précautions prouvent, coffime Ta dit M. de 
Homboldt, combien ) -excitabilité dès organes augmenté 
par roniformité et Faction prolongée dos stimulus ha- 
bituels. 

On dit encore que les effets nuisibles dn pampero 
s'étendent aux animaux qu*il fait souffrir du froid, aux 
plantes qu'il dessèche et dont il compromet la fleu- 
N. raison ; ce qtii est particulièrement le cas de la vigne (1 )^ 
bes étrangers, énervés par un climat brûlant, et dont 
il relève les forces et Vénergie, ne partagent pas à cet 
égard les craintes un peu imaginaires des habitants du 
Paraguay. 

Toutefois, il n*est pas sans exemple que le vent 
de S. 0. ait produit de désastreux ei&ts : car, comme 
il a parcouru depuis le détroit de Magellan des 
espaces immenses, sans rencontrer quelques montagnes 
ou des forêts pour lui faire obstacle et rompre son 
impétuosité , il peut arriver qu'il prenne les propor- 
tions d'un effroyable ouragan. Alors, il déracine les 
plus gros arbres, disperse leurs débris, abat les mai- 
sons, ravage les champs cultivés et détruit les ré- 
coltes. Le fi mai 1799 une violente tempête renversa 
la moitié de la peuplade d'Âtira, tua trente-six per- 
sonnes, et coupa la tète d'un cheval attadié par le 
cou (2). C'est en été et dans les derniers mois du 
printemps, que surviennent d'ordinaire ces coups de 
vent. On a fait cette observation , que rarement la 



(1) lo RENC€III, p. 71. 

(2) AzAiÎA, Voyages^ 1. 1, p. 34. 



206 CLIMATOLOOIK. 

première moitié du mois de novembre s'-écoulait sans 
être marquée par un orage aécoropagné d'une toor* 
mente de- S. 0. (1). 

I^e pampero se manifeste dans des régions trè^Héloi^ 
gnées de celles où il a pris naissance. Ainsi, lorsqu'il 
se fait sentir sur un point de la frontière du Paraguay, 
on peut être assuré qu'il a paru auparavant sur les 
bords de la Plata, et qu'il traversera les pajs situés 
vers le N. N. E. jusqu^à des distances considérables. 
Sur les. côtes du Brésil, son souffle impétueux dépasse 
le parallèle de Rio de Janeiro; mais, comme il porte 
au large, rarement il cause de grands désastres naa* 
ritimes. Sa propagation sous les tropiques est puis- 
samment aidée par la raréfaction de Tair due à Fin- 
tensité de la chaleur : il se produit alors un phénô* 
mène d'aspiration. Les Compten rendun de Ï^Académie 
den sciences (2;, mentionnent un fait de cette nature 
cité par M. Martins. Le 18 novembre 1822, la corvette 
la Coquille S0U8 le commandement de M. Duperrey, 



(1) Les annales de la navigaliou abondent en nombreux réciu da ai- 
niatrea causés dans le Rio de la Plala par dfs vents l^irieùt <le S. O. et de 
s. £• Les premiers, très-redoutés à MonteTîdco, Tont cbasscr les bAUmenlk 
sur leurs ancres, et souvent les jettent à la cdtc. en brisant les cibles et 
les manœovTlps. tes seconds occasionnent de fn^cfueols nanfrages awr la 
rive droite du fIcnTe, dont ils élèvent les eaai à une hauteur conatdérAle. 
en les poussant à de grandes distances dans Tint^frieur des terres, ou par- 
fois des navires d*uii fort tonnage sont allés s'échouer. J*ai vu, au iqitiaa 
des jardins de.la quinta de Palerme, propriété du général Rosas, ungroi 
brick de commerce qu*une tempête y avait transporté à la distance flTuu 
mille de la côte. Sa fille avait eu i*idée très-originale de relever le vaisaeaii, 
de réparer ses agrès , et d*en distribuer Tintérieur en salona d*élé où 
elle recevait la société de Dueuos Ayres et les (iBAngers . 

(t) T. VII, p 312. 



fut subîieroent assaillie par un pampero quoiqu'elle se 
trouvât'à plu9 de mille kilomètres E. N. E. de l!em- 
boucUare du Rio de la Plata. Au même instant, il v 
eut un abaissement rapide de la colonne barométrique. 
C'était donc un vant d'aspiration venant de terre, et 
recQnnai^sant pour cause la raréfaction de Tair de la 
mer. Disons-le en passant, ce qui précède confirme- 
rait la règle généralemeot admise depuis Fraucklin, -à 
savoir que les vents se font sentir plutôt dans les con- 
trées vers lesquelles ils soufflent, que dans celles d'où 
ils viennent. 

Pendant la saison froide (juin, juillet et août), le vent 
du S. amène parfois des orages; mais le plus souvent 
il est accompagné d'averses suivies, et d'épais brouil- 
lards qui se résolvent en pluie, fine et serrée. Après 
vingt-quatre ou quarante-huit heures, il haie le S. 0. ; 
le ciel s'éclaircit, la température s'abaisse très-notable- 
ment, et si l'air reste calme pendant la nuit, il peut, 
nous l'avons vu. survenir une gelée blanche. 

Le vent d*Ë. règne principalement en automne et 
au printemps. Très-variable, il tourne tantôtà TE. 
N. E., tantôt au S. E., avec des alternances de pluie 
et de beau temps, et de brusques variations dans la 
tenipérature. Pendant la saison chaude il souffle 
depuis le soir jusqu'au matin. Peu à peu le soleil 
monte sur rhorizoti, l'atmosphère s'échauiTe, et le 
vent gagne le N. E. Cette brise légère (yiraion)^ d'une 
remarquable régularité, procure dans rintérieur du 
continent comme sur le littoral plus qu'une sensation 
agréable; elle exerce encore une action salutaire sur 



208 CLIMATOLOGIt. -^ KS HOITS. 

la santé, en rendant les nuits fraîches, à la snHe des 
jenrnées accablantes de Tété. Déjà , j'ai signalé cette 
frakheur des nuits qui dait modifier, dans de cer- 
taines limites, la distribution géographique des té* 
gétaux : je n*ai rien h ajouter à ce que j'ai dit de son 
influence probable sur la fructification de certaines 
plantes exotiques, et sur Tabsence du Bananier dans 
les Missions brésiliennes de TÛruguay (1). 

Kt) Voy. HêfnêVégHmi.p. 159. 



CHAPITRE XVIII 



CUBATOLOai» (suite). — PltlOBtlIS ATHOSPttlIQVIS QUI HMiriCIT 
Là TIBPtlATUU : DIS lYDIOBÈTtOUS. 

— piÉiOBftiis tucTiiQnis.'— «itu. 



L'influence du vent d'E., en abaissant la tempéra- 
l^re, contribue puissamment à la formation de rosées 
abondantes qui se déposent à la surface des plantes et 
du soK Plus Fair est calme, le ciel serein, l'atmosphère 
humide, plus intense est la précipitation des vapeurs. 
Les rosées se font sentir surtout dans le voisinage des 
grandes masses d'eau, soit courante, soit stagnante, 
et des immenses forêts (montes) du nord du Paraguay : 
elles tombent indifféremment à toutes les heures de la 
nuit, dès que surgissent les circonstances nécessaires à 
leur formation. 



•^ 



210 CLIMATOLOGIE. 

On coTiHait depuis longtemps Taction délétère des 
rosées glaciales de TAfrique sur la santé des voya- 
geurs qui s*y exposent pendant leur sommeil. A cette 
influence pernicieuse, trop souvent mortelle, on 
peut opposer Tinnocuité de la rosée dans les régions 
Sud - américaines que j*ai parcourues. Dans les pro- 
vinces de Rio Grande et de Corrientes, dans les Mis- 
sions, la coutume est de voyagera cheval, sans em- 
porter avec soi ni tente ni abri. On couche en plein 
air, sur sa selle; au réveil, le poncho de laine (1) dont 
on s'est couvert, est tout imprégné d*eau qui filtre en 
nombreuses gouttelettes par les franges de la bordure 
de ce sommode vêtement. Beaucoup d'habitants de la 
campagne préfèrent même, durant huit mois de Tan- 
née, la voûte du ciel à la toiture plus ou moins déla- 
brée de leur modeste rancho. Or, aucune influence 
maligne n'est attribuée, que je sache, à cette abon- 
dante précipitation des vapeurs atmosphériques. J'ai 
dormi, pour ma part, bien des nuits en plein air, sur 
le sol dont me séparait une mince nappe de cuir, après 
des journées de forte chaleur, de privations et d'in- 
croyables fatigues, et jamais je ne me suis senti plus 
dispos qire par ce genre de vie si nouveau pour moi. 
Au Paraguay , les maisons étant généralement entourées 



(l)'|itotf|ii d*«rigiQc amérietiae , rtyc de coaleurt traachaalflt^ioaf 
de 7 à 8 pied» et large de 4, tvec qne ouverture loogitudioale «o milieii 
dans laquelle on passe la lète, ce qui lui donne beaucoup de retsemblaiiee 
avec «De itesoble. Les ponchoi de couleur utie ebot en étoft 4elaiM 
(bayela) ; on en fabrique d^autres à Taide d*un tissu de coton blanc, leitei 
presque inipt^rméable, arec des raies bleues on ro\iges, et oo les giniit lie 
franges. 



PHÉ901li|l|S ATHOSPPÉRIQUES. âll 

d*u9^ galerie coi|verte, ou précédées d'uo baogar, c'est 
aux poutres qui soutieQQent ces frêles constructions que 
Ton suspend les hamacs. 

Si Fair'est saturé d'humidité, cette précipitation de 
vapeurs peut être assez considérable pour troubler sa 
transparence ; alors on observe un brouillard épais qui 
pénètre 4es corps coodme le ferait une pluie fine et 
serrée. C'est en automne et en hiver, au-dessus des 
rivières et des plaines basses et humides, que ce phéno- 
mène se produit, parce que Teau ou le sol ont une tem- 
pérature supérieure à celle de Tair. Il en e^t de même 
en Europe, où la saison des brouillards correspond 
à Tépoque pendant laquelle la température ipoyenne 
de l'air s'abaisse au-dessous de celle des fleuves (1 )« 
Dans les pays chauds, sillonnés par des rivières qui 
viennent de l'Equateur, une cause puissante accroît 
encore cette inégalité momentanée de température 
entre les deux milieux. Leur pburs, d'autant plgs 
rapide que leur source est moins éloignée, permet 
à la masse liquide directement frappée par le soleil, 
d'arriver chaude sous une latitude caractérisée déjà 
par l'existence plus marquée des saisons. De là, la 
formation de brouillards dans, ces contrées; mais de 
là aussi, leur courte durée, parce que l'ascension du 
soleil sur l'horizon les dissout, et fait cesser les circon- 
stances indispensables à leur apparition, en échauffant 
l'atmosphère dont la température devient prompte- 
ment supérieure à celle des eaux ou du sol. 

(1) Les obserrations taïqueUes 8*e»t livré è Lyou M. le professeur 
Fomriiei, ne laissent à cet égard aucao doute* r 



SIS GtnUTOLOGII. 

Tons les phénomènes météorologtqnes agisseÉI et 
réagissent (es uns sur les' autres; aucun ne sepiodmt 
isolément. Les vents sont les modificateurs aUnosphé- 

• 

riques les plus puissants, parce qu'ils consenrent tme 
partie des propriétés qu'ils ont empruntées aux répons 
d*où ils viennent (1), et qu'ils produisent dans Télat 
hygrométrique de Tair de brusques variations aot* 
quelles se rattachent les anomalies que présente la 
marche annuelle de la température. Mais sous toiis 
les parallèles, le rôle de Vhumidité ne saurait être res- 
treint à des modifications plus ou moins profondes de 
la chaleur solaire. L'eau est en effet, par-dessus tout, 
un élément indispensable de la vie végétative, et on 
agent très-actif de destruction pour la vie animale. 
Aussi l'étude de l'hygrométrie, toujours intéressante, 
acquiert-elle une importance de premier ordre dans 
les régions équinoiiales, où son influence se traduit 
incessamment par des phénomènes d'une incroyable 
énergie. 

La périodicité des pluies disparait à mesure que Ton 
s'éloigne de l'Equateur. Sous ce rapport, le Paraguay 
quoique coupé par le Tropique, m*a paru offrir dés 
conditions assex analogues à celles des pays tempérés. 
Les renseignements que j'ai recueillis me conduisent 
à penser que la quantité d'eau qui tombe annuelle- 
ment est très-variable , et qu'on ne saurait admettre 



vt) Aîatî« d«M Mtr« beMttplièfv« 1rs ?csls ém nord sool plus froids que 
Cf«id« Midi. Cv«l le €«»trairv ~ fU-â bfSM de le dire? — dass llié- 
«ùsplière «ttstral. 



PH^IfOMÈNKS ATHOSPHÉarQUES. 213 

dâû» sa coDBtitutioD climatérique une saison humide 
et one saison sèche;/ mais le manque de données, 
rabsence d'observations suivies, ne iiermettent pas de 
présenter de moyennes, soit pour Tannée entière, soit 
pour les quantités versées dans chaque mois. 

Les ondées générales et assez suivies en automne 
(avril et mai), produisent en partie la première crue du 
RiorParaguay, et les inondations dont nous avons pré- 
eédemment raconté les conséquences désastreuses (1). 
Gomme elles accompagnent les vents de N. et de N. E., 
elles répandent dans Tatmosphère une extrême humi- 
dité» et la chaleur devient insupportable (2). Le doc- 
twrAeligger signale cette saison comme favorable au 
développement des maladies du foie et des voies diges- 



(1) Hydrographie et Navigation fiuviale, p. 09. 

(2) La chaleur hamide est une cause permaoeole d'incroyable malaise ; 
«( — eolocideoce trop fîréqneote — lorsque la température ne s'abaisse 
pas pendant la nuit, les nouveaux débarqués ont à subir de cruelles 
étpreores. On souffre eitrèmement de la chaleur è Rio de Janeiro, à Cal- 
ci^ta surtout, parce que le thermomètre es| très-élevé, et que , en même 
leosp^, rbygromètre se maintient presque invariablement à un degré très- 
nÛn du point de saturation. Alors , la ^ueur s'échappe par les pores de 
la peau comme à travers un crible, et le corps reste plongé dans un bain 
de vapeur continuel; l'appétit se perd, le sommeil est lourd et peu répa- 
nUmt : il faut de grands efforts et une certaine énergie pour résister à 
rjÉh^ement des forces physiques et morales. J 'endurais plus impatiem- 
■eot le climat humide de Rio avec 29*, l'hygromètre restant stationnaire 
eotre 95 et 100*, que celui du Paraguay avec une chaleur sèche de 35, et 
■èae de 40*. Pour ma part, je crois que Thomme vivrait difficilement sous 
le eiel brûlant de l'Afrique équatoriale , si l'atmosphère y contenait de la 
f i p eo r d*aau eo eicès. A tous les troubles fonctionnels déjà cités, s'ajou- 
Israit une perturbaiion complète ai très-grave de la transpiration insen- 
sible et de l'eibalation cutanée. U est juste de le dire , lorsqu'on a habité 
M ptys chaod, oo se bâte moins d^aeeuser la noocbalanee et rioactivité 
des iadigènes. 



2U CLIllAtOLOGIE. 

tives. De semblables conditions météôfoiogiqties pré- 
disposent, en effet, ani affections hépatiques. 

J*ai noté plus haut le caractère essentidlement 
électrique des pluies estivales. La présence de réiee* 
tricité se manifeste aussi dans presque ^tes tdUm 
qui surviennent dans le cours des autres mois de 
Tannée; mais ses explosions n'ont pas, généralement, 
la violence qui caractérise les orages du printemps et 
de l'été. 

En hiver, Us vapeurs se prédpilent sous fortae de 
brouillards, et bientôt le vent du S. rend le del d'une 
incomparable sérénité. Sa^ couleur, d'un bleu foueé, 
parait moins if^tense dans le voisinage de l'horizon 
qu'au zénith, quoique la diffétence de coloration edr 
ces deux points soit peu appréciable. Dans cette sai- 
son, la seule favorable à l'acclimatation des Euro* 
péens, le mercure descend, en moyenne, à 19*. 

Au printemps les pluies reparaissent, fines, con- 
tinues, et accompagnées de nouveau par les vents de 
N. et de N. E. Elles tombent avec assez d'abondance 
pour faire sortir les rivières de leur lit. Mais eette 
seconde crue ne prend qu'exceptionnellement les pro- 
portions de la crue d'automne. On ne tarde pas aussi 
à observer toute la série des effets dus à l'extrême 
humidité de Tair. Déjà je les ai décrits; je n'y revien- 
drai pas. 

En toute saison, lorsque le vent souffle du nord, la 
température s'élève très-notablement; l'atmosphère se 
charge d'humidité et devient fortement électrique^ Cm 
phénomènes se manifestent surtout avec une rêinar- 



PHÉNOMÈlfKS ATMOSPHÉRIQUES. 915 

qoablé énergie au printemps, pendant Tété, et les pire- 
miors mois de l'automne. 

Mais il s'en faut que toutes les années soient ég^Ie* 
ment orageuses ; et ce que j'ai dit de la distribution 
irfégulière, inégale, de l'humidité et de la sécheresse, 
peut s'appliquer à celle des orages. 

Au reste, ces deux ordres de faits se lient l'nn à 
l'auffe; et l'observation a confirmé ce que la physique, 
dapuis les travaux de MM. Becquerel et Pouitlet,^ en- 
seigne sur les sources de l'électricité atmosphérique. 
Ainsi, les explosions de la foudre, relativement riires 
et faibles dans les années sèches, sont d'une fréqài^e 
et d'une force incroyables dans les années pluvieuses. 

Il m'a paru que les plus violentes éclataient vers la 
fio du printemps et pendant les premiers mois def'été. 
A ce moment, en effet, une troisième cause déjà puis- 
sante par elle-métne, se combine avec la chaleur solaire 
et l'humidité. La végétation des plantes vetse dans 
ratnaosphère une * masse considérable de Auiée , qui 
s'ajoute à celui que dégage l'évaporatidn de l'eau 
frappée par les rayons d'un soleil tôrride (1). 

Leâ orages surviennent avec tous les vents, mais 
dans un <irdre de fréquence qui n'est pas te même pour 
dHieun d'eux. Durant le printemps et l'été, les marées 
électriques sont le plus ordinairement accompagnées 



(1) Poo^ qn'il y lit dé^gement d^électricité, il est aécesSaire que Teau 
mgMiumK d» satetnieês él^angèreé , d^ acides , des séb , èle. , en disso- 
httiwi; «1 oa aot, il tâmt qa*il se passe une action cbiiûqne, c^ qui a 
tei^ows lien à la snr/ace du globe. M. Pouillet a rois ce fliit hors de 
eéttplétaM les «fp^rièneeff de àâlfsétife ei de f «Hi. 



216 CUIUTOLOGUL. ; 

d'ua veut violent de S. ou 4e S. 0.; les orages del'O. 
et du N. 0. sont rares et durent peu. Mais à San 
Borja et dans les Missions de l'Uruguay » ceux qui 
viennent de cette direction, beaucoup plus fréqueots, 
sont plus souvent que les autres accompagnés de grêle. 
Cette différence s'explique par ce que nous savons de la 
rareté des vents d*0. au Paraguay. 

Quoique, dan^ le cours de la saison chaude, de nom- 
breux éclairs se montrent parfois vers TE. et le S. E. 
à la tombée de la nuit, rarement un orage se forme de 
ce côté. 

Enfin, il peut en venir de terribles avec un vent de 
N., et la pluie qui les termine, moins violente, dure 
aussi plus longtemps. 

L*at>proche des décl^arges est annoncée à l'avance 
par .un changement dans Tétat du ciel , . et chez les 
individus doués d'une grande irritabilité nerveuse t 
par des symptômes de prostration physique et morale, 
ou par des accidents hystériformes. Je n'ai rien à ajou- 
ter à ce que j'ai dit, sous ce double rapport, en traitttit 
de l'influence du vent de N. E. 

Lorsque les explosions se reproduisent plusieurs jours 
de suite, les choses ne se .passent pas de la. même ma- 
nière; le matin le ciel est serein et d'un bleu foncé, mais 
bientôt des ctimuiia apparaissent à l'horixon, et ne tar- 
dent pas à l'envelopper. 

Quelles que soient les conditions météorologiques de 
son développement, l'orage, une fois formé, éclate av«c 
une effrayante énei^e. Les éclairs , d'une éblouissante 
clarté, se succèdent si rapidement qu'ils se confondent. 



PHilfOMilfBS ATMOSPHÉRIQUES. 317 

et les roulements du tonnerre ne finissent pas. La nuit, 
Tatmosphëre parait embrasée. En même temps, le vent 
brise les'arbres, emporte les frêles toitures des habita- 
tions, et une ondée torrentielle submerge les cultures, 
on creuse des ravins dans leur sol ameubli., A Tégard 
de la durée des orages , il est impossible , de même 
qu'en Europe, d'établir une règle ayant quelque fixité : 
on peut dire, qu'elle est, en général, en raison inverse 
de la force du vent et de l'abondance de la pluie. 

L'œuvre de destruction de la nature achevée , le 
calme renaît, et tout souvenir s'en efface promptement 
chez l'indigène , habitué dès l'enfance à cet imposant 
spectacle, qui n'est pas toujours sans danger pour lui. 
Trop souvent l'étincelle qui s'échappe de la nuée fait 
une victime à la surface du sol. Âzara (1) estime que 
le tonnerre tombe au Paraguay dix fois plus fréquem- 
ment qu'en Espagne; et certes, ce calcul n'a rien d'exa- 
géré. Lorsque la foudre s'abat sur une maison , on re- 
marque qu'elle suit de préférence les pièces de iiois à 
grain compacte et serré placées dans les murs, ce qui 
est particulièrement le cas des bois de ce pays , que 
leur compacité rend assez bons conducteurs du fluide. 
Mais le savant ingénieur espagnol indique .cette recette, 
fort simple à coup sûr, pour se garantir de ses effels : 
pour émter le danger^ il suffit de s'en éloigner un peu. 
Or, cette précaution ne me parait pas tout à fait suffi- 
sante, et il n'est malheureusement pas rare de voir 
plusieurs personnes foudroyées dans le cours d'un 

# 

(1) T. II, p. 86. 



SIS CUVAtOLOGIK. 

inème orage; J*m recueilli pliisiean faits de cette na- 
ture, sur diflSifents points du Paraguay, et les relations 
d'Axara lui-même, M celles de Rènggeren mentionnent 
d*autres. 

Il est cependant des circonstances qui contribtiont à 
rendre les accidents aussi peu multipliés qu*ils le sont, 
comparativement à la répétition fréquente et k la vio- 
lence des explosions électriques : la population est dair- 
semée, les maisons basses et les arbres élevés ; les pal- 
miers gigantesques répandus dans les champs, détour- 
nent les coups en faisant l'office de paratonnerres : en- 
fin, les nuages orageux flottent dans Tespace, à une 
liauteur généralement beaucoup plus considérable que 
dans les latitudes tempérées. Cette opinion, basée sur 
le calcul, explique comment rétincelle, en allant d'un 
nuage à Tautre, affecte le plus ordinairement une direc- 
tion horixontalei et tombe moins fréquemment à la sur* 
face du sol (1). 



(I) 1)0 grand nombre de Toyage^rs qui éuient eo ntae temps de re- 
marquables ccriYaios , ooi raconté les effets saîsiisaiit& des orages inter- 
iropicaui. l'oe dfscriptioo et ces grandes ton^ulsions de la nature, serait 
ici presque un hor9-d*<ra^re. sinon un acte de îétaériié de ma part : aussi 
me bornerai-je à dire, après Escbwege, qn*on ne saurait se faire une idre 
de la violence des éclats Je la foudre, au milieu de la nuit, dans les forêts 
Yierges de TAmérique, et dans la région des caloKs que Ton a appelée la 
région des orages éternels. 

On consenre i Rio de Janeiro le sourenir d*eiplosious électriques d*ttns 
force eiceptionnelle. Le tt janrier 1817, les éclairs et les ro ule ments du 
tonnerre produisirent pendant jingt minutes un effroi général sur les lia- 
bitants. Lr 4 a>ril 1835, la rille fut assaillie par un orage affreui qui se 
prolongeB de minuit à qnatre beures du matin. Le docteur Sigaue, ati^ael 
j*emprunt<* ces deui faits (l>y Climal et des Maladies du Brésil^ Paris, 
1814, iu-8*, p. 60, ne donne pas d'autres deUiU. Le 1*' mai lSf5, |e mt 
trouvais à Rio. O jour -là , ^er> cjnq beures du soir , il snnrini one 



.* 



PHéNOMÈNBS ATMOSPHERIQUES. 219 

Après Hne pluie d^orage de quelque durée , le Iher-- 
momètre accuse un abaissement notable de la tempe* 
rature: Cet effet est dû, suivant le professeur Kaemlz, 
mt masses d'eau, qui en se précipitant des hautes et gla- 
oiales régions de Tatmosphère, produisent un refroidis- 
sement trës*sensible, en vertu de leur capacité pour le 
calorique, et de leur évaporation qui absorbe une quan- 
tité notable de chaleur enlevée à la terre cft à l'air. En 
même temps, si le vent saute au S. 0. , le thermomè* 
tre \\mX descendre, au milieu de Tété, à 15 degrés. 

le dois encore dire quelques mots d'un météore 



UMfinente éfMniTanUble; It foudre tomlM sept fois, et taa cinq personnes. 

A StinUPtul. riafloence énergique et pour ainsi dire permanenlç de 
Télectricité, se trsiîuit ptr des eiplosioos trè^fortes et prévue inices- 
siAtes. 

Le 9 ioùt de la même année, nue série d'orages fondipent sur li^ ville, et 
dorèrent le 10 et le 11, sans interruption notable. Je n*ai jamais entendu 
dt éétoaitioni} auasi continnellemeDt ytoMtès. La nuit, elles ne permet- 
tatet pas i^ dormir $ les journées étaient plus calmes. La foudre lomlMi 
pluneurs Ibis, mais ne fit qu'une Yictime. 

Boenos-Ayres figure dans les tableaux numériques que BL Arago a dres- 
séi de la distribution géographique des orages XiÉnniuiire du ^ur iai t des 
UmfUudÊt, 1SS8, p. 408), pour 22,6 jours orageux (moj. de sept années 
fiiaiiiiation). Axara (Foyogfef, 1. 1, p. 34) raconte que le 31 janrier 179S, 
la CMidre y tomba trente-sept fois et tua dix-neuf personnes. 11 n'existe 
pas dans les annales de 'la science, un second exemple d*un désastre pa- 
rtn dA è la mène cause. 

Ia k mars 1S46, au milieu d'explosions électriques oficompagnéM de 
#rtflf, une maison de Tancienne Mission de San Borja fut frappée, mais 
SMii^DôBaéqnenee ficbeuse pour sed habitants. 

Aa reste, les régions équinoxiales n*ont pas le privilège exclusif et re- 
dootable des orages; et lès témoins de celui qui passa sur Patis le 
30 Jain 1S54, pouvaient avec quelque apparepce de rafson se croire pour 
mi i^oment transportés sous le ciel inclément de la aoné torride. Les 
co«ps, d*Qne violence extrême, étaient séparés par des intervalles de plu- 
sieiirs minutes : sous les tropiques, ils sont incessants. Rappelons, en ter- 
■iiiaot, que la moyenne annuelle des jours orageux est à Rio de Janeiro 
de 50,7 ; à Buenos-Ayres de 22,6, et à Paris de 13,8. 



3SQ CLIMATOLOGIE. 

dont I*apparition coïncide toujours avec les phéno- 
mènes électriques. II grêle presque chaque année sur 
un point du Paraguay , et plus fréquemment dans les 
Missions ; mais les grêlons n'ont pas généralement on 
assez gros volume pour causer des dommages aux 
récoltes, aux arbres, et tuer des oiseaux ou de jeunes 
quadrupèdes. Cependant, le 7 octobre 1789^, il tomba, 
à 12 lieues de T Assomption, des grains t]ui avaient jus- 
qu'à 3 pouces de diamètre. Azara, qui relate ce fait(4)« 
ne parle pas en témoin oculaire : on peut donc ad- 
mettre un peu d'exagération dans les dimennons de 
ces masses de glace, dues peut-être à la réunion de 
plusieurs gréions qui s'étaient agglutinés dans leur 
chute , et quoiqu'on en ait recueilli de plus volumi- 
neuses encore sous des latitudes plus élevées. 

C*est au milieu du printemps (octobre et novembre), 
après une série de chaudes journées, et au moment où 
la chaleur diurne atteint son maximum , que ces 
averses surviennent. 

L'île de Cuba occupe dans notre hémisphère, une 
position astronomique qui présente quelque analogie 
avec celle du Paraguay dans l'hémisphère austral. En 
comparant, autant que des données insuffisantes m'ont 
permis de le faire, quelques-unes des circonstances 
liées aux chutes de grêle sur ces deux points du globe, 
j'ai trouvé, à l'aide du travail de M. Poey, présenté à 
rinstilut par M. Becquerel : 

1* Que, au Paraguay comme à Cuba, les averses 



(t) l%i«mMr«^». 



PHfeOMiNBS ATMOSPHÉRIQUES. S9l 

avaient lieu d'une heure à trois heures de raprès-midi, 
moment de la plu's forte chaleur du jour (1) ; 

2* Que , eu égard à la distribution mensuelle, les 
mois qui représentent prohablement la température 
moyenne de l'année, sont les plus abondants en grêle; 

3* Mais que, sous le rapport de la fréquence, et 
tout en tenant compte de l'augmentation du météore 
depuis 1846, mise hors de doute pai* les relevés de 
M. Poey, il n'y avait aucune comparaison à établir 
entre les deux pays, puisque l'on a.observé à Cuba, des 
intervalles de quinze, vingt, et même de quarante ans, 
entre la reproduction d'un phénomène qui se montre 
annuellemebt sur le continent Sud-américain (2). 

D'où provient cette inégalité dans la répartition des 
averses? La rareté de la grêle dans l'ile de Cuba 
est-elle liée aux conditions météorologiques qui nais- 
sent du voisinage de la mer, conditions très-dissembla- 
bles de celles que présente une province méditerranée? 
Dépend-elle uniquement de la différence, de tempéra- 
ture que l'on observe, à latitude égale, dans les deux 
hémisphères , quoique cette différence ait été exagérée 
par Herschel (3) et d'autres savants, d'après des obser- 
vations trop peu prolongées pour être concluantes ? 

Plusieurs fois dans l'année il tombe du grésil , et ce 
phénomène est plus souvent qu'en Europe accompa- 
gné d'explosions électriques. 

(1) Une seule fois» à Stint-Paal, le 14 septembre 1845, j'ai Ta aoe 
ploie de grêle à huU heurei du «otr : elle dura 12 minutes. 

(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences, novembre 1854. 

(S) HnsauL, Essai on îhe elimatofthe austral hemiepheret London. 



CHAPITRE XK. 



cuBAru.Mii (fin). 

— ■ÈTtiUt IMfcl. — OlSJlf ATIOIS ■ftrtOlOI.OtlOfU. 



Pendant les nuits calmes et sereines*, nn grand 
nombre d'étoiles filantes décrivent des courbes lumineu- 
ses sur la voûte céleste, en se succédant à des inter- 
valles inégaux, quelquefois très-rapprochés : elles se 
itieuvent de TE. à TO. suivant la direction de la virasoû, 
laquelle s'élève, nous Favons vu, à Tbeure du coucher 
du soleil. 

Muni des Imtructùms rédigées par M. AragQ pour 
le voyage de circumnavigation de la corvette la Bih 
nUe (1)» j'ai elierché vainement, à l'aide d'observatians 



(1) E^lrail dei Comptée reuëiu 4t V Académie dei «nVnrcf , nofeakre 
1835. 



ViltoEKS IGNiS. SSS 

amdues, à découvrir une coÎDeideuce entre «es appari- 
tions fréquentes, et les dates des pluies périodiques de 
bolides observées sw plusieurs- points de l'Europe et 
da Nouveau-Monde, dans les nuits du 1 au 1 5 no- 
vemltre et du 10 au 11 août 

Mais des météores plus-considérables^» des globes en- 
flammés, peuvent traverser Tatmosphëre en laissant 
sur leur passage une traînée lumineuse et une épaisse 
fumée, ou se briser en fragments qui bientôt s'étei- 
gnent, et retombent à la surface du sol sous forme de 
masses de fer ou d'aérolithes. 

Bengger assure qu'on a trouvé à plusieurs reprises 
du fer météorique au Paraguay , notamment à Ta- 
combù, et que ce métal est trës-cassanf . Mais une des 
masses de fer natif les plus considérables dont il soit 
fait mention, est assurément celle que D. Miguel Rubin 
deiGelis et D* Pedro Cervino examinèrent ensemble, dans 
Un plaines du Chaco, en 1783, sur Tordre du roi d'Es- 
pagne* On ne saurait la comparer qu'à l'énorme mor^ 
oeau découvert peu d'années auparavant, par Pallas, en 
Sibérie (1). Partis de Santiago del Estero (2), les deux 
ingénieurs trouvèrent le bloc à soixante-dix lieues en 
lig;ne droite, par lerumb N. 83® E. Ses dimensions, ei 
tontes les circonstances du gisement, sont consignées 
dans leur journal de voyage, d'où Âzara les attirées (3). 

i*iî été témoin, dans les mêmes parages, de l'appa- 



(l>.Piu.As, Oàservationt mit la forme deê moniagnee, Saiot-Péters' 
bMifig; 1777, p. 25. 
(i) Ut. «^47' W. 
(S) foffagti^ t. 1, p. 60 ei soi?. 



S34 ctnuTOLOO». 

rition d'un météore dont la description doit trouver 
place à la suite de ces faits, remarquables. 

Le dimanche 5 juillet, je revenais d*une «tploration 
dans le Chaco., accompagné de plusieurs Paraguayos. 
LfC vent avait soufflé du S. la veille, et très-faibirâient 
du S. E. le matin ; le soleil venait de disparaître. En 
ce moment, Tair était calme, le temps très-beau, et le 
disque deia lune.se détachait nettement sur un ciel 
sans nuages. Mon canot se trouvait sur une petite 
rivière que Ton regarde à tort comme un des bras du 
Pilcomayo, et allait déboucher dans le Rio-Paraguay. 
Il était 6 heures 1/i : tout à coup, une étincelle jaillit 
et illumina le paysage qui m'environnait. En levant 
vivement les yeux, j'aperçus un globe de feu qui, 
après avoir décrit sous un angle de 65^ environ, une 
courbe du S. E. au N. 0., s'éteignit près de Thorizon, 
après une durée de plusieurs secondes, en continuant 
sa route dans l'espace, et laissant une trace lumineuse 
brisée en zigzags et d'épais flocons de fumée. L'inflam* 
mation vive et soudaine comme l'éclair, avait été 
accompagnée de pétillement et de crépitation : je ne 
perçus pas d'explosion. 

Revenu de ma surprise, je constatai qu'après quinze 
minutes toute trace du météore avait disparu. Ce spec- 
tacle étrange et saisissant fit, on le comprendra, une 
impression profonde et durable sur les habitants de 
l'Assomption. 

D'où viennent ces météores? Ont-ils une origine 
vulcanienne et terrestre? Sont*ils vomis par les volcans 
de la lune, qui les projettent assez loin pour les faire 



OKlrer dans la 'spbëre d'attraction an gfôbe? Paut^l 
let regarder coraii^e un produit de l'atmosphère, où 
elmreber leur explication dans une bypottièsé * cos* 
iBMque, soit qu'on les considère, sui'^ant l'expression 
dVerschel , comme des astéroïdes qui se meuvent 
autour du soleil, et restent invisibles jusqu'au mo- 
nent où ils s'enflamment au contact de Pair; soit 
q«'ea voie seulement en eux les débris d'une ancienne 
flanète? 

^Toutes ees opinions ont eu tour à totir pbur défen- 
SMTS de savants astronomes, et l'on peut prédire, 
sans crainte de se tromper, que ces phénomènes si sur^ 
prenants de la physique du globe , longtemps encore 
mettront en défaut leur sagacité et leurs insuffisantes 
théories. 

J'ai tenté jusqu'ici de faire connaître la marche de la 
température à la surface du pays considéré dans son 
ensemble. Pour compléter cette étude, il faudrait ex- 
poser maintenant les variations qu'elle présente sur les 
points priaeipaux. On conçoit, en effet, que desécarte- 
menls. considérables entre les parallèles et les méri- 
diens, que des différences sensibles dans la nature et 
les reliefs du sol , doivent se traduire par de notables 
modifications dans les phénomènes dont l'ensemble 
constitue la cHmatotogie d'une localité. Mais de telles 
conditions n'existent pas ici;, et d'ailleurs, pour ob- 
tenir un plus grand nombre de limites extrêmes, ou 
pour dresser à l'aide de lectures équidistantes des 
tables de température moyenne capables de servir à 
rétablissement de lignes isothermes, isothères et iso-* 

15 



226 CIJMAT0E06II. 

cbiuièDœ (I), il (mt des séjours prolongés, des séries 
'd'observatiops sédentaires et soÎTies» condhloBtqoe ne 
saurait remplir un voyageur. Or, on sait que Técart 
entre Jes moyennes de Tété et celles de Th^ver, est plus 
considérable dans l'intérieur des continents que sor lès 
côtes. 

Toutefois; j'essayerai de combler en partie cette la- 
cune, en transcrivant le résumé- mensuel de nues obser- 
vations météorologiques. Mon séjour daôs les Missions 
et au Paraguay embrasse quatorze mois, de février 4 846 
à. avril 18.47 : je ne donne «que la latitude et la longi- 
tude des stations principales. 

FÉVRIER, DU 8 AU 88. 

SAI-BORJA. 

Ut. 28° 39' 51", long. 58* 15' 58" (2). 

Vingt' jours de beau temps; maximum de chaleur, 
35% minimum, 18*; moyenne des indications de Thy^^ 
grômëtre, 56*; vent dominant £., soufflant régulière-- 
ment la nuit, et passant à TE. N. E. et au N. E. vers le 
milieu du jour. 



(1) M. de.Uuroboldt, le premier, a réuoi par des caurbes qu'il a non- 
mées isothetmes ( iV:f ^gal , èifuU chalear ), les pointa doot la tempe- 
ratura moyeone est égale. On appelle isolhêreê ( iVof et ùspoç été ), et lao- 
chimèoea Ciffêç et x^'f*^ biTer), lea lîgnea qoi paaaaot par les li«n 
doot la moyenne eatirale on hibernale rai la même. 

^2) Sao-Borja rat la plus méridionale drs Bliaaiona de la rire gancbedè 
rurognay. Tootea font partie di* la prr>rince de Rio-Orande ïv Ssd, H 
appartiennent an Bréatl. 



OBSRRVATIOHS. 227 

MAHS. 
Bl tM'BOBJA A SAI-AimOr 

Ut. as* ir 19" , laiig. 57*0' 13". 

. Dix4)ttit jours de beau temps, cinq dV>rage6 violents 
aiw forte pluie, trois d'orages faibles, deux de pluie, 
deux jours nébuleux, et un de brouillard ^pais. 

L'orage du 5, venant du S. 0., dura de onze beures 
du matin à cinq heures du soir, et fut accompagné de 
grêle. Le brouillard avait été précédé, la veille, d'une 
forte averse de TO. S. 0, qui dura deux beures : je 
recueillis &0 millim. d'eau. 

Maxim. 34^5, minim. 45*; hygrom. 70*; vent 
variable du N. E. au S. et au S. 0. Température de 
Teau d'un ruisseau près S. Lorenzo, 21*; de Tair, à 
midi. Je soleil étant voilé par des nuages, 28*. 

AVRIL. 

Sâa-BOBJA. 

Vingt jours de b^u temps, trois d'orages violents 
avec forte pluie, trois d'orages faibles, deux de grande 
pluie, et deux jours de temps couvert et variable. 

Maximum de température, 32*"; minimum, 12*. En 
vingt-quatre heures, le 24, le thermomètre n'a varié 
que de 5/10 de degré; de 19,5 à 20"", avec vent de S. 
et pluie continue. Vent dominant E. N. E. Les matinées 
deviennent fraîches. 



S28 CLIMATOLOGIE. 

MAI. 

Bl sai-boua a uvta-sabia. 
Lai. 26» 48' 12", long. 59* 18' 54". 

Vingt jours de beau tempe, quatre de temps tamble 
ou couvert , quatre d'orages violents avee pluie, deux 
de pluies fortes, et un d'orage faible. 

Maxim. 29*; minim. à 7 h. du mat. 7* 5; veut 
de TE. au S. E. et au S. 

Les matinées sont froides. Deux fois^ i 6 b., le 
thermomètre est descendu à, 8% 

JUIN. 

M UITA-IUIIA A L*AtSOaFTIOI. 

Lil. 25» 16' 40" , Ions. 60" 1' 4". 



Vingt-trois jours de beau, cinq de jours variables 
ou nébuleux, deux d'orages faibles avec pluie. 

Maxim. 27* à 2 h. 1/4, minim. 8* le 4 à 7 b. du 
soir, et 8* le 29 à 7 h. du mat.; vent de TE. au S. E. 

• 

Température extrêmement^ agréable. 

iUn.LET. 

A L*AtMBrTIM IT BAU US UlfIBtBI. . 

Vingt-cinq jours de beau temps, quatre de temps 
variable ou couvert, deux d*orages assez forts avec 
pluie. Le mercure oscille vers midi entre 20 et 86*; 



0BSERVATIO?iS. 239 

venl dominant N. E.; la chaleur est plus marquée; les 
nuits sont fraîches. Le 5, un météore lumineux se 
montre à TO. J'en ai parlé plus haut. 

AOUT. 

A L'USOHPTIOI IT DAVS LES IlflBOI^. 

Beau temps, vingt et un jours; temps couvert et va- 
riable, sept; orage et pluie, un; orage faible, deux. 

Maxim. 3r à 2 h., minim. 13^ au quartel del Cerrito 
dans le Chaco, à 7 b. du M.; 13* à TÂssomption, à 
6 h. du S. Vent variable du N.au S. par TË. 

SEPTEMBRE. 

Dl L'ASSOHPTIOI A TIUA-llCA. 

* • 

Lat. 25» i8' 5o", long. 58° 51' 59". 

Dix-huit jours de beau temps; cinq de temps cou- 
vert ou variable ; trots d'orages avec pluie ; cinq d'ora- 
ges faibles. Maxim. 35''; minim. H*. Vent du N. au 

S. E. et au S. 

« 

OCTOBRE. 

DI f ILLA-BICA A ITAPOA. 

Lat. 27* 20' 16", long. 58» 12' 59". 

Di^-neuf jours de beau temps, quatre de temps 
couvert ou variable , quatre) d'orages avec pluie, quatre 
d'orages faibles. Maximi 40" 5 le 29 à 2 b. 20 mi- 
nutes, et 31* le 7 à 2 h.; minim. 10*5, le 9 à 9 h. du S. 
Vent variable de N. à S. E. 



230 CLIMATOLOGIC. 

NOVEMBRE. 
PB ITÂPUâ A L'ASSOHPTIOI. 

Beau temps, 21 jours, temps variable ou nébuleux, 
trois jours; orages avec pluie, -6 jours. L'orage du 7 fut^ 
très-violeiit : il venait du S. Ë. 

Maxim. ST'^o à 3 h., minim. 18^ Vent dominant 
N. E. Là chaleur devient plus sensible. 

DÉCEMBRE. 

01 L'àftSOHPTIM â'flUA-IlCâ. 

Vingt-trois jours de beau temps, u'u de temps varia- 
ble, cinq d'orages violents de S. 0. avec grande pluie, 
deux d'orages faibles. Vent variable du N. N. E. au 
S. 0. La chaleur se maintient élevée : maxim. 36*, 
minim. 19"*. 

JANVIER. 
BB VILLA-UCA à L'AISOHPTIOI PAl LA COUlUftlE il). 

Vmgt-qnatre jours de beau temps, cinq d'orages 
assez fort6, et deux d'orages faibles. Maxim. 35*5, 
minim. 20*. Vent dominant N. E. 

FÉVRIER. 

OB L*ABSOHPTIO« A ITAPIA. 

Vingt et un jours de beau temps, dieux de temps va- 



\1) On ^aitqiiesous le oôin ir^nëHque d« CnrdHUra^ on désifiie, m 
P«raguay, la braoclia q«i ae détache de la chaîne de Ml>ar*eayù à la 1m«- 
icurdc Villa-tica, et Tieot aboutir au Rio-Paraguaj, au R. de remboa- 
chure du Salado. 



obscrtatioms. S31 

fiable, trois d'orages avec pliiîe, <leux d'orages faibles. 
Maxtiin. 36% Vent variable du N. N. E. au S. E. Nuits 
irès-belIes 



MAIiS. 
DB ITArVâ A SAI-BOVi 



Vingt- gùatre jours de beau tem|«s, cincj de temps 
variable , un orage avec pluie forte, et un orage faible. 
Makim.'SS^àS. Borja, le 24 à 2 h. Chaleur forte, 
plusieurs fois le thermomètre monte h S^""; minim. 1 i"". 

a 

Le 29, par un orage violent de S. 0., le mercure baisse 
de 31* à SST'S en trois heures. Vent dominant de 
îl. N. E., souvent N. 

Le l avril, départ de'S. Borja pQur Rio Pardo et 
Porto-Alègre. 

Deux mots sur cette question : la constitution ctima- 
lérique tend-elle à se modifier ? 

C'est une opinion généralement répandue au Para- 
gua; que, depuis plusieurs années, la température 
nroyeûnë augmente. A Taide de cet accroissement très- 
contestable, les habitants s'efforcent d*expliquer les 
chaleurs excessives, les sécheresse%j^rolongées qu'ils 
endurent, et qui portent un notà1>Ie préjudice à leurs 
cultures. Ils attribuent en particulier à ces chaleurs 
inaolites Tinsignifianee actuelle des récoltes en céréa- 
les, si éloignées de ce qu'elles étaient il y a un demi- 
aivCiv* 
. On a cru, de même, observer des modifications 



dana le climat de certaines régions de T hémisphère 



H 



4 



I 



232 CUMATOLOGIB. 

boréal; mais Ârago a prouvé, avec celle lucidité dont il 
avait le rare el précieux privilège, que ces changements 
presque insignifiants ne tenaient pas à des causes cos- 
miques, mais à des circonstances locales, aux déboise- 
ments des plaines et des montagnes , à des dessèche- 
ments de marais, etc. (1). Les défrichements ont, en 
effet , modifié assez notablement la marche de la tem- 
pérature sur plusieurs points du Nouveau-Monde, il 
est incontestable que depuis une vingtaine d'années, 
on remarque à Rio de Janeiro une telle irrégularité 
dans la distribution des pluies et des orages, que les 
exceptions détruisent aujourd'hui la règle : nul doute 
que la cause de ces perturbations météorologiques ne 
réside, en partie, dans les déboisements sans mesure 
et progressifs que Ton exécute au Brésil en vue de 
travaux agricoles (8). 

Mais rien de semblable n'a eu lieu au Paraguay. 
Longtemps privé de toute communication avec ses voi- 
sins, sans commerce, ne produisant que pour sa con- 
sommation, le pays n*avait pas besoin d'entreprendre 
des travaux de défrichement. Il eût pu d'ailleurs éten- 
dre ses cultures et multiplier les récoltes, sans détruire 
ses forêts , car les plaines découvertes n y manquent 
ps. Enfin, j*ai d^ dit que depuis la dicliaiture de Fran- 
cia, f exportation des bois avait toujours été ou rigou- 
reusement interdite, ou monopolisée par l'Ëlat. Je 

{t\ AnmtMlre au Bmrfom ée$ Um§iimâe$, 1S3I. 

v'J' M. d<* Hnmbolélaili'ib^ir à df^^allsie!> plus xi-iirrales l-s OMdtlfa- 
tMMK> que ptralt rproé^r le climt de rAoMrique sepCf'otrioo île. Sstai 
polirifut êur le royamnf de la Som9elU-Etpa§ne^ Paris, ISll , t. n . 



OBSERVATIONS. 233 

regarde donc comme exceptionnelles et sans cause ap- 
préciable , les années à la fois chaudes et sèches qui 
se sont écoulées de 1845 à 1850. Elles ont cepen- 
dant, et à juste titre, éveillé la sollicitude du gouver- 
nemeqt, qui s'efforce d'amoindrir leurs désastreuses 
conséquences par quelques travaux d'imgation , par 
rétablissement de barrages, et la création de réservoirs 
artificiels (1). 

(1). Ces mesares» d*atilitc publique font Tobjet d*nne mention particu- 
lière daus le ^etisage del Exmo $enpr Présidente de la Hepublica del 
Paraguay à la Hepresenlacion nacional del aiio 1819, p. 25. 



« < 



CHAPITRE XX. 



100L06IE. 
CâRACTkBBS DB LA FADIE OU PARAOOAT BT DBS HISSIOI». 

DBS ■AHHirtBBS. 



La faune du Paraguay ne présentç pas un aspect par- 
ticulier, un ensemble caractérisé par certaines espèces 
dont Texistence permette de la reconnaître à première 
vue. Elle se confond, vers le nord « avec la faune de 
la zone équinoxiale ; du côté du midi, avec celle des 
provinces Argentines; à Test enfin, avec celle des ré- 
gions tempérées du Brésil. Elle marque la transition 
entre la faune des contrées întertrupicales, el celle 
des latitudes plus élevées. 

A Touest, on peut admettre que la série des êtres 
qui la composent, arrive plus ou moins complète, à tra- 



CARACTÈRKS DE LA FAUNE. 235 

fen les llanos An Grand-Chaco, jusqu'au pied des Cor- 
dillères, où se rencontrent des conditions cliniatéri- 
ques de nature à la modifier profondément, et-sous le 
rapport de la variété des espèces, et. soiis le rapport du 
nombre des individus. Faut-il rappeler, d'ailleurs, que 
le Paraguay présente peu d'obstacles naturels à la' dis* 
sémination géographique des espèces, à la* fusion des 
faunes propres aux régions zoologiques environnantes, 
et que c'est principalement par les animaux les pins 
parfaits, ou doués d'une puissance de locomotion con* 
ûdérable, que les mélanges se sont opérés entre tes dif- 
férents centres de création si bien démontrés par 
M. Milne-Edwards, en dépit de cette force inconnue et 
incompréhensible qui les attache au sol, et que l'on 
nomme instinct ? 

L^analogie de la faune du Paraguay avec celle des 
parties du Brésil qui l'avoisinent, semblerait aussi con- 
firmer l'opinion exposée par M. Âgassiz dans l'ouvrage 
récent et déjà célèbre de MM. Nott et Gliddon (1 ). Le 
savant paléontologiste,- reprenant les idées émises par 
lui pour la première fois en 1815 dans la Reviie suisse^ 

(I) Tfpeê of mankind or ethnoloffieal re$earehe$ ba$ed uptm the 
tmeittu monuments, painlingê^ êeulplures and erania of races^ Lou- 
doo and PhiUdelphia. 18M, in'4*. 

La traTtil da professeur è rUnWfrsité de Cambridge a pour titre : 
Esqmiêie dê$ provincei nalurelies du règne animal^ et de Icun rap- 
porte avec les diverses races humaines. Il a été analysé dans le 
iiillfftii de la Société de géographie, 1SS5, t. IX, p. 53-65, par M. Gns- 
lafe d*EtcbtlMil. Ses appréciations , soutenues par M. Alfred Maury, 
Mit élé combattues par M. Antoine d'Abbadie (Bulletin, même série, 
l. X, p. 41-51). Voy. encore Comptes rendus de I^Atedémie des edenees, 
t. XZXV, séance du 19 juillet 1852, instructions rédigées par M. Serres 
ptmr VéœpMition seienti/lque dirigée par M. B» Oeville. 



236 ZOOLOGIE. 

pose en principe, que le monde peut être divisé en proi- 
yinces zoologiques, sans que la température soi(. le 
seul guide de cette division ; puis, il s'attache à démon- 
trer que ces divisions correspondent à celles des types 
humains, et que là où la faune est la.mëme, les hommes 
appartiennent à la même race. Or, la race guarahic 
autochthone du Paraguay, occupe aussi une grande 
partie du Brésil , et sur cette immense étendue , It 
faune parait revêtir les mêmes caractères. Si la propo- 
sition de M. Agassiz était susceptible d'une démonstra- 
tion rigoureuse, il faudrait en conclure que le centre 
de création du peuple guarani,^ assez nettement circoiir 
scrit, n'est pas situé en dehors du demi-continent Sud- 
am*éricain ; en un mot, que la présence de cette nation 
sur les points où les conquérants Tont rencontrée, n*vt 
pas la conséquence de migrations sorties de TÂncien- 
Monde ou de la Polynésie, doctrine ethnologique qui 
parait, en effet, reposer sur des analogies physiologiques 
plutôt apparentes que réelles. Hâtons-nous d'ajouter 
que la pluralité primitive des espèces d*hommes, et la 
pluralité des centres de sa création, ont trouvé dans la 
science de puissants contradicteurs , qui reprochent à 
l'École américaine d'attaquer la Bible, d'infirmer le té- 
moignage de l'Écriture sainte , et qui ne voient dans 
la thèse soutenue sur l'origine des races par MM. Agas- 
siz* Nott, Gliddon, Usher et Morton, que la reproduc- 
tion des idées de lord Kaimes , de Montbaddo, de Mos- 
cati, de Voltaire, de J. J. Rousseau, et de Bory-Saint- 
Vincent. 
On sait que la population zoologique augmente i 



CARAGTÈRBS DE LA FAUNB. 237 

mesure que la latitude diminue; ou, en d'autres ter- 
mes, à mesure que la température s'élève :. or, nous 
n^avons eu à signaler que des différences peu sensibles 
dans le climat considéré successivement sur les poinis 
principaux du pays , et cette uniformité ne permet pas 
d'admettre d'inégalité dans la distribution des animaux 
)i sa surface. Si^ sous le rapport de la fertilité du sol» il 
a sa place parmi les régions les plus favorisées du 
globe, on peut dire aussi que la nature vraiment pro- 
digue, l'a peuplé d'un nombre presque infini d'êtres vi- 
vants. Toutes les grandes divisions du règne animal 
domptent de nombreux représentants dans la faune du 
^araguay et des Missions , et plus d'un , sans nul 
Ibute, caché (fans les profondeurs boisées des forêts, a 
sa échapper jusqu'ici aux recherches des rares natura- 
listes qui les ont traversées. La vue de tant de riches- 
se zoologiques rappelle le mot de l'Indien qui guidait 
MM. de Humboldt et Bonplaùd à travers les bois 
vierges de TOrénoque : Es como el Paraiso ; c'est le 
Patadis terrestre. 

Je laisse de côté l'ordre des Bimanes, avec Tintention 
de consacrer plus d'un chapitre à l'anthropologie et à 
l'ethnologie (1 ) , et j'aborde cette incomplète énumé- 
nilion zoologique par les Quadrumanes. 



(1) V Anthropologie détermioe les cooditiont fifaysiques qui séparent 
rHomme de raoimalité; V Ethnologie embrasse l*hisloire physique et iu- 
Idiectutlle des diverses races humaioes, leur Gltatioo, leur dissémination 
el lears mélanges. La première est plus iotimement liée à la zoologie; la 
seconde à l*bi>toire. 



238 ZOOLOGIE. 

Dans la famille des singes^ les esf^es ne présentent 
pas une grande variété : on n*en compte que trois (1). 
En revanche, les individus sont nombreux, et matin et 
soir, ou à rapproché d'un orage, des hurlements 
affreux troublent le silence des bois séculaires en ré- 
vélant leur présence à de dangereux ennemis, car la 
chair noirâtre, sèche, et pour ainsi dire parcheminée de 
ces animaux anthropomorphes, est le mets favori des 
Indiens. Le voyageur ne peut se défendre d'un mo- 
ment de surprise et de crainte , lorsque pour la pre- 
mière fois la brise du soir apporte à ses oreilles le 
cri cadencé et sinistre d'une troupe d'alou^tes suspen- 
due aux branches les plus élevées des cèdres et des 
timbos. Tantôt, il croit entendre un torrent rouler di^| 
la vallée ; tantôt, comme MM. Ëschwege et Aiyguste 



(1> Le Caraya, Stentor Caraya , Simia Beelxelmlh Lioa. , //lonolf- 
hurleur Lacép.; le Cay, Saï Buff.; et le Miriquooina, SaM Buff , Simm 
pithecia Linn. 

Chez les sio^es hurteurê. Vos hyoYde représente une caisse osssvse à 
parois (élastiques, qui loge deui poches membraneuses eo commouiçaiioQ 
avec le laryni. L*air, en s^inlroduisant dans ces cavités, produit le bmît 
eiïroyable qui leur a fait donner le nom sous lequel ils s<>ot cooous. 

Ajoutons que dans Timérique méridionale, la limite géographique des 
singes, sMend — contrairemrnt à l'opinion d*un voyageur célèbre — bîeo 
au delà du 27* degré de lat. , et qu'elle parait dépasser \e 39* parai* 
lèlo. Cette* remarque de M. Arsène Isabelle (Voyage à Buenos -.^yret^ 
le Havre, 1835, p. 41 fi), concorde avec mes propret observations. 

On trouve, en eflTi't, TAlouate-oursoo {Stentor-uninus) eo troupes 
nombreuses dans les bois qui bordent le rio Ibicuy et ses branches d*«ri- 
giue, et le Jacuy jusqu'à Porto-Alègrc, où les nègres font commerce de la 
dépouille de ces singes qu'ils appellent tmjui, par corruptioo da mot 
bujioê généralement usité chez les habitants des provinces de Saint-Paul 
et de Rio-Grande, pour désigner les deux espèces d*alouates. Enfio. 
M. Isabelle parle encore d*nn Oaistiti commun dans' les mêmes parages, 
quoique le froid y soit assez vif pendant rhirer. 



# 



• 

Sunt-Hiiaire^ le chant des Juifs réunis dans leur syna- 
fogue» auquel soccèdê un bruit semblable à celui que 
fiik la cognée du bocheron en s'abatj^nt sur un arbre. 
Margraff donne de cette psalmodie monotone, cette 
explication singulière : il affirme que les Carayas qu'il 
iqpfielle GûarU>a$f ont Tbabitude de se ranger en cercle 
autour de Vun d'eux , pendant qu'jl leur débite avec 
▼olubilité et au milieu du plus profond silence, un dis- 
aours assourdissant, à la suite duquel tous les au- 
diteurs poussent leur cri prolongé avec une espèce 
d*aecord, jusqu'à ce que l'orateur ayant réclamé 
W silence , reprenne la parole; ensuite, on lève la 
•èt»ce; 
^HÉàu moindroKjbruit , la troupe conduite par son chef 
glimpe de branche en bi^anche, et gagne promptement 
la cime des arbres, d'où elle brave impunément les flè* 
cbes el le plomb des chasseurs. 11 ne suffit pas d'ai^- 
ïpwB d'atteindre même mortellement l'alouate pour 
pouvoir s'en emparer : on dpit le tuer roide, car s^il 
lui teste un souffle de vie, il enroule en mourant sa 
bogue queue autour de la branche qui le supportait, 
et il faut se décider^ soit à monter à l'arbre, entreprise 
toujours périlleuse et souvent impraticable , soit à 
rabattre. 

Dans l'ordre des Carnassiers, la. famille des Chéirop*- 
tèpes est très -répandue partout, et d'innombrables 
chauves-souris (1 ) se tiennent le jour dans le creMF 
des vieux arbres , dans les anfractuosités des rochers, 

" (t) àlbopi de« 6iiuiraiiif ; Aura eo décrit U(te« 

4 



» 



• 



240 ZOOLMIE. 

au milieu des ruines defs églises, et soaa le.'toit en 
chaume des habitations. Elles quittent œs retraitée 
obscures au coucher du soleil, et voltigent toute la nuit 
à la recherche de leur nourriture, qui consiste d'ordi- 
naire en insectes et en fruits de toute espèce. Le vam- 
pire {ve^pertilio spectrum^ Lin.) s'attaque aux volainea 
endormies, au bétail, aux chevaux et aux mules abaiH 
donnés dans les pâturages : il en suce le sang ; mais 
ces blessures, presque toujours situées au cou, soàvenl 
mortelles pour les animaux de basse-cour, sont xailir 
ment dangereuses pour les autres. L^homme lui-même 
n'est pas à Tabri de leurs morsures ; et le voyageur qot . 
s'endort au milieu de la savane , ou dans les galeries 
ouvertes (ùorredcres) qui entourent lu maisons ,liir 
marque parfois à ses extrémités , lorsque celles-ci it - 
sont découvertes pendant son sommeil , de petites • 
plaies superficielles de 2 à 3 millimètres de diamètre , 
que ces phyllostomes pratiquent en incisant le réseaa 
capillaire de la peau, à Taide des papilles cornées dont 
leur langue est pourvue. Ces blessures restent dou- 
loureuses pendant plusieurs jours , mais on les aban- 
(bnne à elles-mêmes, car elles n'offrent aucun danger. 
On ne s'inquiète pas davantage des animaux qui les ont 
faites, quoique les habitants assurent que pour endor- 
mir le sentiment chez leur victime, les vampires rafraî- 
chissent, en battant des ailes , la partie qu'ils veulent 
aordre. 

Dans la tribu des Carnivores, division des Carnivores 
digitigrades, le genre Chat (felis) comprend des ani- 
maux fortement armés, sanguinaires et redoutables. A 



'^ 



* 

MAMMIFtilES. 241 



içur tètôt il convient de placer le Jaguar (l), ce noble 
itfj^éseDtant du tigre royal de TAncien-Gontinent , 
répandu sur une surface immense dans le Nouveau, 
INiisqu'on le trouve depuis le Mexique jusqu'aux 
confins de la Patagonie. Entre ces deux limites, dont 
Ift première n'est pas encore déterminée avec préci- 
sion, conserve-t-il invariablement les mêmes carac- 
Éieç zoologiques, malgré des différences notables de 
tÉBipéi^ture, résultant soit de la latitude soit de Tal- 
tit^àe des lieux qu'il habite ? Cette question qui vaut 
la -peine d'être étudiée ne me parait pas résolue ; et 
^ tout en tenant compte de l'influence de l'âge et du 
JÊB^t il règne eopore dans la classification des indivi- 
IJBl^ cif geoMi une èiNHnirité qilë'' des observations 
* fltienteiï et difficiles parviendront seules à dissiper. A 
. qe citer que cet exemple , peut-on, en dépit de l'auto- 
itté du grand nom de Cuvier, considérer le Jaguar 
noir comme une variété accidentelle du jaguar à livrée 
i»uve(2)? 

Gfliai-ci abonde au Paraguay et dans les Missions. 
On le rencontre fréquemment sur les bords et dans les 
lies des rios Paraguay, Paranà et Uruguay. Animal so- 
litaire et nocturne , il se tient caché tout le jour au 



(1) Feliêonça Lîdd., Jaguar Baff., Felis Jaguar Liicép. Ce dernier 
oom TÎeat da mot Yagua qui a seryi longtemps h le désigner chez les 
OMiWÛSf et qai s'appliqoe plos ptrficolièrement aujourd'hui au Chigk 
qpie les Européeqs ont transporté en Amérique. Aussi les Indiens r^pp^jp* 
Inl-ilfl Yagua-été ( Trai Yagua ) et par euphonie Yaguarélé^ Les Espii- 
pnoÊB le nomment Tigre; c*est H gmode Panthère des fourreurs. 

(t) L*iUustre naturaliste dit dans son signe animal, p. 162, édit. în-S*: 
m liy a des individus noirs, dont les taches d*un noir plus profond 
ne se va§rnt q^à une certaine exposition, * 



if 



i 



242 ZOOLOGIE. 

milieu des pajonales et des bois les plus fourrés do 
Chaco : à la nuit, il quitte son repaire , et nageur in- 
fatigable, il traverse le fleuve pour ravir dans les 
fermes (e$tanci(u) de la rive gauche la nourriture qu*il 
ne trouve qu'à grand'peine au milieu de savanes dé- 
sertes. Une fois repu , il reprend le même chenùo. 
Lorsqu'on fait par eau le voyage de TAssomption à 
Corrientes, il n'est pas rare de rencontrer aux premiè- 
res lueurs du jour, quelque tigre regagnant ainsi à la 
nage son impénétrable retraite. 

A en croire les témoignages que j'ai recueillis, à en 
juger par ce que j'ai vu moi-même, et par les dépouil- 
les nombreuses que j'ai été *i même d'observer, 
animaux féroces qui au dire d'Azara (1^, étaient 
nus plus rares à la fin du dernier siècle par suite 
chasse active que leur faisaient les créoles , paraissent 
avoir multiplié depuis la chute de la domination espa- 
gnole. La cause de cette augmentation ne me parait 
pas d'ailleurs difficile à trouver. Sur certains points, k 
population a disparu décimée par la guerre civile ou 
par l'émigration et leur a laissé le champ libre ; sur 
d'autres, comme au Paraguay, leur multiplication a été 
favorisée par l'abondance croissante du bétail au milieu 
de laquelle ils ont trouvé une nourriture plus facile, et 



(1) Esêoû sur rkistcirê naimrelU des Quadrupèdes de la province du 

t'O^ua^, traduits par Moreao-Saiot-Néry, Paris, iSOi, t I*%p. 114 - m. 
eu toait alors deoi mille par ao, et chaque peau se Teodâii 8 fr.SOc. 
Alt Paraguay elles Talent un peu plus: mais dans les rilles du littoral, à 
Buenos -Ayres, k MooteTideo, à Porto- Alègrp, elles coûtent aussi cher qu'à 
Paris : c'est k pou pr^ couiuie les diamants du Brésil que Ton achète à 
Bio de Janeiro. 




' MAXMIFÈRF.S. 213 

par la prohibition des armes à feu, établie et mainte- 
nue sous les peines les plus sévères par le Dictateur 
dans un but évident de sécurité personnelle. 

Qui ne connaît la riche fourrure du jaguar ? Le ja- 
guar ne dififere du tigre qu'il égale en taille, en cou- 
rage et en férocité , que par la disposition des taches 
dont sa robe est parsemée. Tous les deux ont le pelage 
court, soyeux et lustré, d'un fauve vif en dessus, d'un 
blanc plus ou moins pur en dessous; mais chez l'un, 
il est rayé transversalement de bandes noires irré^u- 
lières, tandis qu'il présente, chez l'autre, des rangées 
iD nombre variable d'anneaux pigs ou moins complets 
^ft|ieun point noir au milieu. Ces anneaux sont rem- 
Sjlllés par des taebes de même couleur, allongées ou 
imndies, qui eommençant vers le milieu du dos se 
prolongent sur la queue et les faces extérieure et inté- 
rieure des membres. Dii reste, la forme, la grandeur et 
la distribution de ces taches, très-variables chez des 
individus différents, ne sont pas chez le même ani- 
mal symétriquement disposées des deux côtés du 
corps. La nuance générale varie elle-même du- jaune 
roux au blanc jaunâtre, et il est difficile de voir deux 
peaux exactement semblables. Je rappelle encore que 
ces modifications produites dans certains cas par l'âge 
et le sexe, constituent probablement dans d'autres des 
variétés de l'espèce. 

La taille du jaguar égale celle du tigre de l'Inde, é% 
c'est à tort que des naturalistes ont prétendu le con- 
traire. Azara a mesuré un squelette qui n'avait pas 
moins de 1'",94. J'ai pris moi-même les dimensions de 



C-. 



244 ZOOLOGIE. 

plusieurs peaux, et je les ai trouvées tantôt inférieures, 
tantôt supérieures à celles-ci. La plus grande -de 
toutes était longue de 2 mètres, depuis les yen\ jus- 
qu'à l'origine de la queue, laquelle mesurait 75 centi- 
mètres; car il faut ajouter que souvent dans le but de 
s'épargner le plus difficile de la besogne, les hommas 
chargés de dépouiller un jaguar, mutilent la peau en 
la coupant au niveau des yeux , et en retranchant les 
extrémités des pattes. 
L'audace du tigre d'Amérique est extrême, et sa 

■ 

force prodigieuse. À tous les points d'insertion des 
muscles sur les os, ceux-ci présentent des crêtes oa 
des aspérités disposées de manière à favoriser l'actiail 
musculaire. Je n'ai pas le désir de peindre, api||^ 
MM. Lacordaire (1 ) et Gaëtano Osculati (2), les mœnn 
de cet hôte terrible des solitudes américaines, si souple 
dans ses mouvements, si gracieux dans ses poses ; et il me 
parait au moins inutile, après le prince de Neuwied (3), 
de tenter la réhabilitation de son courage que personne 
ne met plus en doute. On avait exagéré la férocité des 
animaux du Mouveau-Monde et les dangers que pré- 
sente le séjour de ^ forêts ; on est bientôt tombé dans 
l'excès contraire. 
Voici en quels termes Âzara parle du jaguar : 

« H est impossible de l'apprivoiser , et peut-être 
« même est-il plus féroce que le lion ; puisque non- 



Ci) nevue des Deux kiondes, t. II, 4* série. 

(2) Exploraiione délie regioni equaloriali^ gr. io>8*, Gg. Mil«D,18M. 

(Sj Vcyageau Brésil, traduit par Eyriès, t. H. 



MAMMIFÈRES. 245 

« seulement il tue quelque espèce d'animal que ce soit, 
« mais qu'il a encore assez de force pour traîner un 
« cheval et un taureau tout entier, jusqu'au boils où il 
« Teut le dévorer ; et même* il traverse, à la nage et 
m chaîné de sa proie , une très-grande rivière comme 
« je l'ai vu. La manière dont il lue les animaux qu'il 
« mange, indique également sa force. En effet , il 
c saute sur un taureau ou. sur un cheval, lui met une 
« patte sur le chignon, et de l'autre, saisit le museau, 
c et , dans un instant, il leur tord le cou. Cependant 
« il ne tue qu'autant qu'il a besoin de manger ; et 
« quand une fois son appétit est satisfait, il laisse pas- 
^ eer toute espèce d'animaux sana les attaquer. Il 
f n'est pas léger à la course : il est solitaire et pèche 
^t pendant la nuit ; mais il n'entre que dans les eaux 
c dormantes t)u dans les lacs : il laisse tomber dans 
% Teau sa salive et sa bave pour attirer le poisson qu'il 
c jette en dehors d'un coup de patte. Il nage supérieu- 
« rement et ne sort que de nuit. Il passe les jours 
< dans l'intérieur des bois , ou au milieu de grandes 
« touffes d'herbes qu'on trouve dans les terrains inon- 
« dés. Il ne craint rien, et quel' que sbit le nombre 
« d'hommes qui se présentent à lui , il s'approche, en 
c prend un, et commence à le manger, sans même se 
« donner la peine de le tuer auparavant. Il en fait au- 
« tant des chiens et des petits animaux. Il monte sur 
€ les gros arbres un peu penchés, lorsqu'il veut pren- 
« dre le frais, et quand il est étourdi par les aboie- 
c ments de plusieurs chiens qui* le poursuivent ; c'est 
« alors qu'on peut le tirer de près. Mais il ne faut pas 



246 ZOOLOGIE. 

« croire que cent chiens suffisent pour le ré- 
« duire (1). » 

Il dit ailleurs : 

« Depuis que je suis ici , les yaguarétés ont mangé 

< six honunes, dpnt deux ont été saisis au moment où 

< ils se chauffaient près du feu. S'il passe, à une por- 

< tée de fusil d'un yaguarété, une petite troupe d'hom- 
« mes ou d'animaux, il attaque le dernier d'entre eux 
« enpoussant ungrand cri (2). ». 

Un jaguar tombe à Timproviste au milieu d'une 
troupe de chevaux ou de bœufs rassemblés dans an eor 
clos (coral) , il en saisit un , le tue et l'emporte en 
franchissant de nouveau l'enceinte palissadée haute di 
plusieurs mètres. 

L'ingénieur Yan Lede (3) raconte plusieurs trûli 
de ce genre auxquels nous pouvons joindre celui-ci. 
Le gouvernement entretient , je l'ai dit ailleurs (4), 
sur les bords du Rio-Paraguay, des blockhaus destinés 
à prévenir et à réprimer les incursions des Indiens 
du Chaco. Les soldats font des rondes sur des che- 
vaux que Ton enferme régulièrement tous les soirs 
dans un coral placé près du poste, à la vue des senti- 
nelles dont rincessante surveillance doit les mettre à 
Tabri des tentatives des Indiens et de la dent des ja- 
guars. Une fois, je rencontrai dans les rues de l'As- 
somption le commandant d'un blockhaus où je ve- 



^i\ Voyages, t. 1. p. 2^9. 

{'i) Essais, il, p. 133. 

v:i) fîe la CohniêaliOH au BrcsU, p. 15S. 

(1^ Uydrogrtîphie H natigaiion finviale. 



MAMMIFÈRES. 2i7 

nais de passer quelques jours; il m'apprit que le len- 
demain de mon départ un tigre avait enlevé un cheval 
du coral, et qu'il venait rendre compte de cet événe- 
ment au président de la République. 

Il ne faudrait pas tirer de la démarche du fonction- 
naire cette conséquence que l'événement était chose 
extraordinaire et tout à fait anormale, mais en conclure 
que le gouvernement de ce singulier pays ne dédaigne 
pas d'abaisser ses regards sur des détails d'une impor- 
tance plus que médiocre. 

Le tigre fait de larges brèches dans les troupeaux 
du Paraguay ; aussi éiève-t-on dans les estandas un 
grand nombre de chiens de forte race, qui donnent 
réveil, signalent l'approche de l'ennemi, et servent à le 
poursuivre. Ces courageux animaux, nourris exclusi- 
vement de viande crue, ne saut pas eux-mêmes tout à 
fait sans danger pour le voyageur qui comprend à leur 
vue le fôle que jouaient les limiers de la Grande-Bre- 
tagne dans les guerres des Gaules, au rapport de Stra- 
bon, et le cruel usage qu'en ont fait à une époque plus 
récente les conquérants du Nouveau-Monde pour tra- 
quer jusqu'au sein des forêts les malheureux Indiens, ou 
pour atteindre les esclaves fugitifs. C'est dans les fermes 
publiques (del Estado)^ que j'ai vu les plus beaux crt les 
mieux exercés à cette chasse dangereuse. Lorsqu'un ti- 
gre a commis quelque dégât, les chefs des exploitations 
voisines se rassemblent, battent les bois les plus épais, 
leshalliers les plus fourrés; puis, lorsqu'ils ont trouvé 
sa piste, ils lâchent les chiens qui souvent Tobligent à 
monter à un arbre où il est facile au plus hardi chas- 



248 ZOOLOGIE. 

seur de la troupe de Tabattre. Presque toujours le ti- 
reur s'avance flanqué à droite et à gauche de plusieurs 
hommes armés de lances qui le défendent des griffes 
du tigre, si son arme n'a pas porté coup. Mais malheur 
au chasseur si la terrible bête est blessée ou si les lan- 
ciers lâchent -pied à Tinstant critique. Les chiens les 
plus robustes qu'il abat d'un seul coup de griffe sont 
impuissants à le sauver. Le jaguareté ne fond pas sur 
lui d'un seul bond; il descend de l'arbre lentement, à 
là manière des chats, se redresse à quelques pas et 
cherche à l'aide de ses griffes à saisir sa tète et à la dé- 
vorer. C'est à ce moment de suprême danger, que cer- 
tains hommes de l'Amérique centrale ne craignent pas 
d'engager dans sa gueule leur bras gauche enveloppé 
d'une peau de mouton eu de leur poncho, et le fif^p- 
peut en même temps à la gorge du couteau acéré que 
leur main droite a lestement arraché de sa gaine. Lors- 
qu'il a goûté une fois de la chair humaine, lorsqu'il 
est cevûdo^ comme on dit, le tigre de même que le lion, 
cherche l'homme; il le chasse, parce qu'il le préfère i 
tout. Contre un ennemi aussi redoutable il se hit un« 
levée en masse, un tollé général, et on le poursuit jus- 
qu'à ce qu'il tombe sous les coups d'un chasseur in- 
trépide, dont votre guide ne manque pas de vous ra- 
conter les exploits merveilleux à la halte du soir , à la 
lueur vacillante du foyer. 

Dans les pampas de Buenos -Ayres on chasse le 
jaguar à cheval avec les bolas ou le laço^ et sur tous 
les points on lui tend des pièges. Voici celui que j'ai 
vu réussir le plus souvent dans les postes voisins du 



MAMHIFÈRES. 249 

Rip-Paraguay , dont je parlais tout à Theure» On con- 
atroit au pied d'un gros arbre à l'aide de pieux soli- 
dement fichés, un petit enclos de quelques mètres 
curés aa milieu duquel on place une proie vivante ou 
un morceau de viande. On ménage dans un des côtés 
dé Fenclos une ouverture assez large pour que le tigre 
paisse y passer. Une corde faite de fils de earaguata 
oo d'écorce» et terminée par un nœud coulant, re- 
tient suspendue à son autre extrémité une forte pièce 
de bois. Cette corde a été passée sur la plus grosse 
branche de l'arbre. L'animal, en avançant la tête pour 
8*emparer de l'appât, touche la détente qui retenait le 
nœud ouvert ; le contre-poids devenu libre agit aussi- 
tôt, et l'animal meurt étranglé. Ce moyen permet d'ob- 
tœir les peaux les plus belles, car elles n'offrent ni 
ke traces répétées des. balles, ni les larges déchirures 
de la tance ou du couteau. 

. VYaguureté noir, qui pamt être une variété du pré- 
cédent, très- rare au Para^pEy (1)»se rencontre assez 
firéquemment au Brésil , dans les provinces de Sainte- 
Catherine et de Rio -Grande, au milieu des forêts 
?îerges qui couvrent le versant occidental de la Serra 
doMar^ ou qui avoisinent les Missionià du Haut-Uru- 
guay. La peau de dimensions moindres que celle du 
jaguar fauve ( j'en ai mesuré une à Porto -Alègre qui 
avait 1'°,65 sans la queue), est d'un brun tirant sur le 
noir, passant au roux vers les extrémités. En la plaçant 
entre l'œil et la lumière, on aperçoit distinctemejQt sur 

( 1) « Dans CCS quarante dcroiëres années, on n>n a pris que deui h la 
cdte supérieure de la ririèrc Paranà. » Azara, Essais^ 1. 1, p. lt§. 



♦• 



250 ZOOLOGIE. 

le fond des taches anDulaires d'uo noir plus foncé» qui 
par leur disposition et leur grandeur rappellent exac- 
tement celles de la grande panthère. 

Le Couguar (Bu£P.), au pelage fauve et d'une teinte 
uniforme, assez improprement appelé lion d'Ami- 
rique (1), n'abonde pas au Paraguay où les créoles 
l'ont presque entièrement détruit, sans doute, comme 
le croit Azara, parce qu'il est moins redoutable que 
l'yaguareté. Je l'ai rencontré dans la cordillère de Villa- 
Rica, où il parvient souvent à se soustraire à la pour- 
suite des chiens et aux coups des chasseurs, par sa 
vélocité beaucoup plus grande que celle du tigre. 

Le Chibi-guasû ou Mbaracaya-guazù (2) (Ocelot de 
Buff.), est un animal nocturne , à la robe largement 
tachetée de noir, très-commun au Paraguay, où il se 
montre aussi redoutable aux oiseaux de basse-cour que 
le renard en Europe. 

V Agùara-giMZÙ y où grand Agùara des Guaranis, 
se cache dans les pajonalêi et les esteros^ où il fait sa 
proie des crustacés et des petits quadrupèdes. Il a le 
corps d'un chien de la plus forte taille, et la plupart 
de ses caractères, mais il est beaucoup plus haut sur 
pattes. Aussi agile que le loup , il trouve encore dans 
la longueur démesurée de ses membres, une dispo- 
sition qui aide à la vitesse de sa course au milieu 
des hautes herbes dans lesquelles s'embarrassent les 
chevaux des chasseurs qui le poursuivent. Mais cette 
extrême agilité ne le met pas à l'abri de Tatteinte des 

(i) Csuazuara, luguU'Pyta ( Yagua roux) dcb Guai^iiiib. 
{2) Grand chat. 



MAMMIFÈRES. 251 

bolàs lancées par les Indiens avec une incroyable 
adresse. C'est au moment où rAgùara-guazù bondit 
au-dessus des touffes, que Tlndien lâche l'arme qu'il 
a fait jusque-là tournoyer au-dessus de sa tête, en exci- 
tant de la voix sa monture dont il semble doubler les 
forces et la vitesse^ J'ai été témoin de ce curieux spec- 
tacle» et j'ai pu constater après Noseda la présence 

. de plusieurs entozoaires dans les reins de l'agùara (1 ) . 
Cette altération pathologique^ habituelle, au dire 
des soldats métis qui m'accompagnaient, a donné lieu 
à la croyance populaire que le corps de l'agùara 
renferme des vipères. L'individu que nous tuâmes , 
était un mâle adulte, et son rein gauche ouvert avec 
précaution, contenait deux vers longs de 36 et de 
43 centimètres. Leur grosseur égalait celle d'une 
plume d'oie; leur couleur était rouge-brique , et la ca- 
Yité qui les renfermait, creusée aux dépens de la sub- 
stance corticale du visoire, était tapissée par une mem- 
brane fibreuse, mince et peu résistante (2). L'ensemble 
de ces caractères me porte k regarder ces helminthes 
comme analogues aux strongles (strongylus) que l'on 
trouve dans les reins de l'homme, et beaucoup plus 
fréquemment dans ceux du cheval, de la martre et du 
jcbat. Peut-être constitueqt-ils une variété du strongle 
géant (stro7igylus gigas). Comment expliquer la for- 
Ci) AziRA, Voyages, t. I, p. 297. Dans le cas doat il s'agit, les TtTs 
êm nombre de six nageaient au sein d'une sérosité sanguinolente reufer- 
■ié« dans une poche : le plus grand mesurait 40 centimètres. 

^^ ' (t) Ces précieui objets d'histoire naturelle, conservés dans Talcool, 
D'<Hit pas été rapportés en France. Ils sont restéb avec biaucuup d'autres 
au fond de la rade de .Montevideo. 



2SS ZOOLOGIE. 

mation de ces êtres, ou leur présence (si Ton rejette 
ridée de leur géoéralioD spontanée), au milieu de la 
substance des organes sécréteurs de Torine ? Cette 
question, liée aux plus hautes considérations dephy- 
siologîe générale, attend encore sa solution, même 
après les savantes dissertations de Bremser et de Rv- 
dolphi(i). 

Dans Tordre des Rongeurs, les Agoutis (Chioromii$\ 
les Paccas (Cœlog&nys) , les Cabiais [Hydrochœrus^ Car 
pivàras des Espagnols), les Apéréas (Cavia)^ se ren- 
contrent en foule dans les bois , ou sur les bords des 
rivières et des lagunes. Tous ces animaux fournissent 
un gibier passable et fort apprécié surtout des In- 
diens. 

Les Tatous (Dasypidés, O. des Ëdentés ordinaires), 
mammifères étranges et fouisseurs', protégés par une 
armure écaiileuse composée de pièces nombreuses et 
inégales, sont communs au Paraguay et dans les Mis- 
sions. Certaines espèces propres à ceRe région (2), 
tandis que d'autres habitent exclusivement des contrées 
plus méridionales, fournissent un excellent manger. On 
les fait rôtir dans leur carapace, et Ton fabriqua avec 
le bouclier principal de leur armure , des guitares et 
des violons, en complétant l'instrument à l'aide d'un 
manche et d'une table d'harmonie. 

Les Fourmiliers (Myrmecophaga) ^ quoique voisins 

{t) Bsiasui, Traité des tert intestinaux de f homme; — RimoLPai, 
Entozoa seu vermium intestinatium Historia naturalis. 

(2) Tel parait être le Tatou géaut confine aujourd'hui dans les forêts^ 
du uord où s? récolte le Maté. Ou rejette sa chair parce qu*il pobse pour 
iicvorer lc$ cada>re^ dans les ciuietiéro. 



MAMMIFÈRES. 253 

dés Tatous dans les classifications zoologiques ,* ont un 
aspect tout différent. Leur museau, efifijé comme un 
tube, sert de réceptacle à une langue filiforme, extrê- 
mement longue et visqueuse, à l'aide de laquelle ils 
s'emparent des fourmis dont ils font leur nourriture. 
Ils rendent ainsi de vrais services en détruisant une 
énorme quantité de ces insectes si multipliés et si in- 
commodes (1). 

Parmi les Ruminants à cornes caduques, les €erfs 
{Cervus) dont quelques espèces habitent les esteros, les 
collines boisées ou les plaines ondulées, ont une chair 
très-estimée, mais qui ne vaut pas cependant celle du 
chevreuil de l'Ancien-Continent. 

Le Tapir ou Mborebi, le plus gros mammifère de 
TAmérique du Sud, trës-multiplié au Brésil, en Bolivie 
et dans le Chaco, n'abonde pas au Paraguay ; du côté 
du S. il ne parait pas dépasser la rivière de la Plata. Sa 
chair est un aliment médiocre , mais sa peau , épaisse 

(1) Les nataralistes en coonaissent trois espèces; deui existent au Pa> 
rtgoay. La pins remarquable est le Tamanoir, nommé iiottroumi (petite 
booebe) par les Guaranis, et Tamandua-bandeira par les Brésiliens. Ce 
dernier nom qui signifle drapeau, étendard, lui vient de sa large queue 
garnie de longs poils sur les côtés qu'il relève en marchant Sa fourrure 
est t^ès-belle; elle est noire sur le dos et les épaules, et rappelle par sa 
couleur celle du sanglier d'Europe : la 3* espèce, plus petite {Myrmeco- 
phaga didactyla Lin.), est originaire de la Guyane. 

J*ai eu en ma possession une cravache faite avec la langue desséchée du 
Fourmilier-Tamanoir (Jfyrm^copAaofajtt5a(a). On avait introduit dans 
la partie la plus charnue, un morceau de fer long de quelques pouces pour 
tenrir de manche. Cette partie seule résista k la dent des insectes; le reste 
fût bientôt dévoré. 

ixara dit avec raison ( Essais , t. I, p. 92), que le nouroumi est un as- 
semblage de disparates. Le Magasin pUloresque (1844) , a donné sur ses 
mœurs et ses habitudes des détails intéressants. Voy. aussi d'Oeibig!«y, 
l'oifoge, 1. 1, p. 262. 



254 ZOOLOGIE. — MAMMIFÈRKS. 

et résistante, est utilement employée dans Téconomie 
domestique (1 )• 

Parmi les Pachydermes ordinaires , il faut citer en-* 
core les Pécaris qui vivent en troupes nombreuses dans 
les forêts, et dont la chair m'a paru supérieure à celle 
de notre sanglier dont ils sont les représentants dans 
le Nouveau-Monde. 

Enfin, la famille des Didelphidés qui comprend tous 
les Marsupiaux américains, est représentée dans la 
faune par les genres Sarigue et Micouré. 

(1) Tapir amerieanus^ Lion.; Anta des Brésiliens ,, Grande kesUa de» 
créoles; F«ni. des Pachydermes ordinaires, La Société xoologiqae d'ac* 
climatition a reçu de Tuo de ses membres an enyoi de Tapirs , et teole 
rintrodoction de cet animal en France. 



CHAPITRE XXI. 



ZOOLOGIE ( suite ). -— DES OISEAOX. 



La classe des Oiseaux est innombrable, et les plus 
magnifiques espèces, au plumage éclatant, aux couleurs 
variées et chatoyantes, se rencontrent à chaque pas 
dans les bois, dans les halliers, au milieu des plaines 
découvertes, sur les rives des fleuves et des savanes 
noyées, ou près des habitations. Au seizième siècle, 
un vieux Missionnaire, Claude d'Abbeville, disait en 
parlant des poissons du Brésil « qu'il n'était pas plus 
« possible d'en particulariser toutes les espèces, non 
« plus que de dénombrer les étoiles du ciel. » Cette 
tâche, tout aussi difficile à remplir pour les oiseaux du 
Paraguay, n'a pas effrayé le naturaliste éminent dont 
l'Espagne s'enorgueillit à juste titre, et je renvoie le 



256 ZOOLOGIE. 

lecteur à ses descriptions si exactes, à ses ingénieuses 
observations (4 ) , en me contentant de signaler ici les 
individus les plus remarquables sous le rapport des 
caractères physiques, ou des qualités alimentaires. * 

Dans l'ordre des Rapaces, le roi des Vautaun 
(Buff.) tient le premier rang par la beauté incompara-* 
ble de sa livrée qui ne devient définitive qu'à l'âge de 
quatre ans. Âzara donne le 32* degré de latitude comme 
la limite géographique S. de Y Iriburubicha (2), mais je 
suis porté à croire qu'il ne se rencontre sous ce parallèle 
qu'exceptionnellement. Ces oiseaux magnifiques , 
chassés par les habitants qui deviennent de jour en jour 
plus nombreux, disparaissent peu à peu, comme dispa- 
raît dans la province de Saint-Paul, le Guara aux ailes 
de pourpre, le plus bel ornement des forêts brésr- 
liennes. Au Paraguay même, il faut s'avancer dans l'in- 
térieur jusque vers la cordillère de Yilla-Rica, ou sur 
les confins de la Sierra de Maracayù, pour trouver des 
troupes un peu nombreuses de ce vautour, qui doit son 
nom au diadème formé par les caroncules rouges qui 
surmontent sa tête, à la supériorité de sa taille et à sa 
force qui le font respecter des autres. 

Voici la description qu'en fait Âzara : « Entre les 
ouvertures des narines s'élève une espèce de crête qui 
ne s'allonge ni ne se retire, et qui tombe indifférem- 
ment d'un côté ou de Tautre; elle est d'une substance 

(1) Azara, Voyagei dam lAméryiue Méridionale, t. III et IV. 

(t; Ou roi des Iritus. C*est ainsi que le désignent les Indiens Guaranis : 
les créoles du Paraguay rappellent Corbeau blanc. C*est le VuUur papa 
de Linn., le rot dei Cnuroumou* de Cayenne, et V^rubu-rey des Brési- 
liens. 



DES OISBAUX. 957 

molle, et son extrémité est formée d'un groupe très-- 
remarquable de verrues. Sar la tète est tne couronne 
de peau nue et rouge de sang. Une bandelette de'poila 
noirs très*courts va d'un œil à l'autre par Tocciput^ 
ÂQ*dessous de la partie nue du çou est une espèce^./' 
fraise très-jolie, dont les plumes sont dirigée» les unes 
en avant, et les autres en arrière ; elle est assez ample 
pour qu^ l'oiseau puisse, ^n se resserrant, y cacher son 
cou et partie de sa tète. Derrière l'œil sont de grosses 
rides qui vont se joindre sur l'occiput à une bande 
charnue, saillante et orangée, qui de là descend jus- 
qu'au collier. 

c Couleurs. Pennes et grandes couvertures supérieures 
des ailes, queue, trait sur le dos, bec jusqu'à la mem- 
brane et torse, noirs ; membrane et crête charnue du 
bec, orangées; peau nue à la base du bec, pourprée ; 
bords des paupières, d'un rouge vif. Les teintes les 
plus agréables colorent la partie nue du cou : c'est de 
l'incarnat sur les côtés, du pourpre au-dessous de la 
tète, du jaune en devant, et du violet noirâtre près de 
la bande et des rides ^e l'occiput. Tout le reste, sans 
en excepter l'iris de l'œil, est blanc. Quelques indi- 
vidus, que je' soupçonne des mâles, ont une faible teinte 
de rouge sur le blanc du cou et de la partie supérieure 
du dos. 

« Cette description convient à l'oiseau adulte ou de 
quatre ans accomplis. A trois ans, il ne présente d'au- 
très différences que d'avoir quelques couvertures supé- 
rieures des ailes noires au milieu des blanches.. A deux 
ans, il a la tète entière et la partie nue du cou d'uû 

17 



9M zooLWis. 

noir tirant sur le violet, tvee un peo de jâime tu eon ; 
rar toutes les parties supérieures, une teinte noirâtre 
qui règne ansn sur les inférieures^ avec des tachée lon- 
gues et blandbee ; la crête noire ne tombant d-'aoran 
eôté, et n'ayant son extrémité partagée qu'en trois pro- 
tubérances fort petites. Dans sa première année, il est 
partout d'un bleufttre foncé, à TexeeptioA du rentre et 
des côtés du croupion qui sont blancs. En soulofantlei 
plumes sous le corps, on en voit aussi de blaaches. Le 
tarse est verdâtre, la mandibule supérieure du bec d'us 
noir rougeâtre, l'inférieure d'un orangé mêlé de no»* 
râtre, avec des taches longues et noires ; la partie nne 
de la tête et du cou, noire, et l'iris noirâtre de même 
que la crête, laquelle ne consiste, à cet âge, qu'es une 
excroissance charnue et solide (1 )• » 

L'iriburubicha se laisse difficilement approcher lors- 
qu'il est à terre, ou perché sur un arbre isolé, m«s il 
esit aisé de le prendre au piège. Dans les environs de 
Villa-Rica où, je le disais tout à Theure, cet oiseau est 
assez commun, on suspend aux branches d'un arbie 
élevé une cage renfermant pour appât les débris de 
quelque animal, bientôt putréfiés sous ce climat brà- 
lanU Attirés par l'odeur infecte qui se dégage de cette 
proie, les vautours accourent en foule, et se préci- 
pitent dans la cage dont la porte se referme sur eux. 
Le choix de l'appât n'est pas indiflférent, et j'ai vu 
les vieux chasseurs donner la préftrencoàlaeliatr de 



(1) royofivdiiM VAmérifue mériiUmale, 1. 111, p. 18-90. Voy. aussi 
rédtiiMi dei OBuvrct eompHUi d$ Buffm rena ^êt Souiai. 



DBB OISEAUX. 1S9 

ebieD^. dont riribumbicha se fnontre trës*fnànd (4). 
D'autres vautours, VIribu et Vlribu'aeùbirmy (S) ; 
et parmi les oiseaux de proie diurnes les Cancaras , 
plusieurs espèces de Buses (Taguato des Guar.), se 
leoeoDtrent en nombreuses volées dans le voisinage des 
villes ou des habitations éparses dont ib assurent la 
salubrité, en dévorant les immondices et les débris des 
animaux que Ton abandonne sur le sel sans penser à 
les enfouir (3). On les laisse vivre en paix, parée qu'ils 
rendent les mêmes services que la poule de Pharaon 
(Permopfère), objet- de vénération en Egypte, où elle 
empêche la viciation de Tair en faisant sa proie des ma- 
tières animales en putréfaction. Des Aigles, des Eper- 
ners et des Faucons poursuivent leur proie dans l'air, 
oo repliant les ailes, . tombent avec la rapidité de la 

(1) La dépouille de ce Taatour, répandue dans Wq^bs le§ tollections 
d'Histoire naturelle, cooserye apr^ de longues années de préparation une 
ùànat de liaiMie corrompue que ses habitudes eipliqueèt de reste, i^iguore 
ak le Jardin des Plantes a jamais possédé cette esp^e à Tétat ?iyant,.mais 
f eo ai TU dans le xoological Garden de Londres , en 1951, quatre 
Isdifidùs de la plus Mie apparence. C'était un don de U. Gore OilSeley, 
aaciep ministre plénipotentiaire de [S. M. B. dans la Plate, et j*ai Ueu de 
croire qu^ils Tenaient du Paraguay. 

' Ijï) Ces deui espèces ont été confondues sous le nom de V%iHur awra 
par Lin: et Loth. A la iamaïqucy les Anglais désignent la seconde sous le 
ooni de Carrion-crùw, Corneille des charognes. 

(3) Dans la République Argentine, les habitants n'enterrent jamais les 
débris des énimaux qu*ils abattent en plein air» à la porte mène des yilles 
tel tes rues sont sourent paTées de leurs os. L*odeur infecte qui se ré- 
ptBd incessamment dans l'air, produirait les plus pernicieux effets sur la 
saalé publiqiie;sans l'extrême salubrité d'un pays qui a pu mériter à son 
mitiffie capitale le nom signiSeatif de Bwnoê'Ayres. Qn'oo juge main- 
tenant de l'intensité des miasmes putrides qui s'élèvent sous l'empire 
dôia même itiisouciance, autour des établissemeDts^fOladfroj ) où l'on 
t«e journellement jusqu'à mille tètes de bétail l C'est à douter que la Tie 
soit possible dans une atmosphère aussi empestée. 



StM ZOOI.OGIE. 

foudre sur les petits maminiftres et les reptiles que leur 
vue perçante découvre au milieu des heri>es où ib se 
tittinrat cachés. 

Dans Tordre des Grimpeurs, on ne se lasse pas d*a4* 
mirer les Toucans (1 ) au bec difforme^ dont la gorge écla- 
tante qui servait de parure aux cheb des Topinamiias 
dans les circonstances solennelles, ne parut pas au 
premier empereur du Brésil indigne d'orner son uimh 
tean de pourpre, sur lequel elle remplaçait Theraiine 
marque disUnctive des souverains de TEurope (2) ; les 
nombreuses volées de Perruches ; les Perroquets ai» 
cris aigus et porç^nts, au vol élevé et rapide, que Ton 
voit traverser le Rio-Paraguay vers le coucher du so- 
leil, pour venir s^abriter dans les plantations d'orangen 
et de goyaviers de la riva gauche du fleuve, ea compa- 
gnie des Troupiales et des Pies aux ailes bleues. Les 
Aras (3) se tiennent sur les palmiers dont ils recherchent 
avidement les fruits ; T Ara rouge aux ailes d'azur, dont 
les longues plomes sont avec raison préférées à toutes les 
autres pour écrire; FAra bleu à tète verte, aux ailes de 
la plus belle couleur d'or. Enfin, Ton entend dans les 
forêts humides les coups répétés des Pics huppés oo 
Charpentiers, dont la tète surmontée d'une aigrette 



(1) mrémi. p. 76, caUectàM de rrmwrf rUêÊrtêqme. M. P. Deois cite 
M Ikit Ciprèt le dedev Wabk, i«lesr de» .Veiirct of BrmsiL New 
^jevleffeai t«e U defeviUe de» Twcai scrrail^ U y a an siècle, à panr 
l«t rokee de» difi^ çe«»e In l ii ee^i de firadb sfcresl eneefe de 
née jevrs à «raer lew ceifyfe. 

(S) Armrmm de» teir,, C«ir— nf o i des Crcolet : troift espèecs 
tem décrtm per Aam ee«t le mm c«lkclif de fMarmajei nm§t, c«- 



DBS OISEAUX. 161 

rouge composée de plumes droites et soyeuses, a la fi* 
gare d'une flamme (1 ). 

L'ordre des Gallinacés compte de nombreuses famil- 
les et des espèces variées. La familier des Pigeons y est 
largement représentée, quoique aucune espèce ne soit 
comparable pour le nombre au Columba migrataria^ 
qui forme dans l'Amérique du Nord ces colonnes im- 
menses, ces nuages ailés et vivants sous lesquels la ht- 
mière du soleil disparait, obscurcie comme dans une 
édipse (2). 

Les Focui (Jacous) , que les créoles appellent Paix» 
de numte (dindons des forèts),^ sans doute à cause de 
rexcellence de leur chair , s'éloignent de ces oiseaux 
(Mir une foule de caractères. Mais ils se rapprochent 
davantage des Faisans {Phamnw), et ils mériteraient 
tout autant qu'eux d'être réduits en domesticité. Au 
Paraguay, on les élève facilement en les nourrissant 
eomme des poules, et leur acclimatation en Europe 
me parait à tous égards digne d'être tentée. 
^ Le gramen odorant des campagnes sert de retraite 
aux YnambuB ou Perdrix , qui tiennent à la fois de ces 
dernières et des cailles. Elles sont très-communes, ont 
la vol bas, court et bruyant, et se fatiguent prompte- 
ment. On les poursuit 'à cheval pour les tuer à coups 
de cravache, ou les prendre à la main. C'est un gibier 



(1) Aa Brésil, Ferradar^ Araponga (Catmerynehei nudicolHi). 

(S) Cooper a racoDté — penoùne ne l*igaore — ces apparitions sar- 
pfeiiantes de iivées de pigeons, et l'effiroyablef massacre que font les kabi- 
tnls de leurs iMindes Toyageoses. D*émikients nataralisCes, WilsoDétAn- 
Mmo, ontoènfirmé les récits de Tsatear de la PnUriej qui ont le doiQ- 
ble aiérile d*ètre intéressaots et d*étre Trais. 



S6I Z00LÛ€IK. 

estimé » dont la chair plus blaoche que celle de aiB 
Perdrix rouges m'a paru un peu fade , quoique pour 
le YO jageur aflhflié eHe fasse uue diversion agiéable h 
rétemel rôti (ommIo) de viande boucanée (1 )• 

C'est encore au milieu des plaines découvertes, que 
rAutruche d'Amérique (2) erre en troupes nombrooaes 
et difficiles à surprendre. Si cet oiseau est. moins com- 
mun au Paraguay que dans les Pampas, est-ce, com 
le pense Attra, parce que cette contrée est plus 
nement peuplée que les bords du Rio de la Plata ? Ne 
serait-ce pas parce que la dbpositîon du terrain loi 
convient moins? L'autruche habite les campagnes et 
n'entre jamais dans les bois. Au Paraguay on ne b 
rencontre que dans la r^on du midi, là ou les plaines 
succèdent aux forêts; mais elle ne disparait que vera le 
détroit de Magellan. Sur cette surface immense,«on dé* 
Uruit un nombre incalculable de nandùs , en ramas- 
sant les oeufs que Toiseau dépose au milieu des champs 
sans chercher à les cacher. 11 n'est pas rare d'en trou- 
ver dans le même nid jusqu'à soixante qui sont le pro- 
duit de la ponte de plusieurs femelles. On stppose 



vl) Cm deuils siypliquit santal à reipèoe que les IwlMBSipfil* 
IffR rm4tmkm-m% H par oootradioo ymamèm-i peHie perérir) H lès 
Bipifiji CmUiê. VYmmmèm'pimsà m frmmée peréris est mmim mm- 
MWK. le «e Tai lro«\^ ca aboadtace qae daas 1rs pàtafa^es épaissi 
GraÉd^CMco. CèUes qae INm rtné à tafaa»-ijfes vîeaacal des Paapti 
da sad, ear sar loas les paiais elles eat dtapaia da TiMiiaagc des lieai 



(Ij.ViadidesOaar^ Afmirmi dfs créâtes, Aaa des tréailMas. Cet 
ipp a f tiM il à Teidre dfs E€kms$krs^ ¥êm. des trmycaatff, 
lafOMste, n àJÊkKt par des propar ti ia s beaacsap ■siadiia al par I 
de liais dsifis à ckafat pM. de rMiraclK C Aftifaa fu a'a 



DES OISBAUX. 908 

qu'un seul de ces œufs, très-^tiinéB partout, repré- 
sente douze «œufs de poule : ce calcul réduit de moitié 
me paraîtrait plus exact. On chasse les oiseaux adultes 
à cbeval avec les bolas. En effet, s'ils ne peuvent pas 
voler, ils sont en revanche très-vites à la course, et il 
&ut d'excellents chevaux pour les pouvoir atteindre. 
Les chasseurs réunis en grand nombre manœuvrent 
de fiiçon à les envelopper, et à prévenir les voltés et \eé 
crochets que l'autruche exécute avec prestesse, en ou* 
vrant une de ses ailes suivant la direction qu'elle veut 
suivre. Dans les villes du Rio de la Plata comme en 
Afrique, on £sd)rique avec ses œufs différents objets, des 
vases, des coupes, que Ton couvre de sculptures. On 
tdnt les plumes et l'on en fait des houssoirs. Le corn-* 
merce en expédie une certaine quantité aux États-Unis, 
en Europe, en France surtout; et quoiqu'elles n'aient 
pas la valeur des plumes de provenance africaine, 
elles figurent néanmoins dans les tableaux de nos 
importations annuelles, pour des sommes assez 
fortes (1). Au Paraguay elles ne servent qu'à l'orne- 
mentation du harnachement des chevaux. On découpe 
donc çn lanières étroites le dos des plumes préalable- 
ment teintes de couleurs vives, et on les tresse à l'ex- 
trémité et aux attaches des rênes et des manches de 
fouets. Ces couleurs sont très-durables et font le plus 
charmant effet. Sur tous les points, on mange la chîûr 
des nandùs lorsqu'ils sont jeunes; mais à l'exception 

(1) Eo 1819, Buenos-Ayres a exporté 116 balles et 17 arrobes de plames 
d'une yalear totale de 139,880 fr.; eo 1854, la Fr#nce en a reçu pour 
221,000 fr.; et en 18M, poi|r 302,000 fr. 




9M ZOOLOGIS. 

de la niasse musculaire épaisse qui recouvre le stemuai 
de l'oiseau, cette chair sèche et odorante constitue une 
triste ressource. 

Les bords fangeux et solitaires des fleuves, des ruis- 
seaux et des lagunes, sont peuplés de grandes espèces 
aquatiques et de cette multitude d'oiseaux décrits 
par Azara soûs le nom de pétiU tmeaux de rivagéi. 
La Spatule (guira-fyta) au plumage blanc, légèrement 
teinté de rose; des Hérons de toutes les tailles, les 
uns à la robe blanche sans tache , les autres mar- 
brés' de couleurs obscures, jettent quelque vie au 
milieu des ces solitudes si raremmt troublées par 
l'explosion du fusil. C'est surtout dans les Missions que 
le Héron flûte du soleiU à la livrée blanche nuancée 
de jaune et de bleu, fait entendre dès l'aurore le sif- 
flement doux et mélancolique semblable à des notes 
détachées d'une flûte, qui lui a valu le nom poétique 
sous lequel les Guaranis le désignent (1). 

Au milieu de cette population disparate, vivent en 
troupes innombrables plusieurs espèces de Canards : 
les Indiens les appellent Ipe ( tache de l'eau ). 

Le canard royal (pato real) (2) est un des plus com- 
muns. Ce palmipède au plumage noir, à reflets ver- 
dâtres, métalliques, acquiert de grandes dimensions; 
sa taille égale celle de l'oie domestique. Il offire dans 
ses habitudes cette pairticularité déjà signalée par 
Azara : il se perche pendant la nuit. J'ai constaté 
plusieurs fois, sur les bords de la lagune Ipacarahy, 

(1) Ardêa eyanoeepluUay Lin. 

(2) Ipe guaià des Indieiis, Camard rnnuqué de Boff. 



-.r 

i" 



DBS OISEAUX. 265 

que vers le haut du jour, au moment où le soleil 
darde ses plus chauds rayons, le pato real quittait les 
eaux du lac pour chercher un peu d'ombre et de fraî- 
cheur au milieu du feuillage des grands arbres qui 
Tentourent : je ne sache pas qu'une autre espèce de ce 
genre offre cette particularité remarquable. A cet in- 
stant, il est très-aisé de s'en approcher et de le tuer à 
bout portant. Je Tavouerai, cette chasse sans fatigue 
et trop positive était pour moi sans attraits. Après 
avoir pourvu aux nécessités de la vie, et assuré le repas 
du soir de mes serviteurs qui préféraient toujours au 
gibier le plus savoureux le plus maigre morceau de 
viande, j'abandonnais cette proie trop facile. La chair 
en est très-bonne, sans avoir la finesse de celle des 
petites espèces, et particulièrement du canard appelé 
par les Indiens Ipecutiri. 

Enfin, le Paraguay est aussi la patrie de ces oiseaux 
dont la taille n'égale pas celle de certains insectes, et 
pour lesquels les vieux voyageurs épuisent toutes les 
formules de l'admiration, en les comparant à des fleurs 
animées, à des bouquets de pierreries resplendissant 
aux feux du soleil. Les Oiseaux-mouches et les Coli- 
bris, faciles à confondre malgré les monographies 
savantes de Lesson (4), bourdonnent incessamment au- 
tour dés grands arbres chargés de fleurs. Les Guaranis 
les comparent poétiquement à des cheveux du soleil ; 
les créoles les nomment Picaflores^ et les Brésiliens 
Beija-fhres (baise-fleurs). 

(1) a. p. LissoN, Hùknre mUwrelle des ùUecMX-mmchêê;— HUMre 
naêiêrelU d€$ CoUMs. 



CHAPITRE XXII 



ntMtll ( Mita ). — Ml MrTIUB IT WU rtISMIt. 



En abordant la classe nombreuse des Reptiles, je 
laisse de côté Tordre peu important des Chéloniens, et 
j'arrive à la famille des Crocodiliens. 

On sait aujourd'hui que le crocodile proprement .dit 
existe dans le Nouveau-Continent où il ne parait pas 
dépasser, du coté du sud, les grandes Antilles (Saiat^ 
Domingue et Cuba) : mais on rencontre dans les deux 
Amériques plusieurs espèces de Caïmans (1). C'est 

(1) Alligators de Guy. Ce mot corrompa du portogais lagarlo qn 
Tient loi-même de lacerlay eet employé ptr les ooloiis aoglcls el hoIlM* 
dais pour désigner Tespèce de crocodile la pla3 commune autoar de leais 
habitations. Les colons français appliquent dans le même sens le nom et 
cotmoii qu*ils ont emprunté aux nègres dç la Guinée. Celui de yacor^, 
usité au Brésil comme au Paraguay, est d'origine gnaranie. 






DES REPTILES i\ DES POISSONS. 307 

par milliers que l*on peut compter ces hideux sauriens 
plus à redouter qu'on ne le croit généralement. Au 
Paraguay, dans les Missions et à Gorrientes, il n'est 
pas pour ainsi dire de lao^ de lagune, de ruisseau et 
de rivière grande ou petite, dont les eaux ne nourris* 
sent un nombre considérable de Yacaris. Tous les 
yieux voyageurs parlent avec étonnement de la pro- 
digieuse quantité de ces reptiles qui existait il y a plu- 
sieurs siècles, t\. qui ne parait pas avoir isensiblement 
diminué. L'un d'eux, Ulderico Schmidel (1), assure que 
pour sa part il en a tué ou pris plus de trois mille ! et 
ilv ante l'excellence de leur chair blanche et musquée. 
Leur queue, dit-il, est un mets .très^élicat {ddicadi- 
$imo manjar). Je ne saurais partager l'enthousiasme de 
rhistorien allemand, bien excusable à coup sûr, car il 
y a, je ne l'ignore pas, dans la vie de voyage, des cir- 
constances où il faut vivre de peu, et Schmidel plus 
d*une fois aux prises avec ces circonstances-là confirme 
le proverbe : // n'est chair que d'appétit. Parmi les 
Indiens, les Payaguàs à peu près seuls font la chasse 
au caïman. Ils le prennent à l'aide d'un fort crochet 
de fer façonné en hameçon qu'ils amorcent avec 
quelques débris de viande. C'est la plus sûre et à peu 
près la seule manière de s'en emparer, car ni la flèche, 
ni la balle ne sauraient entamer sa peau recouverte 
d'écaillés épaisses et imbriquées; les. yeux qu'il a très- 
petits, ou les flancs qu'il ne montre jamais au-dessus de 
Teau, étant les seules parties vulnérables de son corps. 

(1) Viage al Rio de ia PUUa y Paraguay ; BiMMt»A|T«i, ISSS^ p. 80. 



968 zoow)6iE. 

Cet amphibie repoussant s'éloigne peu de sa demeure 
habituelle qu'il regagne au moindre bruit. A terre il 
est sans danger, quoique parfois il ait enlevé des chibns 
et même des enfants endormis sur la rive. Mais une 
fois plongé dans son élément, il devient redoutable, et 
plus d'un baigneur a payé son itnprudence de la perte 
d'un membre, ou de quelque mutilation (1). 

Dans le même ordre, la famille des Iguaniens com- 
prend des animaux analogues mais inoffensifs, qni se 
nourrissent d'insectes, de fruits et d'oeufs jusque dans 
les jardins et les maisons, au milieu même des vil- 
lages. Leur chair est un mets très-passable dont je 
n'ai pas assurément exagéré la délicatesse (2), quoique 
je doive confesser que les créoles ne l'ont qu'en très- 



Ci) Tài pris plas d*un baia dans des eaui ÎDfestéeft de caToMiis ( il eAt 
été, à vrai dire, difficile aooyeol d'en troorer qui oe le fassent |»as ), 
mais alors je nageais près du bord, et je prenais terre an premier plon- 
geon de ceni que je voyais apparaître k la sarface de fean, à qnel^ 
distance de moi. An reste, lorsqu'on a analysé d'assex près la tète repoot- 
sante d*nn yacaré, Tœil rond, fixe et saillant, la mâchoire largement 
fcndne et fortement armée de ces reptiles qni mesurent jnsqo'à Iroi&et 
quatre mètres, on est peu tenté de les approcher nn et sans déffmae. 

Le lecteur trouyera drs détails émouvants sur les habitudes féroces dn 
crocodile du Nil et des côtes occidentales d'Afrique, dans le Voyage oiUP 
régUms équinaxiale$ du Nonaveau-Çontinent de MM. Hnmboldt et Bon- 
pland , et dans les publications de II . Raflenel, commissaire de la marine, 
connu par d*intére88ants royages an Sénégal. Je rappellerai seulement id 
le fait suivant, déjà oublié ou peu connu. U y a quinxe ans, le doctew 
Petit revenait en France, après avoir échappé aux dangers nombreux 
d*une mission scientifique en Abyssinie, lorsqu'en travetsant à gué une 
des branches du Nil Bleu, il fut enlevé par nn de ces monatRS 
sous les yeux de M. Lefèvre, sorti comme lui sain et sauf des fatigues de 
ce long voyage. M. Lefèvre, lieutenant de vaisseau et président de la eom- 
mission, revint seul en France : ses trois collègues avaient succombé 
Tun après Tautre. 

(3) Voy. INTBOSUGTIOII* 



DIS REPTILES ET DES POISSONS. S0fi 

médiocre esUine. Les Iguanes habitent la lisière des 
forêts vierges et les halliers; Ils sont fouisseurs, et res- 
tent mgourdis dans leurs trous pendant l'hiver. On en 
distingue deux espèces ; Tune très-commune au Bré- 
sil et dans les Missions atteint un mètre et plus; 
Fftutre de dimensions moindres , habite la région sep- 
tentrionale et plus chaude du Paraguay ( 1 ). 

D'autres Sauriens aussi peu redoutables (lézards et 
caméléons), vivent au milieu des broussailles, dans 
l'intérieur des habitations, ou sur Jes arbres des fo- 
rêts : mais les hautes herbes des prairies servent de 
retraite à des repliles de la plus dangereuse espèce; 
déjà le lecteur aura deviné que je fais allusion aux 
serpents (ordre des Ophidiens), que les Guaranis ap- 
pellent Mboy (2), qu'ils soient ou non venimeux. Parmi 
ces deniers, il en est qui atteignent des dimensions 
considérables, encore grossies par l'imagination des 
conquérants et des premiers historiens (3). Le géant 
des serpents, le Boa conitrictoTi confiné dans les profon- 
deurs ignorées de la province de Mato«-Grosso et de 
l'Amazonie, n'existe pas dans les Missions : mais 
les barques qui naviguent sur le Haut-Paraguay, re- 
çoivent parfois durant la nuit la visite d'un ophidien 
énorme {Curtyu des Guaranis, Boa murina)^ qui s'ai- 
dant du gouvernail et des aspérités du navire se hisse 
à son bord pour dévorer les volailles (4). Les Pau- 

(1) Leor nom goaraoî est Teffù, 

(2) D*où Tient le nom de Boa. 

(S) CHàALivoix, HiiUHre du Paraguay^ Paris, 1756, 3 roi. io-i*. 
(4) i*tn ai parlé aa chapitre Hydrographie et Napigatùm fimaie 
p. 147. 



STO ZOOI^OGIK. 

liste» et les liineiros (1) satent tirer pifti dms leur 
économie domestique, de la dépouille de ee reptile 
connu dans les provinces eenti^les du Brésil s<tas le 
nom de Sucmiu \%); ils en font d*eicellentes bottes. 
J*âi possédé une peau de cet amphibie sur laqudte 
j'ai constaté tous les caractères des boas. Le ciiHfti 
redoutable par sa force extrême, fait sa proie d'asses 
iprands quadrupèdes sur lesquels il s'élance et qu'il 
étouffe dans ses replis, lorsqu'ils viennent s*abrea?ef 
aux ruisseaux dont les bords herbus et solitaires loi 
serv^dt de retraite. A terre, c'est un * animal lourd et 
paresseux dans ses mouvements, et que l'on tue sans 
danger pendant le long engourdissement qui accom- 
pagne chei lui l'acte de la digestion. Sa présence 
est d'ailleurs décelée aux Indiœs par Todeor infecte 
qui s'exhale de son corps, au-dessus duquel se balan- 
cent en nuages épais des myriades d'insectes. 

Je n'ai jamais entendu atf Paraguay le bruissement 
léger et sinistre du Serpent à sonnettes (Cobra de easea- 
belas^ des créoles. Boy chii^ des Guar.), et je crois qu'ily 
est moins commun que dans les pâturages des Missions 
brésiliennes ; peut-être vers le nord le devient^l dà- 
viÉtage. Personne n'ignore les effets terribles de 4a 
morsure des Crotales. Celle, des deux eqi^èces de Jmth 
raca (Bothrops NeuwiedU^ Bothrop$ leuwrus); du 
Serpent corail {Coluber œrallmus) , et de la Vipère et 

(1) HabiUDU de It proTincf des Mioes ( Minoi^Geraës ). 
k7) U csI inutile de faire remirqser ranalogie, ou pour ■ueni dire 
Tidentilé de oe non trec ce lui tu mage diei ks-bidieaa dm Ptnguj. 



DKS aSFTILtff tet VÊS POISSONS. ITl 

là craùô (1), produit insdrntanément le même émemble 
d'eflhiyants symptômes. Dobleurs trèfinvires dans les 
iMmbres; vertiges, vomissements, céphalalgie, cha- 
leur' brûlante dans la partie postérieure do trrnid, hé- 
morragies abondantes par le nez, les oreilles et la 
botiche; enflure et décoloration de la face^ convulsions, 
niiété, inseniibilité générale, et mort au terme de 
quelques heures. Les malades sueeombent dans les 
Vingt-Quatre heures après la morsure du serpent à son- 
nettes ; phis rapidement après celle du Jafiiraearfilifim 
(|Mit Jarwaca) ; dans les eonvulsioiis les plus horri- 
lilee* et avec les symptOmes de Thydrophobie, lorsqu'ils 
ont été mordus par le Jaramca {%). Ainsi, les petits 
mammifères périssent en quelques seoondes ; mais dans 
certains cas leur agonie se prolonge pendant plusieurs 
minutes. L'homme et les grands animaux résistent 
ptm longteaops à cette intoxication, contre laquelle 
éebooent trop souvent la thérapeutique rationnelle de 
rhomme de Vart^ tout comme les mystérieuses recettes 
et les pratiques spéculatives des guénsseurs (curan- 
detoi ), et des charlatans. Règle générale : dans le Nou- 
veau comme dans rAncien-Continent,raetivité du poi- 
son est en raison inverse de la grosseur et de l'agilité 
du reptile, qui lui-même est plus redoutable -^ toutes 
dbœes égaies d'ailleurs -^ par la chaleur, en été^ et 
lorsque le venin s'est accumulé par une longue inaction 
dans les glandes qui le sécrètent, que pendant l'hiver, et 



(t) Vivorade 4a erux; êftoy-euruçu des Gamois. 
(a> Sm et MAffTHiâ, Tfoveti im fr «i II, l. H» p. 190, 



273 ZOOLOGIE. 

à la suite de morsures répétées à] de courts intervalles. 
Tous les voyageurs dans les pays chauds, ont assisté au 
spectacle douloureux d*un homme ou d'un quadrupède 
se. débattant dans les convulsions tétaniques d'une mor- 
sure vénéneuse , et tous ont vu les planteurs isolés 
administrer avec un succès presque toujours douteux 
quelque antidote emprunté au règne végétal. En même 
temps qu'ils prescrivent leur précieux arcane, les gué- 
risseurs américains aussi nombreux que les charlatans 
scientifiques dans la vieille Europe, emploient des 
moyens moins empiriques, et à l'efficacité desquels 
revient souvent l'honneur des rares guériaons qu'ils ob- 
tiennent. MM. Spix et Martius racontent en ces termes, 
les pratiques des guérisseurs indigènes : « Lorsqu'ils ar- 
rivent à temps, ils s'empressent d'abord de faire sucer 
la plaie; ils placent le malade dans un lieu retiré et 
sombre, à l'abri des courants d'air, appliquent des car 
taplasmes de plantes sur la morsure, et font boire eu 
abondance les décoctions des mêmes végétaux. De ceux- 
ci, le plus usité est la racine d'une rubiacôe qui porte 
le nom de raiz prêta ou de eobra {chioœcca anquifuga, 
Martius); déjà connue dans la matière médicale sous 
le nom de cainca, elle est douée d'une odeur pé- 
nétrante comme celle de la valériane. » 

Les cataplasmes faits de racines et de feuilles firai- 
ches contuses sont souvent renouvelés ; on y mélange 
d'autres plantes : le loco (plumbago scandens] qui rubéfie 
la peau, le picao (bidens graveolen$)y l'herbe de Sainte- 
Anne (kuhnia arguta H.), et le spilanthes brasilienm* 
Si la cainca produit de larges évacuations alvines^. on 



DKS REPTILES ET DES POISSONS. S73 

peut espérer la guérison. Une forte sueur est considérée 
comoie une crise salutaire. Le traitement est continué 
avec persévérance pendant plusieurs jours. Les guéris- 
seurs ne quittent pas leurs malades ; au moindre trem- 
Elément, ils frictionnent le corps avec de 4*alcool, ou 
le soumettent à des fumigations aromatiqties. Suivant 
eux^ la cure ne peut être complète que soixante jours 
après la morsure, temps pendant lequel le malade peut 
succomber à une fièvre nerveuse, et doit s'abstenir le 
plus possible d'aliments, surtout de viande (Travels in 
BraziU p. 130.) 

Pison a classé les morsures des serpents du Brésil : 
il en compte vingt espèces différentes. Il vante le juru- 
bieba (cactus opuntia)^ la caorapia (donterUa hrasilienm, 
Lamarck, Urticées ), dont on ne parle plus aujour- 
d'hui (1). Dans les sertoës on emploie souvent la racine 
de cipo cruz (chkocea anguidda Mart.) , et celle de ttiû 
(adefwrhopium eUipticum^ Ëupborbiaeées , Polh.). 
Enfiu, les commissaires hispano-portugais nommés 
pour l'exécution du traité de 1 750, donnent de grands 
é\o^esikVangelica(piperispartheniradix), et à la purga 
de caryà ( perianthopodus ). 

Mais deux végétaux ont, entre tous, donné lieu à des 
récits exagérés dans le demi -continent Sud - améri- 
cain; ce sont Yayapana^ et le guaco. 

Vayapana (eupatorium ayapana^ Ventenat, Synan- 
thérées ) , transporté des forêts septentrionales du 



(I) SiGAUD, nu Climai ei de$ Maladies du Brétil, Ptris, 1S44, io-8% 
p. M. 

18 



274 ZOOLOGII. 

Bréni aux Inde» , parait y avoir fait merveille ootitre 
le choléra. A Pemaaibouc, au temps du gouvemrar 
D. Ferdinand, on remploya avec succès centre l'by* 
drophobie. L'infusion de ses feuilles agit comme «d 
puissant sudorifique. 

heguaoo {mkaniO'gwuo ^ Humboldt (1) )« proposé 
par Pedro Oribe Vargas dans un mémoire publié i 
Santa-Fé de Bogota vers 1794, comme un antidote 
énei^ue contre la morsure des reptiles, a été précis 
nisé par le docteur Mutis, célèbre naturaliste colombieik. 
On aurait tenté des expériences directéb même sil^ 
rhomme, et on aurait pu arrêter les symptômes de Fin- 
loxication au moment de leur apparition, à Taide dii 
suc des feuilles exprimé sur la plaie par un nègre. Leé 
observations du baron de Humboldt, moibs fafflrma-^ 
tives, ortt confirmé en partie ces heureux résultats (2). 

Les Missions du Paraguay fournissent^ elles aussi, 
leur contingent à cette longue liste de remèdes plus oïl 
moins infaillibles, contre des accidents qui sont loin 
«rétre rares, et qui se terminent trop souvent d'une 
manière fatale. 

On désigne à San-Borja, dans les Missions de la- rive 
gauche de l'Uruguay et dans tout le BrésiU sous le 
nom de milhomens (et par corruption mHhomire)^ une 
plante de la famille des Aristolochiées grimpantes, k 

(1) A. BoNPLÀHD, Plantes équinoxiaUi recueilliei au Mexique^ Paris, 
!! Tol. fn-fol., pl.l09. 

(2) M. Abreu dn Lima, officier général, a publié à Rio de Janeiro uo 
mémoire intéressaDt sur remploi avaiitagcui du guaco en topiques et à 
riotérieur^daos le traitement d'aflirctions de nature trè^-dîTerse. Mario de 
^ude, 1836, n* 47. 



DES RSPTILES ET IXES POISSONS. i75 

SOC laiteux, à odeur vireuse et nauséabonde» dont la 
tige, les feuilles et les racines, sont employées avec 
succès contre la morsure des serpents. C'est ronito/o- 
ekia grandifiora de Gomez, ringem de Swartz. 

il y a plus : on peut, dit-on, après avoir pris une 
infusion de cette plante, s'en être frotté les mains, les 
bras et le corps, manier impunément les reptiles veni- 
meux. Déjà la même remarque avait été fait^ par 
!!• de Humboldt au sujet du guaeo^ qui parait eommu- 
niquer à la peau une odeur ^ui répugne au reptile, le- 
quel loin de chercher à mordre, essaye de fuir. Même en 
faisant très-lacge la part de l'exagération qui s'attache 
toujours aux observations de cette nature, il reste 
quelques faits vrais, et des propriétés réelles sur les- 
quelles il ne me semble pas inutile d'insister. 

C'est un nègre qui aurait fait connaître le premier 
à San-Borja les merveilleuses propriétés du milhomens. 
Il vendait son secret moyennant un patacan (1), et 
tout le monde a voulu l'avoir. 

M. Bonpland a prescrit trois fois avec succès l'in- 
fusion de Yaristolochia grandifiora^ dans des cas où 
déjà l'enflure était considérable. Mais il avait en. 
même temps, il faut le dire aussi, appliqué des ca* 
taplasmes faits avec les feuilles sur la plaie préalable- 
ment débridée et cautérisée, et il avait ad(ninistré l'am- 
moniaque à l'intérieur. 

Tous les esUmcieroi de la province de Rio Girande 



(1) Pataeao, pièce de monnaie ideoUque à la piastre d'Espasne ( peio 
fUerU ), et vtltot comme elle 5 fr. 40 c. 



27(1 ZOOLOGIE. 

du Sud, trenrtent en réserve une provision de ce pré- 
cieux végétal. Ils m'assuraient que pour se garantir de 
la morsure des reptiles pendant un assez long espace 
de temps, il suffisait de prendre trois infusions des 
feuilles, et qu'en appliquant sur la plaie un morceau de 
la tige mâché et imprégné de salive, on voyait dispa^ 
raitre comme par enchantement tous les symptômes 
toxiques. Dois-je ajouter que toutes ces assertions sont 
exagérées , et qv*il faut de longues heures et souvent 
plusieurs jours, pour mettre le malade à Tabri do 
danger ? 

Tai dit plusiiaut que sur d'autres points du Brésil, 
les habitants faisaient les mêmes applications du mil- 
homens. M. Auguste de Saint-Hilaire raconte (1) que 
quatorze nègres furent mordus par des serpents venir 
meux dans une fazenda de la province de Espiritu- 
Santo. On leur fit avaler immédiatement une poignée 
de poudre à canon délayée dans du jus de citron; en- 
suite, trois fois par jour, une tasse d'aristolochia gran- 
diflora, et d'une tisane faite avec le jarro ou jarrinha 
{AristoL macwura, Gomez) : ils guérirent. 

Dans d'autres régions de TAmérique méridionale, 
la famille des Aristolochiées fournit encore à la thé- 
rapeutique spéculative des guérisseurs indigènes, des 
plantes analogues, et peut-être identiques à celle-ci. 
Tel est le vejuco (A. brasiliensis) cité par le docteur 
Weddell, dont on applique, dans la province de Yungas 



Kt\ »'ay«fff, seconde partie, 1. 11, p. 2£7. 



DBS REPVILKS ET DES POISSONS. S77 

les feuilles broyées sur les morsures des reptiles, qu'elles 
ffuèrisserU^ dit-on, infailliblenmt (1 ). 

Od voit, en dernière analyse» que les antidotes qui 
paraissent avoir amené la guérison des malades n'ont 
jamais été employés seuls ; que, au contraire, on leur a 
associé les moyens thérapeutiques usités en cas pareils 
i\e ce côté de TOcéan. Les plus vantés même de ces 
remèdes reçoivent des applications très -diverses : 
Ainsi, le milhomens est un antiseptique pj^issant; la 
çan-apîa et la caïnca agissent comme purgatifs drasti- 
ques, et provoquent la sécrétion urinaire; la raiz de 
feyd s'emploie contre les bydropisies; enfin, Yayapana 
possède une vertu sudorifique incontestable; tle telle 
sorte, que Tefficacité de ces .plantes dans le traitement 
des morsures venimeuses, résulterait plutôt de leurs 
propriétés générales, que d'une action spécifique. 
D'autres végétaux, en agissant comme astringents, 
combattent avec succès l'exhalation sanguine par les 
membranes muqueuses, symptôme presque constant 
de ces dangereuses blessures. Sans rejeter absolument 
les antidotes tirés du règne végétal,, je les regarde donc, 
dans l'immense majorité des cas, comme insuffisants. 
Dans cette question si grave, mais en même temps si 
obscure, alors que l'action du médecin doit égaler en 
promptitude celle du poison sous peine de voir le ma- 
lade succomber, il me semble que la prudence conseille 
un traitement plus énergique, et des moyens plus di- 



(1) WiDDiUi, Voyage da/Ht U Nord de la Bolivie^ Paris, 18M, in -8*, 
p. U&. 



378 ZOOLOGIE. 

rects. Ainsi, l'âpplicaUon immédiate d^oiie Ibffe ligi- 
ture entre le cœur et la partie lésée; le débridement et 
la cantérisation profonde de la plaie avec le fer ; des ven- 
touses, rimmernon du membre dans Tean froide, elc. 
devraient, à mon sens, précéder Tingestion des spéd^ 
fiques que nous avons énumérés. Lia science, il but 
Tavouer, n'a pas dit son dernier mot sur les poisons 
végétaux (4 ) et le venin des reptiles; sur ces substances 
dont l'action étrange, presque incompréhensible, reste 
nulle quand elles sont introduites dans l'économie par 
les organes digestifs, mais devient foudroyante lors- 
qu'elles y pénètrent par les voies de la circulation. Les 
recherches de Fontana et de Magendie sont à recom- 
mencer ou à poursuivre. Serait-ce donc trop présumer 
de la science, que d'espérw la découverte d'un agent 
dont la puissance de neutralisation, comparable à celle 
qu'elle a si heureusement rencontrée dans le quin- 
quina, permettrait de combattre presque à coup sûr, 
une intoxication bien autrement grave que l'intoxica- 
tion paludéenne? Ce contre-poison, qu'on a vainement 
cherehé jusqu'ici dans le milkomenij Y(»ffapamL^ dans le 
jfiMKO, peut-être le règne inorganique le foomira-t-il. 
Déjà d'heureux essais ont été tentés dans cette voie : 
M. Brainard, professenr au collège médical de Chicago 
(lllinoàs), a vanté l'emploî des solutions iodées contre 



(1) CiH— e«p m— I let«r«rt « lew— rili et lee^jfiirte, ccspoitoas 
fil» iMml ê0mt IhM, pour parler le Iw^^ife eipressif ci sinistre des la- 
ibcas de riiiwie, La préparalioa et la caspositiao ém rwrare ont ceMé 
é^Mn mm mjtÊàn éffmm hm yiwj9fm é9 M, dt ■■■fcaldi, m tes aaaiyiO 
de MM» ftNk ^9tewe« tl 



DES REPTILES ET DBS POISSONS. 379 

It iDorwre des crotales (1853). M. Alvaro Reynoso 
propose de leur substituer le brome. On le voit, Tim- 
pttlsion est donnée, et l'observation apprendra bientôt 
ce qu'il faut attendre de ces efforts qui peuvent servir 
M puissamment la cause de l'huinanité ( 1 )* 

J'ai peu de choses à dire des^ Poissons. Si les indi- 
vidus sont nombreux et les espèces variées, leur qv^lité 
^t niédiocre. Les créoles font peu de qis de. leur chair, 
qui dans l'autre hémisphère c^mme dans celui-ci , pa- 
rait fade et sans saveur lorsqu'on la compare à celle 
d^s poissons de l'Océan si abondants siur les côtes du 
Brésil. La pêche à la ligne, la oeule connue, est du 
^QQaine exclusif des Indiens Paya^às, ces antiques 
dominateurs du Ilio-Paraguay. Quelques nations indi- 
gènes pèchent à coups de flèche3 , d'autres expriment 
49ns les rivières le suc vénéneux de certains végétaux. 
Le poisson enivré et bientôt mourant, vient surnager 

(1) S*il fallait en croire les ooaTellistes un pea suspects do NouTeaa- 
•llQiide, le TeniD de^ reptiles sérail k ia Teille de luvroir à U médecine 
prophylactique un agent ajissi préqieui que (e cowpoi. Les jouroaui ont 
assuré que d*heureu\ essais d'inoculation tentés au Meiique, permettent 
.de aregarder le venin des Crotales comme le présenratif de .deui. iléaax 
terribles, la fièvre jaune et le choléra. Mais si Tétude de la. question des 
empoisonnements h la suite de morsures, offre une incontestable impor- 
.taoce.pour TAmécique, oo se tr<MBperait en. la considérant comme dénuée. 
4e toot ïutéfèL .pQur TEucope. La morsure de U Tipère donne lieu en 
France à des accidents grayes , accompagnés de dpulears intoléra- 
bles qui persistent longtemps encore apiès la guérison apparente des 
malades. J*ai vu mourir en quarante-huit heures, dans le département 
das Hautes-Alpes, uo homme qui avait été mordu par une vipère dans la 
région du cœur, pendant son sommeil au milieu d*un pré nouvellement 
fauché. Depuis cette ^époque, j*ai lu le récit de plusieurs accidenta de cette 
aMinre, anivis malgré tons las seooiira de Tart d.^ la m^me tarmioaison 
funeste. 



380 ZOOLOGIE. 

à la surface de l'eau , où les Indiens le recueillent à la 
main (1). 

Les espèces les plus communes appartiennent aux 
genres Spare (2), Bagre (3), Silure, Pimélode, Do- 
rade, Murène, Saumon, etc. 

Le Pacii (i) est un des poissons les plus gros et les 
plus estimés. Sa chair assez semblable à celle de notre 
carpe, mais plus ferme, est excellente. En hiver il de* 
vient commun dans tous les affluents du Rio-Paraguay, 
et se vend à TAssomption à très-bas prix. Le Suruby 
pèse souvent 20 livres. 

Les Raies armées dont les épines causent une vive 
inflammation dans les plantes dés pieds et des dou- 
leurs aiguës, et les Palometas, petits poissons voraces 
qui abondent dans les courants rapides, font de cruelles 
blessures aux baigneurs qui ne se tiennent pas sur 
leurs gardes. Les mâchoires finement armées et cou- 
pantes des Palometas déjà célèbres dans les récits fa- 
buleux des poètes de la découverte (5), servent de 
ciseaux aux femmes indiennes. Leur morsure est vive 
et tranchante comme Tincision d'un rasoir, et leur vo- 
racité telle , qu'elles accourent de tous les points à la 



vl) Ce procédé est encore en usage ta Brésil, aai Antilles et à Cayenne. 
Dans cette dernière colonie il a été défendu sons des peines séTères, par 
une ordonnance royale de ildi. 

(2) Spare bogue de Lacép.; Spanu boops de Lin. 

(3) Pimélode bagrê de Lacép. Stlnnu bugrê^ Lin. 

(4) G. Characinut d*Artedi, S.-Gi Curimaie'fit Cot. A Cayabà, capi- 
tale de la proTÎnce brésilienne de Mato-Orosso, un Pacù de forte taille ne 
coûte pas an delà de 7 vintens (quarante réis), enTiron 12 centimes. 

(5) D. Martin du Barco Cintbnira, La ArgenHna , p. 22, dans CoUe- 
cùm deobroiy doeuminloi, t. II. 



DES REPTILES ET DES POISSONS. 881 

vue du iang, pour se jeter sur le nageur blessé par 
Tune d'elles. On retira du fleuve, pendant mon séjour 
à l'Assomption, le corps d'un homme qui s'y était 
noyé, et quoiqu'il fût resté sous Teau pendant quel- 
ques heures seulement , déjà toute la masse intestinale 
avait été extraite et dévorée. On prête les mêmes 
instincts carnassiers au poisson-diable ou Piranha, si 
commun au Brésil dans le Rio San*Francisco , et l'ef- 
froi des baigneurs. La palometa se prend facilement à 
la ligne ; sa chair est passable. 

On pêche dans l'Uruguay de grands poissons assez 
communs, dont quelques-uns pèsent jusqu-'à vingt 
livres, et que l'on nomme Dorados (dorés) à cause de 
leur couleur. Ils forment une espèce voisine du Mi- 
lcte$ mkrofa; leur chair est estimée, et avec raison, 
(i'esl le seul poisson que j'aie vu paraître, une fois, sur 
la table frugale de M. Bonptand, façonné dès longtemps 
aux habitudes d'un pays où la nourriture est exclusive 
ment animale. 



CHAPITKE XXIU. 



looLom ( suite ). -- DU iincns. 



Le Paraguay comme le Rrésil est la terre promise 
'le Tentomologiste ; mais tous les insectes n*arrachenl 
pas au voyageur des cris de surprise et d'admiratioo. 
A côté des papillons gigantesques aux ailes chatoyan- 
tes, des magnifiques coléoptères aux reQets métalli- 
ques, aux vives étincelles qui éclairent les nuits serei- 
nes des Tropiques, il trouve des ennemis nombreux, 
acharnés, implacables, de son repos et de sa santé. J'en 
parlerai plus longuement que des premiers; car les 
insectes qui s'attaquent à Tbomme , ou qui , plaie 
(l'Egypte toujours nouvelle, anéantissent le fruit de ses 
efforts en dévorant ses récoltes, s'opposent plus que le 
climat, les maladies, les préjugés et l'antipathie des 



DES INSECTES. 383 

habitants, à la colonisation des contrées équinoxiales, 
si pleines de magnificences, si grandes dans leur.majes- 
tiieuse immobilité. L'Européen n*a pas le temps de se 
croire échappé aux ennuis profonds d'une navigation 
toujours longue, qu'il est assailli nuit et jour par des 
légions d'ennemis invisibles. Il hésite à se fixer au 
milieu d'une nature splendide , mais qui ne lui laisse ni 
Irève ni repos. Parfois même , succombant aux souf- 
frances physiques, à l'irritation morale qu'elles provo- 
quent, il se rembarque. Gomment foire disparaître ce 
sérieux obstacle à l'immigration 7 On a dit avec raison 
que, à la veille de partir pour les solitudes améri- 
caines, il fallait se préoccuper moins des jaguars et des 
reptiles , et davantage des moustiques , du pule^ pêne- 
trans et des kankrelats^ mais surtout des moustiques. 

La grandeur , la variété des papillons , la magnifi- 
cence, l'éclat et la délicatesse de leurs couleurs, ravis- 
sent l'étranger de surprise et d'admiration. Les Lépi- 
doptères diurnes étalent aux feux du soleil leurs 
grandes ailes eeuvectes sur les deux faces des teintes 
leH plus brillantes et <Ies plus variées, butinent isolé- 
nient le suc amassé au fond du calice des fleurs à l'aide 
de leur trompe roulée en spirale; ou voHigent en 
Imrapes nombreuses, au-dessus des flaques d'eau amas- 
sées par les pluies de l'hivernage au milieu des che- 
mins. 

Les tribus des Sphingides, des Bombycites, des 
Noctuélites et des Phalénides , grandes divisions des 
papillons crépusculaires et nocturnes, comprennent de 
magnifiques espèces entièrement nouvelles. 



284 ZOQLOGIB. 

Les qaatre sections de l'ordre si riche des Coléoptà- 
res ( I ) sont ici largemenl représentées. Les Carabî- 
ques', les Brachélytres, renferment des individus aax 
couleurs extrêmement brillantes. 
< Parmi les Slernoxes (fain. des Serricornes), il faut 
citer quelques Buprestes (2) et de nombreux Ëlatéri* 
des. L'un d'eux, le Taupin cucujo (3), répand, la aiiil, 
une lumière très^vive, et s'il faut en croire les vieux 
historiens (4) , les Indiens d'Haïti, fuyant les Espa- 
gnols, évitaient les précipices de leurs montagnes en 
attachant à leurs pieds quelques-uns de ces coléoptè- 
res. Mais cette c mouche lumineuse » — ainsi Tappel* 
lent les créoles — n'est pas le seul insecte qui sillonne 
l'atmosphère de jets rapides de lumière tantôt conti- 
nus, ou qui s'éteignent un momant» pour reparaître 
bientôt et disparaître encore. Plusieurs espèces de 
Lampyrides ailés (section des Serricornes Malacoder- 
mes) décrivent dans l'air des cercles lumineux que 
M. Ferdinand Denis compare aux étincelles mourantes 
d'une pièce d'artifice. À ce saisissant spectacle, qui ne 
se rappellerait les poétiques expressions de M. de Hum- 
boldt : c On dirait que la voûte du firmament s'est 
abattue sur la savane?» 

« Quelques-uns de ces insectes, dit M. de Saint- 



il ) Il renferme plus de cinquaote miUe espèces, dont Tétade est deTeoue, 
00 doit le penser, très-difBdlf . 

(t) Les Bmpmlidei portent encore le nom de Bickards k cavse éf 
réclat de leurs coaleurs métalliques. 

(3> Appelé par les Indiens Coyonyoïi ; EUUer noctiluau, Lto. 

4) Ovino, Car^niea é$ Uu lnâia$. 



DRS mSECTSS. â85 

Hilaire (4), ont les derniers anneaux du ventre rem- 
plis de nfiatière phosphorique; d'autres au contraire ^ 
portent à la partie supérieure de leur corselet deux 
proéminences lumineuses,' arrondies et assez écartées, 
qui'semblent se confondre lorsque Tinsécte vole, mais 
qui pendant le jour brillent comme autant d'émeraudes 
enchâssées dans un fond briin un peu cuivré. » Ces 
deux espèces existent aussi au Paraguay : la première, 
plus petite, abonde dans les lieux humides; la seconde, 
plus rara, mais de dimensions phis grandes, porte le 
nom de Tacormua (2). Une seule de ces petites chandelles 
vivantes^ à Taide desquelles le P. du Tertre récitiiit 
son bréviaire, éclaire assez pour qu'on puisse lire à la 
lueur qu'elle projette. 

Les micrographes modernes ont fait de patientes re- 
cherches sur la lumière émise en si grande abondance 
par les' lucioles, et se sont efforcés d'en déterminer la 
nature. M. Ehrenberg la regarde comme une des nom- 
breuses tnanifestations des forces électriques, mais son 
ingénieuse théorie a besoin d'être confirmée (3). 

Dans la famille des Clavicornes, les genres Ësc»r- 
bot, Nécrophore; dans celle des Lamellicornes, les 
tribus des Scarabéides et des Lucanides, et le geiiiv 
Passale, comprennent des espèces diurnes et quelques- 
unes crépusculaires remarquables par l'éclat de leurs 
couleurs, leurs dimensions et leurs mœurs singulières. 



(1) Voyages au Brésil. 

(2) Taupins, G, Etaler. 

(3) Mandl, Traité pratique du Microêcope , Paris , 1839, ia-8*; ~ de 
QuATMFAGcs, Aunaleê des scienees nat., 2* série, t. XIX, p. 191. 



2M zoou)GiK. 

Dam la section générale des Coléoptères Hétéromèras, 
je citerai plus particulièrement les genres Scotobie (trib. 
desPiméliaires); Scotine, Pédine (trib« des Blapûdas» 
fam. des Mélasomes), qui comprennent des espèees yi- 
nées et de nombreux- individus. 

La famille des Longicomes, la plus belle de Tordre 
des Coléoptères (section des C. Tétramères), est repré- 
sentée par les genres Parandre (trib, des Prioniens); le 
sous-genre Callicbrome (1 ), et celui des Acantboptèrea« 
(trib. des Cérambyciens) ; et la famille des Eupodespir 
les genres Alumus et Hispa de Lin. et Fabricius. 

Enfin, la trU)u des Chrysomélines (fam. des Cjdi- 
ques), compte de nombreuses espèces aux riches cou- 
leurs métalliques, distribuées dans les genres Cassîde, 
Doryphora, Altise, etc. Sur quelques points de TAmè- 
rique méridionale , les coléoptères sont assez abondants 
pour que Tindustrie en tire un parti avantageux. Ainsi 
dans la belle province de Sainte-Catherine, presque 
vierge encore, on fabrique avec ces riches insectes, des 
colliers, des fleurs, (les bracelets, et des pendants 
«roreilles, dont les reflets métalliques produisent aux 
lumières le plus charmant effet ( 2 ). 

Mais à côté des insectes qui ne servent qu'aux fêtes 
brillantes de la nature, fourmillent ceux qui nuisent 
aux produits de l'agriculture ou de Tindustrie humaine, 
et ne craignent pas de s'attaquer à Thomme. J'en par- 



vl> CaUiekr<mw^ Latr.; Ceram&ffx, Fab. Oej. 
(3) À crite iHMueiidaUirc déjà l«og«e, oo poarrail ajouter qodqiies 
joUrs f:^ècei> du fviire CtKcmêlk^ sect. des CùUoplèrei Trtw^MU 



DES IliSBGTBS. 987 

lenii exclusivement dans les ordres qu'il me reste à 
ptaser en revue. 

Là Blatte américaine ou Kankrelat (4 ) est un des 
Orlhoptères« fatn. des 0^ Coureurs, les plu» communs 
et les plus malfaisants. Il abonde au Paraguay» quoi- 
qu'on le rencontre moins fréquemment dans l'intérieur 
des habitations qu'au Brésil, où il est pour les nouveaux 
débarqués un objet de dégoût insurmontable et presque 
d'effiroi. Les vaisseaux qui relâchent dans les ports des 
coblrées équinoxiales du Nouveau-Continent; revien- 
nent infestés de cet insecte qui n'épargne rien, ni les 
provisions du navire^ ni les effets des passagers, ni les 
marins eux-mêmes dont il ronge doucement les extré«^ 
mités pendant la nuit, jusqu'à ce que l'épiderme soit 
enlevé, que le sang coule, et que la douleur les éveille. 
Dans les maisons rien n'échappe à sa voracité; tout 
y passe, les étoffes, le cuir, les. livres et les papiers, la 
viaodle et les fruits. 

Les vieux voyageurs, comme les modernes » sont 
unanimes à le maudire. Voici en quels termes expres- 
sifs le bon Lery exhale sa mauvaise humeur^ et se 
plaint de ses attaques : < Et afin aussi que tout d'un 
fil je décrive ces bestioles, lesquelles sont appelées par 
les sauvages aravers (2) n'étant pas plus grosses que 
nos grillets, même sortant ainsi la nuit pai* troupes au- 
près du feu, si elles trouvent quelque chose, elles ne 

(1) BlaUa amerieana. Kankreltl oa kakerltt , vient de kakkeriak, 
nom hoUaadaifl de cet insecte, auquel les petits esclares font au Brésil noe 

actif e. Oq Vj nomme BaraUa. 

(2) D'où le Dom de raveU. 



388 Z0OLO6IK. 

faudroDt point de ie ronger. Mais principalement outre 
ce qu'elles se jettoyent de telle façon sur les collets et 
souliers de marroquin, et que mangeant tout le dessus, 
ceux qui en avoyent, les trouvoyent le matin a leur 
lever tout blancs et effleurez; encore y avoit-il oda, 
que si le soir nous laissions quelques poules ou autres 
volailles cuites et mal serrées, ces aravers les rongeant 
jusques aux os, nous nous pouvions bien attendre de 
trouver le lendemain matin des anatomies ( 1 ). » 

J'ai signalé ailleurs ( 2 ) les dommages considérables 
que causent aux récoltes» les Sauterelles (3), qui appa- 
raissent périodiquement en bandes innombrables. Je 
reviendrai en traitant de l'Agriculture au Paraguay, 
sur ce fléau redoutable, impossible à prévenir, qui 
anéantit en quelques instants les cultures de la plus 
belle apparence. 

La même observation, et ce que dit Linné d'un autre 
insecte destructeur : Termes utriusque Indiœ ealamitas 
$umma! trouveraient encore leur application ici, cardes 
Fourmis et des Termites (4) en légions innombrables, 
bouleversent et détruisent les plantations; sapent les 
maisons en rongeant le bois des murailles et la cha^ 
pente, et sont parfois un tourment pour l'homme. 

U) Jkan k Lêat, Bisioire d'un Vofoge fait en la terre du Bréeii on- 
iremeni diie Amériq^. Parts, M. D. Xani, p. 160. 

(2) Du Tabac am PorofiMy, p. 15. 

(3) G, OryUus, et G. Loeusia de Lin. Fam. des O. Sauteurs. 

(4) Les Giunuis appelleoi les fourmis Tqjffy et les Termites Cupi^f* 
Il eiiste plusieurs espaces de Termee awuricana. Deoi snrtiwt sont 
redoutables, car il n est pas saos exemple que des maisons eotières wu- 
liées par leurs atteintes, se soient écroulées en ensevelissant les hakitasts 
sous les décombres. 



DRS INS8CTKS. Sl89 

Enfin, d'autres HyUnénoptëres, plusieurs espèces de 
Guêpes, et les' Arachnides Trachéennes nommées GaT" 
rapatos par les créoles (/a^« de Lat.), seront Tobjet 
d*iine mention spéciale dans le chapitre consacré à 
Télfeve des bestiaux ( 1 )• 

Maintenant j'arrite aux insectes nuisibles à Thomme, 
et je mets au premier rang lé Moustique ( 2 ) • 

Le moustique est, en effet, le persécuteur acharné, 
infetigable dé l'habitant des pays chauds. Ce fléau 
frappe le créole comme le voyageur, et si Thabitude en 
émopssant quelque peu la sensibilité de rindi0n, lui 
fait accepter les souffrances qu'il provoque comme une 
des conditions de sa vie nomade, il ne néglige cepen- 
dant aucun moyen pour s'en garantir. Il se frictionne 
le corps avec de l'huile mêlée au suc de certaines planâ- 
tes* aromatiques, il s'enfume dans ses toldos si herimé- 
tiquemént clos qu'il ne peut y entrer q^u'en rampant 
par une étroite ouverture. Et, s'il se soustrait ainsi aux 
[Hqûrès de ces terribles insectes, c'est au prix de cui- 
santes ophthalmies, d'incommodités sans nombre, pa- 
tiemment endurées au miKen d'une atmosphère em- 
pestée et irrespirable ( 3 ) . 

Les moustiques sont rares dans la capitale du 

(1) Zooloifie : Animaux dùmetliquêi. 

{f) Ordre des Diplère$\ fam. des NémocHrei^ tjrib. dea C&uiins. Voy. an 
iriTail du docteur Robinetu-DesToidy sur la Vnbu des Gulicides, inséré 
dans les Mémoirei de la Société d'histoire naturelle, t. Ur, p. 390. 

(S) Le P. Guefarâ parle de ce préseryatifen ces termes : « On assure (pie 
la fomééies éloigne, mais ce remède est si pénible qn*on ne saurait trop 
dire lequel est le plus douloureui, de la fumée sans' moustiques, ou des 
moustiques sans fumée. » Hiitoria dêl ParaçHOffy p. 75, dans CoUeeion 
de doeûmentoij t. If . 

1» 




900 ZOOLOQIB. 

Paraguay , au milieu des terres , sous Vî 
d'un climat très-chaud mais en même temps 
Il en est tout autrement avec des ooii4itîoiia de 
chaleur humide» dans le voisinage dea amaa d*eio aia« 
gnante aux bords herbus et ombragés, ou- sur les ri* 
vières. Là, rios^cte abeude au poÎMt de reudie la vie 
insupportable, impossible. La fumée de bois vert at le 
chasse pas ; les moustiquaires sout instiffisapliHL el sm 
suçoir aux acûes fines -et dentelées traverse Tétoie 
serrée des vêtements. La peau plus délicate dee feoimes 
et des enfants s'enflamme sous Tinfluence de pi<|&ras 
incessantes; la déuuàngeaison , la cuisson, la douleur, 
éloignent le sommeil. L'odorat très-fin de ce d^ptèret bii 
fait découvrir aussitôt sa victime au milieu d*ane vaste 
pièce, et il profite avec un instinct diabolique de la 
moindre ouverture dans la gaze protectrice, pour pé- 
nétrer jusqu^à elle. Vainement ou chercherait à se 
délivrer de ce Qéau en variant les moyens préservatifs; 
c'est sur l'habitude qui diminue la sensibilité., et sur 
une résignation stoïque, qu'il faut le plus.compter (I). 
La Puce pénétrante (2) ^ souvent décrite par les 
voyageurs, se loge sous les ongles des pieds et des mains» 
sous la peau du talon et de la plante des pieda. La fe- 

• 

(1) A son retour de rAssomptioD, où il s'éiuit rendu ^r le steamer de 
guerre « Pulton, » le ctpitaioe Tréhouart, tujourdliai rice-aitairal, reçut 
à Mcoterideo les félicitaiions eothousiastes que méritait, à juste titre, sa 
conduite au bnilaut combat d*-ObIigado. Forcé de cooreoir que Taibirf 
arait été cbaude et meurtrière, Tiotrépide commaudaofr de Tescadre frao- 
gaiss ue cessait de répéter : Mais Ui mouitigufi du Paranà^ c'éi{ii$ biii^ 
amre choie! y 

(2) PuUx penetraniy ordre des Aphaniptires ou Sncewrê^ genre Puct; 
appelé aussi èhiqueyliqWf nigua, et au Brésil bicho do pe. 






DKS mSKCTBS.. 

nelle y dépose ses œufs dans nu sac iileiniNraQeoit qui 
se -développe rapidement. Une seneatioii pMrtidtilière* 
ua léger prurit, une douleur d'abord faiUe, se feit 
sentir dans le point où l'insecte s'est introduit. On 7 
remarque un point noir qui bientôt grandit; autour de 
\m, la peau prend une couleur livide : il hni se bâter 
é'ealever ce kyste qiui ae tarderait pas à agir comme 
corps étranger^ en provoquant une inflammation plus 
intense, et même un ulcère. • C'est ee qui arrive aux 
Nègres et aux Indiens qui marchant pieds nus, sont 
plus fipéquemment atteints par le pulex. Trop souvent 
même ils payent leur insouoiance de la^ perte d'un t 
nlembre, ou de quelque difformité produite p»r la 
mise à nu «et l'cpifoUation des tendons. * 

L'opération que néeessite l'extraotiota de l'ioseete, 
rentre, au Paraguay comme au Brésil, dans les attri^* 
butions des femmes de couleur. A l'aide d'un petit mor- 
oenu dfrbois efBlé, elles déchirent l'épiderme, écartent 
doucement les fibres des couclies extérieures du derme, 
et détachent le kyste sans le crever. liorsqu'il est 
profoûdément situé, cette opération pratiquée mémepar 
une maip légère, n'est pas toujours indolente. On ob- 
tient une entière guérison en se contentant de mettre 
le kyste à nu sans l'extraire, et de le frictionner avec 
lu pommade mercurielle. Ce moyen moins douloureux 
m'a toujours réussi. On a proposé l'emploi en frictioM ^ 

d'autres substances, telles que l'onguent basilieoa et 
l'azotate de mercure. 

Yoila poUIr le remède ; il faut ajouter qu'une propreté 
minutieuse, que des bains journaliers éloigMttt singn- 



•'n 



39S ZOOUMHt. 

lîèrement les alteinles de riosede, surtout m Ton se 
garde en même temps d*iroiter les habitants du pays, 
qui dans Tintérieur de leurs maisons ehaussent leurs 
pieds nus de très- mauvaises pantoufles. 

Le pulex se tient de préférence dans* les terrain» secs 
et sablonneux : aussi la eouche épaisse de sable qui 
recouvre le sol des rues de rAssomptton en recileU-eHs 
un grand nombre. Le contact immédiat de ce sable 
fortement échauffé par les rayons solaires sur les pieds 
des Indiens, entretient une inflammation très-vive dans 
leurs ulcères, et contribuée produire les désordres dont 
je parlais tout à Theure, trop souvent compliqués d'ac- 
cidents tétaniques. 

Certains animaux domestiques, comme le cochon, 
propagent le pulex qui ne parait pas dépasser les S9* 
du côté du sud. Mais, quoique plus répandu dans les 
lieux habités, on le rencontre aussi en rase campagne, 
dans les endroits les plus déserts. Je me souvicfns d'en 
avoir cruellement souffert, en campant en compagnie 
de M. Bonpland , au milieu des forêts vierges des 
bords de TUruguay (1 ). 

Les Puces proprement dites (ptd. irritons^ L.) abon- 
dent en hiver dans les Missions, sans toutefois y être 
aussi communes qu'en Algérie. Mais si quelques précau- 
tions, des arroseroents fréquents sur le sol et Fusage 
du- hamac, suffisent à éloigner leurs atteintes, ces 
moyens restent impuissants contre la morsure d'uD 

(1) Voy. noe excelleole figure de cet tplère suceur donnée par M. le 
profesêeut' Duméril dios Conêidérations générales iur la dane tUi In- 
sêeiêê ( IHe Om noitê 4$$ êcienen uatwrêllei). 



DES INSECTES. 293 

insecte dont le nom éveillera dansTesprit de plus d'un 
lecteur des souvenirs de collège. La Punaise, car c'est 
de cette abominable béte que je veux parler, était in- 
connue au Paraguay avant Tannée 1 769, époque à la- 
quelle elle y fut introduite dans l'équipage d'un gou- 
verneur. Triste importation de la métropole à laquelle 
j'ai dû de cuisantes insomnies dans les Missions brési- 
liennes ! 

A cette rapide énumération zoologique, si l'on ajoute 
encore des Scolopendres, plusieurs espèces de Migales 
(larmi lesquelles il faut citer des Araignées-crabes et des 
Scorpions (clas. des Arachnides), on aura un aperçu de 
la faune du Paraguay et des Missions. On le voit, dans 
la longue série des êtres qui la composent, l'homme 
compte de nombreux et implacables ennemis : rester 
sans défiance, s'endormir dans une trop grande sécu- 
rité, serait d'une haute imprudence, et qui pourrait 
devenir fatale; mais redouter au delà du juste les 
dangers que j'ai signalés, ne voir partout que reptiles et 
moustiques, ne rêver que jaguars, serait faire montre 
d'une honteuse faiblesse : ce serait douter que Dieu 
veille sur le voyageur et le protège. 



CHAPITRE XXIV. 



fOOLMIl ( fia ). — BII iiiaivx BonBTionB. 



Si TËurçpe a tire du Nouveau-Monde d'immenses 
trésors» elle les lui a restitués avec usure, il faut le 
dire, en transportant au milieu de 'Ses savanes, ses ani- 
maux domestiques, germes précieux d'une incroyable 
fécondité^ source de ricliesses plus inépuisable que les 
filous aurifères du Mexique et du Pérou. C'est, en effet, 
aux animaux domestiques, celte conquête si utile faite 
par l*homme sur la création, que les nations civilisées 
doivent leur bien-être et leur puissance; et Ton pour- 
rait jusqu'à un certain point, avec M. Richard (du 
Cantal), mesurer le degré de civilisation d'un peuple à 
la quantité d'animaux qu'il élève, à leur nature, et sur- 
tout à leur qualité. 



AIUVAUX dMèstiques. 995 

' Azftra {A) nrconte en ces iet^mes Tintroduction de 
k raee bovine au Paraguay : 
Le capUaine Jean de Salazar, né dans la ville de>Po- 
mar en Aragon, transporta d'Andalousie sept vaches 
et un taureau à la côte du Brésil;; de là il Jea condui- 
sit par terre à la rivière Paranà, en face de Tendroit 
où elle reçoit le rio Monday; Il construisit un ra- 
deau» y plaça les vaches et en chargea un certain 
Gaété, tandis que lui-même se rendit par terre au Pa- 
raguay. Gaèté descendit le Paranà jusqu'à ia réunion 
avec la rivière du Paraguay; et remontant celle-ci, 
arriva henreusement à la ville de l'Assomption en 
1546. Il employa plusieurs mois dans ce voyage, et 
comme on ne loi donna qu'une vache pour tout paye- 
ment, ce fait à donné naissance à ee dicton qu'on 
répète encore aujourd'hui en faisant allusion k la 
grande'valeur d'une chose, qu'^U^ e$tplu$ chère que 
la Mche de Gaèté. Voilà l'ôf igine de toutes les bètes 
à cornes de ces contrées-ci, où elles se sont multi- 
pliées à l'infini, et où on les appene simplement 
troupeaux. 

< Les seconds fondateurs de Buenos-Ayres amenè- 
rent du Paraguay en 4 580, quelquiss va^dies qui se 
propagèrent dans les environs, jusqu'à ce que, par 
défont de soins, beaucoup d'entre elles devinrent 
sMvages, en s'étendimt vers le Rio-Negro. » 



(t) Apunlamientos para la hUloria natural de los Quadrupèdes de l 
Paraguay^ t. Il, p. 352 ; — Correspondencia, daos la Çoleccion de 
obras y documentos, t. IV, p. 64. 



396 ZOOLOGIE» ^ 

Telle parait être Torigiue du bétail qui erre en troafp^. 
nombreuses sur les deux rives de la Plata, et cette mr- 
sion réunit en sa faveur plus de probabilité, que «q^ 
qui attribue Timportatiou de œs précieux animaux 
au Portugais Martim Affon^o, fondateur en 153S 
de la capitainerie de S. Paul, sous le nom de San* 
Vicente, d'où ils se seraient répandus dans les domaines 
de TEspagne. Malgré la grande autorité d'Azara, je 
pense cependant, qu'il est difficile de reculer jusqu'à 
Tannée 1^0 l'apparition du bétail dans les Pampas. 
Il y a plus d'une raison de croire, en effet, que la flotte 
qui transporta D. Pedro de Mendoza et ses compa- 
gnons an nombre de plus de deux mille cinq cents 
avec soixante-douze chevaux ( 1 535 ) , avait à bord 
des bêtes à cornes que les. ^pagnoU furent contraints 
d'abandonner lors de la première destruction de 
Buenos-Ayres(1539). 11 est encore probable, et l'au- 
teur de Y Histoire des Quadrupèdes de la province du 
Paraguay le suppose lui-même (1), que les con« 
quérants en se retirant à la hâte, quelques «années 
plus tard et après quelques mois seulement d'occupa» 
lion, de la ville de Saint-Jean-Baptiste fondée dès 
1 552 par Jean Romero en face- de l'emplacement de 
Buenos-Ayres, laissèrent derrière eux les vaches que 
sans doute ils possédaient déjà, lesquelles devinrent 
ainsi la souche des troupeaux de la rive gauche du 
fleuve. Dans une question aussi difficile à résoudre, le 
plus sage parti, pour rester dans le vrai, ne serait-il 

(l)T.U,p. S96ft355. 



« 




AmMAUX DOHBSTIQUPS. M7 

ftêA'sLdmeitve que Tintroduction de ces animaux ines- 
tinM^les a été tentée presque simultanément sur 
lieurs points (1)^ 
Quoi qu'il en soit» depuis cette époque, et 
depuis Tannée 1550 où Ton vit pour la première 
fois dans la vallée de Cusco^ au Pérou, les bœufs 
employés à la culture du sol , les races bovine et 
ovioe ont multiplié jusqu'à TeiLcès sur toute reten- 
due des anciennes colonies de l'Espagne , mais nulle 
part d'une façon aussi merv^eilleuse que dans les pro- 
vinces Argentines, d'où leurs dépouilles reviennent en 
quantités innombrables faire concurrence sur dos 
marchés aux produits sin^ilaires de l'Europe, à des 
çondijLions avantageuses pour l'industriel et le consom- 
mateur. (3). 



(1) Quelques éeriraios font houaear de leur ImporUtioo à l'Iodustrieiise 
aethité des Jésuites. Le Brésil, p. 168. 

(2) Sans entrer dès à préseot dans des coosidérations commerciales 
qui tronTeroDt plas oatôrellemeot place daos la Partie éamomique 
de cet oayrage, il est facile de se faire une idée, à Taide des données 
soi vantes, de cet accroissement prodigieax. 

Le total des cairs de toute nature exportés par la voie de Buenos- 
Ajres, seul débouché ouvert au commerce de la Confédération Argentine, 
s*est élevé, en 1849, à 3,199,856, malgré des dissensions politiques qui 
datent de F Indépendance, et qui, loin de s'éteindre, paraissent se raviver 
cliaqQejour. 
Ce chiffre se décompose de la manière suivante : 

Unités. Valeuf en francs. 

Coin de bœufs et vaches salés 850,259 13,804,144 

. _ . secs 2,111,083 37,999,494 

— chevaux secs 40,863 408,630 

» — salés 197,651 1,778,859 

ToUui. . 3,199,856 53,791,127 

I^Dt ee tableau, ne Bgnrent ni les enirs de veaux, de veaux mort-nés, 

ni les autres produits animaux, tels que les issues, les rognures, les criM, 



# 



••8 KOOLOcrs. 

ÉtablîMons^'le tout d'abord : on ne reMontre patf in 
Paraguay de pareilles conditions de succès. En aoeoti 
temps, la multiplication des troupeaux ne s'y estélovfe 
à des proportions comparables à celles qu'elle a atteintes 
dans les provinces de G)rrfentes, d'Entre-Rios et de 
Buenos-Ayres. S'il est vrai que le Paraguay ait moins 
à redouter qu'elles, les effets de la sécheresse si désas- 
treux dans les Pampas, en revanche, de fréquentes 
inondations submergent presque périediquement les 
plaines méridionales, les campagnes riveraines des 
fleuves^ c'est-à-dire les points les plus, peuplés do pays. 
J'ai indiqué, en traitant de la Climatologie, les consé- 
quences d'une longue sécheresse : celles d'une extrême 
humidité sont plus à craindre encore. A la snitede 
pluies continues, les rivières débordent, et les terres 
basses, sans écoulement, sont bientôt inondées. Sous 

les corues, etc., dont le foUl a tUeiol U somme de, 2,867,92a francs, Mi- 
qnelf il faat i\|ouler encore 3,M^ balles de peaux de moutons d^aoe fa- 
leur de 2,155,300 fr. — Ces trois sérias de chiffres réunies doooaoi u 
toUl de 55,946,327 fr., et forment à elles seules plus de la moitié des 
eiportatioBS de Buenos-Ayres pendant la même année, > 

Snr 13,191,384 fr. de produiU qne la France en a tirés dans le mèdie 
temps, les dépouilles am'males représentent uue valeur de 10,216,746 Ar. 
Ajoutons que ces matières premières font partie de son commerce apécialt 
de même que les objrts eipédiés en retour. 

A la fin du siècle dernier, les deui rives de la Plata u'eiportaient pu 
an delà d*uu million do cuirs ; et, on lo remarquera, il jQ*est pas tena 
compte, dans les états précédents, des productions similaires de la Banda- 
Oriental. On sait qu'à cette époque ( 1849 }, toute la campagne de Montevir 
deo était au pouvoir des troupes Argentines, qui Toccupèrent jusqu'au 
moment où le Brésil intervint dans la lutte que soutenait la ville ooutre 
le général Roses. La guerre terminée, Montevideo se substitue en partie 
pour l'article le plus important ( 1rs peaux brutes ) à Buenos-Ajres deot 
les etporUtions ont seuffbkment dimiaué en 1853 et 1851. Toutefois, eo 
1S55, elles préteoleut tm acereisiemeiii remarquable sur oeNiê et twÊÊét 



% 



ANIVAUX DOHESTIQUBS. M9 

rinfliience du contact de Teaa, la corne du pied de 
ranimai se ramollit et s'ulcère; sa marche, d'abord 
l^éaible, ne tarde pas à devenir impossible, et il périt 
aspiiyxié» ou parce qu'il ne trouve plus à vivre au 
milieu de pâturages submergés. Faut-il ajouter que 
le» jeunes animaux qui naissent au milieu de eireon- 
stances aussi critiques, sont voués d'avance à une mort 
eertaine? 

' A côté de ces causes aceidentelles, il en est d'autres 
permanentes, locales^ qui s'oppose^nt à un accroissement 
illimité du bétail. La rareté, et quelquefois le manque 
absolu de- sel est une de ces causes. 

Il s'en faut bien, en effet, quo toutes les plaines de 
eelte partie de l'Amérique soient également propres^ à 
l'élève des animaux domeeliques. Parmi les pâturages 
qui réunissent les conditions les plus favorables de. suc- 
cès, je citerai ceux de Neembucù, de €aazapa, de Yuty, 
des Missions du Paranà , et avant tous encore les lia- 
nos du Grand-Ghaco, ob ils engraissent avec une éton- 
nante rapidité. Or, sur tous ces points, existe une ar- 
gile limoneuse, salpètrée {Imitrero)^ dont les efflores- 
cences recueillies et traitées par évaporation, fournis- 
sent la majeure partie ' du sel employé dans l'écono- 
mie domestique. Les bestiaux la recherchent et la 
mangent avec une avidité qui étonne le voyageur té- 
moin de ce spectacle étrange. Lèt où elle manque, ils 
engraissent d'abord, mais bientôt les fonctions diges- 
tîvea se troublent, leur chair coutracle une saveur 
désagréable ; ils tombept dans le mnrasipe, et jie tar- 
dent pas à périr. C'est ce que l'oa observe trop sou*- 



SOO ZOOIiOGIK. 

vent dans la moitié orientale du Paraguay » dans les 
districts du uord et de Curuguaty; au milieu des 
champs si fertiles des Missions de l'Uruguay, et de Ifi 
province de Rio-Grande. Cette terre nitreuse aseei 
commune dans les vallées, devient, plus rare à me- 
sure que le sol s'élève et disparait dans les régions 
montagneuses (1). 

Mais depuis le parallèle de 27"" jusqu'aux steppes.de 
la Palagonie, le besoin du sel cesse d'être impérieux; 
probablement, parce que t'eau des ruisseaux et Fherbe 
des prairies contiennent en quantité suffisante les piin- 
cipes salins dont la privation entraine, le dépérissement 
et la mort des bêtes à cornes, des chevaux et des mou- 
tons. Pour obvier aux inconvénients graves du manque 
deharrero, les éleveurs sont obligés de donner aux 
troupeaux le sel qu'ils tirent à grands frais de l'As- 
somption ou du Brésil par la voie d'Itapua, malgré le 
haut prix des transports, et des communications ren- 
dues très-difBciles par Tabsence de ponts sur les ri- 
vières et le mauvais état des chemins. 

Il faut encore tenir compte dans l'étude de la ques- 
tion qui nous occupe, de l'inQuence du climat. Toutes 
choses égales d'ailleurs, le bétail réussit mieux dans les 
plaines découvertes, tempérées et même un peu froides, 
que dans les terrains brûlants ou trop boisés (2). Une 
température élevée agit et par elle-même, et parce 



(1) Vojex phis haut Orographie, Can/lguralwn et «ompoftttoii êâ 
sol, p. S9. 

(2) L*amiral Roassin a signalé la mauTaise qualité de la f iande forles 
c6tes iolertropicaleB da Brésil. 



ANIMAUX DOMESTIQUES. 301 

qu^elle favorise Péclosion de myriades d'insectes qui 
s'attachent aux animaux adultes, les tourmentent sans 
repos ni trêve, et déposent sur Tombilic des nouveau- 
nés des larves qui les font promptement périr. Aussi 
les valets de ferme (peones) ont-ils soin de les réunir 
dans une enceinte palissadée (rmfeo), pour les débarrasser 
de ces parasites, et panser la plaie qu'ils laissetit après 
eux. Cette précaution déjà moins impérieuse dans les 
Missions et à Gorrientes, est négligée sans ' inconvé- 
nients dans les pampas de Buenos-Ayres et h Monte- 
video. 

Le plus redoutable de tous les insectes est le Garra'- 
pato (1), qui dans ces dernières années, a fait de cruels 
ravages parmi les troupeaux du Paraguay. L'épidémie 
débuta en 1836, importée, dit-on, du Brésil par deux 
bœufs atteint&rdu garrapato. Il parait do moins certain 
que dès 1 834 elle sévissait avec une violence extrême 
dans la province de Rio-Grande, où Ton avait proposé 
une forte récompense à qui trouverait un moyen effi- 
cace de la combattre (2). Cette épidémie eut des consé- 
quences terribles. Elle causa une ruine générale, car la 
mortalité fut décuplée par les mesures extravagantes et 
impitoyables que le docteur Francia imagin» pour la 
combattre, et en arrêter les progrès. Qui le croirait? 
Le Dictateur désireux avant tout de préserver de la 
contagion les nombreux troupeaux de TËtat, ne trouva 
pas d'autre expédient ni de plus sur remède, que de 

(1) lxode$ de Latr., G. Ricinut : c*est le P^earuro de TAmazooie. 
(3) ARsiNB ISABBM.B, Voyoçû à Buenot-Àftei et à ParUhAlégre^ iji-8% 
p. 400. 






302 ZOOLOGIE. 

faire abattre le bétail des particuliers quelque oam- 
breux qu'il fût, lorsqu'il reofermait une s^le bète in- 
fectée de la maladie. Il se h$ta donc de mettre sur pied 
des partis de soldats pourvus de muoitions, qui bat- 
taient la campagne, rassemblaient les troupeaux eon*^ 
damnéSv et ouvraient ensuite le feu sur ces ennemis 
improvisés et fort pacifiques (1 ). 

En dépit de ces précautions pires que lemaU ieredou* 
table insecte étendit successivement ses ravagea* sur It 
territoire entier de la République paraguayenne, et sans 
jamais avoir complètement disparu, il sévit avec une 
nouvelle intensité dans le cours des années 184i et 
18i6. 

Le gouvernement et les habitants eux-mêmes, pour 
donner une haute idée de la puissance de production 
du pays, ne manquentjamais d'exagérer les désastreuses 
conséquences de ces épidémies. On m'a affirmé à plu- 
sieurs reprises, que depuis leur apparition et dans l'es- 
pace de dix ans, les Garrapatos avaient fait périr deux 
cent mille chevaux, et deux millions de bétes à cornes. 
Je n'hésite pas à regarder ces données > comme em- 
preintes d'exagération , quoique la bourgade (puêblo) 
de Caazapa, une des plus riches il est vrai, ait perdu à 
elle seule dans le même temps deux mille d^ pre- 
miers, et vingt mille des seconds. Quoi qu'il en soit, 
ces chiffres accusent une mçrtalité considérable. 



(1) A celte occtsioD, Fraocia disait encore dans nne inslmction confi- 
dentielle adressée au commandant de la Villeta : Pour arriver à préser' 
ver les etlancias de la Patrie que foi crééét par mon travail per$€mnel^ 
ce n'eit rien que de tuer trente ou quarante mille (êtes de bétail. 



ANIMAUX DOmCSTIQUES. 308 

Lorsqu'on y\mA k faire la part des obstacles que nous 
avons énumérés, et qui résultent tout à la fois des 
phénomènes climatolo^iques, de la nature des pâtu- 
rages souvent ngédiocres et quelquefois impropres à 
la nourriture des animaux, et des épizooties, on 
est oblige de reconnaître que le^ Jésuites avaient su 
en atténuer singulièrement Tinfluence, car le bétail 
s'était prodigieusement multiplié dans lès Réductions 

• 

Guaranies. On en acquit la preuve à -la chute de leur 
gouvernement. Les troupeaux innombrables qu'ils 
araient laissés dans leurs estancias, disparurent promp- 
teipenl, faute ;le soins, d'administration et de pré* 
voyance. Ainsi, le village de Santa-Rosa n'avait pas à 
l'époque de la révolution hispano-américaine, dix> 
mille tètes de bétail, et quarante ans auparavant il en 
possédait plus de quatre- vingt mille (1). Dès lors, la 

(1) SfNGGiii BT LoRGCBAHP, Eêêûi hUiOTigme fur la révolution du 
Paraguay ^ p. 245. A Tippai du téoMignafê peu' suspect de partialité 
dft Tojageurs suisses, je transcris le passage suiTaul d*uo mémoire 
adr/essé eo 1721 au duc d'Orléans, régenido royaume, sur le Paraguai 
jésuitique, L*anteuT qui demeura pendant plusieurs années tu senrioe 
des fèrrs de la Compagnie, ne leur rend Justice qu*à bon rscient. Le titre 
seul de lopuscnle en fait foi. 

« Dans les vastes pâturages et prairies naturelles qui sont vers la mer 
« du nord, entré la rivière de la Plala.ei.les Paulistes-Portugais, il y a 
« un nom))re infini de bêtes cbeyalines et k cornes. Cest là que les Jésuites 
« envoient cbercber les cbevaux k Vusàfe des Rédqctiooi, et les bestiaiu 
« nécessaires h la nourriture de leui's réduits. » 

|1V. 
Choêu annuelle aux béte$ chevalines et à eormSé 

« Tous les ans les Jésuites font faire en décembre, janvier et février, 
« une grande chasse générale où cbaque Réduction euTois une compagnie 



30& ZOOLOGIR. 

consommation se restreignit sensiblement, le j^y^SIl 



■I plus ou moins rorl« 
■I qac chacune coDtiaj 
« guairan. 

• tJusDd I* chasse t&l Taite 
a htlca h asHéduclioa; uU u 
> de Ireule hommes tmèae II 
• fisse loule cruyauce,dit-oi 



proportion du plus ou 
ceï chasses s'appelle 



du moins des penoancii 
it vagiaTf4 «n langage 



chaque homme esl oblige d'4iiipi 
■ manque point : eu suite qu'une compigaîl 
inte mille Mies, et ainsi des aalfes. 
, mais c'est un fail. 



pied. i 



■ Les choTaui et les mnleis sont aussi en très-(crinde quantité 
" ce» Heducliaiis. car chaque réduit a son cheval ; il ra r 

' Le paraguai jttmliqw, ou IieteriplUm lurrincte dei terrtt dont 
Jftuiln ripagnoU le «ni emparèi dan$ r.lmi'rigue mfrfdionale.i 
parlant ta Foi, etc... Le tout eitrail Qdèlement des mémoires do s 
Sravet, ingénieur à la Martinique, que ces p^res lireul généralissiati 
leurs troupes dans la guerre contre les XaraW en 1T18. AmsIAdam, 1' 



p. as.) 

Le bbleau snivant contient le dénombrement du bétail des i 
Hiit eu 1TA8, lu moment oA elles sortirent des naiusdr leurs fou 
et en ITTl, lorsqu'elles Turent ceuGées i l'aijuîniïtratiaa wapéti 
D. Juau Manuel de Lascanu. Les chiffres qu'il renferme 
de toute rffleuoii. 





bovine. 


chevaline 


HOLU. 


„„. 


-MB 

ori«. ^ 


787, 7Î2 
iM,m 


09,211 
57,373 


1!,705 
8,145 


7,469 
5,193 


ta,*66 1 




93,73» ; 




603,530 


41,83g 


4,160 


a.STT 









Eatin.il n'est pas sans iiilcrft de placci en regard de UproJuclioi 
mail- dans le» Mission», ï ces deui époques si rapprochées l'une de l'auM ' 
par ks dates, etcepeodant si cloigntes par leurs résultats, le chiffre d 
b<-tail élevé en France. 

D'après un <?tat dressi: par l'adminislratioD de l'AgricDltore du 
ces derniéns auutes, U population auiaiale s'eltte à 45,693.114 iHa 
réparties ainsi qu'il suit : 

Espèce bovine 9,939,828 

Espèce ovine 33,iai,4SU 

Espèce chevaline a.t<18,493 



ASIMAU-X DOMESTICUES. 305 

avait exporté des bœufs et des chevaux dans les pro- 
vinces voisines, se vit dans la nécessité d'en recevoir 
d'elles. La diniioulion avait marché si rapidement, 
que dans le manuscrit dont nous avons déjà parlé (1 ), 
le capitaine de frégate 1), Francisco Aguirre, donne 
comme total des bestiaux en 1 78S, le chiffre sans doute 
officiel de 590,000, et celui de 150,000 pour les che- 
vaux. 

A l'avènement du docteur Francia les choses chan- 
gent de face, et la production s'améliore. Il interdit 
toute exportation; il règle l'abatage des animaux des- 
tinés à la consommation des troupes, et administreavcc 
une économie sévère les fermes de l'État. Sous l'in- 
fluence salutaire de ces mesures rigoureusement 
maintenues, le Paraguay s'est peu à peu repeuplé. 
Il faut ajouter que la nourriture des habitants loin 
d'être exclusivement animale, et sans aucun acces- 
soire, comme chez leurs voisins, a pour base les pro- 
duits variés d'une culture beaucoup mieux entendue. 
L'ordre, la parcimonie qui président à l'exploitation 
des troupeaux, fout un contraste frappant avec ce qui 
se passe dans les contrées voisines, où ils pullulent en 
l'absence de tous soins, malgré des tueries sans frein 
ni mesure, et les mises en coupes réglées auxquelles se 
livrent, au milieu de guerres interminables, deux partis 
désireux de s'affan)er mutuellement, et de tarir la 
source unique de leurs subsides. Sur le champ de ba- 

{i) Dticripcion de la prot-inmi dd Paragaay, miDns. conMTVf a 
20 



M 



k^ 



306 ZOOLOGIE. 

taille, toute la science stratégique du chef, consiste, en 
effet, à s'emparer des bestiaux pour la nourriture de ses 
soldats; des cuirs, objet d'échange important que cha* 
que corps traîne avec soi, et des chevaux dont le nom- 
bre constitue presque seul la force des armées. Le fait 
suivant donnera une idée de cette consommation ef- 
froyable. On a calculé que l'invasion de la province 
de Corrientes, par le général Vrquiza, alors au service 
de Rosas (18i6), avait coûté en trois mois à ce oial- 
heureux pays déjà ruiné par de longues années de 
guerres intestines, plus de dix mille chevaux. Lorsque 
ses soldats ne trouvaient pas d'arbres pour attacher 
leurs montures, ils égorgeaient des bœufs aux membres 
et aux cornes desquels ils nouaient les longes (sogfos), 
en s'évitant ainsi la fatigue d'aller couper des pieux k 
quelques pas : en revanche, il n'y eut pas dans toute 
la campagne un seul homme de tué. En comparant, au 
point de vue de la production animale, Corrientes, 
l'Entre -Rios, Montevideo et le Paraguay, on reste 
frappé de l'infériorité de ce dernier pays. 

Ce que je dis du nombre, peut s'appliquer à la taille. 
En même temps qu'il est moins nombreux, le bétail y 
est aussi plus petit. On comprend de reste, que les 
mêmes causes qui s'opposent à la multiplication de 
Tespèce au delà de certaines limites, ne sauraient fa- 
voriser le développement de l'individu. 

Les animaux domestiques sont élevés dans des 
fermes appartenant à l'Ëtat, aux communautés in- 
diennes, ou aux particuliers. Elles sont régies et 
administrées par un contre-maitre (capotai) qui a 



ANIMAUX DOMESTIQUES. 307 

SOUS ses ordres, en nombre variable, des peones qui 
gardent le troupeau et le réunissent une fois par se- 
maine au rodeOf pour le marquer, affranchir les mâles, 
et séparer ce que Ton destine à la vente de ce 
qui doit servir à la consommation. Les mêmes hommes 
sont encore chargés de Tabatage, et de ia préparation 
des cuirs (1). 

En général, on évalue le pvadu^t du bétail au quart, 
et celui des chevaux àt sixième au huitième du total. 
Est-il nécessaire d'ajouter, que le croit varie avec la 
nature du sol, et ia qualité des pâturages? v^- 

Le prix moyen d'un bœuf, à TAssomption, est de 
20 réaux à 3 piastres (2). Il varie peu sur les autres 
points du pays, tandis que dans Tintérieur des provinces 
de Rio-Grande et de Corrientes, il dépasse rarement 
deux piastres (3). Au Paraguay, pour conserver la 
viande, on ne la découpe pas en tranches larges et 
minces comme au Brésil ; on prépare le charque ou ta- 
sajo (4) en faisant des filets un peu plus gros que le 
doigt, que Ton expose ensuite au soleil sur des cordes 

(1) Le nombre des fermes pabliqnes {de la fatria^ del EtUido), était 
en 1849, de 64, sans compter les postes. 

Une ferme (eslancia) nourrit an moins mille tètes de bétail. On donne 
le nom de postes {pueslot) aui établissements agricoles qui en {Mssèdent 
une quantité moindre. Cette distinction es^ tout k Ciit arbitraire. Les capa- 
iaces placés à leur tète, obéissent aux ordres d*un capatax-moffor^ chargé 
d*administrer Veslancia, dont les pkestos sont des subdivisions. 

(3) Ce pria t«iid à augmenter. Yoj, le tableau, p. 315. 

(3) 10 fr. 80 cent. 11 m'est arrivé de ne pas donner fUn Cni,fJhÉtt 

pour une génisse de 15 k 18 mois. • 

(4) Charque de xarquear; en portugais faire le tassdo^ aécber des 
tranches de bœuf au soleil. M. A. d'Orbigny admet comme étymologie 
de charque, le mot chctrqui qui dans la langue quicbua on des lacas, 
signiûe yiande sèche, et %crt au figuré à désigner une personne très-maigre. 



*. 



* 



.^ 



308 Z00L06IK. 

en cuir fixées à de longues perches. De temps en 
temps, on retourne ces espèces de chapelets, en enle- 
vant avec soin les larves que les mouched viennent j 
déposer. 

La vente des peaux brutes longtemps prohibée, est 
libre aujourd'hui, et n'est point monopolisée par le 
gouvernement comme celle du Maté, et des bois de 
construction. Nous traiterons ailleurs de leur exporta- 
tion, que Taccroissemenf limité des animaux dômes- 
tiqots maintient dans des conditions regrettables d'in- 
fériorité relative. Il faut ajouter qu'une grande partie 
des cuirs est consommée sur place, et employée dans 
Téconomie domestique. On en couvre les sièges, les 
charrettes, et même les maisons (ranchos) ; on en fait 
des lits, des cordes, et jusqu'à des portes et des fenê- 
tres. Le bétail suffit à tout. On s'assied sur les crânes; 
on fabrique avec les cornes des vases, des cuillers, des 
peignes et des bouteilles; la graisse remplace l'huile et 
le beurre ; les os servent de bois à brûler dans les lo- 
calités où il manqué ; enfin, avec le suif chaque famille 
fabrique le savon et la chandelle nécessaires à ses be- 
soins. 

La plupart des considérations qui précèdent peuvent 
s'appliquer à l'espèce chevaline, plus grande, plus vi- 
goureuse dans les provinces Argentines qu'au Paraguay, 
où elle réussit aussi moins bien. Les mêmes causes 
produisent des effets analogues; et le peu de déclivité 
des plaines, exposées tour à tour à des inondations et 
à des sécheresses prolongées, le manque de sel, res- 
treignent la multiplication des chevaux. Toutefois, de- 



ANniÀUX DOMESTIQUES. 809 

puis que Texportation n'en est plus permise, leur nom- 
bre a augmenté très-notablement ; tandis qu'il diminue 
chaque jour sur les rives de la Piata» où des guerres 
incessantes entraînent la destruction par milliers de ces 
précieux animaux. Il suit de là, que, contrairement 
à ce qui avait lieu au temps de la dlomination espa- 
gnole, les chevaux coûtent aujourd'hui moins cher au 
Paraguay, que dans les provinces de l'ancienne vice- 
royauté. Azara raconte (1) d'après une pièce conservée 
dans les archives de l'Assomption, que dans l'origine 
ils y étaient si rares, que Martinez de Irala acheta, en 
1551, un cheval noir moyennant quatre mille écus 
d'or (environ quarante-cinq mille francs), payables des 
premiers profits de la conquête, et pour lesquels il fut 
obligé de fournir caution. Il ajoute qu'à sa mort, en 
1556, Irala laissa vingt-quatre chevaux. 

Depuis cette époque , leur valeur a singulièrement 
diminué. A la fin du dernier siècle, on y vendait pour 
quatre piastres un cheval ordinaire, qui ne valait encore 
que la moitié de cette somme à Buenos «Ayres. Une 
jument coûtait deux réaux (un franc trente-cinq cen- 
times). 

J'ai payé, sur les bords du Paranà, un peu plus de 
vingt-cinq francs la pièce, plusieurs chevaux en très- 
bon état et qui firent un excellent service jusqu'à 
Rio-P^rdo, où j'eus toutes les peines du monde à les 
revendre pour le même prix , bien qu'ils valussent le 
double. 

(I) Baais sut VhUknre nalunlU det Quadrupèdes de la provinc 
du Paraguay, II, 310. 



310 zooLOGn. 

Dans rintérieur du pays leur Taletrr est un peu plus 
grande que sur les frontières. Un ctieval piaffeur, ou 
qui présente quelque chose de remarquable dans sa 
robe, dans ses formes, et surtout dans la Titesse, acquiert 
tout de suite utf prix beaucoup plus élevé, car les pau- 
vres habitants du Paraguay ont, eux aussi, la passion 
des courses. Tai pris plaisir plus d'une fois, le diman- 
che, à assister'dans la plaine d'ibira^, près de FAssomp- 
tion, à ces luttes qui me rappelaient dans 4es propor- 
tioBs bien réduites celles des capitales de l'Europe; 
car sur ce ft/r/* américain, les modestes paris des genth- 
men riiert dépassaient rarement quelques réaux. C'est 
aux Anglais qu'est due Timportation des courses dont 
le goût s'étendit promptement de Buenos-Ayres atix 
provinces les plus reculées (1). Là-bas comme id, il 
existe uire science, fructueux privilège de quelques 
hommes, pour préparer^ pour composer le cheval fccre- 
jero (2) en vue de ces épreuves. On diminue son em- 
bonpoint, on le tient en haleine, sans craindre même 
d'ajouter k ce régime quelques pratiques supersti- 
tieuses, afin de rendre Ventratnement plus parfait. 

L'origine des chevaux qui peuplent les savanes 
méridionales de rAmérique jusqu'au détroit de Ma- 
gellan, ne parait pas contestable. On s'accorde à les 
regarder comme les descendants des animaux trans- 
portés de TAndalousie et de Ténérifie sut la flotte 



(1) De 1714 h 1716. Eq ce temps-U, les Anglais aTâieot conele irec 
TEspagne un traité par lequel ils s'cagageaient à fournir de nègres ses 
colonies. 

C2) De pareja, carrière. 



AMIMAUX DOHESTIQUBS. SU 

de Pedro de Mendosa» et dont une partie fut aban- 
donDée par les premiers fondateurs de Bùenos-Ayres, 
lors de leur retraite sur le Para^^ay» à la suite de la 
prise de la ville par les Indiensu Lorsque Jean de Ga- 
ray entreprit quarante ans plus tard (1580), de Ye^ 
lever cette cité i il trouva près de ses ruines un grand 
nombre de chevaux sauvages auxquels ses compagnons 
firent la chasse et qu'ils essayèrent de dompter. On a 
peine à comprendre, en se reportant à cette époque 
de luttes continuelles, en tenant compte des périls 
d*une conquête aussi laborieuse, comment ces tenta* 
tives ont pu fournir matière à un long procès. Cest là 
cependant ce qui arriva. Les agents du fisc s'opposè- 
rent à cette chasse, en réclamant les chevaux au nom 
du Roi, au(fiêel ils devaient appartenir. Un jugement 
intervint en 1 696 qui repoussa les prétentions du fisc, 
et décida que les conquérants devenaient propriétaires 
des chevaux sauvagea dont ils parvenaient à s'em- 
parer. 

Les mulets qui rendent d'incessants services au 
Brésil, sont très-rares : on en élève peu; la nature do 
sol ne parait pas leur convenir. Ils proviennent tous 
d'un âne et d'une jument, et sont de très-petite taille. 
Les provinces de la Confédération Argentine font au 
contraire un commerce considérable de ces précieux 
animaux, au pied si solide, à l'instinct si sûr, et sans 
lesquels il serait impossible de voyager à travers les 
étroits et périlleux sentiers des Andes. La province de 
Saint-Paul tire la plus grande partie de ses mules de 
Corrientes et de TËntre-Rios, et en expédie . dans le 



312 ZOOLOGIE. 

centre et dans le nord de l'Empire, où le sol montueux 
et le déplorable état des chemins les rendent indispen- 
sables. On ne les emploie, au Paraguay, qu'au trans- 
port du maté, de Tintérieur des forêts jusqu'à son enn 
Wquement dans les pirogues. 

Je ne parle des ânes que pour mémoire. On le com- 
prend, dans une contrée où les chevaux sont aussi 
multipliés et à vil prix, on ne doit pas faire grand cas 
d*un animal qui par sa sobriété, sa patience et sa ro- 
busticité, rend cependant aux agriculteurs pauvres de 
nos campagnes des services moins onéreux que ceux 
du cheval. Je n'en ai rencontré que dans les ptiefriot 
du Paraguay. Les Indiens de Ytà, de YaguaroUy les 
montent, et s'en servent comme de bétes de somme 
pour conduire sur le marché de la capitale les po- 
teries grossières qu'ils fabriquent. 

La robe des ânes est uniformément d'un gris- 
clair, excepté sous le ventre où le blanc domine. Une 
raie brune, presque noire, court le long de l'épine 
dorsale jusqu'à la hauteur du garrot où une autre raie 
coupe celle-ci à angle droit, et se prolonge sur les 
épaules. 

Les Naturels n'en prennent aucun soin; ils les trai- 
tent au contraire avec beaucoup de dureté. Aussi la 
race en est-elle petite, chétive, sans valeur, et dé- 
gradée. 

On ne fait guère plus de cas des bêtes ovines: comme 
sur presque tous les points du Sud-Amérique, l'élève 
des moutons est tout à fait négligée. Leur chair n'est 
pas estimée; à peine s'applique-t-on à tirer quelque 



ANIMAUX DOMESTIQUES. S^S 

parti de la laine (1), que Ton fait entrer en petite 
quantité dans la fabrication des étoffes de coton. Ils se 
vendent difficilement au prix de i à 6 réaux la paire, 
et dans quelques localités beaucoup moins encore : on 
ne fait rien des peaux. 

Cette indifférence' à Tendroit de la multiplication de 
la race ovine, est fâcheuse et très-regrettable. Les con- 
ditions de production dans lesquelles se trouve le pays, 
la rareté et le haut prix du sel, ne lui permettent ni de 
boucaner la chair du bétail, ni d'en saler les cuirs; 
et les habitants pourraient jusqu'à un certain point 
trouver une compensation à cet état d'infériorité dans 
Téducation des moutons, assez simple par elle-même, 
très-productive, qui n'exige que peu de frais de main- 
d'œuvre, et de faibles capitaux. C'est ce que l'on a par- 
faitement compris sur les bords du Rio de la Plata, où 
le nombre des troupeaux de bêtes à laine s'accroît très- 
sensiblement depuis plusieurs années, tandis que l'in- 
dustrie des saladeroi (2) perd chaque jour de son 
importance, au milieu de commotions politiques 
sans cesse renaissantes. Ces coûteuses usines ne 
peuvent prospérer qu'à l'aide de mises de fonds consi- 



(1) Le mot carne (Tiaocle) sert exclosÎTement à désigner k chair du gros 
bétail. Oq n*einploie jamais celte expression en parlant de celle du yeau, 
du mouton, du gibier et des animaux de basse-oour, laquelle n'est pas 
considérée comme étant de la carne. Singulière contradiction cependant f 
le nom espagnol et portugais du mouton est camero^ avec une très- légère 
modification orthographique. 

(2) Charquedas an Brésil; établissements dans lesquels on abat par 
milliers les bestiaux, pour en saler la chair, en sécher les cuire, fondre 
les graisses, le suif, et préparer les os, les crins, les cornes et les issues. 
Voj. dans une note précédente (p. 307), Fétymologie du mot charqm» 



814 ZOOLOGIE. 

dérablefs, qu'avec la perspective d'une paix solide et 
d'un avenir assuré. Aussi ressentent-elles bien avant 
rindustrie ovine, le contre-coup de la stagnation des 
affaires, conséquence obligée de la guerre civile. La 
comparaison des exportations de Buenos-Ayres pen- 
dant tes années 1 8i3 et 1 819, suffit à mettre cette asser- 
tion hors de doute, en démontrant que l'augmentation 
pour cette dernière année, ne porte presque exclusive- 
ment quesiir les laines (1). 

(1) Les phu belles sont recueillies dans les proTînces de Bneoos-Ayres 
et d*Eolre-Rios. EUes se dîTiseoi en deax classes : Jf ertiiof et S^^onîci 
( de brebis saxonnes ) ; au-dessous d*elles Yiennent trois classes de laines 
dHes fN/fûscff, et nie demièrb de lames créinaires. Les dûHressoiTanls 
constatent la marche progressive de cette exportation pendant les Tingt* 
cinq dernières années, pour le port de Buenos-Ajres. 

EiporUtion en 1829 

Douxaines de cuirs. Arrobes de laine. 

2,036 46,466 

En 1835 

97,M3 129,487 

En 1840 

(Année du blocus par les forces narales de la France.) 
10,951 96,611 

En 1841 

La paix faite, ces chiffres s'élèvent à : 
211,694 959,067 

En 1843 

102,424 516,798 

En 1854 
29,873 646,696 

La lacune entre 1843 et 1854 s explique par les guerres intestines qui 
u'ont pas permis de recueillir des renseignements présentant un degré 
sufOsant de certitude. 



ANntAUl DOMESTIQUES. 816 

Les autres animaux domestiques mériteut à peine 
une mention. Au Paraguay, on élève dts porcs; ibais 
en quantité bien moindre qu'au Brésil où leur chair 
associée à la farine de manioc et auxharîcots (feijios)^ 
constitue la nourriture exclusive de Timménse majo- 
rité des habitants. 

II y a encore un nombre assez considérable de poules 
et de canardfik Ces derniers, de grande taille, provien- 
nent de l'espèce sauvage nommée pato mil» Us aadt 
peu estimés, et leur prix, même 4)ur le marché de 
TÂssomption, varie d*un dmi^real à un real la 
pièce (1). 



(1) Je dois faire obserrer que le prit des denrées indigènes a beaucoup 
augmenté depuis quelques années à TAssomption. On en jugera par le 
tableau comparatif suivant que j*cztrai8 des Annalei du commitce ewlé- 
fùuT ( septembre 1858 ) : 



DBlflÉU. 


imrris. 


1853. 

fr. c. 

p » 

01 
21 » 
13 » 
62 
15 
11 
30 
65 


PBIX. 

1856. 


1857. 


1* 

lis 

N'a. i 

o 8 


Pain 


Lekil. 

» 

L*hectol. 
100 kil. 
La pièce. 
La doui. 
LekiL 
Le litre. 
Lekil. 


fr. c. 

1 30 

62 
22 » 
55 » 

95 

» » 
87 

62 

1 30 


fr. c. 
1 30 

97 
71 » 

110 » 

1 90 
1 90 
1 39 

1 65 

2 60 


fr. c. 

» 

96 
50 » 
97 • 

1 28 
1 75 
1 28 
1 35 
1 9 


Viande de bceuf 

Maïs 


Farine de manioc . . . 
Poules. • 


CEufs 


Mélasse 


Rhum • 


Sucre brut 





On trouvera plus loin ( Partie économique ), sur la préparation et le 
commerce des cuirs, des détails qui rapprochés des préôédents, corn- 



316 ZOOLOGII. — AKIHAUX DOMISTIQUES. 

pléterool ce çoi a Irait aai aoioBaai donealiqiiea. Alors , nocia pcrlen»! 
aosai de TiotrodaetioD des TÎaodes salées qoe rAmériqae importe depuis 
qoelqae temps eo France. Ce mode iMNiTeaii d^alimeotation peut aeqiiérir 
âne importance réelle» dans nn temps oà le prit de tons les objets de 
consommation derient eiceasif . 

La France a droit à une large part dans des efforts qne Tétat politiîqQe 
do pays a rendus presqne toujours infructueoi* Nous ne pouTons qne 
dtier en passant — et nous le regrettons » les essais si remarquables 
tentés par M. Benjamin Poucel, fondateur des bergeries de Mériiios4lis 
du Picbinango, dans Tftat Oriental ; et les sacrifices si résolument pe«r- 
soifis pendant ringt années par M. Bonpland dans àa ferme de Santa- 
Ana sur les bords de TUruguay. Si nue plus longue digression nous était 
■émise* le lecteur trourerait dans le récit des arentnres et des dangers 
eowus par M. Poucel, au milieu des Ganehoi du général Oribe, tout 
l'intérêt du roman le plus dramatique. Le rénérable compagnon de M. 4e 
Hnmboldt en a été quitte pour des pertes d'argent, pour des ados et des 
ffitigues inutiles ; mais que d'espérances déçues à la reille de se réaliser, 
et que de désastres I 



CHAPITRE XXV. 



BTH0L06IB ET POPULATIOI. — COISIBtlATIOlS fitltlAUS. — BACE LATIIE 
OV COIQVtlAITB.^lACa fiUAlAlIB OU AUTOCITIOIB. 



Au Paraguay comme dans la plupart des colonies 
eoropéo-américaines, une observation superficielle suffit 
pour constater au sein de la population, la présence 
d'éléments hétérogènes; pour y faire reconnaître Texis- 
tence simultanée de trois races séparées par des diffé- 
rences profondes dans leurs caractères physiologiques, 
leur origine, leurs aptitudes et leurs instincts. La race 
guaranie, chez laquelle le naturaliste remarque plus 
d'un trait d'organisation mongolique, autochthone et 
maîtresse du sol au moment de la découverte, constitue 
le plus important de ces éléments ; viennent ensuite 
la race latine ou conquérante sortie de l'Espagne, et 



318 BTBIIOLOGIK IT POPULITHMI. 

la râce nègre, iin|K)rtée par celle-ci des rivages de 
TÂfrique. Il est assurément plus aisé de se figurer que 
de décrire les mélanges à tous les degrés, les croise- 
ments nombreux et presque infinis qui ont dû naître 
du contact de ces trois variétés de Tespèce humaine, 
vivant ainsi pèle-mèle depuis plusieurs siècles. Je ne 
m'y arrêterai pas : je craindrais de répéter des dé- 
finitions trop connues (1). 

La race latine se personnifie dans cette poignée 
d'aventuriers intrépides, sortis de la Péninsule ibérique 
à la suite de Sébastien Cabot, d'ÂyoIas, et d'Âlvar 
Nufiez Cabeça de vaca. 

Lorsque ces décauvreun audacieux remontèrent le 
Paranà et le Rio-Paraguay, en quête du Roi d'argent 
( Rey plateano ) , ils trouvèrent les rives des deux 
fleuves au pouvoir d'un peuple puissant, partagé en 
de nombreuses tribus que beaucoup d'écrivains ont à 
tort considérées comme autant de nations distinctes, 
et qui s'étendait prévue sans interruption du 34^ au 
16* degré <le latitude sud, en couvrant tes provinces 
de Corrientes, du Paraguay, et la partie méridionale 
du Brésil. C'était la nation guaranie, dont le nom 
tient une large place dans Thistoire des peuples abori- 
gènes de ce demi-continent (2). Mais sur cette vaste 

(i) Personne n*ignore la sigoiûution des moU muldtrê, méiis^ fiior- 
teron^ sallo-atras, etc. Oo appelle zambo riodiTidu oé de ralliante des 
sangs nègre et indien. 

(2) Nous ne donnons pas le parallèle de 16 degrés comme roitréme !>• 
mite nord de cette nation, car on retrouve des traces de ses migrations 
dan9^ notre hémisphère, sur les rives de l'Orénoque, et dans les plaines de 
Cunianà. 11 y a plus : des hordes paraissent s'être détachées à diOëreates 



RACE LATINE. 319 

étendue, les Guaranis ne formaient pas un corps ko- 
mogène, soumis à l'autorité d'un chef commun, obéis* 
sant à une même direction ; et ce firactionnement en 
tribus souvent hostiles, le défaut d'union ou la rivaUté 
des chefs, en affaiblissant leur résistance, rendirent 
leur défaite plus facile à des hommes.qu'aucun obstacle 
n'arrêtait dans des luttes continuelles avec la nature 
terrible du désert. On le sait, la force ne fut pas d'ail* 
leurs leur unique point d'appui, et de noaibreoses 
unions avec les femme» indigènes, unions dont llar- 
linez de Irala fut l'ardent promoteur, constituent peut- 
être le plus puissant levier de la conquête d« cette belle 
province. 

Tandis qu'à Buenos*Aytes la race latine, dédaignant 
de s'allier aux Indiens peu npmbveux ou hostiles des 
Pampas, se conservait sans mélange et pour ainsi dire 
dans toute sa pureté, ou ce renouvelait seulemeot.à 
Taide des recrues fournies par l'Espagne, au Paraguay 
elle était contrainte par les circonstances à moins de 
hauteur et de fierté. Ce fut, en effet, une oécessité à la 
fois politique et physiologique pour les hardis soldats 
des expéditions centrales de l'Amérique du Sud, de 
s'allier à la race qu'ils allaient soumettre. D'un côté, 
leur nombre ne fut jamais en rapport avec celui de 
leurs ennemis; de l'autre, le chiffre des femmes qui 
émigrèrent dans l'intérieur, demeura à toutes les épo- 

époques da corps prîocipal, pour se diriger rers Toaest et se Gier au 
pied des Âodes boliYienoes. Il faudrait donc prendre pour limitesextrèmes 
eo loDgitade le littoral de TAtlaotique, d*\ioe part, et de Tautre, les fron- 
tières de Tempire des locas. 



390 ETHNOLOGIE ET POPULATION. 

ques dans d'insuffisantes proportions. En choisissant 
des épouses parmi les Indiennes, en déclarant Espa- 
gnols les métis qui naquirent de ces alliances, les con- 
quérants firent faire à la colonisation de rapides pr(H 
grès, Car ils créèrent dans leurs établissements, pour 
les défendre, un peuple nouveau, orgueilleux de ses 
ancêtres, jaloux de conserver la gloire et d'étendre 
encore les immenses domaines dont il héritait; 

Tel est le point de départ de la population du Para- 
guay, qui conserve profondément gravée Tempreinte 
de son origine maternelle. Il eonvient d'ajouter que les 
races amérioaines, en général, se prêtent admirable- 
ment è ces mélanges intimes avec le sang européen. 
Ainsi , tandis que certains caractères physiques du 
Nègre, par exemple Tétat crépu des cheveux, la gros- 
seur et la saillie des lèvres, persistent souvent au delà 
delà cinquième génération, ceux dejlndien, très-affai- 
blis dès la première, disparaissent presque entièrement 
àia troisième. Aussi, toutes les fois que des circon- 
stances analogues à celles dont je viens de parler se 
sont présentées, le même fait remarquable d'assimila- 
tion s'est-il produit. Et ce résultat si intéressant pour 
Fethnologie, on peut le constater géogrdphiquement : 
en effet, à mesure que l'on s'éloigne du littoral, l'élé- 
ment européen diminue, et l'élément indien augmente, 
pour finir par dominer. C'est ainsi que minorité sur 
les côtes du Pérou et du Chili, il devient majorité à 
Cochabamba, à La Paz et à ChuquisaCa ; mais nulle 
part, jecrgis^ cette prédominance n'est plus saillante 
et mieux caractérisée que dans les plaines du Paraguay, 



RACS GUARAHIE. 3S1 

OÙ la race des vaincus a pour ainsi dire absorbé celle 
des vainqueurs, auxquels elle a imposé son langage et 
ses habitude!^. C'est d'ailleurs, comme on l'a fait judi^ 
cieusement observer (1), c'est le propre des colonies 
d'origine latine d'offrir de nombreux mélanges des 
nations conquérantes avec les nations conquises ; tandis 
que la race du Nord, le sang anglo-saxon s'est conservé 
pur dans le Nouveau-Monde comme dans l'Inde, sans 
se croiser jamais avec celui qu'il était appelé à domi- 
ner. Cette remarque n'a pas besoin de commentaires ; 
et toutes les explications que pourrait fournir de cette 
opposition l'étude des influences climatériques ou 
l'examen des institutions civiles et politiques, dispa- 
raissent devant une cause qu'il faudrait appeler la loi 
du sang, car, partout supérieure aux lois sociales et à 
l'action des agents extérieurs, elle suifit à déterminer le 
caractère primordial des races. 

En considérant soua ce double rapport l'ensemble 
du Nouveau-Continent, on pourrait dire que la race con- 
quérante domine dans le Nord- Amérique ; que la race 
importée s'élève au Brésil à une supériorité numérique 
incontestable, tandis qu'au Paraguay la race autoch- 
thone a imprimé tous ses caractères au peuple issu de 
son alliance avec les Européens. 

Les unions hispano - guaraniennes ont eu pour pre^ 
mier résultat de remettre aux mains des femmes indi- 
gènes, l'éducation d'enfants qui prirent plus tard le 
titre un peu superbe de fils du pays {hijos del pais) . 

(1) BnuAMiN VovcËL, Des Èmigraiionê européennei dam l'Amérique 
dm Sud, Paris, 18M), br. io-S*. p. tS. 

21 



328 ETHNOLOGIK ET POPULATIOlf. 

Ils parlèrent, et ils devaient parler d'abord Tidioaie 
maternel. Plus tard, les relations » Tamour-propre» un 
reste- de fierté castillane, ou des nécessités de position 
sociale, imposèrent au plus grand nombre l'obligation 
d'apprendre la langue de leur père. Mais ceux-tti 
mème3 conservaient, par suite des rapports de l'en-* 
fance, les instincts et les goûts de la race qu'ils de- 
vaient achever de soumettre. 

Est-il besoin de le dire? il faut se garder de donner 
à ces considérations, à ce jugement, une trop grande 
portée, une valeur trop absolue. Ce qui est vrai d'nn 
pays envisagé dans son ensemble, ne saurait l'être au 
même degré pour tous les points de son territoire con- 
sidérés isolément. 11 y a, suivant les localités, desnnan* 
ces dont il convient de tenir compte. Ainsi, la propo- 
sition que je viens d'émettre , incontestable pour le» 
bourgades de l'intérieur du Paraguay,- l'est encore 
mais d'une manière beaucoup moins frappante, pour la 
population de sa capitale, où le sang espagnol en se re* 
nouvelant sans cesse, quoique dans de faibles propor- 
tions, a maintenu un plus juste équilibre entre les deux 
peuples. Nous verrons plus tard des influences d'an 
autre ordre s'ajouter à cette première cause d'assimî- 
lation, puissante et facilement saisissable dans ses 
moyens d'action ; comprimer certaines qualités énergi- 
;ques, et donner l'essor à celles que l'on pourrait appe- 
ler passives, telles que la résignation, la douceur, etc. 
Ces influences accidentelles, passagères, soni du do- 
maine de la politique. Elles découlaient de la nature 
des institutions assurément fort imparfaites octroyées 



EACS GUARANIS. 313 

par TEspagne à ses colonies; elles ont été» elles sont 
encore la conséquence du système despotique qui les a 
remplacées. Mais jamais elles nont eu l'efficacité de 
cette cause profondément modificatrice à laquelle nous 
donnions tout à Theure le nom de loi du sang. 

Nous n'avons pas à nous occuper ici des caractères 
primordiaux de la race à laquelle appartenaient les con- 
quérants. Nous étudierons bientôt au point dé vue phy- 
siologique et moral, les modifications profondes que 
des conditions nouvelles d'existence et d'acclimate- 
ment, que des alliances nombreuses s^vec les habitants 
primitifs du pays, ont imprimées à ses descendants. 
Nous signalerons seulement cette conséquence de l'as- 
similation complète des deux peuples, à savoir que les 
Paraguayos possèdent tous les dehors avantageux de la 
belle race à laquelle appartenaient leurs pères, unis 
aux caractères moraux des Indiens dont ils descen- 
dent du côté maternel. 

Échelonnés prés des bords du Paranà sous les noms 
de Mbéguas ou Mbguas, de Caracaras, de Timbuez ou 
Timbùs, et de Guyanas, les Guaranis s'appelaient au 
Paraguay Carios ou Carions. Ils sont désignés dans 
plusieurs manuscrits jésuitiques sous le nom de Ca- 
raïbes. Enfin, au Brésil, les Carijos et les Patos de la 
province de Sainte-Catherine, les Arachanes de Rio- 
Grande, les Coroados, les Tupisou Tapés, et les Tu- 
pinambas que Lery appelle Toupinambaoults , étaient 
considérés comnie des tribus de ce grand peuple, q|ui 
sous ces différents noms a joué un rôle important 
dans l'histoire de rÂmérique du Sud. 



3Si ETHNOLOGIK ET POPULATION. 

A ces désignations d*une application d'ailleurs diffi-» 
cile et confuse, il faut ajouter celles que portent les 
hordes encore insoumises de cette nation. Ainsi, les 
Bugres des provinces méridionales du Brésil, les Caay- 
guàs ou Cayuàs, les * Carimas , les Tarumas ^t les 
Guayaquiles du Paraguay, et peut-être même les Pa- 
recis et les Guatôs de Mato-Grosso, sont des Guaranis. 

Bornés du c6té du sud par les Charmas et les Que- 
rendis (1), voisins sur les deux rives du Paranà, des 
Mbocobis et des Tobas, ils entouraient au Brésil les Ai- 
morés (S], et d'autres nations d'aspect et de langage 
très-différents, sortes de caravanes transmigrées et 
réfugiées au milieu d'eux, «t dont les ouvrages du 
prince de Neuwied, de MM. Spix, Martius, et Debret, 
ont fait connaître les caractères physiologiques et les 
coutumes. Mais tout en prenant pour limites extrêmes 
de TiQimense région où ils paraissent être autochthones, 
d'une part, les 6* et 34* degrés de latitude méridionale, 
de la province de Pernambuco au Bio de la Plata ; et 
de l'autre, les bords de Tocéan Atlantique vers l'orient, 
et le cours du Bio-Paraguay à l'ouest; on laisse en 
dehors des contrées fort éloignées les unes des autres, 
qui ont été envahies par des tribus détachées de cette 
nation, la plus nombreuse du demi-continent Sud-amé- 
ricain. 



(1) Nom guarani des Puelches. Les Charmas ont été détraiU par ordre 
do géoéral Orieotal Rhrera. OoeJqoes iodiTîdqs de ceUe oatioo faronclw 
échappés au massacre, ont été amenés en France en 1831. 

(2) Appelés Boloeudoi par les Portagais, à cause d*iioe rondelle de 
bois {boicque) qu*ils portent enchâssée dians la lèrre inférieure. 



HACE GUARANIS. 32S 

Le guarani, un des dialectes du Tupi onlifigoageraU 
était répandu sur toute la surface du Brésil. Chaque jour 
il disparait, mais c'est encore par lui que les voyageurs 
découvrent et suivent pas à pas les traces des migra- 
tions conquérantes de ce peuple. Modifié» plus ou 
fltoins altéré, mais enrichi, sous certains rapports, 
par le contact des Européens, le guarani se parle 
chez les Mundurucùs et d'autres nations indigènes 
du Para, sur une partie du cours de TÂmazone et de 
ses affluents principaux. Plusieurs branches des rios 
YapuraetMadeira portent des noms tirés de cette lan- 
gue (1). Les judicieuses observations de M. de Huni- 
boldt (2) ont démontré la présence des Guaranis à une 
époque reculée, plus au nord, dans notre hémisphère, 
sur les bords de TOrénoque et dans les plaines de Cu- 
manà. Enfin, à Taide de patientes recherches, Âlcide 
d'Orbigny a rassemblé une foule de faits qui l'ont con- 
duit à voir dans les Galibis, Caribes ou Caraïbes des 
Antilles, des hordes de Guaranis qui s'avançant tou- 
jours du sud au nord, auraient chassé de ces ileslarace 
autochthone qui les habitait. Mais ici les preuves un 
peu incertaines de cette filiation disparaissent devant la 
'diversité du langage, qui nous avertit de distinguer en 



(1) p. Manuil Rodrigobz, El Maraiion y Amaxontu, Madrid, 16S4, 
ÎD-fol. Dans cet ouvrage le P. Rodriguez a copié en partie la relation cn- 
riease et très-rare publiée par Cbristoral d^Acuna sous ce titre : Nuevo 
ducubrimienlo del gran rio de las Amaxonas, etc. Madrid, 1641, ia-l*. 
Le nom du P. d^Acuna, missionnaire de I*ordre des Jésuites, compagnon 
de Pedro Teieira qu'il accompagna dans son second Tojage, se lie aux 
.premières eiploratioos du plus grand fleure du monde. 

(2) Voyage aux régions équinaxiaîa, édition française, t. Vll« p. 251, 
et t. VUI, p. 315. 



326 ITHIfOLOGIK ET FOPULàTIOll. 

eux deux peuples issus de souches hétérogènes (1). 

A uneipoque plus récente, dont Thistoire a coQsenré 
kdate, en 4541, un corps de i,0(K) Guaranis poursui- 
vis par les Portugais brûlant de venger le meurtre 
d*Alexo Garcia, traversa les plaines du Cbaco^ de Test 
à Touest, pour aller se fixer au pied des derniers ecMi- 
tre-forts des Andes boliviennes, entre les rîos Pilcomayo 
et Piray (2) : ce sont les Chiriguanos. • 

Une autre tribu de Guaranis, habite sous le nom 
de Guarayos (3) les bois immenses de la Bolivie, sur 
les confins des provinces de Moxôs et de ChiquitM, où 
d'Orbigny, le premier, les a observés. 

Enfin, on peut encore rattacher à la même souche, 
en la • considérant comme son rameau le plus oeci- 
déniai, la horde des Sirionos, qui vit au sein des 
forêts, entre Santa-Cruz de la Sierra et la province de 
Moxos. 

De ces considérations, il résulte que les Guaranis se 
sont étendus du 34* degré de latitude sud au 8^ paral- 
lèle nord , c'est-à-dire de la Plata au delta de TOré- 
noque; et du 35^ au 67^ degré de longitude occiden- 
tale, c'est-à-dire depuis les côtes du Brésil jusqu'à 
la Cordillère des Andes. Sur cette immense surface, 
loin de former une nationalité homogène, compacte, 

(1) VHomme américain, Paris, 1839, io-8% U, 268-376 ;• d'Atkac, 
Bulletin de ki Société de géographie, 1857, XIT, 135. Les bislorieot 
de la conquête coosidèreot les Caribes comme des GqaraDÎs^ Voj. YAr^ 
gentina de Barco Centenera, p. 7, Coleccion de obrat y docuwunUu^ 

t.n. 

(2) Ptro-y, rïTîère des poissons. 
{V De guara, tribu, et yù jaune 



AACI GUARANIB. 3ST 

soumise à un chef unique, les Guaranis vivaient frac* 
tionnés en tribus nomades, indépendantes les unes des 
autres, souvent hostiles, et prenant tantôt le nom de 
leur cacique , tantôt celui de la contrée qu'elles habi* 
taient. De là, comme le fait observer Âzara, l'ori- 
gine de cette multitude de nations dont les noms renf- 
plissent les écrits et couvrent les caries des vieux 
voyageurs, et qui n'étaient que des tribus d*ua même 
peuple (1), 

L'union fait la force ; ce fractionnement devait dbnc 
avoir, et eut pour conséquence de rendre leur défaite 
plus facile. Sans ètne la natfon guerrière par excel- 
lence, en dépit de l'élymologie de leur nom (2), les Gua* 
ranis n'ont point accepté sans combattre la domination . 
espagnole. A cet égard, le jugement porté par Âzara, 
sévère jusqu'à l'injustice, me parait en désaccord avec 
celui des vieux historiens. Il fallut aux conquérantrde 
longues années de luttes pour les soumettre. Enfin,, sub- 
juguées, vaincues successivement, toutes ces peuplades 
furent données aux conquérants. Delà l'origine des com- 
manderies, distinguées en commanderies deYanacona$ 



(l)lf . de Varohafeo ra plus loin, trop loin, peut-élre, eo rejetant diaprés 
4es étymologies plus ou moins conjectorales, une foule de nationalités 
américaines, dont il considère les noms comme des sobriquets emportant 
nue idée de bratoure, de haine, ou relatifs aoi habitudes. Ainsi dans la 
grande famille Tupi, il trouve des Guaranis (guerriers), des liuaiài (navi- 
gateurs), des Tibiràs (infâmes;,des 3/6aracayà< (chais saurages), etc... 
Voj.. Hitioria do Brazily 1. 1, p. 104 et suiv. 

(2) Guarani, altération probable du mot guariniy guerre, guerrier. 
P. de Angelis fait dériver guarani de gua, peinture, ra, tacheté, et ni^ 
signe du pluriel ; littéralement : les lâchetés de peintures {Coleccion de 
obràs y documentos^ 1. 1. ) 



328 ETHMOLOCIB ET POPULATION. 

et de Mitayoif dont la possession devint un puissant sti^ 
mulant à de nouvelles découvertes. Ces institutions, 
d'abord peu importantes, remises plus tard aux mains 
des Jésuites, contenaient le germe des établissements 
célèbres qui soub le nom de Miêiùms prirent en peu 
d^années une importance de premier ordre. Nous ferons 
l'histoire des luttes que soutinrent ces indigènes contre 
les armes espagnoles, et les autres nations américaines : 
alors, on verra leurs qualités guerrières ne pas sV 
mollir dans l'état de demi-civilisation auquel ils étaient 
parvenus, et les représentants de l'autorité royale les 
appeler à leur aide tantôt contre les Portugais comme à 
l'attaque de la Colonia (1), tantôt contre les Indiens 
insoumis du Cbaco et du nord du Paraguay, ennemis 
implacables.de ceux qui devaient reconnaître ces ser- 
vice;, par un servage où les droits imprescriptibles de 
l'humanité ne furent pas toujours scrupuleusement 
respectés. 

Quelques hordes de Guaranis, échappèrent au joug, 
en se réfugiant vers le N. E., dans les profondeurs 
boisées d'où elles ne sortent aujourd'hui encore 
qu'à de rares intervalles. C'est là tout ce qui reste, à 
l'état de sauvage indépendance, du peuple dont le 
nom tient une si large place dans l'histoire du Sud- 
Amérique. Et combien ces tribus ont dégénéré l 
Errantes et misérables, elles ne luttent plus comme 
autrefois contre la civilisation, elles la fuient; loin 



(1) J*ai parlé de la braioore des Guaranis dans celte circoDttaoce. 
Chap. III, p. 28. 



RACB GUARAHIE. 3S9 

d'attaquer ceux qui s'en disent les apôtres, elles se 
cachent. Leurs ancêtres combattaient les Payaguàs et 
Tes nations belliqueuses du grand Ghaco; et de nos 
jours, les M'bayàs inspirent une terreur panique aux 
Guaranis du Paraguay qui pour se soustraire à leurs 
poursuites, n'élèvent ni chiens ni poules, dans la crainte 
que les cris de ces animaux ne les trahissent en déce- 
lant leurs retraites. 

Les Guaranis encore insoumis vivent de nos jours 
confinés dans les forêts impénétrables qui couvrent la 
région nord-orientale du Paraguay. Bornés à l'E. par 
le Paranà qu'ils ne paraissent pas dépasser, au S. et à 
rO. par la population créole et les Indiens des Missions 
de Jésus et de Trinidad, leurs limites vers le N. sont 
tout à fait incertaines. De ce côté, ils sont voisins des 
M'bayas et des peuplades errantes et- peu connues des 
provinces centrales du Brésil. Sur cette vaste étendue 
ils habitent de préférence les sources du rio Igatimi, 
les bords des affluents du -Paranà, et la chaîne de 
montagnes peu élevées que nous avons décrite sous 
le nom de cordillère de S. José ou de Mbaracayù. 
Désignés le plus ordinairement sous le nom collectif 
de Monteses (habitants des bois), les Guaranis reçoivent 
encore différentes appellations tirées des localités où 
ils sont fixés. Ainsi, les Paraguayos nomment Caay- 
guàs les Indiens voisins du Cerro-pyta (1); Carimas 
ceux qui vivent au nord de Curuguaty dans la sierra de 



(1) OotrouTe dans quelques relattoos Ca y uàs el Caayavas. Voy. p. 82, 
QDf note eiplicative fies mois cerro pyla. 



330 BTHNOLOGiB ET POPULATION. 

liaracayù; et Tarumas les Guaranis qui errent dams le 
district de ce nom, à Test d'Yhu et de S. Estanisladp. 
On appelle plus particulièrement Guayanas (1), h 
tribu fixée sur les bords du Paranà, au nord et près de 
la Mission de Corpus. Enfin, sous le nom de Guaya* 
quiles, des créoles m'ont dépeint une nation entrée 
mement faroucbe, ne sortant jamais de ses forêts 
inaccessibles, et j'ai cru reconnaître à travers des 
descriptions dan& lesquelles l'imagination entrait pour 
la plus grande part, les caractères physiologiques des 
G^ranis. 

A de longs intervalles, ces peuplades quittent leur^ 
retraites pour venir échanger de la cire, de la gomme et 
quelques pelleteries, contre de menus objets en fer, des 
couteaux, des haches et de la verroterie. Sous la domi- 
nation espagnole, ces rappprts avec les créoles de Villa- 
Rica, de S. Joaquin et des villages du nord, étaient 
plus fréquents. 

Au Brésil , sous le nom de Bugres , les hordes 
des Guaranis paraissent confiuées dans la partie mé- 
ridionale de la province de Saint-Paul ; au milieu des 
forêts vierges qui couvrent la partie de la Serra Gérai 
comprise dans la province do Sainte -Catlferine, à quel- 
ques lieues des côtes. Sur ces différents points, les Bu- 
gres. commettent des déprédations que les autorités 



(1) Le nom de Guyane, rient des Guayanoê de TOrénoque. Mais les 
écrivains ne sont plus d'accord sur Tétymologie du nom de ces Indiens 
que les uns font dériver de guaya^ population, et na estimée ; les autres 
de guay, homme et dnâ sauvage. On est tente de pardonner h Voltaire 
qui se moque quelque part des prétentions des élymologistes. 



RACE GUARANIE. 381 

brésiliesDes châtient sévèrement. Ils surprennent les 
voyageurs; pillent, incendient les maisons isolées, 
et massacrent impitoyablement leurs habitants. À pli^ 
sieurs reprises, la colonie allemande de Sâo Leopoldo 
(province de Rio-Grande du Sud) a souffert de leurs at- 
taques, et des expéditions ont dû être dirigées contre ces 
barbares que les voyageurs accusent d'avoir conservé 
Thorrible coutume de l'anthropophagie. Les présidents 
de Sainte-Catherine et de Rio-Grande demandent dans 
leurs rapports annuels aux assemblées provinciales, des 
subsides destinés à faire face aux dépenses de ces expé- 
ditions, et ont établi des postes militaires chargés^ de 
protéger les colons. De louables efforts ont été tentés 
dans le but de réunir ces Indiens dans des villages (a(- 
déas)^ de les catéchiser, mais ces tentatives n'onteu qu'un 
succès insignifiant ou peu durable. Si comme une remar- 
quable analogie de caractères physiologiques porte à le 
supposer, les Bugres {CaSoclos) sont un rameau de la 
race Tupi ou Guaranie (1), il faut admettre que des cir- 
constances qu'il est impossible d'apprécier, ont mo- 
difié leurs mœurs et leurs instincts. 

Partout ailleurs ris ont disparu. Plusieurs causes ont 
amené ce résultat. S'il est vrai de dire que Martim 

(!) Pour M. de Varnbageo, Bugre est synonyme da moi esclave; et 
Càboclo Yent dire pelé^ par allnsion à Thabitude des Indiens de s*épi]er 
{Hitloria gérai do Braxil, 1. 1, p. 101). J*ai ru h Besterro, capitale de la 
province de Sainte-Catherine, un jeune Bugre fait prisonnier dans une 
razzia. U offrait éTidemment les traits caractéristiques d*nn Guarani. Mais 
moo observation ne pouvait être que très-superficielle , car k ce moment je 
me dirigeais vers le Paraguay, et mon ignorance de la langue guaranie 
m'enlevait le meilleur moyeu de contrôler la communauté d'origine dr 
ces deux nations. 



S3S ETHNOLOGIE ET POPULATION. 

Afibnso de Sousa, premier donataire de la capitainie de 
San-Vicente, fit des règlements pour prohiber les entra- 
dos ou expéditions h Tintérieur, ses lieutenants après 
son départ pour le Portugal, ne tardent pas à les en- 
freindre, et à faire aux indigènes une guerre inique et 
cruelle qui devait durer deux siècles. Les Portugais 
tendirent d*abord comme esclaves ou envoyèrent aux. 
mines, les Guaranis qui peuplaient la province de Saint- 
Paul à Tépoque de sa découverte, et gardèrent les fem- 
mes. De l'union de ces deux races opposées, sortit 
une race nouvelle dont on serait tenté de regar- 
der les entreprises audacieuses comme de fabuleuses 
légendes. Sous le nom de Mamalucos^ les Paulistes don- 
nèrent bientôt à cette chasse aux Indiens les plus gran- 
des proportions. La soif de Tor, le désir de se procurer 
des bras pour Texploitation des mines qu'ils avaient dé- 
couvertes, le désir plus ardent encore d'en découvrir 
de nouvelles, les poussaient irrésistiblement, au prix 
d'incroyables fatigues, vers les régions centrales du 
demi-continent. Alors, en traversant des forêts im- 
menses et impénétrables , en suivant des rivières dé- 
bordées ou coupées de récifs, ils pénétrèrent dans les 
Missions de la province de Gufayra, les détruisirent, 
et se retirèrent en traînant après eux toute une po- 
pulation d'hommes, de femmes et d'enfants, décimée 
k chaque pas par la famine et les fatigues de ce long 
voyage (1). Le Paraguay ne fut pas lui-même à l'abri 

(1) Le nom de cette proYioce ÎDdiqae qaVlle a dû être très-peuplée. Oo 
le fait dérirer de gtMy, bomm'*, et ra rénnioa, assemblage ; littéralement : 
pépinière d'hommes. 



RACE 6U ARANIE. 393 

dé ces incursions, que les plaintes repétées, les proies-* 
talions et les menaces de l'Espagne, furent impuis- 
santes à réprimer. 

CesGuaranis eurent le sortdes premiers^ Les hommes 
furent vendus sur les marchés de Rio-de-Janeiro ou 
périrent dans les mines; les femmes s'unirent aux 
vainqueurs, ou mêlèrent leur sang à celui des nègres 
importés en grand nombre des rivages de l'Afrique. 

Quel était le chiffre des Guaranis lors de l'arrivée 
des conquérants? Quel est de nos jours leur nombre à 
l'état sauvage, et à l'état de demi-civilisation où nous 
les avons rencontrés au Paraguay ? 

Nous nous hasarderons en écrivant l'histoire des 
Missions, à donner une statistique sans doute encore 
approximative des Indiens soumis au christianisme, 
d'après les écrits des vieux voyageurs et le résultat de 
nos propres recherches, mais nous confessons sans hé- 
siter notre impuissance à répondre aux deux premières 
parties de ce triple problème, qui nous parait inso- 
luble. Il est impossible — on le comprendra — d'éva- 
luer avec quelque certitude, une nation peu nombreuse, 
éparse, disséminée par petits groupes, par tribus, par 
familles, par individus, au milieu de forêts inaccessi- 
bles, le long d'innombrables cours d'eau, sur un ter- 
ritoire très-incomplétement connu, et dont l'aréa égale 
peut-être celle de l'Europe. 

A. d'Orbigny qui, le premier, a éclairé d'une vive 
lumière les points les plus importants de l'ethnologie 
américaine, en laissant de côté les Ëugres de la pro- 
vince de Sainte-Catherine, adopte pour les Guaranis 



33(^ ETHNOLOGIE ET POPULATION. 

du Brésil le chiffre de 150,000 qu'il fait suivre de 
cette prudente remarque r < Nous n'avons encore 
rien de positif relativement à la population indigène du 
Brésil (1). » Rien n'est plus vrai, car M. de Humboldt 
évalue à 869,400 le total des indigènes de l'Empire (2). 
Or, eq 1819, le vicomte de Itabayana le portait à 250 
ou 300,000; Veloso de Oliveira à 800,000 ; tandis que 
le P. Damazo conservateur de la Bibliothèque de Rio, 
dans des notes communiquées à M. de Santarem, en 
élève le nombre à 1,500,000. 

En présence de calculs aussi divergents le choix 
devient difficile, sinon impossible. Quel est le chiffre 
réel ? Sans doute, celui que propose d'Orbigny est le 
plus modéré, nous ne saurions dire s'il est le plus exact. 
Encore moins pouvons-nous admettre avec lui que les 
provinces de Sâo-Paulo et de Rio-Grande du Sud, ne 
sont habitées que par des Guaranis (3). D'ailleurs, le 
savant naturalisle ne donne aucun chiffre pour les Gua- 
ranis restés sauvages, soit au Brésil, soit au Paraguay, 
car celui* de 16,000 (4) ne représente que les tribus 
insoumises de cette nation, isolées au milieu des plaines 
du Chaco. 

Quelques écrivains sont allés plus loin, et multipliant 
gratuitement et dans les mêmes proportions le nombre 



^1) L'Homme américain, II, 292. 

(2) Voyage aux régions équinoxiales^i. IX, p. 179, et t. XI. p. 164. 

(3) Od peut coosulier sur ce poiût te Tableau de la province de Satitl* 
Paul, par M. A. de Saiot-Uilaire, Paris, 1851, iu-S**; et les Anndêê da 
propincia de Sâo-Pedro du vicomte de Sào-Leopoldo. Paris, 1839. 

(4) A. oObbignt, Ouv. eit.y II, 267 et 291. 



RACE 6UARANIE. 335 

des nations Sud-américaines, ils ont élevé à plusieurs 
millions le chiffre des aborigènes, si Ton en juge par 
celui des combattants qui auraient été ou défaits par 
les Espagnols, ou réduits en commandes (1). Quoi 
qu'il en soit, un fait qui parait acquis et hors de doute, 
c'est la faiblesse numérique de cette population , lors* 
qu^on la compare à Timmense. étendue du territoire 
qu'elle occupait malgré les conditions les plus favora* 
bles en apparence de déyeloppement accumulées^ur un 
sol d'une extrême fertilité, salubre, couvert de la plus 
riche végétation, et offrantà chaque pas les ressources 
d'une nourriture abondante et facile. Faut-il chercher 
la cause de cette infériorité dans des épidémies meur- 
trières , dans des guerres interminables , dlfins une 
fécondité moindre chez les femmes, unie à- Thorrible 
coutume de l'avortement et à des habitudes mons- 
trueuses de la part des hommes, ou bien enfin dans la 
présence encore récente des Américains sur le sol où les 
conquérants les ont rencontrés? Dans Tétat actuel de 
nos connaissances, de toutes ces suppositions la der- 
nière est h moins admissible, mais il n'est pas dérai- 
sonnable de supposer que les autres ont pu contribuer, 
chacune pour sa part et dans certaines limites, à pro- 
duire le résultat que noussignalohs. 



(1) Warden {Art de vérifier les daies, t. XUI^ p. 120, et t. XV, 
p. 47 ) donoe uoe liste de 387 natioos pour le Brésil, et Qoe autre de lOi 
pour la Guyane française. D'Orbigny estime que plus de 400 de ces dénd- 
minalions appartiennent à la race guaranic, et les regarde avec raison 
comme multipliées souvent par de simples différences orthogrsphiqurs 
( C Homme américain, II, 288;. 



386 ETHNOLOGIE. ET POPULATION. 

Les deux voyageurs qui ont le mieux connu le Para* 
guay, Âzara et le docteur Rengger, n'ont point essayé 
de présenter le dénombrement des Guaranis qui vivent 
au sein de ses forêts. Nous imiterons leur réserve; «en 
sortir, ce serait étayer des calculs incertains de raison- 
nements hypothétiques. 

Telle est, en peu de mots , l'histoire générale de la 
race nombreuse que les Européens ont rencontrée sur 
le Nouveau-Continent, fractionnée en corps de nations 
comme il n'en existe plus aujourd'hui. D'où venait cette 
portion du genre humain qui constitue presque à elle 
seule la race brasilio-guara'nienne de M, d'Orbigny? 
Les traditions recueillies par le P. Guevara .(1) ne 
supportent pas l'examen ; et dans l'impossibilité de 
résoudre un problème dont nous sommes loin de pos- 
séder tous les éléments, nous avons du restreindre le 
centre de création des Guaranis et les considérer comme 
autochthones. Mais il existe, nous devons le dire, sur 
l'origine de ce grand peuple, d^autres suppositions. 
Des écrivains frappés de l'analogie de certains caractères 
physiologiques, s'appuyant d'autre part, sur une re- 
marquable identité de croyances et de quelques cou- 
tumes, regardent les races de l'Amérique comme. le 
produit de migrations sorties de l'Âncien-Monde ou 
de la Polynésie. Comment expliquer cette antique pa- 
renté entre les populations primitives de ces points si 
éloignés du globe? Ici, deux systèmes sont en présence. 



(1) Uisloria del Paraguay Rio de la Plata y Tucuman^ p. 6 ( Colec- 
cion de obras y documentos, t. 11). 



BACE GUARANIE. 337 

Les partisans du premier admettent la possibilité de 
lointaines communications, par l'existence des courants 
qui ont pu entraîner à une époque antérieure aux temps 
historiques des embarcations isolées* des rivages de 
TÂfrique ou deTEurope aux côtes orientales Sud- amé- 
ricaines; pour eux, le Gulf-Stream aurait été Tagentde 
ces relations maritimes dont le souvenir a disparu étouffé 
sous des siècles de barbarie. Telle est la thèse que sou- 
tient M. de Varnhagen. Mais cet important problème 
d'ethnologie se présente sous un autre aspect aux yeux 
des écrivains qui frappés des traits mongoliques de 
TAztec et du Guarani, expliquent les vagues reflets 
d'une filiation entre les deux Mondes, par la possibilité 
de communications terrestres. Dans ce cas, les trans- 
migrations se seraient effectuées d'occident en orient, 
et du nord au sud ; des tepeh de l'Asie aux tepec et 
tepelt de l'Amérique (1 ). 

En dernière analyse, la question des origines est 
intimement Kée à celle de Torganisation, et comme la 
race guaranie composait presque exclusivement la po- 
pulation des Missions, c'est en exposant ses carac- 
tères physiques et moraux, avant de constater les 
modifications profondes imprin)ées à ceux-ci par lé 
christianisme, qu'il conviendra de faire connaître tous 
les éléments de cette question généalogique . 



(1) D*Atizac, Bulletin âe la Société de iéographié, 4* sérit, tWT, 
U XIV, p. laS, à la noie. 



22 



CTAPITRE XXVI. 



ftâa IrtftATil; MtiMIlt IT M L*IKtâ?Ail. 



L'Afrique n'est jamais entrée que pour une faible 
part dans la population du' Paraguay, à laquelle elle a 
cependant fourni des esclaves pendant plusieurs siè* 
clés. Mais la position méditerranée de la province, 
l'absence de communications directes avec le littoral, 
l'obligation imposée aux habitants de tirer les nègres 
de Buenos-AyreSy en doublant leur valeur, ont de tout 
temps fait obstacle à leur introduction sur une large 
échelle. Après la chute du gouvernement colonial, 
le docteur Francia^ par la séquestration du pays, coupa 
court à l'importation des noirs; et ceux-ci, en s'alliant 
avec leurs métis, et de préférence avec les femmes in- 
diennes, afin de procurer la liberté à leur descendance, 



DES HOIRS ET DE l/ ESCLAVAGE. 339 

n*ont pas tardé à se fondre dans la masse de la popula- 
tion (1 ). On y chercherait en vain des nègres de la côte 
(bozales). Toutefms, la même observation se répète dans 
des contrées voisines, où j'ai été frappé de Tentière dis- 
parition du sang africain. Mais si Téffet est ^Kinéme, 
combien les causes sont différentes! Tandis qu'au Para* 
guay il y a eu mélange intime et fusion de la race im- 
portée, sur les bords du Rio de la Plata il y a eu anéan^ 
tissement de cette race : moins d'un demi-siècle aura 
suffi à une œuvre de destruction que peu de mots vont 
expliquer. 

Il faut le dire ici, au risque de froisser quelques 
amours-propres, la cause de l'Indépendance doit beau- 
coup à la race nègre; et les Hispano-ÂméHcains trou- 
vèrent en elle des éléments puissants de résistance à 
opposer aux troupes envoyées pour les réduire. Au 
moment où ils proclamèrent leur séparation d'avec 
la Métropole, les Paraguay os n'ayant rien à redouter 
de leurs esclaves trop peu nombreux pour devenir^ 
un sujet d'inquiétude, ne songèrent point à modifier 
leur condition d'ailleurs assez douce, et les circon- 
stances ne les obligèrent jamais à s'en faire un appui 
contre le dehors. L'idée de les affranchir ne leur vint 
donc pas. Mab dans les villea Argentines où le 
nombre plus considérable des hommes de couleur , 



(I) L*ealtni né d*an père escltTe ei d*iiira femne libre, A sniti de tout 
tesps It oonditiou de la mère. On sait aussi qne les lodieos n*oot jamais 
été coaaidérée en droit, sinoo toajoars de fait, eomme esdayes; bien que 
rinstitntien des eomnuindiries fttt, an fond, nne^ forme de serrage k 
peine déguisé. 



340 £THN0L06IS ET POPULATION. 

poavait faire craindre une répétition des scènes san- 
glantes de Saint-Domingue, et où Ton était en quête 
de soldats, on se hâta d'en former des régiments. 
Bientdt façonnés aux exigences de la discipline mili- 
taire, i^liB avoir bravement combattu pour une cause 
qui n'était pas la leur (1 ), ils achèvent de disparaître au 
milieu des révolutions qui depuis la fondation des ré- 
publiques de la Plata, rougissent incessamment les 
eaux du grand fleuve découvert par Diaz de SoHs. 
Spectacle de douloureux intérêt 'et bien digne d'un 
regard de compassion ! 

L'introduction des noirs dans les colonies hi^aoo- 
.américaines a suivi de très-près la prise de possession. 
Il en fut aind au Brésil* On pourrait même dire que 
cette race infortunée, partout asservie, a contribué i la 
rendre plus facile en cultivant le sol conquis, pendant 
que les Européens tournaient toutes leurs forces vers 
lagrandissement de leurs immenses domaines. Il était 
en effet, impossible à TEspagne et au Portugal, de 
trouver dans le chiffre si faible de leur population les 
moyens de faire face à la fois aux luttes qu'elles soute- 
naient en Europe, et de poursuivre la conquête du 
Nouveau-Monde. 

C'est à l'année 1 530 ij^u'il faut reculer cette trans- 

(1) Je troiiTe cette ippréciatioD dans TooTrage d'on émigré Argeo- 
tio dont OD ne recasera pas le témoignage : « Ce qu*il me fiut noter 
poQr mon but, c*est que la Révolation, eicepté dans son symbole eité- 
ricur, indépendance du Roi, n*était intéressante et intelligible qoe pov 
les Tilles Argentines, étrange et sans prestige pour les campagnes. > 
D. a. Sarmisnto, CiviUsation et Barbarii^ traduit de Tespagnel par 
A. Giraud, Paris, in-12, 1853, p 00. 



DIS HOIRS BT DE' L'ESCLATASE. 341 

migration des noirs, due, en partie, aux sollicitations 
pressantes du P. Bartbelemi de Las Casa^. Dans la fer- 
veur de son zèle pour la cause des Indiens, le bon 
missionnaire sacrifiait sans scrupule la rteeJÉricaine 
aux travaux de la colonisation qu'il vouItH ^rgner 
à ceux dont il s^était déclaré le protecteur infati- 
gable (1). 

Les besoins des colonies croissaient dans de ra- 
pides proportions ; et TEspagne dont la puissance na- 
vale n'était alors qu*au début de Tétat prospère qu*elle 
devait atteindre un instant, et perdre presque aussi- 
tôt; dénuée d'ailleurs du génie commercial TEspagne 
se trouva dans rii;npossibilité d'approvtfloDner elle- 
même ses sujets. Elle s'adressa donci la France, 
et prit avec elle des arrangements pour le transport 
dans ses colonies des nègres dont elles avaient besoin. 
Ce traité qui reçut le nom de Aiiento de loê negros (2) 
dura peu. Après la paix d'Utrecht qui termina une 
guerre fatale à notre marine, Philippe Y le roinpit 
pour le renouveler avec les Anglais dont la prépon- 
dérance lui imposa des conditions bien autrement oné- 
reuses. 

€ La compagnie du sud qui exerça le privilège, 
devait fournir quatre mille huit cents Africains et payer 



(1) Oq peot aussi eoosidérer TimportatioD de le rice arriGaine coiqiiie 
le corollaire^es décrets protecteurs des Naturels, promulgués dèê les 
premiers temps de la conquête. L'iuesécution de ces ordomiaocei résultait 
de la nature même des choses, mais on ne saurait, sans injustice, eo ac- 
cuser Tautorité royale ou ses délégués. 

(2) AsientOt contrat, marché. 



342 I^THlVOtOGlB KT POPULàTIOH. 

au roi d*Espagqe 1 60 livres par tète de nègre. Elle 
n'était obKgée d'en donner que la moitié poar eenx 
qu'elle introduirait au-dessus de cet nombre, pendant 
les vJMirtnnq premières années de l'arrangement. Dans 
les ciïiq dernières, il lui était défendu d'en porter au 
delà de ce qui était spécifié dans le contrat. 

c A cause de l'éloignement, la compagnie était 
autorisée à bâtir des maisons sur la rivière de la Plata, 
à prendre des terres à ferme dans le voisinage de ses 
comptoirs, à les faire cultiver par des nègres ou par 
des naturels du pays ; c'est-à-dire à s'emparer par le 
moyen de cet entrepôt, de tout le cçmmerce do Chili 
etdu Paragwy.» 

On peut voir dans Raynal à qui nous empruntons 
ce passage (1 ),que là ne se bornèrent pas les sacrifices 
arrachés par l'Angleterre dont le commerce écrasa 
bientôt celui de l'Espagne, par une concurrence rui- 
neuse, dans tous les ports où elle était autorisée à 
débarquer des esclaves. A son expiration, ce contrat 
onéreux ne fut pas renouvelé. 

Quelle était à la fin du dernier siècle, l'importance 
de ce hideux trafic, sur les bords du Rio de la Plata? 

Azara a dressé l'état du commerce maritime de tous 
les ports Argentins, en prenant la moyenne des cinq 
dernières années de paix qui se sont écoulées pendant 
son séjour en Amérique (de 1792 à 1796). Dans le 
tableau qu'il a publié (2), on voit que lesjbâtiments 

(1) Ratnal, Histoire pfiiloiophique et politique des établissemaUs ei 
du commerce des Européens dans tes deux indcs, III, 208. 

(2) Voyages, II, 314. 



ÛÊM noms MX m L'nCLATAOft. 34S 

venus avec des nègres en ont amené 1 ,338, et que les 
bâtiments sortis pour faire la traite avaient à bord : 

Argent en piastres 1S0»S76 

Valeur des produits en piastres. . . ilii734 

Valeur totale en piastres. • . « • 1 33, OH 

Sur ces chiffres assurément très-faibles — si Ton 
songe que la traite versait alors par année cent mille 
noirs sur les côtes du Brésil — sur ces chiffres, 
U est impossible de dire ce qu'a reçu le Paraguay, où 
jamais il n'exista de marché public pour cette mar- 
chandise humaine, les habitants tiran^ eux-mêmes 
leurs esclaves de Buenos-Ayres suivant leurs besoins. 
Or, dans cette dernière ville , on comptait au corn-» 
mencement du siècle, suivant Âzara, cinq Espagnols 
pour un mulâtre. 

Dans cet état de choses, la séparation d'avec la Mé- 
tropole fut proclamée. L'Assemblée générale de 1813 
rendit le 3 févfier un décret qui déclarait libres, à partir 
du 31 janvier, jour de la preçiière réunion du con- 
grès, les enfants nés ou à naître de mère esclave (1). 
De tout temps, nous le savons, l'enfant d'une femme 

» 

(1) Cette loi porte le titre de Liberiad de vientns. Un décret du gou- 
Ternement da 9 aTril 1812, promnlgaé le 15 mai sniTant, araii prohibé 
rimportatioo des esclaTes. Cette interdiction fut renoorelée par plosienrs 
décrets en date des 4 fémer 1S13, 10 norembre ISSl et 3 septembre IStf . 
Enfin, l'Assemblée de la prorince de Bnenos-Ayrcs, assimile la traite à la 
piraterie, et chAUe comme pirates les négriers (15 nofembr^ 1SS4). Cm 
sur cette assimilation que fat négocié stsc l^ngleterre Je traité ponr la 
répression tlu trafic des noirs dn H mai 1830, qoi sanctionnait des^mcsnrcs 
déjà concédées par Tart. XIV de la con?ention du 3 férriar i9A. 



34ib JETBNOLOGU BT POPULATIÔlf. 

libre avait suivi la.condition de la mère,- alors même 
que le père était esclave. 

On forma immédiatement avec les affranchis des ré- 
giment^gui devinrent en peu de temps les troupes les 
mieux oi&iplinées de la république Argentine. Dirigées 
sur le Haut-Pérou, avec la promesse de recevorr leur 
affranchissement après huit années de service, ces trou- 
pes prennent part à tous les combats et se distinguent 
particulièrement à l'affaire du Desaguadero, aux ba- 
tailles de Maipù et de Chacabuco. Mais le climat et les 
fièvres les décimèrent; beaucoup périrent, et desdébrll 
de ces corps ramenés à grand'peine , on forma un ba- 
taillon fort de 1 ,200 hommes, dit des Defensore$ ds 
Bueno$'Ayre$ : les oflGcicrs étaient choisis dans son 
sein. Parvenu au pouvoir, le général Rosas, pour atta- 
cher davantage à sa personne cette troupe dévoué^, 
lui permit de prendre et de porter le nom <|e régiment 
del Restauradcr (1 ). A la fin de Tannée 1 847, réffectif 
de ce corps ne dépassait pas 700 homm^. Le combat 
de Monte Caseros (2), où il résista seul pendant plu- 
sieurs heures aux forces du général Urquiza, et les 
troubles dont les journaux et les correspondances nous 
apportent. chaque mois le triste récit, ont dû le dimi- 
nuer dans de fortes proportions. 



(1) U Chambre des RepréseoUote (Sala de km Beprueniantêi) de 
Bueoo»-Ayre8. avait décerné au général Rosas le glorieui sornom de 
nestaurador de Uu leyes (Restaaralciir des lois), sausdoule pour le Teoger 
de ceui qui laccusaieut de utiii respecter aucune, et de ne suivre, eo toale 
circonslaoce, que son iufleiible volonté. 

(2) 3 février IS»2. 



DES HOIRS ET DE L*B8CLàTAGE. S(6 

Sur la rive gauche de la Plata, les ohoses se sont 
passées à. peu près de la même manière. 

Le 7 septembre 4 825 » les Représentants réunis 
dans la petite ville de la Florida ( Montevideo était 
au pouvoir de Tarmée brésilienne ) , abolissent le 
trafic des esclaves» «t déclarent libres* sans distinction 
d'origine, tous ceux qui naîtront sur le territoire de 
TÊtat Oriental. 

La Constitution sanctionnée le 40 septembre 4829, 
par l'Assemblée générale constituante et législative, 
consacre cette disposition et la confirme en termes 
exprès (1). Un traité avec FAngleterre, fut célébré 
dans les mêmes terjnes et à la même époque que celui 
de Buenos-Ayres (43 juillet 4839). 

Après la défaite du général Rivera à VAmga- 
grande y le gouvernement de Montevideo, à deux doigts 
de sa perte, trouva dans la populatioi) noire de la ville, 
des soldats tout prêts à la défendre contre le général 
Oribe qui venait Tassiéger. Il s'empressa de proposer 
au Sénat et à la Chambre des Représentants (49t dé- 
cembre 4812), un projet de loi qui fût immédiatement 
sanctionné. 

Voici le texte de cette loi^ précédée d'un préambule 
qui en fait connaître en peu de mots les motifs : 

Art. I*'^. A dater de la promulgation du présent 
décret, l'esclavage est aboli sur tout le territoire de la 
République* 

(1) « Eq el terrilorio del EtUdo oidîe Dioerà yaestliTO ; qoeda prdhibido 
pan aiempre au tràfico e iatrodmccioo eo la Rapvbliea. • S€cckm V, M- 
patieiona Jinnalu, Cop* uwUo, Are. CXXXi. 



su tTHROLOGn R POPULATIOU. 

Art. U. Le Gouvernement destinera au aerrioa nî- 
litaire, et pour le temps qu'il jugera nécessaire, les 
hommes Talidts qui ont été esclaves, cotons, ou pu- 
pilles. 

Art. m. Une loi postérieure fixera, t^Ufa tim^ les 
indemnités qui pourraient être dues par suite de la mise 
à exécution des dispositions précédentes. 

jSrâce à cette promesse peu rassurante, Tenrélement 
des hommes de couleur ne s'effectua pas sans un peu 
d'opposition de la part des Montévidéens, qui s'efforcè- 
rent d*éluder une mesure qui lésait gravement leurs in- 
térêts. Les exhortations de la presse {el Nadarial des 
SO et 26 décembre), les avik répétés du pouvoir exécu- 
tif, rimminence du danger, tout contribua à vaincre 
cette hésitation qui pouvait devenir fatale à la mal- 
heureuse cité, et les cadres du nouveau bataillon 
(3^ de ligne), se complétèrent rapidement. Ces recrues 
se firent promptement remarquer par leur bonne tenue 
et leur discipline, et concoururent efficacement à la 
défense de la place, sous Thabile direction du général 
Paz, qui dans ses bulletins mensuels les loue plus 
d*une fois de leur bravoure en face de Tennemi, et de 
leur résignation à supporter des fatigues auxquelles on 
les exposait trop souvent sans nécessité. 

La guerre terminée (1), le gouvernement de la repu- 

(1) Après an siège fécood en incidents de tonte nature» et qnî irait doré 
dit ans, cette moderae Troie, plus heureuse que la Troie antique, n*a pas 
eu la douleur de voir Tennemi pénétrer dans ses murs, grâce — on le 
sait — à rintervention da Brésil assez habile pour aroir su s'emparer du 
rôle dédaigné ou incomplètement rempli par U Franoe, après d*^ 



DES NOIBS BT DE L*SflCLAVAOE. S4T 

biique de l'Uruguay a-t-ii récompensé le déTone- 
ment des hommes qui lui avaient prêté un énergique 
concours, et dont j'ai vu les rangs si éclaircis? 
Les anciens colons dé r]E)spagne n'ont-ib donné la li- 
berté à leurs esclaves qu'eu échange de leur vie? Je 
l'ignore. Depuis trop longtemps on retrouve les hommes 
de couleur à la tête des contingents rassemblés de gré 
ou de force par les ambitieux qui tour à tour se dispu- 
tent le pouvoir, et l'oii pourrait prédhre presque à coup 
sûr qu'ils disparaîtront tous jusjqu'an dernier, avant 
lapaisement de ces guerres intestines, sans nom comme 
sans motifs. 

Revenons au Paraguay. Ce que nous avons dit plus 
haut des entraves soit naturelles soit politiques qui 
de tout temps l'ont privé d'une communication directe 
avec l'Afrique, laisse assez prévoir que le nombre des 

•acrifioes, et intlgré ik pnîSMots intérêts de race, de politîqae et de eon- 
merce. 

Ajeatoosid que les noirs, facilement ditciplinables, foornisaent d*eice1- 
lenla fantassins au^résil dont ib sont la meilleore, je doTrais dire l'uniqne 
troupe. J*ai plus d*ane fois admiré la bonne tenue et les manœarres de 
rinfanterie montée de la proTince de Rio-Orande da Sud, qui a contribué 
poar une bonne part à conserrer ee riclie fleaMMi à la eoiironiie de IVm- 
pire transatlantique. 

Sans être un négrophile à ontrance» je rends donc justice aui excellentes 
qualités deFAfVicain, que je place au-dessus du mulâtre pour les qualités 
que Gall appelle affectives, L'escISTage et la traite» sont, à mon sens, 
deu^ choses distinctes, quoique intimement liées. Partisan de la légis- 
lation anglaise qui traite les négriers h Tégal des pirates, je n'en re- 
connais pas moins resclavage comme une nécessité, et même comme une 
condition d*ciistence pendant de longues années encore pour certains 
États, pour le Brésil par exemple; et je déplore la libération irréfléchie, 
mineuse pour nos colonies, sans profit pour les esdaYes, décr'étée inopi- 
nément et sans mesure traoÙNtoirc, par les hommes d*Ëtat de ISIS, à 
Teiemple de la première république. 



348 ETHNOLOGIE ET POPULATION. 

nègreâ, beaucoup moins considérable que dans les 
grandes villes du littoral» et en particulier à Lima, à la 
Havane, et à Caraccas, y demeura toujours presque 
insignifiant, eu égard au cfaiQre de la population. De 
nos jours, au Paraguay comme au Mexique, le liigre 
soit libre, soit esclave, a presque disparu, en ne laissant 
comme traces de son passage que des métis avec les 
blancs, et surtout avec la race indigènes. 

A la fin du siècle dernier, le dénombrement de la 
population constatait que sur 6 habitants il y avait 
5 Espagnols et 4 mulAtre;.et 474 hommes de couleur 
libres pour 400 esclaves (4). 

A toutes les époques, les lois sages et humaines de 
TEspagne, éludées en partie par des maîtres avidesi 
grftce à Téloignemeat du pouvoir central, ou à la con- 
nivence coupable de quelques gouverneurs, ont pro- 
tégé les esclaves plus que celles qui régissaient les 
autres colonies européennes (9). Toujours interprétées 
en faveur de la liberté, elles donnaient aux noirs le 
droit de se marier, de porter plainte en. cas de mao- 
vais traitements au défenseur des mineurs (defenior 
de lo$ minores) chargé de leur tutelle. Si ^accusation 
était fondée, ce magistrat les prenait sous sa protec- 



(1) Oq compte, an Brésil, 4 noirs on mnlâtres sur 5 babiUnti. Cette 
prédominance da sang africain, encore phis marquée dans les prorinees 
septentrionales de TEmpire, doit être on sujet de sérieuses préoccupatioBS 
pour son goureniemeot. 

(2) A plusieurs reprises le Conseil des Indes s*oppo8a à la restitution 
des esclaYCS fugitifs, par ce motif que la liberté était un droH naturel 
sur lequel les couTentions bumaines ne pouTaient remporter, et que la 
fuite était un moyen licite et honnèt? de Tacquénr. 



DES NOIRS ET DB L*ESCLAVAGE. 349 

lion, et les confiait à un tiers en leiir cherchant un autre 
maître. A la suite de la Révolution, quelques esclaves 
abusèrent de ces lois protectrices; mais Francia prit 
des mesures qui mirent promptement les maîtres à 
Tabri de vexations auxquelles on a peine à croire en 
considérant ce qui se passe dans un Ëtat voisin. 

Cependant, la loi les déclarait indignes d'occuper 
des emplois publics, et ils étaient, en outre, soumis à 
un tribut annuel de trois piastres imposé par le Visi- 
teur F. de Alfaro. Cette contribution était due. par 
tout homme de couleur libre, âgé de 4 8 à bO ans. 
Azara déplore ou vertement les conséquences d'une me- 
sure dont Texécution entraînait les plus criants abus. 
Ainsi, pour assurer le recouvrement de cet impôt, on 
livrait aux Espagnols qui se chargeaient de l'acquitter, 
des malheureux dont la condition devenait en tout sem- 
blable à celle des esclaves, c Les gouverneurs ne tar- 
dèrent pas à abuser de cette institution, et ils retendi- 
rent k tout sexe et à tout âge, et soit que ces malheureux 
payassent le tribut ou non, ils les livraient à leurs favo- 
ris et à leurs favorites, à l'insu de l'administration 
des finances à laquelle ils ne payaient rien (1). » 

En 1653, on fonda une peuplade d'hommes de cou- 
leur sous le nom de Tabapy (2). Plus tard, eq 
1740, le gouverneur D. José Martin deChauregui» 
obligé de repousser les attaques des Indiens M'bayiis, 
déclara libres du tribut les hommes de couleur 



(1) Axuu, Vonages, U, S74. 

(2) Ut. Î5» M' 56*; Long. W* iV W. 



350 ITBNOLOGIE ET POPUl/ATION. 

placés en ^paro (4) , et en forma la peuplade de la 
Emboêcuida (2) : à partir de cette époque, les gou- 
verneurs les ont obligés au service militaire dont ils 
avaient été exempts jusqu'alors. 

La population des deux villages était la suivante à 
la fin du dernier siècle : 

Tabapy. 644 

Emboscada 840 

Elle est aujourd'hui pour le premier de huit cents 
âmes, et pour le second de mille. 

Ramenés, nous Tavons vu, aux règles d'une sou- 
mission plus complète par les mesures énergiques du 
Dictateur, les esclaves virent leur condition tout à coup 
modifiée par le pouvoir ^i surgit à sa tnort. Un des pre- 
miers actes du gouirernement consulaire fut, en effet, 
de décréter l'abolition progressive de l'esclavage : en 
déclarant libres les enfants à naître de parents esclaves, 
il donnait aux adultes le droit de se racheter pour une 
somme modique, interdisait leur sortie , et prohibait 
sévèrement toute introduction nouvelle. 

L'infiuence de cette mesure, dont l'honneur revient 
aux consuls Lopez et Alonzo, a amélioré encore le 
sort des esclaves , déjà tolérable sous des maîtres 
naturellement enclins à la douceur. De nos jours, leur 
nombre ne dépasse pas mille individus, tous de race 
mixte, les nègres ayant à peu près disparu , et les af- 



(1) Âmparo^ asile, protection. 

(S) De rEmbascade. Lat. 3d« 7* 42**; Long. 59* 44' 5 '. 



DES NOIRS ET DE l'eSCLAVAGE. 351 

franchissements le réduisent sans cesse. Lorsqu'ils 
sont âgés, ces malheureux obtiennent la liberté en ré- 
compense de leurs longs services, et il n'est pas rare 
qu'un maître émancipe de jeunes esclaves par une dis- 
position testamentaire. Enfin, les mulâtresses, lors- 
qu'elles sont blanches et jolies, obtiennent souvent 
d'être rachetées par leurs amants. On ne fait d'ailleurs 
aucune distinction entre les esclaves et les serviteurs 
libres, mais on préfère les noirs aux mulâtres, géné- 
ralement fiers et perfides, car les Paraguayos n'ont pas 
encore oublié le vieux proverbe espagnol : No $e fie de 
mula y mviata; il faut se défier des mules et des mu- 
lâtres. 



CHAPITRE XXVn. 



iraiOLOMi ET poruuTioi ( suite ). — lATioit iitomusn : 

Lit PATAMAt. 



L'histoire des races américaines pourrait tenir dans 
quelques pages. Les unes ont accepté la demi-servi- 
tude que leur apportaient les conquérants ; les autres, 
plus rebelles, ont voulu lutter et ont été détruites; 
celles qui luttent encore, périront. Les races qui ont 
préféré la sujétion à la mort, en mêlant dans une forte 
proportion leur sang au sang européen, n'ont disparu 
comme races, que pour entrer comme partie intégrante 
et quelquefois dominante, dans les nationalités amé- 
ricaineë : la grande famille des Guaranis offre à Tob- 
servation de Tettinologue, Texemple le plus frappant 
de cette fusion intime. 



LES PAYAGUA8. SBS 

Mais au milieu d'elle, k côté .des hordes.insoumises 
du Grand-Chacovsi remarquables^ par leurs belles pro- 
portions, il existe' encore uoe peuplade peu nom- 
breuse dont les rangs chaque jour s'éclaircissent , 
et qui près de disparaître, a légué intactes à la géné- 
ration actuelle, avec une complète indépendance, ses 
croyances, ses coutumes, et les glorieuses traditions de 
ses ancêtres. 

A l'époque de la découverte, les Payaguàs, tel est le 
nom de cette nation vajillante, partagés en deux tribus, 
les Cadigués et les Magachi (1), vivaient sur les rives 
et les îles nombreuses du Rio-Paraguay, vers les 21 et 
25^ de latitude. Ces résidences n'avaient rien de fixe; 
Maîtres du fleuve et jaloux de son empire, ils navi-* 
guaient depuis le lac de Xarayes, et faisaient de loin- 
taines excursions sur le Paranà jusqu'à Corrientes et 
Santa-Fé d'un côté, et jusqu'au Salto ehico, de l'autre. 

On a proposé comme étymologie assez rationnelle du 
nom^leces Indiens, les deux mots g)iaranis/Ni< et aguaài 
qui signifient c attaché à la rame, » ce qui est tout à 
fait en rapport avec leurs habitudes. Ensuite, on a 
voulu voir dans l'expression Paraguay, appliquée 
comme dénomination à la rivière, avant de l'être à la 
province, une corruption de Payaguà^ corruption jassez 
légère, et qui nous parait fort admissible. 

Quoi qu'il en soit de cette supposition don.t nous 



(1) Et par altération SariQ/Êé$ et Agaeeê. Las créoles appelèrent ai 
ces derniers Tacnmbùs (Tacoumbons), da nom do district qu'ils habi- 
taieol. 

S8 



35% ITflNOLOGn ET POTULATIOll. 

avons discuté plus haut la valeur (4), cette nation 
indomptable et rusée fut pendant deux siècles le plus 
redoutable adversaire des Espagnols. Les éci^ivains de 
la conquMe (2), les onvrages d'Azara, r£<ftn kuUh 
rique du doyen Funes, et de nombreuses pièces conser- 
vées dana les archives de l'Assomption, contiennent te 
récit de ses entreprises audacieuses. On la voit atta- 
quer successivement les hordes du Chaco, les établis- 
sements des Espagnols situés dans le Voisinage de 
TAssomption qu'il fallut protéger par les forts de 
Arecutacùa et de la Angostura ; les Portugais qui re- 
venaient chargés d'or de Cujabà à Saint-Paul (3), et 
les Missions : mais ces barbares devaient succomber 
dans des luttes inégales. La mort de Juan de Ayolas, 
massacré par eux (154S), allait être vengée. Vaincus à 
leur tour, une derpière défaite que leur fit essuyer le 
gouverneur Don Rafeel de Moneda, vers 1711, le9 
détermina à conclure avec lui une paix qu'ils ont tou- 
jours fidèlement gardée ; moins, comme on serait tenté 
de le croire, par suite d'un commencement de civilisa- 
tion ou de radoucissement de leur caractère, que par 
le sentiment de leur impuissance. Dès cette époque, 

(1) Voy. cbap. IX, Hydrographie, p. 91. 

(3) GoBTARA. ffff(or<a del Paraguay^ Bio de la Plalay rticimum, pt. 21. 

Martin del Barco Gciitimira, La Argentina , p. 43. 

RDI DiAz Di GoziiAii» Hûioria argeniima del deseubri$nientû^ pobla- 
eion y conquista de las jin-ovincias del Rio de la Plala, écrite eo 1612, 
et publiée pour la première fois à Bueoos-Ayres eo 1835. 

L^ooTrage de Funbs a pour titre : Ensayo de la historia civil del Pa- 
raguay t BuenoÊ'Ayrei y Tucuman, 3 toI. in-8*. Buenos -Ayres, 1819. 

(3) Sur 300 periODoes qui composaient une caraYane eu 1720, il né- 
chappa que trois noirs et uo blanc. 



LIS PAYA6UAS. S6S 

la tribu des- Tacumbùs s^est fixée aux portes de l'As-- 
somptioD, où elle a reçu dans son sein, en 4790, celle 
des Sarigtiéêt sans renoncer tout à fait, malgré cette 
élection de domicile, à sa vie nomade* Les Payaguàs 
se dispersent souvent sur les bords du fleuve, par fa*^ 
milles ou par groupes. Il n'est pas rare d'en rencontra 
près de Yilla4leal, de Neembucu, ou de San-Pedro, 
sur le Xejuy. 

Quel était leur noqibre dans la première moitié du 
XVI® siècle 7 II est impossible de le dire avec certitude; 
mais les anciennes relations» qui paraissent ne pat 
mériter sur ce point le reproche d'exagération qu'on 
leur a plus d'une fois et à juste titre adressé, ne Tes* 
timent pas au delà de plusieurs milliers de combat- 
tants. Du temps d'Azara, la peuplade tout entière 
comptai^ à peine mille âmes : de nos jours, elle n'en a 
pas deux' cents (1). 

A quelle division ethnographique faut-il rattacher 
les Payaguàs 7 

Dans son ouvrage sur V Homme américain, M. d'Or- 
bigny les a placés parmi les nations du rameau qu'il 
appelle pampi$n; et, s'il m'était permis d'en parler, 
je dirais que mes propres observations viennent à 



(i) A. d*Orbigoy, sur la foi de renseignemeots rcciMillis à Corrientes, 
•ax frontières même da Paraguay, racoote (Voyage^ 1. 1, p. 314) que 
Francia les fit mettre tous à mort. Noos Terrons, ao contraire, le Dictateur 
attacher les Payaguàs an senrice de sa politique. Cette erreur d*un Toya- 
geur toujours exact, prouTe une fois de plus arec quelle réserra on doit 
accueillir, en Amérique, les inlbmutioos que Ton ne peut contrôler soi- 
onème. 



356 ETHNOLOGIE ET POPULATION. 

Tappui de la elassification adoptée par cet éminenl 
naturaliste. 

Cette circonstance, en me permettant d'omettre 
certains caractères qui leur sont communs aTec les 
nations voisines, et la crainte d'encourir les reproches 
qu'un voyageur illustre et plein de modestie Sidresse 
à ceux qui tentent de décrire des sauvages (4), 
m'obligent à ne traiter que les points essentiels et ca- 
ractéristiques de l'organisation de ces Indiens. 

Leur taille est remarquable. Elle surpasse incon^ 
tastablement celle de la plupart des nations du globe. 
Magna eorfora^ dit Tacite en parlant des battants de 
la Germanie. Les mesurée suivantes prises au hasard 
sur huit individus justifieraient l'application de cette 
épitbète aux Payaguas. 

Ainsi l'un d'eux, âgé de 20 ans, avait I^.SI . 

Un autre 18 — 1",74,3~. 

» » — 1'",75. 

— 1»,77. 
Ouatre d'un âge mûr. » — 4 "",79. 



<-,79. 

1",79,5"". 

1-,80. 



Moyenne : 1",78,1 



BDin 



(1) « Je oe m^éteodrai pas beaucoup, pour éviter Tennui, et poi^ ne 
« pts ressembler è ceux qui, pour avoir tu uoe demi -douzaine d*IndieQS 
« sur la côte, en Toot uoe description pedt-ètre plus complète qu*ils ne 
m pourraient faire d*eux-m(mes. Ajoutez è cela que je n*aime point les 
« conjectures, mais les faits, et que je n*ai pas autant dlnstructioD et dé 
« talents que d'autres. » Azara, Vayaga, t. Il, cbap. z, p. 2. 



LES l'AVAf.UAS. 357 

En oiilre, un jeune gorçon de 1i ans avuil l^.tiS, 
et un enfant de 7 ans, 1,38. 

Comme corollaire de cette première donnée, il n'est 
pas sans intérêt de faire remarquer que le minimum de 
taille, fixé par la loi du i-ecrutement en France, est de 
l^iSÔ, et que la taille moyenne des conscrits déclarés 
propres au service, établie pour les départements les 
plus riches, c'est-à-dire dans ceux qui réunissent les 
conditions les plus favorables à son développement, ne 
dépasse pas <'",G82'"'". 

Cbez les femmes, les proportions ne sont pas moins 
avantageuses. Ainsi, quatre femmes de plus de 20 ans 
m'ont offert : 

La première 1",55. 

La seconde 1°,55. 

La troisième i",60. 

Et la quatrième i",62. 

Moyenne : i°,58. 

On peut tirer plusieurs conséquences de cette double 
série de mesures. En comparant la taille moyenne des 
Payaguàs à celle de l'homme en général, que les phy- 
siologistes s'accordent à fixer vers j",66, on voit que 
la diCFérence, tout à l'avantage des premiers, n'est pas 
inférieure à 12 cent. 1 mitlim. 

Si l'on prend ensuite jtour points de comparaison 
les mesures observées par des voyageurs exacts sur 
les peuples qui passent pour les plus grands de t'iTni- 
vers, sur les Patagons par exemple, on trouve comme 
moyenne donnée par M. d'Orbigny, 1",73 : ainsi les 
Payaguàs surpassent encore de 5 cent. 1 mitlim. celte 



J 



358 ETHNOLOGIE ET FOPULATIOll. 

nation à laquelle on a, de tout tempe, attribué une 9tft- 
ture fabuleuse. 

La seconde conséquence à déduire des tableaux 
précédents, c'est l'uniformité dea résultats qui y soat 
eCMisignéa; et cette uniformité a lieu pour les deux 
sexea. Ainsi, chez les hommes, la différence entre le 
plus grand et le-plus petit n'est que de 6 cent. 7 milUv., 
et chez les femmes, elle ne s'élève pas au delide 7 cent. : 
d'où il suit que non-seulement ces Indiens sont supé- 
rieurs sous ce rapport aux Patagons, mais que ches 
eux tous les individus sont très-grands. 

le dois le dire, la même remarque a été faiteàrégifd 
d'autres races de l'Amérique du Sud, et de patientes 
recherches ont démontré qu'entre la taille moyenne et 
la taille extrême, il y avait» en général, pour chaque 
nation, beaucoup moins de différences qu'en Europe. 
On regarde l'état de nature dans lequel vivent les In- 
diens comme la cause probable de cet écart pres- 
que insensible. A cette explication très-admissible, 
ne conviendrait-il pas> d'ajouter Tabsence d'unions 
entre les Payaguàs et les natioqs qui les entourent, le 
soin avec lequel ils repoussent toute alliance étrangère? 
Faut-il y avoir encore ua argument contre ceux qui 
croient à l'abâtardissement des races, et à la nécessité 
pour elles de se croiser avec d'autres, sous peine de dé- 
périssement ? 

Le corps des Payaguàs, toujours élancé, ne présente 
jamais d'obésité, excepté chez les femmes. Les épaules 
sont larges; et les muscles de la poitrine, des bras et 
de la partie postérieure du tronc, offrent un dévelop- 



LIS PAYAGUA». 369 

pemeat dû à l'exercice fréquent de la rame ; car 
ils vivent dans leurs pirogues. En revanche, cette 
prédominance de l'appareil musculaire dans les mem- 
bres supérieurs fait paraître grêles et effilées les ex- 
trémités inférieures. 

La peau, lisse et douce au toucher, comme celle des 
indigènes du Nouveau-Continent, est d'une couleur 
brun olivâtre, et il serait asseai difficile d'en définir la 
nuance plus rigoureusement. Elle parait un peu plus 
claire que celle des Guaranis ^nt elle n'offire pas les 
reflets jaunâtres ou mongoliques ( 1 ) . 

Les Payaguàs portent haute leur tète volumineuse, 
couverte de cheveux abondants, longs, plats ou légère- 
ment bouclés. Ils les coupent sur le devant du front; 
ne les peigdent jamais, et les laissent croitre et retopi- 
ber en désordre. Les jeunes guerriers sei^ les ras- 
semblent en partie sur i'oceîput, où ib les. feliennent 
attachés à l'aidie d*une petite corde rouge, ou d'une 
lanière découpée dans la peau d'un singe. Ainsi font 
les Guatôs de Cuyabà, qui, pour le dire en' passant, se 
rapprochent plus de cette peuplade que des Guaranis, 

j[l) S*U parait démontré qae Iw di£Eèreiioe% iTiofteoBilé d%M la colora* 
jttOD do derme tienoent k des conditions primitives d'organisation, condi- 
jUons propres h chaqae race, il ne Test pas moins qoe Tinsolation suffit 
seule à produire une teinte plot oo moins foncée de la peau, ches. les 
iodividos d*une mémo race qui s*eipsieot à Faction prolongée des rayons 
solaires; tandis qu0 des ciroonstaaees opposées, toutes choses égales, 
donnent lieu à des phénomènes contraires. Id, à o6té de la réfvbéra- 
tion des feut d*nn soleil tropical par un réflecteur aussi puissant 
que le milieu sur lequel Tivent les Payaguàs, il y a rfnfluence d*une 
atmosphère chaude et saturée d'humidité, un état hygrométrique de 
rair, qui peut eipliquer, jusqu'à un certain point, l'intensité moindre de 
la couleur de cet Indiens^ comparée à coUe des Guaranis. 



S60 ETHNOLOGIE ET POPOLJITIQH. 

à côté desquels ils ont été placés dans une savante clas* 
sification (1): 

Les yeux petits et vifs» légèrement bridés mats non 
relevés à l'angle externe, expriment la finesse et Vt 
tuce. Le nez long, un peu arrondi, rappelle par 
lignijs la conformation caucasique. 

Les pommettes sont à peine saillantes; la lèvre in- 
férieure dépasse la supérieure, ce qui donne à Fenr 
physionomie sérieuse et froide, une expression de 
fierté dédaigneuse en rapport avec le caractère de ce 
peuple indompté. 

Les Payaguàs s'épilent. A l'exemple des autres la- 
diens, ils s'arrachent les sourcils et les cils afin de 
mieux voir. Sur les autres parties du corps, dans les 
deux sexes, le système pileux reste toujours à Fétat 
rudimentaire. 

La taille moyenne des femmes, les chiffres que j'ai 
donnés l'attestent, égale au moins celle des Espagnoles, 
et pourtant, comparée à celle des hommes, elle pré- 
sente une différence en moins de 201 millimètres. Or, 
ce résultat, assez conforme à ceux qui se trouvent con- 
signés dans les ouvrages de MM. Quetelet (2) et hA* 
dore Geoffroy Saint-Hilaire (3), parait contredire h^ 



(1) D*0rbi6NT, Ottor. cit., t. U, p. 350. 

(2) Sur V homme et U développement de tee facultég^ t. II, p. 42. Le 
MTêoft directeur de l'obeerTatoire de Bruielies admet comme limites à 
racciiiasemeot de Thomme, fJSS, et à celui de U femme, 1*,579 : dif- 
Céreoce, 143 miUim. 

(3) On lit cette phrase dans VBistoire générate et pariieuHire du 
anomaiiet de Vorganiêation, 1. 1, p. 236 : 

« Les femmes sont beaucoup plus petites, proportion gardée a?ec les 
« hommes, dans les contrées où ceui-ci atteignent une taille très-élcTée. • 



ÎM PAYA6UAS. Mi 

observations faites par H. d*Orbigny (4) sur d'antres 
nations du rameau pampéen, chez lesquelles les femmen 
ont des proportions relativement plus ^ndes que 
celles qui existent en Europe entre les deux sexes; S'il 
y a ici anomalie, par quelles causes est-elle produite ? 
A quelles circonstances locales, particulières, Tattri- 
buer? 

Dans la jeunesse, les femmes, sans être sveltes, sont 
bien proportionnées. Mais elles engraissent de bonne 
beure ; leurs traits se déforment, et, bientôt leur corps 
devient trapu et ramassé. En revanche, les pieds et 
tes mains conservent toujours- une petitesse remar- 
quable, quoiqu'elles marchent pieds nus, et qu'elles 
ne prennent aucun soin de leur personne. J'ai retrouvé 
cette conformation délicate,, cette distinction si enviée 
des Européennes, dans le& nations du Chaco, qui sont, 
avec les Payaguàs, les plus belles de l'Amérique, et 
peut-être du monde entier. 

. En vérité, après ce qui précède, on éprouve quelque 
embarras à rappeler les préjugés nombreux qui ont 
poursuivi les peuples autochthones du Nouveau-Con- 

lîppit; préjugés dont le temps et la sciéiice ont fait 

» 

JpMfîce. Certes, nous sommes loin de répot}ue où l'on 
.'IpiÀatait gravement, à la suijte de Thomas Qrtiz, évêque 
de Sainte-Marthe, et de Herrera, la question de savoir 
si les Indiens, malgré l'excellence de leurs proportions, 
n'étaient pas des orangs-outangs, c'est-à-dire uinT es- 
pèce intermédiaire entre l'homme et les animaux, et 

(1) Ottv. cU.y 1. 1, p. 105. 



* 



dê% ETHlfOLOOlB ET POMJLATIOH* 

OÙ il fallail une bulle du souverain pontife pour leor 
octroyer le droit de cité dans l'espèce humaine (I). 
L*opinîon du P. Barlhelemi de Las Casa sa prévalu, et 
grice aux voyageurs modernes, il ne reste rien des 
préventions injustes et' des exagérations de Paw et 
d'Antonio Ulloa. 

Mais passons. 

Les femmes laissent flotter leurs cheveux sur les 
épaules, et ne les attachent jamais. EUes ont he seîn 
bien placé, et ses proportions n'offrent rien d*exagéré 
avant le mariage. Une fois mères, elles en altèrent les 
formes, en le déprimant de haut en bas, à Taide d'une 
ceinture. Ainsi allongé, elles le donnent M Tenfiant, 
par--dessous le bras, ou par-dessus l'épaule. 

Lorsqu'une jeune fille s*aperçoit du signe certain 
de sa nubilité, elle en instruit sa famille, et subit alors 
un tatouage qui atteste qu'elle est passée de r«i£amoe 
stérile à l'âge fécond de la puberté. A l'aide d'une épîne 
et du fruit du genipayer (2), on lui trace une raie 
bleuâtre large d'un centimètre, laquelle conunence à 
la racine des cheveux, traverse le front, et descend 
perpendiculairement sur le nez, jusqu'à la lèvre supé*- 

(!) Cette balle célèbre fat promolgnée par Paul m, le 9 juin 1936, svr 
les 6<rfliciUitioiis de deai moioes, fthj Domin^os de Minaja, et fnj 
Oomiogos de Betaoços. Plas tard, aa concile de Lima teoa ea i56$, la 
cbose fat remise eo question, et Ton discata looguemeot pour sarar si 
les Américains possédaient rintelligence nécessaire à la participatioa aai 
sacremeoto de TÉglise. Cette fois encore leor cause triomplia. 

(2) Nandipa (Genipa americana). 

L^iirticiîoa roeoiî est une couleur rouge, que Ton obtient des tégomeoti 
de la graine de Tarbuste connu en botanique sous le nom de Bixa orel' 
lana. Celte matière , précieuse par ses applications à riodustrie» figure 
dans les esportations de la Guyane française. 



LIS PATAGUAS. SM 

rîeure excIttsWement* Au moment de son mariage, on 
prolonge cette bande sur la lèvre inférieure jusqM 
sous le menton. Sa nuance Tarie du violet an bien- 
ardoise, ei ses traces sont indélébiles. Quelques femmes 
ajoutent à celle^^i d'autres lignes et des dessins tracés 
avec la teinte enflammée de Ywwu; maiar cette mode, 
générale il y a un demi-siècle, et qu*Âzara décrit en 
détail^ devient de plus en plus rare. 

Les Payaguàs vont nus dans leurs tentes [toldas); 
pais„ lorsqu'ils se rendent en ville, hommes et femmes 
portent une petite couverture ou mante de coton, qui 
les entoure à partir du creux de Testemac jusqu'au- 
dessous du genou. Cette pièce d'étoffe, qu'ils croisent 
sur leur corps à la manière du chiripa des créoles, est 
un des rares produits de leur industrie. Les femmes 
sont chargées du soin de sa fabrication, pour laquelle 
elles emploient le seul secours des doigts, sans se servir 
de navette et de métier. D'autres se contentent d'^i- 
dosser une chemisette sans col ni manche, assez sem- 
blable au Upay des Guaranis. Toutefois, l'usage des 
vêtements semble leur devenir à tous de jour en jour 
plus familier; et, parmi ceux que j'ai vus vaguer dans 
les rues de TAssomption, aucun ne s'était contenté, 
comme autrefois, de se couvrir de peintures figurant 
' des vestes et des culottes. Sous ce rapport, le docteur 
Francia a su les plier aux exigences de la bienséance, 
et le gouvernement actuel parait peu dbposé à se relâ- 
cher de la juste sévérité du dictateur. 

Quelques anciennes coutumes ont encore disparu : 
telle est celle qu'avaient les hommes de porter soit le 



S64 tTHHOLOCII IT NPOLATIOll. 

barbote ( 4 ), soit use petite baguette d*argeDt analogue 
aa iembeta des Guaranis sauvages ou Caajgoàs. D'an* 
très ne sont reprises qu*à de rares intervalles, oo b 
eartaines époques; alors on voit rqiaraitre, en ces 
jours solennels, les longues aigrettes de plumes fixées 
sur le sommet de la tète ; les tatouages variés et de 
couleurs tranchantes ; les dessins bizarres dont ils se 
couvraient le visage, les bras et la poitrine ; les col- 
liers de verroterie ou d<^ coquillage ; enfin, les brace- 
lets d*ongles de capivaras^ enroulés autour des poignets 
et des malléoles. Mais la tradition de cette ornementa- 
lion compliquée, nous le verrons bientôt, a été reli- 
gieusement conservée par le Paye ou médedn de la 
tribu (8). 

Les Payaguàs vivent sur la rive gauche du Rk^Pa- 
i^S^^y* qu'ils ne quittent jamais pour aller s^établir 
du côté opposé, où les Indiens du Chaco, avec les- 
quels ils sont toujours en guerre, ne manqueraient 
pas de les attaquer. Leur hutte principale (tolderia)^ 
élevée sur le bord du fleuve ( 3 ), consiste en une grande 

• 

H) IlOTtMV d€ bois léfer, arroodi, de faicMioM TariaMes, qaî ao 
place daos mat 9ii?crtQre pratiqméc à la lèm iaferiasre. Las Bo t ocoodaa, 
les Lengiias» etc., sembleol reoooeer aussi à cet aftcax ornemcot aaUe- 
ftiis Irte-aisiié. 

Le UmUlà tsl Boe bagneUe de gooiOM jaae et traBspareme de la di- 
■MilsioQ d*aiie grosse plame, dfâtioê« à être portée de la même manière 
qoe le kmr^oU. Le frmàrfa se termine en pointe par son eitrémité libre. A 
rentre, oo sonde avec de la foaoM liqnide nne picee transversak dont 
la position dans Fintérienr de la boncbe empècbe la baguette de s*écliap- 
per par rooTerinre de la lèrre. 

(?) IHi-iK- 

(3) Cette partie do rivage est appelée cl Banco. Elle sert de lien de pro* 
men ad e k dimaacbe. 



LES PAYAGUAS. 365 

case allongée, haute de 3 à 4 mètreit faite de bamboas 
placés sur des fourches et que l'on a recouverts de 
nattes de jôiic non tressées. Des dépouilles de jaguars, 
de capivaras, étendues sur !e sol, serrent de Irts; des 
armes, des ustensiles de pèche et de ménage sont ac- 
crochés aux perches qui soutiennent ta frôle toiture 
do Thabitation, 0u gisent pële-mèle avec des vases de 
terre dans quelque coin. 

La poterie que fabriquent ces Indîms est mal cuite, 
se brise facilement, et ne doit résister que foiblement 
à Faction du feu. L argile en est noirâtre et assez gros- 
sière; mais les formes qu'il» savent lui donner et les 
dessins dont ils la revêtent, dénotent de l'adresse et dû 
goût. 

Ils se servent encore habituellement de calebasses 
(forùngoi)^ très-communes dans le pays, dans lès-^ 
quelles ils rapportent de la ville Teau-âe-yie de canne, 
dont' ils font abus toutes les fois qu'ils en ont les 
moyens; car ils ne connaissent d'autre fête, d'autre 
distraction que l'ivresse; et ils dépensent de- cette 
sorte tous les bénéfices de leur commerce avec les 
habitants de l'Assomption, auxquels ils fournissent le 
bois, le poisson, et le fourrage des chevaux (pa$fo). 
Autrefois, l'Indien ivre était accompagné, dans les rues, 
par sa femme ou par un ami, qui souvent parvenait 
à le ramener dans sa demeure, avant la perte entière 
de l'usage île ses jambes* Mais il est maintenant dé* 
fendu, sous des peines sévères, de les laisser boire dans 
les cabarets (pulperias)^ et le Payaguà muni de sa 
précieuse liqueur doit rentrer chez lui, pour se livrer 



366 BTHNOLOGII IT POTOUTIOII. 

en toute liberté à m passion fayorite. Avant Tadoptioil 
de cette mesure, il se passait fréquemment sur la voie 
publique, des scènes dont la décence avait fort à rougir. 
Il est juste d'ajouter que jamais, en cet état, ils n*ont 
commis de plus graves délits, et que, dq>uis la paix 
qu'ils ont signée avec les blancs, rarement les auto- 
rités ont eu à s'occuper d'eux. La plupart des jeunes 
gens et des femmes s'abstiennent de boissons alcooli- 
ques; les hommes mariés ont seuls le privilège d'en 
liser largement, et ce goût, chez eux comflQie partout, 
s'accroît et se développe avec l'âge. 

L'industrie très^bomée des Payaguàs constitue oe^ 
pendant leur unique ressource; car ils ne connussent 
aucune culture, et ne récoltent ni mais, ni patates, ni 
tabac. Ils sont pécheurs, passent leur vie sur l'eau, et 
deviennent de bonne heure de très-habiles marinievsk 
Tantôt on les voit à rarrière d'une pirogue s'aban<^ 
donner au courant en suivant leur ligne; tantôt, ddlnnit 
sur une file, ils rament en cadence, et font glisser 
l'embarcation avec la rapidité d'une flèche. Longues 
de 4 à 5 mètres, et larges de 2 pieds et demi à 3 pieds, 
leurs pirogues sont creusées dans le tronc d'un tonèô, 
et se terminent aux deux extrémités en pointe allongée. 
liOur pagaie, acérée comme une lance, devient entre 
leurs mains une arme redoutable, à laquelle il faut 
ajouter l'arc, les flèches et la macana. A la guerre, 
ils sont cruels, et ne font de quartier qu'aux faunes 
et aux etifants. Leur manière de combattre n'offire 
rien de particulier. Ils attaquent les Indiens du 
Chaco, en fondant sur eux à l'improviste, et s'effor- 



LES PAYAGÛAS. « 367 

cent de les surprendre; msis îtB fPgsifdent bien de 
s'éloigner des rivières, car ils seraient facilement vain- 
cus en rase campagoe par ces trîbuS si redoutables âi 
cheval. 

Déjà on Taora pressenti, cette nation vit dans un 
état de liberté absolue et de complète indépendance, 
tis^à^vis du gouvernement de la république para- 
guayenne, qui ne lui impose ni taxe ni corvée. Loin de 
là, il paye aux Payaguàs les services qu*il réclame d'eus , 
soit lorsqu'il les envoie en jcourriers sur le fleuve, àôit 
lorsqu'il s'en s^ comme de guides dans les expéditions 
dirigées contre les hordes èauvages qui errent sur hr 
rive droite. Le dodeùr Francia avait su tirer parti de 
leur concours, pour fermer le plus hermétiquement 
possible son malheureux pays, en les chargeant de 
la surveillanee de la rivière, seule voie par laquelle il 
fttt possible de a'«n échapper; et les Payaguàs ne firent 
jamais défaut, dit-on, à l'exécution des consignes ri* 
goureuses qu'il leur donna. 

Libres vis4i-vis do gouvernement, ils le sont aussi 
«itre eux. Quoique réunis en communauté, ils ne re- 
connaissent ni chef, ni hiérarchie. Jamais ils n'ont 
voulu se soumettre au christianisme, et tous les efforts 
de ses apôtres ont échoué. Le seul personnage de la 
tribu est le médecin ou payes dont les fonctions ne 
restent jamais vacantes, ter ^lles ne sont pas sans 
profit. 

Désireux de connaître et de pouvoir dessiner à mon 
aise, au milieu de tout le luxe sauvage de son accou- 
trement, celui qui était chargé de ce rôle, j'obtins qu'il 






368 (THNOLOOKET POPULATION. 

se rendrait, jrevIilFdas attributs de sa haute dignité, 
dans ma maison, >^n cpmpagnie de quelques 'autres 
Indiens. La proinesse d'une certaine quantité du pré- 
cieux breuvage et la perspective d'une soirée d'ivresse 
avaient eu promptement raison de ses hésitations. 

Au jour dit, le paye vint me trouver avec un jeuM 
garçon et deux femmes. C'était un vieillard, couribé 
par les années, mais dont la physionomie n'avait rien 
de repoussant, malgré la déformation des traits,* tou- 
jours précoce et si remarquable chez les indigènes. 
Ses cheveux, encore noirs, étaient retenus sous une 
résille bordée de verroterie é Une aigrette sunmHitait 
la résille, et des plumes de nandii flottaient derrière 
sa tète; un collier de coquillages bivalves entourait 
son cou, auquel pendait, comme trophée, un sifflet 
taillé dans l'os du bras d'un ennemi. Entièrement nu 
sous sa chemisette sans col ni manches, faite de deux 
peaux de jaguars» il portait autour des malléoles des 
chapelets d'ongles de capivaras. Enfin , il tenait dans 
la main droite une courge allongée, et dans la gauche, 
un long tube de bois dur que j'eus quelque peine k 
reconnaître pour une pipe. 

La scène s'ouvrit. Le sorcier donna la pipe à son 
compagnon chargé de l'allumer, et, l'ayant reprise, il 
aspira plusieurs bouffées qu'il lança bruyamment 
dans la calebasse par llorifice dont elle était percée; 
puis, sans l'éloigner de ses lèvres, il se mit à crier 
tantôt lentement, tantôt vite, en faisant entendre alter- 
nativement les syllables ta ta, et to lo to, avec des re- 
doublements et des éclats de voix extraordinaires. 



LKS PATAGUiS. *. *^. 369 

inexprimables. EiMnême teiil|^*)9||Ppli^ à de vio- 
lentes contorsions, k droite, à gaudre, et exécutait des 
sauts en cadence, tairtôt sur un seul pfed, tantôt sur les 
deux réunis. 

Ce manège ne dura pas longtemps, et sous prétexte 
de fatigue il ne tarda pas à s*arrêter: Il fallut une ra- 
sade pour le remettre debout, et son cbant monotone 
recommença aussitôt. 

Lorsqu'il s'agit de la guérison d'i^ malade, le méde* 
cin ajoute à celles-ci d'autres jongleries. Elles sont elfin^ 
tuellement racontées^par le P. Guevara, dans Fouvrage 
que j'ai cité au commencemetat de ce récit» Ensuite, 
le patient est mis à la diète, et Ton devine que le régime 
n'a pas la moindre part dans des cures qui rapportent 
beaucoup de considération, quelques privilèges, et les 
moyens de vivre dans l'abondance de toutes choses. 
Mais si ce rôle, entouré d'une sorte de vénération su- 
perstitieuse, offre des avantages, il a aussi ses péri IsT 
car en cas de mort, une correction sévère, quelquefois 
mortelle, vient punir l'homme de l'art de l'impuissance 
de sa thérapeutique. 

Cette déférence intéressée, qui est loin d'être exces- 
sive, résume d'ailleurs toutes leurs idées religieuses, 
car ils n'ont aucun culte apparent, mais seulement une 
idée confuse de deux génies supérieurs; l'un du bien, 
l'antre du mal. 

Enfin, mes dessins achevés, je levai la séance, 
k la satisfaction générale de mes hôtes, et je les 
congédiai, après avoir acheté au paye sa pipe et son 
sifflet. 

24 






370 ETHNOLOGIE ET P0PUL4TI0N. 

Faite de bois^ltr et pesant» cette pipe est coinrarte 
de grecques régulières, gravées superficiellement^ avec 
une assez grande perfection. Longue de 50 centime 
très, elle est ornée de clous dorés, et percée d'on 
conduit évasé par un -bout, et terminé par un bec à 
Tautre. On retrouve cet instrument chez d'autres na- 
tions voisines, chez les Tobas et les Matacos des bords 
du Pilcomayo. Il donne une idée de ces éipormes ci- 
gares faits avec la feuille roulée du palmier 0I le peton, 
lesquels jouaient un grand rôle au Brésil dans les 
cérémonies des Tupinambas, chez les Caraïbes des An* 
tilles, toutes les fois qu*il fallait décider de la paix 
ou de la guerre, évoquer les mânes des ancêtres, etc., 
et que les premiers navigateurs prirent pour des tor- 
ches. 

Maintenant, pn mot pour terminer ces détails ethno- 
graphiques, sur le langage des Payaguàs. Cet idiome 
^^Irès-dur et guttural, offre des difficultés de pronon- 
ciation à désespérer un philologue. 11 semble posséder 
le th des Anglais, le ch des Allemands et lej (jota) des 
Espagnols. On croit souvent entendre dans le même 
mot la réunion de ces consonnes composées, d'une 
articulation si difficile alors même qu^elles sont pro- 
noncées isolément. 

Les sons viennent à la fois du nez et de la gorge, et 
leur association parait tout à fait étrange à des oreilles 
européennes. Sif&ants dans les premières syllabes, ils 
sont courts et saccadés dans les syllabes finales. J'ai 
retrouvé dans les langues du Chaco, mais rarement à un 
degré aussi marqué, cette absence complète d'eupho- 



LB8 PATA6DAS. S71 

nie (1)t due aux redondances fréqiptes des doubles 
consonnes gt^ fc/> gd, etc.; quoique les terminaisons 
en 6C, en ic et en oc, y soient d'ailleurs moins nom- 
breuses que dans l'idiome toba. 

Si le langage de ces Indiens diffère des dialectes du 
Grand-Chaco, dont il se rapproche cependant beau- 
coup, par une gutturation forte, une grande analogie 
dans la fracture des mots, et les règles syntaxi- 
ques, il éloigne bien davantage du guarani, langue 
euphonique, douce, et même harmonieuse, quoi^ 
remplie de diphthongués et de contractions. C'est donc 
à tort que des écrivains ont confondu ces deux idio- 
mes, et il est regrettable de trouver cette erreur repro- 
duite dans un ouvrage moderne, rempli île documents 
précieux pour l'bîstoire des provinces de Tancienne 
vice-royauté de Buenos-Âyres. Il suffisait de comparer 
ensemble un seul terme usuel, pris au hasard danj^jeau. 
deux langues, pour l'éviter. Par exemple, pety, lequel,^ 
notons-le en passant, est bien le même que le mot 
petun du Brésil et des plaines de l'Amazonie, signifie 
en guarani tabac : or, tahac se dit en payaguà, acat- 
chougou. 

Enfin, autre trait de conformité avec les nations du 
rameau pampéen à joindre à ceux que nous connais- 
sons : les noms de toutes les parties du corps commen- 
cent parla même syllabe hy. 

Ils disent : 



(1) Un Toyageur instruit a écrit de ces langues : « EUet ont des mois qui 
ressimblenl à de profonds gémissements. » D' Weddcll» Voyage dans U 
Sud de la Bolivie, Paris, 1S51, in-8% p. 338. 



372 ITHMOLOGIK IT FOFULATIOll. 

Nez Hyock. 

Bouche Hyachàldi. 

Oreille Hyab^uada. 

Menton HyakI. 

Cuisse Hyesigué. 

Pieds Hyboro. 

Doigts HytcbangS. 

Il en est de même chez les Puelches, dnn les Len- 
guas et les Tobas dont nous parlerons bientôt (1). 

Ainsi que la plupart des Indiens qui les entourent, 
tes Payaguàs possèdent un système de numération 
très-incomplel et rudimentaire. Comme les Guaranis» 
ils ne comptaient au moment de la découverte que 
jusqu'à quatre. Les besoins d'échange et de commerce, 
conséquence de leur contact avec les Espagnols» les ont 
obligés à emprunter à ces derniers les noms de nombre 
^dont ils se servent au delà de cette quantité. 

Voici les quatre expressions fondamentales, primi- 
tives, du payaguà et du guarani. On appréciera mieux 
encore, en les comparant, Téloignement et la disparité 
des deux langues. 

Français. Paguayà. Gaarani. 

Un Heslé Petei. 

DeuX; . • . Tiaké Mokoi. 

Trois. . . . Tiakeslarna. . Mbohapy. 

Quatre . . . Tipegas. . . . Yrundy. 

Encore une remarque, et ce sera la dernière, à Ten- 

(1) Yoy. àPMRDiGi, le Gran4'Chaco, 



LB8 PAYAGUAS. 373 

droit des incroyables difficultés de prononciation que 
présente le langage de ces Indiens. 

Les missionnaires, dont les travaux ont rendu d'émi- 
nents services à la linguistique américaine, ne l'ont 
jamais pris pour sujet de leurs observations, car il ne 
parait pas qu'ils aient tenté, à aucune époque, malgré 
un voisinage de tous les instants, de consigner dans 
des ouvrages spéciaux quelques rechercbes philolo* 
giques. De nos jours encore, on ne rencontre dans la 
capitale du Paraguay, aucun habitant qui ait pu en 
apprendre quelques mots. Aussi est-il resté le patri- 
moine exclusif des individus de cette nation, Eq nr 
vanche, il est assez ordinaire de trouver un Payaguà 
sachant le guarani, et môme un peu l'espagnol; c'est 
à Taide d'interprètes choisis dans ces deux catégories, 
et avec les ressources tout à fait insuffisantes de notre 
alphabet, que je suis parvenu, non sans peine, à eim- 
poser le vocabulaire d'où j'ai tiré les brèves considéra* 
tiens que je viens d'exposer. 



CHAPITRE XXVIII. 



ITBMLOftlI IT POPULâTlOI ( SUite ). — STATlSTlOfl. ^ DISTAinTlOl 

n U FOPVLATlOa. 



En se plaçant à un point de vue général on peut 
donc distinguer à la fois dans la population du Para- 
guay : 

Des hordes d'Indiens indépendants (Indios bravos) 

Des Indiens soumis ; 

Des Métis à tous les degrés de la race autochthone 
avec la race latine; 

Quelques Nègres, en très-petit nombre; 

Des hommes de couleur provenant de leur mé- 
lange, soit avec les Blancs, soit avec les Indiens; 

Enfin des Blancs, issus pour la plupart des alliances 
contractées par iw conquérants avec les femmes indi- 



STATISTIQUE. "^ 375 

gènes, à une époque plus ou moins reculée. Ils con- 
stituent la masse de la population, et prennent le nom 
de créoles ou fils dupaysj lorsqu*ils veulent se distin- 
guer des quelques rares Espagnols venus d*Europe, 
et qui ont échappé aux persécutions du docteur Fran- 
cia : ils ont d'ailleurs perdu toute trace de sang guarani. 

Pour quelle part, dans quelles proportions, chacune 
de ces catégories entre-t-elle dans le chiffre de la po- 
pulation totale? 

11 est aisé de comprendre les obstacles qui rendent 
insoluble un pareil problème, autrement que par ap- 
proximation. En effet, déjà nous Tavons dit, si certains 
caractères physiologiques du nègre persistent pendant 
une longue suite de générations, les races indigènes de 
TÂmérique s'assimilent beaucoup plus facilement et 
plus promptement à la race latine. Qui peut affirAier 
le point précis où finit le Métis, et où eommendl'Ie 
Blanc? et d'ailleurs, même en%i supposant possible, 
une telle détermination serait nécessairement variable, 
et tel caractère incontestable aux yeux d'un observa- 
teur, deviendrait sans valeur ou cesserait d'être ap- 
préciable pour un autre. 

Sans s'écarter beaucoup de la vérité — impossible à 
connaître d'une manière rigoureuse — on peut éta- 
blir que les Blancs entrent pour six dixièmes dans la 
masse de la population ; les Indiens pour deux dixiè- 
mes; et les hommes de couleur ^et les Métis à tous les 
degrés et de toute race, pour le reste, soit deux dixiè- 
mes. 

Les créoles des autres provincesiljjpt aussi rares au 



.17G ETHNOLOGIE ET rOPULATIOH. 

Paraguay que les Espagnols d*Europe. A ravénenent 
ilu docleur Francia, presque tous se sont bâtés de sortir 
d'un pays où ils étaient généralement mal vus; ceox 
qui ont eu le tort d*y rester ont payé cher cette haute 
imprudence. Le despote, redoutant de leur part quel- 
ques velléités contagieuses de résistance à ses projets, 
les persécuta, en fit mourir plusieurs, et ne laissa la 
vie aux autres qu'en échange de leur fortune. 

J'aborde maintenant Tétude difficile de cette imporr 
tante question de géographie politique : 

Quelle est la population de la République do Para- 
guay ? 

La statistique, science nouvelle encore pour FEu* 
rope, est tout à créer dans le Sud- Amérique ; et les 
difficultés de Tapplication de l'arithmétique politique 
à la solution de problèmes purement économiques que 
j'ai signalées dans une autre publication (1 ), reparais- 
sent plus insurmontaMesencore lorsqu'il s'agit d'intro- 
duire cette science née d'hier dans l'étude physique de 
rhomme. On peut affirmer d'ailleurs que la popula- 
tion des grands États de l'Europe, malgré le zèle 
d'une administration admirablement organisée et conr 
vaincue de Timportance de ses devoirs, n'est connue 
que par à peu près. Mais ce n'est pas ici le lieu d'énu- 
mérer les causes de nature diverse qui rendent toute 
perfection impossible en matière de recensement. 

Et d'abord, ces rouages multiples qui fonclioQnent 
incessamment sous nos yeux, n'existent en Amérique 

(1 Du roàac «« MMr«ftMiy,p 13. 



STATISTIQUE. 37T 

qu'à rétat radimentaire. D*autre part, le pays est im- 
meDse» la population claîr-semée, et tous les obstacles 
que nous avons signalés dans un précédent ehapitre, 
lartTllu dénombrement des Guaranis sauvages (4), re- 
paraissent ici presque au même degré, lorsqu'il s* agit 
de connaître le chififre de la population soumise aux 
ordres du gouvernement. Ces réserves faites, une telle 
question ne nérite pas moins le plus sérieux examen. 

 la fin du siècle dernier, la population totale du 
Paraguay s'élevait d'après un recensement officiel à 
07,480 individus (2). Le mémoire manuscrit de 
F. Aguirre, daté du 24 décembre 1788, donne pour 
total le chiffre approximatif (mas o menos) de 96,000, 
dans lequel il ne fait entrer que 850 Espagnols d'Eu- 
rope, contingent que je regarde Bomme trop faible. 
On peut admettre en nombre rond le chiffré de cent 
mille âmes pour la population de cette province qui 
comprenait alors, il n'est pas imitile de le rappeler, une 
partie des Missions du Paranà. 

Depuis cette époque, un ensemble de circonstances 
très-favorables et sur lesquelles nous insisterons, a 
contribué à l'accroissement de cette population, la- 
quelle s'élève trh-iprobablement aujourd'hui au chiffre, 
déjà fort éloigné du précédent, de six cent mille âmes. 

Ce chiffre, nous nous hâtons de le dire, ne nous est 
pas fourni par un document émané de source officielle, 
et nous ne le croyons pas de nature à répondre aux 



(I) Vhi suprà, p. 333. 

{!) AEàiA» FoffOfM, I. U, Tablêta de ta p. W. 



378 ETHNOLOGIE ET POPULATION. 

prélentions du gouvernement paraguayen. II résulte 
des recherches que nous avons faites sur les lieux avec 
tout le soin, mais aussi avec toute la discrétioii|A la 
réserve que comportait ce sujet très-délicat daiBlm 
pareil pays. On assure» il est vrai, que le président 
Lopez a prescrit, il y a peu d'années, un recensement 
de ses sujets, et dans cette supposition, Tauteur des 
Instructions remises au général Solano Lopex, ministre 
plénipotentiaire du nouvel Ëtat à Paris, a exprimé au 
nom de la Société de Géographie le désir de connaître 
les intéressants résultats de cette opération (I). En l'ab- 
sence de cette communication vainement attendue, 
nous devons constater d'abord la tendance de l'autorité 
centrale et de ses agents à exagérer le chiffre de la 
population, à l'exemple moins excusable d'une puis- 
sance américaine, et dans des vues dont il nous parait 
superflu d'indiquer la portée (2). 

Ainsi, dans une note publiée par le consulat général 
du Paraguay, à l'occasion de l'Exposition Universelle 
de 1855, on trouve au milieu de renseignements em- 
preints d'un regrettable esprit d'exagération, cetteasser- 
tion contraire aux principes de la statistique : « La 
population qui n'allait pas, en 1840, à plus de 5 à 
600,000 âmes, a dépassé aujourd'hui le nombre de 



(1) Voy. la note de la p. 83. 

(2) tt Les ÉUts-Uois, au rapport de M. Wardeo, ont eiagéré par des mo- 
tifs politiques et pour se donner plus d'importance, le chiffre de leur 
population, surtout dans Tintérieur do pays où les étrangers pouTaieot 
luoios exercer de contrôle. » Quetelbt, Sur V Homme et le développe- 
ment de ses facultés, ou Essai de physique sociale, 2 toI. io-8*, Paris, 
1S35, 1. 1, p. 192. 



STATISTIQUE. 879 

1,200,000. > Un voyageur que nous avons déjà cité, 
adopte le ebiffire de 4 ,100,000 (1 ). 

ikiBtenant, en regard des témoignages qui viennent 
à^i^puî des prétentions du gouvernement républi- 
cain, irconvient de placer ceux qui se rapprochent des 
données que nouB avons adipïses. 

L'auteur d'une brocbQilr|kubliée k Rio de Janeiro 
sou$ les auspices de la légation paraguayenne , présente 
le cbiffre de 6 à 700,000 âmes, c comme se rappro- 
chant beaucoup de la vérité (2). » Cette somme est 
aussi celle qui figure dans une importante publication 
périodique du gouvernement français, d'après des 
renseignements transmis, il y atout lieu de Je croire, 
par l'agent qui le représente à l'Assomption (3) ; et 
dans un recueil qui renferme souvent, malgré la mo-* 
destie de son titre, des documents puisés aux sources 
officielles (4). 

Ceci posé, et le chiffre de 600,000 individus admis. 



(1) BnuABiN PodciL, Là France «I T Amérique âm Sud. Parit, 1840, 
br. iU'9*, p. 37. 

(3) Le Paraguay j ton Pané, ton Prêtent et ton Avenir. Rio de Ja- 
neiro, 1S48, br. in-8% p. 87. 

(3) Annalet du commerce extérieur, cahier de ooTembre 1857. Les «^ 
fooctioDS de coosnl de France soot confiées depuis plusieurs années k mon 

ami M. le comte AlfMi de Broasard, qui dana une publication remar* 
quable à la fois par le fond et par la forme, arait adopté déjè une opinion 
que des rechercbes faites sur les lieux mêmes paraissent avoir confirmée. 
Voy. ContidéralUme kittoriquet et polUiquet tur let Bépubliquet de la 
Piata. Paris, 1850, in-8*, p. 13. 

(4) Almanach de^Gotkapour 1859, p. 611. Les éditeurs, après SToir ^ 
éle?é la population de 260,000 habitants en 1855, à 1,300,000 eu 1858 
d'aprêt un recentement imbHé à VAttomption, mieui inforaiés sans 
doute, root réduite de moitié, ainsi que je Tiens de le dire. 

Une dernière preuTc de l'obseorité qui entoare cette difficile question. 



380 ETHNOLOGIE ET POPULATIOH. 

comme étant à nos yeux plutôt au-dessus qu*au-de&« 
sous de la vérité, nous allons pxposer Tensemble dea 
circonstances multiples qui peuvent expliquer uo ac- 
croissement exceptionnel eu égitrd aux règles JlNU 
statistique européenne. 

Les causes de cetâceroiaiMpttent rapide sont ou phy- 
siologiques, on liées à nkit politique et social du 
pays. 

Parmi les premières, U faut placer tout d'abord la 
fécondité des femmes. Dans toutes les classes de la so-t 
ciété cette fécondité est remarquable. Celle des ma- 
riages, démontrée par le nombre annuel des nais- 
sances» se confond avec la fécondité de la population; 
et d'après la loi établie par Maltbus, Taccroissement 
dans le rapport des naissances aux mariages, augmente 
dans une population croissante et non stationnaire (I). 
Les familles qui comptent 1 et 1 5 enfants ne sont pas 
rares, et quelques-unes en ont davantage. Les Indiennes, 
peu fécondes avec leurs semblables, le deviennent beau- 
coup lorsqu'elles s'allient à des hommes d'une autre 
race. Il faut admettre ici l'influence peu favorable de 
la conformation de certains organes, et reconnaître la 
justesse des conséquences que H. Walkenaer en a ti- 
rées, relativement à la conquête du pays (2). 



Oo lit dam Ip Journal of thê ameriean §eo§rapkical and êêûiUUeal 
Society, Januar j 18M, p. 13 : « Àothorities diflèr in esUmating tiia amoant 
of pofuilatioo io Uie conntry. Some say 900,000; oUiers 1^100,000; aod 
Hopkios makes it eveo 1,200,000 aoals. • 

(1) Eiêoi sur le pHncipe de population. Geoève» 1890, iD-8% i. U; cl 
Paris, 1845, iD-4*. 

(S) AiiBA, Vouagêâ, U, 59, à ta noté. 



iSTATi^TIQUï. ' 381 

Où regarde aussi le manioc (mandioea)^ qui entre 
pour la plus grandd part, et souvent pour la presque 
totalité dans la nourriture dçs habitants, comme une 
cause puissante de féofNfdité* S*i1 y avait là autre chose 
qu'une simple suppoi^itioii^ dilBcile à démontrer par 
des faits» il faudrait, ea dHjÛiant «n point de compa- 
raison chez les peapled nRbyophages, admettre un 
principe analogue à celuPqM contient le pdisson. Ce 
principe que Ton a cni trouer dans le pb^phore dont 
Faction sur l'économie est èien connue, quel serait-il 
dans ta racine du Jatropa manfhotf On a voulu de 
même expliquer la fécondité des femmes de la Sologne 
par l'usage^ du sarrasin qui forme la base de leur ali- 
mentation ; mais des recherches de M. Benoiston de 
Châteauneuf il résulte que l'influence de cette Po- 
lygonée est hypothétique comme celle de l'ichthyo- 
ph agio. 

Les causes moins discutables et plus efficaces de cet 
accroissement sont celles qui découlent de l'état social 
et politique du pays. 

Si jusqu'ici les immigrations n'ont pas apporté leu. 
contingent aux excédants des naissances sur les décès, 
pour produire les résultats prodigieux que nous.offre le 
Nord-Amérique, on peut dire que l'absence de guerres 
et de troublés politiques, combinée avec un état social 
où l*homme vit sans besoins et meurt sans inquiétude 
sur le sort de ceux qu'il laisse après lui, au milieu d'un 
pays extrêmement fertile et offrant à chaque pas les 
ressources d'une nourriture sinon très-abondante, du 
moins peu coûteuse, remplace les éléments qui affluent 



383 BTHNOLO&IB ET PÛPULÀTION. 

chaque année du dehors vers les plaines de l'Union. 
La prévoyance rend les mariages moins féconds, 
parce que Thomme envisage avec pi^éoccupation Tavenir 
pour sa famille trop ncMnbreude. .Mais ici c il cesse de 
raisonner» parce que tes soins oe 4a àtmille ne lé tou* 
chentpas plusqti6«sa'prûM|^stence; et poussé par 
le plaisir du moment» il amproé^it sans inquiétude 
pour Tavenir, en remettant |ioup ainsi dire à la Provi- 
dence qui fâ nourri luv-mème, le soin de ses en- 
fants (1 ). » Malgré cette in§ouciance, et quoi qu'en dise 
Montesquieu (2), l'état de pauvreté est une cause d'in- 
fécondité. On comprend sans peine que les familles 
nécessiteliies, obligées de travailler pour vivre, souvent 
en cas de maladie, ne sauraient s'accroître dans les 
mêmes proportions. Aussi ai-je remarqué que celles qui 
jouissaient d'une certaine aisance, comptaient aussi 
plus d'enfants. 

La chaleur du climat et son extrême salubrité sont 
des causes puissantes de fécoYidité, fortifiées encore par 
l'âge respectif des époux. On peut compter, il est vrai, 
plus d'un mariage précoce, mais jamais l'homme n'est 
moins âgé que la iemme, et rarement la différence 
entre les âges, variable entre 1 et 6 ans, sort des 
conditions favorables signalées, par la statistique (3). 
Enfin, toutes les forces semblent dirigées vers la repro- 
duction de l'espèce; chaque individu y concourt de 



(1) Odetelkt, Ouv, cit. 1. 1, p. 109. 

(2; Esprit des Lois, Liv. XXUI, Chap. U. 

(3) Oi^KTELET» I, 65; ~ ViLLLKRMÉ, Annalcs d'Hygiène, JâBYicr ISOl. 



$TATISTIQUB. 383 

bonne heure. Le célibat est iar«, et n'a d'ailleurs au- 
cune raison d'être dans un pays où Tabondance de 
la nourriture, l'ignorance des besoins enfantés par 
le luxe, et l'absence d'inégilîtéi sociales, facilitent le 
mariage (1). ^ ♦ . . • » 

A cette absence de $iÉ9cî^ii kndeiftain, de préoccu- 
pations de commerçii. de«|pB#fl^'îndustrjev il faut 
ajouter des considéramiiid'unl^iiie par^i|eDt moral. 
Les familles sont nombreuses^ et letmdMp' petites et 
insuffisantes. Dans une famiUe pauvre, où tout le monde 
dort pète-mèle, la chaleup du climat, l'occasion^ déter- 
minent entre le frère et la sœur, le pèrr et ia £lle, 
entre le fils et ta mère, une sorte de proBii8C||{É^et des 
rapports adultérins circonscrits dans^Ies fiMtHesplus 
aisées aux maîtres et aux serviteurs, rapports provo- 
qués par le mélange continuel des sexes, l'oisiveté, el 
presque excusés par une demi-nudité plus provoquante 
qu'une nudité complète. En dehors de ces considéra- 
tions, rien n'autorise d'ailleurs à admettre les .causes 
qui produisent dans la province de Guanaxato, au Mexi- 
que, 100 naissances pour 4608 habitants, et 100 décès 
pour 1970 (2). 

Aux États-Unis , on a constaté une augmenta- 
tion rapide de la population dans les années qui 
ont suivi leur affranchissement et l'inauguration d'in*- 
stitutîons libérales. L'accroissement annuel qui était 

4 

(1) M. OotnUf( Jur nromine, (• 1 • P- 297) démontre *qQe les deot 
tiers de te pefii^ioii d^ yEartpe se composent de célibataires, et raatre 
tiers de mariéiW de veufa» 

(2) D*lYi^p», mUM^Ç^ mioerêilU de Ginivê, mars 1880. 



S84 KTHN0LO6IE ET POPULATION. 

en 4780 de 6, 3 p. 100^ 
en 4790 de 3, 7, 
en 4810 de 2, 87, 
descend en 4820 «à 4, 9. *• 

Ainsi, conïme le fait observer M. Quetelet, la Titesse 
d'accroissement *d*accélérte qa*«Ile était, est devenue 
uniforme, la progressfon'^thmélique s'est substituée 
à la progression géométrique. 

Il sembla, à la vue de ces chiffres^ que Tinfluence 
de régimes politiques entièrement opposés se traduise 
par les mêmes résultats avantageux lorsqu'il s'agit de 
l'accroissement de la population. Ainsi, dans le Nord- 
Amériqilt la maxime du laisser faire et laisser passer 
rè^ne en loi suprême dans toute la plénitude de sa dange* 
reuse souveraineté, tandisqu'au Paraguay l'individu 
isolé du reste du monde, sans horizon, maintenu dans les 
habitudes de la plus désespérante monotonie, est re- 
mis aux soins d'une tutelle qui lui ôte toute pensée 
d'initiative. Eh bien! dans ces deux républiques qui 
n'ont de commun que le nom — combien souvent les 
mêmes mots expriment des choses opposées! — il est 
curieux de voir Thomme se multiplier dans des pro- 
portions presque comparables. 

Ces résultats, surprenants au premier abord et op- 
posés aux règles généralement admises, ne sont pas — 
qu'on veuille bien le remarquer — particuliers au 
Nouveau Monde. En transportant l'étude de cette com- 
paraison de ce côté-ci de l'Océan, on arrive à une con- 
clusion identique, ou plus favorable eneate à la doc- 
trine de l'absolutisme. Ainsi, la période de double- 



r. 



STATISTIQUE. S85 

ment de la population est aussi courte, plus courte 
peut-être pour la Russie que pour la France (1 ) ; et 
les chiffres de raccroissement comparatif de la popu- 
lation entre la Hongrie et la libre Ân||leterre, donnés 
par le professeur Rau et M. Charles Dupin, seraient de 
nature à renverser l'influence que Ton accorde, sous ce 
rapport, aux institutions libérales (2). 

Le rapport de la population 4 la surface du sol, 
donne 61 habitants par lieue carrée de 35 au degré, 
pour Taréa compris entre les rios Paranà et Paraguay. 
Ce chiffre, en disproportion manifeste avec l'étendue 
du territoire, lorsqu'on le compare à la densité de la 



.* 



(1) Schnitzler prétend que rêccroissement annael de la population 
russe est de 660,0(N^ âmes, ce qni rédoirait à cent ans la période de 
doublement. 

(3) Le tableau snivant contient le mourement de I9 population dans 
qvelqnes États de TEurope. Nous devons dire que des causes nombreuses 
s'opposent à ce que Taccroissement se fasse suirant'les lois qui y sont 
indiquées; sans cela, des disettes ti des famines effroyables survien- 
draient par suite de l'insuffisance de la production des aliments , c^te 
production n'aiigmentant pas dans les mêmes proportions.. Odstiut, Sur 
r Homme et le dévèloftpement de ses facultés, t. I, p. 203. 



Irlande. ....... 

Hongrie. .•.••• 

Espagne 

Angleterre 

France... ..«•.. 



ACCMMMraurr uimwu^ 


ViRIOBB 9% MINUHSaT. 


Rau. 


G. Dupin. 


Rau. 


C. Dupin. 


3,45 





28,6 ans. 


» 


2, 4 


• 


20,2 


B 


1,66 


B 


41,9 


» 


1,65 


1,67 


42,3 


42,0 


0,63 


0,65 


110,8 


105,0 



25 



386 ETHNOLOGIE ET POPULATION. 

population en Europe (1), dénoie une agglomération 
beaucoup plus compacte au Paraguay que dans les États 
du Rio de la Plata considérés dans leur ensemble, 
pour lesquels Hte mêmes calculs ne donnai que 10 
habitants par lieue carrée géographique. Il faut ajouter 
que si, au lieu de concentrer la totalité de la population 
sur la surface du Paraguay proprement dit, on k dis- 
tribue à la fois , et sur elle et sur les dépendances 
accessoires de la République (2), on arrive au chiffre 
de ii habitants ~ P^i* lî^tie carrée, lequel est plus que 
double encore de celui que présente la Confédération 
Argentine. 

En ciitonscrivant Tétude de la densité de la popu- 
lation au territoire compris entre les rivières Paranà et 
Paraguay, sans tenir compte du chiffre inconnu mais 
assurément très-faible des habitants disséminés à tra- 
vers les solitudes du Chaco, ou dans les plaines désertes 
des Missions de TEntre-Rios, il faut encore remar- 
quer que cette répartition est très-inégale sur cette 
superficie. 11 suffît d*un coup d*œil jeté sur ]â. carte, 
pour voir que ta population relativement assez dense 
aux environs de TAssomplion, diminue dans une pro- 
gression rapide vers le N. E. La ligne que nous avons 
imaginée dans Tétude de Torographie paraguayenne, 



( 1 > Hibiiaots par itme canre : 

Pays-Bas 1859. 

Anslfterrr propre 1457. 

France 1062. 

Eussie • . . . . 161. 

S«Me el Norwéff tt. 

^3 Voyei les calcuU de la p. 16. 



8TATISTIQUK. 887 

pour séparer la région inontueuse des plaines mollement 
ondulées sud-occidentales (1), peut être encore consi- 
dérée comme établissant une démarcatiod entre les deux 

* 

parties inégalement peuplées du Paraguay. Le voisinage 
des forêts nord-orientales, la crainte des Indiens qu'elles 
recèlent, ont produit dans le voisinage de la capitale, 
unique point visité jusqu'à ce jour par les étrangers, 
catte condensation qui a dû faire croire à un nombre 
d'habitants supérieur à celui qui existe réellement. 

La population ainsi agglomérée , est d'ailleurs assez 
également répartie — à l'encontre de ce qui se voit 
en Europe -^ entre quelques centres principaux et les 
campagnes. Quoique, au Paraguay, on donne le 
nbm de villes à des bourgades qui ne comptent que 
quelques centaines d'âmes, et souvent moins encore, 
celles-ci même sont raries , et les villages consistent 
en trois ou quatre habitations groupées au pied de 
Téglise du district (parttdo).. On peut donc dire que 
toute la population vit éparse et clair-semée au milieu 
des champs. Là, chaque famille possède une maison- 
nette (rancho) entourée d'un jardin planté d'orangers 
et de cocotiers, faite de terre, et couverte de pailles 
coupées dans le pajonal voisin. De gros bambous re- 
liés entre eux par des lanières de cuir frais (crudo)^ 
constituent la charpente de la toiture, et reposent sur 
quelques pièces de bois en partie noyées dans Tépais- 
seur des murs. Ce modeste hogis est encore indiffé- 
remment la demeure du propriétaire d'une vaste ex- 

(1) Voy. Cbap. VI, p. 58. 



388 ETHNOLOGIS ET POPULATIOH. 

ploilation rurale, ou celle du contre-maitre ( capataz ) 
chargé de son administration. 

Cette dissémination reconnaît plusieurs causes. Dès 
les premiers temps de la conquête, Tabsence de gîtes 
métallifères a tout d'abord détourné les bras au profit 
de Tagriculture; et Tîndustrie étant restée tout à fait 
nulle, la population n*a pas été sollicitée à se porter 
vers les villes. Le régime de terreur de Francia n'était 
pas de nature à modifier cet état de choses ; et le désir 
de se soustraire en partie à ses actes arbitraires, de 
vivre à Tabri de Tespionnage des serviteurs de son des- 
potisme, avait chassé de TAssomption les quelques fa- 
milles aisées qui s'y trouvaient lorsqu'il s'empara du 
pouvoir suprême. S'il est vrai que Tinfluence du séjour 
des villes tende à diminuer le nombre proportionnel des 
naissances, il faut considérer cet éparpillement comme 
une circonstance favorable à T accroissement de la po- 
pulation, et rajouter à celles que nous avons précé- 
demment énumérées. 

Nait-il plus de filles que de garçons? Azara, à la suite 
de recherches faites dans les archives des paroisses, 
se prononce pour Taffirmative. Dans le doute, nous 
croyons seulement que Ton peut constater au Paraguay 
Tabsence de ces causes qui tendent à augmenter le 
rapport des naissances masculines, et dont parie 
M. Prévost de Genève (^). 



{V Bibliotkèque mmiverulU. ocîobtt 18S9. p. UOet sqît. 

^olls rfvieiKiroo:> dao» une aatrr partie df cet oum^ (Partit kisto- 
rtqme . >ur U diTisioo territonilr, et noos feroos l'htàtoire des priocipaoi 
renir«^ de popaUtioo. Dtt<ms ici que Ton conple aa rari^iMy : 



STATISTIQUE. 389 

VÀsuneion {Asiomption), capitale, qai seule a le titre de Cité 
(Ciudad) ; 
Et dix Tilles (villas), savoir : 
Villa Rica. 

— de San - Pedro de Yqwimandeyu. 

— de CurvQuaty. 

— delPilar. 

— real de Coneepcion, 

— Franea. 
^ de Oltoa. 

— de San-Salvadar de Tevego, 

— del Roêario, 

'^ de la Encamaeion de Itapua, 
£q somme» le territoire est dîTîsé eo 81 districts {parlidos) : 
Partidos de Blancoiy 56, 

— de Indios, 23, 

— de Pardoê (mulâtres), 2. 

Le second de ces chiffres comprend huit Missions (pueblos) des Jdsultcs, 
situées entre les rivières Paranà et Paraguay. 



CHAPITRE XXIX. 



ITUOLMII IT P0P1IUTI0I (saite). ^ CAlACTtaUS PITlIfLMIil» 

IT kOlAUX. 



Considérée dans son ensemble» la nation para- 
guayenne isolée par la politique, des peuples de même 
origine qui l'environnent, est remarquable tout à la fois 
par ses caractères physiologiques et ses qualités mo- 
rales. On peut y suivre les modifications imprimées à 
la race latine par la race autochthone, et constater les 
heureux résultats du mélange des deux sangs, résul- 
tats déjà signalés par M. d'Orbigny sur d'autres points 
de r Amérique méridionale (1). 

Ainsi, en prenant pour modèle le type général, et 
sans nous arrêter aux exceptions, nous dirons que les 

(1) L Homme américain^ t. I, p. 140. 



. CARACTÈRES. 391 

hommes soût généralement grands et bien conformés. 
Leur taille» souvent supérieure à celle des Européens, 
est élancée et bien prise. La cause de cette amélio- 
ration nous échappe; il faut admettre des influences 
locales qui modifient ce trait de conformation qui par 
sa généralité devient un caractère de race. Des me- 
sures nombreuses prises dans plusieurs localités sur des 
individus adultes, m'ont donné pour moyenne de la 
taille des hommes 1"',?9iO millimètres. 

Leur extérieur régulier n'offre d'ailleurs rien de re- 
marquable. L'air est doux et efféminé, et leur dé- 
marche a perdu cette gravité que l'on accorde généra- 
lement aux Espagnols. 

La peau est blanche, .parfois avec de très-légères 
nuances de bistre. Souvent on y surprend des traces 
non équivoques de sang indien. Dans les campagnes, 
il faut joindre à cette cause l'influence des agents 
atmosphériques (1). Beaucoup d'individus ont la pepu 
d'un blanc mat très-remarquable. 

Les cheveux sont noirs, plats, ou légèrement bou- 
clés. On ne rencontre, en général, de nuances claires 
que chez les enfants. 

La barbe, quelquefois peu abondante, offre dans la 
plupart des cas tous les caractères de celle des Eu- 
ropéens (2). 

(1) Sans partager ropioioo des physiologistes qui font dépendre nni- 
quement la coloration de la peau de Finfluence de la lamière et du soleil, je 
considère Tiusolation, certaines conditions hygrométriques de Tair, et 
peut-être la nourriture, comme des causes capables de modifier sensible- 
ment la couleur du derme. Voy. la note de la p. 359. 

(*i^ Ou^iquc la barbe ne soil pas plus uu attribut de la force, que sou 



892 ETHNOLOGIE ET POPULATION. ^ 

Les yeux, noirs, bien fendus, sont ddB les deux 
sexes parfaitement horizontaux. 

On prête aux liommes de certaines localités quel- 
ques traits particuliers de conformation. Ainsi, les h^sr* 
bîtants de Villa-Rica (Guayrenos) (1), passent pour 
noir un nez long et saillant. Mais ce caractère ne m*a 
paru ni très*prononcé ni général; et je ne le cobbI- 
dère pas comme propre aux indigènes appelés à fonder 
la ville de concert avec les Européens {%). 

Les femmes avec les mêmes proportions avantageu- 
ses, ont le pied et la main petits, des traits réguliers, 
la peau fine, d*un blanc mat, et une physionomie sou- 
vent fort agréable. Une jeune fille vêtue du tipay (3), 
avec quelques fleurs naturelles à * demi cachées au 
milieu de sa chevelure abondante et soyeuse, est gêné- 



âbseoce D*est aa indice de faiblesse — ce que robserralioD .médicale 
et la pratique des hôpitaux démontreot journellemeot — nous devons 
coDsigoer ici robsenration suivante : la barbe, dont fabsence caractérise 
les nations Sud-américaines , pousse assez touffue dans les métis issus 
d*une alliance au premier degré arec les Européens. Régulièrement im- 
plantée, médiocrement Gne, elle reste droite d*abord, et ne frise qae daos 
les générations suirantos. En rapprochant ce résultat du croisemeot des 
deu\ races, de celui que je si^nialais tout à rheure pour le déreloppement 
de la taille dans les mêmes circoostancis, on verra qu*il existe un rapport 
entre ces deui caractères, souvent (je devrais dire toujours) liés l'un k 
Tautre, et transmis à ses métis par la grande famillr latine dès la première 
génération. Cette loi, que des conditions physiologiques différentes cm- 
péchei.t de se produire d'uno manière aussi tranchée chez les mulâtres, 
est applicable au système pileux do toutes les parties du corps. 

\,\) Parce que cette ville fut fondée d*abord dans la province de Guayra 
eu IÂ7r>. 

iT L«* nei est souvent un raractèro d*» race en Amérique. 

(3) Chemise sans manches, faite d*une étoffe de coton souvent très- 
claire, et retenue à la taille |^r une ceinture. Le lipoy e«t orné en haut 
et ca bj> (ic bunli r.i» Je laine bleue ou noire. 




CARACTÈRES. 393 

ralement uS belle personne qui rappelle le type cas- 
tillan , quoique son maintien n'ait pas la noblesse un 
peu étudiée de celui des créoles de Buenos-Ayres (Par- 
tehas). Mais à TÂssoroption» ce vêtement national dis- 
parait peu à peu, et fait place aux modes fratiçaises 
importées d'abord par la voie du Brésil, avant Toch 
verture du Paranà aux marines étrangères. 

L'ardeur du climat hâte le moment de là puberté, 
et les femmes sont nubiles dès Tâge de neuf ans. De 
bonne heure aussi elles perdent leurs grâces natu- 
relles, et vieillissent. Le' corps s'alourdit, la démarche 
devient pesante, leurs traits se déforment, car elles ont 
hérité de cette disposition à l'obésité qui parait com- 
mune aux habitants des régions chaudes dans les deux 
continents, et cette disposition est encore favorisée, au 
Paraguay comme au. Brésil, par le régime alimentaire 
et le défaut d'exercice. Telles sont les remarques phy- 
siologiques que je crois devoir consigner ici. Sous les 
autres rapports, les Paraguayos ne m'ont pas paru dif- 
férer sensiblement des Européens dont ils descendent. 

Produit hétérogène du mélange à tous les degrés de 
trois races d'origine et de provenance distinctes, la 
population présente l'homogénéité la plus complète et 
la plus entière uniformité dans ses mœurs, ses goûts, 
dans ses habitudes et ses sentiments religieux. J'omets 
à dessein de parler de ses convictions politiques : elle a 
eu rarement à les manifester, car il est bien difficile de 
prendre au sérieux les délibérations d'un congrès na- 
tional, émané du suffrage universel, chez un peuple 
iiidiffcroiit à tout, à peine entré dans les voies de la 



394 ETUNOLOGIK RT POrULATIOH . ^. 

civilisation» et auquel en a appris ïi riPiCer à tout 
propos les mots sacrés d'indépendcmce et de patrie^ en 
lui imposant en politique» en industrie, en commerce, 
une tutelle et des entraves à faire r^retter le r^ime si 
durement reproché à la Métropole. 

Résignés, doux, patients, flegmatiques, bienveil- 
lants dans les relations ordinaires de la vie, les Para- 
guayos profondément imbus du sentiment de Tauterité, 
se montrent en toute circonstance d'une soumission 
aveugle, presque servile, vis-à-vis de leurs magistrats. 
Ils obéissent avec la plus entière abnégation aux ordres 
émanés de leur « Suprême Gouvernement » on de ses 
moindres agents. La doctrine de l'obéissance absolue, 
pratiquée pendant trois siëoles, n'avait pas en le temps 
de faire naufrage dans le rapide passage des institutions 
coloniales à Tétrange républicanisme inauguré par le 
Dictateur, et il n*était pas homme à lui laisser perdre 
son prestige. Aussi s'attacha-t-il toujours à semer au 
sein d'une population déjà craintive, Teffroi et la ter- 
reur par des exécutions répétées à .de courts inter- 
valles, et toujours sans jugement. Ces habitudes de 
soumission la séparent des peuples de la Plata, qui 
sortis tout armés du sein de l'insurrection ne savent pas 
obéir; aussi voit-on alternativement chez eux, comme 
le remarque fort justement M. de Brossard, la liberté 
dégénérer en licence, et Tautorité réagir jusqu'au des- 
potisme (1). 

(1) CoMidcralions hisloriqua cl poUliqucs sur la Républiques dt 
la Plaia, p. liO. 



CARACTÈRES. 395 

Ses mœurs puÂbles çt sa douceur, lliabitant du 
Paraguay les doit à plusieurs causes : à une disposi- 
tion innée d'abord ; ensuite au bonheur qu*il a eu — 
bonheur payé un peu cher — de n'être pas lancé par 
une soudaine et violente transition, dans l'ère révolu- 
tionnaire au milieu de laquelle se débattent épuisées, 
depuis l'Indépendance, les provinces Argentines. Enfin, 
il les doit encore, selon moi, à son mode d'alimenta- 
tion. 

Sous une forme d'apparence frivole, le spirituel 
auteur de la Phyiiolagie du Goût a formulé cet axiome 
d'une grande vérité : Dis-moi ce que tu manges, je te 
dirai ce que tu es. Je n'hésite pas à en faire ici l'appli- 
cation. 

L'influence de la nourriture, incontestable chez les 
animaux, assez évidente dans tous les payé (4), nulle 
part ne m'a paru plus sensible que chez les Paraguayos. 
L'Argentin ne quitte le sein maternel que pour mordre 
dans une tranche de bœuf saignant et souvent cru. Il 
dédaigne les fruits spontanés de la terre, d'ailleurs fort 
rares au milieu des solitudes qui l'environnent, et 
redoute par-dessus tout le travail et les soins que 
réclame la culture de ceux que l'homme s'est assimilés. 
Dressé de bonne heure aux exercices de la campagne 



(1) Oo oppose sans cesse et iTec râisoo U douceur et Fesprit paisible 
de la population de nos campagnes, à la turbulence fiévreuse, à la vie 
inquiète et agitée des ouvriers des grandes villes. En dehors des effets qui 
résultent d'une agglomération d'individus, et des passions qu'elle engendre, 
développe et entrelient, ne faut- il pas tenir compte de rinfluence active 
d'une nourriture habituellement animalisée, du viu et des boissons al- 
cooliques? 



396 ETDNOLOGIR ET POPULATIOH. 

{del campo)y à la garde et à* la condoite du bétail, 
ayant pour premier jouet un couteau, et comme récréa* 
tion la vue et les cris d*un animal égorgé par son p^ 
il s'habitue dès Tenfance à ces scènes de carnage : 
l'odeur du sang l'enivre, et il s'essaye à y prendre part 
dans la mesure de ses forces. Plus tard, si la guerre 
civile éclate, il se range sous la bannière d'un gaudio 
comme lui, que sou adresse à boler les taureaux, à 
dompter les poulains , a tout à coup métamorphosé en 
général d'armée. Alors, après la victoire, sur un ordre 
de son chef, ce soldat égorge en masse tous les prison- 
niers, avec des expressions cyniques et d'atroces plai- 
santeries. 11 (ait cela sans haine, comme une chose 
toute naturelle : sur le champ de bataille, il se croit 
encore dans l'abattoir d'un saladero (1). 

Les obstacles à Taccroissement du bétail que j'ai 
longuement racontés (p. 299-302), en imposant un 
ordre et une économie nécessaires dans l'exploitation 



(1) L*bisloire des guerres ciriles qui ont couvert de sang et de ruines 
pendant un quart de siède les proyinc«8 hispano -américaines du Rioda 
la Plata coustituécs en républiques, oflTre à chaque page des exemples da 
ces égorgements qui rappellent les plus monstrueuses coutumes des saa- 
rages. Ce n'est pas ici le lieu d*en parler longuement; ce que nouspon- 
vous affirmer, c'est que nous possédons le cOuteau d'un officier Argentin d« 
parti de la Federacion ( par opposition à celui des Unitaires, de loi Vnitariot:, 
qui présente la disposition suivante : la lame est coupante dans la moitié de 
sa longueur; la seconde moitié jusqu'au manche est échancrée en scie. On 
devine l'usage de cet horrible instrument de mort : le tranchant sert à 
diviser les parties molles du cou ; le talon de la lame achève la décapitation. 
On dit assez négligemment à Buenos-Ayres, lorar el violino (jouer do 
violon), pour exprimer la mise eu pratique de cette sanglante théorie. 
Sommes-nous donc au \ix* siècle, chez un peuple de race latine, oo 
bien, pour nous servir de.- expre:>sionb d'AuUre Tbevct, le vieux von- 
«eur, en pleine Icnc de Canmbulit ♦ 



CARACTÈRES. S97 

des troupeaux, laissent assez prévoir que Téducation 
des hommes s'accomplit au Paraguay danis des condi- 
tions bien différentes. Des habitudes plus sédentaires 
découlent naturellement de leurs occupations agrico- 
les; car Tagriculture, objet du dédain des gauchos^ est 
justement honorée dans un pays dont elle a été jus- 
qu'ici Tunique ressource. 

La viande ne constitue pas, en effet, la base de la 
nourriture du Paraguayo, laquelle est plutôt végétale 
qu animale. Une partie peu considérable de la popu- 
lation des villes se nourrit habituellement de viande, en 
y associant dans de fortes proportions la racine de 
manioc et les oranges; une autre fraction, plus nom- 
breuse, ne mange de la viande que de temps à autre ; 
une dernière enfin n'en mange jamais, ou seulement à 
de rares intervalles, et s'alimente exclusivement de la 
racine du Jatropa tnanihoU et des fruits que fournit en 
abondance le précieux végétal multiplié jusqu'à l'excès 
par la prévoyance des Jésuites. Ces différences dans 
les habitudes et la manière de vivre, expliquent en 
partie, je le crois, aux yeux du voyageur qui débarque 
à l'Assomption après avoir touché à Buenos-Ayres et à 
Corrientes, le contraste frappant qu'il remarque entre 
tous ces anciens sujets de l'Espagne, dont lies'alUires/ 
le caractère et l'esprit m*ont paru si différent. 

Le couteau n'est donc pas, comme:p6ur ses voisins^ 
Vultima ratio de l'habitant du Parafguay!' 11 ne le passe 
pas, en se levant, à sa ceinture, pour -le conserver tout 
le jour sur lui, dans sa maison.- Il 'ne le porte qu'en 
voyage, et d'une manière peu apparente. Il devient alors 



898 ETHNOLOGIE ET POPULlTIOlf. 

sa seule arme, car le sabre est le signe distinctif des 
employés du gouvernement» et des postillons qui portent 
ses ordres. 

Protégé tians sa vie par une administration vigilante 
et fermé, le Paraguayo n'a pas besoin de se faire 
justice à lui-même; et loin de chercbor à entraver 
Taction de la justice, il lui prête, le cas écbéant, nn 
énergique concours. Un vol d'mne certaine importance 
a-t-il été commis (car les crimes y sont rares, presque 
inconnus)? Signale-t-on la présence d'un malfaiteur 
dans le district? A la voix du juge de paix (jnes coim- 
êùmado) , soudain les habitants sont sur pied : ils traquent 
le coupable eomme ils feraient d'une bête fauve ; 
conduits, il est juste de le dire, dans cette circonstance, 
autant par leur aversion pour le crime, que par leur 
déférence profonde aux ordres du magistrat. 

L'isolement du pays, en le mettant à l'abri des révo- 
lutions presque incessantes dans les provinces voLûnes, 
a eu du moins pour résultat de préserver ses habitants 
de leurs tristes conséquences. La manière de vivre du 
Paraguayo, ses occupations agricoles, des habitudes 
sédentaires, tranquilles; une placidité qu'aupun évé- 
nement soit extérieur, soit intérieur, ne vient trou- 
bler, le maintiennent dans des dispositions d'une 
remarquable douceur, ou à parler vrai, d'une indiffé- 
rence complète. Dans son patriotisme aveugle, il ne 
voit rien au delà, il ne met rien au-dessus d'un pau- 
vre pays dont ses chefs exagèrent à tout propos la 
fertilité et rimportance. Pour lui, le monde finir aux 
confins de la République. Parfois, il entend parler de 



CARACTÈRES. S99 

l'Europe, et plus souvent de Buenos-Ayres; mais il n'eu 
sait que ce qu'il fapt qu'il en sache» c'est*à--dire» ce 
qu'il en apprend par hasard du juge de paix de son 
district» auquel parvient chaque «emaine le journal 
souvent rédigé par le Président, et toujours publié sous 
ses yeux. La feuille officielle arrive-t-elle enfin, après de 
longs jours d'attente? Quelques amis en petit nombre» 
fonctionnaires tous ou à peu près» aussitôt convoqués, 
se réunissent chez le magistrat qui fait la lecture des 
articles du «Suprême Gouvernement» » lentement, avec 
gravité» en coupant sa lecture de quelques apostrophes 
à l'adresse autrefois de Rosas» aujourd'hui sans doute 
du Brésil ou des Nord- Américains » suivant les circon- 
stances» et les besoins de la politique du moment. La 
lecture achevée» la prose officielle va dorioir précieu- 
sement enferipée dans le coffre de cuir qui doit la 
mettre à l'abri de la dent des insectes. 

Après le dévouement absolu des magistrats de tout 
rang aux fonctions qui leur sont confiées^ et sur la même 
ligne» il faut placer leur désintéressement. Tous tiennent 
à honneur de servir leur pays (el Estado, la Patrid)^ et 
ils le servent avec un zèle qui ne se dément jamais. Là» 
presque toutes les fonctions sont gratuites; celles qui 
très-exceptionnellement émargent au budget, le grèvent 
de sommes on ne peut plus minimes. Point de gros 
traitements (1)» Le respect de la chose publique est 



(1) Qa*on en juge. Le président touche iDOoeltement 8,000 piastres 
(43,200 fr.); réTèqoe 500 piastres (2,700 fr.). Les officiers de Vàxmét ont 
une paye insignifiante, et les simples soldats ne reçoivent que la nonrriture 
et rbabillement. 



fcOO ETHNOLOGIE ET POPULATION. 

descendu dans h classe la plus infime de la population, 
et Ton ne saurait citer un exemple d'improbité envers 
rÊtat, même de la part du plus nécessiteux. Puisse cet 
exemple trop rare devenir contagieux dans les autres 
républiques du Nouveau Monde, et même un peu dans 
rÀncim ! 

Ce qui précède laisse assez prévoir ce que Ton doit 
attendre de la population, et les ressources qu'elle peut 
offrir au gouvernement au point de vue militaire. Plein 
de confiance en lui-même et dans ses chefs, inaccessi^ 
ble à Tenthousiasme, prévenu par un effet de Téduca- 
tion contre tout ce qui est étranger (Uigue)^ soumis 
jusqu'à la plus entière abnégation, le soldat paraguayo 
peu propre à la guerre offensive, possède de précieuses 
qualités pour la défense de son pays, que TEurope en- 
tière, dont il n'a aucune idée , ne saurait à ses jeux 
égaler en puissance et en richesse. En inspirant à ses * 
concitoyens un patriotisme aveugle, mais qui peut de- 
venir entre des mains habiles un levier puissant, si le 
Dictateur a fait naître au dehors une idée exagérée des 
forces de son pays, il lui a montré qu'il pouvait conqué- 
rir rindépendance : en lui enseignant l'art difficile de 
l'obéissance, il lui a donné le moyen de la conserver. 
Déjà cette politique a porté ses fruits. On retrouve dans 
notre hémisphère, chez quelques peuples du Nord, la 
sobriété, le flegme et la résignation de l'habitant du 
Paraguay, et Ton a pu dire, non sans raison, qu'il était 
le Russe de TAmérique. 

Au point de vue religieux, la population est restée 
ce que Tavait faite la domination de TEspagne. On 



CARACTÈRES. Ml 

peut désirer une religion plus éclairée ; on ne saurait 
trouver une foi plus sincère. L'empreinte profondé- 
ment gravée par le clergé espagnol, trop souvent zélé 
jusqu*au fanatisme, ne s'est pas effacée sous l'influence 
des mesures anti-religieuses du docteur Francia, qui ne 
laissait échapper aucune occasion de s'élever contre 
rÉglise» de décrier et de persécuter ses ministres. 
«Voyez, s'écriait un jour ce niveleur impitoyable, 
voyez à quoi servent à ces gens les prêtres et la reli- 
gion : à leur faire croire au diable bien plutôt qu'en 
Dieu. » A ne juger que la conduite publique du chef 
absolu d'un Ëtat, et sans vouloir descendre dans la 
conscience toujours respectable de l'homme privé, on 
peut dire cependant que ces déclamations habituelles 
aussitôt colportées par l'entourage du despote, avaient 
un retentissement déplorable au sein d'une population 
élevée jusqu'alors dans de tout autres sentiments (1). 
Les femmes ont droit, elles aussi, à quelques lignes. 
J'ai parlé plus haut de leurs qualités physiques et de 
leur beauté. Affables, enjouées, passionnées pour la 
musique et pour la danse, elles ont comme sur les 
bords de la Plata« plus de tact et de finesse que les 
hommes. C'est lii, je ne l'ignore pas, un don naturel 
et presque général dans tous les pays, développé par 
le régime politique qui fit peser sur le Paraguay, du- 
rant un quart de siècle, le joug du plus affreux despo- 
tisme. Quelques femmes en furent les victimes coura- 

(1) y ai raconté les persëentioiis da Dictateur contre l>Téqae et le 
clergé du Paraguay, dans rartieto Fbancia de la Biographie univer- 
$eUe(Uichaud), Paris, 1856, t. XITp p. 613-635. 

S6 



402 ETHNOLOGIE ET POPULATION. —CAEACTÈEBS. 

geuses; la plupart n'en éprouvèrent que le contre- 
coup, et le soutinrent énei^iquement. 

L'étranger qui débarque à TÂssomption est accueilli 
dans toutes les familles avec empressement. Que ces 
prévenances un peu banales ne soient pas tout à fait 
désintéressées; qu'il s'y mêle de la part des jeunes 
filles quelque espoir de rencontrer un mari qui mette 
fin à leur existence monotone, en obtenant du Pré- 
sident la permission (toujours refusée) de les ramener 
en Europe; qu'au fond de ces témoignages de bienveil- 
lance prodigués sans trop de discernement, il y ait, là- 
bas comme ici, un peu de coquetterie et d'amour de 
soi-même, c'est ce que notre devoir d'historien im- 
partial nous obligerait à dire, si le souvenir encore 
présent de Thospitalité que nous avons reçue partout 
et toujours, ne devait pas nous faire regretter la fran- 
chise d'un semblable aveu. 



CHAPITRE XXX. 



ITIIOLOSIE IT POPVLITIOI (fio). — M LA UIGVI SUâBâlII. 



Nous rayons VU plus haut(1), lorsque les Espagnols 
pénétrèrent par les affluents du Rio de la Plata dans 
les régions centrales du Sud -Amérique , ils trou- 
vèrent la même langue parlée sur une immense sur- 
face, par de nombreuses tribus que ce caractère ratta- 
chait manifestement à une commune origine. Cette 
langue, que les Portugais rencontraient en même temps 
sur le littoral, du midi au nord de leurs immenses 
domaines, dont Texistence a été signalée dans ces 
derniers temps par de hardis voyageurs sur les bords 
de TÂmazone, de TOrénoque» et dans Tarchipel des 

(1) Cbtp.XXV^p.32G. 



i^Oi ETHNOLOGIE ET POPULATION. 

Antilles, c'était le guarani, qu'aueuh dialecte améri- 
cain ne surpasse en abondance et en harmonie* 

De nos jours, le guarani qui a fourni de nom* 
breuses dénominations à la géographie brésilienne, 
n'est plus en usage que sur certains points assez cir- 
conscrits de l'empire transocéanique, où on le retrouve 
toujours plus ou moins modifié par l'immixtion de 
termes empruntés à Tidiome des conquérants. Ignoré 
maintenant dans les provinces centrales de Rio de Ja- 
neiro et de Minas-Geraës, il est répandu sous le nom 
de lingoa gérai dans celles de Pernambuco et de Bahia ; 
mais le voyageur qui s'avance vers le sud, rencontre 
une empreinte plus profonde et de plus vivants sou- 
venirs du grand peuple, et s'aperçoit bientôt que 
l'usage de sa langue n'est plus borné aux seuls Indiens. 
Tel est le résultat de mes observations dans les pro- 
vinces de Saint-Paul et de Sainte-Catherine. Plus au 
sud encore, dans la province de Riô-Grande et dans 
les Missions de l'Uruguay, le guarani devient d^an 
usage habituel entre les métis et les habitants de la 
campagne. Enfin, à Corrientes et au Paraguay, tous les 
créoles sans distinction d'origine ou de caste parlent 
la langue des Indiens; et si les Correntinos des classes 
aisées se servent encore habituellement entre eux du 
castillan , dans la république de Francia la langue des 
conquérants a disparu, remplacée par celle de la race 
conquise, pour ne se conser\'er que dans les actes 
officiels du gouvernement, et dans les relations avec 
les étrangers : nous tenions à constater de nouveau 
ce curieux résultat du mélange des deux peuples, qui 



DE LA LANGUE GUARANIB. 405 

ne permet pas de voyager daos riniérieur du pays, 
sans le secours d'ua interprète. 

Les Caayguàs et.le^ autres trii)us de Guarank in- 
dépendants ont conservé dans sa pureté primitive, la 
langue que les Espagnols ont Jbeaucoùp altérée dans 
la proponciation des mots qui souvent déplace Taccent 
et modifie Tintonation. À leur tour, les Indiens ont 
emprunté à leurs maîtres les noms de nombre (ils ne 
comptaient^ nous le savons, que juji^qu'àfuafre), et 
ceux des objets qu'ils ne connaissaient pas avant la 
découverte. Ils se sont assimilé,, en les dénaturant, 
les expressions qui servent à désigner les animaux 
domestiques et les productions naturelles (vacbes, 
chevaux, chèvres, oranges, etc.), dont la vieille Eu- 
rope a enrichi le Nouveau Continent. 

Sans être une langue monosyllabique comme le 
chinois (1), le guarani présente dan9 Tagglutination 
des syllabes destinées à former les mots, des traces 
évidentes de monosyUabisme, et sans voiiloir tirer 
comme conséquence de cette companaison la preuve 
d*une communauté d'origine ou d*ui^e fâliation entre 
les deux peuples, il n*est pas sans intérêt d'ajouter 
en passant ce caractère aux traits d'analogie que 
les voyageurs ont signalés entre la race mongoli- 
que et celle que uous étudions :. on ne saurait en 

(1) DnvouLiiis {Hiiiciri naturelle âei raee9 humaines^ in-8^, Paris, 
1SS6), eiplique la forme mooosyllabique du chiDois par l*ak>8eace de 
Forgaoe da langage qu*il dit a*a?oir pa:» trouvé dans le cenreau des iiidi- 
Tidas de cette race. Si cette obscrvatioo phréoologique était autre chose 
que Fet plicatioo iDgéoieuse et facile d*uo fait iacoutestable« il serait io* 
léressaut de la répéter sur uo Guaraoi. 



406 ETHIfOLOGlS ET POl^ULATKHI. 

méconnailre riroportaoce. Nous croyons, en effet, 
avec Halte-Brun, « que oans Tétade philosophique de 
la structure des langues, Tanalogié de quelques ra- 
cines n'acquiert de la valeur que lorsqu'on peut les 
enchaîner géographiquement; > et avec A. d'OrUgny, 
< que le rapport de quelques motSi de ceux mèoie que 
l'on considère comme radicaux, ne peut entre deux 
peuples avoir d'importance qu'autant qu'il y a poan-' 
biliti géographique (1).» Ainsi, sans nier la valeur 
d'analogies soit radicales, soit syntaxiques; en ad- 
mettant même qu!une foule de nations, celles de 
l'Europe par exemple, par suite de la multiplicité des 
rapports et des alliances qui tendent à effacer chaque 
jour davantage les nuances les plus saillantes de 
leurs caractères individuels, n'offrent plus maintenant 
de différence essentielle que celle de leur langage ; 
nous pensons que l'existence d'une construction gram- 
maticale, de racines, ou même d'expressions com- 
munes, est insuffisante pour affirmer rorigine ou les 
migrations d'un peuple. Mais lorsqu'à ces traits de 
ressemblance viennent s'ajouter des analogies dans 
l'organisation, une similitude de caractères physiques, 
leur importance en est singulièrement augmentée. Il 
est incontestablement plus facile à une nation qui 
émigré, de changer son idiome, que la formé du crâne, 
la direction des yeux, les dimensions de la taille, la 
couleur de la peau, la nature et la disposition des 



(t) IIaltiBiun, Géographie unwinelU; — •*Omiciit, V Homme 
américain^ \, 157. 




«► V 



P£ LA LANGUE GUAKAMIB* 407 

cheveux de sfs desceodapU. Arrètanfr-nous ici : dtns 
l'état ^tuel de nos connaissances^ hors de cette réserve» 
les affirmations sur l'origine des nationalités aroéri* 
caines deviennent conjecturales, car nous sommes loin 
de posséder tous les éléments nécessaires à la solution 
de celte question complexe. 

Il a donc fallu un grand art pour vaincre Tiusuffi- 
s^nce. origioelle du guarani; pour combiner les mono- 
syllabes de façon à exprimer les idées abstraites» les 
nuances fines et délicates du sentiment et de la pas- 
sion, sans impressionner désagréablement l'oreille. Le 
guarani est en effet une langue euphonique» harmo- 
nieuse même; et quoique remplie de diphthongues» de 
contractions, de nasales et de gutturales, elle se prête 
admirablement .aux cadences de la poésie» aux in- 
flexions et aux intonations musicales. C'est bien à 
elle que l'on peut appliquer cette réflexion pleine de 
justesse de M. de Humboldt : « On reconnaît que pres- 
que partout les idiomes oQrent plus de richesses et 
des nuances plus fines» qu'on ne devrait le supposer 
d'après l'état d'inculture des peuples qui les par- 
lent. 9 Au Paraguay, je prêtais une oreille avide aux 
chansons guaranies, riches de poésie et de comparai- 
sons naîvçs , surtout lorsqu'elles parlent d'amour, ce 
thème favori des improvisateurs américains; et dans 
les Missions brésiliennes qui ne sont plus aujourd'hui 
que des ruines, combien me semblaient harmonieux 
les hymnes et les. cantiques chantés par de pauvres 
Indiens qui s'accompagnaient avec de méchants in- 
struments qu'ib avaient eux-mêmes fabriqués! 



fr 



408 ITHKOLOGIB ET POPUUTIO?!. 

Le guarani présente de nombreux' redoublements de 
consonnes, qui perdent leur dureté dans la proaoncia- 
tion, surtout chez les femmes et les enfants. On peut, 
j*en conviens, en dire autant de toutes les langues : 
les plus accentuées deviennent harmonieuses dans la 
bouche d'une femme. 

Les consonnes qui reparaissent le plus fréquem- 
ment associées à d'autres, et qu'on pourrait appeler 
composées, sont ngn, m6, et nd; ces deux dernières 
associations assez difficiles à distinguer Tune de 
l'autre. 

L'emploi du ch espagnol {tch) est fréquent ; par lui 
commencent les noms des différentes parties du corps. 
On dit: 

Cheraniqua menton. 

Chepo main. 

Chena cuisse. 

Chepy pieds. 

Chequa doigts. 

Chenai dents. 

Chehava cheveux. 

En parlant des Payaguàs, nous avons déjà- fait cette 
remarque, à savoir que chez plusieurs nations in- 
diennes les différentes parties du corps commencent 
toutes par la même syllabe, ou par la même lettre. 
Mais ici la règle cesse d'être générale ; les Guaranis 
expriment : 

Nez par apyngua. 
Oreille — hamin. 
Yeux — iém. 



M LA LANGUE GUABAXIB. 409 

Les mots finissent le plus souvent par des voyelles 
ou des diphthongues» et les plus usitées sont é^ y, et ou. 
Lï, toujours long, se prononce à la fois du nez et de la 
gorge, et revient souvent soit au commencement, soit 
à la fin des mots. Le son de cette lettre est intermé- 
diaire entre le son de Vu et celui de Vi français; il 
tient moins cependant de la première de ces deux 
voyelles que de la seconde, et peut être rendu, quoi- 
que imparfaitement, par un son intermédiaire entre 
ug tiig, avec la gntturation du y (jota) espagnol; ou 
par la prononciation de Vu adouci des Allemands. J*ai 
déjà parlé de cette lettre dont le retour incessant consti- 
tue une des difficultés phonétiques de la langue (f )'. 

Les substantifs sont invariables au singulier et ail 
pluriel, et les adjectifs sont du même genre. Les cas 
n'ont pas de prépositions; on les fait suivre de pastpon^ 
tioru qui jouent le rôle de suffixes. Les consonnes/*, /, 
V, X manquent; dans les noms propres, les Guaranis 
remplacent la première par p, et la seconde par r ; le 
k revient fréquemment. Dans les mots tirés de Fespa- 
gnol, ils substituent à Vy la double consonne II; ils di- 
sent cabayu, pour caballo, cheval. 

L'u, comme dans les langues latines, a le son de ou. 

La conjugaison régulière des ycrbes repose sur Tad- 
dition d*augments monosyllabiques ou dissyllabiques; 
et tout substantif est susceptible de devenir verbe, 
lorsqu'on le conjugue avec le pronom (A. Maury). 

Les noms des animaux sont d'un seul genre : yagua, 

(1) Chip. IX, Htfdrographii^ p. 91. 



410 ETUNOL06IE ET. POPULATION. 

chien^ chiemie. S'il y a nécessité 4^ disUnguer, ils 
disent : yagua cunâf littéraleqieat : chien femm%* 

Les élisions et les contractions sont halntuelles. 

* 

Oi^ dit Erouy^ donne eau^ pour donnez-^noi de Feau; 
Erou tain mi, donne (eu petit, pour donnez-mai un 
peu de feu. Dans ces deux phrases, Tarticle et le pro- 
nom personnel se suppriment; et dans la seconde, Tad- 
verbe mi est contracté de mini^ petit, un peu. 

On remarquera dans ces locutions remploi coostaot 
de la seconde personne de Timpératif. Au Paraguay, 
le tutoiement est général, et celte coutume, si con- 
traire aux formules consacrées par la belle langue cas- 
tillane, peut expliquer jusqu'à un certain point Tab- 
sence d'inégalités sociales que j'ai signalée. 

En fondant leurs Réductions, le premier soin des 
Jésuites fut d'apprendre la langue des indigènes, afin 
de rendre leurs rapports avec eux à la fois plus 
faciles et plus intimes. Ils se livrèrent avec persévé- 
rance à celte étude, et parvinrent bientôt à composer 
une grammaire et un dictionnaire guaranis (1). Pour 
figurer la prononciation de certaines lettres, ils ont 
inventé des signes de convention. Us ont rendu par ce 
signe (*), placé au-dessus de la voyelle y, sa pronon- 
ciation guUurale (y); par cet autre (•) sa prononcia- 
tion nasale (y); par ce troisième enfin (^) sa pronon- 
ciation à la ibis gutturale et nasale. En guarani , 
Taccent change d'ailleurs, comme dans la plupart des 

(1) Arie de la Icngua guarani, Pucblo de S. Maria la Mayor, 1724, et 
Madrid, 1639; et Tctoro de la lengua guarani, Madrid, 1039. Ces deui 
ouvrages Boul dut à Térudilioa i^hiluiogique du P. Euiz de Moaloja. 



DB LA LANGUE GUARANIS. 411 

langues, la signiûcatioo des mots : tata (sajasacœat)* 
feu; tàta (avec signes phonétiques), forti fortenent. L*ii 
surmonté d'un trille (n)» prend de même qu*ea espa- 
gnol, le son du gn : ainsi ^nandu, autruche; naît- 
déiuru^ bouche. 

Outre les ouvrages destinés à renseignement de la 
langue et sortis des presses de lladrid, les Jésuites 
avaient composé un catéchisme guarani, et des ri- 
tuels pour l*usage des ecclésiastiques chargés du 
service spirituel des Missions. Ces libres étaient 
imprimés «ous leurs yeux, à Taide de. caractères en 
bois (1). 

Le système de numération des Guaranis très-peu 
étendu, était en rapport avec Tétat social de ce peuple 
et ses besoins d'échange, et n'allait pas au delà de qua- 
tre. Après la découverte, le contact des Européens fit 
naître et développa peu à peu des relations -commer- 
ciales, et les contraignit k emprunter les noms de nom- 
bre dont ils se servent conjointement avec les leurs. 

On a vu plus haut (p. ^72) le^ quatre expressions 
guaranies, placées en regard des termes correspondants 
en usage chez les Payaguàs; les voici de nouveau : . 

Un petet. 

Deux mohot. 

Trois mbohapy^ 

Quatre yrundy. 

(1) Nous possédons qq de ces précieui ootrages dcfenos très-rares 
Boème eo Amérique. 11 a pour titre : Ml annale ad usum patrum toeiêkUiê 
iesu qui in feduclionilms Paraquariœ verfamur, etc., a»fio 1721. 
Laureli lypit PP. tociclalit le$u. 



kii ITHNOLOGIE ET POPULATION. 

Pôar exprimer 5, les Guaranis disent : petetpo (on» 
main); 40, tnokaipà (deux mains). Au delà, ils ne 
connaissent plus de quantités absolues, et se conten- 
tent de termes de comparaison. Ainsi, ils emploi^il 
les mots hétà^ qui signifie beaucoup; hétà-hétà^ une 
grande quantité; ndipapahab^, innombrables. 

C*est, pour le dire en passant, dans cette coutume 
aussi générale de compter d'après le nombre des doigts 
de la main et du pied, qu*il faut chercher Torigine des 
formes décimales (i). 

Ne connaissant pas la division du temps en années, 
les Caayguàs comptent encore par la fleuraison des 
arbres et le nombre des lunes, maïs sans dépasser le 
nombre quatre (8). 

Les tribus guaraniennes qui ' ont émigré à Touest 
du Rio-Paraguay, quoique vivant hors du contact des 
Européens , paraissent avoir modifié leur langage. 
Ainsi, les Guarayos ont changé en chi les terminaisons 
en (t: ils ne comptent d'ailleurs que jusqu'à dto?. 

La linguistique, ce guide précieux dans les investi- 
gations ethnologiques, a fait de récents et très-nota- 
bles progrès. On a compris les services que pouvaient 
rendre la connaissance difficile des langues, et Tétude 



(1) Les Coroanchps du Mexique eiprimeol le nombre cinq eo élevant 
la maio, et le nombre dix en élevant les drui mains. Pour 1rs nombres 
aupérieurs, ils frappeut les mains autant de fois qu'il y a de décimales. 
ALFRED Macrt, La Terre et VHomme, Paris, 1857, p. 454. 

(2) Le système de numération des Indiens Moxos (Bolivie), encore plus 
incomplet, ne va que jusqu'à Irois, et les Chiquitos leurs voisins no 
savent pas compter au delà de mu (lama) ; ils u*uut plus ensuite que 
des termes de comparaison. 



t>E LA LANGUE GCARANIE. (13 

d^un caractère qui se transmet souvent inaltéré, im- 
muable, k travers la série des siècles, dans la recherche 
de Torigine ou de la filiation des peuples. Sous ce rap- 
port. Fessai tenté par Balbi dans son Atla$ ethnographi- 
que du Globe y sans être à Tabri de la criti(}ue, a rendu 
d'incontestables services h la science, et occupe un 
rang distingué à côté des travaux des deux Hum- 
boldt. De toutes parts, de louables efforts se pour- 
suivent dans cette voie. Au Brésil , les publica* 
lions à Taide desquelles Ylmtitut historique et géogra- 
phique cherche à éclairer Thistoiredes nations errantes 
au milieu de ses forêts encore inexplorées, ont donné, 
dans toute l'étendue de ce merveilleux empire, une 
vive impulsion à des travaux dont Timportance est 
restée trop longtemps méconnue (1). 

(1) On a publié il y a pea d^anoées, à Dahia, les ontragra sairaDta : 

Grammatica da Ungua gérai doê Indiotdo Brasïl, t toI. io-S*. 1^5t : 
r.*est uue réimprcssiou de VArle grammmlica da lingua brasiliea da P. Fi- 
gueira. 

Diccionario idem, 1 vol.; 

Epilome da hUloria dos Indioê do Brasii, 4 roi. ; 

Medicina dos Indioê idem, 1 fol. 

Ces livres renferment les noms et les tocabulaires de différentes nations 
et d*iine foule de tribus : d*aotres sont annoncés pour paraître procbai- 
nement. 



APPENDICE 



LE GRAND-CHACO. 



covp D'sii SOI cBTTi coiTiti. — tTVMi niitnâPiiewis 

SQl ISS lATIOM OUI L'IABITEIT. 



On ne lira pas sans intérêt quelques détails géogra- 
phiques sur rimmense région dont il a été question 
plus d'une fois au milieu de ces pages, et qui porte 
dans TAmérique méridionale le nom de Gran-Chaco, 
ou de Chaco^Gualamba (1). Je me propose de les com- 
pléter à l'aide de mes observations ethnographiques 
sur les peuplades qui errent au milieu de ces solitudes 

(t) Chàco paratt dëriirer da root qaicbaa ehacut , qai serrait, ao 
temps de la domioatioo des Incas^ à désigner d? griadcs chasses périodi- 
ques aux Vigognes. 



416 APPKXOICE. 

c vastes comme rOcéan, ci qui remplisscut, comme lui 
l'âme (lu sentiment de rinfini. » 

Les rares voyageurs anciens ou modernes qui ont 
décrit cette contrée peu connue* s'accordent à lui re- 
connaître les limites suivantes : 

Au N. le 19' degré de latitude méridionale. De ce 
côtét elle confine au lac des Xarayes et aux plaines 
inondées de la province de Cbiquitos, dépendances de 
la Bolivie. 

Au S. le rio Salado, qui se réunit au Paranà et la 
sépare de la province de Santa-Fé, à la hauteur du 
32« parallèle. Dans cette direction, riiorizontalité du 
terrain se continue avec celle de&Pampas du sud. 

A TE. les rios Paraguay et Paranà séparent le Grand- 
Chaco de la république de Francia, et de la province 
deCorrientes. 

A rO. enfin, il s'étend jusqu'aux frontières de la 
province de Salta, et aux rios Parapiti et Salado qui 
descendent des derniers contre-Forts des Andes. Cette 
aride énumération démontre de reste que le Chaco 
n'est point enfermé dans des limites naturelles ou géo- 
graphiques, et que les bornes qu'on lui assigne gé- 
néralement sont tout à fait conventionnelles (1). 

La planimétrie de cet immense parallélogramme, 
qui comprend, en moyenne, treize degrés de latitude et 
six degrés de longitude, n'est interrompue à l'E. et 



(1) Ce nom ne s'appliquait d*abord qu*à la n'gion comprise entre la 
Cordillère, et les rios Pilcomayo et Bermejo. Lozamo, Descripcion coro- 
grafiea del lerreno, rio$^ arboles y animalei, etc., dcl Cran Cka€0 
Cualamba, etc. Cordoba, 1733. 



LE GRÀND-CHACO. 417 

au N. que par quelques chaînes de montagnes peu 
élevées, sans liaison apparente avec les dernières ra- 
mifications du système orograpbique qui sépare le bSs- 
sin de la Plata de celui de TÂmazone. Les plaines 
australes sont coupées de collines isolées (lomas), qui 
offrent pendant les inondations de précieux abris aux 
hommes et aux animaux. Leur altitude augmente vers 
le S., sans jamais s'élever beaucoup au-dessus du ni- 

_ _ • 

veau de TOcéan. Ceci résulte des observations de Ta- 
deo Haënke, botaniste pensionné du roi d*Espagne, 
pour les plaines de Moxos et de Chiquitos; de celles 
d'Azara, pour la partie qui confine au Paraguay ; et dies 
mesures barométriques prises par M. Weddell sur les 
frontières de Tarija, où le sol ne lui a offert qu'une al- 
titude de 160 mètres (1). 

Des rivières importantes traversent diagonalement 
le Grand-ChacOy et le divisent en trois sections; 
Tune septentrionale, Tautre méridionale, la troisième, 
centrale, intermédiaire aux deux précédentes. Nous 
avons parlé dans un précédent chapitre de celte divi- 
sion, et des droits à la souveraineté de ce vaste terri- 
toire , attribués à la Confédération Argentine par 
Vauteur d'un ouvrage justement estimé (2). Nous n'y 
reviendront pas : on peut, sans être alarmiste, prévoir 
d'assez, sérieuses difficultés à résoudre, lorsqu'il s'agira 
d'en fixer les frontières. 

De la faible élévation du sol, du peu de déclivité 



(1) Voyage dans le Sud de la Bolivie, p. 271. 

(2) Chap. l*\ p. 10. 

27 



418 APPENDICE. 

de^ plaines, il résulte que cette région doit être pé- 
riodiquement inondée, soit par le débordement des 
rkilbres, soit directement par les pluies de Thivemage. 

Au milieu même du lac immense des Xarayes dont 
nous avons donné la description (p. 104), on trouve 
deux amas d'eau désignés dans les cartes d*Azara sous 
les noms de lagima Oberaba^ et laguna Ygiba (4). Je 
regarde ces lagunes comme n'ayant pas une existence 
particulière : ce sont des dépressions du sol dans les- 
quelles les eaux s'amassent, et se maintiennent, grâce 
à une profondeur plus considérable. 

Plus au S. la rive oocidentale du Rio-Paraguay 
offre au navigateur Touverture de nombreuses lagunes. 
Permanentes pour la plupart, elles ont une étendue 
variable, comme le lac des Xarayes, et par les mêmes 
causes. Elles versent directement le tribut de leurs 
eaux dans le fleuve, tandis que celui des lagunes orien- 
tales y arrive par Tintermédiaire de véritables rivières. 
Leur embouchure n'est pas toujours facile à recon- 
naître. D'abord, elle se trouve souvent dans les parties 
les plus larges du fleuve, et parfois dans les angles 
rentrants. Aueun mouvement du sol ne les signale, car 
leurs bords ne s'élèvent pas au-dessus des plaines maré- 
cageuses qui les entourent. Les plantes aquatiques et les 
hautes Graminées qui les recouvrent, ne permettent pas 
d'en déterminer avec précision l'ouverture et reten- 
due. Plusieurs ont été pendant longtemps considérées 

(1) Flores décrit la laguna de Caracarà (Ut. 17* 55* } et celle de Yaibà 
(lat. 17* 48'). Car ta al marques de Valdelirios, p. 18, daus la Colecdon 
de obras y documentas, t. IV. 



LB 6IIANI>-CHAC0. 419 

comme de véritables cours d'eau, et nous verrons qw 
toute incertitude à leur égard n'a pas encore lUMié. 
D'autres circonstances d'ailleurs s'opposent à une recon- 
naissance exacte ; et parmi elles, il faut placer en pre- 
mière ligne les dispositions toujours équivoques, sinon 
hostiles des Indiens. L'eau de ces immenses marais 
n'est pas agréable à boire ; elle a souvent un goit sau- 
mâtre, et presque toujours cette saveur désagréable que 
l'on rencontre dans l'eau des lacs sans écoulement, 
dont la surface disparait sous un réseau inextricable de 
plantes aquatiques. ^ 

La couleur de cette eau présente une teinte par- 
ticuliëre. Quoique claire et limpide , elle parait lé- 
gèrement rousse et même un peu brune. La nature 
du lit des lagunes, formé par un limon ténu, noirâ- 
tre, gras au toucher, et leur faible profondeur en 
temps ordinaire , fournissent l'explication de ces pro- 
priétés. J'ai cru y retrouver les caractères indiqués 
par M. de Humboldt dans les eaux du rio Negro ; 
mais ici, à mon grand déplaisir, les moustiques vol- 
tigeaient en nuées épaisses, et ne me laissaient pas le 
calme dont l'illustre naturaliste a si bien décrit les 
douceurs. Sur quelques points, ces marais fangeux 
s'illuminfkit la nuit de flammes vacillantes, de ces feux 
follets dont la science a expliqué la nature en dissi- 
pant les terreurs superstitieuses qu'ils inspiraient. 

Les rivières qui se joignent au Paraguay par son 
bord occidental , moins nombreuses que celles de 
la rive gauche du fleuve, ont un cours plus étendu, 
et une tout autre importance au point de vue des rela- 



4S0 APPniDict. 

lions internationales ; et malgré les infructueuses tenta- 
tives d'exploration faites à plusieurs époques par les 
gou^mmeurs espagnols, par les missionnaires de la 
Société de Jésus, et tout récemment encore par les 
marins des États-Unis, il est permis de les considérer 
comme des voies naturelles de communication ouvertes 
entre UEurope et les provinces centrales de la Bolivie, 
destinées, grâce à la vapeur, à faire disparaître dans 
l'avenir les coûteuses lenteurs et les dangers des 
voyages terrestres. 

En dehors des liiqites que nous avons assignées au 
Grand-Chaco, le Paraguay reçoit par sa rivé droite le 
rio Jaurù dont on a vu ( p. 36 ) Timportance poli- 
tique. Aux termes des articles IX et X du traité du 
1 1 octobre 1 777 , la ligne de démarcation entre les pos- 
sessions Hispano-portugaises devait être tirée du bord 
occidental de Tembouchure de cette rivière , dont la 
navigation était exclusivement concédée aux sujets de 
la couronne de Portugal, et aller rejoindre Tembou- 
chur edu rio Sarare (1 ). Sur ce point, nous le savons, 
comme sur les autres, le traité de 1777 est resté à 
Tétat de lettre morte, et Tcmpire transocéanique s'a- 
vance vers le S. jusqu'à Salinas, poste militaire élevé 
près des sources du rio Barbados, un des affluents de 
ritenès. Là navigation de ce tributaire de l'Amazone, 
ne commence qu'au village brésilien de Casalbasco; 
mais de ce point à la ville du Para, sous l'Equateur, 
une navigation sinon facile, du moins possible, surtout 

(Ij Lat. de Tembouchure du Jaurù 16* 25*. 






LB GRAlfD-CHACO. 421 

à répoque des crues (de janvier à mars), est depuis 
longtemps ouverte à Faide de barques à fond plat» de 
vingt-cinq à trente tonneaux, nommées gariteas (1). 

Le rio Otukis ou 0}(ukis, situé sur Textréme fron- 
tière du CliacOy a pour brancbes d'origine les rios San* 
Rafaël et Tucabaca qui traversent le territoire des 
Missions chiquitéennes : il se joint au Paraguay sous le 
20* degré de latitude. C'est en remontant le cours de 
cette rivière» que les PP. de la Compagnie se ren- 
daient dans leurs établissements ; et c'est par cette voie 
que les Paulistes tentèrent à plusieurs reprises de 
s'introduire dans les provinces du Haut-Pérou. Le 
gouvernement bolivien concéda k M. Manuel Luis de 
Oliden (17 nov. 1832) un vaste territoire en lui impo- 
sant l'obligation d'ouvrir un port pour l'établissement 
de relations commerciales entre la Bolivie et les ré- 
publiques Argentines par le Paraguay. Cette conces- 
sion prit plus tard le nom de Province de Otuquis; mais 
je ne sache pas que ce projet ait reçu un commence- 
ment d'exécution (2). 

Le rio Pilcomayo (3) qui limite du côté du S. la 
première section du Chaco, a un cours d'une immense 
étendue. Né sous le 19* parallèle, au N. de Potosi,.il 
coule d'abord à l'E., passe au S. de Chuquisaca, se 



(1) D*0mBi6inr, Frtigment â^un Voyage au centre de V Amérique mé- 
ridionale, Paris, 1845, p. 182. 

(2) Voy. une brochure intitulée : Descripeion d$ la nueva provincia 
de Oluquisen Bolivia. Bueuos-Ayres, 1843, iQ-4*, avec une carte. 

(3) Pilco-mayo signifie en langue quichua , diaprés le docteur Wed- 
del , Rivière des moineaux. Ces deux mots ne dérîTeraieut-ils pas au con- 
traire de l'espagnol 7 



422 JkPPENDICS. 

dirige ensuite obliquement au S. E., et, après avoir 
décrit un arc dont la convexité regarde le N. £., il se 
réunit au Paraguay par 25^ 22' 30'' de latit. La direc- 
tion générale de son cours est de N. 0. à S. E. Les 
anciennes cartes et quelques-unes des plus récentes 
attribuent au Pilcomayo trois embouchures; Tune pres- 
que en face mais un peu au-dessous de la ville de T»- 
somption ; l'autre située par 25"" 29' environ^ au-des- 
sus de la Villeta; et la troisième» intermédiaire aux deux 
précédentes (la seule que nous admettions)» qui se 
présente à la pointe méridionale de File deLambaré, et 
se confond avec l'ouverture d'une lagune qui s'étend 
vers le N. N. E. On entre dans le Pilcomayo avec le 
rumb N. 40"" : sa largeur est en ce point de 80 mètres; 
une partie disparaît sous les roseaux et les plantes aqua- 
tiques. Les eaux peu rapides de la rivière s'écoulent 
entre des berges élevées de deux mètres. La rive gau- 
che présente moins d'élévation que la droite; le cou- 
rant dépasse à peine un mille à l'heure (1). 

En face du banc de grès rougeâtre que nous avons 
décrit sous le nom de punta de Itapyta {2), sont deux 
îles basses qui masquent l'entrée d'une baie étroite, 
laquelle s'avance assez loin dans l'intérieur des terres. 
En l'explorant en compagnie du commandant Lever- 
ger, j'ai acquis la conviction que cet amas d'eau, à 
tort considéré comme la plus septentrionale des bou- 
ches du Pilcomayo, ne devait servir qu'en temps de 
crue. Sur le ])ord oriental de cette lagune, au point 

(1) Levebger, Mémoire inédit. 
{"Zj Chap. VU, Orographie, p. 09. 



LB GRAfllI-CHÀCO. 423 

OÙ elle commence à se rétrécir pour se perdre sous 
une forêt de hautes herbes» le gouvernement du Pa- 
raguay entretient un poste de soldats, désigné sous le 
nom de <i garde du Pilcomayo , y^ nom impropre qui 
contribue à entretenir Terreur géographique que nous 
cherchons k détruire. 

Le cours du Bermejo (1 ), parallèle à celui du Pilco- 
mayo, mais plus sinueux, appartient presque entière- 
ment au Grand -Chaco qu'il coupe diagonalement 
du 2S* au iV parallèle environ. Mé dans les monta- 
gnes de Tarija, il traverse cette ville, se grossit du 
tribut des rios de Salinas etPescado; reçoit près de 
la ville d'Oran la rivière de Senta, celle de Santa-Ma- 
ria, et le Rio-Graude de Jujuy, son principal affluent, 
dont les branches d'origine descendent de la cime nei- 
geuse des dernières ramifications de la chaîne des 
Andes. Deux Iles masquent son embouchure située par 
26'' 51 ' 50" de latitude, au-dessous de la Villa del Pilar 
de Neembucu. Ses eaux restent distinctes de celles du 
Paraguay, jusqu'à la hauteur du poste (guardia) de Tajy : 
on assure que, en temps de crue, cette séparation se 
prolonge jusqu'à la confluence des rios Paraguay et 
Paranà (2). ^^ 

Le Salado, limite australe du Chaco, prend sa 
source sous le 24^ parallèle, et se joint au Paranà un 
peu au-dessous de Santa-Fé, chef-lieu de la province 
de ce nom, situé en face de la ville de Paranà (autre- 

(1) Rivière rouge ; eu guarani , l'pyta. 

(2) Lai. 27* 17'; long. 61*12'. Nous recliGonsdès à présent la faute 
d'impression qui fiie cette longitude i GO* 50\ Voy. Cbap. IX, p. 95. 



•* 



424 APPENDICE. 

foisLaBajada), capitale de la Confédération Ai^entine, 
depuis la chute du général Rosas. 

Les trois rivières dont nous venons d'esquisser l'hy- 
drographie, ont des caractères communs; mais toutes 
ne sont pas également importantes au point de vue des 
relations internationales. Coupées de rapides dans la 
partie de leur cours voisine de la Cordillère des 
Andes, leurs eaux offrent ensuite une profondeur assez 
considérable, qui diminue à mesure qu^elles pénè- 
trent dans le cœur du Chaco, où rhorizontalité du sol 
donne à leur lit devenu plus large une profondeur 
moindre, et une plus faible élévation à leurs rives, sub- 
mergées à de grandes distances par des crues périodi- 
ques. Ce lit lui-même se déplace, obstrué par le dépôt 
des terres, des arbres et des détritus incessamment 
arrachés par le courant dans les régions montueuses 
qu'il traverse. Mais de pareils obstacles étaient im- 
puissants à arrêter les nouveaux maîtres de TÂmé- 
rique dans leurs ardentes aspirations vers Tor et les 
richesses du Pérou. Les expéditions dirigées dans 
riutérieur du Chaco par la voie de terre n'avaient pas 
abouti ; et après le voyage malheureux du capitaine 
Andres Manzo , assassiné par les Indiens Chiriguanos 
dans les plaines qui ont gardé son nom (Llanos de 
Manzo] ; après les tentatives infructueuses des PP. de 
la Compagnie de Jésus, résolument poursuivies pendant 
un siècle ; les gouverneurs du Tucuman, don Angel 
Peredo (1670-1675), don Esleban de Urizar (<7<9), 
don J. Espinosa (1759), don Geronimo Matorras 
(juin 1774), et son successeur le colonel Arias (juin 




LE ' GRAlf U CH ACO . 435 

1780), entreprirent des reconnaissances suivies pour 
tous résultats de la fondation de quelques Réductions 
bientôt abandonnées, sans que la traversée de cet 
Océan terrestre, du Tucuman à Corrientes, ait pu être 
effectuée ; et sans avoir étendu la sphère des notions 
acquises à la science sur cette région encore inexplo* 
rée du Sud-Âmérique (1). 

L'insuccès des premières expéditions terrestres fit son- 
ger à la voie des rivières, et parmi les voyages les plus 
importants et les plus féconds en résultats, il faut citer 
en première ligne celui du P. Patinos de la Compagnie 
de Jésus, qui, remontant le cours du Pilcomayo, serait 
parvenu à quatre cent soixante et onze lieues de son em- 
bouchure, évaluation qui me parait comme au docteur 
Weddell (2) entachée de quelque grave erreur, mal- 
gré les méandres et les nombreuses sinuosités de cette 
rivière. 

Après le voyage du P. Castanares, jésuite, en 1741, 
suivi d'une autre tentative qui lui coûta la vie (3), un 
Espagnol nommé Casales entreprit de descendre le 
Pilcomayo avant sa sortie des Cordillères. L'embarca- 
tion fut bientôt submergée, et Casales n'échappa qu'à 
grand'peine au naufrage. 

Âzara ne fut guère plus heureux ; et parti du port de 
l'Assomption le 6 août 1785, il y rentrait dès le 11, 



(1) Nous ferons plus tard Thistoire des Missions fondées dans le 
Chaco. 

(2) Our. ctl.^p. 341. 

(3) U fut assassiné par les Indiens Malaguayos. Voy. la relation du 
P. Lozano, écrite le 1*' mars 1747 et publiée daufles LeUres édifianiei. 



426 APPUIDICK. 

les rameurs n'ayant pu vaincre h force du courant, 
contre lequel le secours des voiles devenait inutile par 
suite de l'élévation des rives. 

Les récentes expéditions faites par ordre du général 
Ballivian dans le but de descendre le Pilcomayo jus* 
qu'au Paraguay, une première fois sous la direction 
du général Margarinos, nommé Ministre plénipoten* 
tiaire à l'Assomption (1843); une seconde fois sous 
celle du Belge Van Hivel, ont échoué par suite de 
la profondeur insuffisante des eaux pendant la saison 
sèche; de la violence du courant en temps de crue 
dans les parties resserrées de la rivière, dont la direc- 
tion se déplace parfois et disparait au milieu des inon- 
dations; et par suite aussi de l'attitude hostile des In- 
diens. 

La navigation du Bermejo ne parait pas offrir les 
mêmes difficultés : il résulte des reconnaissances com- 
plètes de cette rivière, faites en 1780 par le P. Mu- 
rillo et Arias, par le colopel Cornejo en 1790, 61 plu 
récemment (1826) par Pablo Soria de la province de 
Jujui, qu'elle ne présente aucun obstacle sérieux, do 
point où elle se grossit des eaux du Rio Grande à son 
embouchure. Les itinéraires de ces trois voyageurs si- 
gnalent seulement l'existence de rapides que Soria dé* 
signe sous le nom de Salto de ho; mais ils ne parais* 
sent pas infranchissables. Nous devons ajouter que, 
moins heureux que ses devanciers, \ Agent de la Com' 
pagnie du rio Befjnejo (1 ) fut arrêté en débouchant 

(1; Informe del Comiêionado de la Socicdad del rio Bermejo, a lot 
senores aceioniilas, Buenos-Ayret, 1831, br. iQ-4*. 



LE GRAND-CHACO. kVl 

dans le Paraguay par les sbîres du dictateur Francia» 
qui confisqua ses papiers, et le retint prisonnier pen- 
dant cinq ans. 

Nous regrettons d'avoir à dire que la récente tenta- 
tive faite par la Commission scientifique Nord-amé- 
ricaine, chargée de faire l'hydrographie des afiQuents 
de la Plata, n'a pas eu plus de succès. Le Pilcomayo, 
steamer de la force de douze chevaux, et calant vingt 
pouces, est entré dans le Bermejo en mai 1854. Après 
six semaines de navigation, il n^était encore parvenu 
qu'à 45 lieues de l'embouchure. La force de sa ma- 
chine était impuissante à vaincre le courant de la 
rivière, et la lenteur de cette marche découragea bien- 
tôt les voyageurs qui renoùcèrent à leur entreprise (4). 
Le 6 juillet, ils revinrent à l'Assomption avec l'intention 
de modifier la construction de leur navire : ils en 
étaient partis le 17 mai. L'année suivante (mars 1855), 
une expédition s'est faite en sens contraire, et M. Che- 
ney ffiekman, appuyé par le gouvernement de la Con- 
fédération Argentine, a dû descendre le Bermejo depuis 
Oran. Nous ignorons encore à l'heure qu'il est le ré- 
sultat de cette exploration, et nous aimons à espérer 
que la nouvelle de la mort du hardi voyageur ne se con- 
firmera pas. 

. Après avoir quitté les eaux du Paraguay, l'expédi- 
ftoD américaine tenta la navigation du Salado et par- 
vint jusqu'à Monte-Aguàrà (2) au N. de Santa-Té. Ar- 

(1) Bévue coloniale, octobre 1855, p. 507 ; ~ Semanario de avitot du 
8 juillet 1854, p. 8. 

(2) LaUt. 31* 11\ 



428 AFPEIIDICB. 

rivés là, le manque d'eau contraignit les ofîSciers à 
renvoyer à Buenos-Âyres le steamer la Yerba qui les 
avait amenés, et à continuer leur voyage tantôt à 
cheval , tantôt sur des bateaux du pays. Cependant 
la partie navigable s'étend beaucoup au-dessus de 
ce point, car k partir de Sandia-Paso, les bords pres- 
que coupés à pic, la largeur uniforme du lit, la pro- 
fondeur constante de la rivière, lui donnent Tappa- 
rence d'un canal aux méandres réguliers, creusé de 
main d'homme dans une couche épaisse d'argile que 
le courant polit sans l'entamer. 

L'importance des cours d'eau sous le rapport com- 
mercial , nous imposait l'obligation de traiter lon- 
guement de l'hydrographie du Chaco. Il n'en sera 
pas de même de l'orographie de cette immense ré- 
gion, sur laquelle la science ne possède encore que des 
notions partielles et trop incomplètes pour permettre 
de la rattacher à un système général. 

L'horizontalité de ces plaines sans fin dont TAéva- 
tion au-dessus du niveau de TOcéan se maintient, 
nous le savons, dans d'étroites limites, ne parait in- 
terrompue par quelques groupes de montagnes que 
du côté du N. et de l'O. Dans la première direction 
ces chaînes peu élevées ne sont très-probablement que 
des dépendances du système chiquitéen d'Â. d'Orbigny, 
et il est permis de considérer les plus occidentales 
comme les dernières ramifications de la Cordillère des 
Andes. Cependant la chaîne de Santa Barbara (lat. moy. 
21' 30) paraît uneémersion indépendante de ces deux 
systèmes. Laplanimétriedesrégionscentrale et orientale 



• • 



LE GRARD-CHACO. 429 

n'est interrompue que par des élévations isolées, affec- 
tant la forme en pain 4e sucre ; ou par ces collines arron- 
dies, à pentes douces, et couvertes de graminées, que 
nous avons décrites ailleurs sous le nom de lomas et 
de lomadas (1). 

Les considérations que nous avons développées en 
traitant de la géologie du Paraguay, paraissent appli- 
cables, en partie, à la composition du sol du Grand- 
Chaco, qui appartient au système tertiaire de l'Amérique 
du Sud. Le bassin tertiaire des Pampas s'étend jusqu'au 
pied des collines primitives de la province de Cbiquilos, 
et se prolonge jusque dans le bassin de l'Amazone. 
Au-dessus de la roche massive de grès dont nous avons 
signalé la direction (p. 75), viennent des couches d'ar- 
gile plastique, ferrugineuse, ou de silice, tantôt dis- 
tinctes, tantôt mélangées, et situées à des profondeurs 
variables au-dessous d'une couche marneuse dont Tim- 
perméabilité en retenant les eaux à la surface du sol, 
donne naissance aux lagunes qui couvrent ses vastes 
dépreBsions. L'existence de cette marne coupée près 
des rives du Salado par des amas puissants de calcaire 
coquillier, a été signalée dans la province d'Entre-Rios 
par M. le doctem, Martin ^® Mussy (2). Elle est recou- 



(1) Voy. Cbap. VI, Orographie, Configuration et composition du sol, 
pag. 57-65. 

(2) El Naeional argentino (journal publié h PâraDà), n** 162, 163 et 
164, décembre 1854. M. Martin de Mussy, que j*ai en le plaisir dp con- 
nattre à Montevideo, doit publier procbaiuenjeot, dit-on, le résultat de 
ses intéressantes études sur la constitution géologique des provinces Ar* 
gentines. Voy. sur le même sujet le Voyage dans t' Amérique méridio 
nale d*A. d'Orbigny, et les articles cités plus haut de la Revue de Paris, 
n** dfs !•' et 15 mars 1657. 



430 JkPPERDICB. 

verte par la nappe d*àrgile rougeâtre, ferragineuse, 
qui porte le nom de limon pampien {limo pampero)^ 
et qui parait acquérir une grande épaisseur sur les 
bords du rio Parauà. Ce limon disparait lui-même 
sous le sol arable , composé tantôt d'argiles de na- 
ture différente, tantôt, mais plus rarement^ de sable 
quartzeux. Ces deux éléments, mélangés dans des pro- 
portions infiniment variables, sont parfois aussi rem- 
placés par une couche d'argile noirâtre, riche en dé- 
tritus végétaux et en sels de fer, mais imperméable, et 
qitt s'oppose à l'infiltration de Feau salée des lagunes. 

La salure des eaux est en effet presque générale, 
et souvent assez prononcée, en temps de sécheresse, 
pour les rendre impotables. Le Salado traverse dans 
une partie de son cours des terrains bas, inon* 
dés par les pluies estivales, et coupés de lagunes dont 
le lit imprégné de sels communique aux eaux de la 
rivière dans laquelle elles se déversent, cette salure qui 
les rend impropres aux usages domestiques. Ces ma- 
rais désignés sous le nom de Saladillos^ occupent d'im- 
menses surfaces dans la province de Santiago del 
Ëstero. La nature de la matière saline ne nous est pas 
connue ; il est permis de supposer ipfelle varie sui- 
vant les localités : en parler plus longuement, ce serait 
répéter ce que nous avons dît (p. 87-89) des argiles 
salifères du Paraguay. 

Les rares voyageurs qui ont traversé l'intérieur du 
Chaco, ceux qui, plus nombreux, en ont exploré seu- 
lement les frontières, sont unanimes à reconnaître que 
la monotonie du sol se retrouve dans la végétation. 



LE giaud-chaco. 431 

Ils décrivent d'immenses savanes recouvertes à perte 
de vue d'espèces peu nombreuses de Graminées ; de 
vastes agglomérations d'un seul et même arbre. Ainsi, 
les bois ne sont plus ici composés d'essences variées; 
mais les espèces se groupent çà et là en massifs d'une 
incommensurable étendue. Le» forêts de Palmiers 
palmaTes)^ formées de Palmiers Carondaîs aux feuilles 
en éventail (Copemicia cerifera)^ alternent avec celles 
d'Algarobos {algarobales). L'élégante Mimosée aui 
épines longues et résistantes, aux fleurs en chaton, 
qui porte le nom de Vinal^ et dont les feuilles reaflBr- 
ment un suc astringent très-vanté contre les èpbthal- 
mies, croit surtout dans les terrains inondés (1). Le 
Gaiac (Palo ianto)^ le Palo hoiracho (Bombacée), le 
M%$tol à la verdure persistante en hiver, et la plupart 
des végétaux dont nous avons décrit l'aspect et indi«« 
que les caractères dans lès chapitres consacrés à la 
flore du Paraguay, font un contraste par leur feuillage 
avec les Peupliers et les Saules qui ombragent les bords 
sinueux des rivières (2). ^ 

Ce que l'on sait de la faune du Chaco permet de 
supposer qu'elle ne diffère pas sensiblement de celle 
des contrées vvkines ; d'autre part, ce que nous avons 
dit de la poûtion astronomique , de l'altitude , de la 
configuratbn du sol, et de l'hydrographie, rapproché 



(1) In Wbddbix, pag. 272. 

(2) Voj. les chap. XV et XVI, nègne végétal. Des Boit du Paraguay 
et det Misiians. 

Il faat citer encore parmi les arbres les f4ps précieux ceini qui fournil 
le Maté ou Thé du Paraguay, découvert eo 1770 sur les pentes orien- 
ules de la cordillère de Centa. 



432 APPENDICE. 

de nos considérations sur la marche de la température' 
au Paraguay, nous dispense de parler du climat et des 
phénomènes atmosphériques. 

Mais Tétude de l'homme a plus d'importance ; et 
l'ethnologie possède sur les. peuples qui errent au mi- 
liçu des solitudes américaines, des notions si incer- 
taines , si confuses, que tout voyageur doit compte à 
la science de celles qu'il a pu acquérir, alors même 
que leur caractère ne permet pas d'en tirer des lois gé- 
nérales. 

E41 lisant les relations des premiers explorateurs da 

Chaco et celles des missionnaires , en consultant leurs 

cartes, on est surpris de la multitude de nations différeo- 

^ (es dont les noms les surchargent. On serait tenté tout 

d'abord de regarder celte contrée comme couverte d'une 
nombreuse population. Or, il s'en faut bien qu'il en 
soit ainsi ; et des voyageurs modernes ont dévoilé les 
causes d'une erreur pardonnable à l'époque de la dé- 
couverte, mais qui s*est perpétuée jusqu'à nous, pour 
avoir été reproduite sans examen, sans contrôle. C'est 
à Félix de Azara et à Alcide d'Orbigny que revient 
l'honneur d'avoir porté le flambeau de la critique dans 
ce chaos séculaire. 

Mous savons maintenant, à n'en pas douter, que la 
population totale du Chaco est peu considérable, et 
hors de toute proportion avec son étendue. On peut 
même dire que de toutes les régions de l'Amérique du 
Sud, celle-là est la moins peuplée; et que depuis la con- 
quête, le nombre de ses habitants a sensiblement dimi- 
nué par suite des guerres intestines et des ravages de la 



LE GRAlfD-CHACO. 433 

petite vérole. Ceci posé, est-il possible comme Font 
fait certains auteurs, d'estimer même approximative- 
ment le chiffre de cette population ? Nous ne le pensons 
pas. Ârenales(l) s* appuyant des itinéraires des vieux 
voyageurs et de documents conservés dans les archives 
provinciales, admet qu'elle pouvait être vers le milieu du 
dernier siècle, de 103,000 âmes pour les sections sep- 
tentrionale et centraledu Cbaco, et de 30 à 40,000 âmes 
pour la section comprise entre le Bermejo et le Sa- 
lade. On pourrait se demander si ce n'est pas imiter un 
peu les géographes qui ne reculent pas devant une 
évaluation de la population de l'Afrique centrale , et 
si de pareils calculs, hypothétiques au premier chef, 
loin de servir la science, ne nuisent pas à ses progrès t 
poursuivons. 

Àzara considère toutes les tribus errantes sur cette 
terre presque déserte, comme des subdivisions de dix- 
sept nations principales, et il les nomme : il ne sera 
question ici que de celles que nous avons observées. 

J'ai déjà dit quelques mots des établissements mili- 
taires fondés dans le Grand-Chaco par le gouvernement 
du Paraguay, et de ses teatatives infructueuses de co- 
lonisation. 

Le premier remonte à la domination de l'Espagne. 
En 1 792, le gouverneur Joaquin Alos sur l'ordfe du 
vice-roi de Buenos-Ayres qui prescrivait de s'opposer 
aux empiétements des Portugais vers le haut du fleuve. 



(1) Noliciat histàricas y descriptivcLs $obr€ €l gran pais del Chaco y 
rio Bermejo, de la pag. 83 à la pag. 110. 

28 



43i APPElfDICK. 

décida Térection d'an poste qui reçut le nom de fort 
Borbon. Azara en avait donné le plan « et le lieutenant- 
colonel de cavalerie légère des milices Zavala y Del- 
gadillos, fut chargé de son exécution. 11 partit de 
l'Assomption le 8 mars 1 792, et le fort fut bientôt 
achevé (1). 

Élevé sur la rive droite du fleuve dont il domine le 
cours, mais à Tabri de ses inondations, ce fort consiste 
en ua carré flanqué à chaque angle d'une tourelle 
armée d'un canon. Les logements des SO on 30 hom- 
mes qui composent la garnison, et les bâtiments de 
service, occupent le milieu de Tenceinte. De cette 
première garde, où les étrangers qui veulent pénétrer 
dans l'intérieur du pays doivent s'arrêter pour y at- 
tendre la décision du gouvernement, jusqu'au Qw&ld 
del eerrito situé presque sous le parallèle de l'Assomp- 
tion, il n'y a aucun établissement dans le Chaco. 
L'importance militaire du Quûrtel est à peu près nulle, 
comme celle du fort Bourbon ; mais destiné d'abord 
à protéger contre les Indiens une ferme de l'État, 
il est devenu dans ces dernières années le centre 
d'une colonie française qui ne parait pas avoir pros- 
péré. Loin de là : et les procédés autocratiques du 
président Lopez contre les émigrés de la Nouvelle^ 



(1) Lat. 31* 1^ 26"; long. 60* 6*. Zavala a rendo compte de sa missioo 
dans UD Botero déposé aui archives du gouverDemeot du Paraguay. 
Les détails qui précédent sont citniits de ce rapport Tolumineui, suivi 
des instructioos cooGdpotielles doonécs par le gouveroenr Aios au sujet 
du commerce fait par les Portugais de Cuyabà avec les Mfssioos de Cbi- 
quitoi, et accompagné de trois cartes maouscrites. L*uuc d>Ues est 
d'Azara, dont le plan accompagne aussi le Rolero. 



LB GRINO-CHACO. 435 

Bordeau^^ ont donné lieu k des plaintes énergiques de 
la part de notre gouvernement, qui annonça par la voix 
officielle du Moniteur^ sa résolution de suspendre 
jusqu'à nouvel ordre la délivrance des passe-ports pour 
ce pays, où les vieilles coutumes de l'hospitalité cas- 
tillane paraissent tombées» depuis le Dictateur, dans 
un oubli profond. 

Plusieurs motifs m'ayant fait prendre la résolution 
d'aller passer quelques jours au Qaartel^ j'en infor- 
mai le Président qui voulut bien mettre à mes ordres 
un canot et des marins. La voie de la rivière est plus 
longue, mais elle est aussi plus sûre. Je quittai donc 
l'Assomption dans un après-midi du mois d'août, et, 
après avoir passé la nuit dans un des postes de la 
rive gauche (ils sont de ce côté très-rapprochés), je 
débarquais de bonne heure le lendemain dans une clai- 
rière ouverte à travers les arbres qui bordent le fleuve. 
Là se trouvait un piquet de soldats, d'où j'expédiai un 
exprès {chasque) au commandant du fort, qui vint à ma 
rencontre en m'amenant des chevaux et une escorte. 
Cette précaution, on le yerra plus tard, trouvait sa 
justification dans les dispositions toujours équivoques 
des Indiens. 

Nous partîmes, et aprèâ une demi-heure de marche, 
nous aperçûmes le QuarteL L'emplacement du poste 
parait bien choisi. Placé au centre d'une plaine dé- 
couverte, sur une élévation peu considérable, mais 
d'où la vue s'étend sans obstacle, il est, de jour, à 
l'abri d'une surprise. Grâce à l'exhaussement du sol, 
les pâturages qui l'environnent, d'excellente qualité, 



436 APPENDICE. 

se trouvent hors de l'atteinte des inondations du fleuve, 
et les troupeaux y multiplient dans d'incroyables pro- 
portions. 

L'établissement consiste en un long bâtiment cou- 
vert en paille, dans lequel logent, d'un côté, le com- 
mandant et son second {alferei) ; de Tautre, les soldats. 
Au milieu s'ouvre une large porte qui donne accès dans 
une pièce destinée aux armes et aux mutiitions. J'y ai 
remarqué un petit canon de bronze, espèce de pierrier 
monté sur un aflut de campagne. A ce corps de logis 
principal sont adossées d'autres dépendances consa- 
crées aux usages domestiques. 

Une forte palissade faite de pieux hauts de 3 à 
4 mètres entoure le Quartel : l'espace qu'elle renferme 
est un carré dont les côtés ont 80 mètres, avec des 
angles à pans coupés, garnis d'un banc sur lequel se 
place une sentinelle dont la tète seule dépasse le som- 
met du retranchement. Une espèce de cage, élevée sur 
une poutre gigantesque, domine au loin la campagne. 
De jour, un soldat s'y tient; mais il en descend vers le 
soir, car par une nuit obscure les sauvages pourraient 
l'atteindre de leurs flèches to dépit de sa vigilance. 

La garnison se compose de vingt-cinq hommes pris 
dans toutes les armes, mais le plus ordinairement 
parmi les lanciers. Tous les deux mois, elle relève le 
détachement placé près du fleuve, que sa faiblesse nu- 
mérique, son isolement, et l'absence de clôture autour 
du rancho qu'il occupe, astreignent à un service de 
surveillance incessant et fort pénible. 

Il y aurait, en effet, de l'imprudence à se fier aux 



LE 6RAND-CHAC0. kSl 

dispositions pacifiques des Indiens et à leurs démons- 
trations amicales. Si leurs agressions ne sont pas con- 
tinuelles ; si des années s'écoulent souvent sans qu'on 
ait à leur reprocher même une tentative de vol ; tout à 
coup, profitant de Tobscurité profonde d'une nuit tem- 
pétueuse» ils apparaissent en bandes nombreuses, 
poussent le cri de guerre, et lancent une grêle de 
flèches sur les sentinelles : puis, ils se retirent en 
enlevant les troupeaux. Peu d'années avant ma visite, 
ils avaient ainsi dérobé plus de mille tètes dé bé* 
tail (1). 

Ces brigandages périodiques n'empêchent pourtant 
pas certaines relations de s'établir entre la garnison et 
ses irréconciliables ennemis. Parmi les tribus, il en 
est d'ailleurs qui portent aux blancs une haine moins 
vivace : de ce nombre sont les Lengoas, qui viennent 
souvent troquer des chevaux contre de l'eau-de-vie, 
des oranges, quelques épis de mais, ou de menus objets 
de fabrication européenne. Dans le court trajet du 
fleuve au poste, j'avais rencontré quelques Indiens de 
cette nation, et sur le désir que j'exprimai de les voir 
de plus près, le commandant les invita à venir me 
trouver. Dès le lendemain matin, ils accoururent : là 
promesse d'une bonne ration- d'eau-<de-vie leur avait 
fait i^ire diligence. Je recueillis alors sur eux et tout à 



(1) En cbassaot, même en yae da Quarte!^ moo domestique marchait 
flaoqué à droite et à gauche de deui soldats, qui le sabre au poing et 
la carabine sur Tépaule, le suivaient en véritables gardrs du corps dans 
ses nombreui détours. Le commandant avait eiigé que je Gsie usage 
pour mes promenades des mêmes précautions. 



438 APPIlfDICB 



438 APPIlfDICB. 

l'aise, avec le secours d'un interprète, les renseigiie- 
ments qu'on va lire : 



HAttott iienicu*^* — Aujourd'hui très -peu nom- 
breuse et presque éteinte, la nation lengua vit ao 
nord du Pilcomayo, unie et mélangée aux Ënimagas 
et aux Machicuys, à peu de distance du Quortel. 
Leurs ennemis actuels sont les Tobas unis aux Pi- 
tilagas, aux Chumipys et aux Aguilots (1). Ces der- 
niers constituent une horde nombreuse sur l'autre côté 
du Pilcomayo. 

C'est surtout avec les Machicuys que les restes de la 
nation lengua sont unis et confondus. En effet, ils 
disent ne plus former que douze familles, et le cacique 
des Mascoys est en même temps le leur. Ce cacique se 
nomme Viskê. Les Paraguayos lui ont donné le sur- 
nom de CasacapytOy mot hybride formé d'un vocable 
espagnol et de pyta, rouge, qualificatif guarani. Ce sur- 
nom lui vient d'une casaque rouge dont lui fit présent 
un officier du Quarlel. Le cacique ne difière au reste 
en rien des autres Indiens, qui n'ont pour lui ni 
égards, ni respect. A sa mort, son fils aine lui suc- 
cède. Si celui-ci est éloigné et marié, on choisit le sui- 
vant, le premier ayant paru renoncer à ses droits 
par son éloignement. A défaut de fils , on prend un 
parent du défunt, et s'il n'en a pas, la nation tient 



(t) r.ettc orthographe est celle d'Aiara. LcsLenguas disent : Nimacuas^ 
hascftySy Pelirarasy Chunipii ti Ga\Hote$ . 



LE GRAND-CHACO. i39 

conseil, et élève un autre Indien à la dignité vacante. 
Au reste, le cacique n'a de pouvoir qu'en temps de 
guerre pour conduire la tribu au combat. 

Les Lenguas ont des payes ou médecins qui n'ad- 
ministrent aux malades que de l'eau et des fruits^ et 
pratiquent des succions avec la bouche sur les plaies et 
les endroits douloureux. Ils entremêlent cette opération 
de jongleries, et de chants accompagnés avec des cale- 
basses (porongos) qu'ils secouent aux oreilles du ma- 
lade. Ces porongos remplis de petites pierres , font un 
bruit assourdissant. Les payes sont en même temps 
sorciers , prédisent les événements , et lisent dans 
l'avenir. 

Les femmes se marient à un âge indéterminé, et leur 
consentement suffit : rarement les parents s'opposent 
au mariage, et cependant il arrive quelquefois qu'ils 
le font après sa consommation. Alors, le mari laisse sa 
femme, et s'en va; rien de plus. Les parents donnent 
quelque chose à leurs enfants, hommes ou femmes, 
en les mariant, et continuent d'avoir avec eux des 
relations de famille. Ces relations m'ont paru être as- 
sez étroites, et l'attachement des père et mère pour 
leurs enfants, et de ceux-ci pour leurs parents, est 
très-grand. Le commandant n'a pu encore obtenir 
d'en envoyer quelques-uns à l'Assomption. Ou l'en- 
fant, ou le père, ou bien la mère, mais toujours l'un 
des trois refuse, quand les deux autres consentent à 
la séparation. Le mariage n'a jamais lieu entre pa- 
rents. Je n'ai pu m'assurer si la coutume de se faire 
avorter avant terme existait chez les femmes des Len- 






440 APPBIIDICE. 

guâs, ainsi que l'assure Azara : l'extinction presque 
complète de la nation me le fait craindre. 

Quelques femmes (la coutume n'est pas générale) se 
tatouent d'une manière indélébile à l'époque de la pu- 
berté qui toujours est marquée par une fête. Cette fête 
consiste dans une réunion de famille, où les hommes 
s'enivrent avec de Teau-de-vie s'ils ont pu s'en pro- 
curer par échange, ou avec la liqueur fermentée (chicha) 
qu'ils tirent des fruits de l'Algarobo. 

Le tatouage est pour les autres femmes et les hom- 
mes, une parure qu'ils prennent et enlèvent à volonté. 
Quelques pères renouvellent la fête à tous les anniver- 
saires de la puberté de leur fille, mais seulement jusqu'à 
son mariage. Les femmes s'abstiennent rigoureuse- 
ment de viande et de graisse aux époques de menstrua- 
tion : elles ne mangent alors qu'un peu de maïs ou de 
manioc. 
y Leur tatouage indélébile consiste en quatre raies 

bleues, étroites et parallèles , qui tombent du haut 
du front sur le nez qu'elles suivent jusqu'à l'ex- 
trémité sans continuer sur la lèvre supérieure; et 
en anneaux irréguliers, dessinés sur les côtés du front 
jusqu'aux tempes exclusivement, sur les joues et le 
menton. 

Les deux sexes se percent les oreilles dès l'âge le 
plus tendre , et y passent un morceau de bois dont ils 
augmentent sans cesse le diamètre, de telle sorte que 
vers l'âge de 40 ans, ce trou offre d'énormes dimen- 
sions. J'en ai mesuré plusieurs, et j'ai trouvé pour 
moyenne, dans le sens longitudinal, 6 centimètres. Le 






LE 6RAND-CHAC0. 441 

diamètre antéro* postérieur était un peu moins consi- 
dérable. Ces morceaux de bois, pleins, sont irréguliè- 
rement arrondis, et m'ont présenté dans leur plus 
grand diamètre jusqu'à 4 centimètres 1/2. Souvent aussi 
les Lenguas les remplacent par un long morceau d^é- 
corce d'arbre roulé en spirale comme un ressort de 
pendule : quelle que soit sa nature, ce morceau de 
bois se nomme ilashê (1 ). 

Azara fait dériver le nom de Lengua^ de la fordfie du 
barbote que portent les hommes. Étonné de ne plus 
rencontrer un seul Lengua avec le barbote, je leur ai 
demandé s'ils y avaient tous renoncé. Il parait que 
peu d'entre eux ont conservé cet ornement. Aucun de 
ceux que j'ai vus n'en portait, et un seul, le plus vieux 
(le sergent), avait une cicatrice à la lèvre inférieure, 
mais si petite, qu'il devait l'avoir quitté depuis fort 
longtemps, et étant encore enfant. 

Les Lenguas se peignent les cheveux qu'ils cou- 
pent sur le haut du front, et font une mèche, qui du 
milieu de la tète va rejoindre, en passant au-dessus de 
l'oreille gauche, la masse réunie et attachée derrière 
la tête avec un ruban ou une corde de laine. Ces 
cheveux toujours noirs, droits et généralement longs 
et très-fins, soyeux même, sont donc tombants entre 



(1) Voici les dimensioiis moyeooes de ceux que je possède : 

Grand diamètre 4 ceot. 5 mil. 

Petit diamètre 4 » > > 

Circonférence 13 » S » 

Le docteur Weddell a tronvé à cet affreni ornement nn diamètre de 
8 ceotim. chez les Tobas qui le remplacent aussi par des morceaui roulés 
de paille de mais (cftoto). Voyage dan$ le Sud de la Bolivie, p. 301. 



449 AFPEHUCt. 

les deux épaules. Les femmes ne réunissent pas ainsi 
leur chevelure tous les jours. J*en ai vu plusieurs 
qui la laissaient flotter. Au reste, s'ils se peignent 
quelquefois, on ne peut pas dire que les Lenguas aient 
soin de leurs cheveux; leur extrême malpropreté s'y 
oppose. Il est en effet impossible de rien voir de plus 
sale que cette nation, si semblable en cela aux autres. 
Dans les jours de fête, les Lenguas se chargent la 
tête de plumes d'autruches, et c'est alors aussi qu'ils 
se peignent le corps, et s'enivrent. 

A la mort d'un Lengua, on l'enterre avec ses vête- 
ments et ses armes dans une fosse, et l'on tue tous ses 
chevaux, en en gardant un pour sa femme, et un autre 
pour chacun de ses enfants. 

Les Lenguas ont pour armes un arc, et des flèches 
qu'ils portent derrière le dos serrées dans un cuir. Ils 
ont aussi une hache qu'ils appellent hachagy (t)f et 
qu'ils portent de la même manière. Ils tiennent à la 
main une makana^ bâton fait de bois dur et pesant. 
A ces armes ils ajoutent encore une lance garnie de 
fer, et quelques-uns les bolas et le lazzo. Ils sont 
excellents cavaliers , montent à poil , avec leur femme 
et leurs enfants, plusieurs sur le même cheval , et ils 
montent à droite : les femmes c^mme les hommes. Ils 
n'ont pas de mors et se contentent d'un morceau de 
bois : ils font des rênes avec des fils de Caraguata. 

A. d'Orbigny place la nation lengua dans son ra- 
meau pampéen, à côté des Tobas et des Abipones; et 

(1) Mot hybride oocorci asbocialion d'cbpagool et de guaraui. 



4lB 


.88 




72 




66 




76 




66 


f 


60 



LB 6RAN0-CHAC0. 443 

il faut convenir que les traits qu'il donne comme 
caractéristiques de ce rameau, s'appliquent parfaite- 
ment aux Lenguas. 

Ces Indiens sont de haute taille; voici les mesures 
que j'ai obtenues : 

Le sergent (de 45 à 50 ans). . 

Un autre (de 40 à 45). . . 

Un troisième (id.). • • . 

Le fils du sergent (18 ans). . . 1 75 5 

Une femme (de 16 à 48 ans). . 

Une autre (de 20) 

La moyenne serait donc, pour les hommes, de 
1",74, et pour les femmes, de 1",63. 

Leurs formes sont bien proportionnées, agréables, 
quoiqu'un peu grêles, en général, pourtant bien 
prises : de même que les Payaguàs, ils n'ont jamais 
d'obésité. 

Leur couleur brun-olivàtre, plus foncée que celle 
des Tobas, leurs pommettes saillantes, de petits 
yeux, leur face large, aplatie, leur nez ouvert, un peu 
écrasé, une large bouche, de grosses lèvres, donnent 
à la physionomie de ces sauvages un aspect singulier, 
auquel ne contribue pas médiocrement une paire 
d'oreilles tombant jusqu'à la base du cou, et chez quel- 
ques individus jusqu'aux clavicules (f )• Les Lenguas 
comme tous les Indiens deviennent hideux en vieil- 
lissant. 

Le vêtement des hommes et des femmes consistait 

(1) Voy. i'AUas. 



444 APPERDICB. 

en quelques peaux d'animaux sauvages attachées autour 
des reins, et tombant jusqu'aux genoux. L*hiyer, ils 
complètent ce costume avec des mantes de même 
nature, ou faites d'qne étoffe grossière de coton, filé 
par les femmes à Taide de fuseaux minces, et taillés 
dans un bois très-dur. 

Ils mangent de tout. Dans le voisinage des rivières 
ils ajoutent au produit de la chasse celui de la pèche, 
et s'emparent du poisson à l'aide des lignes qu'ils 
fabriquent. Ceux qui ont le privilège d'entrer dans le 
Quartel, rôdent autour des ordures, les fouillent, et se 
jettent avidement sur les reliefs de la table des sol- 
dats. 

A l'exemple des Payaguàs et des Indiens du Chaco, 
les Lenguas se procurent du feu par le frottement 
de deux baguettes de bois. Ils s'accroupissent , fixent 
sur le sol à Taide de leurs pieds une des baguettes 
creusée dans le sens de sa longueur de petites cavités 
destinées à recevoir l'extrémité arrondie d'une seconde 
baguette tenue verticalement entre les mains, et à la- 
quelle l'Indien imprime un mouvement de rotation 
rapide, analogue à celui d'un moulinet k chocolat. 
Bientôt, une poudre brune, semblable à de l'amadou 
enflammé, se détache ; ils la reçoivent sur une lame de 
couteau, en approchent des herbes sèches et très-fines, 
soufflent, et la flamme pétille. 

Ou a vu plus haut Fétymologie du mot Lengua. Nous 
devons dire que cette nation s'appelle elle-même 
Juiadgé; que les Payaguàs lui donnent le nom de 
Cadalu; les Machicuys celui de Qaieiniagpipo ; que les 



LB GRAND-CHÀCO. 445 

Enimagas la ^nomment Cochaboth (1), et les Tobas 
Cocoloth. 

Quoi qu'il en soit, les Lenguas ont été de tout temps 
ennemis des Espagnols, et se sont conragensement 
opposés à la prise de possession du Grand-Chaco. 
Fière ^t vindicative, entreprenante et féroce, cette 
nation avait su se rendre redoutable aux conquérants 
qu'elle ne craignait pas d'attaquer sur leur territoire, 
et dont elle enlevait les troupeaux, en traversant le 
fleuve. Depuis leur extinction presque complète (2), 
si leurs mœurs ne se sont pas sensiblement adoucies, 
leur ardeur guerrière s'est refroidie, et, comme on Ta 
vu plus haut, ils vivent en assez bonne intelligence 
avec la garnison du Quartel. Toutefois, il nous reste à 
parler d'une attaque dirigée contre cette dernière, à 
laquelle ils paraissent ne pas être restés complète^ 
ment étrangers. 

Quelques semaines s'étaient écoulées depuis mon 
excursion sur ce peint, et je rentrais à l'Assomption 
après un nouveau voyage dans l'intérieur du pays, 
lorsque j'appris que le Quartel avait été l'objet d'une 
agression tout à fait imprévue de la part des tribus du 
Chaea^ et qu'à la suite d'un engagement dans lequel 



(1) AzABA, Voyages, U, 148. Il dit plas loin Cp. 157) que les Enimagas 
a^appelleot eai-mèmes Cochaboth -^W y a dans le premier oa dans Je se- 
cond cas une erreur que la traduction ei^pagpole publiée par le journal 
de Montevideo a reproduite. BxbUoleca del Comereio del PlatGy 1840, 
1. 11. p. 181-183. 

(2) « En 1794 cette nation n*était composée que de quatorze hommes, 
et de huit femmes de tout Age, ce qui fait en tout Yingt-deui individus. » 
AzARi, Voyages^ n, 149. 



446 APPINDICI. 

deux Indiens avaient trouvé la mort, left||Dldat8 avaient 
pu reprendre le bétail dérobé» et faire des prisonniers 
aussitôt dirigés sur la capitale, et confiés à la garde de 
la troupe dans la caserne de cavalerie située près de 
Farsenal .et du port. L'occasion était on ne peut plus 
favorable pour continuer mes études ethnographiques 
et les compléter : dès le lendemain j'accourais à la 
caserne. 

Je trouvai, en arrivant, une douzaine d'Indiens 
chargés de fers (grUloi)^ et assis çà et là au milieu d'une 
cour étroite. Couverts de sordides vêtements européens, 
de ponchos en guenilles, ou drapés à l'antique dans de 
mauvaises couvertures , les prisonniers parmi lesquels 
figuraient deux enfants, l'un de huit ans, l'autre de 
quinze, paraissaient tristes et abattus. Ils gardaient un 
silence profond, dont j'eus quelque peine à les tirer. 

A côté des Lenguas que j'avais vus au Qaartel, il y 
avait des Tobas et des Machicuys; mais quoique connu 
des premiers, ce fut en vain que mon interprète les 
questionna sur le motif de leur agression. 

VAttoB T^b». — Les Tobas nommés par les Eni- 
magas Natocoet, Yncanabadé par les Lengots, et 
Guanlang dans la langue mataguaya, sont d'une taille 
généralement élevée et bien prise. J'en ai mesuré trois, 
et j'ai trouvé 1",8<,1 ",77 et <",71 (1). Leur système 
musculaire est développé, et leurs membres bien con- 



(1) A. d^Orbigny en a mesuré de l'",7S à 1",7S, et doooepoar moyenne 
de leur taille 1",68. Celle des femmes ^tait dans de belles proportions 
relatiyps (t",500 millim.). Ouv, cit., p. 9C-97. 



LB GRAND-CBACO. khi 

formés se terminent, comme chez toutes les nations 
du Chaco, par des mains et des pieds à faire envie k 
des Européennes. 

Ils ont un front ordinaire, non fuyant; des yeux vifs, 
plus grands que ceux des Lenguas, et surmontés de 
sourcils minces et peu fournis : l'iris est noir. Ils ne 
s'arrachent pas les cils. Leur nez, régulier, allongé, 
s'arrondit à son extrémité en s'éiargissant un peu. La 
bouche légèrement relevée aux angles, mieux propor- 
tionnée, et moins largement fendue que celle des 
Lenguas, est garnie de belles dents qu'ils conservent 
dans un âge fort avancé. Ils n'ont pas non plus les 
pommettes aussi saillantes, et la face aussi large. 

Les Tobas paraissent aussi avoir renoncé à Tu- 
sage du barbote qu'ils portaient encore au tempe 
d'Âzara : aucun d'eux n'avait de cicatrice à la lèvre 
inférieure (i). Leurs oreilles n'étaient pas percées (2). 
Ils laissent croître et flotter librement leurs cheveux 
sans les attacher. Quelques-uns cependant les coupent 
carrément sur le front : cette coutume existe même 
chez certaines femmes. 

La couleur de la peau moins foncée que celle des 
Lengms, est d'un brun-olive, sans reflets jaunâtres : 
au reste, j'avoue qu'il est très-difficile d'expdmer ces 
nuances si variées de coloration. 

(1) A. d'Orbigoj et le doetear Weddell ont fait la même remarque. 
VHomme, 11, 101 ; — Voyage dam le Sud de la Bolivie, p. 301. 

(2) « Ils oot les oreilles petites. » (D'Orbigny, p. 97.) M. Weddell dé- 
crit Toroemeot qu'ils iotroduisent dans le lobule démesurémeot dilaté 
(p. 301). En présence de ces diTergeoccs, il faut admettre des coutumes 
différentes suivant les tribus. 



kk9 APPENDICE. 

Rien ne pouvait distraire les hommes ie leur taci* 
turnité ; à toutes nos questions leur physionomie res- 
tait impassible, froide et sérieuse. Quelques voyageurs 
accordent aux femmes encore jeunes un sourire gra- 
cieux, une figure intéressante; mais leurs traits se dé- 
forment de bonne heure, et comme les hommes elles 
deviennent d'une laideur repoussante. En . même 
temps, le sein d'un volume normal, d'abord bien 
placé, s'allonge au point de leur permettre d'allaiter 
leurs enfants qu'elles portent derrière le dos. 

Âzara qui n'a recueilli aucun vocabulaire, et ne 
pouvait dès lors tenir compte dans l'étude des nations 
du Chaco, de cet élément important, est tombé lui- 
même dans le défaut qu'il reproche aux autres, en mul- 
tipliant hors de propos le nombre des nations ^'il 
décrit. Je suis porté à admettre avec M. d'Orbigny, 
que les Tobas et les Mbocobis séparés par le savant 
voyageur espagnol en deux peuples distincts, ne 
forment réellement que deux tribus d'une même nation 
à laquelle il convient de réunir encore les Pitilagas et 
les Aguilots, qu'il en a séparés on ne sait trop pour- 
quoi, après la description qu'il en donne (1). 

Ainsi réunie aux Mbocobis» la nation toba oeeupe, 
ou plus exactement, parcourt une étendue considérable 



(t) Il écrit eo parlaot des premiers : m i'at déjà dit que leur langage 
guttural, nasal et diffcile, avait les mêmes phrases et les mêmes tour- 
nures que celui des Tobas. Quant au reste, ils ressemblent en tout à ces 
mêmes Tobas. . . » ; pt eu décrivaot ies seconds : « Je présume que cette 
nation n*est peut-être pas essentiellement différente de celle des Mboco- 
bis , parce que son langage est le même (sic), quoique très-mélangê de 
phrases et d'expressions de l'idiome toba. » {Voyages^ II, p. 161 et X&t.) 



LE granih:haco. I4d 

des plaines du Chaco. On la rencontre sur les bords du 
Pilcomayo, depuis son embouchure jusqu'au pied des 
premiers contre-forts des Andes, où elle est en contact 
et souvent en guerre avec les Chiriguanos. 

Généralement nomades, les Tobas sont pêcheurs et 
chasseurs. Pour armes, ils ont des bolàs^ des flèches, des 
makanas (1), et de longues lances armées de pointes 
de fer. Quelques-unes de leurs tribus, plus sédentaires, 
ajoutent les produits de Tagriculttire à ceux de la 
chasse ; elles cultivent le maïs, le manioc et les patates. 

Les enfants des deux sexes vont nus; les hommes et 
les femmes portent une pièce d'étofle enroulée autour 
des reins, ou se drapent dans un manteau fait de la 
dépouille des animaux sauvages. Les femmes ont pour 
orammits des colliers et des bracelets de perles de 
verre, ou de petits coquillages ; et dans certaines, tribus, 
les hommes s'entourent le corps dé longs chape|pts 
blancs, composés de petits fragments de coquilles ar- 
rondis en forme de boutons, et enfilés de manière à 
conserver une position uniforme (2). 

Les habitudes nomades des Tobas les obligent à 

(1) Cm ici le liea dé décrire en peo dcmots* les armes de ces TodieDS. 
Les boUu consistent en trois boules réonies à un centre commnn pir 
one Corde en cuir. Deoi sont d'égtle grosseur ; là troisième, pins petite» 
est tenue dans la main do caralier qui, après les avoir fait toamoyer aa- 
dessos de sa tète, les lance dans les jambes de l^animal qa'il Teat attein- . 
dre, et antonr desquelles elles s>nroolent. Loëzo : longue, corde tressée 
de cuir frais (cntdo)^ terminée par un anneau en fer faisant neeud con- 
tant, et filée par Tautre eitrémiïé à la selle. La makana est un gros bâ-> 
ton, fait de bois dur et pesant ; on s*en sert comme d*un casse-tète. Quel- 
ques-unes ont une pointe légèrement aplatie, destinée à creuser dans le 
sol les trous qui reçoifent les grains de maïs. 

(2) In WiDDiLL, p. 302. 

29 



450 APPENDICE. 

construire des cases (toldos) d'une extrême sîmpUciié. 
Ces huttes sont faites de branches ou de hambous fi- 
chés en terre autour d*un espace circulaire» réunis 
et attachés au sommet, et recouverts de feuillage. On 
pénètre dans ces ruches, en rampant, par une ouver- 
ture unique, basse et étroite. 

La circonstance à laquelle nous avons dû de retrou- 
ver à TAssomption ces hordes indomptables, laisse 
assez pressentir ce qu'il nous reste à dire de leurs 
mœurs et de leurs habitudes. Les Tobas, fiers, jaloux 
de leur liberté, ont de tout temps montré des disposi- 
tions hostiles aux créoles, et n'ont cessé d'inquiéter 
leurs établissements; tantôt, en les attaquant à force 
ouverte, tantôt en pillant leurs troupeaux. Les villes 
de Corrientes et de Santa-Fé, cette dernière surtout, 
ont eu beaucoup à souffrir de leurs déprédations. Las 
Santafécinos, aidés par les gouverneurs des provinces 
voisines, ont à plusieurs reprises dirigé contre leurs en- 
nemis implacables de coûteuses et sanglantes expédi- 
tions. Cette lutte entre la barbarie et la civilisation con- 
tinue de nos jours, plus ardente que jamais. Un voya- 
geur raconte que les Indiens ont fait sur les rives du Sa- 
lade, du mois d'avril 1854 au mois d'août 4855, six in- 
vasions qui ont coûté à la province de Santiago cent 
treize habitants emmenés comme captifs, ou assassinés 
sur place. Nulle sécurité pour les habitations éparses, 
ni même pour les villes. Ces hordes pillardes, qoi 
savent doubler les forces et la vitesse du cheval, tra- 
versent comme une avalanche d'immenses déserts, et 
tombent tout à coup sur de pauvres familles, presque 



LE GRAND-CHACO. 451 

folles de frayeur, et sans défense. Qu'on suppose ces 
Indiens pourvus quelque jour d'armes à feu , et ils 
viendront impunis asseoir leurs tentes sur les ruines 
des cités. En attendant que le croisement des races les 
fasse entrer modifiés et adoucis dans la grande famille 
humaine, Fimminence du péril oblige à des mesures 
énergiques d'extermination dont l'intéressant récit 
nous entraînerait trop loin (1). 

Ennemis-nés des Espagnols, les Tobas tournent aussi 
leurs armes contre les autres nations du Ghaco. Ils 
sont souvent en guerre avec les Cbiriguanos de la 
Bolivie, leurs voisins au N. 0; et plus à l'O. avec les 
Mataguayos. Ils ont ainsi détruit presque entièrement 
(|:tace des Âbipones, et contraint ses débris à se son- 
4MUre aux Espagnols qui les réunirent en 1748 dans la 
Mission de San^Geronimo. Maison 1770, les Abipones 
furent obligés de traverser le Paranà pour se fondre 
dans les peuplades de Las Garzas et de Goyftz ( pro- 
vince de Gorrientes), où vivent de nos jours encore les 
derniers descendants de cette nation, «qui par ses carac- 
tères physiques, son langage et ses habitudes, se rap- 
proche beaucoup des Tobas et des Mbocobis. G'est 
vainement que les missionnaires ont tenté déformer 
des Réductions avec elle : nous ferons plus tard l'his- 
torique de leurs infructueuses tentatives. 

Azara n'accorde aucune croyance religieuse aux To- 
bas (8). Si bornée qu'on la suppose, il parait difficile 

(1) Voy. nevHe 4ê ParU^ linaisons éeê V et 15 iiiaivl857. 
IS) • Ib ne coonaiieeot non plas ni dirinité, ni religioo, ni culte, ui 
chefs, ni lois obligatoires. . . » ( Voyaget^ t. U, p. 164.) 



^ 



i5â IPPENDICB. 

(IjB leur refuser Tidée d'une seconde vie, pendant la^ 
quelle ils espèrent nager dans l'abondance des biens 
qui leur ont manqué ici-bas. Celte conviction explique 
la coutume d'enterrer avec les morts les objets qui 
peuvent leur être utiles dans le monde pour lequel ils 
sont partis. 

Le P. Guevara va plus loin, et n'hésite pas à leur at- 
tribuer une notion assez nette de l'immortalité de l'âme^ 
et celle d'un déluge de feu qui aurait englouti tous les 
hommes à l'exception de quelques êtres privilégiés. Il 
raconte que les Mbocobis admettent l'existence dUin 
arbre assez élevé pour toucher aux cieux, et qulls 
appellent nalliagdigua. Les âmes des morts montent de 
branche en branche, et vont pêcher dans des lacs 
immenses qui abondent en poissons savoureux. Un 
jour, l'âme d'une vieille femme ne put en prendre 
aucun, et d'autres pêcheurs ayant refusé de lui faire 
l'aumône, elle s'irrita contre la nation mbocobie, fut 
changée en capwara, et parvint à déraciner l'arbre en 
le rongeant (1). ^ 



(1) Le même écriviio fait meotion de Teiistence recolée dans le Cbaco 
de géants quMl regarde comme antérieurs au déluge, et de pjgmées qui 
n'oseraient pas quitter de jour leurs retraites souterraines, de peur d*étre 
dévorés par lei oiseaux de forte taille, La science moderne a déToilé la 
nature des os longtemps regardés comme d'antiques débris humains. 
Quant h la tradition séculaire des pjgmées, il est curieui de la retroarer 
répandue dans le Nouveau Monde. Parviendra -t-ou à y découvrir un 
peuple correspondant par sa petite stature aux Dokos et aui Wabilikimos 
de TAft'ique équatoriale, auxquels le docteur Krapf» missionnaire anglais, 
attribue une taille de 1 mètre h l",30, et qui viennent trafiquer sur les 
confins de TOusambara? Voy. Hisloria del Paraguay, p. 22, dansCo/- 
leceion de oln'as y documentos, 1. 11 ; — Bulletin de la Société de géo- 
graphie, 1856, t. XII, p. 280. 



LB GRAND-CHACO. 453 

iHaeiiicuys — Tout en admettant une identité pres- 
que complète entre les Tobas et les Mbocobis^ nous fai- 
sons nos réserves jnsqu'à plus ample informé à Fégard 
des Machicuys, que M. d'Orbigny (1) regarde comme 
une tribu des Mbocobis et des Tobas dont ils parle- 
raient la langue. Le tableau que nous donnons plus 
loin, ne permet pas de partager cette manière de voir. 

A côté de ces différences de langage, nous en trouvons 
d'autres. Ainsi, plus sédentaires, agriculteurs, doués 
de mœurs moins farouches, les Machicuys se rappro- 
chent des Lenguas par les dimensions extraordinaires 
du lobule des oreilles, par leurs armes et la manière 
de combattre. Azara dit qu'ils s'en éloignent par la 
forme de leur barbote, lequel ressemblerait à celui des 
Charruàs. Nous répéterons ici l'observation que nous 
avons faite précédemment : aucun des Machicuys que 
nous avons vus ne présentait la cicatrice de l'ouverture 
destinée à recevoir ce sauvage ornement , qu'ils aban- 
donnent h l'exemple encore des Botocudos du Brésil, 
tandis que certaines peuplades de l'Ancien-Continent 
le conservent religieusement. C'est ainsi que les Berrys, 
nation noire des bords du Saubat, affluent de la rive 
droite du Nil, se percent la lèvre inférieure pour y in- 
troduire un morceau de cristal de plus d'un pouce. 

La taille, les formes, les proportions des Machicuys, 
sont celles des Lenguas. Comme eux, ils ont de petits 
yeux, la face large, une grande bouche, le nez épaté, les. 
narines ouvertes. Ils laissent flotter leurs cheveux, dont 

(1) Ibidem^ p. 94. 



4S4 APPEHIUGK. 

les boucles épaisses couvrent en partie leur visage» et 
retombent sur leurs épsTules (1). 

Le langage des nations dont nous avons esquissé las 
traits principaux» est, comme celui de tous les Indiens 
du Chaco, très-accentué, et rempli de sons arrachés 
avec effort du nez et de la gorge : il présente des re* 
doublements de consonnes d'une extrême difficulté de 
prononciation. 

Dans ridiome toba, dur et saccadé, les mots finissent 
souvent en t^, en oc, plus souvent en ee et en a. Ils 
offrent de fortes aspirations inchoatives : les dipbthon- 
gués oua^ aau^,sont communes. J'ai cru y trouver le 
son d\xch français, contrairement à Topinion de M. d*Or- 
bigny . Je confesse avec empressement celte divergence, 
car je me convaincs chaque « jour davantage qu'il faut 
bien connaître deux langues pour saisir leurs rapportot 
reconnaître leurs affinités, ou apprécier les différences 
qui les séparent. Sans partager Topinion d'Azara, à 
l'égard de l'éloignement qu'il signale à chaque instant 
entre les idiomes des nations du Chaco, je crois comme 
lui que la formation des vocabulaires est hérissée de 
difficultés insurmontables. Comment, en effet, repré- 
senter par les lettres de notre alphabet, les sons variés, 
extraordinaires, la phonologie, en un mot, de ces 
langues, :^i étrange pour des oreilles européennes? Il 



(1) Je n^alUchc pas uqc valeur trop absolue à ces caractères, el il se 
peut que les diiïcreiii'es que je viens de signaler fussent iodividaelles. 
1/anlhropologie est nue science née d*hier, à laquelle il faut des faits ; 
leur appréciation tiendra plus tard. 



LB GRAND- CHACO. 45S 

n'est pi6 même besoin d'aller chercher par delà 
rOcéan les preuves de cette assertion : ne sommes-nous 
pas arrêtés chaque jour par Fimpossibilité de rendre la 
prononciation du (A anglais, du j(jota) des Espagnols? 
Or, il y a loin de ces sons à ceux qu'un Payaguà ou un 
Toba arrache avec peine do son arrière-gorge (1). 
Azara le fait observer judicieusement, dans ces lan^ 
gués, la plupart des mots dictés à vingt personnes se- 
raient écrits par elles de vingt manières différentes (2). 
Il faut ajouter que les Indiens parlent bas, qu'ils re- 
muent peu les lèvres, et ne cherchent pas à appeler 
l'attention par leurs regards. 

Ces réflexions m'obligent à reconnaître que Téminent 
naturaliste n'ayant recueilli aucun vocabulaire, et 
n'ayant pu dès lors contrôler ses observations par l'é^ 
tude importante des langues, mérite lui-même le re- 
proche qu'il adresse aux autres, pour avoir multiplié 
souvent à tort le nombre des nations qu'il a décrites. 

L'idiome des Machicuys toujours guttural et nasal, 
et très-assurément d'une rare difficulté de prononcia- 
tion, n'offre cependant en cela rien d*exceptionnel, et 
j'aurais peine à m'expliqoer ce qu'en dit Azara, si 
sa manière de voir en philologie m'était moins bien 
connue (3). 

(1) Voy. ce que nous ayons dit (p. 370^372) da langage de ces lodiens* 
« CJiaque mot que le Toba prononce, semble lui coûter une souffrance. • 
WiDDBLL, Voyage dans le Sud de la Bolivie^ p. 328. 

(2) Vùffogei, t. U, p. 5. 

(3) « Leur langage est non-seulement nasal et guttural et différent de 
tous les autres, mais encore les mots en sont si longs et si pleins de syn- 
copes et de diphthongucs^que Don Francisco Amaosio Gouiales, qui a tâché 



456 APPJENOICE. 

Après les détails qui précèdent» il nous paeiit tnlé- 
ressant de présenter dans un tableau» quelques expres- 
sions empruntées aux langues des Indiens du Chaco ^ 
que les créoles du Paraguay désignent indistincieutent 
sous le nom collectif de Guaycurw (1), parce qu'ils 
sont excellents cavaliers : on pourra, en les comparant, 
apprécier les rapports ou la disparité de ces langues. 



Tabac. 

Feu. 

Oui. 

Non. 

Yeux. 

Nez* 

touche. 

Piads. 

IMgU. 

Cuisse. 

Menton. 

Dents. 

Cheveux. 

Oreille. 

Main. 

Femme. 



GatriDÏ. 

Pety. 

Tata. 

Nene. 

Tobe. 

Tésa. 

Apyngua. 

Nandéiuru. 

Chep^. 

Ckequa. 

Chena. 

Cheraniqua 

Chenai. 

Chehava. 

Nambi. 

Chepo. 

Cuha. 



Leogiu. 
Penaky. 

Fuété. 
Héhé. 
Ouété. 
Httoho. 
Hinéhé. 
Hiechi. 
Hifhé. 
Hipecé. 
Hiio. 
. Hiakilé. 
Hiafué, 



Toba. 

NaciedfC. 

Ànodeç. 

Haha. 

Haena. 

Hiaété. 

Hieemic. 

Haiape. 

Hiapia. 

GIliaraia. 

Hioieheta. 

Biakâ, 

Uiouvé. 



Hachânise, Hoquetasa. 

Hicfué. Ilichetelua . 
Hipis. Iliouvé. 
Hefou. Halo. 



Machicny. 

Hequina 
Tahasla. 
Tahase. 

Hariec. 



Heminee. 
Hêkihokee, 






de rapprendre des» Indiens qu'il avait chez lui, est étonné qoe leurs en- 
fknts mêmes puissent venir à bout de rapprendre. » Aiara cootioue p«r 
une énumération des tribus de cette nation, qui sont au nombre de dii- 

neuf. Nous en citerons trois 1^ treizième s'appelle QuiguaUfe- 

guaypon; la seizième, Yct4^aguayenene; la dii-buitième, Sanguotaiya- 
moclac : nous nous en tiendrons là. Voyages, II, 154, 155. 

(I) Ce nom était relui d*one nation vaillante, très -redoutable à cheval, 
mais qui parait aujourd'hui éteinte. 




LE ORARD-CBACO. 457 

Je ferai suivre ce tableau de courtes remarques. On 
y voit d'abord que souvent les noms des différentes 
parties du corps commencent tous, dans la même 
langue, par la même lettre. Quelle est la cause de 
celte singularité que j'ai signalée déjà dans l'idiome des 
Payaguâs, avec quelques exceptions dans celui des 
Guaranis, et que M. Weddell a constatée chez d'autres 
nations du Cbaco, cbez les Lecus cl les Tacanas [1]7 
Il nous est impossible de décider si tous ces mots sont 
composés d'un même radical, ou si, comme M. d'Orbi- 
guy est porté à le croire, il faut voir dans celle lettre 
initiale ta trace d'un pronom possessif. 

On retrouve chez les Machicuys comme caractères 
communs, des terminaisons en ec, une gutluralioa 
saccadée, et de fortes aspirations. Mais évidemment tes 
noms des choses ne sont plus les mômes que dans la 
langue toba. Ces différences persistent-elles dans les 
règles syntaxiques, dans le système de numération, en 
on mot dans le génie des deux langues? Ce que nous 
disions tout à l'heure de la difficulté de leur étude, et 
d'une comparaison qui, pour être complète, exigerait 
des connaissances approfondies qu'aucun européen n'a 
jamais possédées, nous dispense de tenter la solution de 
ce difficile probtèmc, 

M. d'Orbigny a présenté un tableau contenant quel- 
ques mots de lu langue mbocobie. Nous allons les 
placer en regard des expressions correspondantes 

\i) Vonagr dont It Nord itt (a Soltrïc, p. (60. Les focabuliireii de 
liluïieurs aalioDS br^&iliuDDCs, recueillis par H. dt Ciâtpluau, prcseoicui 
la mime pirlicularitp. 




4S8 APPUa»». — Ll GRAMIMIHACO. 

extraites de notre vocabulaire toba. Leur coai|Muraison 
fournira une nouvelle preuve de l'identité de ces deux 
peuples. La différence orthographique n'a besoin ni de 
justification ni d'explication, après ce que nous avons 
dit de la presque impossibilité d'exprimer Ae pareils 
sons à l'aide des ressources de notre alpjiabet. 





Toba (1). 


Ifbocobi (T. 


Femme. 


Halû. 


Alo. 


Feu. 


Hiaété. 


Jacié. 


Oreille. 


HicKetêlua. 


Iketda. 


Yeux. 


Anodec. 


Anaree. 



Tels sont les caractères principaux de l'organisation 
des Indiens que nous avons pu observer. Dans la crainte 
des redites, je renvoie le lecteur désireux de plus amples 
détails, aux ouvrages que j*ai cités dans le courant de 
cette notioe, et à ceux qui trouveront place dans la 
Bibliographie du Paraguay et des Missions. 



(f ) Mots écrits par ooas. 

{i) MoU recaeiUis par A. d'Orbigoy. 



FIN DU TOME PRKMIEB. 



NOTES 



ET 



PIÈCES JUSTIFICATIVES 



DÉCRET 

DU 10 SKPTBMBRB 1814, 

PORTANT FIXATION DBS LIMITES DBS PBOVlNCBS DB 
CORRIBNTBS ET d'BNTRB-BIOS. 



Le Direeteur suprême des Provinces-Unies du Rio de la Plata. . . 

La nécessité de réparer les désastres causés par les dissen- 
sions politiques et par la guerre, au commerce, à Tindustrio et 
à la population, est aujourd'hui l'objet de tous mes soins. Il 
importerait peu d'avoir vaincu les ennemis de la patrie, si les 
avantages de la victoire ne devaient pas tourner au profit de 
ses habitants. 

L'immense territoire de l'Entre-Rios, et celui que compren- 
nent les juridictions de Corrientes et des Missions, se trouvent 
dans les circonstances qui ont rendu nécessaire la création d'un 
Gouvernement-intendance dans la Banda oriental de l'Uru- 
guay. Ces contrées sont baignées Tune et l'autre par de grands 
cours d*eau, etc. 



(60 PIÈCES JUSTIF1CATI¥BS. 

ArtieU fremm. Le territoire d*Entre-Rio8 avec tous ses 
villages {puebloi)^ formera à ravenir une province de l'État, 
sous cette dénomination : Pnmnee de CEfUre-Riot. Les limites 
de cette province seront : 

Au Nord^ la ligne formée par le rio Gorrientes entre le Pa- 
ranà et TUroguay» depuis son embouchure dans le premier 
jusqu'à celle de Varrayo Aguarachy, et ce même miseeau avec 
le Curuzu-Cuatia, jusqu'à sa jonction avec le Miriilay, dans les 
environs de l'Oruguay. 

A VEit, l'Oruguay; 

Au Sud et à VOueêi, le Paranà. 

Article teeand. La ville de Gorrientes et les villages des Mis- 
sions avec leurs juridictions respectives, formeront à l'avenir 
une province de l'État sous ce titre : Pravimee de Corrienie». 
Elle aura pour limites : 

Au Nord et à l'Oties I, le Rio-Paranà jusqu'aux conBns des 
possessions portugaises; 

A VEitf le Rio -Uruguay ; 

Et au Sud^ la ligne assignée plus haut, pour limiteHoo^'d à la 
province de l'Entre-Rios. 

Article troieiime, (Réglemente l'administration de ces deux 
provinces sur le modèle de celle des autres.) 

Artide quatrième. La ville de la Conception de l'Uruguay 
sera la capitale de la province de l'Entre-Rios ; et celle de 
Gorrientes la capitale de la province du même nom. Les goo- 
vcrpeurs - intendants auront leur résidence dans ces villes; 
mais en temps de guerre, et tontes les fois que les circon- 
stances l'exigeront, le gouverneur-intendant de' Gorrientes 
résidera dans le village de Gandelaria. 

Article cinquième. (Relatif à la nomination des députés, etc.) 

Article sianéme. Gette ordonnance sera soumise à l'Assemblée 
générale constituante des deux provinces pour être approu- 
vée, etc... 

Donné à Buenos-Ayres, le 10 septembre 1814. 

Gervacio-Antonio de Posadae. 

Nicolas de Herrera^ secrétaire. 

Ce décret a été sanctionné dans une séance extraordinaire 



PlteRS JUâTIFIGATIVBS. 461 

des représentants de la province de Gorrientes, tenue à cet 
effet le 1*' septembre 1832. Mais, tout en reconnaissant pour 

limites celles fixées dans l'acte émané du Dilrecteur suprême 
Antonio de Posadas, on a passé sous silence la désignation de 
la frontière-sud. 

L'acte d'approbation signé /. Francisco Cabrai^ Président, 
et Rafaël de Àlienza , secrétaire par intérim, a été promulgué 
par D. Pedro Ferré, président de la province, le 8 septem- 
bre 1838. 



46S Places jQsnncATifBi. 

TRAITÉ DE LIMITES 

BRTftB LA EiFUmora DU FAIAGUAT R LA PIOVUfGB 

DB COIEIBNTBS. 



Le ao jBiUet 18il, les connls de la répuUiqoe (Carlot-AB- 
tonio Lopez et Mariano Roques Alonzo), ont concla avec Cor* 
rientes deux traités : 

Le premier d'Amitié, de Commerce et de Navigation ; 

Le second de Limites. 

Ce dernier contient les dispositions suivantes : 

Art. L 

Le territoire compris dans la juridiction de la Vilia del PUêt 
jusqu'à Yabebiri, de ce c6té du Paranà, est reconnu comme 
appartenant à la république du Paraguay. 

Art. II. 

Sans préjudice des droits de la république du Paraguay» et 
de ceux de la république Argentine» sont reconnues comme 
dépendances de la première» les terres du campement appelé 
S. Jozé de la Rinconada^ et des Missions détruites [Puebloi «•- 
tinguidoê), Candelaria» Santa Ana» Loreto» San- Ignacio-Mini, 
Corpus et S. Jozé jusqu'à la Tnmçiura de lûreio; et comme 
dépendances de la seconde» San-Carlos» Apostoles» Martyres» et 
toutes celles qui sont dans le voisinage (en la eoêia) de l'Uruguay. 

Art. III. 

Les Iles Apipé» Rorda» etc.» appartiendront à Corrientes 
{qnedan a fator de Corrienies)^ etc.*. 

Les envoyés correntinos étaient D. G^". Valdés» et D. J. Ma- 
teo Arriola. 

D. Pedro Ferré» gouverneur de Corrientes»*autorisé parle 
Congrès ( séance du 12 août 1841)» ratifia ces deux traités le 
23 du même mois. 



PIÈCES JUSTinCATITES. 463 

BULLE DU PAPE ALEXANDRE VL 

4 MAI 1493. 

( Extrait ) 

Alexander Episcopus servus servoram Dei : 

De nostrà merà liberalitate» et ex certA scientiA ac de apos- 
tolics potestatis plenitadiney omnes insulas et terras-firmas 
ioTentas et inveniendas, détectas, et detegendas versus occi- 
dentem et meridiem, fabricando et constituendo uùam lineam 
a polo arctico scilicet septentrione ad polum antarcticum sci* 
licet meridieiDy sive terrœ-firmœ et insulœ invents et inve- 
niendœ sint versus Indiam aut versus aliamquamcamque par- 
teoiy quœ lioea distat à qualibet insulamm quœ vulgariter 
nuncupantur de los Azores et cabo Verde centam leucîs versùa 
occidentem et meridiem» ità qaod omnes insulœ et terrœ-finnœ 
repertœ et reperiendœ, detect» et detegèndse à prsfotA lineà 
versus occidentem et meridiem, per alinm regem aut principem 
christiannm non fuerint actualiter possessœ usque ad diem 
Nativitatis Domini nostri Jesu-Christi proximè prsteritam, a 
qao incipit annus prœsens M.CCCC.XCIII9 quando foemnt per 
nnntios et capitaneos vestros inventa aliquœ prsedictarum 
insalaram » auctoritate omnipotentis Dei nobis in beato Petro 
concessA ac vicariatûs Jesu-Christi quo fungimur in terris, 
cum omnibus illorum dominiis, civitatibus, castris» locis e( 
villis juribusque et juridictionibus ac pertinentiis universiSy 
vobis hsredibusque et successoribus vestris Castellœ et legior 
nibus regibus in perpetuum tenore prsBsentium donamus, 
concedimus et assignamus, vosque et beredes, ac sabcesores 
prsfotos illarum, dominos cum plenA libéra et omnimodft 
potestate, auctoritate, et jurisdictione Eacimus, constituimus, 
et deputamus : 

Aux indications bibliographiques que nous avons données 
(p. SO9 d lanoU), nous devons ajouter que cette bulle se trouve 
encore dans YÀri de vivifier kt datée de Warden, t. XIII» p. 3. 




TRAITE DE TORDESILUS. 

7 join tmt. 



m 

L 



(Elirai ) 

Ilplattà leurs Altesses, el les Commissaires J 

ci-^essas nommés en leur nom, et en vertu des pouvoirs qù T 
leur sont confiés, accorderont et consentiront à ce qu'ui 
limite ou ligne droite soit établie et tirée i travers ladite n 
Ocëane, d'un pAle k l'autre, du pAle arctique au pAle aniârcti- \ 
que, c'est-à-dire du Nord au l^ud: laquelle limite, ligne et borne | 
se doit tirer et se tirera droite, ainsi qu'il est dît, à trois cent I 
soixante-dix lieues des tiesdu cap Vert du câté| du couchant, i J 
l'aide de degrés, ou de toute autre manière meilleure et plus 
prompte, de façon à ce qu'il n'y en ail pas davantage. Tout ce 
qui a été trouvé et découvert jusqu'à ce moment, et tout ce qnîi 
dans l'avenir, sera Irouvéet découvert par ledit roi de Portngai ■ 
et ses vaisseaux. Iles ou (erre ferme, depuis ladite ligne-froa-^ 
liére établie comme il a été dit ci-dessus, en marchant duti 
du Levant, dans l'intérieur de ladite ligne, au Nord oa au Snd, 
tant que cette limite ne sera pas dépassée, que tout demenrt 
et appartienne au roi de Portugal et à ses successeurs A perpé^ 
tuité. Et que tout le roslc, tant Iles que terre-ferme , trouvée 
on A trouver, découvertes ou à découvrir, qnî ont été on s 
raient rencontrées par les roi et reine de Castille et d'Ara- 1 
gon, etc., et par leurs vaisseaux, depuis ladite ligne établie es 
la forme susdite, «n allant du cAlé du Conchanl, après avoir 1 
passé la frontière, soit au Nord soit au Sud, que tout demeure I 
et appartienne aux roi et reine de Castille et d'Aragon, etc.. ' 
et A leurs successeurs â perpétuité. 

Les Commissaires (Embajadoret y Proruradora) étaient pour 1 
l'Espagne : D. Enrique, D. Gutliercz de Cardenas, et le doc-> , 
teiir Rodrigo de Maldonado ; pour le Portugal : Kuy de Souta« J 
D- Juan de Souza son fils, et Arias de Almadana, 



PIÈCES JUSTIFICATIVES, 

TRAITÉ PRÉLIMINAIRE DE LIMITES 

RKTHB LES COURS d'eSPAGNE ET DB PORTUGAL, 

ni' i" OCTOBRE 1777. 



Arl. I". Il y anra paii constante et perpétuelle, sur terre et 
sur mer, dans toutes les parties du monde, entre les nations 
espagnole el portugaise, avec un oubli complet du passé et 
des offenses réciproques. A celle fin, sont et demeurent ratifiés 
les traités de paix des 13 février 1668, 6 février 17IS et 
10 février 1763, comme si on les insérait mot A mot dans 
celui-ci, en tant qu'il n'est dérojjé en rien à leurs dispositions 
par les articles du présent traité préliminaire, ou par ceux que 
son exécution pourrait rendre nécessaires. 

Art. H. Dispositions relatives h la reslilulion des prison- 
niers de guerre, des armes et munitions. 

Art. Ili. Relatif à la cession par le Portugal à l'Espa^-ne 
de la Colonie du Saint-Sacrement, et des deux rives de la Piata . 

Art. IV. Cet article fixe la direction de la ligne -frontière 
depuis l'embouchure de la Laguna de lot Patot, ou Rio-Grande 
de San-Pedro, jusqu'au confluent du rio Pepiri-Guazù dans 
rCruguay, les Missions espagnoles de l'Uruguay devant appar- 
tenir comme par le passé À la couronne d'Espagne, dans l'étal 
où elles se trouvent. 

Art. V. Les lagunat Marim et de la Manguera, ainsi que les 
bandes étroites de terre ('«n^uas), situées entre elles et l'Océan, 
sont déclarées neutres et serviront seulement de séparation, 
sans que les sujets de l'une ou de l'autre couronne puissunt 
s'y établir. 

Art. VI. En vertu de la disposition contenue dans l'article 
précédent, un espace neutre est réservé jusqu'à l'embouchure 
dans rUru|;iiay du rio Pepiri-Guazù, et au delà s'il y a lieu. Il 
est interdit aux deux puissances d'y élever des fortification s. 



466 PlfeCBS JUSTiriCATITIS. 

des postes de troupes, ou même d*y constraire des habitations. 

Art. Vil . Il contient des stipulations en fiaveur des habitants, 
des officiers et soldats qui se trouveront dans les établisse- 
ments et territoires que se concèdent réciproquement les 
hautes parties contractantes. 

Art. VIII. Les possessions des deux couronnes ayant été déjà 
désignées jusqu'à l'embouchure du Pequiri ou Pepiri-Guazà 
dans l'Uruguay, les hautes parties contractantes conviennent 
que la ligne de démarcation remontera en amont de cette ff» 
vière jusqu'à sa source principale, et de là par les hauteufs 
d après les règles posées dans l'article VI ; elle suivra jnscp* à la 
rencontre des eaux du rio San-Antonio qui se jette dans Se 
Rio-Grande do Curitiba, nommé aussi Iguazù. Elle suivra le 
cours de cette dernière rivière, en aval, jusqu'à sod embou- 
chure dans le Parauà par son bord oriental» et remontera 
alors le lit de ce fleuve, jusqu'au point oàftiaçoit le rio Igurey 
par sa rive occidentale. 

Art. IX. Depuis reml)ouchure ou jonction de l'Igurey, la ligne 
suivra jusqu'à sa source principale en remontant son cours, ei 
de là il sera tiré une ligne droite par les hauteurs (par lo mai 
alto del terreno) conformément aux cosfentions stipulées en 
l'article VI déjà cité, jusqu'à rencontrer l'origine ou l'afBuent 
principal de la rivière la plus rapprochée de cette ligne, qui se 
jette dans le Paraguay par son bord orienta^ lequel sera peut- 
être celui que l'on appelle Corrientes. Alors, la ligne descendra 
le cours do cette rivière jusqu'à son embouchure dans le Pa- 
raguay, et de ce point remontera par le lit principal que sui- 
vent les eaux de ce fleuve en temps de sécheresse, jusqu'à la 
rencontre des marais qu'il forme et que l'on nomme Laguna 
de loi Xarayeiy et traversera cette lagune, jusqu'à l'embou- 
chure du Jaurù (1). 

(1) Voici le telle des deai arlicles qui conceroeot la 6iatioQ des froo- 
tièresda Paraguay. Ils ne sont que la reproduction presque teitadle des 
dispositions stipulées dans le premier traité si|pé k Madrid le IS janvier 

1750. 

ArUculo Vin. 

« Qoedando ya scfialadas las pertenencias de ambas coronas hasU la 



PIÈCES JUSTIFICATIYES. 467 

Art. X, XI et XII. Ces articles ont trait à la délimitation des 
possessions hispano-portugaises dans les provinces de Mato- 
<jro6so, de Moxos, et plus au nord, sur les bonis de l'Orénoque 
et du fleuve des Amazones. 

Art. XIII. Les dispositions qu'il contient, fort importantes, 
^terminent les conditions de la navigation des rivières. Cette 
navigation sera commune dans les parties où les deux rives 
n'appartiendront pas à la même puissance. Dans le cas con*- 
^aire» elle sera la propriété exclusive et particulière de la 
-nation qui les possédera toutes les deux (1). 

Art. XIV à XXIV inclus. Ils concernent la propriété des Iles 
situées dans les fleuves et les rivières, la nomination des com*- 
missaires chargés de Texécution du traité, la répression de la 
contrebande sur les frontières, la défense d*élever des fortifi- 
cations dans la pirtit où la navigation est commune; les châ- 
timents i infliger ÉiB eriminèls saisis en territoire étranger, la 
remise des esdaves ibgitifs, la renonciation de la part du 

eotndt del Pequiri, o Pepiri-Guazù en el Uruguay, se hto coo?enido los 
Altos Cootrty entes en que la linea divisorit seguirk aguts trribt de dicho 
Pepiri hasta sa origen pfÉMipal, y desde este por les mas alto del terreoo, 
l^jo las reglas dadas en el articulo VI ; continuark k encontrar las cor- 
rientes del rio San Antonio que desemboca en el Grande de Curilibà, que 
por otro nombre llaman Iguazù : siguiendo este, aguas abajo, hasta su 
entrada en el Parauà por su ribera oriental , y continuando entonces, 
aguas arriba del mismo Parant, hasta donde se le junta el rio Igurey por 
VÊ ribera occidental. 

Articulo IX. 

« Desde la boca 6 entrada del Igurey seguirk k raya, aguas arriba de 
Cite, hasta su origen principal ; y desde el se tirarà uni linea recta 
por lo mas alto del terreno, con arreglo a lo pactado en el dtado arti- 
cuto VI, hasta hallar la cabecera 6 vertiente principal del rio mas vecino 
adicha linea» que desagùe en el Paraguay por su ribera oriental, que 
tahec sera el que llaman Corrientes. T entonces b^arà la raya por las 
aguas de este rio hasta su entrada en el mismo Paraguay, desde cnya boca 
subira por el canal principal que déjà este rio en tiempo seco, y seguirà 
por sus aguas hasta encontrar los pontanos que forma el no Uamado la 
Laguna de los Xarayes, y atravesarà esta laguna hasta la boca del Jaurù. » 

(1) Nous retiendrons sur la teneur de ce paragraphe, en faisant Thit- 
torique des négociations intertenues entre le Brésil et le Paraguay. 



*♦ 



468 PIÈGES JUSTIFICATiy«S. 

PoKugal en faveur de TEspagfne, aux droits qu'elle pooirajl 
avoir à la possession des Uetf Philippines et Marianes» et ce, 
nonobstant les Aspositions du traité de Tordesillas» et celles 
du pacte conclu à Saragosse le 22 avril 1529; enfin la retraite 
des troupes des territoires récipi^oquement concédés. 

Art. XXIV. Il dispose que les articles supplémentaires qai 
pourraient devenir nécessaires pour Tinterprétation et Texécik- 
tion des précédents, seront comme ceux-ci ^observés invaria- 
blement par les hautes parties contractantes. 

Art. XXV et dernier. Le présent traité préliminaire serara* 
Xifié dans le délai formel de quinze jours à compter de sa signa- 
ture, ou plutôt si Caire se peut. 

En foi de quoi, etc... 

El condede Floridablanca. 

D. Francisco Inocencio de Sonia Coatinbo. 

Voy. aussi Wardbn, Art de vérifier le$ date$^ t. XIII. 



INSTRUCTION ROIALK 

DU 6 JUIN 1778. 

( Extrait ) 

(1 Les deux moitiés de la subdivision hispano-portugaise rév- 
nies à l'embouchure de l'Igatimi, y commenceront la démar- 
cation en le prenant pour frontière, puisqu'il n'y a dans le 
pays aucune rivière connue sous le nom dJgurey, et qae 
rigatimi est le premier rio volumineux [eaudaloio) qui se joigne 
au Paranà par sa rive occidentale, au-dessus de sa grande cata- 
racte. En remontant à sa source, on rencontre non loin d*elle 
les branches d'origine d'une autre rivière qui se dirige au cou- 
chant, pour se jeter dans le Paraguay sous le non d'ipané. On la 
prendra pour limite, parce qu'il ne se trouve de ee cAté ancan 
cours d'eau, portant le nom de Corrientes. d 



PIÈCES JUSTIFICATITES. 469 



RAPPORT 

DE M. PLAISANT , 

Ingénieur des iravaux de l'Écofe impériale dWts et métiers d'Aix , 
à M. le Ministre du commerce et des travaux publics. 

(bitmait) 



*—** 



EXAMEN 

D*É€HA1IT1LL0NS DE BOIS DU PARAGUAY 



AD POlVr DB VCI DB L*BBSNI8TiRIB. 



I. MOROSIMO. 

Le premier échantillon, le Marosimo^ filamenteux comme 
le chêne du nord, d'une couleur foncée acajou mêlée à des 
veines pailles et à quelques rares taches noires, ressemble 
beaucoup après être verni, à l'acajou commun fort en usage 
en France, provenant du Brésil pays limitrophe du Paraguay. 

Huileux par sa nature, la conservation du Morosimo doit 
être facile, car les parties attaquées par la varlope ou le rabot 
restent légèrement onctneuses; sa dureté le rend très-difficile 
à travailler à l'outil tranchant; mais il devient uni et très-beau 
sous le radoir. Il se laisse assez bien débiter en placage. 

Néanmoins les arrachements et les déchirements qu'y pro- 
duisent à sa surface les outils tranchants, tels que rabots, var- 
lopes, etc., le tiendront toujours dans un rang inférieur auK 



VrO PitClS JUSTOnCATlflS. 

bMsqui sont mit en œuvre dans Tébénislerie de laxe. Toute- 
foist en raison de la ténacité de ses neances, il peot être era* 
ployé à rét>énisterie ordÎMire, et donner des meubles fort 
au-dessus deiptaseoBiniuns. 

II. PALO AITARILLO. 

Le second échantillon, le Polo amarillo est bien sopérieur 
av précédent; moins filamenteux et un peu moins compacte, 
il est d'une couleur bien plus agréal^le; car cette dernière 
placée entre le jaune paille avant le vernis et le jaune safran 
après celui-ci, la lumière y produit des reflets qui rendent 
cette couleur chan§eante variant entre ces deux tons : ce- 
pendant il est aussi difficile A travailler que le premier, soit 
avec le ciseau, soit avec la varlope; mab il se prête bien 
mieux au placage, ce qui peut le rendre très-précieux pour la 
belle ébénisterie. 

Il peut être débité en feuilles excessivement minces, attendu 
qu'elles ne se tourmentent pas. Sans doute que la force d'adhé- 
rence qui dompte les fibres et les unit en faisceaux, est moins 
grande que la force de ressort qui tend à les éloigner les uns 
des autres, car il est sujet à se gercer. On ne peut attribuer à 
une forte température cette altération dans l'adhérence, 
puisque la latitude nord de la France, est presque double de la 
latitude iud du Paraguay. 

Le Palo amarillo se tourne bien, mais il se sculpte difficile- 
ment : le tampon y produit rapidement son effet, ce qui est de 
la plus hante importance pour l'ébénisterie de luxe dans la- 
quelle ce bois peut faire merveille. 

III. PALO ROSA. 

Enfin le troisième échantillon le Palo rata est moins com- 
pacte, et a les fibres bien plus fines que celles des bois précé- 
dents. Il a une couleur rose pâle très-franche au moment qu'on 
le travaille; mais abandonné aux effets pernicieux de l'air 



PlftCE8 JUSTIFICATITIS. 47i 

uns 4tre préalablement verni» il prend bien tite une coolevr 
foncée qui a qpelque aiiilogie avec celle du bois du comiir 
de Provence. 

Verni et tamponné immédiatement aprèi ftfos Ta mis en 
joeuvre, il a une couleur rose tendre nuanoéet^^ndulée, très- 
agréable à Tœil. Hais il est très-fftcheuK pour Tébénisterie de 
luxe que le fond rose et les nuances que ce bois possède d'abord, 
ne conservent pas toute la fraîcheur qu'ils prennent sous le 
racloir et le tampon. En effets après un certain laps de temps» 
cette couleur charmante dès que le Palo rosa est verni, prend 
un ton dégénérant, sensiblement plus pâle, et devient presque 
sans éclat. 

Cette couleur rose ne se conservant pas, je doute fort que 
ce bois puisse faire concurrence aux antreé^ bois exotiques, 
qui sont déjà si bien connus par la belle ébénisterie française. 
Sa mise en œuvre offre les mêmes difficultés que l'on re»- 
icontre pour travailler les deux premiers. 

En me résumant par rapport à la spécialité, de ces bois, 
sous le point de vue que j'ai considéré, ils peuvent être em- 
ployés avec succès comme bois de placage, et donner des 
meubles qui seront à coup sAr recherchés par les amateurs du 
luxe et du confortable. 

Gomme bois de construction ils n& laissent rien à désirer; 
on peut les compter parmi ceux de premier ordre sous le rap- 
port de leur grande résistance à la flexion. 

Les expériences que j'ai faites confirmeront cette opinion. 
J'ai d'abord déterminé leurs pesanteurs spécifiques pouf avoir 
une idée de leur compacité, et les comparer aux pesanteurs 
spécifiques des plus forts bois qui sont en Europe, et j'ai 
trouvé que : 

Le Bforosimo pèse 005 kil. le mètre cobe. 

Le Ptlo tmtrillo 886 idem, * 

Le Ptlo roea 842 tif«m. 

Ces nombres rapprochés de ceux qui sont consignés da^s 
les tables de M. Morin, dans son savant voluipe sur la résis- 
tance des matériaux, et qui appartiennent aux plus forts boîs 
de chêne employés, tels que le chêne anglais, le chêne du 



472 HÈGRS iUSTOnCATIflg. 

Canada» lechéne de Danzig et le ehéne de rAdriaiiqoe, dont les 
p«antears' spécifiques sont respectirement| 934^, 972^, 756^ 
et 993 S le mètre cnbe» indiquent assez qu'Us diffèrent peu de 
ces derniers. - 

Les expériences faites pour expérimenter la résistance de 
ces bois à la flexion ne sont pas moins concluantes. 

Voici les coefficients que j'ai obtenus : 



EMeoc*. CocScie»! d*dMUcit«. Cocflk. êm 

MorosifflO 1,103,057,905 kil. 10,434.927 k. 

Palo amarillo 1,233,296,198 10,378,406 

PlloderoM 935,933,076 10,887,573 

CMne de Russie 791,035,637 9,513,747 

ChèM de Bourg 933,163,883 8,900,883 

Chêne Tert de Pro?€ac«. 913;250,000 10,800,000 

Sapin résineoi 1,518,750,000 11,475.000 

Cormier de ProTeoee 936,503,730 13,141,305 

Les coefficients des quatre boîs de cbéne que j'ai choisis 
pour comparer les pesanteurs spécifiques , sont : 

CbèM anglais 1,033,730,000 kil. 7,050,709 k. 

Chéoe de Canada 1,511,530,000 7,447,100 

Chêne de ftanxig iSe.lêO.OOO 6,059,800 

Chêne de rAdriaUqne 686,680,000 5,833,100 



L'examen de ces chiffres sert de conclusion, et prouve com- 
bien les bois du Paraguay sont préférables, sous le rapport de 
la résistance à la flexion, à ceux que l'on emploie ordinaire- 
ment dans les constructions de premier ordre. 

L'autre qualité essentielle à un bois de construction, sera 
déterminée par le temps qui fera connaître si ces bois rési 
tent aux influences atmosphériques et si ces qualités essen- 
tielles, résistance et durie^ ne s'altèrent pas. 

La lettre d'envoi ne donnant pas les prix de chacun de ces 
bois, il m'est impossible d'établir une comparaison de leur 
valeur avec celle des bois généralement en usage en France, 
et de savoir si un meuble ou une charpente faite avec les bois 
du Paraguay reviendrait plus ou moins coûteux qu'avec les 
bois mis en œuvre pour ce genre de travail. 



PIÈCES JUSTIFICATITBS. (73 



ÉCOLE IMPÉRIALE D*ARTS ET MÉTIERS D*A1X. 



ANNEXE AU RAPPORT 
SUR LES BOIS DU PARAGUAY 

▲DEBS9B 

A S. B. M. LE MimSTRE 

DK L'AORICULTORB, DU COMMBRCB BT DBS TRAVAUX PUBU€S, 

Le 2^ février 1854. 



Monsieur lb dibbctbur, 

S. E. H. le Ministre de rAgriculture , da Commerce et des 
Travaux publics vous ayant fait parvenir les renseignements 
nécessaires pour compléter le rapport que j*ai déjà fait sur 
trois essences de bois du Paraguay, je vous adresse une annexe 
à ce rapport y laquelle met en relief la différence des prix de 
meubles pareils* ou de deux charpentes pareilles, Fun con- 
struit avec les bois depuis longtemps en usage en France, et 
l'autre avec les bois du Paraguay. 

Mais avant de montrer cette différence, je vais mettre ci^^- 
dessous les documents qui me servent de base pour établir les 
prix de revient des bois du Paraguay, que je suppose achetés 
par un ébéniste ou un charpentier à un marcliand de boia de 
Marseille, lequel aurait fait importer ces bois pour son compte. 



474 PliCBS JUSTlFICATIfBS. 



RENSEIGNEMENTS 
CONCERNANT LES BOIS DU PARAGUAY (1 ) 



Extrait d'une dépêche de la Chambre de eommeree de Marseille^ d 
M. U Ministre de rAgricuUure^ du Commerce et des Travaux 
publics. 

Le Paraguay possède beaucoup de bois de belle 

esience, soit pour la confectioa des meubles, soit pour les 
constructions civiles, et de l'espèce la plus durable, dite tncar- 
ruptible. On croit que l'extraction ne pourrait guère se foire 
que par Buenos- Ayres, par la voie du Paranà, mais on croit 
aussi devoir supposer que le transport par cette voie, et avec 
les simples moyens usités dans cette partie de TAmérique, 
serait très-coûteux ; eu égard au peu de valeur de l'objet, et 
en présence du fret à supporter encore pour le transport de 
la Plata en France. 

On ajoute, à titre d'appréciation, pour t&cher de répondre à 
la question posée, que si, en fait, il y a du bois lourd à feire 
transporter de la Plata en France, on peut évaluer le fret de 
50 à 60 fir. les 1,000 kilog., mais qu'on peut employer, pour 
diminuer ce taux, le moyen consistant à diviser les parties à 
expédier, de manière à ne donner à chaque navire que la 
quantité nécessaire, soit comme lest, soit comme fardage A 
mettre sous les cargaisons de cuirs secs. On pourrait ainsi 
obtenir sur le prix du fret une réduction notable, pouvant 
aller jusqu'à la moitié de ce prix : ce seraient là des combi- 
naisons à organiser sur les lieux de charge. 

(I) Les deni rapports de M. Plaisant, et tous les docomeots relatifs aai 
lM>is du Paraguay, sont déposés aai arcbives de la Chambre de commerce 
de Paris. 



PIÈCES JUSTIFlCATiyBS. 475 



Aasomptioo, 14 no?eiiibre ISM. 
MONSIBUE LB MnnsTRB, 

La légation de Buenos- Ayres, sous la date du 26 septembre 
dernier, me charge do faire savoir à V. E. le prix de revient 
de trois espèces de bois du Paraguay, sur lesquels l'École im- 
périale des arts et métiers de la ville d'Aix a envoyé un rap- 
port au département. 

Le prix de ces bois, en bonne condition et parlaitemeni 
secs, serait sur la place de l'Assomption de : 

Bforosimo jaune 1" long. 30 cent, carrés. 10 à 11 ^mm. 

» roQge » » • 10 à 11 » 

» vert » ■ * 7 à 8 » 

Palo sauto » » • 12 à IS » 

Palo amarillo » » » 6 à 7 » 

La piastre forte vaut ici 10 réaux, et le change sur France» 
varie de f. 5,60 à 5,80. 

Le droit d'extraction sur les bois de construction et d'ébé* 
nisterie est de 10 p. 100 sur prix de place. 

Le fret de l'Assomption à Buenos-Ayres par les bateaux i 
voiles du cabotage est fixé à 8 et 9 piastres le tonneau. Les bâ- 
timents à vapeur qui, jusqu'à ce jour, ont essayé cette naviga- 
tion, ont établi le fret à 12 piastres. 

Je dois faire observer à V. E. que ces trois espèces de bois 
n'exigent que dans le Haut-Paraguay, et qu'il feudrail peut- 
être quelques mois, pour en obtenir une certaine quantité. 

Je suis, etc. 

[Signé) Comte db Bbatei. 

Cela posé, je prends d'abord le Moroitmo rouge. Un mètre 
de long de ce bois avec une section carrée de 0", 3 de cAté, 
coûte à l'Assomption, en moyenne, 10,5 réaux. 

Valeur du réal. — La piastre forte valant dans ce pays 
10 réaux, varie de 5 f. 6 à 5 f. 8, soif à 5 f. 7 en moyenne, le 
réal vaut donc f. 57. 






476 MiCKS JUSTIFICATITIS. 



fi^i 



Coût à tÀMêompUan dm mitre eub$ el du tonneau de Morenmo. 
— La pièce de bois précitée coûte ainsi : 

f. 57 X 10, 5 = 5 f. 985. 

Ce morceau de Moroeimo cubant 0",00, le prix du mètre 
cube est de : ^ — ^ =: 66 f . 5. 

Le mètre cube de ce bois pesant 965 k., les 1000 kil. oa le 

. 1000x66f.5 „- -o 
ionneau raut : gjgp — = 73 f. 48. 

CoAt du mitre cube et du tonneau de Moroeimo sorii de 
rAeeomption. — Le droit d'extraction sur te bois étant de 
10 p. 100, le prix du mètre cube, y compris ce droit, est de 
73 fir. 15, et celui du tonneau de 80 f. 828. 

Ftei de cee boie de V Assomption d Buenos-Ayrà, — Le fret ou 
le transport du bois de l'Assomption i Boenos-Ayres étant : 

Par batetui à Toiks de 18 f. 45 l Les 1,009 kilog.; le toooeaa de ce bois 
Par bcteaoi à rapeur de 68 40 { readu à Baraos-Ayres, rcTieat donc à : 

Par bateaai à Toiles I29f. 28 

Par iMCeaax à tapeur 149 23 

et le mètre cube k : 

Parbateaaià Toiles 116 f. 99 

Par bateaai à Tapeur 135 09 

Coût des trois essences de bois du Paraguay rendues à Buenos- 
Ayres. — En faisant pour les deux autres bois les mêmes cal- 
culs et les résumant pour les trois essences, je trouve que ces 
pois rendus à Buenos-Ayres valept : 

Par Toiles, les 1,000 k 129f.29 

, Par Tapeur, les 1,000 k 149 23 

Par Toiles, le mètre 116 99 

Par Tapeur, le mètre 135 05 

Par Toiles, les 1 ,000 k 99 56 

PALO AUAEILLO. ( l" ^*lf "^'/« ^^ "^ ^9 5! 

Par TOI les, le mètre 88 21 

Par Tapeur , le mètre 105 88 



PIÈCES JUSTlPKATITfli 477 



Par Toiles, les 1,000 k 151 87 

, Par Tapeur, les 1,000 k 171 8S 

""•~* »»»*'"»•« P«r Toiles. 1. mètr m W 

Par Tapeur, le mètre 144 07 

Densitii de ce$ 6oif . — Les densités de ces bois sont déji 
données dans le rapport précité. 

Fret de ee$ bois de BueMs-Àyreê à Maueille. — Le fret de cev 
bois de Bnenos-Ayres à Marseille, vaut en moyenne 55 f. les 
1,000^ en en faisant nn chargement spécial; mais si l'on foiten 
sorte que chaque navire en partance pour Marseille, en prenne 
comme lest, soit comme fordage à mettre sous les cargaisons 
de cuirs secs, le fret peut être réduit en moyenne» à la moitié 
du précédent, 80itS7 f. 5 le tonneau. (Extrait de la dépêche de 
la Chambre de commerce de Marseille.) 

Coût deê trois essences de bois du Paraguay rendues à Mar^ 
seille. — Prenant ce dernier fret comme étant celui que l'on 
peut toujours obtenir, et l'ajoutant aux prix précédents, on a : 

Par T0i{is, les 1,000 k 156f.79 

, Par Tapenr, les 1,000 k 176 7S 

«otosiMO noce. ^ p„ ,oa«, le mèue 141 88 

Par vapeur, le mètre 160 94 

Par ToUes, les 1,000 k 127 06 

Par Tapeur, les 1,000 k 146 00 

PAiO 4II4EIIX0. < p„ yolles, le mètre 112 56 

Par Tapeur, le mètre ISO 24 

Par Toiles, les 1,000 k 179 37 

- —-. , Par Tapeur, les 1,000 k 100 

PALo «OSA ou SAirro. / -, v ' * 

Par TOiles, le mètre 151 

Par Tapeur, le mètre 167 

Coikt des trois essences de bois du Paraguay prises dans te 
magasins de Marseille. — En admettant que les frais de mise 
en magasin, l'intérêt de l'argent et la commission s'élèvent i 
15 p. 100, chacun de ces prix devient : 

Par voiles, les 1,000 k 180f.29 

Par Tapeur, les 1,000 k 202 



■oaosiHO aouci. ■ « •■ . x* ^^^ ^m 

Par TOiles, le mètre 162 16 

Par Tapeur, le mètre 184 



478 Ipcii mnncAnvBs. 



tAtO AHAMLLO. 



PALO BOSA OU 8ANT0. 



Par Toiles, les 1,000 k 146 12 

Par Tapeur, les 1,000 k 167 91 

Par Toiles, le mèlre 129 44 

Par Tapear, le mètre 149 78 

Par Toiles, les 1,000k...- 206 28 

Par Tapeor, les 1,000 k 229 32 

Par TOiles, le mètre « t73 68 

Par Tapeur, le mètre 192 99 

Les prix de ces bois achetés chez un négociant de Marseille, 
étant déterminés d'une manière rigoureuse, il reste i connaître 
ceux des bois avec lesquels il fout les comparer. 

Prix de quelques boii en ueage en France achetée à Marêcitte. 
«—Ces derniers bois pris chez le même négociant, sont : 

Les 1,000k 450 00 

362 50 

Aoou tLcsl,000k 161 60 

lfoyer,680k. | umèirecube 110 00 

Chêne de Bourgogne, (Les 1,000 k 129 47 

850 k. le m. cube. iLemètreoike 119 69 

c KKixu (Lesl.OOot IM 54 

Sapin, 550k. U,^étrecube 85 00 



. • orAu 1 w i Les 1,000 k.. 

Ac^ou,850k.lem.cube. { ^^^^^^^ 



Cormier, 900 k. 



Le8l,000k 150 00 

Le mètre cuke« 135 00 



Comparaison sur une iable à manger de 8 couverts^ et obseirva'' 
twnssur la façon. — Actuellement, je prends d'abord une table 
i manger pour 8 couverts, et je fois ot>8enrer tout de suite 
que la façon ou main-d'œuvre étant la même pour un même 
meuble, quel que soit le bois, il ne s'agit seulement que de 
Caire ressortir la différence des valeurs des bois employés. 

Pour une table de 8 couverts, il faut 0,06 de mètre cube de 
bois, dont la valeur est : 

Pour Tacajou 0,08 X 382f. 5= 30f.60 

Pourleooyer 0,08X110, » =: 8,60 

Pour le cbène 0,08X110, •= 8,60 

Pour le sapin 0,08 X 85, » = 6,80 

Pour le morosimo rouge. 0,08 X 162, 16 = 12, 97 

Pour lepaloamarillo... 0,08 X 129, 44 = 10, 35 

Pour le palo rosa 0,08 X 173, 66 = 13, 80 




PIÈCES JUSriFlCAnTSB. 479 

Voit îl résbite de ces calculs qu'il suffi! de jcler un coup 
d'œil sur ces chïft'es, pour reconnallre que dans ke rappro- 
chement de ces prii, la troig tttencet du Paraguay peurent 
Inlter tr^s-avaniageusement avec Yacajou sous le rapport du 
prix; surtout le jtalo amarillo qui est le plus bciiu des Irob ei 
que j'estime autant que Varajou. Ils peuvent aussi, par le luxe 
de leurs couleurs, rivaliser supérieurement avec le noyer, le 
ehéae, le êapin; car la différence de prix avec Yacajou va de 
17 à 20 F.; cette différence qui est presque la moitié de la va- 
leur dt] meuble, fa^on comprise, vaut la peine qu'on s'en oc- 
cupe; tandis qu'avec le noyar, le chine et le sapin, elle ne va 
que de i à 7 f., différence presque insignifiante. Ainsi, d'une 
part, {;rande supériorité sur Yacajou sous le rapport du prix, 
et d'autre part, grande supériorité aussi sur le noyer, le chine 
et le Mpin sous le rapport de la beauté. 

Comparaison »ur une commode non plaquée. — Le second 
exemple que je prends est sur une commode non plaquée. Pour 
toutes les parties apparentes de ce meuble, le dessus étant en 
marbre, il faut environ 0,15 à 0,16 de mètre cube de bois, soit 
0,10; celte quantité est double de celle de la table. Les prix 
des bois restant les mêmes, il est évident que la différence des 
valeurs des quantités de bois employés ijans la commode est 
aussi double, el que tout ce que j'ai dit pour la table se répète, 
 plus forte raison, pour la commode non plaquée. 

11 en serait de même pour tout autre meuble non plaqué. 

On voit donc, d'après cela, que plus la quantité de bois est 
grande, el plus l'acajou s'éloigne sensiblement du prix des 
meubles faits avec les bois du Paraguay. D'un autre côté, ces 
derniers conservent toujours, comme nouveauté, fraîcheur, 
nuance et couleur, leur supériorité incontestable sur le noyer, 
le chêne et le lapin. 

Coniidération, — Il est donc bien prouvé, pour tout ce qui 
regarde le meuble non plaqué, que les bois de l'Assomptioa 
introduits en France, apporteraient un bénéfice réel à tous 
ceux des négociants qui en feraient le commerce, et ajoute- 
raient an nécessaire et au bien-être des populations, dont une 
grande partie ne peut aborder les meubles dits de luxe, à 
des prix élevés auxquels ds sont cotés. 



L 




480 rilMi jusnncATinB. 

Meubles pla^uh. — De ce que le prix d'oa medMe ea 
DOD plaqua, s'écarte d'antaoi plus da prix d'dl mêwÊt^ 
em iMyer oo eo palo anuurillov qu'Q eatre 4e bois éamm ce 
aeoMe» toutes choses égaies d*aiUeim partoot* fl s'easail qae 
«dans le meuble plaqué ou la râleur du placage eapkqré est 
très-petite, Facajou cousenre ses droits à la ooucuneace ; car 
pour une commode» un secrétaire, il faut seulem e nt 6 el 8 fir. 
d'eogcm euviron, et 2 et 3, 5 fr. de pëlo amartdo,. las façoBs 
étant toujours égales. 

Il est donc risiblement impossible que la diKreaœ entre 
ces derniers chiffres, différence très-minime sur un meoble de 
50 i 80 fr., puisse apporter une différence sensible sur les 
prix de Tente de deux mêmes meubles plaqués, Tun avec l'aca- 
jou, et l'antre avec le palo amarillo. 

Donc, pour le meuble plaqué, les bois du Paraguay ne pour- 
ront lutter arec l'acajou que par la noureauté et le Ion Tarie 
de leurs couleurs, lesquelles sont au mointf aussi agréables que 
celles de ce bois, qui est sans Tariété dans le ton, et noircit 
considérablement aTec le temps. Four ce qui touche au noffer^ 
au ckéne et au laptn, ik ne peuTsÉl se mettre en ligne stcc ces 
bois exotiques, qui ont une supériorité non équlToque. 

Comparaiêon des jnix de deux fermes^ Vune en bourgogne ^ Cauire 
en palO'OmariUo. — Je dois maintenant m'occuper des bois 
du Paraguay touchant leur emploi dans les constructions ci- 
viles. Ici, pour être dans le vrai, je dois prendre en considéra- 
tion leur grande résistance. 

(Suivent des calculs et des considérations techniques qui 
seraient sans intérêt pour la plupart de nos lecteurs.) 

Cest-à-dire que la digression que je viens de faire, m'a con- 
duit à la conséquence suiTante : Us totumee de deux oHm- 
létrierSf ou de deux fermeSy qui sont construtiee dans les mêmes 
conditions^ mais la première avec une espèce de bois^ el la seconde 
avec une autre espèce moins résistante que la p r e mi èrSy sont tnecr- 
sement proportionnels aux coefficients de siabiKii. 

Or y comme (es coefficients de stabilité sont proportionnels sêux 
coefficients de rupture, il s'ensuit que je puis déterminer les 
volumes des bois employés dans deux fermes, sans passer par 
les calculs qu'exige la résistance des matériaux, lorsqu'il s'agît 



PliCBS JUSTIFICATinSé 481 

de connaître les dimensions des pièces d'one ferme ; ce qui 
m'aurait considéftbiement éloigné du sujet que j'ai à traiter. 

Volume dêi fermée. — • . 

Cesi-à-dire qu'une ferme en palo amarillo cubant 9P 5» 
serait au moins aussi solide que la même ferme établie en 
chéne,de Boulogne, dont le cube serait de 3 mètres, toutes 
deux dans les conditions précitées. 

Poide ém fermée. — Le palo amarillo pesant 886 kil. le 
aiètrecubeJepoidsdelaferme^rait:2"5 X 866*'=S,S18^. 

Le bourgogne pesant 8B0 kil. le mètre cube, le poids de la 
ferme serait : 8" X 8S0^ =±= %9SI0^. 

Différence des poids : 

2.550* — 2,215* z= 335*. 

Donc la ferme eii palo amarillo serait plus légère de â35 kih 
que l'autre. 

Prix du baie fxmienu dam chaque ferme. — Le prix de ce der- 
nier bois acheté dans les magasins de Marseille étant de 
129 f. 44 c. le métré cube, la ferme toute finie aurait pour : 

2-^ ft X 139 f. 44 = 323 f. 60 de bois. 

Le prix du chêne de Bourgogne étant de 110 f. le m. cube^ 
la ferme toute terminée contiendrait 3» X 110 f. = tSO f. de 
bois. 

Diflérence des prit : 

330--323f. 60:=6f. 40 

Donc, la ferme en palo amarillo coûterait 6 f. 40 de moins 
que l'autre, les feçoné étant égales. 

Ainsi) la ferme en bois du Paraguay serait plus légère et 
moins chère que l'autre, deux conditions importantes que les 
architectes et les ingénieurs savent toujours très-bien appré- 
cier. 

Condueione. — Enfin, étant arrivé au terme du sujet que je 
m'étais imposé d'étudier, pour répondre aux renseignements 
que désirait M. le Ministre sur les bois de l'Assomption, puis, 
osant espérer que j'aurai satisfait à tous les côtés de la question^ 

81 






48S PiiocB lusnncATifis. 

et rempli, par cette annexe, la lacune que présentait le rap- 
port déjà adressé à S. £.« je termine en conêlnaiity el soÎFanl 
l'ordre qoe j'ai adopté, qu'il sera très-facile de reconnnllre que 
les bob du Paraguay, ofErent beanooop de duiBcas de succès, 
pour être préférés anx autres bois en gén^vl en oaage dans 
nos pays ; attendu : ( Les conclusions de ce rapport obI été 
données Chap. XV, p. 167. ) 

Ces conclusions n'étant que le résumé très^succiici de ce 
que j'ai démontré dans le rapport et l'annexe que je ne 
croyais pas Caire aussi étendue quand j'y ai mis la main, on 
pourra vérifier leur justesse, en consultant les nombres que j'ai 
obtenus, et en étudiant les bases qui les ont fiait surgir. 

J'ai l'honneur d'être, etc. 



Limgémêmr chargé du IrffMiiur, 
Plaisart. 



Ail. le 28 Mptcmbre 1S5&. 



FIN DES PIECES JUSTIFICATIVES. 



» 



TABLE DES MATIÈRES 



I^r^RODU€TION. — Feuilles détachées d'un journal de voyage. IX 



PREMIÈRE PARTIE. 



aûoawLABBim phtsiqux st voutiquxi 



Cbàpitrb L-^ Position astronomique, drooQseripUon et limites 
du Paraguay. — Limites anciennes 1 

Chapitre II. — Contestations territoriales entre TEspagnc et le 
Portugal. — Bulle du Pape Alexandre VI. — Traités do 
Saragosse et de Tordesillas (1493-1529) 17 

Chapitre III. — Contestations territoriales (suite). — Fonda- 
tion de la colonie du SaintrSacrement.— Traités de Lisbonne 
et d'Utrecht. — Convention de Paris. — Traité de Madrid 
(1529-1750) 27 

Chapitre IV. -^ Contestations territoriales (suite). — Soulève- 

^ ment des Indiens Guaranis.— Convention de 1761. — Traité 

de Paris. — Nouvelle guerre entre le Portugal et TEspagne. 

— Traité préliminaire de limites do 1777. — Convention du 

Pardo (1750-1777) 17 



« 



kSk TABLB MBI VAIllUi. 

CHÂFim V. — ContestatiûDs territoriales (suite el fin). — 
Obstacles à l'exécution du nouvean tradié. — InstmctîcNis 
royales de 1778 et de 1793. — État de la question an oom- 
menoement du siècle (1777-1801) 45 

CHÀnTnB YI. — Orographie. — Configuration et oompositioii 
du sol 54 

Chàpitbe Vn. — Orograi^e. — Configuration et composition 
du sol (suite) 67 



vl MM I 



Cbapitri Vni. — Orographie. — Configuration et 
du sol (suite et fin) 79 

Chapitbk IX. ^ Hydrographie. — Le Rio-Paraguay 90 

CHAPrmi X. — Hydrographie (suite). — Le Rio-Paraguay : 

affluents 103 



CuAPiTM XT. -^ Hydix)gn4)hie (suite). — Le Bvanà et ses 
affluents 118 

Chapithb XIL « Hydrographie (suite). — Navigation fiuYiale. 130 

Chapitbe XUL — Hydrographie. — Na\igation fluviale (fin). 141 

Chapitre XIV. — Règne végétal. — Aspect de la végétation; 
caractères de la Flore 153 

Chapitre XV. — Règne végétal (suite). — lies bois du Para- 
guay et des Missions 164 

Chapitre XVI. — Règne végétal. — Des bois du Paraguay et 
de:» Missions (un; 176 

Chapitre \V11. — Climaloiogio. — Considérations générales. 
— Division des s^ùsms. — Marche de la température, et 
phénomènes atmos|ibèri(iues qui la modifient : des vents. . 19i 



TABtl DIS MATliEIS. i85 

Chapitre XVIII. — Climatologie (suite). — PhéDomènes at- 
mosphériques qui modifient la température : des Hydromé- 
téores. — Phénomènes éleetriqoes. — Grôle S09 

Chapitrb XIX. — Climatologie (fin). — Météores ignés. — 
Observations météorologiques SSB 

Chapitre XX. — Zoologie. — Caractères de la faune du Para- 
guay et des Missions. — Des mammifères S34 

Chapitre XXI. —Zoologie (suite). — Des oiseaux 5t55 

Chapitre XXII. — Zoologie (suite). — Des reptiles et des 
poissons 

Chapitre XXni.— Zoologie (suite). — Des insectes 

Chapitre XXIV. — Zoologie (fin). — Des animaux domes- 
tiques 294 

Chapitre XXV. ^» Ethnologie et Population. —Considérations 
générales. — Race latine ou conquérante. —Race guaranie 
ou autochthone 317 

Chapitre XXVI.— Ethnologie et Population.— Race importée : 
des Noirs et de l'esclavage 338 

Chapitre XXVII. —Ethnologie et Population (suite). — Na- 
tions insoumises : les Payaguàs 352 

Chapitre XXVIII. —Ethnologie et Population (suite). — Sta- 
tistique. — Distribution de la Population 374 

Chapitre XXIX. — Ethnologie et Population (suite). — Carac- 
tères physiologiques et moraux 390 

Chapitre XXX. — Ethnologie et Population (fin). — De la 
langue Guaranie 403 



486 TABLI DIS VATltRIt. 



APPEIfDICE. 

LB GRAND-CHACO. Coup d*œil sur eeCle eoDlrtc. — Éludes 
ethnographiques sur les nations qui l*habilent 415 

NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 459 

TABLE DES MATIÈRES. 



FIN DE LA TABLE DES MATIERES. 



ERRATA. 



Page. Ligne. Au lieu de : ^ Liset .* 

LVi 5 Frince Lt Frtnce. 

17 3 ( titre ) Trtité Trtités. 

27 nuire) TTàlU Trtîtés. 

40 *il Charles II Charles 111. 

95 23 27* 16* de Ut. et les 00* W 27* iT et les 61* 12*. 

135 23 méditerraDéenne méditerranée. 

341 18 Après la |Mii A la paix. 

396 12 {note) lOMT el vioHno tocar el violin, 

409 21 sabslituent à Vy la doable sobsUtaeot Py à la double. 

429 23 M. MarUo de Mossy M. MarUo de Moassy. ■ 

129 4 ( note ) M. Martin de Uuuj M. MartiD de Moassy. 

453 21 Berrys Berry. 




LHISTOiRE PinrâlOlIE. UX^MtUlQIJE IT l>OUTIQU£ UU l'ARAOUA 
FT DES tT.\ni.l!iSEMEMS UfS JÏSUmS»- naB|nw (1p : 
9XDX vttumxs (|p leUe, foniuu gnuti lu-N- , dit 5 a 6 

Il a i'U' lira UU |Hlll iioiiilire d*«xo[nplair(<s «ir poiùor vpIid. 
L'Atlas Imprimé, sur cok>»ibicr sors publii' en 1 livniwm. 
Le TiXTV' I'AtuS « ïciidoni séparément. 



T. 



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