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Full text of "Histoires de vicomtes et de la vicomte de Limoges"

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HISTOIRE 



DBS 



VICOMTES ET DE LA VICOMTE 



DE LIMOGES 



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HISTOIRE 

DBS 

TICOMTES ET DE LA YICOMTÉ 

DE LIMOGES 



F. HARVACD 

dliûtoirft'eD r«lnite, OfScier d'AcuUmie, 
■on Vkc-Prjiideal de U Société wthédogiqua et fairtoriqaa de U Clurenle, 
, àa Comité de* tnnm hiitiHiqiiM M de* Société Mnate*. 



TOUE PREMIER 




A PARIS 
CHBZ J.-B. DUMOULIN 

Lifarur* da 1* SociéM des AnU<iu«lraB d» Fn 

13, QCAI DES lilA:<DS-*DGCSTINS 



VIO- 



4 



{ 



\ 



Qaeiques-unes de nos provinces ont aujourd'hui leur 
histoire, cNivre du dernier siècle ou du nôtre : la Bretagne 
uec Dom Morice et Dom Lobineau, le Languedoc avec 
Dom Yaissette, le Béam avec Pierre de Marca, le Poitou 
iTec Besly. Quelques villes ont aussi retrouvé leurs an^- 
Baies : La Rochelle, parle P. Arcère; Tulle, par le savant 
Baluze; de nos jours Rouen, par M. Chéruel, un de nos 
èfri\ain9 les plus estimés pour sa consciencieuse érudi- 
ùnn, comme par ses émiuents services universitaires. 
Nouf: devons aussi à d*autrés, non moins connus, de pré- 
deii5«?s études au point de vue politique, religieux ou 
économique; de savantes monographies archéologiques, 
^ociques, agricoles et commerciales. Les Sociétés 
vivantes de nos départements se sont aussi mises à l'œu- 
vre, ont exhumé de la poussière des archives, longtemps 
xibiiêes^ les souvenirs du pays natal, y consacrant, par 
^ dévouement tout patriotique, leur temps et leur ar- 
f^nt, tandis que tant d'écrivains de la dernière heure, 
.^iQt dés la veille le lucre du lendemain, pour arriver 
i 11 fortune, quelquefois aux honneurs, n*ont su que 
Siiter des ?oûts dépravés, des passions turbulentes, sûrs 
eu :i< étaient de capter Téloge et l'argent, en se faisant 
^ aDôtres de doctrines antisociales. 

<^hiant à notre histoire proprement dite, celle de la 
rr&vie patrie, elle attend, pour se compléter, pour faire 
:i synthèse, les études sur les provinces. Avec celles-ci, 
cUe mettra en relirfles mœurs, les institutions politiques 



— II — 

et civiles , les croyanœs religieuses , les coutumei 
générations d'où nous sommes sortis, les famillei 
ont laissé derrière elles de précieux souvenirs. Nom 
rons ainsi de quelle vie ont vécu nos ancêtres, sur qi 
espérances ils se sont appuyés dans les événement^ 
traires à leurs aspirations, ou conséquence de l|y 
qu'ils y ont prise. ,^ 

Gomme d'autres, j'ai eu l'ambition ou, si l'on vp| 
présomption d'apporter une part de matériaux à 1'^^ 
En 1843, après dix ans d'études, de recherches attei] 
je publiai Y Histoire civile, politique et religieuse du 
lÀmousin, aujourd'hui le département de la Corr^ 
partie de l'ancienne province que je connaissais, 4 
quelle je vivais, et qui par conséquent, par de nomb| 
relations, pouvait me fournir de précieux docuq 
Parmi ceux-ci, j'en rencontrai souvent qui n'enjj 
pas dans mon cadre et qui se rattachaient au ;,' 
Limousin, surtout aux vicomtes de Limoges, les ) 
sentants les plus élevés dans la société féodale. , 
sans pouvoir trop compter sur l'avenir, je me mis à, 
aussi cette partie de l'histoire de Tancicnne provii 
je Tannonçai à mes lecteurs, comme devant parf 
une époque indéterminée. Plus de trente ans 84 
écoulés depuis; la révolution de 1848, qui venait d'f 
à celle de 1 830 de nouveaux désastres, mettant à j 
nouveaux éléments de discordes civiles, d'abaisseoc 
de ruines, ne m'encouragea pas à continuer ces i 
car les passions du temps, escomptant l'avenir^ 
blaient n'avoir plus besoin des leçons du passé. 1 
dant ie me remis au travail, quelques années avi 
dix-huit cent soixante-dix eût jeté notre malheurei 



fltais- ûe wnneDee épreuves, h de nouvelles tempêtes, au 
milieu df^jnelles fe eoiil produilcs les théories les plue 
itmirdes, les instincts les plus sauvages, qui, pour se 
•ïtî^tre H s'imposer, nnt cru qu'il fallait recourir à 
lutef les riolences, nier Dieu lui-m^me, brûler les mo- 
luioentsqui rappelaient nos gloires, nos bibliothèques cl 
':.? irchites, ces précieuï trésors dus sut efforts dinlel- 

e et de patrkittsQK de aos pères. 
KEh pré«eaic« de tant de maux, fallait-il encore dësespé- 
p, «'«aeeoir eut la route et laisser passer ie torrent, 
ktowr sur le rivage, qu'on ne pourrait pcut-^tre plus 
wr, l«5 provisions faites pour l'avenir? Je ne l'ai pas 
. l'ai donr Continué mon entreprise par de nouvelles 
rcbes dans les archives nationales et particulières, 
B eeUes de Psu surtout, oit Henri IV avait fait déposer 
i le» anciens dorumcnts de la vicomti!i de Limoges; 
I csitnUireâ des abbayes; dans les précieux ma- 
; da séminaire diocésain. Aux chroniques locales, 
s de Gfoffroi de Vigeois, d'Adémar de Chabanais, 
t «nranti bénédictins, sans lesquels l'histoire des pro- 
■ serait impossible, j'ai fait de nombreux emprunts. 
I le résultat de ce travail, auquel ont été consacrées 
b dermtre* am)<^ de ma ^-iei liesse, que j 'offre au public 
f te litre : liittùtre des Vicomtes et rie la Vicomte de 
v; car c'est en rattachant à ces grandes indivi- 
de l'ordre Eèodal les événements politiques et 
, que j'ai pu prùteudn?, non à fournir l'histoire 
i du pavs, — il faudrait encore des volumes, — 
» h en grouper tes principaux documents dans des 
t i{U0 de plus savants sauront élargir. 
t bewÏD de dire, & une époque ofi il est presque de 



— IV — 

mode, dans un certain monde, de jeter le mépif 
vieux siècles, de poursuivre de railleries les plus 
traditions, de torturer l'histoire, d'en faire un 
au profit de certaines opinions, que je n'ai ol 
l'inspiration d'une conscience honnête, et que je 
placé dans mes appréciations sur un terrain où 
hommes de bonne foi et de bonne volonté peuij 
rencontrer? Nier ce qu'il y eut de bon, de beau et j 
dans le passé, ne serait-ce pas rougir de nous ^ 
descendants de ceux qui nous ont légué l'exemple 
blés dévouements, de patience et de courage dans ) 
dures épreuves ? Pour faire une France nouvelle il 
toujours emprunter quelque chose au passé, et - 
dire, comme un historien rationaliste de nos ten^ 
« l'ancienne France est finie, qu'un monde nouvea) 
mence » . 

Et ce monde nouveau, dont quelques libres p< 
veulent être les créateurs, avec quels éléments 
drait-on le faire? Ne nous a-t-on pas appris d'une i 
bien triste pour le présent, bien dangereuse pour ï 
ce que peuvent certains réformateurs, par la négi 
tout ce qui a fait la fortune de la France, par le 
des grands principes qui, dans l'ordre providenti 
duisent les nations au progrès, lent quelquefoi 
toujours certain ? Serait-ce avec des théories de 
qui ont toujours eu le triste privilège d'entasseï 
sur ruines, de mettre la haine à la place de 1 
l'iniquité à la place de la justice, le scepticisme qu 
à la place de la Foi qui grandit l'humanité et la 
dans ses infortunes? 

F. 



HISTOIRE 



DES 



VICOMTES ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES 



CHAPITRE PREMIER 



LES UÉaOTICES; LA DOMINATION ROMAINE ET LE CHRISTIANISME 



Lftatoire et les Uidittoos. — Limoges, » position; ses fondateurs, selon les 
tnininn*. — La aTilisatioo asiatique ; THercule de Tyr et les mai*chand8 
de Cartba^. — Noms anciens de Limoges et de son territoire. — Anciennes 
UiBAtrs. — Topofrraphie du Limousin. — Souvenirs et monuments des temps 
ed2i>|B<ïs. — Positions défensÏTes dans le Bas-Limousin. — Coutumes 
R4m«eset. — Le Limousin et les Arremes contre César. — Mort de 
KdaLos à Alésia, et soumission de ses sticcesseurs : Duratius, proconsul. 

— Lik:'is Caprfr.>liis, Léocadius et Sabinius Culmioius; leurs monuments. 

— Vestifcs de U domination ronudne, camps, voies antiques, tombeaux. -^ 

SjU sur t*À3rmologie des noms de quelques localités. — La population 

fift>-roau*iie à Limogvs. — Note sur une inscription trouvée à Itaucou, et 

■r k» Pofi minores, — Les anciennes croyances celtiques se conservent 

eus Ip p^y*> — Prospérité de la ville de Limoges, son commerce. — Le 

xÈnâisÊJÙtsat à Umoges avec saint Martial. — Légendes sur saint Martial. 

•» CaoversioD des familles patriciennes; Suzanne, femme de Léocadius; 

mate Valérie; Silanos. — Progrès du christianisme sous les évèques Auré- 

w«a «c Evofiius. — Limoges sous Domitien et Antonin-le-Pieux. — Note 

nr ramphithéâlre d'Adrien. — L'ariani&nie dans le Limousin; Tévèque 

£djckia«. et Jocondns, comte de Limoges, persécutés. — Appréciation des 

r=*«iutA de \m domination des (roths. — Le luxe, le goût des arts à Limoges. 

•^ Ijt* éréques Rnrice l*^ et Hurice II; leurs fondations; saint Prospei. 

— > F'vtunAl de Poitiers fait Téloge des deux évèques. — L'église de Brive 

kjce eo IlKxmeur de saint Martin. — Note sur l'église de Saint-Pierre - 

înix. — Troubles occasionnés par les invasions. — Le Limousin 
im dïminatioo des Francs; saint Yrieix; ses fondations. — Note sur 
d*» Saint- Yrieii. 



L'ktstoire, quand elle manque de monumeuts écrits, 

lieu à des incertitudes d'appréciations, je dirai même 

1 



2 IlISTOIRE DES VICOMTES j 

à des énigmes, dont TexplicatioD absolue ne se tradajj 
par des hypothèses pour les intelligences les plus écli^ 
mais nous n'en avons pas moins le devoir de chei 
expliquer ces mystères de la vie des nations, ou d( 
par des faits subséquents^ à Taide desquels il 'est 
moins possible de faire la lumière dans Tombre. L'I 
est une grande synthèse à laquelle chaque siècle ajoi 
nouveaux éléments, et qui ne s'explique ensuite qaj 
Tanalyse des transformations providentielles : de làj 
tous les chercheurs du passé de notre vieille FrancCiJ 
cessité de se renfermer dans des limites étroites ; d 
tudicr que les annales d'une province o.u d'une cité» d] 
au moyen des traditions, puis en embrassant de plus 
horizons, qu'éclairent les monuments écrits. Les tradi 
pieusement conservées par les générations, sont t 
souvent les fidèles échos des âges lointains. Hérodi 
demanda aux prêtres de l'Egypte, Moïse aux voix â 
dans les solitudes du Sinaï; l'un, pour arriver au b 
des nationalités; l'autre, au point de départ de l'hud 
Ainsi ferons-nous en cherchant, loin de nos temp^ 
toire du Limousin, de sa capitale et de ses vicomteflj 
d'aborder, avec des preuves certaines, le récit des 
ments qui y transformèrent la société et en créèrei 
tonomie. 

Longtemps avant que la Gaule fût connue du mon< 
et du monde romain autrement que par des tra 
légendaires, recueillies par quelques voyageurs qui s 
saient parfois les commentateurs fantaisistes, cette 
de l'Occident comptait sur son sol une populatioi 
breuse et des villes, où les besoins de la vie sociale 
créé les éléments de l'industrie et du commerce 
étaient propres. Déjà, sur les bords de la Vienne, 
voisinage des vastes forêts et des verdoyantes pra 



ET DE LA MCOMTÊ DE UMOGES. 3 

Teodroit où le flcaye semble ralentir son cours, comme s'il 
regreiUii de quitter ses montagnes» s'échelonnaient sur le 
Terssnl de la colline plusieurs habitations, plus ou moins 
rapprochées, selon les liens sociaux qui les unissaient les 
unes aux autres. La position était bien choisie; Tœil courait 
au loin sur un Taste horizon, découpé par l'ondulation des 
hautes cimes, descendant des monts d'Auvergne vers l'oc- 
cident, comme les flots d'une mer que le vent pousse au 
rifige. 

Quels furent les premiers architectes de la cilé naissante? 
Les traditions seules peuvent ôtre invoquées, sinon comme 
des témoins infaillibles, au moins cbmme autant de ves- 
tiges des souvenirs, qui survivent au temps et auxquels se 
mêlent quelques-uns de ceux du monde asiatique. Limoges, 
car toutes dos villes anciennes veulent avoir leur âge hé- 
roïque, réclamerait pour fondateur l'Hercule de Ty r, ce 
mythe de la civilisation orientale, qui ne saurait Ctre ici 
qQ*0Q vague souvenir des premières relations du monde 
eoropéen avec le monde asiatique, A l'Hercule de Tyr, 
d'auires légendes substituent Lémovix, un des survivants 
de la ruine de Troie qm', avec quelques-uns des siens, au- 
rait pris possession de la colline qui domine la Vienne, 
Lien longtemps avant que la belle Narbonnc, l'antique ville 
cdtique, si aimée, si bien célébrée par Sidoine Apollinaire, 
eût pris rang parmi les plus grandes villes du Midi. 

Avoos-oous besoin de dire que l'Hercule de Tyr, le 
Tii/jcn Lémovix, ne nous apparaissent ici que comme les 
deux personniGcations symboliques des migrations venues 
4e rOrient, apportant le génie de l'Asie à la Gaule en pos- 
nmaa depuis des siècles de son autonomie, peuplée par 
■a des rameaux de la race sémitique, mais qui avait oublié 
«0 origine? Les idées et les peuples, sans se reconnaître, 
H reooooirent parfois, se rapprochent par un instinct de 



4 HISTOIRE DES VICOMTES 

fraternité» se fournissent mutuellement de nouveaux modes 
d'existence, avec de nouveaux éléibents de prospérité. 

Cette civilisation asiatique, déjà iiaturalisée sur les bords 
de la Méditerranée, s*élait à peine montrée au centre de la 
Gaule que, poussée par ses instincts de prosélytisme, elle 
chercha à monter plus au nord. Arrêtée entre le Clain et 
la Vienne, elle ne put franchir la Loire, limite du nord 
et du midi dans les premiers siècles de notre histoire. 
Alors, tout en laissant derrière elle des traces de son pas- 
sage, elle recula vers la Garonne, derrière les monts d'Au- 
vergne, où elle posa les fondements de nouvelles villes, ou 
donna plus d'extension à celles qui l'avaient déjà acceptée. 

Selon les traditions, THercule de Tyr ou la conquête: 
l'exilé de Troie, venant s'asseoir pacifiquement au foyer des 
Celtes; le marchand de Carthage, apportant des relations 
commerciales, qui réunirent deux mondes, purent bien être 
les trois éléments primordiaux de la fortune de Limoges^ 
et les initiateurs du pays à une nouvelle vie sociale. Les 
Iribus celtiques , s'assimilant les mœurs et les coutumes 
importées chez elles par les étrangers, se donnèrent rendez- 
vous sur les bords de la Vienne et y vinrent chercher les 
produits de TOrient et du Midi, apportés par les marchands 
de Massalia, la belle Phocéenne, et qu'ils échangeaient pour 
les mines de fer du sol gaulois. Ces mêmes marchands, qui 
venaient aussi chercher jusque sur les rivages océaniques 
rétain d'Uxissana (Ouessant), apprirent aux populations, 
dans leurs fréquents voyages, la culture et le commerce, 
l'art d'extraire les mines du sol, et leur apportèrent ainsi 
les éléments de la civilisation grecque, en les initiant aussi 
à la prononciation de cette belle langue ionienne, dont quel- 
ques mots sont restés dans le patois du pays. Mais d'abord, 
et avant de commencer le récit des événements particuliers r 
à cette contrée, comme la géographie est l'introduction à * 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 5 

rhisloire qui se ]ie étroitement à celle du sol, sur lequel 
s'accomplissent les révolutions qui en changent Taspect, 
comme elles modiGent le côté moral des populations , il 
importe de dire sous quels noms furent connus la ville prin- 
cipale, les indigènes et le pays lui-même, dès la plus haute 
antiquité et à travers le moyen âge; les limites assignées 
par les anciens et les souvenirs laissés par les générations 
qui s'y succédèrent. 

Avant de prendre le nom adopté par les temps modernes, 
oorraptioD d'nn nom plus ancien et souvent transformé , 
Limoges fut désigné de diverses manières : Rita, Âusai- 
TTH ', d'où AuGusTOBiTOM *, en souvenir de l'empereur Au- 
guste; Lemofex AuGL'SToaiTUM 3, quand les habitants vou- 
lurent rappeler le souvenir légendaire de la fondation de 
leur capitale; Civitas Lemovicum ^ quand Rome leur eut 
conservé leur autonomie ; Lemovices ^, au déclin de la do- 
mination romaine; Uebs LBifoviciHA, UfiBS Lemovicum, Le- 
xodiA aviTAS *y au vi'' siècle ; Lemovecas ^, sur quelques 
monnaies du vn*; Limodegas, sur d'autres de la fin du 
m^me siècle; Limodia^ Lemodicas ^, au viu* siècle : Lem(h 
cigas^ au xi'; Letmogas^ Lemoges •, de 1246 à 1377, et en- 
lin Limoges. Ces noms, surtout les derniers, marqués de la 
terminaison du pluriel, semblent prouver que la capitale 
du pays résumait en elle la contrée elle-même, comme 
centre de la population disséminée sur un vaste territoire, 

U Table de Peutinger, , 

L i^TOLÉMLE : Géograph,, \\, VL 
3. fnnaat/r de la Société des Antiquaires, année 1851. 
». DrcH£\e : Coltect. des historien des Gaules , T. L — D. Bouquet, 
r. I. pw !i3. 
*. SiD- APOLUX.\niE : Epist,, lib. VII. 
*, FoRTLNjin EPk^c. : Carmina historka, ap. D. Bouquet, T. 11, 

*. Berme nmnismatûjue : année 1857, pi. XII. 
* *• tUtme mmtmfmatiqu^ : année 1857, pi. XII. 
f. f'artml, Bellil'jci^ chap. cxci. 



I 



6 HISTOIRE DES VICOMTES 

et qui eut divers noms dans l'antiqaité et durant le flM| 
âge dans les textes latins. La première mention de ce ] 
pie se trouve dans les Commentaires de César : Lêmêtrit 
puis successivement, dans la période gallo-romainCy | 
lisons dans les auteurs grecs Ai{Aovixof, AcfXioSxtc^. Le il 
toii*e est aussi diversement indiqué : Lêmovicina prooM 
PaguSy ageff terminus Leinovicimis, regio Lemavicum^ 
ritorium Lemovicinum *, vers la fin du vi* siècle; — fl 
Lemovicensis ^, au vin' ; — Orbis Lemovicinus ®, durm 
IX' et le X*; — Lemovicinum clima^ au xii* ''; — L$mê 
nium et Limosinium, aux xiii* et xiv*. Le nom actuel 1 
autre que celui de Limozin^ d'où Limôiim, des chronl 
de Saint-Denis. 

Le Limousin, Pagus ou Orbis Lemovicinus^ comprit^' 
la plus haute antiquité celtique, tout le pays limita 
celui des Bituriges Cubi (le Berry) au nord; les Af 
(Auvergne) au nord-est ; les Cadurci (le Querci), au t 
les Peîrocorii (le Périgord) à l'ouest, et vers le nord-c 
par les Pietavi (Poitou), et les Santones (la Saintoi 
dont la tribu la plus avancée, celle des Agerinates^ 
remonté, à une époque incertaine, le bassin de la Cha 
et de quelques-uns des principaux affluents. 

Cette contrée, dans la partie qui forme le Haut-Lime 
assise sur des bases granitiques, accidentée de collinei 
vent dénudées par les orages, ou ombragées par une 
végétation, est arrosée par un grand nombre de cours 
tribulaires de la Vienne, qui serpentent au pied des 

1. C.*:9., De bello GalKco, lib. Mï, cap. iv. 

2. STnAiiON : Géitfjmph., IV, ii. 

3. Yita S. Eptodii, «p. Pu. Labd. : Sov, Biblioth, 

4. fiRKGon. TcRONKNs. : Hift. ecclei. Francor., IV, XX. 

5. Tejttam, liotfjrrii comitù, ap. MabilU'NIUM : àniud, Denedi0 
p. 711, in appendice. 

G. Ualuzk : Hist, Tutet. 0»1. 330. 
7. Gaufredi Vosikxs. : Chronir. 



ET Dfi LA \1C0MTË DE LIMOGES. 7 

les plus pittoresques, surtout dans les vallées de la Gartempe 
et de la Briance. Ces Golliocs, formant la ceinture de nom- 
breux petits bassins, st détachent de la principale chaîne 
de montagnes, qui descend du plateau de TÂuvergne et 
coort de l'est à l'ouest, à droite du bassin de la Vienne, 
Ters les communes de Blond, de Mortemar et de Bussière- 
BoiV, ligne séparative du sol granitique et du sol calcaire. 
La partie du sud, ou Bas-Limousin, est généralement plus 
accidentée. Qu'on remonte les cours de la Corrèzc, de la 
Vézère et de la Dordogne vers le grand plateau de Mille- 
Vadies, où le mont Odouze rivalise de hauteur avec le 
Puy-de-Dôme, on remarque de nombreux phénomènes géo- 
logiques produits dans des temps inconnus; des masses 
granitiques, qu'on dirait lancées d'hier par des volcans; 
des amas de scories, de longues traînées de lave s'étendant 
d'une colline à l'autre, comme d'anciens lacs de pierre 
fluide. De là descendent, en mugissant, sur des blocs de 
granit, la Corrèzc et la Vézère, qui vont verser leurs eaux 
dans la Dordogne. La température est froide et humide dans 
ia contrée montueuse, tandis qu'à mesure que les vallées 
s*a]longent vers l'ouest ou le midi, le sol se revêt des plus 
belles cultures, et la vigne couronne les coteaux. Quant aux 
habitants de ces contrées, ils appartiennent bien à la même 
race, tout en présentant quelques différences de caractère, 
qui semblent naître de la diversité du sol. Au nord, ils sont 
plus graves, plus réfléchis, plus patients aux travaux péni- 
bles, plus endurcis aux privations; au midi, plus enjoués, 
moins rudes dans leur extérieur, moins âpres dans leur 
(engage et plus recherchés dans leurs vêtements. On dirait 
qu'ils ont respiré le souffle des races ibériennes qui ont dû 
f-.!nchir la Dordogne, pour se porter vers le nord par le 
bjsàin de la Vienne. 
La terre des Lemovkes conserve encore quelques souve- 



8 HISTOIRE DES VICOMTES 

nirs des temps celtiques et de ses relations avec It 
Isis, la déesse égyptienne, y eut un culte sur la ( 
d'Issandon ', alors que les druide^ les prêtres de Te 
cachaient la célébration de leurs mystères au fou 
forôts, ou dans les valloQS solitaires. Les monumei 
cette époque sont des dolmens, autels ou tombeaux, I 
d'une large pierre horizontale, appuyée sur d'autres i 
informes servant de supports. Parmi ceux que l'a 
logue peut désigner pour le Haut-Limousin, nous cî 
ceux du Poyol, paroisse d'ËybouIcuf; de Montpeyn 
roisse de Sauviat; de Château-Chervix ; de Frémarêt 
mune de Folles; de BerneuH, qui repose sur cinq su{ 
les pierres druidiques, menhirs ou peuhans des Mé 
commune de Saint-Paul; de Saint-Léger-la-Montagi 
Pic, commune de Javerdat et de Cieux; les tumn 
sépultures gauloises, mais dont quelques-uns peuvei 
appartenir aux premiers temps de la domination roi 
à Beaumonty commune de Saint-Paul; du Masneuf 
mune d'Ëyjeaux; de Biénac et de Veyres. Le Bas-Lii 
en compte aussi un assez grand nombre, mais dont 
ractère n'offre pas toujours la mCmc certitude : la 
de Treignac, regardée comme un autel, où s'accc 
saient de sanglants sacriflces; les peulvans ou men, 
Sainte-Fortunade, sur un plateau, d'où Ton décou' 
monts du Cantal; deux autres encore plus remarqi 
l'un sur la route de Beaulieu à Tulle, l'autre dans la 
de La Gardelie; celui de Clair-Fagê, dont la consti 
est regardée comme un ouvrage des fées par les lé 
de la contrée; le RoC'de^Yic, où quelques archéologl 
cru voir la l'orme symbolique du Dracontium, ou m 



1. Dufium. Durif montagne, hidis dunnm, montagne d'Isi». ( 
DE Taillbfer : Antwjmtéi de Vétone. T. I, p. 29.) 



ET DE LA VICOMTE DE UMOGES. 

qui représentait la croyance des druides ' ; les trois tumuli^ 
près de Chamberet, au lieu appelé le Puy-du-Doignon^ for- 
icant trois tertres de cinq à six mètres de hauteur sur 
soixante de circonférence , qui recouvrent les restes des 
guerners, dont la gloire et le nom sont aujourd'hui oubliés. 
Od en trouve aussi d'autres sur les collines, ou dans les val- 
ktts, à Vigeois, à Lubersac et autour de Pompadour *. 

Le Bas-Limousin, par sa position, était exposé aux inva- 
sions qui venaient du Midi; aussi est*ce dans cette partie 
de la province que les Gaulois multiplièrent leurs moyens 
de défense. On en voit des vestiges sur les collines de Roc- 
de-Vic, de Chatellux, de Sarjani et de Pauliac, dont l'ap- 
proche était défendue par des masses granitiques pénible- 
ment remuées, et par des masses de petites pierres desti- 
nées à être lancées sur les assaillants. Le pic Chatellux ^ 
offrait des dispositions stratégiques encore plus remarqua- 
bles : tout le circuit était garni de redoutes, coupé de fossés 
de distance en distance, en montant au point culminant de 
il position. Sur une autre éminence, qui sép'ire les étroites 
ciliées de la Corrèze et d'Obazine, s'élève le pic Pauliac, 
ceint de rochers granitiques, dans un ordre stratégique tout 
particulier. C'était un poste avancé hors de la ligne nalu- 
reiie des autres lieux de campements. On dirait encore quQ 
toat j est Touvrage d'un peuple de géants. 

Les coutumes religieuses du monde grec et du monde 
égyptien étaient venues des Bouches-du-Rhône et des Pyré- 
nées sur les collines du Limousin. Elles y avaient nécessai- 
rement opéré de certaines modifications sociales. Alors 
'ommença, pour re continuer jusqu'à nos jours dans un 

'. J'fUrmai de flntiitut historique^ rapport de 1838. 
1 V. pTMir plu§ de renaeigncmeDli mon Histoire du Bas-limousin , 2 toI. 
^•. Tcll-î. 1842. 

Chitillux, CaHellum Lucis, ainsi Dommé par les Romains, lorsqu'au 
'j n^KÏà conquête ilft y Tirent briller les derniers feux gaulois. 



10 HISTOIRE DES VICOMTES 

nouvel ordre d'idées, cet usage solennel d'allumer di 
dans tous les hameaux, la première nuit d'été, aujoQ 
la Saint-Jean. Issandon, la montagne d'Isis, Roc-de-1 
montagnes de Blond et les autres cimes, comme des | 
donnaient le signal de cette fête nocturne aux popu 
d'alentour, et ce signal courait en traits de feu d'à 
du pays à l'autre. Les Celtes cependant continuèrent^ 
vre principalement le culte de leurs ancêtres, et de se 
sous les chênes des druides. Il fallut enfin, après d* 
siècles d'indépendance, qu'ils subissent la loi des étn 
dont ils avaient déjà appris le nom par quelques f 
échappés aux victoires de Marins. 

Bientôt sonna l'heure fatale qui devait donner des i 
à la Gaule. Le Limousin, en contact avec le pays i 
vernes, fut appelé à prendre part à la grande lutte 
tuée à une vie indépendante, au milieu de ses prc 
forêts, sur ses montagnes de lave ou de granit, dan 
litude de ses vallées, la population s'émut an bruit i 
miers succès du rival de Pompée. Mais déjà une pa 
la Gaule était dans les mains des étrangers. César la 
morte, quand la voix du Vercingétorix des Arvcr 
tentit parmi les tribus limousines. L'appel de la p 
de la liberté menacées fut entendu, et bientôt lei 
lémoviques, soumises depuis quelque temps aux Ai 
en qualité d'état client, comme elles l'avaient été a 
du Berry et ensuite à ceux d'Autun, fournirent dix i 
leurs guerriers à la grande conjuration de celui qa 
sait le défenseur de la liberté du vieux monde gaul 
Arvemes, comme les Lémovices, prétendaient po< 
la même origine que les Latins ' ; mais les souvi 

i. Arvernique au*i LiIlw sibi fiufjrero fratre:?, 

Sanguiiw ab Uiaco 

(LucAiN : De heih civt'/t. ^ Ahvtkn Ml 



ET DE LA MCOMTÉ DE UMOGES. fi 

celte firmleraité n'étaient plus qae légendaires; le sentiment 
de la liberté l'emportait snr tout. 

Le sncoès ne répondit pas aux efforts des combatlants; 
les Lemofîces hirent vaincus avec leur chef Sédulins, qui 
yérît daas la mêlée au siège d'Alésia^ (53 av. J.-G.), ville 
qû, comme limoges, regardait l'Hercule de Tyr comme 
90O Ibndateiir. Le commandement de Sédulius passa à ses 
ils, Dorutias (l'homme fort) et Cœlicomatus (l'homme 
cberenx d'azur) qui, à la tète de deux mille des leurs, 
Tinrent attaquer César sous les murs de Gergovie *. La vie-- 
tûire fut d'abord indécise; mais surpris par les Romains, à 
h faveur de la nuit, les deux frères perdirent une partie de 
km% forces* Cependant les combattants ralliés par Cœli- 
conutos, reviorent engager deux autres combats, dans 
lesquels périrent deux lieutenants de César, Fabius et Pé- 
trooius *. Ifaîs la fortune trahit la Gaule ; la division se mit 
dans les rangs des Lémovices : deux de leurs chefs firent 
leur soumission au vainqueur, qui donna à Duratius, l'un 
f e«x, le gouvernement de h province. Alors toute la con- 
trée snbit la domination romaine, à tel point qu'un parti de 
Gaulois- Angevins (Andegavi) ayant tenté de s'emparer de Li- 
■t«es« Duratius les repoussa. César récompensa sa fidélité 
^ËT le titre de proconsul, avec la mission de percevoir des 
tributs dans une partie de la Gaule, et lui offrit la dignité de 
lénateur. Mais le noble Gaulois refusa cet honneur, qui Tau- 
nit éloigné de son pays. Limoges dut à ses soins de devenir 
des plus belles cités de l'empire. Auguste le maintint 



I. Sadniias dnx et pnnceps LemoTicum occiditiir. (fij-s. De bello GnlLf 
t> ^H, ctp. £1). (>n cooimU une monnaie de Se<lnlm», portant d'un o6té son 
"^o?. *Lt l'autre uiw bacbe gaaloÎM, placée entre nw pied et une main 

ar^t- ft la turot). 

1 Ift-viiiif . m4ob tet ann, on ftelon d'antren Gergaffe, aujourd'hui village à 
4ra Imkj «od-cai de Clermoiit. 

*. Cx»iB : CommatL, I. tV. 



12 HISTOIRE DES VICOMTES 

dans les mêmes fonctions ^ On voyait encore au xys 
au-dessus de Téglise Sainte-Félicité, en montant: 
place des Jacobins, des ruines qui auraient app| 
un palais, ou à un vaste théâtre dont les traditk 
saient honneur à Duratius^. La Gaule était bien 
et la politique adroite des conquérants ne tarc^ 
lui faire oublier sa nationalité. La cinquième paj 
légions romaines, sous les ordres de G. Ganiniua 1 
campa dans le Limousin, où chaque position militali 
l'origine de nouveaux centres dont l'archéologue i 
les vestiges. 

Des traditions, empruntant une certaine autorité 
giographes, qui les ont recueillies dès les premier 
du moyen âge, nous donnent les noms de quelque! 
grands dignitaires de Tempire, auxquels fut confié! 
nistration du pays des Lémovices : Sénobranus, su 
de Duratius, dont il acheva les monuments, le pa 
théâtre'; Lucius Gapréolus, ainsi surnommé àcaua 
courage et de son agilité à poursuivre les ennemis 
lieux les plus abrupts, et qui aurait fait construire 
teau fort à Ghâlus {Castrum Lucii Capreoli) ; après 
fils Lucius Léocadius, élevé à Rome, où il aurait • 
de Drusus; Sabinius Culminius, qui appartenait i 
grandes familles du pays. S*il n'est pas possible d 
de dates précises à ces personnages, on peut ôtrc 

1. On coanalt une monnaie ou médaille on argent de Ountiq 
DVHAT.), |)orUnt au rovorH le chevreuil, symbole de l'autonomie 
vice», et au-dessou» ROMA. Une autre, trouvée à Eymoutierft 
frappée à Limoges, en l'honneur de César; on y lit : D. D. 
{Donum dedicavit Lemovica; ou pluU^t : dedicaverunt L,emo\ 
de Beauménil. — ÀLLOU : Monuments du Limousin, 

2. Bontmeni,, T. 111, p. 19. 

3. Sur l'emplaceihent attribué à ces constructions on a trouva 
de vases, ornés de bas-reliefs, dont l'un porte au milieu d'un cerd 
(Sénobranus), des fragments de statues, des débris de mosaïque 



J 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 13 

croire qu'ils ^ipartiennent aux temps des deux premiers 
Césirs. Limoges, nommée Augustoritum en l'honneur d'Au- 
guste, sorDommée la « seconde Rome » par ses habitants, 
placée jMT le même empereur dans la Gaule aquitaniquo, 
aunit eo, dans cette même période, son sénat, son capitole, 
son monicipe, un amphithéâtre S des aqueducs et des fon- 
taioes; el, au milieu de jardins délicieux, placés sur les 
deux bords de la Vienne, d'élégantes yillas servant d'ha- 
bHatîoas aux riches Gallo-Romains, agents de l'autorité im- 
périale. Parmi les monuments les plus somptueux, on re- 
Biarqnail surtout le palais de Croustha^ à une lieue de la 
fQle, et celui de Jocondiac, dont les merveilles, peut-être 
légendaires, rivalisaient avec ce qu'avait produit de plus 
beau le génie romain. La population d'origine gauloise 
préféra la prospérité matérielle aux chances aventureuses 
des révoltes essayées ailleurs; employant son activité à de 
hcratives spéculations commerciales, donnant aux Césars 
ce que les Césars enfants,, énervés par la débauche, récla- 
Baient de Rome et du monde, des flatteries et une obéis- 
lioce façonnées par la corruption. Pour cela, elle se Ot 
omrrière, tissa la laine de ses troupeaux, envoya ses étoffes 
MX patriciens de Rome avec son or, qu'elle savait déjà 
ciseler, et les autres produits de son industrie. 

Partout où les maîtres du monde avaient intérêt à s'éta- 
blir, ou trouve les vestiges de leur domination, le tracé des 
camps, où séjournaient leurs légions, à Villejoubert*; à 
rCchoisier. le camp de César ^; au Puy-Châtelard {Podium 

I. !^]r aiM* partie du temiu occupé par la place d'Orsay. Selon les t radi- 
um ^lofinii*^ par de» découvertes archéolo^ques, la ville gauloise aurait 
«1 ^.r <vip|jir»*ment le quartier nommé plus tard la Cité, compris entre 
CAty^ àf Saint-Martial et le château de Beauséjour. Plus tard , sous les 
&Aai^, elle «étendit du Naveii à la Roche-au-Goth. (D'EXFILLI : Diction. 
fr^^ p. 253.) 

L Cununuoe de Saint-DeniJ-des-Murs. 

}. Oniraime de B<muat. (Nadacd : Mt^., T. 111, p. 263.) 



14 HISTOIRE D£S VIC0MTE8 

Coêtelli) ^ ; à Tintignac, près de Tulle^ position très«ii 
tante» qui surveillait les limites du pays du côté di 
vergue' : à Chasscnon {Cassinomagus)^ dont les ruini 
encore les plus considérables de la France. AUleii 
villas; à Condat, au confluent de la Vienne et de la Bij 
près de Pierre-Buffîère, la villa d'Antoine {villa An 
Les restes des voies antiques, qui mettaient Limo| 
communication avec Poitiers, Clermont, Périgueux 
et Saintes, et qu'on indique encore sous le nom de o) 
ferrés {Lou chemies forrats) près de Limoges, à 
Priest-sous-Aixe, à Ghessenon, à Cieux, à Blon, 
d'âutres points appelés chemins romains, témoignes 
de Tactivité stratégique des maîtres du monde. Le * 
de Limoges conserve de précieux restes des antiqui 
pays recacillics pieusement par les archéologues 
statue de Jupiter découverte au village de Giaud 
cippes funèbres de Pœtus PœtinuSj de Sabinianus et 
bineus; du grammairien-philosophe Blesianus; de P\ 
IrenetÂS, affranchi de César; ûq Julia Insidiola^ à 
Anniota; de Julia Annonia; de Sulpicia Regina et c 
sieurs autres; des vasos couverts extérieurement i 
reliefs, représentant des combats de gladiateurs, de 
nités païennes; des urnes funéraires; des amphore 
assiettes en terre noire vernies, trouvés à Lubersi 
pcrciacus) en 1870 et conservés dans le ch&teau di 
localité. 

i. Commune de SAiiil-Sulpice-I^urière. 

2. Ce c&mp semble indiqué [at ce passage des Commentaires à 
« Quibus gestis, Cv«ir duas legioues iu Lemovicum finibus coU« 
longe ab Arvernin. » (Lib. VIII, De bello civiti.) Quelques localités i 
roos sont désignées par des noms d origine latine : Mous-Jose {Moê 
Cérou {Cérèi), Bach {Bacchui), Jeueste (/<m«ii*), Lcuuo (Lkimi), 
{Mansio Servent), Tulle (Tutela), qui put bien être un avaut-poûî 
ligiiac, |)our garder la vallée de la Corrèze. (Baluzk : IJist, TuteL) ' 

3. Commune de la Uocbe-rALeille. 



ET DE lA VICOMTE DE LDIOGES. 15 

Depuis la conquête romaine jusqu'à rinvasion des bar- 
^ Limoges n*a pour histoire que des traditions recueil- 
lies par les hagiographes. Comme dans d'autres provinces, 
aa moins pomr la partie la plus riche de la société, on j 
\iTait de la rie de Rome. Le caprice des Césars et de leurs 
représentants couvrait ses belles collines de palais, les en- 
tourait de murailles, semait de riches villas sous de frais 
omiirages sor les bords de la Vienne. La population d'ori- 
gine ganloise, attirée par toutes les séductions qui lui fai- 
saient oublier sa nationalité, se pressait sur les gradins des 
arènes, réclamait jMiiiaii et eircenses^ pendant que les riches 
Italiens, ou ceux des Gaulois qui s'étaient faits les agents 
de Fempire, allaient aux thermes d'JSroti, ou Evaux^ étaler 
îeur luxe, se reposer des plaisirs voluptueux ou des fatigues 
de Tadministration. Tout avait été organisé pour que les 
provinces subissent les lois du pouvoir dont Rome était le 
centre : celle du Limousin {Lemovicina provincia) fut par- 
tagée en plusieurs centres principaux correspondant, peut- 
étse, aux anciennes divisions politiques des temps celtiques, 
car les conquérants durent nécessairement adopter, en les 
transformant, certains usages des peuples conquis. Aussi 
trooTons-nous, dès les premiers siècles de Tère impériale, 
le pays divisé en tribus, dont un certain nombre formèrent 
Its Pnyi majores, les Pagi minores^ les vigueries {vicariœ) 
sobdivisécs quelquefois en centenies ^ 

!. Qotlqatê uuscriptioos démontrent que sous les Romain?, au moins dans 
• pnmi^n temp«, les Lémovices se divisaient encore en tribus, parmi 
•ii^là» les Camàiovicenses j les Andecamulenses. Sur le portail d'une 
qui aTsit appartenu à l'abbaye de Graudmont, ou lisait cette inscrip- 
troaTte à Rançon (m vko Hancou) : 

NVMINIBYS X\'G,[ustl] 
FINVM PLVTONIS 

ANDECAMVLEN 
SES DE SVO POSVE[r^J. 

{Ap. script, rer, FranCj T. 1.) 
«nteon ont conjecturé que le culte de Plutoo dans la Gaule était 



16 HISTOIRE DES VICOMTES 

Que gagna cette contrée en devenant une des grC 
subdivisions de Tempire? La civilisation y Rt-elle d1 
rapides progrès que dans les provinces du Midi?l 
porte à croire qu'elle ne s'assimila que lentement les mi 
les institutions, la religion et les usages des conquéif 
Aucun nom gaulois ne se trouve, d'ailleurs, dans les ini 
tions connues. Les produits, les ressources du sol n^ 
pelèrent point, dès le commencement, de colonies 
de l'autre côté des Alpes; son ciel était trop nuageul 
collines trop peu fertiles, ses vallées trop étroites ell 
humides, pour que les Romains y établissent de grandi 
ploitations agricoles,, comme dans les autres conlréj 
rOccident. Si leurs divinités eurent un culte dans quel 
unes des principales localités, elles ne firent point of 
les antiques croyances des Celles. Les sombres forôl 
Limousin retentirent encore longtemps de la voii 
druides convoquant les tribus à la célébration de 
mystères, réveillant parmi elles des souvenirs de na| 
lité etjd'indépendanceS leur montrant certains pro^ 

antérieur à la conquête romaine. César lui-même dit que les Gaulois 1 
talent d'eu descendre. (Tkxier : Inscriptions y p. 98.) Rançon se nom 
Andecamulum? On sait que Camuius était un des surnoms du diei 
Ande, selon l'abbé Lclxtuf, signiGait victorieux. Une autre iuscrifi 
Rançon, serait une consécration au dieu Hercule par Tibérius Juliu!< Ju 

HBRCVU DEO 
TID. IVL. IVLIAN. 

Ainsi, trois divinités du i)aganismo g:rec dans cette- localité, ce qi 
porte à croire qu elles u*y eurent droit de cité qu'après l'arrivée des It< 

Les anciennes tribus gauloisi>s corres^pondaient très-probablement as 
minoreSy qu*on retrouve au moyen âge dans les chartes de quelque! 
làires : Andecamuienses (pays do Rançon). — Biaenas (pays de Beyi 
Betrivus (pays do Bort?). — Amacensis (pays du Puy-d'Arnac). — Bi 
(pays (le Brive). — Cambiovicenscs (pays de Chambon). — Cambù 
(pays de Chamboulive). — Exandoncnsis (pays d'Yssandon). — Legor 
de ChÀlus). — Joconciacus (pays de Jocondiac). — Usercensis (pays' 
che). — Sigermontensis (pays de Nigremont). — Santria (pays de 1 
trie). — Rofiacense (pays de Roufliac;. ^•Solîemniacensis (pays de So 
(Dblocue : Cartuiaire de Beaulieu,) 

1. Nunc ipse si|mum celestis ira* daturo. et poi^sessionem rcrum h 



ET DE LA MCaWTK DK LIMOCKS. IT 

I autant d« préuges de In cbuto de l'empii-e. Des 
I de ipwiiti ou des doeds qui les rnppelleat, ilési- 
! les lirnï où s'accomplissaient les cér^mo- 
ts, Itb que tians te Ba^-tiiDousin Pei/rflevaile, la lioche- 
T-Ftia, Ftix-Fagle r( Piftrefite. Une génération a dit 'a 
■ qu'on y offrit des sacrillces sauglanls, que la voix 
a dieu iaoonou s'y f)l entendie au milieu des 
■ «pi'oii T cODÛft ît la terre les dépouilles d'un moit 
li e«t-ce enrore la pierre dressée par les fées, ou 
nuttportée par des géanL<, sur laquelle les mauvais géoies 
wBaeot ditkser pendant \e& itutls orageuses; pour d'autres, 
m aaliqoa autri où &e soot reposés les saints du chrislin- 
«mr. qae ne tnppe januii-t la foudre, et dont la poussière. 
nelée 4 certains breuvages, guérit certaines maladies'. 

A liiangTfti AD contraire, le vieux moude gaulois s'efTaç» 
i«t«ol Je noade romaio. Celte ville, d'abord phirc de 
.'uerrr pu n potition stratégique, centre d'une grande ad- 
^liiùslntioii. téjuar dt-« tiimillcs p.ilriciennes, comme des 
uDîUe ^nlobes qui briguaient l'bouneur d'être les agents 
^ l'empire, devînt no vaslc entrepôt de commerce entre le 
Jtmà «l le Midi. La population, pour satisfaire de nou- 
«■m bcMHDt, les goûts luxueux de »es maîtres, demanda 
tdostritt ce que lui refus-iit la nature du sol : les grandes 
I qui oouduiuîent à Saintes {^edioUtntim), par l'Ërî- 
X cl porCha&scooo, lui apportaient le sel des marais de 
I et lu fins de la Saiatonge. Ce fut bienlQt une des 
^■richci cilèt (le l'empire. Les étrangers de distinction 
•wiienl T triî^ier le droit de bourgeoisie ; les robes patrî- 
.; dansKsnies, dans ses comptoirs, sorses 



D lierlisrinn înlKliaDil)». u 



18 HISTOIRE DES VICOMTES 

places publiques, où l'on ne voyait guère la saie gaid 
que sur queloues pauvres habitants de la campagne, qi| 
naient vendre les fruits de leurs champs, pour en douai 
produit au fisc ; car le despotisme impérial, en ruinand 
provinces, ne laissa bientôt plus qu'à quelques localitét 
vilégiées le droit de commerce, jus commerdi; tandis qq 
citoyens romains usaient largement de leur fortune, p^ 
daient de vastes propriétés, ces latifundia^ où traval 
pour eux un peuple d'esclaves. Ces grands propriétairi 
sol, romains d'origine, ou gallo-romains, ne seraient-ilf 
au moins pour la plupart, les ancêtres de ces grands4 
priétaires, qui se firent les agents de l'autorité royalt| 
les premiers temps de la conquête franque? A qui, eai 
les premiers rois mérovingiens auraient-ils pu mieuxl 
guer leur pouvoir, qu'aux descendants de ces familial 
core riches, influentes, ayant à leur disposition de nom! 
esclaves et des hommes libres pour clients ? 

Cependant, quelque absolue que fût la soumissiofl 
Lémovices ; quelque complet que fût leur rénoncemeÉ 
cause de la nationalité gauloise ; quelque dévorantes 
fussent pour les inspirations passionnées de l'honneur i 
la foi les habitudes de leurs caractères mercantiles, le < 
tianisme introduisit à Limoges une vie nouvelle. Au prl 
siècle de l'ère chrétienne (72 ans ap. J. C), ou, selon 
très, un peu plus tard, apparut dans ses murs^ sous 11 
consulat dn Silanus, beau-frère de S^biQ.ius Culminl 
son successeur, saiut Martial, disciple des apôtres, ac 
pagné de saint Alpinien et de saint Austridinien, ai 
dans la Gaule, pour y prêcher la bonne nouvelle, coi 
les misères humaines, en leur apportant les divinei 
messes du Christ *. Mais toute vérité^ si elle contrar 

1. Diveriei date« ont été «Mignéett à la venue de saint Martial k I 



ET DE LA MCOMTÉ DE LIMOGES. 19 

intérêts hamains ; si elle fiait obstacle aux mauvaises pas- 
sions oo an pouvoir, n'est acceptée qu'à la longue, ne triom- 
phe que par les pins dnres épreuves. Le christianisme était 
trop grand pour se faire accepter sans peine de Rome 
païenne, pour s'incarner dans un corps dont les propor- 
tions morales étaient sî misérablement asservies par la cor- 
niption. n n'allait ni aux patriciens, ni aux Gallo-Romains 
qui s'étaient enrichis au service de l'empire. Proclamer dc- 
Tanl eux les droits de tous à la liberté, à Tégalilé devant 
Dieu; abaisser l'orgueil au niveau des plus humbles, c'était 
attaquer les privilèges^ porter la hache dans les rangs de 
cette société dégradée par toutes les infamies, et qui s'en- 
dormait sous l'antorité du plus honteux comme du plus 
lâche despotisme. Ce fut cependant la noble et sainte mis- 
sion dont se chargea saint Martial, le premier apôtre de l'A- 
quitaine, et qu'il accomplit au prix d'un glorieux martyre. 
Avec lui commença à Limoges la belle époque des légendes, 
récits mystérieux, que répètent encore les habitants du 
Limousin^ car aucune province n'a mieux conservé les sou- 
Tenirs de% épreuves et des triomphes de la foi chrétienne. 
Mais comme toute vérité nouvelle n'efface pas toujours les 
erreurs du passé, mais les transforme selon les nécessités des 
temps, on trou^'e encore dans le pays des croyances super- 
stitieuses d'origine celtique, telles que le culte des fontaines, 
la foi aux présages et autres défaillances de l'esprit humain, 
slaspirant de sentiments sincèrement religieux. La science 
it DOS temps s'efforce de les détruire ; mais trop sûre d'elle- 
9ème, égarée par le scepticisme, elle ferme trop souvent 
les jeoz au rayon divin qui illumine les consciences. 

Le passagexie saint Martial a donné lieu à un grand nom- 
bre de légendes aussi pieuses que poétiques. Il séjourna à 

•*< A <{ueatioa a été longtemps coatroTenée. Selon le Ritael de Limoges, U 
»r! iJ#- l'apMre ee rapporte k l'an 13 de J. C. 



20 HISTOIHE DES VICOMTES 

Rofflgnac, au château nommé La Blatiche^ près d'Uzei) 
sur les ruines duquel fut édifiée une chapelle, placée i 
son invocation. De là il vint à Brive, où il baptisa le pè| 
la mère de saint Justinian ; à la OrifToIière, où le peu] 
courut lui demander la foi qui console, qui guérit les 
du corps et de l'âme. La fontaine où il puisait l'eau dq,J 
tême est encore en grande vénération. Le bruit de si 
racles se répandit au loin, u II vint à Tulle, y fut reçu, 
la maison du riche Arnoul. Pendant son séjour la fille 
noul, tourmentée par un esprit immonde, en fut dél 
mais on la croyait niorte, quand l'homme de Dieu, lui 
nant la main, la releva et la remit bien portante à son 
Dans la même ville« dit une autre légende, le prii 
gouverneur du château, nommé Nerva, parent de Néron^j 
rait son fils unique. Le père et la mère, désolés, apporU 
cadavre aux pieds de l'apôtre: a Homme de Dieu, lui 
ils, soyez-nous en aide!» Le saint pleura avec eux; i 
après avoir prié, il ordonna au mort, au nom du Sai 
crucifié, de se lever, et celui-ci, revenu à la vie, se j 
crier : a Homme de Dieu, baptisez-moi du signe de la i 
Trois mille six cents personnes furent baptisées le q 
jour *. 

Le christianisme, entré dans la Rome païenne a^ 
deux plus grands apôtres du Christ, avait déjà. pi 
dans le palais des Césars; à Limoges, il eut de | 
néophytes dans les familles patriciennes. Suzanne, fij 
de Léocadius, dont le mariage avait été l'occasion de 
brillantes ^ et qui pleurait la mort prématurée d'un fils 
aimé, en Thonneur duquel elle aurait^ selon quelqo 
gendes, fait construire le château de Chalusset {Coi 
Lun/tt), fut la première qui ouvrit son cœur aux éli 

• 

t. OniiKJtic Vital : HisL de Normandie, 

2, Hist. du Betry, liv. II. — Fleury : UÎMi. ecclés. 



3 



rr [>E LA VICOMTE IIK LIMOr.K;?. si 

:. Valérie, ta, fllle unique, bérilière d'un gi-and 
) et d'une gnuide fortuoe, promise en mariage au pro- 
il Stlanus, *t convertit aussi ei lit tœu de virginité. A 
Rt« oPSTelIc. son ftaacé accourut du Tond de laUreLigne, 
jéraal U ramener au cullo de sus ancêtres. La jeune fille, 
e l'épouse dn Cbrist, ne cédant pas plus à ses prières 
bu wa SMoaces, rat par ses ordres décapitée dans les jar- 
s do paUU procoftsulaire, au moment où un tremble- 
nt d« terre ébranlait la ville jusque dans ses fondements, 
e npte de la malédiction divine tombée sur les meur- 
. Silanus, nommé aussi, dans quelques chroniques, 
rfiias Cotia, envoyé de Rome pour persécuter les 
^ktiniit aussi onlonné le supplice de saintMartial, 
kieux restes auraient été inhumés dans le cime* 
iUo-romaîD, alors situé en dehors de b ville, où plus 
Uni Ait cotulraite l'église souterraine de Saint-Picrre-du- 
Sfpolcre '. L« taog des martyrs fut fécond ; les bourreaux 
f4tnrxirTi( souvent leur^ victimes et se raisuient cbrétiens : 
SïUdds se convertit et perdit son gouvernement; ses suc- 
coMar» Stéphanus* et Sabintus Culminius renoncèrent 
MMi aux Uveurs impériales pour se faire chrétiens. 
AoréUco, second évAque de Limoges, continua dignement 
c riesoa prédécesieor, dont il avait été le disciple ^ et 



L'aMaj* rfaSunt-lbftiil fut Ulie iiir Ir mAiii? einiiUccmi^ul. [L**I>1^ 
a, Jf«.; Allou : UoHumenlt tie la Haute- Virnne.j — 
Jurrtitn. I.* nnrlinilofr» ilu limniulii Bm *uI ulendel de mu. 
M Sicnu, \t .iiM.i-ao- dn l'j^liir d« Sum-Pierre-du-S^piilerT. 

u. )r mèaif> [|ii'KiiPuni'i taaaii aaui Tita-le-I)uc, ifODTsrneur 
ioA le tomticni] lui loapUiii|i* filiri iljiai l'âgliu lonicrrunr. 

Ce sniHl MR»pbtg« nt pMiil etîMi' mi- 
, nie N«me-4ci-C»ninM, 
;. Snt Aar^D fct tohimiA iLu» ud« |>etiiD cluprlli* plici^ •ou* ton 
•I nt^m^niUi «i IKI |nr l'éifcpi* B*rlon Je Mnultos. L(-t 
^'il fuit prtin ilrt fiui i]i«iu Ion île l'urivér ilr uiiii 
^^ *mM lai rW««r, «1 qu'«l»ri tnffi ir. i« hwltr el rifiiilii â 
1. Il M U dirrtim. 



22 HISTOIRE DES VICOMTES 

mérita par l'ardeur de sa foi d'èlre honoré ^comme uo s^ 
JLe nombre des conYertis ne fit que s'augmenter, malgré^ 
persécutions ordonnées par les empereurs : plusieurs à 
pendant scellèrent encore de leur sang les vérités cM 
tiennes. D'autres s'enfuirent dans des solitudes, d'où li| 
exhortations arrivaient à leurs frères par des messages^ 
la bonne nouvelle. Evodius, troisième évêque de Limo| 
« homme de grandes lettres » selon les chroniques,! 
forcé, au temps de la persécution ordonnée par Domit( 
de se cacher dans les montagnes, où il mourut, après a] 
posé les fondements de l'abbaye d'Evaux. ^ 

Donatien, non content de persécuter les chrétiens, i| 
encore jaloux de quiconque, par sa iortone ou par soai 
rite personnel, portait ombrage à son despotisme^ ruin^ 
familles patriciennes établies à Limoges, en leur 6tant U 
anciens privilèges. Cette ville perdit pour longtempi 
splendeur, ses ressources commerciales. Le peuple éo 
d'impôts, persécuté pour ses croyances, se révolta; f 
ques légionnaires furent massacrés. Antomn-le-Pieux^ 
semblait promettre à l'empire la paix et la liberté, d| 
à la ville quelques beaux jours, pendant lesquels aurai| 
achevé le magnifique amphithéâtre commencé par Àdrii 
mais cédant aux injustes' dénonciations de ses délégués^ 
tre les chrétiens, accusés d'honorer leurs morts comme 
dieux, parce qu'ils venaient prier sur leurs tombes, i 

• 

!.. Oa 1 trMfé, p«ri<iaai les Uftvaiax eiécaUt anx Arènet, direrM 
dailki d'Adrien et d'Anlaûn. QuaAt à i*aiiipbiUiéAtre, ropinioii U plat, 
nde «si qa'U fta oomoMneè par Adrien. Beuunénil a donné à oeUa oa 
coUs imenotiao : 

UIF. CAIS. MVO HT. AHm HADaUBiO AMI, 
MVl TIAUMI PAaiHia MAX. FlU 
MVI NEaVAK MENm AVfi. PONT. 

mjLiuu pp. nu p. u. cos. u 

ABMMAE LnOV. AIDIP. LIC 
XX B LEO. XUU PXa* p. M. u. 



ET Dfi LA VICOMTE DE LIMOGES. 23 

uîreBiMit placées dans des lieux écartés et devenus plus 
Urd mtant de petits oratoires, il ordonna l'établissement 
d'an cimelière commun. Malgré les persécutions, le christia- 
nisme fil de rapides progrès dans la société gallo-romaine; 
le p^ntsme ne pouvait résister à ce courant d'idées, ac* 
ceplées d*aatant plus facilement par les masses qu'oppri- 
mées, ruinées par l'exagération des impôts, elles ne voû- 
taient plus croire aux dieux du Capitole, ni à l'apothéose 
des Césars. Sous l'épiscopat d'Adelphius, vers 276, la con- 
versa de l'empereur Constantin donna enfin la liberté i 
l'Eglise, et dès lors les évoques jouirent d'une très-grande 
autorité, qui contrebalançait souvent celle des comtes ou 
soavemeurs. 

Lliérésie d'Arias porta bientôt le trouble dans les rangs 
des fidèles, et donna lieu à de nouvelles persécutions, dont 
révèqoe Exapérius fut la première victime. L'arianisme, 
protégé par les empereurs, s'imposa aux consciences des 
Boareanx convertis, trouva des partisans dans les classes 
éievéet, parce qu'il se rapprochait des doctrines philosophi- 
qoet de récole d'Alexandrie. Les Visigoths, qui débordè- 
reoi sur le limousin et dans sa eapitale, Tavaient adopté en 
eotroaC dans l'empire. Si nous en croyons la lettre de Si- 
doine Apollinaire au pape saint Basile, Euric, leur roi, 
«pmssant par les armes, fougueux dans sa colère, impétueux 
àua sa jeaoesse*, » aurait fait massacrer à Limoges un 
çraad nombre de catholiques. Exochius, ou Edochius, fut 
oUigé de quitter son diocèse pour se réfugier en Bretagne. 
Ooelqne temps après, il voulut revoir son troupeau, le con- 
imer dans la foi, et revint secrètement. Surpris par ses 
ameoBt, il Ait tné aa moment ob il priait sur le tombeao 
4e saint Martial. Fortnnat de Poitiers eut des larmes pour 

i. « Anm« poiens, aeer «M», alaeer timis... Lemcmeem htum ipiri* 
mine liuium tnxit. » (6lD. AraixiN.^ 1. Vif, BpùL vi.) 



24 HISTOIRE DES VICOMTES 

pleurer le martyr, et des vers pour célébrer sou coun 
8a gloire ^ Le peuple, las de ces persécutions, se ré' 
mais rentra bientôt dans Tordre, à l'arrivée d'Alaric I 
usa contre lui des plus cruelles vengeances. Jocondus, 
Gallo-Romain, comte de Limoges, prit la fuite, laissât 
jeune iils Arédius, qui devait ôlre un saint, entre les i 
de Gondebaud, allié d'Alaric. 

Si nous en croyons les chroniques du temps et les ] 
riens, qui s'en sont inspirés, la domination des Gofl 
ftttale à >a Gaule, en deçà de la Loire : « Les églises f 
fermées, les ronces et les plantes sauvages couvrirc 
pierre des autels. » Il y a peut-être trop d'exagération 
ces plaintes, redites par le clergé catholique, qui se fl| 
facilement le défenseur des riches Gallo-Romains f&ch 
voir les Goths en possession des riches contrées du 
Limoges, selon quelques-uns, n'aurait pas eu trop à se | 
dre de ces barbares façonnés à la civilisation romain^ 
lui auraient labsé ses lois, ses privilèges de cité, moii 
formes fiscales de Tempire. S'ils préféraient l'arianisf 
catholicisme, c'était moins par convictioa que par ja] 
contre les évoques, qui semblaient faire revivre la on 
impériale et s'en attribuer les droits et les privil 
Etablis en Gaule par le consentement d'Honoriuii 
avait acheté leur alliance au prix de la main de sai 
donnée à leur roi, ils n'écrasèrent point le peuple^ 
pûts, ne groupèrent point de forces militaires daj 
villes. On sait que les provinces du Midi, déjà ra^ 
par les Vandales, si malheureuses sous les demierf 
pereurs romains, ne maudirent point les Goths i| 
qu'on l'a dit. — « Gothicum fateor me esse secutumi 
sait saint Paulin, un des prêtres les plus savants, m 

1. Qui tria lustra gereas io pontiflcatus honore, 

Pergit ad aotiquot^ plèbe gemente, pâtre». 



ET DR M VICOMTE DK I.IMuiLE.-*, an 

^tigeûl pu le» opinions d'Avîlus, l'évËque palricîen de 



(, dnraot U domination des Uotbs, .;.f me api-èa la 
de Vouillè. après laquelle Jocondiis reprit son titre 
dceoBttet Bl cDnstruirel'6gli$i> de Saint-Michel de Pisto- 
rto*, toascmit encore de précieux restes de son ancienne 
pmpinié^ le gn&l des arts et des lettres, vou^h à honorer 
ti rdîgicm chrétienne ; une société gardienne des souvenirs 
4c l'uttiqoité: des fonûltes sénatoriales encore riches et lii- 
nrtMCi; des plébtieos émancipés par le chrislinnisme, 
durehut le fortune dans le travail, toujours sûrs de trou- 
tir ém le* évCqucs des protecteurs contre l'oppression. 
t artistes s'inspiraient, dans le même temps, des 
t créaUuas de l'architeclure et de la sculpture, dont 
• ««utoroé le tombeau de saint Martial'; saint Pros- 
p«r, penei ki lettres, jouissait d'une grande réputation de 
■ieioe el de verta*. Devançant de plusieurs siècles le pro- 
pès da calcul dans la supputation des années, Viclorius 
nfef14rt"'t tes tendances de l'esprit humain aux travaux 
rffMnz par son Cycle pascal, cette table en huit colonnes, 
raoere estimée, malgré tes imperfections \ composée sons 



L Fu,UJn:( : BmehariàlKhnti. 

S. Ê. Min hil ik Pwtona. tinaj aamnA <le tt i]uc le (bnditpui } biuii 
■^■^■ir in frôi «m papirwl [PLC^miE : Glati.) Ce tul >uvi iutr«r'>i> 
1^^ £am «lilMTc. «clan nmffnr <le Vig^*. (A/i. Lnlihr, T. 11. ])■ SBU.] 

L 11 lut M tefrt ihM ma pFlit? ulup«U« de LiiuogM. 

t. ^ùtf pTo|wr d A>iniuiiir. uu iIm Vint de l'EgUic lu V* )Uv1p, naquil 
• i^B^M, wlie UM b^u.lR. Ilenurd GuidonU. qui tinit lu xn™>iM«, 
« sMuMMl qu'il Bifiui lUui le dioof'W : ■ Sanchu Pretjirr, v& iUtulrU 
É » ■rtr»i. ez ^uvM'n-iu .If mf.iniir, atqav n Lemontx'ui itiœeai, tient 
w^anÊmti *w* IkMu Iniiiidil i-n'ar Hithiiuiliu, tilitù onuitém. ■ 

L CriBO : Sm»it it» Lmumiùt. Mliiitcurj viriniiu cmt dit que Vieloriui 
«« iri ■> Aquualaa. !.< uiaui iiisihrnuiiri«n Pial de Utddelbuurg esl In 
fa^m, ^am a. atm. de Le Gnom. l'illuiare Wa4<l<ctln. ni à Conroleu. 
ft rai leH ealtm • Llaïqrea, npioina adoflin 'IrpuM. (Jiwirt an CycU peiril. 
■ ta MWMi i KbMd, «• tSI ; Virtonu» •'; éuil nMri reudaiil li *><iii.i«- 



âtt UISTOIRB DES VICOMTES 

le pape Mtint L6oa. Le souvenir des ancieim munici 
point de départ des libertés communales, se contiai 
les élections canoniques auxquelles le peuple était i 

Deux évoques de grande naissance » Rurice I*' 
rice II, de la famille Annicia, illustrèrent Téglise de 
ges : Rurice P% après avoir épousé Ibéria, fiUe d'ui 
cien de la province d'Auvergne, mariage dignement 
par le poète Sidoine Apollinaire, duquel naquirent di 
Omatius et £parchius, renonçant aux joies de la fam 
concert avec sa femme, se consacra à la vie religieui 
élevé à répiscopat Disciple de saint Hilaire, ami de' 
d'Arles, de Fauste*de-Riez, comme eux il aima les le 
les arts et mérita que Sidoine Apollinaire vantât sei 
les charmes de son style « rapide comme la ilamme, i 
comme Tonde, doux comme le miel, piquant coi 
sel K » Défenseur énergique aulant qu'habile des prl 
de son église, il signa la déclaration du synode d'An 
protestant contre les usurpations du roi Théodeberi 
partie de son patrimoine fut employée à fonder, ei 
neur de saint Augustin, Tillustrc et saint évoque d'Hip 
un monastère et une église situés en dehors de Tij 
primitive de la ville. Tous ses soins et son amours 
tendirent à l'enrichir de magnifiques ornements, ewâ 
à l'architecture et à la peinture '• Là religion reconna 
y reçut son tombeau. Rurice II, son petit-ûls et son j 
seur au siège de saint Martial, se distingua aussi p] 
lents littéraires et par de grandes vertus. Il écrivit 
gyrique de Théodoric, roi d'Italie, moitié barbare, 
civilisé, qui aima avec orgueil les belles-lettres. 



!•«•«• Aecipe per ptiernioum paginam veitrtni, qu» plus 
babeat, ioeerium mU Cetenim ekiqiiii oopiam banc praléri, kotolii 
(Siooii. Apojxui., L X, Bidiioia xvi.) 

2. LilBl : T. IV, des Coacilw ; ScHpéar. nr. frw^.^ T. IV* 

3. I. 11. EpiiU XIV et LX. 



CT DE LA MCOMTÉ DE MMOiJES. ^ 

loolnt coDsener & sa nation son ignorance et ses mœurs. 
Le LÎQKHUiii dtil & rel évf-que quelques-unes de ses plus 
belles ^im, précieux témoignage de la reconnaissance 
pibliqne en rbotiticar des saînls personnages qui se vouaienl 
A U Ti« rtJigiease. Au milieu de la Tor^L de ComodoUaeum, 
Joniass éuil venu faire l'apprentissage de la vie érémi- 
UqneaDprès de saint Amand, vieillard vénéré qui s'était 
cbobi une pauvre babilalion snr les rives sam'Hges de la 
nnoe. Rarice était allé souveot visiter cet asile de la 
prière et de la pénitence; aussi à la raori de l'ermilc, son 
an el son bienfaiteur, fît-il construire sur son tombeau 
me batiliqae, autour de laquelle se groupèrent plusieui's 
imisûDS. Telle fut Torigine de la ville de Saint-Junien '. On 
loi attribue au»^î à Limoges la fondation de l'église de 
Sainl-Picrre-dn-One jroix, où il fut inhumé*. Selon d'autres, 
il donnil son dernier sommeil dans la mfme crypte que 
ninl ianten'. Ces deux évtques, dignement célébrés par 
PctlBBaL de Foitiers, furent les deox grandes illusfratîoas 
de l'élise de Limof es aux v* et vi* siècles ♦. 

I. UUJCD : Outm. Cemadoiiacemf. p. £8> 

3, CMU ésliw. coumite en 507, lut nomniia S.-Fetrus-de-Qvailriiiio 
jmfwt via, umrour}, du Ullii <lu moyeu Sifv, Cairohtnsis : plus lanl, 
(jWyTiir. Aim» h UnftK da Rabeldl. pour lu dnlio^er de Samt-PitrrV' 
^ Htftti ' . <>• 't«ii lé taulieui lio Hiut llanûil. L'égliie Je ihi> Jouni, et 
Il ■liiii nom, ronuL-rf« rn IlSi, n'a plus ri«u de U aiu.'tnu:tiuii primiliTe. 
L b M. et gtilit epp. LtPmvic. 
t. Hic xura pauUfiEiim loto tidi^ulûL muiida 

Uembra sepakra tcgUDt, (pirïtus astm colil, 
Ruricii gernini flores, quibai Annicionim 

JtmcU pueuLali culiiùae Uarni Fuil. 
ktia, meDle. i^adu, prflnamiue. saspuine ueiî, 

Enltut paritcr binr otiu, Me nepo«. 
Tempore puisque luu ruadans y\\ leinpla pilruiii», 

bl> AncnMiHi, eoiulùlit ille P«tri. 
Ilïe probo*. ille pina, bic >«nui, ille wreaos, 

CÔUnlei paiilcr, qui» cui m^or irriL 
Plnrima pkaperilMU iribuentei diTile ceuu, 




28 HISTOIRE DES VICOMTES 

C'est encore à Tun d'eux qa'on fait honneur de k 
traction d'une église de Brive, bâtie sur Templacea 
saint Martin aurait Irouvé les palmes du martyre. Poi 
naître les premiers jours de cette localité, c'est enc< 
légende des saints qu'il faut recourir. Le Christian 
avait été accepté dès le temps de saint Martial, mais 
miers principes de la divine révélation y avaient été c 
à la suite des invasions et des persécutions. 

(( Saint Martin, né en Espagne, vint dans la Gaule 
ter la bonne nouvelle, consoler les hommes des i 
tions des barbares. De l'Italie, où comme l'abeille, 
recueilli le suc des fleurs du christianisme, il passa 
Périgord, rencontra dans le village de Savignac un 
nommé Laurent, avec lequel uni d'amour divin, il pi 
foi dans les campagnes, y brisant les idoles. Appren 
dans le Limousin, en un lieu appelé Brive, la pop 
adorait encore les faux dieux, il s'y présenta, une cr 
main, dés paroles d'amour et de paix sur les lèvn 
chant le Dieu incarné. Le peuple irrité s'arma de pi 
de bâtons, et le corps de saint Martin, sanglant et bi 
fût bientôt qu'une plaie, et cependant il ne demam 
grâce, mais sollicitait de Dieu le pardon de ses meo 
Laurent lui donna la sépulture; et les habitants, bii 
proie à de craelles maladies, s'apercevant que les ol 
aux faux dieux ne guérissaient personne, s'adres« 
saint Martin et tous furent guéris. La renommée de 
clés opérés sur son tombeau se répandit au loin. ^ 
nien, pour arrêter les malheurs de son empire, en% 
les barbares, fit déposcMur le tombeau du martyr ul 

Quoi, ipargrente manu, redimentet crimina muudi, 
Inier apoftiolicos credimui esM choit». 

Felicet, quhftic do nobilitate fugaci 
Mercati, iu cœlii jura senatut habent. 

(FORTUN., Uh 



ET DE LA VICX)MTÉ DE LIMOGES. 29 

d'or lail par les plus habiles ouvriers de Constantinople, où 
il était vena épouser Badoxie, fille dé l'empereur Théo- 
dose n (437) «. • 

Dans ce anquième siècle, oh disparut l'empire d'Occi- 
dent» emporté par le flot des barbares tombant comme une 
nulédietion du Ciel sur une société dégénérée, incapable de 
réssier à la tempête, l'Église seule fit face aux révolutions, 
accepta seule la noble mission de défendre les derniers 
lettes de la civilisatioa, le droit et la liberté contre Tabus 
ëe la force. Alors qu'en deçà de la Loire on s'efirayait à 
I ^proche des hordes germaniques franchissant le Rhin, de 
leur marche à travers les villes dévastées, les forôts incen- 
diées, de tout ce qu'on racontait de la bataille de Soissons, 
A tomba le dernier représentant de la puissance romaine, 
rCglise, forte de l'aulorilé de ses dogmes divins, calme, 
kénAfoe et sainte, se posait en face de l'orage. A la nouvelle 
lia triomphe des Francs à Vouillé, confiante dans la grâce 
d'en haoty descendue sur le front du Sicambre par les 
prières de saiot Rémy et par celles de saint Vaast, elle se 
consacra à la transformation de l'élément barbare, en le 
HMonettaot à l'empire du catholicisme. Grande dut être la 
joie des chrétiens, quand ils virent le premier roi franc, le 
béroa de Soissons, de Tolbiac et de Vouillé, s'agenouiller 
«r le tombeau de saint Martial, poser les fondements d'un 
-MUoîre dans le petit village de Scholoriense K Cependant 
Qmf ne connut qu'imparfaitement la vieille cité gallo- 
romaine et la terre des Lémovices ; ses guerriers, désireux 
^ champs plus fertiles, d'un climat plus doux, étaient im- 

t. timMT.. Tra. : Hùt. Franc, — Chron* de saint Martial. 

2. l'a Twm titre Utln, eontenré autrefois dans le trésor du Dorât, localité 
i| yfc < € Sthoim-ia u e an v* tiède, porte à croire que l'église primitive rernon* 
ifEiA à CifiTis, qui y aurait fondé un petit oratoire eu l'honneur <le sainte 
C-a #i de aaiat Pierre, « le porte-clef du royaume des cieux. » Uot'LUETON : 
BmL*kh Marche. — GaU. chriHiana.) 



30 HISTCHBE DES VICOMTES 

patients d'aller chasser les Goths des bords rianft 
Garonne et de TAdour : venus les derniers dans la 
les richesses du Midi les attiraient; ils semblaien 
gner les provinces du nord, que ne menaçaient { 
tribus germaniques. Des bords du Tanaïs à ceux de 
tique, l'invasion avait fait halte; la race slave pi 
premières assises des nationalités qui allaient faire 
le vieux monde romain. 

Sous la domination des Francs, le catholicisme i 
lui les hommes les plus remarquables par leur nai 
des lettrés, ceux qui tenaient de l'empire les boni 
l'autorité, qui, devenus les colonnes du sanctuaire, 
vèrent leur influence dans l'ordre politique par 
qu'ils prirent aux affaires publiques, les premiers • 
de l'agriculture par la fécondité qu'ils surent doni 
lieux les plus déserts, où ils établirent de petites i 
de reb'gieux voués à la prière et au travail des i 
Parmi ces fondateurs de monastères, se présente i 
premiers Arédius (saint Yrieiz), fils de Jocondus os 
dius, comte ou gouverneur de Limoges, qui s'était 
l'approche des Bourguignons, alliés d'Alanc : ce jeul 
tier d'une grande famille, arraché à son pays, coi 
Trêves, passa ses premières années à la cour de 1 
bert, où il fut d'abord traité comme esclave. Les gà 
son extérieur et son intelligence attirèrent sur lui ^ 
tion de l'évoque Nicélius, qui l'attacha à sa personii 
fit rendre la liberté ^ A son retour à Limoges, Péll 
mère, qui avant de le mettre au monde avait eu le | 
timent de ce qu'il devait être, confia son éducation H 
tien, premier abbé de Vigeois, qui l'initia à rétqj 
lettres et aux pratiques de la religion, puis le fit 

1. Gregor. tufon., 1. X, c. 29. 



ET DI LA MCOHTÉ DB LIMOGES. 3f 

10 sacerdoce. La noble et sainte femme s'associa à toutes 
les œuvres de son bieu-aimé flls, fonda avec lui un monas- 
tère à Attmumj ao milieu d'une immense forêt, d'où allait 
rayonner dans le Limousin la foi chrétienne avec la vie mo- 
nastiqoe, et l'enrichit de si nombreuses donations territo- 
riale$. qu'ony vit bientôt accourir plusieurs personnes atti- 
rées par la répntation du fondateur, qui en M le premier 
abbé. Un doit anssi le regarder comme le fondateur de 
i'abbaye de Vigeois de l'ordre de Saint-Benoit, par les cons- 
tmctioDS qo^il fit Cdre sur les ruines d'un petit oratoire où 
sKtttt retirée une sainte fille, nommée Badalbodès, venue 
de la Grande-Bretagne, où le catholicisme ne trouvait pas 
coeore parmi les Pietés, les Angles et les Saxons le calme 
des soUtodes nécessaire aux divines aspirations des Âmes. 
Afédios (saint Yricîx) fut l'ami de Grégoire de Tours et de 
Fortonat de Poitiers. Les maisons qui se groupèrent autoui 
de la sobtudc d'Attanum formèrent la localité qui a pris 
depuis le nom de son fondateur ^ 

s. L'ntiqw abbaye, oa motiastère de Saint-Yrieix, fondé vers l'an 572, fut 
• «» f^r WD fonflateur et «on premier abbé à l'abbarc de Saiot-Martin- 
. 'MiBltL05 : Analecfa, T. Il, p. 48. — Gall. christ.) Il y avait 
« ircute-deax canouieat». dont les titulaire» deraicnt être gradués et 
Ec 1 123, le cbapttrc exponit au ppc Martin V que son égrlne, immé- 
«HKimîie an saint-siége, était la seconde du diocèse, après Limoges, 
«a abbé était crosfté, comme l'indiqne Taocord de 1307 fait par 
Philippe-le-Bel. Ce cbapitre avait la «eigncnrie temporelle de la 
ft 4*^ ^muA nombre de fiefs et de leigneurics. {Ordon. des rois de 
, T. VIO 




:U 1II8T0IRE DBS VICOMTES 



CHAPITRE II 

LES COMTES DE LIMOGES SOUS LES MÉROVINGIENS 
ET SOUS LES CARLO VINGIENS 



\jn Francs couÛent radmioistratioa aux Gallo-Romaiua : iulluence di 

— Le» ageuU des rois francs à LiAioges et dans les autres local 
Téreiitiolus, comte de Limogei, et Gonthran, roi de Bourfrogue. — 
contre Chilpéric, roi do SoissoDs, et rinterveutiou de l'évéquc saint 
et de saint Yrieix. — Afort de Nonnichiuit, comXe (U>- Limoges. — ' 
bert fait détruire les muraillei de Limoges et Taubaye de la R 
Dénouement du Gallo-Romain Domnoléuus. — Note sur Téglise on 
à ce personnage. — Saint Loup, évoque, et Clotairc II. — Saint E 
famille. — Fondation de rabbaj'v de Solignac. — Progrès des bê 
à Limoges. — La légende de saint Pardoux. — Lopès, duc des '^ 
s'empare de Limoges et y est tué. — Eudes, duc d'Aquitaine, \ij 
Pépin de Landen. — Il fortifie Limoges. — Note sur la Cité et la 
le château. — Invattion des Arabes et siège d'UzercUe. — » Saint ( 

— Eudes, duc d'Aquitaiue, et les lions de granit, symbole de son 
à Limoges. — "Waifre et Pépin ravagent le Limousin. — Pépin 
Uxerche. — Mort d(> Waifk'e. — Pépin fait reconstruire les égj 
Uotgar, comte de Limoges. — Le Limousin divisé en vigueries. — 
brement des vigueries. — liogérius, comte de Limoges, fonde l'ai 
Çharroux. — Louis-le-Pieux iuude labbaye de Saint-Martial, et n 
États d'Aquitaine h Jacoudiac. — Le comte Rogérius à la bataille à 
net.— Note sur lo i>alais de Jocondiac. — Raymond h^, comte de T 
Foulques et (lérard, comtes de Limoges. — Invasion des Normand 
s'emparent de Limoges. — Note sur l'abliaye de Solignac. — Chf 
Chauve i Limoges et les religieux de Saint-Martial. — * Rodulphi 
véque de Bourges, sacre le (ils de Charles-le-Chauvo et fonde l'ai 
Ueaulieu. — Note sur Rodolphe. — Les Normands alliés de Pépin 

L'aulorilé des Francs en deçà de la Loire fut moii 
posée par la force qu'acceptée comme un moyen d' 
par les populations, qui n*avaiont vu dans les succ6 
d'Alaric que les continuateurs des derniers emperei 
mains s'entourant de toutes les satisfactions luxueus 
Césars, déléguant leur autorité aux Gallo-Romains qt 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. S3 

imbilîon, recherchaient les honneurs et les profits des fonc- 
lions pobliqaes. Les rois francs acceptèrent en grande par- 
tie cet état de choses : ne pouvant gouverner le pays par 
eaz-mémes, ne trouvant pas parmi eux assoz d'hommes 
poarvns des qualités nécessaires pour administrer en leur 
nom. ils confièrent l'administration à des comtes, comités, 
cbai^ du pouvoir judiciaire et administratif et du com- 
mandement militaire. Ces grands fonctionnaires, établis 
d ab«ird dans les principales villes, eurent aussi des délé- 
gués dans les localités moins importantes et sous Tautorité 
desquels se percevaient les impôts au moyen d'agents du 
Isc, nommés eoHêctorês, comme dans les derniers temps 
de 1 empire. Ce» diverses fonctions avaient trop d'impor- 
tance par nnfluence politique qu'elles donnaient, pour ne 
pas être recherchées par les riches Gallo-Romains. Après 
toute révolution, œuvre de la conquête, ou survenue par 
soiie de nouvelles aspirations politiques ou sociales, le gou- 
Tercement nouveau trouve toujours des hommes disposés 
à le servir, alors même qu'ils ont été des adversaires 
difis les dernières luttes. Telle fut, selon nous, l'origine 
des grandes familles, que nous trouverons plus tard en pos- 
session du sol, quand la féodalité se sera constituée par 
iVrédité des fiefs, à Ségur, à Combom, à Tulle, à Venta- 
dcv. à Lastours, à Turenne, à Ghabanais, et partout où 
j royauté aura dél^;ué ses pouvoirs et se sera créé des 
n»iax. A la tète de cette nouvelle hiérarchie se plaça tout 
t'ibor J le clergé par son évoque, reconnu partout comme 
-f défenseur des droits de tous les citoyens, defensor civita- 
^. Le clerr.-*' devait, en effet, tenir le premier rang par son 
%ad^ par l'ascendant de ses vertus. C'était lui qui protc- 
tmi I» classes laborieuses contre les exactions des puis- 
uats, arrêtait les violences du désespoir ou de la haine en 
;^haDt au nom de Dieu la résignation et le courage, deux 

L 3 



34 HISTOIRE DBS VICOIITES 

▼ertas chrétiennes donl il donna toujoors l'ezempl^ 
toQtes les grandes épreu?es à travers lesquelles 
moyen âge. 

Quoique la puissance des méroTiogiens résidât pi 
lement au nord de la Loire, oà primitivement s' 
établies leurs tribus, les fils de Clovis n'en exerçaieif 
moins leur autorité dans le Midi par des agents qui faU 
battre monnaie en leur nom â Limoges, â Uxerchc, ^ 
banais, à Ambazac» à Neuvic, à Auriac et à Ussel ^ || 
premier partage des pays conquis, Limoges, avec soaJ 
toire, fût attribué à Childebert, et, après la mort d| 
taire !*% à Chilpéric qui le donna ensuite â Cralsui]|| 
première femme, à titre de présent de noces {morgél 
présent du matin)*. Brunehault, épouse deSigeber^ 
tmt bientôt après, comme rachat de la moii violent^ 
sœur, victime de Frédégonde (566). \ 

Pendant les guerres civiles entre la Neustrie et rOs| 
les rois francs, avec leurs hordes sauvages avides de pi| 
parcoururent souvent le Limousin. Téreotiolus, qui 
été comte ou gouverneur de Limoges ^, suivit Gontnj 
de Bourgogne, dans une expédition contre les Wis^ 
encore campés au pied des Pyrénées; il fut tué, en ^ 
de Carcassonne, par une pierre lancée d'une des poi 
la ville. Les Limousins qui Pavaient vu profaner les é 
piller les campagnes, regardèrent sa mort comme ui 
nition divine, pendant qu'ils célébraient les ver) 
Gontran, le plus pacifique des fils de Clotaire P% ail 
populations méridionales pour la douceur de ses n 
et sympathique par ses convictions religieuses. La mu 

1 . Ces localités ont fourni à la science numismatiqne phisieure i 
de la période méroTiiigioBne. {Nmmùmatique du Lùnàusm,) 

2. Ap. Script, rer. Franc,, T. III» p. 244. 

3. ... Quonclnm corne» LemoTÎcinn. {Ap, Greg, Turon, : HùK 
1. IX.) 



ET DB LA VICOIITË DB UMOGES. 35 

dt ce prîMe fesit thèt-e an InbUants de Limoges, qni, 
longtemps aprèe hd, se ricontaieat cette légeade inscrile 
éum Ifmn dironiqiies : a Dans une de ses expéditioBs, ta 
fitigoe d'iBe longue mardie et l'excessive chaleur du jour 
VctBfkttDi à prendre quelque repos dans les environs de 
I. Pendant son sommeil un de ses compagnons', qui 
i tes eôtés, ftit grandement étonné de voir une be- 
lette lortir de la bonrse du roi et courir ensuite sur le bord 
4^ miaaeaa sans oser le franchir; mais quand il eut mis 
a longue épée en travers du cours d'eau, l'animal accourut 
«■Htôt, pas» de l'autre cMé, se glissa dans un trou 'au 
pied de la montagne, puis revenant par la même voie, ren« 
Ha dans la bourse du roi. Gontran, en se réveillant, raconta 
à son écujer qu'il avait rftvé qu'il était entré dans une 
^ oè il avait trouva un trésor. L'écuyer lui ayant 

fini part de ce qu'il avait vu, le prince, voulant pour- 
suivre sa vision, fit fouiller la terre à l'endroit où la belette 
teil entrée, et y trouva des statues d'or et d'argent, dont il 
maint consaerer le montant à couvrir le tombeau de saint 
Martial et à secourir les pauvres '. » Quelle serait la réalité 
et cette légende? Peut-être la découverte d'un trésor en- 
boi par q u el que riche Gallo-Romain, à l'approche des inva- 
mm gemoaniques. 

Chilpérîc, roi de Soissons, moitié civilisé, moitié barbare, 
l'eot pas les mêmes droits à la reconnaissance du penple : 
nnkitieox d'amasser des richesses pour satisfaire ses haines 
el set passions, il usa de tontes les mesures fiscales de l'an- 
administration romaine, levant des impôts si oné- 

que les habitants des villes soumises à sa domination 
abandonnaient leurs maisons pour se réfugier dans les 
royaumes. Perréolus (saint Féréol), qui venait de ré- 



. Oir»i. nis«. «le L»nKi|re». 



86 HISTOIRE DES VICOMTES 

tablir l'église de Brive, en grande partie déiroile pi 
incendie, était alors èvêque de Limoges '. Le pieux elj 
rageux pontife réclama en vain contre les exactioi 
prince, et surtout contre lés violences de Marcus, soiii 
rendaire, qui exigeait de chaque propriétaire de conl 
libre, et même des serfs ou colons (ntanctpu), une 
de vin pour une certaine étendue de vignes, peraripi 
et d'autres tributs en nature*. Le peuple se rév< 
l'agent du roi ne dut son salut qu'à la fuite ; il vint 
cer sous la protection de Tévêque, qui le couvrit di 
d'asile, déjà accordé par Clovis aux églises et aux al 
et calma les colères de la foule en faisant brûler pul 
ment les registres de l'impôt. Mais la ville n'en 
moins livrée aux vengeances du roi franc. Les prêtre 
ses d'avoir été les instigateurs' de la révolte, fureni 
suivis, et plusieurs d'entre eux mis à mort aux 
patibulaires. 

La désolation était à son comble dans les cai 
comme dans les villes, dont les habitants vinrent ei 
supplier Yrieix, qui vivait encore dans son monastèi 
tanum, d'intercéder pour eux. Chilpéric se laissa 
par le pieux ascendant de celui que l'Église compta 
parmi ses saints et que la vénération publique a 
regardé, depuis treize siècles, comme le protect 
opprimés. Il fit brûler les registres de l'impôt, 
laissa bientôt entraîner à d'autres excès. Nonnichii 
par lui comte ou gouverneur de Limoges, odieux 
ment de sa tyrannie, n'épargna ni le clergé, ni 
Son ambition et ses cruautés lui furent fatales 



leuxj 



i. Saint Féréol, quatorzième ëvèque de Limoges, rnoonit tmI 
avait préttidé aax fuDéraillei de saint Yrieix. (GréG. de Toubs il 
FraneSf 1. V, c. 29.) 

2. AripenniSf est semgugerum in iongttudine pede» 240, in Uûtm 
(Du Canoë : Giost.) 



i 



ET DB LA VICOIITÉ DE LIMOGES. 37 

ftireol conftsqiiés, et il trouva la mort dans les guerres 
ôriles, qui Uoublèrent encore les États firancs. Le peuple» 
▼îciiine de ses injustices et de ses violences, crut que Dieu 
loi avait infligé le châtiment dû à ses crimes: Cette période 
de rbisloire fut si triste en calamités de toute sorte, que, 
io n g te mp s après, on racontait qu'on avait vu des torrents de 
feo rooler dans l'air, la terre agitée de violentes secousses, 
des pluies diluviennes grossir les rivières, qui dévastaient 
les champs, et des nuages de sauterelles s'abattre sur la 
viUe*. 

Par Texagération des impôts, Théodèbert, fils de Chilpé- 
ric, mécontenta encore les campagnes, qui se révoltèrent 
eoQtre ses agents : sa colère ne connut plus de bornes ; il 
At raser les mniailles de Limoges, promena partout la dé- 
solation et la mort, pilla les églises, et incendia l'abbaye 
de la Hgle '. Toutes les contrées situées en deçà de la Loire 
enrent le même sort. — « Moult de citez prist, la cité de 
To»rt« toutRaoursin et tout Limosin; moines et clercs 
tonmenU, nonainz viola'. » 

Doomoléoos, gallo-romain, comme l'indique son nom, 
alors comte de Limoges, à la tète du peuple armé, pour 
arrêter ces hordes de barbares avides de meurtres et de pil- 
sortit de la ville et trouva la mort avec plusieurs des 
dans un combat livré au Puy-Lanneau. Selon d'autres, 
Ihéodebert, vainqueur dans celte fatale journée, l'aurait 
amfwi au supplice (574). Selon quelques traditions, Dom- 
Boléniis aurait combattu sous les ordres du patrice Mum- 
noie, et le combat, où périrent de part et d'autre vingt-cinq 
miàie hommes, aurait été livré près du pont de Saint- 

L Jp. Scripi, rer, Frame. 

2. Axaoin : De gettû P'nmeomm. La tradition fai»ait remonter la fonda- 
iflB et Tabbaje de la Régie au temp* de saint Martial, ce qui ne peut être 
*aft fat ftmr l'église. L'abbaye, proprement dite, ne fut fondée qu'au viu* t. 

3L C^roniqset de Saint-Dcôis. 



ÉUenne. Le peuple a'oublia pas l'ikérolsme ei le dém 
meot de son Ulustre ééfeiiseiir ; U porta soq eoi^ ein 
de ses compagnons dans une petile égfiBe« plaoée sout 
vocation de saint Orégoire, et lionora corooie des a 
ces martyrs du droit et de la liberté K 

Toute la période mérovingienne ne nous «ffire géki 
le triste spectacle des excès de la barbarie, tempéré 
les sublimes efforts du clergét toqjours prêt à protègi 
peuple contre la cruauté et l'ambition des grands, à al 
les derniers restes de la civilisation. Aussi les hagîogn 
da Limousin, ces moines lettrés, qui nous ont reeueilU 
de pieuses légendes, célèbrent-ils à Tenvi Tintervai 
toute puissante de rÉgiise dans les luttes fratricidei 
soccesseurs de Clovis, et les candides croyances i 
i6ule, qui sut garder la mémoire des dtfenseurs 4 
intérêts et de ses croyances. Les barbares les plus I 
chcs s'inclinaient souvent devant ces apôtres de la i 
de la justice, iofiplorant, par leur intermédiaire, Tassii 
divine. 

Saint Loup, d'une origine obscure, mais illustre pi 
vertus, désigné par ses qualités personnelles pour ooi 
le siège de saint Martial (614), se rendit auprès de 
taire U, pour obtenir la sanction de son élection, m 
ment où la reine déplorait la perte prochaine d'un i 
enfants. La pauvre mère, avertie en songe de Tarrii 

i. Domnolénus (saiut Domnolet), au temps de Niiui Féréol, évS 
LioMgw, aToit Ciit hàUr aoe église, oà son coqit ftii inhuné. On il 
encore uaguèru quelques restes derrière la chapelle du sémioaire. 
M 1105, et rétablie plus tard, elle resta sous TinTocation de saint Gl 
J«M|u*au 12 avril 1S34, où Tétéque Jean de Lanfretc releva le eoqM 4 
et lui cousacra uue chapelle. Les reliques furent déposées dans dei 
d'argent dounées par Jeanne de Bourbon, abbetse de la Règle, a| 
Bb 1671, Jeanne de YerthaiiioDt, abbeae du même cotiTeiit, fit ea^ 
oae ohâMe d'argent. On célébra longtemps un lenrioe aolennel eo M 
Set eitoyent morte irec lear comté. Àigoerd'bui, le dlmandie de (^mM 
on porte en procession les reliques du saint, précédéet de ea longue d| 



ET [|E U VKOUTE DE LMOGES. if, 

rNè^ae. oow«l aa-dcvanl de lui, le siippliuil de prier 
fMr le OMbde, et de lui imposer les mains. L'enfaal re- 
• tanoti, el saint Loup reviul à Limoges, monté sur 
ikeral rirhcment bamuch<^, que lui av.iit donaé 
B d'aatres marques de sa recono.iiâsaat-e '. 
fc*eoinplul, 1 la m^ine époque, [lamij ses plus 
■ ntDUnUoos un artiste célèbre, im icitré el ua sainl 
j,â ces trait titm, occupa une Luge place dans l'his- 
*dccRstmp«de périlleuses tran$ fur mu lions sociales. 
KBpoa (siint Ëloi), fils d'Encbarius ou Eucber, et de Ferru- 
fa.^w awcal fond^ à Limoges un monastère, fit conce- 
Tr.îrd4s «a naissance de hautes espérances à sa famille. Sa 
..itre. 4iaiil-oti , au moment de lui donucr It; jour, avili vu 
'-n utaçjT on »tg\v volliger autour d'elle ^. Comme tous ceux 
qui (Ml tu le gloricMX privilège d'exercer une grande 
m âmeÊte va \emr lifeclc par des hauts fails, par de grandes 
lufi OB de tares talents, il a laissé après lui une longue 
■Me ée légendes, parce qoe 1c mlgaire se l'cxplûjiu^ le 
eWe M 9e» eurrei que par l'intervention du sumalurel. Sa 
ftaaBfe. d'or igin e i^llo-comaiiie, qui conservait une giandc 
|âété, le pXH des letlns et des arts, après avoir appliqué 
«es pcetoi^Rs Muées & Iclude dvs lettres, confia son ado- 
IrmfiMT i Abbon, célf^re sculpteur et ciseleur de niélaux, 
tf Muoétaire de Cbildebert II, roi d'Austrasie. L'élève sur- 
pnn bientôt loa niattrc, qu'il remplaça, comme monétaire 
nbcr des mis CluUûre II, Da£obert et Ciovis 11. 
1 de itegoberi, éln iW^que de Noyon en C4U, il 

[ de LiiOftgffli, fui 

l^tulif G*ttrd-nri:\i>T iJu 




M HISTOmB DES VICOMTES 

86 montra habile politique et toujours plein de don 
dans ses rapports avec les populations de la Gaule, 
n'étaient pas encore entièrement soumise à l'autorité 
mérovingiens. Par son énergie, par l'ascendant de se& 
tus, il réduisit à l'obéissance Judicael, roi de Breta 
ainsi que les tribus du Rhin. Par son exemple et pai 
conseils, il réprima les mauvais penchants du princOt 
usait aussi largement que ses prédécesseurs de tout 
licence des habitudes germaniques, et fil asseoir le re]^ 
sur le trône, au profit de l'Ëglise et du peuple. 

Dagobert le combla de richesses et lui donna un domi 
agréablement situé dans un vallon arrosé par la Brii 
afin d'y construire, selon ses expressions, « une échell 
moyen de laquelle ils pussent tous deux monter au cieh 
fût l'origine de la célèbre abbaye de Solignac, dont l'É 
fut, en 1142, consacrée en présence de vingt-deux évê 
des diocèses voisins K La date de cette consécration pi 
ou que la construction fût bien longue, ou qu'il ne l 
ici que d'une église postérieure. Saint Ouen, archev! 
de Rouen, nous a laissé une description toute poétiqi 
ce monastère, où l'on voyait, de son temps, « des arl 
habiles dans plusieurs métiers. » Jusqu'alors, danit 
partie de TOccident, les religieux, soumis à la règ^ 
saint Columban, n'avaient vécu que dans la prière ei\ 
la contemplation des choscb divines, isolés de toul6| 
préoccupations d'une vie active. Protecteur de ses c] 
et de ses voisins, gardien du bien des pauvres, de I) 
neur des filles, de la faiblesse des petits et de tout le 

1.^ L*empUcemeiit de cette ancienae abba3fe est Ai]uourd'hui occupé 
fabrique de porcelaine. L'égliie actuelle, style bysantin i coupoles, 
du xii« siècle. Les stalles du cbœur, du xv* siècle, offrent de belles so 
I^s ritraux, de la même époque, portent les armoiries de Martial 
Lavergue, qui en fbt abbé jusqu'en 1484. (Félix de Verneilu : An 
fjytanime en France, T. lil, p. 789.) 



ET DE LA MCOlfTÉ DE LIMOGES. 41 

paple contre l'oppression, le pillage, les yiolences et les 
otorsions des poissants; en mêine temps solitaire anstère, 
et quasi chef féodal, comme l'étaient un grand nombre de 
lopérieivs monastiques au moyen âge, saint Éloi prescrivit 
les traianx manuels, ceux de l'agriculture et des arts aux 
cent cinquante moines réunis par lui à Solignac (Solem' 
aiMMi), el qni, fatigués des travaux des champs, se délas- 
saient, après la prière, en ciselant des vases d'or et d'ar- 
gent. Des femmes, appartenant aux classes riches, vinrent 
s'établir dans les environs de l'abbaye, dans une enceinte 
séparée, mais sons un gouvernement commun, où elles tra- 
TiiUaienl à la confection des (issus d'or et de soie. Toute la 
fortone du saint servit à des œuvres pieuses, jusqu'à sa 
maison natale, où il fonda l'abbaye de Saint-Martin-lès- 
Limoftes, qui fut une école d'habiles artistes, en même 
temps qn'nne pépinière de saints cénobites. La charte de 
i9adatioQ de Solignac n*est pas seulement un monument 
retigieux de cette époque, elle témoigne encore des vues 
éieiées du savant fondateur, travaillant à améliorer la con- 
éitàûu de ceux qui vivaient sur ses domaines, en y introdui- 
mftl, avec la richesse, la liberté du travail. En se dépouil- 
LnttI, en faveur de l'abbaye, de vastes propriétés situées à 
Sotignac {ëpud SoUmniacensê S. Pétri fnonasterium)^ et dans 
ÎC9 eoTirons de Limoges, qu'il tenait de la libéralité de 
Dsgobert, il y mettait cette condition, que jamais les moines 
& attenteraient à la liberté des esclaves, qu'il avait affran- 
chis par ses chartes, ou qu'il avait rachetés de son argent ^ 
Toutes ces sages dispositions, placées sous la sauvegarde 
4a pouvoir royal, furent signées par les dignitaires les plus 
èoûjients da clergé de ce temps. De cette communauté, 



f. « ^. ExoeptU libertin meii, quibus per cartulas vel denanum mcum 
KM. «c ÎD ingenfilute intégra maneant. » {Charta ap, G«IL chrisL: 
£riâ. Lamo vé eemi^ msirumenta,) 



42 H18T0IBS DES YICOMTES 

comme de beaucoup d'autres, il ne reste plus qife de m 
soQvemrs. Les bAtiments ont été transformés, TégUse 
témoigne encore des prodiges de la foi chrétienne ^ 

La participation de saint Eloi aux grands événei 
politiques, que firent naître les longues rifalités de la 1 
trie et de TAustrasie, oti les maires da palais jouèrent 
grand r61e, appartient plutôt à l'histoire nationale qu'i 
d'une profince ; nous ne rappellerons donc ici que e 
appartient au Limousin dans la yie de cet homme cA 
Par l'impulsion qu'il donna à l'étude des beau-art 
eurent le dessin pour base, on yit se grouper autour i 
ks ciseleurs, les émailleurs, les peintres sur verre 
architectes les plus habiles. Limoges derint la grande* 
des orfèvres, à qui nous devons le calice de Ghella 
châsses de métaux précieux de Saint-Denis, de Saint 
main, de Sainte-Geneviève, toutes ces délicates et i 
UmêgiaUures^ ces précieux tissus de soie Brodée d'or^ 
le temps n'a pu encore effacer ni le dessin, ni l'écli 
couleurs. Ce n'était pas seulement, i la fin du vi* sièi 
ville des saints, le sanctuaire vénéré du catholicisme^ 
une grande école, dont les créations artistiques étaie 
cherchées par toute l'Europe, et même par les empt 
de Constantinople. Rien ne manquait à saint Elot 
transmettre un nom illustre à la postérité, immortel 
le domaine des arts, comme dans les souvenirs rel^ 
Après avoir vécu luxueusement à la cour des rois^l 
des vêtements de soie brodés d'or, il se livra à toOl 
austérités du cénobite; tout en pratiquant les veH 
l'homme public, il en abjura et en expia le faste, û 
dcMs richesses que pour secourir les pauvres, de sod 



t. Le gimod bâtiment, élevé es 1619, lonqm les bénMictii» 4 
Maur Tinreat s'y établir, est aujourd'hui une &bnq«e de poroelaiiM* 



KT DC Ul VtCOXTE DE LLWU.K». tj 

I ité 4M yoar protéger tes esclaves roaltrailés par Inirs 



lÀBepinvit fOttr coinlc, k peu prf's k U mftini? É|ioque, 
■t pncifÉlMMeat eha^ d'^Ulilir des impAls, Lenmriiis, 
frisa Miesterfw u dureté pimr les pauvres, comme 
pttê m iiiJilf de UB nunTahea passions. Un pauvre en- 
kiCfte t»rd boaoré comme on saint, eut la gloii-e Ae le 
iBneri de iDdlleork tentintieiils. Par<!nlpiiiis(.rafnf /*iir- 
A^). ni de pamb miu fortuue, se Ql remarquer, dit \c 
Mtoe de Oaérel, qui écrivit sa vie, dès ses premières an- 
itm par »* doncear et par sji inodeslie. Un jour, assis sou? 
■ iÉÉtai^nier, if ae cbaulTalt avec d'autres enfaDts à un 
klriHMaU par qsdqnes broussailles, lorsque ses comgia- 
p— yhcirmt les diarbons ardents dans le tronc d'un 
ahfc qa, nioé par le feu, tomba si subitement que le 
jmmt fàttr, n'ayaot pas le lem))B de Tuir comme les autres. 
R an mgo* d< croix et resta h la vntmt place. Blessé à la 
M* par OM bfmdie, il fa perdit in vae. H grandit avec 
Mt tafinnîté, cotuoli par la religion, qui remplissait son 
taid^MMSÛBU; inerte. Le penpie, admirant sa r^ignn- 
iPB. lai attnboant le pom-olrde guérir chez ]es antres l'in- 
kHÉlc qu'il subissait ar^-c résignation, comme une épreuve 
«pMée aa laiut de son Ame, lui conduisait souvent des 
r-alaAes, pour leur bire l'impogUion des mains. Pour lel 
tiam qui venait le visiter, lui demander des 
, il iliscemait les penchants, à l'aide dn don surna- 
'wM i% bre dans le iccrct des coeurs, comme dmis la nuit 
w l'atenir. On le TOfail souvent, mul vêtu, demander l'iiu- 
béa*, à b porte du coûte, qui dédaigna longtemps ses 

I. fiuil El-« « hlM^ pliudnon *|j)lr<i vi il» hnmitlrdt. nii l'-m tniim in 
^^B «MB M pncwwea, iiui UvnrtigiMin il* lun tiiMiurtlnu lil^^nira. 
««««wa, «■• Jàmafim, «rAartfua Aa llAam, ieni'it u m'en trnii t>n«> 

1-^ r "V-* - ft»» SMofarui.) hvt m». KUUIVS. to Gl «rHvn w 

- mm M tà«t et BM* d'nr. 



« 



U HISTOIRE DES VICOMTES 

prières, mais qui« à la fin « frappé de sa résignati^ 
de sa piété, Tadmit dans sa demeure, voulut Tavoii 
jours à ses côtés, espérant ainsi racheter ses ci 
Docile à ses conseils, il fonda pour lui, aux souro 
la Gartempe, au lieu appelé Waractensiê (Ouéret' 
petit monastère, dont il lui donna la direction ^ Le 
tecleur n'a conservé un nom dans l'histoire religiea 
Limousin que par le souvenir de son protégé, mort 1 
de quatre-vingts ans, et depuis cette époque honoré a 
un saint. 

La dynastie des mérovingiens arrivait à sa fin; les n 
du palais étaient tout-puissants en Neustrie et en Aust 
tandis que l'Aquitaine reconnaissait pour chefs les di 
dants de Caribert, dont l'un, Lope ou Lopès, duc dei 
cons, envahit le Limousin, à la tête de quelques b 
cantabres ou visigothes, s'empara de Limoges, et coi 
gnit les habitants et l'évoque à lui jurer fidélité (0 
Un jour, il entra avec les siens dans l'église, où Ton ce 
vait les reliques de saint Martial, Voyant sur le ton 
de l'apôtre un riche baudrier, il s'en empara, disant 
saurait mieux s'en servir que le saint. Ce sacrilège se 
l'indignation des habitants : a Un homme petit de I 
disent les chroniques, mais haut de cœur, nommé Pi 
lus, se glisse dans la foule ameutée, s'approche et le II 
si rudement à la tête, qu'il le renverse. Mais les gens db 
accourent et massacrent le courageux défenseur du 
tuaire. Lope, dangereusement blessé, demande un p 
l'huile qui brûle dans la lampe du sépulcre, en endoi 
plaies, dont la douleur se ravive, et meurt dans d'ath 

1. MabilloD : Acta sanctor, T. Ht, p. 579. 

2. Cet évèque de Limoget serait Rusticus, doot il est fait souveut U 
daos la Tie de MÛnt Vlaoce, ea l'hooDeur duquel il avait fait coDitr«| 
les bords de la Vézère, une église qui reçut les reliques du saint, reo^ 
dans une chAsse d'un riche travail hysantio. 



ET DE LA \lC03rTÉ DE LIMOGES. «r* 

Mores, peodftot que ses compagnons effrayés prennent 
h faite *. Pour contenir la barbarie, il fallait dans ces 
temps aoUe chose qoe la colère des multitudes opprimées, 
U manifesUtion de la puissance de Dieu. 

La DifionaHté française se faisait lentement, au milieu 

des lottes intestines, dans lesquelles Tambition des maires 

<fi pilais aTait, sans doute, une lar^e place, mais dans 

iefToeiles avait ausa une tarée part l'ofipo>Rtioo des carac' 

1^ et des coûtâmes, qui cistissuaiest les dîrerses races 

jnztaposées dans la Ganle. Euào. le é^KtoàMni des rois 

oéroringiens, oiAfiant son vrjôut. k |c«ant comme le 

représentant des aspirmlions sbénftmttie». f« maintenait 

comme duc d\%qintaiBe. mû b» vmôi |H9 sans craintp. 

pour son antorité.» la pn'iwmae « s» mtaùh'Xi d'Béri^lal 

absorber à ion proil le ffOBmr rsyp». ex jLiwirme. Â la 

tète de ses gueniers c'Aqiakuii^. i m^s^JoeyA m ^eîà oe 

l»^ Loire pour s'opposcir snx îvtete» «ntCTWienue^. ccm- 

daites par Pé|ûn de \Mmn\ "Lt vèoasaaA^ Mclaîut de 

Testrr (687 ; , ou la ?(eiBBe meiambsL. iMWsttt et sort de 

la d jnastie mérorâifâeime e la jhi m ^vr^vut de it: îamiOe 

d^HérisUl. 

Eàdes raincn. comiiK 
passa la Loire et rerm: 
comme doc d Aquitamt 
avec la cooronne. ! 
rmon de Douveaiix 
ralles, « de ^rovsefc u 
(tans cette pariii ôt 
Clé *. Les é véqu ei 




caaaens 



rii^ KA in liCB iict >. u'jil &e 
ic iks iieue *^>aii&. M>r. «-l vertt 



Ceréot. qn •« 



i«A 



•-r fcr. . T -.«•■^ 



46 HISTOIRE Des VICOMTES 

taine, de la juridiciioa au temporel, y prirent toan 
iilre de comtes ^ 

L'iavftsioD des Arabes , en daçà des Pyrénéea, ne 
pas à appeler dans le Midi le nouveau maire dv ; 
Gharies-MarieL qui, après avoir réprimé les résisUmoi 
tiooales de la France occidentale, convoitait les richee 
pagnes du bassin de la Oaronne. Eudet, effirayé 4 l'app( 
des fils de Tlslam, qu'il tenta vainement d'arrêter ai 
bords de la Dordogne, avait inutilement rechercM 
alliance en donnant sa fille à l'émir Munusa. Toute l\ 
laine était envahie ; le torrent montait vers la Loire, i 
çant d'anéantir les États francs et d'imposer à la Gai 
religion de Mahomet. Eudes appela à aou secours Gh 
Martel qui, à la tête de ses fiers austrasiens, vainquit . 
rame à la bataille de Tours, où combattit pour les I 
Lantbérius, comte de Limoges, qui déjà avait repoua 
Sarrasins au siège de Guéret (73â). Les vaincus, réU 
dant vers les Pyrénées, traversèrent le Limousin, dévt 
tout sur leur passage. Quelques-unes de leurs bandes, 
tèrent assez longtemps et pillèrent les églises. Ces 
alors évêque de Limoges \ à la tèle des populations aa 
leur fit une rude guerre et les chassa du pays. Le.pi 
qui lui dut sa délivrance, garda longtemps le souve 

1 . Pour rintelligence de* éTt^n«ments partienlrèm k Lhnogeii, il ne 1 
coofoiulre la Ciié a^eo la Tille, ou le château. Selon toutes les proJMibi 
Ciié occupait l'aocieu emplacomcut de la ville romaine {Civitas, aa 
On peut «uirre encore, eomnie le montre aTee reifion M. rabl>é J 
(Bévue archéoiog^ue)^ le circuit des remparts de la Cité, eu partaf 
porte Pniiia, et eu allaut par lus boulevards Saint-Maurice et de la G 
MaliriM de la cathédrale; de là par une ligne qui, paii»nt dernére 1 
mire, rejoindrait la rue des Petits-Canne». QumuX à la ville ou obàla 
eut pour borcunu l'abbaye de Saiiit-M<-irtial, autour de laquelle w frroi 
.et maiiont, à mesure que la population tufrffientait et ne trouvait ' 
place dans la Cité. 

s. Saint Cesiater, vulgairement «aint Cetsadre, vingt-neuvième èv^ 
Umogee, mourut eu 7i2. Ce ne fut qu'a^iex longtemps après que eii 
fut porté thu* l'éplin»* .lo Maleiitort. j 






ET DB LA VICOMTE DE LIMOGES. 47 

lOB oûunge et de ses Terios; il lui témoigna sa recooDais- 
flice ea l*hoiionBt ooaune un saint, et plaça soa corps sous 
rantel de S^M^^ft-Santin, petite église située près de Brive, 
k MaleBort, sar la rive gauche de la Corrèzc. Hais si nous 
co cnjQDS k cartnlaire dTIzercbe, les Arabes ne quittèrent 
te pÊp qalassex longtemps après la bataille de Tours : rc- 
tnodhës dans les lieux escarpés, sur les collines aux hautes 
dans les forêts» ils tombaient à TimproTiste sur les 
qu'ils pillaient. Us auraient assiégé sept ans 
Ezercbe, qui ne leur échappa que par un stratagème. Les 
faahiUiitSy quoique dépourvus de vivres, voulant faire croire 
lox assiégeants qu'ils en avaient en abondance, donnèrent 
le pea de blé qui leur restait à un bœuf qu'ils lancèrent 
eosiile bon de leurs remparts. Les Arabes, surpris de trou- 
ver une telle nourriture dans l'estomac de Tanimal, levèrent 
le ûégt^ croyant que la place était bien pourvue '. 

Eudes dut i la victoire de Charles Martel la conservation 
de son duché d'Aquitaine. Le pape Grégoire III le couvrit 
ëe sa protection contre l'ambition du maire du palais, son 
dangereux allié, et lui désigna, comme symbole de son au- 
turilé, deux lions en pierre placés dans les principales loca- 
lités do Limousin, où ses agents commandaient en son 
K Charles-Martel, mort en 742, quoique forcé de re- 



I . • ... (janmque jam obsessi f&me laborareDt, assumeutes boTem unum, 
1 ci unum teft&rium frumcntî, quorl solum habebant, manducare; 
adiid« caiin bibeodi emittentes, cepenint hostes et oocidenmt ; et in 
rentre fromeati oopiam reperientes, rati url>em neceitsariis ad victum 
, obii'iioue liberaniul. b {Cartul, Usercens.) 
1. tlb lit dus les annales manuscrites de Limoges : « Voulant perpHner 
Af^Vitame i sa poi^tënté, Eudes fit bire de grands lions de pierre frrise 
çncit, , lesquels il lit mettre è» boanes villes et cités de sou obi^issancc ; 
«^^«eU Ik»» se Toierit pour le jourd'hui à Limoges, savoir : un au {lortail 
'SURft, deux au-devant le clocher et Téglisc de Saint-Michel, se regardant 
sa /MtrTy et un plus grand devant la porte de T^glise de Saint-Martial, a 
Il mmeu âge, oo appelait Triforium le lieu placé dtrvaut l'église où l*on 
^^iut h justice. Comme «gno de juridiction, on y plaçait deux lions en 



46 HISTOIRE DES VICOMTES 

connaître rindépendance de l'Aquitaine, avait né 
fondé la puissance et la gloire de sa famille, lui la 
soin de ravir la couronne au dernier mérovingiei 
compléta Tœuvre de son père, en reléguant dans un c 
dernier mérovingien qui, au lieu des insignes de la 
mérovingienne, ne porta plus que Thabit de moine 
venait de mourir, laissant son duché d'Aquitaine à 
Hunald, qui essaya de se soustraire au vasselage < 
veau roi, en ravivant les vieilles haines et les ant 
du Midi contre le Nord. Hunald vaincu ne tarda pf 
noncer à la lutte et changea aussi son armure pour 
Waifre, son fils, qui lui succéda, avait tout l'orgue 
patricien, tout le courage d'un Austrasien; il voulut 
son père et faire de l'Aquitaine un royaume indépi 
De nombreux partisans se joignirent à lui dans ce 
mort entre deux peuples qui ne pouvaient s'aimer, i 
ni les même mœurs, ni les mêmes lois. Alors conâ 
contre le premier roi carlovingien cette sanglante] 
de huit ans, pendant laquelle les hommes du Midf 
leurs champs dévastés, leurs villes ruinées (760-768] 
que Limoges ne devint pas la place de guerre de 
nemi , Waifre en fit raser toutes les fortificatioi 
voyant les guerriers du Midi se relever de tous h 
plus fiers, plus audacieux que jamais, Pépin-le-Bref| 
rut de l'autre côté de la Loire, à la tôte de ses Aust 
et envahit bientôt le Limousin. Limoges, privé de 

pierre, (te là la formale : inter leoneSy dans quelques chartep^ et de 
bolitme est expliqué par cet deux vers d'Alcial : 

Est leo, sed custos, oculis quia dormit apertis : 
Templorum idcirco pouitur aote fores. 

Un texte aucien, cité par Ducaugo, vient à l'appui de l'opiuic 
que cet lions servissent de support au siège des magistrats qui 
justice. (Du Gange : Glost,^ verb. Assita Chapotensis,) 

i . Annales de Metz. — Ex Uermannù ap. Script, rer. Franc.,] 



ET DI U VICOMTE DK LIMOGES. III 

puts, ne pul lai r«sîsler : il y enlr;i en mallre, accompagné 
l'an prince encore enDint, qui, après avoir été témoin et 
iCleur dnD» c« grand drame, dont le dénomment devait être 
la mine «h la liberté des vieilles races aquitaniques, devait 
tire le ^nad eroperenr d'Occident, le propagateur de la 



U garrrc fui cruelle de part et d'autre. La colère de 
l^lpm croitsait en proportion de la courageuse résistance 
itws Adversaires; aussi le Limousin fut-il plusieurs fois 
^■M par les deux partis. On y voyait partout des places 
^^V démantelées, des villages incendiés, d& vi^çnrsarra- 
^^■t, surloal dJiDs les environs d'Issandon, oà Tut livrée 
^Hnnçlantc balaille, au pied de la colline, sur laquelle 
^^Bail un ancien oppidum gaulois ', La frayeur était géné- 
^■k;lcs moines, dont les cloîtres avaient été en partie 
pilMs, allaient se cacher dans les forets, dans les lieux les 
?(tis ÎDictnsililes, emportant avec eux les omemenis et les 
retiqoes de Irairs églises. Hemontant des bords de la Dor- 
4o(^e, après s'être emparé des places fortes de Turenne et 
de Scoraille. assises au sommet de rochers escarpés ', 
Pépin arriTA sur les bords de la Vézére, en face d'une haute 
coUine entourée en grande partie par la rivière, et dont 11 
JD^la position propre à la construction d'un poste, où il 
hiwf I lit une garnison. Il y Gt faire d'importants travaux 
détawfo, protégés par des tours, dont la plus élevée s'appe- 
lât MUm&miey ^lon les uns. Militante selon les autres. Lt 
plK« ainsi fortifiée prit le nom d'Uzerche^ On a mémo 

1. iiHtL Fnnoor,, pauim. 

t.* _1V««tdnqn>pMclia L^mmifum nwjue fln«i ferro ot igaevuilAiit, 
if^rik ^Q* lAnc in potetUte Viifiril eratil, cremaiit, laonuleiiiE i[i«i« 
a fipmH. HiMuidoDein Dpidiim vini «op'u celebr«m cepit el tMlstii. > 

L ■ _ ^Êiram Sconiiuii, Tariaun... inuitu rocMi et ■pclunrae eonqui- 

1.1- ■ [Cmtlm. lU Frtfify.. op. Serîpt. rw. Ffann.) 

' . • ... Pheun LemovicMMem perluslntiL Cumrniu l'I i^iii'nuUin Incurii. 




50 HISTOIRE OSS YlCX)>tTfiS 

dit, mais sang dociunenU certains, qulndigoé da i 
LiiQOges avait été une des premièrea Tilles qû s'étaii 
clarées pour le duc d'Aquitaine, il transféra à Uiai 
siège épiscopal de saint Martial , dépoaa dans Tégl 
précieuses reliques S et que ce ne fui que plusienia i 
après que l'évèque Turpin, supprima cet évôché, a'i 
de tous ses biens, dont il distribua une partie aa oie 
s'appropria les reliques, dont la plus précieuse étiU i 
de saint Barthélemii & laquelle les habitants attacha 
plus grand prix K 

Quoi qu'il en sodl, à partir de cette époque, Uien 
regardée, durant tout le moyen âge, oomme la ai 
ville du Limousin. On y fabriquait de la monnaie m 
des rois francs K Les familles les plus poissaal 
pays dans l'ordre féodal y avaient des habitations, a 
enceintes de murailles flanquées de hautes tours 
disait-on : — - « qui a maison à Uzerohe, a ohâta 
Limousin, » Cette ville conserve encore plusieurs v 
de l'époque féodale, 

tluTÎo Viaera circumdatum perteniiwoi» aplum id eoBstnieodam urk 
cavii. CivitAlem crgo ibi sadiflcaTit, decem et ocio turribut, una pn 
eminratiore, quam vocabat MUinanda, alii dicuui MHUontein..* 
excelio vooabulo, V* euim tara, Archas Toro didtur prinoapa. » (Jlfl 
Usercem,) 

i. «... Usercam tanta diligentia et iiidiutria ornarlt ut ejus i 
multi» faiiotonim reUquiif veueraudam reddiderit. Ubi seden rij 
epitfcopatum constituit. » {Gail* chrûtf T. II.) 

S. « ... Et m multa pncdia, eccIesiM, et plura Baactorum pi| 
iusuper, ut feriur, brachium tanoti Bartbolomaei auferent... deroa fH 
duxit, et multa doua ci» contulit, tiraeuB ue forte contra eum qs 
moverent in pm^sentia rogi». » {Carhtl, Uâercens.) 

3. PluMeun moiioaies de cette époque ont été trouvéet dant !• L 
Une porte d'uu côté uue tête regardant à droite, atec une ionade é 
et ceUe légeudo : VSEUGLV CAS. {CaHrum); de Taulre, on wrcki 
croii grecque, et dtuM Km angle» ces lettres : L. K. M. 0; en dehoc 
du monétaire : MAVnVS MONKTAR {mwutarmt). Uu Uen ai 1 
tète diadémée, avec cette légende : VSEliCA FIT; au reven UM itf 
le nom du mouéuire : LEO. UO. MO. (Liocturûêê domùmt wMmttm 

.i 



ETùEiJi vicoarrÊ de LtMoi^ns. s, 

P^'d, toajoors artfent à la poorsoile de son ennemi, 

rriot 1 Limoges en 76* ; il la Tue de cette ville qu'il avait 

"unie ', àe ses monastères renreraés, de ses églises rava- 

.'r'.'S. il RMiIst (aire oublier les tristes eOets de sa colère en 

i.faol nconstmire tes égftses. Il donna à celle de Saint- 

'■i.niiî le Tillagc de Saint-Vaalry*, aux relîgieoi celui de 

■ 'raae, et & Oontrade, alors abbesse de la Règle, de Misles 

riuines. situés sur les bords de la Gartcmpe, de la Creuse 

: i£ la Corrèxe. Wairre, à la fin, abandonné par la plupart 

'In iitas, errait en Tugitir dans les H en x les plus déserts, 

lonqa'ÎI tomba sous les coups d'assassins achetés par ceux 

qô désespéraieDt de le vaincre. Une église de Limoges 

IfloniU DO lombeati, à cAté de cens de saint Martial et de 

note Vatéhe. au héros rnathenreus de l'Aquitaine ^ (768). 

lusqa'alon les comtes de Limoges, institués par les mé- 

rarii^ieiH, n'avaient été que de simples délégués, des 

defo militaires atlachés à la personne des princes, mais 

wrfsidanl pas toujours dans la contrée, n'y possédant pas 

mum Qoe partie du sol. Rien ne prouve que les ducs 

d'AqniUiDe se fussent fait représenter par eux. Après l'es- 

i. (■■ilntiiii. Jiu AqiitiDÙE, Lerouficeiiiis priu«itiui lutieiu l^enuivicaiQ 
d iiluMinwiiii intïlaiil. Quod cum rei auilivigiet, caplam L.emaTÎcam peiiilu^i 
IHUI. (CivOi/. Vnrmu.) 
i n f aqnetque* «noéei, «u ruuillan.t le> ruîneiilerigiiieile Sùuli-V'iuilrj, 
-- ■ 'MmOTrit une sUliie AjnestrH en pierre calciire, la caï»Uet s'appuYnnl 
'■ te hig) ■ Miitn, tcRiiisMit oa DUHutn i queue de Mrpenl. Ou s cm que 
-w la «Utoe lit Minl Georym. N'a wrail-ce pu pliitM celle de P^plu I 
; Oaat aiie niche, pratiqua iUdï le mur cle 1'#k1>*«> eiialait lalietoit un 
:M,-tiSÊâ a gnuMl refaiiaaUmi ne ifouoe coocUc, leaaU ealre m* [nlte» 
!m InuMmut, cl iu-<l(n^u> aae U^re d'hummB e'kppu;uit «ur le dos ilu 
'cinuL iA I»aiie éuit.vl1e le iiiuUile ilo l'Aquitaine, el les liouceaui le» 
tm àtmiBn dao, Endea. Muinlcl el'WsîfrvT Sebo d'autrvs, 1> Iîoqdi^ 
^ ' ■ • ■ Be la ReBgWR tetTUEimt l«t ihita rjndtéi, et U Rgnre »enil.ello 
;■• r.fi wr» tstiot, qn'oD Inait sur niie lame de cuîTre, no 
A KtUe ralerprMalioaT 
Auoa Ittciu dacet «toi poiil lUiue coriHiat-: 
OMfûnit banc nalui WiïTer maktaaui iliimaiDi; 
Sed pr«Mu> graviUtc. luH lob p-iurler« [AO'UnK. 




1 



52 HISTOIRE DES VICOMTES 

tincUon de la famille méroviogienne, il en fût autre 
les comtes eurent sous leur juridiction ce vaste terr 
où ils possédaient d'immenses propriélés. Pépin 
cette dignité à Rothgar, guerrier de race germaniqu 
avait servi sa cause contre "Waifre^ et lui céda A 
Limousin plusieurs terres du domaine royal. 

Hunald, sorti du cloître où il s'était retiré, voulut i 
son fils, en poussant encore TAquitaine à la révolte; 
mal secondé par les populations, qui craignaient poa 
d'autres malheurs, il ne tarda pas à chercher son sain 
la fbite. L'Aquitaine n'eut plus que de rares velléitéi 
dépendance. Gharlemagne y rétablit l'ordre par de 
institutions politiques. C'est à partir de cette époqi 
nous trouvons le comté de Limoges divisé en petites 
nistrations locales sous le nom de vigueries^ et ayanl 
limites le pagus Caturcinus (Quercy), pagui Peiro§ 
(Perrigord), pagus Engolismensis (Angoumois), pagp« 
tavianus (Poitou), pagtu Bituriceniis (le Berry), et le 
Acemicus {Auvergne). Ce comté (pagus Lemovicinuê) . 
prenait alors plus que l'étendue du diocèse de Liq 
qui, lors de sa création, ne rcprésenlait que Tancienni 
sion politique du temps des Romains >. Les cartulain 
abbayes mentionnent dans le pagus des vicairies, ei 
plus grand nombre que dans le reste de la France. G'é 
autant de circonscriptions, placées sous la jurid 
d'agents, qui dépendaient du comte, et plus tard 
vicomte, quand l'autorité du premier se fut amoini 

1. Eii preutut les circonscriptions ecclésiastiques, telles qu'elles e^ 
aTaut le concordat de 1801, dit M. Guérard, on oUicnt assez exacta^ 
divisions civiles de la Gaule romaine et do la Gaule des Francs. (Bum 
système des divisions ierriloriales.) ' 

2. M. Dclocho, dans une savante étude comparative de la géograJ 
cienue du Limousin, 'a indiqué la ligne de circuit du pagus Lemom 
mais n'y aurait-il pas compris à tort la partie située de Tautre o6l( 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOCES^ 53 

GkftrlenogDe n'inventa point ces divisions : elles avaient 
cnilé dans les derniers temps de la domination romaine, 
mais avaient été abandonnées à la suite du désordre appor- 
té dans radmînistration par les invasions. En les rétablis- 
sant, il institua toute une hiérarchie administrative, 
dont chaque partie fut confiée à des agents, pris dans 
ks fiandes familles d'origine gallo-romaine, qui con* 
«riaient encore quelque influence et même de grandes 
fR^riétés. Ao sommet de cette hiérarchie se trouvait le 
comte, représentant de l'empereur, son délégué, et qui dé- 
iépait lui-même une partie de son autorité à des vicarii 



P o wfagtte, waprûe ploii tard dant la vicomte de TureouCf et qui aurait 

Caturemus ? Serait-il possible d'admettre aussi que le 
is s'étendait dans le Périgord, jusqu'à Chalais (Calesium) t 
aax vkaérieg, qu'il nous tût oouiaitre, elles étaient plus nombreuses 
fe liwftiMin que partout ailleurs, ou au moins plus faciles à déterminer 
^Mftt» des moDuiiieols écrits. Qu'il nous permette de les reproduire ici, telles 
fill is a indiqaéefl, mais dans un autre ordre : 
1* DMI.I0 département de la Charente, pour l'arrondissemeul de Confo- 
fû fit pallie du Limousin : Vicaria Adecia (Esse). Vicaria Cabanensis 
i»}. Vicaria Cauanomenti» (Chassenon). 
> DëfirtCBMiit de la Corrèze : Vicaria Aitiiiacenns (AlUllac). Vicana 
àtfottmdemsis (Aifental). Vicaria Asnacensis (PuT-Hl'Aniac). Vicaria Ba- 
ffanr yBar\ Viemia Betnnaiensis (Beynat). Vicaria Brivensis (Briye). 
Viearim CmmAoàivemsi$ (CbamboulïTe). Vicaria CasteUi (Chasteaux). Vicaria 
Et C^êotico (Coosages). Vicaria Dariacensis (Darazac). Vicaria Exando- 
nr«aodoa). Vicaria de Feix (Feix-Fayte). Vicaria Spaniaceruis 
). %'icaria de JuHaco (Juillac). Vicaria Luperciacensis (Lubersac). 
(Naies}. Vicaria Boeariensis (Roziers). rticarKi SaiHa- 
'SeiDnc). Vkwria Sancti JuHani (Saint-Julien-aux-Bois). Vicaria 
i {Saint-PrÎTat}. Vicaria Seriacensis (Sérillac). Vicaria Spa- 
Efpagnac). Vicaria Tomacensis (Tomac). Vicaria Torinensif 
;. Vicofia Utercensis (Uzerche). Vicaria Vertedensis (Le Vert). 
}" Département de la Haute-Vienne : Vicaria de Axia (Aixe). Vicaria 
9 (Cbâleao-Cherrix). Vicaria Curciacensii (Cursac). Vicaria 
fFlâTignac). Vicaria Lemoricensis (Limoges). Vicaria No- 
(Neorie). Vicaria Fadriiiaemn (Peyrilhaic). Vicaria Periacensis 

C «fft à remarquer qoe le nombre des Ticairtes est plus grand dans le bas 

qae dans le haut Limoosin. Serait-ce parce que le bas Limousiu, 

nppradié du Midi* avait mieux coosenré les dinsions de Fépoque gallo- 







54 UldTOIRB DES VICOMTES 

dans les vicairies, à des eeuîmmrii dans les cenieniei 
a diFersement expligné l'origine de la féodalité. Ne M 
pas la suite d'une nécessité de cet ordre de choses, et i 
elle pas pour représentants ces mêmes fonctionu 
quand l'autorité royale se fat affaiblie ? Les diTisions a 
nistratives ne devinrenUelles pas les grands fiefs qu'o 
trouve à l'avènement des capétiens? 

Après la soumission de l'Aquitaine, Chariemagne 4 
le gouvernement de Varbis LemoticinMif qui forma le a 
de Limoges, comitatus Lemovidnui^ à un chef représe 
son autorité dans l'ordre civil, judiciaire et militairef 
à son tour, en délégua une paHie à d'autres agents, 
les divisions territoriales déjà formées. Rogérius, chi 
titre de comte de cette importante mission, peut biei 
le même que Rolharius, appelé par. Théodulfe, éi 
d'Orléans, « le grand comte, le héros célèbre, le i 
initié à la langue de Pythagpre ^ » C'est à lui, et à sa A 
Enphrasia, qu'on rapporte la fondation de l'abbaj 
Charroux, de Tordre de Saint-Benott, enrichie par Cj 
magne de précieuses reliques, apportées de Jérasali 
d'une riche bibliothèque, car les abbayes étaient 4 
d'écoles de belles-lettres et de théologie (799) *. Getli 
dation prouverait qu'alors l'autorité du comte de Lij| 
allait au-delà des limites assignées au territoire des H 
Lémoviccs. Car, comment admettre que ce comte eût 4| 
sa munificence sur nne contrée qui n'aurait pas été d| 
circonscription de son commandement? , 

!• Denique Rothariiu, oomes iogens, iodyta» harott à 

Coigugtt cum Eufniia coadidit istod opot : j 

Hoc fuln>, trjfenlo, femmifqiM euMmat et turo, 

Affluit et libriSf TeiUbus atque sacris. 
Prasdia, prata, domoa, tylvaa, TiBeta, ooloooa, 
Et pMora et pecudea et bona qiupqve dediU 

(Carmmm ThmHM., L III, 
2. Mabillon : Ânmd.^ T. Il, p. 271. 



rr nr i.a vicnwTK dk limokep. ss 

L'Aq<dltiMeai<l(t beanx jours elcnil tncore à sa niitio- 

alrt*, lonqna Charicinitt'ne ■'•""t *^Hgéc en royaume, au 

:>rolll de MB BU, Lonis-lc-Picui, qui se Ht aîciiLTdrs popu- 

'iiMBUnéndlnnales, dont i\ parlait la langue et adoptait 1» 

rzioatSt On eotnpuil alnrs dnos le Limousin un cennin nom- 

i.'Tf dVIaUiiEcoiMIs religieux. Diaiï qui n'étnicnl encore que 

< petit* ontoires. ob s'étaient réfugiés quelques hommes 

'uhausMiDl» médilalions. Louis en enricbil plusieurs 

4'mpiirtmlr« tlonattons. Sur remplacement d'une église 

■ppeJM £atnt< Sauveur, il édilis. en y (miployani une partie 

4t* raatérUiJX provenant de rnmpbilhdftlre des Ai-Ëoe«, 

IVckae et rabb«yc de Saint-ÏIsrtial, • ce bcreenu de h Toi eu 

limwuin, c*l asile oh dormirent tant de grands hommes, 

c* tBtc^c tnrirîii l'ir la piété des sitcles ', a Dans un de ses 

i =. aprhi avoir réuni au palais de Jocnn- 

\<;iiitainC, il présida >\ la consécration de 

I "il transporté le corps de saint Martial, et 

tlouka â rùtrâ U »elgneurie de la partie de la ville appelée 

tcfStftlMo, Ctittum, enncession qui fut pins tard l'occasion 

! rivaliléi entre les abliés et les vicomtes (830) *. 

t sût è quelles crneUi-s Épreuve* fut soumis Louis-le- 

X pu «Dite des révoltes fréquentes de ses Qis. Bdevé de 

k>a protioncée contre lui, il revint à Limoges, 

\ de troU Cent» seigneurs fldèlcs à sa cause, 

leorc au ptlait de Jocondiac >, et vi&ila une der- 

• lombcau de saint Martial, en action de gr&ces 

•it la proUelion divine, obtenue par son ialercession d^ns 




, n;i, B. Bougvet. 

'■■ (OUI la Jjua*ti« Carlovinglrnii», pouTnit 

■■■'iiip rt «KHt r«tt Wlrtlit du .lnin»iu« impé- 

<>..' ^.> \.:,„\ .W U Vican», I pnr de 'UiUn» ili- l.^maju. 

> tu iija«Ump* Ji^iliiiiA MD* t* nnm d* PaJau. Nubuil (ifu. 

■r»ii plart ce n'iDiinwal it CoadU; inii», d iipr*« Pkrnj-la- 



%^ UISTOIBE DES YICOMTES 

%te% malbetirs de famille. Déjà, sollicité par rérêqne Bqpm- 
bertiii, il arait confirmé, en 817, les privilèges aœcvdés par 
son père i la basiliqoe consacrée à saint Éteuey fc pre- 
mier martyr de la foi chrétienne. 

Le comte Rogérios ne fut pas toujours fidèle aa parti d« 
malheureux empereur : il s'attacha quelque temps à cdoi 
de Pépin, roi d'Aquitaine, mais, après la mort de ce fils re- 
belle, il se déclara contre Pépin U. Quoique déjà dans un 
âge avancé, il conduisit les hommes d'armes de son comtéà 
la bataille de Fontenay, oii il trouva la mort (841) ^ Le clerc 
qui l'avait suivi à cette sanglante journée, où la rivalité des 
petits-fils de Charlemagne décida le démembrement de 
l'empire, revint dans le Limousin raconter aux moines let- 
trés ce qu'il avait vu dans ce grand duel des nations: 
V Seul, disait-il, je suis resté vivant de ceux qui étaient aux 
premiers rangs ; j'ai vu les vêtements des morts blanchir 
les champs, comme les oiseaux en automne blanchissent 
les airs de leurs ailes '. » 

Uogérius, ou plutôt Rotharius^ n'eut point de successeur 



ttcoUstlque, qui écrivait au commeucement du xii° siècle, l'emplacement sur 
Im l>ordii <lo la Vienne en avait con^enré le nom : 

Vinicunam propter fluvînm tentoria figunt, 
Nam Jovenciacus locus aulicus ille vocatur, 
Atque Lemovicum non multum distat ab urbe, 
Qui reffulii adhuc quod erat monumenta Patati^ 
Fert ^'ui Tulgo rolapsa nomen inane. 

(Lib. Il], Poem. xiv.) 
1. Selon la chronique de Turpin, Rogérius aurait épousé Oda, fille de 
WaiHre, et serait mort à la bataille de Roncevauz : d'où il faudrait conclure 
que ce n'est (tas le mémo que Uotharius. 
â. Solum do multid rcmansi, 

Prima f^ontis acie, 
Ima vallis n^trospexi : 
Albescehant campi vestes 
Mortuorum iiueas, 
Vtlut soient iu automne 
Albetcere avibus. 

{Mss. ap. Bibi. nationale, n» 1154.) 



ET DS LA VICUMTK DE I.I.MOGES. .',7 

u )i comt^i de Limoges ; l'autorité y fut exer- 
cée pu- BajWDd r*, oomlf de Toulouse, mentionné dans 
qodqoef carUUatm, comme ayant fondé lo mouaslère de 
HoaClac ^tfjtac^iue tMMosterium), surles bords de la Creuse. 
wgM i b ctiarte «le fondation du l'abbnye de B^aulieu. 
Uaiié de Vcnlun (843), ([ui dépossédait Pépia H 
d'Aquitaint?, nous trouvons, comme comte dt; 
i. Foulques, qa'on croit fils d't':udes, comte de Pio- 
parCliaHea-le-Chaave;puis Gérard, que Fé- 
tm U aUaefaa i miii parti en >ui doDiiunt sa fille Berthe en 



la gaetn colrc les princes carlovingiens s'était complî- 
foee 4« noareaiu désastres. Les Normands, cette face de 
de proie, chasseurs et voleurs de leurs 
d'Odin, le dieu du sang et du carnage, 
4'<Mn>lur l'Aquitaine. A l'approche de leurs bandes 
les habitants de Limoges, femmes, enfants, 
se réfagiaient dam les forôts. Un seul homme, 
paralytique, était venu demander sa guérison aux 
iriiqDfa de latnl Martial. Sans «e préoccuper des ennemis, 
l«oaiinai de prier, et quand leit fugitifs rentrèrent dans la 
41c, ÎU le relrcKiï6rej}l saiu et sauf et guéri de son inllr- 
ai*i. Le clerf^ moins elTrayé que les habitauts, était resté 
Um wa clollrci, i-ocaiilanl sur la prolectiuu de Pépin !l 
*w, pooT te l'allachcr dans sa lutte contre Cbarles-le- 
■laoK, Tenul de donner à l'église de Saint-Elienne de 
al^ (Inuuinits, possédés autrefois par son père, et qui 
t«Di fait partie du domaine impérial , comme le fief 
>^«iK i^rcuw OîiacHtn), avec les serfs qui le cultivaient, 
c> tt »erf Hlinit h terre, et Iji villa d'Orait, « en vue, 
■■■t-il, d'ûbtctiir de Dieu le rétablissemeut de la paix 



if «. MartiB^ : ait. '. 



ripl. i 



-. AVotcT. VU 



58 HI8T01RR DE8 VIGOMTES 

dans ses États » (845). La charte oontenant ces do 
Alt Bolenneltement déposée sur l'autel par l'évoque i 
Gharle&-Ie-ChauTe, pour se (Isire des partisans, s'étai 
tré aussi généreux, en renonçant à faire rendra la 
en son nom sur les terres des églises et des monas? 
y levier des tributs, et à aihranchir les esclates, ci 
lége de donner la liberté et dont l'Eglise usa largen 
moyen Âge '. 

Deux ans après, les Normands reparurent, entrère 
Limoges, non plus comme alliés de Pépin, mais poui 
du butin. Quelques églises, l'abbaye de Saint-Augfl 
petit monastère de Saint-Martin* et plusieurs mail 
rent incendiés. Tout fuyait devant eux, les habita 
campagnes en conduisant leurs troupeaux dans les 1 
plus écartés^ le clergé en emportant les reliques da 
Quelques moines de Limoges allèrent au loin ehen 
refuge dans le château de Turenne avec leurs trésd 
précieux restes de saint Martial. D'autres troùvèi 
asile dans celui d'Allassac; à Golonges, près de Mq 
Farars, près de Tulle, où l'on racontait qu'une soun 
jailli miraculeusement sous les pieds du cheval i 
Martial. Les reliques, par la multitude de fidèles qui i 
les vénérer, étaient à cette époque une source de' 
pour les églises; aussi quelques localités, oà l'on éti 
les cacher pendant les invasions des hommes du H 
vou1aient*elles pas s'en dessaisir, quand le calme él 
bli : ainsi firent les habitants de Solignac et queh 

1. Gall. Chbist. : Itutrumenta eccles, Lemovic. 

s. La fondaion primlthRo 4te c«tt« tbbayo, placée près de la 
remoutait à Aliciui, frère de «aUit Êk>i. CéUit là, d'aprèa la' 
monastère dont [larle twint Oueii, et que le frère du saint éTèqi 
atâit fondé à Limoges, dans le fiatrimoine de la famille. HilduinJ 
Limoges, répara ce monastère au xi« siècle, y plaça des religieux 
de Saint-Benoit, et y fut inhumé. (AUDOitNUS : Vita EHgii, \A 
Breviar, Lemawc^ 1550.) 



I Pte 



KT r>C U VICOMTK l)H LIHO<,F.:^. 50 

li eonlrée; mais, raconleot les légendes, quand 
rentier [lar la force Si ceux qui réclamaient 
Inff TèaM (ré»nr, ■ un ange Til tomber les muraillca, der- 
nèrr leK|adles ils «c croyaieut en sûreté '. a 

Aprts d'atbvoscs dénstiiliuas, après les édifices reaier» 
ëiV ^ picms uicrto des autels brisées, les pasteurs arec 
iMaaSsi égorgi*. lei Normands, chargés de butin, élaieot 
r^HMlés *cn U Loire, ne Iftîssaot derrière cuk que des 
witei, dci populaticms désespérée». Les maisons de Li- 
ston le* plus Toisiaes de la Vienne avaient été détruites; 
Mllci da quartier appelé le CMleau, placées autour de l'ab- 
kfe de Saint-Martial, échappèrent à ces pillards, soit en 
immiit leor or et leur arKcnl, soit parce que ceuic-ci n'usè- 
HM pa& aiuqucr les murs d'enceinte. La misère était géné- 
aèti partout des troupes de mendiants alTamés, des prêtres 
le» décombres de leurs églises, n Celle Aqui- 
fui autrefois nourri>s<iil des gut?rriers, disent les 
a mainlenanl les mains engourdies et ne peut 
manier Ut fer des batailles'. » 
l^nque Pépin 11, las de la gnerre, effrayé des dévastations 
■^ eaox qu'il avait appelés à «ton secours, eut consenti à re- 
'^ocer  uDr partie du royaume d'Aquitaine, Cbarles-lc- 
^uora Tint 1 LioMi^, présida dans l'église de Sainl-M^rtial 
^ aonbrwua assemblée d'évèques et de ^tigncura du 
Vi jî. An moiBenl où il Mégeaîl tov son tràne, les religieux, 
-iù4iitU par AinarduB, I<>ur al>bé, ^c prristernèrent devant 
•i, Ini (leoiandanl la permission de prendre Tbabit mona»- 
''foc et de Tîrre selon la règle de saint Benoît. L'éveque 
ï»4ile *y opposa, mais, cédant aux solliciLilioDs du roi, en- 
wiigé par l'approbation des autres érôque» et tia grands 
du pays, «I recunoiiitsaDl que les prérog«ti*e9 



80 HISTOIRE DES MCOUTES 

do saiQt-siége étaient sauvegardées, il y consentît, 

grande satisfaction du prince, heureux d'avoir rétabli IV 

et la paix dans Tabbaye. Les réformes ne s'introdiiis 

pas toujours sans opposition dans les cloîtres. A peii 

religieux Aircnt-ils rentrés dans leur cloître, que l'un d 

Oeoffroi; gardien du trésor, voyant que ses frères rc 

çaient à choisir un abbé parmi eux, qu'ils demandai 

vivre sous l'autorité d'Odo, abbé de Saint-Savin» refùi 

prendre l'habit. A l'instigation de Tév^ue, il courut i 

parer de l'église de Saint-Pierre-du-Queyroiz et du m 

tère de Saint-Junien. Cette révolte n'eut pas de suites. 

Les Normands, dont les bandes semblaient se multi] 

continuèrent encore quelque temps de parcourir dif 

parties de l'Aquitaine, où la tyrannie de^ Pépin II sou] 

une indignation générale, jusqu'au moment où Sai 

Sancion, comte de Gascogne, livra le prétendant à Cha 

le-Chauve, qui le fit enfermer dans le monastère de I 

sons (854). Mais le calme se fit difficilement idaa 

esprits : on avait trop souffert pour ne pas craindre 4 

très malheurs, aussi le peuple crut-il voir dans l'appai 

d'une comète le présage de nouvelles révolutions. En a 

temps, la peste faisait de si grands ravages qu'on Id 

çà et là les cadavres sans les ensevelir. Pépin II s'éclri 

de Soissons et recommença la guerre. Aussitôt Charil 

Chauve passa la Loire pour le -poursuivre, et vint à lii 

l'année suivante. Les grands se réunirent autour 

lui demandant pour roi d'Aquitaine, Charles, son fil 

l'accompagnait. Rodulphe, archevêque de Bourgi 

s'était d'abord attaché à la fortune de Pépin, asf 

plusieurs évèques de France, — on désignait ainsi h 

lats autres que ceux du filidi, — introduisit solennell 

le jeune prince dans l'abbaye de Saint-Martial, lui 

Tonction royale, lui mit sur la tète la couronne 



ET DE LA VIC03ITÉ DE LIMOGES. 01 

doigt l'anneaa de sainte Valérie ^ Rodulphe, le prélat con- 
sécralear de celte royauté éphémère, tenait le premier 
rang parmi les évèqaes du Midi : né d'une famille célèbre, 
dont qœJqaes membres possédaient le comté du Quercy, 
il se fit remarquer par de grands talents et une rare piété, 
qui M méritèrent, parmi ses contemporains, le surnom 
giorifox de Pire de la patrie. Possesseur de vastes pro- 
priétés sur les bords de la Dordogne, il y fonda, sous 
Hifwtfion de saint Pierre, s^ir ses. propres domaines, à 
rentrée de la riante et fertile vallée arrosée par le fleuve, 
abritée par de hautes collines, deminrs chaînons des monts 
d'Auvergne, la célèbre abbaye de Beaulieu, Bellus locus 
355), ainri appelée & cause de la beauté du site. Douze 
moines, lenns de Solignac, en furent les premiers habi- 
tants. Lon de la consécration, qui eut lieu en 860, en 
présence de deux évèques, Stodile de Limoges et Launus 
d'AngooIéme, de l'abbé de Saint-Martial, du comte de 
TouJonse el des seigneurs de la famille de Turenne \ il 
stipula que jamais cette abbaye n'aurait à subir la don^i* 
nation d'socun des membres de sa famille, ni celle de tout 
mm loavernn. On comprenait alors que la vie religieuse 
ne peut avoir pour juge que Dieu et la conscience ; que, 
bien dilTérente de la vie politique, qui se fait à elle mêm 



L m \nuo S55, AqoHaiii arbem LemoYicum, mediaate octobri menée, con- 
Ciriam, fiJimn Carli, regem geaeraliter constituimU >» Aliunde : 
■t Lemorice in regem, rapra Frauciam et AquiUniam et Bargun- 
ÏB bawlira SalTaloris. » 'Ex Annal. S. Berlinensis,) Selon d autres, ce 
V npfiortenit à Chariet-le-GbaoTe et non à son fils. Il existe de« mon- 
M» frappéef à Limoges au nom des deux princes. 

S. EitAaUe, nommé aocai Raoul, était fiû de Rodulfe, comte de Turenne. 
im ptft. ci m mère Ayga, le firent élever dans le monastère de Solignac. 
U jmt qvll y reçut la tooMire, ils lui concédèrent plusieurs propriétés, situées 
« LiMMiB ci en Qoerey. (Y. mon Uiitoirt du Bat-Umounn), Le cartu- 
an 4c Bcanlicii, qne j*aTais signalé au minisire de l'instruction publique 
IH2. a été pablié depuis par M. Deloche, avec une introduction très- 



62 HISTOIRE DES VICOMTES 

ses loiSy elle relève d'ane autorité supérieure aux p 
humaines. 

Le couronnement du jeune cariovingien à Lime 
ftit qu'une raine ostentation de fidélité pcrar le | 
pour le fils; car, à peine les chants de Téflise a 
ils cessé, que Charles-le-Chaure repassait la Loire 
fiant pas» sans doute, à la bonne foi des grands Tasi 
Midi, venus à Limoges moins pour reconnaître son i 
que pour étudier ses dispositions et profiter de sa firi 
Le jeune roi trompa-t-il leurs espérances, ou fht-il 1 
de leur inconstance? Pépin II continua la guerre 
quelques années, toujours aidé des Normands, qui en 
encore dans Limoges, sans trouver d'abord de résista 
la part de Raymond, comte de Toulouse, désigné ei 
cette époque comme comte de Limoges, et alors ol 
venger sa fille, répudiée parle comte d'Auvergne Ml 
gèrent tous ceux qui n'eurent pas le temps de proi 
fuite, violèrent les vierges jusque sur les marches dei 
et les emmenèrent déshonorées et captives K Raymoi 
se détermina enfin à les combattre, fût tué en les p( 
vant'. Pépin II, livré une seconde fois à Charles-le«-G 
fut réduit à prendre l'habit de moine dans le couf 
Senlis, d'où il ne sortit plus (864). 

i, JusTKL : HisL des vicomtes de Turenru* 

2. Ex miracuhf ord. S. Benedict. 

3. Sek» Juttd, il aurait trammit son titre de comte de Iimo| 
tmiH flU, Bernard, Rude* et Albert. Eadet , Tim d'eux, pourrait bisi 
MHirlie des vicomtes do Limoge»? '' 

I 

! 

i 

I 






i 



ET DE L/l VICOirrÊ DE LIMOGES. 6a 



CHAPITRE m 

TIGOMTBS BE StoUl ET DB LIMOGES 



en bénéftcei. — Fulcbàrius arrêts les Normands et 
lil ds Sè^or une citadelle. — Eudes, comte de Paris, se fait recoonaltre 
i ImÊgmi oflrfiiTÎe de eoeroBnemeot. -» Felobériut est établi Tieomte 
k LÔMfe*; sce Utatenanta, ou tiguien, k Lubersac, à Brosses, à Gbaba- 
mis, «u. — Adémar d*Escals à Tulle, TÎcomte du Bas-Limousin. — Ro- 
ÉÉ^Ia, roi 4m Bowgogne, ei !e riconte de Limoges défbnt les Normands. 
— thks, eemte de Potiers. — Fulchérius rentre dans son chiteau de Se- 
icv, eè 3 menrL — Âdalbert, Tieomte de Limoges, dépouille l'abbaye de 
lliriMà. «- L» kahitarts de Limoges, et leurs eoMuls, coQtre Eblet, leur 
iifiHH, — • BiUegaire succède à Adalbert dans la TÎcomté; Charles le Sim- 
ple a tsabeen de saint Martial. — Donations d*Hildegaire aux églises. — 
àMaiÊt^ TÎMBie de Ségnr, et Renaod, TÎoomte de Limoges. — Leurs pa- 
nât* «i pMsrnifin des terres de Cbàlus, de Bré, de Ségur, elc — Gérai- 
des. m Génnit ficomte, et sa femme Rotbilde de Brosse. — Guerre, au 
m^ ^ AÊÊÊtm èb Brane. — Le eomte de Périgord ftût ererer les yeui 
s Benoit, eborérèqne de Limogea. — Gai, fils du TÎcomte de Limoges, sur- 
k cemte de Périgord, qui érite le supplice par la fuite. — Son frère 
à limoges. — Hildegaire, firère de Gérard, éféque de 
I, enrichit les églises, l'abbaye dTzerche, — Etienne, abbé de 
eoDtre le doc d'Aquitaine. — Guillaume III, comte de Poi- 
LHseges. — Adalbert de Périgord épouse Aiscélina de Li- 
!vs. — Archéologie de la collégiale du Dorât. — Mort du licomte Gé- 
-ifd: tes cnfknts. 

Sous les derniers méroTingiens, la classe des hommes 
ikies comprenait, après le clergé, les possesseurs d'alleux, 
Fnact oa Gallo4lomaiiis, qui, sous les premiers carlovin* 
oc&ft, châogèrent leurs alleux en bénéfices, en se plaçant 
loes la proleciion des rois. Plus tard, isolés dans leurs 
«■les domaines, la plupart, pour ne pas dire tous ceux qui 
ic poaTikfti se défendre par eux-mômes, se trourdrent sou- 
nu, par besoin de protection, aux plus riches et aux plus 
d*eatre eux. Après Charlemagne, qui divisa ses 



64 HISTOIRE DES VICOMTES 

États en légations, en duchés et en comtés, ils relevé 

Tautorité des dues et des comtes institués pour g<M 

ces divisions de l'empire, et qui, de simples déléfl 

Tautorité supérieure, & titre temporaire, formèrent k 

des grands vassaux, après que Charles-le-Chauve, 

capitulaire de Riersi (8T7) eut consacré l'hérédité di 

Selon nous, les premiers comtes de Limoges ne ] 

rent pas de celte révolution, parce qu'ils n^avaient i 

les représentants du pouvoir royal ou les délégués dii 

d'Aquitaine, et qu'ils ne possédaient pas dans le f 

grandes propriétés à titre de bénéfices. C'étaient, à | 

ment parler, des comtes sans comtés. De la classe d 

sesseurs d'alleux, devenus bénéficiers, sortit celle des 

vassaux, d'abord soumis au roi, puis devenus indépei 

quand les faibles héritiers de Charlemagne ne pura 

imposer leur suzeraineté aux ducs d'Aquitaine, qu 

mêmes ne pouvaient pas davantage imposer la la 

grandes familles qui se partageaient le Limousin, l 

sordres, occasionnés par l'invasion des Normands, i 

eu pour résultat le relâchement de tous les liens d 

sance. Le plus riche, comme le plus puissant par l'inl 

personnelle, fut celui qui sut le mieux défendre les 

lations contre les hommes du Nord, combattre poui 

leur offrir des lieux de refuge contre la mort, l'escli 

l'incendie et le pillage. On n'allait plus dans les villei 

cher la sécurité : plusieurs de celles de l'Aquitaine a 

été trop souvent envahies, pillées, incendiées. On si 

rait dans les lieux les mieux fortifiés par la nature, i 

lieu des rochers, sur les collines entourées de forêts ol 

tégées par quelques cours d'eau. Ces positions deii 

les citadelles du moyen Age. Ségur, en latin 9$euruà 

i. Ségnr, aigourdlioi dani le canton de Luberiac, arrondiwement 4J| 



ET IiB UK MOMTÉ DK l,IS1UtiES. ca 

DicrM eonslniitesù la hâte avec d'énormes blocs, 
h H quelques troncs d'arfareî. Les babilanls des 
i^ chassant drruot eux leurs troupeaux, cmportaot 
) pooF quelques jours, s'y réfugiaient à l'ap- 
»4trefinra)l. Ce» rortîficatîons furent l'ouvrage d'an 
les lîaatuianu des comtes de Limoges, nommé Foucher 
(PtkÈmmM. el aussi Pukardtu), peut-être ûls de Eudes, 
• «m (foà rafants de Raymond, romte de Tontouse, qui 
KHI yrâ. comme un t'a vu, le titre de comte de Limogfs. 
Bisner. ranime ces anct'tres, possesseur d'un vaste u-rri- 
Mve. 1] anil réuni «Dtour de lui un grand nombre d'hom- 
■tt, à U t*le desquels it faisail une rude guerre aux Nor- 
Mnds. Sb tsIcut, son dévouement et ses talents tirent ^a 
ff^rtine poRtique et furent la sauvegarde des populations 
. < - il. dafl& cette partie du Limousin, avait pu 
n de* Normands, conduites par Raynald, 
i;iii, d«at fois, attaqua vainement les rcDi^ 
. _-îi de ce tâcf de cUns et descendit à la bâte vers la 
'•jT&ùgoe, nuis non ebds laisser des raines sur les bords de 
- Vienae et de la \étbn. 

Eod^. comte de Paris, ûls de Robert-le-Fort, le repré- 

-3aut du parti féodal, venait de s'attribuer la couronne 

,f France, au mépris dea droits de Cbarles-le-S impie, dés- 

.-nU par u propre famille, ermnt comme un eiilé, sans 

'^^ d^ouét, uni sujets fidèles. L'usurpateur, ou plutiM 

rta iran parti qui Toolail fonder la puissance de l'ari^to- 

iiié tcrrîtoriaie aux dépens des carlotingieas, accourul 

Li deçà de U Loire jiour i'y faire reconnaître, et Imposer 

;<j: .-rands feudalairc» du Midi, assez peu dis- 

■ ir l'Aquitaine coascnait encore toutes 

- I il,, iihics contre (es hommes du Nord. Limoges 

.1 mrvni se* [jortea; le clergé le reçut en triomphe dans 

-^ latilMp^ de Saint-Martial, où l'évCque, au bruit des ac- 



n.> HISTOIRE DiSS VICOMTES 

clamations de ïu foule, le proclama roi de France e| 
d'Aquitaine. Quoique Limoges ne fût pas la capiti^ 
l'Aquitaine, c'était toujours dans ses murs et par son c 
que les ducs se faisaient inaugurer : cérémonie imp^ 
oîi révêque, après avoir fait jurer a,u nouveau mai^ 
conserver les privilèges de la vijle et ceux, de l'ab] 
Saint-Martial^ lui ceignait la. tôle di^ cercle d'or, Iç r^ 
de la chIamydCy lui mettait au doigt l'anneau de wnl 
lérie, lui chaussait, les éperons d'ori lui remetUit l'é] 
l'étendard, en présence des grands personnages du, 
parmi lesquels on remarquait le possesseur de la cit 
deSégur'. 

Après son couronnement (888), comptant sur le d^ 
ment du clergé, sur la fidélité des Aquitains, le oouve 
fit frapper à Limoges des monnaies en son nooou Pouj 
blir l'ordre dans le pciys, il y créa des chefs dévouéf 
fortune ^. Foucher de Ségur, a habilç ouvrier en bois, 
à-dire habile à construire des machines de guerre \ 
institué par lui vicomte de Limoges, dignité attachée 
à la personne qu'ù une division territoriale, et «tfiscz li 
dans l'enceinte de la ville par la juridiction de l'alj 
Saint-Martial. Au-dessous du vicomte, quelques seif 
ou grands propriétaires, devaient,, en qualité de vi| 
rendre la justice dans leurs circonçîcriptionsî eX y mai 
l'ordre^. Ces magistrats subalternes, nous les trc 
dans plusieurs* loc^lités^ moin» imporlaptes par leur 

1. Chron. Afiettwri Cahtinetuis^ ap, Lnbbe, Bibi, t, 2. Cet autel 
met une em>ur pA Hiwiut que Kuilcfi 6tnit fiU ^f^ Raymond, comte de II 
alorf qu'il était tils de'Robert-le-l*ort, i»mtc dePariii. Gott«) àtm 
chrouiqneur {Kiurrnit roulement fairu croire que cv m^nie Eude» aura 
pr^tciilio'i d'IirritiT de rantorit^'i "de «ni pèir «Iniii» le oamU de TJmo| 

S. « ... L^mo^îcinam ordinavit pcr TicaûimiiU*. » (CAr. Adem. CM 

3. o lududlriuiii fahruiii in li^rui». » (ll^uL) . 

t. Qnelquos rlinrlrr» ilt^iji^iPut niini re« <Wl«^gtiA« den viemnlen : i 
doaiiiii romiti* uK vicQoiitJ*. » *. 



ET DE L.\ VICOMTE DE L1.M0GES. 67 

ialiv.'n que par leur position stratégique, comme à Dridicrs, 
4 LuberïAC, à Brosse, à firigueuil, à Chabanais, à^nfolons, 
ù Saiut-Yrieiz, à Tintérieur du pays, et aux frontières qu'ils 
siirreiUiient. 

Limc^res fut le centre de cette organisation, mais comme 
!^a irrritoire s'étendait, comme autrefois, de la Creuse à 
la IkTtiogne, et des monts d'Auvergne aux sources de la 
LLirente et du Bandiat« Taulorité d'un seul \icomtc étant 
^suffisante, d'autres furent pourvus de la mémo dignité et 
ifes mêmes pouvoirs dans la partie arrosée par la Vézèrc et 
U Corrèzc, séparée du Quercy par le cours de la Dordognc. 
AiQ>i Adêmar d'Escals, ou des Échelles, fut institué vicomte 
dans le Bas-Limousint et résida dans un chÂlcau fort situé 
aTalle, au-dessus du clollre de Saint-Martin *. Autour de 
lui, comme délégués d'une partie de son autorité, étaient 
de» seigneurs qui, un peu plus tard, furent les vicomtes de 
Ture^oe. de Comborn, de Ventadour, et d'autres qui, quoi- 
que d'un rang inférieur dans la hiérarchie féodale, n'en 
fareat pas moins illustres, comme les seigneurs de Las- 
U'*is», de Malemort, de Gimel, de la llochc-Ganiihac. 

Ctpentiant quelques parties de l'Aquitaine étaient encore 
iTifpes par les Normand^; Limoges tremblait de les voir 
.tparaltre sous ses murs, lorsqu'un nouveau défenseur lui 
'M <:e« bords du Rhône. Rodolphe^ roi de Bourgogne, «ip- 
ut'sé par Eudes, qui seul ne pouvait délivrer le pays, arriva 
iiCA le Limousin avec une armée à laquelle se joignit le 
'c-Oiie Fouchi*r. A cette nouvelle, les Normands dispersés 
t réunirent sur les bords de la Dordogne, pour remonter 
f*'* ie Nord. Rodolphe cl les siens leur livrèrent une san- 
i-èau baUiiie & Ëstrcsse, près de Beaulicu, et les taillèrent 

' B«! it" 'ffùt, lie Tnlh) cile pluiiieur» charte» dan» lesqtiHlcs fifnire ce 
■ - ->. iil fil de grand» ilon» à l'abbaye de Sainl-5!artin de Tiilln. (V. mon 
"i^ B '•-LttfiOHfût. T. I. p. 07.) 



(}8 FIISTOinK DES VICOMTES 

en pièces (930) '. Une nouvelle défaite dans les enviroi 
Bourganeûf rendit la paix au pays. L'évèque Ânselaie/ 
d*une foule immense, vint alors à Turenne reprend 
corps de saint Martial et le rapporta à Limoges dans U 
gnifique tombeau qu'on lui avait préparé. 

Ebles, comte de Poitiers, tout en affectant sur 
partie de TAquitaine des airs de suzeraineté, depuii 
Charlcs-le-Siraple lui avait donné le titre de comte c 
mogcs, n'avait pris aucune part à la poursuite des 
mands. Ennemi de Eudes, qui pour lui n'était que T 
patcur du trône, il vit avec plaisir les Francs du* 
remonter vers la Loire, et resta honteusement di 
capitale de Poitiers, retenu par son amour pour Adèle 
d'Edouard P^ roi d'Angleterre, de laquelle naquit 
ritier du duché d'Aquitaine, que sa blonde cheveli 
surnommer Guillaume Tôte-d'Étoupes. 

Après la défaite des Normands, le vicomte de Lit 
revint sur ses terres de Ségur, préférant sa citadell 
cité où Eudes l'avait installé, oh l'Église puissante et 
pouvait, par son influence et par ses privilèges, Gtre il 
stacle à sa fortune et pcut-Ctre à son indépendance : 
prenait-il avec plus d'orgueil le titre de vicomte de ' 
que celui de vicomte de Limoges '. Il y mourut dans i 
avancé ; selon d^aulres il périt dans un dernier ci 
contre les Normands. Sa tombe, cachée sous les ruiiil 

■ 

château de Ségur, ou sous les décombres de quelque K 
est restée ignorée, comme les dernières années de 'i 
U avait des possessions hors du Limousin , car il ' 

1. « ... Gnm Normaiii refrione» deTorareot, et uK|ue LemoiiCM vi 
Ho<luirua m coQlra eoA atl Iim'iiiii, qui ilit'itur ad Dextricion, reiùm 
iiiaiii \ic(i MiiiL » {Adem, Cttfjfintmi,, ap, Lahbeum; Hill, nova, T. ly 
Au XV* »vcU*, Deilreue était une i^itir>>eunc, qui a^ait pour armol 
chevron d'arymi avec troit ffrt ih Innre, 

2, Ualuze : //i>/. de Tulle, • 



4 

i 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 69 

Raffec-le-Cbitcau, situé dans le Berry, au monastère de 
Saint-Slarlial. Quoique Tautorité vicomtale ne fût pas en- 
core bérédiUtre, sa renommée était si grande, ses serrices 
aiaient été si utiles au pays, qu'il put laisser à sa famille, 
iTecsa A)rtnne« le titre de TÎcomte. Edeibert, ou Adalbert, 
on de ses enfants, lui succéda dans la vicomte, sans de- 
maoder son investiture au roi de France ou au comte de 
Futiers. Lliérédité était alors un droit dans l'ordre féodal. 
Le nouTeau ricomte n'eut pas à combattre les Normands, 
ai à se défendre contre ses voisins. Profitant de l'afTaiblisse- 
Deot de la royauté carlov^gienne , il parait n'avoir été 
occupé qu'à augmenter •« puissance territoriale, en s'em- 
pannt, comme les autres grands feudataires, de la fortune 
des lUajes. Les moines de Noaillé, près de Poitiers, à qui 
il enlefi la forôt de Bouresse, n'ayant pu lui résister par la 
fortet avaient porté leurs plaintes au tribunal d'Ëbles, 
coaie de Poitiers et duc d'Aquitaine, qui, sous les hauls 
chênes du château de Clain et Boivre, réunit en cour plé- 
nière les seigneurs de la contrée, et se prononça en faveur de 
Fabbaje dépouillée, justifiant cette sentence par quelques 
dîqiositions de la loi lomaine, que l'Église ne manquait 
junais d'invoquer dans ses débats avec la féodalité '. Adal- 
bert, obligé de restituer ce qu'il avait usurpé, revint sur ses 
terres. 11 parait n'avoir pris aucune part aux événements 
yolitîques de son temps, et n'avoir rien fait de remarquable 
comme vicomte. Il ne rechercha point par son mariage 
rsppui d'une illustre alliance, car il épousa, pour sa beauté 
scolemenl, Adeltrude^ dont les chroniques nous ont laissés 
ignorer rorigine, parce que sans doute elle fut obscure. 
i cette époque les grands ne croyaient pa< déroger en épou- 

i. m •» Com opiimatibus iio«tris. » La «euteoce est datée des ides de mai 
4t la uii^mc aun^c du rt'gDe de Charles- le- Simple, qui e.«t 90i, sclou 
laiur. 



70 HISTOIRE DRS VIGOMTiâS 

sant les Biles du peuple. Il ne prit aussi aucune part i 
qui se passa à Limoges. 

Pendant lïnvasion des Normands, les franchises muni 
pales étaient tombées en désuétude; mais, après les H 
célébrées en Thonneur de la translation des reliques 
saint Martial, les habitants, qui avaient concouru h la 
construction des anciennes fortifications, redemander 
leurs privilèges, restes de l'antique thunicipe romain, 
commune fut rétablie et dix consuls nommés, sans c 
nous puissions dire dans quelle forme avait eu lien Vih 
tion et dans quelles propori|pDs^ concouraient les ha 
tants. L'Église vit avec peine h ffité d'elle une autoi 
rivale qui empruntait sa force au nombre. Aussi, pea 
temps après commença la lutte entre les élus du peuple 
l'abbaye de Sainl-Marlial qui, dans les derniers temi 
s'était attribuée tous les droits de justice. Après d'en 
giques réclamations et une résistance non moins vive, 
convint que le prévôt de l'abbaye partagerait avec les ce 
suis le droit de rendre la justice '. Cet accord fut de cou: 
durée; Ebles, fils du comte de Poitiers, devenu évèque 
Limoges, soutenu par sa famille, usurpa la juridiction tfi 
porelle, prétendant qu'elle lui appartenait pour avoir I 
construire à ses frais une partie de l'enceinte de la cl 
ainsi que le palais, ou château, commencé par son prétf 
cesse nr. \ 

Le vicomte Adalbert mourut sur ces entrefoites. HiI4 
gaire, son flls, lui succéda dans les vicomtes de Limogêi| 
de Ségur, vits l'.in R98, au moment du plus fort de la lui 
des grands vassaux contre Charles- le-Sîmple, réduit d'abc) 

1. Pliisieiint (locumeuU rrlatif« k la cominuiio «e Iroaveut aui iirchiTOK 
Pau, où Henri IV, dernier vicomte de Limoirpfl, Ic« flt transporter. Déi 
mais iMM» ini1îi|ueroui( ainsi les documents puisés à cotte source : Arcà^. 
Pau. ' 



ET DE LA \nCOMTÉ DE LIMOGES. 71 

à parUger le royaume avec Eades, comte de Paris, puis 
recomm seul roi à la mort de celui-ci. Mais la réunion de 
la Lorraiiie A la couronne de France ne (arda pas à lui sus- 
citer de BOOTesax ennemis qui mirent à leur tête Robert, 
flis de Ebdes. Obligé de fuir devant eux, il passa la Loire^ 
poar a;ipeler i lui les grands vassaux du Midi, et vint h 
Umoces^ s't fit conronner comme roi cl comme duc d'A- 
fDiaine. en présence des vicomtes de Limoges, de Gom- 
bora. de VèDtadour, de Turenne et d'autres représentants 
ées grandes familles féodales. Après cette nouvelle consé- 
ention de ses droits, comptant moins sur la fidélité des 
hommes que sor Tassistance divine, il passa toute la nuit 
ra^^nères devant le tombeau de saint Martial*; puis, suivi 
de qnelqors guerriers dévoués à sa cause, il remonta vers 
K-" nord, où bientôt la bataille de Soîssons trompa son cou- 
rsçf et ses espérances (923). Trahi dans sa fuite par Her- 
bert, comte de Vermandois, il alla mourir prisonnier au 
r&iieaa de Péronne. Quelques jours auparavant il avait en- 
^'>fé aux moines de Limoges un évangile recouvert d'or e( 
«i'arcent. une dalmatiqne de soie, un fauteuil d'argent, tout 
CD vêlement sacerdotal, des livres précieux et un magni- 
Sqie étendard enlevé à Soissons à son vassal révolté, pieux 
hommage d*une royauté qui s'éclipsait. 

Le Ticomle Hildegaire parait ôtre resté étranger aux évé- 
Bcoieots qui précipitèrent la ruine de la dynastie carlo- 
râfîenne. Les chroniques locales nT> nous fournissent rien 
éi particulier sur sa vie. Quelques chartes témoignent scu- 
IflBeot de sa générosité pour les églises et les abbayes du 
limoosin : par une d'elles, déposée solennellement sur 
i uitcl, en présence de ses hommes d'armes et de l'évoque, 
à ëoana à SainIrËtienne de Limoges, pour le salut de son 

^ Cir-lai cum Talida aniiconmi manu Leino\'icam perreuit; et penri^ril 
ir^V prape frDevtnm S. MarttMi* perrtitit in orationibu». [Adem. Caûinens,) 



72 HISTOIRE DES VICOMTES 

âme, de celle d'Adalbert, son père, d'Adeltrudei sa 
de l'abbé Pétrone, son cousin, et de toi» ses parei 
de ses alleux, situé dans la viguerie de Limoges, ; 
dit Cavaillac^. U souscrivit, en 934| une autre chnr 
laquelle Blitilde, sa parente, léguait à la même églis 
chapelles, où elle se livrait avec ses compagnes à di 
tiques pieuses. Il fut aussi préseni, avec Renaud, si 
qualifié, même de son vivant, du titre de vicomte, i 
très donations de terres situées à Voutezac {Walte 
auxquelles renonça Turpin, évoque de Limoges, ro 
teur de Tabbaye de Saint- Augustin ^. 

Après la mort d'Hildegairc, dont la date est incei 
ses possessions furent partagées entre ses enfants. Ac 
Tun d'eux, eut la vicomte de Ségur. Celle de Limoge 
regardée de fait comme transmissible à Talné de la ft 
quoique ce droit ne fût pas encore généralement rec 
passa à Renaud. Guillaume Tôte-d'Etoupes, comte d 
tiers, malgré les droits de suzeraineté que lui donnl 
titre de duc d'Aquitaine, n'intervint point dans ce pi| 
Les limites de la vicomte n'étaient pas alors assef 
déterminées pour que les tenants de fiefs ne fusse) 
soumis à deux suzerains à la fois. Les vicomtes de Lu 
les comtes du Périgord et les comtes de la Marche 
appelés, dans certaines circonstances, quand il sV 
d'aliéner certaines propriétés, à donner leur conseni 
Ainsi, un nommé Diétric, voulant fonder une églii 
giale dans son alleu de Lastours {de Turribus)^ fut 
d'appeler à la signature de la charte ses seigneurs le 
de Limoges, et Bozon, marquis de la Marche ' (8 aoi 

1. Cartui. Eccf. Lemov,, f* !3. 

2. Fuit Eblus bonus pastor, et caitellum S. Stephtui 
fiuofl Tuqiio, episcopus, auteceuor ejus, mtgiia ex parte a solo 
id ad perfectum iutegravit. {Adem. CaUmetu,) 

3. «... In couipectu seniorum meonim, Reinoldi fcUioei tk 



ET DE LA VICUMTÊ UE LIMUGES. 7;i 

lenaud conserva la vicomte de Limoges jusqu'en 963, ou 
B UrcI, sans que les chroniques nous oienl fait counaitre 
leis év^oements il prit part. A celte i^poque, la famille 
er vicomte de Limoges $e divisait en plusieurs 
dont les représentant possédaient plusieurs 
s&efs dans le Uniuusio, comme ceux de Ségur, de 
tts, de Bré et de Châlusset, prenaient quelquefois le 
e de vicomtes de Limoges, ce qui rend si difficile à 
f (Ubiir la généalogie de celte famille. 

\ ttcDaud succéda dans la vicomte Geraliliti (Gérard on 
lirsTid), regardé par quelques-uns comme son fils, et par 
lutres, avec plus ^e raison, comme lils d'Hildegaîre, et 
■ir conséquent frère de Renaud, après lequel quelques 
mti.iUsUs ont placé Adémar comme vicomte de Limoges. 
' '- deruîer fat, â la vérité, vicomte, mais ce fut de Ségur 
aiemeat'. Gérard épousa Kolhilde, 611e et héritière du 
cDinie de Brosse. Ce mariage, par suite des possessions 
I il lui apporlail et de l'influence qu'il lui donnait, excita 
Jalousie de ees voisins. Bozon-le-Vieus, comie de la 
:n.'lir, qui avait épousé Emma, Bile de Guillaume I", 
nie de Périgord, venait de faire construire à Bellac 
■ i cbflleau flanqué de neuf tours*, d'où il menaçait les 

■ -icsaions de son voisin (940). Aussi ambitieux que coura- 

■ jx, aidé de son fils Hélie. qualilié déjà de comte de Péri- 
- H. il faisait de fréquentes excursions sur les terres de la 
>ioomtédeLJmoges. Un jour que Gérard réunissait dans son 

Hileau de Limoges ses vassauit et ses hommes d'armes, 

PSta* BurchiMiù, el kliortim aobiliorumi Aono SS9. ■> (.Gail. Cfiritt. ; In- 
' i>— mfii Ecel. Lemovictnt.) 

t. Baluic: Hitt. Tutel., pp. S9-6\,el Apiienà„f. SSl. 
I. La llan^be, Dommie uuii Marche Ùt/UMiae, avait fait partie du Li- 
I ^HM arint 1« roilirii du x* liicie. KUe w diviull en haute cl en tuiww 
!. dcot I* première avait puur cipitale Gu^rat, et la »>;»>ii<le Bcllar. 
WrA'oR. dn Cautei.) 




74 HISTOIRE DES VICOMTES 

on lui annonça que Bozon et son fils battaieni de leor 
chines le ch&teau de Brosse. Un cri de guerre el éi 
geance répondit à son appel ; il se mit aussitôt en canr 
avec Oui, son fils, dont le courage égalait le sien^ et c 
à la défense de la place assiégée. On en vint aux i 
avec un acharnement égal de part et d'aulre. Aprèi 
sanglante mêlée, Oérard resta maître du champ de baf 
tellement jonché do cadavres, qu'un historien nf 
« qu'on trouvait à peine dans les environs asset de 
pour les enterrer ^ n 

Cette guerre fut bientôt la cause d'un crime qui se 
llndignation du monde catholique. Benoit, chorévèqi 
Limoges, avait pris le parti du vicomte Oérard et eiM 
ainsi la haine dû jeune comte de Pérîgord, qui le m 
dans une embuscade, et, après les plus odieuses insi 
lui fit crever les yeux (974). Ebles, alors évoque, en en 
une si grande douleur, qu'il en mourut peu de temps a 
L'indignation contre le meurtrier fut générale; le c 
l'excommunia, appelant sur lui la vengeance des hd 
et la malédiction divine. Le duc d'Aquitaine répon 
premier à cet appel. Oérard et Oui, son fils, aprèll 
Tenus dans la basilique de Saint-Martial implorer la' 
tection de Dieu, armèrent leurs vassaux et marcU 
contre le comte de Périgord. Mais, celui-ci, préveoi 
leurs préparatifs, s'était mis en mesure de résister, ià 
vint aux mains; la fortune trahit la bonne cause; (]( 
et son fils, vaincus, prirent la fuite. ( 

La féodalité mettait dans ses haines toute la violl 
tonte la ténacité des anciennes tribus germanique 
loyauté était encore une vertu inconnue, et laissait la. 
à la barbarie et à la force matérielle. L'institution 

1. Aimoia : Act, S. Beneatct, 



tT UK LA VtC'iMTE DE UMnf;i;3. ^r, 

de te cheTBlcrie u'aviil pas encore adouci les 
Ta Tfi^ance èlAil trn droit, n'importe par quels 
Gui. pour sathraire la «tenne, n'eut pas recours am 
Bl«mfansquer ses purlisnns dans les forCls <lu 
parvint h surprendre ainsi Hélio el son Trère 
qu'il conHutsîI en iriomphe à Limoges, montrant 
ler^ comment il savait li^l'endre les privilèges 
! ft nnvioliibililé d'un évêqiie. Le comte de Péri- 
eosuile enfermé dnns le ehAteau de Montignac. 
ijnea ruines seulement planent encore de toute la 
aoavonirs de l'histoire sur quelques conslnic- 
kme« r^ng^es au bas de la eolline, 

H^r\t«h Hélie était celle dti tallion. Oo TiiisaU 
nfib 4a supplice ; l'échafaud se ^^ressail devantle 
Sttiit-lllartial. pour donner satisrnction au peuple 
ata ses croyances, el au clergé pour la cruauté 
mt son rhef avait été victime. Tout le monde 
ïmpstiemmenl l'heure rie la vengeance, lorsqu'on 
le coupable s'était euTui, sans qu'on sôt d'abord 
H procuré la liberté. L'indignation et les malé- 
1 l'en poiirsoiTirent pas moins. KîTrayé des saite^ 
intcation solennelle, tourmenté p.ir les re- 
qnltla l'épée pour le Mton et l'habit du pèlerin, 
e demander ie pardon de son crime, et mourut 
■pr^« avoir été absous par le pape, autorité su- 
i seule, selon l'Évangile, accordait le pardon au 

avtîl pardooni^, la tombe s'était fermée sur le 
nuis ta baine poursuivait encore sa famille. Gau- 
Irère, surpris par les troupes du comte de Pol- 
ies ywnx crevés, Adalberl, retenu prisonnier dans 
de LriniOKes, pouvût craindre le même sort. Mais, 
! sitencc des nnils, une jeune fîUc, la belle Aiscé- 



É 



76 HI81*01R£ DES VICOMTES 

lina, fille du vicomte Gérard, arrivait jusqu'à lui, r 
son courage et lui faisait espérer de meilleurs jeun 
oser lui dire toute raffection qu'elle lui portait. 

Le vicomte Gérard n'avait plus à craindre ses dai^ 
voisins, les comtes de la Marche et de Périgord : Tinl 
de sa famille s'était augmentée par l'élévation d'Hild 
son fils, au siège de Saint-Martial. Le nouvel évèque ■ 
à Ebles qui, à la demande d'Adémar, vicomte de Se 
de Milesinde, sa femme, avait déjà donné au mo 
d'Uzerche, avec l'église de Sainte-Eulalie, un grand | 
de manses ^ Voyant que les moines s'étaient aflrano 
principales règles de la vie monastique, et qu'il en p 
des désordres fâcheux contre lesquels protestai 
fidèles, il leur imposa la règle de saint Benoit ij 
mande de son père, de Rothilde, sa mère, de Gh 
frère, il sanctionna par une charte, à laquelle si| 
tous ses parents, les donations antérieures, et y ajf 
villas de Favars, dans le territoire d'Issandon, de CSa 
de Grazam, de Labécia, de Bar, ainsi que la manse i 
dar K Aussi est-ce avec raison qu'il a été regardé ca 
fondateur de l'abbaye d'Uzerche, décorée de son te 
vastes b&timents, d'une belle église placée au somon 
colline, d'où l'cdil embrasse les aspects les piui 
resques K 

Les abbayest prodigieusement enrichies dans les i 

1. Milestndei femme d*Adémar de Ségur, vivait encore ea IMJ 
uue doiutiou faite à l'abbaye pour le lalut de l'Ame de ion mu 
Christ, : Eccles, LemoviCn p* ^H.) ^ 

2. « ... In fundo Exandomense, viilam qu» vocatur Favar», it 
uuum maosum qui vocatur Agudur, et iu alio loco viilam qu« w 
mUiacMf et ia alio loco viilam qu» vocatur Graiam, viilam quie 4 
becia, cum omnibus habttantibui, in vicaria Barense aliam viilam 
catur Har, • {Gall, Christ. : Instrum. Eccles. Lemovic,) 

3. sinnaL ordinis S. Benedict. — Besly : Hist, des comtes de \ 
Annotations, 



I 

1 



ET DE U ^fCOMTf- DE LlMOilKS. n 

et ikn J4locL>^cs par les grands seigneurs, se met- 
ta OMwre «le résister à ceux qui auraient voulu les 
ilkr. Ae tDomcnl où Lolbaire, niennc6 de perdre la 
HLvtittîll Limoges cbercber des parlisrins, IvUenne, 
tSintt-MnrUn], par ses eoiiseils, el pour résister h 
ae, doc d'Aquitaine, qui prélendait soumellre la ' 
• sneraineté, excita loi habitants à s'armer contre 
àf pMrre cla I*oit£viD, fit élever (te fortes murailles 
•on kiurs po«ir la dérense de l'eDceinte de l'flbbaye, 
le qoaTtia- le plus riche, le mieux peuplé de la ville, 
4e MM nom, fut appelé la cité de Saint-Iîlieune {SU* 
ifa). Plori^firs i;randos ramilles, comme celles ds ' 
c, de Bros^e. de La Molhe-Onniibnc et de Carbon» 
> amient aussi des habitations munies de tours et d6 
rr*. Pendant ce mPnie voyage, Lothaire lit épouse* j 
fr BUturbe d* Aquitaine, qui brisa celle union par It ] 
comme pour punir le dernier mérovingien de porter 
iroiute qui avait appartenu i ses ancClres (St87 ). 
quand la mort de Louis V eut livré 1 Hugues Capet 
Done. si longtemps enviée par les descend.mts d4 | 
le-Fort, Guilhume lit, comte de Poitiers, qui n'avait j 
lu Caire bommage au nouveau roi, cherchant h pro' ] 
ce cltancemcnl de djuasiic pour imposer sa suze- A 
k K> voisins , vint A Limoges h. grands renforts 
tea d'armes qu'il logea dans la cité. Mais en même 
[ne le grand Teudalaire cherchait t se rendre aus« i 
l que le roi, les villes du Midi prétendaient main- 
nr. ^4ipeodaace, cl vonlaîcnt que la féoilalîlé res- 1 
municipales. Celle de Limoges eul ' 
trsea portes & Guillaume, qui en fil aufri- | 
iri» uoe a^sez longue ré»tstance, pendant ' 



78 illSTOmi!: DES VICOMTES 

laquelle ils attendaient des secours de Charles de Lor 
les habitants, abandonnés à eux-mûmes, furent oblij 
se rendre. Le vainqueur, après avoir fait abattro leurs ; 
et leurs fortifications ( 988) , séjourna quelque temps 
eux et s'y fit couronner duc d'Aquitaine. Quand il n 
pour Poitiers, Agnès, sa dernière femme^ emmena av^ 
Emma, fille du vicomte Gérard» appelée par les chroi 
la belle Limotiêine^ dont la beauté captiva à la cbur d 
taine le duc et ses plus illustres chevaliers. 

Le vicomte de Limoges avait, comme les autres vi 
du Limousin, reconnu la suzeraineté de Guillaume 
que son autorité en fût amoindrie. Pressé par les g 
d'Aiscélina, sa fille, et peut-être pour se faire un pu 
allié, il consentit, ainsi que Gui, son fils, à mettre en 1 
Adalbert, retenu depuis quelque temps dans le chAtfl 
Limoges, et lui rendit les comtés do Périgord et la Ma 
à condition, ce qui eut lieu, que celui-ci épouserai^ 
qui était venue si souvent le visiter dans sa prisq 
Limousin applaudit à cette union qui, en rapprochant 
familles puissantes, semblait promettre une longue. 
Adalbert revint au Dorât, où il avait déjà fait constru| 
ch&tcau fort ^ Nous le trouvons peu de temps aprè^ 

I 

1. Uozon, HOU pÎTOf Avait di^jà fait coniitruin» iiu chAtcau à Dcllac^d 
«le la Baumî-Marclii*. (IjiMie : liibl, »ov, msM. t. Il, p. IGG.) On )iii fl 
auMÎ Ut fondation de U cuU^Kiaie, duat l'églite fiit brûlée ol lemplu^ 
iÛl'J à 1075, parcvllo ({ui csirite ont'oru et dont parle ain^ii l'abh/^ Texit 
par 1.1 mort aux «'tu(lo5 archi^ilogiqno;, ot qni, un des pluH MTantH 
mouAin, aurait certaincmeut écrit rtiistoire de l'égiiM' de Limogée, 
nioniiinciilA Hont n numbruux et ni pré(!ieux : « Deux graudes cou[ 
vrtMit la prtMnirrc travt^ft do U nef et du point central de la croix, 
mièrc eit aveoirle et circulaire; U leconde, octofrontle, eii éelairée à^| 
d'un nombre L^gal •!(: fen^treu et porche au centre d*uue sorte de largaj 
|»oIyl()bé. Cett«! cnui>ole a cojil pieilA de liaut. Deux clocher» courom 
iriiM. L*un, à Teotrée, est mné, lounl et oauTrori en okarpwle; to. 
placé k l'interKcrtion deo transepts, m'iugonal, évidé, léger, chaDj 
forme et d'uruemeiitatiou à chaque élige, so tenuiuo par uue flùcbAi 
«{uc surmonte uo ange de euÎTre doré tenaul une rrui\. Cet ange, pi 



ET DK lA VICOMTE DE LIMOGES. 79 

980, possesseur des comtés de la Marche et du Péri- 

érard inoQnii peu de temps après le mariage de sa Olle, 
( l'as 1000, au plus tard, laissant à sa famille la vicomte, 
sée dès lors parmi les grands fiefs du Midi, et qui comp- 
pinni ses vassaux les seigneurs de Ségur, de Roche- 
art « de Cbabanais, de Ck)nfolens, de Lastours, de 
«se, de fionueval, de Bré, de Lubersac, de Ventadour, 
kMniKMii, et plusieurs autres. De son mariage avec 
Dde, fille du vicomte de Brosse, il eut plusieurs en- 
: Gui, qui lui succéda; Hildegaire, évoque de Limoges, 
ilacé on peu plus tard par Hilduin, son frère; Aîmeri, 
Ma FrÊmcms, tige des seigneurs de Rochecfaouart ; 
Id, are d*Argenton ; Geoffroi, surnommé Petit-Bœuf^ 
■K de sa petite taille et de sa force, qui fut^ avec Hu- 
i« foo frère, moine de Tabbaye de Saint-Martial; Almo- 
mirtfr à Bozoq n, comte de la Marche, et Aiscélina, 
ne d'Adalbert. 

et TOTflihrTerie rooiaiie, a ciixi pieds et demi de haut... Quatre etcaliers 
«kA peccéa daat qaatra positions parallèles à la façade et an mur 
il éeê tr«Mep(>... Sous le saDctoaire tout entier règne une crypte 
•HjBirable rtmwnratioD. a (Alhum du petit sém, du Damt.) Cette 
iii omtÊ tne en I07S par on évèqoe de Li»ieii3u Vœ de la gare du 
■ 4t fcr, la Tïlle du Doiat a au a>pect si magnifique, qu'on regrette la 
)è 4e ia vapeur qui tous emporte. 



90 HISTOIRE DES VICOMTES 



CHAPITRE IV 

GUI I*' ET ADÉMAR, VICOMTES DE UMOGES 

Le mai det ardenti : exposîtioa des reliques. — Hilduia, évèqne, in 
(Uiirt les ffuerreD féodales. — Boxon II de U Marche et Adalberl4 
le rhàtcau de Gençai : siéKe du ch&teau do Bellac. — Gui J«', Tie 
Limoges, veut B*emparer de l'abbaye de Brautôme. — Confédéii 
mée par Guiilaume-le-Grand, doc d'Aquitaine. — Gui !•' et Adéi 
fils, défoudeat le château de Brosse; Grimoald, évèque de Pérign 
tenu prisonnier à Limoges. — L*évèquo et lo vicomte à Rome ; fl 
concilient. — Gui I*' prend le parti de son frère contre Jourdain da 

* nais; mort de Jourdain, d'après Adémar de Chabanais. — L*ab 
Lesterps fondée par Jourdain l*^.— Adémar, fils de Gui, maître da 
<le Brosse, attaque le prieuré de Saint- Benolt^du-Saut : la place i 
par Othier et Hugues de Gargilesse; Adémar prisonnier. — i 
d'Emma de Ségur chex les Normands. — Puissance du vicomte à 
ges, Gérard, évèque. — Les reliques de saint Martial à SaintnJti 
gcly : celles do saint Vaulry restituées. — Adémar de Ghabanaii 
do Saint-Martial : ses visions. — Troubles à l'occasion du choix d! 
do Saint-Martial. — Élection de Jourdain de Laron. — Pèierii 
Gui I«r; sa mort, ses enfants. — Transformation sociale secondée 
glise. — Le commerce à Limoges. — Les marchands vénitiens à I 

— Conséquence de cet établissement pour le luxe, Tindustrie et 

— Haine contre les juifs. — Hilduiu dispose des trésors de SaioVi 
sa mort. — Emma de Limoges à la cour de Poitiers ; violeneet \ 
jKir ses frères. — Différends entro le vicomte et les consuls de £ 

— Mœurs dt^pravéos d'Emma de Limoges. — Adémar l«r, rqwiui 
duc d'Aquitaine. — Ses donations au\ monastères : fondation de 
Béiiévont. — Hommage du prieur du Dorât au comte de la Mil 
Ad«^mar l«r enrichit l'abbayo de Saint-Martial. — Gui de LastoÉ 
reli<|ues de saint Pardoux. — La noblesse du Limousin à la dédi 
1 vglJM d'Aruac. — Note sur la faniillc ùo. Lastours. — Donation! 
do LaKtours au monastère d'Aniac; dédicace de l'église de SaiLt^j 
de UmogoH. — L'a{>ostalat de saint Martial au concile de Lin^ 
disciplino religieuse. — Aymeri, vicomte de Rochechouart : récli 
contre ses usurpations. — Mort d' Adémar I*'; «es enfants. ^ 

Gérard avait, par son courage et par ses alliancest? 
la puissance de sa maison ; mais dans les dernières ^ 
de sa vie, il avait vu les hommes de sa terre, ses tî 




ET DE LA VICOMTE DE LIMOUES. g| 

de &eU, el les habitants de sa capitale en proie à cette ter- 
rible peste, coQQuc sous le nom de mal des ardents, qui nt 
tie uombrwset) TÎcUines daiu toute l'Aquitaine. Limoges, 
la ville aioi^e du rÂlbolicisme, célèbre au loin p-ir la répu- 
Ulion ie ses oombreuscs reliques des saints, conservées 
pieioeorol dans les monastères, Ttit, pendant le fléau, le 
[endei-Tuiis des populations, accourant des contrées voi- 
•\ae\ conduites par les prêtres, apportant avec elles d'au- 
Ires reliques, qu'on déposait autour du tombeau de saint 
lUrtial, où U rouie venait prier ^9a4). Ceoffroi, flls du 
tiooinle Gérard, devenu de simple moine abbé de Saint- 
Martial, et i'évèque Hitduin, son Trère, se concertèrent 
•vec Guillaume 1(1, comte de Poitiers, pour venir au secours 
Ae cette foule d'étrangers malades ou mourants, campés 
tout uiloar des murs de la ville, où des milliers de lentes 
anieot ilé dressées pour les abriter'. On ne pouvait com- 
btlre le fléau par la science; on eut recours^ la religion 
qui donne l'espérance, le courage et la résignation. Ou 
HUKM^a aa loin qu'on allait faire l'exposilion solennelle 
des reliques de saint Martial et des autres saints, toutes 
mlrriDées dans des cbSsses fabriquées par les meilleurs 
iftittra du temps. L'enthousiasme fut général ; de tous côtés 
w accoarut & cette cérémonie à laquelle assistaient de 
oembreux évfiques. La foule, qui avait pu pénétrer dans les 
ifjiaes, accompagnait de ses gémissements et de ses lamen- 
tadoiu les prêtres, qui psalmodiaient les douleurs de Job 
Il le repentir du roi-propbële, pendant qu'au dehors un 
po^le immense, prosterné la face contre terre, confess-iil 

^■l picbêfi, pleurait, attendait le pardon, Dieu était venu 
^ aide k liut de misères ; à partir de ce jour, la peste 111 
5* 



i^iis uip^r Liemoviciua* Eiinit, corpon cnini 
«m npM Dontcmiii ùnliiliili ipn« JepiKeliautur. b [Clim 



8S HISTOmB OfiS VfCOMTBB 

moins de yictimes et bientôt disparut du pays. Depnh 
époque, dans toutes les grandes calamités publiqp 
populations de l'Aquitaine tournèrent toujoart lel 
gards et leurs prières vers la yille des riches batU 
vers la métropole des saints U 

L'Église ne se bornait pas à ranimer le courage é 
pulations par les élans de la foi, à appeler par ses | 
l'intervention divine an secours des foules consteméi 
s'efforçait aussi d'arrêter entre les grands vassaux Ies| 
privées, dont le résultat était toujours la ruine des bal 
des campagnes ravagées par un parti ou par l'autre. U 
Bozon n, comte de la Marche, ennemi de Gaillanmei 
bras, comte de Poitiers, & la nouvelle que celui^KS 
mourant dans l'abbaye de Saint-Maixent, eut envahi 
ton, pris et démantelé le ch&teau de Oençai, Hl 
évoque de Limoges, lança l'anathème sur l'agresseur 
naça, si la guerre continuait, de suspendre la célél 
du culte dans les églises et les monastères du diod 
pays dut à ces menaces quelques jours de paix. Mail 
laume-le-Grand, qui succéda bientôt à son père i 
duché d'Aquitaine, ne tarda pai à relever son châl 
Gençai . 

Los hostilités recommencèrent. Bozon II, accoa 
d'Aldebcrt, son frère, comte de Périgord, vint de ni 
assiéger cette place qui menaçait ses possessions; : 
accourut avec ses Poitevins, tailla en pièces les trou 
son ennemi, et l'obligea à prendre la fuite. Adalb<! 
faisait le tour du château de Gençai sans armure, < 
nant de quel côté on pouvait l'attaquer,, fût atteint 
flèche, et vint mourir à Tabbaye de Gharroux (995 



1. Alons oomnMDCt^reut à LiniAg«i^, pour «voir lien iou« les sept' 
ûrtmisions, ou exiKwition* dm relique», qui m continuent encore. 

2. Betlv : Hiit, des comtes de Poitiers. 



1 



ET DE tA XICOMTÉ DE I.IMOfJES. »( 

ninqaear, par représailles, aJ]a ensuite assiéger le château 
de RoclieaKatn, qui appartenait à Bozon, s'en empara et y 
Il [trisonnifrre Alniodis de la Marctie, lllle du vicomte de 
limo^ '. Quelque t^mps après, fiozon, vaincu dans une 
lotre batJillr et fail prisonnier, fut enfermé dans le cMteau 
de Poîtien. Headu li la liberté, il n'en proRta que pour re- 
eoanieDeer la guerre. Alors le duc d'Aquitaine, résolu de 
b poanuivre h outrance, engagea Hubert, roi de France, 
«1 (Mit la FraïKT ifuarière -, à venir l'aider à faire le siège 
4e Bellan, capitale île la Uassc-Marche. La pince résista à 
Inrtes les attaques, ce qui permit à l'assiégé d'obtenir nne 
piAs honorable, pendant laquelle il alla faire un pèlerinage 
IRome. 

Sor CM entrefaile?, Gai I" succéda à son père dans les xi- 
coatés de Limoges et de Ségi]r(IO0O). Déjà connu par son 
eoara^, paissant par le nombre de ses hommes d'armes, 
ptr >es rhâteata bien fortifiés, ambitieux d'étendre les li- 
nilesde sa vicomte aux dépens de ses voisins, profilant de 
Tabsence de Bozon. son beau-frère, il fit conslniire vis-;\ 
ni de l'abbaye de Brantâme, en Périgord, un chfttcau fort, 
krade doquei il com[)tait s'emparer aussi de l'abbaye fon- 
d*e, dtl-<in. par Charlemagne'. Bozon U, à son retour de 
HiNoe, déni son ennemi lians un combat et fit détruire la 
tarttnts*:. 

L^ambition an vicomte de Limoges lui créa souvent des 
(BCBus parmi ses voisins. Gnillaume-le-Grand, jaloux de 
■ pdsuDoe, irrité de trouver presque un égal en celui qu'il 



j SHv <ie (iéninl, Yicnoiti de Liinugeg, épouM ipris lï mort di' 
tll, ilMaalb iVRil «liré^ la joun fu 1« pDiran, ver* l'in lOOE, fiuU- 
»i|«' C f»Ml, (lue d'Aquilaine, ei vérifia par U la priciiclii» '!«» luaniciaiis 
fiilifnBnart unnoH qn'rilc annit ira jour ce iIurU. {Chron, Uitllracm.) 

^ft II H l*iU de cette «bbaye qu'une parlie de l'église ablinliale léceni- 
^Bl laborèe, et ao miBnilIque (tl«ch«r, iLuii la tljXe guttiiijue. 



84 HISTOIRE DES YICOMTES 

avait la prétention de traiter en yassal, forma contre 1 
confédération dans laquelle entrèrent Arnaud, comll 
goulème, Hélie n, comte de Périgord, Bozon II de I 
cbe, tous intéressés à arrêter ses entreprises, pan 
leurs possessions touchaient à celle de la vicomte. Toi 
laient lui enlever le cb&teau de Brosse, qui pouvait m 
le Poitou et la Marche. Ainsi se renouvelaient saoi 
ces guerres féodales autour des manoirs du Limoo 
l'Angoumois , du Poitou , du Périgord et de la M 
guerres de haine et d'ambition, auxquelles le peupl 
obligé de prendre part, et dont il payait les frais de ic 
et de sa* fortune. L'Église essaya d'arrêter les hoi 
L'évèque de Limoges Ot fermer les monastères et les 
aux prières publiques, et associa le peuple à son di 
ne permettant auï habitants d'Évaux, qui manqua 
pain, de manger la chair de leurs troupeaux, qu'à ■ 
dilion d'en faire pénitence. 

A la nouvelle que le château de Brosse était assb 
les confédérés, Oui P% accompagné d'Adémar, u 
guerrier avant T&ge, courut à la défense de la plaq 
qua ses ennemis à l'improvistc, et les mit en fUil 
avoir tué un grand nombre des leurs *. Les soldat 
vicomte rentrèrent triomphants dans le ch&teau de L 
et dans les forteresses voisines. Cette victoire ne doi 
pendant pas au pays une longue paix. Oui était trop 
ce succès, pour ne pas rêver d'autres satisfadtioos d^ 
et d'ambition. Tant que les grands vassaux avaient 
soin de l'Église, pour assurer leur indépendance oi 
royauté, ils avaient fondé sur leurs terres des abbaya 
monastères : devenus ensuite autant de petits rois, il 
chèrent non à dépouiller les abbayes, mais à en | 

I. D. Bouquet, t. X, p. 14G. i 



ET DE LA VICOMTE LIE LIMOlîES. gr, 

maîtres, sons prétexte «ni'i's en étaient les abbés laïques. 

Goi avait déjà, do vivant de son père, lenlé de soumettre à 

ton aolorilé celle de BranlAme. Désespérant d'y réussir par 

la force, il sollicita Grimoald, évëque de Périgiieu:!, de lui 

ED [aire présent; mais ne pouvant l'obtenir, il se saisit de 

^1 peraoane et renfenna dans la tour de Limoges. Cet ou- 

I tnp MaleTa l'indignation du peuple, habitué à regarder 

I tapenaone d'an évèquc comme inviolable et sacrée. Les 

' Uiies, indignés et attrisiés. venaient loua les jours dans les 

^ùes prier pour le prisonnier, demandant à Dieu sa dé- 

iimnce et aux saints de le protéger. Des murmures, on 

jiiait pa«îer à la révolte, lorsque Gui I", ell'ravé, consentit 

i rendre le prélat à la liberté, après lui avoir arracbé quel- 

riuts promesses. 

Cependant Grimoald, désireux d'obtenir réparation de 
>i'l oulnge par des moyens plus Tacilcs que ceux dont il 
;• lirait disposer, engagea le vicomte à venir avec lui à 
iloute, promettant de lui livrer l'abbaye si le pape y con- 
sculait. Le saint-siége était bien alors, comme toujours, la 
fnnde cour d'appel, vers laquelle s'acbeminaient en habits 
de deuil, vivant de pénitence sur les roules, les grands cou- 
[tables, pour implorer leur pardon ; les victimes de la spo- 
liation ou de la violence, avec la confiance d'y trouver une 
jiMlice toujours indépendante et libre. Les libres penseurs, 
k% habiles, les vainqueurs de nos jours, qui font un droit 
tat faits accomplis, souriraient aujourd'hui de pitié de ces 
raatomefi oubliées. L'aŒaire fut soumise à la cour de Home. 
Ukentcnce n'était pas douteuse. L'Église n'avait pas ahdi- 
f«è celle inQuence. dont elle savait toujours se servir pour 
difeodre ses privilèges et le droit contre l'ambition des 
fTiads. Pour venger, non l'injure d'un seul, mais pour cou- 
«Tir à l'avenir l'inviolabilité de tous ses membres, elle dé- 
ciiia que quiconque oserait porter la main sur un évCqui. 



É 



86 HISTOIRE DES VICOMTES 

serait attaché par les pieds à des chevaux indomptés, .] 
traîné, mis en pièces, et exposé à la voirie, pour que 
éléments dévorassent les restes [du coupable. De ce p 
cipe une fois admis, serait émané, selon quelques-uns 
condamnation du vicomte, qui aurait été remis à la gr 
de son accusateur, en attendant le supplice, qui probil 
ment ne devait avoir lieu que par ta volonté de celui 
avait reçu l'outrage. En effet, trois jours après, Grimo 
craignant peut-être, si la sentence s'exécutait, d'être ] 
sécuté par la famille de son adversaire et par les au 
seigneurs du pays, ou plutôt touché du repentir de 
ennemi, se réconcilia avec lui. Il partirent secrètemed 
Rome, et retournèrent l'un à la tôle de son clergé» l'ai 
de ses hommes d'armes ^ (1002). 

i. CMron. Adem, Cabanens. Cet auteur, {treiquo conlemporaiD, dîl 
le pape présida le tribunal qui rendit cette sentcuce. Les auteurs de VA 
vérifier tes dates n*adnietteiii pas cette tnerlkm, se^ foodani sûr le € 
tère bieu connu do pape SyWestre 11 (Gerbert). Aimoiu (Miraatlu SSi 
nedict., 1. 111, c. v), qui vivait à peu près dans le même temps, et <| 
montre l'ennemi aclianié des vicomtes de Limoges, doone la toutauirei 
au voyage de Gui l«r à Rome, et ne dit rieu de sa «^^^'""^^iDn (if 
vérif, les dates, t. X.) 

Adémar, le nvanl écrrvain du xi« «t'oie, naquit vert 988, et mouniti 
ron eu 1031. Jl nous fournit dans sa précieuse chronique qoalques DotMp 
sa ftimille : Aldeardem (alias HUdegarden) accepit in matrimontum 
mumius Cubanensù, aimepas,,, Tyrpnmis epùeopi (LnoncBiisii),' 
ter AdaJberti, decani indyii et prœpaaii ex sntmasterio S. JforCi 
habuit ex ea filium Adernarum^ Egolismensem monachum, quihœeiÊ 
ni. » (T. n, p. 174 de TédHion du P. Ubbe, Paris, 4S57, îihM.) M 
catalogue des abbés de SaintrMartial de Limoges, après avoir parlé de 1 
tié d'Aimon, huitième abbé, pour son frère Turpiou, évèque de Limog 
^oQlB : « Bx c^ius nepte offieim tmmine, noH nmt AétAeth» dttmtk 
RoigeriuM {Cimtor), paire Puioherio^ m proprio Jure heredUariù à 
vocatur Catnpanense^ juxta Castellum Potentiam, Tertius guoque 
fmmtlèts juttior natu Oenminut extitit ««Aorvin, e^;mê 9fo IdM 
filiut fm, maire HUdegarde (\uà& Aldearde), » On a cru lftng*Am|i^| 
démai était de la famille des seigneurs de Clial)anais, d'où le surnom' A 
bttmemsU. M. S. GasUîgne, à qui rAngoomois doit d*importioils tm 
d'éruditbn, a victorieusement relevé eette erreur. IVùiêertatùm sur iê 
de naissance et sur la famille du chroniqueur Adémar, Angoulftme, \ 
iD-a.) Gberebaoi le Dm de ntisanoe d*Adéour, il le place, d^i^e U i 



ET DB LA VICOMTE DE LIMOGES. 87 

Gui I** éUit trop ambitieux, trop pressé d'accroître sou 
inflocoee et celle de sa famille^ pour ne pas mettre tout son 
courage au service d'Hilduin, son frère, évêque de Limoges^ 
i rœessîon de quelques contestations avec Jourdain II, 
sagneur de Chabanais, relatives aux limites de juridiction 
de eette seigneurie et de celles de l'église de Saint^Junien. 
Poorse prémonir contre ses voisins, le prélat, comptant sur 
ianitié du comte de Poitiers, et sur sa protection, avait 
ùk coualruire le château de Beaiiyeu, sur la route de Saint- 
Joaiea à Brigueil, près de la Gl&ne, dans le but de s'ap- 
proprier plus facilement quelques droits féodaut sur celte 
ptftie du pays, alors soumise à la suzeraineté de son puis- 
uni voisin. Par une froide journée d'hiver, pendant que le 

r.:^ pln.^ bftït. près de Chàteau-Ponsac^ chef-lieu de canton de l'arrondisse- 

Bcit àt Btliac, MU lieu dit Cabanenntj qui serait une altération de Cam- 

yatenni :Ciiampagnac} ; mais il n'existe dans les environs de Cliâteau-Ponsac 

i:.e29 lîru qui porte ce nom, ni autres semblables comme ChampagnaCy 

Cmmfmfmtc, Compaignac, D'après quelques renseignements; qui m'ont été 

iM«ra^ yàx M. Duma»-ChampTallier, et que j'ai pu vérifier, je crois que 

b t?c c&rAi'^ueur naquit à Champagnar, près de Champsac, dans le canton 

4 Ondoar-wr-Veyre, arroodiHiemeat de Bochechouart. M. Castaigne, peu 

4r ieO{4 aiwit sa mort, semblait admettre cette opinion. Champagnac, en 

lalla CtxmfiOMtnfU, et Catanensi^ pir corruption, ou par erreur de copiste^ 

eut Moi Mre le Uen iadiqaé par Adémar, et Champsac est bien aussi par 

aif^viaiiiui CbÀteau-PouAC, en laUn Casirum, Casieilum Potentiam, Po- 

X0tfMm«t Poauadt Tariables dans quelques chartes. Une lettre d'Adémar 

[3lù£iaau, Jfuvti, OnUuû S, Benedicii, p. 270, t. lY) nous apprend, qu'é- 

MBi ««ou à Bussiêr^Badily alors du diocèse de Limoges, célébrer la félo de 

k XâUTÎié de U Vierge, il y trouva ses parents venus pour le voir ; c Qui 

mi F^ÊtimUitgm de bmginquo vénérant, ac pro mea uiilitate me specia- 

àmmt, • L'txpnMÙaa de iotiginquo s'appliquerait bien sans doute à Cbâteav- 

^mmCf paùqa'il r a plus de seixe lieues de c«U« localité à fiùssière-Badil, 

amm cik pemi encore mÎMU s'appliquer à Champsac, quoique ce lieu ue soit 

^a kwt beaci eoriroa de Dussicre-Badil. La manière de l'auteur de carac- 

^TMer Ji lonf enr du voyage se justifie, même avec une moindre distance, 

«r a etUc dp9que les communications étaient si difQciles, que même à deux 

mmm ao «e croyait en pays étranger. Adémar habitait alors l'abbaye de 

Ssal-Cjteni d'Angoulérae, à une distance à peu près égale à celle do Ghà- 

laa^BiK à BoMÎère-Badil ; ses parents pouvaient venir l'y voir. £n pal^ 

!■! dt ChtmfÊÊCp os de Ghampagoac, ils abrégeaient leur route de mcNtié, 

4t rc^pcHiioa* pr^ iœa mtilùate, explique très-bien qu*ils profitaient de œ 

11. 



88 HISTOIRE DES VICOMTES 

comte de Poitiers, duc d'Aquitaine, guerroyait contre 
zon II, comte de la Marche, Jourdain, accompagné de 
son frère, vint menacer la nouvelle forteresse. Hildainré 
à la hâte un grand nombre d'hommes d'armes, et appi 
son secours ses deux frères, Guindé Limoges et Aymeri 
comte de Rochcchouart. Un combat s'engagea sur les h 
de la Vienne. Jourdain avait vaincu ses ennemis; i 
comme il revenait triomphant sur ses terres, emmenant 
sieurs prisonniers, il fût tué traîtreusement par l'un d*4 
Ses compagnons irrités, attribuant ce crime à l'évoque, 
rent à mort plusieurs de leurs prisonniers les plus rei 
quables par leur naissance. Jourdain Manzer (le bât 
voulut venger son frère; il tendit des embûches à Ayi 
de Rochechouart, s'empara de sa personne et le retint 
sonnier, jusqu'à ce que l'évêque eût consenti à payei 
rançon par la destruction du château de Beaujeu (lOlt^ 
Jourdain P', père de Jourdain II, et sa femme j 
avaient fondé le monastère de Lesterps*, de l'ordre 
Saint-Augustin, vers l'an 980, et l'avaient enrichi de gra^ 
propriétés. Jourdain II et ses frères confirmèrent cea^ 
nations, avant même que la règle monastique y eûM 

1. « ]\i» tcmporibuit, AlduinuB {Lemovit'ensis)^ adducio ^cum dace 
tanorum) V^illelmOy extraxit caittruni Bellojocum, secus nioiiasierium 
niini, contra JonUiium priucipeni CSabaiiensem ; reTenoque duce, J( 
properavcrnt cum clectiH. vel ad caMruin oxpugnandum, vel ad epii 
debellanduin. Kp'mcopas, aggregraia arniatonim immanitaie, habito h 
Ho fratre Widone, occurrit, et grave ortum e>t pra^lium tempore 
hiemi», plurimaB Muguii effùsuA, fUgati LcmuTiciui cum episcopo et' 
comitibua *u\%, Victor Jordanu», cum phiribuA principibuii captia, 
jamque Kcunii, cahu a milite, quem iiise prosttraTerat, a tergo in 
percuiius interiit; et qui a nuis capti tencbantur, moi pro eo coafoMi 
animas cum languioe depo«uerunt, pro quibun gravior luctus exstitH 
antea pro iu bello prontrati» fuerat. Jonlauus quoque Manzer firater 
pott modicum captum fratrem epinoopi Aimericum tam<Iiu vinculal 
mit quouique caitrum menioratuni dirutum CMet. » (CArofi. Adem,, 

2. Jourdain l«r, prince de ChabAuai«, était fila <rAbo Gat Arm«ta| 
tionné plutieun fois dau< le* tiiret primitif* du mouastère de Saint ' 
de Lefterpt {caitt<m de Confolent, Charente). 



ET UE LA VICOMTE DE LIMOGES. m 

ré)çulièrenieat établie par saint Gaulier, qui en fut le 
«mi^r »bbè ', 

Kdéeatt, Sis aîné du vicomto de Limoges, seconda coura- 
Kuementson jière dans toutes les guerres entreprises poui- 
augforntor la fortune de sa fnmille. Plein d'ambilion, im- 
palifDl d'avoir des possessions, où il pourrait commander 
JinullJT, il s'élA't empnrf^ du château de Brosse, dont une 
te apparteoâtl à Hugues de Gargilesse, qui ne put résis- 
i ses premières atlaques. Voyant s'accroître le nombre 
Je tes frires, el craignaut que les biens de sa maison ne 
MlStent p»s à les doter cl que sa part d'héritnge n'en fût 
unoindrie, il résolut de s'emparer de ceux de ses voisins. 
Treavant k sa bienséance la ville et le prieuré de Saint-Be- 
noll-du-Saot, qui appartenait à l'abliaye de Sainl-BenoU- 
»ar-Loire, iJ médita de les envahir par surprise. Profitant du 
l'absMce dn prévOt Othier, sous la garde duquel étaient le 
el la Tille, il enlra dans la place « comme un vo- 
et y installa ses bommes d'armes*. Othier, trop fai- 
Me poar venir l'attaquer, intéressa facilement à sa cause 
Ragun de Gargilesse, qui n'avait pas pu encore se faire res- 
tituer de gré ou de force la moitié du château de Bi'osse. 
TOQtdeux vinrent donc faire te siégu du prieuré de Sainl'- 
BcnotL Arrivés devant la place, le mardi de la troisième 
iFcnaice de carême, leurs forces ne sufllsant pas h l'attaque, 
';iiaiqa'ils eussent avec eux deux de leurs puissants voisins, 
1 an DDRuné Gérard, l'autre Jandre-l'Ane, ils y jetèrent des 
sutières enflammées qui embrasèrent les bâtiments et obli- 
gèrent Adémar ù se sauver dans le clocher, vieille tour 
Uttlmilc en bois, au sommet de laquelle les Limousins 
dmsèrent leur bannière, en signe de la résistance qu'ils 

I. final Gialicr, il'iuie du ^ai!e< rkioiUe» d'Aquitaine, fut Mit (l« Lot- 
irrft, MfH* atotr été e^tULOoinv du [>am. Il uiwnil vu 1070. 
i, iitaoin ; Mimeula S. BeneHîcl., I. i. 



90 HISTOIRE DU» VIC0MTB8 

TOulaicDt faire. Mais Adémar, menacé par les flammai 
connaissant Timpossibilité de résister plus longlempi 
sortir sain et sauf, après avoir vainement cherché à i 
cher sous les poutres embrasées, demanda quartier i Hi 
de Gargileise, qui ne s'engagea à lui laisser « la via i 
membres » que s'il se rendait sans condition. Adémi 
cepta, mais en sortant de la place il fut retenu prisa 
avec plusieurs seigneurs de la vicomte qui l'avaient ao 
pagné. Maître de sa personne, Hugues le conduisit au 
devant le château de Brosse, et, le montrant à Gérard 
était chargé de défendre la place, lui annonça qu'on : 
lui abattre la tôte, si les portes ne lui étaient paa oui 
sur-le-champ. Gérard, pour sauver son maître, livra i 
gués la tour du château. 

Oui I*', dans les dernières années de sa vie, laissa à H 
le soin de faire face à ses voisins par la force des ai 
mais si nous ne le trouvons pas comme intervenant dai 
conflits d'ambition et de vengeance qui venaient de ai 
duire, il n'en sut pas moins s'attribuer la fortune dei 
très pour sauvegarder la sienne, et user de toute fl«| 
fluence pour servir les intérêts de sa famille. GeolM 
Vigeois, raconte qu'Emma de Ségur, sa femme, étant'f 
par dévotion pour un pèlerinage à Saiot-Hichel^n-r 
fût enlevée par des pirates normands qui venaient 
barquer sur la #6te, et conduite en Norwége* oik 
meura captive près de trois ans. On mettait sa rançi 
pris si élevé, que manquant de ressourcés légitin 
pourvoir, son mari força le clergé de Limoges à iuii 
nna statue d'or de saint Martial et les ornements 
précieux du trésor de l'abbaye. Maïs quand il eut 
somme demandée, les Normands, après l'avoir recueil 
e^nt néanmoins de rendre la liberté à la vicomtesse.1 
attristé de l'inutilité de son sacrilégei désespéré de kj 



ET DE LA MCOMTÉ DE UMOGES. f 1 

toi des pirates, il eut recours à Archambaadf ?icomte 
et Tarame', qui, par le crédit de Richard U, son beao- 
tière, akMS doc de Normandie, obtint la liberté d'Emma, 
Grile^ ivfînt à Limoges accompagnée des pins iÙastres 
deiaiefs de Normandie. En témoignage de sa délivrance, 
dfe flt avec son mari, de riches présents à Tabbaye d'Uxer» 
chr, et loi donna entre autres Téglise de Saint-Pardouz *• 
Gb r', par la hardiesse de ses entreprises contre ses voi- 
ÉB, par ses succès, et surtout par le courage de son fils, 
mit fait de la vicomte un des grands fiefs de la France 
Asiale; devenu Tégal des comtes de la Marche et du Péri- 
govi, il ne se reconnaissait plus l'humble protégé des com- 
tes 4e Poitiers. Par ses soins et par sa protection, qneiqoes- 
VM des Hmnbres de sa famille se trouvaient en possession 
des premières dignités de TEglise. Gérard, son neveu, tré- 
sorier ée Saint-Hilaire de Poitiers, fut appelé, après Hilduin, 
ao siège épiscopal de Limoges, par la protection de sa tante, 
dochesse d'Aquitaine, qui obtint de son mari que le 
moine reçût le même jour tous les ordres hiérarchi- 
le rendant propre aux fonctions d'évôque ^. Le clergé 
contre celte violation des règles canoniques, et s'en 
lit aa pape ; mais le vieux duc d'Aquitaine, cédant 
aux obsessions de sa femme, fit taire les opposants. 
Im nouvel évéqne, conduit à Limoges par les prélats qui 
t'aoïCBi sacré, y fit une entrée solennelle et Ait porté par le 



t. Ardmiibaod, fcrnomnié Jambe-Pmirrie [Camèa jm(rûi&) k cmm 
fvt kètÊÊmn reçiM tm. aUaquaut le cbàtaui da Tureoney fut oéièUre par 
m cnvape fi par ms faits d'armes. (CA'*on. Gaufredi Vosicnsis,) \\ n'é- 
kil ^v monte <le GomlMmi, lors de ma mariage avee U fwrar de IKchard, 
Ak^ XamiAiidie. U «pousa, aprèa la inort de eelle-ci, Siilpicia, fille de Ban 
■^ Tiemite de Tuenne. (V. moo Histoire du Bas'Lùnousin, t. i, p. 135 

1 Ciurm» Gaufredi Vosiensis, ap, Labà., t. 2, p. 147. 
3. (ID De «aurait préciater la da'.e de ce fait, mais elle peut se placer, le- 
a kf latecirv da GaUm chrigtiana, eutre 1008 et iOtS. 



92 HISTOIRE DES VICOMTES 

peuple sur le siège de saiut Martial ^ Il obtint peu de ta 
après d*Hélie de ChaKiis, en faveur de l'abbaye de 8i 
Martial, la donation de la seigneurie de Puypérous 
Angoumois, et celle de la ville de la Souterraine, i 
sentie par Oérard dcf Grozanl. Ces donations eurent j 
témoins le duc d'Aquitaine et les principaux seigneun 
Limousin. 

Il partit peu de temps après pour Saint4ean*d'An| 
avec l'abbé de Saint-Martial et son clergé, pour asaial 
rinvention du chef de saint Jean-Baptiste, récemment 
couvert. On y porta solennellement pour cette cérém 
les reliques de l'apôtre de l'Aquitaine, au-devant desqn 
accouraient sur toute la route les habitants des coni 
traversées par ce pieux cortège de religieux et de lalf 
Le vicomte de Limoges tint à honneur d'assister à i 
fête. OeoiFroi, abbé de Saint-Martial, qui accompagna 
évoque, ne sut pas toujours protéger son abbaye, do( 
avait pris possession en 1008, contre les usurpations dl 
parents; mais il n'eut pas la même faiblesse contre d'av 
prétentions. Sou ambition, comme on le verra, lui flj 
nombreux ennemis. Quelques seigneurs s'étant emparé^ 
le territoire de Saint- Vaury, de plusieurs terres faisant^ 
tie de sa seigneurie, aidé de Bozon H, comte de la Man 
il enleva les,reliques de l'église de Saint-Vaury, qu'il ta 
porta à Limoges. Les habitants, désespérés de la perfj 
ces précieux restes des saints, se rendirent auprès 
en suppliants, mais il ne céda à leurs prières qu'à la 
tion que les seignenrs qui avaient envahi ses terres 
restitueraient, et s'humilieraient devant lui, en témoif 
de lenr repentir. La châsse du saint fut reconduite en 
pompe à son église par le clergé, en tète duquel mai 



i. Adtmar, 



ET DK LA VlCOJtfTÉ DE LIMOGES. 93 

ieduc d'Aquitainey escorté par ses barons et par ceux de la 
ncomtè. 

Daw VMeoie de grands événements, ou dans la tristesse 

des pféoeeopations du moment, les esprits cherchaient dans 

dcsfljpMS miraculeux Texplication de l'avenir. Alors vivait, 

cooBK ooTÎce dans le monastère de Saint-Martial, sous la 

dirattîoo de son oncle Roger, un jeune moine, Adémar de 

Cbhinais, qui fut plus tard l'écrivain d'une chronique, 

h ptais précieuse de toutes celles du xi* siècle. Conmie 

keaocoop d'autres, il livrait son imagination séraphique à 

taies les fèreries d'une âme pieuse et exaltée, gémissant 

«r ks noalhears et les fléaux dont il était témoin, pieu- 

rut pendant la nuit à l'aspect de la croix du Christ, qui 

pknnîl hn-méme les égarements de l'humanité. Pour lui, 

ces manifestations divines, qu'il contemplait sous la voûte 

do ciel resplendissant d'étoiles, étaient si tristes et si éton- 

qa*il n'osa que plus tard les consigner dans sa chro- 

\ c'est-à-dire lorsqu'il fut devenu moine d'Angou- 

t 

• 

A la mort de l'abbé Geoffroi, qui avait décoré le tombeau 
de saint. Martial d'une magniflque couronne d'or ornée de 
précîenses, et reconstruit la basilique de Saint-Sau- 
\ l'abbaye de Saint-Martial fut troublée par quelques 



1. Le pwttge d*Adémftr mérite bien (i*ètre cité : « His temporibus {circa 
mmmim fSIS) ngna in aitrif, siccitates noxiff, iiimi» pluTλ, nimisB pestes 
il pcBYÔaînic fuSei, defectioues rnultc solis et luiue apparuerunt, et Vi- 
Sarios per très noctes aniit Lemovicv per duo milliiT, et supradictus 
Ademams qui tune cum aTunculo suo iuclyto Rotgerio, Lemovi- 
ért^bif ni monasterio Santi-Martialis, experrectus intempesta nocte, 
forif artra suictperet, vidit contra austrum in altitudinem cœli magnum 
qmMM eouéxnm in oœlb, et Domini figuram in cmoe pendentem, 
lacrTmanim plorantem : qui autem Tidil, a^tonitus nibil aliud 
■t qoui larrymat profundere. Vidit vero tam ipaam crucem, quam 
'^~ ooloc« ii^neo et nimis laiigaiiie tolam per dimidiam noctis 
esk> teae claaderet; etquod Tidit, et semper iu corde ce- 
ioicripsit; tettisque est Dominusquod bec vidit. » {Chron, 

., ^ 174.) 




94 HISTOIRE DBS YIGOHTES 

intrigues» à l'occasion du choix d'un nou?eI abbé. L'év 
Gérard, peut-être en qualité de parent du dernier d 
taire, voulut s'emparer des riehe»e8 du monastèM 
religieux lui résistèrent et choisirent pour leur chef 
rituel Hugues, l'un d'entre eux, connu par sa rare p 
« dilectùme Dei fortissimusy mais qui ne put ôtre rea 
que deux ans après son élection. L'éTêqpie, qui s' 
opposé à son intronisation, étant mort à Gharrouz en 1 
nant de Poitiers, le vicomte de Limoges voulut pcM 
un de ses fils de cette dignité (iOâO). De là de vives h 
mations de la part du clergé. Tous les jours on vi 
circuler dans les rues de la ville des processions de mi 
et de prêtres, demandant à Dieu de rendre la pa 
TÉglise, appelant sa colère sur l'ambitieux vicomte, « 
tant contre lui le mécontentement de la foule. Le 
grand désordre régnait dans la cité et au dehors, oà 
s'attendait à la fin du monde, pieuse erreur propagée 
les récits de l'apparition du Christ versant des larmes.;^ 
Le duc d'Aquitaine, pour rétablir le calme, et mil 
les intrigues de Gui'I*' qui, pour assurer l'évèché à son; 
offrait d'achever à ses frais l'église de Saint-Étienpe, % 
mencée par Hilduin, réunit le clergé à Saint-Junien ^ 

■ 

élire Jourdain de Laron. L'élu, sacré par Islo, évèqi 
Saintes, au grand mécontentement de l'archevêq! 
Bourges qui réclamait ce privilège, fut ramené en tri( 
à Limoges ^et intronisé dans l'église de Saint-Piei 
Queyroix *. 

Gui I*' était déjà vieux à cette époque, mais comi 
avait beaucoup d'erreurs à se faire pardonner, il eut le: 
rage d'entreprendre un pèlerinage en Terre-Sainte. Al 
en route d'une maladie de langueur, on le ramena si 

i. Jourdain de Laron, i2« éfèque de Liraogtpt, consacra T^Ute de 
SauTeur, préi^ida aux conciles de Limoges de 1020 et de 1031. 



ET DE LA VICOMTE UE I.IMIKIES. n;, 

. i:icard duts soa diktcaa de Limoges, où il mouruL en 
iim^iodaQt (urdoQ à Dieu d'avoir usurpé tes biens des ab- 
i:iyes (27 octobre 103.1) ■, et fui inliumé dans i'église de 
SdiuI-JltiliaJ. Par une donation de la mëmo année, dans 
UqucJJeU (oit mention de ûérnrd, son père, dellolhJIde, 
ttnère, il arail renoucé en faveur de l'abbaye d'Uzerche 
ai BUuulàre de Tourtoirac'. Emoia, sa femme, qui lui 
nul apporté en dot la vicomlé de Ségur et qui était sa pa- 
nUe, mourat peu de temps après lui. De ce mariage aa- 
qurtnt plmieur? enfants : Adémar, qui lui succéda, Pierre 
ttAdaltic, menlionnés dans la vie manuscrite de l'illustre 
Ûiulin, abtjé de Fleuri, qui jouissaient d'une faraude répu- 
Wioa dans la vicomte de Limoges >. 

Plm, d'an demi-siècle s'était écoulé dans l'anarchie des 
goerm féodales, depuis que les descendants de Pulcbérius, 
ncoiole de Scgur, étaient en possession de la vicomte. 
Leur paissaDcc politique, comme leur fortune territoriale, 
a'awt fiul que grandir dans ce chaos de prétentions rivales. 
Lear capitale, où l'autorité était partagée entre eux et le 
dei^é, deux éléments dont l'un représentait la force, 
l'ititre rintcUigence, avait vu se développer dans ses murs 
Il Itvraii libre et l'industrie avec des résultais qui étonnent, 
fnuul on sait que le dixième siècle eut pour l'humanité 
lut de tristes épreuves. L'Église pouvait s'attribuer la plus 
-:ande part diins celle tr^nsformalion; pnr ses analhèmes, 
■ll« atait souTent désarmé la force brutale; en favorisant, 

1 . iiUmat ik CbkbaniiB (til qur ne ray«ge ou Terre-Sùnle eut lieu aa 
:»Q. UiU'iiii imil mori tu mtta« «avàe. {Gall. e/irttt.. t. 11. c^nl. 512.) Si 
> <)owiM (ikrttt «TM sua triru, et i,"± tomba ttwlade en route, il fïudnit 
- a «liiMUn qM w maladie tmlai bleu en longueur, puisqu'il »eriiil mort 
' ytl ans ipr+j. [TAron. Aipa'lan., ap. Scii'pl. rer. Prune.) 

l Ahfaaie lie J'onlre de Sniit-Benolt, ïilaée sar h-9 hordi de la tiaute Vi- 
: n, ibiH une iUuîM mJI^ eolaurte île haulee culliuM. 

I. • l)ou fertnaDÎ Tmlres lemoticte ufliii comitatu iuiigno*. « {Bibl. fie- 




96 HISTOIRE DES VICOMTES 

par l'exemple qu'elle donnait, rémancipation des » 
exigeant, comme garantie de l'avenir, que les cbari 
franchissement fussent solennellement déposées sur 
elle avait posé les premiers éléments de la liberté po 
Pendant que ses grands dignitaires, évoques ou 
étaient choisis dans les familles les plus riches, 
féodalité armée s'organisait en formulant des droits^ 
pendance en face de la royauté, on voyait grandir d 
villes du Midi toute une population d'artisans se li 
industrie qui sait créer, au commerce qui enrict 
moines avaient été les premiers à donner ce fm 
exemple du travail, en construisant sur des terres il 
et inhabitées, bientôt couvertes de moissons et d^ 
peaux, des abbayes qui devenaient autant d'écoles i 
culture, dans lesquelles, hors des heures du traff 
champs, on façonnait de riches tissus de soie et de 
l'or, l'argent et le cuivre prenaient toutes les foi 
l'art le plus exquis. Venise venait à peine de sortii 
lagunes, que ses marchands envoyaient à Limoges ui 
nie de commerce (977). 

Depuis que les Arabes, maîtres de la Méditerran^ 
maient le détroit de Gibraltar, et que les chrétiens 
driatique, de l'illyrie et de la Grèce ne pouvais 
apporter les produits de l'Orient sur les bords de V 
le commerce avait trouvé une autre voie, celle de Mi 
d'où il remonta le Rhône, franchit les Cévennes et U 
d'Auvergne, comme autrefois les Phocéens, et vint] 
à Limoges ses entrepôts d'épiceries, de riches étolFiç 
parfums, qu'on exportait ensuite dans le Nord, 
étrangers, à qui les moines, les abbés et les évoques 
vendu le droit de cité, en les faisant contribuer à la 
trucliop des monuments détruits par les Normandi 
ges était devenue une ville industrielle et comi 



ET DE LA nCOMTÉ DE LIMUiiES. 97 

>probiLê de ses marcbands, comme la peitcction de ses 

iuîts, était connue au loin, 
I ''st une Iradilion constante, acceptée par toutes les 
-tiiiques locales, que dans la dernière moitié du dixième 
■ '.t, des marchands vénitiens s'établirent à Limoges, Ce 
. .Uicntpas seulement quelques individualités isolées cber- 
rhinl les hasards de la fortune, mais une véritable colonie 
anc des projets arrêtés, des espérances de succès. Le 
Domhre s'en était accru rapidement. Aidés de la population, 
qu'il* initiaient à leurs opérations, ils construisirent tout 
un faubourg qui longtemps garda leur nom'. IJ'autrcs 
étnu]ger« n'avaient pas tardé à entrer en concurrence avec 
eux, de sotie que Limoges, à la fin du siècle, était devenu 
le point central qui, par les relations commerciales, mettait 
en cooUcl le nord et le midi de la France. Les descendanls 
des Lémoviees. séduits par la prospérité de tous ces étran- 
ger», ie laissèrent facilement entraîner dans la même voie. 
Le Ine arait été le pieniier signe de ce changement; il 
t'était d'abord introduit dans les églises, dotées de magni- 
iq/ats ouvrages d'or et d'argent. Puis les grands , les 
mes de la féodalité, s'étaient mis à aimer les belles 
I les armes de Ime. Les beaux-arts avaient mulli- 
rars ravissantes créations. L'École d'orfèvrerie émail- 
hflu champ levé» avait produit dus chefs-d'œuvre, dont 
i font encore l'admiration de nos artistes, comme 
s ou coffrets de Grandmont et d'Ambazac, le buste 
' te saint Féréol à Neson, les reliquaires de Saint-Sulpicc, 
le Sainl'SvlTestre, de Châtcauponsac, et un peu plus tard 
Hi toam. qui ornèrent au Mans le tombeau de GeolTroi 



tel LomWd*, s'éublirant d'abord derrière l'igliie de 
l-QDejroii, el canatroisirant une partie du finbourK Suinl- 
' il* occuperont tonta l'eiiceinte oompriae entre l'aaciniiiie 
l'é^iM Sainl-Psul, el ce qu'où ippelnil tu C'U. 




98 HISTOIRE DES VICOMTES 

Planlagenet On vantait an loin la statue en or di 
Martial donnant sa bénédiction au peuple, son ricll 
beau orné de pierreries, qu'un incendie venait de dé 
et qui reparut bientôt aussi somptueux par les soins 4 
bert, moine savant, à qui était confiée la garde des re 
L'abbaye de Saint-Martial avait vu passer ses plus, 
ornements dans celle de Saint-Denis, la grande né^ 
des rois, qu'Hildegaire, évoque de Limoges, avait ei 
des dépouilles de sa basilique, pour y payer la pi 
son tombeau '. Secondé par d'habiles ouvriers et | 
aumônes du peuple, Tabbé Geoffroi avait fait oubliei 
spoliation, en faisant fabriquer deux oroix gigant 
d'or massif, ornées de pierres précieuses, qui furei 
cées sur l'autel. 

A la suite des Vénitiens et des Lombards» étaient 
aussi un grand nombre de juifs, cette race proscri 
mettiiit sa gloire à s'enrichir aux dépens des chq 
Mais l'Église et le peuple n'avaient vu en eux que i 
nemis, surtout quand on eut publié partout qu'ils i 
aidé les musulmans & profaner le sépulcre de Jérui 
L'évoque Hilduin leur avait ordonné de recevoir le bii 
ou de sortir do la ville. On leur enseigna, en effet, qi 
temps les dogmes de la religion chrétienne, mais t|^ 
quatre seulement consentirent à se convertir; les aia(| 
dispersèrent dans les villes voisines; quclques-unS|| 
quant de ressources, se donnèrent la mort de déses] 

Si la plupart des évoques de Limoges, pris dans la 
des vicomtes, ftircnt en grand honneur dans leur 
quelques-uns cependant avaient eu toutes les ambiti 

1. Ilihicgalre, frèra doCuilcr. mourut on rovuiiaiit du concile de 
en OOS, et Ait euiarré à Saiut-Ueuis. « Eidoiu reg»U cn^nobio 
tulil nnuimentA, qmi' ei a^reUriu mucU llartiali* adportaTerat. i* 
dcm Bftie>motf ap, Hikl, nationale,) 

2. Ohr^m, Adetnar* Cmbanenu 



ET DE U VICOMTE DE UMOiîES. 99 

i.iflnQC qui caraclérisèrent leur ramillc. Hilduin, sî sévère 
;><>iir les inifs, était allé à Rome avec le duc d'Aquilaine, 
' iiiportani arec lui les trésors de Saint-Martial qae Gui 1", 
>■> tri'-i-, lui avait vendus. L'or, l'argent et les plus pré- 
1 I i;>cmeDte disparurent ainsi, aa grand regret des 
m ;' t-. ijiii. pour refaire la fortune de leur église, attirèrent 

I Ljmo^^es les plas riches et tes plus nobles barons de 
rAqaitaine à la célébration de la f'He de saint Martial, 
tonl les rçUques se couvrirent d'abondantes aumAnes. Pour 
tôt oublier ses spoliations, Hilduin avait entrepris la re- 
eonslrocIJOD de l'église cathédrale de Saint-Étienne, et 
Ut abattre l'église primitive consacrée par saint Nfarlial, 
f^HM la tradition, modeste sanctuaire où s'était conservée 

II itOQftUcité des premiers jours dn chrislianisnie. Mais il 
■ l'knit <u tjae le temps de faire des ruines : s'étant rendo 

Énonaslère d'Ahent, construit par Rildeg;)îre, son prédé' 
•or, el d'où il chassa les moines, pour y ériger une collé- 
', il y mourut presque subitement, en punition, disent 
Kdiroiiiques, de ses asnrpations'. Son corps, transporté 
loges, fut enterré dans l'église de Saint-Martin (tO!2). 
i 1*00 en croit les chroniques manuscrites de Limoges, 
ma, ou Emmine, fille du vicomte GÉrard, avait beaucoup 
Iribué îl la fortune de sa famille, en obtenant du duc 
Li|aitaine que les grandes dignités de l'Kglisc fVissent 
nées à ses newnx. Séduit par sa beauté, Guillaume lU, 



B fliDl pu MDfbadrc, comme quelqiiM hiiUrleni, lu mnoast^re 
n,))* l'ordre de Sainl-lloiioU, (oodi pu Boun 11. oomte de la. Marche, 
■ n* i l'abb-ije cj'ïiawlip, vers 991. née. celui il'Alu'nt, Ahenli 
m. pin* Uni oammé le UoAtlen, d'm'i Etjmoutîers. Ce pasuge 
v 4a rj^»*"*"'» UvG iou> lea doutet k ceL if^d : ■ Aldulaai autem 
Il moiiuleriuiii S. Slephini Ag«ut«il««, quod tillclegariui oriute 
mt in TBagita ctricm mmtMhanini, Iriennimn anlequam morprvtur 
~ii rotitoït. AbifOBqiie iode sd eccl^sinm Agealo. umk 
li fpirilam cihaiaïiLn {Ademar Cabanensis, ap. Lab- 



100 HISTOIRE DBS VICOMTES 

comte de Poitiers, après son couronnement à Lia 
rayait conduite à sa cour et n'avait pas tardé à l'épouii 
belle Lémosin$9 ainsi la nommaient ses admirateur!, i 
sur lui un tel ascendant, que Gui P' et ses flis en an 
profité pour se livrer aux plus scandaleux excès, oppr 
le peuple, dépouillant les vassaux de la vicomte trop I 
pour leur résister, poursuivant les jeunes filles jusqui 
les églises, et battant les moines qui refusaient d*èt 
complices de leur dépravation. Un jour, en Tabsen 
Gérard, abbé de Saint-Martial, au moment où les fldi 
rendaient en foule à l'office de la nuit du dimanche 
mi-carème, les jeunes vicomtes s'étaient précipités 
l'église et avaient enlevé une jeune fille. Cet acte di 
lence donna lieu à un grand tumulte ; les assistants el 
s'étaient précipités vers la porte en si grand nombre 
près de cinquante d'entre eux y trouvèrent la mort, 
expier ce sacrilège, pour purifier leurs autels profane 
religieux, en signe de deuil et de pénitence, appd 
révoque et les fidèles à une nouvelle consécration dU) 
tuaire ^ Mais la jeune fille outragée n'en resta pas i 
dans les mains des ravisseurs, sans que l'abbé Geoffroi 
geât à les punir. i 

L'indignation avait été si grande que les consuls j 
ville, invoquant leurs franchises municipales, allèr6| 
mander justice au duc d'Aquilaine, en sa qualité dal 
rain de la vicomte. Us avaient bien voulu, en s'app) 
sur leurs privilèges, faire quelques informations conU 
coupables, mais Tabbé Geofi^roi, protégé par la dm] 
d'Aquitaine, s'y était opposé, prétendant que les 
n'avaient pas le droit de juridiction dans l'intérii 
l'enceinte du Château, partie de la ville comprise 

1. GaU, Chrùtiana : Ecdes, Lemtvicens, 



ET DE LA VICOMTE DE UMOOES. («i 

laine seigneurial de l'abbayâ. Se fondant sur les conues- 
rioQs faite* & ses prédécesseurs pur le roi Louis-le-Pieux , 
il i'amgeûl, avec la juridiclion de la Cilf, le droit de recc- 
Toirllioamage des seigneurs de Pierre-Burfiërc, de Chàtenu- 
Cberrii, et de plusieurs autres, regardés comme ses vas- 
Mox, parce qu'ils avaient des babitalions dans cette partie 
ttU ville. Ccpeudant, craignant que ses prétentions ne 
ttlera^sent contre lui les hommes de la commune, il 
mut i Gtii I", son frère, une partie de l'autorité féodale. 
Oui. comme tous les seigneurs de l'époque, avait en haine 
ttiiîdlles franchises municipales; il profila de cette con- 
OMsion pour restreindre les prérogatives réclamées par les 
UrsuIs. Pour fortifier, à leur détriment, Taulorilé vicom- 
tile. i\ choisît dix personnes des plus notables de ses do- 
mûaa afin de remplir, en son nom, les fonctions de 
tiguien, les investit du droit de rendre la justice et de plu- 
liîitrs autres privilèges, entre autres celui de s'attribuer le 
lien des amendes*. 

Le* consuls ne purent rien contre une autorité appuyée 
■ria force, protégée par le vieux coaite de Poitiers, tou- 
jours soumis aux volontés de sa femme. En elTet, Kmma 
de Limoges abusa non-seulement de la faiblesse de son 
ouri, mais le déshonora par le scandale de ses mœurs. 
Longtemps après, son souvenir eiïrayait le peuple, qui 
nconl^t de sa vie diverses particularités plutôt du domaine 
ie U fable que de l'histoire, mais qui caractérisent cette 
(poqoe, où l'on expliquait les événements par des prodigis 
iiimalurels. Pour le vulgaire. Être fantastique, douée de 
lou li^s charmes de la beauté, elle attirait à elle de nom- 
bre« admirateurs pour les étouffer dans ses embrasse- 
■Mot»; selon d'autres, c'était un monstre, prenant toutes 



P.U. aér« E. 




lOS HISTOIRE DES VICOMTES 

les formes, qui.se montrait la auit sur les raino 
châteaux, sur les collines désertes et souvent aux | 
des Tilles. Ce qu*il y a de vrai, c'est que la fille des vice 
de Limoges sut longtemps cacher à son faible époux, 
de faux semblants de respect et d'amour, la vie b 
licencieuse, et qu'elle prodigua les richesses et les dijg 
de la cour de Poitiers à d'obscurs amants, tt élevant : 
gars de ses parents ^ » D'implacables ennemis déuono 
publiquement toutes ses turpitudes, ses liaisons crimii 
avec un nommé Wulgrin, qu'on disait ôtre le fils d'un 
geron, mais qui était en réalité le fils de Guillaume TaiH 
comte d'Angoulème {Sectar ferri). Accusée par plus 
témoins de ses débauches, craignant la colère du due; 
abandonna la cour d'Aquitaine avec quelques-uns d| 
complices, et ne reparut' plus. On publia partout qi 
s'était envolée sous la forme d'un oiseau de proie, i 
qu*on la voyait souvent la nuit courir sur les hautes 1 
du château de Clain-et-Boivrc ^. { 

Adémar ou Aymar I*', fils aîné de Gui I**, lui sucl 
Son ambition était connue depuis longtemps; sa ]| 
cipation aux entreprises de son père lui avait créé { 
nombreux ennemis parmi les grands vassaux du Limt 
qu'il n'entra que difficilement en possession de la vu 
Guillaume, comte de Poitiers, craignant les suites 
humeur guerrière, chercha à l'empêcher de prendi 
session de son héritage, et refusa d'abord de lui d< 
l'investiture. Les grands feudataires du duché d*Aqi 

1. Ghron. mis. de Limoges. 

S. Le P. BonaTenture de SainUAmable (f7M. de saint MarHal) 
plupart deft faiu attribuai k Emma, en s'appuyaut surrautorité à\ 
Chabanais vi de Geoffroy de Vigeois. Les chroniques de Limoges 
pu exagérer, et aUriboer à Emma de Limoges ce qui se rapporterail 
k la fable de M^lusine, si couuue au moyen Age daus le Poitou, la Ml 
le Limousin, ou k Alniodis, fille de Gérard, Ticomte de Limoges, 
Guillaume III, duc d'Aquitaine. 



ET DB LA ncOSITÊ DE LlMOIiES. loa 

ignèreni de ce rttm, qui meDaçaît leur» <Jroils héré- 
lires. H* l'opposèrent à la saprématie féodale de Poitiers 
Limoges. Pur des i^uppli cations d'abord, puis par des 
nrrtMce», l« comte d'Augoul^ine, un des plus intéressés 
pr ntnportance de ses possessions, obtint que le duc 
d'AquiUine renonçAt à ses prétentions. Le comte de La 
Mirehe fui «ncore plus hardi; il Oïia braver son suierain 
r^iT, aidé des troupes du roi de France, vint attaquer, mais 
<ji >ain, son Tassai révolté dans le château de Bellac. 

.Adémar I" conserva cependant la vicomte de Limoges. 
U ile^il 6lre alors assez avancé en âge, car, comme on l'a 
TU, depuis [ongtenips, et du vivant de sonp6re, il s'élait Tail 
ftnmaUre par ses entreprises périlleuses : aussi , tran- 
qnlUe possesseur de ses États, ne s'occupa-l-il plus qu'& 
ftire oublier au clergé la conduite de quelques membres 
dF M famille. Dès la première année dt; son avènement, il 
Taoaxeia, en faveur de l'abbé d'Uzerc^he, la donation du 
ffinnastfrc de Tnurloyrac, h condition que celui-ci conser- 
nit libres de tont hommage les églises de Sainl-Hilatre 
: (Je &aiDl-Trojan. De son temps, Ilobcrt, chanoine de 
wnt-Élienne de limoges, s'était retiré depuis quelque 
tnaps. avec la permission de l'évèque Jourdain de Liron, 
dus un tien solitaire, nommé Secondflas, pour y vivre 
cmme les anciens anachorètes du désert. Quelques pèle- 
nu, rcrenant de la Terre-Sainte, s'y étant arrêtés, lui 
Annèrent une partie des reliques de saint Barltaélemî. 
bcotrragé par Adémar 1", il fonda dans le même lieu une 
4l»ye <Je l'ordre de Saint-Augustin, <iu'il nomma Bene- 
WMgm (Béoévent) (iOSS), et qui, devenue riche et lloris- 
«nile, releva plus lard de Saint-Étienne de Limoges '. 
Setthbé* demandaient U confirmation de leur éleclioa à 

i- GtU. Cl.ntt., t. I!, 11.619. 



lOi HISTOIRE DES VICOMTES 

révèquc, car Don-seulement plusieurs églises et abbi 
mais encore plusieurs terres, tenues eu fief par d'anî 
vassaux, relevaient de l'autorité épiscopale. Les vicoi 
de Limoges avaient été souvent forcés de recoDnalti 
privilège. Adémar, aussitôt après la mort de son père, 
faire hommage à Tabbesse de Notre-Dame-de-la-Règ 
genoux, sans ceinture et sans casque, et lui offrit un fa 
d'or, en reconnaissance du droit de relief qu'exerçait 
baye. 

Mais, si les seigneurs laïques rendaient ainsi cer 
devoirs à Tautorité religieuse, ils ne laissaient pas ausi 
blier ceux que leur devaient quelques églises. Ain 
prieur du Dorât était tenu de venir, avec les habitants < 
ville, devant le château des comtes de la Marche, ses i 
rains, faire trois fois le tour des remparts, en chai 
les louanges du comte, et en criant : « Seigneur ca 
salut I Salut, dame comtesse I que le Rédempteur vous 
serve! » Si le comte était présent, il remerciait ses, 
saux, à qui son prévôt verrait du vin dans des coup« 
bois. 

Le vicomte Adémar 1*' contribua aussi par la rîcli 
de ses aumônes à la prospérité de Tabbaye de Sainte 
tial, qui avait alors pour abbé Oldéric, appelé à i 
dignité en lOâo, après avoir été élevé dans le clottre, { 
avait étudié les belles-lettres et pris Tbabil religieux^ 
fut aussi témoin d'une de ces grandes cérémonies qii| 
moyen âge, avaient toutes les sympathies du peuple«i 
des familles les plus illustres de la vicomte, toute-puim 
dès les premières années du xi* siècle, possédait, danaj 

j 

1. Ko 1028, Oldéric unisU, eu qualité d'ablié de SaiiiUMartial, au «j 
de Limoffvd, uii lo chroniqueur Adémar de ChalMtoain s'efforça par uns) 
apologétique de prouver l'apottulat de saiut Martial. Il aiiista aussi au 0^ 
de 1031. où la même question fut agitée. 



LT DE LA VICOMTE DE UMOGES.* 105 

Tigaerie de FlaviDiac, la seigneurie de Lastours. 
■le dot son suraom au château fort que Gui, an de ses 
maltrcSt II cooslniire sur une butte artiflcielle assise sur 
une cfaaiae de hautes collines faisant face à celles de Gram- 
BtMt, et dont l'approche était défendue par de hautes 
kmn et par d'immenses forêts '• De là le nom de Las Tors^ 
k$ Ifaors (e4utrum de turribus '). Gui, que nous rettouve- 
MBs bientôt mêlé à toutes les guerres féodales de son 
Imps, cédant aux prières d'Ëngalcie, sa femme, fille d'un 
iBfneur de Malemort, avait fait construire à Arnac (tu 
irna] une église dédiée à saint Martial. Selon Tusage et 
h piété du temps, il fallait que les nouvelles églises, pour 
ippeler on grand concours de fidèles, offrissent à leurvéné- 
ntioQ les reliques des saints les plus populaires. On se les 
praciinît quelquefois par la fraude, quelquefois à main 
innée. Gui de Lastours n'avait eu besoin de recourir ni à 
rue, ni à Tautre. De pieux pèlerins, comme au temps de 
aînl Aagostin, parcouraient alors le pays, racontant des 
ié^rades, vendant aux moines et aux grands vstosaux quel- 
ques restes des martyrs des premiers siècles ^. L'un d'eux, 
arétre de Sarlat, en Périgord, était venu un soir heurter à 
il porte du château de Lastours, offrant, pour prix de 
rhospitalité , de livrer prochainement le corps de saint 
Pardoux, alors déposé dans une église de Sarlat, avec celui 
de saint Sadroc. L'offre fut acceptée, et, quelques jours 
après, le prêtre enleva secrètement la châsse et les reli- 
ques, les déposa dans une boite, et en chargea un âne, se 
mit en route, mais disant, partout où il passait, qu'il portait 

1. Cuitoo de Nexon. 

S. NoQ« aroo» «Ii^jà vu uu nommé Dietric en pouession de cette localité. 
SMi -ianht Ks deftc«odanU, on ceux qui le remplacèrent, ne prirent le nom de 
lâML'^r* *{.j*aprè» cette coojitruction, dont on voit doA ruines coniûdérables 
ku U romaiiiiie de KiLbac-Lasloure. 

3. S. Au|iu»tioaK : De opert momtehorum, c. 8. 



106 HISTOIRE DES VICOMTES 

da pain au châteaa de Solignac. Après de longs dite 
tant il craignait de se voir enlever son prédenx dépM 
les seigneurs de la contrée, qui se faisaient alors la giM 
& roccasion de la succession de Blanche, épouse d'Aja 
vicomte de Rochechouart , il arriva sur les bords d 
Vézère. Gui de Lastours, qui connaissait aussi le daa 
était venu au-devant de lui avec des hommes d'armes 
prêtre et le guerrier, après s*ètre arrêtés deux joan 
village de Perpezat, pour éviter toutes rencontres fâfll 
ses, arrivèrent ensemble à Amac. Le prêtre, qui sen 
bien les intérêts du grand seigneur, avait cru aussi obi 
un pieux patriotisme, en changeant de place les relll 
de saint Pardoux, le rival heureux de saint Sadroc, i 
disaient les habitants de Sarlat, ne faisait plus de min 
depuis qu'on avait placé à côlé de lui le saint du Limoi 
On voyait fréquemment à cette époque des moines chl 
nant ensemble, chantant des prières en l'honneur desl 
ques qu'ils portaient, parcourir les provinces, i»^ 
quelquefois leur gîte nocturne sous un grand arbre | 
tout abri, ou demandant Thospitalité aux localités qj 
trouvaient sur la route, et la payant en y laissant la \ 
que d'un saint, en l'honneur duquel ne tardait pas à 
ver une petite chapelle. 

Avant de partir pour la Terre-Sainte, Jourdain, 6^ 
de Limoges, et Oldéric, abbé de Saint-Martial, a< 
gnés de douze prélats ou abbés les plus distingués des^ 
vinces voisines, vint faire la dédicace de la nouvelle 
d'Amac. On y vit accourir aussi tous les seignei 
pays avec leurs gens de guerre. Aux premiers ranj 
cette milice féodale apparaissaient Aymar de 
gendre de Gui de Lastours S Adémar V' de Limoges, < 

I. Ce Gui de Lutoiim eut le premier de ce Dom qui nooi toit 
mourut ue laisMnt qu'une fille, mariée à A jmar de Laron, qui ftit le 



£T DE LA VICO>iTÉ DE LIMOGES. 107 

ée Chabrol, qui donna la chapelle de Bré à Tabbaye 
igniff, £bies I*', vicomte de Turenne et de CoDiborOi 
h Us, Archambaud, attirait les regards de la foule 
M atfîtode guerrière, et Constantin de Bom, aïeul de 
Éw troubadour. La dédicace d'une église excitait 
B le pieux euthousiasme des fidèles; chaque sei- 
fenait à honneur d'y assister à la tète de ses vas- 
Cusant porter sa bannière à côté de lui par ses 
i, brandissant l'épée des batailles, pendant que le 
consacrait l'église, ou entourait l'autel de ses prières 
es chants. Sur les côtés de la nef étaient rangées les 
unes, escortées de leurs damoiseaux, varlets et 
s portant leurs couleurs : au milieu d'elles, sur un 
pkas élevé , la reine de la fête, la pieuse Engalcie, 
ï do fondateur; au dehors les serfs, qui n'avaient pu 
dans réglise, agitant au-dessus de leur tète des 
es d'arbres, poussant des cris de joie, se prosternant 
ice, h un signal donné par le clergé, pour vénérer 
iques. Une autre pieuse femme, Rotberge, fille 
TÎ n, vicomte de Rochechouart, épouse du vicomte 
iborn, assistait aussi à la cérémonie, heureuse d'a- 
noé à l'abbaye d'Uzerche, comme présent de noces 
mari, deux manses situées au Mas (al-masil) ^, 
les conseils de l'évèque, qui venait de consacrer 
d'Amac, Gui de Lastours fit bientôt après construire 



bnncfae des seifmeurs de Lastnun, et eut ponr fiti Gni, père de 
•«(fier, le héroi de U première croistde, et d'Olivier. Ce dernier, 

1160, Ui»sa une fille nommée Agnès, qui épousa Constantin de 
sear d'Haatefort. Un des enfants nés de ce manafre, Gouffler, prit 

faveur de Lastours. Les armoiries de Lastours étaieut aprà la 
louaàe : « De gueules^ à un bras armé (for du côté sénestre 
f tenant une épée nue d'argent en pal, la garde et h poignée 

)iMW BUiosus dédit mihi senior meus in osculo. » [Cartul. User- 
fmffei» — Gall. Chrittiana : Beef^s» Lemovieene,) 



108 HISTOIRE DES VICOMTES 

dans le môme lieu an monastère, où furent inhumés 
sieurs des membres de sa famille. Craignant que UM 
tard les vicomtes de Limoges ne cherchassent à reprei 
les possessions que lui ou ses ancêtres avaient enlevA 
la vicomte de Ségur, il en donna une partie au nom 
monastère, en plaçant celui-ci sous la suzeraineté de n 
de Saint-Martial. La même année, la dédicace de i'é| 
de Saint-Sauveur attira à Limoges Télite des grands fei 
taires du Limousin et des contrées voisines. Guillai 
comte de Poitiers, duc d'Aquitaine, Sancbe, duc dei 
cogne, furent accueillis avec empressement par le vic« 
Adémar I*'. Onze prélats, Geoifroi, archevêque de Borda 
Jourdain de Limoges, Isambert de Poitiers, Roho d 
goulême, Arnaud de Périgueux, Pierre de Gironne, I 
donné de Cahors, Amélius d'Alby, Arnaud de Rho 
Foulques de Carcassonne et Islo de Saintes, assister! 
cette cérémonie. Limoges, mieux que les autres i 
d'Aquitaine, avait le glorieux privilège d'attirer de i| 
breux étrangers par la magnificence de ses fêtes religiei 
Des milliers de pèlerins venaient de diverses contrées n 
rer ses reliques : ceux qui ne trouvaient pas à se logera 
les maisons passaient la nuit dans les églises, ou seul 
voûtes des cloîtres. 

L'année d'après eut lieu encore à Limoges un grandi 
cours de fidèles et de dignitaires de l'Église, pour aai( 
au concile, dans lequel fut solennellement agitée la qu6l| 
de l'apostolat de saint Martial (i031). On s'y occupa auij 
la discipline religieuse, alors très-relâchée dans quel| 
abbayes, et des moyens d'arrêter les usurpations de q 
ques hauts barons qui s'attribuaient le droit de disfi 
des bieus des églises. Les religieux de celle de Beaulieif 
présentés par des députés, se plaignirent devant les 
du concile de ce que le comte de Toulouse s'était e 



■4 



ET D£ L.i VICOMTE DE LIMOGES. 1»9 

. 4t b leur et Tavait donnée en Gef au comte de Périgucux, 
I fn ra¥ait transmise ensuite au vicomte de Gomborn. Ce 
* ' y avait établi comme abbé son propre flls, selon les 



€l selon d'autres le Ûls de Bernard de Comborn, 
de Cahors, nommé Hugues*. L'intrus comparut 
l'auguste assemblée en habit de deuil, la cendre sur 
la lêle, en signe de pénitence, et fit l'abandon de sa charge -. 
GoMie le pays souffrait depuis longtemps des guerres pri- 
rfes, l'Église, dans ce même concile, proclama la paix de 
fini et menaça de seis analhèmes quiconque ne se soumet- 
tait pas à ses décisions. Ce fut surtout à la noblesse 
telimoasin que s'imposa cette résolution: a Nous excom- 
BooioBS les chevaliers de cet évêché de Limoges qui ne 
T«il«nl pas ou qui n'ont pas voulu assurer paix et justice 
à leur évAqoe. Maudits soient-ils, eux et leurs complices^ I » 
L'$giise ne put pas modérer longtemps les emporte- 
oieots, la haine et l'ambition des grands vassaux. Après la 
OKMi de Blanche de Rochechouart, Aymeri I*% son mari, ne 
Unant aucnn compte des malédictions de son père Ostro* 
Fianças contre ceux qui envahiraient les biens donnés par 
loi aux religieux d'Uzerche, s'était emparé de l'abbaye à 
aain armée et y avait mis le feu. Quelque temps après, 
lOQ Us, tourmenté par cette idée, que son père subissait 
dans l'enfer la peine de ses violences, se présenta devant 
i'ahbé Constantin, homme vertueux, élevé malgré lui à ces 
faactions, lui présenta une charte, écrite au château de 
lochechouart, en présence de tonte sa famille, par laquelle, 

I. QvvlqoM AonalUlct difeot que Hugues était de la famille dei teigneure 
te CaMciiMuvel {Cattetium navum), branche dei Ticomtet d'Aubuison. 
S. JbbùkB : Amnal. 

L « Etcoaunonicamut illoe milites de isto episcopatu LerooTÎcensi, qui 
•I jutiUam «fHWopo suo flrmare, sicut ipse exigit, noluoi, aut nolue- 
||aJ«dieti ipti et acijutores eorum ! » Les chroniques manuscrites de 
Cnvniaaeai de corieux détails sur le cérémonial d'après lequel les 
ci fes abtiéf devaient se préparer à asaiiter au concile. 



110 HISTOIRE DES VICOMTES 

en réparation des crimes de son père, il donnait à Vu 

plusieurs manses et une maison située prèi de l'égii 

Nieuil (de Nioll). Hais au même instant, un nommé^ 

nard, maître de Toîsellerie du château, intervint en d 

que cette maison et ces manses lui avaient été dimné 

fief, et qu'il suppliait le TÎcomte et l'abbé de lai en k 

l'usufruit. On flt droit à sa demande ; mais après sa i 

Pétronille, saveuve, qu'on disait « malheureuse, qoerd 

et mauvaise langue *, » vint à la cour du vicomte réel 

à son profit la continuation de l'usufruiL Aymeri de H( 

chouart s'y refusa, parce que, disait-il, l'abbaye avail 

posé de ce fief en faveur de deux de ses religieux. L*aJ 

fut portée devant sa cour de justice, réunie au châtea 

Champagne, puis dans l'église de Nieuil. Pierre de Ma] 

Tun des deux religieux, demanda qu'on eût recoin 

jugement de Dieu, c'est-à-dire au duel judiciaire. La n 

ne pouvant pas trouver un champion pour défendre 

droit, y renonça en pleurant, et pour que ses héritiei 

pussent reprendre l'affaire, les deux religieux remire 

lief à leur abbaye et déclarèrent que le vicomte de Rc 

chouart n'avait plus sur ces terres aucun droit de sua 

neté. Aymeri, malgré ses faux semblants de soumiai 

n'en chercha pas moins l'occasion de reprendre ce qn 

ancêtres avaient donné, mettant tous les jours ses hom 

d'armes à la poursuite des moines d'Uzerche, qui venl 

chercher du bois dans les forôts de l'Espinasse. Ambil 

autant que déloyal, il fut tué à quelque temps de là \ 

dant la nuit par un inconnu, et sa mort fut regardée coi| 

une punition divine. Uildcgaire, son fils, voulut maiii^ 

les mômes prétentions, en offrant de s'en remettre etti 

au jugement de Dieu : sur le refus des moines, et craigj 

\ . c Pcironilla infelix miiltum ei |>CMiniaf atqoo inter Tîcinos «uw | 
tm* nimit et littgrioM. • {Chron. Gauf, VoiienaJ) i 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. lU 

fM-éirt d'avoir le sort de son père, il renonça à ses pré- 
intions dans une assemblée tenue au château de Roche- 
cboaart, à laquelle assistait AdémarP'. 

Adéniar I*' mourut, au plus tard, en 1036, pendant lin 
pèterioage en Terre-Sainte, ail était bègue, dit Geoffroi de 
VîgMis, et disait en jurant : ma fé te permet^ youlant 
y ënzjt te promets sur ma parole, s De Sénégonde, sa 
I ÉMwr, il laissa quatre fils, Gui, Adémar, Geoffroi et Ber- 
\ tod, et nne fille, nommée Mélisende, à cause de la dou- 
ceur de soo caractère *. 

L Jrf ëp ^irifer les dates. 



112 IIISTOIHË DES VICOMTES 



CHAPITRE V 

GUI II ET ADÉMAR II, VICOMTES DE UMOGES 

Gui 11, TÎcomte : Guillaume V, comte de Poitien, oosAniie les eoutuni 
Limogei. — Gui II à la cour de Poitiers : sa prétence aux iètci de \% 
ses donations aux abbayes. — Note de Besly. — Adémar II, tIoi 
prend part à l'élection au siégre épiscopal. — ÉlecUoa d'Ithier Cbabott 
mar II et les abbayes de Solignac, de Saint-Etienne : son repentir. - 
férends entre les religieux de Saiiit-Junien et ceux de Charroui; inta 
tion d*ltbier Chabot. — Guerre entre Adémar II et les seignaort dt 
tours et de Pierre-Buflière. — Les religieux de Saint-Martial et eei 
(;:iiiiiy. — Adémar pour les clunistes. — Note relative au marbre de 1 
de Saint-Martin. — Conduite répréhensible d' Adémar II; il reconni 
fautes. — Il fait amende honorable. — Puissance de l'Église. — Ètl 
comte de Thiers, et saint Gaucher à Aureil. — Note sur saint Gauche 
Gaubert, archidiacre de Saiiit-Ëtienne. — Poitiers et Toulouse se d 
tent la souTeraineté. — Le comte de Poitiers envahit le Limousin ; 
forcé de lever le siège de Limoges. — Troubles k l'occasion de Vài 
d*un évèque. — intervention de l'archevêque de Bourges : les deui 
tendants à Rome. — Note sur le chroniqueur Geofflroi de Vigeots. — 
mar défend Limoges contre le duc d'Aquitaine; sa mort. — Démet 
ment de la vicomte ; celle de Turenne. — Archambaud !•' de Coml 
guerre contre Ranulfc-Cabridel, à l'occasion de la vicomte de Turenoi 
chambaud cède à son fK're Ebles le chAteau de Monceaux. — Ses doai 
aux monastères. « Archambaud II de Combom et Ebles !•' de Venta 

— Guerre contre Gaubert de Malemort, qui est fait priHMinier. — La 
teau de Malemort. — Guerre entre Gui de Lastours et le seigneur ( 
thefort. — I^ vicomte de Limoges fortifie le château de Ségur. « 
châteaux de Bré, de Lubersac, do CousMC-Bonneval. — Note sur U 
teau de Bré« — Gui de Lastours, maître de Bré, fait construire le cbl 
de Pompadour. — GeofTroi llélic, seigneur de Pompadour. — Disiil 
dans les familles de Combom et de Veutadour. — Archambaud | 
Combom envahit l'abbaye de Vigeois. — Nouvelles hostilités entn 
de Lastours et Adémar ; Engalcia et le monastère d'Amac — Arel 
baud m de Combom : donations aux églises; le monastère de Ma 

— Note sur la famille de Lastours. -^ Discordes dans la ftunille d*Arâ 
baud III; Ebles II et Bernard. — Mort d'Ebles II. — Note sur G« 
de Vigeois. 

Gui II, fils <ilné d'Adémar I*% lui succéda dans la vicoi 
de Limoges. II tient peu de place dans Thistoire, car il 



i 



ET DB LA VICOMTE DE LIMOGES. 113 

^Dta plas les cloîtres que les batailles et les cours d'a- 
mour. L'année même de son avènement, par une charte, à 

; tai|iielle si^na Geoffroi, son frère, déposée dans les mains 
et l'abbé Richard, il donna à Tabbaye dUzerche l'église et 
te \ilUge de la Paye '. Guillaume V, comte de Poitiers et 
d«c d'Aquitaine, comptant sur ses dispositions pacifiques, 
Toukit profiter de sa faiblesse, pour reprendre sur la vi- 
eomlé l'influence qu'y avaient eue ses ancôtres. A son re- 
Iwr d'an pèlerinage à Rome, il se déclara le partisan des 

: hbitants de Limoges qui, opprimés par les derniers vi- 
omtes, redemandaient leurs franchises municipales. £n 
nxiu de son titre de suzerain, il confirma leurs anciennes 
coatames, rétablit le consulat qui avait cessé d'exister pen- 
daattoal le temps que les dignités d'évêque et d'abbé de 
SûDt-Hartial n'avaient été dévolues qu'aux membres de la 
tunîlle des Ticomtes. Dès lors, la ville rentra en possession 
de ses privilèges, et redevint une véritable commune, où 
les habitants poument se choisir eux-mêmes leurs magis- 
tiau. 

Gn II« à défaut du courage qui brave le danger, et de la 
fciee qui triomphe, chercha par une humble soumission à 
désarmer la haine de son suzerain; il venait souvent à Poi- 
tiers, non plus comme l'égal, mais comme le vassal du 
conte. Mais il n'y trouvait souvent qu'humiliation et mé- 
pm. On le reléguait au dernier rang de ces chevaliers qui 
IroBvaient à la cour de leur suzerain des prévenances, des 
houears, et une joyeuse hospitalité. Un jour, par un froid 
ripiorvox, pour l'obliger à quitter la ville, on défendit aux 
hAitaDts de lai vendre du bois. Alors, retrouvant un ins- 
tinct de fierté, il acheta de vieilles souches de vigne, disant 

I. Calie eharta porU* cette date : c L'an 1036 de rincarnatioa de Notre- 
fmgmttr, iodietkm 1V« m nob de juillet, vi« série, lune oniième, Ifenri. 
"« «k Fnnee tégamai. • (Baluie : Hût. Intel., p. 867.) 

I. 8 



114 HISTOIRE DEfi VIGOMTBâ 

par raillerie « qu*il voulait les planter en Limousin, qo'e 
y réussiraient mieux qu'en Poitou, s Pendani les dernil 
amiées de son père, il avait principalement séjour^ 
Ségur, insoucieux des affaires politiques de ce tcmpi 
livrant à de bruyantes chasses dans ses vastes forèU, | 
des pratiques pieuses. Il eut encore la môme prédilec 
pour ce berceau de ses ancôtres, où les digoitaireft»: 
abbayes voisines venaient souvent le visiter. £q présenet 
Pierre d'Albert, abbé de Saint-Martial, homme lettré, 
avait remplacé Oldéric, il y signa une charte, par Jaqfi 
il livrait à l'abbaye d'Uzerche un grand nombre d'encii 
dans les environs d'Ayen, en présence des abbés Oea 
de Peyrusse et Bernard de Saint^Yrieix. Ses trois frèiy 
sa femme, nommée Blanche, qu*on croit fille d'un vice 
de Rochechouart, forent mentionnés dans cet acte. Il aii 
surtout, comme ses ancMres, à assister aux dédicaces 
églises. On le vit à celle de l'abbaye de Charroux (104 
à laquelle assistèrent aussi treize archevêques ou évèq 
avec rélilc de la noblesse, rangée autour d'AudebcrI 
comte de la Marche, qui ne s'était pas toiyours fait rei 
quer par sa piété. Sept ans auparavant, il avait envahi ] 
baye de Lesterps, tué les moines et brûlé les bfttiaM 
Ce crime n'était pas resté impuni. Sur la demande de Ta 
Saint Gautier, qui était venu se plaindre au pape, \^^ 
pable avait été excommunié et condamné à rebâtir le , 
nastère K L'année suivante, le vicomte de Limoges, acf 
pagné de tous ses vassaux, fut témoin à Uzerche 4 
semblable cérémonie , présidée par Jourdain, évèqm 
Limoges. Cet illustre prélat, dont toute la vie avait été;^ 

i 

1 . B«»*ly : //iW. ftfs comtes de Poitou, 

2. L'alibaye U« I^rtcrpit, autrefuit dAO« ks dioeèiMt de Limogen, ftii ! 
teapi tlorÎMaiite. Kii 1567,. an chef |»roie»Uat iooeqdî» une partie da^ 
menu ft pill.i IV'urlise abbaliale, dwil il ne renie que le doclier et la ad 



i 




ET DK Ul VICOinÉ DE LIMOGES. 115 

••crie i l'édiflcation des ffdèles, à celle du clergé, doot il 
attentÎTement la discipline, mourat trois ans 
^ Gui U ne Ini sarvécut qae d'ane année, et mourat 
kttser d'enfants de son mariage arec Hedwige, sur- 
Blanche (1052). Sa faiblesse et son dégoût des 
du naonde lui firent négliger les privilèges de sa 
: ses arrière-vassaux étaient presque tous devenus 
Uépendanis; les terres de la vicomte s'étaient en grande 
fsrtie affranchies des redevances que leur avaient impo- 
ite Qui I" et Adémar I". 

Âdéuur n succéda à son frère : moins pacifique et plus 
mUHeax, il prit une grande part aux affaires de l'Église 
et aux événements politiques de son temps. Décidé à re- 
coavrer te qu'avait perdu son prédécesseur, il se dispos<iit 
à se mHtrt à Tœuvre, quand son attention fut attirée d'un 
e6té. Dès la première année de son avénemcut, le 
é et les grands vassaux de la vicomte eurent à pour\'oir 
aa siège ipiseopal, vacant depuis la mort de Jourdain, il 
bllaii se bâter de faire l'élection, car de grands abus 
s*étaîcot introduits déjà dans les rangs du clergé. Les prê- 
tres se disputaient les riches bénéfices, et recouraient à la 
àrnooie poor se les procurer. On craignait que' le siège 
épiscopal ne passât dans les mains du plus hardi et du plus 
aaibilieux. Adémar II et les seigneurs du Limousin réso- 
donc de choisir un évéque qui, par sa naissance, par 



I. B««]t Ikit ainii comultre, d'après le cartulaire de Saint -ÉtieuDef les 
4bhim» bite* à l'ëgliM : c Joardiûn. par la frrdce de Dieu, éréque de Li- 
■ifeiv puv le repos de toa ime, poar eelle de m.** pareoti Marbodui et 
(Mi^ardr. ft femme, de son père («érard, de sa môro Oldeganle, cède de 
9im a]>i kérédiuln dam Talleu deChàteaaneuf, la tonr mip^rieure, arec son 
ii-t/4. ie^ maisoiu ToisineBet les terres qui m'apparlieudrout, «pns le par- 
''^s^ jii «o ira fait ; plus, le pré d'en haut, les fontaiues rt la forôt de 
^"f-, U </iiJinênie partie de la chapelle de Saint-Michel, de Saint-4^iioutiii, 
><'?>« i^rr*'* «jtij eu dépendent; le manoir de Curtfage, qui di^fieud du fief 
^'«cfjliom". ronite de Poitiers, et qui m'arait été donné en dehcrs de 



116 HISTOIRE DES VICOMTES 

sa fortune et par ses vertus, fût à la hauteur de ses toi 
tiens '. Le vicomte usa de toute son influence sur le clo^ 
et sur le peuple pour faire élire Ithier Chabot, bommMl 
mœurs pures et d'un grand savoir *. Le droit de coneoJ 
à Télection était à peu près le seul que la féodalité i 
laissé au peuple qui, en prenant part an choix de ceux ^ 
devaient lui être supérieurs, commander aux âmes par 4 
dogmes de sa croyance, rêvait pour Tavenir une Iib4 
plus large. C'était aussi pour le clergé un avantage de pi 
voir représenter le peuple; car cette sanction lui donq 
un appui contre la féodalité , trop souvent disposée à i 
primer ou à corrompre, et qui dans de certaines circdl 
tances aurait voulu s'imposer à l'Église. 

Par un sentiment d'humilité toute chrétienne, Itll 
Chabot déclina d'abord l'honneur d'occuper le siégO'^ 
saint Martial, mais céda à la fin aux prières* de la fouM 
Quelques jours après, il eut la douleur de voir la basilic 
de Saint-Sauveur détruite par un incendie (1053). Les p 
précieux ornements furent brûlés ; trois religieux périf 
sur le sépulcre de saint Martial qu'ils voulurent saui 
Adémar II, si zélé à faire prévaloir son candidat, n'osa ' 
moins de son autorité au détriment de presque toutes 
abbayes situées dans la vicomte, et sur d'autres soumial 
son patronage. Celle de Solignac fut forcée de lui payer '' 
charretée de vin, unam caratatn de r tno, qu'il exigeait rl| 
reusement le jour de la Chaire de saint Pierre, et un d 
de gîte, unum receptum^ k la grande fête du même sain 
Ce dernier droit permettait aux grands vassaux de yen 
des époques fixées s'élablir dans les abbayes, avec li 



1. B. Guido : Gesta Lemovic, pontifie. 
S. Gali, Christian, i. 2, col. 516. 
S. Chron, Gauf, Vonew,, c. 14. 
4. Cartul. do Solignac. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. tl7 

femmes, leors eofaDts, leurs gens d'armes, leurs chevaux 
el leon chiens, aux dépens des cloîtres, dont ils consom- 
maînt bien vite les provisions. Les moines, pour ne pas 
voir camper au milieu d'eux celte cour dépravée, entraient 
prciqae toujours en coiaposilion avec leur suzerain ^ Ceux 
de StintrÉtienne de Limoges se rirent enlever une partie 
de leurs ressources; mais à la fin ils parvinrent, par les me- 
nées de Texcommunication, à imposer le^ repentir et Tex* 
Ration à l'ambitieux vicomte qui, pour racheter ses fautes,, 
tint un jour déposer sur l'autel une charte par laquelle il 
leur donnait la terre de Vignoles et tous ses droits sur celle 
de TorioD, voulant ainsi, disait-il, racheter son âme des 
[Kines d'un autre monde. Il conduisit aussi dans l'abbaye, 
pour 7 prendre l'habit de moine, Ebles, son neveu, dont 
les mains étaient couvertes d'un ornement de l'autel, sym- 
bole de l'engagement que prenait le jeune clerc, de vivre 
tonpurs dans le cloUre '. 

Ithier Chabot illustra l'église de Limoges par de rares 
Tcrtns, comme aussi il sut maintenir son autorité. Vers les 
dernières années de l'épiscopat de Jourdain de Larron, l'ab- 
baje de Gharroux avait envoyé une colonie de moines qui 
bâtit une église et fonda un monastère auprès du château 
de Rochechouart. Les religieux de Saint-Junien, regardant 
cette fondation comme un empiétement sur leur territoire, 
mient réclamé auprès de Jourdain de Larron, qui menaça 
ks nouveaux venus d'excommunication, s'ils refusaient de 
fcconnaiire les droits de l'église de Saint-Junien. Mais, étant 
Bort en 1051, les moines de Cbarrous purent achever leur 

!. « Naac in monasteriis monachonim, abbates laici, cum suis uxoribus, 
104 et lUiabas, cum militibus morantur et caoibus. » {Ex condL Junca- 
'V«a. mp. Scripi. rer. Franc.<, t. IX, p. 322.) 

1 c Gum obiatioDe in manu Atque petitioue, altaris pallia maDUi> sua>i 
•''*'4aiM. • {CariuL de Beaulieu.) Le« parents s'engageaient k ue jamai)» 
KMtir du cloître Tenlant qu'ils y iotroduisaient ainsi. 



lis HI8T01RB DRg VIGOMtlS 

église, qu*iU placèrent sous le patronage da ficonle i 

Rochechoaart. Cependant les clercs de SaiiitJanien, p 

leur nouveau prtrôt Amélius, réclamèrent auprès dllU 

Chabot, qui reconnut d'abord la légitimité de leurs préli 

fions, mais qui, après avoir entendu les moines de Ckl 

roux, déclara dans un synode, où se trouvaient les clai 

de Saint-Junien, qu'il consacrerait, malgré leur (^positk 

l'église de Rocbechonard. « J'en appelle au pape, s s'éoi 

le prévôt Amélins. L'évéque n'en fixa pas moins le jour 

la dédicace. Neuf jours avant le terme indiqué pour la ci 

monic, il convoqua une assemblée de clercs et de lalqi 

pour examiner les droits des deux parties, déclarant qi 

ne consacrerait pas Téglise, si on lui prouvait que ce : 

contraire aux canons. Les clercs de Saint-Jnnien .fin 

valoir leurs titres, mais ne purent com-aincre l'éféqi 

« Je consacrerai l'église, n dit-il en se levant du synoi 

— « Nous en appelons au pape, » dirent une seconde I 

le prévôt et ses clercs. Ilhier, indij;né de voir braver i 

autorité, se relira dans son château, reparut trois jo 

après, suivi d'une troupe d'hommes de pied et de cavall 

armés, et alla s'emparer du monastère de Sainl-Junii 

d'où étaient sortis les clercs. Les habitants de la tI 

hommes, femmes et enfants s'étaient enfuis. II ne tro 

dans l'église que deux serfs qu'on y avait laissés pou 

garder. Il laissa rentrer les anciens possesseurs, et mal| 

les observations de son métropolitain, Aymou, archerêl 

de Bourges, il fit la dédicace de l'église de Rochcchol 

le 11 novembre 10G7, mais refusa de bénir le cimefil 

Les moines n'ayant pu, sur ce point, vaincre sa résistan 

s'adressèrent & Guillaume, évoque d'Angoulème, qui b4 

le cimetière *. 

1. Clirou. i!r Mailfii. * 



ET DE L4 VICOMTE DE LIMOGES. f 19 

CepesdaDl le pape Alexandre II avait envoyé deux légats 
à Bovieaox, pour remédier aux abas de la discipline eoclé- 
■iiifiqne. L'évêqoe de Limoges s*y rendit, ainsi que les 
cteres de Saînt^nnien, qui exposèrent leurs griefs (4068). 
IttiBr Chabot fet blâmé par le cardinal Etienne et promit 
de fwe justice. Hais après le départ du légat, il oublia ses 
pmesses. Le prévôt Amélius se plaignit au pape ; mais 
feaâwni qu'ils écri?aient à Rome, les moines de Charroux 
taHDdaient à Paris à la puissance temporelle la confir- 
■Btioii de leurs privilèges; ils triomphèrent auprès de Phi- 
lippe 1*, en 1017 ^ 

âymeric Dl, vicomte de Rocbechouart, fut si irrité de 
roffo â tion qu'il avait rencontrée pour la construction du 
monastère de Saint-Sauveur, que revendiquant quelques 
liroits sur Saint-Junien , dont il n'avait pas été question 
depuis la mort de Jourdain II, prince de Chabanais, il dé* 
efara la guerre au prévM et â Tévèque, les appela en 
champ clos è Saint-Junien, ou an château de Nieul, mais 
aV donna pas suite K 

L'ambition d'Adémar lui suscita de puissants ennemis. 
Les pins acharnés furent Oaucelme de Pierre-Bufflère et Gui 
4e Lastoors, le fondateur de l'église d'Amac. Ils ravagèrent 
«s terres, brûlèrent les chaumières, et dispersèrent les ha- 
bitants, qui venaient tous les jours montrer leur misère et 
désespoir dans les rues de Limoges, demandant du 
mourant de faim sur le seuil des églises, où ils pas» 
Il les nnits. Malgré sa valeur et son audace, ne pouvant 
résister à ses ennemis, il fbt réduit à leur demander 
h paix, qu'il eut bien de la peine à obtenir. 

t D. FootetÈCMà : M»s. k Poitier». 

1 S«Vn \a<hud {Mst, au séminaire de Limoges), Aymerie III, au milieu 
Ji XV* ÈÊtde^ anraii fini rebâtir rancieo cbAteatt de Rochediouari, eo n'y 
saurnui d^ U coostructioQ primilÎTe que le donjon qui existe eocoret à 
fBi^. eo euîemnt dan eeile demeure autrefois si «ptendide. 



120 HISTOIRE DES VICOMTES 

Malgré le trouble qu'apportait encore dans les espril 
croyance & la fln du monde, les mauvaises mœurs s'éU 
introduites dans les cloîtres avec le relâchement de la 
cipline. Les moines quittaient leui;9 robes de bure ] 
chausser les éperons de chevaliers, couraient aux a 
turesy cherchaient le plaisir sous toutes les formes. ( 
da monastère de Saint-Martial étaient devenus si rie 
si puissants, qu'ils ne cessaient de répéter aux gn 
vassaux, aux vicomtes de Limoges, « qu'ils ne relevi 
que de Dieu et d'eux-mêmes, » formule d'un droit i 
veau, la plus haute expression de Tindépendance, doi 
royauté faisait aussi la base de son action politi 
Adémar II, plus par jalousie et par esprit de vengeance 
dans l'intérêt de la discipline, se crut appelé au r6h 
réformateur. Il résolut d'introduire dans l'abbaye les i 
gieux de Gluny, dont on vantait partout l'austérité et 1 
négation des choses du monde. Mais comment faire aoi 
ter une règle sévère , qui devait abaisser l'orgueil 
moines, et mettre fin à leurs désordres? 11 eut recourti 
ruse et à la violence, pour faciliter les clunistes qui i 
raient s'introduire dans l'abbaye. Depuis longtemps^ 
chevalier du château de Limoges, nommé Pierre Escaii|| 
grand ami de Hugues de Cluny, chef de l'ordre de S^ 
Benoit, le sollicitait d'y établir cette règle de la vie oi| 
bitiquc. Retenu par l'amitié qui l'unissait à l'abbé Ml 
alors investi des fonctions d'abbé, le vicomte hésita 
que temps, dans la crainte de nuire à son ami. Mais 
mort de celui-ci, le chevalier revint à la charge ; et a 
Adémar II hésitait encore, par crainte de la résistant 
peuple et même de ses hommes d'armes, Escausicr s^ 
d'un expédient pour le déterminer; ce fut de lui promi 
au nom des clunistes, un fort beau cheval, appelé 
coutSj et une partie de l'or qui se trouverait dans le 



ET DE LA MCOAITÉ DE UMOGES. 121 

lUtje. Vaioca par ses promesses séduisantes, Adémar 
■ MretieD secret avec Hugues de Gluny, Tintrodui- 
■1 h Tille, ainsi que plusieurs des moines de son 
1 1 11 faveur d'une nuit obscure, et les logea secrète- 
dms l'abbaye de Saint-Michel, voisine de son palais. 
demain, jour de llnvenlion de Saint-Élienne, suivi 
igoes hommes d'armes les plus dévoués, il se rend 
i ciotire, ordonne aux moines de se réunir en cha- 
i de procéder sur-le-champ à l'élection d'un abbé. 
Mtolants, s*étant mis en devoir de lui obéir, lui pro- 
trois d'entre eux comme candidats, GeoCfroi de 
Gn Paule et Gérard le grammairien. Mais iftic veut 
lékclion de ce genre; il garde un moment le silence, 
ml un expédient pour sortir d'embarras, lorsque 
j de Nieuil, instruit dès la veille de l'arrivée des 
!S, et connaissant ses intentions : a II y a ici, lui dit-il 
mt, des hommes dignes d'être abbés; nous n'igno- 
s que vous avez fait venir des religieux de Gluny, 
MIS chasser d'ici, mais je doute que ce beau projet 
e. > A ces mots, Adémar, furieux, saisit le moine par 
il et le traîne, avec l'aide de ses gens, hors du mo- 
. Les autres, émus de ces violences, prennent la 
lusieurs vont chercher un asile dans le monastère 
^Augustin, ne laissant dans l'abbaye que les enfants, 
ibé Hugues dispersa plus tard dans différents éta- 
snts de son ordre. 

ar, resté maître, ayant fait aussitôt venir les du- 
es mil en possession de l'abbaye, où le nouvel abbé 
le enlever les tombeaux de ses prédécesseurs et 
s ioscriptions qui rappelaient leurs noms * (1062). 
; annalistes ont blâmé le vicomte de Limoges en 

: Mitceliama^ t. VI, p. 317. 



in UISTOttS DES YKSOMIiS 

criant à la Tiolenee et à rinjuatice. D'autres ont prasé qnm 
les moines de Ghiny fureol étrangers à cette Yîolalioa dci 
règles claustrales, qu'ils n'a?aient fait auooD pacte mm 
Adémar qui, selon eux, ne se serait décidé que pour avoir la 
cheval promis par le cheralier Pierre Escausier <. Quoi qo*! 
en soit« la firaude, ou si Ton veut, la violence qu'il s'était 
permise, eut l'effet qu'il s'en élait promis. En peu de tenpa 
on vit la discipline reparaître à Saist^Martial; les mœurs f -. 
furent plus pures, et la religion y eut de plus dignes nri- 
nisires : le goût des lettres y reparut; l'instracUon y fit 4tf 
rapides progrès, et il en résulta pour l'histoire du pays 4i : 
précieuses chroniques écrites par les moines. Cependant la - 
nouvel abbé se montra parfois jaloux de la prospérité des .* 
autres monastères de la ville, surtout de celui de SaîaA^ s 
Etienne. Apprenant que celui-ci avait reçu de 0«U^ 
laume V, comte de Poitiers et due d'Aquitaine, pour en or* 
ncr son église, un bloc de marbre, auquel se rattachait i 
une pieuse légende, il le fit enlever pendant la nuit eteo ! 
fit l'autel de Saint-Martin'. Malgré son attachement ezcessif ) 
au maintien des privilèges de son ordre, dont il introduisit 
la règle dans les abbayes de Vigeois et d'Uzerche, il jouit 
parmi le clergé de son temps d'une grande réputation de 
vertus et de talents. 

La vie d'Adémar II, malgré ce qu'il venait de faire pour 
la discipline religieuse, ne fut pas toujours irréprochat^le 

1. Chron. Gaufredi Vosiensis, 

2. c( Un religieux, nommé Simplicias, reçut l'ordre d'aller à Narbonne 
acheter un bloc de marbre, pour construire l'autel de l'abbaye de Sami* 
Martin. Après que le marbre fut taillé, il le fit yoiturer jusque dans le Querci; 
mais arriTé prà de Gapdenac, il s'engagea profondément dans la terre et ne 
ponrait être transporté plus loin* Le seigneur du lieu, connaissant rwagt 
qn'on voulait en faire, fournit des bcBufs et fit abattre quelques pans de mor 
pour lui donner passage. Le chariot s'étant encore embourbé dans une vallée 
profonde, ne pouvait avancer. Alors le moine, voulant que Saint-Martial rnani* 
festàt sa puissance, détacha l'attelage, et n'y mit que deux vaches, qui entraî- 
nèrent rapidement le bloc jusqu'à Limoges. » (Chrotu Gûuf* Kottent.) 



ET K LÀ MCOirrE DE UHOGES. ISS 

Il mk. A l'exemple de la plupart des seigneurs de 
afi, îi s0 Permit des brigandages, des incendies, des 
ho û nlme d'odieux sacrilèges. Après la mort do 
■ Mqoe Ithier Chabot, qui l'avait dominé quelque 
^irhwendaot de sa piété et de ses talents ^^ il se 
ihr à tous les élans de son caractère haineux et 
tiLOncnrit qu'il ne fut pas étranger à un incendie 
Mit nae partie de la Cité, le monastère de la Règle, 
ie8aint>André, et qui causa la mort de cent ringt 
a (1067). 11 poursuivit tous ceux qui lui faisaient 
e, se permit d'alTreuses dévastations sur les terres 
BDCiBis, commit plusieurs meurtres, et profana les 
Les jeunes filles fuyaient à son approche, quand il 
itdaos les murs de Limoges seul, ou accompagné 
seigneurs, ses complicL*s. Cependant les re- 
parfois effrayer sa conscience : alors il s'hu- 
evant le clergé qui le menaçait des punitions di- 
avooaii ses fautes, promettait de se corriger, et 
i pied des autels implorer son pardon. Un jour, le 
i vit, triste et repentant, entrer dans la cathédrale 
;es, les pieds nus, vêtu d'un habit de deuil, sans 
fl sans baudrier, s'agenouillant sur4es marches de 
cmandant pardon à Dieu et aux saints. Le clergé 
itenta pas de cette pénitence publique; il voulut 
harte, écrite par quelque moine lettré et signée 
in, transmit à ses successeurs le souvenir de ses 
-ec celui de leur expiation : 
Adémar, vicomte de Limoges, avec le consente* 
IDA femme Humberge et de mes enfants Elie et 
donne à Dieu, au bienheureux martyr saint Etienne 



Cbibot fit cooMnûre le chAleau de GbalutMl pour remplacer ua 
ta trèt-aiicieo qui mî trouvait à Fraissauge. [Ckrùn. mss, de 



124 HISTOIRE DES VICOMTES 

et & ses chaDoioes, à perpétuilé, un ténement de mon à| 
appelé Massiac^ dans la paroisse de l'église de >^giio( 
me reconnaissant accablé sous le poids de mes etÊ 
pour avoir brûlé la ville et le siège épiscopal, pou|| 
les prêtres et les habitants de la cilé, les ayant prii|| 
leurs biens, en ayant tu4 un grand nombre et proDuii 
lieux saints. Touché de repentir, voulant faire péoi^ 
et obtenir de Dieu le pardon de mes péchés, je suit ^ 
les pieds nus et en habit de pénitent, à l'église da % 
heureux martyr saint Etienne, comme au port du s^ 
prosterné humblement devant le saint autel, j'ai deoM 
pardon à Dieu et aux saints, et demandé aux sagei 
conseils sur ce que je devais faire pour satisfaire DM 
les hommes. Approchant donc de Tautel, avec mes i 
enfants, Elie et Pierre, j'ai présenté un tapis {pallium^ 
tenant par un bout, et mes deux enfants de l'autre, j'aij 
en présence de témoins, la donation de cet alleu. Je | 
sens à confirmer cette pénitence par une charte renfei 
dans ce tapis. Quant à Tabbaye de Saint-André que jl| 
donnée & saint Etienne^, avec le consentement de 
seigneur Guillaume, duc d'Aquitaine, je confirme 
donation de la même manière. J'ai aussi concédé auxj 
noines de Saint-Étienne l'aqueduc de * la fontaine 
avaient demandé. Si quelqu'un ose violer mon testai 
qu'il soit excommunié pour ce sacrilège et condi 
payer une livre d'or*. 

L'Église, souvent humiliée, dépouillée de ses bit 
les représentants de la féodalité, luttait avec énergie 
ses ennemis. Depuis Grégoire VU, le courageux défc 
des droits du saint-siége, la grande république chrét 

1. 11 s'agit ici, non d'une église de Limoges, mais do Tabbaye de 
André de SainUJunien. 

2. Besly : Histoire des comtes du Poitnu, p. 35G. 



ET qE LA VICOMTE DE LIMOGES. 123 

il repris son ascendant, en s'organisant, en corrigeant 
gai depuis quelque temps s'étaient introduits dans 
et 7 appelant cette forte discipline qui mit un 
passions de ses ministres. De nouveaux saints 
alors le monde catholique; le désert se peuplait 
it pieux ermites, s'imposant comme une vertu une 
ion absolue aux plaisirs du monde, pendant que 
, dans la personne de Philippe I*% perdue dans les 
, méprisée, aYilie, s'obstinait à la honte, etrésis^ 
I ce grand mouvement qui, en appelant les peuples de 
ddent mx croisades, réveillait le vieux monde de son 
nrdissement et le préparait à la liberté ; époque mys- 
4e prodigieux enfantements pour Tesprit humain, 
oh «Miraient par le monde les pieuses légendes des 
ia, qall est bon do redire, parce qu'elles sont les échos 
«noire. 

M le rscootait à Limoges les vcrlus d'un saint dont le 
I ert encorei après huit siècles, vénéré parmi les catho- 
es. Etienne, comte de Thiers, encouragé par le pape 
loire VU, le héros de la papauté menacée par l'empire, 
lirait, à cette époque, dans le Limousin, après avoir 
iboé ses richesses aux pauvres, pour vivre avec un pieux 
ibile, saint Gaucher, qu'un moine de Limoges avait 
hiit dans la solitude d*AureIi*. Le descendant d'une 



Gaucher, qui fol le premier maître de saint Etienne de Muret, 

1^ duu Ui iliocêie de Meulan : Humbert, moine de Limoges, qui en* 
m le» beUe*-leUret dam cette TÎUe, le conduisit dans le. Limousin, où 
flboHit pour retraite la partie la plus déserte de la forêt d*Aureil, où, 
k penniswoo des moines de Limoges, il bâtit uu petit monastère. Il y 
M, à SO ans, d'âne chate qu'il fit en rcTeuant de Limogea. L'église 
tmfkt par loi eriete encore en partie. Elle fut consacrée le 21 août 1093, 
■ le proQTeol cet deni Ters latins recueillis par Nadaud dans un tùa- 

m Aono MiiUeuo nonagruo septuageuo 
QaaUior ablati^i, facta e^t deilicatio nostra. » 

• Nadaud, Mém. m«#M t. IIL) 



m HISTOIRE DBS VICOMTES 

famille illustre parmi les plas puissantes, dominé pm 
idées de son siècle, a?ait acquis bien vite une grande w\ 
tation de vertu et de sainteté. Abandonnant sa prêt) 
retraite, où il s'était accoutumé à toutes les privation 
vint à Muret, y réunit autour de lui quelques honunerf 
aimaient à prier dans le silence, et dont le plus célèbii 
Hugues de La Certa, seigneur de ChAlos. Tels fàreri 
premiers éléments de cette abbaye dont une colonie de 
plus tard, porter & Grandmont, a\'ec de grandes riclM 
les rigueurs de la discipline la plus sévère. 

Dans le même temps, la cathédrale de Limoges s'enrii 
sait; Oaubert, son archidiacre, achetait à lfont«8aint-J 
au diocèse de Poitiers, une grande étendue de terra 
cultes qui, cultivées par les moines, se couvrirent bi^ 
d'abondantes moissons. Pour les mettre i couvert des. 
tentions d'Aldebert, comle de la Marche, et les dégagrf 
toute suzeraineté, les religieux de Saint-Martial domii 
à celui-ci, en présence du duc d'Aquitaine et d'Adén 
de Limoges, un anneau d'or, et i Eudes, son frère, 
somme d*argent. 

Pendant que l'Église s'illustrait par ses vertua u 
qu'elle devenait puissante par ses richesses, Poitiers etl 
louse se disputaient la souveraineté du Midi. Les baron 
Limousin se déclaraient pour Guillaume IV, comU 
Toulouse. Adémar II en fit autant, parce que, depuis 
sieurs années, sa famille avait eu à se plaindrii des pri 
tions des comtes de Poitiers : lui-môme n'oubliait pas q 
s'étaient souvent mêlés de ses différends avec certaines 
bayes, et que les hommes d'armes de Guillaume YI avi 
plusieurs fols envahi sa vicomte. D'un autre côté, Poij 
était trop près de Limoges, t«indis que Toulouse, par 
éloignement, n*inspirait pas les mômes craintes; car, a| 
de porter ses gens de guerre sur les bords de la Vienne 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOiiES. l-ji 

i fevdaUire du Midi aurait été arrêté par les vicnmlcs 
, par ceux de Comboni et de Venladoiir, qui 
ft saUTeparder ieur indépendance féodale. Fier 
Hmxeraioeté Dominalement reconnue dans le Li~ 
maorin, le comte deToulonsA était venu à Limoges Taire 
pande de tout l'éclat d'une cour tasluciise, escorté de hril- 
iMits ciitTaliers, accompi^né de $a femme, Almodis de la 
Varcbe, a la plus dissolue de l'époqne, la plus insatiable 
ilam »et patâons, bmjours avide de plaisirs et dcnonveaui: 
taunts, prenant ua époux pour quelque temps, lui don- 
mal qockpies enfanta, el passant ensuite dttns les bras d'un 
ratre '. » 

Le comte de Poitiers voulut punir Adémar II de son al- 
'^iDce avee le comte de Toulouse. 11 envahît le Limousin, 
-ctDpaia de Limoges et brûla, dil-on, toutes les église^ 
pUrée* ra debors des murailles*; selon d'aulres, on n'eut 
t ragretler qtte la destruction de celle de Saint-Gérard >. 
'Moi qu'il en soil, sa conduite soule\'a une indignation 
.''nénUe. Le peuple prit les armes et se défendit à outrance. 
' ;[natime-Tai!lefer, comte d'Angouléme, si fier, si redoulc 
'j.- les champs de bataille par son courage et par sa force 
pbjnque. prit le parti du vicomte contre le comie de Poi- 
ùen*. Il s'enferma avec ses troupes ditnsUnlIe, la défendit, - 



I. ■ AlnMdii mnllù «icl!^s^m dn]HinuEur : msutn muliercuta pnirilu el 
iMotati, tl aua »i lougu utu tir dinpliDuiOcl, ttlÎM tnigorel, novus im- 
■ uin» ppMtei. ■ (GuiU. de Ual'itfbarg.) 
1. Ckrod. mM. je LimiiKes. 

a. Cetu %liM «vtit «U hUia an l'hoauenr da *uut Géruid d'Aurillac. Un 
w i|%" le HÏnt venait riiiter [e; relîqui-s de nainl MattUi, eanimK il pu- 
il f»t« du Pny-drfrowes, qnelquva hcmuwi libres {rarkimburgt} l'ayanl 
' k, il «ppflla >ar etu «i vu \VU pMtiril^ it molididjon dirini. Les 
■lu An Vttteou repcnclieat eqeore t ceui de Groeses U conduite impie 
1 moUre«. {Chron. Gmtf. Vaaiâi»., e. xix.] 

e lu^, dit Geoffroi deVigeoi» {Chron., c. XII), qiieli|iie* clie- 
•«rnnfiult Ml UricK k traverï leur bouclier H leur (!uiriiii«. On 
tnariDent que j«mtis on n'i po le déagn;onDBr. n 




5 



128 HISTOIRE DES VICOMTES 

« 

ainsi que le château de Saint-Martial, contre toute# 
attaques de l'ennemi. Le comte, forcé de lever le fit 
alla investir le château d'Aix. Guillaume-Tailleter 
Adémar U, avec les barons du pays, l'y poursuivireol 
repoussèrent encore les Poitevins qui, en se retiil 
brûlaient Jes maisons et ravageaient les champs ^ i 

Après cette guerre, de grands troubles eurent eoi 
lieu h Limoges, à l'occasion de l'élection d'un évèque« | 
remplacer Oui de Larron, mort en 1086. Le peupi^ 
clergé et les grands étaient loin d'être unanimea, le | 
le plus nombreux voulait nommer Humbald ; mais Rich 
archevêque de Bourges, défendit de procéder à rélecl 
ordonna au clergé de n'y prendre aucune part et aa pM 
de n'assister à aucune réunion. Le vicomte Adémar | 
tous ceux qui faisaient avec lui cause commune, coi| 
l'abbé de Saint-Martial, ceux d'Uzerche, de TuUCp de i 
gnac et de Vigeois, obéirent à cette ii^onction et se roi 
rcnt. Leurs adversaires se portèrent contre eux aux j 
grandes violences, pillèrent leurs maisons, les inceadîè 
et tuèrent ceux qui n'eurent pas le temps de prend! 
fuite. Humbald, élu évêque par cette faction, au lieu I 
tendre que son élection fût confirmée par son métroi 
tain, fit procéder à son installation par des honunes ai 
qui, durant plusieurs jours maîtres de la ville, assassinij 
leurs ennemis dans les rues et sur les places public 

Cependant l'archevêque de Bourges, pour mettre! 
ces sanglantes discordes, paraissait disposé & se laissai 
chir par les partisans nombreux et puissants du nq 
élu : les moines de quelques abbayes, par haine cd 
ceux de Saint-Martial, se déclaraient pour lui. Adéml 
cl SCS partisans, d'accord avec les abbés, protestaient ^ 

4 

1. (.'(•r.icu : Recueil en fon^iHe tPhigtoi»^. J 






i 




ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES, 129 

'^quement, signalaient tous les moyens violents dont Hum- 
bïlil avait usé pour faire prévaloir son ambition, a C'était, 
dUaieat ils, uiie homme d'une vie déshonorée, sans probité, 
sans instmclioD, d'une réputation perverse; un homme 
enfin capable de tous les crimes'. ■ L'abbé de Sainl-Mar- 
lial, Adémar, qoî n'avait pris aucune part a l'élection, n'at- 
leodint pliu rien de l'archevêque de Bourges, alla se 
pbiiulre aa pape Urbain II, et en obtint l'annulation, 
comme ayant été faite contrairement à toutes les lois cano- 
liqnes. Fier de ce triomphe, il revint en toute hâle à Li- 
moiges, où, dans une procession faite en aclioas de grâces, 
il s'écria devant le peuple, en montrant la bulle du pape : 
t Si f aiaîs reconnu Humbald, vous m'auriez reconnu cou- 
pable dn jang de tous ceux de nos concitoyens dont les 
Doms sont inscrits dans celte charte! a Mais le nouvel 
éréqae s'était aussi rendu à Rome, pour faire valoir sa 
cuise, expliquer ce qui s'était passé et obtenir une déci- 
4t»i favorable, araul mCme que ses ennemis eussent ex- 
posé leurs plaintes. Grand fui son étonnemenl en voyant 
çi'il avait élé devancé par l'abbé de Saint-Martial, qui lui 
dH ironiquement: » Tu viens ici secouer la poussière qui 
en tombée sur ta chape pendant ton élection. >i Cependant 
Hoiabald, resté à Home après le départ de son ennemi, à 
fi>n:e de sollicitations, obtint la conGrmation de son élec- 
tion, à condition qu'elle serait approuvée par l'abbé de 
irtial. Pour échapper à cette difficulté, et ne pas 
nilier devant son ennemi et son riv:il, car celui-ci aspi- 



,. Pra gua cauu ioaurruenint adTenum uan illl, qui nobie aatea 
Vnt unici... ialolerabiUa toili noliis infemnl : laccDdiis aainque rspiDia 
M q>a Dintn suot deetruenlea... niimbalduB quasdam sagilUrics, diabalicA 
àtU tmbuliM, caarestim vl ciTÎtalmi miiit, qui aavo racriflcandi ê<^D«rE. 
wrfoiihi» '.•cciMTuin plïteu de die iu clicm repleut... Ille qui clectus est, 
MAi «tu> boneitale, uulk monim pielAte, nulla lUlerarum erudilioue «11 
irfhrtw. Md oonUa Tuiij ecetsribua et crinïinibui irretiliut esae opertîuime 
. {Ap. Si^ipl. rtr. Franc, I. XI], p. *26.) 




ISO HISTOIRE DES VICOMTES 

rait à la mfime dignité, suivant les conseils dei ra| 
Elie de Oimel, il &t altérer les lettres du pontill 
thieu Vital, habile orfèvre de Limoges, et les am 
à Adémar, qui consentit à l'introduire dans la oi^ 

Le vicomte Adémar II joua le principal r61<|| 
troubles occasionnés par cette élection. Peut-dtnj 
il opposé à rinstallalion d'Humbald, s'il n'avaitij 
s'attirer encore l'inimitié du duc d'Aquitaine. Q 
si l'on en croit les chroniques manuscrites de Ùj^ 
puissant suzerain, en haine de son vassal, seraitï 
même époque, faire encore le siège de la ville, eu 
le feu à quelques maisons voisines du Châtean^d 
retranché dans cette citadelle avec ses meilleuid 
et des vivres en abondance, résista si bien que lij 
fut pas emportée. Harcelé au dehors par les ba| 
vicomte, le duc fut contraint de se retirer, a|| 
éprouvé de grandes pertes. 

Adémar II, occupé toute sa vie à troubler 
s'humilier devant elle, selon ses intérêts, ne vil 
des désordres occasionnés par Télection d'Q 
mourut en 1090, assisté à ses derniers momeni 
sieurs moines qui lui avaient imposé le rep 
restitutions. Il avait épousé Ilumberge, fille d 



i. La chronique de Vigeois, que nous citons souTeni, nous U 
renseignements sur son auteur : elle nous apprend que son 
Breuil, était do Ciormont, près d'Kxcideuil, qu*il était parent 
de Lastoun, du côté de sa mère, appelée Luce, fille de Bei 
d'nne saur des seignours do Noaiilé, parents des Lastours. 
il fut admis à l'éccîs du mouastère de Saint-Martial de Lime 
lorsque furent célébrées les funérailles d'Ebles, abbé de Tulle,^ 
« N étant, ditril, qu'enlant et à Técole. » — Il prit ensuite 1^ 
fession fers Tan 1160, et fut ordouné prétro M»pt ans après, 
nommé prieur de Vigoois. Ce fut dans cette abbaye qu'il comi 
sa chronique, qui est appelée quelquefois Chronique de 
parce que, ptat^étre. elle y fut terminée, (ip. Script rer, 
p. 448, et t. XII.) 



(T as u ncoui^ de limoges. oi 

ViOmted'AiigoulémD, de laquelle il «it troii fils, 
^ Kni el Adénur, cl une lille,'*iion]niâc Marie, mariée 
e de Vealadoar. 
■ Iti derniers temps de la période csrlovingieime , 
M de Limoges, soil par suite des cooceasions daa 
IteeUe dynastie, «oit parce qu'ils surent par 
idra BU loin leur autorité, avaient exercé 
EM>it*craine sur tout le Limousin. Mais h la 
, la Ticomté se trouvait démembrée : quel- 
I ce raste territoire formaient les lîefs de 
1 ramilles qui se regardaient comme îndi- ' 
me litre que leurs anciens suzerains. Bntre 
iCorvéce «1 de 1.1 Dordugne, régnaient les 
■iV^arenne, une des branches des comtes du { 
l Sfinurd, l'un d'eux, fils de Robert, lout-puissaat I 
kf^oerie de Turenne, l'avait vu ériger en vicomld ^ 
^oulre-oier, comme prix de sa fidélité au jeuiM I 
kBIe passa ensuite par mariage à Archant- 
K'4fiCon)born, qni épousa Sulpicie de Tnrcnne, , 
r âvail été mariée h RanulTe, vicumtc d'Aubiift- J 
1 qoelques-ijtis, Arcbombaud, qui réunissait à 1> J 
I d« Cbtuborn celle de Vonladour, serait ùU de Ha^. i 
', OomlA de Ouerci, et n'aurait réuni les trois graudft I 
a ooBseut^meol de Guillaume 1", duc d'Aqi^ i 
t looQlres pourrait^al bien aussi n'âlre que 
teoU de quelque famille gallo-romaine rjuî se ^tnùl^ i 
I après U conquête fraoque. Quoi qu'il eu soiti J 
I ibtil si anoienuc que les plu» illustres dv | 
t priteodaient en descendre ^. 

i I", de Combom, par son courage el pw 41. 1 



«a. 60. — Dul; ! Uâbnr» du tomttt du PoOim. 
rn»iW< vMwionun facroun MMii* n1 iSMUwlHiU od cv Ijm- 
L > (BiJ<iu> : /lui. TaltL, p. U.] 




132 HISTOIRE DBS VIC01ITB8 

force physiqoe, commença dans rhistoire féodate 
France Tillustration cft sa race. Les chroniqueSt 
traditions, en ont fait un monstre et an héros. Ses 
l'appelaient le Boucher^ parce que, de mftme que 
coupe les viandes avec la hachCi de mfime Ai 
pourfendait ses ennemis avec le glaive sur les 
bataille '. Richard-sans-Peur, duc de Normandie, ne 
de lui qu'avec admiration et rechercha son alliance 
donnant la main de sa sœur. U s*en fit ainsi on pi4| 
appui contre ses ennemis, surtout contre l'empereur 01 
de Germanie. La chronique de Vigeois dit que, galaÉ) 
tant que brave, il accepta plusieurs combats singi 
contre les détracteurs de la femme d'Othon IV, ae| 
d'adultère K i 

Arcbambaud ne possédait encore que les seigneari( 
Combom et de Ventadour, quand il épousa la sœur di 
de Normandie; et après la mort de celle-ci, il avait épi 
vers 946, Sulpicia, fille de Bernard, vicomte de TurenÉ 
ne devint cependant \icomte de Turenne qu'après lai 
d'Adémar, son beau-frère ; mais ce ne fut pas sans aij 
lutter contre un puissant compétiteur, Ranulfe-Caba 
vicomte de Rochecbouart, qai prétendait au partage I 
vicomte, au nom de sa femme, seconde fille de Beii 
Habitué à ne céder qu'à la force, Arcbambaud en «g 
aux armes; la guerre fut sanglante. Les vicomtes de L) 
ges. Oui II et Adémar II, n'y prirent aucune part, nej 
lant pas contribuer à augmenter la fortune des deux } 
pétiteurs« Ranulfe, par les armes ou par la ruse,'s'ei4 

1. « ... MaceUariuB cognominatus est, quia, ticut caraifex etrass-l 
in marello, «ic iste truncaluit cane hosie^ in bello. » 

2. Quelque» tuteurs croient qu'il H'agit de Mario d'Aragon, flUe ds 
che 11^ roi de Nararre; mIod d'autres, d'Emma, femme du roi Loihdl 
ftit accotée d'avoir empoiiooiié son mari. (Chron, Gauf, Vaikw;U ¥1 
Lttbbeum,) >'J 



ET DE LA VICUMTE DE LIMOGES. 13J 

clilleaa de Turenoe. Archambuud vint aussitôt l'y assié- 
m jour, armé d'une hache, il brisait une des portes 
iidmt SOI» ses coups, s'oiArit devant lui. Mais au mo- 
ol Q 8*7 précipitait, une de ses jambt-s se Irouvaut 
fê cotre les deux battants que poussaient avec vio- 
ceux de l'iatérieur, il reçut une blessure dont il ne 
nuis guérir, ce qui le fit surnoiumer Jatnbe-Pourrie 
I fulrida). U n'en resta pas moins maître de la place, 
avoir fait massacrer ceux qui la défendaient. Son 
!litcur, renonçant û ses prétentions, se réconcilia avec 
et l'aida à assiéger le château de Monceaux, dépen- 
de l'abbaye de Tulle, qui le tenait du vicomte Adémar 
cheUes, et le donnait ordinairement à un abbé laïque, 
prix de la protection que celui-ci lui accordait. Ar- 
prétendit y avoir des droits, comme héritier du 
nier vicomte du fias-Limousin. Il s'en empara par la 
t, et le céda à son frère, Ebles, vicomte de Ventadour, 
K laissa pas de postérité, de sorte que les trois grands 
M trouvèrent réunis. On croit qu'il mourut vers 993, 
I avoir fondé sur ses terres, entre la Vezërc et la Dor- 
le, l'abbaye de Meymac, de l'ordre de Saint-Benoit, 
, doooB ensuite à l'abbaye d'Uzerche, où il eut une 
iet privilège dont jouissaient aussi les seigneurs de Ma- 
da, de Sainl-Viance, de Blauchefort, de Bré, et plu- 
n autres familles illustres '. De son second mariage lui 
tôt nés deux fils, Archambaud, marié U Jourdaine, fille 
loiOD H, comte de la Marche, et Ebles, qui eut pour 
Uge la vicomte deVentadour. 

Dcuoe famille féodale n'eut plus de célébrité que celle 
Comboru; aucun guerrier de cette époque n'eut une 
I grande réputation de courage qu'Arcbambaud i", la 

Mltullou : Annales ; D. Marleiin«, 



134 HiëTOIRE DES VIGOMtES 

plQs Traie penonniflcalion des races guenriëres en ma; 

àge« Pour faire oublier ses asurpalions et la tioleiiee dai 

oaractèref Comme aussi ptur f aimer ses remordSi 11 fli 

grandes libéralités aux monastères du pays*. En préA 

de ses deux fils, il avait déjà donné à l'abbaye d'Uid 

L'église de Sainte-Marie et deux manses, Tone titu) 

Cousage, l'autre au village des Bordes ^ à conditioii: 

les moines célébreraient, chaque semaine, une messe | 

lui et pour les siens, et qu'ils entretiendraient à leurs i 

un pauvre admis à vivre dans leur cloître. Comme i 

regardait comme seul suzerain de l'abbayOi il voulut 

les religieux ne pussent jamais ôtre excommuniés que i 

un synode diocésain, et que l'abbé tint un rang é§ 

celui de Saint-Martial de Limoges. L'abbaye de Tallej 

Ire autres concessions, reçut encore de lui et de sa fèl 

deux manses, prôs d'AIize, dans la vicairie de Naves K 

Le château de Gombom, si célèbre dans notre hM 

féodale par la puissance, par la valeur de ses maîtres el 

leurs crimes, était situé dans la commune d'Orgnac, 

un rocher, au pied duquel coule la Vezère. On n'y voit; 

aujourd'hui que des ruines sous lesquelles régnent de vl 

souterrains, où le voyageur craindrait de s'aventure! 

quelques pans de murs, dont la solidité résiste depuiî 

siècles aux hommes et au temps. Si ce n'était le bml 

la Vezère qui mugit et se brise contre des massel 

granit, un silence de mort assombrirait cette solitudî 

ruines et de deuil. Au milieu de ces pierres tombées! 

1 

1. Ctrtul. d'Uierchc. | 

2. JuKlel : //(W. dei vicomtefde Turcnnc, — Haluie : Hiitt, Tuiel, îA 
de NftTC]! cBt romarquahle par du inagiilllques sculptun» dues aux i 
Duhamel de Tulle. G^i eoiemble de ityinbolcs reliiricux, ces eiselurea I 
rablcmcnt fouillées, ces «laiucs pleines de vie, ci le maguilique cadl 
maltre-autel, font le plus grand honneur au talent des deui artiatai 
vÎTaifint vers la fin du xvii* siècle. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMIUiKS. 1J5 

TOAtestlQ manoir, le laboureur indique U place d'an puits 
Iirofirad, dans lequel les vicomtes de Comborn préclpi- 
laient, dil-00, leurs ennemis, surpris dans les euvirons, 
uu TÙncas daus les batailles. Il fut une époque où tant de 
hlioes s'ileTaiCDt contre la noblesse, qu'on inventa contre 
ellelo plus injustes accusations. Sans doute elle eut ses 
crnun, mais elle ent aussi ses vertus. 

A Arcbambaud 1", dit Jambe-Pourrie, succéda sou fils 
tloé, Arcbamband H, qui ne tarda pas à laisser en mourant 
»D hcbe béritâge k son frère Ëbles 1", déjà eu possessioa 
le b Tîcomté de Ventadour. Ebles eut l^iumeur guerrière 
cl iTentureuse de sa rare. Le jeune vicomte prit part à tous 
les éTinemcQts de son temps, défendit et dépouilla tour à 
tout les abbayes du Limousin : pour avoir réprimé une se- 
dî&)D des moines d'Uzerche contre leur abbé, il obtint 
lie celoi-ci, k titre de récompense, tous les droits qu'avait 
l'ahbaje snr le village de Bar. II soutint aussi une lutte 
lebaroée contre Gaubert, un des seigneurs de Maicmort, 
lamilie déjà puissante, qui prétendait ne devoir au roi que 
l'hommage, et no» l'ott. ne chevauchée de droit '. Les deux 
pirtis eurent de nombreux allii^s parmi les barons de la 
coolrëc, car la baine se perpétuait à cette époque daus les 
rangs de la féodalité, comme autrefois dans les tribus 
^rmaniques. Witard, seigneur de la Rocbc-Cauilbac, fils 
d'Adémar, marié U Farelda, fille de llanulfe-Cabridel, vi- 
comte d'Aubusson, défit les troupes d'EbIcs dans les envi- 
i de Tulle *. Le vaincu, dnngemusement blessé, fut 

né par les siens qui le transportèrent en toute bAte dans 
f monastère de Saint-Martin de Tulle, oîi les moines lui 

Bn&rent des soins qui rétablirent sa santé. En reconnais- 

ice de celte hospitalité, il leur céda plusieurs terres dans 




i 



136 HISTOIRE DES MCOMTES 

le Bas-limousin et dans les environs de Creissac en Qœn 
Après d'autres combats, où la victoire resta indécisCi Ga 
bert de Malemort fût fait prisonnier. Ebles le retint étn 
tement dans un de ses châteaux, nommé Mdurensis^ et 
disposait à l'y faire périr, lorsque les hommes de la ta 
de Malemort attaquèrent la forteresse, y mirent le feu, 
la détruisirent de fond en comble, après avoir délivré le 
maître, qifi prit le bâton de pèlerin et alla mourir sur 1 
routes de Jérusalem, où le suivirent bientôt Guillaim 
Taillefer n, comte d'Angoulème, Isambert, évèque de Pi 
tiers, Jourdain, évoque de Limoges, et Foulques, coB 
d'Anjou. Le peuple, touché de ses malheurs et admiraU 
de ses vertus, l'honora longtemps comme un sainte 

Le château de Malemort était, dès cette époque, un i 
plus forts de la contrée. Situé, près de Brive, à l'extrémi 
d'une colline, qui domine la vallée arrosée par la Corrè] 
on n'y arrivait que par un chemin tortueux, longeant pi 
sieurs enceintes de murailles crénelées, qui défendais 
rapproche d'un donjon, haut de plusieurs étages, dont I 
voûtes écroulées couvrent encore, comme d'une seule pièc 
le sommet de la colline. L'historien qui étudierait ces niiq 
gigantesques y reconnaîtrait la forme des châteaux du qà 
trième siècle, si bien décrits par Sidoine Apollinaire *. Gel 
position, avec ses ruines, est sans contredit une des pi 
curieuses du Limousin. 

La guerre entre Eblcs, vicomte deTurenne, etGauberti 
Malemort, à laquelle prirent part, selon leurs intérêts, toi 
les grands vassaux du Limousin, ne fut pas la seule dont, 
peuple avait eu à souffrir. De graves inimitiés, nées de l'i 



1. ChroH, Adem. Caba/ums. 

S. ... Amhivt ftltis 

Murnibu» el cclu^ transmit teut aéra torrcs. 

{Carm, ZXH.) 



i 



bl DE LA VIcn.MTE DE LIMOGES. 137 

,i-n goi armait les vassaux de la vicomtâ de Limoges les 
.- cofltre les autres, poussèrent aussi Gui de Lastours, 
Ttiomné Téle-\mre, partisan des aventures périlleubes, à 
.::^(ier le seigneur d'Authefort, qui pouvait menacer les 
eUrtaMs limites de ses possessions (lu c6lé du Péngord. 
AiMmar n, de Limoges, avait pris dans cette querelle le 
pirti d'Authefort, purce qu'il craignait d'avoir plus tard à 
conpteraTec ceux de Laslonrs. Les deux alliés ne lîrent 
d^bord qo'iioe guerre d'embûthes, se cachant dans les 
Mis, d'ob ils ne sortaient que pour surprendre leur 
nemi, pour ravager les terres et pilier les cliauroiëres. 
Oui de Lastours devenant tous les jours plus audacieux, 
klicofflte de Limoges, pour se prcmunir contre lui, laissa 
quhpie temps sou aJUé livré à lui-même, et mît tous ses 
uiiu à fortifier son cbàteau de Ségur, b&li par ses ancttres 
nroD rocher escarpé, protégé par un cours d'eau et par 
oae ceinture de hautes collines. Cette position militaire, 
célèbre dès le huitième siècle, avait vu se grouper peu & 
pcatolonr de son enceinte plusieurs petits vassaux accou- 
nt pour se mettre à l'abri sous ces fortes murailles. Ce fut 
forigiae de la petite ville de Ségur, fameuse dans la suite 
camme siège d'une coui de justice et comme séjour préféré 
tloat autre par l'illustre maison de Bretagne. 
Ce n'était pas la seule place de guerre des vicomtes de 
-ûngcs. Dans la plaine, du cûté d'Excideuil, d'autres chà- 
luz forts d'assiette formaient autant de postes avancés 
l'-'jnt la défense était confiée à quelques membres de la 
urfme famille, et dont le plus important fut longtemps ce- 
loi de Ch&lus, qui commandait une vaste étendue de pays 
cootre les comtes de Périgord. Pour se prémunir aussi 
cofltre les habitants de Limoges qui, souvent excités par 
de Sai ut-Martial, venaient ravager leurs terres, les 
Iles avaient aussi fait construire le château de Bré, 




â 



18S HISTOIRE DES VICOMTES 

point intermédiaire entre ceux de Labersao et de Coal 
Bonneval qa'il surveillait, puissante citadelle placée tî 
sommet d'une colline, défendue par plusieurs bastioi^ 
forme carrée, qu'entouraient d'épaisses murailles gm 
de créneaux et réunies entre elles par des saillies e| 
barbecanes ^ L'ensemble formait diverses enceintes : 1 
celle du milieu était le donjon, dont on ne pouvait a| 
cher qu'en passant sous deux tours, ou en s'engageant i 
de vastes souterrains pratiqués sous la place. Du bal 
ces remparts, on pouvait surveiller d'autres postes fori 
situés dans les alentours, comme celui de fifasseré, i 
sur un point culminant, d'où la vue s'étendait jusque 
virons de Turenne, d'Issandon, et jusqu'airx cimes aéril 
du Cantal et du Puy-de-Dôme K Toutes ces positions 
tégiques de la vicomte de Limoges, dans cette parti 
Bas-Limousin, formaient comme un cercle dont le o 
élait la forteresse de Ségur, où s'étaient arrêtées les bi 
des Normands. 

Malgré tous ces moyens d'attaque ou de défense, Q 
Lastours, soutenu par Elie, comte de Périgord, et par 1 
vicomte de Turenne et de Combom, enleva au vicom 
Limoges le château de Bré, et pour braver son ennen 
construire, sur une colline, presque en face de Séga 
château, plus tard Pompadour, quand des constmc 
plus grandioses et plus élégantes eurent couronné II 
de cette colline, d'où l'œil embrasse un lointain hoil 

1. Lo cUàteau de DM fut eu {)&rtio détruit venu 1242. On y remai^ 
core quelques vcsliges d'une tour ttituéo dauB la partie nord, la hêm 
autre (iLicée au reulrc, nt une troisième en partie ooDRerréo, to al 
{Arch. de la vicomte tic Limogeif, à Pau, série K, n» 607.) 

2. Le rhÀtoau de Masscré i^iX placé 5ur une rolliuo haute de 400 ml 

3. Ce W&tX que dans la Mronde moitié du xii° siècle que Pompait 
ralt avoir été une iK^ifcneurie distincte de celle de Lastours. On eroit 
premier qui prit ce nom fut GeofTroi Hélic, d'origine milanaise, 
Fnnce, après la croisade, par Louis Vil qui, pour récompenser 



1 



ET DE tA VICt)MTft DE UMOGES. [3B 

ia forte assiette de cette forteresse, il s'avança 
«tr lec limites de ia Ticomté qui louchaient au Périgord, y 
brtb te ch^au de Jardana, pour se venger du seigneur, 
im Booemi, qui, par dérision, le comparait à un ouvrier : 
« Bmi naàlem fabri eaehinando vocaverat, i prenant à la 
tellrf M que rapportaient les chroniques de Fulcbérius, le 
owigeax et babiic adversaire des Normands, qui avait 
Ul deSégnr la principale place forte du pays. D'Autbefort, 
d'iecord arec le vicomte de Limoges, mit lin îi cette guerre 
(D Tenant avec toutes ses forces attaquer le cbàleau de Pom- 
padour. Il trouva les hommes d'armes de Gui campés, à 
quelque distance de la place, près d'une ancienne chapelle, 
Hait au milieu d'une vaste forêt, les attaqua à l'impro- 
nste. resta mallre du champ de bataille, el détruisit la 
ohajwlte, pendant que son ennemi opérait sa retraite en 
boa ordre >. 

Im ieta partis, cédant aux supplications du clergé et 
k b crainte de l'excommunication, suspendirent quelque 
les hostilités. Quelques-uns de leurs adhérents, en 
de repentir, firent aux églises et auj abbayes d'impor- 
donatioDs, D'autres partirent pour la Tcrrc-Saintc. 
lies, vicomte de Turenne et de Comborn, demeura dans 
famille, oii éclatërcul bientôt de sanglantes discordes, 
il fui la première cause par la violence de ses pas- 
Dégoûté de sa première femme, Béatrix, îlUe du duc 

il (TâLofd donné le tilro àe m\\jaeav de Sé(cur et lai aurait fait épau- 
la m» femme da 1b ramille tle Instaure, qui lui aanil apporté en dot une 

■ itt terra (>(ué«i à Arnu. GeotTroi Hélie lurul alors fait coDetruire 
de la petite «itadolto, élevée par Gui do Laitourg, le chi- 

t Pnmpadaur du miil îtalieD Fompadora, k cauto de l'importance 

udion. Quoi qu'il ta loit, c'est bien avec GeoITroi Uélie que 

n 1 113. Il génàiloeic des wigueura de Pompadour, tous por- 

n d'HAlie. (£e P. Aiuebat.) Le cbtUau de la Rivière, dont ou volt 

■ In belle* niiaea, fttt de Pampadour, Tut bUi par lei i«goeanda 

. CAron. Gmf, Votiaiâ, ^^Ê 



140 HISTOIRE DES VICOMTES 

de Normandie, il Tayait répudiée pour épouser Péronelki 
d'uae obscure condition, et pour que l'Eglise lui pardoaii 
cette union et la légitimât, il avait donné aux moines i 
Tulle neuf borderies, situées à Malaval {MalavaUis *)| iWj 
les hommes libres ou serfs qui s*^ trouvaient, aasodaii 
cet acte d'une fausse générosité, Péronelle, sa secoBi 
femme, et les enfants nés de la première K De son seooa 
mariage naquirent Ebles et Robert, que quelques au4 
listes assurent être nés de Péronelle avant la répudiathi 
de Béatrix. Robert, le plus jeune, fût l'objet des prédl 
lectioDs de son père, à tel point que cette préférenl 
excita la jalousie d'Archambaud, qui, outre l'indignitiâ 
vivement ressentie de l'injure faite à sa mère, craigni 
que le fils de l'étrangère n'eût la meilleure part de lliéf 
tage paternel; aussi avait-il quitté en pleurant le château i 
Gomborn pour aller retrouver sa mère délaissée. L'unis 
était impossible entre les enfants des deux lits, les altèi 
cations continuelles. Vainement le père chercha-t-il à h 
réconcilier, en les associant avec sa dernière femme à m 
donation en faveur de l'église de Belmont (4030); il 1 
put éviter que sa maison ne fût souillée par un grau 
crime. Un jour, Archambaud, irrité contre Robert, l'ai 
sassina de sa propre main. Le père chassa de sa maison I 
fratricide qui, pendant quelque temps, erra de manà 
en manoir. Le plaisir de la vengeance satisfaite rappn 
cha enfln le père et le ûls. Le jeune Archambaud, pajj 
tageant toutes les haines de sa famille contre ceux q( 
en avaient été les ennemis, tua, dans une embuscadi 
Vi^itard de la Roche-Canilhac qui, quelques années aupait 
vaut, avait fait au vicomte de Turenne une blessure incd 

rable. Ebles, appréciant le dévouement de son ûls, se mol 

j 

i. MalaTal était situé dans la Tiguerio de Chamboulive. 

8. Juftel : Hùt. des vicomtes de rureiuie, prtuvet, p. S7. t 



ET DE LA VICOMTK DE LIMOGES. Hl 

tra alors disposé ft pardonoer. Une entrevue eut lien, par les 
soins de quelques amis, dans les environs de Tulle, et le 
fralricide reçut son pardon à l'endruil mËme où il avait 
Tcngé son père. 

Arcfuuubaud U, qui succéda k son père dans la Tîcomté de 
Combom, tandis que celle de Turenne restait à Guillaume, 
sooMre, épousa Rotberge de Rocbecbouart, proche pa- 
rente d'Adécoar II de Limoges. Ambitieux connue les autres 
d'accroître sa fortune, il fil souvent la guerre à ses voisins 
pour s'enrichir de lenrs dépouilles, et ne respecta pas mieux 
la abbayes. Celle de Vigeois, dont l'église venait d'être con- 
acrie par l'évéque de Limoges (1048), fut envabie à main 
■iiBée, tes moines mis en fuite, et les serfs massacrés sur 
mw partie de ses terres. Pour faire croire au clergé qu'il 
n'anitplta à redouter de telles violences, et pour se faire 
podonner ses usurpations, il distribua aux autres maisons 
relieuses du pa_vs une partie de ce qu'il avait enlevé fk 
Vigeois', celle d'Uzercbe en eut une large part. Blessé mor- 
tcUemeot d'un coup d'épée, après une vie pleine d'aven- 
tares, de périb et de sacrilèges, il demanda & être enterré 
dans l'abbaye de Tulle; et, le jour de ses funérailles, Rot- 
berge, sa veuve, qui .ivail vainement tenté de modérer son 
u&biiioD, SI en son nom de nombreuses aum&nes ■ (1050). 
Sa mort ne rendit pas la paix au Limousin : peu de temps 
iprfcs, Gui de Lastours recommença la guerre contre Adé- 
marD, qui eut pour allié Gaucelrae de Pierre -Buffi ère. Le 
ticomte de Limoges, ne pouvaul résister h son ennemi, et 
•«TaDt presque toutes ses terres ravagées, fut réduit h de- 
mander la paix. Le vainqueur, après cette réconciliation, 

!. Arrhiunbaud II loiist pour lui nuccidcr Arcliambauil III, qui fut vicomtt 
■K Cumhoro, EUei, «icomie do Vcnudour. Hue fille aonamée Cnia fut ma- 
i"^ À Bigsod de CatliuiuiiÈre. Ëblcs fut U ligci tles vicumteB de Vdiiladaur. 
^ te MoUiua jutqu'sa nuriage d^ BlRuoba, Dlle de Chul«s de Veutwloar, 
ntc Uu» de U.ri. comte de h Vwlle (1460). 



142 HISTOIRE DB8 VICOUIIS 

panit plasieo» fois à la cour de Limoges, dont il atmiîtl 
fêtes ; il y mourut le- 1** des calendes d'aoftt lOAfi» des sri| 
d'une ancienne blessure, laissant de grandi biens à sa 
mille, et à son pays une mémoire illustrée par son 
Engalcia, sa veuve, après avoir signé une charte par 
quelle elle donnait à Tabbaye dUserche l'église de 
qu'elle avait eue en dot de son père, le seigneur de 
mort, et que tenait en fief un nommé Archamband, 
Robert ^ , renonça au monde pour passer le reste de 
jours dans le monastère d'Amac, que ses pieuses 
ses libéralités avaient aidé à construire. Elle y fut in] 
en dehors de la porte conduisant du cloître à l'église, 
sissant cet emplacement, persuadée que les fidèles, 
rendaient aux offices, prieraient pour elle en passant 
de sa tombe. Aiyourd'hui, le cloître et la tombe ont 
paru; mais pour qui connaît Thistoire du pays, il est im] 
sible de ne pas y évoquer les souvenirs du passé, les 
tiens de la gloire chevaleresque et des pieuses vertus, 
on entre dans celte vieille église isolée, comme une 
qui pleure un époux et des enfants bien-aimés. j 

La piété et les bonnes œuvres de la chÂtelaine de I4 
tours nous apparaissent comme d'autant plus louahli 
qu'elles avaient alors peu d'imitateurs dans les rangaJ 
la féodalité, toujours disposée à s'enrichir des dépouifl 
des abbayes. A la même époque, celle de Vigcois si 

m 

subit d'odieuses dévastations de la part de plusieurs 
gneurs de la contrée, qui lui imposèrent quelque tel 
des abbés laïques ^ Après avoir vu enlever les riches 01 
ments de leur église, et le trésor rempli des aum^ 

t. Gui, Gérard et Goufller de Lutoure, fili de la donatrice, ugnèrent 
à oeUa ebartc, ea présence d'Archambaud 111 de Gombom. [CartuL et 
Ueut eh. znr«.) 

a. Ckron. Gêuf» Votimt». : GûU. CkrisL^ U S; Iwttrmn, eeciêê. Ui^ 
tneens, I 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. m 

(in peuple, les religieux eurent encore la douleur d'être 
lémoins de Ilaceodie qui dévora presque tous leurs b&ti- 
mecU. les registres oil étaient écrits leurs pmiléges, et 
les licrei les plus précieux, à la décoration desquels avaient 
IraTjuUê d'intelligents artistes. L'incendje n'était pas éteint 
qoe les envahisseurs les poursuivaient comme des bSles 
rame», rayageaient leurs flefs dont les malheureux serfs 
Iujiient ét>OQvantés. Les religieux acceptèrent ces épreu- 
cts comme un chAtimeat du Ciel infligé à leurs propres 
boles, car depuis quelque temps, l'crdre et la discipline 
l'ttisUîcDt plus dans leurs cloîtres ; ils se repentirent 
(t s'iiamilièreot devant Aymar, abbé de Saint-Martial de 
LicDoges, qui leur donna pour abbé le pieux Gérard de 
lAlnde, à qui Us durent de retrouver leur ancienne pros- 
p'Kti pjr une sévère réforme '. Bernard de Bré, de la 
:;.(lle de Lastours, pour réparer tant de désastres, et en 
.vutioo lie ses fautes, leur donna plusieurs terres de sa 
eij^aeiirie. Gui Q de Lastours, avec (iérard etGouffier, ses 
'ifiii frères, encore en bas flge à l.\ mort de leur mère, 
<ic:nèrenl à une charte par laquelle ils s'engageaient à 
iiécut«r toutes les donations antérieures ^ (1073-tO7G). 
irchambaud IIl de Combom qui, comme d'autres grands 
avait aussi envahi les biens de l'Église, manifesta 
B soo repentir par de pieuses offrandes; voulant faire 

Selon d'tutns, l'agtetii de celte nirorim'ijQful HuguHd etooii Aymar. 
~ itr^ivi, eu effet, u'aTuil pu bu niïialeutr la ilindpline duiB ai propre 
' 'li. [art de virtfier let dalti. Ex dwon. S, Mariialù Lanauû:., op. 

L Ua«i de VigBois nom établit AÎBii U géoéilD^s de la famille de Lu- 

•m. ipt^ Gui 1" et EdbiIcmi Qui il, infaunié i Arnic, père de Gui IIl, 

fr Cktii et de CoBflier. Gui IIJ, morl k JâraMlemi mu OU OlUrîer. luâ 

frtffAfCd et eaterré à Amac. Gui IV, qui épousa Mallùlde, mère de Boion. 

. emli de Tureone. De ce mariage, Gui V et Goumer. Gui V épouia EliM- 

''*' ~'t lie Gui Flameoe, etOUivier, Ban Trèro, Alpaide, tille de Gnucelms 

tt. De c«tle dernière naquirent Gui, éréque do Pérj|;ueui to 

K«t Bodotte qui Tut moiae. Séguin da Lutoun, époui de BruuiBsende, 




i 



144 HISTOIRE DES VICOMTES 

oublier qu'an joar, irrité contre les moines de l'abbtje 
Talle, il en avait fait massacrer douze dans l'iAénear mil 
du clottre, il donna h l'abbé la chapelle de SaintpGM 
[Gmieita in vicaria Cambolivmris) (i07i) K II obtint ansÉ 
Oni, évoque de Limoges, comme expiation de ses fantflii- 
fonder le monastère de Meymac, de l'ordre de Saint-BeoN 
à condition qu'il ne relèverait que de lui-même et qu'Ui 
rait exempt de tous droits seigneuriaux (1060) K Ce monl 
tère, soumis à l'abbaye d'Uzerche, restitua à celle-ci l'éf^ 
d'Objati donnée autrefois en fief à la famille de Combe 
Archambaud m consentit quelque temps après à cette il 
titutiouy en présence de Rotberge, sa mère, d'Emengard6|| 
femme, de Bernard, son frère, et de plusieurs de ses vassi 
tels que Gauthier de Hirabel et Gérard de Seilhac (101 
L'évêque de Limoges, se défiant de la bonne foi du font 
teur de Meymac, ne voulut faire la dédicace de la nouil 
église qu'après cette concession ; il exigea de plus quel 
religieux eussent le libre choix de leur abbé, mais à ta 
ditîon que celui-ci aurait fait profession dans l'abU 
d'Uzercbe, ou qu'il y viendrait accomplir cette cérémd 
avant de prendre possession de sa dignité '. ) 

La mort d'Archambaud UI de Comborn fut roccasioiil 
sanglantes discordes dans la famille. Ce grand seigfll 
avait laissé la tutelle d'Eblcs II, son fils, à Bernard, ^ 

fille d'Ajrmeri d'Aixe, fnt père do Gérard et do Séguin. Ce dernier 
Aimeliaa, fille do Bertrand de Bom, et fut père de Gérard et d'j 
GoufQer de La»Umrft, surnommé le Grand, époux d'Agnès d*Aabi 
père d'un autre Guufficr qui mourut à la croisade de Louii Vil. Mi 
renseiguomeuts, il est ditlicile du dire au juste en quelle année Titaif 
divers membres de cette famille. 

1. Mabillon : Acta S. BenedicU, t. 1. 

8. Mabillon et D. Martenuo ne sont pas d'accord sur la fondation doi 
nastère de Meymac. Le premier Tattribue à Eblcs, le second à 
baud Ul. Les donations faites par l'un et par l'autre donnent lien à 
eonftiiion. 

8. G^. Ckfift,, U II ! Instrum, Eceleu Lemovic,) 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 145 

qui ne devait remettre le fief de Combom aa jeune 
te, que lorsqu'il serait en âge de porter les armes. 
d paraissait devoir être un tuteur intègre ; on le re- 
lit par sa piété, et on l'avait vu travailler, comme un 
onvrier, à la reconstruction de l'abbaye de Tulle, na- 
en partie détruite par un incendie ; mais quand le 
de se dessaisir de l'administration fut venu, il hésita 
&a voir jusqu'où pourrait l'entraîner son ambition. 
S, indigné, à la t^te de quelques hommes d'armes, 
Dt comme un conquérant, prendre possession du 
3 de Combom, d'où son oncle s'était enfui, y laissant 
me qui n'avait pas eu le temps de le suivre, et sur la- 
l'eDvahisseur exerça une affreuse vengeance. Malgré 
mes et ses prières, il la souilla de sa lubricité, espé- 
le son mari la répudierait après cette flétrissure. Ber- 
; reprit ; mais comme il lui fallait du sang pour laver 
ront, il se présenta bientôt avec quelques hommes 
isà la porte du château de Comborn, prodiguant les 

et les menaces au jeune vicomte, qui célébrait sa 
ise victoire dans une orgie^ et qui, échauffé par le vin, 
de colère, s'arracha des bras de ses compagnons, 
a contre son oncle, retiré de l'autre côté de la Vézère, 
rsuivit par le chemin qui conduisait d'Allassac à Vi- 
jusqu'aiiprès de l'église de Saint-Martial d'Estivaux, 
ba dans une embuscade où il fut pris et tué sur place 

chevalier de son oncle, nommé Etienne de Bossac; 
!s disent par Bernard lui-même, 
roua ses crimes à ses derniers moments, demanda 
i h Dieu et aux hommes, s'arracha les cheveux et les 

l'air, en signe de repentir *. Durant plusieurs jours, 

rxm, Gfiuf, Voiriens, L'auteur de celte chronique, si précieuse pour 
: du paj», uous appreud qu'il eut pour père Gcoffroi de Ureuilf qui 
CiermoDt, près d'Ëxcideui], et parent des seigneurs de La^toort, du 

I. 40 



146 HISTOIRR DES VICOMTES 

tes pauvres serfs de la vicomte dû Gombom vinreat en tosi 
prier pour lui» et offrir des aumônes aux moines qui pi 
datent son cadavre. On le transporta ensuite à Tulle» <A 
f^ inbumé dans Tabbaye de Saint-llartio, par les aoH 
d'£!tienne Baudri, moine guerrier, qui l'aocompagnait pi 
tout, et qui, selon la coutume du temps, lava son coq 
avant de le confier & la terre. Gomme il n'avait pas été Q 
rié, sa mort livra la vicomte de Comborn à Bernard, « 
meurtrier, troisième fils d'Archambaud U, Celui-ci, pq 
que les moines lui pardonnassent son usurpation, et pour, 
repos de Tâme de sa victime, donna à l'abbaye de Tulla. 
village de Tilie (de Tilio)^ et jura, la main sur l'autel, qi 
dans le meurtre de son neveu, il n'avait fait que repoum 
la force par la force ^ Dans cette vieille société féodale, 1 
grands n'étaient pas plus irréprochables qu'ailleurs : l'ab 
de la force et l'exercice du pouvoir engendraient toul 
sortes de crimes ; mais très-souvent aussi la foi et le i 
pentir revendiquaient leurs droits sur ces âmes moins on 
rompues qu'égarées. 



odté de sa mère appelée Luce, fllie de Bernard Marchais et d*une 
wiceneurt de Noaillé, descendants de» seigneurs de LaiOours. Dès Ma ■ 
lance, Adémar fut admid à l'école du monastère de Saint-Martial de Limoi 
il y étiit à l'époque des funérailles d'Eblos, abbé de Tulle, qui fiimt o 
bréet en 1151, a n'éUnt. dit*il, qu>nfint et à l'école ». 11 prit rbabit il 
profession vers 1160, et ne fut on:():uié prêtre que Eept ans après. En 11 
il fnt élu prieur do Vi^iis. Ce fut dans cette abbaye quMI commeof 
Aorire la chronique de Vifceois, ap[)elée quelquefois ChroniqMde Scm^Jj 
/itt/, parce que peuUétre elle y fui terminée. {Scriptor, trr, GaiL, U 
XII.) Geoffroi fut trvs-lcttré et ri dé^ireui de s'instruire qu'il Ht Tenir d' 
pagne uu exemplaire d'une chronique latine faussement attribuée à Tui] 
archevêque de Heim», dans laquelle il était question de l'expédition de (J| 
lemagne dans la vallén de l'Kbn*. : « Je viens de recevoir, écrit-il à §•§ I 
frères de Saint-Martial, rhiàtoire des gloriaux triomphes de l'ioTini 
Charles et des faits glorivii du grand comte Roland. Je l'ai corrigée i 
la pins grand soin, et l'ai fait copier, |iar la considération que nous n*m 
su jusqu'ici de ces évéuemeuts que ce que le> jongleurs en ont rapy 
dani leurs chansons. » 
i. Balu2e • Hist, Tutel. 



i 



ET UK L.* VICOMTfi UE LIHUliRS. 



cHApmtE vu 



- U mEultAp. CBOI^Ate 



.Jl ' 



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gnuAH (ntaîittt Kodatet H ït^XUe k In mort d'Adémàr If. — ttiniis 
la pMto dtn )e Linontia; rUJU dti chroniquo*. — Adétnar (I, jahmi 
"aÛ>aj'edcSuiil-Mu-[i>l. — Le pap« ljrb«iii II précbe la pr«miËre croi- 
— tl ïïrito l'ifrclie. — Noie sur flnrJin, moine d'Lliérïlie. — Le 
t LinogcJ; >ei prédicntion» duii l'égliu de ljaial-U>r[i«). — Ail^- 
nu iltuaDce l'électiop de J ïvè(jUG Humluld, d'wcurtl arec Gérard, ibbé 
<*ttf<*e. -- Mort in Guillaumo d'Uriè). - OuiiUmne IX el M« eroM. 
D liîMMdD ï Umo^i; réunioa à l'tbbsje dn CMlard. — L«a crouta 
ouWQ. — GoufSer de La^loun, ie« eiploil». — Noie aur «ou Iodi- 
- Grégoire d* B^chadp. pn^le et troubadour. -^ fîni de Lutcmri à 
da GomU da Poilien. -- Eiploils de tfijuioJid )•'' à U croiude. 
rauditioQï nlisieiiMs; le cb«teiu de Tur«aue. — Noie sur la 
iti -- L« ét*iju' I de Limoges. — Guerres nnlW AfHmâr lit él let 
Mira de Pi«re-Bulnère. — Noie sur Gérard, àbbé de Siiot-Augintip, 
— Le ieiffueur de Piorre-BuOière fait priaoniiier. — Tr«ili? de paii, — 
hl«T*minD de G*r«rd. ^f^qoe (TAngoUlème, dunl les' ilertioirt ciinoni- 
gwB; KnleoceeD bieut d« l'kbbaysd'Uurche; l'abbé de ClDuj k Lubsr- 
*i:, — iaial Bernard et le duc d'Aquitaiue. — Les iiicaoïlies et la ruaini' 
il.imaf«*. — Ad^iiiar III Mt pnBoiWier par EWe» de VeiitadMir; il esi 
mil Ml Lbert4. - Ambitioa et crimee dé Uarie dea Csn. — Les malheurs 
J'AdJour 111. — Guerre à l'occjHoa d'Elmma de Liiaa(;ea, — LouÏB VI et 
Ma ru* l tlmogei. — Mort d'Adfmar IJ1. — Progiïi du Inie cl dn mm- 
■«m i UmoBct. — Aviut de prodigalité! entre le souite dg Poiliart et 
U ïkomle de Limoge*. — Coua pétition» au siège épiwopal ; AmbUrd el 

Adémar II avait administré la vicomte de Limoges duranl 

pis d'ua demi-siècle, mais sans pouvoir imposer sa vu- 

Ë d'une manière absolue, parce que tout autour de lui 

todes ramilles s'étaient rendues indépendantes, et pos- 

bieat A ce tilre autant de petits hltaLi toujours disponfs 

jpaSranchir de toute suzeraineté; celles de Tu renne, de 

m, de Veolailour, de Lastours, ayant groupé autoui 



I de I 

our I 



148 HISTOIRE DES VICOMTES 

d'elles tous les éléments secondaires de la féodalité, se pif 
tendaient parfois supérieures aux vicomtes de LimogM 
L'Église, tour à tour enrichie ou dépouillée, quoique poî 
voir essentiel dans la hiérarchie féodale, ne résistait aux ri 
Yahiss?urs que par son influence sur le peuple, toujours^ 
posé à se ranger de son côté, parce que là seulement i 
faisait Tapplicalion des grands principes d'égalité, dejd 
tice et d'ordre hautement proclamés par le christianisil 
comme fondements de toute société. Pouvait*il en Atre | 
trement à une époque où l'Église seule intervenait je 
calmer les haines, modérer les ambitions, dire anathtt 
aux mauvaises passions, prodiguer des consolations daor 
grandes calamités publiques^ dans tous les fléaux dont^ 
tant à soufi'rir le peuple dès le x* siècle et jusqu'au xi*T ^ 
« Alors, disent les chroniques de Limoges <, tomba j 
H los humains une peste de feu, si ftpre et furieuse, qui 
a brûlait les corps indifl^éremment, tant que tout était inj 
(c de maladie. Grande conrusion, chacun faisant ce que 1 
a lui semblait, et provoquant l'indignation de Dieu, ' 
« avertit les hommes et leur distribua des peines salntail 
(( D'ailleurs^ le peuple du Limousin ne rendait pas i « 
a Martial les honneurs qu'il avait accoutumés. La vengea 
« de Dieu flt descendre sur la terre un feu de soufre ti 
« ardent. Les vivants en étaient frappés, étaient consul 
(ijusqu*à la mort; les uns se sentant pris aux pieds, 
a autres aux mains ; et do ces extrémités le mal gag 
a le cœur. Petits et grands, jeunes et vieux, homme 
a femmes, étaient infectés de cette peste, et aimaieut mi 
« mourir que vivre. On jetait de l'eau sur les parties ai 
n tées pour les rafraîchir, et l'on voyait incontinent ( 
«I s'élevait une fumée avec des puanteurs insupportai 



1. Chmn. mil. 



ET DE LA MCOMTÉ DE LIMOGES. 149 

c La foreur do mal pressait de telle sorte, qu'ils deman- 
fldaieot qa*on leur coupât les bras, les autres pieds et 
■ cuisses. Les plaintes et cris s'euteudaient de tous côtés, 
« tant de jour que de nuit. On ne voyait partout que 
« Bialadies, désolation et mortalité. On Tint principalement 
• à Limoges, pour y trouTcr remède par l'iotercession de 
«saint Martial. Plusieurs y furent guéris; les autres, n'en 
c pouvant plus, rendaient l'esprit, s 

Adémar ni avait succédé à son père au milieu de ces 
tristes épreuves : au lieu de secourir les malheureux, de 
vivre en paix avec ses voisins, d*écouter les exhortations du 
clergé et de se disposer à prendre part à la première croi- 
ade, il ne songea qu'à satisfaire son ambition, môme au 
détriment de l'Église de Limoges, que ses ancêtres avaient 
eniichie. Presque toujours il se montra jaloux de la fortune 
de l'abbaye de Saint-Martial, où les fils des plus grandes 

limiiles venaient depuis longtemps solliciter l'honneur de 
porter la robe de bure, que plusieurs d'entre eux échan- 
geaient ensuite pour la crosse et la mitre. 
^Le concile de Olermont, à la voix du pape Urbain n et 
de Pierre-I Uermite, venait de décider le grand mouvement 
religieux qui entraînait les peuples et les rois à la dcli- 
TTonce du saint Sépulcre. Le Limousin eut une grand part 
d'euthoiisiasme dans cette héroïque et sainte résolution, 
dont les résultats devaient changer l'état politique du 
ùeux monde. Urbain H, après avoir visité les principales 
provinces de la France, honora de sa présence l'abbaye 
dTAtrche, où il se reposa de ses fatigues, le jour de la fi^te 
it saint Thomas '• Partout, sur son passage, les églises 

l. L^n^fw i'rbftÎB II ritita Tabbaye d'Uzercfae, U ▼ aviit panni loi reK- 
r«ci Q.U j«ttDe nioiiifl uomiiiA Burdin, né datu les eovironf, au Tillage de Vio- 
isR. Bernard, archerféque de Tol^e, qui .>ecompagnait le pape, l'emmena 
i^ir hu «u Esp^sni^. Dê\etiu év^{ue de Coimbre, il alla TÏtiter la Tene- 
buau. cl fai li>iuuratilciiM;iit reçu i ConHantinople à la ooiir dea «mpereon. 



fTttlM M» vit. .jtfTH» 

<i« réciat de Ter cft its 

e caAscfvBe, lav port lie ilaiijçers et 4« £i««^ U» 

^to^ tt IcKOft aroM» ^ûoir les osmU coviibit» ,« .^ , 

i<ïi serf* p*etiai,iTYt Lau» lumu lie SHt^ t^ùmi^grmàtZ^ 



,. *^lrtf ope 

l'ÉfatfkS» pnwd k tu». De» pruccu&M Ae — • — ^ 



^jl0iX qui a ftMf é te OMMiâe pAr i'k^èruume de b foi, 

go qailtmt Cierche, llièritier des apùlre» s* dû^ 
lert ii<>K«e*9 salué sur sa roqle imu* les aoelamatioiis de lu 
{^ppl£, pfOSierBée pteuâ€:iiieDk à Mb» pÂeds^ et par çesa^ qoî, 
fflfittUi p»r i'A^e ou les infirmités, &e pi^iaieQl assîsler 
aox péripéties de ccUe graode épopée tathc^UqMe. Reçq 
p^ tooft I^ vassaux de la TlcoDité» à 1^ léXe «tesquebî se 
lioat^l «ans doute le f icomte Adénor» il entra coauqi^ sa 
iriMiupbe dans b ville, vint à l'égiiâ^ de? Fiiles de &Li|i(e^ 
Marie de la Bègle, on il célébra U me^ae de minuit^ en 

IH nstoar co Pfrtui^ily il fui appelé à 1 ardieTèckê de Bngm. Broaili^ «tw 
«4)D «uden WïitçcAcor, légat du pape, U vint à Rome sa raeUre $<kij^ h pr»- 
tactiofi dé Piicil 11. qui l« chargea de iiép)cîer la paix arec Temperm 
Ufuri V« Heoii V Tint ea Italie pour t teceToir la eouruDDe impéri^; wai^ 
Ia papaf «i!r»yé, l'é^ot retiré aa 3ioat-Cas?ui, il fut couronné par Çurdin qai, 
Mut^no par lui, ftit bienlftt aprêa élevé à la papauté bous le nom de OW- 
•çoira YIH* l^ ^^^ icbiiinie par suite de Télectioii eonlsairt .de QéUse Hi 
qui tiot mourir en France à l'abbaye de Cluny fil 19}. et de rarénement de 
UllaW 11< A)mi«^D« réfugié dfxu ^utci, trahî p^ l^ bi^iAMa^ Usrik 
iou c«»pélit40i*« ctiargé m« ^n« miûxè par i^ popiUatioM de lUKDe, fut cofi- 
daniiA 4 opa priaon parpéinella. U y mourui, da^ w^ ^ ^'^f'-^^m^ r^^rH* 
t4i|^ 4^^^ Ub$Dg^ U roba de bure du in^ia d'Uïrrche pour la ppttr|{^ 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. ' 151 

; de grftces de son heureux voyage. L.6 leudemAlti, 
dfia dans celle de Saint-Martial, prit place sur le 
Kpiscopal, la tète ceinte d'une couronne, comme 
DiDpliateur. Le troisième jour, ayant toujours pour 
t la noblesse, et précédé de tous les grands digni- 
Je I*Églîse, venus des provinces voisines, il fit la dédi- 
e l'église cathédrale consacrée à saint Etienne. Lé 
ÛTant eut lieu la même cérémonie pour la basilique 
de Saint-Sauveur, dont il confirma tous les anciens 
ges. A ces dédicaces, brillantes fêtes aimées des 
; seigneurs, des hommes libres et du pauvre peuple, 
rent plusieurs archevêques et évêques, Hugues de 
Aadebert de Bourges, Amatus de Bordeaux, Robert 
î, et Granger de Reims qui portail les insignes de 
des Gaules ; venaient ensuite les évêques, Bruno de 
Pierre de Poitiers, Arnauld ' de Saintes, Renaud de 
eux, Raymond de Rhodez et Humbald de Limoges. 
que le pape eut béni l'eau, tous les prélats firent le 
s églises dédiées en les aspergeant. 
« avoir consacré les autels de Saint-Sauveur et de 
liienne, Urbain H célébra la messe dans la cathé^ 
puis il sortit pour bénir la fouie qui bC tenait à 
eur. Les assistants étaient en si grand nombre, que 
itour de la ville, h un mille de distance, on n'aper- 
]ue des têtes d'hommes agenouillés. Les offrandes, 
ies par les fidèles de tous les rangs furent si nom- 
, que la vaste enceinte de Téglise, appefée GsuteaUj 
i sépulcre de saint Martial occupait le centre, ne 
contenir ^. 

Il dans l'église de l'abbaye de Saint-Martial q'f Ur- 
raconta les douleurs du christianisme, les profaûa- 

Bolf. leloa d'autres. 

y : Ext. du Cartui, de Limoges , y» 409. 



152 HISTOIRE DES VICOMTES 

tioDs des musulmans au tombeau du Christ, excita la foui' 
à s'armer pour la guerre sainte^ promettant à tous le par 
don des péchés et les indulgences des miséricordes divine 
accordées ail mérite des saints. Le cri de guerre, Dieu I 
veut! retentit aussi fort, aussi unanime qu'au concile d 
Clermont. Après cette cérémonie, on ne voyait dans U 
rues de la ville que des ducs, des comtes, des barons poi 
tant sur leurs vêtements le signe de la Rédemption^ et 
leur suite leurs vassaux qui demandaient à les suivre, de 
vieillards heureux de promettre leurs derniers jours à cett 
expédition, des enfants empressés d'essayer la vie par d 
saints dévouements; des mères, des épouses imploranl 
comme une faveur, leur part de dévouement dans ce rêve 
sublime de la foi chrétienne. Si Thistoricn n'était forcé i 
reconnaître, dans ce grand mouvement de l'humanité, 1 
main de Dieu qui conduit les sociétés, à leur insu, à i 
nouvelles transformations, il serait tenté de n'y voir qu'u 
élan de fanatisme, et se voilerait la face à l'aspect de ceti 
foule sortant des églises, émue par d'éloquentes parole 
croyant que tout lui serait facile si elle pouvait toucher 
^ctte terre sanctifiée par le Calvaire; puis, avide de vengi 
les iasulles faites à sa foi, poursuivant les juifs, les arn 
chant tremblants de leur demeure, les tr<iinant à la pori 
des églises, ou sur les places publiques, pour les forcer 
se convertir; pillant les biens de ceux qui fuyaient, égpi 
géant ceux qui résistaient. L'Église alors si puissante n 
put pas toujours réprimer ces violences : le peuple, trq 
ardent dans ses colères contre les descendants des meui 
triers du Christ, était encore trop ignorant pour cod 
prendre que la religion ne s'impose jamais par la force *. 
Si le vicomte de Limoges fut loin de partager rentho|{ 

t. Chron. ViKtiefts, 



j 



ET DE LA VICOMTE DE LUIOGES. 158 

e des premiers croisés, ii n'en chercha pas moins i 
Mrti de la présence du pape pour satisfaire ses ran- 

ct son ambition. Héritier de la haine de son père 
î l'évéque Uumbald, d'accord avec Adémar, abbé de 
-Martial, il dénonça l'élection comme entachée de 
s. Urbain II reconnut, en effet, que la bulle d'intro- 
OD avait été falsiflée, et à cette déclaration le peuple 
irrité contre les coupables qu'on eut de la peine à les 
nûre à sa fureur. Humbald, solennellement déposé 
ésence de tout le clergé réuni dans Saint-Martial, et 
lacé par Guillaume d'Uriel, se retira auprès de son 
dans le château de Sainte-Sévère, en Berry '. L'archi- 
e Hélie de Gimei, qui avait pris son parti, fut excom- 
è, et toutes fonctious ecclésiastiques interdites à sa 
le. Gérard, abbé d'Uzerche, un des plus ardents enne- 
CHambald, qui était aussi venu à Limoges grossir le 
ire des accusateurs recrutés par le vicomte Adémaf, 
Qt l'année suivante dans le cloître de Saint-Martial, où 
it pris l'habit, et fut inhumé dans la chapelle de Saint- 
*, près de la porte claustrale. 
!rche, après lui, reçut pour abbé Gaubert de Malé- 

de Tanciennc famille des seigneurs de Saint-Viance. 
t à Guillaume d'Uriel, qui avait renoncé à la dignité 
ienr de Saint-Martial pour celle d'évôquc, il ne tarda 
comprendre qu'il avait sacrifié son repos à son am- 
I : détecté d'une partie de son clergé, dont il voulait 
uor la dépravation, il mourut trois ans après son 
oo, empoisonné par un certain Martin, surnommé 
''éîienj à rause de sa dévotion apparente. Aux pre- 



(■mbald, leignenr de Saiiite-SéTère, exerçait sa r ses fassaax une si 
tTrumie que le roi de France, Louis Vil, enyahit ses lerres, le fit 
bcr. l'eoToya à Étampei, où plusieurs de ses complices furent pe odns. 
a : Amimles, année 1106.) 



iftk HISTOIRE D£S VICOMTl» 

Vfïi^T^ dpulevirs causées par le poi»oD, U s'était hâté d^ 
pelçr ^ son secours Tabbé Âdémar, qui connaissait» dit 
QD, un contre-poison, mais qui arriva trop tard ^ 

Les préparatifs de départ pour la première croisade ani 
^u lieu avec le plus grand empressement. Guillaume X, coi 
de Poitiers et duc d'Aquilaine, le plus puissant vassal d 
C()!uronne de France, prince aimable et spirituel» d'ua 
m^tère peu belliqueux, qui quitta, pour prendre le bl 
d^pèlerin, une cour voluptueuse et galante qu'il éga 
par ses causons, avait appelé sous sa bannière tous 
grands vassaux du Limousin '. Tous» excepté le vicomti 
I4<Q0ges, se réunirent à lui dans l'abbaye du Cbftlard, 
core à moitié détruite par les Normands au viu* sièclt 
y entendirent avec docilité les pieuses exhortations du pci 
Geoffroi de Silu qui, la croix à la main, debout au ad 
du chœur de Téglise^ seule partie qui restât du caouua 
primitif, les pressait de partir, s'excusant de ne pouvoil 
aiccompagnei*, parce que, disait-il, une voix du ciel lui 
doni^ait de rester pour relever les ruines de son abb 
Quelques jours après^ ces pieuses cohortes prirent la o 
d^s Téglise de Saiut-Maurice, cuubacrée au saint de la i 
val^erie. Trente mille hommes, sans compter les pèlai 
çaos armes, dont une partie se montra pendant queli) 
j^urs dans Us rues de Limoges, dans les églises et dant: 
çlp^res, où les moines excitiûent leur courage» prîi 
bientôt la route de Jémsalem. j 

Parmi les croisés du Limousin se faisaient remar^ 
Guillaume de Sabran, llaymond I*', vicomte deTurenoi 
premier daus l'ordre féodal d'Aquitaine ; Uélie de UalM| 
neveu du vicomte de Limogos, qualiGé du titre de pril 
Wï^ doute i, cause de sa puissance et d« soa rtB§ 4i 

1. Oknm. Vonent., e. zxviii. 



et DU VA VKOUTG DE LUIUtiES. Idi 

qdal, et qai, avant de partir, flt d'iffiportanleç do- 
l'abbajed'UEerclie'; Ayot0ricIV,TicpiDte de Uo- 
ft', Pierre de Moaillcs. simple écuyer, «mbitj^ux 
ratn bauilles le tiMY de chevalier'; RaymoDd de 
le, qui venait de donuer à l'abbaye de Tul|e l'église 
ttl [4$ Braneelii») ; Ëtieone et Pierre de Salviac. 
lille de Vieil-Castel ; Guillaume de la Rpcbe-Cani- 
^er de Laatours, qu'accompagnait Boa jeune 
torges Bécbade, cbevaiier et troubadour qui, par 
ut» et ses joyeux tirveotes. Taisait le phariïi& deq 
1 château de Pompadour. 

:ei croisés dont le pays garde le aoi)vaair, le plus 
taa contredit, fut Gouffler de Lastours. Ou racon- 
i, eatre antres actions béroTques, qu'ion jour il 
du» unefortt un lion enlacé danales repliai! un 
lODitroeux, remplissant l'air de ses m^iseineiits. 
rôle au secours ^e l'apimal, qui semble implorer 
!t d'ua coup de sabre abat le serpent acbarué sur 
£t la chronique ajoute : « Le lion, ainsi délivré, 
k son libérateur, le sniTit pi^dant toute la guerre, 
.'après la prise de Jérusalem les croisés s'enibar- 
lour retourner eu Europe, l'animal se noy» dans 
•aisé de latipie, cii suivaiit le vaisseau sar lequel 
maître, et uii l'on n'avait pas voulu l'admettre *. » 



-KLlr : T. rv. p. 8Sn. 

■illv da Kotilln panil «rair «u pour taUiir «Uni l'or^ di It 
dwtdiT '.irnbr) qui, tprtt ktoïc Mni ra qmilitn de Tttiui ilatu 
t Tiirenni>. (iblJDt 1p Rcf <]i NouIIm' hiu« b i>uuir*iofl4 Ak Tu- 
1 Donunail nuinlnoil. marié à lUbiu Ae Sfigar. Pt^m I". F^n 
tal Kl quNtiuu, rrt pour luccoHur Pierre II, qui tpcnu Aut- 
tlU: '.9 t« Ditiua dtii. Rmien nii do Koiifr. 



n onminodl contulit, 

■vUalar iàbtt lao, wni qnMwnqaa danino h 

■abaU Qmb, dI dinoL, h 




156 HISTOIRE DES VICOMTES 

Un autre auteur parle aussi de rilluslre croisé, qui poi 
à son écu d'or à trois forées de sahle : « Au siège d'une ^ 
nommée Marrah, où s'étaient renfermés un grand nul 
de musulmans, accourus d'Alep et des contrées voisioi 
comte Raymond de Toulouse^ suivi de Bobémond, ÛÈ 
les échelles contre les murailles pour donner l'assaut^ 
place; mais ses compagnons n'osaient avancer, en vnj 
les musulmans qui garnissaient les créneaux, d'où ton 
une grêle de traits. Gouffier de Lastours, homme de1 
lignage, natif du Limousin, s'avança hardiment et al 
le premier sur le rempart, où il resta quelques imN 
seul, se défendant à grands coups de lance contre les 
dèles, jusqu'à ce que ses compagnons fussent venus 1 
secours ^» 

L'intrépide croisé était de retour dans ses terres en 1 
comme nous l'apprend la charte de fondation de l'abl 
de Dalon, de Tordre de Saint-Benott, à laquelle, aved 
frère Gui de Lastours, il donna plusieurs terres en préaJ 
d'Adémar, vicomte de Limoges, qui signa aussi à t 
charte K II mourut dans un âge avancé, au chftleau de F 
padour, et fût enterré, scion la chronique de Vigeois, i 
le cloître d'Arnac, situé près de là, et bâti par ses ancM 
et non au Cbâlard, comme l'a cru un des historiens de € 
province^, attribuant à Goufûer le tombeau qui se v« 
autrefois au Châlard, dans une chapelle souterraine, i 

r 

derolinquere noluit, sed noleutibus oum, ut rnidelo animal, in naveol 
pero uautis, Aecutus e»i domiiium suum uatans per inare, usquequo I 
defecit. » {Magnum chron, Belgieum.) \ 

1. Chron. Vosiens, — Chron. Balderic, ap. Script, rer, GaL i 

2. GaU. ChrisL — La chari» de fondation indique pluaioun autraiÉ 
•onnes qui firent del donations an fondateur (iérauJ de Sale« {de So/if)»^ 
abbaye te trouvait trèt-rapprochtVe du l'érit^rd et entourée d'ioojil 
forêts. 1 

3. UonaventuTB de Saiut-Amable, auteur d'uue llùtoù-e de Capoi 
de iomt Martial^ vatte oompilalion iwum ordre et «ani» critique. ^ 



ET DE LA VÏCOMTÉ DE LIMOGES. ITn 

fni n'apparteDait pas moins à un des membres de la m6me 
famille ■. 

LoD|i1raips après la première croisade, on ne parlait dans 
le pan que des exploits de GourBer de Lastours : il était le 
bims de nombreux récits, d'héroïques légendes, où l'ima- 
ghMtîoa ajoutait ù la réalité de l'histoire. Grégoire de Bé- 
eliade, son parent, rival de poésie du duc d'Aquitaine, se 
Bldans sa langue maternelle le chantre de ses exploits et 
da mires croisés ses compagnons, d:ms un poème qui ne 
KM est pAs parreno, auquel il travailla douze ans, et qu'il 
le'tl CAO naître qu'après l'avoir soumis au jugement d'Ii^us- 
tetge. évoque de Limoges, et de Gaubert, savant chroni- 
qntur normand. 

Atanl de partir pour la Palestine, Gouffler avait aug- 
menté la puissance de sa maison par son mariage avec 
< (Mt de Rannulfe, vicomte d'Aubusson, qui lui avait 
"ité eu dot la moitié du cbftlean de Gimel, qu'elle tenait 
iilancbe de Vallon, sa mère. Après lui sa famille se di- 
' en plusieurs branches. Le mariage d'Agnès de Lastours, 
njère héritière de la branche aînée, avec Constantin de 
Mm, ât passer la terre de Pompadour et d'autres seigneu- 
lîa dans la maison d'Authcrort, bien digne de cet héritage, 
or les m&les et patriotiques accords de la harpe de Ber- 



' $ar M lombeiQ fuit repréienté un cbavaltsr en coelnme de bataille, 
ai-.i DU ^ca portant l'imtSB cl'iine reuitne ippujée «ur trois lonn, et A ms 
,iiiui >in lion nt un ïeq«nl, Ifi nue et In force, aiec cette inMriplioD : HIC. 
IICET. DNVS. GVELPHEItIVS. DE. TVTtntBVS. Ce lombuu pourrait 
Km tira cbIuÎ de Gui de lAaloun. trèrs de GoulSar, qui cootiibtu k U 
iMoutniciion da p«tit mooasl^re du CMlord, CastaHensis abbalia, ainsi 
IMpit p»r les tbroniquB» du p»ï». L'iRlîie. style roman du ii» sitde, oïïro 
MEW* {iluioan richetses irrhéolu^ques ; des culonnen couronnAea de cha- 
'~ it mnuqaablei; au-deiauï de la tombe du bieDhoureui Qeoffroï qui 



Kpiunraux émaillii du iii*. La bienbetireiu GaolTroi, uf Ii 
1135. (Nadaud : PoailU nu., p. Slt.) 



IM mSTOnEDBS vicoiffra» 

irand de Boni imppeltoroiil les v«rUis ipuerthères Uu nobk 
croisé. 

Oui, firère de OonfOer^ iréqueBUU so«venl la eoor lifli 
oomies.de Poitiers : o» jour qa'il s'y troiivait en otam 
comme gaïaiii de la paix récemmetil faite entre 4|aelqap 
seignears, le comte loi dit : « Demain Pierre de Pierr^Bof- 
flère, Arehambaad et Kbles ra¥a(geront les terres de Ba^ 
nard de Combom^ et vous ne dkmnerea aucun seooan;! 
cekii-ci^ » Gai ne répondit rien* se retiraà son logemsil^ 
Ai dire qu'il était malade, pois sortit seorètemeot seos Vi^ 
bit d'un simple écuyer, chemina nuit et jour au châteM de 
Lsstours, cbangpea de clievsl etf sans prendre de reps^ 
réunit quelques soldats, et au lever du jour Ml f^e ans ai- 
nemis de Bernard qui se retirèrent ^ 

Raymond I*'^ vicomte de Turenne, eut aussi sa graïAe 
pari de gloire dans la première croisade. Pendant le siégi 
(te Jérusalem, à la tète de pinsieors de ses compagnoiMv il 
Itilla en pièces un corps de trois cents musulmaas. Un suUtt 
jour, avec Guillaume de Sabran, il mit en déroute de nod^ 
breux ennemis accourus pour attaquer les vaisseaox 4M 
latins, qui étaient à Tanore dans le port de JaiTa. Il meiiii 
un des premiers à Tassaut des remparts de la ville saiols. 
Le comte de Toulouse, qui connaissait sa bravoure, reDvoyi 
avec cent chevaliers chercher des vivres jusque sous lei 
murs de Tortose, sur les côtes de la Méditerranée. Quand 
la nuit Ait venue, le chef de celte petite troupe de guerrieis 
alluma un si grand nombre de feux dans son campy que lé^ 
Turcomans, croyant que tous les croisés étaient réuois dtis 
ce lieu, abandonnèrent la ville, où les chrétiens entrèreot 
le lendemain K 



S-MaiiiiKmry : UiM. des Croisades. ^ Roliert le Mokie : Hist. de iâ 



n* nB Ul VirOMTF. UE lIMOtiES. tsa 

as Baymood i" dans m Ticomté. en 1103, 

par laquelle il donna à l'abbaye de Saiol- 

ilusieiirs lerres pour le repos de l'Ame de sa 

Ottûberge >. CoDimfl souvenir de la croisade, 

fcrftces de son heureux rclo'jr, il Tonds, non 

de Tun>ane, au milieu des fiTrCts, un hApi- 

i>. destiné à recevoir les pëlciins qui descen 

nord vers le midi, et une léproserie placée prés- 

NatarMh, aà peu àt temps après s'élablirest 



I de Turaaoe était sktrs une des f(>rt«reG»es 

■ lapOrtAnte» des provioces méridionales. Sur les 

M*-débrb qui en marquent l'emplacement, à l'un- 

ce rocher, t'éléve encore, comine l'ombre gigan- 

ij iiAKi. une haute tour, composée de trois ét^es 

>:iiuiuniquBDl eulre eux par un étroit escalier 

Un l'appelle improprement la tour de Cétar. 

Lc coIUqr, « belle eucore de ses ruines, si riche de 

iicnirn antiques, on dislittgue, après dix siècles de 

tioùa, U partie de l'édifire la moins ancienne, le don- 

■r onte, doat le lalta a disparu, et dans l'intérieur 

■stattalIOToOtées, l'une aunîveau ds sol, l'autre au 

' i^ase» Cet eoMcmblt d'imiueuses constructions 

-ummet d'une colliiut, dominant encore de l'as- 

11.1 poétique de hauts rocherii, de hautes cimes 

■ ..ï de tours reodiles, dont celle de Tureuoe était la 

I cV.t^ pciitiuQ était bu n eu effet, au moyen Age, la 

t'" des quatre provrncee, sur les limites desquelles 

, ic^e^ Uajaiuud 1" j avait créé de uonibreux 



h d* Ikou wi (auUil BiDH «a XiP ti*cla : ■ Sa io iaiim 



, PcincafieDrun « 



160 HISTOIRE DES VICOMTES 

moyens de défense S derrière lesquels, an xyi* siède, se 
descendants devaient s'abriter pour conspirer contit 
Henri IV. 

Petidant que les croisés combattaient pour le Christ, on- 
yraient à l'histoire de nouvelles pages remplies ^e ftiti 
illustres, gesta Dei per Francos^ la paix ne régna pas ton* 
jours dans le monde féodal; à Limoges la haine était en- 
core vivace entre les représentants de la noblesse et ta 
moines des abbayes. Dans une de ces luttes si fréquentai 
et parfois cruelles, le parti des religieux du ch&teau de 
Saint-Martial, — on désignait ainsi la partie de la ville qoi 
relevait de l'abbaye, — mit le feu aux maisons voisinei. 
L'incendie détruisit l'église de Saint-Étienne, ses magasioii 
ses offices, le monastère de la Règle et l'église de Saint* 
Maurice, où naguère l'élite des barons du pays s'était donné 
rendez-vous pour prendre la croix, répondant ainsi à l'a^ 
pel du duc d'Aquitaine, qui disait tristement dans sei 
chants d'adieux : « Désir m'a pris de chanter, et je chaih 
terai de ce qui m'attriste ; je vais quitter le commandement 
du Limousin et du Poitou. » Quelques barons de la vicomtes 
qui n'avaient pu partir avec les premiers croisés, se rendi* 
rent à Jérusalem après la prise de la ville, plutôt en pèle* 
rins qu'en guerriers. Parmi eux, Bernard de Bré, qui n'en 
revint pas, et Gui de Bré, qui mourut à Laodicée (1103). 

Les évoques de Limoges, à la même époque, se succé- 
daient rapidement, et leur élection étaient presque ton* 

hift primis participai, et Turenoam primariam arcem, a qua ditioni Domfli 
in LemoTicibus habet. » 

1. Raymond I«r avait le droit de faire battre monnaie, ainsi qu'il résullB df 
quelques pièces de deniers et de sous publiées par Justel dans son Hisioire à 
la maison de Turenne, La vicomte touchait au nord Donzenac et le SaiUaot 
limites aussi du grand fief de Combom : à lest, elle s'étendait jusque difl 
les environs de Ventadour : à l'ouest elle touchait à SarlaU Sa plus grand 
étendue comprenait une partie du Querci. (V. pour plus de<iétail8 mon Biti 
du Baa-IÀmovsmj 1. 1, p. 208 et suiv.) 




ET ne U AlCOMTÉ DE LTMOliES. IGI 

JOUR le prétexte de nouveaux désordres. A Goillaume d'U- 
rlel aiait succédé Pierre Viroald, né à Bordeaux, homme 
:rès>instniît, qui ue fit que passer sur le siège de saint 
^Firlb] ; sa goarmandise {ingltivies) lui occasionna de bonne 
ji Lire des înBrmités qui le forcèrent à se retirer'. En at- 
ij.iJint une nouvelle élection, Guillaume de Carbonntère 
'iministra le diocèse, sans avoir l'aulorité nécessaire qui 
li anraît permis d'arrûter peut-être les guerres fi^odales, 
:jnl le paj^ eut tant à souffrir, et dont le vicomte Adé- 
'ir m Tul souvent l'insligaleur. Ce vicomte guerroya, non- 
iilemenl conlre les moines, dont il fit piller el brûler les 
■ ;Iiies et les propriétés, mais encore contre tous ses voisins, 
'irle rcfns d'Hélie Rudei.comlede Périgueus, de lui livrer 
IIP partie du Périgord, qu'il réclamait par droit de consan 
ïuimlè, il envahît ce comté à la tCte de deux cents clieva- 
!ir* suivis de leurs hommes d'armes, el ravagea loule la 
irlie voisine du Lîmonsin (IIM), Les populnlions effrayées 
■îirenl se réfugier dans la ville de Pérîgueux, oii elles ne 
, juraient vivre que d'aumônes; aussi les bourgeois de la 
partie de cette ville appelée le Pu'i-S'iint-Front, appauvris 
par ces étrangers, atlribuërent-ils tous ces malheurs à leur 
Comte, et se révollÈrcnt contre lui. 

Celtit guerre, après plusieurs années de durée, fut sui- 
vie d'noe autre plus acharnée et plus sanglante entre le 
ticomte Adémar TU et li' seigneur de Picire-Bufflère, 
nommé Gaucelme. Celui-ci faisait sortir chaque jour de 
son château fort, situé sur une émincnce, au bas de la- 
^lle coule la Briance, ses hommes d'armes qui venaient 
"i'-'er les terres et brûler les maisons jusque sous les 
urs de Limoges, Gaucelme montrait d'aulant plus d'ar- 
L-aricombatlri: s]n ennemi, qu'il avait à se venger des 



m HISTOIRE DES VlCOMTEa 

odieux traitements exercés contre son père. En eltctr 
un jour que Pierre, seigneur de Pierrc-BafBère, reri 
d'un pèlerinage & Charroux, les partisans du vicomte 
Limoges l'avaient surpris, meurtri de coups, 4é| 
do ses vAtements, et par un froid rigoureux» c'était k 
Nq91« Tavaicnt foreé de travcrs'^r un cours d'eau. Us V 
vaiont roiiduit ensuite dans Tabbaye de Solignac, oA 
mourut, quelques jours après, dans les bras de l'ahhé 
rioe. daucelme et Ad^mar turent également cruels di 
cette guerre : les gens d'armes du vicomte de Lii 
e^Miunellaieul tant de crimes sur leur passage, qu'ils 
salent derrière eux les campagnes ravagées, les chaumii 
iuoendiAes. Il n\v avait de sécurité pour personne; les 
tn*s même Tuyaient, abandonnant leurs églises, se ret 
dans quelqties abbayes, fortifiées alors comme des pb 
de guerre. I.Vvèque de IJmogcs quitta son diocèse, au 
lieu do la désolation générale ^ Pendant longtemps 1' 
glise, par «es prières et par sos menaces, chercha en 
A arrêter los hostilités : en vnin les moines racontaient 
de^ mirarles, autant pour consoler le peuple de ses 
lietirs, que pour agir sur l'esprit des deux ennemis; 
guerre (Mtntinuait*. 

l«i«H deux partis, pour triompher, avaient moins recoi 
aux batailles rangées» qn*A des surprises, faciles d'aiiU 
dauH une contrée iMuivcrte do forêts, hérissée de noi 

I. rA»fifi. l'iitinur.. r. XXXVIll. 

Ml Ou mismtAil i{u'au luouiriit où l'on voulut placer lo oorps de Géi 
iiI.Ih\ ilf« S«iul-AuKiiKtiu ili* l<inio^>«i, lUas li> lu^me tomlNviu ou repc. 
iHilul ili* (iui, un lll•^ iliTuiiT» i^i^iuon. iTluï-oi, fiouf lui fjiire place, 
«|iH»Hiriia, iMuiiuii Hil rut î'iv \i\Ant. On racontait l'iicoro qu'un pèlerin 
Uiiuiuaiii. ri*\tinAnt «li' JiTUisilrin am>«' un monTAu do la vraie croix, en 
uni à Ai\o. !•' ilA|h»iiA au |>i««il d'un ci'p di^ vi^no, il'où il ne put plui Tl 
«ilHirt i|uand il «iMilut iwntniuiT «ui ntnto. Maïh !•• cun^ d'une éffli*e Toisil,^ 
Maiit venu vu luiN'oiwittn, put (MUftorlvr la Mintr rrlique, dont on raoonta^ 
nuinbrru\ nuraflo» |UM|u'à la tin du xvii* «iiVli*. 'Rnnayentnre île SaM 
Anialdc : ///vf. tir S. MartiaL) ■ 



et un LA VICOMTE DE LlMOliLS. IU3 

''rentes eollioo&, et coupée par Je profonds ravins. L^s 
.105 du vicunile de Limoges, d la faveur d'une embuscade, 
loreni ainsi s'emparer de Gaucelme, près d'un village 
f-'oa^Lai Lebrat, k peu de dislance du cbâieaude Pterre- 
i!ij(5èrc. Ils le conduisirent à Ségur, el renfermèrent dans 
uued« loars de ta vieille citadelle. 11 y resta un an, pen- 
éul lequel ses partisans cniitinu^renl la guerre. Enfin, le 
àvpt de Limoges, de concert avec plusieurs chevaliers, 
Tassaox de l'un ou de l'autre parti, fatigués de celte lutte 
liiitlanle, parvint à rendre la paix au pays. L'évâquc Eus- 
:r;^«« et Amiilard qui, de simple moine, venait d'ëlre fait 
ob6 de âaint-Martial, iuleninrent dans la lutte. Gaucelme 
<voavm la liberté, et eut avec le vicomte de Limoges une 
vntrenie, oii l'un el l'autre, promettunt d'oublier le passé, 
jurèreM (le vivre en paix. 

L'a< tour féofjale, pour laquelle le seigneur de Pierre- 
iJutUre refusait de faire hommage, avait été k' prétexte 
11' c*lle guerre. Devant le sépulcre de saint Martial, en 
ii-'^-fence de l'évËque, de l'abbé et de plusieurs chevaliers, 
■a Clt QQ traité portanl que Gaueelme garderait la tour du- 
i ont MX mois, après lesquels il la livrerait ft Seguin et â 
[ fini, fils de Gérard de Lastours, qui, trois moi» après, s'en- 
nguienli la rendre au vicomte de Limoges. Ces conven- 
iims, sODCtioiuiées par le ferment des parties, cl signées 
<ir elles, forent inscrites dans une charte que signèrent 
Musi cent chevaliers associés à ces luttes sanglantes. Bile 
Alteasuitc coupée ëo dcuz parties, l'une pour être dépo- 
li doos let archives de l'abbaye de Saint-Marliaf, l'antre 
roniÎM à Gaucelme (iin, eirco) '. Au moyen âge, les 
jr^mds seigneurs plaçaient leurs transactions sous la pru- 



i64 HISTOIRR DBS VICOMTES 

tecUon de TÉglisc, qui seule, par son autorité, pomiil 

leur rappeler la foi promise. 

L'Église elle-même avait à la mAme époque ses disoordcii 

dont la principale fut le schisme qui la divisait, à la suite da 

l'élection de deux papes. Girard, évéque d'AngoulAme, ea* 

traîné par les conseils du duc d'Aquitaine, Guillaume Vn^ 

venait de donner, en sa qualité de légat du saint-siége, 1^ 

consécration épiscopale du siège de Limoges à Ranulph6| 

abbé du Dorât, pour punir Eustorges d'avoir pris le parti 

d'Innocent IL llanulphe, impatient d'user des prérogative 

de sa dignité, avant même d'avoir été reçu i Limoges, H 

rendit à la Souterraine pour faire l'ordination de quelque! 

prêtres. Les seigneurs voisins accoururent près de lui, fli 

en vue de plaire au duc d'Aquitaine, lui firent le plus gri 

cieux accueil, Mais, le môme jour, Eustorges, protestai 

contre cette usurpation, vaquait à la même cérémonie dan 

Tabbaye d'Uzerche, où s'étaient réfugiés plusieurs religied 

de la Souterraine, pour protester contre l'évêque scbism 

tique. A l'arrivée de son compétiteur à Limoges, il se retiq 

dans le château de Saint-Martial, situé à si peu de distanoi 

de la ville que l'usurpateur pouvait entendre les clocha 

qui, chaque jour, sonnaient son excommunication, comml 

un gl^s de mort ^ Une partie, do son clergé l'avait abaa 

donné, à l'instigation du comte de Poitiers, dont il aval 

combattu certaines prétentions sur la vicomte de Limogea 

Pour se prémunir rentre les attaques du Poitevin, q^ 

faisait ravager ses terres par ses hommes de guerre, | 

avait fait reconstruire le château de Ghalusset, dont j 

confia la garde â deux vaillants chevaliers, l'un nomai| 

I 
I 

1. Àt Euitorgius ab utIms hul. «ladio uuo vii iiilorjactintc remotas, Castrai 
Sancti Mariialis, pn foribus urbit iuhabitat, undo is qui sedem libi catlïl 
dra aiurpat, ftioffulU diebus audirt pouil campanat in sua excommuniaJI 
tione loiiaQtei. (Àp. Script, rer. Franc,) I 



ET DE LA VICOMTE DE U.MOfiES. 165' 

Arnaud, l'autre Bernard de Javcroas. Les tours encore si 
pi Ito résilies de cet édifice, situé au conOuent de la Ligoure 
fl de ta Briance, sont pour le Limousin les plus ueaux 
Kste< des cooslructions du moyen âge. 

L'ér^ue Girard, en sa qualité de légat, intervint encore à 
bmtioc époque comme juge des dilférends survenus entre 
taye dTzerclie et un moine rie Cluny, nommé Philippe, 
ïsion de la torH de Manzenas, Les grands vassaux. 
ir l'expiation de leurs péchés, ou pour se faire des par- 
s dans les abbayes, donnaient à celles-ci cerlaines pro- 
; mais il arrivait quetqnetoîs que leurs successeurs, 
leux-mëmes, après nn certain laps d'années, disposaient 
e de ces fonds sur lesquels ils n'avaient plus aucun 
UDc \k, de longues discussions entre les alibfiyes. Un 
r, profitant de la présence à Tulle de l'évËquc de Li- 
», Bernard, vicomte de Combom, voulut donner, pour 
■lot de f-on ime, à Philippe, prieur de la Celle de Ven- 
Wr, la forél d'Aœanzénasj qu'il disait lui appartenir. 
Bua njoine d'L'ïerche, nommé Gérald. et l'archidiacre 
^la même abbaye, de laquelle relevait lu fnrët, s'oppo- 
itot à la donation, disant que le comte de la Marche 
Ht donné celle terre à leur monastère entre les mains 
i l'abbé Gérald, qu'dle était située sur b paroisse de 
rignac, dont l'église avait été confiée à leur garde par 
: Bumbald; que Bozon de la Marche, successeur 
MdoD, avail confirmé cette donation; qu'au reste tous 
» religieux d'Uzercbe viendraient confirmer par serment 
» allégations, si le vicomte de Comborn leur accordait 
• sauf-conduit. Ces explications avaient lieu en présence 
bVtbbé de Tulle, de l'éveque de Limoges et de plusieurs 
nnes, tant laïques qu'ecclésiastiques. Un jour 
t'fiié pour vider le différend; mais dans i'inlervalle, 
UUppc, le moine de Cluny, vint trouver le légat Girard à 



i 



166 HISTOIRE DBS VICOMTES 

Aogouléine, lui dit qu'il tenait cette terre de l'abbé de 
Solignac, qui affirmait qu'elle était son alleu, et à l'appoi 
présentait de prétendues chartes. Girard trompé écrivit 
à Ponce, abbé de Gluny : « Le récit de notre cher Phi« 
lippe, prieur de la Celle de Ventadour, et les chartes qne 
nous avons lues, nous ont appris l'accord par lequel las 
çhers frères Maurice, abbé de Solignac, et son chapitre ont 
cédé pour'to<]Jôurs à frère Philippe et, dans sa personne» i 
votre communauté, tous leurs droits sur l'église de Saint- 
Martin de Treignac, et sur la forêt d'Amansénas; droits 
que le monastère de Solignac tenait de la libéralité des 
vicomtes et de la concession des évèques de Limoges* Nous 
louons et nous confirmons par l'autorité de ce même siège 
apostolique le susdit accord, de façon que dans la suite 
Versonne ne puisse vous troubler ^.. » 

A.U jour fixé pour la réunion à Excideuil, le prieur de 
/entadour se présenta, et au moment où l'évêqiie *Bu8« 
torges allait prononcer sa sentence, exhiba le titre obtenu 
du légat. L'évêque le blâma sévèrement de ce recours furtif, 
et plein d'indignation quitta l'assemblée. Albert, abbé d'U- 
zerche, et l'archidiacre qui l'avait accompagné, en appelè- 
. rent au légat mieux informé. H)xcideuil fut le lieu de la 
nouvelle réunion. L'évêque s'y présenta avec ses clercs, 
l'abbé d'Uzerc&e avec ses religieux, Adémar, vicomte de 
Limoges, escorté de tous ses barons. Après de nombreuses 
explications, le légat du saint*siége, de l'avis des évèques 
de Umoges, de Périgueux et d'Agen, décida « que Bernard, 
vicomte de Gomborn, répondrait, autant que la raison 
l'exigerait, au comte de la Marche, si ce dernier l'atta- 
quait dans les quarante jours qui suivraient le jugement 

1. Cette sentence, donnée à Angoulème en 1 H 6, a été publiée par M. l'abbé 
Maratu, de la Société archéologique de la Charente, dans ses sayantes études 
sar lainl Bernard : Angoulème^ 1864. 



ET DE LA VICOMTE DE I.IMOHES. Itn 

jelatif ID rranc-alleu, auquel prétecdaienl les moines d'U- 
lerche; que ceux-ci produiraient deux témoins qui prou- 
Knient avoir vu el entendu l'êvCquc de Limoges donnaal, 
jvee l'agrément de l'archidiacre Oauberl el de l'archiprélre 
Boîon, l'église de Treignac au monastère de Sattri-PicrrC 
ilUierthe, et qu'en attendant les moines de Cluny seraient 
luisblfs possesseurs de l.t terre donnée par Bemard de 
{^joiborri. el y feraient les constructions qu'ils jugeraient 
flccessaires'. n Assistèrent à celte réunion el donnèrent leur 
isieDtiment à la sentence, Hildebcrt, Oérald, archidiacres 
lit; Limoges ; Arnaud, Uls de Guillaume; Guillaume de Nan- 
tiarî. archidiacre de Périgueui; Geoffroy, aichidiacrc d'A- 
po; Pierre, grand chantre d'AngoulfmB; Hélie de Gimel 
« RanuJpbe de Garait, archiprêtrcs de Limoges. Les moines 
d'Uurche, dans le délai fixé, produisirent les témoins re- 
ipùs, qui alûrmèrent avoir assisté à la donalion de l'église 
de Tteignac; le comte di; la Marche, sur leur demande, 
attesta la donalion qu'il avait faite; mais les moines de Ven- 
ladottr, Philippe et Adémar, contiiiu<>rent à posséder in- 
justement le rraoc-aliuu. KnGn W- vicomte Bernard, à la 
demande d'Adémar, promit de se trouver h Laubis, le jour 
lie la fête de saint Marcel, poor traiter l'affaire. L'abbé 
d'Uierche s'y rendit, mith Adémar refusa de répondre aux 
questions. Les choses eu étaient là, quand l'abbé de Cluny 
Tint à Lubersac. GéraUl, prieur d'Uzerche, lui eipusa ses 
griefs. Ponce fit alors appeler ses religieux, el, prenant 
l«urs (nains, les mit dans celles du prieur d'IJzcrcbe, leur 
ordonnant, au nom de la sainte obéissance, d'exécuter à 
la lettre, envers les muines d'Uzerche, le jugement rendu 
par le légat à Kscideoil*. n 



1. FaA à Eicideuil. 

t. OtiUK : JHÙKXll.. 

cttte aSure duii les M: 



au de riDCUtiatioa du Verbe 1116. indlctioa vjii. 
ib. VI, p. 400. On li'oiive &uuï quelques d^tnils m 
.. i-. Nadatid. Les auliuiv du GaJlia Chrisliana n'e 




[ii» lUSTOlUE DKS YICOMTKS 

Girard, en sa qualilc de légat du saint-siége, était dê^ 
intervenu dans d'autres discussions particulières au diocèie 
de Limoges. Les moines d'Uzerche, scandalisés de la con- 
duite de leur abbé, du faste qu'il étalait, lui portèrent leon 
plaintes. Pierre II, surnommé Béchade de Lastours, parce 
que pendant sa vie militaire il avait été attaché au service 
des seigneurs de ce nom, ayant changé le casque pour le^ 
froc, avait fait profession dans le monastère de Saint- 
Pierre d'Uzerohe, et en était devenu abbé vers 1108. Habi- 
tué naguère à résister à ses ennemis par la force des armes,, 
il résista à ses religieux par son éloquence et sa connais- 
sance des lois canoniques, et les réduisit au silence. Mais 
les juges, peu convaincus de son innocence, ne l'admirent 
que sous l'autorité du serment. F^erre accepta ce moyen 
de justification et reprit le chemin de son monastère. Lei 
moines d'Uzcrche vinrent à son avance pieds nus et lui 
firent une solennelle réception. Quelque temps après, soit 
par un sentiment de fierté naturelle, soit qu'il se trouvât 
sous le poids de nouvelles accusations, il résigna ses fonc- 
tions '• 

Enfin la voix ôiuqueiUc de saint liernard mit fin au 
schisme qui (li\i2>ait l'K^lisc d'Occident; la légitimité d'In- 
nocent II fut reconnue par le clcigé de France, et l'évoque 
Ëustorgcs rétabli dans tous les honneurs de ses fonctions, 
épiscopales. Ce grand homme, après avoir d'aboi*d échoué 
c^ans ses remontrances, avait enfin triomphé de Tobstina-* 
iun du duc d^Aquilaim*. Un jour, comme il disait la mcâse 
daits une église de Poitiers, le duc se tenant à la porte, il. 
prend l'hostie en main, vient à lui : « Voici, lui dit-il, votre, 
Dieu et votre juge; o.^erez-voLs le mépriser? » Le duc, sur- 
pris et attendri, déclare sur-le-champ qu'il reconnaît Inno- ' 

i. Baluze : HisL Tutel,, Ap^ciid., col. 8iJ. 



i 



ET DE L.\ VICOMTE DE LIMOliES, l«D 

ma pour le vrai pape, fait sa paix avec Euslorges et le 
tti;oit magniQqueoient dans son château de Chin-et-Boivre. 
fUnnlphe venait à peine de quitter Poitiers pour rentrer 
so Dont, quaod il apprit cette réconciliation : surexcité 
|«r is colèri;, il tomba de cheval, Trappe d'une attaque 
d'apoplexie (1133) '. 

le peuple rit bien d'autres malheurs. Un incendie, dont 
00 off ooDQut pas la cause, venait de détruire la partie de 
Liooges appelée le Ch&teau, le monastère de Saint-Mar- ' 
bil, placé tiaos la mCme enceinte, avec les belles statues, 
(Bnres des meilleurs artistes, qui faisaient l'ornement do 
(ioUrv. L'église de Saint-Pierre-du-Quejrois, celle deSaint< 
tlichiel-de»4joos et le monastère de Salnt-Marlin, eurent le ' 
mtot tort. Ed même temps une affreuse disette désolait la i 
pitrs. Oa entendait pendant la nuit les moines qui psalmo- J 
dîuent le» douleurs de Job *, et prêchaient la résignation f 
xn peuple, qui mourait dans tes tortures de la faim. La mt- 1 
' i^Liit géoérale; des religieux, des chevaliers, comme ^ 
.'lis pauvres, tendaient les mains, demandant le pain de ] 
' mône. L'imagination troublée voyait partout des faits 
JBrnalorels. On racontait qu'il était né en Aquitaine uoe j 
■Bine à deux corps, à deus létes, à quatre mains et à deux | 

V Uilfré ce triste état de choses, quelques baron» 

|pr compte des soulTrances du peuple, donnaient un libre 1 

*^n & leurs ressentiments el h leur ambition. Quoiqu* j 

' rime lie Pierre-Bumère fût sorti de sa prison de Ségur 1 

hoDorabk-s conditions, Ebles, vicomte de VenladourJ ' 

>j iimit BU tl37,el tut enterré dîna l'^glieede gtiut'AiiKUlUl 1 

.:'.:fti. éf^quc d'AngouUme, priaiilii k se» funëniUeE. (Talut- M 

-^ f/iroa. Adem. Voiieiu.) ' 

j_ • ... .~i MO* nucapimm de manu Dsi, mila qaire u 

i. Ctron. Adeim. Votùriu., c. XL. 




no HISTOIRE DES VICOMTES 

son oncle, n'en forma pas moins le projet de st fenger^ 
vicomte de Limoges. Instruit qn'en revenant d'an pèltital 
à Notre-Dame-du-Puy, en Velay, Adémar traverteidMl 
montagnes de l'Auvergne, et les collines sur une desqiNl 
s'élevait le ch&teau de Ventadouri il plaça des hotf(| 
d'armes en embuscade dans les principaux passages, |i 
se saisir de sa personne. Aussi Adémar surpris» n'n 
pour se défendre que son bâton de pèlerin, ne put restai 

• ' 

Ebles le retint, pendant deux ans, dans une des toaiil 
son ch&teau, sans vouloir écouter les prières de ses ||| 
sollicitant la mise en liberté du prisonnier qui, trop jj 
pour demander grâce, ue rêvait qu'aux moyens de se f 
ger. Pour ne pas oublier sa haine, il laissa croître toul^ 
barbe, et jura de ne la couper que lorsqu'il aurait pnnU 
ennemi. Ses contemporains le surnommèrent 1$ Barlm*i 
chambaud de Gomborn, qui avait épousé une de sesfl 
nommée Brunissende et quelquefois Humberge, panrif 
gagner un des hommes d'armes de Ventadour, qui piq 
de faire sortir le prisonnier pendant la nuit. En afllit 
l'heure convenue, quelques gens de Gomborn, portanU 
armes cachées sous leurs vêtements, vinrent rôder anl 
de la place. Mais Adémar, rotenu trop longtemps par lu 
cessité de satisfaire quelques besoins de la nature, ne pi 
pas assez à temps an lieu indiqué, et ceux qui l'attendsl 
voyant venir le jour, s'éloignèrent & la hâle, pour ne ' 
être découverts par les gens de garde sur les muraillei 
château *. Enfin, ennuyé de sa captivité, n'attendant rie^ 
la générosité de son ennemi, il demanda k entrer en il^ 
dations avec lui. Ebles exigeait pour sa rançon douze nfl 
sous d'or, dont il ne voulait rien rabattre. Cette somme 
livrée, et Adémar sortit de sa prison, où, malgré son él 

1. « ... Sed ipfto atl ueccMaria iialarw diutiui» iiiiiuoreutc, diluculo ftH^ 
recetseruui. » {Chron, Adem, Votietu,^ o. xltii.) 



KT DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 171 

«9 fbrces physiques s'étaient prodigieusement aSki- 
La habitants de Limoges «ivaient regretté son absence, 
« ^-assaux en avaient profité pour s'enrichir à leurs 
f. Le jour de son entrée dans la ville, les citoyens de 
ies rangs, et les moines, avec les bannières de leurs 
I, tinrent à son avance. Mais ce n'était plus le guer- 
Crépîde et altier d'autrefois; ses cheveux et sa barbe 
t Manchi; la vieillesse était venue avant l'âge : sa haute 
l'était courbée; sa démarche était chancelante, quand 
reroir son habitation qui, depuis deux ans, ne reten- 
plus du bruit des fêtes et de l'orgie des festins. Du- 
mte sa captivité, sa famille avait habité le château de 

m celui de Combom. Qui III, son fils, qu'il s'était 
l quelque temps auparavant, avait administré la vi- 
.Cdoi-ci, que la couleur de son teint et sa laideur 
nmoftimer Granl (corbeau), était un des plus hardis 
ïen de son temps : plein de courage, libéral, soignent 
t instmit à Técole des moines, il promettait au pays 
BIT de paix et de prospérité. Les habitants de Limoges, 
i ceux des campagnes, et même les étrangers qui 
eut le connaître, appréciaient ses qualités. Quand on 
lo'il devait visiter ses terres et ses vassaux, on accou- 
a rencontre. 

seule personne ne partageait pas cet enthousiasme 
>ule pour le jeune guerrier; c'était sa belle-mère, 
ie Carrio, ou des Gars, seconde femme de son père, 
iinarqnablc encore par sa beauté, comptant sur l'as- 
it qu'elle exerçait sur son mari, ne devait pas reculer 
an crime pour faire la fortune de ses propres en- 

Elle chercha donc tous les moyens de faire passer 

i éuit. letoa U cbrooique de Vigeoiit fille àt GQilUume-TtiltofM'» 
AafPMlèfiM. Le Labovreur k ouafood avec la femne d'Adéuar IL 
iUni Muinberge. {Art de vérif, les data.) 



ns HISTOIRE DK8 VICOMTES 

la vicomte dans les mains d'Hélie, l'un d'eux, né du secoi 
mariage d'Adémar, au détriment de Gui, né du premier,^ 
par conséquent, comme Tainé de la famille, seul héritii 
du titre et de l'autorité de ses ancêtres. Non contente d'^ 
ciler Tanimosité entre les deux frères, elle recourait à toiÉ| 
sortes d'intrigues pour se faire des partisans parmi les 4 
gneurs du pays ; on la vit plusieurs foiS| mère ambiUfl^ 
et dissimulée, visiter les abbayes de Liiùoges, déposant, i; 
nom de son fils, de riches offrandes sur les autels, dao| 
but de lui attirer les sympathies du clergé. Mais Adémar ] 
comprenant les projets de sa femme, quoique n'osant! 
résister, n'eu aimait pas moins son fils aîné ; c*était 
lui qu'il voulait laisser la vicomte, ses ch&teaux, ses 
et ses aimes de bataille. Comprenant enfin qu'elle ne {M 
vait rien obtenir par la ruse et la corruption, cette odiei 
femme eut recours à un crime. La main qui déposait < 
offrandes sur les autels versa du poison dans le breuvaj;» 
Gui, qui semblait ignorer jusqu'où pouvaient aller rambitl 
et la haine de sa marAtre. Mais un religieux, un magicî 
comme on disait alors, parce qu'il avait quelques conni 
sances des sciences naturelles, Adémar, abbé de Saint-M 
tial, administra à temps à la victime un utile contre-poiai 
Il mourut puu de temps après ^23 août 1124), sansav 
laissé à personne le secret de son intervention et la naU 
de son antidote*. Alors la marâtre, cachant ses proj 
sous de faux semblants de repentir, pi^oflta de la uégligei 
du jeune homme, qui succomba trois mois après l'ai 
de Sainl-Martiai qui Tuvait sauvé. Une foule nombreq 
avec tous ies signes du deuil, vint à Limoges as:>ister à . 

I. Au lieu irAdéiiiai. rj^miiiv le dil la chronique de Vigeoié, il Une 
lire Amblani, «|iii fut abbé de Saiut-Uartiâl (dusieu» anuéetf aprèa Àdèli 
cl qui mourut, uou eu lii4, luaii eu 1143. ;Gâll. caaiST. : Hçcie», Im 

victiuù,) 



i 



er DE LA VICOMTE DE LIMOfiES. Hl! 

&jltes'. liane des Cars ne profita pas {le son ciime, 



p peD de temps après elle vit mourir B 



, son propre 



• rieillesse d'Adémar HT se passa dans les larmes. Hu- 
milié de sa longue captivité à Veotadour, dégoûté de la vie 
■près b mort de Gui, cet homme qu'en avait vu si impla- 
ubl^eiNitre ses ennemis, n'osa pas punir le crime dt> sa 
leome. Pendant que, tout eu proie à ses regrets et à sa fai- 
tlesse, il vivait dans la retraite, il eut encore la douleur de 
uir les tombes de la basilique Saint-Martial s'ouvrir pour 
Mefoir ses autres enfants mâles, et par conséquent sa vi- 
eoiot^ tomber d'épée en quenouille. De ses deux Hlles, 
l'nne, Bninissende, avait épousé Archambaiii! de Comborn. 
iknl rite avait plusieurs enranls; l'autre, nommée Emma, 
rfai m( nne vie agitée par d'ardentes passions, ne mérita 
qae tes malédictions. Elle avait d'abord été mariée à Bar- 
don de Cognac, dont elle n'eut pas d'enfants : veuve, Jors- 
p'elle était encore jeune et belle, elle épousa, en lt36, 
ioîtlaum'^ \, duc d'Aquilaittc, qui lui promettait plus 
féctut et d'honneurs que Guillaume -Taillerer, fils de Wul- 
pk-l^llefer, comte d'Angoaléme, dont elle (lait passion- 
Ifanent aimée, et à la cour duquel elle vennit souvent, 
IllipsaDl par sa beauté les plus nobles châtelaines de Sain- 
looge i*t d'Angoumois '. 

Gaillaume-Taillefer, égaré par sa passion, furieui d'avoir 
Hi supplanté par le duc d'Aquitaine, encouragé par les 
iripieurs du Limousin qui redoutaient la domination du 
*àttna. dissimula son ressentiment et vint souvent au 
ita de Clain-ct-Botvre prendre part aux fêtes de sou 



luctu Lamovicjc delatiu, i 




m UISTOWB DIS VIC0MT18 

suzerain. Un jour que celui-ci était aLsepU il hû ravit a 
épouse. Guillaume, iudigné, résolut de se fenger, et aM 
à lui ses vassaux et ses hommes d'armes. Ceux du limo|| 
se rangèrent du côté du comte d'Angouléme, craignant ^ 
si la vicomte ae Limoges devenait la dot d'Emma, eUd 
les fit passer sous la domination immédiate de Poitiers* I 
cris de haine et de vengeance retentissaient en Angoum^ 
en Limousin et en Poitou ; partout on s'apprêtait à ùâ 
battre, tandis que le vieux vicomte de limoges, retiré d| 
son chftteau de Ségur, maudissait sa fille, qui l'emptall 
de mourir en paix. Au momeut où la guerre allait birti 
nouvelles ruines, on apprit que le comte de Poitiers» i 
s'était promis de détruire Limoges, venait de mourir é\ 
un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostclle, léguant ^ 
duehé d'Aquitaine à la jeune et belle Aliénor^ sa fille alnl 
qu'il destinait pour épouse, selon le bon plaisir de | 
barops, à Louis, fils atné de Louis -le-Oros, roi de Frai 
(mai 1137). Les deux partis posèrent les armes à la graa 
joie du peuple, qui à la vue de ces préparatifs avait tremJ 
pour ses récoltes et pour ses chaumières K 

Louis VI avait saisi avec empressement celte occasion, 
réunir au royaume de France cette belle Aquitaine q) 
depuis si longtemps, conservait son indépendance et t 
autonomie; il s*élait rendu à Limoges, où Tattendai^ 
quantité de seiéçneurs accourus daris la villa dès la veill 
pour assister aux cérémonies religieuses de la fête de sd 
Martial. Le jeune Louis VU arriva quelques jours apij 
accompagné de cinq cents chevaliers, brillant corl^ 
auquel se mêlèrent quelques grands vassaux du Midi, U 
qu'Alphonse, fils de Raymond, le comte de Saint-Gilles 

I. Le* moine* aUrihuèroiit m niori à riiitercewîi'ui de Saiot-Martial , | 
«arsit aiatj «outUiil U> Limousin aiii mAlhfiuni ilont l'aTait menacé le i 
J*AqmUiiie. 



1 



ET Oi LA VICOMTE DK LIMOGES. 176 

f comte de Toulouse. Le jeune priuee. qui Tenait 
essayer de la fidélité d'une feoune du Midi, fut 
rande pompe par les grands, le clergé et le pen- 
se fit pas payer le droit de bienrenue par le 
jdémar III, comme l'autorisait la loi des fiefs, et 
point dans le palais vicomtal : les moines de 
liai mirent k sa disposition leurs plus beaux 
mts. Le lendemain, après une procession solen* 
lompagné de Rodulphe de Femelle, comte de 
As, qui épousa une sœur d'AIiénor, de Thibaut, 
Champagne et de Brie, du ?ieux vicomte de 
et de tout le clergé , dans les rangs duquel on 
t Pierre, abbé de Cluny, Suger de Saint4)enis 
tant contribué à la gloire du dernier règne, il 
a ville avec toute son escorte et alla camper de 
é de la Vienne, d'où il partit pour Bordeaux, où 
recevoir la main d'AIiénor *. Il sut dans cette 
ice ménager l'orgueil des Aquitains en n'usant 
iviléges que lui donnaient les coutumes féodales, 
s toute providentielle des peuples, l'avenir dépend 
es circonstances en apparence les plus futiles : 
lu vicomte de Limoges n'avait pas déserté le lit 
Aquitaine pour celui du comte d'Angoulême , le 
it peut^tre resté longtemps encore séparé du 
de France proprement dit, et l'Angleterre n'y 
. régné *. 

Dort de son second mari, £mma de Limoges était 
l'héritière légitime de la vicomte, mais ce ne fut 
qu'Adémar III, son père, voulut laisser ce riche 



Voêieiu^ c iLViii. 

d'Aquitaioe âTait épousé Emma de Umo^ dant Teapoir 4*M 
esMCur. car il o'aTait en de sa première femme, Aénor de ChA- 



j 



176 HISTOIRE DBS YICOHIVS 

héritage. Heureux de l'affection que lui témoigniil 
autre fille, mariée au vicomte de Combom, et reconi 
de ce qu'ayait fait celui-ci pour l'arracher des 
d'Ebles de Ventadour, il choisit pour lui succéder 
deux fils, Oui et Adémar, à l'exclusion de tous ses 
parents, ordonnant que, si l'un venait à mourir, l'i 
gardât la vicomte tout entière. Cette disposition 
dernier acte politique de sa vie si longue, si mèl^ 
plaisirs et de peines. Dès lors, n'attendant plus vU 
monde, dégoûté du pouvoir , courbé par Page , abat 
les douleurs, il se retira dans l'abbaye de Cluny, 
laquelle il avait eu toujours tant de dévouement 
respect. Sa vie de pénitence et de pratiques pieuses n' 
pas longue. Peu de temps après, on vit revenir son 
cueil porté par quelques hommes d'armes, accom] 
de quelques moines, qui lui ouvrirent une tombe 
ses ancêtres dans le cloître de Saint-Martial. 

A cette époque, Limoges n'avait rien à envier aux al 
villes du Midi; le commerce y av<dt pris une 
extension; plusieurs riches industries s'y étaient 
loppées. Les marchands de l'Auvergne et des ai 
contrées adjacentes venaient y acheter les étoffes 
Nord et les autres produits d'outre-Loire. Les moines^ 
abbayes étrangères, qui venaient à Limoges vénérer! 
reliques des saints, étaient souvent les guides et' 
c-ompagnons de ces petites caravanes de marc! 
étrangers. Les denrées du Midi y affluaient; les 
merçants des bords de la Méditerranée et de la Pro^ 
les y déposaient, pour qu'on les fit ensuite passer di 
Nord. Cet accroissement de la fortune publique 
certaines villes eut pour principale cause la prei 
croisade qui avait mis en rapport, en créant de nou^ 
besoins, des populations qui auparavant se connais 



4 



ET Ot LA VICUMTË DK LUI0ti|i8. 

i (Jeoieiire des vicomteB de Limo^jes, quoique 

, loqjoars sud aspect féodal , ses baules tours 

• larges foKsvs, qui la séparaient des maisons 

i, iUil deTCDoe le séjoar de l'opulence, du luxe, un 

l^gus de fêtes et de plaisirs, oh se pressaient les 

> cbitelaines et tous les troubadours qui cou- 

. I j pradigalilé y allait au train de la richesse. 

i de Pwtiers n'y trouvaient aucune différence 

I qu'ils donnaient à leurs vassaux sous les 

ges de leur château de Clain-et-Boiyre. 

) exemple de la prodigalité sonipLiteuse du 

a Umogrs, el qui |ieut ttutrer dans le tableau des 

k temps. — a Le comte de Foiliers, (iuillaume, 

I comte de Toulouse, dit Oeoiïroi de Vigeois, 

Limoges, Adéniar le dt^frayn, suivant la 

r il arriva que le maître d'bfitcl demanda du 

tslantin de la San» — c'ét:iit une denrée alors 

K. Celui-ci le mena dans une chambre, ou il trouva 

} répandu Jt terre, i-omme le gland qu'on donne 

. «Voici, dit-il, du poivre pour les sauces de 

u et, ajaiU pris une pelle, il lui présentait, 

t qu'il ne le lui jetait <. Cela fut rapporté 

B magoiilceoce, au comte qui ne manqua pas d'y 

Adénur vint H son tour i Poiliers. Guil- 

sc de lui vendre du bois, uRn de l'empScher 

k cuisine. Alors les geai du vicomte, ayant ramassé 

■ noix qu'ils purent trouver, eo firent de fçiands 

t tnxqueU ils mirent le Teu; ce qui produisit des 

■-ardents, dout ils se servirent pour apprêter 

! leur maître. Le corale, l'ayant appris, loua 

I d0 Limousins qu'il traitait auparavant 



178 mSTOIRB B8B VIG0MTB8 

de gens stupides et grossiers ^ d On Tenait auari de \sU^ 
acheter à Limoges les produits de son orféyrerie, aea hmÊÉ 
vases ciselés d'or et d'argent, dont le travail artislhiél 
s'était encore perfectionné depuis l'argentier de Dagobeil^' 
saint Éloi, et dont se servit an des prétendants au siégi 
épiscopal pour gagner à sa cause les grands dignitaires éé 
la cour pontificale. 

Quand on avait voulu donner un successeur à Eostorges,' 
un parti, disposant d'un grand nombre de suffrages, ft 
prévaloir les prétentions d'Amblard, qui attendit à peine que 
la tombe se fût fermée sur son prédécesseur, pour prendre 
possession du fiége épiscopal. Cet empressement exdiri 
l'indignation de ses ennemis, qui élurent (îérard, doyen dé 
Saint*Trieix, et neveu d'Bustorges/ Chaque faction s'effor^l 
de s'assurer ]e succès de son candidat : Pierre Laurez, cuiil 
de Saiiil4^rre-du-Que7roix, accompagné de plusieurs de 
ses amis, vint de la part du pape interdire à Amblard 
l'entrée de l'église. De là, de part et d'autre, des actes de 
violence. Bonifaoe, un des partisans d* Amblard, frappa si 
rudement Laurez à la Qgure, que celui-ci recueillit son 
sang sur sa robe pour le montrer au pape. Amblard, après 
avoir vainement demandé à l'abbé de Gluny de soutenir ses 
prétentions, vint lui-même h Rome plaider sa cause. Gérard, 
son compétiteur, eut recours à un autre moyen ; il invita 
à un festin les grands dignitaires de l'Église, leur servit les 
mets les plus exquis, les vins les plus délicieux, et plaça 
devant eux de magnifiques vases d'or qu'il avait apportés 
de Limoges. Le lendemain, au moment où le légat aposto- 
lique célébrait la messe pour le repos de l'âme d'Eustorges, 
il lui offrit une riche et magnifique coupe d'argent ciselée 
et remplie de pièces d'or. Tout cet or, tout cet argent 

2. « Du fiiiwpe ooQgrao eitulit Lemovioenses, qui iUot mulliftiri^ repf» 
hendere teotaveimt rattioitaiis causa. » (Chron, Vasiens.} 



ET DE LA VICOimt DK LIMMES. fTfl 

dmit-fl, lai avait été remis par son oncle pour qu'il le 
Attribuât aux églises du pays. Lorsque le pape lui 
taiiida s'il avait obtenu son élection par simonie, Gérard 
jm le contraire ; il reçut donc la consécration et revint à 
lÎBoges tout fier de ton Irionplie ^ 

I. Ckrom. nus» de Limoges, 



180 HISTOIRE DBS VIGOIITES 



CHAPITRE Vn 



LBS VICOMTES DE LIMOGES ET LA DYNASTIE DE COMBORH 

Dynastie de Gomborn : Adémar IV et Gui IV, yicomtee. — Gtierre pow k 
•ofiOMiion d*Archambaud de Gomborn : mort de Boion II, fieomte èi 
Torenne. — Note lur l'abbaye de Tulle. — Amblard, abbé de StiBU 
Martial , remplacé par Gérard de Coarcillas. — Let monastères de Borti 
de Ghamberet et de Bonnessaigue. — Saint Etienne et Tabbaye d'ObaûM^^. 

— Le monastère de Goiroux. — Description des environs d'Obuine. — 
Note sur le tombeau de saint Etienne. — Saint Bernard précbe une nos* 
Telle croisade. — - Robert de RofQguac eu Palestine. — Gui IV et iM ' 
barons du Limousin à la croisade. — Odon de Saint-Ghamans, son béroisiMi 

— Gui IV et sa femm», tille de Thibaut de Blason. — Mort d'Adémar !▼• 

— Rbles 11 de Ventadour, troubadour. — Il reçoit le comte de Poitien à 
Ventadour. — Le château de Ventadour, rendez-yous des troubadours. — 
Bernard de Veutadour meurt à Dalon. — Adémar V; Archamband de 
Gomborn, son tuteur. — Louis et Aliéuor d'Aquitaine à Limoges. — Aliénor ' 
mariée à Henri Plantagenet. — Henri et^liénor mal reçus à LimogM. — 
Henri H dispose de la tutelle d*Adéniar V. — Reltis des habitants de 
Limoges d'obéir au vicomte : vengcanco dn Henri II. — LaGommémora- 
tion des morts à Limoge». — Lex moines de Muret à Grandmont; 
description des lieux. — Dons de Henri II à Grandmont.— L'hiver de 1151. 
-« Adémar V reçoit ThibAut, comte de Champagne. — Intervention de 
Henri II dans les questions religieusos^. — Adémar V prend le parti de 
Benard, son oncle. — Guerre à l'occasiou d'ICxcideuil. — - Félonie d'Adi- 
mar V. — Mécontentement d'Olivier de Lutours et des autres seignenn. 

— Mort d'Hélie. — Dédicace de l'église de Grandmont. — Les seignaun 
du Limousin hostiles k Henri il. — Hommage d' Adémar V à Mootmirail; 
les bourgeois de Limoges se fortilieut contre le roi d'Angleterre. — 
Gommencement des discordes dans la famille de Henri II. — Note ior 
TégliM de Saint-Martin. 

La première dynastie des vicomtes de Limoges, com- 
mencée avec FuichériuSy seigneur de Ségur, finit avec 
Adémar III, dit le Barbu. Durant près de trois siècles, elle 
se trouva mêlée à tous les événements qui eurent pour 
résultai d'accroître la puissance féodale au détriment de la 




ET DE H VICOMTE DE UMO..ES, 
njjirié; plusieurs de ses membres, vicomtes ou posses- 
Prenn de grands flefs, purent résister, autant par leur cou- 
pîir une habile politique, aux prétentions de leurs 
■■uimiai immédiats, et surtout auiï ducs d'Aquitaine, donl 
le dfmier ne légua à la royauté capétienne rjue des droits 
coDtfïIés par tous les grands vassaux du Midi. Après l^i 
mon d'Adémar ITI, AdémarlV et Gui IV, ses petits-fils, nés 
I dbstartage de Bmnisspndt, sa fille, avec Archambaud-le- 
I Itrbu, vicomte de Comborn, lui succédèrent dans la vi- 
I comté, comme il l'avait demandé (1139)'. Mais ce ne fut 
pts uQs one vive opposition de leurs pareuts du cOlé ma- 
lerul, qui prétendaient que la vicomte était un Gefmas- 
coUq'. Le roi Louis- le-Jeune, en iî41, étant venu à Limo- 
ps,ftù il demeura quelques Jours, gagné par eux, tiompé 
)ur leurs intrigues, adopta cette opinion et rejeta les pré- 
IfQlioQi des deux frères à cette partie de l'héritage de leur 
i'^rtl. Bientôlaprës, mieux instruit, fléchi parleurs prières, 
■înplanl sur leur assistance contre le comte de Toulouse, 
pérant aussi s'attacher la noblesse du Limousin, qui pré- 
rtlf la dynastie nouvelle â l'ancieune, il reconnut les 
■ i}\ jeunes vicomtes, leur donna l'investiture en sa qua- 
lité de duc d'Aquitaine, moyennant le payement de deui; 
s marcs d'argent, dont il avait besoin pour continuer 
dilion contre le comte de Toulouse '. 
eux frères administrèrent ensemble la vicomte, 
1 un accord bien rare à cette époque parmi les mem- 
I des grandes familles, le plus souvent divisées par I;i 

e de Umaifs», dila ausii de Comborn, wur de Gui IV el d'Ad^- 
', BDln ta retïgiuu. Noue U IrauTODs obbetee de Notre-Dsme-de-U 
■ IISS. {Ginéal. de Geoffroy de Breuil, cbap. 2L1.) 

rlea^1te^ Je Limogei porUi«Dl ; d'or, à trou lioitt d'aiw; 
» de gueuiea. Ceui de U dynulie de Cumbraa, d'argtiil 
I, towonAé d'azur, tampassé el armi dt sable. 
t ... lËaerlDi ÎUorum. pcpereil illi», accrptlt >Xi eitdein duienliii mircu 
i. a {CIm». ààem, ron'nw., a. iv.) 



Ittâ HISTOIRE D£S VICOMTES 

hâae et par l'ambition. Gui IV, encore bien jeune, épouH 

■ 

Marquise» fille de Roger II de Montgommeri, comte d|i 
Laocastre, et d*Almodis de la Marche ' ; Adémar IV, HaP;1 
guérite do Turenne, âlle de Raymond I*', un des héros 4f . 
la première croisade. Les ressources, que leur promet^ 
taienl ces alliances, les mettaient à l'abri des attaques df 
leurs ennemis. Ils en eurent bientôt besoin, pour résisttt 
à Oui Flamenc, leur neveu^ qui au nom de sa mè 
revendiquait une partie de l'héritage d'Archambaud 
Ck>mborn, son aïeul. Adémar IV appela à son secou 
Bozon U, son beau-frère, vicomte de Turenne, qui dès 
première jeunesse montrait beimcoup de goût pour 
armes. Sa mère, Mathildc, fille de Geoffroy II, comte 
Perche, qui après la mort de Raymond I^ avait épo 
Gui de Lastours, avertie dans un songe que le jeui 
homme serait victime de son courage, avait supplié Be 
nard II, conile de la Marche, de lui défendre de sa p 
de prendre parti dans aucune expédition de guerre. N 
contente de cette précaution, elle assistait tous les jouil 
à une messe du Sainl-Esprit, dite par les religieux du mm 
nasière d'Ariiac, et priait I)i(Mi de protéger son Qls. iM 
jeune vicomte, touché des larmes de sa mère« s'abstin 
quelque temps de porter les armes ; mais après sa morL 
rien ne put le retenir. En vain Bernard l'avertit encore qoÉ 
sa mère lui avait apparu en son^e, qu elle lui faisait dipi 
que cette guerre lui serait fatale ; il assembla à la hAte M 
chevaliers, et alla rejoindre Gui et Adémar, occupés | 
faire le siège du château de La RucheSaint-Paul, sitof 
sur les terres du Périgord. Quelques jours après, s'élaol 
par bravade trop rapproche de la place, il fut atteint d'uidl 

I. Ro(ç«r H, rhuié d*Aii^«terre par Henri !•% m? rclini daiis lo. romlé fl 
U Mardie, dot d'Almodii, sa femme. II se lixa au rhAteaa de Gbarroui, dlN 
Il Ait lurnommé le foitemn, 

4 



i 



ET DK U VICOMTE DK LIMOr.Eli^. 1B3 

■ •iJDOQrol JU)«sit&L llti l'enlcna dans l'abbaye de 
%aK pfiscDCe de tous les grands vosâaiiz du pays, 
de Conibom, Kblcs de VenlaJour, Bugues 
Belculd, G^nl de Martenne, Brrnard de CuremoDte, 
de Hofngnac, <( de plusiturs autres*. Les abbés 
Tlntclie, de Vigeois et de Dalon aâsistërent à la céré- 
tÊtiê avec un nombreux clergé. AussitAl que le corps 
H été d^poa^ dau» la looibe, Adémar iV, pour témoi- 
ler de «es regrets, remit h Rïbles, abbé d'ilcercbe, une 
Urie, par Uqaelle il faisait aux religieus d'impoi^ 
M» do&&lion«. iiotoa II lui-mâme, par un teslament 
1 ptui de letnpa avunl sa mort, avait chargé Ëustorgie, 
(tome, de doaoer h manse de Tarsac aux pauvres que 
■Rissait a\cn l'abbajc d'Oba:^lne, devenue le rendez- 
Bi des iudigpnU de eellL' conirée montueusc. La pieuse 
ne «GCoiuplitscs Tolontés : ud jour, v^tuc de ses babils 
deuïl, en présence de tous les chevaliers du cbàleau 
TnreaDL-, elle rtçul Etienue, le. fondateur de l'abbsyc, 
mit ce pouession de la inause, et lui baisa la roaîn, en 
pt do Ift sincérilé de son oITi-ande ^. La mort de Bozoït 11 
inja ipllcmcot les deux vicooites de Limoges, qu'ils 
baodouaèreDl le si^ge du chlleuu de La Roche-Saint' 
aal( ob il&s'éuient laotés do faire leur ennemi prisou- 

t. tAUMI : Bâf. Fulti.. f. Itl. Bniaa II xw\l dpcuté depuii p«u Kui- 
qpt. ON* it BvrMtil, «eii^eur U'Andiau et d'Alxii, de Iwiadis naquit 

ilédite i uint lUrtiu. titu^ au coollueal de U So- 

IX* ««da, (UT uu rai^AMifi^iii 

u Ttdl «ui guiAtrfn d'A'léimt d'EKalt {/te SraUù), ilool 

i.Miiu. iTfc NouudU, « rtnuDH, T aiiréll Tondt no pslll 

uinaatUrt. «juil HA iWlriitl par le Nornunds, (ut rtiUiiri 

CXùimu, iloomlo tiu Bu-Limuuiin, qui (aidait i Tulle. 
#(iiia de Skint-Julno, de â*itil-Mkrliii-di'-l'i-l>u>iir. di 
ih k* (unis, d« âvillun, tUpifioaun nMiaen «L AcCl* _ 

_ 1 t«44inBit. (B*i,i:iE ; HùiTt^M. — CUi 

Il 1^ avAvjh* ♦otBW- TuM-) ' 

[ 1. Clin S. S4tpitMm Otiumfntù, u/>. Boiloml. : 




ji9 wstiesim lAsai 3 siul 



icecCte nerw^. es gh a ehta t gartoU des alfiés 

itmA i K «écteï &e partîaa aaail5t après la- 
ie ieer fère : oemmat et a iBlMk^u fl anil 
liwilé d uiiuc ëe fortes iBKniBcs le o rtiuit es par 
W et protégées pv ne lov. appelée la TmÊr-^AmMmi. 
et piiA Urd la f— r-frfiiiafe. Après avoir guu te iai 
iriofl-bait aas Fabbaje, Q «xt poor soecessenr Albei^ 
frère de Génrd de CoorriOas, dievaber d^Aobosson» qid 
fle montra trèA - sérèr c enrers ses infmcars dans tootas 
les abbayes référant de la âenne *. 

Pendant les dernières guerres féodales, le Limons» 
s'était enricbi de nooreanx établissements rdigîenz, dn 
monastère de XotrM>ame de Bort« de Tordre de Cfamy, 
ricbement âcié par les seigneurs de Gombom. de Venta- 
door et de Saint-Jolien; de Notre-Dame de Cbamberet, 
#oami» 4 l'abbaje de Sclignac par le TÎcomte de Combom 
qui, arec les seigneurs d'Anglars et d'Ambrageat, enri- 
chit anssi le monastère des religieuses de Bonnessaigne, 
fondé par Eudes, duc d'Aquitaine ^. 

Parmi les fondations religieuses de cette époque aucune 
ne fut plus célèbre que celle d'Obasine, née sous le souffle 

1. Benurd, abbé de TerrasMo, qui yooliit lui résister, fut obligé de oôui» 
pAftltre dftos le chapitre de Saint-Martial, devant son supérieur, qui lui ôta 
la erofw, le réduisit à la^oodition de simple moine, et lui défendit de sortir 
ssoi M permiisioo. Bernard ne reprit que plus tard sa dignité, i la soUidU- 
tioo de l'abbé de Saint-Augustin. (GalL. chbist. : Eceles, Lemovkent,) 

%. ClaUTD. ErriRN.SdT : Mss,, Reckerehet sur /es abbeofes. 



T DE l.X vrnOMTfi DK l.IMfliiF>. 18S 

ni Bernard, qui s'elTorrait de ramener le 
njacM-'oie aux beaux jours de son hisloJre. Klle eut pour 
datrar Etienne, né à Bassignac-le-Haiil, élev<^ de bonne 
ire dans les pratiqrjes pieuses par (îauberte, sa mère, qui 
«iale de lai avait rêvé qu'elle portait un agneau, et une 
rc fois on petit chien qu'elle voyait courir autour d'un 
^lu de brebis. A la mort île son ptre, après avoir 
:5lré quelque temps un brillant héritage, docile aux 
_il^ de saiot Robert, abbé de la Chaise-Dien, et entraîné 
lotit ce qu'on disait des prédications de saint Bernard, 
nonc^ au inonde, entra dans les ordres et commença 
i les environs sa mission évaogélique. Ce fut au milieu 
isplendide festin, auquel il assistait avec sa famille, qu'il 
onçi la résolution de se consacrer à la Vie religieuse, 
ndtmt aux embrassemenls de ses parents et de ses 
I, après avoir passé la nuit h prier avec un prêtre de- 
: ipeTqQe temps associé à sa piété, il partit avec son 
pA^nn, les pieds nus, la corde aux reins, pour aller 
er les clercs dont on vantait dans les abbayes voisines 
alents et la piété. 

limne et Pierre passèrent dix mois aiec un ermite, 
imé Bertrand, établi dans le pays depuis quelque 
ps, qui leur enseipna les vertus de la vie érémitlque. 
livrent ensuite à la recherche d'une profonde soli- 
[. et après de longues courses, arrivèrent au milieu 
la forêt (l'Obasine, à l'endroit le plus écarté, où 
Ae ne pouvait croître, où la crCte des collines se 
m souvent de neige. Le jour de Pâques, l'un d'eux 
! dans une petite église voisine. Ils n'avaient 
^é depuis deux jours : leurs pieds élaieol. dé- 
wr les ronces des sentiers abruptes, quand une 
mme de Pauliac, touchée de lear misère, leur 
. pain noir et nn vase de lait : la plupart du 




«86 HISTOIRE DES VICOMTES 

temps ils ne mangeaient que des racinesi jusqu'à ce 
les habitants des lieux voisins, édifiés de leur saiute 
vinrent leur olDrir des vivres, en leur demandant d< 
pas s'éloigner. Etienne, bien différent d'un faux ei 
qui avait paru dans les mêmes lieux, quelque temps 
ravant, et qui avait abusé de la générosité des fli 
ne voulait qu'édifier ses semblables. Couvrant sa 
d'un cilice qui meurtrissait sa chair, il se bâtit une 
dans ce désert, d'où il envoya à Limoges Pierre, 
mier compagnon, avec un autre clerc, nommé 
pour informer de ses résolutions l'évéque, qui leur fit; 
sent d'une croix bénite et les autorisa à célébrer la 
Le désert devint bientôt un sanctuaire : les trois 
cultivaient quelques parcelles de terrain, ne prei 
peu de nourriture que le soir, et passaient en piièi 
partie des nuits. Plusieurs personnes vinrent sol 
d'Etienne la permission de vivre, de travailler et de 
avec lui. Un monastère fut créé sur ce sol, si stéri] 
dépourvu de végétation que personne n'en réclai 
propriété. Plusieurs cellules se groupèrent autour de 
du saint, et, quand la pieuse colonie se fut augraej 
c'était à qui des deux cénobites n'aurait pas l'hoi 
d'en être le chef. Gcofl'roi, évoque de Chartres, 1^ 
pape, qui était alors dans le Limousin, étant veut 
visiter, choisit Etienne pour chef de la communauté 
santé. Mais il fallait une règle cénobitique ; aussi le 
fondateur alla-t-il visiter les moines de Dalon et 
la Grande Chartreuse de. Grenoble, pour s'inspii 
leurs exemples; mais il ne rêvait que de la règle d( 
teaux. A son retour, il trouva que le nombre de ses 
s'était augmenté. Quelques étrangers, venus par curû 
y étaient restés comme croyants, entre autres Bégoi 
Scorailles, qui voulut y expier toute une vie de dissii 



i 



El M L* VICUMTE DE UMOGES. IW 

dâwbes. Le nouveau converti ne quitta cette soli- 
qucqstlque temps après pour aller fonder, près d« 
très, le mouastère de Valetle, dans un lieu désert, 
Erldtpiiiï des siècles pai' une forêt de b^tres. Pen- 
ce Itmps-là les eonslnictions s'étaient agrandies à 
Wl'^IÛB fui consacrée par i'évCque de Limoges, 
Btuarec loi qut'lques moines de Dalon, et éleva 
Hlll dignité d'abbé (1143). Sis ans après, le pape 
lU i igréger cette camaïuaaulé à l'ordre de Saint- 
. Du inimeiisc réputation de sainteté et de bien- 
H Iflt bienlAt acquise au fondateur : on se racon- 
1 loin les miracles qu'il avait opérés, lorsqu'on ap- 
>'i] Tenait de mourir à Bonuai^ue, près d'Ussol, 
re déjà fondé par les seigneurs d'Ussel, 
1 souvent et od il établit la règle de Clteaux. 
taei de Tulle devaient recevoir son corps dans 
ùe, en attendant qu'on le transportât à Ubasine. 
cjçux restes avaient pour eux tant de prix qu'ils 
lit 1 se les attribuer; mais aussitôt que l'absoute 
par eux, à quelque distance de Tulle, les reli- 
'Obasine, inslruils de leurs projets, chargèrent 
s épaules les précieux restes de leur père, et les 
mat dans sa bien-aimée solitude, où tous Icd 
i se parlagërent les lambeaux de ses vêtements, 
autant de reliques précieuses. 
Etienne avait aussi posé à Obastne les fonde- 
d'un- cloître destiné à recevoir des femmes qui 
ieol au monde, à la tendresse d'une mère, aux 
la maternité : quelques-unes, Samaritaines repen- 
1 remontaient aux joies de Tàme par les rudes 
de la pénitence, y venaient pleurer leurs éga- 
. Telle fut l'abbaye de Colroux, de l'ordre de 
relevant d'Obaaine, dont l'abbé était le pÈre 




118 HISTOIRE DES VICOMTES 

spirituel. Rien de plus triste que remplacement d< 
couvent, jeté dans ranfractuosité des hautes 
d'où les regards ne peuvent se reposer que sur 
montagnes dénudées, ou sur des * blocs de pierre 
par les orages, roulés par les torrents. 

L'abbaye d'Obasine s'enrichit rapidement des doi 
obtenues des vicomtes de Limoges, de Comhom, de Ti 
dour, et des autres seigneurs de la contrée. Le nte^ 
saint Etienne avait choisi était sauvage et stérile, 
des collines abruptes, hérissées de masses granitiques/ 
core aujourd'hui on ne peut s'empêcher d'admirer Yi 
gigantesque des moines qui, sur cette terre désolée, ji 
la vie à pleines mains, y produisirent ce que notre 
savant peut bien appeler encore les miracles de ]m\ 
Ëlevons-nous sur ces montagnes, aux flancs d< 
coule un ruisseau limpide ; la source n'est pas loin : 
va sans doute jaillir à quelques pas sous ces 
granit, lancées en aiguilles par des volcans d'hier, e1 
menacent de rouler dans l'abtroe. Comment ce cours 
arrivera-t-il à la demeure des saints qui sont allés le 
cher au loin? comment Iranchira-t-il la montagne? C'< 
miracle de sainf Etienne : a Durant sept ans, dit la lé| 
on chercha h lui ouvrir un passage. Jeunes hommes, 
lards, habitués à porter le poids du soleil et des hii 
venaient couvrir de leurs sueurs quelques parcelU 
granit que leurs mains détachaient. Ce que les 1 
humaines ne pouvaient obtenir, la foi raccnmplit. Ëti 
priait à l'écart. Tout à coup le rocher s'entr'ouvre : un 1 
se détache du flanc de la montagne et s'arrête sus| 
sur le penchant du précipice. C'est le miracle 
triomphe de la foi qui transporte les montagnes, 'f 
vivifle le désert, n Ces lieux, grâce au travail des mol 
sont aujourd'hui couverts d'une riche végétation, 



ET DE LA VICUMTË DE UMOGES. ttJ9 

btjeesteu ruines; l'église seule témoigne encore des 

» «avres de la religion, mais elle pleure ses plus 

» ornements arrachés au xvu° siècle à la sainte basi- 

is et criés dans tes rillages, comme des objets 

H i l'art, inutiles aux souvenirs de l'histoire. Où 

Bt les refiles de l'illustre fondateur ? Ils ne sont plua 

pi) pierre qui devait les couvrir. La vertu et la gloir* ' 

Mpu mtme trouvé la pais dans la tombe ', 

K Beroard, dont la voix éloquente excitait les chr6* 

li il seconde croisade, visita Obasiue. Ses prédications 

Idiveriioa aux guerres féodales de l'époque. L'Église 

pntqus, pour vaincre l'hérésie qui troublait déjà les 

i midi de la France, il fallait pousser de nou- 

n l'Asie le monde chrétien, à la fois menacé par des 

I» antisociales et préoccupé de nouveaux intérêts 

!i ués des progrès de la civilisation, aussi bien datltf ' 

s ia peuple que dans ceux du clergé et de la no-^ 

i Ce n'était pa» seulement le tombeau du Christ A< 

ir, la ville sainte à défendre, les chrétiens captift 

, la Palestine à remettre sous le sceptre des suc*' 

ï de (jodefroi de Bouillon; il y avait aussi eu Occi- ' 

ifbdépeudaace de l'Eglise à défendre contre deS' 

k ambitieux, et l'unité du catholicisme à protéger 

Iles entreprises des sectaires. La mission, A laquelle 

lit l'abbé de Clairvaux, couvrait la suprématie do' 

e contre les empiétements des empereurs d'Alle- 

^ De tous ceux qui s'associèrent à celte entreprise* 

encore diiu l'^irliic une belle piorro ijui wiiiïre peut-être lei 

& Slianov. tormiDl k a bue un oirré lou^, au-deiEua duquel ' 

IrlM quatre cAtéi une ^eiie d'uuvertured ogivéen, noutonuei par doi ' 

■ lUguilei lurmoDléet d'nns friie i rmacee. Le monumeol te ler- 

I m angle aigu, dnnl lea deux focei mdI oocupée* par <lei groupe* 

■ m ^ reUgienwg. Csit uns coatredit une des bellea muirei dA 

<* liMt. (V. poor plus de deuils mao Hàtoii-e du Bns-Ltmoiam . 



190 HWVOIM DBB VlOOimi 

politique et religieuse, Louis Vil se fit prirfl 
remarquer par sod pieux eutbouriasine. Les bN 
cheTalierSy qui le suivirent, étaieut ai peu M 
mômes sentiments, qoe plusieurs flrmt les ttà 
▼oyage avec les trésors des églises, promeUaatf 
tituer, et, en attendant, donnant de mauvaieesN 
Robert de Rofflgnac se montra plus juste : Todi 
voyage de Jérusalem, il vint à Tulle en 1141^ «il 
son fils, et Robert, son neveu, le jour de la PmM 
dant que les moioea dînaient, entra tout à oouf 
nard de Combom, qui voulait faire le mtaae vcqfi 
rendit, en présence de l'abbé, tout ee qu'il lai 
auparavant ; puis il embrassa tous les moines 4 
cet acte de religion et de justice >. ' 

Oui IV, Talné des deux vicomtes de LimogM 
1147 à la suite de Louis VU, suivi d'une grandi 
la noblesse du Limousin, dans les rangs del 
montraient pleins d'ardeur les deux seigneurs éi 
qui se rappelaient avec orgueil les exploits dirt 
dans la première croisade. On sait les tristes M 
cette expédition. Oeoffroi de Rançon, un des plU 
rons de la vicomte, par une téméraire imprudendi 
perte d'une partie de l'armée dans les défilés dt 

Un autre se montra plus habile et plus bérol| 
de Saint^Chamans, maréchal, puis bouteiller dH 
de Jérusalem, entré plus tard dans l'ordre du TM 
été choisi pour grand-raaltre, quand Philippe d^ 
se fut démis de cette dignité; étant tombé danjÉ[ 

des infidèles an combat du Gué-de-Jaeob, SaladM 

'1 

■ 
I. « TbcBaarDii MTclMiarum atifereKiini. fiilM pmrBiftPnWHl 

{Chrtn. Ad€m. VoiienM,) *i 

S. Balaie : Hùi. Tutei. 

3. MinHArn : ffist. th» Crftwifi^x. 



HT DR U VKOMTË DE LMOGES. W 

I riebftQg«r eoatr« un t)es émirs releDOs dnns les 
I de rardra. Sxint-Chamans fit celte bémîqtie ré- 
• It D6 nmx pas auloriser par mon exempte la 
ideeaz de mes rdigieus qui se laisseraient pren- 
ine d'être rnchptés. Un templier doit vaincre uu 
i(t H peut donner pour sa rançon qoe son poignard 
Mmoif. ■ ]J mourut dans les fers après quelques 
^ eapliYité. Le ricomte de Limogres n'eol pus te 
' it Toir Jérusaleio, ni de revenir dans la terre de 
Mns. Après avoir laissé les radavrea de plusieurs 
■ 4us les plaines rie l'Asie-Mioeure, il mourul à 
e, peat-^lre des excès do celle cour voluptueuse oh 
dodiesse d'Aquitaine oubliai! si joj-eusement ïon 
I la Tille sainte. Ses tM>mpagnoiM ne rapportèrent 
ttrpt pour le déposer dans le cloître do Saint- 
es ne remirent â son frère, selon ses ordres, qu'un 
1^ pmà prix, pieuse relique apportée aulreroîs 
kiMD par Gouffier de Lastours <■ 
, camme on t'a vu, avait épousé Marquise de la 
i|ai ne lai laissa pas d'enfants, et après celle-ci 
I putMaot seigneur Thibaut du Blazon. Celte der- 
ris (fueiqac temps de mariage, craignant de ne 
r d'entants, de perdre l'ainilié de son mari, et 
Ut9 répudiée, f«ignil une grossesse; puis, 3>œu- 
doirieitn do rotihntemeDt, elle supposa an fruit 
<pii éUil la Bile d'un piroisslen de Bassignac. Le 
KHI mari, la Miupi;cinnant d'addltère, la ronllraila, 
iu-mer dau dqo prison, el aurait même attenté ft 
u larrainte qu'il avait de la reine de France, à 
ilU Utuit par des liens de pareal^. Mais il dé- 
sar la sœur d'un clievolier nommé 



192 HISTOIRE DKS VIGOMTKS 

Gaillaume Réthiel, veuve de Geoffroi la Félicia ; il Taec^ 
d'avoir favorisé les désordres de sa femme et la fit arrM| 
Cependant, n'osant pas la punir à Limoges» où il craig^j 
l'irritation du peuple et du clergé, il la conduisit dauil 
bourg d'Àyen et l'y fit brûler vive en présence des habil|i|| 
consternés. Quelque temps après , la supposition de V^ 
faut fut découverte et avec elle tomba l'accusation d'ad^ 
tère. Alors Guillaume Réthiel, voulant venger sa sol 
appela Gui IV en duel| en présence du roi de France. J 
reine de France s'y opposa, et parvint à réconcUiflf( 
vicomte et le chevalier. La vicomtesse elle-même, ren| 
à la liberté, retrouva les bonnes grAces de son mari. || 
mourut quelque temps après, de douleur et de regret'^ 
n'avoir pas les joies de la maternité ^ i 

Adémar IV, qui était resté dans la vicomte, pendant f 
son frère conduisait leurs vassaux en Palestine, mouni 
Limoges, la même année que lui, vers 1148. On l'inhai 
en grande pompe dans Téglise de Saint-Martial, en II 
d'une ouverture qui éclairait la chapelle, où l'abbé, 
monastère disait ordinairement la messe. Il laissa de Ml 
guérite de Turenne, sa femme, un fils qui lui succéda, 
une ûlle, nommée Marie de Limoges, mariée de bof 
heure à Ëbles, vicomle de Ventadour. Marguerite, eno 
jeune à la mort de son mari, épousa £bles II de Ventad<| 
surnommé Canlador, le chanteur. Mais, deux ans api 
honteusement répudiée, sous prétexte de parenté, ella 
relira à Limoges ^. Ebles était connu depuis longtemps | 
ses joyeuses chansons, par son imagination vive et ardai 

I. D. Uoiiquct, t. XII, |). ir>î. K\lr. <ic la Chnmique do SaÎDl-MartH 
l.imngei». Cette Chronique^ où )ts ^vi^neinentff sont rapportés sans 01 
l'uinnieiicv avec l'ère l'iirûtinme el Huit eu 1273. Elle eut pour auteur PI 
Cur.-tl, suiroi'Shiv-enieiit abln; iIp Sniiit- .Martin de Limons et de Saiut-! 
•le Tulle. 

i, Chron, Vonemiu. 






KT I)K IJl VtCOMTÉ BE LIMOi;ES. )B3 

»r MD goOt pour les plaisirs. Gomme troubadour, 
Kiveo( fait .issaut d'improvisations pioétiques avec 
I, comte de Poitiers, a bon troubadour, bon che- 
nw», qui counit lougtemps le monde pour trom- 
r> L'un et l'autre, se jouant également de 
e el des réprimandes de l'Église, lernissaient l'éclat 
Itom par une excessive dépravation de mœurs ', et 
loi <1« luxe el de dépenses fastueuses, 
r le Tîcomte de Ventsdonr arriva au chSteau de 
loivre. Le duc, qui était alors à table, ordonna 
e préparw & son vassal un repas somptueux, et, 
dBOt, acbevail tranquillement le sien. Voyant qu'on 
ait k le servir, mais avec un peu de lenteur, « Mon- 
', dit Ebles, ce n'était pas la peine de faire tant de 
pour un si petit vicomte et compagnon que moi. n 
! comprit le reproche et la raillerie : quelques 
rti, voulant «.avoir comment le petit vicomte serait 
«voir son suierain, U le suivit de près arec une 

ceal chevaliers, el arriva pendant le diner au 
ie Veotadour. Ebles, jaloux de pouvoir montrer à 
ique U demeure d'un vicomte est au moins aussi 

nie que celle du puissant duc d'Aquit&ine, ne se 
«point; il lui bit promptement donner â laver, 
> virlets, iScuycrs ci damoiseaux, courant le cbA- 
es maisons voisines, en rapportent une grande 
de Tiandes apprêtée». Ce jour, heureusement pour 
r du cb&tcau de Ventadour, était un jour de ff^le 
I an patron du lieu, a et à cette occasion on avait 

t m. drt TrMsbadourB. 

rfB i OénM, «riquD d'Anffoulfime, qui rm^tpeut t e)iMiB« 
•I bUvaat ma anaar aihilUre et >cujilni( p«ur b ticomlMM 
(Ml : • Vwu nmtiigrti aite Ir p«i^« nw cheveux aur le front, 

1 fiÉU* te isiocMM. ■ 1.'*Tfc|ue 4uil ehwn. (Cui'U. tte Mal- 

13 



194 HISTOIRE DB8 VICOMTES 

tué quantité de gélinesi d'oies et autres Tolatilea ^ » 
serviteurs empressés servirent une si grande abonda p ctj 
mets, qu'on eût dit que c*étaient les noces de 
grand prince. Le soir^ ce fut un nouveau speclade ^ 
paysan, à l'insn du vicomte, mais dont il connaissait 
les dispositions d'esprit, arriva à grand bruit dans la 
du cbAteau, conduisant un char traîné par des bœi 
criant: a Que les gens du comte de Poitiers appi 
qu'ils voient comment se livre la cire k la cour du sei| 
de Ventadour ! » Puis ii monte sur son cbar^ et, avee 
hacbe, il coupe les cercles d'une grande tonne, d'où 
et tombent des formes de toutes grandeurs de la 
plus pure, qu'il dédaigne de ramasser, et s'en 
avec son cbar au village de HaumonU Ebles, tout 
d'avoir pu montrer à son suzerain qu'il abondait en 
choses, récompensa le paysan en lui donnant la 
Maumont; puis il l'éleva au rang de la chevalerie en^ 
ceignant, ainsi qu'à ses enfants, l'écharpe et les é] 
d'or *. 

Le château de Ventadour, entouré de forêts, situé 
la partie la plus agreste et la plus sauvage du 
b&ti sur la cime d'un rocher, à trois cents pieds au-d( 
d'un petit ruisseau, était alors une des principales pi 
fortes du pays. On n'y voit plus qu'une tour ronde, à 
détruite, du haut de laquelle l'œil mesure avec effroi la, 
fondeur d'un précipice. L'archéologue et l'historien ail 
à y évoquer des noms illustres et surtout celui du 
qui, jusque dans sa vieillesse, conserva le premier 
parmi les troubadours '. Ëblcs 111, qui avait visité la T< 

i, Chron, yutietu. : Malh. Pari». 

3. 6eoflh>i, abbé <la Vigeois, qui noun fournit cet détails, dit qiM 
tsmpa les leignoun de Maumout m disaient les noTeui dV 
SoUgiiac, « comiuâ s'ils rougissaieut déijà de leur origine. » 

3. « Usque ad senectam alacritatis carmina dHexlt, et quia erat Tild«, 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 195 

■Ttit élu marié h Agnès, fille de Ouillauine, seij^neur 
UoçoD. Son goùl pour la poésie eut de nombreux 
m. Soo chUeau fui le reodcz-vous de tous les 
le la laof^e limousine, une vraie cour d'amour, d'où 
it de jny«uses bandes au:! couleurs des nobles ch&te- 
]oî iiDaiMit Taire enleûdre leurs chants d'amour ou 
^nes de ^erre dans les autres demeures féodales. ' 
1 qni montrerait au retour les plus riches cadeanx 
i ou de cberaus de balaille. Le plus illustre d'entre 
BerD<ird, dit de Ventadour, parce qulil eut au châ- 
ke charge féodale. Comblé par la nature de ses 
■ plm nircs, de la gi-ftce des manières jointe à la 
de n personne, il fut amoureax de la vicomtesse 
rr, à qui il adressa des vers sous le nom de 
Bdle-&-Toir. Hais le vicomte jaloux le congédia 
Enfermer ta femme dans le donjon du cbAteau. 
HZ troubadour quiMa le Limousin et se rendit 
d'Atiénor, femme de Louis VII, qui s'entendait 
Rtlle a es prix, en honneur et en beaux dits de 
I, a Celle-ci le gnrdn longtemps auprès d'elle. II y 
core loroqu'HIf- épousa Henri Plantagenel. Alors, 
dolent de celte union qui semblait ne plus lui lais- 
heohear de plaire & sa souveraine, il se relira près 
Ile de Toulouse, perdit bienidt ce généreux protec- 
l, fitiguA de sa vie d'aventures et d'amour, vint 
en pieux cénobite i l'abbaye de Dalon '. 
EW V Était encore très-jeune, quand il succéda à son 
Hi9). Sa famille le nommait Bozon, du nom de son 



Eblie, qui imi iQactdi i wo p^n 

lU Mtml-Cuiia en rflTeaïnI do I* 

Il «ntda un ouritfB ttK AEoitde llaoUu{oa Ebln III. qui 

^ttil-U <]>> M<>alp«U>oi. 

; ta uniLi ilnlcr, i; ('fi nodM k l'wd* i» tftkia; t lui •lâttoêt. • 

iJmMiU. luUHiitnlf.) 



196 HISTOIRE DBS VIC0BITE8 

aïeul maternel, auquel on espérait qu'il saocéderait 
la yicomté de Turenne. Bozon n'avait en effet qa'on 
nommé * Raymond, dont la mauvaise santé faisait 
une fin prochaine. Hais, quand celui-ci pat promettra 
siens une longue carrière, le jeune vicomte de limogiBl 
prit le nom illustré par ses ancêtres. Privé des soins 
mère, sa tutelle fût confiée à Oérard, évoque de 
puis à Bernard, son oncle, doyen du monastère de 
Trieiz, qui Tun et l'autre protégèrent quelque temps 
fiance et sa fortune contre sa propre famille. Hais 
baud, frère de Bernard, parvint à les éloigner, s*em| 
force de la régence de la vicomte de Limoges et l'i 
nistra pendant quelque temps, comme s'il eût dû la 
toujours. Le jeune vicomte, retenu par son oncle, grani 
sait obscurément au fond de quelque manoir, et ne 
Bail presque jamais en public. Souvent môme les habil 
de Limoges, sur la foi trompeuse de quelques prodi( 
crurent qu'il n'existait plus. Ses proches parents nV 
pas demander à le voir. La terreur, qu'inspirait la ci 
trop connue de l'usurpateur, empochait toute manift 
en faveur de l'orphelin, qui passait ses journées à Toi 
des hautes tours des châteaux de Limoges ou de 
privé des plaisirs de son ftge, livré à lui-môme, errant 
les vastes salles d'armes, où il voyait appendues aux 
railles, sans en connaître le prix, les cottes de mailles,^ 
casques et les cuirasses de ses ancêtres. Un seul 
put faire respecter ses droits au tuteur infidèle, qui 
forcé de venir, en présence de tout le chapitre, se 
naître l'bomme-ligc de l'abbaye de Saint-Martial. 

Pendant qu'Archambaud de Comborn abusait ainsi 
jeunesse de son neveu, usurpait sa fortune, Louis VII|^ 
venu de la Palestine sans gloire et sans armée, voulut 
ter une seconde fois les belles contrées du Hidi, que 



ET DE U VICOMTE DE LIMOOF.S. 
t *f>por1ées la flile Au dernier diic d'Aqaitaine (1151).- 
die-ci. si tuée h Anlioche, si heureuse des homma^ 
nillaats chevaliers, si chtre aiii Aquitains, dont elle J 
xiUil la oationalît^, accompafcnait ce faible époiu 
Dl on }eD de la jalousie qui le déyorait. A l'a 
I à Limoges, Albert, abbé de Saint-Martial, et Phi<^*J 
bhé de Saint-Martin, accompagnés des srcbevequM 
, et de Bordeaux, le reçurent à la porte del 
, le conduisirent & l'église de Saint-Martial, où îl'J 
al rbommagc de l'encens. Mais de vagues inquiétudes^ 
jptnt les esprits : on savail que Louis VU était décidé à' \ 
I liens qui le rendaient si malbeureux, et, en sS '^ 
1 d'Aliénor, il semblait vouloir, avant son' I 
>, moatrer aux babitants de Limoges le peu de priw^ 
tactuUt à cette Ir-mine, toujours disposée à se jouer*! 
Pitnl*<!tre espéraît-il aussi amoindrir les consé-' 
■ de. ce divorce, en faisant partager aux poputatiool^ 
s les dédains et son ressentiment. Trop occupé*! 
sic, et du besoin de sauvegarder, avec sofr'"r 
bropre, le* intérêts d'une fausse politique, il ntfi 1 
1 (toinl entre les mains de qui était la régence^ | 
B AiMiDarV. Aussi Arcbambaud continua-t-il, après* 
mit, d'administrer comme seul maître la vicomU 
es. Chielyoes jours après, on apprit qu'une barque»' 
B Toors et descendant la Loire, ramenait en Aqui-" 
1 répudiée de Beaugenci, devenue l'épouse d'Henpf*! 
icL, comte d'Anjou (H52). Fatal présent que l*'l 
IfaiMil à l'Ansleterre, mais aufsi fatal à ta Prance/i 
f roUrd^it l'unité politique de plus de deux siècles fj 
tenu comme prévoyant les suites de cette union, l8*^ 
É'Aojou avait-il dit & son fils qu'il avait en les fiiTeuri' 
pr* pendant qu'il faisait les fonctions de grand séné- 
icoor de Poitier»; les cotixeits du père ne purent 



191 HISTOIRE IIR6 VICOMTES 

prénikÛTtsUr rawbitloii de celui qu'attendaient de doulAiu^ 
rcipsfi|(,éprenye3^ 

Le Limousin ne vit pas avec plaisir le nouveau suzeraiA 
qui. lui imposait le caprice d'une femme. Lorsque le Plan- 
ti^enel« tout fier de sa nouvelle autorité^ vint Tannée soi-, 
vapie è^ Limoges, il n'j fut point accueilli par d^ cris dc| 
joic^ La fo^le ne se pressa point autour de la basiliqpu^ 
d^ Saint-Martin, oîi il se fit couronner duc d'Aquitaîo^ 
Cette cérémonie, autrefois si brillante, eut peu d'applaii*. 
d^ssemeants. Le peuple montrait par son silencf^ son peu df^ 
sj^ikipatliie pour un suzerain étranger. Le jeune vicomt(|^ 
de^ Limoges n'assista à cette cérémonie que par la permisr.. 
sion de son tuteur, comme un orphelin déshérité. A. k 
sortie de l'église, le clergé fit cortège au Plantagenet jufr 
que dans l'abbaye de Saint •Martial, qui loi offrit l'hoir 
talité, ainsi qu'^ Aliénor. Mais quand il eut fait dire à l'abb^. 
de Saint^Martial de le défrayer dans la villa, où logeait sa, 
suite , celui-ci répondit fièrement qu'il n'était tenu à ^. 
devoir que dans l'enceinte du chftteau, où s'exerçait sa 
juridiction. Le nouveau duc, ne se trouvant pas sans doute, 
ass^z.fort pour imposer ses volontés, remit sa vengeaocs 
à un autre temps. 

Les bourgeois de Saint-Martial, les. hommes de la com- 
mune, fiers des richesses qu'ils devaient h leur commerce, 
et. des privilèges qu'ils tenaient de l'ancien municipe ro* 
main, lui fournirent en môme temps un autre sujet de 
mécontentement : ils n'avaient pas vu, sans se croire 
huffiiliés, les Normands et les Poitevihs parcourir fière* 
ment leurs rues, camper, comme des conquérants, sur 
levirs places publiques. Alors eut lieu une rixe, dans la- 
quelle les étrangers eurent le dessous : quelques-uns ; 

li, J. Brompton, col. 1075. 




ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. im 

r pérÏTent. Outré d'indignation, Henri fit détruire de fond 
comble les murs du château, 0» croit que Bernard, 
«hbé de Saint-Yrieix, excita le duc à cet acte de violence, 
parce qu'il avait été lui-niëme injurié par tes habitants, 
Le âne partit, laissant derrière lui les traces de sa colère, 
mandissant cette Tille qui, )a première de tontes celles de 
l'AqmUine. lui avait appris ce que vaudrait pour lui e( ses 
toccesseurs la dot d'AIiénor '. Taul qu'il ne Tut que le su^e- 
nîii de l'Aquitaine, il trouva les contrées du Midi peu 
Utoposées i lui payer l'hommage : Limoges avait donné la 
mesure du dévouement qu'il pouvait attendre du peuple, 
de l'Église et des grands vassaux. Mais quand il eut hérité 
ttn Irûae d'Angleterre (1134), plus puissant et plus fier, 
gudaat le souvenir de l'accueil que lui avaient fait les 
peuples du Midi, il se hâla de revenir à Limoges pour 
penfr ces bourgeois turbulents, qui avaient tué ses hommes 
d'irmes et insulté ses chevaliers. S'il ne put pas leur im- 
poser le respect pour sa personne, il les effraya par ses 
Btenaces, et les condamna h une forle amende. Malgré les 
prinléges dont son abbaye avait joui jusqu'alors, l'abbé de 
Eunt-Martial lui paya sept sous à Ulre d'hommage, ci'lui 
toaroit un certain nombre de mules pour porter ses ba- 
piges. Arcbaœbaud de Comborn, l'usurpateur de l'autorité 
ricomtale. qui s'étail souvent fait remarquer par sa baine 
eonlre lui, paraissait encore disposé à braver son autorité. 
Pow le punir, le prince suzerain lui enleva l'administra- 
âon de la vicomte, et la donna. Jusqu'à la majorité d'Adé- 
Btr V, à Geoffroy de Neubourg, frère de Rotrou III, comte 
do Perche, et i Guillaume Pandoff, ses partisans, qui se 
OKmtraient bien disposés h réduire à l'obéissance les 
htbltants indociles de Limoges. Dès lors le jeune Adéniar - 

I. Chvi. Volitn*. V. Mui.CAran. m«. de Limogts. 



800 HISTOIRE DBS VICOMTES 

jouit de plus de liberté, et ne tarda pas à suivre Henri II 
dans son expédition contre le comte de Toulouse. Pendant 
trois ans, l'administration de la vicomte fut exercée en 
son nom par ses deux tuteurs. Il ne s*en occupa lui même 
qvL^k sa majorité, après ôtre venu à Bordeaux faire hoin* 
mage au roi d'Angleterre et à Aliénor dans une cour plé- 
nière, où s'était rendue l'élite de la noblesse d'Aquitaine. 
Henri II , pour l'attacher plus étroitement k sa cause, 
croyant que son autorité s'exercerait librement sur tout 
le Limousin et dans sa capitale, lui fit épouser Sara, sa 
propre cousine, fille de Renaud, comte de CornouaiUes, 
frère naturel de l'impératrice Hathilde. 

Après la célébration de ce mariage à Bordeaux, soit 
que les bourgeois de Limoges ne vissent pas avec plaisir 
cette alliance qui, en fortifiant l'autorité du vicomte, me- 
naçait la leur, soit quHls n'agissent qu'à l'instigation d'Ar- 
chambaud de Combom et de ses partisans, ils refusèrent 
d'obéir à Adémar V. Henri n revint alors à Limoges avec 
sa femme, pour châtier les révoltés (1156), et logea dans 
la Cité avec toute sa cour. Les mécontents lui résistèrent, 
tuèrent même quelques Normands et Poitevins; mais après 
un siège de quelques jours, ils furent forcés de se sou- 
mettre, et de reconnaître l'autorité du jeune vicomte, qui 
fit hommage à l'abbé de Saint-Martial en plein chapitre. 
Henri et Aliénor, pour se prémunir contre de nouvelles 
tentatives de révolte, firent abattre les portes de la ville et 
combler les fossés. £n partant ils recommandèrent à leurs 
officiers de protéger Adémarf de le maintenir envers et 
contre tous, dans tous ses droits et privilèges. Mais à peine 
avaieut-ils quitté la ville, que les habitants, revenus de 
leur frayeur, coururent aux armes et chassèrent les Ange- 
vins. Henri U revint à la hâte, assiégea la ville une seconde 
fois, et y entra malgré la résistance qu'on lui opposa. Au 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES-. 201 

Il de paair les révoltés, il chercha à se les altacher par 
la douceur avec laquelle il traita les consuls, fidèles gai^ 
riiens des privilèges de la cité. Mais il ordonna en même 
tctni>s d'élever une haute motte de terre, voulant, disait-il, 
j Wre construire on château fort, qui lui servirait de 
' dMDCarc quand il viendrait à Limoges. 
H^paix fut ainsi momentanément rétablie; l'Eglise, qui 
^■t beaucoup soufTerl de ces discordes, reprit la célébra- 
^Bde ses fËtcs splendides. L'abbé de Saiut-Martiat insti- 
^KplosietiTS commémorations, dont ia plus remarquable 
^Bdi cérémonie des morts, qui avait lieu le lundi de P&- 
^■9. Ce jouHà, le clergé sortait en procession de toutes 
les églises de la ville, pour visiter les lieux où il y avait 
da tombeaux. Quelque temps après, on vit les religieux 
des ibbayes, conduits par le mfimc abbé, sortir de leurs 
cJoUres, précédés de leurs croix d'argeut et de leurs ban- 
nières, accourir au-devant de deux moines qui arrivaient 
de NofOD, portant h l'abbaye de Grandmont une partie du 
mrps de saint Éloi. Une bulle du pape accordait dans le 
Rii^me temps au monastère de Saiol-GéraDd. fondé au 
r siècle, le droit d'asile, avec la faculté pour tout homme 
'Quelque condition qu'il fût, libre ou serf, de s'y cousa- 
r-r ft la fie religii'use, et pour les prèlres, dans le cas o"îi 

Ilnd te diocèse serait mis en interdit, la permission d'y 
tilâirer la messe, mais à voix basse et les poili-s fermées. 
Cn ordre religieux, entre tous les autres, fut l'objet des 
prMileclîoDs de Henri H. Dans cette seconde moitié du 
iQ' siècle, alors que les monastères et les abbayes du 
' ':^ousiD, par les libéralités des vicomtes et des autres 
truies familles, rétablissaient leur fortune, les frères que 
:jI Etienne de Muret avait réunis dans le petit monas- 
ien de ce nom (1073), après la mort du fondateur (iiH), 
tl>|]gés de quitter ce petit coin de terre que réclamaient, 




1 



IM HISTOIRE DBS VICOMTES 

comme leur propriété, les moines de Saint-Augostin ds^J 

Limoges, s'étaient mis à chercher dans les emirons 

qae solitude, où ils pourraient paisiblement continuer 

vivre de mortifications et de prières. Un jour on les 

portant sur leurs épaules les saintes dépouilles du foi 

teur de leur ordre, gravir lentement les hautes moni 

qui sont au nord de Muret, et venir sur leurs sommets 

plus escarpés déposer pieusement ces restes Ténérés 

Tabri des vieilles murailles d'une chapelle ruinée, 

désert, à quatre lieues de Limoges, « austère, froid, ii 

tile, semé de rochers nus, couvert de brouillards, 

à tous les vents ^ » Tel fût l'emplacement de la céU 

abbaye de Orandmont, où les religieux, par une pei 

rance opiniâtre, accomplirent des travaux de fertilisai 

et de défrichement qui changèrent Taspect des lieuZi 

apportèrent la fécondité et le bien-être. Dans ces goi 

creusées entre les pics arides de ces monts, au moyen 

chaussées hardies, de ponts jetés sur les torrents,. 

créés, avec une intelligence qui étonne, de vastes et 

gnifiques bassins, déversant leurs eaux sur une suite 

mense de vastes prairies qui verdoyaient sur les flancs 

ces coteaux, naguère infertiles. Dans les environs, sur 

bords de la Gartempe et du Thaurion, dans un rayon 

plusieurs lieues, surgirent de populeux villages sous 1' 

fluence civilisatrice du généreux patronage de qudqi 

moines qui donnaient la fortune à tous et s'en privait 

eux-mêmes. Henri P% roi d'Anglerre, Adémar IV et 

son frère, vicomtes de Limoges, les seigneurs de Lastof 

ceux de Comborn et de Ventadour, avaient contribué 

de riches aumônes à la construction de l'église, dédiée l4 

Mère de Dieu. Mais l'édifice n'était pas encore ache!i| 

r 

i. Saint Etienne de Muret, quelquei jours atuiI de mourir (iiS4), M 
refi 11 viiite de deux cardinaux, légats du pape en France. 



i 
i 



t LA VICOUTË OR LIMO'iRS. 
rflenri fiantageoet et Aliénor étaient venus MrC' 

Eullm en Limousin leur gtizerainoté : étrillés des Ter- 
de U piété de» religieux bon»-hommet de Grandmottt, 
r taluèreot en partant cinq cents <icus d'or, pour con- 

HHtBiroî d'Angleterre, Henri jugea qu'il o'nvail pas 
^^^^■n bit poor la gloire de sainl Etienne de Muret. 
^^^^pl b Manche pour aller prendre possession du 
EE^ne U mort d'Élienne de Blois lui livrait : tout à 
pp. m milieu de la nuit, la net royale qui le portait, 
Ir^ue pu- une affreuse tempête, allait être engloutie. 
tnjé, il demanda au pilote quelle beure il était : — 
HÏMiit, " répondit ului-cî. — a Courage dcnc, reprit le 
S; a'^fu pn& de crainte, les frères de Grandmont prient 
■w stoi. > Sa reconnaissance égala le danger qu'il avait 
■n, car, au&silAt arrivé à Londres, il envoya à Grand* 
|pBl d*s architectes avec mission de rcb&Ur le monastère 
kaoa é^se *. L'AquiLùne et les autres provinces an- 
^àie» cuiUrïbiièreitt auBsi à la coostraclian et à l'orne- 
de ciilte riche abbatiale, où l'on admirait le 
el, tout en cuivre doré el émaillé, ouvrage ma- 
» dû ao latent des artistes de Limogts *. 
RV, dcpoii »a mise en possession de la vicomte, 
^tentent atlacbé Ji la fortune de sou protecteur, 
stissait de ses kommii dVrmes le brillant cot- 
ralien. Il l'avait suivi iiu siège de Touloose et 
I loi à Limoges, le jour de lu tbte de saint Michel, 
t krrèlé quelques Jours dans l'abbaye de S ainl*- 

L Kiiland. •UjWHJf au «^minnife ils Llmogei 

H cbMOllow A» Xil' »i*ffl«, ce prtDM aun 

Etmti cbarliu durg4« it* plomli et itteli» ehi 

nui lica k cm <leui nn : 

Il nuUi regum pioUta lecuadiu 

■ t«eU Usant ptiit. a^raeqiie dadil. 



m mSÎOIRB DES VICOMTES 

Pierre dllEerche. L'hiver était alors si rigoureux qoe^lj 
troupes ne pouvaient plus tenir la campagne (iiM). 
glace, au-dessus d'Aize» était si épaisse qu'elle *i 
le cours de la Vienne; et au-dessous, dit le chronii 
Oeoffi*oi de Vigeois , on pouvait prendre le poiss(m 
à sec dans le lit de la rivière. Quand le jeune vicomte 
entré en jouissance de la vicomte, il avait bien fait 
mage à Tabbé de Saint-Martial^ mais quoiqu'on le luii 
mandAt encore, au moment où il se disposait à partir 
Toulouse, ce ne tut qu'à son retour qu'il se soumit à 
cérémonie, en présence de tout le chapitre, ayant la 
découverte, sans éperons et sans baudrier. 

Le môme jour, arriva à Limoges Thibaut, comte de 
pagne, parent du roi d'Angleterre, qui venait de 
pèlerinage à Saint -Jacques- de -Compostelle. Adéi 
joignit aux religieux de Saint-Martial pour recevoir 
nellement l'illustre pèlerin, qui fut conduit en pi 
dans l'église abbatiale , et déposa sur le tombeau du 
ciple des apôtres dix marcs d^argent, pendant qu'on 
tait : — Oh! quam glorioms est milei sancH Mari 
Oh! qu'il est glorieux le chevalier de saint Martial 
Cette réception solennelle semblait un reproche adi 
au roi d'Angleterre qui forçait les religieux de l'abbi 
pourvoir à sa dépense, à le recevoir avec une magnifia 
vraiment royale, toutes les fois qu'il passait sur leurs 
Ce prince, l'année suivante (1160), intervint dans IV 
tion d'un nouvel abbé, en remplacement de Pierrei 
Cluny, qui s'était démis de sa dignité. On avait élu Pi 
Barry, déjà abbé de Saint- Augustin, frère d'Ithier, chei 
du château d'Aixe, qui tenait la garde de ce fief des 
comtes de Limoges. 

I. Btliue : MùcM, L IV. 



1 
f 

M 
1 



ET DE LA VICOBrrË DE UHOGES. 2Q5 

Banrill prit le parti des opposants; mais le notnel élu 
piniot à le gagner k sa cause ; et, le jour où on le con- 
Msitcn procession dans l'abbaye, il montrait an peuple 
m* lettre adressée an vicomte Adémar, par laquelle le roi 
le reconnaissait digne de ses hautes fonctions et de son 
UDÎtié. Pendant qu'il prenait possession du cloître, son 
eompjtitear sortait de la ville et allait cacher son ambition 
trompée dans l'abbaye de Cluny '. De fréquentes dis- 
scnsioDS avaient lieu ft celte époque entre les religieux des 
dherses abbayes de la ville au sujet de leurs privilèges. 
âimi, la même année, pendant que la famine et la peste 
dfcimaieni la population, ceux de Saint-Etienne disputaient 
■TK riolence à ceux de Saint-Augustin Chonnenr de 
faamir des officiers à l'arcbevéque de Boutées, qui venait 
ctiéfarer la ffite de saint Martial *. 

Daiu les grandes fêtes de l'Église, c'était à qui étalerait 
le plus de luxe et de magnificence. Le jour des Rameaux, 
ekia procession devait être générale, les ordres religieux 
K disputaient la préséance; cbacnn allant chercher parmi 
■es aocétres directs les privilégiés qui avaient connu, chéri, 
terri le fils de Dieu pendant son passage sur la terre. Ceux 
<e Saint-EtieDoe, de. Saint-Augustin et de Saint-Marlin, 
^irèa avoir fait sonner leurs cloches à toute volée, sortaient 
de letin églises et se rendaient & Saint-Martial, précédés 
ict cûoq bannières que Gouffler de Lastours avait apportées 
de la première croisade. Chaque corporation des métiers 
venait ensuite, portant sa bannière sur laquelle était limage 
io saint patron. 

Adémar V, fier de la protection du roi d'Angleterre, 
comptant sur les bonnes dispositions de l'abbé de Saint- 

I. p. L^ibt : BMMh., t. U, p. 27t. 

i. • PcDDiit pinU «e vini (niTi«>mft fait aun penin* morUiiinto. s 
[Ctrcm. Komw., & VL) 




Me HISTOIRE DES VICOMTES 

Martial, à qui il avait soleoiielleinent fait homina(|e ei 
présence de quelques religieux, venus d'Angleterre récli- 
mer, au nom du prince, une partie des reliques de TapAtie 
de l'Aquitaine, prit dès lors une part active aux événemeoti 
survenus par Tanabition des grands vassaux; lui-môme le 
montra, autant que les autres, empressé à augmenter u 
fortune aux dépens de ses voisins. Il commença^ à pro- 
prement parler, sa carrière militaire, en prenant le piiti 
de Bernard, son oncle, que ses ennemis retenaient dam 
une^ étroite captivité. Le prisonnier, ne pouvant par U- 
même recouvrer li^ liberté, implora la protection du ]pm 
vicomte qui parvint à le délivrer, soit par la force, sot 
par des négociations, et qui, pour prix de ses services, m 
fit remettre le chAteau d'Excideuil S forte position mili- 
taire, au moyen de laquelle il pouvait menacer le Périgori 
et défendre les frontières de sa vicomte (1166). Biais Ifli 
babilants, sur lesquels il exerça une odieuse Qrrannie, M 
révoltèrent, chassèrent ses oCQciers et rentrèrent sooi 
l'obéissance de leur premier maître, qui avait été peut- 
être rinstigateur de cette révolte. 

Bxcideuil, comme plusieurs autres localités, avait dèi 
cette époque certaines francbises qui, quoique octroyéei 
par le pouvoir féodal, n'en étaient ' pas moins précieuses 
aux habitants. Aussi ceux-ci recouraient-ils à la révolu 
toutes les fois que se trouvaient menacés ces éléments d( 
liberté. Dans ces circonstances, Adéraar V fit à la hâte de 
préparatifs et contre les révoltés et contre Bernard ; se 
vassaux répondirent à son appel et conduisirent à Limoge 
leur contingent d'hommes d'armes. Bernard, de son c6U 
ne restait pas inactif; aidé d'Hélie, son frère, il avait m 
des garnisons dans ses châteaux et fortifié ExciJeuil. t 

4. Arch. de Paa : Fànds de a vicomte de Lvnoges, B, 607. 



ET DE LA VICOMTE Dl^ LUtOGES. 207 

■tllait donc apporter encore l'ioceodie et le pillage 

fai champs du Limousio et du Périgord, lorsque 

ps vassaux des deiu partis, effrayés des suites de 

bte, s'interposèrent. L'oncle et le neveu eurent une 

pye, à la suite de laquelle on put croire que la paix 

I durable, car on Favait jurée sur l'honneur, et en 

ut mâme à h mort celui des deux qui en violerait 

ÉdîtioDs. II n'en fui pas ainsi, car le mâmejour, les 

IjUs du Périgord, du parti de Bernard, revenant 

lieail et passant près du château de Ségur, le 

te de Limoges les invita, avec hernard et Uélie, à 

ppart à UQ festin, en signe de leur réconciUatlon. 

f la nuit fut venue, quand la vaste salle d'armes 

lail des bruits de l'orgie, tout à coup les portes 

nt avec fracas; des hommes, armés par les ordres 

p V, s'élancèrent sur Bernard et son frère, et les 

reat, au grand étonnement des autres convives 

^ant pour eux-mêmes, a'osëieat pas résister. 

rOUivier de Lastours, quoique du parti d'Adémar, 
au milieu du tumulte, indigné de cette félonie, 
liant pas demeurer plus longtemps daos cv château, 
;>ensait qu'un grand crime allait être commis. A la 
Ue de cet attentat à la foi jurée, grande fut l'iodi- 
D dans toute la comté de Périgord; les seigneurs des 
u, ceux surtout qui avaient été témoins au traité 
Lse disposèrent à punir d'une manière exemplaire 
muté d'Adémar, qui de sou c6té ne perdit pas de 
l]L pourvoir ses châteaux de fortes garnisona. Celui 
Boges était gardé, le jour et la nuit, par de nom- 
■ sentinelles, et celui de Ségur, le plus exposé, 
Mtit d'armes et de provisions pour soutenir un long 
Plaigré ses ressources, il était difficile à Adémar de 
r à ses ennemis, qui accouraient uombreus de 



^ 



i 



108 HISTOIRE DES VICOMTES 

rAngoumois, du Périgord et da Poitou : peutF-ètr» 
essayer une honteuse défaite, lorsque Adalbert, comte i 
la Marche, fit consentir aux deux partis une sns| 
d'armes, pendant laquelle on fit des conditions de 
portant que le vicomte ne menacerait plus Bxcideufl 
qu'il remettrait Bernard et Hélie en liberté. 

Ce traité ne fut pas mieux observé que les ai 
Adémar, qui venait d^ôtre armé chevalier par le 
d'Angleterre, était trop ambitieux, ses voisins trop fleni 
trop mécontents, pour que la discorde n'armât pas 
les deux partis. Seulement, au lieu d'une guerre 01 
on chercha à se nuire par des embûches, à dépouiller 
voyageurs et les marchands, selon qu'ils appartenaient 
comté de Périgord ou à la vicomte de Limoges. Un j< 
Hélie, poursuivi par le vicomte, fuyait dans les envii 
de Pierre-Bufflère, espérant échapper à la faveur d'un é] 
brouillard, lorsqu'il tomba dans une embuscade, près 
château, y fut terrassé et percé d'un coup de lance par d 
soldat, nommé Guillaume de Longue-Ëpée, fils disam 4 
Loys«. 

Après s'être ainsi vengé de son ennemi, le vicomte 
Limoges vint assister à la dédicace de l'église de Gi 
mont, où se trouva réunie l'élite de la noblesse 
provinces voisines, ayant à sa tôte Adalbert V, comte de^ 
Marche, qui eut si souvent à défendre ses domaines coal 
ses voisins, ou à prendre le parti de ceux-ci contre 
souverain. Ce grand vassal, fier à cette époque de voil 
ses côtés tant d'illustres chevaliers, ne prévoyait pas 
bientôt, dépouillé, d'un côté par le sire de Lusigi 
de l'autre par le roi d'Angleterre, pour conserver 
partie de sa fortune, il serait réduit à vendre à ce dei 

1. CAron. Voneiu, 



ET DE LA MCOMTÉ DE LIMOGES. â09 

fàe Ia Marche*. Les habitaoLi de Bellac avaienl 
D da lai eo IIQO ane charte qui assurait leurs privilèges 
^flisit lear jurisprudeoce. Les religieux de Graudmonl 
Tureat rederable^ de nombreuses richEsses, aussi 
''xdmiretitHU à la première place, parmi les étrangers 
ih\» dédicace de leur église? faite par l'archevêque 
assisté de IVchevéque de Bordeaux, des 
éttqoes do Limites, de Cahurs, de Périgueus et d'Angou- 
Itioe qui déposèrent dans le s;mftuaire les reliques de 
oBta nurlyrs, après les avoir exposées à la vénération des 
SilHcs. Oq distioguail ft la léte des moines, placés sur 
deux rtngs dans la gmnde nef de l'église, le prieur, 
Pwrre III, dis de Bernard de Bosehiac, frère d'Aimeric, 
chmiicr du chAleau do Bré, qui, avant de prendre l'habit 
irlijpeux, «'était longtemps fait remarquer par ses prouesses 
iiiH le monde féodal V 

Tkot qae Henri U n'avait été que duc d'Aquitaine, corn- 
lae ntpréscalaol les droits d'.VIiénor, Louis Vil s'était peu 
prJoccai^ de la puissance de son vassal ; mais, quand i ce 
bttc U tut réuni celui de roi 'd'Angleterre, il n'en fut plus 
. La jalousie el l'ambition armèrent les deux 
t les querelles eurent d'abord la Normandie 
. Les barons du Limousin prirent parti pour 
f de France, ooa parce qu'ils préféraient sa suxeraj- 
k celle da roi d'Angleterre, mais parce qu'ils 
ieoi trouver l'occasion d'accrottre leur indépen- 
Alors s'ourdit une puissante ligue contre le 
net. De tous les cAtés, dans les manoirs du 
laia, on se préparait & une levée de boucliers. Les 



K >«U nt lt«i> )• Il lUcambra 1I71, 1 l'tbbar» de Gnudmodl, 
iM luiU* litra* (us«i<aM, Tiaitt ptlafrou et lingt muleii. 



olottrtt eoMnêmes u'j étaient pas indifférenla^ our «i fii 
Uabbé de Saînt-llartial» en plein cbapitce, dopner l'onlrt i^ 
QlievaUri0 à deux ewt quarante membres des plu gr^i^dei 
fkmiUe^ du pajr» décidée» à entrer dans 1|| Mgw»; ceUm 
d# Pompadiwr, de Lubersac, de Bré, 40 h^ fi% d^ M** 
touis fturent les premières admises à ce( honneor *. S^ Ifi 
fieomt# de Umoges bésita qm&lque temps à se déclarer 
contre Henri U- ^uflUi entraîné par les HQ^idutioas (les 
seigneurs du Limousin et de la llarche, il se rei|4|( nyee 
eux .à la Souterraine où se trouvèrent aussi (luillaumer 
Tailleter, copite d'Angoulême, Adalbert Y, comte de la 
ilUrche» Robert d^ Sélit et plusieurs autres. On y jura lia|ni 
^ TAngleterrei et aussitôt une partie de l'Aquitfiine se 
souleva. Réunis aux troupes de Louis Vil, )es confédérés 
dévastèrent les champs du Poitou, et firent invasion ea 
Normandie. Après ces premières hostilités, les deux rois 
firent la paix (Ipnt Henri Iji profita popr se yeqger de quel- 
ques-ooi de ses ennemis. 

Adémar V fut ol)Ugé de venir à Montmir^ faire 8% 
soumission et demander pardon. Le chevalier Robert de 
Sélit» qui a?ait été fait prisonnier, fut livré à d'horribles 
tortures. Henri II le fit enfermer dans une cage de fer, où 
il le laissa mourir de faim et de soif. Mais Tannée suivant e. 
Gui de Lusignan vengea son malheureux allié, en tuant le 
comte de Salisbury, qui revenait de Saint-Jacques de 
Composlelle, et qui, après la soumission des rebelles, avait 
été chargé du gouvernement de l'Aquitaine. Pendant que 
les grands vassaux cherchaient ainsi à se soustraire à la 
suzeraineté du roi d'Angleterre, les habitants de quelques 
localités, obligés jusqu'alors de se reconnaître vassaux de 
l'Ëgiise parles redevances perçues par le9 abb^s ou les 



1. lotei da MmU — Ardûitt de Pas : F. d( Ai vUomté de Lùnogei. 



ET DB U VICOMTii DK LIMOGES. 3(1 

I de cettaiBs monastères, méconaaissaient aussi en 
4ml féodal. Ceax de fa Souterraine, excités par le comte 
étb Harcbe, jurËreiit de oe plus payer les droits qu'on 
lopr mit jusqu'alors imposéii. L'abbé, ne pouvant les y 
aotraindn paf la fores, se rendit avec son neveu auprès 
it Beori n pour lui demander d'intervenir. Aussitôt les 
lourgeoia, m voyaut aiasi menacés, se mirent à construire 
da retranchements autour du cloître, fortifiëreot aussi le 
docber. Les espiits étaient tellement agités que des 
I de désordre se livrèrent à de coupables actes de 
D : un pauvre moine, rencontré dans la rue pendant 
h Bdt, fat attaqué et meurtri, au point qu'il eu mourut le 
liadeauin. Cependant les séditieux Turent sévèrement 
^kUiés el obligés de payer l'impAt accoulumé; les assassins 
Kuavèrenl par la fuite el leurs maisons furent brûlées '. 

Rico ne vint troubler pendant quelque temps la dernière 
Irhe convenue eolre les deux rois à Moutmirail; la suze- 
aiaOjk du duc d'Aquitaine était paciBquement reconnue. 
iUèaor et tes Bl^ menaient fréquemment visiter le Limou- 
n, Kcennt l'hospitalité il Limoges dans la demeui-e du 
litofflle Adémar. Le peuple se pressait autour d'eux; 
(kacan admirait la bouillante ardeur, le noble maintien 
éa jeune prince qui devait être le redouté Cœur-dc-Lion. 
On De se doutait pas alors qu'il grandissait pour le mal- 
baor du pays. Mais bientAt la discorde divisa la famille 
ta P(uilag>»iel. La répudiée de Beaugenci, pour satisfaire 
■oa amour-propre blessé, pour se venger de Henri qui la 
BcriBaitàies maîtresses, s'attacha à flatter l'ambiliou de 
M» 8U, en attendant de les pousser & la révolte contre leur 
père. Dan) une des nombreuses visites qu'elle Qt avec 
d *n ricomte de Limoges, cette femme dont la beauté 



m% HISTOIRE DBS VIGOBITES 

était ilétriei le oœiir corrompa, mais tovjonn É 
dans ses passions, cachait sous des apparences de ôé 
le secret des Tengeances qu'elle méditait En atten 
grande cérémonie qui devait appeler i Limoges l'éH 
chevaliers d'Angleterre, de Normandie et d'Aqnitaii 
entreprit avec Richard de rebAtir le monastère dé 
Augustin et partagea avec lui l'honneur de poser 1 
mière pierre K ^ 

1. Rorice II, éTèque de Limoges, au y siècle, aviit fkit ocmmI 
l*emplieeinent d*ane chapelle qui remontait an temps de saint llaip 
ipagniSque église dédiée à saint Martin. Quant à celle à la tûÊÈ 
laquelle contribua Aliénor, elle est due principalement à Raymond !•■ 
ikJb, abbé de Saint-Maitin, qui avait succédé en 1164 à Pierre !•* 1 
frèra d'Ithier, seigneur d'Aixe. (Nadaud : mss, ausémùmire de A 

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ET DE W VICOMTE DE LmOGES. 



CHAPITRE Vm 



>AAR T, TICOHre de tmOGBS, et les PLAtrrAGENETS 




V el RicbaH k Poiliera et k Limog«i. — Réception f&lle ani PlaaU- 
^ — Richard, couronné Juc d'Aijuilïinsi promet de défendre les 
s de l'Éfrliae. — Bomn»^ d'Adémar V k Richard. — EntreprîMi 
llBoUmod da Barn : il eieile à U guerre contre Henri 11. — Henri H k 
H femme «t *e« ùls. — Gsubcrt de Puygibaul, Gér»ud do 
Mil et Paydil dllzerche, Iroubadoars. — Henri II informé des projet! 
fc *ea enfanta par le comte de Tnuloive. — Note inr la famille de Geof- 
frol de Vigeoïi. — Henri II aboodanné de >ea enfants. — Aliénor pii- 
Mooitre; plaint» dei Aquilain». — Guerre entre Adémir V et le comle 
dt PArigord. — L'Égiira etplique par dtt prodi^i le* oialheart de l'ipo- 
que. — Bernard et Adémar couliauent la guerre. -~ Conveutiou faite dan» 
n^in d'AniBC. — Adémar attaqua le chticau de Bré : OUivier de Lai- 
t»an occupe le monattère d'Arnac. — CoaTention entre Bernant et Adi- 
BUr. — Le« nuaui du Limuu»ia bravent l'autorité de Richard. — Lei 
feaargeeïi de Limoge* mécontenta. — Noie nir Iwmbart, abbé de Sainl- 
Haitial, M aui Notre-Dame de Cherrii. — NoaTellea eicilationr i la guerre 
par BertfWid de Boni. — Ligue de« grands feudataires contre Kichsrd. — 
8irraala do tmnbadour. — Gilbert de Malemort et Archanbaud de Com- 
born : crotutéi dea loldals de Gilbert. — Archambaud fonde la chartreute 
du Glandiert. — Raragei dei Brabançons. — Ll|^e formée coDtre oui à 

iJmagM Di&ite des Brabaoçoiu prê« de Malemort. — Richard con- 

tiEBe la guerre «t l'empare de Limogea. — Entrevue de Henri 11 et de 
•m fiU Beori à Grandmonl. — Henri II continue de poursuivre scï eune- 
mi>; perlée d'Adémar V. — Départ d'Adémar V et do w« nlliés pour U 
Piletline. — Retour d'Ailémar; eialtatinn du corps de saint Yrieii. — 
Note iur le monattère de Sainl-Uirlin. — Refus des bourgeoie et des con- 
uili de Limogei de faire bommBge à Henri le Jeune. — Adémar V détruit 
i( bourg de Sainl-Oermain. ~ Hicbaid prend le cbttoau d'A-ie, et menace 
ymi>ge«. — Arriyi'e de Henri II : il eel blessé. — Les siuis se retirent à 
Aite. — Le* babilaatt de Limoges font hommage k Henri le Jeune, et 
<t (ortifieat. — Richard à Excidanili Henri H k Sainl^Yrieii. -- Le paji 
nta^ par lei Midats de Richard. 

Mi^nor De cessait de poursuivre Henri il de sa haine et 
Jp M jalousie, excitant par ses conseils, par ses intriguci, 
l'imbition de ses Qls, impatients de se partager sur le 



ooDtiiml le» provinces anglaises. Méprisé. par les «eoi, 
obsédé, menacé, le malhedreoz roi avait longtemps hésité 
à se déponiller d'one partie de son autorité; mais enfin, 
las des plaintes de ses enfants, des reproches de leur mère, 
il cmt pouvoir vivre en pais «n promettant à Richard le 
duché d'Aquitaine (1170). On vit aussitôt le jeune prince, 
conduit par sa môre, impatiente de régler en son nom, 
fière de montrer aux Aquitains les derniers restes de c^Ue 
beauté qu'ils avaient si souvent admirée sous les trA 
ombrages du chftteau de Clain-et-Boivre, accourir à Poi- 
tiers, entrer comme en triomphe dans l'église de Saint- 
Bilaire, s'asseoir sur le'siége de Tabbé pour y recevoir des 
mains de l'archevêque de Bordeaux^ et de révoque diocé- 
sain la lance et Fétendard, comme préliminaires de sa mise 
en possession do duché d'Aquitaine *. 

Toute la cour nonnande, après cette cérémonie, se rendit 
à Limoges avec un nombreux cortège d'illustres chevaliers 
normands, poitevins et anglais, auxquels se jmgnirent bien- 
tôt ceux du Limousin et de TAngoumois, se pressant avec 
plus d'enthousiasme que les autres autour de leur sôuve- 
raine, et croyant qu'avec Richard l'Aquitaine allait former 
un État indépendant des rois d'outre-Loire et d'outre- 
Manche. Richard se montrait avec orgueil au milieu de 
ces guerriers, qu'il croyait dévoués à sa cause. Le peuple 
le reconnaissait entre tous à son air martial, à sa haute 
taille et à son beau visage, tandis qu'à ses côtés se tenait 
son frère Renri-au-Gourt-Mantel, prince taciturne, dissi- 
mulé, qui n'aimait les batailles que pour ce qu'elles lui rap- 
portaient de puissance et d'argent. Ce brillant cortège de 

i« BsitraDd !•' 4taii aroherAqne de Bordeaux depnif 1161 La même année 
(1170) il fit la dédicace de l'église abbatiale de Saint-Amant-de-Boixe en 
ÀitgOttmoii. (Labbe : Concii,, t. X, col. 1451. J 

3. Bedf : «M* de9 comies de Poitou, 



ET DE lÀ VICOMTE DE LIJfOGES. 
I princes, de chevaliers et de belles châtelaines qui entourait 
Il Fastueuse Alîénor, entra dans Limoges au milieu d'une 
fcole immense, accourue de tous les points, pour voir son 
iionveau maître et pour applaudir â son couronnement. 
L'évèqae, portant la mitre et la crosse d'or, avec la chape 
dewie, suivi de tout son clergé en chasubles d'or et d'ar- 
gent, vint au-devant de la cour normnnde, moins comme 
un sujet ijue comme an maître, qui peut disposer ao nom 
de Dieu des puissances de la terre. Il reçut Richard à la 
porte de l'église, mais attendit que les barons, ayant à leur 
tête Adémar V, eussent enlevé le cercle d'or qu'il portait 
snr la tôle, signifiant par là qu'il ne devait entrer dans la 
basilique qne comme l'égal des chevaliers qui l'assistaient; 
pnis, après lui avoir offert l'encens et l'eau bénite, il le 
revêtit de la chlamyde de soie, en disant: — ci Noble duc, 
élc'é h celle dignité, couvre de ta protection le peuple qui 
le reconnaît pour son seigneur et maître! » Pour lui rap- 
peler l'héroïsme des martyrs, il lui mit au doigt l'anueau 
ie sainte Valérie, symbole de la foi qu'il promettait de 
défendre, précieuse reliqne des temps anciens, conservée 
dans le trésor de Saint-Martial, comme le gage des espé- 
nnces de l'Église, Après s'être incliné pour recevoir la 
couronne d'or, le jeune Cœur-de-Lion prit en main l'éten- 
dard surmonté d'une lance, que lui présentait l'évËque, 
pour lui apprendre qu'il devait protéger les hommes pieux 
et humilier les superbes. Ainsi revêtu des principaux insi- 
gnes du pouvoir, s'appuyant sur le bras de l'évéqne, qui 
loi apprenait par là que la majesté des rois a besoin de 
l'appui de l'Église, il traversa la neT dont les deux cfilés 
étaient occupés par les barons et chevaliers. Arrivé devant 
l'aotel. le prélat mit dans sa main droite l'épéc renfermée 
(Iws le fourreau, tandis que le doyen Hugues 11 de Gimel 
loi chaussait les éperons d'or, et que le chœur chantait: 



S16 HISTOIBB DES VICOMTES 

— c Protège lajastice« combats Tiniquitéi défends U Tente 
et rorphelin. » 

£d consacrant par ces cérémonies symboliques la pmi- 
saace temporelle, l'évoque ne renonçait pas à celle qn^il 
tenait de ses prédécesseurs ; aussi le duc se prosterna d|^ 
vaut lui, et fil serment de défendre les privilèges de TË^ 
H Tint ensuite dans le chœur, se plaga sur le siège 
doyen, et suivit attentivement toutes les prières de 
messe, ayant devant lui son sénéchal qui tenait hanta 
répée, et l'étendard. A la fin de la messe^il s'agenouilla sm 
les marches de l'autel pour recevoir la bénédiction^ pub 
déposa entre les mains des officiers du chœur tous les atp 
tributs de sa puissance, la chlamyde, la couronne d'or, Taor 
neau de sainte Valérie et l'étendard. La cérémonie termi» 
née au milieu des cris de joie de la foule, au bruit dai 
trompettes et des hymnes que chaulait le clergé, il sortit 
de l'église, laissant aux moines le riche manteau ducal 
qu'il portait à son arrivée, et cela, selon la coutume dn 
temps, qui voulait que les chevaliers, quand ils venaient 
faire hommage lige à leur seigneur, laissassent leurs orne- 
ments aux écuyers. Il donna aussi une forte somme pou^.i 
payer le somptueux festin qui eut lieu en l'honneur dttJ 
cette fête^ Après lui l'église de Limoges n'eut plus dfi 
ducs à couronner; les rois d'Angleterre ne voulurent- 
tenir leur puissance que d'eux-mêmes. Encore quelque! i 
siècles, le pays ne voudra tenir ses libertés que de lui»' 
même, heureux s'il sait en faire usage I ,4 

Le vicomte Adémar V jura fidélité et fit hommage aa- 
nouveau duc, qui vit ainsi s'humilier devant lui tous cet 
grands vassaux, qui se donnaient un mattre décidé à kt 

i. Le programme de cette cMmonie eit dû à un moine de Limog«| 
nommé Hélie, qui Tiiait encore en ISiS. (Cérémomai de France^ Uu 
p. SIS.) 



i 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. m 

tre aux intérêts de sa politique et à les associer à 
ets ambitieux contre son père» et contre son trhre 
HCoort-Manteli reconnu comme rhéritier du trAne 
terre. Ponvait-il prévoir dans ce jour de triomphe, 
i s'être montré le héros le plus belliqueux de son 
. irouTerait une mort obscure sous les murailles d'un 
oirs du Limousin? Le vicomte de Limoges fut de 
grands vassaux du pays celui qui comprit le moins 
malheurs était réservé son pays par l'ambition du 
doc d'Aquitaine. Pendant quelque temps, comp- 
sa protection pour augmenter sa fortune, il sut 
ec lui en bonne intelligence et ne se laissa point 
r, comme plusieurs autres, par les slrventes pro- 
% de Bertrand de Bom, appelant l'Aquitaine aux 
rontre la race anglo-normande. Il se joignit même 
rd pour punir l'impatient troubadour, qui, pour 
ter le nombre de ses hommes d'armes et pour se 
une citadelle, venait de dépouiller son propre 
I château d'Authefort. 

mdy chassé de celte position, ne céda point à sa 
e fortune : il n'était pas de ceux qui croient se 
de la honte en tendant la main à ceux qui les ont 
on attendant l'occasion de les trahir. La passion 
! sa vie fut sa haine contre les Plantagenets. Peut- 
ait-il aussi de faire du Midi un état indépendant, 
l'avaient voulu les successeurs de Charlemagne'. 
le fournissait ses plus nobles élans à son ambition 
lolilique; il s'en servait comme un nouveau Tyrtée, 
alter le courage de ses partisans, pour jeter la 
IX lâches qui désespèrent, aux traîtres qu'on achète 
fois et qu'on méprise toujours. Quoique chassé 

i-ThoTTSi* 



il8 HISTOIRE bE8 VlGOMlft 

dd chftteau d'Authefort par le roi d'Angleterre et isà\ 
le vicotnte de' Limog[és, ûë i^n0tiçant pa& il ses 
il lança contre Heriri II et sa fomillef dé noaveadx ni 
qu'on se commnniqaalt d'abord en ifécret dans ta 
noirs, et que bientôt on redit comme' autant de chi 
victoire on de haine cohnitre l'étrangor*. A son insi 
la noblesse du Limousin courut aux armes. AU 
èfntratné par les siens, bontenx de ^*ètre humilié dl 
Henri II et ses fils, partagea cet enthousiasme, Ai 
presque un élan national : ses châteaux de Liroi 
Ségur, de Chalussct, d'Aixe et de Bré ftirent ai 
rendez-vous pour tous les mécontents. 

Cependant Henri H, depuis longtemps inquiet des 
jets de ses fils et des menaces de leur mère, venait 
river en France, où le rappelaient aussi les intrigui 
Philippe-Auguste. La fortune lui réservait, au pi 
cette Aquitaine que lui avait donnée sa perfide é] 
tontes les tortures morales, puis la mort et une 
déserte. Efn*ayé dos provocations à la révolte qui 
taient de Limoges et des manoirs du Limousin, où 
petit châtelain préparait ses armes, il accourut pour 
jurer le danger, au grand effroi du peuple qui, dél 
ressé dans ces questions politiques, trop peu instruit 



1. 



Puiiqae Gomboni, Ventadour et Ségur, 
Puisquo Turenno et Gourdon «t Moutfort 
Jurent la ligue atec le Périgord, 
Puisque bourgeois fermeot à clef leurs murt : 
C'est bel et bon qu'aigourd'hui je me mêle 
D'un «irrentois pour \w encourager. 

Qui veut l'entendre écoute mon appel; 
Brave Angouléme, Olustre eit ta valear! 
Marobaud forain, cacbaut son attelage, 
Perd le» déniera, rien ne prend s'il a peur. 
Bien mieux vaut gloire et petit héritage 
Qu'un grand empire acquis par déshonneur. ■ 

(Ratnouard : CoU. des TVou&ufoMvJ 



J 



U VtCaXTEi DR LDIOCES. 

snites, ne s'attendait à rien moins qn^ 

mines mr ruines dans cette malheureuse 

I mit déjà tant snulTert. Henri U entra dans 

k s?eo du cberaliers d'Angleterre el de Nor- 

< aecompagné d'Aliénor, de ses fils, Reari-le- 

)A«i de Bretagne et Richard, qui ie suivaient 

affection que par l'obéissance qu'il leur impo- 

r«. Baymond, comte de Toulouse, menacé d'une 

expédition contre ses prorinces, arriva presque 

f temps h Limoges, espérant calmer les resscn* 

te Km snierain, en lui faisant hommage pour 

DOUTelle investiture de son comté. Les 

dr Guyrnnc virent avee peine le grand 

t da Midi accepter celte humiliation ; mais ils 

lemienl pns moins leurs projets d'indéi^enflance. 

loor d'^ulhcfnrt n'élail-îl pas là, caché parmi 

ss d'armes, tout prêt à ranimer leur haine, k 

fjjtr lei Ucbes parde piquantes railleries? Liberté 

ine! haine à l'Angleterre] c'étaient bien lA 1rs 

ws qai faisaient vibrer les cordes de sa harpe. 

Hol de tous les poètes de son pays qui aîmilt la 

t qui Mfis trfvs poursuivit l'étranger de sa haine. 

Jes «n chansons préféraient aux combats la vie 

lui cbanis d'amour aux chants guerriers, 

de Pnygihant, d'abord moine dans te rlollre de 

ard, venait de jeter te froc aux orties pour 

le Bultreas^, et courir ensnite chercher d'autres 

galante* jusqu'en Espagne, où l'on accueillait 

kmnr tes troubadours Unonsins. A son retour il 

I la femme qu'il aimait encore, mais déshonorée, 

gentilhomme qui l'avait chassée de son 

indigne de lui. n n'eut pour eîle qu'âne 

\ poor qa'elle «e fM pM à «» auto*, il 



HISTOIRE DB8 VICOMTES 

renferma dans un cloître. Elle d'Huisel, ou d'Usself 
pas plus de respect pour les mœurs : tout entier à 
bauches, miné par elles, il vivait honteusement 
petit manoir de Ghâlus, où il n'avait souvent ni pain 
à offrir à ses amis. Oérard de Bomeil, surnommé le 
des troubadours, tant ses vers avaient d'admiraleura, 
aussi une vie errante et licencieuse ^ Faydit d' 
surpassa tous les autres par ses mœurs dissolues, 
s'être fait Tesclave d'une prostituée, il fût le jouet des^ 
grandes châtelaines; Marguerite d'Aubusson le prit| 
chanter sa beauté, mais se moqua de son amour *, 
Tout le temps que Henri II demeura à Limoges 
ployé par lui à surveiller ses ennemis, et par ceux-ci à^ 
dir des intrigues contre leur suzerain, dont ils bi 
rautorité en en faisant remonter tout l'honneur à Vhi 
des anciens ducs d'Aquitaine. Aliéner, de son côté, 
ses enfants à trahir leur père, leur cherchait des pai 
parmi les barons réunis autour d'elle; moins par 
que par les avantages qu'ils croyaient retirer de cette 
de famille. Le comte de Toulouse, feignant de sei 
cause d'Henri II au détriment de ses enfants, avait 
vent avec lui des entretiens secrets, où il lui révéh 
projets de ses ennemis, leurs préparatifs, et la bail 
lui portait la cité de Limoges. Un jour que le prince 
blait heureux de Taccucil que lui faisait le clergé 
protestations de dévouement du vicomte AdémarV, 
recevait dans ^on château avec les plus grands boni 
Raymond de Toulouse vint lui dire secrètement : — c 
tëz en sûreté vos châteaux de Guyenne, et méflex-voi 



1. Raynonard : CoUed, det Troubadours, 

S. On lui attribue le roman en langue limousine, intitulé : JoMl 
Bruniisende de Montbru (Montbronî), qui existe en manuscrit à la 
ikèqM nationale. Braninande «ft la nom d'une Ticomieiie de Lii 



ti 



er DE 14 VICOMTE DE LIMOGES. m 

^leconduire dans une terre étrangère, toi qui jouissais de 
Il liberté des rois !.,. Heviens, pauvre captive, reviens à tes 
.lillu bien-aimées... L^ roi dlf Nord le retient prisoQr 
Il '>i^i eb bleu I élève fa vois, cpmme la tempête qui res 
' teadt; les fils voleront vers toi, et lu reviendras dans I^ ' 
ipilrie de tes ancêtres, fjans la belle Aquitaine'. » 

Alors continua avec ijIus d'ardeur cette guerr^' impie des 

l|ï contre le père, des frères contre les frères, de l'épouse 

CDiiIre l'ùpous, lutte sanglante qui couvrit de ruines les 

^iuips du Limousin, quoique souvent interrompue par des 

'L^. Le vicomte du Limoges n'y prit d'abord aucune partf 

'"■'■fi qu'il était à Taire la guerre à Bernard de PÉrigord, 

i^uoQcIe, dans le but de s'atti'Ibuer l'entière possession 

<ia cMleau d'Eïcideui|, malgré le traité fait à cette occ^:- 

iiûn sept ans auparavant. Les 4eux rivaux s'attaquaient 

■■^al, ravageaient mutuellement leurs terres, sans qu'où 

' i>réioifl.ù qui resterait la victoire. Retranchées danq 

' "Iteaui de Bré et de Ségur, les troupes d'Adémar Y 

"m facilement la partie du Périgord qui louchai^ k 

''''Qité, et où les embuscades étaient d'autant plus fa- 

', que de vastes forêts couvraient alors tout le pays 

: c tJicideuil et Saint-Yrieix. 

^ -b'iise, trop faible pour intervenir par la force daos ces 
■rJes, n'osant en taire retomber la responsabilité ni sur 
' ni iurTautrÉ des deux partis, en cbercba la cause dans 
'jlalion de ses dogmes et de ses préceptes. On disait 
' lUns la contrée, h qu'en expiation fl'un scandale, qui 
'i eu lieu le jour du jeudi-saint dans une orgie au ch4- 
I de l'ompadour, où assistaient les nobles du pajs^ 



I. f TruaiiU a àa terra 
*••«, «plin iriilit, 
^ AipdLjoi»... rl^mw ^ ne 

*^l. W. PlWK., l. XII.) 



:U. io torram quam i^oraali... Ra- 
Me* tuu... Obsidium posuit BUper 
)i luba, BiallA vocem laasa, a (jp. 




HISTOIRE DES VICOMTES 

Dieu avait excité entre les oonTiTes une rixe sangl 
pour les punir ainsi les uns par les autres ; quMls en 
venus aux mains près du château, dans un lieu appelé 
drieSj et que Guérin de Castelneau y avait été tué par le 
valier Archambaud de Peletz, ainsi que plusieurs autres^ 
Le récit de cet événement, vrai ou supposé, émut foi 
les esprits; et, au quatorzième siècle, le peuple 
encore que, pendant les longues nuits dliiver, on eut 
le bruit des armes près du château de Ségur, quV 
voyait des chevaliers, à l'armure brillante, so préci] 
dans la mêlée, jusqu'à ce qu'un rayon de la lune, ou la 
mière lueur du crépuscule, mit en fuite les combattani 

Bernard et Adémar Y, quoique poursuivis par lei 
dictions de l'Église, n'en continuèrent pas moins 
quelque temps les hostilités, pillant les villages, d( 
jusqu'aux instruments du labourage. Cet état de choses 
naçait de durer encore longtemps, lorsqu' enfin Géi 
évèque de Limoges, Raymond, vicomte de Turenue, 
chambaud, vicomte de Comborn, et Ouillaume-Taiili 
comte d'Angouiôme, et plusieurs autres représentants 
féodalité, cherchèrent à rétablir la paix entre les deux 
vaux : ils se donnèrent pour cela rendez-vous, le jour 
l'Exaltation de la sainte Croix, dans le monastère d'Ai 
près de Pompadour (14 décembre 1174, n. st.^). 

lléunis dans le sanctuaire de l'église, près des tombes 
quelques-uns des Qiembrcs de la famille de Lastours, et'i 
présence des religieux, ils décidèrent que Bernard cédi 
à son neveu la part à laquelle il prétendait dans le cl 
d'Excideuil, et recevrait en compensation le château 
Célon. Les deux ennemis acceptèrent ces conditions 



1. Chran. Voticns,, ap» Labbeum. 

S. Arch. de Pau : F, de la vicomte de Umogee. 

3. (kUi, Christ. : Kcciet. Lertéomcemùr, 



n 



i 




ET DE U VICWMTR DE LtMOGES. 
5ï«il mutuellement de respecter leur territoire. La 
ta» cl 11 méOatxe da vicomte de Liinofces en disposè- 
uitrement. Le jour que ses hommes d'armes quittaient 
ilean de Célon, pour Taire place à ceux de Bernard, 
mr K promettait de profiter du premier prétexte pour 
!BdK U plare. Apprenant que Sara, sa Temme, avait 
1 Inog entrelien arec Archambaud de Combora, dans 
Ime cbâtna, il se laissa aller à tous les élans de son 
nalioa; puis, cachant sa jalousie sous un autre pré- 
, U préteadit qne le comte de Périgord et Arcbam- 

twrdissaient contre lui de nouvelles intrigues. Dés 
1 pratiqua des tnleiligeoces avec la garnison de Céloo, 
prépara les moyens d'y rentrer, 
idaot l'hiver. malp4 la neige qui couvrait les champs, 
EBÎt à parcourir les manoirs de sa vicomte, pour réunir 
roopet. 11 força ses vassaux à le suivre, assiégea, le 
Js Mofll, le ehAleau de Dré, dont il s'empara, puis 
at, daraDi quarante jours, les terres des seigneurs de 
■n, parenl» ou amis de son rival. Ollivier de Las- 
, dief de la femillc de ce nom, rassembla aussitôt des 
I, <{ai riorent prendre position dans le cloître d'Aruac, 
'. mn dépens des moines, dont les provisions furent 
Vt épuisées. Arnald, le bailli du ministère, ayant osé 
iodre, fut (ué par les soldats au moment oii il mon- 

cbwal, pour porter te* réclamations à Ollivier de 
tru Ce crime effraya lellemeut les moines qu'ils n'o- 
i pas (ïire solennellement les funérailles de b victime 
■e* TtHX de %f» meurtriers : ils portèrent le cadav^ 
Drvt dans l'hospice de Célou, où ils n'eurent qtu 

d« le jeter dans la fosse et de le couvrir de lonj 



rsit-^ 



;adavr^^ 



i^. LitUetiiH. L'hitar ilv mUu àanéw tut *i rtfi 
aU« diruui>iu«, ■ <iu'uiie tooi opiaiUra.<aiiii U n 




k 



as Hmonti des vKowTsa 

La gtierre côntioua encore au printemps de l'année sui- 
vante. Le Ticomte de Limoges, qui semblait se jouer de ses 
ennemis, était même parvenu pu ses intrigues â en déta- 
cher quelques-nns du parti de Bernard. Comptant sur ses 
intelligences avec ta garnison de Célon, feignant de vouloir 
foire le s^ge de la place, il vint camper sous tes murailles, 
el y entra quelques jours après pendant qu'il tombait uDe 
neige si épaisse, qu'on ne pouvait pas savoir si la gamisoa 
avait fait résistance (("avril 1175). ËnGn, fatigués d'une 
guerre qui ruinait tout le monde, les pins influents d«s 
deux c6tés firent de uouvelies propositions de paix. Bernard 
ent une entrevue avec Adémar V, qui consentit à lui donner 
le château de Sainl-Yrieix en échange de celui de Célon. 

Pendant ce tempi, les hostilités avaient été rarement 
interrompues entre Henri U et ses enfants. Les vassaux 
du Limousin bravaient ouvertement l'autorité de Richard, 
qui, en recevant le litre de duc d'Aquitaine, avait promis 
de faire hommage à son frère Henri-le-Jeune, mais qui 
gardant le duché refusait de remplir ses engagements. 
A Limoges, les bourgeois peu disposés à reconnaître sod 
autorité, prévoyant bieo qu'il viendrait les y contraiodn 
aussitôt que son père lui en laisserait le temps, pressaient 
l'abhé de Saint-Marlial de fortifier, par la construction 
d'un mur d'enceinte, cette partie de la ville qui relevait 
de lui. L'abbé s'y refusait, tant il craignait d'exciter con- 
tre lui la haine du prince. D'ailleurs son chflleau, proténé 
par de forts remparts et muni de provisions, pouvait r^ 
sister à une attaque sérieuse. 

Les bourgeois crurent qu'on voulait les trahir; ils réu- 
nirent aussitAt un grand nombre d'ouvriers, creusèrent des 
fossés, et détournèrent même la source qui fournissait 
l'ean à la citadelle. Ainsi se brisaient dans une im^jatiencc 
Sévreuse tous les liens d'obéissance. La noblesse, l'ËglîM 



VICOMT& DE LIMOGRS. 

Iple, selon U-» iolérèls de chacun, tendaient jb l'in- 

iBce par des moyens divers; miis, en présence de 

, duqoe parti s'affaiblissait par l'isolement. L'abbfc J 
'Martial mourut quelques jours après cette tenlatimJ 
■ des bonrgeois. A l'approche de ses dernier*'" 
ÎI avait fait l'aveu de quelques erreurs de sa vie, 
do révèqae, de Pierre, abbé de Saint-Martin, 
m^ autrefois abbé d'Uzerche, alors simple moine 
«, et de sept religieux de Saint-Martial. Il se fit por- 
soa église, où les moines chantèrent les matioes, 
qo« Guillanme, abbé de Vigeois, lenait d'une main 
te allumé, et de l'autre celte du mourant. Il eol 
cesseur [ombart, i qui le vicomte Adémar g'em- 
e bire hommage pour ChAteau-Cherviz ■, Limages, 
ti-âainle- Valérie el la vicairie de la tour de Bemaud, 
irant de l'abbaje K 
entre le vicomie de Limoges et le comte de Péri- 
lit à leurs partisans de tourner toutes leurs forces 
lirhard qui, réconcilié avec son père, avait contraint 
Reori-Ic-Jcune, à accepter une trêve. Alors Ber- 
lorn, trouvant que les confédérés ne montraient 



'. dil de NoU^'DuDe-flig-CherTii. dépemUni de l'ibbifs J 
de Llinage», «liiUit ftulrttuù (Uni <xU» loc&liU. Elieaae II, 
itnt'AagwUa. qui eu eut Lt itlrectinD de IMI k 1137, 
At'iitbe. (N4D1DD 1 PotilU mtt.) Il oa Teslc du cbllcau qu'un 
•kat Ib potitim lrà«-piUorc*qaa domino wi Imb Iw pUine» ravi. 

MTt. «a Ucmbtrt, IniUla* k LinwgpB un» cérAoonie va «oateDir 

> Asrt* (fprw. la diuMiclM de l'ocUn do l'IquM, nn sooiuil 
(i^0 du m.MM.iVrr, H r.>ri cliauUil l« T*prM dei morl». Aprti 

ct^ reudiit i Ti^lix pour de onu. 

' i-"!ti, cl le laudgmkia, r4bl>é c4- 

:iit ftire det «latioDi tur In loin- 

r nrdla>ir«, à celui du trins, ailuf 

; HamT. M rTiijLi (1 .--lui .(il ).ii,p(. I.e mita» jmi on JiWriliiail t 

> pBBlTH Im rails d'un iptuudiile hiliu scrri lui religieux. I 
iÊhan, lui pnmalvut part i cvlte lalanaiU, ne reoenient, cnafD 
I, IB* du ptlD K du TÉn. {Jirtii. lU Pan : F. lUta vieomtt.) 



M HISTOIRE DBS YICOBfTBS 

pas assez d'empressement à courir aux armes, riveilH 
haine par ses sarcasmes rimes et satiriques, bien tÉiià\ 
émouvoir cette noblesse, dont la principale passioft^ 
été jusqu'alors celle des batailles ^ Audebert, comtf^ 
Marche, le vicomte de Limoges, Hélie Talleyrand de| 
gord, Oeoffroi de Lusignan, les vicomtes de TurenMl 
Gomborn, de Castillon, Ouillaume-Taillefer, d'Angodj 
les seigneurs de Montfort, de Oourdon, et plusieurs ijj 
reprirent les armes. Henri-au-Court-Mantel, lui-môifl 
put résister aux railleries du seigneur d'Authefort, qnlj 
repris sa harpe, pour flétrir ce qu'il appelait la lâcb^ 
fils d'AIiénor K Tous firent le serment de n'accorder il 
ni trêve à leur ennemi '. Leurs forces se partagèrent m 
tant de petits détachements qu'il y avait de chevaliefd 
les commander : les échos des montagnes du Limoal 
des rives de la Dordogne redirent encore les cris d'iai 
dance de la noblesse liguée contre le Cœur*de-] 
contre son père. Les bourgs, les châteaux les moins 
fiés, Turent pris de part et d'autre et brûlés. Des 
d'habitants des campagnes, fuyant leurs chaumières |l 
ou détruites, allaient çà et là, comme au temps de il 

1. Un lirrente je Ikit de cet mauvais baron» : ^ 

Plut jamais d'eux ne m'entendrez parler. ! 

Je les excite tous asses, avec mille éperons, ' 

En puis-je fkire un courir ou trotter ? H 

Ils se laissent ainsi, lâches, déshériter I j 

Soient-ils maudits de Dieu I Uu'ont-ils donc à songer j 

Nos barons? 1 
(Raynouabd : CoUeci. des Tnmbadm 

S. Voici le jeune roi qui cesse sa demande; ^ 

A Richard le Youloir de son père le mande, j 

11 est bien forcé, n'est-ce pas? ^ 

Puisque seul des Henri, tu n'as lieu, ni commande, ^j 

Sois le roi des malfats. 

{Ibid.) J 
3. « Per asségnras totas las gens d'aquella contrada per lo sagrui| 
il «Tiao fkieh eontn en Ricbart. » (Ibid.) 



4 

J 



ET DB U VICOMTE DE LIMOGES. 35H 

non des Normands, se cacher dans les gorges des mon- 
lignes et au Tond des forôts. d'o& ils sortaient la nuit pres- 
tes par la faim ponr venir mendier à la porte des abbayes 
d'Obasiae, de Dalon et de Vigcots. dont les moines se 
cuhaieQt pour leur distribuer des vivres, car les princes 
anglais faisaient la guerre aux prêtres comme aux barons. 
Les soldats de la ligue n'étaient ni moins cruels, ni moins 
;)iltards : un grand nombre de Brabançons à leur solde 
descendirent des montagnes du Limousiu jusqu'à Poitiers. 
L'évoque, Jeau-auz-Bel les- Mains, secondé par Thibaut Cba- 
bol, n'eut que le temps de réunir quelques troupes avec 
lesquelles il aneta n ces destructeurs de châteaux, pil- 
lards des campagnes, brûleurs d'églises et violateurs des 
rierges '. > Plusieurs furent tués dans les maisons ob ils 
t'étaient cachés; quelques-uns se retranchèrent dans une 
baule tour située dans les environs, mais laissèrent der- 
rière eux tout leur butin et leurs lagagi^s'. 
Les grands vassaux, engagés dans la ligue contre les 
inlsgenets, n'étaient pas tellement dévoués à leur parti, 
l'ils ue songeassent pas à se faire la guerre, et souvent 
tous les plus futiles prétextes. Ainsi, Gilbert, fils du puis- 
mt seigneur de Malemort, forte position militaire assise 
' in sommet d'une haute colline »ur les bords de la Corrëze, 
l'étant fait un habit de diverses couleurs, soit caprice de 
puod seigneur, soit qu'il voulût faire ainsi la satire des 
divers partis politiques de l'époque, Arcbambaud V, vicomte 
de Comborn, s'était permis il ce sujet d'amëres plaisante- 
ries'. Gilbert, offensé et très-irascible, voulut se venger : 
, iTec ses di^ux frères, associés à son ressentiment, il vint 



• 1. Chrao. nus. de [Jmogres. — Jiutel 
•-CbraD. de Sunl-lfnlïn de Umogea. 
I' L Beat; : Hùt. dei tomta de Poitou. 

• ÏMtem qiiain ïoc«Tit AKbamlMddiu A« Prasayo' 

„ op. £o6Anirn.) 




!. flet vicotitUt dà Tnrenne. 




SBO HIBTOmB DES VIGOMTBB 

rtmger les terres d'Archamband. MaU celui-ci, aveittk 
temps de ses projets, s'était mis sur ses gardes. QUbeii 
soa Mre Adémar^ surpris dans une embuscade, ftareat 
prisoDuiers, et leur troisième frère, nommé Pierre, tné 
se défendant. Archambaud, après avoir tenté de faire 
cher les yeux à ses ennemis, les renferma dans les pri 
souterraines de son château de Combom. Gilbert, ayant 
couvre sa liberté au moyen d'une forte rançon, prit à 
charge quelques aventuriers, qui couraient le pays pour 
compte, vendant leurs services à prix d'argent, quand 
princes anglais ne lès payaient pas, et revint à leur tète 
les terres de Combom. Après plusieurs rencontres tot^ 
marquées par d'odieuses cruautés, l'hiver força les 
battants à se retirer dans leurs forteresses. Le flroid é 
rigoureux que la Gorrèze était glacée, malgré son cours 
pide, devant le ch&teau de Malemort Les soldats m 
naires de Gilbert, pour s'amuser, pratiquaient des 
dans la glace, y enfonçaient leurs prisonniers, qu'ils 
naient dans l'eau, jusqu'à ce que leur barbe fût gelée. Ds 
les retiraient que pour les reconduire dans leurs cac 
A la fin, Gilbert ne pouvant plus payer ses alliés, ceux-ct| 
quittèrent pour passer à la solde du vicomte de Combdi 
qui vint assiéger le château de Malemort, où il fit prise! 
nier Géraud, père de Gilbert *. Le vieux baron, quand! 
avait vu sa forteresse attaquée et ne pouvant plus résisll 
était venu se livrer à son ennemi, ayant, selon la coutuaM 
et en signe de soumission, une selle à son cou, « pour ^ 
celui-ci le chevauchât, si cela lui plaisoit *. » \ 

I . Cette guerre, seloa la chronique de Vigeoi«, qui en racoute les éfél 
HMBta d'une manière atseï obscure, commença la Teille de la fête de wà 
Martin. (SAraud, en se liYrant à Archambaud, lui dit : «Qui es-tu T — 



meil, dit Archambaud. — Eh bien ! in as bien péché, repni Géraud, pnlM 

ta as pris le prinee de Malemort. » (CAfon. Vone/u,, op. Lakéênm^ P* IH 

a. GhroD. de Normandie. r 



ET DB LA VICOMTE DE LIHIOGEB. E31 

Jrebambaud de Combom, si implacubte contre sesenne- 
Dii, eut, comme U plupart des homm«s de son époque, 
d'uitrescrime^i à expier; en quitlaot son manoir pour aller 
lu t>atAi(le«, il avait confié ù la garde d'un pt'6tre de la 
«Dlrée une jeune fille qu'il aimait. Apprenant à son retour 
(n'clle s'Était consacrée à la vie religieuse, sans qu'il pût 
uroir eo quel lieu, il s'en ét^t pris au prêtre, l'avait tué et 
jeté le cadavre dans un puits. Alors s'dleva contre le meur- 
Irier udc réprobation générale; le clergé du Limousin se 
plûgnit au pape, et le vicomte reçut l'ordre d'ezpivr son 
ctimc par des œuvres de piété. 11 prit la résolution de fon- 
der la chartreuse du (ilandiers, et choisit pour ctla le lieu 
le plus désert de ses terres, une étroite vallée perdue entre 
deox collines, ob rien ne trouble le sili/nce de la solitude 
4wle murmure d'un petit ruisseau et le vent qui agite les 
kiBls chênes. Les pru'miers fondements furent posés le jour 
(teSaint-Marlin, à la chuti.' des l'euilles, comme pour rap- 
peler i ceuï qui voudraient y vivre qu'ils n'y trouveraient 
rien des joies du monde, rien des splendeurs de la nature. 
la présence de la foule, Archambaud fit l'aveu de son 
noie et promit de vivre désoimais en paii avec les clercs. 
'i charte de fondation signée sous l'épiscopat de Berriard 
'[■ SaTèoe portait: «Nous avons donné el accordé pour 
: iijoars aux frères chartreux les bois et les pâlis de Olan- 
'nTs {Gtandiariwn). Nous avons librement concédé lesdils 
[lilis pour leurs bètes ou animaux par toutes nos lerres, et 
ilans loat ce qu'ils pourront acquérir dans nos terres el nos 
Befs... Nous leur avons aussi donné In mansc de Murât, en 
paroisse de VouteKac, sans obligaliun de service... Nous 
encore promis autant de terres et dn boi», qui sont 
la maison de Glaudiers el le fonds d'Kl-Poul, qu'il en 
besoin pour faire leur clôture, selon leur ordre et l'ar- 
;e des gens pieux et des religieux chartreux (13lU). " 



S3S HISTOIRE DES VICOMTES 

Bernard et Oaichard, fils du fondateur, signirent la charte. 
Le dernier fut inhumé sous le principal autel de T^^ise. Ce 
▼ieuz monument du repentir et de la foi n'a plus qu'un pao 
de mur, où Ton remarque la naissance des dnlres ogives da 
zin* siècle. Tout alentour des masses informes de pierres 
indiquent la vaste enceinte du cloître. Sur les bords êi 
ruisseau étaient les sombres corridors, et, de distance en 
distance, des bancs de pierre où s'asseyaient les religieiix 
isolés des bruits du monde, condamnés à un continod 
silence, n'ayant d'autre distraction que la prière, d'autres 
soins que la culture d'un petit jardin, d'autre espoir qu'oae 
fie meilleure et une tombe solitaire. Les plus grandes 
familles de la contrée enrichirent la chartreuse; Ebles de 
Venladour lui donna sept livres de rente sur le péage des 
foires d'Égletons; les vicomtes d'Aubusson, les seigneuis 
de Malemort et de Ségur chacun la somme nécessaire pour 
la construction d'une cellule ^ 

Cependant la guerre continuait contre Henri II et Richard: 
le vicomte de Limoges se faisait remarquer parmi les coih 
fédérés, comme le plus impatient à en venir aux mains 
avec les chevaliers de Gascogne et d'Angleterre (1176). Le 
plus grand désordre régnait dans toute la province. De 
nombreux aventuriers appelés Routiers, Brabançons ou 
CotereauXf bandits en temps de paix, soldats en temps de 
guerre, que Henri 11 et Richard avaient pris à leur solde, 
pillaient les églises, les ch&teaux, les cabanes, retenaient 
les prêtres prisonniers, ne leur rendaient la liberté qu'au 
prix d'une rançon, et recommençaient leur brigandage 
toutes les fois qu'on leur laissait quelque temps de repos, 
disant qu'ils se payaient ainsi de leur solde. Après avoir ra- 

1. Ubbe : Biblioth,, t. II. ^ GaU. Christ, t. U. — Bemtrd de Savène, 
ATant d'être évèque de Limoges, avait été chapelain de réglise de Saint- 
HiUire, prêt de Pierre-Bofflère. 



ET DE LA VECOMTÉ DE LlMOtiEï!. 333 

TSgé les eDTiroDs d'IssandoQ, ils s'établirent en assez grand 
Bombre dans le chAteau de Malemort '. Une autre bande, 
composée de vingt compagnies *, se disposait à venir alla- 
qucr la ville de Tulie, quand elle fut obligé de renoncer à 
ses projets, en apprenant que les babitauts avaient préparé 
de paissants moyens de défense. Les environs de Limoges 
étaient aussi ravagés par ces aventuriers qui, en se disper- 
sant, échappaient aux poursuites des troupes du vicomte 
Ad^mar qui s'étaient mises eu campagne. Les habitants des 
filles, suivant le grand mouvemeat providentiel qui porte 
les hommes à s'associer pour être plus forts, avaient, à 
l'exemple du charpenlier de la ville du Puy, formé sous 
rmfocation de ta sainte Vierge des confréries, où l'on n'était 
idmis qu'en prenant l'engagement de se dévouer à la chose 
poblique, Â la protection des personnes et des communau- 
té religieuses ^. 
BieutAl on ne vit plus à Limoges que chaperons blancs, 
ic plaques d'étain porlani l'image de la Vierge. Isambert, 
té de Saint-Martial, donna des chefs à cette ligue de 
^triotisme et de piété. Entraînée par son éloquence, émue 
des malheurs dont il leur faisait le récit, le jour de la fête 
des Rameaux, la noblesse du Limousin vint prier Gérard, 
évèqne de Limoges, vieillard aux cheveux blancs et aveu- 
gle, de l'accompagner et de bénir ses armes. Le prélat y 
coosentil et suivit son troupeau, accompagné de l'abbé 
bambert, tenant à la main une croix, que Guillaume Vidal 
snil apportée de la Terre-Sainte, avec les os de sa femme, 
morte dans ce pèlerinage, et qu'on regardait comme les 
reliques d'une sainte. Les autres combattants, avec le cha- 
peron blanc, portaient une croix rouge sur la poitrine. 

1, ChroQ. Diu. de Limogei. 
S. Baool ds DiMto. 

t. a>«M4 1 vu. Pkiiipfi Aufttti. 



M HISTOIRE DBS YICOMIBS 

Quels que i oient les malheors d'un jiays, ou iHÊme natîoB, 
si la foi lïBligieuse anime les courages, le succès cet certain. 
L'armée de ces nouveaux croisés, formée piinapalemeol 
des habitants de Limoges et de la campagne, grossie m. 
route des soldats improvisés de 6aitti«0ermain«les^Belles^ 
de Tulle et de Brives, était partagée en qvatre corps, Is 
premier sous les ordres d'Adémar V, les autres sons les 
bannières d'Archambaud V de Gomborn, d'OUivier de La»* 
tours et d'Eschivat de Ghabanais ^ 

Les Brabançons, a qui méprisaient la volonté divine, ss 
faisant les servants du diable, s furent rencontrés entrs 
Brive et Malemori le jeudi-saint, vingt-unième jour d'aivrlL 
Le combat dura depuis six heures du matin jusqu'à orne; 
deux mille cinq cents aventuriers y furent tués avec leur 
chef Guillaume, surnommé le Clerc, parce qu'il avait élé 
moine et avait assisté au siège de Rome, sous les ordrss 
de Frédéric, empereur d'Allemagne, Selon Oeoffroi de Vt» 
geois, qui sans doute ne compte que les chevaliers, les 
croisés ne perdirent dans cette journée qu'un des leurs 
nommé Ithier de Visio*. Adémar V et ees alliés rentrèrent 
triomphants à Limo^e^j, aux applaudissements du peuple 
et du clergé (1177). Cette même année, le Limousin eut 
beaucoup A souiTrir de chaleurs excessives; les sources 
tarirent; les productions de la terre furent brûlées, et la 

1. La fiftim^e des EsohivAt de Chaban&is était alors mie 4es plus remar- 
quables de l'Aquitaine. Abot-Cat-Armat, le prejonier qui nous soit connu, fut 
père de Jourdain I«r, fondateur de l'abbaye de Lesterps (arrondissement de 
Gonfolen»), en 1032. 

s. « Anno Domini MCLXXVII, xxi die mensis aprilis, in die Cœn», ver- 
g>eiite die yetpere, dédit Dominus yictoriam Geraido, episcopo Lemcrricensi, 
de Brabausonibus, quorum erat caput WilleUnus clericus^ qyi morlyua fuit 
in eodem conflictu, cum duobus millibus, sive amplius^ apud castrum de 
Malemort, cum antea vocaretur dictum castrum Beau fort, » (Chron, de S. 
Martin de Limogns, II« vol., p. 52.) Geoffroi de Vigeois ne fait p<Mt men- 
tion de ce changement de nom, qui doit être bien postérieur. (V. pMir b 
Iksiille de Malemort mon Hist, du Bat-Lmousin.) 



BT M LA VICOirrÉ DE LIMOGES. Î88 

ttté fut trôs-grande. L'éTÔque Gérard I*', regardé 
IBB on sainte mourut pleuré du peuple dont il avait 
iBtieiibileur et le défenseur. Pendant longtemps, Tab* 
tia Saint-AugustiOy où était sa tombe, fnt visitée par 
Mhreux pèlerins. Il eut pour successeur Sébrand 
01, archidiacre de Thouars, élu à Saint-Trieiz, mais 
Cftt, parce que sa famille se faisait remarquer parmi 
Demis du roi d'Angleterre, dont quelques gens d'ar- 
ceupaient la ville*. 

sanglante bataille de Malemort ne fut qu'un léger 
pour Richard qui, après avoir réuni de nouvelles 
s de mercenaires, battit le comte d'Angoulème et 
MDte de Limoges dans la Saintonge, entre Saint- 
I et Bouteville \ Le Limousin fut de nouveau envahi 

I bandes anglo-normandes, dont quelques-unes oc* 
Dt déjà plusieurs ch&teauz, sans qu'Adémar avec ses 
Mât venir les attaquer*. Dans la crainte d'y être as- 

II n'entra môme pas dans Limoges, tant il redoutait 
re de Henri n et de Richard. Il continua de tenir la 
jne, pendant que quarante de ses chevaliers s'en- 
mX dans le château d'Aixe. Richard vint les atta- 
l'empara de la place et les fit tocs prisonniers. U- 
le vit bientôt sous ses murailles, que les habitants 
nt pas eu le temps de mettre en état de défense; 
'en rendit-il maître après une résistance de quel* 
tors. Pendant ce temps-lâ, le vicomte rejoignait ses 
s'enfermant avec eux dans Angoulème, où le duc 



rmd Chabot, père de TéTèqne^ était seigneur de YonTuit, en M- 
épousé Agnès de Roehe-Genrière. (P. AnieLme : Àmiraiu de 



diftaoce est si grande entre Bonterifle, en Angonmois, et Saint- 
Bo Saintonge, arrondissement de Joniac, qu'on ne saurait préciser 
cette rencontre. 
dt. Kofifiu., op. LabbemUf c 11. 



y" 



SM HISTOIBE DES VIG01ITE8 

• 

ne larda pas à' les assiéger. Obligés de se rendre, ils fniva 

livrés au roi d'Angleterre» qui les envoya à son fils» pop 

les garder jusqu'à son arrivée en Normandie. Rayoïond | 

vicomte de Turenne, qui continuait de tenir la campi^i| 

ne se découragea pas, malgré cet échec; il envoya on é 

ses capitaines, nommé Lobar, attaquer les Anglais qui ee 

cupaient encore le bourg et le château de Ségur. La pift j 

quoique bien défendue, fut prise et les murailles abattoci 

Henri U reparut bientôt sur le continent pour punir an 

fils révolté, qu'il poursuivit à outrance jusque dans le Benf 

Las enfin de cette guerre impie qui attristait sa vieille^ 

il demaivda une trêve à Henri-au-Court-Mantel. C'est,! 

Orandmont, dans cette abbaye, objet de ses prédilectiom 

prodigieusement enrichie de ses aumônes, qu'il convoqp 

pour traiter de la paix tous ces fiers vassaux révolté^ 

espérant que l'influence religieuse de ces demeures 4I 

pleines de calme, sanctifiées par la prière et la chariti^ 

pourrait fiéchir leur farouche courage, amortir leurs bifc 

nés. On vit, en efiet, tous ces hommes bardés de fer s'agai 

nouiller, pendant une semaine, à l'autel du pauvre moine, 

manger à sa table frugale ; mais tous les efforts du viein 

roi furent inutiles ; ses fiers ennemis sortirent de ces pie» 

ses cellules, la main sur la garde de leurs épées. Cepeair 

dant le fils avait accepté la trêve, mais la guerre continu 

contre les partisans du vieux roi. Bertrand de Bonxétail 

toujours là, implacable ennemi de la famille anglo«no^ 

mande. — «t La paix ne me convient pas, leur criait-il; 

à moi la guerre I Ne rien craindre est mon unique loi. QiM 

d'autres ornent leurs maisons, s'y procurent les plaisirs, 

les commodités de la vie; à moi provision de lances, d'é- 

pées, de chevaux et de batailles* ! » 

i. ChroQ. mit. 



ET DE U nCOMTÉ DE LIMOGES. aS7 

t'BMiri 0, indigné de ces provocatioos, se remit & la 
poarsoite de ses ennemis. Adémar V et les membres de 
H famille eurenl encore beaucoup à souffrir de ses ven- 
geances. Plusieurs furent mis à mort, et leurs corps Iraus- 
^rtés au château de Ségur par leurs amis ou leurs ser- 
tileura, qui y passaient la nuit- en prières. De là cette 
coutume, qu'à la mort de quelques-uns des membres de 
celle maison, tous les voisins de Ségur se rendaient à 
i'égiise, pour prier auprès du cadavre. Limoges eut sa part 
dans la haine du vieux roi, ennemi de l'évoque nouvelle- 
nenl élu, et doni il se vengea en chassant les religieux 
de la cathédrale, brûlant leurs maisons, confisquant leurs 
bjcos, Taisaut même couper leurs vignes dans les environs 
de U ville. Durant un an et neuf mois, l'église de Saiiit- 
Élifone fut a veuve de cérémonies, proscrite, comme une 
mère privi^c de ses eufants, » dit le chroniqueur témoin 
des malheurs de ce temps'. Il ne fallut rien moins que 
l'ordre du pape, pour que l'archevêque de Bourges donn&t 
Il consécration épiscopale à Sébrand Chabot. 

Henri II, qui oubliait sa pénitence au tombeau de l'arche- 
Tïque de Cantorbéry, n'était pas heureux, quand il inter- 
venail dans les affaires de l'Église de France. L'année sui- 
nnle (1178), il l^t obligé de faire la paix avec ses fils. Le 
vicomte de Limoges et ses alliés, Ouillaume-Taillefer, 
comte d'Anguulëme, Adalbert, comte de la Marche, Olli- 
rier de Lastours et plusieurs autres, après avoir reçu de 
l'abbé de Saint-Martial la croix et le bâton de pèlerin, par- 
tireot pour Jérusalem, le jour mSme où la femme d'Adé- 
BBT V venait de mettre au monde un fils, d'abord nommé 
Onllnume, puis surnommé le Pèlerin, à cause du voyage 
• «oo père (1180). Le comte de la Marche se montrait le 




188 HISTOIRE DSa VROMTBB 

plus fènrent de cette petite troaiie de oroisés. La m 
eu pour lai tant d'amertume; le sire de Lusignan d'an 
de l'autre le roi d'Angleterre, avaient leUement abi 
son autorité en envahissant set terres; sa propre famflle 
avait causé tant de soucis, qu'il était impatient de m( 
de ses larmes le tombeau du Dieu fait homme; D 
perdu quelque temps auparavant son fils unique, lequel 
tué un chevalier en trahison, c fut enlevé par un parent i 
mort, et ne reparut plus. » Les moines racontaient 
diable l'avait enlevé. Il ne lui restait qu'une fille, ni 
Marquise, mariée à Oui de Gombom. et qui n'avait 
d'enfants. A la perte de ses posseBssoas s'était igootée 
autre humiliation. Il venait de répudier sa femme, aui 
le jour du Vendredi-Saint en flagrant délit d'adultère m 
un chevalier, nommé Oeoffroi Paret, qu'il fit tuer par 
de ses hommes d'armes*. Plusieurs des compagnons 
son pèlerinage ne revirent pas leurs manoirs. Le 
d'Angoulôme mourut à Messine; Ollivier de Lastonrs 
Jérusalem, en présence d'Adémar de Limoges, de 
de Lastours, son cousin, qui firent célébrer ses funéi 
en grande pompe dans l'église du SaintrSépulcre. La 
surprit aussi Adalhert à Constnntinople. Oui de Blon, 
s'était associé à ce pèlerinage, avec son firère Ibert de 
et son écuyer Bernard du Dorât, rapporta de Jérusali 
de précieuses reliques qu'il donna à l'église de Saii 
Junien, avant d'aller prendre Thabit religieux au monasU 
de Orandmont *. 

Le vicomte de Limoges rcvini le jour ou la veille de Nt 
de l'an ii8i, laissant derrière lui plusieurs de ses com] 
gnons, parce qu'il tenait à assister à la consécration 
monastère de SaintrAugustin rebâti, ou simplement ré| 

1. Roger de Howedrn. — Chron, Voiiens.^ ap, Ijnbhnm» 

2. D. Bitiennot : mis. à U Bibl. nationale. A 



i 



ET DE U VICOMTE DE UHOGKS. ï3g 

lis d'Ali^iaor el de RiufaArd, sou Dis*. Le peuple le 
ttc Uni de joie, que son eolrée dam la ville fut an 
t Ifioœpbe : c'est qu'on avait besoin de lui pour 
«icr aiux BnibMiiKins foi, depuis la paix, n'obéissant 

- à pvnonne, pillaitïnt le pays pour leur compte. Avant 
ics pounuifre. Il se readil h Saiut-Yrieix, pour assister 
i.xaltatioii du ^nt cénobile qu'on j vénérait, et dont on 

.lil rébidi l'église «>[ le mnosolée. A celte cérémonie as- 
t aeiftoeurs du Limousin, avec l'évèque 
, Oaillaame, abbé de Vigeois, Oéo, abbé 
, Bl Etienne de Castres. Adémar V, les sei- 
Ihefori, de Pompadour, de Lastours et de Lu- 
Dèreat l'hoiinmir de porter ta cbàsse et les 
I Dflieo d'un si grand concours de Bdèles qae 
I d'armes ne pouvaient défendre l'entrée de 

il ità princes anglais se disposaient à reprendre 

- annes contre leur père, qui leur laissait trop attendre sa 
.1 .-OMon. Uenri-aa-Courl-Maatei, le plus dissimulé el le 

tint «bbitiwix, clurcbait partout des partisans. Les comtes 
te II Marche, de Périgord et d'AugouIëme, tes vicomtes 
te Limoiges, de Tureoae, Pierre de Castilton, OItivier de 
bteUi et Foucaud d'Arebiao se donnèrent rendez'Vous h 
ordonnèrent aux consuls de lui faire bommage 



I. La woiiiln* du Suiii-MuHln, mIdd Im «utMin du GoUio Chriiliana, 
A GwChH •ié Vtgaiii, minil iHA luoiii jiaf Aliciiii, tiMe de uïut F.\a\. 
io U «hM* du docbir fat auUrriSe, m MS9, PArotriUo Rothitdt, raine 
f fcfi»l«Tï. (Arrh. de l'an : F. ''e la mcomli de Llmog«t.) — L6 tooi- 
I — ^iW« pu nue lUtuB BU broiiïO, fut déUtiit djuu 1m çuernjado 

T.ui AiWoianu... umuli]ua ptincipo* ds Tiuritiui, «l wniorw 

. l'fO cnn*ui>tudiaii, «juadem corfiiu bijuLiat pAlri*. >> t.'âgli*c 

i '.11. da tmtt Myli» diDilmnU, oit renur^^iuble pu mu idochw 

::.• »MM, U oat M 1* itànir du ui*. el Itbiida du itv*. Od j nil^iMl' 

.-> rMM d'BDa w'Mae ip'm dil, eamnui oUloon, ttro c«Ue 4* CkifliiH 

-. . ^ÊM i(iU >*c*i ptntalilwamil qiu «oUa ifc Sûl-lrial». 




140 * . HISTOIRE DBS VIG01ITI8 

en sa qualité de duc d'Aquitaine; mais bourgeois et 
sub 8*7 refusèrent, disant qu'ayant fkit lerment de fldélill] 
à Richard, ib ne pou?aient pas reconnaître d'antre 
rain. Ni les prières, ni les menaces d'Adémar V ne 
les entraîner (11 décembre 1181). 

Le yicomte, indigné, mais n'osant pas punir leur 
tance, sortit de la ville avec ses troupes, détruisit le 
bourg de Saint-Oermain et fit reconnaître dans les envii 
l'autorité du jeune prince. Après s'être emparé du 
et du château d'Aixe, dont il fit massacrer la garnison 
tenait pour Richard, il assiégea aussi Saint-Jean-de-Oom 
afec Robert de Béam qu'il Tenait d'armer chevalier, 
dant ce siège, à la nouvelle que Richard accourait d'Aï 
goulème, les deux chefs partirent à la bâte. Adémar 
dans Limoges, laissant derrière lui son compagnon qui 
vaincu. Remontant le cours de la Vienne, Richard reprit 
château d'Aixe, fit massacrer ou noyer nue partie di 
Béarnais laissés dans la place par le vicomte de Lime 
et fit crever les yeux aux autres. Il ne tarda pas à marchofi^ 
contre Limoges, où ses deux frères Henri et Oeotnrof. 
étaient entrés et s'étaient fortifiés. Ses succès, sa réputa*» 
tion attirèrent bientôt sous ses enseignes de nombrcuK^ 
partisans, dont une partie occupa le Château, pendant ^M 
ses deux frères tenaient la Cité. Dans la crainte que le restai 
de son armée, campée en dehors de la ville, près diK 
l'église do Sainte-Valérie, ne fût attaquée, il fit rompre Uk 
vieux pont de Saint-Martial, de construction romaine. i 

Pendant ce temps-là Henri-le-Vieux, qui connaissait l'am^ 
bition et l'audace de Henri-au-Gourt-Mantel et de Geoflnroli 
de Bretagne, arrivait de Gascogne à la hâte à grands ren^ 



.1 



i. En 1073, Pierre Gauthier et ie prêtre Faucher fondèrent «ir leur pa* 
trimotne l'égliie de Gorre, qu'ils donnèrent atec let dépendanœi à TégliM,' 
de SainliJiuiien. (CAtûh. c/e Moleu.) \ 



1^ 

à 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. S4i 

brts de Gascons et de Normands. La sentinelle placée dans 
k docher de Notre-Dame-des-Arènes, signala bientôt cette 
nuée du côté du fief de Vertamont, sans pouvoir, à cause 
le la poussière, reconnaître les enseignes de Henri II; on 
crut même que ce n'étaient que quelques détachements qui 
(tachaient à cerner Geoffroi de Bretagne , alors occupé à 
eicannoucher contre Richard. La frayeur se répand aussi- 
tM dans la ville, en même temps que la nouvelle que 6eof- 
ftoi est vivement repoussé. Les hommes d'armes accou- 
iCDt de tous les points, et font une sortie du côté de 
SiiQt-Cessadre, où ils se trouvent en présence de Tarmée 
it Henri-le-Vieux ; « ils s'élancent sur l'ennemi, tant qu'ils 
rompent les premiers rangs, les mettent en fuite, les pour- 
luivent, et rencontrent Henri II, qui, atteint d'un coup 
de bnce, est renversé de cheval, et allait être tué si un 
Anglais, qui demeurait à Limoges, ne l'eût reconnu à son 
accoutrement. Depuis, le lieu du combat a été appelé 
SoÊZOy c'est-à-dire Noise y eut ^ » 

Les assiégeants se retirèrent le même jour au château 
d'Aixe, laissant derrière eux les cadavres de plusieurs des 
leurs. Henri-le-Jeune, malgré la retraite des troupes de son 
père, craignant de ne pouvoir résister à une nouvelle atta- 
que, burtit do la vilic, accompagné de son frère. L'un et 
autre portant leurs cuirasses sur le dos, en signe dé sou- 
uission, vinrent trouver leur père au château d'Aixe, 
Lisant qu'ils n'étaient pour rien dans la sortie des habi- 
ants, qu*il fallait en attribuer tous les torts aux bourgeois 
i aux consuls. Le roi ne voulut rien entendre; tout en 
Qviiaut les deux princes à souper, il fit savoir aux bour- 
icois qu'il détruirait leur ville. Ceux-ci, effrayés de ces 
oeoaces, semblaieul disposés à se soumettre ; mais le vi- 



I. CbroD. mit. 

16 



Ml ' mnoiu db vRxwraB 

éomté qui les atait exoltés, et qui foulait ettipSahar Umi 
rapprotihemeiit entra Heiiri-athGoiirt4faiitel at Hldiardi 
leë soUidta titeinaot de reconnaître Henri4e-j6Dne comme 
dtlc d'Aqoitaine, disant qoe loi Beol poinait eanfer la ▼ilUL 
Alor» Tojrant qoe, par soite do manvais état de leata ma- 
ftdUea, ili resteraient sans défense , si la garnison dii 
princes sortait de la ville et les abandonnait à eox'^mémsif 
ils cédèMit aox sollicitations d'Adémar V. Les consuls ss 
rendirent à Téglise de Saini-PierreHdln-QaqrroiZy j flieot 
solennellement hommage à Henri-le-Jeone, loi prmnettaot 
seooors de corps et de biens, pendant qu'il inaogorait son 
autorité dans la même église* n'ayant po^Mre roQo dans 
la cathédrale, en mettant sor sa tète le cercle d'or, à son 
doigt l'anneao de sainte ValériCi à ses pieds les éperom 
d'or, et tenant l'épée d'one main, de l'aotre l'étendard. 
La Tille toot entière parot animée des mêmes sentimentk 
On s'empresse de reconstroire les moraiiles, d'élever des 
toors, des barbacanes, toute espèce de rcimparts de bois 
00 de pierre. On s'excite mutoèllement à l'ouvrage; on 
répare les ponts, les portes, les barrières, et l'on réunit 
une grande quantité de vivres. Gomme, depuis la démo- 
lition des murailles ordonnée par Henri II, les abbés de 
Saint-Martin avaient planté des arbres sur le môme em* 
placement, appelé le Verger-^uX'MoineSj situé derrière leur 
monastère, on les coupa pour en faire des barricades. Pour 
faciliter la défense , on, démolit même Téglise de Notre- 
Dame-des- Arènes, l'hôpital de Saint-Maurice, la tour et 
le clocher de Saint-Martin, les cloîtres et les dortoirs de 
l'abbaye, les maisons voisines, et le faubourg de Saint- 
Symphorien, situé du côté du pont. On aurait détruit jus- 
qu'à la Cité, si elle n'eût pas été occupée par quelquef 
troupes de Henri-le-Jeune. 
Pendant qu'on se préparait ainsi à une vigoureuse résia 



ET DE LA VICOMTE Dfi LIM06E8. Si! 

tance, Richard s'emparait du château d'Excideuil, malgré 
Adémar V, et ravageait les champs du côté de Cornac. Son 
père, tout couTcrt des contusions reçues dans la dernière 
attaque» quittait le château d'Aixe, pour venir passer quel- 
fiKs jours dans le clottre de Saint-Trieiz, assistant avec 
le|los grand recueillement aux cérémonies de l'église, 
IhbI durant ses hedreà solitaires la vie de saint Aré- 
fiu. D 7 laissa en partant une garnison pour protéger les 
MiBes, et tînt attaquer le château de Pierre-BdlSère, qtll 
le pal lui résister. 

Les bandes de mercenaires de Richard couraient le pays, 
Ifllaient, ravageaient les villages, dont les habitants effirayés 
laydent chercher un refuge dans les villes et dans les 
lUnyes pourvues de quelques moyens de défense. Du haut 
fa remparts de Limoges on entendait les clameurs de ces 
hordes sauvages; on suivait leur marche à la lueur des in- 
«Ddies. Le jour de Pâques (4482), Tèvêque et le ticomte 
le décidèrent à sortir à la tète de la population pour don- 
aer la^basse aux pillards; ils les poursuivirent jusque dans 
le paya de Combraille, et revinrent triomphants, après en 
noir tué quelques milliers de six mille qu'ils étaient ^ 

f. Gbroa. de Saint Martin. 



2U HISTOIRE DES VICOMTES 



CHAPITRE IX 



SUITE D'ADÉMAR V, VICOMTE DE UM06ES, ET LES PLANTAGEIIET8 



Adômar V et le comte d'Ang^)iilème dans le' parti de Richard. — Entreyue 
de Henri U avec ses fils à Limoges. — Adémar V jure fidélité à Richard 
et abandonne ses alliés. — Triste condition du pays. — Les indigents réo- 
nia dans l'église de Saint-Martial. — Les grands menacés d'eicommuni- 
cttion : repentir d'Adémar V. — Bertrand de Bom excite à la guerre 
contre Henrl-le-Jeone. — Réunion des confédérés à Limoges ; refus des 
habitants de s'associer à leurs projets. — Adémar V et Henri-le- Jeune 
menacent le GhAteau. — Arrivée de Richard qui, avec son père, assiège 
la place; ils se retirent. — Conduite du clergé après la délivrance. — 
Nouvelles prétentions de Uenri-au-Gourt-Mantel. — Il envahit l'abbaye 
de Saint-Martial et pille le trésor. — Il vient à Grandmont. — Henri II 
entre dans Limoges. — Henri-le-Jeune n'ose attaquer la place. — II est 
reçu à Uzerche, et va en pèlerinage à Rocamadour. — 11 meurt à Martel 

— La nouvelle de sa mort apportée à son père ; ses funérailles à Limoges. 

— Les habitants de Limoges ouvrent leurs portes à Richard. — Adémar Y 
et Bertrand de Bom poursuivis; le château d'Authefort incendié; Henri II 
pardonne au troubadour. — Bertrand se venge du roi d'Aragon. — Le 
vicomte de Limoges se soumet à Henri ÎT. — État du Limousin après 
les dernières guerres. — Révolte des religieux de Grandmont contre leur 
prieur. — Récits de miracles. — Bertrand de Born et le vicomte de Li- 
moges recommencent Us hostilités contre Richard. — Rolhilde, femme 
de Richard, à Limoges; les églises incendiées. — Richard et sa mère 
visitent les abbayes. — Les grands vassaux du Limousin à la croisade. — 
Aliéner et la rançon du Cœur-du-Lion en Limousin. — Retour de Richard; 
ses largesses à l'abbnye de Graudmont. — Richesses d-î l'abbaye, sa plus 
iiauto prospérité. — Traité entre Adémar V et Philippe- Aug^uste; poli- 
tique des deux partis. — Richard visite les châteaux du Limousin. — Ses 
prétentions sUr le trésor de Châlus; il assiège le château; sa mort. — 
Note sur les circonstances de ce siège. — Mort d'Adémar V. — Retraite 
de Bertrand de Born à Dalon. — Note sur Gaucolme Faydit, troubadour. 

Durent celte guerre, où la rivalité des flls du roi d'Angle- 
terre attirait à elle, ou en éloignait des partisans, qui ne 
se proposaient que de donner satisfaction à leurs intérêts 
personnels, on vit parfois les plus ardents ennemis de 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 245 

Richard se rapprocher de lui, qaaud ils avaient besoin de 
500 appui. Ainsi, Guillaume et Adémar, qui travaillaient à 
enlever le comté d'Angoulôme à Mathilde, leur nièce, 
abandonnèrent le parti de HenrUIc-Jcune, et cherchèrent à 
intéresser Richard à leur cause; mais celui-ci s'y refusa, 
puce que, dît-on, il songeait à- épouser Mathilde, et à 
s'approprier ainsi le comté d'Angoulôme. Les deux frères 
reprirent les armis contre lui et entraînèrent dans leur 
parti Adémar V, qui dès le début des hostilités se vit 
enlever près Je Limoges un château, où Ton conservait 
comme dans une citadelle le corps de saint Martial ^ 

Henri II parut de nouveau disposé à se réconcilier avec 
ses (Ils. Alors Henri-au-Court-Mantel, qui venait de rentrer 
à Limoges, à la grande joie du peuple et du clergé, après 
a\oir donné à l'abbayo de Saint-Martial un riche manteau, 
sar lequel était brodé son nom en lettres d'or, se rendit à 
Saint-Yrieix, et vint de là à Périgueux, o& l'attendait son 
père avec Richard, sou frère. Après quelques pourpariers, 
leâ trois princes s'acheminèrent vers Limoges pour s'en- 
tendre définitivement sur les conditions de paix. On se 
réunit dans l'église de Saint-Augustin ; là, en présence de 
tout le clergé , le vieux roi « à la tète ronde, aux yeux 
verdâtres, au visage enflammé, » pardonna à ses enfants, 
qui lui promirent fidélité et amitié ^ 

Adémnr V, qui venait d'abandonner le parti des comtes 
d'An^'ouIùme, assista aussi à cette entrevue, jura fidélité 
à Richard, promit de ne fournir aucun secours aux deux 
comtes de Périgueux, Ilélie et Talleyrand, qui continuaient 
la guf rre, et de ne jamais faire alliance avec les comtes 

1. o CaAtruni elLua juxU praidlctam GiviUtem ùtum, in quo requiescit 
5. Mtrtuili*. Rirbardu^, dii\ Ai|uiULuonim, abitulit Adeoiaro vicccomiti. » 
'ftf^fiïu-v fh Mont. : up, Sctipt. rer. Franc.) 

i. c Axbplu capite et rotuudu, oculU glaucii, iacie igDM. » {Ex Giraldo 
Camhrttiû : ap. Script, rer. Franc.) 



us HISTOIRE DES VICOMTES 

d'Aogoolôme. U donna denx de ses flls poor otages ^ Pin- 
sieurs antres confédérés firent aussi leur soumission; mais 
le plus grand ^nn^mi des Plantagenets, Bertrand de Bon, 
avait refusé de se joindre à eux. Celte soumission pouvait 
promettre quelques jours de paix au Limousin ; mais les 
dernières guerres laissaient derrière elles bien des ruines: 
Il fallait rétablir la confiance dans les villes et dans les 
campagnes, où la misère était à son comble. 

Les champs n'avaient presque pas fourni de moissons, 
car le laboureur avait dû bien souvent s'arrêter an milieu 
du sillon, pour fuir l'approche de l'ennemi. Des familles 
ruinées, affamées, venaient dans les villes chercher le pain 
de l'aumône : chacun était tellement préoccupé de sa 
misère, qu'oq laissait mourir de faim les lépreux, ces 
malheureux réprouvés de l'humanité, condamnés à ne pas 
sortir des lieux où Us étaient relégués, appelant pas leurs 
cris et leurs prières les secours des passants. La religion 
vint au secours de toutes ces infortunes. Le légat du pape 
assisté de plusieurs abbés et des présidents d'Aquitaine, 
étant venu à Limoges présider un concile, on convint de 
profiter de cette circonstance pour exciter la charité dans 
tous les rangs de la société, et pour ramener à la pratique 
du bien par la pureté des mœurs. 

Le dimanche qui suivit Tarrivéc du légat, on vit de 
longues files de pauvres, de veuves éplorées, d'orphelins 
abandonnés, de lépreux cachant leur visage, entrer, par 
l'ordre du clergé, dans la basilique de Saint-Martial. Pros- 
temée sur la pierre, versant des larmes, celte foule qui 
semblait expier par ses douleurs tous les égarements hu- 
mains, priait l'apôtre d'intercéder pour elle et pour le pays. 
Tout le monde voulut concourir au soulagement de ceux qui 

1. Chron, Voiiem,, ap. kabbtum. 



ET DE LA VICOMTE DE U11UGES. m 

souffraient. L'Église crut, et avec raison, devoir attribuer 
ces grandes épreuves, signe de la colère divine, à la cor- 
ruption des mœurs du temps., à la dépravation de ceux 
qui, par état ou par leur position sociale, Ëlaient le plus 
intéressés à donner l'exemple du bien, h l'ambition des 
gnnds et des princes qui s'adonnaient trop au luxe et aux 
[daiàrs, qui préféraient les riches chtamydes et les beaux 
Dunleaux à longues manches aux vêtements de peaux de 
moutons et de renards, que portaient aulrerois l'êvëque 
Eostorges, ainsi que les vicomtes de Limoges et de Com- 
born'. 

Du haut de ta chaire, à Vigeois, à Tulle, à Uzerche, à 
finies, comme à Limoges, tombaient tous les jours des 
menaces d'excommunication contre les unions inces- 
beuscs, contre la violation des lois morales. Adémar V eut 
alargo part de blâme dans cette revendication des droits de 
Dieu et de l'humanilé. Ses nombreux soldais, qui couraient 
le pays, ne venaient-ils pas de faire prisonniers Gui de 
Solignac et Pierre de Pourrey, moines de Pierre-Buffière, 
l'on dans la force de l'âge, l'autre chargé d'années, qu'ils 
trolnérenl à demi nus sur les routes Lt qu'ils vendirent 
ea»uite dis-huit sous '? Ce fut peut-être en témoignage de 
repentir qu'il Ht la même année plusieurs donations h 
l'abbaje de Dalon, par une charte signée à Ëxcideuil, et 
coaQrmée plus tard par Gui, son Ois, au château de Ségur^. 

L'b^lise ne fut pas toujours assez puissante pour répri- 
lea mauToises passions ; il y avait trop d'éléments de 



; F. de la vieomti de Lbnoget. 



218 ' HISTOIRE DES VICOMTES 

discordes dans la famille des Plantagenets, trop d'ambitions 
surexcitées par de mauvais instincts chez ceux qui se 
faisaient ses partisans ou se posaient en ennemis, pour qne 
la paix durât longtemps; aussi fnt-ellè presque aussitôt 
rompue que conclue. Bertrand de Born poursuivit encore 
de sesrailleriésHenri-au-Court-Mantel, qui reprit les armes, 
entraînant avec lui le vicomte de Limoges et plusieurs 
barons d'Aquitaine, assez disposés à se laisser aller à une 
honteuse oisiveté ^ 

On vit bientôt arriver à Limoges des chevaliers bardés 
de fer, des feudataires de tous les rangs, quittant à la hâte 
leurs castels de Saintonge, de Poitou, d'Angoumois et de 
Limousin, tous impatients de recommencer la latte. 
Adémar V se faisait surtout remarquer entre tous par les 
emportements de sa haine contre Richard, qui lui avait 
enlevé ses places et imposé un humiliant hommage. Dominé 
par son ressentiment, profitant de Tinfluence que lui don- 
nait le prestige de son nom dans la ville de Limoges, il 
entraîna facilement dans la confédération le plus grand 
nombre des habitants ; mais ses provocations ne furent 
pas aussi bien accueillies dans la partie de la ville comprise 
dans Tenceinle du Château. Contenus par la juridiction de 
l'abbé de Saint-Martial, craignant d*ôlre les premières 
victimes de cette levée de boucliers, les habitants vou- 
lurent rester fidèles à Richard, qu'ils regardaient toujours 
comme duc d'Aquitaine; retranchés derrière leurs mu- 
railles qu'ils avaient relevées, ils étaient prôls à se 
défendre, si Ton voulait les contraindre à faire cause 
commune avec les révoltés. Aux maux de la guerre étran- 
gère s'ajoutaient ceux d'une guerre civile. Et cependant il 
n'y avait pas deux races distinctes dans Limoges ; c'était 

1. a ... Si 8€Joraavan, torniavao, e dormiau, e solassavan. » [Raynouard : 
CoUect, des Troubadours.) 



ET DE LA V1C0BITÉ 1)Ë LIMOGES. S49 

le même peuple, les mêmes bourgeois, avec les mêmes 
ns et les mêmes passions de liberté. Hais il y avait 
JDridictiois, celle de l'Église et celle de la féodalité ; 
oofgeois du Château, soumis à la première^ ne vou- 
pas se faire les hommes de l'autre, 
ricomte indigné résolut de s'emparer de la place, et 
mmença aussitôt le siège; mais, ne comptant pas 
sur ses propres forces, il détermina facilement 
le-Jeune à se réunir à lui, pour avoir raison de ces 
ois qu'il disait dévoués à Richard. Dès les premiers 
e février (1183) on commença l'attaque du Château; 
stes furent établis sur divers points, et des ma- 
dressées le long de- murs avancés. Les assaillants, 
)mbrcux, mieux dirigés, faisaient des progrès et 
dent d'arriver bientôt jusque dans la place, lorsque 
rgeois du reste de la ville, d'abord entraînés par 
r, apprenant que Richard arrivait à la hâte, pour se 
i l'abri de ses vengeances, renoncèrent à l'attaque. 
)mte, qui s'obstinait à faire le siège d'une église 
, n'ayant pas eu le temps de se retirer, fut sur le 
'être fait prisonnier. 

ird venait en efiet de camper sous les murs de la 
n?ii5 n'ayant pns assez de troupes pour en forcer 
\ il se tint en obser\ation. D'ailleurs qu'importait 
litique cette lutte de bourgeois, dont il n'était aimé 

uns, ni dos autres? il était peut-être bien aise de 
ri^ions intérieures qui, en les affaiblissant, lui ren- 

Licntôi la victoire facile. Puis d'autres dangers 
lient ailleurs. Les places fortes s'étaient fermées 

p:(s>agc, sans qu'il prit le temps de les soumettre; 
: 00 redisait dans les manoirs des environs les sir- 
de Bertrand de Born. Craignant alors d'avoir contre 
es les petites localités, il se retira pour ne pas être 



S50 HISTOIRE DE» VICOAmSS 

attaqaé mv ses derrières. Sa retraite rendit plus hardi le 
Ticomte Adémar, qui n'ayaot plus rien à craindre eo 
dehors, parvint à ramener les bourgeois à Tattaqi^ di. 
Château. Quoique entourés d'une foule d'assaillants, kn; 
assiégés résistèrent énergiquement. Du haut de leurs bas- 
tions, du sommet de leurs tours crénelées, et à travers lei 
meurtrières, ils font pleuvoir sur les assiégeants les traits et 
les pierres. La ruse triomphe enfin du courage. Un strat»* 
gème introduit dans la place quelques soldats du vicomli|{ 
qui appellent les autres, chassent devant eux Tennemi être»* 
tent mialtres du château. Craignant à leur tour d'y être assiè* 
gés par le vieux roi d'Angleterre, ils s'y fortifient, relèvent 
les murailles qu'ils ont abattues, et garnissent la place de 
projectiles. 

Quelques jours après, Henri II, craignant que Limogei 
ne devint la place d'armes, le centre de la révolte de soi 
fils et des barons aquitains, convoqua ses fidèles vassaux 
d'Anjou, de Touraine et de Normandie, manda on grand 
nojonbre d'Anglais, et vint avec Richard, pour punir le | 
vicomte de Limoges. Son armée arriva devant la ville, le 
jour du mardi-gras, et prit position près du pont de Saint- 
Martial. Pour affamer tous ceux qui s'étaient renfermés 
dans le Château, il détruisit Le pont de la Roche-au-Goth et 
toutes les fortifications voisines de la Vienne. Bientôt son 
soq armée entoura la ville, pendant que Richard campait 
dans le faubourg de Sainte- Valérie. — a C'était une chose 
merveilleuse, disent les chroniques, de voir tous les pavil- 
lons, toutes les tentes des comtes, des vicomtes et des 
autres seigneurs, dressés en si grand nombre autour des 
remparts, qu'on ne pouvait les compter. » 

Attaqués sur plusieurs points à la fois, les. assiégés fireni 
d'abord une vigoureuse résistance, renversèrent les ma 
chines de guerre, et forcèrent plusieurs fois les assaillant! 



ET DE U yjGOJHTÉ OK LJMOGES. 251 

1^ reculer, M<tis Richarci ramenait toujours les siens au 
tombal, eii leur promettant le pillage, pendant que son 
père parrenail à se loger lians la Cité. La villcj mcnaeée ou 
..iLiquéeparde nombreux délachemeotsauglais, normands 
-iscons, songeait à se rendre, lorsque les éléments vin- 
. iL au secours du vicomte de Limoges et de cette p[>ignée 
lie bourgeois révoltés. Le froid était devenu exccssir; une 
pluie, qui tombait par torrents, détruisit les travaux du 
£tége. Les Anglais découragés s'arrêtaient, comme malgré 
eux, dans les fusses et sur les brèches, faisant entendre 
des crïs de rage contre le mauvais temps. Ce siège, sou- 
■ enl interronipu, souvent repris, dura quinze jours. Ri- 
:rd, par son courage, y mérita bien le surnom que l'bis- 
;ii^ lui a conservé. Après la retraite de t'enjiemi, on 
.i->iiva dans les fossés, Ibulées dans la boue, les couleurs 
de VAogleterre, les tcquês des chevaliers tués ou mis en 
fuite. 
Les chroniques locales ajoutent : ii Tandis que cette 
iL-use nuée, grossie d'orages et de tourbillons, grondait 
11- l'air, et menaçait de la foudre, les religieux de Saint- 
li^iial, les clercs et le menu peuple, faisaient tous les 
ir^ des processions, portant, en grande dévotion, la 
lisse ou reposait le corps de saint Martial, et autres re- 
l'iiits, priant Dieu de les préserver de leurs ennemis. Les 
urnes de la ville tirent faire une tour de chandelles de 
.'VI- de la longueur de dix-liuit cent seize brasses, autant 
' 10 contenait le circuit de la ville et des murailles ; laquelle 
5 offrirent à saint Martial pour le service divin; et fut 
'porté le corps de saint Just et autres reliques de Sainl- 
'■r:ùa à Saint-Martial '. » Au plus fort du danger, on avait 
I l'-s moioes réunir tous les pauvres, les orphelins, les 

mk T 




dis 




Qaciqae rennmî se fltt retiré, 
daia h cnâtdt de non? eDes attaques^ y to l l jit de 
les oecasions pour e atret e m r le counge de ses 
disant « qu'sfee le permisrioD de soq ptre, cC de 
fl était doc, et qoll avait droit par sa mire as tiets de 
foitaiDe, comnie étant l'aîné de la lamille. a Bb 
Henri D aiait eonseoti à reconnaître one partiede 
dneale i son Sb, et tous les habitaitfs de Limogea 
Cnt Hiommage en cette qualité*. Le jeune ambitieiii 
tarda pas i ooblier le défooemeot de ceux qm aiaieat 
son parti. 11 se plaignait, qo'après aïoir été couronné 
d'An^eterre, son père ne loi eftt donné qne qidnie 
sons de pension, et cinq cents à Margnerîtei sa 
tandis qoe Richard avait été mieux doté. Comme il 
qoait d'argent poor payer ses mercenaires, le Ticomte 
Limoges, craignant qoll ne IK encore h pûx avec son 
engagea les habitants de la ville à loi prêter Tingt 
sons. Les bourgeois se mirent eux-mêmes i contribidiolbl 
tant ils craignaient, si on les abandonnait, de voir encoMl 
piller leurs maisons et dévaster leurs propriétés. Cet 
ne suffisant pas, le prince et le vicomte, son allié» se rejeté* 
rent sur le trésor de l'abbaye de Saint-MartiaL a Ne sachni i 
que faire, Henri-au-Court-BIantel prie les moines de Fab* ^' 
baye de loi prêter, pour quelques jours, le trésor de leur } 
église. Us s'excusent sur l'absence de l'abbé Isambert qi^ ' 
au commencement des troubles, s'était retiré à la Souter- 
raine, après être venu saluer Henri H, dont il avait méfûé 
les bonnes grâces. 

i. Areh, de Pau : F. de la vicomte de Limoges. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 258 

:hé de ce refiiS| le prince fait des menaceSi et se dis- 
k employer la force. Il envahit le monastère avec ses 
II, chasse tons les jeunes religieux et les enfants 
^ lait enchaîner les principaux moines durant toute 
Ddt, et le lendemain matin, les ayant déliés, les force 
iDontrer où est leur trésor. On mit sous ses yeux la 
do sépulcre, surmontée de cinq statues, et la table 
lod autel, sur laquelle était représenté le Christ au 
des apôtres, un calice d*or, avec un vase d'argent, 
Bquement ciselé, la croix de l'autel de saint Pierre, 
sse de saint Austriclinien, et une grande croix, le 
un travail précieux, estimé cinquante marcs d'or, et 
ois marcs d'argent. Mais le spoliateur n'en Ût porter 
ation qu'à vingt-deux mille sous, ne voulant pas 
qu'on déterminât la valeur de plusieurs autres ob- 
irrage des anciens orfcvres de Limoges. Il promit de 
le tout, el en donna une déclaration scellée de ses 
Il prit de plus une cuirasse, consacrée autrefois à 
arlial {.ar Gui de Grandmont. «Un tel crime surpasse- 
croyance des hommes; je n'aurais pu moi-môme y 
ajoute le chroniqueur, si mes propres yeux n'eussen 
rés de voir ce triste et lugubre spectacle *. » 
s avoir dépouillé ainsi le trésor enrichi par tant de 
Lions, en présence des moine<%, qui n'osirent résister, 
16 ambitieux, suivi du vicomie de Limoges, vint à 
Qont, fit camper ses soldats dans l'abbaye, leur 
L commettre d'horribles profanations. Il emporta 
irgent monnayé, les riches ornements de Tautel, les 
d'or et de soie, la colombe d'or artistement ciselée, 
:e à conserver les hosties consacrées, enfin tout ce 
Etalait dans les plus grandes cérémonies, sans se lais- 



âmH r ^a r tnr te jrjïnï ées rdîgîeax, par te 
ri itf>mrt«. i rti troff re sasué^es sMiblaienf âfino 
rnixi& r^j^t-iJu yaAn t ce temps-li, son pè 
çz^l ?czj: sire â« liaofss aT5C Adémar 1 



iiî 



Tiartacsu ?rcTira cxssrJ*: > pir-jM d V entrer, espérai 
:a 7•&^ tr.iTBer £iz5 r? po^le d'artisans, de boarg( 
z* inzizas "h. TsÊsx 7^s<::zDcc que la prenffere fois. 1 
tr:ar::a. : lasc ^a rcc-^rite fie son ffis et de son alli( 
aae^ atx rfirr^cs d* lyHes les classes que, poa 
«î*^ .'SC îrcnse, ïls se dendent phis compter i 



1^ r'î^'^'- î^?rT« iz^ triste do pillage du tré 
>:- iC-Xijr:^ . 5?cî î! rtiit naoïère sî fier, qu'il rej 
-:nLr.z sa T-:çirf f:rr=if, p^r^e qu'il était le télnc 
J; ii Tv.»;-;? 5; 5*5 i>."4:r«s: les bourgeois, qui regrt 

LV-- >^' '•" -•^* *''^1 eitorqué : le clergé, profond 
: Ln.::»,' TOT "îs >sînrrs que leur avait infligés le jeu 
:i :.'r*i.\, je7N..-cr>f enfin ne se présenta pour défend] 
,-^ h: a '*'. «f. La famille des Pîantapenets, par s 
.vf/;^ ,'•: v:s ;rT::£^ troublait toutes les relations so 
^ :î ?•■! r\>? • ?r £t: p^s plus souffert que l'Angleler 
: LTL : IV ;i 5 .1 rf^y.îc des fils d'Aliéner une juste 
:.:r: ,\: i .v-i^::^ ie cette femme, qui se jouait de 






R;:hf v^*5 îrt>:T^ es'erés à TÉglise, heureux 
l>u~v.er.tè Je rouvres moines, de s'être joué d( 
prieures et ce leur? !armes. Henri-le-Jeune s'éloij 
Grar-dmont, s'aobemin.îr.l vers Limoges toujours si 
Tîoomte Adcmar, pour en chasser son père qui veuî 
sortir a\oo ses troupes. Il osait compter encore < 
bourgeois feraient cause commune ayec lui, ignoraû 
sa toile présomption, qu un chef, prince ou roi, ne 
nas deux fois la confiance d'un peuple : aussi, les pc 



KT DE IJ VICOMTE DE LIMOGES. 259 

iprocfac; Il lai ralltit recourir & la force. 
iDt pleuvoir sur ses bonatnes une grfile Ae 
ift fureat tués ou blessés, cl lui-même, aU 
île, h l'atUquc d'une tour, fuL Torcé de reculer et 
icrà l'assaut. Un lui criait du haut des remparts 
voulait pas pour Seigneur n celui qui pillait les 
; profanait les choses de Dieu '. » Il se dirigea du 
If, e»përaDt se rendre maître aisément de cette 
^ée seulement par douze sergents, deux chevaliers 
v. Ia trnhisoD la lui livra; mais, ne s'y crojant 
fié, il continua sa retraite, suivi d'un bien petit 
9 (Mrlisao.«, parmi lesquels cependant se faisait 
marquer le vicomte de Limoges. La petite troupe 
.«rs le Midi, où elle devait se grossir d'un grand 
[ mercenaires envoyés par le comte de Toulouse. 
du jour de r.\scension, H^-nri arriva à Uzerche 
GOD puissant allié cl le duc de Bourgogne, 
instmîls de ce qui s'était passé à Grandmont, 
iper à ses exactions en Ten.int solennellemeot 
delni; mais ils n'en furent pas moins rançonnés, 
neuz d'Obasîae, de Vigeois et de Dalon. Ccpen- 
rait déjà quelques pressentiments de l'aveoir; sa 
EdbtiMail, les remords troublaient sa conscience, 
1 pBUt-être & demander des prières à ceux qu'il 
il, oar ce fut à Dzercbe qu'il ressentit les prc- 
de I« maladie. Quelques jours après, il alla 
ladour, espérant retrouver la santé par 
ce véniJré saucluaire qui, depuis des 
Ms les voûtes rocheuses de sa triple église 
déparlements voisins. 
s do sa maladie, son vieux père, l'avouant 



L ■*•' ^ LiiiKigni. 



S56 HISTOIRE DES VICOMTES 

toujours pour son héritier au trône, lui avait envoyé Tan* 
neau royal par Bertrand, évoque d'Àlic, qui n'eut pas le 
temps de le lui remettre. Le prince mourut à Martel, donnant 
tous les signes du repentir, demandant qu'en expiation de 
ses crimes on lui arrachât les yeux, le cerveau et le ventre, 
qu'on les jetât sans honneur devant le tombeau de saint 
Martial, jusqu'à ce qu'on eût restitué le montant de ses ra- 
pines. Il avait aussi écrit à son père, lui demandant pardon 
pour lui, pour ses adhérents, et surtout pour le vicomte 
de Limoges, le suppliant d'acquitter tous ses engagements 
envers le monastère de Saint-Martial. 

Henri faisait halte avec ses troupes au village de la Sa- 
lesse, près de Beynac S entre les affluents de la Briance et 
de la Vienne, quand il apprit la mort de son fils. Il se dis- 
posait à se rendre à Limoges, lorsqu'il vit venir Bernard de 
Peyzac, moine de Grandmont, à qui il demanda des nou- 
velles et qui répondit à voix basse : « Je ne suis pas Tange 
Gabriel. » Le malheureux, comprenant que son fils était 
mort, versa des larmes et se retira à Técart dans ime pauvre 
chaumière. Quelques jours après le peuple, qui avait tant 
souffert des déprédations du jeune prince, vit passer son 
cadavre, porté par quelques soldais, dont on ne put payer 
le salaire qu'en vendant son cheval de bataille. Il arriva à 
Limoge?, où l'avaient devancé Adémar V et quelques ba- 
rons, pour traiter du prix de ses faiiérailles. Au moment où 
la cérémonie allait commencer, l'évêque Sébrand Chabol 
annonça qu'on ne pouvait faire le service religieux, puis- 
qu'il avait été excommunié pour avoir pillé les églises. 
Guillaume 1*' de Treignac, prieur de Grandmont, ayant 
promis, au nom de Henri II, la restitution de tout ce qui 

1. Beynac, petite localité où naquit Jean du Puix-d&-Noix, général de 
Domiaicitins, qui vivait au commencement du xv« siècle, et qui joua ui 
grand r61e dans le concile de Constance. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. S? 

été ravi aux églises, le clergé célébra ses fiiné- 

^ En expiation de ses sacrilèges, ainsi qu'il l'avait 
idé, on mutila son cadavre en loi arrachant les yeux 

entrailles. L'évéque de Limoges, Jean de Nevers, 
Ad d'Agen, et Thibaut, abbé de Fleury, assistèrent 
cérémonie. Avec le vicomte de Limoges se trou- 

aussi Geoffroi de Lusignan, Échivat de Chabanais et 
jid de Born, plus triste que les autres, lui a qui 
maître, quand il le voulait, du roi d'Angleterre et 
ils, et toujours voulait qu'ils fussent en guerre ^i> Les 
X du Limousin qui s'y trouvèrent étaient en si petit 
re ou si pauvres, qu'il n'y eut à l'offrande que dix- 
eniers que s'adjugea le chapelain du défunt * (1183). 
lard, qui se trouvait au château d'Aixe, reçut en 

temps la nouvelle de la mort de son frère et Tordre 
oindre son père. Le vieux roi, tout en pleurant un 
>eUe, n'oubliait pas qu'il avait à se venger des habi- 
le Limoges et du vicomte. Les consuls, instruits de 
ojets, ne songèrent point à lui résister; ils man« 
l d'ailleurs de vivres et de combattants; aussi ouvri- 
s leurs portes à Richard, qui fit raser leurs murailles 
:^ tours jusqu'aux fondements. Après avoir satisfait 
^re, il se dirigea vers Authefort, laissant à Limoges 
léchai qui devait continuer de ruiner les fortifica- 
de combler les fossés. 

mar V n'était pas là, pour protéger les bourgeois 
vait compromis : il fuyait à travers les forêts de sa 
é, suivi de quelques partisans, pendant que ses ma- 

lA 4|u;:lque« UucumcQtit, cette c^rvmouie eut lieu daoi l'abbaye de 

niai, et i^ploD Icj( auteurs du Gallia Christiana, k l'abbave de 

«it. Gaii, Christ,; Ecoles, Lemovicens., p. 526.) 

iVKianl : CoUosiion des Truuiadours, 

•uji. Vo^iens.y ap, ScripL rer. Franc, — Roger de Howedeo, 

I. «7 



ndiM, ACta^â^sl piaf Richard, toÉoflbiaiéfnt m MiMres im 
éîâlësf ieé moèlàgaôs oë ées flancs dé^ roelienl^ A LîÉM^ 
|M, lés Mtr^di^ lé maadiséàiëDt, lui attribuant to« \9Êk 
lâàniéttrs ; les consuls l'àccusaiefti d'ÀTeir excifé lé pmfH 
k la iréVolf e ; Henri II, pour s'attacher les méconleiiti ,' M 
pAiéii de t6Us ëes droits siir la Ville, faisait téi»ef le» û¥ 
ffidlifidii!^ èé (permettait aux consuls et aux bmifg^éls 48 
tééotintÉftre HicHërd comme duc d'Aquilainéi 

Aiêtùtâ Y,' ((ué {personne è'osait secourir, qu'on rit pêil^ 
danf q'uelcttie temps errer çà et là ûnt stÉ terres, oonàme M 
éli^nger , li'éspéfait plus relever sa fortune^ Bertrl^iid éè 
Born n'était ^às plus heureux ; d'un caractère trop inquiet^ 
ïtbp turl)ulënt et trop ambitieux, il ne savait vitref en piSà 
in aveé les princes, ni avec sa famille ; avant là tdovi de 
Betiri-le*lenne, sans égard pour le traité fait avec i^on tthti^ 
11 s'était emparé du château d'Aulhefort, en y introduirai^ 
par stratagème, un Certain nombre de ses hommes d'ai^ 
ihes, qui se disaient les alliés de Constantin. Le roi d'Ai^ 
gleterre, moins pour faire restituer le château que pour se 
venger du guerrier troubadour, « car il croyait que toute 
la guerre, qde son flls lui avait faite, Bertrand la lui avait 
fait faire *, d se présenta sous les murs d'Autbefort, accom- 
pagné de Richard. Quelques jours après, le roi d'Aragon et 
Geoffroi de Brelagne se joignirent aux deux princes. Les 
machines de guerre battent déjà le château : Bertrand de 
Born résiste, mais espère peu. Se rappelant qu'il fut autre- 
fois Tami du roi d'Aragon, il lui fait secrètement parvenir 
des présents, lui promet beaucoup, et lui demande, au 
nom de leur ancienne amitié, d'engager Henri II à dépla- 
cer ses machines, parce que la partie du mur contre h- 

1. « Car el crezia que Iota la guerra que el Rey joves^ son fillz, TaTia 
iititihit, qu'en Bertrand la aguea taita far. » (Raynouahd : ColL des Trou- 
hadours, t. V, p. 86.) 



ET DB LA VICOMTE DE UMMES. 290 

^ ^lles soot dressées menace de s'écrouler. L'ÂNigo^ 
> le 18 laisse pas séduire, au contraire il engage le roi & 
Mtfvir sa position^ et delui-ci attaque plus vivennent 1a 
*^où il entre par. la brèche^ Le manoir est livré aux 
^M, à rinstigalion de Richard vengé enfin de son plus 
iriesoemi^ La garnison est prisonnière, et le troubih 
^conduit auprès de Henri II, qui le traite avec dérision^ 
tfatrand, Bertrand, vous deviez, àVec la moitié de 
re fSQs, anéantir mes eiforts ; sachez que voici une oa« 
00 où le tout ne vous ferait pas faute K u Bertrand bv^ 
é verse des larmes, et s'attend à une sévère punition, 
|iie sa présence d'esprit le sauve. A Henri II qui lui dit^ 
crois que le sens vous a failli, » — il répond i a Sei- 
tr, le jour que le vaillant jeune roi, votre flls^ mourut^ 
trdis toute intelligence et toute raison ^» s Ces mots r6^ 
ittt la douleur et la pitié dans le cœur dû père qui 
re encore la mort de son fils, il s'cVanouit; puis ref^ 
à lui-même: — « Bertrand, Bertrand^ lui dit-il, toue 
droit et raison, si pour mon fils, qui vous préférait à 
vous avez perdu votre bon sens ; en conséquence^ je 
rends la liberté, vos biens, votre château et mon ami- 
e vous donne cinq cents marcs d'argent pour vous ia« 
liser de vos pertes. Vous tiendrez la trêve, et pour 
ï, tant vous avez été félon envers votre frère ^. ■ 
lis la querelle entre les deux frères ne finit point ainsîi 
jartisans de Constantin le pressèrent d'en appeler à la 
du roi d'Angleterre. Le troubadour ayant refusé de 



Sailhume le Breton. — Math. Parii^. 

I Mâ4 safichatz qu'ara vui t»eMKna ben totz. » (Ibtd., p. 87.) 

I ... Kii ère )>çii ^qu'el tos sia aras fAillitz. En penli lo md, e'I sabcr 

nooisMiisa. {Ibid.) 

\ Cq B«rtraui, B<:rtraDf , vos avetz \»\\ drech, et es bon razos, si to» 

^rJa lo teu per mon liil, qu'il vos yolia nieils que ad hom del xBondo.» 

uC'ABD : CoH, des Troubadours.) 



2M HISTOIRE DES VICOMTES 

■ 

comparaître, la guerre continua. Pour se Tonger du roi^ 
d'Aragon qui l'avait trahi, il fit un sirvente dans lequel fl* 
lui reprochait son origine, qu'il faisait Tenir d'une bmiUs 
du château de Garlud, et sa conduite & l'égard de la fille es 
l'empereur Comnène, et le parjure de son frère SaoelM^ 
qui avait pris le parti de l'Angleterre et déserté la ligas'^ 
des barons ^ 

Le vicomte de Limoges, qui désirait revoir sa famille, k 
demeure de ses ancêtres, et cette ville de Limoges qui ■• 
voulait plus se fier à son courage, Ait réduit & venir d^ 
mander pardon à Henri II et à son fils ; il les accompagm 
à Saint-Yrieix, où eut lieu, en l'honneur du saint, une céri- 
monie, à laquelle assistèrent Guillaume, abbé de Vigeois, 
Barthélémy, prieur de Chalais, Grouffier de Lastours, flls de 
Marguerite de Turenne. Dans les rangs de cette noblesse, 
empressée de faire oublier sa haine contre les Plantage- 
nets, on distinguait Grégoire de Béchardie, qui prit part à 
toutes les guerres de ce temps, dont il fut l'historien. 

La paix entre les grands vassaux et la famille d'Angle- 
terre aurait pu rendre au pays son ancienne prospérité, si 
les mercenaires de tous les partis n'avaient pas continué 
leurs ravages. Ceux de Hcnri-le-Jeune, réunis & d'autres 
venus de la Flandre, du Brabant et de la Bourgogne, exer- 
çaient les plus affreux ravages. Marcadée, un de leurs chefs, 
s'acharnait surtout contre toutes les localités qui dépen- 
daient du vicomte de Limoges. Les châteaux de Payrac 
Bénévent, d'£xcideuil et d'issandon avaient été pillés 
moitié détruits; Tévôque Sébiand Chabot, résolu de met- 
tre fin à ces dévastations, prêcha une croisade contre les 
Routiers. Après avoir reçu le sacrement de l'Eucharistie, 
tous ces défenseurs de la puix publique se mirent en cam- 

1. Vie de Bertrand de torn. 




ji 



BT DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 261 

, ponnaÏTirenl les ennemis, donl plus de six mille 

ItarCDt nuasaerés. Les aulres s'earutrent dn cdlé de Chatn- 

■iale-Valérie, et passèrent à la solde du roi d'Angle- 

t (IIM) '. n est dirOcile de comprendre à quel désordre 

IliTTé le ticooDsin, vers la fin du douzième siècle. Le 

t dt» etmpagnes. souvent livré à lui-même, n'osait 

r ; l> bourgeoisie , traitée avec dédain par la oo- 

, D'irail d'énergie que par l'impulsion du clergé; les 

t nsMDX ne faisaient la guerre h la famille anglo-uor- 

dc qac dans l'intérM de leur indépendance. 

idergj avait aussi ses ambitions et ses faiblesses ; dans 

lollret les plus renommés, les moines vivaient souvent 

wrrf. A Grandmont, les factions étaient en pré- 

:, se disputant quelques dignités, quelques prérogati- 

Cn joor, les frères convers brisèrent les portes de la 

Ibrf de leur prieur, Guillaume de Treignac, et le jeté* 

tn prison, après l'avoir déposé. Le pape y envoya ses 

i, arec le secours d'Aldeberl, comte de la Marche, 

liÎKal 11 paix, en rendant au prieur sa dignité, eu 

BUDinianl l'intrus qui avait pris sa place, Mais l'année 

«te, le» troubles recommencèrent ; le prieur fut en- 

eliassé el son rompéltteur rétabli. Ithier, moine sa- 

6e Saint-Martial, qui se trouvait alors à Grandmont, 

pé à é^rrire sa chronique , s'enfuit avec deui cents 

s tl mite laïques, et alla mourir à Home. La paix fui 

I rétablie par les abbés de CUeaux et de Clcrvauz délé- 

par le pape. Le peuple crédule el superstitieux — il 

re qu'on ne le soit pas dans Te malheur — crut voir 

Hice de toutes ses infortunes dans des faits surnatu- 






Oo racoQtait pariont «qii'oa jour, en pp^n9^ do Ufeiik, 
d'^lMapoif abbé de Castras, et 4a Jovdltni^ ^^oorpte^^e (ta 
CpmboPD, daat TéglisQ d« l^toups, 1^^ aro^ment» ^aosii 
4lrç^6^t cbaogé de couleiir à Tauftei sufi |^ épaulai du pi|r 
Ire. P^Ds ie« forêU» aotour du qbAleau de ppmpiidoar, oQ 
^yait ^ntj9QdM pendant tputa Tannée» )a naît, des voii| I%r 
jnentablçs se n|êl0r a|U( )iiir|ements de<» loqps. » Pro&dat^ 
]4 surezait^lîpn de» e»priti| , r^Vôqi}^ de Linpoges .eoplir 
piwt di^ pcHir^vra les Bpqtiers, le^ assiégeait daps 1^ sMn 
teau de Noa^llesi si'm emparait et faisait B)^9ssaa?ar toM 
p^D^ qui s'y é(aifiDt Felrappbés. D'aiitreSi pour ayoir la vie 
a^ve, pr^Uudireat qu'ils n'avajanl fait qu'obéir au3| ^m 
de Ricbardt an dévastant afec tant de fdreur las t^^Tas i9 
vicomte de Limoges ^ 

Biobard qui, apr$s la mort de son frère, avait vu tops l^ 
grands vassaux 4 s^s pieds, ou les plus compromis ^ défùr 
ber à sa colère, était trop allier, pour user de spn ^to^ 
avec modération. Ses mœurs dissolues éloignèrent d§ 19 
cour les nobles cbitelaines, que leur3 époux n'Q^aiaDt ps^ 
conduire aux fêtas de Poitiers. L'Église aussi n'oubliait p^ 
que ses trésors avaient été pillés, ses ministres persécutés 
pt abreuvés d'bufniliations 2. Bertrand de Borp $ut profiter 
du mécontentement général, pour appeler ençora ses amii 

h la révolte : le vicomte de Limoges reparut la premier à I9 

• 

tôte de ses vassaux (1188); de concert avec aux, jl coip- 
;nença unp guerre de partisans, et ravagea les terres 4u 
C<Biir-de-Lion, qui ne fit paç attendre ^a vengeance. Oa le 
vit presque aussitôt reparaître à la tête de ses nombr^pg 
piercpnaires, de soldats venus à son appel de Normandie et 
de Gascogne, poursuivant à outrance ses ennemis, détruir 
sant leurs châteaux, les menaçant des plus cruels châti- 

i, Ri^oTj} : Yita Philippi, ÂugtAsU, — Uisl, du Quercy^ 
2. Robert du Mont. 



ET DE LA VICOMTE DE LIKOGES. 36» 

nents. quand le sort des baUilies les lui livrerait. Mais il 
n'eut pas le temps d'accomplir ses projets de vengesace et 
de baiae ; la niorl de son père le rappela en Angleterre 
pour poser sur sa tSte ciïtte couronne enviée depuis si 
longtemps, et pour rendre la liberté à bu mère. 

11 laissa à Limoges Oolbilde, sa femme, Qlle dn roi d'A- 
ragon, femme baulaiue, ambitieuse et de mœurs dissolues. 
Celle-d, irritée de se voir souvent l'objet des mllorios des 
bourgeois, tière d'être reine d'Anglelerre, profita pour se 
tenger de l'absence de £ichari!, et appela fi elle des bordes 
^e brigands qui tuèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent, 
B'épargDiint nt les femmes, ui les enfants. Rn vain les 
boargcois cfaerchèrecl-ils à obtenir leur pardon, i'impla- 
lable reine n'écouta rien. Plusieurs maisons de la ville iii- 
.tut pilléi^B et brûlées, ainsi que le monastère de I» Ilègle, 
l'église de Saint-André et plusieurs autres édifices, Bo- 
liidde, en signe de malédiction, ût semer du sel (laqs les 
jiies. Le troisième jour, à la grande joie de tous, elle mou- 
rut subitement, et fut ensevelie sous la voûte du clocber de 
^int-Augustin, devant la grande porte de l'église*. Richard, 
•a sa qualité de roi d'Angleterre et de duc d'Aquitaine, élfiit 
inenti encore plus dangereux pour les barons du Limou- 
BQ : Adémar V pouvait craindre de perdre sa vicomlé. 

Le nouveau maitre visita le pays, accompagna d'Aliénor 
H mire, heureuse de revoir les populations qui a\4>ent 
maudit Henri II, quand il l'aviiit privée de sa liberté. La 
vilille reine et son (ils furent reçus avec de grands hoii- 
uan par les abbayes qu'ils visitèrent, ii Obasinc, h Vigeoie, 
lUzercbe et à Dalon. Ils accordèrent à cette dernière des 



I. Ea (6IS, tcï béuédidiai, ta lèfutat ïihbtje, trouvèraul loua Is Table 
Il iliirtrr aae brge tombe, lur laquelle éUit reprêt«aUa i 
toiaMSDM dB t> roputt, et, 1 l'iaUrisiir, oaa ceiatuM, des bigaei at 
NorMUM d'argent doré. [Areh. de Pau : F. de la vKomii de Limoges) 



À 



i64 HISTOIRE DES VICOMTES 

chartes de protection, plusieurs terres et manses sitato: 
dans les environs de Turennc. Cette abbaye était alors 
plus riche du Limousin : Bernard Rodulphe de la 
sa femme Aicélina et plusieurs membres de leur 
venaient de constituer en sa faveur une rente perpétai 
pour l'entretien d'une lampe qui, chaque nuit« devait et 
allumée dans le cimetière, où reposaient leurs ancètreibi 
Henri de Lastours, Humbert de la Porte, en y prenant ilubit: 
de moine, payèrent leur bienvenue; en présence de l'évèqne. 
de Limoges,^ et de Oeoffroi, archiprètre de Lubersac» ib 
se dessaisirent, en faveur de leurs frères, de la terre de B»- 
denas. L'abbé de Solignac ajouta à ces riches aumônes 
ses terres de l'Écluse, son moulin d'Archefolle, à condi- 
tion que, le jour de la fête de Saint-Ëloi, les moines vien- 
draient lui offrir un saumon, à titre de rente perpétuelle. 
L'abbaye reçut aussi du vicomte Adémar la propriété da- 
tons les arbres dans les forêts de Born, excepté les chènei, 
les hêtres et les châtaigniers *• 

Richard et Philippe-Auguste, oubliant leurs querelles, no 
tardèrent pas à faire la paix, pour porter leur haine et leur 
ambition dans les champs de la Palestine (1190). Compris 
dans ce même traité, les seigneurs d'Aquitaine purent vivre 
quelque temps en paix. Le vicomte de Limoges ne suivit 
point les deux rois à la croisade, mais, parmi ses pairs de J 
fiefs, prirent part à cette croisade, Raymond II, vicomte de j 
Turenne^; Archambaud VI, vicomte de Combom; Élie de »| 
Cosnac, qui, manquant de ressources, emprunta à Saint- 
Jean-d'Acre, d'un marchand génois, vingt marcs d'argent 

i. Carlulaire de D.ilon, nji, Baluzium (Mi^cellnn,), — Arch. de Ptu : 
F» de ia vicomié de Lii/iogrs, 

2. Raymoud mourut nu «iéfre de Saint-Jcau-d'Acre. Il avait ^pouaé ÉIÎM 
de Ca«t«luoau, de laquelio il vut deux eufanU. itayniund III, qui lui »uccéJa, 
el uue aile mariée à liélio, V, comte de Périgurd/tJuMtel : tes Mcomtes dt 
Tureime.) 



i 



HT Dg LA VICOHTÉ DE LIMOGES. iK 

I ^nRli« d'Ëtie de Noailles ; Bertrand de Cognac, qui 

ntioQ d« cent lirres tournois prGlées aussi par un mar- 

I de (M!ncs k iean de Chaunac (mai 1192). Les deux 

les partinnt la mf^me année ponr la croisade. Le 

gleicrre par son courage et sa témérité y trouva 

gloire qne le roi de France, plus occupé de ses in- 

I politiques sur le continent que de la délivrance des 

a. Mais à son retour, le Cœur-de-Lion trouva aussi 

1 nir sa roule, pendant que son rival usurpait ses 



f l'Angleterre eut donné sa large part ponr la 

captif, la vieille Aliéoor vint en Aquitaine de- 

r de rjri;cnt à ses sujets, pour parfaire la somme. 

t h Limoges, visitant les abbayes. Les religieux ne 

1 r^ïsisler & ses prières ; ils livrèrent leur argent. 

\ de Saint-Martial donna pour la ran{;on du prince 

tate marcs d'ai^ent donl le peuple fournit la moitié. 

lUvilè n'avait rien enlevé au Cœur-de-Uon de sa flerlé 

courage : aussitôt qu'il eut repris l'administration 

I, il parla en maître à ses barons qui ne l'avaient 

D Palestine, et à qui U avait vainement fait appel 

r la rançon '. H \int dans le Limousin, visita les 

tt, capta la hienveitl&Dce des religieux en attribuant 

tnoet h l'intercession de saint Léonard. En témoi- 

I d« reconnaissance, il releva les murailles de l'abbaye 

MDi et j Dl aussi construire une église'. Le vaio- 

Or, qn'ili Ib ttdteat hiea, mn homiiMa. ta^^ buoiia, 
AoCUii d PoiUtiiis. tl Ngruuudn el GttiMm, 
Ja a'*l juniUt Miutu û pauvrti ciinptK'iitiiit 
Qmi'tf^ iiiAutiif p«uF UuuwD ta pribui : 
J« sa du pu oeci |i*c forate àa naon, 

LiUl.tuljjiao : ColircL dm TnubiuJ-)an:i 
n piumit M fU ttM UMIe, eu- cils mt «d ranirndwlian 

■t do ntaatcdt il« l'Artign -p'ïD 1370, U raiulr* (ombt 



i^«»e»?F f^Ierifti PW ftyeç ServeMf fs^r le 0«be#|| 4'|tr 

tîep^e, «^spea4it eq ^oipipage à la vp4|e jd^ la (yis^quefi { 

riche »rfla«f« d/B cpioij^é, pu, jor ^ ch^^p d'éoiffrai^, ^Ijgr ^ 

cel)^^ ^tq\x 4>rg6f»t^ U combla le cq^ym^ d'bo^aieQfi f 

et dt largesse^, e^ igt^fi leç l^t^et p^DteS| eifoées d|ç ^911 ') 

ac^l rçyM» 9^ tvrept insprjU les imofeiisiBs privilèges §Bfl^ i 

il r#pricbij, on }i^|t Bn fpMt^s {ji^rps, f qu'il receirjdl ffm ^ 

sa psotffçtJOQ W^cfî^e «^ f^iep pjj^r* ^^ Jri^çhers »ii)^ Iff j 

boos-hommes de Orandmont (1195). » 1 

Lf§ frôreii (de Sftfnt-jÈtl/ipftjB de Muf^t touc}iaient ^^ %B)e i 

de lei^p PjSr^ode a^ce^dapjle. De U>nU^ les parties du mpodji : 

ça(^oliqujB leur vepai^l de riches pQrapd^s. Amaury &, ni -j 

de Jénualeip, leur ^yj^^ fail dou d'pue vraie Cjroix repfefh ^ 

ipée d^DS upe pt^/U^s /if 'or orqée 4e diaipapts, et rem^rqi^* ; 

ble par )a merveilleuse f^légançe du tr^v^l ^ Louis V9 i^ , 

Fvfif^fl lejj^r fuyait pc^pyé a rinsigpe maison di^ jtiois dp Vj^r 1 
c^ane^r » ^icl^rd \^ e;ipempta 9J^^si 4P toi^s drQi^ envep 

^jcp^rpoxiey leur p/srm|t d'achetep fies terres dai^s son dOf - 
ché 4p No)rm^p(|ie, et le^^ do^pa de fortes sommes poiir 
rel^tir leur ippi^a^t^re, et pour le couvrir, ainsi qpe Y^ 
glfsc, 4^ lames de plomb ^. Les chanoines de Saint-Étieni^ 
de Limoges durent aussi à sa mpi^iûcence )a constructiou 

sur le clocher de Téglise de Saiat-Lépaarjd et le détruisit en partie. (Chron, 
ms8» de Limoges.) 

1. Cette armure fut respecté^ par le prinpe de Galle», lors du pillage àà 
rabbaye; mais elle disparut dans le sac que lui fit éprouver le comte (te 
Saint-Gcrmain-Beaupré en 1600. {Hist. de Grandmont, par l'abbé Nadandi 
grand in-i», parch.) Ce manuscrit, que je consultai en 4844, se troufiit 
alors dans la riche collection du séminaire de Limoges. 

2. Klle contenait une relique de la vraie croix, et fiit apportée à Grand* 
mont par Bernard, évéque de Lydda. Cette relique est encore conservée à 
la cathédrale de Limoges. (L'abbé Texibr : Inscriptions du Limousin^ 
p. 150.) 

3. Ces coocessioas et privilèges sont souvent mentionnés dans di\er« 
tiires cooftinréi dans Us ArchiTM de Pau : mais les 4ocumMit8 primitiA T 
IMIW|M4Pt* 



ET D£ 14 YJPPV^ OE I4AWP^- 

pga^ pipçber dç Içqf église ^ h^ clergé, dépouillé pap 

priQces DpnjaaQds, JiapoiJiiS jçouy^ot par leii grande yjsr 
U, rptrpMTiiil ainsi son injluence et .sa fprlttBe, M^is, eu 
fg4?i^^ 1^ retour du a diable décb^tn^» i> le^ barçn;} d^ 
pgord, d^ rAogoupQois et du yaiouçin, dOjçi}w3 tpcpre 
H^epiiseils de Bertrand de ^om, avaiept r^evé leurs ban? 
Iffi; Ipurs forteresses et leurs cbâ|eaux, pris par l^qr 
mcmi dans la dernière guerr/e, ^'élaijSQt encore puvert§ ^ 
un bomipes (d'armes. La garnison 4e celu^ (}'Ayen, gar 
yrdce du vicoipte de Limoges, ravageait les terrei^ 4^ 
ÎBCt anglais. Âdépiar V et le comte d'Angou)j^me avisent 
à les premiers A l'Atlaqge; jnaitres .de plu3ie^rs ppsilioppi 
M ils venaient de chasser les ga^niso^s epnemi|3s, ^1^ v^pr 
RÇaient d'envahir le Poitou. Presque sur toi^ les ppin^, 
i pnoce du midi prolestait contre une suzeraineté ^tr^ 
ht. I#es grands vassaux bravaient si ouv^rf^ipent }a 
BÎss^Dce des Piantagenets, qu'avant la paix de GisprSi 1^ 
unie d'AngQulême et le vicomte de U)?ioges» renonçaiit 

toat booimage envers Richard, s'étaient donnés au rpf fif^ 
nocfi* 

Op lit dans le traité à ce sujet : — « Hoi, Adémar, vi- 
yff^ dfi Limoges, fais connaître à tous ceux qui verrop^ 
U écrit, que j'ai fait les accords et conventions qui sui- 
îDl avec mon seigneur Philippe, illustre roi des Français, 
arce qu'à cause des injures que Richard, roi d'Angleterre, 
l'a faîtes, et à mon frère Adémar, comte d'Angoulême, ce 
emier alla de ma part trouver le roi de France, et je fis 
rte lui la confédération suivante : savoir, que je l'aiderais 
iQJoorS| scion mon pouvoir, comme mon seigneur, et que 



|. On rapporU giaéralemeot la coD^lrucUon du clocher de Saint-Éliennc 
l'êu 1191, par r^v^^ue Sébrand Chabot. U étAÎt auUefoift très-életé, el 
I, CB Wt^iy Jlbà^^ pu U foodrt «Q ii83, •eut TépiMopai do Jean Bâr.« 



taSTOlRE DES VICOM+K 
jamais je ne me retirerais de son hoinmage que par s 
dres ; que, s'il me soumet à quelque aulre, il me garaol 
par ses lettres, qu'on me laissera en paii, de manière 4 
si 00 y manque, il m'aidera contre ce nouveau suzeii 
que, si celui-ci voulait agir contre le roi Philippe, je I 
opposerais de tout mon pouvoir, donnant de bonne foi | 
et secours à mon dit seigneur le roi Philippe. Fait à S 
Yrieix, au mois d'avril 1199'. n 

Ces conventions, contraires au dernier Irailé de pai^l 
entre les deux rois, ne furent pas connues de Richl 
et demeurèrent secrètes entre les parties contracl 
Philippe-Auguste rattachait exclusivement à sa courfl 
l'hommage du vicomte, et Adêmar, dans l'éventualiU 
nonvelles attaques de la part du roi d'Angleterre, 
rait le droit d'invoquer l'intervention du roi de Fra 
Celte politique d'avenir, oîi nous trouvons la rusa 
Charles-Quint, comme dans Richard le courage cbei 
resque de François 1". est conforme à celle que pratil 
toujours Philippe-Auguste dans ses rapports avec le K 
Si le Plantagenct eût connu ce traité, il en eût fait i 
doute une cause de guerre immédiate contre le rrif 
France, et contre son vassal, qui cherchait à se soustll 
à sa suzeraineté *. Maïs ces conventions n'eurent pas a 
un commencement d'exécution pendant la vie de Rictaî 

Ce prince qui, après les dernières eonditions régléesil 



1. Let «ulenri de \'Art de vérifier Ut data, qai ool enprusU \tm 
de ca traitd iD P. Banaventure de Siint-AmaUe, ont douU do s 
Ucité en rappruchaot la dale de celle de I& morl de Bicfaard. SeloD d 
p. BaiiaTeolure durail coaierrâ la date 1199 (i. ot.) el plut tard U il 
(n. »l.) pour la morl de Richerd. k\aû la premi^ra date doit *lre 
la secoude 1199. 

î. LeB mimes auteun odI encore douté de l'iiuthïalicilé de res aux 
lionn, par la raison que le roi de France ne lecourul pai le Ticomle de 
mag«i dan« la guerre que lui fit Richard. Philippe- Aufiute était a 
htbile pour attsndra une meilleure occuion. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. It» 

aîIîppe-Auguste, ne craignait plus pour ses provinces da 
larmaudie, et Hait aussi sans inquiétude pour celles do 
Ouest, par wiite de la cession qui avait élé railedescbAteaox 
le PejrriUe et de Coocorës, sur les limites du Querci el da 
inonsiD, s« mil aussitdl eu campagne, pour prendre po»- 
■noo d« <X8 forteresses. Comptant sur la neutralité de 
bynoDd UI, vicomlc de Turenne, qui, par une condition 
fiéciate, s'était reconnu le vassal de sa couroime et de celle 
leFka&oc ', il se donna par la force des armes l'investiture 
ka deux châteaux en les assiégeant et en marchant sur les 
i de Fortuné de Gourdon et de ses deux fils, qui 
[ vodIu les défendre. Il parcourut ensuite le Limoa-^ 
lai les petites garnisons qu'il avait installées daan| 
■ places fortes, caressant les petits feudataires qu'il] 
ktlr« les ennemis du vicomte de Limoges, feignant! 
e préoccuper eo rtec de la lutte, qui avait lieuJ 
; épfxiae, entre le comte de la Marche, son alliéj| 
L «l Adémor V de Limoges. Mais le vicomte qui v< 
i birc prisonnier Audier, sénéchal de la Marche, ci,| 

i payer sa rançon vingt mille sous, se monlrant>| 

|ir de ce» avantages, il tourna contre lui toute sa co- 

iTappdant par dérision a lu vicomte de Ségur, qui aeX 

nte de Limoges K * Alors il menaça avec ses rou- 

I places de Nonlroa, d'.\uiheforl, de Salaiguac, de 

Livrade el de Puy-Aigu. Apre» avoir pris ce dernier 

1 fort, dont il Bt démolir une partie du haut donjon, 

-oir ruiné d'autres dans le Périgord et dans le U- 

I, il parut Vouloir pour quelque temps vivre eo paix. 

il éuil-il effrayé des dispositions des barou 

tentent autorisés par Philippe-Auguste, meoa-jl 



MMH Tunxila l«iwbil de ngv Ftuiooruai i<l quuil ibb«t, ■ 

4 •kbeU ■ {Jiwlcl : TraU4 de IIH.) 

maau do Scèur, w b l<j tommou da LemoHM. ■ 



210 HISTOIRE M» VICOMTES 

çaient «de le rendre courtois^ 8*il venait les attaquer M 
Eri vain Bertrand do Born, mécontent de sa politique 
teleuse^ cherchaitril par ses railleries à entrafaer le roi 
France à une nouvelle guerre ; celui-ci ne 8*engageri( 
rien *. 

Un nouveau prétexte de satisfaire son ambition H 
haine s*ofTrit bientôt à Richard. On vint lui dire que le 
comte de Limoges avait trouvé dans les souterrains de 
château de Chftlus un immense trésor, selon les iras 
statue d'or de Lucius Capréolus, ancien proconsul 
en Aquitaine, selon d'autres une table d'or, autour de 
qtielle était placée toute la famille du riche patricien^ 
Aussitôt, en sa qualité de duc d'Aquitaine, et selon h 
féodale, qui obligeait le vassal à remettre & son sui< 
tout trésor trouvé sur ses terres, 11 réclama celui-ci^ Sur 
refus d'Adémar, il vint assiéger le château de Ghâlus. 
vicomte, effrayé de ses menaces, offrit la moitié du ti 
mais Richard n'était pas habitué à traiter ainsi de pi 
avec ses vassaux, il préférait les chances de la gu( 
D'ailleurs la citadelle lui paraissait peu redoutable, car el 
n'était défendue que par trente-huit hommes d'armes qu|p 
à son approche, offrirent vainement de se rendre, à condM 
tion qu'on leur laisserait la vie et la liberté. Cependant U 
tours étfiient élevées, et les murailles épaisses; aussi 
pressait-il pas Tattaque, se contentant d'observer la plai 
tout en menant joyeuse vie au milieu de ses barons pal 

i. « ... Quel crat vcngutz tmp Iiraus el tmp orgoillo% et qui illet 
songral, lo fariari fraiii' c mrWA i> huinil, o (|ui' ill lo castiarian guerrÊiaik 
{Vie de Hfrtniufl <fe H'*rn ; Raynouard : Voitert, des Tfuuhndours, l 
p. 96.) 

2. « AniMiiaiii prr rr qu'i.-n Herlr.iiis do liorn disiiOA en cob]a«, ni eu 
vente:! 1*1 Hey l'clin, ni prr reconlaiiien île t«irt. ni d'auniiucn que ill ftÉ 
diti uî fsitz, iM vitU. Kiierriar li» \U'\ Hiohart. » {Ihid.) 

3. Seliin liiKoril, Vtr de PUiUppe-Augiute^ co rhàleau «'Appelait 004 
trum Lucii CapreolU qu'où a traduit en fronçait par ChaitUhVhabrok* 



ET DE LA IriGÔBffB §â LËItiGES. tti 

ihes ccBlears; coûiffle pour qd jour dé f!&té, dii poui' 
tionneur aux orgies auxquelles le mattre lefs Conviait 
iL Les assiégeants ëampaient hors de la portée du 
kirsqo'an jour, Ricliard faisant le tour de la pîaéà, 
reconnaître l'end roil où il pourrait doànei' Tàssàdt^ 
balélHer, nommé Bertrand de Oodrdon, Itri décocitè 
Mehe qui k blessé mertellement à Tépànlè. On lé 
dans sa tente ; èfh!mé de colère, rendu flirleuz paf 
ttleor, H ordonne d*assaiUîr h tour, de peildre là 
ion, excepté celai qui lui a lancé le trait. Ses oi'di^es 
promptemeùt eiécutés, et Ton conduit dèrUtit lui 
lief&Her. — ' « Que) ma! t'iti-je fait, lui dit-il, pour 
ainsi reiigé? — Tu as fait mourir mon père et iile^ 
fMres; tu as voulu me tuer moi-même. Fais dé 
« que tu roudras ; je ne tiens plus à la vie, puisque 
engé për ta mort celle de mon père et de mes deux 
t^ B Richard, admirant son courage, lui fit donner 
kmÈ d'àr^nt, et ordonna qtt'on lé laissât libre. Mais 
ioe eut-il rendu le dernier soupir, que Mercadée, 
des Brabançons qui l'accompagnaient, fait pendre 
roison, écorcher vif le noble chevalier, dont le cada- 
ùt attaché à un gibet sur les remparts de la place, 
iDt que les soldats chantaient la gloire du Cœur-de- 
« Le dard de Limoges avait lùé le lloil d'Angle- 
^. » (i7 juin 1199, ou 6 avril, selon d'autrlîs.) Le 
;maio le cortège funèbre se dirigea vers Limoges, pôr- 
e corps de celui qui fut la terreur des musulmans ^ 
lacable ennemi des barons d'Aquitaine, qui avait légué 



r. mts. de Limoges. 

«d«froi. moine de Cologne, dii qu'au moment où Richard expirait, tm 

iflfuttement chaM^ p«r hri de «on siège, se trouvant à Rome, TÎt 

' Hjr l'autel un danl, portant dftte inscription : « Le dard de Limogcd 

• boa d'Aogtoterr«. » {Cftrén. rie Vigcoi^; Chroà, dé QrwiémofU; 

Kmghtam,) 



HffiTOIHE DBS VICOMTES 
son CŒur à KoueD, et ses entrailles à Poîliers, coEomei 
une ville maudite'. 

Le vicomte de Limoges, délivré de son plus cruel ea- 
nemi, n'eut pas le temps d'en profiter pour reprendre ce 
qu'il avait perdu ; il était déjà vieux et usé par les fatigues 
de ses longues luttes coulre ses voisins ou contre l'étraD- 
ger. Il mourut lu même aunée, après s'être engagé à soute- 
nir le roi de France contre Jean-sans- Terre , roi d'Angle- 
terre. A ses derniers moments, il appela à lui toutes les 
consolations de la religion, et vit réunis autour de luises 
nombreux enfants, Gui l'uiné, ûuillaume-le-Pèlerin, Mar- 
guerite, déjà mariée au vicomte de Ruchechouarl *, Aquilie 
à Guillaume de Gourdon, Uumberge à GeofTroi de Losi- 
gnan, et Marie qui venait d'épouser Ebles V, vicomte de 
VenUdour; illustres alliances qui promettaient i la famille 
un grand crédit dans le monde féodal. Sara, mère de ca 



h 



1. On I peul-£tre trop poélUé la morl de Richard; U tradiliou i y 
trop mêlée à U légende. Vuici uu document qui ritcnnta plus simplemi:uL. 
ce nous lemble, avec plus de vérilé, cet événement : a Riourdii», rei Au^»>- 
rum (brlisBÎmufi, ictu Bagitt^ lu bumern percutsuf e£t, quaia obiieditKl lu- 
rim quamdun in quodam caetro pai^i LcmoviceneiB, qiiod appel Inlu r Clulu)- 
Cbabrol, nb sUtaaa aureas Lucii Capreoli, quB ibi repcrtc sunt. In ipn. lurti 
crant duo milites cum aliis 3& y\m et mulieriliuB, unui ei mililibut Peln» 
Bru, aller Pelrus Basilïl, de quo djcîtur quod siglUam cum balisls Inclidl 
emiserit, qua percnsiui rei infra duodecimum diem viUun Quirit, tidEikel 
Teria tertia, uite diem dominieam Patmarum, 8 idui aprilit. |irima bm 
iLoclia. tpse enim dum eiplararet, prsceperat suis ut nbsldereut ctitelliin 
Ticecomitia qund appellalur Nantron, et quoddun atiud mancipium qM<l 
vocalur MonUifut (Pié{{ut 7], quod et fecerant. Sed morte régis audiU «»- 
Tusl receuerunt. Proposuerat aiitem ipw rei in corde siio omnia caâlelli «i 
manelpia dîcli vioeanmitlB deetruere, la vigilia 8. Johannîi-Bapliit*, iff* 
anne lepultua est roi pnedielus, cum pâtre sno, iu mouaalerio Fnntiï-EtinMi' 
mulli« lietanlibui, afii dolenlibuE. (D. Etjennot, ex fragm. Hàl. Aif- 
tan. t. Il, p. GO. — Apud mti. du téminaire de Limoges, Ex chrort. Aën. 
/ lerii.) Selon d'autres traditions, les irois cbevaliere, qui dérendaJeoi !• 
place da Chilus, étaient le sire de Rochechouirl, Ajmerii: Vi, le lirr i^ 
Maynac et lo sire de Sainl-Léonani. Aymeric ^'l de Hochecbouart an"' 
épousé LucB de Pérusie. (Mta. de .Nadaud.) 

2. Après la morl de celui-ci, elle lui mariée à Doion de GrigDols, e1 1> 
troJsiiniM noc» au Gla d'Audebert U, comle da Pérignrd. 




ET DE Là yiCaUT& D!t,UHeaBS. 3T:t 

Dts, lui sarvécut quelques années; et'fgl enterrée à 
t-Trieû (1216) dans l'églUa qu'il avail,EùtbUiri. 
trtnod de Borni ainsj qne les chefs d^ soD,pikrli, ives- 
ircatde joie k U mort de leur eDucçaî^oiusil n'eut pas 
)iibeur de voir la si^te des sanglant! dÉiQ^lés de l'Aqui- 
1 contre ces rois normands qu'il aïail tant bals, el 
n lesquels il avait si souvent appelé les barons à la 
Ite. Fatigué d'une longue vie de combats et d'amour, 
J avait épuisé sa jeunesse et son âge mûr, il alla de- 
,der le calme des derniers jours k la religion et à la 
.tcoce, dans le cloître de l'abbaye de Dalon, à laquelle 

d'i m portantes donations, comme réparations d es pertes 
es ÎDJures qu'il lui avait fait éproaver dans les dernières 
Tes. Ld chatte, par laquelle il consacrait ces aumftues, 
nlennellement déposée par lui sur l'auiel (t30U) *. Il ue 
a pas & ; mourir revClu de X^^^ît (îes moines de Cl- 
I, léguant à la postérité un nom illustré par le courage 
ar la poésie, et presque aussi oublié de son pay:^ que 
>mbe c?t ignorée sous les décombres du cloître^. Plu- 
rs ùe ses amis et de ses compagnons d'armes cherchè- 

aussi la solitude et la pénitence dans d'aulres abbaye> 
Jmuusin. Goullïer de Laslours, un des plus remarqua- 
. mourut dans celle de Vigeois, l'année même où le 
ur (jeoUroi achevait la première parlie de sa chroni- 
, Ses funérailles fuient dignes de sa vie militaire : tout 
lergé du pays vint à Vigeois y assister, et de là le cor- 
, conduit pai- les abbés deOalon et d'iîzercbe, el par 



Chrou. de Stint-Hwlia ie Limoicei. 

Cette flurte fui fkile d>n» 1« chapitre ds Dalog, «a priienM de Jeta II. 

M «bli^. {Oaa. CÂrisl. : Ecebrt. L'moviefni., p. 6!I.) 

Il ne fut puint euterré daui le ïlollra de Cadoiiin, commr on l't cru 

•.axfi. Le (omtieau tfoUiique el li italue en pierre qu'on j \uil. oe lui 

tiaunent poial, eonme l't prouT« H. l'ibM Andiania dut m r»tic< 

itt* abbaja. 

1. ■* 




m msToms DB8 viGoims 

son oncle Archambaud, déposa son corps dans le cloltit 
d*Arnac à côté de ses ancAtres^ Un seul tronbadoor da 
Limousin, qui en comptait plosieurs à cette époqae, paja 
à Richard d'Angleterre son tribut de reconnaissance et de 
regrets ; ce ftit Oaucelme Faydit, né à UxerchCi qui com- , 
posa de beaux vers en son honneur, mais qui, au lien de 
célébrer ses verlus guerrières, ne chanta gaère que 
maltresses c fleurs de courtoisie*. » 



1. Arch. de Pau : F. de la vicùmié de Limoget. 

S. Gftucelme Faydit diuipa de bonne heure eon ptUinukiM. Oasod H n'Mi 
plut qu'une maiion à Uzerche, il se fit jongleur, courut let aTenturee et Ui 
fettini,et prit pour compagne de sa joyeuse vie 6tteIhma4a-Rèlîgiou8e, ftoM 
d'tiprtt, mais, comme lui, de mœurs dissduee. 11 vint souTeni ehanter dm 
les manoirs du oays la beauté des châtelaines de Ventadour, de Malemort» 
d'Anbusson et ae Gimel. [Mss, de la Bibliothèque tiationaie, n* 276! •) Il * 
mourut en 1220. Il eut pour collaborateur Hugues de la Bachelerie, né 
aussi à Uzerche, comme il le dit : « Si fo de Lemosi del bore de Usarchs 
delà ou fo Gaucelm Faydit... » On a de lui des vers dont les rimes masnr 
Unes et féminines sont mélangées. (Haynouard : [CoUect des Trwibaâomrt,) 



it£^' 



i:r l)K LA VICrtMTÉ de LUIOliKS. 



CDAPITRE X 

«m V. flCOMTS t»E UMOGGS 

pwr Fhilippt"Aui;u--le conire Jo»ti-auu-Tsrre. — Lm 

r.i . ' ir^ niurailtoa, aidéi Je It fkmille 

— ' it-iisrlialdecoBCourir M) fraii; 

1 le ptili de réréqu : Twlenee 

, ..iltial 11 riUe; II9 h placent aous 

<; lijt prUaiuiï«r pv Jttii*uiiS' 

1 liiu^c», — A]rni*riu VII de Bochechouarti 

- Les couauli réublineat ti commune; tea 

. — ijnl V tïmli ea liberté. — Nota nr le 

'.'lue- ■;{ Is iiDomto pounuifcnt le* merve- 

II cbilesu de Pomptdour. 

ntioa de l'ÊgliM. — Jeui- 

. lAv et tes ricbenes utistiquei. 

' • (diiiuta do Liioo^i. — DJdi- 

,l''-ui ilo VeyrBc. — Priie 4a la Mur d' Ai le 

■ur Jc»o da Veïtsc. — PtiUipjie-Auguile 

. ■ , — Louis VIII ' à Limoges, — Bdymoiid 

.1:^1, el M» r«r<n)n. — Gui V et LvuisVlll 

i>[it V, l'Egluc cl les baram iléTonéi h Lnuls IX. 

1 Duioiuiijne \ lâminga. — Saint AntoiiiQ de Pa- 



Mort d» Gui V : H* «oTuild. 



tttt Riclianl scPablaît [ironietlre la paix aux pro- 
Midi : le nouveau roi il'Aaglelerri; D'élait ni assez 

ai assez Iiubilâ [)olilique, pour ioquiéler les 

i ceux-ci Q'6Uiient que jilus hardis dans 

n de leur liaine coolre la l'amillu au^lu-nor- 

ue <l«vail qu'ù une remme la suzeraineté de ses 

cootiauot. J'tiilippe-Augiisle sut lirer parti de 
Itîofu pour Taire prédonituer aou autorit^J. Oui V, 

d'Atdéioar V data la viccraté de Mnioges, qui 
ptia pari aux guerres précédentes, désireux de 
'ce qn'tvait perdu soo père dans les derniers 



Î76 HISTOIRE DES VICOMTES 

temps, se déclara aussitôt rennemi de Jeaii-«an9-Tem, 
prenant le parti d'Artur de Bretagne, dont les pré 
au trône troublaient Tambition du lâche successeor 
Cœur-de-Lion. Oubliant que Philippe n'avait pas voulu 
vegarder l'héritage de ses ancêtres, en venant au secoun 
son père, il n'obéit pas moins à ses excitations, comme 
autres pairs de flefs. C'est que Bertrand de Bom n'était 
là pour rappeler à ses amis qu'ils ne devaient com! 
que pour la nationalité et l'indépendance do l'Aqni 

Les habitants de Limoges songèrent aussi à se pré 
contre de nouvelles attaques, en réparant leurs maisons 
cendiées en partie, leurs murailles détniites dans les I 
précédentes. Une famille illustre de bourgeois enrichis 
le commerce, vouée depuis longtemps aux intérêts de 
cité, présida et concourut de sa fortune à la recons 
de tout un quartier, où elle résidait le plus souvent 
Baxlagiers, ainsi se nommaient les membres de cette II 
mille, firent transporter les décombres des maisons qoV|| 
ne pouvait réparer, et qu'on devait remplacer par d'autid 
le long des remparts, placés enUe une tour qui portait lei 
nom, et une autre appelée Pissevache. Mais la pression é 
ces matériaux ayant fait écrouler deux cents coudées dal 
muraille, la brèche pouvant f'uurnii' un passage aux Brahfl 
Qons qui parcouraient encore les environs, et menaçaMi 
quelquefois la ville, les habitants craignant une atta|l 
de ce côté, résolurent de reconstruire ces remparts (ilOil 
Ils convinrent, de concert avec les consuls, que chadÉj 
payerait pour ces travaux un sou par livre do son revoÉI 
et prièrent Hugues de la Brosse, abbé de Saint-Martial|l 
fournir sa part de cet impôt *. * 

Le grand dignitaire de l'Itlglise, dont l'autorité était 



1. Hu(nie« il de U Broue avait luccéilé on llMà liambert Eicohiîl 
(Btliue : Mùceiian., 1. vi, p. 52'i.) 



ET DE LA VICOUTË DE LIMOGES. 371 

Teraine dans cette partie de fa ville, s'y refusa, quoiqu'il 
eût les mêmes iuléréts que les bourgeois à ta défense coin- 
mone. Aussitôt, les habitaDts indignés, excités par les con- 
sab, pénétrèrent dans l'abbaye, raaiirailèrent les religieux, 
rcDTersèrent les murailles de leur enceinte, arrachèrent les 
arbres, et piltëreut tout ce qui tomba sous leurs mains. Les 
religieux, obligés de quitter leurs cellules, allèrent cher- 
cher un refuge dans l'église du Saint-Sépulcre, y resièrent 
pendant dix mois, disant la messe à chaque heure du Jour 
el de la nuit, mais à voix basse, à cause de l'interdît que 
l'éTëque Jean de Veyrac avait prononcé contre les consuls 
et leurs adhérents, tandis que dans le reste de la ville les 
prttrea séculiers témoignaient de leur attachement à la 
boargeotsie, en faisant publiquement leurs cérémonies. Les 
religieas des abbayes, n'ayant pas à leur disposition la 
force matérielle pour imposer aux bourgeois révoltés, cher- 
chaient à les effrayer, et à attirer te peuple k eux, en attri- 
buant à la colère de Dieu les malhcui's du temps, tels que 
la famine qui sévissait dans la ville, et la chute de ceat 
coudées de murailles tombées à l'endroit même oh les pré* 
très de Saint-Pierre et de Saint-Michel avaient fait quelques 
jours auparavant une station en conduisant une procession 
i travers la ville'. 

Gui V crut trouver dans cet état de choses l'occasion de 
reconquérir les anciens privilèges de sa famille, usurpés 
ïossi bien par l'Église que par les bourgeois. 11 feignit donc 
lie prendre le parti de l'évSque; à la tète des hommss 
'larmes, qu'il avait réunis d'abord pour soutenir Artur de 
Bretagne contre Jean-sans- Terre, il entra dans la ville par 
la brèche du rempart, s'empara des poiles et des tours, et 
fit prisonniers les principaux bourgeois qu'il envoya dans 

^pi, C/iron. Voneni., ap. Lahbmm, l. XII. 



m msvoiRe dks' yicomhs 

les jfirisons des châteaux d'Aize, de Nontron, de Ségnr et 
d'Ezcideuil. Pour maintenir les autres, il rétablit ses figuiers 
dans la ville, avec mission d'y rendre la justice, de lever des 
tailles sur les ouvriers établis et sur les marchands, le Si- 
medi de chaque semaine. Bientôt sa tyrannie ne connut ptas * 
de bornes; ses hommes d'armes s'emparaient des mar- 
chandises sans en payer le prix : la misère s'accrut en pro- 
portion de la terreur qu'ils inspiraient. Quiconque résistait i 
était emprisonné dans la tour de Saint-Martin, appelée Mir ' 
rebœuf ^ attenante à la demeure du vicomte, et là attaché à-' 
un instrument de torture, nommé la dromo ^ 

Les riches habitants de la ville, bourgeois et marchands, 
se réfugiaient dans les campagnes, dans les villes voisines, 
ou dans les châteaux, où ils imploraient la protection des 
seigneurs en se Taisant leurs hommes. Limoges était ainsi 
menacé de perdre son industrie et son commerce par la 
fuite de ceux qui en étaient les principaux agents. Enfin, 
pour combattre plus efficacement les excès de violence do -] 
vicomte, les habitants se placèrent sous la protection de ^ 
l'évoque, comme ils l'avaient souvent fait dans les siècles 
passés, alors que l'Église était le refuge suprême des persé- 
cutés. Celui-ci, après leur avoir durement reproché* leurs 
propres violences, que pour cela la main de Dieu les cbâ* v 
tiait, leur conseilla de s*cn rapporter à la décision de l'ar- 
chidiacre de Saint- Etienne, qui déclara l'abbé et les reli- 
gieux de Saint-Martial exempts de tous frais pour la répa«ii 
ration des remparts de la ville, moyennant une annuelle 
de dix livres sur le Mas-Saiute-Valérie, et condamna les 
bourgeois à payer à ceux-ci treize cent vingt sous d'amende, 
& leur restituer leurs chevaux, leurs harnais et leurs atte* 
lages. Toutes ces conditions acceptées, révoque leva l'in-* 

1. La demenrA du vicomtp, doiil cctto tour faÏMit itartie, était •iiué« prêt 
et l'égliie de Saiot-MicheUdot^Lioni. 



ET DR LA \'ICOJITË DE LUIOGES. Ï79 

} il oe fbt pns aussi Tacile d'avoir raison du 

iomU, d'obtenir qu'il tratlAt avec moins de cruauté ces 

iurgeuti et ces arlisana ruinés et livrés au désespoir, 

I de Saint-Martial et révCque viareat lui demander 

I liberté des pmonaiers, qu'il ne voulut accorder qu'an 

d'aoe forte rançon. Quelques-uns se rachetèrent; 

entièremeal ruinée, moururent en prison. 

a bourgeoisie avait payé cher sa révolte ; mais, par ses 

ssiom à l'évëque et à l'abbaye, elle espérait pouvoir 

Bpler sur une protection puissante contre de nouvelles 

s àù la part du vicomte. Le jour arriva oh celui-ci 

I /ut plia & craindre. Jean-sans-Teire, instruit àf- ce qui 

nil à Limoges, impatient de se venger de Gui V tou- 

i allMché au parti d'Artur de Bretagne, le surprit à 

, le fit prisonnier, et l'enferma au château de Cht- 

I, apr£s avoir fait périr devant lui plusieurs chevaliers 

■ puii (1302). Le vainqueur, qui cherchait alors à s'at- 

■ jwpuIaliûD» du Midi, mt ensuite à Limoges, s'y 

r La bourgeoisie, en déposant tous les viguiers 

I : il en Qt même périr quelques-uns, mais il 

t dans ses fonctions, pour les exercer en son nom, 

e de Buu, seigneur de Mortemar'. A la place de Hu- 



•au de Mnvnur Fut blli vers la Bu da i< liècle. arec la eoa- 

li 4'AiKlabeit. camlfl de la Manho. par Abbon Drut qui avait àt- 

hâ Îb BtJEac Malrr Robert, rai de France. [Adèmar, Fatmlog., 

\, \. \l.) C* DC f"t qu'au Illi^ alËdt iiue cetln wi^eorie paasa duii 

~~ki it( Rartwh(>uan par la mariage 4'Ajni«ric Vit avec Alii de Mor- 

r, B)k al onique ti^Utre de Gaillaume, chevalier, baioa de Mortemar, 

ml-t^emuui-Iluiiiir^ {120S}. AtJi do Mortemar Ifïta en l!t7 ; elle 

3 lïSS {Areh. de Pau). Alix de Mortemar a étâ le mjel 

k Hfrnilir ()ai k tacoule encan. ■ Un de* nniUtire Ju chlleau de Bi»- 

I, lilitii par ta liaauU, avait con^u pour elle une crimiDelle pai- 

L 4aM bqiwll* •! cborehâ laiaetMnt à l'entralDer. L'n Joar qu'il la trouva 

ata de lui Tajro violeacs. Akira, elTraj^ de i«a menace*, ie iniit- 

k MiJ U rfanluiion de la perdre daiia l'eafiril de «m mari, réunît au- 

^£, toi la nenitaurt d* la famille, el leur racoDie <|u'ij a M w ^f 

t HUiciti au utiu, et n'a pu Cj louatnit* que par la force. 11 cgurl 



280 HISTOIRE DES VICOMTES 

gues de la Brosse, abbé de Saint-Martial, il fit nommer [Mr 
les religieux son confesseur, nommé Alesmias, oa Alei^ 
mius. L'évoque, contraint d'approuTer cette élection, qui 
fut longtemps contestée, et se voyant sans cesse pcrsécati 
pour s^ôtre associé au vicomte Oui V, se réfugia à Romei 
d*où repoussé par le pape, isolé de son diocèse, il alli 
quelque temps après mourir en Palestine, dans un voyage 
qu'il avait entrepris en compagnie de trois moines et dt 
seigneur de Lastonrs ^' 

Soutenus par Jcan-sans-Terre, les bourgeois de Limopi 
furent remis en possession de leurs anciens privilèges; lems 
consuls firent revivre la commune, et chassèrent de la vilk 
la famille des Baxiagiers qui passait pour ôtre dévouée aa 
vicomte, et qui ne fut plus tard admise aux droits de cité 
que par la protection d'Hugues de Lusignan, comte de 11 
Marche, et encore à condition de rétablir à ses frais Ici 
murailles renversées. 

Pendant ce tcmps-L^, la guerre, souvent interrompue par 
des trêves, avait recommencé entre Jean -sans-Terre et Phi* 
lippe-Auguste; les Français, par la prise de Chinon, ve- 
naient i\v rendre À la liberté le vicomte de Limoges, qui 

la dénoncer à stiu mari. Ct^iiii-ci «o l.-iis»e ])(*rsn.-\ilcr, vi, dans son indigottioB, J 
vfîiit la Uif'r; mais cllf priMiii la tuite, r«; cache en atU'udaut que sa colèii 
M raimp. II faut iiu't'llr ]it'i-i''t>e. Le calnmniati'ur lui-même reçoil l'ordre dl 
la jeter en |KUuri> à un luui, ({u*on retenait ronri-rmé dan>i une fb«.<e. Ellef ^ 
e*l pr»^ci|»itée \ivantr. Mais», trois jours apn's, ne |MMivant rési>ter & la dou* ■.' 
leur qu'il ressent, il vifiit savoir si v\h\ vit encore, et y fait de»ceudre 11 > 
:iervitenr in lit le le ({ui la tRmvo pleine de vie. 11 veut vuir par lui-même 01 < 
prodi(^ el nnlonnc qu'on la r<-tin\ ]lui^ b lui'nd ilani^ mh hrtu^, Pt la prit \ 
de lui raconter ce qui s't-vi p.,sA<* drpnis tr(»is jour* dans ce souterrain. EUl ' 
lui raconte que li> lion >'e>t courlit* A fes pieds, lui a léché les maÎDS, el M 
fait ciinnaltru les >iii|i'iu*es tenti^e» sur elle et les désin criminels de MB 
calomniateur. Aymcrir n^ronnalt s^on innocence et fait prt^cipiter dans k 
fosse rinf.lmo que le lion déxore lmi pûu>sant d'.ifTreux rugirBemenU. Pour 
perpétuer ce souvenir du trinniplie de la vertu, il fit pratiquer dans la toor 
même une uichr, aii il lit placer un lion en pierre, ce qui donna à cette t4Mr 
qui existe encore le nom de Tour du Lion, » 
1. Cbron. de Bernard Ythier, ap. Script, rer. Franc. 



ITT OK l-A nCOMTÉ DE LIMOGES. Kl 

t ansn'tdt dans sa capitale, où il retrouva sur le siég« 
«1 Jean de VejTac, réduit dans son impuissance t 
Ides maibears du pays, que ravageaient dans tous lel 
s baades indisciplinées de Jcan-saus-Terre. Ces mer* 
, Déaa de lonle La France méridionale, venaient 
a batin jusqu'aux portes de Limoges. 
*qae et le vicomte firent marcher contre eux tous tes 
«det paroi&!ies qu'ils purent réunir et devant le»> 
[aclqnrs bandes quittèrent le pays, pendant que d'au- 
rprÎKs dan» la petite ville de Saint-Léonard, étaient 
ist délniites. L'évéque entré dans la place ainsi 
!, y reçut, au nom du roi de France, l'hommage des 
i et des habitants, quoique ceux-ci dussent l'oclrni 
s fnochrses conamiinales aux rois d'Angleterre, pen- 
I le vicomte de Limoges, continuant de poui-suivre 
HDQODS, CD faisait périr no grand nombre surpris 
e cblleau de Pompadour. a Ainsi, dit l'auteur des 
-'— liqac» manuscrites de Linaogcs, le sceptre du roi d'An- 
• Te cummençail à se briser; le duché d'Aquitaine ren- 
.;: MB5 la domination de la France, u Le moine qui 
f-nvalt ees chroniques ne se doutait pas qu'il fallait que 
Il fnace Inllât encore pendant deux siècles, avant que 
l'Ao^Icterrr renoncSt à ses prétentions. 

■jui V, qui devait la liberté & Philippe- Auguste, s'en mon- 

tn nrconcuiiisaot en «'attachant de tout son dévouement 

t la politique de son suierain : au lieu de ne songer, comme 

ton père, qu'aux intérêts de l'Aquitaine qui s'était si loog- 

lF3ip« isolée (le ceux de la France, il s'appliqua à chas- 

In Angln-Normands de ces belles |iossessions du 

. i{ue leur avait apportées Aliénor, plulAl qu'ù leur ar- 

ri:r celte riche Normaudie où la race des Plaotagcnels 

lUit ea toa berceau. A partir de cette époque, il assista i 

la lAM de >e> vusanx à toutes les conquêtes de la royauté 



HI8T0IRB DES VIGOirm 

française. La féodalité commençait à comprendie 
déjà, en partie absorbée par le pouvoir royal, elle ne 
vait conserver d'influence, comme corps politique, 
se dévouant au représentant de l'indépendance natloi 
Le vicomte de Limoges eut pour compagnon d'armes 
cette guerre Aymeric VI, vicomte de RochechouarL 

£n vain l'Église chercha-t-elle à arrêter cette lutte desdt 
nations rivales, en conviant encore le peuple à la coi 
de la Terre-Sainte, en réveillant l'enthousiasme religi( 
par des commentaires sur quelques événements que 
foule ne comprenait pas, et que le clergé de Limoges 
buait à l'alTaiblissement des croyances religieuses, coi 
la mort d'un bourgeois de la ville nommé Pierre Vital, 
du pont de Saint-Ëtienne, s'était précipité dans la Vit 
avec ses deux enfants. La mort subite d'un autre, noi 
Dupcyral, au moment d'un rendez-vous criminel avec 
femme mariée, était aussi racontée comme une punil 
du Ciel. Il est bien vrai, la société de ces temps avait 
d'excitation au bien pour ne pas s'écarter des croyani 
qui font toujours la force d'une nation dans le malheurj 
mais on éUit alors peu disposé à courir au loin à des enl 
prises périlleuses, à oublier la fortune de la France sur 
traces des compagnons de Godefroi de Bouillon. Aussi, 
de chevaliers de la vicomte de Limoges consentirent à 
partie de la quatrième croisade, que l'astucieuse Vei 
entraîna sous les murs de Constantinople où l'on oubli 
Jérusalem. Quelques vassaux seulement suivirent Geoffi 
de Lubersac, qui, à son départ, confia l'administration 
ses biens à llaynaud, vicomte d'Aubusson ', et reçut de h 
à son retour, la somme de mille quarante-deux livres toi 



1 - 

i. GcofTroi, i^oifrnriir dn I.uhcrsac, rrAprrg le i^eau de la quittance m| 
ItarebemiD donnée tu ticomto d'AiibusMn, Avait pour armoirieii : un hM^ 
passant^ sur un champ de yueuics ; année iSii. (ii-cA. de Lukerêoc.) * 



i 



i LA VICOMTE i)E LIMOGES. 
iDl «les reveaiis de ses lerres de Lubersac, ( 
■ardoux, de Coodal cl de leurs dépendances'. 
! de Limoges rcsla sur ses terres, s'occupant tiaï 
F Im tDunilles de ses ch&teaux, tombés en ruines 
[ les événements du dernier siècle, ou détruits par , 
e Henri U. La mfiiue année, où mourut à Limogea 
lAndier. ancieu ennemi de son père, et sénéchal de 
it-Tcrre, U forliOa le château d'Aixe, qui devint. 
Jtle plH« de» environs. Les constructions s'éle- 
l' nptdeaient, gr&ce k de nombreux ouvriers appelés 
I cttléi, el surveillés par ie« hommes d'armes 
nte. Celte localité dressa bientôt à une grande 
I doQJr>n couronné de oréneaux et de machj 
, ef prolé^ {ur de l-irges Tossés, C'était comme uib| 
[ que le vicomte Jetait à l'Angleterre, el que l'Angle*] 
ne larda pas à accepter, car Jean-saos-Terre irrîtj 
r.t 'i cillât arec de aouvelles bandes de merceuairea 
;.'.<[nières limites de la vicomte, en s'emparau 
' [ du cbAleaa d'Excideuil [1211). 
Limoges, malgré les ravagea de ta guerre, 
i-<.irc sa puissance morale, h la faveur de bK J 
.it'iitail fA CortunC. Les «umânes rcmplissaieol 
l;i piété des Sdëles concourait à donner à s 
a «^leodenr peu ordinaire. Quand des processioiH 
k pareoumiecit la ville, on étalait aux yeux de 14*9 
i 1m plus magnifl(|ucs ornements presque toujours 
* p«r des artistes du pays * ; U ohàsse de aainl Mar- 

J tjMnl'ar du Limnuiiu, AniM <1e Bail», cil InrliquA dam an 
k dalnîB lin, puai ilcrtni l'oflltiBl 4e LimngH, «nmiOB ijMX 
' •■ - . etpédilioQ couiluile va TciTc-5«inti par Thilûul, 

M ih It «alliMnln Toolilmt qu« In rtllftiaut d« 
■ Sslnt-Mvikl uNtlAsruI i k pracuiion, dcui ireiilro *ui, jwr 
M, «Ikkul !«• prircalr, et. pcmluit U icatchn, Sùat-Muvtl 
m U a«iBt>&ti«init h draita. (C/irtm. dr Bernant TlMer.) 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. SI& 

.' (IS12). Od réformait la Iransactiott faite depuis quel- 

anodes «tec les religieux de SaiuL-Marlial. Les consuls 

pluï les hamblcs protégés de l'évoque; I'abb6 et 

oha]Htre auarèreDl à la commune, à perpétuité, dix 

rwde la mooaaie de Limoges, à prendre chaque année, 

Bi uns droit de suzeraineté, sur le tuas de Saiut-Marlial, 

■ipris de l'église de Sainte-Valérie. A cette condition 

I consuls n'avaient plus rien à réclamer de l'abbaye pour 

DtKtica des murailles de la ville K Ëlus par le peuple, 

ifObMhles de leur gestion, ils jouissaient d'une autorité 

RCraioe, exerçaient le pouvoir législatif et judiciaire, le 

d'établir des imp6ts, d'organiser la force armée, ne 

eeraieat aucun salaire, ne devaient rien vendre à la cum- 

mc, Di accepter aucun présent. 

Le Ticomle de Limoges cbercbait aussi & vivre CD paix 
ne les religieux, en leur donnant, pour satisfaire à quel- 
■1 réclamations, quarante-trois sous de rente il prendre 
ff loa flef de Cbftlus. Quelques grands vassaux se mon* 
■km autwi dé»intéressés : à son retdur de la quatrième 
«ia*de, GeoETroi de Lubersac, et Isabelle de la Garde, sa 
mise, vendirent à l'abbaye pour une somme modique 
• terres qu'il» posséd:iient à Saint-Germain (1313), Hais 
an&e suivauti-, la religion fui appelée à consoler de gran- 
n mi&ércs, survenues k la suite de l'intempérie des sai- 
■■, 4e pinies si abondantes, que les inondations détrui- 
real jusqu'aux toit» de^ maisons placées yirH de la Vienne. 
Jean de Veyrac ri.-le%-a le courage de la foule par 
de cas cérémonies qui, au moyen Age, promettaient 

> mime MiD^, anit pont s«ual* AJsuodre, Jmo <]• 
B<wpM* <!■ Bonnebuuna, Picm il Br4, UiXie Haili.ll, Pi*m 
totm* S'il*». Pi«rrs Moranlii H Jtaii fioli, qtii louuiuucnl tlora 
taaml'abM 4* S*in-U»rMti. ISxIratI d'ua rrgiUrt dt Pfrrr- 
OBI afth. tàt Pau.) 
S. âMb. il* Pta i f. de la ueomti, <* t4f. eonnJairt. 



186 HISTmRB DES VIGKHITRS 

toi^ours un avenir meilleur. Il fit la dédicace de f< 
de Saint-Michel des-Lions, en présence d'un 
clergé, et du vicomte Oui V, dont les hommes d'i 
réunis alors pour résister à do nouvelles tentatives de Jt 
sans* Terre, entouraient le nouveau temple. Le prélat 
sécrateur profita de cette circonstance pour prononcer 
malédictions contre les usuriers, sans doute les 
marchands lombards, vénitiens ou juih, en 
depuis plusieurs années, du commerce de la cit6| 
prêtaient parfois à de gros intérêts aux moines de 
Martial. Les fêtes religieuses se succédaient à' de 
intervalles. L'église commencée dès ii6i en Thonneuc 
sainte Valérie, venait d*être terminée ^ L'évêquo Jean 
Veyrac en fît solennellement la dédicace, à laquelle assit 
rent les seigneurs de la Marche, qui faisaient porter ûi 
leurs bannières les restes de la vierge martyre, conseï 
jusqu'alors dans leur fief de Chambon (1312). On ai 
aussi aux mêmes honneurs les reliques de saint Vai 
l'ermite du mont Bernage, et celles de saint PardouZi^ 
cénobite de Guéret. Le moyen âge élevait des templaa 
ses saints, comme les temps modernes des statues A lei 
grands hommes. La plupart des temples ont été déti 
mais le souvenir des favoris de Dieu vit encore, tai 
que les statues brisées ne laissent presque rien derrij 
elles : élevées trop souvent par les partis politiques,' 
politique les a renversées. 

Cependant Jean-sans-Terre venait de reparaître en 
taine avec un grand nombre de chevaliers d'Anglel 
de Normandie et de Gascogne, pour imposer sa suzeraine 
au Limousin et pour se venger du vicomte et de l'éi 

i. Cette éffliito, bAtic dans le lieu m<^mo où, d'après la iradîtioD, la 
mièro martyre de T Aquitaine fut décapitée, fat douuée vi 1S96 aax 
oolleti. 



À 



ET DE U VICOîHTÊ DE LIHfiGES. 2S7 

Il déclarés pour Pliilippe-Angosle; la loup d'Aixe, 
•eonilr»i(« pnr le TJcomtc de Limoges, fïit la pre- 
«et prise, avec le chMeau, malgré les troupes 
V, ^ jierilît hienlAl d'autres places (1214). Fier 
binnilié son vassal, el pour le réduire à de pins 
miles, it a'achi^miiia vers Limoges, dans le but 
B i l'épreoTo la Tidélité des habitants. Le vicomte, 
était renrermé, voynnl les bourgeois disposés à ou- 
: portes, s'empressa d'en sortir. Toute la colère 
nus-Terre s'exerça contre l'évéque, qui fut dé- 
<lc Ions ses biens. En rain Innocent m écrint an 
Brune lettre pleine de menaces el de reproches, 
Voync, obligé de quitter son siège, partit pour 
âne, et njoorut exilé dans la ville d'Acre en ISIS '. 
mooir contre de nouvelles altaques de Pliilippe- 
, Jwo-sanî-Terre ordonna aux habitants de répa- 
miltos et d'y placer à la bûle des machiues en 
■d, BOD frère, dont le courage et la témérité 
^Itn à ISiise en rase campagne, avait fait abattre 
t» fortiUcationf ; lui. ao contraire, aimait tes pht- 
r, pour y caclier A l'occasion sa lâcheté et sa honte. 
HAogmte ne larda pas à lancer son fils sur le Midi: 
I fwtcafscs en\-nhii-ent les possessions anglaises 
do U Loire et coururent jusqu'il la Vienne. Le roi 
I prit ta fuite devant le jeune Cœur-de-LtoRt 
en son pouvoir plusieurs châteaux qui se rendirent 
bp férir. Le r.iinquear entra dans Limoges sans 
e, cooBrma Im anciens privilèges de la tïHc,' sans 

k tanW t rtvhpio S«brud (Hlàhal. I!! Mit n4 1 Vrrne. iWi il fit 
»ai«'M «ett vaeon dim «Ita huurg*n«. [U*I.EC ; TAr. rtf Saint- 
to.) On tnuiip. lur !■ trmMim <l» rtHii comiavue iii|eli]iici rctU» 
4s Drail, faiwl^ en II Jt par Ibnu)[iha in Nieul, tliM du Dunl. 
■4 ■HitfM en Aire vm Mpcnduii» deRReMU, mii* f«bM Je 



SB8 HI8T0IRB DES VIGOUIBB 

nuire à ceux da vicomte, qui faisait caïue oonunB^ ^i^ 
lui; il combla le clergé de ses muoiflcences, Yéiitf "WLm 
sa piété dans ses stations au tombeau de saint 
objet de vénération pour tous les princes qui vttmia ^^ 
Limoges. De nouvelles fortifications furent coastruitaiij^^ 
ses ordres, pendant que le vicomte, son fidèle alliii ^t^^ 
nissait des troupes, chassait le& Anglais des châtesm f 
la. Porcherie, de Rosiers, de Chalusset et de la ci 
d'Aize, après que cette dernière eut soutenu un ûégs 
neuf semaines (1216). Tout le pays fut bientôt soumis, 
habitants de Limoges étaient loin cependant de méril^ 
les bonnes grâces du prince, car en ouvrant leurs poilp 
à Jean-sans-Terre, ils avaient oublié que, deux ans au| 
ravant (mars 1212), Philippe-Auguste, voulant faire 
leur ville une place de guerre du Nord contre le Midi, Inf 
avait accordé , comme commencement d'exécution 4ft 
traité fait à Saint-Yrieix avec le vicomte, des lettres fir 
tentes, par lesquelles il les prenait sous sa protection et i|^ 
sauvegarde ^ Il avait aussi promis à la bourgeoisie de ly 
jamais livrer la ville à l'étranger. Lpujp VIII conûrjcna ifiHif 
ces engagements par de nouvelles lettres patente!, poli- 
tique habile qui, en favorisant l'éléinent démocratique \ 
dans de sages mesures, donnait à la royauté plus de force i 
contre la féodalité et contre TAnglelerre. 

La présence du jeune prince à Limoges y fit renalM 
l'ordre et la conGaucc ; le commerce et l'industrie y x^ 
trouvèrent leur ancienne prospérité ; les nombreuses co^ | 
poralicns d'ouvriers se donnèrent, par des statuts, une ' 
organisation régulière. De belles productions artistiques 
sortirent des ateliers des émaiiicurs et des argentiers;^ 
d'habiles architectes construisirent de riches habitatiofi^ 

1. m Neque nos ipum civiutem de maau uottra remoTôbûniu. • (iroà. I! 
de Pau : F. de la vicomte de Limoges, ii» 517.) 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 289 

^ ks chefs de la noblesse qui avaient des vigueries 
il Tille <. 

> hommes da Nord qui passaient par Limoges, en 
( 1 h croisade contre les Albigeois, y suscitaient un 
■Nasme religieux dont le clergé sut profiter pour 
f les mines de ses édifices; Raymond Oaucelin, abbé 
io(*Hartial, qui avait voulu renoncer à sa dignité, 
qall ne pouvait soumettre ses religieux à la disci- 
et que Tabbaye était presque en ruines, reprit cou- 
ement son rôle de réformateur, rétablit la fortune 
(re,* paya tontes les dettes, fit construire une magni- 
oaison abbatiale, et orna les galeries intérieures de 
enses statues, qui passaient pour les plus belles de 
K Sa suprématie était partout acceptée de ses 
de fiefs; le vicomte de Limoges était le premier 
Taire Thommage. Mais en faisant reconnaître sa 
neté aux vassaux de TÉglise, il se soumettait à 
le Louis VllI, en lui fournissant, pour les besoins 
croisade contre le comte de Toulouse, deux cents 
riers, que demandait le roi, en sa qualité de duc 
taine. 

s Vil! partit de Limoges, suivi de plusieurs moines 
rbevalicrs qui tous espéraient bien s'approprier les 
lies lies riches provinces -du Midi. On distinguait 
*urs rangs un des plus illustres du pays, Guérin, 
er de Saint-Jean-de-Jérusalem, et chancelier de son 
Le vicomte de Limoges partit aussi, avec son contin- 

n b rlir>'iiiiijii«» de Bcrunrd Ythier, le »éii(^chal de la Marche fit 
t a Lnii'V^'-' piu>i»:ur!* tK:ile< maisons, reuferma de murailles la for- 
iMTTiaj-V Al Bonne, ai au moyeu d'ua souterrain la mit eu commu- 
vctiz la Tilie. 

i ïUtues cuùtêreut. dit-on, 20,000 sou«, et la maison abbatiale 
im» ; sommes dnormcs pour ce temps. (Baluze : Misceli,, t. 4, 

L 19 



89a HISTOIRB DES VICOIITES 

gCDt d'hommes d'armes, après être vena à SaiM*!^ 
rendre les derniers devoirs à sa mère, qui moorat M 
reuse des exploits de son fils, elle qui, après avoir Ml 
gage de paix entre Limoges et les princes norniandsi % 
vu ses affections d'épouse et de mère froissées pM 
entreprises d'Adémar V. .g 

Après la mort de Louis Vin, Gui V, qui avait aidï 
ses derniers moments, se hâta de revenir à Linjl 
pour mettre ses intérêts à l'abri des éventualités dV 
veau règne. Louis IX, qui dès son enfance préludaÉ 
gloire d'un saint, trouvant dans sa mère rexem|| 
toutes les vertus, venait de ceindre la couronne. Laj 
pacifié par le père, se tourna vers le fils, attendant i 
la paix et l'ordre et une politique qui devait avoilrij 
base le respect de tous les droits. Cette partie il 
France, toujours remuée depuis Charlemagne pt 
aspirations d'indépendance, troublée, meurtrie pi| 
tentatives de réformes dans ses croyances, espérait^ 
poser sous le sceptre d'un sage. è 

Limoges parut s'attacher à cette nouvelle royauté 
administration, aristocratique avec sa noblesse, boui| 
avec ses consuls et ses marchands, théocratique afd 
prélats et ses chefs d'abbayes, ne se laissa point eak 
daas la ligue des barons révoltés contre Blanche de Ci 
L'évoque, l'abbé de Saint-Martial, dont les prédéoil 
avaient aussi bien porté le glaive que la crosse, et afi 
plusieurs grandes familles enrichies par le comU 
entrées récemment dans les rangs de la noblesse^ 
faveur des dernières révolutions, tous s'empressèrf 
reconnaître Louis IX comme duc d'Aquitaine. D'ailll 
noblesse, puissante par ses privilèges, aurait-c^U», 
faire cause commune avec les barons de la ligue, qn% 
aurait été empochée par les consuls, véritables som 






ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 29i 

démocratie dans toutes les villes murées de cette 
I et qui, fatiguées des luttes des grands vassaux, 
Ukt à Tenvi dans les bras de la royauté. Gui V, mal- 
relations avec les comtes de la Marche, fut contraint 
er les lettres par lesquelles nobles, bourgeois et 
de Limoges s'engageaient à défendre Louis IX, à 
ivers et contre tous ^ On n'était déjà plus au temps 
osant comme les pairs des vicomtes de Limoges, 
leurs de La^tours, de Pompadour^ de Bonneval, les 
le Bré et les vicomtes de Rochechouart procla- 
ue « leurs fiefs ne relevaient que de Dieu et de ses 

»e elle-même, dont Tévêque et l'abbé de Saint- 
taient toujours les hauts représentants, se sentait 
ï à la décadence de son pouvoir féodal ; mais elle 
lintenir son glorieux privilège de parler au nom de 
r rédification des populations, et pour l'accomplis- 
jes devoirs religieux : venant en aide à tous les 
3ublés par les nouvelles doctrines prôchées dans le 
clergé de Limoges contribua de tout son ascendant 
)ppementdes sociétés mystiques qui, par l'exemple 
ireté des mœurs et par la prédication, entrèrent 
it en champ clos contre l'hérésie. Les disciples de 
minique vinrent dans ce but s'établir à Limoges, 
dant que les aumônes des fidèles, ou les munifi- 
e la royauté, leur eussent préparé de vastes logé- 
es religieux firent leurs cérémonies dans la petite 
Sainte-Félicité, alors située près du pont de Saint- 



. de Philippe-Auguste, ap. Script, rer. Franc, 
église dédiée à la sainte Trinité, selon k tradition, par saint 
ait ét^ incendiée eu 1105, reconstruite quelques années après, 
jourd'bui d'habitation à de pauvres onTrien. 



S92 HISTOIRE DES VICOMTES 

Après eux, Antoine de Padoue, annonçant à l*Bglise di 
grandes épreuves, envoya aussi à Limoges quelques -uns ii 
ses frères (1226) qui, nouveaux apôtres du christi 
armés de la parole pour sa dérense, efflrayèrent de l 
éloquence et de leurs austérités le luxe et tous les dér 
ments. Les Frères Prêcheurs obtinrent que les femmes 
Limoges ne se couvrissent plus la tête que des cha 
qu'elles portaient autrefois, au lieu des belles coiffes 
pesées qu'elles avaient adoptées depuis peu. 

Oui V vit la plus grande partie de ces changements 
l'ordre politique et dans l'ordre religieux, sans que 
puissions dire la part qu'il put y prendre. Il était vieux 
fatigué de ces longues luttes, quand la douleur qu'il t 
tait de la mort d'Adémar, son fils atné, arrivée vers 1 
le conduisit au tombeau ^ II fut inhumé à Saint-Mi 
laissant pour enfants, nés de son mariage avec Erm< 
garde *, Gui VI, qui lui succéda, et Marguerite, mariée 
Aimeric VIII, vicomte de Rochechouart. 



1. lUiier : Chron, de Saint-Marim, — Art, de vérifier ies daiet^ i. 

2. Ermengarde mourut rere 1268. 



i 

4 



ï 



r ET DE LA YICOMTH DE UÏIOr.ES- 263 H 

OU Tl, TICOVTE DE LIHOGES, ET LOUIS IX, ROI DE FRAKCE 

S^olui* lirt iI.rnLiT) i^Tânninenu. — Réputation du mooutère de Grand- 
ait'S\. — lUiniic i]>-i religieui, ealmi^ pir l« p*pe- — Gui de Combom, 
ufludiic-T ri lo <li>i:iplci dfl uiul U'iminique. — Nota tur le couraot de 
[Il onb-'. — S.'^iii Aiiliiiue (le PKdaiie) sci prédicntious et ie> prMictioni. 

— 6bi VI NLklilil 1> p*ii «Dire l'iTèipie et l'abbé de Siint-Mirtial ; M 
m»n A ATiK«aa. — Gui VI el u m^re Ermeagarde. — Il preud l'admi- 
vulntiM et b TirantU. et «fctége it» chtleaui de Bri el de Courbeiy. — 
kM* m>t h tannuie d« Br4. — Louis IX nomme ua téaéchil duii la dio- 
ttarn do Limo|^. de Cibur* el de PJrigueui. — Gui VI. cholii comms 
tfWn foi l* OMomune de Rrive el le* leigiteurs de Turenoe. — Q 
rifsl tMît Q ■! BUdgIk de Culiila k Limogei. — Noie lur le couml 
4« jKobiBL — TiuiurUod entre l'abbé de Saint-Martial et Gui VI. — 
l< W'IutE du Limousiu il U pienùtre croisade de laJDt Louis. — Gui VI 
:'..^i .. i ,"i ,1 \l|ilir>tiee di Cailille. — Jugement rendu par l'éiêque 

'iiLi> de Riichecbouarl, et Gui VL — Dïfféreadi enlrs 

' : . > ' >k' Saint-Martial. — Louis IX teititue let pnriinee* 

r"-j I- Jr.i.,--jri«-T«rTe, — Hinri 111 à Grandmonl el k Limoge». 

— Hotilll^ Fnlrt Gui VI, l'ibbé de Sainl-Marliil et le> boargeoii. — 
Ba VI ricbiM In dooaire de a «lur Marguerile, et aiùége te eUttMD 
* twtJtgkj H mort à BnuiUme. 

Le> premières gaeires entre les PlanUgenets et les Capé- 
Ikn*, pWwiaDt lesquelles il y eut ea jeu |iltis de passions 
ytnoooeUes que d'inlérCls généraux; ie Qot des popula- 
faM do Nortl débordé mr les provinces méridionales, à 
roccuÎQD de la guerre contre les Albigeois; les luttes des 
r*itKlt vas^ui entre etjx, ou contre la royauté, tous ces 

i-nemeuts STaieiit eu pour résultat de grandes modiflca- 
: -Qf daD« l'ordre social; les ioslitutions politiques, les 
CToyiaces rcligieuseï, uns s'écarter des dogmes, étaient 
tsMes daos de noiiTcUes Toies de progi^s pour la satisfac- 




m HISTOIRE DES VICOMTES 

tioQ de nouveaux besoins. Le peuple, appelé à combattre 
dans un parti ou dans l'autre, avait fini par comprendn 
qu'il ne devait pas être toujours asservi à des ambitioni 
rivales, et puisqu'il en faisait la force, qu'il devait aussi ea 
recueillir quelques profits : aussi commençait-il à se mon- 
trer impatient de liberté, ne cachant ni ses aspirations, ni 
sa baine contre tout ce qui contrariait ses passions ou lei 
intérêts. La féodalité s'était affaiblie par ses résistances aa 
pouvoir royal; TËglise elle-même pouvait craindre d'èln 
entraînée à une rapide déchéance par les nouvelles idées 
nées dans ses rangs, et audacieusemcnt exploitées par dei 
novateurs, qui en poussaient les conséquences jusqu'aux hé- 
résies les plus contraires à Tordre social; aussi en fut-elle 
profondément émue, et avec elle la noblesse et la boor- 
geoisie. Limoges, la ville par excellence du catholicisme, 
le sanctuaire vénéré des reliques d'un grand nombre de 
saints, avait vu la première son clergé s'émouvoir au bruit 
des prédicants des Albigeois; ses vieilles basiliques avaient 
retenti des cris d'alarme des prêtres, des moines et des 
abbés, qui tous s'étaient faits les soldats de saint Domi- 
nique, entraînant avec eux plusieurs des barons du pays*. 
La masse du peuple, ne comprenant pas ce que les doc- 
trines nouvelles avaient de dangereux pour la société, n'y 
avait vu d'abord qu'une révolution de moines, en désac- 
cord avec leurs supérieurs, décidés à leur résister. Ce qui 
s'était passé à Grandmont était bien fait pour égarer l'opi- 
nion du vulgaire. Cet établissement, comme nous l'avons 
déjà dit, avait été comblé des munificences des rois d'An- 
gleterre et de France. L'enceinte était trop étroite pour 
contenir la foule des pénitents illustres qui venaient y 

I. «... Gui (le Carmen (^i lou vicomto de Toureuc, l'evcaque do LimogM* 
Bertrand de Cardaillac, tiU de (îordon, et si'igiuMir de Castcliiau, lou qualf 
monade touU les de Quercy. » [Chron, romane de /a guerre des itAtî^eoiir.) 




ET DE LA VTCOHTË DE LIMOGES. 395 

prCDâre l'habit religieux, et le pavé de sa basilique ne 

lofGsail pluB à toutes les dépouilles de grands et de prioces 

^ deœandaieat ft dormir leur dernier sommeil sous les 

6Mvg de ia nef et du sanctuaire. Aymeric, vicomte de 

Rochechonart, les vicomtes de Ventadour, Hugues II, comte 

it la Marche, et une foule de seigneurs de ce temps, après 

iTOit mené une vie plus ou moins orageuse, étaient venus 

passer à Grandmont dans la pénitence les derniers jours qui 

leur restaient'. Le roi des gais troubadours de son siècle, 

Ikibaud tl, comte de Champagne, également fameux par 

sfs qualités chevaleresques et par son amour dédaigné 

|ioar Blanche de Castille, ne devait pas tarder à venir 

iussi eu pèlerinage au célèbre moutier des montagnes du 

Limousin. 

Le peuple, comme nous l'avons dit, n'avait pas toujours 
étêidiBé par les moines, forçant quelquefois leurs supé- 
rieurs k aller cherclier auprès du saint-siége la sauctiOD de 
lear autorité. Ceux de Grandmont, apprenant qu'Aymar, 
leur pricor, était mort en revenant du concile de Latran, 
«h il était allé demander au pape des ordres positifs pour 
iDtroduire la réforme des mœurs et de la discipline dans le 

1. Aymeric Vlil, comme on 1'» déjà m, avait épousé Marguerita do Li- 
"■■l'Çri, dam? de Saint- Laurent, flUo de Guï V, qni recuetllll île l'hérilngo 
M hiD pèK In forteressea de Gnrre, Oradour, Cusaac, CuBnret, Cbampiiier, 

'.mil ds Tren et la mailié du domaine de Marval. Elle mourut quatorze 
I- apr«a uitt mari, en 1259, laissant après elle une réputation de grandes 
> -lui, et i^it enterrée au conTeut du CMleoel, auprès de aoa mari. Voici 
'1 épitaphe. Iraduile du latin : 

iT Ici r^pcita U bonne Marguerite, précieuse pour son pays, épouse heu- 
viii'i, pleiae de charité pour les pauvres, simple et humble avec le^ petite, 
' iiFtchaut peu la Kic^iétë des grands ^ prudente, discrèlo, giaéreuse, riche 

ira a dit, ce qui ne paraît pas admissilile, d'après le lieu de sa sépulture, 
'Ik épousa en secondes noces Archambaud 1", comte de Pérïgordi à moine 
':'i'' aa^ant pas eu d'enfanU de cette union, elle eût demandé de reposer 
''■il'it de son premier mari. Les principales dispos^ïtious de son couttal de 
vanige nec Ajmeric VIll uni relatées dans us acte postérieur t l'occaiiou 
ftapnete. {Arch. de Pau : F. de la vieomti de Lintogts.) 



à 



S96 HISTOIRE DES VICOMTES 

riche monastère, s'étaient mis en pleine révolte. Le pré- 
texte de C3S troubles avait été l'interprétation d'un des pié-. 
oeptes du fondateur de l'ordre, qui avait défendu au rai- 
gieuz de posséder des terres éloignées : on en demandait 
depuis quelque temps l'abrogation, parce qu'il mettait dei 
limites aux richesses territoriales de rétablissement. Miii 
les moines, ne voulant pas revenir au temps des abnéga- 
tions, s'insurgeaient contre la règle qui mortifiait l'âme et 
le corps, ne rêvaient plus de la morl, mais des plaisirs da 
monde, et voulaient la liberté d'examen et l'indépendanee 
personnelle. Le pape n'eut raison des factieux qu'en kor 
imposant strictement l'obéissance, sous peine d'être cbts- 
sés avec ignominie. 

Fidèle aux traditions de ses divines institutions, l'Élise 
pouvait encore se faire respecter en imposant des châti- 
ments spirituels. Mais les temps de la force matérielle n'é- 
taient pas loin. Les nouvelles doctrines avaient trop remaé 
les passions dans le domaine des croyances catholiques, 
pour que la lutte contre les sectaires n'eût pas ses sao- 
glantes péripéties. Pour combattre l'hérésie, qui ne mena- 
çait pas seulement les institutions catholiques, mais la 
société elle-même, le catholicisme trouva dans ses rangs de 
courageux apôtres. Les éloquents disciples de saint Domi- 
nique reçurent à Limoges une hospitalité empressée. Gui 
do Gomborn, archidiacre, mit à leur disposition, près du 
pont de Saint-Michel, quelques bâtiments où furent bientôt 
construits un vaste couvent et une église dont il fit la dédi- 
cace. On y ajouta bientôt après des terres dans la paroisse 
de Saint-Michel-de-Pistoric. Un chanoine du Dorât eut assez 
d'influence sur les bourgeois, à qui appartenaient ces terres, 
pour obtenir qu'ils renonçassent au prix de vente *. 

1. Le couvent de Saiui-Dominique, à Limons, fut le cinquième de la foo- 
dtUoQ de l'ordre. Après s'être établi:! à la Croix-de-Maoi^e, les religieux 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 2*1 

Le chapitre de Saint-Martial ne montra pas le même 
désintéressement; les fils de saint Dominique ne lui firent 
accepter leur institution qu'en lui payant une rente pour 
prix de quelques concessions de terrain. A côté s'établirent 
imsi les Frères-Mineurs, conduits à Limoges par saint 
A&loioe de Padoue (1223) qui, dans les élans de sa foi, 
trouvant de sublimes inspirations, semblait lire dans l'ave- 
nir, en annonçant au monde catholique des épreuves pro- 
chaioes, à ta noblesse la ruine de son influence, au peuple 
des jours de repentir, à tous i'cspialion des Taules du passé. 
Debout sur les vieilles, tombes du cimetière de Saint-Paul, 
le précurseur de Savonarole malLrisait !a foule par son élo- 
quence et l'inclinait au repentir. L'enlbousiasme fut si 
pund, le peuple était si ande de l'entendre, qu'à l'heure 
oti l'apûtre devait prêcher, tout travail, tout négoce cessait. 
I — ■ Un jour, disent les chroniques, un peuple immense se 
pressait autour de lui; sa voix prophétique luttait contre le 
bmit du tonnerre el des vents déchaînés; d'épais nuages 
courraient la ville; on se disposait h fuir l'orage, quand le 
uint retint la foule effrayée en lui disant qu'il resterait à 
l'abri de la tempête, La pluie tomba par torrents, et il n'en 
lut pas atteint. • Quand l'orateur avait assez remué de ses 
lamentations, de ses menaces, ce pauvre peuple de serfs, 

I d'artisans el de bourgeois, il parcourait les campagnes, 
prtebaQt la pénitence dans les manoirs de la vicomte, chez 
tes seigneurs de CbAleauneuf, de Rocbechouart, de Pom- 
padour, de flofflgnac et d'autres : interrogé sur la durée de 
la puissance féodale, il leur répondait avec l'assurance de 

I l'initié aux volontés divines : < Encore trois générations, 
et TOUS ne serez plus les maîtres ; la féodalité tom- 
bera le jour où la religion n'aura plus sur les âmes sa saiu- 



i kL.Ml_ 



 



IM HISTOIRE DBS YICOHTB 

taire influence ^ > Ces sinistres prophéties poavaient bien 
contribuer à modifier Tétat social dans certaines classeï, 
mais n'avaient pas suffi pour mettre un frein aux passion 
des grands vassaux et du clergé, dont les dignitaires se Aw 
putaient certains privilèges inhérents à leur dignité oa à 
l'autorité des congrégations dont ils étaient les chefs. 

Au moment où saint Antoine de Padoue blAmait le relft* 
chement des mœurs, prêchait la pénitence, menagait II 
société tout entière de la colère divine , de grands scta- 
dales nés de prétentions contraires, survenues entre Bernard 
et Savène, évèque de Limoges, et Guillaume de Janssac, 
abbé de Saint-Martial (4225), étaient sur le point de mettre 
les armes aux mains des deux partis, quand le vieox 
vicomte de Limoges fit accepter un compromis. Ce fut la 
dernière intervention de Gui V dans les événements de 
l'époque, car il parlit quelques jours après pour la guerre 
contre les Albigeois, el si pauvre que, pour faire les ftws 
de son voytige, il avait cédé pour trois ans, en garantie 
d'un emprunt de trois mille livres, l'exercice de fous les 
privilèges de juridiction qu'il pouvait avoir sur la ville de 
Saint-Léonard , et cela au profil dos bourgeois de cette 
commune qui s'armaient contre Gui do Noaillac et le 
seigneur de Montbrun , associés pour détruire les fran« 
chises municipales reconnues par Ici rois Philippc-Augusta 
et saint Louis ^. La démocratie, attachée aux libertés com- 
munales, était alors aussi disposée à les défendre contre lei 
prérogatives de l'Kglisc quo. contre l'omnipotence féodalCf 

1. Cette proiihctio s'aoci>iii|ilit <l.-iii« les {ireinitres .iiiutro:^ ilu xvil* iivclo 
pour la m'\is<iii <le CliMteAUihiif, dont lo deriiier membre, boiteux et hufnw- 
iiot, mourut «Aus i)ii>t(^rit<;. Sou cliÀteAU ut ft^* teri-ei^ furent |>artagé« en\x% 
]ilusieurs bituiymis ili> Limoi^'cr*. H avait oublié «jue ses ancêtres avaient toiH 
jour»», par leur tcstnnieiitj onionnr à leurs sueerssf'uw tle fournir, tnu* 1m 
ans. une robe nmvt' à eli.iruu tics fnn" niinrurs de Limo^'o. ^Te.^ tau eut 
de Jean de Châteauueuf. l.'UO; an/t. t/e Pou : F. rte la vicomte de Limogffm) 

2. Ihid. 



ET DK LA VICOMTE DE LIMOGES. 199 

|nei aDné«s auparavant, vojant ses intérfits com- 

ins quelques différends suirenua entre Gu( V et 

^ le peuple, soit qu'il eOt plu& & perdre d'un cAté 

k'nilre, vrùt pillé et ravagé les propriétés de la 

' F, surtout les terres situées prés de l'église Saint- 

■ punir les révoltés, les religieux, d'accord avec 

bourgeois, et par les conseils d'Ëlie de Oimel, 

, enlevèrent par surprise les reliques de 

1, et, a» milieu d'un grand concours d'habitants, 

ent en triomphe dans la cathédrale. 

^laît mort au siège d'Avignon, en monlanl le 

% Vtanat : Gui VI, son lils, qui lui succédait, 

!ore qu'un enfant. Ermengarde, sa mère, gouverna 

Ité eo son nom, et, comme Blanche de CaslUIe, 

Respecter son autorité, en se montrant courageuse 

'contre les bourgeois de quelques petites localités 

de ITDtcrvention du pouvoir royal dans le Midi, 

Dt les anciens privilèges dont s'était fait le pro- 

oois IX , qu'on peut bien appeler le père des 

1. Ainsi la petite ville de Saint-Front- la-ftivière, 

^ors de la vicomte de Limoges, se sentant son- 

• les comtes de l'érigord, et réclamant hautement 

lyanchises, menaçait de recourir à la révolte. 

rde, après de vaines tentatives de conciliation, et 

nt recourir îi la force , crut qu'il était d'une sage 

do reconnaître les privilèges invoqués, mais en 

tomettre aux habilants de s'unir h clic pour com- 

lolrea prétentions de ce genre que voudraient 

ir les localités voisines (15 septembre 1231}. Le 

né jur elle, et scellé seulement de ses armes, 

E MU fil» n'avait pas encore de sceau, portait que 

ferait lai-meme apposer le sien sur la charte 

luuilAt qu'il serait armé chevalier el rois en 



no HISP^IRE DE? Mcovrcs 

possession de l'aotoriLé Ticomtaie. En effet, devenu rn^effi 
{uelqaes années après, ii se fit bieatût distinguer panm\l 
znerriers de son temps et mérita Le surnom de preulftit 
:* pl^ i.oble qu'ambitionnait la chenlerie, depuis ^ 
Lyzîs IX ez iTai: fait une înstitalion toute religieoM 



..•.c 



La fr-m-î i- 'ecze vicomte et l'illustration de ses 
rJ-zr» iij^ :ir:-: >:- ciiriîre ave: Marguerite, fiUi 
Esrof* 3". :i* ie B:irç:j-?. et vccve de Guillai 
siî-ftiTir ii N:i>Ski:2:-Jfin ■■. Il s'ilticha aussitôt 
■.CT-Liif ii 1 c_s IX- £: :r-.rii'.l\ a^^: su^^cès à loi 
Zl^rr^ .:< t'i:?-; iz Lizi'Cîiz ezc^-re occupées p; 
k-'M.-^ nfTTr.i-rf* if5 ?!«-Mr-rZTtr. Sa mère, r-ei 
v«ir. i: :.r^:s -i -:' : ri::i li ::-.ri..r. avait su vi^re ei 
:'«'?^ fi r.f-r: :: Ii* :i:z'^fi::s if L:zi:^f>: maïs lui 
:.n-: :.»: m î: Tl:s r.i.TTjir:. if :i:\:i ris à méconl 
■rs' : !.:■ -.li.- fz :l-sli.: ;:'"f>:T i£? fr-urches uûtibu 
SL" : :.>i '■• il f : - m^-:!-. - i£-s rifriirr^ venaient 
•;•. ^ :^!>->^-i. r:-:"::. ri:' 'f-s ::^!-^z::-:s :c tlice. 

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ET DE LA MCOMTÉ DE LIMOGER. 301 

î imporlante place de guerre , Tavaient suivi à cette 
ditioD (4242). Mais Durand, leur évêque, en fut mé- 
îDt; il réclama contre cette démolition, parla raison 
le château devant revenir à son église, étriit en quelque 
sa propriété et celle de ses successeurs^ Le vicomte ne 
DQtra ni inquiet de ses menaces, ni disposé à payer les 
d'one reconstruction. Depuis cette époque, Bré n'a plus 
de belles ruines, qu'il montre aux temps modernes 
se on souvenir de notre histoire féodale. Le château 
^urbefy, berceau de saint Waast, eut le même sort. 
)eQdant Louis IX, fort de l'influence politique que 
Minaient ses succès contre ses barons révoltés , s*occu- 
ictivement de mériter les sympathies des provinces 
idi, où la royauté capétienne avait été si longtemps 
noue. Pour y parvenir il chargea Guillaume de Male- 
, personnage d'un grand mérite, des fonctions de 



En 1317, elle appartenait à Philippe-le-Long, roi de France, qui en 
à Henri de Sully, son graud bouteillicr, dout le fils, François, fait pri- 
k U bataille de Poitiers, la Tenait^ en 1358, à Guillaume d'Albert, 
ir de Monteilb, qui transigea avec Jean de Bretagne au sujet de 
lage et de celui «le la lloche-l' Abeille; elle passa ensuite à la maison 
Lzeron. puis k celle do Pompatlour qui l'acquit, en 1490, au prix de 
iiTr«f«. C'est au cbàteau de Bré que les seigneurs du voisinage, tels 
jx de La Rivière (de Livron), de Saint-Bonnet (de Perusse des Cars), 
uevaJ, de Lubersac, de Forsac (de Jougnac), des Fraisses (du Breuil), 
Mjoux de La Tour j, de Bcnaye (de Cothel;, de Coux, et d'autres ren- 
h'jniniaure aux vicomtes de Limoges. Après que Pbilippe-le-Long s'en 
(«aiçi. ils refusèrent Ibommagc. Les Pompadour en étant devenus 
rur«. t!vx{ut reut l'atfaire devant le parlement de Bordeaux qui décida, 
:^r^ 150^. que Bré devait retenir les hommages susdits, leurs seigneurs 
•Dtant k'A ancit'us vicomtes de Limoges. Le roi de Navarre, en sa qua- 
vi*v,aite, protesta, disaut que les Ui)mmages devaient appartenir à lui 
Ar:/i. lie Pua, série E, u® 70G; an7«. de Pompadour^ de Lubersac, 
ttit, Bihl, rtatùm., nisK., t. CCXLL p. 415 et suiv.) 
Durand avait été élu é\èque eu 12î0 : il douna à sa cathédrale une 
qui p^>rtait iou uum, et au prieur de Grandmont les dîmes acquises 
» la pn.m«Aion «iaus les paroisses de iJaint-Sylvestre, d'Ambaiac, de 
Blarttn-de-Suis^ac. Il fut aus>i un des bienfaiteurs de la cliartrcuse du 
ers, a lai{uelie ii tluuna six mille sous, |K>ur la construction de l'église. 
au Jti.9mnaire de Limoges,) 



30B HISTOIRE DES VIGOBITBS 

séDéchal dans les diocèses do Limoges, de Cahors et de 
Périgueux (1243). « Ce fut, dit la chronique de Saint-l 
de Limoges, le premier sénéchal du roi de France qnV 
connût de mémoire d'homme dans ce pays ^ s Dès I( 
le peuple, opprimé par les hauts justiciers des 
vassaux, put en appeler à la justice du roi. La royauté, 
mettant des limites aux privilèges de la féodalité, llivoriiiil 
la liberté. 

Gui VI contribua de tous ses efforts à l'extension di 
pouvoir royal. Sa prompte soumission à la politique dt 
prince, son courage à chasser du pays les gamiiOBi 
anglaises , sa réputation de loyauté , tout contribua à loi 
donner un grand ascendant dans tous les événements dij 
répoque; aussi fut-il souvent l'arbitre des différends qui > 
divisaient les grands vassaux. Limoges devint en quelqiM'| 
sorte la cour d'appel des grands feudataires du Midi et des :| 
villes qui réclamaient le maintien de leurs privilèges. Celte 
de Brive, alors en lutte contre ses suzerains les vicomiasi 
de Turcnnc et les seigneurs de Malemort, consentit, aveo 
Raymond VI de Turcnne et Pierre de Malemort^ à accepter 
pour arbitre le vicomte de Limoges. Un compromis eut [ 
lieu entre les seigneurs et les consuls. Les premiers s'engt* - 
gèrent à ne rien entreprendre contre la commune, qui elle- \ 
môme s'engageait à respecter leurs possessions et leor*^ 
hommes. Comme garanlic de leurs promesses, les deux^ 
parties se donnèrent des otages, le vicomte de Turenn^i 
Pierre de Malemort et Bozon trois chevaliers et un damoi- ^ 
seau, et les consuls de Brive quatre des principaux bour* ^ 
geois. Mais quelques efforts que pût faire Gui M, il ne.^ 
décida rien par suite des prétentions excessives du vicomte 
de Turenne et de ses alliés *. 

I. Chron, S. Martini; ap. Script, rer. Franc, 



i 



I^^^^H ET'DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 

Il fnt plus heureux ou mieux aiisé dans une autre cir- 
constance. Après la mopt de Raymond VI, vicomte de 
TurenDe, qui ne laissait qu'une lille, mariée à Klie Rudel, 
seigneur de Bergerac, Raymond de Servières, frère du 
vicomte, et ce dernier, au nom de sa femme, se disputèrent 
\'bérilage de la maison de Turenne. Gui VI prit te parti de 
Raymond, et écrivit il Blanche de Castille, qu'après avoir 
interrogé les hommes les plus éclairés du pays, il déclarait 
que jamais filie n'avait possédé la vicomte de Turenne, et 
que toutes tes fois que les derniers possesseurs n'avaient 
pas laissé d'enfants mâles, ie frère du dernier vicomte, s'il 
es existait, ou ie plus proche parent, avait succédé de pré* 
féreoce aux tilles : assertion contraire à ce qui avait déjà 
eu lieu. Le saint roi se prononça en faveur du seigneur de 
Serrièrea(1243)'. 

L'année suivante Gui VI reçut sur ses terres et accom- 
pagai à Limoges Blanche de Castille, qui allait avec son 
lili en pèlerinage à Rocamadour. A la tiMe de ses vassaux 
et arrière-vassaux, entouré de ses hommes d'armes, et 
précédé du clergé qui marchait devant le cortège royal, il 
tanduisil le prince et sa mère dans tous les cloitrcs de la 
Tille dont les religieux reçurent de nombreuses aumônes. 
U clergé, qui quelque temps auparavant avait assisté à 
Il tondation du couvent des religieuses du Mont-Carmel, 
ntaë près des Arènes, était heureux de monircr au roi tous 
les pienx asiles de la prière récemmcnl établis *. Le 

t. jotUt ! mil. de la maàoa de Tursnae. 

S> Limoge* eut de toua temps de nombreui couTenU. L'év(qiie Duraod 
ftMhupou. CD 1311, U première pierre de celui des jAMbiui. Les comlei 
du Oui, Im «eigndurt de Lastour» y eurent leurs tombeuii, hidiI qu'tu- 
btDe de VMUdour, UUe du licamto de ce nom, marie on 1278. Ea 1SS4, 
V'^iïiM AUll ani£e <le deux précieiii méduillong, iiutie de l'émulleur L£o- 
' .i.'J Liranusia. Uevenue église paroiuiale, elle possède encore un Bins<ù' 
jae Ublcau de In PrfsenUlion de k aainte Vierge. Le couvenl dei Grands- 
L-\naei tvi établi en ISSO, et celui des Ermitea^fl-Saint-Augiutln en 12H. 



304 HISTOIRE DES VICOMTES * 

peuple u'élait pas moins satisfait, car il savait que le roi de 
France aimait les franchises municipales, et qu'il ne voulait 
pas qu'on altérât les monnaies. Cependant raniagonisme 
était toujours le mOmc entre le vicomte et Tabbé de Saint- 
Martial, au sujet des limites des deux juridictions : de U, 
des plaintes, des réclamations continuelles, des lutta 
souvent violentes entre les officiers des deux parties. 
Gui VI, par les conseils du roi, tenta de mettra fin à ca 
différends par une transaction passée le jour de li 
Décollation de suint Jean (!29 août 1245). U obtint entre 
autres privilèges, de connaître « des crimes d'homicide, 
de vol, plaies sanglantes, violence aux femmes mariées, 
rapt de vierges, et de tous crimes punis par le gibet, b 
mort ou la mutilation des membres, et dont les auteun 
devaient ôtre recherchés par le di^el, Tépreuve de Tean 
bouillante et du fer rouge. » 

Le vicomte comprenait qu'il lui était utile de vivre en 
paix avec le clergé ' pour prendre part, avec toutes 



1. Cotte tr.insartion donui'o par le P. IJonAvoiiture de Saiul-Amable {llùt. 
de Siii/it-Mnrtùii) si». Inmvo »mi «»riL:inal aux an'liivcs »1»' Pau. Nous la rv«u- 
inous ici oiniiiiio A\aiit une ;:ranilc i!ii{inr:.'ui('i>f nu jHÙnt <Io \iw iIoa clianpc- 
im'uts to|i(iKra|iliii|iie> suntMius «l••]lUl^- «Inns la ville : « ciui, l^ur Ic-s plaiuiH 
(le rablu' rt «lu nu»nn>t« n-, roi'iiunai>-.Tut ipu» lo |nv>ôl v\ ni»s \i(;uiors» i'i»*r- 
paient lit'* \ii»k'iu'i's «l.ms U-ur jiré\iii« iW* i:iiiuln's, et dau« certaine:» partiel 
de la \ille. a|i|iflt'os l K'fimt.'ici ù\ i'diuiinsi.'-i depuis la in.iisou de Pierre PaU 
justïu'à celle d'Aynieri ïl.ilan, iii>li!r i'lu'\alirr, «pii est silu/e ou rue de Bfaii- 
\uir... et dans certaiuo |i:ii-tit's du lauli.iui>r Shmtmmlli*,,, et, de plus, qM 
lei» UK^nicd oftii-irrs peri:r\ aient li' ju'-aj;»'» du viu «pimi purte à Limu^ei..»* .1 
Nous, nos pri'\i"ils et \i::ui«'r:* du 'Ih.itrau de Liuutfres, p.iur terminer ce difl!^ ' 
reudj nous aMiu.-* <-htli^i, pnur arliitrr, untru l»ii-ii-aiiné Thomas de ta Font| 
du clinpitri' de S.iiiil-.Mirh i-«l« >-Li..ii5, du (Ih.iUau de Liniiige>, lequel ft 
ainsi pruntiuci- : « l^h;r \\m\> la rue ij«-s Ci aubes. i»u iliijs rKebauserie, (M 
dan» cette partie du l'aidnin.;; Moutinadl*'-. ii itis ne p-uivons exercer aucun 
juridictuui t< nipun-lb', exeepté !•• druit d \ i-'innaitre îles crimes «l'IiomicidOk 
volet entera... Labli.'- c-t >••- pn'-\.il>iM' «luiNi'iit plus avtiir le juj^einetit det" 
dits crimeii, i>t de tnutes causes ipù de\r<int si* terminer jiar un duel, ou It 
ju^rcment de l'eau li\»uillanle, o'.i ilu t'< r niupe, selnn lancienne coutume da 
Cliàteau île l.iuioK''»... Ntiu< r< >trrifriiant dan.- le.*: linrneii de. l.iditc prêvdU 
dc« Combeâ ut de l KcUau.'«tt'i<s (|ui b eteudunt juim|u'4Iu chcuiiu, |iar icijiul 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 805 

forces, à la ligue des grands vassaux du Midi contre l'An- 
gieterre, ligue qui, pour les uns, avait pour but de soustraire 
réellement cette partie de la France à une suzeraineté 
étrangère, pour les autres, d'assurer leur propre indépen- 
dance. Gui VI, mieux que tous ses pairs, parut agir dans 
on but de nationalité , sacrifiant souvent ses intérêts per^ 
sonnels, se montrant dans toutes les circonstances Tiippla- 
cable ennemi de Henri 111, roi d'Angleterre. Guillaume 
Amaluin, abbé de Saint-Martial, n'eut ni la môme politique 
ni le même dévouement; entraîné par sa haine contre lui, 



OB «2 de U place publique du Château aux Arènes; et de l'autre cAté des 
Carabes, ju^u'à la maisou d'Aymeri Galao, qui est située au chemin et au 
carrefear du Behréder, auquel lieu est le gn^nier d'Audier Sarrasi, et la mai- 
WD de Mathieu, surnommé Saignador^ et cette partie du faubourg Moot- 
maillé qui est située dans la métairie ou terre de Guionevas, et au-dessus : 
hqaplle partie commence depuis la porte de Montmaillé et le fossé de la 
▼i>. H teotl vers Aigueperse ; do l'autre jtart, vers l'ormeau tronqué; et 
parnllemeut cette partie qui est sur le territoire de Saint-Martial où au- 
Irriiùs était la Tigne de l'abbé, et aussi Combeferrade, où Tablié exerce sa 
juhdklioD... Quant à la partie de la Tille, ou du bour{? du Pont-Saint-Mar- 
tiil. la juridiction appartient à Vabbé... Nous, nos prévôts et nos vigiiirrs, 
nemrtMU la juridiction touchant les causes criminelles que nous avons dans 
Si prvvuié de» Combes, sauf que le prévôt, institué par l'abbé, aura la troi- 
«s^me partie de toutes les choses et biens qui proviennent des causes crimi- 
■pUe». A nHi«lition que ce prévôt aura la troisième partie de toutes les choses 
ft bien* qui provicuuput des causes rriminf'lles pour l'abbé et le monastère : 
» froàiUfiu que ce prévôt prêtera serment... Quant au péage ou lède de tout 
ie lia qui e*t porté de l'extérieur, de quelque côté que ce soit, dans le Chû- 
UtQ de Lîmofres. dans les bourgs ou lieux circonvoisins, nous en recevrons 
k* lieux tiers... Quant aux villages de Cozeys ou Petit-Limo{;es, de la BriH 
t^n, de MonijoTÎ et do Comach, nous, nos prévôts et leurs baillis, ne do- 
vrw pas nous attribuer la connaissance des délits, A moins d'y être invités 
psr i'abbé... Quant aux Mir\-ants de l'abbé redevables de fiefs, et leurs servi- 
te«r», qa'îU demeurent avec leur propre juridiction dans la métairie du Chà- 
tma... Le siis<lit Thomas a aussi lyjouté de notre consentement et de l'abbé, 
•pr rabtMyc, les cimetières et officinos y jouiront d'une parfaite immunité 
Cl pleine liberté... Tt>ut ce que nous avons dans les lieux susdits, nous le 
u-»iiê en fief de rabl)é... Quant au l>an ou bancago de la chair, le péage 
4i ni, U cluMge ^la viguerie de Taumônier de Saint-Martial, ils reste- 
•'*nt enfume autrefois. Lequel arbitrage, nous et Bemanl Tranchaient, Jean do 
Viper et Élîe Vigier, frères, Aymar Chatard, chevalier, et Guillaume de Pa- 
nvtae, damoiteau, avons agréé et livré ces présentes au susdit abbé et eou- 
HM soelléei de noire foeau... (Arch. de Pau : F, de la vicomte de Limoges,) 
L 20 



306 HISTOIRE DES VICOMTES 

il rechercha ramilié du roi d'Angleterre, en lui offrant sa 
fidélité et sou hommage ^ 

La résolution de saint Louis de délivrer la Terre-Sainte 
tombée au pouvoir des musulmans; Tappel aux barons de 
son royaume pour les associer à sa pieuse entreprise ; Tei- 
poir de quelques-uns d'y trouver des occasions de fortOM 
autant que de gloire, car avant d'aller à Jérusalem on le 
proposait d'attaquer TËgypte, devenue le centre de la puis- 
sance des successeurs d'Omar; la soumission récente de li 
ligue des barons révoltés ; la défaite de Henri III à Taille- 
bourg, tout semblait devoir contribuer à l'apaisement da 
passions politiques, des rivalités entre les grands aeigneun 
et le clergé. Le Limousin fournit encore à cette croisade 
plusieurs de ses plus hauts barons. Parmi ceux qui lei 
premiers prirent la croix et Tépée, on doit citer Landoi 
de Corn, Bertrand de Lcntilhac ^, Amblard de Plas, Guil- 
laume du Luc, Hugues de Carbonnière, Guillaume de Chas- 
saigne, Bouchard de Bouchard^ y Bernard David de Lai* 
tours, Pierre de Lastcyrie, seigneur du Sciillnnt ^ Antoine 
de Valon , Gerbert de laizech , Adémar de Gain , Laurent 



1. « Ilriiry, {tar U ti^TAm do Dicii^ roi irAnirU'torre, sei^eur irHyb»niîe 
rt duc d'Afiuitainc... tluillatimc. notn* bien-aiim^ .ihbé de SAint-Maitialf 
110118 Ayant a^rt^ahlniiPiit proinin, dnii!« SAinl>(tcrni.iiii-dcii-Pr^iii, hors dt 
l'.-irifl, in tidiMiti^ ipio lui rt s«n( pn'iIiW'jiM.MirA avaient contume df« midro M 
nti do Frarir*»; uowa^ d«'sirniit |Miurvciir \ rindumiiiU^ du »isdit ê\M et ai 
*tm (Vlii^i't vouiiins rt acmnlouA «|ui<i wiU'. action ot pronios^i^e ne tonnie à M 
nî à 8i*s Hiicn'SHcurs h pn^jiniici', imu;* lui avouii di^livn^ et mh entre maÎM 
oi.'ff {viteuti'H (ian.-« Saint-iii;rmain-dos-Pn^». » 10 aitiU 124ti. {Arch. de iVm.) 

2. Lnndou du (îoni rt Itertriud ili> Lnitilliar, a]>n>a la \mini de Dumietli^ 
iinpniMl'''n.'nl :i»0 Hmt.s tnunini..^ qu'iU di*v;iii'»t rcnilMîurser A PariB le iOi«- 
tohro \iTti), ((h'fyinni Mir jtfirrhffftin.) 

'.i. (>!( «*ini] rliv\a)iir.-< tirt-nt auxsi uu l'uipntnl au mnis «to novembre IS4IL 

4. Ln Siiillaul, ikuump' nrfinrùvuH dau;* Ich r.harttis du IX" ffiècle de l'ab» 

Kiyc- dn ni'.iuliiMi. |>i(>rn> d«' Ln^tpyri>'. romiiiH mandataire do Beniird di 

David, «i^ia à un iiiart'haiid ilf (îâncs la n'i'ounaisMnco d'un prêt de Iroîl 

ctnU livn-ri lnurnuiii. [Ui'iijinnl sur pnn^hcmin de faunée 1250.) 



i 



ET DE LA VICOMTE DE UMOGES. 307 

le la Laurencie, GuillauiDc de fionneval ^ , Haoul du Hau- 
ier^j Pierre de Gimel ^^ Blie de Perusse des Cars, Har- 
louia de Perusse^» Hugues de Noailles ^, Hélie de Roffi- 
paac el ses deux compagnons Guillaume Brachet et Audoin 
le Lestrange *. Tous se montrèrent courageux et dévoués; 
nais manquant de ressources pour continuer leur route^ 
M pour Titre sur la terre ennemie, quelques-uns furent 
réduits à emprunter de l'argent aux marchands génois qui 
(uiTaieiit l'expédition pour s'enrichir à leurs dépens, et 
jui somreiil ne prêtèrent qu'avec la garantie du comte de 
Poitiers. On sait les tristes résultats de cette croisade, où 
brilla d'un si vif éclat, avec son courage, la vertu de saint 
Louis, et après laquelle ceux qui s'y étaient associés ren* 
trèrent sur leurs terres moins riches qu'avant leur départ 
et disposés à jouer un rAle dans les événements qui suivi- 
rent'. 

Raymond VI de Turenne, qui n'était parti que quelque 
temps après les premiers croisés, avait rejoint Louis IX. 
«Palestine et s'était bravement exposé à tous les dangers. 
Avant de partir, il avait fait nn testament par lequel, en 
eu de mort, il instituait pour son héritier Bozon, son ne- 
vet, et à défaut de celui-ci, Gui, son frère. Puis, prévoyant 
les tristes résultats de l'expédition, il en fit un autre par 

t. Ot iroîf derniers firent on emprunt de 230 liTret nous la garantie 
f .Upboaw de Poitiers. 

t fiapranta tOO llTrea en doDMmt pour caution Àlphooae de Peitien. 

t D. Vaiuette {Hist. du Languedoc) cite une charte signée par loi à 
%é, le 2 déMnbre 1252. 

i. Improol de 200 Hwes garanti par Alphonse de PoHien, Juin 1250. 

S. Il moamt i la croisade. 

S. Hèiie de Rofflgnac emprunta pour lui et ses compagnons 250 livres. 

1. Si Miiii e« crqjont Thérei, ÀngoamoiiiD, qui écrivait lous les Valoia, 
k Unouaio aurait eu un autre de ses enfant:^ aux croisades : « Il me soa- 
viett, dit le rosm<)grapbe voyageur, avoir vu en une église grecque, asses 
prti d'Acre, la «épuUurc d'un nommé Eymcric, seigneur de Moriheoiart, 
^ ivoit accompagné sainot Louis en l'expédition et voyage de Terre-Sainte. > 
'.TlR\cT : Coimog. mui;., t. II, p. S28.) 



."^OS HISTOIRR DES VlCOMtRS 

lequel il engageait ses héritiers à entretenir encore pen- 
dant un an trente chevaliers en Paientine, si Louis IX con- 
tinuait la guerre *. A son retour, il fat encore inquiété dans 
la possession de la vicomte par Marguerite, femme du 
vicomte de Gomborn, et par Dauphine de Roquefenille, 
auxquelles, par suite d'une décision de saint Louis, il 
assigna une rente de cinquante livres sur sa vicomte. 

Lorsque Alphonse, roi de Gastille, réclama le dnohé de 
Gascogne, plusieurs grands vassaux favorisèrent ses pré- 
tentions, préférant ce suzerain, dont l'autorité résidait prin- 
cipalement de Tautrc côté des Pyrénées, à celui d'ontre- 
Manche que ses possessions sur le continent rendaient 
toujours pour eux un dangereux voisin. Aussi Oui VI se 
déclara-t-il un des premiers contre Henri III, en se joi- 
gnant au comte de Béarn pour faire révolter la noblesse 
de Gascogne (4254). Dans un voyage qu'il flt en Gastille 
avec son allié, il se reconnut le vassal d'Alphonse, et Ini 
demanda des troupes pour soutenir ses prétentions *• La 
guerre allait encore troubler le Midi ; les hommes d'armes 
de la vicomte de Limoges se disposaient à partir sous la 
bannière de saint Martial, quand on apprit que les rois de 
Gastille et d'Angleterre avaient réglé leurs différends dans 
une entrevue. 

Il restait encore bien des ressentiments à calmer, bien 
des convoitises à s<itisfaire : la noblesse reniait une suie» 
raineté étrangère, et avait ellc-môme à se défendre contre 
le clergé qui, soutenu par la cour de llome, menaçait sans 
cesse ses privilèges et réclamait ceux qu'on lui avait enle- 
vés. GcUc-ci déconcertait souvent les projets de ses enne* 
mis en formant des ligues où chaque seigneur promettait 
assistance à son voisin, — «si aucuns de ceste communauté 

1. Justel : HM, de la Maison du Turenne^ 1. 2, c. 21. 

2. ChroD. de Mathieu de Weiluiin»ter. 



ET OV. IJV VICilMTf: l)K LIMOtiES. Sflp 

ki&ire avec la clergie '. » Aymcri, vicomte de Rocbe- 

, compUiot liur les barons ses associés, exerça plu- 

I TÎolences contre le» babilanls de la Cbapelle-Blan- 

Lct s'empara de leurs biens qui relevaieot du chapitre 

. Frappé des censures f^eciésiastiques par l'é- 

B Aymeri de la Serre, malgré la proteclion du vicomte 

tog«3, soD beau-D^re, il se soumit à une pénitence 

, donna pour ciiulion sa propre mère et les cbe- 

» Aymeri de Ciiàteauneuf et Aymeri Faute. Condamné 

kr on jour de dimanche h la procession, avec ses sol- 

; BD-picds, la tête découverte, sans ceinture, valu 

EnpJu (unique, il eut encore comme témoins de son 

itliMi tes propres parents, atteints par la même ex- 

piiuucatîon, tous en chemise et sans chausses, nu- 

1^ et portant les vergps qui devaient servir à les frap- 

mdant le Hérité lut fit grSce, ainsi qu'aux siens, 

i bgelUtion ; mais il les fil tous jurer de se préseoter 

I mdme manière k la porte de l'église, le jour de \» 

(de SaÎQt-Etienne. 

i VI, comme complice de son beau-frère, en signe de 

' et de soumission, promit de payer dix marcs 

L doslinés A l'achat d'ornements religieux, et, en 

teutioo de cette condition, il donna comme 

IleChlleaade Limof^es, Marguerite de Hochc- 

Dime, *a mère el plusieurs chevaliers. En sc 

t tiamilier, et en se sonmellant à l'Ëglise, la 

igrail peut-être donner au peuple un exemple 

|à ses propres volontés, cl ramener ainsi les 

<dKs ds la société nu mCoïc centre d'action contre 

iul6 ; mai» les événements antérieurs avaient Tait 

ï an trop grand antagonisme dans les rangs de la 



Mnt il* Pm : f. dt la victuitli ilt /.imovfi, S. K. c 



110 HISTOIRE DE8 VICOMTES 

féodalité' et de l'Ëglise pour que TuoioD fût longtemps du- 
rable. 

Au moment où la famille de Rochechouart humiliul 
ainsi son blason, les consuls de Limoges s'arrogeaient la 
droit de passage dans le jardin de Tabbaye de Saint-Ha^ 
tial ; ils voulurent bien terminer le différend, mais ne tou* 
lurent d'autres arbitres que deux bourgeois, Pierre Vin* < 
cent et Bernard Vodre, en concurrence avec deux religieu 
de Tabbaye. On décida que le jardin serait fermé, tant 
aux moines qu'aux consuls ; que l'abbé , comme les oofr 
suis, aurait une clef, mais qu'aucune des parties ne poa^ 
rait s'en servir sans en prévenir l'autre ^ La bourgeoisis 
réclamait l'égalité que l'Église n'osait plus lui refuser, taot 
les libertés communales s'imposaient à la vieille sodéti 
féodale. Les deux pouvoirs étaient cependant intéressés à si 
faire des concessions en présence des dangers qui les m» 
naçaient. Le moment était venu où la France avait besoin 
d'union et do dévouement pour la nouvelle lutte dans la* 
quelle les provinces méridionales allaient encore défendre 
leur nationalité et leur indépendance contre l'étranger. 

Louis IX, réglant sa conscience par les saintes inspim* 
tions de la justice, ne séparant pas la politique de l'équitéî 
venait de rendre à l'Angleterre les provinces conquises sur 
Jean-sansoTerre (4259). Le Limousin, au grand déplaiab 
du vicomte Oui VI, qui ne dissimulait pas son mécontan» 
tement, redevenait ainsi un fief de l'Angleterre. 

Cette concession fut longtemps blâmée par les popul*i 
tions du Midi ; Joiuville lui-même s'exprimait ainsi à oa 
sujet : a de laquelle paix les Périgordiens et leurs nutt^ 
chisants [Limousin et Quercy | se trouvèrent si marris qu'ik 
n'affectionnèrent oncques puis cl Rcy ; et encore aujoui^ 

1. Archito» (l« Pau ; F, de la vtnomté de Limoges, 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 311 

d'haï, à ceste cause, es marohes de Périgordi Limosin, 
Qatroy et aultres eovirons, jaçait (quoique) que saincl 
LofB soit saiact et canonisé par l'Église , néanmoins ils ne 
la réputent pour sainct et ne le festoyent point, comme 
on fait es autres lieux de France '• » 

La même année [1259] mourut Âymeri de Malemort, 
sénéchal du Limousin, ayec la douleur de voir passer dans 
les mains d'un roi étranger ce pays qu'il avait administré 
avec tant de sagesse, et que ses ancêtres avaient si long- 
temps défendu contre Henri II et contre ses dis. 11 fonda 
pour le repos de son âme dans l'église de DonzenaCi où 
il fut enterré, une messe de tous les jours, pour laquelle 
il donna an marc d'argent à prendre chaque année sur 
la lerre de Halemort. Quand il ne parcourait pas le pays 
pour làire exécuter les ordres du roi, il résidait presque 
toujours à Donzenac, dans le château dont il reste encore 
quelques vestiges, et qui tenait à une chapelle encore en 
partie conservée. 

Henri lU ne tarda pas & visiter ces riches provinces 
d'outre-Loire que lui livraient les scrupules d'un saint. Il 
fint à Grandmont, la bien-aimée fille de ses ancêtres, s'y 
reposa quelques jours, et envoya de là ses hommes d'ar- 
mes à Limoges pour en ôhasser 6ui-le-Preux, toijgours 
hostile à son parti K Geini-ci se retira, jugeant que les ha- 
bitants étaient peu disposés à le soutenir. Henri lU s'y at 
tacha la bourgeoisie, en flattant son esprit d'indépendance, 
rétablissant les consuls dans la plénitude de leurs ancien- 
nes franchises, en approuvant les coutumes de la ville, et 
en défendant à tous d'obéir au vicomte et à ses viguiers. 
Son sénéchal, Bertrand de Gardaillac, assisté du comte 
de ia Marche, reçut à ces conditions le serment de fidé- 

i. MÉXAIT) : Ofaervatiofu ttir Joùmlle, édît. de Da Gange. 
S. Ghroo. manncriief. 



312 HISTOIRE DES VIGOBfTES 

lité des habitants. Amaluin^ abbé de Saint*Martial, qui 
mourut la même année, se montra le plus humble des nou- 
veaux vassaux du prince, tandis que la masse des habitants 
ne faisait acte de soumission qu'à la condition que le suie- 
rain reconnaîtrait leur complète indépendance (i960) ^ 

A peine Henri JII eut-il quitté la ville que le vicomtei 
sans se préoccuper de ses ordres et de ses promesses, j 
rentra en maître à la tête de ses troupes, réclamant le 
libre exercice des droits qu'il disait tenir de ses ancêtres. 
Alors recommença contre Tabbaye de Saint-Martial une 
nouvelle lutte, pendant laquelle la ville eut à soufflrir de 
nouveaux désastres. Le vicomte attaqua les possessions de 
l'abbé, qui résista par la force armée. Ainsi eut lieu une l 
^crre de rues et de surprises, durant laquelle les deux 4 
partis se livraient au meurtre et au pillage. Les moines et 1 
les bourgeois surpris dans la juridiction vicomtale étaient ^ 
maltraités, dévalisés, et souvent mis à mort. Les hommes 
de l'abbaye usaient de représailles ; conduits par des chefs * 
appelés les chevaliers de Saint-Martial, ils veillaient la nuit 
et le jour sur les remparts qui séparaient les deux juri- 
dictions, observant attentivement chaque mouvement de 
l'ennemi. Cette guerre dura assez longtemps, et en amena 
une autre plus acharnée, plus meurtrière, parce que le 
peuple y prenait part avec plus d'ardeur, puisqu'il s'agis- 
sait de défendre les libertés communales. Les officiers mu- 
nicipaux, menacés par le vicomte, ne lui avaient d'abord 
fait aucune résistance, mais enhardis par celle des moines, 

i. Amaluiii «nt jioiir «iuci*«:Srt(Mir <iuillftnni(t de Man^iiii, <|iii enrichit l'ab- 
t.ayu (1« Saint-Martial «It^ |)liisiuurs arquiititimis iiii{ Driaiitus lit coiistraire la 
lliai^»on alilvLtiali^ i^t uclurtu «le: lliipiiin de Pvyrat la inoiliû dus honiinatrw 
du Cliàtoaii ilu Liiuo^^cH. La iii'''iiii* aiiiit^e, IltTiianl di> ViMitad<iur, archidiacre 
di' Saiiil-Ktiuniii*, donna à sim l'Iiapilm |)lu>i(:ur> maisons «itmVs mit la placo 
dus rlianoiiK'S, i*ntru la iii.-ii«i»n ou \o*^i* dcA M:iKUeuri« du Mauinout et celU* 
de la Porchurit'. {Arçfi, tle Pau : t\ th* Iti vicomte de Liinityen^ n» 51 S.) 



ET DE LA VICUMTE Ul; LIMUUEd. 3iS 

sur la prolection du roi d'Angleterre, ils vou- 
tendn) lc:irs privilèges. Gui-le-Pr«ux, ayant à com- 
leox Gooetois à la fois, se créa uii puissant appui 
l mariofie avec Marguerite, fille de Bugues [V, duc 
■ Celle union lui promettait, disent les cbro- 
1, {trandi renforts de Bourgaignons, pour assubjetler 
tog». ■ Il parvint en eiïet à rétablir ses viguiers dans la 
t, et quelques jours api-fis, il tenta de s'emparer de l'eD- 
ite fortifiée. Mais les habilanls étaient sur leurs gardes; 
\e repoussèrent jusque dans la Cité, lui tuèrent plusieurs 
lAb, ainii que son allié le comte de Ncvers. Cet état de 
wei interrompait le commerce, appauvrissait la popula- 
I et DoiMiit aussi ù. l'Église, car les gens du dehors n'o- 
nt pins Tenir apporter leurs oITrandes sur les autels et 
Iirrant les reliques des saints. Les moines firent cou- 
le Ticomlc et les consuls à une trCve, qui devait du- 
juM|u'aa >amedi après la PentecAte, après laquelle l'é- 
oe ubtiol encore que les préleulionii de part et d'autre 
dent MumiMs 1 l'arbitrage du roi de France. 
mi TI De TÎt pas la fin de sa querelle avec les bourgeois ; 
itetl que le conseil du roi examinait cette alfaire, sou 
Uoaa et ion counige l'entraînèrent d'un antre cûté. Il 
I les annea pour faire valoir ses droits au douaire de sa 
tr Marguerite, qui .ivait été mariée à Arcbambaud 111, 
lie de Périgord '. Il vint faire te siège du chAteau de 
irdvillet. AprUs avoir éprouvé de grandes perler au pre- 
ir asaaol, il se borna à ne menacer qu'un côté de la 
■ ae put jamais parvenir au sommet du rocher où 
B b rieillc forteresse qui dominait la rivière. La 
B lui causa cette tentative inutile hila an fin. La 
jParrtta dans l'abbnye de Braut£ime, qui avait failli 



3«4 HISTOIRE DBS VIG0MTR8 

être si funeste & un de ses ancêtres. Les moines entoi 
rent son lit de mort et lui donnèrent des consolationi^l 
corps, porté à Limoges par ses soldats, ftit inhumé en gMÉ 
pompe dans l'église de Saint-Martial (1263) ^ Ainsi ^ 
celui que ses contemporains avaient surnommé le PMJ 
soumis souvent à de terribles épreuves, dont il ne 
pha pas toujours t. Il ne laissait de Marguerite de 
gne, sa femme, qu'une fille qui hérita de la vicomtéi 



1. Chron, S. Martiaiù, ap» Script, rer, fhmc. 

2. Il avait é(*liangA sa Hoi^ourio de Dadefol pour \t fief de Pauil 
Ad^mar Ciuarin. Lo7 novembre !250, Pierre de Saint-AsUer lui 
liommage pour iroin domainet situés dàoi la paroiiit de Brauao. (i 
Pau : F, lie la vicomte de Limoges,) 



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ET DE LA VICOMTE DE UMOGES. 315 



CHAPITRE XU 



X, TICOMTSSSE DE UKOGES : LA MAISON DE BRETAGNE 

à» Limoges et ta mère Marguerite de Bourgogne. — RéTolte des 
■41 d'Aise coQtre Adémir de Maumunt et Marguerite de Boui^gogne. 
tentioD de Louis IX. '- Aymeric IX, ricomte de Rochechouart, et 
DDse. comte de Poitiers ; l*abbaye des Pierres-Blanches. — Note sur 
|«e Pierre de Sainl-Astier. — Adémar de Maumoat assiégé à ChAlus 
lûzoQ lie Bourdeilie; sa mort : Louis IX fait poursuivre les meurtriers. 
pojet de mariage entre Marie de Limoges et Pierre d'Alençon. — Mar- 
ite attaque les bourgeois de Limoges; ses soldats ravagent le pays, 
'évèque de Limoges assiège ChÂlusset, et les habitants de Limoges 
itcftn d'Aixe. — Limoges refuse d'ouvrir ses portes à la vicomtesse, 
bilippe-le-ilardi à Limoges. — Les bourgeois appellent à leur secours 
lard, roi d'Angleterre. — Marguerite s'adresse au roi de France. — 
rdret à l'occasion de l'élection d'un évèque; Gilbert de Malemort. — 
tnee de Philippe-le-Hardi eu faveur de Marguerite de Bourgogne : 
se des hostilités. — Les campagnes dévastées. — Les habitants de 
igcf s'emparent du bourg de Saint-Priest ; ils sont mis eo fuite. — 
li de France ordonne de cesser les hostilités. — Le roi d'Angleterre 
t le* gfos de guerre de Marguerite. — Edouard à Limoges; sa poli- 

astncieuw. — Il fisit travailler aux fortifications de la ville. — Siège 
hàiaan d'Aixe. — Sentence du parlement contre le roi d'Angleterre. 
rcteation> de Marguerite à l'occasion du droit de battre monnaie. — 
entre dan* Limoges et en sort peu de temps après. •— Marie de Li- 
9 mariée k Artur, comte de Richemout. — Sentence rendue contre 
DQSuli de Limoges. — Marguerite se met en possession de la justice. 
Ile entre en triomphe à Limoges. — Les grands dignitaires du clergé 
dândit pour elle. — Elle fait envahir l'abbaye de Saint-Martial. — Ses 
•prises C'iutre les grands feudataires de la vicomte, contre Uzerehe. — 
fH d'Angleterre prend le parti des consuls de Limoges. — Mort de 
ruertttf. — Marie et Artur donnent le flef de ChAlus à Gérard de Mau- 
.; pLiissance «îe celui-ci. — Aymeric IX, vicomte de Rochechouart, 
IBM les prétentions du seigneur de Chàlus, — Différends entre le 
Ate et l'aLbé de Saint-Martial. — Violences exercées contre les reli- 
:. — Le^ cr»nsuU de Masléon. — Note sur cette localité. — Raynaud 

Porte, évèque. — Mort de Marie de Limoges. — Artur en Bretagne ; 
■luts. 

ne de Limoges n'avait que trois ans à la mort de son 
Marguerite, sa mère, femme hautaine et ambitieuse, 



310 HISTOIRE DES VICOMTES 

aussi implacable dans ses ressentiments que hardie das 
rezécution de ses desseins, fut chargée d'administrer 
vicomte. Dans les grandes familles qui ont les pri 
de la naissance, du pouvoir souverain, il est rare que 
tuteurs ambitieux ne profitent pas du titre que leur 
fère la loi, ou la volonté des mourants, pour s'appropita 
les droits dont ils ne devraient être que les défenseurs, ot 
que des passions ennemies ne viennent pas ^porter b 
trouble dans l'État ou dans la famille. La veuve de 
Preux, impatiente d'imposer à tous l'autorité de sa fille, 
tarda pas à soulever contre ses prétentions la noblesse di 
Limousin, le clergé et le peuple. Les habitants d'Aixe, pe- 
tite localité formée dans les derniers siècles autour du doftr 
jon féodal, presque tous habiles commerçants, ou savaoli 
artistes à ciseler l'or et l'argent, à tisser les riches étoiEeift 
à couvrir les métaux des plus vives couleurs de l'émaili 
furent les premiers à réclamer, contre les prétentions di 
la régente, quelques-uns des privilèges de commune dool 
Jouissaient les bourgeois de Limoges (1264). Gui VI avtit 
pu leur résister quelque temps en déléguant son autorité I 
à Adémar de Maumont, dont la tyrannie ne connut plus 
de bornes après sa mort. Les bourgeois et les artisans coa- 
rurcnt aux armes, et bientôt Adémar et ses frères, assiégés 
jusque dans le Château, ne pouvaient en sortir qu'au ris* 
que d'ôtre massacrés par les révoltés. La vicomtesse mère, 
au lieu de recourir à la force, dont elle craignait les suites, 
parce que d'autres révoltes pouvaient éclater ailleurs, aimi 
mieux recourir à l'autorité royale, en portant ses plaintes 
à Pierre de Serviant, sénéchal de Louis IX. Celui-ci, pre* 
liant pour règle la politique de conciliation du saint roi, 
se rendit à Aixc, y rétablit le calme en faisant consentir 
les deux partis à soumettre leurs différends à des arbitres. 
Mais cette médiation fut fatale aux révoltés. Adémar de 



KT I>F. Uk VlCOMTt; DE LIMOfiES. 3)7 

, profiUint lie* [lotirparlers, sortit de l.i place et 
i y bire entrer des vivres on assez grande quantUé 
lést&tcr à un long siège; puis il rccamnienc.! ses 
, « irritant les habitants, faÎEsnt de grands maux, 
trea et carreaux du haut des murs, tellement que 
a'ottit passer toxtn ta porte, n A la Su, le peuple 
I innés, assiégea la Torteresse, et la serra de si pr^s 
|Bmi»>n Tut contrainte de se cacher derrièi'e ses 
L. Tnolc sortie était impossible ; les soldais levfs 
1 dans la vicomte, et conduits par les feudataircs 
9 de Hargnerito de Bourgogne, ne pouvaient rien 
ta asAÏégeanls. Bien plus, M>irgueritc, craignant de 
mi cens-ci des hommes disposés à s'associer à 
Bocot popnlairi', et nprf^s avoir vainement menacf 
ire In ville, fit venir » la bâte du la Bourgogne des 
\. l'aide desquelles elle espÉrail faire lever le siège. 
I régnait ailleurs qu'autour de la place ; les babi- 
Igoes et ceux des petites villes voisines, en- 
9 sympathies pour une cause qui était aussi 
bnt de courir aux armes. 
alignons ne pouvaient Taire Tace à cette Toute 
rais el d'artisans : le sang allait encore couler. La 
i peuple pouvait encore triompher par la Torce, 
le jour de la PenlecOtc (1263), l'évequc de Umo- 
mà des abbés de Saint-Martial, de Saint-Martin, 
e», e( de plusieurs personnes notables, se présenla 
kul de calmer les esprits et de les ramener h la 
Bomeat oîi les médiateurs étaient réunis à Bejnat, 
icataient tes propositions de paix, tes soldats de 
i s'élancèrent tout à coup sur eux. les diRpcrsô- 
Irs itmillaut, maltraitèrent le prieur dt^a Frèrcs- 
i, qui n'évita que par ta Tuile de plus odieux trai- 
Alors l'éréquc, doul l'autorité esl méconnue, va 



318 HISTOIRE DE8 VIC0MTR8 

supplier le roi de mettre fln, comme suierain, i 
guerre domestique. Louis IX chargea deux commii 
l'un pris dans les rangs du clergé, le doyen de Tov 
tre parmi les agents de son autorité, le bailli dXhIét 
se rendre à Aixe et d'y rétablir la paix au nom dt 1 
du roi. Les deux partis promirent de s'en rapporter I 
/vision à intervenir S et cessèrent les hostilités. 

Âymeric IX, vicomte de Rochecbouart, avait i 
paru incertnin s'il se réunirait aux ennemis de Mai| 
de Bourgogne. A cette occasion, AlphonsOi comtt^ 
tiers, lui écrivait en 4264, le mercredi après la fl 
apôtres saint Pierre et saint Paul : • Ayant appî 
Hélic dît Flamenc, chevalier, a l'intention et s'efti 
vous ostcr le repaire ou château de Chaillac, et I 
armes une chevauchée contre la noble et nosM 
vicomtesse de Limoges, nous vous prions de ne pi 
voir ce chevalier à la nomination ou atêu de ce f 
contre la justice, ni de faire cette chevauchée, sm 
vicomtesse étant prôte, à ce qu'on nous assure, dtti 
justice devant vous à tous les plaignants '. » 

11 Tut décidé que les habitants d'Aixe rentreraia 
l'obéissance de la vicomtesse, h condition qu'elle M 
nerait un autre gouverneur. Marguerite accepta aviî 

1. A cotlf im^mtî «^prvjm', Pierre de Sainl-Aslicr, év/^que de ïi 
filH du srifriifiir dn l'Ilf, vn IVrifronl, (|uiUa son évArbé et M ifÉ 
inngreA daiw lu nnivenl deA Frères-Prêcheurs, où il prit l'hifaii 
l)iiiiiini(|u«>. fit d«f grands doiiA au couvent, et ronstruisit la maiM 
t4«.'iii. (Arch. d« Pau : F. rit! la vicomte de Limftgcn,) Il fiit MÉ 
le l'Iid'ur de IV'gliiH- eu 127ri. . 

2. {R'-run'f tir Fnutrnmii à Poitiers.) Aymeric IX fil LMir «Q 
milipu d'unp forint, prifi d^ IlM*hoc)iouar(, pour doA relifrieufro* XÊk 
appidi^^ ilrs Pirni'S'lilnndn'Sy di- Tordre «le (iraudinuut, doul Q 
ciiiisacn'i par Sini'ui di' IliH^licrlninait. arrlicvrquo île Bordeauif' 
(,Wv*. //m x^imùtninf t/e L\mo*j^s), \\ n'i-xiate plu« de ce couvert ^ 
ipirA uiAKuri!!^,^ pris d'une iMiurc», nonnuôc la fonfaine dr fAbb^m 
e<t le Aujel de'picu^i'!» i i iMN;lii|ues IiVi'ndes. Avineric niuurul cD II 



ET DE LA MCOMTÉ DE LIMOGES. 319 

<iécisioD qui humiliait son orgueil : Adémar de Mau- 
• sortit du château et obtint le commandement de celui 
Uhu, ce qui créa de nouvelles difficultés à la souve- 

• 

^e haine des comtes de Périgord contre la maison 
BBoges ne s'était pas éteinte avec Qui VI. A la nouvelle 
tarifée d'Adémai* à Cbâlus, position qui menaçait les 
il da Périgord, Bozon de Bourdeille et Elle Flamenc 
tirmt la tour, au pied de laquelle était tombé Richard 
■dMion, et firent prisonnier de Maumont, qui Ait 
eitét après par deux bourgeois de Limoges, parce que, 
I 11 dernière trêve, il avait encore exercé des brigan- 
jusque sous leurs murailles. Son cadavre fut pendu 
beaux de la place, comme autrefois celui de Bertrand 
rrdoo. Cette exécution, contraire aux lois de la che- 
, condamnée par la quarantainê-le-rai^ ne demeura 
punie. Louis IX, sur les plaintes de Gérard de Mau- 
parent de la victime, fit poursuivre les meurtriers et 
iplices^ Ce tàii accidentel ne saurait cependant don* 
e juste appréciation de la vie des grands vassaux à 
[K>que. La plupart soumettaient leurs querelles à la 
n du roi, et venaient, avant leur départ pour la der- 
roisade de saint Louis, apporter de riches offrandes 
bayes, tels que Thibaut-le-Grand, roi de Navarre et 
de Champagne, qui fit un pèlerinage à celle de 
lont, la combla de richesses, ainsi que celle de 
lartial, dont l'église était déjà décorée des superbes 
des frères Lemovici. 

I les chroniques de Limoges et d'autres documents S 
IX, avant de partir pour l'Afrique, où le suivit 
ni de Ventadour, voulut faire passer l'héritage de 

CMi. do SaiuI- Martin. 

I» fie Nadftiifl. — Mw. de la Biblioth. nationale, n» 9420. 



3» * HISTOIRE DES VICOMTES 

Marie de Limoges dans sa famille, en mariant la jeune 
?icomtesse à Pierre d'AJençon, un de ses fils, ce qm annA 
réuni la Ticomté de Limoges au grand fief d'Aavap& 
Marguerite accepta cette proposition avec bonheor, el fKt 
lettres données à Paris, l'an 1268, elle prooiit d'acoompir 
cette alliance, lorsque sa fille aurait atteint Tâge de poberté'. 
En attendant, le roi, se défiant peui^tre de sa boone M, 
euToya son bailli saisir les terres du Limousin, sommer ki 
consuls et les habitants de Limoges de lui faire sermaàiê 
fidélité. Les consuls, attachés, comme nous Tarons ni toi» 
Tent, à leurs franchises municipales, répondirent arec «i { 
certaine fierté «qu'ils étaient prêts à obéir, mais qm 
Limoges n'était ni fief, ni partie de la vicomte; qalb 
tenaient leur yille du duc d'Aquitaine, et non du vicoaite 
de Ségur.» Saint Louis, qui avait cru que la vicomiefll 
possédait la seigneurie de tout le Limousin et de sa capi- 
tale, renonça alors à cette alliance; mais l'avenir n'ca 
réservait pas moins à cette contrée, par suite d'un ma- 
riage, l'honneur de revenir à la couronne, comme apanap 
de Henri lY, qui en fut le dernier vicomte. 

Marguerite de Bourgogne, quoique déçue dans ses espé* 
rances, ne s'attacha qu'avec plus d'ardeur à défendre les \ 
droits et les privilèges de sa fille contre la bourgeoisie, qui | 
lui devenait plus odieuse que jamais. Les concessions qu'elk f 
avait été forcée de lui faire, son ambition surtout, donnèrent ; 
lieu à de nouvelles luttes avec les habitants de Limoges, . 
surtout avec les bourgeois du Château, obstinés à ne vou- 
loir reconnaître d'autre souveraineté, d'autre seigneur qœ 
l'abbé de Saint-Martial , attendant aussi l'occasion de t^ 

• 

soustraire à celle-ci. Pendant que saint Louis campait sotf 
les murs de Tunis, et Edouard d'Angleterre en Syrie, dto 

1. Art de vérifier les dates : Comtes de Clermont en Beauwnsis, 



ET l»E LA VIC'JITE UK l.lMOf.KS. ;(2| 

des troapes et Tortifia loulc» ses places, — « par 

établit DU ^rand nombre de pillards diins le cliAleau 

Ins, nitoant toul lu pays, faisniit m<iiix ioUnis aux 

de Limoges, détruisant les vivandiers et inar- 

» qui appottaiepi des vivres dans la ville, ou qui ve- 

7 acbetvr des marehaiitlises '. f 

boorgeois. qui n'avaient pas voulu se donner A in 

é, les arlisaos ruinés dans leur comiuerce, elfi'ayés 

i £Ut de chosesi ne pouvaiii résister longtemps sur 

m point» à la fois, ponèrenl leur» plainle.s à Phi- 

le-Hardi qui venait de ramener h Paris le corps du 

mi (1370). Alarguerile cessa tes hostilités, cl dishimu- 

ooldre, fit sortir ses troupes de la ville; mais, pour 

dans de meilleures circonstances, elle les envoy-i 

tr d«ut les cMteaux d'Aixe «t de Chàlus^ot. Celles-ci, 

llTaicnt quitté Limoges qu'& regret, se voyant privées 

tîsir de maltraiter le^ bourgeois, de s'earicbir do leurs 

iUta, ae restèrent pas inactives dans leurs g;irnisons; 

n pu* leur» chefs, et sans doute aussi par la haineuse 

temt, eUca raisuicnl tous ]e& jours des sorties, se ré- 

leat en pillant jusqu'aux portes de Limoges, massa» 

A quelquefuis les habitants qui se laissaient sur- 



', pressé d'agir par les prières du peuple, attristé 

lors du pays, n'ayant pu obtenir de Marguerite 

(W<c<iuiun, résolut de recourir à la force. Avec ses 

, réonis aux soldats des paroisses voisines, à ceux 

iliaje de Soligaac, il surprit quelques bandes de pil- 

phrent la fuilu; puis il vînt assiéger le château de 

:, dont il se rendit maître par capitulation : il Tau- 

le démiili, si l'abbé de Solignac ne l'avait réclamé 



.122 HISTOraE DES VICOMTES 

comme faisant partie de sa seigneurie. Cette première vic- 
toire ne fit que sus^pendro pour quelques jours les ravagei 
des aventuriers, qui ne tardèrent pas à rentrer dans k 
place et à recommencer leurs course». Tant d'audace r^ 
veilla de nouveau la colère des habitants de Limoges. Âlon 
un vit sortir de la ville une partie de la population, préci* 
dée de clairons et de trompettes, suivie d'une foule de 
femmes et d'enfants chantant des hymnes de victoire» qoi 



1 



passèrent la Vienne en ravageant les environs, pour afflunir 
leurs ennemis. Ces guerriers improvisés marchèrent contai, 
le chflteau d'Aixe, et brûlèrent deux faubourgs* Mais peA* , 
dant qu'ils se livraient au pillage, les soldats de la viconH j 
lesse-mère, voyant le désordre qui régnait dans leurs rang^ ! 
firent une sortie, les surprirent, en tuèrent soixante, fireat ^ 
plusieurs prisonniers, et rentrèrent triomphants dans la i 
forteresse avec deux bannières enlevées aux vaincus. 

La vicomtesse, fière de ce succès, croyant avoir gagné par i 
sus présents et par ses promesses quelques citoyens, « gem J 
endettés ou criminels, qui craignaient d'être punis ponrl 
leurs méfaits, » fit sommer la ville de lui ouvrir ses portes» . 
Mais la meilleure partie de la population ne se laissa ni in- 
intimider, ni corrompre. Alors celte femme, «que la haine 
ne Ifiissail plus dormir, courant çà et là dans le LimoosiB 
chercher armes et gens de guerre; toujours à cheval| , 
comme un homme de bataille, criant, vociférant contre les-. 
bourgeois, n fortifia les garnisons des châteaux d*Aixe et de*, 
Châlus, et ordonna aux siens de piller partout les propri6><|| 
(es des bourgeois. «Par quoi ceux-ci firent maux infinieis 
ravissant fruits et marchandises, coupant les oreilles éli- 
({ucucs aux chevaux des voituriers, gâtant vins et graineg^. 
quand iU ne les pouvaient porter. » 

Le roi de France, Pbilippe-le-llardi, ordonna vainement à 
la viconUesse de cesser les hostilités. Alors, ne comptant 



RT riE U Virf^MTÉ I)R UMftfiES, ,123 

! sw eax-m£incs , les Holaats dfl Limoges firent' 
i lortict. Un Jonr, lis Biirprlrenl en rftse cumpagne^ 
i de U ^roisoii d'AI;te, firent plusieurs prison-' 
Kilns occupés & Ne diffV?ndre qu'à sauver leur butin. 
l«Ondul»ireot en Irioniphe à Limoges, mais ils ne 
bl pu ft recevoir du roi de F'rance l'ordre de les 
en liberté. Ce prince vint Ini-mëme ù Limoges 
Hemp» «prt*, ft son retour de son expédition contre. 
t de Poix, r^it par lui prisonnier, tes moines de 
rtial lai firent une mngtilllque réception. Ceux de 
iine, accompa^és des religieux de l'ordre de 
AiDÎnique, vinrent & sa tvnconire, et te conduisirent 
loDnellemenl an palais de l'fv^quc, d'où il partit le 

n pour Tlïiter l'abbaye de Grandmont. 
•nple arail beaucoup espéré de sa présence; mais ii 
1 poor pnitftger la ville contre les attaques ince»*' 
ifle Hârguerile de Bourgogne. Aussi les bourgeois, 
nat plus résister, n'atlendunt rien de Philippc-le> 
*qt)i ne savait pas continuer la politique loyale et 
«de son père, se tournèrent du côté d'Edouard, 
logteterre, qui ordonna aussitât h son sénéchal de 
■ d'envoyer des troupes ft Limoges. Bienl6t celle» 
miCM« éprouvèrent , grftcc h cette intervention ; 
Bveile défaite dan* les environs d'Atxe. Mais si, d'tnj 
I bourgeoisie aux alioh se monttMit infidèle à ii < 
: la Toyanlé française, eu appelant un prinetf i 
k-ft la défense de «es privilégea, le cleï^é qai n'avaîl ^ 
D^mcs iuléréts, qui bien plus puiivait cr.iiudre que^ 
Btnea de la commune, s'iU avaient lu dessus, na ' 
'plia turd doï cuaemîs, se montra disposé Jk si' . 
du c6lé du rot. n avait d'ailleum de justes molilii . 
ui pour se prémunir contre les prétentions dd 
lia.tpii voulait conlraimlre l'abbé de Sainfr i 



n24 HISTOIllE DES VICO&ITES 

Martial à lui faire serment de fidélité. L'abbé* au Uea de 
se soumctlre, vint à Paris faire acte d'obéissance à Philipp^ 
Ic-IIardi. Marguerite de Bourgogne, menacée par la résis- 
tante opiniâtre des habitants de Limoges, ne pouvant hîif 
face aux troupes anglaises dans la vicomte, tai réduite àj 
invoquer aussi la protection du roi contre Edouard, qjàf 
prétendait, comme duc de Guyenne, exercer dans Limogei 
une autorité souveraine. Philippe lui adressa à ce sujet des 
lettres comminatoires (1274)^; mais ses volontés ne|»- 
saient pas d'un assez grand poids dans la balance politiqas 
pour que T Angleterre obéit à ses ordres. Le moment n'étiil 
pas encore venu, où un roi de France devait envoyer à le 
cour d'Edouard une déclaration de guerre. 

Le prince anglais, ne craignant pas de violer ouvertement 
le traité par lequel son prédécesseur avait promis à saint 
Louis de renoncer à la souveraineté de Limoges, continu 
de soutenir les bourgeois révoltés, qui euz*mâmes ne M 
doutaient pas qu'ils pouvaient bien être victimes de cette . 
aime à deux tranchanls. Le désordre devint si grand dam 
la ville et à Textérieur, que le clergé ne put pas pourvoir 
à la vacance du siège épiscopal ^. Quand il voulut enBa 
s'occuper de l'élcctiou, deux partis se formèrent. L'un 
choisit Simon de llochcchouart , doyen de Bourges et 
chanoine de Saiut-Ëtienne; l'autre. Clément de Saint- 
Uilaire, aussi chanoine du môme chapitre. Mais, sur cei 
entrefaites, le premier fut nommé au siège de Bordeaux, 
pendant que son compétiteur mourait à Rome, où il était 



i . Arcb. de Pau : F. de la wcomié fie Limogent, 

2. Aymeri du la Serr» (itant mort Hur ccti untrofaites, il fut le preimeC 
des éf^ueft qui eut un tomlxuiu tlans la cathédralo, à laquelle il avait laùMl 
une forte voinine. Il eut pimr cuiTonseur Gilborl d« Malemort, qui ne pril 
pai immédialemeut poi^'MÏon, par nuitc doH prû tentions do deux autm 
candidats à la m^nie dignité, Simon dn Rochcclionart, doyen, et Clémeiil 
de Saint-Hilaire, chanoine. (GnH. ChrisU : Kcclet, Umoxicetw,} 



i 



KT \m LA YICOMTÉ DE UMOliES. ;tr. 

lootomr ses droits. Alors les passions se calmèrent, 
I put élire pacifiquement Gilbert de Malemorl. Cn 
I ootnbre di; prflats et de hiials barons assistèrent & 
"onisition, la plus solennelle qu'on eût encore vue. 
•s laquelle on créa trente-cinq chevaliers de Saint- 
I *. Mais, pendant que t'Ë^Use avait des jours de f^les 
I k^omes de joie, le peuple continuait de souETrir des 
I d« U guerre; son désespoir le portait à voir par- 
ts présaftes de plus grands malheurs. U s'effrayait 
t, disent les chroniques, ù la vue d'une nuée de cor- 
: qai, le jour et la nuit, venaient se percher sur les 
des églises, Il faisant retentir l'air de leurs croasse- 
li excitant toul le monde au massacre pour faire curée 
idanet. >> 

d {"avait enliu consenti à Taire hommage au roi de 
I pour son duché de Guyenne, et de ce moment 
ie-Ie>Hardi. moins intéressé à prendre parti dans les 
is d« Limoges, conseilla aux agents de la vicomtesse 
1er avec les bourgeois; et, h la suite de nouvelles 
liions, il rendit une sentence par laquelle Morgue- 
I Bourgogne, au nom de sa Sllc, cl à l'eiclusion du 
Lngletcrre, pouvait recevoir le serment des bourgeois 
B 1274) '. Edouard 1" et les consuls protestë- 
! cette décision. Sur ces entrefaites, la reine 
e arriva k Limoges, y fat honorablement reçue et 
t la maison abbatiale de Saint- Martial. Sa présence 
1 lu habitants contre les projets de Marguerite, qui 
a jan h leur fournir de nouveaux sujets de plaintes. 
IdeHaumont, d'une famille depuis longtemps dévouée 
ennemie, ayant .-icheté de la vicomtosse le château da J 
l, anil fait drosser des fourches patibulaires jusqaS ' 



3S6 HISTOIRE DES MG0XTE8 

sur les terres qui relevaient du chapitre de Saint-ËtieniMi 
Ëlu quelque temps après archidiacre, il entreprit» près di 
palais de Tévôque, la constructioD d'une tour carrée, 
longtemps connue sous le nom de Tour de MaumonL CMê 
construction mécontenta grandement le peuple , qui y 
voyait une menace contre sa liberté et ses privilèges K Maiw 
guérite ne tarda pas à recommencer ses attaquea, « laseifr 
blant gens de toutes parties pour rafraîchir ses garaisoDii 
faisant invasions et ravages sur les terres des bourgeois. • 
Heureusement le roi d'Angleterre, averti de cestroobtai 
incessants, vint rassurer les populations , qui le reçareat 
avec des acclamations de joie. Pendant qu'il visitait hi 
manoirs des environs , cherchant à rallier à sa cause lai 
petits vassaux qui, en se donnant à lui, croyaient relefer 
leur fortune, les soldats de la vicomte surprirent le Cbi- 
teau de Limoges et y arborèrent leur bannière *• Celui de 
Noailles, livré par trahison , reçut aussi une garnison qd 
pilla souvent les alentours. Edouard, occupé ailleurs, 
envoya son sénéchal Guillaume de Valence au secours de 
Limoges. Les gens de la vicomtesse, battus sur plusieun 
points, prirent la fuite, après avoir perdu plusieurs ensei- 
gnes. Quelques jours après, un détachement de cavaliers, 
surpris sous les murailles de la ville, y perdit ses chevaux et 
ses harnais. 

Les troupes de la vicomtesse, loin d'être découragées, sa 
divisèrent en plusieurs petits détachements et continuèrent 
de courir le pays ; la culture des champs était abandonnée 
dans les environs de Limop;es; le peuple fuyait de sei 
chaumières incendiées pour se réfugier dans la ville; les 

1, Ct>Uc. tour fut (>ii (Lirlif lU'inolit'. par li>s «mires du prince de GallMb 
I/rv(M|iio Jean t\v LniiKi'Ac fit t'llll^t^ui^l< sur le nn'-iiip t'iiiplAi'iMiUMil un iiu« 
;;nitiqiir rtiàti\iii «|n'un nppt'l.iit V Evrxifuumf, Llir il(> Malr.niorl, dtiyiMi da 
ciiapilrc, nintriltun iMMurmip .'i r.i»?rauiliMi«cin(Mit <lo In urf <l«* I.i cathédrale* 






ET HE LA VICOMTU UE LIMOGES. 'm 

râpeux puar suatenir ]es bourgeois, les plus pau- 
t demander l'aumbne. Xou» le» efTorU du bénécbal 
I fttr«ot tupuissouls à rumcuer U paix. Une iroujie 
uns, plus avidos de pillâgu que de combats, ie 
■ les pendangeurs près de Balezis et les disper- 
i Mptembre). 

s par les foyards, les iiJibitants de la ville s'arment 

, plxcenl des sentinelles aux portes, s'élaiicenl dans 

e 1 U poursuite des ennemis, qui regagnent en 

e chAleau d'Aiie. Le lendemain, on se remei 

it; d«3 bandes armées sortent eDOore de la ville. 

Il trampelles, basiinets, clairons et tambours», tra- 

mt la Vienoc. se pTésenienI devant Aixc, pillent l'église 

D, brûlent plusieurs maisons. Le bourg de Ëaiot- 

' a le mCme xorl ; un pritrc, surpris dans l'église, y 

^nâllniilé et voit emporter son e^lJce d'argent, ses 

■ de prières et tous \e.i ornements. C'était moins une 

I de pari et d'autre qu'un odieux brigandage. Ces 

utions no restèrent pas impunies, car, an dire d'un 

; one terreur panique s'empara des dévastateurs, qui 

lat la rtrite en désordre, — n jetant leur nsmies à tra- 

u. cherchant un refuge dans les bois. Nombre de 

t éOoUtrtt n'ayant Jamais eu exploits de guerre, se 

t tUnper par ceux de la garnison qui, aidés de^ babi* 

l d'AIxe réfapiés dans le château, leur coupèrent la 

I pont. Ladtli- compagnie d'enfunls prit la fuite 

I et baÏMOns, jetant ses armes çà et I&. Trente- 

it tu^s, plusieurs prisonniers; tous perdirent leurs 

« , arbilMes et autres bamais. n 

I Bo B rg u ignoos sortirent encore d'Aixe, s'avancèrent 



3âR HISTOIRE DES VICOMTES ! 

jusqu'au pont de Saint-Martial, où ils brûlèrent quelques 
pressoirs et quelques maisons. On parvint cependant à ki 
mettre en fuite; plusieurs furent tués; d'autres, surpris dam 
les vignes de Montjauvi, perdirent leurs chevaux. Le roi da 
France intervint, ordonnant aux bourgeois de cesser Im 
hostilités et de rendre les prisonniers, assignant les den 
partis à comparaître devant lui dans la quinzaine^ En effet, 
les bourgeois, fatigués d'une lutte qui les ruinait, rendireot , 
aussitôt les prisonniers. 

Gérard de Maumont, toujours dévoué à la vicomtesse, 
alla soutenir ses droits à la cour du roi, qui renouvelant h h 
sentence antérieure, ordonna au roi d'Angleterre de renon- 
cer au serment de fidélité des consuls, d'abandonner la 
bourgeois et de les livrer à la justice de la vicomtesse. < 
Celui-ci répondit que , comme duc d'Aquitaine, il devait * 
soutenir ses vassaux, que jamais la vicomtesse, pas ploi 
que les précédents vicomtes, n'avait reçu à Limoges, 
l'hommage de la ville. Quelques jours après, son séné- \ 
chai se mit en campagne , et eut une rencontre avec les i 
gens d'armes de Marguerite entre Limoges et Aixe. La 
combat fut rude de part et d'autre; les vicomtins eurent la 
dessous. Gilbert de Thémine, qui les commandait, perdit 
sa bannière et ses bagages. On ne pouvait plus prévoir la 
fin de cette guerre domestique. Philippe-le-Uardi, revenant 
du Languedoc avec son fils, passa bien par Limoges; mais, 
au lieu de chercher h concilier les deux partis, il ne 
s'occupa que de quelques querelles de moines. Pierre, abbé 
de Tulle, venait de mourir, laissant une forte somme d'ar- 
gent dont il avait légué une partie h l'abbaye de Saint- 
Kticnne. Quelques moines s'emparèrent de quarante mille 
s.ous au détriment de la succession. Sur la plainte de l'évê- 
que de Limoges, Ancelin de Saint-Jean, bailli du roi de i 
France, poursuivit les spoliateurs, en fit arrêter plusieurs 



j 



ET DE U VICOMTE DC LI-MdUES. 338 

"1 chnrgta de chaînes, et les contraignit ainsi A restituer 
..mme eolctée. 

Opetidant, au mms de tuai suivant, le roi d'Angleterre 

tntra àaot la Tille aux applnudissements des habitants. Les 

ikbû de Saint-Martial , de Saiiit-Augitsliii et de Sainl- 

''iriio, acrompagnéâ des frères raendinnl^, se rendirent à 

n t»|ji, le prièrent de faire cesser la guerre qui ruinait 

'^ij%. H consentit seulement h envoyer des ambassadeurs 

m roi de France, mais les hostilités n'en continuèrent pas 

iDotM (J2T5). La vicomtesse, plus irritée que jamais, « fit tuer 

cettaâns Toitariere conduisant des marchandises h Limoges, 

pmrfanlqDe Oui. son allié, comle de la Marche, exerçait en 

•su nom de grands ravages sur d'autres points', s Edouard 

wmliUil «insi négliger les intérêts de ceux qu'il disait se^ 

■ ••^sia. De sortait de la ville que pour aller à 1a chasse. 

^mdbttirloal & diriger ses courses du cûté de Orandmonl 

de VergI, ft parcourir les montagnes les plus abrup- 

.en attendant le retour de ses émissaires , qui u'ap- 

i^nnt aucune décision satisraisante. Alors, désespé- 

t 6e sa médiation, les bourgeois le sollicitèrent de 

.t donner des chefs sous les ordres desquels s'organisc- 

; ta résistance, car déjà plusieurs barons du Limousin, 

-.'lemplL' de Gui de Lusignan, venaient de se déclarer 

-m eux. Mais, voulant peut-Clrc ruiner les forces des 

.-X partiii par la continuation de la lutie, il leur offrit 



• ili! Il Mirche, ml Oai da Luupiuii, ûr« <1i' 
|iiirlH' •h t'iml" lit la llJirche. l'a »rr*l il» 
t 'rtJiil que Gui a raceniit 
. i-iiU«Uai, «il ceala lirta* 
' . :ivcc K-pt ehcTiliors k » 
. .1 rcrafVniit dei roUa «Ter 



330 HISTOIRE DES V1C0BITB8 

seulement de fttire la guerre en personne» s'ils en obtenaieÉ; 
la permission du roi de France, son suzerain; poKl 
astucieuse, dont le résultat pouvait être de soumettre 
fflroilement à ses volontés la vicomtesse et les boni 
Les consuls ne voulurent pas accepter ces condil 
mais, espérant que leur cause deviendrait la sienne, 
vinrent, suivis des plus notables de la bourgeoisie» loi oi 
les clefs de la ville, le suppliant de disposer d'eux à soni 
ou de les aider à défendre les terres qu'ils tenaient de 11 
ou de les donner à la vicomtesse. 

Touché du désespoir de la population qui se mettaM 
quelque sorte à ses pieds, le prince versa, ditponi des 
mes, ainsi que ceux qui formaient son cortège. Le U 
main, il annonça qu'il se rendait auprès du roi de Prti 
déclarant en outre qu'il ne renonçait point aux droits 
lui donn<iit sur la ville le serment des consuls; qnll 
laissait des hommes d'armes pour la défendre. Plui 
en effet, conduits par Aymeri de la Marche, occupèrent 
pont de Noaillac, où il y eut quelques actes d'hostil 
Cependant, le roi d'Angleterre, n'ayant pu obtenir dn roi 
France aucune concession, envoya Guillaume Walerif 
Walensa, avec deux do ses barons et plusieurs chovalii 
pour faire travailler aux fortifications de la ville. Ils arrii 
rent au moment où les hostilités avaient pris un caracl 
sérieux. Li vicomtesse avait réuni h Aixe toutes les tr( 
qu'elle avait pu fairo venir de ses places les plus éloigni 

Les gens de Limoges et leurs alliés s'empressèrent 
prévenir cette concentration de forces, sortirent de h 
murailles au nombre de quatre mille, entrèrent dans Al 
tuèrent plusieurs de leurs ennemis jusqu'à la porte 
chftteau, où se retranchèrent tous ceux qui purent s'y 
gier. Ouillaume de Walcnsa les y cerna du côté de la vil 
et, en attendant l'arrivée des barons d'Aquitaine, qu'il r^ 



i 



ET DE I,A V1C0»ITK HE lOÏIftr.ES. î3| 

Hfés pour afisiéger ta place, il lil ravager les vi^es et 
dé» des «avtrotiB. Penilanl ce U-inps-U, une partie de la 
Osoo cla ubUean parvint & sortir et, au nombre de plus 
ttmn mille, occupait les deux ponts sur la Vienne et 
défeodait avec sacuëi. Sur ces enlrtifaites orrira le séni- 
I anglais, qui caoïpa à Beynul, avec on graod nombre de 
eot» et de Périgourdius. Alors on put fdiie régulièretoent 
iéfe du clUleaii d'Aîie, ponr lequol les habilants de 
109» s'cmpresaùrciit d'envoyer des cordes et des cibles 
Baaires â l'escalade, des torches pour y roellre le feu, 
furent dressées aux cris de fureur de la mul- 
ipatienle ilt- «e venger de toutes ses soulTrances, 
iajcur nouiiuii Civrac. Les assiégés se défen- 
du haut des niurailies d'cnornies pierres 
Les Aiigio-Limousias, secondés par les habi> 
ville, qui avaient aussi à se plaindre de Marque* 
le, allaient s'emparer de la place, quand un 
-' du roi de France leur défendit, sous peine h de corps 
riens >, de coalinuer leurs atiaques, et les assigna 
bain parlement de Paris (34 juillet 1315). 
: irlemcnl, tout dévoué au roi, reudit une seulence 
^it moins pour but do mettre fin ù la querelle des 
'^«oia el de la vicomtesse que d'humilier le roi d'An- 
m*. Edouard fut condamné h payer aux habitants 
^,613 livres trois sous huit deniers, pour répara- 
doaunaiitea faits par ses iroupes. Ceus-ci, cral- 
e pooToir pas toucher facilement cette somme, 
Atre plus sûrs d'eu avoir au moins une partie, 
d'en céder le tier<' à Gérard de Maumonl, s'il 
reste k leur disposition. Le lieutenant de Mar- 
Celle-ci n'en devint que plus ambilieuse 
Ions ^es droit<i de juridiction snr la villt.' de 



332 HISTOIRE DES VICOMTES 

Déjà, en 4263, les consuls avaient consenti à ce qo*el|i 
fit frapper une monnaie, appelée barbarins^ mais à coa4^ 
tion que cette monnaie ne port&t pas i^effigie du Tii 
S'appnyant sur la môme cession du même droit» qu^ 
tenait de Tabbé de Siiint-Martial, elle fit frapper à Aixa 
monnaie, appelée LemoviXy que les bourgeois de Limi 
refusèrent de recevoir, sous prétexte d'altération. Da là, 
procès, à la suite duquel le roi de France ordonna 
cette monnaie serait reçue à Limoges, à la condition qa'i 
serait fabriquée au lieu ordinaire, et que celle d'i 
n'aurait plus de cours. Mais MargueritCi qui avait 
d'argent pour la solde de ses troupes, continua la fabi 
tion à Aixe. Malgré un appel porté à la cour du roi, et 
en attendre les suites, elle prétendit user aussitôt de 
sa juridiction, en exerçant ses droits de justice sur les 
bitants de la ville. Les bourgeois et les consuls, conni 
tout le crédit dont elle jouissait à la cour de France, 
gnant, par une nouvelle opposition, de s'attirer l'ini 
tion de Philippo-le-Hardi, et de plus grands malheurs 
leur ville, parurent disposés à traiter de la paix. Mais à 
sujet les esprits furent divisés; les habitants se parta| 
en deux factions. Quelques-uns voulaient qu'on gagnât 
temps; qu'on s'attachât à mériter la bienveillance de 
vicomtesse, en faisant un compromis entre les mains 
Gérard de Maumont. « La partie la plus saine, dit la 
nique, les prud'hommes de l'hôpital, aimant mieux 
que de perdre leurs libertés et franchises, ne voulaient 
accepter l'arbitrage. » Plusieurs, indignés qu'on 
renoncer â des droits conquis piur leurs ancêtres, sortii 
de la ville, et se retirèrent vers le roi d'Angleterre. 

Cet état de choses était la cause d'agitations incessant 
aucune proposition ne semblait pouvoir rapprocher 
esprits ; rien ne se terminait, lorsque, le dimanche a] 



3 

i 



ET DE tA MCtum: DK UMOliKS. 333 

r-Hutiti, quelques citoycos, pour revoir plus tôt 
s oa leora parents détenus par h vicomtesse, se 
it el loi apporl^reot les clefs de la ville. En elTet, 
loters lurt^nt aussitôt mis en liberli^, et Marguerite 
^e entra dsns Limoges, CQscigncs déployées, 
B le reste de la population eût songé h prendre un 
isif. La m.ijorité jura de se soumettre au compi-o- 
G les prud'hommes de l'hâpilal et les citoyens du 
des Combes s'y refusèrent. L'abbé de Saint-Mar- 
broxnt Ie& mêmes droits dont voulait user la vî- 
prit le parti des opposants, les excita h la résis- 
■ Abilgncrite, effrayée d'avoir à lutter à la fois 
||(||ê el contre la bourgeoisie, publia des lettres- 
tSMet de ses armes et de celles de sa ûlle, par 
elle déclarait la ville et les faubourgs rraocs, 
loolM servitudes, pour le présent et l'aveuir, pour 
r aa fllle. Malgré ces concessions, elle ne se crut 
|leoi|i9 en sûreté dans cette ville, oâ elle n'était 
I quelque sorte que par surprise, oii les bourgeois 
s pouvaient bien lui demander compte de leurs 
Bis i mort, de leurs terres ravagées, de leurs mai- 
tàiée*. de leurs femmes et de leurs filles violentées 
Uatesque. Elle partit donc deux jours après, lais- 
fère eile ses prévôts et ses viguiers. Ceux-ci s'cni- 
i d'exercer leurs fonctions eu son nom, comme 
■ienl reçu l'ordre, tîérard de Maumout, et Elle, 
t dnyeo de Sainl-Yrieix. oubliant que le premier 
e était sorti de la charrue et n'avnit eu rang de 
que par un caprice du vicomte de Ventadoar, 
Mfilenc« qui annulait les droite de la cité '. 



•■ if li«urB«oû [ur«iil 
h pxént hw Jtiilta «r l« mt 
'bn* • dun la ChitMU, m 



wndanuiéi 4 pkyvT l'îoipM lui 
luui. Du |il<u : ■ Qu» loi uM^i 



WiiT 'ym^i- h» œ^onrFiiç» BiBôHtnil depuis dOQxeatt^ 



jane. m tp-hii ma ill&. ^ooitc^Ie défendait les pm\è|^ 
ict^rxnit tf ïg^^neaoBït rineaiiïre. vus usai arec une i# 
iiium ao^ imicesv itt^aSR&oÉ ma ans progrès des îdM 
.-*Ht«?fr^aanr« imr sca^Bùv ses peffiirniT, an temps oftk 
i^thb^ ie jmmmm». ia €saMHH«ia# sonlcsaient l^indignalk 
rv fe ^tonâîti «oitfn ^ lewc ispatient de s'affrandl 
w» lAviff •jlt m\ ■ M* iS éf iecir des droits iK>litîqaes qi 
a ^rranar m. vaft ^sconoos^ Cepe n dant, pressée par 1 
r^r^Mnananr» ^ > np »u^ » cette antorité à la jeone ncoa 
3»«« ^iir» •£» Lacns. dont La main arait été ptaoioB 
5>i$ «ilicitiM 7dr liis ftîs des pïns gfnndes familles i 
rrvMe. ftfe a vnc«n à Artar, tomte de Richenioal, I 
Afeo ai MiL*4b> i£e J^an r* dnc de Bretagne. Ce mari^ 
^£L ^hè&ct «r «oile pcnspe dans la basiliqne de Saii 
Iftirtia ie T>w!^ et a» dus relie de Saint-Martial| ok I 
itticr» 1 X^intihfee reeevaÈcat tinnean de sainte Valéfi 
>tK« {n'^ors 11 nV xnnLt en pour eetle cérémome 
> i^»r. ù orati^. par snrte if e la réTclte cootinnelle d 
^»tiî\i?Tfe>V La* i«CT ê>:ax, tout joreux de consacr 

:'?..;© oSe r>:<* av*I^ rwre<. B^tacne, Bourgogne et I 
jjxHTf^k ^îus^seat *feî bi«L mjdheurecx. si les joies de Thymi 

>^:«l w Mai K «I Wi^ coâj^ixwf. :i«f. tnsdçocts 4e bo» et attrai ptà 

;. ,a ;.• ■<:ai;j.. .c> 3i.LrM-;;>. -r.i i-: j. T-ozd^;, des poules et a«U 
*-'>v*- . .,v>. ,-1 .•■.!'» i .rw:,L=-: ?f ::>?-. .vzi~e iizi? da ChMeati et 
.% *■.%?. Al A wAi>î <c jviïi cw Jioati. ott jLuirts «isagvs, lai demeonrc 
,' ' <*a,-v\*. ,-^ ^M^.^ .-^ïw.* :<.;*rriM > t- rtiuc- >-;.,•; -ijur les poids et mesoi 
;* >«.'ii vi, s> *c* ,»r*»> îM "a -,•„;-. — i' j-ir*. ï-i^pen'int. et les ameac 
*u v'vdt* ';v ^i ?r»r-«::isi:, irpart-cdr :;: a la Tio^mtesie de plein dioi 
^w.>iuA;iiXA ^^'^r'^ ô:>.vj::ïs1> ^.- -.> ..—.--:.> -t usurpa, nousordfl 

.^^. dvot Ci»; s^wut UjyonT^ sTïie» oa r*r IjÙiU Marie, ou par mo ra 

U l> marvA^ eut ÎK-n, «îoc :-s uns, en iTTI, »\ou daotre» es 1271 
•.xw» d Al^i^» Utt vkvuahitil qui se trouTe lui Architw de Paa, ce Ait réeft 
we«t eu tSTT. 



KT DE LA VICfJMTt; 1>E UMOfi&S. ;!,1S 

It6 troublées par le prossentimenL que leur posté- 
t UD joui; s'éteindre dans l'oubli, dans ce chft- 
iégUT qu'avaient illustré les premier» vicomtes. 
£rela^oe n'avait alors que treize aos; Marie, sa 

»e, k la bloada chevelure, comme ses ancêtres 
lernuitique, en avait quinze. La vicomtesse mère 
Kiotrcr *vaii orgueil au peuple limousin, heureuse 

l jours qu'ils se promettaient, et des brillanles 
' que rAvait pour eus sa tendresse maternelle. 

If habituée à commander, celle Temme alliërp ne 

t pu immédiate me ni les rënos du pouvoir; c'est 

lit encore & combattre pour eux '. 
t était loin d'être stable avec les bourgeois. ËDbar» 
^Malcncc des arbitres, la vicomtesse mère se mit 
feioa de la justice ; et, quelques jours après, on rit 
»&seH tourcheâ patibulaires les cadavres de quel- 
DJs récalcitrants. Opendant on s'abstint de 
t : OD s'arrôta devant un pouvoir n:.odéra[ear. 
édalaUn du treizième siècle, portée doucement 
t (faoe civiliutioo naissante, aspirait à se reposer 

M DjaiéHelle dan» la médiation de la royauté, 

ton incoDiesié, et sauvegarde pacifique des pro- 
bvcoir. On en appela encore au Parlement. Phi' 
4» décida que le droil du battre monnaie ap- 
i& U tioomletse qui, satisfaite de cette décision *, 

ita d« BanrKQpii'. eu nurUnt >t lUlu, m rA!«i<(ii liu lum 
I h MTv du 84iul-Panli>ui, in'elle >nlt ubetér lie ItaymotiJ 
iJm tim'-U it>> Ju]<iicn, ni iiiul cu qu'illa pournUt «acora 

ilill'U llUU UQC putio 
I' .i[iji>(lieuilri tniit 

„ \t„.,,, L.iLirtge», rt l *» Bwri. 

A innlu au ima >lu >j k.nmo, iloat lei MrtUen 

\t |« furent hliriqijiu diiiu Kl midroil do l»uf» Wiw 

qw U eommojK puliM i^ o|)pa*er; qs'ib 



336 HISTOIRE DES VICOMTES 

vint aussitôt à Limoges, y fit une entrée triompl 
précédée de ses liommes d*armes, àfi ses viguiers, dej 
prévôts, tous disposés à user largement de leurs droit 
hauts justiciers envers ceu^ qui avaient trouvé, pendi 
longtemps, dans leur courage la sauvegarde de leurs 
chises communales. Mais ce n'était pas tout d'avoir vaii 
quelques bourgeois, il fallait que la féodalité comptAt at 
le clergé. La bourgeoisie, dans tous ses différends avec 
vicomtes, ne s'était préoccupée que de ses intérêts, al< 
môme qu'elle appelait le clergé à sa défense ; celui-ci 
prenait guère qu'une faible part à cette lutte, se promet 
de la faire tourner à son profit, espérant avoir raison 
vainqueur en s'aidant de la haine des vaincus : il sai 
bien néanmoins qu'il lui était plus facile d'avoir raison 
la féodalité; en restant sur le terrain du droit, que di 
bourgeoisie qui manquait trop souvent de modérai 
Avec celle-ci TÉglise ne put jamais avoir d'alliance 
ayant l'air de s'associer à ses aspirations vers la lil 
politique. Avec la féodalité elle était plus sûre de l'avi 
En cITel, Gérard et Éiic de Maumont, pourvus de di 
grandes dignités ecclésiastiques, en donnant raison à 
guérite de Bourgogne, •facilitèrent les réclamations 
l'église de Limoges, et lui fournirent les moyens de 
mander un droit qu'elle n'aurait pu arracher au peu] 
si le peuple eût été le plus fort. Au moment où la vi( 
tesse abaissait ces bourgeois, qui avaient si longtemps 
obstacle à son ambition, Jacques, abbé de Saint-Mai 
la somma de venir dans le chapitre lui faire homi 
comme à son suzerain immédiat : sur son refus, il se 



«eroQt au coDtrairo obligt^g do s'en ncrvir, k I'cxcIumoq de toute autre, ei 
cvUe du roi rahriqut'e à Parift ou à Tours. » (Du Caugo Oio^jt, verbo Moi. 
Cet auteur avait eu mu* doute rociraxiiui de voir la «euleuce renduQ 
•Ujet, et doul l'origioal se trouve encore aux Arcbiveit de Pau. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 337 

e la jiielice féodale, qu'il fit administrer en son nom^ en 
ferlu de l'hommage fait à ses prédécesseurs par Gui de 
r. Alors, ne pouvant avoir raison par la force, elle en 
ipela au roi de France. L'abbé se rendit à Paris pour 
fendre ses droits, en prouvant que les vicomtes n'avaient 
ais exercé la justice à Limoges qu'avec le consentement 
abbés de Saint-Martial. On était sur le point de décider 
lû!^a faveur, lorsque le procureur du roi d'Angleterre s'op- 
-kjsa à Tarrôt, réclama l'bommage pour son maître, en sa 
Iwlilé de duc de Guyenne, et par cet autre motif, que 
^^était à Limoges, comme capitale du duché, que les ducs 
étaient la couronne et l'anneau de sainte Valérie. 
L'abbé mourut en revenant de Paris. Alors la vicomtesse 
rc, profitant de la vacance du siège abbatial, espérant 
les religieux n'oseraient pas lui résister, leur demanda 
Iqî livrer un prisonnier échappé des mains de ses agents, 
qui s*était réfugié dans le cloître. Le droit d'asile lui fut 
se. Mais, au jour de l'élection d'un nouvel abbé, elle 
envahir l'abbaye pnr ses gens d'armes dans le but d'im- 
r par la cniinte un choix favorable à ses prétentions, 
peuple, indigné de cette violation des règles canoniques, 
H, peul-ùtrc aussi, heureux de trouver une occasion de se 
KDgcr du despotisme et des humiliations qu'on lui avait 
iKnrent imposés, courut aux armes et chassa de la ville 
te gens de Marguerite. Les moines procédèrent alors libre- 
■enl à rélection, et choisirent Pierre, prieur de Saint- 
'wry, qui fut aussitôt reconnu par l'évèque Gilbert de 
taemort. Le nouvel abbé, aussitôt après son intronisation 
f(K6}, réclama le même hommage que son prédécesseur, 
^nt d'ailleurs dcT prouver devant la cour du roi de 
'noce, que non-seulement les vicomtes devaient à l'abbé 
'e Saiut-Martial l'hommage pour la justice de Limoges^ 
te AKore pour toutes les terres qu'ils tenaient du cloître 

I. 22 



338 UISTOIHK UEâ VICOMTES 

à litre (le licfs. Marguerite n'osa pas résister plus ioagiempi; 
on la vil, la honte au front, mais dissimulanl mal sou iodii 
gnation, apparaître quelques jours après dans le chapitn 
pour y faire Thommage, tanl eu son nom qu'au nom de n 
flile et du comte do Ilichemonti son gendre. Hais pow 
compenser cette humiliation, elle s'en prit aux bourgeoii 
qui, dans cette querelle, avaient pris parti contre ell^i M 
exigeant qu'ils vinssent & leur tour se mettre & ses genov 
et engager leur foi. 

Jamais femme aussi ardente dans tes convoitises, aoNl 
implacable dans sa haine, n'avait usé d'une telle autorill^ 
imposant ses volontés aux faibles, luttant contre les puiii 
sants ou les trompant par d'odieux subterfuges. U fallait 
que tout cédât & ce caractère indomptable, la plus éivfh 
gique représentation des mœurs féodales. Non contente iH 
dominer à Limoges, et sur tous les vassaux de ses dépei* 
danccs, elle voulut imposer son autorité à une partie di 
Bas-Limousin, qui depuis longtemps s'était crue affrancUl 
de sa suzeraineté. Los maisons de Gombomi de Tarenaih 
do Vcntadour, de Listours, de Pompadour, et d'autTM 
moins puissantes, mais animées du mùme esprit d'indépet- 
dance, ne se regardaient plus, depuis longtemps, comqM 
fcudataircs des vicomtes de Limoges ; les abbajca prétMi 
liaient aussi 6tre libres du tout hommage, et souvent h 
peuple des petites villes s'associait à cette résistance. lUi 
Marguerite n'était pas d'humeur à laisser méconnaître !■ 
droits de sa illlo, encore moins à renoncer à son ambitMM 
personnelle. Déjà elle avait forcé Guichard de Gomboil 
qui l'avait bravée quelque temps derrière les muFsUli 
de son château fort, refusant de lui faire hommage pot 
tout ce qu'il possédait à Issandou, de reconnaître que M 
ancêtres en tenaient l'investiture des premiers vioomll 
(liTO). Au moyen des intelligences que, par ruse ou par é 



.4 



^B I-n- UK I.A VICOMTE UK LIMUGES. aSU 

^^■uietiMi proineises, elle eiitretonait avec la garnison du 

^^■Imui de Noftilles, elle s'eii £lail emparée, ainsi que liu 

^^HMOn uiLres locatiléa. Enivrée de ses Irioinphes, elle 

^^W ensalte te présenter devnnt la ville d'Uzercbe, où elle 

toalail, comme Riar<]ue de son autorité, tenir ses assises. 

Ql« Inlosil à la suite des procureurs, des clercs, des lé- 

pritt et taire» officiers de justice. Mois celle ville, comjH 

IwlHir M poeitioD, qui en fitisait une véritable place de 

mcrre, prolégée par les dignitaires de sou ttbbayp, s'était 

!iibila(e doptiis un sîôclc & une certaine indépendance par 

on admiDiatration intérieure, qui ne repOKiit point sut 

lue okarie royale, mais bien sur le consentenient de l'ab- 

.>iT8 dool cite avait toujours été le Hef principal. C'était 

>at eoBunono, moins la suzeraineté de l'abbé. Les babi- 

lata, exoiU» par les religieux, fermèrent donc leurs portes 

1 i'approcbe dea soldais de Limoges. 1^ vicomtesse irritée 

"litle niégc derant U pl.ice qui, quoique eolourëe de fortes 

a manquant de vivres, ne pouvait pas résister 

:. Alors l'abbé el le peuple, retenus pur la crainte 

imita leon maisons envahies et pillées par les Bourgui- 

IPMMH, « placèrent sous la prolecUun de Gilbert, évéquc 

d« Utnoges, qoi mil Tinterdit sur toute l'éteuduc de la 

nramlé, el pionon^a l'anathëme contre Marguerite et ses 

^irlisaitt. Celic^i, rntignaut que l'excommuniciition n'ef- 

rmtU te* Iroupen et ne les fit déserter son parti, se coo- 

-nta d'investir la vills sans l'attaquer, cl porta ses plainte* 

!'inrlicv<*<iue de Bourges, métropolitain de l'évoque de 

- iiM>gr«, qui reçut l'ordre de lever l'ioterdit, comme l'ayant 

■oblti sans droit et raison. Alors, contente de celte décU 

''/>a, remettant h un autre temps de faire valoir ses droits, 

. iiC^Mrito leva le siège, se retira sans entrer dans la ville. 

L^M^tart qoe le roi de France lui adjugeât, comme ell« 



I 



340 HISTOIRF. DKS VICOMTES 

dans cette ville, pour en prendre possession, Guillaume de 
Fumairole, qui s'empara de la maison où les consuls se réu- 
nissaient, des armes préparées depuis longtemps parles 
hommes de la commune, enleva aux consuls leur juridic- 
tion, et leur fil payer, à titre de droits indûment exercés, 
une amende de dix mille livres. Marguerite arriva quelques 
jours après pour ajouter à toutes ces persécutions. Le 
peuple tourmenté, ruiné par ses exactions, retrouva enfia 
toute rénergie du désespoir; il se révolta, la chassa ainsi 
que ses hommes d'armes. 

De nouvelles hostilités allaient avoir lieu, lorsque les 
consuls, pour conjurer Torage, se mirent encore sous ta 
protection d'iulouard 1°% roi d'Angleterre, en se reconnais- 
sant ses honunos. Ce prince accepta, et, par lettres don- 
nées à Saintes le â7 août 1273, commit Gui de Lusigoao, 
seigneur de Cognac, et Echivat, comte de Bigorrc, sei- 
gneur de Chahanais, pour recevoir le serment do fldélité 
des consuls, les chargeant en môme temps de rétablir la 
paix entre iMarguorite et la conmuine. Les deux envoyés 
se rcndinut i\ l.inmgcs, cl le li septembre de la mCmc 
année, daiïs l'abbay»» de Sainl-Marlial, ils tirent comparaî- 
tre les consuls. liuyol, bi>ur!;eois du ChAtcau, sans doute 
le premier en titre de sa compagnie, jura sur l'Évangile la 
plus largo ibrnuilo d'ohéissauce et do dévouement au roi 
d'Angleterre et à ses sucecsseuis, comme ducs d'Aqui- 
taine *, mais saui's les droits du roi de France. Edouard l" 



1. «... Jum iitl luT s.iiui.i Dt'i i>\.i:i;:clia (]uoil c^o Fvrciiiii^iino ilumilM 
iioslro Kiiiiiian]*) i-t iHTnliliu-; Miis ilu('itiii> Atjuilanii', ror{iii!i ol mt'mbim 
oonini(l«'ii> ni.-liKli.Tiii, ot mnsilimn cnriiiiKliMii si-rn-ln ruHtitiliam, ol ilamp* 
iiuiu iinMirniii ciiiii nil ii.itir::i:u iiu-itii |M>r\riK-nt t'isiU-iii rcM'tabn, et amio- 
niin niixiliniu. |iri»iil riiiiMii'iiiiii i>t, ri-il- m !ai*i.iiii. tt jura ijuiorum sixt 
clovcria risilrui, \v\ cnniiii in.-iii>!atn, riim ail iiotitiaiu lucam pon'Ciicrintt 
rovt'labo. ^Aivli. tlu l'au : t\ de lu ri'niNtv de Liitttujcs,) Uu ilucuiuvut «i 
qiii'liiufi* antit'!» nul ûl/: jiiiMic.-i i>ai .M. Niv«'l roiitauburt, il'aiiKs un vùN' 
muM de iJSN. 



i 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 341 

rengageait de son côté à défendre Tes bourgeois, à main*. 
.cnir à la commune tous ses droits et privilèges ^ 

La mort ne tarda pas à clore la carrière politique de 
:ettc femme toujours prête à combattre, toujours escortée 
d*ane soldatesque docile à ses ordres, toujours inquiète du 
maintien des privilèges de sa race. La nouvelle de sa mort 
toi reçue avec joie par le peuple, par les vassaux de la vi- 
comte, si longtemps humiliés par celle que ses contempo- 
rains appelaient la vicomtesse-reine, et que le peuple, qui 
conserve encore quelques souvenirs de ces temps, appelle 
encore Marguerite Venragée. Elle avait administré la vi« 
comté durant quatorze ans (1277). Avec des passions moins 
lives, une ambition plus juste, si elle avait eu à défendre 
m trône contre de grands dangers politiques, elle aurait 
fa être comparée à Blanche de Castille et h Marie Thérèse. 
Ibrie de Limoges et Artur de Bretagne prirent alors les 
rênes de l'administration ; mais ils n'avaient ni Tun ni 
faotre ce qu'il fallait, dans celte époque troublée, pour 
maintenir leur fortune. Ils ne firent que l'amoindrir» pour 
pajer le dévouement de ceux qui s'étaient faits si long- 
temps les complices de l'ambition de leur mère. Ils don- 
nèrent le château do Châlus, ce fleuron de la vicomte, où 
était tombé avant l'âge le plus grand ennemi de leurs an- 
oMres, à Gérard de Maumont, qui en prit possession à la 
t£te de bandes armées, et qui eu sortit ensuite pour 
étendre encore son autorité aux dépens de ses voisins. 
Aymeric IX, vicomte de Rochechouart, refusa de lui per^ 

L m ... Promitliinus consulibus et communiUiti quod dominus Edunanlus 
eimlem consulibns et communitati litteras in qnitnis promittit eis- 
•t coDce<3ct quod ipso custodiet vi dcfendct cosdcm, tinquam burgrcDBe^ 
I, ]i\Mirfts in judicii) et citra al) onini hnminc... et quod ipsc non ponct 
in maiiu inferiori qnam «it m.iDU!^ doinini duci:) Aquitaine, et quod ipsc 
prinlegu qtw ipsi consules et comniunita» hal>eut et olim oUinueront saper 
-^'^-1. Qiagiis, coofuctudinibiu et libertatibus suis ratificabit et eciam oon- 
(Archivei de Pau : F. de ia vicomié de Limoge»,) 



)42 HISTOIRE DES VICOMTES 

mettre d'entrer dans' le bourg d'Oradoar-sur-Vayres pov 
y tenir ses assises. Mais un jour il envahit cette localiti à 
la tôte de ses hommes d'armes et voulut j établir ses vi- 
guiers. Aymeric, à cette nouvelle, réunit des forces, flt '■ 
marcha contre son ennemi, qui vaincu fut obligé de m 
retirer honteusement dans son ch&teau do Châlus. Le vi- 
comte de Rochechouart avait souvent donné des prMiei 
de courage et de fidélité à la couronne de France. Alphonse^ 
comte de Poitiers, lui avait écrit, en 1271, de se trouvera 
rOst-de-Foix, au service de Louis IX, et il s'y était rendt 
avec les chevaliers de ses terres '. La fortune de Qérardde 
Uaumont, quoique récente, était considérable; il po«é» 
dait aussi le château de Ch&lusset, donné à un des meflh 
bres de sa famille, qui naguère était venu s'y cacheri pool 
se dérober à la colère des habitants d'Aixe et de Limogek 
Quelque temps après, troublé dans la possession de cette 
place forte, il la vendit au chapitre de Limoges, qui la ré- 
clamait comme propriété d'un des anciens évèquest Ll 
jeune vicomte n'était pas en mesure de protéger son va^ 
sal. De graves contestations existaient entre lui et l'abbé de 
Saint-Martial, parce qu'un jour il s'était saisi de deux malels 
d'un marchand de Narbonne, décédé dans la ville. L'abbé 
invoquait à ce sujet un droit reconnu de toute ancienne 
& ses prédécesseurs, celui d*hériter des étrangers qui mon* 
raient dans la ville, et de les inhumer dans le cimetière di 
l'abbaye, vieille coutume féodale, qui voulait que l'étriii» 
ger, pour prix d'une tombe, laissât sa fortune au cloîtra. 
Le vicomte eut le dessous et restitua les deux mulets. 

L'année suivante, Philippe-lc-IIardi, se rendant à Bon 
deaux, où Charles d'Anjou et le roi d'Aragon s'étaient 



1. (Af*f. du séminaire d^ Li/nngct,) Ia vicomte do Ilochochouart 
prenait «ept chAtoaux, Rochechou.irt, Chéronnar, LaTaofruyon, Cromièrati 
MoDtbruo, Brie et Saint-AuTeot. {Arrh, du départ, de Intlfmte'Vimm»^ 



i 



ET DE LA VICCIMTÉ DE LlMOf.lES. 3W 

[Stiné rcnilPZ-vniis, passa par Limoges, En Ra qualitâ de 
baut suKerain, il voulut rfglpi- les derniers différends entre 
le vicomte et les consuls ; mais les bourgeois rerusÈrcnt sa 
médiation, parce qu'Us avaient sans doute à craindre qu'en 
haine du roi d'Angleterre, qui avait garanti tous les droils 
de commune aux consuls, il ne fût porté & amoindrir les 
m^mes privilèges en Faveur du vicomte. Les choses restè- 
rent donc dans le mGme i^tat. 

Arlur de Bretagne, en attendant une meilleure occa- 
sion, s'était mis en possession de fa haute juridiction de 
justice, sans en faire préalablement liommage ft l'abbi^ 
de Saint-Martial. Le prélat, dès te début àa cette Usur- 
pation, interdit le juge et le prévôt, ainsi que les ser- 
gents, conHa la justice par commission ft Guillaume, son 
neveu, qui à son tour investît des fonctions de juge le 
bourgeois Jean Clary. La vicomtesse et son mari parurent , 
durant quelque temps se soumettre â cette humiliation, 
craignant cette fois l'intervention du roi de France qui, à 
sou retour de Bordeaux, s'arrêta encore h Limoges. Les re- 
ligieux de Saint-Martial allèrent h sa rencontre, le condui- 
sirent proccssionnellement dans leur abbaye. Il paya celle 
hospitalité en adjugeant la justice à l'abbé par des lettres 
patentes que ses agents publièrent aussit&t dans toutes les 
rues de la ville. Arlur et sa femme, loin de chercher h s'at- 
tirer les bonnes grflces du prince, n'étaient alors occupés 
(jn'i refaire leur fortune aux dépens de quelques-uns des 
teudataires de la vicomte, en usurpant les privilèges jus- 
qn'alors reconnus à ceux-ci sur leurs fiefs nobles. L'un 
i'tMx, le seigneur de Lubersac, osa résister, et obtint de la 
pour de Ségur contre le sénéchal de ta vicomte une déci- 
àon qui le maintenait dans tous ses droits de seigneurie '. 




Lubersae.) 



i. (Arch. de Pnu : F. île h i; 



à 



344 IlISTOIRR DES VICOMTES 

Artur et Marie se montrèrent enfin décidés à s*opf.oser 
par la force aux prétentions de l'abbé de Saint-Martial : le 
jour de la fùte de celui qui le premier avait apporté ii TA- 
quitaine la révélation de Tlrlvangile, ils arrivèrent à Limo- 
ges avec une troupe de gens armés (1200). Pendant que le 
clergé était occupé dans toutes les églises à raccooiplisse- 
ment des cérémonies et i\ la réception des offrandes appo^ 
tées par les lidéles. ils firent briser les portes de Tabbaje, 
les brûlèrent au grand eiiroi des religieux poursuivis jus- 
que dans le cloître. Les agents de Tabbé furent battus, cl 
quelques-uns mutilés. Ceux qui purent se retrancher dans 
Tcnceinte de l'abbaye furent contraints, pour avoir de l'eau, 
h y creuser un puits, parce que les canaux qui leur en fouN 
nissaient avaient été brisés. Le prévôt Raymond de Crossan, 
le clerc légiste Moransanas souffrirent les plus odieuses vio- 
lences. La ville, qui avait eu quelques jours de paix, pen- 
dant lesquels les moines de Saint-Augustin construisaient 
leur couvent dans le faubourg Montmaillé S était dans la 
frayeur; les bourgeois formés en confréries de la Passion 
n'osaient plus venir dans le cimetière de Saint-Martial, sur 
quelques tréteaux, dressés deviint une croix de pierre, don- 
ner à la foule (les roprésenlalions des mystèii.s, pieux es- 
sais de l'art dramali(|nc au berceau, qui s'inspirait de l'É- 
vangile, et qui avait la puissance d'émouvoir la foule par le 
spectacle des i)riiieipaîes scènes de la divine épopée, ou 
par les divers incidents de la vie île saint Martial. L*effrui 
était »^ son conihl»^ dans toutes les abbayes et les couvents 
de la \ille. Les l)(»nrgeois crurent, î\ I:i laveur de ces trou- 
blcs, pouvoir eux aussi se s(uislraire à l'autorité ecclésias- 
tique <le Ia(iuelie ils tenaient îicrlains pri\iléges. Quelques 
tentatives dans ce but eun*nt lieu sur j'Iusieurs points. 

1. OUfr^lisf. •iiilniili. l'ir W iirultsUiils cu 137li, fui n'hàtic mi ICl'.l. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 345 

^s consuls de Masléon, petit bourg, fondé, ou au moins 
sformé en communauté, en 1289 ^ sans s'être pourvus 
'aulorisation de Tévôque, entreprirent d'ériger une 
lelle, où un prêtre, soumis à leur juridiction, dirait la 
se. Le vicaire de l'église de Limoges, qui leur appor- 
de la part de Tévêque l'ordre d'y renoncer, fut arrêté, 
traité et ses lettres déchirées par le peuple révolté. Mais 
six consuls cflrayés de ce désordre, dont la responsabi- 

pouvait retomber sur eux, se soumirent à la décision 
révêquc, furent condamnés à pajer au chapitre une 
ime de cent livres, à faire amende honorable au curé 
Roziers, en lui offrant, en signe de repentir, un cierge 
ant une livre. Chaque habitant de Masléon, âgé de plus 

quatorze ans, devait déposer un denier au moins sur 
atel. Deux des consuls, regardés comme les principaux 
leurs du désordre, furent condamnés, Aymeri-Julien à 
igt-cinq livres d'amende, et Martial Abéla à quinze de la 
Ime monnaie de Limoges. La petite commune fut ainsi 
^lée dans son émancipation par l'Église qui Tavait créée, 
qui elle-même ne tarda pas à être troublée par des riva- 
b ambitieuses K 

V la mort de l'évêque Gilbert de Malemort^ le clergé, 
ignant que le vicomte ne profitât de la vacance du siège, 
iT empiéter encore sur ses privilèges, se hâta de nommer 

. « Anno 1280, incxpit villa Mansi Lcouis. » (Nadal'D : Pouilié, p. 256, 
Jf<jr. //m .'iét/t inaire ih; Limofja.) 

. Eii i3iJ, Ici habitants do Masléon obtinrent de Raymond do Saint- 
Iris, <i '}tn, et de l'if.-rn* Tizon, lieutenant-général, la permission de bûtir 
chifitll'i :i Villeneuve. Les consuls promirent, pour prix de celte con- 
i/di, de (I<»un<.'r annuellement au desservant six setiers do seigle, cinq de 
i>=i. 'if: Miiirnir les orneuieuts, la rire, l'ituile, une maison et un jardin; 
>:i>. ii'i'aux ftjted annuelles un habitant pour cliaquc maison assisterait 
prf*:c->iûu. (Archives de l*au : F. (fe la vicomié de Limogea,) Le même 
i:::<::it meiiti«aiii«' dous h.'s uiss. de Nadaud. 

. Ce fut sou!^ bOD épis4X»{tat, par décision du Parlomeut, que l'éT^ïbé de 
->?«!» fut déclarô exempt du droit do régale (l2îC}. 



946 IIISTOmB DM VICOIITBI 

un noQTel évèque, qui Ait Pierre de la Sepière, i 
hommes les plus savants de l'époque. Mais Téla ava 
rehisé le siège d'AIby, et rien ne put le décider à il 
celui de Limoges, qui Ait donné à Raynaud de la Fo 
à Allassac', et dont les fertus édifièrent longtai 
peuple du Limousin qu'il ne quitta que pour M 
pourpre romaine à Avignon. Tant qu'il resta à LioM 
pieux et courageux défenseur des bonnes mœurt i 
qua h poursuivre les usuriers, qui depuis longUMÉj 
noient les artisans, les marchands et même les gêna à 
ce qui déjà avait fait dire au chroniqueur de Vigeoia 
moines sont punis par les princes; mais les usurière 
tant multipliés, leur impudence est telle qu'ils se H 
donner en gage les rentes des églises. Parce que ùi 
passé toutes les bornes, Dieu en a puni les autenra ] 
démons incarnés, les Brabançons et autres, Août li 
ont rongé toute la verdure, toute la beauté de l'AquIl 
Le pieux et savant évoque modifia sans la guérir cett 
qui dévorait la fortune publique. Tous ses eObrla 
rent au9si h régler les différends qui divisaient soa 
clergé au sujet des privilèges que se disputaient les é| 

i. AiTondiMomcnt do \\ti\ph, V. mon lUstowe du Bcut-UmoMÉk 
2. CAroH. Votiensù* ap. ÎMÔbeum^ t. Il, p. SSSt 
'). Ia's tVIiwH (iu Liiiio^^>s i-tii('iit à c Uo t'p04}ue ou lutte OUVH 
CAKiou (le quoique^ ])rivil(^;:is. Lo sAcrist.iiu <li> Saiiit-MArtial ial 
proche h Jean duH Uonicri, cun'> de SAiut-Michol-divPidtorks qui fttll 
h diHtrrnT uu prlerin, à rcxliluiT le c.idavi'o avec le» lionnmirei pti 
MD euterrumeni. On convint quo leii ^tran^f^nt, dM<lAii à Limoge^ 
à l'ateuir iuhuméi à Kaint-Mirhel-do-Pintoric a*ils le ilemandalM 
autres à Saint-Martial; maii que len reli|ri«'iix do cette dernUa 
accompagneraiont tnt\|nuni lo corps Jus4]u'à IV^Hm dt^tifcn^e, et H 
quart dw frait dos fnuéreilleii. (Bonnvi*nt. tfe Saint' Amahle, t. lit 
liayuaud do la Porto, apri-i avoir ét«'* an*li«'T^no fie 11uurg«S| 
canVmal, mourut à Avignon en l.'i^n. II avait tH^ iniitructeur dans 1 
dus TcmplitT:*. Sur sa dcMuaiide, il Tut inlnim<^ danii 1«) choeur dt 
drale de Liuiog««i repréMutâ aToo tm ornomoati poutificaux. Trois h 
ai^ourd'hui mutiléi, indiquent ce tombeaa. 



RT ns 1.4 VICOMTE DU LIMOGES. 

Bnmfcsae de Limog«s mourut sur ces entrefaites, 

;ipr6s sa môre (1201), sans avoir pu imposer son 

aux boai^oU, au clergé et aux barons du Limousin. 

ilu moade, éloigaéu duraot sa Jeunesse, et même 

m mariage, de toute participation aux alfaires 

, dominée par des goûts luxueux, qui énervaient 

t féodales en les ruinant, elle passa ees dernières 

lotûti Umc^s, ou dans les chfkleaux du Limou- 

t6l & la cour de Urelagne, doat le riche héritage 

kis k son mari et à ses onranis, Jean, Gui el Pierre. 

n, pour faciliter la perception des droits levés 

iwcbands, avaient transporté sur la place de Sainl- 

les-Uoas le marché aux fruits, du blé et des autres 

qui, de tous temps, avait lieu dans un clottre près 

k>Marliat. Gérard Faydit, d'Uzerche, abbé de Saint* 

no m aucune opposition h ce changement; par sa 

mauvaise gestion, il appauvrit beaucoup celte 

Absîp* ses biens, et laissa mCme les religieux roan- 

dopois le jour de saint Luc jusqu'à Pâques, el 

foaroU le bots, nécessaire au chauflage, qae la 

l'Aononeialion de la Vierge '. 

de Bretagne, après la mort de sa femme, demeura 

ricomlé, jusqu'à ce qu'il fût appelé à régner en 

par la mort de Jean II, son père. Jusqu'à cette | 
[430S), il sut vivre en paix, n'osa rien entreprendre 
» barons du Limousin, ni contre l'évèque; il eut 
it qnelques démêlés avec Gui de La Porte, abbé do 
irtial, qui, mécontent de ce qu'il n'était pas venu 
liommagc après la mort de sa femme, lit saisir lo ■ 
de Ltmogc» vl la justice qui eu dépendait (1300) '. 
de celle époque, l'histoire ne nous fournit rien de | 

m ^ ScInl-AiMbls. 

iF. rff 1" riMmU •tf UmtQr', 510, 



848 inSTOIRR DES VICOMTES 

parliculicr à son autorité dans la province. Il épou» a 
secondes noces Yolande, fille de Robert IV, comte de 
Dreux, et de Béatrix, comtesse de Montrort-l'AmaQri, 
union malheureuse qui fut cause des longues guerres ià 
Bretagne. En prônant possession de ce duché, il y troan 
des ennemis dans les rangs du clergé qu'il fut souvori 
obligé de réprimer. Les prôtres, malgré les réclamatioai 
du peuple et de la noblesse, s'attribuaient deux droill 
également odieux, Tun, nommé le tierçage^ qui consi 
à prendre le tiers des meubles de tout père de h 
après sa mort; l'autre, le past nuptial^ par lequel lésé 
payaient une certaine somme pour le festin de leurs n 
Artur combattit ces prétentions avec plus de succès 
son père Jean II*. II mourut en Bretigne, en 1312, et 
inhumé dans l'église des Carmes de PIoGrmcP. 



1. Un jufremcnt prononcé à Avignon, eu 1309, par lo pape Clément 
r<^gla qu'aprt'S le dccùs de chaque paroissien, lo recteur, ou curé, vlI 
que la neuvième partie des meubles, les dettes pn^alahlemeut déduit»; 
ceux dont la valeur serait do moins do trente boui Wîraicni exempU 
past nuptiu/t ut que ceux qui (>n auniieut au delà^ payeraicut, le« uns de^. 
BOUS, \v» autres trois, suivant leurs facnlUJs. Le droit de fier^ge, aîMt. 
réduit, fut appelé artuun, (I). Moriro : ///*/. de Brfinffne.) 

2. Artur eut do Mariu de Linio^^^s, savoir : Jeau III, son successeur; GiL 
comte de Penthièvre et vicomte de Limcï^^es, et Pierre, mort ?an« pnstérilAfi 
de son second maria^re, Jean do Montfort, qui flisputa la Hrctagac à ChaiW| 
de Hluis; Jeanne, mariée à Uohett d(; Flandre, si.>i}rni:nr deCa^t^l; Héat 
qui épousa (îui X, seif^neur de Lival; Aliv, femme de Bouchanl VI, 
do Veudûme; lUanrhe, morte en Ixis A^, et Marie, qui fut rcltgicoMi 
Pois»y. {Le I\ AnJieltnc.) 



KT D£ LA VICOMTE DE LIMOGES. 348 



CHAPITRE Xm 

.^, GUI VU, JEAN lU, VICOMTES DE LA DTHASTIE 

DE BRETAGNE 

lei et leurs prÎTiléges. — La commune de Bellac et Bozon II, 
la Marche. — La commune de Rochecbouart et Aymerie IX, 
— La commune do Saint-Junien et Aymeri de La Serre, évèque. 
nmunc de Saint-Léonard. — Note sur Saint-Léonard. — Les 
de Saint-Léonard se placent sous la protection de Philippe-le- 
eTolte des habitants contre les prévôts de l'éTÔque de Limoges* 
nmuue de Brivç ; ses longues luttes contre les Ylcomtes de Tu- 
Baymond Vil et les consuls de Beaulieu. — Note sur Ray- 
. — Jean I^**, investi de l'autorité vicomtale à Eicideuil ; see diifô- 
: Gui du la Porte, ahbé de Saint-Martial. — Le pape Boniface VIII 
oui. — Jean I«r fait hommage à l'abbé de Saint-Martial.— Note 
î-BufiGère. — Premiers actes de Tadministration de Gui VII. — 
rention dans les troubles de l'abbaye de Grandmont. — La foule 
t moaastt-re de Saint-Martial ; les consuls rendus responsables, 
laiion d'Isabelle de Castille. — Travaux de reconstruction do 
Saint-Éticnue. — Ordonnance de Tévèque Raynaud de la Porte, 
e et Jean III de Bretagne. — Isabelle quitte la yieomté. — 
V, dit le Bel, à Limoges. — Avènement de Philippe VI. — Le 
ierre de Mortemar. — Jean III en Bretagne; défense de battre 
à Limoges. — Mort de Jean III. — Bernard Guidonis; ses tra- 



1 avec quelle énergie et quel patriotisme les con- 
âmoges avaient su défendre leurs privilèges, les 
s communales, contre toutes les tentatives de Har* 
e Bourgogne ; c'est que ces privilèges, ces fran<^ 
lient en quelque sorte le patrimoine d'mie popula* 
Ique, et qui en réclamait le maintien comme un 
qu'elle tenait de ses ancêtres. L'origine de la 
B se perdait en effet dans la nuit des temps ; cette 
a, toute démocratique, n'était point le ré.Huliat de 
ms obtenues du bon plaisir des vicomtes on du 



9U HISTOIRE DES VIC03ffTB8 

clergé, mais bien le municipe romain contînaé i tniTen k 
moyen âge, amoindri quelquefois, mais se relevant pre^ 
que toujours de ses défaites, invoquant dans ces momeob 
de détresse la protection des rois d'Angleterre ou des Capi* 
tiens qui, presque toujours, s'en déclaraient les défenseun. 
Le clergé lui-même était souvent intervenu dans la lutte « 
profit des bourgeois. Limoges ne IM pas, an xm* sièeto^k 
seule ville qui voulût C(Miseffer aoii indépendance. lyantrei 
localités étaient aussi arrivées à la vie politique par qoel* 
qœs eonceuions obtenues de leurs seigneurs làlqMS, n 
des établissements religieux, autour desquels elles s'HiW 
formées dans les derniers siècles. Mais leurs oliarfias nHr 
talent que des concessions, aussi ue les protégftrent^DBi 
pas toujours contre les grands feudalaires m oontie k 
clergé, qui les avaient octoyées. Parmi ces comauviM 
presque toutes fondées au xu* siècle, et dont nons noulopi 
dire plutAt les principaux événements que Iliistoiie, oosi 
devons mentionner celles de Bellae, de SainWonleB, ée 
Rocbecbouart et de Saint-Léonard. 

Vers l'an 940, Bozon-le- Vieux, comte de la Marobe, pour 
résister à ses ennemis, avait fait construire le cbâteau de 
Bellae, à l'ombre duquel quelques babitants des environs 
étaient venus s'établir. Par suite des guerres féodales, (fi 
portaient la désolation dans les campagnes, la pqiulalioo 
s'y augmenta à tel point qu'elle s'y trouva bientôt aaa 
nombreuse pour que le suzerain, comptant aveo elle, dM \ 
lui accorder certaines franchises, plus ou moins bien Ob' 
servéea par ses prédécesseurs. Bozon U, en 9d5, pour ri« 
compenser les habitants du concours qu'ils lui avaient prMt 
dans la guerre que lui firent le roi de France et Guillaums* 
le-6rand, duc d'Aquitaine, ajouta à ces conceasioDS K Mais 

y 1. Adémar, Mrolog,, t. CXLI. 



LA VICOUiK UE LIM0OB6. 
les tetunU (le AeTs de la cbAtellenîe, abusaiit de 
nl6, méconnaissiint les rrjiDoltises coiamunale», 
il lieu k des récIamatioDs cénérules. Les babilaolB 
ïlon (l'Audeberl, comte de la Uarche, qu'il m 
r écrit leurs coutumes (1174). Celui-ci y mit pour 
I, qn'ito recoanuilraieot tenir de lui, à titre de 
t doQJQiu et leurs terres, cl qu'ils oc p&urraient 
kuer l'entrée, ta eu tempide paix, ni en lemps de 
itle ctiiice^aiou fût une réiitublc éai;incipaUon de 
loisio, qui ne Tut plus taillable à merci, et qui, libre 
de sa forluae, pouvait aller réudcr ailleurs que 
Crrei du suzerain. Kn li60, IIuguea>le-Brun, (lar 
l'aT^inemcDt.dc la uiaîioD de Lusigiiau au comté 
rcbe, confirma ce code des coutumes de la com- 

dc Bocliccbouait, comme plusieurs autres, avait 

iiw origine féodale, et devait sa formation à son 
iasDtiona6 dans les amuile* du pays dès le com- 

it du x\' sitcle. l^s babitaols, durant plusieurs 
avaienl été Boumis au bon plaiur du seigneur, 
tmeure, véritable citadelle, garnie de luules tours, . 

meuftcc perpétuelle contre les ennemis de l'ioté- 
coalre ceus du dehors. Il était ainsi facile aux vi- 
l'tiDpoter la serriludo aux liabitants, de séquestrer 
et de le» tailler aux quatre cas. Mais, au Mii'sîâ- 
Ddalîlé, déjà all'aiblio par lu royauté, qui favorifiait 

pruprtk Ht(6réts l'élablissemeat des communes, 
qu'eo rtiiuaat lo peuple , eu lo Lenaat toujours à 
Mff, elle l'invitait en quelque sorte i l« révolte. 



'i vu» àm* ÏHi'toire de tieltae, pir M. l'tliM 
■ X. (lit le Brun, >i&il >Uj& tKmot «a laiS, k l'Uil' 

X F. dit la eicimlé de Limefiet.) 



352 HISTOIRK DRS VICOMTRS 

Aymeri XI, pour s'attacher ses vassaux, leur octroya d<m 
une charte d'affranchissement au prix de cent livres une 
fois payées, et de soixante livres rendables chaque année, 
et promettant de n'exiger d'eux d'autres corvées que cellei 
dont il aurait besoin pour réparer son château, ses toan; 
ses moulins et ses étangs. La charte donnée à ce sujet re- 
connaissait aux habitants le droit d'avoir quatre consuls, 
nommés d'abord par la communauté, puis chargés denonh 
mer cux-mômes leurs successeurs (1296) •. 

Ailleurs, les petites comnfiuncs du Limousin, qui tenaient 
leur institution de la puissance ecclésiastique, avaient n 
souvent les évoques ou les abbés méconnaître leurs droits; 
mais, au xm° siècle, entraînées comme les autres à la rf- 
sistancc par l'exemple que leur donnaient les bourgeois de 
Limoges, elles défendirent couriigeusement leurs privilè- 
ges. Celle de Snint-Junien, dont on ne connaît pas roriginc 
certaine, mais qui pouvait remonter au xi* siècle, alors qos 
de nombreuses habitations se furent groupées autour d'uni -1 
abbaye, près d'une église construite par Rurice II, évèqM 
de Limoges, sur le tombcnu de Saint-Junien, pieux soli* 
tiire qui, au commencement du vi" siècle, était venu faira 
l'apprentissage de la vie érémitiquc auprès de saint Amand 
qui habitait une grotte dans lu forOt de Gomodoliac. sur Ifll 
rives escarpées et sauv;»ges de la Vienne ; celle de Saint-^ 
Junien, disons-nous, se monlra d'abord très-énergique daoil^ 
la revendication de ses droits. Dès l'année 1250, elle s'6^ 
tait soustraite à r<iutorité de son suzenMn, en résistant à 
Aymeri de la Serre, évO(iue de Limoges, qui iivait vou]a 
changer le mode d*éleclion des consuls. Une partie de la 
population révoltée avait i)én6tré eu armes dans l'église, 



1. Vùiimus tic IKOr). Aii\ An'li. lU* Pau. Ott* rhart*', avoc i|m-l(](ic8 rliu* 
ITi'nieuU du peu irim|Mirliiiini dans la rrdat'tion. a v.lv, piihliûi' dans /c Lttm 
nn hùttonffUi\ t. I. 



J 



KT DK U VirftJITÉ DE LIMOGES. 3S3 

ttnl ofi le prélat s'y trouvait, et avHît menacé de mort 
nqne mét-oniiaUrail ou attaquerait les franchises corn- 
. Aymeri efTrajré n'osa pas donoer suite à rexcoia- 
ifeation lancée sur les révoltes, et à force de flatteries et 
s de {taix, il arracha aux consuls l'engagement 
êsoDni«tlr« le différend h l'arbitrage de Louis IX. Le saint 
ml, plus désirpui de faire régner la paix par des concev 
ftooi qtte jkar l'emploi de ta force, décida que l'élection 
4» consuls te ferait comme par le passé, mais que toutes 
les fois cpie les bourgeois seraient appelés à faire serment 
il! Bdélité aux consuls, ils réserveraient les droits de l'ëvC- 
qoc H actes successeurs. 

Une autre localité assez populeuse au xiii" siècle eut 

w-*i A détendre ses francbises communales contre l'évê- 

;■ de LiitiAge» : elle devait également son origine à un 

111 solitaire qui, au commencement du vi° siècle, s'était 

i (si une retraite dans la forêt de Pauvain '. Célèbre par 

[iiété, [«r l'effet de ses prières jusque dans le palais 

'- rqis*, swnt Léonard vît accourir autour de sa solitude 

' faal« d'étrangers, admirateurs de ses vertus, qui se 

i^truisirenl des maisons dans la forêt, autour du mo- 

i Wfe de Noblac {IVobiUacum). L'église et le tombeau 

■ i-i:it ilevciïti» dès le viii* siècle un des lieux de pèlerinage 

i" |llu^ ii^oèrés du limousin. Plus tard on y avait vu ac- 

I «aonr lu> plu.q illustres pénitents, saint Oau cher, fondateur 

^^hoiiMtère d'Aurcil (1068) ; Uohémood, prince d'AntiO' 

^^Kqni eo témoignage d'actions de grftces suspendit au 

*■"(. tftfr^t .ur aallqtif l^xind» uiial t.^nard tUJl diKipleile lAint R^mj. 
»'* »■ et Heûei. cl lunui él^ t«nu Mr Clmii tac Im tuuU du tnplAme i 
amî^Mii Lcmoïkvniit CWutvI I Fnneurum rtgii tlliui ■■■•- 
>, S. Renipl RhtiU'irnm t{iiiir<ipl itlKipnlu*. • (Acia SS. or4. 5. Br- 



t rôlaui Aa qn'il gu^l Viftam du roi il'AuMnu?, pnbkblemwl 
~ '' . rPwUMl. iMtFOfo]!., t. UXXVIU.) 



354 . HISTOIRE DES VICOMTES 

tombeau du saint des chaînes d'argent dans la môme fonnc 
que celles qu'il avait portées dans sa captivité (1406); Ri- 
chard Cœur-de-Lion , qui, selon les chroniques, rebâti! 
l'église et les murailles de Sainl-Léonard (1197). Ce con- 
cours de personnages illustres et d'étrangers de toutes In 
conditions contribua à augmenter rapidement le nombre 
des premiers habitants, qui se donnèrent de bonne beot 
une administration en rapport avoc leurs besoîni. D 9A 
probable qu'ils obtinrent la reconnaissance de leurs cos- 
tumes des religieux du monastère, et que plus tard ils r^ 
connurent pour suzerain l'évoque de Limoges. 

Quoique cctlc association bourgeoise eût obtenu de Pbî" 
lippe-Auguste, de saint Louis et de Philippe-le-Hardi la rs- 
connaissance de ses droits de commune, elle n'en eut pu 
moins, vers la fin du xiii* siècle, à les défendre contre l'é" 
vèque qui trouva pour adversaire, non-seulement les ooBf I 
suis, mais encore tous ceux de la ville et des environs, ï) 
qui avaient été inféodés des droits de seigneurie sur latovt 
de Noblac. Pour soumettre les récalcitrants, il lui aurait 
fallu recourir à la fort^.c et armer pour cela tous les vassaux 
de SCS terres ; il aima niioux en appeler & la justice du roî« 
Mais, avant que l'affaire eût reçu des légistes une solution, 
les bourgeois, qui ne s'attendaient pas à une décision favo» 
rable, se mirent suus la protection du roi, on déclarant que 
la commune no relevait que de lui. Philippe-Ie-Hardi it^ 
déclara sans autre examen le seul suzerain de la commune* 
Philippe-le-Bcl, qui lui succéda, fut plus sage et moins am» 
bitieux : il décida, selon l'opinion des légistes, que l'évô* 
que Gilbert de Malemort partagoiail la justice avec les con* 
suis. Haynaud de la Porte, appelé peu do temps après à 
remplacer Gilbert de Malemort, dont il avait été le conseil* 
1er, pour avoir plus faeilcnient raison des bourgeois, en as- 
sociant plus directement la royauté h sa cause, partagea 



i 



ET DE U VICOJWR DE LtMOGKS. m 

'btlt(>pe-le-Bel les iJi-oils contestés, mais eut soin de 
ner les privilèges féodavis les plus productifs. 
lOrd fut longuement motivé, et tenu si sectel que, 
B temps opri», les bôuri^eois de Sïinl-Léonard furent 1 
nnée do vuir arriver dons leur ville Gérard de Solo f 
noDd de Saint-Désir, prévôts de l'évCqiie et du roï.>J 
^s refusèrent de leur obéir, les injurièrenl et ta-'h 
toar oeJs euiprisonaé:'. Cependant, quelques jouN*l 
h le liéDéchal de Poitiers les ayant faîl nicltru en Uv'j 
e teolant soutenus par la population, ils reolrërent J 
i ville, foulôrent ans pieds et traînèrent dans la boue^ 
a du roi et celle de l'évéque. Le prévAt, cbaseij 
taisoo consulaire, ofl il tenait ses assiae», ne put f | 
I par surprise, mais fut bientôt obligé de fuir]] 
k'ie peuple ameuté. Toutes les fois qu'il sti prâscntatt j 
a de U ville, demandant, au nom du roi, qu'elletj 
^(tvertet : « Dites, an nom du diable, » répotiF-j 
, Le peuple, furieux de ce qu'il rû«j 
I dans Ici euvirons, cherchant à le suiv ] 
il eo armes, le poursuivit A coups du picrreat | 
1 scrgcDla ot en «mprisouoa quelques-uns. Cooiuw 3 
i de violence pouvait alltrer sur les consuls la colën * 
t oeox-d chcrcbérenl h se justiQer en prétextant <io»] 
lât ft'ttait insUllé sans observer les lormc^ voulue*. , 
X tonëes de discussions juridiquos uu de violeor J 
I cooT dn roi condamna la commune de Saial-Léo* J 
s Ibrte amende au proQt d« l'évoque '• PbUipp6> 1 
■ pas être plus sévère, dans la crainte de vuir 11 
biafc rebelle »e déclaier pour le roi d'Angleterre, 
bit de reiitr«r an possession de la tiuyeone (1303). 
I tttubil (ul beamiz d« voir la bourgeoisie le re- 



à : mn. étpnt*i on jrimJ « 



r d' Um'>iftii. 



356 HISTOIRE ÛttS VICOMTES 

ceToir aux portes de la ville, lui présenter les clefs et lui 
jurer foi et hommage dans la principale église^ probable- 
ment celle qui existe encore, et dont le portail occideotil 
appartient au xiii*' siècle. Le prélat, de son cAté, prometliit 
bien de respecter les privilèges de la communauté, mab 
attendait de meilleurs temps pour en avoir raison. 

Dans une autre partie du Limousin, depuis longtemps in- 
dépendante des vicomtes de Limoges, où commandaienl, 
comme de petits rois, depuis le x* siècle, les vicomtM de 
Combom, de Ventadour, de Malemort et de Torenne, h 
lutte n'était pas moins vive qu*à Limoges entre les bon^ 
geois et les hauts barons. Sur les bords de la Corrèxe s'était 
formée depuis longtemps, autour d'une église , une vilb 
qui , enrichie par le commerce, s'était donné des coutu- 
mes, comme règles de son administration. Ancienne dé- 
pendance des barons de Malemort et plus tard des vicom- 
tes de Turenne, Brive s'était émancipée du joug féodal, i 
l'exemple de Limoges, de Tulle et de Périgueux. Plusteors 
fois, durant le xiii* siècle, ce peuple de bourgeois et d'oo- 1 
vriers avait fermé ses portes à ses anciens suzerains ; réo* 
nis autour de la bannière de saint Martin, leur patron, 
il faisait continuellement bonne garde à ses remparts; 
et, quand il se trouvait trop faible, il s'était ligué avee 
les villes voisines, comme Tulle et Pigeac (1344), et avait 
obtenu la rédaction en forme de code de ses franchise! i 
communales, portant principalement qu'aucun habitant ne j 
pourrait être retenu dans la grosse tour de la villOi prisas ; 
qui appartenait au seigneur, qu'autant qu'il aurait com- 
mis un crime entrainant la peine de mort ou la mutila- 
tion; que pour tout autre cas il pourrait se racheter à 
prix d'argent, ou en fournissant une caution ^ Un arrAI 

1. Raymond Vidal. Voir uiiu |tarlic de cette »enteiico dan» mon Hùtioin 
du Bat-Limottsin, t. 2, p. 139. 






J 



ET DE LA MGOMTÈ DE LIMOdKS. 357 

r du roi avait octroyt^ à U ville le droit de nom- 
losnla (!Î37). Mais, en iiC.l, Aymeri, évêquode 
k le mftine qui avait conibutlu à oiitmnce contre les 
s de Saint-Léonard et de Umoges, en sa qualité 
ÎD de la terre de Mulemort, avait, ù la demande 
ite» de Turenac, porté atleiote à celle de Urive, 
. décider que ceux-ci pourraient y établir leur 
tt, OD leur lieutenant, mais en réservant les droits 
<i qui, depuis 1344, y avait un bailli '. Celle sentence 
3 indignation générale; les hommes de la com- 
i prirent les armes ; d'alTreiises cruautés eurent lieu 
I et d'autre pendant trois ans : tout chevalier, sur- 
I par un bourgeois hors de la ville, avait à payer une 
e rançon, ou ét^l mis il morl. Enfin un rapprochement 
~nt lieu ; on uonvint de s'en rapporter & la décision d'un 
religieux de l'ordre de Saint-Dominique '. La ville ronNen- 
lit k payer au vicomte de Turenne une partie des frais Taits 
poor la dernière croisade. Une iimende de sept sous devait 
èlre infligée aux hommes des deux partis qui s'attaque- 
un de soixante, s'il y avait effusion de sang. De plus, 
kdes meurtriers devaient être saisis et conlisquës 
[des seigneurs et de la commune, La ville eut & 
t titre d'indemnité, cent livres au vicomte, qui se 
ait le droit de poursuivre individuellement tout ci- 
DOt il aurait h se plaindre, mais seulement devant 
■ du roi. Ce ne Tut qu'une trêve il laquelle la bonne 
I présida ni d'un cftté, ni de l'autre. De nouvelles dU- 
■Itéi survinrent bienlAt, et furent encore aplanies par 
mtjon de frëre Gérard, religieux bénédictin, et dO 



r fcliu d« V 

é df UpnMt. (Arcb. d« b illti Ae 



358 HISTOIRE DES MG0MTE8 

l'abbé d'Obasine (23 décembre 1379). Ainsi forent arrêtées 
pour quelque temps ces dissensions qui feraient de li 
commune de Brive une des plus célèbres du moyen âge, 
si l'histoire en avait conservé tous les détails. 

■ 

Au moment oh Raymond VU, ainsi que sa famille, pouN 
suivait de sa haine cette petite ville, on le voyait soutenir 
avec la même opiniâtreté les prétentions des bourgeois de 
Beaulieu, dont la suzeraineté était réclamée par Tabbaje, 
en vertu d'une sentence qui l'avait adjugée à l'archevêque 
de Bourges (1265), comme représentant les droits du fon- 
dateur. Celui-ci, appelé de nouveau comme arbitre, dé- 
cida que quarante bourgeois choisiraient douze d*entre 
eux, parmi lesquels l'abbé désignerait quatre consuls, 
mais à condition qu'ils ne pourraient imposer aueone 
taille sur les habitants qu'en présence de son bailli; que 
toutes les affaires de la communauté seraient discutées en 
assemblée publique dans la maison du consulat; qu'à cha- 
que nouvelle nomination à l'archevêché de Boui^gas, les 
quatre consuls de BeauHeu offHraient à l'abbé les 
clefs de la ville (1278) ^ Tous ces différends entre la dé« 
mocratic qui voulait m«nintenir ses libertés et la féodalité 
qui voulait ne rien céder de ses vieux privilèges, se termi- 
nèrent en 1296 par une charte rédigée à MarteM. Ray- 

1. Cette souteiicu porto quo le sceau de la justice appartiendrait k Tabbé; 
que pour les droits de tuuiVaillis, In lit du di^l\int appartiondrail aux r«lî- 
fcioux, à\n»\ qu*une tiattc de viu. Ia valeur du lit Tut flxée i huit aotu, la 
hntte de viu à trois. Quant au dîner ({ut» la fauiille du ddfuut devait aui 
iiioint's, il i^tail h la disrn^litm de l'abb*^. Le ilrnp mortuaire placé fiur le cer» 
rucil dnvait ap|iartcnir à l'abliaye; à l'avéneiiifut de chaque abbi^ lei con- 
suls, revêt Uh de liMirs ridnrs, devaicul venir le recevoir aux portent de U 
\illp. 

■2. Raunotid VII niMiinit au sorvirr île IMiilippi'-lr-nci, tlans la (guerre 
l'Miln- h's rianiaii-U. cl fut nilcrn'' dans l'hApital ih: Jaffa. ap|»arteiiant aui 
TrMnp!irr«, situt* près du i'h.\(eau de Tureiiue. Jl avait institué pour mu h4ri- 
tl. n- Mar;:iU'ritt'. na tille iiiiiipu', qui, p.ir s-iri inaria^i> avw' Uemard VII, 
porta la vh»3uit<^ dans la maison ih; Omminfrei. en 1311. (Le P. Auwlme : 
llixioirf. yénéal.) 



1 




RT f)K LA ^^coM'n; m. limogrs. sbb 

oiond Yn se réserva daos la ville de Beaiilieu et ses dépen- 
dances la faculté de punir les crimes d'adultère et d'homi- 
cide; d'infliger une amende de soixante sous ii quiconque 
aurait fait une blessure arec le fer; de poursuivre ceux qui 
seraient reconnus coupables de rapt, de vols nocturnes. 
Mais il reconnut qu'en vertu de droits antérieurs, la ville 
aarait une Hnivemté avec ses privilèges et des insignes 
particuliers ' ; que des consuls seraient investis de l'admi- 
nistration publique, et la commune admise au partage de 
son autorité, et nu tiers dans l'exercice de sa juridiction 
haute, basse et moyenne ; que celle juridiction serait exer^ 
cée par un bailli, nommé par lui et par la commune; que 
les habitants et tous leurs biens, placés dans le territoire 
de la vicomlé, seraient exempts de tout tribut {rectigitiù), 
de droii* de péage, de fiefs, à raison de ce qu'ilsvendraient, 
ou transporteraient ailleurs. Les syndics de la commune, 
en échange de ces concessions, déclaraient tenir leurs 
privilèges du vitomte seul, comme de leur seigneur, et 
s'engageaient à ne jamais les aliéner au proflt de per- 
lonne; qu'A la nomination de chaque bailli, six d'entre eux, 
porteurs d'un mandat spécial de la commune, feraient 
ta même déclaration *. D'autres petites localités avaient 
_msi au sin" siècle leurs franchises, mais moins éten- 
H et soumises le plus souTCnt au libre arbitre des 
(Beors. 

rtnr de Bretagne, avant d'aller recueillir le riche el 
tense héritage de sa famille, avait remis h Jean, son fils 
i, la vicomte de Limoges, comme exerçant les droits de 

• tlpirersilatem cl jura et inaig'nia UaiTersilxUs. s (Justel : Preneei de 
aùon lie TurtTint.) Le» inugnei den consul« cniiiicUîent en une robe ei 
■■" >-)i«peroD mi-parti» noire et nmgoi, el duubl*» d'^ITo blwiclic. Le seetu 

i "WBUilt- circulure : s. (tigUlum) CONSVLY» ET COKvisrrATlB Dï BÈLLO- ■ 

'.«■n.(Aiyh. dttaeMe.) M 

;. Aicb. (le Pbq : F. de la vicomlé de Limof/ea, H 

uT à 



360 HI8T0IKB DES VICOMTES 

sa mère ^ Ce fût dans le ch&teau d'Excideuil, dont la p» 
session aidait été pour ses ancêtres la cause de longna 
guerres contre les comtes de Périgord, que le nouveai 
vicomte fut investi de ses droits» en présence de tous lei 
barons du Limousin, invités à venir lui faire hommage*. 
Dès les premiers jours de son avènement, il se trouva et 
opposition avec Gui de la Porte, abbé de Saint-BIartial, 
qui, comme ses prédécesseurs, ambitieux de ne riei 
perdre des privilèges de son abbaye, réclamait l'hommage 
pour la justice que les vicomtes tenaient en &ef. Le pré* . 1 
lat| après être venu à Paris invoquer la justice du roi, 
crut devoir recourir à la protection du saint-siége. C'était 
au plus fort de la lutte de Philippe-le-Bel contre Boni- 
face VIII; aussi le roi de France Ait-il mécontent qu'on 
eût porté l'aiFaire à un tribunal autre que le sien. Après 
s'être donné un pape favorable à ses vues politiques, il Bt 
déposer l'abbé, que Clément V remplaça par Gaillard de 
Miraumont. 

Le nouveau pontife vint ensuite à Grandmoni (1306) ac- ] 
compagne de sept cardinaux, et suivi des plus illustres 
troubadours limousins, parmi lesquels on distinguait 
Giraud de Bourncil, surnommé le maître des poètes^ « dont 
les jeunes filles aimaient à chanter les sirventes, en venant 
puiser de Teau à la fontaine'; n Gabert, dont les chanta 
d'amour ne faisaient pas rougir les grands personnages de : 
la cour d'Avignon^. A son arrivée sur les limites du diocèse 
de Limoges, Clément V fut reçu par un nombreux clergé 



1. Lei moDuaies d'Artur avaient pour lé|r<»Dde : artur I. VICK-COXIS 

LEMOVICEN'SIS. 

s. Uu acte du lundi après la Saint-]k'mal>é, de 1301, fait à Eicideuil, 
porte le «roau du jeuuo vicumti'. [Anh, de Pau,) 

3. RATNOrAllD : Vie thi Troubaihurs, 

K. Ou lui attribue un po«'mo ^rotiquf, fnit à Avignon, intitulé : Las Bam» 
sias {ies Baiten), 




ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 3Bi 

tt conduit par l'évëque au couvent des Dominicains, d'où il 
[larlit le lendemain (24 avril 1306) pour l'abbaye de Soli- 
gMC. Apres tlie resté cinq jours à Grandmont, il donna 
inx religieux la permission de manf;cr de la viande deu^ 
fois par semaine : c'élait pour les dédommager des grandes 
dépenses que sa présence avait occasionnées. 

Le nouvel abbé de Saint- Martial, quoique nommé sur la 
recommandation du roi, ne négligea point les intérêts de sa 
communauté ; dès les premiers jours, il s'efforça par la 
persuasion d'amener Jean de Bretagne à lui Taire hom- 
mage. Le jeune vicomte résista quelque temps, et finit par 
M soumettre à cette humiliation : accompagné de plusieurs 
religieux, de ses barons et des principaux bourgeois, il 
«Dira dans le chapitre, fit serment de fidélité pour les droits 
qu'il avait dans le Château, dans la chdtellenie et notamment 
pour celui d'; faire batire monnaie. Il renouvela la même 
cérémonie pour tout ce qu'il tenait en fief de l'abbaye dans 
les châlellenies de Pierre-Buffière et de Châleau-Chervix'. 
Jlprës avoir reçu de l'abbé ie baiser de paix, il donna à tout 
le clergé dans le réfectoire unsplendide festin, auquel assis- 
Urent aussi tous les moines, heureux d'avoir vu leur suze- 
raineté reconnue par l'hérilier d'une puissante et illustre 
maison (1307) ^ Ils ne se doutaient pas sans doute que Pbi- 
lippe-le-Bcl, qui a'était fait leur protecteur, soumettrait 
ItienlAt à son despotisme l'Église et la féodalité. Les Tem- 
pliers, cette glorieuse milice engagée dans tous les com- 
luts de la Terre-Sainte, qui avaient à Limoges de vastes 
tUtimenls, une riche commanderie, furent les premières 



1. L« ui^eurie de Pie rre-Bufl 1ère cl&il ttudaUirc du nioniilère d 
' ilt-Croii, éngâ au cammencemeDl du xil* siècle pu les seigneur» d^ ti 
-iliU, cl qui éUiil loumii aSainl-Uarliil de Limoges. Le monaMèro di 
Suin-OuiM-do-Chertit itul i\.é hUl pu Ëlieniie II, ((uatoriièino abU di 
>«DUilui{uiliu, Tcn ïia 1120. (Banau. de Sainl-Amable, I. III.) 
I. Oall. Chritl., i. 2, 



L 



36S HISTOIRE DBS VICOMTES 

yictimes de rambition et des yengeanoes du roi ^ On poi< 
vait s'attendre que bieat6t l'autorité des Ticomtes seni 
absorbée par celle de la royauté qui, par une poliUqW'j 
astucieuse, admettait l'église de Limoges au partage 
privilèges dont les vicomtes jouissaient depuis des siée! 
Ainsi Limoges avait vu l'abbé de Saint-Martial pai 
avec le prince les droits de justice. L'année suivante (Il 
le doyen et le chapitre de Saint-Yrieix, par une ti 
passée devant Guillaume de Nogaret, cet habile légiste qi\ 
jugeait toujours en faveur de son souverain, conseni 
en haine du vicomte Jean de Bretagne, à associer le rail 
la justice de la ville. Us obtinrent, entre autres oondil 
que les ville et seigneurie seraient désormais régies par 
droit écrit ; que le roi ne disposerait jamais de sa part 
juridiction en faveur de personne; qu'elle serait 
par un viguier, un juge et des offlciers, mis par lui et 
le chapitre en possession de leurs charges, et que le 
serait en commun, c'est-à-dire représenterait les droits 
chaque partie *• On reconnut aussi que le roi ferait bal 
monnaie à l'endroit où existait autrefois une tour, dite 
tour de FAbbé^ qu'il la ferait reconstruire pour y rendre 
justice et y retenir les accusés. On n'excepta du partage 
droits de seigneurie que les hommaj^es dus au doyen, 
les fiefs contigus au clotlre, ainsi que les flefs, les reveni 
et les hommages qui lui avaient toujours été attribués il 



1. La principale habitation des Tmiplierr ^{\\i Bituéo devant l'abbaye 
Saiut-Marlial, au coiu du rnitrée do la porte PoiUalière, 

2. I^ *c.osiU nunniuu portait d'un cM : sio.iixvm. cuni.K. noMNl. REGI 
FiUNaf:. F.r. dkc.am. kt. capitvli. s. ahkdii. avec les tleur» de 
sur l'autre cùté, l'imago, df l'abl)^, rcvi^tu de f^% ornpnicntK. avec la 
Le petit sceau portail Mulcinent tuif (ItMir de lis et unn rrmm avec 
léfronde : s. s. aredii. Ce document, Mip^iS en latin, {torti: eu tMÉ] 
« Diplonia regium quod de conventu derani ut canonicorum S. Aredii 
citftur Francorum rei ad domiuium cl juridictiimem Attanen»if Til}«e>.»(.li 
dtf Pau, F, tif h vicomte dv Ununjfs^ «'rio E.) 



1 



z «eigneurs de Msumont, dé testas alors dans 
k A cause de leur complicité dans U tyraDme 
e de Boari^ftne *. 
mtque le vicomte de Limoges perdait ainsi ses pri- 
que u famille avait conservés à travers les siècles, 
rille de Saint-Yrieix où » ses officiers prenaient 
te justice et police, et mettaient prix raisonnable 
pain et rin, d les bourgeois et les consuls de Li- 
efaercbaient t profiter des événements politiques 
rasdiqoer les droits de commune que s'étaient at- 
Iw derniers vicomtes et l'abbé de Saint-Martial. La 
nia France et l'Angleterre, par suite du mariage 
Ivde Pbilippe-le-Bel avec le fils d'Edouard» favori- 
HjiétenUoofi. Cette union rendait à l'Angleterre sa 
^■-■nr les seigneuries d'Aquitaine, ce pays deve- 
Kd^b«lle de France, qui réservait i son époux 
préseoU de noces, car les descendants des Plan- 
deraient en son nom revendiquer la couronne de 
AiusitAl après cette union, si fatale aux deux na- 
a de Limoges chargèrent l'un d'eux, Simon 



neal lïjoiiJce, d'ibord eier- 
(iiniinin Inodlt^i, p*iu en pirtie eolrc lc« nuûia 
•ut lisu prinuipdeiDeDt mii Philippc-la-Bel, 1 U 
ce ptinm »« le uint-tiége. Le diplAme. ligai t 



364 HISTOIRE DES VICOMTES 

Bojol, bourgeois renommé par ses talents et son pat» 
iisme, de demander au prince anglais la confirmation te 
privilèges et des coutumes de la ville. L'envoyé de la co» 
mone devait être d'autant plus accueilli favorablemeati 
qu'il était le parent et peut-être le fils du consul Ëlie Bqji 
qui, en 1273, avait fait serment de fidélité au nom de laviK 
à Edouard 1" qui, de son côté, avait promis de défeoèl^ 
les fk*anchises. En effet le roi d'Angleterre confirma de noi^ 
veau les coutumes du Château de Limoges dont la rédadioa 
lui fut présentée par les consuls ^ Le vicomte Jean de Bit* 
lagne, qui habitait alors la maison qu'il avait achetée de h 
famille de Pejrusse, près de la place de Saint-Michel-dtt« 
Lions, ne fit aucune opposition à cette reconnaissanolii 
Ainsi s'affaiblissait peu & peu l'autorité des vicomtes 
profit de la royauté, de l'Église et de la bourgeoisie. I 
de Bretagne, pour la défendre, n'eut rien de Ténergia 
sévérante de ses ancêtres. Peut-être aussi attachait-il 
d'importance h la possession de la vicomte, parce 
comptait sur celle du duché de Bretagne *• En eflM, 
sitôt après la mort de son père (1312), il regut les b 
mages des Bretons et des évoques de Bretagne, et dès 1 
il se trouva aux premiers rangs des grands vassaux de M 
couronne de France. li avait épousé en premières noce^ 
en 1297, Isabcau, fille de Charles de France, comte de Vtj 
lois, morte en 1309; et Tannée suivante, Isabelle, fille d| 
Sanche IV, roi de Castillc et de Léon, & laquelle il recoti 
nul en douaire la vicomte de Limoges. Mais avant sa prin 
de possession du duché de Bretagne, Gui, son frère, féi 

1. Archiveg t|(> l>aii : t\ de h viromU dt Limoges, Lo vidimut à» m 
coutumeK, dont la réilartion csl ni lanfrur liiiKuixinf, rompreod dix in-MJ 
on parrliemin. li ne port» pas di* ilato, ni&iii il a|)pRrticnt certainement II 
Ziv* «ii'cle. 

2. Philip|H>l(''Bel, i»ar lultn^s du mois do soptcnibn^ 1297, atait ^rigél 
comté de Hreta^'n** en iloché. {(wuiiiaum^ tli* Nanffit.) 



1 



ET DE LA riCOMTL' DE LIMOGES. 3A-1 

Impart qui liù retenait dans les successions de son 
sa mère; car, à lui aussi, rejeton d'une ramtlle 
bilail an titre, des niaDoirs, des vassaux «t tous 
^t» <i« la rëodnlilé, et il y avait de quoi satisfaire 
iioo sur les terres de llrclagne et de Bourgogne, 
lité bit à Paris (1315), Jean UI lui céda tout ce 
échu du cher de leur mère, à la charge de payer 
lent deux mille livres représentant la dot d'Yo- 
le soa pire Artur avait épousée en secondes 



ainsi vicomte de Limoges, pouvait espérer 

i lard duc de Bretagne; nous verrons comment 

ilremeot par suite de nouvelles dispositions de 

I, que sa générosité et l'aménité de son caractère 

le Bon. Trop confiaut dans l'atenir, Qui, 

devrions classer comme le septième dans la gé- 

des vicomtes de Limoges, s'il eût plus longtemps 

ce (ilre, se Mta de faire reconnaître son autorité, 

'il eût espéré laisser après lui des successeurs di- 

coDtiaucraienl l'illustration de sa maison. Son 

•oin fat de réparer ses places fortes, longtemps 

par ses prédécesseurs; d'augmenter le nombre 

kdUncs d'armes, et de convoquer H sa cour pléniërc 

qui lui devaient foi et hommage. Il .igran- 

les ateliers où se fabriquait la monnaie vi- 



Kiles les apparences d'une piété sincère, il prit 
ieun occasions une grande part aux querelles des 
«OTtout & Grandmont, dont le monastère était 
lepais longtemps par des factions qui, plus d'une 
il excité contre les religieux l'indignation dn 






3M HISTOIRE DSa VICOMTRS 

peuple» et attiré les réprimaades du ptpe et le mécoat» 
tement des hauts barons. Un moine de SainUMartial, di 
défenseur de la discipline ecclésiastique, accusa de m 
désordres le prieur du couvent, homme de maufaisa vi% 
qui dissipait les biens de la communauté pour satiaikire 
mauvaises passions. En même temps» les religieiix qui a^ 
vaient pas osé jusqu'alors dénoncer leur chef, cédant 
conseils de Oui» et d'un autre côté soatenua par les 
de Saint-Martial, quittèrent leurs cellules et vinrent àli* 
moges, où ils commencèrent une enquête. Leur absenn 
ne fit qu'accroître l'audace du prieur : resté seul maitra da 
monastère, il s'entoura de soldats» fit garder laa avenosi^^ 
comme une place forte. Pendant ce temps les frères fm 
naient un chapitre général dans le couvent dea GoideliM 
de Limoges. D'un avis unanime, Jourdain de Rabastens» li 
spoliateur de leur fortune, ie violateur des lois canoniquah 
fut solennellement déposé» et remplacé par Blie Adémaa 
de la maison de Lois. Le nouvel élu, ne pouvant s'installii 
par la force à Grandmont qu'occupait toiùours son rhaM 
crut pouvoir plus facilement imposer son autorité en k^ 
faisant reconnaître dans un chapitre général; mais Joor-| 
dain de Rabastens» entouré de quelques moines attachés M 
sa fortune, réunit lui aussi un chapitre qui le maintint éut\ 
sa dignité. Le pape Jean XXII rendit enfin la paix au clollrëH 
en déposant les deux rivaux. il 

il fut plus facile au clergé de Limoges d'avoir raison dMl 
bourgeois qu'au souverain pontife de rétablir Tordre Ai^ 
OrandmonL Le jour de la Fête-Dieu (13S7), pendant laprMÎ 
cession, la foule envahit le monastère de Saint-MartiaV 
pour saisir un moine de Saint-Augustin, dont il avail à W0 
plaindre, et qui faisait une neuvaine au sépulcre. Mais an» 
paravant, celte troupe furieuse s'était aussi jetée sur le coa- 
vent de Saint-Martin et y avait commis de grandes violences 



M 

4 



ET 08 U VICOMTE OE UHOGES. 3H7 

colère de n'avoir paa p\x 3 trouTer nu lutre moine, 
le de Ctubaoais, que l'éfAque avait coodamné 
naurtriar d'Imbert de ViUers, bourgeois de la Tille. 
il craignait que le coupable ne subit pu ta sen- 
I peuple voulut arrtter dans Saint-Martial, pour le 
MMume otage, le pauvre moine innocent, qui eut 
caué dans le tumulte et qui mourut quelque:; jours 
lès GOQiols, comme reipoasables de cet altentat, 
Uérée au pariemeat, qui les condamna à fournir & 
trois bassins 4'argent, à entreleoir nuit et jour 
rges devant les reliques de saint Martial, à pajrer une 
dedix livret tournois tu profit de l'abbaye de Saint- 
;l de Guillaume de Chabanais, que l'arrAt déola- 
cent; déplus la commune ht condamnée envers 
ODB amende de dix mille livres, et les consuls à 
aque année et i perpétuité, nn^pieds, nu-téle ei 
itore» porter de l'abbaye de Saint-Blartial 1 l'église 
•Avgostin l'image en oire d'un moine dn poids de 
■es, qu'ils rapporteraient ensuite an tombeau de 



1, qui parcourait alors la vicomte pour flaire recoo- 
ê privilèges de suieraiu aux hommes de ses terres, 
es ona, effrayant les autres, vit son autorité mena- 
noment où il s'y attendait le moins, ^wr les récla- 
d'Isabelle de Gastille, sa belle-sœur, excitée peut- 
les conseils de son mari, qui pouvait en en<et 
r d'avoir aliéné la vicomte de Limoges. Elle te plai- 
*0D eat disposé sans son consentement de ce riche 
, qu'on lui avait reconnu en dooaire, et qu'elle ati- 
■oit de revendiquer plus tard, si «Ile survivait k Jean- 




an HISTOIRE DES YIGOMTfô 

le-Bon; ajoutant d'ailleurs, qu'après avoir suivi son mir 
dans le duché de Bretagne, elle avait souvent fait acte d'an 
torité dans la vicomte, comme dans ses propres domainoi 
en y instituant des officiers et en y percevant le prodmi 
de plusieurs rentes. Le roi de Gastille, son Mre, soutint m 
prétentions, et chargea Oonsalès, évèque de Bui^os, de le 
défendre devant le roi de France. Oui YII, tenant la vicomte 
d'une simple concession que son f^re pouvait révoquer^ 
et ayant contre lui des ennemis nombreux et puissantii 
consentit i un accommodement dont les conditions de- 
vaient être réglées par le roi de France. Alors PfaiUppe-1» 
Long, du consentement des parties intéressées, chaîna 
les évèques de Laon et de Mende d'examiner la questioi 
el de la résoudre. Les deux prélats, après de longues oofr 
férences, convinrent que Gui renoncerait à la vicomte, dé- 
poserait son désistement entre les mains de l'évèquedi 
Limoges, et qu'on lui assignerait huit mille livres de re» 
tes en Bretagne. Philippe-le-Long approuva cette dédsioi 
par des lettres patentes, données à Paris en 1317 ^ II aimail 
mieux que ce grand fief restât dans les mains d'une femoM 
que dans celles de Gui, lequel avait paru disposé à bravet 
son autorité. Déjà ce prince avait cherché à se faire dei 
partisans dans la vicomte, en déclarant les habitants de 
Limoges exempts de contribuer aux frais de la guerre de 
Flandre. Plus tard, quand son sénéchal avait voulu les fo^ 
cer à le servir de leurs personnes, Jean de Bretagne suit 
protesté, et ses agents avaient nui aux intérêts des coosab 
et des bourgeois en exigeant d'eux le prêt d'une forte 
somme d'argent, qu'il ne remboursa que par suite d'une 
sentence du sénéchal K 
La décision intervenue entre Isabelle et Gui ne fut pei 

1. D. Lobiaeau : Hist. de Bretagne, 

2. Arch. de Pau : F, de la vicomte de Limoges, S. E, n* 740. 



ET DE LA VICOMTE DR LIMOGES. 369 

ptée par le duc de Bretagne qui, ne voulant pas gre- 
son duché d'une rente aussi forte, aima mieux se des- 
nisir de quelques fiefs, et céda à son frère ce qu'il possé- 
lut en Penthièvre, dans le comté de Guingamp, dans les 
diâtellenies de Ménibrias, de Pontrieu et de La-Roche- 
Dmrien, à condition d'en faire hommage au duché de Bre- 
tagne, et de payer une pension viagère de dix mille livres 
k la duchesse Tolande ^ Gui VU renonça alors à la jouis- 
■Dce de la vicomte de Limoges. Avant de s'éloigner, on 
b vit souvent fréquenter les églises pour y déposer des of- 
frandes, et entendre les prédications de l'évèque Raynaud 
ie la Porte, qui invitait le clergé, les grands et le peuple à 
h reconstruction de l'église cathédrale de Saint-Étienne, 
eommencée vers la fin du xm* siècle par Hélie de Malemort, 
doyen du chapitre, qui en avait posé la première pierre 
(1* juin 1273) *. Le travail avait marché lentement depuis 
eetle époque, puisque le chœur, œuvre architecturale des 
pins remarquables, fut continué par Gilbert de Malemort 
(1990), Raymond de la Porte (1316), Gérard Roger (1320), 
Relie de Talleyrand (1325), et terminé seulement vers 1327. 
L*Ëglise« pour la construction de ses grandes basiliques, 
a'avait plus, comme autrefois, des milliers d'ouvriers à sa 
disposition, travaillant seulement en vue de leur salut, et 

t. heeaàl des ordonnaiiceiu 

î. « RftTnaiid. éréque de Limoges... Nous faisons saroir que nous et notre 
ÛÊ^iUm die T^ise de Limons, laquelle fat bitie par le bienheareuz 3lar- 
Wt ap6Cre de J.-C., qui fbt enToyé en Gaule par saint Pierre, prince des 
ifAtret, seloo le commandement qn'il en arait reçu de Notre-Seigneur ; 
^KUe ^gliae, an temps susdit, a tenu la principauté sur toutes les églises de 
W fmriBoe d'Aquitaine, et qui fut après rebâtie par nos prédécesseurs d'un 
qui n'est pas asset beau ou décent dans sa forme et sa figure, somme» 
de U rtbAtir d'une plus riche façon de structure, et en axons com- 
l'oaTtage... Nous destinons la moitié des fniits des églises qui vaque- 
éwmt tii ans, pour Teiécution de ce dessein (1316). » Le m^me éré- 
qoamte jours d'indulgence à tous ceux qui contribueraient à 
Klioa oi qui ▼isitertienl l'église aux grandes fttes. (Jf«r. de 

r-» 

24 



370 UISTOIUË DES VICOMTES 

de savants artistes , si désintéressés que la plupart otti 
laissé leurs Doms inconnus. Cependant toutes les familkl 
riches répondirent à l'appel de Tévéquc. 
Aussitôt après que la sentence, confirmée par le roi iê 

m 

France, eut remis la vicomte dans les aiains de Jean D 
et d'Isabelle, celle-ci s'était empressée d'y faire ezerev 
l'autorité en son nom : se trouvant à Limoges au momMl 
où l'on reprenait les travaux de Téglise cathédrale, elle II 
d'importantes aumônes il l'évèque, et suivit la processioA 
des moines qui portèrent solennellement les reliques d0 
saint Martial à Mont-Jauvy, où elles devaient rester pci* 
dant la durée des travaux. Ce lieu rappelait en effet ni 
fldèles le miracle qui s'y était opéré l'an 994, lorsqu'oa f 
transporta les mômes reliques qui firent cesser subita^ 
ment le fléau connu sous le nom de Mûl des ardmlf '• 
Après avoir entendu avec la même émotion que lafook^ 
qui couronnait le sommet de la colline, la parole éloquento^ 
d'un religieux de Tordre de Saint-Dominique, invitaol^ 
tout le monde à concourir à la reconstruction de la baii' 
lique, Isabelle partit pour la Bretagne, Hère d'avoir appris 
aux grands vassaux du Limousin qu'ils avaient une suM* 
raine au-delà de la Loire. 

Les bourgeois de Limoges, qui connaissaient son am* 
bilion, i)0n caraclèro allier, la virent avec plaisir quitter b 
vicomte, car ils pouvaient craindre de retrouver en eVà 
une autre Marguerite de Bourgogne. Le clergé aussi étail 
plus à Taise et plus rassuré sur le maintien de ses priH* 
légcs que si elle eût résidé dans ses murs : il avait moiM 
à craindre pour sa fortune, qui ne s'augmentait plus dani 



1. Kt hoc th: causa gawiU^ hco nnmen est impositum MofU-GomiK» 
(Ap. Utinav.. t. II, p. S43.) — Ecdesia Un l'vnsiituiiur, in uumiua Ma^ 
lihii» amsecmtur : ïocun ipito ex luuc MuMS-làAUDiUH vocatur. (UMlfj 
preuves, p. 313.) 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 371 

oe proporlion qu'autrefois. Le peuple venait bien 
*s prier dans les sanctuaires, vénérer les reliques, par 
ession desquelles il se consolait de ses misères, 
l n'en était pas de même des grands vassaux, qui 
ni plus la foi de leurs ancêtres, qui ne venaient plus, 
\ autrefois, revêtus du cilice de la pénitence, implorer 
on de leurs fautes en s'agenouillant devant le tom* 
lu premier apôtre de TAquitaine. Lorsque Charles, 
de la Marche, qui devait bientôt être Charles IV, 
tel, vint à Limoges, les moines se plaignirent de ce 
5 s'était pas mis à genoux devant ces précieuses reli- 
Bt n'avait pas même visité l'abbaye. — « Autrefois, 
trils, les rois, les princes, les papes et les archevè- 
e manquaient jamais à ces pieux devoirs, » Aussi 
[pils à une punition du Ciel et à Texpiation des 
du père, quand ils virent le dernier fils de Philippe* 
nourir sans postérité. 

^nement de Philippe VI portait bien en soi les pre- 
germes de la guerre de cent ans, car une dynastie 
le n'a jamais surgi sans orages politiques. Cepen- 
» premières années ne furent pas troublées par les 
Âon^de l'Angleterre, qui ne pouvait s'appuyer que 

droits d'une femme, dont la conduite déshonora 
rd les deux royaumes. Un Français, d'abord prison* 

Angleterre, ne tarda pas à exciter les passions de 
femme cruelle et ambitieuse, acceptée d'abord 
i gage de paix par les Plantagenels. Roger de Mor- 
ne dans le Limousin, se fit l'instigateur de la haine 
IX nations, en exerçant sur elle l'influence d'un cri- 
amour, pendant qu'un de ses compatriotes, le car- 
nerre de Mortemart, ainsi nommé du lieu de sa 
ce, honorait l'Église de France par ses vertus, rani* 
, ferveur religieuse des premiers temps, en fondant 



372 HISTOIUK DKS VICOMTES 

dans le pays de ses ancêtres des couvents pour Tordre dei 
Chartreux, des Carmes et dos Augustins ^ 

Le pays, cependant, ne fut troublé par aucun événement 
remarquable sous le règne des trois Gis de Philippe-le-Bd; 
la liberté fil môme quelques progrès, par suite de Tordre 
imposé aux serfs de payer leurs chartes d'affranchissement, 
car, (f selon le droit de nature, comme le disait Looif-le- 
Hutain, chacun doit naître franc, n La France doranil 
durant Tagonic d'une dynastie, en attendant de se réveiller 
dans les jours néfastes de sa nationalité en péril. Isabelle 
de Castillc étant venue h mourir en 1328, la vicomte de 
Limoges retourna entièrement à Jean III de Bretagne, qui, 
en épousant, en troisièmes noces, Jeanne, fille d'Edouard, 
comte de Savoie, s'en dessaisit de nouveau, en en faisant le 
douaire de celle-ci (1329). La nouvelle vicomtesse, morte 
en 1334, ne nous est connue par aucun acte de Tadminit- 
tration, qui resta tout entière dans les mains de son mari. 

Jean III, plus préoccupé de ses intérêts dans son dadié 
de Bretagne que de la vicomte do Limoges, ne se montit 
pas d'abord dévoué à Philippe VI, et, comme plusieun 
autres grands vassaux, il manifesta, sinon son oppositiofli ' 

moins son indiUércncc , on s'abstcnant d'assister an 
sacre du nouveau roi, et se créa par là quelques embarras, 
à la suite desquels le roi lui interdit le droit de faire battre 
monnaie, et donna Tordre à ses officiers de se saisir des 
coins à Nantes et à Limoges, prétextant que la monnaie 

1. Le vériUblfl nom du ranliiial de MurltmiArt l't.iit PUtiv Gauvaia, Mmt 
Gnlvfini, Cdmmtt on le lisait mit sa tombe. Noiuiné canliiial par JeaaXXIIf 
en 1327, il attira :i la roiir romaiiit^ Picrrt* KoK»'r, «Icvonu plus tard le pr«* 
inler pa{M? limuiiAin imun le nom ilc (lli^menl VI. (Halu/k : l'iiœ pap, Ave* 
nion,, t. 1, c<i|. 701.) 1^; bnur^ de Mortemart ilul au cardinal la foniiatioa 
d'un hApital et d'un niiit'-fre, lui douzr i^i'olient pauvres vtaicnt irraluiteDMBl 
élevés et nourris ; ti'un couvent de (^irmcK, d'un autre des Auf^ntiDS dool 
l'éfflisc e»t dcvrnuff pamiAKiale. ^naiil à la tomU' du hicnfaiieur, qui m 
trouvait dan* réalise nommée le Moùtier, elle, a disparu rlans les mines. 






i 



ET DE LA VICOMTE DE LIBIOGES. 373 

fabriquée dans les deux villes était semblable à la sienne, 
et que cette ressemblance nuisait au commerce. Personne 
pourtant ne pouvait confondre les hermines de Bretagne 
avec les fleurs de lis de France ; mais Philippe VI voulait 
être le seul faux monnayeur de son royaume. 

Jean III n'osa pas résister. Après être venu à Limoges, 
ob il déposa ses trésors, et se recommanda par d'abon- 
dantes aumônes aux prières des moines, il passa ses der* 
nières années à combattre pour la France contre les An- 
glais, alliés des Flamands, et suivit Philippe VI en Flandre, 
à la tète de huit mille hommes, en grande partie fournis 
par la noblesse du Limousin ^ Il tomba malade à Gaen, en 
retoamant dans ses Ëtats, et mourut dans cette ville, ne 
laissant qu'un bâtard nommé Jean (30 avril 134i). Avant de 
s'éloigner de la vicomte de Limoges, il termina un diSé- 
reod qui datait de quelques années, au sujet des dimes de 
la paroisse de Saint-Éloi, près de Ségur, avec GeolTroi 
Hélie rv de Pompadour, seigneur de Château-Bouché. Les 
témoins furent Gallicn de Perusse, seigneur des Cars, 
Bertrand deLasteyrie, seigneur du Saillant, et Pierre de 
Saint -Trieix \ Il avait aussi assisté aux funérailles de Ber- 
nard Guidonis, pieux savant, né en 1260 au château de 
Jovet, paroisse de Royère, mort au château de Lauroux, 
in diocèse de Lodève, en 1334, à Tâge de soixante-onze 
ans. Peu d'hommes eurent à celte époque les vertus et les 
Idents de ce prélat. 11 avait demandé d'être enseveli dans 
féfjUBe des Jacobins (aujourd'hui Sainte-Marie), où il avait 
|rit l'habit de l'ordre de Saint- Dominique et passé les pre- 
lûères années de sa vie'. Le catholicisme s'illuminait alors 



L FroMMit, 1. 1, c. cxu. 

a. Artb. de Pau : F. de la vicomte de Limoges^ S. E. o* 849. 
I. n goaTema les oouïenU de ion ordre k Limoges, à Chartres, à Canaa- 
iMe, «C eserça à Toulouse durant dix-huit ans la cbarire d'inquisiteur. Le 



S74 mSTOIRE DBS VTG0HTE8 

des gloires les plus pures, des talents les mieux inspiréi 
par la douce pensée du christianisme. Les Jeunes filles des 
plus nobles familles aimaient la Solitude de l'abbaye royile 
de la Règle, telles que Marie de Pompadonr en 1316, Marie 
des Alieuds, parente de Clément VI et de Grégoire XI, 
en 1344, qui laissèrent à d'autres non moins illustres les 
plus beaux exemples de dévouement aux devoirs de la fie 
religieuse. 

pape Jtan XXIII l'envoya à Rome pour y rétablir raatorité du iaiot-iiifCi 
et le nomma enioiite évèqnf <ie Lofiève. Seft principaux oufrages, dont qaet 
qnes-uns ont été publiés par lo P. LAbbe, les BoUandiitei» dom Martamii, atCt 
sont : un livre, divisé en dnq parties, pour rinatrvctioir des inquiiiteun de 
la Foi ; une chronique de» papes, des empereurs, des rois de France, qui oon- 
mence avec l'ère chrétienne; les vies des saints {Spéculum wn iêot aU lt 
divisées en quatre parties, dédiées au pape, qui Ten remercia par une boHe 
de l*an 1329. {Chron, mss, de Limoges,) 



I 



f 



i 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 375 



cHAPmiE xrv 

CHARIBS DB BLOIS; JEANKE DE BRBTA6NB 
ET JEAN DB MONTFORT 

dttrles de Blois succède à Jean 111 ; projet Me mariage de Jeanne de Pen- 
UiièTre axec le fils de Philippe de Navarre. — Le comte de Montfort fient 
4uM U Tîcomté de Limoges. — • Plaintes de Charles de Blois : sentence 
qm a4iiige à Charles de Blois les fiefs de Bretagne. — Jeanne de Flandre, 
cl Jeanne de Penthièvre. — La noblesse dn Limousin étrangère à cette 
gierre. — Le clergé n'y prend pas part : ses dignitaires à la cour d'Afi- 
fooa. — Note sur Pierre de Case. — Limoges et le Limousin contraires 
m prétentions d'Edouard TH. — La noblesse à la bataille de Manpertuis. 
«» Note sur Chàteau-Chervii. — Rétablissement de la confrérie de Saint- 
Martial à Limoges. — Traité dé Bretigni ; Jean Chandos reçoit l'hom- 
Biage des consuls. — L'évèqne Jean de Croso. — Note sur Andier, bour- 
geois de Limoges. — Charles de Blois continue la lutte contre Montfort 
" Sa mort ; sa mémoire honorée. — Le prince de Galles dans le Limou- 
lin. — n reconnaît la juridiction des consuls. — > Jeanne de Blois après le 
traité de Guéraode : elle récompense ses partisans. — Note sar les barons 
de la Roche. 

Jean m, en mourant, ne laissait aucun héritier direct; 
mais, comme il avait, vers 1337, marié Jeanne, sa nièce, 
ftfle de Gui, comte de Penthièvre, à Charles de Blois, fils 
pallié de Gui de-Châtillon, comte de Blois, et de Marguerite 
de Valois, celui-ci fut dès lors désigné pour son successeur. 
Ce ne fut pas sa faute, s'il ne procura pas à sa nièce une 
•IHance plus illustre, qui, si elle avait eu lieu, aurait peut- 
être évité à la Bretagne les longues guerres qui la trou- 
blèrent si longtemps. En effet, Jeanne avait d'abord été 
offerte à Philippe, roi de Navarre, pour son fils Charles, 
lomommé depuis le Mauvais, à condition qu'il prendrait 
k nom, le cri et les armes de Bretagne. Mais Philippe ayant 



376 flISTOIUË DES VICOMTES 

déclaré qu'il ne souirrirait jamais que son fils quittât la 
fleurs de lis pour les hermines, les négociations furent rom- 
pues. Le roi de France, Philippe VI, craignant que Jeanne 
n'apportât son riche patrimoine à un de ses ennemis, 
s'était d'ailleurs opposé à cette union. Fort d'avoir été dé- 
signé comme héritier du duché de Bretagne et de la vicomte 
de Limoges, Charles de Blois voulut se meltre en posses- 
sion de ce double héritage; mais il eut aussitôt pour com- 
pétiteur Jean de Montfort, fils d'Artur II et de Yolande, 
qui se prévalait de ce que la Bretagne devait être régie pir 
la loi salique. 

Immédiatement après la mort de Jean III, son frère, 
Montfort se rendit à Nantes, y fut reconnu duc de Bretagne; 
puis, pour s'assurer aussi la vicomte, il accourut à Limo- 
ges. Le clergé ne lui fut pas sympathique dès les premiers 
moments, refusant de lui livrer les trésors que le dernier 
duc, en partant pour la Flandre, avait laissés en dépôt dans 
cette ville. Les chroniques racontent ainsi cette expédi- 
tion : « Il se partit de Nantes, à grand foison de gens d'ar- 
mes, et s'en alla vers la bonne cité de Limoges; car il sa- 
voit et étoit Informé que le grand trésor que le duc, son 
frère, avoit amassé de longtemps, étoit là renfermé. Quand 
il vint lu, il entra vu lu cité en grand bobant (avec un nom- 
breux (!ortége) ; et fut noblement reçu des bourgeois, de 
tout le clergé et de la communauté de la cité; et lui firent 
tous féautc, comme à leur droicl seigneur, et lui fut tout 
ce grand trésor délivré par le grand a(^cord qu'il acquit aux 
bourgeois de la cité, par grands dons et promesses qu'il 
leur fit. Et quand il eut \h tant fôté et séjourné qu'il lui 
plut, il s'en partit avec tout le grand trésor, que son sire 
avoit trouvé. » 

Tout fier d'avoir été birn accueilli h Limoges, et comp- 
tant sur le dévouement des consuls et des habitants, dont H 



er i)B u VICOMTE dk limoges, sti 

«»é de reconnaître les privilèges et même d'y 
inler encore, le comte di! Monlfoii revinl à Nantes, 
ROUpagné de piusicurs chevaliers du LiiuousiD qui espé- 
licat bire fortune sou:« sa bannière, et parmi lesquels U 
at cil«r les deux frËres ûaulhier et Gérard de Peyrusse, 
ai ph» tard Turent les champions de l'Angleterre dans 

garm que fil Edouard lU à l'Ecosse. Charles de Blois, 
Dp lûhie pour résister ù force ouverte, porta ses plaintes 
I roi de France. Montfort, cité à comparaître, vient & 
iri», tKOTli de quatre cents gentilshomiDes, se présente 
I rui, ooD comme un vassal disposé à obéir à son su- 
nia, nuis comme ua révolté prfil h recourir ik la force 
•Dtrv toute décision qui oairail j!t ses intériits : il se con- 
Bt« de fair« acte de présence, puis se relire, avant que 
Mdoblée des pairs, réunie à Conflans, eût décidé, car U i 
Blcace ne rut rendue qu'en son absence (7 septembre 
41), wntence par laquelle la Bretagne et tous ses flefs ] 
rent adjuRês au comte de Blois. Jeau refusa de s'y sou- < 
Hïn, réunit autour de lui quelques-uns des petits vassaux 

Penlbiirrc, de firetugne, à ceux du Limousin qui l'a- 
ient min, et avec eux courut s'emparer de plusieurs 
lecs fortes. Assiégé dans Nantes par le duc de Noroiau- 
- fils àa roi de France, chargé de l'exécution de U 
^re, il fut bit prisonnier et conduit à Paris. 
.i>i b querelle semblait terminée; mais la fermeté de 
•uiae de Flandre, sa femme, empêcha les fAcbeux effeUqui 
naient oalurellemt^nt suivre la captivité de son mari. La 
Krre eontiuua avec ucharuemenl entre les deux maisona . 
vin. Jeanav suulial la lulle, au nom de son mari 
kbord, puis au nom de son fils, contre Charles de Blois. 
Wii] ec dernier eut été vaincu i la bataille de Roche- 
"[> (iS juin 1347) et fait prisonnier, sa femme, Jeanne 
r.thifrvre, montra le même courage que sa rivnle à dé- 



378 HTSTOIBR DES VICOMTES 

fendre ses droits. Ces deux héroToes des derniers temps do 
moyen Age firent toutes les fonctions des généraux les pli» 
habiles et les plus expérimentés, comme des plus br» 
soldats : on les vit longtemps, le casque en tète et l'épée 
la main, soutenir des sièges, assiéger des villes, com 
sur terre et sur mer, laissant après elles un souvenir 
gloire et de dévouement qu'on célébrait partout, et qui 
ftit peut-être pas sans infiuence sur l'héroïne de Vau 
leurs. 

Cette guerre, dont nous n'avons pas à raconter les ni 
breuscs péripéties, eut peu de retentissement dans le 
mousin. A peine quelques cadets de la noblesse, attai 
à l'une ou à Tautre famille, .voulurent quitter leurs manoi 
pour aller combattre dans les bruyères de la Bretagne 
La plupart aimèrent mieux rester sur leurs terres, es 
profiter des circonstances pour s'affranchir de l'auto; 
des vicomtes. La bourgeoisie montra la même indiffér 
elle aussi avait des ambitions h satisfaire et che 
môme & s'introduire furtivement dans les rangs de la 
blesse. On remarque, en cfld, qu*à cette époque plusieai 
familles s'arrogèrent des droits féodaux, cessèrent de pa; 
le cens et les rentes qu'avaient payés leurs ancôtres. Pi 
suite de l'aliénation d'un assez grand nombre de fiefs 
les derniers vicomtes, ou ])ar leurs pairs, comme les Coi 
born, les Venladour, les Turcnnc et autres, les nouvea' 
possesseurs, bourgeois ou riches artisans, se donnèrent d 
armoiries, se firent les seigneurs des terres dont ils n'i 
valent d'abord que l'usufruit. Le peuple des campagnes 
tfiillé avec rigueur par cette noblesse bâtarde, d'au 
plus pressée de s'enrichir, qu'elle pouvait craindre de 
pas jouir longtemps de ses ])rivilép:es. 

Dans le Limousin, le clergé se désintéressa aussi danj 
la lutte de Montfort et de Rlois : peu lui importait la vicl 



i 



ET DE LA VICOMTE DE UMOGES. ST9 

ira de l'on oa de l'autre; il avait pour loi l'illustration du 
eat, les grandes rertus, les sublimes âé?ouements. Plus 
e jamais il pouvait compter sur l'avenir de son influence, 
lod il vit un de ses membres, sorti d'une des familles les 
m nobles du pays, arriver à la papauté. Pierre Roger 
ément VI) régnait à Avignon et sur le monde catholique. 
loar de lai se pressaient un grand npmbre de ses corn- 
notes, nés quelques-uns dans de plus humbles condi* 
M, mais grands par leur mérite, faisant l'ornement de 
Door, partageant ses faveurs. Ses parents surtout eurent 
lilos large part à ses munificences; plusieurs lui durent 
lonrpre romaine. Clément VI brava les haines de l'ttalfe 

Mt prédilections pour le clergé de France, et TAngle- 
re par son dévouement au premier Valois '. Les car- 
■a limousins semblaient devoir être longtemps les 
^emsieurs de la papauté, et comme ils le disaient, « les 
âiens de la captivité de Babylone. » Lamy (le Biei^ 
mu^ né en 1305 à Limoges d'une famille bourgeoise, 

tooles les qualités d'un habile politique et toutes les 
tos d'on saint : nommé évêque de Chartres par Clé^ 
Il VI, patriarche de Jérasalem par Innocent VI, son 
loenee trouva peu de rivaux parmi ses compatriotes, 
ri quelques-uns furent aussi fort célèbres, comme Jean 
Eimoges, de l'ordre des ermites de Saint-Augustin, con- 
dor du pape Jean XXII ^; Pierre de Case (de Casa), 
sur général de l'ordre des Carmes, et patriarche de 
malem '. 

. Cb grand nombre d'éTèché* furent occupés par des Limouiiot. Gelai 
Lraar eut succeftiiTemeut pour évèquoi, Jean Uesly, Jean Bocher, Jean 
BHi, Simon de Beantoleil. Bernard Brun, chanoine de la cathédrale de 
leCH, fut éf^ue de Noyon et d'Auxerre. 

> Il mourut en 1346. On trouve à Saint-Pierre de Cambridge on de let 
manairrit, le Songe de Pharaon, q}iï\ avait dédié au roi de 



Aprèe na ueei long léjoar en Ase, il voulut revenir à Limogei ravoir 



r«ÉhilîoBct lakiise «faiestanné IVmeeoiÉi 
rwtre les deux gn^à» Bitktts de lX>ecidciit; Êdooaril 
leiCBiîqaaîl le titee de sûnt Louis, et la balaiUe il 
rficfease» some de la dêatslraise jomiée de Ciécy, semhUI 
fkîie cniindie, BÙenx que les décîsioDs des légistes deLoé 
d les, que la Fnaoe De devint la dol de la lUe de Philipp»li 

Bd. Hcmcosemeia |a aalkmililê française datai! d^ de Ui 
et s'était sbitoot afinnée à la bataille de Boimnes. Il 
prannœs penplées dliomnies libres, qui naguère n'étyfll 
qœ de paorres scf6; les villes, b plopart derenaes, pi 
leurs propres efforts on par les progrès du temps, à 
petites répnbliqoes boorgecnses, ne ToaUient pas être aa 
glaises. Les babitants de Limoges snrtoat détestaient li 
Piantagenets qu'ils avaient tus avec tant de peine dam 1 
basilique de Saint-Martial ceindre leur front de la osa 
ronne d'Aquitaine; aussi se déclarèrent • ils pour Fié 
lippe VI, aussitôt qu'Edouard m eut violé la foi jurée. Li 
Anglais occupaient alors plusieurs places importantes É 
la Guyoïne. Les bourgeois et les artisans de Limoges, i I 
nouvelle que le comte de llsle assiégeait Auberoche, s'est 
pressèrent d'envoyer à celui-ci des renforts, « et trois en 
gins de guerre, qui firent un terrible effet, fracassant k 
baut des tours, obligeant les assiégés à se cacber dans la 
souterrains de la place ^ » C'était la même année que Jeei 
de Croso, né à Calmefort, succédait à Gui de Combom foi 
le siège épiscopal (1348), où il devait se montrer renoeoi 
acharné des Anglais. On lui dut la construction du châteao 

sa famille; maii» il moarut à Montpellier en 1360. en demandant que mi 
corps fût transporté dans sa TÎUe natale. On lenterra à la cathédrale, dui 
la chapelle de Saint-Thomas, qu on nomma dès lors la chapeiie dà H- 
triarche. Son tombeau, surmonté de sa statue à genoux, portait eelti 
inscription : Guiliaumus Amici patriarcha, (Baluze : Vie des papes,) 

1. Le comte de Tlsle, ou de Lille, se qualifiait : comte de LiUe, par k 
grâce de Dieu, capitaine pour le roi dans les parties du Périgord, Sait* 
tonge et Limousin. (Chran, mss, de Limoges,) 



ET DE ÏJi VICOMTE DE LIMOGES. 38! 

maison de plaisance de Tisle, qui fut longtemps la rési- 
née de ses successeurs. 

Le comte de Monlfort, pour se procurer un puissant dé- 
iNor dans sa lutte contre la maison de Blois^ s'était hâté 
t Ure hommage à Edouard UI pour le duché de Bre- 
VK et pour la vicomte de Limoges : ses alliés, favorisés 
vleiffiDce de Galles, qui couvrait la Guyenne et le Lan- 
^Ndoe de ses détachements, menaçaient de se maintenir 
iMle Limousin, malgré le dévouement et le courage che- 
■kretque de quelques barons du pays restés fidèles à la 
'^'we. Cependant Jean de Lubersac, avec dix écuyers, dix 
■Bffntsi pied et vingt à cheval, put se maintenir dans le 
Meiu de Saint-Gyr, pendant que le chevalier de Lestrade, 
!■ t'était fait anglais, s'emparait de Château-Chervix S 
rAjeo, d'Aixe, fortes positions stratégiques du temps, et 
^ phtieurs manoirs que la guerre de Bretagne ne laissa 
■i le temps de fortifier. Malgré ces succès de l'étranger, 
Vie de la noblesse du pays n'en répondit pas moins à 
^i do roi Jean I", qui lui donnait rendez-vous dans les 
iûiet de Chartres. Robert de Châlus, Robert de Donzenac, 
mhier de Montaigut, Jean de Beaumont, Jaubert de 
tnbourand, Bernard de Lubersac, Jean de Brie, les vi* 
Mes Jean I*' de Rochechouart ^, de Pompadour, les sei- 
evt de Lastours, de Malval, de Moriol, de Pierre-Buffière 
de Bré se couvrirent de gloire à la bataille de Mauper- 
I. Jetn de Bré, Pierre de Donzenac et Jean de Veyrac 



CciU loealité cioit loo double nom à an chAteau qui remontait aax pre- 
I Icmpt du moyen â^, dont il ne reste plu» qu'une tour carrée, haute 
|Mue mètrei environ, située sur une éminence qui domine au loin les 
es enTiroonantes ; à un monastère, appelé Notre-Dame-de-Cherrix, qui 
téàil aatn:fois de Tabbaye de Saiut-Âugu«tin de Limofçes. Ce monastère 
Igtiae auruentété bâtis entre 1110 et 1137, par Etienne II, quatorxième 
4c Sainl-Aoguatin. (Bonav. de Salvt-Amable, t. III.) 

I«r, fils de Simon de Rocbecbooart et de Laure de Cbabanaii, était 
dm Toonay-Cbarente. 




considérable (1356) ^ 

Oouffler de Lastoun, digne fils des croisés 
quitter ses manoirs pour payer de sa peraon 
guerre de la France contre FAngleterre, avait I 
sac, un de ses châteaux, des dispositions testamc 
lesquelles il chargeait de Texécution de ses toI 
chard de Comborn, chevalier, seigneur de Treigi 
Montbrun, prieur du couvent des frères Pr( 
Limoges, et frère Martial, du couvent du mon 
Saint-Junicn. Après de nombreuses largesses 
de Saint^Hilaire de Lastours, de Plamenac, de S 
Linars et de Saint-Oeorges de Rofflgnac, aux 
ments religieux, à ses serviteurs et aux pauvres, 
aux frères Prêcheurs de Limoges un drap d'or poi 
chasuble, demandant qu'on ne mit sur son corps 
ses funérailles, qu'un simple drap de laine noii 
une croix au milieu, et que sur le mur, le plus prc 
tombeau, on peignit les images de saint Jean-fi 
sainte Marguerite, et ses armoiries. Quelques m 
Sel famille devaient hériter de ses biens, Pierre < 
la terre de Saint-Yrieix, GeoCfroi de Campagnac, 
de celles de Lastours, de Beyssac et de Linars, i 
dition qu'eux et leurs descendants, nés de lé{ 
riage, porteraient son nom et ses armes. A dél 



ET DE LA VICOMTE DE UMOGES. 383 

ires de sa famille, et si ses volontés n'étaient pas 
tées, il faisait le vicomte de Limoges son légataire, 
autres dispositions, n'oublions pas de dire qu'à 
i, son fils naturel, il ne léguait que douze setiers de 
. Ce document, curieux sous bien des rapports, 
e combien les grandes familles tenaient k perpétuer 
lom, et les signes héraldiques de leurs ancêtres '• 
prince de Galles, dans sa marche vers Poitiers, in* 
que les habitants de Limoges faisaient bonne garde à 
murailles, et se montraient bien résolus à se défen- 
k'osa pas les attaquer : il ne put que ravager les envi- 
Les hommes d'armes qu'il laissa dans le pays, après 
lépart pour Bordeaux, continuèrent son œuvre de 
lalion. La misère fut générale dans les campagnes, 
uffrances, les privations si grandes qu'on y vit une 
cm du Ciel, justement méritée pour l'oubli des de- 
religieux : on parut alors revenir aux pratiques de 
les beaux jours du catholicisme. A Limoges, on réta- 
rec le plus grand empressement l'ancienne confrérie 
iot-Martial, négligée depuis plusieurs années. Les 
Is se montrèrent les plus zélés : ils intéressèrent à 
fondation tous ceux de leurs compatriotes pourvus 
(oîtés à la cour d'Avignon. Guillaume de la Jugie^, 
n Aubert ^, Nicolas Boger, et Lamy, patriarche de 
lem, répondirent à leur appel, et obtinrent des in- 
ices pour ceux qui contribueraient aux traraux de 
s cathédrale de Saint-Étienne et aux dépenses de la 

cA. de Pau : S. E, n« 726. Voir ce document à la fia. 

iUAame de la Jugie naquit dans un village de la paroiiM de Rosiera. 

VI avait dunué à Ma père deji lettrei^ de uobieéiie. (Ârch. de Pau : 
a vicomte de Limoges,) 
doin Aubert, ou d'Albert, avait été baptisé daoa la petite église de 

wir reinplaceuient de laquelle le pape lunooent VI eu Ut couslniire 
•«y et lit mettre ses armoiries à uuc clef de voûte qui existe encore* 
e s Histoire des papes d'Avigmm.) 



i 



* nsToiiE De? viD »xn& 

«i&*ne. DEz cw^ se dêdiirèmit les proted 
*« loM» CHDCûlicii, Undis que les priDcipai 
ifl» {«HbSEÛat rboaMor d'en faire partie. A I 
£ je Bèoie aèle : on y posa les sUtn 
à*-âaaemeat à laquelle s'associèi 
twcS^ ôe» eanroiis, ainsi qoe le seigoeor 
a «I ?K « 7r:2Kspal promoteur (^f 360) *. Clément 
ev:«r ^ sec par^ it Ions ses efforts poar bâter 
wcira. M t>c!» catliêdiale de Saint-ÉtîeDne, 
S9n <Qi>f9t <^:«Te9t sospendos par les préocc 
t ja rune. Gbê <îe Ccmborn. dernier évfqne, ! 
oc«^; c>R à SNi leDps (1344 qu*on peut rep 
iTBtt n il r:i» dv sud, richement décorées < 
>!]«» £7(!ao:as âe sipe onval rayonnant. 
Vf b.niimx tnàie deB^^ticnî mit fin à la captivité 
^4^nL su» à àfs ODodîtîoiis si homiliantes, qu'il i 
ra»f ai xt^ràr o»* ^ nitioaaiité française sunriTri 
>«if?^ Lô^vià::^ m. avec dos plus belles provinces 
tr ri r»:îf « iA i'-'^ « î^ chastel de Limoges, et 
■--v rt »? Td^-* if L:E>v>5in. » ei de plus garda e 
'ûsiiTirrï^ ii* :i:ïi^.trf fiiî* prisonniers à Mauperti 
kî.iji:.:> « i-'or-irèrea: peu empressés de souscr 
:iT.;f à* ^ Fnz.,'^: ils forent profondément hum 
i- 'i Trx"^ c;r tulles ceveair prince d'Aquitain 
.• 5 J --^ ii35 .1 basilique de Saint- Martial 1 
f <a.*'f \x>-.f : ;^:cn:e3î-ils oublier, en effet, c 
UH^i i<\:£ir. cz ce>?o:ismo d'Henri D et de s 
•ijv c^::!;. riirf*:^*! ce France, connaissant leurs 
^ji>v *;::: iï: -'^-' ^^ ^^ '^ disposer à l'obéi 
v^ ^tv<r rev- i^c'^' b^Jï"«^"*tîp de peine le serre 
mC» CCS cx%a«ilss il i'Hïr montra les lettres-pate 



ET DE U VICOMTE DE LIMOGES. 385 

ica de Maupertuis, qui les tifraient au roi d'Angleterre. 
Quelques jours après arriva aussi Jeaa Chandos, conné- 
table d'Edouard UI, escorté des plus illustres de la noblesse 
d'oui re-Manche et de Gascogne, déployant fièrement la 
baanière de son maUre, au cri de guerre : Saint Georges et 
l'Angleterre I II prit possession de la cité, la veille de la 
Conceplion de la Vierge {(361); mais les bourgeois, plus 
libres que les consuls, refusèrent d'abord de faire le serment 
de fidélité, disant — u qu'ils ne le devaient qu'au comte de 
Limof^, comme l'avait décidé Pbilippe-le- Hardi, a Ils 
oe cédèrent que sur la promesse qu'on leur rendrait tous 
les privilèges que leur avaient enlevés les derniers vi- 
comtes, et la faculté aux consuls de lenîr leur nomination 
de l'assemblûe communale, sans avoir rien à démêler avec 
la juridiction vicomlale. Les consuls consentirent aussi à 
faire hommage au roi d'Angleterre entre les mains du 
coanétable, qui confirma aussi les lettres-patentes accor- 
dées par le roi de France à la grande confrérie de Saint- 
Martial, et ordonna au sénéchal du Limousin de faire jouir 
la bourgeoisie de tous les privilèges attachés h cette corpo- 
ration '. 

La roéme année, l'évéque Jean de Croso conseulit & rc- 
mcllre au roi d'Angleterre la lille de Saint-Léonard, avec 
la moitié de la justice. Ce prélat, d'une rare piété, recevait 
dans le même temps de Gallienne de Cbanac, femme de 
Asonlfe, vicomte de Pompadour, deux cents florins oiïerts 
psf cette pieuse femme pour avoir une tombe dans l'église 
des Frères PrCcbeurs^, L'église de Saint-Martial s'enrichit 
lussi de plusieurs legs pieux, Audier, bourgeois de Li- 



I. LbUto dilée lie P^rigueui, Calahgue det Rôles gatcwiv. 

S. Lm et^teur» de nm UsUmenl Turenl llanulfe de Ponipgiluur, «lurii- 
liin de NarboDoe, Bertrand de Cbsosc, cbauoiae de Parie, et SetT"'" ^' 
Toopadoor, cbaaoiue de Lifflogef. [Aivli, dt Pau.) 



S86 HISTOIRE DBS VICOMTES 

mogesy en demandant d'y 6tre enterré prte de ion pèR| 
disposa en sa faveur d'une grande partie de sa fortune ^ 

Par l'hommage que firent les cousais aa roi d'Angletem, 
les droits des vicomtes n'avaient point été réservés ; aud 
Charles de Blois, qui continuait à soutenir ses prétentioM 
contre la maison de Hontfort, informé de oe qui s'était 
passé, mais n'osant pas venir à Limoges réclamer les pri- 
vilèges de sa famille, se rendit à Poitiers, après avoir bil 
prier Tabbé de Saint-'Martial de venir dans cette ville loi 
foire hommage pour le Château et pour la ville. Celui<i| 
ennemi d'ailleurs de l'Angleterre, y consentit, tout en i6 
réservant le droit de faire battre monnaie dans le Ghfttsn 
comme ses prédécesseurs. Charles de Biois ne pat pu 

1. Il ordonna qu'on aclioUt, pour couvrir «on oorpt, uu drap lUw d|flr, 
qu'on rochètorait ou«uito pour eu faire une chasuble destinée à la Ticairil 
fondée par «a fkmille dans le mémo monasti're; qu'on donnât le Jour de w 
«nterroment, à chaque prêtre assistant do Saint-Martial et de SaiBl4*iem* 
du-Queyroix, deux gros d'argent ; aux prêtres étrangers deux steriingi;à 
chaque motiie un gros touninis d'argent; au monastère trois réalea d*er;i 
chaque fnNre don quatre ordres mendiants un gros d'argent ; à chaque pri* 
sonnier ou malade de l'ht^pital de la Cité et du ChAteau un denier, appeU 
compnnha) à la rrcluMt des Argues trois gros tournois d'argent*; àehii|H 
rcligicuiu- i1(^ la c\U\ ol du diocèse dont storliiipi d'argent; à la grande oot" 
frt^rio de Saint-Martial un demi-iiinn*. d'argent; à cello do Saint-JacqiM 
quinze sous; k la ronfVérie des pauvres mal v^tus quinte sous; à ringi-rinf 
pauvrcit, |)<iur chacun, une tunique do drap de Fulletin ; à deux cents autres, 
une paire ilo rinuUers; à quarante liilett pauvre» à marier, quatre gros toii^ 
nois d'argent pour rhacune; à soixautu famillrit iiauvres chargeai d'e nft iH 
quatre gros tournois. Il rocuuuaissail à sa fennue Matliilde, fille de PisRS 
Maldcn, viugt marcs d'argent pour son douain*; à Jeanne et Paule, ses filhli 
cent maros pour chacune, et dix livres do rente per|)étuello; à son fibi k 
reste de sa Tortune. {Vidimus do 1390 aux Arch. de Pau ot piàcM de fit* 
cédure.) 

* Au ziv* siMe et jui;<prau xvi«, il y eut danx les villes dos reclus et dtf' 
rcelusos, qui se chargeaient d'expier les p<^chés do U société, en se coadi» 
nant \ une longue vie de iȎniteiir<>. dans une pmfonde solitude. Des feromcib 
dont la jeuucHsc avait étr llétrio {tar le vice, se retiraient dans quelques soi- 
terrainn, m)uh de vieilles ruiiiei», où ellus vivaient des aumùues uu ou ktf 
jetait par une lucnrne, I.a rccluso d«> Limoges, toiguurs T^tuo ii une rokl 
hhnciie, habitait sous une vieille voiUe do l'aurion amphithéAtre ronaiSi 
Elle était sous la protection des consuls, ipii, à sa mort, d«?aîeui pourvoir à 
son remplacement. 



ET DE LA MGOMTÉ DE LIMOGES. 387 

kire autrement reconnaître son autorité dans la vicomte : 
il touchait au dernier jour de sa fortune. Vainement il 
chercha ifaire la paix avec son compétiteur à d'honorables 
eonditions; il dut céder à l'énergique résistance de sa 
iemme. a Je ne suis qu'une femme, lui dit-elle, mais je 
perdrai plutôt la vie, et deux, si je les avais, que de cou- 
sentir à une chose aussi honteuse, a Jeannc-la-Boiteuse 
était bien autorisée à parler ainsi, car au plus fort de la 
(pierre contre Montrort, pour rendre son mari plus redou- 
table, en mettant à sa disposition toutes les ressources qu'il 
pouvait trouver dans la vicomte de Limoges, elle lui avait 
donné à perpétuité cette partie de son patrimoine, à con- 
dition que s'il mourait avant elle, elle en reprendrait la 
possession, en réservant cependant les droits de Jeanne de 
Sivoie, dernière femme de Jean 111, son oncle, qui en était 
douairière. Te roi de France avait confirmé ces dispositions 
Il même année (1343) '• Malgré cette donation, Charles de 
Biois trouva peu de ressources dans la vicomte, déjà occupée 
pir les Anglais; seulement cela lui facilita, avec rengage- 
ment de sa femme, un emprunt de 32,000 florins fait h 
Jacques Malabayla, o marchand suivant la cour de Rome » 
(1343) ^ Après une guerre de vingt ans, malgré l'avis de 
Dnguesclin, qui devait venir défendre les droits de sa fa- 
mille dans la vicomte de Limoges, il livra la bataille d'Au- 
ny, où il perdit la vie, Duguesclin la liberté, et Ollivier de 
CUssou on œil (1364). A ses derniers moments, alors que 
Il justice éclaire les consciences, il reconnut ses torts, 
c J'ai longtemps guerroyé contre mou escient, disait-il avec 

U Lsttre» palcniai donnée* à Deaume-leit-Damcii. (Arch. de Pau : F. de 
h Hoamii de Limogea.) 

IL AaOi. DB Pau. L'oriKinal, portant lex oouditioni.de cet emprunt, e»t 
■r Hw grande feuille de parchemin. Len ooun, ou le« grandes DunîUei, 
■iiiil toqiottn à leur suite dei marchands de rboaes de luxet et qui ' ' 
4«feut dtt Téritablaa banquiers. 



388 HISTOIRE DES VICOMTES 

tristesse. ^) Le jeanc comte de Montfort viot voir sod ca- 
davre. «Ah! mon cousin, s'écria-t-il, par votre opiniâtreté, 
vous avez été cause de beaucoup do maux en Bretagne. 
Dieu vous pardonne I Je regrette beaucoup de vous ester 
venu à cette maie fin. » Le peuple du Limousin regretti 
aussi Charles de Blois qu'il avait toujours regardé comme 
le légitime héritier de la vicomte, par cette raison sortonl 
qu'il avait été l'ennemi des Anglais. 

Le clergé l'aimait à cause de sa piété, car quelques joaii 
avant la bataille d'Auray il avait envoyé son offrande pour 
la construction de l'église de Saint-Michcl-des-Lions'. 
Comme les soldats de la légion thébaine, il n'oubliait pu 
au milieu des camps les pratiques religieuses, qui toqoon 
animent les courages et produisent les grands dévouements. 
Quand on dépouilla son corps, on le trotlva entouré d'an 
cilice et d'une corde. Aux yeux du peuple ce fut un saint, 
auquel on attribua bientôt de nombreux miracles. Gré- 
goire XI, ce pape limousin, dont toutes les affections di- 
rent pour la maison de Blois et pour la France, le canonisa, 
malgré l'opposition de Jenn de Montfort, qui craignait jus- 
qu'au souvenir de son rival. 

La cause de Jeanne de Blois, après la mort de son roarii 
était perdue en Bretagne. L'Angleterre, qui avait tant con- 
tribué à ses désastres, était maltresse du Limousin. Le 
prince de Galles, duc d'Aquitaine, ne tarda pas à visiter ce 
riche apanage, ces champs du Midi, si aimés de ses an* 
cotres, mais qui devaient lui ôtre presque aussi funestes 
qu'à Hichard Cœur-de-Lion. Par le traité de Brétigni, le 

I. Cnlto (!'Kli^<■^ solon U'^i (r.iilitions aurait ('tt: liitii' ftoiii» lVpiM:o|>At do 
Roricc II, au vi* xin'lt'. Ce i|ui est oortniii, v'vM riuVUc cxistnii nu vii*. (.Vsff. 
52r>7, Bih, nationnh; Nadato, Ptiuilli'.) Dt'truite |inr un iuiHMi<lie vpni ilâS, 
ell*> fut n^paréc on 1213. Mais r(^;;liit«^ actui'llt* «lato on |Nirtio de 1364. La 
clocher fut ^/evc ou l.'t83, d'apn's une iuM:riplion nrufillie par lo savaDt 
archéologue .M. l'abbc Teiier [Imtcriptionx du Limousin), 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 3SP 

i Pnnc«, sans réserver les droiu de la maison de 
, a<raît cédé & l'Angleterre les hommages el les fiers 
it aux Ticomies depuis îles siècles '. Feadmit que 
• d'annes. sous les ordres d'Hélie de Lesirade, 
EOpaienl le cb&teau de Nontron, et que d'aulres s'étal}lis- 
nl (tatu Eicideuil, à Ségur, à Aixe, à Chateau-Cbenrix 
s places, I« béros de Ciécy arrivait i. Limoges, ac- 
ppagné de sa femme (mai i3Gi). Les consuls > et les 
, naguère ennemis de l'Angleterre, mais alors 
B fimposant appareil <lu v;4iuqueur, comprenant 
E résistance était impossible, allèrent le recevoir à 
, Boîvb de cent vingt des babitants les plus notables, 
s montas sur de beaux chevaux et vËtus d'habiu de Tête : 
1« conduisirent dans la ville, où l'attendait le clergé, 
û dans la basilique deSaint-Marlial. 
e priuce, après avoir vénéré les reliques de l'apâtre de 
fuilaiae, déposa sur son tombeau de riches offrandes, 
visita ensuite atli'ntiTement toutes les Tortifications de In 
e. Pcat-étrc prévoyait-il que les cris de joie, qui le sa- 
, devaient bienlâl se changer en imprécations. Il 
lilua pour sénéchal du Limousin le chevalier anglais 
s de iiusw, loais n'apporta aucun changement h la 
niait consulaire, dont les représentants continuèrent 
i réonir dans la maison du consulat, située diins l'en- 
te ûa Gb&tcaii. Le prince, ne se réservant que la cou- 
iuicc des cas d'appel, la punition du crime de lësc- 
slé, et le droit de battre monnaie, h-ur permit de 
nirre et de punir tout délit qui serait commis dans 



iniM lie Urilietti [lar Jmu-Iv-Uod, 24 octobre 1300. 
M. i,H/,lira, i. \}.i<. 178.} 

•amni» m funcUani rcIIr auwlg Auienl ; fjIrinDo Ntu.l. Otha Ec- 
■ BaliB, apaUiicair», Ima Calumbi, Kaàti Aadiiit, Jmo Uifid. 
EUciine Bcrmr. isui fitiirrt. .MMliieii k CoiU. Jeiii Mi- 
•I Jfw» ibsrtw. 



390 R1ST0IRR DEB VICOMTES 

toute rétendue de la chfttellenie. Les consuls purent linsi 
faire construire des prisons et dresser des fourches patibu- 
laires. Le sénéchal, pour donner de l'authenticité i ca 
concessions, fit asseoir Etienne Raud, premier consnl en 
titre, sur le siège du prévôt, en présence du peuple qui 
criait : « Saint-Georges et Guyenne I » Mais, pour que te I 
peuple, les bourgeois et les consuls ne fussent pas tentés | 
d'oublier qu'ils devaient toujours le reconnaître pour leur 
suzerain, le prince se réserva la prison de Pissevache, où 
serait détenu quiconque ne reconnaîtrait pas son autorité : 
il la faisait garder par ses officiers *. 

Cependant Jeanne de Blois avait accepté, comme on Ta 
vu, le traité de Guérande (1365), qui lui assurait, à déhnt 
du duché de Bretagne, le comté de Penthièvre et la vicomte 
de Limoges : mais quoique Jean de Hontfort, à qui CharlM 
de France, régent du royaume pendant la captivité de son 
père, avait défendu de faire battre monnaie à Limoges *| eût 
promis par le quatrièfne article de ce traité, d'employer 
tout son crédit et « tontes voies amiables a pour obtenir 
du prince de Galles qu'il la laissât jouir paisiblement delà 
vicomte, Jeanne attendit assez longtemps Texécution de cei 
promesses. La noblesse du Limousin fut plus prompte à lui 
témoigner sa fidélité; plusieurs de ses membres les plus 
distingués allèrent lu saluer comme leur suzeraine. Cette 
femme qui supportait si noblement ses malheurs, tout en 
pleurant la mort de son mari et la captivité de ses enfants 
prisonniers en Angleterre, ne put pas revenir aussitôt dans 
la vicomte ob campaient les Anglais, mais elle se montra 
reconnaissante des services de ceux qui s'étaient voués à sa 
cause. Pour récompenser le courage de Ranulfe-Hélic III, 

f. Chron. m». 

S. LeUres de prohibition «iouuées à Pahs le 13 décombre 1358. (Areh. de 
Pau : F. delà vicomte da Limoges,) 



ET DK LA MGOMTÉ DE UM06ES. 391 

seigneur de Pompadour^ à la bataille d'Auray, elle lui 
donna toute la justice haute, moyenne et basse sur les pa- 
roisses d'Amac et de SaioUCyr-la-Roche. Quelques cheva- 
liers de Bretagne obtinrent aussi des flefs en Limousin et 
tinrent s'y établir, tels que les seigneurs de Beaupoil-Saint- 
Aolaire, les barons de Laroche, ainsi titrés de la baronie 
de ce nom, située près du Ghâlard*. D'autres aimèrent mieux 
sertir l'Angleterre, et crier t Saint-Georges et Guyenne 1 o 
qœ Saint-Denis et Bretagne! » Le sire de Pierre- 
BofBère, le seigneur de Malval, Aymari de Rochechouart 
soiTirent la bannière du prince de Galles, quand il alla en 
Espagne au secours de Pierre-le-Cruel. Messire Jean Chan- 
dos leur chaussa les éperons d'or de chevalier, après la 
bataille oii Duguesclin fût lait prisonnier, mais sauva l'bon- 
MOT de la France K 

I. (Abch. ds Pau.) Ce document porte un leeau eo eire rouge, avec 

Inù iùmnf eréneiéeê ouvertes H «n lamM. 

V Im premier qui noui toit oomin de cette iSunilU des aeignenrs de la 

Aoete, eriaiiiaire de l'Anjou, fût Hugues du Jarrys, tige de la branche éta- 

Uie dana le Limouiio. Set descendants obtinrent des grades élcTés dan? 

famée sons Louis Xlil et Louis XIV. Jean du Jarrys fat colonel dans les 

triNipes de Philippe Vj roi d'Esnagne. Son frère, qui senrit dans le régiment 

de la Marck, passa an serrice de l'Électeur palatin, en qualité de général- 

mÊJor, en 1731. Cette famille s*est continuée en Allemagne dans les hauts 

gfMlee militaires. Frédéric du Jarrys, baron de la Roche, a été attaché au 

mrhoê du roi de Bavière, en qualité de mijor d'état-nu^or, et de ohambel- 

JiB do priaee Adalbert. 

I. FaoïssAiT : 1. 1, c 232. 



APPENDICE 



I 

Testament de Gaufier de Lattomm 

(1354) 

lonoadoePatris et Filii, SpiritusSaocU. Aman. Ego GolM 
Turribul, miles, dominus dicti lod et de Benoi et de Linan 
Dei gratiam sanui mente et corpore, et l>ona memoria pai 
rans, feclt, coodidit et ordioavit testameotam ullimum ai, 
Toluntalem, consideranf quod nicbil cerlius morte» nichOfi 
certius hora mortîs, noleDi decedere, live mori inteatataa, 
fùlurum per parentes et âmicos meos et proiimoscontentlol 
mo?eri, sive oriri, meum tcstameotum ultimum et meam I 
mam dispositioDem de bonis et rébus mets ad me pertioMi 
et perlinere valentibus nuoc et in futurum, tam ex ancM 
patris et matris, patruum et avuDcuIoram meorumqua, • 
cessione quorumcumque aliorum, et alla ratione qaaan 
concedo, facio et ordino per bunc xnodum. f Primo coma 
animam meam allisimo Creatori « qui , de nichilo 
creaviti et beat® Mariœ Virgiol gloriosœ, et beato Petro, «t. 
Jobanui Baptiste apostolis, cuoctisque sanclis paradisi^ et fl 
meum ecclesiasticie sepulturœ. Et cligo meam sepultuni 
ccclesia Fratrum Predicatorum Lcmovicensium; et volo el 
cipio quod omues clamores mei per exécuteras et belemoaii 
meos subscriptos peuilus emendantur cuilibetfide dîgood 
conquereulii et débita mea intégra persolvantur per ha 
meos de bonis et beredibus meis ad ordinalioncm eleemi 
riorom et execulorum meorum. Item volo et jubeo quod exi 
mes fiantj dum de me humanitas contingent per buncmo 
I* Lego pro anima mea, pro luminari, duo quintalia cerss: 
unum pannum auri, de quo precipio casulam fieri in dicl 
ciesia Predicatorum dictorum; lamen quod supra cadaver ■ 



ulum, nisi quidam psnDus !anœ nigrœ cum qtia* 
■nui liai alliî adornalus et juiU corpui, dum slabit 
on poQiDlur, niai quatuor candelœ quœlibot uniui 
uminare srdeai in dicta eccle^ia ad hoaorem Dei, 
r miiuiu lepellialur : et vola scpcliri, prout decet 
oeain, et secundum quod est aioris vin» banarei 
!go cuillbel presbylero, qui erit mes sepullurœ, très 
im denarium : item cuilibet diacono XIII ilenariai, 
> VlldeQarios, et cuilibet cUrico llll denarios : ilem 
plo qaoït flat rcfectio in die mciB sepulluiie fratri- 
«eotui Predicatorum, et io octsva die eliam eîidem 
lul TJdebilur executoribus meis facieDduai. Item do 
«t pauperi qui iatererit in die mes tepulturip duos 
lis, et atios duos denarios cuitibel pauperi in die 
ine de belemosina pro aoima moa et pareDium 
m Tolo et precipio quoi) in oclava die meœ cepul' 
Ires decem dcnarti cuilibet presbjlcro ad anniver- 
n tenienti' in ecclesiani Predicatorum Lemovicen- 
( et lubdiacoQi ac clericis ibidem presentihue, prout 
Ëcutoribus meis facieadum. Item vola et precipio 
'arres et apud Bëssh et apud Liuars, inTra annum 
ne. In qualihet ecclesia Predicatorum tocorum Bat 
n meam, prout vidcbilur excculoribus meis, sclo 
nh) coilibel presbytero ibidom presenli dentur Irei 
ii.elln quolibet illorum locorum duodenarii in pane 
wrlveaïenli diequa ficlanniversarium meum, resi- 
Bacionem exccutorummcorum. Item volo et precipio 
udaver meam ponatur quiedam tùtuba lapidis, et 

loco lofubx, in paricte, piiigalur quiedam bittorla 
alS'BaptistfD el beattB Margarilfc cum armis meis. 
RTenlDi prredicio predicalorum Lemovicensium pro 
nea quolibet anno facieudo in die meie sepullura' 
Udoa perpetao renduales, quoa sibi assigne, el insu- 

nran de Turribus, pro facleiido rereclionem In. 
toanatvt, qui ad anniversarium meum inlererunl, 
I flnem qiiôd omnfs presbjtpd dicli convenlus, qui 
inwio ialerorunl, babeant mistam celebrare pro 
lp«rcntDm meorum, etalii fratresqui uon suni pro- 
{Mafaiu»;etvotoquod dicli se^agiiitusolidi rendualcs 
aolur in alii» usibui, nisi in refeclioue diclorum 
oà li opportune opposilum Tuerit ounc pro lune 
latoUdi, coinmunitaii dictorum fratfuui députa et 
1 lago XX lolldos perpeluo renduales dislhbuendui 

' 'i ffedicti convenlus falribus celebraallbus an- 



m^B-f APPKNDICE. ^^ 

nualim in crittlnum diem anni*ersnrii mei, quoi assigno supH^* a^f 
ilictum furnum mcum de Turribus. Item lego fralri Hanulp*<%>*' 
Lambûrli orJinis prœdictt Preilicalonim qiialuor libras perpelta****!'**" 
rendualai, qiios sïbi aiiig^o super diclum ruroum meurodeTusuf **** '"^ 
ribut annuatim sibi solrendoi, ut ipso tiaheat pro anima meo^n cço 
celobraro quaiidiu vùeritin hiimania, ot posl morlein dictî fritiftxSmiiï »i- 
Ramnulphi dictas quatuor librai renduales lego conventui prï^œ-sq ï«*i 
dicto, ad flncm quod dictui convenlas depulet unurn altiuviuâl* tx 
rrelrem qui qualibot dis cojusUbel seplimanœ sou cothidia !■> »itiîrf 
perpctuum niiseam haboal celebrare. Item k'go C0DTeDllbD'MdUo9 7t 
Hinorum et fratrum AugualiDorum ot Carmelilorum Lstnon-ivonvo^ 
ceniium cuilibet eorumdcm unam i-cfectioneiu «imul, ptooaonfj .1 
Tidebitur eiecutoribuR meis fadendum. Hem lego eccle«it« laottJaaAC eai 
Hilarii I et eccleiiœ do Flamohaco lolidem, et eccleiin d>b âsi»»' 
Ruxcria lolidcm supra lerram mesm da Turribus. Ilpm lepasl axa 
eccleîiaa de I.inars pro uno nnoiversariofaciendo anauulim ial mtl«»* 
die meeesepultureeXX solides renduales per pri^poillum et c«pAtls<]a:> 39 
lanumdictl loci dialribuendoi, icilicut, prajpogilo quinque wlidoobïl^» -a 
fll capellano quiaque lolidoi, et aiiis presbjlcHs et diaconits airxo^B 
clericU X soudas inlervenienlibus ad dictum imnhCHariBracii^-'e'^a 
meum, quos sibi assîgtio aiipra terram meoo) de Lioar». IleozoJl -«f^J 
lego ecclesim heali tieorgii do Roffeno [forsan Rûf]iniaco] V mc»« "^ t*** 
lidoR renduales supra lerrnm dictam de Unare, liera lego ele^»«»l» **"*§ 
mosiuoiqum dalur apud I.inars in teMo l'ascliiB duosseilariioi^a»*^^^ 
Biliginis ndmensuraoi de Nobiliaco perpétue rcndualca, quo» sitf •« ^'-^ . 
assigne supra meum molendinum do Linara. Item, eum egowDŒi* *^^™ 
et fuerim diu de conrrftlria bealte Uariee Yirginiadc Hupo Ain«*g**' ^j_ . ' 
lorio ', lego diclie confrairiœ unum texlarium frumcnii a» 
moDBuram cjusdem loci, renduales, vel argenlum pro emente 
dictum seilarium Trumenli renduale, ad ordlnaciODeoi ei 
torum meorum. Itcoi volo quod arreyiagia conrralrie prm 
Besito Mariœ de Rupe Amatoris per bercdem meum de Turt 
pcrsolvaotur. Ilcmlego Bcaliu Murix de Castellîono Donmii 
l'ium siliginia renduale supra molendinum de Beuios, ftd Bu 
quod quidam pauper comcdat pro ma annuatim ad dictam M 
rraiarniam, Uûialcgo fratri Marciali VeyrierordinisPreâioalonB' j 
priori cDDTeulns sancli Juemanl advitam luam dumluat ceota 
solldoi annuatim penolTBiidos, quo* libi usigao aupri ti 

1, L'égiisî Sniut-llilnire-ljifllù»rB rBinoQlernil, ai nous en croyons Ti 
(l'ionjme do 1» léyendo do iiint Juit, »u lerap» do Mint Hilslw de ~ 
(Labiche, Vie dit fat'nli du Umouiin, t. III,) 

2. Kacanudour, JipMlemotil itu Lot, liou enaora câlbbre p«r la nntblv 
pèloriai qui la rréqu«utenl. 









APPENDICE- 3BS 

liihaco. Itom lega ecclesioi bealî Geral«3i Lemovicensi V 

iduales supra rumiim dâ Itilliaco sîbi assigoandoi, 

[uod vicuria de Turribus per ma et uxorcin meam 

lolo quod, proul Elatuitur, habeat perpeluam roborii 

, Item lego Vsabclli de la Porta, uiori mes, ulUv 

od fuit sibi promissum ia proloculione sponsaliarum 

<Dii, locum meum de Besias, cum slagais, molendinia, 

juribuf, devoriÎB et pertinenciU et rcdditibus suis 

it decimam de Kexonio, ac vineas Sanctî Sulpicii et 

-^i, ad vilam iuam dumlaxat, et medietalem omnium 

I, EÎTfl de Ordilha bospitii, sive domus mea: : el poit 

!Bin, ad heredem meum de Turribus reverlanlur. 

-^eralii servicilB et amoribuï mihi impensiâ ab Helia 

:^miceIlo, «ibi lego, concedo et do X libras in denaril» 

^am dumlaial, quos sibi asiigno lupra lerrim meam 

^. llem Galcelmo de la Somnia [7}, coosidoiatisetiaia 

%i ab ipso impeiisis, tego et dono sibi msam dËcimam . 

^U, ad vilam suam dumtaxat. llem lego Peiro Fabri 

dicto alias Coypha, decem libras semel. Item sex 

^giois ad raiinsuram do Turribus, sd Yiliim suaai 

K vos sibiassigno supra molendiaum meum de Hiliiaco, 

^& la Salada. Item do et lego Jobanni coquinario mco 

,-.»■■. — — "»-dos semel, llem diclo Horos do Linarg, lego X scite- 

jJ^'KTvj^^^*- *^ ad mensuram de Nobitiaeo, quoa sibi assigno supm 

v^ ^^■~^^*'^^^^ '^'^ l.înara, ad vilam suam dumtaxal. llem, dicto . 

!>^ • rt* ^^^"'^ vi lo, lego ïeiangiula solJdos «emel. llem Uichaell d* 

►^j^ fl*. C^^^tum solidoa Bomel, llem, Agneli deSeroy pro servidis 

JjP^^pV» ^^■'^-'iri mea impensia el amore Dei X libras in denarii» 

'^^\V\ ^,^* horedes de Turribus aibi solvendis. Item do el lego 

^-<f^~ &^)<l meonaturaliduodecim sextarios siligiais ad mensuram 

4^^^^^f^^Uâ, quoa sibi aisigoo supra (erram de Sanclo Ajcdio. 

Vytf'Vj fcBiagiQla solidos ia denariis ad viUm suam dumlaxat supra 

\^^fi) (erram de SbdcIo Aredio sibi solvendos auDUalim, llem 

L ^^ypiflla mîMsa celebrandas ioFra anaum meœ sepullurea par 

■ Sw***" ^ '''"' TicarioB, prout videbilur eieculoribus meis, 

I SSmandoi. Item do et lego dotnlno Jobanni, milili, nepoti 

nd, loiani lei-ram meam de Linaro, cum suis ilagoia, molon< 

ait anhersii, el decimam de Neionio, post morlcm unoris 

«s, qaanlum pertinel ad me, cuiii deveriia ad decimam prœ- 

[ctam perlinentibus, \n perpeluum, ad Taciendum ipsius militis, 

3loll« mei, in vila paritor el ia morte, euam omnimodam 
nntatem; in causa in quo idem nepos meus, quod abail, 
I Acedaret absque hercde mosculo ex suo preprio corpore detcen- 
SI lagitimo mathmoaitt procreato , volo quod p«at 






396 APPENDICK. 

rnortem ipsius doaiini Johannis, in illo cuu, tola têrrt m 
DelmaroB et décima de Nexonio ad heredem meam de Tonîta 
revertatur, qui deferet nomeD meum et arma. Si Tero hÎM 
fllium, «eu lilîas, sine aliquo herede muculo supentito, talei 
ordino quod ad heredem meum de Turribui re?erlalcr. lloB^ 
et lego Pctro Jouberti, domicellOi nepoli meo, fllio quonii 
domini Pétri Jouberti, militis, totam terram meam de S. Aiii 
cum suis juribus, deveriis et perprietatibus, et pertioendisM 
nniversis, cum décima de Gussacoi ad fadeDdum sui ettiMM 
omnimodam voluntatcm in yita pariter et in nx»rte ; noio |M 
ulterius posait aliquid petere aliis nepotibus meii, ted sit M 
tentus de promissis, saisis exceptis XV libris et tringinla « 
sexlariis siligiois rendualibus liospitali de Turribua assipi 
supra dictam terram S. Aredii. Et cum quœdam vicaria hi 
assignata in monasterio S* Aredii, scilicet in altari S. Joha«[| 
et dicta vicaria spectet ad collationem beredom de Tvrihi 
quam l'etrus Jouberti levât pro eo, quia dicit, ratione nMÉ 
snœ ad ipsum pertinore , in casu que idem Petrua poM 
sufûcienter doccre. Volo et ordino quod dicta vicaria hall 
centum solides renduales, pro dicta vicaria assignâtes wm 
terram S. Aredii. Verumtamen, si idem Petms Jouberti wm 
batur sine herede masculo, ex sue proprio corpore descendaÉ 
et ex legitimo matrimonio procreato, volo quod dicta tertm 
S. Aredio revertatur ad dictum dominum JohannemdeGayerf 
seu ad cjus heredes ex suo proprio corpore descendentesi et^ 
legitimo matrimonio procréâtes, conditionibus supra dicliai 
servatis; quod si dictus dominus Jobannes moriebatur al 
herede masculo superstitc, quod ad heredum meum qui data 
nomcn meum et arma poslmodum devolvatur. Item do et li| 
domino Galfrido do Campanis, niiliti, nepoti mco, totam tem 
meam de Turribus et locuui meum de Bessos [forsan de JUsyM 
post mortem uxorismctV, et nonaliis ncc aliter, cum suis jurill 
deveriis, juridicione alla cl basse, homagiis, et aliis juiihl 
deveriis et aliis propriotatibus ad dicta .loca pertinentibus oa 
vcrsis, ad facicndum sui et suorum omnimodam voluntateo^' 
vita pariter et in morte. Et volo et jubeo quod dictus domh 
Galfridus solvat uxori moa> lo doyare, sive Locle, sibi promîsai 
in prosactionc sui matrimonii. Item volo quoJ ipse Galfrida»: 
sui heredes in pcrpctuum dcfcrant nomcn meum et arma : Etn 
et ordino quod idem dominus Galfridus solvat in perpetoi 
census et redditus qui debcntiir domino vicccomiti I^emoTicen 
Item, volo et ordino quod, cum teneor assignare capitulo S. SI 
phanil^emoviccnsis octo libras post mortem meam in perpétua 
aolvendas, ratione cujusdam compositionis alias ractn>lnteri 



APPENOICK. 397 

• dicti capituli LomoTiceosis, dictas octo libros vola et 
nod perKlTODiur do ceUro supra leiram meam de 
romtomen cum dictam [ernio de Bcaat uxori mcic 
1 Tilam ïUBm dumlaial, volo el ordino quod dum 
r mea \iterll. quod dklo cspilulo Lemoviccnn diclx 
c moduales pcr dictum dominum Galfrîdum super 
I de Turrihus persolvanlur. Item, volo el ordiuo quod ti 
i Cftirridui de Campaais moriebatur siuc berede 

CI luo proprio corpore descendenle, et legiiinio malri- 
i pojt mortem dicli Galfridi lola terra de Turribus et 

Il reforlatiirad doniiiiuni Johanncm de iiayD(7)etad suos 

t nusculcM, qui tune feniptre defereut nomea meum et 

ùidemdominus Johaaaesde Gaya moricbalur, et cltam 

s Galfridus de Canipanit, sine heieditius macculis ex aah 

ribuâ deaïcDdeiilibus, quod Iota tena de Turrihus 

m et de Linan, cum omnibus »uie pcnînencitâ ad Pe- 

J reverlatur, ad finem quod deTerai nomea meum 

n lî Idem doaûnus Gairridus rooriebalur sino herede 

a luperitile, ùvc noa habendo heredem masculuni ecu 

, MU Teaiinu, volo et oïdino quod dicta uoa filia sua 

Kl penoDam suam de bonis cl rcddilibus et aliis poss<-i- 

1 de Torribui et do Beesas marilelur et dulelur, el resi- 
I diclum dominum Johnnncra do Gavn. ut pritrerlur, 
r. Iteni lolo et ordioo quod si Guido de Campaots, miles, 
jr, domioa Agneie uxore sua, sorore mea rémanente, 
dio dicia soror mea non posait morari cura domiuu 

) Caropanis, quod diclus domiuus GalTiidus solval 

ri sus vigioli libres supra Icrrom meam do Turribus, 

dio dicta mater sua vixerit ïn humnnif. Excculorcs 

I Diliml lestamonli facio el ordino «ciliccl nabilcs cl 

I Tirw dominum Cuichafdum de rombornio, mililem, 

ait Tregutiaco, et domiuum Guidoaem Bruni, militem, 

I Bonliibrani , et priorcni confenlualem Predicatorum 

l fralrem Mnrcialem Veyrici (7) Priedicalorum 

■ S. Juniani cl quemlibet eorumdeui; el voie quod niii 

iluar execulorea atiis negocii^ occupalis, quod propler 

1 Icslauioalum non remaneat impcrrccUim, sed quod 

nal poleilatcm coraplendi et perficicndi, et nisi dicti 

n «tecuiuiura potsent vacarc, quod per duos iUorum 

kl cl conipleri ; lia quod unus loUis sine alio ipsorum 

rto nicbil poesil perSccre de prirmissis oxequiîs meîs 

I, ftilbus eiocutoribus nicis dotalem cl qualem potesla' 

' D babcbam pcr qundraglnta dîcs anlequam coudèrent 

1 iMtamealum \oiidcndi cl dislrabcndi de bouia me» 



398 



appi>:ndige. 



mobilibus, et niai extent mobilia de bonis et robus meii iounih 
bilibus tanlum donec omnes ezequiœ clamorei et (bnenris, il 
testamentum meum penitus compîeatur ; et sapplioo eisdem qmrf 
placeat eisdem onus hujusmodi testamenti în se susdpere et ii 
prœmissis vaccare. Et toIo et predpio quod aliquis de meis heci» 
dibus supra dictis, non possit aliquid levare de Ihictibus et rel* 
ditibus terrœ mes, usurpare, capere^nec tranaportArei donec ptf ^ 
executores meos clamores et exequiœ et testamentum moiui 
penitus compîeatur; quod si facerent in contrariumomneisîiBal 
seu aliquis eorumdem in legatum ejusdem qui aliquid in cos>, 
trarium faciat, ex nunc pro tune fado heredes meos deoûBiifl 
regem Frandœ, et dominum Ticecomitem IjemoTicensem pif 
commun! et indiyiso non alias nec alius. Itemvolo quod ezaqàl 
et funerarias meas dicti dominus Gairridus et Peirus laabcriil 
solvant, prout executoribus meis predidis yidebitur faciendoB^i 
et pro laborc dictorum executorum meorum lego eisdem XBj 
libres in denariis, solfendas semel, et boc volo et jabeo quod A 
meum ultimum nuncupatum et mea yoluntas exlremst et i\ 
unumquemque aliud testamentum fed, illud revoco et aDOoiihl 
et Tolo quod valeat jure quo valcre poterit meliori : et sopplidl 
custodi sigilH régis in Baylivia Lcmoyicensi constituli et judlA] 
vicecomitatus Lemovicensis, ut sigillé suo^ et eliam dominl 
lori et ofOciali Lemovicensi. 

Testes hujusmodi te;(tamenti mei inToco dominum Aymei 
nanncrîi canonicum Sancti Johannis de Cola, et dominum 
phanuni Ghabessnrii, canonicum de Castellione, Petrum de Me 
tclo, et Stephanum de Podio, presliyteros parocbiœ de Ladigeai 
Ademareum Casteu, clcricuni de l^adignaco, Pelruui liladet 
Stephanum Paroulo de Bessas. In loco de Bessas die jovis 
fcslani Annunciationis B. M. Anno Domiui m. ccc. uv. Le Ti< 
vii de Tannée 1463. (Arc/i. de Pau.) 



FIN DU TOMK PHEMIER 



TABLE DES CHAPITRES 

DU PREMIER VOLUME 



Les Lémovices; la Domioation romaine et le Cbristia- 

nisme (? — 2-:iH ap. J.-C.) 1 

Les Comtes de Limoges soas les Mérovingiens et sous 

les (larJovingiens (5< !-877) 32 

Premiers Vicomtes de Ségur et de Limoges (877-1000). 63 
Gui I*"' et Adhémar, vicomtes de Limoges (1000-1036). 80 
Goi II et Adhémar II, vicomtes de Limoges (1036-1085). 1 1 2 

Adhémar III et la première Croisade (1 085- 1 i 37) 1 47 

Les vicomtes de Limoges de la dynastie de Comborn 

(1137-1170) 180 

Adiiémar V, vicomte de Limoges, et les Plantagencts 

(1170-1182) 213 

Saitc d* Adhémar Y et des PlantageneU (1182-1216)... 244 

Gui V, vicomte de Limoges (121 6-1 226) 274 

. Gui YI, vicomte de Limoges, et Louis IX, roi de France 

(1220-1263) 293 

. Marie, vicomtesse de Limoges : la maison de Bretagne 

(I2G3-1312) 313 

Jean I*'*', Gui YII, Jean III, vicomtes de la dynastie de 

Bretagne (1312-1344) 349 

Charles de Blois; Jeanne de Bretagne et Jean de Mont- 
fort (1344- 1384) 375 

LXDICE I ' 392 



né. — luipriincrio Pillet fils aLnk, rue dei» Gnuds-Augustius, â. 



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^L HISTOIRE 




KoMTES i;ï iik la vicomte 




1 DE LIMOGES 




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^^^^^^HPPLII- .-.-.U<t<ttMIUM. 




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HISTOIRE 



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inCOMTES ET DE LA VICOMTE 



DE LIMOGES 



^»t^0t0<0»^*l*0^0»0>t>ttf>m^t*^0 



II 



LIBRAIRES DÉPOSITAIRES 



AiriDRT 
Chez H. Clouzot. 

A BORDEAUX 

Chez M. G. Lefebtrb. 



ATIMOns 
Chez H"^* V* Dugoubct 

A IHQOULÈIIB 

Chez H. Goumabd. 



Par». — Imprimeiû Pillkt fils a1n£, rue dei Gnndt-AngoitîiHv 



HISTOIRE 

DBS 

YICOMTES ET DE LA VICOMTE 

DE LIMOGES 

F. MARVA.UD 

Pralenenr dliUloire ea relnile, Ul&aiu' d'Actdtmie, 

■riiai TÏM-Pritideiit de U SoàélA uchiologiqne et hiitoriqne de U Charrate, 

et UMi M iMtt d w it dn Comité dei tnnnx hùtorique* et des SociWa mute*. 

TOHE SECOND 




A PARIS 

GEBZ J.-B. DUMOULIN 

L>tbndi« da I*. SocMtA des AnUqtudrM d» Frutoa, 

13, QDÀI DES SKANDa-lDailSTtlIS 




I 



HISTOIRE 

DBS 

MTES ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES 



CHAPITRE XV 

DE BLOIS, DITE LA BOITEUSE, VICOMTESSE DE LIMOGES 

: de Ch.nrleîi V : ligue contre le priuce de Galles. — Les cam- 
iiTagées. — Note sur la dépeose des officiers de la moniiaie. — 
icomte d(> Rocbechouart, abaudonne le parti, des Anglais. — Ro- 
irt aàsit^gi* par Jcau Chaudos et le comte de Pembroch. — Le 
Berry dan» \o. Limousin. — Cession de la vicomte par Jeanne- 
i«e à CLarleâ V. — Les ducs de Berry et de Bourbon devant 
. — Les consuls et les bourgeois reçoivent les troupes royales. — 
aandemeut donné à Jean de Villemur, à Jean de Beaufort par 
•ii français. — Duguesclin sur les frontières du Limousin. — Le 
' (îalles marche contre Limoges; la ville est assiégée. — Craintes 
U\nts. — Exploits de Dugui'sclin. — Le prince de Galles donne 

— L'éuijue fait prisonnier. — Noble résistance de Jean de Vil- 
. d»* se? «'onipagnons. — Tableau des désastres de Limoges. — 
r rendne à l'évèque. — Le prince de Galles à Grandmont. — 

- la princesse de Galles. — Départ du prince de Galles; ses 
— Tableau des ruines faites par les Anglais : dévouement de 
XI. — Ktat malheureux du pays. — Les consuls demandent à 

V de les necourir. 

LDce, si malheureuse à Créci et à Poitiers, si bumi- 
noindrie par le traité de Bretigni, put espérer de 
a furtuoe, quand Cliarles V, l'eancmi irrécouci- 
is ÂQglais, décidé à ne pj>s jouer la fortune du 
t la royauté dans une grande bataille, eut succédé 
>an, qui venait de mourir en Angleterre pour saa- 



• - ..-.r"-r i * T-'nesmiiiHe in 3L-:ai:e :e Gilles. (pii 
. 1^. i ::: . 3. -■.-i:ir ll.si.û j«t."T^: si-iaiitiie à Li- 

.. '.z-L .-i^r^L. u: .-inaii: :su:t i»is pr'idoitâ et des 
, ". :î^^ .: - z^-r.\ii..ii Tljj rm^i L rxiltit eiiger 
.> -^î. .-• . -. - Il ji'-sïni -^ l'-rj'i--. ixfdçie, ceuxdD 
..^ ,?--: ru -v«.^:: tSu-. :a Lrgdj-t;, l'^e-it les pre- 
-^ ^ ^ . - V.- .:^r^ m is- -a«-:c? i-f MAiemort. 

, • . * . -i'^:!:. *-. =•- rus Lc'jx :: ;.:c'i:ei: rêuiûr 

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ET ma EJl YiGomt m^ limoges. s 

nient les nobles récalcitrants » semaient partout h destmc- 
tioB parle fer et par le feu : lâches vengeances qui désbo- 
Mraient leurs auteurs, sans être utiles à leur cause. Le 
désespoir était général, mais les populations comptaient 
SQr Gh^irles V : barons, prélats, bourgeois et manants s'a- 
dressaicnl à son patriotisme : « Gber sîi^e, disaient-ils^ vous 
iTei cause, et sachez que sitôt que l'aurez entreprise, vous 
trouverez que se tourneront devers vous prélats, comtes, 
barons, chevaliers et écnyers, el bourgeois de bonnes 
Tilles. D 

Louis, vicomte de Rochecbouart, longtemps attaché à 
b cause de la famille de Montfort, servait encore dans 
les rangs des Anglais, espérant que le prince de Galles 
aagmenterait sa fortune par la cession de quelques nou- 
veaux fipfs au détriment de Jeanne-Ia-6oiteuse. La récom- 
pense se fit sans doute trop attendre; peu de temps après, 
eDlrainé par l'exemple des barons du pays, animé du 
même patriotisme, il allait se ranger sous la bannière de 
ia France, lorsque le prince anglais, soupçonnant ses inten- 
tions, le retint prisonnier et tint si châtellenie sous le 
séquestre, jusqu'à ce que, vaincu par les prières des ba- 
rons du Poitou, il consenttt à lui rendre la liberté. Le 
vicomte revin' sur ses terres, donna le commandement de 
son château au Breton Thib^ud du Pont, a moult bon- 
homme d'armes, avec lequel il avait souvent combattu en 
Bretagne , et envoya tantôt défier le prince , et lui fit 
pand'gucrre <. » Le prince de Galles, irrité, chargea Jean 
Chandos de se mettre h sa poursuite; « et ceux-ci se mi- 
rrut entre Anjou el Tourrainc el tout contreval la rivière 
de Vienne, et entrèrent en la terre du vicomte, et gâtèrent 
et liinlèroDt malement, et n'y laissèrent rien, fors les for^ 

» 

1. rraiiMrU 



ET DE LA MGOMTÉ DE LIMOGES. 5 

e de Galles, qui tenait alors sa cour à Angoulôme; ils 
Daient aussi pour leurs franchises communales, car 
Tille étant au pouvoir des Français, Jeanne-la-Boi- 
pouvait bien venir s^y établir en qualité de vicom* 
f et y faire revivre tous les anciens privilèges de sa 
le. Elle venait en effet de faire sommer^ les consuls de 
ronnattre, et, sur leur refus, elle s'adressa à Charles V. 
rince, feignant de ne pas approuver ses prétentions, 
ant rendre les habitants plus traitables, s'engagea à 
ire cession de tous ses droits scr la ville et le Château, 
ijn'elle désespérât de pouvoir rétablir son autorité 
ta vicomte, soit qu'elle s'entendit avec Charles V, qui 
ait engagé à lui en faire, en temps opportun, rétro- 
•n, supposition qui parait la plus convenable, car on 
mprendrait pas qu'elle eût eu la pensée de priver ses 
s de ce riche héritage, Jeanne-la-Boiteuse donna à 
is V, à titre irrévocable, la vicomte de Limoges avec 
es droits qui en résultaient, comme témoignage de 
laissance des nombreux services que le roi lui avait 
s, ainsi qu'à sa famille (1369) '. Il est à remarquer 
lans cette donation, elle prend le titre de duchesse 
ïtagne, contrairement aux conditions stipulées dans 
té de Guérandc. Voulait-elle, par là, protester contre 
té? Charies V lui avait-il promis de la soutenir dans 
indication de ses droits? Nous connaissons assez la 
ue du prince pour admettre, sinon l'affirmation, au 
la vraisemblance de ces deux suppositions. 
ces entrefaites, Jean Chaudes arriva à Limoges, y 



.. Not ei iDfceiitihuii et necei^ariis cnusin et vitluntate iiostra. iu 
ioneiii beueficiorum nohis cl nostrU por regiam M.njeëtatein inifàer- 
.. o 'Acte (in 9 juin laeft, fait à Parir. ARCn. de Pav.) — SeI*Ki 
tiques manuscrite.^ de Limoge», Charle» V eut recuure à ce yub- 
poar faire croire aux babitaot» qu'il voulait les dtfeudre oootre la 




ëeCeadre la place meoacie 
XÉf iary. é^zm. âe Bourboo et d'Aleoçoa, 
m T f«aii-ic Tin» e. ^ la? |«tite JistaDfe. D espérait s'y 
nanirair aaasfflL». Asscf '^ foorace des princes, car il 
wiir 1 i-nr .-ç^aeer é« fcrt« mnraiUes protégées par de 
2J1X1H5 - ia-5 rf fc jn» îûssêr. Ses archers et son artiBe- 
'« iiiiL-^ sias^ i* ckcàfr é^ îéjriisc de Sainl-Éticone, 
i«iiEC£nc i.TEr ^ afiâèKiats à distance. Cependant les 
rars w iîrrr et ce Bourbon n'en prirent pas moins 
zrsiziSL i-mac ii :<ace. espérant qoe les bourgecis. 
rt ^ r-:jusiz çftpès par Charies V, leur en owri- 
T-^iù: -'- îc'ws, tenKsciin. qoi arriva bientôi aTCC 
'. * 7- irres lESHST AûKfamxses. engagea les habifants i 
-^- r.zx.-r« - ii::rnê r>T2]e. Ceox-ci hésitaient encore, 
'iz' .^ ::r«a3a3tf-3t ies Teoceauces du prince de Galles, 
j.îrsrw m-ekz c* Cn» de Calmefort. évèque de Limoges, 
« ::.i: -rcTièrf mil était do prince de Galles,» mais 
rx if-Tiu if 5<î décimer pour Charles V, arriva d'An- 
r •- iL^ . L:"!^m^î qise le prince était mort, qu'il Tavail 



"»■:: £'<ri 



7-'- >- f> ::2>-L>. >5 bourgeois et le peuple delà 
: - :: -i:^-: à rroe^Mr tian< leurs mur^ les troupes 
- t: .<. >^::;u: Ç"i- : ils virent paraître Duguesclin. 
;.:-.: r.:>>;rt B^nrasd Ducuesclin, raconte Froissarl, 
:: v::_: y: y.vçe. s: s'en réjouirent grandement les Fran- 
< >. «: friri'r.ocve.le de lui et dedans la cité et dehors 
Tir..: : ; .■'!r.r.:'='r:oa à aherder les traités qui étoient enla* 
n*v> « r.:rt Tivitriie rie Limoires et ceux de la Cité et le dnf 
v!; F:::\, c; !t> poursuivit si soigneusement et si sage* 
:v.îr.:. çu':!s se îir^Dl et tournèrent françois; et entrèrent le 
viui de Berrv\ le duo de Bourbon, raessire Gui de Blois et 
!os >t igneurs de France dedans à grand'joie, et en prirent 
les fois et les hommages, et s'y rafraîchirent et reposèreut 



ET DE LA VICOBITÉ DE LIMOGES. 7 

trois jours ^ » Mais il fallait déloger les Anglais de leors 
positions où Jean Chandos pouvait encore se défendre. 
I Là-dessus, eurent lesdits seigneurs conse'l et avis, qu'ils 
déromproient leur chevauchée pour cette saison, ainsi que 
le doc d'Anjou avait fait, et s'en retoumeroient à leur 
pib, pour prendre garde à leurs villes et forteresses, pour 
moDsdgneur Canolle (Robert Rnolle), quî tenait les champs 
en France; et qu'ils avoient bien exploité, quand ils 
avoient pris une telle cité comme Limoges est *. » Cepen- 
dant, à la demande de l'évGque, ils laissèrent dans la Cité 
une centaine d'hommes d'armes, sous le commandement 
de Jean de Villemur, de Jean de Beanfort et de Hugues, 
baron de La Roche. Ce dernier, déjà connu par son dévoue- 
meni ù la maison de Blois, se montrait toujours le plus 
haidi à c/)urir sus aux Anglais. Ces trois gentilshommes, 
dont le prince de Galles admira souvent le noble courage, 
contribuèrent surtout «c à reboucher la pointe de sa 
colère '. » 

Duguesclin, pour rassurer les habitants de la cité, de- 
meura sur les frontières du Limousin. Après le départ des 
princes, Jean Chandos, cherchant à se prémunir contre une 
attaque, flt une sortie, et escarmouchant contre ses enne- 
mis, qui voulaient lui fermer le passage, il brûla le fan- 
Kourg de Saint-Martin, centre important du commerce 
•lepnis plusieurs années; puis il continua sa chevauchée, 
ne laissant derrière lui que d'affreu^^es dévastations. Sa 
colère retomba surtout sur 1*^ vicomte de Rochechouart, 
dont il ravagea encore les terres, mais sans oser attaquer 
le château au siège duquel il avait déjà honteusement 
échoué^. Ses troupes, dont il laissa une partie à Pem- 

1. Fhoissart : 1. I, c. 322. 
t. Ibid. 

I. MOSCTAIGIIE. 

I. PlOXSSABT : C. 315. 



8 HISTOIRE DES V1C0MTB8 

broch, continuèrent leurs incursions dans la contrée situie 
sur la rive gauche de la Vienne. 

A la nouvelle que Limoges s'était rendu aux Français, et 
que révoque, son ancien chancelier, avait engagé les habi- 
tants à ouvrir leurs portes, le prince de Galles, qui se trou* 
vait alors à Cognac, sur les bords de la Charente, se laissa 
aller à la plus violente colère, déclarant a qu'il n'avait pins 
foi aux prôtrcs; » jurant par l'âme de son père qu'il repreo- 
drait la ville à tout prix, qu'il punirait les traîtres. Son 
armée, qui se composait de douze cents lances, chevaliers 
et écuyers, de mille archers et de trois mille hommes de 
pied, se mit aussitôt en mouvement. Il partit avec elle, 
accompagné de ses deux frères, le duc de Lancastre et Is 
comte de Cambridge, et du comte de Pembroch. Parmi les 
principaux seip;ncurs anglais ou gascons qui suivaient sa 
bannière, on distinguait Guichard d*Angles, Louis d'Ha^ 
court, les sires de Pons, de Parthcnay, de Tonnay-Bou- 
tonnc», Percevaux de Cologne, messire Geoffroi d'Argentoa, 
GeoiTroi de Nontron , à qui il avait donné ce fleF de la 
vicomte de Limoges, Robert, seigneur de Muntbron en 
Angoumois, les sires do Monlféraïul, de Chaumont, de Lan- 
goiran, de Thouars, et plusieurs autres impatients, comme 
lui, de punir la ville rebelle à TAngleterre. Les habitants 
des cami.a^'nes, et ceux des villes qui se trouvaient surit 
route, fuyaient à rapproche de cette armée, dont le chef, 
atteint d'une maladie mortelle, ne pouvant se tenir à che- 
val, se faisait porter dans une litière, n'ayant plus rien de 
cette én(Tgie néroique qu'il montrait à Crécy et à, Mau- 
pertuis. Son aimée arriva bientôt sous les murs de la Cité, 
dont les habitants, du haut do leurs créneaux, pouvaient 
Tentcndre crier et jurer, qu'il ne se retirerait que lors- 
que la place se serait rendue à discrétion. 11 prit son 
logement au couvent de Saint-Géraud. Le duc de Lan- 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. » 

castre s'établit aux Jacobins; les comtes de Pembrocb et 
de Cambridge, avec les seigneurs de Guyenne, au mo- 
oastère de SaînU>Augustin; les chevaliers de Poitou, de 
Périgord et d'Angoumois à l'abbaye de Saint-Martin et aux 
Gordeliers. On voyait briller de l'autre côté de la rivière 
les feux de bivouac de Thomas Felton, captai de Buch, 
qai campait avec cinq cents lances, et, un peu plus loin, la 
diTision d'Hannuyers, autre chef anglais, qui comman- 
dait à mille archers et à dix mille Gascons. Le corps le 
plus rapproché de la place était celui de messire Jean 
Chandos. 

En présence du danger qui les menaçait de si près, 

i'évêque et les bourgeois regrettaient de s'être donnés au 

roi de France, et ne voyaient aucun moyen d'échapper à la 

colère de leur ennemi, ni même de se rendre à discrétion; 

car, comme le dit Froissart^ a ils n'éloient ni mi-seigneurs, 

ni maîtres de leur Cité. Messire Jean de Villemur, messire 

Hugues de La Roche et Roger de Beaufort, qui la gardoieiit 

et qui capitaines en étoient, réconfortoient grandement les 

::eDs de la ville; et quand ébahir (trembler) les voyoient, 

leur disoient : u Seigneurs, ne vous effrayez de rien; nous 

«ommes forts, et gens assez, pour nous tenir contre la puis- 

>dace du prince : par assaut ne nous peut-il prendre ni gre- 

Ter, car nous sommes bien pourvus d'armes. » Quand le 

prince de Galles eut examiné avec ses maréchaux toutes les 

positions, en faisant le tour des fortifications, il fit venir les 

harons, « gens bien experts pour mines, » lesquels il mit en 

besogne du cêté du Naveix *, près d'une haute tour, appelée 

iléresia, où la muraille était bâtie sur le tuf et sur le roc ^. 

Il demeura tout un mois devant la ville, faisant travailler 



1. Le NtTeii i^tait cette partie de la Cité qui touchait à la Vienne. On le 
cimiiiait ainia parce que les barques chargées de b(HS s y arrêtaient. 

2. CflE05. Mss. — Froissart, 1. 1., c. 316. 



10 HISTOIRE DBS VIGOimS 

h la mine, et défendant aux siens d'engager la moindre 
escarmouche. « Les hurons et pionniers, ayant miné et ap- 
puyé les murs des pilotis de bois ensoufrés, ils firent tant 
par leurs labeurs, qu'ils vinrent au dessein de leur oumge 
et entreprise, laquelle contenoit cent coudées de muraille, 
sans comprendre ladite tour d'Aléresia. Ils mirent bois, 
soufre et autres matières sèches, pour brûler et consu- 
mer le pilotis, puis avertirent le prince que, quand il loi 
plairoit, feroit renverser les murs dans les fossés, où sei 
gens pourroîent entrer facilement. » — « Oil, dit-îl, je vcui 
que demain à Theurc de primes votre ouvrage se montre. • 
De leur côté, les asnégés pratiquaient des contre-mines. 

Pendant ce temps-là, Duguesclin, à la fètc de deux cenb 
lances, parcourait le Limousin, le jour tenant les champs , 
pour attaquer les détachements ennemis, la nuit se rëfi- 
ranl dans 1rs forteresses qui appartenaient aux divers sei- 
gneurs dévoués à la France, tels que ceux de Marval et de 
M.ireuil. Presque toujours il surprenait les Anglais dans les 
petits bourgs ou dans les manoirs, « où ils festoyaient, i 
Toujours fidèle à la cause de Jeaiino-la-Boiteuse, Tillustre 
vainqueur de (.ochorel, en combattant pour la France, 
s'olforçait au>si de conserver à sa souveraine la vicomte de 
Limof^es, que 1rs partisans d'Kdouard III traitaient comme 
une leriT rnmfuise, et qu'esp<»rail bi-.în reprendre nlus lard 
le duc de lîretagnC; malgré les clauses contraires du traité 
de (îuci'iindc. « S'y fit bi grand'gucrre, cl nul ne lui alla au- 
devant, car le duc de Diolagne ne cuîdoil point que me^ 
sire Bertrand le dftl jruerrouîr. » En ollet, il arriva jusque 
devant Sainl-Yrieix, sans trouver d'ennoniis qui osassent 
l'arrêter. Les habitants, qui lenaient pour l'Anglais, furent 
si effrayés que, malgré la force de leurs murailles, ils sa 
rendircnl et reconnurent l'autorité de la vicomtesse doui 
les viguiers reprirent leurs fonctions, malgré la convention 



.4 



ET DE LA YIGOHTÉ DE UMOGES. li 

eotre le chapitre et Philippe-le-Bel. Mais peu de 
après, quelques chefs bretons reprirent la ville au 
I Jean de Montfort. 

) septembre 1370 était le jour fixé par le prince de 
K)ur mettre le feu à- la mine et donner Tassant à la 
Pour conclusion^ disent les chroniques, le feu mis 
nés et les murailles renversées dans les fossés, les 
étaient en armes, prêts à combattre à l'assaut donné 
les trompettes et des clairons; les gens de pied don- 
dedans; puis montèrent sur les murailles, coupant 
tes, pont-levis, barrières et autres défenses. Le 
Je Galles, le duc de Lancastre, les comles de Rem- 
et de Cambridge, messire Guichard d'Angles, et 
gens de guerre, pillards à pied, tous prêts à mal 
3 précipitèrent dans la place, tuant tous ceux qu'ils 
raient, hommes, femmes, enfants et jeunes filles. » 
lillants ne faisaient grAce à personne, même à ce>ix 
étaient à leurs pieds demandant la vie sauve, a Ni 
comment ils n'avaient pitié des pauvres gens, ajoute 
rt qui souvent a présenté les événements à l'avan- 
s Anglais '. » Les vainqueurs vinrent de cette sorte 
la porte de Saint-André, dite la Por(e-Pati^l S jus- 
evanl de l'église cathédrale de Saint-Etienne, «là 
eut graiid'tuerie, parce que la plupart des habitants, 
ient retirés dans cette église, pensaient être en 
irdc ; ce qui ne leur servit de rien, et en fut tués 
i^aorés plus do dix-huit raille^; et la plus grande 
de ceux et celles qui étaient innocents de la re- 
; et furent en grand danger les religieuses de la 



1S<.«RT : c. 315. 

loru Pau fi M trouvait prtu Ue l'éK^iw île Saim-André-des-Caruiei. 
de U rue Fuiitaiiit'-de-la-Cave, du cùté du Naveix. 
Mari dit Mulemenl tnùs mille. 



12 HISTOIRE DKS A1G0MTK8 

Règle'. Sur quoi, c'ctail déplorable à voir les paumi 
citadins en tel état et efTusion de sang si grande. Et, n 
mémoire de ce fut mise l'image de la Vierge, tenant son 
fils Jésus qu'elle portait devant, et couvrant son visage, 
à cause du sang qui fut répandu ; laquelle im^e étui 
dehors et dans le mur de l'église a été mise dans la chi- 
pellc, où elle est, et où il y a grand 'dévotion, étant appelfe 
Notre-Dame-de-Bonne-Délivrance*. a 

Quelques détachements, séparés de ceux qui venaient 
d'entrer par la brèche, s'étant dirigés vers le palais de 
révoque, firent le prélat prisonnier; et, comme ils avaient 
souvent entendu le prince de Galles jurer contre lui, ib 
crurent devoir le conduire à son logis. A l'aspect du prélit, 
le prince, quoique furieux, se contenta de* dire qu'il lui 
ferait bientôt trancher la tôte a par la foi qu'il devait à 
Dieu et à saint Georges. » Puis il donna l'ordre de Téloi* 
gner de sa personne. 

Pendant que les envahisseurs continuaient le massacre 
dans les rues et sur les placc»s publiques, quatre-vingts che- 
valiers français conduits par Jean de Villemur, messire 
Hugues do La Roche et Roger de Reaufort, qui avaient dé- 
fendu durant une heure entière Tentr^^e de la brèche, s'é- 
taionl retirés dans la tour de Maumont, se promettant 
« de vendre ehèrenient leur vie. » Puis, à l'approche de 
rennemi : a Roger, dit Jean de Villemur, nvant de com- 
battre et de mourir, il vous faut être armé chevalier. — 
(( Je ne le puis, répondit eelui-ri; je ne suis pas encore 
assez vaillant, et grand merei, quand vous me roffririez. r 
Alors, tous déridés ù mourir les armes à la main, n'atten- 
dant d*ailleurs aueunc grAec du vainqueur, déployèrent 

I. l.'.iMtavr de la Hr^le uccupait une {«artir* du terrain des bàtimeuli> de 
M.*minaiie. 
S. Chmn. mss. 




ET DK LA VICOMTE DE LIMOGES. 19 

r bioniëre, a'appuyërenl à une vieille mursille pour 
BÛeus résister à leurs assaillaots. A-iissitôl ils virent arriver 
^K du iJtDcastre, le comte de Cambridge et leurs gens, 
ftsommèreat de se rendre. Sur leur rerus, le combat 
Plusieurs tombèreul sous les coups des A.D- 
n LA combattirent longuemeat main k main le duc 
Laculre et Jean de Villeinrir, qui était grand chevalier 
l el bien taillé de tous membres, et le comte de Garn- 
ie xvec ntessire Bugues de La Roche; el le comtu de 
xb el mcssire Robert de Beaufort, qui était simple 
r: et firent ces lroi« ccmlre trois plusieurs grand'ei- 
■ d'iirmes. a Les autres se tenaieni à l'écart pendant 
t docl terrible qui allait finir par la mort des uns ou des 
iMm, lorsque le prince de Galles arriva, a et les regarda 
Bailt ntloDlîers, s'adoucit grandement : et tant se combat- 
^Mpt que les trois français, d'un accord, en regardant 
^■IB épées, dirent : — a Seigneurs, nous sommes vôtres, tl 
^bi >?et conquis, n — oPar Dieu, messire Jean, dit alors 
^Udc d« LaDca»lre, nous le voudrions pas autrement Taire, 
••ooBS ntn recevons comme nos prisonnier» '. a C'est le 
1 de Froissart, toujours partial pour les Anglais. 
l' autres jutent : a La Citi^ de Limoges Tut détruite [tar 
: lunl, prince de OallL-s. Les citoyens furent tués, les 
: .liUei, le» maisons, le palais de l'évéque renversés et 
h aux Damines. 0» ne voyait plus aucun vestige de 
^ fictic cilé, si ce n'e<t l'église cathédrale, avL<c quel- 
tpelles adhérentes. Ce moniunent est resté depuis 
bplel. el n'a pas été rebâti en son entier. Le ung 
pil canuDC un ruissciu, depuis l'église Saiot-KIiennc 
, tout Je long de la rue*. » D'autres renchérissent 
V «ar c« sombre tableau. ^ » La cité de Limages est 

r t I. 1. r. 31H. 



«4 HI8T0IRB DES VIGOMIRB 

toute pillée; le surplus des citoyens, que le glaive anil 
pardonnes, étant prisonniers en grande captivité, après k 
feu de leurs maisons, murailles- et tours abattues, et Isi 
Anglais chargés de leurs dépouilles, furent rachetés jn 
les habitants de la ville de Limoges, ayant compassioo il 
leurs parents, vendant domaines et héritages, rempiissnl 
la ville de pauvres citoyens n'ayant maisons pour as retiraq 
ni meubles pour se servir. Les uns furent contraints de il 
retirer dans les hôpitaux et autres places ouvertes; à caM 
de quoi, dans les mois de novembre et décembre, se pd 
entre eux des maladies, qu'il en mourut la plus gnaH 
partie, et peu se sauvèrent ^ » 

Jamais la haine de TAngleterre n'avait entassé autant dl 
ruines dans une seule ville. Le duc de J^ancastre, craigoail 
que son frère ne tll trancher la tête à Tévèque, le réclani 
comme son prisonnier. Selon d'autres, ce fut la princeM 
de Galles qui détermina son mari à rendre la liberté! 
l'évAque, en lui riisant, que s'il s'y refusait, le pape Tel- 
communierait et déclarerait ses enfants illégitimes. On saili 
en effet, que le prélat, devenu libre, se retira auprès dl 
pape *. 

Le prince de. Galles n'était pas satisfait; il lui fallait an- 
core d'autres dévastations, d antres trésors à piller. L'alh 
baye de (irandmont, la iillc bien-aimée des rois d'Angle* 
terre, étiil trop ri(!hc pour ùtre respectée. Il s'y dirige 
à la tôte (Putie partie de ses troupe.», ruina en passant M 

1. Chron. niss. 

2. Il fui t'.iil l'.inhn.il ]i;ir (iri''fr«>ir<- \l. i-l iiiMnrut à Aviirnnii. L.i prioCiMi 
lif. «î.iliis avait ilfiit iiiitils pDiir rr.iiinirc i]U'* Ir pape ne dérhrM son Blft 
r'nnii^ illL-fçiliiiir : ilabord à imuso lir na pamiltr nvi'c. s«)ii m<iri, pois i 
raiiM- 1104 ii>iiilili>s iiiMi;.iillr<< ^\l\ .Ij'.iuim' ilo K«miI avec lonl IIi^ll.itKl cl art 
lonl .M«>uLalf.Mil. Un ip- pmivait n'\>nir sur la ili^cision cl,» Cl^mriil VI • 
faveur i]ii pri'inuT; v\ o'rlait -i ).. iii>*rt lio li».-il llullainl que k' Prinoc-Noi 
avait «'p.iust' sa rou ^iui>, i.i plus rii:lii: tiMritiirnf <lti l'Aiiglctcrre. iLaFONTI 
NELLK DK Vaiii>oi(i-: : lievutf oiiyio'frafiçaùfv.j 



ET DE Ul VICOIITÉ DE LIMOGES. 15 

g de Saint-Sylvestre qui, par sa nombreuse population, 
mblait à une petite ville, arriva au monastère, dispersa 
Qoines, pilla tous les trésors, ravagea Téglise, profana 
cliques, et fit fouiller les tombeaux (1370) ^ Ce fut son 
ier acte de cruauté, dont il n'avait pas besoin pour 
îr à la France un nom redouté et maudit. Ses détache- 
Is continuèrent de parcourir le pays. Us ruinèrent Tan- 
f château de Compreignac^ ainsi que celui de Ran- 
Le seigneur de Bertincourt, son sénéchal, qui tenait 
mpagne d'un autre côté, s'étant laissé surprendre par 
lit, se retira au château de Pierre-Buffière où il croyait 
rer quelques-uns des siens, lorsqu'il y fut reçu en en- 
i par Thibaud du Pont, arrivé depuis quelques jours 
forteresses du vicomte de liochechouart, qui le fit pri- 
ier et l'envoya dans un autre château, d'où il ne sortit 
moyennant une rançon de douze mille livres. Ne pou- 
que donner un à-compte, il laissa en otage son fils 
çois de Bertincourt ^ 

rivé à Bordeaux malade, triste de ses derniers exploits 
! la mort de son fils à Angoulôme, tourmenté par les 
irds, car il avait peu d'espoir de recouvrer la santé, 
ercha à se justifier auprès du clergé de Limoges, et 
, un par(!on que le clergé n'avait pas demandé, car il 
liait n'avoir plus rien à souffrir. Ces lettres, données 
rdeaux le 10 mars 1370, dans lesquelles, comme si de 
titros pouvaient, à l'approche de la mort, faire oublier 
randes iniquités, se qualifiant de u fils aîné du roi de 
ce et d'Angleterre, prince d'Aquitaine et de Galles, 
de Cornouailles, comte de Leicester et seigneur de 



MadaL'D : M», ap. fémiuain*. 

> chàt*:au a t-U* détruit dupui:». On u*y Toit plus que les yestiget de 

Loon. 

PtossAAT : 1. 1. c. 320. 



16 HISTOIRE DRS VICOMTES 

Biscaye, il disait «qu'à cause de l'évAque de Limoges, 
chef du chapitre de la cathédrale, le doyen, chanoinei 
et autres officiers de ce corps avaient souffert plusienn 
maux en leurs corps et en leurs biens, et l'avaient prié 
de ne les punir point comme complices de la faute de lear 
évoque, où ils n'avaient aucunement trempé; et déclare 
qu'il leur remet, pardonne et quitte toute rébellion, trahi- 
son et forfaiture, avec toute peine criminelle et civile; et 
casse, révoque, annule toutes conquêtes, et les restitue en 
leur bonne renommée, paix et biens avec leurs églises; et 
s'ils étaient saisis les délivre, et sur ce point impose qb 
perpétuel silence h tous les sénéchaux, justiciers et ofQcien, 
et leur commande de les faire jouir paisiblement de U 
gr&ce qu'il leur accorde '. » L'exécution de ces volontés était 
confiée à Richard de Malmesbury, son sénéchal, qui déli- 
gua ses pouvoirs à Pierre d'Auvergne, sergent de Limoge?, 
cl à SOS autres officiers. Rien ne put rendre de longltinipsà 
Limoges son ancienne splendeur. 

Pendant soixante-quinze ans la Cité garda les traces delà 
liaine de rAnj;loterro : on y voyait des maisons brûlées, des : 
murailles à moitié détniiles; les églises, la salle épiscopale, 
où se réunissait le chapitre, et doux tours seulement étaieni : 
restées debout. (.4e <iuartier ne fut longtemps habité que \ 
par quelques piVhours et quelques indigents retirés dans 
ces ruines, Los év<>(iues Aymeri Carthi, Hernard de Bonne- 
val, Hugues de Maf^nae el Nieolas Viaud habit^renl le châ- 
teau d'isle, silur sur les lM)nls de la Vienne. Tous s'applî- 
qu(>renl à effacer les traees de tant de désastres, on faisant 
reconstruire un f;rand nombre de maisons. Le pape Gré- 
goire XI vint en aiilc aux uiiIIrmus de son pays, en ronon- 
(;ant aux dinies ({uM percevait dans l'étendue «iu dioc^se. 

l. An-li. ilf Pau : t\ dtf lu vicomU df Umùtjt\s. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 17 

La cotisatioD des fidèles procura aux églises les livres, les 
Tases sacrés et les ornements qu'elles avaient perdus. Une 
assemblée des grands dignitaires du clergé de France, dont 
Ireot partie les archevêques de Rouen, de Bourges, de Sens 
et de Tours, et seize évêques, accorda de nombreuses in- 
dàlgeoces à tous ceux qui feraient des aumônes pour les 
réparations de la chapelle de Saint-Martial. Attirer en 
grand nombre les étrangers à Limoges, c'était les rendre 
témoins des ruines entassées et exciter leur compassion et 
leur charité. Le cardinal de Saragosse se distingua entre 
tous par sa générosité, en contribuant largement à la cons- 
stmction du clocher de l'église Saint-Martial où il eut son 
iombeau. 

Pendant ce temps-là, la vicomte souffrait encore tous les 
maux de la guerre. Les Anglais y occupaient encore plu- 
âears positions, malgré Jean d'Ëvreux, qui les harcelait et 
laillait quelquefois en pièces leurs détachements. Bertrand 
Daguesclin, de son côté, défendant en même temps la 
France et la maison de Blois, s'emparait de quelques châ- 
teaux, pendant que les ducs de Berry et de Bourbon se 
tenaient sur les frontières d'Auvergne. Mais d'autres dan- 
fçers appelaient ailleurs l'héroïque Breton; il quitta le Li- 
moosin, laissant à son neveu OUivicr de Mouni le soin de 
garder les places conquises. Son absence enhardit les An- 
^is, qui recommencèrent leurs courses, et pillèrent 
encore le; environs de Limoges. 

Les habitants n'avaient pas grand'chose à perdre, mais 
ils voulaient la sécurité qui leur permit de refaire leur for- 
tane par le travail. Ne se voyant plus sufQsamment protégés 
9» les Français, ils envoyèrent un bourgeois notable, 
Bommé Bouillon, demander au roi d'Angleterre trêve, paix 
rt protection, qu'autrement le désespoir les pousserait à 
Qae nouvelle révolte. Après un voyage de quatre mois et 
IL 2 



18 HISTOIRB DES VICOMTES 

onze jours, renvoyé revint de Londres, porteur d'une lettre 
du roi adressée à Jean d'Urnes, gouverneur de la ville, et à 
messire Richard de Malmesbury, sénéchal, enjoignant de 
faire réparation aux habitants pour tous les dommages 
occasionnés par les soldats. Les deux officiers, malgré tou 
leurs elTorls, ne purent exécuter ces ordres; voyant que la 
soldats indisciplinés, toujours avides de pillage, bravaient 
leur autorité, ils quittèrent la ville, et revinrent en Angle- 
terre, laissant le champ libre aux dévastateurs du pap. 
Alors le% consuls, fatigués d'un état de choses qui les rai- 
nait, d*une autorité qui ne savait plus les protéger, se rbt 
nirent pour aviser, avec les principaux notables, dans une 
des chapelles de l'église de Saint-Marlial. Là, agenouilliii 
confiants dans leurs prières, animés par le patriotisme. Os 
résolurent d'envoyer secrètement demander à Charles Y de 
les secourir. Jean Bayard, Jean Martin et Laurent Sarraso, 
porteurs de la procuration des bourgeois, scellée et signée 
par les consuls, allèrent offrir au prince la ville et le Chi* 
teau, mais à condition qu'il maintiendrait leurs privilégeii 
Charles V accepta, et déclara la ville réunie à sa couronne, 
en donnant î\ la vir,onitessc Jcanne-la-Boileuse mille livres 
de rente à prendre sur lo château <îo Nemours (1371)* : ce 
qui porte à eroire que la cession que celle-ci lui avait déji 
faite était plus fictive que réelle. 



1. Arch. de Pau : F. fh' lu rin„ntf' ilr Ijmmjvi^ S. E, 627. Ton* les doctt 
raentM n'iiitirn au\ privili-f^os .irroril(*s par 1<; roi Charles^ V, ne m trniivwl 
pas réuni* daiiii retti^ im'^nie liai&so; ipiolipies-uiis sont clnititi^ ailleurs. 



ET DE LA VfCOMTÉ DB UHOGSS. Il 



CHAI^ITRE XVI 

SUITE DE LA GUERRE DE CENT ANS; JEANNE-LA-toOITEUSE; 
JEAH DE BLOIS, VICOMTE DE UMOGES 

diriei V eût det cooeeMioDs âax eonsalu et au clergé. — Exemption d'im- 
pdti pendant dix ans. — La Tioomté rendue à Jeanne-la-Boiteuie. — Note 
nr les étangs de Limoges. — Etat malheureux du clergé ; l'évèque Ay- 
mui Chatti. — Le tronbadonr Araaod-Daniel de Saint- Léonard. — Louit 
de Saucerre 4 Limoges. — Note sur le chAteau de la Vaoguyon. — La 
Dob!es«« du Limon <iin contre les Anglais. — Tristes résultats de la mi- 
loritê de Charles VL -* Exploits du maréchal de Sancerre, qui s'empare 
de plnsieun châteaux. -— Perrot-le-Déamais dans Chàlusset. — Aymerigot- 
Marcel à Venladour. — Appauvrissement de TÉglise; l'évèque Bernard 
de Bonneval et les abbés de Saint-Blartial. de Grandmont. — Le clergé 
et IcTèque; leurs différends. — Privilèges de l'Église de Limoges. — 
Simon de Cramaud, patriarche d'Alexandrie ; son tombeau. — La peste 
et la famine dans le Umousin. — L'autorité de Jeaune-la-Boiteuse à sa 
aort. — Jean de Blois demeure prisonnier en Angieterrt; sa rançon. — 
U vient dans sa vicomte. — M.^rguerite de Bretagne; ses projets crimi- 
■ils. — Mort da sire de Clinon ; ses enfants. 

La haine contre l'étranger, des besoins naieux compris et 
le patriotisme, qui ne meurt jamais en France, môme dans 
les plus grandes épreuves, avaient jeté Limoges dans les 
bras de la royauté légitime. Pour être plus sûr de la Ûdé- 
iilé des habitants, pour les consoler de tant d'infortunes, 
'Iharles V leur accorda de nombreux privilèges. En les ré*i- 
DÎssant à sa couronne, il promit de défendre toutes leurs 
franchises communales contre les prétentions de Jeanne de 
Penthiëvre. Comme il lui fallait compter avec le clergé, il 
promit aussi de grands avantages à l*abbé de Saint-Martial 
en compensation du droit d'hommage que possédait l'ab- 
baye de temps ioamémorial. Les consuls obtinrent dans la 



iO HISTOIRB DBS VIG0MTR8 

châlelienie la juridiction haute, moyenne et basse, avec lei 
rentes, autrefois perçues par le clergé ou par les vicomtes*. 
La bourgeoisie s'enrichissait ainsi en mettant son patrio- 
tisme au service de la France. Les soldats de rAnglelerre 
n'entreront plus désormais dans nos villes que par la brè- 
che. Les consuls, ces chefs de la démocratie, qui plos 
lard oublieront leur origine, furent déclarés, ainsi que leurs 
héritiers directs, exempts des droits de francs-fiefs, réooD- 
pense méritée alors, mais qui n*en devint pas moins an 
privilège, que plusieurs familles invoquèrent par la suite 
comme un titre de noblesse. En France, la boai^geoisie a 
souvent compromis les droits du peuple, mis de côté l'é- 
galité politique, en enviant des titres qui n'ajoutent rien a 
sa dignité personnelle, et qu'on ne lui accorde parfois qne 
pour payer de lâches complaisances. Les consuls de li- 
moges devaient garder les clefs de la ville et de toutes les 
forteresses, et employer plusieurs impôts à la reconstruc- 
tion et à l'entretien des murailles. 

Ces concessions ne profitaient pas seulement au roi, qui 
s'assurait ainsi la fidélité de ses sujets : le peuple trouvait 
aussi de grands avantages dans Texlension des franchises, 
déjà reconnues par le héros de CvC^cy et de Maupertnis; 
car Charles V reconnut encore que, pendant dix ans, la 
ville serait exempte de tout impôt, péage et subventions, 
avec la faculté de déterniincr le nombre des hommes de 
guerre que le roi de France pouvait introduire dans la 
place ; de plus, qu'aucun homme de naissance illégitime 
ne pourrait remplir de fonctions publiques en Limousin. 
C'était un hommage rendu aux bonnes mœurs, et aussi un 
présenalif contre certains abus; car on sait que le xiv* siècle 
fut le règne des bAUinls de la noblesse. Les officiers du roi, 

1. Archives df Pau : F. *le fa viamité ih Limoge». 



BT nK l,A VICOMTE DE LIMfifiES. » 

)T1» bihiuient la ville, devaient, comme les attires, ctm- 

tribuer anx Uillvs El aux subsides levés par le roi; tous 

.')» biens eonflsqaés revenaient à leur^t anciens posses- 

n. «fosi qae les marchandises arrêtées sur les grands 

larks V, prenant «a pari des cruelles n^eessités des 
Bps iMis*<5s, TOnlut que loules les dettes contractées à 
wges par son père, n'^lanl alors que duc de Norman- 
, russeot intégralement payées. Pour nietlre la ville h 
Ikri des abus de la puissance spinluelle, il auloHsa son 
ibal i »ai*ir dans certaines circonstances le temporel 
itÊ jv^ques Gt des abbés, et cd cas de résistance, s'en- 
Bgra A fournir h la ville somnie hommes d'armes, si elle 
était menacée. Il fut aussi interdit à tou<i gens de guerre, 
rapttaines et autres, de saisir les vivres qu'on transporterait 
dans la ville '. Ce fut «n jour de (Ole à Limoges, quand les 
"jnsuls, rfonis k la maison du consulat, donnèrent !ec- 
ir? à la foule de ces lettres patentes, par lesquelles ils 
Uient auMi mis en possession d'une place nommée la 
Miilhe, ob se trouvaient deux immenses bas«ins fournis- 
-at l'eau au Chiteaii ^, ainsi que de plusieurs propriétés 
-ni araifut appartenu aux vicomtes. Malfçré la reconnais' 
iinee ott l'octroi de tous ces privilèges, Charles V, après 
iToir clLk-ia^ les Anglais des principales positions occupées 
depuis la halaille de Maitpertnis, ne voulut pas garder plus 
loDfttempa la vicomte de Limoges; il la rendit, en 1398. à 
J>^tine-la-Boîtease, cpii était restée si longtemps étrangère 



I . Oriinm. •/** "»" rf' Frflnw. t. V. 

i. Cm fuag*, cmiMniiU en i'M, ;^iH» un tnctadln «lui III ài amuit 
itOfn, Jm tient ftri! âliinrnl^ p»r un ini'inn «(jucduc àe conilnmllou 
'iwéIii» Ib Brmpucnt li pliM tpfielée itijQiird'hui le MareM Dufmytrm. 
1b 1306, Piem Aiidlvr, lAu^al de U Hirctui el du Limuiuin, ^blil tnr 
• Mbw mpCacunmil un teuin bd gnoltd'aiM Hak pttM, «t d'DM c*|w- 
,iA ^ la raiMl tjt»«an«at. 



92 HI8T0IRR DES VICOBITBB 

au Limousin, occupée qu'elle était à défendre son héritage 
en Bretagne ^ Elle reprit bien alors le titre de vicomtesie 
de Limoges, mais elle ne vint que rarement visiter cette 
terre de ses ancêtres. Elle n'aimait pas le séjour de ta 
ville où la bourgeoisie émancipée était toujours disposée à 
méconnaître ses droits; ses manoirs n'avaient guère plus 
d'attrait pour elle , car tout autour s'étaient élevées dei 
familles enrichies à ses dépens. Elle se retira dans le comté 
de Penthièvre, vieillie avant Tàge par ses longues info^ 
tunes, pleurant la captivité de ses deux flls, encore reten» 
prison (i!ci's en Angleterre. L'un d'eux y mourut, après avoir 
éprouvé de la |)art du vainqueur les plus lâches insultée. 
L'Angleterre ne sut jamais admirer l'héroïsme de ses enn^ 
mis. Alors la vicomte ne fut pendant quelque temps ad- 
ministrée que par les officiers institués par Jeanne, qui lui 
rendaient annuellement compte des recettes et des dé- 
penses ^. 

Pendont qu'un de ses plus nobles chevaliers, Jean de 
Lignac, qui servait scius los ordres du duc d'Anjou, «appert 
homme d'armes et vaillant durement, i faisait prisonnier 
(levant Bergerac mossire Thomas do Felton, sénéchal de 
Bordeaux, Limoges, profitant de Téloignement des An- 
glais, travaillait ù relever ses murailles. Mais l'aspect de la 
ville était triste, la misère & son comble. Les églises dévas- 
tées, dépouillées de leurs reliques, étaient presque dé- 
sertes. Les moines, qui avaient |)ris la fuite, n'osaient pas 
reparaître. 11 n'y avait à la cathédrale que quatre chanoines 
qui vivaient presque d'auniones, Mathieu de Felletin, Hélie 
Lamy, Pierre «le Superboses (de Soubrebost) et Pierre de 
Lubersae, qui n'avaient pas de quoi |)ayer quelques vicaires 
pour les assister dans les cérémunics. Le nouvel évftque» 

1. Arch. do Pau : F. d** la vicomte de Limogt*^, 

2. D. MORICE : Histoire de Bretagne, 1. Vlll, p. 39t. 



ET DE LA VICOMlK DR UMOr.ES. ï3 

Wri Chatti (âe l'Age-au-Chat), en inslitunot de nou- 

I pratîqaes n^ligiclt»cs. surtout par l'oslenfiion solen- 

1 àts reliques enrayées par Grégoire XT, attira un 

aombre d'étraniters '. Bientôt les églises relrou- 

1 leurs Iicaiix jours d^^ féle$, leurs riches omemenlï, 

8 toules les espérances que donne la religion, 

[ai, tnais pieux Irciubadour, Arnaud-Daoiel de Saint- 

xl, qui fai«,ait les délices de la cour d'Avignon, pro- 

t toutes I?s occasions |iour dire au poolife les mal- 

I pay«, évoquant sa charité sous toules les 

%*. Grégoire XI donna à la cathédrale quatre cbappes 

iOrs différentes; après son dépiut d'Avignon, une 

Ique châAse d'or émaiité, ornée de pierres pré- 

, .destinée aux ri'liques de Saint-Martial; Jean de 

■ ses cardiuaux. plusieurs coupes d'or, sur les- 

^^Tsvë son nom. 

ftteDipa, Louis de Sancerre, caaréchal de France, 

! de Eaire exécuter las conventions faites avec les 

fallait pompeiJt^ement son entrée dans la ville 

i hommes d'armes, ses enseignes déployées, et 

Bit i'étwudard royal sar les principales portes. On 

ait beaucoup, mais on avait encore de^ craintes, car 

• déUchi-iucDts anglais occupaient encore plusieurs 

, lu Chalnrd-Peyroulier, dont l'église abritait le 

I de Gouiner de Lastours, un des héros (<e la 

I croisade', le Chalard-Conrhery. Itochechouart. 

I t'étaient emparés par esealaiii; pendant la nuit *, 

'■■- "t^Winnit lut Irni" ftwi eiWrieurw 

. i^iii menaçait mil». , 

n 11 ftit nn ^c«nd mallrn no lingna 
ir<>hl«tF d» »a uDfç. |«r an npril 
■'l'-'t, vi ùaii d'ann tmnde dune qnM 
■ - (IUiMjl.*Jil)î Vie det Tnabadvurt.) 
un I PtmMf. mu., p. SIS. m téminùirt it' Li:i'ij/f- 
. L II, p. SIS. 



24 UISTOIHE DES VICOMTES 

la Souterraine, Saint-Vicq, Jeannailltc« la VauguyoD, don! 
on voit encore les belles ruines, près du lit encaissé de b 
Tordouèrc ', et d'autres moins importants. Pour que le 
pays pût retrouver sa sécurité, il fallait reprendre ces posi- 
. tions. 

Les communes et la bourgeoisie de Limoges roumirail 
leur contingent en hommes et en argent à Bertrand Du- 
guesclin et h Louis de Sancerre, sous lesquels servaient 
avec une rare distinction plusieurs chevaliers do ptys, 
Ollivier Blanchard, messire Amoul, et Jean du Luc, qui M 
venait que d'abandonner le parti de l'Angleterre*, Bernard 
de Lubersac, le seigneur de Laurière de la famille de 
Pompadour, et ceux de Saint-Julien. Quelques débris de | 
Tarméc ennemie, qui tentaient de traverser le pays pour ^ 
gagner le Poitou, furent taillés en pièces. Gauthier de j 
Passnc, sénéchal de la province, vint aussi à Limoges, 
quelque temps après, demander de nouveaux secours, 
pour achever la déroute des ennemis, et surtout pour la \ 
cha^ser de Château Chervix. Les bourgeois, le clergé, mal- • 
gré sci pauvreté, et les principales localités étaient dispo- 
sés à fournir au roi un fouage d'un franc par feu; mais il 
n'en fut pas ainsi de la population de Limoges. Les consuls 
avaient jugé de la fortune des habitants d'après la leur : 
il leur fallut, pour faire la perception de l'impôt, murer 
les portes du Saint-Esprit, de Pissevache, de Baxlagiers, 



\, M. I'aM)!^ Arht?Iliit, i(avaut «irchiVilof^ie, parle ainn de ces rahwt: 
V C'est un va>tc iiuadrilnlrrc ilont It'S angles Mai forlilîc» |iar de» toun de 
forme romie. Les fossés aoiiI r.i»iiil»liS(; lo pouUlc\i» et la hiT^e oui disparu. 
Iji porte d'iMitréo est (laiif{iit''(\ rninme k ChàluMet, de deux tour» laié- 
n\e* ; une antru tour ù ifaurlif ht! de ca^ d'escalier. Danii uuo des salles 
la muraille otHiscrvi- ciirun? Ii's Irices «l'une peinture h fresque, et de rette 
iuKription eu raracti'res rouiains du xvi« siècle : vive... CADKT de CBAM- 
riGNY. {(iuidc du voyageur m Limousin.) 

2. La maison du Luc était fort ancienne : elle possédait en 1200 une partie 
de la seigneurie d'Authefort. 



rr IIK I.A VICOMTE DE I,raOGES. 2B 

V Vieille-Honnaic et de Mirebœuf, par lesquelles pou- 
aot sortir les oiéuoDleiiU, qui aimaient raieoi abandon- 
r leura maisons, CDcore ea partie en mines, que de 
T leurs dernières res&oiirces. 

I tortnoe de la France s'était relevée sous Charles V, 
au luilien de scm triomphe, ne laissant ik l'An- 
i: que quelques places, dont les rapitaines anglo- 
s (aisaienl plutAt des repaires de brigandage que des 
de guerre (1380). Mais le patriotisme avait encxirB à 
■ Km «livre; il fallait encore du courage et de l'ar- 
r faire tomber du h'iut des rochers, des dancs 
I collines tous les petits cfaAteatix, >iù se tenaient de 
s dÉUrfaemenU, moins désireux de combattre que de 
. DugueHCliii, qui n'eut pas le bonbenr de mourir sur 
■ rbamp de bataille, n'avait pas jugé ces positions dignes 
At lui. Malheureusement la minorité de Charles VI, la ra- 
faatt de ses oncles, qui se croyaient le droit de piller le 
trèior du iteslauratcur de lu France, d'abaisser In justice 
tu roi au uiveau de leur ambition , la complicité de quel- 
ques grands personnages de la noblesse, tohi coniribua à 
rJever la fortune de l'Angleterre. Le patriotisme ne se 
-iMitail plfia que dans quelques villes oh In démncraiie 
*fiiii A cwur l 'indépendance nationale, et ob les princes 
•'eniait venir chercher ni gloire, ni argent. 

Dbm la secomie année du nouveau règne, conlinuimt 
>tDs ambition pemnunelle sa glorieuse carrière militaire, 
' marécttal de Sanccrrc vint assiéger la Souterraine, occu- 
■n- par Jean d'Albret avec une troupe d'Anglais. Les con- 
>4ib de Limoges lui fournirent des vivres, des machines de 
l'ége, des arme» et des ouvriers. Ils réunirent ensuite les 
•oaunea ks plus aguerris des paroisses voisines, qui cou- 
nireal & l'ilUque de cette place, contre laquelle les habi- 
UoU de» campagnes, déplorant le ravage de leurs champs. 



16 HI8T01RR DB8 VICOMTKfi 

les marchands, la perle de leurs marchandises, élefaient 
des cris de haine et de vengeance. La garnison capitula, 
mais on ne put l'empêcher d'aller exercer ailleurs ses bri- 
gandages. Saint-Léonard était menacé de tomber en son 
pouvoir; mais la bourgeoisie et les consuls surent sa dé- 
fendre au moyen de quelques troupes qui leur vinrent 
en aide. Le maréchal de Sancerre parvint, dans le mime 
temps, à chasser Tennemi de Rochechouart, de Jumillsc, 
du Breuil, de Lavauguyon ' et de Saint-Vicq. Malgré csi 
succès, les Anglo-Gascons se divisaient en plusieurs bandai 
et se réunissaient pour de nouvelles entreprises. Tout chl^ 
(eau, toutes vieilles masures, restes des guerres féodalei, 
leur servaient de places fortes : ils s'y retranchaient et y 
entassaient leur butin. Eymoutiers, qu'ils occupèrent quel- 
que temps et qui ne leur offrait plus que des ruines, oa 
fut mis en état de défense qu'après leur départ, quand h 
roi Charles VI eut fait reconstruire la ville , dont l'ea- 
ceinte eut alors neuf cents pas de circuit, et pour défenia 
cinq grosses tours, quatre portes flanquées de tourellei 
et des remparts entourés de Ir.rges fossés '. 

Toutes les petites villes cherchaient à la même époque 
à se mettre à l'abri de nouvelles attaques. Les consuls de 
Limoges rétablissaient leurs fortifications, remettaient eu 
vigueur leurs franchises, leurs privilèges octroyés ou re- 
connus, par les rois d'Angleterre ou par les rois de Francei 
lorsque de nouvelles bandes d'aventuriers, commandées 
par des capitaines gascons ou normands, vinrent ravager 
les environs. Perrot-lc-Béarnais, le principal chef de ces 
chevaliers-bandits, maître de Ghâlusset, principal centre 

1. Co rh.Atonu, silin^ flan-* la rommiino <ir Maison nais, canton de Saîiit- 
Mathieu, Il 'offre pin* que dos ruiuo* trèsujiittoreinjuoR. Ia port^ d'mtrAe 
ftomblo avoir eu pour miKirle relie de ChAiiir^el. flanquée de deui toun. Qm 
croit qu*il fut dt^truit par ic!» ordre» de Rirhrlieu. 

s. D'autrei attribuoDl cet construrtioDii à Charlei Vil. 



ET DB LA VICOIITÉ DB LIMOGES. Il 

es opéralions, courait jusque dans le Qaercy et dans 
peigne. Un jour, quelques aventuriers de sa garnison, 
tombre de quarante lances, sons le commandement 
Dommé Géronnet, se dirigèrent du côté de Mont- 
ind, cherchant quelques captures à faire. Us trou- 
ât devant eux messire Jean Bonne-Lance. Vingt-deux 
it pris et seize tués dans un rude combat. Le vain- 
T les conduisit à Mont-Ferrand, comme pour célébrer 
ctoire. Les dames et les demoiselles se réunirent pour 
IX « le Gon jouir et festoyer. » Le chevalier fut géné- 
; il les mit à rançon et dit à Géronnet : <c Vous demeu- 
i ici pour vos compagnons, qui iront chercher votre 
on. » Dix d'entre eux allèrent donc à Châlusset. Perrot- 
samais les reçut mal : « Vous êtes venus ici pour 
ir de l'argent? ««-Oui, répondirent-ils; on ne gagne 
lonjours. •» Je n'en suis de gain ni de perte, répliqua- 
mais de moi n'auront-ils rien, car je ne les y fis pas 
. Or, leur dites qu'aventure les délivre. » Cette dure 
ose rapportée à Géronnet ne Témut guère ; il les ren- 
à Châlusset avec des menaces pour son capitaine, en 
Ant : CI Dites-lui qu'il nous délivre d'ici, et un mois 
i ma délivrance, je le mettrai à tel parti d'armes qu'il 
era avec ses compagnons cent mille francs. » Cette 
le Béarnais ouvrit une arche contenant plus de qua- 
I mille francs, et paya la rançon. Géronnet, de retour 
ilusset, concerta avec lui le projet d'enlever la ville 
ODt-Perrand, ce qui fut exécuté, 
s murs de Ventadour, situé dans la partie la plus 
Lueuse du pays, sortaient aussi les bandes d'Ayme- 
-Marcel, qui venaient parfois jusque sur les bords de 
enue planter leurs bannières et crier : « Saint-Georges 
uyenne ! » Ces aventuriers occupèrent sans obstacle 
ihiteau démantelé, appelé la Roche^tVendois, arrière- 



S8 HISTOIRE DES VIGOUTES 

fief du Limousin, près du château de la Tour. Le comte de 
Meaux vint les y assiéger par Tordre du roi de France; 
mais, pendant qu'Aymerigot allait solliciter des secoon ài 
roi d'Angleterre, la place fût prise. Un autre chef, Geohot- 
Tètc-Noire, qui le premier s'était logé dans Ventadov, 
y Alt assiégé par Guillaume de Lignac et Jean Bonat- 
Lance, qui construisirent quatre bastides pour loger lenn > 
soldats et bloquer la place. Malgré les trayauz des aaié»i 
géants, les routiers sortaient souvent et battaient hl^ 
champs. Le siège durait depuis assez longtemps, lonftt 
Geoffroi fut blessé à la tète : comprenant que sa blesiaM: 
était mortelle, il réunit ses compagnons, leur indiqua potf 
ses successeurs Alain et Pierre Roux, qui furent acceptés. 
Il mourut deux jours après, et Ait enseveli dans la cbapeUi 
de Saint-Georges de Ventadour. Après lui ses deux soS" 
resseurs perdirent la place par un trait de perfidie qri 
tourna contre eux. Ils proposèrent de se rendre mojenniÉl 
dix mille francs. Les assiégeants acceptèrent et se rsih 
dirent à une entrevue avec la somme convenue; maisiS 
déflant dos assiégés, ils avaient posté à une petite distanoe 
une force considérable prête à accourir au premier son da 
cor. Kntrés dans le fort presque sans suite, Bonne-Lanoi 
et Le Douteiller, son compagnon, s'aperçurent qu'ils étaieri 
trahis. Ils se placèrent dans la porte qu'on voulait refenM 
sur eux, sonnèrent du cor et virent accourir la troupe A 
l'embuscade, qui pénétra dans le château et tua tout tf 
qui voulut résister. Alain et Pierre Roux, envoyés au pié 
vôt du Chàlelet de Paris, furent exécutés comme traltii 
et larrons*. 

La démence de Charles VI, dont la cause accidentelle i 
produisit à Toccasion de la Bretagne, toujours agitée pi 

!. Pn01S8AUT, i. II. 



■ DE LA VICOMTÏS DE UMOGES. » 

IWae dordeux maisona rivales, et par \es factions qui 
hiaivoL In coar, paralysaienl les Torces de la France. Les' 
mioccs. ruinées par les princes, perdaient toute énergie 
! s'opposaient qa'une faible réiiistance à l'ennemi. Quel- 
ne» tilles sctilrment, restées sur la défensive, aussi bien . 
mire les attaques des détacbements anglais que contre' 
s iDthpies de la noblesse, jouissaient d'une paix appa- 
nie, mais noo réelle; leur commerce était presque nul, 
inc que les habitants des campagnes n'osaient plus | 
Boâgner de leurs villages, pour vendre ou pour acheter. 

■ popalations avaient bien autrefois bravé les Normands, 
IV venir 1 Limoges vénérer les reliques; mais alors ta i 
Mi n'anit plus les mêmes élans. Les grandes osteosions, 
Û tonal publiées h cette époque par toute l'Aquitaine, 

* ment «ccourir qu'un petit nombre d'étrangers autour' I 
I lotabeau de saint Martial. L'élection de Bernard Ûef 1 
DODeral au siège épiscopal ne releva pas la foi et les' j 
ipènnces'dc ce pauvre peuple, qui ne demandait qu'à I 
'oire pour être consolé. La reine des abbayes du Limou- | 
a pIcDrail ses pertes; Aymar, abhé de ûrandmont, venait 
I: OMnirîr: Mn successeur, Aymeri Fabri, homme savant 
i droit canon et en droit civil, obtint de Charles VI que 
m monastère fût exempt, vu sa pauvreté, des impAls 
dgis île toutes les maisons religieuses reprises aux An- 
laia. Le prince ne fit que lui rendre justice, c^r il n'y 
oit plus de religieux pour faire les offiees dans ce sani 
■in naguère si riche, si vénéré. Les soldais qu'on y avaifeM 
igii, poor se défendre contre de nouvelles attaques d 
Laylaii, y avaient causé t^ot de dég&ls que le nouvel abbé 

■ pal p»i j venir habiter'. Aymeri du Breuîl, abbé de 
■tio) *, n'.ivait pas laissé son abbaye en meilleur 



30 H18T0IRB DB8 VIC01ITE8 

état, quand il fiit remplacé pfer Girard Qouvion« ni iaai 
ua village près de Treignac. 

Le nouvel évèque n'eut pas les qualités nécessaires ponr 
ramener la confiance et la prospérité dans aon diocèse: 
son ambition et son orgueil lui firent des ennemis dsis ', 
le peuple et dans le clergé. Après avoir pris possessioa ds \ 
son siège par procuration, il ordonna qu'à son arrivée i 
Limoges loul le clergé vint le recevoir. Gérard, Pierre si ] 
Etienne, alors abbés de Saint-Martial, de Saint-Augnstia # \ 
de Saint-Martin, l'accompagnèrent dans sa cathédrale, doet ' 
l'entrée était ornée des reliques empruntées à tons ki 
autels; et, en présence du peuple, ils lui mirent au doigt : 
l'anneau de sainte Valérie, la première martyre de l'Aqok , 
taine. Aussitôt qu'il fut installé, il s'attacha à délniire ks 
privilèges des chanoines, dont le doyen, comme tout le \ 
chapitre, ne relevait que du pape, depuis qu'Urbaio D ' 
avait accordé ce privilège lors de la consécration de l'é* \ 
glisc. Clément VII reconnut les mômes prérogatives, en 
s'en déclarant le protecteur contre les prétentions de l'évè* 
que : Bernard de Bonneval refusa d'obéir à la bulle du 
pontife. Alors s'éleva contre lui l'indignation générale; les 
prêtres cux-mùmcs maudissaient publiquement son ambi- 
tion. On disait parlent qu'il était le persécuteur de l'Ëglise, 
que sa tyrannie l'avait fait chasser de Bologne, qu'accusé 
dans un consistoire, il aurait été livré à la juridictioo 
canonique, ^i les cardinaux limousins n'avaient pas inter- 
cédé pour lui, par /'gard pour sa famille, qui tenait le 
premier rang dans le pays. 

A la fin, II' chapilie cl le doyen acceptèrent une transac- 
tion qui livrait à l'ambitieux prélat la plus grande partie 
des revenus de la cathédrale *. Mais Tordre ne devait pas 

1. L'Église <lc Linn^piji, uiilro les droits de l'tbbi^ do S&iatrM&rtial, joui»- 
sait do privildgefi trùs-iinporlAiits d^iis l'urdre ucclt^siastique, comme dan 



ET DB Ul vicomte DK LIMOGES. li 

encore se réUblir dans les rangs de TËglise ; le schisme 
rignait à Avignon , comme à Rome ; la cour de France, 
dominée par les factionS| ne pouvait y mettre fin. Le Li- 
mousin se fit médiateur par un de ses plus illustres enfants, 
Simon de Cramaud, patriarche d'Alexandrie ^ qui entre- 
prit de réconcilier le catholicisme d'Avignon et le catholi- 
cisme de Rome, présida le sjaode réuni à Paris en 1395, 
•à il traita toutes les questions avec un immense talent. Il 
aiait voulu aussi être le médiateur dans la querelle d'An- 
toine de Bonneval contre le clergé K 

Aux troubles occasionnés par un évêque ambitieux ou 
par le grand schisme, se joignirent des fléaux de plusieurs 
genres qui semèrent partout la frayeur et la désolation. La 
bmine et la peste firent de grands ravages. On voyait en- 
tassés dans les rues de Limoges les cadavres de ceux qui, 
désertant les campagnes, voulaient mourir sur le seuil des 
principales églises. Le clergé fit de sublimes efforts pour 
secourir tant de misères ; des processions de moines sorti- 
rent des églises de Saint-Élienne, de Notre-Dame de la Rè- 



i'onlre polKiqoe. En 1229, le» ecclésiastiques, vénUbles seiimeore féodaux. 
i?rsi<i^Dt ili>s tiilles sur leurs hummes et sur leurs teoancicrs. Ceux de Saiat- 
ÏM*c'jf joais^aieut d'une juridiction haute, ninyenne et l>as«e. Le chantre 
neivaît cette Juridiction sur les clercs du chœur eu connaissant des crimes 
Ml ^Viii couimis i»Ar eu\ : il avait, ainsi que l'otlicial, un sceau particulier. 
Li 1329. le ctcr^^* teuait se? assises à la Chapelle- Blanche. (Nadaud : 
hénlU, nux archives du timinaire,) 

1. Lv cardinal Siniou de Craniaud, patriarche d'Alexaudrie, naquit au chA- 
:aa ^ Cramaud, dans la paroisse de Biennac. Go voit dnns le chopur de 
'-«iise de r»:tle paroisse une inscription fçothique, perpôUiant le souvenir 
fuw firiidation pi*iu»c faite par le cardinal. (L'aldié Trxier : Inscriptions 
et LtMou.nn,'j Dans le cimetièn'. est aussi une pierre tuniulaire que la tra- 
Ui-Hi dit être celle de Simon de Cramaud, alors qu'il est certaiu qu'il fut 
nifitTê dans la cathédrale do Poitiers. Peut-être son cœur ou ses entrailles 
ft>Qt-«I]es portées à Biennac. 

L Antoine de Bonneval fut enseveli dans l'églisr cathédrale, dans la cba- 
ytut de Saiot-Martial, à gauche de la trrandc porte. Il fut remplacé par 
Bifves de Magnac, que ses vertus et ses talents firent admettra aux conseils 
«Charlei V et de Gharlea VI. 



3S HISTOIRE DES VIGOIITKS 

gle, de Saint-Pierre-du-QaeyroiZ| et parcounirent lavilli 
pendant plusieurs jours, précédées des ordres mendiuril 
étalant les signes de la pauvreté et de la pénitence aaxyiri 
de la population désespérée. 

Jeanne-la-Boiteuse mourut sur ces entrefaites dans 1 
comté de Penthièvre, pour ainsi dire exilée de sa Yicool 
de Limoges que lui avait rendue Charles V, tout en conifll 
vant sa suzeraineté sur les consuls ^ Que pouvait-elle vosi 
chercher sur cette terre si chère à ses ancAtres ? Ses ai 
ciens vassaux auraient à peine reconnu son autorité ; t 
vieille capitale des Oui et des Adémar aurait renié les pii 
viléges de sa race. Sa bannière n'aurait pas flotté à 8ona| 
proche sur les tours des hauts barons. D'ailleurs l'Anf^ 
terre avait presque tout envahi. Ségur, d'où^était sorti 1 
premier vicomte, était devenu un manoir anglais. Ses u 
très châteaux retentissaient du bruit des orgies des soldil 
de Tétranger, ou tombaient en ruines ; les tenanciers l 
payaient plus leurs rentes ; tout au plus si ses officiers poi 
vaient rendre la justice en son nom dans quelques petiti 
localités*. Les bourgeois de Limoges la rendaient au noi 
du roi, et les consuls gouvernaient, comme au temps d 
municipe romain. La démocratie, dont le flot montait toc 
jours, apportant des tempêtes pour l'avenir, préparait h 



1. Jcanno-la-Dniicuito mourut 1r 10 !«pptenibro 1384, et fut enterrées 
Oordelieris de (iuliifCAinp, eu BretAfnie. FUle avait eu de son mariage M 
le comte de BIoîa : Jean, sou sur.cesmïur dans la vicomte de Limoges; UflH 
mort eu liOO; Marf^ucrite, dam» de TAifirle, femme de Charleft d'Espigl 
et Marie, femme de Louis, duc d'Aujou, !<ecoad (Ils du roi Jean-le-à 
(tui, qui mourut prisonnier en An;;lt'terre. 

2. Ou lit <lans [<; romple des ilépenses des offlciers de la seifrneuriê 
Tbiviers, qui <lé|K'n(lail de la vicomte : « Item compte ledit Johan Dapc 
ree-.'voir de Tlii\ier> (L'H^-linO;. pour un homuiu qui, à mal tamps, av 
m.iu;.ni^ sa sor ereslienne, et fust pris et men^ h Tliiviers, et mÎA en gr 
|)ris(ui. en laquelle (len)ora per l'espaee de XXI semaines. En reste prii 
uiDunit : et C4)mpte [utr ses despons et fers, de qui eatoit enferré, la snmi 
de vil livres, X soU, v deniers, n (Ahcu. dk Pau : B. u» 17(iO, f^ v.) 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 33 

règnes de Charles VII cl de Louis XI, qui devaient renrichir 
les dépouilles des races nobles, mais lui inspirer en même 
temps des iustincls de haine et de violence toujours pressés 
de faire des mines, cherchant la liberté et presque toujours 
trouvant le despotisme. 

Jean de Blois, dit de Bretagne, était encore prisonnier 
en Angleterre, quand il apprit la mort de sa mère. Il au- 
lait pu, ainsi qne son frère, recouvrer sa liberté sans ran- 
{00, mais en sacriflant Thonncur à des intérêts de fortune. 
Le roi d'Angleterre, irrité contre le duc de Bretagne, qui 
tnit fait la paix avec le foi de France, offrait aux deux 
frères de leur rendre la liberté, de les rétablir dans toutes 
les terres que leur avait enlevées le traité de Guérande, et 
dans celles qui s'étaient données à la France, s'ils se décla- 
nient pour lui. La noblesse, il faut bien le dire, put bien 
quelquefois prendre par passion le parti de l'étranger, mais 
rareaicnt par cupidité. Si Jean de Blois eût accepté ces pro- 
positions, il pouvait reparaître, comme un maître, dans la 
vicomte de Limoges : soutenu par le roi d'Angleterre, il au- 
rait repris les droits de sa famille, abaissé les bourgeois qui 
sVtaient faits les seigneurs de ses domaines. Il aima mieux 
rester prisonnier plus longtemps que de renier le parti de 
la France. La mort de son frère lui causa une grande dou- 
leur, augmentée encore par l'impossibilité d'acquitter sa 
nnçon de cent vingt mille livres. Mais, en 1387, un illus- 
tre Breton, comme en a produit souvent la Bretagne, dont 
le père et la mère avaient été les ennemis de sa maison, 
OGvier de Clisson, connétable de France, pour humilier 
Jean-le- Vaillant, duc de Bretagne, paya la rangon du cap- 
tif, et hii fit épouser Marguerite, sa fille *. 
Après cette union, qui promettait une haute fortune à la 

I. Elle eat en «lot la terre de Chàteauceta. 

II. 3 



34 HISTOIRE DES VICOMTES 

I 

maison de Blois, Jean revînt dans la ricomté de UmogMi 
où quelques vassaux le regardaient comme un élnnger, oa 
comme un suzerain qu'ils pouvaient impunémenl bram. 
Les consuls de Limoges n'allèrent point au-devaat de loi : 
les moines n'eurent point de processions pour le recevoir, 
pour le conduire au tombeau de saint Martial, où venaieflt | 
souvent s'agi^nouilier ses ancêtres : ils ne s'attendaient pM 
ik lui voir déposer sur leurs autels de riches offrandes. Li 
peuple aussi n'eut pas de fètcs et de cris de joie pour ceU 
qui, de toutes les terres de sa famille, ne pouvait venir ot* 
blier son long exil que dans celle de Limoges, car le comli 
de Penlhièvre était encore au pouvoir du duc de Brelagntt 
Son union avec la fllle du connétable de Qisson contrilM 
plus & troubler les dernières années de sa vie qu'à relevi||| 
sa puissance. Il fallut qu'il partageât la haine de son 
père contre le duc de Bretagne. Il se lit de ce joar 
quer par son ardeur à combattre le fils de celui qui avait 
ruiné sa famille. Mais les princes français arrôlèrent parai' 
traité cette nouvelle guerre, qui menaçait de prendre le ok 
ractère d'atrocité du temps des Beaumanoir et des Peai* 
brock. Jean de Blois lit hommage au duc, qui lui restitua le 
comté xle Penlhièvre, mais en s'en réserviint la suzeraineté 
(SO janvier 1388). Cependant la guerre recommença après 
l'assassinat du connétable par Pierre de Craon ; les bruj^ 
res de la BreUignc, où Charles VI allait au-devant de la fo- 
lie, se rougirent encore du sang des plus illustres cheur 
liers. 

Après trois ans d'une lutte acharnée, un nouveau 
pacifia les deux maisons rivales. Jean de Blois le signa d 
son comté de Penthièvre, à Guingamp, près du tombes 
de sa mère. Le duc Jean-le-Vaillant mourut quatre ans 
après, laissant par son testament la tutelle de ses enfants 
et le gouvernement de la Bretagne au sire de Clissoa et 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 35 

duc de Bretagne. Mais Marguerite, femme du vicomte de 
limoges, ne savait pas se contenter des terres que la paix 
lui avait rendues. £lle était au château de Josselin, lors- 
qu'elle apprit la mort du duc : clic courut aussitôt à la 
chambre de Clisson, s'écriant : — a Monseigneur mon 
père, or ne tiendra plus qu'à vous, si mon mari ne recou- 
vre son héritage. Nous avons de si beaux enfants : mon- 
seigneur, je vous supplie que vous m'y aidiez. » Clisson lui 
demandant comment elle espérait réussir : « Il n'y a, 
répondit-elle, qu'a faire mourir les enfants du duc, avant 
fie le duc de Bourgogne vienne en Bretagne. — Cruelle 
etpencrse femme, reprit le père indigné, si tu vis longue- 
Beat, tu seras cause de détruire tes enfants d'honneur 
et de biens, u Furieux, il saisit un pieu, dont il l'aurait 
tuée si elle ne s'était enfuie. En s'échappant, elle fit une 
dote et se cassa une jambe ^ Son mari était étranger 
1 ce criminel projet: il visitait alors sa vicomte de Limo- 
ges, Perchant par la douceur, par des prévenances à faire 
reconnaître sa suzeraineté à des arrière-vassaux qui avaient 
profité de sa mauvaise fortune. A son retour en Bretagne, 
fl montra des dispositions tout à fait contraires à celles de 
a femme, en signant avec le comte de Rohan, son beau- 
frère, et Clisson, son beau-père, ua traité par lequel l'un 
ei l'autre promettaient obéissance à la duchesse de BreU- 
gne. n y fui fidèle pendant le reste de sa vie^ 



1. D. 3I0RTCE : Hùt. de Bretagne^ t. \, p. 438. 

s. Il mourut le 16 jaoTÎer li04 (n. .f.)f et ^ut enterré à c^ de la mare. 
De MO mAriaffre uaqutrent Olivier, son successeur dans la TÎcomté de Li- 
■Bges; Jran, seigneur de TAigle; Gliarles, seigneur d'ATangonr; Guillaume, 
fi prit auAâi le titre de vicomte de Limoges, et Jeanne, mariée d'abord à 
Jeu llari>edin, seigneur de îlortague, puis à Robert do Denan, baron de 
(Mieïubriaut. (Le P. A.XSBLIIC : Hisioiif ffénéahgvjw,) 



36 HISTOIRE DES VICOMTES 



CHAPITRE XVII 



OLIVIER DE DLOIS, VICOMTE DE LIMOGES; JEAN DE L* AIGLE. 



Ol'iTier de lilois on Rreta^rDO. — Violcuceis do «» ofTIcieni cniitre lei il^ 
bayei^. — Hugues d» Ma)fiiKC^ évèque tlo Limoges^ m fortune et M 
houiH'» (puvri's. — |ji fiu du ttrhiul «chitme. — Raiiulfc de PéniM «t 
Nicola* Viaud, fîoinfwtiteu» au *k^ épiM*<>pal. — lluptie* de RofBgMf. 
confirmé par le pa|ic, reinplai*ë |Mir Pierre de llnntljrun. — OUvifr àt 
Bluis; lies entn'prise:^ en Rreta^^r. ^ Interrcution du r»i de Frioce.' 
I^ hour^rooisic dei Liuiugri* et les communes nwiégcnl Aven. ~- Jeao d^ 
TAîkI^ ^ti Ijm(»usiu. — Son entrevue avec le« cousuls de Limogei. — 
Nouvf\*iu\ ravages dos Anglais. — Rt^vcil de la natitinalité frauçaite. * 
I^s consuls appellent aux armon les habitauts. — Félouie d'Olivier di 
Blois. — Coutinuatiou de la guerre en Bretagne. — Olivier de Bloisdait 
sa viooml«^. — ArriviV du dauphin à Limoges; privili^gcs aooordéf à la 
\ille. — Fuite d'Olivier de Klois. •* Note sur Pierre Audier, ahbé 3e 
Saint-Martial. — Les grandes ostensions à Limoges; les consuls de Saiot- 
L<^onard reconstruisent leurs murailles. 



Lorsque Olivier de Blois, dit de Bretagne, succéda à son 
père dans le comté de Penthîèvrc, dans la vicomte de Li- 
mogcs cl dans la seigneurie d'Avcsnes, le Limousin dut 
craindre que ce vicomle, qui avait toutes les passions am- 
bitieuses de sa mère, ne profllAt des alliances de sa mai- 
son, de la force qu'elles lui donnaient, pour imposer son 
autorité, et réclamer tous les droils dont avaient joui ses 
ancêtres. Mais, dès le début de son administration, il poitA 
ailleurs son activité, eh continuant de suivre les impulsions 
de sa haine contre la maison de Bretagne. Limoges ne de- 
vait le voir dans ses murs que proscrit, condamné & cause 
de sa félonie, et dépouillé de ses possessions. Pendant que 
ses intérêts le retenaient en Bret«igne, le clergé n'en tui 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 31 

ins en butte aux exactions, aux violences de ses 
» qui, nouvellement institués par lui, cbcrchaient à 
ses bonnes gr&ces. L'un d'eux, nommé d'Hcly, 
mt que l'évéque Hugues de Magnac donnait un 
de festin dans l'abbaye de Saint-Martial à l'abbé, 
igicnx de Saint-Martin et de Saint-Augustin, osa se 
er dans le cloître, et obtint par ses menaces qu'on 
It une somme de trois mille livres, pour laquelle 
s donna une partie de sa vaisselle d'argent, 
es de Magnac était un des plus riches prélats de 
; l'or et l'argent, artistement façonnés, resplendis- 
tans sa demeure ; mais il sut faire un noble usage 
•rtune, qu'il tenait de la munificence de deux rois, 
avait été le conseiller. 11 en consacra une grande 
encourager les ouvriers les plus habiles, les artistes 
intelligents, à orner les églises des meilleurs pro- 
e l'émaillerie et de la céramique : les pauvres en 
aussi une grande partie. Malgré tout le luxe de son 
f, tout le monde louait sa modestie et la simplicité 
ersonne; et, quand il sentit ses derniers moments 
ler, oubliant tout ce qui ne pouvait que rappeler 
ideurs humaines, il demanda qu'on ne lui donnftt 
ibc qu'à l'ombre de quelque petit cloître. Il laissa 
Ihédraio de riches ornements; cent écus d'or pour 
de rentes destinées au service de son anniversaire; 
jpc d'or couverte de pierreries, qu'il tenait du roi 
irre; une partie de sa vaisselle d'argent; quatre 
tis aux religieux de Saint-Étienne, mille écus pour 
de pauvres fllles et pour secourir les indigents 
Il encouragea aussi par sa générosité les travaux de 
ruclion de sa cathédrale *. 

inciea titr^ «le ceUe é{;\i*v. indique aiuM le« matériAUS : « I«apide« 
ira noTum mounut^rii Mincti Stcphani iDvHiehinttir a petrierm de 



38 HISTOIRE DES VICOMTES 

On était alors à l'époque la plus agitée du grand schisme 
qui désolait l'Église depuis la mort du dernier pape limoB- 
sin. Tous les princes s*cn préoccupaient, moins dans ta 
intérêts du catholicisme qu'entraînés par les factions qoi 
cherchaient à satisfaire des ambitions. politiques, il sem- 
blait que le monde catholique divisé, égaré par de coupa» 
blés aspirations, touchait & ses derniers jours, et que kl 
Étals de rOccidcnl devaient avoir chacun son église et soi 
pape. Mais il n'y a que les œuvres de l'homme qid péris- 
sent, celles de Dieu sunivent au déchaînement de ioulci 
les tempêtes. Les' conciles de Constance et de BÂie ramt» 
nèrent heureusement la foi religieuse & l'unité. Cepeodaal 
ces longues luttes contribuèrent beaucoup au relâchemeil 
de la discipline dans les cloîtres. L'abbé de Grandmont,à 
son retour du concile, fut obligé de tenir un chapitre géo^ 
rai pour faire décider que ses religieux jeûneraient pear 
dant le carême, comme cela se pratiquait avant sion dépiui. 

A la mort de Hugues de Magnac, des intérêts personnels, 
des rivalités divisèrent encore le clergé; celui de Limoges 
élut Ranulfe de Pérusse, aiuien archidiacre de l'église de 
Tours, homme de grande naissance et d'un grand savoir, 
qui eut toutes les sympathies du vicomte (lili]. Maislfl 
pape Martin V, refusant dr rccoun;;ltro cette élccUoai 
nommn, en vertu de ta suprématie, Nicolas Viaud, quell 
clergé fut obligé de recevoir, tout en faisant appel à la jak 
tice du saint-sié^'c. Oc prélat ne jouit pas longtemps de sfli 
élévation; quelques jours avaiil de mourir à Paris, où i 
avait le titre de conseiller du roi, il y avait renoncé en It 
veur de Hugues de Rofngnar, dont le choix fut conflmi 
par le pape. 

L'«arrivée du nouvran prélat à Limoges fut bientôt l'occi 

ChasiaignoL Ijipi<leria ilt> Sovtm P/nnrfii.t ail i«Ioin opiu, umo 1 108. Lipj 
«leria in {larrochia «aiicli GaudtMitii, anin» i:i2.1. » 




ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 3» 

fion de ijrands troubles. Une partie du clergé, Jeanne 1" 
(le Itochechouarl, abbesse du monastère de la Kègle, et 
toutes s«s religieuses se déclarèrent pour Ranulfe de Pé- 
^ll^^e qui, soutenu par quelques grandes ramilles du pays, 
■ empara des possessions de l'évecW, forlifiri sa demeure, 
se fit garder par des hommes d'armes, pendant que d'au- 
tres campaient dans quelques places fortCK, d'où on les 
TOyail sortir tous les jours pour ravager à leur prolit les 
campagnes, poursuivre les femmes, et revenir de chaque 
eTp^dilîon chargés de butiu. La [erreur qu'ils inspiraient 
était si grande qu'on n'osait plus sortir de la ville; les mar- 
chands craignaient d'eire pillés, les bourgeois d'Clre ran- 
çonnés. Cet état de choses se continua jusqu'& ce que le 
roi de France intervînt et obtint du pape Martin V que 
Rxnulfe de Pérusse tùl transTOré à l'évËché de Mendc, Hu- 
gncs de Roffigoac à celui de Bicm. Alors Pierre de Mont- 
bnra, abbé de Saint-Augustin, nommé par Mailin V, prit 
HiÊsession du siège de saint Martial (1414-1437). 
Boiirier de Blois, quoique éloigné de sa vicomte, avait 
^tls une pari active & toutes ces compétitions. Ses agents 
araîfDt soutenu jusqu'à la fin les prétentions de Ujinulfe, 
en mettant à sa disposilion tous les hommes sur lesquels 
ils avaient juridiction. Quant au vicomte, voyant qu'il ne 
jouissait pas des rentes que le roi Charles V avait promises 
aulrerois à Jeannc-ta-Boiteusc, et qui devaient Ctrc perdues 
sur ie duché de Nemours, comme compensation des droits 
auxquels celle-ci avait renoncé dans la vicomte, il intenta 
on procès aux consuls de Limoges, pour les contraindre à 
Im restituer les anciens privilèges de ses prédécesseurs. 
L'xbbé de Saint-Martial élevait les mêmes prétentions. Mais 
«aiarles VT, dans l'intérêt de la pais publiqne, était intér- 
êt avait ordonné aux parties de s'abstenir de tontes 
Uirsuites. Ne pouvant réussir de ce côté, Olivier, excité 




40 HISTOIRE DES VICOMTES 

par 8a mère, avait tourné son ambilton vers la Bretagne. 
Marguerite de Glisson, pour lui donner un allié qui pût M 
faciliter la succès de ses entreprises» lui avait bit époiMr 
Isabelle, fille de Jcan-sans-Peur, duc de Bourgogne. Forii 
de cet appui, le jeune vicomte et sa mère, profitant de 
Tabsence de Jcan-le-Sage, que le roi avait appelé à Puis, 
tentèrent de s'emparer de quelques possessions dans le 
duché de Bretagne. Le duc, à son tour, au lieu de recourir 
aux armes, se contenta de convoquer les barons et les pri* 
lats de ses élats, pour leur demander les moyens de répii* . 
mer les tentatives de la comtesse et de son fils. Le vicomts 
de Limoges se rendit lui-môme à Ploermel ; il y signa uns 
convention réglée par des arbitres. Sa mère rehisa d'j 
consentir, rejetant avec hauteur toutes les propositions 
qui lui furent faites. Alors, la transaction n'étant pas rtti* 
fiée par une des parties, le duc de Bretagne se défendit pir 
les armes, poursuivit ses ennemis, et leur enleva rapide- 
ment la Rochc-Dericn , Guingamp , Châleaulin et Tllc de 
Bréhat. La maison de Penthièvro était ainsi menacée de 
perdre toutes sos possessions, lorsque les murmures des 
barons bretons apprirent au due, leur suzeraiu, qu'il no 
pourrait pas compler*long(cmps sur leur lidélité. 

Le roi de France, intéressé à réconcilier les deux b* 
milles, chercha par des prévenances à gagner Marguerite de 
Clisson : il lui lit présent d'une bible manuscrite, sur par* 
chemin, ornée de gracieuses peintures, qui avait appar- 
tenu h Bertrand d'Abzac, chevalier, supplicié à Limoges 
pour crime de lèse-majesté '. Sur son invitation, les deux 
familles se rendirent à Paris, où leurs différends furent 
régléit par les rois de Navarre et (!e Sicile, et par les ducs 
de Bourbon et de Berry (HIO). Le duc de Bretagne, qui 

1. Afrh. ih P.tu : F. th la vi'.-ofuté ih Lwmfjef, S. K. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 41 

d'abord refusé à tout accommodement, avait cédé 
»lliciUtions du duc de Bourgogne, et cooscnti à 

aii Tïcomle de Umoges et à sa mère tootes les 
conquises par lui, à leur payer dix mille lÎTres de 
M>ur la seigneurie de Monlcontour qu'il avait donnée 
illié, le comte de Richement. Ce traité réglait les 
mais ne réconcilia pas les parties, 
lant que la comtesse de Penthièvre et son flis pour- 
ut leurs prétentions sur le duché de Bretagne, ils 
laient d'un autre côté des intérôts moins contestés; 
:omté de Limoges était mise à contribution par les 
emcnts anglais , qui , retranchés principalement 
s châteaux d'Ayen et du Châlard-Pcyrolier, por- 
leurs ravages jusque sur les marches du Périgord. 
tteau de Courbcfy, une de leurs principales pkices 

ils lançaient dans les environs leurs bandes dé- 
ices. Charles d'Albret, comte de Dreux, les y 
ainemont «issiégés pendant douze semaines. Pour 
ir le pays, il fallut traiter avec eux pour 140,000 
404). Ce n'était partout que désespoir, indigna- 
ippcl à la force pour résister à l'ennemi com* 
la bourgeoisie de Limoges se montra la plus impa- 
l'apportcr des remèdes à tant do maux; elle inviti 
lox qui en soufl'raient à s'unir à elle. Les paroisses 
irent à son appel. Jean Dupont employa tout son 
isme, toute son énergie au service de son pays, en se 
t à la tôte de tous ceux qui accouraient armés, 
de résolution pour attaquer les Anglais dans le chA- 
Ayen. Fournis de pièces d'artillerie et de tout ce 
it nécessaire pour en faire le siège, ils campèrent 

dix-sept jours devant la place, interceptant !rs 
inications, attendant du temps et de la famine que 
ison demandât à se rendre. Li place leur fut livrée. 



> 



4S HISTOIRR DES VICOMTES 

et ils en rasèrent les murailles. Avant de sortir de 
Limoges, ils avaient aussi détruit le ehâleau de Tévèque, 
de peur qu'en leur absence il ne fût occupé par l'eeiML 
Les consuls, rassurés par ce succès, se mirent aussitôt à 
construire des murailles, qui embrassèrent toute l'encsiBli 
de la ville, depuis la Tour-Bratilanî jusqu'au fauboafgii 
Monlmaillé, derrière la rue de Sainte-Valérie (4416) '. 

Majgré la prise d'Ayen, les Anglais continuèrent lean 
courses sur d*uulres points, surprirent le ch&tean d'Ain, 
propriété du vicomte, qui, trop occupé de aei projeb 
4:ontro le duc de Brelagne, ne put pas venir déHsadre im- 
môme son héritage. Il envoya son frère Jean de I*Aîgleqait 
par une politique égoïste, agit faiblement contre ses enne- 
mis, espérant que les incursions de Ceux-ci rendraient les 
bourgeois de Limoges plus disposés à restituer à sa famille 
tous ses anciens tlroits, cl que les nobles cux-mômcs, qui 
avaient profité de l'éloigncment de la maison de Bretagne 
pour étendre leur autorité, se réuniraient à lui. Il se pré- 
senta devant la ville» mais n'osa pas y entrer, parce qa'il 
craignit de voir se soulever contre lui la population qm 
eonnaissail ses projets et la perfidie de son frère. Il aUa 
ramper dans les environs d'Aixc« presque en face des An- 
f;!ais, qu'il ti'osa pas attaquer. Comme sa principale préoc- 
cupalion était <Ic rétablir la fortune de sa famille, il it 
dire aux consuls de se rendre près de lui. Ceux-ci qid 
croyaient qu'il v(uilail s'entendre avec eux, pour donner la 
chasse aux Anglais, lui envoyèrent une députation conduite 
par Uamon de la Charlonie, ou, selon d'autres, par La Cha* 
pelle, juge ordinaire de la ville ^ Cette députation Uii d'a- 
bord reçue avec une apparente courtoisie. 



\. \.'visVi>ii <U' Saiiiti>-\ AU-ric" iri'\i>h- pluK. £llo ûtail titube au-defMiH 
<!<' riiusiiiiT nrtud, «Inns l.i rur iliti* des KciMllfU. 
2. CliroM. nift*. 



ET IME LA VIGOMTÉ DE LIMOGES. a 

Le scignear de l'Aigle s'excusa de ne pas ôtre entré 
dans Limoges par crainte de la contagion qui y régnait 
Vais, pendant l'entrevue, il chercha à savoir si les habitants 
censentiraient à le recevoir comme leur seigneur, s'ils lui 
obéiraient comme à leur vicomte. Voyant « qu'ils lui £ai- 
nient réponse trop froide, o il Jes congédia, et, le lende- 
oiain, il se dirigea vers Saint-Yrieix, où se réunirent à lui 
qadqncs nobles du pays, intéresses à s'associer à ses pro- 
fk^ à i'ezciter à punir les bourgeois qui s'obstinaient à 
aéeonnaltre les droits de sa famille K Alors, suivant leurs 
conseils, il écrivit aux consuls, les menaça de faire couper 
in vignes par ses soldats dans toute l'étendue de la ri* 
eooiié, s'ils refusaient plus longtemps de se soumettre. Les 
boorgeois effrayés se réunirent, et décidèrent qu'on cnvcr- 
mit vers le dauphin, plus tard Charles VII, une députatiou 
pour solliciter sa proteclîon. de prince, qui semblait pré- 
voir que bientôt il aurait besoin de tout le dévouement des 
vfltes du Midi, pour conserver son propre héritage, en- 
foya Bertrand Champion, son maltre*d'hôtel, dire au sei- 
gneur de l'Aigle de ne rien entreprendre contre la ville. 
Alors, se contentant de faire demander aux consuls de 
fargent, pour payer ses dépenses, Jean de l'Aigle alla 
rejoindre son frère en Bretagne. 

Le départ du prince facilita aux Anglais de nouvelles 
entreprises. Le capitaine de Beauchamp, un de leurs chefs, 
mailrc du château d'Auheroche, situe sur les marches du 
Limousin, vînt à la tête de deux cents lances jusque sous les 
■mrailles de la ville (mars 1419). Aussitôt qu'on eut signalé 
■M approche, les habitants qui se trouvaient à l'extérieur 
se hâtèrent de rentrer : quelques-uns cependant furent 
laits prisonniers à la porte du cbàleau de l'Isle, situé sur 



44 HISTOIRR DES VICOMTES 

la rive gauche de la Vienne, tandis que d'autres avaienl le 
temps de se réfugier dans la tour. Aussitôt toute la popu- 
lation courut aux armes; les remparts se garnirent de com- 
battants de tous les âges, do toutes les conditions, et les 
sentinelles firent si bonne garde que, le lendemain, omit 
s'éloigner l'ennemi, qui alla camper dans le prieuré co&- 
ventuel du Chàlard, près de Saint-Yrieiz. II s'y fortifia, ; 
puis se mil & ravager les environs, « faisant la guerre & tout i 
le peuple, pendant deux ans qu'il resta matlre de cette ,1 
position* » Quatre siècles auparavant, le lieux monastèrei 
où se réunirent les croisés du Limousin, avait retenti du 
cri patriotique et religieux : « Dieu le veut! » et maintenant 
(1419) la haine de l'Anp;lelcrrc contre la France s'y traduit 
par le cri de guerre : a Saint-Georges et Guyenne ' ! d 

Dans le Limousin ic désespoir éLnil grand, les terres de 
la noblesse pillées comme les autres; les petits manoirs se 
fermaient toujours à l'approche de la nuit et s'entouraient 
de sentinelles pour surveiller les environs. Cependant la 
France méridionale commençait à s'inquiéter des progrès 
des Anglais. La noblesse et le peuple, animés du môme 
pcitriolismc, sympathisaient d'énergie civec le dauphin, que 
sa mère allait déshérilor d(* la couronne pour la donnera 
un roi d'AiiglclcMTo. La léf,'itimilé était alors, et devait être 
encore longtemps, le principe conservateur de la nationa- 
lité française. Avec cotte religion du patriotisme et du 
dévouement, la France devait survivre à toutes les révolu- 
lions. De. Limoges, de Dourges et de Poitiers parlaient 
surtout ces élans de patiiotisino qui devaient faire reculer 
l'étranger. Les Xaintrnilles, les Lahire cl les (rilareouri 

1. Lu l'Inllri' et raiicieii iiniii.isti'Ti* ont (m'.1i.i|i|ii« .niif révolutions (|ui 
ont fait tAiit (l<s riiiiif> ihiis ].i Frniiri» (Mtlii)ii<iiie. On \iiil (.'nonn: «iaui 
1k liourg lin Chiilinl niin Mi.ii>.)ii ;r<)tiii'|iio 'in'on niiijciii' la M'tt\i*ti des 
Anglaii, 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 45 

irboraient déjà les couleurs du dauphin. Les trois États du 
linoosÎD se réuoîrcDt à Limoges, et décidèrent que le sieur 
deMarcuiU sénéchal du Limousin, irait assiéger Tennemi 
nChâlard. Il partit avec dix pièces d'artillerie, cinq cents 
hommes, fournis par la ville et les communes voisines, et 
fat bientôt rejoint par les jseigneurs de Lastours et de Mor- 
iMart, et par plusieurs autres gentilshommes. La garnison 
OMoiiei après un mois de résistance, capitula à merci, 
mdit tons les prisonniers et l'immense butin qu'elle avait 
MMédans la place (21 avril 1421) K 

A h nouvelle de la reddition de leurs frères, les détache- 
Wrts ennemis, campés dans les places voisines» sur les 
faliles du Périgord, accoururent pour prendre leur revan- 
de, pour se venger surtout des habitants de Limoges, dont 
ib ravagèrent les champs jusque sous les murailles de la 
Tille, € faisant maux infinis sur les propriétés, pillant le bé- 
tail, les meubles des paysans, les rançonnant et les faisant 
prisonniers-. » On ne savait plus quel remède opposer à 
Uot de maux; le peuple désespéré, ruiné, n'avait plus 
l'énergie nécessaire pour se défendre : ses moissons étaient 
arrachées, ses arbres coupés, ses maisons incendiées. 
Pour ranimer les courages, les consuls, après une assem- 
blée tenue à l'hôtel de ville, firent publier que tous ceux 
toi voudraient combattre les Anglais, recevraient des che- 
laox et des armes, une solde fournie parla ville; qu'ils 
nncheraient sous le commandement de Pothon de Xain- 
tiailles, qui conduirait cinquante lances. Le dévouement 
fan citoyen» nommé OlTura, décida de celui de plusieurs 
autres. Les hommes de la commune, après être venus 
prier et lairc bénir leurs armes dans l'église de Saint-Mar- 
tial, partirent pour tenir les champs, aux cris do joie de la 

I. Mis. du graiMl iémiiuiire de Limogef . 
1 GhroD. oiM. 



46 mSTOIRE DES VICUaCTES 

foale. Ils firent la gnerre avec une tactique si sage, un dt 
Toneroent si habile, qu'ils surprirent soumit reonemi «tU 
forcèrent de s'éloigner de larille. Potlum.de XaintraiBe^ 
le chef de celte armée împroTîsée, se montra à la hauleir 
de sa dignité de sénéchal du Limousiu. 1 

Pendant ce temps-là Olivier de Blois, ainsi que sa nèiSi 
au lieu de Tenir combattre pour la France dans sa TÎeoitfi, . 
ne cherchait que l'occasion de nuire au duc de Bretaga^ 
qui lui-même no se montrait pas disposé à senrir la Fnaoa 
Le dauphin, ne pouvant décider son poissant vassal à il 
ranger de son côté, ourdit avec la comtesse de Penthiftiil 
un complot, ayant pour but do s'emparer de sa personoii 
Le vicomte de Limoges se chargea de Pexécntion dt 
projet. Il vint à Nantes auprès du duc, lui lit les plus 
protestations d'amitié, de dévouement, et l'invita i 
fête, qu'il devait, disait-il, donner à la noblesse do comi 
de Penlhièvre et de la vicomte de Limoges dans son 
noir de Cbâtcauceau. Le duc s'y rendit, avec Richard 
frère et une suite peu nombreuse. Mais sur la routOj 
en chevauchant tranquillement h travers les bruyères, 
ils tombent dans une embuscade que le comte et Charitf 1 
de Dlois, son frère, leur avaient préparée sur le pont de h 
Troubarde, sur la Divette, et sont amenés prisonnieni: 
Chfttcauccau. 

A la nouvelle de l'arreslalion de son mari, la duchesH 
de Bretagne eut la môme indignation, le môme coura|l 
que naguère Jeanne de Montfort : elle arma ses vassaiÉ(^ 
et enleva rapidement plusieurs places aux PenthiIffL 
Des fenêtres de sa prison le duc aurait pu voir ses pariM 
sans dresser leurs machines de siège contre les muraillei 
de Cbàteauceau, si ses ennemis ne s'étaient hfltés dek' 
conduire au chÂtcau de Cli.^son. Pendant que la comte&s^ 
de Penthièvre défendait la place, Olivier rassemblait des 



j 



ET DE LA V1G03ITË DIS UMOGES. 47 

iroupes, ordonnait à Jean de l'Aigle, son frère, de quitter 
kticomlé de Limoges^ et de venir à son secours avec toute 
(noblesse qui voudrait le suivre. Jean de l'Aigle arriva à 
hhite, et prit le commandement de la petite armée levée 
pir son frère en Normandie. Mais à la première attaque, 
ii fut repoussé par ceux qui faisaient le siège de Chàtcau- 
Ctta dont la garnison, réduite aux abois, demanda à capi- 
bder. I^ première condition fut la liberté du duc de Bre- 
tagne; la seconde, la reddition de la place. Le duc «nyant 
été amené, le 3 juillet, au camp des assiégeants par le sire 
fc l'Aigle, on permit à la comtesse, à ses enfants et à ses 
|eos, de sortir du cbâteau, qui Ait aussitôt rasé par ordre 
ii doc. On s'occupa ensuite de la réparation de l'attentat 
WHnif par les Penthièvre. Le comte Charles et son frère 
iromirent de faire satisfaction au duc dans les prochains 
£uts, et donnèrent pour otage Guillaume, leur frère. Mais, 
qant manqué de parole, ils furent proscrits ; leurs biens, 
dues en Bretagne, conûsqués par jugement de l'assemblée, 
a pioGt du duc, qui les distribua h sou frère et à ses 
ajels, comme récompense de leur fidélité. 11 fallut cepen- 
dant prendre les armes pour exécuter la sentence. Les 
Fnthièvre résistèrent, mais échouèrent presque partout. 

n ne restait plus à Olivier de Blois que la viccmlé de Li- 
moges; il vint y cacher sa honte. Sa carrière politique était 
laie; il n'était plus aux yeux de tout le monde qu'un chef 
f aventuriers, qu'un chevalier félon : la noblesse du Li- 
■oasin ne lui fit qu'un froid accueil ; les bourgeois de Li- 
te virent avec dédain visiter les églises^ cherchant 
î à s*attacbcr le clergé. Quelques jours après, il se retira 
les vieux manoirs d'Aixe ou de Saint-Yrieix, osant à 
yiae sortir pour aller à la chasse, tellement il se croyait 
fvloot entouré d'ennemis. 

Sar ces entrefaites arriva le dauphin , qui revenait du 



I 




^lillci Mlles. I| Ht «on MMeà 

«■lamé é^iM partie deir 

iviei criBdejdtedaiieapteqgl 

«• lii I» itfvèHMHft i* b MlioMdité finnçdM. H 

k m 4» Ik ItaM* MéridieaÉla, eu Ite 

I fM k p>qict4e iMtnnd i* Bon, la IraàbidMw 

t XétA M rOanl <liiaal aaz mains de* Piaot^ 
Afiès sltoc iMbniii da la résisteBoe que faisaient «B 

les kabitaau de h TiUe cKao» 
•I* «i loia par SM îhAhUb ci sa tdéGté*. » le prine^ 
pear Hnapiaii^ k«r dCrosemnl, aecotda an coanb 
MasIssptnÔEgaséalaaoUeise, etpemlt d^jonterm 
Mows da la tille «ae baade dluor avec trois flea^ de Hi^ 
Oi priaee. fai jasfa^lon avait plos véea dans les boadoin 
4es c Mkh iawi . dans cehd saHont d'Agnès Sorel, ^di 
lai esMps, s*occ«pa anii de la toilette des femmes de 
^iUe. Feal4tie la csfrieknw maîtresse qui devait le M 
puMT de sas bna sens la baaidère d'une bergère, fU^ 
caosa qu'il ordonna anx eonsnis d'Imposer aux dasMi 

• 

i. ihi ae saiurail li^p nraan|iifr qw «1« toutes lés yUles en deçà de b 
Loire« ceUe de Limofees «e di«Uii|nuût ptr ractirité de soii commerce, parlei 
^2(^|ent» pnxluits de «oq industrie. Depuis longtemps ses habiles oonieni 
«es ricUes marchands, «/ilÀmwii wercaforef , formaient entre eux, dam v 
int^i^t commun, des Msoônkws sons le noa éè Fifmires Lnitortct, dont 1» 
memhies se prot^«R«ÎMl ■«teeUement, tiUmkyÛuk et Tendaient an kii 
leurs produits. Dvs Tanafo 1234, on tnniTtt «B^HpiTM «le Pan rénoméft- 
tion d*ttn grand nombi« de méùtn^ parmi kMlll ëâr maîtres nrgentkn, 
désignés par les consuls pMT bim le guet, Ln .toosuls TeiUaient arec a* 
tare attention à l'ordre inté i ii t r, à la liberté ^ commerce, à Tégilité dei 
charges pour tout ce qui cooMrnait leurs concitoyens; aussi lesTOjooHU* 
en 13T2 établir réguliéfemeBl» par la l^ojicarfe c/et Péages, tous les droilii 
perœToir sur les marchaudîset introduites ou Tendues dans la Tille^ D'excep* 
tjjit rien de ce qui était nécessaire aux divers besoins de la Tie; miif, ^ 
une restriction que nVtccepterait pas aivjourd'hui notre économie poIitif>fi 
c'était surtout sur les étrangers qui Tcnaieot s'établir dans certains jaiititf» 
de Limoges que pesait TimpAt, 

S. Chron. mss. 



ET m: LA VICOMTE DE LIMfKiES. |tl 

l'obligation »le prendre à l'avenir la coiirnri' aloi-s en usage 
en France. Depuis que les religieux de saint Dominique 
étaient remis s'établir k Limoges, et avaient travailld h 
mettre des bornes au luxe des vêtements, les femmes, do- 
ciles à leurs conseils, portaient un voile de toile, et sur les 
épaules des collets qui en voilaient la nudité. Après ces 
friroles prescriptions, tant le Koùl du luxe se développait à 
l'esemple de celui de la cour, le dauphin accordai la ville 
d'im portants privilèges. — u Concédons aux consuls passés, 
présents et h venir l'augmentation du consulat; et, au lieu 
des bourgeois, et en faveur de ceux qui habitent avec eux, 
que, comme étant relevés d'une marque de noblesse que 
nous leur laissons, tous ceux du Château qui ont été, sont 
et seront honorés du consulat, puissent acquérir toutes 
sortes de fiefs nobles, et les posséder et tenir, comme no- 
Llos, librement et sans reproches..., afin que, par l'action 
ie rette charge, cette prérogative soit aussitôt conférée, 
snns aulre litre ; el qu'en tous temps et â perpétuité, ils en 
jnui&sent. Laquelle concession nous déclarons s'étendre ù 
l'ius les Qefs qu'ils ont déjà acquis, et qu'ils pourront ac- 
ijuérir'. » Uue nouvelle noblesse surgissait; mais devait- 
elle avoir plus de patriotisme, plus d'amour du bien public, 
]>l<js de courage que sou aînée; son désintéressement de- 
vjil-)l {^tre à la hauteur des services qu'on pouvait en alten- 
lirc? l'orgueil d'avoir un blason ne devait-il pas être sa 
grande préoccupation? Les établissements religieux n'eu- 
w nnt pas une grande part dans les libéralités du roi de 
kji^es.. D'ailleurs l'argent que lui accordaient lusËlals, 
hl4e«ait senir qu'à expulser les Anglais. Le clergé lui dut 
I plus grand hîentait, la Pragmatique, c'esl-à-dire ta 



50 HISTOIRE DES VICOMTES 

On ne vil point le vicomte de Limoges dans le corlégi 
du prince. Olivier, menacé jusque dans ses manoirs d'^Ut 
livré au duc de Bretagne par quelques cbevalien di 
Guyenne qui parcouraient le pays, prit la fuite quelques 
jours après, se dirigea vers Lyon, par l'Auvergne, passai 
Genève ci se rendit sur sa terre d'Avesaes, dans le llaînaiiL 
La mauvaise fortune l'y attendait. Le marquis de BadCi 
irrité d*un vol commis dans ce pays parquelquesMinsdS 
ses gens, le Al arnHer. En vain le duc de Bretagne fitofljEÎr 
au marquis des sommes considérables, s'il lui livrait soa I 
prisonnier; celui-ci ne voulut traiter qu'avec le vicomte, 
qui acheta sa liberté trente mille écus d'or. Olivier, pea* , 
danl son séjour en Ilainaut, épousa en secondes noctf , 
Jeanne de Lalnin, dame de Quievrain ^ Sa vie politiqoi i 
était flnie : il n'avait trouvé de sympathies qu'auprès d'n^ 
trcs>pctit nombre de familles dans sa vicomte de Limoges, 
Les Mortemart, les ilochechouart et Paul Audier, abbé da' 
Saint-Martial, qui arrivait de Jérusalem avec un dessin du* 
Siiint-SépuIcTO, modèle de celui dont il voulait doter soft 
église, furent à peu pràs les seuls qui lui ténioiguèrent 
quelque aifcction -. 

I^ mort de Charles VI, an-ivée un an après que le vi- 
comte eut quitté la vicomte qu'il ne devait plus revoir 
(1422), surexcita en France le patriotisme qui devait réta- 
blir la fortune de Cliarlrs Vil. I^ nation réunit ses der- 
nières forces pour finir celte guerre de cent ans qui avait 
fait tant de ruines; pour rejeter de l'auti'c cùlé de la 

1. I! inuunit, sniis I.ii^sor irciif.iiitii. le 2i septembre 1433. 

2. ]*aul Audirr iU>><-t-iii|,iit de Pi«Tn- Anilior, ii'nbiinl séiiédial du Limon- 
»iii, puii de la .Marrlic i'.viU' l'.iiiiillt' t'tail nrifjriii.iirc d'\iiglfti'rr". n.iithr- 
Irmi Audior fut un di* >^<< iiiiini>rr* ]<>< plus <listriifrnis, et l.*i >iii<*he di*( 
siiviU'UiT di' 1.1 (;ii;iprîli'-.Mimhuiirr.iii, m p.'rijfnrd. Pnnl Audirr. atibi: d* 
Saint-M.irli.'il, lit •■■•ii''lr'iiri' un r;d\niri- pn''* di- l.iniiti;i>s. à uni* di>l.ii;i'f d<» 
la ville é(fa1e à ci-llc (|ui <0|tnr.iit i J"ni««al(>iii [v CAl^.lirr d" la Ui.iisinQ «le 
PilalP. 






J 



KT DE LA VICOMTE DE LIMOGRS. 51 

Taorhe lu race aiiglorsaxonnc qui, appelée sur le conti- 
ent par des traîtres et par des femmes, devait enfin se 
elîrer vaincue par le bras d'une héroïne, sainte victime 
ispirée par la religion, aimant la France plus qu'elle- 
Aême, quand les grands semblaient lui préférer les fac- 
ions. L'Église prépara cette grande victoire et refit la 
^Irie, comme elle avait refait la civilisation. A peine le 
diophin s'appelait-il Charles VII, qu'Audicr, abbé de Saint- 
Ihrtial, et tout le clergé de la ville des saints, indiquèrent 
pMr l'année suivante la grande Ostension des reliques, 
fD^s firent publier dans toute TAquitaînc et dans le Nord. 
Gf grand et pieux spectacle annoncé au monde calho- 
Efoe émut peut-être le cœur de la vierge de Vaucouleuis. 
Qooi qu'il en soit, le clergé de Limoges crut dans la suite 
Avoir pas été étranger & la noble mîscion de rhéroîne. 
U même année aussi, les consuls de Saint-Léonard expo- 
lèrent au roi que leurs murailles n'étaient plus assez fortes 
poer soutenir de nouveaux combats, et lui demandèrent la 
permission de les réparer avec les matériaux du chUeau 
le Xoblac, détruit par les Anglais *. 

I. l>- ch.it''iii lie N«»l>hc ain'i«'n tief de ri'v«Vln' «le Lim^pw. était po!tî»é*K*, 
3 1217. l'-T -\vj:nTi M.irrlii'vs, «I'uik» rninil]^ dftnt un «les meiiil«ri'*, Av»nv- 
V'.-! .»!•;■ '. •■>t 5'r;\';jt ••il'* «l.iiia li-.-; clironit|ii«>.> «It Fruissart. 



52 HISTOIRE DES VICOMTES 



CHAPITRE XMU 

JEAN DE BRETAGNE, SEIGNEUR DE l'AIGLK, 
VICOMTE DE LIMOGES 

Jeau de Bretagne, dit de TAigle, succède à Olmer, son frère. — Une partk 
de la noblesse s*asiH>cie à ses entreprises. — Ses projets contre Limoge»' 

— Conspiration pour surprendre la ville. — Les consuls se prémuniawDt 
contre le \icomte. — Les projets des conspirateurs découTerts; les capi- 
taines bretons prisonniers. — Le vicomte attaque la place. — La conspi- 
ration est découverte; le traître devant les consuls. — Sa mort et celle 
de ses complices. — ^ Procession solennelle instituée à ce sujet. — Jean àe 
Bretagne menace encore la ville. — 11 occupe la Cité. — 11 se retire à 
Pierre -Duffière, puis à Aixe; ses hommes ravagent les campagnes. — 
L'évèque Pierre de Montbrun négocie une trêve. — Préparatifs oootre le$ 
musulmans ; ostensions solennelles des reliques à Limoges. — Jean àt 
Bretagne menace encore Limoges. — Rodrigue de Villaudrai, capitain'* 
des Éoorcheurs, mis en fuite. — La reine de France à Limoges. — Ar- 
cbambaud VI » comte de Périgord, perd ses états. — Charles Vil à Li- 
moges : note sur les chàtelleuies de Bellac, de Rançon et de Champagav. 

— Ce qui a lieu à Limoges durant le s»?jour de Charle.< Vil. — Lojre- 
nieiits des ofliciers de sa suite. — Céréinoiiies rclijfieui^es à cette occa^i'^n- [ 

— Géuérosité du roi euvern TKgliîie. — Note sur Bertraud d'Al)iac. - . 
La paix en Bretagne. 

Peu de temps après s'ôlre éloigne de sa vicomte, Olivier, 
dégoûté du monde, fatigué des longues agitations d'une 
vie tout entière consacrée à satisfaire son ambition et sa 
haine, désespérant de jamais reprendre un rang honorable 
dans le monde féodal, avait laissé à son frère Jean de 
Bretagne, seigneur de TAigle, la partie de son hérilagc 
où il n'avait paru que comme un lâche déserteur des com- 
bats, que comme un chevalier félon qui, à défaut du cou- 
rage qui honore, n'avait su recourir, pour se venger de 
son ennemi, qu'à d'odieuses violences. Il ne dut pas re- 



ET DE LA VICOMTE DE UMOGES. 53 

greiter de s'être dessaisi de celte terre, où n'étaient venus 
à lui ni le concours de ses sujets, ni des amiliés dé- 
Touées. Son successeur, aussi ambitieux que lui, mais plus 
adroit à dissimuler ses projets, plus hardi quand il le 
f:illait à les exécuter, voulut relever la puissance de sa 
maison dans la vicomte de Limoges. La ruse, la trahison, 
la force furent ses moyens dans cette entreprise, qui eut 
pour lui de grands dangers, pour le Limousin de dures 
épreuves. Depuis les malheurs de son frère, il était venu 
haUter quelques-uns des manoirs de la vicomte. Plusieurs 
chevaliers, barons ou simples seigneurs, les vicomtes do 
Bochechouart, les seigneurs de Lastours, du Saillant, de 
Brosse, de Saint-Julien, de Comborn lui formèrent une 
petite cour, où se nouèrent des intrigues pour le remettre 
eo possession de Limoges. Quelques bourgeois ambitieux, 
trompés par les promesses du grand seigneur, s'enga- 
gèrent à servir secrètement sa cause, et mirent souvent en 
péril les intérêts de leurs concitoyens. Ce fut une conspi- 
ration permanente, à l'çxemple de celles qui avaient lieu 
à la même époque dans les principales villes dltalie. 

Quoique dévoué en apparence à la noble cause de 
Charles VII, Jean de Bretagne, à l'insu de ses partisans, 
favorisait le parti de TAnglelerro. Il rechercha l'amitié des 
capitaines nnglo-gascons, qui occupaient encore quelques 
places du pays, et qui lui promirent de le secourir au 
besoin contre la bourgeoisie des communes, surtout con- 
tre celle de Limoges. Mais les consuls, instruits de ses 
{•rojets, veillaient attentivement à la sûreté des portes de 
la ville : la population les secondait. 

Tout semblait devoir rendre inutiles les desseins de 
l'ambitieux vicomte. Cependant, un jour un chevalier, 
nommé Thibaud de La Comblaye, s'introduisit dans la 
ville; feignant d'être l'ennemi de Jean de Bretagne, il eut 



51 HISTOIRE HES VIGOMTRS 

avec quelques bourgeois plusieurs entrerues secrètes (1426). 
Ccux-ei se laissèrent gagner, ainsi qu*uii nomnié Gauthier 
Pradeau, iialif de TEsterps, alors consul, qui, malgré m 
qualité d'otraqger, semblait ne pas devoir être suspecl, 
car il babitait la ville depuis trente-cinq ans. 

Le consul et ses complices, séduits par la promesse 
d'une forte suiume, s'engagèrent h livrer au vicomte une 
des portes de la ville, d'autant plus facile i surprendre, 
({uc la plupart des babitants les plus riches, pour ériter 
la peste, qui avait déjà lait plusieurs victimes, s'étaitnt 
retirés à la campagne. L'entreprise était fixée au i& août. 
Le vicomte devait venir camper pendant la nuit près de 
la porte des Arènes, dans une vigne qui appartenait in 
consul. Au point du jour il s'élancerait dans la ville avec 
sc:» gens, massacrerait une partie des habitants, et surtout 
ceux qui lui seraient désignés conmie ses ennemis. Pea- 
liant ces négociations les Anglais s'emparèrent de Nantîiilt 
pclit chAlcau situé sur la limite du Périgord, dépendant 
de la vicomte. Jean de Bretagne résolut aussitôt de pro- 
fiter di' letle circonslance, qui dovait faciliter ses projets. 
Connaissant la haine dos babitants de Limoges contre 1rs 
Anglais, tout on ayant lair de s'y associer, il fit sommer les 
consuls do lui euvoyor des ai tillotu's, des machines de siège 
et dos munitions pour attaquer Tennomi, espérant ainsi 
leur enlever autant de moyens de défense, et distraire leur 
altontion do lour propre danger. On lui fournit ce quil 
demandait; mais, on mOme temps, les consuls cilrayés des 
bruits de guerre au dobors, craignant pour eux-n)èmes. 
firent Iravaillor à lours fortiiîcalions, garnirent do toute 
sorte de projectiles les mâchicoulis de leurs tours et de 
leurs murailles, et placèrent des sentinelles dans plusieurs 
benx de l'enceinte. 

Cependant le vicomte se préparait à l'exécution de ses 




ET DE LA \nCOMTÈ DE LIMOliES. S5 

projets, aucunes nouvelles ne lui élatil parvenues des [iré- 
canlîons prises par les consuls. La vdlle du jour convenu 
,Tvec ses iiilbérenls, il envoya dans la ville cinq de ses afQ- 
rlés qui devaient examiner la place el y demeurer jusqu'au 
momcnl de l'attaqoe. Ils eurent plusieurs entrevues avec te 
consul G:iuLhier Pradeau, de mOme qu'avec Thibaud de la 
Comblaye et Hélie de Plassac, chez un cordonnier, nommé 
Jean Blanchon, dans la rue du Clocher, à l'enseigne du 
Cvpii'. Quand la nuit fui venue, Jean de Bretagne s'appro- 
cha de5 mitrailles, escorté de trois ceuls lances, el de trois 
mUle hommes de pied, connmandés par Jean de Laroze, 
Vaniau, Bernardièrcs, Aubeterre, Clayes, Roclieval et Non- 
Iron, Ions nobles chevaliers du Limousin, d'Angoumois el 
de Périgord. Les chefs subalternes s'embusquèrent trois 
heures avant le jour dans les vignes voisines, pendant que 
le vicomte prenait position dans celle du consul qui devait 
lui ouvrir la porte. Le succès semblait assuré; nul bruit 
dans la ville el au dehors, toutes lus dispositions bien pri- 
ses pour que les hommes armés puissent s'élancer au pre- 
mier sigual. Mais quelques passants onl vu les gens du vi- 
comte rûdcr autour des murailles ; ils en parlent aussitôl 
h ceux qu'ils rencontrent. Un vague soupçon de trahison 
commence ik agiler le peuple. La garde informée appelle 
m armes ; les habitants réveillés par le bruit courent sur 
les places publiques, ou se tiennent sur le seuil de leurs 
maisons, demandant aux passants de quel cAlé est le dan- 
|er: hicnlôl loul le monde est armé, el, loul en gardant le 
dlence, les compagnies se rapprochent des murailles. On 
roiconlrc aussilAt, près de la porte des Arènes, les cinq ca- 
pil^nea bretons arrivés la veille, armés, atlendacit que le 
tnitre ouvre la porte, pour s'en emparer el appeler leurs 
compagnons; m^ ils sont laits piisonuiers el pendus à la 
muraille. 



5C HISTOIRE DES VICOMTES 

Cependant le jour commence à poindre. Le vicomte, 
quoique surpris de n'entendre aucun signal, attend encon 
Touverlurc de la porte ; mais les chefs qui l'accompagnent 
murmurent, le blâment d'avoir agi sans être sûr de réimûr 
et de s'être trop facilement confié & la parole du consoL 
Four les convaincre que le complot était bien réel, il Icv 
montre les lettres reçues de Gauthier Pradeau ; il en donne 
lecture, puis, indigné, il les déchire et en jette les lam- 
beaux autour de lui. Cependant ses troupes conservent en- 
core leurs positions ; alors, comprenant que ses projeb 
sont découverts, il ne se décide pas moins à agir ; suifi 
d'une partie de ses forces, il s'empare de la maison de plai- ^ 
sance de l'évoque, pendant que Jean de Laroze, son lieutc* 
nant, se loge avec sa compagnie dans l'abbaye de la RègiCi 
au grand eifroi des religieuses, qui se cachent dans leurs 
cellules, ou qui courent çà et là dans les sombres réduits dn 
cloitre. Les soldats s'emparent des vivres, vident les car 
ves, et exercent bien d'autres violences : ramenés i l'ordre 
par leurs chefs, ils s'approchent de la ville, mais ils sont 
repoussés par les bourf;cois, après un court engagement, 
dans lequel qurlqucs-uns sont tués et plusieurs blessés. 

La plus grande agitation régnait dans la ville, sans qu'en 
général on sût se rendre compte de ce qui se passait; mail 
le mî^me jour, deux prêtres, sortis par la porte des Arènes, 
parcourant les vignes où avait campé le vicomte, s'arrêtè- 
rent dans celle de (lauthier. Ils y trouvèrent les fragments 
de la lettre dans laquelle le traître disait à Jean de Breta- 
gne « de venir sans faiblir, de gagner la porte, d'arrêter 
le pont-lcvis et râteaux, et autres choses concernant ladite 
entreprise ^ » Kn rapprochant ainsi ces fragments, ils se 
convainquirent de la trahison, et rentrèrent dans la ville 

1. Cliroii. iii<^!>. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 51 

poor faire ccDDallre-leur découverte; rencontrant le con- 
sul inndèle sur leur passage, espérant lui imposer cerlaines 
conditions avantageuses à l'intérêt de tous, ils offrirent de 
lui rendre les fragments recueillis. Celui-ci, feignant alors 
d'avoir de vives préoccupations, et croyant peut-être qu'ils 
ne cherchaient qu*ii lui arracher des aveux, refusa de pro- 
longer la conversation, mais les invita à dîner, et qu'alors 
on s'expliquerait à loisir. La proposition fut acceptée; mais 
le repas donné par le consul devint bientôt une véritable 
orgie, pendant laquelle les deux prêtres, échauffes par le 
via, s'abstinrent de parler de leur découverte , dont ils 
uaient bien résolu de ne se servir que dans leurs inté- 
rêts. Peut-être le consul, préoccupé de sauver l'argent 
qu'on pouvait lui demander, attendait-il aussi le moment 
(irorable pour se faire livrer par ses convives les preuves 
de sa trahison, lorsque le bruit de rartillcric des bourgeois, 
dirigée contre les assaillants, le fit sortir subitement de ta- 
ble, sous prétexte qu'il allait s'informer de ce qui se pas- 
^t. Les deux prêtres sortent après lui, se doutant bien qu'il 
«agissait de quelque chose d'extraordinaire, et se mettent 
à parcourir les rues. Ils rencontrent deux consuls qui ra- 
coDlonl à la foule l'événement : a Alors, l'un d'eux dit à l'au- 
tre, que pauvrement ils ont exploité, qu'ils n'aient exhibé 
les pièces de ladite lettre, appartenant audit Gauthier Pra- 
deau, qui leur a donné si bien à dîner; et alors les sortent 
de leur bourse et les donnent auxdits consuls, qui les lisent, 
«près avoir assemblé les pièces. » Ne pouvant pas y croire, 
tout en reconnaissant bien l'écriture et même la signature 
de leur collègue, les consuls coururent à la maison com- 
mune, y réuniront les pci'sonncs les plus notables qui, après 
qn examen attentif fait en secret, se décidèrcht à appeler le 
coupable. Le traître paya d'audace, se rendit à l'invitation, 
où lui fut donné lecture de la lettre dont on venait de réu* 



58 mSTOIRE DES VIG0MTR8 

nir les fragments. — a Intinrogé s'il connaît Técritcre à lai 
exhibée, répond que non, feignant de ne la savoir lire. Il lui 
est remontré qu'ils étaient assez bien informés; qu'elle est 
écrite de sa main, comme on le lui montre par d'antres 
comparées à celle-ci. » Malgré les plus vives instances pour 
qu'il dise la vérité, il persiste à nier. Alors l'ordre est donné 
de lui ôlcr ses armes, et de le mettre à la question. Mais il 
n'a pas la force d'attendre ce supplice ; il lui sufQt d'en voir 
les apprêts pour confesser la vérité : — < déclarant avoir 
écrit ladite lettre de sa propre main; déclarant la forme et 
manière comment ledit de Comblaye et Hélie de Plassae 
lui avaient conseillé cette trahison; ajoutant que les pro- 
messes et conventions étaient dans son logis, dans sa cham- 
bre, en lieu secret, où il couchait, dans une boite de bois, 
signées et scellées de la main du vicomte de Limoges; et 
furent envoyées personnes publiques, avec témoins, au lien 
désigné, où trouvèrent tout, ainsi qu'il a^'ait confessé. ■ 

Le traître fut conduit en prison et mis à la question; le 
lundi, deuxième jour de septembre, condamné à avoir la 
lôtc tranchée, et son rorps coupé ensuite en quatre quar- 
tiers. Le lendemain, le peuple indigné apprit qu'il allait 
ûtrc vcni;é ; la foule se pressa autour du pilori, où, à sa 
grande sali^raclion, la sentence fut exécutée en présence de 
tous les autres consuls, et de cinq bretons en chemise, U 
corde au cou. (lanlhier, au moment de mourir, avait dé- 
claré qu'il n'avait pas eu d'autres complices que Jean de 
Bretagne, La Comblaye et Plassac. Sa tôle fut plantée sur le 
boulevard des Arènes !\ la pointe d'une lance, et les quatre 
parties de son corps sur les quatre portes principales de la 
ville, ses entrailles enterrées à l'endroit môme de la vigne où 
le vicomte avait pris position en attendant le signal promis. 

Au moyen ù\;c^ le ]K!uple, plus préoccupe qu'on ne le 
croit d accroître sa liberté, plus vieille pour lui que le des- 



ET DE LA VICOBITË DE LIMOGES. 59 

loUsnie, qui ne fat qu'accidentel dans la vie des sociétés 

mciennes, ne manqua jamais d'inscrire dans ses annales, 

mni ses jours heureux, celui où il avait éch.appé à un 

^ruid danger. La religion se chargeait presque toujours de 

nnsmeltre ce souvenir ù la postérité; sans elle, il faut 

'avouer, les peuples auraient complètement oublié les in- 

ertanes ou les gloires des ancêtres. Les habitants de Limo- 

^ instituèrent, en commémoration de cet événement, le 

n août de chaque année, une procession solennelle à la- 

qpielle assistaient toutes les corporations, et qui se formait 

tvitôt dans l'église de Saint*Pierre-du-Qucyroix, tantôt dans 

les cloîtres de l'abbaye de Saint-Martial. Les consuls rêvé- 

tos de leurs insignes, après avoir assisté à la messe, sui- 

ni^i cette procession, précédés de leurs ofGcicrs portant 

iMr bannière, derrière les religieux Récollets, les Jncobiits, 

les Carmes, les Augustins, et tout le clergé séculier. A la 

Ule du cortège, une troupe de musiciens; et \m peu plus 

ivatt, un homme à cheval, armé ^e pied en cap, portant 

on étendard aux armes de la ville; à chaque coin de rue, 

liisant faire trois tours à son cheval, il agitait son étendard, 

pendant que la trompette sonnait la victoire du peuple. 

Plus de quatre siècles s'est conscn'ée cette fùle^ C'est que 

la religion, autant que le patriotisme, conservait cette insti- 

(atioa an nom du Dieu qui donne la victoire aux faibles et 

la défaite aux puissants. Si le peuple savait garder ainsi la 

mémoire de ce qu'ont fait ses ancêtres, il serait, soit dans 

'ie% sévérités, soit dans ses reconnaissances, plus équitable 

eaven eux qu'il ne Test d'ordinaire. Mais aujourd'hui quo 

les passions politiques égarent le patriotisme en dehors de 

I. Jijf^in'j l'euticrrc destruclioa do cctU [tartio ile« remparts 0!i vnyail. à 
'«hiroit m^me où la purte dcvnit s'ouvrir, une lèle d'homme »rulïiliîe *ur 
A fmm, ci wjr cbaouue de* quatre purles priuripalca la rftpréMiitatioa 
iu-.:^ des jjirtirs d'uu corps liuiiiaiu. [t'/iron. mss. -* LkgroS cl NadaUD, 
L ffm tfrantl fémintrire,) 



en HISTOIRE DES VICOMTES 

toute justice, les monuments des victoires de la veille sonl 
détruits par les factions du lendemain. L'histoire dans Ta- 
vcnir sera d'autant plus difficile à écrire que les momi- 
ments élevés par nos pères n'auront plus que des ruines, m 
qu'on en aura tellement changé la destination qu'on ne 
saura à qui on faire honneur. 

Ni la plus lâche trahison, ni l'emploi de la force n'avaient 
pu triompher de la vigilance et de l'énergie d'une poi- 
gnée de bourgeois; et cependant Jean de Bretagne, d'au- 
tant plus implacable et plus dangereux qu'il n'avait pu 
honte de recourir aux moyens réprouvés par la che\'alene 
française, continuait d'observer la ville comme sa proie, 
campait dans les vignes qu'on se disposait à vendanger, 
détniisait, brûlait les pressoirs des propriétaires, ainsi que 
les moulins situés près des ponts de Saint-Ëtienne et de 
Saint-Martial. Mais les bourgeois, toujours sur leurs gardes, 
sortaient souvent de la ville pour repousser ses détache- 
ments ; et toujours de j)art et d^autre des morts et des 
blessés. La colère du vicomte ne se contint plus à Taa- 
noncc que le runsiil venait d'expier son crime. Il jura de 
mourir plutôt que de renoncer h s'emparer de la ville. 

Pendant huit jours (lu'il put occuper la Cite, il s'en prit 
aux maisons des chanoines, les détmisit, et maltraita telle- 
ment les religieux qu'ils n'osaient pas venir dire la messe à 
la cathédrale. Kn vain Charles VII, qui se trouvait alors à 
Poitiers, lui donna rordrc de cesser ses attaques. H ne vou- 
lut rien entendre, sachant bien que le roi n'avait pas encore 
conquis son royaume. Il s'était fortifié dans le palais de 
révéque, situé dans la Cité, «joignant le clocher et église 
cathédrale, place assez forte, oîi ne demeurait per- 
sonne pour la défendre, ni même dans la Cité, depuis la 
destruction faite par le prince de (Salles. » L'évéquc s'était 
retiré dans la ville avec son clergé. Malgré leur courage, 






ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 61 

bien connu de leur ennemi, les habitants s'inquiétaient de 
cet état de choses qui les ruinait, arrêtait le commerce et 
empêchait toute communication avec l'extérieur. D'un au- 
tre côté, on disait que les Anglais se disposaient à se réunir 
au vicomte pour attaquer la ville sur tous les points. 

Enfin, las de se tenir inutilement renfermé dans la Cité 
en ruines, de ne pouvoir rien entreprendre de fructueux 
contre la ville, et voyant ses soldats fatigués d'un siège 
sans fin, Jean de Bretagne, après bien des vengeances inu- 
tiles à sa causCj qui ne faisaient qu'irriter les habitants, 
quitta la Cité, se retira à Pierre-BufOère, puis à Aixe, d'où 
il sortait régulièrement deux ou trois fois par semaine, 
pour courir la campagne, dévaliser quelques marchands et 
faire des prisonniers, surtout quand il pouvait en attendre 
une rançon. Les gens qu'il laissait ù Pierre-BufÛère, aux- 
quels s'associaient les habitants, comme si ceux-ci eussent 
hérité de la haine qui avait existé autrefois entre Limoges 
représentée par ses vicomtes et les seigneurs de Pierrc- 
Bufflère, venaient r6der dans les environs de Châlusset, 
cherchant à surprendre la place défendue par le maré- 
chal Pothon de Xaintrailles, ravageaient les champs qu'ils 
croyaient appartenir au parti contraire : c'est ainsi que 
furent brûlés le bourg et le château de &iint-Priest-Ligourc 
(iiàô) ^ Plus grande que jamais fut la terreur à Limoges, 
quand on apprit qu'un marchand de la ville, nommé Bou- 
chauJ, avait été arrêté, qu'on lui avait coupé la tête, et que 
d'autres avaient eu le même sort. On vit bientôt paraître 
sous les murailles quelques bandes ennemies qui montraient 
aux habitants les têtes des victimes. Partout aux alentours 
les campagnes étaient ravagées, les maisons incendiées, les 

1. 11 f eut plui tard un procè:« intenté par les habitants de cexio localiic 
eootrc Alain d'Albret, eu u qualité de ricomtCt mais qui parait n'avoir pn<( 
eu de suite». [Arch, de Pau : série K.) 



tiS HISTOIRE DES VlCOHm 

vignes coupées. La guerre dura ainsi jusqu'à l'année sui- 
vante, sans que les habitants osassent s'aventurer à la pcmh 
suite de Tennemi, tant ils craigoaieni qu'en leur aiiseatt 
la ville ne fût attaquée à l'improviste. On pouvait cni»- 
drc aussi les Anglais, toujours maîtres de quelques por- 
tions dans les environs; aussi, après le départ du vieomte, 
s'étail-oD empressé de détruire le palais de l'évèque et kl 
autres fortifications de la Cité, dont on aurait pu se sertir 
contre la ville. 

L'évoque, Pierre de Montbrun, d*&ccord avec cdui di 
PoitiiTS, ouvrit des négociations avec Jean de Bretagne : 
la noblesse du pays intervint aussi; le vicomte, qui n'avait 
jusqu'alors qu'i\ combattre quelques bourgeois, craignaat 
la suite de ces hostilités contre lesquelles tout le monde 
réclamait, consentit h une trêve sur la promesse d'une 
somme de cinq mille écus qu'on devait se procurer en im- 
posant tout le Limousin. La guerre cessa; la trOve fut plu- 
sieurs fuis renouvelée^ cl déûnitivemcnt rompue en 1434^ 
Mais la IMicclie d'Orléans venait de donner un roi h le 
France, en légitimant ])ar la cérémonie du sacre le iils de 
Charles VI et d'Isabeau de liavière. Le peuple reprit courage; 
Dieu était venu an secours de la France; les villes craigni- 
rent niuins les entreprises des {grands vassaui, quand TAn- 
gletcrrc, livrée elle-môme aux factions, n''eut plus qu'à 
pleurer sur ses dé:>astrcs. Les habitants de Limoges avaient 
proiité de la première tr(>ve avec le vicomte, pour cons- 
truire la muraille ({ui soutenait le clocher de Saint-Étienne, 
du côté de i'évôché. Un bois voisin, situé dans le quartier des 
Combes, appelé le Buis-de-l'Abbé, fut aussi entouré d'une 
épaisse muraille qui pouvait protéger la Cité de ce côté'. 

Pendant que les villes rommen(;aient A avoir confiance 

1. Cit 1»>>(>. U«Mlt ri.'iU|il.-uri.-|llClit >'e>l CiiUStTl ilf|UlM d« llUi«Ofli», 

:..fm;a à l'In- ûitiiil-^ \ ill.i-CIlau. à caiè!«f (i«; -uj iniir il't'n«:i'mt('. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 63 

harles VII, espérant que bientùl elles n'auraient pins 
aibatlre les Anglais, TEurope clirélicnue tremblait 
ut une nouvelle invasion des Barbares. Amumlh, à la 
d'une nalion jeune d'énergie et de fanatisme, qui 
it Licnlôl modifier Tétat politique de rOccidcnt, me* 
it Constantinople. Le pape tenta, comme ses prédé- 
urs, au temps des grandes invasions, de relever le 
ige, en faisant un appel au monde catholique, aux rois 
X peuples, en ordonnant partout de grandes cérémo* 
relifrieuses, non-seulement comme expiation des fau- 
assées, mais comme moyen de raviver la foi, d'exaller 
itriotisme et d'arrêter la barbarie sur les bords de 
in. Jean Uuniade, Mathias Corvin appelaient la Hon- 
à s'armer contre les infidèles; Tltalie, la France re- 
aient leur vieil enthousiasme chevaleresque du temps 
croisades; à Limoges, une ostension solennelle des 
les de saint Marlial et des autres martvrs de la foi 
ettait plusieurs jours d'indulgence à ceux qui vien- 
nt \isiler le tombeau du grand apôtre, qui feraient 
lumônes pour la réparation du monastère, et vou- 
ai combattre pour le Christ (1431). 
)endnnt Jean de Bretagne songeait toujours h repren- 
i plénitude de sa suzeraineté sur la ville. On le voyait 
r du chàieau de Nonlron à Saint-Yrieix, d'Aixe au 
au de risle, suivi d'une partie de la noblesse, annon- 
que les hostilités allaient recommencer, ranimant le 
gc de ses gens d'armes par la promesse d'un riche 
. Bientôt ses troupes se rapprochèrent de la ville qui 
t en mesure de se défendre contre lui et contre les 
is. Les sentinelles veillaient au haut des clochers de 
Etienne, de Saint-Michel et sur la colline de Mont- 
; on travaillait aux fortiQcalions des tours, des mu- 
i et des portes; spectacle magnifique d'une popula- 



ei HISTOIRE DEIS VICOMTES 

tien pleine d'énergie et de patriotisme, qui ne cédait pa> 
aux entrainemonls du jour, & des passions sans noblesse, 
mais qui, depuis des années, résistait comme un seul homme 
aux attaques incessantes des vicomtes on de Tétrangerl ^ 
Sans interrompre ces préparatifs, on convint pourtant 
d'une nouvelle trêve, à laquelle Jean de Bretagne consentit 
aisément, parce qu'à la même époque il méditait de nou- 
veaux projets pour recouvrer tout l'héritage de sa famille 
au delà de la Loire. 

Le pays, quoique rassuré de ce côte, n'était pas pour cela 
exempt de graves préoccupations; il souQrait horribl^ 
ment des dévastations auxquelles se livraient impunément 
les capitaines « des écorcheurs ». L'Espagnol Rodrigue 
de Villandrai, le plus actif, le plus dangereux, se diri- 
geant vers le centre de la Guyenne, s'arrêta dans les ent- 
rons de la ville avec ses bandes, plus hardies & piller qu'à 
combattre. A son approche, on s'était empressé de fermer 
toutes les routes, tous les sentiers qui conduisaient à la 
ville ou aux faubourgs, avec des charrettes chargées de pier- 
res énormes, ou avec des poutres attachées par des bou- 
lons en fer (1135}. Malprc tout, les écorcheurs s'aventurè- 
rent dans les chemins détournés, s'approchèrent des murs 
d'enceinte, firent quelques ])risonniors et quelque butin. 
Aussitôt que ce danger fut signalé, les habitants sortirent 
en grand nombre, les attaquèrent avec tant d'entrain qu*ils 
les mirent en fuite, les forcèrent de laisser derrière eux 
leurs prisonniers et leur butin. 

I^ population, toute joyeuse de ce succès, se croyait 
pour quelque temps h l'abri de nouvelles attaques, lorsque, 
peu de jours après, on reçut un message de la reine de 
France qui demandait qu'on lui fournit des guides et une 
escorte, pour conduire à Limoges ses chariots et ses baga-' 
ges. Elle venait rendre grâces à Dieu, devant les reliques 



ET DE LA YICOMTË DE LIMOGES. «5 

de saint Martial, des saccès de la France. Les consuls, 
les grands dignitaires da clergé allèrent la recevoir en 
grande pompe à qnelqno distance de la ville, et l'introdni* 
Brent dans leurs murs à travers la foule se pressant au- 
tour d'elle, heureuse de voir celle à lacjuelle la reconnais- 
«mee publique attribuait, comme & Agnès Sorel, le réveil 
de la royauté. Témoin des cérémonies des grandes osten* 
rions, la reine admirait avec étonnement les magnifiques 
processions qui parcouraient la ville, ces hommes aux 
pieds nus, bourgeois ou artisans, ces femmes de toutes les 
conditions aux longs cheveux tombant sur leurs épaules, 
qui vénéraient les reliques des saints. 

Pendant que la royauté remontait du midi vers le nord 

avec Charles VII, naguère le roi de Bourges, le vicomte de 

limoges, que ses anciens vassaux avaient forcé à la 

retraite, cherchait à arrêter la décadence de sa maison par 

d^autres moyens que par les armes. Une famille, autrefois 

rivale de la sienne, disparaissait des rangs des grands 

nssanx. L'Angleterre l'entraînait dans son naufrage. Ar- 

cbambaud IV, comte de Périgord, que la sagesse et la 

pitié de Charles VI avaient remis en possession de son 

comté, en réclamant avec fierté la ville de Périgueux que 

le roi s'était réservée, venait de s'aliéner Charles VII. On 

n'attendait plus qu'un prétexte pour dépouiller celui dont 

on des ancêtres avait osé dire à Hugues Capet : « Qui t'a 

fait roi ? D Ce prétexte s'ofi'rit de lui-môme par la tentative 

que fit Archambaud de s^emparer de la fille d'un bourgeois 

de Périgueux. La féodalité dans ses longues guerres de 

rnalités personnelles, ou dans celles de la France contre 

TAngleterrc, avait souvent oublié les lois de la chevalerie. 

Le comte de Périgueux banni, privé de ses États, crut se 

venger «en se donnant à l'Angleterre et nu diable». Son 

comté passa & Louis d'Orléans, dont le fils le vendit ensuite 
ir. 5 



ce HISTOIRE DES VIGOUTRS 

au vicomle de Limoges au prix de seize mille réaas d'or, 
économie que celui-ci civait su faire sur ses revenus; d'to- 
très disent que le peuple du Limousin en avait bienfoami 
la plus grande partie, en remplissant les coffres de leur n*^ 
zerain toutes les fois qu'il venait dans sa vicomte (liST)', 

Le moment approchait où la vieille France féodale ail 
chercher dans d'autres voies politiques ses glorieuses dei^ 
tinées. Les grands (iefs s'étaient amoindris; la roj 
n'étnit qu'un vain titre aux yeux des barons qui s'étaient i 
souvent révoltés contre elle. En sortant de cette longMj 
période marquée par de grands dévouements, conmie anaT 
par de honteuses défaillances, la royauté s'apprêtait ï\ 
abaisser ces nobles barons, qui lui avaient fait bi loi 
des jours d*inrorCune et de honte. 

Deux ans après que Jean de Bretagne se fut enrichi 
l'acquisition du comté de Périgord, Charles VII se diri] 
vers Limoges, tendant les bras à Paris, où régnait encoif] 
de nom un roi étranger. Dans le cortège du prince, 
suivait aussi le dauphin, enfant sournois, avide de gloiit' 
pour lui seul, on distinguait Charles, duc de Bourbon et^ 
d'Auvergne, gouverneur d'Aquitaine, le bâtard d'OrléanS|à^ 
la fleur de l'Age, remarquable par sa beauté, par la douceu^ 
de son ^aract^re et par son noble maintien; le seigneur de"^ 
Tancarville; La Fayette, maréchal de France; Charles] 
d'Anjou, CoGtivy, gouverneur de La Rochelle; parmi let^ 
seigneurs du pays, le seigneur de Latour, le seigneur de ' 
Chaumont, qui prenaient le titre de chevaliers; Jean de la 
Roche, le seigneur de Ayla, et le comte de la Marche pourra 
du litre de chancelier du roi; parmi le haut clergé, les évè- 
ques de Toulouse, de Maguelonne, de Poitiers \ de Maille* 

i. 12 iiian 1437. I/nripinnl du la quiltauce do cetto tomme w UxwTe 
Archive» de I^au. \h\ il** h vicomte de LÙHogex^ S. E., u* 637.) 
i. Hugues de Ciûnl'Arel, né lUiii le Limousiu. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 67 

is *. de Limoges V d*AngouIôme ' et de Tulle K Le peuple 
iitt arec joie le prince qui lui promettait de beaux jours; 
. tille eut des fêtes pour célébrer les triomphes de la 
rance; la bourgeoisie, le clergé, les artisans dont l'indus- 
fe fooffirait depuis longtemps des discordes intestines et 
m courses des Anglais, tout contribua à la splendeur du 
mîigt royal. Empruntons à un récit du temps, rédigé en 
ifin, les divers incidents de ce voyage. 
Charles VII, après avoir couché au Dorât, et prié dans la 
Mgmtique église collégiale du xi* siècle, élevée sur Tem- 
facement d'un oratoire édifié par Clovis en l'honneur de 
ft tainle Croix et de saint Pierre, «le porte-clef du 
nyaiUDe des cieux, » après la bataille de Youillé ^ quitta 
^We ville, suivi assez loin par la population, qui n'oubliait 
qo*en 1404 Charles VI avait voulu « que les bourgeois, 
et habitants de cette ville jouissent des mêmes 
ges, franchises et libertés » accordés à Féglise et au 
itre. Le 2 mars 1438, il dîna au château de Thouron, 
n'existe plus, et dont il ne reste pas même une ruine 
souvenir du passage d'une cour brillante. Le dauphin^ 
fri avait logé à Bellac, l'ancienne capitale de là Marche ^, 
il étaient accourus, pour lui faire hommage, les bourgeois 
fa communes de Magnac et du Dorât, ainsi que les vas- 
an des cbâtellenics de Champagnac et de Rançon, le 
inança et vint l'attendre au Petit-Limoges, alors appelé 



L TMobald de Lace. 

L Kerre III de Mootbnin. 

a. Robert III de Montbrou. 

i. Jeu II de Clnys. 

1 GmUia Chrùtiana, U IV, p. 333. 

C Cb 1372, Cliarles V donna la cliAtellcnie de Dellac à Louii 11 de Bonr- 

u, «tgneor de Beai^jeu. En 138G, le duc de Berry poMédait Bellac, Raii- 

■ «1 Ch*'"r«g*"^, qu'il céda à Jeaa de Bourbon. Ces trois cfaâtelleniei» 

, eoofiiquées en 1477 sur Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, pAr 

XI j im les donna à m lillc, Madame de Beau jeu. 




63 ilISTOIRK DES YlCOmi<S 

Cozès. Les deux princes se dirigèrent ensemble wrs Li- 
moges, et virent bientôt accourir autour d'eux une Iroape 
d'enfants poilant de petites bannières aux armes de Fnui<^, 
criant : < Vive le roi ! vive le dauphin ! i A Mont-Jaurj, 
étaient déjà réunis les frères Mineurs, contre la volonté de 
révoque, avec Tnbbé de Saint-Martial, portant une chappe 
d'or et d'azur, tandis que ses religieux en avaient de bho- 
ches. Tous étaient rangés en ordre sur une vaste place, ' 
devant un aulel orné do reliques, d'une image de SaiDl^ 
Marie du Sépulcre, d'une grande croix d'argent, dVinr 
autre d'or, tandis qu'un jeune homme portant les reliques 
s'avançait au-devant du cortège ^ Le roi, par respect poar 
cet appareil religieux, descend de sa mule, et se mettant 
à genoux, adore la croix que lui présente l'abbé, tandis 
que le clergé chante l'antienne Gaude^ Maria^. II remonte 
c\ cheval, et s'avance, précédé des religieux, dans le mène 
ordre^ jusqu'à un endroit situé à moitié chemin, entre 
Mont-Jauvy et la porte Montmaillé, où il y avait aussi une 
exposition de reliques. Mettant de nouveau pied à terre, il 
vénère U»s reliques que l'évùque lui présente. C'était sans 
doute en ce lieu que révoque aurait voulu que le cierge 
iiltendit le cortège; aussi avait-il vu avec peine les frère» 
Mineurs aller prendre position plus loin. Cette division ae 
manifesta encore ; car lorsque le cortège se remit en marche, 
les chanoines criaient aux frères Mineurs de prendre le de- 
vaut; mais comme ceux-ci ne se pressaient pas, on finit p<ir 
se ranger ainsi : les religieux formant une longue file à 
gauche, l'abbé de Saint-Martial et ses moines, et l'ëvègoe 

1. c< ... In iinndnm plnU'.i penia riM'ln in itnicm. invenimus pariam pva- 
tuiii et rt.'Iit]uia« deimpiir, viileliret iiiiAfrn S. Marin> di> Se|»ulcro et mi 
arfOîiiU'a do (sniiimli, et Dia^na oni\ Auren, Jiivi'iie «tautr !])>«• relkiulM 

2. M llux v(To ili-scciulit do i^>in>»«'t'*. su. t. Ilo^is ^nihu», adonvit rrucnUt 
I»i>rriirtMile Diuuiuo Al)Uite. » (M/V.) 




CT DE LA VICOMTE DE UMOOKS. Cil 

avec ses chanoines tenant !a droite '. On .irrita ninsi devant 
le clocbcr où deyait avoir lieu une nouvelle exposition de 
reliques. L'évëque ne trouvant pas que ses droits de pré- 
séance fussent observés, se disposait à se retirer; mais, sur 
l'invitation de l'abbé de Saint-Martial, il prit place, avec les 
chanoines, devant les reliques, à l'entrée du cloître rie l'ab- 
baye, en attendant l'arrivée du roi, qui fit sou entrée pur la 
porte de Monlmaillé. il y Tul reçu par les consuls et les 
bourgeois, faisant Ilotter devant lui un immense étendard 
aux armes de France, sous lequel il continua sa marche 
nrec son QIs, tenant le milieu de la rue, dont les deux câtés 
âlaienl occupés par des gens d'armes, pendant que la foule 
criait : « NoCl I KoËl I » et les enfants : n Vive le roi I vive le 
(faupbini « en agitant leurs petites bannières *. Arrivé de- 
Tant le cloître, le roi descendit de cheval, embrassa la croix 
fjuc lui présentait l'i^véque, avec l'eau bénite, enira dans 
l'église, l'avança vers le grand autel de Saiot-Marlial, où. 
s'agcnouîllant, il baisa de nouveau la croix. Quand on eut 
chanté l'antiennii eu l'hoROGur du saint, et que t'évéque eut 



I. a ... Htg6 receon «quorn innm, procemimua ordEntta eonrentn liïnc 
jad* atqiM ad locum, ubi Dé EplKopui, ciim caiiopidi iuîb, îlerum rdi- 
qdîu pnravenit, ul est iu mailio JlinorLE ijiter Moalim Gaiidii el porUm 
XntnutUd; el ileram rei dMcuadit, ol reliquiu lulonTÎt par mauui epit- 
MfL. Ei t*g» KiuouUUi, coDabauLur caiumici qu<irl aule ipjos p«rgerau>iM, 
tiptf inUir\Km\aE penonas Jorniiinrum, alla voce clamantcB : Dauant! da- 
MHfJ Uodietim ^eaicalen et coolradicentfK hnbuinms nostnim locnm in 
(4rt« nniitra, D. Altt>u, cum ooTealu eiio, «l D. EpiMopuB ouni cuKiiiiaia 
"ii) ia psrUi ilentra. a {Ibiil.) 

1. «... Et lie oniiùaU veuimui uite Decarium, et nos iterum panilis reli- 
fuit apcclabiuau*, et D. Epîicopo cum canoiiicii roocdeute, iiiiltatiu a 
D.AIriiôte remunit cum ouonicif, cl «ia stanlva untio luIe relii(uiu lu 
■'tnau Aulerin Mucll UorEialii, •ipecUbiiinus reifeiD. It» rero in|;reHua 
'l'>ali« Jlalier laTanit ptrttuiD pupillunem pnlcbrum cum «rmù sui«, qiiem 
-<-'i>tiiiit coatulea fl liurgeaiei; et ipee roi et Dliui smit da tiubler et «a 
ji'tgebtnt pcr médium carrerio , annali tero hinc iude ordiuali ib ulroque 
l>I«n tlalHut; tranfcuate re^ cum noliill camil&Ui, poptiliu lulem clama- 
M : « Noa, Noe, Noe, a euni gaucllo inngno, et «apra dicti pueri ; « Vivo 
i»Ucr! cl VUo lo Dniipliin ! a (/4W.) 




10 HISTOIRE DES VICOMTES 

donné la bénédiction, avant l'abbé à sa droite, le roi ne 
descendit point dans le Sépulcre; mais, siÛTant la même 
direction par laquelle il était venu, il retourna devant le 
cloître, remonta à cheval, et sous le dais, se rendit à la 
maison de Guillaume Julien, appelée Barauéaria^ c'estrl- 
dire le Bâtiment, où il logea '• Le dauphin, pour faire hon- 
neur à l'abbé de Saint-Martial, prit chez lui son logement; 
son confesseur chez le prévôt des Combes, et son médecin 
dans rinflrmcrie de l'abbaye ; le bâtard d'Orléans fut reçB 
dans la maison de Disncmatin de Salles. Gomme toi)yoan« \ 
les solliciteurs s'empressèrent de rechercher les faveurs des ' 
princes : le prévôt des Gombçs demanda une prébende \ 
pour son neveu; Gui de Félins pria le médecin d'obtenir dn ' 
dauphin que l'abbé réunit Taumônerie à l'intirmerie, ce que 

■ 

l'abbé de Saint-Martin refusa, mais donna au solliciteor on 
autre bénéfice. 

Le narrateur de cette entrée solennelle ajoute : • Jean 
Boutel, de Bourges, apothicaire du roi, logea chez moi, 
dans ma chambre et dans mon propre lit, avec Denis, mon 
clerc, à qui il fit présent de six sous pour payer celle hos- 
pitalité, ce que je ne voulais pas. • Plusieurs autres per- 
sonnes du cortège logèrent dans Tabbaye, entre autres Tan- 
neguy Duchàtcl, ancien prévôt de Paris, qui était vena 
rejoindre le roi i\ Bellao, et lui avait fait présent d'une lionne. 
Le dauphin attacha l'animal avec une corde, dans un appar- 
tement, en attendant son départ; mais, pendant la uuil, la 

1. « Kt Hi! vrnit nnliintc usqun .ni iinU' olocnriiiiii, cl ihi deaceiidit d** 
equo, Pt ostcntA criin^ sibi |»or ]). tiiis4-i>|)uin, itorrerU et dalA #ibi aqai 
bencHJirti, iiitr.-i\it ivrlosinm : el r*'.c[\ via vi'ull aille in2gu.« altaru S. Mar- 
tialiii, vl ibi lli>iiA p'iiibiis, itoruia oiKculatns v<i criiccni tic pt'r epitopam 
tcUMiii, vi tliiiti culliTti h. Marlialîii, K ilit.i iiuiuMlic'.ioiiK ab ipM epi«oopo, 
D. AbUilc staiitP ju\ta ipsiini upistropuiii, r.'x non iIusummiiHI in ^pnlcro. mJ 
ncXA vh, [M»r qu.im v»»n«Tal, roKrvsMi.'» i-sl: i-l aiiîr clwarium ubi «i^vU- 
batnr, riMM'iMKbt equnin itinnn, et r*nb paitili-iiit; pnifii'tns i*^i iti il<i>niini 
Guillcbui Jiiliani viN'ati llarnutlarii, iil est liii Hastimont. et ibi b^i^plut'i* 
rrnmnsit. li (.1/fv, t/n yniw! scmùiaÙT tic Limof/fx,) 



KT DE LA VICOMTE t)E LIMOfiES. Il 

lionne S'élanl élancée par une croisée, s'étrangla. Le prince 
n'emporta que la peau, comme il devait garder ]es dépouilles 
de la féodalité. L'abbé de Saint-Martial fit présent d'un 
beau chien lévrier, symbole de l'amilié à celui qui n'eut 
jamais d'amis. 

La présence de Charles VII donna lieu à de splendides cé- 
rémonies religieuses. Après avoir visité avec iillontion les 
forliâcalions de la ville et les ruines de la Cité, il se rendit 
à l'église de Saint-Martial, où il assista à la messe et aux 
vfipres au grand autel, sur un prie-Dieu, placé prÈs de l'ar- 
moire où couchait toujours le gardien du chœur. Après les 
Tëpres, le chancelier Jacques de Chabanes, sénéchal de Tou- 
louse, étant en face de l'autel, lui présenta les religieux de 
l'abbaye dont l'abbé lui offrit lous les biens de sa commu- 
nauté, pour qu'il en usât à sa volonté '. Le roi, très-sen- 
sible à celle générosité, en lémoigna sa gratitude, ainsi que 
le dauphin, qui aurait bien pris cetle oITre au sérieux, s'il 
en avait eu le pouvoir. Le mPme jour, après dîner, il fit sa- 
voir â l'abbé qu'il désirait qu'on lui montrât le lendemain le 
chef de saint Martial, cérémonie qui eut lieu, en eifet, au 
grand autel, en présence de tous les dignitaires du clergé 
et de tous ceux qui formaient le cortège. Quand tout le 
inonde eut prié devant la sainte relique, des Dois de peuple 
entrèrent dans l'église avec des offrandes pour l'apOfre 
i]*Aquilaine.MaisaprËs que les chants du chœur, auxquels 
t'étaient joints oeux de la chapelle du roi, eurent cessé de 
retentir sous les voûtes de l'église abbatiale, Charles VU dut 
prêter l'oreille aux échos de la misère publique. Martial 
Bermoadet, lieutenant-général, et en rnSme temps consul en 
rharge cetle année, lui adressa une harangue dans laquelle 



72 HISTOIRE DES VICOMTES 

il lui fit, sous les plus sombres couleurs, le triste tablcaa 
de la misère qui régnait dans les campagnes *, des ravages 
que faisaient les Anglais, encore maîtres de Chàlusset. Le 
môme jour» après dîner, il monta à cheval, suivi de soo 
escorte, sortit par la porlc Montmaillé| se dirigea vers Tab- , 
baye de Saint-Martin, entra dans l'église de Saint-Etieime 
pour y prier et en admirer les admirables sculptures et les 
riches ornements. Après avoir visité la Cité une seconde fois 
et la fontaine d*Angoulôme, il passa devant le pilori du mar- 
ché, et, suivant les rues Manigne, des Taules et du Clocher, 
il fut reçu dans la maison de Simon Luc, un des consuls. 
Charles V et Charles VI, en récompense du courage des 
habitants de Limoges à résister aux Anglais, leur avaient 
accordé de nombreux privilèges, entre autres l'exemplion 
de tous impôts ; mais Charles VII, à son avènement, était 
trop pauvre pour suffire aux dépenses nécessitées par la 
continuation de la guerre contre les Anglais; il loi fallut 
faire appel à tous ses sujets. Limoges lui fournit trois mille 
écus comptant, et la province vingt mille livres. La ville eut 
encore à payer les frais de cette réception solennelle, qui 
se montèrent à sept mille écus. L'Eglise avait généreuse- 
ment offert sa fortune à son roi pour la délivrance du pays; 
aussi le prince s'en mon(ra-i-il reconnaissant, en donnant 
à Tabbé de Saint-Martial, pour lui et pour son abbaye, des 
lettres de sauvegarde, le privilège d'avoir plusieurs olfi- 
ciers pour veiller à la conservation de la fortune du cloître, 
et la faculté de percevoir les redevances qui lui étaient 
dues, mais dont les titres auraient été perdus depuis quatre- 
vingt-dix ans. Informé du danger qu'avait couru la ville, de 

1. « Marlinlis niTiiio»rl«.»t. liK*um t'^nen» resis, t'I consul villa» in ipM 
onnOf luultum Uona tl laudaulcs ctiraiii rcgu pivpositOj «î areu^am [sic) 
fecilt CYpouGUs l't «liceiis pauiivrtatcK ot luisurias et afflictioiies tcnijioni 
rampauiarum iiostri. » (.Vw. tiu sàtiùiaùr,) 



ET DB LA VICOMTE DE UHOGES. 1S 

tomber par trahison au pouvoir àe Jean de Bretagne et des 
Anglais, il voulut, avant de s'éloigner, apprendre au peuple 
comme à la noblesse, qu'on ne conspirerait plus en vain 
contre la France; il fit trancher la I6te, en présence de la 
foule, et sur un lieu àleTé,'^ un chevalier nommé Bertrand 
d'Arac, traître à son pays, qui s'était fait le partisan de 
rAngieteire, et qu'on avait bit prisonnier dans un lieu 
nommé le Doignon {in leeo DoMiime). Le coupable aurait 
pu s'échapper pendant la nuit, comme quelques-uns de ses 
cMDpliees, nuis on ne lui ea tint pas ctMnpte >. 

Jean de Bretagne ne parut point à Limoges pendant le 
séjour qu'y fit Charles VU. En vain savnit-ii que le prince y 
était entouré des plus nobles représentants de la féodalité 
et des grands dignitaires de l'Église, il n'osa pas, comme 
l'abbé de Saint-Martial l'avait obtenu pour son abbaye, ve- 
nir réclamer les droits de sa famille sur la vicomte. La for- 
tune lui vint en aide d'un autre c6té. Le connétable, Artur 
de Bretagne, dont il avait su gagner l'amitié, touché de ses 
prières, consentit à se faire son médiateur auprès de Fran- 
çois 1", duc de Bretagne. Il le conduisit k Nantes, et le 
présenta lat-meme à soa neveu, qui, oubliant sa haine 
contre les Penthièvre, se kisia lléchir par les larmes du 
vicomte, déplorant la ruine de sa fortune, les malheurs de 
la Eamille, lui rendit une partie des biens confisqués k sa 
maison, et remit en liberté Guillaume, son frère, retenu 
dqiaia longtemps en otage (1448). 

I. Quelque* éeri<riua oui arancâ que ce fut Bertnud d'Abuc que fit 
aiettre A mort Clurlea VII, à Limog^i. Le chroniqueur, suleur de U reU- 
tJM du Tojige de Chiriei VII, eemble contredire' cette utcrtMu : « Fecit 
pnjdics, in bIio Ioco prope pilorium, impuUre c&put Bartrandi de Ane. ■ 
S«iB n'sTOTi pu lire ce nom que de celle rasmère. La cheïïlier d'Abiic, 
nrttd à DtaM en Ptrigord. fut Lien nipplicié pour emw de liahiaia. Celui 
qni eil ici namué onit été fait prîioanier acec quelque* aulrei, ■ tu Ioco 
Oacmione ou Daamione. ■ Cet écrivain devait être bien iafonaé, puitqu'il 
«MIa i rentrée de Cbtriei VII L Limssea. 



li IIISTOIRE DES VICOMTES 



CHAPITRE XIX 

SUITE DE JEAN DE BRETAGNE : JEAN III, CHARLES TIl, 

ROI DE FRANCE 

L'Angleterre rucorc pui«#ante. — DévouemcDl det bourgeoii de Uimch 
à Charles VII. — NoutoUc traliiMiii ourdie par Jean de Bretagne contre 
Limofre». — ArrestAtion de w* a>rentii ; on instruit leur procès. ^ \J» 
coupable:^ soustraits à la juridiction ronsulairc. — Jean do Moutbruo pn- 
XAg^ par l'i^viViuc. — I/K^li^' *'t ^^* Krand« vasMux. — Pierre de Deu- 
fort, vicomte do TunMiue, fait liomma^ & l'abbé de Saint-Martial. ^ Lft 
Pragucrio on l.imou«in, attaqut^c |iar Xaiulrailleti. — • Charlei VU et k 
Dauphin à I.iuioifos. — Arrivi^e de la reine, l'accueil que lui fait k 
clenrc. — Jean do Hrotifrno ; ses exploit» cnutre lei Anglais au Kiéfre de 
Derperao; au sii'fru de Saiuto-Foy. — Demièrt* campagne du lieemie: 
témoi^niagei do m recouiini^minoo à plusieurs famille». — Son sinivenir 
resté dans le pays. — Notoï^ sur ses héritiers. 

Les hcibitnnis de Limoges et ceux des campagnes et des 
villes où passa Charles Vil avaient eu des acclamations de 
joie pour celtii qui promettait d'arracher la malheureuse 
France aux longs bras de TAngleterre qui l'enserraient en- 
core au nord-est par la Bourgogne, son alliée, à Pouest 
par la Urotagno, au midi par le concours de quelques ba- 
rons de Guienne , prétërant leur forttme & l'honneur, l'é- 
tranger avec ses factions à la rVance de Philippe-Auguste 
et de siiint Louis. Le nouveau roi d'Angleterre s'était fait 
appeler trop longtemps le roi de France, comme on l'aTait 
proclamé h Saint-Denis, sur la tombe de l'infortuné 
Charles VI. La France, debout sur ses ruines, allait fière- 
ment à la conquête de sa nationalité, si longtemps mécon- 
nue pendant cotte guerre de cent ans, et pour vaincre elle 
donnait généreusement l'argent que lui demandait le prince 



ET DE LA VIC03ITÉ DE UMOGES. 75 

et le sang de ses plus nobles enfants. Les bourgeois de Li- 
moges, s'oubliant eux-mêmes, n'avaient point imploré les 
seoMirs du prince contre les attaques du vicomte. Pour 
eux, le salut de la patrie passait avant les intérêts de la 
ville, aussi s'étaient-ils bornés à lui exposer librement, par 
la voix de leurs consuls, tout ce qu'ils avaient souffert jus- 
qu'alors. Quoiqu'ils sussent bien qu'il cbcrcbait à attirer h, 
lui Jean de Bretagne, ils ne lui virent rien faire, ne lui en- 
tendirent rien dire, qui pût leur faire craindre de voir re- 
mettre dans tous ses anciens droits la famille de Pentbièvre, 
anx dépens des privilèges de la ville. 

Tout porte à croire que l'ambitieux vicomte ne put rien 
obtenir à cet égard. Alors, ne comptant plus que sur lui- 
même, il eut encore recours à la ruse et à la trahison. 
ikHnme les prétendants de tous les temps, il lui fut facile 
d'attirer à lui quelques dévouements ambitieux qui le ser- 
virent par l'intrigue et la déloyauté. Pendant que la guerre 
continuait encore dans le Poitou contre les Anglais, et que 
quelques bandes ennemies couraient encore le Limousin, 
les consuls de Limoges furent avertis qu'une nouvelle trahi- 
son menaçait de les livrer à Jean de Bretagne. On leur 
annonçait que deux espions étaient entrés dans leurs murs 
depuis quelques jours, l'un du pays de Béam, nommé Mar- 
tin VEscaladoTj à cause de son agilité et de son adresse ù 
franchir les murailles; l'autre, tout aussi entreprencont, 
nommé Sa\-oyé. 

Aussitôt, on croit à un complot; les consuls veillent, 
donnent l'ordre d'arrêter les deux complices. Les agents 
aisissent Savoyé, pendant que son compagnon se sauve 
dans le couvent des Carmes, où il est protégé par le droit 
d'aiile, ce vieux privilège des cloîtres qui, au moyen âge, 
fat une garantie pour de pauvres serfs injustement poursui- 
vis par leurs maîtres. Savoyé interrogé avoue qu'il est né 



IG HISTOIRE DES VICOMTES 

OU Savoie y que son vrai iiom est Jean de Villars; qu'il a 
souvent servi le parti des Anglais en escaladant les mu- 
railles des villes pour en étudier la position ou pour les 
leur livrer, à l'aide de quelques traîtres; qu'il a été en- 
voyé à Limoges par Jean de Montbnio, parent des évéqnes 
d'Angoulénie et de Limoges, pour faire fabriquer deux 
couteaux h scie, seize manches de plomb en forme de 
limes sourdes et un pied de chèvre; qu'il devait se ser- 
vir de CCS instruments pour ouvrir les portes de Ribeyrac, 
et d'une autre place située dans les environs de Nontroa, 
dont le commandemont avait été donné au chevalier de 
Montbrun par le vicomte de Limoges. Pressé de questions, 
il raconte qu*il a entendu dire, par quatre soldats de la 
compagnie de Montbrun, que Jean de Bretagne serait bien- 
tôt maître de Limoges, qu'il y entrerait par la porte des 
Arènes. On se rappela en effet que les mêmes propos, aux- 
quels on ne s*était pas arrôté, avaient été tenus par quel- 
ques partisans du vicomte, pendant les fêtes célébrées i 
l'occasion du mariage de la bâtarde de Penthièvre» alors 
môme que les consuls faisaient fortifier la porte des Arènes, 
a laquelle pour garder la nuit on avait couverte de paille *.t 
On apprit aussi que le vicomte devait placer ses gens eo 
embuscade dans un hôpital voisin; que de là devait partir, 
à rouverture de la porte, et se diriger vers le pont, une 
charrette chargée de paille a laquelle on mettrait le feu; 
qu'en attendant on scierait les barrières, de manière que 
les assaillants n'eussent que la peine de les pousser pour 
les faire tomber. On devait ensuite se précipiter en avant, 
en jetant des fusées sur la porte couverte de paille, et em- 
pocher par ce moyeii les habitants d'en défendre l'entrée. 
Savoyé avoua, de plus, qu'un nommé Martin Borie lui 
fabriquait tous les instruments nécessaires. 



KT DE LA VIGOBITË DE UMOGES. 77 

Les consuls firent comparaître doTant eux le personnage 
indiqué, qu'on pouTait bien soupçonner, car on savait par 
h rumeur publique qu'il fréquentait des gens de la maison 
de Penthièvre; et, sur quelques soupçons, il lui avait été 
défendu de fabriquer des instruments de guerre, et môme 
de faire partie du guet qui veillait à la sûreté de h ville. 
Confronté avec Savoyé, il déclara le reconnaître, ainsi que 
le chevalier Jean de Montbrun, ajoutant que Tun et l'autre 
hn avaient donné Tordre de fabriquer les instruments qu'il 
représente. Les consuls font amener devant eux Jean de 
Vonlbrun, pour instruire aussi son procès; mais les offi- 
ciers du roi réclament la connaissance de cette affaire, et, 
sans aucune opposition de la part des consuls, les accuses 
sont envoyés devant eux. Le chevalier de Montbrun, mal- 
gré les aveux de ses deux complices, comptant sans doute 
sur l'influence de sa famille, refuse de s'expliquer, niant 
d'ailleurs énergiquement de s'être associé à ce complot. 
Alors un des deux accusés lui rappelle qu'un jour qu'il 
passait devant la porte des Arènes, il leur avait montré ses 
gens d'armes et la paille qui recouvrait la porte, et que son 
trompette avait ajouté « qu'il ne donnerait pas sa part de 
butin pour trois cents écus. » 

L'indignation était grande parmi les citoyens, pour qui la 
trahison était évidente, mais qui prévoyaient bien que les 
eoopables échapperaient à la vindicte publique, du mo- 
ment où ib n'avaient pas à répondre devant la juridiction 
eonsDlaire. Les officiers du roi, après avoir paru vouloir 
Tefllrayer en le mettant à la question, mais sans lui causer 
de grandes souffrances, renvoyèrent le prisonnier sur de 
nooTeDes protestations d'innocence. Quant & Savoyé, on le 
«Adamna i avoir la tète tranchée. En arrivant au pilori, 
indigné qu'on laissât impuni le principal instigateur du 
complot, il engagea les habitants i se tenir sur leurs gar- 



I 



78 HISTOIRE DES VICOMTES 

des, que leur ville était réellement menacée; mais que, lié 
par un serment, il ne pouvait révéler autre chose. Il subit 
ensuite avec courage le supplice qu'il avait mérité, mais 
qui aurait dû aussi atteindre celui qui l'avait enlratné. 

Jean de Montbriin, grâce à de puissantes influences, de 
coupable qu'il était, se présenta fièrement comme une vi^ 
time de la haine des consuls. Sa famille, forte de raotorilé 
de deux évoques, se montra irritée de son arrestation el 
des poursuites exercées, sans tenir compte de sa mise en 
liberté *. Soutenue par les intrigues du vicomte, elle fil 
commencer une instruction contre les bourgeois et les 
consuls. Dix des principaux furent cités en justice et in- 

1. Quelques annalistci oui confondu la famille des baronn de ModUkw, . 
en Angoumois, avec les fieigneurs de Montlirun, eu Limousin. Nous crovou 
que le gentilhomme dont il est ici question était de la famille de MoDtbrun» • 
alliée à celle de Montbron, ou ayant avec elle d'étroites relatioui, ce qù 
semblerait justifié par ce passage de la clirouique de Geoffroi île S'igeolf '• 
« Hù diebus (vers la fin de {{19) Aimericus Rrunus Camobium^ quod voeatur 
ad Alias Vailes (Haultevaux, iJaultavaux, Autevaux ou Atavaux) amsiruau, 
cOMiparatis tarris quœ sufficerent XIII fratHbu* cum loiidem famuiù, 
canonicts {pro monachùi) tradidit de Corona, Hnjus rogniu, cornes A. (Ro- 
l>ertus) castrum quod vocabatur Trasdox^ nomine mutaio, Monbenm vcd' 
in vit. » (Voir Chron. Gatifredi prions Vosiensis, p. 325, tome H, Soc« 
Biblioih, de IMi. Labbe). Le cliâteau ou y\(:^ do la sMMgiicurie d'Aimeric-le- 
Drun, appelé d'abord Tirafdost n'aurait cliangé de nom, par le conseuteueni 
de Rubert do Montbron^ que pour iiidiqut'r raliiancc des ileux familles, on 
peut-être nue origiue commune. Mais, plus tanl, pour diMinpier les deux 
localités, le nom de Monibrun prévalut sur celui de Monberon (Mous- 
Bcrulplius), eu An^roumois, 8eii,nieuriu poss<Méc depuis Inn^tcmii!» par des 
seigneurs du nom de Bobert, Ajoutons iiu'Aimcric-le-Druu, en donnant la 
prieuré qu'il fondait dans le diocèse de Limoges ù l'abbaye de la (kmronne- 
en-Aogoumois, ne pouvait faire «lu une chui^e agréable à Robert de Montbron, 
qui, à Li môme époque, fondait aussi pn*» du cliAtcau de Montbron un 
prieuré de bénédictins, dans le cloître du(]uei plusieurs de ses successenn 
eurent leur sépultun-, comme le témuigneut quelques inscriptions. La famille 
des seigneurs de Moutbrun, ran*mi'nt mentionnée daus les Annales du Li- 
mousin, n'en eut pas moius une grande siluatii>n dans les rangs de la féoila- 
lité; on i>eut se faire une idée de mi puissance ritn qu'à \oir aigourd'hui daus 
la paroisse <ie Saint-Sulpice de Dournazac, canton de Ch«Mus, pi'ès d'un petit 
aflluent de la Drùme, les ruioes du chÂlvau, l'elTet pittoresque de ses débris, 
SCS vii.illes tours «lécouronnécs. (Voir ma Sotice *»/;■ /«,*» seiyuenrs de Mont- 
''.•">'/; H.iUrtin dQ In Swiètê fnsioriqitc vi iiixhéftouiqnc de h Cbnr^ufe,) 



ET DE LA VICOMTE DE LLMOCES. 79 

carcérés. Plus tard on leur rendit la liberté; nriais ils n*en 
avaient pas moins payé pendant quelque temps, par une 
détention arbitraire, le prélenda outrage fait à une famille 
poissante. Celle-ci ne se contenta pas de cette satistM^on ; 
TérAque Pierre de Montbran ajourna les bourgeois devant 
le Furlemeot, poor avoir détruit le cbftteau que ses prédé- 
ceaseiics avaient dans la Cité, ce qui le forçait, disait-il, 
d'habiter dans la ville une maison d'emprunt. Cette fois, 
rinlervention de la royauté, qui avait bien d'autres embar- 
ras, donna raison aux bourgeois. 

On était encore au temps où la bourgeoisie ne pouvait 
pas toujours se défendre contre les grands vassaux, quand 
môme elle invoquait les droits imprescriptibles de la jus- 
tice : mais si ceux-ci ne pouvaient pas oublier, malgré les 
révolutions politiques qui avaient fait naître partout des 
aspirations d'indépendance et d'égalité, qu'ils avaient été 
longtemps les maîtres et les privilégiés; s'ils traitaient en- 
core avec dédain les bourgeois des communes, ils appre- 
naient tous les jours qu'ils ne pourraient pas toujours 
résister, surtout quand ils cherchaient à se soustraire au 
vasselage des cloîtres et des grands dignitaires du clergé. 
L'Église, la grande promotrice de la civilisation et de la 
liberté, pouvait-elle oublier que le x* siècle, la crainte 
de la fin du monde, les croisades qui avaient commencé 
l'épanouissement de la liberté personnelle, en l)ouleversant 
l'aristocratie féodale, avaient soumis les possesseurs des 
grands fiefs à sa suzeraineté en lui reconnaissant le noble 
pririlégc d'être partout la protectrice des faibles contre 
I l'abus de la force? 

lacqnes Jouvion, abbé de Saint-Martial, qui venait de 
faire bâtir une belle maison abbatiale, celle du prévôt de 
Gozay et le château de Belle-Vue, véritable palais pour 
l'époque, usant de ses droits, avait sommé le vicomte de 



l 

1 



80 HISTOIRE DBS VICOMTES 

Tiirenne de venir lui faire hommage, ce que celai-d 
n'avait pas fait depuis plusieurs années, oubliant qu'a 
ix** siècle ses ancêtres, révoltés contre les héritiers d< 
Charlemagnc, avaient prétendu ne relever que des reliqiMi 
de saint Mar(i<i1, parce que les moines de l'abbaye étûefll 
venus déposer les reliques de leur saint dans le château dt 
Turcnne, pour les mettre à l'abri de l'invasion des Nor 
mands. L'orgueilleux vassal fût obligé de céder. Le 36 nh 
vembre (14iO), Pierre de Beaufort fit hommage à l'abbi 
pour sou ehiiteau de Turenne et pour toute la vicomte : 
il obtint seulement que cet acte de soumission n'anrait pu 
lieu en plein chapitre. « Il se rendit, comme nous l'appreiili 
un vieux registre de l'abbaje, dans la salle basse, avec 861 
témoins Jean de Rol'fignac, chevalier. Bardez, écuyer, bà*«' 
lard de Turenne, et plusieurs autres seigneurs et bourgeok 
de Limoges; et là, près du feu, après avoir reçu de l'abM^ 
le baiser de paix et l'avoir rendu, il promit tout ce qa*iui. 
vassal doit à son suzerain », et que si, h son retour dct^ 
funérailles de Jean de la Roche, qu'on devait célébrer •■ 
ChAlanl, on trouvait dans les archives de l'église la preuve 
que ses prédécesseurs avaient fait l'hommage en meilleurs 
forme, il éUit prôt à s'y soumettre. 

Pendant ce tcmps-h\, les Anglais avaient reparu en forcif 
dans la CSuyenne, avec le captai de Buch et le sénéchal 
de Bordeaux. Quelques détachements, restés dans le Limov*' 
sin depuis les derîii6res trêves, occupaient encore de petites 
forteresses, d'où ils menaçaient Limoges, tandis que d'an- 
tres étaient maîtres de la Souterraine, de Guéret et de 
Ghambon-Sainlc-Yalcric. Le connétable de la Marche el 
le l)âtard d'Orléans, à la tête de huit cents lances, vinrent 
les y assiéger et s'emparèrent facilement des deux pre- 
mières places; mais ils trouvèrent une vive résistance i 
l'attaque de la troisième. Ils parvinrent cependant h y for- 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 81 

garnison, qui s'était réfugiée dans l'église et qui fut 
de se rendre au connétable. Tout semblait faire es* 
que bientôt les provinces de l'intérieur seraient éva- 
lorsque la guerre civile fit naître de nouveaux dan* 
jb dauphin se révolta et entraîna avec lui une partie 
noblesse, mécontente de cette royauté qui, en chas- 
» Anglais, se montrait peu disposée à lui laisser ses 
tges. C'était la Praguerie^ cette ligue folle qui com- 
ptait la nationalité et l'indépendance de la France. 
ite ville de Chambon abrita derrière ses murailles les 
iK, qui, se croyant les maîtres, firent sculpter des 
ios sur les portes, comme si le jeune révolté allait 
sr la couronne de son père. Charles VII chargea Xain- 
s et d'autres chefs fidèles et dévoués de réduire cette 
t celle d'Evauz. Chambon, vivement attaquée, fut prise 
qL Ceux qui s'enfuirent au premier choc allèrent se 
r dans la grosse tour de l'église, où l'artillerie de 
rd Bureau ouvrit bientôt une large brèche. Les ré- 
se rendirent et payèrent une forte rançon. Quelques 
un voisins, ceux de Lamothe, du ChAtelet et de Ley- 
rent aussi leur soumission ^ 

loée suivante (1442), Charles VII, qui venait de mettre 
ied une nouvelle armée pour délivrer ses villes de 
ne, arriva à Limoges, accompagné du dauphin qui 
promis d'être sage, de Charles d'Anjou, du comte 
*t des maréchaux de France. Comme il n'avait pas 
Aoncé, les consuls n'eurent pas le temps de lui pre- 
nne réception brillante. Il fit son entrée un peu avant 
.y reçut le lendemain le duc et la duchesse d'Orléans, 
ina i celui-ci, qui s'était ruiné pour la cause de la 
év cent soixante mille livres, destinées à payer les 

Chabties : ITir/. ât Charles Vif. 
II. C 



i-^fc«z^«s <»;£!**» «*!^ «Wi?" 

'"'«•*ir°'*'«"-ri^''°°' «Ile ^>«« 1 * J 



ET DE LA VICOMTE DE UMOGES. 83 

ioDs du monde que la majesté des cérémonies religieuses. 
I Tovait avec peine qu'elle n'avait point demandé de visiter 
e chef de saint Martial : aussi ne vint-il pas au-devant 
l*eUe comme la première fois. L'abbé de Saint-Martial 
nlemeot et les bourgeois, tous à cheval, l'accompagnèrent 
■ dehors de la ville, à son départ pour Poitiers. La cour, 
pKuquc ayant encore sous les yeux les ruines qu'avait faites 
.'Angleterre dans toute la France, ne rêvait que trop fêtes 
A plaisirs. Les passions voluptueuses de l'Italie attiraient à 
Aea, pour les dominer bientôt, les grandes dames de cette 
mhlftfff qui allait se ruiner par son faste. Cependant l'éclat 
tait brilla la cour de la reine à Limoges excita l'admira- 
feo de tous. Les émailleurs couvrirent leurs magnifiques 
des riches et éblouissantes couleurs qui rehaussaient 
b parures du cortège royal. Le clergé, que cette visite 
Aiail pas enrichi, eut, après le départ de la cour, qui 
|ail-étre y contribua en ne rendant pas à chaque ordre 
les préséances qui lui étaient dues, des différends 
de quelques privilèges méconnus. Pour mettre 
à ces prétentions rivales, le pape Nicolas V institua 
^lu^wif de Fumel, abbé de Grandmont, juge perpétuel 
d conservateur des droits du doyen et de Téglise cathé- 
taie, n usa bientôt de son autorité en réprimant celle de 
Kiéqoe Pierre de Montbrun qui, pour punir Audier, archi- 
fiacre de Combraille, d'avoir assisté, malgré lui, & une 
pocession, l'avait excommunié et se disposait à le priver 
in Jionq^nHi dus à sa charge. 
ti U reioe n'avait pas laissé de riches présents àLimoges^ 
VII, devenu, comme la nation le désirait, sage po- 
et guerrier, sut s'attirer l'alTection et la reconnais- 
des bourgeois, et aussi le dévouement de Jean de 
qui, tout en servant la France, redemandait tou- 
tes privilèges dont avaient joui ses prédécesseurs dans 



8i HISTOIRE DES VICOMTES 

la ville et dans toute l'étendue de sa vicomte. Pour qu'il ^ 
renonçait h rexercice de la justice, dont les consuls étaient 
en poséession, le roi érigea le comté de Nemours en ducM* 
pairie et le lui donna. Dès lors le vicomte employa toute 
son autorité, tout son courage à chasser les Anglais, et M j 
montra partout le rival de gloire des Dunois, des Xain-i 
trailles et des d'Ârmagnac. C'était bien la France surlod 1 
qu'il servait, et non Charles Vil, qui n'avait presque ritt 
Tait pour relever la puissance de sa maison et qui ne pn* 
tégea jamais dans le Limousin l'autorité de son vassal. Jett 
de Bretagne, élevé au rang de lieutenant-général, aceoo- 
pagna le maréchal de Culan, (It soas ses ordres le siège dé 
Bergerac et eut une grande part à la capitulation de oettt 
ville. On le vit ensuite, avec Xaintrailles, courir au siégs 
de Gensac, sur la Dordogne, qui succomba au premier ; 
assaut. Après ce beau fait d'armes, il conduisit ses troapei , 
devant Montferrand, força le seigneur de ce nom à lej 
rendre prisonnier et à remettre la place; puis, rejoignant] 
Xaintrailles au siège de Sainté-Foi^ ce fut lui qui cfltj 
l'honneur de recevoir les clefs de la ville des mains da 
habitants. Agissant de concert avec les comtes de DunoiSi 
de Foix et d'Armagnac, il acheva bien vite la conquête 
(le toutes les places situées sur la Dordogne et alla ensuite 
avec ses compagnons de gloire se faire ouvrir les portei 
(le Bordeaux. 

Les triomphes de la France ne laissaient plus dormir 
les grands seigneurs do l'Angleterre, qui crurent qu'ans 
autre femme de France ruinait leur fortune. Marguerite 
d'Anjou fut forcée d'envoyer sur le continent de nouvelioe 
troupes, qui parvinrent à rentrer dans Bordeaux et dans 
d'autres places de Guyenne et de Périgord. Le vicomte 
de Limoges fit alors une dernière campagne. Si l'on s'en 
rapporte à la tradition, aux souvenirs qu'on retrouve en- 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 85 

38 les populations des campagnes, depuis Mont- 
Angoumois, d'où il chassa les Anglais, jusque 
rroDtiëres de la Marche, partout où des ruines se 
!Bt à la guerre de Cent ans, jamais il n'avait dé- 
us d'activité que dans la dernière année de sa vie. 
pas de château 9 de petite ville qui ne conserve 
1 comme celui d'un libérateur. Partout les déla- 
is anglais se retirèrent devant lui effrayés ou vain- 
ite la noblesse du Limousin qui s'associa à ses 
D fut récompensée par de grandes libéralités. A 
de Bayli, le jour de son mariage avec Marguerite 
irsac, .il donna la chfttellenie de Razac, en Péri- 
Compensant ainsi deux familles pour leurs bons 
X services >• Pour se procurer de l'argent, il avait 
i terre de Saint-Aulaire, dans la ch&tellenie d'Ayen, 
de Beaupoil, écuyer (26 mai 1445)^; à Guillem 
lite, damoiseau, capitaine du chftteau de GhAlosset, 
droits qu'il avait sur cette châtellenie. Son nom 
s encore oublié dans le Limousin, où il reste 
un lointain écho de la haine de cette province 
l'Angleterre et de sa joie des triomphes de la 
Après lui 3, les terres de la maison de Penthièvre 
it à une nouvelle dynastie qui trahit la France à 
et qui ne se releva de son humiliation et de sa 

de DoQ Col. à la Biblioth. nationale : année 1451, n* 135. 
d^ Pau : S. E, n» 693. 

de Bretagne, dit au«si Jean de TAigle, mourut en 1454, mus 
niants de son mariage avec la fille du seigneur de ChauTÎgni, 
;>remièrcft noce« de Béraud III, dauphin d'AuTergue. (Baluze : 
I wuiiMom d'Auvergne, t. I.) 

,e, fille de Charles de Blois et d'Isabelle de Vivonne, succé^la, en 
Iroit de représentation, à Jean do Bretagne, son oncle, dans le 
^enthiètre. Klle avait épousé Jean de Brosse, vicomte de Bridier, 
e Saiutc-Sévi-re et de Bou«!«c J437). René de Bretagne, petit-Uls 
, suivit le connétable de Bourbon ilans sa désertion, et ftit tué 
iifn des Impériauv à la liatailie de P.ivic. 



M HIOTOIRE DES TICOirrES 

pairrreté qa*ea s'alliant à la mattreiM d'an roi <. Le U* 
moosin fut ploa heareuz : il garda na Ticomte de la maboi 
de Bretagne, en attendant de passer dans la maison d'At 
bret et de saluer Henri IV. 



i. Jean 111 de Bretagtte aocepU la maiu d'Ame de Piseatoo, Qsntemj 
d*Étampe», que le roi François !•', dont elle était la maltntie, lui fit oiir ; 
en même temps que de grands avantages de fortune (I5SÔ). Plus tard, b 
oomié d'Étampes lui fut enlevé, et donné par Henri il à sa 

Diane de Poitien». 



I 

J 



ET DE LA VIGOMTÉ DE LIMOGES. 87 



CHAPITRE XX 

guillal7ie de blois, françoise de bretagne et alain 
d'albret, vicomtes de limoges 

GnîIInnne de Blois, ou de Penthièvre, Ticomte de Limoges. ^ Le peuple 
en LÛMosin sympathique à ses malheurs. — Sa mort : ses dispositions tes- 
lamentaires; ses donations aux é^liaes. — Jean, vicomte de Combom, 
tQtfor de ses enfants. — Isabelle de la Tour, sa veuve, réprime les vio- 
leacet de ses vassaux. — Note sur le moaastère de Sainte Yrieix. — Ftâ- 
hiesse de l'autorité vicomtale; la bourgeoisie et la moyenne propriété; 
les progrt-s de l'industrie à Limoges. — Isabelle de la Tour marie sa fille 
à Alaia, sire d'Albret. — État des abbayes. — Les ooosals de Limoges 
empiètent sur les droils de l'Église. — Les quartiers de la ville et la po- 
palation qui les occupe : les artisans, le clergé et la noblesse. — Louis X\ 
reçu k Brive, k Donienac, à. Uxerche. — Séjour du roi à Limoges. — 
le £àit rendre compte de l'état du commerce; son pèlerinage à Saint- 
Jaoien. — Note sur la famille Disnematîn. — Note sur SaintJunîen. 

— Plaintes des consuls de Limoges. — Louis XI autorise des «fiâtes pour 
réparer l'abbaye de Saint-Martial. — La commende ruine les abbayes. 

— Marguerite de Chauvigni-Brosse à Ségnr : sa sépulture. — État soc'ial 
à ravénemeot de la miisoQ d'Albret. — Louis XI modifie l'administnition 
des cousuls. — Note sur la chapelle de saint Aurélien. — Institution 
d'ane mairie k Limoges; appréciation de cette magistrature. — Foucand 
de Rocfaechooart et Louis XI. ^ La noblesse du Limousin au secours de 
Pivrre d'Aubusson. — L'Église s'asâocie aux réformes. — Mécontente- 
meut des bourgeois. — Recherches pour découvrir la croix de Grand- 
moot : eUa wt apportée à Louis XI. — Ravages de la peste^ — La fendre 
reuverse la flèche du clocher de Saint-Étianne. — Note sur ce clocher. 

Goinaume de Bloîs oo de Penthièvre, par la mort de 
fOQ frère, que nous avons presque toujours nommé Jean 
de Bretagne, devint vicomte de Limoges, de préférence à 
Hicoile, sa nièce, fille de Jean de Brosse, qu! aurdt pu 
être appelée à succéder au dernier vicomte dans cette 
partie de sa succession qui n'était pas un fief masculins 
Vais Guillaume méritait bien cette exception à la loi de 



^ ^ 



88 HISTOIRE DES VICOMTES 

ilefs, par son dévouement à ses frères, par sa longue cap- 
tivité chez le duc de Bretagne, pendant laquelle tous les 
ressentiments, toutes les haines de la maison de MootfDrt 
contre celle de Blois avaient retombé sur lui» sans qall 
eût pris aucune part aux déloyautés dont avait usé sa fih 
mille pour rentrer en possession du duché de Bretigat 
Ses vingt-huit ans de prison, ses souffirances morales U 
avaient fait verser tant de larmes, qu'il était presque 
aveugle quand il hérita de la vicomte de Limoges. 

Le peuple se montra sympathique à ses malheurs quand 
il vint visiter ses vieux manoirs qu'il n'avait jamais vos, 
conduit par quelques serviteurs fidèles, qui ne pouvaient 
que lui rappeler Tillustration et la fortune de ses ancètnii 
lui énumérer les flcfs dont se composait la vicomte, saai 
pouvoir lui en faire connaître les revenus, tant les longues 
guerres avec TAngleterre avaient apporté de perturbationi 
dans les maisons féodales. Le pauvre aveugle, Tieilli avant 
rage par l'infortune, ne songeait pas d'ailleurs i relever 
sa fortune par des revendications, mais à la laisser telle 
qu'elle était à ses trois filles. Les quelques jours de son 
autorité furent troublés par les réclamations de sa nièce 
et de Jean de Brosse; il était menacé d'être dépouillé de 
son héritage lorsque la mort lui épargna cette dernière 
humiliation (H55). 

Par testament, fait à Ségur le 24 août de Tannée pré- 
cédente, il demandait d'ôlrc enterié, revêtu de Thabit des 
moines, avec quelques-uns de ses ancêtres, dans le cou- 
vent des frères Mineurs de Guingamp ou dans celui des 
religieux du mOme ordre d'Excidcuil, et dans le même 
tombeau où reposait son frère Jean de Bretagne, dans le 
cas où il décéderait dans ses terres de Périgord ou dans 
la vicomte de Limoges. Pour cela, il léguait aux religieux 
fi'Kxcidcuil cent éeus pour réparer le couvent. Quelques 



ET DE LA VIGOMTÉ DE LIMOGES. 89 

églises du Limoasin reçurent aussi des marques de sa 
libéralité : celle de Besseuac, dix écus; celles de Saint- 
Mien et de Saint-Léger, près de Ségur, chacune dix 
irres. Comme pieux hommage rendu à la mémoire de 
ion illustre aïeul Charles de Blois, il recommanda à ses 
lléritiers d'employer tous leurs soins à obtenir du saint- 
iége la béatification de Charles de Blois. Par ce même 
Munent, sa fille Françoise de Bretagne devait lui suc- 
céder, mais seulement dans le cas où sa veuve ne se trou- 
icnîl pas enceinte et ne mettrait pas au monde un fils, 
pi serait alors son héritier principal. Pour tuteurs de ses 
ntres enfants, il choisit Jean, vicomte de Comborn, sei- 
fuear de Treignac, Jean de Pierre-Buffière, Gauthier de 
Pénisseï qu'il appelait ses très-chers cousins et fidèles ^ 

Contrairement à ces dernières dispositions, et sans 
doute avec le consentement des tuteurs, Isabelle de la 
loar eut la tutelle de sa fille Françoise de Bretagne, dont 
die s'attacha à protéger la fortune et l'autorité contre 
feelques vassaux de ses terres qui se montraient peu sou- 
dées d'y faire régner la justice. Ainsi, les serviteurs de 
Jean U de Pompadour ayant battu et mutilé plusieurs ha- 
bitants de la Cellerie, elle ordonna une enquête et fit punir 
Itt coupables '. Plusieurs furent contraints de venir à 
Ségur lui faire hommage, entre autres les syndics de l'é- 
glise collégiale de Saint-Germain de Saint-Yrieix, en pré- 
lence de Ouichard de Comborn, abbé d'Uzerche, de Geof- 
boi de Sainl-Angel et de Pierre de Rosiers (26 juillet 1455) 3. 



1. AliCB. DC Pau : f . de la victnnté de Limoges^ E, n» 646. 

2. /Attf., E, no 712. 

3. U^id,, K, n« 850.) L'antique monaftttre do Saint-Yrieix comprenait 
■Ifcfoift treate-<leai canonicats, dont le< titulaires devaient être (cradué» 
I AoUet. En 1423, le chapitre exposait au pape Martin V, que leur égliv, 
mmtédintemeHt toomiie au Miintrfiége, était la seconde du diocè^ apn i^ 



90 HISTOIRE DES VIGOBTrES 

Pendant la minorité de la jeane vicomtesse de graves dif- 
férends eurent lieu à Limoges entre révèque et les consuls. 
Ces derniers furent condamnés à payer dix mille liTm 
destinées à orner l'église de Saint-Étienne , à rebâtir lei 
cloîtres, et principalement la demeure épiscopale, dont 
ils avaient ordonné la destruction pendant les demièia 
guerres des Anglais. 

Malgré toute son activité à faire reconnaître les dnib ; 
de sa fille, Isabelle de la Tour ne put pas toujoars imposer 
l'obéissance à ses tenants de fiefs. Désormais l'autorité de 
vicomtes ne sera guère plus qu'un pâle reflet des tefiq» 
passés. La puissance féodale, que les guerres ont minée, 
ne s'exercera que sur quelques domaines de l'ancien api* 
nage, sur quelques manoirs possédés par quelques petîii < 
vassaux, nouveaux venus dans les rangs des privilégiés; k . 
côté des descendants de la noblesse des croisades a grandi I 
une autre classe qui possède une partie du sol. La moyenne 
propriété s'est augmentée avec la population; la bour- 
geoisie, qui a ramassé à son profit les débris des grandi 
fiefs, s'cfibrce d'anéantir les lois du privilège, qui bientfil 
ne seront plus que des coutumes surannées que le progrèe 
du droit civil fera disparaître, ne leur laissant qu'uni 
place dans Thistoire pour expliquer le passé. A Limoges, 
dans cette ville si fièrc de ses libertés démocratiques, s 
longtemps tourmentée par les guerres étrangères, par la 
attaques de Taristocratie féodale, s'agite une populatioi 
nombreuse sortie des ruines du dernier siècle^ plus activ 
que jamais, toujours h l'œuvre pour maintenir ses fran 
chiscs, pour étendre son commerce, qui la fera la phi 
riche des villes du Midi. Les vicomtes n'oseront bienU 
plus rien réclamer de la bourgeoisie enricbie par l'indai 
trio, de ces artisans qui travaillent les métaux comme d 
temps de saint Itiloi, de tous ces habiles artistes qui c 



ET DE lA YICOMTÉ DE UMOGES. 9t 

pas de rivaux dans l'art de coinrrir l'or, l'argent et le enivre 
des plus beanz ^manz*; de ces confréries de tous états 
dont chacune est presque une république, et dont la prin- 
cipale tissait ces riches étoffes si recherchées des villes 
dltalie >. 

Isabelle de la Tour d'Auvergne administrait depuis ciuq 
ans la vicomte de Limoges au nom de sa fille, lorsqu'elle 
▼it une foule de grands seigneurs rechercher la main de 
la jeune héritière, et parmi les plus empressés, Amanjeu 
d'AIbrety sire d'Orval et de TEsparre. On lui préféra ce- 
pendant Alain, dit le Grand, sire d'AIbret (4460). Ainsi 
t'allièrent deux grandes familles, l'une qui avait fait nau* 
frage dans ses prétentions au duché de Bretagne^ l'autre 
qui allait chercher sa fortune au-delà des Pyrénées, pour 
•tre ensuite rejetée dans la Navarre française, qui devait 
être le berceau de Henri IV. 

Ao moment de cette union, la ville de Limoges était 
encore troublée par les prétentions du clergé à amoindrir 
les droits des consuls. L'Église jouissait encore d'une im- 
Bense influence, dont elle se servait au profit des âmes, 
IB soulagement des misères publiques; car alors la peste, 
ee fléau presque continuel au moyen âge, faisait de nom- 
breuses victimes : elle appelait les fidèles à la vénération 
des reliques de ses saints renfermées dans de magnifiques 
châsses d'or émaillé. Mais ses grandes abbayes, ses mo» 
Distères avaient perdu une grande partie de leurs ri- 
diesses : celle de Bénévent, si célèbre deux siècles anpa - 



1. Le ploi ancien titre relatif anx Argentiers, consenré anx Archires dn 
4ifaffteawDt, tai de i37i. Leiini <tn^m^ §OQt ainsi tour à tour iudiquëei : 
€jfmi de Limogia; opus Lemovicense, Lemovidnum; labor de Limogùi, 

S. On tÎMait à Limoge* des étoffés d'or et de soie axant le XI n* niècle, 
OMBBW le prouve un inventaire du trésor de la Siinte-Chapelle de Cliam- 
Mfj, donné en 1483. Ou y lit : a Una pala Lûnogiain auro et i-yriiM. S*'\ 
ijfmnghtnns mnltum liene Ofierattjt de aiiro ». 



92 HISTOIRE DES VICOUTES 

ravant, et qui dépendait de Saint-Ëtiennc de Limoges, était 
presque déserte. Les douze religieux conventuels qui lui 
restaient ne pouTaient entretenir ni chantres ni musiciens. 
Les prébendes ne rapportaient que vingt livres tournois, 
malgré la sage administration de Guillaume de Fumel, son 
abbé, qui, par sa science et ses vertus, avait su mériter la 
confiance du pape et celle de Charles VIL 

La plus grande partie de la fortune publique était dans 
les mains de la bourgeoisie, défendant à outrance les fran- 
chises municipales, soutenant toujours les consuls, qui 
venaient de faire dresser sur la colline de Saint-Priest six 
fourches patibulaires où ils envoyaient les coupables con- 
damnés par leur juridiction. Ces magistrats, malgré les 
réclamations de Té^ôque, voulurent aussi s'arroger le droit 
de juger les hommes d'église. Ils firent conduire en prison 
par leurs sergents, précédés du bourreau, un prêtre qui, 
disaient-ils, avait été surpris à un rendez-vous scandaleux. 
On était bien loin, comme on le voit, du temps où ces 
mômes consuls avaient été si humiliés par la sentence du 
parlement de 4327, comme violateui^ du droit d*asile des 
abbayes. Sur les plaintes du clergé portées au tribunal du 
roi, un procès eut lieu, et sur la demande de Jacques de 
Bartbon, vicaire général de Tévêquc, les consuls furent 
condamnés à ne pins s'attribuer de juridiction sur les clercs, 
surtout quand ils résidaient dans la Cité. 

Depuis les atroces vengeances du prince de Galles, qui 
«ivait détruit presque entièrement la Cité, cette partie de 
Limoges reconstruite était encore la ville des prêtres et des 
grandes familles nobles, tandis que les artisans de tous les 
métiers, les hommes de négoce, les orfèvres, les mar- 
chands de drap et de toile, habitaient hors de cette en- 
ceinte les faubourgs de Saint-Paul, de Saint-Martin et de 
Saint-André. Au centre de la Cilé, qui pouvait encore, pnr 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 03 

ses fortifications, être regardée comme une place forte, se 
trouvait la place dite des Chanoines, où ceux-ci, aux jours 
des émotions politiques, se promenaient, comme i'arislo- 
entie de Venise sur la place Saint-Marc; sur les côtés 
étaient rangées les magnifiques habitations, aux portes cré- 
nelées, des familles illustres du pays, des Châteauneuf, des 
Haamont, des Comborn et des Ventadour. Au milieu do- 
minait de tout l'orgueil de ses maîtres la haute tour de 
Haamont, si longtemps l'objet des défiances du peuple. 
De l'autre côté, l'hospice dû aux libéralités de la maison 
de Rochechouart ; la demeure presque encore mondaine 
des religieux de BénévenI et de ceux de Grandmont, qui 
Tenaient à Limoges étudier de plus près les changements 
SBnrenus dans le monde politique; le palais des cheva- 
liers de la Porcherie et le logis de l'abbé de Tulle; tous 
grands édifices religieux ou féodaux qui conservaient 
des noms illustres dans l'histoire, et au-dessus desquels 
s'élevait la vieille tour d'Amblar, dont la tète, couronnée 
de créneaux, semblait protéger la cour de l'official de 
limoges'. 

Eiche bourgeoisie, qui voulait marcher l'égale de la no- 
blesse; démocratie allant à l'émancipation pour ne plus 
s'arrêter, ou pour se perdre dans les révolutions; clergé 
ambitieux de reprendre ce que la force des événements lui 
avait fait perdre; blasons incrustés sur les vieilles construc- 
tions; c'est ce que put voir Louis XI quand il Tint à Limoges, 
oi l'on se rappelait le jeune adolescent suivant la cour de 



1. Limo^et pômédait encore dans le dernier siècle plusieurs maiuons du 
aoyeo âge que Tart de construire a fait disparaître. On y voit encore la 
nalsoa Marmignon, sur la place des Bancs ; la maison Beauvieux, rue du 
CoMolal; une troisième, de l'époque de la Renaissance, rue des Combes. 
Dei inaeriptioni commémoratiTes désignent une maison de la rue du Con- 
srifti, oà naquit le chancelier d'Aguesseau ; une autre où est né le maréchal 
ftugetnd ; une troisième, qui a tu naître le maréchal Jourdan. 



94 UISTOIRE DES MCOMTES 

son père, dont il jalousait déjà Tautorité, en attendant d'em- 
poisonner ses derniers jours par des révoUes. 11 arrivait de 
Bayonnc, où il avait trompé deux rois par les ruses de u 
politique. Le Limousin lui fit un accueil empressé ; à Briîe, 
les consuls allèrent le recevoir à une des principales portes 
de la ville, le conduisirent en grande pompe, par les rues 
ornées de draperies et de feuillage» jusqu'à l'hôtel du con- 
sul lUiynal, qui, au nom de ses collègues, lui offrit deu 
douzaines de gros flambeaux de cire blanche, six douzaioei 
de poulets, deux douzaines d'oieS| autant de chapons, et 
de plus, six cents sclicrs d'avoine pour les chevaux de ta 
suite, et au duc de Berry, son frère, deux énormes saumoDS. 
Le môme jour, il entendit la messe à l'église Saint-Pierre, 
vieux monument du moyen Age, dont il ne reste plus rien. 
Au moment de son départ, les mêmes consuls lui offrirent 
deux saumons et d'autres poissons, qu'il devait manger k 
Donzenac, car c'était un jour d'abstinence. Il prit ensuita 
la roule d'Uzcrcbc, accompagné du consul Prolbac. qui ob- 
tint de lui (les lettres patentes, rédigées à Limoges par 
quatre bourgeois licenciés, ordonnant que les assises du 
sénéchal du Bas-Limousin seraient tenues désormais àBrive 
etiiUzerche, et non ù Tulle, comme le demandaient les ha» 
bilants de cette dernière ville. Alors commença, entre les 
trois princiiialcs localités du pays, une longue suite de pré» 
tentions rivales, dont nous verrons plus tard les incidents 
(ii(î3-158i). 

A la nouvelle de l'arrivée de Louis XI, les consuls avec 
les bourgeois notables cillèrent au-devant de lui jusqu'à 
Uzcrche. I) autres Tattendirent à Boissel, suivis d'une foule 
nombreuse, désireuse de voir le prince qui n'aimait pas la 
noblesse, miiis inquiète des impôts qu'il demandait aux 
villes, et effrayée des supplices infligés à quelques localités 
rebelles à :>es volontés. Louis XI, qui avait besoin de labour* 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 95 

^oisie, commençait à la flatter, pour s'en faire an instni- 
iient dans l'exécQtion de ses projets contre les principanz 
représentants de la féodalité. — «Vous yoos êtes bien gou- 
fcrnés jusqu'ici, dil-il aux consuls; faites toujours de mieux 
en mieux. » Sur le penchant de la colline de Saint-Lazare 
était rangée la foule, et sur le premier plan, des enfants 
fortant des cierges blancs au bout desquels flottaient des 
pnooceanx aux armes de France, criant : c Vive le roi I a 
terière eux et devant, sur les deux côtés de la place, cam- 
paient les processions 9\ec les gens d'église^ qui défilèrent 
deiant le cortège. Après avoir traversé le pont de Saint- 
Martial, le roi, arrivé devant le couvent des Dominicains, 
steéta en face de la chapelle de la cathédrale, où il fut reçu 
yarPévêque et introduit dans l'église. Après y avoir fait sa 
foère, il se dirigea vers la porte Manigne. .Les consuls l'y 
mgirent sons un dais aux franges d'or, et l'accompagnèrent 
liKÎ à l'église de Saint-Martial, dont les moines lui mon- 
Hrent les précieuses reliques. Tous les habitants riches, 
pur loi faire honneur, avaient fourni ce qu^ils avaient de 
pins beau; aussi les rues étaient-elles tapissées de riches 
étaflèsde soie. 

Pendant son séjour, il eut de longs entretiens avec les 
eonsuls, se fit rendre compte des besoins du commerce, 
lyu ceux qui • s'y livraient. « Sachant que les Limousins 
étaient gens de trafic et de commerce, il demanda à ceux 
de Limoges de lui fournir quelques marchands qui pussent 
s'habituer et établir le commerce dans la ville d'Arras, • 
pour faire concurrence aux villes industrielles de la Flan- 
dre ^ Deux riches négociants^ qui entretenaient des rela- 
tions avec les principales villes du Blidi, André Rougier et 

t. (CMBOik MSB.) D^utres doounentf attestent que les officiers dn roi 
tkoÊÊifal dans k Haot-Limotiain ISO &mUies de marduuids pour peupler 
h rrlle d'Arrts, mais cette assertiou se rapporterait à rcnnée 1479. 



9G HISTOIRE DES VICOMTES 

Hélie Disnematin, promirent d'y envoyer leurs enfants *. U 
partit le lendemain (juillet 1463), se dirigeant vers Saiot- 
Junien, où il coucha, et fit un pèlerinage à U chapelle de 
Notre-Dame, située sur les bords de la Vienne, un des plus 
gracieux sanctuaires du Limousin, autrefois visité par on 
prince qui ne connut pas, comme lui, les artifices de h 
politique*. Au moment de son départ, lea consuls loi 
avaient fait présent de deux cerfs et de trois bihces, quHi 
nourrissaient dans les fossés de leurs remparts, et que, pir 
ses ordres, ils firent conduire à Amboise. Saint^unien loi 
dut aussi la confirmation des privilèges octroyés pir 
Charles Vn. 

Quand la ligue du bien public^ cette levée de boucliers qui 
avait pour but d'abaisser Tautorité royale et de fraction- 
ner le royaumç en souverainetés indépendantes, menaça 
Louis XI, Limoges, comme d'autres villes, se déclara contre 
elle, comprenant qu'elle pouvait bien être, comme on l'ap- 
pelait, la ligue du mal public. Les consuls, cependant, vou- 
lurent se faire payer leur dévouement : ils se plaignirent de 
ce que, malgré les concessions faites dans le dernier siècle, 
et qui leur accordaient la noblesse, on voulût les con- 
traindre, comme possesseurs de flefs nobles, à payer des 



i. La famille Diftiicmatin se faisait surtout remanjuer par les auin^^nes 
((u'cllti distribuait aux pauvres. Un de sg* memlircs fut enterré à Saint- Yrieii, 
avec cette iiisoriptiim tumulairc : « iiic. jacet. d. ant. disnf.katix. DE- 
CAN. (dccauu>; îiiTI. AREDII. UBIIT. III NOVEM. 1714. NON EST. OBLITUS 
(LAXOREX l'AUI'EHUM. » 

2. Celle chapelle fut achevée en 1434, d'après cette inscription : 

Anno milleno novies I, i f^mel, isU 

Ue^iue celi facta capella fuit. 
QuauKpie setiuens ternus iniranter periicit annus, 
Priucipium preljet niaius, tinemque noveniher. 

En 1439 Ir prévôt de Saint-Junieu défendit aii\ \icaires, aous peine d'étrv 
privés de leurs revenus, de jouer sur les placci* publiques et dans les carre- 
fours, aux cartes et aux dés, pendant ({u'ou dirait la messe. (Mss. de Nadadd : 
Arch. du grçnd séminaire,) 



^^^^^^ ET DE LA VICUMTF. Lli LlMOlîKS. B7 

S 3. 1 ^s, à suivre le roi à la guerre. Lonis XI, en eiïet, ayant 
•* '^j.cwD d'argent, avait déjiï méconnu plus d'une fois les 
î"i"^riJég€S accordés à quelques rilles par ses prédécesseurs. 
^:^^»:»îs Gasle. chevalier, un de ses officiers, envoyé dans le 
^■««noosin pour réunir le ban cl l'arrièro-biin, sur le refus 
*^^^ consul» de fournir leur contingent, avait saisi leurs 
^^r-s nobles. Mais, sur l'appel porté au parlement de Bor- 
^— ^fc.ux, le roi ordonna à Mathias Bothin, son lieutenant dans 
^^ sèoéchaussée, de remettre les consuls et les bourgeois 
~^** possession de leurs fiefs, et de faire respecter les privi- 
^5"«î de la commune. 

Qu'église de Limoges, édifiée de la piété apparente de 

^*^s XT, crut pouvoir obtenir aussi des concessions. Mais 

knotoent était mal choisi ; le prince ne pouvait employer 

^^/^» finances qu'à créer des embarras à ses ennemis, qu'à 

^ *^cr toutes sortes <l'inlrigues, à préparer la révolte de 

^ *^ge, pour laquelle il lui fallait corrompre les partisans 

^ ^** duc de Bourgogne. Cependant, sur les instances de 

^4ibé de Saint-Martial, il permit ft quelques religieux de 

«rir la France, pour recueillir ries aumônes destinées 

Wparer, à entretenir l'abbaye, et à pourvoir à la nourri- 

e des pauvres de l'hApital. Les sénéchaux du Limousin, 

I Pérîgord, du Querci, de Guyenne, de Saintonge, de 

ikîtoa cl d'Auvergne, tous les officiers royaux, les évéques 

l les archevôquGs, devaient faire appel, pour le môme but, 

kla cbarité des fidèles ■. La moilré de la France allait ainsi 

encourir à relever la fortune d'un des plus gr.inds étahlisse- 

benls religieux du Midi. Si l'on n'avait pu alors juger des 

MitTictions religieuses du quinzième siècle que par celles 

« quelques grands vassaux, qui faisaient de l'irréligion ud 

andaleux étalage, on aurait pu désespérer de voir repa- 

. Unnl'mtinl ds l.ouie XI, iloaiiu au Muiililn-Ici-Tiii 




98 HISTOIBK DES VICOMTES 

raltre dans Sainl-Martîal la pompe des cérémoDics d'iu 
autre temps, le brillant et la richesse des ornements qu'on 
y admirait avant la guerre de cent ans; mais la yieiile Aqui- 
taine, qui aimait le luxe comme sous les derniers Céan, 
avait encore en grande vénération les reliques de son 
apôtre. Les moines revinrent chargés d'argent : pieux hoa- 
mage rendu à la religion par les populations qui n'avaient 
pas encore oublié que le catholicisme avait fait leur prosr 
périté. 

Au moment où Tabbc de Saint-Martial donnait cette 
mission à ses religieux, Limoges, en proie à une épidéfliie^ 
avait besoin de tous les secours du clei^é : durant sept 
mois, on vit des processions de moines parcourir tes msii' 
recueillant les carlavres pour les ensevelir (t468). Hw 
quelques efforts que flssent les abbayes, dont les religicai' 
rivalisaient de pieux dévouement, le jour dos grands.; 
épreuves élail venu pour elles; les principaux digoitainil 
du clergé, appelés h la cour, an foyer des intrigues et dN; 
ambitions, convoitaient leurs richesses. Les abbés coill- 
mendataires en dissipèrent bientôt les revenus, et n'y mail-' 
tinrent plus l'ancienne discipline. L'esprit d'abnégation, tt 
pénitence, la prière, toutes ces vertus du vieux rooodfl 
ciillioliqne, allaient faire place aux principes destructeois 
de la U('>t()rme. La iiremière abbaye réduite en commeiMk 
fut cclic de (irandmonty dont le huitième cibbé, GuilIaaaR 
de Funiei, résilia ses pouvoirs, après une longue résis» 
tance, entre les mains du premier abbé commcndataiM^ 
Charles de Bourbon d'Auvergne, archevè([ue et comte àê 
Lyon, et alla mourir dans une autre retraite de vieillesse «I 
de chauM'in (1471). Tout marchait à une transformation 
féconde en grandes épreuves, par lesquelles devait passai 
la snciélé nonvrlle, léguant :\ crautres générations bien des 
ruines à faire avant de s'arrêter au terme assigne par b 



ET DE LA VICOMTE DE LTMOGKS. 90 

Providence. Les vieilles races fcodales s'éteignaient dans 
lears manoirs, où l'on ne se rappelait pins les nobles et 
religieux élans du temps des croisades, oîi Ton cherchait h 
vivre en flalUmt les passions de cenx qui restaient encore 
pands par la fortune; la royauté prenait tout pour elle; le 
]ienple attendait son jour. 

La maison de Bretagne venait de s'éclipser et de trans- 
mettre à une Tamilie étrangère ses droits sur la vicomte de 
Limoges, pour la conservation desquels elle avait lutté 
pendant deux siècles. Combien de fois, dans ses assauts 
d*ambition <ivec celle de Montfort, quand elle n'avait pas 
perdu tout le reste, ne s'était-elle pas tournée vers ses ma- 
noirs du Limousin, où elle retrouvait le berceau de la 
Boble dynastie des premiers vicomtes; (m elle avait encore 
to privilèges toujours défendus avec courage contre les 
coDsnU et les bourgeois de quelques villes. Marguerite de 
Cktavigny-Brosse, veuve de Jean de Bretagne, nommé 
aiBsi Jean de Bloisou Jean de l'Aigle, s'était retirée après la 
mort de son mari, arrivée en 1156, dans le Limousin, où, 
pomr son douaire, elle possédait quelques seigneuries dont 
h principale était celle de Scgur. Sa vie s'y écoula à peu 
près dans la solitude; aussi son nom ne se Irouvo-t-îl dans 
néon document de l'époque. Elle mourut au moment où 
le mariage de sa nièce faisait passer la vicomte d.ins la fa« 
Bille d'AibreL A sa mort, elle voulut avoir une tombe 
fans le Limousin, dans la vieille citadelle de Ségur, qu'elle 
préférait an château de Bourges, et qui lui rappelait les 
^rieuz commencements de la première dynastie des 
lieomtes de Limoges. La dame de Ségur, qui prenait aussi 
le titre de dame de Saint-Chartier, fui enterrée dans la 
dapelle qu'elle avait consacrée à la Vierge et h saint Jean, 
Jetant le grand autel souvent paré de ses mains aux jours 
4es grandes fêtes. Elle y avait affecté certains revenus de 



i 







pour 



— ^" — - — ii>=.ô r.:":*» «IL i iroLc*» « -^etie femme, 
-~ - -rfii:^ ^fZiLc .•inas-v-^ vimm^ 3= r^ei de ses 
'-^^- ^ :. ^ * ^ = :if»i :tt iili* ?^i#:6< c Ij.Lxiibedeb 



- . — -^^ :. z.jià .mir-t li a* ry.izti iz^zAs^ uesaaciens 
--• -z.i.^ r z.=yr« mt ^ iiii:?iiin.:?î f^s demien mil 

- - - 1 ^.^... :: .- j-xr^ L-cji sur is 1^.-^.^ ^^ Bretegne, 
.r ^.-rir -.rr^iiEL j£è i^tii^câ î=s z-fti:«s lûcalilés 

-^. •- rî :. — ;rçiï -lis JUiiOâ ipç.'-ssif*. tjQçîqoej se 

crir- - ^ "lîiLitni'i ri r"U.«f r.-:-rri:rent ialtHectucI 

.:.. : :^- .. :-. .-i-'j if . njr.rcr.f, fiirent lei pre- 

1- ' - . : . *::::.:■_■:.• i-z u: :i *^ ^r^ria^i. aj moios 

: - .- . :- rif-r::-^-:^? i - -r;:i; \ .I::::ai:enieDl 

-. - :. -. L.-i f::- r^::i- '^ :-::u:a:::- î elail ftil 

. :-T . ..->•..: ::-ifi-r:i ;-:..Tue5, à leiection 

:^«^- !'»-. - :f;; * ~ f .-.< ".:::-_:;c5 ne faisaient plos 

:t;:.- .:.: :•..--: ?. .=* :'::'Çf:.* ii^sdieat de leurs fran- 

1 :>:> i_; — . ;.:. :ï. i". .^> ..t-::. :i5 dei consuls n'avaient 

f : :i-= TJJ .. . .:r::-:i- ii: i=i :i:r:^es désordonDécs. 

•..>« :•-' y :. :: I . * :_*< ..i-*;*^. Zfr^it. inpc-ïîiior.? tiaoTre- rt 
. -Tf^ . - j> : >ï •• . : :. j J-: :. ce rsm- f. c> t'a t i«".n/* de limeur 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 101 

XI, qui voulait bien favoriser la bourgeoisie aux 
s de la féodalité, attendant de ruiner l'une par 
^ apprenant ce qui se passait à Limoges, y envoya 
t de Sorrezai et Simon David, maîtres des requêtes, 
remédier à cet état de trouble, dont la première 

élait l'admission de la basse classe à l'élection des 
Is, laquelle, gagnée par les promesses des candidats, 
Se à prix d'argent, cboisissait des hommes indignes 
I fonctions. Le roi ordonna de changer la forme de 
imices plébéiens, et de remettre le droit de nommer 
>Dsnls à cent bourgeois des plus notables, appelés 
ttifri . On élut, pour exercer la justice, un prévôt cri- 
, nommé Ballhasar du Peyrat, dont on augmenta les 
Lments, et à qui fut donné un certain nombre d*hom- 
l'armes pour lui prêter main-forte (4471). L'Église, 
oe désireuse de conserver ses privilèges, et malgré 
tssions qui naissaient dans ses rangs, semblait com- 
re que la liberté politique ne saurait être l'œuvre 
oor, que pour être durables les progrès doivent mar- 
tvec le temps; aussi, blâmant ces bourgeois turbu- 

dont elle avait connu déjà les violentes entreprises, 
endait aux vicomtes de Limoges les devoirs qui leur 
il dus. Lorsque Tévêque Jean Barthon fit construire la 
lie de Saint-Aurélien, au bout de la rue Torte, dans 
suit du prieuré-cure de Saint-Cessadre, et y institua 
B TÎcairies, il n'oublia pas, dans l'acte d'institution, de 
naître la suzeraineté d'Alain d'Albret et de Françoise 
etagne, sa femme *• 

changements introduits dans l'administration inté- 



kacH. DE Pau : F. de la vicomte de Limoges,) Cette église fut 

m ten 1647, par le curé do Saiut-Gessateur, nommé Goudin (BONA- 

t. iil, p. 723). Elle appartient ai^oord'hui à la ooafiréne det boo- 

Qnani à la croix, haute d'enTiron cinq mètrai, d'un ieul bloe d<> 



102 UISTOIRE DES VICOMTES 

rieurc ne tardèrent pas à soulever des réclamalion», sor- 

tout à cause de la restriction apportée au mode d'électioa 

des consuls : plusieurs bourgeois, pour en ari^ter les elliBli^ 

eurent recours à toule sorte d'intrigues. Ils persuadèienlà 

François de Ponlbriant, soldat venu de Bretagne, dont Ici 

précédents vicomtes avaient lait la forliine« et qui, ptr tt. 

femme, possédait la seigneurie de Viliate, en Limousin 

d*obtenir de Louis XI la création d'un maire à vie, avec M 

cents écus de gages par chaque année. Ces fonctions, ignt- 

récs à Limoges jusqu'à ce jour, pouvaient être avantageoNlf 

à la politique du prince, qui se serait ainsi emparé tt 

Tadministration, en annulant les consuls; car de tout k» 

privilèges de certaines villes de France, il n'y en eut pasdft 

plus antipathiques h la royauté que ceux dont jonîssail 

l'administration consulaire. François de Ponlbriant obtU 

facilement la charge de maire. Le chancelier d'Auriol Ia| 

expédia les lettres patentes qui livraient à un homme M 

gouvernement de la ville, jusqu'alors administrée |M) 

douze consuls, qui furent remplacés par sept échevins éhl 

par soixante-quinze conseillers et par douze notables. Ftf 

ces dernières dispositions, on laissait au moins aux haii^ 

tants un souvenir des anciennes coutumes. L'administn» 

tion changeait ainsi de forme et de caractère : la démO" 

cratie était absorbée par l'intervention d'un seul magistrti 

qui devenait le représentant de la royauté. L'élection dtf 

sept échevins n'était qu'une dérision, car le maire demi 

les choisir parmi les notables. L'histoire, après nous af€i 

conservé la notion des progrès de la bourgeoisie dant 1 

vie politique, des incidents de la décadence des maison 

féodales, va nous dire comment les communes du moyei 

frranit, sur laquelle sont ro|>iéi«rnl«^!t \w douze np«'itrejt, ollo arait nppniiM 
à l'égUie de« CaniK*» litd Arùnee. Ku 17*^5, les buuchen fii lireul l'aeqfl 
titioD, quand ou dctruÏMt Tc^plise. de» Cariiiirs. 



FIT DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 103 

âge sont tombées pièce à pièce sous les coups de la 
royauté, qui voulait être absolue et qui devait l'être pour 
parfaire la nalionalité'française. Les habitants de Limoges 
eomprirent bieo que la nouvelle magistrature devait dé* 
traire la cité plébéienne; aussi réclamèrent-ils: mais le 
chancelier d'Âurioi leur refusa des lettres d'appel, et ils 
alésèrent plus prolester que par des résolutions secrètes, 
k despotisme de Louis XI ne leur laissant pas la liberté de 
débattre leurs droits au grand jour de la publicité. Ce 
prince tenait de leur apprendre ce qu'il en coûtait de s'in- 
mrger contre lui, en jetant le comte d'Armagnac à la Bas- 
tille, en confisquant ses biens, et en montrant ensuite son 
cadavre aux grands et à la foule étonnés (1476). Ceux-là 
Blêmes qui Tavaienl noblement servi en combattant pour la 
Ptance furent parfois les victimes de son orgueilleux des- 
potisme. Foucaud, vicomte de Hochecbouarl, seigneur de 
Iboiiay-Cbarenle et de Mauzé, qui s'était couvert de gloire. 
ih conquête de la Guyenne sur les Anglais, et qui lui avait 
Ml hommage pour la vicomte de Hocbecbouart en 1461, eut 
i aubîr une grande humiliation. Un jour, disent les chro- 
niqaes locales, qu'il jouait avec lui aux échecs : a Mes 
toars, dit-il au roi en plaisantant, sont mieux que les 
fâlres. — Tant pis pour vous, repartit le roi, mes toui*s 
doiveat être les plus belles et les plus fortes du royaume. 
— Ponrtant, répliqua le vicomte, les fours de mon jeu, 
oomme celles de mon château, sont plus belles et en meiU 
leor état. » Piqué de ces paroles, le despote abandonna 
hrasqnement la partie et envoya des commissaires à 
lochechouart pour vérifier le fait. On lui rapporta qu'en 
effet ces tours étaient plus élevées que celles de ses ch;l- 
tttnz. Furieux, il donna Tordre d'en abattre le faite '. 

I. Foucand arait ^t' marié en preinières noi*ei« k MArfruerite île la nivlie- 
'4crauld. ea Koonde^ noceit à Isakcin de SuiyùrrHi, en i4'i9. AV^* '^^ic 



toi IIISTOIRK DES VICOMTES 

Pendant qu'il écrasait la féodalité, remprisconait, Teu- 
voyait mourir en place de Grève, enlevait aux villes des 
franchises péniblement conquises, péAiblement Gonserrées» 
plusieurs nobles chevaliers du Limousin et de la Marche, 
encore animés du souffle des croisades, les cadets des mai- 
sons de Royère, de Blanchefort, de Brillnc, allaient rejoii- 
dre leur illustre compatriote Pierre d*Aubusson pour dé- 
fendre Rhodes contre ics Turcs, se sacriflant ainsi à II 
sainte cause du christianisme menacé. 

L*églisc de Limoges, qui ne lui pas étrangère à on 
grands événements chrétiens et chevaleresques, s'associait { 
dans le même temps aux efforts de Louis XI pour imposer | 
à tous la royauté absolue. Doit-on Ten blâmer? Ne compre* { 
nait-cUc pas que, après la conquête de la France sur l'é- ' 
tranger par Charles Vil, la France aurait rétrogradé vers 
les institutions féodales, se serait morcelée en autant de 
petites souverainetés, comme au temps des CarloviDgienSi 
les villes en autant de petites républiques fédérées» connue 
en Italie, si Louis XI n'avait pas fait l'unité de la patrie, 
œuvre de grande politique, conduite à bonne fin par le gé- 
nie de Richelieu? S'associant donc aux cHorts du prince, 
réglisc de Limoges facilita dans ses murs la transformatioD 
des franchises nmiiicipalcs. Le chapitre général de Saint- 
Ktienne publia un statut détendant toute élection de pcr* 
sonnes qui appartioiul raient aux i'aniilles des anciens con- 
suls, et niùme de ceux qui seraient leurs parents au 
quatrième degré. On alla même plus loin, peut-être trop 
loin, par la fléclaralion que les consuls, privés de leurs 
fonctions et de leurs privilèges par Louis XI, seraient aussi 

a«si:»U' an\ MinU ili; Tours, il nioiiriil avor W titre tin niArécIuil do liuicuur. 
àToiiiiay-Charontr, imi Wlù. H fut iiilinm**au rln'itcau di- liiN'hifhouart. Itt- 
iM'ftU. sa veuM-, •'■pniis.i «'ii sn^unlrs ihmN's (înill.iniiir ilt* J*i>nt\illt*. vipifur 
«II' Snint-Gf-rniaiii ut di* l.i IMou^ii-n', il Ji'.mîhu . >.i l'nlr uiiii|ne. un aulrp 
INiiit ville, \ironili' <lr Un'uilhex. iM^urrhal <li S-n'ituu*;!' on liîn. 



ET DE LA VICOMTE DE LIMOGES. 105 

rivés des hoooeurs de la sépulture dans la cathédrale de 
ainl-Étienne el que leurs funérailles auraient lieu sans 
|B*on soDDftt les cloches. 

Mais une ville, pas plus qu'une nation, ne se soumet pas 
KilfincDt à un changement d'institutions, qu'à tort ou à 
ùon elle regarde comme inhérentes à la liberté; les bour- 
gs de Limoges ne furent point intimidés de ces menaces : 
ii affectèrent de s'éloigner des cérémonies religieuses. La 
paiide ostension des reliques, qui eut lieu en 148i pour la 
la santé du roi décrépit, caché derrière les murailles de 
Plessis-les-Tours, prosterné, comme un criminel dévoré 
de remords, devant ses madones, ne fut points comme les 
aotres, honorée de la présence des nombreuses corpora- 
lioiis des métiers. Les artisans protestèrent ainsi & leur ma- 
nière contre la politique du roi et du clergé. Le peuple ne