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Full text of "Histoire universelle de Justin: extraite de Trogue Pompée"

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BIBLIOTHEQUE 

LATIWE -FRANÇAISE 



PUBLIEE 



PAR 



G. L. F. PANGROUCKE. 



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HIStbïRË "•■' 

UNIVERSELLE 



DE JUSTIN 



H 






EXTRAITE DE TRQGUE POMPÉE 



TRADOCTION NOUVELLE 



PAR JULES PIERROT 



^ 



rBOTISCOK DU OOLI^aE KOTAI. DK I,OmS-UI-eaAKD 



ET PAR E. BOITARD 



TOME PREMIER. 



PARIS 

C. L. F. PANCKOUCKE 

MBMBHK DB l.*OBDBB ROTAL DB LA UGIOH d'bONNBINI 
ÉDITEUR, RUE DES POITEVINS, N** l4. 



M DCCC XX.XIII. 



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INTRODUCTION. 



Xoi}R la plupart des détails relatifs à la vie et à l'ou- 
vrage de notre auteur , nous renvoyons aux deux mor- 
ceaux qui suivent cette introduction : Ton y retrouvera , 
approuves ou combattus, les jugemens. de Vossius, de 
Fabricius ^ de Rollin y de l'abbé Paul y de Mably y de La 
Harpe 9 de Sainte-C]lroix , du président Hénault, quoique 
leurs noms n'y soient pas rappelés et attachés aux opi- 
nions qu'ils ont soutenues. 

Justin a été très-diversement jugé. La lecture de son 
livre est sans fruit , selon plus d'un critique, et l'abré- 
viateur Hénault va même jusqu'à traiter son devancier 
de ver rongeur de V histoire y qui rCeri a laissé que les 
lambeaux. D'autres, au contraire, ont su gré à notre 
historien de promener son lecteur de siècle en siècle , de 
nation en nation, et de tracer seulement une esquisse 
rapide des révolutions et des mœurs : ils trouvent à la 
fois , dans son ébauche , de la variété , du naturel et de 
l'éclat. Ces contradictions s'expliquent, comme la plu- 

48^038 



vj INTRODUCTION, 

part des dissentimens sur les productions de l'esprit , par 
la différence des points de vue, et par la préoccupation 
qui cache tour-à-tour à des esprits prévenus ou les dé- 
fauts ou les mérites d'un^ même ouvrage. 

Il faut reconnaître avec les sévères appréciateurs de 
Justin, que, fidèle à son plan de choisir seulement les 
traits les plus connus, et de ne composer qu'un léger 
bouquet de fleurs , il brise quelquefois la chaîne des faits, 
supprime au lieu d'abréger, et mutile l'histoire avec une 
hardiesse qui peut servir l'impatience des esprits frivo- 
les, mais qui dérobe aux esprits sérieux le plaisir et 
l'utilité d'une instruction complète. C'est ainsi que, dès 
le premier livre, il franchit les longues années de la do* 
mination des Mèdes , et , se bornant à parler du premier 
et du dernier de leurs rois, efface^ autant qu'il est en 
lui, de l'histoire du monde, les évènemens de plusieurs 
siècles. C'est ainsi que, dans le même livre, il nomme à 
peine les Babyloniens, qui ont joUé un si grand rôle entre 
les peuples de l'antiquité, et que, des rois qui précédè- 
rent Oésus au trôûe de Lydie, il ne rappelle que Can- 
daule, sans doute pour l'anecdote que lui fournissait son 
règne {^^Vofez Wetzel, Prolegomena de Juslino). 

On doit encore accorder qu'il se trompe assez sou- 
vent sur les temps, les faits, les personnes et les lieux, 
comme lorsqu'il avance que Démophon fut le successeur 



-> 



INTRODUCTION. vij 

de Thésée et qu'il assista au siège de Troie (ir, 6); que 
Philippe ne resta que trois ans en otage à Thèbes (vi, 9); 
que Dercyllide fut le premier général envoyé en Asie 
par les Lacédémoniens, pour faire la guerre aux Perses 
(vi, i); que Conon succéda à Tissapherne dans le com- 
mandement de la (lotte des Perses (vi, 1. Vojiez Diod. , 
XIV, 39 et "79); que Séleucus était arrière-petit-fils d'Au- 
tiochus, et que, sous son règne, les Parthes se révoltè- 
rent contre les Syriens (xli, l\)\ lorsqu'il assure que le 
pays des Phocéens était aride (xuii, 3), confondant, par 
une erreur plus d'une fois reproduite après lui, le terri- 
toire de Phocée avec celui de la Phocide ; lorsqu'il ra- 
conte que Xerxès, vaincu et fugitif, s'embarqua à Abydos 
pour retourner en Asie (11, i3), transportant ainsi en 
Europe une ville placée jusqu'à lui sur la rive asiatique 
de l'Hellespont , etc., etc. {Voyez les notes de l'édition 
de Wetzel.) r 

Enfin , à examiner le style de Justin avec une rigou- 
reuse impartialité , il faudra convenir que l'on y trouve 
des fautes de plus d'un genre, des négligences, des ré- 
pétitions , des mots rarement employés par les bons au- 
teurs, comme adunarCy impossïbilis ^ reUaurare^ etc.; 
le fréquent usage des participes de verbes déponens dans 
leseus passif, comme aggressusj comitatusy consolutus ^ 
depooulatuSy deprecatus, expertusy exseciUusy etc. , etc. ; 



■«■p. wm 



viij INTRODUCTION •• 

FalHadce de temps difFerens dans la même plirase {^Foyez 

II, lo, i4; vn,4> 6; ix, 7;xi, i4;xii,G, 8, t4i i5, 

i6; xiii, 4; XIV, 5; xv, a; xxvni, a; xxxi^ i, 2; 
XXXIV, 3, etc., etc.); des constructions irrégulières et , 
forcées (xi, 3, 4> 5, i3, i5; xvm, 6; xxviii, 2; viii , .j^ 
4; XIV, 5; XXII, 8; xxxviii, i; etc., etc.); l'emploi des 
ablatifs de participes passés, dans un sens absolu, comme 
peMoque ut liceret (xliii, 5), deinde cognitOy quod 
Athenienses^ etc. (11, 5; voyez aussi xvi, 5; xxyii, 3; 
xxxii , 3, etc., etc.); enfin de véritables fautes'de latinitéf 
comme visa est sibi grai^idam jactam (xv, 4); spero ut 
(v, 3); polliceor ut (iXj 2); ignarus quod(xx.yj i), etc. 

Ces défauts sont réels; mais plusieurs tiennent au 
temps où Justin écrivait, et prouvent dû moins, contre 
ses détracteurs, qu'il n'a point emprunté de Trogue 
Pompée jusqu'aux formes et aux détails de son style. 
S'il s'était borné, comme on l'a dit , à retrancher des 
développemens et à supprimer des liaisons dans un ou- 
vrage du siècle d'Auguste, rencontrerait-on, au milieu 
même des récits , ces licences de langage , ces altérations 
de la pureté latine , irrécusables témoignages de la dé-' 
eadenee du goût? 

Au reste, nous devons le dire dans l'intérêt de la vé- 
rité et de la gloire de Justin, cette preuve de son ori- 
ginalité ( et l'argument n'en perd rien de sa force ) n'est 



INTRODUCTION. jx- 

fondée que sur un caractère accidentel de son style : l'ex- 
pression de Justin est ordinairement aussi pure et aussi 
naturelle qu'elle est vive et animée. Son livre est un 
«corps d'histoire fort incomplet sans doute , mais du 
-fploiDS la narration a de la clarté, de l'intérêt, de la cou- 
leur. L'élégance y est quelquefois sans recherche et l'élé- 
vation sans enflure ; le retour d'Alcibiade, la mort de Da* 
rius, les remords d'Alexandre après le meurtre de Clytus, 
les guerres entre les successeurs d'Alexandre^ et cette 
dernière lutte entre Lysimaque et Séleucus , rivaux en- 
core d'ambition et de gloire à près de quatre-vingts ans; 
la défaite de Brehnus et des Gaulois devant le temple 
d'Éphèse, les premiers accroissemens de Mithridate et 
sa harangue contre les Romains, la description des mœurs 
des Parthes , et beaucoup d'autres tableaux , font honneur 
au pinceau de notre historien et au génie de son modèle. 

Faut-il aussi rappeler que plusieurs livres de son ou- 
vrage (xviii-xxiii) sont à peu près les seuls monumens 
qui nous restent de plus d'un fait important et digne de 
mémoire ? 

En balançant les défauts et les mérites de Justin , on 
trouvera, d'une part, un plan frivole, une chronologie 
incertaine, un tout incomplet et sans proportion, peu 
de science et de critique, des négligences de style, des 
tours et des mots d'une latinité suspecte; de l'autre, des 



X INTRODUCTION, 

renseignemens précieux qui ont éclairé plusieurs épo- 
ques de l'histoire 9 une narration intéressante et animée , 
une élégance naturelle, et quelquefois inéme de l'élo- 
quence. On blâmera justement l'ensemble de l'ouvrage; 
mais il faudra louer, dans le détail, des traits dont s'ho- 
noreraient les plus habiles écrivains. 

Les principales éditions de Justin sont celles de Ve- 
nise (1470), de Rome (1472), de Milan (1474); l'édi- 
tion donnée à Venise par Sabellicus , vers la fin du quin- 
zième siècle, celle que publia dans la même ville, en 
i522 , Andr. Asulanus; l'édition de Paris (1 58 1), accom- 
pagnée des excellentes notes de Bongars ; celle d'Utrecht 
(1668), donnée par Gré vins; l'édition Dauphine du jé- 
suite Cantel (1677), où l'abbé Paul a puisé la substance 
du plus grand nombre de ses notes; les éditions de A. 
Gronovius (17 19), Fischer (1767); l'édition de Deux- 
Ponts (1784); celles de Londres, données par Maittaire 
(1713) et par Bailey (1732); l'édition publiée à Paris 
par Barbou (i 770), enfin l'édition de Wetzel, qui a paru 
eu 1806. Nous avons généralement suivi les leçons de 
cette dernière , qui ne diffère pas essentiellement de l'é- 
dition de Grévius. 

La première traduction de Justin fut publiée sous 
François i^^ par Claude de Seyssel, archevêque de Tu- 
rin, le premier, dit Nicéron dans ses mémoires, qui ait 



INTRODUCTION. xj 

écrit en français avec quelque pureté : Coloniby en donna 
une nouvelle (1666), inexacte et mal écrite; un ano- 
nyme , qui se disait de Port-Royal , en fit paraître une 
troisième (1692) : la version est contrainte et enflée; 
mais les notes ne sont pas sans utilité et sans mérite. £n 
1 726, un autre anonyme publia une traduction de Justin 
que l'abbé Paul a jugée froide et prolixe. On attribue au 
poète Ferrier , sieur de La Martinière , une autre tra- 
duction qui avait paru sans nom d'auteur, à Paris , en 
1693 et 1708. Celle de l'abbé Favier du Boulay (1737) 
fut assez long-temps estimée, et il fallut la traduction 
de l'abbé Paul (1774) pour la faire oublier. C'est contre 
cette dernière que nous avons eu à lutter. A titre de cri- 
tiques, nous pourrions la juger sévèrement; comme 
émules , nous devons nous taire, et laisser le lecteur 
prononcer sans prévention entre la version de l'abbé 
Paul et la nôtre. 

Le premier essai et le fond de cette traduction est 
de M. Boitard, l'un de nos jeunes humanistes les plus 
habiles. Il m'a permis d'associer mes efforts aux siens , 
et de retoucher ou de refaire une grande partie de l'ou- 
vrage. Je lui ai soumis mon travail, comme il m'avait 
soumis le sien , et l'on peut dire que le livre entier a été 

composé sous une seule inspiration. 

J. P. 



a mm,mnmm)^mww t <w»KmmK»wnwKM i *%%%»%v%»^n rt ^nnnnnnnnnnnvtnmvmn i wvyytniyuyy ^ nnm uvwiivtnn 



NOTICE SUR JUSTIN. 



il TANT de nous entretenir de Justin, il faut dire quelques mots 
^*na auteur sans lequel Justin ne serait peut-être pas connu de 
•nous, ou, du moins, n'aurait pas écrit V Histoire universelle que 
nous possédons. Les ouvrages de Trogue Pompée ne sont pas ve- 
nus jusqu'à nous; mais on sait qu'il était auteur d'une Histoire 
universelle des peuples ^ dont Justin n'est que l'abréviateur. 

Les ancêtres de Trogue Pompée étaient originaires du pays des 
Voronces, qui a pour capitale Vaison. C'est lui-même qui nous 
l'apprend à la fin de son quarante-troisième livre ; et c'est Justin 
qui, à la fin d'un livre, qui est de même le quarante-troisième de 
son Histoire (car il suit fidèlement son auteur), répète ce rensei- 
gnement biographique laissé par Trogue Pompée. Son aïeul, dont 
il portait le nom , avait reçu de Pompée le droit de bourgeoisie 
romaine pendant la guerre de Sertorius, et son père avait obtenu 
des distinctions militaires sons C. César. Trogue Pompée enfin 
descendait de parens non moins illustrés par leur mérite personnel 
que par leur nom ; et il fut digne de ce glorieux héritage d'estime 
et de considération publique qîie lui laissaient ses pères. Les écri- 
vains ne nous donnent aucune lumière sur les évènemens de sa 
vie. Comme homme privé , il nous est tont-à-fait inconnu ; et , 
malheureusement , nous ne le connaissons pas davantage comme 
écrivain, puisque le seul de ses titres qui pouvaient le faire appré- 
cier nous a été ravi par le temps. Voici ce que nous pouvons éta- 
blir de plus positif. 11 composa, dit- on, sa grande Histoire sous 
Auguste et sous Tibère^ ce qui est présumable, puisqu'à la fin de 
son ouvrage il parle de ce dernier empereur. 

Cette histoire générale fut produite sous le titre trop particulier 
A* Histoire philippique, sans doute parce que l'écrivain s'y occupait 
très-longuement de Philippe, père d'Alexandre*le- Grand, et de 



xiv NOTICE SUR JUSTIN. 

ses Macédoniens. Quelques scrutateurs des monumens de Tanti- 
quité assurent que Trogue Pompée aurait quelques obligations à 
l'historien Théopompe, chez lequel il aurait fait plus d*un emprunt. 
Théopompe, au rapport de ces sayans, et de Lamothe Levayer 
qui écrit d'après eux , avait publié cinquante-huit livres de Philip^ 
piques, cités par Athénée et Diodore. Ces titres se donnaient légè- 
rement à certains ouvrages sur lesquels on croyait , par ce petit 
artifice, attirer davantage l'attention du lecteur. Ainsi, l'orateur 
Cicéron donnait à ses sorties contre Antoine le nom de Philippi- 
ques : mais Cicéron voulait peut-être, par ce titre, avertir qu'il 
avait songé à imiter les formes de Téloquence athénienne, les tours 
oratoires et la chaleur entraînante de Démosthène; qu'il avait, 
pour ainsi dire , saisi ses foudres pour les lancer contre l'ennemi 
de la république. Ce titre restreint d'Histoire phiUppique , donné 
par Trogue Pompée à son Histoire universelle , peut être regardé 
encore comme un aven tacite qu'il avait raconté les faits du père 
d'Alexandre avec beaucoup de complaisance , et par conséquent 
avec étendue. 

Les sept premiers livres de ce grand ouvrage contenaient les 
origines du monde et l'histoire des premiers peuples qui l'habi- 
taient. On n'est pas dédonmiagé de cette perte par Justin , qui ne 
s'est pas occupé de ces premiers livres, et a qui l'on reproche d'a- 
voir fait trop de retranchemens dans tout ce qui tient à la partie 
descriptive et topographique de l'ouvrage; on croit même qu'il a 
supprimé les prologues. Les nouveaux argumens ont , en effet, un 
caractère moderne; et l'abbé Paul assure qu'ils manquent de jus- 
tesse, il veut dire de vérité. 

Trogue Pompée était placé au rang des bons historiens latine . 
Son Histoire universelle, tracée sur une grande échelle , était di- 
visée en quarante-quatre livres : elle renfermait l'histoire des na- 
tions de la terre, considérées, depuis leur origine, dans leurs 
développemens, leur accroissement, leur décadence, leur destruc- 
tion. Il menait ainsi l'intelligence humaine de siècle en siècle, 
l'instruisant de ce qu'elle a le plus d'intérêt à connaître; et ses an- 
nales qu'il prolongeait jusqu'au siècle d'Auguste, en supposant 
qu'elles fussent composées dans un sage esprit d'observation et de 
philosophie, devaient être une èorte d'école pratique, plus faite 



NOTICE SUR JUSTIN. xv 

pour former Texpërience des lecteurs, que les plus belles leçons 
des moralistes , en ce que la morale se troinrait en action dans ses 
annales : et Ton sait que Texemple a plus de pouvoir que le pré- 
cepte. M. de La Harpe regrette beaucoup qu'on ait perdu Touvrage 
de Trogue Pompée, n Si nous l'avions, dit- il, nous pourrions sa- 
voir comment les anciens concevaient le plan d'une histoire uni- 
verselle. » Je me permettrai de faire remarquer que cette phrase 
est jetée bien légèrement par l'auteur du Cours de littérature ; car, 
comme l'ouvrage de Justin n'est que l'ouvrage abrégé , et réduit 
comme par un procédé d'optique, du grand ouvrage de Trogue 
Pompée ; comme il est prouvé que .tatin a suivi presque servile- 
ment le plan de l'auteur original , qu'il n'a rien changé aux divi- 
sions de ses livres , qui se retrouvent numériquement les mêmes , 
lesquels renferment aussi les mêmes faits qui sont seulement moins 
développés, il est très-clair que Justin a reproduit, mais dans un 
plu» petit cadre , l'Histoire universelle de Trogue Pompée , et que, 
par conséquent , nous n'avons pas rigoureusement besoin de l'œu- 
vre originale de ce dernier pour juger comment les anciens conce- 
vaient le plan d*une histoire universelle, M. de La Harpe ajoute 
que si le plan de Trogue Pompée se trouve reproduit dans le tra- 
vail de Justin (je pense que c'est mettre en doute une chose posi- 
tive et prouvée) , mais, enfin, si le plan , dit-il , est le mène , une 
histoire universeUe ainsi conçue n'est pas ce que nous voudrions 
aujourd'hui. Cela est possible; mais c'est une autre question à trai- 
ter. Si j'avais le droit d'avoir un avis dans cette autre question si 
importante, j'oserais penser qu'à juger d'après l'idée qu'on doit se 
faire d'un si grand travail, on pourrait prononcer que le monde 
ne possède pas encose une Histoire universelle proprement dite. 
Mes principes paraîtront rigoureux : mais des principes peuvent 
être sévères et pourtant justes. Un seul homme peut-être a senti et 
essayé de résoudre ce grand problème : c'est Bossuet. Voilà bien 
le génie tel que je me le suis figuré , qui sait se rendre maître de la 
matière qu'il traite, qui la divise, la distribue, la classe à sa vo- 
lonté. Les fils de la trame immense qu'il va former sont tous dans 
ses mains ; ils prendront la place qu'il leur réserve. Mais , il faut le 
dire, cette trame, d'un tissu admirable, est trop serrée, ce travail 
a trop de délicatesse : c'est un de ces ouvrages qu'on voudrait voir 



xvj NOTICE SUR JUSTIN. 

exécuter en grand; c'est la miniatnrç d'an vaste tableau. Le livre 
de Bossaet sera , si l'on veut , le modèle en or d'un grand édifice; 

mais ce grand édifice, quand sera-t^l élevé? On peut le dire : 

c'est quand au génie capable d'embrasser dans le cadre le plus 
étendu toutes les époques caractéristiques de l'histoire du genre hu- 
main , et assez fécond pour suppléer à ses lacunes , se joindront la 
capacité de la mémoire qui s'empare de tous les faits , l'esprit de 
critique qui les discute, le jugement qui les apprécie, l'esprit d'a- 
nalyse et d'ordre qui les classe et les ordonne, et que, de toutes ces 
opérations faites simultanément, aucune ne l'aura été au détri- 
ment de l'autre, qu'on n'auaa pas sacrifié le tout à quelques par- 
ties, ou quelques parties au tout; c'est quand il y aura une 
judicieuse proportion entre les matières qu'il faudra traiter, et 
qu'on n'aura exagéré ni diminué leur importance. Le cercle des 
facultés humaines est borné , et celui des forces que demande cette 
œuvre prodigieuse est sans limites. Un homme peut exceller dans 
un art qui n'exige que le concours de quelques sciences; mais il 
n'atteindra qu'à une perfection relative dans celui qui semble ap- 
peler à sa culture les efforts de l'esprit humain : car, ici , l'homme 
que j'imagine doit rassembler en lui seul toutes les lumières que 
nous voyons partagées entre plusieurs. On lui demandera la bril- 
lante imagination d'Hérodote; il faudra qu'il parle de la guerre, 
denses opérations, de ses ruses, comme Thucydide, Arrien, Po- 
lybe. César, Yégèce, etc ; il faudra qu'il soit aussi profondément 
versé dans les secrets de la politique et dans ceux de l'honune d'é- 
tat que Xénophon; qu'il ait l'abondante élocution de Tite-Live; 
qu'il possède l'art de rattacher les époques , comme Paterculus; la 
science des antiquités, comme Denys d'Ualicamasse; et enfin la 
première de toutes les sciences, celle du cœur humain, à l'égal de 
Salluste et de Tacite , etc., etc. Comme nous ne pourrons jamais 
peut-être obtenir ce mieux qu'on peut sentir et souhaiter, conten- 
tons-nous du bien que nous possédons. Ainsi , pour revenir au 
point où je suis resté avant ma digression, je pense, comme 
M. de La Harpe, qu'en effet nous ne voudrions peut-être pas au- 
jourd'hui d'une Histoire universelle conçue d'après le plan de Tro- 
gue Pompée ou de Justin , parce que ce plan nous paraîtrait man- 
quer de méthode ou de critique ; parce que surtout la j)artie des 



i^3^^jaM^57^P*^i^=^ni ■ '«^ « '^"vesrT^mm^fi^r'''^^' >-j' ■■j.' . . -* ^«-i.»- -m — . j ■■ i ^^-hi^^^^^mb»^ 



NOTICE SUR JUSTIN. xvij 

mœurs, la seule qui soit d'un intérêt bien général , y est traitée et 
offerte au lecteur de la manière la plus commune : ce qui n'em- 
pêche pas pourtant que Justin ne doive être considéré comme 
peintre de mœurs; car on trouve dans son ouvrage beaucoup de 
portraits et de peintures locales fidèlement tracées , mais qui man- 
quent de force dans l'expression, et de cefiii qu'on ne trouve 
que dans les historiens de pr.emière classe. 

Lamothe Levayer pense qu'on a beaucoup d'obligations à Jus- 
tin, et, en général, à ce qu'il nonmie les Épitonuiteurs, c'est-à- 
dire \e& faiseurs d'abrégés ; mais particulièrement , dit-il , à Justin , 
de ce qu'il a réduit si heureusemeal en petit le grand travail de 
Trogue Pompée. Il estime que nous n'avons guère de compositions 
latines plus considérables que l'Epitome de Justin y soit qu'on en 
considère le style ou qu'on en examine la matière. 

Il faut convenir pourtant, d'après le peu de reconnaissance 
qu'on a témoignée en général . aux abréviateurs pour toutes les 
peines qu'ils ont prises, qu'ils se sont livrés à un travail bien in- 
grat. Les uns ont été accusés d'avoir causé la perte des écrivains 
originaux , afin d'attirer uniquement sur eux-mêmes les regards 
et la gratitude des lecteurs ; et , en effet , il n'y a pas , à traits de 
temps , de manière plus sûre de faire oublier un écrivain que de 
détruire les monumens qui restaient de lui. Ces malheureux abré-- 
viateurs ou faiseurs de résumés d'autrefois, moins en faveur que 
ceux d'aujourdliui, ont été attaqués par des outrages; on les a 
appelés les teignes, les vers rongeurs des écrivains originaux. A la 
place de narrations historiques complètes, ils ne nous ont laissé 
que des écrits tronqués, morcelés, que des rognures. Dans cette 
accusation, comme dans beaucoup d'autres, on s'est dispensé d'ap- 
porter les preuves. Justin a été l'objet d'une attaque pareille , qui 
me semble, non-seulement dénuée de justice, mais même de rai- 
son. Il y a un concours de choses qui militent en sa faveur; et, si 
l'on veut prendre la peine de faire quelques rapprochemens qui 
viennent comme s'offrir de soi-même, il sera impossible de ne pas 
absoudre Justin de l'accusation commune à presque tous les abré- 
viateurs, d'avoir causé la perte de l'écrivain qu'il a abrégé. 

« Doit-on hériter de ceux qu'on assassine ? » Non-seulement il 
n*a pas songé à assassiner Trogue Pompée, mais il n'a pas voulu 

I. 



HP 



xviij NOTICE SUR JUSTIN. 

non plus hériter de lui : cela est démontré jusqu'à l'évidence. 

Justin , dans sa Préface, rend une entière justice au mérite de 
rhistorien dont il entreprend d'extraire les livres. Je vais dire 
comment il s'exprime, afin d'apprécier plus sûrement ce grave re- 
proche qu'on lui fait d'auoir soustrait et livré auxflcunmes l'origi- 
nal qu'il avait pris la peine de réduire. 

<t Plusieurs Romains , dit-il , et même des consuls (entre autres 
« Posthumius Albinus et Rutilius Rufiis) ont écrit l'histoire ro- 
« m aine en grec. Trogue Pompée , homme aussi éloquent que les 
(( anciens, aspirant à leur gloire, ou entraîné par le plaisir de faire 
« un ouvrage aussi piquant par sa variété que par sa nouveauté , 
« écrivit en latin l'histoire de la Grèce et du monde entier, afin 
«c qu'on pût lire les actions des Grecs dans notre langue, comme 
« on lisait en grec celles des Romains. Une pareille entreprise 
(t exigeait à la fois et un grand génie et un grand travail; car, si la 
« plupart des auteurs regardent l'histolire particulière d'un prince 
'c ou d'une nation comme un ouvrage difficile, ne doit-on pas 
« supposer dans Trogue Pompée le courage et l'audace d'Hercule 
« [Herculea au^/acûz), puisque, envisageant l'univers, il a embrassé 
n les évènemens de tous les siècles , les actions de tous les rois et 
« de tous les peuples, et enchainé dans un ordre chronologique 
« et distinct, en n'omettant que les choses inutiles, toute cette sé- 
ff rie de faits dont les historiens grecs ont détaché chacun une 
« partie, et qu'ils ont écrits séparément et de la manière qui leur a 
« été la plus commode? Pour moi, pendant le loisir dont je jouis- 
«t sais à Rome> j'ai extrait, des quarante-quatre livres qu'il a pu- 
(t bliés , tout ce qui m'a paru mériter d'être connu , sans toucher a 
<v ce qui s'y trouve de peu agréable et de peu utile , et j'en ai fait, 
« en quelque sorte, jnn petit bouquet de fleurs [brève velutijlorum 
« corpusculum feci) , m'étant proposé par là de rappeler l'histoire 
« grecque à ceux qui la savent, et de l'apprendre à ceux qui Ti- 
ff gnorent. Je vous présente, seigneur', cet ouvrage, non pour 
a vous instruire , mais pour le soumettre à vos lumières , et pour 
« vous montrer en même temps , suivant le précepte de Caton , 

^ On croit que Justin acheva son Abrégé de Trogue Pompée sous ie règne 
d'Antonin le Pieux, à qui Ton pense aussi qu'il le dédia. 



NOTICE SUR JUSTIN. xix 

« remploi que j'ai fait de mon loisir. Votre suffrage suffît prësen - 
a tement ; la postérité, quand Tenvie se sera tue, réglera son juge- 
« ment sur le vôtre. » 

Dans cette épître dédicatoire, témoignage irrécusable, Justin 
fait clairement la part de Trogue Pompée, et sa propre part. 
Après cet hommage, qu'il rend à son devancier, peut-on raison- 
nablement admettre comme possible le crime littéraire dont on 
Taccuse? Ce crime n*eût été commis que dans un mouvement de 
basse envie , qui peut n*étre pas sans exemple dans Thistoire des 
lettres; mais alors l'homme qui eût été atteint de cette passion 
méprisable, ne se serait pas sans doute exécuté d'aussi bonne 
grâce que le fait Justin , n'aurait pas fait si largement , je le ré- 
pète, la part des autres, je veux dire le plus complet éloge de 
l'écrivain , au lieu et place de qui il aspirait à se subroger. Il eût 
fait, au contraire, tout ce qu'il eût été possible de faire pour 
qu'on oubliât l'écrivain original ; il n'eût pas suivi avec un res- 
pect scrupuleux et presque religieux les divisions de ses livres ; il 
n'eût pas voulu qu'on remarquât qu'il le suivait à la trace (vesii- 
gia semper odorat); que, sans ce devancier, il n'eût su ni inven- 
ter un plan, ni établir l'ordonnance d'un livre, ni, peut-être, l'é- 
crire ; car, tout en resserrant son auteur, il imite les formes de son 
style, du moins à ce qu'assurent quelques érudits qui ont donné 
des éditions de Justin, entre autres le savant Grévius. Ces pro- 
cédés contradictoires ne sont pas d'un homme qui aurait voulu se 
parer de l'œuvre d'autrui , comme le geai de la fable , ou bien cet 
homme-là serait aussi maladroit que ce vil oiseau. 

Mais c'est peu de cette épître, qui est un trophée élevé en l'hon- 
neur de Trogue Pompée; en plusieurs endroits du corps même de 
son abrégé, vous remarquez d'autres témoignages d'estime et de 
respect adressés à cet historien, lesquels ne permettent plus de 
penser que Justin eût seulement conçu l'idée de la lâcheté qu'on 
lui impute. Il parle de. Trogue Pompée toutes les fois que l'occa- 
sion se présente de parler de lui , et il en parle toujours honora- 
blement. Il rapporte des passages de son texte ; par exemple , il 
dit au livre trente-huitième : « J'ai cru devoir rapporter dans 
« mon Abrégé la harangue de Mithridate à ses soldats , que Trogue 
<i Pompée a rendu en style indirect ( quam obUquam Pompeius. 



XX NOTICE SUR JUSTIN. 

« Trogus exposait ),-psLrce qa*il accusait Tite-LWe et Salluste d*a- 
« Yoir pëchë contre les lois de l'histoire y en insérant dans leurs 
« narrations des harangues directes, pour étaler leur éloquence. » 

D'après ces rapprochemens et quelques autres que le lecteur 
peut faire de lui-même en lisant Justin , est-il raisonnable d'en- 
tretenir toujours ridée de cette spoliation dont on flétrit sa mé- 
moire ? Je viens de parler des harangues indirectes : eh bien ! il 
vénère tout ce qui vient de son modèle, jusqu'à partager son opi- 
nion , ou, si l'on veut, ses préjugés sur ce genre d'éloquence; et 
il se déclare aussi, par le fait, contre les discours directs. Pour 
donner le change et détourner tout soupçon d'imitation, il semble 
qu'il aurait pu prendre cette dernière forme oratoire , qu'il voyait 
établie d'ailleurs dans beaucoup de bons historiens, soit latins, 
soit grecs; et, en supposant que ce fut une faute, c'est, du moins 
en plusieurs, une de ces fautes heureuses qu'on n'a pas le courage 
de blâmer. Non, Trogue Pompée avait censuré, dans Tite-Live 
et dans Salluste, la forme de la harangue directe; et Justin, res- 
pectant les scrupules de son maître , comme nous le disions, n'em-^ 
ploie ordinairement que le style indirect dans ses discours. Dans 
cette harangue même, adressée par Mithridate à ses soldats pour 
les exciter contre les Romains, c'est encore le tour indirect et 
oblique dont il se sert, ainsi que dans la plupart des occasions où 
il fait parler ses personnages. Cette conduite, si constamment res- 
pectueuse envers l'écrivain que l'on déclare à plusieurs reprises 
vouloir reproduire dans un abrégé , n'est pas le fait d'un homme 
qui voudrait effacer cet écrivain afin de prendre sa place. La jus- 
tice donc et le sens commun s'accordent ici pour laver la tache 
qu'on a voulu imprimer au nom de Justin , que nous allons main- 
tenant tâcher de juger d'après le mérite particulier qui le recom- 
mande. 

L'abréviateur de Trogue Pompée commence son résumé de 
l'Histoire générale des peuples à la fondation de la monarchie des 
Assyriens, sous Ninus, et il le termine à la cdnquéte de l'Espagne 
par Auguste, ce qui comprend une période de deux mille ans. Il 
ne suit pas une marche très-régulière, ou, pour me faire entendre 
clairement, il n'a pas un ordre de narration bien suivi : on re- 
marque des interpositions dans renonciation des faits historiques , 



NOTICE SUR JUSTIN. xxj 

dont il change les époques , qu'il altère même quelquefois , ne les 
ayant pas assez soumis à l'examen de la critique. On lui reproche 
des inexactitudes : faut-il les mettre sur le compte de Trogue Pom- 
pée ou sur son propre compte ? Il âiudrait, pour prendre un parti 
à cet égard, confronter les deux ouvrages : or, cela ne se peut, 
puisque nous ne possédons que le dernier. Par exemple, il diffère 
avec Arriendans le récit de divers évènemens du règne d'A- 
lexandre. Prenez le récit du sac de Thèbes et du supplice de Cal- 
listhène, et vous déciderez que les deux auteurs sont loin d'être 
d'accord sur les particularités de ce grand siège et de cette grande 
cause : or, on ne peut raisonnablement croire que ce soit Arrien 
qui ait manqué à la vérité historique. On lui reproche d'avoir 
tout-à-fait interverti le système de chronologie suivi par Trogue 
Pompée, ce qui l'aurait fait tomber dans de graves méprises, dans 
des bévues extraordinaires. Les bévues et les méprises paraissent 
prouvées; mais ont-elles la cause qu'on leur assigne? Pour pro- 
noncer cette fois encore, il faudrait que l'ouvrage de Trogue Pom- 
pée fût là, afin que l'on pût vérifier si les erreurs n'ont pas leur 
source dans ce même ouvrage. Si l'on en croit Vopiscus, Justin 
ne mériterait pas la confiance de son lecteur : il aurait menti sou- 
vent avec impudence. Cela peut être; mais Vopiscus ne voit aussi 
dans Tacite, dans Salluste, dans Tite-Live, etc., que à* effrontés 
menteurs : or, le faible Justin se met à l'abri de ces grands noms , 
et l'on prend le parti du doute , malgré l'autorité de Vopiscus , ac- 
cusé lui-même par d'autres autorités aussi respectables que la 
sienne, d'avoir composé souvent avec la vérité. Quant aux récits 
fabuleux qu'on a droit de reprocher à Justin, qui pousse la cré- 
dulité jusqu'à recevoir et vouloir donner comme vrais des contes 
absurdes, quand il serait présumable que le premier tort dût être 
rejeté sur Trogue Pompée, Justin n'en reste pas moins blâmable 
pour avoir conservé si scrupuleusement ce qu'on lui aurait su gré 
d'avoir passé sous silence. 

Les livres de Justin of&ent quelques digressions étendues , qu'on 
lit avec plaisir, mais qui sont peut-être un défaut dans un abré- 
viateur. Ces digressions ont quelquefois de l'intérêt et aussi un 
but d'instruction. J'en citerais plusieurs exemples , s'il ne fallait pas 
se borner. 



xxij NOTICE SUR JUSTIN. 

Quelquefois , Justin a le tort de s'arrêter où Ton aimerait qu'il 
courût rapidement , donnant alors trop d'importance à des détails 
frivoles , insignifians ou de peu d'intérêt ; d'autres fois , il serre les 
évènemens d'un lien si étroit, qu'on pourrait dire qu'il les étrangle : 
il y a telle page qui renferme ce qui s'est passé dans l'espace d'un 
demi-siècle ou d'un siècle, et davantage. Cela ressemble trop aux 
sommaires d'un livre, ou à sa table de matières; cela n'instruit 
pas ceux qui savent , et encore moins ceux qui ne savent rien. Un 
fait n'est bien retenu que lorsqu'il frappe vivement l'imagination 
et l'intelligence. Dans le cas dont je parle , tout glisse, au con- 
traire, et tout est perdu. D'autres fois, il sait garder un juste mi- 
lieu entre la prolixité et la sécheresse. Alors, il vous fait lire de 
belles pages; alors, on sent qu'il écrit avec inspiration; et, ce qui 
le prouve , c'est que cette inspiration passe dans votre âme : alors 
on ne soupçonnerait pas qu'il abrège l'œuvre d'autrui, on croit 
qu*il travaille avec ses propres idées; vous vous abandonnez à ses 
récits , que vous écoutez avec confiance ; vous le suivez avec in- 
térêt de siècle en siècle; il vous fait connaître les différens peuples 
qui ont brillé sur la terre d'un éclat plus ou moins soutenu, et il 
vous laisse une idée assez philosophique de leur caractère et de 
leur esprit. C'est alors qu'il devient ( quoique La Harpe lui refuse 
ce titre ) un peintre de mœurs très-attachant , surtout quand ses 
dessins ou ses tableaux sont composés dans les proportions, je 
veux dire lorsque les objets n'y sont pas pressés de manière à pro- 
duire des effets confus. 

On remarque dans sa narration un peu d'uniformité, dans sa 
diction un peu de goût pour l'antithèse. RoUin le juge peut-être 
sévèrement, lorsqu'il dit que sa latinité n'est pas bien pure; d'au- 
tres juges, très-compétens en cette matière, entre autres Lamothe 
Levayer et plusieurs bons humanistes , lui ont été plus favorables. 
Il n'a pas le coloris brillant de Quinte -Curce ; mais les tours de ses 
phrases ont de l'élégance et quelquefois aussi ce caractère de briè- 
veté qui fait qu'on retient facilement la pensée , parce qu'elle est 
aiguisée en trait , et , pour suivre la comparaison , qu'elle pique 
dans la mémoire : c'est le mot de Montaigne. Sa philosophie n'a 
rien d'affecté; il ne prodigue pas les sentences, il ne se les inter- 
dit pas. Les sentences ou maximes de morale, quand il en admet 



NOTICE SUR JUSTIN. xxiij 

dans son récit, n'y sont souvent qu'une remarque philosophique 
très-simple, très-naturelle, et, pour ainsi dire, commandée par 
la pensée qui précède ou qui va suivre , ou bien une assez bonne 
transition d'une idée à une autre idée. Ses pensées, ses aperçus, 
du reste, ont peu de profondeur en général et d'élévation. Il ne 
sort pas trop de Tordre commun ; il ne surprend pas ; il n'éblouit 
pas : on ne l'admire pas, on l'approuve. Il faut convenir pour- 
tant qu'il a quelques morceaux qui se distinguent et qui le placent 
sur la ligne des meilleurs écrivains : ces bonnes fortunes sont 
rares. Elles lui arrivent lorsqu'il ne gâte pas ses inspirations par 
l'abus de l'esprit. Là où domine l'antithèse, on sait bien que le 
sentiment ne règne plus. Je ne dis pas qu'il faille proscrire cette 
figure : nos écrivains les plus éloquens s'en servent avec succès ; 
mais ils la ménagent, et ils placent les oppositions plutôt dans les 
choses que dans les mots. C'est dans ses parallèles que Justin a le 
plus abusé de l'antithèse. Le parallèle, en général, est un genre 
faux , en ce qu'il ne se forme le plus souvent que de rapproche- 
mens forcés. On veut établir des rapports de similitude ou de dis- 
similitude entre deux personnages , et l'on fausse leur caractère 
pour marquer les points de comparaison. Les meilleurs écrivains 
ont échoué ou n'ont qu'à moitié réussi dans cette partie difficile 
de la rhétorique : pardonnons à Justin d'y laisser beaucoup à dé- 
sirer. On lui fera moins de reproches en ce qui tient, chez lui , à 
la partie descriptive. Il a, en effet, des descriptions d'un assez 
brillant effet, et quelques discours oratoires en style indirect y où 
Ton remarque des mouyemens de véritable éloquence. 

De toutes les traductions de Justin, la meilleure, jusqu'à ce 
moment , était celle de l'abbé Paul. Elle est écrite avec facilité , 
clarté, fidélité, et n'est pas dénuée d'élégance. Le style est cor- 
rect , mais il manque de coloris. Les notes qui accompagnent le 
travail ( et le traducteur lui-même le déclare ) sont un extrait sub- 
stantiel de celles qu'on trouve dans l'édition Dauphine du père 
Cantel , jésuite. Justin doit offrir peu de difficultés à ses inter- 
prètes, parce que sa manière tient au genre tempéré; et RoUin 
semble reconnaître aussi qu'il est d'une interprétation facile, puis- 
qu'il le place parmi les auteurs qu'o/i peut livrer y dit-il , à l'expli- 
cation des élèves de la quatrième , dans les collèges. Le seul em- 



xxiv NOTICE SUR JUSTIN. 

barras qu'il puisse causer, c'est, en quelques endroits où il est në-^ 
cessaire, d'adoucir, dans la version, des ti'aits qui sont trop acétës 
dans le texte, ou de jeter un voile sur certaines peintures, trop li^ 
bres dans notre langue : 

Le latin dans les mots brave Thonnéteté; 
Mais le lecteur français veut être respecté. 

Pour dernière remarque sur Justin, j'ajouterai que quelques 
critiques superficiels, ou d'un esprit qui se plait à n'être jamais de 
l'opinion reçue , assurent que Justin écrivit lorsque les lettres, su- 
bissant le destin des conquêtes, furent transportées à Constanti- 
nople , après que l'empire y eut établi son siège , c'est-à-dire deux 
siècles plus tard qu'on ne marque l'époque où Justin publiait ses 
livres. Cette assertion est dénuée de preuves et de vraisemblance. 
Il faut s'accorder à placer Justin sous Antonin le Pieux , comme 
nous l'avons dit ; et il ne faut pas non plus le confondre avec 
saint Justin, qui, dans ses écrits, ne s'est jamais exprimé que dans 
l'idiome grec , et qu'Ëusèbe , Photius et saint Jérôme n'ont jamais 
regardé comme l'abréviateur de Trogue Pompée. 

LAYA, DE l'AcADÉMIE FRANÇAISE. 



EXTRAIT 



DE 



LTOSTOIRE ABRÉGÉE DE LA LITTÉRATURE LATIWE 



PAR SCHŒLL. 



vJn place communément sous le règne des Antonins 
Tabréviateur Justin , nommé, dans un ancien manu- 
scrit de Florence, M. Junianus Justinus, et dans d'au- 
tres y M. Justinus Frontinus. On n'a cependant d'autre 
motif, pour lui assigner cette époque, que la dédicace 
de son ouvrage adressée à Marc Aurèle; mais plusieurs 
critiques regardent la ligne qui , dans les manuscrits, 
exprime cette dédicace, comme ayant été ajoutée au texte 
par quelque copiste ignorant qui aurait confondu cet 
écrivain avec Justin le Martyr. On ne sait au reste rien 
sur la vie de Justin. Il a fait un extrait du grand ou- 
vrage historique de Trogue Pompée. Cet abrégé est in- 
titulé : Historiarum Philippicariim et totius mundi on- 
ginum , et terrœ situs , ex Trogo Pompeio excerptaruni 
Ubri XLiv a Nino ad Cœsarem Augustum. 

Nous avons déjà remarqué plus haut que, dans ses 
extraits, Justin a choisi de préférence les faits et les 
passages qu'il jugeait particulièrement intéressans; les 
autres évèoemens ne sont rapportés que brièvement et 
seulement par forme de transition. Pour apprécier l'ou- 
I. 



xxvj EXTRAIT DE L'HISTOIRE ABRÉGÉE 

vrage deTrogue Pompée et celui de Justin , sous le rap- 
port de la confiance qu'ils méritent comme historiens , 
il faudrait connaître les sources où le premier a puisé. 
Son abréviateur ne les indique pas. A force de recher- 
ches , des critiques modernes se sont flattés de parvenir 
à deviner en partie les autorités que Trogue Pompée a 
eues sous les yeux. Nous allons réunir l'indication de ces 
sources à un aperçu du plan suivi par Trogue Pompée : 

Livre i. Histoire des empires des Assyriens, des Mcdes et des 
Perses, jusqu*à Darius, fils d'Hystaspe. 

Livre ii. Digression sur les Scythes, les Amazones et les Athé- 
niens; des rois d'Athènes, delà législation de Solon, de la ty- 
rannie des Pisistratides , de leur expulsion qui engagea Athènes 
dans une guerre avec les Perses, de la bataille de Marathon. 
Histoire de Xerxès^ successeur de Darius, et de sa guerre avec 
les Grecs. 

Livre m. Avènement d*Artaxerxe. Digression sur les Lacédémo- 
niens , sur la législation de Lycurgue et la première gueire de 
Messène. Commencement de la guerre du Péloponnèse. 

Livre iv. Suite de la guerre du Péloponnèse. Expédition en Sicile ; 
digression sur cette île. 

Livre v. Fin de la guerre du Péloponnèse. Les trente tyrans et leur 
expulsion par Thrasybule. Expédition de Cyrus , et retraite des 
dix mille. 

Livre vi. Expéditions de Dercyllidas et d'Agésilas, en Asie. Guerre 
des Thébains. Paix d'Antalcidas. Exploits d'Épaminondas. Phi- 
lippe de Macédoine commence à s'immiscer dans les affaires de 
la Grèce. 

Dans ces six premiers livres, qui doivent être regardés 
comme une espèce d'introduction à l'Histoire de l'em- 
pire de Macédoine, véritable objet de Trogue Pompée, 
son principal guide a été Théopompe; il a cependant 
complété les données que lui fournissait cet écrivain par 



DE LA LITTÉRATURE LATINE. xx^ij 

celles qu'il trouvait dans Hérodote et Ctésias, et même 
dans les mythographes. 

Livre yii. Digression sur la Macédoine antérieurement à Philippe. 

Livre vni. Histoire de Philippe et de la guerre sacrée. 

Livre ix. Fin de l'histoire de iPhilippe. 

Livre x. Suite et fin de l'histoire des Perses sous Artaxerxès Mné- 
mon, Ochus et Darius Codoman. 

Dans ces quatre livres, Trogue Pompée paraît n'avoir 
fait que traduire Théopompe. 

Livre xi. Histoire d'Alexandre-le-Grand depuis son avènement au 
trône jusqu'à la mort de Darius. 

Livre xii. Évènemens arrivés en Grèce pendant l'absence d'Alexan- 
dre; expéditions de ce prince en Hyrcanie et dans l'Inde; sa 
mort. 

Dans ces deux livres , on ne trouve aucun fait qui ne 
soit connu par les autres écrivains dont les ouvrages 
nous restent. 

Livres xiii-xv. Histoire des guerres entre les généraux d'Alexan- 
dre-le-Grand jusqu'à la mort de Cassandre. 

Livre xvi. Suite de l'histoire de la Macédoine jusqu'à l'avènement 
de Lysimaque. 

Cette partie de l'Histoire de Justin est si peu com- 
plète, qu'on ne saurait deviner les sources où Trogue 
Pompée a puisé ; on suppose que les digressions sur Cy- 
rène et sur Héraclée son tirées de Thëopompe, et que 
l'épisode de l'Inde est de Mégasthènes. 



xxviij EXTRAIT DE L'HISTOIRE ABRÉGÉE 

Livre xvii. Histoire de Lysimaque. Digression sur l'Épire avant 
Pyrrhus, 

Comme dans ce livre Justia se montre très-partial ea 
faveur de Seleucus et contraire à Lysimaque , on pense 
que Jérôme de Cardie a été le guide de son original. 

Livre xviii. Guerre de Pyrrhus en Italie et en Sicile. Digression 

sur rhistoire ancienne de Carthage. 
Livre xix. Guerre des Carthaginois en Sicile, 
livre XX. Denys de Syracuse transporte le théâtre de la guerre 

dans la grande Grèce. Digression sur Meta ponte. 
Livre xxi. Histoire de Denys le Jeune. 
Livres xxii et xxiii. Histoire d'Agathocle. 

Ces six livres de Justin sont fort importans; ils ren- 
ferment à peu près tout ce que nous savons sur les Car- 
thaginois avant leurs démêlés avec les Romains. Ce qu'il 
dit de Syracuse et de la grande Grèce, Trogue Pompée 
l'a tiré de Théopompe, et, par forme de supplément, de 
Timée : ce dernier parait notamment la source de This* 
toire d'Agathocle. 

Livre xxiv. Suite de l'histoire de la Macédoine. Invasion des 
Gaulois sous Brennus. 

Livre xxv. Antigone Gonatas , roi de Macédoine. Établissement 
des Gaulois en Bithynie. 

Livre xxvi. Suite de l'histoire de la Macédoine. 

Livre xxvii. Seleucus, roi de Syrie. 

Livre xxviii. Suite de l'histoire de la Macédoine jusqu'à l'avène- 
ment de Philippe. 

Livre xxix. Guerre de Philippe avec les Romains. 

Phylarque a été la principale autorité de Trogue Pom- 
pée dans ces six livres. 



DE LA LIITERATURE LATINE. xxix 

Livre xxx. Saite de la guerre de Macédoine. Alliance des Eioliens 
avec Antîochus-le-Grand. 

Livre xxxi. Annibal engage Antiochus à faire la guerre aux Ro- 
mains. Guerre de Syrie. 

Livre xxxii. Mort de Philopœmen. Guerre des Romains avec 
Pérsée. Mort d' Annibal. 

Livre xxiii. Fin du royaume de Macédoine. 

Livre xxxiv. Guerre des Achéens. Suite de Thistoire de Syrie. 

Livre xxxv. Demetrius i et ii , rois de Syrie. 

Ces six livres sont extraits de Polybe. 

Livre xxxvi. Suite de l'histoire des rois de Syrie. Digression sur 
les Juifs. Le royaume de Pergame devient une puissance romaine. 

Livre XXXVI 1. Histoire de Mithridate-le-Grand. 

Livre xxxviii. Suite de Thistoire de Mithridate-le-Grand. Ptolé- 
mée Physcon, roi d'Espagne. Suite de l'histoire de Demetrius, 
roi de Syrie. 

Livre xxxix. Suite de l'histoire de Syrie et d'Egypte. 

Livre xl. Fin du royaume de Syrie. 

Livre xli. Histoire des Parthes. 

Livre xlii. Suite de l'histoire des Parthes. Histoire de TArménie. 

Pour une grande partie de ce qui est rapporté dans 
ces sept livres, Justin est la principale source historique. 
IjH comparaison de ces livres avec les fragmens de Po- 
sidonius de Rhodes, qui nous ont été conservés par 
Athénée, a fait voir que cet historien a été le guide dô 
Trogue Pompée. Posidonius, qui était lié d'amitié avec 
Pompée , avait publié une Histoire de quatre-vingt-deux 
années qui se sont écoulées entre la destruction de Co- 
rinthe et le bouleversement de l'empire de Syrie; c'était 
un ouvrage considérable, composé de cinquante-deux 
livres. La digression sur les Juifs est retnplie de confu- 
sion : on sait quelles idées fausses on avait de ce poiiple^ 



XXX EXTRAIT DE L'HISTOIRE ABRÉGÉE , etc. 

du temps d'Auguste et même encore à l'époque de Ta- 
cite; mais on est surpris que Justin n'ait pas été en état 
de rectifier les erreurs qui se trouvaient dans son ori- 
ginal. 

Livre xliii. Histoire ancienne de Rome et de Marseille. Dans la 
dernière partie , Dioclès de Péparèthe a été la source de Trogue- 
Pompée.- 

Livre xliv. Histoire de l'Espagne , tirée probablement de Posi- 
donius. 

Telles sont les autorités suivies par Trogue Pompée, 
et, par conséquent, par son abréviateur. On doit obser- 
ver, au reste , que la chronologie est entièrement négli- 
gée dans l'ouvrage de Justin , comme dans la plupart 
des historiens anciens. Justin manque souvent de criti- 
que, et ses réflexions ne montrent pas beaucoup de sa- 
gacité. Son style est correct , simple , élégant , mais iné- 
gal ; il est bien préférable à celui de Florus. 



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HISTOIRE 



UNIVERSELLE 



DE JUSTIN. 









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PRJEFATIO JUSTIN! 



WuuM mulli ex Romanis, eliam consularis dignitatis 
viri , res roinanas grœco peregrinoque sermone in hi- 
storiam contulissent , sive aemulatione gloriae , sive varie- 
tate et novitate operis delectatus, vir priscae eloquentiae 
Trogus Pompeius, grœcas et totius orbis historias la- 
lino sermone composait, ut, quum nostra grœce, graeca 
quoque nostra lingua legi possent , prorsus rem magni 
et animi et corporis aggressus. Nam , quum plerisque au- 
ctoribus, singulorum regum vel populorum res gestas 
scribentibus , opus suum ardui laboris videatur, nonne 
nobis Pompeius Herculea audacia orbem terrarum ag- 
gressus videri débet, cujus libris omnium seculorum, 
regum , nationum, populorumqueres gestaecontinentur? 
Et quae historici Grœcorum , prout commodum cuique 
fuit, inter sese gregatim occuparunt, omissis, quae sine 
fructu erant, ea omnia Pompeius divisa temporibus, et 
série rerum digesta composuit. Horum igitur quatuor et 
quadraginta voluminum (nam totidem edidit) per otium, 
quo in Urbe versabar , cognitione quaeque dignissima 
excerpsi; et omissis his, quae nec cognoscendi voluptate 



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PRÉFACE DE JUSTIN. 



JLIes Romains, dont plusieurs même avaient porte le titre 
de consuls *, ont employé une langue étrangère , la langue 
des Grecs, pour écrire l'histoire de leur patrie: Trogue 
Pompée, digne rival de l'antique éloquence, jaloux de 
leur disputer le prix du génie, ou séduit par la richesse 
et la nouveauté du sujet , a écrit en latin l'histoire de la 
Grèce et de l'univers, pour que les actions des Grecs 
pussent se lire en notre langue, comme ou lit en grec 
celles des Romains; entreprise qui atteste tout ensemble 
un esprit vaste et une application infatigable. Les histo- 
riens d'une seule nation , ou même d'un seul prince, s'ef- 
fraient des difficultés de leur tâche : et c'est le monde 
entier que Trogue Pompée a osé embrasser avec l'audace 
d'Hercule, en retraçant dans ses récits l'histoire de tous 
les siècles, de tous les rois, de tous les peuples. Les 
sujets que les historiens de la Grèce se sont partagés sans 
ordre et suivant leurs convenances particulières , ceux 
même qu'ils ont dédaignés , comme trop peu féconds , 
Trogue Pompée les a tous rassemblés , tous classés dans 
un seul ouvrage , selon la succession des temps et l'enchaî- 
nement des faits ^. Des quarante-quatre livres qu'il a pu- 
bliés, j'ai extrait, pendant le repos dont je jouissais à 
Bome , les faits les plus dignes d'être connus ; et, laissant 

I. 



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4 PRiEFATIO JUSTINI. 

jucunda,nec exemplo erant necessaria , brève veluti (lo- 
rum corpusculum feci, ut haberent, et qui graeca didi- 
cissent, quo admonçrentur, et qui non didicissent, quo 
instruerentur. Quod ad te, non tam cognoscendi, quam 
emendandi causa transmisi : simul ut et otii mei , cujus 
et Cato reddendam operam putat, apud te ratio con- 
staret. Sufficit enim mihiin hoc tempore judicium tuum, 
apud posteros, quum obtrectationis invidia decesserit , 
industrie testimonium habituro. j 



PRÉFACE DE JUSTIN. 5 

de côté ce qui n'offrait ni une lecture agréable, ni une 
instruction utile, j'en ai composé, pour ainsi dire, un 
léger bouquet de fleurs , dans le dessein de rappeler l'his- 
toire grecque à ceux qui la connaissent, de l'enseigner 
à ceux qui l'ignorent. C'est à vous ^ que je présente cet 
ouvrage, non pour vous instruire, mais pour le sou- 
mettre à vos lumières, et en même temps pour vous 
rendre compte de mon loisir, dont le sage Caton veut 
qu'on justifie l'emploi. Votre suffrage est aujourd'hui 
l'unique objet de mes vœux; la postérité, dans le silence 
de l'envie, saura rendre justice à mes efforts. 



yiciBri 



JUSTINI 



HISTORIARUM PHILIPPICARUM 



EX TROGO POMPEIO 



LIBER I. 



I. XRiNCipio rerum, gentium nationumque imperium 
pênes reges erat : quos ad fastigium hujus majestatis non 
ambitio popularis, sed spectata inter bonos moderatio 
provehebat. Populus nullis legibus tenebatur : arbitria 
prîncipum pro legibus erant. Fines imperii tuerî magis , 
quam proferre , mos erat : intra suam cuiqiie patriam 
régna finiebantur. Primas omnium Ninus , rex Assyrio- 
rum, veterem, et quasi avitum gentibus morem, nova 
imperii cupiditate mutavit. Hic primus intulit bella fîni- 
timis j et rudes adhuc ad resistendum populos , ad Libyae 
terminos usque perdomuit. Fuere quidem temporibus an- 
tiquiores, Sesostris -/Egypti , et Scythiae rex Tanaus : quo- 
rum aller in Pontum , aller usque ^gyptum excessit. Sed 



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HISTOIRE 



UNIVERSELLE» 



DE JUSTIN 



EXTRAITS 



DE TROGUE POMPEE. 



LIVRE I. 



I. JLiE genre humain fut d'abord gouverné par des rois, 
qui devaient cette suprême dignité, non à la faveur d'un 
peuple séduit, mais à leurs vertus et au suffrage des gens 
de bien. Les peuples n'étaient régis par aucune loi : la 
loi , c'était la volonté du souverain. Les princes s'atta- 
chaient plus à défendre qu'à i*eculer les limites de leur 
empire : chacun en bornait l'étendue aux frontières de la 
patrie. Ninus, roi d'Assyrie^ , guidé par une ambition 
jusque-là inconnue, porta la première atteinte à cet usage 
antique, et pour ainsi dire héréditaire. Le premier, il 
entra en ennemi sur les terres de ses voisins , et soumit , 
jusques aux confins de la Libye, des nations encore in- 
habiles à se défendre. Avant lui, il est vrai, on avait vu 
Sésostris^, fd\ d'Egypte, Tanaûs, roi de Scythie, péné- 
trer, l'un jusqu'au Pont , et l'autre jusqu'à l'Egypte. Mais 



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s JUSTINI LIBER I. 

longinqua, nonfinitimabellagerebant; necimperiumsibi, 
sed populis suis gloriam quaerebant ; contentique Victo- 
ria , imperio abstînebant. Ninus magnitudinem quaesitœ 
dominationis continua possessione firmavit. Domitis igi- 
tur proximis, quum accessione virium fortior ad alios 
transiret , et proxima quaeque Victoria instrumentum se- 
quentis esset; totius Orienlis populos subegit. Postre- 
mum illi bellum cura Zoroastre , rege Bactrianorum , fuit, 
qui primus dicitur artes magicas invenisse, et mundi 
principia, siderumque motus diligentissime spectasse. 
Hoc occiso , ipse decessit , relicto impubère adhuc filio 
Ninya , et uxore Semiramide. 



II. Haec nec immaturo puero ausa tradere imperium , 
nec ipsa palam tractare, tôt ac tantis gentibus vix pa- 
tienter uni viro, nedum femin» parituris, simulât se pro 
uxore Nini , filium ; pro femina , puerum. Nam et statura 
utrique mediocris , et vox pariter gracilis , et lineamen- 
torum qualitas matri ac filio similis. Igilur brachia ac 
crura velamentis, caput tiara tegit; et ne novo habitu 
aliquid occultare videretur, eodem ornatu et populum 
vestiri jubet : quem morem vestis exinde gens universa 
tenet. Sic.primis initiis sexum mentita, puer crédita est. 
Magnas deinde res gessit : quarum amplitudine ubi in- 
vidiam superatam putat, quae sit fatetur, quemve simn- 
lasset. Nec hoc illi dignitatem regni ademit, sed admi« 



JUSTIN. LIVRE I. 9 

c'était dans des contrées lointaines qu'ils avaient porté 
leurs armes; et^ songeant à la gloire de leurs peuples 
plus qu'à leur propre puissance , ils se contentaient de 
vaincre, sans chercher à commander. Ninus, au con- 
traire , affermit son vaste pouvoir par une longue domi- 
nation : maître des pays voisins, il ajouta leurs forces 
aux siennes, pour subjuguer les autres peuples; et, fai- 
sant de chaque victoire l'instrument d'une victoire nou- 
velle, il soumit l'Orient tout entier^. La dernière guerre 
qu'il entreprit fut contre Zoroastre, roi de Bactriane, 
qui. inventa, dit^on , la magie, et se livra le premier à 
l'étude approfondie des principes de Tunivers et de la 
révolution des astres. Ce prince fut tué : Ninus mourut 
bientôt après, laissant son fils Ninyas encore enfant, et 
son épouse Sémiramis. 

IL Cette princesse n'osant confier le sceptre aux mains 
débiles de son fils, ni se déclarer ouvertement la reine de 
tant de nations puissantes , trop peu disposées à supporter 
le joug d'un homme pour souffrir celui d'une femme , 
déguise son sexe , son âge , et l'épouse de Ninus se fait 
passer pour son fils. La mèi*e et le fils étaient d'une 
taille médiocre; tous deux avaient une voix grêle et des 
traits à peu près semblables : elle couvre son corps de 
longs voiles , cache sa tête sous une tiare ; et pour que la 
nouveauté de ce costume n'excitât aucun soupçon, elle 
le fait prendre à ses peuples , qui depuis en ont fidèlement 
gardé l'usage. A la faveur de ce déguisement , elle régna 
d'abord sous le nom de son fils; elle se signala ensuite 
par des actions d'éclat; et lorsqu'elle crut avoir vaincu 
l'envie par sa gloire , elle déclara son nom et sou artifice : 



lo JUSTINI LIBER I. 

rationem auxit; quod mulier non feminas modo virtute, 
sed etiam viros anteiret. Haec Babyloniam coadidit, mu- 
rumque urbis cocto latere circumdedit , arenss vice , bilu- 
mine interstrato : quae materia in illis locis passim e terra 
exaestuat. Multa et alia praeclara hujus reginae fuere. Si- 
quidem non contenta acquisitos a viro regni terminos 
tueri, iEthiopiam quoque iniperio adjecit. Sed et Indias 
bellum intulit; quo praeter illam et Alexaudrum Magnum 
nemo intravit. Ad postremum, quum concubitum filii 
petisset, ab eodem interfecta est, duo et quadraginta 
annos post Ninum regno potita. Filiu$ ejus Ninyas con- 
tentus elaborato a parentibus imperio , belli studia dé- 
posait , et veluti sexum cum matre mutasset, raro a 
viris visus , in feminarum turba consenuit. Posteri quo- 
que ejus id exemplum secuti , responsa gentibus per in- 
ternuntios dabant. Imperium Assyrii, qui postea Syri 
dicti sunt , mille trecentis annis tenuere. 

III. Postremus apud eos regnavit Sardanapalus, vir 
muliere corruptior. Ad hune videndum (quod nemini 
ante eum permissum fuerat) praefectus ipsius. Médis prae- 
positus , nomine Arbaces, quumadmitti magna ambitione 
aegre obtinuisset^ inveniteum înterscortorum grèges pur- 
puram colo nentem, et muliebri habitu, quum mollitia 
corporis , et oculorum lascivia omnes feminas anteiret , 
pensa inter virgines partientem. Quibus visis , indignatus 
tali femiiiae tantum virorum subjectum^ tractautique la- 



JUSTIN, LIVRE I. II 

cet aveu ^ loin de lui coûter le trône, ajoata à l'admiration 
des peuples; on s'étonna de ce courage, qui Télevait au 
dessus de son sexe et même au dessus des héros. Cette 
princesse fonda Babylone, et l'entoura d'un mur de bri- 
ques, cimentées, non avec du sable, mais avec le bitume 
qui sort en bouillonnant du sol de ce pays. Elle s'illustra 
encore par beaucoup d'autres faits éclatans : non con- 
tente de conserver les conquêtes de son époux , elle ajouta 
l'Ethiopie à son empire , et porta la guerre jusque dans 
l'Inde y où Alexandre-le*Grand pénétra seul après elle. 
Enfin , égarée par une passion incestueuse , elle périt de 
la main de son fils : elle avait régné quarante-deux ans 
depuis la mort de Ninus. Ninyas , goûtant en paix le fruit 
des travaux de sa famille, vécut loin des combats; et, 
comme s'il eût en effet changé de sexe avec sa mère , il 
se déroba aux regards des hommes , pour vieillir obscur 
au milieu de ses femmes. A son exemple, ses descendans 
ne répondirent aux demandes de leurs peuples que par 
la bouche des gouverneurs. L empire des Assyriens , ap- 
pelés plus tard Syriens, dura treize cents ans^. 

III. Leur dernier roi fut Sardanapale , homme plus 
énervé qu'une femme. Arbaces, son lieutenant, gouver- 
neur de la Médie, ayant obtenu , à force d'instances, la 
permission de paraître devant lui , jusque-là refusée à 
tout autre, le trouva couvert d'une robe de femme, for- 
mant un tissu de pourpre, au milieu de ses courtisanes, 
dont il dirigeait les travaux, et qu'il effaçait par la mol- 
lesse de ses attitudes et la lubricité de ses regards. Indi- 
gné de voir une telle femme commander à tant dTiommes 
de cœur, et des guerriers armés du glaive s'humilier sous 



12 JUSTINI LIBER I. 

nam ferrum et arma portantes parère , progressas ad so- 
cios, quid viderit refert; negat, « Se ei parère posse, qui 
se femînam malit esse, quam virum. » Fit igitur conju- 
ratio : bellum Sardaaapalo infertur : quo ille audito , non, 
ut vir, regnum defensurus, sed , ut metu mortis mulieres 
soient, primo latebras circumspicit : mox deinde cum 
paucis et incompositis in bellum progreditur. Yictus in 
regiam' se recipit; ubi e&structa incensaque pyra et se et 
divitias suas in incendium mittit , hoc solo imitatus vi- 
rum. Post hune , rex constituitur interfector ejus Arbaces , 
qui praefectus Medorum fuerat. Is imperium ab Assyriis 
ad Medos transfert. 

IV. Post multos deinde reges, per ordioem succes- 
sionis , regnum ad Astyagen descendit. Hic per somnum 
vidit ex naturalibus filiae , quam unicam habebat , viteni 
enatam, cujus palmite omnis Asia obumbraretur. Con- 
sulti harioli , « £x eadem filia nepotem ei futurum , cujus 
magnitudo praenuntietur, regnique ei amissionem por- 
tendi, » responderunt. Hoc responso exterritus, neque 
claro viro , neque civi filiam , ne paterna maternaque no- 
bilitas nepoti animos extolleret, sed ex gente, obscura 
tune temporis, Persarum, Cambysi, mediocri viro, in 
matrimonium tradidit. Ac ne sic quidem somnii metu 
deposito, gravidam ad se filiam arcessit, ut sub avi po- 
tissimum oculis partus necaretur. Natus infans datur occi- 
dendus Harpago, régis amico et arcanorum participi. Is 



JUSTIN. LIVRE I. i?^ 

une main qui manie la quenouille, il retourne vers les 
siens; il leur rapporte ce qu'il a vu; il refuse d'obéir plus 
long-temps à un prince qui renonce honteusement à son 
sexe. On conspire , on s'arme contre Sardanapale. Celui- 
ci , à l'approche des révoltés , loin de défendre courageu- 
sement sa couronne, cherche d'un œil timide un asile 
qui protège sa vie, puis, à la tête de quelques soldats en 
désordre, il ose enfin marcher au combat. Vaincu, as- 
siégé dans son palais, il fait élever un vaste bûcher, s'y 
jette avec ses trésors , et sait du moins mourir en homme. 
Arbaces, l'auteur de sa mort, lui succède au trône, et 
transfère l'empire des Assyriens aux Mèdes^ dont il était 
gouverneur. 

IV. Après une longue suite de rois, le sceptre passa, 
par droit de succession , aux mains d'Astyage. Ce mo- 
narque vit en songe une vigne naître du sein de sa fille 
unique, et étendre sur l'Asie entière l'ombrage de ses ra- 
meaux. Les devins consultés répondirent que la prin- 
cesse lui donnerait un petit-fils, dont ce prodige annon- 
çait la grandeur, mais qui ravirait le sceptre à son aïeul. 
Astyage épouvanté ne voulut marier sa fille ni à un 
homme de haut rang , ni à un Mède, de peur de trouver 
dans son petit-fils la fierté d'une origine doublement 
illustre : il choisit donc pour gendre Cambyse^ homme 
sans nom, issu de la nation des Perses, alors presqu'in- 
counue. Mais ses terreurs n'étaient pas calmées; et, pen- 
dant la grossesse de sa fille, il la fit venir près de lui , 
pour qu'on pût immoler le petit-fils sous les yeux même 
de son aïeul. A peine l'enfant eut-il vu le jour , qu' Astyage 



î4 JUSTINI LIBER I. 

veritus, si ad filiam, mortuo rege, venisset imperlum, 
quîa nullum Astyages virilis sexus genuerat , ne illa ne- 
cati infantis ultionem , quam a pâtre non potuisset , a 
ministro exigeret, pastori regii pecoris puerum exponen- 
dum tradit. Forte eodem tempore et ipsi pastori filius 
natus erat. Ejus igitur uxor, audita regii infantis expo- 
sitione, summis precibus rogat, ce Sibi afFerri ostendique 
puerum. » Cujus precibus fatigatus pastor, re versus in 
silvam, invenit juxta infantem canem feminam ^ paryulo 
ubera prsbentem, et a feris alitibusque defendentem. Mo- 
tus et ipse misericordia^ qua motam etiam canem vide- 
rat , puerum defert ad stabula , eadem cane anxie prose- 
quente. Quem ubi in manus mulier accepit j veluti ad 
notam puer allusit : tantusque in illo vigor, et dulcis 
quidam blandientis risus apparuit , ul pastorem uxor uitro 
rogaret, « Quo suum partum pro illo exponeret permît- 
teretque sibi^ sive fortunae ipsius^ sive spei suae puerum 
nutrire. » Atque ita permutata sorte parvulorum , hic pro 
filio pastoris educatur ; ille pro nepote régis exponitur. 
Nutrici Spaco postea nomen fuit, qui canem Persae sic 
vocant, 

V. Puer deinde quum inter pastores esset , Cyri nomen 
accepit. Mox rex inter ludentes sorte delectus, quum per 
lasciviam contumaces flagellis cecidisset, a parentibus 
puerorum querela est régi delata, indignantibus, a servo 
regio ingenuos homines servilibus verberibus affectos. 



JUSTIN. LIVRE I. i5 

le livre à Harpagus 9 son confident, avec ordre de le mettre 
à mort. Celui-ci 9 craignant que la princesse, appelée un 
jour au trône d'Astyage, qui n'avait aucun enfant mâle, 
ne vengeât sur lui le meurtre dont elle ne pouvait punir 
son père, fait exposer le nouveau-né par un pasteur des 
troupeaux du roi. Un fils venait aussi de naître au berger. 
Sa femme, sachant qu'il avait exposé le jeune prince, 
conjura son mari de le lui apporter pour le voir. Celui- 
ci, cédant à ses prières, rentre dans la forêts, trouve 
près de l'enfant une chienne qui le nourrissait de son 
lait , et écartait de lui les bêtes sauvages et les oiseaux 
de proie. Touché lui-même d'une pitié dont une bête 
lui donnait l'exemple, il rapporte l'enfant dans la chau- 
mière, où la chienne le suit avec inquiétude. Placé dans 
les bras de sa femme, le jeune prince sembla la con- 
naître , et se joua sur son sein ; étonnée de sa force , char» 
mée de la grâce et de la douceur de son sourire , elle sup* 
plia son mari, au nom de la fortune de cet enfant, au 
nom de leur intérêt, d'exposer leur propre fils, et de 
nourrir le prince à sa place. Ainsi change le sort des 
deux enfans; l'un est élevé comme fils du pasteur, l'autre 
exposé comme petit-fils du roi : la nourrice reçut plus 
tard le nom de SpacoSy mot qui signifie chienne dans 
la langue des Perses ^. 

V. L'enfant, élevé parmi les bergers,' reçut plus tard 
le nom de Cyrus. Un jour que, dans les jeux de son âge, 
le sort l'avait nommé roi, il fit frapper de verges quel- 
ques-uns de ses compagnons , qui bravaient en riant son 
autorité. Leurs parens, indignés qu'un esclave du roi 
eût fait subir à des enfans de race libre la honte d'un 



î6 JUSTINI LIBER I. 

Ille arcessito puero et interrogato , quum , nihil mutato 
vultu j « Fecisse se ut regem , » respondisset , adniiratus 
constantiam , in memoriani somnii responsique revocatur. 
Atque îta quum et vultus simiiitudo, et expositionis tem- 
pora^etpastoris confessioconvenirent^nepotem agnovit. 
Etquoniam defunctussibisomnio videretur, agitato iater 
pastores regno, aDimum minacem duntaxat in illo fregi^ 
Ceterum Harpago arnica suo infestas , in ultionem sei^ 
vati nepotis, filium ejus interfecit, epulandumque patri 
tradidit. Sed Harpagus ad praesens tempus dissimulato 
dolore, odium régis in vindictae occasiouem distulit. In- 
terjecto dcinde tempore, quum adolevisset Cyrus, dolore 
orbitatis admonitus , scribit ei : « Ut ablegatus in Persas 
ab avo fuerit : ut occidi eum parvulum avus jusserit : ut 
beneficio suo servatus sit : ut regem offenderit : ut filium 
amiserit. » Hortatur, <c Exercitum paret, et pronam ad 
regnum viam ingrediatur, »Medorum transitionem pol- 
licitus. Epistola, quia palam ferri nequibat, régis custo- 
dibus omnes aditus obsideutibus, exenterato lepori inse- 
ritur, lepusque in Persas Cyro ferendus fido servo tra- 
ditur : addita retia , ut sub spccie venationis dolus la- 
teret. 

yi. Lectis ille epistolis, eadem somnio aggredi jussus 
est : sed praemonitus, ut, quem primum postera die ob* 
vium habuisset , socium cœptis assumeret. Igitur, ante- 
lucano tempore, ruri iler ingressus obvium habuit ser- 



JUSTIN. LIVRE I. 17 

tel châtiment, vont se plaindre à Astyage; mais Cyrus, 
appelé devant lui, répond, sans s'émouvoir, qu'il s'est 
conduit en roi. Le monarque, étonné d'une si grande 
fermeté, se rappelle alors son rêve et les menaçantes 
prédictions qui l'ont suivi. La conformité des traits, l'é- 
poque de l'exposition, l'aveu du berger, tout concourt 
à convaincre Astyage : il reconnaît son petit-iSls. Cepen- 
dant, croyant l'oracle accompli par cette royauté exercée 
entre les pasteurs, il consent à épargner Cyrus» Mais, 
irrité contre Harpagus, et voulant punir son infidélité, 
il égorge son fils, et le lui fait servir dans un festin. 
Harpagus déguise son ressentiment, et attend l'occasion 
de se venger. Quelque temps après, toujours animé par 
sa douleur et ses regrets, il écrit à Cyrus, dont l'âge 
avait développé les forces, lui dévoile les ordres Bonnes 
par Astyage pour le reléguer chez les Perses et le faire 
périr dès sa naissance; il raconte comment lui-même 
a sauvé les jours du jeune prince, et comment ce bien- 
fait , en allumant la colère du roi , a coûté au bienfaiteur 
la vie de son fils. Il exhorte Cyrus à lever une armée , 
lui promet l'appui des Mèdes , et une route facile au 
trône. Pour soustraire la lettre aux gardes placés par le 
roi sur toutes les routes , on la cache dans le corps d'un 
lièvre, qu'un esclave affidé, un filet à la main et sou& 
le déguisement d'un chasseur , va porter en Perse et remet 
à Cyrus. 

VI. Après la lecture de cette lettre , un songe vint con- 
firmer Cyrus dans les desseins qu'on lui proposait d'em- 
brasser , et lui prescrivit en même temps d'associer à son 
entreprise l'homme qui le. lendemain se présenterait le ' 
1. '^ 



i8 JUSTINI LIBER I. 

vum de ergastulo cujusdam Medi^ nomioe Sœbarem. 
Hujus requisita origine j ut in Ferais genitum audivit , 
demptis compedibus , assumptoque comité^ Persepolim 
regreditur. Ibi convocato populo, jubet omnes praesto 
cum securibusesse, et silvam viae circumdatam excidere. 
Quod quiim strenue fecisseat, eosdem postera die app^- 
ratis epulis invitât. Deinde, quum alacriorea ipso con* 
vivio factos videret, rogat j si conditio ptoponatui*, utrius 
yitae sortem legant, hesternine laboris, an praesentiuoi 
epularum? praesentium, ut acclama vere omnes, ait, he- 
sterno similem labori omnem vitam acturos , quoad Mé- 
dis pareant : se secutos, hodiernis epulis. Laetis omnibus. 
Médis bellum infért. 

Astyages menti sui in Harpagum oblitus, summam 
belli eidem committit : qui exercitum acceptum statim 
Cyro per deditionem tradidit , regisque crudelitatem per- 
fidia defectionis ulciscitur. Quod ubi Astyages audivit, 
contractis undique auxiliis, ipse in Persas profiçiscitur; 
etrepetito alacrius certamine, pugnantibus suis , partem 
exercitus a tergo ponit, et tergiversantes ferro agi in 
hostes jubet; ac denuntiat suis, ni vincerent, non mi- 
nus fortes etiam post terga inventuros, quam a fron- 
tibus viros : proinde videant, fugientibus haec, an illa 
pugnantibus acies rumpenda sit. Ingens, post necessi- 
tatem pugnandi ^ animus exeroitui et vis acôessit. PuIsa 



JUSTIN. LIVRE I. 19 

premier à ses regards. Il sort de la ville avant le jour, et 
reni(ïQntre Sébaris , esclave d^un Hède^ Tinterrogesur son 
origine, et, apprenant qu'il est né dans la Perse, il lui 
Ole ses liens , l'adopte p^ur compagnon, et rentre à Per- 
sépolis. La, il assemble le peuple, ordonne à tous les 
citoyens de prendre la hache , et d'abattre une forêt qui 
gênait la route : ce travail achevé , il les invite pour 
le lendemain à un festin magnifique; puis., voyant les 
convives animés par la gaitédela table, il leur demande 
si, tnaîtres du choix, ils préféreraient les fatigues de la 
veille aux. plaisirs de ce jour : tous s'écriant qu'ils préfé- 
reraient les plaisirs : « Eh bien , dit-il , vos jours seront 
tous pénibles comme celui d'hier, si vous restez esclaves 
des Mèdes; tous joyeux comme celui-ci, si vous consen- 
tez à me suivre. » On lui répond par des cris de joie , 
et la guerre est déclarée. 

Âstyage , oubliant ce qu'il doit attendre d'Harpagus , 
le met à la tête de ses troupes : celui-ci les livre à Cyrus , 
et se venge, par une trahison, de la cruauté de son maître. 
A cette nouvelle , Astyage rassemble des forces de toutes 
parts , et marche en personne contre les Perses : il engage 
la bataille avec vigueur, et place ensuite det^rière les com- 
battant une partie de son armée , avec ordre de présenter 
le fer à quiconque reculerait , et de le ramener à l'énaérni : 
il annonce aux autres, qu'ils trouveront ^ en toqrnant le 
dos , des adversaires aussi redoutables que devant eux , et 
que, pour fuir comme pour vaincre, il leur faudra renver- 
ser une armée. La nécessité de combattre redouble leur va 
leur et leur force. Déjà les Persescommençaient à plier, 
quàndleiirs mères et leurs épouses accourent à eux pour les 

2. 



ao JUSTINI LIBER I. 

itaque quum Persarum acies pauUatim cederet , maires 
et uxores eorum obviam occurrunt : orant, in prœlium 
revertantur. Cunctantibus , sublata veste, obscœna cor- 
poris ostendunt , rogantes , num in uteros matrum vel 
uxorum velint refugere. Hac repressi castigatione , in 
prœlium redeunt;et, facta impressione, quos fugiebant, 
fugere compellunt. In eo prœlio Astyages capitur : cui 
Cyrus nihil aliud quam regnum abstulit; nepotemque 
in illo magis, quam victorem egit : eumque maximae 
genti Hyrcanorum prœposuit : nam in Medos reverti 
ipse uoluit. Hic finis Medorum imperii fuit. Régna verunt 
an nos cccl. 

VII. Initio regni, Cyrus Sœbarem cœptorum socium, 
quem juxta nocturnum visum ergastulo liberaverat, co- 
mitemque in omnibus rébus habuerat, Persis praeposuit, 
sororemque suam ei in malrimonium dédit. Sed civitates, 
quae Medorum tributariœ fuerant,mutatoimperio, etiam 
conditionem suam mutatam arbitrantes, a Cyro defece- 
runj: : quae res multorum bellorum Cyro causa et origo 
fuit. Domitis demum plerisque , quum adversus Babylo* 
nios hélium gereret, Babyloniis rex Lydorum Crœsus, eu- 
jus opes et divitiae insignes ea tempestate erant, in auxi- 
lium venit; victusque jam ac de se sollicitus, in regnum 
refugit. Cyrus quoque post victoriam, compositis in Ba- 
bylonia rébus, bellum transfert in Lydiam. Ibi fortuna 
prioris prœlii perculsqm jam Crœsi exercitum nullo ne- 



JUSTIN. LIVRE I. ai 

rappeler au combat, et, les voyant hésiter, elles décou- 
vrent leurs corps, et, présentant leurs flancs, deman- 
dent s'ils veulent se réfugier dans le sein de leurs mères 
et de leurs femmes. Emus de ces reproches , ils retournent 
au combat, et, par un dernier effort, renversent à leur 
tour les troupes devant lesquelles ils fuyaient : Astyage 
lui-même reste prisonnier. Cyrus se contenta de lui ôter 
le sceptre : il le traita en aïeul plutôt qu'en ennemi 
vaincu; et ce prince ayant refusé de retourner en Médie, 
il lui confia le gouvernement d'une vaste province, de 
l'Hyrcanie. Ainsi finit l'empire des Mèdes , qui avait duré 
trois cent cinquante ans 7. 



VIL Dès le commencement de son règne , Cyrus donna 
à Sébaris (cet esclave qu'il avait, sur la foi d'un songe, 
délivré de ses fers et associé à tous ses projets) le gou- 
vernement de la Perse avec la main de sa sœur. Mais les 
villes autrefois tributaires des Mèdes, croyant leur con- 
dition changée avec le sort de l'empire, se révoltèrent 
contre Cyrus, qui , par cette défection, fut entraîné dans 
une longue suite de guerres. Il avait enfin soumis la plu- 
part des rebelles , et marchait contre Babylohe , lorsque 
Crésus , roi de Lydie , fameux alors par sa puissance et 
ses richesses, vint au secours de cette ville; il fut défait , 
trembla pour lui-même*, et se réfugia dans ses états. 
Cyrus ne se contenta pas de l'avoir vaincu : maître de 
Bàbylone , ilporte la guerre en Lydie, et dissipe aisé- 
ment l'armée de Crésus, découragée par un premier re- 
vers; Crésus lui-même est fait pi*isonuier. Mais la vie- 



aa JUSTINI LIBER I. 

gotio fundit ; Crcesus ipse capitur. Sed quanta briktm 
minoris periculi, tanto et mitior Victoria fuit. Crœsa et 
vita, et patrimonii partes, et urbs Barene concessa sunt, 
in qua j etsi non regiam vitam,proximam tamen majestati 
regiae degeret. Haec clementia non minus victori, quam 
victo utilis fuit. Quippe ex universa Graecia, cogaito,, 
quod illatum Crœsp bellum esset, auxilU velut ad com* 
mune exstinguendum incendium confluebant : tantus 
Crœsi amor apud omnes urbes erat; passurusque Cyrus 
grave bellum Graeciae fuit , si quid in Crœsum crudelius 
consuluiset. Interjecto deinde tempore, occupatoinaliis 
bellis Cyro , Lydi rebellavere. Quibus iterum victis arma 
et equi adempti ; jussique cauponias et ludicras art^s, et 
lenocinia exercere. £t sic gens, industriaquondam potens 
et manu strenua , effeminata moUitie luxuriaque, vîrtutem 
pristinam perdidit; etquosanteCyrum invictosbellaprae- 
stiteranty in luxuriam lapsos otium ac desidia superavit. 
Fuere Lydis multi ante Crœsum reges, variis casi- 
bus memorabiles : nuHus tamen fortuna Candauli com- 
parandus. Hic uxorem^ quam propter formae pulchri- 
tudinem deperibat, praedicare omnibus solebat, non 
contentus voluptatum suarum tacita conscientia, nisi 
etiam matrimonii reticenda publicaret; prorsus quasi 
silentium damnum pulchritudinis esseU Ad postremum, 
ut afBrmationi suaa fîdem faceret, nudam sodali suo 
Gygi ostendit. Quo facto , et amicum in adulterium 



JUSTIN. LIVRE I. a3 

toire fut aussi géaéreuse qu'elle avait été facile : Crésug 
reçut du vainqueur , avec la vie, une partie de son pa- 
trimoine et la ville de Barène^, pour y vivre, sinon en 
roi , du moins dans l'éclat d'une brillante fortune. Cette 
clémence ne fut pas moins utile au vainqueur qu'au 
vaincu; car toute la Grèce, à la nouvelle de la guerre 
allumée en Lydie , avait envoyé ses forces avec autant d'em- 
pressement que si l'incendie l'eût menacée elle-même'*. 
Les Grecs étaient dévoués à Crésus , et , sans la modération 
de Cyrus, ils devenaient pour ce conquérant des ennemis 
redoutables. Quelque temps après , tandis que Cyrus était 
occupé à d'autres guerres , les Lydiens secouèrent le joug : 
défaits encore une fois , et forcés de livrer leurs chevaux 
et leurs armes, ils furent réduits aux vils métiers de bala- 
dins, d'hôteliers , et à l'exercice des plus infâmes trafics. 
Cette nation avait été active, puissante, belliqueuse; 
amollie par le luxe, elle perdit son antique valeur : avant 
Cyrus, l'habitude des combats la rendait invincible; elle 
se livra à de honteux plaisirs, et fut vaincue par l'oisi- 
veté. 

De tous les rois qui précédèrent Crésus au trône de 
Lydie, et dont le règne fut marqué par des évènemens 
mémorables , aucun n'eut une destinée comparable à 
celle de Candaule. Ce prince , follement épris des charmes 
de son épouse , ne cessait de les vanter à tous ses cour- 
tisans, et, non content de jouir en secret des douceurs 
de l'hyménée, il se plaisait à en révéler les mystères; on 
eût dit que le silence lui paraissait un outrage à tant de 
beauté. Enfin, pour justifier ses éloges, il l'expose nue 
aux regards de Gygès , son confident. Cette imprudence 



H JUSTINI LIfi£R L 

uxoris soUicitatum, hostem sibi fecit, et uxorem, vetuti 
tradito alii amore, a se alienavit. Namque brevi post 
tempore, caedes Caudaulis nuptiarum praemium fuit ; et 
uxor inariti sanguine dotata , regnuin viri et se pariter 
aduhero tradidit. 

VIII. Cyrus, subacta Asia, et uni verso Oriente in po- 
testatem redacto , Scythis bellum infert. Erat eo tempore 
Scytharum regina Tomyris , quœ non muliebriter adventu 
hostium territa, quum prohibere eos transitu Araxis flu- 
minis posset, transire permisit , et sibi faciliorem pugnam 
intra regni sui terminos rata j et hostibus objectu flumitiis 
fugam diffîciliorem. Itaque Cyrus, trajectis copiis, quum 
aliquantisper in Scylhiam processisset , castra metatus 
est. Dein postera die, quum simulato metu, quasi refu* 
grens, castra deseruisset , viùi afFatim, et ea, quae epulis 
ei*aiit necessaria , reliquit. Quod quum nuntiatum reginas 
esset, adolescentulum fîlium ad insequendum eum cum 
tertia parte copiarum mittit. Quum ventum ad Cyri ca- 
stra esset, ignarus rei militaris adolescens , veluti ad epu- 
}as, non ad prœlium venisset, omissis hostibus, insuetos 
Barbaros vîno se onerarepatitur; priusqueScythae ebrie- 
tate , quam bello vincuntur. Nam cognitis his, Cyrus re- 
versus per noctem, securos opprimit , omnesque Scythas 
cum reginae filio interfîcit. Amisso tanto exercitu, et., 
quod gravius dolet, unico filio, Tomyris orbitatis dolo- 
rem non in lacrymas effudit, sed in idtionis solatia in- 



JUSTIN. LIVRE L 25 

lui coûta cher : son confident devint son rival et son 
ennemi, et la reine cessa d'aimer un. époux, qui semblait 
Pabandonner aux désirs d'un étranger : bientôt le meurtre 
de Candaulefut le prix d'un nouvel hymen " , et, dotée du 
sang de son mari , elle livra sou sceptre et sa personne 
à son amant adultère'^. 

Vni. Cyrus, vainqueur de l'Asie et maître de tout 
l'Orient, porte la guerre en Scythie. Les Scythes avaient 
alors pour reine Tomyris , qui , sans s'effrayer de l'ap- 
proche des ennemis, qu'elle pouvait arrêter aux bords 
de l'Araxe, leur permit de le franchir, pour se mé- 
nager au sein de son royaume une victoire plus facile , 
et opposer l'obstacle du fleuve à la fuite de l'ennemi. 
Cyrus traverse l'Araxe, pénètre dans la Scythie , et campe 
à quelque distance du fleuve; puis, le lendemain, fei- 
gnant une alarme , il sort en désordre de son camp , 
qu'il laisse rempli de vin et de vivres. A cette nouvelle , 
la reine envoie à sa poursuite son fils, avec le tiers de 
l'armée. Arrivé au camp de Cyrus , ce jeune prince, sans 
aucune expérience de la guerre, semble avoir conduit 
ses soldats au festin , et non au combat : il ne songe plus 
à poursuivre l'ennemi, et, quoique les Barbares ne fus- 
sent pas habitués au vin , il leur permet d'en boire avec 
excès : aussi les Scythes furent- ils. vaincus par l'ivresse, 
avant de l'être par le fer. Instruit de leurs débauches , 
Cyrus revient pendant la nuit,, les surprend sans dé- 
fense, les égorge tous, et avec eux le fils de la reine. 
Ni la destruction d'une puissante armée, ni la perte plus 
cruelle d'un fils unique, n'arrachèrent de larmes «à To- 
myris; sa douleur n'aspire qu'aux consolations de la ven« 



\ 



a6 JUSTINI LIBER I. 

teadit ; hpst^sque receati viistoria exsultaotes , pari iasi- 
diarum fraude circumvenît. Quippe j sitnulata dilBdeatia 
propter vulnus acceptum ^ refugiens, Gyrum ad angu- 
stias usque produxit. Ibi compositis inmontibus insidiis, 
ducenta millia Persarum cum ipso rege trucidavit. In 
qua Victoria etiam illud memorabile fuit, quod ne nun- 
tius quidem tantae cladis superfuit. Gaput Cyri amputa- 
tum in utrem humano sanguioe replôtum conjici regioa 
jubety oum hac exprobratione cru délita tis : « Satia te , 
inquity sanguine quem sitisti, cujusque insatiabilis sem- 
' per fuisti. » Cyrus regnavit annos xxx, non initio tantum 
regniy sed continuo totius temporis successu, admirabi- 
liter insignîs. 

IX. Huic successitfilius Cambyses, qui imperio patris 
^gyptum adjecit : sed oflensuft superstitionibus iEgy- 
ptiorum, Âpis, ceterorumque deorum aedes dirui jubet. 
Ad Hammonis quoque nobilissimum templum expugnan- 
dum exercitum mittit; qui tempestatibus et arenarum 
molibus oppressus j interiit. Post haec per quietem vidit 
fratrem suum Smerdim regnaturum. Quo somnio exter* 
ritus, non dubitavit post sacrilegia etiam parricidium 
facere. Erat enim difficile, ut parceret suis, qui, cum 
contemptu religionis, grassatus etiam adversus deos fue- 
rat. Âd hoc tam crudele ministerium, magum quemdam 
ex amicis delegit, nomine Prexaspem. Intérim ipse, gla* 
dio sua sponte evagnatio^in femore graviter vulnei*atus, 



JUSTIN. LIVRE I. 17 

geance. A son tour, elle fait tomber dans le piège ses 
ennemis enivres de leur triomphe : elle recule y' comme 
découragée par ce désastre, et attire Cyrus dans les 
gorges de ses montagnes : une embuscade y était pré- 
parée, et le roi est massacré avec deux cent mille Perses. 
Ce qu'il y eut de particulier dans cette victoire, c'est 
qu'il n'échappa point un seul homme au massacre pour 
en publier la nouvelle. La reine fit couper la tête de 
Cyrus, et, la plongeant dans une outre pleine de tong 
humain, lui reprocha ainsi sa cruauté : <c Bois, dit-elle ^ 
bois ce sang; apaise cette soif que rien n'a pu calmer '^. » 
Cyrus avait régné trente ans , et non-seulement les pre- 
mières années , mais tout le cours de son règne avait été 
marqué par les succès les plus éclatans. 

IX. Cambyse , son fils et son successeur, réunit llSgypte 
à l'empire de son père; mais, plein de mépris pour les 
superstitions du pays, il fit renverser les autels d'Apis 
et des autres dieux; il envoya même, contre le temple fa- 
meux de Jupiter Ammon , une armée qui périt tout en- 
tière dans les tourbillons de vent, et sous les sables brû- 
lans de ces déserts. Plus tard , effrayé d'un songe qui pro- 
mettait la couronne à son frère Smerdis , il ajouta , sans 
hésiter, un parricide à tant de sacrilèges : quelle pitié un 
frère pouvait-il attendre d'un homme qui, dans son im- 
piété, n'avait pas même épargné les dieux? Il venait de 
confiera un mage de sa cour, nommé Prexaspes'^, l'exé- 
cution de ce crime, lorsque son épée, sortie par hasard 
du fourreau , lui fit à la cuisse une blessure dont il mou- 
rut ; juste châtiment du parricide qu'il avait ordonné , du 



îi8 JtfSTlNI LIBER I. 

occubuit; pœnasqué luit, seu imperati parricidii, seir 

sacrilegii perpetrati. Quo'nuntioaccepto,magusaQtefa- 

niam amissi régis occupât facinus, prostra toque Smerde, 

cui regnum debebatur, fratrem suum subjecit Orospa- 

sten. Erat enim et oris et corporis lineameiitis persimilis ; 

ac nemine subesse dolum arbitrante j pro Smerde rex 

Orospasta constituitur. Quae res eo occultior fuit , quod 

apud Persas persona régis sub specie majestatis occu- 

litur. Igitur magi , ad favorem populi couciliandum, tri- 

buta et militiae vacatiouem ia trienuium remittunt , ut 

regnum, quod fraude quaesierant, indulgentia et largi- 

tionibus confirmarent. Quae res suspecta prima Otani^ 

viro nobili et in conjecturis sagacissimo, fuit. Itaque 

per internuntios quaerit de fîlia , quae inter regias pellices 

erat, an Cyri regius filius rex esset. Illa, nec se ipsam 

scire , ait, nec de alia posse cognoscere, quia singulae 

separatim recludantur. Tum pertractarc dormienti caput 

j^ubet ; nam mago Cambyses aures utrasque praeciderat. 

Factus deinde per filiam certior, sine auribus regem esse, 

optimatibus Persarum rem indicat , et in caedemfalsi régis 

impulsos sacramenti religione obstringit. Septem tantum 

conscii fuere hujus conjurationis : qui ex continenti, ne, 

dato in pœnitentiam spatio , res per quemquam narrare- 
tur, occultato sub veste ferro, ad regiam pergunt. Ibi 

obviis interfectis, ad magos perveniunt : quibus ne ipsis 

quidem animus in auxilium sui defuit; siquidem stricto 



JUSTIN. LIVRE L 29 

sacrilège qu'il avait accompli. Le mage'^, instruit de sa 
mort, se hâte d'en prévenir le bruit; il égorge Smerdis, 
légitime héritier de Cambyse, et lui substitue Orospaste, 
son propre frère : leur taille et leurs traits étaient sembla- 
bles; nul ne soupçonna l'artifice, et Orospaste régna sous 
le nom de Smerdis. Le secret fut d'autant mieux gardé , 
que, chez les Perses, il est de la majesté des rois de se 
soustraire au^ regards de leurs peuples'^. Les mages, 
pour se concilier la faveur de la nation , suspendent pour 
trois années les impôts et les levées de troupes, espérant 
affermir par la douceur et les largesses une domination 
usurpée. Mais cette bonté affectée excita les soupçons 
d'Otane , homme de haute naissance et d'une grande pé- 
nétration. Il fit demander à sa fille, l'une des femmes dti 
roi , si son époux était vraiment le fils de Cyrus : elle 
répondit qu'elle l'ignorait, et ne pouvait le savoir de ses 
compagnes, toujours renfermées dans des appartemens 
séparés. Il lui ordonna alors de toucher les oreilles du 
prince pendant son sommeil ; car Cambyse avait fait 
couper celles du mage. La réponse de sa fille confirma 
ses soupçons; et aussitôt, réunissant les grands de la 
Perse, il leur révéla ce secret, et leur fit solenneilemerit 
jurer la mort de l'imposteur. IjCs conjurés n'étaient qu'au 
nombre de sept : pour prévenir tout remords, toute 
trahison, ils courent aussitôt au palais, armés de poi- 
gnards qu'ils cachent sous leurs vêtemens^ Ils égorgent 
ceux qui les arrêtent , et arrivent aux mages , qui , se 
défendant eux-mêmes avec valeur, tuent de leur main 
deux des conjurés; enfin, ils cèdent au nombre. Gobryas 
saisit l'un d'eux dans ses bras , et , voyant ses oompa* 



3o JUSTINI LIBER I. 

£siTO duos de conjuratis interficiunt. Ipsi tamen corri- 
piuntur a pluribus : quorum alterum Gobryas médium 
amplexusy cunctantibus sociis , ne ipsum pro mago trans- 
foderent y quia res obscuro loco gerebatur^ vel per suum 
corpus adigi mago ferrum jussit : fortuna tamen it4 re* 
gente,iHo incolumi magus interficitur* 

X. Occisis magisy magna quidem gloria reœpti regni 
prlncipium fuit; sed multo major in eo, quod, quum de 
regno ambigerent, concordare potuerunt. Erant enim 
virtute et nobilitate ita pares, ut diiBcilem ex his populo 
electionem aequalitas faceret. Ipsi igitur viam invene- 
runt, qua de se judicium religioni et fortunae commit* 
terent. Pactique interse sunt, utdieslatuta omoesequos 
ante regiam primo mane perducerent, et cujus equus 
intersolisortumhinnitumprimusedidisset, is rex esset: 
nam et solem Persae unum deum esse credunt, et equos 
eidem deo sacratosferunt. Erat inter conjuratos Darius, 
Hystaspis filius : cui de regno sollicito equi ci^stos ait, 
si ea rea victoriam moraretur^ nihil negotii superease. 
Per noctem deinde equum , pridie constitutàm diem , ad 
eumdem locum ducit , ibique equae admittit , ratus , ex 
voluptate Veneris futurum , quod evenit. Postera die ita- 
que, quum ad statutam horam omnes convenissent, Darii 
equus, cognito loco, ex desiderio femin» hinnitum statim 
edidit, et, segnibus aliis, felix auspicium domino pri* 
inus emisit. Tanta moderatio ceteris fîiit, audîto au» 



JUSTIN LIVRE I. 3i 

gnons hésiter à frapper , de peur de le percer lui-même 
dans l'obscuritë, il leur crie d'immoler le traître, le far 
dût-il traverser son propre sein ; cependant , par un heu- 
reux hasard, ils tuèrent le mage sans atteindre Gobryas. 



X. La mort des usurpateurs fut glorieuse pour leurs 
meurtriers; mais ce qiii fut plus honorable encore, c'est 
que leurs prétentions au même trône ne purent les dés- 
unir. Leur vertu était pareille, comme leur noblesse, 
et Tégalité du mérite eût rendu le choix du peuple dif- 
ficile : pour décider entre eux , ils trouvèrent donc le 
moyen d'interroger le sort et la volonté des dieux. Ils 
convinrent de se rendre tous à cheval devant le palais , 
à un jour fixé, dès le lever de l'aurore, et de prendre 
pour roi celui dont le cheval hennirait le premier , au 
lever du soleil ; car le soleil est le seul dieu des Perses , 
et les chevaux lui sont consacrés. Au nombre des con- 
jurés était Darius, fils d'Hystaspe : son écuyer, témoin 
de ses inquiétudes, lui dit que si la couronne est à ce 
prix , il lui garantit le succès , et , la veille du jour fixé , 
pendant la nuit, il mène devant le palais le cheval de 
son maître, et là lui livre une cavale, dans un espoir 
que l'événement confirma. Le lendemain, quand tous 
furent réunis à l'heure convenue, le cheval de Darius 
reconnaît le lieu , hennit aussitôt , au souvenir des plai- 
sirs de la veille , et , le premier, donne le signal qui assure 
l'empire à son maître. Telle fut la modération des rivaux 
de Darius , qu'à l'instant même , se prosternant à 'ses 



3a JUSTINl LIBER I. 

spicio, ut coafestim equis desilierînt, et Darium regem 
salutaverint. Populus quoque uiiiversus, secutus judi- 
cium priDcipum, eumdem regem coDstituit. Sic regnum 
Persarum, septem nobilissimorum virorum virtute quae- 
situm, tam levi niomento in unum collatum est. Incre- 
dibile prorsus^ tanta patientîa cessisse eo, quod ut eri- 
perent magis, mori non recusaverint. Quanquam, praeter 
formam y virtutemque hoc imperio dignàm^ etiam co- 
gnatio Dariojuncta cum pristiuis regibus fuit. Principio 
igitur regni, Cyri régis filiam in matrimonium recepit, 
regalibus nuptiis regnum firmaturus; ut non tam in ex- 
traneum translatum , quam in familiam Cyri reversum 
videretur. Interjecto deinde tempore, quum Assyrii de- 
scivissent, et Babyioniam occupassent, difïicilisqué urbis 
expugnatio esset, aestuanté rege, unus de interfectôribus 
magorum, Zopyrus, domi se verberibus lacerari toto cor- 
pore jubet, uasum^ aures, et labia sibi praecidi; atque 
ita régi inopinanti se offert. Âttonitum, et quaerentem 
Dariu^m causas auctoremque tam fœdae lacerationis, ta* 
citus, quo proposito fecerit, edocet; formatoque in fu- 
tura consilio, transfugae titulo Babyioniam proficiscitur. 
Ibi ostendit populo laniatum corpus; queritur crudeli- 
tatem régis, a quo in regni petitione, non virtute , sed 
auspicio, non judicio hominum, sed hinnitu equi supe- 
ratus sit : jubet illos ex amicis exemplum capere, quid 
hostibus c^vendum sit : hortatur, ne mœnibus magis 



JUSTIN. LIVRE I. 33 

pieds, ils le saluèrent du nom de roi : le peuple entier 
suivit leur exemple et confirma leur jugement. C'est 
ainsi que Tempire de la Perse, reconquis par le courage 
de sept illustres seigneurs, passa aux mains d'un seul, 
sans autre droit qu'une épreuve si frivole : on ne peut 
trop admirer, qu'ils aient cédé avec tant de résignation 
ce qu'ils avaient arraché aux mages en exposant leur 
propre vie. Au reste, le nouveau prince joignait à la 
dignité de la figure,, à l'éclat d'un courage vraiment 
digne du trône, l'avantage d'une naissance qui l'attachait 
à la dynastie ancienne. Dès le commencement de son 
règne, il épousa la fille de Cyrus, pour affermir sa puis- 
sance en s'alliant au sang royal : par cette union , la cou- 
ronne semblait moins passer à des étrangers que rentrer 
dans la famille de Cyrus. Quelque temps après, les Assy- 
riens se révoltèrent , et s'emparèrent de Babylone. Le roi , 
après de vains efforts pour reprendre la ville, ne savait 
à quel moyen recourir, lorsque Zopyre, un de ceux qui 
avaient tué les mages , se fait déchirer le corps à coups de 
fouet, couper le nez, les lèvres , les oreilles, et vient s'of- 
frir aux yeux de son maître. Darius étonné demande la 
cause et l'auteur de cette cruauté; Zopyre l'instruit en 
secret de ses desseins, en concerte le plan avec lui , et se 
présente comme transfuge aux portes de Babylone. Il mon- 
tre au peuple ses membres mutilés, il accuse la barbarie 
du roi , son rival heureux , qui cependant doit le sceptre 
au hasard, et non au mérite, au hennissement d'un che- 
val , et non au suffrage de ses peuples : ennemis de Da- 
rius, que n'ont-ils pas à craindre d'un prince qui traite 
ainsi ses amis ? 11 les exhorte à compter moins sur leurs 

I. 3 



34 JUSTIN! LIBER I. 

quam armis cocrfidant, patianturque se commune bellum 
recentiore ira gerere. Nota nobilitas viri pariter et virtus 
omnibus erat : nec de fide timebant, cujus veluti pignora 
vulnera corporis et injuriae notas habebant. Constituitur 
ergo dux omnium suffragio : et accepta parva manu^ 
semel atque iterum cedentibus consulto Persis, secunda 
prœlia facit. Adpostremumuniversumsibicreditum exer- 
citum Dario prodit, urbemque ipsam in potestatem ejus 
redigit. Post haec Darius bellum Scythis infert, quod se* 
quenti volumine referetur. 



JUSTIN. LIVRE I. 35 

remparts que sur leurs armes; il offre d'ajouter à leurs 
efforts la première chaleur de son ressentiment. Tous con- 
naissaient sa noblesse et ses talens; l'outrage qu'il venait 
d'essuyer, les blessures dont il était couvert, semblaient 
des gages assurés de sa bonne-foi. Proclamé général d'une 
voix unanime, il remporte , à la tête d'une petite troupe, 
quelques succès sur les Perses , qui se retirent à dessein 
devant lui. Enfin , dès que l'armée entière est confiée à 
ses ordres , il la livre avec la ville au pouvoir de Darius. 
Après cette expédition , Darius fit la guerre aux Scythes , 
comme on le verra dans le livre suivant. 



3. 



v*nn'*i*ivtnnnnivtnnmtni*fiMn^ vtivy»>w*t »^<»^**w«ww»viw^i»>n<wm)XKwwwm<»www»Mm<w<«<wwM»ww%«»>*'»«*'*'*w<«» 



LIBER IL 



I. In relatione rerum a Soythis gestarum , quae satis am* 
plae magnificaeque fuerunt , principium ab origine repeten- 
dum est : non enim minus illustrîa initia , quam imperium 
habuere. Nec virorum imperio magis, quam feminarum 
virtutibus claruere , quippe quum ipsi Parthos Bactria- 
nosque, feminae autem eorum Âmazonum régna condi- 
derint; prorsus ut res gestas virorum mulierumque con- 
siderantibus incertum sit , uter apud eos sexus illustrior 
fuerit. Scytharum gens antiquissima semper habita : quan- 
quam iûter Scythas et iEgyptios diu contentio de generis 
vetustate fuit , iEgyptiis praedicantibus : « Initio rerum , 
quum alise terrae nimio fervore solis ardèrent , aliae rige- 
rent frigoris immanitate, ila ut non modo primae gène- 
rare homines , sed ne advenas quidem recipere ac tueri 
possent, priusquam ad versus calorem vel frigus vela- 
menta corporis invenirentur, vel locorum vitia quaesitis 
arte remediis moUirentur; ^gyptum ita temperatam 
semper fuisse , ut neque hiberna frigora, nec aestivi solis 
ardores incolas ejus premerent; solum ita fecundum, ut 
alimentorum in usus hominum nulla terra feracior fuerit : 



/ 



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LIVRE n. 



I 

I. xoiJR retracer les actions des Scythes ^* et leurs brif- 
lans exploits y il faut remonter à leur origine; car cette 
nation jeta autant d'éclat dès sa naissance , qu'au temps 
même de sa puissante domination. Et elle ne se signala 
pas moins par la valeur de ses femmes , que par les vic- 
toires de ses guerriers : s'ils ont fondé l'empire des Par- 
thes et des Bactriens ^ leurs femmes ont fondé celui dés 
Amazones ; en sorte qu'à comparer les hauts faits de l'un 
et de l'autre sexe , on ne saurait auquel décerner le prix 
du courage. Le peuple scythe a toujours été regardé 
comme le plus ancien de l'univers , quoique les Égyptiens 
lui aient long-temps disputé ce titre. Selon ceux-ci j « dans 
les premiers temps du monde, la plupart des contrées 
étaient ou brûlées par les ardeurs excessives du soleil, 
ou glacées par la rigueur du froid; et, bien loin d'avoir 
les premières produit des hommes , elles ne pouvaient 
pas même les recevoir et les conserver, avant que l'on 
n'eût inventé des vêtemens pour préserver de la chaleur 
et du froid , et que l'art n'eût remédié aux influences du 
climat. L'Egypte, au contraire, avait toujours joui d'une 
température si douce, que ses habitans n'avaient à souf- 
frir ni des feux de Tété , ni des rigueurs de l'hiver , et son 
sol était si fertile , que jamais pays ne produisit avec plus 



38 JUSTINI LIBER IL 

jure igitur ibi primum homines natos videri debere , ubi 
educari facillime possent. » Contra , Scythae cœli tempe- 
ramentum nullum esse vetustatis argumentum putabant : 
«Quippe naturam, quum primum incrementa calorisac 
frigoris regionibus distinxit, statim ad locorum patien- 
tiam animalia quaeque générasse; sed et arborum atque 
frugum j pro regiopum conditione, apte gênera variata ; 
et qui^nto Scytbis sit cœlum asperius quam .£gyptiis, 
tanto et corpora et ingénia esse dupiora. 

w 

(( Ceterum si mundi , quae nunc partes sunt , aliquando 
unitas fuit, sive illuyies aquarum prinpipio rerum terras 
obrMtas tenuitysive ignis,qui etmundum genuit, cuncta 
pos^edit j utriusque pi^imordii Scythas (M*igine praestare. 
Nam si ignis prima possessio rerum fuit, qui paulatim ex- 
stinctus 9 sedem terris dédit , nullam prius , quam septen- 
trionalem partem, hiemis rigore ab igné secretam ; adeo 
ut , nuncquoque , nulla magis rigpat frigor|bus. i£gyptum 
ypro et tptui^ Orieatem tardissime temperatum ; quippe 
qui etiam nunc torrenti calore solis exae^tuet. Quod si 
dmnes quondam terras submersae profundo fuerunt, pro 
fecto editissimam quamque partem, decuri*entibus aquis, 
primum detectam; humillimo autem solo eamdem aquam 
diutissime immoratam; et quanto prior quaeque pars ter- 
rarum siccata sit, t^pto prius animalia generare cœpisse. 
Porro Scytbiam adeo editiorem omnibus terris esse , ut 



JUSTIN. LIVRE II. 39 

d'abondance tous les alimens nécessaires à rhomme. On 
devait donc regarder comme le berceau du genre humain 
le pays qui avait pu le plus facilement fournir à ses pre«- 
miers besoins. » Les Scythes répondaient «que la douceur 
du ciel n'était point une preuve d'antiquité. La nature , 
en assignant aux diverses contrées divers degrés de cha- 
leur ou de froid , avait dû y placer des êtres capables d'en 
supporter les rigueurs, comme elle en variait, par un 
heureux mélange, les productions et les fruits : en don- 
nant à la Sçythie une température p}u3 froide qu'à l'É*- 
gypte, elle avait accommodé le corps et l'esprit de ses 
habitans à l'âpreté de son climat. 

c( D'ailleurs , si la terre , maintenant divisée , ne formait 
autrefois qu'un seul corps, soit que d'immenses masses 
d*edU en aient d'abord chargé la surface, soit que le feu, 
principe générateur du monde, l'ait occupé tout enti^*, 
l'une et l'autre hypothèses attestaient l'autiquité dies Scy- 
thes. Car, si partout avait d'abord régné le feu, qui 
s'était éteint par degrés pour laisser place à la terre, le 
Nord avait dû le premier trouver dans ses glaces un 
rempart contre la fureur des flammes, puisque mainte- 
nant même, sur aucune terre, le froid n'est aussi grand; 
tandis que l'Egypte et l'Orient tout entier settiblènt res- 
sentir encore l'ardeur des feux , qui n'ont pu /s'y Cdlm^ 
que fort tard. Si, au contraire, la terre n'était à sa nais- 
sance que le lit d'un immense Océan, les eaux, en se re- 
tirant , avaient dû découvrir d'abord les terrains les plus 
élevés, et séjourner long-temps dans les plus bas; et la 
contrée desséchée la première avait dû la première aussi 
se couvrir d'êtres animés :11s prouvaient que la Scythteiiât 



4o JUSTINI LIBER U. 

cuncta flumina ibi nata , in MaBOtini , tum deindç in pon* 
ticum et segyptium mare decurrant. ^gyptum autem j 
quae tôt regum j tôt seculorum cura impensaque munita 
sit, et àdversus vim incurrentium aquarum tantis structa 
molibus, tôt fossis concisa, ut, quum his arceantur, illis 
recipiantur aquae, nihilominus coli, nisi excluso Nilo, 
non potuerit, non posse videri hominuni vetustate ulti- 
maoi j quae sive exaggerationihus regum , sive Niii tra-* 
hentis limum terrarum recentissima videatur. » His igitur 
argumentis superatis iEgyptiis , antiquiores semper Scy-» 
thœ vîsi. 



IL Scythia autem in Orientem porrecta , includitur ah 
uno latere Ponto , ab altero montibus Riphaeis : a tergo 
Asia et Phasi flumine. Multum in longitudinem et lati- 
tudinem patet. Hominibus inter se nuili fines; neque 
enim agrum exercent : nec domus illis ulla, aut tectum , 
aut sedes est, armenta et pecora semper pascentibus , et 
per incultas soHtudines errare solitis« Uxores liberosque 
■secum in plaustris vehunt, quibus, coriis imbrium hie* 
misque causa tectis, pro domibus utuntur. 

Justitia gentis ingeniis culta, non legibus. Nullum sce- 
lus apud eos furto gravius : quippe sine tecto munimea- 
toque pecora et armenta inter silvas hab^ntibus quid sal- 
vum esset, si furari liceret? Aurum et argentum perindç 
asp«:*nantur , ac reliqui mortales appetuat. Lacté et melie 



JUSTIN. LIVRE IL 41 

le point le plus élevé de la teiTe, en citant tous les fleuves 
qui, sortis de son sein, vont se jeter dans les Palus Méo- 
tides, et de là dans la mer du Pont et de l'Egypte. L'E- 
gypte , au contraire y disputée aux ondes par les travaux 
de tant de rois et de tant de siècles , défendue contre la 
violence des flots par des digues énormes , coupée par 
tant de canaux , destinés à recevoir les eaux que les di- 
gues ont refoulées; l'Egypte, qui ne pouvait encore rece- 
voir de culture qu'après la retraite du Nil , n'était point la 
mère du genre humain, puisque les constructions de ses 
rois, ou le limon déposé par son fleuve, semblaient attes- 
ter sa jeunesse. » Ces argumens, meilleurs que ceux des 
Ëgy ptiens , ont toujours fait considérer les Scythes comme 
le plus ancien des deux peuples^. 

II. La Scythie s'étend vers l'Orient : bornée d'un coté 
par le Pont, de l'autre par les monts Riphées, elle est 
adossée à l'Asie et au Phase. Elle embrasse, en longueur 
et en largeur, des contrées immenses ; ses champs ne sont 
point divisés par des limites, car l'agriculture y est igno- 
rée : ses habitans n'ont ni maison , ni demeure, ni séjour 
fixe; ils passent leur vie à faire paître leurs troupeaux , 
et à parcourir des déserts incultes : ils traînent avec eux 
leurs enfans et leurs femmes , dans des chariots couverts 
de cuir, .qui leur servent de maisons et les préservent du 
froid et de la pluie. 

La justice est gravée dans les cœurs, plutôt qu'im- 
posée par les lois ^ ; le vol est à leurs yeux le plus grand 
des crimes : habitués à laisser leurs nombreux troupeaux 
errer en liberté dans les bois, sur quel bien pourraient- 
ils compter, si le vol restait impuni ? Ils dédaignent l'or 



4a JUSTINI LIBER IL 

vescuutur. Lanae iis usus ac vestîum ignotus : quanquaiti 
contiiiuis frigoribus urantur; peilibus tamen ferinis aut 
murinis utuntur. Haec contineatia illismorum quoque ju- 
stitiam edidit, nihil alienum concupiscentibus. Quippe ibi- 
dem divitiarum cupido est, ubi et usus. Atque utinam re- 
liquis mortalibus similis moderatio, et abstinentia alieni 
foret ! profecto non tantum bellorum per omnia secula 
terris omnibus continuaretur , neque plus hominum fer- 
rum et arma^ quam naturalis fatorum conditio raperet. 

Prorsus ut admirabile videatur, hoc illis naturam dare, 

« 

quod Graeci longa sapientium doctrina j praeceptisque 
philosophorum coasequi nequeunt , cultosque mores 
iocultae barbariae collatione superari. Tanto plus in il- 
lis proScitvitiorum igooratio , quam in bis oognitio vir^ 
tutis! 

III . Imperium Asiœ ter queesivere : ipsi perpetuo ab 
alieno imperio autintacti, aut invicti mansere. Darium , 
regem Persarum, turpi ab Scythia submoverunt fuga; 
Cyrum cum omni exercitu trucida verunt; Alexandri 
Magni ducem Zopyriona pari ratione cum copiis uni- 
versis deleverunt; Bomanorum audivere, non sensere 
arma. Parthicum et bactrianum imperium ipsi condide- 
ruut. Gens laboribus et bellis aspera; vires corppruni 
immensae : nihil parare, quod amittere timeant : nihii 
victores praeter gloriam concupiscunt. Primus Scythis 
bellum indixitSesostris rex aegyptius, missis primo leno- 



JUSTIN. LIVRE II. /,3 

et l'argent, autant que le reste des hommes les convoi- 
tent. Us se nourrissent de lait et de miel. Ijè vêtement 
de laine leur est inconnu , et ils n'opposent à la rigueur 
perpétuelle du froid que des peaux de bêles fauves^; 
cette simplicité inspire la justice , en prévenant les dé- 
sirs; car la soif de l'or en accompagne l'usage. Que 
ne trouve-t-on chez les autres hommes la même modé- 
ration, le même respect pour le bien d'autrui! l'uni- 
vers ne serait point, depuis tant de siècles^ un théâtre 
de carnage , et le fer , les batailles , ne raviraient pas plus 
d'hommes que la volonté du sor.t et la loi de la nature. 
Etrange prodige , que ces sauvages aient trouvé sans ef- 
fort ce que les maximes des sages , les leçons des philo- 
sophes n'ont pu donner à la Grèce , et que notre élégante 
politesse reste encore tant au dessous de leur sauvage 
ignorance! Us ont donc plus gagné à ignorer le vice , que 
les Grecs à connaître la vertu ! 

III. Trois fois les Scythes aspirèrent à la conquête de 
l'Asie, sans avoir été jamais eux-mêmes attaqués ou sou- 
mis par aucune force étrangère. Us ont chassé honteuse- 
ment de leur pays Darius , roi de Perse ; ils ont massacré 
Cyrus et son armée, détruit le même Zopyrion, général 
d'Alexandre, avec toutes ses troupes; ils n'ont connu de 
Rome que la gloire de ses armtss , sans en avoir éprouvé 
la puissance. Enfin , l'empire des Parthes et des BdjCtriens 
est leur ouvrage. Endurcis à la fatigue et habitués aux 
combats, leur vigueur est prodigieuse. Us ne recherchent 
rien qu'on puisse leur enlever : vainqueurs, ils ne de- 
mandent que la gloire. Sésostris^, roi d'Egypte, osa le 
premier marcher contre eux , précédé de députés chargés. 



44 JUSTINI LIBER IL 

nibus, qui hostibus parendi legem dicerent. Sed Scytba^ ^ 
jam ante de adventu régis a finitimis certiores facti, le- 
gatis respondent : « Tani opulenti populi ducem stotide 
ad versus inopes occupasse bellum , quod magis domi fue- 
rit illi timendum; quod belli certamen anceps, praemia 
victori8s nuUa^ damna manifesta sint. Igitur non exspe- 
ctaturos Scythas dum ad se veniatur, quum tanto sibi 
plura In hoste concupiscenda sint, ultroque praedae ituros 
obviam. » Nec dicta res morata : quos quum tanta celé* 
ritate venire rex addidicisset , in fugam vertitur, exerci- 
tuque cum omni apparatu belli reliclo , in regnum tre- 
pidus se recepit. Scythas ah ^Egypto paludes prohibuere : 
inde reversi, Asiam perdomitam vectigalem fecere, mo- 
dico tributo , magis in titulum imperii , quam in victoriae 
praemium , imposito. Quindecim annis pacandae Asiae im- 
morati, uxorum flagitatione revocantur, per legatos de- 
nuntiantium, «ni redeant, sobolem se e (înitimis quae- 
situras , nec passuras , ut in posteritatem Scy tharum gcnus 
per feminas intercidat,» His igitur Asia per mille quin- 
gentos annos vectigalis fuit. Pendendi tributi fiuem Ni- 
nus, rex Assyriorum, imposait 

IV. Sed apud Scythas medio tempore duo regii juve- 
nes, Ylinos et Scolopitus, per factionem optimatum domo 
pulsi , ingentem juventutem secum traxere, et in Cappa- 
dociae ora, juxta amnem Thermodonta consederunt, sub- 
jectosque themiscyrios campos occupavere. Ibi per mul- 



JUSTIN. LIVRE II. /^S 

de leur dicter ses lois. Mais les Scythes avaient ëtc in- 
struits par leurs voisins de l'approche de lennemi : ils 
répondent aux envoyés , a qu'il est bien imprudent au 
souverain d'une riche nation de provoquer un peuple 
pauvre, dont il devait plutôt redouter l'attaque au sein 
de son pays; que l'issue de la guerre sera douteuse, sa 
victoire sans espérance, et sa défaite sans ressource; 
qu'enfin, loin d'attendre un ennemi contre lequel ils ont 
tout à gagner, eux-mêmes vont courir à lui, comme à 
une proie assurée; » et ils partent aussitôt. A la nouvelle 
de leur marche rapide , le roi épouvanté prend la fuite , 
et , laissant son armée et ses vastes préparatifs , il se retire 
dans son royaume^. Arrêtés par les marais de l'Egypte, 
les Scythes reviennent sur leurs pas, et imposent à l'Asie 
subjuguée un léger tribut, plutôt comme monument de 
leur puissance, que comme fruit de leur victoire. Après 
quinze ans employés à la conquête de l'Asie, ils sont 
rappelés par les menaces de leurs femmes , résolues , « si 
cette absence se prolonge encore , de chercher d'autres 
époux chez les peuples voisins , et de ne pas laisser la 
nation des Scythes s'éteindre par leur faute.» L'Asie 
paya tribut pendant quinze cents ans : elle en fut af- 
franchie parNinus, roi d'Assyrie. 

IV. Cependant, deux princes du sang royal, Yli nos et 
Scolopitus , chassés de leur pays par la faction des grands , 
entraînèrent à leur suite une nombreuse jeunesse , et vin- 
rent s'établir en Cappadoce, près du fleuve Thermodon , 
dans les plaines de Thémiscyre'^ : après s'y être enrichis , 
pendant une longue suite d'années, des dépouilles des 



/,6 JUSTINI LIBER IL 

tos annos spoliare finitimos assueti , conspiratione po- 
puloriim per insîdias trucidantur. Horum uxores, quum 
vidèrent exsilio additam orbitatein,arma sumunt, fines- 
que sues, submoventes primo, mox etiam inferentes 
bcUa,defendunt. Nubendi quoque finitimis animum omi- 
sere, servitutem, non matrimonîum appellantes. Singu- 
lare omnium seculorum exemplum ausœ , auxere rempu- 
blicam sine viris : jam etiam cum contemptu virorum se 
tuentur. Et y ne feliciores aliae aliis viderentur^ viros qui 
domi remanserant interficiunt. Ultionem quoque caeso- 
rum conjugum excidio fînitimorum consequuntur. Tum 
pace armis quaesita, ne genus interiret , concubitum fîni- 
timorum ineunt. Si qui mares naseerentur, interfîciebant. 
Yirgines in eumdem ipsis morem , non otio, neque lani- 
fîcio , sed armis, equis, venationibus exercebant, inustis 
iufantum dexterioribus mammis, ne sagittarum jactus 
impediretur : unde Amazones dictae sunt. Duae bis reginae 
fuere, Marpesia et Lampedo^quae in duas partes agmine 
diviso, inclytae jam opibus, vicibusgerebantbella^solae 
tçrminos alternis defendentes:et,ne successibus deesset 
auctoritas, genitas se Marte praedicabant. 

Itaque majore parte Europae subacta , Asiœ quoque non- 
nul las ci vitates occupavere. Ibî Epbeso,multisque aliis ur- 
bibus conditis, parlem exercilus cum ingenti praeda do- 
mum dimittunt. Beliquœ, quacad tuendum Asiae imperium 
remanserant , concUrsu Barbarorum cum Marpesia régina 



JUSTIN. LIVRE II. /,7 

peuples voisins, ils furent surpris et mis en pièces par 
ces nations liguées. Leurs femmes, à la fois veuves et ban- 
nies , courent aux armes, repoussent l'ennemi, l'attaquent 
bientôt à leur tour. Elles renoncent au mariage, qui ne 
leur semble plus qu'une servitude; et , donnant un exem- 
ple que nul siècle n'a imité, elles étendent et conservent 
leur nouvel empire sans le secours des hommes qu'elles 
méprisent : pour prévenir toute jalousie, elles égorgent 
ceux qui restaient parmi elles, et vont enfin venger, par 
la ruine de leurs voisins , le massacre de leurs époux. Dans 
la paix qui suivit cette victoire, elles s'unirent aux na- 
tions voisines, pour ne pas laisser éteindre leur race : 
elles égorgeaient tous leurs enfans mâles, et élevaient 
les filles, non dans l'oisiveté ou dans les travaux des 
femmes, mais dans les fatigues oii elles-mêmes passaient 
leur vie ; elles les exerçaient au maniement des armes , à 
l'équitation, à la chasse : pour leur rendre plus facile l'u- 
sage de l'arc, elles leur brûlaient, dès l'enfance, la ma- 
melle droite , d'où leur vint le nom X Amazones^ . Deux 
de leurs reines, Marpesia et Lampedo, divisant en deux 
troupes la nation déjà puissante, se chargeaient tour-à- 
tour de porter la guerre au dehors : une seule restait pour 
la défense du pays : afin d'ajouter à l'éclat de leurs succès , 
elles se disaient filles de Mars. 

Ayant ainsi conquis une grande partie de l'Europe, 
elles soumettent encore quelques états de l'Asie, y fon- 
dent Ephèse et plusieurs autres villes, et renvoient en 
Europe la moitié de l'armée, chargée de butin. Celles 
qui étaient restées pour la défense de l'empire d'Asie, suc- 
combèrent sous les efforts réunis des Barbares ; leur reine 



48 JUSTINI LIBER II. 

ÎQterficiuntur. In hujus locum filia ejus Orithya regno 
succedit : cui , praeter siagularem bellî scientiam, eximia 
servatae ia omue aevum virginitatis admiratio fuit. Hujus 
virtute tantum additum gloriae et famae Amazouum est, 
ut Herculi rex^ cui xii stipendia debebat, quasi impossi- 
bile j imperaverit , ut arma régi nae Amazoaum sibi afferret. 
Eo igitur profectus loagis uovem navibus , comitante 
principum Graeciae juventute, inopinantes aggreditur. 
Duae tum sorores Amazonum régna tractabant, Antiope 
et Orithya : sed Orithya foris bellum gerebat. Igitur quum 
Hercules ad Htus Amazonum applicuit, infrequens raul- 
titudo cum Antiopa regina , nihil hostile metuente , erat. 
Qua re efiectum est, ut paucae, repentino tumuitu excitae y 
arma sumerent, facilemque victoriam hostibus darent. 
Multae itaque caesae captaeque : in his duœ Antiopae so- 
rores, Menalippe ab Hercule, Hippolyte a Theseo. Sed 
Theseus 9 obtenta in prœmium captiva, eamdem in matri- 
monium assurapsit,etex ea genuitHippolytum. Hercules, 
post victoriam , Menalippen captivam sorori reddidit,et 
pretium arma reginaeaccepit. Atque ita functus imperio, 
adregem revertitur. Sed Orithya, ubi comperit bellum 
sororibus illatum , et raptorem esse Atheniensium prin- 
cipem, hortatur comités, « frustraque et Ponti sinum, 
et Asiam edomitam esse dicit, si Graecorum non tam 
bellis, quam rapinis pateant.» Auxilium deinde a Sa- 
gillo, rege Scythias, petit : «Genus se Scytharum esse : 



JUSTIN LIVRE IL 49 

Marpesia périt avec elles. Sa fille Orithye lui succéda , 
et joignit à ses talens militaires rhonneur d'une vertu 
toujours conservée sans tache. Ses exploits couvrirent de 
tant de gloire le nom des Amazones , qu'Eurysthée or- 
donna à Hercule, en lui imposant ses douze travaux, de 
lui apporter les armes de leur reine, qu'il croyait invin- 
cible. Hercule conduit avec lui, sur neuf vaisseaux, l'élite 
des guerriers de la Grèce , et débarque à l'improviste. 
Orithye et sa sœur Antiope étaient alors reines des Ama- 
zones ; mais la premièrie faisait la guerre au dehors. Aussi , 
à l'arrivée d'Hercule , la reine Antiope , qui d'ailleurs ne 
craignait aucune attaque, n'avait près d'elle qu^uue es- 
corte peu nombreuse. Dans la surprise de cette irruption 
soudaine, à peine quelques-unes de ces guerrières purent- 
elles prendre leurs armes : la victoire fut facile. La plu- 
part des Amazones furent tuées ou prises. Deux sœurs 
d'Antiope, Hippolyte et Ménalippe, tombèrent, l'une 
aux mains de Thésée, l'autre au pouvoir d'Hercule : le 
premier épousa sa captive, dont il eut un fils qui porta 
le même nom; le second rendit Ménalippe à sa sœur, 
reçut pour rançon l'armure de la reine , et retourna vers 
son frère, dont il avait accompli les ordres. A la nouvelle 
de ce désastre, Orithye excite ses compagnes contre le 
roi d'Athènes , ravisseur d'Hippolyte: eu vain auront-elles 
conquis le Pont et subjugué l'Asie, s'il leur faut subir 
l'outrage de ces pirates de la Grèce. Elle demande des 
secours à Sagillus, roi de Scythie; elle lui rappelle que 
les Amazones sont filles des Scythes ; privées de leurs 
époux , elles ont été forcées de soutenir par les armes la 
justice de leur cause , et elles ont montré que chez les 

I. 4 



5o JUSTINl LIBER II. 

cladem virorura, necessHatein artnorutn^ hclH causas 
ostendit; assecutasque virtute, ne segniores viris fe- 
minas habere Scythae videreatur. » Motus ille domestica 
gloria, mittit cum ingenti equitatu filium Panasagoram 
in auxilium. Sed ante prœlium dissensione orta,abauxi- 
liis desertae, bellô ab Atheniensibus vincuntur; recepta- 
culum tatnen habuere castra sociorum , quorum auxilio 
intactse ab aliis gentibus , in regnum revertuntur. Post 
Orilhyam, Penthesilea regno potlta est, cujus trojano 
bello inter fortissimos viros, quum auxilium adversus 
Graecos ferret , magna virtutis documenta exitilere. In- 
terfecta demum Penthesilea, exercituque ejus absumpto, 
paucae, quœ in regno remanserant, segre se adversus 
finitimos defendentes , usque tempora Alexandri Magni 
duraverunl. Harum Minithya, slve Thalestris regina, 
concubitu Alexandri per dies xiii ad sobolem ex eo gene- 
randam obtento, reversa in regnum, brevi temporecum 
omni Amazonum nomine intercidit. 

V. Scythae autem tertia expeditione asiana, quum: 
annis octo a conjugibus etliberis abfuissent,servili bello 
domi excipiuntur. Quippe conjuges eorum longa exspe- 
ctatione virorum fessae , nec jam teneri bello , sed deletos 
ratœ, servis ad custodiam pecorum relictis nubunt; qui 
reversos cum victoria dominos , velut advenas, ârmati 
finibus prohibent. Quibus quum varia victoria fuisset^ 
àdmonentur Scythae mutare genus pugtiae , memores, non 



JUSTIN. LIVRE II. 5t 

Scythes les fejriiines ne le cèdent point aux hommes en va^ 
leur. Touché de la gloire de sa nation , Sagillus envoie à 
leur secours son fils Panasagore, avec une nombreuse ca- 
valerie ; mais y avant le combat , la discorde éclate entre 
les deux peuples , et y abandonnée de ses alliés y Orithye 
est battue par les Athéniens : cependant ses troupes trou- 
vèrent un asile dans le camp des Scythes , et sous cette 
sauve-garde, traversant l'Asie sans obstacle, elles ren- 
trèrent dans leur empire. Après Orithye, régna Penthé- 
silée , qui , au siège de Troie , se signala si glorieusement 
contre les Grecs, parmi tant d'illustres guerriers 9. Elle 
y périt enfin avec son armée, et les faibles restes de la 
nation, qu'elle avait laissés dans son empire, se maintin- 
rent avec peine contre les attaques de leurs voisins, jus- 
qu'au temps d'Alexandre-Ie- Grand. Minithye ou Thales- 
Iris, leur reine, partagea treize jours le lit de ce prince, 
pour en avoir un enfant^®, et rentra dans son royaume , 
où elle mourut peu de temps après. Le nom des Ama* 
zones s'éteignit avec elle. 

V. Les Scythes, dans leur troisième expédition d'Asie, 
séparés huit ans de leurs femmes et de leurs enfans , trou^ 
vent à leur retour leurs esclaves armés contre eux. Leurs 
épouses , lassées d'une si longue attente, et les croyant , 
non pas retenus par la guerre , mais exterminés , s'étaient 
unies aux esclaves laissés pour la garde des troupeaux, 
et ceux-ci repoussent en ennemis leurs maîtres qui re- 
venaient victorieux. Les Scythes, après des succès ba- 
lancés , songent enfin qu'ils n'ont pas à combattre des 
ennemis, mais des esclaves; qu'il faut vaincre, non en 

4- 



5a JUSTINI LIBER II. 

cum hostîbus, sed cum servis prœliandum, oec armo- 
ruiD; sed domînorum jure viocendos ; verbera in aciem, 
non tela afferenda, omissoque ferro, virgas ac flagella, 
eeteraque servilis metus paranda instrumenta. Probato 
omnes consilio , instructi sicut praeceptum erat, postquam 
ad hostem accessere, inopinantibus verbera intentant , 
adeoque illos perculerunt , ut , quos ferro non poterant , 
metu verberum vincerent y fugamque , non ut hostes victi , 
sed ut fugitivi servi , capesserent. Quicunque capi potue- 
runt y supplicia crucibus luerunt. M uli^es quoque maie 
sibiconsciae,partim ferro, partim suspendio, vitamfinie- 
runt. Post haec pax apud Scytbas fuit usque tempora Jan- 
cyri régis. Huic Darius, rex Persarum, sicut supra di- 
ctum est, quum filiae ejus nuptias non obtinuisset, bellum 
iutulil;et, armatis septingentîs millibus hominum, Scy-» 
thiam ingressus, non facientibus hostibus pugnae pote- 
statem , metuens , ne , interrupto ponte Istri , reditus sibi 
intercluderetur, amissisoctogintamillibus hominum, tre- 
pidus refugit ; quae jactura, abundante multitudine , in ter 
damna Qumer^ita non est. Inde Asiam et Macedoniaui 
doniuit : louas quoque navali prioelio superat. Deinde 
cognito, quod Athenienses loniis auxilium contra se tu- 
lissent, omnem iilipetum belli in eos convertit. 

VI. Nunc , quoniam ad bella Atheniensium ventum 
est, quae non modo ultra spem gerendi, verum etiam 
ultra gesti fidem patrata sunt , operaque Atheniensiuni 



JUSTIN. LIVRE II. 53 

guerrieps , mais en maîtres , par des coups plutôt que 
par des blessures , et quitter le glaive et la lance pour 
s'ai-mer de fouets et de verges, effroi des esclaves. Ce 
projet adopté , ils s'avancent ainsi armés ; et dès qu'ils 
sont près de l'ennemi, agitant tout à coup leurs fouets , 
ils portent l'épouvante dans ses rangs étonnés : l'on vit 
ces hommes, que le fer n'avait pu vaincre, trembler 
devant les verges, et disparaître du champ de bataille, 
non en ennemis battus, mais en esclaves fugitifs. Tous 
les prisonniers furent mis en croix , et les femmes puni- 
rent elles-mêmes, par le fer ou par la corde, le crime 
dont elles se sentaient coupables. La Scythie resta en 
paix jusqu'au règne de Jancyrus". Ce prince refusa la 
main de sa fille à Darius, roi de Perse , qui vint , comme 
nous l'avons dit , lui apporter la guerre à la tête de sept 
cent mille hommes; et, ne pouvant atteindre lies ennemis 
qu'il voulait combattre, craignant d'ailleurs qu'on ne 
coupât sa retraite en détruisant le pont jeté sur l'Ister, il 
se retira en désordre , et laissa quatre-vingt mille morts, 
perte qui sur une telle multitude dut lui paraître légère. 
Il poursuit ses conquêtes en Asie, soumet la Macédoine, 
remporte sur les Ioniens une victoire navale , et dirige 
ensuite contre Athènes, qui les avait secourus, tous les 
efforts de la guerre. 



VI. Arrivé au récit des victoires d'Athènes , dont le* 
succès passent notre croyance, comme ils passèrent son 
espoir, et même ses désirs, je vais donner quelques dé- 



mi9'mmm99mm^mmmimmm 



54 JUSTINI LIBER IL 

effectu majora, quam voto fuere, paucis urbis origo re- 
petenda est, quia non, ut ceterae gentes, a sordidis 
initiis ad summa crevere. Soli enim, praeterquam incre- 
mento, etiam origine gloriantur. Quippe non advenae, 
neque passim collecta populi colluvies originem urbi de- 
dit : sed eodem innati solo, quod incolunt; et quae illis 
sedes , eadem origo est. Prinù , lanificii , et olei , et vini 
usum docuere. Arare quoque , et serere frumeuta 9 glande 
vescentibus monstrarunt. Litterae certe ac facundia , et hic 
civîlis ordo disciplinae, veluti templum ^ Athenas habent. 
Ante Deucalionis tempora regem habuere Cecropem : 
quem, ut omnis antiquitas fabulosa est, biformem tra^ 
didere, quia primus marem feminae matrimonio junxit. 
Huic successit Cranaus, cujus filia Atthis regioni nomeu 
dédit. Post hune Aniphictyon regnavît, qui primus Mi-> 

nervae urbem sacravit , et nomen civitati Athenas dédit. | 

I 
Hujus temporibus, aquarum diluvies majorem partem 

populorum Graeciae absumpsit. Superfuerunt, quos refu* 

gia mcmtium receperunt, autad regem Thessali^Deuca- 

lionem ratibus evecti sunt; a quo propterea genus homi'* 

num conditum dicitur. Per ordincm deind<^ suceessionîs 

regnum ad Ërechtheum descendit, sub quo frumenti sa-* 

tio apud Ëleusin a Triptolemo reperta est : in cujus 

muneris hoi^orem noçtes initiorum sacr^tae. 

Teuuit et i^geus , Thesei pater , Atheai^ regnuiB : a qaa 

per divortium decedens Medea , propter adultam privigni 



JUSTIN. LIVRE IL. 55 

taik sur l'origine de cette ville, qu'on n'a pais vue s'élever, 
comme toute autre , de l'obscurité à la gloire, et du néant 
à la puissance'"; son illustration remonte à son berceau ; 
son peuple n'est issu ni de colonies étrangères , ni d'un 
ramas obscur d'aventuriers : enfans de la terre qu'ils 
habitent , les Athéniens sont nés sur le sol qui les nourrit. 
Les premiers ils enseignèrent aux mortels l'usage de la 
laine , de l'huile et du vin : ils instruisirent même ces saur 
vageç, qui vivaient de gland, à semer et à labourer la 
terre. Enfin, les belles- lettres, l'éloquence , la science des 
lois et delà politique, semblent avoir choisi Athènes pour 
temple. x\vant le siècle de Deucalion , elle eut pour roi 
Cécrops, et les anciennes traditions, toujours mêlées de 
fables, font de ce prince un être à double sexe, parce 
que le premier il unit l'homme à la femme par les liens 
du mariage, Il eut pour successeur Cranaûs, dont la fille 
Atlhis donna son nom à VAttique '^. Ensuite régna Am- 
phictyon , qui consacra la ville à Minerve , en lui donnant 
le nom d'Athènes. Vers cette époque, la plupart des 
peuples de la Grèce furent submergés par un déluge '^. 
Quelques hommes échappèrent à ce désastre en cherchant 
tin asile au sommet des montagnes, ou en se réfugiant 
sur des barques , chez Deucalion, roi deThessalie, qui 
fut appelé depuis le père du genre humain. Le sceptre 
d'Athènes passa, par droit de succession, à Erechthée : 
sous ce règne, Triptolème découvrit à Eleusis l'art de 
semer le blé; des cérémonies religieuses, des fêtes noc- 
turnes ont consacré le souvenir de ce bienfait. 

Egée, père de Thésée , régna aussi sur les Athéniens : 
Médée lui donna un fils appelé Medus ; et lorsque Thésée 



iè JUSTIWI LIBER IL 

œlatem , Colchos cum Medo filio, ex ^geo suscepto j 060-" 
cessit. Post j£geum Theseus, acdeincepsThesei filtuàDe- 
inophoon, qui auxilium Grœcis ad versus Trojanos tutît, 
regQum possedit. Erant inter Âtheoienses et Doriensessi- 
multatum veteres offensae: quas vindicaturi bello, Dorien- 
ses de eventu prœlii oracula coasuluerunt. Respoosum, 
superiores fore, niregem Atheniensium occidissenLQuum 
ventum esset in beHùm , militibus ante omnia , custodia 
régis praecipitur. Athéniensibus eo teiiipore rex Codrus 
erat ; qui et responso dei et praeceptis hostium cogni- 
tis , permutato régis habitu j pannosus , sarmeitta coUo ge- 
renSy castra hostium ingreditur: ibiin turba obsisten- 
tium , a milite , quem falce astu vulneraverat , interficitur. 
Cognito régis corpore, Dorienses sine prœlio discedtmt. 
Atquè ita Athenienses virtute ducis, pro salute patriae 
morli se ofFerentis, belio liberantur. 

VIL Post Codrum nemo Athenis regnavit : quod me- 
moriae nominîs ejus tributum est. Administratio reipu- 
blicae annuis magistratibus permissa. Sed civitati null» 
tune leges erant, quia libido regum pro legibus habeba- 
tur. Legitur itaque Solon, vir justitiae insignis^qui velut 
novam civitatem legibus conderet : qui tanto tempera- 
mento inter plebem senalumque egit (quum, si quid prô 
altero ordine tulisset^ alteri displiciturum videretur), ut 
ab utrisque parem gratiam traheret. Hujus viri inter 
niulta egregia illud memorabile fuit : inter Athenienses 



JUSTIN. LIVRE IL 57 

fut parvenu à l'adolescence, remplie de haine pour ce 
fils d'un autre lit, elle se sépara d'Egée et se retira à 
Colchos avec Medus. Après Egée, Athènes fut gou- 
vernée par Thésée, et ensuite par Démophoon, son fils, 
qui secourut les Grecs au siège de Troie '^. Plus tard, 
les Doriens, depuis long-temps ennemis d'Athènes, lui 
ayant déclaré la guerre, l'oracle, consulté sur le succès 
de leurs armes, répondit qu'ils seraient vainqueurs, s'ils 
ne tuaient point le roi des Athéniens. Le premier ordre 
donné aux soldats fut donc de respecter la vie de ce 
prince. Codrus était alors roi d'Athènes : instruit de la 
réponse de l'oracle et du projet de l'ennemi , il quitte les 
ornemens royaux, se couvre de haillons, charge son dos 
desarmens, et entre dans le camp dorien ; là, se faisant 
jour dans la foule , il blesse de sa faux un soldat , qui 
l'égorgé à Tinstant. Les Doriens reconnurent bientôt son 
corps, et se retirèrent sans combat. Ainsi , par le courage 
de son roi, qui se dévoua à la mort pour le salut de la 
patrie, Athènes fut délivrée d'un ennemi redoutable. 

VII. A la mort de Codrus, les Athéniens , pour honorer 
sa mémoire, ne lui donnèrent point de successeur : le 
gouvernement fut confié à des magistrats annuels '^. L'état 
n'avait point de lois; tout s'était réglé jusqu'alors par la 
volonté du souverain. Solon , dont la justice était connue 
fut donc choisi pour donner, avec des lois, une existence 
nouvelle à sa patrie. Ce législateur sut ménager avec tant 
d'adresse les intérêts du sénat et du peuple, et éviter de 
déplaire à Tun en se déclarant pour l'autre , qu'il se ren"" 
dit également cher aux deux ordres. Voici l'une des ac- 
tions qui honorent le plus la mémoire de ce grand homme . 



58 JIJSTINI LIBER IL 

et Megareiises de proprietate Satomiogs insulœ, prop^ 
usque interituin armis dimicatum fuerat. Post clades muU 
tas , capitale esse apud Athenienses cœpit , si quis legeni 
de vindicanda insula tulisset. Sollicitus igitur Solo , ne 
aut tacendo parum reipublicaeconsuleret^ autcensendo, 
stbi, subitam deineptiam simulât ^ cujus venia non di- 
clurus modo prohibita, sed et facturus erat. D'eformis ha- 
bitu , more vecordium in publicum evolat ; factoque con* 
cursu hominum , quo magis consilium dissimularet , inso- 
litis sihi versibus suadere populo cœpit, quodvetabatur, 
omniumque animos ita cepit , ut extemplo bellum adver- 
sus Megareases decerneretur, insùlaque, devictis hosti- 
bqs, Atheniensium fieret. 

VIII. Tnterea Megarenses, memores illati ab Athenien- 
sibus belli , et veriti , ne frustra arma movisse viderentur, 
matronas Atheniehsium in Eleusiniis sacris noctu op- 
pressura, naves conscendunt. Qua re cognita, dux Athe- 
niensium Pisistratu& juventuten^ in insidiis locat, jussis 
matronis solito claniore ae strepitu , etiam in accessu ho- 
stium, ne intellectos se sentiant, sacra célébra re : egres- 
«osque navibus Megarenses inopinantes aggressus dele- 
vit; ac protinus classe captiva intermixtis mulieribus, 
ut speciem captarum matronarum praeberent , Megara 
contendit. lUi quunî et navium formam et petitam prae- 
dam cognoscerent , obvii ad portum procedunt, quibus 
caesis, Pisistratus paulum a capienda urbe abfuit. Ita 



JUSTIN. LIVRE lï. r>9 

la propriété de l'îl^ de Salamine av^it excité entre Mé- 
gare et Athènes une guerre meurtrière , qui avait com- 
promis l'existence des deux peuples. Enfin , après de nom- 
breux désastres , les Athéniens défendirent y sous peine de 
mort, de proposer aucun décret sur la conquête de cette 
île. Solon, craignant de trahir sa patrie par son silence, 
ou de se perdre lui-même par ses conseils , feint un sou- 
dain accès de démence, qui' devait servir d'excuse à ce 
qu'il voulait dire, et même à ce qu'il se proposait de 
faire. Couvert de lambeaux, il parcourt la ville, comme 
un insensé ; le peuple s'atlroupe autour de lui; pour 
mieux déguiser ses desseins, il s'exprime, pour la pre- 
mière fois , en vers; et, bravant les menaces de la loi, il 
entraîne tous les cœurs : on déclare la guerre aux Méga- 
riens , et Athèqes victorieuse reprend l'île de Salamine. 
VIII. Cependant les Mégariens , irrités de leur défaite, 
et ne voulant pas laisser leurs efforts inutiles, s'embar- 
quent pour enlever les femmes athéniennes dans les fêtes 
nocturnes d'Eleusis. Instruit de leur projet, Pisistrate, 
général athénien, place ses soldats en embuscade, or- 
donne aux femmes de célébrer la fête de la déesse, même 
à rapproche de l'ennemi, avec leurs chants et leurs cris 
ordinaires, pour l'entretenir dans son erreur; puis il at- 
taque brusquement les Mégariens au sortir de leurs vais- 
seaux, les massacre, s'empare de leur flotte, y place parmi 
les soldats quelques femmes pour figurer des captives , et 
fait voile vers Mégare. Les habitans reconnaissent leurs 
vaisseaux , et cette proie tant désirée ; ils accourent en foule 
vers le port, et tombent sous les coups de Pisistrate, qui 
faillit s'emparer de la ville. Ainsi les Mégariens furent vain- 



6o JUSTINI LIBER IL 

Megarenses suis dolis hosti victoriam dedere. Sed Pisi- 
stratus, quasi sibi, non patriae vicisset, tyrannidem pér 
dolum occupât : quippe verberibus>voluntariis domi af- 
fectus , lacerato corpore, in publicum progreditur : advo- 
cata concione, vulnera populo ostendit : de crudelitate 
principum, a quibus haec se passum sipiulabat, queri- 
tur : adduiitur vocibus lacrymae, et invidiosa oratione 
multitudo credula accenditur : amore plebis invisum se 
senatui affirmât : obtinet ad custodiam corporis sui sa- 
tellitum auxilium : per quos occupata tyrannide, per 
aunos XXXIII regnavit. 

IX. Post ejus mortem Diodes , alter ex filiis, per vim 
stuprata virgine , a fratre puellae interfîcitur. Alter, Hip- 
pias uomine, quum imperium paternum teneret, inter- 
fectorem fratris comprehendi jubet : qui quum per tor- 
menta conscios cœdis nominare cogeretur, omnes amicos 
tyranni nominavit. Quibus interfectis,quaerenti tyranno, 
an adhuc aliqui conscii essent, neminem , ait, superesse, 
quem amplius mori gestiat, quam ipsum tyrannum. Qua 
voce ejusdem se tyranni victorem, post vindictam pudi- 
citiae sororis, ostendit. Hujus virtute quum admonita ci- 
vitas libertatis esset , tandem Hippiae regno puisus in 
exsilium agitur : qui profectus in Persas , ducem se Dario , 
inferenti Atheniensibus bellum, sicuti supra significatum 
est, adversus patriam suam offert. Igitur Athenienses, 
audito Darii adventu, auxilium a Lacedaemoniis, socia' 



JUSTIN. LIVRE II. 6i 

eus par leurs propres armes. Mais Pisistrate , comme s'il 
eût triomphé pour lui seul, et non pour sa patrie , s'élève, 
par ruse , à la tyrannie : il se fait secrètement battre de 
verges; et, le corps déchiré , il paraît aux yeux du peuple 
assemblé ; il lui montre les plaies dont il est couvert ; il 
se plaint de la cruauté des gra nds , dont il se dit la victime ; 
il joint les larmes aux discours , et parvient à enflammer 
une multitude crédule, en accusant le sénat d'avoir puni 
eji lui l'amour qu'il porte au peuple; enfin, il obtient 
des gardes pour sa sûreté : avec leur secours , il s'em- 
pajre du souverain pouvoir, qu'il conserva trente- trois 
ans. 

IX. Après sa mort, Dioclès*^, l'un de ses fils, tombe 
sous les coups d'un jeune homme dont il avait outragé 
la sœur. Hippias, son seco^d fils, héritier de sa puis- 
sance, fait saisir le meurtrier, qui, forcé dans les tortures 
de déclarer ses complices , nomme tous les amis du tyran : 
Hippias, les ayant fait égorger , lui demande s'il a encore 
des complices : « Non , tyran , lui dit-il, tu es maintenant 
le seul dont je désire la mort ; » et , par cette noble ré- 
ponse, il sut vaincre le tyran, comme il avait su venger 
sa sœur. Son courage rappela les Athéniens au souvenir 
de leur liberté; et bientôt Hippias, détrôné et banni, se 
réfugie dans la Perse. Darius , comme nous l'avons dit , 
se disposait à faire la guerre aux Athéniens : Hippias lui 
offre de le guider contre sa patrie. A la nouvelle de l'ap- 
proche des Perses, les Athéniens demandent du secours 
.aux Spartiates , leurs alliés ; mais , apprenant qu'une fête 
Religieuse retardait de quatre jours la marche decesauxi- 



6a JUSTINI LIBER IL 

tum civitate , petiverunt. Quos ubî viderunt quatridui 
teiierî religione , non exspectato auxilio , instructis decem 
inillibus civium, et Plataeensibus auxiliaribus mille , ad- 
vefsus sexceuta inillia hostium, in campos marathonios 
in prœlium egrediuntur. Miltiades et dux belli erat et 
auctor non ex^pectandi auxilii : quem tanta fiducia eepe* 
rat, ut plus praesidii in celeritate, quam in sociis duceret. 
Magna igitur in pugnam euntibus alacritas animorum 
fuit,adeo ut,quum mille passus inter duasaciesessent, 
citato cursu ante jactum sàgittarum ad hostem yenerint. 
Nec audaciae ejus eventus defuit. Pugnatum est enim 
tanta virtute, ut hinc viros, inde pecudes putares. Victi 
Persas in naires confugerunt : ex quibus raultae suppressœ^ 
miiltœ captas sunt. In eo prœlio tanta virtus singu«> 
lorutti fuit , ut, cujus laus prima esset, difficile judicium 
videretur. Inter ceteros tamen Themistoclis adolescentis 
gloria emicuit, in quo jam tune indoles futur» impera- 
toriae dignitatis apparuit. Cynaegiri quoque , militis athe* 
niensis, glorîamagnis scriptorum laudibuR ceLebrata est: 
qui post prœlii innumeras caedes , quum fugientes hostes 
ad naves egisset,onustam uavemdextra manu tenuit, nec 
prius dimisit^quam manum amitteret: tum quoque am- 
putata dextra, navem sinistra comprehendit : quam et 
ipsam quum amisiâset , ad postremum morsu navem de* 
tinuit. Tantam in eo virtutem fuisse j ut non tôt csedibus 
fatigatus, non duabus manibus amissis victus, tnmcus 



JUSTIN. LIVRE II. 6Î 

liaircs, ils vont se poster ^ sans les attendre, dans la 
pladne de Marathon ; et, avec dix mille citoyens et mille 
soldats de Platée , ils présentent la bataille à six cent 
mille ennemis. Miltiade les commandait; c'était lui qui 
les avait décidés à ne point attendre le secours de Sparte : 
dans sa confiance , il comptait plus sur la rapidité de l'at- 
taque, que sur l'appui des alliés. Les Grecs marchent au 
combat remplis d'ardeur et d'espoir, et, irancliissant à la 
course l'espace d'un mille , qui les séparait de l'enneini , 
ils arrivent à lui sans avoir lancé leurs traits. Le succès 
répondit à cette audace* Aux exploits qui signalèrent 
leur courage , il semblait que d'un côté ce fussent des 
hommes de cœur , et de l'autre de vils troupeaux. Les 
vaincus se réfugièrent sur leur flotte, dont une grande 
partie fut prise ou coulée à fond. Chacun des Athéniens 
déploya tant de valeur dans ce combat , qu'il eût été diffi- 
cile d'assigner le premier rang. On distingua cependant 
les brillantes actions du jeune Thémistocle , et l'on pot 
présager la gloire qui l'attendait dans le commandement 
des armées. L'histoire a consacré aussi le nom de Cyné- 
gire, soldat athénien, qui, après avoir versé des flots 
de sang ennemi, poursuivit les fuyards jusqu'à leurs 
vaisseaux , retint de la main droite une barque chargée 
de leurs soldats, et ne la lâcha qu'en perdant la main ; il 
la saisit alors de la gauche, et, quand celle-ci fut aussi 
coupée, il s'attacha au navire avec ses dents; ainsi cet 
intrépide guerrier, sans être rassasié d'un si long car- 
nage, ni arrêté par la perte de ses mains, combattit 
encore, tout mutilé, avec l'arme qu'emploie la bête 
féroce dans sa rage. Cette bataille, et la tempête qui 



64 JUSTINI LIBER IL 

postremum, et veluti rabida fera, dentibus dimicaverit. 
Ducenta millîa Persae eo prœlio , sive naufragio , stmisere. 
Ceciditet Hippias, tyrannus atheniensis, auctor etcon- 
cltorejus belli, diispatrise ultoribus pœnas repètentibus. 
X. Interea et Darius, quum bellum restauraret, in 
ipso apparatu decedit, relictis multis fîliis, et in regno, 
et ante regnum susceptis. £^ bis Artemenes maximus 
naiu , aetatis privilégie , regnum sibi vindicabat : quod 
jus, et ordo nascendi, et natura ipsa gentibus dédit. 
Porro Xerxes controversiam non de ordine, sed de na- 
scendi felicitate referebat Namque Artemenem primuin 
quidem Dario , sed privato provenisse : se régi primum 
natum. Fratres itaque suos, qui ante geniti essent, pri- 
vatuni patrimonium , quod eo tempore Darius habuisset , 
non regnum sibi vindicare posse: se esse, quem primum 
in regno jam rex pater sustulerit. Hue accedere, quod 
Artemenes non pâtre tantum , sed et matre pri vatae adhuc 
fortunae, avo quoque materno privato, procreatus sit : 

se vero et matre regina natum, et patrem non nisi regera 
vidisse; avum quoque maternum Cyrum se regem lia- 
buisse, non heredem, sed conditorem tanti regni; et, si 
in aequo jure utrumque fratrem pater reliquisset , ma- 
terno tamen se jure et avito vincere. 

Hoc certamen concordi animo ad patruum suum Arta- 
phernem, veluti ad domesticum judicem, deferunt; qui 
domi cognita causa, Xerxem praeposuit : adeoque fraterna 



JUSTIN. LIVRE II. 6S 

la suivit j coûtèrent aux Perses deux cent mille soldats ; 
Hippias, tyran d'Athènes, coupable auteur de cette 
guerre, y périt lui-même, puni par les dieux vengeurs 
de la patrie. 

X. Bientôt la mort frappa Darius au milieu des pré* 
paratifs d'une guerre nouvelle; il laissait plusieurs enfans 
nés, les uns avant, les autres depuis son avènement à 
l'empire. Artémène, l'aîné de tous, alléguait pour titre 
à la couronne, le privilège de sa naissance , droit naturel 
consacré par tous les peuples. Xerxès, son frère, voulait 
qu'on décidât le différent, non d'après l'ordre, mais d'a- 
près les circonstances heureuses de leur naissance. Selon 
lui, Artémène était le fils aîné de Darius, mais de Darius 
encore sujet; lui, au contraire, était le premier né du 
roi; ses frères aînés pourraient donc réclamer la fortune 
qu'avait alors possédée leur père, mais non lui disputer 
le trône , puisqu'il avait , le premier de tous, reçu le jour , 
dans le palais du souverain. D'ailleurs la mère et l'aïeul ma- 
ternel d' Artémène étaient d'une condition privée , comme 
Tavaitété son père; lui, il avait eu une reine pour mère, 
et n'avait jamais vu son père, que revêtu du pouvoir 
royal : son aïeul maternel était Cyrus , non l'héritier, 
mais le fondateur de l'empire des Perses ; de sorte qu'en 
supposant même leurs droits égaux du fait de leur père, 
il l'emportait encore du côté de son aïeul et de sa mère. 

Rivaux, mais toujours amis , les deux princes confièrent 
la décision de leur cause à un tribunal domestique : Arta- 
pfaeme , leur oncle paternel , la jugea dans son palais, 
1. 5 



66 JUSTIN! LIBER II. 

contentio fuit , ut nec victor insultaverit, nec victus do- 
luerit, ipsoquc4itis tempore invicem munera misërint, 
et jucuuda quoque inter se, nou solum credula convivia 
habuerinty judicium quoque ipsum sine arbitris, sine 
convicio fuerit. Tanto moderatius tum fratres inter se 
régna maxima dividebant, quam nunc exigua patrimo» 
nia partiuntur. 



Igitur Xerxes bellum , a pâtre cœptum adversus Grae- 
:€iani, quinquennium instruxit. Quodubi primum didicit 
Demaratus, rexLacedaemoniorum, qui apud Xerxem ex- 
sulabat , amicior patriae post fugam, quamregî post béné- 
ficia, ne inopinato bello opprimerentur, omnia in tabellis 
ligneis magistratibus perscribit,eademque cera superin- 
ductadelet , ne aut scriptura sine tegmine judicium daret , 
aut recens cera dolum proderet : fîdo deinde servo perfe- 
rendas tradit , jusso niagistratibus Spartanorum tradere* 
Quibus perlatis, Lacedaeniûne quaestioni res diu fuit, 
quod neque scriptum aliquid vidèrent, nec frustra mis- 
sas suspicarentur, tantoque rem majorem, quanto sit 
occultior , putabant. Haerentibus in conjectura viris, so- 
ror régis Leonidse consilium scribentis invenit. Erasa 
igitur cera, belli consilia deteguntur. Jam Xerxes septin- 
genta millia de regno armaverat , et trecenta millia de 



'^ 



JUSTIN. LIVRE IL 6-7 

et se déclara pour Xerxès. Mais les deux princes n'ou- 
blièrent pas qu'ils étaient frères, et l'on ne trouva pas 
plus d'orgueil dans le vainqueur, que de jalousie dans le 
vaincu. Pendant le débat, ils s'envoyèrent mutuellement 
des présens, et s'invitèrent à des festins où régnait, non- 
seulement la joie , mais la plus sincère confiance. Enfin , 
le jugement fut prononcé , sans qu'ils aient eu recours à 
d'autres arbitres, ou qu'ils se soient adressé une parole 
offensante. Ainsi les frères partageaient alors de vastes 
empires avec plus de modération qu'ils ne partagent au- 
jourd'hui la plus mince fortune. 

Xerxès poursuivit pendant cinq ans les préparatifs de 
guerre que son père avait commencés contre la Grèce. 
Démarate, roi de Lacédémone, vivait alors à la cour de 
Xerxès : plus attaché à la patrie qui l'avait banni, qu'au 
roi qui le comblait de bienfaits, et craignant pour Lacé- 
démone les périls d'une guerre inattendue, il écrivit aux 
magistrats les projets de l'ennemi, sur le bois de tablettes 
qu'il recouvrit ensuite de leur ancienne couche de cire , 
afin de n'être trahi ni par les caractères qu'il avait tracés, 
ni par la fraîcheur de la cire. Un esclave afHdé fut chargé 
de les porter aux magistrats de Sparte : quand elles eurent 
été déposées en leurs mains , on chercha long-temps le 
secret qu'elles renfermaient : on n'y voyait rien d'écrit , 
et on ne présumait pas cependant qu'elles fussent en- 
voyées sans dessein : on jugeait même le mystère d'autant 
plus important, qu'il avait été mieux caché : après bien de 
vaines conjectures ce fut une femme, la sœur du roi 
Léonidas, qui découvrit l'intention de Démarate; la cire 
fut enlevée et l'on apprit les desseins de l'ennemi. Déjà 

5. 



68 JUSTINI LIBER II. 

auxiliis, Ut non immerito proditum sit, fluraina ab exer- 
citu ejus siccata , GraBciamque omnem vix capere exerci- 
tum ejus potuisse. Naves quoque mille ducentas numéro 
habuisse dicitur. Huic tanto agmini dux defuit. Cete- 
rum, si regem spectes,divitias, nonducem'laudes;qua- 
rum tanta copia in regno ejus fuit, ut, quum flumtna 
multitudine consumerentur, opes tamen regiae superes- 
sent. Ipse autem primus in fuga, postrerous in prœlio, 
sempervisusest; in periculis timidus; sicubi metus abes- 
set, inflatus; denique ante experimentum belli, fiducia 
virium, veluti naturœipsius dominus^et montes in pla- 
num ducebat , et convexa vallium aequabat, et quœdam 
maria pontibus sternebat, quaedam ad uavigationis com- 
modum per compendium ducebat. 

XI. Cujus introitus in Graeciam quam terribilis, tam 
turpis ac fœdus discessus fuit. Nam quum Leonidas,rex 
Spartanorum , cum quatuor millibus militum angustias 
Thermopylarum occU|)asset , Xerxes , contemptu pauci- 
tatis , eos pugnam capessere jubet, quorum cognati ma- 
rathonia pugna interfecti fuerant; qui* dum ulcisçi suos 
quaerunt , principium cladis fuere : succedente deinde 
inutili turba, major caedes editur. Trlduô ibi cum do- 
lore et indignatione Persarum dimicatum : quarta die, 
quum nuntiatum esset Leonidœ, a xx millibus hostium 
summum cacgmen teneri, tuncbortatur socios, a Recé- 
dant , ot se ad meliora patrise tempora reservent : sihi 



JUSTIN. LIVRE IL 69 

Xerxès avait armé sept cent mille Perses et trois cent 
mille auxiliaires : aussi a-t-oii dit, saus trop d'invrai- 
semblance, que son armée avait desséché les fleuves, et 
que la Grèce entière pouvait à peine la contenir, La flotte 
comptait, dit-on, douze cents voiles. Mais cette nom- 
breuse armée resta sans chef. Xerxès était un prince opu- 
lent, et non un habile capitaine : ses richesses étaient 
immenses, et cette multitude de soldats, qui tarissait 
les fleuves , ne pouvait épuiser ses trésors : pour lui , on 
le vit toujours le premier à fuir, et le dernier à com- 
battre; timide dans le péril, orgueilleux loin du danger, 
plein de confiance en ses forces, avant d'en avoir fait 
l'épreuve, il voulut commander à la nature même; il 
aplanit les montagnes, combla les vallées , jeta des ponts 
sur les mers , ou creusa des canaux pour ouvrir à ses 
vaisseaux une route plus facile et plus courte '^. 

XL Autant son entrée dans la Grèce avait été terri- 
ble, autant sa retraite fut honteuse. Il trouve Léonidas, 
roi de Sparte, posté, avec quatre mille soldats '9, aux 
défilés des Thermopyles ; et, plein de mépris pour cette 
poignée d'hommes, il n'envoie contre eux que les soldats 
dont les parens étaient morts à Marathon : ceux-ci , mar- 
chant à la vengeance , trouvèrent la mort les premiers ; 
la foule impuissante qui vint prendre leur place offrit 
au carnage de nouvelles victimes. Trois jours de combat 
ne firent qu'augmenter la honte et l'indignation des 
Perses : au quatrième , Léonidas , apprenant que vingt 
mille ennemis se sont saisis des hauteurs , exhorte les 
alliés à se retirer, à réserver leur vie pour des temps 
plus heureux : lui , il doit , avec les SpartiateJs , tenter 



70 JU8TINI LIBER IL 

cum Spartauis fortunam experiendam ; plura se patriae, 
quam vitae debere : ceteros ad prœsidia Graeciae servan- 
dos.» Audito régis imperio, discessere ceteri; soli La- 
cedaemonii remanserunt. Initio hujus belli sciscitantibus 
Delphis oracula responsum fuer^t , aut régi Spartanorum, 
aut urbi cadendum. Et idcirco rex Leonidas quum in 
beUum proficisceretur, ita suos firmaverat , ut ire se pa* 
rato ad moriendum animo scirent. Angustias propterea 
occupaverat , ut cum paucis aut majore gloria vinceret, 
aut minore damno reipublicae caderet. Dimissis igitur 
30ciis, hortatur Spartanos, «Meminerint, qualitercun- 
que prœliantibus cadendum esse : caverent, ne fortius 
Tnansisse^ quam dimicasse videautur;necexspectandumy 
ut ab hoste circumvenirentur, sed dum nox. occasionem 
daret, securis et laetis superveniendum : nusquam vi- 
ctores honestius, quam in castris hostium perituros. » 
Nihil erat difficile persuadere persuasis mori : statim 
arma capiunt, et sexcenti viri castra quingentorum mil- 
lium irrumpunt ; statimque régis praetorium petuqt j ^ut 
cum illoy aut , si ipsi oppressi es$ent , in ipsius potissimum 
sede morituri. Tumultus totis castris oritur. Spartani ^ 
posteaquam regem non inveniunt, per omnia castra vi- 
ctores vagantur; caedunt, sternuntque omnia: ut qui 
sciant se pugnare non spe victoriae ^ sed in mortis ultio- 
nem. Prœlium a principio noctis in majorem partem 
diei tractum. Ad postremum.non victi^ sed vincendo fa- 



JUSTIN. LIVRE II. 71 

encore la fortune , et mQÎns songera là vie qu'à la patrie; 
mais il faut que les autres lui .survivent pour la défense 
de la Grèce. A l'ordre du roi , les alliés se retirent et 
les Spartiates restent seuls. Dès le commencenient de la 
guerre, l'oracle de Delphes avait déclaré que Sparte, ou 
son roi, devait périr : aussi Léonidas, à son départ, 
avait-il affermi le courage de ses soldats , en leur mon- 
trant une âme disposée à. ta mort. Il s'était placé aux 
défilés des Thermopyles pour y. trouver, avec une si 
faible troupe , ou une victoire plus glorieuse, ou une dé- 
faite moins fatale à sa patrie. Après le départ des alliés, 
le roi rappelle à ses Spartiates « que , de quelque manière 
qu'ils combattent , leur mort est inévitable ; mais veulent- 
ils borner leur gloire à n'avoir pas reculé? laisseront-ils 
aux Barbares le temps de les envelopper , quand ils peu- 
vent eux-mêmes surprendre les Barbares à la faveur de 
la nuit , de leur sécurité , de leur joie tumultueuse ? Le 
plus digne tombeau d'un vainqueur est dans le camp 
ennemi. » Quelle résolution eût coûté à des guerriers 
résolus de mourir? Ils courent aux armes, et six cents 
hommes fondent sur un camp de cinq cent mille soldats : 
ils volent à la tente du roi pour l'égorger, ou périr eux- 
mêmes à ses yeux, s'ils sont accablés par le nombre : ils 
portent avec eux le tumulte et l'effroi. N'ayant pas trouvé 
le roi , ils se répandent en vainqueurs dans le camp : 
tout tombe et meurt sous les coups de ces hommes, 
moins avides de triompher que de venger eux-mêmes 
leur trépas. Le combat, commencé avec la nuit, dura 
vUue partie du jour suivant ; enfin , lassés de vaincre plu- 
tôt que vaincus , ils tombent sur des monceaux de cada- 



72 JUSTINI LIBER II. 

tigati, inter ingcntes stratoruni hostium catervas occï- 
derunt. Xerxes ^ diiobus vaineribus terrestri proelio ao 
ceptis, experipî maris fortunam statuit. 

XII. Sed Atheniensium dux Themistocles , quum 
animadvertisset^ lonas, propter quos bellum Persaruin 
susceperant, in auxilium régis classe venisse, sollicitare 
eos iu partes suas statuit. Et, quum colioquendi copîam 
non haberet^ quo applicituri erant, symbolos proponi, 
etsaxis proscribi curât: «Quœ vos, loneâ, dementia te- 
het.'^quod facin us agita tis? bellum inferre olim condito- 
ribûsvestris^nuper etiam vindicibus^cogitatis? An ideo 
mœnia vestra condidimus^ut essent qui nostra delerent.'^ 
quid, si non baec et Dario prius, et nunc Xerxi, belli 
cauaa nobiscum foret , quod vos rebellantes non desti* 
tuimus?Quin vos in baec nostra castra ex ista obsidione 
transitis? A ut, si hocparum lutum est, at vos commisso 
prœlio ite cessim, inhibete remis, et a bello discedite. » 
Ante navalis prœlii cpngressionem miserat Xerxes qua- 
tuor millia armatorum Delphos, ad templum ApoUinis 
diripiendum : prorsus, quasi non cum Gra^stantum, 
sed et cam diis immortalibus , bellum gereret : quae ma- 
nus totaimbribus et fulmlnibus deleta est, ut intellige- 
ret, quam nullae essent haminum adversus deos vires. 
Post hœc Thespias, et Platœas, et Athenas vacuas ho- 
mînibus inceodit;et, quoniam ferro in homines non po- 
terat, in sedificiaigne grassatur. Nâmque Athenienses^ 



74 JUSTINI LIBER IL 

post pugnam marathouiam , praemoneate Themistocle , 
vîctoriam illam de Persis, non finem, sed causam ma- 
joris belli fore , ce naves fabricaverant. Adventante igi- 
tur Xerxe, consulentibus Delphis oraculum ^ responsum 
fuerat , « Salutem mûris ligneis tuerentur. » Themisto- 
cles navium praesidium demonstratum ratus, persuadet 
omnibus y «Patriam municipes esse^ non mœnia^ civi- 
tatemque non in aedificiis^ sed in civibus positam : me- 
lius itaque salutem navibus ^ quam urbi commissuros. 
Hujus sententiae etiam deum auctorem esse.» Probato 
consilio ^ conjuges Uberosque, cum pretiosissimis rébus , 
abditis insulis^ relicta urbe, demandant : ipsi naves ar- 
mati conscendunt. Exemplum Atheniensium et aliae ur- 
bes imitatae. Itaque, quum adunata omnis sociorum clas- 
sis et intenta in bellum navale esset, angustiasque Sa- 
laminii freti, ne circumveniri a multitudine posset, 
occupassent , dissensio inter civitatum principes oritur. 
Qui quum, deserto bello, ad sua tuenda diiabi vellent, 
timens Themistocles , ne discessu sociorum vires nlinue- 
rentur, per servum fidum Xerxi nuntiat, «Uno in loco 
eum contractam Graeciam capere faciliime posse : quod 
si civitates, quae jam abire vellent, dissipentur, majori 
labore ei singulas consectandas. » Hoc dolo impellit re* 
gem signum pugnae dare. Graeci quoque , adventu ho- 
stium occupati, prœlium coUatis viribus capessunt. In- 
terea rex , velut spectator pugnae , cum parte navium m 



JUSTIN. LIVRE II. 75 

signal d'une guerre plus terrible encore; et, par ses 
conseils, les Athéniens avaient équipe deux cents vais* 
seaux. A Tapproche de Xerxès, l'oracle de Delphes leur 
avait ordonné de chercher leur salut dans des murailles 
de bois. Persuadé que l'oracle désignait les vaisseaux, 
Thémistocle représente au peuple que <c la patrie n'est 
point dans les murailles, mais dans les hommes; que ce 
sont les citoyens, et non les maisons, qui forment la cité; 
qu'ils trouveront un asile plus sûr dans leurs vaisseaux 
que dans leur ville , et qu'enfin un dieu même leur en 
donne le conseil. » Son avis est adopté. Les Athéniens 
déposent dans des îles écartées^' leurs femmes, leurs 
enfans, leurs trésors, et quittent eux-mêmes leur ville 
pour monter en armes sur la flotte; plusieurs villes 
grecques suivirent cet exemple. La flotte alliée, réunie 
et prête à combattre, s'était postée dans le détroit de 
Salamine, pour n'être point enveloppée par le nombre 
des ennemis, quand la discorde éclate entre les chefs. 
Déjà chacun songe à se retirer pour aller défendre son 
propre pays; mais Thémistocle, craignant de voir les 
alliés s'affaiblir en se divisant, mande à Xerxès, par un 
esclave affidé, que la Grèce, rassemblée au même lieu ^ 
va tomber tout entière en ses mains ; que si , au con- 
traire, il laisse se disperser tous les peuples qui préparent 
leur retraite, il lui sera plus difficile de les atteindre 
et de les vaincre tour-à-tour. Le roi, trompé par cet 
avis, donne le signal du combat, et les Grecs, prévenus 
par l'approche de l'ennemi, se rallient pour combattre 
ensemble. Xerxès retint près de lui une partie des vais- 
seaux , et resta sur le rivage simple témoin de la bataille. 



:6 JUSTINI LIBER IL 

iitore remanet. Artemisia autem, regina Halicarnassi , 
qiiae in auxilium Xerxi venerat, iuter primos duces bel- 
lum acerrime ciebat : quippe, ut iu viro muliebrem ti- 
rnorem, ita in mulierevirilemaudaciam cerneres.Quum 
anceps prœlium essel , lones ^ juxta praeceptum Themisto- 
clis, pugnae se paulatim subtrahere cœperunt: quorum 
defectio animoa ceteroruni fregit Itaque circumspicien- 
tes fugam pelluntur Persse, et mox prœlio victi, in fu- 
gàm vertuntur. In qua trepidatione multae captœ naves, 
multae mersae; plurestamen non minus sa^vitiam régis, 
quamhostem timentes, domum dilabuntur. 

XIII. Hac clade perrulsum, et dubinm consilii Xerxem 
Mardonius aggreditur. Hortatur , « In regnum abeat, 
ne quid seditionis moveat fama adversi belli , in majus, 
sicuti mes est , omnia extoUens : sibi ccc millia armato- 
rum lecta ex omnibus copiis relinquat : qua manu aut 
cum gloriaejus perdomiturum se Graeciam : aut, si ali- 
ter eventus ferai , sine ejusdem infamia hostibus cessu- 
rum. » Probato consiiio, Mardonio exercitus traditur : 
reliquas copias rex ipse reducere in regnum parât. Sed 
Graeci, aùdita régis fuga , consilium iueunt pontis inter- 
rumpendi, quem ille Abydo veluti victor maris fecerat; 
ut , intercluso reditu , aut cum exercitu deleretur, aut de- 
speratione rerum , pacem victus petere cogeretur. Sed 
Themistocles , timens , ne interciusi hostes desperationem 
in virtutem verterent, et iter, quod aliter non pateret, 



JUSTIN. LIVRE II. 77 

Cependant Artémise, reine. d'HalicaVuasse, qui combat- 
tait pour Xerxèsy s'illustrait par le plus brillant cou* 
rage; et tandis qu'un homme montrait la lâcheté d'une 
femme , une femme déployait l'audace d'un héros. La vic- 
toire était, indécise y quand les Ioniens ^ dociles à l'avis 
de Thémistocle , se retirent peu à peu du combat. Celte 
retraite abat le courage des Perses; déjà ils songent à la 
fuite : pressés par l'ennemi , ils sont bientôt vaincus et 
mis en déroute. Dans ce désordre, plusieurs vaisseaux 
furent pris ou coulés à fond ; d'autres j en plus grand 
nombre^ redoutant la cruauté de Xerxès autant que les 
armes de leurs vainqueurs , firent aussitôt voile vers la 
Perse. 

Xni. Xerxès, découragé par cette défaite, ne savait à 
quel parti se résoudre. Mardonius se présente devant lui; 
il lui conseille de retourner en Perse, pour prévenir les 
troubles qu'y pourrait exciter la nouvelle de ses revers , 
grossis par la renommée toujours mensongère; de lui 
laisser trois cent mille soldats choisis dans l'armée; la 
Grèce soumise , Xerxès recueillerait la gloire de la con- 
quête, et, si la fortune se déclarait pour les Grecs, il ne 
partagerait pas la honte de la défaite. Le roi approuve 
cet avis , confie à Mardonius l'armée qu'il demandait, et 
se prépare à ramener dans ses états le reste des troupes. 
A la nouvelle de sa fuite , les Grecs songèrent à rompre 
le pont qu'il avait fait construire à Abydos, comme mo- 
nument de sa victoire sur la mer : ils espéraient, eu lui 
fermant tout passage, le détruire avec son armée, ou le 
contraindre à s'avouer vaincu et à demander la paix. 
Mais Tliémistocle craignant que l'ennemi , renfermé au 



1 



78 JUSTINI LIBER IL 

ferro patefacerent , «Satis multos hostes in Graecia re-» 
manere, dictitans, nec augeri numerum retinendo opor- 
tere, » quum vincere consilio ceteros non posset, eum- 
dem sçrvum ad Xerxem mittit, certioremque consilii fa- 
cit, et occupare transitum, maturata fuga, jubet. Ule 
perculsus nuntio, tradit ducibus milites perducendos; 
ipse cum paucis Abydon conteudit. Ubi quum solutum 
pontem hybernis tempestatibus offendisset, piscatoria 
scapha trepidus trajecit. Erat res spectaculo digna, et 
aestimatione sortis humanae, rerum varie tate mirandae, 
in exiguo latentem videre navigio^ quem paulo ante 
vix œquor omne capiebat; carentem etiam omni servo- 
rum ministerioy cujus exercitus propter multitudinem 
terris graves erant. Nec pedestribus copiis , quas duci- 
bus assigna verat, felicius iter fuit : siquidem quotidiano 
labori ( neque enim ulla est metuentibus quies ) etiam 
famés accesserat. Multorum deinde dierum inopia con- 
traxerat etpestem; tantaque fœditas morientium fuit, 
ut viae cadaveribus implerentur, alitesque et bestiae , escae 
illecebris soUicitata;, exercitum sequerentur. 

XIV. Intérim Mardonius in Graecia Olynthum ex- 
pugnat. Athenienses quoque in spem pacis , amicitiam- 
que régis sollicitât , spondens incensae eorum urbis etiam 
in majus restitutionem. Posteaquam nullo pretio liber- 
tatem videt his venalem , incensis j quae aedificare cœpe- 



So JUSTINl LIBER IL 

ranty copias iti Bœotiam transfert. £o et Graecôrumexer* 
citus,qui centum milHum fuit, secutus est: ibique prœ- 
lium commissum. Sed fortuna régis cum duce mutata 
non est : nam victus Mardonius, veluti ex naufragio, 
cum paucis profugit. Castra referta regalis opulentia^ 
capta : unde primum Graecos, diviso inter se auro per- 
sico, divitiarum luxuria cepit. Eodem forte die, quo 
Mardonii copiœ deletaBsunt,etiamnavaIiprœlio in Asia, 
sub monte Mycale, adversus Persas dimicatum est. Ibi 
ante cougressionem, quum classes ex ad verso starent , fama 
ad utrumque exercitum veuit^ vicîsse Grœcos , et Mardo- 
nii copias occidione occidisse. Tantam famae velocitatem 
fuisse, ut quum matutino tempore prœlium in Bceotia 
commissum sit, meridianis horis in Asiam , per tôt ma- 
ria , et tantum spatii , tam brevi horarum momento , de 
Victoria nuntiatum sit! Confecto bello, quum de prae- 
miis civitatum ageretur, omnium judicio, Athenieusium 
YÎrtus ceteris prœlata. Inter duces quoque , Themistocles 
princeps civitatum testimonio judicatus, gloriam patriœ 
suse auxit. 

XV. Igitur Athenienses, aucti et prœmiisbelli etglo- 
ria, urbem ex integro condere moliuntur. Quum mœ- 
nia majora complexi fuissent , suspecti esse Lacedaemo- 
niis cœpere, recte reputantibus, quibus ruina urbis tan- 
tum incrementi dedisset, quantum sit datura nmnita 
civitas. Mittunt ergo legatos,qui monerent, ccNe muni- 



JUSTIN. LIVRE II. 6i 

la Béotie : cent mille Grecs y entrent après lui; le com- 



8a JUSTINI LIBER IL 

menta hostibus, et receptacula fuluri belli exstruant. » 
Themistocles , ut vidit spei urbis invideri , non existi- 
mans abrupte agendum , respondit legatis j ce ituros La- 
cedaemona, qui de ea re pariter cum illis consulant. » 
Sic dimissis Spartanis , hortatur suos , « opus maturent » 
Dein ipse, interjecto tempore, in legationem proficisci- 
tur; et nunc m itinere infîrmitatesimulata^ nunc tardi- 
tatem coUegarum accusans, sine quibus agi jui*e nihil 
posstt, diem de die proferendo, spatium consummando 
operi quaerebat; quum intérim nuntiatur Spartanis ^ opus 
Athenis maturari , propter quod denuo legatos mittunt 
ad inspiciendam rem. Tum Themistocles per servum ma- 
gistratibus scribit Atheniensium , « legatos vinciant, 
pignusque teneant, ne in se gravius consulatur. » Adiit 
deinde co'ncionem Lacedaemoniorum : indicat , « permu- 
nitas Athenas esse , et posse jam illatum bellum non ar- 
mis tantum, sed etiam mûris sustinere: si quid ob eam 
rem de se crudelius statuèrent , legatos eorum in hoc 
pignus Athenis retentos. » Graviter deinde castigat eos, 
« quod non virtute , sed imbecillitate sociorum , poten- 
tiam quaererent. » Sic dimissus, veluti triumphatis Spar- 
tanis, a civibus excipitur. Post hœc Spartani, ne vires 
otio corrumperent 9 et ut bis illatum a Persis Graeciae 
bellum ulciscerentur, ultro fines eorum dépopulantur. 
Ducem suo sociorumque exercitui deligunt Pausaniam : 
qui, pro ducatu, regnum Grseciae afFectans , proditio- 



JUSTIN. LIVRE II. 85 

mone envoie donc des ambassadeurs, pour conseiller aux 



84 JUSTÏNI LÏBER II. 

nis pf*aBiniuin cum Xence nuptias filiœ ejus paciscitur, 
redditis captivis ^ ut fides régis aliquo beneficio obstrin- 
geretur. Scribit praeterea Xerxi, a quoscunque ad se 
nuntios misisset, interfîceret, ne res loquacitate bomi- 
num proderetur. » Sed dux Atheniensium Aristides , belli 
socius j collegae conatibus obviam eundo, simul et in rem 
sapienter consulendo, proditionis consilia discussit. Nec 
mul to post accusatus Pausanias , daihnatur. Igitur Xerxes , 
quum proditionis dolum publicatum videret, ex integro 
bellum instituit. Graeci quoque ducem constituunt Ci- 
monem Atbeniensem, èlium Miltiadis, quo duce apud 
Marathonem pugnatum est, juvenem , cujus magnitudi- 
nem futuram pietatis documenta prodiderant. Quippe 
patrem ob crimen peculatus in carcerem conjectura ibi* 
que defunctum , translatis in se vinculis, ad sepulturam 
redemit. Nec in bello judicium deligentium fefellit : si- 
quidem non inferior virtutibus patris, Xerxem y terrestri 
navalique bello superatum, trepidum reciperese in re- 
gnum coegit. 



LIVRE m. 



88 JUSTINI LIBER III. 

recogniturus et numerum militum, et in armis indu- 
striam singulorum. Itaque quum inter ceteros et ipse 
Artabanus armatus assisteret, rex simulât se breviorem 
loricam habere : jubet Artabanum secum commutare : 
exuentem se^ ac nudatum, gtadio trajicit; tum et filios 
ejus corripi jubet. Atque ita egregius adolescens et cae- 
dem patris et se ab insidiis Artabani vindicavit. 



IL Dumhaecia Persis geruntùr, interea Graecia om- 
nis,' ducibus Lacedaemoniis et Atheniensibus , in dùas 
divisa partes, ab externis bellis, velut in viscera sua, 
arma convertit. Fiunt igitur de uuo populo duo corpora, 
et eorumdem castrorum homines in duos hostiles exer- 
citus dividuntui:. Hinc Lacedaemonii communia quon- 
dam ciyit^tum auxilia ad vires suas trahebant : inde 
Athenienses, et vetustate gentis et gestis rebua illu- 
stres j propriis viribus confidebant. Atque ita duo poten- 
tissimi Grasciae populi, institutis Solonis et Lycurgi le- 
gibus pares , ex aemulatione virium in bellum ruebant. 
Namque Lycurgus quum (ratri suo Polydectse, Sparta- 
norum régi y successisset , regnumque sibi vindicare po- 
tuisset 9 CliarilaOy filio ejus, qui natus posthumus fuerat, 
quum ad aetatem adultam pervenisset, regnum summa 
fide restituit rut intelligerent omnes, quanto plus.apud 
bonos pietatis jura y quam omnes opes , valerent. Medio 



I 

! 



JUSTIN. LIVRE III. 89 

le lendemain une revue générale de ses troupes; il veut, 
dit-il , savoir combien il a de soldats , et connaître Tadresse 
de chacun d'eux dans les exercices militaires. Artabanus 
se présente en armes , comme tous les autres : le jeune 
prince se plaint d'avoir une cuirasse trop courte ^ et in- 
vite Artabanus à lui donner la sienne : tandis que celui-ci 
la détache , il perce de son glaive son ennemi désarmé ^ 
et fait aussitôt arrêter ses fils. Ce iîit ainsi qu'il sut à la 
foisy par son courage, venger la mort de son père et se 
soustraire lui-même aux embûches qu'on lui préparait" 
II. Tel était l'état de la Perse, lorsque la Grèce en- 
tière, partagée entre Athènes et Lacédémone, et comme 
divisée en deux factions, tourna contre elle-même des 
armes que la guerre étrangère n'occupait plus. D'une 
seule nation on vit se former deux peuples ; et des hommes 
qui avaient combattu pour la même cause, se partagèrent 
en deux camps ennemis. Les Spartiates attiraient à eux 
les £brces des républiques grecques, employées autre- 
fois à la défense de la commune patrie : les Athéniens,» 
fiers de l'antiquité de leur origine et de leurs exploita 
récens, mettaient en eux-mêmes toute leur confiance. 
C'est ainsi que les deux premières nations de la Grèce , 
que les institutions de Solon et les lois de Lycurgue 
avaient égalées l'une à l'autre, furent entraînées à la 
guerre par la rivalité de leur puissance. Lycurgue, suc* 
cesseur de son frère Polydecte , roi de Sparte , eût pu 
occuper le trône après lui; mais, pour montrer à ses 
peuples, par un exemple éclatant, que la probité a plus 
d'empire que l'ambition sur le cœur de l'homme de bien y 
il remit fidèlement le sceptre à Cliarilaûs, fils posthume 



go JUSTINI LIBER III. 

igitur tempore dum infaus convalescit, tutelamque ejus 
administrât 9 non habentibus Spartanis leges instituit, 
non inventione earum magis, quam exemplo clarior. 
Siquidem nihil lege uUa in alios sanxit, cujus non ipse 
primus in se documenta daret. Populum' in obsequia 
principum^ principes adjustitiam imperiorum formayit. 
Parcimoniam omnibus suasit, existimans, laboremmi- 
litiae assidua frugalitatis consuetudine faciliorem fore. 
Emi singula non pecunia , sed compensatione mercium 
jussit. Auri argentique usum, velut omnium scelerum 
materiaip, sustulit. 

III. Administrationem reipublicae per ordines divisit : 
regibus potestatem bellorum ; magistratibus judicia per 
annuas successiones; senatui custodiam legum; populo 
sublegendi senatum , vel creandi quos vellet magistratus, 
potestatem permisit. Fundos omnium œqualiter inter 
omnes divisit ^ ut aequata patrimonia ueminem potentio- 
rem altero redderent. Convivari omnes publice jussit, 
ne cujus divitiœ vel luxuria in occulto essent. Juvenibus 
non ampliusuna veste uti toto anno permisit , nec quem* 
quam cultius quam alterum progredi , nec epulari opu- 
leutius, ne imitatio in luxuriam verteretur. Pueros pu- , 
beres non in forum, sed in agrum deduci praecepit, ut 
primos annos non in luxuria y sed in opère et laboribus age- 
rent. Nihil eossomni causa substernere, et vitam sine pul- 
mento degere, neque prius in urbem redire, quam viri 



JUSTIN. LIVRE III. 91 

de son frère , dès que ce prince eut atteint Tâge de ré- 
gner. Chargé de l'administration ^9 pendant la minorité 
de son pupille, il donna des lois aux Spartiates , qui 
n'en avaient point encore : il se montra aussi grand par 
sa fidélité à les suivre , que par le génie qui les créa ; il 
n'en imposa aucune qu'il ne justifiât par sa conduite. 
Il enseigna aux peuples la soumission , aux rois la jus- 
tice ; il recommanda la frugalité à tous les citoyens , per- 
suadé qu'une longue habitude de sobriété adoucit les 
privations de la guerre; partout il substitua l'échange à 
la vente, et proscrivit l'or et l'argent, comme la source 
de tous les crimes. 

III. 11 partagea le gouvernement entre les différens 
ordres de l'état î il attribua aux rois le pouvoir de faire 
la guerre; à des magistrats annuels^, celui de rendre la 
justice; au sénat , la garde des lois; au peuple , le choix 
des sénateurs, et la libre élection des magistrats. Pour 
maintenir l'égalité des rangs par celle des biens, il fit 
entre tous les citoyens un partage égal des terres; il 
voulut que les repas fussent communs et publics , pour 
fermer toute retraite à la profusion et à l'intempérance. 
11 défendit aux jeunes gens d'avoir plus d'un vêtement 
diaque année, de se distinguer l'un de l'autre par au- 
cune recherche dans l'habillement ou la nourriture : il 
craignait que la rivalité en ce genre ne vînt à enfanter 
le luxe. Il voulut que les jeunes gens, parvenus à l'âge 
de puberté , fussent élevés hors de la ville , qu'ils pas- 
sassent leurs premières années à la campagne, loin des 
plaisirs, dans le travail et la fatigue. Il leur était inter- 
dit de dormir sur un Ut, de préparer leurs mets avec 



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oa JUSTINI LIBER lll. 

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factiessent, statuit. Yirgines sine dote nubere jussit, ut 
uxores eligerentur, non pecuniae, severiusque matrimo- 
ïiia sua]viri coercerent,quum nuUis dotis frenis teneren- 
tur. Maximum honorem non divitum et potentium^sed pro 
gradu œtatisy senum esse voluit. Nec sane usquam ter- 
rarum locum honoratiorem senectus babet. Haec quo- 
niam primo, solutis antea moribus, dura videbat esse, 
auctorem eorum Apolliuem Delphicum fingit y et inde se 
ea ex praecepto numinis detulisse, ut consuescendi tae- 
dium metus religionis vincat. Dein ut aeternitatem legi- 
bus suis daret, jurejurando obligat civitatem, mhil eos 
de ejus legibus mutaturos, priusquam reverteretur; et 
simulât, se ad oraculum delphicum proficisci, consul- 
turum, quid addendum mutandumve legibus videretur. 
Proficiscitur autem Cretam, ibique perpetuum exsilium 
egit, abjicique in mare ossa sua moriens jussit, ne re- 
latis Laceddemonem , solutos se Spartani religione juris- 
jurandi in dissolvendis legibus arbitrarentur. 

lY. His igitur moribus ita brevi civitas couvaluit, 
ut, quum Messeniis, propter stupratas virgines suas in 
solenni Messeniorum sacrificio, bellum intulissent, gra- 
vissima se exsecratione obstrinxerint, non prius, quam 
Messenam expugnassent, reversuros; tantum sibi vel 
de viribus suis, vel defortuna spondentes. Quae res ini- 
tium dissensionis Grœciae, et intestini belli causa et 
origo fuit. Itaque quum contra praesumptionem suam an- 



94 JUSTINI LIBER III. 

nis decem in obsidione urbis tenerentur, et querelis uxo- 
rum post lam longam viduilatem reyocarentur, veriti, 
ne hac perseverantia belli gravius $ibi , quam Messeniis 
nocerent (quippe illis, quantum juventutis bello inter- 
cidat, mulierum fecunditate suppleri; sibi et belli damna 
assidua, et fecunditatem uxorum, absentibus viris^nul- 
lam esse)y itaque legunt juvenes exeo génère militum, 
qui post jusjurandum in supplementum vénérant; qui- 
bus Spartam remissis promiscuos omnium feminarum 
concubitus permisere, maturiorem futuram conceptio- 
nem rati, si eam singulae per plures viros experirentur. 
Ex bis nati , ob notam materni pudoris ^iPartheniae vocati. 
Qui quum ad annos xxx pervenisseut, metu inopise 
(nuUi enim pater exsistebat, cujus in patrimonium suc^ 
cessio speraretur),ducem Phalanthum assumant, filium 
Arati , qui auctor Spartanis fuerat juventutis ad gene- 
randam sobolem domum remittendae; ut, sicuti dudum 
patrem ejus nascendi auctorem habuissent , sic ipsum 
spei ac dignitatis suae haberent. Itaque nec salutatis ma- 
tribus, e quarum adulterio infamiam collegisse videban- 
tur, ad sedes inquirendas proficiscuntur ; diuque et per 
varios casus jactati , tandem in Italiam deferuntur ; et 
occupataarceTarentinorum, expugnatis veteribus inco- 
lis, sedes ibi constituunt. Sed post annos plurimos dux 
eorum Phalanthus, per seditionem in exsilium protur- 
batus, Brundusium se contulit, quo expulsi sedibus suis 



JUSTIN. LIVRE III. 95 

de Messène, rappelés par les plaintes de leurs épouses 
fatiguées d'un si long veuvage, ils craignirent enfin que 
cette obstination ne leur fût plus fatale qu'aux Messéniens 
eux-mêmes, puisque ceux-ci réparaient la niort de leurs 
soldats par la fécondité de leurs femmes , et que pour 
eux, séparés de leurs épouses, ils essuyaient chaque jour 
des pertes sans ressource. Us choisissent donc les jeunes 
soldats , qui , partis plus tard de Sparte , n'avaient pas 
prêté le serment ; ils les renvoient dans leur patrie , pour 
s'unir à leur gré à toutes les femmes , espérant que cha- 
cune d'elles concevrait plus tôt en se livrant à plusieurs 
hommes. Les enfans nés de ces unions reçurent le nom 
de Parthénicns, qui rappelait le déshonneur de leurs 
mères. Arrivés à l'âge de trente ans, craignant la pau* 
vreté (car ils ne pouvaient recueillir la succession de leurs 
pères qu'aucun d'eux ne connaissait), ils se réunirent 
sous un chef; ils choisirent Phalanthe, fils de cet Aratus 
qui avait conseillé aux Spartiates de renvoyer les jeunes 
gens à Lacédémone pour en avoir des enfans : ils devaient 
le jour aux conseils du père, ils attendirent du fils lears 
succès et leur fortune. Ainsi , sans prendre congé de leurs 
mères, dont ils semblaient partager l'infamie , ils allèrent 
chercher une nouvelle patrie; et, après de longues tra- 
verses, ils abordèrent en Italie, se rendirent maîtres de 
Tarente, en chassèrent les habitans et s'y établirent. 
I^ong-temps après, Phalanthe, banni par sédition delà 
colonie qu'il avait fondée, se retira dans les murs de 
Brindes , qui avaient servi d'asile aux anciens Tarentins. 
A ses derniers momens, il leur persuada de réduire ses 
restes en cendres , et de les faire répandre en secret sur 



96 JUSTINI LIBER III. 

veteres Tarentini concesserant. His moriens persuade! , 
ce ut ossa sua , postremasque reliquias conterant , et ta- 
cite spargi in foro Tarentinorum curent. Hoc enim modo 
recuperare illos patriam suam posse, ApoIIinem Delphis 
cecinisse.»Illi arbitrantes eum, in ultionem sui, civium 
fata prodidisse, praeceptis paruere. Sed oraculi diversa 
sententia fuerat : perpetuitatem enim urbis, non amis- 
sionem, hoc facto promiserat. Ita ducis exsulis consilio, 
et hostium ministerio, possessio tarentina Partheniis in 
aeternum fundata. Ob cujus beneficii memoriam Phalan- 
tho divinos honores decrevere. 

y. Interea Messenii, quum virtute non pqssent, per 
insidias expugnantur. Dein quum per annos lxxx gra- 
via servitutis verbera, plerumque et vincula, ceteraque 
captivitatis mala perpessi essent, post longam pœnarum 
patientiam , bellum restaurant. Lacedaemonii quoque eo 
conspiratius ad arma concurrunt , quod adversus servos 
dimicaturi videbantur. Itaque quum bine injuria , inde 
indignitas animos acueret, Lacedaemonii y de belli eventu 
oraculo Delphis consulto, jubentur ducem belli ab Athe- 
niensibus petere. Porro Athenienses, quum responsum 
cognovissent, in conteraptum SpartanorumTyrtaeum poe- 
tam^claudumpede, misère : qui tribus prœliis fusus, eo 
usque desperationis Spartanos adduxit, ut, ad supple- 
mentum exercitus, servos suos manumitterent, hisque 
interfectorum matrimonia poUicerentur, ut non numéro 
tantum amissorum civium, sed et dignitati succédèrent. 



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JUSTIN. LIVRK III. 97 

la place publique de Tarente : « L'oracle de Delphes, 
ajouta-t-ily avait prédit que c'était le moyen de recou- 
vrer leur patrie. » Ceux-ci , persuadés que Phalanthe , 
irrité contre son peuple ingrat, leur avait révélé le se- 
cret de ses destinées, s'empressent de suivre ses conseils. 
Mais l'oracle avait un sens tout contraire; et les Taren- 
tins, en pensant ravir aux Parthéniens la possession de 
leur nouvelle ville, la leur assuraient à jamais. Ainsi, 
l'adresse de ce généreux exilé, secondée par leurs ennemis 
eux-mêmes , les rendit pour toujours maîtres de Tarente. 
Ils reconnurent ce bienfait en décernant à Phalanthe les 
honneurs divins. 

V. Cependant les' Messéniens, que la force n'avait 
pu réduire, succombent à la ruse des Spartiates. Après 
quatre-vingts ans de servitude, les coups, les chaînes, 
et toutes les souffrances de Tesclavage, épuisèrent leur 
patience : ils reprirent les armes. Les Spartiates , ne voyant 
dans leurs ennemis que des esclaves, courent au com- 
bat , pleins de confiance et d'ardeur : d'une part , le res- 
sentiment, de l'autre, le dédain et l'orgueil, animaient 
l'une contre l'autre les deux nations. Les Lacédémô- 
niens consultèrent, sur l'issue de cette guerre, l'oracle 
de Delphes, qui leur ordonna (^demander un chef 
aux Athéniens. x4l cette nouvelle, Athènes leur envoya, 
par mépris, le poète Tyrtée, qui était boiteux. Trois 
fois vaincus sous ce général, et réduits au désespoir, 
les Spartiates , pour recruter leurs rangs affaiblis , rendi- 
rent la liberté aux esclaves, et leur promirent les veuves 
des citoyens morts dans les batailles, pour leur donner, 
avec la place , le rang et les titres des guerriers que 

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98 JUSTl]?iI LIBER III. 

Sed reges Lacedœmonîorum , ne, contra fortunam pu- 
gnandoy majora detrimenta civitati infligèrent, reducere 
exercîtum volueruut; ni intervenissetTyrtœus^qui com- 
posita carmina exercilui pro concione recitavit, in qui- 
bus hortamenta virtutîs, damnorum solatia, belli con- 
silia conscripserat. Ttaque tantum ardorem militibus in- 
jecit, ut non desalute^sed desepulturasoUiciti, tesseras , 
insculptis suis et patrum noininibus, dextrobrachiode^ 
ligarent : ut , si omnes adversum prœlium'constrmpsisset , 
et teinporis spatio confusa corporum lineamenta èssent, 
ex indicio titulorum tradi sepulturae possent. Quum sic 
animatum reges exercitum vidèrent, curant rem hosti- 
bus nuntiari. Messeniis autem non timorem res, sed 
aemulationem mutuam dédit. Itaque tantis aniniis con*- 
cursuni est, ut raro unquam cruentius prœliiim fuerît. 
Ad postremum tamen Victoria T^acedasmoniorum fait. 

YI. Interjecto tempore, tertium quoquebellum Me»- 
senii reparavere : in cujus auxilium Lacedœmotiii, inter 
reliquos socios, etiam Athenienses adhibuere. Quorum 
(idem quum suspectain haberent , supervacaneos simu- 
lantes , a bello eosdem dimiserunt. Hanc rem Athenien- 
ses graviter ferentes, pecuniam, quaeerat in stipeudium 
persici belli ab universa Graecia coUata, a Delo Athe- 
nas transferunt, ne, deficientibus a fide societatis Lace- 
daemoniis, praedae ac rapinse esset. Sed nec Lacedaetiaonii 
quievere : qui , quum Messeniorum bello oceupati es- 



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JUSTIN. LIVRE III. 99 

perdrait la république. Cependant les deux rois , dl*ai'^ 
gnaut d'essuyer de nouveaux désastres ^ s'ils persistaient 
à lutter contre le sort, allaient ramener Tarmée : le poète 
Tyrtée les arrête; il chante aux soldats assemblés des 
vers destinés à ranimer leur courage, à tes consoler de 
leurs pertes , à leur assurer la victoire. Enflammés par 
ces chants guerriers^, les Spartiates, oubliant le soin de 
leur vie pour ne plus songer qu'à leur sépulture, atta- 
chent à leurs bras droits des cachets où étaient gravés 
leurs noms ^i ^elui de leurs pèï'es, afin que, s'ils péris- 
saient toils dans im^ défaite, et qu^ le Véthp^ effaçât les 
traits de leur visage , on pût les distinguer à ces signes 
et leur rendre les derniers devoirs. Leç deuxroiâ, voyant 
l'ardeur de leurs soldat$, font répandre cette nouvelle 
dans le camp ennemi. Les Messéniens, loin d'en ressentir 
de l'eiFroi, n'en conçurent que de l'émulation : on com- 
battit avec tant de fureur, que jamais peut-être bataille 
ne fut plus sanglante. Cependant la victoire resta enfin 
àuk Lacédémoniens7. 

VI. Peu de iétnp^ après, les Messéniens reprirent pour 
la troisième fois les armes; Sparte demanda des secours 
à aes alliés ) et même aux Athéhieils. Mais leur fidélité 
parut suspecte; ils furent Congédiés comfne inUlileé. Irri- 
tés de cet affront , ils vont enlever à Délos , et transpor- 
tent à Athènes, le trésor destiné par toutes les cités de 
la Grèce aux frais de la guerre d'Asie * : ils craignaient 
que les Spartiates, en se détachant de l'alliance com- 
mune , ne vinssent à s'en emparer. Sparte n'est pas moins 
prompte à se venger; la guerre de Messénie occupait ses 
forces , elle soulève le Péloponnèse contre les Athéniens , 



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loo JUSTINI LIBER III. 

sent, Peloponnenses immisere, qui bellum Athéniens!-» 
bus facerenl. Parvœ tune temporis, classe in iGgyptum 
missa, vires Atheniensibus erant. Itaque navali prœlio 
dimicantes facile superantur. Inteijeclo deinde tempore, 
post reditum suorum aucti etclassis et militum robore, 
prœlium reparavere. Jam et Lacedœmonii , omissis Mes- 
seniis, adversus Athenienses arma verterant. Diu varia 
Victoria fuit : ad postrenium ^aequo Marte utrinque dis- 
cessum, Tnde revocati Lacedaemonii ad Messeniorum bel- 
lum, ne médium tempus otiosum Atheniensibus relin* 
querent, cum Thebanis paciscuntur, ut Btieotiorum im- 
perium bis restituèrent , quod temporibus persici belli 
amiserant, ut illi Atheniensium bella susciperent. Tan- 
tus furor SpartanorUm crat, ut duobus bellis impliciti, 
suscipere tertium non recusarent, dummodo inimicis suis 
hostes acquirerent. Igitur Athenienses , adversus tantam 
tempestatem belli duos duces deligunt, Periclem spectatae 
virtutis virum , et Sophoclem scriptorem tragœdiarum : 
qui divisoexerçitu, et Spartanorum agros vastaveruat, et 
multas Achaiae civitates Atheniensium imperio adjecerunt. 
VU. His malis fracti Lacedaemonii , in annos xxx pe> 
pigerunt pacem : sed tam longum otium inimicitiae non 
tulerunt. Itaque quinto decimo anno, rupto fœdere, cum 
contemptu deorum hominumque, fines atticos populan- 
tur; et ne praedam potius, quam pugnam , expetiisse 
viderentur, hostes ad prœlium provocant. Sed Athenien- 
ses, consilio Periclis ducis, populatiouis injuriam diffe- 






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JUSTIN. LIVRE m. loi 

alors affaiblis par le départ d'une flotte qu'ils avaient 
envoyée en Egypte 9. Aussi ^ attaqués sur mer, ils lais* 
sent à l'ennemi une victoire facile. Mais bientôt, fortifiés 
par le retour de leur flotte et de leurs soldats , ils ré- 
parent ce premier revers. Les Spartiates abandonnent la 
Messénie, et tournent leurs armes contre Athènes : les 
succès se balancent long-temps ; enfin , les deux armées 
se retirent avec un avantage égal. Rappelés par la guerre 
de Messénie , les Lacédémoniens , pour ne pas laisser 
Athènes en repos, promettent aux Thébains la restitu- 
tion de la Béotie, perdue dans la guerre des Mèdes, s'ils 
veulent se déclarer contre Athènes. Tel était l'acharne- 
ment de Sparte, que , déjà pressée par deux ennemis '^ , 
elle consentait à entreprendre une troisième guerre , pour 
susciter des dangers à sa rivale. Menacés d'un si violent 
orage, les Athéniens nomment deux généraux, Périclès, 
déjà connu par ses talens, et Sophocle, le poète tra- 
gique : ces capitaines, divisant leur armée en deux corps , 
ravagèrent le territoire de Sparte, et prirent plusieurs 
villes de l'Achaïe". 



VII. Épuisés par ces revers, les Spartiates conclurent 
une trêve de trente ans, que leur haine trouva bientôt 
trop longue. Quinze ans s'étaient à peine écoulés , lorsque, 
rompant le traité , au mépris des lois divines et humaines , 
ils viennent ravager les frontières de l'Attique; et, pour 
se montrer moins avides de butin que de gloire , ils pré- 
sentent bataille à l'ennemi. Mais , cédant aux conseils de 
Périclès , les Athéniens diffèrent leur vengeance , et ne 



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I02 JUSTINI LIBER III. 

punt in tempus ultionis; supervacuam puguam existi^ 
mantes y quum ulckci' hostem sine periculo possent. 
Deinde interjectis diebus, naves conscendunt; et nihil 
sentientibus Lacedaemoniis , totam Spartam depraedan- 
tur, multoque plura auferunt , quam amiserant ; pror- 
sus ut, in comparatione damnorum , longe pluris fuerit 
ultio, quam injuria. Clara quidem haec Periclis expedi- 
tio habita : sed multo clarior privati patrimonii contem- 
ptus fuit. Hujus agros, in populatione ceterorum^ inta- 
doshostes reliqueraut, sperantes acquirere se illi posse 
aut periculum ex invidia , aut ex suspicione proditionis 
infamiam. Quod aute prospiciens Pericles, et futurum 
populo praedixerat, et ad invidiae impetum declinandum , 
agros ipsos dono reipublicae dederat : atque ita, unde 
periculum quaesitum fuerat , ibi maximam gloriam inve- 
nit. Post haec interjectis diebus, navali prœlio dimicatum 
est : victi Lacedaemonii fugerunt. Nec cessatum deinceps 
est 9 quin aut terra , aut mari, varia proeliorum fortuna, 
invicem se trucidarent. Denique fessi tôt malis , pacem 
in annos quinquaginta fecere, quam non nisi sex annis 
servaverunt. Nam mducias quas proprio nomine con- 
dixerant , ex sociorum persona rumpebant : quippc 
quasi minus perjurii coutraherent, si ferentes sociis auxi- 
lia, potius quam si ipsi aperto prœlio dimicassent. Hinc 
bellum in Siciliam translatum:quod priusquam expono , 
de Siciliae situ pauca dicenda sunt. 



JUSTIN. LIVRE III. Jo3 

la commettent pas aux hasards d'un combat , quand ils 
Deuvent se l'assurer sans uéril. Ouelaues iours aurès . ils 









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LIBER IV. 



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I. S.<.u« fe™„. .ng.«is q„o„d..n &„cibu, tali. 

adhaesisse; diremptamque velut a corpore^ majore impetu 
superi maris, quod toto undarum onere illuc vehitur. 
Est autem ipsa terra tenuis ac fragilis; etcavernis qui- 
bùsdàm fistulisque ita jpeDetrabilis , ut ventorum tota 
ferme flatibus pateat; nec non et ignibus generahdis nu- 
triendisque soli ipsius uaturalis materia, quippe intrin- 
secus stratum sulphure et bitumine traditur : quœ res 
facit 9 ut spiritu cum igné inter interiora luctante , fre- 
quenter et compluribus locis nunc flammas j nunc va- 
porem , nunc fumum eructet. Inde denique iEtnae mon- 
tis per tôt secula* durât incendium. Et ubi acrior per 
spiramènta cavernarum ventus incubuit, arenarura mo- 
les egeruDtur. Proximum Itaiiae promontorium Rhegium 
dicitur, ideo , quia graece abrupta hoc nomine pronun- 
tiantur. Nec mirum, si fabulosa est loci hujus antiqui- 
tas, in quem res tôt coiere mirae. Primuin quod nusquam 
alias tam torrens fretum, nec solum citato impetu, ve- 
rum etiam saevo, neque experientibus modo terribile , 
verum etiam procul videntibus. Undarum porro inter se 



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viiyvvtMtiyy^^tivt0vyy^^vyvuvvvtltnnnMivytn>vvtMnititnJV»t^t^nfvv»t»/mt^nni»Mntv% m it0tiyitv%iyvvt l *^^ 



LIVRE IV. 



I. \Jtx dit qu'un isthme étroit unissait autrefois la Sicile 
à ritalie , et qu'elle en fut détachée , comme un membre 
est arraché de son corps, par le choc impétueux de la 
mer Adriatique, qui se précipite contre cette côte de 
tout le poids de ses eaux '. La terre y est légère et fria- 
ble; percée de cavernes et de longues crevasses , elle 
s'ouvre presque tout entière au souffle des vents : d'un 
autre côté, par la nature même du sol, le feu se produit 
et s'alimente facilement dans son sein; car des couches 
de soufre et de bitume en couvrent le fond. De là une 
lutte souterraine entre le vent et les flammes , et, en plus 
d'un lieu, ces éruptions fréquentes de feux, de vapeur 
ou de fumée; de là, enfin, ce volcan de l'Etna, allumé 
depuis tant de siècles. Lorsque le vent, à travers les 
conduits que la itature lui a ouverts, vient en agiter 
le fond avec violence, il fait jaillir d'énormes monceaux 
de sable. Le point le plus voisin de l'Italie est un pro- 
montoire nommé Rhegium, d'un mot grec qui signifie 
rompu ^ : ce lieu, qui réunit tant de merveilles, devait 
servir de matière aux fables de l'antiquité. D'abord 
nulle mer n'est plus impétueuse ;^ telle est la rapidité , 
ou plutôt la fureur de ses vagues, qu'on né peut ni les 
franchir, ni même les regarder sans effroi. Dans la vio* 



io6 JTJSTINI Liber iv. 

concurrentium tanta pugna est, ut alias veluti terga 
dantes in imum desidere, alias quasi victrices in sublime 
ferri videas; nunc hic fremitum ferventis aestus, nunc 
illic gemitura in voragiuem desidentis exandias. Acce- 
dunt vicini et perpetui JEtnee montis ignés, et insularum 
iEolidum , veluti ipsis undis alatur incendium. Neque 
enim in tam angustis terminis aliter durare tôt seculis 
tantus ignis potuisset, nisi humoris nutrimentis alere- 
tur. Hînc igitur fabulse Scyllam et Charybdin peperere; 
hinc latratus auditi; hinc monstri crédita simulacra, 
dum navigantes , magnis vorticibus pelagi desidentis ex- 
territi, latrare putant undas, quas sorbentis aestus vo- 
rago collidit. Eadem causa etiam iEtnae montis perpe- 
tuos ignés facit. Nam aquarum ille concursus raptum 
secum spiritum in imum fundum trahit , atque ibi sufTo- 
catum tamdiu tenet, donec per spiramenta terrae dtfFu* 
sus, nutrimenta ignis incendat. Jam ipsa Italiae Siciliae- 
qu^ vlcinitas, jam promontoriorum altitudo ipsa ita simi- 
lis est, ut, quantum nunc admirationis , tantum antiquis 
terroris dederit , credentibus , coeuntibus in se proraon- 
toriis, ac rursum discedentibus, solida intercipi absumi- 
que navigia. Neque hoc ab antiquis in dulcedinem fa- 
bulœ compositum, sed metu et admiratione transeuntium. 
£a est enim procul inspicientibus natura loci^ ut sinum 
maris, non transitum putes; quo quum accesseris, dis- 
çedere ac se^uqgi promonloria, quae antea juncta fue- 
rint, arbitrcre. 



JUSTIN. LIVRE IV. 107 

knce de leur cboc^ oh les voit, tantôt vaincues, se pré- 
cipiter dans l'abîme, et tantôt victorieuses, s'élancer en 
écumant vers les nues : ici , on entend le mugissement 
des flots , qui s'enflent et bouillonnent ; là , le gémissement 
de l'onde qui s'engloutit. Non loin de là sont le mont Etna 
etlesilesÉoliennes, dont les feux éternels semblent nour- 
ris par les eaux elles-mêmes : peut-on croire en effet qu'un 
tel embrasement eût subsisté tant de siècles dans un si 
étroit espace, si elles ne lui eussent servi d'aliment. De là 
les fabuleux récits de Cbarybde et de Scylla , et ces aboie- 
meqs terribles, et ces monstres dont on crut voir les 
figures menaçantes : à l'aspect des vastes abîmes qui s'ou- 
vrent dans les ondes, le navigateur effrayé prit pour des 
hurlemens le bruit des eaux qui se brisaient au milieu 
du gouffre. La même cause perpétue les feux de l'Etna ; 
les flots, en s'entrechoquant, entraînent au fond de la 
merdes masses d'air, qu'ils y retiennent jusqu'à ce que, 
s'échappait par les conduits souterrains, elles enflam- 
ment les matières ignées. Le voisinage de l'Italie et de 
la Sicile, la hauteur partout égale des deux rivages, au- 
jourd'hui l'objet de notre admiration, n'était pour les 
anciens qu'un sujet de terreur ; ils croyaient que les pro- 
moBtoires, tout à coup rapprochés, pour se séparer 
bientôt , arrêtaient et brisaient les navires dans le choc 
de leurs rochers; et cette fiction était l'ouvrage, non 
d'une imagination amie des fables , mais de l'étonnement 
et de l'épouvante des voyageurs : en effet , le bras de mer 
paraît, de loin, plutôt un golfe qu'un passage; on appro- 
che , et les promontoires , qui d'abord étaient unis , sem- 
blent se rompre et se séparer. 



I 



io8 JUSTINI LIBER IV. 

II. Sicilîae primo Trinacriae nomen fuit; postea Sica-« 
nia cognominata est. Hœc a principio patria Cyclopum 
fuit; quibus exstinctis, Cocalus regnum insulae occupa- 
vit : post quem singulae civitates in tyrannorum imperiunï 
concesserunt j quorum nulla terra feracior fuit. Horum 
ex numéro Auaxilaus justitia cum ceterorum crudelitate 
certabat; cujus modéra tionis haud mediocrem fructum 
tulit. Quippe decedens quum fîlios parvulos reliquisset , 
tutelamque eorum Micytho, spectatae fidei servo, com- 
misisset, tantus amor memoriae ejus apud omnes fuit , 
ut parère servo, quam deserere régis fîlios j mallent, prin- 
cipesque civitatis, obliti dignitatis suae, regni majesta- 
tem administrât! per servum paterentur. Imperium Si- 
ciliœ etiam Carthaginienses tentavere ; diuque varia Vi- 
ctoria cum tyrannis dimicatum. Ad postremum ^ amisso 
Amiicare imperatore cum exercitu , aliquantisper quie- 
vere victi. 

III. Medio tempore quum Bhegini discordia labora* 
rent, civitasque per dissensionem divisa in duas partes 
esset, veterani ab altéra parte ab Himera in auxilium 
vocatif pùl'sis civitate, contra quos implorati fiierant, et 
mox cacsis, quibus tulerant auxilium, urbem cum con- 
jugibus et liberis sociorum occupavere ; ausi facinus nulli 
tyranno comparandum : quippe ut Rheginis melius fue- 
rit vinci, quam vicisse. Nam sive victoribus captivitatis^ 
jure servissent, sive amissa patria exsulare necesse ha- 



JUSTIN. LIVRE IV. 109 

II. La Sicile porta d'abord le nom de Trinacrie ^, plus 
tard, celui de Sicaoie. Ses premiers habitans furent les 
Cyclopes : quand leur race fut éteinte, Cocalus s'empara 
de la souveraine autorité; après lui, chaque ville tomba 
au. pouvoir d'un tyran : car aucune contrée n'en a pro- 
duit uu/plus grand nombre^. L'un d'eux, Anaxilaûs, se 
distingua autant par sa justice que les autres par leur 
cruauté. Ses vertus furent dignement récompensées à sa 
mort : il avait confié à Micythe, esclave d'une fidélité à 
l'épreuve, - la tutèle de ses enfans en bas âge; tel fut le 
respect du peuple pour la mémoire de ce bon prince, 
qu'il aima mieux obéir à un esclave ^, qu'abandonner les 
fils de son roi; et les grands, oubliant la dignité de leur 
rang, laissèrent en des mains si viles l'administration 
de l'état. Les Carthaginois essayèrent d^envahir la Sicile, 
et combattirent long-temps, avec des succès balancés, 
les tyrans qui la gouvernaient; abattus enfin jour la mort 
d'Amilcar et par la perte de leur armée , ils suspendirent 
pour quelque temps la guerre^. 

IIL Dans cet intervalle, la discorde ayant éclaté dans 
Rhegium, et divisé les habitans en deux factions rivales , 
l'une d'elles implora le secours des vieux soldats d'Hi* 
mère, qui, chassant le parti qu'ils venaient combattre, 
égorgèrent ensuite ceux qu'ils avaient secourus , et s'em- 
parèrent de leur ville , de leurs enfans et de leurs femmes , 
crime plus affreux que tous ceux des tyrans 7. Une défaite 
eût été moins fatale aux Rhégiens qu'uue telle victoire : 
vaincus , ils n'eussent eu à redouter que l'esclavage ou 
l'exil, mais le fer ne les eût point frappés au pied de 



iio JUSTINI LIBER IV. 

buîssenty non tamen, inter aras et patrios lares truci- 
dati, crudelissimis tyraanis patriam cuin conjugibus ac 
liberis praedam reliquissent. Catinienses quoque y quum 
Syracusanos graves paterentur, difBsi viribus suis , auxî- 
lium ab Atheniensibus petivere : qui y seu studio majo- 
ris imperii ,quo Âsiam Graeciamque penitus occuparent , 
seu met u facta^ prideip a Syracusanis classis^ ne Lacedaemo- 
niis ill» vires accédèrent , Lamponium ducem cum claase 
in Siciliam misère , ut j sub specie ferendi Catinienstbus 
auxilii , tentarent Sicilien imperiuiti. Et quoniam prima 
initia , fréquenter caesis hostibus , prospéra fuerant j ma- 
jore denuo classe, et robustiore exercitu, Lâcheté et 
Chariade ducibus , Siciliam petivere : sed Catinienses ^ 
sive metM Atheniensium , sivetaedio belli^ pacem cum 
Syracusanis y remissis Atheniensium auxiliis, fecerunt. 

IV. Interjecto deinde teïnpore, quum fides pacis a 
Syracusanis non servaretur,, denuo legatos Athenas init- 
tunt; qui sordida veste, capillo barbaque promissis, et 
omni squaloris habitu ad misericordiam commovendam 
acquisito , concionem déformes adeunt : adduntur pre* 
cibus lacrymœ; et ita misericordem populum supplices 
ttiovent, ut damnarentur duces, qui ab bis auxilia de- 
duxerant. ïgîtur classis ingens decernitur : creantur du* 
ces Nicias , et Alcibiades , et Lamachus ; tantisque viri- 
bus Sicilia repetitur, ut ipsis terrori essent, in quorum 
auxilia mittebantur. Brevi pûst tempore, revocato ad rea- 



JUSTIN. LIVRE IV. m 

leurs autels , devant leurs dieux domestiques ; ils n'eus$ent 
pas laissé leur patrie, leurs eufans, leurs épouses en proie 
à leurs assassins. Les habitans de Catane , ne pouvant 
secouer eux-mêmes le joug pesant de Syracuse, implo- 
rèrent aussi Tappui des Athéniens. Ceux-ci , excités, soit 
par l'ambition de soumettre à leur empire l'Asie et la 
Grèce entière , soit par la crainte de voir Syracuse unir 
ses flottes aux forces navales de Sparte, envoyèrent Lam^ 
ponius , qui , sous prétexte de secourir Catane , devait 
essayer la conquête de la Sicile. Ils furent vainqueurs en 
plusieurs rencontres : Athènes , encouragée par ces pre- 
miers succès, fit bientôt partir Lâchés et Chariade , avec 
plus de vaisseaux et de troupes; mais Catane, se défiant 
de ses alliés, ou fatiguée de la guerre, fit la paix avec 
Syracuse, et renvoya ces secours. 



IV. Mais les Syracusains violent bientôt le traité , et 
de nouveaux députés paraissent à Athènes; ils se pré- 
sentent en supplians devant l'assemblée, yêtus de deuil, 
la barbe et les cheveux longs , dans tout l'appareil de 
la douleur et du désespoir. Ils prient , ils pleurent ; et 
le peuple, ému de leurs larmes, condamne les géné- 
raux qui ont ramené les secours destinés à Catane* On 
ordonne l'équipement d'une flotte puissante : Nicias^ 
Alcibiade et Lamachus, nommés pour la. commander, 
rentrent en Sicile avec de telles forces, que Catane elle- 
même en est eflrayée. Bientôt après , malgré le départ 
d' Alcibiade, rappelé pour comparaître devant les juges*, 
Nicias et Lamachus remportent deux victoii^es sur terre, 



lia JUSTINI LIBER IV. 

tum Alcibiade, duo prœlia pedestria secunda Nicias et 
Lamachus faciunt : munitionibus deinde circumdatis ^ 
hostes etiam mariais corameatibus in urbe clausos inter- 
cludunt. Quibus rébus fracti Syracusani auxilium a La- 
cedaemoniis petiverunt. Ab bis mittitur Gy lippus solus , 
sed in quo instar omnium auxiliorum erat. Is , audito in 
itinere belli jam inclinato statu, auxiliis partim in Grae* 
cia, partim in Sicilia contractis, opportuna bello loca 
occupât. Duobus deinde prœliis victus, congressus ter- 
tio, occiso Lamacho, et hostes in fugam compulit, et 
socios obsidione liberavit. Sed quum Athenienses a bello 
terrestri in navale se transtulissent , Gylippus classem 
Lacedaemone cum auxiliis arcessit. Quo cognito , et ipsi 
Athenienses in locum amissi ducis Demosthenem et Eu- 
rymedonta cum supplemento copiarum raittunt : Pelo- 
ponnesii quoque, communi civitatum decreto, ingentia 
Syracusanis auxilia misère : et quasi Graeciae bellum in 
Siciliam translatum esset, ita ex utraque parte summis 
viribus dimicabatur. 

y. Prima igitur congressionenavàlts certaminis, Athe- 
nienses vincuntur. Castra quoque cum omni publica ac 
privata pecunia amittunt. Superbase mala, quum etiam 
terrestri prœlio victi essent, tune Demosthenes censere 
cœpity « Ut abirent Sicilia, dum res, quamvis afflictae, 
nondum tamen perditœ forent : neque in bdlo raale au* 
spicato amplius perseverandum esse ; domi graviora et 



ii4 JUSTINI LIBER IV. 

forsitan infeliciora bella, in quae servare hos urbisappa- 
ratus oporteat.» Nicias, seu pudore maie actae rei, seu 
metu destitutœ spei civium, seu impellente fato, manere 
contendit. Reparatur igitur navale bellum , et animi a 
prions fortunœ procella ad spem certaminis revocantur : 
sed inscitia ducum , qui inter angustias maris tuentes se 
Syracusanos aggressi fuerant, vincuntur. Eurymedon 
duxy in prima acie fortissime dimicans , primas cadit : 
triginta naves, quibus praefuerat, incenduntur. Demos- 
thenes et Nicias , et ipsi victi , exercitum in terram depo- 
nunt j tutiorem fugam rati itinere terrestri. Ab bis reli- 
ctas centum triginta naves Gylippus invasit : ipsos deinde 
insequitur : fugientes partim capit ^ partim caedit. De- 
mosthenes , amisso exercitu , a captivitate gladio et vo- 
luntaria morte se vindicat : Nicias autem , ne Demosthe- 
nis quidem exemplo, ut sibi consuleret, admonitus, 
cladem suorum auxit dedecore captivitatis. 



JUSTIN. LIVRE IV. 



T T-ÏTTÎ 17 tl 



JUSTIN. LIVRE V. 119 

armes contre lui. Faut-il donc s'étonner que la puissance 
d'Athènes ait succombé, lorsque toutes les forces de 



lao JUSTINI LIBER V. 

dis amîcitiarum studiis j quam in retiaendis , vir metior^ 
quia morum vitia sub umbra eloquentiae primo latebant. 
Igitur persuadet Tissapherni, ce ne tanta stipendia classi 
Lacedsemoniorum praeberet : vocandos enim in portio- 
nem muneris lonios, quorum pro libertate, quum tri- 
buta Atheniensibus penderent , bellum susceptum sit : 
sed nec auxiliis nimis enixe Lacedaemonios juvandos.; 
quippe mcmorem esse debere, alienam se victorianv, 
non suam instruere; et eatenus bellum sustinendum, ne 
inopia deseratur : nam regem Persarum, dissidentibus 
Graecis, arbitrum pacis ac belli fore; et quos suis non 
possity ipsorum armis victurum; perfecto autembello^ 
statim ei cum victoribus dimicandum : domesticis ita- 
que bellis Graeciam atterendam , ne externîs vacet , exae- 
quandasque vires partium , et inferiores auxilio levandos. 
Non enim quieturos post hanc victbriam Spartanos, qui 
vindices se libertatis Graeciae professi sint.» Grata ora- 
tio Tissapherni fuit. Itaque commeatus maligne praebere; 
classem regiam non totam mittere ^ ne aut victoriam to^ 
tam daret, aut necessitatem deponeudi belli imponeret. 
III. Interea Alcibiades hanc operam civibus vendita- 
bat: ad quem quum legati Atheniensium venissent,pol- 
licetur bis amicitiam régis ^ si respublica a populo trans- 
lata ad senatum foret; sperans, ut aut, concordante 
civitate, dux belli ab omnibus legeretur, aut, discordia 
inter ordines facta, ab altéra parte in auxilium vocare- 
tur. Sed Atheniensibus, imminente periculo belli, major 



JUSTIN. UVRE V. lar 

acquérir que conserver des amis. Il engagea donc Y\s- 
sapheme « à ne pas fournir tant d'argent à la flotte de 



122 JUSTINI LIBER V. 

salutisy quâm dignitatis cura fuit. Itaque, permittente 
populo^ imperium ad senatum transfertur. Qui quum 
însita genti superbia crudeliter in plebem consuleret, 
singulis tyrannidis sibi impotentiam vindicantibus , ab 
exercitu Alcibiades exsul revocatur, duxque classi con- 
stituitur. Statim igitur Athenas mittity a ex continentî 
se cum exercitu venturum , recepturumque a quadrio- 
gentisjura populi^ni ipsi redderent.i>Hacdenuntiatione 
optimates territi, priino urbem prodere Lacedaemoniis 
tentavere: dein, quum id nequissent, in cxsiHum pro- 
fecti sunt. Igitur Alcibiades, intestino malo patria libe- 
rata, sùmma cura classem instruit ; atque ita in bellum 
adversus Lacedaemonios pergit. 

IV. Jam Sesti Mindarus et Pharnabazus, Lacedaemo- 
niorum duces , instructis navibus exspectabant. Prœlia 
comniisso, victoria pênes Athenienses fuit. In eo bello 
major pars exercitus , et omnes ferme bostium duces 
caesi : naves lxxx raptae. Interjectis quoque diebus,quum 
bellum Lacedaemonii a mari iii terram transtulissent, ite* 
rato vincuntur. His malis firacti , pacem petiere : quam 
ne acciperent, opéra eorum effectum est, quibus ca res 
quaestum praestabat. Interea et Syracusanorum auxilia 
illatum a Carthagiuiensibus Siciliae bellum domum re- 
vocavit : quibus rébus destitutis Lacedaemoniis, Alcibia- 
des cum classe victrici Asiam vastat; multis locis prœ^ 
lia facit; ubique victop, recipit civitates quae defecerant ; 
nonnullas capit, et imperio Atheniensium adjicit: atque 



JUSTIN. LIVRE V. ia3 

gloire à son salut, et, du cooseatement du peuple, le 
sënat recnuvra In iinitvnir. Mais sas membres . «^crari^s nar 



ia4 JUSTINl LIBER V. 

ita prisca navali gloria vindicatu, adjecta etiam laude 
terrestris belli, desideratus civibus suis Athenas reverti- 
tur. His omnibus prœliis ducentse naves hostium, et 
prœda ingens capta. Ad hune redeuntis exercitus trium- 
phum efFusa omnis multitudo obviam procedit, et uni<< 
versos quidem milites j praecipue tamen Alcibiadem mi- 
rantur: in > hune oculos civitas universa, in hune sus-> 
pensa ora convertit : hune quasi de cœlo missum y et ut 
ipsam Victoriam contuentur : laudant quae pro patria, 
nec minus admirantur quae exsul contra gesserit j excu- 
santes ipsiy iratum provocatumque fecisse. Enimvera 
tantum in uno viro fuisse momenti, ut maximi imperii 
subversi et rursum recepti auctor esset; et unde stetis* 
set , eo se Victoria transferret ; fieretque cum eo mira 
quaedam fortunée inclinatio. Igitur omnibus non huma- 
nis tantum y verum et divinis eum honoribus onerant; 
certant secum ipsi,utrum contumehosius eum expule- 
rint , an revocaverint honoratius. Ipsos illi deos gralu- 
lantes tulere obviam , quorum exsecrationibus erat de- 
votus; et cui paulo ante omnem humanam open^ inter- 
dixerant, eum, si queant, in cœlo posuisse cupiunt. 
Expient contumelias honoribus, detrimenta muneribus, 
exsecrationes precibus. Non Siciliae illis adversa pugna 
in ôre est, sed Grœciae Victoria : non classes per illum 
amissae, sed acquisitae; nec Syracusarum, sed Ionia& 
Hellespontlque meminerunt. Sic Alcibiades nunquam 



JUSTIN. LIVRE V. i»5 

sance de son pays, rend à la marine athénienne son an- 



126 JUSTINI LIBER V. 

mediocribu&y nec in offensa , nec in favore, studiis 

suorum exceptus est. 

y. Dum haec aguntur, a Lacedaemoniis Lysander 
classi belloque prœficitur ; et in locum Tissaphernis Da* 
rius, rex Persarum, filium suum Cyrum loniae Lydiae* 
que praeposuit : qui Lacedaemonios auxiliis opibusque 
ad spem fortunae prioris erexit. Aucti igitur viribus y AI- 
cibiadem cum centum navibus in Asiam profectum, dum 
agros longa pace divites securius populatur , et praedas 
dulcedine sine insidiarum metu sparsos milites habet, 
repentino adventu oppressere : tantaque caedes palan- 
tium fuit y ut plus vulneriseoprœlio Athenienses accipe- 
renty quam superioribus dederant : et tanta desperatio 
apud Athenienses erat, ut ex continenti Alcibiadem du- 
cemConone mutarent ; arbitrantes ^victos se non fortuna 
belli j sed fraude imperatoris, apud quem plus prior of- 
fensa valuis3et , quam recentia bénéficia. Yicisse autem 
eum priore bello ideo taiitum,ut ostenderet hostibus, 
quem ducem sprevissent y et ut carius eis ipsam victo* 
riam venderet. Omnia enim credibilia in Alcibiade vigor 
ingenii, et morum luxuria faciebat. Yeritus itaquemul- 
titudinis impetum y denuo in voluntarium exsilium pro- 
ficiscitur. 

YI. Itaque Conon Alcibiadi snffectus, habens ante 
oculos, cui duci successisset , classem maxima industria 
exornat :.sed navibus exercitus deerat, fortissimis /^ui- 



JUSTIN. LIVRE V. 127 

souvenir que de THellespônt et de l'Ionie. C'est ainsi 
qu'Âlcibiade , dans la faveur ou dans la disgrâce, inspira 
toujours à ses concitoyens des sentimens extrêmes. 

y. Cependant les Spartiates confient à Lysandre le 
commandement de leur flotte et la conduite de la guerre : 
Cyrus, fils de Darius, roi de Perse, substitué à Tissa- 
pherne dans le gouvernement de Flonie et de la Lydie , 
leur prodigua ses trésors , ses secours , et leur rendit l'es- 
poir et le courage. Avec ces nouvelles forces , ils firent voile 
vers l'Asie, où Alcibiade venait de passer à la tête de 
cent vaisseaux; et tandis que ses soldats épars , entraînés 
par l'appât du butin , pillent sans craiate des campagnes 
qu'une longue paix avait enrichies, l'ennemi surprend, 
écrase leurs bataillons dispersés^. Les Athéniens perdirent 
dans cette seule défaite plus qu'ils n'avaient gagné par 
tant de victoires; et, dans leur désespoir, attribuant ce 
désastre, non au caprice de la fortune, mais à la trahi- 
son de leur chef, en qui d'anciens ressentimens avaient 
prévalu sans doute sur le souvenir de leurs derniers bien- 
faits, ils déposent sur-le-champ Alcibiade, pour lui sub- 
stituer Conon 7. Le premier n'avait ^ disaient-ils , remporté 
quelques succès que pour montrer à l'ennemi quel gé« 
néral il avait dédaigné, et lui vendre à plus haut f»*ix la 
victoire. On pouvait tout croire, en effet, d'un homme 
aussi habile et aussi corrompu qu'Alcibiade. Crai-^ 
gnant la fureur du peuple, il s'exila pour la seconde 
fois ^. 

VL Conon, animé par l'idée toujours présente des la^ 
lens de son prédécesseur, travaille avec ardeur à équiper 
une flotte ; mais Félite de l'armée venait de périr en Asie, 



ia8 JUSTINl LIBJER V. 

busqué in Asiae populatione amissis. Armantur tameit 
senes, aut impubères pueri, et numerus militum sine 
exercitus robore expletur. Sed non magnam bello mo- 
ram œtas fecit imbellis : caeduntur passim , aut fugientes 
capiuntur : tantaque strages j aut occisorum , aut capti- 
Yorum fuit, ut Atheniensium deletum non imperium 
tantum , verum etiam nomen videretur. Quo prœlio per- 
ditis et desperatis rébus , ad tantam inopiam redigun- 
tur, ut y consumpta militari aetate , peregrinis civitatem, 
servis libertatem, damnatis impunitatem darent. Exqua 

coUuvione hominum conscripto exercitu , domini antea 
Graeciae, vix libertatem tuebantur. Iterum tamen fortu- 
nam maris experiendam decernunt : tanta virtus animo- 
rum erat , ut, quum paulo ante salutem desperaverint , 
nunc nondesperent victoriam. Sed neque is miles erat, 
qui nomen Atheniensium tueretur; neque eae vires, qui* 
bus vîncere consuerant ; neque ea scientia militaris in bis, 
quos vincula , non castra^ continuerant. Itaque omnes aut 
capti, aut occisi. Quum dux Conon eo prœlio superfuis- 
set solus, crudelitatem civium metuens, cum octo navi« 
bus ad regem cyprium concedit Evagoram. 

VIT. At dux Lacedaemoniorum, rébus féliciter gestis, 
fortunae hostium insultât; captivas naves , cum praeda bel- 
lica, in triumphi modum ornatas mittit Lacedaemona; 
ac tributarias Atbeniensium civitates , quas metus dubiae 
belli fortunae in fide tenuerat , voluntarias recipit ; nec 
aliud ditionis Atheniensium prœter urbem ipsam relin- 



JUSTIN. LIVRE V. 1^9 

et ses vaisseaux manquaient de soldats. En vain on appelle 
aux armes les vieillards et les enfans ; l'armée devient plus 
nombreuse et reste aussi faible. De tels combattans ne 
soutinrent pas long-temps le choc de l'ennemi : ils tom- 
bent pêle-mêle sous le glaive ou dans les mains du vain- 
queur ; et tel fut le nombre des prisonniers et des morts , 
que l'empire et le nom même d'Athènes paraissaient près 
de s'éteindre. Épuisée par ce dernier revers et ne trouvant 
plus de soldats , elle reçoit les étrangers au nombre de ses 
citoyens; elle donne la liberté aux esclaves , l'impunité aux 
criminels; de ce ramas d'hommes, elle forme une armée : 
naguère maîtresse de toute la Grèce , elle peut à peine 
défendre sa liberté. Cependant elle se décide à tenter 
encore une fois la fortune de la mer, assez hardie pour 
espérer la victoire , alors même qu'elle venait de déses- 
pérer de son salut. Mais ce n'était point avec de tels sol- 
dats qu'Athènes pouvait défendre son nom; ce n'était 
point à de tels appuis qu'elle avait dû tant de victoires: 
quels talens militaires lui promettaient des hommes habi- 
tués à vivre dans les fers, et non dans les camps? aussi 
presque tous furent pris ou tués; et Conon , échappé- seul 
au carnage , redoutant la vengeance des Athéniens, se ré- 
fugia avec huit vaisseaux près d'Evagoras , roi de Chypre 9. 
Vil. Enivré de tant de succès, le général Spartiate 
insulte aux malheurs des vaincus : il envoie en triomphe 
dans sa patrie, chargés d'ornemeo s et de dépouilles^les 
vaisseaux dont il s'est rendu maître. Les villes tributaires 
d'Athènes , que l'incertitude du sort des armes avait con- 
tenues dans le devoir, se livrent volontairement à lui, 
et toute la puissance d'Athènes est renfermée dans ses 
I. Q 



i3o JUSTINI LIBER V. 

quit. Quae ciincta quum Athenis nuntiata essent, om- 
nés, relictis domibus , per urbem discurrerepavidi : alius 
alium sciscitari ; auctorem nuntii requirere : non pueros 
imprudentia , non senes débilitas , non mulieres sexus 
imbecillitas domi tenet : adeo ad omnem aetatem tanti 
mali sensus pénétra verat ! In foro deinde coeunt : atque 
ita perpeti nocte fortunam publicam questibus itérant. 
Alii fratres, aut fîliosy aut parentes défient; cognatos 
alii , alii amicos coguatis cariores ; et cum priva tis ca« 
sibus querelam publicam miscent, jam se ipsos, jam 
ipsam patriam perituram , miserioremque incolumium y 
quam amissorum fortunam judicantes; sibi quisque ante 
oculos obsidionem, famem, et superbum victoremque 
hostem proponentes ; jam ruinam urbiset incendia Jam 
omnium captivitatem et miserrimam servitutem recor- 
danles; feliciores prorsus priores urbis ruinas ducentes, 
quae , incolumibus filiis parentibusque j tectorum tantum 
ruina taxatae sint: nunc autem non classem, in quam, 
sicuti pridem , confugianty superesse; non exercitum, 
ctijus virtute servati pulchriora possentmœnia exstruere. 
VIIT. Sic dedetae ac prope perditae urbi hostes super- 
veniunt, etobsidione circumdatos famé urgent. Sciebant 
enim, neque ex advectis copiis multum superesse , et, 
ne novae advehi possent , providerant. Quibus malis Athe- 
nienses fracti , post longam famem , et assidua suorum 
funera pacem pelivere : quae an dari deberet , diu inter 
Spartanos sociosque délibéra tum. Quum multi delendum 



i32 JUSTINI LIBER V. 

Atbeniensium nomen, urbemque incendîo consumen- 
dam censerent , negarunt se Sparlani , « ex duobus Grae- 
ciae oculis alterum eruturos , » pacem polliciti , « si de 
missa Piraeeum versus mûri brachia dejicerent , navesque , 
qu» reliquae forent, traderent, resque publica ex semet 
ipsis XXX rectores acciperet. » In bas leges traditam sibi 
urbem Lacedaemonii formandam Lysandro tradiderunt. 
lasignis bic annus et expugnatione Atbenarum , et morte 
Darii régis Persarum, et exsilio Dionysii Siciliae tyranni 
fuit. Mutato statu Atbenarum, etiam civium conditio 
mutatur. Triginta rectores reipublicae cpnstituuntur, qui 
fiunt tyranni : quippe a principib tria millia sibi satelH- 
tum stâtuunt , quantum ex tôt cladibus prope nec ci- 
vium superfuerat; et quasi parvus bic ad continendam 
civitatem exercitus esset, septingentos miUtes a victori- 
bus accipiunt. Caedes deinde civium ab Alcibiade auspi- 
cantur, ne iterum rempublicam sub obtentu liberationis 
invaderet. Quem quum profectum ad Artaxerxem , Per- 
sarum regem, comperissent , citato itinere miseruat, 
qui eum interciperent : ^ quibus occupatus j quum , oc- 
cidi aperte non posset , vivus in cubiculo , quo dormie- 
bat, crematus est. 

IX. Liberati boc ultoris metu tyranni , [miseras urbis 
reliquias caedibus et rapinis exhauriunt. Quod quum dis- 
plicere uni ex numéro suo Therameni didicissent , ipsum 
quoque ad terrorem omnium interficiunt. Fit igitur ex 
urbe passim omnium fuga , repleturque Graecia Athe- 



J 



JUSTIN. LIVRE V. i33 

Bom d'Athènes; mais le&Sparûates, ayant déclaréuqu'ils 
n'arracheraient point riin des deux yeux de la Grèce, » 
promirent la paix atix vaincus, s'ils consentaient «à renver- 



i34 JUSTIWI LIBER V. 

niensium exsulibus. Quod etiam ipsum auulium quum 
miseris eriperetur (nam Lacedaernoniorum edicto civi- 
tates exsuies recipere prohibebautur ) , omnes se Argos 
et Thebas contulere. Ibi non solum tutum exsilium ege- 
runt, verum etiam spem recuperandae patriae receperunt. 
Erat inter exsuies Thrasybulus, vir strenuus, et domi 
nobilis, qui audendum aliquid pro patria et pro salute 
communi , etiam cum periculo, ratus, adunatis exsuli- 
bus , castellum Phylen Atticorum fiaium occupât : nec 
deerat quarumdam civitatum , tam crudeles casus mise- 
rantium, favor. Itaque Ismenias , Thebanorum princeps^ 
etsi publicis non poterat, privatis tamen viribus adjuva- 
bat : et Lysias Syracusanus orator, exsul tune , quingen- 
tos milites , stipendio suo instructos, in auxilium patriae 
communis eloquentiae misit. Fit itaque asperum prœ- 
lium. Sedy quum hinC pro patria summis viribus ^ inde 
pro aliéna dominatione securius pugnaretur , tyranni vin^ 
cuntur : victi in urbem refugiunt, quam, exhaustam cse- 
dibus, suis etiam armis spoliant. Deinde, quum omnes 
Athenienses proditionis suspectos haberent , demigrare 
eos ex urbe jubent, et in brachiis mûri, quœ diruta fue- 
rant , habitare , extraneis militibus imperium tuentes. 
Post haec Thrasybulum corrumpere, imperii societatem 
pollicentes, conantur. Quod quum non contigisset , auxi- 
lia a Lacedaemoniis petivere : quibus accitis, iterato prœ- 
liantur. In eo bello Critias et Hippolochus , omnium ty- 
rannorum saevissimi, cadunt. 



JUSTIN. LIVRE V. i35 

remplit d'Athéniens fugitifs. Privés même de celte der- 
nière ressource par Tédit des Spartiates, qui défendait 
aux villes grecques de donner asile aux exilés , ils se 
réfugièrent à Argos et à Thèbes ; ils y trouvèrent non- 
seulement un refuge , mais aussi l'espoir de recouvrer 
leur patrie. Au nombre des exilés était Thrasybule, 
homme d'une naissance illustre et d'un esprit entrepre- 
nant j qui résolut d'affronter la mort pour la patrie 
et pour le salut commun. A la tête de ses compagnons 
d'exil, il s'empara de Phylé, château situé sur les fron- 
tières de l'Attique : plusieurs villes , touchées de tant de 
malheurs, lui prêtèrent quelques secours. Isménias , le 
premier citoyen de Thèbes, ne pouvant disposer en leur 
faveur des forces de sa patrie , les aidait en secret de ses 
propres secours, et l'orateur Lysias "^, alors exilé de Sy- 
racuse, leva à ses frais cinq cents soldats destinés à dé* 
livrer la mère commune de l'éloquence. La première ba* 
taille fut sanglante ; mais les uns combattaient avec plus 
d'ardeur pour le salut de leur patrie, que les autres pour 
le maintien d'une domination étrangère. Les tyrans furent 
vaincus et se réfugièrent dans la ville, pour y désarmer 
le peu de citoyens dont ils avaient épargné la vie. Bien- 
tôt même , craignant une trahison , ils chassent de la 
ville tous t)es Athéniens , leur assignent pour demeure 
l'espace compris entre les murailles qu'on avait abattues, 
et confient à des soldats étrangers la défense de leur pou- 
voir. Ils essayèrent ensuite de séduire Thrasybule, en 
promettant de l'associer à leur puissance ; mais , n'ayant 
pas réussi, ils firent venir des troupes de Lacédémone, 
et livrèrent une seconde bataille , où périrent Critias et 
Hippolochus , les plus cruels d'entre eux. 



i^& JUSTINI LIBER V. 

X. Ceteris victis j quum éxercitus eorum y ex qutbus 
major pars Atheaiensium erat, fugeret, magna voce 
Thrasybulus exclamât : « Cur se victorem fugiant potius, 
quam ut vindicem commuais libertatis adjuventPCivium 
illam meminerint aciem, non hostium esse; nec se ideo 
arma cepisse, ut aliqua victis adimat^ sed ut adempta 
restituât : triginta se dominis , non civitati bellum in- 
ferre. » Admonet deinde cognationis, legum, sacrorum 
communinm ; tum vetusti per tôt bella commilitii : orat, 
« misereantur exsulum civium, si tam patienter ipsi ser- 
viant : reddant sibi patriam^ accipiant libertatem! » His 
Yocibus tantum promotum est, ut reversus in urbem 
éxercitus y triginta tyrannos emigrare £leusina juberet, 
substitutisdecem, qui rempublicam regerent: qui, nihil 
exemplo prioris dominationis territi, eamdem viam cru- 
delitatis aggressi sunt. Dum haecaguntur, nuntiatur La- 
cedaemone, bellum Athenis exarsisse; ad quod compri- 
mendum Pausanîas rex mittitur : qui misericordia exsu- 
lis populi permotus , patriam miseris civibus restituit, et 
decem tyrannos ex urbe Ëleusîna migrare ad ceteros ju- 
bet. Quibus rébus quum pax statutaesset, interj^ctis die- 
bus, repente tyranni non minus restitutos exsuies, quam 
se in exsilium actos indignantes , quasi vero aliorum liber- 
tas sua servitus esset, bellum Atheniensibus inferunt : 
sed ad coUoquium , yeluti dominationem recepturi , pro- 
gres$i^ per insidias compreheiisi , ut pacis victimae trocU 



JUSTIN. LIVRE V. 1:^7 

X. Les autres furent également vai&cus , et Thrasy- 
bule, voyant fuir leurs soldats , presque tous Athéniens, 
leur demande à grands cris, «pourquoi ils fuient devant 
lui, comme des vaincus ,vau lieu de l'aider à venger leur 
liberté commune? Il leur rappelle qu'il est leur con- 
citoyen, non leur ennemi; qu'il n'a pas pris les armes 
pour les dépouiller , mais pour leur rendre les biens 
qu'ils ont perdus ; qu'il fait la guerre , non à la patrie , 
mais à ses tyrans. » Il leur rappelle qu'issus du même 
sang , soumis aux mêmes lois , au même culte ,> ils ont 
long-temps combattu pour la même cause; que si eux- 
mêmes supportent patiemment l'esclavage, «ils aient du 
moins pitié, de leurs concitoyens exilés ; qu'ils rendent 
une patrie à ceux qui leur apportent la liberté. » Telle fut 
la puissance de ces discours , que l'armée à son retour 
dans la ville, relégua les tyrans à Eleusis, et confia le 
gouvernement à dix magistrats nouveaux; mais, insen- 
sibles à l'exemple menaçant de leurs devanciers , ceux-ci 
marchèrent sur leurs traces et se souillèrent des mêmes 
crimes. Cependant les Spartiates , instruits de ce soulè- 
vement, envoient pour le réprimer le roi Pausanias,qui, 
touché des malheurs de ce peuple banni , lui rend enfin sa 
patrie , et exile à Eleusis les dix nouveaux tyrans. Le calme 
semblait rétabli : mais quelque temps après, également 
indignés et du retour des bannis , et de leur propre exil , 
se croyant esclaves parce que leurs concitoyens étaient 
libres, les tyrans prennent les armes. Séduits par l'espoir 
de recouvrer leur empire, ils se laissent attirer à des con« 
férences où ils sont saisis , et cimentent de leur sang le 
rétablissement de la paix : les citoyens proscrits par eux 



i38 JUSTINI LIBER V. 

dantur : popuius, quem emigrare jusserant, in urbem 
revocatur. Atqueita per multa membra civitas dissipata, 
in unum tandem corpus redigitur; et, ne qua dissensio 
ex ante actis nasceretur, omnes jurejurando obstringun- 
tur, discordiarum oblivionein fore. Interea ThebanîCo- 
riothiique legatos ad Lacedaernonios mittunt, qui ex ma- 
nubiis portionem prœdae communis be|lli periculique 
peterent. Quibus negatis, non quidem aperte bellum ad- 
Versus Lacedœmonios decernunt : sed tacitis animis tan^ 
tam iram concipiuut, ut subesse bellum intelligi posset. 
XL Eodem fere tempore Darius , rex Persarum , mo- 
ritur, Artaxerxe et Cyro filiis relictis. Regnum Artaxerxi, 

_ • 

Cyro civitates , quarum praefectus erat, testamento lega- 
vit. Sed Cyro judicium patris injuria videbatur : itaque 
occulte adversus fratrem bellum parabat. Quod quum 
nuntiatum Artaxerxi esset, arcessitum ad se fratrem^ 
et innocentiam dissimulatione belli simulantem , corn- 
pedibus aureis vinxit; interfecissetque, ni mater pro- 
hibuisset. Dimissus igitur Cyrus, jam non ecculte bel* 
lum, sed palam, nec per dissîmulationem , sed aperta 
professione parare cœpit; auxilia undique contrahit. 
I^acedaemonii memores, atheniensi bello enixe se ejlis 
opéra adjutos, velut ignorantes, contra quem bel- 
lum pararetur^ decernunt auxilia Cyro mittenda, ubi 
res ejus exegisset, quaerentes apud Cyrum gratiam , 
et apud Artaxerxem, si vicisset, veniae patrocinia , 



JUSTIW. LIVRE V. 



i4o JUSTINI LIBER y. 

quum nihil adversus eum aperte decrevissent. Sed quium 
iu bello fors prœlii utrumque fratrem pugnae obtulis- 
set, prior Artaxerxes a fratre vulneratur: quem quum 
equi fuga periculo subtraxisset, Cyrus a cohorte regia 
oppressus interficitur. Sic victor Artaxerxes , et praeda 
fraterni belli , et «xercitu potitur. In eo prœlio decem 
millia Graecorum in auxilio Cyri fîiere : quae et in cornu , 
in quo steterant , vicçrunt ; et post mortem Cyri j neque 
armis a tanto exercitu vinci, neque dolo capi potue- 
runt ; reverteutesque inter tôt indomitas nationes et bar- 
baras gentes, per tanta itineris spatia, virtute se usque 
terminos patriœ defenderunt. 



JUSTIN. LIVRE V. i^t 

■nier blessé par Cyrus ; mais la vitesse de son cheval le 

lîrn ilii Annofr. ft itm rival fut tiiii nnracs oarrifï Vain. 



/ 



LIBER VI. 



I. Lj AOEDJEMONii 9 more îngenii humani, quo plura ha- 
bent j eo ampliora cupientes y non contenti accessione 
Atheniensium opum vires sibi duplicatas ^ totius Asiae 
imperium affectare cœperunt : sed major pars sub regno 
Persarum erat. Itaque Dercyllides, dux in banc militiam 
electus j quum videret sibi adversus duos praefectos Ar- 
taxerxis, Pharnabazum et Tissaphernem , maximarum 
gentium viribussuccinctos, dimicandum , paciiicari cum 
altero statuit. Aptior visus Tissaphernes , vir et indu- 
stria potior, et militibus Cyri quondam régis instructior, 
in colloquium vocatur, et statutis conditionibus, ab ar- 
mis dimittitur. Hanc rein Pharnabazus apud communem 
regem criminatur, ce Ut Lacedaernonios Asiam ingressos 
non repulerit armis, sed impensis regiis aluerit; mer- 
ceturque ab his^ quae difTerant bella, quae gérant, tan- 
quam non ad unius summum imperii detrimentum omne 
perveniat. Indignum , ait , bella non perfîci , sed redimi ; 
hostem pretio , non armis submoveri. » His vocibus re- 
gem a Tissapherne alienatum hortatur^ ut in locum ejus 
navalis belli ducem eligat Conona Atheniensem, qui. 



i44 JUSTINI LIBER VI. 

amissa bello patria, Cypri exsulabat; quippe Athenîen- 
sibusy etsi fractae sint opes, manere tamen navalem 
usum; neCy si eligendus sit ex universis, meliorem alium 
esse. Acceptis igitur quingentis talentis, jussus est Co- 
nona classi praeficere. 



II. His cognitis , Lacedaemonii et ipsi a rege £gypti 
Hcrcynioae auxilia navalis belli per legatos petUQt;a 
quo centum trirèmes, et sexcenta millia modiorum fru- 
menti missa : a ceteris quoque sociis ingentia auxilià 
contracta sunt. Sed tanto exercitui , et contra tantum 
ducem, deerat dignus imperator. Itaque postiilantibus 
sociis Agesilauni ducem , regem tune Lacedaemoniorum , 
propter responsum oraculi delphici , diu Lacedaemonii , 
an eum summae rei praeponerent , deliberaverunt : qui- 
bus futurus imperii finis denuntiabatur^ quum regium 
claudicasset imperium : erat enim pede claudus. Ad po- 
stremum statuerunt, melius esse incessu regem, quam 
imperio regnum claudicare. Posteaquam Agesilaum cum 
ingentibus copiis in Asiam misère , non facile dixerim , 
quod aliud par ducum tam bene comparatum fuerit : 
quippe aetas, virtus, consilium , sapientia utrique prope 
una , gloria quoque rerum gestarum eadem : quibus 
quum paria omnia fortuna dederit, invictum tamen ab 
altero utrumque seryavit. Magnus igitur amborum ap- 



JUSTIN. LIVRE VL i45 

substituer dans le commandement de la flotte l'Athénien 
Conon, qui , depuis que la guerre l'avait privé de sa pa- 
irie, vivait retiré dans l'île de Chypre. Il lui représente 
que les Athéniens, en perdant l'empire des mers, ont 
conservé leurs talens maritimes , et qu'à choisir un géné- 
ral dans toute leur nation, nul n'est préférable à Conon. 
Ainsi Pharnabaze, ayant reçu cinq cents talens, eut ordre 
de confier à Conon le commandement de la flotte. 

IL A cette nouvelle, les Spartiates font demander des 
secours à Hercynion^,roi d'Egypte, qui leur envoie cent 
trirèmes et six cent mille boisseaux de blé : tous leurs 
alliés fournirent également de puissans renforts. Mais il 
manquait à une si nombreuse armée un chef digne de la 
conduire; à un si habile ennemi, un rival digiie de le 
combattre. Les alliés demandèrent Agésilas , alors roi 
de Lacédémone : les Spartiates hésitèrent long-temps à 
lui confier le commandement , effrayés par un oracle de 
Delphes , qui annonçait la ruine de leur empire, lorsque 
chancellerait la puissance royale ; et Agésilas était boi- 
teux. Enfin ils s'y décidèrent , aimant mieux voir chan- 
celer leur général , que l'état. Agésilas passa en Asie , à 
la tête d'une forte armée. Jamais peut-être l'on ne vit 
opposés l'un à l'autre deux athlètes mieux assortis : tous 
deux semblaient avoir même âge, même habileté, même 
bravoure; tous deux s'étaient également illustrés par 
leurs victoires; et la fortune, en les rendant de tout 
point égaux , ne permit pas néanmoins que l'un triom- 
phât de l'autre. Ij'éclal de leurs exploits répondit à la 
grandeur de leurs préparatifs. Mais les soldats de Co- 
non, souvent privés de leur solde par les officiers du 
j. lO 



iA6 JUSTINI LIBER VI. 

paratus héli , magnae res gestae fuerunt. Sed Conoaem 
seditio militum invadit, quos praefecti régis fraudare sti- 
pendio soUti erant, eo instaiitîus débita poscentibus, 
quo graviorem sub magno duce militiam praesumebant. 
Itaque Conon j diu rege per epistolas frustra fatigato , 
ad postremum ipse ad eum pergit; a cujus aspectu et 
coUoquio prohibitus est, quod eum more Persarum ado* 
rare noilet : agit tamen eum eo per intemuntios , et 

9 

queritur, « opulentissimi régis bella inopia dilabi ; et j 
qui exercitum parem hostibus habeat, pecunia vinci, 
qua praestet; inferioremque eum ea parte virium inve- 
niriy qua longe superior sit. » Postulat, dari sibi mini- 
strum impensae, quia pluribus id mandare perniciosum 
sit. Dato stipendio, ad classem remittitur; nec moram 
ageiidis rébus facit : multa fortiter, multa féliciter agit : 
a gros hostiles vastat : urbes expugnat; et, quasi tem- 
pestas quœdam , cuncta prosternit. Quibus rébus territi 
Lacedœmonii ad patriae subsidium revocandum ab Asia 
Agesilaum decernunt. 

III. Intérim Pisandrus , ab Agesilao proficiscente dux 
patriae relictus , ingentem classem summis viribus in- 
struit y fortunam belli teutaturus. Nec non et Conon , 
tune primum eum hostium exercitu concursurus , magna 
cura ordinat suos. Summa igitur tam ducum in eo 
prœlio , quam militum aemulatio fuit. Nam et ipse dux 
Conon non tamPersis, quam patriae studebat; et sicut, 
afHictis Atheniensium rébus, auctor amissae dominatio- 



JUSTIN. LIVRE VI. 147 

roi, se soulevèrent , et leurs demandes étaient d'autant 
plus pressantes, que l'activité de leur chef leur présa- 
geait une campagne pénible. Conon fatigua vainement 
Artaxerxe de ses lettres. Enfin , il se rend en personne à 
la cour; et, ne pouvant ni parler au roi, ni le voir, parce 
qu'il ne voulait point l'adorer selon l'usage des Perses , 
il traite avec lui par envoyés, et se plaint ce que l'armée 
du plus opulent des rois s'épuise dans la pauvreté; qu'un 
prince aussi fort que Fennemi par le nombre de ses sol-» 
dats, consente, quoique plus riche, à lui céder en ri* 
chesse, et se laisse vaincre du côté même où l'avantage 
lui est le plus assuré. Il demande qu'on charge des frais 
de la guerre un seul trésorier, parce qu'il est dangereux: 
d'en multiplier le nombre.» Enfiu la solde lui est remise ; 
et , de retour sur sa flotte , il se hâte de signaler, par de 
nombreux exploits , son courage et son bonheur. Il dé- 
vaste les campagnes, force les villes, et renverse tout 
avec l'impétuosité de la foudre. Epouvantés de ses suc- 
cès , les Spartiates rappellent Âgésilas de la conquête de 
l'Asie à la défense de la patrie^. 

III. Cependant Pisandre , à qui Agésilas avait confié 
à son départ le gouvernement de l'état, équipe une flotte 
puissante, et vient tenter le sort des combats. Conon, 
près de livrer la première bataille, range son armée avec 
le plus grand soin. Des deux côtés , les généraux , les sol- 
dats rivalisaient de zèle et d'ardeur ^ : Conon combattait 
moins pour les Perses que pour son pays ; s'il avait na-* 
guère porté le dernier coup à la puissance expirante des 
Athéniens , il brâlait de la relever, et de conquérir par 

10. 



i48 JUSTINI LIBER VI. 

nis fuerat, sic vol ébat idem hal^eri redditae, patriamque 
vincendo recipere, quàm victus amiserat : eo speciosius, 
qiiod ne ipsorum quidem Atheniensium , sed alieni im- 
perii viribus dimicet ^ pugnaturus perîculo régis, victu- 
rus prsemio patriœ, gloriamque diversis artibus, quam 
priores civitatis suae duces , consecuturus ; quippe illos, 
vincendo Persas, patriam défendisse, se, Persas victores 
faciendo, restituturum patriam esse. Porro Pisandrus 
pro conjunçtione Agesilai, etiam virtutum œmulator 
erat, contendebatque , ne a rébus gestis ejus et gloriae 
splendore decederet , neve tôt bellis ac seculis quaesitum 
imperium brevis momenti culpa subverteret. Eadem mi- 
litum et omnium remigum cura erat : quos major solli- 
citudo cruciabat, non tam ne ipsi quaesitas opes amitte- 
rent, quam ne pristinas Athenienses reciperent. Sed 
quanto majus prœlium fuit, tanto et clarior vicloria Co- 
nonis.VictiLacedaemoniifugam capessunt; praesidia ho- 
stiumAthenisdeducuntur; populo, restituta dignitate, con- 
ditioserviliseripitur; multaequoquecivitates recipiuntur. 
lY. Hoc initium Atheniensibus resumendae potentiae, 
et Lacedaemonlis Kabendae finis fuit. Namque, velut cum 
imperio etiam virtutem perdidissent , contemni a finiti- 
mis cœpere. Primi igitur Thebani , auxiliantibus Athe- 
niensibus, bellum bis intulere : quae civitas ex infimis 
ihcrementis, virtute Epaminondae ducis, ad spem impe- 
rii Graeciœ erecta est. Fit itaque terrestre prœlium ; ea- 
dem Lacedaemoniorum fortuna , qua puguatum adversus 



mmammmmmmmmmmmmmmmmmm'^^^f^^m^ 



JUSTIN. LIVRE VI; 149 

sa victoire une partie qu'il avait perdue par sa défait»; 
projet d'autant plus beau, que l'exécution . en était con- 
fiée , non pas aux forces d'Athènes , mais à un peuple 
étranger; que les dangers en étaient pour la Perse, et les 
fruits pour sa patrie ; qu'enfin il s'ouvrait à la gloire une 
route nouvelle , inconnue aux généraux des siècles passés : 
c'était par la défaite des Perses qu'ils avaient sauvé la 
république ; c'était en leur assurant la victoire que lui- 
même allait la relever. Quant à Pisandre, à la fois le 
parent et l'émule d'Agésilas, il brûlait d'égaler ses ex- 
ploits et sa renommée; il craignait de détruire en un 
instant, par sa faute, une puissance qui avait coûté tant 
de siècles et de combats : chaque soldat , chaque rameur 
semblait prendre part à ses craintes; tous tremblaient de 
voir leur pairie dépouillée de sa puissance, et plus en- 
core de voir cette puissance passer aux mains des Athé- 
niens. Plus la victoire fut disputée , plus elle fut glorieuse 
pour Conon. Les Spartiates, vaincus, prennent la fuite; 
leurs garnisons soi>t chassées d'Athènes, qui,a£rrancliie 
de la servitude, rentra dans ses premiers droits, et re- 
couvra la plupart des villes qu'elle avait perdues. 

IV. De cette victoire date le rétablissement defe puis- 
sance d'Athènes et la décadence de celle de Sparte : comme 
si les Spartiates eussent perdu leur valeur avqc l'empire, 
ils devinrent l'objet du mépris de leurs voisins. Les ïhé- 
bains , aidés des Athéniens , s'armèrent les premiers contre 
eux; les talensd'Épaminohdas avaient inspiré à ce peuple, 
jusque là faible et obscur, l'espoir de dominer sur toute la 
Grèce. Les Spartiates furent aussi malheureux sur terre 
contre les^ Thébains , qu'ils l'avaient été sur mer contre 



"^*1 



i5o JUSTIN! LIBER VI. 

Couona navali prœlio fuerat. In eo bello Lysander, ({uo 
duce Athenienses victi a Lacedaemoniis fuerant, interfî- 
citur. Pausanias quoque> aller dux Lacedsemouiorum , 
proditionis accusatus, ia exsilium abiit. Igitur Thebani , 
potiti Victoria j universum exercitum ad urbem I^acedas- 
moniorum ducunt, facilem expugnationem rati, quo- 
niam deserti a sociis omnibus erant. Quod metuentes 
Lacedaemonii , regein suum Agesilaum ex Asia , qui ibi 
magnas res gerebat , ad defensiooem patri» arcessunt : 
occiso enim Lysandro, nullius alterius fiduciam ducis 
habebant. Cujus quoniam serus adventus erat, con- 
scripto exercitu , obviam hosti procedunt. Sed victis ad- 
* versus paqlo anle victores nec animus neque vires pares 
fuere: prima igitur cougressione funduntur. Deletis jam 
suorum copiis, supervenit rex Agesilaus, qui restituto 
prœlio j non difificuher, recenti et multis expeditionibus 
indurato milite, hostibus victoriam eripuit; ipse tamen 
graviter sauciatur. 

y. Quibus rébus cognitis , Athenienses verentes , ne , 
iterum Lacedaemoniis victoribus , in pristinam sortem 
servitutis redigerentur, exercitum contrahunt, eumque 
in auxilium Bœotiorum per Iphicratem , viginti quidem 
annosnatura^ sed magnae indolis juvenem, duci jubent. 
Hujus adolescentis supra aetatem virtus admirabi lis fuit; 
nec unquam ante eum Athenienses, inter tôt tantosque 
duces y aut spei majoris,aut indolis maturioris impera<^ 



JUSTIN. LIVRE VL i5i 

Conon. Dans la bataille 9 ils perdireût Lysandre , le vain- 
queur d'Athènes; et le second de leurs chefs, Pausa- 
nias y accuse de trahison , s'exila lui-même. Les Thcbains. 
victorieux marchent sur Lacëdémone avec toutes leurs 
forces y espérant emporter sans résistance une ville aban- 
donnée de ses alliés. Ce fut alors que les Spartiates épou- 
vantés rappelèrent à la défense de sa patrie Agésilas ^^ 
leur roi, qui se signalait alors en Asie : depuis la niort 
de Lysandre, nul autre général n'avait leur confiance. 
Ce prince tardant à reparaître, ils lèvent eux-mêmes une 
armée, et marchent à l'ennemi. Mais des soldats si ré- 
cemment vaincus ne purent opposer aune armée triom- 
phante assez de forces ni de courage : le premier choc 
suffit pour les renverser. Ce fut pendant la déroute et 
le massacre des siens que parut enfin Agésilas : à la 
tête de ses troupes fraîches et endurcies par de longues 
campagnes , il rétablit le combat , et arracha facilement 
la victoire à l'ennemi ; mais il fut lui-même grièvement 
blessé. 



y. A cette nouvelle, les Athéniens, craignant de perdre 
encore leur liberté si Sparte recouvrait sa puissance , 
lèvent une armée et l'envoient au secours des Thébains^ 
sous les ordres dlphicrate, jeune homme de vingt ans, 
mais doué des plus brillantes qualités. Son mérite était 
au dessus de son âge ; et parmi tant de grands capitaines 
qui avaient illustré Athènes , aucun n'avait donné une plus 
haute idée de ses talens , ni montré un génie plus précoce : 
il était à la fois habile général et orateur éloquent. Instruit 



l'a JUSTJINI LfBER VI. 

torera habuerunt : in quonon imperatoriae tantum, ve> 
rum et oratoriae artes fûere. Gonon .quoqiie , audito re- 
ditu Agesitai , et îpse ex Asîa ad populandbs Lacedaemo- 
niorum agros revertitur ; atque ita,und1quebelli formîdine 
circumstrepente , elausi Spartani ad summam despera- 
tionein rediguntur. Sed Conon , vastatis hostlum terris , 
Athenas pergit : nbi magno civium gaudio exceptus, 
plus tamen tristitid& ipse ex incensa et diruta a Lacedae^ 
moniis patrra , quam laetitiae ex recuperata post tantum 
temporis, cepit. Itaque, qua& incensa fuerant, praerfa- 
rum suniptu et exercitu Persarum restituit; quae diruta 
fuerant^ reficit. Fatum illud Athenarum fuit, ut ante a 
Persis crematae , manibus eorum , et nune , a Lacedaemo- 
niis dirutae, ex spoliîsLacedaemoniorum, restituerentur : 
versa quoque vice, nunc haberent socios, quos tune ho- 
stes habuerant, et hostes nunc paterentur, cum quibus. 
junctis tune arctissimis societatis vinculis fuerant. 

VI. Dum haec geruntur, Artaxerxes , rex Persarum ^ 
legalos in Graecianv mittit, per quos jubet, « omnes ab 
armis discedere; qui aliter fecisset, eum se pro hoste ha- 
biturum : » civitatibus liberlatera suaque omnia resti- 
tuit : quod non Graeciae laboribus, assiduisque bellorum 
inlernecivis odiis consulens fecit; sed, ne occupato sibi 
aegyptio bello, quod propter âuxilia, adversus praefe- 
ctos suos Lacedaemoniis missa, susceperat, exercitus sui 
in Graecla distinerentur. Fessi igitur tôt bellis Graeci eu- 



JUSTIN. LIVRE VL r5î 

du retour d'Agésilas, Conon quitte aussitôt TAsie pour 
venir d évaster le territoire de Sparte, qui^partout menacée 
du bruit effrayant désarmes, et entourée d'ennemis, est 
réduite à désespérer de son salut. Conon, après quelques 
ravages sur les terres de l'ennemi, se dirigea vers Athènes, 
où il fut reçu avec des transports de joie. Mais l'aspect de 
sa patrie , détruite et embrasée par les Spartiates, lui causa 
plus de douleur qu'il ne ressentît de plaisir en y rentrant 
après tant d'années d'exil. U répara donc par la main des 
Perses , et avec les richesses enlevées dans cette guerre, 
les ravages du fer et du feu : par une étrange fatalité, 
Athènes vit les Perses relever les maisons que les Perses 
avaient brûlées, et les dépouilles de Sparte employées à 
rétablir ces murs renversés par les Spartiates ; et tels fu> 
rent les caprices du sort, qu'elle trouva des alliés dans 
ses anciens ennemis , et des ennemis dans ceux qui avaient 
été naguère ses plus fidèles alliés. 



YI. Cependant Artaxerxe, roi de Perse, envoie en 
Grèce des ambassadeurs , ordonne à tous les partis de 
poser les armes , et menace de traiter en ennemi qui- 
conque refuserait d'obéir. U rend à chaque république 
sa liberté, ses possessions, non pour mettre un terme 
aux maux de la Grèce et aux haines meurtrières qui sans 
cesse l'armaient contre elle-même, mais pour en retirer 
ses armées et les employer contre l'Egypte, qui avait 
fourni des secours aux Spartiates. Épuisés par tant de 
combats, les Grecs s'empressent d'obéir. Cette année ^ 



i54 JUSTINI LIBER VI. 

pide paruere. His annus non eo tantum insignis fuit , 
quod repente pax tota Graecta facta est, sed etiam eo, 
quod eodem tempore urbs romana a Gallis capta est. 
Sed Lacedaemouii securis iusidiantes, absentiam Arca- 
dum spéculatif castellum eorum expugnant, occupato- 
que praesidium imponunt. Itaque , armato instructoque 
exercitu , Arcades , adhibitis in auxilium Thebanis , amissa 
belio repetunt. In eo prœlio Archidamus, dux Lacedas- 
moniorum, vulneratur : qui, quum csedi suos jam et 
victos videret , per praeconein corpora interfectorum ad 
sepulluram poscit : hoc est enim signum apud Graecos 
victoriae traditae. Qua confessione contenti , Thebani si- 
gnum parcendi dedere. 

Vil. Paucis deinde post diebus, neutris quicquam 
hostile facientibus, quum quasi tacito consensu induciae 
essent, LacedaemoniisaHa bella ad versus finitimos geren- 
tibus, Thbani, Epaminonda duce, occupandae urbis eo- 
rum spem ceperunt. Igitur principio noctis taciti Lace- 
daemona proficiscuntur : non tamen aggredi incautos 
potuerunt. Quippe senes, et cetera imbelUs œtas, quum 
adventum hostium praesensissent , in ipsis portarum an- 
gustiis armati occurrunt, et ad versus quindecim millià 
militum, non amplius centum jam effetae aetatis viri 
pugnae se ofTerunt : tantum animorum viriumque patriae 
et penatium conspectus subministrat, tantoque praesen- 
^ia, quam recordatione sui, majores spiritus largiuntur! 



JUSTIN. LIVRE VI. i55 

déjà mémorable par la pacification subite et générale de 
la Grèce , le fut encore par la prise de Rome, qui tomba 
à cette époque au pouvoir des Gaulois ^^ Mais bientôt la 
perfidie des Spartiates troubla le repos de leurs voisins : 
ils profitent de l'absence des Ârcadiens , pour s'emparer 
de leur forteresse , et y mettre une garnison. Les Arcadiens 
levèrent une armée , et , avec le secours des Thébains , 
reprirent ce qu'ils avaient perdu. Ârchidamus , général 
des Spartiates, fut blessé dans ce combat; et, voyant ses 
troupes tomber sans résistance sous le fer ennemi , il fit 
réclamer par un héraut les corps de ses soldats j pour 
leur donner la sépulture : c'est ainsi que chez les Grecs 
un général reconnaît sa défaite. Contens de cet aveu, les 
Thébains firent cesser le carnage. 

VIL Peu de jours après , une trêve tacite semblait 
avoir suspendu les hostilités; et les Spartiates poursui- 
vaient d'autres guerres contre leurs voisins , lorsque les 
Thébains, sous les ordres d'Épaminondas, conçurent 
l'espoir de s'emparer de Lacédémone. Ils marchent sans 
bruit contre cette ville, à l'entrée de la nuit; mais ils ne 
purent la surprendre : les vieillards et les citoyens les 
plus fa^^les , avertis de l'approche de l'ennemi , courent 
en armes aux portes de la ville % et cent hommes, cour-« 
bés sous le poids des ans, se disposent à repousser une 
armée de quinze mille soldats : tant il est vrai que l'as- 
pect, la présence des pénates et de la patrie remplit le 
cœur de courage, et agit sur l'âme bien plus puissam^. 
ment que leur souvenir l Songeant à la cause et aux lieu\ 
qu'ils défendaient j ces hommes généreux résolurent d^ 



rr^ 



i56 JUSTINI LIBER VI. 

Nam, ut videre, ioter quae, et pro quibus starent, aut 
vinceoduin sibi^ aut inoriendum censuerunt. Pauci igi- 
tursustiuuere senes aciem, cui par ante diem universa 
juventus esse non potuit. In eo prœlio duo duces lio- 
âtium cecidere : quum intérim , Agesilai adventu nun* 
tiato^ Tiiebaui recessere. Nec bellum diu dilatum; siqui- 
dem Spartanorum juventus y senum virtute et gloria 
incensa, teneri non potuit, quin ex continenti acie de- 
cerneret. Quum Victoria Thebanorum esset , Epamiuon* 
dasy dum non ducis tantum, verum etiam fortissimi 
militis oflScio fungitur, graviter vulneratur. Quo audito , 
his ex dolore metus, illis ex gaudio, stupor injicitur; 
atque ita, veluti explacito consensu, a prœlio disceditur. 

yill. Post paucos deinde dies Epaminondas decedit : 
cum quo vires quoque reipublicae ceciderunt. Nam , si- 
cuti, telo si primam aciem prœfregeris, reliquo ferro 
vim nocendi sustuleris , sic illo , velut mucrone teli , ablato 
duce Thebanorum , rei quoque publicae vires bebetatae 
sunt; ut non tam illum amisisse, quam cum ilio inler- 
iisse omnes viderentur. Nam neque hune ante ducem 
ullum memorabile bellum gessere, nec postea virtutibus, 
sed cladibus insignes fuere; ut manifestum sit, patriae 
gloriam et natam et exstinctam cum eo fuisse. Fuit au- 
tem incertum, vir melior, an dux esset. Nam et impe- 
rium non sibi, sed patriae semper quaesivit, et pecuniae 
adeo parcus fuit, utsumptus fuueri defuerit. Gloriae quo- 



JUSTIN. LIVRE VI. i57 

mourir ou de vaincre ; et l'on vit quelques vieillards sou- 
tenir le choc d'un armée qui venait de faire plier toute 
la jeunesse du pays : àeux généraux ennemis périrent 
dans ce combat; et, à la nouvelle de l'approche d'Agé- 
silas, les Thébains se retirèrent. Mais la guerre se ral- 
luma bientôt : enflammée par le courage et par la gloire 
des vieillards, la jeunesse de Sparte ne put contenir son 
ardeur, et courut aussitôt livrer bataille^. Les Thébains 
furent vainqueurs : unissant la valeur d'un soldat aux ta- 
lens d'un général, Epaminondas reçut une blessure 
mortelle. L'on vit alors, au bruit de sa cliute , les Thé- 
bains, frappés de douleur et d'épouvante, les Spartiates, 
saisis et troublés par l'excès de leur joie, quitter en 
même temps, et pour ainsi dire d'un commun accord, 
le champ de bataille. 

Vin. Epaminondas mourut peu de joursaprès^, et la 
grandeur de sa patrie périt avec lui. Pareille à un dard 
dont il suffît d'émousser la pointe pour lui ôter toute sa 
force , la puissance thébaine , perdant en quelque sorte 
avec son chef le tranchant de son glaive, languit à l'in- 
stant : ses concitoyens parurent moins privés de son 
appui , qu'ensevelis dans son tombeau. Avant qu'il fût à 
leur tête , aucun exploit digne de mémoire n'avait signalé 
leur courage; et s'ils se firent connaître après sa mort, 
ce fut par leurs défaites, et jamais par leurs triomphes: 
la gloire de Thèbes naquit et mourut avec lui 9. On peut 
au reste, douter si ce héros eut plus de talens ou de 
vertus. Il songea toujours à l'illustration de son pays , 
jamais à sa propre grandeur; et, plein de mépris pour 
les richesses, il ne laissa pas même de quoi fournira 



i58 JUSTIN! LIBER VL 

fjue non cupidior , quam pecuniae : quippe récusant! om^- 
nia imperia ingesta sunt; honoresque ita gessit, ut or- 
namentum non accipere, sed dare ipsi dignitati videre- 
tur. Jam litterarum studium, jam philosophiae doctrîna 
tanta, ut mirabile videretur , unde tam insignis militiae 
scientia homini inter litteras nato. Neque ab hoc vitae 
proposito mortis ratio dissensit : nam ut relatus in ca- 
stra semianîmis , vocem spiritumque collegit, id unum a 
circumstantibus requisivit , «c num cadenti sibi scutum 
ademisset hostis? » Quod ut servatum audivit, allatum, 
velut laborum gloriaeque socium , osculatus est. Iterum 
quaesivit : a Utri vicissent? » Ut audivit Thebanos, 
ce bene habere se rem ^ » dixit : atque ita , velut gratula- 
bundus patriae , exspiravit. 



IX. Hujus morte etiam Âtheniensium virtus interci- 
dit. Siquidem amisso, cuiaemulari consueverant, in se- 
gnitiam torporemque résolutif non, ut olim^ in classem 
exercitusque, sed in dies festos apparatusque ludorum 

* 

reditus publicos efïundunt; et cum actoribus nobilissi- 
mis poetisque theatra célébrant, frequentius scenam , 
quam castra, visentes, versificatoresque meliores, quam 
duces laudantes. Tune vectigal publicum , quo milites et 
rémiges alebantur , cum urbano populo dividi cœptum. 
Quibus rébus efFectum est, ut inter otia Graecorum sor* 
didum et obscurum antea Macedonum nomen emergeret; 



JUSTIN. LIVRE Vr. iSg 

ses funérailles. Aussi étranger à rambition qu'à l'ava- 
rice , il n'accepta qu'à regret les dignités qu'on lui pro- 
digua, et les remplit avec tant d'honneur, qu'il sembla 
leur prêter plutôt qu'en recevoir de l'éclat. Enfin , il avait 
porté si Ipin l'étude delà littérature et de la philosophie, 
qu'on ne pouvait se lasser d'admirer, dans un homme 
nourri au sein des lettres, une si profonde connaissance 
de l'art militaire. Sa mort fut digne d'une si belle vie : 
lorsque , rapporté demi mort dans le camp, il eut recou- 
vré ses sens et l'usage de la parole , il demanda seulement 
aux guerriers qui l'entouraient , a si à l'instant de sa chute 
son bouclier était tombé dans les mains de l'ennemi : » ap- 
prenant qu'il était conservé, il se fit apporter ce compa- 
gnon de ses travaux et de sa gloire, et le couvrit de bai- 
sers. Il demanda ensuite ccquelle armée avait vaincu,» et 
apprenant que c'était celle des Thébains: «Tout est donc 
bien?» dit-il ; et il expira à Tinstant, comme en félicitant 
sa patrie. 

IX. Sa mort éteignit le courage des Athéniens eux- 
mêmes : privés du rival qui nourrissait leur émulation , 
on les vit tomber bientôt dans l'engourdissement et la 
mollesse. Ils n'employèrent plus , comme autrefois , les 
revenus de l'état à l'équipement des flottes et à l'entretien 
des armées ; ils les dissipèrent en fêtes et en jeux publics ; 
et, préférant un théâtre à un camp , un faiseur de vers à 
un général, ils se mêlèrent, sur la scène, aux poètes et 
aux acteurs célèbres. Le trésor public , destiné naguère 
aux troupes de terre et de mer, fut partagé à la populace 
qui remplissait la ville. Aussi , dans ce repos de la Grèce 
épuisée y le nom jadis obscur et ignoré des Macédoniens» 



i^o JUSTINI LIBER VI. 

et Philippusy obses triennioThebishabitus ^ Epaminondae 
et Pelopidae virtutibus eruditus , regnum Macedoniae , 
Grœcîae et Asiae cervicibus, valut jugum servitulîs, im- 
ponerct. 



j 



JUSTIN. LIVRE VI. i6i 

acquit enfin quelque gloire : ce fut alors que Philippe , 
resté trois ans en otage à Thèbes '% et instruit à l'école 
d'Épaminondas et de Pélopidas , humilia la Grèce et 
l'Asie , et les fit , pour ainsi dire , courber sous le joug 
de la Macédoine. 



1 1 



JUSTIN. LIVRE VII: i65 

pcditions des chèvres à la tête de ses soldats, pour êtiv 
guidé par elles dans ses nouvelles entreprises, comme 
il l'avait été dans sa première conquête. Ce fut pour étèr-' 
niser aa reconnaissance , qu'il donna à la ville d'Édesse 
le nom d'Egée, aux habitans celui d'Égéadés ^ Vainqueur 
de Midas et de plusieurs autres princes qui régnaient dans 
le pays, il les dépouilla; et, s'étant mis lui seul à leur 
place, il unit en un seul corps de nation les peuples di- 
vers de la Macédoine, et établit sur dé solides fonde- 
niens la monarchie qu'il venait de fonder et d'agrandir. 
II. Après lui régna Perdiccas , prince dont la vie fut 
illustre et dont les dernière? paroles eurent la célébrité 
d'un oracle. Vieux et mourant , il indiqua à son fils Argée 
le lieu où il voulait être inhumé : il ordonna qu'on y en- 
sevelît aussi ses successeurs, ajoutant que « tant que leurs 
cendresy reposeraientjlesceptreresteraitdanssa maison. » 
La superstition populaire attribua l'extinction de sa race , 
dans la personne d'Alexandre, au choix que fit ce prince 
d'une autre sépulture^. Argée mérita l'amour de ses peu- 
ples par la douceur de son gouvernement : il laissa le 
trône à son fils Philippe, qui, enlevé par unemortpréma- 
turée ^, institua Érope , encore au berceau , héritier de ses 
états. Les Macédoniens étaient sans cesse en guerre avec 
les Illyriens et les Thraces, et, endurcis à la guerre par 
celte lutte continuelle , ils devinrent , par leurs exploits, 
la terreur de leurs voisins. Les Illyriens, méprisant la 
faiblesse d'un roi pupille, attaquent les Macédoniens, 
qui, d'abord vaincus, déposent le jeune prince dans un 
berceau , le placent derrière l'armée , et reviennent à la 
charge avec furie : il semblait que la seule cause de leuv 



i66 JUSTINI LIBER VIL 

tanquam ideo victi fuissent antea , quod bellantibus sibi 
régis sui auspicia defuissent, futuri vel propterea vi- 
ctores quod ex superstitione animum viacendi ceperaat : 
simul et miseratio eos infantis tenebat^ quem, si victi 
forent, captivum de rege facturi videbantur. Conserto 
itaque prœllo, magna caede IHyrios fudere, osteoderuat- 
que hostibus suis, priore bello regem Macedonibus , uon 
virtutem defuisse. Ruic Amyntas succedit, et prapria 
virtute y et Alexandri fiUi egregia indole insigniter clarus : 
cui Alexandre tanta omnium virtutum natura omamenta 
exstitere , ut etiam Olympia certamine^ vario. ludicroruni 
génère contenderit. 

III. Quum intérim Darius, rex Persarum, turpi ab. 
Scythia fuga submotus , ne ubique deformis militiœ dam- 
nis haberetur , mittit cum parte copiarum Megabazunic 
ad subigendam Thraciam, ceteraque ejus tractus régna : 
quibus pro ignobili momento erat accessura Macedonia.. 
Qui, brevi tempore exsecuto régis imperio, legatis ad 
Amyntam regem Macedoniœ missis, obsides in pignus 
futurae pacis dari sibi postulabat. Sed legati, bénigne 
excepti , inter epulas , ebrietate crescente , rogant Amyn- 
tam, (c ut apparatui epularum adjiciat jus familiaritatis ^ 
adhibitis in convivium suis ac filii uxoribus : id apud 
Persas haberi pignus ac fœdus hospitii. x> Quae ut ve- 
nerunt, petulantius Persis eas contrectantibus , filius 
Amyntœ Alexander rogat patrem, respectu aetatis ac gra- 
yitatis suae abiret convivio , pollicitus y se hospitum tem-^ 



JUSTIN. LIVRE VIL i^ 

gpemière défaite fût de n'avoir pas combattu sous les 
auspices de leur souverain y ou que Tespoir superstitieux 
de triompher avec lui, dût leur assurer la victoire. Ijs 
avaient d'ailleurs compassion d'un prince au berceau , 
que leur défaite précipiterait du trône dans la captivité. 
Aussi, dans cette seconde bataille, ils font un carnage 
affreux des lUyriens, et montrent à l'ennemi que ce n'é- 
tait pas le courage, mais la présence de leur roi qui ua^ 
guère leur avait manqué. Amyntas, successeur d'Eropc, 
joignit à, l'éclat de son mérite la gloire d'avoir donné le 
jour à Alexandre , qui , doué par la nature de tous les 
genres de talens, se présenta 9ieme aux jeqx Olympi- 
ques , et y disputa tous les prix. 

III. Cependant Darius, roi de Perse, honteusement 
chassé de la Scythie, et craignant que sa fuite ne le dés- 
honorât chez toi^s les peuples , envoya Mégabaze avec 
une partie de ses troupes , pour soumettre la Thyace et 
les contrées voisines, dans lesquelles il comptait enve- 
lopper aisément la Macédoine. Docile aux volontés de 
son maître, Mégabaze députe des ambassadeurs vers 
Amyntas , et lui fait demander des otages , comme gages 
de la paix qu'il lui propose. Accueillie avec bienveillance , 
admis à la table du roi, ces envoyés, échauffés par le 
vin , prièrent Amyntas « de joindre aux plaisirs de la bonne 
chère ceux d'une douce familiarité , en appelant à sa table 
ses femmes et celles de son (ils : c'étaient, disaient-ils ^ 
chez les Perses un gage d'alliance et d'hospitalité. » Elles 
paraissent , et les députés barbares portent sur elles des 
mains impudiques : Alexandre prie son père , au nom de 
son âge et de son rang, de quitter la salle du festin , et 



i68 JUSTINI LIBER VII. 

peraturum jocos. Quo digresso , tnulieres quoqtte pau- 



JUSTIN. LIVRE VIL i6g 

promet de modérer lui-même la gaité brutale de ses con- 
vives. Bientôt 9 il fait sortir pour quelques instans les 
femmes , sous prétexte d'embellir leur parure et d'ajouter 
à leurs grâces. Il leur substitue quelques jeunes gens, 
auxquels il fait prendre des vêtemens de femmes, et il 
leur ordonne de réprimer , avec le fer caché sous leurs 
robes, l'insolence des envoyés : ceux-ci furent tous égor- 
gés. Mégabaze, ignorant leur mort, et ne les voyant pas 
reparaître, envoie Bubarès en Macédoine , avec une par- 
tie de ses troupes, dédaignant de marcher en personne à 
une expédition facile et sans importance , et craignant de 
s'avilir contre de si obscurs ennemis. Mais , avant d'avoir 
livré bataille , Bubarès, épris de la fille d'Amyntas , pose 
les armes, l'épouse, et devient ainsi le gendre du prince 
qu'il voulait combattre. 

IV. La mort d'Amyntas suivit de près le départ de 
Bubarès. Alexandre, son fils et son successeur, dut à 
l'alliance de Bubarès non-seulement la paix sous le règne 
de Darius ^, mais la même faveur de Xerxès , qui , lors- 
qu'il inonda la Grèce comme un torrent , lui donna tout 
le pays situé entre l'Olympe et l'Hémus. Au reste, la 
valeur d'Alexandre contribua, autant que la libéralité 
des Perses , à l'agrandissement de son empire. Le sceptre 
de Macédoine passa ensuite , par ordre de succession , à 
Amyntas, fils de Ménélas, son frère. Ce prince s'illustra 
aussi par son activité et ses talens militaires. Son épouse 
Eurydice lui donna trois fils, Alexandre , Perdiccas et 
Philippe, père d'Alexandre-le-Grand , avec une fille nom- 
mée Eurynoé : il eut aussi de Gygée , Archelaûs, Aridée 
et Ménélas. Il fit une guerre sanglante aux Illyriens el 



170 ^ JUSTINI LIBER VU. 

filiamEurynoea; ex Gygaea auteiiL Archelaum , Arideum,^ 
Menelaum, Cum Illyriis deinde et cura Olynthis gravia, 
bella gessit. Insidiis autem Eurydices uxoris , quae , nup- 
tias generi pacta , occideadura virum regnumque adul- 
tero tradendum susceperat, occupatus fuisset, ni filia 
pellicatum matris j et sceleris coasilia prodidisset. Fun- 
ctus itaque tôt periculis, senex, decessit, regno maximo^ 
ex filiis Alexandro tradito^ 

V, Igitur Alexander inter piûma înilia regni, bellum. 
ab Illyriis , pacta mercede , et Philippa fratre dato ob- 
side, redemit. Interjecto quoquetempore per eumdem ob- 
sidem cumThebanis gratiam pacis réconciliât: quae res 
Philippo maxima incrementa egregiae indolis dédit ; si- 
quidem Thebis triennio obses habitus j prima pueritiae ru- 
dimenta in urbe severitatis antiquae, et ia domo Epami- 
nondae , summi et philosophi et imperatoris , deposuit. 
Nec multo post Alexander insidiis Eurydices matris ap- 
petitus occumbit; cui Amyntas in scelere depreliensae , 
propter communes liberos, ignarus iisdem quandoque 
exitiosam fore,pepercerat. Frater quoque ejus Perdiccas 
pari insidiarum fraude decipitur. Indignum prorsus, li- 
bidinis causa liberos a matre vita privatos , quam scele- 
rum suorum suppliciis liberorum contemplatio vindica- 
verat. Perdiccae hoc indignior caedes videbatur , quod ei 
apud matrem misericordiam nec parvulus quidem filius 
conciliaverat. Itaque Philippus diu non regem , sed tuto- 
rem pupilli egit. At ubi graviora bella imminebant , se- 



JUSTIN. LIVRE VIÎ. 171 

aux Olyuthiens. Sa femme Eurydice forma le projet de 
l'assassiner, et de donner à son gendre sa main et la 
couronne : le roi eût été victime de cette trahison^ si sa 
fille ne lui eût révélé les dérèglemens et les complots de 
sa mère. Échappé à tant de périls , il mourut dans un 
âge avancé, laissant la couronne à Alexandre, Taîné de 
ses fils. 



V. Dès le commencement de son règne ^, Alexandre 
achète, à prix d'argent, la paix avec les lUyriens, et leur 
remet en otage son frère Philippe : bientôt après il le 
livre encore aux Thébains, pour prix de leur alliance. 
Les brillantes qualités de ce jeune prince trouvèrent ainsi 
une heureuse occasion de se développer. Il resta trois ans 
à Thèbes, et reçut ses premières leçons dans une ville où 
régnait la pureté des mœurs antiques , dans la maison 
même d'Épaminondas, sage philosophe et grand capi- 
taine. Alexandre périt bientôt après ; il ne put échapper 
aux pièges de sa mère Eurydice; Amyntas avait épargné , 
dans une épouse criminelle , la mère de ses enfans , qu'elle* 
même devait égorger un jour. Perdiccas subit aussi le sort 
de son frère Alexandre, et l'on vit cette mère dénaturée 
sacrifier à une infâme passion les enfans à qui elle devait 
l'impunité de ses crimes. Le meurtre de Perdiccas parut 
d'autant plus atroce, qu'il avait un fils au berceau, 
dont l'âge encore si tendre aurait dû toucher le cœur 
d'Eurydice. Philippe resta long-temps tuteur du jeune 
prince, sans prendre le titre de roi; mais l'âge de son pu- 
pille ne promettant que des secours éloignés à ce royaumç 



17Î JUSTINI LIBER VIL 

rumque auxilium in exspectatione iitfairtis erat j campuK 

sus a populo régnum suscepit. 

VL Ut est ingressus imperiuin , magna dé illo &pes 
omnibus fuit, et propter ipsius iugenium^ quod magnum 
spondebat virum, et propter vetera Macedoniae fata , 
quae cecinerant, uno ex Amyntae filiis régnante , floreur 
tissimum fore Macedoniae statum : oui spei scelus matris 
hune residuum fecerat. Principio regni, quum hinc cae- 
des fratrum indigne peremptorum, inde hostium nwlti- 
tudo^ hinc insidiarum metus, inde inopia continuis beN 
Us exhausti regni ^ immaturam œtatem tironis urgercnt, 
bella , quae velut conspiratione quadam , ad opprimendam 
Macedoniam, multarum gentium ex diversis locis uno 
tempore confluebant, quoniam omnibus par esse non 
pbterat, dispeusanda ratus^ alla interposita pactione 
componit, aha redimit^ facillimis quibusque aggrcssis^ 
quorum Victoria et mihtum trepidos animos firmaret, et 
contemptum sibi hostium demeret. Primum illi cum Athe- 
niensibus certamen fuit : quibus per insidias victis, metu 
belU gravions, quum interficere omnes posset, incolu- 
mes sine pretio dimisit. Post haec, bello in lUyrios tl*ans- 
lato, muha miUia hostium caedit; urbem nobllissimam 
Larissam capit. Hinc ThessaUam , non praedae cupiditate, 
sed quod exercitui suo robur Thesaaiorum equitum ad- 
jungere gestiebat, nihil minus quam bellum metuentem, 
improvisus expugnat; unumque corpus equitum pede- 
striumque copiarum invictiexercitus fecit. Quibus feUcir 



JUSTIN. LIVRE VIL 17S 

tnéiiâcé par de puissans euneiuis ^, Philippe céda aux 
vœux du peuple , et consentit à régner. 

VI. A peine élevé au trône , il fit concevoir à la nation 
les plus hautes espérances : son génie annonçait un grand 
homme, et un ancien oracle avait prédit que le règne 
d'un des fils d'Amyntas serait une époque de gloire pour 
la Macédoine : il restait, par les crimes de sa mère, 
l'unique objet de cette prédiction. Le meurtre de ses 
frères, ir^digpemcnt égorgés, la crainte de périr comme 
eux, le nombre de ses ennemis, la faiblesse d'un empire 
épuisé par une longue suite de guerres, troublèrent les 
premières années de son règae et lourmenlèrent sa jeu- 
nesse. Incapable de résister à la fois à tant de peuples, 
qui, sesoulevant de toutes parts, semblaient ligués contre 
la Macédoine, il résolut de les combattre tour-à-tour : 
il désarme les uns par des traités, séduit les autres par 
l'argent, et se hâte d'écraser les plus faibles, pour rendre 
la confiance à ses soldats ébranlés, et frapper de terreur 
les rivaux qui méprisaient sa jeunesse. Les Athéniens , 
attaqués les premiers , tombent dans ses embûches , et 
Philippe, maître de la vie de ses captifs, les renvoie tous 
sans rançon, pour ne pas s'exposer à une guerre plus 
redoutable. Aussitôt il passe aux Illyriens, en massacre 
plusieurs milliers , et s'empare de la ville fameuse de La- 
risse. La Thessalie était dans une paix profonde : il s'y 
jette à l'improviste , non pour la piller , mais pour joindre 
à ses troupes la formidable cavalerie de ces contrées; et 
bientôt la réunion de ces forces composa une armée in- 
vincible. Après ces heureux succès, il épousa Olympias, 
fille de Néoptolème , roi des Molosses : Arruba , successeur 



174 JUSTINI LIBER VII. 

ter prôvenientibus, Olympiadem , Ifeoptolemî régis Mo- 
lossorum fitiam, uxorem ducit; conciliante nuptias fra- 
tre patruele, altore virginis Arruba, rege Molossorum , 
qui sororem Olympiadis Troada in matrimonio habebat ; 
quae causa itli exitii j malorumque omnium initium fuit. 
Nam dum regni incrementa affinitate Philippi acqui- 
siturum se sperat, proprio rcgno ab eodem privatus 
in exsilio consenuit. His ita gestis , Phlippus jam non 
contentus submovere belia, ultro etiam quietos lacessit. 
Quum Methonam urbem oppugnaret, in prœtereuntem 
de mûris sagitta jacta dextrum oculum régis efFodit. Que 
vulnere nec segnior in bellum , nec iracundior adversus 
hostes factus est; adeo^ ut, interjectis diebus, pacem 
deprecantibus dederit, nec moderatus tantum y verum 
etiam mitis adversus victos fuerit. 



JUSTIN. LIVRE VII. 175 

de Néoptolème , cousin et tuteur de la jeune princesse , 
dont il avait épousé la sœur Troade, fut l'auteur de cette 
alliance qui causa ses revers et sa ruine. Il espérait éten- 
dre sa puissance par l'amitié de Philippe j qui le dépouilla 
de ses états et le laissa vieillir dans l'exil. Non content 
d'avoir repoussé ses ennemis, Philippe va à son tour 
porter la guerre à des nations paisibles. Au siège de 
Méthone, en passant au pied des remparts, il eut l'œil 
droit crevé d'une flèche 7 : cette blessure ne put ni ralentir 
son ardeur, ni exciter son ressentiment; peu de jours 
après , il accorda la paix aux prières des vaincus , et leur 
donna des preuves de sa modération et même de sa bien- 
veillance. 



JtJSTlN. LIVRE Vin. 179 

blent vouloir se venger des dieux eux-n^êmes., et voat, 
sous les ordres d'un certain Philonièle, piller à Delphes 
le temple d'Apollon. Ainsi chargés d'or et d'argent, ils 
soudoient une armée, et font la guerre aux Thébains^. 
Ce sacrilège les rendit odieux à la Grèce ; mais on détesta 
plus encore la cruauté de Thèbes , qui les avait réduits 
à cette affreuse nécessité : aussi Sparte et Athènes s'em- 
pressèrent de les secourir. Dès le premier combat, I^ii- 
lomète emporta le camtp des Thébains^ mais, dans. une 
seconde rencontre, il fut tué le premier , au milieu d'une 
épaisse mêlée , et son sang impie expia le sacrilège. Ono- 
marque fut choisi pour le remplacer. 

II. Les Thébains et les'Thessaliens opposent à ce nou- 
veau chef, non pas un de leurs Concitoyens que la vic- 
toire eût pu rendre ttop puissant, mais Philippe, roi de 
Macédoine; et, pour se soustraire à l'ambition de leurs 
généraux, ils se livrent d'eux-mêmes à une domir^iliop 
étrangère. Philippe, qui voulait paraître le vengeur du 
sacrilège plutôt que le défenseur des Thébains, ordonne 
à tous ses soldats de se couronner de lauriers , et marche 
à l'ennemi dans cet appareil , comme sous la conduite 
même du dieu : à l'aspect du feuillage s^tcré, les pho- 
céens, troublés par les remords, jettent leurs armes , 
fuient épouvantés , et paient leurs profanations de leur 
sang. Le nom de Philippe reçut de cette expédition un 
éclat singulier : partout on l'appelait « le défenseur des 
dieux , le protecteur des autels ; on disait que , seul entre 
tous les hommes, il ava^it é|é digne de pjuinîr un f<H:*fait 
dont la vengeajQLce eût dû armer l'univers. On élevait 
presqu'au rang d^ dieux le.héros qui les avait vengés. » 

J1À. 



i8o JUSTINI LIBER VIII. 

ne in Graeciam Philippus transiret , angustias Tlierma^ 
pylarumy pari ratione, sicut antca advenientibus Per- 
sis^ occupavere; sed nequaquam simili aut virtute aut 
causa : siquidem tune pro libertate Grseciae, nunc pro 
sacrilegio publico; tune a rapina hostium templa vindi- 
caturi, nunc adversus vindiees templorum raptores de- 
feus uri; aguntque propugna tores scelerls, eujus turpe 
erat alios vindiees fuisse; immemores prorsus , quod, in 
dubiis rébus suis, illo deo etiam eonsiliorum auctore usi 
fuerant , quod illo duce tôt bella victores inierant , tôt 
urbes auspicato condiderant , tantuin imperium terra 
marique quaesierant, quod nihil sine majestate numinis 
ejus aut privatœ unquam, aut publies rei gesseraut. 
Tantutn facinus, admisisse ingénia omni doctrina ex- 
culta, puleherrimis legibus institutisque formata , ut, 
quid posthac suecensere jure Barbaris possent, non ha- 
berent. 



III. Sed nec Philippus melioris fidei adversus soeids 
fuit : quippe, veluti timens, ne ab hostibus sacrilegii 
scelere vineeretur, civitates^ quarum paulo ante dux 
fueraty quae sub auspiciis ejus miiitaverant , quae gratu- 
latae illi sibique victoriam fuerant, hostiliter occupatas 
diripuit; conjuges iiberosque omnium sub corona ven- 
didit; non deorum immortalium templis, non œdibus 
sacris, non diis penatibus publieis privatisque/ad quos 



JUSTIN. LIVRE vni. i8i 

dépendant , à la nouvelle de ses succès , les Athéniens , 
pour lui fermer l'entrée de la Grèce, vont se poster au 
pas des Thermopyles , comme on l'avait fait naguère à 
l'approche des Perses. Mais , ni le dévoûment, ni la cause 
n'étaient pareils : au lieu de la liberté des Grecs, c'est 
«n sacrilège public qu'ils protégeaient de leurs armes : 
défenseurs , autrefois , des temples que menaçait un avide 
ennemi , ils soutenaient maintenant Les spoliateurs de ces 
mêmes temples contre ceux qui voulaient les venger; ils 
prêtaient au crime l'appui de leurs armes, quand ils ne 
pouvaient , sans honte, céder le privilège de le punir. Ils 
oubliaient que, dans leurs périls, c'était aux conseils 
d'Apollon qu'ils avaient dû leur salut; que c'était sous sa 
conduite qu'ils avaient remporté tant de victoires, sous 
ses auspices qu'ils avaient fondé tant de villes et étendu si 
loin leur empire sur terre et sur mer; qu'enfin , dans toutes 
leurs entreprises ou particulières ou publiques , ils avaient 
imploré son secours. Ainsi, en se souillant d'un tel atten- 
tat, ce peuple éclairé par toutes les sciences, ce peuple 
formé sous l'influence des lois et des institutions les plus 
sages, perdit le droit de rien reprocher aux Barbares. 

III. Philippe ne se montra guère plus fidèle à. ses nou^. 
veaux alliés^ : rivalisant avec ses ennemis d'audace et 
d'impiété, il s'empare, à main armée, des villes qui ve- 
naient de le choisir pour chef, de combattre sous ses 
auspices, de le féliciter et d'applaudir à ses victoires; il 
pille leurs biens , fait vendre à l'encan lès cnf^ns et les 
femmes, sans épargner ni les temples, ni les liçux sacrés, 
ni les pénates privés ou publics , où jadis il avait reçu 
l'hospitalité : on eût dit qu'il u'a\ait voulu punir un 



102 JUSTINI LIBER VIIL 

pai^lo ai>te ingressus hospitaliter fuerat, pepercit; pror- 
stis , ut non tam sacrilegii ultor exsti tisse, quam sacrile- 
giorum licentiam quaesisse videretur. Inde, veluti rébus 
egiegie gestis, in Cappadociam trajicit , ubi, bello pari 
perfidia gesto, captisque per dolmn et occisis finitimis 
regibus , universam pp?ovinciam imperio Macedonias ad- 
jungit. Deinde ad abalendam perfidiae famam, qua in- 
signis praeter ceteros tune temporis habebatur, per régna 
mittit et opulentisçiinas civitates, qui opinionem sere- 
rent, regem Philippuin magqa peeunia locare et rnuros 
per civitates, et fana, et templa faci^nda, et ut per prae* 
cônes susceptoves soliici tarent. Qui quum in Macedoniain 
venissent, variîs dilatiohibus frUstrati, vim regiaî ma- 
jestatis timentes, taciti prôficiscebantur. Post haec Olyi^ 
thîos aggreditirr r receperant enim per misericordiain , 
post caedem unius, duos fratres ejus, quos Philippusex 
noverca genitos , veluti participes regni , interficere ges- 
tiebat. Ob liane igitur'causam urbem antiquam et no- 
bilem exscindit, et fratres olim destinato supplicio tra- 
dit, prœdaque ingenti pariter et parricidii vôto fruitur. 
Inde, quasi omnia, quœ agitasset animo, ei licerent, 
auraria in Thessalia, argenti metalla in Thracia occu- 
pât; et, ne quod jus vel fas inviolatumypraetermitteret, 
piratieaoi quoque exercere instituit. His ita gestis , forte 
evcnit, ut eum fratres duo, reges Thraciae, non con- 
tetnplatione justitiœ ejus, sed invicem metuentes, ne aU 



JUSTIN. LIVRE Vm. i33 

sacrilège, que pour autoriser ceux qu'il méditait lui" 
ii^eme. Fier de ces exploits, il passe bientpi; eo Gappa- 
doce; et employant la trahison, son arme ordinaire, il 
surprend , il assassine les rois voisins , et réunit toute la 
province à la Macédoine. Puis , jaloux de faire taire la 
voix publique , qui le désignait alors pour le plus per- 
fide des hommes, il fait publier dans les royaumes et 
les cites les plus riches, que le roi Philippe destinait 
des sommes immenses à entourer les villes de remparts , 
à élever des tempies et des autels ^ et , par des procla- 
mations publiques, invite les entrepreneurs à passer en 
Macédoine. Ils s'y rendirent en effet; mais, se voyant 
sans cesse amusés par de vains prétextes, et craignant 
d'ailleurs les violences du tyran , ils se retirèrent en 
secret. Philippe attaqua ensuite la ville d'Olyntbe; elle 
avait, par compassion, donné asile à deux frères du roi, 
fils de sa marâtre, dont il craignait la rivalité, et qu'il 
voulait faire périr comme un troisième, déjà massacré 
par ses ordres. Philippe, irrité, renversa cette ville an- 
tique et fameuse, livra ses frères au supplice qu'il leur 
avait destiné dès long-temps , et vit ses vœux accomplis 
par un immense butin et un parricide. £n6n, regardant 
comme légitimes tous les projets qu'ils pouvait former, il 
s'empara des mines d'or de la Thessalie, des mines d'ar-^ 
gent de la Thrace; et, pour n'avoir plus ni droit à violer 
ni crime à commettre, il entreprit le métier de pirate. 
Quelque temps après, il arriva que deux frères, qui ré- 
gnaient ensemble dans la Thrace, le prirent pour arbitre 
de leurs différens, non par confiance en sa justice, mais 
par crainte de le voir se déclarer pour Tun d'eux. Phi^ 



i84 JUSTINI LIBER VIIL 

terius viribas accederet^ disceptationum suarum judi* 
cein eligerent, Sed Philippus ^ more ingenii sui^ ad judi- 
cium y veluti ad betlum ^ inopinantibus fratribus , instructo 
exercitu, supervenit, et regno utrumque^ non judicis 
more, sed fraude latronis ac scelere , spoliavit. 

lY. Dum haec aguntur, legati Atheniensium , peteu- 
tes pacem , ad eum venerunt. Quibus auditis , et ipse le- 
gatos Âthenas cum pacis conditionrbus misit ; ibique ex 
commodo utrorumque pax facta. Ex ceteris quoque Grae- 
ciae civitatibus , non pacis amore , sed belli metu lega- 
tiones venere : siquidem , crudescente ira , Thessali Bœo- 
tiique orant , ut professum se adversum Phocenses du- 
cem Graeciae exhibeat y tanto odio Phocensium ardentes-, 
ut, obliti cladium suarum, perire ipsi, qnamnonper- 
dere eos praeoptarent , expertamque Philippi crudelîta- 
tem pati, quam parcere hostibus suis, mallent. Contra 
Phocensium legati , adhibitis Lacedaemoniis et Athenien- 
sibus, bellum deprecabantur , cujusabeo dilationem ter 
jam emerant. Fœdum prorsus miserandnmque spectacu- 
lum, Graecîam etiam nunc et viribus et dignitate orbîs 
terrarum principem , regum certe gentîumque semper 
victricem, et multarum adhuc urbiutn dominam, alienis 
excubare sedibus , aut rogantem bellum , aut deprecan»- 
tem; in al terius ope omnem spem posuisse orbis terra- 
rum vindices, eoque discordia sua, civilibusque bellis 
redactos, ut adulentur ultro sordidam paulo ante clien- 



ïî...": î_-t . I 



JUSTIN. LIVRE VIII. ig5 

lippe, fidèle à son caractère , entre brusquement dans 
leurs états à la tête d'une armée , moins pour les juger 
que pour les combattre , et ravit à chacun sa couronne , 
non pas en arbitre , mais en fourbe et en brigand. 



IV. Sur ces entrefaites , Athènes lui fit demander la 
paix ; et Philippe, après avoir entendu ses ambassadeurs , 
fit à son tour connaître aux Athéniens les conditions du 
traité , qui fut bientôt conclu à l'avantage des deux partis : 
les auti-es républiques de la Grèce, plutôt par crainte de 
la guerre que par amour de la paix , lui envoyèrent aussi 
des députés. Les Thébains et les Thessaliens , dans l'ar- 
deur de leurs ressentimens , le conjurent de déployer 
contre les Phocéens le pouvoir que lui a confié la Grèce : 
telle était leur aveugle haine, qu'oubliant leurs désastres 
passés , ils aimaient mieux périr eux-mêmes que de laisser 
vivre leurs enuemis , et essuyer de nouveau la cruauté 
de Philippe que d'abjurer leur inimitié. Les députés des 
Phocéens, appuyés de Sparte et d'Athènes, cherchaient 
au contraire à détourner cette guerre , dont trois fois déjà 
Philippe leur avait fait payer le délai. Spectacle honteux 
et affligeant , de voir cette G rèce placée , même à cette 
époque , à la tête de toutes les nations par sa puissance 
et sa renommée , la Grèce qui avait toujours triomphé 
des rois et des nations, maîtresse encore de tant de cités ^, 
aller humblement , dans une cour étrangère, mendier la 
guerre ou la paix ; de voir les vengeurs du monde mettre 
leur confiance dans la protection d'un Barbare, et ré- 
duits, par leurs dissensions et leurs discordes civiles, à 



iSe JUSTINI LIBER VIII. 

telaa suœ partem; et hœc potissimum facere Tbelxaoos 
La^edannoniocique , antea inter se imperti , nunc gratia& 
imperantis aemiilos. Philippus venditatione gloriae sua& 
tantarum. urbium fastîdium agitât, atque utros potius 
dignetur, aastimat. Secreto igitur auditis utriusque lega- 
.tionibus^ bis veniam belli poUicetur, jurejurando ada- 
ctîs, respoasum aemiai prodîturos; illis.contra, ventu-» 
rurn se, auxiliumqu^ laturum : iitrosque vetat parare 
beilum, aut metuere. Sic,*variato responso, securis om- 
iubus, Thermopylarum angustias occupât. 



V. Tune primum Phocenses captos se fraude Phi- 
lippi animadvertentes , trepidi ad arma confugiunt. Sed 
iieque spatium erat instruendi belli, nec tempus ad 
coatrabenda auxilia; et Pbilippus excidium minabatur,^ 
ni fierèt deditio. Yicti igitur uecessîtate , pacta salute ^ 
se dedideruiit< Sfed pactio ejus fidei fuit, cujus antea fue- 
rat deprecati belli promissio. Igitur caeduntur passim, 
rapiunturque : non liberi parentibus , non conjuges ma- 
ritis, non deorum simulacra templis suis relinquuntur. 
Unum tantum miseris solatium fuit, quod^ quMm Phi- 
lippus portione praed^e socios fraudasset, nihil rerum 
suarum apud inimicos viderunt. Reversus in regnum^ 
at pecot*a pastores niinc in bibernos^ nunc in sestivos 



JUSTIN. LITRE VIII. 187 

sMiumilier lâchement devantle plus obscur dé leurs an- 
ciens sujets! Pour comble d'iù&mie^ c'étaient les Thé- 
bains, les Spartiates 9 qui, après s'être disputé Feinpire 
de la Grèce, se disputaient la faveur de son tyran ^. Ce- 
pendant Philippe, étalant à plaisir sa grandeur, traite 
ces puissantes républiques avec une lenteur superbe, et 
hésite sur le choix de celle qu'il doit honorer de son 
alliance : il donne des audiences secrètes aux députés des 
deux partis ; il promet aux uns de ne pa« s'armer contre 
eux , et leur fait jarer de ne pas divulguer sa réponse ; 
aux autres , il assure qu'il va marcher à leur secours. Il 
interdit à tous les préparatifs de guerre , et s'efforce de 
dissiper leurs craintes : puis voyant , par ce;s réponses 
contradictoires , la sécurité rétablie, il s'empare des Ther- 
mopyles^. ^ 

V. Les Phocéens sentent alors que Philippe les a trom- 
pés : ils courent précipitamment aux armes. Mais le temps 
leur manquait pour lever des troupes et pour appeler des 
secours, et Philippe menaçait de les exterminer, s'ils ne 
se rendaient. à l'instant : ils cèdent à la nécessité; il se 
soumettent , en stipulant qu'on leur laisserait la vie. Mais 
eette condition lut aussi vite oubliée que ks vaines pro- 
messes de paix qui leur avaient été ùites : de tout côté 
on les égorge , on les enlève ; on arrache les eofans à leurs 
pères , les femmes à leurs époux , et les dieux même à 
leurs temples. Une seule consolation leur resta : Philippe 
exclut de toute part dans le butin les alliés qui Pavaient 
servi ; et ces malheureux, au moins, ne virent pas leurs 
bourreaux s'enrichir de leurs dépouilles. De retour dans 
ses étais , Philippe , à l'exemple des pasteurs qui changeut 



i88 JUSTINI LIBER VIII. 

saltus trajiciunt, sic ille populos et urbes, ut illi vel 
replenda, vel derelinquenda quaeque loca videbantur, ad 
libidinem suam transfert. Miserauda ubique faciès , et 
excidio similis erat. Non quidem pavor ille hostilis, nec 
discursus per urbem militum erat, non bonorum atque 
hominum rapina ; sed tacitus mœror et luctus ^ verenti- 
bus f ne ipsa& lacrymae pro contumacia haberentur. Cres- 
cit dissitnulatione ipsa dolor ^ hoc altius demissus , quo 
minus profiter! licet. Nunc sepulcra majorum , nunc ve- 
teres pénates, nunc tecta, in quibus geniti erant, in 
quibusque genueranty considerabant ^ miserantes nunc 
vicemsuam ^ quod in eam diem vixissent, nunc filiorum , 
quod non post eam diem nati essent. 



YI. Alios populos in finibus ipsis hostibus opponit; 
alios in extremis regni terminis statuit ; quosdam bello 
captosin supplementis urbium dividit : atque ita ex mul- 
tis gentibus nationibusque unum regnum populumque 
constituit. Cempositis ordinatisque Macedoniae rébus ^ 
Dardanos , ceterosque finitimos fraude captos expugnat» 
Sed nec a proximis manus abstinet : siquidem Arry» 
bam y regem Epiri , uxori suœ Olympiadi arctissima 
cognatione junctum^pellerc regno statuit; atque Alexan- 
drum , privignum ejus^ uxoris Olympadis fratrem ^ pue- 
rum honestae pulchritudinis, in Macedoniam nomine 
sororis arcessit, omuique studio soUicitatum spe regni ^ 



JUSTIN. LIVRE VIIL 189 

à chaque saison le pâturage de leurs troupeaux , déplace 
des nations entières, et peuple , au gré de son caprice , 
ou dépeuple des contrées. Ces émigrations offrirent par- 
tout un spectacle bien triste , et presque Vimage d'une 
entière destruction. Ce n'était pas , il est vrai, le tumulte 
d'une ville emportée d'assaut; les murs ne retentissaient 
pas du bruit des armes, ni des cris de fureur de l'ennemi; 
on ne ravissait ni les biens ni les personnes : mais par- 
tout régnait une tristesse muette, une sombre douleur; 
la crainte de paraître rebelle étouffait les larmes. La dou- 
leur s'irrite en se cachant ; elle est d'autant plus profonde , 
qu'on ose moins la laisser éckter. Ces malheureux pro- 
menaient leurs regards tantôt sur les tombeaux de leurs 
pères , tantôt sur leurs antiques pénates , sur ces maisons 
où ils avaient reçu et donné la vie : ils pleuraient d'avoir 
vécu jusqu'à ce jour ; ils plaignaient leurs enfans de n'être 
pas nés plus tard. 

VI. Parmi ces peuples , les uns furent placés sur les 
frontières, pour les défendre contre l'ennemi, d'autres, 
relégués aux extrémités du royaume : des troupes de pri- 
sonniers de guerre allèrent repeupler des villes; et ainsi , 
de tant de nations diverses, se forma une seule nation , 
un seul empire. L'ordre et la paix rétablis dans la Macé- 
doine , Philippe soumit par surprise les Dardaniens et 
plusieurs peuplades voisines. Ses parens même ne furent 
pas à l'abri de sa cruauté : voulant détrôner Ârryba , roi 
d'Épire, proche parent de sa femme Olympias, il attire 
en Macédoine , sous prétexte de le rapprocher de sa sœur , 
Alexandre, frère d'Olympias , jeune homme en qui la pu- 
reté des mœurs s'unissait à une rare beauté. Il lui fait 



190 JUSTINI LIBER VIII. 

simuiato amore , ad stupri consuetudinem pcrpulit ^ ma- 
jora in eo obsequia habiturus , sive conscientiae pudore , 
sive regni beneficio. Quum igitur ad vigtnti anoos per* 
venisset , ereptum Arrybae regnum puero admodum tra- 
dit: scelestus in utroque ; nam nec in eo juscognationis 
servavit ^ cui ademit regnum^ et eum ^ cui dédit, impu» 
dicum fecit antequam regem. 



JUSTIN. LIVRE VIÏÎ. 191 

espérer la couronne , feint une vive passion pour lui , et 
l'engage à se prêter à ses criminels désirs. Il regardait 
cette intrigue infâme^ et le don du trône qu'il lui desti- 
nait , comme des garanties de sa docilité. Dès qu'il le vit 
âge de vingt ans , il lui donna j malgré sa jeunesse , le 
sceptre qu'il enlevai^ à Arryba : également coupable en- 
vers tous deux y il viola les droits du sang dans celui 
qu'il priva du trône, comme il avait violé ceux de la 
pudeur dans celui qu'il y plaça. 



vv\i\v%niwivv^nivv%m/vwmniy m vvv^fvinf^*^'vvv%ivv%nfv%M*fvv^iv*i%0tnnnn^ 



LIBER IX. 



I. In Graeciam Philippus quum venisset y sollîcitatus 
paucarum civitatum direptione, et ex praeda modicarum 
urbium , quantae opes universarum essent , animo pro- 
spïciens , bellum toti Graeciae inferre statuit. Ad cujus 
emolumentum egregie pertinere ratus, si Byzantium, 
nobilem et maritii^am urbem , receptaculum terra ma- 
nque copiis suis futuram , in potestatem redegisset^eam- 
dem claudentem sibi portas , obsidione cinxit. Haec nam- 
que urbs condita primo a Pausania, rege Spartanorum , 
et per vu annos possessa fuit : deinde , variante Victo- 
ria, uunc Lacedaemoniorum y nunc Atheniensium juris 
habita est. Quae incerta possessio efFecit, ut, nemine 
quasi suam auxiliis juvante, libertatem constantius tue- 
retur. Igitur Philippus longa obsidionis mora exhaustus , 
pecunis commercium de piratica mutuatur. Captis ita- 
que centum septuaginta navibus, mercibusque distra- 
ctis, anhelantem inopiam paululum recréa vit. Deinde , ne 
unius urbis oppugnatione tantus exercitus teneretur, 
profectus cum fortissimis y multas Chersonensium urbes 
expugnat; filiumque Alexandrum, decem et octo annos 



vv%n/vv%nMvv%ittvv v yvv^vuvytivvvuyviivvvv»/*/*nAiv^%vv%fvvv*^*^n^%nnnnn/vwAnnAnnniknnni%Mvvtn^ 



LIVRE IX. 



I. Jl HILIPPE, à son entrée dans la Grèce, excité par le 
pillage de quelques villes, et estimant, par la prise de 
cités obscures, les avantagea d'une conquête générale, 
résolut de faire la guerre à toute la nation. Il crut qu'il 
importait au succès dé ce dessein de soumettre Byzance, 
célèbre ville maritime, où ses troupes de terre et de 
mer trouveraient une retraite : elle lui refusait l'entrée 
de ses murs; il en forma le siège. Cette ville, fondée 
par Pausanias , roi de Sparte', était restée sept ans en 
son pouvoir : plus tard, suivant les alternatives de la 
victoire, elle appartint tour-à-tour aux Athéniens et 
aux Spartiates; nul ne s'en croyant le maître, nul ne 
vint la secourir; et cette incertitude, en excitant son 
courage, prolongea son indépendaace. La longueur du^ 
siège épuisa les trésors de Philippe, qui, pour i*éparer j 
ses pertes, eut recours à la piraterie. Cent soixante-dix \ 
vaisseaux tombèrent en son pouvoir, et lejrix de leur 
cargaison soulagea pour quelques instans la misère qui 
le pressait. Puis, pour ne pas laisser sa nombreuse armée 
se consumer au siège d'une seule place, il part avec une 
troupe d'élite, et s'empare de plusieurs villes de la Cher- 
sohèse. Ce fut dans cette expédition qu'il appela près 
de lui son fils Alexandre^, alors âgé de dix-huit ans, 
I. |3 



194 JUSTINI LIBER IX. 

natum, ut sub militîa patris tirocinii rudimenta depone-> 
ret y ad se arcessit. In Scythiam quoque praedandi causa 
profectus est, more negotiantium , impensas belli alio 
bello refeclurus. 

II. Erat eo lempore rex Scytharum Atheas , qui, quum 

bello Islrianorum premeretur, auxilium a Philippe per 

Apollonienses petit, in successionem eum regni Scythiae 

adoptaturus. Quum intérim Istrianorum rex decedens, 

et metu belli, et auxiliorum necessitate Scythas solvit. 

Itaque Atheas , remissis Macedonibus , renuntiari Phi- 

lippo jubet, (c neque auxilium ejus se petisse, neque 

adoptionem mandasse : nam neque vindicta Macedonum 

egere Scythas, quibus meliores forent; neque heredem 

sibi, incolumi filio , déesse. » His auditis, Philippus le- 

gatos ad Atheam mittit, « impensae obsidiouis' portio- 

nem petenles, ne inopia deserere bellum cogatur; quod 

eo promptius eum facere debere , quod missis a se in 

auxilium ejus militibus ne sumptum qùidem vitae , non 

modo oflEicii pretia , dederit. » Atheas inclementiam cœli 

et terrœ sterilitatem causatuâ , quae non patrimoniis di- 

tet Scythas , sed vix alimenta exhibeat , respondit : 

« Nullas sibi opes esse , quibus tantum regem expleat ; 

et turpius putare parvo defungi , quam totum abnuere : 

Scythas autem virtute animi et duritia corporis, non 

opibus, censeri. » Quibus derisus Philippus, soluta ob- 

sidïone Byzantii, scythica bella aggreditur, pracmissis 



JUSTIN. LIVRE IX. 19.^ 

pour lui donner les dernières leçons de Fart militaire. 
De la Chersonèse, le conquérant passa dans la Scythie^ 
pour la ravager, et réparer^ en spéculateur habile, les 
dépenses J['uueffuerrej)ar les fruits d'une nouvelle con- 
quête. 

IL Athéas régnait alors en Scythie. Pressé par les 
armes des Istriens, il avait fait implorer, par les habitans ^ 
d'ÂpoUonie , le secours de Philippe , promettant de l'a- 
dopter pour son successeur au trône. Mais le roi d'Istrie 
étant mort à cette époque, Athéas n'eut plus d'ennemis 
à craindre et de secours à implorer. Il congédia donc les 
soldats de Philippe , en déclarant «qu'il n'avait ni demandé 
des secours, ni promis sa couronne; que les Scythes, 
plus vaillans que les Macédoniens , pouvaient se passer 
de leur appui, et que lui-même avait un héritier dans 
son fils. » A cette réponse, Philippe fait prier Athéas «de 
contribuer aux frais du siège de Byzance, qu'il serait 
contraint de lever, faute d'argent; demande d'auUmt 
mieux fondée, qu' Athéas n'avait payé à ses soldats ni le 
prix de leur solde , ni même les frais de leur voyage. » Le 
roi des Scythes , s'excusant sur l'âpreté du climat et la 
stérilité du sol de son pays, qui, loin d'enrichir ses peu- 
ples , suffisait à peine à les nourrir, répondit : «Qu'il était 
trop pauvre pour satisfaire les désirs d'un roi si puissant; 
qu'il lui semblait moins honteux de refuser tout , que de 
donner peu ; qu'enfin les trésors des Scythes consistaient, 
non dans l'or et l'argent, mais dans le courage et la vi- 
gueur. » Philippe, se voyant le jouet d'un Barbare, lève 
le siège de Byzance , et marche vers la Scythie. Mais , 
pour rassurer renneral sur sa marche, il fait annoncer à 

i3. 



iqS JUSTINI LIBER IX. 

Jegatis, quo securiores . faceret , qui Quntient Atheae, 
« dum Byzantîum obsidet, vovisse se stataam Hèfeulî, 
ad quam in ostîo Istri ponendam se venirè, pacatum ac- 
cessum ad religionem dei petens , amicus ipse Scythis 
venturus. » Ille, si voto fungi vellet, statuam sibi mitti 
jubet : non modo, ut ponatur, verum etiam y ut invio- 
latn maueat, poUicetur : exercitum autem fines ingredî, 
negat se passurum , ac , si invitis Scythis statuam ponat , 
eo digresso , sublaturum , versurumque aes statuas in acu* 
leos sagittarum. His utrinque irritatis animis, prœlium 
committitur. Quum virtute et numéro praestarent Scy- 
thae, astu Phiiippi vincuntur. Viginti millia puerorum 
ac feminarum capta , pecoris magna vis , auri argentique 
nihil. Eaprimum fides inopiae scythicae fuit. Viginti millia 
nobilium equarum ad genus faciendum in Macedoniam 
missa. 

III. Sed reverteuti ah Scythia Triballi Philippo oc- 
currunt : negant, se transi tum daturos, ni portionem 
accipiant praedae. Hinc jurgium, et mox prœlium ^ in 
quo ita in femore vulneratus est Philippus, ut per cor- 
pus ejus equus interfîcerctur. Quum omnes occisum pu- 
tarent, praeda amissa est. Ita scylhica, velut devota, 
spolia paene luctuosa Macedonibus fuere. Ubi vero ex 
vulnere primum convaluit, diu dissimulatum bellum 
Atheniensibus infert : quorum causse Thebani se junxere, 
metuentes, ne, victis Atheniensibus, bellum, veluti vi- 



JUSTIN. LIVRE IX. 197 

Athéas; « que, pendant lesiègede Byzance, il avait voué une 
statue à Hercule, et qu*il venait l'ëlever à l-embouchure 
de rister; qu'il se présentait en ami des Scythes, et qu'au 
nom du dieu qu'il voulait honorer , il demandait un libre 
passage. » Athéas répondit « que, si Philippe voulait accom- 
plir son vœu, il pouvait envoyer la statue; qu'il s'enga" 
geait à la faire ériger, et même à faire respecter ce monu- 
ment ; mais que jamais il n'ouvrirait à une armée étran- 
gère l'entrée de ses états, et que si là statue se plaçait 
malgré les Scythes ^ ils la renverseraient bientôt, et arme-* 
raient de ses débris la pointe deleurs javelots. )>La guerre 
suivit de près ces iusultes mutuelles. Les Scythes l'em- 
portaient en nombre et en courage : Philippe les vain- 
quit par ruse. Il fit vingt mille prisonniers, femmes et 
enfans, prit une grande quantité de bétail , sans trouver 
ni or, ni argent : il fallut croire , enfin, à rindigcnce des 
Scythes. Il fit conduire en Macédoine vingt mille belles 
jumens du pays, pour en perpétuer la race. 

III. A son retour de Scythie , les Triballiens s'opposent 
à sa marche et lui demandent, pour prix du passage , une 
partie de son butin : de là une querelle, puis un combat, 
où un javelot traversa la cuisse de Philippe , et tua le 
cheval qu'il montait. Tous le crurent mort, et le butin 
fut perdu. Ainsi ces dépouilles de la Scythie, que le ciel 
semblait avoir maudites, faillirent causer la perte de 
l'armée. A peine guéri de sa blessure, Philippe entreprit 
contre Athènes la guerre qu'il méditait depuis long- 
temps. Les Thébains se déclarèrent contre lui, craignant 
qu'après la défaite des Athéniens , l'incendie allumé près 
d'eux ne les atteignît à leur tour; et ces républiques, que 



19» JUSTINI LIBER IX. 

cînum ÎDcendium, ad se transiret. Facta igitur inter 
duas paulo ante iofestissimas civitates societate^ legatio- 
nibus Graeciam fatigant. « Communem hostem putant 
coinmunibus viribus submovendum ; lïeque enim cessa- 
turum Philippum^ si prospère prima successerint , nisi 
omnem Graeciam domuerit. » Motae quaedam civitates 
Atlieniensibiis se junguut; quasdam autem ad Phiiip- 
pum belli metus traxit. Prœlio commisse , quum Athe- 
nienses longe majore militum numéro prsestarent, assi- 
duis bellis indurata virtute Macedonum vincuntur. Non 
tamen immemores pristinae gloriae cecidere : quippe ad- 
versis vulneribus , omnes loca , quae tuenda a ducibus 
acceperanty morientes corporibus texerunt. Hic dies uui- 
versae Graeciae et gloriam dominationis, et vetustissimam 
libertatem finivit. 

IV. Hujus victoriae callide dissimulata lœtitia est. De- 
nique non solita sacra Philippus illa die fecit ; non in 
convivio risit; non ludos inter epulas adhibuit; non co- 
ronas, non unguenta sumpsit; et, quantum in illo fuit^ 
ita yicit ^ ut victorem nemo sentiret. Sed nec regem se 
Graeciae, sed ducem appellari jussit. Atque ita inter ta* 
citam laetitiam et dolorem hostium temperavit, ut neque 
apud suos exsultasse, neque apud victos insultasse vi- 
deretur. Atheuiensibus , quos passus infestissimos fue- 
rat, et captivos gratis remisit, et bello consumptorum 
corpora^ sepulturae reddidit; reiiquiasque funerum ut ad 



JUSTIN. LIVRE IX. lyp 

naguère divisait une haine oiortelle, mainteuaut liguées 
ensemble, fatiguent la Grèce entière de leurs ambassa- 
deurs : elles excitent tous les peuples «à faire cause com- 
mune contre l'ennemi commun , représentant que Phi- 
lippe j s'il réussissait dans ses premiers efforts, ne mettrait 
bas les armes qu'après avoir subjugué toute la Grèce. » 
Quelques villes se laissèrent persuader , et se déclarèrent 
pour Athènes; d'autres furent entraînées par la craiate 
dans le parti de Philippe. On livra bataille^ : les Athé- 
niens , malgré la grande supériorité de leur nombre, cé- 
dèrent à la valeur macédonienne, exercée par une longue 
suite de combats et de victoires. Ils succombèrent, mais 
le souvenir de leur ancienne vertu semblait les animer 
encore : tous tombèrent blessés par devant, et couvri- 
rent de leurs corps le poste où les avaient placés leurs 
chefs. La Grèce vit périr eu ce jour et sa glorieuse do- 
inination et son antique liberté. 

IV. Philippe dissimula adroitement la joie que lui 
inspirait un tel succès. Il suspendit en ce jour ses sacri- 
fices accoutumés : on ne vit à sa table ni bruyans trans- 
port, ni divertissemens, ni parfums, ni couronnes; il 
ne négligea rien pour faire oublier sa victoire. Il refusa 
le titre de roi de la Grèce, et n'accepta que celui de 
général. En un mot, il sut garder le milieu entre la 
joie secrète de son cœur et la tristesse de ses ennemis , 
et ne montra ni allégresse à ses soldats, ni orgueil aux 
vaincus^. Malgré l'acharnement des Athéniens contre 
lui, il renvoya leurs prisonniers sans rançon, leur per- 
mit d'enlever et d'ensevelir leurs morts, et les exhorta 
anéme à déposer chacun d'eux dans le tombeau de ses 



aoo JUSTINI LIBEa IX. 

sepulcra majorum déferrent , ultro hortatus est. Super 
hœc Alexandrum filium cum amico Antipatro j qui pa- 
cem cum his amieitiamque jungerent, Athenas niisit. 
Thebauorum porro non solum captivos, verum etiam 
interfectorum sepulturam vendidît. Principes civitatis 
alios securi percussit, alios in eKsilium redigit, bonaque 
omnium occupavit. Puisos deinde per injuriam in pa- 
triam restituit; ex horum numéro ccc exsuies, judices 
rectoresque civitatî dédit. Apud quos quum potentissimi 
quique rei ejus ipsius criminis postularentur, quod per 
injuriam in exsiliumegissent, hujus constantise fuerunt, 
ut omnes se auctores fatereutur , melîusque cum repu- 
blica actum, quum dàmnati essent, quam quum resti- 
tuti, contenderent. Mira prorsus audacia : de judicibus 
vitœ necisque sus, quemadmodum possunt, sententiam 
ferunt; contemnuntquë absolutionem , quam dare ini- 
mici possuot; et, quam rébus nequeunt ulcisci, verbis 
usurpant libertatem. 

y. Compositis in Grœcia rébus , Philippus omnium 
civitatum legatos, ad formandum rerum prssentium sta- 
tum, evocari Corinthum jubet. Ibi pacis legem uni- 
vers» Graeciae pro meritis singularum civitatum statuit ; 
couciliumque omnium, veluti unum senatum, ex om- 
nibus legit. Soli Lacedaemonii , et legem , et regem con- 
tempserunt, servitutem, non pacem rati, qu» non ip- 
sis civitatibus couveniret , sed a victore ferretur. Auxilia 
deimie singularum civitatum describuutur, sive adju- 



JUSTIN. LIVRE IX. a^oi 

pères. Il fit partir pour Athènes son fils. Alexandre et 
Antipater ^ son ami , chargés de propositions d'alliance 
et de paix. Pour les Thébains^ il leur fit acheter, non- 
seulement la liberté de leurs soldats captifs , mais la per- 
mission même d'enterrer leurs morts. Les principaux ci- 
toyens furent décapités ou envoyés en exil , et tous leurs 
biens confisqués: ceux qui avaient été injustement chas- 
sés de leur patrie y rentrèrent, et trois cents de ces 
bannis furent nommés juges et gouverneurs de la ville. 
Ces nouveaux magistrats citèrent à leur tribunal leis plus 
puissans des citoyens, pour leur demander compte de 
l'arrêt qui les avait exilés : mais ces hommes coura- 
geux osèrent répondre qu'ils l'avaient tous prononcé, et 
que la république avait été mieux servie par l'exil que 
parle rappel de ceux qui les interrogeaient. Réponse bien 
hardie! ils condamnent, autant qu'il est en leur pouvoir, 
les juges mêmes qui ont sur eux puissance de vie et de 
mort; et, dédaignant la pitié qu'ils peuvent attendre , ils 
trouvent dans la liberté de leurs discours la veiUgeance 
que leur refuse la fortune. 

V. Philippe, voyant le calme rétabli dans la Grèce, 
convoque à Cbrinthe les députés de toutes les villes^, 
pour statuer sur leurs intérêts communs. Il imposa à la 
Grèce entière les conditions de la paix , selon la dignité de 
chaque ville, et choisit parmi tous ces peuples les mem- 
bres d'un conseil souverain et commun. Les Spartiates 
seuls dédaignèrent et ces lois et le roi qui les proposait, 
regardant comme un esclavage une paix qui ne reposait 
pas sur le consentement des peuples, mais sur la volonté 
du vainqueur. On régla ensuite les secours que chaque 



âo2 JUSTINI LIB£R IX. 

vandus ea manu rex , oppugnante aliquo, foret, seu duce 
illo belium inferefedum. Neque enim dubium erat, im- 
perium Persarum his apparatibus peti. Summa auxilio- 
ruin duceata millia peditum fuere , et equitum quinde- 
cim millia. Extra hanc summam et Macedoniae exercitus 
erat , et confiais domitarum gentium barbaries. Initio ve- 
ris très duces in Asiam Persarum juris praemittit , Par- 
menionem, Amyntam, et Attalum, cujus sororem nuper, 
expulsa Alexandri matre Olympiade propter stupri su- 
spicionem , in matrimonium receperat. 

VI. Interea , dum auxilia a Graecia coeunt , nuptias 
Cieopatrae filiae et Alexandri , quem regem Ëpiri feceral y 
célébrât. Dies erat pro magnitudine duorum regum, 
et collocantis filiam, et uxorem ducentis, apparatibus 
insignis. Sed nec ludorum magnificentia deerat : ad 
quorum spectaculum Philippus dum sine custodibus, 
médius inter duos Alexandros, filium generumque, con- 
tenderety Pausanias, nobilis ex Macedonibus adoles- 
cens, nemini suspectus, occupatis angustiis, Philippum 
in transitu obtruncat ; diemque laetitiae destinatum , fce- 
dum luctu funeris facit. Hic primis pubertatis annis 
stuprum per injuriam passus ab Attalo fuerat : cujus iu- 
dignitati haec etiam fœditas accesserat; nam perductum 
in convivium solutumque mero Attalus nonsuae tantum, 
verum et convivarum libidini, velut scortum vile, sub- 
jeceral , ludibriumque omnium inter aequales reddideVat. 
HancremaegreferensPausanias, querelam Philippo sœpe 



JUSTIN. LIVRE IX. 2o3 

république serait obligée de lui fournir , soit pour se dé- 
fendre, soit pour attaquer : on ne doutait pas que tous 
ces préparatifs ne fussent dirigés contre la Perse. Ces 
auxiliaires montaient à deux cent mille hommes de pied 
et à quinze mille chevaux, sans compter les forces de 
la Macédoine et des peuples barbares subjugues sur ses 
frontières. Dès le commencement du printemps, il fait 
passer avant lui dans la partie de l'Asie qui obéissait aux 
Perses, trois de ses généraux, Parménion, Amyntas et 
Attale, dont il venait d'épouser la sœur, en répudiant 
Olympias, accusée d'infidélité^. 

yi. Pendant que la Grèce réunit ses forces, il célèbre 
l'hymen de sa fille Cléopâtre et d'Alexandre, qu'il avait 
placé sur le trône d'Épire. La pompe de ces fêtes répondit 
à la grandeur du prince qui donnait sa fille, et de l'époux 
qui la recevait : des jeux magnifiques avaient été préparés , 
et Philippe se rendait au théâtre, sans gardes , marchant 
entre les deux Alexandre, son gendre et son fils , lorsque 
Pausanias, jeune seigneur macédonien , qui n'excitait au- 
cun soupçon, le poignarda dans un passage obscur où il 
s'était posté , et changea en un jour de tristesse et de deuil 
ce jour d'allégresse publique. Pausanias, dans la fleur de 
sa jeunesse, avait été déshonoré par la violence d'Attjale, 
qui , non content de ce premier outrage , l'avait enivré 
dans un festin , pour le sacrifier à sa brutalité et à celle 
de tous les convives. Ce jeune homme, devenu le mépris; 
et la lîsée de ses compagnons, ne put supporter cette 
infamie , et s'en plaignit souvent à Philippe ; mais, écarté 
sous de vains prétextes, raillé par le roi lui-même, et 
voyant son ennemi élevé au rang de général , il touriui 



9.o4 JUSÏINI LIBER IX. 

detulerat. Quumvariis frustrationibus non sine risu dif- 
ferretiir j el honoràtuin insupër ducatu adversarium cer- 
neret, iram in ipsuin Philippum vertit^ ultionemque, 
quam ab adversario non poterat, abiniquo judiceexegit. 
Vn. Creditum est etiam, immissum àb Olympiade 
maire Alexandri fuisse; nec ipsum Alexandrum ignarum 
p^^ternae caedis exstitisse : qyippe non minus Olympiadem 
repudium , et praelatam sibi Çleopatram , quam stuprum 
Pausaniam doluisse. Aiexandrum quoquç, regni aemu- 
lum, fratrem ex noverca susceptum timuisse; eoque ao 
tum, ut in coiiviyio antea primum cum Attalo , mox 
cum ipso pâtre jurgaret; adeo ut etiam stricto gladio 
cum Philippus consectatus sit , aegreque a filii caede ami- 
cprum precibus exoratus. Quamobrem Alexander ad 
avunculum se in Epirum cum matre, inde ad regem Uly- 
riorum contulerat; vixque revocauti mitigatus est pat ri, 
precibusque cognatorum aegre redire compuisus. Olym- 
pias quoque fratrem su um Alexandrum, Epiri regem, 
iu bellum subornabat, pervLcissetque , ni fiiice nuptiis 
pater generum pccupasset. His stimulis irarum utrique 
Pausaniam, de impunitate stupri sui querentem, ad tan- 
tum facihus impulisse creduntur. Olyippias certe fugienti 
percussori equos quoque praeparatos habùit. Ipsa dèinde, 
audita régis nece, quum titulo ofHcii ad exsequias cucur- 
risset , in cruce pendentis Pausaniœ capiti, eadem nocte, 
qua venit, coronam auream imposuit; quod nemo alius 
audere, nisi haec , superstite Philippi filio, potuisset;. 



JUSTIN. LIVRE IX. aoS 

son ressentiment contre le roi , et assouvit dans le sang 
d'un juge inique la vengeance qui ne pouvait atteindre 
sou ennemi. 

VII. On crut aussi qu'il avait été aposté par Olympias , 
mère d'Alexandre, et que ce jeune prince lui-même n'igno- 
rait pas le complot forme contre la vie de son père : on 
disait que si Pausanias était irrite de ses affronts , la reine 
n'avait pu pardonner à Philippe son divorce et son nou- 
vel hymen ; qu'Alexandre avait craint aussi de trouver un 
rival dans un fils de sa marâtre ; que déjà , dans un repas, 
on Tavait vu insulter Attale , puis son père lui-même , 
qui, le poursuivant l'épée à la main, avait à peine ac- 
cordé sa vie aux prières de ses amis; que, réfugié avec 
sa mère en Epire , près de son oncle , et bientôt en Illyrie, 
il avait long-temps refusé de céder à la voix de son père, 
qui le rappelait, et aux pressantes sollicitations de sa fa- 
mille; qu'Olympias avait excité son frère, le roi d'Épi re, 
à faire la guerre à Philippe , et qu'elle l'y eût déterminé , 
si le roi ne l'eût prévenu en lui offrant la main de sa 
fille; enfin, la mère et le fils, indignés contre Philippe , 
avaient, disait-on, engagé Pausanias, qu'irritait l'impu- 
nité d' Attale, à commettre ce crime affreux. Du moins 
est-il certain qu'Olympias fit préparer des chevaux pour 
assurer la fuite de l'assassin. Au bruit de la mort du roi , 
elle accourut à l'instant, sous prétexte de remplir son 
devoir en célébrant ses funérailles; et, la nuit même de 
son arrivée , elle plaça une couronne d'or sur la> tête de 
Pausanias , qu'elle trouva attaché au gibet : elle seul(' 
pouvait montrer tant d'audace, du vivant du fils de P4ii- 



ao6 JUSTINI LIBEH IX. 

Paucos (leitide post dies, refixum corpus interfectoris 
super reliquîas mariti cremavit; et tumulum ei eodem 
fecit in loco, parentarique eidem quotannis, incussa po- 
pulo superstitione ^ curavit. Post haec Cleopatram , a qua 
puisa Philippi matrimonio fuerat, in gremio ejus prius 
filia iuterfecta, finire vitam suspendio coegit, spectacu- 
loque pendentis ultionem potita est, ad quam per parri- 
cidîum festinaverat. Novissime gladium , quo rex per- 
cussus est, Apollini sub nomine Myrtales consecravit : 
hoc enîm nomen ante Olympiadis parvulae fuit. Quae 
omnia ita palam facta sunt, ut timuisse videatur, ne 
facinus ab ea commissum non probaretur. 

YIII. Decessit Phillppus xl et vu annorum , quum 
annis xxv regnasset. Genuit ex Larissœa saltatrice fîlium 
Aridœum» qui post Alexandrum regnavit : habuit et alios 
multos ex variis uiatrimoniis regio more susceptos, qui 
partira fato, partira ferro periere. Fuit rex armorura, 
quam conviviorum àpparatibus studiosior ; cui maximae 
opes erat instrumenta bellorum : divitiarum quaestu, 
quam custodia solertior ; itaque inter quotidianas rapinas 
semper inops erat. Misericordia in eo et perfidia pari jure 
dilectae : nulla apud eum turpis ratio vincendi. Blandus 
pariter et insidiosus alloquio; qui plura promitteret, 
quam praestaret : in séria et jocos artifex. Amicitias utili- 
tate, non fide colcbat. Gratiam fuigere in odio, in gra- 
tiaoHensara simulare , instruere inter concordantes odia , 
apùd utrumque gratiam quaerere, solemnis illi cousue- 



JUSTIN. LIVRE IX. 207 

lippe. Peu de jours après, elle fit détacher le cadavre du 
meurtrier y le brûla sur les cendres de son époux, lui 
éleva un tombeau dans le même lieu, et força la multi- 
tude superstitieuse à l'honorer chaque année par des sa- 
crifices funèbres. Cléopâtre, que Philippe avait épousée 
h sa place, vit sa fille égorgée dans ses bras : elle-même fut 
réduite à se pendre; et sa rivale, contemplant s!On corp» 
inanimé 7 assouvit ses regards d'une vengeance achetée 
par le plus affreux des crimes. Enfin , elle consacra à 
Apollon, sous le nom de Myrtale, qu'elle avait porté 
dans son eufance, le poignard qui avait frappé le roi, et 
sembla vouloir prouver à tous, par la publicité de cette 
conduite, que le meurtre de son époux était son ouvrage. 
VIII. Philippe mourut? dans la quarante-septième an- 
née de son âge, et la vingt-cinquième de son règne. Il 
eut d'une baladine de Larisse un fils nommé Aridée, qui 
fut le successeur d^ Alexandre; et de diverses femmes qu'il 
avait épousées à la fois, selon la coutume des rois de ce 
temps, plusieurs autres enfans, qui périrent, les uns de 
mort naturelle, les autres de mort violente. Ce prince ^ 
préférant l'appareil des combats à celui des fêtes, n'em- 
ployait ses immenses trésors qu'à des expéditions mili- 
taires. Plus habile à acquérir qu'à conserver, ses rapines 
perpétuelles ne l'empêchaient pas d'être toujours pauvre : 
il unissait au même degré la clémence et la perfidie; tout 
lui semblait légitime pour arriver à la victoire. Séduisant 
et trompeur dans ses discours, il promettait plus qu'il ne 
voulait tenir; le sérieux, la gaité, tout en lui était cal- 
culé. L'intérêt , et non l'affection, lui servait dé règle dans 
l'amitié. Caresser un ennemi , supposer des torts à un ami ^ 



aoS JUSTINI LIBER IX. 

tudo. Inter liaec eloquentia insignis, oratio acuminis 
et solertiae plena, ut nec ornatui facilitas , nec facili- 
tati inventionum deesset ornatus. Huic Alexander filius 
successît, et virtute et vitiis pâtre major. Vincendi ra- 
tio utrique diyersa. Hic aperte , ille artibus bella tra- 
ctabat. Deceptis ille gaudere hostibus y hic palam fusis. 
Prudentior ille consilio, hic animo magaificentior. Iram 
pater dissimulare , plerumque etiam vincerc : huic, ubi 
exarsisset , nec dilatio ultionis , nec modus erat. Vini ni« 
mis uterque avidus : sed ébrietatis diversa vitia. Pater de 
couvivio in hostem procurrere, manum conserere, perî- 
culis se témere ofFerre : Alexander non in hostem , sed 
in suos saevire. Quamobrem Philippum saepe vulnera- 
tum prœlia remisere : hic amicorum interfector convivio 
frequentior excessit. Regnare ille cum amicis volebat; 
hic in amicos régna exercebat. Amari pater malle j hic 
metui. Litterarum cultus utrique similis. Solertiae pater 
majoris, hic fidci. Yerbis atque oratione Philippus, hic 
rébus moderatior. Parcendi victis filio animus et prom- 
ptior, et honestior; ille nec sociis abstinebat. Frugalitati 
pater, luxuriae filius magis deditus erat. Quibus artibus 
orbis imperii fundamenta pater jecit, operis totius glo- 
riam filius consummavit 



JUSTIN. LIVRE IX. 209 

diviser deux alliés, les flatter tour-à-tour l'un et l'autre, 
était sa politique ordinaire. Son élocution , vive et bril- 
lante , pleine d'éclat et de (inesse , unissait la facilité à l'élé^ 
gance. Alexandre , son fils et son successeur, surpassa les 
vices et les qualités de son père. Tous deux tendaient à la 
victoire, mais par des moyens différens : Alexandre em- 
ployait la force, Philippe avait recours à la ruse; l'un 
aimait à tromper ses ennemis ^ l'autre à les vaincre ; le 
premier eut plus d'adresse , le second plus de grandeur. 
Le père savait dissimuler, souvent même étouffer sa co- 
lère ; le fils , une fois irrité , ne souffrait ni retard , nibornes 
à sa vengeance. L'un et l'autre aimaient trop le vin; mais 
l'ivresse avait en eux des effets divers : le père, au sortir 
de la table, courait à l'ennemi, livrait bataille, se jetait 
tête baissée dans les périls; Alexandre tournait sa fu- 
reur, non contre ses ennemis , mais contre ses officiers : 
aussi vit-on souvent Philippe quitter le combat couvert 
de blessures , et Alexandre se lever de table souillé du 
sang de ses plus chers compagnons. L'un voulait régner 
avec ses amis ^, l'autre sur ses amis : le père voulait in- 
spirer l'amour, le fils exciter la crainte. Tous deux mon- 
trèrent du goût pour les lettres. Philippe eut plus de poli- 
tique, Alexandre plus de bonne foi ; le premier fut plus 
modéré dans ses paroles, le second dans ses actions. 
Alexandre pardonnait aux vaincus avec plus de facilité 
et de grâce, Philippe ne respectait pas toujours ses alliés ; 
le père aimait la frugalité, le fils se livrait à l'intempé- 
rance. Ce fut avec ces qualités diverses que le père j«ta 
les fondemens de l'empire du monde , et que le fils «ut 
la gloire d'achever ce grand ouvrage. 

I. i4 



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LIBER X. 



I. Artaxerxi , régi Persarum , ex pellicibus cxv filii 
ftiere, sed très tantum justo matrimouio suscepti, Da- 
rius , Ariarathesy et Ochus. Ex bis Darium contra mo- 
rem Persarum, apud quos rex non nisi morte mutatur, 
per indulgentiam pater regem vivus fecit , nihil sibi 
ablatum existimans , quod ia filium coatulisset , since- 
riusque gaudium ex procreatione capturus , si insignia 
majestatis suae vivus in filio conspexisset. Sed Darius, 
post nova paternae pietatis exempta, interficiendi patris 
consilium cepit; sceleratus , si solus parricidium cogi- 
tasset; tanto sceleratior, quod in societatem facinoris 
adsumptos quinquaginta fratres fecit parricidas. Ostenti 
prorsus genus , ubi in tanto populo non solum sociari , 
verum etiam sileri parricidium potuit , ut ex quinqua- 
ginta liberis nemo inventus sit , quem aut paterna ma- 
jestas, aut veneratio senis, aut indulgentia patris, a 
tanta immanitate revocaret. Âdeone vile paternum no- 
men apud lot numéro filios fuit , ut , quorum pra&sidio 
tutus etiam adversus hostes esse debuerat , eorum insidiis 
circumventus, tutior ab hostibus, quam a filiis, fuerit? 



«An* *^MtM^fy^vytn^^i%f%»M/v^niv¥ti»t¥*0»ivv»ikf^v^MM^»Mvmwivvtn/thmMiytivvvytnnivtivvvyvv%Mvmiiyuvv¥vv^ 



LIVRE X. 



I. jtVrtaxerxe ', roi de Perse j eut cent quinze fils natu- 
rels, et seulement trois fils légitimes, Darius, Ariarathe 
et Ochus. Au mépris de l'usage des Perses , chez lesquels 
la mort seule peut faire passer le sceptre en d'autres 
mains , il couronna de son vivant son fils Darius , qu'il 
chérissait : partager avec son fils , c'était pour lui jouir 
encore, et le nom de père semblait lui devoir être plus 
douK, s'il voyait lui-même son fils revêtu des ornemens 
de la royauté. Mais Darius, après cette nouvelle preuve 
de tendresse, forma le dessein d'assassiner son père : le 
seul projet de ce parricide était un afireux forfait ; il le 
rendit plus odieux encore , en associant à ses desseins cin- 
quante de ses frères. C'est une espèce de prodige , qu'un 
si grand nombre de complices aient pu , non-seulement 
se réunir pour un tel crime, mais aussi le tenir secret; 
et que , de cinquante enfans , pas un n'ait été détourné 
d'une si horrible entreprise , ni par la majesté d'un roi, 
ni par l'âge vénérable d'un vieillard , ni par la bonté 
d'un père. Comment tant de fils purent-ils mépriser assez 
ce nom sacré , pour conspirer contre celui qu'ils devaient 
défendre de ses ennemis , et pour lui rendre ses ennemis 
même moins dangereux que ses enfans? 



14 






aiu JUSTINl LIBER X. 

n. Causa parricidii sceleratior ipso parricidio fuit» 
Occiso quippe Cyro ^ fraterno bello j cujus mentio supra 
habita est, Aspasiam, pellicem ejus^ rex Artaxerxes in 
matrimonium receperat. Hanc patrem cedere sibi , sicuti 
regQum , Darius postulaverat : qui pro indulgenlia sua 
in liberos primo facturum se dixerat : mox pœnitentia 
ductus, ut honeste negaret, quod temere promiserat, 
solis eain sacerdotio praefecit, quo perpétua illi ab om- 
nibus viris pudicitia imperabatur. Hinc exacerba tus ju^ 
venis, in jurgia primo patris erupit : mox facta cum 
fratribus conjuratione, dum patri insidias parât, depre- 
hensus cum sociis, pœnas parricidii diis paternae maje- 
statis ultoribus dédit. Coojuges quoque omnium cum 
liberis , ne quod vestigium tanti sceleris exstaret , inter- 
fectae. Post baec Artaxerxes morbo çx doiore contracte 
decedit , rex quam pater felicior. 

III. Hereditas regui Ocho tradita, qui timens parem 
conjuratiouem, regiam cognatorum caede et strage prin- 
cipum replet , nulia non sanguinis , non sexus , non œtatis 
misericordia permotus , scilicet ne innocentior fratribus 
parricidis haberetur. Atque ita veluti purifîcato regno , 
bellum Cadusiis infert. In eo quuni adversus provoca- 
torem hostium Codomannus quidam cum omnium fa- 
vore processissel , hoste cœso, victoriam suis pariter, et 
prope amissam gioriam restituit. Ob haec décora idem 
Codomannus praeficiturArmeniis. Interjecto deinde tem* 



JUSTIN. LIVRE X. 2i3 

: n. Le motif de ce parricide semble en augmenter 
l'horreur. Artaxerxe, après la mort de son frère Cyrus 
dans la guerre dont j'ai parlé plus haut , avait épousé 
Aspasie, maîtresse de ce prince. Darius conjura son père 
de la lui céder, comme il lui avait déjà cédé le trône; 
et ce père, toujours docile aux désirs de ses enfans, y 
consentit d'abord. Mais il se repentit bientôt d<ç sa faci- 
lité; et, pour se dégager sans honte de son imprudente 
promesse, il consacra Aspasie au culte du soleil^, qui 
imposait aux prêtresses le plus rigoureux célibat. La 
colère du jeune prince éclsite en menaces; bientôt il 
conspire avec ses frères : mais , tandis qu'il prépare l'exé- 
cution de son crime, il est saisi avec ses complices, et 
satisfait, par son supplice, aux dieux vengeurs de la 
dignité paternelle. On mit à mort toutes ses femmes et 
tous ses enfans , pour effacer les traces d'un si horrible 
attentat. Quelque temps après , Artaxerxe mourut , dé- 
chiré de chagrins, heureux roi, mais malheureux père. 

IlL Ochus hérita du sceptre de la Perse : ce prince , 
craignant pour lui les dangers qui avaient mei;iacé son 
père , inonda le palais du sang des grands et des princes , 
insensible aux liens du sang , à la faiblesse de l'âge ou 
du sexe, et luttant , pour ainsi dire, de cruauté avec ses 
frères parricides. Lorsqu'il crut ^voir purifié l'empire par 
tant de meurtres, il fit la guerre aux Cadusiens. Ce fut 
alors qu'un des ennemis ayant défié le plus brave des 
Perses, Codoman^ marcha au combat, accompagné des 
vœux de toute l'armée, tua le barbare, assura la victoire 
aux Perses , et rendit de Téclat à la gloire presque éclipsée 
de leurs armes. Il reçut , pour prix de cette belle action ^ 



— i 



ai4 ' JUSTINI LIBER X. 

pore 9 post mortem Ochi régis, ob memoriam pristiiia& 
virtutis, rex a populo constituitur , Darii nomine, ne 
quid regiœ majestati deesset, honoratus ; bellumque cum 
Alexandro Magno, diu variante fortunà, magna virtute 
gessit. Postremo victus ab Alexandro , et a cognatis oc- 
cisus, vitam pari ter cum Persarum regno fînivit. 



JUSTIN. LIVRE X. aiS. 

le commandement des deux Arménies. Ochus étant mort 
peu de temps après, le peuple , plein d'admiration pour 
la valeur de Codoman, le plaça sur le trône; et, pour 
qu'il ne lui manquât rien de la majesté royale , il l'ho- 
nora du nom de Darius. Ce prince résista long-temps y 
avec des succès balancés, aux armes d'Alexandre-le- 
Grand; enfin, vaincu par Alexandre, et égorgé par ses 
proches , il entraîna dans sa chute la puissante monar- 
chie des Perses. 



•<^/vvvv«viAAn«vvinA/VM>«Mmv»nAni«w«/v«/vvvvvvvwvv«v^v>i%\i«A(v^'«vwwi« 



LIBER XL 



»^ 



I. xN exercitu Philippi siciiti varise gentcs erant , ita eo 
occisadiversi motus animortim fueré. Alri quippe injusta 
servitute oppressi, ad spem se libertatis erigebant : alii 
tdedio longinquœ militiae remissam sibi expeditionem 
gaudebant : nonnulli facem, luiptiis fîliae accensam, 
rogo patris subditam dolebant. Amicos quoque tam su- 
bita mutatlone rerum haud mediocris metus ceperat, re- 
putantes nunc provocatam Asiam, nunc Europam nan- 
dum perdomitam, nunc lUyrios, Thracas, Dardanos, 
ceterasque barbaras gentes fideî dubiae, et mentis infidae, 
qui omnes papuli si pariter deficiant, sisti nullo modo 
posse. Quels rébus veluti medela quaedam interventus 
Alexandri fuit; qui pro concione ita vulgus omne con- 
solatus hortatusque pro tempore est^ ut et metum ti- 
meutibus demeret, et spe omnes impleret. Ërat hic an- 
nos XX natus : in qua aetate ita moderate de se multa 
pollicitus est, ut appareret, plura eum experimentis 
reservare. Macedonibusimmunitatemcunctarum rerum , 
praeter militiae vacationem , dédit : qiio facto tantum sibi 
favorem omnium concilia vit, ut corpus hominis, non 
virtutem régis, mutasse se dicerent. 



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LIVRE XL 



I. JLja mort de Philippe agita d'impressions bien diffé- 
rentes les peuples divers qui composaient son armée. 
Ceux-ci, fatigués de son joug oppresseur, sentaient re- 
naître en eux l'espoir de la liberté ; ceux-là , effrayés du 
projet d'une campagne lointaine, s'applaudissaient d'en 
être affranchis; quelques-uns voyaient avec douleur le 
flambeau qui avait éclairé les noces de la fille ', allumer 
le bûcher du père : les amis du prince songeaient avec 
effroi aux suites d'une révolution si soudaine; l'Asie ve- 
nait d'être attaquée, l'Europe était mal soumise; les Illy- 
riens , les Thraces , les Dardaniens , les autres peuples 
barbares étaient des alliés douteux et infidèles ; s'ils se 
révoltaient à la fois, comment pourrait-on leur résister? 
Mais Alexandre montait sur le trône, et son génie fut 
un remède à tous ces maux : il assembla le peuple ; et 
mêlant, dans un discours plein d'adresse, les consola- 
tions et les conseils , il dissipa lés craintes, et remplit les 
cœurs d'espérance. Il n'avait alors que vingt ans ; mais 
il annonça avec tant de modestie les projets qu'il médi- 
tait , qu'on vit bien que ses actions surpasseraient ses pro- 
messes. 11 n'imposa aux Macédoniens d'autre charge que 
celle du service miUtaire, et gagna tellement leur affec- 
tion, qu'ils croyaient n'a voir pas changé de prince: c'était, 
disaient-ils, dans un autre corps, la même âme royale. 



/ 



9i8 JUSÏINI LIBER XI. 

II. Prima illi cura paternarum exsequîariim fuit; in 
cfuibus ante omnia caedis cooscios ad tumulum patris 
oocidi jussit. Soli Âlexandro Lyncestae fratri pepercit, 
servans in eo auspicium dignitatis su% : nam regem eum 
primus salutaverat. iEmulum quoque imperii Caranum 
Iratrem, ex noverca susceptum, interfici curavit. Inter 
iaitia multas geotes rebellantes compescuit, orientes non- 
nullas seditiones exstinxit. Quibus rébus erectus, citato 
gradu in Graeciam contendit, ubi, exemple patris Corin- 
thum evocatis civitatibus , dux in locum ejus substituitur. 
Inchoatum deinde a pâtre persicum bellum aggreditur. 
In cujus apparatu occupato nuntiatur , « Athenienses et 
Thebanos ab eo ad Persas defecisse, auctoremque ejus 
defectionis, mslgno auri pondère a Persis corruptum^ 
Demosthenem oratorem exstitisse, qui Macedonum de- 
letas omnes cum rege copias a Triballis afBrmaverit , 
producto in concionem auctore, qui in eo prœlio, in quo 
rex ceciderit, se quoque vulneratum diceret; qua opi- 
nione mutatos omnium ferme civitatum animos esse; 
prœsidia Macedonum obsideri. » Quibus motibus occur- 
surus, tanta celeritate instructoparatoqueexercitu Grae- 
ciam oppressit, ut, quem venire non senserant, videre 
se vix credererit. 

III. In transitu hortatus Thessalos fuerat; benefi- 
ciorumque Philippi patris, maternaeque suae cum bis ab 
i£acidarum gcnte necessitudinis admonuerat. Cupide 



JUSTIN. LIVRE XL aig 

II. Le premier soin d'Alexandre fut de rendre à son 
pcre les. honneurs funèbres : il fit égorger sur son tom- 
beau tous les complices du meurtrier ^ et ne pardonna 
qu'à son frère Alexandre Lynceste , respectant en lui les 
auspices de sa royauté ^ ; car ce prince l'avait , le premier, 
salué du nom de roi. Il (il mourir aussi Caranus , fils de 
sa marâtre, en qui il craignait de trouver un rival. Dès 
les premiers instans de son règne , il réprima plusieurs 
peuples révoltés 9 et étouffa des séditions naissantes. 
Animé par ces succès , il vole en Grèce , convoque une 
assemblée à Corinthe, à l'exemple de son père, et se 
fait proclamer général à sa place. Il se dispose ensuite 
à poursuivre la guerre que Philippe avait commencée 
contre la Perse. Au milieu de ses préparatifs , il apprend 
«que Thèbes et Athènes viennent de le trahir pour s'allier 
aux Perses, et que c'est l'orateur Démosthène qui les a 
poussées à la révolte : séduit par l'or des Barbares, il a dé- 
claré que l'armée macédonienne avait péri avec son roi 
sous le fer des Triballiens , et il a produit , en pleine assem- 
blée, un témoin qui disait avoir été blessé lui-même dans 
le combat où le roi avait perdu la vie. Ce bruit est devenu 
le signal d'un soulèvement presque universel, et les gar- 
nisons macédoniennes sont partout assiégées. » Pour ar- 
rêter ces mouvemens , Alexandre lève des troupes , et 
fond si brusquement sur les Grecs , qu'ignorant même 
son départ et sa marche , ils pouvaient à peine en croire 
leurs yeux. 

III. En traversant la Thessalie , il avait exhorté les 
habitans à la fidélité; il leur avait rappelé les bienfaits 
de son père Philippe, et les liens qui l'unissaient à eux 



220 JUSTINI LIBER XI. 

haec Thessalis audîentibus, exemplo patris dux univers» 
gentis creatus erat, et vectigalia omnia reditusque suos 
ei tradiderant. Sed Athenienses, sicuti primi defecerant, 
ita primi pœnitere cœperunt, contemptum hostis in ad- 
mirationem vertentes , pueritiamque Alexandri , spretam 
autea , supra virtutem veterum ducum extoUentes. Missis 
itaque legatis, belluin deprecantur : quîbus auditis et 
graviter increpatis y Alexanderbellum remisit. Inde The^ 
bas exercitum convertit , eadem indulgentia usurus , si 
parem pœnitentiam invenisset. Sed Thebani armis, non 
precibus nec deprecatione , usi sunt. Itaque victi gravis- 
sima quaeque supplicia miserrimae captivitatis experti sunt. 
In eoncilio quum de excidio urbis deliberaretur, Phocen- 
ses, et Plataeenses, et Tbespiensi&s , et Orcliomenii, Alexan- 
dri socii, victoriaeque participes, excidiaurbium suarum^ 
crudelitatemque Thebanorum referebant, studia in Fer* 
sas, non prœsentia tantum , verum et vêlera, ad versus 
Graeciâe libertatem increpantes : « Quamobrem odiuin 
eos omnium populoruni esse : quod vel exeo maniféstari, 
quod jurejurando seomnes obstrinxerint , ut victis Persis 
Thebas diruerent. » Adjiciunt et scelerura priorum fabu- 
las, quibus omnes scenas repleverint, ut non praesenti 
tantum perfîdia, verum et vetere infamia invisi forent^ 



IV. Tutic Cleadas, unus ex captivis, data potestate 



1.^^^ - 7_^ 



JUSTIN. LIVRE XL aai 

<lu cote de sa mèi'e, issue du sang des Éacides ^. Séduits 
par ces discours , les Thessaliens l'élurent chef suprême 
de leur nation , comme Tavait été son père , et remirent 
en ses mains les trésors et les revenus de Tétat. Cepen- 
dant les Athéniens , qui , les premiers j l'avaient trahi , fu- 
rent les premiers à s'en repentir ; et , passant du mépris 
à l'admiration y ils élevèrent au dessus de leurs anciens 
héros celui dont naguère ils dédaignaient la faiblesse et 
i'enfance. Ils lui firent demander la paix : Alexandre 
reçut leurs députés , et , après de vifs reproches , con- 
sentit à leur pardonner. 11 marcha ensuite vers Thèbes, 
prêt à montrer la même indulgence s'il trouvait la même 
soumission. Mais les Thébains eurent recours aux armes, 
et non aux prières. Ils furent battus , et épuisèrent toutes 
les rigueurs de la plus affreuse servitude. On délibérait 
dans le conseil sur le projet de raser la ville : les Pho- 
céens , les Platéens , ceux d'Orchomène et de Thespies , 
alliés d'Alexandre et compagnons de sa victoire , rappe- 
laient la ruine de leurs villes et les cruautés des Thé- 
bains : on reprochait aux vaincus et leurs liaisons ac- 
tuelles avec les Perses , et leurs anciens attentats contre 
la liberté commune ; a ils étaient devenus ^ disait-on , l'exé- 
cration des peuples de la Grèce, qui tous avaient juré 
de détruire Thèbes , après la défaite des Perses. » On ajou- 
tait à ces accusations le récit de leurs anciens forfaits , 
racontés par la fable ^, et tant de fois exposés sur la scène; 
on s'efforçait de les rendre odieux, en joignant au récit 
de leurs dernières trahisons le tableau de leur ancienne 
infamie. 

IV. Cléadas , l'un des prisonniers , ayant obtenu la per- 



29.2 JUSTINI LIBER Xî. 

dicendi : « Non a rege se defecisse, quem interfectum 
audierint, sed a regîs heredibus : quicquid in eo sit 
aclmissum^ credulitatis , non perfidiae culpam esse; cujus 
tainen jam magna se supplicia pependisse, deleta ju- 
ventute : uunc senum feminarumque , sicuti infirmum, 
ita innoxium restare vulgus^ quod ipsum stupris con- 
tumeliisque ita vexatum esse, ut nihil amarius unquani 
sint passi. Nec tam pro civibus se , qui tam pauci reman- 
serint , orare; sed pro innoxio patriœ solo , et pro urbe, 
quae non viros tantum, verum et deos genuerit. » Pri- 
vata etiain regem superstitione deprecatur geniti apud 
ipsos Herculis, unde originem gens ^acidarum trahat; 
actaque Thebis a pâtre ejus Philippo pueritia. Rogat j 
(c urbi parcat, quae majores ejus partira apud se genitos 
deos adoret, partim educatos summae majestatis reges 
viderit. » Sed pôtentior fuit ira, quam preces. Itaque 
urbs diruitur : agri inter victores dividuntur : captivi sub 
corona venduntur ; quorum pretium non ex ementium 
commodo , sed ex inimicorum odio extenditur. M iseranda 
res Atheniensibus visa. Itaque portas refugiis profugo- 
rum contra iûterdictum régis aperuere. Quam rem ita 
graviter tulit Alexander, ut secunda legatione denuo 
bellum deprecantibus , ita demum remiserit , ut oratores 
^t duces, quorum fiducia toties rebellent, sibi dedan-» 
tur; paratisque Atheniensibus, ne cogantur subire bel- 
ium, eo res reducta est, ut, retentis oratoribus, duces 
in exsilium agerentur ; qui ex continenti ad Darium 



JUSTIN. LIVRE XI aft3 

mission de parler^ répondit que « si Thèbes s'était révol- 
tée , ce n'était pas contre le roi , qu'elle avait cru mort , 
mais contre les héritiers de son trône ; que j quoi qu'elle 
eût fait , elle avait été crédule , et'uon perfide; qu'enfin , 
la perte de son armée l'avait déjà cruellement punie; 
qu'on ne voyait plus dans ses murs que des vieillards et 
des femmes, troupe faible et innocente, déjà exposée 
aux derniers excès de la violence et de l'outrage; qu'il 
implorait la pitié d'Alexandre , non pour ses concitoyens , 
déjà presque entièrement détruits , mais pour le sol de 
sa patrie, qui n'était point coupable; pour une ville qui 
avait donné le jour à des héros, et même à des dieux. » 
Il invoque ensuite des souvenirs encore plus sacrés pour 
le roi ; il lui rappelle qu'Hercule , tige des Éacides ^, est 
né à Thèbes; que Philippe, son père, y passa son en- 
fance; il le conjure enfin «de faire grâce à une ville qui a 
vu naître ou élever dans ses murs les dieux et les grands 
rois qu'il compte parmi ses ancêtres. » Mais rien ne put 
désarmer le courroux d'Alexandre : Thèbes fut détruite, 
son territoire partagé entre ses vainqueurs , ses citoyens 
vendus à l'encan , et la haine, plus que l'intérêt, présida 
à l'enchère. Athènes, touchée de pitié, ouvrit ses portes 
aux fugitifs, malgré les menaces d'Alexandre. Indigné dç 
cette audace , le roi renvoya les députés qui venaient , 
pour la seconde fois, implorer la paix, avec ordre de 
lui livrer les orateurs et les généraux , dont les conseiU 
avaient excité tant de révoltes. Décidés à tous les sacrin 
fices pour éviter la guerre , les Athéniens allaient obéir j 
il leur fut permis de garder leurs orateurs, s'ils exilaient 
leurs généraux : ceux-ci se retirèrent aussitôt près de D^-* 



224 JUSTINI LIBER XI. 

profecti , non médiocre momeutum Persarum viribus ac- 

cessere. 

y. Proficiscens ad persicum bellum, omnes novercae 
suae cognâtes y quos Philippus in excelsiorem dignitatis 
locum provehens imperiis praefecerat, interfecit. Sed 
nec suis y qui apti regno videbantur, pepercit, ne qua 
materia seditionis^ procul se agente, in Macedonia re- 
maneret; et reges stipendiarios conspectioris ingenii ad 
commilitium secum trahit, segniores ad tutelam regni 
relinquit. Adunato deinde exercitu naves onerat : unde 
conspecta Asia incredibili ardorc mentis accensus, duo- 
decim aras deorum in belli vota statuit Patrinionium 
omne suum, quod in Macedonia Europaque habebat, 
amicis dividit , sibi Asiam sufficere praefatus. Priusquam 
ulla navis litore excederet, hostias caedit, petens vie- 
toriam bello, quo toties a Persis petit» Graeciae ultor 
electus sit; quibus longa jam satis et matura imperia 
contigisse , quorumque teihpus esse vices excipere melius 
acturos. Sed nec exercitus ejus alia, quam régis ani- 
morum praesumptio fuit : quippe obliti omnes conjugum 
liberorumque, et longinquae a domo militiae, persicum 
aurum , et totius Orientis opes j jam quasi suam prœdam 
ducebant, nec belli periculorumque , sed divitiarum me- 
minerant. Quum delati in continentcm essent, primus 
Alexander jaculum, velut in hoslilem terram^ jecit; ar- 
matusque de navi tripudianti similis prosiluit; atque ita 



JUSTIN. LIVRE XI. aaS 

riusy et ne contribuèrent pas médiocresient à rehausser 
la puissance des Perses. 

V. A son départ pour FAsie , Alexandre fit périr tous 
les parens de sa marâtre, que Philippe avait comblés de 
dignités et d'honneurs. Il n épargna pas même ceux d'entre 
les siens qui lui paraissaient dignes du trône, pour ne 
laisser aucune semence de trouble dans la Macédoine, 
qu'il allait quitter; enfin, il etitraîua après lui ceux des 
rois tributaires qui avaient montré quelques talens, et 
confia aux plus faibles la défense de ses états. Il s'em- 
barque ensuite avec son armée, et, à la vue des côtes de 
l'Asie, enflammé d'ardeur et de courage , il élève douze 
autels aux dieux dont il implore le secours. Il distribue 
à ses courtisans tous ses domaines de Macédoine et d'Eu* 
rope , en déclarant que l'Asie lui suffisait. Ayant de quit- 
ter le rivage, il offre aux dieux des victimes : il leur 
demande la victoire pour cette Grèce que les Perses ont 
si souvent outragée, et qui lui a commis le soin de sa 
vengeance : il est temps qu'on voie passer en de plus 
dignes mains un empire qu'ils ont possédé pendant tant 
d'années. Ses soldats partageaient son espoir : oubliant 
et leurs enfaus, et leurs femmes, et les fatigues d'une 
expédition lointaine, ils se croyaient déjà maîtres de l'or 
de la Perse et des trésors de l'Orient ; ils ne songeaient 
^ ni à la guerre, ni à ses périls, mais aux richesses qui 
en seraient le prix. Dès qu'ils touchèrent au rivage, 
Alexandre y jeta le premier javelot, comme sur une 
terre ennemie , et s'élança de son vaisseau , tout armé , 
et bondissant de joie; il fit égorger des victimes, en 
priant les dieux de rendre cette contrée docile à son 
I. i5 



aa6 JUSTIN! LIBER XI. 

hostias caedit, precatus^ ne se regem illœ terrae invitas 
accipiant. In Ilio quoque ad tumulos heroutn , qui tro- 
jano bello ceciderant , parentavit. 

VI. Inde hostem petens , milites a populatione Asiœ 
prohibuit, parcendum suis rébus prœfatus, nec per* 
denda ea ,.quae possessuri venerint. In exercitu ejus fuere 
pedîtum XXX duo mlllia , equitum quatuor millîa quin- 
genti, naves centuin lxxxii. Hac tatn parva manu uni- 
versum terrarum orbem utrum admirabilius vicerit j au 
aggredi ausus fuerit, incertum est. Quum ad tam peri- 
culosum bellum exercitum legeret , non juvenes robustos, 
nec primum florem aetatis, sed veteranos plerosque, 
etiatn emeritae militiae, qui cum pâtre patraisque mili- 
taverant, elegit; ut non tam milites , quâm magistros 
militiae electos putares. Ordines quoque nemo nisi sexa- 
genarius duxit; ut, si principia castrorum cerneres, se- 
natum te alicujus priscae reipublicae videre diceres. Ita* 
que nemo in prœlio fugam, sed victoriam cogitavit; nec 
in pedibus cuiquam spes y sed in lacertis fuit. Contra rex 
Persarum Darius, fiducia virium, nil astu agere, affir- 
mans suis ,« occulta consilia victoriaefurtivaeconvenire ;)> 
nec hostem regni finibus arcere, sed in intimum regnum 
accipere : gloriosius ratus repellere bellum, quam non 
admittere. Prima igitur congressio in campis Adrastiae 
fuit. In acie Persarum sexcenta millia militum fuere : quae , 
non minus arte Âlexandri, quam virtute Macedonum, 



JUSTIN. LIVRE XL ik%y 

empire. A Ilion, il boaora aussi, par des sacriâoes fu« 
nèbres, les mân^s des héros morts ans la guerre de 
Troie ^. 

YI. En marchant à l'ennemi, il interdit le pillage à 
ses soldats : ils devaient, disait-il, respecter son nouveau 
domaine, et ne pas désoler une contrée dont ils venaient 
prendi^ possession. Trente-deux mille fantassins , quatre 
mille cinq cents cavaliers, et cent quatre-vingt-deux vais* 
seaux composaient toute sœi armée : voilà avec quelles 
forces il subjugua l'univers, laissant l'admiration parta- 
gée entre l'audace de l'entreprise et le prodige de l'exé- 
cution. Il s'associa pour une expédition si périUeuse, non 
des hommes pleins de jeunesse et de vigueur, mais de 
vieux guerriers qui avaient servi long-temps sous son père 
et sous ses oncles, et qui semblaient choisis moins pour 
combattre que pour donner des leçons de l'art militaire. 
On n'y voyait aucun capitaine qui n'eût plus de soixante 
ans , et la troupe d'élite , qui veillait sur les étendards , res- 
semblait au sénat de quelqu'ancienne république : aussi, 
sur les champs de bataille, tous songeaient à vaincre^ 
non à fuir ; tous comptaient sur la vigueur de Jetirs bras, 
non sur l'agilité de leurs pieds. Cependant Darius, roi. 
de Perse , plein de confiance en ses forces, et dédaignant 
d'employer la ruse , répétait sans cesse à ses généraux , 
'((qu'il fallait laisser les stratagèmes à qui voulait dérober 
la victoire : » loin d'écarter l'ennemi de «es frontières, il le 
laissa pénétrer au cœur de ses états, trouvant plus glo- 
rieux de le repousser que de pi^venir son approche. La 
ju'emière bataille se livra dans les plaines voisines d'Âdra- 

j5. 



aa? JUSTÎNI LIBER XL 

superata , terga verterunt. Magna itaque caedes Persarum 
fiiit.rDe exercilu Alexandri novem pedites, centum vi- 
ginti équités cecidere : quos rex impense , ad ceterorum 
exemplum, humatos statùis equestribus donavit,cogna- 
tisque eorum immunitates dédit. Post victoriam major 
pars Asiae ad eum defecit. Gessit et plura bella cum prae- 
fectis Darii , quos jam nou tam armis , quam terrore no- 
niinis sui vicit« 



Vit. Dum haec aguntur , intérim ittdicio captivi ad 
eum defertur^insidiasei ab Alexandro Lyncesta, genero 
Antipatri, qui praepositus Macedoniae erat, parari. Ob 
quam causam timens, ne quis, interfecto eo^ in Mace- 
donia motus orirelur, in vinculis eum babuit. Post haec 
Gordium urbem petit, quae posita est inter Phrygiara 
majorem et minorem : cujus urbis potiundae non tam 
propter praedam cupido eum cepit, sed quod audieraf, 
in «a urbe, in templo Jovis, jugum plaustri Gordii po- 
situm, « cujus nexum si quis solvisset, eum tota Asia 
regnaturum, » antiqua oracula cecinisse. Hujus rei causa 
et origo illa fuit. Gordius quum in bis regionibus bobus 
conductis araret, aves eum omnis generis circumvolare 
cœperunt. Profectus ad consulendos augures vicinae ur- 
bis j obviam in porta habuit virginem eximiae pulchritu- 
dinis : percontatus eam , quem potissimum aiigurem con* 



JUSTIN. LIV;RE XL aag 

stie 7 : Tarmëe des Perses était forte de six cent mille 
hommes, et le génie d'Alexandre ne contribua pas moins 
à leur défaite que la valeur des Macédoniens. On fit un 
grand carnage des Barbares : les Grecs ne perdirent que 
neuf fantassins et cent vingt cavaliers. Le roi, pour ex- 
citer Téniulation de ses soldats, fît ensevelir les morts 
avec pompe, leur érigea des statues équestres, et ac- 
corda des privilèges à leurs familles. Après sa victoire , 
la plu& grande partie de l'Asie se soumit à lui. Il en vint 
souvent aux mains avec les généraux de Darius, et ses 
armes ne firent qu'achever des triomphes déjà commen- 
cés par la terreur de son nom. 

VIL Au milieu de ces succès , on vint lui annoncer , sur 
la déposilioa d'un captif, qu'Alexandre Lynceste , gendre 
d'Antipater, gouverneur de la Macédoine, tramait une 
conjuration contre lui : craignant que le supplice du 
coupable n'excitât des troubles dans son royaume, il le 
fit jeter dans les fers, il marcha ensuite vers la ville de 
Gordium , située entre les deux Phrygies : il aspirait à 
s'en rendre maître, non pour la piller , mais parce qu'on 
y gardait en dépôt, dans le temple de Jupiter, le joug 
du chariot de Gordius, et que d'anciens oracles pro- 
mettaient a l'empire de l'Asie à celui qui saurait en délier 
les nœuds.)) Voici l'origine de celle tradition. Gordius la- 
bourait dans ce pays avec des bœufs de louage, lorsque 
des oiseaux de toute espèce vinrent voltiger à ses côtés. 
Il se rendit à la ville voisine, pour consulter les augures : . 
en y arrivant, il rencontra une jeune fille d'une rare 
beauté, et lui demanda quel augure il devait interroger : 
cette fille, initiée par ses parens à Fart de la divination, 



a3o JUSTINI LIBER XI. 

suleret : illa , audita causa consuleadi , gnara artis ex 
disciplina parentum , régnum ei portendi , respondit ; pol- 
liceturque se et matrimonii et spei sociam. Tarn pulchra 
conditio prima regni félicitas videbatur. Post nuptias, in- 
ter Phrygas orta seditio est. Consulentibus de fine discor- 
diarum oracula responderunt , a regem discordiis opus 
esse. )) Iterato quaerentibus de persooa régis , juhentur 
eum regem observare, quem reversi primum in templum 
Jovis euntem plaustro reperissent. Obvius illis Gordius 
fîiit , statimque eum regem consalutant. Ille plaustrum , 
quo vehenti regnum delatum fuerat , in templo Jovis po* 
situm y majestati regsœ consecravit. Post hune filius Mi- 
das regnayît, qui ab Orpheo sacrorum solennibus in- 
itiatus , Phrygiam religionibus implevit : quibus tutior 
omni vita, quam armis fuit. Igitur Âlexander, capta 
urbe, quum in templum Jovis venisset, jugum plaustri 
Gordii requisivit : quo exhibito^ quum capita loramen- 
torum intra nodos abscondita reperire non posset, vio- 
lentius oraculo usus^ gladio loramenta caedit : atque ita 
resolutis nexibus, latentia in nodis capita invenit. 



VIII. Haec illi agenti uuntiatur, Darium eum iugenti 
exercitu adventaris. Itaque timens angustias , magna celé- 
ritateTaurum transkiïendtt : in qua festinatione quingenta 
stadia cursu fecit. Quum Tarsum venisset ^ captus Cydat 



JUSTIN. LIVRE XL aSi 

s'iastroit du prodige dont il veut connaître le sens , lui 
annonce qu'il sera rot , et promet de s'unir à celui qu'at- 
tendent de si hautes destinées. Gordîus regarde une offre 
si belle comme un heureux prélude de son règne. Après 
son mariage y des troubles éclatèrent en Phrygie, et l'ora- 
cle ^ consulté sur le moyen de calmer ces discordes ^ répon* 
dit f( qu'elles finiraient quand le pays aurait un roi. «Inter- 
rogé de nouveau sur le choix du prince ^le dieu ordonna 
aux hahitans de couronner le premier qu'ils trouveraient ^ 
à leur retour, se dirigeant sur un chariot vers le temple 
de Jupiter. Gordius ^arut le premier, et fut aussitôt pro- 
clamé roi. Ce prince déposa dans le temple de Jupiter, 
et consacra à ce dieu , en mémoire de son élévation , le 
chariot qui le portait lorsqu'il avait reçu la couronne. 
Midas, son fils et son successeur, initié par Orphée aux 
mystères et aux rites sacrés, répandit dans toute la Phry- 
gie le culte des dieux, et dut h leur protection , plus qu'à 
la force des armes, une vie paisible et fortunée. Alexan- 
dre, maître de la ville, entra dans le temple de Jupiter, 
et se fit montrer le joug du char de Gordius : ne pou- 
vant trouver l'extrémité des courroies , cachée dans l'é- 
paisseur du nœud y il éluda brusquement l'oracle, en 
tranchant ces liens d'un coup d'épée; et, ayant ainsi 
divisé le nœud, il découvrit les bouts qui y étaient en- 
foncés. 

VIII. Sur ces entrefaites, on lui annonça que Darius 
s'approchait avec une puissante armée : pour n'être pas 
surpris dans les défilés, il franchit à la hâte le mont Tau- 
rus, et parcourut cinq cents stades d'une seule traite^. 
Arrivé aux bords du Cydnus, qui traverse la ville de 



a3a JUSTINI LIBER XL 

fluininis amœoitate, per medîatn urbem iafluentis, pro- 
jectis armis, plenus pulveris ac sudoris, in pra&frigidam 
undam se projecit Tum repente tantus nervos ejus oc- 
cupavit rigor^ ut, interclusa voce, non spes modo re- 
medii , sed nec dîlatio periculi inveniretur. Unus erat ex 
medicis, nomine Philippus, qui solus remedium poUice- 
retur : sed et ipsum Parmenionîs pridie a Cappadocia 
missae epistolœ suspectum faciebant ; qui ignarus infir- 
mitatis Alexandri scripserat, a Philippe medico cave- 
ret; nam corruptum illum aDario ingenti pecunia esse. 
Tutius tamen est ratus, dubiae se fidei niedici credere, 
quam indubitato inorbo perire. Accepto igitur poculo, 
epistolas medico tradidit ; atque ita inter bibendum ocu* 
los in vultum legentis intendit. Ut securum conspexit , 
lœtior factus est, sanitatemque quarta die recepit. 

IX. Interea Darius cum quadringentis millibus pe- 
ditum y ac centum millibus equitum in aciem procedit. 
Movebat Iiaec multitudo hostium, respectu paucitatis 
suae, Alexandrum : sed interdum reputabat, quantas 
res cum ista paucitate gessisset , quantosque populos fu- 
dissct. Itaque quum spes metum yinceret,'pericuIosius 
differre bellum ratus, ne desperatio suis cresceret, cir- 
cumvectus suos , singulas géntes diversa oratione allô- 
quitur. Illyrios et Thracas opum ac divitiarum ostenta- 
tione, Graecos veterum bellorum memoria , internecivique 
cum Persis odii , accendebat : Macedones autem nunc 



JUSTIN. LIVRE XI. a33 

Tarse , séduit par la beauté de ses eaux , il quitta son ar- 
mure, et se jeta y couvert de sueur et de poussière , dans 
les flots presque glacés de ce fleuve. A rinstant, ses nerfs 
se roidissent ; il pçrd l'usage de la voix : on désespérait déjà 
de le sauver ; on ne voyait même aucun moyen de retarder 
son trépas. Un seul de ses médecins , nommé Philippe , 
promettait de le guérir; mais une lettre de Parménicm, 
venue la veille de Cappadoce, rendait ses secours sus- 
pects : ce général , sans connaître la maladie d'Alexandre, 
lui écrivait de se méfier du médecin Philippe, corrompu, 
disait-il , par les trésors du roi de Perse. Cependant le 
roi aima mieux s'abandonner à la foi douteuse d'un mé- 
decin , que d'attendre une mort assurée. Il reçoit la coupe 
des mains de Philippe, lui présente la lettre, et boit, les 
yeux fixés sur le visage du médecin : le voyant calme et 
sans trouble , il se rassura lui même , et fut guéri quatre 
jours après. 

IX. Cependant Darius venait lui présenter la bataille, 
à la tête de quatre cent mille fantassins et de cent mille ca- 
valiers. Alexandre ne pouvait sans inquiétude comparer 
le petit nombre des siens à cette multitude d'ennemis; 
mais il songeait aussi qu'avec cette poignée de soldats 
il avait fait de vastes conquêtes , et soumis de puissantes 
nations. Son espoir triompha de ses craintes; et, pour 
ne pas refroidir par de plus longs délais le courage de 
ses soldats, il parcourut les rangs à cheval, parlant à 
chaque peuple un langage particulier. Aux Ulyriens et 
aux Thraces, il vantait les trésors qui allaient être leur 
proie; il enflammait les Grecs par le souvenir de leurs 
anciens combats et do la haine mortelle qu'ils portaient 



9M JUSTINI LIBER XL 

Ëuropae victœ admonet, nunc Âsiae expetitae; aec in- 
ventas illis toto orbe pares vires gloriatur : ceterum et 
laborum finem hune, et gloriae cumulum fore. Atque in- 
ter hsec îdentidem consistere aciem jubet, ut hac mora 
consuescant oculis turbam hostium sustinere. Nec Darii 
segnis opéra in ordinanda acie defuit. Quippe omissis 
ducum offîciis, ipse omnia circumire, singulos hortari, 
veteris gloriae Persarum imperiique perpetiue a dtîs int» 
mortalibus datée possessionisadmonere. Posthaec prœliuni 
ingentibus animis committitur. In eo uterque rex vul- 
neratur. Tanidiu certamen anceps fuit^ quoad fugeret 
Darius. Exinde caedes Persarum secuta est. Caesa sunt 
peditum ununi et sexaginta millia, equituni decem mil- 
ita : capta quadraginta milita. Ëx Macedonibus cecidere 
pédestres cxxx, équités cl. In castris Persarum multum 
auri ceterarumque opum inventum. Inter captivos ca- 
strorum, mater, et uxor eademque soror, et filiae dua& 
Darii fuere. Ad quas visendas hortandasque quum Alexan- 
der venisset, conspectis armatis, invicem se amplexae, 
velut statim moriturae, complorationem ediderunt. Pro- 
volutœ deindegenibus Alexandri , non mortem , sed, dum 
Darii corpus sepelianl , dilationem mortis deprecantur. 
Motus tanta mulierum pietate Alexander, et Darium vi- 
vere dixit, et timentibus mortis metum dempsit, easque 
haberi ut reginas praecepit. Filias quoque non sordidius 
dignilate patris sperare matrimonium jussit. 



JUSTIN. LIVRE XI. a35 

auK Perses; il citait aux Macédoniens , tantôt l'Europe 
déjà soumise, tantôt l'Asie à demi subjuguée, et il leur 
rappelait avec orgueil que le monde n'avait point eu de ri- 
vaux pour eux : il leur montrait d'ailleurs , dans ce der- 
nier triomphe, et le terme de leurs fatigues et le comble 
de leur gloire. Tout en les animant ainsi, il ordonnait 
des haltes fréquentes , pour accoutumer peu à peu leurs 
regards au spectacle de l'armée innombrable des Perses. 
Darius ne mettait pas moins de soins à disposer son 
armée : il ne s'en reposa pas sur ses lieutenans; il par- 
courut tous les rangs en personne; il exhorta ses soldats 
au nom de la gloire de leurs pères , et de cette domina- 
tion d'éternelle durée qu'ils tenaient des dieux immor- 
tels. Enfin, la bataille commença 9 : on combattit avec 
fureur, et les deux rois furent blessés. Le succès resta 
douteux jusqu'à l'instant où l'on vit fuir Darius : aus- 
sitôt les Perses tombèrent de toutes parts; on leur tua 
soixante-un mille fantassins et dix mille cavaliers, qua- 
rante mille furent faits prisonniers ;. les Macédoniens per- 
dirent cent trente hommes de pied et cent cinquante 
cavaliers. Ou trouva le camp des Perses rempli d'or et 
de précieuses dépouilles; la mère de Darius, ses deux 
filles, et sa femme, qui était aussi sa sœur, tombèrent 
aux mains des vainqueurs. Alexandre veut les voir et 
les consoler : à l'aspect des soldats qui l'entouraient, 
elles crurent leur dernier instant arrivé, et s'embras- 
sèrent Tune l'autre, en poussant des cris de douleur ; 
puis, se jetant aux pieds d'Alexandre , elles le supplièrent 
de leur accorder, non pas la vie , mais le temps d'ense- 
velir les restes de Darius. Le roi , touché d'une si vivo 



j- 



236 JUSTINI LIBER XI. 



X. Post haec y opes Darii divltiarumque apparatumcoa- 
templatus, admiratlooe tantarum rerum capitur. Tune 
primum luxuriosa coavivia, et magniâcentiain epulartun 
sectari : tune Barsinem captivam diligere propter formes 
pulchritudinem cœpit; a quapostea susceptum pirerum 
Herculem vocavit. Memor tamen adhuc Dariuin vîvere , 
ParmeDionein ad occupandam persicam classem , aliosque 
amicos ad recipiendas Asiae civitates misit ; quas statim , 
audita fama victoriae, ipsis Darii praefectis cum auri 
magno pondère tradentibus se, in potestatem victorum 
venerunt. Tune in Syriam proficiscitur, ubi obvios cum 
infulis multos Orientis reges habuit. Ex his , pro meritis 
singulorum , alios in societatem recepit , aliis regnum 
' ademit , sufTectis in loca eorum novis regibus. Insignis 
praster ceterosfuit Abdolonymus, rex ab Alexandro SLdo- 
niae constitutus. Queni Alexander, quum operam oblo* 
care ad puteo&exhauriendos hortosque irrigandos solitus 
esset, misère vilam exhibentem regem fecerat, spretîs 
nobilibus, ne generis id, non dantis beneficium puta- 
rent. Tyriorum cîvitas quum coronam aureara magni 
ponderis per legatos in titulum gralulationis Alexandro 
misisset , grate munere accepto , Tyrum se ire velle ad 
vota Herculi reddenda , dixU. Quum Icgati rectius id eum 



JUSTIN. LIVRE XL aj-^ 

tendresse 9 leur dit que Darius vivait, et que leurs jours 
étaient en sûreté. Il voulut qu'elles fussent traitées en 
reines, et fit espérer aux jeunes princesses une alliance 
digne de leur royale naissance. 

X. Alexandre ne put voir sans en être ébloui les tré- 
sors de Darius et les magnificences du faste asiatique. 
Dès-lors il commença d'aimer les festins somptueux et 
le luxe de la table i il se laissa séduire par les charmes 
de Barsine, Tune de ses captives ; et , plus tard , il en eut 
un fils, qui reçut le nom d'Hercule. Cependant, son- 
geant que Darius respire encore , il<envoie Parménion 
surprendre la flotte des Perses , et d'autres généraux con- 
quérir les villes d'Asie : au premier bruit de la victoire 
d'Alexandre , elles se soumirent au vainqueur, et les gou- 
verneurs se livrèrent eux-mêmes avec leurs trésors. Le 
roi marcha de là vers la Syrie : plusieurs souverains de 
l'Orient vinrent à sa rencontre , couverts de leurs orne- 
mens royaux '**. Traitant chacun selon sa conduite, il ac- 
corda aux uns son alliance, et détrôna les autres, pour 
leur substituer de nouveaux rois. On distingua parmi 
ces princes Abdolonyme, qui avait long-temps vécu dans 
la misère, louant ses bras pour nettoyer les puits et ar- 
roser les jardins : Alexandre le fit roi de Sidon , à l'ex^^ 
clusion des grands du pays, qui se seraient crus maîtres 
par le droit du sang, et non par la volonté de leur 
bienfaiteur. Tyr envoya à Alexandre une couronne d'or 
d'un grand poids, à titre de félicitation. Le roi parut 
flatté de ce présent, et annonça aux députés qu'il avait 
dessein d'aller à Tyr s'acquitter d'un vœu fait à Her- 
cule : ceux-ci l'engagèrent à choisir plutôt, pour son sa- 



ftS8 JUSTINI LIBER XI. 

in Tyro vetere et antiquiore templo facturum dicereat , in 
deprecantes ejus introitum ita exarsit, ut urbi excidiiim 
ininaretur; confestimque exercitu insulae appUcato ^ non 
minus animosis Tyriis fiducia Carthaginiensium ^ bello 
excipitur. Augebat enim Tyriis animos Didonis cxem- 
plum , quae , Carthagine condita , tertiam partem orbis 
quaesisset; turpe ducentes, si feminis suis plus animi 
fuisset in imperio quaerendo, quam sibi in tuenda liber- 
tate. Amota igitur imbelli aetate Carthaginem , et arces- 
sitis mox auxiliis , non magno post tempore per prodi- 
tionem capiuntur. 



XI. Inde Rhodum Alexander, i£gyptuni, Ciliciam- 
que sine certamine recepit. Ad Jovem deinde Ammonem 
pergit, consulturus et de eventu futnrorum, et de ori- 
gine sua. Namque mater ejus Olympias confessa viro 
suo Philippo fuerat, « Alexandrum npn ex eo se, sed 
ex serpente ingentis magnitudinis concepisse. » Deni- 
que Fhilippus uitimo prope vitae suae tempore, filium 
suum non esse , palam prœdicaverat. Qua ex causa Olyrn* 
piadem, velut stupri compertam, repudio dimiserat. 
Igitur Alexander cupiens originem divinitatis acquirere , 
simul et matrem infamia liberare , per praemissos subor- 
nât antistites , quid sibi responderi velit. Ingredientem 
templum statim antistites ut Ammonis filium salutaiit. 



JUSTIN. LIVRE XL a39 

crifice , l'ancienne ville et l'ancien temple de Tyr. Alexan*- 
dre comprit qu'ils craignaient de le voir au sein de leur 
cité : dans sa fureur , il menaça de renverser leurs mu- 
railles , et vint aussitôt débarquer dans l'ile. Les Tyriens , 
comptant sur l'appui des Carthaginois , ne montrèrent 
pas moins d'ardeur , et le reçurent les armes à la main. 
Animés par l'exemple de Didon, qui avait fondé Car- 
thage et soumis à ses lois la troisième partie du monde, 
ils eussent cru se déshonorer en montrant moins de cou. 
rage pour la défense de leur liberté » que n'en avaient 
déployé leurs femmes pour la conquête d'un empire. Ils 
envoyèrent à Carthage ceux des habilans qui ne pou- 
vaient combattre 9 et en firent bientôt venir des secours : 
mais, peu de temps après, la trahison les livra à l'en- 
nemi. 

XI. Rhodes, l'Egypte, la Cilicie, se soumirent sans 
résistance à Alexandre. Il se rendit ensuite au temple de 
Jupiter Ammon, pour consulter Toracle sur sa destinée 
future et le secret de sa naissance; car sa mère Olym- 
pias avait avoué à Philippe « qu'Alexandre n'était pas né 
de lui , mais d'un serpent d'une grandeur prodigieuse : » 
Philippe lui-même , peu d'instans avant sa mort , avait 
déclaré qu'Alexandre n'était pas son fils , et ces soupçons 
l'avaient porté à répudier son épouse , comme convaincue 
d'adultère. Voulant donc s'attribuer une origine immor- 
telle, et réparer en même temps l'honneur d'Olympias, 
Alexandre se fit précéder d^émissaires chargés de cor- 
rompre les prêtres , et de leur dicter, d'avance les ré- 
ponses qu'il désirait : à son entrée dans le temple, tous 
le proclament fils de Jupiter Ammon ; et , fier d'une si 



N 



a4o JUSTINI LIBER XI. 

Ille lieius clei adoptione hoc se pâtre censeri jubet. Ro- 
gat deinde,an omnes interfectores pareotis sut sit ultus? 
respoadetur ^ ccpatrem ejus nec posse interfici j nec mori : 
régis Philippi peractam plene ultionem esse. » Tertiam 
interrogationem poscenti , victoriam omnium bellorum , 

j 

possessionemque terrarum dari^respondetur. Comitibus 
quoque ejus responsum y ut Alexaudrum pro deo , non 
pro rege, colerent. Hinc illi aucta insolentia^ mirusque 
animo increvit tumor, exempta comi ta te, quam et Grae- 
corum litteris, et Macedonum institutis didicerat. Re- 
versus ab Ammone Alexandriam condidit, et coloniam 
Macedonum caput esse iEgypli jubet. 

XII. Darius, quum Babyloniam profugisset, per epi- 
stolas Alexandrum deprecatur , redimendarum sibî capti- 
varum potestatem faciat , inque eam rem magnam pecu- 
niam pollicetur. Sed Alexander in pretium captivarum 
regnum omne, non pecuniam, petit, Interjecto tempore, 
aliae epistolae Darii Alexandro redduntur , quibus filiae 
uiatrimonium et regni portio ofTertur. Sed Alexander sua 
sibi dari rescripsit ; jussitque supplicem venire , et regni 
arbitria victori permittere. Tum spe pacis aihissa , bellum 
Darius réparât : cum quadringentis millibus peditum , et 
centum millibus equitum , oKviam vadit Alexandro. In 
itinere nuntiatur, uxorem ejus ex collisione abjectipar- 
tus decessisse, ejusque mortem illacrymatum Alexan- 
drum , exsequiasque bénigne prosecutum , idque eum non 



JUSTIN. LIVRE XI. 141 

glorieuse adoption , le roi veut qu'on le croie issu du 
maître des dieux. Il demande ensuite si les meurtriers de 
son père ont tous été punis : on lui répond « que son père 
ne peut mourir, mais que les mânes de Philippe sont 
assez vengés. » Enfin Toracle, interrogé sur le succès de 
ses armes y lui promet de perpétuelles victoires et l'em- 
pire de l'univers : il ordonne à ses courtisans de révérer 
en lui non plus un roi, mais un dieu. De ce moment, 
son orgueil n'eut plus de bornes , et une arrogance inouïe 
remplaça dans son âme cette affabilité qu'il devait à la 
littérature grecque et à l'éducation macédonienne. A son 
retour du temple d'Âmuion, il fonda Alexandrie, la peu- 
pla d'une colonie de Macédoniens , et en fit la capitale 
de l'Egypte. 

XII. Darius , réfugié à Babylone, écrivit à Alexandre 
pour obtenir la permission de racheter, par des sommes 
immenses , la liberté des princesses captives : Alexandre 
demanda pour rançon, au lieu dé ses trésors, son empire 
tout entier. Bientôt une nouvelle lettre de Darius lui offrit 
la main de sa fille, et une partie de son royaume : le 
vainqueur répondit que c'était lui offrir ce qu'il possé- 
dait déjà : il voulait que Darius vînt remettre entre les 
mains du vainqueur et son sort et sa couronne. Alors f 
réduit au désespoir, Darius reprend les armes, et va lui 
présenter la bataille avec cent mille chevaux et quatre 
cent mille fantassins. Mais il apprend dans sa marche 
que son épouse, blessée d'une chute, est morte dans les 
douleurs de l'enfantement; qu'Alexandre l'a pleurée et 
lui a rendu les derniers devoirs, guidé par l'humanité 
seule, et non par l'amour , puisqu'il ne l'avait vue qu'une 
I. 16 



it^i JUSTINI LIBER XL 

amoris, sed humanitatis causa fecisse; nam semel tan- 
tum eam Alexandro visam esse^ quum matrem filiasque 
ejus parvulas fréquenter consolaretur. Tune Darius se 
ratus vere victum , quum post tôt prœlia etiam beneficiis 
ab hoste superaretur, gratumque sibi esse, si vincere 
nequeat, quod a tali pottssimum vinceretur. Scribit ita- 
que et tertias epistolas ^ et gratias agit , quod nihil in 
$uos hostile fecerit. Offert deinde majorem partem regni 
usque flumen Euphraten , et alteram filiam uxorem ; pro 
reliquis captivis triginta millia talentum. Ad haec Alexao- 
der^ ccgratiarum actionem ab hoste supervacaneam esse , 
respondit : nec a se quicquam factum in hostis adulatio- 
nem, nec quôd in dubios belli exitus, aut in leges pacis 
sibi lenocinia quaereret ; sed animi magnitudine , qua di- 
dicerit adversus vires hostium , non adversus calamitates 
contendere, polliceturque , praBstaturum se ea Dario, si 
secundus sibi , non par haberi velit. Ceterum neque miin- 
duih posse duobus solibus régi , neque orbem summa duo 
régna salvo statu terrarum habere : proinde aut dedi- 
tionem ea die, aut, in posteram, aciemparet;necpolIi- 
ceatur sibi aliam, quam sit expertus, victoriam. » 

XIII. Postera die aciem producunt. Tum repente ante 
prœlium, confectum curis Alexandrum somnus arripuit. 
Quum ad pugnam solus rex deesset, a Parmenione aegre 
excitàtus, quœrentibus sonini causas omnibus inter pe- 
ricula, cujus etiam ia olio semper parcior fuerit : « Magno 



J 



JUSTIN. LIVRE XL ,43 

fois^ taudis qu'il allait souvent consoler ses jeunes QUes 
et sa mère. Darius, après tant de batailles perdues , effacé 
encore en générosité , sentit qu'il était vraiment défait , 
et déclara que, s'il ne pouvait vaincre, il se félicitait du 
moins de trouver un vainqueur si généreux. Il lui écrit 
donc une troisième fois : il le remercie de n'avoir pas 
traité sa famille avec rigueur; il lui offre ensuite la plus 
grande partie de son empire, tous les pays qui s'étendent 
jusqu'à l'Euphrate, la main de l'une de ses filles, et trente 
mille talens pour la rançon des captifs. Alexandre lui ré- 
pond « que les remercîmens sont inutiles entre ennemis; 
qu'il n'a songé ni à gagner la bienveillance de son adver- 
saire, ni à se ménager une ressource contre le sort incer- 
tain des armes , ni à obtenir une paix plus favorable, s'il 
venait à succomber; qu'il s'est contenté de suivre les pen- 
chans de son âme , instruite à repousser la force et à épar- 
gner le malbeur; il promet à Darius ses bienfaits et sa 
clémence, si, content du second rang , il renonce à mar- 
cher son égal. Il ajoute que , si deux soleils ne peuvent 
à la fois éclairer le monde, la terre ne peut, sans dan- 
ger, obéir à deux souverains; qu'il choisisse donc, ou 
de se soumettre aujourd'hui, ou de combattre demain; 
et qu'il ne se flatte pas de trouver dans ce nouveau com- 
bat une fortune plus favorable.» 

XIII. Le lendemain , les deux armées se rangent en ba- 
taille. Alexandre, accablé de fatigue, s'endormit tout à 
coup avant l'action. Ses soldats n'attendaient plus que 
lui : Parménion eut peine à l'éveiller. Ses officiers s'éton- 
naient de voir ce prince, qui reposait à peine dans les 
instans de sécurité, s'abandonner au spmmeil en ce mo- 

16. 



l4/» JUSTÏNI LIBER XL 

se aestu liberatum , ait , somnumque sibi a repentina se- 
curitate datum , quod liceat cum omnibus Darii copiis 
confligere : veritum se longam belli moram, si Persae 
exercitum divisissent. » Ante prœlium utraque acies hos- 
tibus spectaculofuit. Macedones multitudinem hominuin, 
corporum magnitudinem , armorumque pulchritudinein 
mirabantur : Persœ a tam paucis victa suorum tôt millia 
stupebant. Sed nec duces circumire suos cessabant. Da- 
rius ce vix dénis armatis singulos hostes, si divisio fieret, 
evenire » dicebat. Alexaoder Macedouas monebat , « ne 
multitudine hostium , nec corporis magnitudine , vel co- 
loris novitate moverentur : tantum meminisse jubet, 
cum iisdem se tertio pugnare ; nec meliores factos puta- 
rent fuga, quum in aciem secum tam tristem memoriam 
caedium suarum, et tantum sanguinis duobus prœliis 
fusi ferrent : et quemadmodum Dario niajorem turbam 
hominum esse, sic virorum sibi. » Hortatur, spernant 
illam aciem auro et argento fulgentem, in qua plus 
praedœ, quam periculi sit, quum Victoria non armorum 
décore , sed ferri virtute quaeratur. 



XIV. Posl haec prœlium committitur. Macedones in 
ferrum cum contemptu toties a se victi hostis ruebant : 
contra Persae mori, quam vinci , praeoptabant. Raro ullo 
prœlio tantum sanguinis fusum est. Darius quum vihci 



JU5T1N. LIVRE XL i/,5 

tnent de péril. II leur répondit «qu'à ses vives inquiétudes 
il avait senti succéder la confiance et le calme , certain de 
pouvoir combattre à la fois toutes les forces de Darius, 
qui y en se divisant , auraient peut-être prolongé la guerre. » 
Chaque armée, avant l'action , contemplait ses ennemis : 
le nombre des Barbares , la hauteur de leur taille, la 
richesse de leur armure , frappaient les Macédoniens d'é- 
tonnemeut; les Perses se demandaient comment cette 
poignée dtiommes avait pu mettre en déroute leurs in- 
nombrables armées. Cependant les deux rois parcouraient 
tous les rangs : Darius rappelait aux siens, « que si Ton 
comptait les hommes, on trouverait à peine un Grec 
contre dix Perses ; » Alexandre exhortait ses soldats <c à ne 
s'effrayer ni de la multitude des Barbares , ni de leur 
haute stature, ni de cette couleur nouvelle pour eux : 
c'était la troisième fois qu'ils combattaient cet ennemi; 
ta fuite ne devait pas l'avoir rendu plus redoutable, et il 
portait dans l'âme , en marchant contre eux , le décou- 
rageant souvenir de ses défaites et de son sang versé à 
grands flots sur deux champs de bataille : l'armée de Da- 
rius comptait plus d'hommes, et (a sienne plus de sol- 
dats.» Enfin, il les excitait à mépriser cette armée bril- 
lante d'or et d'argent, plus faite pour les enrichir que 
pour leur résister , puisque du fer , et non de l'éclat des 
armes, dépendait la victoire. 

XIV. Ensuite, on en vint aux mains " : les Macédo- 
niens couraient au combat, pleins de mépris pour des 
ennemis vaincus tant de fois; les Perses préféraient la 
mort à la honte d'une nouvelle défaite. Peu de batailles 
ont été aussi sanglantes. Darius , voyant son armée vaiiir 



i46 JUSTINI LIBER XI. 

suos videret , mori voluit et ipse; sed a proximis fugere 
compulsus est. Suadentibus deinde quibusdam^ ut pons 
Cydni fluminis^ ad iter hostium impediendum , interci- 
deretur : « Non ita se saluti suae velle consultum^ ait, 
ut tôt millia sociorum hosti objiciat : debere et aliis 
fugœ viam patere, quaepatuerit sibi.» Alexander autem 
periculosissima quaeque aggrediebatur; et ubi confertis- 
simos hostes acerrime pugnare conspexisset ^ eo se sem- 
per ingerebaty periculaque sua esse, non militum, vo- 
lebat. Hoc prœlio Asiae imperium rapuit^ quinto post 
acceptum regnum anno : cujus tanta félicitas fuit, ut 
post hoc nemo rebellare ausus sit, patienterque Persae, 
post imperium tôt annorum, jugum servitutis acceperini. 
Donatis refectisque militibus xxxiv diebus, praedam re- 
cognovit. In urbe deinde Susa xl millia talentum invenit. 
Ëxpugnat et Persepolim, caput persici regni, urbem 
multis annis illustrem , refertamque orbis terrarum spo- 
liis , quœ interitu ejus primum apparuere. Inter haec dccg 
admodum Graeci occurrunt Alexandro, qui pœnam ca- 
ptivitatis truncata corporis parte tulerant, rogantes, ut, 
sicuti Graeciam , se quoque ab hostium crudeHtate vindi- 
caret. Data potestate redeundi, agros ^ccipere malue- 
runt^ ne non tam gaudium parentibus, quam detestan- 
dum sui conspectum reportarent. 

XV. Interea Darius, in gratiam victoris, a cognatis 
suis, aureis compedibus catenisque in vico Parthorum 
Thara vinciturj credo, ita diis immortalibus judican- 



JUSTIN. LIVRE XI. 147 

eue, voulait périr avec elle; ceux qui l'entouraient le 
forcèrent à fuir. On lui conseillait même de faire rompre 
le pont du Cydnus , pour arrêter la poursuite de l'en- 
nemi : il refusa d'as^surer son salut , en abandonnant aux 
vainqueurs tant de milliers de ses soldats , et de fermer 
à son armée une, route ouverte pour lui. Cependant 
Alexandre affrontait les plus grands périls, s'élançait 
toujours au plus épais de la mêlée, et s'appropriait les 
dangers dont il écartait ses soldats. Cette victoire fit 
passer en ses mains l'empire de l'Asie , dans la cinquième 
année de son règne : la fortune le servit si bien , que 
depuis ce temps aucun peuple ne se souleva , et que les 
Perses , après tant de siècles de puissance , subirent doci- 
lement le joug. De riches présens et trente-quatre jours 
de repos furent la récompense de son armée. Il fit en- 
suite la revue du butin : il trouva à Suze quarante mille 
talens : il prit aussi Persépolis , capitale de l'empire des 
Perses, ville depuis long-temps illustre, remplie des dé- 
pouilles de l'univers , et dont la ruine seule fit connaître 
la richesse. Ce fut alors que huit cents Grecs, captifs 
et mutilés par les Barbares, vinrent se présenter de- 
vant lui, en le suppliant de les venger de la cruauté 
des Perses, comme il avait déjà vengé la Grèce. Il leur 
permit de retourner dans leur patrie ; mais ils aimèrent 
mieux accepter des terres qu'il leur accorda, dans la 
crainte d'inspirer à leurs familles plus d'horreur que de 

joie. 

XV. Cependant les parens de Darius , empressés de 
plaire au vainqueur, chargent le roi de chaînes d'or, et 
le retiennent à Thara, village des Parthes : les dieux 



i4S JUSTINI LIBER XI. 

tibus, ut iu terra eorum, qui successuri imperia erant, 
Persarum regnum finiretur. Alexander quoque citato 
cursu postera die supervenit; ibique cognovit Darium 
clauso vehiculo per noctem éxportatum. Jusso itaque 
exercitu subsequi , cum sex millibus equitum fugientem 
insequitur : in itinere multa et periculosa prœlia facit. 
Emensus deinde plura millia passaum, quum nullum 
Darii indicium reperisset, respirandi equis data pote- 
state 9 unus ex militibus y dum ad fontetn proximum per- 
git, in vehiculo Darium, multis quidem vulneribus con- 
fossum, sed spirantem adhuc invenit : qui, applicito 
captivo, quum civem ex voce cognovisset, « id saltem 
praesentis fortune solatium babere se dixit, quod apud 
intellecturum locuturus esset, nec incassum postremas 
voces emissurus. » Perferri haec Alexandro jubet : « Se 
nuUis in eum meritorum officiis^ maximorum illi debi- 
torem mori, quod in matre iiberisque suis, regium ejus, 
non hostilem, animum expertus, felicius hostem, quam 
cognatos sortitus sit ; quippe matri et liberis suis ab eo- 
dem lioste vitam datam, sibi a cognatis ereptam , quibus 
et vitam et régna dederit. Quamobrem 'gratiam illis eam 
futuram, quam ipse victor volet; Alexandro referre se, 
quam solam moriens potest, gratiam : precari superum 
inferumque numina , et regales deos , ut illi terrarum 
omnium victori contingat imperium. Pro se justam ma- 
gis, quam gravem sepulturae veniam orare. Quod ad ul* 
tionem pertineat , jam non suam , sed exempli , commu- 



JUSTIN. LIVRE XL 149 

avaient voulu, sans doute, que la puissance des Perses 
vint s^éteindre sur le territoire du peuple auquel le destin 
réservait leur empire'^. Alexandre, qui poursuivait Da- 
rius, y arriva le lendemain , et apprit que la nuit précé- 
dente on l'avait fait partir dans un chariot couvert. Aus- 
sitôt, ordonnant à son armée de le suivre, il partit à 
la hâte avec six mille cavaliers : il eut à repousser dans 
sa marche plus d'une attaque périlleuse. Enfin, après une 
course de quelques milles, qui n'a vait offert aucune trace 
du passage de Darius, il faisait reposer sa cavalerie fati- 
guée, lorsqu'un soldat trouva , au bord d'un ruisseau voi- 
sin , Darius, abandonné dans son chariot , percé de coups, 
mais respirant encore : un captif fut appelé pour lui ser- 
vir d'interprète; et le roi , reconnaissant le langage d'un 
concitoyen, dit que, « dans ses malheurs , il se consolait en- 
core , en songeant qu'il parlait à un homme qui pourrait 
le comprendre, et que ses dernières paroles ne seraient 
pas perdues. » Il le charge de dire à Alexandre , a que , sans 
avoir jamais rien fait pour lui, il mourait comblé de ses 
bienfaits , puisque sa famille captive avait trouvé dans ce 
prince la générosité d'un roi , et non la dureté d'un vain- 
queur; que , mieux traité par son ennemi que par ses pa- 
rens, il avait vu les jours de ses enfans et de sa mère 
conservés par Alexandre, et mourait de la main de ses 
proches , qui lui devaient leur vie et leurs états : c'était 
au vainqueur à fixer leur récompense ; pour lui , la seule 
reconnaissance qu'il pût , à ses derniers mouiens , témoi- 
gner à Alexandre, c'était de prier les dieux du ciel et des 
enfers, et ceux qui veillent sur les rois, de lui accorder la 
Nictoire et l'empire de l'univers. Enfin, il ne réclamait 



i5o JUSTINl LIBER XI. 

nemque omnium regum esse causam, quam négligera, 
illi et indecorum et periculosum esse : quippequum in 
altero justitiae ejus, in altero etiam utilitatis, causa ver- 
setur. In quam rem unicum pignus fidei regiae ^ dextram 
se ferendam Alexandro dare. » Post haec , porrecta manu , 
exspiravit. Qu.se ubi Alexandro nuntiata sunt , viso cor- 
pore defunctiy tam indignam illo fastigio mortem lacry- 
mis prosecutus est ; corpusque regio more sepeliri et re* 
liquias ejus majorum tumulis inferri jussit. 



JUSTIN. LIVRE XL i5i 

pour lui-même qu'tine faveur légitime, et qui coûterait 
peu à son vainqueur ; il ne voulait qu'une sépulture. Peu 
lui importait y ajouta- t-il, la punition de ses meurtriers; 
mais la cause des rois demandait vengeance, et Tunivers 
attendait un exemple : l'intérêt d'Alexandre l'y obligeait 
autant que sa justice; et négliger ce devoir, c'était s'ex- 
poser à la fois au danger et à la honte. Pour unique gage 
de sa foi royale , il tendit la main au soldat , qu'il chargea 
de toucher en son nom la main d'Alexandre,» et expira 
bientôt après. A cette nouvelle , Alexandre alla voir le 
corps de Darius : il versa des larmes sur une mort si in- 
digne de cette haute fortune , célébra ses funérailles avec 
une pompe royale , et fit ensevelir ses restes dans le tom- 
beau de ses ancêtres. 



tft I i tw » MJM M» tj >.i»«»iiitiii>tniMMim f» irti i '%»fi ifi m fi (Hf»fi rn rt)VH(ini'H(ifirir'>Trifxifir>r»irt-i~ •^->»-~-- 



LIBER XII. 



N»4V 



1. i\LEXAND£R io persequeudo Dario amissos milites 
inagnis funerum impensis extulit; reliquis expeditionis 
ejus sociis tredecim millia talentum divisit. Equorum 
major pars aestu amissa, inutilesque etiam, qui super- 
fuerant, facti. Pecunia omnis, centum nonaginta millia 
talentum , Ecbatana congesta , eique Parmenio pra&por- 
situs.Dum haec aguntur, epistolae Antipatri e Macedonia 
ei redduntur, quibusbellum Agidis, régis Spartariorum ^ 
ÎQ Graecia; bellum Alexandri j régis Epiri, iu Italia ; bel- 
lum Zopyrionis, pra^fecti ejus, in Scythia, continebatur;. 
Quibus varie afFectus , plus tamen laetitiœ , cognitis mor- 
tibus duorum œraulorum regum, quam doloris amissl 
cum Zopyrione exercitus, suscepit. Namque post pro-- 
fectionem Alexandri j Graecia ferme omnis , in occasionem. 
recuperandae libertatis^ ad arma concurrerat, auctori* 
tatem Lacedaemoniorum secuta^ qui Philippi Alexan- 
drique pacem soli spreverant , et leges respuerant. Dux 
hujus belli Agis^ rex Lacedaernoniorum^ fuit. Quem mo- 
tum Antipater, coutractis militibus, in ipsa ortu op- 
pressit. Magna tamen utrinque caedcs fuit. Agis rex quum. 



\/w*An/%nMVSfK %/%iv\ vm*i\'%)w%i%i%nn/w*i% %/%v*ivw%wv\ %/%i*>%.'*ntvwtiwvw%nn^nnttnnnmiwv%iw^y^iwvw^titf%^ 



LIVRE XII. 



I. Alexandre fit célébrer avec pompe les funérailles 
des soldats morts en poursuivant Darius, et distribua 
treize mille talens au reste des troupes qui l'avaient suivi 
dans cette expédition. La chaleur avait fait périr la plu- 
part de ses chevaux , et ceux même qui y résistèrent de- 
vinrent inutiles. Il déposa à Ecbatane son trésor, qui 
montait à cent quatre-vingt-dix mille talens, et en confia 
la garde à Parménion. Vers cette époque , il apprend , par 
une lettre d'Antipater, resté en Macédoine, la guerre 
d'Agis, roi de Sparte, dans la Grèce, d'Alexandre, roi 
d'Épire, en Italie, et l'expédition de son lieutenant Zopy- 
rion en Scythie. Ces nouvelles l'affectèrent diversement : 
cependant la mort de deux rois, ses rivaux, lui fit plus 
de plaisir, que la perte de Zopyrion et de son armée ne 
lui causa de douleur. A son départ , la Grèce presqu'en- 
tière, saisissant l'occasion de recouvrer sa liberté', avait 
pris les armes : elle était entraînée par l'exemple de La- 
cédémone, qui, seule rebelle aux lois de Philippe et de 
son fils, avait dédaigné la paix et méprisé leurs menaces. 
Agis , roi de Sparte , fut l'auteur et le chef de cette guerre , 
qu'Antipater étouffa, dès sa naissance, avec une armée 
rassemblée à la hâte. Cependant des flots de sang cou- 
lèrent de part et d'autre : le roi Agis, voyant plier son 



i54 JUSTIN! LIBKR XIL 

suos terga dan tes videret^ dimissis satellitibus , ut Alexan- 

dro félicita te , non virlule , inferior videretu r , tan lam stra- 

gemhostium edidit, ut agmina interdum fugaret. Ad po- 

stremum , etsi a multitudine victus, gloria tamen omnes 

vicit. 

II. Porro Alexander, rex Epiri^ in Italiam a Tarenti- 
nis, auxilia adversus Brutios deprecantibus , sollicitatus , 
ita cupide profectus fuerat , veluti in divisione orbis ter- 
rarum , Alexandro, Olympiadis sororis suae filio, Oriens, 
sibi Occidens sorte contigisset , non minorem rerum ma- 
teriam in Italia , Africa Siciliaque , quam ille in Asia et in 
Persis, habiturus. Hucaccedebat, quod, sicut Alexandro 
Magno delphica oracula insidias in Macedonia , ita huic 
responsum Dodonaei Jovis circa urbem Pandosiam am- 
nemque Acherusium praedixerat Quae utraque quum in 
Epiro essent^ ignarus eadem et in Italia esse, ad decli- 
nanda fatorum pericula , percgrinam militiam cupidius 
elegerat. Tgitur^ quum in Italiam venisset, primum illi 
bellum cum Apulis fuit : quorum cognito urbis fato, 
brevi post tempore pacem et amicitiam cum rege eorum 
fecit. Erat namque tune temporis urbs Apulis Brundu- 
sium^ quam -ffitoli, secuti dudum fama rerum in Troja 
gestarum clarissimumac nobilissimum ducem Diomedem, 
condiderant : sed pulsi ab Apulis, consulentes oracula, 
responsum acceperant , locum , quem repetissent , perpe- 
luo possessuros. Hac igitur ex causa, per legatos cum 



JUSTIN. LIVRE XII. i55 

armée, voulut montiei* que, moins heureux qu'Alexan- 
dre, il régalait pourtant en courage ; il renvoya ses 
gardes, se jeta sur les ennemis, dont il fit un grand car- 
nage, et même mit en fuite des bataillons entiers. Il céda 
enfin , vaincu par le nombre , mais vainqueur en gloire 
et en courage. 

II. Alexandre, roi d'Épire, appelé en Italie par les 
Tarentins, qui imploraient son secours contre les peu- 
ples du Brutiura, était parti plein d'espoir, comme si, 
dans le partage du monde, le sort, qui donnait l'Orient 
à Alexandre, fils de sa sœur Olympias, lui eût réservé 
l'Occident : il comptait que l'Italie, la Sicile et l'Afi'ique 
ne lui fourniraient pas moins d'occasions de se signaler, 
que l'Asie et la Perse n'en avaient offert à son neveu. 
D'ailleurs , si l'oracle de Delphes avait annoncé au grand 
Alexandre que des pièges l'attendaient en Macédoine, 
l'oracle de Dodone avait prédit au roi d'Épire que la 
ville de Pandosie et le fleuve de l'Achéron lui seraient 
funestes. Ce fleuve, cette ville, étaient en Épire; et, ne 
croyant pas trouver les mêmes noms en Italie, il cher- 
cha dans une guerre lointaine un asile contre les me- 
naces du sort. A son arrivée en Italie, il fit d'abord la 
guerre aux Apuliens; mais , instruit des destins de leur 
ville, il conclut bientôt avec leur roi un traité de paix 
et d'alliance. Les Apuliens habitaient alors la ville de 
Brindes , fondée par les Étoliens sous les ordres de Dio- 
mède , l'un des héros les plus célèbres qui eussent paru 
au siège de Troie; mais, chassés par les Apuliens des 
murs qu'ils venaient d'élever, ils consultèrent l'oracle ^ 
qui leur promit un séjour éternel dans le lieu qu'ils au» 



i56 JUSTINI LIBER XII. 

belli commiuatione, restitui sibiab Apulis urbem postu- 
laverant. Sed ubi Apulis oraculuin innotuit, interfectos 
legatos in urbe sepelierunt , perpetuam ibi sedem habitu- 
ros; atque ita defuncti responso , diu urbem possede- 
runt. Quod factum quum cognovisset Alexander , anti- 
quitatis fata veneratus, bello Apulorum abstinuit. Gessit 
et cum Brutiis Lucanisque bellum , multasque urbes ce- 
pit; lum et cum Metapontinis , et Pediculis, et Romanis 
fœdus amicitiamque fecit. Sed Brutii Lucanique, quum 
auxilia a fînitimis contraxissent , acrius bellum repeti- 
vere. Ibi rex juxta urbem Pandosiam et (lumen Ache- 
ronta , non prius fatalis loci cognito nomine , quam oc- 
cideret, interficitur ; moriensque, non in patria fuisse 
sibi periculosam mortem , propter quam patriam fugerat^ 
intellexit. Corpus ejus Thurii publiée redemptum sepul- 
turae tradiderunt. Dum hœc aguntur in Italia, Zopyrion 
quoque, praefeclus Ponti ab Alexandro Magno relictus, 
otiosum seratus, sinihil et ipse gessisset, adunato xxx 
milliumcxercitu, Scythis bellum intulit; caesusque cum 
omnibus copiis^ pœnas temere illati belli genti innoxiae 
luit. 

m. Uaec quum nuntiata in Parthis Alexandro essent, 
simulato mœrore , propter Alexandri cognationem , exer- 
citui suo triduum luctum indixit. Omnibus deinde, velut 
perpétra to bello ^ redit um in patriam exspectantibus , con- 
jugesque ac liberos suos animo jam quodammodo com- 



JtJSTlN. LIVRE XII. 257 

raient réclame. Ils firent donc sommer les Apulîens de 
leur rendre la ville, en les menaçant de la guerre. Ceux- 
ci y instruits de la réponse de l'oracle , égorgèrent les dé- 
putés, et les ensevelirent dans leur ville, qui devint ainsi 
pour eux un domicile éternel. Aiusi fut accompli l'o- 
racle; et la ville resta long-temps au pouvoir de ses nou- 
veaux maîtres. Alexandre , instruit de ce fait, et plein 
de respect pour les prédictions antiques, détourna ses 
armes des Apuliens. 11 marcha contre les Brutiens et les 
Lucaniens, leur enleva plusieurs places, et conclut des 
traités avec les Métapontins, les Pédicules et les Ro- 
mains. Mais les peuples du Brutium et de laLucanie, 
aidés du secours de leurs voisins, reprirent les armes 
avec une nouvelle ardeur. C'est alors que le roi fut tué 
près de la ville de Pandosie et du fleuve Achéron : il n'ap- 
prit qu'à ses derniers momens le nom de ce lieu fatal, et 
reconnut qu'il avait quitté sa patrie pour fuir des dangers 
qui l'attendaient loin d'elle. La ville de Thurium racheta 
son corps, pour lui rendre les derniers devoirs. A la 
même époque, Zopyrion ^, à qui Alexandre-le-Grand avait 
confié le gouvernement du Pont, impatient de sortir du 
repos et de s'illustrer aussi par quelque conquête, ré- 
unit trente mille soldats , et marcha contre les Scythes. 
Le massacre de toute son armée , qui périt avec lui , fut 
la peine de son injuste agression. 

III. Alexandre était sur les terres des Farthes, lorsque 
ces nouvelles lui furent apportées. Uni de prè^ , par les 
liens du sang , au roi d'Épire , il feignit de regretter sa 
perte, et ordonna à son armée trois jours de deuil. Déjà 
tous les soldats , croyant la conquête achevée , s'atten- 
I. 17 



«-I 



a58 JUSTINI LIBER XII. 

plecteDtibus,ad concionem exercitum vocal : ibi, « nihtl 
actum tôt egregiis prœliîs, ait, si incolumis orientalis 
barbaria relioquatur ; nec se corpus, sed regnum Darîi , 
petisse; persequendosque esse eos, qui a regno defe- 
cerint. » Hac oratione velut ex integro incitatis animis , 
Hyrcaniam, Mardosque subegit. Ibi ei occurrit Thale- 
stris (sive Minithya) Amazonum regina, cum ccc mu- 
lieribus, xxv dierum inter infestissimas gentes itiaere 
confecto, ex rege liberos quaesitura : cujus conspectus 
adventusque admiration! omnibus fuit, et propter iuso- 
litum feminis habitum, et propter expetitum côncubi- 
tum. Ob hoc tredecim diebus otio a rege datis , ut visa est 
uterum implesse, discessit. Post haec Alexander habitum 
regum Persarum, et diadema insolitum antea regibus 
macedouicis, velut in leges eorum, quos vicerat , trans- 
iret, assumit. Quae ne invidiosius in se uno conspice- 
rentur , amicos quoque suos longam vestem auratam pur- 
pureamque sumere jubet. Ut luxum quoque, sicuti cul- 
tum, Persarum iraitaretur, inter pellicum regiarum grè- 
ges electae pulchritudinis nobilitatisque, noctium vices 
dividit. His rébus ingentes epularum apparatus adjicit, 
ne jejuna et destructa luxuria videretur, conviviumque 
juxta regiam magnificentiam iudis exornat; immemor 
prorsus, tantas opes amitti his moribus, non quaeri, so- 
lere. 



JUSTIN. LIVRE XII. aSg 

daient à revoir leur patrie ; tous jouissaient d'avance des 
embrassemens de leurs femmes y de leurs enfans : il les as- 
semble ^ et leur dit « que c'est en vain qu'ils ont remporté 
tant de victoires, si les Barbares de l'Orient restent in- 
domptés ; qu'il s'était proposé , non pas la mort de Darius, 
mais la conquête de son royaume, et qu'il fallait pour- 
suivre ceux qui s'étaient soustraits à ses lois. x> Ces paroles 
ranimèrent leur courage; ils soumirent l'Hyrcanie et le 
pays des Mardes. Ce fut là que Thalestris, ou Minithye, 
reine des Amazones ,- vint le trouver à la tête de trois 
cents femmes ^ : dans le dessein d'avoir des enfans d'un 
si grand roi, elle avait fait une marche de vingt-cinq 
jours, au milieu de pays ennemis. A son arrivée, à son 
aspect , la surprise fut générale : on s'étonnait et du but 
de son voyage , et de son costume si nouveau dans une 
femme. Après treize jours que lui accorda le roi, et pen- 
dant lesquels il suspendit sa marche , elle crut avoir conçu , 
et se retira. Ce fut alors qu'Alexandre , adoptant les or- 
nemens des rois de Perse, commença de porter le dia- 
dème, dont les rois de Macédoine ne s'étaient pas encore 
parés : c'était, pour ainsi dire, se soumettre aux lois 
des nations qu'il avait vaincues. Il pensa que cette nou- 
veauté révolterait davantage les esprits, s'il en offrait 
seul l'exemple; il ordonna donc à ses courtisans de se 
vêtir , comme lui , de longs vêtemens d'or et de pourpre. 
Mais , avec la parure des Perses , il adopta bientôt leurs 
mœurs : il choisit parmi les maîtresses de Darius celles 
qu'illustraient le plus leur naissance et leur beauté, et les^ 
appela tour-à-tour à partager son lit. Il joignit à ces excès 
le luxe de la table , comme l'aliment et le soutien de la 

^7- 



26o JUSTINI LIBER XII. 



IV. Inter haec indignati.o omnium totîs castris erat , 
a Philippo illum pâtre tantum degeneravisse , ut etiam 
patriae nomen ejuraret, moresque Persarum assumeret, 
quos propter taies mores vicerat. Sed ne solus vitiis eo- 
rum, quos armis subegerat, succubuisse videretur, mi- 

r 

litibus quoque suis permisit, si quarum captivarum con- 
suetudine tenerentur, ducere uxores , existimans minorem 
in patriam reditus cupiditatem futuram , habentibus in 
castris imaginem quamdam larium ac domesticae sedis; 

* 

simul et laborem militiae molliorem fore dulcedine uxo- 
rum. in supplementa quoque militum minus exhaurirî 
posse Macedoniam ^ si veteranis patribus tirones filii suc- 
cédèrent^ militaturi in vallo, in quo essent nati, con- 
stantioresqué futuri , si non solum tirocinia , verum et 
incunabula in ipsis castris posuissent. Quae consuetudo 
in successores quoque Alexandri mansit. Igitur et ali- 
nienta pueris slatuta , et instrumenta armorum equo- 
rumque juvenibus data, et patribus, pro numéro filio- 
rum, praemia statuta. Si quorum patres occidissenl, 
nihilominus pupilli stipendia patruni trahebant; quorum 
pueritia , inter varias expeditiones , militia erat Itaque a 
parvula aetate periculis laboribusque indurati, invictus 
exercitus fuere, neque castra aliter, quam patriam, ne- 
que pugnam aliud unquam , quam victoriam , duxere. 



JUSTIN. LIVRE XII. 261 

volupté j et releva la pompe de ses festins par la magnifi- 
cence de ses jenx , oubliant que de telles mœurs entraînent 
la chute dis empires, au lieu d'en assurer la grandeur, 
rV. Cependant l'armée entière s'indignait de voir ce 
fils dégénéré de Philippe abjurer même le nom de sa pa- 
trie, et embrasser les mœurs des Perses, ces mœurs aux- 
quelles il devait de les avoir vaincus. Pbur ne point pa- 
raître seul s'asservir aux vices des peuples qu'il avait 
domptés , il permit à ses soldats d'épouser les captives 
qu'ils aimaient : il espérait afTaiblir en eux le souvenir de 
leur patrie et le désir de la revoir, s'il pouvait leur ren- 
dre , au sein de son camp, l'image de leurs foyers domes- 
tiques, et adoucir, par les charmes d'une nouvelle union ^ 
le sentiment de leurs fatigues. Il songeait d'ailleurs que 
ses recrues cesseraient d'épuiser la Macédoine , s'il rem-^ 
plaçait ses vétérans par des fils élèves de leurs pères, 
qui, servant aux lieux de leur naissance, ne se lasse- 
raient pas de combattre dans un eamp , tout ensemble leur 
école et leur berceau. Cet usage subsista même sous les 
successeurs d'Alexandre. Il pourvut donc à l'entretien 
de ces enfans, et leur fit fournir plus tard des armes et 
des chevaux : il assigna aux pères des récompenses pro- 
portionnées au nombre de leurs fils ; la solde des père& 
morts dans les batailles fut laissée aux fils orphelins, et dçs 
expéditions continuelles formèrent leur enfance à l'art de 
la guerre. Ainsi endurcis, dès l'âge le plus tendre, aux 
dangers et aux fatigues , ils devinrent des guerriers in- 
vincibles; leur camp fut leur unique patrie, et chaque 
combat fut pour eux une victoire. Cette famille guer- 
rière reçut le nom d'Epigones. Alexandre , vainqueur des 



a6a JUSTINI LIBER XII. 

Hœc soboles notnen habuitEpigoai. Parthis deinde domi- 
tis , praefectus bis statuitur ex nobilibus Persarum Andra- 
goras : unde postea originem Parthorum reges habuere. 

y. Interea Alexaader noa regio , sed hostili odio sae- 
vire in suos cœpit. Maxime indignabatur carpi se sermo- 
nibus suorum , Philippi patris patriaeque mores subver- 
tisse. Propter qiiae crimina Parmenion quoque senex, 
dignitate régi proximus, cum Philota fîlio, de utroque 
priiis quaestionibus habitis, interficitur. Fremere itaque 
omnes universis castris cœpere , innoxii senis filiique ca- 
sum miseranteSy iqterdum, se quoque non debere me- 
tius sperare, dicentes. Quae quum nunttata Alexandro 
essent, verens y ne hœc opinio etiam in Macedoniam di- 
vulgaretur, et ne victoriae gloria saevitiae macula infu- 
scaretur, simulât se ex amicis quosdam in patriam vi- 
ctoriae nuntios missurum. Hortatur milites suis scribere , 
rariorem habituros occasionem propter militiam remo^ 
tiorem. Datos fasces epistolarum tacite ad se deferrijubet : 
ex quibus cognito de se singulorum judicio^ in unam co« 
hortem eos, qui de rege durius opinati fueraut, contrî- 
buit, aut consumpturus eos , aut in ultimis terris in co- 
lonias distributurus. Inde Drancas , Evergetas , Parymas , 
Parapammenos , Adaspios , ceterosque populos , qui iu 
radice Caucasi morabantur, subegit. Interea unus ex 
amicis Darii, Bessus, vinctus perducitur, qui regem non 
solum prodiderat , verum et interfecerat. Quem in ultio- 



JUSTIN. LIVRE XII. ^63 

Partlies , donna à Andragore , l'un des grands de la Perse , 
le gouvernement de ce pays , dont ses descendans sont 
restes les rois. 

y. Cependant Alexandre commençait à traiter les siens 
moins en roi qu'en ennemi. Il s'irritait qu'on osât lui re- 
procher d'avoir abjuré les vertus de son père et corrompu 
les mœurs de sa patrie : tel fut le crime que Parménion, 
vieil officier qui tenait le premier rang après Alexandre , 
et Philotas son fils , expièrent par la torture et la mort. 

Toute l'armée frémissait de colère : on déplorait le mal- 

» 

heur de ce vieillard innocent et de son fils; on ajoutait 
même, par intervalles, que chacun devait attendre le 
même sort. Alexandre, instruit de ces plaintes, et crai- 
gnant que le bruit de ses cruautés, s'il parvenait jus- 
qu'en Macédoine j n'y flétrît la gloire de ses conquêtes, 
fait publier que quelques-uns de ses officiers vont porter 
dans sa patrie la nouvelle de ses victoires. Il exhorte 
ses soldats à écrire à leurs familles, à saisir une occa- 
sion qui, dans une guerre lointaine, deviendra chaque 
jour plus rare. Bientôt il se fait secrètement livrer leurs 
lettres, découvre ainsi ce que chacun pensait de lui, et 
réunit en une cohorte ceux qui l'avaient le plus mal- 
traité : son projet était de s'en défaire peu à peu, ou 
d'en former des colonies aux extrémités du monde. Il 
soumet ensuite les Drances, les E vergetés, les Parymes , 
les Parapammènes, les Adaspes , et les autres peuples qui 
habitaient au pied du Caucase. Cependant Bessus, l'un 
des courtisans de Darius, qui avait trahi et égorgé son 
maître^, lui fut amené, chargé de chaînes. Alexandre 



9.6/, JUSTINI LIBER XII. 

nem perfidiœ excruciandum fratri Darii tradidit, repu- 
tans , non tam hostem suum fuisse Darium , quam ami* 
cum ejus , a que esset occisus. Et ut bis terris nomen 
relinqueret, urbem Alexandriam super amnem Tanain 
condidit, intra dîeni septimum decimum muro vi mil- 
Jium passuum consummato , translatiseo trium civitatum 
populis^ quas Cyrus condiderat. In Bactrianis quoque 
Sogdianisque xii urbes condidit, distributis bis, quos« 
cunque in exercitu seditiosos habebat. 

VI. His îta gestis , solenni die amicos in convivium 
vocat : ubi orta inter ebrios rerum a Philippo geslarum 
mentione^ praeferre se palri ipse rerumque suarum ma- 
gnitudinem extollere cœlo tenus cœpit , assentante majore 
convivarum parte. Itaque^ quum unus e senibus Clitus, 
fiducia amicitiae regiae , cujus palmam tenebat ^ memoriam 
Philippi tueretur, laudaretque ejus res gestas, adeo re- 
gem ofTendity ut, telo a satellite rapto, eumdem in 
convivio trucidaverit, Qua caede exsultans, mortuo pa- 
trocinium Philippi laudemque paternae militiae objecta- 
bat. Postquam satiatus caede animus conquievit, et in 
irae locum successit aestimatio, modo personam occisi, 
modo causam occidendi considerans, pigere eum facti 
cœpit; quippe paternas laudes tam iracunde accepisse 
se, quam nec convicia debuisset; amicumque senem et 
innoxium, a se occisum inter epulas et pocula, dolebat. 
Eodem igitur furorein pœnitentiam, quopridem in iram , 



JUSTIN. LIVRE XII. 268 

livra le meurtrier au frère de ce malheureux prince, ou- 
bliant que Darius avait été son ennemi, pour punir un 
lâche , assassin de son bienfaiteur. Voulant éterniser àon 
nom dans ces contrées lointaines, il y bâtit Alexandrie 
sur le Tanaïs : en dix-sept jours il en acheva l'enceinte, 
qui était de six mille pas, et réunit dans ses murs les 
habitans de trois villes fondées par Cyrus. Il éleva aussi 
dans la Bactriane et la Sogdiane douze villes , qu'il peu- 
pla de tous les séditieux de son armée. 

yi. Pour célébrer ses dernières conquêtes, il invite 
ses courtisans à un festin magnifique. Les esprits étaient 
troublés par le vin , lorsque la conversation tomba sur 
les grandes actions de Philippe : Alexandre , se mettant 
au dessus de son père, et élevant jusqu'au ciel la gloire 
de ses propres exploits, vit la plupart des convives ap- 
plaudir à son orgueil. Clitus, l'un de ses vieux officiers, 
enhardi par la faveur du roi, dont il était l'ami le plus 
cher , défendit la mémoire de Philippe , et fît un éloge 
pompeux de ses victoires. Alexandre, irrité, arrache un 
javelot de la main d'un de ses gardes, perce Clitus au mi- 
lieu du festin , et, plein d'une joie féroce, il insulte à son 
cadavre : il lui reproche son zèle pour la gloire de Phi- 
lippe, et les louanges prodiguées aux talens de ce prince. 
Mais , sa fureur une fois assouvie , son cœur se calme ; 
la réflexion succède à l'emportemenè : il songe au nom 
de la victime, au motif du meurtre, et il déteste son 
crime. L'éloge de son père l'avait donc poussé à un excès 
de fureur , qu'un outrage à sa mémoire eût à peine ex- 
cusé ! Il avait souillé sa table du sang d'un ami , d'un 



îi66 JUSTINI LIBER XIT. 

versus y tnori voluit. Primum in fletus progressiis am- 

plecti mortuum , vulnera tractare , et quasi audienti con- 
fiteri dementiam; arreptuin telum in se vertil, peregis- 
setque facinus^ nisi amici intervenissent. Mansit haec 
voluntas moriendi etiam sequentibus diebus. Accesserat 
enim pœnitentiae y nutricis suœ , sororis Cliti , recordatio , 
cujus absentis eum maxime pudebat , tam fœdam illi ali- 
mentorum suorum mercedem redditam, ut, in cujus 
manibus pueritiam egerat, huic, juvenis et victor, pro 
beneficiis funera remitteret. Reputabat deinde, quantum 
in exercitu suo , quantum apud devictas gentes fabu- 
larum atque invidiae , quantum apud ceteros amicos me- 
tum et odium sui fecerit, quam amarum et triste reddi- 
derit convivium suum, non armatus in acie^ quam in 
convivio , terribilior. Tune Parmenion et Philotas , tune 
Amyntas consobriuus, tune novercafratresqueinterfecti, 
tune Attalus, Eurylochus, Pausanias, aliique Maee- 
doniœ exstincti principes occurrebant. Ob haec illi qua- 
triduo perse vetata inedia est, donec exercitus uni ver si 
precibus exoratus est , precantis , a ne ita mortem unius 
doleat, ut universos perdat , quos in ultimam deductos 
barbariam, inter infestas et irrilatas bello gentes, desti- 
tuât. » Multum profuere et Callisthenis philosophi pre- 
ces , condiscipulatu apud Aristotelem familiaris illi , et 
tune ab ipso regead prodenda memoriaeacta ejus accitus. 



JUSTIN. LIVRE XÏI. 267 

vieillard innocent ! Furieux dans son repentir autant que 
dans sa colère, il voulait mourir. Baigné de pleurs , il 
embrasse ce cadavre, il touche ses plaies , il fait Taveu 
de sa démence, comme si Clitus eût pu l'entendre en- 
core : il tourne contre son sein le fer dont il Ta frappé, 
prêt à se percer lui'-même , si on ne l'eût arrêté. Pendant 
plusieurs jours, il ne cessa d'appeler la mort. Le souve- 
nir de sa nourrice , sœur de Clitus , rendait ses remords 
plus déchirans : quoiqu'absente, c'est elle qui le faisait 
le plus rougir de lui-même. Il songeait à l'affreuse ré- 
compense dont il venait de payer ses soins : elle avait 
élevé son enfance; et lui, jeune et vainqueur, recon- 
naissait ce bienfait en assassinant son frère. Il pensait 
ensuite qu'il était devenu la fable et > l'horreur de son 
armée, ainsi que des nations vaincues; qu'il avait inspiré 
à ses amis la terreur et la haine, et empoisonné les dou- 
ceurs de sa table en s'y montrant aussi terrible que dans 
un combat ^. Alors le meurtre de Philotas , de Parménion , 
de son parent Amyntas , de sa belle-mère et de ses frères , 
le supplice d'Attale, d'Euryloque, de Pausanias^, de tant 
d'autres chefs égorgés par ses ordres , se retraçaient à sa 
mémoire. Pendant quatre jours il refusa toute nourri- 
ture; et, pour changer sa résolution, il fallut que tous 
ses soldats vinssent le conjurer « de ne point porter le re- 
gret d'un seul homme jusqu'à perdre une armée entière; 
de ne pas les abandonner dans ces lointains climats, au 
milieu de ces nations barbares, dont ses attaques avaient 
irrité la haine. » Ce qui contribua beaucoup à le fléchir , 
ce furent les instances du philosophe Callisthène, comme 
lui disciple d'Aristote , et qu'il avait récemment fait venir 



a68 JUSTINI LIBER XII. 

Revocato igitur ad bellum animo , Chorasmos et Dahas 

in deditionem accepit. 

YIL Deinde, quod primo ex persico superbi» regiae 
more distulerat , ne omnia pariter invidiosiora essent , 
non salutari, sed adorari se jubet. Acerrimus inter ré- 
cusantes Callisthenes fuit. Quae res et illi, et multis 
principibus Macedonum exitio fuit ; siquidem sub specie 
insidiarum omnes interfecti. Betentus tamen est a Ma- 
cedonibus mos salutandi régis, explosa adoratione. Post 
haec Indiam petit, ut Oceano ultimoque Oriente fini- 
ret imperium. Cui gloriae ut etiam exercitus ornamenta 
convenirent , phaleras equorum , et arma militum ar- 
gento inducit; exercitumque suum , ab argenteis clypeis, 
Argyraspidas appellavit. Quum ad Nysam urbem ve- 
nisset, oppidanis non repugnantibus fiducia religionis 
Liberi patris, a quo condita urbs erat, parci jussit , lae- 
tus non militiam tantum, verum et vestigia se dei se- 
cutum. Tune ad spectaculum Sacri montis duxit exerci- 
tum, naturalibus bonis, vite hederaque non aliter ve- 
stiti, quamsi manu cultus colentiumque industriaexor- 
natus esset. Sed exercitus ejus, ubi ad montem accessit , 
repentino impetu mentis , in sacros dei ululatus instin- 
ctus, cum stupore régis, sine noxa discurrit; ut intel- 
ligeret, non tam oppido se parcendo, quam exercitui 
suo , consuluisse. Inde montes Daedalos regnaque Cleo- 
phidis reginae petit. Quae quum se dedisset ei , conçu- 



JUSTIN. LIVRE XII. 269 

près de lui pour écrire l'histoire de ses exploits. Ainsi ^ 
rappelant ses projets de conquêtes, il soumit à son em- 
pire les Chorasmes et les Dahes. 

YII. Il établit ensuite un usage qu il n'avait pas en- 
core osé emprunter à l'orgueil des rois perses, dans la 
crainte d'adopter à la fois trop de nouveautés odieuses : 
au lieu de le saluer , il voulut qu'on se prosternât devant 
lui. Nul ne s'y opposa plus vivement que Callisthène : 
son audace lui coûta la vie 7; il périt avec plusieurs 
généraux d'Alexandre, sous un vain prétexte de trahi* 
son. Cependant l'armée entière refusa de se prosterner 
devant le roi , et conserva l'ancien usage. Il marcha en- 
suite vers l'Inde , dans le dessein de fixer aux rivages de 
l'Océan et aux extrémités de l'Orient les bornes de son 
empire. Pour que la magnificence de son armée répon- 
dît à. la grandeur de cette expédition , il voulut que l'ar- 
gent brillât sur l'armure de ses soldats , sur les harnois de 
leurs chevaux, et il donna à ses troupes le nom d'Argy- 
raspides^, à cause de leurs boucliers d'argent. Les habi- 
tans de Nyse ne lui opposèrent aucune résistance, dans 
l'espoir qu'il respecterait une ville fondée par Bacchus : 
il les épargna en effet , fier d'avoir suivi les traces et 
égalé les exploits d'un dieu. Il conduisit son armée sur 
le mont Sacré , pour contempler cette terre qui se couvre 
d'elle-même de lierre et de vigne, aussi féconde, aussi 
riante que si elle était cultivée , embellie par la main de 
l'homme. Mais , au pied de la montagne , ses soldats , 
saisis d'un soudain enthousiasme , attestent par des hur- 
lemens l'influence du dieu qui les agite , se dispersent 
dans la plaine, égarés par une fureur sans danger; et le 



270 JUSTINI LIBER XII. 

bitu redemptum regnuin ab Alexandro recepit , illecebris 
consecuta , quod virtute non potuerat ; filiumque ab eo 
genitum, Alexandrum nomiuavit, qui postea regno In- 
dorum potitus est. Cleophis regina, propter prostratam 
pudlcitiam , scortum regium ab Indis exinde appellataest. 
Peragrata India, quum ad saxum mirae asperitatis et aU 
titudinis , in quod multi populi confugerant , pervenisset, 
cognoscit, Hereulem ab expugnatione ejusdem saxi terras 
motu prohibitum. Captus itaque cupidine Herculis acta 
superare, cum summo labore ac periculo potitus saxo, 
omnes ejus loci gentes in deditionem accipit. 



VIII. Unus ex regibus Indorum fuit, Porus nomine, 
viribus corporis et animi magnitudine pariter insignis : 
qui bellum jam pridem, audita Alexandri opinione, in 
adventum ejus parabat. Commisso itaque prœlio, exerci- 
tum suum M acedonas invader.e jubet , sibi regem eorum 
privatum hostem deposcit. Nec Alexander pugnae moram 
fecit : sed prima congressione vulnerato equo, quum 
praeceps in terram decidisset, concursu satellitum serva- 
tur. Porus multis vulneribus obrutus capitur. Qui vi- 
ctum se adeo doluit, ut, quum veniam ab hoste invenis- 
set , neque cibum sumere voluerit , neque vulnera curari 
passas sit, aegreque sit ab eo obtentuni, ut vellet vivere. 



JUSTIN. LIVRE XII. Î171 

roi, immobile de surprise, apprend ainsi qu'eu épargnant 
la ville., il a sauvé son armée. Il gagna ensuite le mont 
Dédale et les états de la reine Cléophis : cette princesse se 
rendit à lui , racheta son trône au prix de ses faveurs , et 
dut à ses charmes une couronne qu'elle n'avait pu con- 
server par la force. De ce commerce naquit un fils , qui 
régna depuis dans les Indes , et porta le nom d'Alexandre. 
Mais les Indiens, pour punir une reine impudique, flé- 
trirent Cléophis du nom de courtisane couronnée. Par- 
venu aux extrémités de l'Inde , le roi s'arrêta devant un 
rocher escai^pé , d'une prodigieuse élévation , sur lequel 
plusieurs peuplades étaient venues chercher un asile. Il 
apprit qu'Hercule avait sans succès attaqué ce lieu, d'où 
un tremblement de terre l'avait repoussé. Brûlant du dé- 
sir d'eflfacer les exploits de ce héros, il s'empara du rocher , 
après des dangers et des fatigues extrêmes , et rangea 
sous son obéissance les populations réfugiées en ce lieu. 
VIII. Parmi les rois de l'Inde était Porus , prince fa- 
meux par son courage et la force de son corps : instruit 
des projets d'Alexandre , il se préparait depuis long-temps 
à lui résister. A l'instant de combattre , il ordonne aux 
siens de fondre sur les soldats ennemis, et réclame pour 
lui seul l'honneur d'attaquer le roi. Alexandre n'évita 
point cette rencontre; mais son cheval fut blessé au pre- 
mier choc, et lui-même, renversé, ne dut la vie qu'au 
secours de ses gardes. Porus , couvert de blessures , fut 
fait prisonnier. Désespéré de sa défaite , malgré la géné- 
rosité du vainqueur, il refusa d'abord de prendre aucune 
nourriture, de laisser panser ses plaies, et on eut peine 
à obtenir de lui qu'il consentit à vivre. Alexandre honora 



l'j^k JUSTINI LIBER XII. 

Quem Alexander ob hoaorem virtutis încolumem îq re- 
gnum remisit. Duas ibi urbes condidit : unam Nicseam j 
alteram ex nomine eqiii Bucephalen vocavit. Inde Adre- 
stas j Gesteanos , Praesidas , Gangaridas, caesis eorum exer- 
citibus, expugnat. Quum ad Cuphites venisset, ubi eum 
cum ducentis millibus equitum hostes opperiebantur , 
exercitus omnis , non minus victoriarum numéro , quam 
lâboribus fessus, lacrymis eum deprecatur, finem tan- 
dem belli faceret ; aliquando patriae, reditusque meminis- 
set; respiceret miiitum annos,quibus vixaetas ad reditum 
sufBceret : ostendere alius canitiem, alius vulnera, alius 
œtate consumpta corpora j alius cicatricibus exhausta : 
solos se esse 9 qui duorum regum, Philippi Alexandri- 
que, continuam militiam pertulerint. Tandem orare, ut 
reliquias saltem suas paternis sepulcris reddat, quorum 
non tam studiis deficiatur^ quam annis : ac si non mili- 
tibus , vel ipsi sibi parcat , ne fortunam suam nimis one- 
rando fatiget Motus his tam justis precibus y velut in finem 
victoriae, castra solito magnificentiora fieri jussit, quo- 
rum molitionibus et hostis terreretur, et posteris admi- 
ratio suirelinqueretur.Nuliumopus milites laetius fecere. 
Itaque caesis hostibus , cum gratulatione in eadem rever- 
terunt. 



IX. Inde Alexander ad amnem Acesinem pergit : per 
hune in Oceanum devehitur. Tbi Hiaceusanas Sileosque, 



jySTIN LIVRE XII. 273 

la valeur de son captif, en lui rendant ses états. Il fonda 
dans cette contrée deux villes; il appela l'une Nicée^ , 
l'autre Bucéphale , du nom de son cheval. Les Adrestes, 
lesGestéens, les Présides, les Gangarides^se soumirent 
après de sanglantes défaites. Arrivé chez les Euphites , 
où l'attendaient deux cent mille cavaliers ennemis, son 
armée entière, aussi fatiguée de victoires que de marches 
et de combats , le conjura en pleurant de mettre un terme 
à tant de guerres ; de songer enfin au retour ; de penser 
à sa patrie , à l'âge de ses soldats , qui auraient à peine 
assez déjours pour regagner leurs foyers. L'un lui montre 
sesblessures ; l'autre, sescheveux blancs ; celui-ci, un corps 
épuisé par l'âge; celui-là, ses nombreuses cicatrices. Ils 
ont donné, disent-ils, un exemple inouï jusqu'à eux, en 
supportant sans relâche le poids de la guerre pendant 
deux règnes, celui de Philippe et le sien. Ils demandent 
enfin à rapporter ce qui reste d'eux aux tombeaux de 
leurs pères; ce n'est pas le courage, c'est la vigueur qui 
leur manque. S'il est sans pitié pour eux, qu'il songe du 
moins à lui-même , et prenne garde de lasser par trop 
d'ambition la fortune si long-temps docile. Touché de 
ces justes prières , il sembla V()uloir borner là ses triom- 
phes, et fit construire un camp plus vaste et plus fort, 
soit pour intimider l'ennemi par la hauteur des retran- 
chemens , soit pour laisser à l'avenir un merveilleux mo- 
nument de ses travaux. Aucun travail n'avait moins coûté 
à l'armée; et, après la défaite de l'ennemi, ce fut avec 
joie qu'elle rentra dans ce camp. 

IX. Alexandre se dirigea ensuite vers le fleuve Acé- 
sine, qui le conduisit à l'Océan. Les habitans d'Hiacense 
1. 18 



a74 JUSTINI LIBER XII. 

quos Hercules coodidit, ia deditionem accepit. Hinc in 
Ambros et Sygambros navigat. Quae gentes eum cum ar- 
matisLXXx milHbus peditum^ et lx millibus equitum ex- 
cipiùnt. Quum prœlio victor esset, exercitum ad urbem 
eorum ducit. Quam desertam a defensoribtis , quum de 
muro, quem primus ceperat, animadvertisset, in urbis 
planitiem sine ullo satellite desiliit. Itaque quum eum 
hostes solum conspexissent, clamore edito, undique 
concurrunty si possint in uno capîte orbis bella finire, 
et ultionem tôt gentibus dare. Nec minus Alexander 
constantei* rësistit^ et unûs adversus totmillia prœliatur. 
Incredibile dictu est , ut eum non multitudo hostium , 
non vis magna telorum , non tantus lacessentium clamor 
terruerit , solus tôt millia ceciderit ac fugaverit. Ubi vero 
obrui multitudine se vidit , trunco se , qui propter mu- 
rum stabat, applicuit; cujus auxilio tutus quum diu ag- 
men sustinuisset , tandem cognito periculo ejus ^ amici 
ad eum desiliunt : ex quibus multi caesi; prœlîumque 
tamdiu anceps fuit j, quoad omnis exercitus, mûris de- 
jectis, in auxilium veniret. In eo prœlio sagitta sub 
manfima trajectus, quum sanguinis fluxu deficeret, genu 
posito tamdiu prœliatus est , donec eum , a quo vulne- 
ratus fuerat, occideret. Curatio vulneris gravior ipso 
vulnere fuit. 

X. Itaque ex magna desperatione tandem saluti red- 
ditus , Polyperchonta cum exèrcitu Babyloniam mittit. 
Ipse , cum lectissima manu navibus conscensis , Oceaai 



JUSTIN. LIVRE XII. ^75 

et de Silée , villes fondées par Hercule , se rendireiit à 
lut. De là y il fait voile vers les Ambres et les Sygambres , 
qui lui opposent quatre- vingt mille fantassins et soixante 
mille cavaliers. Vainqueur de cette armée, il marche 
contre la ville : le premier il en escalade les murs; et, 
les trouvant sans défenseurs , il s'élance dans la place , 
sans être suivi de ses gardes. Les habitans , le voyant seul , 
accourent de toutes parts avec de grands cris , pour assu- 
rer d'un seul coup le repos de l'univers et la vengeance 
de tant de peuples. Alexandre, sans se laisser effrayer, 
résista seul à des milliers de Barbares. On ne saurait 
trop s'étonner que, sans craindre ni cette fouie d'enne- 
mis, ni les traits qu'ils faisaient pleuvoir sur lui , ni leurs 
cris de fureur, il ait pu en faire tomber ou fuir une si 
grande multitude. Bientôt, accablé par le nombre , il s'a- 
dossa à un tronc d'arbre voisin du rempart , et y résista 
long-temps aux efforts réunis des Barbares. Instruits eniSn 
du danger qu'il courait , ses officiers s'élancent vers lui : 
plusieurs périrent à ses côtés , et le combat resta dou- 
teux jusqu'à ce que toute l'armée, s'ouvrant.une route à 
travers la brèche, fût arrivée pour le défendre. Percé 
d'une flèche qui lui avait frappé le sein , et affaibli par la 
perte de son sang , il avait continué le combat un genou 
en terre, et tué celui qui l'avait blessé : le traitement 
de sa plaie fut plus dangereux encore que ne Tétait sa 
blessure. 

X. Sauvé, contre tout espoir ^ il envoie Polyperchon 
à Babylone avec une armée. Pour lui , il s'embarque avec 
l'élite de ses troupes , et visite les côtes de l'Océan : à son 
approche., les sujets du roi Ambigère , croyant son corps 

18. 



276 JUSTINI LIBER XII. 

litora peragrat. Quum venisset ad urbem Ambigeri ré- 
gis , oppidani invictum ferro audientes sagittas veneno 
armant; atque ita gemino mortis vulnere, hostem a 
mûris submoventes^ plurimos interfîciunt Quum inter 
multos vulneratus etiam Ptolemaeus esset , moriturusque 
jamjam videretur , per quietem régi monstrata in remé- 
dia veneni hcrba est, qua in potu accepta ^ statim pe- 
riculo iiberatus est; majorque pars exercitus hoc reme- 
dio servata. Expugnata deinde urbe, reversus in naves, 
Oceano libamenta dédit, prosperum in patriam reditum 
precatus; ac veluti curru circa metam acto, positis im- 
perii terminis , quatenus aut terrarum soHtudines prodire 
passée sunt, aut mare navigabile fuit, secundo aestu ostio 
fluminis Indi invehitur. Ibi in monumenta rerum a se 
gestarum , urbem Barcen condidit ; arasque statuit , re- 
licto, ex numéro amicorum, litoralibus Indis praefecto. 
Inde iter terrestre faclurus, quum arida loca medii iti- 
neris dicerentur, puteos opportunis locis fieri praecipit, 
quibus ingenti dulci aqua inventa , Babyloniam redit. Ibi 
multas devictse génies praefectos suos accusaverunt ; quos 
sine respectu amicitiae Aiexanderin conspectu legatorum 
necari jussit. Fiiiam post haec Darii régis, Statiram, in 
matrimonium recepit : sed et optimatibus Macedonum 
lectas ex omnibus gentibus nobilissimas virgines tradi- 
dit, ut communi facto crimen régis levaretur. 

XI. Hinc ad concionem exercitum vocat; et promittit, 



JUSTIN. LIVRE XII. 9.77 

à l'ëpreuvc du fer, s'armèrent de traits empoisonnés. Ces 
armes , doublement dangereuses , firent périr beaucoup de 
soldats, et repoussèrent les Macédoniens loin des murs. 
Ptolémée fut un des blessés , et la plaie paraissait mortelle , 
lorsque le roi \it en songe '** une plante propre à com- 
battre les effets du poison. On en composa un breuvage 
qui mit sur-le-champ Ptolémée hors de péril : le même 
remède sauva la plupart des soldats. Alexandre livra un 
nouvel assaut, et, maître de la ville , il offrit sur sa flotte 
des libations à l'Océan, pour obtenir un heureux retour 
dans sa patrie. [1 avait fourni la carrière, et comme dou- 
blé la borne sur le char de victoire : il venait de reculer 
les limites de son empire aussi loin que la terre pouvait 
le porter, et que la mer lui ouvrait une route; il profita 
donc de la marée pour remonter le cours de l'Indus. Il 
fonda sur les rives de ce fleuve la ville de Barcé, comme 
monument de ses exploits , dressa des autels aux dieux , et 
laissa à l'un des ofBciers le gouvernement des côtes de 
rinde. Comme il allait maintenant faire route par terre, 
et qu'on lui annonçait des déserts arides à traverser, il 
fit creuser des puits dans les lieux les plus favorables, et, 
se procurant ainsi une grande quantité d'eau douce, il 
marcha vers Babylone. Là , plusieurs nations conquises 
vinrent accuser devant lui leurs gouverneurs ; et Alexan- 
dre, méconnaissant d'anciens amis dans des ministres cou- 
pables , les fit mettre à mort en présence des députés. Il 
épousa ensuite Statira, fille de Darius, et donna aux prin- 
ci paux Macédoniens les filles les plus distinguées de tous les 
pays conquis , pour justifier son mariage par leur exemple. 
XI. Après cela , il assemble son armée , et promet de 



a?» JUSTINI LIBER XII. 

se aes alienum omnium propria impensa soluturum , ut 
prœdam praemiaque intégra domos ferant. Insîgnis haec 
munificentia non summa tantum, verumetiam titulo mu- 
neris fuit, nec a debitoribus magis, quam a creditoribus 
gratius excepta , quoniam utrisque exactio pariter ac so- 
lutio difliciiiserat. Yîginti miilia talentum in hos sumptus 
expensa. Dimissis veteranis , exercitum junioribus sup* 
plet. Sed retenti veteranorum discessum œgre ferentes , 
missionem et ipsi flagitabant : nec annos , sed stipendia 
sua numerari jubebant : pariter in miiitiam lectos ^ pa- 
riter sacramento solvi aequum censentes. Nec jam preci- 
bus, sed convicio agebant , jubentes eum solum cum pâtre 
suo Ammone inire bella , qua tenus milites suos fastidiat. 
Contra ille nunc castigare milites^ nunc lenibus verbis 
monere , ne gloriosam miiitiam seditionibus infuscarent. 
Ad postremum, quum verbis nihil proficeret, ad corri- 
piendos seditionis auctores , e tribunali in concionem 
armatam inermis ipse desiliit, et nemine prohibente, 
tredecim correptos , manu sua ipse ad supplicia duxit. 
Tantam vel illis moriendi patientiam metus régis, vel 
huic exigendi suppliçii constantiam, disciplina militaris 
dabat. 

XII. Inde separatim^ auxilia Persarum in concione 
alloquitur. Laudat perpetuam illorum, tum in se, tum 
in. pristinos reges fidem ; sua in illos bénéficia commé- 
morât; ut nunquam quasi victos, sed veluti victoriae so- 



JUSTIN. LIVRE XII. 279 

payer seul les dettes de tous ses soldats ^ afiu qu'ils puis- 
sent remporter dans leur patrie leur butin et le prise 
de leur valeur» Le titre de bienfait donnait un nouveau 
prix à la grandeur de ces dons, et la reconnaissance 
des créanciers égala celle des débiteurs , puisque les uns 
n'eussent pu recouvrer ce que les autres ne pouvaient 
rendre. Cette dépense monta à vingt mille talens. Alexan- 
dre congédia ses vieux soldats, et les remplaça par de 
plus jeunes. Mais ceux qui étaient retenus ^ irrités du dé- 
part de leurs compagnons, demandaient à partir avec 
eux : ils voulaient qu'on eût égard moins à leur âge qu'à 
la. durée de leur service ; qu'on les fit sortir ensemble des 
rangs où ils étaient entrés en même temps; et, passant 
de la prière à l'insulte, ils disaient que le roi.pouvait aller 
seul faire la guerre avec son père Ammon '% puisqu'il sa- 
vait si mal reconnaître les travaux de ses soldats. Alexan- 
dre, mêlant la douceur à la sévérité, les conjurait de ne 
pas souiller par des séditions la gloire de tant de con- 
quêtes : enfin , voyant ses discours inutiles , seul et sans 
armes, il s'élance du haut de son tribunal au milieu de 
ses soldats armés, en saisit treize de sa propre main, et 
les conduit au supplice sans trouver de résistance; tant 
la crainte qu'inspirait le roi l'emportait sur la crainte 
même d|e la mort! tant la discipline sévère qui régnait 
parmi eux l'enhardissait à les punir ! 

XII. Ayant ensuite assemblé séparément les Perses qui 
servaient sous ses ordres , il loue leur fidélité constante , 
soit envers lui-même , soit envers leurs anciens rois. Il 
leur rappelle que , prodigue de ses bienfaits , il les a tou- 
jours traités y non pas en vaincus, mais en compagnons 



28o JUSTINI LIBER XII. 

cios habuerit; denique se in illorum, non illos in gen- 
tis suae morem transisse ; affinitatibus connubiorum vi- 
clos victoribus miscuisse : nunc quoque ait custodiam cor- 
poris sui non Macedonibus tantum se , verum et iilis cre- 
diturum. Atque ita mille ex bis juvenes in numerum 
satellitum legit , aiixiliorum quoque portionem , fornia- 
tam in disciplinam Macedonum, exercitui suo miscet. 
Quam reui aegre Macedones tulerunt, jactantes bostes 
suos in ofïicium suum a rege subjectos. Tune universi 
fientes regem adeunt; orant, suppliciis suis potius sa- 
turet se, quam coutumeliis. Qua modestia obtinuerunt, 
ut undecim millia militum veteranorum exauctoraret. 
Sed ex amicis dimissi senes , Polyperchon , Clitus , Gor- 
gias, Polydamas j Amadas , Antigènes. Dimissis bis Cra- 
terus prseponitur, jussus prœesse Macedonibus in Anti- 
patri locum; Autipatrumque cum supplemeuto tironum 
in locum ejus evocat : stipendia revertentibus , veluti 
militantibus data. Dum haec aguntur , unus ex amicis 
ejus Ephaestion decedit, dotibus primo formae pueritiae- 
que , mox obsequiis , régi percarus , quem contra decus 
regium Alexander diu luxit ; tumulumque ei xii millium 
talentorum fecit; eumque post mortem coli ut deum 
jussit. 

XIII. Ab ultimis litoribus Oceani Babyloniam rever- 
tenti nuntiatur, legationes Carthaginiensium , cetera- 
rumque Africœ civitatum, sed et Hispaniarum, Siciliae, 
Galliœ, Sardiniae, nonnuUas quoque ex Italia, ejus ad- 



JUSTIN. LIVRE XII. a8i 

de ses victoires ; qu'il a adopté leurs mœurs au lieu de 
leur imposer celles de la Grèce; qu'il a uni, par des ma- 
riages , les vainqueurs et les vaincus. Il ajoute , que dé- 
sormais il va leur conBer , comme aux Macédoniens , la 
défense de sa personne. Il choisit en effet parmi eux mille 
jeunes gens qu'il mit au nombre de ses gardes, et incor- 
pora dans son armée une partie des auxiliaires qu'il avait 
formés à la discipline des Macédoniens. Ceux-ci, indi- 
gnés de ces faveurs, se plaignent hautement qu'on ait 
donné leurs emplois à leurs ennemis. Ils se présentent 
en pleurant devant le roi ; ils le conjurent de verser leur 
sang, mais d'épargner leur honneur. Cette humble sou- 
mission valut le congé à onze mille vétérans ; il renvoya 
aussi Polyperchon , Clitus , Gorgias, Polydamas, Amadas 
et Antigène , les plus vieux de ses capitaines. Ils partirent 
sous la conduite de Cratère, qui devait gouverner la 
Macédoine à la place d'Antipater , appelé dans le camp 
avec de nouvelles levées. Ceux qui partaient reçurent 
leur solde , comme s'ils eussent encore porté les armes. 
A cette époque mourut Ëphestion , l'un des amis d'Alexan- 
dre ; dans son enfance , sa rare beauté, et, plus tard , ses 
nombreux services l'avaient fait aimer du roi. Alexandre 
lui donna plus de larmes que ne le permettait la dignité 
de son rang'^; il lui éleva un tombeau qui coûta douze 
mille talens, et fit rendre à sa mémoire les honneurs 
divins. 

XIII. En retournant des rivages lointains de l'Océan à 
Babylone , il apprend que les ambassadeurs de Carthage 
et des autres villes d'Afrique, les députés de l'Espagne, 
de la Sicile, de la Gaule, de la Sardaigne, et de quel- 



a8a JUSTINI LIBER XII. 

ventum Babylooiae opperiri. Adeo uoiversum terraruni 
orbem nominis ejus terror invaserat , ut cuactae gentes, 
veluti destinato sibi régi adularentur. Hac igitur ex 
causa Babyloniain festinanti, veluti conventum terra- 
ruiii orbis acturo, quidam ex magis praedixit, ne ur- 
bem introiret, testatus hune locum ei fatalem fore. Ob 
hoc, omissa Babylonia, in Borsippam urbem transEu- 
phratem, desertam olim, concessit. Ibi ab Anaxarcho 
philosophe compulsus est rursuni magorum praedîcta 
contemnere, ut falsa et incerta, et, si fatis constent , 
ignota mortalibus , at , si naturae dcbeantur , inimutabilia. 
Reversus igitur Babyloniam, niultis diebus otio datis , 
intermissum olim oonvivium solenniter instituit, totus- 
que in laetitiam efïusus , quum diei noctem pervigilem 
junxisset , recedentera jam e convivio Médius Thessalus^ 
instaurata comessatione , et ipsum et sodales ejus invitât. 
Accepte poculo, média potione repente, veluti telo con- 
fixus , ingemuit : elatusque e convivio semianimis, tanto 
dolore cruciatus est, ut ferrum in remédia posceret, 
tactumque hominum velut vulnera indolesceret. Amici 
causam morbi intemperiem ebrietatis dissémina verunt : 
re autem vera insidias fuerunt , quarum infamiam succes- 
sorum potentia oppressit. 

XlV. Auctor insidiarum Antipater fuit, qui quum ca- 
rissimos amicos ejus interfectos videret, Alexaudrum 
Lyncestam , generum suum , occisum , se raagnis rébus 



JUSTIN. LIVRE XII. a83 

ques nations de l'Italie, y attendent son arrivée. L'uni- 
vers tremblait au bruit de son nom , et tous les peuples 
venaient flatter le maître que semblait leur destiner le 
sort. Déjà il avait hâté sa marche vers Babylone, pour y 
tenir en quelque sorte une assemblée de l'univers , quand 
un mage le détourna d'y entrer, assurant que cette ville 
lui serait fatale. Il quitta donc sa route , et, passant l'Eu- 
phrate , entra à Borsippa , ville autrefois déserte. Là , le phi- 
losophe Anaxarque combattit tes prédictions des mages, 
l'excita à mépriser une science incertaine et trompeuse, 
puisque l'esprit de l'homme ne peut ni percer les secrets 
du destin , ni changer les lois de la nature. De retour à 
Babylone , le roi s'y reposa plusieurs jours , rétablit l'u- 
sage, long-temps oublié, de ses festins solennels, et se 
livra sans mesure à la joie et aux plaisirs. Il allait quitter 
la table, où un jour et une nuit s'étaient passés dans la 
débauche , quand le Thessalieu Médius invita les convives 
à venir chez lui recommencer la fête. On présente une 
coupe à Alexandre ; mais à peine ses lèvres l'ont tou- 
chée , qu'il pousse un cri plaintif, comme si un dard l'eût 
frappé. Ou l'emporte mourant; dans sa douleur, il de- 
mandait un poignard pour remède. La main des méde- 
cins ne pouvait toucher son corps , sans paraître le dé- 
chirer. Ses amis publièrent que l'excès de ses débauches 
était la cause de cette maladie ; mais il fut en effet vic- 
time d'une trahison , dont la puissance de ses successeurs 
déguisa l'infamie. 

XIV. L'auteur de cet attentat fut Antipater, qui voyait 
ses plus chers amis massacrés , son gendre Alexandre Lyn- 
cèste mis à mort '^, et ses grandes actions dans la Grèce 



284 JUSTINl LIBER XII. 

in Graecia gestis, non tam gratuin apud regem, quam 
invidiosum esse, a inatre quoque ejus Olympiade variis 
se criminationibus vexatum. Hue accedebant ante paucos 
dies supplicia in praefectos devictarum nationum crude- 
liter habita. Ex quibus se quoque a Macedonia , non ad 
soeietatem militiae , sed ad pœnam evocatum arbitrabatur. 
Igitur ad oecupandum regeni, Cassandrum filium, dato 
venenoy subornât, qui cum fratribus, Philippo et lolla, 
ministrare régi solebat : cujus veneni tanta vis fuit, ut 
non aère , non ferro , non testa eontiueretur , nec aliter 
ferri, nisi in ungula equi, potuerit; praemonito filio, 
ne alii, quam Thessalo et fratribus crederet. Hac igitur 
ex causa apud Thessalum paratum repetitumque convi- 
vium est. Philippus et loUas, praegustare ac temperare 
potum régis soliti, in aqua frigida venenum habuerunt , 
quam pracgustatae jam potioni supcrmiserunt. 

XV. Quarta die Alexander indubitatam mortem sen- 
tiens , ce agnoscere se fatum domus majorum suorum 
ait : nam plerosque ^acidarum intra Irigesimum annum 
defunctos. » Tumultuantes deinde milites , insidiis pcriisse 
regem suspicantes, ipse sedavit; eosque omnes, quum 
prolatus in editissimum urbis locum esset, ad conspe- 
ctum suum admisit,osculandamquedextramsuamflenti- 
bus porrexit. Quuni lacrymareut omnes, ipse non sine 
lacrymis tantum , verum etiam sine ullo tristioris mentis 
argumento fuit , ut quosdam impatieulius dolentes con- 
solatus sit , quibusdam mandata ad parentes eorum de- 



JUSTIN. LIVRE XII. a85 

payées de la seule jalousie du roi. A ces motifs se joi- 
gnaient et les accusations dont le chargeait Olympias, 
mère d'Alexandre , et la mort récente de plusieurs gou- 
verneurs des nations vaincues , cruellement immolés. Il 
pensa qu'Alexandre , en l'appelant hors de la Macédoine, 
songeait plutôt à le perdre qu'à l'associer à ses victoires. 
Pour le prévenir , il séduit son fils Cassandre , qui, avec 
ses frères Philippe et lollas, remplissait près du monar- 
que l'emploi d'échanson. Il lui remet un poison d'une 
telle violence, qu'aucun vase d'airain, de fer ou de terre 
ne pouvait y résister, et qu'il fallut le porter dans une 
corne de cheval '^ : il l'averti t en même temps de ne mettre 
dans le secret que ses frères et le Thessalien. Ce fut donc 
chez ce dernier que fut préparé un second festin; Phi- 
lippe et lollas, chargés de goûter et de tremper le vin, 
y versèrent, après l'avoir goûté , l'eau froide qui conte- 
nait le poison. 

XV. Le quatrième jour, Alexandre, sentant approcher 
sa fin , dit «qu'il reconnaissait le sort réservé à sa maison ; 
que la plupart des Éacides n'avaient pas atteint leur 
trentième année. » Il calma ensuite la fureur de ses sol- 
dats, qui attribuaient sa mort à une trahison ; et,s'étant 
fait porter au lieu le plus élevé de la ville, il les fit tous 
passer devant lui , et leur présenta sa main, qu'ils bai- 
sèrent en l'arrosant de larmes. Tous fondaient en pleurs, 
et, loin d'en verser lui-même, il ne montra nulle tris- 
tesse , consola même ceux dont la douleur paraissait trop 
vive, donna à d'autres des ordres pour leurs familles, 
et fut invincible à son lit de mort, comme sur le champ 
de bataille. Quand les soldats se furent retirés ^ il de- 



1 



îi86 JUSTINI LIBER XII. 

derit : adeo, sicuti in hostem, ita et in mortem invictus 
animus fuit Dimissis militibus, amicos circumstantes 
percontatur, « videanturne similem sibi reperturi re- 
gem ? » t'acentibus cunctis , tum ipse , « ut hoc nesciat , 
ita illud scire vaticinarique se ac paene oculis videra 
dixit, quantum sit in hoc certamine sanguinis fusura 
Macedonia, quantis cœdibus, quo cruore, mortuo sibi 
parcntatura. » Ad postremum, corpus suum in Ammo- 
nis templo condi jubet. Quum deficere eum amici vidè- 
rent, quaerunt, « quem imperii faciat heredem?» Respon- 
dit, ce Dignissimum.» Tanta illi magnitudo animi fuit, ut , 
quum Herculem filium , quum fratrem Aridaeum , quum 
Roxanem uxorem praegnantem reUnqueret , oblitus neces- 
situdinum , dignissimum nuncuparet lieredem : prorsus 
quasi nefas esset viro forti alium quam virum fortem 
succedere ,.aut tanti regni opes aliis , quam probatis, re- 
linqui. Hac voce, veluti bellicum inter amicos cecinisset, 
aut malum Discordiae misisset, ita omnes in aemulatio* 
nem consurgunt, et ambitione vulgi tacitum favorem 
militum quaerunt. Sexto die prœclusa voce, exemptum 
digito annulum Perdiccae tradidit : quae res gliscentem 
amicorum dissensionem sedavit. Nam^ etsi non voce nun- 
cupatus hères , judicio tamen eleclus esse videbatur. 

XVI. Decessit Alexander, mensem unum, annos très 
et triginta natus; vir supra humanam potentiam magni- 
tudine animi praeditus. Qua nocte eum mater Olympias 
ooncepit, visa per quietem est eum ingenti serpente vo- 



JUSTIN. LIVRE XII. 287 

manda aux courtisans rangés à ses côtés , « s'ils espéraient 
trouver un roi qui lui ressemblât ?» Tous gardaient le si- 
lence : il ajouta que , ce pour lui , il l'ignorait ; mais qu'il 
sentait, qu'il annonçait , comme s'il l'eût vu de ses yeux., 
que les discordes qui allaient suivre sa mort coûteraient 
des flots de sang à la Macédoine , et que d'affi^eux mas- 
sacres étaient les honneurs réservés à ses mânes, d II finit 
par ordonner quon l'ensevelît dans le temple d'Ammon. 
Ses amis , le voyant défaillir, lui demandèrent a à qui il 
laissait l'empire? » Il répondit : u Au plus digne. » Telle fut 
la grandeur de son âme, qu'oubliant son fils Hercule , son 
frère Aridée , et la grossesse de Roxane *5, son épouse, il 
choisit pour son héritier celui qui mériterait de l'être; 
comme si un grand homme était seul digne de succéder 
à un grand homme , ou qu'une tétç déjà illustre dût seule 
porter une si belle couronne. Mais cette réponse fut pour 
ses généraux la pomme de la Discorde , ou le signal des 
batailles : tous, devenus rivaux l'un de l'autre, briguèrent 
en secret a faveur des soldats. Le sixième jour, Alexan- 
dre , sentant sa voix s'éteindre, tira du doigt son an- 
neau, et, le donnant à Perdiccas, calma pour quelques 
instans les dissensions qui allaient éclater; car, sans l'a- 
voir hautement proclamé son héritier , il semblait pour- 
tant avoir fixé son choix sur lui. 

XVI. Alexandre mourut âgé de trente-trois ans et un 
mois. La grandeur de son génie l'éleva au dessus du reste 
des hommes. Tja nuit où il fut conçu , sa mère Olympias 
crut en songe sentir près d'elle un énorme serpent; et son 
rêve ne l'avait pas trompée : l'enfant que portait son sein 



288 JUSTINI LIBER XII. 

* 

lu tari. Nec decepta somnio est : iiam profecto majus hu- 
mana mortalitate opus utero tulit; quam quuin £aci- 
darum gens ab ultima seculorum memoria, et régna 
patris, fratrisy mariti , ac deinceps majorum omnium 
iliustraverint, nullius tamen nomine, quam filii, clarior 
fuit. Prodigia magnitudinis ejus in ipso ortu nonnulla 
apparuere. Nam ea die, qua natus est, duae aquilae tota 
die perpetes supra culmen domus patris ejus sederunt, 
omen duplicis imperii, Europe Asiaeque, praeferentes. 
Eadem quoque die nuntium pater ejus duarum victoria- 
rum accepit; alterius, belli iilyrici; aiterius, certaminis 
olympici, in quod quadrigarum currus miserat : quod 
omen universarum terrarum victoriam infanti porten- 
debat. Puer acerrimis litteraruni studiis eruditus fuit. 
Exacta pueritia, per quinquennium sub Aristotele , do- 
ctore inclyto omnium philosophorum , crevit. Accepte 
deinde imperio , regem se terrarum omnium ac mundi 
appellari jussit; tantamque fiduciam sui militibus fecit, 
ut 9 illo prœsente, nullius hostis arma ueç inermes timue- 
rint. Itaque cum nullo hostium unquam congressus est, 
quem non vicerit; nullam urbem obsedit, quam non 
expugnaverit ; nullam gentem adiit, quam non calca- 
verit. Victus denique ad postremum est, non virtute ho- 
stili, sed insidiis suorum, et fraude civili. 



JUSTIN. LIVRE XII. 289 

n'était pas le fils d'un mortel. Née du sang des Eacides , 
illustres depuis tant de siècles, fille, sœur, épouse de 
rois, et n'ayant que des rois pour ancêtres, le nom de 
son fils est cependant son premier titre de gloire. A la 
naissance d'Alexandre, plus d'un prodige annonça sa 
grandeur. Pendant toute cette journée, deux aigles, po- 
sés sur le faîte du palais de son père, semblèrent présa- 
ger que l'empire de l'Europe et celui de l'Asie s'uniraient 
dans ses mains. Le même jour , Philippe reçut la nouvelle 
de deux victoires, l'une en Illyrie, et l'autre aux jeux 
Olympiques , où il avait envoyé des chars : c'étaient les 
présages de la conquête du monde. Dès son enfance , on 
lui enseigna avec soin les belles-lettres , et , dans sa jeu- 
nesse, il fut cinq ans disciple d'Aristote, le plus illustre 
des philosophes. A peine monté sur le trône, il se fit ap- 
peler roi de l'univers, et inspira une telle confiance à 
ses soldats , que , sous ses ordres , ils eussent bravé , sans 
armes , leurs ennemis armés. Aussi Alexandre ne com- 
battit jamais sans vaincre, n'assiégea aucune ville sans 
la prendre , n'attaqua aucune nation sans la terrasser. Il 
succomba enfin, non sous le courage de ses ennemis, 
mais vaincu par la perfidie de ses. courtisans et la tra^ 
bison de ses peuples. 



'9 



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LIBER XIII. 



I. ExsTiNCTO in ipso aetatis ac victoriarum flore Alexan- 
dro Magno, triste apud oranes tota Babylone silentium 
fuit. Sed nec devictae gentes fidem nuntio habuerunt, 
quod ut invictum regem, ita iinmortalem esse credide- 
rant; recordantes, quoties prœsenti morte ereptus esset, 
quam saepe pro amisso , repente se non sospitem tantum 
suis , verum etiam victorero obtulisset. Ut vero mortis 
ejus fides adfuit, omnes barbarae gentes, paulo ante ab 
eo devictae, non ut hostem, sed ut parentem luxerunt. 
Mater qu'oque Darii régis , quam , amisso filio , a fastigio 
tâutae majestatis in captivitatem redactam , indulgentia 
victoris, in eam diem vitœ non pœnituerat, audita morte 
Alexandri, mortem sibi ipsa conscivit ; non quod hostem 
filio praeferret , sed quod pielatem filii in eo , quem ut 
hostem timuerat, experta esset. Contra Macedones , versa 
vice, non ut civem, ac tantae majestatis regem, verum 
ut hostem amissum gaudebant, severitatem nimiam , et 
assidua belli pericula exsecrantes,. Hue accedebat , quod 
principes regnum etimperia, vulgus militum thesauros 
et grande pondus auri , velut inopinatam praedam,spe- 



*<*<<<**<»<VW/*'V<'*^»»%VVV\»IV><%«<l<>/%%l<l<l*<l»»»t(Vl/»*/%>V%'»/%/Vtl<W^ 



LIVRE XIII. 



I. xJORSQUE la mort vint frapper Alexandre à la fleur 
de son âge et au sein de la victoire , un morne silence 
régna dans Babylone. Les peuples vaincus ne purent en 
croire la nouvelle; pour eux, il était immortel , aussi 
bien qu'invincible : ils se rappelaient combien de fois 
il s'était arraché à la mort la plus certaine, combien de 
fois il avait reparu vivant et victorieux aux yeux de ses 
soldats déjà consternés de sa perte. Mais quand le bruit 
de son trépas se fut confirmé, les nations barbares qu'il 
venait de soumettre pleurèrent leur ennemi comme un 
père. Privée de son fils , précipitée du trône dans la cap- 
tivité , la mère de Darius avait jusque-là supporté la vie; 
la clémence du vainqueur la lui rendait plus douce : en 
apprenant la mort d'Alexandre, elle mit elle-même fin 
à ses jours; non que son ennemi lui fût plus cher que 
son fils, mais elle avait trouvé la tendresse d'un fils dans 
celui qu'elle avait redouté comme un ennemi. Les Macé- 
doniens , au contraire , loin de pleurer en lui un conci* 
toyen, un grand roi, semblaient, à leur joie, délivrés 
d'un ennemi, tant ils étaient fatigués, et de sa sévérité 
excessive, et des dangers d'une guerre perpétuelle. D'ail- 
leurs, ces royaumes, ces empires, ces immenses trésors 
offraient une proie inattendue à l'ambition de ses capi* 

ï9- 



agti JUSTINI LIBER XIII. 

ctabanty illi successionem regni, hi opum ac divitiarum 
hereditatem cogitantes. Erant enim in thesauris quin- 
quaginta miilia talentum , et in annuo vectigali tricena 
millia. Sed nec amici Alexandri frustra regnum spe- 
ctabant : nam ejus virtutis ac venerationis erant, ut sin- 
gulos reges putares. Quippe ea formas pulchritudo , et 
proceritas corporis , et virium ac sapientiae magnitudo in 
omnibus fuit, ut, qui eos ignoraret, non ex una gente, 
sed ex toto terrarum orbe electos judicaret. Neque enim 
unquam ante Macedonia, vel ulla gens alia, tam claro- 
rum proventu floruit : quos primo Philippus , mox Aiexan- 
der, tanta cura legerat, ut non tani ad societatem belli, 
quam in successionem regni , electi vidèrent ur. Quis igi- 
tur miretur, talibus ministris orbém terrarum victum, 
quum exercilus Macedonum tôt , non ducibus, sed regi- 
bus regeretur? qui nunquam sibi reperissent pares, si 
non inter se concurrissent : multosque Macedonia pro 
uno Alexandros babuisset, nisi fortuna eos aemulatione 
virtutis in perniciem mutuam armasset. 

IL Geterum , occiso Alexandro , non ut laeti , ita et se* 
curi fuere, omnibus unum locum competentibus : nec 
minus milites , quam invicem se , timebant , quorum et 
libertas solutior , et favor incertus erat. Inter ipsos vero 
aequalitas discordiam augebat, nemine tantum ceteros ex- 
cedente , ut ei aliquis se submitteret. Armati itaque in re- 
giam coeunt, ad formandum rerum praesentium statum. 
Perdiccas censet, « Roxanes exspectari partum, quœ, 



JUSTIN. LIVRE XIII. agS 

taines , à la cupidité de ses soldats , avides de succéder à 
son pouvoir, ou de se partager ses richesses. Il laissait 
cinquante mille talens dans son trésor ^, et le revenu an- 
nuel s'élevait à trente mille. Au reste, les généraux d'A- 
lexandre étaient dignes d'aspirer à son trône; chacun 
d'eux semblait roi par son courage, par le respect qu'il 
inspirait. A la majesté de leur visage, à la hauteur de 
leur taille, à leur bravoure, à leur prudence, on ne les 
eût pas cru nés chez un seul peuple, mais choisis dans 
le monde entier. Jamais la Macédoine, ni aucune autre 
contrée , n'avait vu fleurir à la fois tant de héros ; et; ^hir 
lippe, puis Alexandre, en les choisissant avec tant de 
soin, semblaient plutôt avoir cherché des successeurs de 
leur puissance, que des compagnons de leurs travaux. 
Faut-il donc s'étonner qu'Alexandre ait soumis l'univers , 
quand son armée n'avait que des rois pour chefs ! Jamais 
ils n'eussent trouvé de dignes adversaires, s'ils ne fussent 
devenus ennemis; et la Macédoine, privée de son roi, 
eût retrouvé en eux plusieurs Alexaudres, si la fortune 
n'eût opposé l'un à L'autre ces rivau?: de courage, et ne 
les eût tous armés pour leur ruine! 

II. Au reste, la mort d'Alexandre éveilla leur inquiet 
tude en même temps qu'elle excitait leur joie : tous, 
aspirant au même but, avaient à craindre à la fois et 
la rivalité de leurs collègues ^, et le caprice des soldats , 
dont la licence croissait chaque jour , dont la faveur était 
encore incertaine. Aucun d'eux ne surpassait assez les 
autres, pour qu'on voulût se soumettre à lui, et l'éga- 
lité des droits augmentait la discorde. Tous s'assemblè- 
rent donc en armes dans le palais, pour régler l'admi- 



294 JUSTINI LIBER XIII. 

exacto mense octavo, matura jam ex Alexandro erat; et 
si puerum peperisset , hune dari successorem patri. » Me- 
leager negat « differenda in partns dubios consilia ; nec 
exspectandum , dum reges nascerentur^ quum jam geni- 
tis uti liceret. Seu puer illis plaeeat^ esse Pergami fiiîum 
Alexandrie natum ex Barsine, nomine Herculem : seu 
tnallent juvenem , esse in castris fratrem Alexandri Ari- 
daeum , comem , et cunctis non suo tantum , verum et 
patris Philippi nomine acceptissimum. Ceterum Roxa- 
nen esse originis persicae ; nec esse fas , ut Macedonibus 
ex sanguine eorum , quorum régna deleverint , reges con- 
stituant ur : quod nec ipsum Aiexandrum voluisse dicit. 
Denique morientem nullam de eo mentionem habuisse. » 
Ptolemxus récusât regem Aridâeum, ce non propter ma- 
ternas modo sordes , quod ex larissaeo scqrto nascere- 
tur; sed etiam propter valetudinem majorem, quam pa- 
tiebatur ; ne ille nomen régis , alius imperium teneret : 
melius esse ex his legi , qui pro virtute régi suo proxinii 
fuerinty qui provincias regant, quibus bella mandentur, 
quam sub persona régis indignorum subjiciantur impe- 
rio. » Vicit Perdiccae sententia , consensu universorum. 
Placuit itaque Roxanes exspectari partum , et si puer na- 
tus fuisset , tutores Leonatum , Perdiccam , Craterum et 
Antipatrum constituunt; confestimque in tutorum obse- 
quia jurant. 



JUSTIN. LIVRE XIII. 295 

nistration deTétat. Perdiccasvoulait «qu'on attendit l'ac- 
couchement de Boxane , déjà dans le neuvième mois de 
sa grossesse, et que, si elle donnait le jour à un fils, on 
^ le choisît pour successeur de son père.» Méléagre pense, 
au contraire, «qu'il ne faut pas reculer jusqu'à un accou- 
chement incertain la décision de leur fortune ; qu'on ne 
doit pas attendre la naissance d'un roi, quand plusieurs 
rois existent déjà : s'ils veulent un enfant, ils trouveront 
à Pergame le jeune Hercule, fils d'Alexandre et de Bar- 
sine; s'ils préfèrent un homme, dans le camp même est 
Aridée, le frère d'Alexandre, aussi cher aux soldats par 
sa bonté que par le nom de son père Philippe. Boxane 
est d'ailleurs issue du sang des Perses, et la Macédoine 
ne peut choisir ses rois dans une nation qu'elle a subju- 
guée : Alexandre lui-même ne l'a point ainsi voulu, 
puisqu'à ses derniers instans il n'a point parlé de cet en- 
fant.» Ptolémée se déclarait contre le choix d' Aridée, 
«non-seulement à cause de l'infamie de sa mère, courti- 
sane de Larisse , mais à cause de la maladie terrible qui 
le tourmentait. Aridée , disait-il , n'aurait d'un roi que 
le nom , et laisseriiit le pouvoir en d'autres mains ; mieux 
valait donc appder au trône l'un de ces capitaines que 
leur valeur avait le plus rapprochés d'Alexandre, l'un 
de ces hommes capables de gouverner et de combattre, 
que d'obéir à un fantôme de roi et à d'indignes favoris. » 
L'avis de Perdiccas fut unanimement adopté : on résolut 
d'attendre l'accouchement de Boxane, et, si elle donnait 
le jour à un fils, de lui nommer pour tuteurs I^nat, 
Cratère, Antipater et Perdiccas, qui reçurent à l'instant 
le serment de fidélité. 



a^ JUSTINI LIB£R XIII. 

m. Quum équités quoque idem fecissent, pedites in- 
dignati, nullassibi consiliomm partes relictas, Aridaeum, 
Âlexandrt fratrem , regem appellaat , satellitesque illi ex 
tribu sua legunt ^ et oomine Philippi patris vocari jubent. 
Quœ quum nuatiata equitibus essent, legatos ad mitî- 
gaados eorum animos, duos ex proceribus, Attalum et 
Meleagrum mittuat, qui potentiam ex vulgi adulatioae 
quaerentes, omissa legatione, inilitibus consentiuot. Sta- 
tim et seditio crevit , ubi caput et consilium habere cœ- 
pit. TuDC ad delendum equitatum cuncti armati in re- 
giam irrumpunt : quo cognito , équités trepidi ab urbe 
discedunty castrisque positis , et ipsi pedites terrere cœ- 
peruot. Sed uçc procerum, inter se odia eessabant. Atta- 
lus ad interficiendum Perdiccam, ducem partis alterius, 
mittit : ad quem armatum , et ultro vocantem quum ac- 
cedere percussores ausi non fuissent, tanta constantia 
Perdiccae fuit, ut ultro ad pedites veniret, et inconcio- 
nem vocatos edoceret , quod facinus molirentur : « Re* 
spicerent , contrs^ quos arma sumpsissent : non illos Per- 
sas, sed Macedouas ; non hostes , sed cives esse; plerosque 
etiam cognatos eorum, certe corn mil itones , eorumdem 
caslrorum ac periculorum socios : edituros deinde egre- 
gium hostibus suis spectaculum , ut , quorum armis vi- 
ctos se doleant, eorum mutuis caedibus gaudeant, pa- 
rentaturosque sanguine suo manibus hostium a se in* 
terfectorum. » 

IV. Haec quum pro singulari facundia sua Perdiccas 



JUSTIN. LIVRE XIDI. 497 

III. La cavalerie ayant suivi cet exemple , les fantas- 
sins , indignés de' n'avoir pas eu part au choix du sou- 
verain , proclament Aridée , frère d'Alexandre , lui for- 
ment une garde tirée de leurs rangs , et lui donnent le 
nom de Philippe, son père. A cette nouvelle, la cavale- 
rie députe, pour les apaiser, deux de ses principaux 
chefs, Attale et Méléagre : ceux-ci croient pouvoir se 
rendre puissans en caressant la multitude; ils abandon- 
nent la cause qu'ils venaient défendre, et se rangent du 
parti des mécontens. La sédition, dirigée par des chefs 
habiles , devient plus menaçante ; l'infanterie prend les 
armes et court au palais pour égorger les cavaliers , qui 
sortent en désordre de la ville, s'enferment dans des re- 
tranchemens , et elFFraient à leur tour les fantassins. Ce- 
pendant les haines des grands ne se calmaient pas : Attale 
voulut faire assassiner Perdiccas , chef du parti contraire; 
mais celui-ci, le glaive à la main, défia les meurtriers, 
qui n'osèrent s'approcher de lui. Telle fut même son in- 
trépidité, qu'il se rendit presque seul dans le camp de 
l'infanterie, et, rassemblant les soldats, leur dépeignit 
l'horreur du crime qu'ils allaient commettre. « Contre qui 
avaient-ils pris les armes? ce n'était point contre les 
Perses, contre une nation ennemie, c'était contre leurs 
concitoyens , contre leurs frères , contre des homnies qui 
avaient long-temps partagé leur camp , leurs périls et 
leurs travaux. Quelle joie allaient ressentir leurs enne- 
mis, en voyant s'égorger l'un l'autre ces soldats qui les 
avaient vaincus, et satisfaire de leur sang aux mânes des 
Barbares tombés sous leurs coups ! » 

ly. Ce discours, où éclata l'éloquence naturelle dç 



n 



298 JUSTINI LIBER XIII. 

perorasset , adeo movit pedites , ut, probato consilioejus, 
dux ab omnibus legeretur. Tum équités in concordiam 
revocati , in Aridaeum regem consentiunt. Servata est por- 
tio regui Alexandri (îlio, si natus esset. Haec agebant, 
posito in medio corpore Alexandri , ut niajestas ejus testis 
decretorum esset. His ita compositis, Macedoniae et Grae- 
ciœ Antipater praeponitur : regiae pecunias custodia Cra- 
tero traditur : castrorum et exercitus,etrerumcuraMe- 

» 

leagro et Perdiccae assignatur; jubeturque Aridaeus rex 
corpus Alexandri in Ammonis templum deducere. Tune 
Perdiccas infensus seditionis auctoribus, repente, ignaro 
collega , lustrationem castrorum , propter mortem régis , 
in posterum edicit. Postquam armatum exercitum in 
campo constituit, consentientibus universis, evocatos, 
dum transit , de singulis manipulis seditiosos , supplicio 
tradi occulte jubet. Reversus inde, inter principes pro- 

■ 

vincias dividit, simul ut et removeret aemulos, et munus 
imperii benefîcii sui faceret. Prima Ptolemaeo iEgyptus , 
et Africae Arabiaeque pars y sorte venit , quem ex grega- 
rio milite Alexander virtutis causa pro vexera t : cui ad 
tradendam provinciam Cleomenes , qui Alexandriam aedi- 
ficaverat, datur. Confinem huic provinciœ Syriam Lao- 
medon Mitylenaeus , Ciliciam Philotas, Philo Illyrios ac- 
cipiunt. Mediae majori Atropatus , minori socer Perdiccae 
praeponitur. Susiana gens Scyno. Phrygia major Anti- 
gonOy Philippi filio, assignatur. Lyciam et Pamphyliam 



JUSTIN. LIVRE XIII. 299 

Perdiccas, émut si vivement les fantassins, que tous, 
dociles à ses conseils ^ s'accordèrent à le choisir pour chef. 
Alors les cavaliers, se rapprochant de leurs compagnons, 
consentirent à reconnaître Aridée , en réservant une por- 
tion du royaume pour le (ils qui pourrait naître de 
Roxane. Le corps d'Alexandre , placé au milieu de l'as- 
semblée, semblait en sanctionner les résolutions. Le calme 
ainsi rétabli, Antipater reçut le gouvernement de la Ma- 
cédoine et de la Grèce ; Cratère, la garde du trésor royal; 
Méléagre et Perdiccas , le commandement de l'armée et 
l'administration de l'état : le roi Aridée fut chargé de 
conduire au temple d'Ammon les restes d'Alexandre. Ce 
fut alors que Perdiccas, irrité contre les auteurs de la 
sédition, ordonna à l'armée, à l'insu de son collègue, de 
se réunir le lendemain pour offrir des sacrifices fiinèbres 
à la mémoire d'Alexandre. Après l'avoir rangée en ba- 
taille dans la plaine , il parcourt tous les bataillons , ap- 
pelle hors des rangs, à son passage, les soldats les plus 
séditieux, sans trouver dans l'armée aucune opposition, 
et les fait conduire en secret au supplice. A son retour, il 
partage les provinces entre les chefs , soit pour éloigner 
ses rivaux , soit pour qu'ils tinssent leur autorité de lui 
seuL Le sort assigna d'abord l'Egypte et une portion de 
l'Afrique et de l'Arabie à Ptolémée, dont Alexandre avait 
récompensé la valeur en le tirant des derniers rangs de 
l'armée : Cléomène , qui avait bâti Alexandrie , fut chargé 
de le mettre en possession de son gouvernement. La Syrie ^ 
voisine de ces provinces , échut à Laomédon de Mity- 
lène, la Cilicie à Philotas, etTIllyrie à Philon. La haute 
Médie fut assignée à Atropate; la basse Médie au beau<* 



3oo JUSTINI LIBER XIII. 

Nearchus, Carîam Cassander, Lydiam Menander, sor- 
tiuntur. Leonato minor Phrygia evenit : Thracia et re- 
giones Pontici maris Lysimacho : Cappadocia cuni Pa* 
phlagonia Eumenî data. Summus castrorum tribunatus 
Seleuco, Antiochi filio, cessit. Stipatoribus régis satelli- 
tibusque Cassander , filius Antipatri , prœficitur. In Bac- 
triana ulteriore, et Indiœ regionibus, priores praefecti 
retenti. Terras inter amnes Hydaspcm et Indum Taxiles 
habebat. In colonias in Indis conditas Python, Agenoris 
filiùs, mittitur. Paropamisios et fines Caucasi montis 
Extarches accepit. Aracossi Gedrosique Sibyrtio tradun- 
tur : Drancae et Arei Stasanori. Bactrianos Amyntas sor- 
titur, Sogdianos Scythœus, Nicanor Parthos , Philippus 
Hyrcanos, Phrataphernes Armenios, Tleptolemus Per» 
sas y Peucestes Babylonios, Archon Pelasgos, Arcesi- 
laus Mesopotamiam. Qiium haec divisio, veluti fatale 
munus, singulis contigisset, ita magna incrementorum 
materia plurimis fuit : siquidem non magno post tem- 
pore , quasi régna , non prœfecturas divisissent , sic reges 
ex praefectis facti , magnas opes non sibi tantum parave- 
runt , verum etiam posteris reliquerunt. 

V. Dum haec in Oriente aguntur, in Graecia Athe- 
nienses et £toli bellum, quod jam vivo Alexaiidro mo- 
verant, summis viribus instruebant. Causae belli erant, 
quod reversus ab India Alexander , epistolas in Graeciam 
scripserat , quibus omnium civitatum exsules, praeter cae- 



JUSTIN. LIVRE XIII. 3oi 

père de Perdiccas; la Susiane à Scynus ; la grande Pliry- 
gie à Ântigone^ fils de Philippe. Néarque reçut la Pam- 
phylie et la Lycie , Cassandre la Carie y et Mënandre la 
Lydie. On confia la petite Phrygie à Léonat , la Thrace 
et les côtes de la mer du Pont à Lysimaque, la Cappa- 
doce et la Paphlagonie à Eumène. Le suprême comman*" 
dément de l'armée fut donné à Seleucus, fils d'Antio- 
chus; celui des gardes du roi à Cassandre, fils d'Aotî- 
pater; la Bactriane ultérieure et les régions de l'Inde 
gardèrent leurs anciens gouverneurs. Taxile possédait les 
contrées qui s'étendent de lllydaspe à l'Indus. Python ^ 
fils d'Agénor j fut envoyé dans les colonies indiennes } 
Extarches reçut les Paropamisiens et les peuples voisins 
du Caucase ; Sibyrtius , les Aracossiens et les Gédrosiens; 
Stasanor, les Drances et les Aréens; enfin, la Bactriane 
appartint à Amyntas, la Sogdiane à Scythéus, le pays 
des Parthes à Nicanor, l'Hyrcanie à Philippe, l'Arménie 
à Phratapherne , la Perse à Tleptolèrae, les Pélasgiens à 
Archas, la Babylonie à Peuceste, la Mésopotamie à Ar* 
césilas. Ce partage, réglé par le sort, fut, pour plusieurs 
de ces chefs, le principe de leur élévation. En effet, on 
les vit bientôt, comme s'ils eussent reçu des royaumes et 
non des gouvernemens, remplacer le nom de gouverneurs 
par le titre de rois , et fonder une puissance qui passa 
même à leurs descendans. 

V. Tel était l'état de l'Orient. En Grèce , les Athéniens 
et les Étoliens réunissaient toutes leurs forces pour sou-^ 
tenir une guerre commencée du vivant d'Alexandre. En 
effet, ce prince, au retour de son expédition de l'Inde, 
avait écrit aux villes grecques pour ordonner le rappel 



- ï - • • ♦ 



3o2 JUSTINl LIBER XIII. 

dis damnatos, restiluebantur. Quae recitatae, praeseute 
universa Graecia, in mercatu Olympiaco , magnos motus 
fecerunt , quod plurimi noa legibus pulsi patria\ sed per 
factionem principum fueraat , verentibus iisdem princi- 
pibus , ne revocati potentiores in republica fièrent. Pa- 
lam igitur jam tune multae eivitates libertatem bello 
vindicandam fremebant. Principes tamen omnium A.the- 
nienses et iEtoli fuere. Quod quum nuntiatam Alexaa- 
dro esset , mille naves longas sociis imperari praeceperat , 
quibus in Occidente bellum gereret; excursurusque cum 
valida manu fuerat ad Atbenas deieudas. Igitur Athe- 
nienses, contracto xxx millium exercitu, et ce navibus, 
bellum cum Antipatro, cui Graecia sorte evenerat, ge- 
runt; eumque detrectantem prœlium, et Heracleae urbis 
mœnibus tuentem se, obsidione cins^unt. Eodem tem- 
pore Demosthenes^ atheniensis orator, paisus patria, 
ob crimen accepti ab Harpalo auri, qui crudelitatem 
Alexandri fugerat , quod civitatem in ejusdem Alexandri 
bellum impelleret , forte Megaris exsulabat : qui ut mis- 
sum ab Atheniensibus Hyperidem legatum cognovit, qui 
Peloponnenses iu societatem armorum soUicitaret, se- 
cutus eum, Sicyona, Argos et Corinthum., ceterasque 
eivitates, eloquentia sua Atheniensibus junxit. Ob quod 
factum , missa ab Atheniensibus obviam nave , ab exsilio 
revocatur. Intérim in obsidione Antipatri, Leosthenes, 
dux Atheniensium , telo e mûris in transeuntem jacto oc- 
ciditur. Quae res tantum animorum Antipatro dédit, ut 



JUSTIN. LIVRE XIII. 3o3 

de tous les bannis, à Texception des meurtriers. Ces or- 
dres, proclamés aux jeux Olympiques^ en présence de la 
Grèce assemblée , y excitèrent un mouvement général ; 
car presque tous avaient été proscrits, non par la loi, 
mais par la haine des factions rivales , qui craignaient de 
voir, à leur rappel, le pouvoir rentrer dans leurs mains. 
Aussi, de toutes parts retentissaient des cris de guerre 
et de liberté; les Athéniens, les Étoliens se déclarèrent 
les premiers. A cette nouvelle, Alexandre avait ordonné 
aux alliés d'armer mille galères pour cette expédition 
d'Occident, où lui-même, à la tête d'une nombreuse 
armée, devait aller détruire Athènes. Les Athéniens, 
ayant donc réuni trente mille soldats et deux cents vais- 
seaux, marchent contre Antipater, à qui le sort avait 
assigné la Grèce , et, ne pouvant l'attirer au combat, ils 
l'assiégèrent dans les murs d'Héraclée, où il s'était ren- 
fermé. L'orateur Démosthène, séduit par les présens 
dUarpale, qui fuyait la colère d'Alexandre, avait excité 
Athènes à se soulever contre le roi, et, chassé de sa pa- 
trie, s'était retiré à Mégare. A cette époque, il se joignit 
à Hypéride , député par les Athéniens pour attirer dans 
leur alliance les peuples du Péloponnèse , et engagea, par 
son éloquence, Sicyone , Argos et Corinthe , avec plusieurs 
autres peuples , à s'unir à sa patrie. Athènes , pour prix 
de ce service, fît partir uu vaisseau destiné à le ramener 
de l'exil. Cependant Léoslhène, général de l'armée athé- 
nienne, fut tué au siège d'Héraclée par une flèche lancée 
du haut des murs ; et Antipater , animé d'un nouveau 
courage , osa lui-même ouvrir une brèche dans les rem- 
parts qui le défendaient. Il fit demander ensuite des se- 



3o4 JUSTINI LIBER XIII. 

etiam vallum rescindere auderet. Âuxilium deinde a Léo- 
uato per legatos petit : qui quum venire cum exercitu 
nuntiatus esset^ obvii ei Athenienses cum instructis co- 
piis fuere, ibique equestri prœlio, gravi vulnere ictus ex- 
atinguitur. Antipater, tametsi auxilia sua videret victa, 
morte tamen Leodati laetatus est : quippe et aemulum 
sublatum , et vires ejus accessisse sibi gratulabatur. Sta- 
tim igitur exercitu ejus recepto , quum par hostibus etiam 
prœlio videretur , solutus obsidione, in Macedoniam con- 
cessit. Grœcorum quoque copiai, finibus GraH;iae hoste 
pulso, in urbes dilapsœ. 

VI. Interea Perdiccas , bello Ariarathi , régi Cappado» 
cum y illato, prœlioque victor, nihil prxmii praeter vul- 
kiera et pericula retulit. Quippe hostes ab àcie in Urbem 

réceptif occisis conjugibus et liberis , domos quisque suas 
cum omnibus copiis incenderunt. Eodem congestis etiam 
servitiis^et semetipsos praecipitant, ut nihil hostis victor 
suarum rerum, prœter incendii spectacula^ frueretur. 
Inde, ut viribus auctoritatem regiam acquireret 9 ad nu- 
ptias Cleopatrae, sororis Alexandri Magni, et alterius 
Alexandri quondam uxoris , non aspernante Olympiade , 
matreejus, intendit : sed prius Antipatrum, sub aflSni- 
tatis obtentUy capere cupiebat. Itaque (ingit, se in matri- 
monium filiam ejus petere, quo facilius ab eo supple- 
mentum tironum ex Macedonia obtineret. Quem dolum 
praesentiente Antipatro, dum duas eodem tempore uxo- 
resquaerit, neutram obtinuit. Posthaec bellum inter An- 



JUSTIN. LIVRE XIIÏ. 3o5 

cours à Léonat. A l'approché de ce général ^ la cavalerie 
athénienne marcha à sa' rencontre, et lui livra une ha- 
taille oii il fut mortellement blessé. Malgré la défaite des 
renforts qu'il attendait, Antipater s'applaudit de la mort 
de Léonat , qui le délivrait d'un rival , et lui donnait une 
nouvelle armée. Aussi, dès qu'il en eut pris le comman- 
dement, et qu'il se vit en état de faire face aux ennemis, 
il les força de lever le siège , et se retira en Macédoine : 
les Grecs eux-mêmes , contens d'avoir repoussé l'ennemi 
de leurs frontières , se séparèrent pour rentrer dans leurs 
villes. 

VI. Cependant Perdiccas , ayant porté la guerre dans 
les états d'Ariaralhe, roi de Cappadoce, ne tira de sa 
victoire que des périls et des blessures : caries Barbares^ 
chassés du champ de bataille, rentrent dans leur ville, 
égorgent leurs enfans et leurs femmes , brûlent leurs mai- 
sons et leurs richesses; et pour ne laisser aux vainqueurs 
que le spectacle de l'incendie, ils jettent leurs esclaves 
dans les flammes, et s'y précipitent eux-mêmes. Ensuite, 
Pierdiccas, voulant joindre à sa puissance le titre de roi, 
rechercha , du consentement d'Olympias , la main de Cléo- 
pâtre, sœur d' Alexaudre-le-Grand , et mariée d'abord à 
l'autre Alexandre; mais, pour séduire Antipater par de 
faux projets d'alliance, et obtenir plus aisément de lui 
un renfort de Macédoniens, il lui demande en même 
temps la main de sa fille. Antipater découvrit ses projets, 
et les deux épouses qu'il demandait lui furent refusées. 
La guerre éclata ensuite entre Antigone et Perdiccas; 
Antigone avait pour lui Cratère et Antipater, qui, ayant 

I. SiO 



3o6 JUStlNI LIBER XIII. 

tigonum et Perdiccam oritur. Antigono Crateràs et An- 
tipater aiuilium ferebant : qui, Facta €iiin Altieniensibus 
pace, Polyperchonta Graeciae et Macedoniae praeponiint. 
Perdiccas , alienatis rebus , Ariddeum , et Alexandri Magni 
filium in Cappadocia, quorum cura illi mandata fuerat« 
de summa belli in consilium adhibet. Quibusdam place- 
bat bellum in Macedoniam transferri , ad ipsum footem 
et caput regni, ubi Olynipias esset, mater Alexandri, 
non médiocre monientum partium, et civium favor, 
propter Alexandri Philippiquc nomina : sed in rem vi- 
sum est, ab iEgypto incipere, ne in Macedoniam profe- 
ctis, Asia a Plolemaeo occuparetur. Eumeni, praiter pro- 
yincias, qua^accoperat, Paphlagonia, et Caria, et Lycia, 
et Phrygia adjiciuntur. Ibi Craterum et Antipatrum op- 
periri jubeUir; adjntores ei danlur ciim exercitibns fra- 
ter Perdiccae Alcetas et Neoptolemus : Clito cura classis 
traditur : Cilicia , Philotae adempta , Philoxeno datur : ipse 
Perdiccas uEgyptum cum ingenti exercitu petit. Sic Ma- 
cedonia, in duas partes discurrentibus ducibus, in sua 
viscera armatur; ferrumque ab hostili beilo in civilem 
sanguinem vertit, exemplo furentium, manus ac mem- 
bra sua ipsa caesura. Sed Ptolemaeus in iEgypto solerti 
industria magnas opes parabat : quippe et iEgyptios in- 
signi moderatione in favorem sui soUicitaverat , et reges 
finitimos benefîciis obsequiisqué devinxerat : terminos^ 
quoque imperii, acquisita Cyreoe urbe, amptiaverat; 



JUSTIN. LIVRE XIII. 807 

conclu la paix avec l«s Athéniens, donnèrent à Polyper- 
chon le gouvernement de la Macédoine et de la Grèce. 
Perdiccas, voyant sa fortune changer de face, consulte , 
en Cappadoce, sur la conduite de la guerre qui éclatait , 
Âridée et le Bis d'Alexandre , confiés tous deux à ses soins. 
Les uns voulaient transporter le théâtre de la guerre dans 
la Macédoine, siège et centre de l'empire, où Olympias, 
mère d'Alexandre, et les noms de son époux et de son 
fils, chers encore à la nation, assureraient le succès de 
leur cause Cependant on aima mieux commencer par 
l'Egypte , de peur qu'en passant en Macédoine on ne li- 
vrât l'Asie aux mains de Ptolémée. On réunit la Paphla- 
gonie, la Carie , la Lycie, la Phrygie, aux provinces que 
gouvernait Eumène. Il reçut l'ordre d'y attendre Cra- 
tère et Antipater. Alcétas , frère de Perdiccas , et Néopto- 
lème, devaient lui prêter l'appui de leurs forces. La flotte 
fut confiée à Clitus; le gouvernement de la Cilicie passa 
de Philotas à Philoxène; Perdiccas entra lui-même en 
Egypte à la tête d'une puissante armée. Ainsi la. Macé- 
doine, divisée en deux factions par la désunion de ses 
chefs, tourna contre elle-même des armes encore teintes 
du sang ennemi, et, dans son aveugle délire, déchira de 
ses mailis ses propres entrailles. Cependant Ptolémée ne 
négligeait rien pour affermir son pouvoir en Egypte : il 
avait gagné par sa douceur l'affection des habitans, et 
s'était attaché les rois voisins par ses bienfaits et sa 
générosité; enfin, il avait reculé, par la conquête de 
Cyrène , les limites de son empire ; et telle était reten- 
due de ses forces, qu'il devait inspirer plutôt que ressentir 

la crainte. 

20. 



3o8 JUSTINI LIBER XIII. 

factusque jam tantus erat, ut non tam timeret, quam 

tîmendus ipse hostibus csset. 

VII. Cyrene autem condita fuit ab Aristaeo, cui no- 
nien Batto propter linguae oblîgationem fuit. Hujus pater 
GrinuSy rex Therae insulœ, quum ad oraculum Pel- 
phos , propter dcdccus adolescentis filii nondum loquen- 
tis , deuni deprecaturus venisset, responsum accepit , quo 
jubebatur filius ejus Battus Africam petere , et urbem 
Cyreneii condere, iisum linguse ibi accepturus. Quum 
responsum hidihrio simile videretur, propter solitudi- 
nem Therae insula;, ex qua coloni ad urbem condcndam 
in Âfricam tam vastae regiouis profîcisci jubebantur, res 
omissa est. Interjecto deinde tempore, velul contuma- 
ces, pestilentia deo parère compelluntur : quorum tam 
insignis paucitas fuit, ut vix unam navem complerent. 
Quum venissent in Africam, pulsis accolis, montem 
Cyram, et propter amœnitatem loci, et propter fontium 
ubertatem, occupavere. Ibi Battus, du& eorum, litiguae 
nodis solutis, loqui primum cœpit : quae res animoseo- 
rupn , ex promissis dei jam parte percepta , in reliquam 
spem condendœ urbis accendit. Positis igitur castris , opî- 
nionem veteris fabulae accipiunt, Cyrenen , eximiae pul- 
chritudinis virginem, a Thessaliaé monte Pelio ab Apol- 
line raptam, perlatamque in ejusdem montis juga, cujus 
collem occupaverant , a deo repletam , quatuor pueros 
peperisse , Nomium , Aristœum , Authocum , Argaeum. : 



JUSTIN. LIVRE XIII. S09 



VII. Cyrènc fut fondée par Aristée^ surnommé Battus 
parce qu'il était bègue. Grinus, son père, roi de l'île de 
Théra, honteux d'entendre son fils bégayer encore dans 
Tadolescence^, vint à Delphes implorer la pilié du dieu. 
L'oracle lui ordonna d'envoyer Battus en Afrique, pour 
y fonder la ville de Cyrène , où l'usage de la langue lui 
serait rendu. Le roi, ne voyant qu'une plaisanterie in- 
sultante dans un oracle qui ordonnait aux habitans de la 
petite île de Théra d'aller fonder une colonie dans les 
vastes contrées de l'Afrique, n'exécuta point ce qui lui 
était prescrit. Bientôt une peste cruelle punit leur rési- 
stance à la volonté des dieux. Forcés d'obéir, ils s'embar- 
quèrent en si petit nombre, qu'ils remplirent à peine un 
seul vaisseau. Arrivés en Afrique , au pied du mont Cyra ,.. 
ils en chassèrent les habitans et s'y arrêtèrent, séduiU 
par la beauté du pays et l'abondance des eaux. Ce fut 
alors que la langue de Battus, leur chef, se délia et 
qu'il commença à parler. En voyant s'accomplir cette:^ 
partie des promesses du dieu, ils sentirent se ranimer 
leur espoir, et résolurent de fonder leur ville. Ayant donc 
assis leur camp en ce lieu , ils apprirent que, d'après une- 
antique tradition, Cyrène, jeune fille d'une rarç beautéy 
enlevée par Apollon , et transportée du mont Pélion de- 
Thessalie sur le sommet du Cyra qu'ils occupaient, y 
avait donné le jour à quatre fils, Nomius, Aristée, Au- 
tochus et Argée; que les Thessaliens envoyés par le roi 
Hypsée pour chercher sa fille , s'étaient établis près d'elle 
dans ce délicieux séjour; que trois de ses enfans , reatrés 



3io JUSTIN! LIBER XIIL 

missos a pâtre Hypseo, regcThessaliae, qui perquirerent 
virgineni, loci amœnitate captos in iisdem terris cum vir- 
gine resedisse : ex his pueris très adultos in Thessaliam 
reversos, avita régna récépissé : Aristœum in Arcadia 
late régnasse, eumqueprimum et apium et mellis usutn, 
et lactis ad coagula, hominibus tradidisse, solstitiaiesque 
ortus sideris primum invenisse. Quibus auditis , Battus , 
virginis nomine ex responsis agnito, urbem Cyretien 
condidit. 

YIII. Igitur Ptolemaeus hujus urbis auctus viribus, 
belluiii in adventum Perdiccœ parabat. Sed Perdiccae plus 
odium arrogantiae, quam vires hostiuin nocebant; quam 
exosi etiam socii ad Antipatrum gregatim profugiebant. 
Neoptolemus quoque in auxilium Eumeni relictus, non 
solum transfugere, veruni etiam prodere partium exer- 
citum voluit. Quam rem quum praesensisset Eumenes, 
cum proditore decernere prœlio necesse habuit. Victus 
Neoplolemus ad Antipatrum et Polyperchonta profugit, 
bisque persuadet, ut continuatis niansionibus, lœto ex 
Victoria et securo fuga Eumeni superveniant. Sed res Eu- 
menem non latuit. Itaque insidiœ in insidiatores versae; 
et qui securum aggressuros se putabant, securîs in iti- 
nere, et pervigilio noctis fatigatis occursum est. In eo 
prœlio Polyperchon occiditur. Neoptolemus quoque cum 
Eumene cougressus, diu, mutuis vulneribus acceptis, 
coUuctatus est; in summa victus, occumbit. Victor igi- 



JUSTIN. LIVRE Xlll. 3ii 

plus tard dans la Thcssalie , avaient hérkë du sceptre de 
leuraJieul; qu Aristée, roi dos vastes contrées de l'Ârea- 
die, y avait enseigné aux hommes l'art d'élever les 
abeilles , d'employer le miel , de cailler le lait , et observé 
le premier le lever de l'aslre qui brille au solstice d'été. 
Battus , reconnaissant le nom que lui avait désigné l'ora- 
cle, fonda sa ville, et la nomi;na Cyrène. 



VIII. Ptolémée, soutenu des forces de celle ville, se 
dispose à repousser Temiemi. Mais l'arrogance dePerdic- 
. cas lui fut plus fatale que la puissance de ses rivaux : 
chaque jour, ses alliés , irrités dç sa fierté, passaient en 
foule dans le camp d'Antipater , et Néoptolèine , chargé 
de secourir Eumène, voulut non-seulement le trahir, 
mais encore débaucher ses soldats. Instruit de ses des- 
seins, Eumène se vit forcé de lui livrer bataille. Néo- 
ptolème vaincu se réfugie près d'Antipater et de Polyper- 
chon , et leur persuade de s'avancer à marches forcées 
contre son vainqueur, pour l'écraser dans la sécurité et 
la joie de son triomphe. Mais ce projet fut encore décou- 
vert à Eumène , qui les fit tomber dans le piège qu'eux- 
mêmes lui avaient dressé : ils espéraient le surprendre, 
et ce fut lui* qui les attaqua à l'improviste dans leur mar- 
che, épuisés par la veille et la fatigue. Polyperchon fut 
tué dans cette rencontre. Eumène et Neoptolème en vin- 
rent aux mains, et, après un assez long combat où ils se 
blessèrent mutuellement, Neoptolème, vaincu , resta sur 



3i2 JUSTINI LIBER XIII. 

tur duobus prœliis coatinuis Eumenes afflictas partes 
transitione socioriim paululum sustentavit. Ad postre- 
mum tamen Perdicca occisO| ab exercitu hostis cum Py- 
thone^ et lUyrio , et Alceta, fratre Perdiccœ^ appellatur ; 
bellumque adversus eos Antigono decernitur. 



JUSTIN. LIVRE XIII. 3i3 

la place. Ces deux victoires relevèrent un peu le parti 
d'Eumène j affaibli par tant de trahisons. Mais Perdiccas 
ayant étë tué, il fut déclaré par l'armée ennemi public, 
avec Python, Illyrius et Âlcétas , frère de Perdiccas, et 
Antigone reçut Tordre de leur faire la guerre. 



tnnnfltvtMivtMntmitmitmi¥t^ivv^v9Mt0^*ifHi¥ytMmm^HnM/^^M i in0ytimMvii*timwvt w v»ivvv*K^/v^^ 



LIBER XIV. 



I. JjjUMENes y ut Perdiccam occîsum , se hostem a Mace- 
doDÎbus judicatum, bellumque Antigono decrelum co- 
goovit 9 ultro ea militibus suis îndicavit , ne fama aut rem 
in majus extolleret, aut militum animos rerum novitate 
terreret; simul, ut, quomodo circa se anirnati essent, 
cognosceret, suinpturus consiliumex motuuniversorum. 
Constanter tamen praefatus est, si cui haec terrori es- 
sent , habere eum discedendi potestatem. Qua voce adeo 
cunctos in studium partium suarum induxit, ut ultro 
illum omnes hortarentur, rescissurosque se ferro de- 
creta Macedonum afHrmarent. Tune exercitu in i£to- 
liam promoto, pecunias civitatibus imperat; récusantes 
dare hostiliter diripit. Inde Sardes profectus est ad Cleo- 
patram, sororem Âlexandri Magni, ut ejus voce centu- 
riones principesque confirmaret, existimaturos, ibi ma- 
jestatem regiam verli, undesoror Alexandri staret.Tanta 
veneratio magnitudinis Alexandri erat, ut etiam per ve- 
stigia mulierum favor sacrati ejus nomînis quaereretur. 
Quum reversus in castra esset, epistolae totis castris ab- 
jectae inveniuntur, quibus iis, qui Eumenis caput ad 
Antigonum detulissent, magna prœmia definiebanlur. 



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LIVRE XIV. 



I. iJORSQUE Eiimène eut a|>pris que Perdiccas élait mort , 
que lui-inême était déclaré par tes Macédoniens ennemi 
public, qu'enfin An tigoue marchait contre lui ^ il se hâta 
d'en instruire ses soldats, craignant que la renommée ne 
leur exagérât le péril, ou que ces nouvelles inattendues 
n'abattissent leur courage : il voulait aussi par \li péné- 
trer leurs sentimens seci^ets, afin de régler son j)lan d'a- 
près la disposition générale des esprits. Il déclara pour- 
tant avec fermeté , que quiconque se sentait effrayé était 
libre de se retirer; et ces paroles lui gagnèrent si bien 
les cœurs, que tous l'exhortèrent à se défendre, et pro- 
mirent de déchirer avec le glaive les décrets des Macédo- 
niens. Conduisant alors son armée en Étolie , il impose un 
tribut à chaque ville, et livre au pillage celles qui refu- 
sent de le payer. Delà, il serendità Sardes, auprès de Cléo- 
pâtre, sœur d'Alexandre-le-Grand, pour qu'elle affermît 
par ses paroles le dévouement des centurions et des ca- 
pitaines : en voyant dans leur parti la sœur de leur soun 
verain, ils croiraient défendre la majesté royale elle-i 
même; car telle était la vénération des peuples pour U 
mémoire de ce grand roi, qu'on cherchait l'appui de ce 
nom sacré, jusque dans les femmes issues du inêujesang, 
A son retour dans le camp , on y trouva des lettres par-^ 
tout répandues. Elles promettaient de grandes récom*»^ 



3i6 JUSTINI LIBER XIV. 

His cognitis,£umenes, vocatis ad coucionein niilitibus, 
primo gratias agit, quod nemo inventus esset , qui spein 
cruenti praemii (idei sacramento anteponeret : deiiidecal- 
lide subnectit, confictas bas a se epistolas ad experien- 
dos suorum aiiiroos esse : ceterum salutein suam in oni- 
niuin potestate esse; nec Antigonuin, nec quemquani 
ducum sic velle vincere. ut ipse in se exemplum pessi- 
muin statuât. Hoc facto, et in praescnti labentium ani- 
mos retinuit, et in futurum providtt, ut, si quid simile 
accidisset, non se ab hoste corrumpi, sed ab duce ten- 
tari arbitrarentur. Omnes igitur operain suam certatim 
ad custodiaui salutis ejus offerunt. 

II. Intérim Antigonus cum exercitu supervenit, ca- 
strisque positis, postera die in aciem procedit. Née £u« 
menés moram prœlio fecit : qui victus in munitum quod- 
dam castelluni confugit; ubi quum videret se fortunam 
obsidionis subiturum , majorem exercitus partem dimisit , 
ne aut consensu multitudinis hosti traderetur, aut obsi- 
dio ipsa multitudine gravaretur. Legatos deinde ad Au- 
tipati*um , qui solus par Antigoni viribus videbatur , sup- 
plices mittit : a quo quum auxilia Eumeni missa Anti- 
gonus didicisset, ab obsidione recessit. Erat quidem so- 
lutus ad lempus metu mortis Eumenes : sed nec salutis, 
dimisso exercitu, magna spes erat. Omnia igitur cir- 
curaspicienti optimum visum est, ad Alexandri Magni 



JUSTIN. LIVRE XIV. 3*7 

penses à quiconque apporterait à Antigone la tête de son 
rival. Aussitôl Eumène, ayant convoqué ses soldats, les 
remercie de ce qu'aucun d'eux n'asacriBé ses serinenset 
son honneur It l'espoir de la récompense promise au 
meurtrier. Puis il ajoute avec adresse qu'il a lui-même 
supposé ces lettres , pour éprouver leur fidélité ; qu'au 
reste y sa vie est dans les mains de tous; mais que ni An- 
tigone, ni les autres généraux ne voudraient assurer leur 
victoire par une lâcheté, dont l'exemple pourrait être 
imité contre eux-mêmes. Il sut ainsi et retenir dans le 
devoir ceux dont la fidélité chancelait , et les armer dé- 
sormais contre les séductions de l'ennemi , en leur fai- 
sant soupçonner, dans de pareilles promesses, un piège 
tendu par leur chef. Tous offrirent donc à l'envi de veil- 
ler à la garde de sa personne. 

II. Cependant Antigone parait avec son armée, as- 
seoit son camp , et vient le lendemain présenter la ba- 
taille. Eumène l'accepte sans hésiter: mais il est vaincu , 
et, se voyant menacé d'un siège dans un château-fort^ où 
il s'était réfugié, il congédie la plus grande partie de ses 
soldats : il craignait que tous ne conspirassent pour le 
livrer à l'ennemi , ou qu'avec une telle multitude il ne fût 
difficile de tenir long-temps. Il implore ensuite l'appui 
d'Antipater , qui seul semblait capable de lutter contre 
Antigone. Des secours furent envoyés : à cette nouvelle, 
Antigone leva le siège , et Eumène se vit pour le moment 
délivré du péril; mais, sans armée, quel salut pouvait- 
il espérer? Dans sa détresse , il résolut d'invoquer l'appui 
des Argyraspides d'Alexandre , troupe invincible , et bril- 
lante de l'éclat de mille victoires. Mais, après Alexan- 



3i8 JUSTINI LIBER XIV. 

Argyraspidas y invictum cxercitum, et tôt victoriarum 
praefijlgenlem gloria , deciirrere. Sed Argyrasp'rdes post 
Alexaiidrum oinnes duces fastidiebant^ sordidam mili- 
tiam sub aliis, post tanti régis memoriam , existiinantes. 
Itaque Eupienes blandimeatis agere ; suppliciter singu- 
los alloquiy nunc coinmllitooes siios, iiiinc patronos 
appellans, nunc periculoruni et operum orientalium so- 
cios : nunc réfugia salutîs suae^ et unica praesidîa coni- 
memorans : solos esse, quorum virtnte Orîens sit do- 
mitus; solos, qui militiani Liberi patris, qui Hercu- 
Hs monumenta superarint : per hos Alexandrum ma- 
gnum factum ; per bos divinos honores, et immortalem 
gloriam consecutum : orat, ut nontam ducem se, quam 
commilitonem , recipiant, unumque ex corpore suo esse 
velint. Beceptus hac lege, paulatim imperium, primum 
monendo singulos, mox, quae perperam facta erant, 
blande corrigendo, usurpât : nibil in castris sineillo agi, 
uihil administrari sine solertia illius poterat. 

III. Ad postremum, quum Antigonuni venire cum 
exercitu nuntiatum esset , compellit eos in aciem descen- 
dere. Ibi dum ducis imperia contemnunt, hostium vir- 
tnte superantur. In eo prœlio non gloriam tantum tôt 
bellorum cum conjugibus et liberis , sed et praemia longa 
militia parta perdideruut. Sed Eumenes, qui auctor cla- 
dis erat, nec aliam spem galutis reliquam habebal , vi- 
ctos lK>rtabatur. Nam et virtute eos superiores feisse af- 



JUSTIN. LIVRE XIV, 319 

dre, les Argyraspides dédaignaient tous les généraux; et , 
pleins du souvenir de sa gloire, ils croyaient s'avilir en 
servant sous un autre chef. Eumène , forcé d'avoir recours 
aux flatteries et aux caresses, supplie tour-à-tour chacun 
d'eux; il les nomme ses compagnons d'armes, ses sou- 
tiens, son refuge, son unique asile : ils ont partagé ses 
périls et la conquête de l'Orient ; leur valeur seule a 
subjugué l'Asie et effacé les exploits deBacchus et d'Her- 
cule ; à eux seuls Alexandre a dû le surnom de Grand, les 
honneurs divins et sa gloire immortelle. Il les conjure de 
le recevoir , non comme général , mais conmie soldat , et 
de lui accorder une place dans leurs rangs. Ce fut à ce 
titre qu'il fut admis parmi eux; mais il sut peu à peu se 
rendre maître, d'abord en rappelant à chacun son de- 
voir, puis en réparant avec bonté les fautes commises. 
On finit par ne plus rien faire dans le camp sans le 
consuUer, el son habileté parut nécessaire pour toutes 
choses. 



■ 

III. Enfin , apprenant qu'Antigone s'approchait avec 
son armée, il décide ses soldats à lui livrer bataille. Mais, 
ils dédaignent les ordres d'un général , et sont vaincus par 
l'ennemi : ils perdent à la fois leurs femmes, leurs enfans,. 
et la gloire et le butin acquis par tant de conquêtes et de 
fatigues. Eumène , qui les avait conduits à ce fatal combat ^ 
et qui n'avait plus d'autre espoir , cherchait à ranimer 
leur courage : « Ils avaient, disait-il, surpassé les vain- 
queursen bravoure; cinq mille ennemisétaient mortssous. 



3ao JUSTINI LIBER XIV. 

firmabat : « Quîppe ab bis quinque millia bostium caesa : 
et si in hello perstent , ultro hostes pacem petituros. 
Damna, quibus se victos putent, duo millia mulierum, 
et paucos infantes, et servitia esse, quas melius vin- 
cendo possint reparare, quam deserendo victoriam. » 
Porro Argyraspides neque fugam se tentaturos dicunt , 
post damna patrimoniorum , et post conjuges amissas, 
neque bellum gesturos contra liberos suos; ultroque eum 
conviciis agitant, <c quod se post tôt annos emerito- 
rum stipendiorum, redeuntes domum eum praemiis tôt 
bellorum, ab ipsa missione rursus in novam militiam 
immeusaque bella revocaverit, et a laribusjam quodam 
modo suis, et ab ipso limine patriae abductos , inanibus 
promissis deceperit : nunc qnoque amissis omnibus feli- 
cis militiae quaestibus, ne victos quidem in misera et 
inopi senccta quiescere sinat. » Ignaris deinde ducibus, 
confestim ad Antigonum legatos mittunt, petentes, ut 
sua reddi jubeat. Is redditurum se poUicetur, si £ume- 
nem sibi tradant. Quibus cognitis, £unienes eum pau- 
cis fugere tentavit : sed retractus, desperatis rébus ^ 
quura concursus multitudinis factus esset, petit, ut 
postremum sibi alloqui exercitum liceret. 

IV. Jussus ab universis dicere, Facto silentio, laxa- 
tisque vinculis, prolatam, sicuterat catenatus, manum 
ostendit : «Cernitis, milites, inquit, habitum atque or- 
nameuta ducis vestri, quae mihi non bostium quisquam 
imposait : nam boc etiam mihi solalio foret. Vos me ex 



JUSTIN. LIVRE XIV. 3ai 

leurs coups 9 et, s'ils poursuivaient la guerre , Antigone 
viendrait bientôt demander la paix. Les pertes qui sem- 
blaient attester leur défaite, la, captivité de deux mille 
femmes, de quelques enfans, d'une troupe d'esclaves, se 
répareraient plutôt en poursuivant qu'en abandonnant 
la victoire.» Les Argyraspides répondent que, privés de 
leurs biens ^ et de leurs familles , ils ne peuvent se résoudre 
ni à fuir, ni à faire la guerre à letirs enfans : puis, ils lui 
reprochent avec amertume « da les avoir entraînés ^ de 
nouveaux combats et à d'interminables guerres, lorsque, 
après leurs longs services , ils rapportaient dans leur pays 
les fruits de tant de conquêtes; de les avoir arrachés en 
quelque sorte de leurs foyers, de leur patrie, dont ils 
touchaient déjà le seuil; maintenant, dépouillés de tous 
les biens que leur avait donnés le sort des combats, ii 
voulait leur ravir encore le triste repos d'une vieillesse 
pauvre et misérable ! 9 Bientôt , à l'insu de leurs chefs , 
ils députent à Antigone, pour lui redemander ce qu'ils 
ont perdu; celui-ci promet de les satisfaire, s'ils consen- 
tent à lui livrer Eumène. A la nouvelle de cette trahison , 
Eumène voulut fuir avec quelques amis; mais, arrêté et 
privé de tout espoir , il demanda à parler pour la der- 
nière fois aux soldats assemblés. 

IV. Tous l'invitèrent à parler ; on relâcha ses liens , et , 
le silence s'étant rétabli ^ : a Soldats , dit-il en étendant ses 
mains enchaînées, vous voyez de quels ornemens est cou- 
vert votre général , et , pour comble de douleur, ce n'est 
point la main de mes ennemis qui m'a chargé de ces fers : 
c'est vous qui avez changé ma victoire en défaite, qui 
I. 21 



3aa JUSTINI LIBER XIV. 

victore victum, vos me ex imperatore captivum fecistis. 
Qualer intra hiinc annum iii mea verba jurejurando ob- 
stricti estis. Sed ista omilio (neque enim miseros coQvi- 
cia décent) : uimm oro, si propositorum Antigoni in 
meo capite sumina consistit, inter vos me velitis mori. 
Nam neque illius interest , quemadmodum aut ubi cadam; 
et ego fuero ignominia mortis liberatus. Hoc si impetro , 
solvo vos jurejurando, quo loties vos sacramento mihi 
devovistis. Aut si ipsos pudet roganti vim adhibere fer- 
rum hue date, et perinittite, quod vos facluros pm im- 
peratore jurastis , imperatorem pro vobis sine religione 
jurisjurandi facere. » Quum non obtineret , preces in iram 
vertit. « At vos, ait, devota capita, respiciant dii per- 
juriorum vindices, lalesque vobis exi tus dent, quales vos 
ducibus vestris dedistîs ! Nempe vos iidem paulo ante 
et Perdiccae sanguine estis aspersi, et in Antipatrum 
eadem moliti. Ipsum denique Alexandrum , si fas fuisset 
eum mortali manu cadere , interempturi , quod maximum 
erat, seditionibus agitastis. Ultima nunc ego perfidorum 
victima, bas vobis diras atque inferias dîco, ut inopes 
extorresque omne aevum in hoc castrensi exsilio agatis , 
devorentque vos arma vestra , quibus plures vestros, 
quam hostium duces, absumpsistis. nPlenus deindê irœ, 
custodes suos praecedere ad Antigoni castra cœpit. Se- 
quitur exercitus , prodito imperatore suo, et ipse ca- 
ptivus, triumphumque de se ipso ad victoris sui castra 



JUSTIN. LIVRE XIV. 'i2^ 

m'avez fait tomber du commandement dans les chaînes. 
Quatre fois^ dans le cours de cetle année , vous m'a- 
vez juré fidélité; mais ne parlons pas Qe vos sermens, 
les reproches siéent mal aux infortunés. Je ne vous de- 
mande qu'une grâce : si ma tête est le prix du pardon 
que vous offre Ântigone^ laissez-moi mourir au milieu 
de vous. Peu lui importe en quel lien , de quelle main je 
dois périr, et mon trépas du moins sera sans ignomi- 
nie. Si j'obtiens de vous cette faveur, je vous affranchis 
des sermens qui vous ont tant de fois liés à moi, ou, si 
vous repoussez ma prière , si vous craignez de porter sur 
moi vos mains, donnez-moi une épée, et laissez votre 
général faire volontairement pour vous ce que vous avez 
juré de faire pour lui ! » Indigné de leur refus , et passant 
des prières aux menaces : a Eh bien ! dit-il, puissent les 
dieux vengeurs maudire vos têtes parjures, et vous ré- 
server le sort que vous avez fait subir à vos chefs ! N'est- 
ce pas vous qui naguère vous êtes souillés du sang de 
Perdiccas^ et avez menacé la vie d'Antipater? Alexandre 
lui-même, si une main mortelle eût pu l'immoler, serait 
tombé sous vos coups ; mais ce que vous pouvez contre 
lui, vous l'avez fait par vos séditions. Pour moi, votre 
dernière victime, j'appelle sur vous la vengeance des 
divinités infernales; puissiez-vous, sans biens, sans pa- 
trie, vivre exilés au sein des camps, et mourir déchirés 
par vos armes , plus fatales à vos chefs qu'aux généraux 
ennemis! v II dit, et, bouillant de colère, marcha vers le 
camp d'Antigone à la tête des soldats qui le gardaient. 
L'armée, comme lui captive, suit le chef qu'elle a trahi, 
et conduit elle-même vers le camp du vainqueur les àé^ 

2T. 



SH JUSTINI liber XIV. 

ducit, omnia auspicta régis Alexandri,et tôt bellorum 
palnias laureasoue una secum victori tradens; et, ne 
quid deesset pompae, elephanti quoque et auxilia orien- 
talia sub^equuntur. Tanto pulchrior haec Antigono , quam 
Alexandro tôt victoriae fuerunt; ut , quum ille Orientem 
vicerit, hic etiam eos, a quibus Oriens victus fuerat, 
superaverit. Igitur Ântigoivus domi tores illos orbis exer* 
citui suo dividit, redditis , quœ in Victoria ceperat. Eu- 
menem vero, verecundia prioris amicitioe, in conspe- 
ctum suum venire prohibitum , assignari custodibus prae- 
cepit. 

V. Inlerea Eurydice, uxor Âridaei t^gis, ut Polyper- 
chonta a Graecia redire in Macedoniam cognovit , et ab 
eo arcessilam Olympiadem , mullebri œmulatlone per- 
culsa^ abutens valetudine viri, cujus officia sibi vindi- 
cabat , scribit régis nomiue Polyperchonti , Cassandro 
exercitum tradat^ in quem regni administrationem rex 
transtulerit : eadem et in Asiam Antigono per epistolas 
nuntiat. Quo beneficio devinctus Cassander , nihil non 
ex arbitrio muliebris audaciae gerit. Deinde profectus in 
Graeciam , multis civitatibus bellum infert : quarum ex- 
cidio, veluti vicino incendio, territi Spartani, urbem 
quam semper armis, non mûris, defenderant, tum con- 
tra responsa fatorum et veterem majorum gloriam , ar- 
mis diffisi, murorum praesidio includunt. Tantum eos 
degeneravisse a majoribus , ut, quum multis seculis mu* 



JUSTIN. LIVRE XIV. 3^5 

corations du triomphes^: elle va mettre aux pieds de son 
nouveau maître ces palmes, ces lauriers, trophées des 
victoires d'Alexandre, et, pour donner à sa marche plus 
d'éclat et de pompe, traîne à sa suite les éléphans et les 
troupes auxiliaires de l'Asie. Par cette seule victoire , An- 
tigone semblait effacer toutes les conquêtes d'Alexandre : 
l'un avait subjugué l'Orient , l'autre en tuerrassait les vain- 
queurs. Antigone dispersa dans ses troupes ces conque- 
rans de l'univers , après leur avoir rendu ce qu'ils avaient 
perdu par sa victoire. Quant à Eumène , ne pouvant se 
défendre d'une sorte de pudeur au souvenir de leur an- 
cienne amitié, le vainqueur défendit qu'on l'aihenât de- 
vant lui , et le confia à la vigilance de ses gardes. 

V. Cependant Eurydice, épouse du roi Aridée, apprit 
que Polyperchon ^, sorli-de la Grèce pour rentrer en Ma- 
cédoine, appelait près de lui Olympias. Aussitôt, jalouse 
du pouvoir qui semblait promis à sa rivale, et profitant 
de la faible santé de sou mari , dont elle usurpait le pou- 
voir , elle écrit au nom du roi à Polyperchon , de re- 
mettre son armée à Cassandre, que le roi choisit pour 
dépositaire de son autca*ité. Antigone, en Asie, reçoit 
les mêmes ordres. Enchaîné par ce bienfait, Cassandre 
devient l'esclave de cette femme audacieuse. Il passe en 
Grèce, jattaque et renverse plusieurs villes. Les Spartiates, 
effrayés de ces désastres et de Tincendie allumé près d'eux, 
oublient à la fois et les promesses des oracles et la gloire 
de leurs aïeux : se défiant de la puissance de leurs armes , 
ils entourent de murailles cette ville jusque-là àéîendue 
par leur courage , et l'on vit se cacher à l'abri de ses 
murs la race dégénérée de ces héros, qui, pendant tant 



326 JUSTINI LIBER XIV. 

rus urbi civium virtus fuerit, tune cives sâlvos se fore 
non existimaverint, nisi inira muros laterent. Dum haec 
dguutur , Cassandrum a Graecia turbatus Macedoniae sta- 
tus domum revocavit. Namque Olympias, mater Alexan- 
dri Magni régis quum Epiro in Maeedoniam , prosequente 
^aeida , rege Molossorum, veniret ^ prohiberique finlbus 
ab Eurydice et Aridaeo rege cœpisset, seu meuioria ma- 
riti y seu magnitudine fîlii^ et indignitate rei nioti Alace- 
dones, ad Olympiadem transiere : cujus jussu et Eury- 
dice^ et rex occiditur , sex annis post Âlexaudrum poti- 
lus regno. 

VI. Sed nec Olympias diu regnavit. Nam quum prin- 
cipium passim caedes, muliebri magis , quam regio more 
fecisset, favorem sui in odium vertit. Itaque audito Cas- 
sandri adventu, diffîsa Macedouibus^cum nuru Roxane 
et nepote Hercule, in Pyduam urbem concedtt. Profi- 
ciscenti Deidamia, iEacidae régis filia, et Thessalonice 
privigna , et ipsa clara Philippi patris nomine , multaeque 
aliae principum matrona^, speciosus magis quam utilis 
grex, comités fuere. Hsec quum nuntiata Cassandro es- 
sent, statim, citato cursu, Pydnam venit , et urbem ob- 
sidione cinglt. Quum famé ferroque urgeretur Olympias , 
longœ obsidionis taedio^ pacta salute ^ victori setradidit. 
Sed Cassander, ad concionem vocato populo, sciscita- 
turus, quid de Olympiade fieri velint, subornât paren- 
tes interfectorum^ qui , sumpta lugubri veste ^ crlidelita-^ 



JUSTIN. LIVRE XIV. 827 

de siècles, avaient eux-mêmes servi de rempart à leur 
patrie! Au reste, les troubles de la Macédoine y rap- 
pelèrent bientôt Cassandre. Eurydice et Aridée avaient 
refusé l'entrée du royaume à Olympias, mère d'Alexan- 
dre-le-Grand , qui venait de l'Épire avec Éacide , roi des 
Molosses; et les Macédoniens , indignés de cet outrage 
fait à réponse de Philippe et à la mère d'Alexandre , se 
déclarèrent pour elle : Eurydice et son époux furent tués 
par ses ordres ^ après un règne de six ans. 



VI. Olympias ne leur survécut pas long-temps. Femme 
vindicative bien plus que souveraine , elle répandit le sang 
des nobles, et vil bientôt Tamour de ses sujets dégénérer 
en haine. Aussi, à l'approche de Cassandre, n'osant plus 
compter sur les Macédoniens, elle se retira à Pydna avec 
sa bru Roxane et Hercule son petit-fils : elle fut suivie de 
Déidamie, fille du roi Eacide, de sa belle-fille Thessa- 
lonice , princesse qu'illustrait le nom de son père Philippe , 
et de plusieurs femmes d'un haut rang , cortège plus bril- 
lant qu'utile. A cette nouvelle , Cassandre marche à la hâte 
sur Pydna , qu'il assiège, et Olympias, pressée par le fer 
et la disette , fatiguée de la longueur du siège , se rend 
au vainqueur sous promesse de la vie. Mais Cassandre, 
ayant assemblé le peuple pour le consulter sur le sort 
delà reine captive , détermine secrètement les familles 
des victimes à venir en habits de deuil accuser la cruauté 
d'Olympias. Enflammés par ce spectacle, les Macédo- 



3î8 JUSTINI LIBER XIV. 

tem mulierls accusarent. A quibus accensi Macedones , 
sine respectu pristinae majestâtis, occidendam decei*- 
nuDt, immemores prorsus, quod per filium ejus virUni- 
que^ non solum vitam ipsi inter finitimos tutam habuis- 
sent; verum etiam tantas opes imperiumque orbis quae- 
sissent. Sed Olympias ubî obstinatos yenire ad se armâtes 
yidit , veste regali ^ duabus ancîUis innixa, ultro obviarn 
procedit. Qua yisa, percusspres attoniti fortuna maje- 
statis prioris,et tôt in ea memoriae occurrentibus regum 
suorum nominibus, substiterunt ; donec a Cassandro 

^ 

missi sunty qui eam confoderent, non refugieiitem gla- 
dium nec vuln'era , aut muliebriter vociferantem , sed yi- 
rorum more fortium , pro gloria yeteris prosapiae , inorti 
succumbentem ; ut Âlexandrum posses etiam in moriente 
matre cogAoscere. Insaper exspîrans, capillfô et yeste 
crura contexisse fertur, ne quid posset in corpore ejus 
indecorum videri. Post haec Cassander Thessalonicen , 
régis Aridaei 61iam , uxorem ducit : filium Alexandri cum 
matre, in arcem amphipolitanam custodiendos mittit. 



JUSTIN LIVRE XIV. 329 

niens ne voient plus la majesté de son ancien rang : ils 
la condamnent à mort, oubliant que c'est par la valeur 
de son époux et de son fils qu'ils ont , non-seulement 
vécu sans crainte au milieu de tant de voisins puis- 
sans , mais acquis leurs immenses richesses et l'empire 
de l'univers. Olympias, voyant des hommes armés s'a- 
vancer vers elle d'un air menaçant , se présente à eux , ap- 
puyée sur deux de ses femmes , et couverte de ses orne- 
mens royaux. A son aspect, les assassins, frappés de l'idée 
de ses grandeurs passées, et du souvenir de tant de rois 
que leur rappelait sa présence, s'arrêtèrent devant elle: 
mais d'autres satellites, envoyés par Cassandre, la frap- 
pèrent enfin : elle ne recula pas devant le fer levé pour la 
percer, elle ne poussa point ces cris que laisse échapper 
la faiblesse de son sexe ; elle reçut la mort avec une fer- 
meté digne des héros de son illustre race , et l'on eût pu 
reconnaître Alexandre dans le dernier soupir de sa mère. 
On rapporte qu'en tombant elle se couvrit le corps de 
ses cheveux et de sa robe, pour ne rien offrir aux yeux 
qui blessât la pudeur. Après sa mort, Cassandre épousa 
Thessalonice , fille du roi Aridée, et relégua le fils d'A- 
lexandre, avec sa mère, dans la citadelle d'Amphipolis. 



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LIBER XV. 



I. Lerdicca, et fralre ejus Eumene,ac Polyperclioiile, 
ceterisque ducibus diversae partis occisis, fiiiitum certa- 
inen inter successores Alexandri Magni vîdcbatur, quum 
repente inter ipsos victores nata discordia est : quippe 
postulantibus Ptolemaeo , et Cassandro, et Lysimaclio, 
ut pecunia in prœda capta, provinciaeque divideren- 
tur, Antigonus negavit, se in ejus belli praemia so- 
cios admissurum, in cujus periculum solus descendent. 
Et ut honestuni adversus socios belluifi suscipere vide- 
retur, divulgat , se Olympiadis inortem, a Cassandro 

r 

interfectae, ulcisci velle, et Alexandri, régis sui, filium 
cum matre obsidione amphipolitana liberare. His co- 
gnitis, PtQleniceus et Cassander , inita cum Lysimacho et 
Seleuco societate , bellum lerra marique enixe instruunt. 
Teuebat Ptolemaeus ^gyplum cum Africœ parte majore^ 
et Cypro, et Phœnice. Cassandro parebat Macedonia 
cum Graecia. Asiam et partes Orientis occupaverat An- 
tigonus , cujus filius Demetrîus, prima belli congres- 
siono , a Ptolemaeo apud Gamalam vincitur. In quo prœ- 
lio major Ptolemaei moderationis gloria, quam ipsius 






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LIVRE XV. 



I. xerdigcâs, Eumène son frère, Polyperchoii et les 
autres chefs de ce parti étaient morts : la guerre semblait 
finie entre les successeurs d'Alexandre; niais tout à coup 
la discorde éclate parmi les vainqueurs. Ptolémée^ Cas- 
sandre et Lysimaque demandaient le partage du butin et 
des provinces conquises : Anligone s'y refuse; il répond 
que lui seul a droit aux fruits d'une guerre dont il a 
seul couru les hasards. Et, pour justifier son entre- 
prise contre ses alliés, il fait publier qu'il va venger 
Olympias, massacrée par Cassandre, et délivrer le fils 
d'Alexandre son roi , assiégé avec sa mère dans Amphi- 
polis. A cette nouvelle , Cassandre et Ptoléméc s'unis- 
sent à Lysimaque et à Seleucus : ils préparent la guerre 
avec ardeur et sur terre et sur mer. Ptolémée occupait 
l'Egypte et la plus grande partie de l'Afrique, Hle de 
Chypre et la Phénicie. La Macédoine et la Grèce obéis- 
saient à Cassandre. L'Asie et les provinces d'Orient 
étaient au pouvoir d'Antigone , qui, dès la première ba- 
taille , vit son fils Demetrius battu à Galama ' par Ptolé- 
mée. Le vainqueur s'illustra plus encore par sa modéra- 
tion que par son triomphe : il rendit aux officiers de 
Demetrius leur liberté et leurs biens, en y ajoutant des 
présens; il renvoya même à Demetrius tout son bagage 



33a JU8TIN1 LIBER XV. 

victoriae, fuit : siquideni et amicos Demetrii non sohnn 
cum suis rébus, verum etiam additis insuper muneribus, 
dimisit ; et ipsius Demetrii privatum omne instrumentuiii 
ac Familiam reddidit, adjecto honore verborum:«Nou se 
propter praedam, sed propter dignitatem înisse belium^ 
indignatum , quod Antigonus, devictis diversae factionis 
ducibus, solus coihmums victoriae pra^niia corripuisset.» 
II. Dum haec aguntur, Cassander ab ApoUonia re- 
diens, incidit in Abderitas, qui. propter ranai*um mu- 
riumqne multitudinem , relicto patriaa solo, sedes quas- 
rebant. Veritus, ne Macedoniam occuparent, facta pa- 
ctione in societatem eos recepit; agrosque iis ultimos 
Macedonia; assignat. Deinde, ne Hercules ^ Alexandri 
filius, qui fere anuos quatuordecim excesserat , favore 
paterni nominis in i^gnura Macedoniœ vocaretur , occidt 
eum tacite cum matre Barsine jubet, corporaque eo- 
rum terra obrui^ ne caedes sepultura proderetur : et quasi 
parum facinoris in ipsoprimum rege, mox in matre ejus 
Olympiade ac filio admisisset « alterum quoque filium 
cum matre Roxane, pari fraude interficit : scilicet, quasi 
regiium Macedoniœ, quod aifectabat, aliter oônsequi^ 
quam scelere, non posset. Interea Ptolemaeus cum De> 
metrio , navali prœlio, iterato congreditur, et amissa 
classe, hostique concessa victoria , in ^gyptum refugit. 
Demetriiis filium Ptolemaei Leontiscum, et fratrem Me- 
nelaum, amicosque ejus cum privati iustrumenti mini- 



JUSTIN. LIVRE XV. .333 

particulier, en déclarant que, « s'il avait pris les armes, 
ce n'était pas par cupidité, mais par honneur, indi« 
gnéqu'Antigone , après la défaite de leurs ennemis, eût 
voulu garder pour lui seul les fruits de leur victoire 
commune. » 



IL Cependant Cassandre, à son retour d'Apollonie, 
rencontre les Abdéritains^, qui, abandonnant leur ville 
infectée de grenouilles et de jats , cherchaient une nou- 
velle patrie. Craignant qu'ils n'envahissent la Macé- 
doine, il traite avec eux , les admet dans son alliance , et 
leur assigne les terres situées à l'extrémité du royaume. 
Le respect des peuples pour la mémoire d'Alexandre 
pouvait faire passer la couronne à son fils Hercule, alors 
âgé de quatorze ans : Cassandre ordonne de l'égorger 
secrètement avec sa mère Barsine, et fait enfouir leurs 
cadavres , dans la crainte que les derniers devoirs rendus 
à leurs restes ne dévoilassent son forfait. Bientôt, comme 
si c'était trop peu pour lui d'avoir fait périr d'abord le 
roi, puis sa mère Olympias et l'un de ses fils, il égorge 
encore son second fils avec sa mère Roxane : il semblait 
que le crime seul pût lui assurer l'empire de la Macé- 
doine, auquel il aspirait. Cependant Ptolémée livre à 
Demetrius une seconde bataille navale oii sa flotte est 
détruite; il abandonne la victoire à l'ennemi, et se retire 
en Egypte. Demetrius, imitant la conduite de son rival,, 
renvoie à Ptolémée et son fils Leontiscus et son frère 
Ménélas, et ses amis et son bagage. Rivalisant ainsi, au, 



334 JUSTINI LIBER XV. 

sterio, pari provocatus antea munere, iEgyptum remit- 
tit : et, ut appareret eos non odio , sed dignitatis gloria 
accensos, donis muneribusque inter ipsa bella contende- 
bant ; tanto houestius tune bella gerebantur, quam nunc 
amicitiœ coluntur! Hae victoria elatus Antigonus, regem 
se eum Demetrio filio appellari a populo jubet. Ptole* 
maeus quoque « ne minoris apud suos auctorîtatis habe- 
retur , rex ab exercitu cognominatur. Quibus auditis , 
Cassauder et Lysimachus^etipsi regiam sibi majestatem 
vindicaverunt. Hujus honoris ornamentis tamdiu omncs 
abstinuerunt , quamdiu 61ii régis sui superesse potue- 
runt. Tanta in iilis verecundia fuit, ut, quum opes re- 
gias habrrent, regum tamen nominibus aequo animo 
caruerint , quoad Âlexandro justus hères fuit. Sed Ptole- 
maeus et Cassander, ceterique factionis alterius duces, 
quum carpi se singulos ab Antigono vidèrent, dum pri- 
vatum singulorum, non commune universorum bellum 
ducunt, nec auxiiium ferre alteri volunt, quasi victoria 
unius, non omnium foret, per epistolas se invicem con- 
firmantes, tempus et locum coeundi condicunt , bellum- 
que communibus viribus instruunt Oui quum Cassander 
intéresse propter finitimum bellum non posset, Lysima- 
chum cum ingentibus copiis in auxiUum sociis mittit. 

III. Erat hic Lysimachus illustri quidem Macedoniae 
loco natus, sed virtutis experimentis omni nobilitate 
clarior : quœ tanta in illo fuit, ut animi magnitudine 
philosophiam ipsam , viriumque gloria omnes , per quos 



JUSTIN. LIVRE XV. 335 

sein de la guerre, de munificence et de bienfaits, tous 
deu& montraient assez que l'honneur, et non la haine, 
les animait à se combattre. Ou portait donc alors plus 
de générosité à la guerre qu'on ne met aujourd'hui de 
foi dans l'amitié! Fier de celte victoire, Ântigone se pro- 
clame roi avec son filsDemetrius ; Ptolémée, pour ne pas 
rester au dessous d'eux dans l'opinion de ses peuples, se 
fait décerner le même titre par son armée. A cette nou- 
velle , Cassaudre et Lysimaque s'arrogent à leur tour la 
dignité royale. Aucun d'eux n'avait osé revêtir les insi- 
gnes delà suprêmepuissance, quand il restait encore quel- 
que fils de leur maître : tel était leur respect pour sa mé- 
moire, qu'avec le pouvoir de roi, ils renoncèrent sans 
peine à en porter le titre, tant qu'Alexandre put avoir un 
héritier légitime ^. Mais Ptolémée , Cassandre et les autres 
chefs de ce parti , tour-à-tour affaiblis par Antigone , 
comprennent que chacun ne doit plus faire pour soi 
une guerre qui les intéresse tous; qu'il est imprudent 
à eux de se refuser mutuellement du secours, comme 
si la victoire n'avait de fruits que pour un seul. Ils res- 
serrent donc par lettres les nœuds de leur alliance, 
fixent le temps , le lieu de leur réunion , et réunissent 
leurs forces pour combattre. Cassandre , retenu par la 
guerre sur les frontières de son empire, envoie Lysi- 
maque, avec une armée nombrisuse, au secours de ses 
alliés. 

III. Lysimaque était issu d'une illustre famille macé- 
donienne; mais toute noblesse s'effaçait devant l'éclat 
de ses belles actions : sa grande âme semblait au des- 
sus des leçons même de la philosophie^, et parmi les 



3^6 JUSTINI LIBER XV. 

Oriens dotiiitus est, vicerit. Quippe quiini Alexander 
Magnus Callisthenem philosophum, propter salutatio- 
nis persicae interpellatuin morem, insidiarum, quœ sibi 
paratasfuerant, couschim fuisse îratus finxisset, eumque, 
truncatis crudeliter omnibus membris abscissisque au- 
ribus ac naso labiisque, déforme ac miseraadum specta- 
(!ulum rieddidisset^ insuper cum cane in cavea clausum, 
ad metum ceterorum, circumferret , tune Lysima- 
chus , audire Callisthenem , et praecepta ab eo virtutis 
arcipere solltus, misertus taoti viri, non culpae, sed li- 
bertatis pœnas pendentis, venenum ei in remedium ca- 
iamitatum dédit. Quod adeo aegre Alexander tulit^ ut 
eum objici ferocissimo leoni juberet. Sed quum ad con- 
spectum ejus concitatus leo impetum fecisset, manum 
amiculo involutam Lysimachus in os leonis immersit, 
arreptaque lingua, feram exanimavit. Quod quum nun- 
tiatum régi esset, admiratio in satisfactionem cessit^ ca- 
rioremque eum propter constantiam tantae virtutis habuit. 
Ijysimachus quoque magno animo régis, veluti paren- 
tis, contumeliam tulit. Denique omni ex animo hujus 
facti Qiemoria exturbata , postea in India insectanti régi 
quosdam palantes hostes, quum a satellitum turba, equi 
sui celeritate desertus csset, solus ei per immensas are- 
narum moles cursus coines fuit. Quod idem antea Phi- 
lippus, frater ejus, quum facere voluisset, inter ma- 
nus régis exspiraverat. Sed Lysimachum desiljeus equo 
Alexander liastae cnspido ita in fronte vulneravit, ut 



JUSTIN. LIVRE XV. 3^7 

vainqueurs deTOrient, nul n'eût pu lui disputer le prix 
de la force. Alexandre, pour se venger du philosophe Cal- 
listhène, qui s'opposait à ce qu'on se prosternât devant 
lui selon l'usage des Perses ^, l'enveloppa comme com- 
plice dans une conjuration tramée contre lui : il voulut 
qu'on lui mutilât tous les membres, qu'on lui coupât les 
oreilles , le nez et les lèvres ; que ce triste et hideux 
spectacle fut exposé à tous les yeux ; que sa victime, ren« 
fermée avec un chien dans une cage de fer, fut promenée 
au milieu de l'armée pour frapper d'efîroi tous les cœurs. 
Lysimaque, habitué à écouter Callisthène et à recevoir 
de lui des leçons de vertu , ne put voir sans pitié ce grand 
homme puni si cruellement d'une liberté généreuse : il 
lui offrit du poison, et mit un terme à ses maux. Alexan- 
dre, indigné, le fit exposer à un lion furieux; mais au 
moment où le lion , s'enfla mmant à sa vue , se précipitait 
sur lui, Lysimaque s'enveloppe le bras de son manteau, 
le plonge dans la gueule du monstre, saisit sa langue et 
rétoufîe. Le roi admira son courage , et pardonna : tant 
d'intrépidité lui rendit même Lysimaque plus cher. Ce- 
lui-ci oublia également l'affront qu'il avait essuyé du 
roi, comme un châtiment infligé par un père. Enfin, le 
souvenir de cette action s'effaça entièrement; et lorsque, 
dans rinde, le roi poursuivit quelques ennemis épars, 
séparé de la troupe de ses gardes par la vitesse de son 
cheval , il n'eut que Lysimaque pour compagnon de sa 
course à travers de vastes déserts de sable. Déjà Phi- 
lippe, son frère ^, avait succombé en cherchant à le sui- 
vre ; il était mort dans les bras du roi : mais Alexan- 
dre, sautant de cheval, frappa du fer de sa lanc^latéte 

1. !22 



338 JUSTIN! LIBER XV. 

sanguis aliter cludi non posset, quam diadema sibi dem- 
ptum rex, alligandi vulneris causa, capiti ejus impone- 
ret. Quod auspicium primum regalis majestatis Lysima- 
cho fuit. Sed et post mortem Alexandri, quum inter 
successoresejus provinciae dividerentur, ferocissimae gen- 
tes , quasi omnium fortissimo , assignat» sunt : adeo etiam 
consensu universorum paimam virtutis inter ceteros tulit. 
IV. Priusquam bellum inter Ptolema&um, sociosque 
ejus, ad versus Ântigonum committeretur , repente ex 
Asia majore digressus , Seleucus novus Antigono hostis 
accesserat. Hujus quoque et virtus clara, et origo admi- 
rabilis fuit. Siquidem mater ejus Laodice, quum nupta 
esset Antiocho , claro inter Philippi duces viro , visa est 
sibi per quietem ex concubitu ApoUinis concepisse , gra- 
vidamque factam, munus concubitus, annulum a deo 
accepisse , in cujus gemma ancora sculpta esset ; jussa- 
que donum filio, quem peperisset, dare. Admirabilem 
fecit hune visum et annulus, qui postera die, ejusdem 
sculpturse, in lecto, inventus est, et figura ancords,qu8e 
in femore Seleuci nata cum ipso parvulo fuit. Quam- 
obrem Laodice annulum Seleuco eunti cum Alexandro 
Magno ad persicam militiam, edocto de origine sua, de- 
dit. Ubi post mortem Alexandri, occupato regno Orien- 
tis, urbem condidit, ibique geminae originis memoriam 
consecravit. Nam et urbem ex Antiochi patris nomine 
Antiochiam vocavit; et campos vicinos urbi Apollini di- 



JUSTIN. LIVRE XV. 339 

de Lysimaque, et ne put arrêter le sang qu'en détachant 
son diadème pour lui en ceindre la tête et envelopper 
la blessure. Tel fut le premier présage de la royauté de 
Lysimaque. Après la mort d'Alexandre , lorsque ses suc- 
cesseurs se partagèrent son empire, on assigna à Lysi- 
maque, comme au plus vaillant de tous, les nations les 
plus redoutables : d'un accord unanime on semblait lui 
déférer ainsi le prix du courage. 

rV". Avant que n'éclatât la guen^e de Ptolémée et de 
ses alliés contre Antigone , celui-ci avait trouvé un nou- 
vel ennemi dans Seleucus, sorti de la haute Asie, prince 
illustre et par son courage et par sa merveilleuse ori- 
gine. Sa mère Laodice, épouse d'Antiochus, un des plus 
fameux généraux de Philippe , crut voir en songe Apol- 
lon partager sa couche, et, pour prix de ses faveurs, lui 
donner j lorsqu'elle eut conçu , une bague dont la pierre 
portait l'image d'une ancre : elle devait la remettre au fils 
qui naitrait d'elle. Ce qui prêta à cette vision les carac- 
tères d'un prodige , c'est qu'un anneau marqué de la niême 
empreinte fut trouvé le lendemain dans le lit de Lao- 
dice, et que Seleucus, en venant au monde, avait une 
anCre tracée sur la cuisse. Lorsque Seleucus partit avec 
Alexandre pour l'expédition de Perse, sa mère lui remit 
l'anneau, en lui révélant le mystère de sa naissance; et, 
après la liiort d'Alexandre, Seleucus fondant une ville 
dans l'Orient, dont il élait maître, y consacra le souve- 
nir de sa double origine : il donna à la cité le nom d'An- 
tioche, du nom de son père Antiochus, et Apollon fut 
honoré d\in culte particulier dans les campagnes voisines. 
Sa postérité garda la trace de sa divine naissance : ses en- 
si oi. 



34o JUSTINI LIBER XV. 

cavit. Originis ejus argumentum etiam in poster'is maa- 
sit : siquidem filii nepotesque ejus 9 ancoram ia femore^ 
veluti notam generis naturâlem, babuere. Multa in 
Oriente, post divisionem inter socios regni macedonici , 
bella gessit. Principîo Babyloniam cepit; inde, auctis 
ex Victoria viribiis, Bactrianos expugnavit. Transitum 
deinde in Indiam fecit, quae post mortem Alexandrie 
veluti cervicibus jugo servitutis excusso , prœfectos ejus 
occiderat. Auctor libertatis Sandrocottus fuerat : sed ti- 
tulum libertatis post victoriam in servitutem verterat : 
siquidem occupato regno , populum , quem ab externa 
dominatione vindicaverat , ipse servitio premebat. Fuit 
hic quidem humili génère natus, sed ad regni poiesta^ 
tem majestate numinis impulsus. Quippaquum procaci- 
tate sua Alexandrum regetn offendisset , interfici a rege 
jussus salutem pedum céleri tate quaesierat. Ex qua fati- 
gatione, quum somno captus jaceret,leo ingentis formas 
ad dormientem accessit, sudoremque profliuentem lin-, 
gua ei detersit , expergefactumque blande reliquit. Hoc 
prodigioprimumad spem regni impulsus, contractis la- 
tronibus, Indos ad novitatem regni sollicitavit. Molieoti 
deinde bellum adversus prœfectos Alexandri elephantus 
férus infmitae magnitudinis ultro se obtulit, et, veluti 
domita mansuetudine, eum tergo excepit, duxque belli^ 
et prœliator insignis fuit. Sic acquisito regno , Sandro 
cottus ea tempestate, qua Seleucus futurae magnitudinis 



JUSTIN. LIVRE XV. 3/,i 

fans y ses desceudans avaient tous une ancre à la cuisse, 
comme un signe naturel de leur famille. Après le par- 
tage de Tempire de Macédoiue , Seleucus fit long-temps la 
guerre en Orient : il s'empara d'abord de Babylone, et, sa 
victoire lui donnant de nouvelles forces, il conquit la 
Bactriane;de là il passa dans l'Inde, qui, à la mort d'A- 
lexandre avait secoué le joug et mis à mort ses gouver* 
neurs.Sandrocottus avait brisé les fers de sa patrie; mais, 
après la victoire , le libérateur de l'Inde en était devenu 
le tyran : il avait usurpé l'empire et asservi lui-même 
les peuples qu'il venait d'affranchir d'une domination 
étrangère. C'était un homme d'une naissance obscure; 
mais la volonté des dieux paraissait l'appeler à Tempirç, 
Alexandre, choqué de son audace, ayant ordonne sa 
mort, il avait cherché sou salut dans la fuite : fatigué 
d'une longue course , il se livrait au sommeil, lorsqu'un 
lion énorme s'approcha de lui, essuya de sa langue la 
sueur qui le couvrait, et, à son réveil, se relira en le 
caressant. Ce prodige lui inspira l'espoir de régner, et, à 
la tête d'une troupe de brigands, il excita les Indiens à 
se soulever. Plus tard , lorsqu'il allait combattre les gou- 
verneurs nommés par Alexandre, un éléphant sauvage,, 
d'une prodigieuse grandeur, se présente à lui, le reçoit 
sur son dos comme un maître qui l'eût apprivoisé, et de- 
vient à la fois pour lui un guide et un combattant. San- 
drocottus s'éleva ainsi au trône, et lorsque Seleucus je- 
tait les fondemens de sa grandeur future, il était maître 
de l'Inde. Seleucus traita avec lui, et, tranquille du coté 
de l'Orient, il s'engagea dans la guerre contre Antigone. 
Les alliés livrent bataille avec leurs forces réunies. 



34a JUSTINI LIBER XV. 

fundamenta jaciebat, Indiam possidebat : cum quo, 
facta pactione, Seleucus, compositisque in Oriente ré- 
bus, in belium Antigoni descendit. Adunatis igitur om- 
nium sociorum copiis , prœlium committitur : in eo An- 
tigonus occiditur ; Demetrius, fîlius ejus, in fugam ver- 
titur. Sed socii, profligato hostili bello, denuo in semet 
ipsos arma ver^erunt; et, quum de praeda non conve- 
nirent, iterum in duas factiones diducuntur. Seleucus 
Demetrio, Ptolemaeus Lysimacho junguntur. Cassandro 
defuncto Philippus filius succedit. Sic, quasi ex integro, 
nova Macedoniae belia nascuntur. 



-il 



JUSTIN. LIVRE XV. 345 

Autigone périt, et son fils Demetrius prend la fuite. Mais 
les alliés , délivrés de leur ennemi , tournent leurs armes 
contre eux-mêmes, et, ne pouvant s'accorder sur le par- 
tage du butin, ils se divisent encore en deux partis. Se- 
leucus s'unit à Demetrius, et Ptolémée à Lysimaque. 
Cassandre meurt, et son fils Philippe lui succède. Ainsi 
la Macédoine voit encore une fois les guerres se ra.llumer 
dans son sein. 



*/*/%^t^vm0t/mÊfuvt/yti^vttyvw*vwumvwv¥»Mti¥y»^Mii*M/*wy*0¥>n/y^ftMmiytnt*i*/vy¥tM*mMt i mi^ ^ 



LIBER XVI. 



I. Jlost Cassandri régis filiique ejus Philippi continuas 
mortes, Thessaionice regina, uxor. Cassandri, non ma- 
gno post tempore , ab Antipatro filio , quum vitam etiam 
per ubera materna deprecaretur, occiditur. Causa par- 
ricidii fuit, quod post mortem mariti, in divisione intcr 
fratres regni, propensior fuisse Alexandro videbatur. 
Quod facinus in eo gravîus omnibus visum est , quod 
nullum maternée fraudis vestigium fuit; quanquam in 
parricidio nulia satis justa causa ad sceleris patrocinia 
praetexi potest. Ob haec igitur Aiexander, in ultionem 
maternae necis, gesturus cum fratre bellum, auxilium a 
Demetrio petit; nec Demetrius, spe invadendi macedo- 
nici regni, moram fecit. Cujus adventum verens Lysi- 
machus, persuadet genero suo Antipatro , ut malit cum 
fratre in gratiam reverti , quam paternum bostem in Ma- 
cedoniam admitti. Inchoatam igitur inter fratres recon- 
ciliationem quum praesensisset Demetrius, per insidias 
Alexandrum interficit ; occupatoque Macedoniae regno , 
caedem apud exercitum excusaturus , in concionem vocat. 
Ibi « priorem se petitum ab Alexandro aliegat : nec fe- 
cisse se, sed occupasse insidias : regem autem se Mace- 



vv»M9ivvtnn/ % %iv%nn/u*n ) i^^At»tv%/^Mn/^u v iiv»nMii u yv%MVV¥vt/%ni%nn/vtMvy»i^^ 



LIVRE XVI. 



I. Ija mort de Philippe suivit de près celle de Cassant 
dre son père ; et bientôt , la reine Thessalonice , veuve 
de Cassandre j est mise à mort par son fils Antipater : 
elle lui demanda en vain la vie par le sein qui l'avait 
nourri. Lorsqu'après la mort de son époux elle parta- 
geait l'empire entre ses fils, elle s'était montrée , disait- 
on , favorable à Alexandre : tel fut le prétexte de ce par- 
ricide, d'autant plus odieux à tous, que rien ne prouva 
la faute qu'Antipater imputait à sa mère. Quel motif lé- 
gitime pourrait d'ailleurs excuser un parricide ? Aussi 
vit*OB Alexandre , voulant venger sur son frère le meur- 
tre de sa mère , demander l'appui de Demetrius ; et celui- 
ci , dans l'espoir d'envahir la Macédoine, se hâta de s'unir 
à lui. Lyslmaque, redoutant son approche, engage An- 
tipater, son gendre , à se réconcilier avec son frère, plu- 
tôt que d'ouvrir la Macédoine à Fennemi de son père. 
Mais Demetrius pressent que l'inimitié des deux frères 
va cesser; il fait assassiner Alexandre , envahit la Macé- 
doine ^ et convoque l'armée pour prononcer devant elle 
l'apologie de son crime. Là, il déclare « que, menacé le 
premier par Alexandre, il a prévenu le crime plutôt 
qu'il ne l'a commis; que par son expérience, fruit de 
l'âge, il convient mieux au trône de Macédoine, auquel 
il a d'ailleurs des droits; son père avait accompagné 



3/,6 JUSTINI LIBER XVI. 

doniae vel aetatis experimentis , vel causis justiorem esse ; 
patrem enim suum et Philippo régi, et Alexandro Ma- 
gno socium in omni militia fuisse; liberorum deinde 
Alexandri ministrum , et ad persequendos defectores du- 
cem exstitisse : contra Antipatrum , avum horum adole- 
scentium , amariorem semper ministrum regni , quam ip- 
SOS reges , fuisse : Cassandrum vero patrem , exstinctorem 
regiae domus , non feminis , non pueris pepercisse ; nec 
cessasse , quoad omnem stirpem regiae sobolis delerét : 
horum scelerum ultionem, quia nequisset ab ipso Cas- 
sandro exigere, ad liberos ejus transiatam : quamobrem 
etiam Phllippum , Aiexandrumque, si quis manium sen- 
sus est, non interfectores suqs, ac stirpis suae^ sed ul- 
tores eorum , Macedoniae regnum tenere malie. » Per haéc 
miligato populo, rex Macedoniae appeliatur.Lysimachus 
quoque, quum bello Doricetis, régis Thracum, preme- 
retur, ne eodem tempore et adversus eum dimicare ne- 
cesse haberet, tradita ei altéra parte Macedoniae , quae 
Antipatro ejus genero obvenerat, pacem cum eo fecit. 

II. Igitur Demetrius, totis Macedoniae regni viribus 
instructus^quum Asiara occupare statuisset, iterato Pto- 
lemaeus, Seleucus, et Lysimachus, experti priore certa- 
mine quantae vires essent concordiae, pacta societate, 
adunatisque exercitibus, bellum adversus Demetrium 
transferunt in Europam. His comitem se et belli socium 
jungit Pyrrhus , rex Epiri , sperans non difficilius Deme- 



M ■■flifc^ 



JUSTIN. LIVRE XV I. 3/»7 

dans toutes leurs campagnes et le roi Philippe et Alexau- 
dre-le-Grand ; plus tard , il avait protégé l'enfance des 
fils d'Alexandre , et poursuivi ceux, qui les trahissaient. 
Au contraire, Antipater, l'aïeul de ses jeunes rivaux, 
avait été pour la Macédoine un maître plus dur que ses 
rois eux-mêmes : Cassandre, leur père , couvert d'un sang 
auguste, avait , sans épargner ni les femmes ni les eufans , 
frappé la race des rois jusque dans'ses derniers rejetons* 
Il poursuivait sur les fils de Cassandre les crimes dont 
il n'avait pu le punir lui-même : et Philippe, Alexandre, 
si les mânes conservent quelque sentiment , devaient voir 
avec joie l'empire de la Macédoine passer, non à leurs 
assassins, aux meurtriers de leur race, mais à leurs 
vengeurs. » Les Macédoniens apaisés le reconnurent pour 
souverain : Lysimaque lui-même, alors forcé de se dé- 
fendre contre Doricète , roi de Thraçe , craignant d'avoir 
à combattre un nouvel ennemi , fît la paix avec Deme- 
trius , et lui livra le reste de la Macédoine qui avait ap- 
partenu à son gendre Antipater. 



IL Demetrius, avec toutes les forces de la Macédoine , 
se préparait donc à envahir l'Asie , lorsque Ptolémée, Se- 
leucus et Lysimaque, à qui la guerre précédente avait mon- 
tré les heureux effets de la concorde , forment une alliance 
nouvelle, réunissent leurs troupes, et viennent le com- 
battre en Europe. Pyrrhus , roi d'Epire , se joint à eux , 
et s'associe à cette expédition : il espérait que Demetrius 
perdrait la Macédoine aussi facilement qu'il l'avait ac- 



348 JUSTINI LIBER XVI. 

trium amittere Macedoaiam posse y quam acquisierat. 
Nec spes frustra fuit : quippe exercitu ejus corrupto , 
ipsoque in fugam acto , regnum Macedoniae occupavit. 
Dum haec aguntur, Lysimachus generum suum Antipa* 
trum y regnum Macedoniae ademptum sibi soceri fraude 
querentem , interficit , filiamque suatn Ëurydicen , que- 
relarum sociam , in custodiam tradit : atque ita universa 
Cassandri domus Alexandre Magno, seu necis ipsius, 
seu stirpis exstinctae pœnas, partim caede, partim sup- 
plicio, partira parricidio luit. Demetrius quoque a tôt 
exercitibus circumventus , quum posset honeste mori , 
turpiter se dedere Seleuco mahiit. Finito bello, Pto- 
lemaeus cum magna rerum gestarum gloria moritur. 
Is, contra jus gentium, minimo natu ex filiis aute in- 
firmitatem regnum tradiderat, ejusque rei populo ra- 
tionem reddiderat : cujus nou miuor favor in acci- 
piendo, quam patris in tradendo regno fuerat. Inter 
cetera patris et filii mutuae pietatis exempla ^ etiam ea 
res amorem populi juveni concilia verat, quod paler, 
regno ei publiée tradito , privatus oflBcium regni inter 
satellites fecerat, omnique regno pulchrius régis esse 

patrem duxerat. . 

III. Sed inter Lysimachum et Pyrrhum regem , socios 
paulo ante adversus Demetrîum , assiduum inter pares 
discordiae malum bellum moverat. Victor Lysimachus, 
pulso Pyrrho, Macedoniam occupaverat* Inde Thraciae, 



JUSTIN. LIVRE XVI. 349 

quise. Cet espoir ne fut point trompé : Pyrrhus séduit 
les soldats de son rival, l'oblige à fuir, et s'empare du 
trône de Macédoine. Cependant Lysimaque fait égorger 
son gendre An tipa ter , qui l'accusait de lui avoir enlevé 
son royaume : il fait emprisonner sa fille Eurydice, qui 
joignait ses plaintes à celles de son époux. On vit ainsi le 
meurtre, les supplices , le parricide , venger sur la race en- 
tière de Cassandre les mânes d'Alexandre-le-Grand et 
de sa famille assassinée. Entouré de tant d'armées enne- 
mies , Demetrius , au lieu de chercher un trépas honora- 
ble, se livra lâchement à Seleucus. A la fin de la guerre , 
Ptolémée meurt couvert de gloire : avant sa maladie, il 
avait, contre le droit des gens, cédé son sceptre au plus 
jeune de ses fils ' ; et le peuple , à qui il rendit compte 
de sa conduite, applaudit à l'élévation du fils autant qu'à 
la générosité du père. Tous deux avaient donné plus d'un 
exemple de leur mutuelle tendresse , et le jeune prince 
devenait plus cher encore à la nation, lorsqu'on voyait 
son père , après lui avoir publiquement cédé le titre de 
roi, remplir encore auprès de lui l'office d'un de ses 
gardes, et préférer le nom de père du roi à la puissance 
souveraine. 



îll. Cependant la discorde, fruit ordinaire de l'éga- 
lité, excitait la guerre entre Pyrrhus et Lysimaque, unis 
naguère contre Demetrius. Lysimaque, vainqueur, s'em*' 
pare de la Macédoine, dont il avait chassé Pyrrhus. 
De là il passe eu Thrace, et marche bientôt contre Hé-' 



35o JUSTINI LIBER XVI. 

ac dcinceps Heradeae belium intulerat : cujus urbis et 
initia et exitus admirabiles fuere. Quippe Bœotiis pesti- 
lentia laborantibus oraculum Delphis responderat , « co- 
loniam in Ponti regione sacram Herculi conderent. » 
Quum propter metnm longae ac periculosœ navigatio- 
nis,inorteminpatriadmaibu$praeoptantibus, res omissa 
esset, belium bis Phocenses intuleruut. Quorum quum 
adversa prœlia paterentur, iterato ad oraculum decur- 
runt : responsum ^ « idem belli , quod pestilentiae reme- 
dium fore. r> Tgitur conscripta colonorum manu , in Pon- 
tum delati, urbem Heracieam condiderunt. Et quoniam 
fatorum auspiciis in eas sedes delati erant , brevi tempore 
magnas opes paravere. Multa deinde hujus urbis adver- 
sus finitimos bella , multae etiam domesticae dissensiones 
fuere. Inter cetera magnifica ^ vèl praecipue illud memo- 
rabile fuit. Quum rerum potirentur Athenienses , victis- 
que Persis , Graeciae et Asiœ tributum in tutelam classis 
descripsissent y omnibus cupide ad praesidium salutis suas 
conferentibus y soli Heracleenses , ob amicitiam regum 
persicorum y collationem abnuerunt. Missus itaque ab 
Âtheniensibus Lamachus cum exercitu ad extorquendum j 
quod negabatur 9 dum ^ relictis in litore navibus, agros 
Heracleensium populatur, classem cum majore parte 
exercitus naufragio repentinae tempestatis amisit. Itaque 
quum neque mari posset, amissis navibus, neque terra 
auderet cum parva manu inter tôt ferocissimas gentes 
reverti , Heracleenses honestiorem beneficii , quam ultio- 



JUSTIN. LIVRE XVI. 3f)i 

raclée, ville dont Torigine et la chuté sont également 
merveilleuses. L'oracle de Delphes avait ordonné aux 
Béotiens, désolés par la peste^, ude fonder dans le Pont 
une colonie consacrée à Hercule. » Tous aimèrent mieux, 
attendre la mort dans leur patrie , que d'affronter les pé- 
rils d'une navigation lointaine, et l'ordre du dieu ne fut 
point accompli. Mais bientôt les Phocéens portent la 
guerre dans leur pays : battus en plusieurs rencontres , 
les Béotiens consultent de nouveau l'oracle, et apprennent 
« que le remède qui eût arrêté les ravages de la peste, doit 
mettre fin aussi aux maux de la guerre. » Une troupe de 
colons se forme, et va fonder dans le Pont la ville d'Hé- 
raclée. Sur cette terre où les appelait le destin, ils virent 
s'accroître rapidement leur puissance. Tour-à-tour mena- 
cés par les armes des nations voisines et par des dissen- 
sions intestines, ils s'illustrèrent par plusieurs belles ac- 
tions, et surtout par le trait suivant. Lorsque, après la 
défaite des Perses , les Athéniens vainqueurs imposaient 
à la Grèce et à l'Asie des tributs destinés à l'entretien 
de leur flotte, chaque peuple s'empressait d'y contribuer 
dans l'intérêt de son salut : les seuls Héracléens s'y re- 
fusèrent, comme alliés des rois de Perse. Envoyé par 
Athènes pour les contraindre à payer, Lamachus avait 
laissé ses vaisseaux sur les côtes, et désolait leur terri- 
toire , lorsqu'une tempête vint tout à coup détruire , avec 
sa flotte , la plus grande partie de son armée. La perte 
de ses vaisseaux lui fermait la mer; sur terre, il n'osait 
traverser avec une poignée d'hommes tant de contrées 
barbares : mais |les Héracléens, ne voulant se venger 
que par des bienfaits, le renvoyèrent avec des vivres et 



35a JUSTINI LIBER XVI. 

nis occasionem rati j instructos commeatibus auxiliisque 
dimittunt, bene agrorum suorum populationem impen- 
sam existimantes , si , quos hostes habuerant ^ amicos red- 
di dissent. 

IX. Passi sunt inter plurima mala etiam tyrannidem : 
siquidem quum plebs et Dovas tabulas et divisionem 
agrorum divitum impotenter flagitaret, diu re in senatu 
tractata, quum exitus rei non ihveniretur, postremum 
adversus plebem, nimio otio lascivientem , auxilia a Ti- 
motheo, Atheniensium duce^ mox ab Epaminonda Tbe- 
banorum petivere. Utrisque negantibus , adClearchum, 
quem ipsi in exsilium egerant, decurrunt. Tanta caia* 
mitatum nécessitas fuit y ut , cui patriam interdixerant , 
eum ad tutelam patriae revocarent. Sed Clearchus exsilîo 
facinorosior redditus , et dissensionem populi occasionem 
invadendae tyrannidis existimans, primo tacitus cum Mi- 
thridatc , civium suorum hoste, colloquitur ; et inita so- 
cietate paciscitur , ut revocatus in patriam , prodila ei 
urbe , prœfectus ejus constitueretur. Postea autem insi- 
dias, quas civibus paraverat, in ipsum Mithridatem ver- 
tit. Namque quum , velut arbiter civilis discordiae, de 
exsilio reversus esset , statuto tempore , quo urbem Mi- 
thridati traderet , ipsum cum amicis suis cepit , captum- 
que, accepta ingenti pecunia, dimisit. Atque ut in illo 
subitum se ex socio fecit hostem , sic ex defensore sena- 
toriœ causae repente patronus plebis evasit ; et adversus 



JUSTIN. LIVRE XVI. ?^53 

des secours^ ils crureiit> en s'attachant Tamitié de ceux 
qu'ils avaient eus pour ennemis, être assez dédommagés 
du ravage de leurs campagnes. 



IV. Parmi les maux qu^îls souffrirent , il faut compter 
la tyrannie. Le peuple demandait l'abolition des dettes et 
le pai^tage des terres possédées par les riches. Le sénat, 
ne pouvant mettre fin aux désordres, ni réprimer la li- 
cence qu'un trop long repos avait produite, implora le 
secours de l'Athénien Timothée , et bientôt d'ÉpaminoU'^ 
das, général thébain. Tous deux refusèrent, et les séna- 
teurs eurent recours à Cléarque , qu'eux-mêmes avaient 
exilé : l'excès de leurs maux les forçait à rappeler pour 
la défense de la patrie l'homme à qui la patrie avait été 
fermée. Cléarque, animé au crime par son exil, ne vit 
dans les dissensions intestines qu'une voie vers la tyran- 
nie : il s'unit «n secret avec Mithridate, ennemi d'Héra- 
clée , et s'engage par un traité à lui livrer la ville où il 
est rappelé, pour la gouverner ensuite en sou nom. Mais 
plus tard , il fait tomber Mithridate lui-même dans le 
piège qu'il préparait à son pays. Rentré dans Héraclée 
comme arbitre des discordes civiles, à l'instant même qu'il 
avait fixé pour remettre la ville aux mains de Mithridate, 
ri s'empare de sa personne et de son escorte , et lui fait 
acheter sa liberté "par des sommes immenses. Devenu 
l'ennemi de son allié , on le vit bientôt aussi, de défenseur 
des nobles, devenir le patron du peuple : il se soulève 
contre ceux qui ont élevé sa puissance , qui l'ont rappelé 
de l'exil , qui lui ont livré la citadelle : il déploie même 
I. a3 



354 JUSTIN! LIBER XVI. 

auctor6s poteatiae suae, a quibus revocatus in patriam, 
per quo8 in arce coUocatits feerat, non solum plebem 
accendit , verum etiam nefandissima qtiaeque tyrannie» 
crndelitatis exercuit. Igitur populo ad concionem vo- 
cato y neque se affuturum amplius grassanti in populum 
senatui , ait ; intercessurum etiam , si in pristina saevi- 
tia perseveret : quod si pare$ se crudelitati senatorum 
arbitrentur, abiturum cum militibus $ui6, neque civili- 
bus diacordiis interfuturum ; sin vero difiidant virtbus 
propriisy vindictae se civium non defuturum : proînde 
consulant sibi ipsi, jubeant abire se, an malint causas 
popularis socium remanere. His verbis soUicitata plebs 
summum ad eum imperium defert; et duiii senatuspo- 
tentiae irascitur, in servitutem se tyraqnjcae dominatio- 
nis cum conjugibus et liberis tradit. Igitur Clearcbus lx 
senalpres comprehenaos (nam cetm iu fugam dilapsi 
erant ) in vincula compiogit. Laetari plebs y quod a duce 
potissimum senatorum senatus deleretur, versaqiie vice 
auxilium eorum in exitium conversum esset. Quibus dum 
mortem passim omnibus minatur , cariora eorum pretia 
facit : siquidem Clearchu$, Eoagna pecunia (quasi miois 
populi occulte eos subtracturus) accepta i spoliât^ for- 
tunis j vita quoque spoliavit. 

y. Cognito deinde, quod bellum sibi ab iis, qui pro- 
fugerant , misericordia in auxilium soUicitatis civitatibus, 
pararetur, serves eorum manumittit. Et ne quid mali af- 



BJ 



JUSTIN. LIVRE XV L M5 

contre eux toutes les rigueurs d'une cruauté tyraoqiqueu 
Enfin ^ il convoque une assemblée , et déclare que désor- 
mais il ne secondera plus les violences du sénat : il pro- 
tégera même le peuple , si ces fureurs se prolongent Si 
les citoyens se trouvent assez forts pour résister à leurs 
ennemis , il va quitter la ville avec ses soldats , pour ne 
pas prendre part aux dissensions civiles : s'ils se croient 
trop faibles, il est prêt à servir leur vengeance : iU doir 
vent donc, ou ordonner son départ, ou le choisir pour 
appui de leur cause. Le peuple, séduit par ces discours, 
lui défère le pouvoir souverain^, et, dans sa haine aveugle 
contre le sénat, il se livre avec ses enfans et ses femmes à 
la domination d'un tyran. Cléarque fait saisir et charger 
de chaînes soixante sénateurs; les autres avaient pris la 
fiiite : la multitude s'applaudit de voir le sénat détruit par 
son propre chef, et frappé par le bras doat il attendait; 
son salut. Le tyran menace tous les sénateurs de la mort 
pour leur arracher une rançon plus forte : sous prétexte 
de les dérober secrètement à la fureur du peuple , il re- 
çoit d'eux des sommes immenses, et avec leur fortune 
leur ravit bientôt la vie. 



y. It apprend ensuite que les sénateurs fugitifs se pré- 
parent à le combattre, et que la compassion soulève 
les cités en leur faveur. Il affi*anchit aussitôt leurs esf 

a3. 



356 JUSTINl LIBER XVI. 

flictis honestissimis domibus deesset, uxores eorum filias- 
que nubere servis suis^ proposita' recusantibus morte^ 
compellit, ut eos sibi fîdiores^ et doininis iufestiores red- 
deret. Sed matronis tam lugubres nuptiae graviores re- 
pentinis funeribus fuere. Itaque multae se ante nuptias, 
multae in ipsis nuptiis, occisis prius novis maritis, inter- 
ficiunt y et se tam funestis calamitatibus j virtute ingenui 
pudoris, eripiunt. Prœlium delnde committitur : quo 
victor tyrannus captivos senatores in triumphi modum 
per ora civium trahit. Reversus iu urbem alios vincit, 
torquet alios, alios occidit : nuUus locus urbis a crude- 
litate tyrannt vacat. Accedit saevitiae insolentia y crudeli- 
tati arrogantia. Interdumex successu continuae felicitatis 
obliviscitur se homiiiem; interdum Jovis se filium dicit. 
Eunti per pabiicuth aurea aquila, velut argumentum 
generis, prœferebatur : veste purpurea, et cothurnis re- 
guni tragicorum ^ et aurea corona utebatur : fiiiu.ni quo- 
que suum Ceraunon vocat , ut deos non mendacio tan- 
tum , verum etiam nominibus iiludat. Hase illum facere 
duo nobilissimi juvenes Chion et Leonides indignantes , 
patriam liberaturi in necem tyranni conspirant. Eranthi 
diseipuli Platonis philosophi : qui virtutem , ad quaui 
quotidie prœceptis magistri erudiebantur, patriae exhi- 
bera cupientes , quinquaginta cognatos j veluti clientes ^ in 
insidiis lôcant. Ipsi more jurgantium , ad tyrannum , ve- 
luti ad regem, in arcem coutendunt : qui jure familiari- 



JUSTIN. LIVRE XVI. ^^57 

clavcs, et pour que les plus nobles familles vissent com- 
bler la mesure de leurs maux , il ordonne sous peine de 
mort, aux femmes et aux filles de ses victimes, d'épouser 
leurs esclaves : il espérait augmenter en ceux-ci, et leur 
dévouement à sa causé, et leur acharnement contre leurs 
maîtres. Mais à ces femmes illustres un si horrible hymen 
sembla pire qu'une prompte mort : elles se tuèrent , les 
unes avant les noces; d'autres, au sein des fêtes nup- 
tiales , après avoir égorgé leurs nouveaux époux ; et leur 
fierté généreuse les déroba à ces affreux malheurs. Le 
combat se livre : le tyran triomphe , et fait traîner sous 
les yeux du peuple les sénateurs captifs. A sou retour 
dans la ville , il prodigue les chaînes , et les tortures, et la 
mort : rien n'est à l'abri de ses cruautés. A ses ftireurs, 
à sa barbarie, il joint le délire de l'orgueil : enivré de ces 
longs succès, il semble oublier qu'il est homme, il se 
proclame fils de Jupiter. Un aigle d'or, emblème de sa 
céleste origine, est porté devant lui dans les rues; il 
emprunte aux rois de théâtre leurs manteaux de pour- 
pre , et leurs cothurnes , et leurs couronnes d'or ; il donne 
à son fils le nom de Ceraunus^, et usurpe le nom des 
dieux qu'outrageaient déjà ses mensonges. Indignés de 
tant d'excès, deux jeunes gens d'un sang illustre, Chion 
etLéonidès, jurent d'affranchir leur patrie par le meurtre 
du tyran : disciples de Platon, ils voulurent pratiquer, 
pour le salut de leur pays, ces leçons de sagesse qu'ils 
puisaient chaque jour dans les entretiens de leur maî- 
tre. Ils placent en embuscade cinquante conjurés, leurs 
parens,et eux-mêmes, feignant une querelle, se rendent 
à la citadelle : ils étaient connus du tyran, et ils obtien- 



1 



358 JUSTIN! LIBER iVI. 

lalis adinissi, dom atterum priorem dicentem inteutus 
audit tyrannus, ab altero obtruncatur. Sed et ipsi , sociis 
tardius auxilium ferentibus, a satellitibus obruuntur. 
Quare factum est, ut tyrannus quidem occideretur, sed 
patria non liberaretur. Nam frater Clearchi, Satyrus, 
eadem via tyrannidem invadit; niultisque annis, per 
gradus sueoassmiis, Heradeenses sub regno tyranno- 
rum fiiere. 



JUSTIN. LIVRE XVI. 359 

uent accès près de lui. Il écoutait les plaintes de l'un 
d'eux, il est tout à coup frappé par l'autre; mais ces 
hommes généreux, secourus trop tard par leurs amis, 
périssent sous les coups des gardes. Ainsi, eu égorgeant 
le tyran, ils ne purent affranchir leur patrie : Satyrus, 
frère de Cléarque, s'empara à son tour du pouvoir; et, 
pendant une longue suite d'années, les Héracléens gé- 
mirent sous le sceptre héréditaire des tyriiiis. 



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LIBER XVII. 



I. JCer idem ferme tempus in Hellespoati et Chersoaesi 

regionibus terrae motus fuit : maxime tamen Lysimachia 

urbs, ante duos et viginti anaos a Lysimacho rege con- 

dita , eversa est. Quod portentum dira Lysimacho stir- 

pique ejus, ac regni ruinam, cum clade vexalarum re- 

gionum, portendebat. Nec ostentis fides defuit : iiam 

brevi post tempore^ Âgarhoclem filium suum, quem ia 

successiooem regai ordiaaverat, per quem multa bella 

prospère gesserat , non solum patrium , verum etiam hu- 

manum ultra morem, perosus^ ministra Arsinoe noverca , 

veneuo interfecit. Haec illi prima mali labes , hoc initium 

impendentis ruinae fuit. Nam parricidium priocipum se- 

cutse caedes sunt, luentium supplicia, quod occisum ju- 

venem dolebant. Itaque et hi, qui csedibus superfueraiit,' 

et hi, qui exercitibus praeeraut, certatim ad Seleucum 

deficiunt; eumque pronum jam ex semulatione gloriae, 

bellum Lysimacho inferre compellunt. Ultimum hoc cer- 

tamen commilitonum Âlexandri fuit, et, velut ad exem- 

plum fortunae, par reservatum. Lysimachus quatuor et 

Lxx aiuios iiatus erat, Seleucus septem et lxx. Sed i?i 

Jiac aetate utrique animi juvéniles eraut , imperiique cu- 



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LIVRE XVII. 



I. U» tremblement de terre agita, vers cette époque, 
la Chersonèse et l'Hellespont : il se fit surtout sentir à 
Lysimachie ; cette ville , fondée depuis vingt-deux ans 
par Lysimaque, fut détruite. Un tel prodige annonçait 
d'affreux malheurs à ce prince ^ à sa famille; ils présa- 
geaient la fin de leur empire et la ruine des . provinces 
qu'ils avaient désolées. Ces augures menaçans furent ac- 
complis. Bientôt le roi devient l'ennemi de son fils Aga- 
thocle, qu'il avait déclaré son successeur au trône , et 
dont le courage l'avait heureusement servi dans plusieurs 
guerres : oubliant les sentifnens d'un père et les devoirs 
même d'un homme, il le fait empoisonner par Arsinoé, 
sa marâtre. Telle fut Torigine de ses maux, le signal de 
ses désastres. Au meurtre de son fils, il joignit d'au- 
tres forfaits : les courtisans payèrent de leur tête les 
pleurs qu'ils donnaient à la mort du jeune prince. Ceux 
qui avaient échappé aux massacres, ceux qui comman- 
daient les armées , passent à l'envi du côté de Seleucus , . 
et l'excitent à une guerre qui lui plaisait d'ailleurs contre 
un rival de gloire. Cette lutte fut la dernière entre les 
compagnons d'Alexandre, et l'on eût dit que la fortune 
avait réservé l'un pour l'autre ces illustres ennemis. Ly- 
simaque avait atteint sa soixante-quatorzième année, et 
Seleucus sa soixante-dix-septième : mais tous deux , à 



36ïï JUSTINI LIBER XVII. 

piditatem insatiabilem gerebant. Quippe quum orbem 
terrarum duo soH tenerent, angustiis slbimet inclusi vi* 
debantur, vitaeque fincm non annorum spatîo, sed im- 
perii termînis metiebantur. 

IL In eo bello Lysimachus, amissis ante variis casi- 
bus XY llberis, non instrenue moriens, postremus do- 
mus suae ruinae cumulus accessit. Laetus tanta Victoria 
Seleucus, et quod majus Victoria putabat, solum se de 
cohorte Alexandri remansisse, victoremque victorum 
exstitisse^ non humanum esse opus, sed divinum mu- 
nus, gloriatur, ignanis prorsus non multo post fra- 
gilitatis human» se ipsum exemplum futurum. Quippe 
post raenses admodum septem a Ptolemaeo , cujus soro- 
rem Lysimachus in matrimonio habuerat, per insidias 
circumventus occiditur; regnumque Macedoniae, quod 
Lysimacho eripuerat, cum vita pariter amittit. Igitur 
Ptolemseus quum et in gratiam memoriae magni Ptole- 
maei patris , et in favorem ultionis Lysimachi ambitiosus 
apud populares esset, primo Lysimachi filios conciliare 
sibi statuit; nuptiasque Ârsinoes sororis suae, matris 
eorum petit , puerorum adoptione promissa , ut , quum 
in locum patris eorum successisset , nihil illi moliri vel 
ver^cundia matris, vel appellatione patris auderent. Fra- 
tris quoque, régis ^gypti, concordiam per epistolas 
deprecatur, professas, deponere se offensam erepti pa- 
tcrni rcgni, neque amplius a fratre quaesiturum, quod 






JUSTIN. LIVRE XVII. 363 

cet âge, conservaient encore l'ardeur de la jeunesse et une 
insatiable ambition. Le monde, qu'ils se partageaient, 
leur paraissait trop étroit, et ils semblaient mesurer leur 
vie, non par le nombre de leurs années , mais par l'éten- 
due de leur empire. 

IL Lysimaque , qui avait perdu quinze enfans par des 
accidens divers, mourut lui-même d^ns cette guerre 
d'une mort glorieuse , et consomma, la ruine de sa mai- 
son ^ Fier d'un si beau triomphe, plus fier encoi*e de 
rester seul entre les généraux d'Alexandre, et d'avoir 
vaincu les vainqueurs même , Seleucus voyait dans son 
bonheur , non plus l'ouvrage d'un homme, mais un bien- 
fait des dieux : il ignorait qu'il allait bientôt attester par 
son propre exemple la fragilité de la puissance humaine. 
Sept mois après , Ptolémée , dont Lysimaque avait épousé 
la sœur, le fait assassiner; et Seleucus perd, avec la vie, 
cette couronne de Macédoine , qu'il venait d'enlever à 
son rival. Alors, Ptolémée, que le souvenir du grand 
Ptolémée son père et les mânes de Lysimaque vengés 
avaient rendu cher à ses peuples, sentit s'éveiller son 
ambition : il voulut d'abord s'attacher les fils de Lysima- 
que, et demanda la main de sa sœur Arsiuoé , leur mère, 
promettant d'adopter ses enfans; il pensait qu'en pre- 
nant la place et le nom de leur père , il trouverait dans 
ce titre sacré, et dans leur respect pour leur mère, une 
garantie contre leurs attaques^. Il écrit aussi au roi 
d'Egypte, son frère, pour lui demander son amitié. Il lui 
pardonne, dit-il, de l'avoir dépouillé de son trône: il ne 
songe plus à ravir à un frère ce qu'il a conquis sur Ten- 
ncmi de son père. Il le comble de âafteries et de carcs-' 



364 JUSTINI LIBER XVII. 

honestius a paterno hoste perceperit. Omnique arte adu- 
latur ei, ne Antigono Demetrii^ et Antiocho, Seleuci 
filioy cum quibus bellum habiturus erat, tertius sibi 
bostis accederét. Sed nec Pyrrhus , rex Epiri , omissus , 
ingens momentum futurus, utri parti socius accessisset : 
qui et ipse spoliare singulos cupiens, omnibus se parti- 
bus venditabat. Itaque Taren liais a d versus Romanos la* 
turus auxilium, ab Antigono naves, ad exercitum in 
Italiam deportandum, mutuo petit; ab Anlipcho pecu- 
niam, qui opibus, quam militibus, instructior erat; a 
Ptolemaeo Macedonum militum auxilia. Sed Ptoleinaeus, 
oui nulla dilationis ex infîrmitate virium venia esset, 
quinque millia peditum, equitum quatuor millia, ele- 
phantos quinquaginta , non amplius quam in biennii À 

usum dédit. Ob haec Pyrrhus, fîlia Ptolemaei in matri- 
monium accepta, yindicem eum regni reliquit, ne, ab- 

ducta in Italiam juventute, praedam hostibus regnum 

reUnqueret. 

IIL Sed quoniam ad Epiri menlionem ventum est , de 
origine regni ejus pauca narranda sunt. Molossorum 
primum iu ea regione negnum fuit. Post Pyrrhus, Achil- 
lis filius, amisso per absentiam trojauis temporibus pa- 
terno regno, in bis locis consedit , qui Pyrrhidœ primo, 
postea Epirotae dicti sunt. Sed Pyrrhus quum in tem- 
plum Dodonaei Jovis ad consulendum venisset, ibi La- 
nassam, neptem Herculis, rapuit : ex cujus matrimonio 



JUSTIN. LIVRE XVII. 365 

ses y de peur qu'il ne vienne s'unira Antigone, fils de De* 
metrius, et à Antioclius^, (ils de Seleucus, contre lesquels 
lui-même allait combattre. Pyrrhus , roi d'Épire , ne fut 
pas oublié : il devait être, pour l'un et l'autre parti, ou 
un puissant allié y ou un ennemi redoutable ; il vendait 
son appui à ces rivauxqu'il voulait dépouiller tour-à-tour. 
Pour aller au secours de Tarente, menacée par les armes 
romaines , il emprunte à Antigone une flotte destinée à 
transporter son armée en Italie : il demande de l'argent à 
Antiochus y qui avait plus de trésors que de soldats , et à 
Ptolémée un renfort de troupes macédoniennes. Celui- 
ci, à qui sa faiblesse ne permettait pas de résister, lui 
confie , seulement pour deux années , cinq mille fantas- 
sins, quatre mille cavaliers , cinquante éléphans. Pyrrhus 
épouse la fille de ce prince, et lui laisse la garde de ses 
états, que le départ de son armée pour l'Italie exposait 
aux invasions étrangères. 



III. Puisque j'ai été conduit à parler de TÉpire, je dois 
présenter quelques détails sur l'origine de ce royaume. 
Les premiers maîtres du pays furent les Molosses. Plus 
tard , Pyrrhus , fils d'Achille, qui, retenu au siège de 
Troie, avfiit perdu le trône de son père, s'établit en ces 
lieux : ses peuples prirent le nom de Pyrrhides , et en- 
suite celui d'Épirotes. Pyrrhus était venu au temple de 
Dodone pour y consulter Jupiter : il y enleva la petite- 
fille d'Hercule , Lanassa , et de son mariage avec elle na- 



366 JUSTINI LIBER XVII. 

octo Hberos sustulît. Ex his noonullas virgines miptuni 
Biiitimîs rçgibus tradidit , opesqufe afBnitatum auxilio 
magaas paravit : atque ita Heleno , filio Priami régis , 
oh industriam singularem, regnum Chaonum, et An- 
dromachen Hectoris, quam et ipse matrimonio suo in 
divisione trojaaae prœdae acceperat, uxoreni tradidit : 
brevique post tempore Delphis, insidiis Orestae, filii Aga- 
raemnonis, inter altaria dei interiit. Successor buic Pie- 
lus filius fuit. Per ordiaem deiade regnum ad Arrybam 
desceodit : oui ^ quoniam pupillus et unicus ex gente do-^ 
bili superessety tntentiore omnium cura servandi ejus 
educandique^ publiée tutores constituuntur : Athenas 
quoque erudiendi gratia missus, quanto doctior majo- 
ribus suis 9 tanto et gratior populo fuit. Primus itaque 
leges et senatum annuosque magistratus et reipublicae 
formam composait ; et ut a Pyrrho sedes , sic vita cul- 
tior populo ab Arryba statuta. Hujus filius Neoptolemus 
fuit : ex quo nata est Olympias, mater Alexandri Magni, 
et Alexander , qui post eum regnum Epiri tenuit ; et in 
Italia beilo gesto, in Brutiis interiit. Post ejus mortem, 
(rater .£acides regno successit, qui, assiduis adversus 
Macedonas bell^rum certamînibus populum fatigando, 
ofFensam civium contraxit ; ac propterea in exsilium ac- 
tus, Pyrrhum filium bimum, admodum parvulum in 
regno reliquit Qui et ipse quum a populo propter odium 
patris ad necem quaereretur , furtim subtractus in lUy- 



JUSTIN. LIVRE XVÏÎ. 36^ 

quireot huit enfans. Plusieurs de ses filles s'unirent aux 
rois voisins 9 dont l'alliance augmenta ses forces. Alors, 
voulant récompenser les rares qualités d'Helenus , fils de 
Priam, il lui céda le royaume de Chaonie , et lui donna 
pour femme Andromaque, veuve d'Hector, qu'il avait 
lui-même épousée lorsqu'elle lui échut en paHage après 
la ruine de Troie. Mais bientôt il mourut à Delplies , 
assassiné au pied des autels par Oreste , fils d'Agamem- 
non ^. Sou fiU Pielus lui succéda. Plus tard, les di*oits 
du sang appelèrent au trône Arryba , encore en bas âge , 
et seul rejeton de cette illustre famille : on veilla avec 
soin sur son enfance, le peuple lui choisit des tuteurs; 
on l'envoya étudiera Athènes, et, plus éclairé que ses 
aïeux , il sut mieux qu'eux aussi gagner l'amour de ses 
peuples. Le premier , il donna à FÉpire des lois , un sé- 
nat, des magistrats annuels, un gouvernement régulier; 
et si ces peuples avaient reçu de Pyrrhus le sol qu'ils 
habitaient, ce fut à Arryba qu'ils durent le bienfait de la 
civilisation. De Néoptolème^ son fils, naquirent Olym*- 
pias, mère d'Alexandre-le-Grand, et Alexandre, qui 
porta après lui la couronne d'Epire, et qui alla combat- 
tre et mourir dans le Brutium , en Italie. A ce prince 
succéda son frère Eacide ; ces guerres continuelles contre 
la Macédoine soulevèrent contre lui ses peuples fatigués : 
forcé de quitter l'Épire, il y laissa son fils Pyrrhus , âgé de 
deux ans. Le peuple, irrité contre le père , voulait égor- 
ger le fils : on le déroba à sa fureur ; on le porta dans 
rillyrie, pour le confier à Béroa , femme du roi Glaucias ^ 
issue elle-même du sang des Éacides. I^e roi , touché de 
pitié pour ses malheurs , séduit peut-être par ses cares-^ 



368 JtJSTINI LIBER XVII. 

rios defertur; traditusque est Beroae^GIauciœ régis uxori, 
nutriendus , quœ et îpsa genus ^acidarum erat. Ibi eum , 
seu misericordia fortunée ejus, seu infantilibus blandi- 
mentis inductus rex, adversum Cassandrum, Macedo- 
niaeregeiHy qui eum sub belli comminatione deposcebat, 
diu protexit, addito in auxilium etiam adoptionis o(E- 
cio. Quibus rébus moti Epirotae, odio in misericordiam 
verso 9 annorum xi eum in regnum revocaverunt , datis 
tutoribus, qui regnum usque adultam ejus aetatem tue- 
rentur. Adolescens deinde multa bella gessit ; tantusque 
rerum successu haberi cœptus est, ut Tarentinos solus 
adversus Boroanos tueri posse videretur. 



BKfii^BiB 



JUSTIN. LIVRE XVII. 369 

ses enfantines , le protégea loug-terops contre Cassandre , 
roi de Macédoine, qui le redemandait en menaçant Glau- 
cias de ses armes : celui-ci , pour mieux défendre le jeune 
prince, alla jusqu'à l'adopter. 'Enfin , les Épirotes, pas- 
sant de la haine à la pitié , le rappelèrent sur le trône ^ 
après onze années d'exil , et lui nommèrent des tuteurs 
pour veiller sur le royaume pendant sa jeunesse. Par- 
venu à l'âge d'homme , Pyrrhus entreprit beaucoup de 
guerres , et s'illustra tellement par ses exploits y qu'il pa- 
rut seul capable de soutenir Tarente contre les efforts 
des Romains. 



I. a 4 



NOTES. 



PRÉFACE. 

1. Dont plusieurs même avaient porté le tiire de consuls. ËBtce 

autres, A. Albinus (Foyez Cic. , Brut,, xxi), L. Cîncius [Denjs 

d*Halicam,, i, 6 ), L. Lncnllus ( Cic. , Académ,, ii, i) , et Cicéron 

hu-inéine, qui écrivit en grec une hktoire de son consulat {jid 

Mticy I, 19). 

2. Les sujets que les historiens de la Grèce se sontpartagés^ etc. 
L'abbë Paul a traduit : Cette suite de faits dont les historiens grecs 
ont détaché chacun une partie^ et qu'ils ont écrits séparément y etc. 
Le mot latin gregatim se refuse à cette interprétation. Justin nous 
représente les historiens grecs s'approchant de Thistoire universelle, 
et s'emparant à la fois et sans ordre [gregatim ) des &its que le goût 
de chacun le porte à retracer, sam s'inquiéter si Touvrage qu'il en- 
treprend se lie aux ouvrages de ses devanciers et à ceux de ses 
contemporains ( inter sesefacta occupant^. Avec ce sens, la relation 
des deux membres de phrase est on ne peut plus claire : à ces ou- 
vrages incohérens sur les faits d'une même histoire, Trogue Pom- 
pée oppose avec avantage son Histoire universelle , conforme à 
l'ordre des temps et des faits.'Cette interprétation nous parait fort 
simple : cependant , au lieu d'y recourir^ les éditeurs de Justin ont 
mieux aimé, ou forcer le sens de gregatim y en disant que ce mot 
était mis pour segregatim (Fbjrez Tédition de M. Lemaire), ou chan- 
ger la leçon de tous les manuscrits ^sese gregatim, en sese gregatL 
(C'est le texte adopté par l'abbé Paul. ) — Quant à omissis^ quœ 
sine fructu erant, nous avons suivi le sentiment des commenta- 
teurs qui ont rapporté cette idée incidente aux historiens grecs, et 
non à Trogue Pompée. Non-seulement les historiens grecs s'étaient 
partagé sans ordre les différentes parties de l'Histoire universelle , 
mais plusieurs de ces parties n'avaient pas été traitées : Trogue Pom- 



rilk 



Ai 



NOTES DU LIVRE PREMIER. 871 

pée, au contraire, a tout embrassé. II ne faut pas perdre île vue 
que Justin loue ici dans Trogne Pompée l'auteur d'une histoire gé- 
nérale et complète, et il relève l'avantage de cette universalité, en 
rappelant les lacunes qui existent entre les histoires particulières. 

3. Cest à vous. On ne sait pas d^une manière certaine à quel 
empereur est adressée cette préface. Quelques éditions portent ad 
te 3 imperator Antonine y mais c'est, dit "Wesbl, une glose «rjontée 
par ceux qui confondent Justin l'historien avec Justin le inar^. 
( Voyez i au commencement du volume, les notices sur Justin par 
M, Laya et F. Schœll. ) 

LIVRE PREMIER. 

1 . Histoire universelle, Justin , d'après Trogne Pompée, a donné 
à son ouvrage le nom de Philippiques, soit parce qu'il en consacre 
une grande partie à Fhtstoire de Philippe et de ses successeurs, 
soit qu'il ait voulu emprunter le titre des harangues de Démostbène 
et de Cicéron. 

a. NinuSi roi d'Assyrie, etc. Au rapport de Justin, chapitre 11 
de ce premier livre , la domination des Ass3rrîens dura i3oo ans : 
or, on place, vers l'an du monde 3 108 , Arbaces, qui la renversa. II 
faut donc supposer que Ninus régna vers Fan 1808, ou i4^a ans 
avant la fondation de Rome. 

3. Sésostris, Appelé aussi Vexoris. Justin , 11 , 3 , place ce prince 
i5oo ans avant Nîmis. 

4* ^^ soumit y etc. Ctésias , cité par Diodore, 11 , 5, fait monter à 
deux millions de soldats les forces de ce conquérant. 

5. Dura treize cents ans. Le même auteur compte, depuis Ninus 
jusqu'à Sardanaple, trente rois, qui occupent un espace de i36o 
ans : d'autres augmentent le nombre des rois dont Ënsèbe nous a 
conservé les noms , et diminuent au contraire celui de* années. 

6. 1/un est élevé comme fils du pasteur , etc. — Voyez , sur iâ 
naissance et les premières années de Cyrus, Hérodote, i, ijr5 
et suiv. 4 

7. Ainsi finit V empire des Mèdes , etc. An de Rome ao3 : la durée 



:^7a NOTES 

de respire des Mèdes, dont notre auteur indique seulement la 

naissance et la chute , parait avoir été plus courte. 

8. Trembla pour lui-même. Un manuscrit porte desolutus, un 
autre desolatus , mais la plupart ile se sollicitas : nous avons du 
préférer cette dernière leçon. 

9. Barène, Ville voisine d'£cbatane , et non pas Barcé, comme 
le portent la plupart ^s textes. Barcé était une ville de la C}rrénai- 
qne, où les armes de Cirrus n'avaient pas encore pénétré. [Voyez 

CtÉSIAS et BOHGARS. ) 

10. Avait envoyé ses forces avec autant (T empressement ^ etc. 
Ce fait n'est pas exact. Crésus, suivant le conseil d'un oracle, avait 
demandé du secours aux Athéniens et aux Lacédémoniens. Les La - 
cédémoniens étaient en route avec un corps d'armée, lorsqu'ils 
apprirent la défaite de leur allie : ils retournèrent dans leur patrie. 
Voilà à quoi se réduit le dévouement des Grecs à la cause de Crésus. 

11. Le meurtre de Candaule fut le prix d*un nouvel hymen. 
L'abbé Paul et les commentateurs ne me paraissent pas avoir en- 
tendu cette phrase. Ils la traduisent et Texpliquent comme s'il y 
avait, non pas cœdes Candaulis nuptiarum preemium fuit , mais 
nuptiœ fuere prœmium cœdis, Justin veut dire que Gygès , en con- 
sentant à s'unir à la reine, obtint pour prix de cet hymen le trône 
de Candaule. Gygès reçut, pour la dot de sa nouvelle épouse, le 
sang du roi et la couronne. 

la. EUe livra son sceptre, Cicéron, de Atticj ni, 9, a em- 
prunté à Platon, de Leg,, 11, des détails plus fabuleux encore 
sur l'histoire de Gygès. 

i3.. BoiSf dit-il, etc. Tel est aussi le récit d'Hérodote, i, 214. 
Diodore raconte, au contraire, que Cyrus, pris dans la bataille, 
ne survécut à sa défaite que pour mourir sur une croix. 

' 14. Prexeupes. Appelé par d'autres Comètes, ou Comaris. 

1 5. Le mage, La plupart des auteurs attribuent le meurtre de 
Suierdis, firère de Cambyse, non à Prexaspes, mais à un autre mage 
nommé Smerdis , comme le prince qu'il massacra et dont il usurpa 
la couronne. 

16, De se soustraire aux regards , etc. L'abbé Paul a traduit les rois 



DU LIVRE DEUXIÈME. 3:3' 

perses ont le visage voilé. Nous avons pensé qu'il valait mieux en- 
tendre cette phrase dans le sens d*un passage précédent , liv. i , 
ch. a : Raro a vins vif us, infeminarurn turha consenuit. Posteri 
quoque ejus, id exemplum secuti, responsa gentihus per intemun- 
tios dahant. 

LIVRE DEUXIÈME. 

I. Pour retracer les dictions des Scythes. La transition qui unit 
Tun à l'autre les deux premiers livres de cette histoire , parait em- 
pruntée à Hérodote, qui a placé de même, entre la prise de Ba- 
bylone et l'expédition de Darius en Scy thie , une description de 
cette contrée et des mœurs de ses habitans, liv. iv. 

a. Ces argumenSi etc. Sans examiner ici ni la vraisemblance 
d'une pareille discussion , ni les argumens produits à l'appui de 
chaque système, peut-être n'est-il pas hors de propos de remarquer, 
d'une part, qu'Hérodote établit, entre TÉgyjïte et la Phrygie, la 
même question de prééminence; de l'autre, que la plupart des opi- 
nions ici présentées paraissent avoir eu crédit chez des peuples 
et dans des siècles beaucoup plus éclairés. Ainsi , Heraclite, et les 
stoïciens après lui , croyaient que le monde à sa naissance avait 
long-temps été rempli de feux; ainsi, au rapport de Virgile, la 
Scythie passait pour le point le plus élevé de la terre : 

Mundus, ut ad Scythiam , Rhiplueasque arduiis arces 
Consurgit, premitur Libyœ devexus in Austros. 

(Georg.^ I, V. 240.) 

3. La justice est gravée dans les cœurs, etc. — Plus ibi boni mores 
valent, quant alibi bonœ leges , dit Tacite en parlant dos Ger- 
mains. ( Voyez aussi Horace, liv. 111, od. 24.) 

4< Des peaux de bétes fauves. Le texte ajoute murinis : ce sont 
des peaux de martres, de bléreaux, de renards, etc. ( Note de l'abbé 
Paul.) 

5. Sésostris , etc. — Voyez précédemment, liv. i, note 3. 

6. Il se retire dans son royaume. Hérodote et Diodore racon- 
tent, au contraire, que iSésostris, partout vainqueur, réunit la 
Scythie à son empire. 



374 NOTES 

7. Iktns les plaines de Thémiscyre, Les traditions relatives a 
l'origine et à Thistoire de Tempire des Amazones, sont remplies 
d'incertitude. Strabon les rejette tontes , comme également faba- 
leuses ( liy. ii). Au reste, on s'accorde généralement à fixer le siège 
de leur puissance dans les lieux désignés par Justin. Ovide (de 
Pont, , IV, ep. lo) dit : 

Et tu femineœ Thermodon cognite turbae. 

Properce, m , Éléç. 14, v. 14 : 

Qualis Amazonidum nudatis belllca mammis 
Thermodonteîs turma laratur aquis. 

8. Le nom d'Amazones, A privatif, (xa^oç , mamelle, 

9. Se signala si glorieusement, etc. — Foyez ViaoïLE , Enéide 
I, 490- 

10. Partagea treize jours, etc, — Voyez liv. xii , ch. 3. 

11. Jancyrus. D'autres éditions portent, soit Janthynis , soit 
Idanthyrus, Hérodote l'appelle Idanthyrse. Voyez , sur cette expé- 
dition de Darius , Hérodote , liv. iv. 

1 2. Qu'on n'a pas vu s'élever, etc. Tous les auteurs attestent la 
haute antiquité d'Athènes. Cicéron a dit : Athenarum urbs ea vêtu- 
State est , ut ipsa ex se cives suos genuisse dicatur. 

i3. Dont la fille Atthis donna, etc. On fait aussi dériver ce 
nom, soit d'Actis, beau-père et prédécesseur de Cécrops, soit du 
mot grec dixrïi , rivage. 

if\. Vers cette époque. Vers l'an du monde 2490. 

i5. Par Démophon, son fils. On a relevé ici une double erreur. 
Démophon, quoique fils de Thésée, ne fut pas son successeur im- 
médiat , et ne parut pas au siège de Troie , du moins comme roi 
d'Athènes , puisque son avènement est postérieur à la prise de cette 
ville. Voyez Homère , //. , v. 552 et suiv. 

16. Le gouvernement fut confié, etc. Cette assertion paraît 
inexacte. La royauté , abolie à Athènes après le dévouement et la 
mort de Codrus, fut remplacée par des magistratures qui, éga- 
lement conférées à vie, et même héréditairement, ne se distin- 
guaient de la dignité royale que par le nom et quelques restrictions 



DU LIVRE DEUXIÈME. 3:5 

apportées à rétendue jusque-là illimitée de ses pouvoirs : telle était, 
entre autres, l'obligation imposée à ces nouveaux magistrats, de 
rendre compte au peuple de leur administration. Ils furent appelés 
archontes, ou quelquefois médontides, du nom de Médon, £ls de 
Godrus , le premier d'entre «ux. L'ardiontat, resté pendant trois 
siècles dans la famille de Codnis, fut ensuite limité par les Athé- 
niens à une durée de dix ans, et enân il se partagea, vers l'an du 
monde 8227, entre neuf magistrats annuels. Ainsi s'explique la 
confusion que présente ici notre texte. 

17. Dioclès, Appelé généralement Hipparque. Il est singulier 
que Justin, d'accord avec les historiens anciens sur le fond de ce 
récit , ait omis les noms des conjurés , Harmodius et Aristogiton , 
restés si long-temps en honneur dans la Grèce. ( Voyez BartAé- 
LEMT, Introduction y et note 4 9 ibid,) 

iS. li aplanit les montétgnes. On connaît , sur le nombre des 
soldats de Xerxès et les détails de son expédition , les récits fabu- 
leux des historiens de la Grèce, rejetés par les anciens eux-mêmes. 
Juvénal,. x, 174 : 

Greditur olim 

Yelificatus Athos, et quidquid Graeda mendax 
Audet in historia. 

19. ^vec quatre mille soldats. On n'a pas même de données 
bien précises sur le nombre des soldats que Léonidas comman-- 
dait aux Thermopyles. [Fojrez BxfiTB.±LEiaYp Introduction , note 7.) 

20. Restez en arrière, Gronovius a changé remos en rends. En 
effet, remos inhibere y qui se trouve dans le texte de l'abbé Paul, 
voudrait dire suspendre V action des rames , plutôt que reculer y et 
ne serait pas d'accord avec le reste de la phrase, ite cessim, a 
hello discedite. 

ai. Dans les iles écartées, A Égine, à Trézène, à Salamine. 

aa. Un combat naval. Bataille de Mycale, gagnée par le Spar 
tîate Léot^hides et Xantippe l'Athénien. (An de R. 275.) 

a3. // battit Xerxès , etc, — Voyez Cornélius Nepos, Vie de 
Cimon, 



376 NOTES 

LIVRE TROISIÈME. 

I. Artaxerxe, Sumomnié Longue-Main, 

a, Bacabasus, Appelé aussi Mégabyse. Voyez Je récit de Dio«^ 
dore , différent sur plusieurs points de celui de notre auteur. 

3. Ckar^ de F administration. Lycurgue donna des lois à Sparte y. 
▼ers l'an du monde 3 100, environ trois siècles avant Saloir. 

4* ^ des magistrats annuels. Ces magistrats étaient des éphores,. 
placés par Lycurgue à côté et presque au dessus du- pouvoir des 
rois , qulls pouvaient faire saisir, emprisonner, etc. Voyez Cornb- 
jLiùs Nepos, Vie de Pausanias, 5. Les éphores étaient au nombre 
de cinq. 

5. Et n'abolit ses lois. Plutarque, ^ie de Lycurgae, assure que 
les institutions du législateur de Sparte subsistèrent dans toute 
leur force pendant les cinq siècles qui suivirent sa mort; Tite- 
Live, liv. xxjlix, 37, suppose leur durée plus longue encore : 
Sine mûris per octingentos prope annos liberi.,., , etc. 

6. Enflammés par des chants guerriers. Horace, Art poétique : 

Tyrtsusque mares animos in martia bella 
Versibus exacuit 

Quelques-uns des chants guerriers de Tyrtée nous; ont été conser- 
vés. Cette poésie mâle et sévère, pleine de mouvement et de cha- 
leur, forte dldées plutôt que brillante d'images , parait bien digne 
des merveilleux effets que lui attribue l'histoire. On peut d'ailleurs 
remarquer que ces hymnes, d'accord avec les récits des historiens, 
attestent assez clairement les revers de Lacédémone et la seconde 
guerre de Messénie; en général, il y est peu question de victoires 
ou de conquêtes : la honte d'une vie achetée au prix de l'honneur, 
la gloire du guerrier mort dans le combat pour la défense de sa pa- 
trie, de son épouse , de ses jeunes enfans, les pleurs promis à sa 
cendre, l'immortalité réservée à son nom, sont le sujet de ces chants. 

7. La victoire resta enfin aux Lacédémoniens. Les Messéniens, 
vaincus, se retirèrent sur la côte de Sicile, et s'établirent dans la 
ville de Zancle. Ils lui donnèrent leur nom , qui , altéré par l'or- 



stta 




I«|^ppf-«r" ttmi "ip mil ii|B 



DU LIVRE QUATRIÈME. 877 

thographe latine , Messina, a conservé jusqu'à nos jours^, dans la 
langue même du pays , son antique forme dorienne , Messana. 
{Voyez MiTFORD, Hist, of Greece, i, ch. 4.) 

8. Destiné par toutes les cités , etc. — Voyez Cornélius Nrpos, 
Vie d^ArùsL , 3. 

9. U une flotte qiiils avaient envoyée en Egypte» Les Egyptiens , 
alors soulevés contre la Perse, avaient imploré le secours d'Athènes. 

10. Pressée par deux ennemis, Erretir chronologique : la guerre 
de Messénie était, à cette époque , entièrement terminée. 

11. Et prirent plusieurs villes de l'Acheiïe, On a relevé avec rai- 
son, dans cette partie de Thistoire de Justin, quelques anachro- 
nismes et omissions assez graves. On peut remarquer, entre autres , 
qu'il n'indique ni la double victoire remportée en un seul jour par 
Cimon , près du fleuve Eurymédon , ni même la guerre de Corcyre 
et de Corintfae, épisode important de la guerre du Péloponnèse. 

12. La Sicile devint alors le théâtre des hostilités. An de R. 3a8. 

LIVRE QUATRIÈME. 

I. Et qu* elle en fut détachée. L'opinion que présente ici Justin 
parait avoir été universellement adoptée par les anciens; je me 
bornerai à citer les vers admirables où Virgile décrit ce phéno- 
mène [Enéide, m, 417) * 

Hœc loea, vi quondam et magna convulsa ruina, 
Tantum aevi longinqua valet mutare vetustas! 
Oissiluisse feniDt : quum protenus utraque telliis 
Una foret : venit medio vi pontus, et undis 
Hesperiiim Siculo latus abscidit, arvaque et nrbes 
Litore diductas a&gusto interluit œstu 

a. D'un mot grec qui signifie rompu. Pii-^iov, de pmpûa», pin^vut^t* 
rompre , briser. 

3. Trinacrie. Tpia oxpa» trois promontoires. Les épithètes poé- 
tiques de tricuspis, tricervix, données quelquefois à la Sicile, rap- 
pellent et expliquent sou premier nom. 



57» NOTES 

i. WeaaprodaitunplusgTaadnombre-'Le nombre et la croanté 
des tyrans qui décllirèrent U Sicile étaient passés en provo-be : 

Inndîi nculi bon inTeiiere tjTannï ' 

MajiH lenDCDtum. 

5. Aima mieux obéir à un esclave. Hérodote, parlant de ce mi- 
nistre, l'appelle nUiTu;, mot qoi i)onrrait désigner, non pas l'es- 
clave, mais l'ami d'Anaiilaiis. 

6. Ils suspendirent pour quelque temps la guerre. — Voyez 
li». XVIII, 3, et XIX, 1, a. 

7. ^emparèrent de leur ville. An rapport de Polybe, ce crime 
fut commis, non par les vétérans d'Himère, mais par une gimison 
de 4iOoo soldats romains chaînés de défendre Rhèges contre Pyr- 
rhus et les Carthaginois, l'an de Bome 47a ; bientôt ta ville fut 
reprise par les troupes romaines, et tous les coupables mb à mort 
(PoLiBB, I, 7). 

8. Rappelé pour comparaflre devant les juges. — Voyei v , i , 
et Co&HBLiDS Nepos, fie d' Aleibiade, 

9. El il ajouta topprobre de sa captivité, etc. On rapporte que 
Démosthène et Ntcias, tombés tous deux aux mains de l'ennemi, 
furent mis à mort par le peuple. Voyez Tbuc, vu , 8a-86. 

LIViLE CINQUIÈME. 

\. Et y engagea le roi. Agis régnait alors à Lacédémone. (An 
de Rome 340- ) 

a. Darius. Darius Notliiis,ffls d'ArtkxerxeLongne-Hain, petit- 
fils de Xerxès. 

3. La guerre commençait à peine. Ce fait semble inexact; la 
guerre , depuis long-temps commencée, élait restée quelques an- 
nées sospendue . 

4. L'invasion des Carthaginois dans la Sicile, An de Rome 344> 
Les Carthaginois passèrent en Sicile pour y secourir les Égestaîns, 
pressés par les efforts réunis de Sélînonte et de Syracuse (Diodobk» 



DU LIVttE SIXIÈME. 379 

5. £i accourt au devant de l'armée victorieuse . — Voyez Cor- 
nélius Nepos, VII, 6, et Plutarque, Fie d^Alctbiade, 

6. L'ennemi surprend, écrase leurs bataillons dispersés, La ba- 
taille fiit, au rapport de Diodore, livrée par Antiochiis, lieute- 
nant d'Alcibiade, en son absence et malgré ses ordres. 

7. Pour lui substituer Canon, Le commandement fut partagé 
en^e dix officiers. 

8. // s'exila pour la seàonde fois, Alcibiade se retira dans la 
Chersonèse. Voyez Corhelius Nepos, vu. 

9. Evagoras, roi de Chypre, Evagoras est le père de ce Nico- 
clés , dont Isocrate a écrit l'éloge. 

10. Athènes demanda la paix. An de Rome 349* 

1 1 . Les uns disaient. Les Corinthiens et les Thébains. 

12. Et par l'exil de Derrfs, 11 y a ici une nouvelle confusion. 
Dans Tannée 3499 époque de la prise d'Athènes, un soulèvement 
éclata en effet à Syracuse contre Denys l'Ancien, qui, à l'aide des 
Carthaginois , raffermit bientôt son pouvoir : ce fut seulement en 
898 que Denys le Jeune , chassé par Dion , se réfugia en Italie, 
et en 411 que , dépouillé de son autorité , il se retira à Corînthe. 

i3. Vers Arteucerxe, Artaxerxe Mném on , successeur de Darius. 

14. Épuisent les faibles débris, etc, Isocrate (Areopag.) porte à 
i5oo le nombre des citoyens égorgés par les trente tyrans. 

1 5. L'orateur Lysias, Les cruautés des tyrans l'avaient forcé de 
quitter Athènes. 

16. Non plus en secret. An de Rome 353. 

LIVRE SIXIÈME. 

I. Hercynion, Appelé par Diodore Psammitichus, 

21. Les Spartiates rappellent Agésilas, Ce fait est inexact, et 
Justin , comme nous le verrons plus tard, porte témoignage contre 
lui-même. Agésilas fut rappelé en Europe, non par l'invasion de 



38o NOTES 

Coiion, mais par les succès des Thébains et des Corinthiens ligtiés 
contre Lacédémone. Conon ne rentra dans la Grèce et ne s'ap- 
procha de Sparte qu'après la mort de Lysandre et le retour 
.d*Agésilas. 

3. Des deux côtés , les généraux y etc. Les premiers textes por- 
tent: Summa igiturnon tant ducum, etc. Comme cette phrase n'est 
pas intelligible, les critiques ont dû proposer des corrections : 
nous avons adopte celle qui est indiquée par Wetzel. D'autres, 
conservant non, suppriment tam , changent quant en quasy et 
présentent ainsi la phrase : Summa igitur non ducum in eo proe- 
lio y quœ milUum œmulatiofuit, 

4. Ce fut alors f etc. — Voyez la fin du chap. 11, et la note a de 
ce livre. 

5. Cette année. An de Rome 3f>5. 

6. Jux portes de la ville. On sait que Sparte n'avait ni portes 
ni murailles ; j'ai dû cependant reproduire l'expression du texte. 

7. Et courut aussitôt livrer bataille. Ces mots du texte, /z^c diu.,., 
ex continenti, renferment une erreur de date : Epaminondas parut 
devant Sparte Tan de Rome 385; et la bataille de Mantinée n'eut 
lieu que six ans après, en 391. 

8. Epaminondas mourut peu ele jours après. Tous les anciens 
rapportent qu'Ëparainondas expira peu d'instans après la bataille, 
et Justin lui-même semble l'indiquer à la fin de ce chapitre : du 
reste, les détails qu'ils nous ont transmis sur sa mort sont con- 
formes au récit de notre auteur. 

9. La gloire de Thèbes, etc. Ce jugement est celui de Cornélius f 
Nepos : ..:.. Nemo eat inficias y Thebas et ante Epaminondam net- \ 
tumy et post ejus inieritum, perpetuo alieno paruisse imperio; 

contra easy quatndiu iUe prœfuerit reipublicœ y caput fuisse totius 
Grœciœ. (Vie d'Épamînondas, 10, in fine.) 

10. Resté trois ans. Philippe passa environ dix années à Thèbes, 
et n^tti sortit que trois ans après la bataille de Mantinée et la mort 
d*Epaminondas. 




n 



DU LIVRE HUITIEME. 38t 



LIVRE SEPTIEME. 



1. Le nom cVEgée» AiÇ , ai-^oç, chèvre. 

2. D'une autre sépulture, Alexandre-le-Grand ordonna, en mou- 
rant, que ses restes fussent déposés dans le temple de Jupiter Am- 
mon. ( Voyez xii , i5.) Au reste, il est inexact de dire que la race 
de Perdiccas s'éteignit avec Alexandre, puisque ce prince laissa 
lui-même un fils, qui, il est vrai, ne lui succéda pas. 

^. Enlevé j>ar une mort prémaXurée, Il régna cependant trente- 
cinq ans. 

4* Sous le règne de Darius. Alexandre régna depuis l'an 275 
jusqu^à l'an 3 18 après la fondation de Rome; et , par conséquent , 
son avènement au trône fut postérieur à l'invasion des Perses sous 
le règne de Darius , mort en 267. Il faudrait donc suppléer aux 
noms cités par notre texte ceux de Xerxès et d'Artaxerxe. 

5. Dès le commencement de son règne, 3d4-386. 

6. De puissans ennetnis. Les Illynens, les Thraces, les Péo- 
niens, etc. 

7. IJœil droit crevé d'une flèche. L'inscription gravée par Aster 
sur la flèche qui blessa Philippe, la réponse de ce prince et sa ven- 
geance , enfin l'étrange flatterie du courtisan Clisophus , qui , de- 
puis cette époque, ne parut plus devant son maitre sans s'être fait 
bander un œil , sont des faits trop connus pour qu'il soit néces - 
saire de les reproduire ici. 

LIVRE HUITIÈME. 

1 . Déjà assei^ puni. Les batailles de Leuctres et de Mantinée. 
Foyez liv. vi. 

2. Et /ont la guerre aux Thébains, La guerre sacrée, commen- 
cée par Philomèle et les Phocéens , l'an de Rome 899 , ne fut ter- 
minée qu'en 408. 

3. Ne se montra guère plus fidèle, — Voyez DÉMOSTHiNE, se- 
conde Olynthienne. 



38a NOTES 

4. Maîtresse encore de tant de cités, a Graeciam etiam nunc et 
viribus et dignitate orbis terraram principem.... , etc. •» 

Quelques interprètes ont voulu trouver dans ce mot une allusion 
à l'état de la Grèce , à l'époque même où écrivait Justin , et en ont 
conclu qu'il avait vécu après la translation de l'empire à Bjzance. 
Avec un tel raisonnement , il est bien peu d'historiens qu'on ne dût 
croire contemporains des hommes dont ils racontent la vie , puis- 
que tous se reportent fréquemment, par les formes de leurs récits, 
à l'époque qu'ils décrivent; et, dans notre texte même, on ren- 
contre , quelques lignes plus bas , une locution tonte semblable, 
dont il est impossible de tirer la même induction : a Thebanos 
Lacedaemoniosque , antea inter se imperii , nunc Gnecise imperan- 
ris 8emulo9.... » , 

Une 91 frivole conjecture ne mérite pas de plus longs détails, 
et ne peut étonner ceux qni savent jusqu'où la manie de tout ex- 
pliquer a souvent entraîné les commentateurs. 

5. Se disputaient la faveur de son tyran. Il nous a paru néces- 
sîiire, pour Tintelligence de ce passage, de strbstifuer gradœ k 
Graxiœ, C'est un changement conseillé par Grévius et par Wetzel. 

6. // s'empare des Thermopyles. An de Rome 408. 

LIVRE NEUVIÈME. 

1. Cette ville fondée par Patfsanias y roi de Sparte, Bjzance fut 
fondée, non par les Spartiates, mais par une colonie de Mégariens, 
commandés par Byzante , qui donna son nom à la ville. ( An de 
Rome 104. ) Ce fut seulement en 278 que les iSpartiates vinrent s'y 
établir. 

2. Son fils Alexandre, Né en 398, 

3. On livra bataille. Bataille de Chéronée , en Béotie. (An de 
Rome 416-) 

4. iW orgueil aux vaincus. On lit, dans Diodore, que Philippe, 
loin de montrer, dans les premiers instans de sa victoire, la modé- 
ration que lui attribue Justin, oublia à la fois et la pitié qu'il de- 
vait aux vaincus , et le respect qu'il se devait à lat-méme« « Phi- 
lippe, lui dit l'un des captifs, l'orateur Démade, en le voyant 



MBik 



DU UVRE ONZIÈME. 383 

insulter aox guerriers étendus morts à ses pieds, tD joues le rôle de 
Thersite , et tu pourrais jouer celui d'Agamemnon ! » Ces mots 
firent rentrer le vainqueiyr en lui-m^me ; il j.eta la couronne de 
fleurs qui couvrait sa tète , accorda la liberté à Démade , et ren- 
dit justice à la valeur des vaincus. 

5. Cont^oque à Corinthe, eic. An de Rome 4 17* 

6. En répudiant Ofympias, Après avoir répudié Olympias, 
Philippe épouse , non pas la sœur d'Attale , mais la fille d'un roi 
deXhrace, nommée Méda. Cléopàtre, sœur, et, selon d'autres, 
nièce d'Attalc , fut la dernière des sept épouses de Philippe. 

7. Philippe mourut y etc. An de Rome 41B. 

8. L'un voulait régner avec ses amis. Les premières éditions 
portaient : Regnare ille cum amicis nolebat; nous avons substitué, 
avec Wetzel , volebat à nolebat , qui n'était pas d'accord avec l'es- 
prit général de ce morceau. 

LITRE DIXIÈME. 

1. jértaxerxe. Artaxerxe Mnémon, mort en 388. 

2. Il consacra Jspasie au culte du soleil. Ou plutôt, comme le 
rapporte Plutarque, au culte de Diane , adorée à Ecbatane [In Ar» 
tax.y 43). 

3. CodomoM* Neveu du roi Ochus. 

LJYRE ONZIÈME. 

I. Le flambeau qui avait éclairé, etc. On sait que, chez les an- 
ciens , on portait un flambeau dans les fêtes nuptiales , devant les 
nouveaux époux. Virgile, En,, iv : 

..... Nec oôDJugis uncfiMuii 
Prstendi taedas 

a. .Respectant en lui les auspices de sa royauté. Les Romains 
tiraient un augure des premières personnes ou des premiers objets 
qui se présentaient à eux dans certaines maladies religieuses. 
Telle est sans doute l'idée de Justin, et Tabbé Pjml ne Ta pas 



384 NOTES 

rendue , en traduisant , pour ne pas ensanglanter les pré^fric^s fie 
son règne, 

3. Du sang des Èacides. Éacus, fils de Pelée, aïeul d'Acljille , 
fut le chef de la race des Éacides ; Pyrrhus ou Néoptolème^ £l1s 
d'Achille , fut le premier roi d*Epire, et de son sang naquit Olym- 
pias, mère d'Alexandre. 

4. Leurs anciens forfaits , racontés par la fable. Les crimes de 
la maison d*0£dipe. 

5. Hercule y tige des Eacides. Alexandre , du sang d'Ëacas ( f^ojr. 
note 3), descendait d*Hercule, par Caranus, roi de Macédoine. 
Voyez DioH, vu , frag. 9. 

6. Les mânes des héros , etc. C'est en sacrifiant sur le tom- 
beau d'Achille, qu'Alexandre prononça ces paroles fameuses^ que 
Cicéron nous a transmises : « O fortunate , inquit , adolescens , qui 
tuae virlutis Homerum praeconem inveneris! » {Pro Arch, poeia.) 

7. La première bataille, etc. Bataille du Granique. — 4^0» 

8. Cinq cents stades , etc. Dix -huit lieues de aSoo toises. 

9. Enfin la bataille commença. Bataille d'Issus en Cilicie . — ^m . 

10. Plusieurs souverains de l'Orient, etc. Josèphe range dans 
ce nombre Jaddus, grand-prétre des Jui&. (Ant. xi.) 

11. Ensuite, on en vint aux mains. Bataille d'Arbelles. — 42^* 

12. Auquel le destin réservait leur empire. — Voyez Ut. xli, 
4 et 5, Taffranchissement des Parthes et le commencement de 
leur puissance. 

LIVRE DOUZIÈME. 

I. De recouvrer sa liberté. An de Rome 43^4- 

a. Zopyrion. — Voyez Q^iiite-Curck, liv. i , ch. i. 

3. Vint le trouver à la tête de trois cents femmes, — Voyez 

liv. II , 4- 

■ 

4. Qui avait trahi et égorgé son maître. — Voyez liv. xi , i5. 



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DU LIVRE TREIZIÈME. 385 

5. JSn s'y montrant aussi terrible, etc. — Vttyez tout ce récit 
dans Quinte-Cnrcc, viii, i. 



\ 6. Pausanias, 11 est difficile de croire que ce Pausanias soit le 

^ meurtrier de Philippe. Alexandre n*était pas Fauteur de sa mort, 

f,. qui d*ailleurs était méritée. 

7. Son audace lui coûta la vie. — y oyez liv. xv, 3. 

'-- 8. jérgyraspides. Nom formé de detix mots grecs, dcp-ppo;, ar^ 

^ent, et àawiç, bouclier. 

' 9. Nicée. Du grec vixvi , victoire. 

10. Ze roi vit en songe-, etc. — Voyez Quinte-Curce , ix, 8; 
CicÉRON, de la Divinat., 11, ^^^ etc. 

I». Avec son père Ammon. — Voyez liv. xi, 11. 



:t 12. Lui donna plus de larmes^ etc. Êphestioa mourut à Suze, 

le en Médie, l'an de Rome 4^3. 

X 3. Son gendre Alexandre Lynceste, etc. Alexandre Lynceâte, 
coupable de trahison, avait été emprisonné par l'ordre d'Alexan- 
dre ( Voyez 1. xi , 7 ), et mis à mort après trois ans de captivité. 

1 4. Qu'il fallut le porter dans une corne de cheval. Ce fait, par 
m lui-même sans importance , se réfère à une opinion qui parait avoir 

été universellement adoptée chez les anciens. Voyez Pline, xxx, 
y extr.; Sénèque, Quest. nat., m , a5; Yiteuvk, viiir 3, etc. 

i5. Roxane. Fille d'Oxyarte, roi de Bactriane : elle donna le 
jour à Alexandre, surnommé JEgus. — Voyez xv, 2. 

LIVRE TREIZIÈME. 

I, Dans son trésor. Le texte potte vectigali tributo. Nous avons 
cru devoir, avec plusieurs critiques, en retrancher ce dernier mot. 

a. Avaient à craindre à la fois ^ etc. On trouve, dans la plu- 
part des éditions, nec minus milites inneem se timebant. Nous 
avons suivi une antre leçon plus intelligible et plus conforme à U 
suite des idées. 

f. '>5 



3»6 NOTES • 

3. Proclamés aux jeux Olympiques. Le texte dit mercatu Olym- 
pico : tel est aussi le nom que Pythagore , dans Cicéron , donne à 
ces jeux : a Mercatum eum, qui habetur maximo ludorum apparatu, 
totius Graecii» celebritate : nam ut illic alii corporibus exercita- 
tis gloriam et nobilitatem coronse petunt, alii emendi ^ut ven- 
dendi quaestu et lucro ducuntur. » Cf. TuscuL, v. 3. 

4. Son fils bégayer, etc. Le latin dit fiUi nondum loquentis , et un 
p£U plus bas , loquiprimum cœpU: nous aurions donc exprimé dUns 
la traduction qu'Aristée était muet, si le surnom qu'on lui donna, 

'B«TT0Çf n'eût contredit cette idée et ne nous eût donne k^ crpire 
que non loqui est pour non limpide loqui. 

LIVRE QUATORZIÈME, 

r. Dans un château-fort. Le château de Nora, enlre Ta Lycao- 
nie et la Cappadoce. Voyez Cornélius Nepos , Vie étEumène. 

•à.. Privés de leurs biens. Le mot paiiimoniorum a été substitué 
dans le texte à matrimoniorum,, qui , rapproché des mots suivans , 
et post conjuges amissas , forme un pléonasme choquant. 

3. Et le silence s*étani rétabli. — ^ Voyez, ce discours dans Plu- 
tarque, Vie d'^uméne, chap. 3a. 

4. Vous êtes souillés du sang de Perdiccas. — Voyez Vis. xiii , 
fin du chapitre huitième. 

5. Polyperchon. An de Rome 436. Ce même général, selon 
Justin, était mort depuis quatre ans. Voyez dans lés notes de 
M. Lemaire, sur ce chapitre, un récit plus exact de ces faits, em- 
prunté au XV m® livre de Diodore., 

LIVRE QUINZIÈME. 

i. Gala/na. Lieu situé près de Guza. Voyez Diodo&e, xix,.S4. 

%. Abdérltains. Quelques textes portent le nom Auilariates ^ 
d'autres AuUirUilas : cette dernière leçon repose sur raulorité de 
piodoie et d'Athonce, 



BM^ 



DU LIVRE DIX-SEPTIÈME. 387 

3. IL renoncèrent sans peine, etc. Étrange respect pour la mé- 
moire et la famille d'Alexandre, de la part de ces capitaines, qui 
avaient égorgé ses enfans ! Foyez la première partie de ce chapitre. 

4. Au dessus des leçons même de ta philosophie. Nous avons 
substitué dans le texte, sur l'autorité de quelques manuscrits, les 
mots philosophiam ipsam, à la leçon communément adoptée, et 

à peu près vide de sens , philosophia *ipsa. 

t. 

5. Selon C usage des Perses. — Foyes plus haut livre xii, 7. 

6. Philippe, son père. Philippe , au rapport de Quinte-Curce, 
avait parcouru avec le roi un espace de cinq cents stades , ou en- 
viron dix-huit de nos lieues. 

lilVRE SEIZIÈME. 

I . Au plus jeune de ses fils ^ Ptolëmée Philadelphe. ( An de Rome 

470.) 

a. Désolés par la peste. — Foyez le récit d'un fait analogue , 
liv. xui, ch. 7. 

3. Lui défère le pouvoir souverain. An de Rome 390. 

4. Ceraunus. Du mot grec xspauvô;) qui signifie foudre. 

LIVRE DIX-SEPTIÈME. 

1. Et consomma la ruine de sa maison. An de, Rome 472. 

2. Une garantie contre leurs attaques. — Foy. liv. xxiv, ch. 2, 

3. A Antigone ,fils de Demetrius , etc. Le texte de Wetzel porte , 
omnique arte adulatur Eumeni et Antigono, Demetrii filiis , etc. 
Mais l'éditeur observe qu'on ne trouve, au temps dont il s'agit, 
aucun Eumène que Ptolémée ait pu craindre et flatter. Gronoviu» 
a proposé de lire , Nicomedi, ne cum Antigono, Demetrii, et An- 
tiocho, Seleuci filiis , etc. Grévius approuva ce changement. Ce- 
pendant un autre critique, suivant de pins près le manuscrit, a 



388 NOTES DU LIVRE DiX-SEPtiÈME. 

préféré la leçon que nous donnons dans c?ètte édîlion , et qui con- 
cilie la vérité historique avec Tautorité dés textes primitifs. 

4. Aê,<as!nné au pied des autels, etc. Virgile, Enéide ^ nx; 

Qui deinde secutiis 

Ledaeam Hermionem Lacedxmoniosciue hymeiinos , 
Me famulo famulamque Ueleno transraisit habendam. 
Âst illiiin , ereptae magho inflammaUis amore 
Conjugis, et sceleriim fntiis agilatus, Orestes 
Excipit incautum , patriasqiie obtruncat ad aras. 



FIN DU PRKMIER VOLUME. 



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TABLE 



DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. 



Pages 

Introduction v 

Notice sur Justin xiij 

Extrait de l'Histoire abré- 
gée de la littérature latine 

par Schœll xxv 

Préface de Justin. 3 

Livre 1 7 

Livre II 87 

Livre III 87 

Livre IV io5 

Livre V 117 

Livre VI i43 

Livre VII i63 

Livre VIII 177 

Livre IX 193 

Livre X an 

Livre XI ^17 

Livre XII a53 

Livre XIII ^91 

Livre XIV 3i5 

Livre XV 33i 



Pages 

Livre XVI 345 

Livre XVII . . . 36i 

Notes de la préface 370 

Notes du livre 1 371 

Notes du livre II 373 

Notes du livre III 376 

Notes du livre IV 377 

Notes du livre V. . , . . . . 378 

Notes du livre VI 379 

Notes du livre VII 38 1 

Notes du livre VIII. ... 38 1 

Notes du livre IX 38a 

Notes du livre X 383 

Notes du livre XI 383 

Notes du livre XII 384 

Notes du livre XIII. ... 385 

Notes du livre XIV 386 

Notes du livre XV 386 

Notes du Uvre XVI 387 

Notes du livre XVII. ... 387 



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THI8 BOOK 18 DUE ON THE LAST 
8TAMPED BEIiOW 



AN INITIAL FINE OF 26 CENTS 

VilUL BE A88E88ED FOR FAILURE TO RETURN 
THI8 BOOK ON THE DATE DUE. THE PENALTY 
WILL INCREA8E TO 80 CENTS ON THE FOURTH 
DAY AND TO $1.00 ON THE 8EVENTH DAY 
OVERDUE. 



FEB 28 1935 



SEP 30 1935 



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LD 21-100m-8,'34 



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