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HISTOIRE
DE
JACQUE- AUGUSTE
DE THOU
TOME SEPTIEME.
HISTOIRE
UNIVERSELLE
DE
JACQUE-AUGUSTE
DE THOU,
Depuis 1543. jufqu'en 1607.
TRADUITE SUR L'EDITION LATINE DE LONDRES.
TOME SEPTIEME,
573
Z1578.
A LONDRES.
M. D C C. XXXIV.
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te-iiia xiué«iTi c?i««ix, îîi-i^ j îiétoa arÎÉÉi»^ c^^
SOMMAIRES
DES LIVRES
CONTENUS DANS CE SEPTIEME VOLUME,
SOMMAIRE DU LIVRE LVIL
LE Pape envoyé Serafin Olivier au nouveau roi ^
de Pologne. Cérémonie des ambajfadeurs de Po- j -^
logne pour déclarer la nomination de leur Roi. Lec-
ture du Décret d éleclion en prcfence du roi de France ,
^ de tous les Grands du royaume. Mort de Fra?2çois
Baudouin célèbre furifconfulte. Kéjoiiijfance chez, lit
Reine mère en f on palais des Tuilleries. Nicolas d' An-
gennes de Rambouillet cft en^voyé eyi Pologne. Courfe
des Mofco^ites en Li^onie pendant l interrégne. Le
différent de la ^ille de Roflock. ^'^^^ Igs ducs de Mekel-
bourg accommodé par ïentremife de t Empereur ft^ des
éleSieurs de Saxe ^ de Brandebourg. Paul de Foix
envoyé par le Roi aux Princes d Italie ^ de l'Empire,
L'Auteur de cette hijîoire f accompagne. Les ambajfa-
deurs de Pologne renvoyés honorablement. Il y eut
quelques difputes a^ant leur départ fur des conditions
propoféesparles Protejîans. Demandes extraordinaires
Tome y II, j^ %
1573
ï) SOMMAIRES,
1" ■' fuggérées aux Frotejîans, Le Roi trou
tre T-Ton. Bataille entre les Turcs & les Moldaves.
Défaite de t armée Moldave par les Turcs. Mort
diT'von. Arrivée d Henri III. à Turin. Son entrée
a Lyon. Jugemens qu on porte du Roi àfon arrivée en
France.
SOMMAIRE DU LIVRE LIX.
LE Roi tient Confeil a Lyon. Etat des affaires i
fon entrée dans le royaume. Harangue de Paul
de Poix dans le Confeil. Réponfe de René de Ville-
quicr. Le Roife détermine à la guerre. Le maréchal
de Monlucje retire dufer^ice. Tentati've inutile pour
SOMMAIRE SA >
î^ liberté du maréchal de Monmorency, Ecrit du duc " ■ '
de Ne^ers contre U refîitution de Pignerol ^ de Sa- Henri
y il Un. Kefiitution de ces deux places nu duc de Sa- '
woye, Trajet de mariage entre le Roi ^ la princejfe ^ ^ 7^'
Elifyycth Jœur du roi de Suéde. Lettres du Roi aux
Rochelois, Conférences dAngoulin. Prife du Poufin-
par r aimée royale. La Cour négocie aojec le duc Dam^
(ville. Succès de cette négociation. Siège de Liuron
par l\irmée du Roi. Origine des Pénitens. Mort di^
cardinal de Lorraine , ^ Jon caraEiére, Sentimens
différens fur la caufe de cette mort. Le Roi penje cL
cpoufer Loûife de Lorraine. Guerre en Poitou. Siè-
ge ffl prife de Pontenay par les Catholiques. Situa-
tion de Lufignan. Siège de cette ville. Extrémité
des ajfiégés. Reddition de la place. Etat des affaires,
à Angleterre ff) d' Ecojfe. Suites des guerres de Flan-
dre. Les Ejpagnols tentent inutilement le fecours
dArnemuyden ^ de Middelbourg. Reddition de ces
deux places. Expédition du comte de Naffau, Com^
bat de Moeckerheyde. Défaite des Confédérés. Sédi-
tion de l'armée Efpagnole. Nouveau brevet d'amnif
tie accordée aux Flamans. Mouvemens en Allemagne.
Affaires du Nord Suite des guerres de Flandre.
Progrès des Efpagnols en Hollande. Siège de Leyden.
Les Confédérés tentent le fecours. Extrémité des ajjlé-
gés. Le^'ée du fîége. Les troupes Efpagnole s fe mu-
tinent de nouveau. Morts illufires.
y) SOMMAIRES.
Henri
III.
SOMMAIRE DU LIVRE LX.
S Vite des affaires de Flandre. Conférence^ de
Breda. P ropofit ions des Ejpagnols, Képonfedes
Confédérés, Ecrits publiés de part & d'autre. Kup-^
^' ture des conférences. Les hoftilités recommencent,]
Prife de Buren par les Efpagnols, Prife de BommeL
Prife de Schoonhoven, Defcription de la Zélande.
CaraEîére de fes habitans. Expédition des Efpagnoh
en Zé lande. Siège de Zirikjzje, Prife de Bomené,
Le fiége de Zirik^zje converti en blocus. Les Etats pen-
fent à fe mettre fous la proteSiion d'un Prince étranger.
La reine Elifibeth refufe d'accepter la proteBion des
Etats, Etablijfement de rVniverfîté deLeyden. Brouil-
lerie fur la frontière d' Angleterre ft) d Ecojfe, Ex^
ploits du comte d Ejfex en Irlande ^ & fa ré^vocation.
Affaires du Nord. Rodolphe roi de Hongrie élu roi
des Romains. Suite du fége de Li^vron. Les Protef
tans furprennent Aiguë s. morte s. Levée du fîége de Li^
^armie, Pré-
lac rempli de zèle pour les intérêts de la Religion , 6c d'a-
Jome Fil, A
ê
1 HISTOIRE
moiir pour fa patrie : il parue que Henri la lifoit avec beau-
Charle coup de plaifîr.
IX. Les ambalîàdeurs de Pologne prirent quelque repos le
j ^-77 lendemain de leur arrivée. Le jour fuivant , ils eurent au-
Cérémonies dicnce du Koi j de s'approchèrent très-rerpedueufement de
pratiquées 5^ j^j^ p^^^^ j^j b^ifer la main. Ce fut l'évcque de Pofnanie
bafTadeurs qui porta la parole. Il dit que le Sénat &: tous les Ordres de
pour recon- jg^ République de Poloo-nene pouvoient donner au Roi une
noître leur -^ 1 -"^ 1 • 1 i? n* >'i • * r
j^çj, preuve plus authentique de iefhme quils avoient pour la
perfonne , qu'en nommant Ton frère pour leur Roi , iuivanc
la demande que Sa Majefté leur en avoir faite ^ que Tes Col-
lègues de lui ctoient venus en France par ordre du Senac
pour apporter cette nouvelle, avec une entière confiance
que cette ëledion , faite dans toutes les règles , tourneroic
à l'avantage de toute l'Europe,-
Le Roi leur répondit en peu de mots , que leur arrivée
lui avoir caufé un joye trës-fenfible ^ qu'il fe fouviendroic
toute fa vie du prefent magnifique qu'ils avoient fait à fa
recommandation à un frère qu'il aimoit tendrement 3 qu'il
ne perdroit aucune occafion de leur en marquer fa recon-
noiilànce , afin de faire connoître non-feulement à la Polo-
gne , mais à tout l'Univers &; à tous les fiecles , que jamais
Prince n'a eu plus d'amitié pour aucune nation , qu'il eri
aura toujours pour les Polonois. Le Chancelier Birague , ôc
Paul de Foix expliquèrent plus au long la réponfe de Sa Ma-
jefté.
- ^ Au fortir de l'audience , les Ambafîàdeurs furent con-
duits chez la Reine-mere , ôc chez la reine Elifabeth. La
première tira 1-Evêque de Pofnanie en particulier , de lui
parla quelque-tems en Italien. Les Polonois ayant remis au
lendemain à aller faluer leur Roi montèrent à cheval après
dîner , 6c prirent un grand tour pour • venir pafiTer fur le
pont de bois avec beaucoup plus de pompe de de magnifia
cence que la veille : car ils étoient vêtus de longues robbes
d'étoiFes d'or j de cet habit joint à la gravité convenable à des
Sénateurs ne reprefentoit pas mal l'ancienne majefté du Sénat
Romain : les bridés de leurs chevaux étoient garnies d'ar-
gent , de toutes brillantes de pierreries : leurs felle6 étoient
garnies d'or , de leurs riches harnois ne caufoient pas molns^
DE J. A. DE THOU ; Liv. LVIT. f
cle plaifîr que d'admiration à tous les fpedateurs. Le cortè-
ge de chacun des Ambaflàdeurs marchoit devant lui. C'é-
toient de jeunes Gentilshommes tous en robes de foye &
précédés par des Officiers qui portoient des malTes de fer de 1^75;
deux coudées de haut. Les Seigneurs de la Cour les con-
duijfîrent en cet équipage à l'appartement de leur Roi , qui
leur fit un accueil très-gracieux. Après quoi l'évêque de Pofl
nanie lui dit : Que Dieu ayant appelle à lui Sigilmond-Au-
gufte leur Koi , le Sénat, l'Ordre Equeftre &: tous les Or-
dres tant du royaume de Pologne, que du grand duché de
Lithuanie s'étoient afTemblés , èc qu'après avoir demandé
les fufFrages de l'Aflemblée en la manière ordinaire , tous
unanimement tl'avoient proclamé Roi des deux nations j
qu'ils le prioient de fe fouvenir que l'opinion que l'on avoin
de fa vertu ayant été le motif qui lui avoit fait déférer le
Royaume , c'étoit aulfi par la vertu qu'il devoit le gouver*
ner 6c le conferver : qu'il devoit encore jurer Tqbfervation
àes promefTes que les ambaflàdeurs de France avoient faites
au Sénat en fon nom 3 qu'après cela [qs collègues 6c lui cxe-
cuteroient avec une extrême joye ce qui avoit été réglé par
îa Diète.
Henri répondit à ce difcours : Qu'il remercioit Dieu , SC
le Sénat de ce qu'ils l'avoient choifi pour leur Roi avec tanc
de marques d'affedion ^ qu'il feroit tout fon poffible pour
répondre à la bonne opinion qu'on avoit de lui. Cette ré-
ponfe leur ayant été faite en latin , Philippe-Hurault de Che-
vcrny fon Chancelier ajouta , Qiie leur arrivée avoit fait au
Roi le plus grand plaifir qu'il pût recevoir 3 qu'il avoit beau-
coup d'empreffement de fe rendre au royaume qu'il tenoic
de Dieu 6c de leur libéralité j que le zèle que les Polonois
venoient de marquer à leur Roi , en entreprenant un iî
long voyage pour venir le chercher en France , avoit rem-
pli , ou pour mieux dire furpafl^é l'attente de Sa Majellé j
qu'elle n'oublîeroit jamais ce qu'ils avoient fait en cette oc-
cafion , 6c qu'après avoir forcé fes ennemis même à lui
donner le titre de grand Capitaine , il combleroit de bienfaits
fes fervîteurs , 6c qu'ils ne lui refufcroient pas celui de Prince
très^liberal 6c très-reconnoiflànt. QLi'ils pourroient , quand
ils voudroient , lui préfenter les articles , que fes Ambafliu
Ai]
'4 HISTOIRE
deurs avoîent promis de fa parc 5 qu'il ëtoic tout prêt de hs^
Charle confirmer , de de les ratifier par fon ferment. Les AmbafTa-
IX. deurs lui baiierent cnfuite la main , ôc tous les Polonois*
j ç_5 après eux. Henri ayant aufîi^tôt pris l'évcque de Polîianie
par la main entra dans la chambre du Roi : tous les autres
Ambafîàdeurs l'y fuivirent , àc s'entretinrent avec lui quel-
que-tems. Lorfqu'ils fe retirèrent fur le foir, ils demandè-
rent quelques jours , pour examiner les ordres , dont on les
avoit chargés. Ils av oient réfolu d'aller le lendemain à l'au-
dience du duc d'Alencon : mais ayant fçu qu'il étoit au lit ,
èc qu'il avoit eu la fièvre pendant la nuit , èc ne voulant
pas le fatiguer, ils allèrent faluer le roi de Navarre, Mar-
guerite de Valois fa femme, le cardinal de Bourbon, de le
cardinal de Loraine.
Deux jours après, le roi de Pologne ayant envoyé René
de Villequier , de Philippe Hurault chez l'évêque de Pof-
nanie , ce Prélat leur dit que les Ambafîàdeurs louhaitoienc
avoir une audience de leur Roi , fî Sa Majefté le trouvoic
bon. Le Roi y ayant confenti , ils fe rendirent au palais
d'Anjou , de prefenterent les articles , par lefqueis ce Prin-
ce s'étoit engagé à faire palier en Pologne par la voye des
banquiers les revenus des biens qu'il poflèdoit en France. Il
y avoit beaucoup d'autres articles , £ir les dettes de foii
prédécefîeur , fur l'Univerfîté de Cracovie , fur un Sémi-
naire pour la jeunefïè , fur les privilèges de les immunités
de la Nation , fur la Religion , fur les mariages , fur l'équi-
pement d'une flote , fur un traité à faire avec la France. ,
de en particulier fur les moyens d'établir une paix folide
entre les fujets , qui étoient de différentes Religions , de c'efl
fur quoi les Evangeliques infiftoient vivement. Comme ils
ftipuloient pour les Proteftans de France , il y en eut qui de-
mandèrent qu'on leur fît voir ce que Monluc avoit promis
fur ce point. Ce difcours ayant furpris les Miniflres du Roi
( c'étoient le Chancelier de Birague , Jean de Morvilliers ,
Sebaftien de l'Aubefpine évêque de Limoge , PauldeFoix,
Philippe-Hurault de Cheverny , Pompone de Bellievre , &
Gui du Faur ) ils foiitinrent qu'il n'y avoit rien fur les dif-
férends de Religion , dans les ordres que le Roi avoit don->
liés. Monluc <^i fut interrogé , avoua que fe^ inibrudions
DE J. A. DE THOU ; Liv. LVII. §
XiQVi parlûienc pas : mais qu'il avoit été obligé de faire quel- - ■■'>
que pi-Dineflé pour fermer la bouche aux ennemis de la Charle
France , & pour ramener les efprics des Evangeliques , qui IX.
ëtoient furieufemenc aliénés par les bruits qu'on afïedoit de j C7 2;
jépandre fur ce qui s'étoit paiTé à Paris : qu'il avoit fallu
faire ce facrifice à la haine des uns , & aux defirs des autres,-
Gar comme les rivaux de la France mectoient tout en œu-
vre pour rendre le Roi êcleduc d'Anjou odieux aux Grands
du royaume , à l'occalîon du mafTacre de Paris qu'ils di-
foient avoir été fait de defïein prémédité , Monluc foute-
noitau contraire que ce malheur ne devoit être regardé que
comme un pur effet du haiàrd : qu'il n'avoit pas été au pou-
voir du Roi de l'empêcher. Les Evangeliques voulurent bien
recevoir cette excufé : mais ils dirent que fi lemafîacre s'étoic
fait à l'infçu du Roi ôc malgré lui, il falloit que S. M. pro=.
mît d'en punir les auteurs , de donner aux Proteftans Fran-^
^ois àts furetés fuffifantes , 6c de faire obferver religieufe-
ment les Edits publiés en leur faveur: qu'il devoit fevijî
contre ceux qui les avoient violés par le pafïe , & pourvoir
à ce qu'ils n'euflent plus d'infradieurs à l'avenir. Monluc
repréfentoit que n'ayant rien à répondre à ces raifbns , il
avoit cru devoir leur promettre au nom du Roi ce qu'ils
demandoient, dans la crainte que s'il le leur refufoit , ils ne
fe joigniilent aux ennemis de la France , 6c ne traverfallenc
le fuccès de l'affaire dont il étoit chargé , & qui étoit en
très-bon train : mais qu'au refte cette affaire ne regardoic
point les Polonois , êc que le Roi n'étoit point tenu de ce
qu'il avoit promis fur cet article.
Cependant comme ceux des Ambaflàdeurs qui étoient
Evangeliques infifloient toujours là-defîus jufqu'à l'impor-
tunité , éc que les Courtifans envieux de Monluc repli-
quoient que ç'avoit ,été une témérité ôc une préfbmption
outrée à ce Miniflre de pafTer ainfî (qs pouvoirs j le Roi crue
devoir s'expHquer à ce fujet avec Tévêque de Pofnanie , &:
les autres Ambaffadeurs CathoHques. Pendant long-temsil
apporta divers prétextes pour éluder la demande des Am-
balTadeurs Evangeliques , & à la fin il la refufa nettement»
Roger Tritonio Abbé de Pignerol , qui nous a donné la
yie- du Cardinal Vincent Lauro , alors Nonce auprès du
Aiij
C - HISTOIRE
■ I ■■■ nouveau Roi , lui donne tout le mérite de cette afFaire. L'é-
Çharle vêque de Pofnanie, dit cet Auteur , étant d'un naturel tî-
IX. mide èc chancelant , ne montroit pas dans une négociation
j ^y , fi importante pour la Religion , toute la fermeté qu'il de-
voit. Albert Laski paroiilbit ne s'y interefïèr que foible-
ment : mais Lauro vint à bout de lés engager à n'y point
donner leur confentement : ôc ce fut par le moyen du car-
dinal d'Eft qu'il inflruifit bien d'abord : après quoi il lui fit
prendre un mauvais habit , & le fît entrer la nuit chez l'é-
vêque de Pofnanie. Lauro foûtint enfuite cette afFaire avec
beaucoup de foin &c de perféverance , en fe rendant affidu
auprès du jeune roi de Pologne , qui par lui-même étoîc
très-attaché à la Religion de Tes ancêtres. Il le fuivit dans
fon nouveau royaume ôc il ne pouvoir pas s'en difpenfer ,
puifquele Pape Grégoire XIIL l'avoit nommé Nonce au-
près de ce Prince.
Les ambafïadeurs Evangehques follicitérent encore le
Roi en faveur de Charlotte de Monpenfîer , qui après avoir
quitté la France à caufe de la Religion , s'étoit réfugiée au-
près de l'éledeur Palatin. Ils fupplîerent S. M. de vouloir
tien la réconcilier avec le duc de Monpenlier fon père , èc
d'employer auffi fes bons ofHces auprès du duc de Savoye
pour Jacqueline de Monbel d'Entremont veuve de Coligny ,
ôc d'obtenir de ce Prince qui la tenoit en prifon à Turin ,
qu'il lui rendît la liberté avec fes biens , Se qu'il lui permic
de vivre dans fa maifbn en liberté de confcience ; ils deman-
dèrent de plus que Charle de Coligny qui étoit prifonnier
à Marfeille , en fbrtît èc fut renvoyé au lieu où croient Iqs
frères. Mais le Roi éluda toutes ces demandes fous prétex-
te que cela n'interefFoit en rien la Pologne."
Ce jour-là , & les jours fuivans on tint des conférences
pour régler les autres articles , &; on les interpréta pour la
plupart d'une manière dont tout le monde fut fatisfait , mais
fans aller jamais au-delà des ordres que le Roi avoir don*
nés à Monluc, aufquels on s'en tint exadement.
Le neuf de Septembre F^enri donna dans fon palais un
grand repas aux ambafFadeurs de Pologne : comme ils
étoient aftls aux côtés de la table du Roi ils fe levèrent la tête
nue , fuivant l'ufage de leur pays pour boire à la faute de S»
DE J. A. DE THOU, Liv. LVII. ^
M. avec une joye mêlée de tendreffe ^ 6c firent des vœux
pour fa confervation. Le lendemain il y eue une grande af- Charle
ièmblëe à Nôtre-Dame , où fe trouvèrent les deux Rois 6c IX.
les deux Reines , les ambafladeurs de Pologne , même ceux 1573,
qui étoient de la Religion Evangelique , les minillres du Pa-
pe , d'Eipagne , d'EcolTe , de la république de Veniïe , èC
des autres Princes 3 les cardinaux de Bourbon , de Lorai-
ne y de Guife , 6c d'Eft , plufieurs Evêques, le Parlement,
beaucoup de Courtifans , 6c une foule extraordinaire de peu-
ple , enforte que cette grande Eglife étoit pleine jufqu'à la
voûte. Après la mellè Henri s'approcha du maitre-autel en
préfence de Pierre de Gondi évêque de Paris , d<, jura au
nom de Dieu , les mains fur les faints Evangiles , fuivant la
formule réglée dans les dernières conférences , 6c apportée
à ITlglife par les Ambafladeurs , qu'il conferveroit inviola-
blement les droits de tous fes fujets tant Lithuaniens que
Polonois. Le Roi de France jura auffi-tôt après , qu'il ac-
eompliroit de bonne foi tout ce que Monluc , Noailles , 6c
Saint Gelais gouverneur d'Agen les ambafladeurs à la Diè-
te, avoient promis de fa part. Après la cérémonie on fe ren-
dit à l'Evêché où S. M. T. C. donna un grand repas aux Po-
lonois. Le lendemain on les invita à une conférence , où on
lut des lettres de l'Empereur , 6c de la diète de l'Empire af-
femblée à Francfort , datées du dix-fept Août , par lefqueL
les les Etats de l'Empire confentoient luivant la prière qu'on
leur en avoir faite , que Henri avec toute fa fuite pafsât au
travers de l'Allemagne pour fe rendre en Pologne , 6c pro-
mettoient toute fureté pour lui 6c les perfonnes de fa luite.
Comme on fut d'avis de prendre ce parti , on écrivit à l'Em-
pereur 6c aux Etats de l'Empire , pour les remercier , 6c
nommément ceux fur les Etats defquels il falloit pafîèr.
Il ne reftoit plus qu'à lire publiquement , 6c avec toute
la folemnité requife le Décret de l'éledion. Cela fut fait fur
un théâtre que l'on drefïa dans la grande fale du Palais , où
l'on a coutume de célébrer les noces des Rois. Le Roi , le
roi de Pologne , les deux Reines, le duc d'Alençon, 6c le
roi de Navarre fon beau-frere étoient affis fous de magnifia
ques dais fur un échafaut , qu'on avoit élevé auprès de la
table de marbre. A la gauche étoient les Princes du iàng:
é HISTOIRE
royal. Henri prince de Condé , le duc de Monpen/îer , Sc
Charle le prince Dauphin ion fils. Les quatre Cardinaux que j'ai
IX. nommés ci-deilus fermoienc le coté droit 3 au-delTous d'eux
•' 573» ^toient placés grand nombre d'Evêques , les Aliniflres étran-
gers , 6c les Ccnfeillers d'état. Un peu au-defïbus Ôc fur des
/îeges plus bas étoit le Parlement en robes rouges , le Rec-
teur de rUniveriitc , les Juges ordinaires , de les Treloriers
de France. Il y avoit bien dix mille Ipectateurs placés dans
ce grand de vafte vaiiîeau , les uns liir les degrés des efca-
liers , les autres fur dQs échafauts , & le refle comme il
avoit pu.
Lorfque les Ambafladeurs approchèrent , on fit faire un
grand fîlence. Il entrèrent au Palais au ion des trompet-
tes , & le duc de Guilé Grand-maître de la maifon du Roî
les ayant reçus à la porte, on les conduifit à l'endroit où
étoit le Roi , èc l'on y dépofa le Décret d'eledion enfer-
mé dans un caflette d'argent : deux des Ambaflàdeurs pour
marque de reiped l'avoient portée fur leurs épaules depuis
J'efcalier de la cour juiqu'au trône du Roi. L'évêque de
Pofnanie prit la parole. Après un petit préambule fur la
vénération que les Polonois avoient pour leur Roi , 6c fur
leur zèle pour Ion fervice , il fupplia très -humblement S.
M. de leur dire fi elle vouloit bien qu'on lui prélèntât le
Décret par lequel Henri fon frère avoit été nommé roi de
Pologne , èc qu'on le lût publiquement. Le Roi ayant ré-
pondu qu'il le vouloit bien , l'Evêque fe tourna vers Hen-
ri 6c parla ainfi : >? Faflè le ciel que cette affaire ait une
53 fuite heureufe. Le Sénat, la Noblelîe , 6c tous les Ordres
55 de Pologne 6c de Lithuanie , étant afîemblés pour choi-
53 fir un Roi , vous ont nommé tout d'une voix , éc nous ont
53 ordonne de vous apporter cette heureufe nouvelle , avec
55 le Décret de votre éledion. La première grâce qu'ils
53 vous demandent c'eft que vous receviez le Royaume d'aul!.
53 fi bon coeur qu'ils vous le donnent , 6c que vous fafîîez
53 voir par des effets que vous l'avez obtenu autant par vos
53 vertus 6c par les fervices que vous avez rendus à la Re-
53 ligion , que par l'eftime 6c par l'inclination que les Polo-
y) nois avoient pour vous. La féconde prière qu'ils vous font
>,ij c'eil qu'après avoir mis ordre à vos affaires , vous paffiez
DE J. A. DE THOU, Liv. LVIL >
« en Pologne le plus promptement que vous pourrez pour ■
«vous y faire facrer, pour prendre pofTeffion de cetteiCou- Charle
" ronne que vos grandes qualités vous ont acquife, ôcpour IX.
>î faire le bonheur de deux grands peuples qui font pleins ^ J7 3.
d'amour pour vous. « S'étant enluite tourné vers fes Collè-
gues , il ordonna qu'on ouvrît la cafîette , &L le décret ayant
été tiré , il fut préfcnté avec un très - grand refpect A
Henri roi de Pologne, Pieux, Illustre , Triom-
phant, Grand. Auiîi-rôt on fit faire filence , & Jean
Herbort cafielan de Sanock le lut par ordre de Henri. En
têceétoient les noms des Evêques, des Palatins, des Caft^lans
& des autres Sénateurs , enluite les raiions de leur choix j
premièrement , la fplendeur de la mailon de Valois ^ fecon-
dement les dons de la Nature & de la Fortune ralÉjmblés
dans la perfonne de Henri • en troifîeme lieu, les grands
fervices qu'il avoit rendus à la Religion ^ enfin la parole
~ qu'il donnoit , de faire pailèr en Pologne les revenus des
grands biens qu'il avoit en France. Le décret étoit muni
de cent fceaux. Lorfqu'on en eut fait la ledure , l'évêque
de Poinanie ajouta encore quelques mots , après quoi Nico-
las- Chriftophle Radzewil parla pour les Lithuaniens, qui
font en tout ég;aux aux Polonois. Cela fait , Henri après
avoir rendu grâces à Dieu , remercia encore comme il avoit
déjà fait , tous les Ordres du Royaume , &: les Amba0adeurs
en particulier , il leur dit qu'il (è trou voit très-honoré du
décret de la République, 6c qu'on ne pouvoit être plus fa-
tisfait qu'il l'étoit. Ayant enfuite appelle Hurauitfon Chan- •
celier , il lui ordonna de répondre plus au long au difcours
des Ambafîadeurs. Voici comme il commença : >3 Qiiclques
« bienfaits que la France 6c la Pologne ayent reçus de tout
r> tems de la main de Dieu,il n'y en a point qui foient au d.fllis
de cette éledion. « Il loiia enfuite la prudence du Sjnat ,
cita l'exemple de l'Empereur Nerva,ô(: d'Alexandre le Grand.
» Le premier , dit-il , remit l'Empire à un fuccefleur ( i ) qui en
>î étoit très-digne. L'autre interrogé à la mort qui il vouioic
»î pour fon fuccefleur répondit : Le plus digne. Ilajoûta,
M que celui à qui les Polonois avoient donné leurs fufFrages
» paroifîoit en efFet le plus digne des Compétiteurs , puifque
( I ) Trajan.
TûfT.e y II, B
10 HISTOIRE
î3 quojqu'ûbfent , éloigné Se étranger , ils l'avoient préféré à
Ch A RLE 53 dQs rivaux ou préfens ou voiiins , ou mcme de leur nation ,
IX. î5 ôc avoient mieux aimé venir lui apporter leur couronne,
j 573. >3 que d'attendre qu'il vint la prendre chez eux. Que Henri
53 de qui ce Sénat auffi plein d'intégrité que de courage avoic
53 eu une 11 grande opinion , fer oit tout ion poifible pour
33 foûtenir Se augmenter même parmi fes nouveaux fujets la
5> réputation qu'il s'étoit acquile , &: l'attente que les autres
53 nations avoient conclue de fes grandes qualités j qu'il
53 alloit quitter pour l'amour d'eux le Roi fon frère , la Reine
33 fa mère , à qui il avoit de grandes obligations , & la France
33 fa patrie. Qii'il n'en vouloit point d'autre à l'avenir, que
53 la Pologne, ji En faveur des Ambaifadeurs, il dit: Qiie
le Sereniliime roi de Pologne n'oublieroit jamais que rien
ii'avoit pu les empêcher de le venir trouver, ni la lon-
gueur du chemin, ni les difficultés du voyage , ni les dif-
iérens pays par où il falloit palier , ni les fleuves qu'il faL
loit traverfcr , &; qu'il auroit pour eux toute la reconnoif-
fance que méritoit un ii grand zèle. Il finit par cette claufé
d'heureux préfage qu'il ajouta au nom du Prince 53 : Allons
55 où la volonté de Dieu , &: l'amour de la foi Chrétienne
55 nous appelle, a Ces derniers mots furent extrêmement
applaudis de toute l'AlTemblée. Auffi-tôt la Mulique du Roi
entonna le Te Deum , ôc les deux Rois s'etant mis à genoux
adorèrent celui qui élevé 6c renverle les Rois comme il lui
plaît. Après qu'ils fe furent relevés , le Roi avec un air fe-
jein s'avança le premier vers le trône où fon frère étoit alfis ,
l'embralTa éc le baifa fuivant l'ufage qui fe pratique entre les
Princes 3 le duc d'Alençon 6c le roi de Navarre le firent
enfuite avec la même cérémonie, tous les autres Princes
allèrent le faluer chacun en la manière qui convenoit à fon
rang. Les ambaiîàdeurs de Pologne eurent la permilfion de
baiicr fa main , qui avoit fait tant de belles adions.
La nuit approchant , on congédia l'AfTemblée ^ le décret
fut remis dans la calTette d'argent , 6c Jean Tomiezki , de An-
dré comte de Gorka la prirent fur leurs épaules 6c la portèrent
fur l'autel le plus proche. Elle fut enfuite remife entre les
mains de Hurault , 6c confiée à fa garde. La cérémonie fut
fuivie d'une décharge de canon qui fe fît dans toute la ville ,
DE J. A. DE THOU, Liv. LVII. ii
& principalement à l'Arfenal. Le Roi donna au Loiivre un !
iouper d'une magnificence extraordinaire aux amballlideurs Charle
de Pologne. Jean Sari Zamoski a compoic à ce lujet un IX.
dilcours , mais je ne ferais s'il l'a prononcé. Son nom le trou- i 5 7 3 •
ve à la tête de deux livres écrits fur le Sénat. Quelques-uns
de mes amis m'ayant alliiré que Sigonius en étoit l'auteur ,
comme j'eus occafîon de le voir dans le tems que j'etois à
Boulogne, je lui demandai ce qui en étoit. Comme il étoic
homme modefte , j'eus beaucoup de peine à le lui faire
avouer. Dans la vérité , Zamoski qui s'étoit tait un nom
parmi lesSçavans par ces écrits, s'en fît un bien plus grand
6c plus réel dans la fuite par ies exploits contre les Mofco-
vites, &; contre la maifon d'Autriche j enforte qu'on peut le
regarder comme un homme également illuftre de par les
armes &: dans la robe.
Franc^ois Baudouin Jurifconfulte célèbre, qu'on avoît MortcfcFr;
deftiné pour rétablir l'Univerfité de Cracovie , mais qui mou- ^^"'^°'-^'" ^.^'
rut avant que de le pouvoir raire , publia en ce tems-la un confuite.
difcours adreffe cà Zamoski , où il le loue comme auteur de
deux livres fur le Sénat , & il parle de l'ambafîade de Polo-
gne comme de la plus éclatante qui ait jamais été faite par
aucune nation. Il mourut deux mois après à Paris le onze de
Novembre âgé feulement de cinquante-trois ans.
Le lendemain de la ledure du décret , le Roi voulut que Entrce du
fon frère fit fon entrée à Paris , armé de toutes pièces. La ''°' ";^^ .^°'°'
pompe rut magnifique ^ il marcha a cheval lous un paralol ,
depuis la porte iaint Antoine jufqu'aux portes du Palais , aux
acclamations d'une multitude de peuple qui crioit : Vivele
roi de Pologne. Les Magiftrats de la ville avoient fait élever
d'efpace en eipace des arcs de triomphe ornés de ftatuës ,
de tableaux de d'infcriptions en vers èc en proie , Iqs unes
à la gloire des Polonois , & les autres fur l'union des deux
frères Rois , &;fur l'amour de leurs fujets pour eux. La Reine
donna aufTi à fouper aux ambafladeurs de Pologne dans fon
palais des Tuilleries fur le rempart & auprès du Louvre.
Lorfque les tables furent otées, il parut tout d'un coup un
rocher fort élevé , qui marchoit de lui-môme autour de la
falle. Sur le iommet il y avoit feize Nymphes qui reprcfcn-
toient les feize Provinces du royaume de France. ( Ces
Bij
12 HISTOIRE
Nymphes éroient des filles de condition de la maîfon de Ix
Charle Reine. ) Après qu'elles eurent fait admirer la douceur àc les-
IX. charmes de leurs voix, elles récitèrent de beaux vers que
j 5 7 3 > Roniard ôc Daurat , deux des plus beaux génies de ce liécle ,
avoient compofès à la louange de la France ôc du roi de
Pologne. Elles defcendirent eniliite de leur rocher pour faire
des prefens à ce Prince. Elles finirent par la danfe. Le bel-
ordre de leurs mouvemens , leurs gefles pleins de grâces , ÔC
les figures extraordinaires de ces danies pleines de tours ôc
de retours qu'on n'avoit jamais vus , & qu'on avoit inventés
en cette occafion pour donner plus de plaifir , amuferenc
agréablement les Ipcclateurs.
Le lendemain on fut d'avis de faire prendre les devants
à Jean Sborouski pour aller rendre compte au Sénat de ce
que les ambafiadeurs de Pologne avoient fait à Paris , du
départ de leur Roi,&:dutems qu'il arriveroit en Pologne,
afin qu'on eût le tems de publier un èdit pour ordonner à
Rambouillet tous les Vaflaux de la Couronne de fe trouver au Sacre. On
eil envoyé envoya en même tems Nicolas d'Angennes Seigneur de
pour^icmTr- Rambouillet , qui avoit déjà été employé en plufieurs Am-
cicr le benat. balîàdes , OU il s'étoit acquis une grande réputation de pru-
dence. Il avoit ordre du Roi de remercier le Sénat de fa
part , de ce qu'à fa recommendation ils avoient nommé fon
îrére roi de Pologne. Ils allèrent tous deux en Pologne par
des routes difFércntes. Sborouski exécuta le premier les or-
dres dont ils étoit char2:é. Rambouillet fe rendit d'abord
auprès de Jacques Ufchanski archevêque de Gnefne , tanc
parce qu'en l'abfence du Roi , il étoit le Chef de la Républi-
que, que parce qu'il avoit montré beauconp de zeie pour notre
parti : il étoit en ce tems-là à Lowicz. Rambouillet l'y alla
trouver , & après les premiers complimens, il lui fit de grands
j-emerciemens de la part du Roi. L'Archevêque y ayant ré-
pondu comme il devoit , ils fe féparérent avec toutes lortes de
démonftrations d'amitié. Delà,Rambouilletalla àWarfovie,
où il complimenta de la part des deux Rois la princefi^è Anne ,
fœur du défunt roi de Pologne, & lui préfenta les lettres
de ces deux Princes. Dès qu'elle lui en eut donné une en
réponfe au roi de Pologne, il partit pour fè rendre à Ilza_
château de François CraHinski évêque de Cracovie , où il
DE J. A. DE THOU, Liv. LVII. 13
fat reçu avec beaucoup de diftindion. D'Ilza , il alla
en trois jours à. Cracovie. Dès le lendemain on l'introduifit Charle
dans le Sénat, où il fit un difcours pareil à celui qu'il avoic IX.
fait à l'archevêque de Gnefiie , le caftelan de Cracovie y 1573.
répondit avec autant de politelfe qu'avoit fait l'Archevêque,
On délibéra en préfènce de l'ambafîàdeur François, fur
les mefures qu'il falloit prendre contre le Grand Duc de
Mofcovie , qui fê diipofoit , difbit-on , à envahir la Lithuanie
êc la Livonie avec une armée de cent mille chevaux. Dès le
commencement de l'année le Grand Duc Jean fils de Bafile,
voulant profiter de l'interrègne , étoit venu en perionne en'
Livonie , au lieu que jufqu'alors il n'avoit fait la guerre que
par fes Lieutenans. S'etant campé auprès delà fortereiîè de
\Veifîenftein , il l'avoit prife au bout de iix jours, 6c avoic
traité les prifonniers avec une cruauté inoilie , les ayant fait
embrocher Se rôtir, de entre autres Jean Boy Gouverneur
du fort, avec quelques gentilshommes Suédois ôc Livoniens.
De là étant retourné à Novogorod avec une partie de fon
armée , il avoit marié au duc d'Holftein Marie fille d'An-
dré , fa coufme germaine , à deffein d'armer les Danois & les
Allemands contre les Livoniens. Cependant feize mille
Molcovites qu'il avoit laifîès en Livonie ravageoient tout le
pays d'alentour. Mais Achaz General Suédois , les ayant
attaqués remporta fur eux une grande victoire, & reprit le
butin qu'ils av oient fait, après avoir taillé en pièces une partie
de cette armée , de dilTipé le refte.
Qiielque tems après on eiïaya de réconcilier la ville de
Roftock avec les ducs de Mekelbourg, Ulric èc Albert. Affaîrcs
L'Empereur & les électeurs de Saxe (0 & de Brandebours;, ^'Allemagne.
, , , ^ . , . ^ 1 „ f ' La ville de
(i) s entremirent pour cela, mais en vam. Comme tout fem- Roftock ac-
bloit tendre à la guerre j que d'un coté les habitans fe for- commodée
tifioient contre la citadelle, en élevant un retranchement dc'^Mckd"^^
avec des palifTades , 6c que de l'autre les Princes qui avoient bomg.
amené de Warnemonde (3) des Vaifleaux que le roi de Dan-
nemarck leur avoit accordés , afTiegeoient le port de Kof-
tock (4) , la NoblefTe foliicitée par la Bourgeoifie , avec la-
(1) Augufte.
(i) Joachim.
(3) Warnemonde eft au bord de la
mer, à l'embouchure d'une efpece de'
canal ou de rivière fur laquelle eft bâ-
tie la ville de (4) Koftock.
Biij
I4i HISTOIRE
quelle elle avoit un même intérêt , s'entremît de cet ac-
Charle commodément qui contre l'attente des habitans de RoC
IX. tock fut heureulement conclu le vingt-uniçme de Septem-
1573. bre dans une Conférence qui fe tint à Guftrou ( i ). On don-
na aux ducs de Mekclbouro- une ombre de louveraineté
fur la ville : mais les habitans en gardèrent en effet tous les
droits avec leur liberté & leurs privilèges , Ôc cette citadelle
il formidable fut ruinée de fond en comble. Depuis ce tems-
là , les habitans fêtent tous les ans le vingt &; un de Septem-
bre , 6c font chanter le Te Deum au fon des cloches, parce
que c'eft le jour que cette ville réduite à un fâcheux efcla-
vage vit briller pour la première fois un rayon de cette li-
berté après laquelle elle foupiroit. Mais pour faire hon-
neur aux deux Princes, de leur donner quelque fatisfadion ,
on avoit mis dans le traité un article qui portoit, que le
Sénat & la Bourgeoifiefortiroient de la ville, de qu'en pleine
campagne ils leur demanderoient pardon du paiîé , éc leur
feroient un nouveau ferment de fidélité. C'eil: en effet ce
qu'ils exécutèrent folemneliement au mois de Février fui-
vant 5 oc en même tems les Princes leur remirent la citadel-
le , qui fut bien-tôt rafée.
PaviUeioix Q^Lielques jours après le départ de Sborouski, le Roi en-
envoyé en voya Paul de Foix en Italie, pour remercier de fa part la
îemaVne" aï république dc Vcnifc , le Pape, &: les autres Princes d'Italie,
Pologne.' qui avoient félicité le roi de Pologne fbn frère fur fon élec-
tion. Il avoit ordre de pafler eniuite en Allemagne pour la
même fonction, & d'aller de là joindre le roi de Pologne
en les Etats. J'étois alors de fa fuite : ôc comme je ne puis
avoir occafîon de parler de lui , que je ne le fafTe avec éloge ,
je me contenterai de dire ici , que je ne le quittoîs jamais ,
que je ne me fentifïè meilleur , & plus difpofe à pratiquer la
vertu. Quelques jours après le Roi fit donner les prefens
aux AmbalTadeurs 3 c'étoient des coUiers d'or oc des vaiés
d'or de d'argent.
Départ du Enfin tout étant prêt pour le départ du roi de Pologne ,
roi de Polo- Il ^Qj-^^j. ^^ p^j.^^ Iq vincrj. _ [^^^[^ <^j. Septembre. Le Roi qui
ne s'occupoit auparavant que de la chalie , lembloit avoir
(1) Guftrou eft au midi dans les terres. Ces trois villes font fur une ligne,
& RoftocK eu au milieu.
gne
DE J. A. DE THOU, Liv. LVIL 15
remis Ton autorité de toutes les affaires de l'Etat entre les -
îîiains defon frère. Mais voyant que ce dernier reculoit tou- Charle
jours Ion départ , &; qu'il ne cherchoit qu'un prétexte pour IX.
palFer l'hyver à Paris , il changea tout d'un coup comme un 1573.
homme qui le reveille d'un fommeil profond. Piqué de tous
fes rerardemens , il jura Dieu, ce qui lui étoit trés-ordinaire
par la mauvaile éducation qu'on lui avoit donnée , 6c il dé-
clara qu'il falloit que fon frère ou lui lortifTent à l'inftant du
Royaume , àc qu'en vain fa mère entreprendroit de l'empê-
cher. En effet Catherine aimoit éperdument Henri , 6c au-
tant qu'elle avoit eu d'empreffement pour lui procurer un
royaume étranger j autant elle avoit de regret de le voir
partir pour s'y rendre j à force de chercher des prétextes
pour le retenir , elle fe brouilla avec le Roi , qui lui étoic
d'ailleurs très foumis : mais lorfqu'elle eut pénétré les fèn-
timens , 6c qu'elle vit qu'il n'y avoit plus moyen de reculer ,
elle changea de baterie 6c forma un nouveau plan , afin que
fî elle ne pouvoit pas le garder en France , elle put au moins
l'arrêter dans quelque Province qui n'en fût pas éloignée.
Dans cette vue elle chargea Schomberg de négocier avec le
Prince d'Orange pour lui faire donner le commandement
général des forces des confédérés en Flandre , où elle comp-
toir qu'il pourroit fé rendre avec une flote bien équipée :
elle étoit perfuadée que le roi de Dannemarck qui s'inté-
relîoit aux affaires du prince d'Orange , ne s'oppoferoit point
à fon palTage , àc que les Polonois contribucroient volon-
tiers à l'exécution de ce delfein. Schomberg auiTi habile à
conduire une négociation qu'une armée , négocia il bien
cette affaire à Mets avec les députés que le prince d'Orange
y avoit envoyés , que les articles étoient tout dreifés : mais
ce qui arriva depuis , dérangea entièrement ce projet.
Cependant le Roi s'en alla à Viliers-Coterets, réfolu de Le Roi le
conduire fon frère jufqu'aux frontières du Royaume. Il y con'tuit.
donna audience aux députés des Huguenots du Languedoc
6c de la Guienne , qui s'étoient attroupés depuis le iicge de
la Rochelle Quoiqu'ils fuffent compris dans l'Edit accordé
à cette ville , les fuccès qu'ils avoient eus , 6c la connoiiïànce
qu'on leur avoit donnée des demandes que les ambaifadeurs
de Pologne avoient faites au Roi pour eux , leur avoient il
iG HISTOIRE
fort enflé le cœur , qu'ils ne vouloient plus s'en tenir à cet
Charle Edit. S'étant aiïèmblés avec la permiifion du Roi , d'abord
IX. ^ Nifmes , ôc enfuice à Montauban le vingt-quatre Août,
jour auquel l'année précédente Coligny ôc les partifans
^'•^' avoient été alîalîinés dans Paris, ils jugèrent que l'Edit ne
leur donnoit pas des liiretés fuffifantes. Sur cela ils écrivirent
quelques articles , Scies joignirent à une Requête qu'ils en-
voyèrent au Roi par Jolet, Philippe , êc Chavagnac , tous
gens d'cfprit , 6c d'un courage intrépide. Voici les ordres
dont ils étoient porteurs. Après avoir très-humblement re-
mercié le Roi de fa bonté pour les Proteftans , &: de la paix
fî neceflaire qu'il venoit de donner à la France , ils étoienc
chargés de fupplier S. M. de ne pas trouver mauvais qu'ils
demandaflént de plus grandes fûretés,que celles qu'elle avoic
bien voulu leur accorder j qu'ils ne doutoient point de fa
bienveillance à leur égard , mais que le iouvenir fi récent du
mafîacre de Paris ne leur permettoit pas d'être tranquilles ,
fur tout depuis que le Roi , malgré la bonté naturelle , ô:
l'horreur qu'il a de pareils crimes , s'efb laiiTé gagner par de
mauvais confeillers qui ont un grand pouvoir à la Cour ,
jufqu'à fe déclarer par des lettres publiques , l'auteur d'un^*
action fi atroce , après avoir auparavant proteflé par d'au-
tres lettres qu'il la déteftoit : Que cette complaifance leur
faifoit craindre que la paix qu'on venoit de leur accorder ,
ne fût bientôt renverfée par ces mêmes courtifans , fi l'on
ne prenoit de bonnes précautions pour la mettre à couvert
de leurs entreprifes : Qii'ils fupplioient donc le Roi , que
leurs villes de fureté fufi^ent gardées par d^s troupes de leur
Religion , payées de deniers du Roi , & qu'on leur accordât
outre cela deux villes en chaque Province , qu'on prendroit
au jugement de gens de probité dQs deux Religions, &: qui
feroient pareillement gardées par une garnifon compofée 6c
payée comme nous venons de le dire : Que l'exercice de leur
Religion fût libre par tout le Royaume fans diflindion de
lieux , 6c qu'on établît en quelque endroit un Parlement
Proteflant pour juger leurs procès: Qu'on employât les dé-
cimes qui fe prennent fur les biens des Protefbans , pour
l'entretien de leurs Minières : Qu'on punît févérement Ïqs,
auteurs du meurtre de la faint Barthelemi , comme des bri..
gands
DE J. A. DE THOU, Liv. LVII. 17
gands èc des perturbateurs du repos public j qu'on révoquât -
Jes jugemens rendus depuis ce tems là contre les Proteftans , Chakle
tant à Paris qu a Touloufe -, &: qu'on rétablît les chofes en I X.
entier malgré toutes les prefcriptions fondées , ou fur des 1573.
contrats , ou fur les loix èc les coutumes : Que les mariages
des Prêtres de des Moines qui avoient embrafle leur Reli-
gion , fuflent déclarés valides , &; les enfans qui en étoient
nés , légitimes &c capables d'hériter & de poiîeder toutes
fortes de dignités ôc de charges j èc qu'en cas de contefta-
tion, l'affaire fût renvoyée aux Tribunaux Proteftans : Que
les tuteurs des enfans nés de parens Proteftans , fuftënt te-
nus de les élever &i de les inftruire dans la même Reh^ion :
Qiie l'exercice en fut libre dans le Comtat Venaifïïn &c dans
le Diocéfe d'Avignon : Qu'on ne changeât rien dans le Bearn
aux reglemens que la reine Jeanne ( i ) y avoit faits pour la
Religion , de l'avis des Etats du païs : Que tous les Princes ,
les Magiftrats , & les Ordres du royaume , s'engageafTcnt
par ferment à l'obfervation de tous ces articles. Cette requête
beaucoup plus étendue qu'elle n'eft ici , étoit fîgnée du vi-
comte de Paulin , &: de faint Romain , le premier Comman-
dant général des Huguenots en Guienne , & le fécond en
Languedoc , du comte de Gourdon , de Verlac , &: d'un
grand nombre d'autres Gentils-hommes. Lorfqu'on la pre-
lènta au Roi à Villers-Coterets , elle furprit extraordinai-
rement tout le monde , & indigna lî fort la Reine , qu'elle
dit : 13 Si Condé étoit encore en vie , qu'il fût dans le cœur
» de la France , à la tête de vingt-mille chevaux & de cin-
>5 quante mille hommes de pied , de maître des principales
« villes du royaume , il ne demanderoit pas la moitié de ce
îj que ces miférables ont l'infolence de nous propofèr. ce
En même tems on donna audience aux députés du Dau-
phiné 6c de la Provence, qui demandèrent auifi la décharge
des fardeaux infuportabies , de des impôts nouveaux dont
on' les accabloit , contre les privilèges de les franchifes qui
leur avoient été accordés au tems de Philippe de Valois de
de Loiiis XL Le jeune Roi naturellement impatient, ayant
été forcé d'entendre des demandes auffi extraordinaires , 6c
auxquelles il ne s'attendoit nullement , les repailà bien des
( I ) Mère de Henry IV,
Tome V llo 1 C .
Bj_ ■! Il ■ Il m 1 1 1 I
ï^ HISTOIRE
fois dans fon Qfprk 3 cependant il le contint dans ce moment^
Charle ècie contenta d'éluder leurs requêtes par une rëponfe vague
IX. & ambiguë. Il le dëbarrafla des députés de Languedoc & de
16-73, Guienne, en les renvoyant à Dam ville ( i ) qui leurdonne-
roit audience dans un lieu dont on conviendroit , aux envi-
rons de Montauban , 8>c fatisferoit à leurs demandes fuivant
les ordres du Roi , &c qui auroit loin de leur faire rendre la
juftice par des juges qui ne leur feroient point fufpecls.
Pour leur perluader qu'il parloit de bonne foi , il leur donna
Jacque de Cruiîol ( 1 ) duc d'Uzez , qui fut fauve à la faint
Barthclemi par le duc de Guife, pour les conduire jufqua
Damville. A l'égard des députés de Provence &c de Dau-
phiné , le Roi s'excufa de leur accorder ce qu'ils deman^,
doient , fur les troubles des années précédentes , fur les
charges du Royaume, fur'les penfions qu'il étoit obligé de
payer à Marguerite de Valois ( 3 ) ia tante , à la reine d'Ecofîe^
à la Reine ia mère èc à fes frères • mais il leur promit que
dès que la tranquillité feroit rétablie dans le Royaume , il
feroit tous fes ejGForts pour les foulager , de remettre toutes
les Provinces dans leurs anciens privilèges. Ces réponfes fu-
rent données aux uns & aux autres , le dix-huit d'Oètobre.
Ceux de Languedoc s'aflèmblerent de nouveau à Millaud
en Roiiergue avec la permiflion de Damville ^ on y remit les
mêmes demandes fur le tapis : on y ajouta même par ma-
nière d'interprétation , de nouveaux articles , &: on les en-
voya à Damville fur la fin de l'année ^ mais on ne put con-
venir de rien. Les efprits étant déjà fî aigris que tout tendoic
à une nouvelle guerre , ce qui les anima encore davantage ,
furent certains écrits qui coururent en ce tems-là , entre
Divers écrits autre le livre intitulé , ( De l'efclavage volontaire ou l'An-
tdicieax. thenoticon. ( 4 ) C'étoit un ouvrage d'Etienne de la Boëtie
Confeiller au Parlement de Bordeaux , mais compofé dans
une occafion fort différente , comme je l'ai dit dans fon lieu.
On affecta de le répandre alors pour difpofer les efprits à la
révolte. On en publia encore un autre fous le titre de Fran-
( I ) Henri de Monrmorency. ! Emmanuel, rie qui defcend tout ce qu'il
( 2 ) C'eft ce Dacier qui avoir été' un y a aujourd'hui de Princes du fang de
de leurs Ge'néraux. | Savoye.
( 3 ) Mariée à Emmanuel Philbert duc i ( 4 ) Ce mot fîgnifie Anti-union,
de Savoye en i;s9' ^ J^éie de Charle |
DE J. A. D'E THOU, Liv. LVII. 19
co-GalIia , ou Gaule Françoife , compofé par un fameux ."" _»
Jurirconfulce ( i ) qui prétend prouver que ce Royaume le Charle
plus florifîànc de toute la Chrétienté , n'ell point héréditaire I X.
ni patrimonial : mais qu'il fe doit donner par les fuffrages de 1)73.
la Noblelîe ôc du peuple: que les Etats généraux du Royau-
me avoient autrefois non iéulement le droit de choidr leurs
Rois , mais auflî celui de les dépoler ^ ce qu'il prouve par les
exemples de Philippe de Valois, de Jean, de Charie V.dc
Charte VI. & de Loiiis XI. mais il infifte flir tout llir ce que
les femmes ont toujours été exclufes non feulement de la
fucceiîîon , mais de toute adminiftration du Royaume. On
fît encore reparoitre un livre qui avoit paru en Allemagne
du tems du fîége de Magdebourg , mais augmenté confîdé-
rablement de raifons , de preuves , 6c d'exemples nouveaux ,
on y traite au long la queftion de l'obéïfïànce due au Ma-
gifbrat fuivant la parole de Dieu , & on y démontre que l'o-
béïflance qu'on doit à Dieu efl: infinie , mais que celle qu'on
doit aux hommes a des bornes : d'où l'on conclut qu'il efl:
permis aux fujets opprimés de défendre leur liberté par les
armes. Cette queftion dangereufe fut agitée depuis d'une
manière bien plus funefte. Pendant le feu de la révolte , elle
fut traitée à Paris { 2 ) par les Catholiques , &; décidée à la
honte du Clergé, & à la ruine du Royaume, contre la doctrine
de l'Ecriture , des Pères , ôc des Conciles. On répandit en-
core un autre écrit fous le titre de Dialogue politique, fur
la puilEance , l'autorité èc le devoir des Princes &: iùr la li-
berté du peuple. Enfin on publia un Confeil , qu'on préten-
doit avoir été tenu à Blois il y avoit deux ans , avant que la
reine de Navarre vînt à la Cour , fur les moyens d'établir
en France le pouvoir defpotique fur le pié qu'il eft en Tur-
quie. On difoit que le chancelier Birague , èc le comte de
Rais avoient fuborné uîi certain Poncet appelle communé-
ment, le Chevalier , à caufe du collier de S. Pierre , que le Hifloire de
S. Père lui avoit donné dans l'un de fes voyages de Rome, feuïïe mli-
On prétendoit que ce Poncet ayant été préf^nté à Blois au vaisi
Roi , à la Reine , & au duc d'Anjou , leur avoit dit qu'il avoit
beaucoup voyagé dans les Cours étrangères j mais qu'il n'a-
(i) François Hotman. I ri de Valois (Henri III.) déchu du
( i ) Lorfque la Faculté déclara Hen- 1 droit qu'il avoit à la Couronne.
C ij
vres.
20 HISTOIRE
voie vil aucun Prince véritablement abfolu , que le Grand-
Charle Seigneur , que c'eft le feul qui foit le maître des emplois,
I X. des biens & de la vie de tous fes fujets : Que Ion pouvoir
I î 7 3 • ^^^^^ ^^ ^^ ^^'-^'il ^y 2- perfonne dans tout l'empire Othoman ^
qui foit grand par ia nailTance , perfonne qui ne dépende en-
tièrement de la volonté du Prince, èc qui ne lui foit redeva-
ble de tout ce qui le diflingue : Q];i'il n'y a point d'autres
Nobles que les Janiflàires , qu'on nomme ordinairement,
les enfans du Grand-Seigneur : Que c'eft par leur moyen
que ce Prince oblige tout le monde à lui rendre une obéïf-
iànce fans borne , dont on ne peut fe difpenfer fous quelque
prétexte que ce foit , ni de rang , ni de naiffance , ni de fa-
mille: Qu'on ne foufFre dans cet Empire aucune autre Re-
ligion que celle dont le Prince fait profeilion , fî ce n'eft dans
les païs de nouvelle conquête , où l'on permet aux habitans
de vivre félon la leur , dans la crainte de faire une folicude
de ces Provinces ^ mais du relie on leur ôte leurs biens , leurs
dignités , jufqu'à la liberté de difputer fur la Religion : Qiie
les particuliers n'y poiFedent aucuns biens qui leur foient pro-
pres , qu'il n'y a ni Terres ni Seigneuries à titre de Fiefs :
Que tout eft au Prince, &c gouverné par fes fermiers , ou di-
vile d'année en année par fon ordre entre fes JaniHàires &
£qs autres milices : Que cette difpolition le met en état de
foutenir les dépenfes immenfes qu'il fait pour cette multi-
tude d'Officiers de guerre èc de paix qu'il entretient , & de
fe palTer de capitation , tribut qu'on ne paye pas volontiers :
Qii'il n'y a de Places fortes que fur la frontière : Enfin que
ce qui contribue fur tout à affermir l'autorité du Grand-Sei-
gneur , c'efl: que n'y ayant aucun bien propre , ni héréditai-
re , point de riches ni d'aifés que les Officiers du Prince ^
tout le refte du peuple vit dans une fi grande pauvreté ,
que quelque dur que foit le joug qu'ils portent , ils n'ont ni
alFez de force ni aiTez de courage pour entreprendre de le
fécoiier.
Lorfque Poncer eut fait tout ce détail , on lui demanda
comment on pourroit établir en France un pareil gouverne-
ment. On prétend qu'il répondit :. Qii'il falloit commencer
par fe défaire de tous les grands Seigneurs, de petit-à-petit du
relie de la Noblellè qu'on regarde comme les protecleurs
DE J. A. DE THOU, Liv. LVII. ii
des deux autres Ordres du royaume , & comme ayant droit
de tempérer le pouvoir des Rois j de forte que celui à qui il Charle
appartient de faire la loi à tout le monde , eil fouvent obligé I X.
de la recevoir de fes fujets : Que pour exterminer les Grands 1575,.
& réduire la Nobleffe ^ il n'y avoir point de moyen plus fur,
que d'entretenir la guerre de Religion , dont le prétexte fla-
toit le Peuple & les Eccléfîaftiques : Que les plus braves y
périroient ièlon toutes les apparences , &: qu'on ne manque-
roit pas de prétextes pour fe défaire en tems de paix de ceux
que la guerre auroit épargnés : Mais qu'en fuivant ce plan
tant en paix qu'en guerre , le Roi devoit fe faire une ma-
xime capitale , de ïi^ leur donner ni emplois , ni honneurs ,
ni dignités , ni mente à d'autres , à leur recommandation 3
& de referver pour eux les Gouvernemens odieux , où il y
avoit beaucoup de dépenfes à faire , ôc beaucoup de périls à
elTuyer , &c en particulier les Ambafïades j èc de leur ôter
toutes leurs penfions ôc les autres récompénfes femblables ,
qui font comme la nourriture de ce corps puifïant , qui ne
manquera pas de s'afFoiblir , Se même de fe détruire dès
qu'on la lui retranchera : Qu'il faut fur tout éviter d'af-
fembler les Etats Généraux , l'appui & le ibutien des trois
Ordres , punir féverement ceux qui les reclameront ^ èc les
traiter comme perturbateurs du repos public : Qu'après qu'on
aura exterminé les Grands , & affoibli confîderablement la
Nobleffe , on attaquera dans les Provinces èc dans les villes ,
tous ceux qui n'auront pas été du parti du Roi dans ces
guerres : Que la défaite de ceux-ci laiiîant le Clergé &: le
Peuple fans protedion , il fera aifé de démanteler toutes les
Places fortes du Royaume , d'abattre tous les Châteaux des
Grands & de la NoblelFe , ôc d'établir pour toujours, & fans
avoir d'obftacle à craindre , la Religion qu'il plaira au Rot
d'aprouver de fa pleine puiflance.
Cet écrit ayant été publié, le Chevalier Poncet y répon*.
dit par un ouvrage plein de fiel , qu'il intitula , l'Antidote.
Il prétend que tout ce qu'on y dit de lui eft une pure calom-
nie : qu'il n'avoit pas demeuré affés longtems à la Porte pour
s'inftruire fi bien de leur gouvernement 3 qu'il n'étoit pas à
la Cour dans le tems où Pon prétend que ce Confeil s'eft tenu
à Blois 3 qu'il n'a point imaginé un pardi plan , Ôc qu'il n'en
C iij
21 HISTOIRE
*" *■ a jamais parlé ni au Roi ni à la Reine fa mère. L'auteur du
Charle premier libelle réfuta TAntidote par un nouvel écrit inti-
I X. rulé , les Lunettes de cryftal , où il dit que c'efl le confeil
j ^-T , de Poncet qui a avancé la faint Barthelemi. Faifant enfuite
alluiîon à Ion Antidote , il entreprend de montrer que ce
font CQs marchands de drogues étrangères , & prilès au-
delà des mers , qui ont empoiionné le prince de Porcien , le
comte de Tende , les ducs de Longueville , de Bouillon ^
d'Uzez , &c la reine de Navarre , 6c qui depuis quelques an-
nées en avoient voulu faire prendre une dofe au duc d'A-
lençon : Qii'ils avoient eu le même delTein pour François de
Alonmorency , &; pour (qs deux fréresiDam ville ôc Tlioré :
que c'étoit eux qui avoient drefTé des^mbûches à Condé,
le plus vertueux de tous les Princes j au vidame de Chartres,
au vicomte de Turenne , & même au duc de Monpenfier ,
6c au prince Dauphin ion fils : Que ces mêmes ouvriers
avoient calomnié & ruiné dans l'e/prit du Roi par leurs
fourberies , le comte du Lude &c Chavigny , Gentils-hom-
mes d'une ancienne noblelîè , également recommandables
par leur fidélité pour le Roi , &c par leur attachement à la
Relisiion de leurs ancêtres , dont tout le crime étoit de s'c-
tre attachés au duc de Monpenfier &: â fa famille : Que cela
leur avoit fermé Tentrée aux charges, aux honneurs, 6c
à toutes les grâces , tandis qu'elles pleuvoient fur des Ita-
liens , ce qu'on ajoûtoit en haine de Birague ( i ) 6c du
comte' de Rais. ( i ) Qiie tous les revenus du Royaume
étoient affermés à des étrangers : Que les Evêchés 6c les Ab-
baïes n'étoîent que pour eux , 6c que le but qu'on fe propo-
foit , étoit de remplir toute la France de divifions & de ja-
ioufies , de renouveller les anciennes querelles , 6c de met-
tre les Grands aux mains les uns contre les autres , afin
d'exécuter par ce moyen ce que le fer 6c le poifon auront
laiiîe à faire dans ce plan effroyable : Qiie c'eft dans cette
vue qu'on a armé Monluc contre Damville , Joyeufe contre
Dacier fon parent très-proche , 6c Villars contre les Mon-
morencis ( 3 ) fes neveux : Que toutes ces manœuvres étoient
( I ) René de Birague e'toit Milanois, j ( 3 ) Un Monmorenci avoit e'poufc
François I. l'avoitfait refter en France. , une Villars.
(z) Le comte de Rais e'toicGpndi. j . .
DE J. A. DE THOU, L"i v. LVIL 15
le fruit du confeil & des intrigues de nouveaux venus , qui "■"— ""■"■■""i
après être arrivés en France lans louliers , ëtoient venus à Chakle
bout par leurs fourbes èc leurs flateries , de monter aux pre- I X.
miers emplois du royaume : Qu'ils travaillent à prefent à 1573,
exterminer tous les Seigneurs Franc^ois , & à empêcher que
leurs fervices ne foient rëcompenfës , afin de fe rendre maî-
tres des affaires , d'abolir l'ancien gouvernement , qui a
rendu le royaume fi floriiTant , &c d'introduire à fa place &
pour fa ruine , une domination infolente , &c inconnue à nos
pères.
Voilà ce que les Huguenots publièrent alors , foit que
tout cela fut feint à plailir , foit qu'il y eût quelque mélan-
ge de vérité. EfFarouchés par l'injure qu'on venoit de leur
faire , & ne fe fentant pas aflez de forces pour s'en venger
par eux-mêmes , ils tâchèrent d'engager dans leur révolte ^
les Grands ôcla Noblellé du royaume , en leur mettant fous
les yeux le péril dont ils étoient eux-mêmes menacés.
Tout étant préparé pour le départ du roi de Pologne , le Maladie de
Roi fon frère qui avoit réfolu de le conduire jufque fur la Charieix,
frontière du Royaume , tomba dans une maladie fêcheufe ,
qui donna matière â bien des difcours r car peu de o-ens fe
periuaderent qu'il n'y eût dans cette maladie , rien que de
naturel , iur tout quand on rappelloit les menaces que ce
Prince très-diffimulé avoit faites dans un mouvement d'im-
patience , à la Reine fa mère & à fon frère , & qu'on voyoit
la répugnance que le roi de Pologne avoit â quitter la
France.
On envoya le comte de Rais en Allemao-ne avec de eran-
des lommes a'argent , fous prétexte d'accompagner le roi
de Pologne : mais en eiïet pour faire des levées , &; pour
achever l'affaire que Schomberg avoit ébauchée avec le
prince d'Orange & fon frère. D'autres prétendent qu'il s'è-
loignoit pour réchaufFer , s'il pouvoit , l'amitié du Roi ,
qui commen^oit à fe dégoûter de lui , chofe ordinaire à la
Cour , ou afin que fon abfence cachât la décadence de fon
crédit.
Le Roi étant parti de Villers - Coterets , s'étoit avancé
jufqu'à SoifTons û. delà à Vitry fur la Marne , où fon mai
qui ne lui donnoit point de relâche, l'obligea de relier. Là
^
i4 HISTOIRE
; ""^ les deux Tloîs fe feparerent après s'être emhmfCés. Henri
Charle continua fon voyage accompagné de fa mère , du duc d'A-
I X. icnçon , de Marguerite reine de Navarre fa fœur , & de plu-
j -_ ^ fîeurs Grands. Etant forti de la Champagne , entré dans le
Barrois , Se delà dans l'évêclié de To'ul , il arriva enfin à
Nancy , où il fut reçu par Charle duc de LorraineTon beau-
frére , avec beaucoup de magnificence & de joye. La Du-
cheflè ( I ) fa femme venoit d'accoucher d'une fille qui fut
tenue iur les Fonts par l'évêque de Polnanie de (hs collègues.
La Reine On fe rendit de là à Blamont , où Catherine fur le point de
jneie quitte [q féparer de fon cher fils^ s'entretint longtems en fecret avec
logne. lui j êc après bien des larmes répandues , elle le laiffa enfin
partir.
La Reine aufTitôt reprit la route de France accompagnée
de Marguerite fa fille , &: du duc d'Alençon , qui n'avoit pas
pour elle la même tendreife que Henri , elle craignoit ex-
trêmement que ce jeune Prince qui fe plaignoit en fecrec
d'être mèprifè , pendant qu'Henri fon frère etoit en France,
ne vînt à demander la Lieutenance générale du royaume,
comme Henri l'avoit eue , &; qu'avec le fecours du Prince
de Condé , du roi de Navarre , des Monmorencis , &; du
Maréchal de CofTé qui leur ètoit fort attaché , il n'excitât
"de nouveaux troubles , ôc qu'il ne lui ôtât le gouvernement
du royaume dont elle étoit en pofîèfîion. Les Cardinaux
de Lorraine &: de Guife , qui craignoient le duc d'Alençon
te lès amis que je viens de nommer , n'avoient rien oublié
pour infinuer ces fbupçons à cette femme également ambi-
tieufe 6c défiante : de elle ne manqua pas à Ton tour de l'in-
fmuer au Roi , non comme une chofe à craindre , mais com-
me une chofe déjà faite , afin de prévenir ce Prince contre
fon frère , de de faire en forte qu'il donnât la Lieutenance
générale au duc de Lorraine , ne doutant pas qu'elle ne fût
maîtreiîe ablbluc du royaume , fl fon gendre en étoit Lieu«
tenant général.
Comme elle voyoit bien que la maladie du Roi pouvoic
Tentative ^^^'^^ ^^^ fuites faclieufes , elle voulut pour mettre le tems à
fouf furpren- profit, faire une tentative fur la Rochelle , qui étoit en état de
dxch Kor traîner la guerre en longueur : àc fans fe mettre en peine du
( i ) Claudç de Valois fille de Henri II.
traité
DE J. A. CE THÔU, Liv. LVIÏ. 15
traité qu'on venoic de conclure avec cette ville , elle char- ■
gea Biron , le comte du Lude , Landereau , & Pui-Gaillard , Charle
d'eiîayer de s'en rendre maître. Dans cette vue , Biron 6c I X.
Pui-Gaillard avoient traité avec Jacque du Lyon habitant i 573-
de la Rochelle , qui avoit beaucoup de complices , entre au-
tres Guillaume David Planta , Amanjou de la Zardoniere ,
Loiiis Vienne dit la Porte , & Jean Turgier. Ceux-ci dé-
voient gagner les foldats en leur diflril^ant de l'argent j èc
du Lyon comptoit fe rendre maître d^ la Ville par leur fe-
cours , 6c la remettre enfui te à Biron 6c à Pui- Gaillard , qui
tenoient des troupes toutes prêtes à Noaillé ôc à faint Vi-
vien. Le Maire ayant été inflruit de ce complot par un dé-
ferteur , confulta un petit nombre de perfonnes , ôc réfoluc
de leur avis de fe faiiir de Jacque du Lyon , qui étoit à la
campagne. Il le fît citer par un Huîflier pour comparoître
devant lui. Du Lyon n'ayant pas obéi , il en prit occalîon de
le faire tuer dans fa maifon , on iàifit fes livres & Ces papiers ,
où l'on trouva les noms des conjurés 6c tout le plan de la
conjuration. Là-delTus la Zardoniere , Planta, Turgier,
6c Salis , tous Capitaines de Compagnies de Grifons , furent
arrêtés , interrogés féparément , convaincus , condamnés,
èc mis à mort. Tous excepté Planta , lorfqu'ils furent au lieu
où ils dévoient être exécutés , nièrent devant le peuple ce
qu'ils avoient avoiié devant les juges 6c à la queftion. Qua-
tre jours après , on fît lire publiquement les régifbres ôTles
lettres trouvées chez du Lyon. La Zardoniere en conféquen-
ce fut roiié j le lendemain Planta 6c la Porte furent traités
de même , 6c leurs membres expofés fur la roue. Huit jours
après Turgier 6c Salis furent punis du même lupplice. Enfin
Guillaume Gui le Taillon de la Rochelle , qui avoit de lui-
même ôc fans être mis à la queftion , expliqué toutes les me-
fures que l'on avoit priiès pour exécuter cette entreprife , fut
auffi condamné 6c mené au fupplice ^ mais comme il avoit
été Maire , 6c que cette Place donnoit les privilèges de la
Noblefîè , on lui coupa la tête 3 cependant les troupes de
Biron 6c de Pui-Gaillard fe retirèrent , niant toujours qu'el-
les euflent rien fçù de ce complot. Cette tentative donna un
grand branle à la révolte , dans la difpofition où étoient les
eiprits , le Roi cependant écrivit aux Rochelois qu'il dé-
Tûme Fil, D
lé H î s T O I Pv E
' ■ teftoit cette conjuration : il les aflTura qu'elle avoit été for-
Charle mée à fon inf(^û par des hommes turbulens , qui mettoient
I X. fous le nom du Roi , tous les crimes qu'ils entreprenoient de
j --- leur chef j qu'il étoit ravi qu'ils euflènt puni les conjurés,
avec toute la févérité qu'ils meritoient. Il les exhorte enfuite
a ne prendre aucun foupi^on contre lui , à ne point écouter
ceux qui ne cherchent qu'à brouiller , & à perfifter conftam-.
ment dans la fidélité qu'ils lui doivent.
Quelque tems apfès , Dominique Lichani corfaire Lu-
quois , qui faifoit des courfes continuelles fîir les côtes de
Saintonge , avec une petite galère nommée l'Hirondelle , àc
qui avoit là retraite à l'embouchure de la Garonne , fit une
defcente dans l'ifle de Ré , où il fut furpris par Saujon ôC
Normant , capitaines de réputation ^ ces deux hommes étant
forcis de la Rochelle très-iecretement & fans bruit , prirent
ia galère &: tout l'équipage : mais quoique ces Corfaires fe
fuflênt rendus à condition d'avoir la vie fauve , ils ne furent
pas plutôt à la Rochelle , qu*on les condamna ôc qu'on les
fit mourir , fans vouloir leur permettre d'appeller de la fen-
tence rendue contre eux. Lichani &: la Perrière , qui s'é-
toient fauves dans l'ifle , furent condamnés par contumace ,
te pendus en effigie.
D'un autre côté les Proteftans du Dauphiné , de la Pro-
vence , du Languedoc , & de la Guienne , fe voyoient maî-
tres de plufîeurs Places qui leur enfîoient extrêmement le
courage. Monbrun s'étoit faifî depuis peu de deux poftes
confîderables , f(^avoir de Nions en Dauphiné , mais ilir la
frontière de Provence ^ 6c de Minerbe , forterefle impor-
tante dans le comtat Venailîin : en s'en retournant , il rava-
gea les environs de Grenoble , &; pilla la riche Abbaïe de
Virieu , après avoir taillé en pièces les troupes qui la gar-
doient , ù. jetta une telle épouvante dans toute la province,
que les ReHgieux de la grande Chartreufe prirent des trou-
pes pour fè mettre à couvert de /es entreprifes.
Dans ce même tems un homme de guerre nommé Glan-
dage , qui n'étoit pas Proteftant , fe iaîfit de la ville & du
château d'Orange , &: en chaila Berchon gouverneur , mis
par le prince d'Orange , fous prétexte qu'il avoit reçu de
l'argent du cardinal aArmagnac , poux conclure un traité
DE J. A. DE THÔU, Lir. LVII. 27
fecrec avec le gouverneur d'Avignon , & qu'il faifoit mal Ton -
devoir dans ce pofte qu'on lui avoir confié. Aufli-tot Gian- Charle
dage fe mie à faire descourfes dans le comtac d'Avignon, à IX.
pilier le pays 6c à voler les marchands , déclarant qu'en Ton 1575.
particulier il n'approuvoit point la religion des Proteftans ,
mais que la pointe de fon épée étoit Proteffcante j ce qui ren-
dit ce parti d'autant plus odieux qu'il fervoit de prétexte
à ceux qui étoient d'humeur à vivre de rapines &; de brigan-
dages. Berchon Te retira à Courtezon petite ville de la prin-
cipauté d'Orange, en attendant l'occalion de fe venger,
qui fe préfenta enfin l'année fuivante avec le fecours de quel-
^c ne les exécute pas ? Les oon-
33 ditions qu'on a obtenues ont été remiles jufqu'à fon arri-
33 vée. Le voiLà venu, on lui a donné prefque toutes \qs
-33 marques de la dignité royale, èc tout ce qui peut l'y
53 affermir j &: l'on ne parle point d'exécuter ce qu'on a
33 promis de fa part. Je ne lc)uffrirai pas un plus long délai.
53 II faut accepter les conditions qu'il a accordées , &; en
35 jurer l'obfervation , ou je déclare que je m'oppofe à fon
*3 facre.
A ces mots il s'éleva un grand murmure dans toute l'Eglifê,
Se la hardielîe des factieux augmentant,on entendoit des paro-
les menaçantes, &: qui fentoient la fédition. Pibrac fans s'cton- •
£ij
5^ HISTOIRE
L-i lier ayant dit un mot à l'oreille duRoi,quivoyoit bien que
Charle ià patience au lieu d'appaiier la fédition ne feroit que l'ai-
IX. grir , ie tourna vers l'Archevêque , 6c lui commanda de la
I '\iA P'^^^ '^^^ ^^^ défaire la cérémonie pour laquelle onécoitaf-
îèmblé : que le Prince regleroit le refte, de l'avis du Sénat,
L'Archevêque oLreït très - promptement , &c continua les
prières du lacre , qui fut achevé avec de grands applaudifle-
niens à la vue de ceux^-mêmes qui s'y étoient oppolcs , ôc qui
parurent confternés & confus lorique leurs elprits lé turent
un peu calmés. Dès que le roi tut làcré , on lui mit la cou-
ronne fur la tête. Le palatin de Cracovie mourut quelque
tems après ^ on ne fçait fi ce fut naturellement , ou du dépiai-
iir qu'il eut de voir l'autorité du Roi fi bien affermie.
Celui qui a écrit la vie de Vincent Lauro minillire du Pape ,
dit qu'il rendit des iervicesimportans en cette occafion , qu'il
donna au Roi èc à l'Archevêque des conleils très-utiles, & qu'il
vint à bout d'engager les Evangeliques à fe contenter de la
déclaration que Pibrac avoit faite au nom du Roi • enforte
qu'ils demeurèrent en repos , luivant l'avis que leur donna le
maréchal de Lithuanie , &c que le Roi n'eut point d'autre
ferment à faire à fon facre , que celui qu'avoient fait tous les
predecelîeurs, de en particulier Sigiimond Augufte le der-
nier mort. Ce même Ecrivain ajoute , que Vincent Lauro
convertit André Lorich Danois , ambalïàdeurdu roi de Sue-
* Jean. de "^ en Pologne , 6c que par le confeil de ce Miniftre il écrivit
plufieurs lettres au roi Jean, 6clui envoya un Jeluite nommé
Staniflas N^arfevicz pour l'inllruire dans la toi catholique :.
Qlic ce fut lui qui conieilla au Pape d'y envoyer avec des or-
dre fecretsun jefuite nomme Antoine PoiTevin, homme très-
délie , 6c très-propre à bien conduire une négociation impor-
tante 3 6c qu'on a crû que ce Jefuite y fit en effet de grands
progrés.
AfFaires de Pendant que tout retentifToit en Pologne de fêtes, de
Irance. pompes , de tournois , 6c de tous les fpeclacles qui accompa-
gnent ordinairement les grands évenemens qui fontlajoye
publique , les chofes étoient bien différentes en France. De^
puis que le nouveau Roi de Pologne étoit forti du royaume ,
la plupart des Grands ne refpiroient que le trouble 6c la di-
vifion. Plus la Reine avoit à cœur d'empêcher les brouille-
DE J. A. DE THOU , Liv. LVII. 37
rîes , plus les mefures imprudentes &c pernicieufes qu'elle prit
les accélérèrent. Elle commença par mécontenter le duc Charle
d'Alençon qui etoit d'un caractère naturellement inquiet. IX.
Pique de s'être toujours vu iufpecl , èc d'ctre alors mëpriie , j ^-,^
il ne cherclioit qu'une occalion pour éclater, èc ce Prince , ,
également ambitieux èc vindicatif , ne iongeoit qu'à fatisfai- jenco'n fc dif-
re ces deux pallions , fallut-il renverler tout le royaume. Ca- pore à re-
therine de Medicis vouloit mettre le roi dePolo2;ne à la tcte "ir^îî^F'
^ ^ o Lie avec Li%
des Confédérés j èc Loiiis de Nallau lui préteroit le duc d'A- de NaiTan.
lencon. Ils avoient eu enfemble à Blamont des conférences
fecrettcs , où ils avoient pris des melures , tant iur la manière
de conduire cette guerre , que Iur le nombre des troupes qu'il
faudroit mettre Iur pié. Au rcfte Nailàu n'avoit cherché
qu'ià flater la Reine, iàns lui faire connoître ce qu'il penfoit,
allez content s'il pouvoit de quelque manière que ce fut join-
dre les forces delà France à celles du prince d'Orange ion
frère. Car il fcavoit bien qu'il ne pouvoit avoir ces forces ,
que du conlèntement du Roi qui étoit gouverné par fa mè-
re 3 mais il icavoit bien aulli que quelque chef qu'on mit à
leur tête , le prince d'Orange en feroit toujours le maître.
Au refte on ne doutoitpas que ce ne fut le duc d'Alençon.
Premièrement , il avoit toujours été ami de Coiigny , comme
on le lui avoit reproché bien des fois depuis la mort de ce Sci^ .
gneur. En fécond lieu, on le croyoit moins ennemi des Pro-
teftans que fes frères , 6c voici le raifonnement que taifoic
Nallau : Le roi va Iàns doute reprendre autant qu'il pourra
fon autorité , long-tems partagée entre fa mère éc ion frère.
Il vient de le défaire d'un de les frères , en l'envoyant en Polo-
gne. Il ne fera pas fâché d'éloigner l'autre , en lui donnant la
conduite d'une guerre qui le fera hors de Ion royaume , afin
d'être tranquille chez lui & de pouvoir à la faveur de la paix
recouvrer l'autorité que les guerres civiles lui ont fait per-
dre. Les Proteftans de France pour les mêmes raifons avoient
aufli les yeux fur le duc d'Alençon , & le faifoient foliiciter
par leurs èmilîaires defe mettre à leur tète. Pour l'y déter-
miner ils produifirent des lettres de la reine &c du roi d'Ef-
pagne où il étoit queflion de le défaire de lui , loit que ces
lettres fullènt véritables , foit qu'elles euflent été faites à
plaiilr comme je le crois. D'ailleurs, les Monmorencis le
Eiij
3S HISTOIRE
prelîoîent de prendre ce parti. Inftruics que la Reme pour
Charle complaire au roi de Pologne ami des Galles, parloic làns
IX. celle contre leur mail'on, ôc tailoic tous les effjrts pour les
I 574. perdre dans l'elprit du Roi , ils s'effoK^oi.nt d'engager le duc
d'Alençon dans leur cauie. Tous ces gens-là ne paiioient que
de troubles, de violemens d'cdits, de mauvais gouverne-
ment, 2c demandoient lans ceflj l'allemblée des Etats pour
Fadion des réformer tant d'abus. Cette fadion fe donna le nom de J'o-
Politiçiues. iiticjues 6c de Mécontens. Les chefs étoient Guillaume de
Alonmorency feigneur de Thoré, &; Henri de laTour vicomte
de Turenne neveu de Thoré (i), qui étoient continuelle-
ment aux oreilles du duc d'Alençon à lui remplir la tête de
foupçons j ils avoient trouvé moyen de mettre de la partie
Joieph Boniface de la Mole favori de ce Prince. D'ailleurs
le duc d'Alençon coniultoit fouvent François de Monmoren-
cy chef de la famille , homme d'une probité rare , plein de
zèle pour fa patrie , ennemi de toute fadion , & qui aimoic
fincerement la paix : & c'étoit une rufe de la Mole , afin que
quand le duc d'Alençon chanceloit, il fut affermi par l'au-
torité d'un homme lî refpectable ^ 'mais il avoir grand foin
qu'on ne propofât devant François de Monmorency que ce
qui paroilFoit bon , & qu'on lui cachât avec foin tout ce qui
avoit la moindre apparence de mal. Il tenoit auiîi dans Xq^
liens le roi de Navarre &; le Prince de Condé , qui fe fouve-
noient du complot formé pendant le liège de la Rochelle.
C'etoit Balzac de Montaigu qui alloic ôc venoit chez le duc
d'Alençon pour le prince de Condé.
Catherine H y avoit un remède fur pour arrêter ce mal , c'étoîc
ménaaVia^ de donner au duc d'Alençon la Lieutenance générale du
Licuienancc royaume , comme l'avoit eue le roi de Pologne 3 car alors ils
générale du j^^ ç^^ feroit mis cà la tête ni des Politiques , ni des Proteftans.
royaume >r • i r> • • -in- M J • • r
pour le duc Mais la Reme qui voyoït le Roi moribond, craignoit que li
de Lorraine. \q J^ic d'AIençoii avoit une fois l'autorité entre les mains , il
ne s'enfervît pour exclure le roi de Pologne du royaume avec
l'aide des Monmorencis 6c des Proteftans ennemis déclarés
de ce Prince. Elle reprefenta donc au Roi qu'il mettroit l'Etac
en danger , s'il confioit fon autorité à un jeune homme im-
(0 Eleonore de Monmorency fille ; époufé en 1545'. François de la Tour
du connétable ôc fœur de Thoré avoit i III. du nom, père de Henri,
DE J. A. DE THOU, Liv. LVII. 39
pétiicnx , attaché aux Monmorencis , & par conféquent aux
Proteilans , dont les Monmorencis , ielon elle, avoient toû- Charle
jours favorilé la caule : Qu'il étoit donc à propos , ou que I X.
le Roiiupprimâtablolumcnt cette charge àc qu'il gouvernât i 574,
par lui-même , ou que s'il falloit la donner à quelqu'un , il
en revêtît un homme hors de tout loupcon de vouloir entre-
tenir les troubles & les factions du royaume : elle delignoic
par là Charle duc de Lorraine, qui avoit toujours été fidcle
au Roi , èc ami du roi de Pologne , èc c]ui étant exclus par
la loi de la fucceffion du royaume , paroiiîoit fort éloigné de
penfer à le troubler. On indiqua une allemblee à Compie-
gne , où Ton devoit agiter la tenue des Etats généraux : com-
me les mécontens parloient continuellement du befoin que
l'on avoit de cette Ailemblée , la Reine ecoit bien aife de
faire croire que (i le Roi y donnoit les mains , c'étoit volon-
tairement èc lans y être contraint ^ afin qu'après les avoir
flattés quelque tems de cette eipérance , on pût dans la fuite
prendre Toccalion de quekjues nouveaux troubles pour re-
jettcr ces demandes.
Le duc d'Alençon fçavoit tout ce manège j outré de ce Confpiratîon
qu'on lui refulbit la Lieutenance 2;énérale , fur laquelle il ^" ''"^ '^'^'
avoit compte ^ le voyant d ailleurs appuyé du parti que j ai
dit , il commen(^a tout de bon à prendre des mcfures pour
brouiller tout. On lui propoloit de fe mettre à la tête des
Politiques & des Proteftans , ou d'aller.commander les for-
ces des confédérés dans les Païs-bas. Ces deux partis avoient
beaucoup de conncxité , mais le premier lui paroiilant le plus
fur , il le choifit. Son raifonnement étoit que quand il au-
roit affermi ion autorité en France , ôc qu'il s'y feroit formé
un parti puiflànt , il pourroit tenter le hazard d'une guerre
étrangère , avec moins de péril que s'il abandonnoit la" Fran-
ce & \<^s> amis , pour aller en Flandre commencer une guerre
dont le luccês etoit fort douteux.
Cet avis ayant été approuvé de tous {^s confidens , il fut
ueftion de fcavoir par où l'on commencercit à agir. Les
roteftans avoient déjà pris les armes &; publié un manifefte,
qui contenoit desraifons alîèz fpécieufes pour leur juftifica-
tion. Ils difoient qu'on avoit violé plufîeurs fois , ôc tour
nouvellement encore , les Edits que-le Roi leur avok accor-
?
40 H I S T O I H E
ïî=!=^ dés : Qu'à rinfligation de quelques fcéléracs, onavck em-
Charle ployé contre eux la plus noire perfidie , la cruauté , & tou-
IX. tes lortes de mauvais traitemens : Qu'on avoit cherché des
1574. prétextes pour colorer l'indignicé de ces procédés 3 mais
qu'on n'en avoit pas moins oté aux Proreilans la liberté de
conlcience 6c l'exercice de leur Religion : Que l'Edit fait de-
puis le ficge de la Rochelle ne s'ctendoit qu'à un petit nom-
bre qui ne comprenoit pas la millième partie des Protcftans
de France : Qii'en ayant porté leurs plaintes au Roi , on
avoit renvoyé leurs requêtes en Languedoc , & qu'on avoic
éludé leurs juftes demandes par di/ers fubteriuges : Que les
juges établis dans les Provinces fembioient y avoir été mis
plutôt pour exercer leur patience , que pour leur rendre ju-
îtice : Qu'on avoit ajoute l'ignominie à i'injuftice , en les
pourfuivant par toute la France comme des hommes infâ-
mes , & indignes de poiFeder aucune dignité ni aucune char-
ge publique dans le Royaume ; Que les piinces d'Allema-
gne avoient en vain exhorté le Roi à leur donner la paix , &c
à faire obferver les Edits 3 qu'on n'avoit eu aucun ef;ard , ni
à leurs avis ni à leurs prières : Qti'on n'en avoit pas eu davan-
tage pour les ambailadeurs de Pologne 3 que ces mauvais
confeillers qui gouvernent le Royaume , avoient trouvé
moyen d'éluder toutes leurs demandes : Qii'ils apprennent
aujourd'hui que le Roi fait faire des levées en Allemagne &
en Suiiïe pour les accabler : QLi'ainfî il faut, ou fe préparer
à foutenir une guerre auffi vive & auffi terrible que la der-
nière , ou bien fe refondre à bailler la tcte fous le joug , èc à
preienter le cou pour être égorgés : Que n'ayant d'autre ref-
îôurce que la guerre pour le mettre à couvert de cqs mal-
heurs, ils s'étoient vu réduits par ces raifons , ou plutôt par
la néceffité , à'prendre les armes , difpofés à les mettre bas
des qu'on les auroit fatisfaits , & qu'on auroit pris de juftes
mefures pour foulager le peuple , 6c alliirer la tranquillité pu-
blique. On publia depuis d'autres écrits , par lefquels on de-
mandoit la reforme de l'Etat & du gouvernement , le foula-
gement du peuple & la liberté de conlcience : on recom-
mença à agiter dans les cercles & dans les lieux publics , la
queftion de l'obéïlFmce qui eft diië aux Magiftrats.
Aux plaintes des Proteftans , les Mécontens ou Politiques,
joignirenc
DE J. A. DE THOU, Liv. LVII. 41
joignirent les leurs, &;il ne manquoit plus qu'un chef pour
rallumer une nouvelle guerre , donc la matière étoit toute Char le
prête à prendre feu. Qiioiqu'on dëfîgnât en fecrec le duc I X.
d'Alençon , on étoit embarralîé comment il fe déclareroit. i c-74.
Plufieurs ëtoient d'avis qu'il prefentât lui-même au Roi la
requête des Politiques & des Proteftans. Le duc d'Alencon
héiîtant , la Mole lui confeilla de confulter là-deiTus Fran-
çois de Monmorency. Ce Seigneur n'en fut point d'avis , &
il afîlira qu'il encourroit infailliblement l'indignation du Roi ,
s'il vouloit , comme lit autrefois Coligny , prendre fous là
protedion tout ce qu'il y avoit de méconcens , de porter leurs
plaintes au Roi , qu'il vaudroit beaucoup mieux qu'il deman-
dât le commandement général des troupes du Royaume , èc
il s'offrit de le demander au Roi pour lui : Que par ce moyen
il ne feroit point le chef des factions qui s'y îbrmeroîent 3
mais l'arbitre commun de tous les différends , & le pacifica-
teur de tous les troubles j que c'étoit là fon fentiment , Ôc
qu'il fouhaitoit la réiifîite de ce projet. En effet il demanda Le Roi ac-
pour le duc d'Alencon , la Charg-e qu'avoiteuë le duc d'An- ^''^'^ ^" '^"^
4- o " • • ^ n • 11 T ,-1 d'Alencon le
jou, ôC 11 convamquit le Roi par de bonnes railons , quil ne commande-
pouvoit la lui refulèr fans lui faire une injure j en un mot il ment générai
St tant que la charge lui fut donnée , fbit que le Roi s'y vît tnjupcl"
forcé pour éviter un plus grand mal , foit qu'il crût en effet
qu'il ne pouvoit honnêtement refufer au duc d'Alencon ce
qu'il demandoit.
Mais il arriva bien des évenemens qui en retardèrent l'e-
xécution. Celui donc je vais parler , quoique peu de chofè
en foi , ne lailîa pas d'empêcher pour quelque tems la récon-
ciliation qui lé ménageoit encre les Guifes èc les Monmoren-
cis , êc qui paroilfoit avancée. Il y avoit eu dans la maifon
de Monmorency un certain Scevole de Ventabren , qui de-
puis étoit palîc dans celle de Guilé , où il s'étoit inlinué par
des moyens qui lui faifoient peu d'honneur. Delà vinrent
des foupçons contre lui , puis une haine déclarée : 'Se Guile
ayant dit jufqu'à deux fois à Ventabren , de ne pas lé trou-
ver davantage devant lui , le menac^a de le tuer s'il y reve-
noic contre iQs ordres. Ventabren n'eut aucun éG;ard à cette
défenle j &c le Roi qui étoit venu au château de Chantilly ,
apparteiiant au duc de Monmorency , s'étant rendu de là à
Tome y IL F
42 HISTOIRE
— laint Germain , Ventabrcn y alla trouver le duc de Guîfe
Charle pour fe raccommoder avec lui. Le Duc oubliant le relped:
I X. dii au lieu où il étoit , tire Ion épëe pour le tuer : Ventabren
j . fe fauve dans les efcaliers du Château ^ le Duc l'y pourfuit ^
de Tlioré qui fe trouva par hazard en Ibn chemin , eut bien
de la peine à l'empêcher de percer ce malheureux , qu'il di-
foit avoir été apofté par fes ennemis pour l'aiTailiner. Le Roi
extrêmement irrité de ce que le duc de Guile avoit eu l'au-
dace de tirer l'épée dans fon Château , s'en plaignit à fa mè-
re 3 elle excufa cette adion comme elle put ^ èc pour appai-
fer fon fils , elle fit arrêter Ventabren , qu'elle difoit avoir
avoué en fecret , que Monmorency l'avoit luborné pour af-
faffiner le duc de Guife , mais qui avoit enfuite révoqué cet
aveu. Monmorency demandant avec vivacité qu'on éclair-
cît ce fait , Guife qui ne vouloit pas qu'on f^ùt les raifons
fecrettes de la haine qu'il portoit à Ventabren , obtint de la
Reine qu^on le mît en liberté fans lui donner la queftion , Ôc
qu'on lui ordonnât de ne plus paroître à la Cour.
La Reine cependant envoyoit couriers fur couriers , pour
faire venir le duc Charle de Loraine , qui fit le plus de di-
ligence qu'il pût avec le cardinal de Loraine. Ils pafiTérenc
par les châteaux de Dammartin & de Chantilly , où ils trou-
vèrent Monmorency , qui piqué des mauvais bruits qu'on
avoit fait courir fur fon compte à l'occafion de Ventabren ,
s'étoit retiré de la Cour. Il les reçut magnifiquement -, après
une conférence fecrette qu'ils eurent enfemble , ils fe iépa-
rerent avec de grandes démonftrations d'amitié. La Reine
l'ayant f(^û , en fut extrêmement allarmée , car la choie du
monde qu'elle craignoit le plus , c'étoit que les princes Lo-
rains & les Monmorencis fe réconciliaflent , prévoyant bien
que l'union fincere des Grands du royaume , ruine roit in-
failliblement fa puifiànce &c fon autorité. Ainfi elle remua
ciel &: terre par les émiflaires , pour les brouiller de nouveau,
en jettant mille foupçons & mille craintes dans les efprits
des uns & des autres. D'autres raifonnoient tout différem-
ment : ils prétendoient que le duc de Loraine , qui avoit
pour fa belle-mére un fond inépuifable de complaifance , ne
îe feroit jamais abouché avec Monmorency , fi elle n'y avoit
confenti • mais que dans le delfein d'attirer ce Seigneur > la
DE J. A. DE THOU, Liv. LVII. 45
vertu oc l'innocence même , dans les pièges ou la Reine ^^
vouloic le faire tomber , elle avoit envoyé à Chantilli Tes ri- Charle
vaux , qui à force de carelGTes feroient en forte de le convain- I X.
cre qu'il n'avoit rien à craindre à la Cour. j S 7 4"
Comme fon but principal ëtoit d'ôter au duc d'Alençon
le gouvernement général , pour le faire donner au duc de
Loraine , elle travailla à indifpofer le Roi contre le duc d'A-
lençon : elle lui dit que ce jeune Prince avoit fuborné Ven-
tabren pour aflaffiner le duc de Guife 5 qu'il s'étoit fervi pour
cela de François de Monmorency , dont Ventabren avoit
été domeftique : Qii'il