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Full text of "Historique du 3e régiment de tirailleurs algériens"

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HARVARD COLLEGE LIBRARY 

in honor of 

ARCHIBALD CARY COOLIDGB 

1866 - 1928 

Profi»or of History 

Lifdong Benefàctor and 

Rrst Diiector of This Library 



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fi t ^-'•^i 







HISTORIQUE 



DU 3- RÉGIMENT 



TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



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HISTORIQUE 

DU 3« RÉGIMENT * 



DE • 



TIRAILLEURS/ ALGÉRIENS 



PAn 

L. DARIER-CHATELAIN ' 

LIEUTENANT AU C0RP8 

OUVRAGE RÉDIGÉ D'APRÈS LES ORDRES DE M. LE COLONEL BOFTARD 



C 



,. \ ^ 



it Je ne prétends pas que ▼<» soldate soient les meiUeors 
de l'armée française , mais Je n'en connais pas qui Taillent 
mieux. Avec nno tronpo comme la vôtre, on peat tout entre- 
prendre , on |ietit tntit oser, h 

( PktoIm da coImmI CMirobcit »« eomaaadMit Bovrtelri, 
«« niM da baUlIloB te Tlnlltonn te OoMtMttae.) 



CONSTANTINE ^ 

GEORGES HEIM, ÉDITEUR 

2, RUE D^AUMALE, 2 
1888 



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F 



Y -6- 



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MONSIEUR LE COLONEL HÀllHET 

COMMANDANT LB 3* REGIMENT DB TtnAILLBUIIS ALOéntBNt 

HOMMAGE RESPECTUEUX DE L'AUTEUR 



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AVERTISSEMENT 



M. le colonel noiUinl, niijoiinrinii grncral de brigade, m'a confié 
la rédaction de l'Historique du 3° régiment de Tirailleurs algériens. 
Détaché pour cela pendant trois mois au ministère de la guerre, j'ai 
pu, grâce à la bienveillance de M. le lieutenant -colonel Guérin-Pré- 
court et de M. le commandant Belhomme, chargés des archives histo- 
riques, m'y procurer tous les renseignements qui me faisaient défaut; 
ces documents, joints à d'autres mis obligeamment à ma disposition 
par M. le colonel Doilard, m'ont permis de rétablir avec certains dé- 
tails et dans toute leur vérité, les événements militaires auxquels le 
corps a pris directement part. 

Il se peut cependant que, malgré ces consciencieuses recherches , 
des faits d'armes importants n'aient pas été signalés; il se peut égale- 
ment que d'autres soient incomplètement traduits. Ce sont là des 
lacunes qu'il sera plus tard facile de combler, si tous ceux qu'elles 
peuvent intéresser veulent bien les faire remarquer et fournir les indi- 
cations qu'il ne m'a pas été possible de me procurer. 

J'ai cru devoir diviser ce travail en trois parties : la première est 
riiistorique sommaire de tous les corps d'inranlerie indigène qui ont 
précédé le S^ Tirailleurs dans la province de Constanline; la deuxième 
va du jour de la formation du régiment à la campagne de 1870-1871 
inclusivement; enfin la troisième, qui doit être continuée, s'occupe 
de toutes les expéditions qui ont eu lieu pendant ces dix- sept der- 
nières années. Cette division semblait, à mes yeux, se rapporter à 
trois périodes bien distinctes pour les régiments de Tirailleurs algé- 
riens : leur origine; leur création et le perfectionnement de leur 



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VIII AVERTISSEMENT 

organisation; leur complète assimilation » au point de vue essentielle- 
ment militaire, aux autres corps d'infanterie de Tarmée. Un appendice 
donne la liste des chers de bataillon et des colonels qui ont com- 
mandé les Tirailleurs indigènes de la province de Gonstantine depuis 
qu'ils forment une troupe régulière , les noms des officiers tués à 
Tennemi et le total des pertes éprouvées par le régiment et les ba- 
taillons qui ont servi à sa formation. 

Puissé-je avoir retracé comme il méritait de l'être le passé de ce 
beau régiment; puissé-je avoir rendu à ceux qui, sont tombés à 
l'ombre de son drapeau tout l'hommage qui leur revient; puissé-je 
surtout y par le récit de ce passé, avoir contribué à fortifier notre 
confiance dans l'avenir I 

L. D.-C. 



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HISTORIQUE 

DU 3« RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



PREMIERE PARTIE 

(1830-1856) 

HISTORIQUE DES CORPS D'INFANTERIE INDIOiNE 

AYANT PRÉCÉDÉ LE 3« RÉGIMENT DE TIRAILLEURS 

DANS LA PROVINCE DE CONSTANTINE 

ET ÉTANT ENSUITE ENTRÉS DANS LA COMPOSITION DE CE DERNIER 



CHAPITRE I 

(1830-1842) 

Origine du 3« régiment de Tirailleurs algériens. — Bataillon turc de Bône; son origine. 
— Érénements de la casbah de Bône. — Opérations auxquelles ce lyataillon prend 
part depuis sa formation jusqu'à sa fusion avec le bataillon turc de Gonstantine. 



Le 3* régiment de Tirailleurs algériens a été formé le 1» janvier 1856, en 
exécution d'un décret impérial du 10 octobre 1855. 

Entraient dans la composition de ce nouveau corps: 

1» Le ^^ bataillon de Tirailleurs indigènes de Gonstantine « qui lui-même 
avait été formé le 11 août 1842 , conformément à une ordonnance royale du 
7 décembre \9M , avec le bataillon turc do Gonstantine et le demi-bataillon 
turc de Bône ; 

2« Un contingent ayant fait partie du régiment de Tirailleurs algériens qui 
avait pris part à la campagne de Grimée. Ge contingent avait été tiré, le 
9 mars 1854 , du bataillon de Tirailleurs de Gonstantine. 

3® Le 2* bataillon de Tirailleurs indigènes de Gonstantine , formé le 1*' mars 
1855 , en exécution d*un décret impérial du 9 janvier de la même année. 

1 



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2 LE 3® RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1831 ] 

La premiëro troupo d'infanlerio indigèuo au service de la France dans la 
province de Constantine fut le bataillon turc de fiône. Ce bataillon , qui sub- 
sista jusqu'en 1842 à titre de corps irrégulier, fui formé, ou plutôt conservé 
à notre solde, lors de Toccupation définitive de Bône, en 1832. Les hommes 
qui lui servirent d'abord de noyau furent même mêlés d'une façon si directe 
aux événements qui précédèrent et accompagnèrent cette occupation, que, 
pour l'intelligence des faits, il importe de remonter un peu plus haut. 

Au mois d'août 1830, Bône avait été occupé une première fois, sans coup 
férir, par le général Damrémont. Celui-ci s'y maintenait victorieusement , 
malgré plusieurs attatjues venues du dehors, lorsque, appelé à Oran avec les 
quelques troupes qui l'avaient accompagné, il dut abandonner cette ville, la 
laissant réduite à ses seules ressources pour résister aux tribus voisines, qui 
ne lui pardonnaient pas de s'être donnée aux Français. Ses habitants parvinrent 
cependant à se défendre, grêce au concours d'une centaine de Turcs qui, 
ayant quitté le service d'Ahmed, bey do Constantine, se trouvaient alors dans 
la place. 

Près d'une année se passa ainsi , sans que rien indiquât que cet état d'hos- 
tilités dût bientôt cesser. Fatiguée, la population de Bône résolut d'appeler les 
Français à son secours. Le général Berlhezène était alors commandant de nos 
forces militaires dans lé nord de l'Afrique; il vit là une excellente occasion 
de prendre pied dans la proYince de Constantine, et fit aussitôt partir le com- 
mandant Huder avec cent vingt-cinq zouaves, tous musulmans. Ce détache- 
ment arriva à Bône le 14 septembre; il y fut très bien reçu par les habi- 
tants, et s'établit partie dans la ville, partie dans la casbah. 

A Bône se trouvait alors un ancien bey de Constantine nommé Ibrahim , 
personnage fourbe, qui cherchait à refaire sa fortune tout en ayant l'air de 
nous servir. Il sut capter la confiance du commandant Huder, et obtint môme 
de ce dernier quelque argent pour de prétendus services rendus. Ibrahim s'en 
servit pour soudoyer quelques hommes , avec lesquels il se présenta ù la cas- 
bah, au moment où l'officier qui la commandait était absent. Séduite par ses 
largesses, une partie de la garnison se déclara pour lui; une lutte s'engagea 
alors entre ses partisans et les nôtres, et, resté maître de la citadelle, il en 
fit fermer les portes. Aussitôt prévenu, le commandant lludcr réunit à la 
hflte quelques soldats pour la reprendre; mais, repoussé par une vive fusil- 
lade , il dut rentrer dans la ville. 

Le lendemain , quelques Arabes de la campagne vinrent se joindre à Ibra- 
him , d'autres se réunirent au dehors. La position devenait critique. Il y avait 
dans la rade de Bône deux bâtiments de l'État; M. Huder pensa d'abord 
à leur demander quelques hommes de débarquement; mais, comptant tou- 
jours sur le concours de la population , il attendit. Deux jours se passèrent 
ainsi. 

; Cependant, le 29 septembre, la révolte devenant de plus en plus mena- 
çante | il se décida à partir. Dès qu'ils apprirent cette détermination, les 
Arabes du dehors se précipitèrent sur les portes, égorgèrent le capitaine Bigot, 
qui commandait les zouaves , et poursuivirent jusqu'aux embarcations fran- 
çaises les quelques hommes qui accom^naient encore le commandant 



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[1832] EN ALGÉRIE 3 

Iludcr. Ce dernier, qui avait déjà reçu deux blessures , fut tué au moment où 
il mettait le pied sur un canot. Quelques instants après deux bricks, venant 
d'Alger , apportaient deux cent cinquante zouayes sous les ordres du corn* 
mandant Duvivier. Celui-ci voulait tenter un coup de main ; mais les com- 
niniidanlfl des hdtiinonls s'y étant opposés, l'expédition rentra & Alger, où 
elle arriva le 11 octobre. 

Après cette catastrophe , Ibrahim ne tarda pas à indisposer les habitants 
de Bône par ses exactions; seule la crainte de tomber entre les mains du 
bey de Constantine , qui avait envoyé contre eux Ben-Alssa, son lieutenant, 
les empêcha de séparer leur cause de la sienne. 

Ibrahim se défendit d*abord avec quoique succès; puis, craignant pour sa sé- 
curité personnelle, il se retira dans la casbah avec les Turcs qu'il avait enrô- 
lés, abandonnant la ville à son propre sort. Réduite à la dernière extrémité, 
la population résolut encore une fois d'implorer la protection de la France. 
Une députation fut envoyée au duc de Rovigo, alors gouverneur général, qui 
dépécha aussitôt le capitaine Joseph (Yusuf) pour s'assurer du Yéritable état 
des choses. Sur le rapport de ce dernier, il fut décidé qu'on enverrait d'abord 
des vivres aux habitants, et que le capitaine d'artillerie d'Armandy irait orga* 
niser la défcnso en attendant Tarrivéo do secours plus directs. 

Le 29 février, le capitaine d'Armandy arrivait h son tour. La situation 
n'avait pas changé; au contraire, les habitants étaient de plus en plus démo- 
ralisés. Dans la nuit du 5 au 6 mars, Ben-Aïssa pénétra dans la ville, dont 
les portes lui furent ouvertes par ses partisans. M. d'Armandy n'eut que le 
temps de gagner la felouque la Fortune, qui se trouvait en rade; on le pres- 
sait de partir; mais, sentant qu'il y avait encore quelque chose à faire avec les 
Turcs qui se trouvaient dans la citadelle, il se contenta de s'éloigner du feu 
des Conslantinois. Il ne voulait rien entreprendre avant l'arrivée de Tusuf, 
qui était parti pour Tunis sur la goélette la Béarnaise pour aller eflectuer un 
achat de chevaux. Quelques jours après Ben-Aîssa lui offrit une entrevue ; 
M. d'Armandy n'hésita pas à se rendre & cette invitation , et il fut convenu 
que les hostilités seraient suspendues jusqu'à ce que le général en chef eût ré- 
pondu à certaines propositions du bey de Constantine. 

On attendait donc, do part et d'autre, des nouvelles d'Alger, lorsque, le 
20, la IkUmmist* revint de Tunis ramenant le capitaine Yusuf. Sûr d'avoir 
dans ce dernier un intelligent et courageux collaborateur, le capitaine d'Ar- 
mandy se proposa de mettre à exécution un projet mûri depuis longtemps et 
qu'à force d'audace il espérait voir réussir. Il s'assura, auprès du comman- 
dant de la Béarnaise, du concours de trente marins de débarquement; puis, 
dans la nuit qui suivit, il se rendit, seul avec le capitaine Yusuf, au milieu 
des Turcs d'Ibrahim pour essayer de les gagner à noire cause. Ses propositions 
furent d'abord favorablement écoutées; mais quelques fidèles d'Ibrahim ayant 
suscité un tumulte, les deux capitaines durent fuir pour sauver leur vie. Une 
lutte s'engagea alors, et se termina à l'avantage de nos partisans. Ibrahim 
prit la fuite avec les siens. Prévenu , le capitaine d'Armandy revint aussitôt 
avec les marins mis à sa disposition, et, quand le jour parut, on put voir les 
couleurs françaises se balancer au-dessus de la citadelle de Bône. 



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4 LE 3* RÉOlIfBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1832] 

Il était temps; impatient do ne pas recevoir des nouvelles d^Âlger, Bon- 
Aîssa devait attaquer la casbah le lendemain. Désespérant désormais de s*en 
emparer, et sans elle ne pouvant compter rester dans la place, il prit le parti 
de se retirer. Seulement qu*allait-il laisser aux Français? Des ruines. B6ne fut 
livré au pillage, et ses malheureux habitants durent suivre le farouche lieute- 
nant d'Ahmed-bey. Ce ne fut pas tout; à peine ce dernier se fut-il éloigné, 
que les Arabes des environs tombèrent sur ce que l'incendie et les Constan- 
tinois avaient pu laisser. 

Pour garder leur conquête , les capitaines d'Armandy et Yusuf ne dispo- 
saient que des Turcs. Tout dépendait de la fidélité de ces hommes, qu'aucun 
autre gage que la parole donnée ne liait à nous. Yusuf en reçut le comman- 
dement et, sous la direction du capitaine d'Armandy, s'occupa aussitôt de 
parer aux premières difficultés. Il s'agissait de faire cesser le sac de la ville 
et de permettre aux habitants qui avaient pu échapper à Ben-Aïssa d'y ren- 
trer. Le lendemain , une embuscade de vingt Turcs fut envoyée à l'une des 
portes; dès qu'elle fut à son poste, quelques bombes furent envoyées sur les 
pillards, qui prirent aussitôt la fuite et défilèrent sous son feu. Les Arabes 
perdirent beaucoup de monde, et de ce jour on ne les revit plus. Lorsque, le 
8 avril, arrivèrent les premiers renforts venant d'Alger, la tranquillité était 
déjà rétablie. 

liOS Turcs avaient non seulement tenu leurs engagements, nmis encore, 
on plusieurs circonstances, fuit prouve d'un réel dévoucuient. Les licencier 
eût été plus que de l'ingratitude, de l'injustice. Aussi le capitaine d'Armandy 
s'opposa-t-il énergiquement à leur renvoi; bien plus, considérant la promesse 
qu'il leur avait faite comme une chose sacrée, il alla jusqu'à payer de ses 
deniers la solde due à ces hommes. Il fit ainsi , soit au moyen de ses 
propres ressources , soit en s'engageant envers d'autres ofliciers , une avance 
de quatre mille francs, qui lui fut enfin remboursée plus tard. 

D*après le traité qui les liait à nous, ces Turcs devaient être payés chacun 
un boudjou (un franc quatre-vingts) par jour. Avec cette somme, ils avaient 
à pourvoir à tous leurs besoins. 

Une certaine organisation fut donnée à cette troupe , qui rendit bientôt de 
précieux services, c L'abondance et le bien-être dont nous jouissons, écrivait 
à la date du 21 avril M. de Brivazac, commissaire général de police, sont dus 
en partie aux Turcs. Vous savez , en cflet , que pour couper les communica- 
tions et entraver le commerce, il suffit de quel(|ucs uiisérubles qui arrùtcnt 
et dépouillent les habitants paisibles. Deux fois déjà nous nous sommes trou- 
vés dans cette position; mais les Turcs commandés par le capitaine Yusuf 
sont allés surprendre les voleurs, et dès le lendemain tout est rentré dans 
l'ordre. > 

Le 15 mai, le général Monck d'Uzer vint prendre le commandement des 
troupes de Bône. Son premier soin fut de s'occuper de la situation du bataillon 
turc. Il écrivit à ce sujet au maréchal Soult, alors ministre de la guerre; mais 
ce dernier, ne comptant que médiocrement sur la fidélité des gens qui le com- 
posaient, se contenta d'écrire de sa main, en marge de la lettre : cS'en servir, 
les bien traiter, augmenter leur nombre et s'en méfier.» C'était une recomman- 



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[1833] EN ALOÉRIE 5 

dation prudente, mais que les nouveaux services rendus par le bataillon ture 
allaient bientôt rendre inutile. 

Le 27 juin , dans une sortie que le général d'Uzor effectua contre la tribu 
des Beni-Âcou, ce bataillon, qui Tul tout le temps à Tavant-garde, eut cinq 
hommes blessés. Le lendemain eut lieu un nouveau combat dans lequel il se 
signala encore et mérita tous les éloges du général. 

Le 27 juillet, Tinfanterie du bataillon faillit être prise par un incendie dés 
hautes herbes. Yusuf la sauva en lui faisant passer la Seybouse sur les che- 
vaux dont il disposait. 

A la date du 24 août, Teffectif s^élevait à cent vingt fantassins et quatre- 
vingts cavaliers. 

Le 8 septembre, Ibrahim -bcy, qui depuis l'aifaire de la casbah de Bône 
s'était retiré h Bizerto , étant parvenu à réunir quelques-unes des tribus qui 
nous étaient hostiles, se présenta devant la place avec une troupe de douze 
à quinze cents hommes. Pris entre deux colonnes qui sortirent par deux 
portes différentes, il fut complètement battu. Dans cette affaire, les Turcs 
eurent deux hommes blessés. 

L'hiver de 1832 à 1833 se passa sans amener d'autres expéditions. La gar- 
nison de Bône était, du reste, trop cruellement éprouvée parles maladies pour 
tenir la campagne. Une épidémie ayant quelques symptômes de la fièvre 
jaune se déclara en novembre, et en quelques mois enleva un quart des 
troupes et de la population. Seul le bataillon turc ne fut pas atteint. On lui 
donna à garder les postes extérieurs, c'est-à-dire les plus malsains; il s'en 
acquitta avec dévouement , et, grflce à son activité, la tranquillité ne fut pas 
un instant troublée. 

IjO 20 avril, une sortie eut lieu contre les Ouled-Attia, qui avaient commis 
plusieurs actes de brigandage sur nos alliés et sur dos Européens. La colonnOi 
sous les ordres du général d'Uzer, se mit en route à minuit; le bataillon turc 
était à l'avant-garde. Au point du jour, la tribu fut surprise, et, après un 
engagement où Yusuf, qui venaitd'étre nommé commandant, fut blessé, tous les 
troupeaux des dissidents restèrent entre nos mains. Les Arabes eurent trente 
et un tués et durent nous abandonner quatre cent-cinquante boeufs ou vaches, 
le môme nombre de moutons et quelques chevaux. 

Lorsque les chaleurs arrivèrent, le bataillon fut réparti dans les blockhaus 
des environs de la place. Les tribus voisines étaient rentrées dans le devoir, 
et, grflce à l'administration ferme et prudente du général d'Uzer, le calme 
régnait partout. Mais Tétat sanitaire restait toujours aussi mauvais , sinon 
pire , et la garnison en souffrait cruellement , à l'exception cependant du ba- 
taillon turc , qui restait dans d'excellentes conditions. 

Cette situation difficile menaçant de se prolonger longtemps encore, pour 
y remédier le général pensa à former, avec ce bataillon et des Arabes recrutés 
parmi les habitimls. de la ville et les tribus amies du dehors , un corps de 
fusiliers entièrement composé d'indigènes et destiné à l'occupation des postes 
extérieurs. Le 2 septembre, il écrivit à ce sujet au ministre de la guerre, lui 
demandant l'autorisation de créer une première compagnie de deux cents 
hommes. C'était grever le budget d'une nouvelle dépense; sa demande fut 



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I.B a* BÊOIMBNT Dl:: TIRAUXRUUS Al.Oj^.lURNS [1836] 

d'abord ajournée, puis oubliée. Mais le général se chargea de la rappeler; au 
mois de février 1834, il écrivait de nouveau en faisant ressortir les avantages 
de sa proposition : c Jeprendsia liberté, monsieurle Maréchal, disait-il, d'insister 
sur cette organisation qui pourrait prendre plus de développements à mesure 
que nous étendrons plus loin nos possessions. Les Anglais, dans l'Inde, se 
sont servis avec succès des naturels du pays pour accroître leur domination. 
L'essai que j*en ai fait moi-même a produit les plus heureux résultats , et je 
serai à même d'en obtenir de plus vastes lorsque vous m'aurez permis d'aug- 
menter mes moyens. C'est avec des corps d'otages, à pied et à cheval, que 
nous pourrons plus tard occuper cette belle province. » - 

La lettre qui précède ne s'inspirait-elle pas d'une haute expérience et d'un 
large esprit de colonisation? Sans doute; mais l'idée du général d'Uzer n'était 
pas encore assez mûre, et il fallait attendre que le temps, les nécessités du 
moment et une plus longue pratique de la guerre d'Algérie eussent démontré 
l'utilité de cette création. Le bataillon turc resta donc à l'état embryonnaire, 
sans organisation régulière, formant un groupe d'environ deux cents fantas- 
sins ou cavaliers aux ordres de Yusuf , qui le considérait un peu comme une 
chose sienne I et s'en servait souvent comme de janissaires spécialement atta- 
chés à sa personne. 

Au mois de septembre 1834, le maréchal Gérard se trouvant alors au mi- 
nistère, le général fit une dernière tentative. Cette fois son projet fut admis 
en principe; mais le ministre, s'inspirent de ce qui avait été fait dans la pro- 
vince d'Alger, aurait voulu voir les indigènes incorporés dans les zouaves. 
Le général d'Uzer ne fut pas de cet avis, et, après quelques lettres échangées, 
les choses en restèrent là. La situation était d'ailleurs redevenue des plus 
satisfaisantes; la garnison de Bône suffisait, et au delà, aux besoins du ser- 
vice , et nulle création nouvelle ne s'imposait plus. 

Cette question paraissait définitivement délaissée et le bataillon turc de 
Bône destiné à disparaître un jour faute d'éléments , lorsque l'arrivée du ma- 
réchal Qausel à la tête du gouvernement de nos possessions dans le nord de 
l'Afrique fit tourner tous les regards du côté de Constantine, et reporter sur 
la place de Bône une partie de l'intérêt dont jusque-là Alger et Oran avaient 
joui sans partage. Par le même concours de circonstances, Yusuf devint 
l'homme du jour ; il fut, en attendant la déposition eflectivo d'Alunod , nommé 
bey in parlibus, et eut pour mission de réunir sous sou autorité toutes les 
tribus hostiles à ce dernier, pour en former un corps d'auxiliaires qui, dans 
l'esprit du maréchal , devait presque suffire à l'expédition projetée. Le ba- 
taillon turc devait lui-même être porté au chiffre de mille hommes et rece- 
voir une instruction militaire suffisante pour lui permettre de résister à l'in- 
Cunterie régulière du bey. 

Tous ces projets furent soumis au maréchal Maison , ministre de la guerre, 
qui, toujours pour des raisons budgétaires, limita l'eflectif du bataillon turc 
à cinq cents hommes; encore la somme d'un boudjou ne fut-elle maintenue 
que pour ceux qui avaient été enrôlés par le capitaine d'Armand y ; les autres 
ne reçurent plus que 0,G0 centimes par juur et les vivres de campagne. 
L'expédition de Constantine eut lieu au mois de novembre. Le bataillon 



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[I83t] EN ALGÉRIE 7 

turc fut placé dans la brigade de Rigny, et concourut d*abord au service de 
reconnaissance, puis à celui d*avant-garde. Le 15, la colonne, sous les ordres 
du maréchal Clausel, campa sous Guclma; 1c 16, sur les bords de la Sey- 
bouse; le 17, au pied du Ras-el-Akba, et le 19, à Ras-Oued-Zénati. Le 20, on 
commença & apercevoir de nombreux groupes d'Arabes, qui Tuirent sans ac- 
cepter le combat. Le temps était devenu des plus mauvais, les chemins 
étaient défoncés. Le soir, on campa au tombeau romain , à Somma. La nuit 
fut aflreuse, le froid très vif; plusieurs hommes moururent. Le 21, on tra- 
versa rOued-Akmimin; le même jour on devait arriver devant Cionstantine. 
Le maréchal pensait qu'on y entrerait sans coup férir; mais à peine les 
troupes furent-elles sous le canon de la place, que celui-ci se fit entendre. 
Il n'y avait plus de doute, la ville était décidée à la résistance; il allait 
falloir l'attaquer de vive force. La brigade de Rigny fut envoyée au Goudiat- 
Aty; les autres troupes s'établirent au Mansourah. 

Le 22, le maréchal fît canonner la porte du pont sur le bord du ravin. 
Aucune tentative ne fut faite du côté du Coudiat-Aty. Le 23 , l'artillerie con- 
tinua à battre la ville. Ce jour-là, Ahmed-bey, qui tenait la campagne pen- 
dant que Ben-Aîssa défendait la place, vint attaquer les troupes du général 
de Rigny et tenta de les déloger du Coudiat ; mais celles-ci se défendirent vi- 
goureusement, et l'ennemi dut se retirer. 

La nuit suivante, une attaque fut tentée sur la porte du pont et échoua 
complètement. Une autre, dirigée par le lieutenant- colonel Duvivier sur la 
porte Bab-el-Oued, n'eut pas plus de succès. 

Il fallut se résigner à la retraite. La brigade de Rigny évacua le Coudiat- 
Aty, gagna le Mansourah , et, le 24, le mouvement commença. Heureusement 
le temps se remit au beau ; c'est ce qui sauva l'armée. Le soir, on revint au 
tombeau romain. Pendant toute la journée, les Arabes avaient harcelé l'ar- 
rière-garde et les flancs de la colonne. Le 25, on coucha à l'Oued-Talaga; 
le 26, au marabout de Sidi-Tamtam, sur l'Oued-Zénati; le 27, à Medjès-Amar, 
et, le 28, h Guelma. Le l^** décembre , on était de retour ft Bdne. Le bataillon 
turc, qui était parti avec cinq cents hommes, revenait avec à peine trois 
cents; les fatigues, les maladies, le froid et quelques désertions avaient pro- 
duit lous CCS vides. On se plut cependant à reconnaître la résignation avec 
laquelle ces pauvres gens, mal habillés, mal équipés et mal organisés, avaient 
subi toutes ces privations. 

Pendant la période d'une année qui s'écoula entre la première et la deuxième 
expédition de Constantine , la situation du bataillon turc ne fut point modi- 
fia. Yusuf , qui avait vu ses espérances politiques complètement déçues par 
l'insuccès d'une entreprise dont il avait été le principal inspirateur, s'était 
alors désintéressé de cette troupe, qui ne pouvait plus servir h son ambition. 
Il dut même bientôt quitter Bône, où sa présence ne pouvait rappeler que des 
mécomptes. Il fut remplacé, à la tête des troupes indigènes , d'abord par le 
capitaine de Berlier, des spahis, puis par le lieutenant Allégro, ce dernier 
avec le titre d'agha de l'infanterie. 

Au mois de mars 1837, le bataillon comprenait encore trois cent quatre- 
vingts hommes, répartis entre les postes de Bône, la Galle et Dréan. 



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8 LB 3* RÉQIMBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1838] 

La seconde expédition de Constantine eut lieu au mois d'octobre de cette 
inême année. Un détachement de cent dix-neuf hommes du bataillon turc fut 
désigné pour y prendre part, et se trouva compris dans les troupes de la bri- 
gade Trézel. 

Cette fois, les opérations, mûrement et longuement préparées, amenèrent 
un résultat décisif: Constantine fut pris le 13 octobre 1837. Le 11, dans 
Taprès-midi, après que les batteries de brèche eurent ouvert leur feu, le gé- 
néral Damrémont, désireux d'arrêter Teflusion du sang, résolut d'adresser une 
proclamation aux assiégés. Mais comment la faire parvenir? Un jeune soldat 
du bataillon turc s'offrit généreusement pour la porter. A ce moment , le feu 
de la place était très vif; la mission était périlleuse. Le parlementaire s'ap- 
procha des remparts en faisant connaître par des signes le caractère dont il 
était revêtu. On lui jeta une corde; il monta et ne reparut plus. On le crut 
perdu. Le feu, do part et d'autre, continua do plus belle. Le leudcmain-, on le 
vit revenir sain et sauf; on l'avait conduit à l'intendant du palais; celui-ci 
l'avait gardé une partie de la nuit pour lui bien faire voir les préparatifs de 
défense, puis l'avait renvoyé. Il n'avait pu ôtre présenté à Ben-AIssa; mais 
il rapportait cependant la réponse verbale suivante : 

c II y a à Constantine beaucoup de munitions de guerre et de bouche. Si 
les Français en manquent, nous leur en enverrons. Nous ne savons ce que c'est 
qu'une brèche ni une capitulation. Nous défendrons à outrance notre ville 
et nos maisons. Les Français ne seront maîtres de Constantine qu'après avoir 
égorgé le dernier de ses défenseurs. » 

Le général Damrémont écouta cette réponse avec un profond intérêt, et 
s'écria : c Ce sont des gens de cœur. » Puis il monta à cheval pour aller 
visiter la nouvelle batterie de brèche , et s'arrêta en face de la ville. A ce 
moment, un boulet parti de la place le renversa sans vie. 

Le détachement du bataillon turc ne prit pas une part directe à l'attaque 
de la ville; pendant l'assaut il resta à la garde du convoi. Le 20 , il se remit 
en route pour Bône avec le général Trézel , qui ramenait un convoi de ma- 
lades. Le 26, il rentrait dans cette ville. 

A partir de ce moment, le corps auxiliaire dont nous venons de faire l'his- 
torique sommaire prit la dénomination de demi -bataillon turc de Bône. Un 
autre corps analogue allait être formé à Constantine, et la fusion de ces deux 
troupes allait amener, le 11 août 1842, la formation définitive d'un corps 
régulier, du bataillon de Tirailleurs inéUgines de Corutanline. 

Pour en finir avec le rôle joué par le bataillon turc de Bône , il nous reste 
à parler des dernières opérations auxquelles il prit part. Ces opérations furent 
peu nombreuses, d*abord par suite de la dispersion du demi-bataillon qui fut 
.fractionné entre Bône, la Celle et Guclma, ensuite à cause de la tranquillité 
qui ne cessa de régner aux environs de ces postes. 

Il devenait cependant nécessaire de parcourir le pays, pour y asseoir notre 
autorité. Au mois d'avril 1838, une colonne, composée de quatre escadrons 
de spahis et d'environ deux cents hommes du demi-bataillon turc, fut placée 
sous les ordres du commandant de Hirbeck. Cette colonne parcourut tout le 
territoire compris entre la Seybouse^et les frontières de Tunis, rendant la 



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[1841] EN ALGÉRIE 9 

justice, réparant les désordres intérieurs et faisant rentrer les contributions. 
Le 26 , elle fut attaquée, près d*A!n-Ghiar, par des insurgés appartenant aux 
Beni-Mézen, aux Ouled-Alî et aux OuIed-Amor-ben-Ali. Elle mit en fuite les 
contingents rebelles et leur tua une vingtaine d*hommes. A la fin du mois, 
elle rentrait à Bône. 

Dans le courant du mois de mai eut lieu une seconde tournée, cette fois 
vers Touest de Bône, dans le bassin du lac Fezzara. 

Les années 1839 et 1840 furent une ère de paix pour les garnisons du nord- 
est de la province de Constantine. Au mois de décembre 1840, il y eut cepen- 
dant une expédition chez les Beni-Salah, dont le cheik, Ahmed-ben-Cha!b, 
avait traîtreusement assassiné le capitaine Saget, chargé du service topogra- 
phique de la région. 

En 1841 , le remplacement du caïd de TEdough provoqua le soulèvement 
do plusieurs tribus knbylcs. Au mois do juillet, une colonne, & laquelle 
le demi-bataillon turc fournit un détachement d'une cinquantaine d'hommes, 
fut dirigée contre les Beni-Mohamed. Mais on ne put joindre l'ennemi , et 
cette colonne dut rentrer à Bône quelques jours après. Deux autres expédi- 
tions eurent encore lieu contre cette tribu en septembre et en novembre; 
puis tout rentra dans l'ordre, et le demi -bataillon turc put se consacrer à 
l'œuvre de réorganisation prescrite par l'ordonnance royale du7 décembrel841. 
Ce demi-bataillon, qui se trouvait alors réduit à deux cent cinquante hommes, 
forma, le 11 août 1842, les 7* et 8« compagnies du bataillon de Tirailleurs 
de Constantine créé par l'ordonnance ci-dessus. C'est sous cette dénomination 
que nous le retrouverons désormais dans le cours des événements qui vont 
avoir la province de Constantine pour théâtre. 



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CHAPITRE H 

(1837-1843) 



Bataillon turc de Gonstantinc. — Sa formation. — Son organisation première. — Opérations 
militaires auxquelles il prend part depuis sa formation jusqu'au 11 août 1843. 



Dès les premiers jours de notre entrée dans Conslantioe, des Turcs, des 
Koulouglis , des Kabyles et des habitants de la ville qui avaient été au service 
du boy Ahmed, étant venus nous demander ù contracter un engagement, 
soit pour les spahis, soit pour un corps d'infanterie, le général Vuléo décida 
qu'il serait créé un bataillon indigène au moyen de ces divers éléments. Le 
recrutement commença le 17 novembre; le 9, le nombre des enrôlés s'élevait 
à quarante pour les spahis et à six cent cinquante pour l'infanterie. Les jours 
suivants, ces chiffres allèrent encore s'augmentent. 

Le 9 décembre, le général de Négrier vint prendre le commandement de la 
garnison en remplacement du général Bernelle. Le 10, il fit paraître un ordre 
réglementant la formation du bataillon indigène, et le 12 il présida lui-même 
à cette formation. Ce bataillon prit le nom de butaillon turc de ConslaïUuw, 
et fut placé sous les ordres du commandant Paie, du bataillon de Tirailleurs 
d'Afrique. On lui adjoignit une compagnie de canonniers et un escadron de 
spahis. Les cadres furent formés d'officiers pris dans les divers corps de la 
garnison et de sous-officiers et de caporaux français et indigènes, nommés à 
titre permanent. La solde journalière de la troupe fut ainsi fixée : sergents, 
1 fr. 10; caporaux, 75 c; soldats, 60 c. Il pouvait être alloué un supplé- 
ment de 40 c. par jour en remplacement de vivres. Cette solde devait suflBre 
à tous les besoins, en dehors de Téquipement et de l'armement. Les hommes 
pouvaient prendre leurs repas et même loger en ville; ils se rendaient indivi- 
duellement aux appels et aux rassemblements. Aucune tenue ne fut encore 
fixée, mais l'ensemble du costume musulman fut de rigueur. 

A peine formé, le bataillon turc prit part à toutes les opérations que le gé- 
néral de Négrier dirigea pour reconnaître et pucilier l'intérieur do la province. 

Le 25 décembre, ce général organisa une colonne mobile composée des 
compagnies d'élite des 26* et 61« de ligne, de celles des Tirailleurs d'Afrique, 
de cent cinquante hommes du 3« bataillon d'Afrique et de deux cent cin- 



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[1838] LK T nÉQlMRNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE il 

qoante du bataillon turc. Cette colonne était destinée & faire dés sorties et 
des reconnaissances instantanées. Lorsqu'elle devait se mettre en route, les 
ordres étaient donnés la veille au soir après la fermeture des portes , de sorte 
que rien ne transpirait au dehors. Le commandement en fut donné au lieute- 
nant-colonel Pâté, qui venait d*6trc nommé à ce grade et remplacé à la tôto 
du bataillon turc par le commandant Janel, du 26** de ligne. 

La première opération de la colonne mobile eut Heu le 19 janyier 1838, et 
fut dirigée contre la tribu des Moulas, où Ton croyait que se trouvait Ben-A!ssa. 
On surprit celte tribu, on lui enleva quelque bétail, mais on ne trouva pas 
Ben-Aîssa. Ce dernier, cflrayé, ne songea plus qn*à traiter avec nous. Il se 
rendit à Bône, où il Bt sa soumission au général Gastellane, qui l'envoya à 
Alger. Le 10 février, la colonne mobile se porta sur Milah , où elle fut très 
bien reçue par les habitants. 

Du 17 au 19 février, on eflectua une reconnaissance sur le Bou-Merzoug jus- 
qu'aux sources de cette rivière. Le 26 , la colonne mobile exécuta une rattia 
sur la tribu dcsOuled-abd-el-Nour. 

Le 7 avril , une reconnaissance fut dirigée sur Stora. Au retour, les Kabyles, 
descendus des montagnes, cherchèrent à inquiéter l'arrière- garde, composée 
en grande pnrtio avec lo bataillon turc; ils la harcelèrent pendant près de 
quatre heures, lui tuèrent trois hommes et lui en blessèrent dix-huit, mais 
sans parvenir à Tentamer et en faisant eux-mêmes des pertes considérables. 

Le 28 avril , une colonne, dont le bataillon turc tout entier fit partie, quitta 
Constantine pour aller visiter le pays des Haracta. Le soir, elle bivouaqua au 
confluent de l'Oued-Kaleb et du Bou-Merzoug. Le 29, elle se rendit à EI-Bordj, où 
elle séjourna le 30. Le 1°' mai , elle s*arr6ta dans la plaine de Temlouka; le 2, 
au delà de cette plaine, sur un des affluents de l'Oued-Cherf , où elle séjourna 
le 3 et le 4. Le 5, on traversa de nouveau le Temlouka, et l'on alla bivouaquer 
sur l'Oued-Méris, chez les Amer. Le 6, on arriva près de la mosquée de Sidi- 
bel-Abassi, et, le 8, toute la colonne rentrait à Constantine sans avoir eu à 
tirer un seul coup de fusil. 

Du 15 au 30 mai eut lieu , dans le pays des llanencha, une poursuite contre 
Ahmed-bey qui resta sans résultat. 

Les Arabes n'avaient encore rien payé comme impôts depuis la prise de 
Constantine. Le général do Négrier résolut de faire cesser cet état de choses et 
chargea, vers la lin do juin, l'aglm llamlaoïii d'exécuter cotte opération fis- 
cale. Il fut donné à ce dernier une escorte sous les ordres du commandant 
Janet, et comprenant un escadron de spahis et le bataillon turc. La tournée 
commença par la. contrée qui se trouve au sud de la roule de Milah à Djemi- 
lah, puis la petite colonne alla s'établir chez les Ouled-Kaleb. Tout se passa 
à peu près bien, et l'on rentra à Constantine vingt jours après en être parti. 

A la fin de juillet, le général de Négrier fut remplacé par le général de 
Galbois. Un mois après sa prise de commandement, le 8 septembre, ce der- 
nier partit de Constantine avec deux bataillons d'infanterie , trois cents chas- 
seurs du 3** régiment, deux pièces de montagne, le bataillon turc et les spahis 
pour faire une nouvelle expédition chez les Haractà. Cette colonne, qui suivit 
à peu près le même itinéraire que celle qui, au printemps, avait opéré dans 



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12 LE 3* RÉOniENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1839] 

la même région , ne trouva sur son parcours que des tribus soumises, et 
rentra à Constantine le 23 , en même temps que le maréchal Valée , Tenu 
d'Alger, y arrivait de son côté. 

Le gouverneur général venait dans le double but d'organiser la province et de 
fonder un établissement à Stora. Le 26 septembre, il fit reconnaître la route de 
Smendou à El-Arrouch. Quelques jours après, le général de Galbois prit posses- 
sion de cette localité et y établit le bataillon turc, dont le commandement venait 
d'être donné au capitaine Mollièro, des zouaves. La position fut aussitôt organi- 
sée défensivement. Le 9 octobre, enorgueillis par la prise d'un convoi qui allait 
de Constantine à Stora escorté par des Arabes, les Kabyles vinrent attaquer 
le camp occupé par le bataillon. Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits ils 
le harcelèrent sans relâche, mais sans parvenir à lasser l'énergie des défen- 
seurs. Ils se retirèrent honteusement, sans avoir remporté le moindre succès. 

Dans les premiers jours de décembre, le bataillon turc vint occuper le camp 
de Smendou, d'où il fut bientôt dirigé sur Milah pour protéger les convois 
allant à Sétif. Il se trouvait dans ce poste lorsque le 3^ bataillon d'infanterie légère 
d'Afrique fut attaqué à Djemilah. Pendant cinq jours, du 18 au 22 décembre, 
cette troupe se défendit héroïquement et souffrit toutes les angoisses de la soif. 
Aussitôt prévenu, le général de Galbois envoya à son secours un bataillon du 
26* de ligne et deux compagnies du bataillon turc. Les Kabyles s'enfuirent à 
l'approche de ce détachement, qui arriva à Djemilah le 23. Quelques jours 
après, les deux compagnies du bataillon turc rcntmicntù Miluli, et lu buluillun 
tout entier reprenait la roule de Constantine. 

L'hiver de 1838 à 1839 fut exclusivement employé à l'instruction ; aucune 
expédition n'eut lieu jusqu'au printemps. 

Le 5 mal , le bataillon turc entra dans la composition d'une colonne qui 
devait, sous les ordres du général de Galbois, se porter sur Djidjelli par terre, 
pendant que le commandant de Salles, venant d* Alger avec un bataillon de 
la légion étrangère, s'y présenterait par mer. Cette colonne arriva jusqu'à 
Djemilah, où elle s'arrêta, le général de Galbois ne se décidant pas à traverser 
avec si peu de monde un pays que la nature du sol et les dispositions hostiles 
des habitants rendaient très dangereux. On resta quelque temps dans cette 
position, qui fut mise en état de défense « puis la colonne se porta sur Sétif, 
où furent laissés le bataillon turc et quatre compagnies du 23* de ligne. 

Cette garnison travailla activement au relèvement des ruines de cette an- 
cienne station romaine. En même temps elle envoya des détachements à 
Djemilah, au camp de Mohallad, et assura les communications avec Constantine. 

Cependant, malgré les importants services qu'il rendait depuis sa forma- 
tion, le bataillon turc n'avait encore reçu aucune récompense. Les officiers, 
dont la plupart y étaient entrés avec promesse d'avancement, commençaient 
à se sentir découragés devant une situation faite tout entière d'incertitude. 

Les choses en étaient là lorsque, le 21 octobre, le duc d'Orléans arriva à 
Sétif avec le maréchal Valée et la colonne qui allait opérer dans les Bibans. 
Le prince, dont le voyage en Algérie avait surtout pour but de relever les 
négligences de l'administration du la guerre, fut touché do la situation de ce 
bataillon. Il promit do s'occuper séricuscnicut de son organisation définitive. 



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[1840] EN ALGÉRIE 13 

et, pour témoigner de sa eollicitude pour ce nouveau corps, il décida que les 
l^ et 5* compagnies prendraient part à Texpédition qui allait avoir lieu. 

La colonne quitta Sétif le 25 octobre, et alla bivouaquer à Aîn-Turc, à vingt 
kilomètres à l'ouest. Le 26, on s'arrêta à Bordj-Medjana. Le 27, on s'établit 
sur rOuod-Rouknton , et, le 28, on s'cngngca dans les Bibans. Ce môme jour, 
le général de Gnibois se sépara du maréchal pour revenir sur Sétif avec quelques 
troupes, dont Tirent partie les deux compagnies du bataillon turc. Il arriva dans 
cette ville le 30 , et y resta quelques jours pour y organiser le service. Quatre 
cents hommes du bataillon turc y furent laissés avec un peu d'artillerie, 
quelques spahis pour la correspondance et deux compagnies du 62* de ligne. 
Ces dispositions prises, le général rentra à Constantine, emmenant le restant 
du bataillon, qui fut aussitôt envoyé au camp de Sidi-Tamtam. 

Le détachement de Sétif passa dans ce poste tout l'hiver de 1839 à 1840. 
Les travaux d'installation commencés dans cette place au printemps de 1838 
furent activement repris, et Sétif acquit tout à coup une importance qu'on ne 
lui avait d'abord pas supposée. 

Les premiers mois de 1840 ne furent marqués par aucune expédition. La 
province de Constantine fut assez tranquille et ne se ressentit point des vio- 
lentes secousses qui, h cette époque, agitaient les provinces d'Alger et d'Oran. 
Cependant une certaine eflervescence régnait chez les llaracta : Ahmed-bey 
avait paru chez eux et avait activement travaillé leurs dispositions hostiles. 
Le général de Galbois résolut de les punir, et partit de Constantine le 13 avril, 
à la tête d'une partie du 61* et du 22* de ligne , du bataillon turc, de la cava- 
lerie et d'un parc d'artillerie. Le 16 , il se porta sur Ain-Babouch , au pied du 
Djebel-Sidi-Rouis. Les Haracta avaient fui. Le 18, la colonne se mit à leur 
poursuite et alla coucher à Aîn-Be!da; le 19, on bivouaqua à Aln-Sedjara; le 
20, on atteignit l'Oued-Meskiana, affluent de la Medjerda. La vallée était cou- 
verte de troupeaux, dont la cavalerie s'empara en un instant. Les Haracta se 
défendirent faiblement. Le 21 , on se mit en retraite, ramenant quatre- vingt 
mille tôtes de bétail. On vint coucher à Aïn-Ouessa. Pendant toute la route, 
la colonne fut harcelée par cinq & six cents cavaliers arabes , qui lui tuèrent 
ou blessèrent quelques hommes. Le 24 , on rentrait à Constantine sans autre 
incident. 

A la suite de cette expédition furent cités comme s'étant particulièrement 
distingués : 

MM. Ruiland , lieutenant à la 4° compagnie. 
Salah-ben-Hadj-Amar, sergent, blessé. 

Taleb-ben-Craïeb , caporal . 

Mohamcd-ben-Bclkassem , soldat. 

Mohamed-el-Blidi , d* 

Ce dernier était porté à l'ordre pour avoir tué deux Kabyles et en avoir 
blessé un troisième. 

Pendant ce temps, la garnison de Sétif, dans laquelle le bataillon comptait 
quatre cents hommes, étendait notre influence sur les tribus voisines de ce 



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14 LE 3^ RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l840] 

poste. IMusiûurs cxpédilious avaicnl ou lieu, nolaminent conlro les liabitauls 
du Djebel-Babor, qui avaient attaqué les Amer, dos alliés. 

Vers la fin d'avril , Ben-Amar, lieutenant d*Abd-el-Kader, s'étant montré 
dans cette région, d'autres troupes furent envoyées à Sétif pour y organiser 
une brigade, qui fut placée sous les ordres du colonel Lafontaine. Mais ces 
troupes, au lieu de tenir la campagne, restèrent inactives, et Bon-Amar en 
profita pour soulever tout le pays. Le 4 mai, un bataillon du 62<', qui se trou- 
vait à Aïn-Turc, fut attaqué par environ quatre mille Kabyles. Le manque de 
munitions allait rendre sa situation des plus critiques lorsque, le 8, la garnison 
de Sétif se porta à son secours. Le poste fut supprimé, et Ton envoya le batail- 
lon turc occuper la pointe de Sidi-Ëmbareck, près de Bordj-Medjana. Grâce 
à Tefficace protection de ce nouveau poste, qui se trouvait au centre de la 
plaine de la Medjana, notre kbalifa Ahmed -ben- Mohamed -eUMokraoi put 
rentrer dans ses fonctions , et la tranquillité se mit à renaître pour quelque 
temps dans la région. Tout paraissant apaisé, le poste de Sidi-Embareck fut 
supprimé à la fin de juin, et sa garnison rentra à Sétif. 

Furent cités à l'ordre de l'armée à la suite de ces diverses affaires : 



MM. Mollière, 


chef de bataillon, 


Plombin, 


lieutenant. 


Bourbaki, 


d" 


Ducliaine, 


souS'lioutcnuut. 


Kinello, 


sergent. 


Uelbourg, 


d« 


Sieber, 


do 


Tahar-Ouaraqui, 


do 



llassein- bon -Mohamed , soldat. 

L'effet produit par les opérations qui venaient d*avoir lieu dura à peine deux 
mois. Au mois d'août, on apprit tout à coup qu'EI-lladj- Mustapha, frère 
d'Abd-el-Kader, venait d'arriver à M'Sila et se dirigeait vers Sétif en soulevant 
toutes les tribus sur son passage. En moins de huit jours l'insurrection devint 
générale. Le colonel Levasseur, qui commandait à Sélif, fut presque bloqué 
dans son cainp. Le 17 août, une reconnaissance de cavalerie tomba dans un 
gros d'Arabes, perdit beaucoup do monde, et ne fut dégagée que par l'inter- 
vention d'une colonne d'infanterie dont le bataillon turc lit partie. 

Le 29, des renforts arrivèrent à Sétif. Il fut décidé qu'on prendrait vigou- 
reusement l'offensive. Le l*** septembre, le colonel Levasseur sortit avec toutes 
ses forces disponibles et se dirigea vers Medzerga , sur le territoire des Ouled- 
Nabeth, où se trouvait le camp d*EI-lladj-Mustaplia. On no tarda pas à ren- 
contrer la cavalerie ennemie, qui se mit à tirailler sur la tète et sur les flancs de 
la colonne; quelques bataillons, dont celui des Turcs, furent aussitôt déployés, 
et l'on continua à s'avancer vers Medzerga. Là on trouva rinfantcric kabyle, 
qui, abordée vigoureusement par la nôtre et chargée par la cavalerie, fut en 
un clin d'œil enfoncée et dispersée. Dans ce combat, le bataillon eut un officier 
blessé, M. Martin, sousriieutenant, et plusieurs hommes tués ou blessés. 



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[iS^l] E:N ALOÉniB 15 

Cette brillante aflaire ayant ramené à nous toutes les tribus révoltées « le 
11 septembre tout était rentré dans Tordre. 

Le général dcCalbois était arrivé à Sétifle l**" septembre. Après cette courte 
expédition, il adressa aux troupes un ordre dans lequel le bataillon turc compta 
les citations suivantes : 

MM. Martin , sous-lieutenant, blessé. 

Soumet, sergent-fourrier. 

Abdallab-Deradj , sergent. 

Mohamed-Mufly, d® 

Saad'ben- Ahmed , soldat. 

Mohamed-Djena, ô^ 

Au mois d'octobre, le bataillon rentra à Gonstantine. Il était alors question 
d'une marche sur Biskra, et il devait y prendre part avec le demi -bataillon 
^turc de B6ne. Cette expédition n*ayant pas eu lieu, il resta à Gonstantine, où 
il passa Thiver. 

Le général de Galbois proGta de ce repos pour donner à cette troupe une 
organisation plus complète et se rapprochant autant que possible do celle 
des corps réguliers. Dans un ordre du 15 octobre, il prescrivit la formation 
de neuf compagnies , dont une d*artillerie, avec ce que le bataillon comptait 
alors. L'une de ces compagnies fut appelée compagnie de la Medjana, parcQ 
qu'elle resta en permanence dans cette contrée, où elle effectua son recrute- 
ment. 

L'hiver se passa d'une façon fort tranquille. A la cessation des plm'es , le 
bataillon fut réparti sur divers points aux environs de Gonstantine, pour 
garder des prairies dont Tadminislralion s'était réservée les foins. Les soldats 
ayant saisi du bétail qui, malgré les défenses, avait été conduit dans ces 
prairies, quelques Arabes de la tribu des Zmoul, à laquelle il appartenait, 
vinrent leur tirer des coups de fusil. Le général de Négrier, qui venait de 
remplacer le général de Galbois, envoya arrêter les huit principaux habitants 
du douar coupable et leur fit couper la tête. 

Le commandant Mollière ayant été nommé licutenantrcolonel le 27 février, 
au mois de mai , le capitaine d'état-major Thomas , aide de camp du général 
de Négrier, fut désigné pour commander provisoirement le bataillon. Avec un 
détachement de cent hommes, il prit part à une expédition dirigée sur 
M'Sila, qui était resté le centre des opérations d'El-lladj-Mustapha. 

La colonne, forte de dix- sept cents hommes, partit de Gonstantine le 
29 mai; elle arriva le G juin à Sctif , et 1& se renforça de six cents hommes 
d'infanterie et d'un escadron de chasseurs. Elle se remit en route le 8, arriva 
le 9 à Bordj- Medjana, où fut laisse un détachement de deux cents hommes, 
et le 11 atteignit M'Sila sans avoir eu à combattre, El-Iladj-Mustapha s'étant 
retiré à la nouvelle de notre approche. Le 14, on se remit en route pour 
Bordj - Medjana en prenant un autre chemin que celui suivi en allant; on 
remonta là vallée de l'Oued -Ghcna , et, le 16 , on arriva à Bordj. Le 26, la 
colonne rentra à Gonstantine. 



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16 LE 3* RÉOIlfBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1842] 

Au commencement de juillet , le bataillon se trouvait tout entier réuni dans 
cette ville. H alla prendre position au centre de la tribu des Ouled-abd-el- 
Nour, où il séjourna jusqu'au mois de septembre pour y assurer la levée des 
contributions. Il fit entrer dans la caisse du trésor soixante -quinze mille 
francs de contributions pécuniaires et la valeur d'environ deux mille sept 
cents sacs d'orge et d'autant de sacs de blé. Après cette opération, il rentra 
à Constantine, s'y réorganisa, et partit pour lo cainp d'EI-Arroucli pour prendre 
part aux opérations contre les Beni-Toufout et les Oulcd-cl-lladj , qui avaient 
attaqué un convoi entre Philippeville et ce camp. Dans la nuit du 12 au 13 sep* 
tembre il rejoignit , sur le territoire des Béni -Toufout , le général de Né- 
grier venant de Philippeville. La contrée (ut ravagée , le principal village des 
Ouled-el-Hadj incendié, et la plus grande partie du bétail de cette tribu resta 
entre nos mains. La nuit suivante, on se replia sur El-Arrouch. 

Le 29, le bataillon turc, trois cents hommes du 22* de ligne et cent cin- 
quante chevaux se portèrent, au moyen d'une pénible marche de nuit, 
contre la tribu des Zardeza. Le détachement pénétra dans des gorges impra- 
ticables , et I après un vif engagement qui coûta douze blessés au bataillon 
turc, s'empara du bétail de cette tribu. 

Le mois d'octobre fiit marqué par une expédition chez les Zmoul , qui n'a- 
vaient pas voulu payer l'impôt. Le 10 , la colonne ayant été divisée en deux 
groupes pour opérer contre les Ségnia , le bataillon constitua également deux 
fractions qui servirent d'avant-garde à chacun de ces groupes. L'opération fut 
couronnée d'un plein succès, et l'avant -garde eut les honneurs de la journée 
en allant traquer l'ennemi dans des gorges considérées jusque-là comme inac- 
cessibles. On fit sur ce dernier un butin considérable en bétail, et on lui tua 
quelques hommes. De son côté, le bataillon turc eut encore douze hommes 
blessés. 

Le 12 octobre , le général de Négrier rentra à Constantine , laissant la garde 
du pays au bataillon turc. Ce bataillon assura la levée des contributions qui 
n'avaient pas encore été payées, puis, au mois de novembre, rentra à sou 
tour à Constantine pour y prendre ses quartiers d'hiver. 

Les derniers combats auxquels il avait assisté avaient démontré l'impor- 
tance que cette troupe était capable d'acquérir avec une bonne instruction mi- 
litaire. Les soldats indigènes, trop habitués à se battre pour leur propre 
compte, avaient souvent causé des embarras aux troupes françaises, soit par 
leur imprudente audace , soit par leur ténacité irréfléchie. 11 fallait les habi- 
tuer à se rallier promptement pour se porter en avant ou en arrière , et les 
rendre disciplinés à la voix de leurs chefs. Ce fut vers ce desideratum que 
tendirent tous les efforts de ces derniers pendant le repos des mois d'hiver. 
Les progrès furent si marqués, que, dans la campagne suivante, le bataillon 
turc allait étonner tout le monde par la précision de ses manœuvres et l'en- 
semble de ses mouvements. 

Vers les premiers jours de mai 1842, une colonne commandée par le 
général de Négrier, et dans la composition de laquelle entraient trois cent 
cinquante hommes du bataillon, alla s'établir chez les Haracta et amena la 
complète soumission de cette tribu. Le 27 mai, cette colonne se mit en route 



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[1842] EN ALGÉRIE 17 

pour Tébessa , où nos troupes n*avaîent point encore paru. Le soir, on bivoua- 
qua à Aîou-el-Rebaa , sur TOued-Tourouch, où l'on fit séjour les 28 et 29. 
Le 30, après avoir traversé TOued-Tourouch et franchi le Djebel-Amana , on 
descendit dans le bassin de TOued-Meskiana, et Ton campa sur les bords de 
cette rivière. Le 31, l'étape fut de quarante- huit kilomètres; la colonne arriva 
h Tcljcssa & six heures du soir, et fut reçue par les habitants avec les dispo- 
sitions les plus pacifiques. 

Le 3 juin, elle quitta Tébessa pour rentrer à Constantine; mais, au lieu 
de suivre la môme route, elle longea l'Oued-Chabro. Au moment de passer 
cette rivière, l'arrière -garde, formée du bataillon turc et d'un détachement 
du 3® chasseurs d'Afn(|uc, fut attaquée par environ trois cents fantassins et 
cinq cents cavaliers arabes. L'infanterie contint l'ennemi pendant que la ca- 
valerie exécuta une charge qui le dispersa en un instant. 11 laissa environ 
quatre-vingts morts sur le terrain, dont une douzaine tués à la baïon- 
nette. 

Dans ce court combat, toutes les troupes avaient remarqué avec quel aplomb 
et quelle rapidité le bataillon turc s'était porté en avant et s'était rallié. C'é- 
tait le fruit de Tinstruction rigoureuse qu*il avait reçue pendant l'hiver. 

Le 7, douze cents cavaliers dos llancncha vinrent encore attaquer cette 
arrière-garde. La môme manœuvre que le 3 se renouvela, et l'ennemi fut 
encore repoussé. Le 8, la colonne vint s'établir sur l'Oued-Méris et y attendit 
un convoi venant de Constantine. IjO 15, elle se porta dans les montagnes 
des Ouled-Djeberra, dont les habitants avaient pris part, le mois précédent, 
à une attaque dirigée contre le camp d*El-Arrouch. Le bataillon turc s'em- 
para des troupeaux de cette tribu , ainsi que de ceux des Guerfa et des Sdrasa, 
et après ce châtiment la colonne rentra à Constantine. 

Dans le courant de juillet, une compagnie du bataillon fut dirigée sur El- 
Arrouch pour prendre part aux opérations du général Levasseur contre les 
Zardeza. Ce fut la dernière expédition de cette campagne et la dernière éga- 
lement à laquelle le bataillon turc devait prendre part comme corps irrégu- 
lier. Ce bataillon allait recevoir une organisation définitive et prendre rang, 
sous le nom de Tirailleurs indigènes de Conslantinc, dans les corps de l'armée 
française. C'était assurément un grand honneur, mais il était pleinement jus- 
tifié par les services rendus par cette trodpe qui, du jour de sa formation, 
avait vaillamment combattu pour la France, se signalant partout, môme à 
côté des troupes les plus braves. 



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CHAPITRE 111 

(1842-1844) 



(1842) Bataillon de Tirailleurs de GoDstantiae. — Son organisation définitive. — (1843) 
Opérations contre les Zardeza. — Expédition contre les llaucncha. — (1844) Expé- 
ditions contre les Ouled-Mahbout et les Oiilcd-Soltan. — Combat de Méclieucz dans 
les Aurès; de Chdbet-Eneflaà, chez les Ouled-Soltan. — Retour à Constantine. 



A la fin de Tannée 1841 , Tarméc d'Arriquo no comprenait pas moins de 
deux mille cinq cents fantassins indigènes servant comme zouaves ou comme 
irréguliers. Ikmucoup de ces corps avaient été, comme le Imlaillon turc de 
Constantine, créés sous Tempire des circonstances pur des arrêtés des auto- 
rités locales. Cette force, déjà imposante, tendant incessamment à s'accroître, 
le maréchal Soull, alors ministre de la guerre, résolut de lui donner une 
organisation forte et régulière et d'en assurer la bonne administration. Il 
exposa la situation dans un rapport très précis , et une ordonnance royale 
du 7 décembre 1841 vint r^lementer la constitution de cette infanterie. Nous 
donnons ci-dessous ce document officiel, qui a ensuite reçu de nombreuses 
modifications dans ses détails, mais dont les dispositions principales ont tou- 
jours été maintenues. 



ORDONNANCE DU ROI 

POUTANT OHGANISATION 1)K L^INFANTMIIIK INIHCÈNK EN ALGIÎHIIi 

CHAPITRE I 
OrganisaUon tt avanoement. 

Art. i^. Il sera formé, en Algérie, dos bataillons d*infaulerie indigène qui 
prendront la dénomination de balaillotui do Tirailleurs imliy&nes. 

Chaque bataillon portera en outre le nom de la province ou subdivision mi- 
lituiro dans laquelle il aura été organisé. 



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[1842] LE 3° RÉGfMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE 19 

La composition d*un bataillon sera conforme au tableau A annexé à la pré- 
sente ordonnance. 

Art. 2. Le nombre des bataillons indigènes sera, quanta présent, fixé à trois, 
savoir : 

Un |Kiur les provinces d'Alger et do Tillcri; 

Un pour colle do Conslnnlinc, comprenant la subdivision do Bùno; 

Un pour ccllo d*Oran , coniprcnant les couiuiandemcnts do Blostagancm et 
de Mascara. 

Art. 3. Les emplois de Télat-inajor et ceux du petit état-major seront exclu- 
sivement dévolus aux militaires Trançais. 11 en sera de même des emplois de 
capitaine, de sergent-major et de fourrier. 

Xa moitié des emplois do lieutenant et de sous -lieutenant sera affectée aux 
Français; Tautre moitié demeurera réservée aux indigènes. 

Le commandement, même par intérim, d'une compagnie ne pourra Jamais 
être exerce que par un officier français. 

Dans les compagnies, les sergents, les caporaux, les tambours ou clairons 
seront tous indigènes. 

Ixs cbcfs de bataillon, adjudants -majors, capitaines et cbirurgiens aides- 
majors seront montes. 

Art. i. Nul oHicier ne sera admis dans les bataillons, après la première 
formation , s'il ne posscde la connaissance praticiuo do la languo arabe. 

Aht. 5. L'avancement aux grades de lieutenant et de capitaine, tant au choix 
qu';\ rancicnnetc, aura lieu par bataillon pour les officiers français. 

Les chefs do bataillon et les capitaines concourront pour Favancement sur 
toute Tarmc de rinfanlerio avec les officiers de leur grade en activité. 

Art. 6. Les permutations pourront s'effectuer entre les officiers français des 
bataillons et les officiers du même grade appartenant au corps de rinranterie, 
mais les demandes ne seront accueillies qu'autant que les officiers qui vou- 
dront outrer dans les Tirailleurs indigènes posséderont la pratique do la languo 
arabe. 

Art. 7. Les deux tiers des emplois de sous -lieutenant pourront être donnés 
aux sous-officiers des bataillons. Le dernier tiers sera réservé aux sous-officiers 
des corps d'infanterie portes au tableau d'avancement, proposés, sur leur de- 
mande, à rinspection générale et réunissant toutes les conditions d'aptitude 
exigées, spécialement celle piescrite par l'article 4. 

Art. 8. Les emplois d'adjudant-sous- officier seront donnés aux sergents- 
majors dans chaque bataillon. Ceux do sergent- major appartiendront aux 
sergents- fourriers. 

Les emplois de sergent- fourrier pourront être donnés : un quart aux capo- 
raux secrétaires ; trois quarts aux fourriers et aux caporaux d'infanterie portés 
au tableau d'avancement à qui il restera encore trois ans, au moins, de ser- 
vice à faire pour atteindre leur libération. Ces militaires devront en outre avoir 
été proposés, sur leur demande, h l'inspection générale, après que leur aptitude 
au service du bataillon aura clé reconnue. 

Les caimraux secrétaires seront choisis dans les corps d'infanterie, soit parmi 
les caporaux, soit parmi les soldats qui, «njrant accompli six mois do service, 
seront portés au tableau d'avancement et rempliront en outre les conditions 
indiquées au paragraphe précédent. Toutefois les soldats français compris dans 
le petit état- major pourront concourir pour l'emploi de caporal secrétaire. 

L'avancement des Français aux divers emplois du grade de sous-officier et de 



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20 LE 3* RÊQIMBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l842] 

caporal s'offoctuora couforuiôiuout aux dispositions ou viguuui* daus les corps 
français. Il en sera de même lorsqu'il y aura lieu de prononcer la cassation. 
Les militaires qui auront encouru la cassation seront renvoyés comme soldats 
dans les corps auxquels ils appartenaient précédemment. 

Art. 9. Les emplois de lieutenant et sous-lieutenant indigènes seront conférés 
uniquement au choix, et sans que les nominations soient assujetties aux règles 
do Tayancement dans Tarmée française. 

Ces officiers seront nommés par le roi; mais ils n'auront pas droit à Tappli- 
cation des dispositions de la loi sur l'état des officiers. 

Les sous-officiers et caporaux indigènes seront nommés et cassés, quand il y 
aura cause suffisante, par le commandant du bataillon, en observant d'ailleurs 
les formalités prescrites par les règlements pour les corps français. 

Art. 10. Les Français pourront contracter des engagements volontaires pour 
les bataillons de Tirailleurs indigènes; toutefois ils ne seront admis à servir 
qu'en qualité d'ouvriers armuriers, de muletiers ou d'infirmiors. 

Los sous-officiers, caporaux et soldats franç4iis |)Ourrunt se rengager. Lo ren- 
gagement aura lieu d'après le mode suivi daus les corps do l'armée. 

Les indigènes seront reçus sans engagement dans les Tirailleurs. Ils seront 
renvoyés, soit d'après leur demande, soit pour cause d'inaptitude au service 
ou d'inconduite. 

L'admission on le renvoi des indigènes aura lieu sur la proposition du chef 
de corps, et avec l'approbation du commandant militaire supérieur. 



CUAPITUE II 
Soldt tt acoMSolrts. — àdmlniitratlon. 

Art, 11. Les officiers des bataillons de Tirailleurs indigènes recevront la 
solde, les indemnités et allocations diverses déterminées par le tarif B ci- 
annexé. 

La solde do la trou|)0 et la primo pour rcutruticn de l'iiabillonicnt scrtuit dé- 
comptés par jour, conformément au même tableau, qui détermine également les 
premières mises, le complet de la masse individuelle et les prestations en 
nature. 

Art. 12. Chacun des bataillons de Tirailleurs indigènes sera administré par 
un conseil d'administration composé de la manière suivante : 

Le chef de bataillon , Président. 

Le capitaine adjudant-major, \ 

Deux capitaines, | Membres 

L'officier faisant fonctions de trésorier l 

et d'officier d'habillement, ) 

L'officier faisant fonctions de trésorier et d'officier d'habillement remplira les 
fonctions de rapporteur. 

Les règles d'administration et de comptabilité seront les mômes que dans 
les autres corps d'infanterie de l'armée. 

La responsabilité du conseil sera la même que celle qui lui est imposée dans 
les corps français. 



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[1842] EN ALGÉRIE 21 

La surveillance administrative appartiendra aux fonctionnaires de Tintendance 
militaire, qui exerceront à Tégard du bataillon les attributions qui leur sont 
dévolues près des corps français. 

Art. 13. La masse générale d'entretien sera formée des allocations partielles 
déterminées pour r.lmqne nnin(mgnic. 

L excellent do l.i masse inilividuollo donnera liou i\ un décompte qui sera fait 
dans la forme prescrite pour les corps français. 

Art. 14. L'officier faisant fonctions de trésorier et d'ofûcier d^hablUement 
devra, au moyen de ses frais de bureau, faire face aux dépenses d'écritures 
générales du bataillon, et tenir, sous la surveillance du conseil, les registres 
dont la nomenclature forme le tableau G ci-annexé. 

Chaque ofGcier, sous -officier, caporal ou soldat sera porteur d'un livret sur 
lequel seront inscrites les sommes qui lui auront été payées, ainsi que les 
effets qui lui auront été délivrés. 

Le payement de la solde aura lieu le 15 et le 30 de chaque mois, en présence 
du capitaine commandant la compagnie. 



CHAPITRE III 
Armement et haMUemenU 

Art. 15. Le tableau D, annexé à la présente ordonnance, détermine : 

1<> L'armement des officiers et de la troupe; 

^ L'uniforme des officiers, des sous-officiers et caporaux français; les insignes 
des grades seront les mêmes que dans l'infanterie de ligne. 

3" Quant \ riiabillemcnt des indigènes, les détails en seront réglés, ainsi que 
ceux de l'équipement, par notre ministre de la guerre. 



CHAPITRE IV 
Dispositions transitoires. 

Art. 16. Seront admis à concourir dans les nouveaux bataillons de tirailleurs, 
les officiers, sous -officiers, caporaux et soldats de tous les corps d'infanterie 
indigène créés jusqu'à ce jour en Algérie et actuellement existants, sous 
quelque titre que ce puisse être, à l'exception des milices musulmanes dites 
gardes urbaines, assujetties à un service sédentaire dans les places, et dont 
notre ministre do la guerre autoriserait la conservation ou l'organisation. 

Art. 17. Pour la première formation il pourra être admis, dans les cadres de 
chaque bataillon de Tirailleurs indigènes, des officiers des corps d'infanterie 
et des officiers d'autres armes. Le rang d'ancienneté de ces derniers sera fixé 
conformément à l'article 56 de l'ordonnance du 16 mars 1838. 

Art. 18. Les officiers des régiments d'infanterie qui passeront dans les ba- 
taillons de Tirailleurs indigènes seront remplacés dans leurs corps , conformé- 
ment à l'article 12, § 3, de notre ordonnance du 8 septembre dernier. 



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22 I.l£ T UËGIMKNT DR TIHAII.I.lUinS AI.0^:u1I:NS (18421 

CHAPITRE V 
DifpotlUons généralet. 

Art. 19. Les dépenses do toute nature dos bataillons de Tirailleurs indigènes 
seront acquittées sur les crédits ouverts, pour services militaires irréguliers, 
au budget du ministère de la guerre (II» section. — Algérie). 

Art. 20. Toutes dis|)osilions anlérieurcs sur Torganisation de rinfunterie in- 
digène en Algérie sont abrogées. 

Art. 21. Notre ministre secrétaire d'État au département de la guerre est . 
cliargé de l'exécution de la présente ordunnancc. 

Signé : LOUIS-PHILIPPE. 

Par lo roi : 

Lu Président du Conseil, ministre scci'ctaire d'iitat 
de la guerre. 

Signé : Marécbal duc db Dalmatib. 



Cette ordonnance était suivie de la description de Tunifornie adopté pour les 
bataillons de Tirailleurs. L'Iiubilleuicnl se composait pour les oriiciei-s, sous- 
ofliciers et caporaux français : 

i^ D'une capote vert-dragon boutonnant droit sur la poitrine, avec marques 
distinctives jonquilles ; 

2^ D*un pantalon garance garni d'une bande verte ; 

3<> D'une ceinture rouge, en soie pour les officiers, en laine pour les sous- 
officiers et caporaux ; 

4* D'un képi vert-dragon. 

L'habillement des onTiciers, sous-onTicicrs et soldats indigènes devait se com- 
poser d'un turban, d'une veste, d'un gilet, d'une culotte et d'une ceinture; 
mais la fixation de la forme et de la couleur de ces elFcts était ajournée. Ce 
n'est que le 12 avril 1843 que cette question de la tenue fut délinilivcmenl 
réglée. 

Les dt'^tails de confection étaient ainsi fixés pour les indigènes : 

Ybste .... Officiers. . De forme arabe, drap vert- dragon, avec ornements 

en or pour la grande tenue, et tresses de soie noire 
pour la petite tenue. 

Troupe . . De même forme et de même couleur, sans ornements. 
Gilit .... Officiers, . De forme arabe en drap garance, avec tresses d'or- 
nement en or pour la grande tenue, en soie verte 
pour la petite tenue. 

Troupe . . Drap garance, avec tresses et passe-poils en galons 
de laine verte autour du cou et sur le devant, et 
se fermant sur Tépaule et sur le côté gauche à i'aidt'. 
de six boutons d'os; 



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[1842] 




Pantalor . 


. Officiera. 




Troupe . 


Caban . . . 


. Officiers, 




Troupe , 


Cbinture. . 


. Officiers. 




Troupe , 


Calotte. . 


, Officiers. 




Troupe , 


Turban . . 


. Officiers. 


Chaussure. 


Troupe . 
. Officiers, 



EN ALGÉRIE 



23 



Troupe 



Mezourd. 



De formo arabe , en drap garance ayec bandes yortes 

et trèfles avec cordonnet de même couleur de chaque 

cAlc, et aven tresses en or pour la grande tenue. 
En drap garance, avec iiasse-poils verts et trèfles en 

cordonnet do môme couleur de chaque côté. 
En drap vert-draf^on, avec trois doubles nœuds d*at- 

tachc en soie noire; insignes du grade en tresscsd'or. 
En drap vert-dragon, se fermant à Taide de trois 

pattes en drap du fond, sans passe-poils, à manches 

pour les soldats. 
En tissu de soie cramoisie avec efGlés de soie de la 

môme couleur. 
En (issu do laine cramoisie avec effilés de la mémo 

rcMilcur. 
En tissu de laine feutrée cramoisie; gland bleu. 
En tissu de laine feutrée cramoisie; gland bleu pour 

tout le bataillon. 
En tissu do coton , rayé de bleu et de blanc. 
Le même que pour les officiers. 
En petite tenue les seubbcUh (souliers arabes) avec 

les jambières de drap vert-dragon, à ornements 

d*or ou de tresses de soie verte. En grande tenue 

la botte molle. 
Espèce d'espadrilles se fixant par des courroies 8*en- 

roulant autour de la Jambe. Mais bientôt la troupe 

prit le soulier d'ordonnance avec la jambière et les 

guêtres blanches. 
, T/C havresac fut remplacé par une espèce de grande 

musottt^ en venu de couleur noire se portant h Taide 

(Pune CJMirroie. 



Le II août 1842, il fut procédé à Torganisation du bataillon de Tirailleurs 
de Constantine, conformément & Tordonnance du 7 décembre 1841. Le géné- 
ral de Négrier, qui déjà en 1837 avait présidé à la formation du bataillon turc, 
se trouva, par suite d*une heureuse coïncidence, être encore l'organisateur du 
nouveau bataillon. Ce dernier comprit huit compagnies. Les cinq premières 
furent formées avec le bataillon turc de Constantine, la Gravée le détachement 
de la Medjana, et enfin les 7° et 8' avec le demi-bataillon turc de Bône. 

Le capitaine Thomas avait été nommé chef de bataillon à la date du 5 juin. 
Il reçut à titre définitif le commandement de ce nouveau corps. 

Les cadres furent composés des officiers dont les noms suivent : 

Élat' major. 

MM. Thomas, chef de bataillon. 

Sarrauton , capîlainc-adjudant-major. 

Quinemant, s.-lieut. faisant fonctions de trésorier et d'olT. d*habillemeot. 

Caubone, Chirurgien-aide-major. 

Santerre, d^ 



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24 



LE 3* RËQIUBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



[1843] 



Capitaines. 



MM. Rose. 




MM. Rolland. 


Bessière. 




Montfort. 


Borot. 

Lherbon de Lussarto. 


Dargent. 
Vîndrios. 




Lieuienanls. 


MM. Lapeyrusse. 
Vassal. 




MM. Petitgand. 
Ruiland. 


Desportes. 
Fromental. 




Van-IIoorich 
Duchaine. 




S(mS'U€ulenants. 


MM. Blin. 




MM. Huart. 


Ledoux. 
Crochart. 




Braquis. 
Soumet. 


Quinemant, fS&isant fonctions de 
trésor, et d'off. d'habillement. 


Quenel. 




Som-lietUenant indigène. 




M. Hamou-ben-Mufii. 



Le restant de Tannée 1842 fut tout entier consacré à l'organisation et à 
l'instruction du bataillon. A cette époque, la province de Constant! no jouissait 
d'ailleurs d*une certaine tranquillité, et le départ du général de Négrier, qui 
venait d'être remplacé par lo général Uaraguey-d'llilliors, avait amené uuo 
suspension momentanée dans la marche des opérations actives. 

Dès le commencement de Tannée 1843, ces dernières furent reprises et 
commencèrent par une expédition contre les Zardeza, tribu s'étendant entre 
la route de Constantine à Bône et celle de Philippeville à Constantine. Dans 
les premiers jours de février, quatre colonnes furent formées et, de Constan- 
tine, Bi>ne, Guelma et Pliilippeville, marchèrent contre cette tribu. Lo ba- 
taillon de Tirailleurs indigènes constitua, avec deux cents cavaliers, la colonne 
partie de Constantme. Entourés de toutes parts , ayant éprouvé des pertes con- 
sidérables, les Zardesa se mirent à la discrétion du vainqueur. 

Le 14 février, ce fut le tour des Ouled-Djeberra. Ceux-ci s'étaient retirés 
dans les gorges d'une montagne appelée le Keflamar, où ils avaient caché une 
partie de leurs troupeaux. L& ils comptaient qu'on ne pourrait pas les at- 
teindre. Mais, lo bataillon ayant reçu Tordre d'y pénétrer, ils se virent bientôt 
poursuivis d'escarpement en escarpement, et iinaloment obligés de prendre 
la fuite, nous abandonnant tout le bétail qu'ils avaient essayé de nous dé- 
rober. 



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[1843] EN ALGÉRIE 26 

Le 4 mars, le bataillon se trouvait bivouaqué à Am-Abdallah , dans le pays 
de TEdough, lorsqu'il fut dirigé sur le marabout de Sidi-AIcacha, situé sur le 
bord de la mer, à la pointe du cap de Fer. Ce point était le centre choisi par 
Zerdoude, cet agitateur dont nous avons déjà parlé à propos du bataillon turc 
de HAno. Le général naroguoy-d'llilliors présidait lui-mômo h cette opération. 

Lorsque les Tirailleurs arrivèrent, les Kabyles occupaient en nombre les 
collines élevées qui bordent la côte. La S<» compagnie reçut Tordre de les atta- 
quer. Désespérant de se défendre ils prirent la fuite, abandonnant leurs trou- 
peaux. On les crut complètement dispersés; mais peu d*instants après ils re- 
parurent en faisant des démonstrations pacifiques, et s*avancèrent jusqu*au- 
devant du capitaine commandant la 5* compagnie, à qui ils remirent leurs 
drapeaux. On les reçut comme des vaincus, sans tirer un coup de fusil. Au 
môme moment plusieurs balles sifflaient autour du général, et celui-ci voyait 
tomber un homme à ses côtés. Indigné, il ordonna aussitôt de traiter ces gens 
en rebelles. Ils se défendirent vaillamment, mais ils durent néanmoins subir 
toutes les conséquences de Texaspération produite par leur conduite, et la plu- 
part périrent les armes à la main. Quelques jours après, Zerdoude lui-môme 
fut tué par un détachement guidé par son secrétaire, qui avait trahi sa 
retraite. 

Cette expédition de TEdough , habilement préparée et vigoureusement me- 
née, avait enfin rendu le calme à toute cette région, qui depuis deux ans ne 
cessait d'être un foyer d'agitation. Nos troupes avaient fait dans cette riche 
contrée un énorme butin en bétail de toute espèce. Le bataillon de Tirailleurs 
fut chargé de conduire ces prises à Constanfine. Cette mission n'était pas sans 
difficultés, car il fallait compter avec les entreprises des nombreuses tribus 
hostiles qui, à celte époque, attaquaient fréquemment les convois entre Phi- 
lippeville et Conslantine. Le mauvais temps la rendit plus difficile encore; 
pendant huit jours la pluie ne cessa de tomber; il fallut marcher dans des 
marais formés par la fonte des neiges , traverser des rivières grossies considé- 
rablement et la plupart devenues torrents, repousser des attaques de nuit, 
s'arrêter pour réunir les troupeaux égarés. Mais les Tirailleurs ne se découra- 
gèrent pas; le neuvième jour de celte marche accablante, ils arrivèrent enfin 
à Conslantine exténués, n'en pouvant plus, mais ramenant intact le bétail 
qui leur avait été confié et sur lequel le général et bien d*aulres avaient cessé 
de compter. 

Après ces diverses opérations, furent cités à l'ordre de la division comme 
s'étant particulièrement distingués : 

MM. Rose, capitaine. 

Sarrauton , capitaine-adjudant-major. 
Petitgand , lieutenant. 

Ledoux , sous-lieutenant. 

Assen-ben-Mohamed , caporal à la i^ compagnie. 
Mohamed-ben-Djédid , sergent. 

Mohamed-ben-Amou, tirailleur, blessé. 

El-Bédouiné-ben-Mohamed , d^ 



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26 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l843] 

IjO total dos portos 6proiivécs s'élevait à trois hommos blessés. 

A peioo rentré à Constantine, le bataillon dut repartir pour de nouvelles 
expéditions. Quelques détachements représentant un effectif de cent trente 
hommes furent d*abord disséminés pour la garde des prairies, service séden- 
taire qui n'entraîna d'ailleurs aucun conflit avec les Arabes; enfin quatre cent 
cinquante hommes, pris dans les cinq premières compagnies, furent désignés 
pour entrer dans la composition do Tune des colonnes qui devaient marcher 
sur Collo. 

Le G avril , cette colonne se mit en route sous les ordres du général Raraguey- 
d'Hilliers. Elle se porta d'abord dans le pays des Ouled-el-IIadj, en passant 
par d'étroits défilés qu'il fallut enlever de vive force; suivant ensuite la rive 
gauche de l'Oued-Guebli, elle atteignit Collo le 10, en mémo temps que le 
colonel Barthélémy y arrivait de Philippeville et le colonel Buttafuoco d'EI- 
Arrouch. Les habitants de celte ville, qui depuis longtemps se trouvaient en 
relations avec nous, se portèrent au-devant du général en lui prodiguant leurs 
assurances de soumission. 

Le 14, le général Baraguey-d'IIilliers pénétra dans le territoire des Bcni- 
Toufout, la tribu la plus importante en mémo temps que la plus hostile des 
environs de Collo. On trouva ces Kabyles décidés à une énergique résistance 
et, pendant quatre jours, nos troupes eurent à livrer do sanglants combats. 
Ta) 18, dans une reconnaissance poussée à quelques kilomètres du camp de 
rOucd-Kradéru, par le général accompagné d'un bataillon de ligne ut de celui 
des Tirailleurs indigènes, on se trouva tout à coup en présence d'un uiillier 
d'ennemis qui se mirent à tirailler sur le front et les flancs de la colonne. Ce- 
pendant, tenus à distance, ils ne devinrent réellement menaçants qu'au mo- 
ment de la retraite. Mais à ce moment, sur l'ordre du général, la 2* compagnie 
fut laissée en embuscade. Elle attendit que les Kabyles fussent bien engagés 
dans la vallée, puis, après avoir exécuté sur eux une décharge à bout portant, 
elle s'élança à la baïonnette, les chargea vigoureusement et , aidée par le gé- 
néral en personne, qui était accouru à son secours à la tète de quelques cava- 
liers, les rejeta au loin en leur faisant subir des pertes ronsidérablcs. 

Dans cette alTaire, le sergent Seul - bon - Mohamed , de la *1° compagnie, se 
signala par son attitude héroïque. Se voyant entouré par un groupe d*enne- 
mis, il se précipita sur l'un d'eux avec sa baïonnette, en atttâgnil un deuxième 
on déchargeant son arme et se mit à la |M)ursiiite des autres qui avaient pris 
la fuito. La croix do la Légion d'honneur vint, quchiuo temps upn^s, le ré- 
compenser de ce bel acte do courage. 

Le 19, la lutte recommença non moins acharnée. Ce jour-là, les Kabyles 
se montrèrent plus audacieux qu'ils ne l'avaient encore été. Ils durent croire 
à une victoire de leur part, lorsque, le lendemain, ils virent la colonne se replier 
sur Collo, où la ramenait le besoin de se ravitailler. Aussi fallut-il renoncer 
à obtenir leur soumission; ils assistèrent impassibles à la prise de leurs trou- 
peaux, à la destruction de leurs récoltes, et le général dut quitter leur pays 
sans avoir reçu la visite d'un seul de leurs chefs. 

Le 15 mai , les Tirailleurs rentraient à Constantine. Dans le courant de cette 
expédition , ils avaient eu six hommes blessés. 



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[1844] EN ALGÉRIE 27 

Furent cités à Tordre de la division comme 8*étant le plus distingués : 
MM. 



Rose, 


capitaine. 


Sarrauton , 


capitainc-adjudant-major. 


Ilorot, 


capitaine. 


Fromcnlnl , 


lieutenant. 


Pelisse , 


sergent-fourrier. 



Saîd-ben-Mohamcd , sergent k la 2® compagnie. 
Amar-bcn-Brahim, tirailleur, blessé. 

Le 21 mai, le bataillon quittait de nouveau Constantine avec une colonne 
dirigée par le général à Test de Gnelma. Pendant quarante-cinq jours il par- 
courut cptlc contrée, assurant la rentrée des contributions et, le 5 juillet, 
revint à Constantine. Le 13, il en repartait encore pour aller prendre position 
à Souk -Ar ras, où il séjourna un mois pour appuyer Pautorité d'un nouveau 
caïd nommé par nous chez les llancncha. Il visita ensuite le pays des Mahatela, 
des Moclicla et des Oiiled-Daoun, et rentra & Constantine le 28 août. lies cinq« 
premières compngnics restèrent dans celte ville; les 7^ et 8® reprirent la route 
de Rôno, leur garnison habituelle. Quant h la 6°, la compagnie de la Med- 
jana, elle n'avait pas quitté Sétif pendant le cours de ces opérations; mais, 
du 21 septembre au 2 novembre, elle prit part à une expédition dirigée par 
le général Sillègue sur le Djébel-Dira de concert avec le général Marey venu de 
Médéah. Cette expédition se termina par une excursion à Bou-SaAda, où Pon 
arriva le 24 octobre. On en repartit quelques jours après pour rentrer à Sétif 
en passant par M'Sila. 

Comme on vient de le voir, Pannée 18-13 avait été bien employée par le 
hntiiillon iln Tirnillonrs indij'i'^nnfl. î/anniV. IHVl n'allnît pas être moins fo- 
condn en expéditions; lo duc d'Aninale venait de remplacer le général Hara- 
guey dMlilIiers et se préparait activement & reprendre la suite du programme 
si brillamment poursuivi par ce dernier. 

La campagne s'ouvrit par un coup de main sur les Ouled-Mahhout, qui 
n'avaient pos voulu payer l'impôt. Le il février, le bataillon de Tirailleurs, 
soixante-dix chasseurs et trente spahis quittèrent Constantine et se portèrent 
À Ouargolt. LA, celte petite colonne se grossit du goum des Zmoul , et, le len- 
demain , se porta rapidement, au moyen d'une marche de nuit, sur le terri- 
toire des Ouled-Mahhout. Cette tribu fut surprise dans ses douars, et la co- 
lonne revint coucher à Raz-el-Ain-Guercha, ramenant avec elle deux mille 
cinq cents moutons ou chèvres et trente- huit bœufs. 

Le bataillon séjourna quelques jours à Raz-el-Aîn-Guercha. Il reçut la sou- 
mission de <|uol(|Ui»s fractions rebelles des Sognia, assura le payement des 
amendes et îles contributions qui leur furent imposées, et, lo 19, se mit en 
marche pour Hatna , où se formait une colonne qui , sous les ordres du duc 
d'Aumale, devait se porter sur Biskra. 

Cette ville était alors au pouvoir d'un nommé Mohamed-bel-IIadj-el-Sghir, 
qui se donnait le titre de khalifa d'Abd-el-Kader. Ce prétendu lieutenant de 
Pémir avait d'abord organisé un petit corps d'infanterie, puis s'était établi 



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28 1.B 3* RÉGIMENT DR TIRAn.LBURS ALGÉRIENS [1844] 

dans la casbah, et de là entretenait des relations suivies avec Ahmed -bey, 
qui s'était réfugié chez les Ouled-Soltan. 

Le bataillon arriva à Batna le 21 février. Le 22, il participa à une opéra- 
tion ayant pour but la réquisition des chameaux nécessaires aux transports 
des vivres. Un léger engagement eut lieu à cet effet avec les Ouled-Soltan, 
qui subirent des pertes assez sensibles, sans que de notre côté il y eût per- 
sonne d'atteint. 

Le 25, le duc d*Aumalc quitta Ratna à la tête de deux mille cinq cents 
hommes d'infanterie, six cents chevaux et trois pièces de montagne. Le soir, 
la colonne bivouaqua à El-Quessoud ; le 26, elle arriva à M'Sab-el-M'Zaî, où 
elle séjourna jusqu'au 29. Le 27, le bataillon de Tirailleurs, les spahis et 
quelques chasseurs exécutèrent une razzia sur la tribu des Lagdar-Balfaoui. 

Le 4, on arriva devant Diskra. La ville fut occupée sans coup férir : depuis 
cinq jours, Mohamed-bel-lladj s'était retiré dans les Aurès. 

Le 5 , le bataillon fut envoyé dans les oasis des Zabkobli et des Uatihara 
pour y assurer la levée de l'impôt. Il y resta jusqu'au 12, puis revint à Bis- 
kra. Le 14, il prit possession de la casbah de cette ville, où il s'établit. 

Pendant que le duc d'Aumale procédait ainsi à la pacification des environs 
de Biskra, le parti de Mohamed- bel -Uadj, ne désespérant pas de rétablir sa 
fortune, s'était réuni àMéchounech, à trente kilomètres au nord-est, au pied 
du Djebel -Amar-Kaddou. Une forte reconnaissance y fut envoyée; mais, 
reçue à coup de fusils, elle dut se replier. Le 15 marâ, prenant avec lui deux 
bataillons, trois cents hommes du bataillon indigène, la cavalerie et l'artil- 
lerie, le prince s'y porta lui-même et attaqua les rebelles, qui se défendi- 
rent vigoureusement. Malgré cette résistance , le village fut enlevé et incen- 
dié. Dans cette affaire, les Tirailleurs furent admirables d'élan. Là fut tué 
le capitaine Borot, commandant la 5* compagnie. Dès qu'ils le virent tom- 
ber, les Arabes se précipitèrent pour s'emparer de son corps; mais, grâce 
à la bravoure du capitaine Bessière, qui, à cheval, se jeta résolument au 
milieu d'eux, suivi bientôt par quelques spahis , cette glorieuse dépouille put 
leur être arrachée. 

Après cette affabe, le duc d'Aumale reprit le chemin de Constantine, ne 
laissant à Biskra que le bataillon de Tirailleurs et un escadron de spahis. Le 
commandant Thomas avait pour mission de rester dans le pays jusqu'à com- 
plète exécution des dispositions prises pour en assurer Padininistration. Il 
devait en même temps recruter dans la région les hommes nécessaires pour 
organiser un détachement qui, encadré dans quelques vieux soldats du ba- 
taillon indigène , pût servir à la garde de la casbah. 

La formation de ce détachement ne fut pas chose bien difficile ; la plupart 
des anciens miliciens de Mohamed-bel-IIadj vinrent demander à s'enrôler, et 
en quelques jours ces recrues atteignirent le chiffre de deux cent cinquante. 

On leur adjoignit cinquante- cinq anciens soldats, et cette garnison fut 
placée sous les ordres du lieutenant Petitgaa<l. 

Ces dispositions prises et croyant désormais Biskra à l'abri de toute sur- 
prise, le commandant Thomas quitta cette ville le 12 avril, pour se porter 
sur El-Kantara avec tout ce qui restait du bataillon et les spahis. Le 13 , il 



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[1844] EN ALGÉRIE 29 

exécuta une heureuse razzia sur la tribu des Lagdar-Hallaonia et continua en- 
suite sa route sur Batna, où il arriva le lendemain. Le 19, il était à Cons- 
tantine. Après six jours de repos, il reprenait le chemin de Batna, où il 
arrivait le 29. ^ 

Ce retour précipité avait pour but une diversion dans les Aurès pendant 
que le duc d'Aumalo opérait chez les Ouled-Soltan. Le soir môme de son ar- 
rivée à Batna, le commandant Thomas se remit en route, et marcha toute 
la nuit pour aller appuyer les Sahari , nos alliés. Mais , arrivé sur le terri- 
toire de cette tribu, il fut tout à coup prévenu que le camp de Batna devait 
être attaqué. Levant alors brusquement son bivouac, il revint sur ses pas, et, 
le 2 au matin , rentra dans ce poste sans avoir rencontré un seul ennemi. Le 
duc d*Aumale, également prévenu, y accourait en même temps avec toute 
sa cavalerie; mais, devant l'absence de tout danger, il en repartait quelques 
instants après. 

Toute crainte ayant alors disparu à Tégard de Batna, le 4 mai, le bataillon, 
renforcé d*un escadron de chasseurs et d*un autre de spahis, quitta cette 
ville pour conduire un convoi à la colonne du duc d'Aumale. Le 6, il rejoignit 
cette colonne à Mérouana. 

Dans cette dernière, se trouvait déjà une compagnie du bataillon : la 6°. 
Les opérations avaient commencé le 17 avril. Passant par A!n-Ségan, chez 
les Telaghma, et Ain-Sultan, chez les Ouled-Abd-el-Nour, le duc d*Aumale 
était arrivé le 21 à Ngaous, à Tentrée des montagnes des Ouled-Soltan. Le 
24, il pénétra dans ces montagnes, où l'ennemi ne tarda pas à Tattaquer. 
Les Arabes , favorisés par un brouillard épais , se jetèrent simultanément sur 
la tête, la queue et le flanc gauche de la colonne. En tête, marchait la 6* com- 
pagnie, qui les reçut sur la pointe de ses baïonnettes, les chargea vigoureu- 
sement cl sauva ainsi une pièce do canon dont ils avaient failli s'emparer. 
Sur le flanc gauche, se Irouvoicnt des auxiliaires arabes qui lâchèrent pied, 
se replièrent en désordre au milieu du convoi, qui, également composé d'Arabes, 
perdit la tête à son tour et prit honteusement la fuite. Bien que celte panique 
n*eût gagné que nos auxiliaires et que la colonne fût victorieuse sur tous les 
autres points, celle-ci, privée de son convoi, n*en dut pas moins se retirer 
sur Ngaous. 

Le l^' mai , la marche fut reprise; les troupes pénétrèrent de nouveau 
dans les montagnes et prirent une éclatante revanche de TafTaire du 24. Elles 
culbutèrent tout ce qui se rencontra sur leur passage, et, le soir, vinrent 
bivouaquer à Bira, au centre du pays. 

Lorsqu'il eut rejoint cette colonne, le bataillon, au lieu de rentrer, y fut 
maintenu. La 6* compagnie se joignit à la portion principale, et il présenta 
alors un eiïectif de six cents hommes. 

Le 7, il fut chargé d'incendier plusieurs douars et villages des Uuled-Sollan. 
Ce même jour, toute la colonne se trouva réunie à Tabagarl. 

IjC 8, le duc d'Aumale, à la tête de cinq bataillons, dont celui de Tirailleurs 
indigènes, de la cavalerie et de l'artillerie, se porta sur Bira, qui avait déjà 
été occupé le l***^ mai. La journée se passa sans incident. Le soir, l'a van t- 
garde tomba tout à coup sur la tente de l'ex-bey Iladj- Ahmed. Ce dernier prit 



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30 LE Z^ RÉOIUENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [iShk] 

la fuilo on loulo hâto. Lo baluillon do Tiruilloura so mit à sa poursuite; umitt 
il se Irouva bientôt en présence d'un ravin profond, aux flancs escarpés, qui 
rarréla dans sa marche. Ce ravin, appelé Châbel-Enetlaâ, était une trou- 
vaille : c'était là que les Ouled-Soltan avaient caché la plus grande partie de 
leurs richesses et de leurs bestiaux. Ils essayèrent d'en défendre l'accès, et 
l'on se battit jusqu'à la nuit; enfin ils furent culbutés sur tous les points, 
et tous leurs troupeaux restèrent entre nos mains. Au moment où leur arrière- 
garde était ainsi maltraitée , leur tète était aux prises avec notre cheik Ben- 
Ganah, qui revenait du Sahara avec son goum. Tru<|uéâ <le toutes purts, ils 
envoyèrent leurs chefs faire leur soumission. Pendant ce temps, lladj- Ahmed 
fuyait à toute bride et parvenait à se réfugier dans les Aurès; 

Dans cette dernière rencontre, le bataillon avait eu un homme tué et cinq 
autres blessés. 

Lo 9, la colonne contourna le ravin de Châbct-Ëneiluà. Lo 10, ce ravin, 
qui contenait encore des richesses considérables, la plupart provenant des 
pillages effectués par les Ouled-Soltan, fut fouillé par le bataillon de Tirail- 
leurs et les gens de Bcn-Ganah. Le 12, le bataillon fut lancé sur des con- 
treforts situés près de Mérouana pour y atteindre des groupes en fuite. Il les 
joignit et leur enleva quelques troupeaux. La 14, la colonne arriva à Uatua. 
Là on apprit une bien fâcheuse nouvelle. 

On se rappelle qu'au moment de quitter Biskra le commandant Thomas 
y avait organisé un détachement s'élevant à trois cents hunimes, qu'il avait 
laissé sous les ordres du lieutenant Petitgand. Cet oflicier avait comme 
adjoints: le sous- lieutenant Crochurd, le chirurgien aide-mujur Arcelin et 
le sergent-major Pelisse. Parmi les hommes composant cette garnison se trou- 
vaient, comme nous l'avons dit, la plupart des anciens soldats de Mohamed- 
bel -lladj qu'on avait enrôlés sans trop s'inquiéter de leur provenance. Ils 
paraissaient néanmoins servir avec lidélitê, et dt^jà M. Petitgund avait cru 
pouvoir 80 reposer sur eux de la garde des portes <le la cushah. 

Ce|»endant lo faux khulifa avait conservé des intelligences parmi ses an- 
ciens serviteurs; il était même à peu près certain que beaucoup do ceux-ci 
ne s'étaient engagés dans nos rangs que sur son ordre; il en protita pour 
ourdir un complot qui reçut son exécution dans la nuit du 11 au 12 mai. 
Vers une heure du matin, les partisans de Mohamed -bel -lladj ouvrirent les 
portes à cent cinquante des leurs, et, conjointement avec eux, s'emparèrent de 
la place, obligèrent à mettre bas les armes les postes (|ui tentèrent de résis- 
ter, égorgèrent les trois officiers ainsi qu'une de leurs ordonnances, tirent pri- 
sonniers trois autres Français qui les accompagnaient, et finalement restèrent 
maîtres do la casbah, où Mohamed-bel-lludj revint aussitôt s'établir. Seul 
lo sergent- major Pelisse avait pu échapper à ce massacre; il s'était retiré 
à Tolga avec notre caïd, qui n'avait pas abandonné notre cause. 

Le 15, lo duc d'Aumale, avec toute la colonne, se dirigea en toute hâte 
sur Biskra. Le 17, il prit les devants avec la cavalerie, et se fit rejoindre 
par lo bataillon de Tirailleurs, qui, en arrivant à El-Kuntura, était monté 
sur des mulets sans prendre aucun repos. Il espérait trouver la casbah en- 
core au pouvoir de l'ennemi et cerner ce dernier; mais, le mémo jour. 



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[1844] EN ALOÊRIB 8i 

Mohamcd-bel-lladj avait pria la fuite, emportant tous les approyisionnemeota 
qu'il avait trouvés dans la place. Au lieu d'ennemis, on trouva dans Biskra 
le sergent-major Pelisse, qui, des le départ du kbalifa, y était rentré avec le 
cald et un détachement d'indigènes qu'il avait organisé à Tolga. 

liO Imtnillon séjourna à Diskra jusqu'au 22, puis il rentra à Constantine, 
h rcxceplion de son cher, qui fut maintenu à Uiskra avec le titre de com- 
mandant supérieur. 

L'ordre qui parut à la suite de cette longue expédition fit un éloge très 
flatteur du rôle que le bataillon y avait rempli. Il citait comme s'y étant par- 
ticulièrement distingués : 

MM. Dargent, capitaine. 

Monfort, d» 

Qucncl , sous-lieutenant. 
Braqui , d® 

Pelisse , sergent-major. 

Un décret , qui suivit de près ces citations, nomma chevaliers de la Légion 
d'honneur les quatre officiers et le sous-oflicier qui en était l'objet. 

Le bntnillon resta nn moi;* h (Constantine. Le 20 juin, il fut dirigé sur le 
psiys des llaraclii pour y assurer la percrplion do Tiinpôt. Il alla s'établir à 
Aîii-H(!Tfla, où il ajourna jusqu'au 2 1 juillet, envoyant dos détachements dans 
les environs pour le fonctionnement du service fiscal dont il était chargé. Il 
revint alors prendre ses garnisons à Constantine, à Bùne et à Sétif , et se pré- 
para , par les soins qu'il donna à son instruction , à prendre une brillante part 
dans les opérations qui allaient avoir lieu en 1845. 



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CHAPITRE IV 

(1845-1846) 



Expédition dans les Aurës. — Prise du coi de Portas. — Camp de Médina; opérations 
autour de ce camp. — Combat d*AIdoussa. — Prise de Djar-Alla et de Tabergua. — 
Rentrée à Batna. — Opérations de la e» compagnie à Sétif. — Opérations du général 
d'ArbouYiile dans la province d*Alger. — Expédition chez les Ouled-Soltan. — Tour- 
mente de neige du 3 Janvier 1846. — Rentrée k Sétif. 



Depuis les évéDements de Biskra, la province de ConslanliDe jouissait 
d'une complète tranquillité; les tribus se livraient paisiblement aux travaux 
de ragriculturo et payaient assez régulièrement l'impôt; seule, lu région de 
l'Aurès était encore remuante et demeurait une menace permanente pour le 
bas pays. Ce n'est pas que ses habitants nous fussent plus hostiles que ceux 
de beaucoup d'autres tribus; mais parmi eux s'étaient retirés Ahmed- bey et 
Mohamed- bel -Hadj , et ces deux vaincus cherchaient, chacun de son côté, 
à tenter de nouveau la fortune. 

Lorsque le général Bedeau vint prendre le commandement de cette pro- 
vince, en remplacement du duc d'Aumale, une expédition dans cette région 
était la seule opération militaire dont la nécessité se fît réellement sentir; 
mais cette opération n'était pas sans diflicultés : il s'agissait de s'engager, 
avec une dedhle colonne et un immense convoi , dans une contrée montagneuse, 
peu connue, sans ressources et relativement très peuplée. Elle n'en fut pas 
moins décidée. Vers la fin d'avril, les troupes qui devaient y prendre part se 
concentrèrent à Batna. Les cinq premières compagnies du bataillon de Tirail- 
leurs, renforcées de cent soixante hommes des compagnies de Bône et présen- 
tant ainsi un effectif de cinq cent trente hommes , arrivèrent dans ce poste 
le 29. Le commandant Thomas commandait lui-même ce détachement. 

La colonne, forte d'environ cinq mille cinq cents hommes, quitta Batna le 
l^cmai. Elle avait été divisée en deux brigades : la première était sous les ordres 
du général Levasseur; la seconde , sous le commandement du colonel llerbil- 
lon. Le bataillon de Tirailleurs fut placé dans celle du général Levasseur. Ces 
deux brigades suivirent d'abord la même route, se dirigeant au sud-est, de 
façon à pénétrer par le versant septentrional. Le 2, elles traversèrent les pre- 
mières %ne8 de hauteurs et allèrent bivouaquer dans la plaine de Yabous. 



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[1845] LE 3^ RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE 33 

Le 3, elles arrivèrent au pied des hautes noontagnes , en face du col de For- 
tas, qui paraissait être fortement occupé par l'ennemi. En avant du défilé, 
ce dernier avait en effet construit une petite redoute en pierres sèches ; à droite, 
il s'était établi sur une montagne assez élevée et couronnée do bois; à gauche, 
il s'était embusqué dans des rochers plongeant directement dans Tintérieur 
du col. 

La brigade Lcvasscur, restée sous les ordres directs du général Bedeau , 
fut chargée d'attaquer la position; le colonel Ilerbillon devait contourner 
celle-ci par la gauche , se placer sur la ligne de retraite des rebelles et faire 
ensuite sa jonction avec la colonne principale. Pendant qu'on prenait ces 
dispositions, la l*^ compagnie (capitaine Vindrios), qui se trouvait à l'avant- 
garde , avait déjà engagé une assez vive fusillade avec les défenseurs de la 
redoute. Sur l'ordre du général Bedeau, le commandant Thomas fit porter 
sur sa gauche les 4« et 9^ compagnies, qui se déployèrent face au mamelon 
boisé, d'où en un instant les Arabes furent débusqués. Au môme moment, 
la 3^ compagnie vint prolonger la ligne de la l^,et la 2* se placer en soutien. 
Se portant alors tout entier en avant, le bataillon marcha droit à la redoute, 
qui fut aussitôt enlevée; puis , oppuyé par un bataillon du 31* de ligne et un 
autre du 19" léger, il s'élança vers le col, escaladant des pentes abruptes, 
franchissant un terrain boisé et tourmenté, et cela avec une telle rapidité, 
que lorsque, après avoir poursuivi les Arabes de crôte en crôte, les Tirailleurs 
débouchèrent de l'autre côté du passage, la colonne du colonel Ilerbillon n'y 
avait pas encore paru. L'ennemi avait ainsi pu se retirer et prendre posi- 
tion en arrière, à Téniet-el-KorchelT. Quoique la journée fût déjà avancée 
lorsque les deux brigades eurent fait leur jonction, on se porta sur ce dernier 
point, qui fut aussitôt occupé. Le bivouac y fut établi , et la colonne y passa 
la nuit. 

Le bataillon avait eu quatre hommes blessés. En rendant compte de ce 
succès , le général Bedeau citait , comme ayant fait preuve d'un courage tout 
particulier, le sergent Sald-ben-Mohamed et le caporal Ben-Kedmy, qui, tombés 
dans un groupe d'ennemis, en avaient tué cinq et mis le reste en fuite. 

Le combat du 3 amena aussitôt la soumission des Ouled-Abdi et des Beni- 
Daoud. Le 4, la colonne se dirigea sur Médina, point central où le général 
avait résolu de former un camp. Dès le 5, les travaux commencèrent, et pen- 
dant deux jours les troupes furent employées à la construction d'une redoute, 
où l'on déposa tous les approvisionnements , sous la garde du S® bataillon 
d'Afrique. 

Les opérations furent reprises le 7. Le but à atteindre était de soumettre 
la tribu des Beni-Oûdjana. A cet effet, la colonne fut divisée en deux groupes : 
le premier, dans lc(|ucl se trouvait le bataillon de Tirailleurs indigènes, de- 
vait, sous les ordres du général Levasscur, marcher directement surTarit- 
el-Baatcha, pendant que l'autre, avec le général Bedeau, opérerait plus 
au sud et reviendrait par la vallée du Mélagou, où la jonction devait avoir 
lieu. 

Le premier jour, la colonne du général Levasseur franchit le col de Tizou- 
garin et vint s^étahlir dans cette vallée. L'ennemi n'avait même pas essayé 

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34 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1845] 

de lûoir; il 8*était enfui précipitamment, laissant dos approvisionnements de 
toute sorte que le général ordonna de détruire. Le 9, on séjourna sur le 
Hélagou; la journée fut employée à des reconnaissances. Le 10, les deux co- 
lonnes firent leur jonction , et toutes les troupes se trouvèrent de nouveau 
sous les ordres du général Bedeau. 

Les reconnaissances du 9 avaient signalé, au village de Bou- Hammam, 
de nombreux rassemblements des Beni-Oudjana, auxquels s'étaieot joints un 
groupe des Beni-Sliman et un autre des Amar-Kaddour. Dès son arrivée, le 
général Bedeau décida qu'on irait déloger Tennemi. A une heure de l'après- 
midi , une colonne de dix- huit cents hommes, dont le bataillon fit partie, se 
mit en route et dispersa en un instant ce qu'elle trouva devant elle. 

Le 11, toute la colonne reprit sa marche dans la direction suivie la veille et 
poursuivit quelques Arabes qui occupaient les contreforts sud du Chellia. Le 
soir, elle arriva à Messarah ; là , surprise par la neige qui tombait en abon- 
dance et rendait les sentiers impraticables , elle fut obligée do séjourner lu 12. 
Le 13, franchissant de nouveau le col de Tizougarin, qu'elle trouva couvert de 
neige, elle rentra à Hédina pour s'y ravitailler. Le 15, pourvue de huit jours 
de vivres, elle reprit la campagne, se dirigeant sur la vallée des Ouled-Abdi; 
elle arriva le soir à Hesseret, sur la rive droite de l'Oued-el-Abiod et y séjourna 
le 16. Le 17, le bivouac fut établi un peu plus loin , à Hadj-Jadj. Le 18, à midi, 
quittant tout à fait la vallée de l'Oued-el-Abiod , elle vint camper sur le Djebel- 
bou-Bezizen. La journée du 19 fut employée par le bataillon à une reconnais- 
sance sur l'Oued-el-Abdi. On attendait pour se remettre en roule l'arrivée du 
colonel Ilerbiilon , qui était allé chercher un convoi de vivres à Batna. Ce convoi 
arriva dans la journée et, le 20, la petite armée reprit sa marche sur deux 
colonnes : celle de gauche, sous les ordres du colonel Ilerbiilon, suivit les 
crêtes en marchant parallèlement à TOued-el-Abdi; celle de droite, avec la- 
quelle se trouvait le général Bedeau et qui comprenait le bataillon de Tirail- 
leurs, un bataillon du 19® léger, un bataillon du 31^^ de ligne et un autre du 
22**, descendit dans la vallée, traversa la rivière au pie<i du Itou-Hezizcn et 
commença à gravir les pentes delà rive droite, se maintenant à la hauteur du 
colonel Herbillon, qui se prolongeait sur les crêtes de la rive gauche. Pendant 
la matinée , cette dernière colonne laissa sur son chemin de nombreux vil- 
lages abandonnés par l'ennemi; celui-ci ne paraissait nulle part : partout le 
vide et cette dévastation hâtive qui indique une émigration précipitée. Vers 
midi cependant, quelques Arabes furent signalés dans la vallée, en avant d'Aï- 
doussa , village assez important situé sur l'Oued-el-Abdi ; enfin d*importants 
rassemblements apparurent sur la rive gauche de cette rivière, aux villages 
d'AIdoussa, de Ténict-el-Abdi et de Fedjcl-Kadi. 

L'ennemi semblait attendre l'allaque principale du côté de la colonne 
de gauche; pour la soutenir, il avait construit sur les hauteurs dominant 
Aldoussa plusieurs redoutes en pierres sèches, dont la défense avait été confiée 
à ses meilleurs soldats. Mais le général Bedeau, cessant tout à coup de se pro- 
longer sur la rive droite , lit télé de colonne à gauche et marcha sur la rivière, 
pendant que le colonel Herbillon, descendant les pentes de la rive gauche, se 
dirigeait sur le village d'AIdoussa. A ce moment, le bataillon de Tirailleurs 



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[1845] EN ALGÉRIE 35 

reçut Tordre de se porter en avant, de laisser Âidoussa sur sa gauche, de 
passer la rivière en aval de ce village et de s'emparer de Téniet-el-Abdi. La 
2* compagnie (capitaine Taverne) se déploya au pas de course; la 3* vint 
bientôt appuyer sa ligne à droite, puis tout le bataillon se porta en avant, 
franchit la rivière et arriva devant Téniet-el-Abdi. Les deux compagnies de 
tête, gravissant alors les pentes de droite et de gauche, en délogèrent Tennemi, 
pendant que le gros du bataillon pénétrait dans le village, qui venait d*étre 
abandonné. 

Sur tous les autres points le succès était également complet : Tennemi 
fuyait précipitamment, cherchant à gagner la montagne, où la poursuite de- 
venait fort difficile, sinon impossible. Mais il avait subi des pertes considé- 
rables et laissait une quarantaine de prisonniers entre nos mains. 

Dans ce combat, le bataillon avait eu cinq blessés dont un officier, M. le 
sous-lieutenant Bonnomain. Dans son rapport, le général citait comme s'étant 
particulièrement distingués : 

MM. Sarrauton , capitaine-adjudant-major. 
Bonnemain, sous-lieutenant, blessé. 

Le soir, la colonne établit son bivouac sur les deux rives de TOued-el-Abdi. 
Le 22, elle reprit sa marche et descendit la vallée jusqu'à Ménah; là, elle 
attendit la complète soumission des Ouled-Abdi. Le 27, les deux brigades se 
mirent en route pour Médina , où elles arrivèrent le 29. 

Le 2 juin, on évacua définitivement Médina. Ce jour-là, la colonne se di- 
rigea vers le territoire des Bou-Sliman. Le lendemain, elle franchit le Teniet- 
el-Abiod et arriva le soir à Chamaoura sur TOucd-Haumel. Après avoir sé- 
journé deux jours sur ce point, afin de recevoir quelques soumissions, le 6, 
elle vint bivouaquer à Kessour, sur TOued-Chéraya. Le 7, elle continua sa 
marche vers Test. A la grand*halle, au moment où les soldats faisaient le 
café, arrivèrent au camp plusieurs courriers indigènes que les Arabes avaient 
poursuivis à coups de fusil. La punition ne se fit pas attendre; sur l'ordre du 
général Bedeau, le bataillon de Tirailleurs prit les armes, et, appuyé à droite 
par deux compagnies du 61^^ il se porta sur le village de Djar-Alla, d*où 
étaient partis les coups do feu. 

Ce village, situé au fond d'un étroit ravin , était défendu à droite et à gaucho 
par des rochers escarpés et, dans la gorge môme, par un terrain coupé de 
jardins étages entourés de murs en pierres sèches. La 7* compagnie (lieute- 
nant Duchaine) et la 5® (capitaine Lapeyrussc) franchirent en un instant les 
escarpements de droite et de gauche, pendant que la 3* (capitaine Bessière) 
pénétrait dans Djar- Alla par la gorge du ravin. Mais Tennemi ne nous avait 
pas attendus. Ce ne fut que lorsque le bataillon se retira, après avoir incendié 
le village, qu'il fit sa réapparition. Il revint alors en nombre, et ne cessa de 
harceler la compagnie d*arrière-garde (capitaine Vindrios) que lorsque celles:! 
fut hors du ravin. Celte compagnie eut deux hommes blessés. 

Après avoir accompli sa mission , le commandant Thomas rejoignit la co- 
lonne, qui reprit sa marche, et, le môme soir, vint s'établir au Kessir sur l'Oued- 



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36 LB 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1845] 

Tichtad. Le 8, elle arriva à El-Bahl, après uoe marche pénible au sein d'un 
pays accidenté, privé d*eau et complètement aride. Le 9, elle atteignit El-Oudja 
et| le 10, alla camper à Djelaîl. Dans cette journée, la marche avait été par«- 
ticttlièrement fatigante : un siroco brûlant n'avait pas cessé de souffler, et sur 
tout le parcours il avait fallu franchir des ravins , gravir des pentes abruptes, 
et cela sans trouver une goutte d*eau. 

Le 11 , au moment où la colonne établissait son bivouac, des gens de Beni- 
Amzan, qui n'avaient payé qu'une partie de leurs contributions, vinrent lui 
tirer quelques coups de fusil. Le 12, pendant toute la matinée, l'arrière-garde 
fut inquiétée par des groupes de Maafas et de Hachach^. A midi, le gros 
de la colonne se trouvant réuni sur TOued-Fréchou, le général Bedeau prit 
quatre bataillons, dont celui de Tirailleurs indigènes, et, faisant laisser les 
sacs au camp, se porta rapidement contre Taberga, centre très important où 
les rebelles s'étaient retirés. Dissimulée par des accidents de terrain , l'attaque 
se trouva combinée de telle sorte, qu'au moment où le bataillon de Tirailleurs 
ouvrit le feu sur la droite et celui du 2* de ligne sur la gauche, les Arabes, 
qui ne s'étaient aperçus de rien, se trouvèrent complètement dominés et en- 
veloppés. Désespérant de se défendre, ils se rendirent à discrétion. Cette opé- 
ration terminée, le général ramena ses quatre bataillons sur TOued-Fréchou , 
où le bivouac fut établi. 

Le lendemain, on se remit en route pour pénétrer dans le pays des Amamra. 
Le 14, on contourna les contreforts ouest du Djebel -Aiuauira et Fou arriva 
dans la plaine de Ramisa, où Ton séjourna le 15 pour y recevoir un convoi 
de vivres venant de Batna. Le 16 , le bivouac fut établi à Khenchela. La tribu 
des Ouled-Ensirah, fraction sud des Amamra, n*ayant pas voulu payer l'impét 
ni envoyer ses chefs fS&ire leur soumission, la colonne repartit le 17, gravit la 
montagne et découvrit la population en fuite emmenant ses troupeaux. Les 
bataillons d'avant-garde déposèrent leurs sacs et deux colonnes furent aussitôt 
formées : l'une, composée du bataillon du 22®, de l'escadron de chasseurs, 
d'une pièce de canon et de deux compagnies d'élite du 2<> de ligne, se dirigea 
par les crêtes; l'autre, constituée par le bataillon de Tirailleurs, prit le fond 
de la vallée. Précipitant sa marche , cette dernière atteignit bientôt les fuyards, 
qui se dispersèrent aux premiers coups de feu, et s'empara de huit à dix mille 
moutons et de quatre cent cinquante bœufs, qu'elle ramena au lieu de la halte. 
Ce coup de main lui avait coûté un homme blessé. 

La colonne revint ensuite sur TOucd-Fringal et enfin se dirigea sur Uatna , 
où elle arriva le 21. L'expédition avait duré cinquante-deux jours. Ses résul- 
tats furent considérables : toutes les tribus de ces montagnes firent leur sou- 
mission et payèrent dès lors leurs contributions sans difficultés. Toutefois on 
n'avait pu s'emparer ni de Mohamed-bel-Uadj ni d'Ahmed-bey. Le premier, 
avec une trentaine d'hommes au plus, s'était enfui à Nefta en Tunisie; Tautre, 
abandonné de la plupart de ses derniers partisans, était allé se réfugier dans 
les montagnes de Bougie. 

Le bataillon de Tirailleurs resta à Batna jusqu'au 26. Le 30, il était de 
retour à Constantine. 

Pendant ce temps la 6* compagnie, détachée à Sétif, ne restait pas inactive. 



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3. 

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[1845] EN ALGÉRIE 37 

Lo 6 juin, elle entrait dans la composition d'une colonne qui, sous les ordres 
du colonel Régeau, devait opérer dans le Hodna. Cette colonne se rendit d'a- 
bord chez les Ouled-Déradj ; mais, lo 10 juin, elle dut revenir sur ses pas pour 
se porter vers les Relissas et les Hannaïch, devant les montagnes desquels le 
général d*Arbouville se trouvait arrêté. Lorsqu'elle arriva, le général n*y était 
plus; il s'était rendu à l'appel du général Marey, qui se trouvait dans leTitteri 
aux prises avec Ben-Salem, lieutenant d'Abd-el-Kader. Elle reprit alors le 
chemin du Hodna , parcourut ce pays pendant quelques jours et se dirigea 
ensuite sur Bou-Saftda. Le 28 juin, elle eut , sur le territoire des Ouled-Djellah, 
un léger engagement auquel la 6^ compagnie prit une brillante part. Le 21 juil- 
let, elle était de retour à Sétif. 

TiA paix semblait enfin ôtro assurée sur toute l'étendue de nos possessions 
algériennes. TiO mnrécliol Rugonud était lui-mémo tellement persuadé que co 
résultat venait d'être atteint par les brillantes expéditions qui avaient eu lieu 
dans chaque province, qu'il était parti en congé, laissant l'intérim de son gou- 
vernement au général de Lamoricière. Cependant une sourde agitation ne tarda 
pas à se manifester à la voix de nombreux prédicateurs de guerre sainte, qui 
tous se disaient chérifs et tous prenaient le nom de Bou-Maxa. Dans les pro- 
vinces d'Alger et d'Oran ce soudlo de rébellion s'étendit avec une extrême ra- 
pidité. Abd-el-Kader, réduit à l'impuissance depuis notre yictoire dlsly, yivait 
alors parmi les quelques tribus marocaines qui l'avaient recueilli. Aussitôt 
qu'il apprit ce nouvel état de choses , il traversa les frontières à la tête d'une 
nombreuse troupe de cavaliers et de fantassins et ne tarda pas à paraître dans 
la yallée de la Tafna , non moins menaçant qu'auparavant. 

Le 22 septembre, il surprit le lieutenant-colonel de Montagnac à Sidi-Brahim, 
et remporta sur lui un sanglant succès qui vint ranimer tout le fanatisme de 
ses partisans. Dès ce moment l'insurrection devint générale. 

L'agitation avait gagné jusqu'à la province de Constantine : toute la Medjana 
menaçait de se soulever. On se hâta d'envoyer des troupes à Sétif. Le 24 sep- 
tembre, les cinq premières compagnies de Tirailleurs indigènes, formant un 
bataillon de marche de quatre cent trente hommes, furent dirigés sur ce poste, 
où se trouvait déjà la 6^ compagnie. Le 2 octobre, le colonel de Chasseloup, à 
la tête de ce bataillon et d*un autre du lO*' léger, se porta à Bordj-Bou-Arréridj, 
où il resta jusqu'au 16 pour rassurer les populations. Le calme se rétablit 
peu à peu, et l'on put bientôt considérer le danger comme définitivement 
éloigné. 

Il n'en était pas de même dans le Hamza : toute cette contrée avait pris les 
armes à la voix d'un prétendu chérif nommé Mohamed-ben-Abdallah. Le gé- 
néral Marey, commandant alors dans le Titteri, marcha ausntêt contre cet agi- 
tateur ; mais, comme il ne pouvait disposer que de forces insuffisantes et que 
les troupes de Sétif devenaient inoccupées , le général d'Arbouville reçut Tordre 
de se joindre à lui. Celui-ci organisa aussitôt une petite colonne ayee laquelle 
il se mit en route le 4 novembre. Parmi les troupes qui la composaient se 
trouvaient, sous les ordres du capitaine Lapey russe, les 4* et S* compagnies 
du bataillon et un détachement de trente-cinq hommes de la l'* compagnie. 

La jonction des deux généraux eut lieu le 11. Le 12, ils livrèrent, près du 



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3S LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1845] 

Djebel-Baghar, chez les Ouled-Aziz, un sanglant combat au chérif qu'ils bat- 
tirent complètement et dont ils enlevèrent les tentes et les bagages. A la suite 
de cet engagement, le détachement du bataillon indigène eut & soutenir une 
retraite des plus difficiles, durant laquelle il se trouva continuellement aux 
prises avec l'ennemi. Pendant un instant Arabes et Tirailleurs se trouvèrent 
même complètement confondus; il s'en suivit une lutte corps & corps où ces 
Kabyles donnèrent une idée de la ténacité qu'ils opposeraient un jour à nos 
troupes, quand celles-ci tenteraient de pénétrer dans leur pays. 

Ils finirent cependant par céder après avoir éprouvé des pertes considé- 
rables. De notre côté nous avions perdu un officier, M. Ledoux, lieutenant 
commandant la 4« compagnie, qui fut tué à bout portant, et quinze hommes 
blessés. 

Le rapport du général d'Arbouvillo citait comme ayant fait preuve d'une 
grande bravoure : 

MM. Lapeyrusse, capitaine. 

Hadj-Amou , sous-lieutenant. 
Landini, sergent-major. 

Presque aussitôt après cet important succès , le général Harey fut appelé 
vers Boghar, et le général d'Arbouvillo resta seul dans l'est du Tilteri. Il pour- 
suivit les opérations commencées et parcourut les tribus qui s'étaient révoltées 
pour leur imposer des contributions de guerre. Le 22 novembre, alors que 
notre victoire sur Mohamed- ben- Abdallah paraissait avoir fait rentrer dans 
l'ordre la plus grande partie du pays, les Beni-Djaad, qui n'avaient cependant 
point pris part à l'insurrection , vinrent tout & coup attaquer le camp. Après 
les avoir complètement battus, le général d'Arbouvillo se porta sur leur ter- 
ritoire et fil incendier tous leurs villages par le détachement do Tirailleurs in- 
digènes. liCur soumission immédiate fut le résultat do ce juste chAtimont. 

A ce moment Ben -Salem, lieutenant d'Abd-el-Kador, parut à son tour au 
milieu de ces tribus avec un nombre assez considérable d'irréguliers, et s'unit 
au chérif qui cherchait & recruter de nouveaux partisans. Dès qu'il apprit cette 
nouvelle, le général Bedeau, qui opérait alors dans le haut Chélif, se trans- 
porta lui -môme sur les lieux. Il se mit, conjointement avec le général d'Ar- 
bouvillo, & la poursuite des deux chefs rebelles, qui n'échappèrent & cette ma- 
nœuvre enveloppante qu*en se jetant dans les gorges les plus inaccessibles du 
Djurjura. 

Le 11 décembre, les deux colonnes se trouvèrent réunies et n'en formèrent 
plus qu'une seule sous le commandement du général Be«lcau. Le 13, la bri- 
gade d'Arbouvillo alla se ravitailler & Médéah et, le 15, revint prendre le cours 
de ses opérations. On parcourut d'abord le pays des Beni-Zouzoug, où l'on ne 
rencontra aucune résistance, puis on se porta sur le Kef-el-Lagdar. 

Cependant Abd-el-Kader, traqué partout ailleurs, no tarda pas & paraître 
lui-même dans le Titteri. Son intention était de faire une pointe dans la Mi- 
tidja et de ravager cette riche contrée. Déjà il avait attaqué les Isser, nos alliés, 
et avait fait sur eux un butin considérable. Ben- Salem s'était empressé de 



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[1846] EN ALGÉRIE 39 

descendre du Djurjura et s^était joint à lui dans les premiers jours de fémer 
1846. Hais le maréchal Bageaud , qui avait parfaitement pénétré le plan de 
Témir, ayait pris toutes ses précautions pour mettre ce dernier dans l'impos- 
sibilité do Toxécutor. Le général Gentil, le maréchal lui-môme et enfin le 
général Bedeau et le général d'Arbouville se portèrent en toute hâte sur le 
haut Isser, et bientôt Abd-el-Kader n'eut, à son tour, d'autre ressource 
que les gorges du Djurjura. 

Le 8 féTrier, la colonne du général Bedeau fit sa jonction ayec celle du ma- 
réchal. Les conservant toutes les deux sous sa main, le gouverneur général 
se tourna alors contre les tribus qui avaient accueilli l'émir, entre autres les 
Guechtoula, les Beni-Khalfoun , les Neziiona et quelques fractions des Flissa. 
Quant à Abd-el-Kader, on ne put l'atteindre. 

La tranquillité paraissant alors partout rétablie, le maréchal résolut de 
rentrer à Alger, dont il ne se trouvait pas très éloigné. Le 23 février, il quitta 
la colonne avec la brigade d'Arbouville et, le lendemain , fit son entrée dans 
la capitale de son gouvernement. 

Pendant les quelques jours où la colonne d'Arbouville avait marché sous 
ses yeux, le maréchal Bugcaud avait été particulièrement frappé de la belle 
tenue, do la discipline, de l'entrain et du dévouement du détachement de Ti- 
railleurs do Constantino. Voulant donner à ce dernier une preuve de sa satis- 
faction, il avait dccido qu'il prendrait la tôto des troupes lors de l'entrée do 
celles-ci à Alger. Une somme de six cents francs fut en outre remise au capi- 
taine Lapeyrusse pour être distribuée entre les hommes, et pendant quatre 
jours la plus grande liberté fut laissée à ceux-ci qui, partout acclama par 
leurs coreligionnaires de la première ville de l'Algérie, jouirent d'un triomphe 
justement mérité par quatre mois de fatigues, de privations et de dangers. 
Le 28 février, il fallut s'arracher à cette Capoue et s'embarquer pour Philippe- 
ville. Le 4 mars , les compagnies qui avaient pris part à la glorieuse expédi- 
tion du Titleri étaient de retour à Constantine. 

Pendant que les événements que nous venons de raconter se déroulaient 
dans la province d'Alger, celle de Constantine, sans ôtre agitée au môme 
point, éprouvait cependant le contre-coup de cette vaste insurrection. Au mois 
de novembre 1845, un certain Mohamed-cl-TrébouI, surnommé Bou-Darbelo, 
s'était montré dans le ndezma et avait parcouru cette région en y prêchant 
la guerre sainte. Les Oulcd-Soltan furent les premiers à prêter Toreille à ses 
excitations; mais, maintenus parle colonel Herbillon, qui commandait la sub* 
division de Batna , ils n'osaient encore donner un libre cours à leurs idées 
de rébellion, lorsque l'exemple des Ouled-Soulam, leurs voisins, vint faire 
tomber leurs dernières hésitations. 

Le général Levasseur était alors chargé de l'expédition des affaires de la 
province pendant l'absence du général Bedeau. Il organisa aussitôt une co- 
lonne dont il prit le commandement, et se porta au sein du pays insurgé. 

Le 1 1 décembre , les l*"*, 2« et 3° compagnies quittèrent Sétif sous les ordres 
du capitaine Bessière et l'y rejoignirent le 13. Ce détachement, réuni à un 
autre du 3® bataillon d'Afrique, forma un bataillon mixte qui fut placé sous 
les ordres du commandant de Liniers, du bataillon d'infanterie légère. 



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40 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1846] 

Le 16, le temps, jusque-là très mauvais, se remit au beau et les opérations 
purent commencer. On marcha contre les Ouled-Soulam. Le bataillon formé 
par les Tirailleurs indigènes et le bataillon d'Afrique prit les créles et refoula 
les Arabes dans le fond de la vallée, où ils furent atteints par la colonne prin- 
cipale, qui leur tua une centaine d'hommes et les poursuivit pendant plusieurs 
heures. Bou-Darbela fut arrêté dans sa fuite et envoyé comme prisonnier & 
Biskra. Les Tirailleurs avaient eu un homme blessé. 

Après cette affaire, le général se tourna contre les Ouled-Soltan, auxquels 
il imposa une forte contribution de guerre. Pour en assurer la levée, il dissé- 
mina sa colonne sur les points les plus importants et fit âur veiller les prin- 
cipaux débouchés. Le bataillon de Tirailleurs se trouva ainsi réparti entre 
trois villages situés dans le défilé de Foum-bou-Thaleb. Cette dispersion faillit 
avoir de fâcheuses conséquences. 

Dans le pays vivait alors un chef influent nommé Si-Saad qui, Tannée 
précédente, avait brigué auprès du duc d'Aumale un emploi de caïd pour 
lequel il s*était vu préférer son compétiteur Si-Mokran. Devenu par cela seul 
notre ennemi , il s'était vite créé un parti parmi les rebelles et les mécontents, 
et, tout en protestant de son dévouement à la cause française, il n'avait cessé 
de travailler activement les esprits on vue d'une insurrection. Voyant dans la 
disposition de nos troupes la possibilité do remporter un facile succès qui 
aurait suffi à exaller toutes les populations de ces montagnes, il crut le mo- 
ment favorable arrivé. Le 25, il se mit à la tète d*une bande de quatre à cinq 
cents rebelles et vint tomber à l'improviste sur le village d'Oumassa, occupé 
par la compagnie du capitaine Bessière. 

On était loin de s'attendre à une pareille attaque ; aussi y eut-il un moment 
de surprise; mais le sang-froid du capitaine Bessière et la bravoure des Tirail- 
leurs conjurèrent tout. Sans se laisser effrayer par les forces quatre fois supé- 
rieures de l'ennemi, le valeureux commandant de la 3® compagnie rallia sa 
troupe, l'enleva vigoureusement et chargea à la baïonnette les bandes con- 
fuses de Si-Saad, qui furent rejetées dans un ravin. Atteint de deux blessures 
graves , il continua avec une énergie peu commune & diriger le combat, et 
permit ainsi à des renforts d'arriver et d'achever la défaite des Arabes, qui 
s'enfuirent dans toutes les directions , abandonnant leur chef , qui rentra 
presque seul dans son douar. Ce brillant fait d'armes, dont tout l'honneur 
revenait au capitaine Bessière, nous coûtait, outre ce brave oflicier, qui avait 
reçu deux balles dans la cuisse droite, dix Tirailleurs blessés. 

Débarrassée du seul rassemblement important qu'elle eût trouvé devant 
elle, la colonne s'occupa de vider les silos. Ce travail dura plusieurs jours. Le 
30, le détachement du bataillon indigène reçut l'ordre d'attaquer le douar de 
Si-Saad. Ce coup de main, habilement dirigé par le commandant de Liniers, 
fut couronné d'un plein succès et ne nous coûta qu'un caporal tué. 

Cette opération fut la dernière de la colonne Levasscur; le llodna étant pa- 
cifié, et par suite sa mission terminée, elle se mit en route pour Sétif. Le 3 jan- 
vier 1846, elle se trouvait dans les défilés du Djebel -bou-Thaleb, lorsqu'elle 
fut assaillie par un ouragan glacial accompagné d'une neige tellement abon- 
dante, que toutes les routes en furent bientôt couvertes. Pendant deux jours 



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[1846] EN ALGÉRIE 4f 

il ne cessa d*en tomber; le froid était si intense, qu'elle gelait aussitôt. 

Les soldats ne pouvaient plus trouver un seul morceau de bois pour faire 
le café. Accablés de fatigue, de privations, ils marcbaient au basard avec des 
peines infinies, s'égarant de tous côtés; beaucoup durent se réfugier dans les 
tentes nrnbes, dans Icf; douars, où ils purent, et furent recueillis quelques 
jours après; d'autres tombèrent pour no plus se relever. Lorsqu'elle arriva à 
Sétif, le 4 au soir, la colonne était réduite presque à rien. Quand tous les 
traînards furent rentrés, on s'aperçut qu'une centaine d'hommes étaient morts 
de froid ou de besoin. Les Arabes de la tribu des Rir'a se firent remarquer par 
leur généreuse hospitalité et en sauvèrent un grand nombre, qu'ils ramenèrent 
à Sétif. 

Pendant toute cette dure épreuve, les Tirailleurs se montrèrent admirables 
de résignation et de dévouement. Grâce à cet excellent moral , le détachement 
ne perdit qu'un homme, un jeune clairon , et ne compta que quinze malades, 
alors que beaucoup d'autres corps furent diminués de pluS'de moitié. 

Ces trois compagnies n'allaient pas jouir d'un repos de bien longue durée 
pour se remettre de cette terrible expédition. Le 20 janvier, il leur fallut de 
nouveau partir pour l'ouest avec une colonne commandée par le lieutenant- 
colonel Dumonict, du 19° hVgor. Dans sa marche insurrectionnelle dans la pro- 
vince d'Alger, Abd-el-Kader s'était avancé vers Bou-^aâda, et une vive agitation 
n'avait pas tardé à se manifester dans la partie méridionale du llodna , notam- 
ment chez les Oulcd-Mahdi , où l'ordre fut bientôt rétabli. Cette agitation avait 
même gagné jusqu'aux environs de Sétif. La colonne Dumontet vint d'abord 
s'établir au sud de Bord- Medjana, puis elle rentra à Bou-Saftda et revint 
à Sétif à peu près en môme temps que le général d'Arbouville, de retour de 
son expédition dans la province d'Alger, y arrivait de son côté. A ce moment, 
le groupe formé par les 1>^, 2,^ et 3° compagnies se trouvait réduit à soixante- 
dix hommes ; encore une expédition , et il n'en serait rien resté. On Tenvoya 
à Constantine pour s'y réorganiser. Il y arriva le 17 mars. Là se trouvait déjà 
le détachement qui venait d'Alger et qui n'avait pas été beaucoup moins 
éprouvé, et enfin celui de Bône, qui représentait un effectif relativement con- 
sidérable. Les compagnies furent ^alisées, les recrues nouvellement instruites 
réparties parmi les anciens soldats, les cadres portés au complet réglementaire, 
et, au bout de quelques jours, ce bataillon , qui semblait ne pouvoir de long- 
temps concourir aux opérations d'une campagne , était prêt à prendre dans 
celle qui allait s'ouvrir une part non moins glorieuse que dans celle qui venait 
de se terminer. 



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CHAPITRE V 

(1846-1847) 



(1846) Marche sur Batna. — Dépari pour Sétlf. — Opérations chez les Ouled-Nall. — 
Expédition du colonel Eynard ches les Amoucha. —Combats des 7, 10 et 22 juin. — 
Retour à Sétif. — Opérations du détachement de B6ne. — Derniers éyénements de 
l'année 1846. — (1847) Expédition contre les Nemencba. — Marche sur Bougie. — 
Combat du 16 mai. — Rentrée à Sétif. — Colonne expéditionnaire de Collo. — Le 
commandant Bonrbaki remplace le commandant Thomas. 



A peine quelques soins hâtifs eurent-ils été consacrés à sa réorganisation, 
que le bataillon dut reprendre le cours de ses expéditions. Le 24 mars, c'est-à- 
dire sept jours après avoir été rejoint par les trois premières compagnies, il se 
mit en route pour Batnai & l'exception cependant de la 6® compagnie, qui venait 
d'entrer dans la composition d'une colonne qui devait partir de Sétif, sous les 
ordres du général d'ArbouvillIei pour se porter au milieu des Oulod-Naîl. La 
marche sur Datna avait pour but une opération dans le Bciczma, où quelques 
troubles avaient ou lieu; mais quand on arriva dans cotte ville, le 27 mars, 
la tranquillité était partout rétablie et la présence de nouvelles troupes deve- 
nait inutile. Le bataillon repartit alors pour Sétif, qui, au contraire, venait 
d'être dégarni par le général d'Arbouville. Il atteignit ce poste le 2 avril. 

Le 5 avril, de nouveaux ordres le désignèrent pour l'escorte d'un convoi 
destiné à la colonne des Ouled-Nall. Il se mil eu roule le môu)o jour, et, le 17, 
atteignit El-IIheuch , au sud de Uou-Saâda , sans avoir rencontré un ennemi 
sur tout son parcours. Là , le commandant Thomas laissa ce premier convoi 
à la garde de la 4® compagnie , qui eut pour mission de le remettre au géné- 
ral d'Arbouville, qui ne se trouvait plus qu'à deux jours de marche, et rétro- 
grada sur Sétif avec les six autres compagnies. Arrivé dans ce poste le 9 au 
soir, il en repartait le 10 avec un deuxième convoi de quatre cents mulets 
ayant la même destination. Après avoir traversé une troisième fois M'Sila , le 
Ilodna et Bou-Saâda, le 19, il rejoignit la colonne d'Arbouville à Aln-Grab 
chez les Ouled-Aîssa, fraction des Ouled-Nail. Pour la première fois les huit 
compagnies du bataillon, représentant à ce moment un eflectif de six cent cin- 
quante hommes, se trouvèrent réunies dans la main de leur chef; confondues 



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[1846] LE S*" nÉOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE 43 

dès lors avec les autres troupes de la colonne, elles prirent part à toutes les 
opérations de celle-ci. 

Le 21 avril, on marcha contre les Ouled-Alssa, sur lesquels on exécuta une 
razzia qui nous rendit maîtres de la plus grande partie de leurs troupeaux. 
Ce succ^s ayant amené la complète soumission des Ouled-Naîl, la colonne 
parcourut ensuite le pays de l'est à Touest, revint à Bou-Saftda, s'arrêta 
quelques jours dans la plaine du Hodna, et le 7 mai arriva à H*Sila. Le 8, 
le général d'Arbouville la quitta pour aller prendre le commandement de la 
subdivision de Milianah. Le colonel Eynard, de Tétat-major, désigné pour 
lui succéder à Sétir, vint le remplacer, et les opérations qu'il avait préparées 
ne furent pas un instant interrompues. Le 10, la colonne alla s'établir près 
de la Casbah, petite ville située dans TOuennougha, région montagneuse 
traversée par Abd-el-Kadcr quelques mois auparavant, et qui se ressentait 
encore delà sourde agitation produite par le passage de Témir. Elle y.séjourna 
jusqu'au 19, combinant ses mouvements avec ceux d'autres troupes opérant 
dans le Hamza, sous les ordres du duc d'Aumale; puis, la tranquillité parais- 
sant assurée, elle se mit en route pour Sétif, où elle fit sa rentrée le 21 mai, 
après être passée par Bordj-bou-Arreridj , et y avoir laissé la 6* compagnie 
du bataillon. 

Cependant, si la paix commençait à renaître dans le sud-ouest de la province, 
les populations du nord-ouest étaient encore vivement secouées par le souffle 
insurrectionnel. Au moment de Tapparition d'Abd-el-Kader, plusieurs agita- 
teurs avaient subitement surgi et s'étaient mis à parcourir les tribus belli- 
queuses de la Kabylie, réveillant leur hostilité et les poussant à la révolte. 
Dans le Sahel de Sétif, un de ces faux chérifs, nommé Mouley- Mohamed, 
était même parvenu à réunir un contingent assez considérable; mais, battu, 
le 12 avril, par le colonel Dumontet, qui lui avait tué environ deux cents 
hommes, il avait dû se retirer dans le pays des Amoucha, où il n'avait pas 
tardé à recommencer ses prédications. 

Il importait de ne pas lui donner le temps de former de nouveaux rassem- 
blements et d^entrafner dans la rébellion les montagnards du Babor et du 
Guergour. Le colonel Eynard , qui venait de rentrer de l'Ouennougha , reçut 
Tordre d'organiser une nouvelle colonne et de se porter immédiatement au- 
dovant du chérif. Le 31 mai, cet officier supérieur quitta Sétif, à la tête d'un 
demi -bataillon du 61° de ligne, d'un bataillon de la légion étrangère, d'une 
compagnie d'infanterie légère d'Afrique, du bataillon de Tirailleurs indigènes 
(à l'exception de la 6* compagnie), de trois bataillons du 19* léger, de 
six pièces d'artillerie et de quatre cents chevaux , et alla s'établir au centre 
des Ouled-Nabeth , au marabout de Sidi-Aîssa. Ayant fait rentrer cette tribu 
dans l'ordre, il s'occupa do Mouley-Mohamed, et, le 7 juin, prenant avec lui 
toute sa cavalerie et quatre bataillons sans sacs, il se dirigea sur le pays des 
Ouled-Amar-ben -si-Ahmed, où les cavaliers arabes avaient signalé le camp 
du chérif. Son intention était simplement de faire une reconnaissance offen- 
sive. A midi, cette petite colonne se mit en route et parcourut d'abord une 
région facile, qu elle trouva d'ailleurs complètement abandonnée; mais bientôt 
le terrain devint raviné, montueux,et quelques groupes de Kabyles commen- 



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44 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALQÉRIEN8 [1846] 

cèrent à so montrer à Thorizon. Vors doux heures et demie , on atteignit à la 
naissance d*un pays particulièrement tourmenté, présentant des mamelons 
étages coupés entre eux par des ravins, des gorges profondes, la plupart inac- 
cessibles aux choraux. C'était là que l'ennemi avait établi le gros de ses 
forces; en avant, se trouvait la cavalerie du chérif, dont on distinguait par- 
faitement la bannière; un peu en arrière, un millier do Kabyles couronnaient 
les hauteurs. Malgré les difficultés qu'elle avait devant elle, notre cavalerie 
n'hésita pas & charger; chasseurs et spahis se précipitèrent sur les cavaliers 
du chérif, qui en un instant furent dispersés, laissant trente des leurs sur 
le terrain. Le bataillon de Tirailleurs, qui se trouvait & l'avant-garde, avait 
mission d'appuyer la cavalerie ; les 5<», 7® et 8® compagnies iiâtèrent le pas et 
vinrent prendre position en avant de façon à protéger la retraite de nos esca- 
drons; les autres compagnies s'établirent plus en arrière pour être sucoessi- 
y^mtui é xoéme de couvrir la coloone pendant son mouveineot rétro^rrade. 

Iles que (a cavalerie se fut retirée, (es Kabyles, au norrit^re (Vtavïeoa àix 
cents, et ayant à leur tête le chérif avec les quelques cavaliers qui lui restaient, 
se ruèrent sur cette arrière-garde. Mais celle - ci soutint vigoureusement le 
choc et ne se retira que pas à pas, en combattant toujours, chargeant l'en- 
nemi à la baïonnette, et, quand celui-ci devenait trop pressant, l'attirant dans 
les embuscades formées parles autres compagnies; en un mot, lui faisant un 
mal tel, que dans cette journée les rebelles perdirent au moins autant 
d'hommes que dans un combat où touto la colonne se serait trouvée engagée. 
A mesure qu'une compagnie arrivait & hauteur du point occupé par celle qui la 
précédait immédiatement, elle cédait sa place à celle-ci , de sorte qu'après les 
5®, 7* et 8*, ce furent les 2«, 3®, 1^ et 4® qui eurent successivement les hon- 
neurs de la première ligne. Après une heure de cette lutte à peu près continuel- 
lement corps à corps, lebataillon de Tirailleurs fut relevé par un bataillon delà 
l^ion étrangère, qui acheva de disperser les Kabyles, f'eux-ci eurent environ 
quatre-vingts hommes tués. Parmi leurs blessés , se trouvait le chérif Mo- 
hamed, qui avait eu la mâchoire fracassée par une balle, accident qui porta 
une forte atteinte & la réputation d'invulnérabilité qu'il s'était faite pour avoir 
plus d'ascendant sur les siens. Le bataillon de Tirailleurs comptait un homme 
tué et vingt- quatre blessés. Ce combat était sans contredit l'affaire la plus 
sérieuse à laquelle il eût assisté depuis sa formation. Réduit à ses seules res- 
sources, il avait su contenir tous les efforts de l'ennemi, et, sous sa pro- 
tection, la colonne avait pu opérer sa retraite sans être autrement inquiétée. 

Dans son rapport, le colonel Eynard citait comme ayant fait preuve d'une 
grande bravoure et d'un grand sang-froid : 

MM. Thomas , chef de bataillon . 
Sarrauton , capitaine-adjudant-major. 

Lapeyrusse , capitaine. 

Desporles, lieutenant. 

Coulon-Lagrandval , sous-lieutenant. 

Mohamed-ben-Belkassem , sergent. 

Prévost , sergent-fourrier. 



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[1846] EN ALGÉRIE 48 

Le 10 , la colonne leva le camp de Sidi-Aîssa et vint s'établir à Téniet-Essouf. 
Le môme jour, à peine le bivouac fut-il installé, que le colonel Eynard , laissant 
là le convoi sous la garde d^un bataillon , repartit avec les autres troupes, et 
vers une heure arriva sur le champ de bataille du 7 juin. L'ennemi, plus 
nombreux encore que lors do ce dernier combat , occupait cette fois une forte 
position en avant du grand ravin des Oulcd-Amar-ben-si-Alimcd. Los liaulours 
de droite, attaquées de front par le 19« léger et tournées par la cavalerie, 
furent bientôt enlevées. Pendant ce temps le bataillon de Tirailleurs, qui avait 
reçu pour mission de prendre à gauche, de tourner Tennemi si c'était pos- 
sible et de se maintenir & hauteur des bataillons du 19^ léger, avait par- 
couru environ une lieue sans rencontrer de résistance sérieuse; enfin il se 
trouva en face d'une position élevée et vigoureusement défendue. Il l'aborda 
résolument, délogea les Kabyles de tous les points où ils cherchaient à tenir 
et s'arrêta sur la crête, poursuivant de ses feux l'ennemi qui était alors en 
pleine déroute. La k^ compagnie, qui marchait sur le flanc & droite, tirailla 
longtemps dans le fond du ravin , où se précipitaient en désordre les bandes 
refoulées par les autres troupes, et infligea aux Kabyles des pertes considé- 
rables. 

La retraite s'opéra avec tout l'ordre possible. Les compagnies furent éche- 
lonnées derrière des plis de terrain et, comme après le combat du 7 juin, for- 
mèrent successivement l'extrême arrière-garde. Mais l'ennemi, beaucoup plus 
maltraité, fut moins agressif. Il essaya bien de s'étendre sur notre gauche, 
mais la bonne contenance des Tirailleurs l'arrêta aussitôt dans ce mouve- 
ment. A six heures du soir, toutes les troupes étaient rentrées au camp. 

Cette journée coûtait au bataillon un homme tué et douze blessés. 

Étaient cités dans le rapport du commandant de la colonne : 



MM. Montfort, 


capitaine. 


Fromental , 


lieutenant. 


Coulon-Lagrandval , 


sous-lieutenant. 


Hasscn-ben - tIadj-Kassen . 


do 


Mohamed-ben-Amar, 


sergent. 


Ali-ben-Ghelil, 


tirailleur. 



Hassein-ben-Hadj-Kassen , d^ 

Le lendemain , les Amoucha vinrent faire des propositions de paix. Le 12 au 
soir, la colonne reprit sa marche, se dirigeant vers les montagnes du Guergour. 
Au point du jour, elle arriva devant les villages de Tafreut et de Ksanoussa, qui 
l'accueillirent par quelques coups de fusil. Le bataillon indigène reçut l'ordre 
de les détruire. En quelques instants cette opération fut exécutée, et les Tirail- 
leurs parvinrent même à s'cmparor des troupeaux do l'cnnenii; mais, lorsqu'il 
fallut se mettre en retraite, environ deux cents Kabyles se rassemblèrent, et 
pendant près d'une heure tiraillèrent avec acharnemetit sur l'arrière-garde, 
qui eut cinq hommes blessés. 

Le 15, eut lieu une nouvelle marche de nuit dans le but de brûler quelques 
habitations et d'obtenir une soumission plus sûre de la part de quelques tribus 



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46 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1846] 

qui bésitaiont encore. Le bataillon do Tirailleurs, placé à ravant-garde, cou- 
vrit cette opération en occupant successivement diverses positions et en tirail- 
lant avec l'ennemi , qui se tint ce jour-là & une assez grande distance. 

Le 18, un bataillon du 19* léger eut sur l'Oued- Hiroum un engagement 
qui lui coûta vingt hommes bors de combat et un oflBcier tué. Le comman- 
dant Thomas fîit aussitôt envoyé avec son bataillon pour l'appuyer et soutenir 
sa retraite. Comme les jours précédents, les compagnies manœuvrèrent avec 
le plus grand ordre; l'ennemi fîit contenu et refoulé à la baïonnette toutes les 
fois qu'il devint trop audacieux. 

Les 20 et 21 , en protégeant des faucheurs qui étaient allés faire du fou^- 
rage pour les chevaux , le bataillon échangea quelques coups de fusil avec les 
Kabyles de la fraction des Ouled-Neirrhoumm , mais n'eut personne d'atteint. 
Le 22, la colonne, campée sur les pentes du Châbet-Ecorla , ravin limitant & 
l'est le pays des Amoucha, leva son bivouac à une heure du matin et se porta 
rapidement sur lo territoire des Ouled-Yahia. Au point du jour, elle arriva 
devant un terrain excessivement difficile , coupé par un ravin profond , au 
fond duquel coulait l'Oued -Berd, torrent alimenté par les eaux et les neiges 
du Babor. Là s'étaient rassemblés plusieurs contingents kabyles, appartenant 
pour la plupart à ce massif montagneux. Le bataillon de Tirailleurs se trouvait 
à l'avant-garde; il reçut l'ordre de fouiller le ravin principal, de détruire les 
habitations, de s'emparer des troupeaux, en un mot de faire le plus de mal 
possible à l'ennemi. Les l^^ et 2* compagnies furent détachées sur la droite, au 
fond de la gorge; les autres s'avancèrent le long des crêtes escarpées qui 
plongent sur l'Oued-Berd. D'abord surpris par ce mouvement audacieux, l'en- 
nemi prit la fuite , nous abandonnant ses villages ; mais bientôt il se ras- 
sembla sur le flanc droit des 3®, 4® et 5* compagnies et, les débordant tout à 
fait, se jeta sur l'arrière-garde du bataillon. Prenant alors des positions éche- 
lonnées, ces compagnies se retirèrent en combattant et se replièrent sur le 
gros du bataillon, qui à son tour rétrograda sur la colonne, qui elle-même était 
aux prises avec les Kabyles. Une compagnie de la légion étrangère se trouvait 
même dans une situation assex difficile, lorsqu'elle fut dégagée par les 1*^ et 
2® compagnies qui, après avoir remonté le ravin qu'elles avaient mission de 
fouiller, gravirent les pentes escarpées occupées par l'ennemi, chassèrent 
celui-ci, protégèrent une pièce d'artillerie qui fut placée sur ce point, et per- 
mirent ainsi à la colonne d'opérer son mouvement de retraite sans être trop 
inquiétée. 

Cet engagement avait été très vif; l'infanterie, qui seule avait donné, n'avait 
pas moins de trente hommes hors de combat parmi lesquels le bataillon de Ti- 
railleurs comptait un tué et dix blessés. Son résultat le plus direct avait été de 
prouver à l'ennemi qu'il n*y avait pas de terrain qu'il occupât qui ne fût ac- 
cessible à nos troupes , et cette considération amena bientôt ce dernier à cesser 
une guerre où il subissait des pertes considérables, où il voyait ses campagnes 
dévastées, ses villages brûlés et, à mesure que sa résistance se prolongeait, 
la clémence du vainqueur devenir plus difficile et plus inespérée. 

Seule la fraction des Ouled-Amar-ben-Ahmed persista dans une attitude 
dissidente. Le 4 juillet, la colonne vint s'établir à Tabia, au centre de son 



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[1846] EN ALGÉRIE 47 

territoire. Les 5, 6 et 7, la cavalerie fit du fourrage sans être autrement in- 
quiétée que par quelques coups de fusil tirés hors de portée. Le 8, la 8* com- 
pagnie, qui protégeait les faucheurs, fut tout à coup attaquée par environ 
deux cents Kabyles auxquels elle infligea des pertes sérieuses. Elle eut elle- 
même deux hommes blessés. 

Le même" jour, la colonne, ayant à peu près terminé sa mission, se mit en 
marche vers Touest, passa devant le Chêbet-el-Akrera , immense ravin au fond 
duquel coule un torrent qui se rend à la mer, qui n*est pas loin de là, puis se 
dirigea vers le massif du Guergour, au milieu duquel elle vint établir son 
bivouac. Pendant huit jours elle rayonna dans cette région , recevant les sou- 
missions et rimp6t des diverses tribus qui Thabitent. Le 16, elle se remit en 
route et, le 17, arriva devant Zamoura, centre d*une population considérable 
répartie en une dizaine de villages adossés à une montagne décharnée tenant 
au pays des Ueni-Abbès, tribu paisible et industrieuse. La chaleur était de- 
venue étouffante et les marches excessivement pénibles; le résultat à obtenir 
n'était plus en rapport avec les fatigues à endurer. Après être resté deux jours 
devant Zamoura, on se remit en route pour Sétif , où Ton arriva le 21. Là 
la colonne fut dissoute et le bataillon do Tirailleurs dirigé sur Constantine. 
Le 26, il rentrait dans cette place et, le l*'*' août, les 7« et 8^ compagnies re- 
prenaient leur garnison de Bêne. 

Le bataillon avait sans désemparer tenu la campagne pendant dix mois. 
Durant le cours de cette période, il avait pris part à onze combats, dans 
lesquels il avait eu un officier tué, un autre blessé, six hommes tués et 
soixante- dix -huit blessés, soit un total de quatre-vingt-six hommes hors de 
combat. Partout il s'était trouvé au premier rang et avait hautement justifié 
cet honneur; sa réputation longtemps jalousée s'imposait maintenant de telle 
sorte, que ce corps, de si récente formation, allait être considéré comme in- 
dispensable dnns toutes les expéditions qu'on devait encore diriger dans cette 
région abrupte, défendue par une population d'une extrême bravoure : la 
Kabylie. 

L'est de la province, si tranquille jusqu'alors, s'était légèrement ressenti 
du contre-coup des événements qui s*étaient passés dans l'ouest. Un prétendu 
chérif s'y était également présenté, mais avait bientôt dû s'enfuir, chassé par 
les indigènes eux-mêmes. Les esprits étaient cependant dans une profonde 
surexcitation; le 1^' juin, un convoi de malades, qu'on évacuait de Tébessa 
sur Guelma , s'étant aventuré dans un douar des Ouled-Sidi-Yahia-bou-Thaleb, 
y fut complètement massacré. Dans ce convoi se trouvait un Tirailleur du 
bataillon. 

La vengeance ne se fît pas attendre; douze heures après, le général Ran- 
don, à la tête d'une colonne dans laquelle sejtrouvaient trente Tirailleurs du 
détachement de Bônc, atteignit la population coupable, et deux cents Arabes 
payèrent de leur tête ce lâche guet-apens. Une contribution de guerre fut 
imposée à la tribu, qui livra en outre cinq individus désignés comme les 
principaux instigateurs du meurtre du l^*" juin, et qui étaient parvenus à se 
soustraire à nos recherches. 

Le séjour du bataillon à Constantine ne fut pas de longue durée. Le 20 août, 



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48 LE a^" RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l847] 

on formait une colonne destinée à châtier les Beni-QuetcU, qui venaient d'as- 
sassiner leur ca!d , et il était désigné pour en faire partie avec un bataillon 
mixte du 2* et du 31* de ligne et un escadron de chasseurs. D'autres troupes, 
parties de Guelma et de Philippeville, devaient participer & cette opération, 
dirigée par le général Bedeau en personne. Le premier jour, la colonne de 
Constantine alla camper à Châbet-el-Kéroum. Le 21, on arriva au pied des 
montagnes de la tribu révoltée. Les 22 et 23 furent employés à vider les silos. 
Le 24, on exécuta une razzia sur les Béni -Ahmed, qui avaient recelé les 
troupeaux des Beni-Quetclt. Les auteurs de la mort du caïd ayant ensuite été 
arrêtés, une forte amende fut imposée à la tribu et les troupes regagnèrent 
leurs garnisons respectives. Le bataillon était de retour le 27. 

Le 21 octobre, les cinq premières compagnies partirent pour Batna et 
allèrent se mettre à la disposition du général Uerbillon , commandant cette 
subdivision. Le vrai Bou-Haza, celui qui devait si souvent être aux prises avec 
nos postes du sud, venait do paraître dans le Zab, et un certain trouble se 
manifestait parmi les oasis du cercle de Biskra. Cependant, le fanatique pré- 
dicateur s*étant momentanément éloigné, le calme parut renaître et le général 
Herbillon crut devoir renvoyer ces compagnies à Constantine. Elles y arrivèrent 
le 27, et pendant les autres mois d'hiver ne quittèrent plus cette garnison , où 
elles s'occupèrent activement de leur réorganisation et de leur instruction. 

Le 20 mars 1847, tout le bataillon, & l'exception de la 6* compagnie, qui 
occupait toujours le fort de Bordj-bou-Arréridj, fit partie d'une colonne en- 
voyée de Constantine à Batna pour coopérer & une expédition qui devait avoir 
lieu dans le pays des Nemencha. Depuis que nous occupions Tébessa el Biskra, 
cette importante tribu protestait de sa soumission en envoyant tous les ans 
des députés à Constantine; mais, dans le fait, elle restait indépendante et 
n'en continuait pas moins & exercer des actes de brigandage sur les tribus 
plus faibles qu'elle et la plupart réellement soumises. Le général Bedeau, 
voulant en finir avec ces gens, ordonna au général Uerbillon de se porter au 
cœur do leur territoire par l'ouest, en partant de liatna, pendant (|ue le co- 
lonel Senilhes, venant de Bône, les cernerait pur le nord tout en surveillant 
la frontière de Tunis, et que le colonel Sonnet, parti de Biskra, intercepterait 
tous les défilés du sud. 

La colonne de Batna, dont le bataillon de Tirailleurs fit partie, se mit en 
route le 25 mars, se dirigeant sur Sidi-Abib, où elle arriva le 30. Cette impor- 
tante déchera était complètement abandonnée. Les jours suivants, des recon- 
naissances envoyées dans toutes les directions trouvèrent la campagne abso- 
lument déserte : les Nemencha avaient gagné en toute hâte la frontière de la 
Tunisie, et de là s'étaient retirés dans le Sahara. On se mit cependant à par- 
courir le pays pour le fouiller dans toiites ses parties. Le S avril, les colonnes 
de Béne et de Batna firent leur jonction à Tilizaïn. Un mois se passa encore & 
des marches et des contremarches qui n'amenèrent pas d'autre résultat, et, 
le 2 nmi, la colonne du général Uerbillon rentra à Batna, laissant celle du 
colonel Senilhos au centre du pays pour attendre que l'ennemi , vaimui par 
la sécheresse, abandonnât le désert pour venir abreuver ses troupeaux. 

Le 4 mai, le bataillon quitta Batna pour se rendre à Sétif, où s'organisait 



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[1847] EN ALGÉRIE 49 

une autre colonne qui, sous les ordres du général Bedeau, devait se porter 
sur Bougie en traversant toute la grande Kabylie. U présentait alors un effectif 
de vingt-trois officiers et de cinq cent quarante-sept hommes. Avec un autre 
bataillon du 38* de ligne, il forma la brigade d*avant-garde dont le colonel 
Eynard reçut le commandement. 

La colonne quitta Sétif le 14. Le 16, des renseignements firent croire que 
la tribu des Reboulah ferait quelque résistance. A cinq heures du matin, on 
se mit en route. Les Tirailleurs étaient à l*avant-garde. Après avoir gravi un 
plateau d*où Ton découvrait toute la vallée de l'Oued-Rousselam, la colonne 
descendit dans celte vallée, atteignit la rivière et la traversa. A ce moment, 
des rassemblements commencèrent à se montrer dans la montagne. 

Il était deux heures. Le général 6t masser la colonne, laissa la garde du 
convoi à quatre bataillons, et avec les cinq autres se dirigea vers les groupes 
hostiles. Le bataillon de Tirailleurs reçut l^ordre d*enlevcr les hauteurs pour 
protéger Toccupation des villages. En un instant l'ennemi fut attaqué, délogé, 
poursuivi de crèle en crête, pendant que les autres bataillons , pénétrant dans 
les villages abandonnés, incendiaient ces derniers et ravageaient les jardins. 

Cette journée coûta onze blessés au bataillon. 

(lO 17, In marche fut reprise; In colonne se dirigea au nord. IjO 18, elle 
traversait le pays des Ouled-Oucrtillan, lorsqu^un rassemblement de mille 
à douze cents Kabyles fut aperçu dans la direction de la route à suivre, et qu'un 
autre de quatre ou cinq cents apparut à son tour sur la gauche. Laissant au 
gros de la colonne le soin de s'occuper de ce dernier, le général se porta en 
avant avec les bataillons d*avant-garde et marcha droit au gros contingent. 
Ii*ennemi, embusqué derrière les haies, nous résista vigoureusement. Le ba- 
taillon fut chargé de le déloger. S*élançant aussitôt sur un chemin étroit que 
défendait la masse des tirailleurs kabyles, il aborda la position par deux côtés 
à la fois; voyant sa ligne de retraite menacée, Tennemi prit la fuite en tirail- 
lant toujours, et fînit par disparaître tout à fait. Dans cette audacieuse opéra- 
tion, nous perdîmes M. Bittard- Desportes, lieutenant à la S« compagnie, qui 
fut tué glorieusement à la tète de sa troupe, et eûmes en outre cinq tirailleurs 
blessés. 

Les 19, 20 et 21 mai se passèrent sans incident. Le soir du 21, le camp 
fut établi tout près do relui du gouverneur général. Le maréchal Bugeaud, 
parti d*Alger, opérait de son côté avec une importante colonne et venait de 
soumettre les Beni-Abbès. Le 22, les troupes des deux provinces effectuèrent 
leur jonction et firent leur entrée dans Bougie. Le 24, le maréchal passa en 
revue la division Bedeau; il investit ensuite plusieurs caïds, puis il s'embar- 
qua pour Alger. Le 26 , les deux colonnes se mirent en marche pour se sé- 
parer le lendemain : celle d* Alger reprit la route de sa province et celle du 
générai Bedeau se dirigea sur Sétif. 

Le 31 , en arrivant sur TOued-Rousselam , la colonne de Constanline aper- 
çut de nombreux groupes de Kabyles qu'avait rassemblé contre nous un chef 
nouvellement investi: Si-Sliman-ben-Adda. Après avoir fait masser son convoi 
et l'avoir mis sous la garde de deux bataillons, le général, avec les autres 
troupes, se porta au-devant de l'ennemi. Arrivé à six cents mètres, il forma 

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60 LE 3« RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1847] 

une colonne d'attaque comprenant quatre bataillons, dont celui de Tirailleurs, 
et fit tourner la position par le 43<» de ligne et la légion. Ce mouvement fut 
exécuté avec une telle rapidité que les Kabyles, débordés de (ouïes parts, 
furent à Tinstant rejetés dans le ravin du Rousselam, où les poursuivirent le 
bataillon de Tirailleurs et le bataillon du 38*. Leurs pertes furent considé- 
rables. Dans le bataillon il n*y eut qu'un ofticier blessé, M. Sarrauton, capi- 
taine-adjudant-major. Après deux heures de repos, les troupes vinrent re- 
prendre le convoi , et la marche continua vers l'est. Le 5 juin , toute la colonne 
rentrait à Sétif. 

Depuis longtemps une expédition semblable à celle qui venait d'avoir lieu , 
quoique devant être faite avec des forces moindres, était résolue à l'égard 
de Collo. Les tribus qui avoisinaient cet établissement, très incertaines dans 
leur soumission, étaient une continuelle menace pour sa sécurité, et il deve- 
nait indispensable de parcourir le pays pour y relever le prestige de notre 
puissance. 

A peine rentré & Sétif, le général Bedeau se mit aussitôt aux préparatifs de 
cette nouvelle opération ; une colonne comprenant la plus grande partie des 
troupes disponibles de la province fut réunie à Milah et, le 16 juin, il alla 
lui-même en prendre le commandement. Le bataillon de Tirailleurs était ar- 
rivé au point de concentration le 11, après avoir quitté Sétif le 9 avec un 
effectif de vingt-deux ofliciers et cinq cent trente-deux hommes. 

Le 17, la division se mit en umrche sur une seule colonne, et arriva chez 
les Achèches sans avoir rencontré la moindre résistance. Le 11) eut lieu, chez 
les Ouled-Aidoun , un engagement assez vif, mais le bataillon n*y prit point 
part, pas plus qu'il ne fut employé à repousser d'autres attaques que les 
Arabes de la même tribu dirigèrent sur le camp dans la nuit du 20 au 21 et 
dans celle du 21 au 22. Le 24, on arriva à Collo. On y resta jusqu'au 27; 
puis, le pays paraissant être complètement pacifié, la colonne reprit la route 
qu'elle venait de parcourir. Le 30, les 7® et 8® compagnies quittèrent le ba- 
taillon pour se diriger d'abord sur Smendou et ensuite sur Bône. Le 1°^ juillet, 
les cinq premières compagnies rentraient à Constantine après une absence de 
cent trois jours. 

A la suite de cette expédition, les troupes de la province de Constantine 
jouirent pendant quelques mois d'une parfaite tranquillité. Le bataillon de 
Tirailleurs en avait besoin pour réorganiser ses compagnies et renforcer son 
effectif, sensiblement réduit par les fatigues qu'avaient entraniées les nom- 
breuses opérations auxquelles il venait de prendre part. 

Nommé lieutenant-colonel par décret du 9 octobre 1847, le commandant 
Thomas ne tarda pas à quitter ce corps à la formation duquel il s'était con- 
sacré. Il laissait au commandant Bourbaki , son successeur, une troupe ani- 
mée du plus parfait esprit de discipline, ayant déjà de glorieuses traditions, 
comptant de nobles actions dans son passé, donnant les plus belles espérances 
pour l'avenir. 

M. Bourbaki n'était pas un inconnu pour le bataillon; il y avait servi comme 
lieutenant, alors que ce dernier portait encore le titre de bataillon turc. U 
sortait maintenant du corps des zouaves, et possédait par conséquent une 



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[\BM] BN ALGÉmn: 51 

parfaite expérience de rAlgérie , et par suite du soldat indigène. Il apportait 
dans le commandement qu'il allait exercer un tempérament bien particulier 
de soldat d*une extrême bravoure, d*une indomptable énergie mêlée à un peu 
de celte bonhomio dont le maréchal Bugeaud semblait avoir donné le ton aux 
chefs de raruicc d*Afrif|uc. Brillant officier dans toute la force du terme, il allait 
communiquer aux Tirailleurs celte coquetterie qui ne les a pas quittés depuis, 
et qui fut bientôt si légendaire, que ce refrain est resté depuis dans la bouche 
de tous nos troupiers d'Algérie : 

Et ce chic exquis , 
Par les turcos acquis, 
Ils le doivent à qui? 

A Dourbaki, 
A Charles Itourhnki. 

Sous rintelligente et vigoureuse impulsion de ce nouveau chef, si bien fait 
pour commander à de tels soldats, les Tirailleurs du bataillon de Constantine 
allaient encore faire de nouveaux progrès, acquérir de nouvelles qualités, 
ajouter de nouvelles pages à leur livre d'or, s'assimiler de plus en plus aux 
autres corps de Tarmée française par leur instruction militaire, tout en restant 
d*incomparables éclaireurs admirablement préparés au combat individuel et 
à cette lutte de partisans qui allait ôlre le caractère particulier de la dernière 
période de la conquête algérienne. Le nom de Bourbaki restera toujours pour 
les turcos ce que celui de Lamoricière est resté pour les zouaves, celui autour 
duquel se groupent toutes ces vieilles traditions qui s'allient intimement à 
riiistoire d'un régiment, et qui deviennent pour lui ce lien magique qu'on 
appelle vspnl dv voqïs. 



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CHAPITRE VI 

(1848) 



Opérations dans le fielezma. ~ Expédition de l'Aurès; arrestation de l'ancien bey Hadj- 
Ahmed. ^ Expédition de Sidi-Mérouan. ^ Combat des 8 août et % septembre. — Sou- 
mission des deux frères Ben-Àiedine. ~ Retour du bataillon à GonstanUne. 



La campagne de 1848 s'ouvrit par une expédition chez les Ouled-Soltan. 

Bou-Aziz, ancien cheik du Belezma, personnage peu intelligent, mais 
que l'influence do son nom pouvait rendre dangereux , avait été longtemps 
interné à Batna, pour y être l'objet d'une surveillance particulière. Nul indice 
n'étant venu éveiller le moindre soupçon à son égard , vers la fin de 1847 on 
lui rendit sa liberté. Au lieu de nous savoir gré de cette générosité, il se mit 
aussitôt à fomenter des troubles dans le pays, faisant appel à tous nos 
ennemis, réveillant le fanatisme de ces tribus, qui n'étaient pour la plupart 
soumises que de nom. On l'écoula volontiers, et bientôt Ahmcd-Sgliir, 
kbodja (secrétaire) de Si-el-Bey, caïd des Ouled-ben-Aoun , quitta la smala de 
son mattre, et vint se mettre à sa disposition avec environ soixante-dix tentes. 

Il importait de réduire ce soulèvement avant qu'il eût pris de la consis- 
tance. Le 7 avril , le commandant Bourbaki quitta Constantine avec les cinq 
premières compagnies du bataillon pour se rendre à Batna ; là ce détachement 
entra dans la composition d'une colonne où se trouvaient en outre six com- 
pagnies d'élite du 2« de ligne, un escadron de chasseurs d'Afrique, un pe- 
loton de spahis et deux pièces d'artillerie , le tout sous les ordres du colonel 
Canrobert. 

Le 11 avril au soir, cette colonne se mit en route, et fut, vers minuit, 
assaillie par une neige tellement abondante et un froid tellement intense, 
qu'on crut un moment que le désastre du 2 janvier 1846, dans les montagnes 
du Bou-Thaleb^ allait se renouveler. L'obscurité la plus profonde couvrit 
toute la campagne, et, les guides ayant perdu la route, il ne fut plus possible 
d'avancer. Quand le jour parut, la neige cessa un peu, et l'on put franchir 
la gorge effiroyable par laquelle la route de Sétif débouche dans le délilé do 
Batna; enfin on arriva à Aln-Djeina, où l'on attendit le retour du colonel 
Canrobert, qui, avec la cavalerie, s'était porté jusqu'au marabout de Sidi- 



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[1848] LE 3"" RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE 53 

Brahim, où s'étaient réunies les tentes qui avaient abandonné Si-el-Bey. Gés 
dernières firent leur soumission. Quant à Ahmed-Sghir, il fut livré le jour 
môme par un marabout de la décbera de Guergour, cbez lequel il s'était 
réfugié. Le 11 au soir, la colonne rentrait pour laisser passer le mauvais 
temps. Elle repartait le 13 pour se mettre à la poursuite des Haliana, qui 
s'étaient retirés dans les montagnes. Cette fraction fut surprise le lendemain , 
et, après une vaine tentative de résistance, dut nous abandonner ses trou- 
peaux , ses chevaux et ses botes de somme. Le 15, la colonne arriva à Aîn- 
Cheddi. Elle parcourut ensuite la plus grande partie du pays des Ouled- 
Soltan , arrêta plusieurs perturbateurs , et rentra à Batna le 25 avril. 

Plusieurs tribus de TAurès, notamment celle des Beni-Ondjana, refusaient 
depuis longtemps de payer l'impôt. Dès que le colonel Canrobert fut de retour 
à Batna, le général Herbillon, qui venait depuis peu de prendre le comman- 
dement de la province , le chargea de diriger une expédition dans ce pays. 
Une colonne comprenant cinq compagnies de la légion, un bataillon du 43*, 
les cinq premières compagnies du bataillon de Tirailleurs , un escadron de 
chasseurs d'Afrique, un peloton de spahis et trois pièces de montagne, fut 
aussitôt réunie, et, le 10 mai, se mit en route pour le territoire des Ouled- 
Mncho, où elle arriva le londomnin. Le 12, elle opéra une raxzia chez les 
Oulcd-Uachia, fraction des Béni - Oudjana. Le l^i, le camp fut porté sur 
l'Oued -Mclagou. Les tentes des Beni-Oudjana se trouvaient rassemblées sur 
les bords de cette rivière. Les chefs vinrent au camp en suppliants; leur 
soumission fut acceptée. Cependant une colonne mobile, composée du ba- 
taillon de Tirailleurs, des compagnies d'élite du 43* et de la compagnie de 
voltigeurs de la légion , fut organisée pour parcourir le pays et en imposer 
à CCS populations qui n'avaient cédé que devant la nécessité. Le 20 mai, cette 
colonne se mit en route et campa à Aîn-Tout, aux sources de l'Oued-Tama- 
grat. Le 22, elle s'établit sur les bord de l'Oued -el- Hammam, après avoir 
franchi le col de Khenchela. Le 24, elle était de retour au camp, sans avoir 
rencontré le moindre rassemblement ni la moindre manifestation hostile sur 
tout son parcours. Une journée fut encore consacrée à la perception des im- 
pôts, puis la colonne entière se remit en marche et, le 27, arriva à El- 
Akbarath. Le 31, elle campa sur l'Oued-Taza, où elle reçut un convoi d'appro- 
visionnements de toute nature. Elle descendit ensuite la belle et riche vallée 
de l'Oued-el-Abiob, et, le 3 juin, arriva à Menna. Là on apprit tout à coup 
le voisinage d'Hadj-Ahmed , l'ancien bey de Constantine. 

Depuis longtemps ce chef détrôné s'était retiré dans les Aurès, où il vivait 
plutôt en fugitif qu'en chef de partisans. Abandonné de tous les siens, déses- 
pérant désormais de se créer un nouveau parti , tous ses soins étaient main- 
tenant employés & nous dérober le lieu de sa retraite; pour cela, il s'était 
réfugié au village de Kébaîoch , situé dans un des endroits les plus difliciles 
de la montagne. Il n'avait exercé aucune action bien directe sur les agitateurs 
qui avaient soulevé la province; mais son nom, en servant de mot d'ordre, 
pouvait rendre un moment ou l'autre sa présence dans le pays une cause 
de troubles, sinon d'insurrection. Déjà une correspondance saisie un mois 
auparavant avait amené l'arrestation, à Constantine, de plusieurs person- 



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54 LE 3^ RÉOIIIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1848] 

nag08 influents qui clierclmicnl à ourdir uno conspiration en sa faveur. Il 
devenait donc politique de s'emparer de sa personne, pour enlever tout 
prétexte d'agitation. 

Le 4 juin , le colonel Canrobert quitta le camp de Menna à la tête des cinq 
compagnies de Tirailleurs, des compagnies d'élite du 43« et de la légion et 
de deux pièces d'artillerie , pour se diriger sur Kébaîech. Pendant ce temps, 
le commandant de Saint- Germain, avec la garnison de Biskra, interceptait 
tous les défilés du sud. Découragé, en voyant découverte une retraite qu'il 
avait cru sûre, fatigué de la vie de proscrit qu'il menait depuis la prise de 
Constantine, et sur le point de se voir saisi, Hadj- Ahmed résolut de se 
mettre sous la protection de la générosité française; il' écrivit au colonel 
Canrobert et demanda un oflicier français entre les mains duquel il pût se 
rendre. 

La petite colonne de marche, partie de Menna dans la matinée du 4, était 
à six lieues du camp lorsque le colonel reçut ce message. Quoique rassuré 
par les propositions du bey , il ne voulut pas compromettre le résultat de ses 
marches pénibles, et résolut de se porter lui-même sur Kebaîech avec une 
force respectable. Il prit avec lui la cavalerie, trois compagnies du bataillon 
de Tirailleurs, la compagnie de voltigeurs de la légion, et partit è minuit. 
Mais , égaré par ses guides, ce petit détachement parcourut un chemin aHreux ; 
il descendit une montagne à pic hérissée de quartiers de roche, où les che- 
vaux ne pouvaient tenir, et au jour il était encore à quelques heures de Ke- 
baîech. On fit halte sur l'Oued-Eriche pour prendre un peu de repos. Là on 
apprit qu'IIadj- Ahmed s'était déjà rendu à M. de Saint -Germain. Dans la 
soirée, on rallia les deux autres compagnies de Tirailleurs et les deux compa- 
gnies d'élite du 43*, qui n'avaient quitté le bivouac qu'à sept heures du 
matin. Le 6, la colonne alla camper à Méchounech; le 7, elle arrivait à 
Biskra; enfin, le 14, elle rentrait à Batna, où elle fut aussitôt dissoute. En 
se séparant du bataillon de Tirailleurs, le colonel Canrobert, s'odressont au 
commandant Bourbaki , lui dit : <( Je ne prétomls pus (|uc vos soldats soient 
les meilleurs de l'armée française, mais je n'en connais pas qui vaillent mieux. 
Avec une troupe comme la vôtre, on peut tout entreprendre, on peut tout 
oser. > Ce bataillon et la cavalerie rentrèrent à Constantine le 19, y rame- 
nant Iladj-Ahmed, qui fut envoyé à Alger, où on le traita noblement, et où 
il mourut au bout d'un certain temps , après avoir presque cflacé , par sa 
conduite paisible et la dignité de ses manières, sa réputation de cruauté si 
profondément gravée dans l'opinion publique. 

Parmi les soumissions qu'avait reçues le général Bedeau l'année précé- 
dente, dans son expédition sur Collo, se trouvait celle des deux Ben-Azedine, 
Mohamed et Bou-Renou , chefs très influents du Zouagha. Ces derniers ayant 
énergiquement protesté de leur dévouement pour la cause française, le gé- 
néral avait cru devoir leur laisser leur titre de cheiks, et, en bon politique, 
ménager un peu ces personnages, dont l'exemple pouvait entraîner toutes les 
populations de cette région montagneuse dans la voie de la pacification. Mais 
les deux frères n'étaient pas sincères ; après le départ de la colonne , ils con- 
tinuèrent à accorder refuge aux voleurs et aux assassins , et autorisèrent leurs 



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[1848] EN ALGÉniE 55 

cayalicrs à courir et à piller sur le territoire dos Moulas et des Deni-Tlilen , 
tribus inoircnsivos qui nous payaient régulièrement Timpôt. Les deux caïds 
investis par nous en 1847, Férath et Bou-Lakkas, étaient sans autorité; 
Tanarchie la plus complète régnait dans le pays. 

Justement préoccupé par cet état do choses , le général Herbillon se pro- 
posait d*inleryenir avec des forces considérables, lorsque l'arrivée à Milali 
d*un autre Ben-Azedine , Bou-el-Âkhas, neveu des précédents , que ses oncles 
avaient dépouillé de Théritage de son père, lui fournit le moyen d*opposer une 
autre influence à celles des deux chefs rebelles, en même temps que le pré- 
texte de défendre un opprimé contre ses oppresseurs. En conséquence, et dans 
le but de favoriser les prétentions du jeune Bou-el-Akhas, le général ordonna 
qu'une colonne irait s'établir à Sidi-Mérouan, dans un camp qui avait déjà 
été occupé l'annéo précédente. 

Cette colonne fut placée sous les ordres du colonel Jamin , du 8* de ligne. 
Elle était composée d'un bataillon du 8® de ligne, des cinq premières com- 
pagnies du bataillon de Tirailleurs avec un eflectif de quinze officiers et cinq 
cent quatre-vingt-dix-sept hommes, d'un escadron du 3* chasseurs d'Afrique, 
d'un pnloton du 3« spahis et de deux pièces de montagne, en tout à peu près 
d(Hi7.o. cents hommes. Elle quitta (]onstnnlino le 3 août, et s'arrêta lo soir 
môme à Aîn-Tedjcmouth. Le lendemain elle se porta sur Aîn-Sidi-Mérouan , 
village important, situé au confluent du Rummel et de l'Oued-Eudja. A partir 
de ce point, la rivière prend le nom d'Oued-cl-Kébir, et pénètre dans la Ka- 
bylie par un étroit défilé formé par les dernières pentes du Zouahra et du 
Djebel -Ségou. 

A son arrivée, la colonne trouva le village en feu et les collines en arrière 
occupées par les cavaliers des Ben-Azedine. Le colonel Jamin fit aussitôt cou- 
ronner les hauteurs de droite par trois compagnies du bataillon de Tirailleurs 
et deux pièces d'artillerie; en mémo (emps la cavalerie s'avança par la gauche 
et chargea vigoureusement celle de l'ennemi, qui fut poursuivie jusqu'à l'Oued- 
Eudja. Mais l'approche de la nuit ne permit pas de profiter de cet avantage; 
les troupes durent se replier pour établir leur camp, et les Kabyles purent con- 
tinuer leur retraite sans être inquiétés. 

I^e 5, deux compagnies du bataillon et un escadron de cavalerie remon- 
tèrent la rive droite do l'Oncd-Euilja , où so trouvaient, avec leurs troupeaux, 
les habitants de Sidi-Mérouan. Ces derniers, qui étaient partis contre leur 
gré , demandèrent protection au détachement et rentrèrent avec lui. 

Le 7, un escadron, deux compagnies de Tirailleurs et une du 8* de ligne, 
allèrent, sous les ordres du capitaine de Torcy, chef d'état-major, fourrager 
à la zaouîa de Sidi-Aissa. Au retour, l'ennemi se montra du côté de la rivière 
et engagea une fusillade assez vive ave<! l'infanterie; mais une charge vigou- 
reuse des chasseurs et des spahis l'eut bientôt délogé. Les trois autres com- 
pagnies de Tirailleurs accouraient déjà du camp, au bruit de la fusillade, pour 
se mettre à la poursuite des Kabyles, lorsque ceux-ci se dérobèrent en ga- 
gnant la rive opposée , où il nous était défendu de les suivre. 

Le même jour, un escadron de chasseurs d'Afrique vint augmenter les 
forces de la colonne. 



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56 LE S"" RÉGIMENT DE TIBAILLEURS ALGÉRIENS [1848] 

Le 8, un nouveau fourrage donna lieu à une aiïaire assez chaude. Trois 
compagnies de Tirailleurs , qualre du 8* de ligne et six pelolons de chasseurs 
s'étaient de nouveau rendus à la zaouîa, sous les ordres du commandant 
de Noé. L'ennemi s'attendait à cette opération; ses fantassins, en nombre 
considérable, avaient franchi TOued-Eudja et s'étaient embusqués derrière les 
escarpements qui bordent la rive droite de cette rivière; sa cavalerie, dissi- 
mulée pour le moment, n'attendait qu'une occasion pour nous inquiéter. Le 
fourrage se fit cependant en bon ordre, sous la protection de deux compa- 
gnies de Tirailleurs, qui engagèrent une assez vive fusillade avec l'ennemi; 
mais, dès que le détachement eut commencé son mouvement rétrograde , les 
fantassins kabyles se portèrent sur le flanc gauche de la colonne et dirigèrent 
sur celle-ci un feu des mieux nourris. Les deux compagnies du 8* leur 
furent aussitôt opposées, et la marche continua, malgré la fusillade qui par- 
tait des deux rives de l'Oued -Eudja. Les Tirailleurs indigènes formaient l'ar- 
rière-garde. Tout à coup, débouchant à l'improvistc, la cavalerie des Ben- 
Azedine se précipite sur la section du lieutenant Godinot de Villaire , de la 
i^ compagnie , qui se trouve à l'extrême gauche de la colonne. M. de Villaire 
n'a qu'une dizaine d'hommes avec lui; il est d'ailleurs séparé du reste de la 
route par un pli de terrain ; on ne peut deviner le danger qu'il court. Néan- 
moins il soutient vaillamment ce choc; le combat s'engage à l'arme blanche, 
et, quoique entourés, les Tirailleurs font bravement face à leurs adversaires, 
qui ne peuvent les entamer. Le sergent -major Mouline, qui vient d'être saisi 
par son turban , va être entraîné par un Arabe , lorsque , par un vigoureux 
effort, ce sous -officier parvient à se dégager, et d'un coup de baïonnette 
terrasse son adversaire. Plus loin, c'est le caporal Chalba-ben-Ali, qui se 
distingue par un acte d'une rare énergie. Il vient d'être blessé, son sang 
coule, et il se bat toujours, encourageant ses hommes à la résistance. Sou- 
dain l'un de ceux-ci est atteint d'une balle à la jambe; les Kabyles vont l'em- 
porter, ils le tiennent déjà; mais le caporal se précipite, met les Arabes en 
îiiite, prend le blessé sur ses épaules et le rapporte au moment où le restant 
de la 1*^ compagnie, arrivant au pas de course, dégage enfin la section de 
de M. de Villaire, qui aurait fatalement fini par succomber dans cette lutte 
par trop inégale. 

Cependant le commandant de Noé avait fait arrêter la colonne. Les com- 
pagnie du 8* arrivèrent au secours des Tirailleurs, et se précipitèrent sur 
l'ennemi, qui prit aussitôt la fuite. On le poursuivit jusqu'à l'Oued -Eudja; 
puis la marche fut reprise, et la retraite continua sans être de nouveau in- 
quiétée. Pendant ce temps le commandant Bourbaki , resté au camp , effec- 
tuait une sortie à la tête de cinquante cavaliers et d'une compagnie de Tirail- 
leurs. Il se jeta d'abord sur un parti de cavaliers qui était venu attaquer nos 
avant- postes, et culbuta ensuite un gros de fantassins kabyles qui avait pris 
position dans le hameau de Sem-Ellil , à une portée de canon du camp. 

Cette journée, si glorieuse pour le bataillon, lui coûtait un homme tué et 
treize blessés. 

Les pertes de l'ennemi avaient été considérables : Férath , un des neveux 
des Ben-Azedine, avait été grièvement blessé. On l'avait reconnu, pendant 



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[1848] EN ALGÉRIE 57 4k 

ralTaire, au burnous rouge que le général Bedeau lui avait donné l'année 



Du 9 au 13, il ne se passa aucun événement remarquable. Le 13 au soir, 
le commandant Bourbaki, à la tête de trois compagnies du bataillon et d*un 
escadron de chasseur» d'Afrique, se porta sur le village d'EI-Amma, avec 
mission d*emp6cher Tennomi do venir s'y ravitailler. Quand il y arriva, celui-ci 
avait déjà commencé à vider ses silos. Celte opération fut brusquement in- 
terrompue, et le détachement s'empara de plusieurs mulets qu*il ramena au 
camp le lendemain malin. 

Le 14, un fourrage eut encore lieu à la zaouTa de Sidi-A!ssa-ben-Zeid, sous 
les ordres du commandant Robuste. Ainsi qu'ils l'avaient fait le 8, les Kabyles 
attendirent que la colonne fût en retraite pour l'attaquer. Ils se jetèrent en- 
core sur l'arrière -garde, formée par une compagnie de tirailleurs; mais, vi- 
goureusement repoussés , ils se bornèrent bientôt à une fusillade à distance 
qui n'eut rien de bien meurtrier. 

Ce jour-là, ils vinrent encore occuper le village de Sem-Ellil , mais cette 
fois avec des forces plus considérables qu'à l'ordinaire. Deux pelotons de 
chasseurs d'Afrique, soutenus par une compagnie de Tirailleurs, sortirent du 
camp sous les ordres du commandant Bourbaki , exécutèrent une charge à 
fond et poursuivirent l'ennemi jusqu'à la rivière. Toute la cavalerie qui reve- 
nait du fourrage s'engagea pour les appuyer. L'infanterie s'avança à son tour; 
mais les fantassins kabyles, ne voulant pas se laisser aborder, repassèrent 
la rivière péle-méle sous un feu très vif qui leur fit éprouver des pertes con- 
sidérables. De son côté, le bataillon de Tirailleurs comptait sept blessés , dont 
un ofScier, M. de Montalembert , lieutenant, détaché à la 5" compagnie. 

Le 17, une reconnaissance fut poussée sur la rive droite de l'Oued-el-Kébir 
par une cotnpngnio. du hnlnillon et un escadron do chasseurs. Los Kabyles se 
montrèrent en petit nombre et ne se rapprochèrent qu'au moment du pas- 
sage de la rivière ; quelques coups de fusil seulement furent échangés, et nous 
n'eûmes personne d'atteint. 

Le 18, à neuf heures du soir, l'ennemi attaqua la face nord du camp oc- 
cupée par les trois premières compagnies du bataillon; quelques forcenés 
parvinrent même à se glisser jusqu'à la ligne des avant-postes. Ceux-ci furent 
aussitôt renforcés et reliés entre eux par deux compagnies déployées en tirail- 
leurs. Repoussés sur tous les points , les Kabyles tiraillèrent encore pendant 
quelques instants; puis, voyant qu'on ne daignait même pas leur répondre, 
ils se retirèrent tout à fait. Le bataillon avait eu deux hommes blessés. 

Le 22, deux compagnies d'élite du 8" de ligne vinrent renforcer la colonne, 
qui fut ainsi portée à treize compagnies d'infanterie. 

Le 25, une importante razzia fut opérée à Zéroga, village situé sur la rive 
droite do l'Oued-Ëudja, à trois lieues du camp. 

Le 30 août au soir, c'était la fîn du Ramadan. Les Ben-Azedine en profi- 
tèrent pour attaquer, vers neuf heures , les deux faces occupées par le batail- 
lon indigène, qu'ils croyaient disirait par la célébration de cette fôte. Mais ils 
trouvèrent le service de sûreté fait avec la môme vigilance, et les postes ré- 
pondirent aussitôt à leur agression par une fusillade des mieux nourries. En 



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58 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1848] 

môme temps le commandant Uourbaki se portait avec deux compagnies sur 
les faces attaquées, renforçait les grand*gardes et nettoyait complèlement le 
terrain. Il y eut au bataillon trois blessés, dont M. Colignon, lieutenant, 
remplissant les fonctions d'adjudant-major. 

Le 31 , une reconnaissance de cavalerie se porta un peu au delà de Djel- 
lamah , où elle détruisit une propriété particulière des Ben-Azedine. 

Le 2 seplembre, à neuf heures du soir, une masse d'environ trois mille 
Kabyles se porta sur le camp. L'attaque, dirigée d*abord sur une seule face, 
ne tarda pas à se dessiner sur toutes à la fois. Tous les postes, et principale- 
ment ceux des Tirailleurs, qui paraissaient être les plus menacés, furent aus- 
sitôt renforcés. Le nombre des assaillants et la faiblesse de Id colonne néces- 
sitant rentrée en ligne de tous les hommes disponibles, le combat devint 
bientôt général, et, sur certains points, atteignit à un extrôme acharnement. 
Les Kabyles s'excitaient par des chants, les femmes encourageaient les com- 
battants par des hourras. Un grand feu, allumé à une certaine distance et 
dans un lieu habilement choisi, répandait sur tout le camp une lumière rou- 
geâtre, et permettait aux assaillants de voir sans être vus. La fusillade était 
des plus vives. L*ennemi, ayant une connaissance parfaite du terrain , s*était 
glissé dans les positions les plus favorables, d'où il fallut successivement le 
débusquer. Après trois heures de cette lutte, les Kabyles, désespérés par 
l'énergie de la défense, se retirèrent. Le lendemain , de larges mares de sang, 
qu*on voyait tout autour de nos postes, indiquaient que les pertes des assail- 
lants avaient dû être considérables. Celles du bataillon de Tirailleurs s'éle- 
vaient à un homme tué et cinq blessés. 

Le 3, Bou-el-Akhas-ben-Azedine se mit à la tête des Mouias, et, appuyé par 
un peloton de spahis, voulut tenter une razzia sur les Beni-IIaroun , qui four- 
nissaient des contingents à ses oncles. Mais celte tribu avait été prévenue et 
venait d'être renforcée par soixante-dix cavaliers des Ucn-Azedinc; elle se 
défendit vigoureusement, et, les Mouîas n'ayant pu enlever les troupeaux, 
qui avaient été mis en lieu sur, tout se borna à rinccnclie de quelques vil- 
lages. 

Pour seconder cette opération et pour empêcher toutes les troupes des Ben- 
Azedine de se porter chez les Beni-IIaroun , le colonel Jamin avait envoyé cent 
cinquante chevaux et deux cents hommes fournis moitié par le bataillon de 
tirailleurs, moitié par le 8* de ligne, prendre position au-dessus du gué du 
Rummel. Ce détachement ne tarda pas à être attaqué sur sa gauche qui se 
rapprochait de l'Oued-Eudja. La compagnie de Tirailleurs (capitaine Jolivel) 
descendit dans la rivière, y surprit les Kabyles et en fusilla une vingtaine à 
bout portant. A ce moment arrivèrent trois compagnies envoyées par le co- 
lonel , et la retraite commença , sous la protection d'une charge de cavalerie, 
qu'exécuta le commandant de Noé. Refoulé et dispersé, l'ennemi ne songea 
plus à nous inquiéter, et les troupes rentrèrent au camp sans être suivies. 
Dans cette aiïaire, les Tirailleurs avaient eu trois hommes blessés. 

Dans la soirée du 3 , deux pièces d'artillerie vinrent renforcer les deux que 
possédait déjà la colonne. 

Le 6, la cavalerie étant allé faire du fourrage A Tayer-Mokhou, pour fa- 



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[1848] EN ALGÉRIE 59 

vorifier sa rentrée, le colonel Jamin fit encore occuper le gué du Rummel 
par deux cents Tirailleurs. Quelques hommes de ce détachement passèrent la 
rivière et prirent position de l'autre côté du gué. Des fantassins kabyles ac- 
coururent vers le point menacé, la fusillade s'engagea, et le combat fut bientôt 
très vif en cet endroit. Les cavaliers arabes essayèrent de charger; mais ils 
furent victorieusement repoussés. Le fou continua alors de part et d*autrc, 
diminuant peu à peu d'intensité, et dura jusqu'à la nuit. Le peloton de cava- 
lerie de réserve était venu renforcer les Tirailleurs. Dès que le détachement 
du fourrage fut rentré , la retraite commença et s'effectua en bon ordre sans 
être beaucoup inquiétée. Dans cette journée, le bataillon comptait un homme 
tué et trois blessés. 

Le 7, le général Herbillon arriva au camp et prit la direction des opérations. 
liC 8, il voulut pousser une reconnaissance dans la vallée supérieure do TOuod- 
Kudjn, vers la maison du chcik Mohnmod-bcn-Azcdino. Il prit avec lui les six 
compagnies d'élilo du S*^ de ligne, trois compagnies de Tirailleurs, un esca- 
dron do chasseurs , le peloton de spahis et deux pièces d'artillerie. Le com- 
mandant Bourbaki eut le commandement de ce détachement. On se dirigea 
sur le village de Bou-Fouchi; puis, tournant à droite, on arriva au col domi- 
nant le village de Djcilomah. 

Ce village, centre de la résistance des Ben-Azedine, était situé sur la rive 
droite d'un petit ruisseau aflluent de l'Oued-Eudja. La vallée était d'une lon- 
gueur peu considérable et allait se rétrécissant jusqu'à devenir un étroit dé- 
filé à l'embouchure du ruisseau. Les pentes qui formaient ce défilé étaient 
raides, couvertes de taillis et difficilement accessibles à la cavalerie. La position 
était fortement occupée. Le général y fit jeter quelques obus qui dispersèrent 
les principaux groupes de Kabyles. Profitant de ce moment de stupéfaction 
do rcnno.nii , lo coinmnndnnt Bourbaki fit aussitôt avancer deux compagnies 
de Tirailleurs, qui s'élancèrent au pas de course et poursuivirent les Kabyles 
jus(|u'au delà de la rivière. La cavalerie acheva cette poursuite, et l'ennemi 
se dispersa dans toutes les directions, laissant une centaine de morts sur le 
terrain. Grâce à la vigueur et à la rapidité qu'ils avaient apportées dans l'at- 
taque, les Tirailleurs n'avaient eu qu'un homme tué et un autre blessé. Après 
quelques instants de repos, les troupes rentrèrent au camp. La retraite s'ef- 
fectua sans combat. 

Le 9 septembre, on attaqua la smala de Bou-Renou-ben-Azedine. Le général 
Herbillon , à la tôte d'une colonne comprenant le bataillon de Tirailleurs, un 
bataillon du ^l^ arrivé la veille, deux compagnies d'élite du 8^, deux obu- 
siers et cent cinquante chevaux , exécuta lui -môme cette opération pendant 
que le colonel Jamin , avec cinq cents hommes , faisait une démonstration sur 
rOued-Eudja. Après avoir traversé cette rivière près de son confluent avec le 
Bummel , la colonne d'attaque fut divisée en deux groupes : les Tirailleurs 
indigènes, qui formaient l'avant-garde, se lancèrent sur la gauche, le 8°, le 
31^ et la cavalerie se portèrent directement sur la smala. Avec sa vigueur ac- 
coutumée, le bataillon aborda les hauteurs qui dominaient cette dernière, et 
en un instant eut occupé toutes les crêtes. Mais sur les autres points le suc- 
cès était moins rapide ; la fusillade était devenue très vive, et la lutte menaçait 



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60 LE 3® RÊOIBIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE [1848] 

de prendre une certaine intensité, lorsque l'intervention de l'artillerie, suivie 
d'un mouvement en avant de toute Tinfanterie , décida enfin Tennemi à la 
retraite. La smala fut enlevée et incendiée , le jardin des Ben-Azedine détruit. 
Dans cette affaire, le bataillon de Tirailleurs avait eu quatre hommes blessés. 

Ce dernier combat amena la complète soumission des rebelles. Les Ben- 
Azedine payèrent une forte amende et durent rendre les biens de leur neveu 
Bou-el-Akhas-ben-Azedine. 

L'expédition était terminée : elle avait duré plus d'un mois et donné lieu 
à dix combats, dans lesquels le bataillon avait eu quatre hommes tués, deux 
ofQciers et trente -neuf hommes blessés , soit quarante-cinq hommes hors 
de combat. Il est à remarquer qu'il avait presque toujours été le premier et 
le seul engagé. C'est que, dans cette lutte sur un terrain particulièrement 
difficile, cette troupe avait une aptitude tout à fait spéciale pour atteindre 
rapidement l'ennemi partout où ce dernier se trouvait. De plus, la fièvre 
avait sévi sur la colonne avec une rigueur telle , que les bataillons d'infan- 
terie de ligne se trouvaient considérablement affaiblis par le nombre toujours 
croissant de leurs malades. Les Tirailleurs, sous l'habile et vigoureuse direc- 
tion du commandant Bourbaki , avaient fait face à tout, et lorsque le général 
Herbillon était arrivé avec d'importants renforts, les opérations étaient déjà 
très avancées et le succès presque assuré. 

Le 12 septembre, la colonne fut dissoute, et le bataillon se mit en route 
pour Constantine, où il arriva le lendemain. 

Pendant que la portion principale avait opéré en Kabylie , les détache- 
ments de Bordj-bou-Arréridj et de Bône n'avaient pas quitté leurs garnisons, 
aux environs desquelles la plus parfaite tranquillité régnait alors. Cette tran- 
quillité devint bientôt générale, et l'année 1848 se termina sans autre expé- 
dition. 



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CHAPITRE Vil 

(4849) 



ExpédiUoD de Kabylie. — Combat du 21 mai. — Rentrée à Goostantine. 
Siège de Zaatclia. 



Malgré les fréqiicnlos incursions dont la Kabylio était dovonue lo théétro 
de la part de nos troupes , cette région était moins soumise que jamais. Les 
difOcultés du sol, le fanatisme de la population, le peu de pays que la len- 
teur des opérations* dans une semblable contrée permettait de parcourir à 
chaque nouvelle campagne, étaient autant de causes qui «'ajoutaient aux 
efforts des nombreux perturbateurs qui ne cessaient d'entretenir ches ces 
tribus belliqueuses un souffle d'indépendance et d'insurrection. 

Chaque année, ces prétendus envoyés du prophète étaient nombreux; mais 
des dissidences ne manquaient jamais de surgir entre eux , et leur influence 
ne s'étendait guère au delà d'une tribu; elle était même souvent des plus 
éphémères, car les événements se chargeaient vite de mettre à nu l'imposture 
de ces missionnaires divins. 

Au commencement de 1849, un nommé Ahmed-ben-Abdallah-ben-Dja- 
mina parut au sein des tribus des environs de Collo, et tenta de les soulever. 
Pour agir sur les populations crédules et fanatiques de cette région , il disait 
avoir reçu de Dieu le pouvoir de faire tomber les murailles des villes, et de 
changer la poudre en poussière. En peu de jours il eut autour de lui un 
nombre considérable de croyants; à ce groupe de religionnaires vinrent 
bientôt s'ajouter les mécontents de toute sorte, et l'insurrection prit une 
certaine gravités 

Le 28 avril , on apprit tout à coup à Constantine que Ben-Djamina s'était 
avancé jusqu'à Souk-el-Scbt, et menaçait la route de Philippeville avec un 
rassemblement qu'on disait être une véritable armée. La surprise fut telle, 
qu'on crut un moment que Constantine lui-même allait être attaqué. Un 
peloton de spahis fut aussitôt envoyé pour reconnaître l'ennemi. Le même soir, 
le bataillon de Tirailleurs fut réuni et bivouaqua par compagnie, se tenant 
prêta partir au premier signal. Le 29, on acquit la certitude que le danger 
était plus apparent que réel : Bou-Djamina se contentait de menacer El- 



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62 LE 3» RÉOmBNT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1840] 

Arrouch, qui n'était défondu que pur une fuiblu gurnitfou, luuii» qui était ce* 
pendant assex fort pour résister à un ennemi dépourvu d'artillerie. A six 
heures du soir, le bataillon de Tirailleurs se mit précipitamment en marche 
pour aller renforcer ce poste; mais le lendemain, en arrivant à Smendou, 
le commandant Bourbaki apprenait que Tattaquo avait eu lieu la nuit môme, 
que Bou-Djamina avait été repoussé et avait pris honteusement la fuite, don- 
nant à ses plus fidèles la preuve de son impuissance. 

Le 30 au matin , le général de Salles arrivait à son tour à Smendou , à la 
tête d'un bataillon du S^ de ligne et d*une batterie de montagne. Laissant 
là le bataillon du 8*, il continua, avec le bataillon de Tirailleurs et l'artillerie, 
sa route jusqu'à El-Arrouch. Le 2 moi , le bataillon du 8* ayant rejoint, le 
général alla, avec deux bataillons d'infanterie, deux pièces de montagne et 
deux escadrons de cavalerie, s'établir à Roberville. Ben-Djamina avait dis- 
paru. Après qu'on eut imposé une lourde contribution de guerre aux tribus 
qui avaient prêté main-forte à cet agitateur, la colonne rentra à Constantino, 
où elle arriva le 7 mai. 

Cette opération avait relégué l'insurfecliôn dans les montagnes , mais ne 
l'avait pas étouffée. La situation conservait encore une certaine gravité; toutes 
les tribus du cercle de Philippeville avaient pactisé avec le chérif rebelle, et 
l'influence de notre caid Saoudi, personnage dans le<iuel on avait la plus 
grande confiance, venait d'être complètement méconnue par une partie de son 
goum, qui avait fait défcctiou au moment du combat. On savait, à n'en pas 
douter, que les deux frères Bcn-Azcdine, Mohamed et Buu-Henou, n'étaient 
pas étrangers à ce désordre, ou que du moins ils ne mamiuoraicnt pas d'en 
profiter pour attaquer et dépouiller les tribus soumises à notre autorité. 

En prévision de ce qui pouvait se produire , le bataillon de Tirailleurs re- 
partit le 8 de Constantine, et se porta à Smendou, où il resta jusqu'au 12. 
En même temps le général Herbillon s'occupa d'organiser une colonne 
destinée à marcher sur le premier point où le danger se révélerait. Cette 
colonne comprit un bataillon d'élite formé de trois compagnies de la légion 
étrangère, le bataillon de Tirailleurs (six compagnies), un bataillon du SS** 
de ligne, deux escadrons de chasseuri d'Afrique, un escadron de spahis, une 
batterie et demie d'artillerie et une compagnie du génie. 

Le 18 mai, ces troupes quittèrent Constantine, et, le lendemain, après 
une marche rendue très fatigante par le sirocu, qui couvrait la uiontugiic 
d'un nuage de poussière, elles arrivèrent à Milali. Lo 2U mai, elles allmnt 
prendre position sur la rive droite de l'Oued-el-Akahal. Le soir de ce même 
jour, le général Herbillon , avec deux escadrons de cavalerie appuyés par 
trois cents Tirailleurs, se porta sur llahadjas, où se trouvait la maison du 
cheik Mohamed -ben-Azedine. Quelques cavaliers arabes postés sur les hau- 
teurs se bornèrent à observer ce détachement sans l'inquiéter. 

Le 21 , on se mit en marche sur trois colonnes pour pénétrer dans les mon- 
tagnes. Le bataillon de Tirailleurs forma la colonne do gauche. A dix heures 
on arriva à Béinen , très bonne position où le campement fut établi. A onze 
heures on vint prévenir le général qu'il lui serait facile d'atteindre des trou- 
peaux se dirigeant du côté des Beni-Mimoun. 



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[1849] RN ALGÉRIR 63 

Une petite colonne, comprenant sept compagnies, dont trois de Tirailleurs 
(2<', 5* et 8«), fut formée à l'instant et, vers deux heures, quitta le camp 
sous les ordres directs du général, et se dirigea à travers des sentiers impra- 
ticables sur le territoire dos Beni-Mimoun. Bou-Uenou-bcn-Azedinc comptait 
tellement que nous n'oserions jamais nous engager dans la montagne de celte 
tribu, qu'il y avait rassemblé toutes ses richesses. Celte montagne était, en 
eflet, une position défensive du premier ordre : complètement isolée par deux 
torrents formant tout autour des ravins de quarante à cinquante mètres de 
profondeur, auxquels ne donnaient accès que quelques étroits sentiers cachés 
par les plantes et par les herbes, hérissée de rochers abrupts, coupée de 
gorges inabordables, elle se présentait au premier abord comme un obstacle 
devant le(iuel la valeur de nos soldats devait fatalement échouer. 

Lorsque l'avant- garde de la colonne arriva devant le fosse naturel formé 
par le raviu principal , elle se trouva en face du guum de Bcn-Azcdino, dont 
une partie avait traversé la rivière. L'action s'engagea aussitôt; tous les 
efforts de l'ennemi tendirent à nous défendre l'accès du seul passage réelle- 
ment praticable pour nous. Mais le commandant Bourbaki , après une recon- 
naissance minutieuse , venait de découvrir les petits sentiers serpentant dans 
les rochers. Il demanda au général la permission de s'y engager avec ses 
trois compagnies; elle lui Tut accordée. Le mouvement commença par la 
2* compagnie (capitaine Taverne); les aulres suivirent immédiatement. 
Reçues par une vive fusillade , elles continuèrent leur route sans y ré- 
pondre, et débouchèrent bientôt sur la rive opposée. Dès lors, la position 
était non seulement tournée , mais le goum de Ben-Âzedine n'avait plus de 
retraite possible, pris qu'il était entre le gros de la colonne, les Tirailleurs 
et des pentes rocheuses qu'il fallait renoncer A gravir. Les cavaliers firent le 
sacrifice do leurs chevaux , et tout ce monde chercha à se sauver dans les 
broussailles du fond du ravin , où le plus grand nombre succomba sous les 
balles de nos soldats. La nuit approchait ; il fallut rallier la colonne pour la 
ramener au camp. Elle avait fait un butin considérable en moutons, bœufs, 
mulets, chevaux, dont quelques-uns très richement harnachés. Les Tirail- 
leurs reçurent, pour ce beau coup de main, tous les éloges du général Her- 
billon. Les pertes s'élevaient A un ofSciertué, M. Mohamed-ben-Rabah-el- 
Aîdouna, sous-lieutenant , et à huit hommes blessés. 

Le résultat de cette brillante afiaire fut la soumission de presque toutes les 
tribus du Zouagba. Les journées suivanles, jusqu'au 25, furent employées 
à l'organisation du pays. Le jeune Bou-el-Akhas , neveu des Ben-Azedine, fut 
nomme chcik delà région, en remplacement de ses oncles, destitués tous les 
deux. Le 25, oiî alla camper à Taïna dans les Ahrès; le 27, le bivouac fut 
établi à Mdzej-Tobbal , et le 26 à Sidi-Mérouan. 

Les Beni-Mimoun , considérant celle retraite comme un succès, et persuades 
que la colonne s'éloignait définitivement, s'élaient empressés de donner asile 
aux Ben -Azedine, revenus au milieu d'eux. Mais, à l'annonce de cette nou- 
velle, le général retourna sur ses pas, et, le 30, porta son camp à Fedjel-el- 
Akdel , au centre du Zouagha. 

Le i^*' juin , un fourrage fut fait sur les bords de l'Oued-Faraz , affluent de 



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64 LE 3* RÊGIIIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1849] 

gauche de l'Oaed-el-Kébir. Placés de Tautre côlé du raviu, les Uoni-Mimouii 
tiraillèrent pendant toute la durée de cette opération et blessèrent trois 
hommes au bataillon de Tirailleurs. 

Le 2, les rebelles, ayant reçu quelques renforts amenés par Bou-Renou-ben- 
Azedine , voulurent tenter une attaque sur le camp. Vers six heures du soir, 
on les vit en grand nombre gravir la montagne au sommet de laquelle ce 
dernier était établi ; on les laissa approcher jusqu'à trois cents mètres ; à ce mo- 
ment quatre compagnies de Tirailleurs, désignées par le général , s'élancèrent 
sur eux au pas do course, cl en un instant lout ce rassciiililcnient fut dis- 
persé. Les Kabyles disparurent, et pendant la nuit qui suivit il n*y eut pas un 
seul coup de fusil tiré sur nos avant-postes. 

Le 3 au matin, une forte partie des troupes descendit sur le bord de la 
rivière pour attaquer la position des Beni-Mimoun. Trois groupes furent 
formés; le bataillon de Tirailleurs, chargé de l'attaque proprement dite, de- 
vait traverser le ravin et continuer à marcher en poussant Tennemi devant 
lui jusqu'à ce qu'il eût fait sa jonction avec le bataillon d*élite qu'il avait sur 
sa droite et celui du 38* sur sa gauche. Mais les Beni-Mimoun n'opposèrent 
qu'une molle résistance, et commencèrent à prendre la fuite avant que les 
colonnes des ailes eussent terminé leur mouvement. Les Tirailleurs, lancés 
au pas de course, remontèrent le ravin qui sépare les Beni-Mimoun des Béni- 
Akkas , essuyèrent d'abord une assez vive fusillade , puis se mirent à la 
poursuite de l'ennemi avec une telle rapidité , que cette poursuite se trans- 
forma bientôt en une véritable chasse à courre, où, malgré leur agilité, les 
Kabyles éprouvèrent encore des pertes considérables. Les compagnies se ral- 
lièrent sur l'arête d'un des derniers contreforts du Zouahra. A une faible 
distance on apercevait la mer^ pour la première fois la route de Djidjelli était 
ouverte. Le général, ne voulant pas perdre les avantages de sa position cen- 
trale, revint sur ses pas, et, le soir , les troupes qui avaient pris part à cette 
opération reprenaient leur place dans le camp. 

Cette journée coûtait six hommes blessés au bataillon de Tirailleurs. 

La leçon infligée aux Beni-Mimoun avait été suffisante; le lendemain ils 
vinrent faire leur soumission , entraînant à leur suite toutes les tribus qui 
n'avaient pas encore payé l'amende qui leur avait été infligée. Bou-Renou-ben- 
Azedine s*était enfui chez les Ouled-Abebi; le cheik Mohamed s*était réfugié 
chez les Beni-Akkas. 

Le S, la colonne revint à Sidi-Mérouan ; le 6, elle campa à Bou-Nouara , 
le 7, sur les bords de l'Oued -Hekressel, et le 8, à Souk-el-Sebt. Ce jour-là 
le général , voulant châtier les Ouled-Hadj et les Beni-Sbiche pour leur parti- 
cipation à l'attaque d'EI-Arrouch, envoya le bataillon de Tirailleurs pour 
s'emparer des troupeaux de ces tribus. Mais ceux-ci avaient été abandonnés 
dans les fourrés, et il fallut fouiller tout le pays pour en réunir la principale 
partie. 

Le 9, deux bataillons du 43', sous les ordres du lieutenant -colonel de 
Tourville, vinrent se joindre aux autres troupes de la colonne. Le 10, le gé- 
néral Herbillon, à la tête du bataillon de Tirailleurs et du bataillon d*élite, 
remonta la vallée de l'Oued -Schessa et rentra par les crêtes, ramenant au 



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[1849] EN ALGÉRIE 65 

camp un grand nombre de troupeaux. Le 13, le bivouac fut porté à Djenen* 
el-Anab; le 14, à Roussa-el-Youdi sur les bords de TOued-el-Rehasse. On 
resta là deux jours pour recevoir la soumission des Beni-Toufout. Ces derniers 
n*ayantpayé qu'une partie do Tamende qui leur avait été imposée, le 17 la 
colonne se porta à Tsomelout. 

Ce mouvement n'était qu'une feinte; le lendemain , au moment où les Béni- 
Toufout devaient le croire loin de leur territoire, le général Herbillon revint 
brusquement sur ses pas, fit fouiller par le bataillon indigène la riche vallée 
de Karoubah et s'installa au centre du pays, d'où, les jours suivants, il dirigea 
des colonnes volantes qui dissipèrent les derniers symptômes de résistance. 
Le 22, une partie des troupes passa la journée à Collo, pendant que le géné- 
ral , avec le bataillon de Tirailleurs et celui du 38*, allait châtier les Beni- 
Ishac. Cctlo tribu no résista mémo pas; seuls, quelques fanatiques vinrent 
tirailler sur le détachement, au moment où celui-ci se mettait en retraite, et 
blessèrent deux hommes du bataillon indigène. Le 25, on arrivait à El-Arroucb, 
et, le lendemain, le bataillon de Tirailleurs et la cavalerie rentraient à Cons- 
tantine, en faisant tout le trajet en une seule étape. 

Ainsi se termina cette insurrection, qui avait d'abord paru si menaçante, 
dont on s'était si fort inquiété au début, et qui no fut au fond qu'un effort 
décousu commencé par un fanatique et poursuivi par deux intrigants. Grâce 
aux promptes mesures prises par le commandement, la révolte fut circonscrite 
dans un cercle assez étroit, où elle fut bientôt étoufiée. 

Quant à ceux qui l'avaient provoquée , Ben-Djamina et les frères Ben-Azedine, 
ils eurent tous les trois le sort qu'ils méritaient : Ben-Djamina fut tué dans 
une petite affaire par nos Arabes auxiliaires; les frères Ben-Azedine durent 
définitivement quitter le pays où ils avaient toutes leurs propriétés, toutes 
leurs richesses, et laisser l'autorité qu'on leur avait imprudemment maintenue 
à Bou-el-Aklias, leur neveu. 

Un autre soulèvement, qui allait avoir le sud de la province pour théâtre 
et qui se présenta d'abord sous un aspect bien moins inquiétant, devait ce- 
pendant être autrement sérieux. Nous voulons parler de l'insurrection de 
Zaotcha. 



SIEGE DE ZAÂTGHÂ 



Zaatcha est une oasis située au sud-ouest de Biskra , dans la partie méri- 
dionale des Zibans, vaste région s'étendent à environ deux cent quarante 
kilomètres au sud de Constantine, cent vingt de Bou-Saâda, quatre cents 
d'Alger, et qui se trouve limitée au nord par une chaîne de montagnes qui ne 
présente, de l'est à l'ouest, que deux défilés par lesquels les nomades, lors 
des émigrations annuelles, pénètrent du Sahara dans le Tell, pour y échanger 
contre leurs produits les denrées qu'on ne trouve pas en quantité suffisante 

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6G LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1849] 

dans le désert. Ces défilés sont : Ël-Kanlara , sur la roule de Itatiia à Uiskni| 
et Ngaous à l'ouest, chez les Ouled-Soltan, dans le bassin de TOued-Barika. 
11 existe bien un troisième passage du Sahara dans le Tell , plus à l'est : c'est 
celui de Khencbela; mais il sert principalement aux tribus de l'est, limi- 
trophes de la région de Tunis, et non aux nomades des Zibans. Tout ce pays 
avait été, sinon soumis, du moins parcouru en 1844 par les colonnes du duc 
d'Âumale; Uiskra, l'oasis la plus importante de la contrée, avait été occupée 
dans les circonstances que l'on sait par le bataillon de Tirailleurs indigènes, 
et était devenue le centre d'un cercle dont le commandement su)>érieur avait 
été confié au commandant Thomas, puis au commandant de Saint- Germain, 
qui Texerçait encore au début des événements qui vont se -dérouler. Ce cercle 
relevait de la subdivision de Batna qui, pendant trois années, de 1845 à 1848, 
avait été administrée par le général Herbillon. Ce dernier avait fait de nom- 
breuses incursions dans le Sahara; aidé par notre cheik el-arab Bcn-Ganah, 
il avait parcouru les oasis les plus considérables, avait reçu leur soumission, 
et, depuis Biskra jusqu'à Tuggurt, la tranquillité la plus parfaite semblait 
régner, lorsque tout à coup, au moment où les tribus de CoUo et celles du 
Zouagha prenaient les armes contre nous, une certaine agitation commença 
à se manifester. Elle était provoquée par un nommé Bou-Zian, ancien cheik 
du Zab-Dahari sous Âbd-el-Kader, personnage riche et influent, qui , mécon- 
tent de n'avoir par été employé par l'administration française , crut le moment 
favorable pour mettre à exécution ses projets de vengeance. Il alUrma que le 
Prophète lui était apparu, lui prédisant l'extermination des Français et le 
triomphe des vrais croyants, et essaya ainsi de réveiller le fanatisme de ses 
coreligionnaires. 11 y réussit pleinement. 

Cependant l'insurrection n'en était encore qu'à un étal de sourde fermen- 
tation , et pouvait être enrayée par des mesures énergiques. M. Seroka, officier 
des bureaux arabes, fut envoyé à Zaatcha pour arrêter les perturbateurs. 
En arrivant dans le village, il trouva Bou-Zian seul sur la place. Il ordonna 
à l'ancien cheik de le suivre ; mais les habitants étaient accourus, s'étaient 
ameutés, et au lieu d'emmener son prisonnier, M. Seroka n'eut que le temps 
de songer à sa propre sécurité. H ne s'échappa que par miracle, en essuyant, 
lui et les quelques spahis qui l'accompagnaient, plusieurs coups de feu qui 
heureusement ne les atteignirent pas. 

Biskra était alprs dégarni de troupes; on ne put envoyer contre Zaatcha 
que vingt spahis et trente cavaliers du goum, sous les ordres du lieutenant 
Dubosquet. Ce détachement trouva les portes fermées et ne put pénétrer. 11 
revint sur Biskra. Il fallait maintenant attendre que le nord de la province 
fût pacifié pour pouvoir agir avec des forces suffisantes. Hais ces deux tenta- 
tives infructueuses avaient tout à coup donné une importance extraordinaire 
à Bou-Zian. Si«Moktar, marabout des Ouled-Djelled , et Si-Abd-el-Afid , autre 
personnage non moins influent, s'étaient joints à lui; tout l'Aurès était en 
insurrection. 

Le 17 septembre, Si-Abd-el-Âfid , à la tête de nombreux contingents, vint 
établir son camp à Sériana, à vingt kilomètres de Batna. Il espérait ainsi sou- 
lever tout le Zab. 



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[I84fl] EN ALGÉRIE 67 

En présence de celle agitation croissante, M. de Saint -Germain n'hésita 
pas: il sortit de Biskra avec trois cents hommes de la iégion étrangère, cent 
vingt-cinq chevaux du S*' spahis , deux cents autres du goum , mit en pleine 
déroute les Arabes de Si-Âbd-el-Âfid , mais malheureusement fut tué au milieu 
de son succès. 

Malgré ce brillant combat les populations restèrent inquiètes, et Tannonce 
de Tarrivée d*une colonne française produisit peu d'eflet. Les marabouts con- 
tinuèrent à prêcher la guerre sainte, la question de Timpôt fut habilement 
exploitée, les anciens agents d*Abd-el-Kader se mirent à parcourir le pays, 
tout fut mis en œuvre pour organiser dans cette oasis , qui n*avait jamais pu 
être occupée par les bey s , une résistance capable d'arrêter Tarmée française 
elle-même. 

IjC 22 septembre, la colonne destinée à opérer contre Zaatcha fut réunie au 
Coudiat-Aty. Elle comprenait, comme infanterie, un bataillon du 8* de ligne, 
deux bataillons du 43*, un bataillon de chasseurs à pied et le bataillon de 
Tirailleurs indigènes. 

Le 24 , elle se mit en route, sous les ordres du colonel Dumontet, du 43*, et 
arriva à Batna le 27. Là elle fut rejointe par le général Herbillon et la cava- 
lerie. Le 4 octobre, elle arrivait à Biskra et s'y renforçait d'un bataillon de 
la légion étrangère. Le 7, à neuf heures du matin , elle se trouva enCn en face 
de Zaatcha et de Lichana. Elle avait laissé à Test l'oasis de Bou-Chagroun, 
qui n'est qu'à un quart d'heure de Zaatcha. 

Toute la partie de l'oasis qu'on pouvait apercevoir était entourée d'Arabes, 
qui regardaient tranquillement défiler nos troupes, sans paraître le moins du 
monde effrayés de ce déploiement de forces. Quand toute la colonne se trouva 
réunie, elle présenta un effectif de quatre mille cinq cents hommes. C'était 
peu pour In développement qu^allnit avoir notre ligne d'attaque. 

A cette époque, Zaatcha était un immense bouquet de palmiers, six ou 
sept fois plus long qu'il n'était profond. Le village ressemblait à une vraie 
place de guerre : des tours carrées s'élevaient de distance en distance, reliées 
entre elles par des maisons percées de petites ouvertures triangulaires, desti- 
nées à la dessication des dattes, et qui allaient être transformées en véritables 
créneaux. Un chemin de ronde bordait un fossé d'une largeur moyenne de six 
mètres, et d'une profondeur variant entre un et deux mètres. Ce fossé était 
plein d'eau. On pénétrait dans l'enceinte par un pont en pierre. Les rues 
étaient très étroites; les maisons avaient des entrées très basses et communi- 
quaient entre elles au moyen de terrasses. 

Vis-à-vis de l'oasis, à peu près à sept à huit cents mètres, se trouvent des 
hauteurs qui sont la continuation d'une chaîne qui , depuis Biskra jusqu'à 
Zaatcha, borde la route et pourrait en quelque sorte servir de guide. A envi- 
ron cinq cents mètres de là, contre Toasis et vers le milieu de sa longueur, 
existait alors une zaouîa composée d'un groupe de maisons dominé par un 
minaret assez élevé. 

lia colonne fut arrêtée sur les hauteurs dont nous venons de parler. Aus- 
sitôt qu'elle y fut installée, le général ordonna au cheik Ben-Ganah de réunir 
ses goums et de faire le tour de l'oasis par le sud, pendant que la cavalerie, 



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68 lE 3^ RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l849] 

appuyéo par lo balaillon inJigènû, so porterait entre Zuatclia et ïolga, avec 
mission d'empêcher les gens de celte dernière oasis de venir en aide à leurs 
voisins. En même temps, l'artillerie se mit en batterie et commença à tirer 
sur la zaouia, où devait être établi un dépôt de tranchée. 

Le bataillon de Tirailleurs , désigné pour seconder le mouvement de notre 
cavalerie, alla s'établir entre l'oasis de Parfar et celle de Tolga. Ces oasis 
étaient pleines de défenseurs qui , en entendant la fusillade, cherchèrent à venir 
en aide à leurs frères de Zaatcha; mais, vigoureusement maintenus, ils durent 
se résigner à ne prendre aucune part à la lutte qui avait lieu sur un autre 
point. A quatre heures du soir, le bataillon rentra au camp : il n'avait eu aucun 
homme atteint. Pendant ce temps, le colonel Carbuccia avait donné l'assaut 
à la zaouia avec les deux bataillons du 43«, et s'en était emparé sans ren- 
contrer de résbtance bien sérieuse. Malheureusement nos soldats s'égarèrent 
ensuite dans les jardins, subiront dos pertes considérables, et durent se re- 
plier, laissant plusieurs des leurs entre les mains do l'eunenii. 

Dans la nuit du 7 au 8 octobre, l'artillerie construisit, à environ soixante-dix 
mètres en avant de la saoula, l'emplacement d'une batterie qui fut armée de trois 
pièces. A dix heures du matin, cette batterie ouvrit son feu; mais on ne put 
juger de l'effet de ses coups que par le nuage de poussière que soulevait chacun 
de ses projectiles. Tout à coup on aperçut quelques lézardes. Ces dernières 
paraissaient assez grandes; peut-être la brèche était-elle déjà praticable. 
Guidé par cette espérance, le général lit appeler le commandant Bourbaki, 
et le chargea d'aller avec son bataillon reconnaître le véritable état des 
choses. 

A onze heures, le bataillon fut réuni à la batterie; soudain celle-ci cessa son 
tir, et le conmiandant Bourbaki, avec les 1>^, 2« et 3» compagnies, se porta 
vers la droite, dépassa les tirailleurs du 43®, qu'on avait placés pour couvrir 
l'abattage des palmiers, et reconnut que de ce côté la muraille était endom- 
magée dans sa partie supérieure, mais ne présentait cependant pas un pas- 
sage suffisant pour pcriiiettro do donner un assaut immédiat. Se jetant ensuite 
sur la gauche, il arriva jusqu'au fossé, que quelques Tirailleurs tentèrent en 
vain de traverser. Accueillies par un feu violent, les compagnies durent alors 
chercher un refuge dans les jardins. Là ce qui s'était produit la veille pour 
le 43® se renouvela : les hommes , ne pouvant plus être surveillés par les 
chefs, se dispersèrent dans des dédales impraticables, et engagèrent une lutte 
où ils furent superbes de bravoure, mais qui devait fatalement se terminer à 
leur désavantage, l'ennemi demeurant invisible. Il fallut se retirer. Dès que 
ce mouvement de retraite eut commencé, les Arabes sortirent de tous côtés 
pour essayer de déborder le bataillon; mais celui-ci, faisant un vigoureux 
retour offensif, se précipita sur ces bandes acharnées , les culbuta , les rejeta 
dans le village, leur infligea des pertes considérables et leur arracha un ofû» 
cier qui venait d'être blessé, M. Déjoux, sous -lieutenant, ainsi que le corps 
d'un Tirailleur tué. 

Les Tirailleurs avaient sur-le-champ pris leur revanche d'un échec momen- 
tané; mais cette journée n'en avait pas moins été sanglante pour eux. Outre 
M. Déjoux, le bataillon comptait encore un oflBcier blessé, H. le capitaine Ta- 



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[1849] EN ALGÉRIE 69 

▼erne. Ce dernier avait été admirable de courage et de sang -froid : atteint 
d'une balle dans le ventre, il n'avait pas cessé de diriger sa compagnie, qui, 
électrisée par un tel exemple, avait elle-même accompli des prodiges. Le 
nombre des hommes hors de combat s'élevait à trente-sept, dont cinq tués et 
trente-deux blessés. Quoique abrités, les Arabes n'avaient pas été sans être 
également éprouvés; mais, comme chcs eux les morts et les blessés étaient 
immédiatement remplacés par des hommes valides, les pertes qu'ils avaient 
subies ne pouvaient les affaiblir. 

Cette infructueuse tentative d'attaque de vive force avait du moins démon- 
tré l'inutilité et le danger de tout nouvel effort de ce genre. Aussi fut «il dès 
lors décidé qu'on ferait un siège en règle. De nouvelles batteries furent éta- 
blies, et le génie entreprit des travaux de défilement devant permettre aux 
assaillants de se rapprocher de la place. Avec ces travaux commença un ser- 
vice de tranchée et de grand'garde très fatigant pour les troupes , qui n'eurent 
plus qu'une nuit de repos sur deux. 

Le 12, le colonel de Barrai, qui venait de parcourir les environs de Bou- 
SaAda, arriva avec une colonne de mille cinq cents hommes, comprenant 
un bataillon de xouavcs, un autre du 38^ de ligne, la 6^ compagnie du ba- 
Ifiillon fin Tirailleurs et do In cnvaleric. Ce renfort, tout important qu*il fAt, 
no changea cependant rien h la situation, si en n*est que les travaux furent 
pousses avec plus d'activité. Le génie dirigeait deux attaques : l'une au nord , 
Tautre au sud. Celle de gauche (sud), commencée la première, fut praticable 
dès le 14 octobre; le 19, celle de droite (nord) n'était plus qu'à vingt mètres 
de la contrescarpe. L'accès de l'enceinte paraissait possible maintenant. Le 
général Ilcrbillon réunit les chefs de service, prit leur avis, et décida que 
l'assaut aurait lieu le lendemain. 

Une fois cette résolution prise , le général adopta les dispositions suivantes : 
le colonel Dumontet , avec le 43° de ligne, fut chargé de pénétrer par la brèche 
de droite; le colonel Carbuccia, avec la légion, par celle de gauche; pendant 
ce temps, le bataillon d'Afrique à droite et celui de Tirailleurs à gauche de- 
vaient tourner Zaatcha et Tisoler des autres oasis. 

Le 20 , à six heures du matin , l'artillerie augmenta l'intensité de son feu. 
Au môme moment, le bataillon de Tirailleurs commença son mouvement; il 
gagna par In gnncho, pénétra dans les jardins, et s'établit de façon à inter- 
cepter toute communication entre Lichana et Zaatcha, rapprochant autant 
que possible sa gauche de la droite du bataillon d'Afrique. Il se trouvait cou- 
vert du côté de Tolga par la cavalerie du colonel de Mirbeck, qui avait pour 
mission de surveiller les alentours de l'oasis et de se porter sur tel point où 
sa présence serait nécessaire. 

Dès que le général fut informé que le commandant Bourbaki avait pris ses 
dispositions, il fit sonner la charge. Les deux colonnes se précipitèrent et 
essayèrent de pénétrer dans la place. Une vive fusillade s'engagea. A ce bruit, 
les gens de Lichana voulurent accourir au secours de Zaatcha; mais ils trou- 
vèrent les Tirailleurs qui leur barraient la route. En vain tentèrent-ils de forcer 
le cordon qui les maintenait; ils furent partout repoussés et obligés d'assister 
à distance à la lutte sanglante dont les échos parvenaient jusqu'à eux. A une 



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70 LE 3* RÉQIUBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1848] 

beuro de l'aprèa-inidi, le commaadanl Bourbaki reçut Tordre do rentrer au 
camp : l'attaque avait échoué ; l'assaut avait été repoussé. 

Dans cette journée, où le 43* et la légion subirent des pertes considérables, 
le bataillon ne compta qu'un officier blessé, M. Coulon-Lagrandval , lieu- 
tenant commandant la 2* compagnie, un homme tué et six blessés. 

Encouragés par ce succès, les défenseurs de Zaatcha devinrent de plus en 
plus audacieux , et leur fanatisme et leur vénération pour Bou-Zian n'eurent 
plus aucune borne. C'était bien là le protégé du Prophète, celui qui avait été 
envoyé pour chasser les infidèles et rétablir Tancienne puissance de l'islam. 
De tous côtés lui arrivaient de nouveaux soldats, et le nombre des défen- 
seurs de Zaatcha allait s'augmentant dans la même proportion que les forces 
de la colonne s^aflaiblissaient. Le général n'en décida pas moins que le siège 
continuerait; mais il fallut renoncer à rien entreprendre avant l'arrivée de 
renforts et de munitions. L'artillerie continua un tir lent, de façon à entre- 
tenir l'inquiétude des assiégés et à élargir les brèches déjà faites; le génie 
reprit ses travaux pour les pousser jusqu'au pied de l'enceinte. 

Le bataillon de Tirailleurs avait également repris son service de garde et 
de tranchée , service &tigant au possible , à cause de l'activité incessante des 
assiégés. Le 25, il reçut l'ordre de sortir pour aller protéger la légion étran- 
gère et le bataillon d'Afrique employés à la coupe des palmiers. Ces deux 
corps s'étaient tout à coup trouvés engagés avec un ennemi nombreux, et, 
depuis un moment , la fusillade était des plus vives. A l'arrivée du bataillon 
indigène, les Arabes rentrèrent dans la place, et les travailleurs ne furent 
plus inquiétés. 

Cependant la situation devenait des plus graves; l'effervescence gagnait les 
tribus voisines: tout le sud de la province était en armes. Le 30 octobre, 
une reconnaissance envoyée entre Farfar et Tolga fut vivement attaquée, vers 
quatre heures du soir, par une bande de huit à dix mille nomades venue du 
désert. Cette reconnaissance dut se replier sur le camp. Averti de cette at- 
taque, le généra] fit aussitôt sortir la cavalerie en la faisant appuyer par les 
1^, 4*, 5* et 6* compagnies du bataillon de Tirailleurs. Après une courte rési- 
stance, les nomades se retirèrent, laissant un grand nombre des leurs sur le 
terrain. La nuit étant arrivée , toute poursuite devint impossible, et les troupes 
rentrèrent dans leurs positions. Le bataillon de Tirailleurs avait eu un homme 
blessé. 

Le lendeniiain, les nomades renouvelèrent leur tentative, mais sans plus 
de succès. 

Le 3 novembre, le bataillon partit avec deux compagnies de chasseurs à 
pied et cent vingt chevaux , pour aller chercher un convoi à Biskra. Le len- 
demain , il était de retour au camp. 

Le 8, le colonel Canrobert, qui avait été envoyé d'Aumale à Bou-Saàda 
avec un bataillon de zouaves, un autre du 16® de ligne et de la cavalerie, vint 
se joindre à la colonne et prendre part aux travaux d'attaque. 

Le 12, toute la cavalerie, les 1^, 2*, 3*, 5® et 8® compagnies du bataillon et 
un obusier de montagne sortirent, sous les ordres du colonel de Mîrbeck, 
pour aller faire du fourrage à environ deux lieues de Zaatcha, sur la route 



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[48491 EN ALGÉRIE 71 

de Biskra. En arrivant au del& de Boa-Chagroun , cette colonne commença à 
apercevoir, sur la droite et hors de portée , une troupe considérable de cava- 
lerie et d'infanterie ennemies. Quêtaient les nomades , qui , depuis les échecs 
qu'ils avaient subis, s'étaient retirés en dehors de la zone d'action de nos 
troupes. Le colonel fit arrêter, croyant avoir à livrer un combat; mais, les 
Arabes ne faisant que regarder, il se contenta do leur lancer quelques obus 
qui les éloignèrent encore, puis il reprit sa marche et fit son fourrage sans 
être inquiété. Au retour, les troupes furent ainsi disposées : en avant, la ca- 
valerie par peloton , appuyant sa droite aux montagnes et ayant sa gauche 
couverte par une compagnie déployée en tirailleurs; au centre, la pièce de 
montagne, et comme arrière-garde, la 3* compagnie du bataillon. 

A peine cette colonne fut -elle en marche, que toute la masâe de cavalerie 
ennemie fondit sur elle, pondant que rinfantcrio, débouchant de Bou-Cha- 
groun , cherchait à déborder son flanc gauche. La 1*^ section de la 3* com- 
pagnie, faisant demi -tour, accueillit cette charge par une fusillade exécutée 
avec un ordre parfait et qui Gt aussitôt tourner bride aux cavalière arabes. 
Ceux-ci revinrent encore harceler l'arrière -garde; mais cette dernière fit 
face à tout et, sans se laisser intimider par cette fantasia désordonnée de ses 
adversaires, se retira lentement, combattant toujours et maintenant Tennemi 
à distance. On arriva ainsi jusqu'à une petite rivière qui partage la plaine 
en deux. Là les autres compagnies s'arrétèrant pour attendre que la 3* eût 
passé. A ce moment, les nomades voulurent tenter un dernier eflbrt. Mais 
les Tirailleurs , obéissant à un magnifique élan , passent subitement de la d^ 
fense à l'offensive, chargent les fantassins arabes, les enfoncent, les pour- 
suivent avec acharnement, pendant que notre cavalerie, qui jusque-là n'a 
pris aucune part à l'action , jette son fourrage, se dirige sur celle de l'ennemi, 
l'atteint, la sabre, la disperse et revient achever la déroute des fantassins. 
En un instant l'horizon, tout à l'heure assombri par ces masses confuses, 
devient complètement vide; l'ennemi atterré fuit, — il fuit sans regarder 
derrière lui , et si convaincu de son impuissance , qu'à partir de ce jour on 
ne verra plus les nomades que très loin aux environs de Zaatcha. 

Dès lors on n*eut plus à compter avec ces bandes , que l'espoir de l'exter- 
mination des Français et l'appât d'un riche butin avaient seuls fait venir du 
désert. Mais il ne suffisait pas de celte circonspection de leur part; il fallait 
profiter de l'effet produit par leur défaite pour s'en débarrasser tout à fait. 
Apprenant qu'elles s'étaient réunies à Ourlai , où elles croyaient se trouver à 
l'abri de toute surprise, le général Herbillon partit le 16, à deux heures du 
matin , avec deux colonnes, dans le but de les attaquer. Quand le jour parut, 
on aperçut une ville de tentes , de douars sans nombre s'étendant de tous 
côtés; puis des chevaux, des chameaux, des troupeaux couvrant la plaine 
aussi loin que l'œil pouvait parvenir. Toute l'immense caravane était là, avec 
ses biens, ses troupeaux , ses innombrables impedimenta : cavaliers, femmes, 
enfants, vieillards étaient confondus et reposaient tous dans la quiétude la 
plus profonde. 

Cependant, au premier bruit, les hommes sortirent des tentes, montèrent 
à cheval , et se portèrent en avant ; tout ce qui ne pouvait combattre s'enfuit 



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72 LB 3® RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1849] 

précipitammoiU vora los oasis. Mais on no leur donna pas le temps do se ro- 
connaitre; le colonel de Mirbeck fondit sur eux avec la cavalerie. Au môme 
instant, Tinfanterie se jeta au milieu des tentes, dispersant les fantassins 
arabes, renversant, bousculant, détruisant tout ce qui se trouvait sur son 
passage, pendant que rartillerie accompagnait de ses obus les fuyards, 
qui, saisis d'épouvante, jetaient tout ce qui pouvait les gêner dans leur 
course. 

Après qu'on en eut fini avec les combattants, le bataillon de Tirailleurs et 
les spahis se jetèrent à la poursuite des troupeaux. Il fut capturé environ 
quinze mille moutons et deux mille chameaux. Les gardiens de ces derniers 
se défendirent vaillamment en cherchant à les sauver. Le? Tirailleurs eurent 
un homme tué et cinq blessés* 

Enfin, ne trouvant plus personne à combattre, los deux colonnes se ral- 
lièrent pour rentrer au camp. A peine descendu de cheval , le général recevait 
la soumission des grands des deux fractions les plus importantes des no- 
mades. Quelques jours après, ces derniers repartaient pour leur campe- 
ment habituel , laissant entre nos mains des otages pris dans les grandes 
familles et devant servir de garantie pour le payement des amendes. 

Délivré de tout souci extérieur, le général put désormais concentrer tous 
ses efforts contre la place. A partir du 17, les travaux du génie furent poussés 
de telle sorte, qu'au bout de quelques jours on se vit enfin près du but si ar- 
demment désiré. L'ennemi, sentant le moment suprême s'avancer, devenait 
de plus en plus agressif. Le 24, à onze heures du malin, il saisit le moment 
où l'on relevait les gardes de tranchée pour faire, sur les lignes de l'attaque 
de droite, une audacieuse sortie très habilement préméditée. Les Arabes se 
répandirent dans les enclos et tout à coup firent irruption sur les travailleurs; 
quelques-uns pénétrèrent même jusque dans l'une de nos batteries, où ils 
se firent brayement tuer. Lo danger devenant pressant, le général envoya 
chercher au camp le bataillon de Tirailleurs et trois compagnies du 8* ba- 
taillon do chasseurs. Lo commandant Bourbuki divisa sa troupo en dcuK 
groupes et tourna la position des Arabes en s'engageant jusque sous les murs 
de la ville; après avoir débusqué ceux-ci de tous les points qu'ils occupaient, 
il les poursuivit de jardin en jardin, d'enclos en enclos , jusqu'à hauteur de la 
porte de Zaatcha, où ils firent encore une vigoureuse résistance. Enfin , com- 
plètement acculés à la place, ils durent se retirer, non sans avoir subi des 
pertes considérables. De son côté, le bataillon avait un officier blessé, un 
homme tué et huit autres blessés. 

Tout étant prêt pour un effort décisif, l'assaut fut fixé au 26 novembre, 
n devait avoir lieu par trois brèches. Le commandant Bourbaki avec le ba- 
taillon indigène était chargé de l'investissement provisoire de l'oasis. 

Au point du jour, l'artillerie redoubla son tir. Le bataillon de Tirailleurs 
était venu de bonne heure se masser à la zaoula; à un signal donné, il se 
porta vers la face ouest du village pour prendre position entre les extrémités 
de droite et de gauche des deux attaques nord et sud. Ce mouvement, ainsi 
que ceux opérés dans le camp, donnèrent l'éveil à l'ennemi; des groupes 
nombreux sortirent de Zaatcha, se dirigeant vers Lichana et Tolga , soit pour 



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[1849] EN ALGÉniE 73 

fuir, soit pour y chercher des renforts. Mais ils no purent y parvenir: tombés 
au milieu des Tirailleurs, ils furent tous tués ou pris. 

A huit heures, trois notes de clairon font connaître que Tinvestissement 
est terminé. Le général fait sonner la charge; tout le monde s'élance: h . 
droite, c'est le colonel Canrobert; au centre , le colonel de Barrai ; à gauche , 
le lieutenant- colonel de Lourmel. Menée avec une vigueur extraordinaire, 
cette attaque nous rend enfin maîtres de Zaatcha; seulement il faut faire le 
siège de chaque maison , et ce n'est qu'après avoir vu tomber la dernière 
que les Français peuvent se proclamer vainqueurs. Les Arabes se font tuer 
jusqu'au dernier, y compris Bou-Zian, qui succombe héroïquement au mo- 
ment où il voit que tout est perdu pour lui. 

Pendant que cette lutte sanglante se livrait à Tintérieur de la place, le 
commandant Ik)urlmki était aux prises avec les gens do Lichana , qui étaient 
sortis do leur village pour venir en aide à ceux de Zaatcha. Arrêtés sur 
tous les poinU, ils durent bientôt renoncer A Tcspoir de venir secourir Bou- 
Zian; le bruit sourd des mines, le retentissement du canon, la colonne de 
fumée qui s'élevait au-dessus de Zaatcha , leur indiquaient d'ailleurs que Tin- 
surrection rendait son dernier soupir. Mais le fanatisme les animait d'une 
telle ardeur, il leur paraissait tellement impossible que Bou-Zian fût vaincu, 
qu'ils combattirent encore avec une sauvage énergie et ne se retirèrent que 
lorsqu'ils eurent acquis la certitude que Zaatcha n'existait plus. 

Quoique moins éprouvé que les corps qui avaient pris part à l'assaut , le 
bataillon n'en avait pas moins subi des pertes très sensibles dans cette san- 
glante journée; il comptait un officier et sept hommes tués et vingt hommes 
blessés. L'officier tué était le capitaine Lapeyrusse, l'un des plus braves et 
des plus anciens du bataillon. Sa mort éveilla d'unanimes regrets, non seu- 
lement parmi ses camarades, mais encore parmi les soldats, qui avaient pour 
ce chef l'amour l'obéissance et le respect que commandent la valeur et l'in- 
telligence. 

Les pertes totales pour toute la durée du siège s'élevaient à : un officier 
tué, quatre blessés, quinze hommes tués et soixante -dix -sept blessés, soit 
quatre-vingt-dix-sept hommes hors de combat, c'est-à-dire à peu près le hui- 
tième de l'efTectif. 

Zaatcha n'était plus qu'un monceau de ruines. Le 28, la colonne quitta le 
camp, se dirigeant sur Biskra. Là le général llerbillon trouva des députations 
de la plupart des tribus qui s'étaient compromises dans l'insurrection. Les 
troupes se portèrent ensuite sur Ksour, où elles furent divisées en deux 
groupes : le colonel de Barrai prit la route de Bou-Saàda , le colonel Canrobert 
se dirigea vers le Ilodna. Ce dernier groupe, dont le bataillon de Tirailleurs 
fit partie, parcourut tout le pays des Oulcd-Soltan et des Ouled-Abdi, réta- 
blissant l'ordre dans ces tribus, arrêtant les perturbateurs, infligeant des 
amendes aux fractions qui avaient plus particulièrement pris part aux der- 
nières hostilités. La colonne Canpobert se rendit ensuite dans les Aurès; mais, 
à ce moment, le bataillon s'en sépara pour rentrer à Constantine, où il arriva 
le 24 décembre, à l'exception delà 6* compagnie, qui avait suivi le colonel de 
Barrai , d'abord à Bou-Saàda , ensuite à Sétif. 



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74 LE 3* RÊQIUBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALQÊUIE [l849l 

A la suite de la longae expédition do Zaatcha , la plus importante dont la 
province de Constantine eût été jusque-là le théâtre, un ordre de l'armée porta 
à la connaissance des troupes les citations suivantes daiis le corps des Tirail- 
fleurs indigènes : 

HM. Bourbaki , chef de bataillon. 

Montfort, capitaine. 

Taverne, d<> 

De Haussion , capitaine-adjudanl-major. 

Gaudinot de Yillaire , lieutenant. 

Coulon-Lagrandval , d*^ 

Pelisse, sous-lieutenant. 

Déjoux , d^ 

Valentin , d^* 

Moulinier, chirurgien-aide-major. 

Rougeot, adjudant. 



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CHAPITRE VIII 

(1850-1851) 



(1850) Le commandant Bourbaki est remplacé par le commandant Bataille. — Sortie 
contre les Maftdhid. — Expédition des Nemencha. — (1881) Expédition de la petite 
Kabylie. — Combat du 1i mai. — ArriTée à DjidJelU. — Reprise des opérations. — 
Rentrée à Gonstantine. — Le commandant Jolivet remplace le commandant Bataille. 



Le 16 janvier 1850, le commandant Bourbaki Tut nommé au grade de lieu- 
tenant-colonel et remplacé, dans le commandement du bataillon, par le com- 
mandant Bataille, officier d*une rare énergie, qui venait de se signaler d'une 
façon toute particulière au siège de Zaatcha. Avec un tel chef, les Tirailleurs 
de Gonstantine allaient continuer à porter brillamment le titre de troupe infa* 
tigahlc, f|ii*ilfl vcnnicnt d^ncquérir avoc le commandant Bourbaki. 

Le 23 février, les 3^, 4° et 5* compagnies, sous les ordres du capitaine Vassal, 
furent envoyées à Batna pour aider au service de cette place, et permettre de 
pousser activement les travaux qu*on y avait entrepris. Elles y restèrent jus- 
qu'au 24 mars. Ce jour-Iè elles se mirent en route pour Sétif , où elles de- 
vaient entrer dans la composition d'une colonne commandée par le général de 
Barrai , et destinée à aller châtier les Maâdhid et les Ouled-Anech, qui avaient 
attaqué, dans un défilé de leurs montagnes, trois compagnies du 38* de ligne 
se rendant à Bou-SaAda. Cette colonne comprit, outre les trois compagnies de 
Tirailleurs : un bataillon du 38° de ligne, le bataillon d'Afrique, un escadron 
de chasseurs d* Afrique, un demi-escadron de spahis, deux pièces de montagne 
et une section du génie. EIIq se mit en route le 7 avril, et, le 9, arriva au 
pied de la montagne des Maftdhid, montagne qui termine la chaîne qui vient 
mourir dans le llodna et domine M'Sila. 

Uiiciqucs fractions de la tribu révoltée se présentèrent aussitôt pour de- 
mander Paman; mais, avant de traiter avec elles, le général exigea que les 
insurgés vinssent tous se mettre à sa disposition avec leurs femmes, leurs 
enfants et leurs biens. Le lendemain, personne ne s'étant présenté, le camp 
fut porté plus près de la montagne. Dans la journée, des rassemblements 
commencèrent à se montrer çà et là, puis se réunirent en un seul groupe qui 



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70 LE 3"* RÉaiUENT DE TIRAIU.EURS ALGËIUENS [të&O] 

dûscoiidil jusqu'à huit coqU luèlrcs do nos avant -poslcs, cl se mil à y con- 
struire une petite redoute en pierres sèches. Quelques obus suffirent pour faire 
abandonner ce commencement de fortification. Cependant, lorsque la nuit 
arriva , les Arabes se rapprochèrent de nouveau et tentèrent d*enlever quelques- 
uns de nos avant-postes. Ceux-ci résistèrent vigoureusement, et cette surprise 
se termina par la fuite précipitée de l'ennemi. Le bataillon eut deux hommes 
tués et quelques blessés. 

Le 1 1 , les débouchés de la plaine ayant été occupés par le goum de Mokroni, 
les Maâdhid se virent entourés do toutes parts, sans fuite possible cl à la com- 
plète merci du vainqueur. Le général leur accorda doux jours pour leur per- 
mettre de réunir leurs troupeaux ; puis il leur signifia que leur nom n'existait 
plus et que leur tribu allait être dispersée sur tout le territoire, ce qui fut fait. 

Le 14 avril, la colonne se dirigea sur les Ouled-Anech , qui payèrent sans 
difficulté Tamende qui leur fut imposée. Le 16, elle reprenait la route de 
Sétif, pendant que les trois compagnies de Tirailleurs, après avoir re^.u les 
éloges du général pour leur attitude pendant toute cette expédition, se diri- 
geaient sur Batna, où elles arrivèrent le 19. 

Peu de jours après être rentrées dans ce poste, ces mémos compagnies 
allèrent, sous les ordres du capitaine Jolivet, s'établir à Khenchela. Là se 
trouvaient déjà réunis les premiers élément d'une colonne destinée à parcourir 
le territoire des Nemencha et toute la partie méridionale de TAurès. En atten- 
dant le commencement des opérations, ces troupes travaillaient à l'établisse- 
ment d'une redoute qui devait servir de point de ravitaillement. 

Le 6 mai , le général de Saint-Arnaud, commandant la province, qui venait 
d'arriver avec les troupes de Constantine, dans lesquelles se trouvaient les 
l'*, 2<>, 7® et 8* compagnies du bataillon indigène avec le commandant Ba- 
taille, oVganisa la colonne en deux brigades d'infanterie. La première, dont 
le colonel Eynard reçut le commandement, comprit deux bataillons du 20" de 
ligne, un bataillon du 43« et les 3«, 4"^ et 5* compagnies de Tirailleurs; la 
deuxième, qui fut placée sous les ordres du colonel Jamin , fut composée avec 
un bataillon du 8® de ligne , deux bataillons de la légion étrangère et les quatre 
autres compagnies du bataillon indigène. 

Le 9, la colonne entière se mit en marche vers le sud-est , se dirigeant sur 
le pays de Nemencha. Le 10, elle arriva à Ras-el-Gueber, où elle trouva les 
premières cultures de la tribu; seulement, comme pour toutes les expéditions 
qui avaient déjà eu lieu dans cotte contrée, la population avait fui. On vint 
cependant dire au général qu'un rassemblement considérable avait été vu du 
cOté de Sidi-Abid. Une colonne légère, composée do la cavalerie et de quelques 
compagnies d'infanterie, dont deux de Tirailleurs, fut aussitôt envoyée sur ce 
point; mais lorsqu'elle y arriva, les contingents s'étaient déjà en grande partie 
dispersés, et c'est à peine si nos troupes purent capturer quelques chevaux 
et une quarantaine d'Arabes, qui furent ramenés au camp. 

Le 11, le biyouac fut porté à Aîn-Tilidjen ; le 15, à Aln-Saboun. Le 17, la 
colonne arriva à Tebessa, où elle séjourna jusi|u'au 19. Le 20, elle alla s'éta- 
blir à Okkous. Dans la soirée, ayant appris que les Nemencha soumis avaient 
parmi leur bétail des troupeaux appartenant aux rebelles, le général donna 



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[1850] EN ALGÉRIE 77 

Tordre à toute la cavalerie, à un bataillon du 43* et à celui de Tirailleurs de 
partir dans la nuit. Au point du jour, cette colonne légère arrivait à Feutrée 
d*une immense plaine où se trouvaient les principaux douars de la tribu. Elle 
hflta sa marche, se précipita sur ces douars, qui furent envahis en un instant, 
dispersa les Arabes, s'empara de tous les troupeaux qui se trouvaient réunis 
sur ce point, et se remit ensuite en route pour le camp ramenant avec elle 
quatre cents chameaux et quinze mille moutons. 

Le 22, la colonne se porta sur TOued-Mesquina; le 23, à Ain-M'Toussa, 
et, le 24, rentra à Khenchela pour s'y ravitailler. Le 27, laissant dans ce 
poste deux cents hommes d^infanterie et la cavalerie, moins un escadron , pour 
protéger Tinstallation de ce camp provisoire , elle se mit en route pour l'Aurès. 
Le soir, elle bivouaqua à Aîn-Tamagra. Le 28, elle entra dans le Djebel- 
(îlicr.lmr par Aîn-Tarbnr «l Aîn-Ujcmol, et s'arrêta à Aln-Frodjou. Le 29, elle 
poussa jusqu'à Taoïirlcnt. A partir du 30, elle s'engagea dans un pays nu, 
désolé, habité par une population misérable; elle traversa de vastes plateaux 
déchirés, complètement arides, sans eau, sans verdure, sans ombrage et 
présentant çà et là quelques villages dénotant la plus désolante pauvreté. 
liC 30, clic bivouaqua à DjcIIel, un de ces villogcs, placé, comme tous les 
autres d'ailleurs, dans une position difficile au sommet d'un rocher. Le 31 , 
on s'arrêta à Kheîran sur l'Oued-el-Arab; le 1*' juin, à l'oasis d'Oueldja, où 
l'on séjourna le 2. Pendant ce séjour, des maraudeurs ayant assassiné un 
soldat du 20° de ligne qui s'était écarté du camp, et le général s'étant vu re- 
fuser la livraison des coupables par la population de l'oasis, le village fut 
cerné, incendié, et une trentaine d'Arabes passés par les armes. 

Ce châtiment infligé, la colonne se mit en route. Les gens d'Oueldja la 
suivirent quelque temps avec des manifestations hostiles, mais, tenus à dis- 
tiiiiro par \m Tirailleurs des 3"^, 4° et 5*' compagnies et une compagnie du 20^, 
ils durent renoncer à l'espoir d'inquiéter sa marche. Le 3 au soir, elle arriva 
h Rl-UaaI. Le lendemain, quittant la roule déjà connue, elle se jeta vers le 
nord et remonta jusqu'à sa sortie le long et difficile défilé de l'Oued-Cherfa 
qu'elle ne franchit qu'à la nuit. Le 5, elle campa sur l'Oued-Messara, au point 
même où la colonne du général Bedeau avait été arrêtée par les neiges en 
1845. Le 6, elle arriva à Médina, où l'attendait un ravitaillement. 

Le 8, les troupes quittèrent Médina et s'engagèrent dans la vallée de l'Oued- 
el-Abiod. Le but était de reconnaître une nouvelle route pour pénétrer dans le 
Sahara. 

Le soir, elles bivouaquèrent à Senef, le 9, à Tizanimin, à l'entrée du 
Kauget-el-Abiod. Cet étroit passage est formé par l'étranglement de deux mon- 
tagnes, et représente une gorge profonde au fond de laquelle la rivière, de- 
venue torrent à la moindre pluie, se précipite avec violence et roule sur un 
lit de rochers. Les chefs arabes cherchèrent à dissuader le général de pour- 
suivre son projet de franchir ce point; mais ce dernier voulait frapper l'ima- 
gination de ces populations, en leur donnant le spectacle d'une lutte victo- 
rieuse contre la nature. Le 10 au matin , cinq cents travailleurs furent envoyés 
dans la gorge, et, pendant dix heures, s'efforcèrent de rendre praticables les 
passages les plus dangereux. Le lendemain , à la pointe du jour, toute la 



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78 l'B 3« RÉOIUENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l8Sl] 

colonne s'engagea dans le fameux déOlé. Le convoi marchait dans le lit de la 
rivière avec une partie de la troupe, l'autre partie cliemiuait avec peine dans 
la rainure d'un ancien conduit romain taillé dans le roc. Une inscription gra- 
vée dans la paroi même du rocher apprit aux antiquaires que, sous le règne 
d'Ântonin le Pieux, la vi* légion d'Auguste avait ouvert une route en ces 
mômes lieux. Le soir, on bivouaqua à Banian , première oasis de palmiers sur 
rOued-el-Âbiod. Le 12, la colonne arriva à Biskra, où elle séjourna le 13. Le 
14, elle alla bivouaquer à Loutaîa, et, le 16, à El-Kantara. Le 17, les bri- 
gades furent dissoutes. Ce môme jour, le bataillon de Tirailleurs se mit en 
marche pour Constantine, où il arriva le 21 juin. 

Aucune expédition ne devait plus avoir lieu jusqu'au printemps de 1851 . 
C'était presque une année de repos qu'allait voir s'écouler le bataillon, c*est- 
à-dire plus qu'il n'en avait jamais connu depuis sa formation. Mais cette inac- 
tivité n'allait pas être perdue pour lui, et, dans la prochaine campagne, il 
allait encore donner les preuves de ces brillantes qualités milituires où lu bra- 
voure s'allie à instruction et à la discipline. 



EXPÉDITION DE LA PETITE KABYLIE 



Depuis longtemps le gouvernement, d*accord avec le commandant supé- 
rieur de nos forces en Algérie, avait décidé qu'une importante expédition 
serait dirigée sur la petite Kabylie, pour rendre effective la soumission de ces 
tribus belliqueuses, qui avaient toujours été une menace pour les place de 
Collo et de Djidjelli. Le 16 mars 1851 , des instructions précises furent en- 
voyées au général Pélissier, gouverneur général par intérim, et le général de 
Saint-Arnaud, commandant la province de Constantine, eut pour mission de 
préparer cette importante opération, qui allait avoir pour théâtre le triangle 
montagneux compris entre Hilah , Djidjelli et Philippeville. 

Une grande agitation se manifesta dans cette contrée dès qu'on y apprit 
cette résolution; persuadés que l'armée française ne pourrait pas plus péné- 
trer dans leur pays que ne l'avaient pu les armées turques à répoc|ue des beys, 
les Kabyles juraient de nous résister jusqu'à la dernière extrémité. Un faux 
chérif , comme il en avait déjà tant surgi parmi ces populations toujours dis- 
posées à écouter la voix d'un agitateur, venait de paraître chez les Zaouas, et 
ses prédications trouvant les esprits admirablement préparés à la révolte, il 
avait bientôt vu se grossir la bande d'uventuriers qu'il traînait ù sa suite et 
ses contingents former presque une armée. Ce nouveau soi-disant envoyé du 
prophète se nommait Bou-Baghla; il eut jusqu'à l'audace de se présenter de- 
vant Bougie; mais, cette tentative ne lui ayant pas réussi, il dut s'éloigner et 
rentrer dans les montagnes, où il conlinua à exciter les tribus. 

Pendant ce temps , le général de Saint-Arnaud organisait sa colonne à Milah. 
Le 10 avril , le bataillon indigène, qui devait en faire partie, quittait Constan- 



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[1851] EN ALGÉRIE 79 

Une pour se rendre à ce point de concentration ; il apportait un appoint de 
trente officiers et de sept cent quinze hommes. Quand toutes les troupes se 
trouvèrent réunies, elles présentèrent un total de douze bataillons, quatre 
escadrons et huit pièces de montagne, soit un effectif d'environ huit mille 
hommes. Deux brigades furent formées : Tune fut placée sous les ordres du 
général de Luzzy do Pélissnc, la seconde sous le commandement du général 
Itosquet. Le bataillon de Tirailleurs se trouva faire partie de la première. 

Le 8 mai, la division expéditionnaire quitta Milah et s'engagea dans la 
vallée de TOucd-el-Kébir. Le 10, elle arriva sur la rive droite de l'Oued-Mechta, 
en face du col de Feldj-Benazem , situé sur la rive gauche. Ce passage , rela- 
tivement difficile, avait été occupé par les Ouled-Asker, qui s'y étaient re- 
tranchés au moyen de fortifîcations en pierres sèches. Mais la journée était 
déjà trop avancée pour tenter une attaque; le général installa le bivouac dans 
le col de Feidj-Deînem , et se contenta de reconnaître la position afin de mieux 
préparer l'opération du lendemain. 

Le 1 1 , il était quatre heures du matin quand les troupes commencèrent à 
déboucher du camp. Le bataillon de Tirailleurs ouvrait la marche. Il descendit 
de Feldj-Beînem jusqu'au fond de l'étroit ravin dans lequel l'Oued-Mechta ' 
coule à quatre cents mètres au-dessous du niveau du col , puis se mit à gravir 
sur la rive gauche des pentes escarpées, dominées par des villages fortifiés. 
Là, il dut s'arrêter pour attendre que la colonne eût franchi la rivière. Cette 
opération , retardée par de nombreuses difficultés, prit un temps considérable, 
et l'heure était déjà fort avancée lorsque le mouvement offensif put avoir lieu. 

Trois colonnes furent formées : à gauche, le général de Luzzy avec la plus 
grande partie de sa brigade; à droite, le général Bosquet; au centre, le géné- 
ral en chef avec une importante réserve. 

Bientôt le bataillon indigène, qui avait conservé la tête de la colonne de 
Luzzy, se trouva aux prises avec les premiers postes ennemis. De part et 
d'autre une vive fusillade s'engagea. L'ennemi se défendait vigoureusement : 
abrité derrière ses retranchements, il dirigeait sur les compagnies de pre- 
mière ligne un feu des plus meurtriers. Nos Tirailleurs ripostaient de leur 
mieux, mais sans parvenir à déloger les Kabyles, qui montraient ce jour-là 
une ténacité peu commune. A ce moment, une charge audacieuse exécutée 
par le goum et la cavalerie vint cependant leur faire lâcher pied. Profitant 
aussitôt de l'efTct produit por ce choc impétueux, le bataillon mit sac à terre 
et se précipita à son tour sur les hauteurs qu'il était chargé d'enlever. Il y eut 
encore un instant de lutte opiniâtre entre les Tirailleurs et les Kabyles; mais 
ces derniers, enfoncés de toutes parts, se décidèrent enfin à se retirer. Toute 
la colonne de Luzzy s'était portée en avant, et nous étions maîtres de toutes 
les crêtes qui dominent le côté gauche du col. A droite, le succès était le 
même : l'ennemi était en fuite, tiraillant encore de loin, sans grand effet du 
reste, sur les compagnies lancées à sa poursuite. Enfin il n'y eut plus un 
burnous à l'horizon; la colonne de Luzzy s'arrêta; puis, comme les autres 
colonnes étaient encore assez loin, elle assura l'installation du camp, qui fut 
établi près d'EI-Arroussa. La nuit était venue; le combat avait duré toute la 
journée. 



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80 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1851] 

Lob portos subios par lo bataillon do Tirailleurs s'élevaient à un oHicier tué, 
M. Brafaim-ben-Mustapha, sous-lieutenant, deux hommes tués, un oflicier et 
dix*neuf hommes blessés, soit vingt-deux hommes hors de combat. 

Le 12, le bataillon appuya une opération du colonel Marulaz, du 20* de 
ligne, et incendia plusieurs villages, qui ne furent pas très sérieusement dé- 
fendus. 11 n*eut que trois hommes blessés ce jour-là. 

Le 13, la marche fut reprise dans la direction de Djidjelli. Le bataillon se 
trouva d'abord à l'arrière- garde, commandée par le lieutenant-colonel Espi- 
nasse. La colonne avait à parcourir un pays des plus difficiles. Le convoi 
suivait un sentier étroit, bordé de taillis; au fur et à mesure qu'on avançait, 
les bataillons se succédaient sur les hauteurs pour le proléger. L'eniieuii , en 
nombre considérable, se montrait de tous côtés. Pendant toute la durée de 
cette marche, des engagements parfois très vifs eurent lieu en tête, en queue, 
en flanc, par moments sur tous les points à la fois. 

Le bataillon de Tirailleurs fut encore des plus éprouvés , après deux com- 
pagnies du 10* de ligne qui, surprises par quatre cents Kabyles, furent 
presque anéanties ; il avait pour sa part vingt-six hommes blessa. 

Le 14, la marche se poursuivit dans les mêmes conditions. On tirailla 
encore pendant toute la journée. La colonne continua à descendre vers Tem- 
bouchure de l'Oued-el-Kébir. Les Kabyles montrèrent ce jour-là une opiniâ- 
treté peut-être plus grande encore que celle des jours précédents. C'était dans 
ces mêmes parages qu'en 1804 ils avaient complètement détruit Taruiée du 
bey Osman. Mais cette fois ils durent céder à la vigueur et à la bravoure de 
nos troupes; malgré leur ténacité, malgré les difficultés du terrain, notre 
marche ne fut pas arrêtée, et le soir le camp put être établi dans une position 
très forte sur les derniers contreforts des montagnes des Ouled-Âouat. Le 
bataillon avait eu huit hommes blessés. 

On était enfin sorti du massif montagneux. En avant, la vallée s'élargis- 
sait; puis venait la plaine avec ses riches villages, ses magnifiques récoltes, 
sa population relativement peu hostile. Après un jour de repos , pendant lequel 
Tennemi n'inquiéta que faiblement nos avant-postes, on pénétra dans le 
riche territoire des Beni-M*Âmar, et, le IG au soir, on vint bivouaquer sous 
les murs de Djidjelli. Le général Pélissier se trouvait dans celte ville depuis 
le 14; il se rendit au-devant des troupes , au moment où celles-ci arrivaient 
au camp. 

Cependant cette longue et pénible marche n'avait pas donné des résultats 
en rapport avec les efforts qu'elle avait coûtés; ces luttes de chaque juur 
avaient encombré l'ambulance, et le général de Saint-Arnaud avait dû hâter 
son arrivée à Djidjelli pour se débarrasser de ses blessés et se ravitailler. 
Le 19 , la colonne reprit le cours de ses opérations; après avoir passé l'Oued- 
Koutra, elle vint camper au village de Dar-el-Guidjali, au milieu de la tribu 
des Béni-Amram. Le même jour, on apprit que des bandes considérables 
de Kabyles de la tribu des Beni-Kiicttab-Seheragas , de Tuntre côté de l'Oued- 
Uoukinal , s'étaient réunies sur une montagne voisine. Le générai fil aussitôt 
prendre les armes à toutes les troupes , ne laissant au camp que les hommes 
de cuisine et un bataillon du 8« de ligne, et se porta contre les positions 



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[1851] EN ALGÉRIE 81 

ennemies. Deux colonnes furent formées : celle du général de Lnzzy , chargée 
de l'attaque de gauche , aborda aussitôt les Kabyles, qui se défendirent vigou- 
reusement, mais n'osèrent tenir devant un mouvement tournant ayant pour 
but de leur couper la retraite. La poursuite dura plusieurs heures. L'ennemi 
éprouva des pertes considérables, les nôtres furent insignitiantes. 

Après ce succès, qui eut un grand retentissement dans le pays, les troupes 
rentrèrent au bivouac. Le 20 , on fit séjour à Guidjali. Vers midi, on vint 
annoncer au général que les Kabyles descendaient des montagnes voisines 
pour tenter une attaque contre le camp. On ne les attendit pas : au signal 
d'un coup de canon, la cavalerie s'élança sur eux pour tourner leur droite ^ 
pendant que Tinfanterie les abordait de front. Ils occupaient à ce moment 
une croie boisée, longue de deux kilomètres; à leur gauche se trouvait un 
ravin profond; à droite, le terrain allait s'abaissent pour former un col 
d'assez facile accès. C'est par ce col que la cavalerie devait exécuter son mou- 
vement tournant. 

Le bataillon de Tirailleurs, formant Textréme droite de la ligne française , 
avait pour mission do gagner rapidement le bord du ravin , de façon à se 
placer sur le flanc gauche de l'ennemi. Ce mouvement, rendu très difficile 
par les obstacles que présentait le terrain , n'en fut pas moins exécuté avec 
une étonnante rapidité; si bien que, lorsque la cavalerie eut assailli le flanc 
droit des Kabyles, et que ceux-ci cherchèrent précipitamment à gagner le 
ravin, ils furent reçus à bout portant par nos compagnies, qui leur barraient 
la route. Ils ne laissèrent pas moins de trois à quatre cents des leurs sur le 
lieu du combat, pendant que la colonne avait en tout trois hommes tués et 
six blessés, dont trois de ces derniers appartenant au bataillon indigène. 

Dès ce moment, toutes les fractions des Beni-Àmram, des Beni-Âhmed, 
des Uoni-Taarar, dos Bcni-Kliettab-Schoragas, envoyèrent leurs chefs pour 
faire leur soumission. 

Le 21, les troupes séjournèrent encore au camp de Dar-el-Guidjali; les 
malades et les blessés furent évacués sur Djidjelli. Le 22, la colonne se 
remit en route , sans rencontrer cette fois d'autres difficultés que celles qu'op- 
posait le terrain. Le 24 , elle arrivait à Tibaîren. Le surlendemain, le général 
Bosquet la quittait avec deux bataillons et deux pièces d'artillerie pour aller 
se joindre au général Camou, qui, avec des troupes delà province d'Alger, 
opérait entre Sélif et Bougie. 

Le 26, on quitta Tibaîren pour se rendre sur l'Oued - M' Taa, chez les 
H'Silia. Le bivouac fut établi ce jour-là au milieu des Beni-Foughal. Quel- 
ques rassemblemeois s'étant formés dans les environs, ils furent aussitôt 
attaqués et dispersés. Ce léger combat coûta un homme tué au bataillon 
indigène. IjO 27, eut lieu un nouvel engagement avec les gens de la même 
tribu; mais les Kabyles ne tinrent que faiblement et s'enfuirent bientôt sans 
nous avoir infligé la moindre perte. 

Le 28 , le bivouac fut porté à Aïn-Djouharra. Le 2 juin, la colonne revint 
sur Djidjelli pour se ravitailler. Le 5, elle se remit en route pour aller opérer 
à l'ouest contre les Beni-Skeflel. Le 8, on arrivait à El-Aouna. Jusque-là 
aucun incident ne s'était produit. Le 9, on quitta El-Aouna à cinq heures du 

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82 LE 3^ nÊQIMENT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1861] 

inalia. Vers midii dos bandes assez iiombrousos furent aperçues sur les croies 
environnantes. Une petite colonne, dont iirent partie six compagnies de 
Tirailleurs, fut aussitôt formée; mais avant que ces troupes eussent gravi les 
pentes abruptes de la montagne, les Kabyles étaient en fuite. Le 10, la 
marche continua; pendant toute sa durée il fallut tirailler contre l'ennemi, 
qui se montra particulièrement agressif. Le bivouac fut établi chez les Beni- 
Haad. Près de là se trouvaient réunis les contingents des Ouled-Nabeth , des 
Ouled-Âli et des Beni-Marmi. Les troupes prirent les armes, et les positions 
ennemies furent successivement enlevées. Dans celte journée, le bataillon de 
Tirailleurs eut un homme tué et deux blessés. 

Le 11 se passa sans incident. Le 12, on arriva sur remplacement de Tan- 
cienne ville de Ziama. Pendant la route, des contingents des Ouled-Nabeth 
et des Beni-Ségoual ayant paru vouloir disputer à la colonne le passage du 
col qui sépare les bassins de l'Oued -Mansouriah et de TOued-Ziami, le ba- 
taillon indigène, qui se trouvait à l'avant-garde, les en avait promplement 



Le 16 1 la colonne rentrait une troisième fois à Djidjelli. Le 18, elle se 
remettait en marche, se dirigeant cette fois vers Test, pour revenir sur 
rOued-el-Kébir. Le lendemain eut lieu un léger combat contre les Ouled- 
Ali. Dans la nuit du 20 au 21 , les Kabyles, descendus des montagnes, (en- 
tèrent sur le camp une attaque qui fut repoussée. Le 21 , on alla bivouaquer 
à Tahar, position importante qui domine le pays des Ouled-Asker. L'avant- 
garde et l'arrière-garde eurent seules à combattre pendant la marche ; mais 
après l'installation du camp, quelques bataillons, dont celui de Tirailleurs, 
furent lancés contre les Kabyles, qu'ils poursuivirent très loin, leur infligeant 
des pertes considérables. Le bataillon eut deux hommes blessés. Le lende- 
main, l'ennemi étant revenu occuper les mêmes positions, le combat recom- 
mença; mais les Kabyles tinrent mollement, et n'attendirent pas qu'on 
donnât l'assaut à leurs positions. Les Tirailleurs eurent encore un homme 



Le 24, on arriva sur le territoire des Beni-Habibi. Cette tribu paraissait 
disposée à nous opposer une vigoureuse résistance. Quatre bataillons , dont 
celui de Tirailleurs, furent lancés contre ses villages et s en rendirent bientôt 
maîtres. A leur retour au camp, ils furent suivis de près par les Kabyles, 
qui payèrent cher cette audace : trois bataillons sans sacs vinrent appuyer 
ceux qui venaient de combattre, et toute cette masse d'infanterie, aux ordres 
du général de Luzzy , fondit sur eux et les poursuivit la baïonnette dans les 
reins. L'ennemi laissa encore deux cents cadavres sur le terrain. Dans cette 
affaire, le bataillon de Tirailleurs, brillamment enlevé par le commandant 
Bataille, avait déployé une bravoure qui lui valut les plus vifs éloges de la 
part du général de Luzxy. 

Le 26 , la colonne descendit le pays de Taberna à Kounar. Jamais peut- 
être le terrain n'avait opposé de diflicullés plus grandes. Cependant la marche 
s'opérait sans être inquiétée, et tout semblait annoncer qu'elle se termine- 
rait ainsi, lorsque tout à coup l'arrière- garde, commandée par le colonel 
Uaruloz, fut assaillie par environ trois mille Kabyles. Cette attaque fut re- 



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[1851 ] EN ALGÉRIE $3 

poussée par les zouaves et le 20* de ligne ; le bataillon de Tirailleurs, qui se 
trouvait à l'avant- garde, ne prit aucune part au combat. 

La colonne se porta ensuite sur la rive droite de TOued-el-Kébir, se diri- 
geant sur Collo. Le 1''' juillet, elle arrivait à Bou-Âdjoul, chez les Beni-ben* 
Soîd, dont les contingents avaient pris les armes. Plusieurs colonnes furent 
dirigées sur eux, et, npres un loger combat, qui coûta quatre blessés au ba- 
taillon de Tirailleurs, ils furent complètement dispersés. 

Le 2, on pénétra chez les Béni -Meslem, tribu importante qui disposait 
d'au moins quinze cents fusils. On y rencontra une sérieuse résistance. Ce 
jour-là, le bataillon indigène eut& supporter presque tout Teflbrt de la lutte; 
il déploya partout sa bravoure accoutumée , et s'empara successivement des 
principaux villages ennemis, qui furent incendiés. Ce brillant engagement, 
qui coûtait au bataillon quatre officiers blessés , un homme tué et quinze 
blessé<), amena la complète soumission des Béni- Meslem. Dans la nuit qui 
suivit, le camp fut attaqué par de nombreux contingents des Ouled-Âidoun, 
Ouled-Attia, Ouled-Aouat, qui durent se retirer précipitamment, après 
avoir subi des pertes sérieuses. 

Le 4, on arriva au village de Taziki, chez les Djebala. Ce village paraissait 
être fortement occupé: les crêtes environnantes étaient couvertes de Kabyles. 
Deux colonnes légères ayant été formées, les Tirailleurs, qui se trouvaient à 
l'avant-garde, furent chargés d'attaquer le village. La défense y fut opiniâtre; 
l'ennemi résista jusqu'au dernier moment. La position finit enfin par rester 
en notre pouvoir, mais au prix de pertes relativement considérables. Deux offi- 
ciers étaient blessés: M. Kaddour-ben-Brahim, lieutenant, et M. Âbd-el- 
Kader-ben-Blidi , sous-lieutenant; quatorze hommes étaient en outre plus ou 
moins grièvement atteints. Les Kabyles furent ensuite poursuivis dans toutes 
les directions, et ne songèrent plus & se défendre, sur ce point-là du moins. 
La soumission des Djebala et des Beni-Fergan fut le fruit immédiat de 
ce brillant succès. 

Le 6, la colonne se porta chez lesMéchat, où se trouvaient encore de nom- 
breux rassemblements qu'il fallut disperser à coups de fusil. Un léger enga- 
gement eut lieu le même jour sur le Bou-Sieba; le bataillon y eut quatre 
hommes blesses. Le soir, on bivouaqua chez les Ouled-Aïdoun» Les jours sui- 
vanU, la marche continua lente, méthodique, de position, en position avec 
des pointes dans tous les sens. A quoi il importait surtout d'arriver, c'était 
de bien persuader à ces populations, dont les espoirs d'indépendance repo- 
saient surtout sur la nature de leur pays , que partout où un Kabyle pouvait 
atteindre, nos soldées savaient y arriver. Ce résultat, obtenu presque partout, 
était dû en grande partie au bataillon indigène; grftce à son extrême mobi- 
lité, à l'intrépidité éprouvée des Tirailleurs, à l'habitude qu'ils avaient de 
gravir les pentes les plus abruptes , à leur intelligence dans le combat indivi- 
duel, l'ennemi s'était toujours vu débusqué, quelque part qu'il se fût établi 
et retranché. Cette tactique, aidée par les combats heureux qui avaient mar- 
qué chaque étape, avait porté ses fruits: chaque jour, des tribus jusque-là 
ouvertement hostiles venaient faire leur soumission et payer l'impêt. Sans 
doute cette soumission était beaucoup plus dictée par la crainte que par le 



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84 LE 3® RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l85l] 

désir d*un rapprochomeat avec la France, mais il n*ca restait pas moins que 
l'influence des che& était désormais considérablement diminuée, pendant 
que la nôtre commençait à se faire jour et à inspirer une certaine confiance. 

Le 12 , la colonne quitta son birouac d'EI-Milia pour se rendre à Gollo. 
Cette marche donna lieu à un léger combat livré à une fraction insoumise 
des Ouled-Aîdoun. Dans cette affaire, le bataillon, chargé d'appuyer une 
charge des spahis, eut un homme tué et cinq autres blessés. Le 13, on bivoua- 
qua sur l'Oued-Driouak, affluent de l'Oued-Guebli ; le 14, à El-Hammam, et le 
15 sous Collo. 

Cette ville avait été, quelques jours auparavant, menacée par les Âchach 
et les Beni-Ishac. Il fut décidé qu'on se porterait contre ces deux tribus. 
Le 16, on pénétra dans les montagnes des Achach; ceux-ci furent com- 
plètement dispersés; la résistance ne fut pas sérieuse. Le 17, le colonel Ha- 
rulaz, avec un bataillon du 20*, un bataillon de zouaves, un autre de la 
légion étrangère et celui de Tirailleurs, marcha contre les Beni-lshac. Les qua- 
torze villages de ces derniers furent d'abord enlevés sans coup férir; mais 
bientôt l'on se trouva en présence d'un rassemblement d'environ sept cents 
fusils. L'artillerie n'ayant pu parvenir à le dissiper, le signal de l'attaque fut 
donné, et l'infanterie se précipita au pas de course sur la position, d'où les 
Arabes furent immédiatement chassés. On les poursuivit pendant longtemps, 
et nulle part ils n'osèi*ont se reformer. Leurs pertes étaient considérables; le 
bataillon avait un homme blessé. 

Les opérations étaient terminées. Il était temps: le soleil et le sirocco com- 
mençaient à peser lourdement sur ces troupes , épuisées par trois mois de 
marches et de combats; les fièvres sévissaient rigoureusement, et les effectifs 
allaient s'affaiblissent chaque jour. On avait parcouru environ sept cents ki- 
lomètres, pendant lesquels on avait eu vingt-six rencontres avec l'ennemi. 
Le bataillon de Tirailleurs, parti avec un effectif de trente officiers et de sept 
cent quinze hommes , se trouvait réduit à dix-neuf officiers et cinq cent cin- 
quante-sept hommes. 

Le feu avait atteint huit officiers, dont un mortellement, et cent onze 
hommes, dans lesquels on comptait six tués. Le reste avait été enlevé par les 
fatigues et les maladies. 

Le 18, le bataillon se mit en route pour Constantine, où il arriva le len- 
demain. 

Cependant l'heure du repos n'avait pas encore sonné ; un commencement 
de soulèvement venait de se produire dans l'est de la province , et déjà les 
Tirailleurs étaient désignés pour faire partie d'une colonne qui , sous les ordres 
du général de Mac-Mahon, devait parcourir le pays des Haracta, où cette 
agitation s'était subitement manifestée. Cette colonne se mit en route dans 
les premiers jours de juillet et se porta d'abord à Tébessa, sans rencontrer 
de résistance sérieuse sur son parcours; elle se rendit ensuite à Souk-Arras, 
et enfin rentra à Constantine, après une absence de dix-huit jours. Les Ha- 
racta, effrayés, s'étaient empressés de faire leur soumission ; le calme le plus 
parfait régnait maintenant dans toute Tétondue de cette région. 

A partir de ce moment, le bataillon reprit ses garnisons habituelles, et 



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[1851] EN ALOÊRIB 85 

Tannée 1851 s*acheya sans qu*aucon événement important ne l'appelât à 
conconrir & de nouvelles opérations. 

Le 8 août, le commandant Bataille fut nommé lieutenant-colonel en ré- 
compense des services exceptionnels qu'il avait rendus avec son bataillon 
pondant la longue et pénible expédition do Kabylie. Le même décret élevait 
le capitaine Jolivet au grade de chef de bataillon et le désignait pour exercer 
le commandement des Tirailleurs indigènes de Constantine. Nul officier ne 
pouvait être mieux préparé à ces importantes fonctions que M. Jolivet, qui 
servait déjà dans le bataillon depuis quatre ans comme capitaine, et connais- 
sait non seulement cette troupe, mais possédait à merveille tous les détails 
concernant la province. 



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CHAPITRE IX 

(1852-1853) 



(1851) Modifications apportées dans l'organisation des bataillons do Tirailleurs indigènes. 

— Expédition de la Kabylie orientale. — Combat du 31 mai. — Rentrée à Constantine. 

— Opérations contre les Haracta et les Nemencha. — Expédition de Laghouat. — 
NouTean tarif de solde pour les bataillons d'infanterie indigène. — (1853) Fixation 
déflnitiTe de la tenue des Tirailleurs indigènes. — Expédition des Babors et de la 
Kabylie orientale. — Combat du 12 mai. — Le bataillon est envoyé à Djidjelli. — 
Dernières opérations de Tannée 1853. 



Depuis Tordonnance constitutive du 7 décembre 1841 , rorganisation des 
bataillons de Tirailleurs indigènes n'avait subi aucune modification. L'impor- 
tance qu'avait peu à peu acquise ce nouveau corps réclamait cependant l'amé- 
lioration de certains rouages administratifs devenus incomplets, et l'intro- 
duction d'éléments français en quantité suflisanlo pour assurer les divers 
services auxiliaires. Devenu ministre de la guerre, le maréchal de Saint- 
Arnaud , à qui rien de ce qui touchait cette troupe ne {louvuil ôtru étranger, 
s'en inquiéta aussitôt, et le décret présidentiel qui suit vint combler les 
quelques lacunes que l'expérience avait fait ressortir. 



DÉCHET 

PORTAirr OBGANISATIO» OBS COMPAGNIES DBS BATAILLONS 
Dl TIRAILLEUIIS INUICÈNBS 



Parti, 1« 13 février 1852. 

Los trois bataiiloQS de Tirailleurs indigènes seront formés chacun de huit 
compagnies, conformément aux dispositions de Tordonnance constitutive du 
7 décembre 1841. 



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[18521 I.R 3^ RéGIMBfrr DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE 87 

Leur organisation sera complétée comme il suit : 
Par bataillon : 

Un capitaine major; 

Un lieutenant ou sous-lieutenant faisant fonctions d'offlcier d^habillement et 
d'armement; 

Un sergent secrétaire du trésorier ; 

Un sergent français garde-magasin; 

Deux sergents et deux caporaux français par compagnie; 

Les bataillons de Tirailleurs indigènes pourront, en outre, recevoir des sol- 
dats français jusqu'à concurrence de trente par bataillon. 

Un quart de reffectif de ces trois bataillons (soldats et clairons) pourra être 
de première classe aux conditions déterminées pour Tadmission dans les com- 
pagnies d*élite dans les corps d'infanterie. 

Il sera statué par des règlements ultérieurs sur toutes les questions de solde 
et d'admission qui se rattachent aux dispositions du présent décret. 

Fait au palais des Tuileries, le 13 février 1852. 

Signé : LOUIS-NAPOLÉON. 



EXPÉDITION DE LA KABYLIE ORIENTALE 



Bien qu'ayant parcouru et soumis , nominalement du moins , une grande 
partie de la Kabylic, la colonne commandée par le général de Saint- Arnaud 
n'avait pas eu la possibilité de peser assez longtemps sur le pays pour que 
cette soumission pût être considérée comme effective. 11 devenait donc indis- 
pensable, pour ne pas perdre les fruits de l'importante expédition de Tannée 
précédente, de diriger de nouvelles troupes vers cette région, et de leur faire 
parcourir tout le territoire des tribus qui n^avaient pas encore senti le poids 
de nos armes. Parmi ces dernières, il fallait principalement compter les 
Ouled-Atlia, les llcni-SaAl, les Oulcd-Chaoua, en un mot toutes celles oc- 
cupant la vallée de l'Ouecl-Zohr. Ces tribus, sans cesse remuantes , donnaient 
asile & tous les malfaiteurs et se trouvaient toujours disposées à suivre la for- 
tune du premier imposteur venu. 

La direction doucette nouvelle campagne fut confiée au général de Mac- 
Mahon , commandant la division de Constantine. Pendant que la colonne 
principale allait parcourir tout le pays compris entre TOued-el-Kébir et la 
route de Constantine à Pliilippevilie, le général Camou devait survdiler le 
Djurjura avec les troupes de la province d*Alger, et le général Maissiat sln- 
staller avec un corps d'observation entre Sétif et Bougie, de façon à maintenir 
toute la région du Babor. 

Les troupes qui devaient iaire parUe de la colonne du général de Mao- 
Mahon furent concentrées à Milab au commencement du mois de mai. Les 



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88 LE 3* RËOIlfKNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1852] 

l^*! 2^1 3^1 4^, 5<* ol 7^ compagiiiûs du balaillon , roprésontanl un oITcctir do 
trente et un officiers et de sept cent cinquante-huit hommes, quittèrent Cons- 
tantine le 9 mai , sous les ordres du commandant JoHvet , et y arrivèrent le 
lendemain. Deux brigades furent formées : la première, aux ordres du général 
Bosquet; la seconde, sous le commandement du général d'Âutemarre. Les 
Tirailleurs firent parti de cette dernière. 

La colonne I une fois organisée, comprit dix bataillons d'infanterie, deux 
escadrons de cavalerie , deux sections de montagne , soixante hommes du 
génie : en tout six mille cinq cents hommes. 

Elle quitta Hilah le 12 mai. La 2* brigade tourna la ville, qu'elle laissa sur 
sa gauche, et suivit jusque près du Rummel la rive droite de l'Oued-Milah. 
Le soir, le bivouac fut établi sur les hauteurs de Bou-Nouara. Le 13, on s'ar- 
rêta à Bou-Âhmed, sur l*Oued-el-Affia, après avoir traversé un pays des 
plus difficiles I mais sans y avoir rencontré le moindre rassemblement. Le 14, 
on alla coucher au point dit Outha-Âzouzaïm, sur l'Oued - Achoum , chez 
les Ouled-Aidoun. Le 15, on fit séjour. Ce jour-là, quelques Kabyles com- 
mencèrent à se montrer au sommet des crêtes et eurent , avec un détache- 
ment chargé d'exécuter une razzia, un l^er engagement de courte durée. 

Le 16, à dix heures du matin , le général de Hac-Malion sortit du camp à la 
tête d'une colonne légère, composée de quatre bataillons, dont celui de Tirail- 
leurs indigènes, et de quatre-vingts chevaux. Cette colonne fut divisée en 
deux groupes: deux bataillons, sous les ordres du général d'Autemarre, 
avaient mission de prendre à gauche, de suivre le chemin conduisant au 
Rummel; les deux autres, avec le général de Mac-Mahon, devaient se jeter 
dans la montagne et fouiller les étroits ravins qui sillonnent cette partie du 
pays. Le batailbn de Tirailleurs fut un de ces derniers. 

Bientôt séparés l'un de l'autre par des accidents de terrain, ces deux groupes 
durent agir chacun pour leur propre compte. Sur tout leur parcours ils trou- 
vèrent les villages évacués et se contentèrent de les incendier. Vers trois 
heures, ils opérèrent leur jonction sans avoir vu un seul ennemi. Ils se re- 
mirent en marche pour le camp: celui de gauche en suivant à peu près le 
même chemin , celui de droite en tournant un massif de pitons très élevés. 

Si l'ennemi ne s'était pas montré, c'est que Bou-Scba , le nouvel agitateur, 
le nouveau faux chérif qui s'était mb à la tête de l'insurrection , croyait 
que les premiers coups allaient être portés contre le massif do Collo. L'ut- 
taque dirigée contre les Oulod-Aîdoun l'avait évidemment surpris; mais il 
n*allait pas tarder à se montrer et à essayer d'arrêter notre marche. 

Dans la nuit du 16 au 17, le camp Ait attaqué par des bandes considé- 
rables descendues des montagnes. Les eflbrts de l'ennemi se portèrent sur- 
tout sur la face occupée par les Tirailleurs indigènes: la fusillade fut très vive 
pendant quelques instants ; mais les Kabyles ne tardèrent pas à se retirer, 
déconcertés par la résistance opiniâtre qu'ils avaient rencontrée. Leurs pertes 
furent considérables ; celles du bataillon s'élevaient à cinq hommes tués et 
trois blessés. 

IjO 18, la colonne quitta Outha-Azouzalm pour aller s'établir à EUMilia. 
C'était dans les environs de cette localité que Bou-Seba semblait avoir réuni 



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[1852] EN ALGÉRIE 89 

ses contingents. Le 20, le général fut en effet prévenu qu'un important ras- 
semblement de Kabyles s'était formé dans un village situé à l'extrémité de 
Tun des contreforts qui séparent TOued-Alcb de TOued-^sl-Kébir. 

Le même jour, une reconnaissance dont le bataillon de Tirailleurs fit partie 
fut dirigée sur la position, qu'on trouva fortement occupée par Tennemi et re- 
marquablement fortifiée par la nature. Un seul chemin , descendant en écharpo 
jusqu'à la rivière, y donnait accès; sur les autres points s'étendait un ravin 
profond , aux flancs escarpés , hérissés de rochers nus et encombrés de brous- 
sailles épaisses entremêlées de figuiers de Barbarie. La partie du terrain la 
plus rapprochée des maisons , en pente très rapide , était plantée do gros oli- 
viers et permettait à l'ennemi de s'y défendre avec un écrasant avantage. 
Tous ces obstacles rendant fort dangereuse une attaque de front, le général 
de Mac-Mahon se décida à faire tourner le village par la droite, et chargea le 
général d'Autemarre do l'exécution de ce mouvement. 

Le 21 , à trois heures du matin , la 2^^ brigade s'engagea dans les étroits 
sentiers conduisant au Rummel, traversa cette rivière, appuya fortement à 
gauche de façon & déborder la droite de l'ennemi , puis commença à gravir 
les pentes du contrefort. Bientôt le combat se trouva engagé; prenant alors 
vigoureusement Toffcnsivo, cette brigade s'élança sur la première ligne do 
crêtes, en délogea les Kabyles et dirigea ses feux sur le village, où ces der- 
niers s'étaient retirés et paraissaient vouloir se maintenir. Mais la charge 
sonna encore une fois, le village fut enlevé à son tour, et Tennemi mis en 
fuite sur tous les points où il essaya de résister. A ce moment les deux co- 
lonnes appuyèrent l'une vers l'autre et, se dirigeant à travers bois, se mirent 
à la poursuite des fuyards, auxquels elles infligèrent des pertes considérables. 
La brigade d'Autemarre eut même encore un léger engagement au village 
d'EI-Arba.l)'Sir.ha. 

Pendant cette poursuite, le bataillon de Tirailleurs s'était porté à une très 
grande distance dans la campagne, afin de faire du dégât. Tout à coup l'une 
de ses compagnies se trouva aux prises avec des bandes considérables de Ka- 
byles. Le commandant Jolivet commença par la faire appuyer par une section , 
puis par deux compagnies; puis, la lutte se poursuivant sans que l'ennemi se 
décidât à lâcher pied , le bataillon tout entier se trouva bientôt engagé. Il y 
eut alors un violent combat corps à corps que la retraite précipitée de l'en- 
nemi vint seul faire cesser. Ce dernier laissait une quarantaine de morts sur 
le terrain. Le bataillon comptait neuf hommes blessés. 

A midi , on se mit en retraite. En nous voyant rétrograder, l'ennemi revint 
sur ses pas et engagea une vive fusillade avec les compagnies d'arrière-garde, 
qui eurent quelques hommes blessés. 

A la suite do ce combat, tontes les tribus voisines vinrent faire leur sou- 
mission, à l'exception cependant des Beni-Khettab, contre lesquels une opéra- 
tion fut dirigée le 23. Le bataillon, désigné pour la garde du camp, n'y prit 
aucune part. 

Le 27, le camp fut porté d'El-Milia à Tsem-Fédouz, sur le Bou-Sébia, près 
du territoire des Méchat, tribu particulièrement hostile. On attendit pendant 
trois jours : pas un chef de la région ne se présenta au camp. Deux fractions 



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90 LE 3* RÉQllIENT DIS TlRAlttEURS ALGÉRIENS [1852] 

dos Oulûd-Aûuat, établios sur la rivo droilo do rOiiO(l-cl-K6bir, qui avuiout 
déjà payé une partie de l'impôt qui leur avait été infligé, refusèrent même do 
payer le restant, sous prétexte qu'elles étaient dans Timpossibilité de le faire 
en présence des contingents du chérif Bou-Seba. 

Le 31, à la pointe du jour, le général de Hac-Mahon se mit en route pour 
le territoire de ces fractions avec les cinq bataillons de la brigade d'Aute- 
marre, un bataillon du 16^ léger, cent chevaux et une section de montagne. 
Hais, à l'approche de cette colonne, les chefs des Ouled-Aouat accoururent 
au-devant du général , amenant des otages pour répondre de l'amende qui 
leur était infligée. La marche sur ce point fut alors arrêtée, et le général se 
tourna vers les Héchat, dont les nombreux rassemblements s'apercevaient 
vers le nord. Ils étaient établis sur un contrefort s'étendant de l'est à l'ouest, 
depuis les villages de Chassera et d'Iladéria jusqu'à rOued-el-Kébir. 

Le licutenant-colonol do Saint-Pol fut chargé d'allaqucr de front avec doux 
bataillons, pondant que le général d'Aulomarrc, avec les trois autres, |Mirnii 
lesquels celui de Tirailleurs indigènes, devait appuyer à droite pour venir 
prendre la route conduisant directement de Tsem-Fédouz à Chassera. Lorsque 
cette dernière colonne arriva dans ce village, le lieutenant -colonel de Saint- 
Pol venait, après un sanglant combat, d'enlever la crête qu'il avait devant 
lui. Toute la brigade s'arrêta alors pour incendier les maisons; puis, cette 
opération terminée, la retraite commença. 

Il était trois heures. Les trois bataillons du général d'Autemarre furent 
échelonnés par compagnie sur les crêtes, le long de la route que l'on devait 
suivre pour rentrer au camp. Les troupes s'écoulèi'cnt ensuite dans le plus 
grand ordre, chaque fraction devenant successivement arrière-garde pour se 
retrouver un peu après au gros ou à la tête de la colonne. 

La compagnie de Tirailleurs commandée par le lieutenant Dermier avait 
été envoyée au-dessous d'une crête d'où l'ennemi aurait pu prendre la colonne 
en flanc. Elle arriva à son poste à peu près en même temps qu'une cinquan- 
taine de Kabyles s'y portaient par un autre point. Has<|ué8 imr des bois, Ti- 
railleurs et Arabes ne pouvaient cependant pas s'apercevoir. Tout à coup la 
rencontre eut lieu, et une mêlée furieuse s'ensuivit; les deux groupes ne for- 
mèrent plus qu'un tourbillon confus, dans lequel il eût été difficile de distinguer 
les nôtres au milieu du nombre toujours croissant des Kabyles. La situation 
allait devenir critique, lorsque le commandant Jolivet arriva à la tête d'une 
compagnie de soutien, chargea l'ennemi à la baïonnette, le mit en fuite et 
dégagea complètement le terrain. Dans ce court, mais violent combat, les 
Kabyles laissèrent environ trente morts , qu'ils ne purent enlever. Quant aux 
Tirailleurs, ils eurent leur valeureux chef, le commandant Jolivet, blessé 
d'un coup de feu au bras, et dix -neuf hommes plus ou moins grièvement 
atteints. 

Dans son rapport, le général de Mac-Mahon citait comme ayant fait preuve 
d'une bravoure au-dessus de tout éloge : 

MM. Dermier, lieutenant. 

Ahihed-ben-Larbi , d» 

Ramdam-ben-Mohamed, sergent, blessé pour la quatrième fois. 



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[18521 EN ALOÉRIE 91 

Le l®'* juin , la colonne se porta à Tarsetz, au cœur du pays des Méchat et 
dans une belle plaine, qui s*étend jusqu'au territoire des Ouled-Arbi. Les jour- 
nées du 2 et du 3 furent employées à la destruction des récoltes. La tribu des 
Méchat, malgré les pertes qu'elle avait subies le 31 mai, était loin d'être 
soumise; de nombreux rassemblements se montraient chaque jour à peu de 
distance du camp. Dans la nuit du 2 au 3, on crut même un instant à une 
attaque : de grands feux s'allumèrent sur les montagnes, le bruit du tam-tam 
se répandit de village en village, des groupes de Kabyles se rapprochèrent des 
avant-postes; mais tout se borna à ces démonstrations bruyantes, auxquelles 
nos troupes commençaient à être habituées. On n'en prit pas moins toutes 
les précautions possibles pour la nuit suivante, qui se passa dans la plus par- 
faite tranquillité. 

Le 4, les deux brigades pénétrèrent dans le pays des Beni-Toufout, dont 
elles traversèrent une partie, et vinrent s'établir à Dou-Belléout, sur l'Oued- 
Marsel. Le 6, elles se portèrent à Aïn-Gacher; le 7, à Outhiat-el-Hamim, où 
elles passèrent la journée du 8. Le 9, le bivouac fut établi à Harta-Sedma; le 
10, on atteignit Sadra, où l'on séjourna le 11; le 12, on se rendit à Bou- 
Madger; le 14, on alla à Tarca-Emta-Karia, et le 15 on arriva à Collo. Là 
le général d'Aulomarro quitta la colonne avec doux bataillons, pour se porter 
en toute liAtc au secours d*Aïn-Beida , menacé par les Ilaracta. 

Le 17, la colonne se remit en marche et, vers dix heures du matin, ar- 
riva en face du mont GouflS, position très élevée sur laquelle les Kabyles 
s'étaient réunis en nombre considérable. Le général de Mac-Mahon ayant 
décidé qu'on les attaquerait à l'instant, deux colonnes furent immédiatement 
formées et se dirig^rcnt, l'une par la droite, Tautre par la gauche, vers les hau- 
teurs occupées par l'ennemi. Celui-ci s'était établi sur une succession de pitons 
aux flancs escarpés d'un accès des plus difficiles , et qui se trouvaient divisés 
en deux groupes par un étroit ravin hérissé de rochers. Quelques redoutes en 
pierres sèches avaient été construites à la hflte sur les principaux d'entre eux. 

Après un quart d'heure de marche, la colonne de droite, dont le général de 
Mac-Mahon avait conservé le commandement et dont le bataillon de Tirailleurs 
faisait partie , arriva au pied des premières pentes défendues par les Kabyles. 
L& le bataillon de Tirailleurs fut détaché et envoyé dans le ravin, avec 
mission de le remonter jusqu'ô son origine, et do le fouiller dans tous les sens 
pendant que les autres troupes allaient donner l'assaut. Délogé partout, tourné 
par la colonne Bosquet, qui l'avait assailli sur sa gauche, poursuivi de piton 
en piton, l'ennemi ne manqua pas de se jeter dans cette gorge profonde, 
espérant y trouver le salut. Une chasse à l'homme s'organisa alors au milieu 
de ces rochers abrupts, et, malgré leur agilité, les Kabyles n'échappèrent 
qu'en petit nombre aux balles ou aux baïonnettes des Tirailleurs. Un riche 
butin fut pour ces derniers la récompense de cette difficile opération. 

Le 18, on se prépara à pénétrer dans la vallée de l'Oued -Zohr. A cinq 
heures du matin , le général , ayant avec lui le bataillon de Tirailleurs et les 
sapeurs du génie, quitta le camp pour aller reconnaître une route donnant 
accès dans cette difficile région. Pendant quatre à cinq kilomètres , on suivit 
une crête anguleuse, surmontée de plusieurs pitons aux pentes très rapides. 



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92 LE a* RÉOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1852] 

Arrivée sur une bonne position , la colonne s'arrôU, cl le giuie se mil à Ira- 
Yfliller aux passages les plus difficiles de l'étroit sentier qu'on avait parcouru. 
Bientôt de nombreux rassemblements de Kabyles se montrèrent sur les croies 
Yoidnes; puis, nous voyant immobiles, ils se rapprochèrent peu à peu, et fina- 
lement engagèrent une asseï vive fusillade avec nos postes les plus avancés. 
Cependant, maintenus à distance par la bonne contenance de ces derniers, 
ils ne devinrent réellement agressirs qu'au moment de la retraite; plusieurs 
retours oflensifs furent alors nécessaires pour les éloigner, et lorsque, vers 
midi, le bataillon rentra au camp, il comptait un homme tué et six blessés. 

Le 19, les troupes se mirent en marche pour Bou-Taouîa. Quelques combats 
partiels eurent encore lieu pendant la route, mais nos pertes furent insigni- 
fiantes. Le 20, après mille difficultés, après mille retards causés par les obstacles 
du terrain, on atteignit enfin les bords de rOued-Zohr. Le 22, le bivouac fut 
porté à Emta-el-Ârba; le 23, à Marboua, et, le 25, à Sra. Le 26, on arriva 
à Cheflara. Ce jour-là , au moment où la grand'garde du bataillon travaillait 
à se retrancher, elle fut brusquement attaquée par quelques groupes de Ka- 
byles, qui furent aussitôt repoussés après avoir éprouvé des pertes sérieuses. 
De notre côté, nous avions un homme tué et deux blessés. 

Le 28, on revint à El-Milia. Pendant cette journée, les Arabes tirèrent 
encore quelques coups de fusil de loin sur les flancs de la colonne, mais sans 
atteindre personne. Le 29, on campa à Batsi; le 30, sur rOued-Kottou, et le 
1^ juillet, à Salah-bey , à deux lieues de Constantine. Le lendemain on était 
de retour dans cette ville, où la colonne fut dissoute. L'expédition avait duré 
cinquante-deux jours, pendant lesquels le bataillon avait pris part à huit en- 
gagements, qui lui avaient coûté un officier et quarante- huit hommes hors 
de combat. 

Pendant que la plus grande partie de nos troupes se trouvaient en Kabylie, 
les tribus de l'est (Haracta, Nemencha et Beni-Salah) avaient fait comme 
l'année précédente : s'étaient révoltées. Cette fois l'insurrection avait même été 
assex grave, et plusieurs postes de la région Bône-Guelma -Tébessa s'étaient 
subitement vus menacés. Mais le colonel de Tourville, qui commandait à 
Bône, s'était rapidement porté contre les Haracta et les avait battus les 13 et 
14 juin; d'un autre côté, le général d'Autemarre, que nous avons vu quitter 
la colonne de Kabylie à Collo pour voler au secours d'Ain-Rcïda, avait envahi 
le territoire des Nemencha et poussé les contingents de ces derniers jus(|ue 
sur la frontière de Tunis. Celte situation, quoique devenue meilleure, n'en 
avait pas moins hâté le retour à Constantine du général de Mac-Mahon. 

A peine rentré, ce dernier organisa une nouvelle colonne comprenant cinq 
bataillons, dont celui de Tirailleurs indigènes, deux sections d'artillerie et un 
escadron et demi de cavalerie, avec laquelle il se porta d'abord à Tmatat; 
puis, ayant obtenu l'autorisation de pénétrer sur le territoire tunisien pour y 
poursuivre les dissidents, il leva son camp le 12 juillet à quatre heures du 
soir, et se dirigea sur le marabout des OuIed-Sidi-Yaya-ben-Thaleb, où il 
arriva à trois heures du matin avec la cavalerie. Malgré la fatigue de ses che- 
vaux , celle-ci se mit immédiatement à la poursuite des Arabes, qu'elle parvint 
à atteindre, et sur lesquels elle fit un butin considérable, après leur avoir tué 



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[1852] EN ALGÉRIE 93 

enfiron deux cents hommes. Quand Tinfanterie arriva, à neuf heures un 
quart, après une marche de plus de diz-*sept heures, tout était fini, et les 
Nemencha demandaient l'aman. 

Après un jour de repos, la colonne se remit en route pour se rendre ches 
les Beni-Salah en suivant la frontière. En raison de la chaleur et de la fatigue 
des troupes, les étapes furent très courtes et les séjours multipliés. G*est ainsi 
qu'on mit jusqu'au 18 pour arriver à Sidi-Toussef. 

Les Beni-Salah s'étaient également réfugiés en Tunisie, ches les Ouchetata. 
Ils y furent poursuivis et razzés les 23 et 24 juillet. 

Le 28, on arrivait à Souk-Arras. Tout étant rentré dans l'ordre, la colonne 
fut dissoute, et les troupes dirigées sur leurs garnisons respectives. Le batail- 
lon de Tirailleurs rentra à Constantine. 

A cette môme époque , une certaine agitation avait gagné les tribus saha- 
riennes. Mohamed-ben-Abdallah, cet ancien khalifa que nous avons vu en 1845 
dans les événements du Hamza, était revenu de la Mecque, où il était allé en 
pèlerinage , et s'était retiré à Ouargla , où il n'avait pas tardé à prêcher la ré- 
volte et à se créer un parti assez important. Au mois de janvier 1852, il avait 
essayé do se rapprocher de nos postes et de faire une pointe dans le sud de la 
province d'Alger; mais, contenu par le général de Ladmirault, qui comman- 
dait à Médéah , il avait dû se rabattre vers l'est, où il n'avait pas été plus heu- 
reux. Le commandant Gollineau , chef du cercle de Biskra , s'était mis à sa 
poursuite, l'avait atteint le 21 mai près de Mlili, et rejeté de nouveau vers le 
désert. Au commencement de juillet, il se trouvait sur l'Oued-Ittel, chez les 
Ouled-Sassi, qu'il avait entraînés dans son mouvement insurrectionnel. 

Devant ce commencement de troubles, qui pouvait, s'il n'était immédiate- 
ment étouffé, nous entraîner dans une expédition comme celle de Zaatcha, 
le g(';néral do Mac-Malion, qui se trouvait alors en Kabylie, s'empressa de faire 
renforcer, avec les quelques troupes qui restaient disponibles, nos postes les 
plus menacés. La 6° compagnie du bataillon de Tirailleurs , qui n'avait pas 
quitté Sétif , fournit aussitôt un détachement de soixante-quatorze hommes, et 
ce détachement alla, sous les ordres de M. le lieutenant Costa, se mettre à la 
disposition du capitaine Pcin, commandant supérieur du cercle de Bou-SaAda. 

Dès qu'il eut reçu ce renfort, le capitaine Pein se mit en marche, et, com- 
binant ses opérations avec celles du colonel Desvaux, commandant la subdi- 
vision do Ratna, se dirigea sur l'Oued -lltel pour atteindre Mohamed-ben- 
Abdallah. Mais ce dernier n'attendit pas l'arrivée des colonnes françaises; il se 
retira en toute hAte vers le sud, et laissa les Ouled-Sassi réduits à leurs seuls 
moyens pour nous résister. Le capitaine Pein , se tournant alors contre cette 
tribu, se porta sur son territoire et rencontra ses contingents le 15 juillet sur 
l'Oued-Ghramra. Les Arabes résistèrent énergiquement; le succès fut long- 
temps disputé. H finit enfin par nous rester, grAce A une charge A fond de la 
cavalerie et A l'attitude héroïque du détachement de Tirailleurs, qui, entouré 
de toutes parts par des cavaliers ennemis , offrit A ces derniers une muraille 
vivante contre laquelle s'émoussèrent tous leurs efforts; mais il fut chèrement 
acheté : le seul détachement de M. Costa comptait cinq hommes tués et six 
blessés, soit onze hommes hors de combat ou le sixième de son effectif. 



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94 LE 3® RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1852] 

Co brillant combat siifTit à faîro rentrer tout lo sud do la province dans la 
plus complète tranquillité. Hohamed-ben -Abdallah, qui était retourné à 
Ouargla, ne donna plus signe de vie tant que dura l'été; mais, au commen- 
cement d'octobre , il remonta de nouveau vers le nord et vint menacer la ville 
de Laghouat. Le général Yusuf, qui opérait alors dans les environs de Djelfa, 
s'y porta-aussitôt, fit prendre aux habitants quelques mesures de défense et, 
croyant le danger conjuré, reprit le chemin de Djelfa. Mais le chérif n'avait 
pas abandonné son projet; vers le milieu de novembre, il reparut à la tête de 
forces encore plus considérables, mit le siège devant la place, y pénétra au 
moyen d'une trahison et s'y retrancha solidement, décidé à s'y défendre jus- 
qu'à la dernière extrémité. 

Aussitôt qu'il apprit cette nouvelle , le général Randon , gouverneur géné- 
ral, dirigea sur Laghouat toutes les colonnes qui opéraient alors dans le nord 
du Sahara. C'est ainsi qu*à peu de jours d'intervalle on vit arriver devant la 
place les généraux Bouscaren et Yusuf et lo commandant Pcin. Ce dernier 
venait de Bou-Saflda et amenait avec lui quelques troupes, parmi lesquelles 
le détachement de la 6* compagnie de Tirailleurs. Mohamed -ben -Abdallah se 
défendit vigoureusement , et il fallut renoncer à l'espoir de s'emparer de la 
ville au moyen d'un simple coup de main. Le 2 décembre, le général Pélissier 
arriva à son tour à la tête d'une nouvelle colonne et prit le commandement 
de toutes les troupes. 

Dans la nuit du 3 au 4, une batterie fut établie dans la kouba de Sidi-el- 
Hadj-Aïssa. 

Au point du jour, le bombardement commença. A onze heures, la brèche 
étant devenue praticable, le général Pélissier fit donner le signal de l'assaut. 
Quatre colonnes se précipitèrent en avant : à l'ouest , celle des généraux Pé- 
lissier et Bouscaren; à l'est, les troupes du général Yusuf et du commandant 
Pein. I^a défense fut opiniâtre; mais rien ne put résister à l'élan de nos sol- 
dats. Entre tous, les Tirailleurs de Constantine se signalèrent parleur audace 
et leur bravoure; sous un fou meurtrier, ils es4uiladèrcnl les rochers (|ui for- 
maient la principale fortification de la ville, et pénétrcreut des premiers dans 
la place. A ce moment leur chef, le lieutenant Costa , tomba mortellement 
frappé. Déjà les Arabes s'étaient emparé de son corps et se disposaient à l'em- 
porter, lorsque le nommé Mohamed -bcn-Tayeb arrive, se jette sur eux à la 
baïonnette et parvient à leur arracher celte glorieuse dépouille. Quelques ins- 
tants après les quatre colonnes opéraient leur jonction : la ville était à nous. 
Mohamed -ben- Abdallah, qui était parvenu à s'échapper, fuyait à toute bride 
vers le désert. 

Nos pertes avaient été sensibles; parmi les tués se trouvaient le général 
Bouscaren, les capitoines Morand et Bess'ière, et enfin le liinitcnunt Costa, 
qui dans toute cette expédition s'était généreusement prodigué à la tôle de 
sa petite troupe, faisant partout preuve des plus brillantes qualités militaires. 
Outre la mort de ce jeune officier, le corps comptait neuf hommes blessés. 

L.a prise de Laghouat eut un grand retentissement chez les Arabes et con- 
tribua puissamment à asseoir notre influence parmi les tribus nomades du 
Sahara. Elle est restée, autant par ses résultats que par la bravoure qu'y 



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[1852] EN ALOÊRIB 95 

déployèrent nos troupes, un des éYénemcnts des plus importants de l'histoire 
de notre conquête. Le bataillon de Tirailleurs de Constantine n*y avait, il est 
vrai, pris qu'une faible part, si Ton n*en visage son rôle que d'après le 
mince appoint qu'il avait fourni aux colonnes d*attaque; mais, par l'admi- 
rable conduite du détachement de la 6* compagnie , par la proportion des 
pertes subies, ce fait peut être considéré comme l'un des plus glorieux 
qu'il soit en droit de citer parmi ceux qui composent ses brillantes annales. 
Aussi est-ce avec justice que le nom de cette victoire 6gure aujourd'hui sur 
le drapeau du régiment, à c6té de ceux do Sébastopol, de Solférino, de San- 
liOrenzoet d*Ëxtrémc- Orient. 

A son retour de Logliouat, la colonne du commandant Pein eut deux 
engagements assez vifs : l'un avec les Ouled-Tebbat , fraction révoltée des 
Ouled-Naïl , l'autre contre les Oulcd-Sidi-Zian. Ce dernier eut lieu le 10 jan- 
vier 18K3. liO 20 mars, le détachement do la 6® compagnie arrivait à Dou- 
SaAda , et quelques jours après se mettait en route pour Sétif. 

Le 30 novembre 1852, un nouveau tarif était venu fixer à 1 fr. par jour 
la solde de présence des Tirailleurs de première classe, et à 95 c. celle des 
Tirailleurs de deuxième classe. Il ne faut pas oublier que les Tirailleurs indigènes 
continuaient à pourvoir eux-mêmes h leur nourriture, ce qui explique l'élé- 
vation do celle solde. 

Depuis loiiglenips tous les chefs qui s'intéressaient à l'avenir des troupes 
indigènes réclamaient avec insistance la fixation d'une tenue régulière de- 
vant relever un peu le prestige de ces dernières; mais cette question, consi- 
dérée comme de second ordre, n'avait pas encore reçu de solution, lorsque 
1 maréchal de Saint-Arnaud, qui avait déjà complété l'organisation des 
bataillons de Tirailleurs indigènes, s'en occupa enfin, et répondit de la façon 
la plus complèle à tous les vœux qui avaient été formulés à ce sujet. 

Le 14 février 18511, une décision ministérielle donna la description du 
nouvel uniforme, adopté à titre définitif. Désormais le burnous crasseux, les 
turbans de formes diverses, les souliers de confection arabe allaient faire 
place au pantalon et à la veste bleu de ciel , à la chéchia et à la chaussure 
française, avec des jambières en cuir de mouton fauve. Pour tout ce qui 
concerne les autres détails , cette tenue allait être telle qu'elle est restée au- 
jourd'hui, telle qu'elle s'est montrée depuis sur tous les champs de bataille 
où a llollé le drapeau de la France. 

liCS orficiers reçurent la tunique bleu de ciel pour la pelite et la grande 
tenue , le caban également bleu de ciel , le pantalon garance avec bande de 
drap bleu , le képi à turban bleu , et le ceinturon des chasseurs à pied , en 
un mot la tenue qu'ils avaient encore avant l'adoption du dolman. 

L'uniforme des officiers indigènes était le même qu'il est encore aujour- 
d'hui, avec cette simple diirùronco que, pour la grande tenue, les tresses 
et broderies de la veste et du gilet étaient en or, et que le pantalon bleu de 
ciel , quoique de forme arabe, avait une bande de drap jonquille de cinq cen- 
timètres de largeur. Les bataillons se distinguaient entre eux par la couleur 
du drap formant la fausse poche de la veste dite tombeau, qui était : 



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96 LE 3^ RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1852] 

Garance, pour le bataillon d'Alger n« 1. 

Blanc, pour le bataillon d*Oran n« 2. 

Jonquille, pour le bataillon de Constantine. ... n** 3. 

Lorsque, plus tard, chacun de cesbataillons devint un régiment, ces mômes 
couleurs furent conservées comme signes distinctiCs. 



EXPEDITION DES BABORS 

ET DE LA KABYLIE ORIENTALE (1853) 

L'année 1853 eut, comme ses précédentes, son expédition de Kabylie. 
Cette fois il fut formé un corps expéditionnaire, dont le général Randon, 
gouverneur général , prit lui-môme le commandement. Ce corps comprit deux 
divisions, qui furent placées sous les ordres des généraux do Mac-Mahonet 
Bosquet. La concentration eut lieu à Sélif au commencement de mai. Les l**®, 
2®, 3*, 4*, 5* et 7* compagnies du bataillon de Tirailleurs, désignées pour en 
faire partie, formèrent, avec deux bataillons du 11* léger, la deuxième bri- 
gade de la division de Mac-Mahon, brigade dont le colonel Thomas reçut le 
commandement. 

L'expédition devait avoir pour tliéûtro la région du Uabor et toute cetle 
partie de la Kabylie orientale, comprise entre le littoral de DJidjelli et le 
cours de l'Oued-el-Kébir. 

Elle allait comprendre deux périodes bien distinctes : dans la première , il 
allait falloir combattre, sans cependant se trouver en présence d'une résis- 
tance comparable à celle des campagnes précédentes; dans la seconde, cette 
résistance n'existant plus, les troupes allaient être employées aux travaux des 
routes. Le 13, le corps expéditionnaire se trouva complètement organisé; il 
présentait un effectif de onze mille sept cent quarante hommes. 

Le 18, le départ eut lieu dans deux directions, chaque division devant, au 
début, agir sur un théâtre d'opérations particulier. La division de Mac- 
Mahon se dirigea sur Sidi-Tallout. Elle devait ensuite contourner le Ta-Babor 
par 1-est, manœuvrer sur la rive droite de l'Oued-Âgrioun , et enfin gagner la 
vallée inférieure de cette rivière, pour y effectuer, après douze à quinze 
jours de marche, sa jonction avec la division Bosquet, avec laquelle se trou- 
vait le général en chef. 

Le 20, on arrivait à Sidi-Tallout, et le général établissait son camp sur 
la crête qui réunit le Ta-Babor au Djebel-Adrar. 

Le 21 , quelques bataillons furent envoyés à peu de distance du camp pour 
y détruire des villages kabyles. Au retour , ils furent vivement inquiétés par 
Tennemi. 

Le 22, à huit heures du matin, le bataillon de Tirailleurs se mil en route, 
avec mission de protéger un détachement du génie envoyé pour ouvrir une 
route pour les opérations du lendemain. 



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[1853] EN ALGÉRIE 07 

La route à laquelle il s'agissait de travailler devait passer au pied d*an 
piton assez élevé', sur lequel un poste avait été détaché la veille , et qui était 
pour le moment occupé par des Kabyles, puis s'engager dans un col formant 
gorge et déboucher dans une espèce d'entonnoir dominé à droite par un 
contrefort du piton dont nous venons déparier et, à gauche et en avant, 
par une ligne de mamelons d'une hauteur moyenne do deux cents mètres. 
Le commandant Jolivet avait Tordre formel de ne pas dépasser ce point. 

A peine arrive à quelques kilomètres du camp, l'avant- garde commença 
à essuyer le feu de l'ennemi ; mais deux compagnies furent aussitôt envoyées 
sur la hauteur de droite, afin de débusquer ce dernier. 

En un instant elles y furent établies, et, s'élendant ensuite sur toute la 
crôto, elles couvrirent tout le terrain de ce côté, le seul qui du reste fut 
menacé pour le moment. Quant aux Kabyles, après quelques décharges aux- 
quelles les Tirailleurs n'avaient môme pas répondu, ils avaient craint d'être 
tournés et s'étaient dispersés pour aller se reformer plus loin. 

On les retrouva, en effet, au nombre d'au moins quatre à cinq cents, 
dès qu'on déboucha de Tautre côté du col. Ils avaient couronné toutes 
les hauteurs commandant l'entonnoir dont il est question plus haut. A ce 
moment, le bataillon s'arrôta; une section fut alors déployée et portée en 
avant pour couvrir l'entrée du défilé , et deux compagnies s'élancèrent sur les 
hauteurs de gauche, dont elles s'emparèrent au prix de deux hommes 



Se trouvant ainsi protégés en avant et sur leurs flancs , les travailleurs 
du génie purent vaquer à leur besogne en toute sécurité. L'ennemi se main- 
tenait à distance , se contentant de harceler de ses feux les compagnies qui 
avaient pris position. 

liorsquo le moment de la retraite arriva , les ordres les plus précis furent 
donnés pour l'évacuation successive des hauteurs occupées. Le mouvement 
s'exécuta dans le plus grand ordre, d'abord par les compagnies du centre, 
puis par celles de gauche. Au fur et à mesure que nous quittions une posi- 
tion , les Kabyles venaient immédiatement la reprendre. 

Quand il arriva & la sortie do la gorge, le bataillon s'arrôta, afin de per- 
mettre à une compagnie, qui s'était avancée un peu trop loin sur la gauche , 
de se replier. 

Les deux compagnies qui avaient été détachées sur la droite, et qui jusque* 
là avaient protégé le mouvement rétrograde, se retirèrent à leur tour en con- 
tinuant à suivre les crôtes, et vinrent prendre position plus en arrière. Les 
Kabyles, qui avaient aussitôt gravi l'extrémité qu'elles venaient d'aban- 
donner, les serrèrent de près dans leur retraite, et tentèrent bientôt de 
déborder la compagnie du capitaine Grémelin, qui se trouvait à l'extrôme 
droite. Mais cet officier, entraînant sa troupe dans un vigoureux retour 
offensif, se jeta sur ces bandes acharnées pour les refouler dans le ravin. 
Pendant un instant, cet étroit plateau fut le théâtre d'un sanglant combat 
corps à corps. Confiants dans leur nombre, les Kabyles résistaient énergique* 
ment. Déjà le capitaine Grémelin avait été grièvement blessé; M. Pape, 
son sous -lieutenant, venait de tomber mortellement frappé; il ne restait 

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98 LE 3* RÉOIMENT DE TIB AILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE [1853[ 

plus, commo officior, quo M. Abd-ol-Kador-bcn-Ulidi. Mais co dornior, 
poursuivant ayec beaucoup d'intelligence le mouvement commencé, continua 
à charger l'ennemi, qui, définitivement vaincu, ne tarda pas à prendre la 
fuite, ayant subi des pertes considérables en morts et en blessés, et laissant 
un certain nombre de prisonniers entre nos mains. 

Le terrain était dégagé; rendus prudents, les Kabyles se tinrent désormais 
à distance, et la compagnie Grémelin put effectuer sa retraite en bon ordre 
sans être trop inquiétée. Cependant, lorsqu'elle abandonna les crêtes pour 
rejoindre le bataillon , elle eut encore un peu à souffrir du feu plongeant de 
Pennemi. Enfin , on atteignit le camp, et la vue des grand'gardes suffit alors 
pour décider les Arabes à se disperser pour ne plus reparaître. 

Cette difficile et périlleuse opération avait duré plus de cinq heures, et, 
pendant ce temps, les différentes compagnies du bataillon n'avaient pas cessé 
de combattre : aussi les pertes étaient-elles sérieuses. Étaient tués : Âl. Pape, 
sous-lieutenant, et trois Tirailleurs; étaient blessés : MM. Grémelin, capi* 
tame; Lapoinle, capitaine; Dermier, lieutenant; Uel-Kassem, lieutenant in- 
digène; quatre sous-officiers et vingt-sept Tirailleurs. 

Les conséquences de ce combat, le seul important qui eut lieu dans le 
courant de l'expédition, furent immenses : dès le lendemain, les tribus du 
Babor, jugeant la résistance impossible, vinrent faire leur soumission, et le 
pays devint immédiatement si tranquille, qu'un officier put le traverser avec 
une escorte de quelques hommes. 

Le 29, les deux divisions se mirent en route pour se rapprocher de la mer 
et faire leur jonction près do rcniboucliure do l'Oued -Agrioun. La division 
Bosquet se trouva au rendes-vous le l®** juin; celle du général de Mac-Mahon, 
arrêtée par l'impraticabilité des chemins, ne put y arriver que le 4. 

Le 6 juin, le corps expéditionnaire quitta les bords de l'Oued-Agrioun pour 
aller camper à Ziama. Là, il fut arrêté près de quatre jours par le mauvais 
temps. Le 10, il se remit en route vers l'est. Le 17, les deux divisions pé- 
nétrèrent, Puno par Post et Pautro par l'uuost, sur le territoire dos lleni-ldor 
et des Beni-Affer, tribus qui n'avaient encore fait aucune demande de sou- 
mission. Se voyant entourées de toutes parts, elles n'attendirent pas d'être 
attaquées et envoyèrent aussitôt leurs chefs pour demander l'aman. 

Le 18, le bataillon de Tirailleurs, à l'exception de deux compagnies, fut 
dirigé sur Bougie pour y tenir garnison jusqu'à nouvel ordre. Le comman- 
dant Jolivet fut en même temps nommé commandant intérimaire de la place. 

A partir du 20 , les autres troupes furent échelonnées sur les chemins et 
employées à ouvrir des routes stratégiques reliant Djidjelli à Milah et à Sétif. 
Au mois de juillet, les chaleurs étant devenues par trop fortes pour continuer 
ces travaux, les bataillons rentrèrent dans leurs garnisons respectives. Celui 
de Tirailleurs revint à Constantine. 

Au mois d'octobre, le général de Mac-Mahon se transporta de nouveau ches 
les Beni-Ider avec une colonne forte do sept bataillons, dont celui de Tirailleurs 
indigènes. Les travaux des routes furent repris et continués avec la plus 
grande activité. En même temps, des pointes exécutées chaque jour dans l'in- 
térieur du pays assurèrent la tranquillité des tribus. 



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EXPÉDITION DE CRIMÉE 



CHAPITRE X 



Fonnation d*un régiment de Tirailleurs algériens. — Embarquement à Alger. — Débar* 
quement à Gallipoli. — Camp de Boulahir. — Départ pour Varna. — Reconnaissance 
dans la Dobrntscha. — Le choléra. — Retour à Varna. — Débarquement en Grimée. 
— Bataille de TAlma. — Marche sur Sébastopol. 



Dès les premiers jours de l'année 1854, une guerre avec la Russie étant 
devenue imminente par suite de Tintervention de la France dans l'étemelle 
question d*Orient, on s'occupa à la hé te d'organiser un corps expédition- 
naire. Cependant, à cette époque, le gouvernement impérial, non encore fixé 
sur l'importance de l'effort qu'il se proposait de faire en faveur de la Turquie, 
ne constitua d*abord que deux divisions, dont les généraux Canrobert et 
Bosquet reçurent le commandement, plus une brigade de cavalerie. Le ma- 
réchal de Saint-Arnaud , désigné pour être placé à la tète de cette expédition, 
fut chargé do l'organisation des troupes qui devaient y prendre part. Le ma-* 
réchal, qui pendant ses nombreuses campagnes en Algérie avait hautement 
apprécié les qualités des Tirailleurs indigènes , pensa aussitôt à ces derniers 
pour les emmener ^n Orient. Seulement, une difîculté se présentait t les sol- 
dats des bataillons de Tirailleurs ne s'étaient engagés que pour servir dans 
leur pays; allaient-ils se décider à nous suivre dans des contrées aussi loin- 
taines? Le maréchal n'en douta pas, et l'événement lui donna raison. 

Le colonel de Wimpffen , qui connaissait parfaitement les troupes indigènes 
pour avoir servi pendant longtemps dans le bataillon de Tirailleurs d'Alger, 
eut mission de former un corps de volontaires avec des hommes.pris dans les 
bataillons des trois provinces de l'Algérie. Au commencement de février, il se 
rendit d'abord à Alger, puis à Constantine, et s'occupa activement de réunir 



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LE 3^ RÊOIIIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



[1854] 



les éléments nécessaires à la constitution d*un régiment à deux bataillons. 
A Constantine, officiers et soldats demandèrent presque tous à partir. Dans 
les derniers on choisit cinq cent cinquante hommes ; parmi les premiers 
furent désignés : 



MM. Quinemant, capitaine. 

Godinot de Villaire , dfi 

Dermier, à^ 

Panier des Touches , d^ 

Schweimberg, lieutenant. 

D'Uxer, d» 

Chevreuil , d^ 

Pelsex, d« 



MM. Mariani, lieutenant. 

Kaddour-ben-Brahim, dfi 
Ahmed-bcl-Larbi, d^ 

Mohamed-bel-Gasm , d^ 
Abd-el-Kadejr-ben-Blidi, d^ 
Véran , sous-lieutenant. 

Humery, d® 



Ce détachement fut aussitôt dirigé sur Goléa, où devait avoir lieu Torgani- 
sation définitive. Le 9 mars, parut un décret impérial réglant cette organi- 
sation : le régiment qui allait être créé devait porter le titre de Régiment de 
TiraiHewrs algérieni. 

Le 21 mars, les contingents des trois provinces étant arrivés, le général 
Camou les passa en revue et procéda à la constitution définitive do ce nouveau 
corps , dont le colonel do WimpOcn reçut le commandement. Le lieutenant* 
colonel était M. Lévy, qui avait servi autrefois au bataillon d'Alger, et les 
chefs de bataillon, MM. de Maiission et Martineau-Dcschenez, le premier 
venant du bataillon d* Alger, le second de celui d'Oran. 

Le décret du 9 mars 1854 fixait la composition de chaque bataillon à neuf 
compagnies, dont une de dépôt. Chaque compagnie devait comprendre cinq 
officiers et cent cinquante hommes de troupe. Le contingent d'Alger entra 
tout entier dans le premier bataillon, et celui d'Oran dans le deuxième; quant 
à celui de Constantine, il fut réparti dans les deux balaillons. 

Le 1^ avril, le régiment, réunissant un efiectif de soixante- quatorze offi- 
ciers et de deux mille vingt-cinq hommes, se mit en route pour Alger, où 
devait s'effectuer l'embarquement. 

Le 6 avril , eut lieu un premier départ sur les transports le Labrador et 
rWoa. One foule considérable se trouvait sur le quai. La population indigène 
tout entière était accourue. Au fond, l'idée religieuse ne se dégagcait-cllo pas 
pour elle de cette guerre, qui avait pour but la protection du trône du sultan? 
Il faut le croire, car ce fut avec un profond enthousiasme qu'elle salua de 
ses vœux les bateaux qui emportaient, loin de leur patrie, ces soldats parmi 
lesquels chacun comptait des parents et des amis. 

Le 10 avril, le Berthollet prit à son bord ce que les deux autres navires 
n'avaient pu embarquer. 

La traversée s'effectua sans incident. 

Le 14, le Labradw débarquait à Gallipoli trente et un officiers et sept cent 
soixante et un hommes. Ce détachement fut le jour môme conduit au camp 
de la Grande-iUvière. 



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[1854] EN CRIMÉE lOi 

Le 16, le général Bouat, commandant provisoirement la deuxième diviaioni 
en passa la revue et fut émerveillé de Tentrain qui y régnait. 

Le 17, VVlloa et le Berthollet débarquèrent encore quarante -trois officiers 
et mille deux cent vingt-trois hommes. Dès lors, tout le régiment se trouva 
réuni au camp do la Grandc-Ilivièrc. 

Aussitôt qu'elles furent installées, les troupes s'occupèrent de compléter 
leur instruction. Le mois d*avril s*achova au sein de cette occupation, qui fut 
continuée pendant la première partie du mois suivant. 

Dans l'organisation de Tarmée d'Orient, le régiment de Tirailleurs avait été 
compris dans la première brigade (général d'Autemarre) de la deuxième di- 
vision (général Bosquet). 

Les deux généraux sous lesquels il allait servir étaient de longue date 
connus des indigènes, notamment de ceux de Constantine. 

Le 7 mai, le maréchal de Saint-Arnaud toucha à Gallipoli avant de se 
rendre à Constantinople, et passa toutes les troupes en revue. 

Le 13, le régiment alla camper au village turc de Boulahir, à quatorze kilo- 
mètres au nord de Gallipoli. Là, il fut employé à des travaux de fortification 
ayant pour but de fermer complètement la presqu'île. 

Le 2R , le maréchal était de rclour, h Gallipoli. IjC mémo jour, il passa une 
nouvelle revue pour se rendre un compte exact de la situation de Tarmée, de 
ses ressources et de ses besoins. En arrivant devant les Tirailleurs, il en re- 
connut plusieurs qu'il avait vus pendant sa brillante expédition de Kabylie, 
en 1851. Il félicita ensuite le colonel de WimpOen sur leur attitude martiale, 
sur leur belle tenue, puis remit à ce dernier le drapeau destiné au nouveau 
régiment. Se tournant alors vers la troupe, il lui adressa l'allocution suivante, 
qui fut aussitôt traduite en arabe par le général Bosquet : 

« Tirailleurs, 

« L'empereur m*a chargé de vous remettre ce drapeau. 

« Cest avec un bien grand plaisir que je m'acquitte de ma mission, car je 
sais que vous êtes de braves soldats. Vous me l'avez prouvé plus d'une fois en 
Afrique. On vous a choisis pour venir en Orient, parce qu'on vous sait dignes 
de combattre dans les rangs français. Continuez , Tirailleurs , à vous montrer 
tels que je vous ni connus I Marchez sur les traces de votre bravo colonel! 
Obéissez toujours à vos chefs : robôissance et la discipline sont les guides 
du soldat français. 

c Tirailleurs I n'oubliez pas que lorsqu'on a Tbonneur de combattre sous les 
couleurs de la France, on ne les rend jamais : on meurt 1 » 

Cependant, à la suite d'une conférence qui avait eu lieu, le 19 mai, entre les 
commandants des armées alliées, il avait été décidé que le gros des troupes 
serait concentré à Varna. 

Le 7 juin, la division Bosquet quitta Boulahir; le 14, elle arriva àAndri- 
nople; elle s'établit aux portes de la ville, dans l'île du Sérail, y séjourna 
jusqu'au 25 et continua sa route sur Varna. Le 7 juillet, elle se trouva réunie 
en entier à Yéni-Keul, village formant, avec ceux de Franka et de Zefierli, 



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102 LB 3* BÂOIMENT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l854] 

la couronne d'un vostd plateau qui 8*étend à huit kilomètres au nord do 
Varna. 

Cette concentration avait eu pour but la protection de la place de Silistrie , 
assiégée par les Russes depuis la fin d'avril. Mais ces derniers, après quelques 
tentatives sans résultat , levèrent le siège dans la nuit du 22 au 23 juin. Les 
poursuivre dans un pays ravagé, difficile, peu connu, et de plus infecté de 
maladies pestilentielles, était une entreprise non seulement dangereuse, mais 
qui ne promettait aucun avantage; car ce mouvement, en nous entraînant 
loin de notre base d'opérations, permettait à l'armée ennemie do se rappro- 
cher de la sienne. Pour frapper la Russie , il fallait donc chercher un autre 
terrain; les chefs des deux armées et les commandants des deux flottes 
crurent le trouver dans la Crimée et surtout dans la ville de Sébastopol. 
Mais un débarquement dans cette presqu'île demandait d'immenses prépa- 
ratifs: il fallait réunir les moyens de transporter une armée de soixante mille 
hommes avoc son matériel et sos approvisionnomonts , faire reconnaître la 
côte sur laquelle on se proposait d'aborder, prendre des renseignements sur 
le pays dans lequel on allait s'engager, en un mot assurer dans toutes ses 
parties une opération qui pouvait être considérée comme une seconde expé- 
dition. Tout cela allait demander du temps et permettre à la Russie de parer 
au danger qui la menaçiût. Il importait donc , pour détourner son attention 
de la Criméie , de lui laisser croire à une action sérieuse dans la Dobrutscha. 
A cet effet , le maréchal ordonna , pour le 22 juillet, une grande reconnais- 
sance par les spahis d'Orient, appuyés par les trois divisions. 

La division Bosquet se mit en marche à quatre heures du matin. Elle de- 
vait se rendre en deux jours à Bajardjik , s'y installer, et détacher en avant 
des postes sur les routes de Silistrie, de Rassowa et de Mangalia. Mais, au 
lieu de deux jours, elle dut en mettre trois; elle n'arriva que le 24, après 
une marche des plus difficiles sur un terrain nu , sec, couvert d'herbes sau- 
vages et présentant tous les caractères de la steppe. 

Avant le départ, le choléra avait fût son apparition à Varna. On avait cru 
le fuir en quittant cette ville, et il nous suivait, au contraire, acquérant 
chaque jour une nouvelle intensité. Déjà quelques régiments se trouvaient 
crudlement éprouvés; les effectifs fondaient avec une bcroyable rapidité. 
Seuls, les Tirailleurs algériens semblaient résister au redoutable fléau. Ce 
dernier les visita cependant à leur tour, mais sans prendre des proportions 
bien alarmantes : le nombre des victimes ne dépassa pas quatorze. 

On se figure généralement que le fatalisme de l'Arabe l'entraine plus faci- 
lement au découragement. C'est une erreur. Ce btalisme lui fait traverser les 
situations les plus graves , lui fait supporter les maux plus terribles avec une 
indifférence tenant beaucoup plus de la résignation que de l'abattement. Ce 
qui est arrivé devait arriver, et voilà tout. 

Quoi qu'il en soit, dans cette circonstance, le régiment algérien fut admi- 
rable; non seulement les hommes ne cessèrent de donner les preuves de la 
plus grande énergie, mais encore ils s'offrirent généreusement pour servir 
d'infirmiers auxiliaires , et leur infatigable dévouement fut partout hautement 
apprécié. 



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[1854] EN CntMÉB 103 

Le 25, on arriva à Mangalia, d*où Ton repartit le lendemain pour se porter 
sur Babadagh , où des postes ennemis avaient été signalés. On mit quatre 
jours pour atteindre cette localité. L& il fallut s'arrêter : le choléra prenait 
un développement oITrayant. Dans celle seule journée il n*avalt pas fait moins 
de cinq cents victimes. Dès lors il ne s'agissait plus de trouver Tennemi, mais 
de mettre les troupes à Tabri du climat pestilentiel de cette région. Le retour 
à Varna fut décidé. La retraite s'efTeclua lentement, péniblement, et, le 9 août, 
la 2* division reprenait ses cantonnements à Yéni-Keu!. 

On arrivait juste pour assister à une nouvelle catastrophe. Dans la nuit du 
10 août, un violent incendie éclata tout à coup dans le bas quartier de Varna 
et faillit amener le plus épouvantable des désastres. Après avoir détruit les 
magasins contenant les approvisionnements des armées alliées, les flammes 
vinrent lécher les murs des constructions où Ton avait renfermé les muni- 
tions pour toute la campagne. Toutes les troupes étaient là, travaillant avec 
une ardeur que décuplait Timminence du danger. Une étincelle pour enflam- 
mer ce volcan , et Ton aurait compté des milliers d*hommes complètement 
broyés. Le vent tourna, tout fut sauvé. Dès les premiers instants, le régi- 
ment de Tirailleurs était accouru d*Yéni-Keuî et avait prêté son concours aux 
travailleurs venus do toutes parts pour circonscrire le terrible élément. Là 
encore les soldats indigènes trouvèrent Toccasion de faire preuve de leur 
dévouement et de leur énergie. 

Après une reconnaissance maritime faite par une commission composée des 
hommes les plus compétents , la descente en Grimée fut définitivement réso- 
lue. Le 25 août, un ordre du maréchal apprit aux troupes leur prochain 
embarquement. 

Cette nouvelle fut reçue avec une joie profonde , avec un enthousiasme que 
n'avaient pu détruire les nombreux malheurs qu'on venait d'éprouver. 

Le 29, l'armée quitta ses bivouacs et se rendit à Baltchickt, où se trouvaient 
réunies les flottes alliées. Le i^' septembre , le régiment s'embarqua sur le 
trois-ponts le Friedland. Le 5, on appareilla; le 12, on signala les côtes de 
la Crimée. Le 13, les deux flottes se présentèrent devant Eupatoria, qui se 
rendit à la première sommation. Le point choisi pour le débarquement était 
la plage d'Old-Fort. Le 14, à sept heures du matin, cette opération com- 
mença; le soir, elle était terminée pour les trois premières divisions; elle 
se continua jusqu'au 18 pour les approvisionnements et le matériel. 

L'armée qui venait de débarquer sur le sol de la Crimée comprenait envi- 
ron trente mille Français représentant quatre divisions, vingt-deux mille 
Anglais et une division turque forte de six mille hommes : en tout cinquante- 
huit mille hommes , dont à peu près trois mille non-combattants. Les forces 
russes chargées de la défense de la presqu'île s'élevaient à cinquante et un 
mille hommes de troupes de terre, répartis sous deux commandements dis- 
tincts : le général Khomoutof, avec douze mille hommes, surveillait la partie 
orientale et particulièrement Kertch; le prince Menschikoff, avec le reste, cou- 
vrait Sébastopol. 

Le 19, les alliés se mirent en marche dans l'ordre suivant: à droite et 
côtoyant la mer, l'armée française; à gauche, les Anglais; à l'arrière-gardei 



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104 LE 3* RÉOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS (1854] 

la division turque. La division Bosquet, formant rextréme droite de la ligne 
française, longeait le rivage et se trouvait directement appuyée par la flotte. 
Chacune des deux brigades marchait en colonne, par division, à distance de 
peloton. 

A midi, on atteignit la rive droite duBoulganak. Quelques cosaques, qui 
se trouvaient sur la rive opposée, se retirèrent, et le passage de la rivière s'ef- 
fectua sans être troublé. De l'autre côté, on aperçut l'armée russe, sur les 
hauteurs qui s'élèvent sur la rive goiiche do l'Aima. L'étape n'avait été que 
do seise kilomètres et s'était oITectuée sans difficulté sur un sol sec et nu; les 
troupes n'étaient point fatiguées, on aurait pu attaquer de suite , mais la 
nécessité de concerter les opérations fit remettre la bataille au lendemain. 

Le bivouac fut établi sur la rive gauche du Boulganak. La nuit, froide 
et sombre, se passa sans alerte. Les deux armées, calmes, recueillies, cher- 
chaient à deviner leur force respective au nombre do leurs feux, et atten- 
daient chacune avec impatience l'heure d'en venir aux mains. 

La position occupée par l'armée ennemie avait une valeur défensive de 
premier ordre: bordée d'un fossé naturel formé par la rivière, elle s'élevait 
graduellement, présentant plusieurs étages, qui avaient été mis en état de 
défense et armés d'une façon redoutable. A droite, elle s'appuyait à une 
haute montagne; au centre, existait une trouée par où passait la route d*Eu- 
patoria à Sébastopol; à gauche, elle se terminait par une falaise escarpée 
qui descendait jusqu'à la mer. Le point qui paraissait le plus faible aux 
Russes, celui sur lequel ils avaient accumulé le plus de moyens de résistance, 
était leur centre ; ils croyaient leur gauche absolument inattaquable. C'était 
cependant celte aile que le maréchal de Saint-Arnaud se proposait de tourner 
et de déborder. 

Le plan arrêté le dimanche au soir par les commandants français ot an- 
glais était, en eflet, de diriger une division le long de la mer, de lui faire 
gravir les pentes abruptes qui dominaient l'embouchuro de l'Aima, et d'at- 
tendre qu'elle se fût établie sur le flanc gauche de Tarmée russe pour pro- 
noncer l'attaque générale sur le front même de la position. Cette mission dif- 
ficile, dont devait dépendre le succès de la journée, fut confiée à la divi- 
sion Bosquet. 

Le 20 septembre, à cinq heures et demie du matin, cette division se mit 
en marche sur deux colonnes, ayant en arrière et comme réserve la division 
turque. A sept heures, elle reçut l'ordre de s'arrêter: les Anglais n'étaient 
pas prêts. 

On forma les faisceaux, et les troupes profitèrent de ce retard pour faire le 
café. Quatre heures se passèrent dans cette attente. Enfin on se remit en mou- 
vement : il était onze heures et demie. 

Pendant ce temps, le général Bosquet avait fait reconnaître les abords du 
village d'Almalamak et les passages de l'Aima. Un peu en amont du village, 
on trouva un gué; il en existait un autre à la barre. La brigade d'Aute- 
marre s'engagea dans le premier. Le 3<^ zouaves traversa d'abord et commença 
à gravir les pentes de la rive gauche; il fut bientôt suivi par le régiment de 
Tirailleurs algériens, puis par une batterie d'artillerie, et enfin par le 50* de 



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[1854] EN CRIMÉE 105 

ligne. Nos soldats grimpèrent en s'accrochent des mains aux aspérités da sol, 
en suivant les étroits sentiers qui serpentaient le long des contreforts, en 
s'aidant les uns les autres , et débouchèrent soudain sur le plateau d'ÂkIèse 
que les Russes n'avaient que faiblement occupé. 

One vive fusillade s'engagea aussitôt entre le 3® zouaves et le bataillon de 
Minsk. Ce dernier était appuyé par le tir d*une batterie de licornes. Nous 
n'avions pas encore d'artillerie ; nous nous trouvions dans une notable infé- 
riorité tactique. Enfin, après des efforts inouïs, surhumains, la batterie fran- 
çaise arriva à son tour et ouvrit immédiatement le feu. Il était temps : les 
Russes venaient de recevoir trois batteries à cheval, de la cavalerie, quelques 
bataillons d'infanterie, et menaçaient notre flanc droit d'un mouvement tour- 
nant. A ce moment commença à paraître la tète de la brigade Bouat, qui avait 
traversé la rivière à la barre; Tartillerie qui l'accompagnait suivit de près, 
et la lutte se continua dès lors avec tous les avantages de notre cAté. 

Le régiment de Tirailleurs algériens avait été placé comme soutien de l'ar- 
tillerie; le deuxième bataillon s'était déployé en bataille derrière les deux 
batteries de la division ; le 1*' était resté en colonne serrée à la droite. La 
canonnade était furieuse de part et d'autre ; mais les Russes tiraient avec 
quarante pièces, et le régiment souffrait cruellement de leur feu. Troublés par 
le sifflement de ces projectiles auxquels ils n'étaient pas encore habitués, 
quelques Tirailleurs, baissant la tète, les saluaient au passage. Le général 
Rosquct s'en aperçut: c Eli quoil s'écria-t-il en les apostrophant en arabe, 
la balle frappe-t-elle moins que le boulet? — Be$$ah (c'est vrai), répondi- 
rent-ils en se redressant fièrement, et de ce moment les obus ennemis se 
succédèrent sans avoir les honneurs de la moindre révérence. 

Cependant ce duel d'artillerie devenait de plus en plus meurtrier pour 
l'infanterie qui se trouvait exposée à ses coups; les deux bataillons de Tirail- 
leurs durent s'abriter derrière un pli de terrain. Là, ils attendaient, l'arme au 
pied , le moment tant désiré de rendre aux Russes le mal qu'ils en recevaient. 

La situation de la division Bosquet était celle-ci : vaincre à tout prix ou 
succomber glorieusement dans un irrémédiable désastre. Les forces qu'elle 
ayait devant elle grossissaient toujours. Le prince Menschikoff était accouru 
sur le terrain , avait fait avancer une partie de sa réserve, et c'était à son 
tour de déborder notre flanc droit. Deux régiments de cavalerie avaient en 
effet été lancés sur ce point , et notre artillerie se trouvait particulièrement 
en danger. Le général Bosquet ordonna aussitôt au colonel de Wimpffen de 
prendre ses dispositions contre les assaillants. Les Tirailleurs algériens se 
formèrent en carré, par bataillon, et, impatients d'en venir à une action corps 
à corps, s'apprêtèrent à recevoir l'ennemi. Mais quelques obus de la marine 
heureusement dirigés jetèrent le désordre dans les escadrons. Au môme 
moment, la brigade Rouat dessina un mouvement en avant. La cavalerie 
russe craignit d'être enveloppée et se retira. Dès lors, la gauche de l'ennemi 
n'essaya plus de sortir de la défensive, et, seule, la canonnade continua. Pour 
attaquer de nouveau , le général Bosquet attendait que les autres divisions 
françaises fussent complètement en ligne. 

Il était deux heures. Les 1^ et 3* divisions s'étaient déployées, avaient 



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100 LB 3* BâOIMBNT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [i854] 

franchi rAlma, ot maintonant attaquaient lo contro russe, pendant que, sur 
la gauche , les Anglais abordaient vigoureusement lés nombreux retranche- 
ments qu'ils avaient devant eux. La division Bosquet, dont la division turque 
était venue prolonger la droite, commença alors un mouvement oblique à 
droite pour se porter sur le derrière du flanc gauche de l'ennemi. Elle s'avança 
ainsi avec un entrain irrésistible et s'étendit sur le plateau , où quelques in- 
stants auparavant elle avait eu tant de mal à prendre pied. Les bataillons 
russes, complètement décimés, se retiraient en bon ordre sans trop de préci- 
pitation vers la route de Sébastopol. 

La victoire était décidée sur ce point. Il n'en était pas de même sur la 
gauche, où les Anglais, arrêtés par une artillerie formidable, avaient échoué 
une première fois. Mais bientôt, surmontant tous les obstacles, ils apparurent 
à leur tour sur la hauteur. 

Il était quatre heures. L'armée russe, en pleine retraite, se dirigeait vers 
laKatcha; mais nos troupes, qui n'avaient pris que le café, étaient exté- 
nuées; les lancer dans une poursuite qui promettait d'être des plus difliciles 
eût été leur demander un effort au-dessus des forces humaines. Les divisions 
prirent donc leurs bivouacs , chacune s'établissant sur le point qu'elle occu- 
pait sur le champ de bataille. 

Dans la lutte sanglante qui venait d'avoir lieu , le régiment de Tirailleurs 
avait non seulement justifié ce qu'on attendait de lui , mais encore fait preuve 
des qualités les plus brillantes qui caractérisent une vieille troupe , en res- 
tant calme et impassible au point le plus battu par l'artillerie ennemie. Ses 
pertes s'étaient élevées à trente-cinq tués ou blessés. Parmi les tués se trouvait 
on officier, M. Lapeyre. Le détachement de Constantine comptait dans ce 
chiffre trois tués et quatre blessés. La plupart des blessures étaient d'une 
extrême gravité, et presque toutes le résultat du canon russe. 

Les journées du 21 et 22 furent consacrées au renouvellement des muni- 
tions, à l'ensevelissement des morts et à l'évacuation des blessés. 

Le 23, l'armée reprit sa marche sur Sébastopol. A dix heures, on arriva 
sur la Katcha ; nulle trace de l'ennemi que des armes brisées , des casques 
abandonnés, des sacs éventrés, en un mot, que ces épaves que laisse toujours 
une retraite précipitée. 

Le 24, on se porta sur le Belbeck , petite rivière coulant de l'est à l'ouest , 
un peu au nord de Sébastopol. Eu s'en approchant, on commença à décou- 
vrir des ouvrages russes; pour les éviter, ou dut fortement appuyer sur la 
gauche. 

Le 25, il fallut encore attendre les Anglais, qui n'étaient jamais prêts à 
partir ; le mouvement ne put ainsi commencer qu'à midi. On suivit , dans la 
direction sud -est, un chemin de traverse qui rejoignait, à la ferme de 
Mackenzie, la route de Baktchiaarai à Balaklava. L'artillerie et le convoi 
marchaient sur cette étroite chaussée, l'infanterie se frayait péniblement un 
passage à travers bois. Hetardée par un léger engagement que les Anglais 
eurent avec un détachement ennemi se rendant de Sébastopol à Baktchisarai, 
la marche dut se continuer pendant la nuit. Vers onze heures, la division 
Bosquet, qui formait l'avant- garde de la colonne française, déboucha dans 



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[1854] EN GRIMÉE 107 

la clairière de Mackenzie. Les Anglais s*étant arrêtés là, il fallut faire 
comme eux; au milieu de robscurité la plus profonde, nos soldats s'entas- 
sèrent pêle-mêle et durent s'endormir sans faire la soupe, Peau manquant 
absolument, môme pour boire. Aussi ce triste bivouac reçut- il le nom de 
Camp de la soif. 

Le 26, on pénétra dans la riche vallée de la Tchernala. Les Anglais, en 
avance ce jour-là , s'emparèrent de Balaklava. Le soir, on campa sur les monts 
Fédioukhine, collines boisées qui s'élèvent immédiatement sur la rive gauche 
de la Tchernala , au-dessus du pont de Traktir. 

Aidé par les fatigues des jours précédents, le choléra avait reparu et fait de 
nouvelles victimes. Le 26, l'armée apprenait, par un ordre du jour, que le 
roaréciial de Saint-Arnaud était lui-même gravement atteint, et que le com- 
mandement en chef passait aux mains du général Canrobert. 

Le 27, les doux premières divisions, sous les ordres du général Bosquet, 
firent une reconnaissance dans la direction de Sébastopol. Le lendemain, l'ar- 
mée française se rapprocha de Balaklava pour se ravitailler au moyen de la 
flotte. Mais ce port, assez petit d'ailleurs, avait été complètement accaparé 
par les Anglais. 11 fallut en chercher un autre, qu'on trouva heureusement 
dans la l)aie de Kamiesch , où nos bâtiments s'installèrent aussitôt. Cette dé- 
couverte amena naturellement la désignation de l'attaque dont chaque armée 
serait chargée : les Anglais eurent celle de droite , les Français celle de gauche. 

Ces dispositions ayant été définitivement arrêtées, l'armée française fut di- 
visée en deux corps, l'un de siège, l'autre d'observation. Le premier (3* et 
4® division] fut placé sous les ordres du général Forey ; le second (l*^ et 2* di- 
vision) se trouva sous le commandement du général Bosquet. Dès le 30 octobre, 
ce dernier corps fut établi face à la vallée de Balaklava, sa droite en arrière 
du col qui conduit à cette ville, et sa gauche en arrière du télégraphe de la 
r6ute de Sébastopol à Balaklava. Le régiment de Tirailleurs algériens, qui 
n'avait pas cessé de faire partie de la brigade d'Autemarre, se trouva natu- 
rellement compris dans les troupes qui le composaient. 



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CHAPITRE XI 



Sébastopol. — Ouverture du siège. — Travaux préliminaires. 
Bataille d'Iakermann. 



Lorsque les alliés se présentèrent devant Sébastopol, les Russes avaient 
déjà mis à profit le temps qui leur avait été laissé. Depuis le 14 septembre, 
ils n'avaient pas cessé de traTailler nuit et jour sous l'habile et énergique di- 
rection du lieutenant-colonel Todieben. Les fortifications que les armées fran- 
çaises et anglaises avaient devant elles présentaient deux fronts d'une certaine 
étendue : le front de la ville et celui de Karabelnaïa. Les bastions principaux 
de ces ouvrages prirent des noms particuliers, qu'ils conservèrent pendant 
tout le siège. Sur le front de la ville se trouvaient, en partant de l'ouest, le 
bastion de la Quarantaine, le bastion Central et le bastion du Mât; du côté de 
Karabelnaïa, c'étaient le Grand-Redan , la tour Malakoff et le Petit-Redan. Les 
Français devaient concentrer leurs attaques sur le bastion du Mât, les Anglais 
sur le Grand-Redan. 

Les premiers jours d'octobre furent employés à des reconnaissances. Le 5, 
dans l'après-midi, les Russes firent une sortie vers la gauche de la ligne des 
attaques françaises. Le corps d'observation prit les armes, mais n'eut cepen- 
dant pas à marcher. 

Le 6, on commença les lignes de contre vallation. Le 7, dans la matinée, 
une Tive canonnade se fit entendre dans la vallée de Balaklava. C'était l'artil- 
lerie anglaise, qui tirait sur une reconnaissance composée de cavalerie et d'ar- 
tillerie russes. Les troupes du corps d'observation prirent encore les armes; 
mais, pas plus que le 5, n'eurent à se porter en avant. 

Dans la nuit du 9 au 10, le corps du siège ouvrit la première tranchée. Les 
jours suivants lurent consacrés à la construction do plusieurs batteries, et, 
le 17, les assiégeants purent ouvrir le feu. Dès le début de la canonnade , le 
général Bosquet fit doubler ses grand'gardes et prendre les armes aux troupes 
restées au camp. On pensait pouvoir pénétrer le jour mémo dans Sélmslopol. 
Au lieu de cela, les batteries françaises, après quatre heures de combat, 
durent se taire devant la supériorité écrasante du feu de la défense. Seules, 
les batteries anglaises conservèrent un certain avantage. Le lendemain, les 



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[1854] LE 3"^ RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN CRIMÉE 109 

Russes tentèrent une sortie; mais une simple démonstration du corps d'obser- 
vation suffit à les faire rentrer dans la place. 

Il fallait réparer Téchec que notre artillerie Tenait de subir. Les travaux 
furent repris avec une nouvelle activité , et, le 19, la canonnade recommença 
des deux côtés, sans cependant que les batteries françaises parvinssent encore 
à prendre la supériorité. Cette résistance démontra que Ton n'aurait raison de 
Sébastopol qu'on passant par toutes les phases d'un siège régulier. 

Dans la nuit du 21 au 22 octobre, on commença le tracé de la seconde pa- 
rallèle à quatre cents mètres de l'enceinte. 

De leur côté, les Russes ne s'endormaient pas; non contents de nous oppo- 
ser une résistance victorieuse dans Sébastopol, ils songèrent bientôt à inquiéter 
les travaux des assiégeants. Le 25, à huit heures et demie du matin, au mo- 
ment où le brouillard commença à se dissiper, les grand'gardes aperçurent 
tout à coup un petit corps ennemi se dirigeant vers la vallée de Balaklava. 
Déjà le canon se faisait entendre du côté des Anglais. Ces derniers étaient aux 
prises avec des masses considérables d'infanterie et de cavalerie russes; à la 
droite de leur ligne, trois redoutes, gardées par les Turcs, venaient de tomber 
au pouvoir de l'assaillant. Le corps d'observation couronna aussitôt les crêtes 
en avant do son front et attendit. La lutte continuait et gagnait jusqu'aux en- 
virons do Ualaklava; elle dura jusqu'à midi et demie. A ce moment, les deux 
armées ayant pris position, elles se contentèrent de s'observer réciproque- 
ment; l'artillerie seule continua son feu. Voyant enfin que toute nouvelle ten- 
tative de leur part ne pouvait qu'échouer, les Russes prirent le parti de se 
retirer. 

Dans la nuit du 27 au 28, les troupes furent soudain réveillées par une 
fusillade et une canonnade des plus vives engagées entre la place et les batte- 
ries de Balaklava. On prit aussitôt les armes; mais, au bout d'un instant, on 
s'aperçut que ce n*était qu'une alerte. Revenues de leur erreur, les divisions 
avaient repris leurs emplacements lorsque, vers quatre heures du matin, ce 
fut le tour des lignes françaises d'ouvrir le feu. Cette fois on percevait distinc- 
tement, dans toute la vallée, le bruit confus de chevaux lancés au galop. Le 
jour parut heureusement, et l'aflaire s'éclaircit : les chevaux étaient sans cava- 
liers; ils appartenaient à des dragons et à des lanciers russes, et avaient dû 
se détacher au moment de la première panique. 

Le 29 et le 30 se passèrent sans incident. Le 31 , à onze heures et demie 
du soir, le feu s'ouvrit sur toute la ligne russe sans qu'on sût trop pourquoi. 
Les alliés ne répondant point , au bout d'un instant le calme se trouva rétabli. 

Le 1^' novembre, les Français ouvraient la troisième parallèle à cent qua- 
rante mètres du'bastion du Met. Le feu reprit contre la place, et, le 4, dans 
un conseil de guerre tenu par les généraux en chef et les commandants de 
l'artillerie et du génie, l'assaut fut décidé pour le 7. 

Cependant la ville, en continuelle communication avec l'armée du prince 
MenschikoflT, recevait tous les secours dont elle pouvait avoir besoin; chaque jour 
de nouveaux ouvrages de défense étaient opposés aux progrès des assaillants; 
chaque nuit les batteries qu'avait endommagées notre tir étaient réparées et 
mises en état de recommencer le combat. Les grands -ducs Michel et Nicolas 



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110 LE 3* BÉOIIIBNT DE TIRAILLEUH8 ALGÉRIENS [1854] 

voaaiont d'arriver, ot leur présonco était un stimulant qui décuplait locouraga 
et le dévouement des assiégés. 

Le 5 novembre, le jour se leva voilé par un brouillard intense qui couvrait 
toute la vallée de laTchemaîa. Pendant la nuit, on avait entendu des rumeurs 
confuses venant de Sébastopol , des sons de cloches, des aboiements de chiens, 
des bruits de chariots, des cris, des chants; mais on n'y avait pas fait at- 
tention. 

Tout à coup, vers six heures du matin, la fusillade éclata vers la droite de 
l'armée anglaise, et presque aussitôt le canon lui-même éleva sa forte voix. A 
ce moment le brouillard s'éclaircit un peu, et l'on put distinguer trois colonnes 
ennemies se dirigeant vers les positions de nos alliés : une première en bce 
de la droite du corps d'observation de ces derniers, une deuxième dans la 
plaine de la Tchemaia, et enfin une troisième occupant le mamelon et la plaine 
en face du télégraphe. 

Surpris par des forces considérables , les Anglais se défondirent d'abord avec 
une rare bravoure; mais, le nombre des Russes allant toujours croissant, ils 
allaient btalement finir par succomber, lorsque le général Bosquet, qui dès 
la première alerte avait fait prendre les armes au corps d'observation et ap- 
puyer son infanterie vers le télégraphe, leur envoya comme renfort un ba- 
taillon de zouaves, quatre compagnies du 3^^ bataillon de chasseurs à pied et 
le 2^ bataillon de Tirailleurs algériens. Le général d'Automarre devait suivre 
de près avec un second bataillon de zouaves et deux bataillons du S0<* de ligne. 
Le l^' bataillon de Tirailleurs avait été détaché à la redoute Canrobert pour 
observer la plaine, où le général Liprandi commençait une démonstration du 
côté de Balaklava. 

Il n'était pas encore dix heures. Déjà le général Bourbaki , à la tète du 6* de 
ligne et du 7* léger, s'était lancé en avant et avait poussé jusqu'à la batterie 
des sacs à terre, vis-à-vis les ruines d'Inkermann. A l'arrivée des zouaves et 
des Tirailleurs, la charge fut renouvelée et menée cette fois avec un élan irrésis- 
tible jusqu'à la crête dominant le ravin de la route, c Montrez- vous, enfants 
du feul » avait dit en arabe et d'une voix forte le général Bosquet au bataillon 
Martineau-Deschenez. On cri aigu, plein d'enthousiasme, avait répondu à ces 
magiques paroles, et, conduit par le colonel de Wimpfien, le bataillon s'était 
précipité à la baïonnette dans cette furieuse mêlée. Ceux qui virent ce mouve- 
ment héroïque poussèrent des cris d'admiration, a Ce sont des panthères qui 
bondissent dans les buissons, » dit le général Bosquet, on les suivant d'un 
regard plein de confiance. Et devant les prodiges de vaillance qu'ils accom- 
plissaient, les Anglais eux-mêmes leur criaient de loin : c Bravo, Algerianersl 
bravo I bravo I » Quant à eux, profitant des moindres accidents du sol, ils 
allaient, se rasant dans les broussailles, disparaissant, reparaissant, bondis- 
sant comme des bêtes fauves, surprenant les Russes moins alertes, les pour- 
suivant avec une inconcevable fîiria, et poussant cette exclamation sauvage 
que les Kabyles avaient tant de fois entendue. Rien ne put leur résister; la 
batterie des sacs à terre fut reprise, dépassée, et il n'y avait pas un quart 
d'heure qu'on avait donné le signal de Tattaque, que déjà ils atteignaient le 
sommet du contrefort au-dessus du ravin des carrières. 



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[1854] EN CRIMÉE fli 

En ordonnant ce mouyement oflbnsif , le général Bosquet arait pensé que 
les Anglais, qoi araient eu le temps de reprendre haleine, Tappuieraient à 
gauche. Il i^^en fut point ainsi, et l'infanterie française se trouva bientôt dé- 
bordée, presque enveloppée par les Russes. Ces derniers, à qui des réserves 
venaient d^arriver, tentèrent un effort désespéré pour nous rejeter sur les An- 
glais. Nos bataillons, pour n*ôlrepas coupés du gros de Tannée, durent alors 
se replier. Ils opéraient ce mouvement lentement, en continuant de faire face à 
l'ennemi et en combattant toujours, lorsqu*arriva le général d'Autemarre 
avec trois bataillons de sa brigade. A ce moment, le cri de : En aoant! fut de 
nouveau répété sur toute la ligne, et Tirailleurs, zouaves, chasseurs et lignards 
se précipitèrent avec une vigueur admirable sur les masses compactes des ré- 
giments d'Okhotsk, d'Yakoutsk et de Selenghinsk. De part et d'autre la lutte 
fut opinifttre, acharnée, les Russes sentant que c'était leur dernière chance, 
les Français qu'ils tentaient un eflbrt décisif. Toujours conduits par le colonel 
de Wimpffen , les Tirailleurs furent de nouveau superbes de bravoure; arrivés 
devant une redoute qui, dans la journée, avait été prise et reprise quatre fois 
par les Russes et par les Anglais, et dans laquelle un gros d'ennemis s'était 
solidement retranché, ils n'hésitèrent pas à donner l'assaut. Ils parvinrent d'a- 
bord jusqu'au sommet du parapet, où le sous -lieutenant Mcynard pion ta le 
drapeau du régiment; mais, accueillis par un tir à mitraille, fusillés à bout 
portant, il leur fallut se replier dans le fossé. Lie colonel avait eu son cheval 
tué et se trouvait à pied ; il rallia les compagnies, s'élança à leur tête et les en- 
traîna une deuxième fois contre l'ouvrage si longtemps disputé. Cette attaque 
devait être la dernière dont il allait être l'objet ; malgré leur courage, les 
Russes en furent chassés, et il resta définitivement en notre pouvoir. 

La victoire était désormais assurée; sur tous les points l'ennemi se retirait 
en désordre, sous la protection du régiment de Vladimir, sa dernière réserve. 
Les Tirailleurs algériens, les chasseurs à pied et le 6* de ligne continuaient, 
sous les ordres du général Bourbaki, à les poursuivre, la baïonnette dans les 
reins; en arrière, le général d'Autemarre venait en soutien avec quatre ba- 
taillons; un peu plus loin, la brigade de Monet se tenait en réserve. Il était 
alors environ onze heures; les Russes ne combattaient plus que pour défendre 
le peu de terrain qui leur restait, et permettre à leur nombreuse artillerie de 
s'ccoulcr; mais l'encombrement était partout, et la confusion augmentait à 
chaque pas. Serré de près par les zouaves et les Tirailleurs, le régiment do 
Selenghinsk se trouva tout à coup acculé au bord de l'escarpement d'un éperon 
du mont Sapoune, situation terrible à laquelle il ne songea même pas à échap- 
per par une capitulation, qui restait sa seule chance de salut. L'élan des vain- 
queurs suivit son cours; un dernier choc, encore plus furieux que les autres, 
eut lieu sur cet étroit espace limité par un abîme, et les vaincus, précipités 
de ces hauteurs abruptes, roulèrent pêle-mêle au fond de la vallée, qui s'en- 
combra de leurs morts. Les Russes ne connurent toute l'étendue de cet épou- 
vantable désastre que dix-sept mois plus tard, lorsque la paix leur permit de 
recueillir les restes glorieux qui gisaient au pied de la fatale muraille rocheuse. 
Vers trois heures, le canon cessa de se faire entendre : tout était terminé. 
Un instant après, les derniers pelotons russes disparurent dans les ravins 



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112 LE 3* RÉOIIIBNT DE TIRAILLEURS AL0ÉRIEN8BN CRIIfÉB (1854| 

du cAlé do Sébastopol , et lo morno silence qui succède habilucUemcnt à ces 
yioleates collisions humaines s'étendit sur tout ce plateau de Chersonèse, dont 
la possession venait de nous être si vigoureusement disputée. Apinq heures, 
les troupes du corps d'observation gagnaient leurs bivouacs respectifs. 

Dans la lutte sanglante qui venait d'avoir lieu, les Tirailleurs s'étaient cou- 
verts de gloire et avaient mérité tous les éloges du général Bosquet. Hais 
cette gloire avait été chèrement achetée : pour le seul bataillon qui avait été 
engagé, il y avait six officiers et cent quarante-quatre hommes hors de combat. 
Parmi les ofliciors, deux étaient tués : HH. Alimod-bcULaibi, lieutenant au 
détachement de Constantine, et Hohamed-Zerfaoui, de celui d'Oran; quatre 
étaient blessés : MM. Schweimberg, capitaine; Loyer et Véran, sous-lieute- 
nants français, et Saïd-ben-Ali, sous-lieutenant indigène. Dans ces derniers, 
le détachement de Constantine comptait encore MM. Schweimberg et Véran; 
pour les hommes, ses pertes s'élevaient à trois tués et vingt-sept blessés. Si 
Ton veut bien se rappeler que ce détachement avait été réparti entre les deux 
bataillons du régiment, et que l'effectif qu'il possédait dans celui qui venait 
de combattre ne dépassait pas deux cents hommes, on trouvera que la pro- 
portion, en oflBciers surtout, était considérable. 

Les pertes totales des Français et des Anglais s'élevaient à quatre mille trois 
cent vingt hommes. Quoique sensibles, elles restaient cependant bien au-des- 
sous de celles de l'ennemi : ce dernier avait eu le chiffre inorme de onse mille 
sept cent cinquante-neuf hommes hors de combat. 

Nous avons dit que le 1^ bataillon de Tirailleurs avait été détaché à la re- 
doute Canrobert. Sur ce point, tout s'était borné à un service d'observation, 
la colonne du général Liprandi n'ayant pas attaqué. 

Dans l'ordre de l'armée qui porta à la connaissance des troupes et du pays 
le résultat de cette belle victoire, le régiment de Tirailleurs algériens fut cité 
pour sa brillante conduite et la part importante qu'il avait prise à l'action. 

Les jours suivants, les soins pieux qui incombent généralement au posses- 
seur du champ de bataille furent religieusement rendus aux morts et aux 
blessés amis et ennemis. 



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CHAPITRE XII 



Hcpriso dn siftpc. — NoiivpIIp» rUspositions. — Tempôto da 14 novembre. — Création 
d'un corps d*éclaircurs volontaires. •— Reconnaissances exécutées par les Tirailleurs.-* 
Hiver de 1854-4855; suspension des travaux & cause du froid. — Ouragan du 19 fé- 
vrier 1855. — Combats d'embuscades. — Le colonel Rose remplace le colonel de 
Wimpffen nommé général. — Sortie du 22 au 23 mars. — Continuation des travaux. 



Bien que les armées alliées eussent été victorieuses le 5 novembre, il ne 
fallait plus compter donner Tassant le 7 ; non seulement les troupes avaient 
besoin de repos, mais il ressortait maintenant que la préparation était insuf- 
fisante, et les événements qui venaient d*avoir lieu démontraient que plus 
que jamais il ne fallait rien laisser au hasard. Dans un conseil de guerre, tenu 
le 6 chez lord Raglan, il fut décidé, à Tunanimité, que cet assaut serait 
ajourné ju8qu*à l'arrivée des renforts qu'on attendait. On résolut de se re- 
trancher plus solidement dans les positions défensives que Ton avait choisies, 
de développer et de fortifier les parties faibles de la ligne de contrevallation, 
et d'élever de nouvelles batteries. 

Les renforts dont il était question ne tardèrent pas à arriver au régiment 
de Tirailleurs; des hommes pris dans les bataillons des trois provinces furent 
embarqués à Alger dans le courant du mois, et bientôt disparurent les vides 
causés par le feu de l'ennemi , les fatigues et les maladies. 

Le 14 novembre, avant le jour, un épouvantable cyclone s'abattit sur la 
Crimée. Rien ne peut décrire la violence extrême de cet ouragan , contre la 
puissance duquel aucune construction ne résista. Les baraquements furent 
renversés, les tentes arrachées et emportées dans l'espace, les ambulances 
menacées d'une eiftiëre destruction, les malades et les blessés exposés aux 
battements de la pluie qui tombait à torrents. Sans le dévouement de leurs 
camarades, ces derniers eussent péri. Tant sur terre que sur mer les dégâts 
furent immenses. Les assiégés eurent également fort à souffrir , et les jour* 
nées qui suivirent durent être de part et d'autre employées à réparer le mal 
fait par la tempête. 

Le reste du mois de novembre se passa ainsi à la continuation des travaux, 
sans que rien vînt interrompre les travailleurs anglais et français. Cependant 

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1U LB 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1884] 

l'hiver approchait; la tompératuro n'était point basse encore, mais la pluie 
amenait une fraîcheur humide des plus malsaines et des plus désagréables. 

Décembre arriva sans apporter un changement notable dans l'état général 
des choses ; il s'écoula sans que le corps d*observation eût à livrer un seul 
combat. Ce n'est pas que la vigilance de la défense eût cessé, au contraire; 
mais tout se passait avec le corps de siège. Depuis Inkermann , les Russes 
paraissaient avoir renoncé aux grandes sorties. 

Pour combattre les menaces perpétuelles de l'ennemi contre nos tranchées, 
le général on chef résolut do créer un corps d'édaireurs volontaires. 11 fut 
demandé des hommes de bonne volonté dans tous les corps, et cette organi- 
sation eut lieu le 17 décembre. Trois compagnies furent formées , et chaque 
compagnie fut divisée en trente brigades de cinq hommes. Ces brigades de- 
vaient être détachées entre nos travaux et.Sébastopol, pour observer tous 
les mouvements des Russes. 

Aucune troupe n'était mieux propre que les Tirailleurs algériens à ce ser- 
vice, qui demandait à la fois de Taudace, de la prudence et de TagiUté. 
Aussi, parmi les nombreuses demandes qui furent faites, une certaine pré- 
férence fut-elle accordée aux militaires du régiment; environ cinquanted'entre 
eux et M. le lieutenant Chazote furent détachés dans ce corps provisoire, dont 
les opérations commencèrent aussitôt. Plusieurs actes d'une incroyable témé- 
rité signalèrent bientôt les éclaireurs volontaires, et, plusieurs fuis dans le 
courant du siège, le général Forey leur rendit un glorieux téinoignugo. Dans 
une rencontre qui eut lieu le lU décembre, le lieutenant Chaxute ayant été 
blessé, ce fut le lieutenant Munier qui le remplaça. 

Vers la même époque , le général Bosquet, qui connaissait à merveille les 
Tirailleurs algériens , pour avoir été pendant quelques années le chef du ba- 
taillon d'Oran , les employa spécialement à un service tenant un peu de celui 
des éclaireurs volontaires, mais devant s'effectuer dans un rayon beaucoup 
plus étendu. Des batteries servies par les Turcs couvraient les positions do- 
minant la vallée, en arrière des grand'gardes du corps d'observation; depuis 
quelque temps des éclaireurs russes venaient chaque nuit y jeter le trouble, 
et tenter de surprendre les grand'gardes établies en avant : do là des alertes, 
la plupart sans motif, à peu près toutes sans résultat, car, dès que des 
renforts arrivaient aux avant-postes, les Russes se retiraient. Massés en 
arrière des grand'gardes, les bataillons attendaient alors le jour, ayant le 
plus souvent à supporter un froid glacial, ou la pluie, ou la neige, et ren- 
traient accablés de lassitude. Il n'y avait qu'une façon de faire cesser cet 
état de choses : c'était d'employer contre l'ennemi les mêmes moyens dont il 
se servait pour nous harceler. Mais pour cela il fallait des hommes hardis, 
entreprenants, méprisant le danger, capables d'exécuter des marches ra- 
pides, de supporter les plus dures fatigues, en un mot d'être toujours prêts 
à partir, quelle que fût l'heure du jour ou de la nuit, sur un bruit, un 
indice, un rfen. 

Habitués comme ils l'étaient à cette activité permanente , à ces opérations 
individuelles où leur instinct les servait admirablement, les Tirailleurs étaient 
tout désignés pour ce genre de mission. Us acceptèrent avec enthousiasme le 



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Ii85.*(] EN CRIMÉE |18 

périlleux honneur qui leur était olfert, et ne tardèrent pas à justifier la con- 
fiance qu'on avait bien voulu mettre dans leur valeur. Un détachement de 
vingt hommes , sous les ordres du lieutenant Messaoud-ben-Mohamed , exécuta 
une première sortie, qui fut poussée jusqu'au camp de la Soif (ferme Mac- 
kenzie). L'ennemi ne fut rencontré nulle part, et ces hommes rentrèrent 
sans avoir tiré un coup do fusil. Quelques jours après, un autredétachement, 
conduit par le lieutenant Omar-ben-Âhmed-Tounci, parvint assez près des 
avant-postes russes pour donner Téveil à toute une partie du camp ennemi. 
Toute la nuit celui-ci fut en alerte , croyant à une tentative beaucoup plus 
sérieuse de la part des assiégeants. Enfin une troisième sortie fut faite par 
le colonel de Wimpiïen en personne , accompagné du lieutenant de Lam- 
mcrz et de huit sapeurs. Profitant d'une nuit dos plus sombres , cette petite 
troupe s'avança jusqu'au bord du lac de la Tchernaîa, et fit feu sur un poste 
de cosaques. Ce dernier , croyant à une puissante agression , se retira sur le 
camp en poussant des cris d'alarme. L'émoi fut bientôt général ; le canon se 
mit & tonner, la fusillade éclata sur tous les points, et pendant une demi- 
heure une grêle de projectiles vint sillonner le vide. 

En apprenant ce résultat, le général Bosquet ordonna pour le lendemain, 
à la nuit tombante , une reconnaissance de trois compagnies sur le même 
point. On y trouva encore le poste de cosaques, mais sérieusement renforcé. 
Cette fois il essaya de résister; mais après un court engagement, pendant 
lequel la lueur des coups de feu indiquait seule la position des combattants, 
il battit en retraite, laissant itrois prisonniers blessés entre nos mains. L'en- 
nemi, effrayé, resta sous les armes pendant toute la'nuit; le but poursuivi était 
atteint. De ce moment les édaireurs russes cessèrent tout à fait d'inquiéter 
nos avant- postes. 

lio!M d(V.oinhro, toutes les troupes do l'armée françaiso furent passées on 
revue par le général on chef, qui leur distribua les récompenses méritées par 
les hauts faits qui venaient de marquer la première partie de la campagne. 
Dans les promotions qui eurent lieu à cette occasion, les deux chefs de ba- 
taillon du régiment, MM. de Maussion et Martineau-Deschenez,' furent 
nommés lieutenants -colonels. Ils furent remplacés au corps par MM. Gibonet 
Castex , qui tous les deux étaient passés par le bataillon d'Alger. ' 

Cependant l'année 1854 venait de s'écouler sans avoir vu les drapeaux 
alliés flotter sur Sébastopol; la place semblait, au contraire, devenir de plus 
en plus inexpugnable, et il eût été bien difficile encore de fixer le jour où nos 
colonnes victorieuses devaient pénétrer dans son enceinte. Ce siège, qu'on 
avait d'abord, du côté des assaillants , considéré comme une opération préli- 
minaire, devant servir de point de départ à un programme beaucoup plus 
élcndu, était inRcnsibIcmcnt devenu l'événement capital de l'expédition ; 
commencé avec ciuquanle mille hommes, il se poursuivait maintenant avec 
cent mil^e, et ce nombre allait encore s'augmenter de nouveaux renforts. En 
môme temps qu'ils devaient peu à peu, et les unes après les autres, voir 
s'user derrière eux les forces colossales de la Russie , pendant onze mois ces 
remparts allaient être une barrière assez puissante pour arrêter le flot impé* 
tueux de deux des plus belles aripées de l'Europe. 



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lie LE 3^ RÊOIUENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1855] 

Le mauvais tomps était arrivé; aux pluies torrentielles avaient maintenant 
succédé la neige, la gelée, les bourrasques glaciales, les coups de vent, qui 
sur ce plateau découvert étaient souvent d'une violence redoutable. Pendant 
la première quinzaine de janvier, les travaux durent être interrompus. Les 
Tirailleurs algériens, peu habitués & cette température rigoureuse, furent de 
ceux qui en eurent le plus à souffrir; dès les premiers jours , les cas de con- 
gélation devinrent fréquents, et atteignirent parfois à une extrême gravité : 
plusieurs furent suivis de mort , la plupart de mutilations douloureuses. De- 
vant cette terrible épreuve, les Tirailleurs surent rester calmes, résignés, 
dévoués à leurs chefs et prêts à prodiguer leur vie au premier signal. 

Vers le 20 janvier , deux compagnies furent détachées pour travailler à la 
route de Kamiesch. Ces deux compagnies rentrèrent au corps le 2 février. 

Le 9 février, parut un ordre général , divisant l'armée en deux corps de 
quatre divisions chacune, plus une réserve comprenant une division d'infan- 
terie, une brigade de la garde, une division de cavalerie, et les batteries 
à cheval de l'artillerie. Le commandement du 1*^ corps fut confié au gé- 
néral Pélissier, celui du second au général Bosquet; l'ancienne deuxième 
division conserva son numéro, et fut comprise dans le deuxième corps : 
seulement, le général Bosquet cessa d'en avoir le commandement. Celui-ci 
passa aux mains du général Camou^ En attendant l'arrivée de ce dernier, 
qui se trouvait encore en Algérie, le général d'Âutemarre l'exerça provisoire- 
ment. 

Sans cesser d'être chargé du service d'observation , le corps du général 
Bosquet allait avoir un nouveau rôle à remplir : c*était à lui qu'incombait' 
l'attaque contre la tour Malakoff , qui venait d'être décidée par les chefs du 
génie des deux armées. De ce jour, les Tirailleurs allaient prendre part à tous 
les travaux et s'initier à la vie des tranchées; mais, plus propres aux expé- 
ditions aventureuses, on devait les retrouver chaque fois qu'un coup de main 
allait être tenté sur un point quelconque des positions ennemies. 

Prévenu de la présence de sept à huit mille Russes ù Tchorgouuo, sur la 
rive droite de la Tchernaîa , le général Canrobert avait résolu de les surprendre 
et de les enlever, au moyen d'une attaque de nuit. Une colonne, comprenant 
la division Bouat, la brigade d'Âutemarre, deux autres bataillons français, 
deux bataillons turcs, la cavalerie du général d'Âllon ville et quatre batteries 
d*artillerie, fut subitement organisée le 19 février au soir, et placée sous la 
direction du général Bosquet. Le mouvement commença à minuit , favorisé 
par la plus profonde obscurité; soudain un épouvantable chasse- neige, 
venu du nord, s'abattit sur les têtes de colonne et les arrêta court. Rejetés les 
uns sur les autres par la force de la tourmente, les hommes rompirent les 
rangs et se dispersèrent, essayant de fuir l'ouragan. L'ordre de rentrer fut 
aussitôt donné, mais, n'ayant pu être transmis à toutes les fractions, pendant 
une partie de la nuit des groupes égarés errèrent çà et là, à l'aventure, 
cherchant le camp, qui lui-même avait pour ainsi dire disparu enseveli sous 
la .neige. Le régiment s'était trouvé tout entier enveloppé par ce violent tour- 
billon; grâce à la merveilleuse sagacité des Tirailleurs, il s'en tira facilement; 
et n'auraient été quelques congélations, qui résultèrent du froid excessif au- 



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[1885] EN CRIMÉE 117 

quel atteignit la température dans cette nuit, cette malheureuse expédition 
n*eût entraîné aucun accident grave pour lui. 

Un ordre du 22 février organisa d'une façon définitive le service de tran- 
chée à l'attaque de la tour Maiakoff. D'après cet ordre, un bataillon de la 
deuxième division, do cinq cents hommes au minimum, devait chaque jour 
être do garde de tranchée, sous les ordres d*un colonel de tranchée. Cette 
répartition n'appelait le régiment à fournir cette garde qu'environ tous les 
douze jours. 

Dans la nuit du 23 au 24 février, eut lieu une attaque vigoureuse contre 
les travaux de contre -approche des Russes à la tour MalakoflT, travaux ap- 
pelés depuis owrages blancs. Cette attaque échoua. Les Tirailleurs n'y prirent 
point part. 

Le 25, le général Camou, qui venait d'arriver, prit le commandement de 
la division. 

Le 3 mars, le l*' bataillon du régiment, étant de garde à la tranchée, 
y eut un officier grièvement blessé, M. le lieutenant Kaddour-Toubar, du ba- 
taillon d'Oran. 

Pendant ce temps, les éclaireurs volontaires fournis par le corps conti- 
nuaient vaillamment leur périlleux service. liO S mars, à la suite d'un auda- 
cieux coup de main , le capitaine Municr et le sergent Mohamed-bel-IIadj , 
appartenant tous les deux bu détachement de Constanline, furent cités à 
l'ordre de l'armée. 

A partir du 12 mars, en raison de l'ouverture d'une nouvelle branche de 
parallèle, la division dut fournir, en sus du bataillon de garde de tranchée, 
deux bataillons supplémentaires pris dans le 3* zouaves et les Tirailleurs algé- 
riens. Ces bataillons devaient se porter & la redoute Victoria à la nuit tom- 
bante f de façon à se défiler des vues de l'ennemi , et , pendant les vingt^quatre 
heures, assurer le service de surveillance sur ce point. 

En présence des rapides progrès que faisait notre attaque contre Maiakoff, 
l'ennemi résolut de nous harceler toutes les nuits par des embuscades, de 
manière & fatiguer les gardes de tranchée et & interrompre les trà railleurs. 
Bientôt, grâce & cette tactique, chaque nuit fut marquée par un ou plusieurs 
petits combats. Dans celle du 14 au 15, nos troupes attaquèrent les embus- 
cades les plus avancées, et, après une lutte des plus acharnées, parvinrent 
à s'en emparer. Le colonel Frossard , du génie, mit aussitôt ses travailleurs 
à l'œuvre sur le terrain conquis; mais, des renforts étant arrivés aux Russes, 
les Français allaient être ramenés en arrière, lorsque le commandant Gibon 
parut à la tête des-trois compagnies du 2* bataillon. Chargeant aussitôt l'en- 
nemi à la baïonnette, ce bataillon le poursuivit jusque dans ses retranche- 
ments en lui infligeant des pertes considérables. 

Dans l'ordre général du 19 mars, le régiment de Tirailleurs algériens était 
cité « pour Taudace avec laquelle trois compagnies s'étaient jetées sur une 
masse d'infanterie russe, l'avait mise en déroute et refoulée dans la place». 

La nuit suivante, cinq autres embuscades furent enlevées. Ce fut, cette 
fois, le commandant Castex, avec deux compagnies du 1^ bataillon, qui prit 
part à cet audacieux coup de main. 



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118 LE 3* RÉGIUENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1855] 

Dans ces divers engagements, les Tirailleurs do Constanlinc avaient eu six 
hommes blessés. 

Le 17 mars, le colonel de Wimpffen Ait promu au grade de général, et 
remplaça, à la tête de la première brigade de la deuxième division , le général 
d'Âutemarre, nommé divisionnaire. Les Tirailleurs algériens continuèrent ainsi 
à rester sous ses ordres. Le colonel Rose lui succéda à la tête du régiment. 
Ce nouveau chef avait appartenu autrefois au bataillon de Constantino comme 
capitaine, et à celui d*Âlger comme chef de bataillon. Il arrivait donc avec 
une parfaite expérience du commandement qu'il allait exercer. 

En focede l'attaque de Malakoff, et à cinq cent cinquante mètres à l'est de 
la tour qui avait donné son nom à cette partie des défenses de la ville, se 
trouvait une hauteur assez élevée, de la possession de laquelle dépendait le 
succès de cette attaque; c*était le Mamelon -Vert. Dn coup de main se pré- 
parait déjà contre cette position qui, pour le moment, n'était occupée que 
par un faible poste ennemi, lorsque, dans la nuit du 10 au 11 mars, les 
Russes nous y devancèrent subitement et y construisirent un important ou- 
vrage, qui fut armé de dix pièces de 24, et prit le nom de lunette Kamtchatka. 
Une fois solidement établis sur ce point, ces derniers résolurent de profiter 
des moyens oflensifs que leur donnait leur nouveau retranchement pour 
tenter, à la bveur de la nuit, une surprise contre les attaques françaises de 
Victoria. Toute la journée du 22 fut employée, du c6té de l'ennemi, aux pré- 
paratib de cette entreprise. Le soir venu, la sortie eut lieu , mais elle échoua 
complètement, grSce à la ténacité des gardes de tranchée, comprenant, cette 
nuit-là, un bataillon du 82«, un demi-bataillon du 4* chasseurs à pied, le 
deuxième bataillon du 3* xouaves et on bataillon du 86*. Le combat dura plu- 
sieurs heures, et sur quelques points, particulièrement au chemin de gauche, 
atteignit à un extrême acharnement. 

Dès la première alerte, toute la division Camou avait pris les armes et 
s'était portée en soutien des gardes attaquées ; elle y resta jusqu'au lende- 
main. Au point du jour, le deuxième bataillon de Tirailleurs, sous les ordres 
du commandant Gibon , emporta de vive force plusieurs embuscades russes; 
mais bientôt il se trouva aux prises avec des forces par trop supérieures, et il 
lui fdlut rétrograder. Cependant il accomplit son mouvement de retraite avec 
tant d'ordre et de sang-froid, que l'emaemi n'osa pas le poursuivre. Les pertes 
avaient été de trois officiers blessés, dont aucun n'appartenait au bataillon de 
Constantine, et d'un certain nombre d'hommes hors de combat, parmi les- 
quels le sergent-major Gély et trois Tirailleurs blessés faisant partie de ce dé- 
tachement 

. Le 29 mars, un ordre dn général en chef prononçait le passage au régi- 
ment de Tirailleurs algériens de quinxe caporaux pris dans les autres régi- 
ment du 2* corps. Ces mutations avaient pour but de reconstituer les cadres 
français , que les maladies avaient plus particulièrement décimés. 

Le 9 avril, cinq cent vingt pièces alliées furent soudain démasquées et ou- 
vrirent le feu contre la place; neuf cent dix canons russes répondirent, et, 
pendant plus de ringt-quatre heures, le plateau de Chersonèse fut transformé 
en un véritable volcan. Ce même jour, le commandant Castex eut le poignet 



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[18S8] EN CRIMÉE 119 

droit enlevé par un boulet au moment où il se rendait à la tranchée à la tête 
de son bataillon. 

Le lendemain, le feu continua, mais avec moins d'intensité; le 11, il cessa 
tout à fait. Ce jour-l&, le régiment eut encore un officier blessé, M. Gély, sous* 
lieutenant. 

Depuis Touverture des tranchées de Tattaquo MalakolT, il ne se passait pas 
un jour que le corps n'eût un certain nombre d'hommes atteints par le feu de 
Tennemi , pas une nuit où il n'y eût un engagement plus ou moins important 
sur un point quelconque de cette attaque. C'était une continuelle guerre d'em- 
buscades, où l'on voyait alternativement l'assiégeant et l'assiégé se causer des 
surprises, se tendre des embûches, se traquer dans des opérations de détail. 
Mais cetle lutte sourde allait bientôt prendre fin ; les événements allaient gran- 
dir, et les Tirailleurs algériens rentrer dans un rôle plus fait pour mettre en 
relief leur admirable bravoure et leur incomparable élan. 



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CHAPITRE XIII 



Le général Pélissier prend le commandement de l'armée. — Attaque du Mamelon-Vert. 
— Assaut du 18 Juin. — Bataille de Traktir. 



Le 16 mai, lo général Canrobert donnait sa démission, et demandait à être 
replacé dans le commandement de son ancienne division , la l** du 2* corps. Le 
général Pélissier, désigné d'avance pour le remplacer en cas d'événement im- 
prévu , fut aussitôt confirmé dans les importantes fonctions de commandant do 
l'armée, qui passèrent effectivement dans ses mains deux jours après, le 18 mai. 

Le premier acte du général en chef fut une nouvelle répartition des troupes, 
qui divisa celles-ci en trois corps. Dn ordre du 20 mai organisait ainsi les 
forces devant Sébastopol : premier corps (cinq divisions, dont une do cavale- 
rie), général de Salles; dcuxièuio corps (six divisions, dont une do cavalerie), 
général Bosquet; corps de réserve (trois divisions d'infanterie et une brigade 
do cavalerie) , général llegnaud de Saint- Jean-d'Angély. La division Camou 
resta 2* du 2* corps et continua & être employée & l'attaque Halakoff. 

Le 26 mai, le lieutenant-colonel Lévy fut nommé colonel , et remplacé au 
corps par le lieutenant-colonel Roques. 

Le général Pélissier était arrivé au commandement avec une opinion toute 
faite sur la situation , et un plan tout tracé quant à la marche à donner aux fu- 
tures opérations. Pour lui le succès dépendait de la prise de Halakoff; il pensait 
avec raison que, le jour où nous serions maîtres de ce point de Tenceinte, 
l'ennemi, voyant ses autres défenses complètement dominées, ne se soucierait 
pas d'affronter les effets meurtriers de notre artillerie, et préférerait évacuer la 
place ou capituler. Hais, pour s'emparer de Halakoff, il fallait d'abord s'éta- 
blir dans les ouvrages avancés qui couvraient ce front, et qui consistaient en 
deux redoutes construites les 22 et 27 février, sur le plateau qui s'étendait 
entre la rive sud do la rode et lu ruvin du (lurciiugo, et dans les furtilicutions 
du Hamelon-Vcrt, autrement dit lunette Kamtchatka. Les llusses, qui sen- 
taient l'importance de ces positions, les avaient fortifiées et armées d'une 
façon' formidable; chaque jour les retranchements dont il s'agit se dévelop- 



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[18851 LE 3"* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN CRIMÉE 121 

paient, se complétaient; bien plus, des travaux de contre-approche araient 
été entrepris en ayant de cette ligne, et les assiégés se préparaient à renou- 
veler de ce côté la lutte souterraine qu'ils avaient engagée, non sans succès, 
devant nos cheminements du bastion du Mât. Une attaque de vive force était 
donc grosso de difficultés; mais, les avantages qui devaient en résulter pro- 
mettant de compenser largement les sacrifices qu^elle entraînerait, elle n'en 
fut pas moins préparée avec la plus grande activité et irrévocablement fixée 
au 7 juin. 

Le 6, à trois heures de Taprës-midi, les batteries anglaises et françaises 
ouvrirent le feu contre les ouvrages extérieurs de Karabéinaîa. Le soir, le Ma- 
melon-Yert et le bastion MalakoflT étaient réduits au silence ; seuls , les ouvrages 
blancs (redoutes des 22 et 27 février) résistaient encore. La canonnade r^ 
commença le lendemain dès l'aube et se poursuivit toute la journée; quand 
elle cessa, les fortifications russes n'étaient plus qu'un monceau de ruines. 
Vers midi , la 2» division du 2* corps avait reçu avis qu'elle était désignée pour 
donner l'assaut au Mamelon -Vert; à quatre heures et demie, elle quitta ses 
bivouacs et vint s'établir dans les tranchées, en face de la position à attaquer. 
En tète se trouvait la l^ brigade (de Wimpffen); puis venaient la 2* (Vergé), 
suivie par le 1*' bataillon des grenadiers do la garde, et enfin, comme r^ 
serve, la division Brunet (5« du 2* corps). La brigade de Wimpfien, établie 
dans les deuxième et troisième parallèles, se trouvait ainsi disposée : à droite, 
le régiment de Tirailleurs algériens; au centre, le 50* de ligne; à gauche, 
le 3« régiment de zouaves. 

A six heures trois quarts du soir, un bouquet de fusées jaillit tout à coup 
de la redoute Victoria. C'était le signal de l'attaque; la brigade de Wimpfien 
s'élança aussitôt sur la lunette Kamtchatka, pendant que, plus à droite, la di- 
vision Mayron se précipitait sur les redoutes Voihynie et Selenghinsk. 

L*attaquc du Mamclon-Vcrt avait à parcourir au moins quatre cent cin- 
quante mètres; malgré quelques coups h mitraille qui vinrent balayer le ter- 
rain , cette distance fut franchie au pas de course, et en un instant les batail- 
lons de tête eurent dépassé la contre-approche russe, après en avoir chassé 
les défenseurs. Les canons ennemis ayant en grande partie été réduits à l'im- 
puissance, on n'eut guère à compter qu'avec trois ou quatre décharges; heureu- 
sement, car, h peine nos troupes eurent-elles remonté la pente qui couronnait 
l'ouvrage, qu'elles furent assaillies par un violent feu de mousqueterie. Les 
premiers rangs furent complètement décimés; mais l'élan était tel, qu'il n'en 
fut pas un seul instant arrêté. 

Le colonel Rose, & la tête de son premier bataillon, s'était dirigé sur la 
droite de la position; arrivé l'un des premiers au sommet de celle-ci, il avait 
obliqué encore plus h droite, et, sans s'inquiéter de la fusillade meurtrière 
qui partait des flancs de la lunette, s'était jeté sur les tranchées et les batteries 
annexes, pendant qu'au centre et h gauche le 50« et le 3* zouaves escaladaient 
résolument les parapets éboulés. Très en avance dans son mouvement, le 
colonel rallia son deuxième bataillon, et, laissant quelques compagnies dans 
les retranchements qu'il venait d'envahir, se porta rapidement à la gorge de 
l'ouvrage. Toutes les défenses russes se trouvèrent tournées; il ne resta plus 



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122 LE 3* RÉQIUENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [18551 

à ronnemi qu'un étroit passage dont il s'empressa do profiter pour se retirer 
précipitamment rers l'enceinte fortifiée de Sébastopol. 

La lutte avait été rive; les Russes, commandés par le vice-amiral Nakhimof 
en personne, s'étaient défendus avec une incroyable énergie, afin de donner à 
leurs réserves le temps d'accourir. Le 50* et le 3<* zouaves n'étaient parvenus à 
s'établir dans la lunette qu'après un combat acharné, combat qui s'était 
d'ailleurs continué dans l'ouvrage même, et qu'avait seule fait cesser l'arrivée 
subite des Tirailleurs. liO colonel de lirancion , du 50*, était tombé glorieuse- 
ment en plantant lui-môme le drapeau de son régiment sur le parapet. 

Maintenant le succès était complet : nous étions maîtres de la position; le 
but poursuivi était atteint, il fallait en rester là. Mais, entraînés par une 
ardeur irréfléchie, le plus grand nombre des assaillants s'étaient jetés à la 
poursuite de l'ennemi, qui fuyait vers Malakoff; quelques-uns étaient même 
parvenus, sur les pas des Russes, jusque dans les fossés du bastion, et ten- 
taient vainement d'escalader les embrasures d'une batterie. Ils payèrent cher 
cette fetale imprudence; obligés de rétrograder pendant plus de cinq cents 
mètres sous le feu convergent des canons ennemis , assaillis par la fusillade 
et la mitraille des remparts, suivis et serrés de près par six bataillons qui ve- 
naient de sortir de la place , dispersés , confondus , décimés , ils firent d'inutiles 
efforts pour se rallier, et furent ramenés jusqu'au Mamelon-Vert. 

L'explosion d'une fougasse venait juste de jeter la confusion parmi les 
troupes qui gardaient l'ouvrage conquis, lorsque ce flot de fuyards fit brus- 
quement irruption. On entendait déjà les clameurs des Russes; ceux-ci étaient 
là, tout enivrés de leur succès, et ayant à leur tête le général Khroulef , qui les 
dirigeait résolument vers la position qui venait de leur être arrachée. En vain 
essaya-t-on de leur résister; il fallut céder, se replier en désordre sur les pre- 
mières parallèles françaises, où se tenait la brigade Vergé. Là, le mouvement 
en arrière s'arrêta; les bataillons de la brigade de Wimpflbn furent reformés et 
reprirent leur place en avant; puis, à la voix du général Camou la charge 
sonna de nouveau; toute la division s'élança, et avec un élan irrésistible se 
jeta sur les masses ennemies, dans lesquelles les projectiles de notre artillerie 
étaient déjà venus faire de profondes trouées. Tout plia, tout céda devant ce 
choc Impétueux; en moins de temps qu'ils n'en avaient mis pour reprendre 
la lunette Kamtchatka, les Russes s'en virent rechassés, et cette fois sans 
espoir de jamais la reconquérir. 

Dans ces deux attaques successives, les Tirailleurs avaient été, de l'avis de 
tout le monde, admirables de bravoure et d'énergie. Si leur impétuosité ha- 
bituelle les avait d'abord emportés beaucoup trop loin du but, s'ils s'étaient 
précipités contre les murs de Malakoff avec cet aveuglement qui n'était que 
l'exagération de leur plus belle qualité , l'insouciance du danger, on les avait 
vite vus se rallier, et, brûlant du désir de venger leur insuccès, revenir avec 
une ardeur nouvelle sur l'ouvrage à la prise duquel ils avaient puissamment 
contribué. 

Il était sept heures et demie; la nuit approchait; on prit en toute hâte les 
dispositions nécessaires pour parer à un retour possible des Russes. Le général 
Vergé reçut, en qualité de plus ancien , le commandement des troupes restées 



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[1855] EN CRIMÉE 123 

dans la position, et les disposa de la façon suivante : dans TouTrage même, la 
2* brigade tout entière, et sur la droite, en faisant face à HalakoflT, la brigade 
de WimpfTen, ayant comme abri la parallèle russe allant du Mamelon -^Vert au 
ravin du Carénage. La droite de cette dernière brigade se reliait avec la gauche 
do colle du général Bisson, do la division Dulac, laquelle occupait les re- 
flonlos Volliynio et Sclcnghinsk. 

La nuit se passa sans que Tcnnemi ftt la moindre tentative pour reprendre 
ses positions perdues. Du côté des Français on ne perdit pas une minute; le 
génie se mit immédiatement à l'œuvre, et, quand le jour parut, la contre- 
approche du Mamelon -Vert et la double tranchée & droite et à gauche de la 
lunette Kamtchatka étaient devenues la troisième et la quatrième parallèle de 
Tattaque Victoria : toutes les fortifications qui avaient été si opiniâtrement dé- 
fendues la veille étaient maintenant complètement retournées. 

Le 8, les troupes restèrent dans leurs positions; les travaux furent continués 
avec une infatigable activité, malgré le feu de place qui couvrit le terrain de 
projectiles et nous infligea des pertes considérables. Le 9, après quarante 
heures de ce service , qui pouvait être considéré comme un combat non inter- 
rompu, la 2» division fut relevée par la division Brunet, et rentra à son camp 
vers midi. 

Depuis le commencement de la campagne, aucune division française n*avail 
produit un eflbrt aussi considérable, subi des pertes aussi sensibles, montré 
plus de courage et d'entrain ; sur les cinq mille quatre cent quarante-trois 
hommes hors de combat qu'avait eus le 2* corps dans la journée du 7 juin, 
deux mille sept cent quatre-vingt-cinq lui appartenaient et se décomptaient 
comme il suit : officiers tués, cinquante -quatre; blessés, quatre-vingt-qua- 
torze; hommes de troupes tués, sept cent soixante-huit; blessés, mille huit 
cent soixante-neuf. Le régiment des Tirailleurs algériens, qui s'était si géné- 
reusement prodigué, était aussi l'un des plus éprouvés; il comptait treize 
ofliciers tués, dix-neuf blessés et quatre cent quatre-vingt-dix-huit hommes 
tués ou blessés, soit un total de cinq cent trente, ou le tiers de son effectif. 

Les officiers tués étaient : 



MM. Schweimberg, 


capitaine. 


Eberiin, 


d* 


Pattier, 


do 


Pacatod, 


lieutenant. 


Hanusse, 


do 


Constère, 


do 


Poiscz, 


do 


Lnulard , 


do 


Bourgeois, 


sous-lieutenant. 


Serpentini , 


do 


Gérard, 


do 


Loyer, 


do 


Hessaoud-ben-Mohamed , 


lieutenant indigène. 



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124 LE 3* RÉOIIIBNT DB TIRAILLEURS ALGERIENS [1855) 



Étaient bletsés : 




MM. Gibon, 


chef de bataillon. 


Pietri, 


capitaine. 


DeRoquefeuil, 


capitaine, mort de ses biessures. 


Conot, 


capitaine. 


PeliBae 


d» 


Déjoui, 


d» 


Yéran, 


lieutenant. 


Humery, 


.!• 


Mohamed-bel-Hadj-Mobained , 


d» 


Mohamed-ben-Amar-Cbibli , 


d» 


Jauge, 


sous-lieutenant. 


Masse, 


d» 


RaBn, 


d* 


Lange de Perrière, 


d» 


Thierry, 


d» 


Mohamed-ben-Aouda , 


d» 



Mastapha-beo-Ferkatadji , sous-Iieulenant , mort de ses blessures. 
Mohamed-ben-Abd-el-Kader, sous-lieutenant. 

Cela portait en réalité le chiffre des officiers morts à dix-sept. De plus, 
M. Legrandy sous -lieutenant, avait été fait prisonnier dans les fossés de 
Malakoff avec un certain nombre d'hommes, à peu près tous grièvement 
blessés. 

Dans les chiffres qui précèdent, le détachement de Constantine avait pour 
sa part dix-huit hommes tués et cinquante-neuf blessés. Parmi les ofdciers 
tué^, il comptait MM. Schweimberg etllanusse, et parmi les blessés, MM. Pe- 
lisse, Déjoux, Véran, Ilumory et Mustapha-ben-Fcrkatadji. 

Le régiment de Tirailleurs algériens fut cité dans l'ordre général du 15 juin 
c pour la part active qu'il avait prise à Tenlèvement de vive force des redoutes 
russes en avant de Sébastopol >• 

Le même ordre signalait comme s*étant particulièrement distingués : 

MM. Gibon, chef de bataillon. 

Pietri y capitaine. 

Mustapha-ben-Ferkatadji, sous-lieutenant (détachement de Constantine.) 
Âhmed-ben-Mesmoudi, sergent d« 

Ali-ben-Djelali , clairon . 

Par arrêté du général on chef, en date du 16 juin, furent promus dans la 
Légion d'honneur : 

Au grade d'officier : M. Pelisse, capitaine. 



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58] EN CRIMÉE 




Au grade de chevalier : MM. Monassot , 


capitaine. 


— Conot, 


d* 


— DeRoquefeuil, 


do 


— De Lammerz , 


lieutenant. 


— Humery, 


do 



128 



• — Mustapha-ben-Ferkatadjii 80ua*Iieutenant. 

— Blanpied, sergent-major. 

Le 9, de midi à cinq heures, il y eut, à la demande de Tennemi, une sus- 
pension d'armes pour l'enlèvement des morts et des blessés. Le soir, le canon 
reprit son œuvre dévastatrice et la vigilance redoubla dans les deux camps. 
Vers minuit, une vive fusillade éclata tout à coup dans la direction de Malakoff 
sans qu'on en dcvinftt la raison. On crut à un retour des Russes, et la brigade 
de Wimpflbn reçut du général Bosquet Tordre d'aller s'établir dans le ravin 
de Karabeinaîa , pour servir de réserve aux troupes de la division Brunet. 
Mais à peine fut -elle installée dans sa nouvelle position que le silence se fit 
de toutes parts ; la nuit s'écoula ensuite sans incident. Â huit heures du matin, 
la division Brunel se retira, et toute la 2* prit le service aux attaques; la bri- 
gade do WinipITon reprit ses positions du 8 dans les parallèles russes et les ou- 
vrages du Mamclon-Vert , portant maintenant le nom de redoute Brandon. Pen- 
dant toute la journée, les troupes travaillèrent à la construction de batteries; 
la nuit, elles ouvrirent, en avant du mamelon, une nouvelle parallèle destinée 
à envelopper la position et à la relier au ravin du Carénage. Le lendemain , 
dans la matinée, la division Camou céda de nouveau la place à la division 
Brunet, avec laquelle elle devait alterner toutes les vingt-quatre heures. 

Le succès du 7 juin avait fait naître l'espoir que la place ne résisterait pas 
à un assaut général. Le 15 juin , dans un conseil tenu par le général Pélissier, 
lord Raglan, Omer- Pacha et le général de la Marmora, cet assaut fut décidé 
pour le 18. Mais la 2* division du 2» corps n'allait pas y prendre part; elle 
devait, avec les divisions Canrobert, Dulac et Herbillon, aller prendre posi- 
tion sur la rive gauche de la Tchernaîa, pour surveiller et arrêter au besoin 
l'armée de secours. Le général Bosquet, qui lui-même avait dû céder la place 
au général Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, avait le commandement de ces 
quatre divisions. 

Le 16, & quatre heures du soir, le régiment de Tirailleurs algériens quitta 
les hauts plateaux et, & sept heures , arriva à son nouveau bivouac du camp 
de Traktir. Il s'y établit sur la crête des collines qui bordent la rive gauche 
de la Tchernaîa, et détacha l'un de ses bataillons aux avant-postes. 

Tout étant prêt pour une action décisive, le bombardement commença le 
17, & quatre heures du matin , et se continua pendant toute la journée et une 
partie de la nuit. Le 18, à trois heures du matin, un bouquet de fusées à 
étoiles parti de la redoute Victoria donna le signal de l'assaut. Malgré des 
prodiges de valeur, l'attaque échoua; repoussées sur tous les points, les 
troupes durent rentrer dans leurs parallèles. 

Cet insuccès, bien que nous ayant coûté des pertes considérables, ne mo- 
difia pas sensiblement la situation; il eut plutôt pour conséquence une réaction 



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i26 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1855] 

salutaire, en ramenant les esprits vers une moins aveugle confiance en ces 
attaques trop peu préparées. Désormais rien ne devait plus être laissé au ha- 
sard , et les cheminements allaient être poussés assez près de Tenceinte pour 
que, dans le prochain assaut, on n'eût pas des espaces de trois cents et même 
quatre cents mètres à parcourir pour arriver sur les retranchements ennemis. 
De leur côté, les défenseurs de Sébastopol ne se dissimulaient pas plus qu'a- 
vant que l'heure de la lutte finale n'allait pas tarder à sonner, et que tout ce 
que pouvaient leurs eflTorts, c'était de prolonger la résistance peut-être pen- 
dant quelques semaines encore. 

Depuis le commencement de mars, le général GortchakoiT avait remplacé 
le prince Henchikoff à la tète de Tarmée de secours. Le nouveau commandant 
en chef ne comptait plus guère sur Tefficacité d'une diversion en faveur des 
assiégés, mais, pressé par Pétat désespéré de ces derniers et surtout par les 
instances du général Vrersky, que le czar venait d'envoyer en Crimée avec 
mission de pousser à Toffensive, il se décida néanmoins à une tentative sur 
nos positions de la rive gauche de la Tchernaïa. 

Ces positions, formées par les monts Fédioukhine, étaient occupées par la 
division Faucheux à droite, la division Camou à gauche, et la division Her- 
billon en arrière. Le général Herbillon exerçait le commandement en qualité 
do plus ancien. Le régiment de Tirailleurs algériens se trouvait établi à 
l'extrême gauche, en arrière de l'aqueduc qui court parallèlemout à la 
Tclioriiuîa , et détachait ou pormuuoncc quati*o couipugnics do grund'gardo 
en avant de cet aqueduc. 

Le 15 août , à dix heures du soir, six divisions russes, rassemblées au camp 
de Hackentie, se mirent en mouvement et descendirent des hauteurs pour 
venir se mettre en bataille dans la plaine de la Tchernaïa. La force de cette 
armée, d'après les documents trouvés sur le général Read, tué et laissé le 
lendemain sur le champ de bataille, était de soixante- quinze bataillons d'in- 
fanterie, cent quatre-vingt-six bouches à feu et dix mille hommes de cava- 
lerie, soit un total d'environ soixante-dix mille hommes. Des détachements 
du génie suivaient, portant des ponts préparés à l'avance, pour aider au pas- 
sage de la rivière et du canal. 

A quatre heures et demie du matin , des postes piémontais , établis sur les 
hauteurs de Tchorgoune, sur la rive droite de la Tchernaïa, furent vivement 
attaqués, et durent venir prendre position sur la rive opposée. Comme pour le 
matin d'inkeniiann , un impénétrable brouillard couvrait la vallée: impos- 
sible d'y voir à cent mètres. Le jour painit sans le dissiper. L'artillerie russe 
avait commencé son tir ; la nôtre attendait, pour lui répondre, qu'il fût pos- 
sible d'y voir et de pointer. Les compagnies de piquet s'étaient portées en 
avant pour appuyer les grand'gardes. 

Vers cinq heures, le soleil, déjà assez haut, dissipa enfin l'épais rideau 
qui cachait l'armée russe , et celle-ci apparut déployée sur les hauteurs de la 
rive gauche, sa droite en avant et face aux monts Fcdipukhine, sa gauche 
menaçant le mont Hasfort, où se trouvaient les Piémontais. Devant la division 
Camou , s'avançait la septième division d'infanterie, sa première brigade dé- 
ployée , une partie de son artillerie dans les intervalles. 



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[1855] EN CRIMÉE i%l 

Sans attendre l'ordre du prince Gortchakoff, le général Read, qui comman- 
dait & droite, fit passer la Tchernaîa & son infanterie, qu'il lança aussitôt sur 
les monts Fédioukhine. À l'extrême droite, venait la division OuschakolT, 
plus À gauche, et faisant face à la division Faucheux , s'avançait la division 
Martineau. 

Pondant quo colle dornièro division, arrivant par le pont de Traktir, so 
jetait sur la brigado do Failly, la 7«, après avoir franchi la rivière à gué, 
cherchait & parcourir, au moyen d'un mouvement oblique, la distance encore 
assez considérable qui , en face des éperons nord , sépare la Tchernaîa du ca- 
nal. A ce moment, nos grand'gardes avaient lentement opéré leur retraite 
pour venir se joindre au reste du régiment. L'un des deux bataillons de Tirailr 
leurs algériens s'était déployé en avant du troisième mamelon , presque au 
nord ; l'autre, en colonne de compognics, lui servait de soutien; à droite, se 
trouvait le d^ zouaves; en arrière, le &^ et le 82« de ligne appartenant à la 
brigade Vergé. 

A peine les Russes eurent-ils débouché sous les feux convergents des 
zouaves et des Tirailleurs algériens , que lo désordre se jeta dans leurs rangs ; 
pris d'écharpc cl do flanc, leurs bataillons flottèrent d'abord incertains, puis 
peu à peu se replièrent, et finalement rétrogradèrent précipitamment vers 
la rivioro, qu'ils repassèrent h la hfllo, pour aller so reformer sous la protec- 
tion do quelques escadrons de cuirassiers et de cosaques. Composée en grande 
partie déjeunes soldats, cette division combattait pour la première fois, et 
cela contre des troupes aguerries par une année de campagne. Aussi, de ce 
moment, resta-t-elle à l'écart du combat, et la première attaque de droite se 
borna-t-elle à cette simple échauflburée. 

Il n'en était pas de même au centre. Surprise par des forces considérables, 
la brigade de Failly avait été obligée d'abandonner lo pont de Traktir et de se 
replier sur le restant de la division Faucheux. La situation de cette division 
était tout à coup devenue des plus critiques; abordée par des masses com- 
pactes , qui s'avançaient par la route de Mackenzie & Balaklava , elle s'était 
vue menacée d'être coupée en deux tronçons, et n'avait échappé & ce danger 
qu'en s'engageant à fond dans une charge & la baïonnette, qui avait rejeté 
Tennemi de l'autre côté du pont. Malheureusement, notre artillerie étant trop 
faible pour achever l'œuvre de l'infanterie, l'ennemi parvint & se rallier; la 
division Martineau, épuisée par l'eflort qu'elle venait de fournir, fut rem- 
placée par une division de réserve, et la lutte recommença avec une nouvelle 
énergie. Mais le général de Wimpiïen était accouru avec trois bataillons des 
50* et 82« de ligne, le général Cler avec toute sa brigade; la charge sonna 
encore une fois ,'et l'ennemi fut encore une fois repoussé. 

Pcndont ce temps, le combat avait également repris sur notre gauche; 
une colonne d'environ dix mille Russes s'était prolongée sur ce point, avait 
franchi la rivière et le canal , et s'était avancée vers la position occupée par 
le 3® zouaves. Sans s'occuper de son infériorité numérique, le colonel de Po- 
Ihès, commandant ce régiment, n'avait pas hésité & entamer la fusillade; 
mais il allait bientôt céder, accablé par le nombre, lorsque le colonel de Cas- 
tagny arriva à son secours avec le 82* de ligne. Cependant l'ennemi résistait 



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128 LE 3® RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALOÉRIENS EN CRIMÉE [l855l 

encore, quand arriva à son tour le général Vorgè à la lôlo du régiment de 
TiraUleura algériens. A ce moment, le cri de : c En avant 1 » fut répété sur 
toute la ligne, la charge sonna, nos troupes s'élancèrent à la baïonnette , et, 
comme au pont de Traktir, rejetèrent péle-méle les masses ennemies de 
l'autre côté de la Tchemaia. 

Il était huit heures; la victoire nous appartenait sur tous les points; les 
Russes, renversés, culbutés, fuyaient partout, poursuivis par les obus fran- 
çais, qui faisaient des trouées profondes dans leurs colonnes entassées et 
confondues au fond de l'étroite vallée où elles essayaient de se rallier. 

Si dans cette dernière phase de l'action le régiment de Tirailleurs n'était 
arrivé que fort tard pour appuyer le 3* souaves , c'est qu'il avait d'abord fallu 
assurer la défense de notre gauche; mais bientôt fixé sur la direction de 
l'attaque russe, le générai Vergé n*avait pas hésité à dégarnir ce point de la 
ligne, dont il avait laissé le commandement au lieutenant -colonel Roques, 
pour venir achever la déroute de l'infanterie ennemie. 

La lutte pouvait maintenant être considérée comme terminée. Sous la pro- 
tection de leur artillerie, les Russes se ralliaient, mais plutôt pour opérer 
leur retraite en bon ordre que pour tenter un nouvel effort, que l'arrivée des 
réserves françaises aurait pu rendre beaucoup plus désastreux que le premier. 
A midi, le riment de Tirailleurs avait regagné son bivouac. Il n'avait, dans 
cette journée, subi que des pertes insignifiantes. 

Dans un ordre général du 14 août, la division Camou était citée € comme 
ayant été à hauteur de sa vieille réputation ». 



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CHAPITRE XIV 



Assaut du 8 septembre. — Prise de Malakoff. » Le régiment de Tirailleurs algériens 
quitte la Grimée. — Expédition de Kinboum. — Rentrée à Alger. — lioeneiement 
du régiment. 



Au 1^' septembre , les cheminements devant Malakoff et le Petit-Redan 
n'étaient plus qu*& quarante mètres de robjectif. 11 devenait impassible 
do les pousser plus loin. Le 3, dans une conférence qui eut lieu chez le 
général Pélissicr, Tassant fut décidé pour le 8 à midi. Le 2" corps devait 
d*abord attaquer la tour Malakoff, puis, en cas de succès, abordef le Petit* 
Redan, pendant que le l^^ corps se jetterait sur le bastion Central, et les An- 
glais sur le Grand-Rcdan. 

Le 5, commença le dernier bombardement, le bombardement infernal, 
selon l'expression du prince Gortchakoff. Huit cent trois pièces du côté des 
alliés, treize cent quatre-vingts du côté des Russes tonnèrent pendant trois 
jours. Le 8 au matin, les fortifications de la place étaient bouleversées, ses 
batteries en partie démontées. 

Au point du jour, les troupes étaient venues occuper leurs emplace- 
ment. G^élnit la division do Mac-Mahon (ancienne division Canrobert) qui 
devait attaquer Malakoff; la brigade de Wimpffen et les zouaves de la garde 
étaient désignés pour lui servir de soutien. Le 6, cette brigade avait quitté 
les monts Fedioukhine pour se rapprocher du siège; le 7, elle avait pris le 
service de tranchée afin de ménager les troupes qui devaient marcher en pre- 
mière ligne. 

A midi précis , rartillcrio se tait ; tout & coup un immense cri de : En avant ! 
retentit sur toute la ligne, le son strident des clairons se mêle au bruit ca- 
dencé des tambours, et la division de Mac-Mahon, le l'^* zouaves en tête, 
s'élance vers Malakoff. Le fossé, & demi comblé par les débris de l'escarpe, est 
rapidement franchi, les parapets sont escaladés; les Français pénètrent enfin 
dans la redoutable enceinte. 

Q 



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130 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l855] 

Les Russes ont été surpris; pour les mettre à l'abri du bombardement, 
leurs réserves avaient été confinées dans les blindages ; elles en sortent aussitôt, 
mais confusément, par petits groupes, et engagent avec Tassaillant un combat 
décousu qui est tout à l'avantage de ce dernier. Le 7* de ligne est venu ren- 
forcer le l*** zouaves, et rennemi, partout refoulé par nos baïonnettes, va se 
reformer derrière la première traverse de Touvrage. 

Dès le début de l'action , le général de Wimpffen avait fait porter ses troupes 
vers la redoute Brancion et les avait établies dans la sixième parallèle. A 
peine y fut-il arrivé, que le général de Mac-Mahon lui lit demander des se- 
cours; au même moment le général de Martimprey, chef d'état -major gé- 
néral, lui prescrivait lui-même d'appuyer à droite pour servir de réserve 
aux troupes qui attaquaient le Petit- Redan. Mais les ordres du général de 
Mac-Mahon étaient pressants; la possession de Malakoff était la chose capi- 
tale du moment; le général n'hésita pas : il fit d'abord avancer le 3® zouaves 
jusqu'à la septième parallèle; puis, avec le 50® et les Tirailleurs algériens, 
il se porta en soutien des 7*, 20 et 27* de ligne aux prises avec les Russes 
à là gorge de Malakoff. 

La première surprise passée, l'ennemi n'avait pas tardé à se reconnaître, 
à se rïdlier et à s'opposer énergiquement aux progrès de la colonne d'assaut. 
S|abritant successivement derrière les nombreuses traverses de l'ouvrage, 
les défenseurs de Malakoff n'avaient alors cédé le terrain que pied à pied , se 
reformant derrière chaque parapet, combattant avec un courage peut-être 
un peu lourd, mais froid t méthodique, opiniâtre, et parfaitement fait pour 
démonter l'ardeur do l'attaque. Complètement décimés, le l^' zouaves et le 
7®.de ligne s'étaient subitement vus arrêtés dans leur succès; mais l'apparition 
de la brigade Vinoy, qui , après avoir longé le fossé oriental du bastion et 
gravi Tenceinte au delà des traverses, était soudain venue menacer le flanc 
gauche des Russes , avait enfin décidé ces derniers à se replier. 

C'est à ce moment qu'arriva la brigade de Wimpffen. Il était une heure et 
demie environ. Le l*** zouaves, qui avait énormément souffert, fut renvoyé 
dans la tranchée ; le 3* zouaves et le 50 de ligne le remplacèrent dans l'ou- 
yrage même; les Tirailleurs algériens s'établirent à la gorge, la partie la plus 
directement menacée. 

Les Russes n'avaient pas abandonné la partie ; après s'être reformés, après 
avoir reçu de nouvelles réserves, ils revinrent à la charge, et dans un effort 
désespéré tentèrent encore une fois do nous enlever Malukuff. Ce fut d'abord 
le général Lisenko qui accourut avec les régiments d'OrcI , de Rriunsk et 
d'Ieletz, puis le général Khroulef avec les quatre bataillons de Ladoga. La 
plus grande partie de ces forces se jeta sur le régiment de Tirailleurs algé- 
riens; mais celui-ci avait eu le temps de prendre ses dispositions; il fit réso- 
lyment face au péril, et, solidement appuyé par les zouaves de la garde , se 
montra digne de sa vieille réputation. 

Le moment était critique ; il fallait à tout prix empêcher Tennemi de re- 
prendre pied dans Malakoff. Le général Frossard venait d'arriver avec quelques 
sapeurs du génie et cherchait à obstruer, sinon à fermer, l'étroit passage de- 
vant lequel étaient rangés nos héroïques Algériens. Mais ces premiers tra- 



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[1855] EN CHIMÊB 131 

▼ailleurs tombent les uns après les autres, et les Russes s*aTancent, se rap- 
prochent, et regagnent insensiblement le terrain qu'ils ont perdu; ils sont 
1&, la baïonnette basse, calmes, résolus, menaçants. Entrdnés par l'exemple 
du lieutenant- colonel Roques, qui porte lui-même un gabion, les Tirailleurs 
se mettent & l'œuvre; parmi les corps amoncelés, ils jettent pèle- mêle des 
gabions, des fascines, des débris de toute sorte, et une barrière informe 
s'oppose bientôt aux efforts des assaillants. Pendant ce temps , la lutte con- 
tinue, ardente, opinifttre, acharnée. Une mêlée terrible s'engage sur ce parapet 
improvisé; les baïonnettes, tordues, brisées, ne peuvent plus servir : c'est à 
coups de crosse, & coups de pierres, qu'on attaque et qu'on se défend. Russes et 
turcos sont confondus ; aux hourras des premiers se mêle le cri rauque des 
seconds ; on s'invective , on s'insulte , on se provoque, on se défie, on se saisiti 
on s'étreint; et ce tourbillon humain roule, tourne, piétine sur des cadavres, 
sur des blessés, dans une boue sanglante; et le canon tonne au loin, des 
obus viennent soudain fouiller ces décombres, et deci, delà, c^est l'explo- 
sion d'une fougasse, d'une mine, qui couvre tout à coup cetle scène d*un nuage 
sombre et laisse dans la terre un trou large et béant : instant sublime , où 
des deux côtés chaque combattant devient un héros. 

Comment citer les noms de tous ceux qui, dans cette lutle infernale, furent 
admirables do sang-froid et d'intrépidité? Qui a vu tous les actes glorieux dont 
cette étroite arène fut le théâtre? Que d'héroïques actions ont dû rester igno- 
rées! Que d'autres sans doute ont dû servir de sujet & ces récits mouvementés 
que l'Arabe aime tant à faire le soir, sous la tente, sans qu'aucune plume 
n'ait été 1& pour les recueillir!... Victime de son dévouement, le lieutenant- 
colonel Roques tombe l'un des premiers, la tête fracassée par un éclat d'obus. 
Un peu après, c'est le tour du capitaine Bonnemain. Ce dernier est atteint 
par une bombe, qui va en sifflant labourer le sol. Elle n'a pas éclaté; le 
blessé la suit des yeux avec une mortelle angoisse. Il ne peut fuir. Mais 
le sergent Moliamctl-el-lladj-Kadour a deviné le péril do son capitaine; il se 
précipite sur le projectile, le saisit, l'enlève contre sa poitrine et court vers 
une traverse blindée derrière laquelle il pense le jeter. Il n'a pas fait deux 
pas, que la bombe éclate, lui emporte les deux bras, lui laboure la poitrine, 
et, semant ses éclats de tous côtés, va achever le capitaine Bonnemain. Plus 
loin, c'est le lieutenant de Boyne qui se signale par une rare énergie. En- 
touré d'ennemis, il refuse de se rendre; il attend ses adversaires de pied 
ferme, tire sur eux les six coups du revolver dont il est armé, et parvient 
ainsi à se dégager, sans avoir, par le plus miraculeux des hasards, reçu une 
seule blessure. 

Du côté des Russes, le courage est non moins ardent, le dévouement non 
moins admirable ; presque tous les généraux succombent glorieusement. Dès 
le début de ce combat , le général Khroulef est grièvement blessé. Il passe le 
commandement au général Lisenko, qui tombe pour ne plus se relever. Le 
général Touferof succède & ce dernier : il a le même sort. Arrive le général 
Martineau : il a le bras droit emporté par un boulet. Vient enfin le général 
Chepelef , qui fait cesser cette boucherie inutile et ordonne la retraite. 
Il était cinq heures du soir; le drapeau français flottait orgueilleusement 



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iZ% LE 3* RÊOIlfENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1855] 

au-dessus do MalakoflT; mais sur les autres poinls les attaques des alliés 
avaient complètement échoué : les divisions Dulac et La Motterouge au Petit- 
Redan , Godrington au Grand -Redan, Levaillant au bastion Central , d'Àute- 
marre à la redoute Schwartz, n'avaient pu prendre pied dans les ouvrages 
ennemis, et avaient été ramenées avec de grandes pertes dans les parallèles 
d'où elles étaient parties. Mais, quelque fftcheux que fussent ces insuccès, la 
possession de Malakoff ne nous en assurait pas moins une complète victoire. 

De ce côté, la lutte avait cessé; les troupes russes s'étaient retirées en 
arrière de la seconde enceinte, au-dessous du mamelon en allant vers le 
nord, et, seul, le canon jetait encore de temps à autre sa note sourde au sein 
de ce chaos. Dans l'intérieur de Malakoff, le génie et l'artillerie travaillaient 
activement pour remettre l'ouvrage en état de défense; les bataillons d'infan- 
terie avaient conservé leurs emplacements respectifs et se tenaient prêts à 
repousser toute nouvelle attaque de l'ennemi. Mais ce dernier , sentant la 
partie définitivement perdue pour lui, était loin de songer à recommencer le 
combat ; il évacuait successivement les différents ouvrages de l'enceinte et 
se retirait dans les quartiers bas de la ville; bientôt il allait môme aban- 
donner celle-d, et ne laisser derrière lui qu'un épouvantable amas de ruines. 
La nuit vint. Le canon se tut ; les rumeurs confuses qui s'élevaient encore 
des rues de Sébastopol s'éloignèrent peu à peu : un mystérieux silence 
s'étendit sur l'invisible cité. Tout à coup l'horizon s'illumina , des incendies 
apparurent de toutes parts, des explosions formidables bouleversèrent suc- 
cessivement les forts, les batteries, les bastions, les redoutes, les magasins 
un immense souffle de dévastation sembla envelopper la ville et ses faubourgs, 
et, à la lueur rougeôtre que répandit cet immense brasier, on put voir les 
derniers postes ennemis gagner la rive nord de la rade. 

Le lendemain , à huit heures du matin, le régiment de Tirailleurs algériens 
quitta Malakoff et revint s*élablir au camp de Traktir. Ce môme jour, les 
Russes demandèrent un armistice pour enlever leurs morts et leurs blessés; 
le môme devoir fut rempli par celles do nos troupes restées sur le tliéûtro de 
la lutte. 

Nos pertes avaient été considérables : dix mille cinquante-quatre hommes 
hors de combat. Les Tirailleurs algériens , déjà bien décimés par l'assaut du 
7 juin, avaient encore eu deux cent soixante et onze tués ou blessés, dont 
seize oflSciers. 

Parmi ces derniers étaient tués : 

MM. Roques, lieutenant-colonel. 

Rolland , capitaine adjudant-major. 

Bonnemain, capitaine. 

Meynard , lieutenant. 

Étaient blessés : 

MM. Quinemant, capitaine. 

Dermier, d* 



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[1895] EN GRTIIÉB !83 

MM. ^ 

Baudier, lieutenant, 

de Laromerz , d^ 

( mort de ses blessures) . 



EN GRTIIÉB 


Lavigne, 


capitaine. 


Baudier, 


lieutenant. 


de Laromerz, 


do 


Abd-el-Kader-ben-Blidi, 


d* (mo 


Mohamed-llamou-ben-ÀH, 


do 


Mustapha-ben-Bof ram , 


do 


Mohamed-Chibli, 


do 


Mohamed-bel-Hadj , 


sous- lieutenant. 


Messaoud-ben-Ahmed , 


do 



Dans ces noms, le détachement de Conslantine comptait ceux de HH. Qui- 
nemant, Oermier, Abd-el-Kader-ben-Blidi et Messaoud-ben-Ahmed. Ses 
pertes en hommes de troupe étaient de seize tués et vingt-sept blessés. 

Ainsi se termina ce siège, sans précédent sous le rapport des moyens mis 
en œuvre par la défense et par Tattaque. Il avait duré onze mois. Dans cette 
lutte gigantesque, de nouveaux soldats, à peine d*hier au service de la France, 
qui jusque-là n'avaient eu & combattre qu'un ennemi qui leur était familier, 
qui n'avaient jamais été employés en dehors de leur propre pays, s'étaient 
placés au premier rang parmi les plus braves, les plus disciplinés, les plus 
endurcis aux fatigues et aux privations , les plus énergiques et les plus dé- 
voués. Le plus bel éloge qu'on puisse faire d'eux après le récit de cette glo- 
rieuse campagne, c'est de reproduire l'ordre que le général Camou, comman- 
dant provisoirement le 2* corps depuis la blessure du général Bosquet, leur 
adressait le 1*' octobre 1855. 

« Tirailleurs algériens , 

« L'empereur, content des services que vous avez rendus, et heureux de la 
part que vous avez eue dans cette guerre entreprise pour le maintien de la 
puissance du Sultan, vous rend à l'Algérie et à vos familles. 

c Pendant cette lutte mémorable, vous avez été de vaillants soldats, et votre 
brillante conduite vous a acquis, dans l'armée française, une réputation dont 
nos alliés et notre ennemi lui-môme vous ont reconnus dignes en vous égalant 
à nos meilleures troupes. 

« Fatigues des travaux do siège, privations et souffrances de l'hiver, péril 
des combats, vous avez tout surmonté. 

« Le 20 corps vous fait ses adieux , ainsi que son chef, qu'une blessure reçue 
en vous conduisant à la victoire prive du bonheur de vous exprimer lui-même 
ses sympathies. Chargé par lui d'ôtre son interprète auprès de vous, je ne 
puis mieux faire que de rappeler les noms immortels de l'Aima, d'Inkermann, 
du mamelon Brancion, de la Tchemaïa, de Malakoff et de Sébastopol, autant 
de titres de gloires pour le régiment de Tirailleurs algériens, et que chacun 
de vous peut citer avec orgueil, fier d'avoir assisté aux plus grands événe- 
ments militaires de l'histoire des peuples. 

• Au oamp de la Tchemaïa, le l** octobre i8S5. 

« Le général de division commandant la 2« division et provisoirement 
le2« corps d*armée, 

< Signé : CAMOU. > 



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134 LB 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1855] 

Ainsi que l'annonçait cet ordre, le régiment de Tirailleurs algériens allait 
(piitter la Crimée; mais, avant de cesser de faire partie de Fermée d'Orient, 
il lui était réservé de prendre part au dernier succès que les alliés devaient 
remporter sur les Russes, à la dernière opération qui devait précéder la 
paix. 

Le 2 octobre, une brigade française, commandée par le général de Wim- 
pffen, et comprenant le 14* bataillon de chasseurs à pied , le 95* de ligne et 
le régiment de Tirailleurs algériens, reçut l'ordre de se rendre à Kamiescb; 
elle devait, avec la brigade anglaise du général Spencer, former une division 
qui , sous les ordres du général Bazaine, était destinée à une expédition sur 
Kinboum, forteresse assez importante fermant le limon du Dniepr, sorte de 
golfe intérieur qui reçoit les eaux de deux fleuves considérables : le Dniepr 
et le Boug. 

Le 7 octobre, la brigade française s'embarqua à Kamiescb, et la brigade 
anglaise à Balaklava. Lerégiment de Tirailleurs algériens ne devait plus mettre 
le pied sur la terre de Grimée. 

Le 8, la flotte arriva dans les parages d'Odessa; elle resta pendant cinq 
jours en position devant cette ville, et le 14 fit voile vers Kinboum. Le 15, 
le débarquement commença, mais l'état de la mer ne permit de le terminer 
que le lendemain. 

Le 16, une reconnaissance poussée en avant des lignes anglaises, à quatre 
ou cinq lieues dans les terres, rentra sans avoir rencontré l'ounenii. 

Le bombardement par la flotte devait avoir lieu le 17; dans la nuit, une 
tranchée d'investissement fut ouverte à environ neuf cents mètres do la place, 
et vers une heure du matin ce travail se trouva assez avancé pour permettre 
d'y installer une partie du bataillon de chasseurs. 

Le lendemain, dans la matinée, le général de Wimpffen reçut l'ordre 
de faire avancer ses troupes dans la plaine, de façon à être prêt à maintenir 
la garnison dans le cas où elle tenterait une sortie désespérée. À neuf heures 
et demie, les batteries flottantes ouvrirent le feu; bientôt les frégates et 
les canonnières vinrent y joindre le leur ; enfin , vers midi , les gros vais- 
seaux saluèrent à leur tour la forteresse de leurs puissantes bordées. Pendant 
ce temps, du côté de la terre, d'habiles tireurs se glissaient jusqu'à quatre 
cents mètres de la place, et, abrités par de gros tas de bois, exécutaient un 
feu des plus précis qui prenait d'écharpc les canonniors des Imltcries ennemies. 

Vers une heure et demie, la |)osition n'était plus lenuhlo pour les assiégés; 
leur artillerie, complètement démontée, était hors d'état de soutenir la lutte. 
L'attaque fut suspendue; des parlementaires furent envoyés au général russe, 
qui hésita longtemps, et finit enfin par accepter les clauses de la capitulation 
qui le faisaient prisonnier de guerre avec toute la garnison, soit quarante 
officiers et mille quatre cent vingt hommes. De ce fait, cent soixante-quatorze 
bouches à feu tombèrent en notre pouvoir. Cette brillante opération n'avait 
pas coûté un seul homme au régiment. 

Le lendemain , les Uusses faisaient sauter le fort d'Otchakow , situé en face 
de Kinboum, de l'autre côté de la passe du liman. 
Lss jours suivants, pendant que les canonnières anglaises et françaises ex* 



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[1855] EN CRIMÉE i35 

ploraient le Dniepr et le Boug, une partie des troupes alla camper à environ 
quinze kilomètres dans les terres, au village de Pakrovka. Des reconnais- 
sances furent envoyées dans les diiïérentes directions, et le régiment de 
Tirailleurs poussa jusqu^à Otchérétina, & une journée plus avant dans Tinté- 
rieur. L*enncmi ne se montra nulle part. Cependant, au moment où Ton 
quittait Pakrovka pour revenir à Kinbourn , une forte troupe de cavalerie 
russe apparut soudain à une faible distance du village qu'on venait d*évacuer. 
Trois compagnies de Tirailleurs algériens furent aussitôt déployées pour faire 
face & une agression qui paraissait imminente; mais Tennemi ne tarda pas 
à s'éloigner, et la marche continua sans être marquée par aucun autre in« 
cident. 

lifl 20, le régiment fut cmhnrqué & bord du Fleftrm, qui le ramena à Ka- 
inicscli , où il fut immédialcment transbordé sur Vllaxiite, Le 30 octobre , ce 
dernier bâtiment mettait à la voile , et le 27 novembre, après une traversée 
des plus heureuses, il entrait dans le port d'Alger. Il y avait dix-neuf mois 
que les Tirailleurs algériens avaient quitté cette ville. Une magnifique récep- 
tion y avait été préparée en leur honneur. Le général Randon, gouverneur 
général, suivi d'un nombreux état-major, d'un brillant cortège de chefs 
indigènes, de musiques françaises et arabes, vint lui-même au-devant d'eux 
et les accompagna jusqu'à leur campement , en dehors de la porte d'Isly. Sur 
tout leur parcours, des fleurs, des bouquets, des acclamations, des vivats 
enthousiastes leur furent prodigués par la foule, qui leur prouva ainsi l'ad- 
miration qu'avait fait naître le récit de leurs glorieux succès. Le soir , une 
immense difla leur fut ofTerte par leurs coreligionnaires, et la population 
européenne leur témoigna ses sympathies en donnant à leur intention une 
grando soirée théâtrale, dans laquelle furent représentés divers épisodes 
ayant trait à la campagne d'Orient. 

Quelques jours après , le gouverneur général les passait en revue , et les 
contingents d'Oran et de Gonstantine étaient dirigés sur leur province res- 
pective. De nouvelles ovations attendaient ces braves à leur arrivée à Gonstan- 
tine, de nouvelles fêtes avaient été préparées; mais ici leurs réjouissances 
revêtirent un caractère plus intime; leurs parents, leurs amis, tous ceux qui 
leur étaient chers, et dont ils avaient été si longtemps séparés étaient là pour 
les recevoir, les féliciter et leur exprimer la joie qu*éveillait leur retour. 

Un décret du 10 octobre , complété par une décision ministérielle du 7 no- 
vembre, prononçait le licenciement du régiment de Tirailleurs algériens pour 
le 31 décembre 1855. Les militaires qui en faisaient partie devaient être 
versés dans les trois régiments indigènes créés par le même décret, et cela 
de façon que chacun d'eux pût revenir dans sa province d'origine, à moins 
cependant qu'il eût manifesté une intention contraire. G'est ainsi que le déta- 
chement de Gonstantine allait entrer dans la composition du 3** régiment, et 
apporter dans ce nouveau corps les nobles traditions de discipline, de courage 
et de dévouement qu'il avait puisées sur le sol de la Grimée. 



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CHAPITRE XY 

(1854-1866) 



Opératioiis en Algérie pendant les années 1854*1855. — (1854) Expédition dans la grande 
Kabylie. — Prise du col de Sldl-AIssa. — Ciombats des 17, iO et 30 juin. — Disse- 
Intlon de la colonne. — Le commandant Guichard remplace le commandant Jolivet.— 
Opérations contre les Nemencha. — Occupation de Tuggart. — (1855) Création d'un 
deuxième bataillon de Tirailleurs indigènes dans la province de Gonstantlne. — Li- 
cenciement des bataillons de Tirailleurs indigènes et création de régiments de 
Tirailleurs algériens. 



. Pendant qu'une notable partie du bataillon de Tirailleurs de Constantine 
se couvrait de gloire en Crimée, la portion de ce corps demeurée en Algérie 
avait été loin de rester inactive. Grâce aux eflbrts du commandant Jolivet, 
aidé en cela par les capitaines Vindrios, Le Bustier, Fossiat- Deschâtres et 
Pelisse, cette portion avait été rapidement réorganisée. Son effectif, considé- 
rablement réduit par le premier contingent envoyé on Orient et {mr les im- 
portants renforts dont il avait bientôt fallu le faire suivre, s'était presque 
aussitôt trouvé reconstitué, et, dès le mois de mai , quatre compagnies ayant 
chacune un effectif de près de deux cents hommes étaient prêtes à reprendre 
la campagne. 

La province était assez tranquille; cependant un bruit, qui pouvait en- 
traîner à de graves conséquences en s'accréditant, s'était tout à coup répandu 
parmi les indigènes : on se répétait dans les douars que la guerre d'Orient allait 
nous faire abandonner l'Algérie, et cet espoir, d'abord timidement caressé par 
quelques tribus indépendantes, avait pris peu à peu une consistance qui me- 
naçait de le faire partager par celles qui paraissaient nous être le plus dé- 
vouées. D*un autre côté, la Kabylie subissait encore la sourde influence de 
Bou-Baghia , ce chef opiniâtre que nous avons vu se présenter devant Bougie 
en 18SI, et déjà, au mois d*avrii, une colonne avait dû être envoyée sur le 
Sébaou pour surveiller cette contrée, où son parti, quoique vaincu, était 
eucore assez puissant pour demeurer une constante inquiétude pour les en- 
virons de la petite place de Deihys. Il importait donc, quelque diminuée 



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[1854] EN ALOÉRIB |37 

qa*eût été Tarmée d'occupation, de se montrer en force att sein de ces popu- 
lations rebelles , pour bien les persuader que nous n'étions pas prêts à faire 
volontairement le sacrifice de notre conquête. Un corps expéditionnaire fut 
organisé dans ce but avec toutes les troupes disponibles des provinces 
d'Alger et de Conslantine, et il fut décidé que les opérations auraient pour 
théAtro la région comprise onlro Tizi-Ouzou, Ksar-Kebouch, Dolbys et 
Bougie. 

Les troupes de la province de Constantine formèrent une division qui fut 
placée sous les ordres du général de Mac-Mahon. D'après les ordres du gou- 
verneur général, cette division devait marcher sur Tifrit, puis se porter de 
ce point vers Chaoufa , pour y opérer sa jonction avec les troupes venues de 
la province d'Alger. 

Le 18 mai , le bataillon de Tirailleurs quitta Constantine pour se rendre à 
Sétify où devait s'organiser la colonne. Au moment de son départ, il avait 
un eflectif de dix-sept officiers et de six cent quarante-cinq hommes. 

Le mouvement commença le 26. On se dirigea d'abord sur Bougie, où l'on 
arriva le 30. Le 31, on quitta ce poste, pour remonter la rive gauche de 
rOued-Sahel. Le 3 juin, on arrivait & Tizi-Takerin. Le 4, la colonne se remit 
en route à cinq heures du matin; elle arriva au bivouac de Souk-el-IIad, 
vers onze heures. Les tentes furent dressées sur les bords de l'Oued -el-Ilad , 
petit ruisseau alimenté par les nombreux ravins descendant du sommet 
d'une montagne située à douze ou quatorze cents mètres de là. 

La crête de cette montagne semblait, vue du camp, former un arc de 
cercle dont la convexité aurait été tournée vers le nord; sur plusieurs points 
elle présentait des rochers abrupts; sur ses flancs, quelques bouquets d'ar« 
bres et de la broussaille paraissaient rendre ses pentes, sinon impraticables, 
du moins fort difficiles à gravir. Un sentier étroit, parlant des bords de 
rOued-el-Had et menant directement au col de Sidi-Aîssa, était la seule 
communication y donnant accès. 

A peine les troupes eurent-elles commencé à installer leur bivouac , que 
toutes les hauteurs environnantes se couvrirent de Kabyles. On les voyait de 
loin construisant en toute hftte des retranchements en pierres sèches; ils 
se préparaient visiblement & nous disputer énergiquement le passage du 
défilé. 

II était midi ; les troupes furent aussitôt rassemblées et organisées dans 
l'ordre suivant : & l'extrême droite, le 1^ bataillon de chasseurs à pied; puis, 
à la gauche de ce bataillon, trois bataillons du \6^ léger, deux bataillons de 
zouaves, un bataillon du 71* de ligne, et enfin, à l'extrême gauche, le ba- 
taillon de Tirailleurs indigènes. Elles se mirent en marche dans cet ordre, se 
dirigeant vers la montagne dont nous avons parlé plus haut. Les deux batail- 
lons des ailes devaient presser leur marche, chercher à déborder les extré- 
mités de la ligne ennemie, puis tourner cette dernière de façon à obliger les 
Kabyles à abandonner leurs positions. 

Vers deux heures, le mouvement tournant étant assez prononcé , le général 
de Mac-Mahon fit donner le signal de l'attaque; toutes les troupes s'élan- 
cèrent à l'assaut; en même temps le bataillon de Tirailleurs et celui des 



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138 LB 3« RÉGIMENT D£ TIRAILLEURS ALGÉRIENS [lb64] 

chasseura se rabaltaiont sur les flancs de rcnnemi. Voyant sa relraile près 
de lui être coupée, ce dernier s'empressa d'abandonner les hauteurs qu'il 
ayail si soigneusement fortifiées. Le bataillon de Tirailleurs avait eu deux 
hommes blessés. 

Après une poursuite de quelques instants, les deux brigades rentrèrent au 
bivouac, et la journée se passa sans qu'aucun Kabyle se montrât aux envi- 
rons de nos avant-postes. 

Le lendemain , la marche fut reprise dans la direction de Tifrit. Le 12, les 
troupes des deux provinces opérèrent leur jonction ; les deux divisions ne 
formèrent plus alors qu'une seule colonne sous les ordres du général Randon, 
gouverneur général. Le bataillon de Tirailleurs se trouva compris dans la 
deuxième brigade (colonel Piot) de la deuxième division. Le 13, ce bataillon 
fut passé en revue par le général Randon, qui se montra fort satisfait de son 
attitude et de sa tenue. 

Le 16, le bivouac fut établi sur la crôte des montagnes dos Boni-Yahia. On 
devait faire séjour le lendemain. 

Le 17, vers dix heures du matin, on commença à apercevoir de nom- 
breuses bandes de Kabyles se réunissant sur la ligne de crêtes bornant 
l'horison au sud. La division de Constantine prit immédiatement les armes 
et fut divisée en trois groupes; le bataillon indigène forma, avec un demi 
bataillon de souaves, le groupe de gauche, dont M. le lieutenant-colonel 
Paêr eut le commandement. 

Cette dernière colonne avait pour mission d*enlever le col de Tîzi-Oulem. 
Elle s'engagea dans un étroit chemin en corniche , tracé sur le flanc du Faît- 
Oudja, et se trouva bientôt devant la position, qu'elle aborda des deux côtés 
à la fois. La résistance fut opiniâtre ; mais l'ennemi , voyant sa droite près 
d'ôtre tournée par le bataillon de Tirailleurs, se retira précipitamment, aban- 
donnant une partie de ses morts et de ses blessés. Après avoir franchi le col , 
le lieutenant -colonel Paêr reçut l'ordre de brûler tous les villages qui se 
trouvaient sur la gauche. Ce fut encore le bataillon indigène qui se chargea 
de cette opération. 

A six heures et demie , toutes les troupes étaient rentrées au camp. 

Le bataillon de Tirailleurs avait eu onze blessés, dont M. Cayrol, lieute- 
nant, atteint d'un coup de feu à la poitrine. Le soir, le commandant Jolivct 
reçut pour sa troupe les plus flatteurs éloges de la part du gouverneur 
général. 

Un brouillard intense étant survenu, la colonne séjourna encore trois 
jours sur le territoire des Beni-Yahia. Le 20, six bataillons de la division 
d'Alger et trois de celle de Constantine, parmi lesquels celui des Tirailleurs 
indigènes, quittèrent le camp à six heures du matin , sous les ordres du gé- 
néral Randon, pour se porter sur le territoire des Beni-Henguillet. L'opé- 
ration projetée avait pour but de dévaster le pays et de détruire plusieurs 
villages, notamment celui de Taourir-Inteditz, l'orgueil de la tribu. Ce 
village se trouvait placé sur un contrefort boisé à croupe arrondie se déta- 
chant de la grande chaîne des Sebt. Les Kabyles en avalent crénelé les mai- 
sons, barricadé les rues, et couvert les approches au moyen d'abatis. 



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[1854] EN ALOÊRIR 139 

Ce furent les bataillons de la division d'Alger qui eurent pour mission de 
Tenlever. Après une lutte acharnée, ils finirent par s*y établir de vive force. 
Immédiatement on procéda à la démolition des maisons et & la dévastation 
des jardins et des vergers environnants. Le bataillon de Tirailleurs do Con- 
stantine fut chargé de protéger les travailleurs contre les Kabyles, qui reve- 
naient en nombre pour s*opposer à la destruction de leurs habitations et de 
leurs récoltes. L*ennemi ne tarda pas à se montrer agressif et à diriger 
sur nos troupes une fusillade des plus nourries ; mais le bataillon de Tirail- 
leurs , passant aussitôt à une vigoureuse offensive, l'aborda & la baïonnette , 
le culbuta, le rejeta dans un ravin où, pendant un instant, eut lieu un san- 
glant combat corps à corps qui se termina par la fuite précipitée des Ka- 
byles, qui , à partir do ce moment, n'inquiétèrent plus la colonne. Ils avaient 
laissé cinquante des leurs sur le terrain. Presque toutes les blessures étaient 
le fait do la baïonnette. Les Tirailleurs comptaient un homme tué et vingt- 
six blessés , pertes assez sensibles et qui témoignent suffisamment de l'ardeur 
de la lutte. 

L'opération avait complètement réussi ; les troupes furent rassemblées et 
ramenées au camp. Le lendemain, les Beni-Menguillet vinrent faire leur 
soumission. 

Le 25, le camp fut levé et porté à Djouma-Nétonich-Guida, sur les contre- 
forts des Beni-Itouragh. Le 26, eut lieu une nouvelle sortie contre les con- 
tingents de cette tribu, qui furent dispersés après un assez vif combat, où le 
bataillon eut deux hommes blessés. Le 28 , la colonne reprit sa marche et se 
dirigea vers la plaine du Sébaou. Le 30 , les deux divisions quittèrent leurs 
bivouacs & quatre heures du matin, pour se porter au centre de la tribu des 
Beni-Idjer. Après trois heures de marche, on arriva près de Tléta, sur la 
rive droite du Ghcba-Rouzian. Sur les bords de cotte rivière s'élevaient plu- 
sieurs villages, dont les principaux étaient : Bouzian, au fond d'un vallon très 
riche; Sahel, Ekia-Toussen , au sommet de la crête d'un contrefort projeté 
par la chaîne principale des Beni-Idjer , et, à l'extrémité sud de ce contrefort, 
sur un pic dominant la rive droite de l'Oued -Sahel, Taourir, où se voyait la 
maison du fameux Bou-Baghla. 

En s'approchent de Bouzian, l'avant-garde de la division de Constantine 
fut assaillie de coups de fusil ; de nombreux Kabyles s'étaient embusqués 
derrière les arbres qui bordaient la rivière, et de 1& dirigeaient un feu bien 
ajusté sur le bataillon de zouaves qui se trouvait en tête de la colonne. Ce 
bataillon reçut aussitôt l'ordre de s'avancer au pas de course; en même 
temps un bataillon du 71° do ligne se portait en avant pour appuyer ce 
mouvement, pendant que celui des Tirailleurs indigènes se déployait plus à 
droite, et commençait à gravir les pentes abruptes qui s'étendaient au pied 
d'Ekia-Toussen. 

Ce dernier point semblait être le centre de la résistance; c'était là que les 
Kabyles se trouvaient en plus grand nombre, ce fut là aussi qu'ils se défen- 
dirent avec le plus d'opiniâtreté. Cependant rien ne put résister à l'admirable 
élan des Tirailleurs ; sous le feu meurtrier des Kabyles, le bataillon gravit la 
montagne au pas de course, puis aborda résolument le village, d'où l'ennemi 



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140 LE 3* HÉOIIIBNT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1854] 

fut bientAi chassé. De leur cAté, les zouaves s'étaient emparés du village de 
Bousian. Les Arabes étaient en fuite sur tous les points. Vers onie heures, 
trois bataillons de la division d'Alger se portèrent en avant, avec mission de 
couvrir la retraite. Celle-ci s'opéra lentement, en bon ordre, et à midi toutes 
les troupes se trouvaient sous la tente. 

Le bataillon de Tirailleurs indigènes, qui avait fourni l'effort principal de la 
journée, avait également subi les pertes les plus considérables; ces der- 
nières s'élevaient à deux hommes tués et trente-deux blessés, chiffre énorme 
pour un combat qui avait duré si peu d'instants. 

Le 2 juillet, ce fut le tour du village de Taourir. Les bandes chassées dans 
la journée du 30 juin étaient venues s'y réunir et tentaient de s'y fortifier. Une 
partie des troupes sortit du camp, et le village, abordé par le 7* bataillon do 
chasseurs à pied et le 3« bataillon du 16^ léger, qu'appuyait le bataillon de 
Tirailleurs indigènes, fut enlevé avec un entrain remarquable. 

Dans cette journée, le bataillon de Tirailleurs n'eut que deux^blessés. 

Ce dernier combat amena la complète soumission des Beni-Idjer. Le but de 
l'expédition était atteint. Le 6 juillet, le gouverneur général prononça la dis- 
solution de la colonne. Les troupes devaient rentrer dans leurs garnisons 
respectives. Avant de les quitter, le général Randon leur laissa l'ordre 
suivant : 



c Soldats des divisions d'Alger et de Constantine, 

« Vous avez dignement accompli votre longue et laborieuse campagne. Vous 
avez eu de grandes fatigues à endurer, de rudes combats à livrer. Vous avez 
surmonté tous ces obstacles par votre persévérance et votre courage. 

« Vos glorieuses journées des 4, 9, 20, 26, il et 30 juin, !<'*' et i juillet, sont 
inscrites aux plus belles pages de notre guerre d'Afrique. Le sang précieux que 
vous venez de verser fécondera le sol de notre conquête, que vous venez encore 
d'agrandir. 

« Soldats, vous avez bien mérité de la France et de l'empereur. Notre au- 
guste souverain reconnaîtra vos brillants services. Voire général en chef les 
signalera, comme ils le méritent, à Son Excellence le ministi-e de la guerre, qui 
sera votre chaleureux intermédiaire auprès de Sa Majesté. » 

Un autre ordre, en date du 13 août, signalait les noms de ceux nui s'étaient 
plus particulièrement distingués dans le cours do cette expédition. Etaient cités 
au bataillon de Tirailleurs indigènes : 

MM. Villers, capitaine. 
Cayrol , lieutenant. 
Mallot, d« 

Renaud, sergent -major. 
Labessi , sergent. 

Le 17 juillet, le bataillon était de retour à Constantine. 

Le 29 juin, le commandant Jollvet avait été nommé lieutenant-colonel. Ce 



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[1854] EN ALGÉRIE 141 

fat le commandant Guichard qui fut désigné pour le remplacer à la tôte des 
Tirailleurs de Constantine. 

Pendant que la portion principale du corps se trouvait en Kabylie, la 8" com- 
pagnie, qui fournissait plusieurs détachements dans les postes de Test de la 
province, prenait part à un hardi coup de main dirigé contre les Nemencha. 

Cette importante tribu était depuis longtemps en relations avec le faux 
chérif Mohamed-ben-Àbdallah, et lui fournissait secrètement des armes, 
des munitions et des chevaux. Ces agissements méritaient une sévère punition. 

Apprenant que quelques-uns de ses douars se trouvaient campés près du 
défilé de TOuba, le commandant supérieur de Tébessa résolut de les y sur- 
prendre. Prenant avec lui un escadron de chasseurs, cinquante spahis, 
soixante- quinze Tirailleurs et cinquante goumiers, il quitta Tébessa dans la 
nuit du 22 au 23 mai , et au point du jour tomba sur les Arabes, qui étaient 
loin de s'attendre à cette agression. Il leur enleva trois cents tentes et leur 
tua soixante -trois hommes. Par la vigueur qu*il avait déployée dans cette 
marche difficile et par le concours quMl avait prêté à la cavalerie dans Ten- 
lèvement des douars , le détachement de Tirailleurs s*était attiré tous les éloges 
du chef de l'expédition. 

Un des faits les plus importants de l'année 1854 fut Toccupation de Tuggurt. 

Depuis longtemps celte oasis, dont dépendait alors le Souf et toute la vallée 
de rOued-R'rir, obéissait à la famille des Ben-Djellab, dont quelques membres 
avaient même, à diverses époques, pris le titre pompeux de sultan. En 1834| 
le général Voirol étant gouverneur général, le cheik de Tuggurt, qui jusque-là 
n'avait reconnu que nominalement la suprématie des beys de Constantine , se 
mit en relations avec l'autorité française , et donna bientôt à son attachement 
& notre cause le caractère d'une certaine fidélité. Lors de l'occupation de 
Biskra en 1844, son fils Abd-er-Rhaman-ben-Djellab, devenu cheik à son 
tour, vint même, sans y être sollicité, rcconnailre la suzeraineté de la France 
et s'engager & payer un tribut annuel de vingt mille francs, à la simple con- 
dition de pouvoir fréquenter nos marchés. 

De ce jour, nos rapports avec Tuggurt devinrent de plus en plus suivis, et 
le cheik ne demandait qu'è s'abandonner tout & fait à notre influence, lorsque, 
vers la fin de 1851 , il fut brusquement assassiné. 11 ne laissait que des en- 
fants en bas Age, mais il avait eu la précaution, avant sa mort, de demander 
l'investiture pour son fils aine. Agé de huit ans. Cette faveur lui avait été ac- 
cordée; seulement le cheik el-arab Si-Ahmed-el-Hadj-ben-Ganah devait 
exercer le pouvoir jusqu'à la majorité de l'enfant. Le cheik el-arab, au lieu 
de se rendre immédiatement à son poste et de faire reconnaître son autorité, 
attendit, perdit 'du temps, négocia , indisposa les habitants de l'oasis, et fina- 
lement trouva la ville fermée lorsqu'il s'y présenta. 

Il existait alors un autre membre de la famille des Ben-Djellab : c'était un 
nommé Selman-ben-Djellab. Il était cousin du dernier cheik et prétendait 
être le seul héritier légitime du pouvoir; plusieurs fois déjà il avait fait des 
tentatives pour s'en emparer; mais, toutes ayant échoué, il s'était enfin réfugié 
à Ouargla auprès du chérif Mohamed -ben- Abdallah. Aussitôt qu'il apprit ce 
qui s'était passé entre les habitants de Tuggurt et le cheik el-arab, il vint à 



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142 LE 3* RÉOmCNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS (t8S4] 

Tomacin, réunit autour de lui uoo partio dos tribus do la régiou, marcha 
coutre Tuggurt et s'en empara. 

A partir de ce moment, Selman-ben-DjelIab et Mohamed-ben-AbdalIah firent 
cause commune et se mirent à razzer toutes les tribus qui nous étaient res- 
tées fidèles. Préoccupé par les graves événements dont le nord de la province 
était alors le théâtre, le général commandant la division avait dû momenta- 
nément se désintéresser de cette grave question; mais vers la fin de 1854 
la Kabylie paraissant pacifiée, il allait enfin pouvoir reporter une partie de 
son attention vers le sud. 

Le mois de novembre arrivait; avec lui la récolte des dattes allait commen- 
cer et les exactions du cheik et du chérif reprendre leur cours. Pour mettre 
les oasis à l'abri de leurs coups de main , il fut décidé qu'un goum de huit 
cents chevaux et de treize cents fantassins, soutenu par deux escadrons 
de spahis et une compagnie de Tirailleurs indigènes, irait, sous les ordres du 
commandant Marmier, des spahis, prendre position à Mégarin, au nord de 
Tuggurt. De ce point on pouvait surveiller les mouvements de Selman-ben- 
Djellab, et ôtre à môme de se porter rapidement au secours des oasis du Souf, 
au cas où celles-ci se trouveraient menacées. Pendant ce temps une réserve, 
comprenant un bataillon du 68* de ligne , trois escadrons de chasseurs et deux 
obusiers, devait se réunir à Mérayer, sous le commandement du colonel Des- 
vaux, et se tenir prôte à venir appuyer la colonne du commandant Marmier. 

Ce fut la compagnie du capitaine Vindrios qui fut désignée pour faire partio 
de la colonne de Hégarin. Le mouvement commença le 16 novembre. A cette 
époque Mohamed-ben-Abdallah, prévenu de nos intentions, était à El-Oucd , 
cherchant à recruter des défenseurs pour Tuggurt. Quant à Selman , il s'as- 
surait de la fidélité des populations de rOued-R'rir en pesant sur elles pour 
les obliger à déposer leurs dattes dans la place. 

Le 18 novembre, la colonne du commandant Marmier arrivait à Rayou; 
le 22, elle campait à Mérayer; le 24 , elle couchait près d*Ourlana, et, le 25, 
à Sidi-Rached. A partir de ce dernier point, elle trouva les oasis abandonnées : 
les habitants s'étaient réfugiés à Tuggurt. Cependant à Mégarin , où l'on arriva 
le 26, les Arabes n'avaient pas fui; mais ils nous reçurent avec des manifes- 
tations tellement hostiles, qu'on crut un moment qu'il allait falloir les réduire 
par la force. Voyant enfin qu'on allait agir envers eux avec la dernière rigueur, 
ils demandèrent l'aman. 

Le commandant Marmier voulut ensuite se porter sur Tuihet-el-Gucblia, 
pour fermer la retraite aux contingents que Mohamed-ben-Abdallah amenait 
à Tuggurt; mais il fut devancé sur ce point par le chérif, et il dut en toute 
hâte rentrer à Hégarin pour n'être pas à son tour coupé de sa base d'opé- 
rations. 

Le camp français avait été établi contre l'oasis de Mégarin. On savait très 
bien que la sourde hostilité des habitants de cette oasis rendait celte position 
dangereuse; mais le besoin de rester à côté de l'eau nous imposait celte fâ- 
cheuse situation , dont le cheik et le chérif allaient profiter pour nous allaqucr. 

Le 2U novembre, on aperçut tout à coup, à environ une lieue du camp, 
la cavalerie de Mohamed -ben- Abdallah « Une partie du goum monta aussitôt 



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[1854] EN ALGÉRIE 148 

à cheval et, soutenue par un détachement de spahis, marcha au-devant des 
cavaliers arabes, qui s*enfuirent en cherchant à attirer les nôtres dans la 
plaine. On crut à une simple escarmouche; mais au même instant de grands 
cris B*6lnv6ront de Toasts do Mégarin , et une masse do deux mille fantassins 
en déboucha brusquement pour se jeter sur le camp. C'était Tinfanterie du 
cheik et du chérif , qui, grâce à la connivence des habitants de l'oasis, avait 
pu se cacher dans celle-ci pour en sortir au moment où notre attention allait 
se trouver concentrée sur Taction de la cavalerie. 

Cette tactique, très habilement combinée, aurait infailliblement réussi sans 
la présence de troupes régulières. Mais la compagnie du capitaine Vindrios, qui 
avait pris les armes dès la première alerte, se jeta résolument sur cette iniante- 
rie, qu'elle arrêta d'abord , et qu'elle enfonça ensuite avec une ardeur que décu- 
plait rimmincnco du péril. Pendant co temps, les spahis, entraînant le goum, 
chorgcaicnt h fond cette masse confuse, faisant çà et là des trouées profondes, 
taillant, sabrant avec un acharnement qui ne cessa que lorsqu'il n*y eut plus 
un seul ennemi à combattre. Se voyant repoussés , Selman et Mohamed-ben- 
Abdallah avaient pris la fuite sans s'inquiéter de leurs malheureux fantas- 
sins. €es dçrniers laissèrent environ cinq cents hommes sur le terrain ; il n'y 
eut de sauvé que ce qui put gagner les oasis voisines et s'y cacher. De notre 
côté, nous avions onze morts et quarante-six blessés, dont deux hommes 
tués et huit blessés pour la compagnie de Tirailleurs. 

Le lendemain , le commandant Marmier fit faire une reconnaissance le long 
de l'oasis de Tuggurt; il n'en partit pas un coup de fusil. Le même jour, des 
habitants commencèrent à venir au camp; la plus intime confraternité s'établit 
aussitôt entre eux, les spahis, les Tirailleurs et les Arabes du goum. Le l*** dé- 
cembre, Selman réunit ses contingents et voulut les haranguer; mais, au lieu 
de le suivre, ils se dispersèrent. Le cheik aurait alors voulu s'enfermer dans 
Tuggurt pour nous résister avec le peu qui lui restait de fidèles; mais le ché- 
rif, qui se rappelait le siège de Laghouat , où il avait failli être pris, s'y opposa. 
Le colonel Desvaux venant d'arriver à Méraycr, les deux chefs craignirent 
d'être cernés et prirent la fuite, abandonnant la ville, dans laquelle le com- 
mandant Marmier entra le lendemain sans coup férir. Le 5 décembre, le colo- 
nel Desvaux arrivait à son tour et prenait officiellement possession de la place. 

Selman et le chérif s'étaient retirés dans le Souf. Les oasis de cette région 
avaient toujours relevé de Tuggurt; le colonel Desvaux s'y porta, reçut par- 
tout des soumissions, obligea les chefs rebelles à s'enfuir dans le Djerid tuni- 
sien, et, le 22 décembre, revint à Tuggurt. Le 26, Si-AIi-ben-Ferath , le chef 
de la famille des Okkas, fut nommé caïd de Tuggurt, de l'Oued -R'rir et du 
Souf. Selman, qui s'était réfugié en Tunisie, fut arrêté sur l'ordre du bey et 
interné à Tunis. Quant à Mohamed-ben-Abdallab , il parvint encore une fois 
à s'échapper. 

Après.avoir séjourné encore quelque temps dans la région et en avoir assuré 
l'administration, le colonel Desvaux rentra à Batna, ramenant avec lui les 
troupes des deux colonnes, à l'exception d'un détachement de cinquante Ti- 
railleurs , qui fut laissé à Tuggurt sous les ordres de M. Mohamed-ben-Kassem, 
sous-liçutenant indig(*pe. 



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144 LE 3* RÊOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1855] 

Un ordre du gouvornour général porta bionlAl à la connaissanco do Tarmée 
d'Algérie les noms des braves qui s'étaient le plus distingués dans cette pé- 
rilleuse opération. Étaient cités dans la compagnie de Tirailleurs : 

M. Vindrios, capitaine, pour avoir, par l'élan et la direction donnés à sa 
compagnie, contribué au succès de la journée du 29 novembre. 

M. Jouanneau, sous-lieutenant. 

M. Fargue, sergent-major. 

M. Mohamed-ben-Amraoui, tirailleur, pour avoir pris deux drapeaux après 
avoir tué les porteurs. 

M. Taîeb-ben-Ali, sergent, blessé. 

En récompense de l'acte de bravoure qu'il avait accompli, le tirailleur 
Mohamed-ben-Amraoui fit partie d'une députatlon envoyée à Paris pour pré- 
senter à l'empereur les drapeaux pris dans le combat do Mégarin. 

Si l'année 1854 avait été remplie par des expéditions dans toutes les parties 
de la province, l'année 1855 devait, en revanche, s'écouler dans le calme le plus 
parfait. Au nord comme au sud, à l'est comme à l'ouest, la tranquillité ne 
cessa pas un instant de régner. Aussi les Tirailleurs indigènes ne prirent-ils 
part à aucun événement qui mérite d'ôtre noté. Seules quelques modifications 
survenues dans leur organisation sont à relater ici. 

Le 9 janvier, parut un décret impérial portant création , dans chacune des 
provinces de l'Algérie, d'un deuxième bataillon de Tirailleurs indigènes, et 
réduisant le nombre des compagnies dans les bataillons d'infianterie légère 
d'Afrique. 

Aux termes de ce décret, les nouveaux bataillons devaient recevoir la môme 
organisation que les premiers. Toutefois le nombre des compagnies à former 
immédiatement n'était que de quatre ; les autres , jusqu'à concurrence de huit, 
ne devaient l'être qu'au fur et à mesure que le ministre Tordoimerait. 

Les deux compagnies de dépôt du régiment qui était en Crimée éluicnt sup- 
primées. 

Les cadres des compagnies à organiser devaient être pris dans les cadres 
de ces deux compagnies et dans ceux des neuf compagnies retirées aux ba- 
taillons d'infanterie légère d'Afrique. 

Le commandant Arnaudeau, qui sortait du bataillon indigène d'Oran, fut 
chargé de cette nouvelle organisation. Elle eut lieu le 1*^ mars 1855. 

Entrèrent dans la composition de ce nouveau bataillon : 

1« La 9* compagnie du 2* bataillon du régiment de Tirailleurs algériens (ré- 
giment de Crimée); 

2f^ Les cadres des 8*, 9* et 10* compagnies du 3* bataillon d'infanterie lé- 
gère d'Afrique; 

3* On contingent d'hommes ayant appartenu au l^*^ bataillon de Tirailleurs 
indigènes. 

Les événements ne permirent pas à ce nouveau corps de se graver la plus 
courte page avant d'être confondu dans le 3* régiment de tirailleurs algériens. 
Nous l'avons dit plus haut, la province traversa en 1855 une ère de paix 



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[1855] EN ALOÉRIB 145 

absolue, et lorsque, le 31 décembre, les deux bataillons de Tirailleurs indi- 
gènes furent dissous pour servir à la formation du 3<> Tirailleurs actuel, le 2« de 
ces bataillons n'avait encore pris part à aucune expédition. 

Là s'arrêtent les annales de celte troupe qui eut nom Tirailleurs indigènes de 
Comtantinc. Créée en vue d*un rôle purement auxiliaire, et dans le but d'en 
faire une milice provinciale destinée bien plus à assurer les opérations fiscales 
qu'& prendre part aux grandes expéditions et aux luttes sanglantes des pre- 
miers jours de l'occupation , elle était insensiblement devenue un corps d'élite 
propre h toutes les missions, un bataillon éprouvé dont les services ne se 
comptaient plus. Instruction, bravoure, discipline, dévouement : telles étaient 
les nobles traditions que des chefs intelligents y avaient peu à peu développées, 
et qu'ils laissaient comme héritage h ceux qui, avec les mêmes éléments, 
allaient organiser le 3<» régiment de Tirailleurs algériens. Aussi notre devoir 
est-il de rendre un reconnaissant hommage à cette phalange do jeunes officiers 
qui consacrèrent leurs efforts, leur talent, leur expérience & perfectionner le 
soldat indigène, & en faire ce merveilleux instrument qu'il est resté depuis, 
à lui donner cette attitude pleine de dignité, cette coquetterie particulière, 
cette allure fière et dégagée que tout le monde admire chez lui. Honneur 
& ceux qui lui ont inspiré cette attentive déférence qu'il a pour ses chefs, ce 
profond attachement qu'il témoigne pour son dropeau, cet ardent amour de 
la gloire et des dangers qu'il faut traverser pour atteindre à cette palme éphé- 
mère, qu'il a si souvent arrosée de son sangl 



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DEUXIEME PARTIE 

(1856-1871) 

DKPUIS I,A l'OllMATlON DU IIÉOIMRNT 

jusqu'à sa ilI«:NTIlÉE DE CAITIVITÉ, APRÈS LA CAMPAGNE 

CONTRe L'ALLEMAGNE 



CHAPITRE I 

(1856) 



Décret impérial itortint cr&Ulon do trois régiments do TIrailloars algériens. — Organi- 
sation du S" rAglmcnt. — Tableau du personnel (orflclers). — llépartltlon des gar- 
nisons — Afodiflcatlons dans rarnienient. — Affaire du 11 mal contre les Amoucha. 

— Expédition des Ha])ors. — Combats du 31 mai et du 1 Juin. — Dissolution de la 
colonne. — Razzia snr les Nemencha. — Réception du drapeau. — Eipédition de Test. 

— Colonnes du sud. 



Le rôle brillant joué en Crimée par les Tirailleurs algériens leur avait non 
seulement assuré une place définitive et des plus enviables dans les rangs de 
l'armée française, mais il avait en même temps démontré l'importance que cette 
troupe était susceptible d'acquérir en développant sa force, les services qu'elle 
serait peut-être un jour appelée à rendre dans les lointaines expéditions, et 
enfin l'appoint qu'elle apporterait dans la défense même du pays. Il ne fallait 
plus considérer les turcos seulement comme des auxiliaires spécialement des- 
tinés à nous prêter leur concours dons l'œuvre de conquête que nous avions 
entreprise dans le nord de l'Afrique, comme des hommes uniquement préparés 
à cette guerre d'embuscades, à cette lutte de surprises, à ces combats indivi- 
duels dont depuis quelques années la Kabylie était le théâtre, mais encore 
comme des soldats dont l'incomparable élan pouvait, sur un champ de bataille 
plus vaste, devenir un puissant élément de succès. Désormais ils faisaient 



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i4d LE 3<» RÊOIIIBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1856] 

ialégralement partie des forces effectives de la France; leur dévouement n'était 
plus à éprouver, et le gouvernement pouvait sans crainte leur donner une 
organisation définitive, conforme en tout à celle des autres corps d'infanterie, 
et répondant à l'extension que la pacification progressive de la partie monta- 
gneuse de TAlgérie donnait de jour en jour au recrutement. On a déjà vu qu'un 
2* bataillon avait été organisé dans chaque province; cette création était main- 
tenant devenue insuffisante, et, en tout cas, restait défectueuse, en ce sens 
qu'elle formait deux corps distincts, pouvant ne pas avoir le même esprit, ne 
pas jouir de la même prédilection parmi les indigènes, ne pas ôtro également 
choisis par ces derniers; il importait de réunir les forces de chacune des trois 
provinces en un seul groupe, de les placer sous le même commandement, de 
leur donner une seule administration, en un mot de remplacer les anciens 
bataillons par des régiments. Ces considérations ne manquèrent pas de frapper 
le général Randon , qu'une longue expérience avait mis à même d'apprécier 
les qualités militaires des troupes indigènes, et, sur sa proposition, le maré- 
chal Vaillant, alors ministre de la guerre, fit signer un décret prescrivant la 
formation de trois régiments de Tirailleurs algériens avec les huit bataillons 
existant déjà, y compris le régiment qui se trouvait en Orient. Ce n'était, en 
réalité, qu'un troisième bataillon à créer dans chaque province, et nous allons 
voir que dans celle de Constantine les enrôlements furent assez nombreux 
pour porter immédiatement l'effectif du 3« régiment à un chiffre atteignant 
presque au complet réglementaire fixé par le décret constitutif. 



DÉCRET IMPÉRIAL 

POSTANT CUAaTION DK TttOIS StfGiMgNTS l)K TlUAlLUUHS ALG^UIBNS 



Saiol-Cloud , lo 11 octobre 1865. 

Napoléon, etc... 

Vu la loi du 9 mars 1831 , rordonnance du 7 décembre 18U , l'arrôté du 31 oc- 
tobre 1848, et les décrets des 13 féyrier 1852, 9 mars 1854 et 9 Janvier 1855, 

GonsidéranI qu'il im^rte de constituer déflnitivemeot, sur des bases solides et homo- 
gènes, rinfîanterie indigène de TAlgérie, 

Sur le rapport de notre ministre secrétaire d'État an département de la guerre, 

Ayons décrété et décrétons ce qui suit : 

AsT. i*'. 11 est créé trois régiments de Tirailleurs algériens. Chacun de ces 
régiments aura trois bataillons de six compagnies, et sera composé conformé- 
ment au tableau annexé au présent décret. 

AsT. 9. Gos régiments prendront les u<^ 1 , S et 3. l^o prcniior sera formé dans 
la proviuco d'Algor, lo second dans lu province d'Orun , ot lo troisiènio dans lu 
province de Constantine. 

Art. 3. Toutes les dispositions qui régissent les bataillons de Tirailleurs indi- 
gènes sont applicables aux régiments de Tirailleurs algériens. Seulement Tavan- 



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[1886] EN ALGÉRIE 149 

cément aux grades de sous- lieutenant, do lieutenant et de capitaine, au lieu 
de s^effectuer sur rensemble des bataillons, s'opérera par régiment. 

ÂRTi 4. Par dérogation à Tart. 34 de Tordonnance du 16 mars 1838, les em- 
plois qui viendront à vaquer, par suite de la réorganisation de Tinfanterie in- 
digène do TAlgérie, seront donnés à Tavancemont des militaires des corps où 
la vacance se sera produite. 

Art. 5. Les six bataillons de Tirailleurs indigènes et le régiment de Tirailleurs 
algériens actuellement existants seront licenciés, et leurs éléments fondus dans 
les trois nouveaux régiments do Tirailleurs algériens. 

Fait au palais de Saint-Cloud, le 10 octobre 1855. 

Signé : NAPOLÉON. 

Parremperaor, 

Le maréchal de France ministre secrétaire d*Ètat 
au département de la guerre, 

Signé : Vaillant. 



Ainsi qu'on vient do le voir, il n*élait rien changé à la composition des 
cadres des anciens bataillons indigènes, pas plus dVilIeurs qu'au mode de re- 
crutement en usage dans ceux-ci depuis leur formation. Un tableau annexé 
au décret ci-dessus fixait de la manière suivante le complet réglementaire d'un 
régiment de Tirailleurs algériens : 

"«--■ I SI: : : : : : l^- 



f Français 279 ) „ -„n 

'^^""P*- ( Indigènes 2,78oJ ^'^^^ 

Restait à arrêter la dissolution du régiment de Tirailleurs algériens et des 
six bataillons de Tirailleurs indigènes, ainsi qu'à déterminer la composition 
du personnel (officiers) de chacun des trois nouveaux régiments. Ces ques- 
tions furent définitivement réglées par une décision impériale du 7 novembre, 
approuvant les dispositions contenues dans le rapport ci-dessous : 



RAPPORT A L'EMPEREUR 

« Paris , le 7 noTembre 1856. 
c Sire, 

« En conformité du décret impérial du 10 octobre 1855, portant création de 
trois régiments de Tirailleurs algériens et dissolution des six bataillons de 
Tirailleurs indigènes et du régiment de Tirailleurs algériens actuellement exis- 



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150 LE 3* RÉOIURNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [|856] 

ianU f j*ai riiouneiir do proposer à Vo(ro Majonté radoptioii îles iiiesiiroti siii- 
vantes : 

« La dissolution du régiment de Tirailleurs algériens et des six bataillons de 
Tirailleurs indigènes aura lieu le 31 décembre suivant. 

« Les ofQciers qui font partie de ces corps, et qui se trouvent en non-activité 
par le seul fait du licenciement, seront replacés, le même jour, dans les trois 
régiments de Tirailleurs algériens. 

« La composition des cadres d*officiers de ces régiments sera conforme au 
tableau ci-Joint. 

« Le mode de répartition suivi dans ce tableau a pour but, en ce qui concerne 
les ofQciers français, d^égaltser l'ancienneté dans les trois régiments, et, en ce 
qui regarde les ofûciers indigènes , de les maintenir dans les provinces dont ils 
sont originaires. 

« L*époque de la rentrée en Algérie du régiment de Tirailleurs étant encore 
incertaine, et ce corps pouvant, d*ici à cette époque, acquérir de nouveaux 
droits à dos récompenses, je |K)nso qu'il y a eu lieu do décider (|Uo toutos les 
yacances devront en être comblées avant son départ de Crimée, sauf à donner 
aux militaires promus par M. le marécbal Pélissier la destination affectée aux 
ofQciers qu'ils auront remplacés. 

« Si Votre Majesté accueille ces propositions, je la prie de vouloir bien 
reyétir de son approbation le présent rapport, ainsi que le tableau qui l'accom- 
pagne. 

« Le maréchal de France ministre secrétaire d'État 
au département de la guerre, 

« Signé : Vaillant. 

«t Approuvé, 

« Signé : NAPOLÉON. » 



A ce rapport était Joint le tableau des ofQciers désignés pour constituer les 
cadres de chacun des trois régiments de Tirailleurs. On trouvera ci-après les 
noms de ceux qui étaient affectés au 3*. 

En exécution du décret et de la décision précités , les l**" et 2* bataillons de 
Tirailleurs indigènes furent licenciés le 31 décembre 1855, Tun à Constantine, 
Tautre à Sétif. Le l**" Janvier 1856, eut lieu, à Constantine , la formation effec- 
tive du 3* régiment de Tirailleurs algériens. I^e procès- verbal de cette opé- 
ration fut dressé par M. Rossignol, adjoint de première classe à l'intendance 
militaire, délégué par l'intendant militaire de la division. Le môme Jour, le 
général Maissiat, commandant la province, présida lui-même à Torganisation 
du nouveau corps, en faisant reconnaître, devant la troupe réunie sous les 
armes, les officiers désignés pour en faire partie. Une reconnaissance analogue 
fut ensuite effectuée à Tégard des sous -officiers et caporaux; enfin le général 
inspecteur procéda à l'installation du conseil d'administration central , et le 
régiment dont nous faisons ici l'historique eut nom et rang dans les autres 
corps de l'armée. Il comprenait trois bataillons à six compagnies et se com- 
posait des divers éléments provenant : 



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[1886] 



EN ALQÉRIB 



181 



{o Du {er bataillon do Tirailleurs indigènes de Constantine; 
2» Du 2« bataillon de Tirailleurs indigènes de Constantine; 
3* Du détachement do Tirailleurs indigènes de Constantine revenant do 
Crimée et ayant fait partie du régiment de Tirailleurs algériens. 
La situation jointe au procès-verbal faisait ressortir reflectif suivant : 



Officiers. 
Troupe . 



86 
2,414 



Voici quel était le classement des officiers : 



ÉTAT-MAiOR 

MM. Liébert, colonel. 

Castox , lieutenant-colonel . 

Vinciguerra, major. 

Âlliou , capitaine trésorier. 

Germain , capitaine d'habillement, 

nmsflour, sous-liontonant adjoint au trésorier. 

Manouvricr, sous-lieutenant porte-drapeau. 

Poulet , médecin-major. 

Hervé , médecin aide-major. 



!«' BATAILLON 

MM. Guicliard , chef do bataillon. 

Groût do Saint-Pacr, capitaine adjudant-major. 



l*"* compagnie, 

MM. Estelle, capitaine. 

Galland, lieutenant français. 
Hadj-Hassem, lient, indigène. 
Hiriart, sous-lieutenant français. 
Mohamcd-Ali-Djcgerli, s.-I. ind. 

2** compngnk, 

MM. ncaumellc, capitaine. 

Fabre de Montvaillant, lient, fr. 
Moireau, sous-lieut. français. 
Mohamed-ben-Kassem, s.-l. ind. 

3« compagnie. 

MM. Conot, capitaine. 

Cabiro, lieutenant français. 
Mohamed-Bournass, lient, ind. 
Louvet, sous-lieut. français. 
Amar-ben-Kalafaf, s.-lieut. ind. 



4* compagnie. 

MM. Mallat, capitaine. 

Billon , lieutenant français. 
Caddour-ben-Brahim, lient, ind. 
Pélissier, sous-lieut. français. 

6« compagnie. 

MM. Letellier, capitaine. 

Verdier, lieutenant français. 
Mohamed-ben-Toudji, lient, ind. 
Fargue, sous-lieut. français. 
Messaoud-ben-Ahmed, s.-I. ind. 

6« compagnie, 

MM. Munier, capitaine. 

Maussion, lieutenant français. 
Roussel , sous-lieut. français. 



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152 



LE 3* RÊOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



[1856] 



2« BATAILLON 



MM. Arnaudeau, 
AIxon, 

i^ compagme. 

MM. Viéyille, capitaine. 

de Paillot, lieutenant français. 
Lavondes, sous-Iieut. français. 
Achmet-Khodja, sous-lieut. ind. 

2* compagme. 

MM. Yédie, capitaine. 

Sorin, lieutenant français. 
Guérin de Touryille, s.-lieut. fr. 
Larbi-ben-Lagdar, s.-lieut. ind. 

3« compagnie. 

MM. Saar, capitaine. 

Ramakers, lieutenant français. 
Mohamed-bel-Gasm, lieut. ind. 
Dufour, sous-Iieut. français. 
Ali-ben-Osman , sous-Iieut. ind. 



chef de bataillon, 
capitaine adjudant-major. 

4" compagnie. 
MM. Berrué, capitaine. 



Brisson, lieutenant français, 
de Foy, sous-lieut. français. 

5* compagnie. 

MM. Desmaison, capitaine. 

Lacroix, lieutenant français. 
Sa!d-ben-Mohamed I lient, ind. 
Sénac, sous-lieut. français. 
Ali-ben-Toumi , sous-lieut. ind. 

6* compagnie. 

MM. Clemmer, capitaine. 

Ceccaldi, lieutenant français. 



3* BATAILLON 



MM. GottretS 
Chevreuil , 

1'* compagnie. 

MM. Dorsène, capitaine. 

Quinemant, lieutenant français. 
Achmed , lieutenant indigène. 
Lescure, sous-lieut. français. 
Achmed-ben-Omar, s.-l. ind. 

2* compagnie. 

MM. Cayrol , capitaine. 

Aubrespy, lieutenant français. 
Cléry, sous-lieut. français. 
Abderrhaman-ben-Ekarfi , sous- 
lieutenant indigène. 



chef de bataillon, 
capitaine adjudant-major. 

3* compagnie. 

MM. Soumet, capitaine. 

Burin , lieutenant français. 
Ahssen-ben-Kréliil, lient, ind. 
Bosvicl , sous-lieut. français. 
Ahmed-Assen-ben-Kinaoua, sous- 
lieutenant indigène. 

4« compagnie. 

MM. Lucas, capitaine. 

Marion-Dumersan, lieut. franc. 
Coussières, sous-lieut. français. 



1 Nommé à la date du 19 JanTier. 



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[1886] EN ALGÉRIE 158 



5<^ compagnie, 

, de Lacvivier, capitaine. 
Angaminare, lieutenant français. 
Renaud, sous-lieut. français. 
Moktnr-bcn-Youssef, sous-lieu- 
tenant indigène. 



6* compagnie. 

MM. Beaudier, capitaine. 

de Boyne, lieutenant français. 



Dix-neuf vacances, se répartissant comme il suit, n*étaient pas encore 
remplies : 

Lieutenants indigènes 10 \ 

Sous-lieutenants français ^(iq 

— indigènes 6 i 

Médecin aide-major 1 y 

• 

L'absence de candidats aptes aux fonctions d'officiers n'ayait pas permis de 
porter In cndro indig(>no nu complot rAgIcmontniro. Il le fut plus tard, au fur 
et h mesure que Tinstruction des sous-officiers vint permettre do donner de 
l'avancement à ces derniers. 

Le colonel Liébert, qui venait d'être placé h la tête de cet important com- 
mandement, était un oflicier de haute valeur, ayant fait toute sa carrière mi- 
litaire en Algérie et connaissant à fond la langue, les mœurs et le caractère 
des indigènes. Dans sa main ferme et habile, les Tirailleurs allaient non seu- 
lement conserver cet excellent esprit auquel ils devaient d'avoir vu grandir si 
rapidement leur réputation naissante, mais encore acquérir de nouvelles qua- 
lités, et justifier cette réputation, en élevant leur dévouement à la hauteur 
du rôle de plus on plus honorable qu'allait bientôt leur créer les événements. Il 
était secondé dans sa tâche d'organisateur par le lieutenant- colonel Castex, 
que nous avons vu , comme chef de bataillon , blessé glorieusement dans la 
tranchée devant Sébastopol, et qui apportait, dans les fonctions qu'il allait 
remplir, une longue expérience puisée dans un séjour de plusieurs années 
au bataillon indigène d'Alger. 

Les balaillons obéissaient & dos chefs possédant tous au plus haut degré 
cotte autorité large et éclairée que donne la bienveillanco unie au talent. Sous 
leur intelligente et énergique direction, l'instruction allait ôtre activement 
poussée. Le l^^* était sous les ordres de M. Guichard, qui, en 1854, avait rem- 
placé le commandant Jolivet à la tête du bataillon de Tirailleurs de Constan- 
tine; le 2<*, de M. Arnaudcau, qui, en mars 1855, avait été chargé d'organiser 
le 2° bataillon de Tirailleurs de la province ; et enfin le 3* allait recevoir 
M. Cottret, qui devait plus tard commander au Mexique le bataillon de marche 
formé avec un contingent des trois régiments de Tirailleurs algériens. Quant 
aux capitaines, aux lieutenants et aux sous-lieutenants du cadre français, ils 
provenaient tous des précédents corps indigènes licenciés, et se trouvaient par 
conséquent familiarisés de longue date avec les éléments spéciaux qu'ils allaient 



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tttA LB 3« RËGIMRNT DE TIRAILLEURS AI.OËRIENS [1866] 

avoir à fuçoonor ol à diriger. Il cûl certuiDomcnt été dinicilo do consliluer un 
corps d'officiers présentant plus d'homogénéité, réunissant plus de savoir, en 
un mot étant mieux préparé que celui-là à la tâche laborieuse qui lui incom- 
bait. Aussi ne ferons -nous que nous en rapporter à l'opinion des divers ins- 
pecteurs généraux , en disant que le 3* Tirailleurs fut bientôt Tun des régiments 
les plus brillants de l'armée d'Afrique. 
Au moment de l'organisation , les garnisons se trouvèrent ainsi réparties : 

Étal-major du régiment à Constantine. 

Les six compagnies du \^^ bataillon à — - 



l",3«,4«et5» 


— 


du 2* 


— 


à Sétif. 


2« 


— 


du2« 


— 


à Bordj-bou-Arréridj, 


6» 


— 


du2« 


— 


à Bou-Saftda. 


Ir. 


— 


du3« 


-« 


À Riskra. 


2» et 3» 


— 


du3« 


— 


à La Galle. 


4» 


— 


du3« 


— 


à Tebessa. 


S» et 6» 


_ 


du 3* 


— i 


à Batna. 



Un détachement pris sur tout le régiment à Tuggurt. 

La plupart de ces garnisons étaient permanentes. Aussi , malgré le chiiTre 
assez élevé de l'eflectif, restait -il bien peu d'hommes disponibles pour le cas 
où le régiment aurait été appelé à prendre part à une expédition importante. 
Pour remédier à cette insuffisance, des officiers indigènes furent envoyés dans 
les places de Bône, Guelma, Djidjelli et Bougie, pour y recruter. Leurs opé- 
rations furent des plus satisfaisantes; et, du mois de janvier au mois de 
juillet, il n'y eut pas moins de neuf cent neuf hommes d'enrôlés. 

A cette époque, ainsi que cela se pratique encore pour certains postes de 
spahis, les fractions qui se trouvaient à résidence fixe s'établissaient en smala. 
Ce système apportait une amélioration sensible dans la subsistance des com- 
pagnies et aidait considérablement au recrutement, à cause des relations que 
cette vie collective et absolument conforme aux habitudes du pays amenait 
généralement avec les Arabes des tribus. 11 resta en usage jusqu'à ce que, sur 
l'initiative du colonel Le Poittevin de Lacroix , on eût donné aux Tirailleurs 
l'ordinairo dos autres troupes. 

L'armement se composait alors du fusil uHNièlo 1847. En 18!>!>, le général 
Randon avait fait essayer l'emploi des carabines à tige dans une compagnie 
du 1«' bataillon de Tirailleurs de Constantine ; mais celle tentative n'avait pas 
donné tous les résultats qu'on en attendait : les indigènes n'avaient pas su 
tirer parti des qualités balistiques do celle nouvelle arme, qui dans leurs mains 
perdait ainsi sa principale supériorité. On ne se découragea cependant pas; 
au commencement de 1856 , quatre cent cinquante fusils à tige furent de 
nouveau distribués, et l'on en arma la 1^^ compagnie do chaque bataillon. 
Celte fois, grâce à la persévérance des instructeurs, le but désiré fut atteint, 
et le régiment compta dès lors un groupe de tireurs d'élite auquel on donna 
le nom de carabiniers. Les services que ces derniers rendirent par la suite 



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[18S6] EN AT.GÊmR 185 

dédommagèrent largement de leurs efforts les officiers qui 8*étaient consacrés 
à cette laborieuse éducation. 

La campagne de ISHO s'ouvrit par une brusque insurrection en Kabylie et 
par un combat qui , bien que malheureux, n'en reste pas moins , pour le 3® Ti^ 
railleurs, un des Faits les plus honorables qui soient dans son glorieux passé. 

Les Kcrrata, fraction des Beni-Mcraî , grande tribu dont le territoire s'étend 
à l'ouest du Djebel -Babor, avaient assassiné le cheik institué par notre auto- 
rité. Voulant punir ce lâche attentat, le colonel Desmaretz, qui commandait 
alors la subdivision de Sétif, envoya aussitôt contre eux le chef du bureau 
arabe avec un goum de cent chevaux. Hais lorsque cet officier se présenta 
devant les villages incriminés et voulut exiger qu'on lui livrftt les coupables, 
il fut assailli h coups do fusil et n'eut que le temps de se retirer. 

(l'était un acte do rébellion; il fallait un exemple éclatant. Dès qu'il en fut 
informé, lo colonel Desmaretz renvoya le goum, mais en le faisant appuyer 
par trois cent vingt-deux hommes des 3", i^ et 8* compagnies du 2* bataillon 
de Tirailleurs algériens, sous les ordres du commandant Arnaudeau. 

Ce détachement quitta Sétif le 10 mai au soir, et, après une marche forcée 
d'au moins soixante kilomètres, exécutée dans la nuit, arriva le lendemain 
dovont les villages révoltés. En un instant ceux-ci furent pris et brûlés, ainsi 
que la mosquée de Sidi-Atia, la plus vénérée du pays. 

Mais, pendant ce temps, la nouvelle de la marche des Tirailleurs s'était ra- 
pidement répandue dans les environs, et de nombreux contingents du Babor 
et du Ferdjiouah (Beni-Meral, Menchar, Ouled-Salah, Ouled-AIssa, etc.) s'é- 
taient immédiatement réunis pour marcher au secours delà fraction attaquée. 
Lorsque , leur opération terminée , nos compagnies voulurent songer à la re- 
traite, le nombre des rebelles qu'elles avaient eu à combattre se trouvait 
considérablement groi^si, et de tous les points do l'horizon d'autres Kabyles 
accouraient pour couronner les crêtes au pied desquelles la petite colonne 
devait défiler. 

Le mouvement en arrière commença et s'elTectua d'abord dans le plus grand 
ordre, dans la direction de l'Oued-Berd. L'ennemi n'était pas encore trop 
agressif, et bien que sa force, qui allait s'augmentant toujours, dût inspirer 
une certaine inquiétude & ceux qui connaissaient sa ruse et son acharnement, 
on marchait avec confiance et sans hâte vers le point où Ton espérait trouver 
le salut. Que craignait-on, en effet? L'Oued-Berd traversé, on allait se trouver 
sur le territoire des Amoucha, des alliés fidèles qui ne manqueraient pas de 
nous offrir leurs concours et sous la protection desquels on pourrait enfin 
prendre un peu.de repos, et même au besoin attendre des secours de Sétif. La 
distance qui en sépare est bientôt franchie; on arrive, on passe le ruisseau 
tant désiré : on est chez des amis. Mais de toutes parts la fusillade éclate, de 
tous côtés de nouveaux assaillants surgissent : les Amoucha sont aussi contre 
nous. Méconnaissant la voix de leurs chefs, ils se joignent aux autres rebelles, 
et la montagne, la vallée, aussi loin que l'œil peut s'étendre, ne sont qu'une 
vaste forêt de burnous, qu'un fourmillement d'êtres sauvages poussant des 
cris féroces et se ruant sur nos pauvres soldats, au moment où ceux-ci 
croyaient atteindre enfin au terme de leurs efforts. 



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186 LE 3* nËOIIIENT DE TIRAIM.BUR8 ALGÉRIENS [1856] 

Les Tirailleurs firent cependant bravement face au danger; un gros d'enne- 
mis s*6tant avancé pour leur couper la retraite dans le lit môme de TOued-* 
Berd, ils fondirent sur lui à la baïonnette, pénétrèrent fort avant dans sa 
masse profonde, mais ne purent parvenir à Tenfoncer. Il fallut même renoncer 
à l'espoir de se faire jour sur ce point; le nombre des Kabyles grossissait tou- 
jours, notre petite troupe pouvait ê(re cernée. Réunissant alors ses trois 
compagnies, le commandant Arnaudeau se jeta avec elles sur la gaucbe, et, 
s'élançant à leur tète, les entraîna vers un col dont renlèvcment était pour 
nos soldats une question de vie ou de mort. Toutes les crêtes qui le dominaient 
étaient couvertes par les Amoucha. Oubliant leurs fatigues, les Tirailleurs se 
précipitèrent avec l'ardeur du désespoir sur ces traîtres, dont lé défection était 
la chose la plus inattendue; et une lutte sanglante, terrible, sans merci de 
part et d'autre, commença immédiatement pour se continuer pendant au moins 
dix kilomètres sans trêve ni répit, et dans l'incroyable proportion d'un contre 
dix. 

Tout ce que peut le courage, tout ce dont est capable l'héroïsme, fut tenté 
dans ce critique et sublime moment : le col fut enlevé, les Kabyles se virent 
rejetés sur les flancs de la montagne, le terrain se trouva momentanément 
d^agé; mais, ces ennemis culbutés, d'autres non moins menaçants les rem- 
placèrent aussitôt, et la retraite devint un incessant effort, pour lequel il 
eût fallu des Titans au lieu d'hommes épuisés par vingt heures de marche ou 
de combat. Qu'on se figure, en effet, une troupe partie la veille de Sétif, ayant 
fait quinze lieues dans la nuit et, sans avoir pris le moindre repos, se battant 
depuis le matin, refaisant la même étape au milieu de populations soulevées, 
voyant à chaque pas les difficultés grandir, et subissant la cruelle nécessité 
de combattre, de combattre toujours pour n'être pas cernée, pour n'être pas 
massacrée par un ennemi implacable, dont l'audace et l'acharnement redou- 
blaient à mesure qu'il sentait sa proie lui échapper. 

Cette meurtrière action dura tant qu'on fut sur le territoire des Amoucha. 
Enfin on atteignit Sétif; on fit l'appel : quatre-vingt-dix hommes manquaient. 
Plus tard , lorsqu'il fut possible d'obtenir des renseignements sur le sort de 
ces malheureux , il fut établi que quarante-deux avaient été tués dans le com- 
bat ; les autres avaient reçu des blessures plus ou moins graves et étaient restés 
entre les mains des Arabes , qui les avaient achevés pour la plupart. 

En présence de cette situation, le général Maissiat, commandant la division, 
dirigea aussitôt les troupes disponibles de la province sur Sétif. Le 17 mai, 
la 1^ compagnie du 3« bataillon, les V; S"", 4« du 1«>^ bataillon et la 1^ du 
2* bataillon quittèrent Constantine sous les ordres du colonel Liébert. Le 21, 
ces compagnies arrivèrent à Sétif. La colonne devait se former au camp de 
Medjes-el-Foul , à environ vingt-cinq kilomètres au nord , sur le territoire des 
Ouled-Ameur; les 2«, 3«, 4® et 5« compagnies du 2<^ bataillon s'y étaient déjà 
rendues dans la journée du 20; les autres les y rejoignirent le 22. La portion 
du régiment qui se trouva alors réunie i>our prendre |>art à l'expédition con- 
stitua un effectif de trente-quatre officiers et de mille soixante-trois hommes. 
On en forma deux bataillons, qui restèrent sous les ordres des commandants 
Guichard et Arnaudeau. 



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[1856] EN ALGÉRIE 157 

Le 29, le général MaièBÎat yint prendre le commandennent supérieur des 
troupes. Il organisa celles-ci en deux brigades, qui furent placées, la première 
sous les ordres du colonel de Margadel , la seconde sous le commandement 
du colonel Dosmarctz. Le régiment do Tirailleurs ro trouvait dans la première. 

Le but de Pexpédition qui allait 8*ou?rir était d'abord de punir sévèrement 
la tribu des Amoucha pour sa participation au combat du 11, puis de sou- 
mettre de nouveau par la voie des armes toutes les populations kabyles qui s'é- 
taient insurgées dans le territoire compris entre TOued-Berd et la mer, depuis 
l'embouchure de TOued-Agrioun jusqu'à Ziama. 

Le 30, la colonne se porta à A!n- Portas, chez les Ouled- Djebar. Le 31, à 
onze heures du matin, la première brigade, un bataillon de zouaves, toute 
la cavalerie et deux obusicrs do montagne furent dirigés sur le pays des Ouled- 
Khalfala, oit do nombreux rassomblomcnts avaient été aperçus sur le versant 
est du Djebel-Moiitanon , au pied du Dabor. Le goum ouvrait la marche; venait 
ensuite le régiment, avec le 2« bataillon en tète. Après avoir brûlé les villages 
des Ouled-Djebar, des Arguebet des Khalfala, Tavant-garde traversa l'Oued- 
Berd et se trouva au pied du Djebel-Montanon. 

Le feu s'ouvrit aussitôt entre le goum et les Kabyles. Ces derniers occupaient 
une très forte position sur les deux rives de TOued-Berd : sur la rive droite, 
ils défendaient le village de Sidi-Rezek-Allah ; sur la rive gauche, ils garnis- 
saient les crêtes d'un contrefort du Djebel -Mentanon dominant les villages et 
les jardins des Aïaoun-Sultann. Le 2^ bataillon s'était avancé au pas de course 
à la suite du goum et avait pris position sur la rive gauche de la rivière; le 
i*** s'était déployé à la gauche du 2*, et, après avoir détruit deux yillages, 
avait par ses feux déterminé la retraite d'un important groupe d'ennemis. 
Pendant ce temps, le 7® de ligne s'était emparé de la position d'Aiaoun-Sul- 
tann. 

A ce moment, le général ayant décidé l'occupation de toutes les positions, 
le colonel Liébert reçut l'ordre de s'établir au village de Rezck-Allah. Se met- 
tant à la tête de deux compagnies du i*' bataillon , le colonel traversa la rivière 
sous le feu de l'ennemi et aborda vigoureusement les Kabyles, qui en on ins- 
tant furent culbutés et successivement chassés des gourbis et des jardins qui 
leur servaient d'abris. C'était sur ce point que se trouvait leur ambulance; 
après l'avoir vaillamment défendue, ils cherchèrent à sauver leurs blessés, 
mais ils ne purent parvenir à en emporter qu'une partie, l'autre resta entre 
nos mains. L'occupation de Rezek-Allah avait décidé du succès : l'ennemi 
fuyait de toutes parts. La poursuite commença et se continua jusque près du 
village de Taguerboust, au pied du Djebel-Babor. 

Nous restions maîtres de tout le Djebel -Mentanon. Cette opération, qui 
avait commencé par une reconnaissance, s'était terminée par un combat dé- 
cisif. Les Kabyles avaient subi des pertes considérables, mais ils nous avaient 
chèrement fait payer le succès : le régiment comptait à lui seul un officier 
blessé, M. Louvet, sous-lieutenant, deux hommes tués et trente-six blessés. 

On bivouaqua sur les positions conquises. Le lendemain, les troupes qui 
étaient restées à Aln-Fortas rejoignirent le nouveau bivouac. 
Le 2 juin , la 2'' brigade et la cavalerie étant allées faire une reconnaissance, 



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168 LE 8* RftOIMBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1806] 

quelques contingents profitèrent de l'éloignement de cette partie des troupes 
pour attaquer les grand*gardes du 71* de ligne. Celles-ci se dérendirent éner- 
giquement, et l'ennemi, repoussé sur tous les points, se retira dans le village 
de Taguerboust, position réputée imprenable d'où il pouvait menacer notre 
camp. Le général résolut de l'en déloger aussitôt et de détruire la zaoula, les 
jardins et les nombreux villages des Ouled-Salah groupés autour de ce point. 

Ce Tut le 3* Tirailleurs qui eut pour mission d'exécuter cette difficile opéra- 
tion. Les deux bataillons descendirent dans .le lit de l'Oucd-Berd, en suivirent 
le cours, et vinrent déboucher au-dessous de Taguerboust et du marabout des 
Ouled-Aîssa. Le mouvement s'exécuta avec tant d'ordre, de rapidité et de pré- 
cbion, que les Kabyles, surpris, essayèrent à peine de résister. On ne leur 
donna du reste pas le temps de se reconnaître; aussitôt arrivés, les bataillons 
s'élancèrent sur Taguerboust, l'enlevèrent avec un élan irrésistible, et en 
moins d'une heure occupèrent tous les points dominant les habitations des 
Ouled-Salah. L'ennemi fuyait en désordre vers la partie supérieure du Ikbor. 

La nuit approchait; il n'était pas possible d'aller plus loin. Après qu'on eut 
mis le feu à tous les gourbis, les diverses fractions du régiment furent ras- 
semblées, et, vers six heures, on abandonna la position sans sonnerie. Quand 
l'ennemi s'aperçut de notre mouvement de retraite, les points les plus difficiles 
étaient déjà évacués. Sous la protection de la compagnie des carabiniers du 
2« bataillon, le régiment continua sa route sans être trop inquiété. A huit 
heures, tout le monde était rentré au camp. 

Les pertes de la journée s'élevaient à un homme tué et douze blessés. 

A partir de ce moment, la résistance des Kabyles fut complètement vaincue; 
les opérations n'allaient plus comprendre que quelques reconnaissances et des 
travaux ayant pour but d'ouvrir des voies de communication. 

Le 9, on quitta le camp d'Aîaoun-Sultann ; la colonne contourna le Djebel- 
Mentanon par le sud, traversa l'Oued -Berd un peu au-dessus du marabout 
de Sidi-AUa , et vint s'établir sur la rive droite dans l'angle formé par l'Oued- 
Berd et l'Oued-Menalla. Le 10, on se porta à Ain-Sidi-Tallout. Vers midi, 
quelques groupes de Kabyles s'étant montrés sur les hauteurs, on envoya 
quatre compagnies du régiment pour les disperser; mais l'ennemi se contenta 
de tirer quelques coups de fusil qui n'atteignirent personne, puis il prit la 
fuite pour ne plus reparaître de la journée. 

Le 16, une partie de la brigade Desmarets, renforcée par le 1*' bataillon 
du régiment, se porta chez les Ouled-Salah et les Deni-Drassen. De nombreux 
villages et jardins furent brûlés ou détruits, et la colonne rentra sans être in- 
quiétée. 

Le 20, le camp fut levé; la colonne alla s'établir à Tanierdja-Zoudj , chez 
les Ouled-Salah entre le Babor et le Tababor. Le 21, un brouillard épais 
empêcha toute sortie. Le 22, eut lieu une opération contre les Ouled-Ayades, 
fraction des Ouled-Salah qui conservait une attitude hostile^ Grâce à un mou- 
vement audacieux eiécuté par le régiment appuyé par trois compagnies de 
chasseurs à pied, les Kabyles, surpris et déconcertés, se dispersèrent sans 
résister. Quelques coups de fusil furent cependant échangés , mais sans qu'il 
y eût un seul homme d'atteint chez nous. 



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[1856] EN ALGÉRIE 159 

Gctlo opération fut la dernière do Toxpédition. La chaleur était devenue 
excessive; les troupes commençaient à avoir besoin de repos. Jusqu'au 2 juil- 
let, elles furent encore employées aux travaux des routes; puis, le 3, la co- 
lonne fut dissoute , et les divers détachements renvoyés dans leurs garnisons 
respectives. Le 11 juillet, le colonel Liébert rentrait à Gonstantine avec les 
compagnies qui en étaient parties, à Texception de la 1^ du 2® bataillon restée 
à Sétif , où elle était arrivée Je 7, avec les !^, 3*, 4* et 5« de ce même ba- 
taillon. 

Au moment de se séparer des difTéreots corps qui avaient combattu sous ses 
ordres, le général Maissiat leur avait adressé un ordre des plus flatteurs, dont 
nous détachons le passage suivant : 

« Je saisis cette occasion pour exprimer aux officiers et soldats combien j^ai 
été satisfait do la conduite qu'ils ont tenue pendant le cours de cette expédition. 
Malgré les difficultés du terrain, partout où Tennemi B*est montré, il a été 
abordé avec un entrain et une vigueur qui, dès les premiers jours, lui ont 
laissé peu d'espoir sur les résultats de sa révolte; ses pertes sont considérables : 
quatre cents morts ou blessés, cinquante villages détruits ont vengé les tra- 
hisons des iO et li mai. » 

Et nous ajouterons : non seulement ceitc trahison était vengée, mais elle 
l'était en grande partie par ceux mêmes qui en avaient été victimes. Dans les 
journées du 31 mai et du 2 juin , les Tirailleurs avaient prouvé' aux Kabyles 
que le souvenir de leurs frères lâchement assassinés dans les montagnes des 
Amoucha n'était pas près de s'éteindre chez eux. 

Le 1^> juillet, la G<^ compagnie du 1°** bataillon, sous les ordres du capitaine 
Munier, partit subitement de Batna pour coopérer à une razzia sur les Ne- 
mcncha, non loin d'Aîn-Reîda. Cependant, malgré la rapidité de sa marche, 
elle arriva trop tard pour prendre une part eflective & Topération; celle-ci, 
menée uniquement par la cavalerie, fut un peu trop hâtée et ne donna pas 
tous les résultats qu'on était en droit d'attendre. Le 23, cette compagnie 
rentrait & Batna. 

Le 27 juillet, eut lieu à Gonstantine une imposante cérémonie : la remise 
du drapeau destiné au régiment. Le général Maissiat , après une revue passée 
à cet elTot, retraça en quelques mots les glorieux événements auxquels les Ti- 
railleurs avaient déjà pris part, et confia au colonel Liébert ce noble emblème 
de la patrie. C'est ce même étendard qui allait recevoir la croix de la Légion 
d'honneur pour la prise de deux drapeaux ennemis au combat de San-Lorenzo, 
et le même encore, qui, en 1870, devait être brûlé sur l'ordre du colonel 
Barrué, pour être soustrait aux Prussiens lors de la capitulation de Sedan. 

Le 27 septembre, \e2^ bataillon, détaché à Sétif, quitta cette ville pour 
aller à Akbou faire partie d'une colonne d*observation sous les ordres du colo- 
nel Desmareiz. Au bout d'un mois de séjour, les troupes qui composaient 
cette colonne rentrèrent dans leurs garnisons sans avoir eu un seul engage- 
ment. 

Le 9 octobre, un détachement de cinquante Tirailleurs, commandé par le 



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160 LE 3® RÊGIIIBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE [ 18561 

80U8-lieutenant Bosvicl, quitta La Calle pour aller rejoiadre à Bou-IIadjaâr 
une colonne qui, sous les ordres du général Périgot, devait opérer dans la 
vallée de la Hedjerda. Le 16, eut lieu, sur les bords do cette rivière, un léger 
combat auquel ce détachement trouva l'occasion de prendre une brillante 
part. Le 26, H. Bosviel et ses cinquante hommes rentraient à La Galle. 

Au commencement de décembre deux colonnes furent organisées, l'une 
à Biskra sous les ordres du général Desvaux, l'autre à Bou-Saâda sous le 
commandement du lieutenant-colonel Pein, pour Taire une pointe dans le 
Sahara. La l)^ compagnie du 3® bataillon (capitaine Dorsône) fit partie de la 
première de ces colonnes, et la 6® compagnie du 2<* bataillon (capitaine Clem- 
mer) de la deuxième. Le mouvement commença des deux côtés le 15 décembre. 
Le général Desvaux visita successivement Tuggurt, Temacin, Ouargla et Né- 
grine, et rentra à Biskra le 9 février 1857, après cinquante-cinq jours de 
marche, sans avoir nulle part rencontré la moindre résistance. Quant au lieu- 
tenant-colonel Pein, il se dirigea d'abord sur Ouargla, et revint par Temacin, 
Tuggurt et Négrine. Le 18 février, il rentrait à Bou-Saâda, après avoir par- 
couru environ douze cent trente- trois kilomètres. Dans le cours de ces deux 
opérations, les Tirailleurs s'étaient fait remarquer par leur résistance à la 
fatigue, leur résignation devant les privations endurées et leur inaltérable 
entrain; ils avaient été surtout d'un grand secours pour nos relations avec les 
Arabes des oasb. 



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EXPÉDITION DE Lk GRANDE-KÂBYLIE 



CHAPITRE II 

(1857-1858) 



(i857) Expédition de la Grande-Rabylie. — Opérations de la colonne principale. — 
Prise d*Âguemoun (30 Juin). — Dissolution du corps expéditionnaire. — Opérations 
de la division Maisslat. — Prise du col de Cihellata (S? juin). — Ciombat du 29 Juin. 
— Actes de courage de deux sous -officiers. — Rentrée des troupes. — Expédition de 
Test. — (1858) Opérations dans le sud. — Le colonel de Lacroix est appelé an com- 
mandement du régiment. — C!olonne de l'est. — Formation de deux compagnies des- 
tinées au Sénégal. — Expédition contre les Ouled-AIdoun. — Colonne de TAurès. 



L'année 18S7 fut tout entière consacrée à l'expédition de la Grande-Kn- 
bylio, à laquelle prirent port toutes les troupes disponibles de l'Algérie. Celte 
expédition , qui devait être le couronnement de celles des années précédentes , 
était depuis longtemps demandée par le maréchal Randon , gouverneur gé- 
néral, pour en fmir avec l'œuvre de pacification entreprise au sein de ces 
populations belliqueuses de la partie montagneuse des provinces de Constan- 
tine et d'Alger. Beaucoup de tribus de cette région n'avaient pas encore ac- 
cepté notre autorité, et, parmi celles qui obéissaient à des cheiks et à des 
calds nommés par nous, bien peu étaient sincères et consentaient à voir 
dans notre conquête l'immutabilité du fait accompli. On se rappelle les 
troubles survenus dans les Babors en 1856; d'autres, non moins sérieux, 
avaient éclaté à celte môme époque dans la province d'Alger, et nécessité 
rintcrvention du général de Ligny, commandant la subdivision de Dellys. 
L'ogitateur le plus fanatique, en môme temps que le plus dangereux , était 
cette fois un nommé El-Uadj-Amar. Ancien lieutenant de Bou-Baghla, il avait, 
après la mort de ce dernier, continué à prôclier la révolte dans tout le bassin 
du Sébaott , et son influence allait grandissant toujours. C'est sur son insti- 

11 



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152 LE 3<* RÊOIUENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l857] 

galion que les Kabyles avaient, au mois do seplmnbre 18!iG , dirigé une 
attaque sur le poste de Dra-el-Mizan. Grâce aux mesures qui avaient été 
immédiatement prises, cette tentative avait été victorieusement repoussée; 
mais l'agitation était restée latente, et les troupes de la division d'Alger , sous 
les ordres des généraux Renault et Yusuf, avaient dû, jusqu'au mois de no- 
vembre, rester en observation dans la contrée. 

Les opérations projetées allaient embrasser toute la Grande-Kabylie ; pen- 
dant qu'un corps expéditionnaire de trois divisions devait, sous les ordres du 
gouverneur général, pénétrer dans cette contrée par l'ouest, une autre divi- 
sion , commandée par le général Maissiat, avait pour mission de se concentrer 
sur les frontières sud -est, en face du col de Cbellata, l'un des passages de 
la grande crête rocheuse du Djurjura , et trois colonnes d'observation de 
s'établir, l'une à l'entrée de la vallée de Boghni, l'autre cher les Benî- 
Mansour, dans la vallée de l'Oued -Sahel, et enfin la dernière à Tazmaict, 
chez les Beni-Abbès. C'éUit là, en résumé, un vaste investissement qui allait 
enfermer le pays dans un cercle de baïonnettes. 

La concentration de la colonne principale eut lieu en avant du fort de Tizi- 
Ouzou, dans la plaine du Sébaou. Vingt-cinq mille hommes obéissant aux 
généraux Renault, de Hac-Hahon et Yusuf, furent rassemblés là. Un seul 
bataillon du régiment fut appelé à en faire partie; il fut placé dans la bri- 
gade Périgot, qui elle-même fut comprise dans la 2* division, commandée 
par le général de Mac-Mahon. 

A cet effet, l'état- major et les l^*, 5* et 6<» compagnies du S^" bataillon , 
quittèrent Bône le 10 avril pour se rendre à Constantine , où ils arrivèrent 
le 14. Là ces compagnies, jointes aux 5<» et 6^ du 1*>^ bataillon, formèrent 
un bataillon de marche qui fut placé sous les ordres du commandant 
Cottret. Le 17 avril, ce bataillon se mit en route pour Sétif, où se for- 
mait la brigade Périgot, laquelle quitta bientôt cette ville pour se rendre 
au camp de Tizi-Ouzou, où elle arriva dans les premiers jours de mai, après 
quinze jours d'une uiarchn rendue souvent fort difficile pur lu mauvais étut 
des chemins. 

Le 17 mai, le maréchal Randon vint prendre le commandement en chef. 
11 décida que les opérations commenceraient par l'envahissement du terri- 
toire des Beni-Iraten, la tribu la plus importante parmi celles qui restaient 
insoumises. Ce mouvement devait avoir lieu le 19 ; mais, le mauvais temps 
étant survenu, il fallut l'ajourner. 

Le 24, au point du jour, les trois divisions levèrent leur camp et se mirent 
lentement en marphe vers l'est, celle du général Renault à droite, celle du 
général Yusuf au centre, enfin celle du général de Mac-Hahon à gauche. 
Dans cette dernière, ce fut la brigade Bourbaki qui fut chargée d'enlever les 
positions ennemies. Cette brigade avait devant elle un premier plan de ter- 
rains à pentes douces plantés de figuiers et occupés çà et là par quelques 
hameaux fortifiés; puis, à trois cents mètres au-dessus de la vallée, le village 
de Tacherahir, centre de la résistance sur ce point, et enfin, à une altitude 
d'à peu près huit cents mètres, le plateau de Souk-el-Arba , but des opéra- 
tions de la journée. La brigade Périgot devait , en cas de besoin , appuyer son 



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[1857] EN ALOËRfE f63 

mouvement , tout en B*étendant sur la droite, pour se relier avec les troupes 
du général Tusuf. 

Tachcrahir fut rapidement enlevé; Délias, autre bourgade, subit bientôt 
le même sort, ainsi qu'Imaîseren et Bou-Afra, et la division de Mac-Mahon 
ne fut plus qu'à une faible distance du plateau de Souk-el-Ârba. A ce mo- 
ment elle reçut l'ordre de s'arrêter pour attendre les deux autres, légèrement 
en retard sur son mouvement. Dans la deuxième phase de la lutte, le bataillon 
du 3® Tirailleurs s'était déployé pour repousser une attaque tentée par des 
Kabyles que la division Tusuf avait rejetés sur la gauche. Deux compagnies, 
les l^et 6* du 3® bataillon, furent même, pendant un instant, asses se-' 
rieusement engagées; on put croire que toute la 2* brigade serait obligée 
d'intervenir; mais, débordes par le 3* zouaves, pressés par un bataillon 
du 93*^, les Kabyles ne résistèrent pas, et cherchèrent le salut dans une fuite 
précipitée, que favorisèrent un peu les profonds ravins descendant vers le 
Sébaou. Après cet effort, [la lutte cessa de ce côté, et nos troupes n'eurent 
plus qu'à se fortifier dans les positions conquises, en attendant l'arrivée des 
autres divisions. 

A midi, tout était terminé; nous étions victorieux sur tous les points; les 
Kabyles fuyaient dans toutes les directions. La poursuite devenant inutile, 
puisque le pays se trouvait, pour ainsi dire, cerné, les troupes s'établirent au 
bivouac, et se reposèrent des fatigues que ces huit heures de combat leur 
avaient coûtées. Le soir , la 3» compagnie du 1^ bataillon fut envoyée en 
grand'garde; elle resta en position pendant vingt- quatre heures, et durant 
tout ce temps eut à repousser des attaques continuelles de la part de Ten- 
nemi. Elle eut deux hommes tués, ce qui porta les pertes totales du ha- 
tnillon , pour la journée du 24, à deux tués et quatorze blessés. 

Dans cette circonsUmce, le sergent llassein-ben-Ali s'était signalé par un 
acte de courage qui lui valut plus tard la croix de la Légion d'honneur. 
Un homme de son poste venait d'être tué et était resté entre les mains des 
Kabyles, qui se disposaient à le mutiler. Le sergent se précipite, disperse ses 
adversaires , et parvient à leur arracher le corps de son camarade, qu'il raiH 
porte au poste en essuyant plusieurs coups de feu. 

Le lendemain , les Beni-Iraten vinrent faire leur soumission ; les jours sui- 
vants ce fut le tour des Beni-Fraoucen , des Beni-Bouchaïb, des Beni-Setka, 
des Beni-Mahmoud , etc. 

Le 28, la division de Mac^Mahon s'établit à Aboudid. A partir de ce jour, 
les troupes allaient être employées à des travaux plus pacifiques : il s'agissait 
de relier Souk-el-Arba, où un fort allait être construit, à Tizi-Ousou, au 
moyen d'une route dont les soldats seuls devaient être les ouvriers. Pendant 
un mois, la pioche et la pelle remplacèrent le fusil; une voie de communica- 
tion se dessina bientôt sur les flancs de ces montagnes abruptes, et, le 14 juin, 
jour anniversaire de Marengo et de Friediand , le maréchal posa lui-même la 
première pierre du fort Souk-el-Arba, qu'on nomma d'abord fort Napoléon, et 
qui porte aujourd'hui le nom de fort National. 

Restait cependant à soumettre les Beni-Menguillet, voisins immédiats des 
Beni-Iraten. Depuis un mois cette tribu se préparait à la résistance, et pla«- 



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164 LE 3« RÊQIIIBNT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1857] 

sieurs fois déjà nos grand'gardes avaient été attaquées. Le 24 juin , la division de 
Mac-Hahon commença la première son mouvement eu quittant Aboudid , 
pour se porter contre le village d'Icheriden , position dominante où les Hen- 
guillet avaient concentré leurs défenses. De fortes barricades, des fossés pro- 
fonds, des abatis, tels étaient les obstacles que les assaillants allaient trouver 
accumulés sous leurs pas. 

Ce fut encore à la brigade Bourbaki que revint Thonneur de commencer 
Tattaque. I^e 2^ zouaves et le 54* de ligne s'élancèrent; mais lorsque, après 
avoir gravi les premiers contreforts donnant accès à Icheriden, ils débou- 
chèrent à environ deux cents mètres de cette position, ils furent assaillis 
par un feu tellement violent, qu'ils durent s'arrêter. Le mouvement en avant 
ne put être repris qu'à l'arrivée d'un bataillon de la légion étrangère , qui 
tourna la position par la gauche. A ce moment, la charge sonna de nouveau 
sur toute la ligne , et le village fut enlevé. 

Chassés d'Icheriden , les Kabyles s'étaient rejetés sur tous les versants de 
la montagne, prenant pour lignes de retraite les contreforts menant à la 
vallée des Beni-Yenni , et surtout un chemin sinueux allant au village d'A- 
guemoun-Isen, dernière position occupée par eux. La légion étrangère et le 
2* zouaves essayèrent de les y poursuivre, mais ils durent bientôt se replier, 
décimés par un feu meurtrier. La brigade Périgot venait d'arriver; elle fut 
déployée en toute hâte et chargée de protéger d'abord la retraite de la brigade 
Bourbaki, puis d'occuper les positions qu'on venait de conquérir. Le combat 
dura plusieurs heures, diminuant peu à peu d'intensité, et enfin cessa tout 
'à fait. La nuit vint, les troupes s'établirent au bivouac et ne furent plus in- 
quiétées. La journée d'Icheriden avait été l'une des plus sanglantes qu'on eût 
vues en Algéne. Cependant le bataillon de Tirailleurs, qui n'était entré en 
ligne que fort tard, n'avait été aucunement éprouvé. 

Le 25, la brigade Périgot fut chargée d'opérer une diversion sur les Ueni- 
Yenni , attaqués en même temps par les divisions llenuult et Yusuf. 

Le 30, à deux heures de l'aprôs-midi, cette brigade prit encore les armes , 
pour marcher sur Aguemoun-Isen , dernier point qui nous restait à enlever 
pour être maîtres de toute cette crête du Djurjura, qui s'étend parallèlement 
au cours supérieur du Sébaou. Trots colonnes furent formées : à gauche, le 
colonel de Chabron, avec deux bataillons de zouaves; au centre, le comman- 
dant Niepce, avec le 11* bataillon de chasseurs; à droite, le colonel Paulze 
d'Ivoie , avec le bataillon de Tirailleurs algériens et un autre du 93* de 
ligne. 

Ce fut le bataillon de Tirailleurs qui eut pour mission d'enlever le village. 
Formant l'extrême droite do notre ligne, il descendit par un cheuiiu 
rocailleux au fond d'un étroit ravin, qui lui permit de prononcer une partie 
de son mouvement tournant à l'abri des retranchements ennemis. La 6* 
compagnie (capitaine Munier) du l^^" bataillon tenait la tête. Dès que co 
mouvement fut achevé, le colonel Paulze d'Ivoie lit donner le signal de 
l'assaut; les Tirailleurs se précipitèrent avec leur vigueur accoutumée, et 
d'un seul élan gravirent la pente abrupte qui les séparait d'Aguemoun, pro- 
tégés par l'inclinaison même du terrain , qui les plaçait dans un angle mort 



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[18S7] EN ALGÉRIE 165 

OÙ les balles kabyles ne pouvaient les atteindre. Enleyée par le capitaine 
Manier, qui le premier escalada les barricades ennemies, la 6* compagnie 
pénétra aussitôt dans la position; le restant du bataillon suivit de près, et 
bientôt les Kabyles, débordés sur tout leur front par nos trois colonnes, dont 
les ailes s*étaicnt rabattues, menacés sur leurs derrières par un mouvement 
de nos contingents alliés, commencèrent à s'enfuir, nous abandonnant presque 
sans combattre toutes ces fortifications élevées à grand*peine, et derrière 
lesquelles ils se croyaient complètement à Tabri. En moins d'une heure toute 
la montagne d'Agucmoun fut en notre pouvoir. Cet important succès, qui 
terminait si brillamment la campagne, fit presque oublier, par le peu de 
monde qu'il avait coûté, les pertes cruelles d'Icheriden. La brigade Périgot 
n'avait, en effet, pas eu plus de douze blessés, dont deux officiers; encore ces 
perles portaient- elles à pou près uniquement sur le bataillon de Tirailleurs, 
qui comptait huit blessés, dont le capitaine Munier, atteint à bout portant 
à la tête de sa compagnie. 

Ce combat fut le dernier elTort sérieux tenté par les Kabyles; poursuivis de 
toutes parts , enveloppés par les colonnes d'observation qui les maintenaient 
sur leur territoire, poussés du côté du col de Chellata par la division Maissiat, 
qui nvnit combiné f«es opérations avec celles doMa colonne principale, ils 
n'avaient plus qu'A subir les conditions des vainqueurs. Les ncni-Menguillet, 
les Ataf , les Akbilcs, les Bou-Youssef , les Zaoua, les Beni-Acache , les Tahia, 
IcsZouaoua vinrent successivement faire leur soumission, et le parti delà 
résistance ne compta plus que quatre tribus peu importantes , mais que les 
difficultés du terrain semblaient devoir protéger contre nos incursions : les 
Reni-Ithouragh , les Illilten, les Illoula-ou-Malou et les Beni-Idjer. 

Après la prise d'Aguemoun-Isen, la division de Mac-Mahon était Tenue 
camper à Djemma-el-Korn, en plein pays menguillet; un demi-bataillon 
resté à Icheriden et les contingents alliés des Beni-Iraten et des Fraoucen 
devaient protéger les convois entre Souk-el-Arba et le nouveau camp. Le 
5 juillet, cette division se remit de nouveau en route, et se porta au sebt des 
Beni-Yahia. Le lendemain, elle traversa tout le territoire des Ithouragh, 
incendiant les villages sur son passage , et vint s'établir sur le pic de Tames- 
guida , l'un des plus élevés de la Kabylie. Le 10, elle quitta Tamesguida, et, 
prenant la vallée d'un des affluents supérieurs du Sébaou, elle alla bivoua- 
quer au pied de la montagne principale des Illoula-ou-Malou, menaçant cette 
tribu par Test. 

Le 11, eut lieu l'invasion du pays ennemi. La 2fi division s'empara , sans 
rencontrer de résistance sérieuse, de tous les villages des bas contreforts des 
Illoula-ou-Malou, les incendia successivement et, le soir, opéra sa jonction 
avec la division Maissiat, partie du col do Chellata. Ce jour-là, le bataillon 
de Tirailleurs eut un homme blessé mortellement. 

Le lendemain, les derniers défenseurs de l'indépendance kabyle vinrent 
faire leur soumission. Le Djurjura n'existait plus à l'état de pays indépendant; 
toutes les tribus avaient accepté sans réserve la domination de la France; 
toutes avaient livré des otages; toutes allaient recevoir des chefs investis par 
nous. 



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196 LE 3<» RÉOmENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1857] 

Le 14, le maréchal prononça la diâsoluiion du corps expédilionnairo. liO i«H, 
la division de Mac-Bfahon se porta encore sup le terriloire des Beni-Idjer, qu'elle 
parcourut pendant trois jours sans avoir un seul combat à livrer. Le 18, elle 
fut dissoute à son tour, et la brigade Périgot vint se joindre à la division 
Maissiat, campée au col d'Akfadou. Le 27, le bataillon de marche du 3* Ti- 
railleurs quitta cette brigade et rentra sous les ordres du colonel Liébert, qui 
le ramena le l*** août à Gonstantine, ainsi que le bataillon du commandant 
Amaudeau, qui avait fait partie de la division Maissiat, et dont nous allons 
maintenant résumer les opérations. 

La 4« division (général Maissiat), qui , ainsi qu'il a été dit au commencement 
de ce chapitre, devait se concentrer au col de Chellata, au sud -est du DJur- 
jura, fut d'abord rassemblée et organisée au sebt des Beni-Sliman. 

Le 1®^ mai, les l'^et 3* compagnies du l^^^ bataillon du régiment quittèrent 
Gonstantine avec le colonel Liébert pour se rendre à Sétif, où, avec les 1*^, 
2*, 4* et 5« compagnies du 2<* bataillon , elles formèrent un bataillon de marche 
sous les ordres du commandant Amaudeau. Le 28, ce bataillon se mit en 
route pour aller se joindre aux autres troupes de la division Maissiat. Il fut 
compris dans la 2* brigade (colonel Desmareti) de celte division. 

Près d'un mois se passa à l'ouverture de routes, à des travaux prépara- 
toires devant faciliter l'accès de la vallée de TOued-Sahel. Le 24 juin, la di- 
vision tout entière pénétra dans cette vallée et vint s'établir près du bordj 
d'Akbou, dans une position centrale lui permettant de menacer également 
les Beni'Mellikeuch et les llloula-ou-Malou , et de se porter rapidement au col 
de Ghellata, l'une des deux seules gorges accessibles traversant le massif du 
Djurjura, et faisant communiquer entre elles les vallées de l'Oued-Sahel et 
du Sébaou. 

Le 27, au point du jour, la division se mit en marche et gravit à l'impro- 
viste l'étroit sentier conduisant à ce col. Vers sept heures, le bataillon de Ti- 
railleurs, qui formait l'avant-garde, atteignit aux premières pentes de la po- 
sition; mais le siroco avait été si brûlant, que les autres troupes n'avaient pu 
suivre; il fallut s'arrêter et attendre que l'arrière -garde eût serré. Lorsque le 
mouvement put être repris, il était une heure et demie de l'après-midi. 

Les crêtes qui dominaient le passage de Ghellata étaient larges et pour la 
plupart accessibles à la cavalerie; mais l'entrée même du col était commandée 
par un rocher à flancs escarpés d'une hauteur considérable, connu dans le 
pays sous le nom do Tisibcii. Les Kabyles Pavaient couronné d'ouvrages en 
pierres sèches qui en formaient une sorte de forteresse, dans laquelle ils 
avaient concentré la plus grande partie de leurs forces. Les autres pitons 
avaient également été fortifiés , et de loin paraissaient garnis de nombreux 
•défenseurs. 

Les troupes furent disposées en trois colonnes : à droile, le colonel de Mar- 
gadel avec sa brigade; au centre, le colonel Liébert avec le bataillon de Tirail- 
leurs; à gauche, le colonel Desmaretz avec un bataillon du 70 de ligne et 
un autre du 1^ étranger. Le colonel Liébert avait déjà fait déployer une de 
MB compagnies, la l^o du 1^ bataillon; la 5« du 2« bataillon , qui pendant 
toute la matinée avait marché sur le flanc droit de la colonne, conserva sa 



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[1857] RN ALOArTE 167 

position oxccnlriquo et servit à relier les deux attaques de la droite et du centre. 

Dès que le mouyement des ailes fut asses prononcé , le général donna le 
signal de Tassaut. En un instant, la crête même du col fut occupée par la 
i^ compagnie, appuyée par tout le bataillon. Hais rennemi 8*était replié sur 
sa deuxième ligne de défense, et s*était surtout concentré sur le Tisibert, d'où 
il nous répondait par un feu yiolent. Celui-ci devint même si meurtrieri que 
les Tirailleurs, qui venaient de se masser, durent s*en abriter en se dispersant. 
La 1^ compagnie du 1^ bataillon et la 2* du 2« bataillon furent envoyées sur 
la gauche , et la 5« du 2*, tout en conservant sa position sur la droite , se porta 
un peu en avant. 

Cependant, les mouvements des autres colonnes menaçant leur ligne de 
retraite, les Kabyles commencèrent à évacuer successivement leurs retran- 
chemonls, qui furent immédiatement occupés par les Tirailleurs; bientôt il ne 
leur resta plus que le Tisibert ot doux redoutes demi-circulaires situées en 
arrière et en face du centre même du col. Après quelques salves d'artillerie, 
le Tisibert fut vigoureusement abordé par le colonel Desmaretz, qui s'y éta- 
blit solidement. Au même moment, le colonel Liébert donna l'ordre au sous- 
lieutenant Dufour de se porter, avec une demi -section de carabiniers du 
2» bataillon, sur les deux redoutes en partie évacuées et de s'en emparer. 
Ce mouvement, exécuté avec un irrésistible entrain, nous rendit maîtres des 
dernières défenses de l'ennemi. 

Les Kabyles avaient été chassés du col , mais n'en continuaient pas moins 
encore la lutte avec une sauvage énergie. La section du sous-lieutenant Barbier 
était venue appuyer celle de M. Dufour dans les deux redoutes, et, malgré ce 
renfort, ces deux officiers s'étaient vus un moment débordés par l'ennemi , 
qui avait tenté un vigoureux retour offensif. Le capitaine ViévillOi commandant 
les carabiniers du 2^ bataillon , reçut alors l'ordre de se porter avec toute sa 
compagnie sur la position occupée par M. Dufour, et le capitaine Quinemant, 
avec ce qui {'estait de la 3® du l^, d'aller au secours de M. Barbier. Assaillis 
par un feu supérieur, les Kabyles furent dès lors maintenus à distance, et 
jusqu'à six heures du soir ils se contentèrent de tirailler sans nous faire 
beaucoup de mal. 

La nuit approchant, et le général ayant choisi le plateau du col pour y éta- 
blir son bivouac, le bataillon do Tirailleurs, qui se trouvait beaucoup trop 
en avant, reçut Tordre do se replier. Les \^ et 2* compagnies évacuèrent les 
hauteurs de gauche sans être inquiétées. La 2* alla immédiatement s'installer 
sur le plateau; la l^^ vint occuper quelques redoutes qui, par leur situation, 
pouvaient servir utilement à la retraite de la 3* du l^^ bataillon et aux cara- 
biniers du 2^. Le mouvement s'effectua par échelons et avec un ordre parfait; 
les Kabyles cherchèrent d'abord à nous harceler; mais, vigoureusement reçus, 
ils se retirèrent à leur tour et nous laissèrent gagner le camp sans tirer un 
nouveau coup de fusil. 

La journée du 27 avait coûté au bataillon de Tirailleurs deux hommes tués 
et seixe blessés. Parmi les blessés se trouvaient trois officiers : MM. Angam- 
mare, lieutenant; Barbier et Dufour, sous-lieutenants. 

Les Kabyles avaient été refoulés, mais ne s^étaient pas dispersés; ils occu- 



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108 LE 3* RÊQIIIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1857] 

paient encore, à environ une heure du camp, deux villages assez importants 
dans lesquels ils commençaient à se fortifier : Mezeggen et Aît-Azîz. 

Le 29, la brigade Margadel, renforcée du bataillon de Tirailleurs, se porta 
contre Mezeggen. Le village fut enlevé presque sans coup férir; mais le temps 
qu*on mit à démolir les maisons et à rassembler la colonne permit aux Kabyles 
de s*embusquer dans les ravins qui débouchaient sur notre ligne do retraite, 
et notre succès faillit en être compromis. Lorsque la brigade se mit en route 
pour rétrograder sur Ckellata, elle fut soudain assaillie do toutes parts; l'en- 
nemi , admirablement favorisé par le terrain, s'était établi sur les côtés de 
Taréte étroite que suivait la route, et, dissimulé par de grands arbres et des 
moissons sur pied , dirigeait sur nos troupes un feu d'autant plus meurtrier, 
que Tencombrement n*avait pas tardé à arrêter la marche de ces dernières , 
et qu'elles se trouvaient entassées sur un espace tellement restreint , que tout 
déploiement devenait impossible. 

Le bataillon de Tirailleurs, qui pendant l'attaque de Mezeggen avait été tenu 
en réserve, s*était trouvé naturellement désigné pour former Tarrière-garde. Le 
commandant Amaudeau prit immédiatement ses dispositions pour protéger la 
retraite du gros de la colonne, et forma ses compagnies en deux échelons : un 
premier, composé des l^* et 3* du 1^ bataillon et S* du 2*, fut établi en fer à 
cheval de façon à garnir toute la largeur de la crête; un autre, constitué par 
les l*^ et 2* du 2* bataillon , se plaça un peu en arrière comme soutien. Bien- 
tôt toute cette ligne se trouva aux prises avec l'ennemi ; ce dernier, déliouchanl 
par la droite et par la gauche, essaya de prendre le bataillon entre deux feux 
et de le couper des autres troupes. La situation pouvait devenir critique. Le 
colonel de Margadel, quoique blessé, était là, donnant lui-même ses ordres; 
il prescrivit aussitêt à la réserve de se porter en arrière d*un petit mamelon 
placé sur la route, et aux autres compagnies de se replier sur cette position 
en tiraillant. Ce mouvement, exécuté avec un rare sang -froid, déconcerta 
complètement les Kabyles, qui n'eurent pas le temps de s'y opposer; la réserve 
devint à son tour extrême arrière -garde, et bientôt l'on atteignit à une autre 
position solidement occupée par le 70, qui releva le bataillon de Tirailleurs 
cruellement éprouvé. On n'était plus alors qu'à une faible distance du camp; 
l'ennemi s'arrêta, et ce combat meurtrier, qui avait duré plus d'une heure, 
cessa tout à fait. Les pertes du bataillon avaient été sérieuses : quatre officiers 
étaient blessés; c'étaient MM. Desmaison et Quinemant, capitaines; de Foy et 
Barbier, sous-lieutenants. M. Barbier, on se le rappelle, avait déjà été atteint 
légèrement dans la journée du 27. Il y avait, en outre, deux hommes tués 
et trente-huit blessés. 

Des actes d'une incomparable bravoure avaient signalé cette vigoureuse 
action. Il serait trop long de les citer tous; mais en voici deux qui peuvent 
compter parmi les plus beaux que puisse dicter le dévouement : 

Le sergent Amar-ben-Saad, vieux soldat qui n'ignore pas le danger qu'il 
court, voit une bombe, lancée par un de nos mortiers, tomber au milieu de 
sa compagnie ^t prête à semer la mort dans nos rangs. Il se précipite sur le 
projectile, le saisit et va l'emporter loin de là, lorsqu'il lui éclate dans les 
mains et lui emporte le bras droit. 



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[1857] EN ALGÉRIE 169 

Le sergent-fourrier Salvignol aperçoit un soldat du 71» de ligne, grièvement 
blessé, sur le point d'être enlevé par trois Kabyles, qui déjà le tiennent par ses 
vêtements. Il s'élance à la baïonnette, atteint deux de ses adversaires, reçoit 
lui-même un coup de yatagan qui lui traverse la main droite, mais parvient 
à sauver le soldat. 

Le 30, ce fut le tour do la brigade Dcsmarets de marcher contro Âlt-Aziz, 
position non moins forte que Mezeggen et située à six kilomètres du camp, 
sur un piton isolé. La coloniie comprenait quatre bataillons : un du 70* de 
ligne, le 3* d'inranterie légère d^Afrique, un autre du l**" étranger, et enfin 
celui de Tirailleurs algériens. Le colonel Liébert, qui avait succédé au colonel 
de Margadel dans le commandement de la l'^ brigade, devait appuyer le 
mouvement avec deux bataillons du 71*. 

Après quelques obus lancés par l'artillerie , le général donna le signal de 
l'attaque. Elle devait avoir lieu de la façon suivante : à droite, les Tirailleurs; 
au centre, Ie70*; à gauche, le bataillon d'Afrique; en arrière, comme sou- 
tien, le l**" étranger. Sur la droite, le terrain relativement facile se prêta 
assez bien à un mouvement tournant, qui s'effectua sans grandes pertes; 
mais, vers la gauche, le bataillon d'Afrique se vit arrêté au milieu de sa 
marche par des escarpements si abrupts, qu'il fut obligé de rétrograder sous 
le feu du village et d'attaquer de front avec le 70* de ligne. En un instant les 
barricades ennemies furent enlevées, et les deux colonnes pénétrèrent à peu 
près en même temps dans la position , que les Kabyles évacuèrent précipitam- 
ment pour ne pas se trouver cernés. Ces derniers essayèrent bien encore d'in- 
quiéter les troupes à leur retour; mais un vigoureux retour offensif, dirigé 
par le colonel Jolivet, les obligea à se retirer définitivement. Dans cette jour- 
née, le bataillon de Tirailleurs avait eu six hommes blessés. 

Maîtresse de toutes les positions permettant de prendre à revers les tribus 
des Illoula-ou-Malou et des Illilten , la division Maissiat borna là ses efforts et 
attendit, pour reprendre ses opérations, l'arrivée et la coopération des divi- 
sions de la colonne principale. Elle resta campée sur les hauteurs de Chellata, 
demeurant pour les Kabyles une menace permanente , et se tenant prête à 
fondre sur le premier point où se manifesteraient de nouvelles hostilité. 

Le 11 juillet, toutes les divisions se portèrent en avant. La 4* quitta enfin 
son camp et s'avança à travers le pays des Illoula-ou-Malou, ne trouvant de- 
vant elle que des villages soumis ou abandonnés. Arrivée au piton de Tablana, 
elle opéra sa jonction avec celle du général de Mac-Mahon, et, le soir, les 
deux bivouacs furent établis à côté l'un de l'autre. 

Le lendemain, le général Maissiat ramena ses troupes au col de Chellata. 
Le IS, il abandonna définitivement cette position et se porta au col d'Akfadou, 
on combinant sn marche avec les opérations du général de Mac-Mahon chez 
les Reni-Idjer. Le 18, la 2* division ayant été dissoute, le général Périgot vint 
l'y rejoindre avec sa brigade, uniquement, comme on sait, composée de 
troupes de la province de Constantine. Le colonel Liébert se trouva ainsi avoir 
dans sa main les deux bataillons de son régiment. 

Le 21, toutes les opérations étant terminées, la 4* division et la brigade 
Périgot se mirent en route pour Sétif , en suivant le même itinéraire que celui 



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170 l'B 3« RÊQIUBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1858] 

déjà parcouru par la colonuo do Cliollata, c*osl-à-dîro eu passant par Ouod- 
Rumila, Oued-Amziou , El-bir-el-Kombila elle sebt des Beni-Sliman. On ar- 
riva le 27. Le mémo jour eut lieu la dissolution de la colonne. Les compagnies 
du 2* bataillon restèrent à Sélif , celles du l*** et du 3* rentrèrent à Conslan- 
tine avec le colonel Liébert, et y arrivèrent le l*** août. 

Dans l'expédition qui venait de prendre fin , le régiment s'était trouvé à 
sept combats importants, dans lesquels il avait eu quatre-vingt-treize hommes 
hors de combat, dont huit officiers blessés, sept hommes tués et soixante- 
dix-huit blessés. 

Une complète tranquillité succéda à cette grande lutte , un repos absolu à 
ce puissant effort. A l'automne eut cependant lieu une expédition sur la fron- 
tière tunisienne, mais beaucoup plus en vue des troubles qui auraient pu s'y 
produire que pour en réprimer d'existant. Sans être belliqueuses, les tribus 
de cette région étaient en effet toujours remuantes, et il devenait nécessaire 
de recourir périodiquement à des démonstrations do ce genre pour appuyer 
l'autorité de nos caïds et assurer la perception de l'impôt. La plupart des 
troupes de la province se trouvaient d'ailleurs disponibles , et c'était une façon 
comme une autre de les tenir en baleine, tout en inspirant une crainte salu- 
taire aux populations d'un pays continuellement travaillé par un esprit dis- 
sident. 

Ce fut le général Périgot, commandant la subdivision de Bàne, qui eut la 
direction de cette opération. En conséquence, une brigade, dans laquelle en- 
trèrent les l'*, 4*, 5« et 6® compagnies du 3* bataillon, et des détachements 
fournis par les 2* et 3® compagnies, détachées, Tun ù Souk-Arras, l'autre à 
La Calle, fut organisée à Bône dans les premiers jours d'octobre, et se mit 
en route le S du même mois. Elle se dirigea, par la vallée de la Seybouse, 
sur le territoire des Beni-Salah, qu'elle parcourut sans avoir à tirer un seul 
coup de fusil , pénétra ensuite dans le pays des Hanencha sans y rencontrer 
plus de difficultés, et enfin revint à Bône en longeant la frontière de Tunis jus- 
qu'à La Calle et en passant par Modj(^-el-lladjar et Sidi-Abil-cl-Aziz. Nulle part 
elle n'avait eu à combattre; partout les tribus avaient protesté de leur soumis- 
sion et payé r^lièrement les amendes qui leur avaient été imposées. Le 12 no- 
vembre, jour de sa rentrée à Bône, la brigade fut licenciée, et les troupes qui 
en avaient fait partie reprirent leurs anciennes garnisons. 

Cette tranquillité allait être maintenant la situation normale de la province, 
et l'avenir n'allait plus fournir aux Tirailleurs, en Algérie du moins, que de 
rares occasions de s'illustrer dans de nouveaux combats. A l'action miUtaire 
allait succéder l'œuvre politique, le guerrier devait faire place à l'administra- 
teur. Désormais convaincus de leur impuissance et rassurés sur la possession 
de leurs propriétés, les Kabyles, à part quelques fort peu nombreuses exceptions, 
allaient eux-mêmes accepter notre domination sans révolte, et par leur attitude 
franche et conciliatrice faire presque oublier les luttes sanglantes dont leurs 
campagnes dévastées éveillaient partout le désolant souvenir. L'ère de la con- 
quête était terminée , l'ère civilisatrice allait commencer. Devenu différent, le 
rôle des Tirailleurs indigènes n'en allait pas avoir une moindre importance , 
et, si jusque-là il avait démontré l'utilité de cette troupe au point de vue 



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[1858] EN ALGÉRIE i7i 

militaire, il allait dès lors affirmer chaque jour la nécessité de cette dernière 
au point de vue politique. 

C'est par les relations qu*il aura avec les deux éléments civilisateurs , avec 
le soldat français, — l'officier surtout, — et le colon que le soldat indi> 
gène nous sera d'un précieux secours. Vivant d'une vie double, moitié euro- 
péenne, moitié orientale, il sera vite familiarisé avec nos mœurs et nos insti^ 
tutions, et, tout en se laissant gagner par ce que les unes ont de pernicieux, 
il arrivera peu à peu & comprendre les bienfaits des autres, et il gardera pour 
elles une profonde sympathie qu'il emportera jusque dans son douar et qu'il 
communiquera aux autres membres do sa tribu. Le régiment restera pour lui 
une autre famille qu'il n'oubliera jamais, dans laquelle il cherchera souvent 
à revenir, et dont il conservera le respect quelque part qu'il se trouve et dans 
quelque circonstance que ce soit. Qu'il revoie cet uniforme qu'il a lui-même 
si dignement et si fièrement porté, sa joie et son enthousiasme se réveilleront 
aussitôt, et il s'empressera auprès de celui qui lui rappellera les jours glorieux 
passés à l'ombre du drapeau. 

En garnison, il aura été non moins utile & notre cause, bien que d'une 
façon moins directe et plus inconsciente parfois. Dans les postes occupés par le 
régiment, la sécurité la plus complète no tardera pas h régner, le Tirailleur 
servant, pour ainsi dire, de prolecteur au colon , dont il commence à parler la 
langue, et quHI est fier de guider et de rassurer. Avec lui, pas de trahison à 
craindre : l'uniforme dont il est revêtu est la plus sûre garantie. Grâce à ces 
rapports incidemment établis par lui entre l'Arabe et le Français, vainqueurs 
et vaincus ne tarderont pas & se connaître mieux et à s'apprécier mutuelle- 
ment; la haine des derniers s'cflfacera graduellement; le Roumi perdra in- 
sensiblement aux yeux des farouches sectaires du Coran ce caractère d'infi- 
dèle, d'ennemi inplacable de l'islamisme qu'on lui a accordé jusque-lè, et 
bientôt une estime réciproque rapprochera les bords do l'abime si profondé- 
ment creusé par le sentiment religieux. C'est là une des influences dont on 
s'est le moins occupé en parlant de la colonisation algérienne, et sur laquelle 
nous voudrions nous étendre davantage si l'esprit de ce livre nous le permet- 
tait. Mais ce dernier, ne devant pas sortir de son cadre essentiellement mili- 
taire, nous nous hfttons de revenir au récit des faits ne se rapportant qu'à ce 
côté du passé du 3® régiment do Tirailleurs. 

La première expédition à laquelle donnèrent lieu les événements de l'année 
1858 fut dirigée sur l'oasis d'El-Oued , dont les habitants avaient assassiné un 
cheik nommé par nous et dont le concours dévoué nous était d'un utile 
secours dans cette région. Les troupes destinées & y prendre part furent placées 
sous les ordres du général Desvaux, commandant la subdivision de Batna; 
parmi elles se trouva comprise la 2® compagnie du l**" bataillon (capitaine 
Beaumelle), alors en garnison à Biskra. 

La colonne quitta celte dernière ville le 27 février, et arriva le S mars à El- 
Oued. Le général frappa la population de l'oasis d'une amende de vingt mille 
francs, se fit livrer de nombreux otages comme garantie; puis, ce châtiment 
infligé , il se dirigea sur Tuggurt, où il ne s'arrêta que quelques jours, et reprit 
le chemin de Biskra, où il fut de retour le 29 mars. L'opération avait duré un 



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172 LB 3* RÉOIMENT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1858] 

moii et n'arait pas entraîné le moindre combat; des fatigues seules étaient 
résultées les quelques difficultés qu'on avait rencontrées, difficultés que l'en- 
train et la discipline des troupes araient du reste brillamment surmontées. 
Le général Desvaux citait d'une manière toute particulière la compagnie de 
Tirailleurs comme n'ayant pas cessé de se signaler par son bon esprit et son 
inaltérable énergie. 

Le 13 mars, le colonel Liébert fut promu général de brigade. Quelques 
jours après, il quittait ce régiment qu'il avait formé et organisé, emportant 
avec lui les regrets de tous, ofliciers et Tirailleurs, et laissant à son succes- 
seur une troupe bien pénétrée de ses devoirs et admirablement préparée au 
rôle glorieux qu'elle allait bientôt être appelée à jouer sur les champs do 
bataille d'Itolie. 

On décret du 17 mars nomnuiit à sa place M. Le Poittevin de Lacroix, qui 
depuis deux années était lieutenant-colonel du 2* régiment de Tirailleurs. 
Non moins familiarisé que M. Liébert avec tout ce qui touchait aux habitudes 
arabes et au tempérament spécial de la troupe qu'il devait commander, il 
allait poursuivre activement la tâche commencée par ce dernier, et donner au 
régiment son caractère définitif, caractère qu'il a conservé depuis, et qui lui 
fut imprimé d'une façon si énergique en môme temps qu'éclairée, que tous 
les anciens Tirailleurs parlent encore du colonel de Lacroix comme si c'était 
d'hier seulement qu'il eût quitté le corps. De tels souvenirs , laissés par un 
chef, prouvent que non seulement celui-ci fut craint do tous, mais encore, et 
surtout, qu'il en fut particulièrement aimé. 

Le 4 juillet, un incendie considérable éclata dans la forêt de TEdough, à 
l'ouest de Bône. Les l***, 4*, 5« et 6* compagnies du 3« bataillon, dirigées en 
toute hâte sur les lieux, prirent part, pendant trente-six heures consécutives, 
aux travaux qui furent exécutés pour arrêter le redoutable élément. IjC 
général Périgot leur en témoigna sa satisfaction dans un ordre du jour con- 
tenant pour elles les éloges les plus flatteurs. 

Au commencement d'octobre une colonne, devant exécuter une opération 
analogue à celle qui avait eu lieu Tannée précédente sur la frontière de Tu- 
nisie, fut organisée à Bône par le général Périgot, qui en eut le commande- 
ment. Les 1>^, 4^, 5* et 6* compagnies du 3<> bataillon furent appelées à en 
faire partie, sous les ordres du commandant Cottret. Le 5, elle se mit en route, 
se dirigeant d'abord à l'est , en passant par le marabout de Sidi-Abid , et se 
porta sur le territoire des Ouled-Ali, où des tribus tunisiennes avaient commis 
des empiétements; elle redescendit ensuite vers le sud, en parcourant succes- 
sivement le pays des Uuled- Nasser, des Chiebena, des Ouled-Dhia, des 
Ouled-Moumen , des Ouled-Khriar , et revint à Bône le 27 octobre par Souk- 
Arras, Du vivier. Barrai et Hondovi, sens avoir eu à disperser un seul rassem- 
blement. Les 2* et 3* compagnies, détachées à Souk -Arras et à La Galle, 
avaient fourni chacune des détachements qui, au passage des troupes, s'étaient 
joints au bataillon. 

Pendant ce temps, une section de la 4* compagnie du l^** bataillon prenait 
part, à Tebessa, à une sortie exécutée pour mettre fin aux incursions des 
Fraichoch , tribu limitrophe appartenant à la régence de Tunis. Cette opéra- 



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[1858] EN ALGÉRIE |73 

tion eut lieu dans la nuit du 23 au 24 octobre, mais fut presque entièrement 
menée par la caralerie , de sorte que l'action des Tirailleurs se borna à une 
rapide marche de nuit, qu'ils exécutèrent arec leur vigueur accoutumée* 

Dans les premiers jours de norembre, le régiment reçut l'ordre de former 
deux compagnies de cent cinquante hommes chacune, destinées à aller au 
Sénégal. Ces compagnies, qu'on recruta sans peine parmi les hommes de 
bonne volonté, prirent les numéros 3 et 6 dans le 1*' bataillon. Leur départ 
n'était pas encore fixé; nous verrons bientôt qu*il n'eut môme pas lieu, et que 
les complications de la politique européenne renvoya à deux années plus tard 
l'envoi des Tirailleurs algériens dans cette lointaine colonie. 

Depuis que nos troupes n'avaient parcouru le bassin de l'Oued-el-Kebir, 
un certain esprit d'indépendance s'était peu à peu emparé des tribus de cette 
région. Aucune hostilité bien marquée ne s'était encore déclarée, mais on com- 
mençait à sentir, dans les rapports de ces populations avec notre autorité, une 
mauvaise volonté évidente, sur la signification de laquelle il n'y avait pas à se 
tromper. Après la levée de la récolte de 1858, cette situation s'accusa encore 
davantage, et prit tout à coup un caractère bien déterminé dès qu'il fut question 
défaire rentrer les impôts; des difficultés sans nombre furent alors créées à nos 
caïds, et l'un de ceux-ci, celui des Ouled-Aîdoun, dut môme renoncera se 
faire payer les perceptions dont il était chargé. A celte désobéissance étant 
ensuite venus fc joindre de nombreux incendies de forôts, et bien d'autres actes 
dénotant la malveillance , il fut décidé qu'une importante colonne irait mettre 
fin à ces désordres et châtier, comme ils le méritaienti ces coupables agisse- 
ments. 

Les troupes devaient se réunir à Elma-el-Abiod, ches les Moulas. Le 21 no- 
vembre, le général Gastu, commandant la province, quitta Gonstantine avec 
les 1"^, 3", 4«, 5® et 6® compagnies du l*' bataillon (commandant Van Hoo- 
rick) pour aller en prendre la direction. Les opérations commencèrent le 23. 
Le 24, la colonne était à El-Hilia, où , le môme jour, elle était rejointe par 
la 1*'° compagnie du 2* bataillon, partie le 16 de Bougie. De ce point elle 
pesa lourdement sur la population révoltée, infligea de fortes amendes aux 
fractions qui avaient méconnu les pouvoirs de notre caïd, et enfin acheva 
d'asseoir notre influence sur tout ce pays , où nos armes n'avaient pas paru 
depuis 1853. Le 4 décembre, elle rentrait à Gonstantine, après avoir laissé à 
El-Milia un bataillon de zouaves et une section de la 5* compagnie du 1«' ba- 
taillon , pour y travailler à la construction d'un bordj. 

11 y avait à peine dix jours que nos compagnies étaient de retour de la Ka- 
bylie, qu'elles devaient repartir pour Biskra, où s'organisait une expédition 
destinée à réprimer un commencement de troubles qui venait d'éclater dans 
les Auros. Les 1"^, 4° et 5* se mirent d'abord en route sous les ordres du 
coininandanl Van Iloorick; puis les 'i^ et G^ ayant reçu lo contro-ordre de leur 
départ pour le Sénégal , elles suivirent bientôt avec le colonel Le Poittevin de 
Lacroix. 

L'agitation qui régnait alors dans cette vaste contrée, et qui menaçait de 
gagner tout le pays des Ouled-Abdi , des Beni-Daoud et des Bou-Sliman, avait 
été suscitée par un certain Si-Saddock, mokkadem de la zaouïa de Timermadn, 



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174 LB 3* RÉOIlfBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS (l858] 

porsonnage influent dont les excitations à la guerre sainte avaient été partout 
fayorablement accueillies. Mais dès les premiers symptômes de dispositions 
insurrectionnelles de ces tribus, le général Desvaux, qui commandait à Batna, 
avait envoyé un goum, trois escadrons de chasseurs d'Afrique et deux com- 
pagnies du 99* occuper Sidi-Obka, et la présence de ce poste avait sufB pour 
empêcher insurrection de se déclarer ouvertement. Des rassemblements assez 
sérieux ne s*en étaient pas moins formés dans toute la vallée de TOued-el- 
Abiod occidental , et c'était pour les disperser qu'une colonne mobile s'orga- 
nisait. 

Celle-ci fut concentrée à Chelma, à sept kilomètres au nord-est de Biskra; 
le général Desvaux en eut le commandement. Le colonel de Lacroix eut sous 
ses ordres toute la fraction du régiment appelée à en faire partie, fraction qui 
se composa en réalité de tout le l*' bataillon, la 2* compagnie, détachée à 
Biskra , s*étant jointe aux cinq autres à leur arrivée. 

Les opérations commencèrent le 10 janvier 1859. Ce jour-là, la colonne, se 
dirigeant à l*est, alla bivouaquer à Garta. Le lendemain, elle se porta à Si- 
Oghab, sur un coteau raviné, au bord de TOued-Chanin. Le 12, elle quitta 
Si-Oghab pour s'engager dans des ravins encoissés au milieu d'un terrain 
sablonneux et entièrement nu , puis remonta les pentes abruptes d'un plateau 
dominant l'Oued-Mnaisef, et alla camper sur les bords do TOued-Zita. Le 13, 
elle arriva devant Tonnegaline, où quelques bandes s'étaient rassemblées. La 
position , abordée par tous les côtés à la fois , fut rapidement en noire pouvoir 
sans nous coûter plus de deux ou trois hommes légèrement blessés. Le 14, on 
se porta sur K'ssar, où Si-Saddock s'était retiré. Celte localité pouvait passer 
pour une petite ville et môme pour une forteresse; située à l'entrée d'une gorge 
formée par l'Oued-Djida, bâtie en pierres, défendue au nord-est par le pic de 
Zerzerai au nord-ouest par celui d'Afson, muni d'une citadelle, elle semblait 
devoir nous opposer une sérieuse résistance; mais, grâce aux habiles dispo- 
sitions prises, elle fut enlevée sans coup férir, et le marabout fomenteur de 
guerre sainte resta notre prisonnier avec une partie de ses partisans. Comme 
la veille, nos pertes avaient été insigniiiantes. Après ce coup de main, la 
colonne établit son camp à K*ssar, où elle resta jusqu'à la fin du mois. 

Le 30, les troupes reprirent leur marche, et, se dirigeant cette fois vers le 
sud , allèrent camper à Si-Masmoudi. Le lendemain elles continuèrent d'abord 
dans la même direction , puis tournèrent à l'ouest, et vinrent à Memehidibid 
sur l'oued Mnaisef. Le l*'' février, on arriva à Sidi-Obka, où l'on fit séjour. 
Le 3 1 on remonta vers le nord pour venir camper à El-Uabbel. Le 4, on se 
porta àEdissa, en face de Banian et au pied du Djebel -Houssoun. Le 5, on 
atteignit Rufi, où quelques contingents avaient été signalés, et, après s'être 
emparé de ce village, dont la résistance fut encore moindre que celle de K'ssar, 
on alla s'étabUr à A!n-Tiboudd , où l'on s'arrêta pendant trois jours. Le 8, on 
revint à Edissa ; le 9, on campa à Drolieu , et le 10 on fut de retour à 
Chelma. 

L'expédition avait eu tout le succès espéré, et cela presque sans efiusion de 
sang. Comme toujours, les Tirailleurs s'y étaient fait remarquer par leur bril- 
lante attitude, ainsi que le témoigne l'ordre du jour suivant : 



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[1858] RN ALOÊRIR 475 

c Le colonel 8*empro88e de porter à la connaissance du régiment les témoi- 
gnages de satisfaction que lui a manifestés le général Desvaux, tant pour la con- 
duite, la discipline et la tenue des Tirailleurs depuis le commencement de 
Texpédition que pour la vigueur et Tentrain qu'ils ont montrés dans les Journées 
des 13 et 14 février. 

c Au camp devant K'ssar, le 15 janvier 1859. 

c Le colonel y 
c Signé : Lk Poittbviii de Licroix. » 



A la dissolution do la colonne, qui eut lieu le 10 février, les i'*, 4* et 5* com- 
pagnies rentrèrent à Constantine; les 2<', 3^ et 6* restèrent à Biskra. 

Dans le courant des deux années qui venaient de s*écouler, quelques chan- 
gements étaient survenus dans le cadre des ofBciers supérieurs du corps. 
Ainsi, le l®** avril 1857, le commandant Guîchard était passé au 3* bataillon 
d*iiifanterie légère d'Afrique, et avait été remplacé par M. Van Hoorick, qui 
avait autrefois servi comme lieutenant dans In bataillon de Tirailleurs indigènes 
de Constantine. Le 30 décembre suivant, c'avait été le tour de M. Arnaudeau 
d'être appelé à prendre le commandement du 4* bataillon de chasseurs à 
pied, et de céder celui qu'il avait au régiment à M. Mercier de Sainte- Croix, 
récemment nommé chef de bataillon. Enfin, par décret du 24 décembre 1858, 
le lieutenant-colonel Castex avait été promu colonel du 72« de ligne, et le lieu- 
tenant-colonel Colin , du 27<, désigné pour le remplacer au 3® Tirailleurs. 



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CAMPAGNE D'ITALIE 



CHAPITRE III 

(1859) 



Création d'un régiment provisoire de Tirailleurs algériens. — Formation, à Constantine , 
d*ua butiillon do marclio pour le régiment provisoire ; sa coiiipositiou. — Euibun|uo- 
ment à IMiilippevillo. — Dél)an|Uumoal à (iéacs. — Goustiiutiou du léKimcut. — l*rc- 
mières mardies et opérations du 2« corps.— Combat de Turbigo (3 juin). — bataille 
de Magenta (4 Juin). 



Au commencement de Tannée 1859, l'horizon politique de TEurope s^était 
tout à coup rembruni. L'attitude hautaine de l'Autriche envers la Sardaigne 
et le Piémont avait vivement surexcité les esprits, et la diplomatie s'était 
bientôt vue impuissante à conjurer une guerre qui chaque jour devenait de 
plus en plus imminente. En face de cette situation , le gouvernement français 
s'était ouvertement déclaré pour le Piémont, et, en attendant le dernier mot 
des négociations entamées,il se préparait activement à la lutte, qui paraissait 
inévitable. De tous les points de la France des troupes élaient dirigées vers la 
Trontière des Alpes, où s'opérait la concentration de plusieurs divisions, et 
l'Algérie se disposait elle-même à fournir son solide contingent. 

Le 26 mars, un décret impérial vint ordonner la création d'un régiment 
provisoire de Tirailleurs algériens. Aux termes de ce décret, ce régiment de- 
vait être formé avec trois bataillons de onze cents hommes, tirés respective- 
ment de chacune des trois provinces et portant le numéro de leur régiment 
d'origine; c'est-à-dire que le 1^ régiment devait fournir le l^' bataillon, le 
2* régiment le 2* bataillon , et le 3« régiment le 3« bataillon. 

En exécution de ces prescriptions, le 12 avril un procès-verbal d'organi- 
sation, dressé à Constantine, désignait les compagnies suivantes pour entrer 
dans la composition du bataillon fourni par le *à^ r^iment : 



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[1859] LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ITAUB 



177 



l'* compagnie du !•' bataillon , stationnée à Constentine. 



2» 


— 


du 2* 


3« 


— 


du l*f 


4« 


— 


du 3* 


1" 


— 


du 3» 


6» 


— 


du !•' 



— à Biskra. 

— à Gonstantine. 

— à Bàne. 

— à Biskra. 

Chacune de ces compagnies prenait, dans le balaillon provisoire, le nu- 
méro que lui assignait Tordre ci-dessus. 

Le même procès-verbal désignait les officiers dont les noms suivent pour- 
les cadres dudit bataillon : 

ÉTAT-MAJOR 



MM. Van Hoorick, 

Groût de Saint-Paêr, 
Poulet, 

l'* compagnie, 

MM. Estelle, capitaine. 

Sorin, lieutenant fiançais. 
Larbi-ben^Lagdar, lîeut. indig. 
De Foy, sous-lieutenant français. 
Yaya-ben-Simo, s. -lient, ind. 

2* compagnie. 

MM. Doulcetdo Pontécoulant, capil. 
Fabro do Montvaillant, lient, fr. 
Ahmed- ben-Amor, lient, ind. 
Bouguès, sous-lieut. français. 
Kacem-Labougie , s.-lieut. ind. 

3<^ compagnie, 

MM. Quinemant, capitaine. 

Louvet, lieutenant français. 
Mohamed-ben-Kacem, lient, ind. 
Barbier, souslieut. français. 
Iladj-Tahar, sous-lieut. ind. 



chef de bataillon, 
capitaine adjudant- major, 
médecin-major. 

4* compagnie. 
MM. Galland, capitaine. 

Marion-Dumersan, lieut. franc. 
Messaoud-ben-Ahmed, lieut. ind. 
Bobillard, sous-lieut. français. 
Soliman-ben-Ali, sous-lieut. ind. 

6« compagnie. 
MM. Dardcnne , capitaine. 

De Boy ne, lieutenant français. 
Mphamed-Pounep, Jieut. ind. 
Dufour, sous-lieut. français. 
Ali-ben-Rebah, sous-rliei|t.,ind. 

6* compagnie. 

MM. Munier, capitaine. 

Maussion ,' lieutenant français. 
Assen-ben-Krelill, lieut. ind. 
Castex , sous-lieut. français. 
Sald-ben-Amor, sous-lieut. ind. 



\éQ contingent demandé fut uniquement choisi parmi les volontaires; mais 
le nombre do ceux-ci fut tel, qu*on peut dire que le régiment tout entier de- 
manda à partir. Il ne se présenta donc qu*une diflicuUé, celle de ne pas faire 
trop de jaloux. 

Le 11 avril, les 1^^, 3*, 4* et 6^ compagnies quittèrent Gonstantine pour se 
rendre h Philippcvillc, où elles furent ralliées par la 5* venapt de BônOi et la 
2* de Bougie. 

13 



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176 LB 8* UÊQIIIUNT DIS TlllAlLLKUllS AI.OÉlilKNB [iStf^] 

Le 22| arriva dans le port la frégate à vapeur la Dt^ade. L'embarquement 
commença aussitôt, et, le 23 au soir, le. bâtiment levait l'ancre, emportant 
encore une fois loin de leur pays ces c enfants du feu > que le bonheur d'aller 
faire parler la poudre et parcourir des pays inconnus dont on disait tant de 
merveilles rendait débordants d'entrain , d'enthousiasme et de gaieté. Étrange 
coïncidence! c'était ce même bateau qui, onze années plus tard, en 1870, 
devait encore prendre le régiment à son bord pour l'emmener au secours de 
la patrie menacée. La même joie, la môme confiance, le môme empressement 
allaient alors accompagner ce nouveau départ; mais combien allait être diffé- 
rent le retour I 

Le 25 dans l'après-midi , le vaisseau arrivait dans le port de Toulon. Quand 
il était parti de Philippeville , la guerre était à peu près certaine; lorsqu'il 
arriva sur les côtes de Franco, elle était déclarée. Il lui fallut virer de boid et 
mettre le cap sur Gônes, où, le lendemain 26, à deux heures de Taprès-midi, 
il put enfin débarquer ses impatients passagers. 

Gênes était le point de réunion de toutes les troupes venues par mer. Le 
bataillon alla camper à environ une lieue de la ville, entre Saint-Pierre 
d'Arena et Rivarolo, dans le lit de la Polcevera, rivière détournée pour l'assai- 
nissement de la plaine et les travaux du chemin de fer d'Alexandrie. Il sta- 
tionna là pendant sept jours, qui furent employés à l'organisation du régiment, 
dont le commandement fîit donné, par ancienneté, au colonel Laure, du 
2<» Tirailleurs. La môme disposition fit désigner H. Montfort, du i'^' régiment, 
pour les fonctions de lieutenant-colonel. Les bataillons étaient sous les ordres 
des commandants Gibon (1*'), Calignon (2*), et Van Hoorick (3«). 

Les Tirailleurs algériens furent d*abord placés dans la brigade du général 
de Polhès; mais ils la quittèrent quelques jours après pour entrer dans celle 
du général Lefèvre, qui , à la suite de l'organisation définitive de l'armée, se 
trouva être la i^ de la i^ division (général de la Motterouge) du 2* corps. 
Composé exclusivement de régiments appartenant à l'armée d'Afrique ou 
venant d'y faire un long séjour, ce dernier était sous les ordres du général 
de Mac-Mahon, qui venait de quitter le commandement supérieur de l'Al- 
gérie. 

La campagne s'ouvrait, pour le régiment, sous les auspices les plus favo- 
rables : un corps composé de troupes aguerries , placé sous les ordres de gé- 
néraux dont la valeur et les talents étaient connus de tous , était naturelle- 
ment en mesure do faire de grandes choses , de prendre une large part dans 
la lutte héroïque qui allait bientôt s'engager. 

Le 2 mai, pour éviter Tencombrement des troupes à Gônes, le régiment 
fut dirigé sur Novi par la roule de la Bochetta. Les premières étapes donnèrent 
aux troupes un avant-goût de la façon dont elles allaient voyager. Parties à 
quatre heures de l'après-midi, ce ne fut qu'é dix heures du soir qu'elles arri- 
vèrent à Pontedecimo, ayant fait à peine deux lieues. Le régiment bivouaqua, 
par bataillon en masse, dans le lit d'un ruisseau desséché. 

Le 3, à dix heures du matin, une fois la distribution des vivres faite, il leva 
le camp et se dirigea sur Fiaconi; il traversa ce village, franchit le col de la 
Bochetta et alla camper un peu plus loin que Voltaggio , à proximité de Gavi. 



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[1859] EN ITALIE |79 

Là un repos de trois jours vint permettre au soldat de mettre un peu d'ordre 
dans sa tenue et do parfaire son outillage de campagne. 

Le 7, à cinq heures du matin, les Tirailleurs allèrent s'établir à cinq kilo- 
mètres de Novif en passant par les villages de Carosio et la petite ville de 
Gavi. Le lendemain, le camp fut porté à deux kilomètres plus loin pour se 
rapprocher de Novi, où arrivaient, par la voie ferrée, tous les approvisionne- 
ments du corps d'armée. 

Ce fut entre Gavi et Novi que se compléta Torganisation du 2* corps, que 
venait de rejoindre son commandant, le général de Mac-Mahon. La 1** divi- 
sion avait son quartier général à Novi, la 2* à Carioso; l'arrière-garde obser- 
vait le cours du Lcmmo et la vallée de Carleidora. 

Le 12 mai, l'empereur Napoléon III, qui devait prendre le commandement 
en chef de l'armée, débarquait à Gênes. Il se porta aussitôt à Alexandrie et 
ordonna la concentration des corps français. Jusqu'à ce moment ceux-ci 
avaient constitué deux groupes bien distincts résultant de leur point d'ar- 
rivée : Tun par Gènes, l'autre par Turin. 

En exécution de ces nouveaux ordres, le régiment de Tirailleurs reprit sa 
marche le 15 mai. Il traversa Novi, Pozzolo, Formigaro, San-Giuliano-il- 
Vccchio et alla prendre ses cantonnements à San-Giuliano-il-Nuovo, non loin 
du village de Marcngo, où fut établi le quartier général du corps d^arméo. 
Le 16, il continua sa route vers le nord et se porta à Alluvionne-di-Gambio, 
en passant par Sale, ville située sur la route d'Alexandrie à Tortone, à douze 
kilomètres de cette dernière place. Le 3« bataillon fut logé dans la ferme de 
Frambaglia , (Très du ruisseau de la Ruggia et de la route de Sale à Guassora, 
à deux mille cinq cents mètres de cette dernière localité. Il séjourna dans cette 
position jusqu'au 18, et rejoignit ensuite les deux autres bataillons restés à 
Alluvionne avec l'état-major du régiment. 

A cette date, la position respective des deux armées était celle-ci : 

L'armée autrichienne était établie en arrière de la Sesia, ayant ses corps 
de première ligne à Palestro, Robbio, Gastelnuovetto, Yercelli, Mortara, Ce- 
retto, Olevanno, Trumello, Garlasco et Alagna, et sa réserve à Vespolate, 
Gravellona et Vigevano. 

L'armée alliée, formant deux groupes distincts, avait pour centres Casale 
et Alexandrie. Les Piémontais occupaient les deux rives du Pô; les Français 
étaient concentrés sur le Tanaro : le 1*>' corps à Pontecurone et Voghera, le 
2<* à Sale, le 3^ en deuxième ligne à Tortone, le 4* en avant de San-Salvatore 
autour de Valenza, et enfin la garde et le grand quartier général à Alexandrie. 

Les 16, 17 et 18 mai, l'armée autrichienne se renforça d*un nouveau corps, 
qui occupa Plaisance et poussa une brigade jusqu'à Stradella. 

IjC 20 mai, le feld-zeugmcstre Gyulai, commandant l'armée ennemie, or- 
donna une reconnaissance offensive sur Voghera , où se trouvait la division 
Forey (l**® du l*** corps). Cette opération fut confiée au feld-zeugmestre Sta- 
dion , et amena, à Montebello, un sanglant combat, qui , malgré l'énorme su- 
périorité numérique de l'ennemi , se termina par une complète victoire pour 
nous. 

Cette affaire, vigoureusement menée de notre côté, avait laissé dans l'esprit 



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180 LE 3* RÊOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1859] 

du généralissime autrichien l'idée bien arrêtée que les Français cherchaient 
à se concentrer sur sa gauche pour descendre le Pô vers Plaisance et Crémone. 
Pour l'entretenir dans son erreur, le 21, l'état-major général ordonna la con- 
centration de l'armée sur la ligne Montebello-Valenza, c'est-à-dire parallè- 
lement au cours du Pô : le 1^ corps à Montebello, le 2* à Voghera, le 3* à 
Pontecurone et le 4* à Valensa, La garde devait demeurer en réserve à 
Alexandrie. 

Le régiment de Tirailleurs algériens était resté à Alluvionne, poussant jour- 
nellement des reconnaissances sur le Tanaro, sur la rive gauche duquel on 
apercevait les éclaireurs ennemis. Le 21, il passa la Sçrivia sur un pont de 
bois à Castelnuovo , et alla cantonner à Casei. Le lendemain , il franchit le 
Qurone, traversa Voghera, Oriolo, la Staffora, et alla relever à Pizzale et 
dans les fermes environnantes les troupes du 1*' corps qui devaient appuyer 
sur Montebello. 

Cette concentration avait complètement donné le change au feld-zeugmestre 
Gyulai, qui s'était empressé d'opérer un changement de front pour pouvoir 
répondre à Tattaque de la droite française. Mais celle-ci ne se proposait pas 
de prendre l'oflensive; ce n'était pas sur ce point que se préparait Teflort de 
l'armée alliée, et ce mouvement avait simplement pour but d'en masquer un 
autre beaucoup plus audacieux et beaucoup plus décisif, qui devait com- 
mencer quelques jours après. 

Quoi qu'il en fût, le voisinage do l'ennemi cominandait une extrême vigi- 
lance; chaque jour des reconnaissances de deux cent cinquante à trois cents 
hommes chacune étaient dirigées par tous les chemins vers les bords du Pô. 
Le 23, le bruit se répandit tout à coup que l'armée autrichienne devait atta- 
quer le lendemain ; tout confirmait cette opinion : les nombreux mouvements 
de troupes observés de l'autre côté du fleuve, les rapports des espions, la 
crainte qui régnait parmi les populations. 

La nuit du 23 au 24 fut consacrée tout entière par le régiment aux dispo- 
sitions de défense; le village de Pizzale fut fortifié, les maisons crénelées, les 
abords couverts par des retranchements, des fossés, des barricades, des 
abatis; les grand'gardes furent renforcées et reçurent les instructions les plus 
précises pour se replier en cas d'alerte. Vers trois heures du matin , il y eut 
même, on ne sait trop pourquoi, une prise d'armes générale; les troupes se 
portèrent en avant de leurs cantonnements ; mais, les éclaireurs ne signalant 
dans aucune direction la marche des colonnes eunemies, elles reprirent bientôt 
leurs emplacements. 

iL'attaque n'ayant pas eu lieu le 24, on l'attendit pour le 25, et l'on con- 
tinua les préparatifs; mais l'ennemi ne se montra nulle part : non moins in- 
certain sur nos intentions que nous Tétions sur les siennes, il attendait de son 
côté. Le 27, vers dix heures du soir, une sentinelle maladroite donna une 
fausse alerte, et deux ou trois heures après seulement on s'aperçut de l'erreur, 
et tout rentra dans l'ordre. 

Dès qu'il fut bien établi , par les reconnaissances et par les événements de 
ces quelques jours d'attente, que l'ennemi était décidé à rester sur la défen- 
sive, l'état-major français se disposa à mettre à exécution le plan qui avait 



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[1859] EN ITALIE 181 

été conçu, et qui consistait à se porter, au moyen d*uDe rapide marche de 
flanc, sur la droite do Tarmée autrichienne, à surprendre le passage du Tessin 
et à marcher ensuite sur Milan. Comme moyens d'exécution on disposait de 
plusieurs routes, et, ce qui était d'un grand secours, du chemin de fer qui , 
par Alexandrie , Yalenza , Casale et Verceil , longeait la rive droite de la 
Sesia. 

Le mouvement commença le 26 mai par l'infanterie du 3* corps; le 28, il 
se continua par toute l'armée. Ce jour-là le régiment alla reprendre ses can* 
tonnements à Alluvionne-di-Gambio. Le 29, il franchit le Tanaro sur deux 
ponts de bateaux établis par le génie près de Bassignano , grand village qu'il 
traversa ensuite pour aller camper à environ une lieue en aval de Yalenza. 
Les grand'gardes établies sur les bords du P6 voyaient distinctement les 
postes autrichiens sur la rive opposée; mais ces derniers se contentaient d'ob- 
server et ne semblaient pas s'inquiéter beaucoup de ce qui se passait dans le 
camp français. L'avedglement du feld-zeugmestre Gyulai était tel, qu*il ne 
voulait voir qu'une diversion dans ce mouvement, qu'il ne chercha du reste 
pas un instant à contrarier. Dans la nuit, en face de nos avant-postes, vinrent 
s'échouer les débris d'un pont de bateaux. Ce dernier avait été détruit par le 
canon autrichien en même temps que deux arches du pont en pierres do la 
route de Mortara. 

Le 30, on alla s'établir à Casale. Le temps, qui depuis quelques jours 
s'était mis à la pluie, était maintenant des plus désagréables; les chemins 
étaient détrempés, les marches devenaient très lentes et très fatigantes pour 
le soldat. Le 31 , le régiment passa le Pô sur le pont du chemin de fer et sur 
un pont de bateaux pour prendre la route de Verceil, où il arriva après avoir 
traversé Villanuova et le grand bourg de Stroppiana. Là on apprit le succès 
qui avait été remporté par l'armée sarde à Palestre. On ne s'arrêta pas à Ver- 
ceil; après avoir franchi le Cervo sur un pont en pierre, et la Sesia, dont le 
lit était à sec en plusieurs endroits, sur une succession de ponts de chevalets, 
on alla camper à sept kilomètres plus loin , dans un terrain marécageux et 
coupé de canaux et de fossés. Il était dix heures du soir quand les tentes 
furent dressées. 

Le 1*' juin , le 2* corps reçut l'ordre de se porter à Novare. Le régiment 
leva son camp à six heures du matin, passa par Borgo, Vercelli et Game- 
riano, traversa la Cogna et alla s'établir à cinq cents mètres de Novare avee 
toute la 1*^ division; la 2® division avait été placée entre la route de Novare 
et celle de Milan. Par suite de cette disposition , le corps du général de Mac- 
Mahon se trouvait prêt à marcher sur le Tessin. L'aspect du pays commençait 
à changer; on se trouvait maintenant sur un terrain très bas, sillonné de 
rigoles pour faciliter Téconlement dos eaux, ou bien, par endroits, aban- 
donné à l'inondation et transformé en vastes et fertiles rizières. Le temps 
s'était remis au beau; tout semblait favoriser l'armée française, qui venait 
d'achever sa fameuse marche de flanc, opération heureuse et téméraire à la 
fois , qui allait pour une grande part peser sur les événements ultérieurs de U 
campagne. 

Le lendemain on devait faire séjour à Novare; mais, dans la matinée, la 



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182 LE 3* RÊOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l8K9] 

l'* division fîit prévenue de se tenir prôte à partir. A dix heures elle se porta 
entre les deux lignes de chemin de fer de Milan et de Gônes , lignes qui 
araient été mises hors de service par les Aulrichiens. 

Le 3 juin, à sept heures du matin, le 2« corps recevait l'ordre de se porter 
sur Turbigo et d'y franchir le Tessin sur un pont qui y avait été jeté dans la 
nuit, sous la protection de la division Camou de la garde. A huit heures et 
demie les tentes furent abattues, et l'on se dirigea vers l'endroit où devait 
s'opérer le passage par Romentino et Galiate. Le fleuve fut traversé vers 
1 h. 30 m., et, après avoir débouché de Turbigo, la marche se continua 
sur Robecchetto. A ce moment le général de la Motterouge fut averti que 
l'ennemi se dirigeait sur ce dernier village pour l'occuper, et en môme temps 
reçut Tordre de le prévenir sur ce point, ou de l'en déloger s'il y était déjà. 

Le général n'avait encore avec lui qu'un régiment, celui de Tirailleurs algé- 
riens, qui ce jour-là était avant* garde du corps d'armée; le 45<*, qui venait 
ensuite, commençait seulement à effectuer à son tour le passage du Tessin. 
Le colonel Laure forma immédiatement sa troupe en trois colonnes d'attaque 
par bataillon, à double intervalle de déploiement : le l*' bataillon devait 
marcher sur le centre du village, le 3* sur la gauche , et enfin le 2® appuyer 
le mouvement des deux autres, tout en se maintenant un peu en arrière de 
l'échelon de combat. Les deux premières de ces colonnes étaient couvertes 
chacune par une compagnie déployée en avant de son front. On était alors à 
environ cinq cents mètres de la position. En avant et sur la droite, le terrain 
était semé de quelques bouquets d'arbres' et accidenté par quelques ravines 
peu profondes ne pouvant constituer un obstacle pour l'assaillant; sur la 
gauche, au contraire, il était complètement uniforme, mais présentait de 
longues allées de mûriers reliés entre eux par de gros fils de fer soutenant 
des guirlandes de vigne, dont chacune était une barrière qu'il fallait détruire 
pour la franchir; à ces difficultés s'ajoutaient celles résultant d'une marche 
dans des champs récemment labourés et coupés çà et là par de larges rigoles 
d'irrigation. 

Ces dispositions n'avaient demandé qu'un instant; dès qu'elles furent prises, 
le général de la Hotte- Rouge parcourut le front des troupes, adressa à ces 
dernières quelques paroles énergiques, puis, levant son sabre, donna le signal 
de l'assaut. Le régiment entier fondit sur Robecchetto; fossés, vignes, fils de 
fer furent franchis ou brisés, et chaque bataillon, se dirigeant sur le point 
qui lui était assigné, se disposa à aborder Tenceinte du village, en avant 
de laquelle on apercevait depuis un moment une longue ligne d'infanterie 
ennemie. 

Bientôt la fusillade domina les cris des Tirailleurs : les Autrichiens se dé- 
fendaient vigoureusement. Ils avaient là, sous les ordres du général Corbon , 
trois bataillons d'infanterie de douze cents hommes chacun, et, en réserve, un 
autre bataillon, une batterie de huit pièces et deux escadrons de cavalerie. 
Mais, déposant leurs sacs, les i""^ et 3** bataillons se précipitèrent à la baïon- 
nette, enfoncèrent un bataillon ennemi qui voulut s'opposer à leur marche, 
et pénétrèrent dans Robecchetto par deux points à la fois, le 1"*' en chassant 
devant lui les débris de l'avant-garde autrichienne , le 3* en contournant le 



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[1889] EN ITALIE 183 

yillage par Touest, de façon à déborder l'ennemi sur sa gauche et à menacer 
directement sa ligne de retraite. A ce moment le général Lefèrre arriva avec 
le restant de sa brigade; le 4S* se porta en avant pour appuyer le mouvement 
des Tirailleurs algériens, et le général Auger, dirigeant lui-même le feu de 
son artillerie f accabla do projectiles les Autrichiens en pleine fuite dans la 
direction do Malvagglio. 

Les Tirailleurs étaient entrés dans Robeccheito et en avaient chassé les dé« 
fenseurs; Malvagglio venait d*6tre enlevé à son tour, et notre marche en 
avant allait se continuer, malgré la tentative faite par la cavalerie autrichienne 
pour Tarrôter, lorsque le général de la Motterouge aperçut soudain, en colonne 
sur la droite, le bataillon de réserve de Tennemi. Le régiment de Tirailleurs 
fut aussitôt rallié en arrière de Malvagglio, et le 4S*, déployé de manière à ré* 
pondre à celte attaque qui se portait entre Malvagglio et Robecchetto, et qui, 
appuyée par une nombreuse artillerie, prenait d*écharpe notre première ligne 
et lui infligeait des pertes assez sensibles. En même temps, le général Auger 
changeait le tir de ses batteries et accablait celles de l'ennemi. Pris alors 
entre le feu des Tirailleurs et celui du 45<*, le bataillon autrichien fut bientôt 
mis en pleine déroute, et, sans le terrain extrêmement couvert et coupé qui 
protégeait sa retraite, il eût infailliblement élé fait prisonnier. 

Il était cinq heures, le combat était terminé; de toutes parts Tennemi était 
en fuite, nous abandonnant une pièce de canon, ses sacs, dont certains ba- 
taillons s'étaient débarrassés pour attaquer, d'autres pour fuir plus vite, un 
fanion de bataillon et un cheval tout équipé portant un harnachement très 
riche et appartenant probablement à un officier général. 

Grâce à la vigueur avec laquelle cette attaque avait été conduite, nos pertes 
étaient extrêmement faibles à côté de celles de l'ennemi et relativement au 
résultat obtenu; elles s'élevaient à un officier tué et trois blessés, appartenant 
tous les quatre au 1'^ régiment, et enfin à une trentaine de Tirailleurs tués 
ou blessés, dont deux ou trois seulement comptant au 3^ bataillon. 

La surprise des Autrichiens avait été telle en se trouvant en face des turcos, 
dont le cri sauvage leur était encore inconnu, qu'au moment de l'entrée de 
ceux-ci dans Robecchetto on avait vu des compagnies entières prendre la fuite 
en abandonnant leurs armes et leurs sacs. On ne s'étonnera pas de cette pa^ 
nique, lorsqu'on saura que depuis que nos ennemis avaient appris la présence 
de nos braves Algériens à Farmée d'Italie , ils avaient volontiers ajouté foi à 
de grossières histoires d'anthropophagie que certains journaux italiens avaient 
à dessein fait circuler sur le compte de ces derniers. Ils eurent, par la suite, 
le temps de revenir sur cette opinion, qui ne leur était pas du reste particu- 
lière, et que d'honnêtes bourgeois de France partageaient avec la plus entière 
conviction, sur le récit plus que fantaisiste de quelque vieux umaoe on quelque 
vieux zéphir. 

Dans son rapport, le général de la Motterouge adressait les plus cha- 
leureux éloges au colonel Laure et à son brave régiment, et, dans le télé- 
gramme envoyé le soir même à Paris, l'empereur disait : c Les Tirailleurs du 
colonel Laure ont fait merveille. » 

Après avoir parcouru le théâtre du combat, la 1*^* division rentra dans Ro- 



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184 LB 3* RÉOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1889] 

becchetlo et t'y établit, sa gauche au cimetière, sa droite au ravin. I/aflairo 
qui tenait d'afoir lieu avait mis les Tirailleurs en gaieté; ils avaient enfin ren- 
contré cet ennemi qu'on leur avait promis et qu'ils ne voyaient jamais; la 
poudre avait parlé; les jours étaient revenus de ces combats héroïques dont 
les sar?ivant8 de l'expédition de Crimée se plaisaient à entretenir leurs cama- 
rades; et Ten train renaissait parmi ces hommes pour lesquels le danger était 
une fôte; la mort sur le champ de bataille, un bienfait du ciel, et le bruit du 
canon, de la fusillade , l'odeur de la poudre, le plus suprême des enivrements. 
Le 3 juin au soir, les armées adverses occupaient les positions suivantes : 
L'armée autrichienne avait son extrême droite à Gallarate et son extrême 
gauche vers Bereguardo, sa réserve se trouvant partagée' entre Stradella et 
Plaisance. 

L'armée franco-sarde avait sa droite à Lumelogno, son centre à Novare, sa 
gauche à Turbigo et Robecchetto, et sa réserve, formée par une partie de 
l'armée sardSi à Galliate. 

D'après les ordres donnés par l'état-major français pour le lendemain, 
l'armée alliée devait se placer à cheval sur le Tessin , de façon à pouvoir ré- 
pondre à une attaque venant par Tune ou par l'autre rive. En vue de l'exé- 
cution de ce mouvement, le corps du général de Mac-Mahon, renforcé de la 
division Camou (voltigeurs de la garde), avait mission de se porter de Tur- 
bigo sur Buffalora. Cette marche allait amener la bataille de Magenta. 

Le 4, à dix heures du matin , le régiment se mit en roule formant encore 
cette fois la tète de colonne du 2* corps. Il traversa d'abord Robecchetto, puis 
Malvagglio, et s'avança vers Induno, en trouvant à chaque pas de nombreuses 
traces de la retraite précipitée de la veille. A la sortie d'Induno, la pointe 
d'avant -garde, fournie par la cavalerie, fut attaquée par quelques éclaireurs 
ennemis laissés en avant de Casate, occupé en force par les Autrichiens. Ces 
avant- postes ne tardèrent pas à se replier, et la marche continua jusqu'à 
CuggionOi où eut lieu une courte halte pendant laquelle le régiment prit ses 
dispositions de combat. 

Il s'agissait d'enlever Casate; le l*' bataillon, ayant à sa tête le général 
Lefèvre, se porta aussitôt en avant pendant que les deux autres se jetaient 
à droite et à gauche pour laisser passer l'artillerie. Vigoureusement abordé, 
le village n'opposa qu'une faible résistance; l'ennemi se retira en désordre 
vers Buflalora, occupant, avant d'entrer dans cette localité, une position dé- 
fensive dans le fond de la vallée, et dirigeant sur notre colonne d'attaque le 
tir à mitraille d'une batterie d'artillerie. Mais, entraînés par leur ardeur, les 
Tirailleurs ne lui donnèrent pas le temps de se reconnaître; malgré l'ordre 
donné d'arrêter les troupes et d'attendre que toute la division eût pris posi- 
tion, ils se précipitèrent à sa poursuite, et, après Ta voir chassé de la plaine, 
abordèrent résolument les premières défenses de Buflalora. Quatre compagnies 
du 3* bataillon se portèrent à droite, et, après un combat de courte durée, 
mais excessivement vif, occupèrent le village de Bernate. Sur la gauche, les 
l*' et 2* bataillons avaient déjà franchi les barricades élevées à l'entrée de 
Buflalora et enlevé les premières maisons de la ville, lorsque le général de 
Mac-Mahon, qui ne voulait pas s'engager davantage avant d'avoir toutes ses 



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[1899] EN ITALIE 188 

Torces en ligne, fit donner au général Lcfèvre Tordre do se replier. Le régi- 
ment se retira lentement, en emportant ses morts et ses blessés, et vint 
reprendre sa place dans la 1*^ division , laquelle avait ordre de s'établir en 
avant do Cuggiono, sa droite à la cascina Valizio, sa gauche vers la cascina 
Mallastala. 

Cependant l'évacuation de Bernate présenta quelques difficultés. L*ennemi 
était revenu en force et menaçait, malgré Ténergique résistance du capitaine 
de Pontécoulant, de déborder nos quatre compagnies, lorsqu'un vigoureux 
retour oflTensif exécuté par le capitaine Dardenne, qui y fut blessé et y eut son 
cheval tué sous lui , dégagea un peu la gauche de la petite colonne, qui put 
dès lors se replier en bon ordre sur la réserve du bataillon. 

Il était deux heures; la division Camou, qui avait pris à travers champs 
pour hâter sa marche, venait d'arriver, et s'était établie un peu en arrière et 
à gauche de la division de la Motlcrouge. Pour attaquer, il fallait attendre 
que la division Espinasse, en marche sur Marcello, fût arrivée à hauteur de 
la 1^ division. Celle-ci s'était formée par bataillons en colonne serrée à demi- 
intervalle de déploiement, cinq bataillons à la droite de la route, cinq ba- 
taillons à la gauche, rangés d'une façon symétrique, chacun d'eux ayant 
devant lui une compagnie en tirailleurs ; deux bataillons avaient été main- 
tenus en réserve en arrière du centre de la division. Pendant ce temps , la 
division Mellinet (grenadiers et zouaves de la garde) avait franchi le Tessin 
à Ponte-Nuovo-di -Magenta, dont le pont avait été incomplètement détruit 
par les Autrichiens, et s'était avancée vers Bufialora, où le 2** grenadiers était 
maintenant tenu en échec. 

Vers trois heures, la division Espinasse ayant été signalée, le général de 
Mac-Mahon fît commencer à la 1>^ division un léger changement de direction 
à gauche. Ce mouvement eut pour eflct de faire évacuer BulTalora, où la garde 
s'établit aussitôt. A trois heures et demie, la division Espinasse étant arrivée 
à hauteur de la division de la Motterouge et ayant appuyé sa gauche au village 
de Marcallo, le général de Mac-Mahon réduisit la distance existant entre ces 
deux divisions et donna le signal de la marche sur Magenta. 

La 1^^ division devait se porter d'abord sur Bufialora, dont on ignorait l'oc- 
cupation par le 2« grenadiers , puis sur Magenta , en prenant pour point de 
direction le clocher de l'église de ce village. Le r^iment de Tirailleurs occu- 
pait maintenant la gauche de la brigade Lefèvre, de même que cette brigade 
occupait la gauche de la division de la Motterouge. 

Il était quatre heures et demie quand le 2^ corps reprit son mouvement en 
avant et que la deuxième phase de la bataille commença à se dessiner. Après 
que la division de la Motterouge eut dépassé Bufialora, le général de Mac' 
Mahon vint se mettre à sa tête et la dirigea sur la route de Bufialora à Ma- 
genta, en lui faisant exécuter une légère conversion à gauche, de façon à In 
relier avec la division Mellinet , qui s'était avancée par la route de Ponte- 
Nuovo-di-Buiïalora. Bientôt le 45^, qui formait la tète de colonne, se trouva 
en présence d'une ferme appelée Cascina-Nova, où les Autrichiens s'étaient 
solidement retranchés. Les bâtiments furent enveloppés de toutes parts ot 
l'ennemi obligé de mettre bas les armes. On fit là six à sept cents prisonniers. 



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186 LE .V RÉGIMENT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [18591 

ÂussitAt ce premier succès obtenu, la colonne reprit sa marche en arant, se 
dirigeant rers l'embarcadère du chemin de fer, d*où partait un violent feu de 
mousqueterie. 

Ce fut réellement alors que la bataille commença ; l'ennemi, en force partout, 
couvrait tout le terrain en avant de Magenta et ne cédait la place que pied 
à pied , profitant des bouquets d*arbres et dos haies pour se replier. Ce rideau, 
qui le dérobait ainsi à notre vue, ne permettait pas d'apprécier exactement le 
nombre dos troupes qu'il avait en ligne et condamnait l'attaque à une marche 
prudente et calculée. Sur la gauche, une vive canonnade venait de s'engager :- 
c'était la division Espinasse qui était aux prises avec le 1*' corps autrichien. 
Nos colonnes, admirables d'énergie, de calme et de résolution, avançaient 
malgré tout, lentement, c'est vrai, mais se rapprochant insensiblement de 
Magenta, dont le clocher se détachait nettement de la ligne d'arbres qui bor- 
dait l'horizon. 

A mesure qu'on approchait, le combat devenait plus vif, plus ardent, plus 
opiniâtre; toutes les haies, tous les fossés étaient garnis de tirailleurs; toutes 
les maisons étalent crénelées, barricadées et fortement occupées; sur tout le 
front de Magenta , une nombreuse artillerie labourait le terrain en avant, et 
couvrait de sa mitraille les abords de la route de Buflalora. 

Cependant les deux batteries de la division venaient d'arriver, et, s'étant 
établies à droite et à gauche de la route, avaient, par un tir bien réglé, 
commencé à ébranler la ténacité de la défense. Profitant de ce moment de 
répit, le général de la Motterouge fit sonner la charge et s'élança, à la tète 
de toute son infanterie, sur l'église, le cimetière et l'embarcadère du chemin 
de fer. Chargé d'enlever cette dernière partie de la position, le régiment de 
Tirailleurs algériens se jeta avec une nouvelle ardeur dans cette lutte acharnée 
dans laquelle il lui avait été donné de porter les premiers coups, et se préci- 
pitant sur la chaussée que balayaient encore l'artillerie et la mousqueterie 
ennemies, pénétra enfin dans l'intérieur de la gare, dont les défenseurs furent 
immédiatement chassés ou faits prisonniers. Le 3* bataillon avait largement 
concouru à ce succès en enfonçant le premier les palissades qui bordaient la 
voie ferrée et en franchissant résolument le terrain découvert qui le séparait 
des bâtiments crénelés de l'embarcadère. C'est à la rapidité inouïe avec la- 
quelle fut exécuté ce mouvement qu'il dut de ne pas éprouver de pertes trop 
sensibles et de voir l'ennemi évacuer précipitamment la position. Dans cette 
attaque, le capitaine de Pontécoulant s'était encore fait remarquer par son 
admirable intrépidité et avait été violemment contusionné. 

Après avoir traversé la voie ferrée , la brigade Lefèvre se trouva à cheval 
sur la route de Milan , faisant face à l'église de Magenta, qu'attaquait la 2<* bri- 
gade sous la conduite du général de Polhès. Ma! tresse de ce dernier point, la 
division de la Motterouge pénétra daùs le village par plusieurs côtés à la fois. 
C'est à ce moment que commença la dernière et peut-être la plus meurtrière 
phase de cette sanglante journée. Il fallut faire le siège de chaque rue, de 
chaque maison, et ce ne fut que vers huit heures du soir, après deux heures 
d'héroïques efforts, que Magenta resta définitivement en notre pouvoir. 

Dès les premiers pas du 3® bataillon de Tirailleurs dans ce dédale de rues 



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[1859] EN ITALIE 187 

étroites et barricadées, le commandant Van Hoorick, qui déjà un moment 
auparavant avait eu son cheval tué sous lui, tombait la cuisse traversée par 
une balle ; au même instant le capitaine Estelle était également blessé. Mais , 
poursuivant leur mouvement dans cette mêlée furieuse, acharnée, implacablCj 
les compagnies, qui n'avaient pas tardé à agir pour leur propre compte, 
avaient biontét eu fait d'enlever les maisons qui tentaient de leur résister, et 
de faire dans chacune d'elles un nombre considérable de prisonniers. Dans 
Tune de ces dernières, un détachement de deux cent vingt -neuf Autrichiens, 
cerné par la compagnie du capitaine Munier, tenait encore, ne connaissant pas 
le résultat de la lutte. Il attendit ainsi jusqu'au lendemain. Au point du jour, 
l'officier supérieur qui le commandait remit son épée. 

Sur tous les points la victoire, longtemps disputée , nous appartenait main^ 
tenant : à gauche, la division Espinasse avait de son côté pénétré dans Ma- 
genta, et s'y était solidement établie; à droite, où la brigade Picard, puis la 
brigade Jeannin et enfin la division Vinoy étaient venues successivement ren- 
forcer et prolonger la ligne formée par la division Mellinet, le succès s'était 
également déclaré pour nous : après une lutte opiniâtre, pendant laquelle 
Ponti-Vecchio-di-Magenla avait été pris et repris plusieurs fois, l'ennemi avait 
fini par se retirer sous la protection d'une charge désespérée de sa cava- 
lerie. 

Les pertes subies de part et d'autre témoignaient de la vigueur déployée 
dans Tattaque et dans la défense : les Français comptaient quatre mille cinq 
cent trente hommes hors de combat, les Autrichiens cinq mille deux cent 
soixante-seize, indépendamment des prisonniers, dont le total s'élevait à quatre 
mille cinq cent. Le bataillon fourni par le 3* régiment de Tirailleurs algériens 
avait pour sa part soixante- quatorze hommes atteints par le feu de l'ennemi, 
dont quatre oITicicrs blcssrs, neuf hommes do troupe tués et soixante-deux 
blessés. Ces chilTres disent mieux que tout ce que nous pourrions ajouter com- 
bien était glorieuse la page dont ce bataillon venait d'enrichir l'historique du 
corps dont il faisait partie. 

Le régiment passa la nuit dans les rues de Magenta. Le lendemain, il alla 
camper dans la plaine, en arrière de la chaussée du chemin de fer, sur un 
terrain jonché de cadavres ennemis, dont l'emplacement jalonnait encore la 
direction des lignes de tirailleurs qui avaient cherché à couvrir les approches 
du village. La journée fut employée partie à se reposer un peu des fatigues de 
la veille , partie à ramasser les armes , les sacs et les effets abandonnés par 
Tennemi et par les blessés. 

Le 6, l'armée française se remit en mouvement; toutes les troupes du 
2^ corps quittèrent Magenta pour se porter à San-Pietro-l'Olmo, sur la route 
de Milan. Parti vers onze heures et demie du matin, le régiment arrivait dans 
celte localité à quatre heures et demie du soir et y établissait son bivouac. 
Mais, une demi- heure après, un corps autrichien ayant été signalé à Garba- 
nate, village situé à vingt kilomètres au nord-ouest de San-Pictro, il reprit 
aussitôt les armes avec toute la 2*^ division et deux escadrons du 7* chasseurs, 
pour se porter à la rencontre de l'ennemi. Après cinq heures de marche, il 
rentrait sans avoir rien découvert, les Autrichiens n'ayant fait que passer à 



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188 LE 3^ RÉOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ITALIE [1859] 

Garbaiiat6| qui était déjà, lorsque la cavalerie française 8*y présentai occupé 
par l'araDt-garde de la brigade piémontaise du général Fanti. 

L*ordre de mouTement pour la journée du lendemain portait que le 2* corps 
eptrerait dans Milan à la tête de Tarmée, en récompense du rôle glorieux qu'il 
avait joué dans la journée du 4 juin. Déjà, depuis deux jours, son chef, le 
général de Mac-Mahon, était élevé à la dignité de maréchal de France et créé 
duc de Magenta. 

Le 7, à six heures du matin, la division de la Motterouge quittait San- 
Pietro-TOImo et se dirigeait sur Milan. A huit heures, elle arrivait devant la 
porte Vercilina et s'arrêtait pour attendre les autres troupes du corps d*arméo. 
Le défilé commença à onze heures. Ce fut un véritable triomphe : la popula- 
tion tout entière était accourue au-devant de nos soldats. De la porte Vercilina 
à la porte de Pavie, près do laquelle le bivouac fut établi, ce ne fut qu'une 
pluie de fleurs et de bouquets; avec la même facilité que dix ans plus tard il 
allait s'éteindre , l'enthousiasme des Italiens , cet enthousiasme ardent , chauffé 
au soleil des plaines du Pô , s'allumait au point de devenir du délire et de se 
traduire par des cris, des vivats, des trépignements, des bénédictions, des 
embrassements chaleureux sous lesquels les vainqueurs de Magenta se trou- 
vaient littéralement étouffés. 

Mais l'armée ne devait pas s'amollir dans les délices de cette séduisante 
Capoue ; les Autrichiens avaient été chassés de Milan , mais ils étaient bien 
loin encore d'être entièrement vaincus : ils étaient encore maîtres de la ligne 
de TAdda. Il fallait les en chasser avant qu'ils s'y fussent solidement établis, 
et consacrer par une nouvelle et éclatante victoire l'œuvre libératrice si géné- 
reusement entreprise par la vieille Gaule en faveur de l'antique patrie de Do- 
mitius et de Jules César. 



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CHAPITRE IV 



Départ de Milan. — Continuation des opérations. — Berne du général de la Motte-Rouge 
à San-Zeno ; distribution de croix et de médailles accordées au régiment à la suite de 
la bataille de Magenta. — Bataille dé Solférino. — Passage du Mlndo à Monzambano. 
— Conclusion d'un armistice. — Paix de Villafranca. — Récompenses accordées i la 
suite de la bataille de 8olferino. — Les Tirailleurs quittent Tltalie et sont dirigés sur 
lo camp do 8aint-Maur. — Entrée du régiment dans Paris. — Embarquement à Toulon. 
•— llcntréo à Constautliio. 



Le 8 juin , à quatre lieures du matin , le 2<> corps quitta Milan et se dirigea, 
par la route de Lodi , sur le village de Melegnano (Marignan), dans le but d'in- 
tcrccplcr la marche du viii<* corps autrichien (Benedeck), qui , après avoir cou- 
vert la retraite de l'armée, se retirait sur Lodi par Binasco et Landriano, sous 
la protection d'une forte arrière-garde comprenant toute la brigade Roden de 
la division Berger. Melegnano devait être enlevé par le l*''^ corps; aussitôt 
après le passage de celui-ci, le 2^ avait pour mission d'appuyer vers la droite 
et d'exécuter un grand mouvement tournant pour venir s'établir entre ce vil- 
lage et Lodi , de façon à rejeter l'ennemi dans la direction de Pavie. 

Après être sorti de Milan , le régiment de Tirailleurs algériens , au lieu de 
suivre la route, prit à travers champs, et, vers neuf heures du matin, s'arrêta 
pour Taire la grand'haltedans une vaste prairie près du village de San-Donato. 
Là il dut attendre l'écoulement des troupes du 1^ corps et celui de la 2* divi- 
sion, qui ne commença qu'à deux heures de l'après-midi; enfin, à quatre 
heures, il s'ébranla à son tour et se prépara à exécuter, pour ce qui le con- 
cernait, le mouvement qui devait porter les troupes du 2* corps sur la ligne 
de retraite des Autrichiens. Il traversa d'abord le village do San-Giuliano, où 
l'on croyait trouver l'ennemi, puis il quitta encore une fois la grande route 
pour aller passer le Lambro à gué, et se diriger ensuite, par Garpanullo et la 
Cascina Barona, sur le village de Médiglia, où devait s'opérer la jonction des 
deax divisions. Il était environ six heures lorsqu'il atteignit cette dernière 
localité. A peine l'eut-il dépassée, que le canon se fit entendre du cêté de Me- 
legnano : c'était le maréchal Baraguey-d'Hilliers qui, sans attendre que le 
maréchal de Mac-Mahon eût achevé son mouvement, abordait de front la re- 



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190 LE 3* RÉOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1859] 

doutable position de l'eoDemi. Les divisions de la Hollerouge et Decaen (an- 
cienne Espinasse) hâtèrent le pas pour se rapprocher du lieu du combat; mais 
déjà, quand elles eurent dépassé Dresano, les Autrichiens étaient en fuite, 
gagnant Mulazzano. Le régiment fut alors arrêté à Colognio, où il attendit, 
l'arme au pied , la fin de la lutte engagée. Depuis quatre heures la pluie tom- 
bait à torrents; la marche avait été extrêmement fatigante; les hommes 
étaient exténués. A onze heures et demie du soir, on put enfin s'établir au 
bivouac. Do grands feux furent allumés de tous côtés; mais le sol était telle- 
ment humide, qu'il ne fut pas possible do se couclier ni de dormir. 

Les journées des 9 et 10 vinrent heureusement permettre de réparer cette 
fatigue excessive. Pendant ces deux jours le'2« corps, établi partie à Médiglia, 
partie à Sordio, demeura dans un repos absolu. On attendait, pour se porter 
en avant, d'être exactement fixé sur la direction suivie par l'armée autrichienne 
dans sa retraite, et particulièrement sur l'abandon de la ligne de l'Adda, 
qu'on savait décidé par le feld-zeugmestre Gyulai. Le 10, on apprit que l'en- 
nemi avait évacué Lodi et semblait vouloir se concentrer derrière le Mincio. 

Le 11 , le 2* corps reçut l'ordre de se porter à Paullo, entre le Lambro et 
l'Adda. Le mouvement commença à six heures du matin. Le régiment traversa 
successivement Mulazzano, Cascina-Alberi, passa la petite rivière de la Muzza 
et prit ses cantonnements avec le gros du corps d'armée. Le lendemain , il se 
dirigea par Marzano, Comazzo, Carnegliano, où il repassa la Muzza, et Tru- 
cazzano sur Âlbignano, où le bivouac fut établi. liO 13, à dix heures et demie 
du matin, il franchit une troisième fois la Muzza sur un pont de pilotis con- 
struit parle génie, et arriva un peu au-dessous de Casano, où s'eflectua le 
passage de l'Adda sur le pont du chemin de fer, dont la première arche seule 
avait été détruite; il prit ensuite la grande route de Brescia, qu'il quitta aux 
portes de Treviglio, et, passant par Calvenzano, gagna Garavagglio. Le bi- 
vouac fut établi devant une magnifique église surmontée d'un dôme élevé, du 
haut duquel l'œil pouvait s'étendre sur les merveilleuses plaines des vallées de 
l'Adda et du Serio. Le 14 , on franchit celte dernière rivière un peu au delà de 
Mozzanica, et l'on alla camper à Autignate après être passé par Sola et Isso. La 
marche du 15 nous conduisit au village d'Urago-d'Oglio. On s'attendait à trouver 
rompu le pont sur l'Oglio, mais la tentative des Autrichiens pour le faire sauter 
était restée sans résultat. On put, en revanche, constater de nombreux travaux 
indiquant que l'ennemi avait eu un instant la pensée de défendre la ligne de 
ce cours d'eau. Le soir, le bivouac de la brigade Lcfèvre fut établi en avant 
d'Urago-d'Oglio, de façon à surveiller la route de Chiari. Le 16, on traversa 
Chiari pour arriver à Castrezzalo, où tout le 2^ corps se trouva réuni. Le len- 
demain, le régiment rejoignit la route de Brescia à Trevigliato; il la suivit 
jusqu'à Roncadelli et vint camper entre ce village et celui d'Onzato. Le 18, il 
descendit jusqu'à Castel-Nuovo pour y passer la Mella; il remonta ensuite 
vers Aspes, y traversa la Garga et s'arrêta à San-Zeno, à quatre kilomètres 
au sud-eat de Brescia, la seconde capitale de la Lombardie. Depuis Mêle- 
gnano, l'ennemi n'avait été aperçu sur aucun point. Les nouvelles qui ou 
arrivaient chaque jour étaient qu'il se retirait précipitamment sur la ligne du 
Mincio, où devait avoir lieu sa concentration. Le 17, l'empereur d'Autriche 



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[1859] EN ITALIE 19t 

ôtait venu lui-même se mettre à la tète de ses troupes , avec le feld-ceugmestre 
baron de Hess pour chef d'état-major géoéral, et les généraux comte Wimpffen 
et comte Schlik comme lieutenants. 

Les récompenses (décorations et médailles) décernées à la suite de la ba- 
taille de Magenta étaient arrivées dans la journée du 18. Afin de faire de leur 
distribution Tobjet d*une cérémonie imposante qui en relevât Tobjet aux yeux 
de toute l'armée, une grande revue fut ordonnée pour le 19, à onze heures 
et demie du matin. Le général de la Motterouge passa devant le front des 
troupes de la 1>^ division, exprima à ces dernières combien il était heureux 
de se trouver à leur tête, et posa sur la poitrine de quelques braves la dis- 
tinction que leur avait valu leur belle conduite devant Tennemi. Sur dix croix 
accordées au régiment de Tirailleurs algériens, le 3* bataillon en recevait six. 

Était fait oflBcier de la Légion d'honneur : 

M. Van Hoorick, chef de bataillon. 

Etaient fait chevaliers : 

MM. Dardenne , capitaine. 

Louvet, lieutenant. 

Dufour, sous-lieutenant. 

Malte! , sergent-major. 

Poulleau , sergent-fourrier. 

Étaient décorés de la médaille militaire : 

MM. Drot, sergent-fourrier. 

MulalInli-bcn-Michcri , sergent. 

Molianicd-bcn-Abdallali , caporal. 

et trois Tirailleurs. 

Le 20, le 2^ corps séjourna à San-Zeno. Le 21 , le régiment se dirigea, par 
Borgo-Satello, vers le Campo-di-Monte-Chiaro, qu'il traversa disposé de façon 
à pouvoir promptement former le carré dans le cas où la cavalerie autrichienne 
serait venue l'inquiéter. Vers deux heures, il rejoignit la route de Monte- 
Chiaro, et passa la Chicse sans difficulté sur un pont en bois incomplètement 
détruit par l'ennemi et rapidement réparé. 11 alla ensuite s'établir sur la droite 
de la route de Castiglione, dans une plaine couverte de champs de mais. Le 
22 , il se porta à deux kilomètres au sud de Castiglione en passant par Novagli. 
Ce jour-là, on apprit plusieurs mutations survenues dans le personnel des 
oUicicrs par suite de promotions. En ce qui concernait le 3" bataillon, le capi- 
taine de Saint- Pacr était nomme chef de bataillon au 15* de ligne (1*'' corps) 
et remplacé par le capitaine Ilulot, du l^^ bataillon; le sous-lieutenant Dufour 
était promu lieutenant et maintenu, et le sergent-major Athènes nommé 
sous-lieutenant et placé au 1*' bataillon. Déjà, par décret du 17 mai, le lieu- 
tenant-colonel Montfort avait été nommé colonel du 2* régiment de Tirailleurs 



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19Î LB 3* RÉGIMENT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1859] 

algériens et remplacé par M. Uermeot, Yeoant dos chefs de bataillon du 36* de 



Le 23, on fit séjour. Dans la journée , de nombreuses reconnaissances de 
cayalerie parcoururent la plaine dans la direction du Mincio, et s'accordèrent 
à établir que l'ennemi occupait en force Solferinoi Cavriana, Guidizsolo et 
Hedole, alors qu'on le croyait déjà retiré dans le quadrilatère Peschiera, Vé- 
rone, Mantoue et Legnago. L'état-major français ne voulut cependant voir là 
qu'un mouvement d'avant-postes , et les ordres pour la marche du lendemain 
furent donnés comme si la rencontre des deux armées eût été la chose la plus 
improbable. D faut s'empresser de reconnaître que l'empereur François-Joseph 
n'était guère mieux inspiré en ne prescrivant le mouvement de ses troupes 
que pour neuf heures du matin , et qu'il allait par ce retard permettre à nos 
corps d'armée de prendre une avance considérable, et de détruire peu à peu 
le désavantage dans lequel allait les placer l'initiative des corps autrichiens. 

Le 24 , à trois heures du matin, l'armée entière se mit en mouveiuont sur 
quatre colonnes, le l*** corps formant l'extrême gauche de la ligne, et le 3* l'ex- 
trôme droite. Le 2* avait l'ordre de se porter à Cavriana. Il s'engagea sur la 
route de Mantoue, et, vers cinq heures du matin, se heurta à la Casa-Morino. 
La 2* division, qui formait tête de colonne, commença immédiatement l'at- 
taque et s'empara de cette position, qui ne fut d'ailleurs que faiblement dé- 
fendue. Ce premier succès ayant rendu le maréchal de Mac-Mahon maître do 
toute la plaine, celui-ci put dès lors prendre les mesures que commandait la 
gravité de la situation. La 2* division fut établie en avant de la position qu'elle 
venait d'enlever et perpendiculairement à la route de Mantoue; la 1<^ appuya 
sa gauche à cette route, et, inclinant sa droite vers Hedole, se forma par 
bataillons en masse, la 1^ brigade en tête, et la 2* en réserve, en arrière d'un 
pli de terrain où elle se trouva à l'abri du feu de Tartillerie ennemie. 

Depuis déjà longtemps le maréchal Bara'guey-d'Ililliers (1^ corps) était 
aux prises avec le v* corps autrichien, occupant les hauteurs de Solfcrino, et 
l'armée surdc avec le vm«, du cAlé de Sau-Murliiio. C'était une bataille générale 
qui s'engageait; pour la soutenir, l'ennemi précipitait la marche de ses ré- 
serves; pour prendre l'oflensive, les Français attendaient l'arrivée de la garde, 
qui, )Murtie de Monte-Chiaro, n'était encore qu'à CastigUone et se dirigeait en 
toute hflte vers le point où l'on entendait le canon. 

Cependant le 2« corps ne pouvait quitter sa position dans la plaine de Mo- 
dèle, à cause du vide qui aurait existé entre sa droite et la gauche du 4*. 11 
en était donc, pour le moment, réduit à la simple action de son artillerie, qui, 
sous la direction du général Auger, couvrait de projectiles la route de Mantoue 
par laquelle s'avançait le m» corps ennemi. Pendant cette canonnade, qui dura 
environ deux heures et qui ne cessa que lorsque les batteries autrichiennes 
eurent été complètement éteintes, le 45^, déployé à la hauteur de Hedole, ra- 
massa environ six cents prisonniers provenant d'un régiment hongrois débordé 
par une charge de notre cavalerie. 

Vers onse heures, la division de cavalerie de la garde, sous les ordres du 
général Morris, arriva à toute bride et se plaça immédiatement dans le vide 
existant entre le 2* et le 4* corps; au même instant le maréchal de Hac-Mahon 



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[1859] EN ITALIE 193 

fut averti de la part du général Nie! que celui-ci était prôt à se porter en 
avant pour protéger son mouvement sur Gavriana. Désormais sans inquiétude 
sur sa droite, le maréchal ordonna au général de la Motterouge de s'avancer 
d*abord dans la direction des hauteurs de Solferino pour appuyer l'attaque de 
la division dos voltigeurs de la garde, puis de tourner à droite, de marcher 
sur San-Cassiano et de s'en emparer. En conséquence, la brigade Lefbvre fit 
aussitôt un changement de direction à gauche, et s'engagea en partie dans le 
chemin creux qui conduit de Médole à Solferino, suivie par la 2* brigade, qui 
se conforma exactement au même mouvement. Dès que la division entière eut 
dépassé la gauche de la division Decaen,elle fit face à droite et se déploya 
par bataillons en masse, les premiers échelons à environ quatre cents mètres 
de San -Martine. A sa gauche, et sensiblement à la même hauteur, venait la 
division des grenadiers de la garde (Mellinet); à sa droite, la 2* division, qui, 
prenant sa gauche pour pivot, exécutait à son tour le mouvement qui devait 
placer le 2* corps parallèlement à la ligne Solferino-Cavriana. 

San-Cassiano avait été solidement occupé par les Autrichiens , dont les ré- 
serves s'abritaient dans des ondulations formées par les mamelons au pied 
desquels ce village se trouve bflti. Ces mamelons, qui portent le nom de mont 
Fontana, se composent de trois pitons principaux, dont les arêtes, sensible- 
inont parallèles, ont une direction nord-sud et constituent, par la disposition 
de leur petit côté , une courbe assez prononcée, dont la convexité est tournée 
vers la plaine de Guidizzolo. L'ennemi avait admirablement tiré parti de cette 
ligne de défense en y élevant des ouvrages de campagne et en la garnissant 
d'une nombreuse artillerie. 

Il était à peu près deux heures lorsque le maréchal de Mac-Mahon donna 
le signal de l'assaut; aussitôt le régiment de Tirailleurs, ayant à sa tète le 
général Lefèvre, s'élança sur San-Cassiano. L'attaque devait être exécutée par 
les 2* et 3® bataillons; le l^'' venait en soutien. A la tête du 3* bataillon se 
trouvait le capitaine Munier, qui , en qualité de plus ancien , en avait pris le 
commandement depuis le départ de M. de Saint-Paêr, qui lui-même avait 
remplacé le commandant Van Hoorick, blessé à Magenta. En avant du front 
du régiment, et donnant l'exemple du plus noble courage, marchaient le co- 
lonel Laure et le lieutenant-colonel Herment. 

Excités par une inaction de plusieurs heures, jaloux des lauriers que, sur 
la gaucho, les troupes do la garde et du l^^*" corps cueillaient à l'attaque de 
Solferino, les Tirailleurs se jetèrent sur lo village avec une ardeur furieuse 
à laquelle les Autrichiens tentèrent en vain de résister. En un instant San- 
Cassiano fut en notre pouvoir, et, poursuivant son succès, le régiment se 
porta en avant de cette localité en suivant une direction à peu près parallèle 
à la route passant au pied du mont Fontana. Pendant ce temps le 45* s'était 
dirigé sur la ferme dite Malpetti , située à droite et à environ cinq cents mètres 
de San-Cassiano, s'en était emparé et, avec le concours d'une compagnie de 
Tirailleurs, y avait fait une centaine de prisonniers. 

Grftce à la vigueur avec laquelle il avait été mené, ce premier assaut n'avait 
pas été trop meurtrier. Au 3* bataillon , les capitaines Munier et Quinemant 
avaient cependant eu leurs chevaux tués , et plusieurs hommes étaient déjà 

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194 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1859] 

horfl de comtNit; mais ce n'était là que le prélude de la lutte véritable, que 
le premier épisode do cette rude journée. L'ennemi s'était replié sur les hau- 
teurs du mont Fontana, et ç'allait être à tout le corps d*armée du feld-maré- 
chal-lieutenant Clam-Gallas que la 1^* brigade allait bientôt se heurter. 

Nous avons dit que cette position avait été solidement occupée; elle venait 
d'être encore renforcée, et se trouvait maintenant défendue par dix régiments. 
C'était sur la conservation de ce point que l'empereur d'Autriche comptait 
pour rétablir le combat, fortement compromis pour lui par la prise de Sulfe- 
rino, et menacer le centre do l'armée française, pendant qu'une vigoureuse 
attaque dirigée sur la droite de celte dernière rejetterait en désordro les 3"* et 
4* corps dans la direction de Castel-Goffredo. Depuis dix heures du matin, 
François-Joseph s'était de sa personne transporté à Cavriaûa et excitait par sa 
présence le courage de ses soldats et l'émulation de ses officiers. 

Mais on ne laissa pas aux Autrichiens le temps de combiner les mouve- 
ments de leur centre avec ceux de leur gauche. A peine San-Cassiano fut- il 
en notre pouvoir, que la colonne du général Lefèvre s'élança sur le premier 
contrefort du mont Fontana. Cette vigoureuse initiative était due en partie au 
capitaine Munier. Cet officier, avec un sang-froid et une habileté rares, avait 
rapidement rallié son bataillon, et, sans perdre le bénéfice du premier élan, 
s'était précipité à sa tête sur la redoutable position qu'il avait devant lui , suivi 
de près parles deux autres bataillons, qui s'étaient immédiatement conformés 
à ce mouvement, auquel présidait le colonel Laure, qui fut mortellement 
atteint au moment où, se portant en avant du son héroïque régiment, il 
indiquait lui-même la direction que devait suivre l'attaque. 

En voyant tomber leur chef, qu'ils adoraient parce qu'ils le reconnaissaient 
comme le plus brave, les Tirailleurs poussèrent un long cri de fureur, et ce 
ne fut plus le choc d'une troupe, mais le tourbillon impétueux d'un ouragan 
qui s'abattit sur les Autrichiens. En vain ces derniers essayèrent- ils de pro- 
fiter de l'avantage que leur donnaient le nombre et la disposition du ter- 
rain, ils furent renversés, culbutés, refoulés et délogés du premier mamelon, 
sur lequel le ianion du 3* bataillon fut immédiatoaicnl piaulé. A ce moment 
le 45^ s'élançait de son côté sur le second mamelon , mais se voyait repoussé 
par des forces considérables. 

Il était près de trois heures; Napoléon III venait d'arriver sur ce point du 
champ de bataille, et, jugeant toute la gravité que prenait la situation, il avait 
fait avancer, en soutien des Tirailleurs, deux bataillons du l*** régiment de 
grenadiers de la garde, sous les ordres du colonel de Brelteville. Déjà une 
batterie de ce corps était accourue en toute hflte, s'était établie un peu en 
arrière du premier mamelon , et , dirigée d'abord par le général de Sévelinges, 
puis par le général Lebœuf en personne, foudroyait les masses autrichiennes 
à mesure que celles-ci débouchaient pour assaillir le régiment de Tirailleurs, 
qui s'était logé dans la première redoute et s*y maintenait victorieuse- 
ment. 

Cependant il s'agissait d'enlever le deuxième mamelon, celui contre le- 
quel le 4S<> avait échoué et sur lequel se trouvaient concentrés les moyens de 
résistance do l'ennemi. Une fois ce dernier point en noire pouvoir , le suivant 



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[1859] EN ITALIE 195 

tombait de lui-même, et c'en était fait de toute la ligne de Cavriana : le centre 
des Autrichiens était enfoncé, leur armée coupée en deux tronçons. 

Dès qu'il se vit appuyé, le généra] Lefèvre rallia les débris de sa brigade, 
et, plaçant encore les Tirailleurs en première ligne, se précipita, à la tête de 
ses deux braves régiments, contre la redoutable position, sur laquelle allait, 
en quelques instants et sous les yeux des deux empereurs, se dénouer la der- 
nière chance de la grande partie engagée. Cet effort fut peut-être encore plus 
héroïque que le premier; on allait s'établir dans l'ouvrage; déjà l'ennemi, 
surpris par cette audace qu'animait une indomptable furie, se relirait en dé- 
sordre sur ses réserves, lorsque, s'apercevant de notre petit noiiibre, il revint 
à la charge, nous déborda de toutes parts, et, combattant avec une opiniâtreté 
sans égale , reprit peu à peu le terrain qu'il avait perdu. 

A ce moment arriva le 72», commandé par le colonel Gastex, l'ancien 
lieutenant-colonel du 3^ Tirailleurs. Il n'y eut qu'une seule voix pour répéter 
le cri de : a En avant I 9 la charge reprit sur toute la ligne ; le colonel Gastex fit 
déployer son drapeau, autour duquel se groupèrent indifféremment les combat- 
tants des trois régiments; et un nouvel assaut, ardent, impétueux, irrésis- 
tible, délogea une deuxième fois les Autrichiens. Mais une deuxième fois 
ceux-ci reçurent des réserves, une deuxième fois nos valeureux soldats furent 
ramenés en arrière, une deuxième fois la force eut raison de l'héroïsme. 

Il fallait en finir; la 2» brigade, jusque-là maintenue en réserve, sur l'ordre 
formel du maréchal de Mac-Mahon, afin de se relier à la division Decaen, 
venait enfin d'être relevée par une brigade de la garde (Niol) , et de se porter 
en soutien de la première , qui , ralliée par son intrépide chef, ne s'aperce- 
vait pas des vides considérables qui existaient dans ses rangs, et ne deman- 
dait (|irt\ recommencer la lutte. Le général do la Molterougo accourut, forma 
une nouvelle colonne d'attaque comprenant : les Tirailleurs algériens, lo45<>, 
le l'I^ et le 70<^, et la lança sur la position si longtemps disputée, pendant 
que, se plaçant à la tête de deux bataillons du 65®, il se précipitait lui-même 
sur le troisième et dernier mamelon. 

Pendant un instant , ce point du combat ne fut qu'un chaos indescriptible, 
duquel s'élevaient les longs déchirements de la fusillade, les retentissements 
formidables de l'artillerie, le son strident des clairons, les cris, les hourras, 
les imprécations des combattants ; puis ce bruit épouvantable s'éloigna peu à 
peu , devint moins intense, moins sourd, et enfin ne tarda pas à se perdre en 
échos courus* dans la direction de Cavriana. Un instant après, on voyait le 
drapeau tricolore flotter victorieusement sur toutes les hauteurs du mont 
Fontana ; la bataille de Solferino était définitivement perdue par les Autri- 
chiens. 

Itien n'avait pu résistera la vigueur indicible de nos bataillons; le général 
Lefèvre d'un côté, le général de la Mottcrouge de l'autre, avaient pénétré 
dans les tranchées ennemies , en avaient délogé les défenseurs et poursui- 
vaient maintenant les fuyards, qui se retiraient sur Cavriana. 

Dans ce dernier assaut, les Tirailleurs avaient été admirables; jamais peut- 
être leur bravoure ne s'était révélée plus grande, plus soutenue, plus opi- 
niâtre, plus irrésistible. Après leur colonel, ils avaient vu tomber leur lieu- 



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196 



LE 3* nÉGIUENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



[1859] 



tenant-colonel, qui, non moins brave et non moins aimé que le premier, fut 
non moins regretté et non moins glorieusement vengé. Sous l'énergique im- 
pulsion du capitaine Munier, le 3« bataillon avait encore fait des prodiges. 
C^était à lui que revenaient les honneurs de la journée; mais c'était aussi dans 
ses rangs que la mort avait foit la plus ample moisson d'officiers et de sol- 
daU. 

Pendant que le 2* corps, avec une vigueur et une ténacité remarquables, 
s'établissait ainsi sur la position de San-Cassiano et du montFontana, la lutte 
engagée sur les hauteurs de Solferino avait suivi son cours. Là aussi le 
succès avait pleinement couronné nos efforts, et la brigade Manèque (volti- 
geurs de la garde) , renforcée du bataillon de chasseurs à pied du comman- 
dant Clinchant , après avoir enlevé le mont Sarco , s'était avancée vers 
Cavriana pour donner la main à la division do la Molterouge; ello arrivait 
à hauteur de cette dernière juste au moment où celle-ci se rendait définiti- 
vement maîtresse des derniers mamelons. Il était trois heures et demie; Ca- 
vriana restait le dernier point à enlever pour que la séparation des deux ailes 
de l'armée autrichienne fût un fait accompli. A ce même moment, le régi- 
ment de Tirailleurs venait d'être rallié, et formait alors comme le prolonge- 
ment des troupes de la garde. Ces trois corps infatigables, voltigeurs, chas- 
seurs et Tirailleurs, si dignes de marcher l'un à côté de l'autre, se portèrent 
résolument en avant et pénétrèrent en même temps dans Tintérieur do Ca- 
vriana. La dernière résistance de l'ennemi se trouva immédiatement brisée. 
Ne pouvant plus espérer forcer notre droite, les Autrichiens se mirent en 
retraite sur le Mincio, et cherchèrent à gagner le pont de Valeggio, sous la pro- 
tection de leur vu* corps (Zobel ), qui, arrivé trop tard pour prendre part à la 
lutte , s'était établi à l'est de Giudizzolo. La poursuite fut brusquement inter- 
rompue par un orage épouvantable qui se décbaîna sur les deux armées ; elle 
reprit ensuite; mais à la faveur de ce contre- temps l'ennemi avait échappé à 
nos colonnes victorieuses, et s'était assuré le passage du Mincio. 

Le régiment do Tirailleurs bivouaqua sur le terrain qu*il avait conquis en 
arrière de Cavriana. Ses pertes avaient été sensibles, notamment pour le 
3« bataillon, qui à lui seul comptait un nombre de tués et de blessés aussi 
élevé que celui des deux autres bataillons réunis. Voici du reste ci-dessous, 
en regard des pertes totales du régiment, celles de ce bataillon en parti- 
culier : 



Officiers 



Troupe 



HKGIMBNT 




tués 


7 


blessés .... 


21 


tués. ..... 

blessés .... 


70 


288 


^ disiMiruB. . . . 


31 


Totaux. . . . 


417 



3" BITIILLON 

3 
12 

31 

13i) 

18 



203 



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[1859] EN ITALIE 




Les officiers tués étaient : 




MM. de Boyne, 


lieutenant. 


Larbi-ben-Lagdar, 


lieutenant indigène. 


do Foy , 


sous -lieutenant. 


Étaient blessés : 




MM. de Pontécottlant, 


capitaine. 


de Montvaillant, 


lieutenant. 


Sono, 


d» 


Louvet, 


do 


Bouguès, 


do 


Mohamed- ben-Kacem , 


lieutenant indigène. 


Messaoued - ben - Ahmed , 


do 


Mohamed -Bounep, 


do 


Barbier, 


sous-lieutenant. 


Yaya- ben-Simo , sont 


1- lieutenant indigène. 


Kaccm-Labougic, 


do 


Saïd-bcn-Amor, 


do 



197 



M. Barbier avait eu la cuisse fracassée pendant la première retraite. Deux 
fois il avait vu les Autrichiens lui passer sur le corps; ceux-ci Tavaient dé- 
pouillé de quelques objets de valeur qu'il portait sur lui, lui avaient enlevé 
son pistolet et l'avaient laissé là, où quelques instants après ses hommes 
l'avaient retrouvé. 

La page que les Tirailleurs venaient de se graver à Solforino est restée et 
restera Tune des plus belles parmi tant d*autres déjà bien glorieuses dont se 
compose leur histoire. Dans cette rude journée, où la bravoure fit autant, 
sinon plus, que la science militaire, ils provoquèrent l'admiration de toute 
Parmée en se montrant non seulement Tincomparable troupe de choc qu'ils 
avaient toujours été, mais encore d'opiniâtres défenseurs du terrain conquis, 
d'infatigables combattants toujours prêts à recommencer la lutte, en un mot 
en faisant preuve des plus précieuses qualités qui distinguent une troupe 
d*élite , aussi bien dans la défense que dans l'attaque. 

Le capitaine Munier, qui s'était révélé comme un officier do grand sang^ 
froid et de haute capacité militaire, reçut du maréchal de Mac-Mahon les 
éloges les plus flatteurs pour sa belle conduite et celle de son bataillon, et 
quelques jours après trouva la récompense de sa bravoure dans l'épaulette 
de chef de bataillon. 

La journée du 25 se passa à inhumer les morts. Le 2o corps et la garde res- 
tèrent à Cavriana, où avait été établi le quartier général de l'armée; les autres 
fractions se rapprochèrent du Mincio. L'ennemi avait passé cette rivière et 
s'était retiré dans le fameux quadrilatère. 

Ce même jour, un décret Impérial nommait le lieutenant-colonel Butet^ du 



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198 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l859l 

l^** rAginionl Alrongor, au coiiiiimniloinciil du ré({iinciil do TiraillcurB ulgé- 
riens, en remplacement du colonel Laure, tué à l'ennemi. Le lieutenant- 
colonel Gibon, du 70«, était en même temps désigné pour succéder à M. Her- 
ment, et M. Quinemant, capitaine au 3<> bataillon, pour être adjudant-major 
au l^i* bataillon. 

Le 26 , le 2^ corps quitta Gavriana pour se rapprocher à son tour du Mincie. 
Le régiment leva son bivouac à quatre heures et demie du matin et s'engagea 
sur la route de Solferino à Monzambano. Au moment du départ, l'air fut 
tout à coup ébranlé par une explosion Tormidable , et une fumée noire s'éleva 
au-dessus de Goîto. G'était l'ennemi qui, en se retirant, avait fait sauter le 
pont sur lequel on franchissait le Mincie. La marche se continua jusqu'à 
Gampagnano ; Ih les troupes prirent à gauche et se dirigèrent sur Gastellaro , 
où l'on devait séjourner jusqu'au 30 juin. 

Les Autrichiens , ne considérant plus le quadrilatère et la barrière du Mincie 
comme une protection suffisante, s'étaient retirés derrière l'Adige, et garnis- 
saient la rive gauche de ce cours d'eau depuis Vérone jusqu'à Legnago. Le 
!•' juillet, l'armée alliée reprit son mouvement en avant. Le ifi corps passa 
sans difficulté le Mincio à Monzambano, sur un pont de bateaux établi par le 
génie, et, après dix heures de marche, vint s'établir sur les hauteurs de 
Santa-Lucia. Le lendemain, le régiment de Tirailleurs se remettait en route 
à quatre heures du matin, traversait Villafranca, et allait prendre position à 
un kilomètre plus loin, sur la ligne du chemin de fer de Vérone, où il ne de- 
vait rester que quelques heures. Dans la nuit, il reçut en eirct de nouveaux 
ordres et se reporta en arrière pour venir occuper les positions de Monte-Mag- 
giore, près de Santa -Lucia et à peu de distance du point où il avait campé la 
veille. On s'attendait chaque jour à une bataille devant Vérone; le 7 juillet, 
toutes les dispositions étaient prises ; l'armée française tout entière était rangée 
sur la ligne deGastelnuovo-Valeggio, prête à faire face à une attaque, qui, 
d'après les derniers mouvements de l'ennemi , semblait devoir se porter sur 
sa gauche. Mais il n'en fut rien; Solferino devait être la dernière lutte de 
cette campagne. Le 8 juillet, un armistice fut conclu entre les trois puissances 
belligérantes, et, le 11 , les préliminaires de la paix ayant été signés à Villa- 
franca, les troupes apprirent tout à coup que leur rôle était terminé. 

Ce fut le B juillet que le régiment reçut les décorations et connut les nomi- 
nations que lui valait la bataille du 24 juin. Au 3<' bataillon, le lieutenant do 
Montvaillant était nommé capitaine et fait chevalier de la Légion d'honneur ; 
les sous-lieutenants Robillard et Bouguès étaient nommés lieutenants; le sous- 
lieutenant Barbier, amputé, recevait la croix, ainsi que le sergent Isarn; les 
sergents- majors Matleî et Oriot étaient promus sous -lieu tenants. Quelque 
temps après, le capitaine de Pontécoulant fut nommé officier de la Légion 
d'honneur, l'adjudant de Busserolle fait chevalier, et l'adjudant de Sambœuf 
promu sous- lieutenant. Enfin plusieurs sous- officiers et soldats , entre autres 
les sergents- majors d'IIélie et Mazué, reçurent la médaille militaire. 

Le 15 juillet, l'armée française commença son mouvement en arrière. Le 
régiment quitta Santa-Lucia et se dirigea d'abord sur Brescia, puis sur Ron- 
cadello, où il arriva le 18. Il séjourna dans cette ville jusqu'au 25 et se rendit 



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[1859] EN ITALIE 190 

cnfluito à Milan, ft qui il dit bientôt adieu, ainsi qu*& toiito Htalie, pour 
prendre la route du mont Genis et revenir en France. Le 5 août, il arrivait & 
Paris par les voies ferrées et allait s'installer au camp de Saint-Maur. 

Ce voyage des Tirailleurs avait pour but de leur faire prendre leur rang 
dans rentrée triomphale dans la capitale des troupes de l'armée d'Italie. Cette 
grande fête militaire était fixée au 14 août. En attendant ce jour, la curiosité 
qu'ils excitaient attirait la foule des Parisiens dans leur camp; tout le monde 
voulait voir ces soldats sur lesquels couraient les histoires les plus invraisem- 
blables, les légendes les plus fantastiques. On ne se figurait les iureos que 
comme des êtres extraordinaires; certaines gens s'attendaient à se trouver en 
présence de guerriers sauvages aux allures bizarres , au tempérament sangui- 
naire, et portant sur leur visage l'empreinte d'une effrayante férocité ; d'autres 
se demandaient s'il était très prudent de les aborder sans s'être, au préalable, 
assuré qu'ils avaient bien déjeuné. Aussi Tétonnement fut-il général lors- 
qu'on vit des hommes qui, & part leur teint un peu plus bronzé, ressera-- 
blaient à tous les autres, mangeaient et buvaient de la même façon et se 
montniientavec tous doux, calmes, placides et bons enfants. Et l'on avait alors 
peine à croire que ce fût là cette troupe terrible dont on disait tant de choses 
merveilleuses, dont la fureur dans le combat ne connaissait point d'obstacle, 
dont l'étonnante bravoure avait déconcerté les colonnes russes à la gorge de 
Malakoiï et fait reculer les masses autrichiennes sur les hauteurs du mont 
Fontana. 

Ce fut une solennité bien imposante , bien patriotique, bien faite pour faire 
vibrer toutes les cordes de l'enthousiasme national , que celle du défilé dans 
Paris, et devant une population venue de tous les coins de la France, des 
braves régiments dont les drapeaux allaient désormais porter les deux nou- 
veaux noms de Magenta et de Soircrino. Do tous ces corps, Tun des plus fêtés, 
des plus acclamés, fut celui des Tirailleurs algériens; de toutes parts des cris^ 
des vivats, des bouquets, de fraternelles poignées de main dirent à ces fiers 
Algériens, qui avaient si vaillamment combattu pour une nouvelle patrie dont 
jusque-là ils n'avaient connu que le nom, combien notre pays leur en était 
reconnaissant et quelles légitimes espérances il fondait sur eux pour l'avenir. 

liC 13 août, un décret impérial était venu prononcer la dissolution du régi- 
ment provisoire de Tirailleurs algériens. Les officiers qui en faisaient partie 
étaient mis provisoirement en non -activité par suite de licenciement, et re- 
placés dans les trois régiments de Tirailleurs. Ce même décret portait que ces 
derniers seraient réorganisés sur le pied de sept compagnies par bataillon, au 
lieu de six précédemment existant. 

En exécution des prescriptions ci -dessus, chaque bataillon devait immé- 
diatement regagner le siège de son régiment. Le 18 , les trois bataillons quit- 
tèrent Paris en chemin de fer, et le lendemain arrivèrent à Toulon, où, le 
même jour, le 3« fut embarqué pour Philippeville. Le 3 septembre, ce dernier 
rentrait à Constantine, où il recevait le plus sympathique accueil de la part 
de la population européenne et indigène, et reprenait sa place au sein du 
3« régiment , dont il venait d'enrichir les annales d'une page à jamais mémo- 
rable qu'il avait généreusement payée avec son sang. Nulle troupe n'avait en 



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260 



200 LE 3* RÉGIUBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ITALIE [1859] 

effet moins marchandé le sien , et les chiffres ci -dessous ont trop d'éloquence 
pour que nous insistions sur la part de gloire qui revient à notre beau et brave 
régiment dans la courte et brillante campagne d'Italie. 

Les deux seules journées de Magenta et de Solferino coûtaient au 3* Ti- 
railleurs: 

Tués. 

Officiers 3 

Troupe 40 

Blessés. 

Officiers 16 

Troupe . • 201 

Il avait eu le quart de son effectif mobilisé hors de combat, proportion 
considérable si Ton tient compte du peu de durée de la guerre. 

Pour en finir avec les événements se rapportant à cette campagne, il nous 
reste à parler de la création d'un 2^ régiment provisoire de Tirailleurs algé- 
riens, qui, d'après un décret du 13 juin, devait, comme le premier, se com- 
poser de trois bataillons pris chacun dans l'un des trois régiments. Seulement , 
au lieu do prélever ce bataillon sur ronsuiublo du corps, (U)minû celui précé- 
domuieat constitué, c'était Tua des bataillons existant, avec ses cadres dans 
l'état où ils se trouvaient, son effectif, sa composition propre, qui devait être 
désigné. De ce qui allait rester en Algérie dans chaque province, on devait 
ensuite former deux bataillons à sept compagnies. 

On s'occupa immédiatement de Torganisation de ce nouveau corps, dont le 
commandement était confié au lieutenant-colonel Wolff; mais la concluttion 
de la paix n'ayant pas tardé à avoir lieu, un décret du 20 juillet vint en pro- 
noncer la dissolution avant que ses divers éléments eussent été réunis. On se 
contenta, après la bataille de Solferino, pour le 3«* régiment du moins, de 
former un détachement comprenant quatre-vingt-quatre hommes de bonne 
volonté, sous les ordres du lieutenant Moktar-ben-Youssef, et de l'envoyer 
comme renfort au 3* bataillon du l*** régiment provisoire en Italie. Ce détache- 
ment s'embarqua à Philippeville le 6 juillet, et fiit aussitôt dirigé sur sa nou- 
velle destination. Il rentra ensuite à Gonstantine avec les autres Tirailleurs 
de la province. 



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CHAPITRE V 

(1859-1863) 



(1859) Opérations en Algérie. — Golonne des Oaled-Asker. — Réorganisation du régi- 
ment après le licenciement du 3« bataillon du régiment provisoire. — Golonne de 
Test. — Attaque des smalas do la compagnie de Souk-Arras par un parti do Tunisiens. 
— ( 1860) Golonne du Hodna. — Expédition de la Kabylie orientale. — (1861) Gompo- 
sition des cadres du régiment apr^s la formation des 7« compagnies. — Envoi d'une 
compagnie au Sénégal. — Nouvelles dispositions concernant le rccrutomo.nt. —Départ 
de deux compagnies pour la Cocliinchino. — (1862) Formation d*un liataillon do 
mnrclio destiné k rcxpédition du Mcxiiiue. — Opérations oontro les Khroumirs, sur 
les frontières do la Tunisie. — Emplacements des bataillons à la date du 31 dé- 
cembre 1863. 



La campagne d'Italie devait être, pour le régiment, le dernier épisode de 
cette grande épopée qui, depuis vingt ans, c'est-à-dire depuis la formation 
du bataillon de Tirailleurs de Gonslantine, 8*était déroulée sans interruption , 
embrassant dan& son ensemble la période la plus difficile de la conquête de 
PAIgérie et ces deux grandes luttes en Europe, qui semblaient avoir ressuscité 
Tépoque héroïque des grands faits militaires du commencement de ce siècle. 
Durant ces vingt années, ce corps n'avait pas cessé de vivre au sein de la 
guerre, qui était devenue son seul élément; tour à tour au fond des montagnes 
de la Kabylie, au milieu des sables du désert, sur le plateau désolé du Cher- 
sonèse et dans les riches plaines du Piémont , partout on l'avait vu au pre- 
mier rang, ardent, infatigable, prêt à tous les efforts, capable de tous les 
dévouements, affirmant chaque jour sa valeur désormais proverbiale et ses 
solides qualités , se signalant à chaque instant par sa fidélité , son abnéga- 
tion , sa vigueur, sa rigoureuse discipline et son mépris du danger. Se battre 
aujourd'hui, recommencer demain, ne pas laisser se tirer un coup de fusil 
sans être là, telle aurait pu être sa devise et telle elle demeurait encore; car 
s'il allait enfîn connaître un repos qu'il n'avait jamais demandé , les événe- 
ments seuls allaient le lui imposer. Oui , c'était bien malgré lui qu'il allait 
maintenant être condamné à la vie sédentaire des garnisons , à la monotonie 
du tableau de service journalier, à la tâche ingrate de la garde d'une quan- 



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202 LE 3« RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [i859] 

tité innombrable de petits postes distribués sur tout le territoire de la pro- 
vince , & cette inactivité plus lourde que les plus dures fatigues, parce qu'elle 
était sans compensations, parce qu'elle ne s'accordait plus avec les habitudes 
de ces hommes, qui depuis si longtemps ne vivaient qu'au milieu des dan- 
gers. Il devait bien encore prendre part & des colonnes périodiques dirigées 
dans les régions où, pour y être maintenue, notre autorité avait, à certaines 
époques de l'année, besoin d'être appuyée par des démonstrations armées; 
mais ces dernières, à part celles de la Kabylie orientale en 1860, et du Ilodna 
en 1864, n'allaient jamais lui demander qu'une partie insignifiante de ses 
forces et ne devaient plus être marquées que par des actions sans impor- 
tance, de légers combats, où nous allions presque toujours avoir l'avan- 
tage du nombre et, par suite, la certitude du succès. N'ayant plus, en effet, 
pour s'exalter et se soutenir, ni le fanatisme religieux des premiers jours 
de la conquête, ni Thorreur qu'inspirait alors le Roimi, la résistance des 
indigènes ne devait plus se traduire, du moins jusqu'à la grande insurrec- 
tion de 1871 , que par des efforts décousus, facilement vaincus et timidement 
renouvelés. 

Cependant , si la portion principale du 3® Tirailleurs ne devait plus qu'à 
de longs intervalles se retremper dans les émotions enivrantes de la lutte, 
quelques fractions , quelques compagnies , comme pour no pas laisser s'éteindre 
cet ardent amour de l'imprévu , qui attirait dans les rang de cette troupe les 
teuipéranieiits les plus aventureux, allaient encore guerroyer dans do kiin- 
taines contrées, au Sénégal, en Cochinchine,au Mexique, et montrer presque en 
même temps à trois des cinq parties du monde cet uniforme bleu, désormais 
inséparable de toute expédition entreprise sous les auspices du drapeau fran- 
çais. De belles pages devaient encore venir s'ajouter à celles de la glorieuse 
époque que nous venons de raconter et couronner d'une façon inattaquable 
la réputation toujours grandissante de cet admirable régiment. 

Nous avons laissé les bataillons restés en Algérie au moment où celui des- 
tiné à concourir à la formation du régiment provisoire s'embarquait pour l'Ita- 
lie. De ce jour, et jusqu'à la rentrée de ce dernier, tous les regards furent 
tournés vers le tliéûtre de ses exploits, tout le monde aurait voulu le suivre 
et partager ses lauriers. La paix arriva; il fallut renoncer à cet espoir. 
Pendant ce temps, les opérations militaires s'étaient bornées dans la province 
à l'envoi d'une colonne d'observation en Kabylie. 

Il s'agissait de calmer une certaine agitation qui régnait au sein des Ou- 
led-Asker, dans le Zouagha. Le 28 juin, le général Lefèvre quitta Constan- 
tine à la tête de quelques troupes, dont deux compagnies et demie du régi- 
ment (1^* et S* dul^i* bataillon et une section de la 6*), sous les ordres du lieu- 
tenant-colonel Colin, et se dirigea sur FelJj-Bemem, où il arriva en trois 
jours, en passant par Hilah et Djelamah. Il établit son camp un peu à l'ouest 
du feldj, au pied du Djebel -Arhès, dans un endroit largement pourvu d'eau, 
de bois et de fourrage, et attendit là jusqu'au!) juillet. Tout étant alors rentré 
dans l'ordre, et les populations dissidentes ayant donné des garanties de leur 
soumission, il se remit en route pour Constantine, où il fut de retour le 9. 

Le 21 septembre, eut lieu la réorganisation du régiment conformément aux 



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[i859] EN ALGÉRIE 203 

noavellcs dispositions contenues dans le décret du 13 août. Les homnies pro- 
venant du régiment provisoire furent réincorporés, un nouveau tiercement 
détermina les cadres des trois bataillons , et une 7« compagnie fut créée dans 
chacun de ces derniers. Celles appartenant nu bataillon licencié reprirent leur 
place et leur numéro dans les bataillons dont elles avaient précédemment fait 
partie. 

Le 2 octobre, une colonne, sous les ordres du général Périgot, quitta BAne 
pour parcourir, ainsi qu*on le faisait chaque année, la frontière de Test de la 
province, pour faire rentrer les impôts et empêcher les tentatives d'empiéte- 
ment que quelques fractions des tribus tunisiennes étaient toujours prêtes à 
commettre dès que notre vigilance se trouvait un instant en défaut. Le 3* ba- 
taillon du régiment , à Texception de la 7* compagnie encore en voie d'or- 
ganisation h Constantino, et d*une partie des 2^ et 3® détachées à Souk-Arras 
et la Galle, prit part à cette expédition , sous la direction de son chef, le com- 
mandant Cottret. La colonne se dirigea d*abord sur la Galle en marchant pa- 
rallèlement à la côte et en passant par Dafar-Mohallad, sur la Mafrag, Aîn- 
Oum, Ghelik et Teniot-Ellil ; elle redescendit ensuite vers le sud en serrant de 
très près la frontière et en visitant successivement El-Aîoun , Roumol-Soug , 
Mexna , A?n-Kebir, points relativement importants occupés, les deux premiers 
par un poslc de Tirailleurs fourni par la compagnie de la Galle, le dernier 
par un détachement de spahis; Medjez-Delabi , Bou-Hadjar, Elma-el-Amar, 
où Ton trouva d'importantes ruines romaines; Sidi-Ali-el-Amissi, possédant 
d'autres ruines non moins importantes, qu'on supposa être celles de l'an- 
cienne ville de Zamma; Sidi-Youssef, et Oued-Zerga ; puis elle tourna à l'ouest, 
atteignit Souk-Arras le 28 octobre, et rentra à Bêne le 31 , n'ayant pas eu 
un seul engagement pendant tout le cours de ses opérations. 

Il y avait, en revanche , h peine quelques jours que les troupes du général 
rérigot élaicnt rentrées dans leurs garnisons, que deux postes de la 2® com- 
pagnie du 3® bataillon (capitaine Deaumelle), détachée à Souk-Arras, étaient 
brusquement attaqués. 

Nous avons dit plus haut que certains détachements avaient la faculté de 
vivre en smala ; il en était ainsi pour la compagnie de Souk-Arras. Gette der- 
nière était donc répartie sur tout le territoire qu'elle avait mission de garder, 
et les hommes employaient le temps que leur laissait le service à la culture 
des terres dont la jouissance leur avait été concédée. Jusque-là la tranquillité 
du pays leur avait permis de vaquer en toute sécurité à leurs occupations , 
et aucun incident n'était encore venu faire ressortir les inconvénients de cette 
dispersion. Les tribus de la Régence se permettaient bien quelques incur- 
sions; mais elles' se contentaient généralement de tomber sur les fractions 
les plus faibles, de les dépouiller, de s'installer à la rigueur sur leur sol, pour 
fuir ensuite au premier signal annonçant l'apparition d'un uniforme français. 

Le 4 décembre , les Tirailleurs des 3° et V smalas se disposaient à com- 
mencer leurs lal)ours sur des terrains voisins do la frontière, lorsqu'ils furent 
tout à coup assaillis par les Drahouza , fraction de l'importante tribu tuni- 
sienne des Ouagha. Quoique surpris par cette subite agression, les Tirailleurs 
firent bravement face à leurs ennemis et les repoussèrent vigoureusement, 



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204 LE 3® RÉOIlfBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [I8GO] 

leur tuant un bonimo, lour on blossant deux et leur fuiBant un prisonnier. 
Us eurent eux-mêmes un homme tué. 

Mises désormais en garde contre des entreprises de ce genre, ces deux 
smalas redoublèrent de vigilance, sans cependant abandonner leurs tra- 
vaux. Bien leur en prit; le 7 décembre, les hommes de la 3« smala furent 
encore soudainement attaqués par des bandes beaucoup plus considérables 
que la première fois. Hais, grftce au concours du cheik des Haddada, qui 
accourut immédiatement à son secours, cette smala eut encore raison des 
Tunisiens, qui s'enfuirent cette fois pour ne plus revenir, après avoir tué un 
Tirailleur et avoir eux-mêmes subi des pertes assez sérieuses. 

Dans ces deux affaires, les Tirailleurs avaient fait preuve de la plus grande 
vigueur, et tous avaient fait leur devoir. Il on fut cependant qui, par leur 
sang- froid, leur courage et leur dévouement , méritèrent d'être plus particu- 
lièrement signalés. Parmi ces derniers se trouvaient Abdallah-bcn-Sineîda, 
fonctionnaire caporal, chef de la 4* smala; Lafsi-ben-Nasseur; Ahuicd- 
ben-el-Aresqui, de la même smala; Mohamed- bel -Achi et Mohamed -ben- 
Abdallah, de la 3* smala. 

Dans le commencement de l'année 1860, un nommé Mohamed-ben-Bou- 
Keutach parut dans le Hodna, et, se faisant passer pour chérif, chercha à 
exploiter la crédulité des populations de cette contrée. Le colonel Pein com- 
mandait alors à Batna ; il voulut exiger qu'on lui livrftt ce fomcntcur de 
troubles; mais les tribus au sein desquelles se trouvait Mohamed -ben-Bou- 
Keutach , au lieu d'obéir & cette injonction, se préparèrent à défendre ce per- 
sonnage les armes à la main. Le 19 mars , on fut mùiiio prévenu à Biskra 
qu'un soulèvement considérable s'organisait en faveur du faux chérif. 

Dès qu'il eut connaissance de ces nouvelles, le colonel Pein se mil à la tête 
de la garnison de Batna, dont faisait partie la 6* compagnie du l*** bataillon 
(capitaine de Montvaillant), atteignit les rebelles dans les montagnes du Bou- 
Thabeb , foyer de l'insurrection , et les attaqua le 25 , conjointement avec le 
général Desmaretx venu de Sétif. Pris entre les clotix culoiiiics, les parliaitns 
de Bou-Keutach furent en grande partie tués , disperses ou pris. Parmi ceux 
qui tombèrent entre nos mains, se trouvait le faux chérif lui-même. Cette 
importante capture mit fin à l'insurrection , et les troupes se remirent en 
route pour leurs garnisons respectives. Celles de Batna rentrèrent dans ce poste 
le 3 mai , après avoir parcouru une partie du Belezma. 

En même temps que cette agitation se produisait dans le Hodna , la Kabylie 
elle-même, et particulièrement le pays traversé par rOued-el-Kebir, subis- 
sait également les influences d*un soufiÈle insurrectionnel, qui menaçait d'agiter 
fortement quelques tribus, notamment les Ouled-Askcr, les Bcni-Khetlab et 
les Beni-Ider. Hais avant que la révolte se fût ouvertement déclarée par des 
hostilités, le général Desvaux, commandant la province, avait déjà pris toutes 
ses dispositions pour l'étouffer. Vers la fin du mois de mai , deux colonnes 
importantes furent subitement organisées : la première, comprenant trois 
brigades , prit le nom de colonne expédilionnaivc de la Ktibylic oêimlale, et 
resta sous les ordres directs du général Desvaux; la deuxième, exclusive- 
ment composée de cavalerie, était commandée par le colonel de Vignolles. 



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[1860] RN ATMniR 205 

Le rôle de cette dernière devait consister simplement dans le maintien de 
Tordre sur tout le territoire de la province, pendant que les autres troupes 
allaient être employées en Kabylie. En conséquence , elle avait pour mission 
de parcourir les régions d*Am-Bclda,de Datna, de Sétif, de pousser même, le 
cas échéant , jusqu'à Tebessa, en un mot de se porter sur tout point où la 
tranquillité viendrait & être troublée. Le 4 juin , elle arrivait à Aîn-Beida, et 
y était rejointe par une section de la ¥ compagnie du 1^ bataillon du 3^ Ti- 
railleurs, qui raccompagna jusqu'à Batna. Là, l'escorte fut reprise par la 
6« compagnie du l^'*' bataillon, qui, le 12 juin , se mit en route pour Sétif, 
où elle arriva le 17. Après un court séjour dans ce poste, cette compagnie 
reprit le chemin de Batna, où elle fut de retour le l**" juillet, sans qu'aucun 
incident particulier eût signalé cette opération. 

liCS troupes désignées pour faire partie de la colonne de la Kabylie orien- 
tale devaient se concentrer à Milali, où l'organisation des brigades se prépa- 
rait. Le régiment de Tirailleurs fut appelé à fournir deux bataillons réunis 
sous les ordres du commandant Gottret : le l^**, commandé par M. le capi- 
taine Estelle , avait été formé à Constantine avec les l*^*, 3* et 7® compagnies 
du l^*" bataillon et la 7* du 2<> bataillon ; le 2<^, sous les ordres du capitaine 
Viévillc, venait de Rône et comprenait les l»"», 4®, G« et 7« compagnies du 
3° bataillon. Le 20 mai, les deux bataillons se trouvèrent à Milah et entrèrent 
dans la 3<3 brigade, dont le colonel du régiment, M. le Poittevîn de Lacroix, 
reçut le commandement. 

Les opérations commencèrent le 28 mai. Ce même jour, les trois brigades 
se mirent en marche sur la même route et atteignirent Am-Nekla, sur la rive 
gauche de TOued-Eudja. Le 29, la colonne arriva à Fedj-Beînem, et, le 30, à 
FeIdj-el-Arbn, point central d'où elle pouvait ensuite rayonner sur les terri- 
toires des tribus agitées. Elle s'établit sur ce point et attendit les événements. 

Lc<; premiers jours de juin se passèrent sans incident, sans aucun acte 
d'hostilité de la part des Kabyles; les Ouled-Arrhès et les Ouled-Asker vin- 
rent même faire leur soumission, et l'ordre paraissait se rétablir peu à peu, 
lorsque, cédant à de funestes conseils, quelques tribus, à la tête desquelles 
se placèrent les Beni-Khettab, refusèrent tout à coup de livrer leurs otages 
et de payer leurs amendes. Sur l'instigation de quelques chefs , une assem- 
blée solennelle de Kabyles se tint le 12 juin à Sidi-Maarouf , et la guerre 
sainte fut proclamée. 

Dès que cette détermination eut été prise par ces farouches montagnards, 
des rassemblements se formèrent sur tous les points, et pendant les nuits qui 
suivirent nos grands'gardes furent assaillies de coups de fusil. Le 13 juin, 
un détachement envoyé au fourrage fut vivement inquiété. Devant de pareilles 
démonstrations, l'indulgence n'était plus permise; il fallait agir, comprimer 
énergiquement ce commencement d'insurrection , et châtier sévèrement les 
tribus fanatiques qui s'étaient rendues à l'assemblée de Sidi-Maarouf. 

Le 14 juin, la colonne quitta ses bivouacs de FeIdj-el-Arba , et, se dirigeant 
vers le nord , vint coucher à El- Arroussa. Le lendemain , elle reprit sa marche 
dans la direction du territoire des Béni -Khettab. Vers neuf heures du matin, 
elle arriva devant le col de Feldj-Inouidret, dans le Djebel -Thouil, et trouva 



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206 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [i860] 

devant elle d'assez nombreux contingents qui voulurent tenter de lui barrer 
le passage. Mais vigoureusement abordée par le régiment de Tirailleurs , qui 
formait l'avant-garde, et tournée par une partie des autres troupes, la posi- 
tion fut immédiatement enlevée. Poursuivant sa route, la colonne vint alors 
s'établir au sommet du Tafertas, à une altitude d'au moins 1,200 mètres, et 
dans une situation lui permettant de commander à tout le pays révolté. De 
ce point on allait chaque jour faire une sortie, et réduire les unes après les 
autres les fractions dissidentes des Bcni-Kbcllab et des Ucni-Miuioum. 

Dans la journée du 15, le régiment avait eu deux hommes tués. 

Les 16 et 17, eurent lieu des sorties contre les Ouled-Ameur, fraction des 
Beni-Khettab située au nord du Tafertas. Malgré quelques 'coups de fusil 
échangés pendant le cours de ces deux opérations, le régiment n*eut personne 
d'atteint. 

Le 20, ce fut le tour des Arb-bou-Thouil; le 23, des Beni-Mimoum. Ce 
jour-là, les Kabyles se défendirent énergiquement, et les Tirailleurs curent 
deux hommes blessés. Le lendemain, on se porta encore sur le territoire de 
cette tribu , mais sans y rencontrer la résistance de la veille. 

Le 26, eut lieu une nouvelle pointe chez les Ouled-Ameur. On tirailla des 
deux côtés, et le régiment rentra avec un blessé, le sergent- major Petit. 

Le 28, une dernière opération fut dirigée contre les Beni-Mimoum, qui 
étaient revenus en forces et se montraient particulièrement décidés à la lutte. 
Un combat assez sérieux s'engagea avec leurs contingents et se termina par la 
fuite précipitée de ces derniers, que les Tirailleurs, qui avaient fourni rcllbrt 
principal de la journée, poursuivirent pendant plusieurs heures, incendiant 
et détruisant les quelques villages restant encore debout. Le régiment eut ce 
jour- là un officier, M. Marion-Dumersan, et quatre hommes blessés. 

Ce combat ayant amené la soumission complète des Beni-Khettab et des 
Beni-Mimoum, le 2 juillet, la colonne quitta la position de Tafertas et se dirigea 
vers le pays des Ouled-Ali, se rapprochant ainsi de la rive gauche de TOued- 
el-Kebir. Le soir, le bivouac fut établi à El-Uoutou ; le lendemain, à Kl-Krcucg- 
mta-Ouled-Ali, où l'on fit séjour le 4. Le 5, on vint camper à Maarka, sur 
le territoire des Béni- Aïcha. Le 6, on exécuta contre cette tribu une sortie qui 
n'amena aucun engagement sérieux. Le 7, on arriva à El-Arsa, chez les 
Taîlmen, le 8 à Mourerioun, dans les montagnes des Beni-Habibi, et le 9 à 
Bordj-Tahar, au milieu des Beni-Ider. Le lendemain, dans une sortie qui 
fut dirigée contre cette tribu, le régiment eut un officier blessé, M. Mohamed- 
bel-Gasm , lieutenant. Un autre petit engagement eut encore lieu avec les 
mêmes contingents dans la journée du 13, puis la principale résistance se 
trouva vaincue. Les opérations entre l'Oued-el-Kebir et la route de Djidjelli 
touchaient à leur fin. Le 16, une colonne légère, dans laquelle se trouvaient 
les Tirailleurs, fut organisée à Bordj-Tahar, et, le même jour, alla prendre 
position à El-Uaindidj, chez les Beni-Ftach. Cernés dans la vallée de TOucd- 
Irdjana, n'ayant plus de ressources, voyant leurs habitations détruites, leurs 
campagnes dévastées, leurs troupeaux enlevés, les rebelles se décidèrent enfin 
à rentrer dans le devoir et demandèrent l'aman. 

Pour en finir avec l'insurrection de l'Oued -el-Kebir, il ne restait plus qu'à 



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[i860] EN ALGÉRIE 207 

régler ralTaire d*Âin-ol-Ser. Sur ce point, situé au confluent do TOued- 
Irdjana et de l'Oued-el-Kebir, existait, avant les derniers troubles, un éta- 
blissement français dont la destruction avait été résolue par rassemblée de 
Sidi-Maarouf, et mise à exécution pendant que nos troupes étaient encore & 
Feldj-el-Ârba. Il s'agissait de punir les Taïlmen , auteurs de cette dévasta- 
tion. Le 23, la colonne quitta Bordj-Tahar et revint à Mourerioun; le 24, 
elle coucha & El-Arsa, et le 25 arriva à Aîn-el-Ser. L'intention du général 
Desvaux était de séjourner quelque temps sur ce point, afin de poser plus 
lourdement sur la population coupable et de réduire également les Ouled- 
Âouat, qui avaient fortement trempé dans les derniers événements; mais Tat- 
taque d'un de nos convois par les Béni- Toufout vint brusquement l'appeler 
vers Test. II se contenta donc d'infliger une forte amende aux Taïlmen; puis, 
le 26, il se remit en route avec toute la colonne, passa trois fois l'Oued-el- 
Kebir, et vint le même soir camper à El-Milia, où il fit séjour le 27. Le 28, la 
marche continua vers l'est jusqu'à Outha-Azouzaïm , chez les Ouled-Aidoun. 
Le 29, la colonno pénétra dans le pays des Béni -Toufout et s'installa à El- 
Betha, au pied du Djebel -Sinetz. Elle y resta deux jours , pendant lesquels on 
fit plusieurs sorties, dont la principale fut poussée dans la direction de la maison 
du caid, sur les bords de TOued-Guebli. Le l®** août, la marche fut reprise, 
cl les troupes, se dirigeant vers le nord , atteignirent llarta-Discdma, position 
importante au sommet de la ligne de crêtes séparant les trois bassins de l'Oued- 
Guebli, de TOued-Zohr et de l'Oued -el-Kebir. De ce point, de nombreuses 
colonnes légères rayonnèrent sur le territoire des Beni-Toufout et déterminè- 
rent la complète soumission de cette tribu. 

Le 4 août, une autre colonne légère, dans laquelle entra un fort détache- 
ment de Tirailleurs, fut dirigée contre les Beni-Ishac, et alla ce même jour 
bivouaquer à El-Maliougcn, près du mont Gouffi, & Touest do Collo. Lo len- 
demain, cette colonne se rapprocha de la côte, passa à Bou-Mahadjar, à 
trois kilomètres au sud de Collo, et, reprenant la direction do Ilarta-Disedma 
par la vallée de TOued- Guebli, vint couchera Souk-el-Khamis. Le 6, elle 
était de retour à son point de départ sans avoir eu à livrer de combat sérieux. 

Le 7 , la colonne fut divisée en deux groupes. Le premier resta sous les 
ordres du général Desvaux et se mit en route pour revenir à EI-Milia, en sui- 
vant exactement le même itinéraire que celui qu'on avait parcouru quelques 
jours auparavant. Le deuxième demeura à Harta- Disedma ; il devait séjourner 
encore deux jours sur ce point, puis se porter à El-Araba, chez les Ouled- 
Aouat. Le i^ bataillon de Tirailleurs (capitaine Estelle) marchait avec le 
premier de ces groupes; le 3* bataillon (capitaine Viéville), avec le second. 

La colonne principale arriva, le 7 au soir, à EI-Betha. Le 8, elle bivouaqua 
à Oulha-Azouzaîm; le 9, elle quitta ce point pour venir coucher & EI- 
Milia. Dans la matinée de ce jour, le bataillon du capitaine Estelle la quitta à 
Kl-Neima pour exécuter sur les Arb-Teskif, fraction des Ouled-Aïdoun, un 
vigoureux coup de main secrètement et habilement préparé par le service des 
renseignements. 

C'était une affaire déjà ancienne que celle qu'il s'agissait de régler avec les 
gens de celle tribu; elle remontait à Tannée précédente, à l'époque de la con- 



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208 LE 3^ RÈOIlfENT DE TIRAIIXEUR8 ALGÉRIENS [I86O] 

siruction du bordj d*EI-Milia. liOrs des travaux d'inslallalion de ce poste, 
travaux qui étaient protégés par uo bataillon de zouaves et une section de la 
5* compagnie du 1*' bataillon, les Arb-Teskif étaient venus, une nuit, essayer 
de surprendre notre petit détachement; n*y ayant pas réussi, ils s'étaient 
ensuite retirés au sein de leurs montagnes, dans des grottes profondes, inac- 
cessibles, vrai repaire de brigands, dont la position était inconnue, dont l'exis- 
tence était même incertaine, mais où, dans tous les cas, ils avaient jusque - 
I& échappé à toutes nos recherches. 

Le bataillon de Tirailleurs, qui avait en réserve un bataillon du 1<^' étranger 
en vue des complications qui pouvaient se produire, attendit la nuit pour exécu- 
ter sa difficile opération. A onze heures du soir, il quitta les bords de TOued- 
Achaien, et un peu avant le jour arriva devant la position de Tennemi, 
c'est-à-dire tout près des fameuses grottes que des guides sûrs avaient tout 
de même fini par découvrir. Cette marche de nuit au milieu des rochers, des 
précipices, des difficultés de toute sorte, avait été un véritable tour de force, 
et venait de se terminer de la façon la plus heureuse, sans un seul accident, 
et sans que les insurgés s*en fussent aperçu. L'attaque commença immédia- 
tement. Quoique cernés, les Arb-Teskif se défendirent vigoureusement et 
surent habilement tirer parti de tous les obstacles que le terrain opposait à 
nos soldats. Mais le capitaine Estelle, se mettant résolument & la tête de sa 
troupe, pénétra avec celle-ci dans Tintérieur des grottes, où se livra alors un 
combat acharné , une impitoyable chasse à riiomme qui dura plusieurs heures , 
et ne prit fin qu'avec la mort ou la capture de tous les rebelles qui avaient 
cherché un refuge dans cette mystérieuse et terrible retraite. 

Dans cette lutte sanglante , soutenue avec l'ardeur du désespoir par des 
gens qui, se voyant acculés dans un labyrinthe sans issue, savaient parfaite- 
ment qu'on serait sans pitié pour eux, les Tirailleurs se montrèrent ce qu'ils 
avaient toujours été, d'admirables partisans, employant avec leurs adversaires 
ruse pour ruse, audace pour audace, agilité pour agilité. Aussi les pertes 
subies étaient-elles relativement faibles eu présence du résultat obtenu; le 
bataillon ne comptait, en effet, qu'un homme tué, deux officiers et huit hommes 
blessés. Les officiers blessés étaient : M. le capitaine Estelle, qui n'avait pas 
cessé, dans la direction de cette opération , d'allier le courage et le sang-froid 
les plus inébranlables à un coup d'oeil sûr et expérimenté, et M. Manouvrier, 
sous- lieutenant. 

Ce combat fut le plus sérieux et en même temps le dernier de l'expédition. 
Le bataillon de Tirailleurs rejoignit le soir même la colonne principale à El- 
Milia. Le 16 août, celle-ci ayant également été ralliée par la colonne légère 
dirigée contre les Ouled-Aouat, la dissolution de la division expéditionnaire 
de la Kabylie orientale fut prononcée. 

La colonne avec laquelle se trouvait le 3* bataillon avait quitté Harta- 
Disedma le 9 août, était arrivée ce même jour à Tarset, où elle avait bivouaqué, 
et le lendemain était venue s'établir à El- Araba, sur la rive gauche de l'Oued- 
el-Kebir. Après avoir, pendant cinq jours, attendu sur ce point des soumis- 
sions qui s'effectuèrent sans incident, le 16 elle rejoignit les autres troupes & 
El-Milia. Quelques jours après ces dernières opérations, le colonel de Lacroix 



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[1860] EN ALGÉRIE £09 

rentrait à GonstantiDe avec les deux bataillons de son régiment, dont l'un, 
le 3*, fut immédiatement dirigé sur Bône, sa garnison. 

Dans les différents engagements qu'avait entraînés celte longue et difficile 
expédition , le 3* régiment de Tirailleurs avait eu vingt-dnq hommes hors de 
combat, soit quatre tués et vingt et un blessés, dont quatre officiers. 

Le 24 août, un ordre du général commandant en chef les forces de terre 
et de mer vint porter à la connaissance de l'armée d'Algérie les brillantes opé- 
rations effectuées par la colonne du général Desvaux et signaler les noms de 
ceux qui s'étaient le plus particulièrement distingués. Le régiment eut une 
large part dans ces citations , que voici du reste pour ce qui le concernait 
directement : 

M. de Lacroix, colonel, commandant une brigade, pour avoir assuré le 
succès de deux engagements dans les ravins des Béni*' Mimoun par l'énergie de 
ses attaques et ses habiles dispositions; 

M. Estelle, capitaine, pour s'être brillamment conduit et avoir été blessé en 
enlevant, à la tête de son bataillon, les grottes où s'étaient réfugiés les Arb- 
Teskîf; 

M. Manon -Dumersan, lieutenant, pour avoir fait preuve delà plus grande 
bravoure dans un combat contre les Beni-Mimoun, et avoir reçu une blessure 
ayant nécessité la désarticulation de la cuisse; 

M. Reymond, sergent- fourrier, pour avoir montré beaucoup d'entrain et 
avoir été blessé dans le combat livré aux Arb-Teskif; 

M. BeIkassem-ben-Deradj, sergent, pour s'être fait remarquer par son 
intrépidité dans plusieurs rencontres. 

Pendant que ces événements se déroulaient en Kabylie, le calme le plus 
profond régnait dans toutes les autres parties de la province. Nulle autre part 
le régiment n'avait h prendre les armes. 

Dans le courant du mois de septembre , le voysge de Temporeur Napoléon III 
en Algérie fut le prétexte de l'envoi de deux compagnies à Alger, pour y 
représenter le 3* Tirailleurs à la revue et^ aux manœuvres qui allaient avoir 
lieu à Toccasion de l'arrivée du chef de l'État. Ces deux compagnies, formées 
avec les hommes les plus méritants , quittèrent Constantine le 2 septembre 
pour aller s'embarquer à Philippeville. Le 19, elles assistèrent, à Alger, au 
débarquement de l'empereur; puis, le lendemain, elles furent dirigées sur la 
Maison -Carrée, où elles prirent part aux exercices et prises d'armes ordon- 
nées en l'honneur du souverain. Le 25, elles étaient de retour dans leur gar- 
nison. 

Le 4 novembre^ la 6* compagnie du 1*' bataillon , détachée à Batna , quitta 
ce poste pour rentrer à Constantine, où elle fut dissoute pour donner son rang 
et son numéro à une compagnie de marche en voie d'organisation pour être 
envoyé au Sénégal. 

. Depuis les premiers jours du mois d'août, le colonel de Lacroix avait reçu 
avis que, pendant l'hiver, aurait lieu l'expédition qui avait dû être ajournée 
en 1858 , et que chaque régiment de Tirailleurs algériens serait appelé à fournir 
une compagnie composée autant que possible d'hommes de couleur et com-- 
prenant cent combattants, pour y prendre part. Cette dernière fut organisée 

14 



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^10 



LB 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



[1860] 



le. 9 Dovoii^bre, et, comme on vient de le voir, prit le numôro 6 (long le 
l*' bataillon. Ses éléments , officiers et troupe , avaient été exclusivement 
choisis parmi les volontaires. Le capitaine de Pontécoulant en reçut le com- 
jhandement. Le 10 novembre , elle se mit en route pour Philippeville, et le 
18 s*embarqua pour Oran , point de réunion des contingents des trois pro- 
vinces. 

- Le restant de l'année 1860 s'écoula sans amener d'autres mouvements que 
des changements de garnison. Il est cependant à signaler deux sorties exécu- 
tées contre les Freiclieich, les 28 novembre et 21 décembre, par la section 
de la 4* compagnie du l*** bataillon , détachée à Tebessa. Cette tribu tunisienne 
avait encore franchi la frontière et s'était avancée jusqu'au bordj d'Aîn-Te- 
noucla; mais, dès qu'elle apprit la marche des Tirailleurs, elle prit la fuite, et 
ceux-ci n'eurent seulement pas dans les deux fois l'occasion de tirer un seul 
coup de fusil. 

Au 31 décembre, la 7® compagnie de chaque bataillon étant alors définiti- 
vement constituée, le cadre des officiers du régiment se trouva ainsi com- 
posé: 

ÉTiT-MAJOa 



MM. Le Poittevin de Lacroix, 
De Colomb, 
Vinciguerra , 
Alliou, 
Clemmer, 
Cohat, 
Manouvrier, 
Poulet, 
Navarre, 
Accarias, 



colonel. 

lieutcnant-colonoP . 

major. 

capitaine trésorier. 

capitaine d'habillement. 

sous-lieutenant adjoint au trésorier. 

sous-lieutenant porte-drapeau. 

médecin-major de l'* classe. 

médecin-major de 2** dusse. 

médecin aide-major do i'* classe. 



l*''* BATAILLON 

MM. Van Iloorick, chef de bataillon. 

AIzon , capitaine adjudant-major. 



l'« compagnie. 

MM. Estelle, capitaine. 

Emy, lieutenant français. 
Mohamed-bel-Gasm , lient, ind. 
De Saint-Julien, sous-lieut. fr. 
Yaya-ben-Simo, sous-lieut. ind. 



2^ compofpiie, 

MM. Cayrol, capitaine. 

Michaud, lieutenant français. 
Saîd-ben-Mohamed, lient, ind. 
Dufict, sous-lieutenant français. 
Amar-bcn-Abdallah , s.-l. ind. 



< M. de Colomb, qui, le IS mai 1860, avait succédé au lieutenant -colonel Colin, 
nommé colonel , fat, à «on tour remplacé par M. Gandil, le 81 janvier 1861. 



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[1860] 



EN ALGÉRIE 



tit 



3* compagnie, 

MM. Dardonne, capitaine. 

Billon , lieutenant français. 
Mohamed-Boanêp, lient, ind. 
Gastex, sous-licutenant français. 
Bechir-ben-Mohamed , s.-l. ind. 

4* cùmpagnie, 

MM. Daniel de Vaugaion, capitaine. 
Corréard , lieutenant français. 
Kaddonr- ben- Brahim , lieute- 
nant indigène. 
Orioty sous-lieutenant français. 



5* eampagnie. 

MM. Gailliot, capitaine. 

Le Grontec , lieutenant français. 
Hassen-ben-Krelill, lieut. ind. 
Bisson , sous-lieutenant français. 
Said-ben-Âmor , sous-lieut. ind. 

6* compagnie, 

MM. Le Doulcetde Pontécoulant, cap. 
Maussion , lieutenant français. 
Mohamed-ben-Toudji, lieut. ind. 
Cléry, sous^lieutenant français» 
Ali-ben-Rebah , sous-lieut. ind. 



7« compagnie. 

MM. Angamarro, capitaine. 

Robillard , lieutenant français. 

Lagdar-bcn-ZmouIi , lieutenant indigène. 

Montignault, sous-lieutenant français. 

2» BATAILLON 



MM. Mercier de Sainte-Groix, 
Quinemant, 

V^ compagnie. 

MM. Desmaison, capitaine. 

Louvet, lieutenant français. 
Messaoud-ben-Ahmed, lieut. ind. 
De la Bonninière de Beaumont, 

sous-lieutenant français. 
Asscn-ben-Ali , sous-lieut. ind. 

2« comiHignie. 

MM. Saar, capitaine. 

Fargue, lieutenant français. 
Ahmed-ben-Omar, lieut. ind. 
Lahejre, sous-lieut. français. 
Kacem-Labougie, s.-lieut. ind. 

3* compagnie, 

MM. Le Noble, capitaine. 

Dttfour, lieutenant français. 
Gailliot, sous-lieut. français. 
Ilaoussin-bcn-Ali, s.-Iicut. ind. 



chef de bataillon, 
capitaine adjudant-major. 

4* compagnie, 

MM. Marty, capitaine. 

RamakerSy lieutenant français. 
Jallot, sous-lieutenant français» 
Lagdar-ben-Haoussin , s.-l. ind. 



i^ compagnie. 

MM. Gabiro, capitaine. 

Vignier, lieutenant français. 
Abderrahman-ben-EkarB, lieu- 
tenant indigène. 
Mélixi sous-lieutenant français. 

6* compagnie. 

MM. Hiriard, lieutenant français. 
Achmed , lieutenant indigène. 
Mattel, sous-lieutenant français. 
Amar-ben-Medeli , s.-lieut. ind» 



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112 LE 3^ RÉOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [t860] 

?• compagnie. 

MM. Lucas, capitaÎDe. 

Berthomier, lieutenant français. 

Bosquette, sous-lieutenant français. 

Amou-bon-Mousseli, sous-lieutenant indigène. 

3« BATAILLON 

MM. Cotret, chef de bataillon. 

Chevreuil , capitaine adjudant-major. 

4* compagnie, 

MM. Bobet, capitaine. 

Marion-Dumersan, lient, fr. 
Achmet-Khodja, lieutenant ind. 
Roussel , sous-lieut. français. 



Il» compagnie. 

MM. Viéville, capitaine. 

Lacroix , lieutenant français. 
Mohamed-Bournas, lient, ind. 
Boswiel, sous-lieutenant fr. 
SoIiman»ben-Ali, sous-lieut. ind 

2* compagnie. 

MM. Beaumelle, capitaine. 

La vendes, lieutenant français. 
Moktar-ben-Youssef, lieut. ind. 
Sauvage , sous-lieut. français. 
Amar-ben-Brahim , s.-lieut. ind 

3* con^gnie. 

MM. Letellier, capitaine. 

Burin, lieutenant français. 
Mohamed-ben-Kacem, lieut. ind. 
Strolh, sous-lieutenant français. 



5* compagnie. 

MM. Leblanc, capitaine. 

Amar-ben-Kalafat, lieut. franc. 
lladj-Tahar, lieutenant ind. 
Dcscoinbes, sous -lieutenant fr. 

6« compagnie. 

MM. Galland, capitaine. 

Ceccaldi, lieutenant français. 
Duchesne, sous-lieut. français. 
Mohamed-ben-Kassem-Labessy , 
sous-lieutenant indigène. 



7* compagnie. 
MM. de Lacvivior, capitaine. 

Aubrespy , lieutenant français. 

Soumagne, sous-lieutenant français. 

L'année 1864 s'ouvrit sous les auspices les plus paisibles; elle devait, en 
Algérie du moins, s'écouler dans la plus profonde tranquillité. Pendant ces 
doute mois, le gros du régiment allait jouir d'un repos absolu ; seuls les déta- 
chements envoyés au Sénégal et en Cochinchine devaient continuer, au sein 
d'un pays meurtrier, & glaner un peu de gloire en traversant les plus rudes 
épreuves et en supportant les fatigues les plus accablantes. 

Le 8 juin, parut la décision impériale suivante, dont les dispositions furent 
immédiatement mises en vigueur : 

i« L'effectif de chacun des trois régiments de Tirailleurs algériens est fixé 
à deux mille hommes. 



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[f8Al] EN ALGÉRIE 213 

8® Les engagements et les rengagements pour les Tirailleurs seront contractés 
devant les fonctionnaires de Tintendance et pour une durée de quatre ans. 

3® Les Tirailleurs recerront, dans toutes les positions , les virres de campagne 
et la ration de chauffage ou Tindemnité de 0,2635 représentatire des rations. 

A^ La solde des soldats est fixée par jour à 0,60 c. pour la première classe |. 
et h 0,50 c. pour la dcuxiômo classe. 

5<» Les cadres français, sous -officiers, caporaux, soldats , tambours et clal<* 
rons recevront les mêmes allocations que dans les zouaves. 

6<> Les sous -officiers et caporaux indigènes conserveront la solde qui leur 
est allouée par le tarif. 

70 Les soldes de congé et d*h6pital seront les mêmes que celles affectées aux 
zouaves. 

8® Le Tirailleur qui voudra rester sans interruption sous les drapeaux, devra 
contracter un rengagement dans les trois derniers mois de son service. Il aura 
droit à une prime de 50 fr., et à une haute paye de 5 c. Cette prime et cette 
haute paye ne seront allouées qu*à Texpiration de son engagement actuel. La 
même prime de 50 fr. et une augmentation de 5 c. dans la hante paye lui seront 
accordées après chaque rengagement et jusqu'au troisième inclusivement. 

9^ Ijï haute paye des sons-orficiers sera do i 0,15 et 20 c. 

iù^ Après chaque nouvel engagement sans interruption de service, les Ti- 
railleurs auront droit h un congé de trois mois. 

Jusque-là , ainsi que la chose était déterminée par les paragraphes 3 et 4 
de Tarticle 10 de Tordonnance royale du 7 décembre 1841 , les indigènes 
avaient été reçus sans engagement et maintenus sans rengagement, dans les 
bataillons de Tirailleurs d*abord, ensuite dans les régiments. Ils avaient, en 
revanche, joui de la faculté de pouvoir être renvoyés, soit d'après leur de*, 
mande, soit pour cause dlnapiitudc ou d'inconduitc, sur une simple propo-' 
sition du chef do corps revêtue de Tapprobation du commandant militaire 
supérieur. 

Ce système présentait de graves inconvénients; outre qu'il n'assurait en 
rien la situation de l'enrôlé , il provoquait dans le corps d'incessantes muta- 
tions, qui donnaient à l'effectif de celui-ci une instabilité le mettant à la merci 
du moindre événement. Ce n'est pas que les désertions fussent plus nom- 
breuses qu'elles l'ont été depuis; mais, suivant la situation politique du mo- 
ment, particulièrement en temps de paix, les demandes de renvoi pouvaient 
tout à coup atteindre à un chiffre considérable. Il avait cependant certains avan- 
tages, entre autres celui de permettre un choix minutieux parmi les sujets en 
ligne pour l'admission et, par suite, celui d'autoriser le renvoi immédiat de. 
ceux dont la conduite, l'aptitude ou l'état de santé laissaient par trop à désirer. 

Si désormais l'indigène qui se proposait d'entrer à notre service allait rece- 
voir dos garanties, par contre il allait également être tenu d'en fournir. Cette 
spécification, qui n'avait pas été prévue par la décision précitée, le fut par 
une circnlaire du 4 mars 1862 complétant celle-ci et dont voici la teneur : 

L'indigène qui demandera à s'engager devra produire : 
i^ Un certificat délivré par le commandant du cercle ou de l'annete, et 
constatant sa moralité; 



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21^ LE 3* nÉOIllKNT DR TIRAlLLEUnS AL0ÊniEN8 [t862] 

f* Un certiflcal du iiiédociii éliililissaiil son apliludo p1iytti(|uo. 

Sur le TU de ces pièces, le sous-intendant mililaire ou l'ofQcier qui en fait 
fonctions recevra l'engagement , conformément à la décision impériale du 
8 Juin 1861; une expédition de cet acte sera remise à l'engagé, qui la présentera 
à son arrivée au corps, pour servir à son immatriculation. 

Les généraux commandant les divisions et les subdivisions n'auront donc 
point à intervenir dans l'eiamen individuel des engagés; mais c'est aux géné- 
raux divisionnaires qu'il appartiendra d'ouvrir ou de fermer les engagements 
pour les régiments de Tirailleurs algériens, suivant que l'eiïectif de ces corps 
sera inférieur ou supérieur au chiffre normal de deux mille hommes. 

Enfin, pour en finir avec cette question du recrutement, nous signalerons 
encore une décision ministérielle du 10 février 1863, autorisant les rempla- 
cementi dans les régiments de Tirailleurs. 

Le 7 juin 1861 , rentrait à Gonstantine la compagnie qui s*élait embarquée 
l'année précédente pour le Sénégal, et dont les opérations feront Tobjet du 
chapitre suivant. Déjà Ton parlait d'un autre détachement qui devait être, 
sous peu, mis à la disposition du ministre de la marine pour être envoyé en 
Gochinchine. Le 4 août, une décision ministérielle vint, en effet , ordonner la 
formation d*un bataillon de marche. Ce dernier, qui allait être considéré comme 
formant corps et concourir isolément pour Tavancement, devait comprendre 
deux compagnies de chacun des trois régiments de Tirailleurs algériens. Pro- 
visoirement, les olBciers qui allaient être appelés à en faire partie ne devaient 
pas être remplacés au corps. 

L'effectif de chaque compagnie était fixé à cent quarante hommes, cadre 
non compris. Comme pour les précédentes expéditions hors de l'Algérie, ces 
hommes ne devaient être pris que parmi ceux de bonne volonté. 

Dans les premiers jours de septembre, les deux compagnies du 3* régiment 
furent organisées par les soins du colonel de Lacroix : la l^^, à Constantine, 
avec les éléments tirés du !«' bataillon ; la ifi^ à Bougie, avec ceux fournis par 
le 2*. Les demandes furent tellement nombreuses, que le ministre do la guerre 
prescrivit un choix très minutieux parmi les candidats; la préférence fut na- 
turellement donnée aux hommes les plus solides et les plus énergiques, l'ex- 
pédition qui allait s'ouvrir devant avoir lieu dans une contrée où le climat 
allait être dix fois plus meurtrier que les armes de l'ennemi. 

Le 14 septembre, la compagnie formée k Constantine se mit en roule pour 
Philippeville, où elle s'embarqua le 28 pour Alger. A son passage, elle devait 
prendre celle de Bougie. 

Pendant que cette faible partie du corps allait concourir, sur les bords du 
Hé-Kong, au commencement de la conquête de cette immense colonie qui 
s'étend aujourd'hui de la pointe Camau au cap Pakiung, l'envoi de deux 
autres compagnies au Mexique et une petite opération sur la frontière de Tu- 
nisie devaient être les seuls dits à enregistrer pour la portion du régiment 
restée en Algérie. 

C'est par une dépêche télégraphique du 4 juillet 1862 que le colonel de 
Lacroix fut informé de l'organisation d'un nouveau bataillon de marche des- 
tiné au corps expéditionnaire du Mexique. Comme celui de la Gochinchine, 



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[1862] EN ALGÉRIE 215 

co balnillon (lovait comprcndro deux compngnicfl do clmquo régiment de Ti- 
railleurs, plus un état-major fourni par te 3<> régiment. 

En exécution de ces prescriptions, les l^^^ et 3*^ compagnies du l^^ bataillon 
furent immédiatement portées à cent quarante combattants, et leurs cadres 
complétés sur le pied de guerre. Le 18 juillet, elles s'embarquaient sur le 
rhénix à destination d'Alger, où elles arrivaient le lendemain. 

Dans les premiers jours de novembre s'organisa à la Galle une petite co- 
lonne, dont le général de Mézange de Saint- André reçut le commandement, 
et dont firent partie les 4» (capitaine Bobet) et 5^ compagnies du 3^ bataillon , 
sous les ordres du commandant Sériziat. 

On se proposait de prêter aux troupes du bey de Tunis, engagées contre les 
Khroumirs, confédération indépendante qui refusait de payer l'impôt, un 
appui moral suffisant pour déterminer la soumission de ces derniers. Les 
troupes réunies à cet elTet n'eurent pas à combattre; elles restèrent en obser- 
vation à la Galle, et leur seule présence amena bientôt le désarmement des 
dissidents, qui entrèrent en pourparlers avec le frère du bey, qui commandait 
la colonne tunisienne. Le 22 décembre, tous les différends étant réglés à la 
satisfaction de notre allié, la colonne de la Galle fut dissoute. 

En 1803, il n*y ont pas une seule opération de guerre en Algérie; tous les 
mouvements de troupes se bornèrent à des changements de garnison , dont le 
détail n'offrirait aucun intérêt. Qu'il nous suffise de donner ci -dessous le 
tableau de l'emplacement des diverses fractions du régiment au 31 décembre 
de cette même année ^ 

f l^ compagnie au Mexique. 

.2» — à Biskra. 

1-»ATAILI,0N )''" - ûu Mexique. 

(État-major à ConsUntine) <*' T * ConsUntme. 

1 5^ — à Constantinc. 

6a — à Gonstantine. 

7o _ à Tebessa. 

l^^ compagnie à Sétif. 

2«^ — à Bou-Saftda. 



2« BATAILLON VJ" ~ ^ ^T^ . ... 

(État-mojor au Mexique) ^. ^' ^ * Bordj-Bou-Arreridj. 

^ ^ ' M 5o _ à Bougie. 

f 6o — à Sétif. 

\ 7o — à Gonstantine et Aïn-Bcûla. 

> Qaoiquo comptant toujours au régiment, les deux compagnies alors en Gochinchine 
ne diminuaient pas le nombre de celles restées en Algérie. Les officiers et les autres 
gradés qui en faisaient partie étaient considérés comme détachés, et contionaient à 
figurer dans les cadres réglementaires du corps. Il en était de même du détachement 
de cinquante Tirailleurs maintenu en permanence à Tuggurt, lequel se composait 
d'hommes prélevés sur tout le régiment et non pas d'une section appartenant à une 
seule compagnie. 



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216 LE 3* RÉOfMBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE [1862] 

^ 1'* compagnie à la CaHe. 

3^ BATAILLON 

(Étot- major & Bône) 



2» 


- — 


à Bône. 


3» 





&Bône. 


4» 


— 


à Bône. 


5» 


— - 


à Bône. 


6» 





à la Galle. 


7. 


-. 


à Conatantine 



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EXPÉDITION DU SÉNÉGAL 



CHAPITRE VI 

(1860-1861) 



Composition de la compagnie enToyée an Sénégal. — Départ de PhilippeTille. — Arri- 
Tée à Alger et h Oran. — Débarquement & Saint -Louis. ~ Marclie sur le Gayor. — 
Causes et but de l'expédition. — Soumission de Makodou. — Arrivée à Corée. — 
Expédition de la Cazamance. — Défaite des Mandingues. — Retour à Corée. — Expé- 
dition dans le Salonm et le Sine. ^ Attaque et prise des Tillages de Cahon et de 
Kolah. — La colonne se dirige sur Marouk et Diakhao. — Le roi de Sine demande 
la paix. — Retour à Corée. — Deuxième expédition du Gayor. — Marche sur Cuéonl. 
— Retour à Saint-IiOuis. — Excursion à Podor. — Préparatifs de départ. — Ordre 
du jour du gouTcmeur du Sénégal. — Embarquement pour l'Algérie. — Débarque- 
ment & Alger. — Retour à Gonstantine. 



On a TU f dans le chapitre précédent, que le régiment avait été appelé à 
foarnir une compagnie destinée à prendre part à la campagne d'hiver qui 
devait avoir lieu au Sénégal. Cette compagnie s*était embarquée le 18 no- 
vembre 1860 à Philippevillc sur le courrier d*Algcr. Kilo comprenait un elTcctif 
de cent quatre hommes et les oflSciers dont les noms suivent : 

HH. Le Doulcet de Pontécoulant, capitaine. 

Haussion , lieutenant français. 

Mohamed-Toudji , lieutenant indigène. 

Cléry, sous-lieutenant français. 

Ali-ben-Rebah , sous-lieutenant indigène. 

Arrivée à Alger le 20, elle se rembarquait pour Oran le 24, et, le 27, se 
réunissait aux deux compagnies tirées des deux autres régiments de Tirailleurs 
et devant coopérer à la même expédition. 



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218 LK 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1860] 

Le 6 décembre, le détachement tout entier prenait passage à bord du trans- 
port mixte l'Yonne, qui levait Tancre le môme jour. La mer était mauvaise ; 
le lendemain, il fallut relâcher à San-Felipe, et, le 8, à Almaviva, où Ton 
resta jusqu'au 12 pour attendre que les vents d'est fussent un peu calmés. 
Le 14 , on toucha à Gibraltar pour faire du charbon , puis on continua jusqu'à 
Santa-Cruz de TénérinTc, où l'on arriva le 20. Le 26, VYonne éluit en vue de 
Saint-Louis, et, le 27, y débarquait ses passagers. 

Le gouverneur du Sénégal , le colonel Faidherbe , n'attendait que l'arrivée 
des Tirailleurs pour commencer les opérations. Aussi ces derniers jouirent-ils 
à peine de quatre jours de repos, et, le l^' janvier 1861 , durent-ils se mettre 
en route pour aller prendre rang dans la colonne expéditionnaire qui devait 
opérer dans le Cayor, et dont les éléments se trouvaient déjà réunis à Gan- 
diole, poste français situé près de la mer, au sud de Saint-Louis. 

Le Cayor est un vaste territoire s'étendant le long de la côte, depuis l'em- 
bouchure du Sénégal jusqu'au cap Vert. En 1859, la nécessité d'établir une 
ligne électrique entre Saint-Louis et Gorée et d'avoir des relais, des caravan- 
sérails pour faciliter les voyages par terre entre ces deux villes, avaient dé- 
terminé le gouverneur du Sénégal à proposer au damel (roi) de cette contrée 
un traité nous accordant certaines concessions. Le traité fut signé; mais, peu 
de temps après, le damel, qui se nommait Riraïma, élant venu à mourir, 
Makodou, son fils et successeur, déclara formellement qu'il ne roxéculcrait 
jamais. 

Une lutte avec le Cayor passait alors pour une entreprise grosso do diflicul- 
tés et ne pouvant être tentée qu'avec des forces considérables. Les ressources 
de la colonie ne permettant de mettre en ligne que quelques compagnies d'in- 
fanterie de marine considérablement affaiblies par les maladies, et un déta- 
chement de Tirailleurs sénégalais, récemment organisé et n'inspirant encore 
qu'une faible confiance, il fallut l'ajourner. Un an se passa ainsi, le ministre 
de la marine attendant que d'autres questions beaucoup plus graves fussent 
réglées en Europe avant de rien entreprendre dans cette contrée. Prenant cette 
attente pour de la crainte, Makodou se livra à toutes sortes d'exactions sur 
nos traitants dès que ceux-ci voulurent s'engager dans son pays; il disposait 
pour cela d'une bande de tiédos (pillards armés) qui opérait indifféremment 
sur les étrangers et sur les indigènes. Trouvant en effet ses revenus au-des- 
sous de ses besoins, le damel les complétait au moyen des biens de ses sujets, 
et quand cette ressource devenait elle-môme insuffisante , c'était la personne 
môme de ses administrés qui lui servait pour pratiquer à son bénéfice un 
honteux trafic, que tous nos efforts tendaient à faire disparaître. La consé- 
quence de ce sauvage procédé avait d'abord été une dépopulation effrayante, 
puis le dépérissement de l'agriculture du Cayor, qui était la principale source 
du commerce que cette région faisait avec Gorée et Saint-Louis. 

C'était cette situation, dont les suites pouvaient se traduire en incidents 
fâcheux pour les quelques nationaux que nous avions sur la côte, qui avait 
déterminé l'envoi de trois compagnies de Tirailleurs. Maintenant que le gou- 
verneur avait dans la main les forces nécessaires pour pénétrer dans le cœur 
du pays, il s'agissait d'atteindre le damel, d'en obtenir des garanties pour 



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[18G1] AU 8ÉNÉ0AL 219 

Texéculion du traité qui avait été conclu avec son père, et d'assurer la pro- 
tection et la liberté des habitants. 

Les Tirailleurs algériens arrivèrent à Gandiole le 2 janvier. Là s'acheva 
leur organisation et leurs préparatifs pour l'expédition qui allait avoir lieu. 
Les trois compagnies formèrent un bataillon séparé sous les ordres du capi- 
taine Béchado, du l*' régiment, que son ancienneté désigna de droit pour co 
commandement. 

Le 3 janvier, le colonel Faidherbe étant venu prendre la direction des opé- 
rations, le camp de Gandiole fut levé et porté à Potou. La route que la co- 
lonne suivit ce jour-là, et qu'elle allait suivre les jours suivants, était une 
ligne éloignée d'une à deux lieues de la côte, et longeant une région lacustre 
s'étendant parallèlement & cette dernière, depuis Saint- Louis jusque près du 
cnp Vert. Le terrain était bas, aride ou marécageux; çà et là, au milieu de 
l)ouquct8 do palmiers formant oasis, s'élevaient quelques cases, quelques 
cahutes autour desquelles paissaient de maigres troupeaux. Peu d'eau potable 
et pas d'autres ressources, comme nourriture, que les provisions emportées 
par le convoi. Le ravitaillement devait se faire par mer à Benou-M'boro, 
point sur lequel on se dirigeait, et où la colonne do Saint-Louis devait attendre 
d'autres troupes venant de Gorée. 

Le 4 , la colonne se remit en route dans la même direction et atteignit 
M'baar; le lendemain, elle alla coucher à Tiakmat; le 6, à Guelkony, et le 7, 
à Benou-M'boro. Ces étapes avaient été extrêmement pénibles, surtout pour 
des hommes non encore familiarisés avec l'hygiène à observer sous le climat 
changeant que possède le Sénégal pendant cette époque de l'année. Rien, en 
ëflet, de plus variable que la température des mois d'hiver dans la partie 
marécageuse de ce pays : pendant le jour c'est la chaleur accablante des tro- 
piques, et pendant la nuit une fraîcheur humide qui, par moments, ramène 
le thermomètre bien près do zéro. Do là des refroidissements, dos indisposi- 
tions, et malheureusement trop souvent de dangereuses diarrhées. 

Dès qu'il avait appris la marche do nos troupes, le damel Hakodou avait 
abandonné Mekhey, sa capitale, et s'était réfugié à Ndand , à trente kilomètres 
dans l'intérieur. Là il fit un appel à tous ses guerriers, leur disant que c'était 
pour aller conquérir le Baol, pays voisin du Cayor; mais ceux-ci, se doutant 
au contraire qu'il s'agissait de combattre les ioubabs (blancs), se montrèrent 
si peu empressés, que le farouche monarque crut devoir prévenir l'orage 
suspendu sur sa tète en écrivant au gouverneur, c Demande-moi ce que tu 
désires, lui disait-il; mais n'emploie pas la force pour le prendre... » 

Le 7, la colonne de Gorée, sous les ordres du commandant du génie Pinet- 
Laprade, arriva à son tour à Benou-M'boro. Les troupes réunies sous les 
ordres du colonel Faidherbe comprirent alors quatorze cents hommes d'infan- 
terie de marine ou de Tirailleurs algériens, deux cents Tirailleurs sénégalais, 
un peloton de cent spahis, deux pièces d'artillerie, cinquante hommes du 
train, et enfin quatre à cinq cents volontaires venus de Saint -Louis ou de 
Corée, soit en tout environ deux mille deux cents hommes. 

Le 8 au matin, on commença la construction du poste de Benou-M'boro; 
deux blockhaus, venus démontés de Saint-Louis, furent installés sur un point 



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220 LE 3* BÉQIIIENT DE TIRA1LLBUB8 ALQÊBIENS [l86t| 

coDvenablement choisi ; à côté, on construisit deux baraques pour y déposer 
des approTisionnements, et le tout fut entouré d*une forte palissade. Le 11 , 
tout étant terminé, le pavillon français y fut déployé devant toutes les troupes 
et salué par les canons de la colonne et ceux des navires. 

Ayant désormais assuré sa base d'opérations, et par suite son ravitaille- 
ment, le gouverneur résolut de se porter à la rencontre du damel. Le 12 jan- 
vier, la colonne se remit en route et alla bivouaquer au village de Diaty. Le 
lendemain , elle entrait sans coup férir à Mekhey, capitale du Cayor et rési- 
dence ordinaire de Makodou. On avait quitté la zone des marigots, petits ruis- 
seaux sillonnant la côte , et Ton ne trouvait plus d'eau que dans des puits ; 
s'aventurer ainsi dans l'intérieur eût été s'exposer à des fatigues meurtrières et 
peut-être à de cruelles déceptions. Le gouverneur ne voulut pas risquer dans 
une opération de ce genre le facile succès qu'il venait d'obtenir; jugeant, avec 
raison, que la possession des deux plus beaux villages du damel amènerait 
inévitablement ce dernier à des propositions de paix, il résolut d'attendre les 
envoyés de Makodou. Ceux-ci ne furent, en effet, pas longtemps avant de se 
présenter avec une lettre de leur chef, dans laquelle ce dernier conjurait in- 
stamment le colonel Faidberbe de ne pas pénétrer plus avant dans le pays, 
qu'il passerait par toutes les conditions qu'on lui imposerait. Ces derniers 
furent la cession de trois lieues de terrain sur la côte et, moyennant paye- 
ment, l'abandon à la France des riches salines de Gandiole. Ce traité conclu, 
une longue marche de nuit ramena la colonne à Benou-M'boro, oii elle arriva 
le 15, dans la matinée. 

De ce fait, l'expédition du Cayor se trouvait terminée; il ne restait plus qu'à 
construire, sur le terrain concédé, quelques postes pour assurer les commu- 
nications entre Saint-Louis et Corée. Les journées des 15 et 16 janvier furent 
consacrées à l'achèvement de celui de Benou-M'boro. Le 17, la colonne se 
remit en marche et se dirigea sur M'bidjen, où elle arriva le 19, après avoir 
campé le 17 à Taîba, et le 18 à Guellet. Le» travaux à exécuter sur ce nou- 
veau point commencèrent aussitôt : ils consistèrent cncoro dans l'installa- 
tion d'un blockhaus venudémonté et dans la construction de deux baraques. 
Le 22 au soir, tout était achevé. Le 20 à midi, le gouverneur était parti 
avec la colonne de Saint-Louis pour aller créer le poste de Lompoul , laissant 
à M'bidjen les Tirailleurs algériens avec la colonne de Corée. Le 23, cette 
dernière, voyant sa mission terminée, se mit en route à son tour, et vint 
camper à Ugolam. Le 24, elle s'arrêta à Rufisque; le 25, elle atteignit Hann, 
et le 26, Dakar. Le 27, les troupes du commandant Pinet-Laprade prenaient 
terre à Corée et s'installaient dans la citadelle de cette place. 

Les moments étaient trop précieux et le concours du détachement de Tirail- 
leurs trop indispensable dans la continuation de l'œuvre commencée, pour 
qu'on accordât à celui-d un repos de longue durée. Le Cayor, en apparence 
du moins, venait d'être soumis, mais il restait à rétablir notre autorité dans 
le Souna (llaute-Caxamance), et à châtier vigoureusement les Mandingues, 
peuplades musulmanes qui, depuis des années, malgré plusieurs traités pas- 
sés avec leurs chefs, pillaient nos embarcations, massacraient nos équi- 
pages, attaquaient nos postes, dépouillaient nos traitants, exerçaient en un 



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[1861] AU SÉNÉGAL 221 

mot toutes les yiolenoes que pouvaient leur dicter leurs sauvages instincts. 

Le 5 février au matin, une colonne destinée à opérer dans cette contrée 
et comprenant les Tirailleurs algériens, un détachement d'infanterie de ma- 
rine, un peu d'artillerie et quelques volontaires nègres récemment enrôlés, 
quitta Corée et prit la mer sur les avisos VAfric(^i^9 ^ Grand-Basson, le DiaU 
math, le Griffon, le cullcr t Écureuil, la goélcllo la Fourmi et la citerne la 
Trombe. Le commandant Pinet-Laprade avait la direction de l'expédition. 

Le 6, dans l'après-midi, la flottille entra dans la rivière de Gazamance et 
passa devant le poste français de Garabane ; le 7, elle dépassa le poste portugais 
deZikenschor, et enfin, après une navigation excessivement pénible, qui avait 
dû être interrompue chaque nuit, elle arriva à Sédiou, poste français construit 
sur la rive droite et situé au cœur du pays des Handingues. 

Le 10, le débarquement s'effectua sur la rive gauche, aune demi -lieue 
de Sandiniéri, grand et riche village appartenant aux rebelles, et sur lequel 
on marcha immédiatement. Pour la première fois depuis leur débarquement 
à Saint-Louis, les Tirailleurs allaient faire parler la poudre, pour la première 
fois ils allaient trouver devant eux une population guerrière, assez bien 
armée et combattant avec une certaine habileté. 

Comme tous les musulmans , les Mandingues sont braves ; quoique de 
sang noir, ils sont plus intelligents que les nègres, desquels ils se font craindre 
et respecter. Leurs guerriers, composés des hommes les plus robustes, pas- 
saient alors pour les plus redoutables du Sénégal; armés de lances, de poi- 
gnards, de longs et lourds fusils dans lesquels ils glissaient un nombre de 
grosses chevrotines en rapport avec « le degré de colère qu'ils éprouvaient », 
quelquefois douze ou quinze , ils se battaient avec un acharnement sauvage, 
qui se traduisait généralement par l'extermination de leurs ennemis. Les 
chefs étaient montés sur des chevaux de petite taille, mais remplis d'ardeur; 
les simples combattants marchaient à pied. 

Il était sept heures du matin lorsqu'on arriva devant Sandiniéri. Ce vil- 
lage, composé de huttes, était défendu par d'épaisses haies de roseaux reliées 
par de solides barricades. Malgré ces obstacles , vigoureusement abordé par 
les Tirailleurs, il fut enlevé à la première attaque, au prix de quatre blessés 
seulement, et immédiatement incendié. Les Handingues, surpris, s'étaient 
enfuis dans les bois, laissant entre nos mains vingt morts, cinquante prison- 
niers et un troupeau de plus de six cents bœufs. Hais bientôt ils se rallièrent 
et se ruèrent sur le camp comme des forcenés. Ce fut notre tour d'être sur- 
pris ; le désordre se mit parmi les nègres chargés de la garde du troupeau , 
et, quoique repoussé sur tous les points, l'ennemi put reprendre et emmener 
une partie du bétail qui venait de lui être enlevé. 

A en moment tout paraissait terminé; il était onze heures; la chaleur 
était dovonuo étouffante, la fatigue était oxlréine; chacun songeait au repos, 
lorsque tout à coup on entendit des cris désespérés. C'était un groupe d'une 
vingtaine de soldats qui, cédant au besoin de se désaltérer, étaient allés im- 
prudemment au fleuve, sans armes, et y avaient été brusquement surpris 
par les contingents de la rive droite qui arrivaient au secours des gens de 
Sandiniéri. Trois de ces hommes avaient été tués et deux atrocement mutilés 



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222 LE 3* nÉQlUENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [t86|] 

à coups de hache et de sabre. Quant aux autres, ils fuyaient vers le camp, 
qui heureusement n'était pas éloigné. 

Cet incident amena une nouvelle attaque, encore plus vive que la pre- 
mière, mais qui se termina d'une façon plus désastreuse pour les Mandingues. 
Bien que ne connaissant pas le pays, les trois compagnies de Tirailleurs 
n'hésitèrent pas à se jeter dans les bois faisant face à la partie du camp 
qu'elles occupaient, pendant que l'infanterie de marine, se portant également 
droit devant elle , cherchait à rejeter les assaillants sur le fleuve. Ce mou- 
vement, exécuté avec toute la rapidité que commandait Timminence du 
danger, amena le plus inespéré des résultais; par un heureux hasard , la Ca- 
zamance formait en cet endroit un coude très prononcé, de telle sorte que les 
Mandingues se trouvèrent soudain acculés à ce cours d'eau , qu'ils essayèrent 
bien de traverser à la nage, mais poursuivis par nos balles, qui accompa- 
gnèrent les survivants jusque sur la rive opposée. Indépendamment du nombre 
considérable des leurs qui périt dans celte circonstance, ils laissaient une 
trentaine de cadavres sur le point où avait eu lieu le combat. 

Les pertes totales de la colonne, pendant cette journée, s'élevaient à quinze 
à vingt hommes tués ou blessés. 

A l'approche de la nuit, les troupes revinrent camper au point de débar- 
quement. Dès que l'obscurité fut venue, et jusqu'à ce que le jour reparut, 
des coups de feu furent tirés des bois voisins , mais demeurèrent sans ré- 
sultat. Nos sentinelles no répondirent mémo pas. 

Le 11 , une centaine d*hommes ayant été laissés à la garde du camp, le 
restant de la colonne se porta sur le village de Dioudoubou, situé au sud de 
Sandiniéri. On y arriva vers neuf heures du matin. Les Uandingues n'avaient 
pas fui; ils attendirent même l'attaque, qui fut exécutée par les Tirailleurs 
algériens, et la reçurent par une décharge à bout portant, qui nous tua deux 
hommes et nous en blessa trois; mais pas plus que la veille ils ne purent, 
malgré leur nombre, résister à la bravoure et à l'ardeur impétueuse des as- 
saillants et empêcher ces derniers de détruire leurs hubitalions. 

Après avoir brûlé le village, la petite colonne se mit en marche pour ren- 
trer au camp avant que la chaleur fût devenue trop accablante. Déjà elle 
avait fait une partie do la route sans difliculté , sans avoir rencontré un seul 
ennemi , lorsque , au moment d'atteindre la plaine de Sandiniéri , une section 
do Tirailleurs qui marchait sur le flanc droit fut brusquement attaquée par 
une bonde d'au moins six cents hommes. Cette secliou , se Irouvant séparée 
des autres troupes par un vaste marais qu'on ne pouvait traverser, dut 
s'arrêter pour faire face au danger; pendant près d'une demi -heure, elle se 
défendit avec ses seules ressources , et les Mandingues ne purent l'entamer. 
Enfin on arriva à son secours, l'ennemi fut dispersé, et la marche se con- 
tinua sur le camp, où Ton arriva vers midi. 

Pendant toute la durée de l'opération qui venait d'avoir lieu, les postes 
laissés près de la rivière avaient eu à supporter un feu continuel, peu meur- 
trier, il est vrai, mais qui dénotait la hardiesse de nos adversaires. Dans l'après- 
midi, celle fusillade recommença, et les Mandingues tentèrent môme de 
surprendre la compagnie du 2<> Tirailleurs , qui s'était écartée à quelques 



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[1861] AU SÉNÉGAL 223 

centaines de mètres du camp pour rendre les derniers devoirs à un de ses 
hommes décédé. Hais leurs diverses attaques de la reille avaient appris à les 
combattre; les Tirailleurs des deux autres compagnies se jetèrent immédiate- 
ment dans les bois, et , se portant rapidement sur leurs derrières, leur enle- 
vèrent tout moyen de fuir. Cernés de tous côtés, les sauvages se défendirent 
en désespérés; mais bientôt, se voyant à la merci des vainqueurs, les survi- 
vants jetèrent leurs armes et se précipitèrent aux pieds de nos soldats. Ce 
même jour, les Tirailleurs , qui étaient excités au plus haut point par la mu- 
tilation de Tun des leurs qui, la veille, avait été décapité par les sauvages» 
s*étanl emparé du marabout de CarabantaSa , le principal village des Man-^ 
dingues, ils lui firent subir le même sort et rapportèrent sa tète au camp, où 
elle fut exposée à la vue des prisonniers. 

Les perles subies avaient , dans cette journée, porté uniquement sur les 
Tirailleurs algériens et s*élevaient à trois hommes tués et quatre blessés. 

Le brillant succès qu'on venait de remporter eut raison des dernières velléités 
de résistance des gens du Souna. Dès le lendemain, les Mandingues, atter- 
rés, vinrent en foule demander grâce et se livrer comme esclaves sans condi- 
tions. Cependantle village de Bombadiou ayant été condamné à être détruit pour 
la participation de ses habitants aux événements des jours précédents, la sen- 
tence reçut son exécution. Le 13, eut encore lieu, pour les mêmes raisons, 
l'incendie de Hancono; puis les opérations se trouvèrent terminées. La colonne 
rentra le lendemain à Sédiou , où le commandant Laprade reçut la soumis- 
sion des chefs de la rive droite. 

Le rembarquement devait avoir lieu le 15; mais, le mauvais temps étant 
survenu, il dut être retardé et ne s'effectua que le 17. Le 16, dans une revue 
passée à sa petite colonne , le commandant supérieur de Corée félicita haute^ 
ment les Tirailleurs algériens sur leur courage à supporter les privations, sur 
leur excellente discipline, et surtout sur la glorieuse part qu'ils venaient de 
prendre dans la diflicile expédition de la Cazamance. 

Rentrée à Corée le 21 février, la colonne en reparlait de nouveau le 26 , 
à bord de la flottille, qui l'emmena cette fois dans le Saloum et dans le Sine. 
Le but à atteindre dans cette contrée élait le même que dans le Gayor et 
dans le Souna : c'est-à-dire terrifier les chefs de ces deux royaumes, leur 
imposer le respect des traités, et assurer la tranquillité et la sécurité de nos 
commerçants. 

Le 28 février au matin, la flotille franchissait la barre du Saloum , et, le 
lendemain soir l**" mars, arrivait à Kaolakh, petit poste retranché établi sur 
la rive droite de cette rivière. Elle avait laissé sur sa gauche le Sine, affluent 
du Saloum , et sur sa droite l'important village de M'ham. Le débarquement 
s'efTcctua à une heure du matin. Aussitôt qu'il fut terminé, les troupes se 
mirent en route sur deux petites colonnes : la première, composée des trois 
compagnies de Tirailleurs algériens, se dirigeait sur le village de Gabon; la 
deuxième, comprenant l'infanterie de marine et l'artillerie faisant le service 
do l'infanterie, marchait sur celui de Kolah. 

A (^hon se trouvait la famille du roi. Le village fut enveloppé, puis en-^ 
levé par les Tirailleurs , et tous les habitants faits prisonniers et ramenés à 



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224 LE 3* RÊQIUBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [iSM] 

Kaolakh. La même chose so passa à Kolah , et le commandant de la colonne 
n*eut plus qu'à choisir, dans la population des deux villages , des otages of- 
frant des garanties suffisantes pour décider le roi de Saloum, alors absent de 
sa capitale, pour faire la guerre à un de ses voisins de l'est, à se soumettre 
à nos conditions. On désigna ces otages principalement parmi la propre fa- 
mille dudit roi, et le gros des prisonniers fut relâché. 

A huit heures du matin, la colonne remontait à bord de la flottille. L'expé- 
dition du Saloum pouvait être considérée comme terminée; restait encore 
celle du Sine. Cette dernière menaçant de se traduire par des marches très (ati- 
gantes , le commandant Pinet-Laprade profita du succès qu'il venait de rem- 
porter pour exiger des gens du Saloum les moyens de transport dont il avait 
besoin. On réquisitionna une trentaine de chevaux, qui servirent à monter 
tous les officiers. Quant aux soldats, ils eurent leur charge allégée le plus 
possible et réduite à la demi-couverture, aux cartouches et à quatre jours de 
vivres. 

Le départ eut lieu le 3 à minuit. On traversa les villages de Lindian, de Goroid, 
de Dia et de Lommès, qu'on trouva abandonnés, et l'on vint camper à Dio- 
koul, à l'ouest de Kaolakh. il était neuf heures du matin ; l'on avait fait environ 
dix-huit kilomètres sans rencontrer .la moindre résistance ; seuls quelques 
cavaliers armés d'arcs .et de flèches s'étaient montrés au loin, mais sans pa- 
raître désireux d'engager le combat. Le 4, le camp fut porté à Marouk, où 
l'on arriva à sept heures du matin. Là on apprit que le roi do Sine se trouvait 
avec ses guerriers à environ deux lieues au nord, dans Tune de ses capitales 
appelée Diakhao. 

Le S , la colonne se mit en route à quatre heures du matin pour se porter 
sur ce point. On espérait y rencontrer les cavaliers du Sine, si redoutables, 
disait-on, avec leurs fusils longs de deux mètres qu'ils bourraient de balles 
jusqu'au bout; mais lorsqu'on y arriva, vers sept heures du matin, le roi et 
son armée s'étaient retirés à quatre kilomètres plus loin. Le monarque noir, 
ne sachant trop à quel parti s'arrêter, iinit cependant par envoyer des am- 
bassadeurs au commandant Pinet-Laprade, et cette journée, dans laquelle 
on aurait cru que le sang allait couler, se termina par un traité de paix au- 
quel le fils du roi, laissé comme otage par son père, devait servir de garantie. 

Toutes les satisfactions exigées ayant été obtenues, la colonne reprit le 
même jour le chemin de Marouk et vint passer la nuit sur le même emplace- 
ment que la veille. Le lendemain 6 , elle était de retour à Diokoul à neuf 
heures du matin, et en repartait dans l'après-midi pour se rendre à Gan- 
diayes, village situé au confluent du Sine et du Saloum, où la flottille était 
allée l'attendre. Le rembarquement eut lieu le 7, et la rentrée à Corée le 9. 
Outre les otages, on ramenait un fort troupeau de bœufs destiné à désinté- 
resser les traitants pillés. 

L'expédition du Saloum, entreprise et terminée en pleine période de vent 
du désert, avait été particulièrement pénible et fatigante; aussi beaucoup 
d'officiers et de soldats en revenaient-ils malades, et le restant se trouvait-il 
exténué. Aux uns comme aux autres il aurait fallu un repos d'une ou deux 
semaines, mais les circonstances vinrent encore s'y opposer. 



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[1861] AU SÉNÉGAL 225 

Pendant que la plupart des troupes disponibles étaient occupées dans nos 
possessions du sud sous les ordres du commandant supérieur de Gorée, le 
damel du Cayor, voyant le danger écarté, s'était empressé d'oublier le traité 
qu'il avait conclu avec le gouverneur général. Dès la rentrée de ce dernier à 
Saint^Louis, il avait rassemblé ses guerriers et poussé )*andace jusqu'à venir 
attaquer le poste de Benou-M'boro. Cotte tentative s'était naturellement tra- 
duite en un honteux échec; mais la garnison française n'ayant pu, à cause 
de sa Taiblesse, se mettre à la poursuite des bandes de Makodou, celles-ci 
s'étaient rejetées vers le nord et avaient ravagé toute la campagne aux envi- 
rons de Gandiole, en s'emparant, sans plus de scrupules que par le passé, des 
biens et des habitants tout à la fois. En même temps qu'il rétablissait ainsi la 
traite de ses propres sujets , le damel recommençait à faire piller par ses Uédoi 
les caravanes imprudentes qui s'engageaient dans ses États. 

Cette conduite demandait un châtiment exemplaire et immédiat. Se mettant 
à la tête de Finfanterie de marine en garnison à Saint- Louis, des Tirailleurs 
sénégalais et des spahis, le colonel Faidherbe reprit la campagne le 10 mars, 
et se dirigea immédiatement sur le pays insurgé,' laissant des ordres pour se 
faire rejoindre le plus vite possible par les Tirailleurs algériens. Ceux-ci quit- 
tèrent Gorée le 14, arrivèrent à Saint-Louis le lendemain 15, et, sans être 
débarqués, repartirent le même jour pour Noult, village situé à deux lieues 
de la côte et à cinq au sud du chef-lieu de la colonie. Ce mouvement avftit 
deux buts : assurer les communications de la colonne du gouverneur et purger 
les environs des villages de Gandiole, Gueben et Noult d*une bande de tiédos 
qui, deux jours auparavant, y était venue piller nos alliés. Quand on arriva, 
les tiédos avaient disparu; il ne restait donc plus qu'à attendre la rentrée du 
colonel, laquelle eut lieu le 17. La colonne du gouverneur avait brûlé vingtr 
rinc| villages du Cnyor et battu deux fois les gens du damel. Pensant quf 
cette deuxième leçon serait suffisante, et la température devenant de plus en 
plus accablante, le colonel Faidherbe ne voulut pas en demander davantage 
à ses troupes et les ramena toutes à Saint-Louis, où elles arrivèrent le 19. 

La saison s'avançant et l'heure de la cessation des opérations n'étant pas 
loin de sonner, les Tirailleurs algériens commencèrent à faire leurs préparatifs 
de départ. Ils pensaient s*embarquer à la fin du mois. Avant qu'ils eussent 
quitté Saint- Louis, le colonel Faidherbe voulut prendre dans leurs rangs les 
éléments nécessaires pour constituer sur des bases solides le bataillon de Ti- 
railleurs sénégalais en voie d'organisation. A cet effet, il fit demander les 
noms des hommes désirant être incorporés dans ce nouveau corps. Il s'en pré- 
senta un peu plus d'un cent, dont une trentaine appartenant à la compagnie 
du 3® régiment. De ce moment, ces hommes cessèrent de faire partie du dé- 
tachement et comptèrent parmi les troupes indigènes de la colonie. 

Dans un but absolument politique, ce qui restait disponible des trois com- 
pagnies, c'est-à-dire environ deux cents hommes, s'embarqua le 23 mars sur 
le vapeur VÉloile pour remonter le haut Sénégal jusqu'à Podor. Il s'agissait 
de montrer aux Maures de la rive droite du fleuve de leurs coreligionnaires à 
notre service et de les engager, au moyen d'une habile propagande , à se rap- 
procher de la France et à s*enrôler à leur tour. Nos hommes furent parfaite- 

15 



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220 I.K 3° nÉOlMENT DE TIRAIIJ.KURS ALOÊIUENS [l86l] 

ment accueillis, obtinrent partout un grand succès do curiosili, ot rontrèrent 
le 26, ayant produit et peut-être môme dépassé TeHet qu'on avait espéré de 
cette excursion. Us avaient successivement visité les postes de Richard-Toll, 
de Dagana et de Podor. 

A leur retour à Saint-Louis, ils apprirent que le damel s'était de nouveau 
l^pproché de nos postes et narguait de plus belle notre autorité. A peine nos 
troupes avaient-elles eu quitté son pays, que l'incorrigible souverain avait fait 
battre le tam-tam de guerre et demandé alliance aux Trareas pour venir, 
disait-il, attaquer et détruire Gandiole. En attendant, il s'était établi à Ndia- 
kher, à. vingt lieues dans l'intérieur, et là se permettait toutes les fanfaron- 
nades qui peuvent germer dans l'orgueilleuse tôte d'un noir. 

Ces menaces, quoique faites à distance, n'en pouvaient pas moins avoir 
une influence déplorable sur nos alliés si on les tolérait plus longtemps dans 
la bouche de Makodou. Une troisième invasion du Cayor s'imposait. Le 
29 mars, les Tirailleurs algériens, qui avaient déjà versé leurs cartouches 
pour rentrer en Algérie, reçurent l'ordre de les reprendre et de s'embarquer 
de nouveau sur VÉloile pour prendre terre à Gandiole. De là ils furent, le 
même jour, dirigés sur Nouït pour couvrir celte région en attendant l'arrivée 
des autres troupes et l'organisation de la colonne. Celle-ci , qui , outre les Ti- 
railleurs, comprit deux cents hommes d'infanterie de marine, quatre cents 
Tirailleurs sénégalais, cent spahis, quatre obusiers de montagne et environ 
un millier do volontaires, se trouva prête le 4 avril , et, dans l'après-midi do 
ce jour, se porta au village de Ker, qui, la veille, avait été l'objet d'une agression 
de la part des tiédos. Le 5, elle se remit en marche à trois heures du matin, 
et, vers neuf heures, arriva au village de Karahubéguen , où l'avant-gardo et 
les spahis eurent un léger engagement avec l'ennemi, qui eut cinq hommes 
tués et laissa une dizaine de prisonniers entre nos mains. 

Le lendemain , les troupes levèrent le camp do Karahubéguen et se por- 
tèrent à Guéoul, centre important où l'on espérait trouver de l'eau, dont on 
commençait à être privé depuis le départ do Gandiole, et dont le manque 
absolu pendant la dernière étape avait rendu celle-ci encore plus fatigante que 
toutes celles qui l'avaient précédée. La déception fut grande : on y découvrit 
un seul puits, presque vide, de sorte qu'après une longue attente chaque 
homme ne reçut qu'un quart de ce précieux liquide pour combattre la soif 
dévorante dont il souffrait. Le soir et le lendemain malin , eut lieu une autre 
distribution d'une quantité égale, ce qui permit de faire un peu de soupe et 
un peu de café, mais non de satisfaire aux autres besoins. On vit des Tirail- 
leurs payer jusqu*à six francs de petites peaux de bouc que des volontaires 
allaient, en risquant leur tète, remplir dans un village en avant de Guéoul. 

Malgré cette situation , qui menaçait de devenir alarmante à cause de l'éloi- 
gnement où l'on se trouvait de la côte, le gouverneur ne voulait pas aban- 
donner ce point pour ne pas perdre le fruit des fotigues qu'on venait d'endu- 
rer. L'occupation de cette position excellente lui donnait l'espoir d'amener le 
damel à engager une affaire décisive, et d'avoir ainsi l'occasion d'exterminer 
les bandes de ce dernier. Il avait, dans ce but, envoyé, sans les faire appuyer, 
les volontaires brûler tous les villages des environs et les avait même poussés 



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[1861] AU SÉNÉGAL 227 

jusque dans la province de M'baouar, mais en vain; car Makodou , abandonné 
par la plupart de ceux que FappAt du pillage avait réunis autour de lui , venait 
de se retirer à Taggar, dans Test. D'une façon comme d'une antre, la retraite 
s'imposait maintenant; la retarder eût été dangereux. Elle commença le 
8 avril , à cinq heures du soir. Au moment où la colonne allait se mettre en 
route, des groupes de tiédos vinrent tirer quelques coups de fusil sur les 
grand'gardes, mais sans aucun résultat. 

Il était deux heures du matin quand on arriva à Karahubéguen. On sé- 
journa vingt-quatre heures sur ce point, comptant toujours que l'ennemi, que 
le gouverneur avait fait prévenir de notre retraite par un prisonnier, se pré- 
senterait; mais rien ne parut. Le 10, on alla coucher à Ker, et le lendemain 
on atteignit enfin Gandiolc, où l'on trouva la flottille qui, le même jour, ra- 
mena tout le monde à Saint-Louis. 

Pendant toute cette dernière expédition , qui avait surpassé en privations et 
en fatigues toutes celles que les troupes de la colonie avaient faites jusque-là , 
les Tirailleurs n'avaient pas cessé de se montrer une troupe admirablement 
disciplinée; même aux heures les plus dures, les plus difficiles, aucune 
plainte, aucun murmure ne s'était élevé dans leurs rangs. 

Le 14 avril, le gouverneur, qui se rendait & Podor, voulut se faire accom- 
pagner d*un détachement de cinquante Tirailleurs algériens, dans le but de les 
montrer encore une fois aux Maures et d'achever de persuader ees musul- 
mans , qui croyaient déroger à leur qualité en entrant aux Tirailleurs séné-r 
galais. Ce voyage eut le même succès que le premier : les Tirailleurs furent 
partout bien accueillis par leurs coreligionnaires. Le 18, ils rentraient à 
Saint-Louis, enchantés eux-mêmes de leur excursion. Celte fois, leur retour 
fut marqué par une bonne nouvelle, celle do leur rapatriement. Une autre, qui 
les louchait de moins près, quoique plus importante, venait également de se 
répandre et ne larda pas & se confirmer : c'était que le dainel avait été chassé 
de ses Étals par ses propres sujets, et s'était vu obligé de chercher un refuge 
chez, son frère le roi de Sine. 

Le colonel Faidherbe, qui toutes les fois qu'il avait eu les Tirailleurs sous 
les yeux ne leur avait pas ménagé ses éloges ni son admiration , ne voulut pas 
les laisser partir sans leur adresser un témoignage de sa satisfaction. L'ordre 
du jour suivant dit assez combien il appréciait cette troupe et les officiers qui 
la commandaient : 



c Au moment où les trois compagnies des l^r, 2e et 3<^ régiments de Ti- 
railleurs algériens, commandées par MM. les capitaines Déchade, Girard et de 
Pontécoulant, quittent le Sénégal, le gouverneur leur témoigne toute sa satis- 
faction et ses sincères romcrcicnionts pour les brillants services qu'elles ont 
rendus à la colonne pendant près de quatre mois d'expéditions continuelles. 

« Maintenant la belle réputation de bravoure qu'elle a depuis longtemps 
acquise, non seulement en Algérie, mais encore sur les champs de bataille de 
TEurope , cette excellente troupe a fait éprouver aux Mandingues de la Caza- 
mance les effets de sa vigueur, de son élan irrésistible au feu , et de rexpérieoce 
de la guerre qui la distingue essentiellement, chefs et soldats. 



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228 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS AU SÉNÉGAL [I86I] 

« Peodanl les courU momenU qu'Us ont passés à Saint-Louis et à Goréo, los 
Tirailleurs algériens ont t^li admirer leur élégante tenue, et leur conduite n'a 
dpnné lieu à ai|cun reproche, do façon que notre Jeune et déjà si bonne troupe 
de Tirailleurs sénégalais a trouvé dans ses anciens l'exemple de toutes les qua- 
lités militaires. 

c Le gouverneur attend aussi de très bons résultats du imssagc d'un certain 
nombre d'Algériens au bataillon sénégalais, et il remercie les chefs do corps 
d'avoir facilité cette opération avec le bon esprit qui les anime en toute cir- 
constance. 

« Saint-Louis, le 23 avril 1861. 

« Le gouverneur du Sénégal et dépendances , 
c Paiohbabi. » 

Le 26 avril , à huit heures du matin , le détachement prit place à bord de 
VÉtoiU, qui, après lui avoir fait franchir la passe du fleuve, le transborda sur 
le transport l'Yonne, le même qui l'avait amené d'Algérie. A quatre heures 
du soir le bateau levait Tancre, et quelques instants après la ville de Saint- 
Louis et la côte du Sénégal avaient disparu. 

La traversée dura un mois. Le 27 mai au matin, VYonne arrivait dans le 
port de Mers-el-Kebir, et le débarquement s'effectuait le même jour. La com- 
pagnie du 3* régiment s'embarqua do nouveau, le DU, sur le Ccrbàtx, pour être 
encore débarquée à Alger le lendemain 31 , et roiiiburquéo sur lu Timycr dans 
la journée du 3 juin. Enfin, le 5 du même mois, elle prenait définitivement 
terre à Philippeville, et, le 7, se mettait en route pour Constantine, où elle 
arriva le 9. 

A l'occasion de sa rentrée, le colonel de Lacroix fit paraître l'ordre suivant : 

« Après une absence de six mois, la compagnie expéditionnaire du Sénégal, 
sous les ordres de M. le capitaine de Pontécoulant, vient de rentrer parmi nous. 
Pendant tout ce temps, nos braves volontaires n'ont pas cessé d'expéditionner 
et de soutenir la renommée du régiment par leur courage, leur élan, leur tenue 
et leur expérience de la guerre; en outre, leur excellente conduite a été re- 
marquée de tous. 

« Dans les contrées lointaines de la Sénégambie, on conservera la mémoire 
des Tirailleurs algériens, et les Mandingues de la Cazamance se souviendront 
de leur irrésistible valeur, comme déjà s'en souviennent Arabes, Kabyles, 
Russes et Autrichiens. 

« Honneur donc à la 6* du 1<^', qui a ajouté une belle page au récit des faits 
d'armes du S* Tirailleurs, et remerciements à ses chefs, qui ont donné le bofi 
exemple en toutes circonstances! 

« Constantine, le 9 juin 1861. 

« Le colonel commandant le régiment, 

t l)K Lackoix. » 



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EXPEDITION DE COCHINCHINE 

(I861-t864) 



CHAPITRE VII 



Formation d'an bataillon de marche destiné & la Gochinchlne. — CSomposition da déta- 
chement fourni par le 3« régiment de Tiraillears. — Départ d* Alger. — Arrivée à 
Alexandrie. — Rembarquement à Saez. — Arrirée à Saigon. — Gauses de Texpé- 
dition. — Ciommencement des opérations. — Prise de Yinh-long. — Attacine et enlè- 
rement de Ml-Goi. — Retour à Saigon. — Cessation des opérations. — Traité de Saigon. 
— R^sfstinco rlf^gnfsée de la cour de Une. — Dissémination dn bataillon. — Colonnes 
volanlcs. — \a V compngnlo occupo lo |K>sto do Cho-Ga6. — Elle j est relOTéo par 
la 5« compagnie. 



Les deux compagnies désignées au 3® régiment de Tirailleurs algériens pour 
entrer dans la composition du bataillon de marche destiné à la Cochinchine 
étaient, nous Tavons dit plus haut, formées exclusivement avec des volon- 
taires , et comprenaient chacun un eflectif de cent quarante combattants , 
cadre non compris. Voici quels étaient les officiers qui leur étaient aflectis : 

!HM. Dardenne, capitaine. 
Aubrespy, lieutenant français. 
Abderrahman-ben-Ekarfi , lieutenant indigène. 
Cléry, sous-lieutenant français. 
Kassem-Labougie, sous-lieutenant indigène. 

!MM. Galland , capitaine. 
Ceccaldi, lieutenant français. 
Mohamed-ben-Toudji , lieutenant indigène. 
Roussel, sous-lieutenant français. 
Mohamed-ben-Assem Labessi, sous-lieutenant indigène. 



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230 LE 3^ nÉGIMENT DE TUIAILLEURS ALGÉRIENS [iSGî] 

IndépoadammoDt dos ollicicrs do ces doux coinpognios, lo corps eut encore 
à fournir ceux dont les noms suivent, qui firent partie de l'éiat-major du 
bataillon de marche et occupèrent les emplois indiqués ci-après : 



MM. Clemmer, capitaine-major. 

Quinemant , capitaine-adjudant-major. 
Cohat , lieutenant , officier payeur. 
Accarias , médecin aide-major. 

La compagnie de Constantine et les officiers do Tétat-mâjor s'embarquèrent 
à Philippevillo sur le courrier d'Alger, qui , le lendemain , prit la compagnie 
de Bougie au passage, et arriva le 30 à sa destination. 

Lo séjour à Alger dura quinze jours. Ce temps fut employé à l'organisation 
du bataillon. Ce dernier fut placé sous les ordres du commandant Pietri, du 
2* Tirailleurs. Les deux compagnies du !•' régiment prirent les numéros 1 et 4 ; 
les deux du 2«, 3 et 6; et enfin les deux du 3® formèrent, celle du capitaine 
Galland la 2*, et celle du capitaine Dardenne la 5*. 

Le départ eut lieu le 15 octobre, sur le transport de l'État le Canada, 
Le 23, le bataillon débarqua à Alexandrie, où il séjourna jusqu'au S no- 
vembre au soir. Ce jour-là, il se rembarquait sur deux petits vapeurs et se 
mettait en route pour le Caire, en suivant le canal qui longe le bras occidental 
du Nil. Arrivé le 30, il repartait aussitôt par la voie ferrée et gagnait Suez, 
où, lo 12 novembre, lo transport-écurie le Jura le prenait ù son bord, pour lo 
conduire cette fois jusqu'à Saigon. Le 20 novembre, on arriva à Aden , où l'on 
resta jusqu'au 24; le 13 décembre, à Pointe-de-Galles, qu'on quitta le 15, pour 
atteindre ensuite Singapour le 8 janvier 1862. Après une escale de huit jours, 
nécessaire pour réparer de sérieuses avaries, résultat d*un violent cyclone qui 
avait eu lieu le 29 décembre, le Jttra se remettait en route le 15 janvier, et, 
le 27 du même mois, jetait l'ancre devant le cap Saint- Jacques, où il restait 
jusqu'au 30. Enfin , le l*** février, il arrivait dans le port de Saigon , où il dé- 
barquait ses passagers. 

Le bataillon fut d'abord cantonné dans le haut de la ville, en face de Tan- 
cien camp des Lettrés; puis ses diverses compagnies furent ensuite disséminées 
dans les pagodes ou les villages environnants, en attendant le commencement 
des opérations. 

Avant d'aborder l'historique des faits auxquels , pendant plus de deux an- 
nées, les deux compagnies du 3® Tirailleurs devaient se trouver mêlées dans 
cette lointaine contrée, nous allons dire quelques mots sur les événements 
qui amenèrent cette expédition, qui , vingt ans plus tard, devait avoir comme 
conséquence celle du Tonkin. 

L'Indo-Chine, déjà en relations avec le Portugal, l'Angleterre, la Hollande 
et l'Espagne depuis les grands voyages de découvertes des xv® et xvi* siècles, 
n'eut pour la pi^emière fois des rapports avec la France que vers la fin du 
siècle dernier. En 1786, Gia-Long, héritier du trône d'Annam, en ayant été 
dépouillé par ses rivaux, vint se réfugier auprès d'un vicaire apostolique fran- 



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[1862] EN CUCHINCIIINE 231 

çais, Pigncau do Béliaine, évoque d*Adran, qui l*cngagea à avoir recouts au 
cabinet de Versailles pour rentrer en possession de ses États. Un traité fut 
aussitôt négocié entre lui et Louis XVI, et signé le 28 novembre 1787. Gia- 
long recevait la promesse de secours qui devaient lui être fournis par le gou- 
verneur de nos établissements indiens, mais il devait, en échange, céder à la 
France le port de Touranc et le groupe de Poulo-Condoro; Soit lenteur, soit 
mauvais vouloir, soit impossibilité de la part du gouverneur de Pondichéry, 
ce traité no reçut d*abord aucune exécution , do sorte que, les événements de 
1789 étant survenus, il n*en fut bientôt plus question; ou du moins de tous 
les secours promis le prince dépossédé ne vit-il arriver que quelques oflBciers, 
parmi lesquels le colonel Ollivier, homme d'un grand savoir, Dayot, Ghai- 
gneau, etc. 

Mais révoque d*Adran ne se découragea pas; il équipa deux navires à Pon- 
dichéry, rejoignit Gia-Long, et, aidé par les ofliciers dont nous venons do 
parler, rendit non seulement son royaume à ce dernier, mais lui conquit en- 
core le Tonkin , alors gouverné par la dynastie des L6. 

Un tel service ne pouvait s*oublier. Aussi Pigneau de Béhaine devint-il lo 
second personnage de Tempire, et nos compatriotes restèrent -ils au service 
do Gia-IjOiig, qui, on 1804, refusa leur expulsion à l'Angleterre. Malheureuse- 
ment les ludcs que nous soutenions en Europe et l'aiïaiblissement de notro 
marine ne permirent pas alors à notro pays do tirer parti de ces avantages, 
et seuls les missionnaires en profitèrent pour étendre leur influence dans le 
pays. Gependant ces heureuses dispositions ne devaient pas durer longtemps; 
à la mort de Gia-Long tout changea : les missionnaires furent partout en butte 
aux persécutions des mandarins, et, en vertu de cette ingratitude naturelle 
qui fait généralement place aux élans de la reconnaissance d'un peuple, la 
Franco fut bientôt, de toutes les nations de l'Occident, celle envers laquelle 
les empereurs d*Annam montrèrent le plus d'hostilité. Avec Tu-Duc, le troi- 
sième des successeurs de Gia-Long, cette situation prit tout à coup un carac- 
tère aigu : des proclamations insultantes pour les Français furent adressées 
au peuple, et le supplice de plusieurs de nos missionnaires fut jeté comme un 
défi à la face de notre gouvernement. 

On ne pouvait tolérer plus longtemps de tels actes. Deux fois, en 1847 et 
en 1850, nos marins ravagèrent les côtes de l'Indo-Ghino, battirent les man- 
darins annamites, abaissèrent l'orgueil de Tu-Duc; mais, dès qu'ils se furent 
éloignés, ce prince fourbe et vindicatif recommença ses exactions et ses vexa- 
tions. Les choses en restèrent 1& jusqu'en 1858. A cette époque, le cabinet 
des Tuileries, d'accord avec l'Espagne, qui avait également à venger la morï 
de plusieurs de ses nationaux, se décida & ngir vigoureusement et organisa 
une petite expédition, qui fut placée sous les ordres de l'amiral Rigault de 
Genouilly et du colonel Palanka - Gultierez. La prise de Tourane (31 août 185^ 
et celle de Saigon (lS-17 février 1859] furent le résultat de cette action com- 
binée, que la campagne d'Italie vint brusquement arrêter. Tourane fut évacué, 
mais on conserva Saigon , où fut laissée une garnison de huit cents hommes, 
sous le commandement de M. d'Ariès, capitaine de vaisseau. Ge détache- 
ment , trop Taible pour faire des sorties , se trouva bientôt bloqué par des forces 



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Î32 LE 3^ RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1862] 

dii fois Bupérioures, et enrermé dans les vosles lignes do conlrevallalion do 
Ki-Hoai que les Annamites construisirent avec une étonnante rapidité, sous 
la direction du maréchal Nguyen-Tri-Phuong. Le traité de Pékin étant heu- 
reusement survenu sur ces entrefaites, un corps de débarquement de trois à 
quatre mille hommes put être dirigé sur la Cochinchine, et les lignes de Ki- 
Hoa furent enlevées les 24 et 25 février 1861. L'eipédition se continua par 
des succès, et au commencement de 1862, au moment où le bataillon de 
marche de Tirailleurs algériens arrivait pour renforcer les troupes débarquées 
par l'amiral Cbarner, nous étions déjà maîtres de Hytho, Hion-Uoa et Uaria. 11 
ne nous restait plus, pour compléter l'occupation du pays, qu'à nous emparer 
de Vinh-Long et du territoire de la Basse-Cochinchine , où, favorisés par les 
nombreux cours d'eau ou canaux qui sillonnent cette contrée, les Annamites 
s'étaient solidement retranchés sous les ordres du grand mandarin Phan- 
Than-Gian, récemment nommé vice -roi. 

C'est sur ce point que furent dirigées les premières opérations auxquelles 
les 2* et 8« compagnies prirent part. Ces opérations commencèrent par la prise 
de Vinh-Long et se terminèrent par l'enlèvement des lignes de Mi-Cui. 

La colonne qui devait marcher sur Vinh-Long fut organisée à Saigon dans 
les premieirs jours de mars. Elle comprit : quatre compagnies de Tirailleurs 
algériens (lesl'*, 2*, 3* et 6*), avec le commandant Piétri, une compagnie 
d'infanterie de marine, deux de Tagals espagnols (troupe venue do Manille) , 
et une autre de Chinois, dits Cantonnais. IiO lieutenant- colonel IIcImuI, do 
l'infanterie de marine , en eut le commandement. La flottille fut placée sous 
les ordres de M. Desvaux, capitaine de vaisseau. Ces deux chefs obéissaient 
à l'amiral Bonard, qui avait la direction supérieure de l'eipédition. 

Ces troupes lurent embarquées à Saigon, du 11 au 12 mars, sur diverses 
canonnières qui les transportèrent è Mytho, où elles se trouvèrent réunies 
lé 14 au soir. Elles en repartirent le 20, à huit heures du matin, escortées 
par la grande canonnière la Fusée, qui avait descendu la rivière de Saigon 
jusqu'à son embouchure, pour prendre la mer et remonter ensuite le Cua-Daî, 
l'une des branches du Mé-Kong. Arrivées au point de débarquement le lende- 
main à trois heures du soir, elles furent immédiatement mises à terre et diri- 
gées sur Vinh-Long. 

La route conduisant à cette ville traversait un pays couvert d'une végétation 
exceptionnelle et coupé par plusieurs affluents du Mé-Kong, dont les ponts 
étaient défendus par des ouvrages en terre, qui ne pouvaient la plupart être 
abordés que de front. Opérer sur ce point était donc difficile, et, si l'on songe 
à là faiblesse de la colonne, même dangereux; mais le choix n'était pas pos- 
sible, et il fallut bien en passer par là : ce qui , en somme , ne fut pas aussi 
terrible qu*on l'avait pensé, les Annamites ne devant pas se défendre avec 
beaucoup d'opiniâtreté dans ces positions avancées, où ils allaient être conti- 
nuellement assaillis par la crainte de se voir couper de Vinh-Long. 

Le 21, on arriva devant Varroyo (petite rivière) du Tantiel, défendu par 
une fortification tenant lieu de tète de pont et dominée par un mirador, sorte 
de tour en maçonnerie ou en charpente qu*on trouve dans toutes les villes, 
tous les villages , tous les retranchements annamites ou chinois , et en haut 



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[1862] EN GOCHTNCHINE 233 

de laquelle se tient la vigie chargée de signaler rapproche de Tennemi. Dès 
que la tête de notre colonne fut aperçue, les Annamites abandonnèrent leur 
fortin , se retirèrent dans les retranchements de la rive opposée et détruisirent 
le pont. Il était trop tard pour forcer le passage ; cette opération fut renvoyée 
au lendemain. 

Le 22, & sept heures du malin, le lieutenant- colonel Rcboul, & la tète 
d\me compagnie de Tirailleurs (l^^) , des Tâgals , du génie et de deux obusiers, 
vint prendre position en face du pont détruit, et se mit à canonner les ouvragée 
ennemis. Pendant ce temps, Tinfanterie de marine essayait de franchir la 
rivière à un kilomètre sur la droite, et, au bout d'une heure, parvenait sur 
Fautre rive. Se voyant tournés, les Annamites abandonnèrent toutes leurs 
fortifications. On y trouva trois pièces en fonte d'assez fort calibre. Dans la 
même journée, on passa le Cal-Cong sans rencontrer de résistance, malgré 
deux ouvrages élevés dans le but de retarder notre marche, et Ton arriva 
devant les forts de Binh-Tong, construits dans une petite ile et couvrant com- 
plètement les approches de Vinh- Long. 

C'eût été téméraire que d'attaquer ces ouvrages de front : des petits piquets, 
des palissades , des défenses accessoires très habilement disposées , auraient 
arrêté l'assaillant sous le feu de la position dès que celui-ci aurait eu pris 
terre, après avoir traversé le bras de rivière qui servait de fossé. Aussi fallut-il 
aviser aux moyens d'une surprise, possible peut-être sur les autres faces, 
qui n'étaient pas beaucoup moins fortifiées, mais où la vigilance des défen- 
seurs était loin d'être aussi attentive. A la faveur d'une démonstration faite 
sur le front principal par le lieutenant-colonel Reboul , le commandant Piétri, 
à la tête d'une section de la 2« compagnie (capitaine Galland), remonta, en 
dissimulant le plus possible son mouvement à l'ennemi, la berge pondant 
quelques centaines de mètres; puis, se jetant & la nage avec sa petite troupe, 
aborda au pied du bastion de droite , dont il tenta aussitôt l'escalade, et dans 
lequel il pénétra avant que les Annamites eussent eu le temps de s'y opposer. 
Ce hardi coup de main , exécuté avec un merveilleux sang-froid et une audace 
qui eût été taxée d'insensée si le succès ne l'eût pas excusée , fit immédiate- 
ment tomber les forts de Binh -long. Effrayés par cette attaque, et craignant 
pour leur ligne de retraite , les Annamites s'enfuirent précipitamment , laissant 
entre nos mains onze pièces de canon de tous calibres, six cents kilogrammes 
de poudre et un fort approvisionnement de boulets. Ce résultat était d'autant 
plus surprenant qu'il avait été obtenu sans effusion de sang. 

La prise de Binh-Tong nous avait rendus maîtres de toute la ligne avancée 
qui couvrait Vinh-Long. Nous étions maintenant aux portes de la citadelle 
de cette ville, où le vice- roi s'était enfermé avec la plus grande partie de ses 
soldats. Cette citadelle, construite sur les plans du colonel Ollivier (mission de 
1788), était un quadrilatère do quatre cents mètres decêté, couvert par des 
fossés de huit & dix mètres de largeur, et dont les faces étaient flanquées par 
des demi-lunes demi -circulaires, sur le côté desquelles s'engageaient les 
quatre portes donnant accès dans la place. 

On prit position en attendant le lendemain. Les Tirailleurs algériens , 
impatients de combattre, se réjouissaient en pensant qu'on allait enfin en 



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234 lÀ 3^ RÉGIMENT DE TIRAIIXEURS ALGÉRIENS [1862] 

venir uno bonno fois aux mains. Ijû jour so leva; avec lui nppnrul une 
épaisse colonne de fumée montant vers le ciel : c^étaient les bâtiments do la 
citadelle qui brûlaient. Phan-Tban-Gian n'avait pas voulu risquer les cbaoces 
d'un assaut; à la faveur de la nuit il avait évacué la place, et s'était dérobé 
en embarquant son monde sur des jonques et en s'engageant sur un arroyo 
qui lui avait permis de gagner le sud. Son arrière-garde, cbargée de mettre 
le feu, venait de partir à son tour , et la ville ne renfermait plus un être vivant. 
L'ennemi laissait entre nos mains un immense approvisionnement de riz et 
de poudre, une quinzaine de canons, un nombre considérable de pierriers, 
de lances , et quelques mauvais fusils. 

Les quatre compagnies do Tirailleurs restèrent à Vinli-IiOng jusqu'au 
26 mars. Ce jour- là, elles s'embarquèrent pour Caï-Laï, poste déjà occupé 
par une compagnie d'infanterie de marine et situé au nord-ouest de Mytho, 
et à peu de distance de Mi-Cui , position retrahchée où s'étaient réfugiées les 
bandes de l'empereur Tu-Duc, et dont l'attaque était résolue pour les jours 
suivants. 

Trois colonnes furent organisées pour marcher sur ce point : la première, 
sous le commandement du colonel espagnol Palanka-Guttierez, et composée 
de Tagals de Manille, et de la 5* compagnie de Tirailleurs (capitaine Dar- 
denne), devait partir de Mytho; la deuxième, sous les ordres de M. Vcrgne, 
lieutenant de vaisseau, et comprenant cent quinze marins, avait pour mission 
d'aller d*abord s'établir A Tan-Ly , au nord de Mytho, et de so diriger ensuite 
sur les forts de Tonk-Niou, à l'est de Hi-Cui ; enfin la troisième, ayant à sa 
tête le commandant Piétri, et comptant les l***^ et 2^ compagnies de Tirailleurs 
algériens et un détachement d'infanterie de marine, devait venir de Caî-Lal 
et prendre à revers une partie des ouvrages ennemis. M. Desvaux, capitaine 
de vaisseau, commandant supérieur de Mytho, avait la direction des opéra- 
tions. 

Le 29 mars était le jour fixé pour le rendez -vous général et l'attaque simul- 
tanée. 

Les lignes de Mi-Cui avaient été élevées au milieu d'une grande plaine en 
partie inondée et couverte de rizières. A Test, le terrain, assez praticable, n'é- 
tait coupé que par quelques villages non fortifiés; à l'ouest, au contraire, il 
était sillonné par plusieurs arroyos communiquant entre eux, et dont le prin- 
cipal, appelé Taluoc, ne pouvait être franchi que sur un pont, dit de Mi- An, 
le^|uel était protégé par un fort relié aux autres fortifications. Ces dernières 
comprenaient trois groupes bien distincts : les forts de Tonk-Niou à l'est, ceux 
de Mi-Cui-Taî à l'ouest, et la citadelle de Mi-Cui formant réduit au centre. 

Le 27, le commandant Piétri exécuta, à la tête de la l*^ compagnie de son 
bataillon, une reconnaissance qui démontra la possibilité do surprendre le 
pont de Mi -An. 

Ainsi que le prescrivaient les instructions reçues par chaque chef de colonne, 
le mouvement concentrique eut lieu le 29. Les deux colonnes de Test enle- 
vèrent sans coup férir le premier groupe de retranchements, c'est-à-dire les 
forts de Tonk-Niou, et trouvèrent la citadelle de Mi-Cui évacuée. Quant à celle 
du commandant Piétri, eUe n'eut qu'un combat d'avant-garde, que soutînt 



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[18C2] EN COCIIINCIIINE 235 

seule la seclion du sous-lieutenanl Roussel (2^ compagnie, capitaine Galland). 
Grâce à l'élan donné par cet oflîcier, le pont de Mi-Ân fut rapidement enlevé, 
et le restant de la colonne pénétra sans rencontrer d'autre résistance dans la 
position do Mi-Cui-Taî, que Tennemi s'empressa d'abandonner. Ce rapide 
succès n'avait coûté qu'un homme blessé & la 2» compagnie. 

On employa les jours suivants à purger les environs de Caï-Lal des soldats 
annamites qui s'y étaient réfugiés. Le 30, une section de la 2« compagnie 
(capitaine Galland) alla saccager et brûler les villages de la rive gauche du 
Taluoc. Le 31 , la même opération fut exécutée sur la rive droite par la l**" com- 
pagnie. 

Le 2 avril , la fraction du bataillon détachée à Gai- Lai prenait passage sur 
plusieurs canonnières et rentrait à Mytho, où se trouvait déjà la 5« compa- 
gnie (capitaine Dardenne). Le 4 , les Tirailleurs algériens qui avaient pris part 
aux opérations contre Vinh-Long et Mi-Gui s'embarquaient pour Saigon, où ils 
arrivèrent le 7. 

La saison des pluies était arrivée, et avec elles l'époque des inondations. Les 
communications par terre n'allaient plus être possibles qu*au moyen de digues 
ou de chaussées bien souvent couvertes par les eaux , et que l'ennemi avait la 
faculté de détruire h la moindre alerte donnée par les nombreux postes qu'il 
avait installés pour nous surveiller. Dans ces conditions, la poursuite des opé- 
rations devenait impossible, ou du moins passait entièrement aux mains de 
la flottille, qui seule pouvait encore, au moyen des nombreux canaux reliant 
entre eux les divers bras de Mé-Kong, parcourir cette vaste plaine devenue 
un immence lac. Nos compagnies furent donc établies dans des cantonnements 
aux environs de Saigon pour passer une partie de Tété dans le plus complet 
repos. Les effets extrêmement meurtriers du climat de la Gochinchine com- 
mençaient du reste & se faire sentir, et les fièvres, la dysenterie, dos maladies 
do toute sorte, décimaient chaque jour le détachement, qui perdait plus de 
monde ainsi qu'il ne l'aurait fait dans des combats continuels. Les Tirailleurs, 
toujours fatalistes, toujours soumis d'avance au sort qui pouvait les attendre, 
acceptaient cette situation difficile avec autant de résignation qu'ils avaient 
autrefois subi le choléra en Grimée. 

Gependant la cour de Hué, effrayée par la prise de Vinh-Long, avait repris 
des négociations entamées depuis longtemps en vue de la conclusion de la paix. 
Sentant que ses tergiversations habituelles ne pouvaient la conduire qu'à de 
nouveaux désastres , elle consentit enfin à accepter les conditions qui lui étaient 
imposées et , le 5 juin 1862 , fut signé à Saigon un traité qui cédait à la France 
les trois provinces occidentales de la Gochinchine (Saigon, Bien-IIoa, Mytho) 
et le groupe de Poulo-Gondore. Tu -Duc s'engageait en outre à payer à la 
France et à l'Espagne une indemnité de guerre de vingt millions de francs, 
et à ouvrir au commerce les ports de Tourane, Balat et Quangan. Il rentrait, 
il est vrai, en possession de Vinh-Long; mais il ne devait y entretenir, ainsi 
que dans les provinces occidentales qui restaient en son pouvoir, qu'un nombre 
limité de soldats. 

Il n'aurait pas fallu connaître le caractère retors des Annamites, pour ne 
pas comprendre que ce traité, dicté par la nécessité, n'avait rien de sincère 



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236 LB 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1862] 

chez 008 ennemis. Ce n'était qu*an moyen do gagner du temps, do permettre 
à leur habile diplomatie d'obtenir la rétrocession du territoire qui nous était 
abandonné. En attendant le résultat de ces patientes machinations, les man- 
darins allaient continuer à exciter secrètement les dispositions hostiles de la 
population, et une guerre sourde, occulte, faite de ruses et de surprises, 
devait bientôt succéder aux hostilités ouvertes que la paix venait do faire 
cesser. 

En prévision des événements qui n'allaient pas manquer de so produire 
après la récolte du riz, les 2^ et 5« compagnies de Tirailleurs algériens furent, 
à partir du 12 août, dirigées successivement par section sur Mytho, où elles 
se trouvèrent réunies le 27. Là elles reçurent, dans le courant de septembre, 
l'avis des récompenses suivantes accordées à la suite des expéditions de Vinh- 
Long et de Mi-Cui. 

Par décret du 15 juillet 1862, de S. M. la reine d'Espagne, étaient nommés : 

Chevaliers de Tordre ( HM. Dardenne, capitaine. 
d*Isabftlle la Catholique. { Aubrespy, lieutenant. 



Chevaliers de Tordre 
de Harie-Louise. 



Lebouc, sergent. 

Didier, sergent-fourrier. 

Mohamed-ben-Brahim , tirailleur. 



Par décret impérial du 22 du môme mois, la inédaillo inililairu était ac- 
cordée au sergent Courrège et au caporal Nacer-bcn-Mossaoud. 

Le 1*' octobre, la 2« compagnie reçut l'ordre de fournir un détachement de 
cinquante hommes afin de disperser des bandes qui inquiétaient le canton 
de Than-Quan, compris entre l'arroyo de la Poste et le Rac-Bac-Ly. Ce 
détachement, sous les ordres du sous-lieutenant Guèze, du l^^ régiment, alla 
coucher le soir môme à la pagode du marché de Luong-phu , où il fut rejoint 
par le huyen (sous-préfet annamite) , amenant avec lui trente soldats et les 
coolies nécessaires pour le transport des bagages. Le lendemain , il so dirigea 
sur Binh -Kach , village indiqué comme le centre d'un rassemblement de trois 
cents rebelles. Mais ces derniers, dès qu'ils aperçurent les Tirailleurs, s'en- 
fuirent précipitamnîent, rendant ainsi la liberté à soixante prisonniers qu'ils 
détenaient. Le huyen fit incendier les cases des chefs, et obtint la soumission 
de dix communes. Le môme jour, la petite colonne se porta & Chao-Than, où 
elle fit séjour pendant la journée du 3 , et le 4 arriva à Phu-Kiet. Le sous- 
lieutenant Guèze ayant été désigné pour garder ce point avec vingt-cinq Tirail- 
leurs algériens et dix soldats annamites, le restant du détachement rentra à 
Mytho, où il arriva à temps pour accompagner à sa dernière demeure le capi- 
taine Dardenne, qui avait succombé la veille, terrassé par une maladie contre 
laquelle toute son énergie avait été impuissante & lutter. Par suite de ce décès , 
le commandement do la 5* compagnie fut, à partir de ce jour, exercé par 
M. le lieutenant Aubrespy. 

Le 13, les vingt-cinq Tirailleurs de la 2*^ compagnie détachés à Phu-Kiet 
rentrèrent à Mytho. 

Le 18, le sous-lieutenant Oriot, qui avait remplacé M. Cléry, nommé lieu- 



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]1862] EN COCHTNGHINB 237 

tenant, alla occuper, avec vingt-cinq hommes de la 5« compagnie, le poste de 
Kien-Ân-Phu, près de Tarroyo de la Poste, au nord de Hytho. 

Le 13 novembre, le lieutenant Aubrespy, le sous-lieutenant Kassem-La* 
bougie et cinquante hommes do la S» compagnie , furent dirigés sur le village 
de Cho-Gaô (marché au riz), à trois heures à Test de Hytho, dans le but de 
protéger ce centre important contre les tentatives des rebelles de 66-Kong, 
autre localité située non loin de la mer. 

A peine installé, dans la nuit du 18 au 19 novembre, ce détachement eut, 
en effet , & repousser une attaque tentée par une bande de cinq à six cents 
pirates. Un certain nombre de ces derniers étant parvenus, à la faveur de 
Tobscurité, à se glisser jusqu^au milieu du village, le poste fut tout à coup 
mis en émoi par l'incendie de quelques cases et par des fusées lancées sur la 
pagode où la troupe s'était logée. Tout le monde fut bient6t sous les armes, 
et des patrouilles parcoururent les massifs de bambou d'où les incendiaires 
furent immédiatement chassés. Une sortie effectuée par le lieutenant Aubrespy 
à la tôte d'un groupe de quinze hommes , et quelques obus habilement dirigés 
par une canonnière mouillée dans le Hac-Kahon, achevèrent do disperser les 
insurgés, qui s'enfuirent à travers les rizières, où il fut impossible de les pour- 
suivre. La nuit suivante, ils essayèrent encore d'une pareille tentative; mais, 
des embuscades ayant été disposées aux abords du village, ils furent accueillis 
par une fusillade qui leur enleva définitivement le goût de ces nocturnes expé- 
ditions. Dans la journée qui s'était écoulée entre ces deux attaques, le sous- 
lieutenant Guèze était arrivé à Cho-Gaô, avec quinze Tirailleurs de la 2« com- 
pagnie, dix fusiliers marins, quatre artilleurs et un obusier de douze. Ainsi 
renforcé, le lieutenant Aubrespy s'occupa de mettre la pagode en état de dé- 
fense, et d'organiser le poste de telle façon, qu'il fût désormais à l'abri de 
toute surprise. 

Lo 2U novembre, le lieutenant Ccccaldi, avec vingt- cinq hommes do la 
2<* compagnie, quitta Myllio pour suivre la rive gauche de Mé- Kong jusqu'au 
confluent du Uac-^Gam, et remonter ensuite cette rivière et visiter certains 
villages soupçonnés de s'organiser en bandes, sous l'influence d'anciens chefs 
annamites. H rentra le lendemain , ayant trouvé partout un accueil empressé 
et des protestations de soumission. Le 23 , il alla avec le même détachement 
rolcvcr, au poste de Kien-An-Phu, lo sous-lieutenant Oriot, qui, le 27, rejoi- 
gnit à Cho-Gaô le reste do sa compagnie, et permit ainsi au sous-lieutenant 
Guèze de rentrer & Mytho avec les Tirailleurs de la 2<». 

Depuis leurs tentatives des 18 et 19 novembre, non seulement les insurgés 
de Gô-Kong ne comptaient plus surprendre le poste de Cho-Gaô, mais ils 
cherchaient à se fortifier, en vue des opérations que pouvait entreprendre la 
garnison de ce dernier. Ils avaient en toute hftte élevé, sur la route de Cho- 
Gaô à Gô-Kong, une ligne de retranchements que le lieutenant Aubrespy eut 
l'ordre d'aller reconnaître dans la journée du 29 novembre. 

Cet officier partit à la pointe du jour, avec un détachement de quarante 
hommes, dont dix fusiliers marins, et, après un trajet de 5 à 6 kilomètres, 
arriva en face des ouvrages ennemis, construits en avant du village de Binh- 
Phu-Nhiet. Reçu à coups de canon, il se contenta de reconnaître la position 



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238 LB 3^ RÉOIMENT DB TIHAILLBURS ALGÉRIENS EN COCIIINCIIINB [l862] 

desforU, et 86 mit lentement en retraite vers Cbo-Goô. Mais, à peine se 
furent-ils aperçu de son mouvement rétrograde, que, devenant plus auda- 
cieux, les Annamites sortirent de leurs fortifications et le suivirent à distance 
avec trois ou quatre pierriers, dont les effets furent plus bruyants que meur- 
triers. Quelques feux bien ajustés, exécutés parles fusiliers marins avec leurs 
carabines, eurent des résultats tout à fait contraires, et les plus hardis ne 
tardèrent pas à se disperser pour ne plus reparaître à portée de nos coups. La 
reconnaissance rentra ainsi sans être autrement inquiétée. 

Malgré ces succès, l'agitation était à son comble dans toute la région. Des 
lamlnnhs (généraux) parcouraient les villages pour organiser la résistance et 
pousser à l'insurrection. Ces mandarins, agents directs do la cour de Hué, 
que celle-ci désavouait toutes les fois qu'elle était obligée de donner des expli- 
cations sur leurs agissements, préparaient activement une révolte générale 
qui devait éclatera la lin du mois. En attendant, ils réunissaient les notables, 
présidaient à des conciliabules où les moyens d'action étaient discutés et 
combinés avec ceux des autres parties de la province, en un mot mettaient 
tout en œuvre pour qu'au premier signal tout le pays fût sur pied. 

Prévenu par le huyen de Kien-An-Phu de la présence d'un de ces chefs au 
village de Long-Dinh , le lieutenant Ceccaldi partit dans la nuit du 4 décembre 
avec un groupe de dix hommes, et fut assez heureux pour surprendre celui-ci 
au milieu d'une de ces réunions dont nous venons de parler, et de s'en em- 
parer, ainsi que de seize autres insurgés, parmi lesquels se trouvaient quelques 
autres mandarins militaires d'un grade inférieur. 

Le soulèvement projeté eut lieu le 18 décembre. Mais l'autorité française, 
prévenue par ses agents indigènes, avait pris toutes les mesures nécessaires 
pour conjurer le danger. Tout se borna donc à l'organisation de nouvelles 
bandes qui vinrent grossir celles qui parcouraient déjà la contrée, et ravager, 
de concert avec ces dernières , les villages qui étaient restés soumis à notre 
domination. 

La plus active vigilance n'en était pas moins recommandée à nos postes , 
qui allaient désormais avoir à compter avec de nombreuses surprises, la plu- 
part tentées pendant la nuit. 

Le 21 décembre, le capitaine Galland, avec le lieutenant Toudji, le sous- 
lieutenant Guèze et cinquante hommes de troupe delà 2» compagnie, alla 
relever à Cho-Gaô le lieutenant Aubrespy, qui rentra à Mytho avec le déta- 
chement de la 5<^ compagnie. Le 22, le lieutenant Ceccaldi quitta le poste de 
Kien-An-Phu, devenu un peu trop exposé, et rentra également à Mytho. 

Voici donc, d'après ce qui précède, quels étaient, à la fin de l'année 18G2, 
les emplacements occupés par le détachement du 3** régiment de Tirailleurs en 
Cochinchine (2* et S« compagnies). 
2« compagnie : cinquante hommes à Cho-Gaô (capitaine Galland); 
Une section à Mytho (lieutenant Ceccaldi). 
5«» compagnie : tout entière à Mytho (lieutenant Aubrespy). 



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CHAPITRE Vin 

(1863-1864) 



(1863) Dispositions prises pour arrêter rinsurrection. —Opérations dans les enyirons de 
Alytho. — Sortie efTectuéc par le capitaine Galland contre les bandes daTien-hô.— Prise 
de Ni-Biag. — Poursaite des rebelles. — Rentrée à Mytbo. — Deuxième sortie du capi- 
taine Galland.— Combat du 22 février. — Retour à Mytho. — Nouyelle répartition des 
dét'iclicnients — Récompenses. — Mouvements dans les postes occupés par les deux 
cniu|iagnlrs. — Pertes résultant do maladies. — (IR64) Rentrée à Saigon. — Prépa- 
ratifs de départ. — Traversée. — Débarquement à Philipperilie. — Rentrée à Gons- 
tantine. 



Ainsi quo nous Tavons dit plus haut , l'insurrection était générale; mais 
c'était surtout dans les provinces de Mitho et de Bien - lloa que s'étaient con- 
centrées les bandes de Quann-dhin (grand chef des rebelles). Partout où ces 
bandes se trouvaient, les communications étaient coupées, les villages pillés 
et rançonnés en hommes et en argent , nos postes investis , cernés et qudque- 
fois assaillis et massacrés. Il en avait été ainsi, le 17 décembre, pour celui 
de Uach-Tra, commandé par le capitaine Thouroude, de l'infanterie do ma- 
rine. La situation devenait critique; les troupes que nous possédions dans la 
colonie , malgré leur activité , malgré leur énergie , avaient de la peine à suf- 
fire au service accablant qui leur incombait, et chaque jour les rebelles se 
rapprochaient, devenant de plus en plus menaçants. 

Il fallut faire appel h la division navale des mers de Chine, qui heureusement 
disposait encore du 3<^ bataillon d'infanterie légère d'Afrique et de quelques 
compagnies de débarquement. Les Espagnols ayant de leur côté fait Tenir de 
Manille un nouveau détachement de huit cents Tagals, l'amiral Donard se 
trouva bientôt à la tête de moyens suffisants pour prendre une vigoureuse 
offensive, disperser les insurgés et imposer aux populations qui nous étaient 
restées fidèles et que la crainte seule retenait dans le devoir. 

Toutes ces forces furent divisées en trois groupes : 1<> l'infanterie de marine 
et les Espagnols, sous les ordres du général Chaumont; 2^ trois compagnies 
de Tirailleurs algériens, le bataillon d'infanterie légère d'Afrique, trois com- 
pagnies de tirailleurs annamites etdeuxpiècesd'artiilerie,avec le commandant 



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Î40 LE 3* RÉOIUENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l863] 

Piélri; 3^ les trois autres compagnies do Tirailleurs algériens, dont les 2* 
et 5*, les fusiliers marias et quelques sections de débarquement, sous le corn- 
^ mandement du capitaine de vaisseau d'Ariès , gouverneur de la province de 
Mytbo. La flottille devait prêter son concours à chacun de ces groupes, et 
servir surtout au transport des troupes pour tous les mouvements rapides 
que colles -ci allaient avoir à exécuter. 

Ces dispositions étant données, nous n'allons maintenant ne nous occuper 
que du troisième groupe, dans la composition duquel en Iraient les deux com- 
pagnies du régiment. 

Le 3 janvier 1863, le lieutenant Ceccaldi, le sous- lieutenant Labessi et 
vingt hommes de la 2« compagnie , quittèrent Hylho avec une petite co- 
lonne, qui, sous les ordres du lieutenant de vaisseau Dol, devait par- 
courir le canton de Than-Quan, depuis le village de Phu-Kiet jusqu'à la rive 
droite du Rac-Baby. Le 5, on rencontra, vers fiing-Kach, un millier d'Anna- 
mites armés de lances et de mauvais fusils, et traînant après eux quelques 
pierriers. Encouragée par notre petit nombre, cette bande tenta d'envelopper 
la troupe de M. Dol; mais cette dernière, exécutant aussitôt une vigoureuse 
attaque préparée par quelques feux dirigés au milieu de la masse ennemie, 
eut vite fait de disperser les rebelles, qui ne reparurent plus de la journée. 
Dans celte polite aifairo, les Tirailleurs déployèrent toute leur vigueur accou- 
tuméo, et méritèrent tous les éloges du chef du lu colonne. Four leur propre 
compte, ils enlevèrent ù l'ennemi des ariiies eu nombre œiisidéruble, sept 
drapeaux et l'énorme tam-tam qui avait servi quelques instants auparavant 
à donner le signal de l'attaque. 

Cet incident fut le seul de toute cette opération. Le 7, la colonne rentra 
à Mytho sans avoir revu un seul ennemi. 

Le restant du mois de janvier fut employé aux préparatifs des nombreuses 
expéditions qui allaient bientôt s'ouvrir et auxquelles toutes les troupes de 
la colonie allaient bientôt prendre part. Le 26, le poste de Cho-Gaô fut oc- 
cupé par un détachement de la colonne Piétri , et la 2® compagnie rentra 
à Mytho, où tous les Tirailleurs du 3<» régiment se trouvèrent alors réunis. 
Le 29 , le lieutenant Aubrespy, avec deux officiers et cinquaute-lrois hommes 
de sa compagnie, alla réoccuper le poste de Kien- An-Phu, afin d'y protéger le 
huyen , fonctionnaire indigène dont le dévouement pouvait nous être d'un 
grand secours, et qui se trouvait exposé aux coups des rebelles qui infestaient 
les environs. 

Le 2 février, le sous-lieutenant Uuèze, toujours détaché & lu 2'* compagnie 
pour y faire le service, se mit en route avec une section de quarante Tirail- 
leurs (trente de la 2fi compagnie et dix de la 5^), pour se porter sur le vil- 
lage de Bmh-Dang, à l'est de Mytho, où les insurgés avaient été signalés. 11 
n'y rencontra qu'un détachement de Tirailleurs venus de Cho-Gaô et un autre 
de matelots, qui avait remonté le Rac-Kaon. Ces trois groupes couchèrent 
dans le village, et le lendemain se dirigèrent sur Cho-Gaô, que celui du sous- 
lieutenant Guèze ne fit que traverser, pour rentrer le même jour à Mytho. 

Pendant que ces opérations s'eflcctuatent au nord et à l'est de cette ville, 
les compagnies de l'ouest étaient envahies par les bandes du Ticn-hô (chef 



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[1863] EN COCIIINCHINE 241 

des rebelles de cette région] , et ce dernier prenait position à peu de distance 
delà, au village de Ni-Bing, sur la roule de Mytho à Hi-Cui. Il Importait de 
Ten chasser au plus tôt, avant qu'il eût eu le temps do s*y fortifîor et d*in- 
tcrccptcr les conuiiunicatîons avec Ton k-Niou, petit poste occupé par nous, à 
environ trois kilomètres plus loin. 

Le 5 février, une petite colonne, dans laquelle se trouvaient les lieutenants 
Ceccaldi et Mohamed-ben-Toudji, cinquante Tirailleurs de la 2« compagnie 
et vingt fusiliers marins commandés par renseigne Barrué, fut placée sous 
les ordres du capitaine Galland, et, le même jour, quitta Mytho pour se rendre 
à Long-Uoî, où elle fut rejointe par le sous-lieutenant Oriot avec vingt hommes 
tirés du poste de Kien-Ân-Phu. Le convoi ayant été laissé à la garde de ce der- 
nier détachement, elle repartit dans la nuit , et avant le lever du soleil attei- 
gnit Long-Dinli, où l'on croyait surprendre le Tien-llô ; mais ce dernier, qu'on 
y avait signalé la veille, avait déjà quitté ce village, et ce ne fut que vers le 
milieu de la journée que des renseignements firent connaître qu'il s'était 
retiré dans les fortifications de Ni-Bing. 

Dès quil put être fixé sur la position réelle de l'ennemi, le capitaine Gal- 
land fit reprendre les armes et se porta sur ce point, où il arriva à quatro 
heures et demie. Il y trouva en effet les rebelles formés en bataille, mais cou- 
verts par des palissades en bambous , par des retranchements armés d'une 
dizaine de pierriers et par un marais , heureusement peu profond , s'étendant 
sur une longueur de près d'un kilomètre et protégeant tout le front de la ligne 
fortifiée. Sur toute cette ligne, des drapeaux de toutes les couleurs flottaient 
oi^ueîlleusement , pendant qu'au centre deux grands parasols déployés indi- 
quaient à tous la présence du Tien-hô et le point d'où devaient partir les si- 
gnaux pendant le combat. 

Malgré la situation désavantageuse où le plaçait cette disposition du ter- 
rain et rénonne inrériorilé do sa petite troupe, dont l'elfcctif ne s'élevait pas 
à plus do soixante-dix hommes, lors(|ue les Annamites étaient au moins sept 
à huit cents, lu capitaine Galland n'hésita pas à attaquer. Ayant disposé ses 
Tirailleurs et ses fusiliers marins sur cinq rangs successifs, avec des inter- 
valles de deux pas entre les hommes de chaque rang, il s'élança à leur tête, 
et se jeta résolument dans le marais, qui fut rapidement franclil. Arrivé à 
deux cents mètres, il fit mettre la baïonnette au cauon et sonner la charge. 
Au même moment, l'ennemi, qui jusque-là n'avait pas tiré un coup de fusil, 
ouvrit le feu de ses pierriers, dont les projectiles allèrent se perdre dans l'eau. 
Mais nos soldats, que cette décharge n'avait pu arrêter, avaient parcouru en 
quelques bonds le court espace qui les séparait des retranchements et péné- 
traient déjà dans ces derniers, où une panique indescriptible se produisit 
aussitôt. Les Annamites, frappés de stupeur devant cette audace dépassant 
tout ce dont ils croyaient capables de simples mortels, fuyaient terrifiés, 
bravement guidés dans ce mouvement précipité par leurs chefs, dont la seule 
préoccupation était, pour le moment, de mettre une distance respectable 
entre nos balles et leur auguste personne. Un pierrier restait entre nos mains ; 
sa prise était due au caporal Ali-ben-Kebah, de la 2® compagnie, qui avait 
tué l'un des porteurs et s'était jeté sur les autres, qui avaient aussitôt, 

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242 LE a^" RÉQIUKNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1863] 

pour fuir avec plus do rapidilô , obandouné la pièco conliéo à lours soins. 

Lo capitaino Galland donna quelques instants de repos à ses hommes ; 
puis, après avoir fait mettre les retranchements qu'on venait d'enlever hors 
d'état de servir de nouveau , il se dirigea sur Tonk-Niou , afin de s'y ravi- 
tailler. Il resta dans ce poste toute la journée du lendemain, observant de 1& 
les rebelles qui étaient revenus occuper un autre point de Ni-Bing. De l'arbre 
qui servait de mirador, on les voyait distinctement élevant à la hâte de nou- 
velles fortifications, qu'ils semblaient, cette fois, vouloir tourner vers l'ouest, 
comme pour narguer Tonk-Niou, dont ils se trouvaient séparés par un marais 
infranchissable. 

Le 8, la petite colonne se trouva affaiblie de dix fusiliers marins envoyés 
à bord de la canonnière stationnée dans le Rac-Gam. D'un autre côté, la gar- 
nison de Tonk-Niou, sur le concours de laquelle on avait compté pour l'at- 
taque de la nouvelle position de Ni-Bing, dut aller chercher, & trois quarts 
d'heure du poste, un convoi de soiiante jours de vivres auquel la marée basse 
n'avait pas permis d'aller plus loin. Réduit à n'emmener qu'une soixantaine 
d'hommes, le capitaine Galland ne voulut cependant pas renvoyer cette opé- 
ration au lendemain, pensant avec raison que pendant ces vingt -quatre 
heures les difficultés augmenteraient dans des proportions plus considérables 
que le renfort qu'il pourrait obtenir. Il se mit donc en route avec les cinquante 
Tirailleurs et les neuf fusiliers marins qui lui restaient, et arriva jusqu'aux 
retranchements enlevés l'avant-veille sans rencontrer un seul ennemi. Avant 
de s'engager plus avant , il fit exécuter plusieurs reconnaissances. L'une de 
ces dernières s'étant tout À coup trouvée en face do la position occupée par 
les Annamites, il Fappuya immédiatement avec le reste de sa troupe et, dans 
les mômes conditions d'infériorité que la première fois , aborda ses adver- 
saires, dont les dispositions étaient sensiblement les mêmes que pour la 
journée du 6. 

De mémo que dans le combat précédent, les gens du Tien-hé laissèrent 
approcher les nôtres sans tirer un seul coup de fusil , puis ouvriront le fou de 
leurs pierriers, qui fut peut-ôtre un peu plus nourri, mais aussi peu meur- 
trier. Le résultat qui suivit fut exactement le même : une fuite générale se 
déclara sur tous les points; chefs et soldats se dispersèrent avec non moins 
de précipitation , et bientôt il n'y eut plus personne derrière ces fortifications, 
auxquelles les rebelles avaient travaillé avec tant d'ardeur. 11 était environ 
six heures du soir; on poursuivit les fuyards jusqu'à la nuit, puis le capi- 
taine rassembla ses hommes et les ramena coucher à Ni-Bing. On gros pier- 
rier, des munitions, quelques lances, un étendard , deux affûts de pierriers, 
le tambourin du Tien-hô, tels furent les trophées qu'on ramassa sur le terrain 
du combat. Les pertes de l'ennemi s'élevaient à une centaine d'hommes tués 
ou noyés et à dix- neuf prisonniers, parmi lesquels un qmn (capitaine) et 
trois dois (sergents). 

La journée du lendemain fut employée à raser tous les ouvrages de Ni- 
Bing. Le soir, le détachement se remit en route après avoir incendié le village, 
et vint coucher à Long-Hol| où il retrouva son convoi. Le 10, le capitaine 
Galland , laissant encore là ce dernier sous la protection de quarante hommes 



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[1863] EN COCIIINCHINE 243 

commandés par le lieutenant Ceccaldi et le sous- lieutenant Oriot, repartit 
avec les trente Tirailleurs restant, descendit le Rac-Gam jusqu*à sa jonction 
avec le Mé-Kong, et remonta ensuite ce dernier pour aller coucher sur l'A va- 
lanche, mouillée à Fentrée du Rac-Barraî. Le 11 , il suivit encore cet arroyo 
jusqu'à Caî-Laï. Là les hommes furent répartis par deux et par trois dans des 
jonriucs , qui allèrent se poster sur Tarroyo Commercial , où elles restèrent 
pendant toute la journée du 12, observant le pays, où des mouvements im- 
portants avaient été signalés; mais aucun incident ne se produisit. Le 13, le 
capitaine Galland rallia ses hommes à Cal-La!, et les fit embarquer sur la 
canonnière n® 27, qui les ramena le soir môme à Mytho, en même temps 
qu'y arrivaient par terre ceux laissés à Long- Ho! avec le lieutenant Ceccaldi. 
Le sous-lieutenant Oriot était également rentré à Kien-An-Phu avec le déta- 
chement de la S® compagnie. 

Cette sortie, très habilement et très vigoureusement dirigée, avait momen- 
tanément dégagé le pays à l'ouest de Mytho, et chassé les rebelles de toute 
cette région comprise entre le Mé-Kong et Tarroyo Commercial d'un côté, le 
Rac-Barra! et l'arroyo de la Poste de l'autre. A l'est, les opérations étaient 
poussées avec non moins d'activité. A cette même date, le commandant Pietri 
était avec toute sa colonne devant les forts do Vinh-Loi, en avant do Gô-Kong, 
et se trouvait aux prises avec le Quann-Dhin, le chef môme de l'insur- 
rection. 

Il s'agissait, sur ce point, de s'emparer successivement des nombreux re- 
tranchements élevés depuis Vinh-Loi jusqu'à Dong-Son, et d'acculer l'ennemi 
sur Gô-Kong , où l'on espérait le prendre entre les colonnes Pietri et Chaumont 
d'un côté, et d'autres troupes envoyées de Mytho et les canonnières de la flot- 
tille de l'autre. Pendant ce temps , des détachements d'inégale importance 
devaient parcourir le canton de Than-Quan, entre Cho-Gaô et Tarroyo do la 
Poste, et purger cette contrée des nombreuses bandes qui l'infestaient et qui 
s'étaient retranchées à Long-Tri , village situé à environ une journée de marche 
au nord-est de Mytho< 

Dans ce dernier but, le lieutenant Aubrespy quitta le poste de Kien-An-Phu 
le 14 février avec trente-quatre Tirailleurs de la 5* compagnie, et se rendit au 
village de Phu-Kiet, où il rallia trente marins du Cosmao, vingt soldats an- 
namites et les coolies nécessaires au transport de quelques jours de vivres. 
IjC soir môme, il alla avec ce détachement coucher à la pagode de Mi-Trflng. 
Le lendemain, au point du jour, il se présenta devant les lignes de Long-Tri, 
qu'il trouva évacuées. Là il fut rejoint par une autre troupe partie de Cho-Gaô 
avec le même objectif. Les deux groupes se reposèrent quelques jours; puis, 
le 19, ils allèrent coucher à Binh-Dang, afin de marcher à la première heure sur 
Binh-Phu-Nhiet, qu'on croyait encore occupé et qu'on trouva également aban- 
donné. Le 21 , ils allèrent s'établir à Yinh-Lol, qui depuis deux jours était au 
pouvoir du commandant Pietri. Ils devaient y rester jusqu*au 23, et rejoindre 
ensuite une autre colonne partie de Mytho , et dont nous allons nous occuper. 
Cette dernière avait été formée le 21 février avec cinquante Tirailleurs de 
la 2* compagnie sous les ordres du capitaine Galland , et vingt-cinq fusiliers 
marins commandés par l'enseigne Barrué. Le même jour, elle quitta Mytho 



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2i4 LE 3* RÉGIMRNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1863] 

et arriva à l'cnirée du Rac-Rinh-Quen , où so trouvait mouilléo V Avalanche. I«à, 
elle se renforça de trente marins do cette canonnière , et le commandant Vergne 
en prit la direclion tout en laissant au capitaine Galland le soin de conduire 
les opérations de terre, qui devaient avoir pour but l'investissement de 66- 
kong au sud , pendant que la colonne Pietri venant du nord rejetterait les 
rebelles sur ce point. 

Le 22, on remonta le llac-Rinh-Qucn jusqu'au village de Rinh-Quon, où 
s'effectua le débarquement. La petite colonne se mit ensuite en marche dans 
l'ordre suivant : à l'avant-garde, vingt-cinq Tirailleurs sous les ordres du sous- 
lieutenant Guèze; puis successivement la 2* section de Tirailleurs avec le sous- 
lieutenant Labessi, les vingt-cinq fusiliers marins de l'enseigne Rarruô et les 
matelots de V Avalanche. Après une demi-heure de marche, pendant laquelle 
on côtoya Binh-Quen, qui était complètement désert, on se trouva en face 
d'un village retranché, dont le front était armé de cinq ou six pierriers. 

Cet obstacle fut abordé et franchi au pas de course par les sous-lieutenants 
Guèze et Labessi, et la colonne continua sa route en se prolongeant jusqu'à 
la hauteur du Rac-Gia, arroyo sur lequel s'appuyaient de nombreux ouvrages, 
qui furent successivement abandonnés par leurs défenseurs. Les Tirailleurs, 
se lançant alors à la recherche de l'ennemi , qui semblait se dérober sur tous 
les points, allèrent donner contre une ligne d'arbres, de maisons et de re- 
tranchements limitant une plaine mamelonnée s'étcndant jusqu'au Roc-Gia. 
Cette ligne était sérieusement occupée. On commença d'abord pur tirailler à 
distance, puis les Tirailleurs s'étant par trop approchés, les Annamites sor- 
tirent de toutes parts, envahirent la plaine et formèrent un demi-cercle 
n'ayant pas moins de deux mille mètres de développement, avec des intervalles 
remplis par une trentaine de pierriers. Un combat assez vif ne tarda pas à 
s'engager avec ces bandes considérables, et malgré la disproportion existant 
entre nos forces et celles de l'ennemi , ce dernier fut victorieusement maintenu 
par la petite troupe du capitaine Galland, qui n'avait pas tardé & se grossir 
des matelots de VAvalancJie et des fusiliers de M. Rarrué. 

Il ne fallait pas chercher à enfoncer la masse toujours croissante de nos 
adversaires, mais bien plutôt à nous tirer prudemment d'une situation que le 
moindre incident pouvait compliquer. Pour faciliter une retraite qu'il était 8age 
de ne pas se laisser dicter par les circonstances, le commandant Vergne avait 
fait avancer, sous les ordres de l'enseigne Mortcmart, trente marins de la Dra- 
gmme, dont la moitié fut disposée en tirailleurs. Sous leur protection , le mou- 
vement rétrograde s'effectua lentement et en bon ordre dans la direction du 
Rac-Gia. Cependant le cercle se resserrait de plus en plus; devenus confiants, 
les Annamites se rapprochaient tellement , que les coups de leurs mauvais 
fusils commençaient à porter dans nos rangs. Ils exécutaient déjà, au bruit du 
tam-tam et au balancement des drapeaux , des passes extravagantes mimant 
assez expressivement la décapitation des vaincus. Mais là s'arrêta leur fan- 
tasia : trois charges, fournies successivement par renseigne Mortemart et les 
sous-lieutenants Guèze et Labessi, culbutèrent soudain ces guerriers bizarres, 
dont les exercices pyrrhiques se transformèrent aussitôt en un autre où les 
Jambes seules furent en jeu. On les rejota assez loin; mais, dès qu'on eut 



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[1863] EN COCHINGHINB 245 

repris le mouvement en arrière, leur ligne se reforma. Ce combat, qui durait 
depuis quatre heures, menaçant ainsi de se prolopger sans résultat déGnitif, 
le commandant Vergne fit rentrer les troupes dans les retranchements enlevés 
dans la matinée. L'ennemi les suivit pendant quelque temps, mais sans se 
hasarder à aucune tentative sérieuse. Il avait du reste éprouvé des pertes asses 
importantes, alors que de notre côté il n*y avait que quelques contusions sans 
gravité. 

Le 23 au matin , dans une reconnaissance poussée en avant du cantonne- 
ment, le sous-lieutenant Labessi, avec vingtrcinq Tirailleurs et les marins de 
la Dragonne, enleva une pagode retranchée située vers le milieu de la ligne 
attaquée la veille, et s*empara d^un pierrier en tuant de sa main les deux por- 
teurs. N'ayant ensuite ni les moyens do démolir cette construction ni ceux 
de Toccuper solidement, il Tabandonna. Les robolics revinrent en toute hâte 
pour s'y réinstaller; mais, le lendemain, une autre reconnaissance conduite 
par le lieutenant de vaisseau Daisy, et dans laquelle se trouvaient vingt-cinq 
Tirailleurs avec M. Guèzc, les en chassa de nouveau en leur prenant encore 
deux picrriors. 

Dans cette même journée du 23 février, le détachement du lieutenant Au- 
brcspy et celui parti de Gho-Gaé arrivèrent à Vinh-Loî et se joignirent à la co- 
lonne du commandant Vergne, qui se trouva ainsi renforcée d'environ cent 
vingt hommes. 

Le 25, le capitaine Galland, chargé de faire une démonstration dans la di- 
rection de Gô-Kong, partit dès le matin avec la section du sous-lieutenant 
Labessi, le détachement du lieutenant Âubrespy et les marins de M. Barrué 
et de V Avalanche, en tout cent quarante hommes. Après avoir dépassé les re- 
tranchements enlevés le 22, il se dirigea diagonalement à travers la plaine 
et arriva au village de Uinh-Long, dont les habitants fuyaient déjà dans toutes 
les directions. Partout d'ailleurs on ne voyait que de longues files d'Anna- 
mites cherchant à gagner la campagne et à s'éloigner de G6-Kong. Supposant 
que tous ces mouvements devaient avoir pour cause quelque événement ex- 
traordinaire , le capitaine Galland rentra immédiatement au campement de 
Rac-Gia, et en repartit à quatre heures du soir avec une autre colonne se 
composant à peu près des mômes troupes que celles du matin, mais compre- 
nant en outre dix sapeurs du génie et dix artilleurs avec une pièce de quatre 
rayée. Le détachement de M. Aubrespy, qui devait s'embarquer le môme soir 
pour Vinh-LoI, avait été remplacé par la section de M. Guèze, de sorte que le^ 
cinquante Tirailleurs de la 2^ compagnie se trouvaient maintenant réunis. 

Le capitaine Galland revint s'établir à Dinh-Long. En y arrivant, il apprit 
la prise de Gô-Kong. Les bandes qu'il avait vues le matin n'étaient autres que 
celles du Quann-Dhin , qui, pressées par les deux autres colonnes, se dispersaient 
précipitamment, abandonnant sans retour les fortifications qu'elles avaient si 
patiemment élevées. Gô-Kong était maintenant au pouvoir de l'amiral Bo- 
nard. Le rôle des troupes du commandant Vergne se trouvait terminé. Le 26| 
le capitaine Galland rentrait dans les lignes de Rac-Gia et, le soir du même 
jour, s'embarquait avec les hommes de sa compagnie pour revenir à Mytho. 

Le lieutenant Aubrespy, qui, dans la journée du 25, était reparti pour 



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2h% lE 3<* nÉGIUENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1863] 

Vinh-Loi avec los trente-quatre Tirailleurs do la 5^ compagnie, resta dans ce 
poste jusqu'au 28, donnant chaque jour la chasse aux débris des bandes échap- 
pées de Gô-Kong; puis il se dirigea sur Cho-Gaô, qu'il quitta le l''' mars 
pour aller détruire les fortifications de Long -Tri. Cette opération terminée, il 
reprit le chemin de Kien-An-Phu , où il arriva le 5 au soir. 

A la suite de ces opérations, les Tirailleurs des 2^ et 5* compagnies furent 
cités avec les plus grands éloges par l'amiral Bonard pour les affaires de 
Ni-Bing (6 et 8 février) et de Rac-Gia (22, 23 et 24 février). Quelque temps 
après , les promotions suivantes faites dans l'ordre de la Légion d'honneur 
vinrent récompenser ceux qui s'étaient le plus distingués. ^ 

Étaient nommés chevaliers : 

MM. Ccccaldi, lieutenant. 

Accarias, médocin-aide-iiiajor. 

Mohamed-ben-Assen-Labessi , sous-lieutenant. 
Ali-ben-Rebah , sergent. 

Le souS'lieutenant Guèze, du !•' régiment, qui pendant toute cette dernière 
période avait fait le service à la 2* compagnie, était nommé lieutenant. 

En détruisant ou en dispersant les forces considérables que le parti de la 
résistance était parvenu à réunir entre les mains du Quann-dhin , l'expédition 
qui venait de se terminer avait non seulement déjoué toutes les machinations 
ourdies par l'astucieuse cour de Hué, mais encore persuadé aux populations 
des provinces soumises à notre domination que tout nouvel effort de ce genre 
serait une folie. C'était son dernier soupir que l'insurrection nationale (si 
toutefois elle peut mériter ce nom) avait rendu à Gô-Kong. Maintenant les 
dissidents n'allaient plus se composer que de simples pillards, la plupart 
venant des provinces non occupas, et formant des bandes indépendantes 
encouragées, il est vrai, par les mandarins à la dévotion de Tu -Duc, mais 
opérant sans accord, sans autre but que leur intérêt particulier, sans autre 
stimulant que l'appât du butin. Pour en avoir raison, un simple service de 
gendarmerie allait ôtre suffisant. Aussi, pendant l'année qui devait encore 
s'écouler avant leur rapatriement , les Tirailleurs n'allaient-ils plus avoir qu'à 
fournir de petites garnisons aux nombreux petits postes existant déjà ou en 
voie de création pour le maintien de la tranquillité. C'est dans cette mission , 
peu en rapport avec leur tempérament, que nous allons les suivre jusqu'à 
leur retour en Algérie. 

Le 15 mars, le détachement de la 5* compagnie occupant Kien-An-Phu 
rentra à Mytho. Le 20, le lieutenant Ceccaldi, avec cinquante hommes de 
la 2«, lut envoyé à Cho-Gaô, où il resta jusqu'au 29 avril, sans qu'aucun in- 
cident vint y signaler son séjour. Il y fut remplacé, le 29 du même mois, par 
le lieutenant Aubrespy avec trente- cinq hommes de la 5®, pendant que le 
Bous-lieutenant Oriot, avec le restant de cette dernière, retournait à Kien- 
An-Phu. 
Du 6 au 10 mai , le lieutenant Guèze, avec vingt-cinq hommes de la 2* corn- 



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[1863] EN C0CHINCH1NB 247 

pagnie, fut détaché sur le Rac-Baby, et rentra sans avoir de fait importaot 
à enregistrer. 

Le S juin, le lieutenant Aubrespy revint à Mytho et, le lendemain, fut 
remplacé & Cho-Gaô par le lieutenant Ccccaldi avec la 2» section de la 2^ com- 
pagnie. Le 7, le capitaine Galland, avec la l'^' section de cette dernière, alla 
relever à Kicn-An-Phu le détachomont du sous-lioutonant Oriot, qui rentra 
le soir môme à Mytho. 

Le 6 août, les deux sections de la 5<> compagnie allèrent relever celles de la 
2^^, de sorte que les postes de Cho-6aô et de Kien-An-Phu se trouvèrent de 
nouveau commandés, le premier par le lieutenant Aubrespy, le second par 
le sous- lieutenant Oriot. Le 8, celui de Cho-Gaô envoya un détachement de 
quinze hommes au village de Chao-N*ghan, situé à trois kilomètres & Test. 
Le 21 , la section de M. Oriot occupant Kion-An-Phu étant venue se joindre à 
celle de M. Aubrespy, toute la 5® compagnie se trouva alors réunie à Cho-Gaô, 
à l'exception des quinze hommes dont il est question ci-dessus et de dix autres 
qui, le 22, furent envoyés au village de Binh-Dang. Ces dispositions restèrent 
les mômes jusqu'au 9 octobre, jour où cette compagnie rentra à Mytho pour 
y rejoindre la 2<^, qui depuis te commencement d*août n*avait pas bougé. 

Le 6 novembre, le lieutenant Ceccaldi alla réoccuper Kien-An-Phu avec 
trente-cinq hommes de la 2<) compagnie. Il resta dix-sept hommes de cette 
dernière qui , le 29, partirent avec la 5® compagnie tout entière (cinquante-six 
hommes) pour retourner à Gho-Gaô. Le capitaine Galland demeura à Mytho 
pour y remplir les fonctions de commandant de la citadelle et de chef de tout 
le détachement de Tirailleurs de la province, qui se composait, outre les deux 
compagnies du 3® régiment, d'une autre du 2*. 

Ce détachement, comme du reste toutes les autres troupes de la colonie, 
avait été cruellement éprouvé par les maladies. De cet eflcctif de cent qua-* 
rante hommes qu'elles avaient au départ d'Algérie, les compagnies étaient, 
comme on vient de le voir, descendues à celui de cinquante; encore fallait-il 
comprendre dans ce chiffre beaucoup d'hommes fatigués, et par suite inca- 
pables de supporter les épreuves d'une opération de longue durée. Il n'y avait 
plus, en réalité, & entreprendre des expéditions du genre de celles qui avaient 
eu lieu pendant Thiver 1862-1863; mais il fallait cependant encore, indépen- 
damment des Fréquents changements do garnison, faire quelques excursions 
dans les environs des postes, afin de rassurer les populations paisibles tou- 
jours en butte aux attaques des nombreux pirates qu'avait fait naître l'état 
d'anarchie où se trouvait encore le pays. Des arrestations importantes de man- 
darins ou de chefs^e bandes étaient souvent le résultat de ces marches, qui 
avaient généralement lieu sur des renseignements fournis par les autorités 
indigènes locales. Ces petites colonnes volantes, en débarrassant les campagnes 
des agitateurs qui cherchaient encore à y semer les excitations de la cour de 
Hué, contribuèrent pour une large part à la pacification progressive de la pro- 
vince de Mytho et au rétablissement de Tordre et de la prospérité. 

Au commencement de l'année 1864, la situation étant aussi satisfaisante 
que possible , la tAche des Tirailleurs algériens Fut considérée comme achevée. 
On les fit relever dans les postes qu'ils occupaient, et on les dirigea sur Saigon 



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2^8 LE 3* RÉOIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN COCHINCIIINE [1863] 

pour y procéder aux préparalib de leur rapatriement. Les 2* et 5* compagnies, 
rentrées & Mytho les 19 et 21 janvier, et embarquées à cette dernière date, 
s*y trouvèrent réunies le 23. Les autres suivirent de près, et, le 26, le ba- 
taillon se retrouva, pour la première fois depuis le commencement de la 
campagne, tout entier sous les ordres directs de son chef. Malheureusement 
on y constatait de tels vides, que les compagnies n'étaient plus guère que des 
sections. Elles allaient cependant être réduites à une expression plus simple 
encore par le passage de cent deux volontaires, dont trente-quatre apparte- 
naient au 3* régiment, à l'escadron de spahis de Cochinchine. Les hommes 
désignés pour cette aflectation allaient encore rester deux années dans la co- 
lonie, pendant que les autres n'attendaient plus qu'un transport pour les 
ramener en Algérie. 

Cette attente dura trois mois; enfin, le 1* mai, le Japon prit un peu plus 
de deux cents hommes à son bord, et, indépendamment des volontaires ci- 
dessus, tout ce qui restait de Tirailleurs en Cochinchine s'éloigna de cette 
terre inhospitalière pour revenir sous le ciel plus clément de l'Algérie. 

Le 5 mai, le Japwi arriva à Singapour, d'où il repartit le 7 pour atteindre 
Ceyian le 15, et y faire escale jusqu'au 17. De Ceylan, il gagna Aden le 29, 
y resta jusqu'au 31 , et aborda le 8 juin à Suez. Là mourut, d'une maladie 
contractée au sein du climat pestilentiel qu'on venait d'abandonner, H. le 
lieutenant Cohat, remplissant les fonctions d'oflScier payeur. 

Le 11 juin, le bataillon quitta Suez en chemin de for et arriva le lendemain 
à Alexandrie, où il dut attendre jusqu'au 4 juillet pour s'embarquer sur VEl- 
dorado, qui le débarqua le 12 à Toulon. Le 19, il passa à bord du Labrador, 
qui le transporta à Alger, où il arriva le 21. Enfin le détachement du S^" ré- 
giment prit encore passage sur le courrier de la côte et revit Philippeville le 
4 août. Immédiatement dirigé sur Constantine, il y arriva le 8, et y fut reçu 
avec tous les honneurs dus à une troupe qui avait une fois de plus fait appré- 
cier les rares qualités qui distinguaient le corps auquel elle appartenait. 



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EXPÉDITION DU MEXIQUE 

(1862-1867) 



CHAPITRE IX 



Guerre du Mexique. — Formation d*un bataillon de Tirailleurs destiné à prendre part 
à l'expédition. — Départ d*Alger. — Traversée. — Débarquement à Vera-Cruz. — Le 
bataillon est employé à Tescorte de convois. — Ck>mbat du 28 janvier 1863. — Cîoncen- 
tration à Orizaba. — Marche sur Paebla. — Investissement de la place. — Difficultés 
des premières attaques. — Tentative de ravitaillement de la part de Tennemi. — 
Combat de San-Lorenzo. — Reddition de Paebla. — Marche sur Mexico. — Entrée des 
troupes françaises dans la capitale du Mexique. 



Lorsque, par dépêche du 4 juillet 1862, le ministre de la guerre avait 
prescrit la formation d'un bataillon de Tirailleurs algériens pour renvoyer au 
Mexique, il y avait déjà près de six mois que Timmixtion du gouvernement 
français dans les affaires intérieures do ce pays y avait amené la présence do 
noire drapeau. D'abord sous les ordres du contre-amiral Jurion do la Gravièro 
et ne comprenant que trois mille hommes, le corps expéditionnaire en avait 
eu bientôt six mille avec le général de Lorencez, et c'était pour le porter à 
trente mille avec le général Forey, qu*on envoyait ces nouveaux renforts. 

Jusque-là Texpédition ne s*était pas présentée sous des auspices bien en- 
courageants; abandonnée par TEspagne et l'Angleterre, ses alliées de la pre- 
mière heure, la France 8*était soudain vue seule à poursuivre celte entreprise, 
et, de Faction politique qu'elle se proposait, elle avait bientôt dû en venir à 
une intervention essentiellement militaire. On s'était bien vite aperçu que 
Fenthousiasme des Mexicains, cet enthousiasme sur lequel on comptait pour 
seconder notre influence et accomplir certaines réformes , avait été considéra- 
blement exagéré , et que le parti national , au lieu de nous être favorable, était 



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250 LE 3* RÉaillENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1862] 

au contraire ouvertement hoslile à des changements qu*il se figurait comme 
devant porter atteinte à sa liberté. Une marche de la Soledad sur Orizaba, puis 
d*Orizaba sur Puebla, 8*é(ait terminée, le 5 mai 1862, par un sanglant échec 
devant cette dernière ville, et par une retraite qui n'avait, il est vrai, pas été 
inquiétée, mais qui avait ensuite permis à Tennemi de venir jusque sous les 
murs d'Orizaba, et de menacer nos communications avec Vera-Cruz. 

C'était cet insuccès et la situation critique qui en était résultée , qui avaient 
décidé l'envoi de nouvelles troupes et le remplacement du général de Lorcncez 
par le général Porey. 

Présentant un effectif de trente- quatre oflSciers et de sept cents hommes 
de troupe, le bataillon de Tirailleurs algériens dont la formation avait été 
prescrite par le ministre fut organisée à Alger dans le courant du mois d'août. 
C'est là que vinrent se réunir les contingents des trois provinces. Le détache- 
ment fourni par le 3* régiment, détachement que nous avons vu s*embarquer 
à Philippeville le 18 juillet 1862, y était arrivé le lendemain 19. 

Voici quelle était sa composition en officiers : 

1MM. Cottret, chef de bataillon. 
Alzon, capitaine-adjudant-major. 
Bock, médccin-aide-major. 

/MM. Estelle, capitaine. 

lr« coMPAGmi 1 ^™y» lieutenant français. 

(Irt du 1er bataillon) \ Mohamed-bel-Gasm , lieutenant indigène. 

f De Saint-Julien , sous-lieutenant français. 

\ Yahia-ben-Simo, sous-lieutenant indigène. 

/MM. DeVauguion, capitaine. 
2« COMPAGNIB \ ^® Grontec, lieutenant français. 
(3* du l»' bataillon) ] Assen-ben-Krélill , lieutenant indigène. 
I Cailliot, sous-lieutenant français. 
\ Béchir-ben-Hohamed , sous-lieutenant indigène. 

A la suite du tiercement d'organisation , la compagnie du capitaine Estelle 
devint la l^* du bataillon de marche, et celle du capitaine de Vauguion la 5«. 
Le contingent du l*'' régiment forma les 3« et 6* compagnies , celui du 2<» les 
2« et 4«. 

L'embarquement eut lieu le 9 septembre sur le Ponlenoy, qui leva l'ancre le 
lendemain pour faire route vers Vera-Cruz. Le 12, à huit heures du soir, 
on passa le détroit de Gibraltar; le 16, on arriva dans la rade de Finchal (fie 
Madère), où l'on fit relAche jusqu'au 18. Le 6 octobre au point du jour, on 
aperçut la Martinique et Sainte-Lucie; vers midi, on mouilla en rade de Fort- 
de-France. Le 9, les 1>^, 2«, 3* et 6« compagnies furent débarquées et logées 
au fort Saint- Louis. Ces compagnies revinrent à bord le 12 au matin, et, le 
13, le FonUnoy reprit la mer de concert avec VUlm et YAriège, emportant 



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[1862] AU MEXIQUE 251 

également des troupes. Le 20, on entra dans le golfe du Mexique, où, le 27, 
on fut assailli par une violente tempête qui dura toute la journée et entraîna 
un retard assez considérable; enfin, le 29, on arriva à'Vera-Gruz. Le débar- 
quement s'effectua le 30 dans la matinée, et le bataillon de Tirailleurs alla 
camper à Test de la ville. 

Dès le lendemain eut lieu la mise en route de cinq compagnies ( la 3^ restait 
àVera-Cruzpour y terminer le débarquement du magasin); elles se dirigèrent 
sur laTéjéria, localité peu importante située sur la route de la Soledad. Le 4, 
la i^^ compagnie (capitaine Estelle) fut désignée pour escorter jusqu'à celte 
dernière ville un convoi de vivres à destination d'Orizaba. Le soir, elle bi- 
vouaqua à la Pulga, et le lendemain arriva à la Soledad, où elle attendit 
le bataillon qui, parti un jour après, ne s'y trouva que le 6, après avoir été 
rallié à Santa-Anna par la 3<> compagnie restée & Vera-Cruz. La Soledad était 
un grand village abandonné de ses habitants, et ne présentant d'autres res- 
sources que celles qu'y avait réunies l'administration; 

Le 7, les 1'* et 2® compagnies partirent encore pour escorter un nouveau 
convoi. Elles s'arrêtèrent le même jour & Palo-Verde, village que la 2« avait 
mission d'occuper. Le lendemain, la i^^ continua seule la route, passa à 
Camarone et arriva le soir à Paso -del- Macho, où elle releva une compagnie 
du l^' zouaves. Ces deux postes, Palo-Verde et Paso-deUMacho, situés sur 
la route d'Orizaba, avaient surtout pour but la protection des petits détache- 
ments et des convois se rendant de la Vera-Cruz à cette dernière ville, et 
vice versa. Aussi , pendant près de trois mois, le service du bataillon allait-il 
se borner à des escortes continuelles, la plupart sans incident, quelques- unes 
marquées par de petits combats avec les guérilleros. Le 16., la 4* compagnie 
quitta la Soledad, et alla avec sa 1*^ section renforcer le poste de Palo-Verde, 
et avec sa 2*^ coluî do Paso -dcl- Macho. 

Dans le commencement d'octobre eut lieu une petite opération. Des gué- 
rilleros ayant enlevé , à peu de distance de la Soledad , quelques mulets chargés 
à l'un des nombreux convois qui passaient sur ce point, le commandant 
Cottret se rendit seul sur les lieux, afîn de s'assurer par lui-même de l'im- 
portance des faits. Reçu par des coups de fusil, il dut se retirer; mais le 6, 
à onze heures du matin, prenant avec lui la 3® compagnie, une section de 
la 5^ et quelques cavaliers, il se dirigea sur le rancho * del Surdo, sur la rive 
droite du Rio-Jamapa, qu'il savait être le repaire d'une audacieuse guérilla. 
Il y surprit, en efTet, un assez grand nombre de ces voleurs; quatre furent 
tués, le restant se sauva à la nage, nous abandonnant des chevaux, des 
mulets et un butin considérable, fruit de plusieurs mois de rapines. 

Le 18 décembre, les l''^', 2" et 4<) compagnies, c'est-à-dire la garnison de 
Paso -del -Macho et celle de Palo-Verde, qui l'avait rejointe la veille, quittè- 
rent Paso-del-Macho , où elles furent remplacées par une section de la 6* com- 
pagnie, et arrivèrent le même soir à Chiquihuite, où elles prirent position. 
Le 23, l'état- major et les 'S^ , 5<) et &^ compagnies, abandonnèrent également 
la Soledad, escorlant un convoi de trente- sept voitures chargées de poudre. 

' Village. 



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252 LE 3* nÊGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1863] 

Arrivé è Poso-del -Macho, lo commandant Cotlrol y laissa les S« cl G* com- 
pagnies et continua avec la 3« et le convoi jusqu'à Chiquihuite , où il arriva le 
25. Là il fit occuper, par les quatre compagnies réunies sous sa main, le 
long et difficile défilé qui sépare l'immense plaine connue sous le nom de 
Tierras ealientes (terres chaudes) du vaste plateau des Tierra$ templadas (terres 
tempérées). Placé à moitié distance entre la Soledad et Cordova, le bataillon 
allait encore, pendant plus de deux mois, assurer les communications entre 
ces deux villes, et fournir tous les détachements nécessaires pour l'escorlodes 
incessants convois allant et venant sur la route d*Orizaba. Ce service donna 
lieu à un fait d'armes particulièrement honorable pour le 3* Tirailleurs. 

Lo 28 jonvier 1863, le lieutenant Mohamed- Bouncp, qui avait remplacé 
à la 5« compagnie H. Assen-ben-Krélill rentré en Algérie, ayant été avec 
sa section et un détachement de vingt- huit chasseurs d'Afrique chargé d'es- 
corter un convoi parti du la Soledad, se vit soudainement attaqué à G kilo- 
mètres environ en avant do Palu-Verde. Son avant-garde, coiupusée du 
peloton de chasseurs d'Afrique , d'abord brusquement arrêtée par le feu do 
trois à quatre cents fantassins embusqués dans les broussailles épaisses qui 
bordaient la route en cet endroit, fut presque immédiatement chargée par 
une troupe de cent cinquante cavaliers ennemis. Malgré leur petit nombre, 
les chasseurs n'hésitèrent pas à aborder hardiment ces nouveaux venus , qui 
furent aussitôt dispersés. Mais ceux-ci se reformèrent, revinrent avec l'infan- 
terioetclierclièrent à entourer le convoi pour y juter lu désordre et y pénétrer. 
Disposant sa troupe avec beaucoup d*à - propos et la dirigeant avec beaucoup 
de sang-froid, le lieutenant Bounep parvint ù déjouer toutes les tentatives dus 
Mexicains, et força enfin ceux-ci à s'élpigner, après leur avoir infligé des 
pertes considérables. L'ennemi se porta-alors à deux kilomètres en avant, sur 
des hauteurs dominant la route, et, lorsque la colonne arriva à portée de son 
feu, il recommença ses attaques. Les munitions commençaient à manquer; 
les attelages du convoi, qui venaient d'être surmenés, avaient besoin de 
repos; la situation devenait difficile. Nu voulant pos Tuggravur duvunlugu, le 
lieutenant Bounep résolut de s'arrêter sur une bonne position, ut d'unvoyur 
chercher à la Soledad les renforts et les munitions dont il avait besoin. Pre- 
nant cette détermination pour l'aveu d'une défaite, l'ennemi essaya encore 
d*une audacieuse agression ; mais , reçu cette fois par une vive fusillade exé- 
cutée à bout portant, il prit la fuite et disparut pour ne plus revenir. Les 
secours demandés, consistant dans cinquante cavaliers auxiliaires, arrivèrent 
le soir même. La marche fut aussitôt reprise, et se continua jusqu'à Palo- 
Verde sans être de nouveau inquiétée. 

Cet engagement nous avait coûté deux hommes tués et trois autres blessés. 

La portion principale du bataillon resta à Chiquihuite jusqu'au 19 février. 
A cette date, les cinq premières compagnies se mirent en route pour Orizaba, 
pendant que la 6* restait détachée au poste de Paso -del- Macho. Le premier 
jour on atteignit Cordova, après avoir traversé Potrero et Aïo-Seco, deux 
hameaux perdus au milieu des bois. 

On se trouvait maintenant au milieu des terres tempérées , dans un pays 
d'un aspect superbe, calme et réjouissant tout à la fois. Toute cette xone est, 



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[1863] AU MEXIQUE 253 

en eflct, ravoriséc par la nature et dotée des fruits les plus renommés des 
tropiques. Aussi loin que Toeil peut s'étendre, on n*aperçoit que des pitons 
couverts de forêts magnifiques que séparent d'étroites rallées sillonnées de 
ruisseaux limpides descendant des rochers et disparaissant parfois sous des 
voûtes épaisses formées de lianes enlacées. Une humidité continuelle et des 
pluies très fréquentes, même dans la saison dite sèche, sont les seuls incon- 
vénients qu*on puisse reprocher à cette région privilégiée. 

Le 20, on s'engagea d'abord dans le Fortin, vallée très encaissée, arrosée 
par une rivière abondante; puis on traversa Cantlapa, joli hameau au milieu 
des cannes & sucre et des bananiers, au pied de la côte de Cocolate. La montée 
de cette dernière, très raide et longue d*au moins deux kilomètres, conduisit 
le bataillon sur le grand plateau où se trouve Orizaba, ville assez vaste et 
bien bfltie, mais sale et mal pavée. On y séjourna jusqu'au 23. Là on apprit, 
avec une bien légitime satisfaction , que les Tirailleurs algériens allaient être 
appelés à participer aux opérations qui se préparaient contre la ville de Puebla. 
D'après la nouvelle organisation des troupes, le bataillon faisait partie de la 
2« brigade (général de Castagny) de la l*"* division (général Baiaine). 

Depuis sa prise de commandement, le général Forey s'était activement oc- 
cupé d'établir soigneusement les communications entre Orizaba et Vera-Cruz, 
afin d'assurer le ravitaillement des troupes qui allaient s'avancer dans l'inté- 
rieur; il avait ensuite fait altorder, par trois roules différentes, le haut pla- 
teau d'Anahuac. A la date du 16 février, le général Bazaine avait son quartier 
général dans la petite ville de Nopalucan, et la 2« division (générai Douay) 
se trouvait réunie & Acatzingo et à Los-Reyes. 

Le 23 février, le général en chef quittait Orizaba pour aller prendre lui- 
même la direction des opérations; il emmenait comme escorte le bataillon 
de Tirailleurs algériens. La petite colonne traversa d'abord le village d'Ingénio, 
puis le hameau ruiné de Tecamalucan, et, après une étape de trente kilo- 
mètres, arriva à Acultzingo, petit village indien situé entre les deux sources 
du Rio-Blanco. Non loin de là se trouvaient les Gumbres, sorle de soubas- 
sement naturel formant deux étages au-dessous du plateau d*Anahuac et 
portant l'altitude de ce dernier à environ mille mètres au-dessus de la plaine 
d'Acultzingo. Ce double seuil est constitué par deux épaisses murailles, presque 
verticales, séparées par une étroite vallée courant du nord au sud et que suit 
la roule de Tcluiacan. 

Le 24, on gravit la première montée par une route faisant de nombreux 
lacets et passant près des ruines du fort Presidio, site magnifique d'où l'œil 
pouvait embrasser un merveilleux panorama. Après neuf kilomètres de cette 
marche fatigante, mais égayée par la beauté du paysage, on arriva à Puente- 
Colorado , hameau presque désert , bâti au pied de la deuxième muraille et 
dans la petite vallée dont nous avons parlé. I^ lendemain, on franchit les 
deuxièmes Cumbres, et, oprès un trajet de dix kilomètres, on déboucha tout 
à coup dans une vaste région tout à fait difierente de celles déjà parcourues : 
c'était le plateau d'Anahuoc, qui s'étend jusqu*au delà de Mexico. Comme 
nature du sol , on se serait cru dans le pays des hauts plateaux d'Algérie; mais 
le climat et les produits en étaient diiïcrents. Çà et là on apercevait quelques 



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S54 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1863] 

champs de maïs, perdus au milieu d'immenses espaces couverts de magiicy 
(sorte d'aloës). La saison des pluies passée, rien n'est moins riant que l'aspect 
général de cette contrée; il ne reste plus alors que de rares flaques d'eau ou 
quelques puits à moitié tarb ; toute verdure a disparu , et l'on ne découvre 
tout autour de soi que les tiges brûlées des mais ou les feuilles glauques du 
magney. Cette plante est une richesse pour le pays ; elle sert à tous les usages : 
on tire de son suc une liqueur assez agréable appelée pulque, qui sur la plu- 
part des tables mexicaines remplace le vin ; on fuit des cordes et des tissus 
avec ses fibres, du feu avec ses tiges et dos tuiles avec ses feuilles. Le magney 
constitue en outre de très bonnes clôtures, et pousse sans qu'on s'en occupe. 

On passa la nuit du 25 au 26 à la Canada, village à peu jprès abandonné, 
situé près d'un filet d'eau. Le 26, le bataillon quitta la route directe d'Orizaba 
à Puebla pour se diriger au nord, sur San-Andrès ou Cholchicomula , afin 
de rejoindre la division Bazaine à Nopalucan. Pendant cette journée, une cha- 
leur suffoquante et des flots d'une poussière nuageuse, dont l'atmosphère se 
trouvait imprégnée, rendirent la marche extrêmement pénible. Le lendemain, 
on campa à l'hadenda ou métairie de San- Francisco -Alquivez. Toute la 
plaine, couverte de maïs, à peine bordée à l'ouest par quelques collines aux 
flancs déchirés, était parsemée de ces haciendas. C'étaient de vastes fermes 
fortifiées, parfois très coquettes, entourées de huttes d*lndiens, et rappelant 
d'une manière frappante les cliAleauz de notre époque féodale, avec leurs 
serfs, leurs immenses terres, leurs troupeaux, leurs tours crénelcus, leurs 
hommes d'armes et leurs larges fossés. 

Le 1^ mars, on arriva à Nopalucan , où se trouvait déjà la 3^* compagnie 
partie un jour plus tôt d'Orizaba. La i^ division était tout entière cantonnée 
dans les haciendas des environs; les Tirailleurs furent logés dans celle de 
San ta -Rose, qu'ils quittèrent deux jours après, pour aller relever les zouaves 
à San -Antonio-Tamaris. 

Le 9, le général de Castagny , commandant la 2* brigade de la l''*^ division , 
ayant établi son quartier général & la Floresta , appela à lui le bataillon de 
Tirailleurs, qui faisait, comme on le sait, partie de sa brigade. 

L'arrivée du général Forey avait été le signal du commencement des opéra- 
tions, lesquelles devaient aboutira un seul but : l'investissement de Puebla, 
où le général Ortega s'était enfermé avec une armée d'environ quinze mille 
hommes. Le 13 mars, le général de Castagny quittait la Floresta avec le 
bataillon de Tirailleurs, celui du 20"* chasseurs, une compagnie du génie et 
une batterie de campagne, et, après avoir rallié deux bataillons du zouaves 
et d'autres détachements de l'artillerie et du génie, allait établir son bivouac 
à Acajete, à quinze kilomètres au sud-ouest. Le 16, toutes les troupes con- 
centrées sur ce point se mirent en mouvement de grand matin ; le bataillon 
de Tirailleurs se porta sur la crête du Cerro-Amalucan, mamelon assez élevé 
dominant Puebla et ses environs, et d'où l'on pouvait voir la ville, avec 
ses clocliers, ses coupoles, ses forts, ses innombrables défenses jusqu'aux 
moindres détails. 

Le 17, toutes les troupes de la brigade Nègre (l^^ de la l'« division), le 
parc, l'ambulance, le convoi, les services auxiliaires de la division Bazaine, 



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[1863] AU MEXIQUE 255 

se mirent en roule pour tourner Puobla par le sud et venir s'établir à Tha- 
cienda de San-Bartholo. La brigade de Castagny garda sa position du Gerro- 
Amalucan. Le 23, le général, qui s*était installé à la ferme d'Alamos, laissa 
le commandement d'Amalucan au colonel du 95^^ de ligne, et se porta & Mayo- 
rosco avec le bataillon de Tirailleurs algériens , une section de montagne et 
les Tuséens. 

L*attaque ayant été décidée du côté de Touest, la tranchée fut ouverte, dans 
la nuit du 23 au 24 mars, devant le fort San -Xavier ou Pénitencier. Ce fort 
fut enlevé le 29 par les troupes de la brigade L'Hériller. Mais ce succès n'a- 
vança pas beaucoup les opérations; les Mexicains se fortiGèrent dans les 
maisons voisines, et, grAce au tracé régulier des rues, formèrent, avec les 
artères perpendiculaires , des cadres de maisons dont chacun devint une véri- 
table forteresse : derrière les murs s'élevaient d'épais retranchements en 
terre, puis, au delà de ceux-ci, des grilles de fer, des fossés, de nouvelles 
tranchées, des créneaux, des blindages, en un mot tout ce que la défense la 
plus désespérée peut imaginer. Si à cela on ajoute la faiblesse de notre artil- 
lerie, l'insuffisance de notre approvisionnement en munitions,le8 exigences du 
blocus de la place, on comprendra toutes les difficultés que présenta ce siège, 
et l'on s'expliquera facilement les quelques échecs qui vinrent tromper nos 
eflbrts, notamment dans les journées des 4 , 6 et 25 avril. 

Depuis le 23 , le bataillon de Tirailleurs prenait part au service de tranchée. 
Le 26, il quitta la position de Mayorosco pour aller, à Puente-de-Los-Animas, 
relever un bataillon d'infanterie de marine. Il y resta jusqu'au 14 avril, et 
revint s'établir en avant de Mayorosco. De ce côté, une nouvelle tranchée 
avait été ouverte et se poursuivait avec la plus grande activité. Le général 
Bazaine avait fait exécuter devant le fort de Carmen un solide ouvrage de 
campagne, appuyé par une batterie qui enfilait une des principales rues de 
Pucbla. 

Le 19 avril , aux attaques de gauche, le colonel Mangin , du 3^^ zouaves, Gt 
enlever les cadres n<>* 29 et 31. Le soir, le bataillon do Tirailleurs algériens 
se porta en toute hâte au Pénitencier pour servir de renfort, s'il en était 
besoin. A dix heures, le général Douay le renvoya dans ses bivouacs. Le len- 
demain , il prit de service le tranchée pour trois jours. 

Cependant un assaut dirigé le 25 avril contre le couvent de Santa-Inès 
ayant échoué , il fallut suspendre ce système d'attaque de vive force et attendre 
que l'arrivée de l'artillerie et des munitions qu'on attendait de Vera-Cruz nous 
permît d'agir avec des moyens répondant à ceux de la défense. Ce temps 
d'arrêt fut employé à compléter les travaux d'investissement et à enfermer 
la garnison de Pnebla dans un cercle qu'elle ne pût tenter de franchir. 

Ces dispositions ne pouvaient être prises avec plus d'opportunité. A peine 
étaient-elles achevées, qu'on apprenait en eflet que le général Comonfort, qui 
avait reçu du président Juarez le commandement de Tarmée de secours, se 
préparait à tenter un elTort sérieux pour faire parvenir des vivres aux assiégés. 
Le 5 mai, l'ennemi fut signalé dans la direction de San-Pablo-del -Monte. 
Un escadron de chasseurs d'Afrique envoyé sur ce point y rencontra un 
millier do cavaliers mexicains appu\és par de l'infanterie et de l'artillerie. Il 



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256 LE 3"* RÉOIlfENT DB TIRAILLEURB ALGÉRIENS [l863] 

s'en suivit un assez vir combat dans lci|uoi intorvinrciil (|Ucl(|uos compagnies 
du 99* , et qui se termina des deux ciblés par une retraite sur les positions 
précédemment occupées. Le 6 , Comonfort reprit l'oiïensivo et obtint d'abord 
quelque succès en chassant plusieurs postes d'auxiliaires mexicains du pas- 
sage de l'Atoyac et des hauteurs de la Cruz ; mais l'arrivée des colonnes fran- 
çaises vint bientôt l'obliger à rétrograder à son tour, et à renoncer à joindre 
son canon & celui de la place pour faire pénétrer son convoi. 

Ces insuccès ne découragèrent pas le général mexicain ; ne pouvant réussir 
à tromper la vigilance des postes français , il résolut de s'établir solidement 
sur les hauteurs de San-Lorenzo, situées à environ dix kilomètres au nord-ouest 
de Puebla , et de devenir ainsi une menace continuelle pour notre ligne d'in- 
vestissement. Toute la journée du 7 fut par l'ennemi employée à des tra- 
vaux do fortification et è l'organisation défensive du village et de ses abords. 

San -Lorcnzo était une localité de peu d'importance par elle- uiôme, mais 
se pr&tant admirablement, par sa situation au sommet d'un mamelon bordant 
la rive droite de l'Atoyac, à une longue résistance contre un ennemi de beau- 
coup supérieur. A l'ouest, le terrain était relativement facile et présentait des 
pentes douces et ondulées couvertes de magney, de cactus, de bouquets 
d'arbres , de cases indiennes , et se prolongeant au loin pour aller se fondre 
avec la plaine d'Ocotlan; à l'est, au contraire, il se terminait tout à coup par 
des flancs abrupts tombant sur l'Atoyac et rétrécissant cette rivière , qui n'était 
guéable qu'un peu en amont, près du moulin de Pensacola; au sud, un plan 
légèrement incliné et complètement découvert formait, pour ainsi dire, un 
immense glacis aboutissant , à environ deux kilomètres du village , à une petite 
barranca (ravin) , aux bords assez escarpés. 

Dès qu'il fut renseigné sur la nouvelle position occupée par l'armée juariste , 
le général Forey résolut de l'en déloger. En conséquence, une colonne, com- 
posée du l^''^ bataillon du 3*» zouaves, du 2<* bataillon du Ul» de ligue et de 
celui de Tirailleurs algériens, partit avec le général Bazaine du camp devant 
Puebla le 7 mai, à cinq heures du soir, pour se rendre à l'iiacimida do Santa- 
" Cruz en avant du pont do Mexico. Là elle fut ralliée par un bataillon du 
81* deux escadrons du 3* chasseurs d'Afrique et un du 12» chasseurs, la bat- 
terie d'artillerie de la garde impériale, une ambulance complète et environ 
deux cent cinquante cavaliers mexicains. 

Il était minuit lorsque ces divers éléments se trouvèrent réunis. On prit le 
café. A une heure du matin , la colonne se mit en marche ; elle suivit d'abord 
la route de Mexico jusqu'au village de Cuautlancingo , puis elle prit à droite, 
et se dirigea à travers champs pour éviter les postes ennemis. Le silence le 
plus absolu était recommandé. On s'avança ainsi, en prenant toutes sortes de 
précautions, jusqu'à une assez faible distance de San-Lorenzo. Tout à coup 
la pointe d'avant- garde fut arrêtée par le Qui vive? d'une sentinelle ennemie. 
L'obscurité était profonde; le général Uazaioe lit répondre par un cavalier 
mexicain , et l'on passa sans autre incident que ces deux cris qui se perdirent 
dans la nuit. Un approchait. Bientôt on rencontra la barranca; il fallut s'ur- 
réter, faire des rampes pour l'artillerie; de là une légère perte de temps. Cet 
obstacle franchi, il était un peu plus de quatre heures, et le jour commençait 



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[1863] AU MEXIQUE 257 

& dessiner une large bande rougefltre à Thorizon. Uu peu plus loin, un nou- 
veau poste fut mis en éveil. 11 n*y avait plus moyen de dissimuler l'opérationt 
Le général Bazaine ordonna qu'on enlevât le poste; en même temps il pressa 
la marche des troupes et prit rapidement ses dispositions pour attaquer San- 
Lorenzo, dont les hauteurs, voilées par une l^re brume matinale , apparais- 
saient maintenant à une portée de canon. 

La position avait été solidement Tortifiéc : une ligne continue d*épaulement8 
en Taisait une sorte de grande redoute ouverte à la gorge , dont l'église du 
village, crénelée et mise en état de défense, représentait le réduit. Huit pièces 
d'artillerie armaient la face sud et la gorge, constituée par la face ouest. Toutes 
les troupes du général Echegaray, c'est-à-dire sept à huit mille hommes, 
étaient là avec le convoi de ravitaillement. Comonfort, avec l'autre partie de 
ses forces, était resté sur la rive gauche de l'Atoyac. 

Ce fut Tartillerie ennemie qui la première ouvrit le feu. On était alors à un 
peu plus de 1,000 mètres. Notre infanterie fut aussitôt déployée par bataillon 
en colonne à distances entières, le bataillon du 3® zouaves à droite, celui du 
51* de ligne à gauche, les Tirailleurs algériens au centre. Le bataillon du 
81* de ligne avait été laissé à la garde des bagages et devait, comme réserve, 
appuyer l'attaque si le besoin s'en faisait sentir; celui du 3* zouaves fut dé- 
doublé et forma ainsi deux colonnes, au milieu desquelles vint se placer la 
batterie de Vaudrey , de la garde. Ces divers mouvements furent exécutés par 
nos troupes sans tirer un coup de fusil, et avec autant de rapidité que de pré- 
cision. Quand ils furent terminés, la ligne se trouva formée en échelons, par 
bataillons à cent pas, l'aile droite en avant, celle de gauche prolongée par la 
cavalerie, dont les escadrons avaient pour mission de rejeter sur l'Atoyac les 
fractions ennemies qui chercheraient à s'échapper de San-Lorenzo. 

Il était un peu plus de cinq heures quand fut donné le signal de l'assaut. 
La colonne entière, ayant à sa tête le général baron Nègre, se précipita sur 
les ouvrages ennemis : huit cents mètres l'en séparaient encore, huit cents 
mètres sur un terrain n'oflrant pas le moindre abri et battu de tous côtés par 
les feux de la défense. Bouillants d'impatience, heureux de pouvoir enfin res- 
pirer la fumée enivrante de la poudre , de se jeter dans le tourbillon eflréné 
d'une lutte où leur arme favorite, la baïonnette, allait avoir la plus brillante 
part, les Tirailleurs algériens s'étaient élancés avec une irrésistible ardeur. 
D'un bond héroïque ils se trouvèrent sur San-Lorenzo. Le capitaine Estelle 
était en tôte avec sa compagnie; sous le feu le plus violent, il escalada les 
épaulements, franchit la première enceinte, déborda une partie des pièces 
ennemies et pénétra dans le village, où tout le bataillon se trouva alors engagé 
dans de petits combats partiels, dans lesquels l'ennemi opposa une vigoureuse 
résistance. Mais, chassés de leurs fortifications, menacés sur leur droite par 
le bataillon du 51* et le mouvement tournant de la cavalerie, culbutés sur 
leur gauche par les zouaves , dont quelques compagnies se trouvaient main- 
tenant confondues avec celles de Tirailleurs algériens , les Mexicains commen- 
cèrent à se retirer afin de gagner avant l'assaillant la seule ligne de retraite 
qu'ils possédassent sur l'Atoyac. Déjà le convoi de ravitaillement avait repassé 
cette rivière, et rétrogradait précipitamment sur la route de TIaxala. Dans ce 

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258 LE 3"* RÊQIIfBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [iSdS] 

court mais brillant épisode, deux Tirailleurs du 3<^ régiment, les nommés 
llamod-ben-Myoub et Klienil-bon-Ali, 8*élaieiit oinpai^és do deux drapeaux 
înexicains en les arrachant des mains de leurs porteurs. 

Il ne restait plus que l'église , où s'était retranché un bataillon de zapadorès. 
Ici la défense fut opini&tre; accueillies par une fusillade des plus meurtrières, 
les premières compagnies qui abordèrent la position durent s'arrêter un instant 
pour se reformer; mais bientôt, une compagnie de touaves étant parvenue à 
se frayer un passage, Tennemi craignit d'être cerné et se relira. 

Cependant Gomonfort était accouru avec quelques renforts; d'autres descen- 
daient en toute héte de San-Francisco. Mais il arrivait trop tard pour rétablir 
le combat; il dut céder au courant des fuyards et se rabattre également sur 
l'Atoyac, poursuivi par la cavalerie française, qui avait chargé ràolument les 
groupes chassés de San-Lorenzo, pendant que notre infanterie gagnait, sans 
perdre de temps, le gué de Pensacola. Là eut lieu une confusion indescriptible : 
les débris de Tarmée mexicaine, qui n'avaient pu atteindre la rive opposée, 
se virent tout à coup coupés de leur ligne de retraite et obligés de mettra bas 
les armes; en même temps Tirailleurs, souaves et soldats de la ligne pas- 
saient la rivière, se jetaient sur le convoi de ravitaillement, et capturaient 
les voitures toutes attelées. Le désordre chez Tennemi était à son comble : 
plus de commandement, plus de direction, plus d'effort pour s^opposer & la 
marche des vainqueurs ; tout le inonde fuyait pêle-mêle et avec une telle 
rapidité, que la poursuite dut bientôt cesser devant Timpossibilité d'atteindre 
les vaincus. 

Il était alors six heures et demie. Le général Marquez, en position sur le 
Cerro de la Cruz , en était descendu avec deux bataillons et deux escadrons; 
il reçut la mission de pousser jusqu'à Santa-Inès-Zacatelco; les autres troupes 
furent ralliées. En une heure et demie, nous avions livré et gagné une véri- 
table bataille , détruit une armée; Gomonfort, qui, trois jours auparavant, 
caressait orgueilleusement le projet de forcer notre ligne d'investissement, 
d'approvisionner Puebla, de nous tenir ensuite en échec avec des forces que 
son succès aurait considérablement grossies , Gomonfort fuyait avec des bandes 
désorganisées, démoralisées, incapables de reprendre la campagne, désor- 
mais impuissantes à secourir Ortéga, dont la capitulation ne devenait plus 
qu'une affaire de temps. L'ennemi avait eu environ huit cents hommes tués 
ou blessés; il laissait entre nos mains douze cents prisonniers, tous ses canons, 
toutes ses munitions, quatre drapeaux, onzo fanions, cinq cents mulets et 
tout le convoi destiné au ravitaillement do la place assiégée. 

Est-il besoin de dire que, dans ce combat, comme dans tous ceux où ils 
avaient été appelés à marcher au premier rang, les Tirailleurs algériens s'é- 
taient montrés admirables d'audace et d'intrépidité ? Est-ce la peine d'ajouter 
qu'ils étaient en droit de revendiquer une large part dans ce magniGque succès ? 
Non; les Tirailleurs furent à San-Lorenzo ce qu'ils avaient été à Zaatcha, 
à Laghouat, à l'Aima, à Inkermann, à Malakoff, à Magenta, à Solférino : ils 
ne le cédèrent en rien aux plus braves, aux plus aventureux, et si nous insis- 
tons sur le rôle qu'ils jouèrent dans cette lutte de quelques heures, la plus 
imporiaiitc et la plus décisive de Toxpédition, c'est uniquement pour relever 



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[1863] AU MEXIQUE 259 

un Tait qu*il est de notre devoir de rétablir dans toute sa vérité. Nous voulons 
parler du nombre de drapeaux que le bataillon enleva à Tennemi. L*annuaire 
de la Légion d'honneur, dans le motif de la décoration du drapeau du 3* Tirail- 
leurs , et la plupart des récits ou historiques parlant du combat de San-Lorenso 
n*en signalent qu*un seul. C'est une erreur : il y en eut deux. Pour 8*en con- 
vaincre, il suffit de consulter deux documents dont Tautorité ne saurait être 
discutée : le rapport du général baron Nègre, qui commandait toute l'infan- 
terie dans ce combat, et Tordre de Tarmée n9 145, daté de devant I^uebla le 
17 mai 1863. Voici ce que dit & ce sujet le général baron Nègre en s'adres- 
sent au général Bazaine : « Quant aux Tirailleurs algériens , bataillon héroïque, 

< entrain admirable, chef de bataillon remarquable. J'appelle toute votre 
c attention sur le brave commandant Cottret. M. Alzon, capitaine adjudant- 

< major, déjà proposé pour chef do bataillon, s'est conduit comme un véri' 

< table solilat. Oette expression doit lui donner les plus grands titres... Deux 
« Tircdlkurs fnont apporté des drapeaux. Le commandant Cottret vous donnera 

< à cet égard tous les renseignements * , le temps me manquant pour com- 

< pléter un travail que mon cœur voudrait pouvoir écrire. » Dans l'ordre de 
Tarmée n^' 145, dont on trouvera plus loin un extrait, les deux Tirailleurs 
Hamed-ben-Myoub et Khenil-ben-Ali sont cités chacun pour la prise d'un 
drapeau. Devant ces deux témoignages, le doute ne peut plus exister. 

La remarque absolument incidente que nous venons de faire n'ayant d'autre 
but que de compléter un renseignement qui, bien qu'important, ne peut ni 
grandir ni diminuer la gloire acquise par le 3* régiment de Tirailleurs algé- 
riens, on aurait tort de la prendre pour autre chose que pour ce qu'elle est : 
c'est-à-dire pour une revendication légitime, à laquelle un corps ne saurait 
renoncer sans être indifférent à son propre passé, sans renier les vieilles tra- 
ditions sur lesquelles reposent sa fierté dans le présent, sa confiance dans 
l'avenir. 

Les Tirailleurs Ahmed -ben-Myoub et Khenil-ben-Ali, nous l'avons dit 
plus haut , appartenaient tous les deux au 3^ régiment. Aussi les deux actes 
de bravoure dont ils étaient les auteurs ayant valu, le 11 novembre 1863, la 
croix de la Légion d'honneur au fanion du bataillon provisoire des Tirailleurs 
algériens, cette décoration revint- elle de droit au corps qui comptait sur ses 
contrôles ces deux noms que nous relevons orgueilleusement, et qui resteront 
éternellement associés à celui de San-Lorenio, inscrit sur l'étendard en haut 
duquel se balance ce noble emblème de courage et de dévouement & la patrie. 

Dans la journée du 8 mai , les pertes totales du bataillon de Tirailleurs s'éle- 
vaient & deux officiers blessés : M. le commandant Cottret, du 3* régiment, 
et M. le sous- lieutenant Lopez, du 2*; à cinq hommes tués et treize autres 
blessés. 

Les troupes qui avaient combattu à San-Lorenzo passèrent sur les positions 
conquises la nuit du 8 au 9. Le 9, à neuf heures du matin, le général Ba- 
zaine reprit, avec le bataillon de Tirailleurs algériens , la route de Molino-del- 

* Le rapport du commandant Cottret n*a pu être retrouvé dans les archives du mi- 
nistère de la gaerre. 



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260 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS AL0ÉRIEN8 [1863] 

Mûdio, Bon quarlier gi^iiéral. Quolquos jours après, Tordre do l'arméo n^ 145 
porta à la coDDaissaoce du corps expéditionnaire les noms de ceui qui s'étaient 
le plus distingués. Voici les citations qu'eut à enregistrer le détachement 
fourni par le 3* régiment de Tirailleurs. 

HM. Cottret, chef de bataillon. 

Alzon, capitaine adjudant-major. 

Estelle, capitaine (d'une rare bravoure, a entraîné tout le bataillon par 

l'exemple de sa compagnie). 
Mohamed-Bounep, lieutenant indigène. 
Bock, médecin aide -major. 
Hamed-ben-Myoub, tirailleur (a pris un drapeau). 
Khenil-ben-Ali, tirailleur (a pris un drapeau). 
Salem -ben-Guibi, caporal (a pris un fanion). 
Ducreux, sergent- major. 

Pendant les journées qui suivirent cette victoire , les travaux devant Puebla , 
qui avaient un instant été interrompus, furent activement repris et poussés 
avec la plus grande vigueur. Le 12 mai, on ouvrit devant le fort de Totime- 
huacan une première parallèle & environ sept cents mètres du saillant sud. Le 
13, à huit heures du matin, l'ennemi tenta une vigoureuse sortie sur la droite 
de cette parallèle, et vint jusqu'à cent cinquante mètres des tranchées. Il se 
heurta contre les gardes de ces dernières, qui l'accueillirent par un feu violent, 
auquel se joignit bientôt c^lui des batteries de la Teja et de Molino-de-Gua- 
dalupe. Dès le commencement de l'action , le bataillon de Tirailleurs algériens 
fut envoyé en réserve à San -Francisco. Une balle malheureuse vint y frapper 
mortellement le sous -lieutenant Cailliot, de la S<* compagnie, jeunQ homme 
plein d'avenir, qui fut ainsi enlevé à l'affection de ses camarades et à celle de 
son frère I qu'il laissait dans le régiment et qui, deux années après, devait 
aller I comme adjudant-major, servir dans le uiéiuo bataillon cl préparer 
cette réputation militaire qui en a fait depuis un de nos plus jeunes ofliciers 
généraux. 

Le 16, à cinq heures du matin, les batteries des deux attaques ouvrirent 
le feu contre la place, et pendant deux heures accablèrent de leurs projectiles 
les forts de Totimehuacan , de Carmen et de Zaragoza. L'artillerie ennemie 
répondit avec énergie; il fallut même interrompre notre tir pour réparer cer- 
taines de nos batteries fortement maltraitées. A midi, la canonnade recom- 
mença avec une nouvelle vigueur. Cette fois, les Mexicains ne ripostèrent que 
faiblement, et, le soir à quatre heures, la lutte ayant encore recommencé, 
ils demeurèrent silencieux. 

La journée du 17 se passa sans incident. Dans la nuit qui suivit, on ren- 
força encore les batteries. Vers une heure du matin, on commença à remar- 
quer un grand mouvement dans la ville et dans les forts; quelques instants 
après, on entendit successivement plusieurs fortes explosions, et enfin, à 
quatre heures, le général Forey reçut du général Ortega une lettre livrant la 
place entre nos mains. L'armée qui l'avait défendue était dissoute, l'arme- 



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[1863] AU MEXIQUE t6t 

ment mis hors de service et les munitions détruites. Le drapeau français y 
fut hissé le 19 f à côté du drapeau mexicain. Le siège avait duré soixante- 
deux jours. 

Un ordre du général en chef, en date du 18 mai, vint changer l'aflectation 
du hataillon do Tirailleurs algériens et lo faire passer do la 1>^ dans la 2* di- 
vision. Cette dernière, commandée par le général Douay, reçut bientôt Tordre 
de prendre ses dispositions pour se porter sur Mexico; en conséquence, di- 
verses compagnies qui avaient été dirigées sur Orizaba pour y escorter des 
prisonniers furent successivement rappelées & Puebla. 

La colonne Douay se mit en route le 2 juin. Ce jour-là, elle alla coucher à 
San-Pietro. Le lendemain, elle s'arrêta à San-Martino. Le 4, en quittant cette 
localité , le général envoya deux compagnies du bataillon relever deux compa- 
gnies du 2* zouaves au moulin de San-Miguel ; une autre alla s'établir au pont 
de Tezmalucan. Ces dispositions étaient prises pour protéger la marche, qui 
pouvait être inquiétée par cinq mille hommes que Juarez avait laissés en 
avant de Mexico pour couvrir sa retraite. Le restant du bataillon alla coucher 
à Tezmalucan. Le soir, un orage épouvantable inonda le camp, détrempa le 
sol, ravina les routes, ravagea la campagne et causa des dégâts considérables, 
notamment dans le convoi de la colonne, où une partie des vivres fut ava- 
riée. Le 5, on arriva sur le Rio-Frio. Le 6, vers neuf heures du matin, 
Tavant-garde déboucha dans la vallée de Mexico; à droite, on apercevait le 
grand lac de Texuco; à gauche, ceux de Chalco et de Xochimilco. On passa 
successivement à la Venta-de-Cordova, à la Venta-Nueva, et enfin on bivoua- 
qua à Buenavista, où Ton s'arrêta pendant pendant deux jours. 

Le 9, la 2« division reprit sa marche avec le général en chef, qui était ar- 
rivé le 8. On côtoya le lac de Châles, on traversa Agostlan, San -Isidore, et, 
vers midi, on arriva au Penon. Le lendemain, on se dirigea sur Mexico, où 
depuis le 7 le général Bazaine se trouvait déjà avec le 2* zouaves. À dix 
heures du matin, le général en chef y fit son entrée solennelle à la tête des 
troupes. Nos soldats furent reçus avec enthousiasme; une population immense 
se pressa sur leur passage et les couvrit de fleurs. A ce moment, tout le monde 
dut croire au succès de l'expédition. Ce n'en était cependant que le premier 
épisode, et les événements qui devaient suivre n'allaient pas longtemps ré- 
pondre aux heureuses conjectures que faisait naître ce fugitif élan d'un peuple 
qui allait au-devant du nouveau, dans l'éternel espoir de rencontrer le 
mieux. 



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CHAPITRE X 



Le commandani-Gottrei est remplacé par le commandant Manier. — DUsômioation da 
bataillon. — Opération sur Ilusguapan. — Le bataillon rentre à Mexico pour prendre 
part à la campagne dliiver. — Marche sur Queretaro. — Poursuite du général Uraga. 
— Séjour à Zamora et à G«adalajara. — Décoration du fanion du bataiUon. — Occu* 
patlon du port d'Àci^ulco. — Combat de Pueblo-Nuovo. — Occupation de Mazatlan. — 
Émuatlon d'Àcapolco. — Combat de San-Pedro. 



Par décret du 16 mai, le commandant Cottret avait été promu lieutenant- 
colonel. Il fut remplacé à la tète du bataillon de marche de Tirailleurs algé- 
riens, et dans le cadre des officiers supérieurs du 3« régiment, par le 
commandant Munier, du régiment étranger, bien connu des Tirailleurs de 
Constantine, qu*il avait si vaillamment et si habilement dirigés à la bataille 
de Solferino. Dn autre décret, en date du 4 mars, avait nommé le capitaine 
Alion chef de bataillon au 99« de ligne; enfin un troisième, du 6 août, vint 
donner le môme grade au capitaine Estelle, qui passa au 79« de ligne, et pro- 
mouvoir capitaine M. le Grontec, lieutenant à la 5« compagnie, et qui exerça 
dès lors le commandement de la 1^. 

Le bataillon de Tirailleurs algériens resta en entier à Mexico jusqu'au 
26 juin. Ce jour-là, deux compagnies allèrent à San-Martino relever deux 
compagnies du 81* qui occupaient ce poste. Le 6 juillet, deux autres compa- 
gnies se portèrent à Texoco, où elles demeurèrent jusqu'au 10. Le 11 , ce qui 
restait du bataillon à Mexico quitta cette ville pour aller relever le 7« de ligne 
à la Canada et à Puente- Colorado. Toutes les compagnies se trouvèrent alors 
disséminées sur la route de Puebla. On avait repris ce service d'escorte de 
convois par lequel on avait commencé la campagne. Par suite de cette dispe^- 
sion et de ce service tout particulier, les Tirailleurs cessèrent de faire partie 
de la 2« division, et passèrent dans la brigade de réserve (ordre du 11 juillet). 

Ces dispositions restèrent les mômes pendant tout le mois de juillet. Le 
1er août, le commandant Munier installa les 1^ et 2* compagnies à San- 
Andrès. Le lendemain, il partit pour Tehuacan, dont il venait d*ôtre nommé 
commandant supérieur. Les 5* et 6« compagnies et l'état-major du bataillon 
vinrent Ty rejoindre le 8, aprèi ôlro parlis le 3 de Puebla. Le 10, prenant 



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[1863] LE 2"" nÉOlMRNT DB TinAlLLGUnS ALOÉniBNS AU MEXIQUE 263 

avec lui la 5® compagnie (capitaine de Vauguion ) et une compagnie de zouaves, 
il se rendit dans les villes voisines pour y installer, de concert avec le préfet 
politique, la force publique et les ayuntamierUs. Il rentra à Tébuacan le 14, 
et la 5<> compagnie le 15. 

Le l^*" octobre, le maréchal Forey, rappelé en France, remit au général 
Bazaine ses pouvoirs militaires et diplomatiques. Ce changement, en amenant 
une autre manière de voir à la direction supérieure des affaires, allait donner 
une nouvelle marche aux opérations militaires, et étendre celles-ci sur la plus 
grande partie du pays. 

Les premiers soins du nouveau général en chef furent de protéger les com-^ 
munications avec Vera-Cruz; mais, au lieu des innombrables petits postes 
qui jusque-là avaient été échelonnés entre cette ville et Mexico, il ne maintint 
que les principaux , qui furent alors installés dans de bons réduits susceptibles 
d'une défense prolongée. H on résulta que le chiffre des troupes disponibles 
pour les opérations actives se trouva considérablement augmenté. Ces nouvelles 
dispositions allaient ainsi permettre au bataillon de Tirailleurs algériens de 
prendre part à la campagne d'hiver qui allait avoir lieu dans le nord. 

En attendant que les préparatifs de cette importante expédition fussent ter- 
minés, le commandant Munier ne resta pas inactif. Le 12 octobre, il quitta 
Tehuacan avec les 2", 3* et 4<> compagnies et alla coucher à Zapolitlan, où se 
trouvait déjà la 5* compagnie. Le lendemain , il se remit en marche avec toute 
cette partie de son bataillon et se dirigea sur Acatlan , où il arriva le 15, après 
ôtre passé par San-Geremio. Il lit séjour le 16. Le 17, il repartit avec les 3", 
4<> et 5<> compagnies, laissant la 2« à Acatlan pour la garde de ce point, et 
atteignit Iluajuapan le lendemain à cinq heures du matin. Il espérait y sur-* 
prendre sept à huit cents Mexicains; mais ceux-ci, malgré les précautions 
prises pour tenir secrète cette marche rapide dont la dernière étape avait été 
faite de nuit, avaient appris Tarrivée des Tirailleurs et abandonné la ville, 
dont les habitants s'empressèrent d'arborer le drapeau blanc de la paix. 
Le 19, la petite colonAe revint coucher à Octlamenigo. Le 20, elle était de 
retour à Acatlan. 

Comme on vient de le voir, l'ennemi était insaisissable; prévenu de nos 
moindres marches, il mettait aussitôt la distance entre lui et nos colonnes. De 
là dos fatigues sans résultat, des opérations qu'on commençait dans Tespé- 
rance d'un brillant succès, et qui se terminaient le plus souvent par une 
inconcevable déception. Mais le commandant Munier n'était pas homme à se 
laisser décourager; pensant que l'occupation de certains points de leurs lignes 
de communication amènerait probablement les Mexicains à se heurter à Tune 
de nos compagnies, le 22, il dirigea la 5« sur San-Inès-Auentenpan, et se 
porta avec les 3« et 4« aux villages de Piantha et de Chinotla. Le lendemain, 
il s'arrêta à Chincingo. On détachement de quarante hommes, sous les ordres 
du lieutenant Bouguès du 2° régiment, fut envoyé jusqu'au gué de l'Atoyac 
en face des ranchos de San-Vicente et de San-Juan. En vain encore il attendit: 
l'ennemi ne parut point. Le 24, la petite colonne atteignit Acoyuco, petit vil- 
lage qui venait d'être incendié par une compagnie du 1«' zouaves; le 25, elle 
arriva à San-Inès, où elle fut ralliée par la 5« compagnie, qui, 'de son côté. 



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264 LE 3* RÊQIIIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1863] 

n*avait pas aperçu un seul dissident. Le 26, tout le détachement quitta San- 
Inès, la 3« compagnie pour aller relever la Tfi à Acatlan, les 4« et 5« pour 
revenir à Puebla. Le même jour, les l^* et 6«, sous les ordres du capitaine 
Testard, partaient de Tehuacan pour se porter à San -Francisco, petite ville 
bituée un peu plus au sud. 

A la fin du mois d'octobre, le commandant Manier reçut l'ordre de con- 
centrer son bataillon à Mexico. C'était do celte ville que devait partir la co- 
lonne Douay, dont les Tirailleurs algériens étaient appelés à Taire partie. liO 
jor novembre, Télat-major, les 2», 4« et li"* compagnies quittèrent Puebla, et 
les 1^ et 6« San-Francisco pour exécuter ce mouvement. Ces deux dernières 
devaient prendre la 3* à leur passage à Acatlan. Les compagnies parties de 
Puebla arrivèrent A Mexico le S, et en repartirent le 9 avec le général Douay, 
qui emmenait en outre trois compagnies du 81<> de ligne, un escadron de 
chasseurs d'Afrique, une section d'artillerie de siège, un détachement du 
génie et un asses fort convoi. 

Le but du général en chef, dans la campagne qu'il allait entreprendre, était 
d*occuper les principales villes de l'intérieur et de disperser les bandes asses 
considérables qu'avaient réunies les généraux Doblado et Uraga , le premier 
entre Queretaro et Tepeji-del-Rio, le second en avant de Morelia. Les troupes 
de la l'* divison devaient marcher sur Morelia, celles de la 2* sur Queretaro. 
Le 10 novembre, la colonne Douay alla coucher à San-Miguel. IjO lende- 
main le commandant Munier s'arrêta à Tepeji avec ses trois coaipaguies, afin 
d'y attendre les trois autres, qui n'y arrivèrent que le 16. Le 18, le bataillon 
tout entier reprit sa marche et s'arrêta à San-Francisco. Le 19, il arriva à la 
Soledad, et, le 21, à San-Juan-del-Rio, où il fit séjour le 22. Le 23, il rejoi- 
gnit à l'hacienda de Sauz une colonne placée sous les ordres du colonel 
Aymard. Cette dernière coucha le 24 à Colorado, et, le 25, entra à Queretaro, 
que le général Douay avait fait occuper le 17, aux acclamations d'une popu- 
lation paraissant tout heureuse de voir les Français. 

Le l*' décembre, toute la 2« division quitta Queretaro pour se mettre, de 
concert avec la 1^, à la poursuite du général Doblado. Le 2, elle arriva à 
Celago, où elle fit séjour le 3 et le 4; le 5, elle s'arrêta à Chamacuera ; le 6, 
à San-Miguel-Allende; le 7, à Las-Cascinas; le 8, à la Sauced; et enfin, le 9, 
à Guanajuato, ville importante dominée de tous côtés par de hautes montagnes 
contenant des mines d'argent d'une inépuisable richesse. 

Jusque-là, non seulement on n'avait pas rencontré l'ennemi, mais on était 
encore dans la plus grande incertitude sur la direction qu'il avait pu prendre. 
Tout ce qu'on savait, c'était qu'une troupe assez considérable se dirigeait 
vers San-Piedro-Piedra-Gorda. Dans le but de lui couper la retraite, le gé- 
néral Basaine ordonna au général Douay de se porter immédiatement avec 
une colonne légère à Léon, pendant que lui-même s'avancerait directement 
vers Piedra-Gorda. 

Ce mouvement commença le 13 décembre. Le général Douay partit de 
Guanajuato avec le bataillon de Tirailleurs algériens, trois compagnies du 
2* zouaves, l'ambulance et la plus grande partie du convoi, et se dirigea par 
Silao sur la petite ville de Léon. Le 17, de nouveaux avis ayant fait connaître 



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[1864] AU MEXIQUE 265 

que Tennemi, avec son artillerie et ses parcs, se jetait précipitamment dans 
le nord , le plan adopté fut modifié , et seule la division de Castagny continua 
la poursuite commencée. Le général Douay reçut alors la mission d'exécuter 
sur Piedra-Gorda Topération entreprise par le général en chef, et de chercher 
le général Uragn, qu'on savait à la tôtc de douze mille hommes et trente-six 
bouches à feu. En conséquence, il quitta Léon, où fut laissée la k^ compagnie 
du bataillon, et, après une marche forcée de vingt-huit lieues exécutée en 
trente-six heures, arriva à Piedra-Gorda le 19. Le 22, la petite colonne attei- 
gnit Zamora, où elle avait été précédée par le colonel Margueritle avec une 
avant-garde légère qui éclairait le pays à une journée en avant. Cet officier 
avait surpris les Mexicains, leur avait tué une dizaine d'hommes et pris cin- 
quante prisonniers. Ce combat, en coupant aux troupes d'Uraga la route de 
Zamora à Guadalajara, les avait rejetées vers Goalcoman. 

Après quatre jours de repos accordés à sa colonne, le général Douay quitta 
Zamora pour se porter à Los-Reyes. On marcha pendant six heures dans 
d'affreux chemins au milieu des montagnes, et Ton s'arrêta à Tarepuato. Là 
le général fut informé qu'Uraga en personne se trouvait à Los-Reyes , s'occu- 
pent activement de faire cheminer son convoi et son artillerie. Le lendemain 
28, la marche fut reprise et conduite avec la plus grande célérité; mais lors- 
qu'à quatre heures du soir on arriva à Los-Reyes, l'ennemi n'y était déjà 
plus : il avait fui, se dirigeant sur Telpacatepcd. 

Le 30 , à cinq heures et demie du matin , le commandant Munier quitta 
Los-Reyes avec son bataillon pour se rendre à San-Francisco, à six kilomètres 
de là, où devait le rejoindre le général Douay, qui, avec un faible détache- 
ment, s'était porté à Périban sur des indications lui signalant l'abandon d'un 
matériel considérable par Uraga. Le général ne trouva rien; mais, arrivé à 
San-Francisco, il apprit que l'ennemi avait une batterie d'artillerie rayée en- 
gagée sur la route d'Uruapan, et que d'autres pièces, après être venues jus- 
qu'à Sirosto, avaient subitement rebroussé chemin pour suivre la mémo 
direction. Dès le lendemain, il se mit en marche vers le point indiqué, em- 
menant avec lui toutes les troupes de sa colonne. En route il fut informé que 
quatre cents cavaliers mexicains se trouvaient au village de San-Juan-de-Las- 
Golchas. On pressa la marche; l'infanterie eut ordre d'aborder le village de 
front, la cavalerie do le tourner par la gauche; mais encore une fois, malgré 
leur nombre, les Mexicains ne nous avaient pas attendus. 

La colonne traversa San-Juan sans s'arrêter, et poussa jusqu^à six kilo- 
mètres au delà , trouvant sur la route des traces toutes récentes de la fuite 
précipitée de l'ennemi. Le bivouac fut installé dans un endroit appelé Ojo-di- 
Agna. Le lendemain, premier jour de l'année 1864, le départ eut lieu avant 
quatre heures du matin. Trois compagnies de Tirailleurs étaient à l'avant- 
garde. La nuit était noire; on y voyait à peine devant soi; pas un cri, pas 
une voix, pas un bruit ne s'entendait au loin. Les Mexicains s'étaient-ils 
encore dérobés? c'était à croire. Enfin , après deux heures de marche, le jour 
parut; tout à coup sur la route, dans les fossés, un peu partout, on aperçut 
des pièces, des affûts, des voitures, des harnais, des caissons, tout cela gi- 
sant épars, en partie détruit, et dans un désordre témoignant du plus épou- 



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266 LE 3« RÊOIIIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1864] 

Tantable désarroi. Il y avait là un outillage de fonderie de canons, une ma- 
chine à frapper de la monnaie, des munitions en quantité considérable, et 
en6n neuf bouches à feu. Ce matériel paraissait avoir été abandonné dans un 
moment de panique profonde, probablement la veille, à la suite de Talarmo 
donnée par les cavaliers chassa de San -Juan. A neuf heures, on arriva à 
Uruapan. La ville avait été évacuée par les juaristes, qui, en s'en allant, 
avaient détruit tout ce qui aurait pu nous être de quelque utilité. 

Le général laissa deux heures de repos à la cavalerie et au bataillon do Ti- 
railleurs algériens, puis il les lança sur les traces de Tennenii. Cette recon- 
naissance poussa jusqu'à environ douze kilomètres , trouvant à chaque pas 
des objets laissés sur la route, et rentra à quatre heures diî soir, ramenant 
neuf chariots attelés de neuf paires de bœub. De l'ennemi elle savait seule- 
ment qu*Uraga, avec deux mille cinq cents hommes, dernier débris de ses 
douze mille, et la partie la moins pesante de ses parcs, s'était jeté dans des 
chemins perdus pour gagner Zopotlan , dans le Jalisco. 

Sinon atteint dans son côté matériel, le but poursuivi par le général Douay 
l'était du moins quant au résultat moral qu'il s'agissait d'obtenir. L'armée 
d'Uraga n'avait pas été détruite, mais elle fuyait dans toutes les directions, 
en proie à la plus profonde panique, égarée, dispersée, démoralisée, hors 
d'état de résister à nos colonnes, d'inquiéter nos postes, de longtemps impos- 
sible à rallier et à réorganiser. C'était le cas de dire que le commandant de 
la 2* division avait gagné des batailles avec les jambes de ses soldats; car 
tout s'était passé en marches, la plupart exécutées de nuit, plusieurs très 
longues et très fatigantes, toutes ayant demandé de la part de nos fantassins 
autant d'énergie que de dévouement. Une fois de plus s'était affirmée la rare 
aptitude des Tirailleurs algériens pour ces courses rapides, ces étapes de 
trente-cinq*, quarante et môme cinquante kilomètres sans faire de repos, 
sans cesser d'ôtre sur les talons de la cavalerie pour être prêts à la soutenir ; 
et tout cela dans un pays difficile, monlueux, n'ayant que de mauvais che- 
mins muletiers ravinés par les pluies, ne possédant d'autres ressources que 
quelques villages qui servaient quelquefois d'abri , mais qu'on trouvait le plus 
souvent pillés ou incendiés. Le bataillon reçut les éloges les plus flatteurs de 
la part du général , mais il faut reconnaître qu'il les avait bien mérités. 

La colonne séjourna deux jours à Uruapan et revint à Zamora par la route 
de San- Pedro- Paracho. Elle arriva le 7 janvier. Là le général Douay trouva 
des instructions lyi prescrivant de se porter sur la Barca pour concourir, s'il 
en était besoin, au mouvement que le général en chef opérait alors sur Gua- 
dalajara. A cet effet, il laissa à Zamora le commandant Brincourt, du 18* ba- 
taillon de chasseurs, avec une garnison composée des 2*, 3* et 5* compagnies 
de Tirailleurs; puis, avec le restant de sa colonne, où se trouvaient encore les 
Ira et 6* compagnies avec le commandant Munier, il se dirigea d'abord sur le 
Rio-Grande, et enfin sur Duenavista. Le 11 , il quitta ce village avec la cava- 
lerie et les deux compagnies de Tirailleurs pour se porter à l'hacienda de Qui- 
ringuicharo, située à trente kilomètres de là. On y arriva à trois heures de 
l'après-midi. Les ordres étaient déjà donnés pour la journée du lendemain, 
lorsque, dans la soirée, le général reçut la nouvelle que la petite ville de la 



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[1864] AU MEXIQUE 267 

Piedad était attaquée par les libéraux. Les habitants ayant résolu de se dé- 
fendre, il voulut les sauver des horreurs d*un assaut, et dédda que le soir 
même on marcherait à leur secours. 

Le départ eut lieu à dix heures. Outre la cavalerie et les deux compagnies 
de Tirailleurs, la colonne comprenait le 1^ bataillon de chasseurs à pied et 
deux pièces de campagne. L*infanterie était sans sacs. On marcha toute la 
nuit. Au point du jour, lorsqu'on arriva devant la Piedad, Tennemi s*était 
enfui. La veille il avait jeté quelques obus dans la ville, avait menacé les ha- 
bitants d'un assaut dans les vingt-quatre heures s'ils né se rendaient pas; 
mais, apprenant Tarrivée des Français, il était parti dans la nuit. 

Cette opération fut la dernière à laquelle les Tirailleurs devaient prendre 
part sous les ordres du général Douay ; le 13, ils cessèrent de faire partie de 
la 2* division, et, le 15, le commandant Munior quitta la Piedad avec les 
Ire et Go compagnies pour retourner à Zamora, où il arriva le lendemain. 
Tout le bataillon se trouva dès lors réuni dans cette ville, à l'exception de la 
4* compagnie, qui avait été laissée & Léon et qui en fut rappelée pour être 
envoyée à la Piedad. 

Cette situation demeura la même jusqu'au 15 mars; seule la 6* compagnie 
fit mouvement pour aller relever la 4* à la Piedad. Pendant les deux mois qui 
s'écoulèrent jusqu'à cette date, les compagnies restées à Zamora travaillèrent 
aux fortifications de cette ville, et détachèrent de nombreuses escortes pour 
la protection des convois. 

A cette même époque , une modification importante fut apportée dans l'oi^ 
ganisation du bataillon ; dans chaque compagnie, une section fut montée avec 
des chevaux achetés par les soins du corps. Plus tard , ce premier essai ayant 
donné d'excellents résultats, ces dispositions reçurent plus d'extension; le 
bataillon eut alors un escadron do cent quatre-vingts chevaux, dont le capi- 
taine le plus ancien reçut le commandement, et dans lequel on détacha le 
sous-lieutenant de Nyvenheim , du l^*' régiment de lanciers. Cette cavalerie se 
trouva ainsi successivement sous les ordres du capitaine Bézard , du l^^* Ti- 
railleurs; du capitaine de Vauguion, du 3«; et enfin du capitaine Testard, 
du 1«'. Les hommes qui la composaient étaient naturellement pris dans toutes 
les compagnies indistinctement, et choisis de préférence parmi ceux sachant 
déjà parfaitement monter à cheval. 

Le 15 mars, le commandant Munier se mit en route pour Tepatitlan avec 
une colonne se composant des Tirailleurs algériens et d'une batterie de mon- 
tagne. La 6" compagnie, détachée à la Piedad, devait rallier le bataillon au 
passage. On arriva le 22. L'état-major et les 3^, 4« et 6* compagnies restèrent 
à Tepatitlan; les 1*^ et 2* furent détachées à Lagos, la 5« au pont de Tolo- 
lotian. A la fin du mois, cette dernière rentra à Tepatitian, et la 6^ fut en- 
voyée à Arroyo-del-Medio. 

Le séjour des Tirailleurs dans ces différents postes ne devait pas être de 
longue durée; le général en chef avait décidé l'occupation du port d'Acapulco, 
sur le Pacifique , et c'était le bataillon qui était désigné pour en constituer la 
garnison; on le croyait avec raison plus apte qu'aucune autre troupe, à ré- 
sister à l'insalubrité du climat, aux fièvres pernicieuses qui dans cette région 



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{68 LE 2^ RÉQIIIBNT DE TIRAILLEUnS AhOÉniENS [1664] 

sévissent pendant une grande partie do l'année. En attendant son départ, il 
devait se concentrer à Guadalajara. 

Le 5 avril, les l'* et 2« compagnies, qui se trouvaient les plus éloignées, 
quittèrent Lagos. Le 8, le commandant Munier se mit en route à son tour avec 
les 3«, 4« et 5« compagnies, auxquelles se rallia la 6«, A leur passage à Arroyo- 
del-Medio. Ce dernier détachement arriva à Guadalajara le 10, celui de Lagos 
le 13. Quelques jours après, on reçut un renfort de soixante- quinze hommes 
venant d'Algérie et les officiers comptables, qui étaient restés à Mexico. 

Hais les préparatifs de la petite expédition n'étaient point achevés; il fallut 
attendre près d'un mois. Pour que ce temps ne fût point perdu , quelques 
compagnies furent détachées dans les environs de Guadalajara, infestés de 
guérilleros. Le 5 avril, les 3<», S« et 6«>, représentant un eircctif de deux cent 
quarante et un fantassins et cent Irente-sept cavaliers, allèrent, sous les ordres 
du capitaine de Vauguion, occuper le village de Santa- Anuuila et riiacicnda 
de la Conception. Le même jour, la 4« compagnie se portait à la Ycuta-de- 
Astillero. 

Le 23, le capitaine de Vauguion partait de la Conception avec soixante Ti- 
railleurs montés, et surprenait, à Cuyutlan, une bande de cent guérilleros aux 
ordres de Guerrero, chef redouté dans tout le pays. Ce dernier essaya de se 
défendre, mais les Tirailleurs se précipitèrent sur sa troupe, la dispersèrent 
en un clin d'œil et lui tuèrent vingt-cinq hommes. 

Le 26, eut lieu une autre opération dirigée par le capitaine Testard. A la 
tète de douze Tirailleurs à pied et vingt montés, celui-ci parlit à une heure 
du matin et fut assez heureux pour surprendre de nouveau les guérilleros à 
Cruz-Vieja. 11 leur tua douze hommes et leur enleva quatorze chevaux. 

Ces deux vigoureuses leçons n'avaient cependant point suffi aux bandes de 
Guerrero, qui étaient revenues occuper Cuyutlan , et avaient commis plusieurs 
exactions sur les habitants qui nous avaient accueillis. Maintenant les bandits 
se tenaient sur leurs gardes et surveillaient nos moindres mouvements, prêts 
à fuir au moindre signal. Mais rien de suspect ne paraissait du côté de la Con- 
ception; seuls, le 27, de bonne heure, quelques bouviers mexicains en arri- 
vèrent avec des chariots chargés de paille qu'ils arrêtèrent sur la place. Ils 
n'avaient rien vu ; selon eux , les Français devaient se reposer de leurs expé- 
ditions des jours précédents. Tout à coup la paille de ces mêmes chariots 
s'agita : des têtes, puis des bras , puis des hommes , puis des armes en émer- 
gèrent subitement, et une cinquantaine de Tirailleurs, sous les ordres du 
capitaine de Vauguion , se précipitèrent dans le village à la chasse des guéril- 
leros imprudents, qui n'avaient pas dans cette circonstance imité la circons- 
pection du vieux rat de la fable; surpris, traqués, poursuivis sans répit, ces 
derniers eurent cinq tués et un grand nombre de blessés. Ils laissèrent entre 
nos mains cinq prisonniers, dont deux chefs, des chevaux, des armes, des 
munitions, et se dispersèrent dans la campagne, se promettant bien cette fois 
de choisir une autre région pour théâtre de leurs exploits. La ruse du capi- 
taine de Vauguion avait été couronnée du plus brillant succès. Ce hardi coup 
de main, préparé d*une façon si extraordinaire, presque invraisemblable, fit 
le plus grand honneur aux Tirailleurs, qui, en saisissant parfaitement la 



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[1864] AU MEXIQUR 269 

pensée de leur chef, sarent apporter dans son exécution Taudace et la pru- 
dence qui seules font réussir de semblables opérations. 

A la suite de ces trois affaires, le capitaine de Vauguion et le sergent Lesbros 
furent cités à Tordre de Tarmée. 

Le 30 ayril , toutes les compagnies détachées furent rappelées à Guadala- 
jara. Le 4 moi, le bataillon tout entier prit les armes pour être passé on revue 
par le général Douay, et voir ensuite attacher à la hampe de son fanion de 
manœuvre la croix de la Légion d'honneur, qui, par décret du 11 novembre 
1863, lui avait été accordée, pour, à sa dissolution, appartenir définitivement 
au 3« régiment de Tirailleurs algériens, en commémoration de la prise de 
deux drapeaux à Tennemi au combat de San-Lorenzo. 

Le 5 mai , eut lieu le départ pour Acapulco. Le bataillon devait se rendre à 
San-Dlas , petit port situé au sud de la côte orientale du golfe de Californie, 
puis prendre passage sur des transports de TÉtat pour être ensuite, après 
une traversée de quatre à cinq jours, débarqué à destination. 11 quitta Gua- 
dalajara avec un effectif de quatre cent soixante -dix -sept hommes et cent 
soixante-dix -huit chevaux. Par suite d'un accident de cheval arrivé la rdlle 
au commandant Munier, le capitaine Bézard , en qualité de plus ancien , en 
avait le commandement. Le 6 , on fit étape à Amatitlan ; le 7, à Tequila; le 8, 
& Magdalcna; le 9, à Vonla; le 10, à Plan-de-las-Barancas; le 11, à Ixtlan, 
où Ton séjourna les 12 et 13 ; le 14 , à Ahuacatlan ; le 15, à Tetillan ; le 16, 
à Ojotillo; le 17, à Estancia; le 18, à Tepic, d'où Ton repartit le 23 pour 
Navarret , qu'on quitta pour arriver à Zapotillo le 24 , et & San-Blas le 25. 

L'embarquement eut lieu le 28 sur les transports le Bhin et la Palla$, qm 
arrivèrent à Acapulco le 3 juin. Le môme jour s'effectua la mise à terre des 
hommes et des chevaux. 

Dien que n'étant que du cinquième ou du sixième ordre au point de vue du 
rendement des douanes, le port d' Acapulco n'en avait pas moins pour nous 
une importance considérable, et depuis longtemps l'amiral Bouêt, comman- 
dant l'escadre du Pacifique, en avait demandé l'occupation, autant pour 
fournir un refuge aux bfttiments de la croisière que pour avoir un lien de 
relâche pour les navires marchands qui nous vendaient des approvisionne- 
ments. 

Déjà réduite par nos navires, la ville n'opposa aucune résistance au débar- 
quement des Tirailleurs; les forces dissidentes l'avaient du reste abandonnée, 
et, sous les ordres du vieil Alvarez, s'étaient retirées à douze kilomètres 
de là, au village de Pueblo-Nuovo. Ces forces comprenaient environ huit 
cents hommes possédant une certaine instruction militaire et disposant de 
quelques canons'; composées d'Indiens Pintes, elles inspiraient dans le pays 
une terreur qui se répandait jusque sur les hauts plateaux. 

A peine le bataillon fut-il arrivé et installé, que le capitaine Bézard résolut 
de se débarrasser de ces dangereux voisins. Dans la nuit du 5 au 6 juin, il 
partit avec trois cent vingt hommes , c'est-à-dire tout ce qu'il avait de dispo- 
nible, et se dirigea vers Pueblo-Nuovo. Il y trouva Alvarez solidement retranché 
au sommet d'un cerro, où l'on ne parvenait que par d'étroits sentiers serpen- 
tant au milieu d'escarpements que le chef mexicain devait croire impraticables 



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270 LB 3* RÉOIIIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1864] 

pour nou8| car nul poste avancé n'avait été chargé de surveiller la route (1*A- 
capulco. Bien que le jour commençât seulement à paraître, l'attaque eut lieu 
aussitôt; les Tirailleurs escaladèrent ces pentes abruptes avec le même entrain, 
la même ardeur, la môme agilité avec laquelle ils avaient tant de Tois gravi les 
montagnes de Kabylie, et surprirent la troupe ennemie, qui n'eut que le 
temps de se jeter sur ses armes pour résister à cette subite agression. Les 
soldats d'Alvarez se défendirent d'abord avec une certaine énergie, mais as- 
saillis, -enfoncés, dispersés, poursuivis, ils virent en un instant s'évanouir 
leur féroce réputation : ils s'enfuirent atterrés, nous abandonnant quatre 
canons, cent vingt fusils, des sabres, des munitions, un pavillon, des che- 
vaux et des mulets. La lutte avait été courte mais vive : .Alvarez avait eu 
cinquante tués, nous comptions quatre hommes blessés. 

Le bataillon était de retour à Acapulco à cinq heures du soir. 

Les journées des 7 et 8 se passèrent sans incident. Dans la matinée du 9, 
le capitaine de Vauguion partit avec l'escadron de cavalerie pour exécuter une 
reconnaissance sur la route de Mexico. Il y avait deux heures et demie qu'il 
marchait sur cette dernière, sans voir quoi que ce soit de suspect, sans ren- 
contrer un seul dissident, quand tout à coup il donna dans une barricade fort 
habilement dissimulée , et derrière laquelle s'était embusqué un fort détache- 
ment de Pintos. Une première décharge renversa mortellement le sous-lieu- 
tenant de Nyvenheim et atteignit plusieurs Tirailleurs; bientôt le capitaine de 
Vauguion fut lui-môme assez grièvement blessé; mais, conservant tout son 
sang- froid, toute son énergie, au milieu de celte situation que la moindre 
hésitation pouvait rendre critique, il Gt mettre pied à terre et ordonna l'at- 
taque de la barricade, qui fut enlevée avec un remarquable élan. Dès que 
l'ennemi en eut été délogé, les Tirailleurs remontèrent à cheval et poursui- 
virent les fuyards pendant quatre kilomètres, leur tuant un grand nombre 
d'hommes et dispersant le reste, qui ne tenta plus de résister. Outre les deux 
officiers qui avaient été blessés, cette affaire nous coûtait un homme tué et 
trois blessés. 

Dans un ordre de l'armée en date du 2 juillet, le général en chef félicitait 
le bataillon de Tirailleurs algériens € pour la manière brillante dont il avait 
inauguré notre apparition sur les côtes du Pacifique » ; puis il citait comme 
s'étant particulièrement distingués dans les combats des 6 et 9 juin * : 

H. de Vauguion, capitaine (blessé] ; 

H. le Grontec, capitaine adjudant-major; dans l'affaire du G juin, au pre- 
mier coup de feu , s'était porté eu avant avec les quelques hommes qui l'en- 
touraient. 

Sylvestre, sergent- fourrier. 
Kockempot, sergent-major. 
Djelloud-ben-Kaudel, sergent. 

Le môme ordre accordait la croix d'officier de la Légion d'honneur au capi- 

1 U n'est question ci-dessus que des citations et des récompenses concernant le S* régi- 
ment de TlraUleurs. 



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[1861] AU MEXIQUE 271 

taine de Vauguion , et la médaille militaire au sergent -fourrier Sylvestre et au 
sergent Djelloud-ben-Kaudel. 

Le combat du 9 juin fut le dernier qu'on eut à livrer contre les bandes 
d*Alvares; ces dernières essayèrent bien encore de se montrer de loin pendant 
le jour , de venir à distance tirer des coups de fusils sur nos postes pendant la 
nuit; elles tentèrent même, sans résultat, du reste, de surprendre quelques- 
uns de ceux-ci, mais jamais plus elles n'acceptèrent la lutte et se retirèrent 
toujours devant les colonnes ou les reconnaissances qui furent dirigées dans 
le pays. Tant que dura leur séjour à Acapulco, les Tirailleurs n'en furent pas 
moins continuellement sur pied ; presque cliaque jour des détachements 
exécutaient des sorties, parcouraient les environs, poussaient des pointes 
dans l'intérieur de la contrée aCn dMmposer aux populations du Guerrero, 
qui nourrissaient une hostilité sourde qui n'attendait qu'une occasion pour se 
manifester. L'insalubrité du climat rendait ce service extrêmement fatigant; 
les lièvres bilieuses et intermittentes, la dysenterie, bien d'autres maladies 
encore, s'abattaient sur tous, officiers et soldats, et, sans être excessivement 
meurtrières, rendaient en permanence plus de la moitié de l'eflectif indis- 
ponible pour les opérations à l'extérieur. A peine aurait -on pu réunir cent 
cinquante fusils pour une expédition de quelque durée. Chez tous cependant 
le dévouement était resté le même, et pas un murmure, pas une plainte, pas 
un mot de découragement ne sortait de la bouche de ces hommes, dont l'inal- 
térable discipline entretenait la constante abnégation. 

L'été de 1864 s'écoula tout entier dans ces conditions. Au mois d'octobre, 
les l'« et 2® compagnies furent désignées pour aller occuper Mazatlan, port 
marchand d'une certaine importance, situé sur la côte de l'État de Sinaloa, 
dans le golfe de Californie. Embarquées le 21 sur le d'Assas et la Victoire, ces 
compagnies prirent terre à San-Blas quelques jours après; de là elles se 
rendirent & Tepic, pour y rallier le commandant Munier et quelques ren- 
forts que ce dernier amenait de Mexico; puis elles se rembarquèrent le 
10 novembre, et arrivèrent à Mazatlan le 12. 

Cette place possédait quelques fortifications : entourée d'un fossé profond 
et plein d'eau , défendue du côté de la terre par des redoutes se flanquant 
mutuellement et fermant complètement la petite presqu'île à l'extrémité de 
laquelle elle était bâtie, du côté de la mer par un fortin armé de grosse 
artillerie, dans l'intérieur par une caserne fortifiée pouvant servir de réduit, 
elle avait, au commencement de l'année, victorieusement résisté à un bom- 
bardement tenté par la corvette la Cordelière, qui s'était retirée avec sa coque 
et sa voilure sérieusement endommagées. 

Le capitaine de. vaisseau le Normand de Kergrist, qui cette fois avait pour 
mission d'emporter la ville de vive force , disposait pour cette opération de 
quatre petits bâtiments, de deux cent vingt Tirailleurs algériens et de cent 
cinquante marins de débarquement; il devait, en outre, être appuyé du côté 
de la terre par les troupes alliées du général de Lozada. Les forces ennemies 
s'élevaient à environ sept cents hommes, dont cinq cents dans la place et 
deux cents à l'extérieur. 

Le 13 novembre, après une canonnade de quelques instants, le débarque- 



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272 LE 3* RÊOIIIENT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1804] 

ment s'effectua sans difficulté. Le commandant Munier prit alors le comman- 
dement des troupes et pénétra dans la ville, qu*il trouva évacuée. L'ennemi 
fuyait dans la direction de Guliacan, poursuivi parle général do Lozada, qui, 
en entendant le canon, s'était rapproché de la place et était arrivé assez à 
temps pour tomber sur une arrière- garde avec sa cavalerie. On trouva dans 
Mazatlan vingt-cinq pièces de canon , dont dix seulement avaient été enclouées, 
des armes, des munitions, des approvisionnements de toute sorte, des res- 
sources considérables en vivres et en matériel. Mais la population, composée 
en grande partie de commerçants que cette guerre ruinait, no nous était pas 
plus favorable qu'à Acapulco. 

Le commandant Munier fut nommé commandant supérieur de Mazatlan et 
chargé d'en organiser la défense et d'y installer les services civils, mission 
difficile dont il s'acquitta avec son habileté et son intelligence habituelles. 
C'était bien peu cependant que deux compagnies, décimées par les maladies, 
pour garder un poste d'une importance aussi considérable, dans un pays aussi 
ouvertement hostile que celui de Sinaloa; aussi ne tardèrent-elles à se 
trouver étroitement bloquées dans la place par un corps de quatorze cents 
hommes qui s'avança jusqu'à une portée de canon des remparts. 

Les choses en étaient là lorsque, le 17 décembre, les quatre autres com- 
pagnies du bataillon, qui étaient restées à Acapulco, arrivèrent à leur tour à 
Mazatlan. C'était, déduction faite des malades et des non- valeurs, un appoint 
de deux cent trente hommes, dont cent soixante montés, que recevait la gar- 
nison. Le même jour, le commandant Hunier exécuta une sortie, culbuta les 
avant-postes ennemis, poursuivit les juaristes jusqu'au village de Las-Hi- 
gueras avec les deux compagnies montées, leur sabra une cinquantaine 
d'hommes et rompit enfin le cercle qui l'enveloppait. De notre côté, nous n'a- 
vions eu qu'un officier blessé, M. Feitu, sous-lieutenant à la 1^* compagnie. 
Malheureusement un regrettable incident, qu'il était impossible de prévoir, 
n'allait pas tarder à détruire l'effet produit par ce vigoureux engagement. 
Nous voulons parler du combat de San - Pedro ^ 

Nommé au commandement militaire de la ville de Culiacan, le général 
mexicain Certes n'attendait, pour rejoindre son poste, que d'avoir une 
escorte que jusque-là la faiblesse de la garqison de Mazatlan n'avait pas 
permis de lui donner. Dès que les compagnies d'Acapulco furent arrivées, le 
commandant Munier s'occupa d'organiser à cette intention une petite co- 
lonne qui comprit la 2« compagnie de Tirailleurs algériens (soixante- quatre 
hommes) et quatre cents auxiliaires alliés récemment organisés et armés. Le 
18 décembre, ces troupes prirent passage sur l'aviso le Lucifer, qui, le 20, 
les débarqua à Altata, petit port au nord de Mazatlan, d'où elles devaient 

> Bien quels compagnie de Tirailleurs qui se trouva engagée dans le combat de San- 
Pedro appartint, dans le principe, tout entière au 2« régiment, et que cet épisode pa- 
raisse relover de riilstorique do ce corps, nous avons cru devoir lui donner place ici; 
car, depuis la formation dos compagnies montées, les éléuieuts dus trots régiments 
avaient, pour ainsi diro, été fusionnés. G*C8t ainsi que dans la compagnie dont il est ques- 
tion ci-dessus se trouvaient deux officiers du 3« Tirailleurs : Mil. de Saint -Julien, lieu- 
tenant, et Delkassom-ben-Mohamed, sous-lieutenant. 



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[1864] AU MEXIQUE 273 

ensuite se rendre à Guliacan, en six ou huit étapes, dans un pays où nos 
armes ne s*étaient pas encore montrées. Le capitaine de frégate Grazielle avait 
été désigné pour diriger cette marche , à laquelle devaient également prendre 
part quarante fusiliers marins et deux petits obusiers de Tescadre mis à terre 
à cet effet. 

Le départ d* AI ta ta eut lieu le 21 ; il devait coïncider avec un mouvement 
du général Vcga, qui soutenait la cause de Fempire dans le nord do l'Etat de 
Sinaloa : tout semblait donc prévu pour la réussite de Topération. 

Le premier jour, cependant, on commença à apercevoir quelques groupes 
d'ennemis; bientôt même on fut attaqué; mais la 2* compagnie (capitaine 
Véran) eut vite fait de disperser les dissidents. Le lendemain, la marche 
reprit de bonne heure , et se poursuivit dans les mêmes conditions jusque près 
du village de San-Pedro; tout à coup une vive fusillade éclata : le village 
était solidement occupé par cinq cents hommes aux ordres du général Rosalès. 

Aux premiers coups de feu, le capitaine Grazielle s'était porté en avant 
avec le gros de sa colonne, et, de concert avec le capitaine Véran et le général 
Certes, avait pris les dispositions que nécessitait la situation : soutenus par 
les Tirailleurs algériens, les auxiliaires mexicains devaient aborder le village 
et tenter de s'en emparer, pendant que les fusiliers marins, tout en servant 
do réserve, veilleraient h la protection du convoi. L'attaque commença; mais, 
dès que les auxiliaires se trouvèrent en présence des troupes de Rosalès, ils 
passèrent de leur côté. Le chiffre de nos adversaires se trouva ainsi porté à 
mille, nous restions à peine cent. 

Malgré cette proportion énorme, la lutte continua; pendant deux heures 
les Tirailleurs et les marins firent des prodiges de valeur , se prodiguèrent 
dans d'héroïques eflbrts, tentèrent tout ce que le plus inébranlable courage 
est capable de dicter; mais que pouvaient -ils contre le nombre dix fois 
supérieur de leurs ennemis? Si seulement ils avaient eu, comme la légion 
étrangère à Camarone , un abri quelconque pour se réfugier I mais rien , rien 
qu'un cercle de baïonnettes qui allait toujours se rétrécissant. 

Dès le premier moment, le capitaine Véran était tombé pour ne plus se 
relever. Le lieutenant de Saint -Julien avait pris le commandement de la 
compagnie et avait à son tour été grièvement blessé; peu de temps après, le 
sous -lieutenant Belkassem-ben- Mohamed avait le môme sort. Il ne restait 
plus qu'un seul oflicier, M. Marquiset, sous -lieutenant. 

Cependant les Tirailleurs tenaient toujours; couvrant de leur corps les 
nombreux blessés qui gisaient étendus, ils se battaient comme des forcenés, 
se reformant aussitôt que les balles ennemies avaient fait des vides trop 
profonds. Mais les ^nunitions s'épuisaient; bientôt on en fut aux dernières 
cartouches, et la situation, de grave qu'elle était, devint désespérée. Que 
faire dans ces conditions? Tenter une trouée à la baïonnette? Certes, marins 
et Turcos ne demandaient pas mieux; mais que seraient-ils ensuite devenus? 
Trente kilomètres les séparaient delà côte; on les aurait écrasés en détail jus- 
qu'au dernier, sans pitié, sans égard pour la bravoure qu'ils venaient de 
déployer. Le capitaine Grazielle préféra sauver les débris de sa petite troupe : 
il se rendit. 

18 



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iU LE 3* RÊGIIIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1864] 

A coux qui pourraiont éire tontes d'ajouter qu'il ost, dans notre hintoiro 
odilitairOi des exemples où une troupe d'élite a préféré succomber glorieuse- 
ment plutôt que de subir les conditions de l'ennemi, ce dernier fût-il vingt, 
trente fois supérieur, nous répondrons par l'énumération des pertes subies 
par les Tirailleurs. Nous avons vu que, sur quatre officiers, il y en avait un 
de tué et deux de blessés; sur soixante-quatre hommes, onxe étaient tués, 
vingt- deux blessés, soit en tout trente-six hommes hors de combat, c'est- 
à-dire plus de la moitié de l'eflectif. Un tel chiffre se passe de commentaires. 

Parmi les braves dont la fortune venait ainsi de trahir les généreux efforts, 
un certain nombre appartenaient au 3« Tirailleurs; malheureusement les 
noms de beaucoup de ces derniers ne nous sont pas connus. Voici ceux qu'il 
nous a été donné de retrouver : 

M. de Saint- Julien , lieutenant (blessé). 
H. Belkassem-ben -Mohamed , sous -lieutenant indigène (blessé). 
El-Abid-Ould-Cada-Ould- Ahmed, tirailleur (a reçu six blessures). 
Mohamed-ou-Heknech , tirailleur (a reçu deux blessures). 

Tout fait supposer que le chiffre des hommes du 3« régiment qui , dans cette 
circonstance, furent tués, blessés ou faits prisonniers, ne devait pas s'élever 
à moins de quinte à vingt. 

Ce combat fut le dernier événement militaire de Tannée 1864. Celait un 
fâcheux présage pour celle qui allait s'ouvrir. L'horizon commençait du reste 
à se rembrunir; la situation , d'abord satisfaisante au moment de l'arrivée de 
Maximilien, se modifiait chaque jour en faveur des libéraux, et déjà les oscil- 
lations qui devaient amener l'effondrement de Tédifice éphémère élevé par la 
France devenaient parfaitement visibles pour les esprits clairvoyants que 
n'aveuglait pas l'ambition personnelle, ou que n'égaraient point les engage- 
ments du passé. 



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CHAPITRE XI 



Le bataillon est relevé à Masatlan par les troupes de la V* diTlsfon et rerient à Quada- 
lajara. — Le eommandant Munier, nommé lleatenant-eolonel, est remplacé par le 
commandant de Leuchey. — Rentrée à Meiico. — Occupation de Zitacuaro. — Opé- 
rations autour de Zitacuaro et de Tusantla. — Séjour à Tolnca. — Ck)mbat de Mayo- 
rasco. — Retour à Mexico. — Le bataillon est envoyé dans les Terres cbaudes. — 
Dernières opérations.— Le commandant Glenmier remplace le commandant de Leucbey, 
nommé lieutenant-colonel. — Rapatriement des Tirailleurs algériens. —Ordre d'adieux 
du maréchal Bazaine. — Rentrée à Cîonstantine. 



L'affaire de San-Pedro, en encourageant le parti libéral , déjà très puissant 
dans lea deux États de Sinaloa, pouvant entraîner des complications très 
graves dans cette région , le maréchal Bazaine avait aussitôt décidé l'envoi du 
général do Castagny avec deux mille huit cents hommes à Mazatlan. Ces 
troupes arrivèrent le 13 janvier 1865. Le lendemain, le commandant Municr 
partit avec tout son bataillon et une compagnie du 51* de ligne pour escorter 
un convoi destiné à une colonne qui opérait dans le district de San -Sébas- 
tien, sous les ordres du lieutenant- colonel Cottret. A son retour, il devait 
combiner ses mouvements avec ceux de deux autres colonnes commandées, 
Tune par le colonel Garnier, l'autre par le commandant de Lignières, et batr- 
tant toutes les deux les environs de Mazatlan. 

Le premier jour, on s'arrêta à Piarte-de -Laval; le 15 janvier, on arriva 
à la Noria; le 16, on atteignit Las-Iguanas; et enfin, le 17, on se dirigea 
vers Chapote, à la rencontre du lieutenant- colonel Cottret, qu'on trouva à 
Palmillas. La remise du convoi terminée, le colonne du commandant Hunier 
revint coucher à Las-Iguanas, d*où elle partit le lendemain pour refaire les 
mêmes étapes, et rentrer le 20 janvier à Mazatlan sans avoir pu rencontrer 
un seul guérillero. 

Cependant le bataillon de Tirailleurs algériens venait de recevoir l'ordre 
de rentrer à Guadalajara par les mêmes moyens qu'il en était venu, c'est- 
à-dire en s'embarquant jusqu'à San-Blas, et en faisant ensuite par étapes le 
restant du trajet. Le 21 janvier , il prit passage à bord de la Pallas et du ilAin , 
et, le 24, fut débarqué à San-Blas. Il se mit en route le 26 janvier, et arriva 



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276 LE 3<» RÉGIMENT DE TIRAILLEUBS ALGÉRIENS [1865] 

à Guadalajara le 10 février, après avoir suivi seosibleuieol le même itiaéraire 
que celui déjà parcouru Tanoée précédente lors de son envoi à Acapulco. Da 
jour de sa rentrée à Guadalajara , il Tut compris dans les troupes de la l'* bri- 
gade (général L*Hérillier) de la 1^* division. 

Par décret du 26 décembre 1864 , le commandant Munier avait été nommé 
lieutenant- colonel. Il fut remplacé par le commandant Guyot de Leuchey, 
du régiment étranger. 

Pendant les neuf mois qu'allait durer le séjour du bataillon à Guadalajara, 
les Tirailleurs ne devaient pas rester inaclifs; des compagnies allaient ôtre 
constamment détachées dans les localités des environs, à Tepatitlan, Sanla- 
Anna, Los-Reyes, Cocula, Mazamilla, Sayula, etc., afin d*y traquer sans 
relâche les nombreuses guérillas qui infestaient celte contrée; d'autres frac- 
tions allaient servir d*escorte aux convois; enfin la garnison proprement dite 
allait travailler aux fortifications de la place et à l'amélioration de l'instal- 
lation. Un certain nombre de petits combats furent livrés aux guérilleros, 
mais sans qu'aucun entraînât de perles bien sérieuses pour nous; tout se 
bornait à une guerre de surprises, à des opérations de nuit, à des marches 
rapides, à des excursions de courte durée et fréquemment renouvelées faites 
par l'escadron de cavalerie. Une sécurité jusque-là inconnue, le fonctionne- 
ment régulier des services établis , la reprise de nombreux travaux inter- 
rompus, furent pour le pays le résultat de celle habile taclique et de l'inces- 
sante activité déployée par nos déluchemenls. 

Dans les premiers jours de septembre , la compagnie montée du capitaine 
de Vauguion fut remise à pied. Le cadre de celle du capitaine Testard fut 
dirigé sur les Terres chaudes de Vera-Cruz, pour y organiser une compagnie 
franche; cette dernière devait se recruter en route parmi trois cents hommes 
récemment arrivés d'Afrique et se dirigeant sur Guadalajara. Dès qu'elle fut 
formée, elle alla s'établir à Cordova, afin d'assurer les communications entre 
cette ville et Paso-dcl- Macho. 

Le 4 novembre, l'étal- major et les cinq compagnies restées à Guadalajara 
se mirent en route pour Mexico, où ils arrivèrent le 27, après une absence 
de deux années. Le même jour, arrivèrent également AIM. de Saint- Julien, 
lieutenant; Marquiset et Bclkassem-ben- Mohamed, sous -lieutenants, et une 
trenlaine d'hommes appartenant à la 2« compagnie, et faits prisonniers au 
combat de San -Pedro. On les avait emmenés en captivité à Oposura, au fond 
de la Sonera, où pendant près de dix mois ils étaient restés sans nouvelles de 
leurs familles et des événements. Plusieurs fois, sans pouvoir y réussir, ils 
avaient tenté de s'échapper; enfin ils avaient été délivrés par le chef indien 
Tanori, et, au prix de faligues et de privations inouïes, étaient ensuite par- 
venus à gagner les premiers postes français. Au commencement de décembre, 
la 6« compagnie, détachée à Cordova, rallia à sou tour, et tout le bataillon 
se trouva pour un moment réuni dans la main de son chef. 

Son séjour à Mexico fut pour lui une période do repos , ou plutôt d'un 
simple service de garnison ; pendant trois mois , à l'exception de la ti«* compa- 
gnie qui, après être rentrée de Cordova, fut, au bout d'à peine un mois, 
renvoyée dans cette même région, il ne prit part à aucune opération de 



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[1866] AU MEXIQUE 279 

ils s'étaient simplement retirés à Jungapéo , à quinze kilomètres de Zilacuaro. 
Dès qu'il en fut informé, le commandant de Leuchey organisa deux colonnes, 
qui se mirent en route le 11 au matin. La première, composée de la 1<« com- 
pagnie et de deux pelotons de la compagnie montée, devait, sous les ordres 
du commandant , se diriger directement sur Jungapéo , en passant par Ocurio ; 
la deuxième , commandée par le capitaine de Vauguion , et comprenant la 
5* compagnie et un peloton de la compagnie montée, arait pour mission de 
gagner Comenbiaro , afin de couper à l'ennemi la retraite sur Tusantla. Cette 
manœuvre eut un plem succès : croyant fuir les troupes françaises , les Mexi- 
cains vinrent défiler à portée de fusil de la compagnie du capitaine de Vau- 
guion, perdirent ainsi quelques hommes tués ou blessés , et furent poursuivis 
jusqu'à la Mesa-de-Caparo. Le lendeiqain, les deux colonnes, n'en formant 
plus qu'une seule, rentrèrent à Zitacuaro, en passant par Comenbiaro et en 
poussant une recon|iaissance jusqu'à Jésus -dcl- Rio. 

A la fin du mois, la pacification du pays, en apparence du moins, était 
fort avancée; plusieurs bandes tenaient encore la campagne; mais, conti- 
nuellement harcelées par les sorties de la garnison, elles erraient plutôt en 
fugitives qu'elles n'étaient inquiétantes pour nous. La mise en état de défense 
do Zitacuaro était maintenant achevée; quelques ouvrages en terre, appuyés 
ou flanqués par des murs crénelés, un casernement pouvant servir de réduit, 
tel était l'ensemble des fortifications dans lesquelles allait être laissé le ba- 
taillon mexicain qui devait succéder aux Tirailleurs algériens. Ces dispositions 
prises, et croyant ce poste désormais à l'abri d'une surprise, le commandant 
de Leuchey mit la dernière main à l'organisation du bataillon auxiliaire, et 
se mit en route le l^^ juin avec les Tirailleurs, pour gagner d'abord Toluca et 
ensuite Mexico. Déjà , le 29 mai , la 4® compagnie avait commencé le mouve- 
ment en se portant à San- José- Molacatepel. 

Le jour de son départ de Zitacuaro , le bataillon coucha à Chorcados. -Le 
lendemain , la marche fut reprise et l'on atteignit Cocomesco ; la 4* compagnie 
se conforma à ce mouvement, en envoyant Tune de ses sections dans cette 
dernière localité et en poussant l'autre jusqu'à la Gavia. Le 3 juin , le com- 
mandant de Leuchey, avec les 1<^, 2* et 3* compagnies, fit une pointe vers 
Los-Ahocados, où se trouvaient quelques guérilleros , qui s'enfuirent précipi- 
tamment. Il avait laissé la 5^ compagnie à l'Assomption do Molacatepel 
pour protéger un convoi d'argent; quant à la 4«, elle avait une section qui 
gardait les bagages à Cocomesco, et une autre qui venait d'arriver à Toluca. 
Le 4, la 5« compagnie rejoignit le gros du bataillon à Los-Ahocados, et les 
quatre compagnies réunies sur ce point rentrèrent à Cocomesco. Là le com- 
mandant apprit que Régulés , trompant la vigilance du général Mondes, s'était 
présenté devant Zitacuaro , en avait chassé la garnison mexicaine et rasé les 
quelques travaux qu'on y avait exécutés. Il revint en toute hâte sur ses pas , 
avec les l'*, 2«, 3* et 5« compagnies , et rentra sans coup férir dans Zitacuaro, 
où vinrent le rejoindre les deux sections de la 4* compagnie. On travailla jour 
et nuit à remettre les fortifications en état; les fuyards du bataillon mexicain 
rentrèrent peu à peu, et, au bout de quelques jours, le poste se trouva de 
nouveau en état de résister à une agression. Tout en s'occupant de cette réin- 



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280 l'E 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [t866] 

siallation , le commandant de Leuchey , à la tète d'une colonne légère composée 
d'une section de la 2« compagnie, d*un peloton monté et de vingt-cinq auxiliaires 
mexicains , exécutait , le 9 juin , une sortie sur le village de San- José- Holaca- 
tepel, y surprenait un détachement ennemi, lui tuait deux hommes, lui en 
blessait un grand nombre et le dbpersait complètement. A la suite de ce coup 
de main, qui semblait de nouveau avoir rendu la sécurité au pays, il reprit 
le chemin de Toluca , laissant le bataillon mexicain seul dans Zitacuaro. 

liO 13, le bataillon do Tirailleurs campait do nouvoau à Cocomosco. Le 14, 
il se porta à l'Ascension de Molacatepcl , où il fit séjour les 15, IG et 17; le 18, 
il arriva à la Gavia. Le 19, Tétat- major, deux compagnies et deux pelotons 
de la compagnie montée poussèrent jusqu'à Toluca; les autres compagnies 
restèrent à la Gavia. On pensait enfin prendre cfuclques jours d'un repos dont 
le besoin commençait à se faire sérieusement sentir, quand tout à coup on 
apprit que Zitacuaro était encore attaqué par les forces du général Ugaldc. 
Pour la deuxième fois, nos compagnies durent revenir sur leurs pas. Le 21 , 
le groupe de la Gavia, qui se trouvait le moins éloigné, rétrograda sur TAs- 
cension de Molacatepel, et, le 23, arriva à Zitacuaro, où il fut rejoint deux 
jours après par celui qui se trouvait à Toluca. 

Dès le lendemain 24, le commandant de Leuchey se mit à la recherche de 
l'ennemi, qui, selon son habitude, s'était empressé de fuir à rapproche des 
Tirailleurs. II l'atteignit, échangea avec lui quelques coups de fusil, le mit en 
pleine déroute, et, comme représailles, livra aux flammes les villages de San- 
Francisco -Filopetec, de San-Andres et l'hacienda del Bosque. Le 25, deux 
compagnies se portèrent à San- Felipe pour protéger l'arrivée d'un détachement 
mexicain destiné à renforcer la garnison. Ce détachement arriva le soir même 
et fut fondu avec le bataillon auxiliaire, qui, dans la dernière attaque qui avait 
été dirigée contre la place , s'était assex bien conduit. 

•Le 26, les Tirailleurs algériens reprirent, pour la troisième et dernière fois, 
le chemin de Toluca. Les cinq compagnies s'arrêtèrent le soir à l'Ascension 
de Molacatepel, et, le 27, arrivèrent à la Gavia. Le 28, deux d'entre elles 
restèrent dans cette localité, pendant que les trois autres et l'état- major 
allaient s'établir à Toluca. 

Le 12 juillet, vint l'ordre de rentrer à Mexico. Les deux compagnies restées 
à la Gavia rejoignirent à Toluca le 13, et, le 15, eut lieu le départ de tout le 
bataillon. Le soir, on arriva à Ixlahura, et, le 16, à Tamayaoya. Le 17, on 
fit la grand'halte à l'hacienda de Mayorasco. A ce moment, le commandant 
de Leuchey fut prévenu qu'une troupe d'infanterie et de cavalerie ennemies , 
ignorant la présence des Français, arrivait pour s'établir à la même hacienda. 
Il fit immédiatement monter à cheval deux pelotons de cavalerie, donna l'ordre 
à une section de la 2* compagnie d'appuyer leur mouvement, et se jeta à la 
recherche des Mexicains, qu'il ne tarda pas à atteindre, et dont il détruisit 
l'infanterie près d'un rancho situé à quelques kilomètres de Mayorasco. Il 
continua ensuite, pendant quinze kilomètres, la poursuite de leur cavalerie 
avec les deux pelotons montés, la sabra, la dispersa, et rentra à l'hacienda 
après avoir tué vingt-deux hommes & l'ennemi, pris doute chevaux, des fu- 
sils, des armes, des munitions. 



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[1866] AU MEXIQUE 281 

Le 18, le bataillon reprit sa marche et alla coucher au moulin du rio Undo; 
le 19, il arrivait à Mexico. 

Pendant que les cinq premières compagnies donnaient ainsi , dans le Mi- 
choacan, une si haute idée de ce que peut une troupe dont le dé?ouement 
n*e8t jamais au-dessous des difBcultés même les plus imprévues , la 6* com- 
pagnie, que nous avons rue repartir pour les Terres chaudes de Vera-Cruz, 
faisait dans ce pays un service des plus pénibles, consistant dans une pour- 
suite continuelle des guérilleros qui troublaient la sécurité de nos commu- 
nications entre Cordova et Paso-del- Macho. Du 18 mars au 1*** mai, elle 
avait, conjointement avec le bataillon nègre égyptien et quelques Mexicains 
alliés, fait une longue et fatigante expédition dans le sud de TÉtat de Vera- 
Cruz, dans le but de rejeter au loin les bandes dissidentes du colonel Garcia. 
Cette opération s'était terminée avec succès, et la compagnie était ensuite 
rentrée à Paso-del-Macho, d'où elle n*avait pas tardé à revenir à Cordova. Le 
20 juillet, c'est-à-dire le lendemain de sa rentrée à Toluca, la compagnie 
montée (3«) quittait Mexico pour aller la rejoindre; les autres devaient à leur 
tour prendre cette direction, mais auparavant on leur accordait un repos 
qu'elles avaient bien mérité. 

La situation générale, que nous avons vu si peu satisfaisante à la fin de 
Tannée 1864, avait empiré au point de devenir alarmante dès les premiers 
mois de 1865. Chaque jour les progrès des libéraux resserraient plus étroite- 
ment le cercle d'investissement qui se formait autour du territoire occupé par 
nos postes. Impuissant à se maintenir au moyen de ses propres ressources, 
l'empire de Maximilien ne subsistait plus que par la France, qui, lasse à son 
tour des sacrifices en hommes et en argent que lui coûtait cette guerre qui 
devenait de plus en plus impopulaire, songeait maintenant à rappeler ses 
troupes et & nimndonncr le pnys à son propre sort. Déjb les États-Unis, aux- 
quels la fin de la guerre de sécession venait do rendre une entière liberté de 
mouvements, commençaient à peser de tout leur poids dans la balance poli- 
tique en faveur de Juarez , qu'ils reconnaissaient comme le seul légitime chef 
du gouvernement mexicain ; des complications pouvaient surgir d'un moment 
à l'autre; d'autres plus graves existaient à l'élat latent par suite de la mésin- 
telligence qui était survenue entre le maréchal Bazaine et l'empereur Maxi- 
milien; il fallait donc prévoir, à courte échéance, l'intervention d*un dénoue- 
ment que les moins pessimistes ne se dissimulaient plus. 

Le 13 août, Tétat- major du bataillon et les quatre compagnies qui se 
trouvaient à Mexico quittèrent cette ville pour se rendre à Cordova. C'était 
pour toujours que les Tirailleurs algériens abandonnaient la région des hauts 
plateaux : leur séjour dans les Terres chaudes devait se prolonger jusqu^à 
leur embaquement pour l'Algérie. On arriva à destination le 27. Dès le 29, 
les compagnies furent ainsi réparties : la i<^, une section à Paso-del-Macho et 
l'autre à Camarone; la S*', à Cordova; la 4<>, à la Soledad; la 5*, à Cordova; 
la 6® à la Soledad. Vingt hommes de l'escadron étaient détachés à Orizaba. 
L'état-major se trouvait à Cordova. 

Pendant toute la durée du mois de septembre, il n'y eut d'autre change- 
ment que celui de la 4* compagnie, qui rentra à Cordova le 11. Vers la fin 



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282 LB 3* RÉrsiMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l896] 

d'octobre, rélat-major, les l)^ et 2* compagnies et une section de la 5* furent 
concentrées à Vera-Cruz; l'autre section de la 5* fut détachée à la Tejeria. 
Dans le courant de ces deux mois, la fièvre jaune fit de cruels ravages dans 
la plupart des postes désignés ci- dessus. Le nombre des victimes s'éleva à 
cent trente sur six cents hommes environ que comptait encore le bataillon. 
Parmi ces dernières se trouvaient quatre officiers. 

Le restant de Tannée 1866 s'écoula sans amener d'événement important ; 
quelques surprises de guérillas, des courses et des fatigues continuelles dans 
le but d'assurer le passage des convois, tel fut le bilan de cette période , pen- 
dant laquelle les Tirailleurs continuèrent à occuper Vera-Cruz, Paso-del-Hacho 
et la Tejeria. Le 1*' décembre, le capitaine Senac, du 2« régiment, tomba 
avec huit Tirailleurs dans une embuscade près de Paso-del-Hacho. Il perdit 
deux hommes tués et trois blessés, mais parvint cependant à se dégager de 
ce mauvais pas. Quelques jours après il prit sa revanche en allant attaquer 
Puoblo-Viego, occupé par les libéraux, et en faisant subir à ceux-ci des 
pertes considérables. 

On décret du 21 décembre vint nommer le commandant Guyot de Leuchey 
au grade de lieutenant -colonel. Ce n'était là qu'une juste récompense des 
brillants services rendus par cet officier depuis qu'il se trouvait à la tête du 
bataillon de Tirailleurs algériens. Ce fut le commandant Clemmer, du régi- 
ment étranger, qui fut désigné pour le remplacer. H. Clemmer avait été pen- 
dant longtemps capitaine au i^ régiment, et était parti pour le Mcxi(|uo avec 
le détachement fourni par ce dernier. 

Le 6 janvier 1867, le bataillon, sous les ordres du capitaine Cailliot, aJju- 
dant-major, fut envoyé à Hedellin , tombé au pouvoir des juaristes par suite 
de la défection d'un escadron mexicain. Arrivés à Jamapa, les Tirailleurs se 
joignirent à la contre-guérilla du colonel de Galliffet. Ce dernier ayant pris le 
commandement de l'expédition, on se porta immédiatement sur la ville, qui 
fut précipitamment évacuée par les dissidents. Hais, se jetant à leur pour- 
suite avec lu cavalerie et la compagnie montée du cupiluino Urault, le colonel 
les atteignit à quatre kilomètres de là, et, malgré la supériorité de leur 
nombre, les mit en pleine déroute. Cet engagement devait être le dernier 
auquel allaient assister les Tirailleurs algériens sur la terre du Mexique. 

L'ordre du rapatriement du corps expéditionnaire était arrivé ; toutes les 
troupes rétrogradaient vera Vera-Cruz, où leur embarquement devait s'effec- 
tuer successivement au fur et à mesure de l'arrivée des transports envoyés do 
France à cet effet. En vue de ce départ, les compagnies de Tirailleurs déta- 
chés à Paso-del-Hacho et à Tejeria, furent relevées par des garnisons mexicaines 
et rallièrent les autres à Vera-Cruz. Avant de se séparer du bataillon, qu'il 
avait toujours apprécié d'une façon toute particulière, le commandant en chef 
lui adressa un ordre d'adieux qui se résumait ainsi : 

c Officiers et soldats, 

« Plus qu'aucune autre troupe, le bataillon de Tirailleurs algériens a pris sa 
large part des travaux et des luttes de rexpédition du Mexique; partout où il 
y a eu de rudes combats à livrer, partout où il a fallu poursuivre d*insaisis- 



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[1867] AU MEXIQUE 283 

sables ennemis par des marches continuelles, partout où il a fallu affronter le 
climat meurtrier des tropiques , les Tirailleurs ont soutenu glorieusement l'hon- 
neur du nom franjais. Toujours ils ont déployé la plus grande bravoure en face 
de Tennemi, la plus héroïque abnégation devant la mort sans écho des am- 
bulances. 

« Retournez dans votre patrie, braves Tirailleurs, fiers du devoir accompli. 
Vos frères d*armes de Tarmée d'Afrique vous attendent pour vous féliciter de 
vos exploits sur la terre lointaine du Mexique. 

c Meiico, le 4 janvier 1867. 

« Le maréchal commandant en chef, 
« Signé : Bazainb. » 

Le départ des Tirailleurs devait s^eflectuer en trois détachements, chacun 
comprenant les hommes du même régiment. 

Le 20 février, le commandant Clommer vint prendre le commandement du 
bataillon. Le 22, eut lieu le départ du détachement d'Oran; le 26, de celui 
d*Alger; celui de Constantine 8*embarqua le 28 sur VEvare, qui prit la mer le 
lendemain l^^ mars, et arriva à Philippeville le 9 avril. Le 17 avril, les Ti- 
railleurs du > régiment qui avaient pris part à l'expédition du Mexique ren- 
traient à Constantine aux acclamations do la population. 

Le bataillon provisoire de Tirailleurs algériens, parti d'Alger le 9 sep- 
tembre 1862, avait été licencié d'une façon officielle à la dald du 8 avril 1867. 
L'absence de ce bataillon avait duré cinquante-cinq mois, pendant lesquels il 
n'avait cessé de prendre part aux opérations actives, aux marches, aux com- 
bats, aux travaux dont le Mexique avait été le théâtre, concourant aux ser- 
vices les plus divers, aux missions les plus périlleuses, occupant les postes 
les plus malsains, et donnant partout les preuves d'une solide discipline et 
d'un infatigable dévouement alliés à une bravoure qui avait toujours provoqué 
la crainte et l'admiration de l'ennemi. Ainsi que le disait le maréchal com- 
mandant en chef, aucune troupe ne s'était plus prodiguée que les Tirailleurs 
algériens; tour à tour fantassins ou cavaliers, dans ces deux rôles ils avaient 
également su déployer leurs incomparables qualités : cette audace mêlée de 
ruse, de patience parfois, cette science ou plutôt ce profond instinct de la 
guerre, qui on avait fait do si remarquables éclaircurs devant Sébastopol, de 
si redoutables soldats de montagne en Kabylie. 



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CHAPITRE Xll 



Opérations en Algérie pendant les années 1864 et 1865. — Colonne du Tuggurt — Co- 
lonne de Test. — Insurrection de 1864. — Mesures prises pour arrêter ses progrès 
dans la province de Constantine. ^ Opérations des colonnes Briand, Gandil et Seroka. 

— Le colonel de Lacroix prend le commandement des troupes réunies à Bou-Saàda. — 
Combat de Teniet-er-Rihh. — Attaque du camp de Dermel. — Mouyements combinés 
des colonnes Yusuf et de Lacroix. — Fin des opérations actives. ^ Ravitaillement • 
de Laghouat. — Colonne mobile de Bou-Saàda. — Le colonel de Lacroix est nommé 
général, et le lieutenant-colonel Gandil colonel. ^ Colonne d'observation de Bou-Saàda. 

— Mardie de la colonne Seroka sur Ouargla. — Colonne de Takilouut. ^ Combats des 
24 novembre 1864, 20 mars et 4 avril 1805. 



Afin de suivre les détachements du 3* Tirailleurs dans les lointaines et glo- 
rieuses expéditions du Sénégal, de la Cochincbine et du Mexique, nous avons 
laissé rhistorique de la portion du régiment restée en Algérie à la fin de Tan- 
née 1863. 

A cette époque, la province de Constantine jouissait d*une parfaite tranquil- 
lité. Les premiers mois de l'année 1864 s'écoulèrent sans modifier cet état de 
choses, sans que rien vint môme faire supposer qu'il ne dût pas se continuer 
indéfiniment. L'ordre régnait partout, nos relations avec les chefs indigènes 
semblaient des meilleures, les tribus se livraient régulièrement à leurs tra- 
vaux habituels; tout, en un mot, respirait le calme et la paix. On en était à 
croire à la soumission complète et désormais certaine de l'Algérie, quand tout 
à coup un fait grave, survenu dans la province d'Oran, vint profondément 
agiter les esprits. Nous voulons parler de l'assassinat du lieutenant-colonel 
Beauprôtre. 

Cet oflBcier supérieur était commandant du cercle de Tiaret lorsque, au mois 
de mars, lesOuled-Sidi-Cheiks commençant à donner quelques inquiétudes 
et à laisser deviner quelques indices de rébellion , il se porta contre eux avec 
son goum et quelques spahis. Arrivé au milieu des dissidents, il fut trahi par 
son escorte, surpris dans son camp et Iflchement tué par ses ennemis. 

L'eflet produit par ce coupable attentat fut immédiat : tout le sud de la 
province d'Oran se mit en insurrection. Cependant, malgré l'émotion qui ré- 



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[1867] LE 3° RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE 285 

gnait dans les autres, malgré la facilité extraordinaire arec laquelle les tribus 
sahariennes obéissent à un mot d'ordre parti d'un point quelconque des im- 
menses espaces qu'elles parcourent journellement, la révolte ne semblait pas 
devoir sortir de son foyer, ou tout au plus du sud de la province d'Alger. L'op- 
portunité de mesures préventives ne s'en faisait pas moins sentir dans toute 
l'étendue do nos possessions, et, pour ce qui concernait la province de Cons- 
tantine, le général Desvaux, qui commandait alors la division, connaissait trop 
bien les populations de TOued-R'rir et de l'Oued -Souf pour ne pas juger de 
l'utilité de les faire spécialement surveiller. Aussi , dès les premiers jours d'a- 
vril, le colonel Seroka, commandant la subdivision de Batna, eut- il mission 
d'organiser une colonne et de se porter avec elle à Tuggurt. 

Dans la composition de cette dernière devait entrer un bataillon de marche 
do Tirailleurs algériens, sous les ordres du commandant Mercier de Sainte- 
Croix. En conséquence, la 4® compagnie du 1«' bataillon (lieutenant Corréard), 
la 7» du 2« (lieutenant Boswiel ) et la 7« du 3« quittèrent Constantine le 12 avril, 
et arrivèrent le 15 à Batna. 

Le 18, la colonne se mit en route se dirigeant sur Biskra, où elle prit la 2* com- 
pagnie du l^''' bataillon (capitaine Berthomier). Arrivée à Tuggurt le 30 du 
môme mois, elle y séjourna quelque temps, parcourant les oasis des environs; 
puis elle reprit le chemin de Batna et rentra dans ce poste dans les premiers 
jours do juillet , sans avoir remarqué nulle part ni dispositions hostiles ni 
symptômes de soulèvement. La 2« compagnie du 1*' bataillon avait été laissée 
à Biskra au passage; les trois autres rentrèrent à Constantine le 18 juillet. 

En môme temps que le colonel Seroka assurait ainsi , pour le moment du 
moins, la tranquillité autour de nos postes du sud, le général d'Exéa, com- 
mandant la subdivision de Bône, faisait le long de la frontière tunisienne, et 
particulièrement dans les environs de Tebcssa, l'excursion qu'on avait l'ha- 
bitude d'y foire chaque année, autant pour y maintenir l'ordre que pour re- 
fouler sur leur territoire certaines tribus de la Régence dont les empiétements 
tendaient constamment à se renouveler. Cette colonne s'organisa à Souk-Arras. 
Deux compagnies de Tirailleurs, les l*"* (capitaine Vivenot) et 3« (capitaine 
Lacroix) du 3« bataillon, furent désignées pour en faire partie. 

A cet eflet, elles quittèrent Bône le 27 mai, sous les ordres du comman- 
dant Seriziat , et arrivèrent à Souk-Arras le 31. Là se réunirent successivement 
un bataillon du 4« de ligne, deux du GS^', un du 83<<, deux escadrons de chas- 
seurs d'Afrique, un de chasseurs de France, un autre de spahis et une section 
d'artillerie, soit environ trois mille hommes. 

Ces troupes quittèrent Souk-Arras le 17 juin, et arrivèrent à Tebessa le 25; 
elles rayonnèrent quelques jours autour de cette ville pour rassurer les tribus, 
et les défendre au besoin contre les incursions et les vexations des Fraichech 
et des Oulcd-bcnithanem , puis elles revinrent sur Souk-Arras et se dirigèrent 
sur la Celle en suivant la frontière. Il s*agissait de châtier une fraction des 
Ouled-Ali, qui avaient accueilli à coups de fusil un officier du bureau arabe 
et son escorte de spahis. 

Lorsqu'on arriva sur le territoire des dissidents, ceux-ci avaient déjà passé 
la frontière pour se réfugier en Tunisie. Les y poursuivre, comme on l'avait 



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286 LE 3^ RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS (t864 

déjà bit d*autre8 fois, eût été s'engager dans des complications que la gravité 
des faits n'exigeait nullement; le général se contenta de faire ravager la con- 
trée, et d'ordonner la destruction des habitations et des récoltes de toute la 
population émigrée. Sur ces entrefaites, un soldat ayant été assassiné à quelques 
kilomètres du camp par une autre fraction de la même tribu, le goum et les 
deux compagnies de Tirailleurs furent chargés d'exécuter la même opération 
sur une plus grande étendue de pays. Les Ouled-Ali essayèrent de s'y oppo- 
ser, et il s'en suivit sur l'Oued-Rehan un léger combat dans lequel les Tirail- 
leurs eurent un homme blessé. 

Le 9 août, la colonne arrivait à la Galle sans avoir eu d'autres difficultés 
à surmonter. Le lendemain, elle était dissoute , et les deux- compagnies du 
régiment se mettaient en route pour BAne, où elles étaient de retour le 
14 août. 

Cependant les troubles qui s'étaient manifestés dans la province d'Oran 
n'avaient pas lardé à prendre une exlension inquiétante et à gagner les autres 
province où ils avaient, en peu de jours, fait de rapides progrès. Il n'y avait 
pas de doute, c'était bien une insurrection générale qui se déclarait : un 
souffle de haine et d'indépendance tout à la fois s'était soudain levé au sein 
de tribus paisibles jusque-là, y avait ranimé toutes les vieilles hostilités et 
toutes les vieilles espérances, et la révolte agitait maintenant toute la région 
des Hauts-Plateaux, menaçant de pénétrer en Kabylie et de donner la main à 
un important soulèvement en Tunisie. De toutes parts avaient surgi de faux 
chérib; de tous côtés s'étaient répandus des prédicateurs de guerre sainte, 
dont le fanatisme s'aidait de toutes sortes de jongleries pour exciter l'enthou- 
siasme en proclamant Textermination des Français et le triomphe définitif 
de l'islam; partout les intrigants et les mécontents, plus nombreux qu'on ne 
les supposait, travaillaient activement ces dispositions belliqueuses de la po- 
pulation, en flattant au besoin l'ignorance de celle-ci. 

Devant cette situation, qui, dans la province de Constantine, semblait de 
jour en jour devenir particulièrement grave, le général Périgot, qui venait de 
remplacer le général Desvaux, s'occupa immédiatement d'assurer la sécurité 
de nos postes en organisant de nombreuses colonnes, dont quelques-unes, 
dites d^obiervatUm, devaient se contenter de surveiller le pays, pendant que 
les autres parcourraient le territoire des tribus qui s'étaient ouvertement ré- 
voltées. Ces opérations, qui devaient durer près d'une année, allaient em- 
brasser tout le sud de la province, toute la région de l'ouest et une grande 
partie de la Kabylie. Nous n'allons ici ne nous occuper que de celles concer- 
nant le 3« Tirailleurs. 

Dans le courant de la première période de la campagne, le régiment fut 
appelé à fournir des contingents à quatre des principales colonnes qui furent 
formées. Ces dernières étaient : 1» une colonne, dite d'Ouargla, commandée 
par le colonel Seroka et devant se réunir à El-Badj , à moitié chemin de Biskra 
à Tuggurt; 2<> une colonne de cavalerie, envoyée à Duu-Saàdu sous les ordres 
du lieutenant-colonel Briand, du 3^ chasseurs de France; 3<> la colonne du 
Hodna, organisée à Sétif par le lieutenant-colonel Gandil, du 3* Tirailleurs, 



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[1864] EN ALGÉRIE 287 

et placée plus lard, ainsi que les deux précAdentes, sous le commandement 
supérieur du colonel le Poilterin de Lacroix; 4« la colonne d'observation de 
Takitount. 

Vmci quelles furent les compagnies qui entrèrent dans la composition de 
chacune de ces colonnes, ainsi que le lieu et la date de leur départ pour se 
rendre à chaquo point de concentration : 

l^* Colonne Seroha, dite colonne d*Ouargla. 

(Deux compagnies, sous les ordres du capitaine-adjudant- major Cailliot). 

2<* compagnie du 1«' bataillon, partie de Biskra le 17 août. 

6* — dul«r — de Constantine le 29 août. 



2* Colonne Briand {réunie enmUe à la colonne Qandil). 
(Une compagnie, commandée par le capitaine Gabrielli). 
2^ compagnie du 2« bataillon, partie de Bou-Saâda le 7 septembre. 

3^ Colonne Gandil, dite colonne du Hodna. 

(Huit compagnies organisées en deux bataillons : !•', commandant de Sainte- 
Croix; 2^, capitaine Vivenot). 

4« compagnie du 1*^ bataillon, partie de Constantine le 29 août. 



6« 


— 


dul«' 


— 


de Constantine le 29 août. 


4e 


— 


du 2e 


— 


de Bordj-bou-Arréridj le 7 septembre. 


7« 


— 


du2o 


— 


de Constantine le 29 août. 


Iro 


— 


du 3* 


— 


de B6ne le 22 août. 


2« 


— 


du 3* 


— 


de Bône le 22 août. 


3« 


— 


du3o 


— 


de B6ne le 22 août. 


!• 


— 


du3« 


— 


deSétifle29août. 



4* Colonne d'ohw^vaiion de Takitowît. 

(Quatre compagnies formant un bataillon, sous les ordres du capitaine Dos- 
maison). 

l^* compagnie du 2« bataillon , partie de Constantine le 29 août. 
3« — du2o — de Bougie le 29 août. 

5» — du 2» — do Bougie le 1" juillet. 

6» — du2« — de Bougie le !•' juillet. 



Soit un total de quinze compagnies, représentant un eOectif de mille cinq 
cents hommes environ. 



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288 LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1864] 

L'insurrection sembluil avoir pour contro la région du llodna, et s'étendait 
sur tout le pays compris dans le triangle H'Sila, Aumale et Bou-SaAda, avec 
des ramifications vers Bordj-bou-Arréridj et en Kabylie. Déjà les troupes de la 
province d* Alger, sous la direction supérieure du général Yusuf , parcouraient 
les cercles d'Aumale, de Boghar et de Djeira; en se hfltant vers H*Sila et Bou- 
SaAda, on pouvait espérer enfermer les dissidents entre les forces convergentes 
des deux divisions. Malheureusement quelques hésitations qui se produisirent 
au début des opérations ne permirent pas de donner à ce plan Tensemble 
qu'il eût fallu dans son exécution. 

La colonne Gandil commença la première son mouvement; le 5 septembre, 
elle quitta Sétif, et, le lendemain, arriva à Bordj-bou-Arréridj, d'où elle re- 
partit le 7, se dirigeant sur M'Sila, qu'elle atteignit le 9. On s'attendait à y 
trouver la colonne Briand ou tout au moins des renseignements faisant con- 
naître son départ de Bou-SaAda. Au lieu de cela, circulait parmi les Arabes 
une nouvelle qui aurait pu paraître alarmante s*il n'avait fallu faire la part 
de l'exagération; d'après eux, cette colonne avait été surprise par les dissi- 
dents, et, complètement battue, s'était vue obligée de rentrer à Bou-SaAda, 
où maintenant elle se trouvait bloquée. Justement inquiet, le colonel Gandil 
fit aussitôt prendre de sérieuses informations, et bientôt les faits se trouvèrent 
rétablis dans toute leur vérité. Voici ce qui s'était passé. Sorti de Bou-SaAda 
le 7 septembre, avec trois escadrons de cavalerie, deux compagnies d'infan- 
terie dont une do Tirailleurs algériens (i^ du 2«>) et deux pièces «le canon, le 
colonel Briand était arrivé le lendemain 8 sur rOued-Chellal. Là il avait appris 
que les Ouled-HAdhi l'attendaient en armes au puits de Dayet-el-lleubarra; 
trompé par des renseignements exagérés qui lui représentaient tout le llodna 
soulevé , la ville de M*Sila et tout le pays en insurrection jusqu'à Bordj ; per- 
suadé par des rapports malveillants qu'il n'y avait pas à compter sur la 
fidélité du bach-agha à notre cause; ignorant enfin le mouvement vers H'Sila 
qu'exécutait à ce moment la colonne Gandil, il s'était cru trop faible pour 
percer la masse de ses ennemis, et, après une escarmouche do deux heures, 
livrée sans succès ni pertes, il s'était replié sur Baniou et Bou-SaAda. 

Il n'en fallut pas davantage, aux yeux de ces populations crédules et fana- 
tiques, pour leur laisser croire que les rebelles venaient de remporter une 
grande victoire; le bruit s'en répandit avec une rapidité extraordinaire, et la 
plupart des tribus qu'une certaine hésitation maintenait encore dans le devoir 
se jetèrent aussitôt dans le mouvement insurrectionnel. Au bout de quelques 
jours, tout le llodna fut en feu; la situation, do grave qu'elle était, pouvait 
devenir critique : il n'y avait pas une minute à perdre pour conjurer le danger. 

Ce qui importait d'abord , c'était la jonction des colonnes Briand et Gandil. 
Des ordres furent donnés dans ce sens, et le colonel Briand, se remettant en 
route, arriva le 14 septembre à M'Sila sans avoir eu, malgré les nombreux 
contingents qui parcouraient le pays, de combat sérieux à livrer. Ce mouve- 
ment eut pour résultat immédiat de rejeter le gros des insurgés du côté du 
Sebkha-Zahres , et de dégager ainsi la plus grande partie du llodna. 

Pendant ce temps, le colonel Seroka avait été arrêté dans son mouvement 
de Biskra vers le sud et rappelé dans le Tell. 11 revint à marches forcées, 



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[1864] EN ALGÉRIE £89 

Qvec touto sa colonno, comprenant deux compognies de Tirailleurs « quatre 
compagnies d*éKte du 66^ et cinq escadrons de cavalerie, et, le 16 septembre, 
arriva à son tour à M*Sila, où il prit le commandement de toutes les troupes 
qui s'y trouvaient alors réunies, troupes dans lesquelles entraient onze com- 
pagnies du régiment. Le 18, il en repartit avec les trois colonnes pour so 
rendre à Bou-SaAda, qu'il atteignit le 20, sans avoir eu à tirer un seul coup 
de fusil. 

La région dans laquelle il s'agissait maintenant d'aller combattre l'insur- 
rection était peu connue; on la savait seulement difficile, peu habitée, et 
protégée au sud par le vaste massif du Medjedel , dont on ignorait absolument 
la topographie. Les Arabes alliés prétendaient que dans cette partie elle 
était inexpugnable pour une colonne aussi faible en infanterie, d'autant plus 
que les insurgés avaient appelé les gens de Boghar, de Djelfa et d'Aumale, et 
(|u'ils devaient être on nombre pour garder les principaux défilés. Rendu pru- 
dent par ces renseignements, dont la plupart étaient erronés ou volontaire- 
ment exagérés, le colonel Seroka demanda des renforts au général do division, 
et ne voulut rien entreprendre avant l'arrivée du colonel le Poittevin de La- 
croix, désigné pour prendre la direction supérieure des opérations. 

Cette circonspection, dont on ne saurait cependant contester la sagesse, 
avait un grand défaut, celui de manquer d'opportunité. Chaque jour de retard 
ajoutait plus à la force et à la confiance de l'ennemi , que nous ne pouvions 
gagner par l'appoint des renforts attendus : il fallait agir vite, frapper l'ima- 
gination des populations, prendre une vigoureuse oflensive, et détruire ainsi 
la légende d'impuissance qui s'était rapidement établie à notre égard après 
l'événement survenu à la colonne Briand. Un fait vint bientôt démontrer ce 
qu'une telle prudence avait d'exagéré. 

I^ 22 septembre, le commandant de Sainte-Croix, ayant sous ses ordres 
le goum et un bntoillon de Tirailleurs algériens, fut envoyé à environ dix ki- 
lomètres du camp pour exécuter une razzia sur une fraction des Ouled-Sidi- 
Brahim. A la suite d'une marche rapide, faite de nuit dans le lit de l'Oued- 
Maîter, il faillit surprendre un fort parti d'insurgés au col de Tessa. Ceux-ci 
s'enfuirent précipitamment en nous abandonnant une partie de leurs trou- 
peaux. Il aurait été facile de les poursuivre, de les atteindre, de leur tuer du 
moudre; mais les instructions du colonel Seroka étaient formelles, et le com-* 
mandant de Sainte-Croix dut, bien contre son gré, arrêter son mouvement et 
reprendre le chemin de Bou-SaAda. 

Le même jour arriva le colonel de Lacroix. N'envisageant pas la situation 
au même point de vue que son prédécesseur, il se prononça aussitôt pour une 
marche en avant. ^Calculant, en effet, que les renforts demandés au général 
n'arriveraient pas avant dix ou douze jours; convaincu que le temps perdu et 
cette inactivité apparente ne feraient qu'exalter l'audace do l'ennemi et lui 
donner de nouveaux adhérents, il résolut de commencer immédiatement les 
opérations avec les seules forces qu'il avait sous la main. En conséquence, le 
26 , il écrivit au général Yusuf afin de lui proposer un mouvement simultané 
pour surprendre et envelopper les tribus révoltées. Le général se porterait 
rapidement aux débouchés d'Ain -Khala, sur l'Oued -Medjedel, et do Raîam- 

19 



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890 LE 3^ RÉOIIIBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1864] 

Chergui, au sud de rextrémité ouest du Sebkha-Zahrez, pendant que lui, le 
colonel de Lacroix, arriverait par Bordj-Hedjebel, fermant ainsi la porte de 
la souricière où il pensait que se réfugieraient les rebelles avec leurs femmes, 
leurs tentes, leurs richesses et leurs troupeaux. 

Jugeant que la réponse ne se ferait pas longtemps attendre, le 29, le colo- 
nel se mit lentement en marche par le chemin de Dermel , faisant répandre 
le bruit qu'il rejoignait le général Yusuf du côté de Djcifa, et que les opérations 
oBensives ne commenceraient qu'après cette concentration et probablement 
du côlé d'Aîn-Hicb. Un mouvement vers Selim, déjà prononcé par le général 
Yusuf, devait tromper l'ennemi et le laisser sans inquiétude pour ses der- 
rières, en lui faisant croire que le bruit répandu était vrai.^ 

Le 30, la colonne campa à Dermel , village situé sur l'oued de ce nom , à 
dix-huit kilomètres au sud-ouest de Bou-Saûda. De ce point, la colonne pou- 
vait en deux jours se porter à Bordj-Medjebel , et par suite concourir aux opé- 
rations du général Yusuf dès qu'on aurait la réponse do celui-ci. 

En apprenant notre mouvement, les insurgés s'étaient rapprochés jusqu'à 
Teniet-er-Rihh, dans le but de protéger leurs troupeaux répandus dans la 
plaine de Temça ; bientôt môme leurs avant-postes se trouvèrent en présence 
de nos goums, qui avaient été laissés à la sortie do la gorge de l'Oued-Dermel. 

Vers quatre heures et demie du soir, le colonel reçut avis que notre bach- 
agha, s'étant trop avancé, se trouvait à six kilomètres du camp dans une po- 
sition fort diflBcile, ne pouvant ni reculer sans danger, ni attaquer avec quel- 
que chance de succès. Il se faisait tard; on ne pouvait songer à engager une 
action sérieuse à une telle heure et dans un lieu si peu choisi pour cela. Le 
lieutenant -colonel de la Jaille, du ^^ chasseurs d'Afrique, reçut l'ordre de 
monter à cheval avec les cinq escadrons de la colonne Seroka , et de se porter 
au secours du goum en ayant soin d'éviter tout engagement. Cent cinquante 
Tirailleurs, montés à dos de mulets, devaient appuyer ce mouvement et cou- 
vrir la retraite de la cavalerie. 

A cinq heures et demie, cette colonne arrivait en face de l'ennemi, qui avait 
occupé avec son infanterie le col de Teniet-er-lUhli, et déployé sa cavalerie 
dans la plaine afin de couvrir le chemin de Temça. Au lieu de se conformer 
aux sages prescriptions qu'il avait reçues, le colonel de la Jaille crut devoir 
repousser les rebelles avant de commencer sa retraite. Disposant sa cavalerie 
en deux groupes, il fit aussitôt charger l'ennemi de face et de flanc. En un 
instant la plaine fut balayée; mais les cavaliers arabes allèrent se réfugier près 
de leur infanterie, et deux escadrons qui essayèrent de les y poursuivre furent 
ramenés à leur tour après avoir été cruellement décimés. 

Le jour baissait, le commandant de la colonne appela à lui les cent cin- 
quante Tirailleurs algériens, qu'il avait jetés sur la droite, les déploya perpen- 
diculairement à la route et fit sonner la retraite. Celle-ci s'opéra en bon ordre ; 
soit que les Arabes eussent trop souffert dans ce combat de cavalerie, soit 
que l'apparition soudaine d'une troupe d'infanterie leur fit craindre quelque 
embuscade, contre leur habitude, ils no nous poursuivirent pas. Les Tirail- 
leurs n'eurent donc qu'à prot^er, par quelques feux exécutés avec un grand 
sang- froid, le mouvement rétrograde de nos escadrons, sans en arriver à un 



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[1864] EN ALGÉRIE 291 

engagement soutenu ; l'un d'eux, le sergent M'Hamed-ben-M'Hamoud, allait 
cependant trouver l'occaBion de ae signaler par un acte de braroure inspiré 
par le plus noble dévouement. 

En se portant sur la ligne, ce sous-officier aperçoit un blessé laissé sur le 
champ de bataille, à cent mètres do l'ennemi. N'écoutant que son courage, 
il se porto résolument en avant avec quelques hommes qu'onlraino son 
exemple, essuie plusieurs coups de feu et revient, rapportant deux chasseurs 
grièvement blessés, qu'il arrache ainsi à une atroce agonie. 

A huit heures du soir, le détachement du colonel de la Jaille rentrait au camp. 

Le combat de Teniet-er-Rihh était un insuccès et une faute : un insuccès, 
car malgré les pertes que nous avions subies^, l'ennemi n'avait pu être 
délogé de ses positions ; une faute, car il allait encore augmenter la confiance 
des rebelles et grossir les difficultés déjà assez nombreuses qu'avaient créées 
nos précédentes hésitations. Les Arabes en exploitèrent habilement la nou- 
velle, en la semant avec autant d'éclat que d'exagération. L'effet en fut immé- 
diat; de toutes parts des tribus, jusque-là incertaines, envoyèrent de nouveaux 
contingents; l'enthousiasme des insurgés fut à son comble, leur audace ne 
connut plus aucune borne. Chose inouïe dans les fastes de la guerre d'Afrique, 
on allait les voir attaquer en plein jour, et dans des positions formidables, un 
cnmp défendu par doux mille hommes et cinq pièces de canon. 

Le camp de Dermel avait été assis sur la rive droite de l'oued de ce nom , 
qui, en cet endroit, est très encaissé, et s'étendait sur un espèce de plateau 
coupé do distance en distance d'étroits ravins formant de vastes fossés. La 
première face, occupée par l'infanterie de la colonne Gandil, et comprenant 
deux bataillons de Tirailleurs et un autre du 63*, se trouvait placée perpen- 
diculairement à la rivière, face à la direction par où l'on attendait l'ennemi; 
la deuxième, directement sur la rivière, était constituée par l'infanterie Seroka ; 
la troisième , parallèle à la précédente, regardait les crêtes et se composait de 
la cavalerie Briand ; la quatrième, formée de la cavalerie de la Jaille, bordait 
un ravin profond , aux flancs abrupts et hérissé de taillis. En prévision d'une 
surprise, les grand'gardes avaient été doublées et s'étaient couvertes par des 
remblais et des abatis ; le convoi avait reçu l'ordre de se masser dans un ravin, 
sous la surveillance d'un peloton de cavalerie, avec défense rigoureuse, pour 
les muletiers et chameliers indigènes, de se lever et de quitter leur emplace- 
ment; enfin la plus grande vigilance était recommandée à nos postes les plus 
avancés. 

Mais c'était bien au grand jour que l'ennemi se proposait de se montrer. 
Le 2 octobre, dès le matin, les crêtes éloignées se couvrirent d'Arabes, qui 
se mirent à nous observer. Vers onze heures et demie, des masses consi- 
dérables commencèrent à s'avancer par le chemin de Teniet-er-Rihh. On 
apercevait au loin, dans la plaine, de longues lignes de cavalerie avec leurs 
étendards déployés, puis de grandes bandes de fantassins marchant avec un 
certain ordre et couvrant les flancs de l'étroite vallée de l'Oued- Dermel. L'ar- 

* Dans ce combat, la cavalerie avait eu dix tués, dont deux officiers, et dix blessés. 
Six cadavres étaient restés entre les mains de Tennemi. 



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292 LE 3* RÉQIIIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1864 

tillorie prit position : doux pièces fiiront placées on avant dos deux bataillons 
de Tirailleurs, deux autres à l'angle formé par les première et deuxième bces, 
la cinquième en avant de la cavalerie de la Jaille. 

A midi, l'attaque commença; plus de deux mille fantassins et mille cava- 
liers se ruèrent sur le camp , une partie cherchant à pénétrer par le lit de la 
rivière, l'autre se portant de front contre la ligne des grands'gardes des Tirail- 
leurs algériens. Quelques obus, dirigés le long de l'Oued -Dermel, arrêtèrent 
court ceux qui avaient pris ce chemin , et les rejetèrent vers la gauche de la 
première face; mais là ils rencontrèrent des postes doublés, retranchés dans 
de fortes positions , et une compagnie entière , celle du capitaine Gabrielli 
(2^ du 2<»] , déployée en avant de la section d'artillerie. Sur ce point, une vive 
fusillade se trouva aussitôt engagée. La deuxième face avait aussi à répondre 
à un feu assez violent , mais les troisième et quatrième n'étaient pas inquié- 
tées. 

Cette lutte, tout à notre avantage, continua ainsi pendant une heure environ ; 
enfin, les Arabes ne se décidant pas à se retirer, le colonel do Lacroix fil 
porter les deux bataillons de Tirailleurs en avant. Ceux-ci, qui depuis long- 
temps frémissaient d'impatience, se précipitèrent en poussant un long cri de 
joie, suivi bientôt d'un autre plus sauvage, plus terrible, qui suffit à rendre 
hésitantes les masses confuses de l'ennemi , en y semant un effroi qui devint 
de la panique, dès que la baïonnette menaçante de nos soldats eut commencé 
à fouiller dans ce tourbillon humain. De ce moment , la fuite des rebelles 
commença sur tous les points; elle s'effectua avec une telle rapidité, qu'ils 
eurent bientôt complètement disparu, et que la cavalerie elle-même dut 
renoncer à une poursuite qui l'aurait entraînée beaucoup trop loin du camp. 

C'était un coup mortel que celui que venait de recevoir l'insurrection; les 
échecs des 8 et 30 septembre étaient non seulement vengés, mais notre pres- 
tige, notre force , notre autorité se relevaient plus grands que jamais aux yeux 
des populations effrayées. Les pertes de Tennemî avaient atteint le chiffre 
énorme de trois cents tués ou blessés; quarante cadavres avaient été aban- 
donnés sur le terrain. De leur côté, les Tirailleurs comptaient quatre hommes 
tués et douze blessés. 

La réponse du général Yusuf était arrivée; il adoptait tout le plan proposé 
par le colonel de Lacroix; le 5, sa colonne camperait à Ain-Kliala. Le colonel 
n'avait pas de temps à perdre pour se trouver au rendez- vous; le 4, il leva le 
camp de Dermel et se dirigea sur Temça, par la route qui franchit le défilé 
de Teniet-Zebbech. A trois kilomètres environ avant d'arriver à ce point, les 
spahis d'avant -garde signalèrent dans la plaine de nombreux troupeoux qui 
paissaient. Cette découverte , qui aurait paru toute naturelle dans un autre 
moment, sembla au colonel cacher une ruse dont il était prudent de se méfier. 
Ces troupeaux ne pouvaient- ils pas, en effet, avoir été ramassés là pour 
servir d'appât, pour nous attirer dans une embuscade que les difficultés du 
pays auraient rendue désastreuse pour nous? 11 était tout au moins sage de 
prendre quelques précautions. La tête de la colonne fut arrêtée pour foire 
serrer les autres échelons, puis la marche fut reprise , couverte par de nom- 
breux éclaireurs. Mais rien ne se montra; ce retard allait, au contraire, nous 



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[1864] EN ALQÉRIB 293 

là 

^ faire perdre une partie des fruits du combat de Dermel, en donnant aux 

insurgés le temps de faire filer, dans la direction d'Aumale, par les bords du 
,. Zahrcz, tout ce qu'ils avaient pu réunir do leurs richesses, entre autres leur 

^ gros bétail et leurs chevaux. Le pAté de montagnes du Medjedeli dans lequel 

j. on pensait que la révolte chercherait son dernier refuge , était complètement 

abandonné. 

La colonne de Lacroix n'avait plus aucun intérêt à presser sa marche; 
arrivée à Temça, elle se reposa la journée du 4. Le 5, elle se remit en route 
et s'arrôta à Bordj-Medjedel. Le lendemain, avec deux escadrons de chas- 
seurs et soixante Tirailleurs, le colonel fit la reconnaissance de ce massif , 
qu'on avait présenté comme inexpugnable. Il le traversa dans toute sa lon- 
gueur, et constata que si du côté du lac l'attaque eût, en eflet, été difficile et 
(iangcrouso h cause do la raideur dos pentes, de l'élévation dos crêtes et dos 
profondes coupures du terrain, du c6té d'ÂIn-Khala le sol allait s'abaissant 
graduellement, s'ouvrait par des plaines et présentait partout à l'assaillant 
des chemins d*un facile accès. 

Ruinées par les nombreuses razzias exécutées sur elles par le général Tusuf, 
découragées, sans moyen de transport pour fuir, les tribus demandèrent et 
obtinrent l'aman. Cette soumission, qui mettait fin à la résistance armée des 
rebelles des cercles d'Aumale et de Bou-SaAda et qui rejetait la lutte dans le 
sud, était en grande partie l'œuvre de la colonne du Hodna, colonne dans 
laquelle les Tirailleurs avaient, comme toujours, pris une large part des 
fatigues et des dangers qui s'étaient présentés. 

Les opérations actives des troupes sous les ordres du colonel de Lacroix 
étaient terminées. Mise à la disposition du général Yusuf , la colonne de Bon- 
SaAda allait maintenant travailler au ravitaillement de la place de Laghouat, 
en escortant les immenses convois qu'on organisait à cet efiet. Après les émo- 
tions do la lutte, la satisfaction enivrante du succès, les efibrts noblement 
récompensés, l'ère des jours d'ennuis et de fatigues sans gloire allait com- 
mencer; plus rien de ce qui console le soldat des privations et de la misère 
ne devait plus trancher la monotonie de cette vie errante au sein d'un pays 
désolé; plus un seul combat, plus une seule journée de poudre n'allait mar- 
quer ces longues étapes sur ces vastes plateaux couverts d'alfa, avec ces 
interminables files de chameaux et de mulets, ces campements énormes dont 
on aurait dit une ville fugitive se dressant le soir sur un point quelconque de 
l'espace et que ne retrouvait plus le lever du soleil , ces nuits passées sous le 
ciel du désert, nuits pleines de la rumeur confuse qui s'élevait de cette cité 
bizarre, de cette Dabel étrange, de cette arche de Noé, où hommes et ani- 
maux jetaient chacun une note différente, où l'Orient et l'Occident se trou- 
vaient confondus : jours mornes que rien ne fixe sur l'orbe mobile du souvenir, 
jours d'abnégation pour lesquels il faut l'insouciance et le fatalisme du soldat 
indigène ou l'inaltérable gaieté et l'entrain du troupier français'. 

Le 15 octobre, le colonel de Lacroix quitta Bordj-Medjedel et revint camper 
à Temça; le lendemain, il rentrait à Bou-SaAda. Le 18, le colonel Seroka, 
avec le groupe sous ses ordres, se séparait de lui et reprenait , par Ain-Rich, 
la route du sud et d'Ouargla. 



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294 LE 3"^ RÉOIIIENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [\Btk] 

Renforcée de douze cents zouaves , la colonne se remit en route le 20 octobre, 
avec un convoi de deux mille chameaux et se dirigea sur Djelfa, par Sélim et 
Houlla. Le 26, elle arrivait à Laghouat. Après un jour de repos, elle reprit 
sa marche pour revenir sur Djelb et sur Sélim , où, elle campa de nouveau le 
sixième jour. Là elle devait attendre un nouveau convoi qu'on préparait à 
Bou-SaAda. Ce dernier, qui comprenait dix-huit cents chameaux, arriva le 4. 
Le 5, on partit de nouveau pour Laghouat, qu'on utluignit le 10. Le 12, la 
colonne reprenait do nouveau le chemin do Ujcira, où lo 18, venait la trouver 
un ordre la rappelant à Bou-Sa4da. Le 21 , elle installa son camp au pied du 
Kerdada, entre la ville et Toasis. A partir de ce moment, et pendant trois 
mois, elle allait devenir une sorte de colonne mobile, ayant Bou-Sa4da 
comme centre d*action et pour mission de parcourir tout le cercle, afin de 
faire rentrer les amendes et les impôts et de rétablir l'autorité de nos caïds 
fortement ébranlée par l'insurrection. 

Le 7 décembre, le colonel de Lacroix commença une première tournée que 
le mauvais temps vint brusquement interrompre à la fin du mois. D'ailleurs, 
nommé général, il cédait quelques jours après le commandement de la 
colonne et celui du 3<^ Tirailleurs au lieutenant- colonel Gandil, promu 
colonel. 

Une deuxième tournée recommença le 22 janvier 1865; mais, le 4 février, 
les troupes furent encore rappelées à Bou-Saâda par une tourmente de neige 
et l'impraticabilité des chemins. Elles en repartirent le 7 février, pour en finir 
avec ces opérations, qui, en effet, se terminèrent le 7. 

A partir de ce jour, la colonne Gandil resta sous les murs de Bou-SaSda. 
Le 27 mars, sept compagnies de Tirailleurs la quittèrent pour se rendre 
d'abord à Conslanline et ensuite à Milah, où s'organisait une brigade destinée 
à opérer en Kabylie; deux compagnies seulement, les 2^ et 4® du 2* bataillon, 
lui restèrent encore et ne cessèrent, jusqu'au dernier moment, de compter à 
son oneclif. Déjà, à la fin do novembre, elle avoil été aHuiblio d'un escadron 
de chasseurs et d'un bataillon de zouaves dirigés sur Sétif. Héduite à un mil- 
lier d'hommes, elle prit le nom de colonne d'observation de Dou-Saâda, et 
conserva ce rôle purement spectatif jusqu'au mois de juillet, époque de sa 
dissolution. 

Nous avons laissé la colonne Seroka, dans laquelle se trouvaient les 2^ et 
6* compagnies du 1*' bataillon, en route pour Ouargla. Partie de Bou-Saàda 
le 18 octobre 1864, elle redescendit dans le Sahara, en faisant des séjours 
successifs à Mengoub, El-Ouara, Oulm-el-Adom, Dzioua, El-lladjira, et 
enfin, le 28 février 1865, arriva à Ouargla, qui venait d'ôlre détaché de la 
province d'Oran et placé, militairement et administrativement, dans le res- 
sort decelle de Constantine. Il s'agissait d'y installer Ali-bey , caid de Tuggurt, 
d'y assurer son autorité, d'établir l'impôt sur de nouvelles bases, et de régler 
l'administration de l'oasis. Celte mission denionda quinze jours, après lesquels 
la colonne se dirigea sur Tuggurt, puis sur Biskra, où elle arriva le 12 avril. 
Diminuée d'une partie de sa cavalerie, elle demeura ensuite dans les mêmes 
conditions que celle de Bou-Saàda, en observation jusqu'au mois de juillet. 

Pendant que les colonnes Gandil , Briand et Seroka, s'unissaient pour com- 



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[1864] EN ALGÉRIE 205 

battre l'insurrection danâ les environs de Bou-Saâda, une autre, d'une 
moindre importance, s'établissait à Takitount, pour surreiller, avec Taide 
des goums, les tribus kabyles environnant les Babors. Ainsi qu'on I*a vu plus 
haut, cette dernière se composait de quatre compagnies de Tirailleurs algé- 
riens, formant un Imlnillon .«tous les ordrof^ du cnpilaino Posmaison. 

Arrive à son poste le 11 octobre 1804, ce détachement eût d*abord & 
repousser quelques timides tentatives d'attaque de la part des insurgés; puis 
il ne tarda pas à jouir d'une certaine tranquillité dont il profita pour prendre 
de bonnes dispositions défensives en vue d'une nouvelle agression , sinon 
imminente, du moins prévue. Plus d'un mois se passa ainsi dans cette pru- 
dente attitude, dont la faiblesse de notre petite troupe ne permettait guère de 
se départir. 

Cependant l'agitation allait toujours croissant au sein de ces populations 
remuantes et fanatiques, dont les idées d'indépendance n'avaient pu être 
étouffées par de longues années d'une administration toute bienveillante à leur 
égard ; de nombreux contingents parcouraient le pays ; toutes les tribus , 
échappante l'autorité de leurs caïds, semblaient n'attendre qu'un signal pour 
renouveler la résistance opiniAtre des grands jours de la Kabylie. Cette situa- 
tion inspirant des craintes sérieuses au général Périgot pour la sécurité du 
poste de Takitount, il décida que d'importants renforts y seraient envoyés. 

L'ennemi eut- il connaissance de celte détermination? S'était-il enhardi 
en nous voyant inactifs ? Céda-t-il à un mobile étranger à ces deux considé- 
rations 7 Toujours est-il que le 24 novembre, veille du jour où de nouvelles 
troupes devaient arriver pour porter la force de la colonne à dix compagnies i 
il tenta brusquement un eiïort décisif contre nos positions. 

Dès le matin , toutes les crêtes dans la direction du Babor se couvrirent 
de Kabyles; bientôt ceux-ci se rapprochèrent et s'avancèrent résolument sur 
la maison du cheik, située à environ quatre kilomètres du bordj et à peine à 
neuf cents mètres de l'une de nos grands'gardes fortifiées. 

A la première alerte , le capitaine Desmaison avait fait prendre les armes 
à ses quatre compagnies; aussitôt qu'il eut pénétré l'intention de l'ennemi, 
il en envoya deux (1^ et 6* du 2» bataillon) occuper le point menacé; l'une 
d'elles se déploya rapidement en tirailleurs , l'autre resta massée derrière un 
pli de terrain. La fusillade avait immédiatement commencé, très vive do 
part et d'autre, mais particulièrement meurtrière pour les Kabyles, dont la 
masse compacte offrait h nos balles un but dans lequel aucune d'elles ne se 
perdait. Malgré leurs pertes , les assaillants continuaient cependant à gravir 
la hauteiir sur laquelle se trouvait la maison du cheik, montrant une ténacité, 
une audace qu'on aurait dit inspirées par la certitude du succès. Mais à peine 
furent- ils arrivés h deux cents mètres du but, que la compagnie restée en 
réserve se démasqua tout à coup , exécuta une décharge à bout portant et 
se rua sur eux avec une irrésistible impétuosité; stupéfaits, effrayés de la 
fureur de cette attaque, les Kabyles commencèrent à fuir, et finalement se 
dispersèrent dans toutes les directions, poursuivis par les Tirailleurs, que 
l'ardeur du combat aurait emportés jusque dans leurs montagnes, si la main 
ferme et prudente des officiers n'eût été là pour les arrêter. Ce dernier mou- 



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2IM LB 3* RÉGIMENT DU TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE [l8S5 

Yomenl avait été si brusque, si vigoureusement menô, que nous n'avions eu 
que deux hommes blessés. L'ennemi comptait une vingtaine de morts et un 
nombre considérable de blessés. 

Le lendemain de ce combat, à cinq heures du soir, le lieutenant -colonel 
Ameler, du 20* de ligne, arrivait avec six compagnies de son régiment et 
prenait le commandement de la colonne. 

A partir de ce moment, les Kabyles témoignèrent d'une circonspection qui 
dénotait combien leur échec les avait démoralisés; dès lors ils ne se montrè- 
rent plus qu'à de grandes distances, évitant avec soin de se laisser aborder 
par nos compagnies. Le 29 mars , eut cependant lieu un léger engagement, un 
échange de coups de fusil qui n'entraîna aucune perte pour nous. Le 4 avril , 
quelques bandes tentèrent une nouvelle démonstration vers la maison du 
cheik; mais, à l'arrivée des troupes envoyées à leur rencontre, elles se reti- 
rèrent, emportant quelques tués et quelques blessés que leur avait coûtés notre 
feu. Le fourrier Verrière, de la 5^ compagnie du 2<' bataillon , fut blessé assez 
grièvement dans ce combat, qui allait être le dernier auquel , sur ce point, 
devaient prendre part les quatre compagnies du 3* Tirailleurs. Appelées à 
concourir à la formation de la colonne que le général Périgot devait diriger 
dans la Kabylie orientale, elles quittèrent en effet Takitount le 11 avril, et 
arrivèrent à Constantine le 18 du même mois. 

Pour en finir avec les opérations secondaires auxquelles donna lieu la grande 
insurrection de 1864 , il nous reste à dire deux mots d'une colonne qui, durant 
le mois de janvier 1865 , parcourut la frontière tunisienne dans le double but 
de favoriser l'entrée sur notre territoire des populations de la Régence qui , 
fuyant les exactions des troupes du bey , venaient chercher un refuge auprès 
de nous, et de veiller à ce que ces mêmes troupes ne commissent point d'em- 
piétements. Composée de quatre compagnies du 83*, d*une de Tirailleurs 
algériens (7* du l*'^ bataillon, capitaine Rapp), d'un escadron de chasseurs 
d'Afrique et de deux pelotons de spahis, cette colonne fut placée sous les 
ordres du lieutenant- colonel Flogny , du 3* régiment de spahis, et commença 
ses opérations le 9 janvier. Elle protégea le passage, en deçà de la frontière, 
d'environ quinze à seize cents tentes de tribus pauvres , misérables , auxquelles 
l'aman fut accordé sur la demande do la France, et qu*on rapatria le 15 fé- 
vrier. 

Le 18 janvier, la compagnie du capitaine Rapp était rentrée à Tebcssa, sa 
garnison, et, seul, un détachement de cinquanlo-cinq hommes, sous les 
ordres du sous-lieutenant Darolles, entra dans la composition d'une petite 
colonne qui, sous le commandement du général de Lacroix, surveilla l'opé- 
ration du rapatriement. 



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CHAPITRE XIII 

(1865-1870) 



(IRAn) Progrès do IMnsiirrcction en Rabylie. — Golonno expédlUonnairo dos Baboni. — 
Passage dn col de Boudcrnis. — La colonne se rond à Dougic. — Rentrée à Gonsian- 
tfne. — Paciflcaiion générale de la province. — Golonno du sud (1865-1606). — Co- 
lonne de Bou-Saâda. — (1866) Le régiment est appelé à fournir un bataillon pour 
tenir garnison à Paris. — Formation du 4« bataillon. — Réorganisation des écoles régi- 
mentaires. — Colonne d'observation de Bon-Saftda (1866-1867). — Épidémie cholérique 
de 1867. — Récompenses pour dévouements. 



La violente secousse qui avait soulevé et mis en feu toute cette région des 
Hauts-PlateauK, intermédiaire entre le Tell et le Sahara, avait eu un contre- 
coup immédiat en Kabylie. Cependant, si elles étaient plus tenaces une fois 
qu'elles avaient les armes à la main , les populations de ces montagnes, deve- 
nues moins hostiles depuis la grande épopée de leurs luttes héroïques, étaient, 
par contre, moins impressionnables, moins ardentes, moins prêtes à céder 
nu premier soufTIc de révolte que colles de nos cercles du sud. Aussi, au lieu 
d*y être générale, comme dans les environs d'Aumale et de Bou-Saftda, Tin- 
surrection s*y trouva- t-elle, dans ses débuts, limitée à quelques tribus ou 
fractions de tribus , dont Taction agressive se borna à Tatlaque du bordj de 
Zcraîa, à Touesl de Milah. Mais bientôt Tagitation fit d'inquiétants progrès; 
elle s'étendit dans la plus grande partie du bassin de TOued-el-Kebir, se 
répandit dans celui do TOued-Eudja, et gagna rapidement vers l'ouest, comme 
pour se relier, du côté de Dordj-bou-Arrérldj, avec le mouvement qui par- 
tait du Hodna. A ce moment, on put craindre de graves complications; aucun 
succès de nos armes n'était encore venu étouffer les espérances des rebelles, 
et presque toutes nos troupes disponibles étaient en marche vers Bou-SaAda. 
C'est alors que,' pour conjurer le danger, on organisa de nombreux camps 
d'observation qu'on établit sur des points habilement choisis. La faiblesse de 
ces postes ne leur permettait guère d'étendre leur action à plus de quelques 
kilomètres de ces points, mais ils n'en demeuraient pas moins une menace 
permanente pour les insurgés. Indépendamment de cela, le général Périgot 
se mit lui-môme à la tête d'une colonne mobile, et, dans le courant de sep- 
tembre, parcourut les bords de l'Oued -Eudja, pénétra dans le Ferdjiouah , 
et dispersa quelques rassemblements dans les environs de Marianoum. Déjà 



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298 



LE 3* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



[18Ô5] 



les tribas insoumises commençaient à rentrer dans le devoir, la tranquillité 
à renaître dans le pays, lorsque, brusquement appelé & Bordj-bou-Arréridj 
par les événements du llodna , le général dut interrompre en plein succès son 
œuvre de pacification. 

A peine nos troupes se furent-elles éloignées, que les intrigues recommen- 
cèrent, que les marabouts influents reprirent leur campagne en faveur de la 
guerre sainte, et que les tribus hostiles reformèrent leurs contingents. Celte 
fois, c'était do la région du Rabor quo partait rincomlio. VéU quelques jours 
la rébellion eut promené ses torches dans tout le pays compris entre Bougie, 
Sétif , Djidjelli et Milah. La saison n'était pas favorable à une expédition ; il 
eût du reste été difficile d'en réunir les moyens : on se contenta de renforcer 
les postes de Milah et de Takitount , et l'on attendit. 

Cette situation resta la même jusqu'au mois d'avril. Le printemps arrivait ; 
c'est l'époque où le Kabyle redoute le plus la guerre, car il a sa récolte, c'est- 
à-dire toute sa fortune qui est en jeu; le moment était donc venu d'en finir 
avec les troubles qui désolaient cette partie de la province , et de châtier les 
fractions remuantes qui les avaient provoqués. Deux colonnes furent organi- 
sées : l'une, sous le commandement du colonel Augeraud, et comprenant en 
grande partie des troupes de la province d'Alger, devait envahir le territoire 
insurgé par le sud-ouest; l'autre, sous les ordres du général Périgot, se dis- 
posait à y entrer par l'ouest avec le Babor pour objectif. 

Celte dernière, la seule dont nous ayons à nous occuper, fut réunio : partie 
à Milah avec le général commandant la division, et partie à Djidjelli avec le 
général le Poittevin de Lacroix. C'est sur Milah que furent dirigées les frac- 
tions du 3* Tirailleurs désignées pour on faire partie. Le 19 avril , arrivèrent 
sept compagnies (4* et 5» du 1»' bataillon , 7» du 2» , l'*" , 2% 3<) et 1^ du 3<») 
venant de Bou-SaAda, sous les ordres du commandant de Sainte-Croix; 
le 22, elles se grossirent des quatre qui se trouvaient à Takitount; enfin, 
le 23, la 7« du l<^' bataillon, partie de îebessa, vint compléter à douze com- 
pagnies le contingent fourni par le régiment. Le lieutenant-colonel Bcrlhe, 
qui, par décret du 26 décembre 1864, avait remplacé M. Gandil, promu 
colonel , avait le commandement de toute cette portion du corps , qui fut orga- 
nisée en deux bataillons de marche ^ 



> !•' bataillon, 
Commandant de Saiate-Ooix. 

Capitaine Gheyreail , adjadanl- 
major. 



2« bataillon, 
Commandant Seriziat. 

Lieutenant Gléry, adjudant- 
mujor. 



4* comp. du i^r bataillon (caplt. Lannes de Monlebello). 



(capltaioe Égrot). 
(capitaine Rapp). 
(capitaine Desmaison), 
(capitaine Billon). 
(capitaine Louvet). 
(capitaine Maussion). 
(capitaine Âubrespy). 
(capitaine Vivcnot). 
(lieutenant Dosvicl). 
(capitaine Kcssou). 
(capitaine Legrand). 




Effectif 



Officiers. 
Troupe. 



47 
969 



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[1865] EN ALGÉRIE 290 

Le 24 , arriva le général Périgot, qui prit ausâilôt ie commandement de la 
colonne. Outre les deux bataillons de Tirailleurs, celle-ci comprenait actuel- 
lement un bataillon du 3*^ zouaves, deux du 83* , quatre pièces de canon, une 
ambulance complète, et seulement de cavalerie ce qui était indispensable 
pour le service do correspondance et Tescorte du général. À peu près la tota- 
lité do ce qui avait été réuni do ccKo arme formait une colouno indépondanio 
qui, sous les ordres du commandant de Bonnemain, du 3" spahis, devait, 
pendant la marche de la colonne principale, opérer dans la vallée de TOued- 
Eudja et dans le Ferdjiouah , pour maintenir cette partie du pays et assurer 
les ravitaillements. 

Le 25 , à six heures du matin , toutes les troupes concentrées à Milah se 
mirent en marche, se dirigeant sur le territoire des Ahrès; le 27, elles éta- 
blissaient leur camp à Djemma-'Ahrez, sur un plateau à treize cent cin* 
quante mètres au-dessus du niveau de la mer. De ce point culminant, Foeil 
embrassait toute la petite Kabylie jusqu*au Babor; de là on dominait tout 
le territoire des Béni- Ahrès, des Zouahra, des Asfiras, tribus qui vinrent 
immédiatement faire leur soumission. 

Le 29, la colonne reprit son mouvement vers Touest; elle traversa, sans 
combattre, le pays des Asfiras, des Ouled-Yahia, des Ouled-Ameur, des Ouled- 
Sliman, des Bcni-Adjiz, des Ouled-Tahar, des Beni-Foughalès, et, le 16 mai, 
arriva sur la limite des Rechia, entre le pic de Tamesguida et le massif du 
Babor. La veille, elle avait été ralliée par quatre bataillons venant de Djidjelli, 
sous les ordres du général le Poittevin de Lacroix. Désormais au complet, elle 
reçut une organisation définitive et comprit deux brigades ainsi composées : 

V* brigade (général de Lacroix) : deux bataillons du 67* de ligne et deux 
bataillons du 3* Tirailleurs ; 

2<^ brigade (colonel Nayral, du 83^) : un bataillon du 3* zouaves, un bataillon 
du i^ de ligne, un autre du 20* de ligne et deux du 83*. 

La tribu des Uechia était Tune des premières qui, en Kabylie, s'étaient 
jetées dans le mouvement insurrectionnel; elle méritait donc un châtiment 
exemplaire, une sévère répression. Le 17, on pénétra sur son territoire; cou- 
verte en avant par le goum de Sétif , et sur son flanc gauche par les deux 
bataillons de Tirailleurs algériens , dont les compagnies avaient été échelon- 
nées sur une succession de mamelons, la colonne s'avança sans difficulté 
jusqu'à la position de Dar-el-Razzi. Là on crut un moment que Tennemi 
tiendrait; mais il se contenta d'échanger quelques, coups de fusil avec nos 
cavaliers arabes et se retira à la première démonstration de notre infanterie. 
L'une de nos compagnies , la 5* (capitaine Louvet) du 2* bataillon, parvint 
cependant à joindre quelques groupes et à leur enlever un troupeau de deux 
cents bœufs et d'un millier de moutons, qu'elle ramena au camp. 

Le lendemain , le 2* bataillon de marche (commandant Seriziat) fil partie 
d'un détachement do la 1*^ brigade qui , sous les ordres du général de Lacroix , 
exécuta une sortie dans le but de surprendre quelques fractions en fuite vers 
l'est, de razzer leurs troupeaux et d'incendier leurs gourbis. 

Le départ eut lieu à cinq heures et demie; à sept heures, on arriva sur un 
plateau, au pied d'un immense rocher très remarquable par sa forme, qui lui 



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300 LE 3<^ RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1805] 

avait fiiit donner le nom de Scrdi-d-lighoul (selle do l'ogre). Du grand 
nombre de Kabyles s'étaient réfugiés dans les profondes excavations de sa 
partie sud -est. En un instant, ils se trouvèrent complètement cernés. Pensant 
alors qu'ils se rendraient à discrétion, le général attendit une partie de la 
mâtiné. A onze heures, aucun chef n'avait encore paru. Il fallait en finir; 
une compagnie du 67« , trois cent cinquante zouaves et trois compagnies de 
Tirailleurs furent envoyés pour les déloger. L'opération était difficile; elle 
demanda du temps. Enfin, après une pénible et périlleuse ascension sur les 
flancs abrupts du rocher, on arriva au sommet; la compagnie de zouaves 
ouvrit aussitôt le feu sur l'ennemi, qui prit la fuite en laissant sur le terrain 
une quinzaine de morts ou de blessés. Mais les trois compagnies de Tirailleurs 
avaient occupé toutes les issues; les Kabyles vinrent y donner tête baissée et 
tombèrent ainsi presque tous entre nos mains. Pendant ce temps, les cavaliers 
du goum avaient ramassé un énorme butin, pris des troupeaux et incendié un 
grand nombre de villages et de gourbis isolés. A cinq heures du soir, la petite 
colonne rentrait au camp ramenant environ deux cents prisonniers, des armes, 
des prises de toute sorte et, ce qui ajoutait encore à ce magnifique succès, 
sans compter un seul blessé. 

Le 19, les troupes de la 2« brigade firent une nouvelle sortie, et semèrent 
la terreur dans tous les villages de la tribu qui n'avaient point encore été 
visités. Le châtiment des Rechia était complet : leurs habitations détruites , 
leurs troupeaux enlevés, leurs moissons perdues, leurs contingents dispersés, 
ils étaient maintenant à la merci du vainqueur, qui leur accorda l'aman 
contre des f^aranties nous assurant désormais de leur lidélitô. 

Les Rechia soumis, il ne restait plus qu'à marcher sur les rassemblements 
qui s'étaient réfugiés dans le Djebel -Babor. Le 23, la colonne quitta le camp 
de Dar-el-Razzi. Une pluie aboodante, tombée dans la matinée, avait rendu 
les chemins fort mauvais; de là, une marche lente et difficile tant que dura 
la descente des pentes conduisant à l'Oued -Djebas. Arrivées sur les bords de 
cette rivière, les deux brigades se séparèrent; la l*"*, après l'avoir traversée, 
prit une route longeant sa rive gauche et conduisant à El-Nator, sur un 
étroit plateau entre l'Oued -Behar et l'Oued -Djebas; la 2<» se dirigea plus à 
droite, et, couverte par la première, suivit un élroit sentier aboutissant au 
même point. Pendant toute la durée do la marche , les troupes de la colonne 
de Lacroix furent surveillées par de nombreux rassemblements établis sur les 
contreforts du Babor et semblant attendre le moment favorable pour attaquer. 
Mais, grâce aux précautions prises, on arriva sans avoir fourni à l'ennemi 
l'occasion qu'il cherchait. Toule la nuit, d'immenses feux allumés sur les 
créles principales de Babor et du Ta-Babor appelèrent aux armes les derniers 
partisans de la lutte contre la France , et annoncèrent aux autres points de 
la Kabylie que l'insurrection^se trouvait enfermée dans son dernier réduit. 

Le lendemain 24, la colonne continua son mouvement vers la redoutable 
position, qui maintenant occupait tout l'horizon vers le sud-ouest. La 2« bri- 
gade était en tète; la i^ prot^eait le convoi. Tout à coup le canon se mit à 
tonner. Allait-on enfin avoir à livrer un de ces sanglants assauts dont cette 
même contrée avait été si souvent le théâtre? L'ennemi se défendrait -il? On 



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[i86S] EN ALGÉRIE 301 

l'espérait. Pendant un instant les coeurs battirent à Tunisson arec les échos 
sourds que renvoyait la montagne; mais bientôt tout se tut : Tennemi fuyait. 

La position sur laquelle nous venions d*aborder sans coup férir était consti- 
tuée par le versant est du Ta-Babor et portait le nom de Takreneg-el-Had ; 
très forte sur tous les points, elle aurait permis aux rebelles de nous disputer 
avantageusement le terrain s'ils avaient résisté; mais ceux-ci fuyaient de toutes 
parts, et tout so termina par l'envoi de quelques fusées dans les ravins pour 
en déloger quelques groupes qui s*y étaient embusqués, et par un échange de 
coups de fusil entre une de nos grand'gardes, placée au pied du Babor, et 
une embuscade kabyle établie sur un rocher. La nuit fut tranquille. 

Le 25 s'annonçait comme un jour de grande lutte; tous les ordres avaient 
été donnés pour l'attaque du coi do Boudemis, entre les deux Babors. Ce 
passage, réputé l'un des plus difficiles de la Kabylie, semblait devoir être le 
point où les insurgés tenteraient leur dernier effort; défendu par les bandes 
(|ui avaient attaqué Takitount, bandes qui pouvaient, au moindre succès, so 
grossir de toutes les tribus des environs, il présentait un obstacle contre le- 
quel on pensait qu'il se produirait un choc meurtrier pour lequel il n'était 
pas de trop de toutes les troupes des deux brigages réunies. 

A six heures du matin, celles-ci se mirent en mouvement pour prendre la 
place qui leur avait été assignée; pendant ce temps, l'artillerie commençait 
à battre l'étroit défilé dans lequel on devait s'engager. Cent zouaves et un 
bataillon mixte, sans sacs (trois compagnies du 67® et trois compagnies de 
Tirailleurs), sous les ordres du commandant de Sainte-Croix, prirent la tête 
de la colonne et se lancèrent au pas de course sur la position , en se tenant le 
plus près possible du Ta-Babor. Chacun rivalisant d'ardeur, ce mouvement 
s'exécuta avec une si étonnante rapidité, qu'après avoir dirigé sur nous une 
courte fusillade, les Kabyles n'eurent pas le temps de recharger leurs armes 
et (lurent s'onftiir précipitamment pour échapper aux baïonnettes des assail- 
lants. Nos compagnies les poursuivirent pendant quelque temps, puis se 
rallièrent sur de bonnes positions en attendant l'arrivée du restant de la co- 
lonne. Dans cette attaque, nous n'avions eu qu*un officier blessé, le lieutenant 
Messaoud-ben'Ahmed , de la i^ compagnie du 2* bataillon. 

Au moment où s'exécutait sur la droite cette attaque de front dont la vigueur 
avait assuré le succès, le lieutenant-colonel Berthe recevait Tordre d'enlever, 
avec le 2<^ bataillon de marche (commandant Seriziat) et une section d'artille- 
rie, un immense mamelon situé au milieu du col , à environ trois mille mètres 
au sud-ouest du camp de Takreneg-el-Had , mais séparé de ce dernier par de 
profonds ravins se dirigeant de l'ouest à Test pour aboutir à l'Oued-Djebas. Il 
forma le bataillon en colonne, la 6* compagnie (capitaine Maussion) du 2* ba- 
taillon à i'avant-garde, la section d'artillerie après la 2* compagnie, et se mit 
on marche dans cet oniro jusqu'& la tète dos ravins. Lh commencèrent les 
difficultés d'une ascension pénible, d'une marche arrêtée à cha(|ue pas par les 
obstacles du sol ; enfin la compagnie d'avant-garde atteignit les premières 
crêtes et en prit possession juste au moment où le capitaine do Polignac y ar- 
rivait de son côté & la tête des goums. Craignant d'être cernés, les Kabyles 
déchargèrent leurs armes et allèrent en toute hâte chercher un refuge dans les 



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802 LE S* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1865] 

bois épais qui couvraient le flanc nord du Babor. Ce résultat obtenu , le colo- 
nel Berthe resta en position jusqu'à ce que rarrièro-garde de la 2^ brigade fût 
arrivée dans le col. 

Cependant une partie des Kabyles chassés des positions de droite avaient 
gagné le sommet du Ta-Babor, d'où ils faisaient rouler d'énormes rochers sur 
les pentes où ils nous croyaient engagés. Bien que ces groupes ne nous fissent 
pas grand mal pour le moment , leur présence sur nos derrières pouvant de- 
venir dangereuse au moment du départ de la colonne, le général résolut de 
les déloger du faite inexpugnable où ils s'étaient établis. Ce fut à la 1"» com- 
pagnie du 2fi bataillon (capitaine Desmaisons) qu'incomba cette difllicilo mis- 
sion, dont le succès exigeait une rare intrépidité. Il s'agissait, en effet, de 
gravir une hauteur d'au moins quatre cents mètres de rochers & pic, et cela 
sous les yeux d'un ennemi dangereux qu'on devait supposer embusqué pour 
nous recevoir. 

Guidés par leurs ofliciers, les Tirailleurs exécutèrent cette ascension péril- 
leuso avec une merveilleuse agilité; le fusil en bandoulière, ils grimpèrent en 
s'aidant des mains et des genoux, en s'accrochant aux broussailles, aux aspé- 
rités du sol, en se cramponnant à tout ce qui offrait la moindre saillie, et, 
après des efforts inouïs, atteignirent enfin le sommet de la montagne. Les 
Kabyles, ne soupçonnant pas la possibilité d'un pareil tour de force, n'avaient 
nullement cherché à s'y opposer; dès qu'ils virent paraître nos soldats, sur- 
pris, stupéfiés, ils ne songèrent môme pas à se défendre, et ils s'échappèrent 
par des passages qu'ils étaient les seuls à connaître et dans lesquels il eût été 
dangereux de s'engager. Un instant après, un immense feu allumé sur le pic 
le plus élevé du Ta-Babor signalait et notre présence et notre succès à la co- 
lonne Augeraud, campée près de Sidi-Tallout. 

Vers une heure, la colonne reprit sa marche, en suivant la route straté- 
gique ouverte par la colonne expéditionnaire de 1856. La 1^ compagnie du 
2^ bataillon se conformait au mouvement en s'avançant par la crôte du ïa- 
Babor. Les cavaliers du goum avaient pris à gauche et livraient aux flammes 
tous les villages et tous les gourbis qu'ils rencontraient. 

Le camp fut établi sur une position très forte, à Ighil-Abahri. Jamais peut- 
être un plus magnifique panorama ne s'était déroulé aux yeux de nos troupes 
dans cette région cependant si pittoresque, si riche en sites merveilleux. Au 
sud et à l'ouest , jusqu'à un horizon se perdant dans le gris du ciel , on aper- 
cevait des lignes de montagnes qui s'abaissaient progressivement à mesure 
qu'elles s'éloignaient du Djebel-Babor; au sein de ces croupes, de ces pics, de 
ces rochers, de ces vallées, on distinguait vaguement le bordj de Takitount, 
puis, un peu plus loin, le camp de la colonne Augeraud, et enfin, en remon- 
tant vers le nord-ouest, on découvrait au loin la mer, le cap Carbon, la mon- 
tagne de Gouraya, et, au pied de cette dernière, une tache blanchStre : la 
ville de Bougie. 

Le lendemain 26 , les quelques tribus qui n'avaient point encore fait leur 
soumission venaient demander l'aman. L^ opérations de guerre étaient ter- 
minées. 

La colonne quitta Ighil-Abahri le 2 juin pour se rendre à Bougie, où l'em- 



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[1865] EN ALGÉRIE 803 

pcreur devait passer la revue de toutes les troupes qui avaient pris part à 
cette expédition. Elle arriva le 4, passa la revue le 7, et se mit en route pour 
Constantine le 10. A son retour, elle devait passer sur le territoire des tribus 
situées au nord du Babor; en conséquence, elle suivit la côte jusqu'à Ziama, 
puis redescendit vers le sud, séjourna du 13 au 15 à El-Mekassel; du 16 au 
20, à Dra-ol-Karouba; du 21 au 30, à Tazerout; et enfin arriva à Constantine 
le 7 juillet. Sns opérations avaient duré soixante-quatorze jours. 

Le calme venait enfin do renaître dans toute Tétendue de la province : au 
nord comme au midi, à Test comme & Vouest, Tinsurrection était vaincue, 
notre autorité rafTermie. Ce résultat, qui avait demandé près d'une année 
d'cfTorls, et qui presque partout avait été obtenu sans grande eiïusion do 
sang, était dû surtout à d'habiles combinaisons de mouvements, à l'occupa- 
tion de points judicieusement choisis, à une grande sagesse politique, et fai- 
sait le plus grand honneur au général Périgot et au colonel le Poittevin de 
Lacroix, nommé général. Il est juste de reconnaître aussi que les troupes de 
la division de Constantine n'avaient peut-être jamais fait preuve de plus d'ab- 
négation, de plus de dévouement, de plus d'émulation, de plus de persévé- 
rance que dans cette tûche ingrate qui les avait successivement appelées dans 
les plaines arides du désert et sur les cimes presque inaccessibles de la Kabylie. 
De toutes CCS troupes, le 3'^ régiment de Tirailleurs avait été certainement le 
corps qui s'iHait le plus prodigué, qui avait supporté le plus de fatigues et le 
plus contribué au succi^s. Aussi la campagne de 18G4-1865 peut-elle compter, 
sinon parmi les plus glorieuses, du moins parmi les plus honorables aux- 
quelles il lui ait été donné de prendre part. 

Jusqu'à la grande insurrection qui , en 1871 , allait être la conséquence 
de nos revers, cette tranquillité ne devait plus être troublée que par quelques 
agitations sans importance, ayant seulement le sud pour théâtre et n'attei- 
gnant que les populations nomades du Sahara. Comprenant, en effet, ce qu'a- 
vait d'insensé toute tentative même générale de leur part pour nous arra- 
cher notre conquête , les Arabes allaient maintenant se prêter d'assez bonne 
grâce, ou du moins autant que devaient le permettre leurs mœurs et leur reli- 
gion, à l'œuvre civilisatrice entreprise par notre pays. C'était donc une pé- 
riode de repos qui s'ouvrait pour le 3^ Tirailleurs, période peu intéressante et 
sur laquelle nous passerons rapidement. 

Au mois de juillet IBRH, l'ordre paraissant partout rétabli dans nos cercles 
de l'extrême sud , on avait dissous les colonnes Gandil et Seroka alin de leur 
épargner les épreuves des grandes chaleurs. Il n'en avait pas été de même 
dans les provinces d'Alger et d'Oran, encore agitées, encore parcourues par des 
bandes de dissidents aux ordres de chefs influents tels que Bou-Diça et Si- 
Lalla. Dans ces dernières, on avait, pendant toute la durée de l'été, laissé en 
observation une partie des troupes qui avaient pris part & la campagne d'hiver. 
Les opérations avaient ensuite repris de bonne heure, et Si-Lalla, battu par 
une colonne venue de Géryville et poursuivi par une autre sortie de Laghouat, 
avait été rejeté dans la direction d'Ouargla. Dans le but de lui fermer la route 
de cette oasis, il fut décidé qu'une colonne partirait de Biskra, irait s'établir 
dans les environs d'Ouargla, et compléterait ainsi le cercle d'investissement 



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304 LB 3* RÉGIMENT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1865] 

qui se formait autour de l'agitateur. Cette colonne, placée sous les ordres du 
colonel Arnaudeau\ du GG* do ligne, Tut organisée le 7 novembre, et comprit 
les deux compagnies du régiment en garnison à Biskra (7* du !«■* bataillon, 
capitaine de Larochelambert; 5* du 2*, lieutenant Montignault), huit compa- 
gnies du 66« de ligne, une du 3* zouaves et trois escadrons de cavalerie. 

Afin de faire coïncider cette marche avec les mouvements d'autres troupes 
aux ordres des colonels de Colomb et de Sonis, le départ n*eut lieu que le 
13 décembre. La colonne se dirigea d'abord sur Toasis de Sidi-Khaled, par la 
vallée de l'Oued-Djedid , puis elle marcha directement au sud et atteignit El- 
lladjira le 31. Ce point, situé à mi-chemin entre Ouargla et Tuggurt, offrait 
une excellente position pour observer les routes du Mzab. Le colonel y laissa 
le matériel de l'ambulance, une partie du convoi, les malingres et quatre com- 
pagnies du 66*, et, le 6 janvier 1866, avec le restant de sa troupe, repartit 
pour Ouargla, où il arriva le 8. Si-Lalla n'y avait point paru; il semblait 
même, au contraire, avoir renoncé au projet d'y venir. On resta néanmoins 
en observation jusqu'au 22 janvier, puis on revint à El-IIadjira, d'où la 
colonne entière surveilla encore le pays jusqu'au 27 mars. A cette date, des 
renseignements ayant bit supposer que les insurgés se dirigeaient enfin sur 
Ouargla, le colonel Arnaudeau reprit en toute hSle le chemin de cette oasis, 
et lança aussitôt sur leurs traces son goum et une partie de sa cavalerie; mais 
les dissidents avaient depuis longtemps pris la fuite vers l'ouest, oti les tra- 
quaient maintenant les colonnes de Colomb et de Sonis. Ne pouvant concou- 
rir à ces dernières opérations et no voulant pas attendre l'époque des grandes 
chaleurs pour ramener ses troupes, le colonel rentra à El-Iiadjira le 3 avril, 
et, le 6, se mit en route pour Biskra, où il arriva le 23. 
. En même temps que se réunissait à Biskra la colonne dont nous venons 
de résumer la lointaine expédition , le colonel Gandil en organisait une autre 
à Bou-Saâda. Le but de cette dernière était de rassurer les populations du 
sud de la province menacées par les incursions de Si-Lalla et de ses adhé- 
rents, de peser sur quelques fractions des Ouled-Nall, et enfin de continuer, 
entre les colonnes de Laghouat et de Biskra, le cordon qui rejetait l'ennemi 
hors des Hauts- Plateaux. Formée le 4 novembre 186S, elle se composa de 
quatre compagnies du 83<^ de ligne, deux de Tirailleurs algériens (2<^ et 6^ du 
3* bataillon, capitames Egrot et Gabrielli), deux escadrons de cavalerie et une 
section d'artillerie. 

Pour tenir ses troupes en haleine et afin de visiter on détail ce massif mon- 
lagneuz, qui l'année précédente avait servi de refuge à l'insurrection après 
en avoir été le plus ardent foyer, le colonel ordonna, pour le 25 novembre, 
une première sortie dans la direction du Sebkha-Zahrez. La colonne se porta, 
por Temça, à Bordj-Medjedel, et, franchissant les crêtes dont nous venons de 
parler, vint s'établir à Sidi-el-Embareck, d'où des reconnaissances furent 
ensuite dirigées dans toutes les parties de la région dont il s'agissait de déter- 
miner la topographie. Le l**" décembre, les troupes étaient de retour à Bou- 
Saêda. 

Le 25, elles en repartaient pour une nouvelle excursion qui ne devait pas 
durer moins de quatre mois. Elles se dirigèrent, par A!n-Ghrab et Aîn-Melah, sur 



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[1865] EN ALOÉRIB 305 

Âïn-Ricb , où elles arrivèrent le 28; continuant alors à descendre vers le sud- 
ouest, elles franchirent le massif du Bou-Khaïl au défil6 d*Am-Kala, et, le 
2 janvier, établirent leur camp à Abd-el-Medjed , position excellente au point 
do vuo militaire et politique, sur le versant méridional do ces montagnes et 
non loin de la vallée de TOued-Djedid. De ce point, elles pouvaient surveiller 
tous les agissements des Ouled-Nall. Elles y restèrent jusqu'au 20, et se por- 
tèrent ensuite à dix-huit kilomètres à Touest, près de TOued-Kef-el-Amar, où 
elles demeurèrent pendant deux mois en observation. 

Le 23 mars, elles se mirent en route pour Laghouat. Arrivées dans cette 
place le 27, elles la quittaient le l*** avril pour se rendre dans le Mzab. Le but 
de ce mouvement était de maintenir les Larbaa pendant l'absence de la co- 
lonne de Sonis à la poursuite de la colonne de Si-Lalla, et de protéger le pays 
contre les irruptions des Chambaa. Le 3 avril , la colonne campait à Tilremt, 
daya * remarquable & cause d'une vaste citerne construite dans sa partie la 
plus basse *. Elle se reporta ensuite vers le nord , en prenant un autre chemin * 
situé plus à l'ouest, et passant par les dayas de Matrel-Dolman et M'Daguin pour 
aboutir à Ksar-el-lra , sur TOued-Djodid. Partie le 16 avril , elle était de retour 
à Laghouat le 5 mai, après un arrêt de quinze jours à M'Daguin. Ses opéra- 
tions étaient terminées. Le 9 au matin , elle se mit en route pour Bou-Saâda , 
où elle arriva le 16, pour y être dissoute le 19. Les deux compagnies de Ti- 
railleurs qui en avaient fait partie restèrent en garnison dans ce poste. 

Un ordre, remontant aux premiers jours de l'année 1863, avait décidé que 
les Tirailleurs algériens seraient représentés à Paris par un bataillon pris 
chaque année, & tour de rôlo, dans chacun des trois régiments. Le l**" régi- 
ment avait naturellement été appelé à commencer le tour, puis le 2* lui avait 
succédé, et enfm au moment où nous sommes arrivés, c'est-à-dire au com- 
mencement de 1866, le 3"* allait lui-mémo bénéficier de cette faveur. Cette 
dernière aurait, en réalité, dû lui échoir en 1869; mais les graves événements 
survenus en 1864 avaient fait suspendre pendant une année l'exécution de 
cette décision. 

C'est au l**" bataillon (commandant Mercier de Sainte-Croix) que revint 
l'honneur de fournir ce détachement. Conformément aux ordres du mmistre, 
il fut à cet efTet réduit à ses six premières compagmes (la 7* demeurait en 
Algérie) et porté à l'effectif total de six cent trente hommes. Ainsi constitué, 
il quitta Conslantine le 6 mars, s'embarqua & Philippeville le 22 avril, dé- 
barqua à Toulon le 25, et, le 29, arriva à Paris. 

Le service des Tirailleurs algériens dans la capitale était le même que celui 
de la garde impériale; compris dans la 2* brigade de la 2* division de cette 
troupe d'élite, ils étaient, pour tout ce qui touchait aux attributions particu- 
lières dévolues par les règlements en vigueur, assimilés aux autres régiments 
d'infanterie do ce môme corps. 

Un décret impérial en date du 15 novembre 1865, rendu en vue de Taliège- 

Grande prairie humide, 
s Cet immense réservoir ne mesure pas moins de trente -trois mètres de longueur 
sur six de large et quatre de profondeur. 

20 



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306 



LE 3^ RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



[1866] 



ment des charges du Trésor, était venu réduire les cadres de tous les corps 
de l'armée; par contre il devait, aux termes de ce même décret, être créé 
dans chacun des trois régiments de Tirailleurs algériens un quatrième batail* 
Ion, ayant la même organisation que ceux déjà existants. On se proposait 
ainsi d'augmenter Teffectif des troupes indigènes dans des proportions telles, 
que rimpôt en hommes que la loi de recrutement faisait peser sur le pays s'en 
trouvât sensiblement diminué. C'était, de fait, avec la liberté d'enrôlement 
qu'on allait donner aux conseils d'administration des régiments de Tirailleurs, 
un surcroît de près de six mille excellents soldats qu'on allait avoir en peu 
de temps. 

En ce qui concerne le 3* régiment, cette mesure ne reçut son exécution que 
le 22 août 1866. A cette date, le ministre désigna les officiers devant consti- 
tuer l'état-major du bataillon et les cadres des sept nouvelles compagnies. Le 
l*r octobre, cette organisation était terminée. Voici quelle fut, à la suite du 
tiercement qui eut lieu à cet eiïet, et à la date du i^'^ janvier, la composition 
du 3« Tirailleurs après cette formation : 



ÉTAT-MAJOR 

colonel. 

Ueutenant-colonel. 

major. 

capitaine trésorier. 

capitaine d'habillement. 

sous-lieutenant adjoint au trésorier. 



HM. GandU, 
Berthe, 
AUiou, 
Dufour, 
Ramakers, 
Maxué, 

Carré de BusseroUe, sous-lieutenant porte-drapeau 
Ropert, médecin-major de i^^ classée. 

Reboud , médecin-major de 2* classe. 

Janvier, médecin-aide-major de 1^ classe 

1<^' BATAILLON 

UM. Mercier de Sainte-Croix, chef de bataillon. 

Chevreuil , capitaine-adjudant-major. 



MM. 



!'• compagnie. 

Desmaison, capitaine. 
Oriot, lieutenant français. 
Messaoud-ben-Ahmed, lient, ind. 
DaroUes, sous-lieut. français. 
Rebah-ben-AIech, s.-lieut. ind. 

2* compagnie. 

MM. Ducoroy, capitaine. 

Mattel, lieutenant français. 
Ahmed-ben-Kodja, lieut ind. 
Blumendalh, s.^ieut. français. 
Mohamed-Omar, sous-lieut. ind. 



3* compagnie. 
MM. Petitjean, capitaine. 

Soumagne, lieutenant français. 
Mohamed-ben-Toudji, lieut. ind. 
Ruihmann, sous-lieut. français. 

4* compagnie. 

MM. Jeannerod, capitaine. 

Lalannc des Camps, lieut. fr. 
Abdcrrahman-ben-Ekarli, lieu- 
tenant indigène. 
Teilhard de Latérisse, s.-lieut. fr. 



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[18661 



EN ALGÉRIE 



807 



5* compagnie, 

MM. Marty, capitaine. 

Duchesne, lieutenant français. 
Thiersatilt, aous-lieut. français. 
Amar-bon-Mcdeli, s.-licut. ind. 



6* compagnie. 

MM. de Carrière, capitaine. 
Pont, lieutenant français. 
Ali-ben-Osman , licut. indigène. 
Valal , sous-Iioulenant français. 
Saad-ben-Sorir, sous-lieut. ind. 



7* compagnie, 

MM. Michaud, capitaine. 

Besson , lieutenant français. 
Adj-Tahar, lieutenant indigène. 
Lafon , sous-lieutenant français. 



2* BITIILLON 

MM. Glemmer, chef de bataillon. 

CalUiot , capitaine-adjudant-major. 



!«"• compagnie. 

MM. Châtaignier, capitaine. 
Fargue, lieutenant français. 
Hasscn-ben-Krelill , lieut. ind. 
Garnier, sous-lieut. français. 
Lagdar-bcl-IIaoussin , s.-l. ind. 

2* compagnie» 

MM. Delahogue, capitaine. 

Boscary, lieutenant français. 
Gillet, sous-lieutenant français. 
Ali-ben-Ahmed , sous-lieut. ind. 

3^ compagnie, 

MM. Vivenot, capitaine. 

Roussel , lieutenant français. 
Ali-ben-Rebah , lieut. mdigène. 
Fouju, sous-lieutenant français. 
MohRfno(M)on-Ta]cb, s.-l. ind. 



4* compagnie. 

MM. Louvet, capitaine. 

Woroniez de Pawenza, lieut. fr. 
Clausset, sous-lieut. français. 
Hassem-ben-Ali , s.-lieut. ind. 

8* compagnie. 

MM. Rapp, capitaine. 

Lelorrain , lieutenant français. 
Lagdar-Zemouli , lieut. indigène. 
Camion , sous-lieut. français. 
Amar-ben-Brahim , s.-lieut. ind. 

G* compagnie. 

MM. Pillot, capitaine. 

Hardouin , lieutenant français. 
Davoine, sous-lieut. français. 
Ali-ben-Toussef, s.-lieut. ind. 



MM. Brault, 
Taddeî, 
Vigel, 



7* compagnie. 

capitaine. 

lieutenant français, 
sous-lieutenant français. 



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308 



UB 3* RËQUIBNT DB TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



[1866] 



3* BATAILLON 

MM. Sériâat, chef de bataUlon. 

Le GronteCi capitaine-adjudant-major. 



1^ compagnie. 

MM. de Lacvivier, capitaine. 
Strolli , lieutenant français. 
Beaumont, sous-lieut. français. 
Kassem-Labougie, s.-lieut. ind. 
2* compagnie, 

MM. Legrand, capitaine. 

Donin de Rozière, lieut. français. 
Mondielli, sous-liout. français. 
Haoussin-ben-Ali, s.-lieut. ind. 

3* compagnie. 

MM. Giraud, capitaine. 

Cléry, lieutenant français. 
Amar-ben-Abdallah, lieut. ind. 
Bernad , sous-liout. français. 
Béchir-ben-Mohamed I s.-l. ind. 



4* compagnie. 

MM. Émy, capitaine. 

Feitu, lieutenant français. 
Mohamed-bel-Gasm, lieut. ind. 
Yahia-ben-Simo, sous-lieut. ind. 

5* compacte. 

MM. Roux-Beaufort, capitaine. 
Boswiel, lieutenant français. 
Moktar-l>cn-You8suf, lieut. ind. 
Uègne, sous-lieutenant français. 
6* compagnie. 

MM. Chasseloup de Laubat , capitaine. 
Rinn , lieutenant français. 
Pétiaux , sous-lieut. français. 
Tabar-ben-Amoudai s.-l. ind. 



1* compagnie. 

MM. Ceccaldi, capitaine. 

Sergent, lieutenant français. 

Said-ben-Mohamed, lieutenant indigène. 

4* BATAILLON 

MM. Aubry, cbef de bataillon. 

Égrot, capitaine-adjudant-major. 



i^ con^pagnie. 

MM. Matthieu, capitaine. 

Bosquette, lieutenant français. 
Achmed-ben-Omar, lieut. ind. 
Larrivet, sous-lieut. français. 

2^ compagnie. 

MM. Lannes de Montebello, capitfiine. 
Sauvage, lieutenant français. 
Amou-ben-Mousseli, lieut. ind. 
Esparron , sous-lieut. français. 
Hassein-ben-Ali, sous-lieut. ind. 



3^ compagnie. 

MM. Mas-Mézeran, capitaine. 

Montignault, lieutenant français. 

Mohamed-Bounep, lieut. ind. 

Sibille, sous-lieut. français. 

Salah-ben-Ossemen, s.-lieut. ind. 
4* compagnie. 
MM. Besson, capitaine. 

De la Bonninière de Beaumont, 
lieutenant français. 

Bulliod, sous-lieut. français. 

Kaddour-ben-Anuo*, s.-lieut. ind. 



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[1866] EN ALGÉRIE 300 



6* eompoomie. 

MM. Maisonneuye-Lacoste, capitaine. 
Benielli , lieutenant français. 
Achmed, lieutenant indigène. 



6* compagnie. 

MM. de Larochelambert, capitaine. 
Méliz I lieutenant français. 
Mohamed- ben-Ifassein -Labessi , 

FieatenanC îningèae. 
Itny, RoiiA-linutonnnl frnnçaifi. | 

7» compagnie. 

MM. Corréard, capitaine. 

Lapcyro, lieutenant français. 

Clerc, sous-lieutenant français. 

MoImmcd-ben-Charad, sous-lieutenant indigène. 

Les ressources du recrutement furent largement suffisantes pour porter à 
son complet et à Py maintenir le nouvel eflectif du régiment. Il est bon cepen- 
dant d'ajouter que de grands avantages pécuniaires furent à peu près en même 
temps assurés aux soldats indigènes. En vertu d'un arrêté ministériel du 
9 juin 1866, les dispositions suivantes étaient mises en vigueur dans les trois 
r^iments : 

c Les rengagements de sept ans souscrits par les militaires indigènes don- 
neront droit à une prime de sept cents francs (700 fr.), dont trois cent cin- 
quante francs (350 fr.) payables au moment du rengagement, et trois cent cin- 
quante (350 fr.) à la libération définitive du service. 

« Les rengagements contractés pour moins de sept ans donneront droit, 
jusqu'à quatorze ans de service, à une somme de cent francs (100 fr.) pour 
chaque année de rengagement, dont cinquante francs (50 fr.) payables au mo- 
ment du rengagement, et cinquante francs (50 fr.) à la libération définitive. » 

Ces instructions faisaient suite à un décret du 21 avril 1866, dont Tartide 
premier était ainsi conçu : 

c Les troupes indigènes de TAlgérie font partie de Tannée française, 
c Elles comptent dans TelTectif général. » 

La conséquence la plus directe de cette importante décision c'était que, 
d'après le môme décret, € dans le dernier trimestre de sa quatrième année 
de service, Tindigène pouvait être admis, par le conseil d'administration du 
corps, à contracter un rengagement soit pour un corps indigène, soit pour un 
corps français. » 

Quoi qu'il en soit, les indigènes vinrent en foule pour s'engager, et, le 
l^r janvier 1868, le 3^ Tirailleurs avait un eflectif de trois mille neuf cent 
cinquante et un hommes. 

Toutes ces mesures avaient été prises sur l'initiative du maréchal Randon , 
alors ministre de la guerre. Personne plus que lui n'appréciait les Tirailleurs 
algériens, personne ne les connaissait mieux, personne n'était plus à même 



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310 LE 8* RÊQnOBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1866] 

de présider à leur organisation définitive. Aussi sa sollicitude éclairée avait- 
elle porté sur tout ce qui pouvait améliorer la situation morale et matérielle 
de ce corps. Nous avons vu qu'en même temps qu'il augmentait Teflectif des 
régiments, le ministre allait au-devant des difficultés du recrutement; qu*au 
point de vue national il avait définitivement réglé la situation du soldat indi- 
gèoe; mais il est encore une autre question qui avait attiré particulièrement 
son attention , et dont nous n'avons point encore parlé : la réorganisation des 
écoles régimontairos. 

Pour bien traduire la pensée qui on cela guidait le maréchal , nous ne pou- 
vons mieux taire que de reproduire les instructions qu'il envoyait à ce sujet au 
maréchal de Mac-Mahdn, gouverneur général de rÂlgérie ': 



• Parii,lol9JanTier iSCO. 

« Monsieur le maréchal, ma sollicitude est depuis longtemps appeléeusur les 
questions qui intéressent l*ayetiir des Tirailleurs algériens, et colle do la com- 
position des cadres m'a paru surtout d'une importance capitale. 

c Cest elle , évidemment , qui doit le plus puissamment contribuer à l'assi- 
milation des corps indigènes à nos troupes nationales; il est donc urgent de se 
préoccuper des moyens de donner aux officiers et aux sous-officiers indigènes 
de ces corps une instruction suffisante pour les mettre à la hauteur do leurs 
fonctions, et roniôdier aux difficultés iiicossautos qu'occasionne, dans tous les 
détails du service, l'ignorance absolue dans laquelle se trouvent la plupart 
d'entre eux. 

« Il faut d'abord qu'ils apprennent à parler et à écrire le français, tout au 
moins à le Ure, afin qu'ils puissent prendre, par eux-mêmes, connaissance do 
leurs devoirs, de leurs obligations, se rendre compto des consignQS, des ordres 
écrits relatifs aux mille détails du service journalier, faire les appels, etc. 

c Dans ce but, j'ai décidé que des cours spéciaux seraient institués dans les 
régiments do Tirailleurs, les uns |K)ur los officiers, les autres |K>ur les liouimos 
de troupe. 

c Qu'en outre, des écoles régimentaires. seraient créées dans ces corps afin 
d'y préparer, pour l'avenir, des éléments propres à alimenter les cadres indi- 
gènes. Ces écoles se recruteraient d'enfants arabes ou d'orphelins appartenant 
à un titre quelconque aux militaires du régiment , et qui , au moyen de l'ins- 
truction qui leur serait donnée, offriraient, plus tard, les ressources et les 
garanties désirables pour occuper utilement les divers emplois dans les 
cadres... » 

Venaient ensuite des ordres de détail pour le fonctionnement de ces diffé- 
rentes écoles. En ce qui concerne le dernier paragraphe de la lettre ci-dessus, 
le nombre des enfonts à instruire dans le régiment était fixé à soixante. Cette 
instruction devait être donnée sous la direction d'ofiiciers et de sous-ofliciers 
spécialement désignés pour ce service , et sous la haute surveillance du dicf 
de corps. 

En exécution de ces différentes prescriptions, des cours de -français et 
d*arabe furent organisés au régiment, et, grAca à l'impukion donnée par le 



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[1866] EN ALGÉRIE 31! 

colonel Gandil, les résultats furent bientAt dos plus Fatisfatsants. Du 21 août 
au 31 décembre 1866, vingt-quatre enfants furent admis; Tannée suivante , 
il y en eut encore vingt-sept; enfin le chiffre de soixante fut complété dès les 
premiers jours de 1868. Le lieutenant Montignault » chargé de la direction et de 
la survcillanco do ces cnfnnls, apporta dans cetto mission' beaucoup de cœur 
et d*inlclligcnco, et ne marchanda pas ses efforts pour préparer ses jeunes 
élèves à Tavenir auquel ils se destinaient. Beaucoup de ceux-d n'auront pas 
oublié cet excellent officier, à qui ils doivent en partie la situation qu'ils peuvent 
occuper aujourd'hui. 

L*année 18GG ne fut guère signalée que par les modifications d'un ordre 
purement constitutif ou administratif que nous venons d'enregistrer. Les nom- 
breuses opérations des années précédentes avaient porté leurs fruits, et le 
calme le plus complet régnait maintenant dans toute l'Algérie. Il ne fallait 
cependant pas trop se fier à cette paix apparente qu'un rien pouvait troubler, 
et le mieux était de prévoir les événements futurs. Aussi , quelque tranquille 
que fût le sud de la province de Constantine, il n'en fut pas moins décidé 
qu'une colonne d'observation, sous les ordres du colonel Gandil, irait passer 
l'hiver à Bou-Saâda , afin d'éloigner par sa présence toute possibilité d'insur- 
rection (le cctln rrgion si trnvailIt'H^ par les agitateurs. 

Celle colonne fui formée le l^'*' octobre, et se composa de cinq compagnies 
du 36° de ligne, deux du 3« Tirailleurs (S® du 2« bataillon, capitaine Rapp; 
2° du 3® bataillon , capitaine Legrand), deux escadrons du 6* chasseurs, un 
peloton du 3* spahis et une section d'artillerie. Elle fut dissoute le 10 mars 
1867, sans avoir pris part à aucune opération méritant d'être mentionnée. 

Dans le courant de l'année 1867 eut lieu, ainsi que nous l'avons vu, la 
rentrée des deux compagnies qui se trouvaient au Mexique, et le retour du 
bataillon qui avait été détaché à Paris. Ce dernier quitta la capitale le 1"' juin, 
s'embarqua à Toulon le 4, débarqua à Pbilippeville le 6, et arriva à Constan- 
tine le 10. 

A peine sortie des épreuves d'une guerre de plus de trente années , l'Algérie 
allait voir s'abattre sur elle des calamités qui devaient entraîner des maux 
dépassant tous ceux qu'elle avait connus jusque-là : pendant deux années, en 
1867 et en 1868, le choléra, le typhus et la famine allaient jeter partout le 
deuil et la consternation. 

Le premier de ces fléaux fit son apparition dans le mois d'avril 1867, et 
s'étendit rapidement dans les trois provinces, exerçant particulièrement ses 
ravages sur les Européens. Une des régions qui furent les plus éprouvées fut 
celle de Biskra ; toutes les troupes françaises qui composaient la garnison de 
cette ville durent être rappelées dans le nord, et seule la 5« compagnie du 
3° bataillon continua, avec un rare dévouement, à assurer le service de ce 
poste important. Elle y perdit son capitaine, M. Roux-Beaufort, et son lieu- 
tenant, M. Boswiel, deux officiers de grande valeur qui surent jusqu'au bout 
donner l'exemple de la plus noble abnégation. 

Ce ne furent pas là les seuls actes de courage, les seuls sacrifices qu'eut à 
enregistrer le régiment pendant cette terrible épidémie; partout les Tirailleurs 
se montrèrent ce qu'ils avaient été en 1854 dans la Dobrutscha et à Varna, 



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318 LE 3® RÉOIMBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS EN ALGÉRIE [1869 

et firent preuve de ce généreux sentiment qui porte aussi bien l'homme yéri- 
tablement braye au-devant de la mort obscure des hApitaux que de celle re- 
tentissante des champs de bataille. La liste des récompenses qui forent données 
au corps pour les services qu'il avait rendus dans ces douloureuses circon- 
stances en dira plus que nous ne pourrions le faire sur la conduite de nos 
valeureux soldats. 
Par décret du 14 décembre 1867, il fut décerné : 

Deux médailles d'or (MM. Rinn, lieutenant. 

de l'* classe. ( Guyon-Desdiguières, sous-lieutenant. 

Une médaille d'or (» o i l i. al j i- * 

. ^0 1 {H. Salah-ben-Ahmed, sous-lieutenant. 

Due médaille dWenlf» ^, . 

de 1" classe. (M. Claisse, sergent. 

Une médaille de bronze. { M. Rouget, sergent-fourrier. 
Par décret du 21 décembre reçurent : 



La croix do chevalier 
dû la Légion d'honneur. 



MM. Règne, sous-lieutcnanl. 
Ali-bcn-Osman , lieutenant. 
Verrière, adjudant. 

1MM. Mohamed*ben-M*Ahmoud , caporal. 
Ali-bon-Brahim , Tirailleur. 
Messaoud-ben-Ahmed, Tirailleur. 

Au choléra succéda le typhus. De nombreuses victimes marquèrent encore, 
pendant l'année 1868, le passage de ce redoutable visiteur. Parmi ces der- 
nières, nous signalerons : M. Janvier, médecin -major do l'» classe, mort à 
Bougie en combattant l'épidémie, et MM. Boscary et Moktar-ben-Youssef , lieu- 
tenants, décédés, le premier à Djidjelli, le second à Conslantino. 

Par décret du 4 août 1868, les récompenses suivantes étaient accordées à 
ceux qui s'étaient le plus fait remarquer en donnant des soins à leurs cama- 
rades : 

Deux médailles d'argent [MM. Magand, sergent. 

de 1^* classe. ( Mohamed-bcn-AbdalIah , caporal. 

Dne médaille de bronze. | M. Resqui-ben-Mohamed , Tirailleur. 

En 1869, ce fut encore au tour du 3<» Tirailleurs de fournir le bataillon qui 
devait passer un an à Paris. Le 1^ juin , les six premières compagnies du 
2« bataillon (commandant Clemmer) quittèrent Constantine avec un effectif 
de six cent vingt hommes; le 10, elles s'embarquèrent à Philippeville, et, 
le 16, arrivèrent à destination. Ce bataillon rentra l'année suivante, quelques 
jours seulement avant la déclaration de guerre. 



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GUERRE CONTRE L'ALLEMAGNE 

(1870-1871) 



CHAPITRE XIV 

ARMÉE DU RHIN 



Déclaration de guerre. — Départ des 1*', %• et 3« bataillons pour l'armée du Rhin. — 
Arrivée à Strasbourg. — Cioncentration autour de Wœrth. — Journée du 5 août. — 
Bataille^ de Frœschwlller (6 août). ~ Retour sur Sayeme. — Pertes subies par 
le régiment. 



Nous voici arrivés à Tune des pages les plus douloureuses de notre histoire, 
à la première de cet historique en haut de laquelle vienne se placer le mot 
défaite; page inachevée, qui sera reprise un jour, et qui, nous l'espérons, 
se terminera alors par le mot revanche. Elle a pour titre une simple date : 
Mil huit cent soixante -dix, 

Jusqu*ici , que nous ayons suivi lea Tirailleurs de la province de Constan- 
tine dans leurs longues et pénibles expéditions en Algérie, dans les péripéties 
émouvantes d'un siège mémorable en Grimée , dans leurs courtes mais immor- 
telles étapes en Italie, dans les fatigues sans nombre d'une campagne au 
Sénégal , dans leur séjour prolongé sous le climat meurtrier de la Cochinchine, 
dans leurs récents et glorieux exploits dans le nouveau monde; que nous les 
ayons vus en face d^Arabes, de Kabyles, de Russes, d'Autrichiens, de Man- 
dingucs, d*Annamitc8 ou de Mexicains, partout la victoire a accompagné leur 
drapeau et fait naître chez eux une confiance illimitée dans les destinées de la 
France, leur nouvelle patrie. Pour ces intrépides soldats, il n'était pas possible 
que notre beau pays fût jamais vaincu. Quelle nation pouvait, en effet, être 



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314 LE 3* RÉOIMBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [i870] 

asses forte pour battre celle qui les avait soumis, eux; qui avait eu raison de 
leur héroïque résistance et fait flotter ses trois couleurs depuis le sommet le 
plus élevé de la Kabylie jusqu'à la dernière oasis du désert? Aucune. Et 
dans leur assurance sans forfanterie ils se croyaient aussi invincibles que le 
peuple dont la fortune était devenue la leur. Après tant de gloire moissonnée 
dans tant de pays différents, après tant de combats dont chacun était un 
succès, les jours de revers allaient cependant arriver; de même que toute cette 
vaillante armée qui, comme eux, portait sur ses étendards les noms encore 
retentissants de Sébastopol, de Magenta et do Solférino, ils devaient, eux 
aussi, connaître les tristes épreuves de la défaite et l'humiliation de la cap- 
tivité; et, plus surpris que démoralisés, ils allaient se demander s*il n'y avait 
pas là une erreur du destin, un malentendu entre le ciel et nous, ou bien 
quelque expiation passagère qu'il fallait subir sans se plaindre en attendant 
qu'une nouvelle faveur d'en haut nous rendit notre force et notre grandeur. 
Pur fatalisme, qui, sans les laisser indifférents à nos malheurs, les leur fai- 
sait envisager comme une chose écrite du doigt même de Dieu. 

Le 13 juillet 1870, c'est-à-dire quarante-huit heures avant que la décla- 
ration de guerre fût officiellement annoncée, le colonel Gandil reçut Tordre 
de se tenir prêt à partir pour la France avec trois bataillons de son régiment. 
Ces derniers devaient être organisés sur le pied de guerre, comprendre six 
compagnies chacun et, réunis , présenter un effectif total de deux mille deux 
cents combattants. Les l^'', 2^ et 3^ ayant été désignés, on s'occupa aussitôt 
de compléter à l'effectif réglementaire leurs six premières compagnies , et de 
mettre en état l'armement, l'équipement et l'habillement des hommes appelés 
à en faire partie. Au bout de trois jours, le 3* Tirailleurs était sous les armes, 
n'attendant qu'un signal pour se rendre à Philippeville , où la portion prin- 
cipale devait s'embarquer, pendant que le l^** bataillon et la l^* compagnie 
du 2*, alors à Bône, attendraient dans cette ville le transport désigné pour 
les emmener. 

Voici quelle était la composition du régiment qui venait d'être ainsi mobi- 
lisé : 



MM. 





ÉTAT-lfAIOR 


Gandil, 


colonel. 


Barrué, 


lieutenant-colonel. 


Mondielli, 


sous-lieutenant porte-drapeau. 


Soulice, 


sous-lieutcnant oflîcier payeur. 


Reboud , 


médecin-major de 1"^ classe. 


Ferron, 


médecin aide-major de 1*^ classe, 




!•' BATAILLON 



MM. Clemmer, chef de bataillon. 

Chevreuil , capitaine adjudant-major. 



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[1870] 



EN FRANGE 



315 



l»"» compagnie, 

MM. Besson , capitaÎDe. 

Beniclli, lieutenant français. 
Clerc, sous-lieutenant français. 
HonlarM>on-Tmol), sous-l. inil. 



2« compagnie, 

MM. Ducoroy, capitaine. 

Fay, lieutenant français. 
Blumendalh , sous-lieut. fr. 
Lagdar-ben-el-Achi, s.-l. ind. 

3« compagnie, 

MM. Petiljean , capitaine. 

Soumagnc, lieutenant français. 
Mohamed-ben-Toudji, lient, ind. 
Spoltz, sous-lieut. français. 
Larbi-bcn-cMIaoussin, s.-I. ind. 



4« compagnie. 



MM. Matthieu, capitaine. 

Lalanno des Camps, lient, fr. 
Abderrahman-ben-Ekarfi , lieu- 
tenant indigène. 
Walroir, sous-liout. français. 
Garmi-ben-Tahar, s.-lieut. ind. 

5* compagnie. 

MM. Mas-Mézeran, capitaine. 

Sauvage, lieutenant français. 



MM. 



fr* 



Krélill-ben-Moliamcd , s.-I. ind. 



2^ BATAILLON 

MM. Aubry, chef de bataillon. 

Brault, capitaine adjudant-major. 



!»•• compagnie. 

MM. Henry, capitaine. 

Uulhmann, lieutenant français. 
Tahar-ben-Amouda, lient, ind. 
Garnier, sous-lieutenant fr. 
Mustapha-ben-Amar, s.-l. ind. 

2« compagnie. 

MM. De Bourgoing, capitaine. 
Kolb, lieutenant français. 
Lagdar-bel-Haoussin , lient, ind. 
Bruzeaux, sous-lieutenant fr. 
Saïd-ben-Taya, sous-lieut. ind. 

3« compagnie. 

MM. WoroniezdePawenza, capitaine. 
Bosquette, lieutenant français. 
Dufour , sous-lieutenant fr. 
Mohamed-ben-Taîeb, s.-l. ind. 



4» compagnie. 

MM. Roux , capitaine. 

Roy, lieutenant français. 
Ilassein-ben-Ali , lient, ind. 
Clausset, sous-lieut. français. 
Kacem-ben-Mohamed , s.-l. ind. 

5® compagnie. 

MM. Rapp, capitaine. 

Darolles, lieutenant français. 
Soulice, sous-lieut. français. 
Amar-ben-Brahim , s.-l. ind. 

6« compagnie. 

MM. Deschamps, capitaine. 

Hardouin, lieutenant français. 
Davoine, sous-lieutenant fr. 
Larbi-ben-Oucif, sous-lieut. ind. 



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310 



LE 8* RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS 



[1870] 



3« BATAILLON 



MH. Thiénot, 
LeGrontec, 

l'* compagnie. 

MM. Hontignault , capitaine. 
Gillet, lieutenaDt français. 
Macarex, sous-lieutenant fir. 
Zénati-ben-Serir, s.-i. ind. 

2^ compagnie. 

MM. Deiahogue, capitaine. 

Donin de Rosière, lieut. fr. 
Ali-ben-Ahmed, lient, ind. 
Anglade, sous-lieutenant fr. 
Mustapha-ben -el-hadj -Otman, 
sous-lieutenant indigène. 

3* compagnie, 

MM. Giraud , capitaine. 

Pétiaux , lieutenant français. 
Bcrnad , sous-licutenant fr. 
Abmed-ben -el - Haou.^sin , sous- 
lieutenant indigène. 



^'"- f ^: 



chef de bataillon, 
capitaine adjudant-major. 



4^ compagnie, 

MM. Emy , capitaine. 

Guillaume , lieutenant français. 
Renoux , sous-lieutenant fr. 
Salab-beu-Abmed , s.-I. ind. 

5« compagnie, 

MH. De Larocbelambert , capitaine. 
Lafon, lieutenant français. 
Règne, sous-lieutenant fr. 
Salah-ben-Tahar, s.-l. ind. 



6* compagnie. 

MM. Gillot, capitaine. 

Doaumont, lieut. français. 
Pasqualini, sous-lieut. fr. 
AIssa-ben-el-Hadj - Assein , sous- 
lieutenant indigène. 

89 

2200 



Dans la matinée du 17, on reçut, du train des équipages militaires, des 
mulets bâtés et bamachés destinés au transport des bagages. Ces animaux 
n'allaient heureusement pas être utilisés; car leur livraison, faite à la bâte, 
au dernier moment, se ressentit par trop de cette précipitation : les bâts et 
les harnachements n'étaient pas ajustés, la plupart no pouvaient mémo pas 
servir, et le corps n'avait pas un seul ouvrier pour les mettre en état. Ce 
n'était là du reste qu'un premier exemple des nombreuses négligences <|u'on 
allait avoir à relever dans le cours de cetle guerre, en vue de laquelle rien 
n'avait été préparé. 

Le même jour, vers midi, le détachement qui devait s'embarquer à Phi- 
lippevUle quitta Constantine aux acclamations de la population et prit le 
chemin de fer pour se rendre dans ce port. Il y arriva le soir même et s'in- 
stalla dans l'intérieur de la ville, le long du rempart ouest. 

Retardé par l'état de la mer , le premier embarquement n'eut lieu que le 
20 juillet, à deux heures de l'après-midi. Ce jour-là, l'élat-major, lcs2<^, 
3«, 4«, 5« et 6<» compagnies du 2« bataillon et la i^ du 3« prirent passage sur 
la Dryade, à destination de Toulon. Le lendemain, s'effectua sans accidejit 



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[!870l EN FRANCE 317 

la mise à bord des chevaux et des mulets; puis, à trois heures du soir, la 
Dryade leya i*ancre, et quelques instants après disparut à l'horixon. Que de 
ceux qu'elle emportait ne devaient plus revenir I 

Le !«■' bataillon et la l^^ compagnie du 2« à B6ne, ainsi que les cinq der- 
nières compagnies du 3« bataillon restées à Philippeville, durent attendre 
jusqu'au 28 juillet. Enfin ces fractions s'embarquèrent à leur tour pour re- 
joindre le restant du corps qui, lorsqu'elles arrivèrent en France, avait déjà 
été dirigé sur le Rhin. La Dryade était en eflet arrivée à Toulon le 23; elle 
avait immédiatement mis à terre le personnel et le matériel qu'elle amenait 
d'Algérie, et, le lendemain à neuf heures du soir, le colonel Gandil et ce qu'il 
avait de son régiment avaient pris le chemin de fer pour se rendre à Stras- 
bourg, où se concentrait le l^** corps d'armée. 

Le voyage dura doux jours ; on traversa successivement Lyon , Dijo i , 
Besançon et Bcifort. L'enthousiasme des populations était à son comble; à 
partir de Lyon surtout, il se manifesta parfois d'une façon irraisonnable et 
nuisible à la discipline : de trop copieuses et trop fréquentes distributions de 
liquides furent faites à nos soldats, alors que ceux-ci, la plupart du temps, 
n'avaient seulement pas mangé, et non seulement il en résulta quelques petits 
désordres, mais encore un certain nombre d'hommes en furent assez sérieu- 
sement malodcs pendant plusieurs jours. Il eût été beaucoup plus rationnel , 
avec l'argent qui fut gaspillé ainsi, de préparer, dans certaines gares dési- 
gnées d'avance, du café qui aurait été rapidement distribué, ou bien un léger 
repas froid que les hommes auraient emporté pour le consommer en route. 
Mais qui alors aurait eu une idée aussi simple et aussi pratique à la fois? 

A son arrivée à Strasbourg, le 26 à sept heures du soir, le colonel Gandil 
apprit que le 3« Tirailleurs était compris dans la 2« brigade (général Lacre- 
telle) de la 4^ division (général de Lartigue) du l*** corps d'armée (maré- 
chal <lc Mac-Mahon). 

Jusqu'au 4 août, le régiment resta campé sur le glacis de l'ouvrage n^ 42. 
On profita de ce repos pour reverser au train des équipages militaires les mulets 
et les bâts qu'on en avait reçus à Constantine ; ils furent remplacés par des 
voitures de transport achetées dans le commerce, les magasins n'en ayant pas 
assez pour fournir à tous les besoins. On constitua, en même temps, un petit 
dépôt destiné à garder les approvisionnements d'effets apportés d'Algérie, et 
qui se composa d'un sous-officier (sergent Blanc) et de six Tirailleurs. Le 3, 
arrivèrent les cinq dernières compagnies du 3« bataillon avec le commandant 
Thiénot. 

La division de Lartigue avait reçu Tordre de se porter à Haguenau. Le 
4 août, les 2« et 3^ bataillons prirent le chemin de fer à midi, et en descen- 
dirent à quatre heures pour aller camper à trois kilomètres à l'ouest de la 
ville sur la rive droite de la Moder. A sept heures du soir , ils y furent rejoints 
par le h' bataillon et la l'* compagnie du 2* qui, partis de Toulon le 2 août, 
avaient été transportés à RcichshoOen, d'où on les avait ensuite fait rétro- 
grader sur Haguenau , qu'ils allaient quitter le soir même pour refaire exacte- 
ment le chemin qu'ils venaient de parcourir. A partir de ce moment, le 
régiment se trouva au complet. Le 87* de ligne, désigné pour faire brigade 



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318 " LE 3® RÉGIMENT DE TIRAILLEURS AL0ÉRIEN8 [1870] 

avec lui, était resté à Strasbourg pour Tonner, avec quelques bataillons de la 
mobile et quelques dépôts, la garnison de celte place en cas de siège* 
Dans la soirée du 4 , on apprit Técbec de Wissembourg. 
Depuis le jour de la déclaration de guerre, les événements avaient marché 
avec une effrayante rapidité. A peine deux semaines s'élaient-elles écoulées, 
que déjà le canon tonnait, que déjà notre territoire était envahi et que Ten- 
nemi chassait devant lui les débris de l'une de nos plus belles divisions. 
Funestes présages qui changèrent tout à coup l'enthousiasme de la première 
heure en un morne abattement, en une irrésolution générale qui devait bientôt 
paralyser Faction commune en permettant aux petites jalousies et aux grandes 
ambitions de se faire jour. 

Le moment n'était cependant pas aux hésitations, et il eût fallu remédier 
immédiatement à ce qu'avait de défectueux la répartition de nos forces en ne 
formant de celles-ci qu'une seule masse, avec laquelle on serait peut-être 
arrivé à arrêter les progrès dos Allemands. Au lieu de cela, l'onipercur se 
contenta de diviser son armée en deux groupes, dont les maréchaux de Mac- 
Mahon et Bazaine reçurent le commandement, sans donner, ni à Tun ni à 
l'autre de ces deux chefs, des instructions précises quant au plan qu'il s'agis- 
sait d'adopter. De cette faute allait résulter la sanglante défaite de Fresch- 
willer. 

Le premier soin du maréchal de Mac-Mahon, sous les ordres duquel se 
trouvaient les 1*'', 5« et 7* corps, fut de concentrer toutes ses troupes dans 
une bonne position défensive en avant de llaguenau, sur la rive droite de 
la Sauerbach, de façon à couvrir les routes de Bitche et de Saveme, et de se 
ménager au besoin une retraite sur Nancy. Mais, de tous ces corps, un seul, 
le l*', se trouvait sous sa main : le 5^ (général de Failly) était à Bitche, et 
le 7«, resté à Belfort, n'avait encore qu'une seule division (!■'•) en état de 
marcher. 

En vertu de ces nouvelles dispositions, la division de Lartigue quitta llague- 
nau le 4, à neuf heures du soir, et se dirigea au nord, à travera la vasto forêt 
qui s'étend depuis cette ville jusqu'au delà de la Sauerbach. Le 3« Tirailleurs 
formait l'avant- garde : venait d'abord, prête à se déployer, la l** compagnie 
du 3« bataillon (capitaine Montignault), puis le 3« bataillon (commandant 
Thiénot), une batterie d'artillerie, le 2<» bataillon (commandant Aubry), et 
enfin le 1«>' ( commandant Clemmer). En avant, pas le moindre détachement 
de cavalerie. 

A environ trois kilomètres de Haguenau, on rencontra le 50« de ligne, qui 
revenait de Wissembourg, et qui confirma la nouvelle de la défaite essuyée 
par la division Abel Douay. La marche continua toute la nuit, mal réglée, 
sans qu'aucune des prescriptions faites par les règlements pour empêcher les 
différentes fractions de s'4;arer fussent observées. Vers onze heures, on se 
heurta tout à coup à une nouvelle troupe : c'était une brigade de cavalerie qui 
s'était arrêtée en plein champ et y avait dressé son bivouac, laissant ses 
bagages sur la route, qu'ils encombraient complètcuieut. Enfin , à cinq heures 
du matin, la division arriva sur la Sauerbach, qu'elle passa sur le pont do 
Gûnstett , pour aller occuper ce village , autour duquel furent envoyées quelques 



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[1870] EN FRANGE 810 

reconnaissances qui rentrèrent sans avoir rencontré un seul ennemi. Après 
quelques heures accordées aux troupes pour se reposer et faire le café, elle 
reçut Tordre de revenir sur la rive opposée, pour former Textréme droite de 
la ligne de bataille du l^' corps d'armée sur les hauteurs de Frescbwîller. 

La position qu'elle allait occuper, et sur laquelle elle devait combattre une 
partie do la journée du lendemain, était un étroit plateau, en partie boisé, 
ayant une direction nord -sud et une hauteur moyenne de soixante mètres 
au-dessus de la vallée. Au pied de son versant est, et parallèlement à la 
route de Wœrth à Haguenau, coulait la Sauerbach, qu'on passait sur de nom- 
breux ponts, dont ceux de Wœrth seuls avaient été détruits; à l'ouest, un 
petit affluent de cette rivière, TEberbach, avait un lit asses encaissé pour 
servir au besoin de seconde ligne de défense , et permettre d'utiliser les hau- 
teurs en arrière pour prolonger la résistance sur ce point. Le front que cette 
division avait à garnir était malheureusement beaucoup trop grand pour son 
eflectif ; réduite à dix bataillons , il lui fallait s'étendre sur une ligne d'environ 
deux mille cinq cents mètres, et cela à une aile , c'est-à-dire dans une situa- 
tion l'exposaiit aux mouvements tournants de l'ennemi. 

Voici comment elle fut disposée : 

A la gauche , s'appuyant au village d'EIsashausen et défendant la lisière et 
les débouchés de Nicdor-Wald, le 3^ zouaves (colonel Boclier) ; au centre, le 
l*^*" bataillon do chasseurs (commandant Bureau); à l'extrême droite, le 
3o Tirailleurs, et enfîn, en seconde ligne, le 56^ (colonel Mena). En réserve 
se trouvait la brigade de cuirassiers du général Michel. Sur la gauche, la 
ligne de bataille était prolongée par les 3« et 1^ divisions (généraux Raoult 
et Ducrot); sur la droite, elle s'appuyait au village de Morsbronn. 

Vers midi, au moment où le bivouac allait être installé, on signala tout 
à coup l'approche de l'ennemi. La 4« division prit immédiatement les armes. 
Le régiment se porta en avant et vint s'établir à l'extrémité du plateau, sur 
un terrain découvert, face au mamelon et au village de Morsbronn, et suivant 
une direction faisant un angle très obtus avec celle du restant de la division. 
Les i^^ et 3^ bataillons furent seuls déployés; le 2" resta en colonne, par 
pelotons à demi -distance, en arrière de la droite du 1^. Un cordon de ti- 
railleurs, formé par la l*^ compagnie du 3* bataillon (capitaine Montignault), 
fut envoyé le long de la Sauerbach , où s'engagea alors une fusillade insigni- 
fiante avec quelques reconnaissances prussiennes qui se replièrent lentement 
vers le village do Giinslctt. A quatre heures et demie, rien ne pouvant plus 
laisser croire ù un combat, nos trois bataillons installèrent leur camp sur la 
pente est du plateau, en face de Gûnstett, dont les hauteurs commençaient 
à se couronner de vedettes ennemies. Pour la nuit, une compagnie du régi- 
ment fut placée en grand'garde dans la direction de Morsbronn; une autre, 
du i^ bataillon de chasseurs , fut envoyée de l'autre cété de la route de Wœrth, 
près de la Sauerbach. Dans la soirée, le temps, douteux pendant la dernière 
partie de la journée, se mit définitivement à la pluie, et jusque vers quatre 
heures du matin l'eau tomba à torrents sur cette longue ligne de bivouacs, 
dont les feux se trouvèrent ainsi rapidement éteints. 

Le jour parut sans qu'aucun indice vînt faire supposer qu'une action géné- 



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820 LE 3^ RÉQIMBNT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1870] 

raie s'engagerait à quelques heures de là; des coups de feu ayaient bien été 
échangés, pendant la nuit , entre nos avant-postes et ceux de Tennemi , mais 
ces derniers n'avaient encore fait tâter nos grands'gardcs que par de simples 
détachements^ 

A cinq heures du matin, le colonel Gandil donna l'ordre d'aller, en armes, 
chercher à la Sauerbach l'eau nécessaire pour faire le café. La corvée fut 
réunie sous les ordres d'un officier par compagnie , et du capilaine Montignault 
pour tout le régiment. Elle se rendit à la rivière sans être inquiéléo; mais, au 
inomont où les hommes voulurent aller prendre du l'eau, ils furent assaillis 
par une vive fusillade partant d'un moulin bSli sur lu rive gaucho de la 
Sauerbach , qui avait été crénelé la veille par les sapeurs du jénie de la divi- 
sion , qu'on avait ensuite négligé de faire occuper, et dans lequel une grand'- 
garde prussienne s'était solidement établie. Les Tirailleurs, surpris, un peu 
en désordre, ripostèrent de leur mieux; mais ils durent cependant se replier 
sans avoir pris de l'eau, le feu de l'ennemi devenant très meurtrier. Un offi- 
cier, le sous-lieutenant Krélill-ben-Mohamed, était blessé; un homme était 
tué, et un autre blessé. A partir de ce moment, la fusillade continua entre 
les avant- postes allemands et ceux de la 4* division. 

A sept heures, quelques coups de canon se firent entendre dans la direction 
de Wœrth; mais, vers huit heures, le feu cessa. 

Le rapport du 6 prescrivait un jour de repos pour les troupes; ce repos 
devait être mis à profit pour compléter les vivres et évacuer sur Strasbourg 
les demi -couvertures de campement des corps qui avaient emporté les leurs, 
malgré les ordres donnés. Personne ne s'attendait donc à une bataille, pas 
plus le commandant en chef que le plus ignorant des soldats. 

A huit heures et demie, la canonnade recommença et se rapprocha bientôt, 
mêlée à une fusillade assez vive qui partait des deux rives de la Sauerbach. 
Le régiment reçut l'ordre de prendre les armes tout en laissant ses cuisiniers 
au camp. On ignorait encore la portée du combat qui s'engageait : l'état-major 
général était persuadé que nous n'avions devant nous qu'une reconnaissance 
offensive qui ne serait pas sérieusement appuyée. 

Cependant la lutte prenait vers la gauche une intensité qui dénotait plus 
qu'une simple démonstration de la part de Tennemi; une partie des 1*^ et 3<> 
divisions avait dû s'engager pour faire face au danger qui venait de ce côté. 
Le combat n'allait pas tarder à s'étendre aussi sur la droite; mais, sur ce 
point, nous allions avoir l'initiative de l'attaque. 

Dans le premier moment , les l^' et 3« bataillons du 3<» Tirailleurs étaient 
restés sur l'emplacement du camp , attendant des ordres pour agir. Pendant 
ce temps , le colonel Gandil , avec le 2» bataillon qu'appuyaient deux escadrons 
de lanciers, se portait sur le plateau découvert qui avait été occupé la veille 
par le régiment. De là, il envoya les lieutenants Hardouin et Kolb, chacun 
avec une escouade, pour fouiller les jardins et le village de Morsbronn, en 
même temps qu'il faisait explorer un petit bois à droite et en arrière par 
les deux escadrons de cavalerie. Ayant acquis la certitude que le village 
n'était pas occupé , il donna l'ordre au commandant Aubry d'aller y prendre 
position avec deux compagnies (4^ et5«). Le restant du 2< bataillon fut 



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[1870] EN FRANCE 321 

ensuite établi dans un chemin creux conduisant de ReichshofTen à Gflnstett, 
Il était alors environ dix heures. Un instant auparavant, le général de 
Lartigue avait dirigé sur le moulin de la rive gauche une attaque qui, exé- 
cutée par le !«'' bataillon de chasseurs soutenu par une compagnie do zouaves 
et une partie de Tartillerie de la division , avait déterminé la retraite de 
Tennemi. Mais, à peine notre artillerie avait-elle eu ouvert son feu, qu'on 
avait vu quatre batteries prussiennes, accompagnées de leurs soutiens, venir 
prendre position sur les hauteurs au nord -ouest do Gûnstett et diriger sur 
nos douze pièces de quatre un tir des plus précis, dont la supériorité allait 
vite avoir raison des eflbrts impuissants de nos artilleurs. A ces quatre bat- 
teries vinrent presque aussitôt s'en ajouter d*autres, et, à partir de neuf 
heures et demie, cent huit pièces allemandes ne cessèrent de tonner sur toute 
la ligne des hauteurs de la rive gaucho, et de faire pleuvoir sur nos troupes 
une grôlc d*obu8 dont Thumidité du sol atténuait heureusement les elTets. 

L'artillerie ennemie ne tarda pas à être appuyée par des masses profondes 
d'infanterie; bientôt, le ii* corps bavarois et les v* et xi« corps prussiens se 
trouvèrent en grande partie engagés. En face de la division de Lartigue, 
mais n'ayant encore en ligne qu'une seule division, la 21*, se trouvait le 
xi*' corps prussien. L'une de ses brigades (la 41* ) s'était déployée le long de 
la Sauerbach, et le l**" bataillon de chasseurs, après une vaine tentative pour 
franchir cette rivière, s'était vu obligé de rétrograder et de venir prendre 
position en arrière de la route de Wœrth à Haguenau. Notre première ligne de 
défense se trouvant ainsi dégarnie, Tennemi en proGta pour faire avancer, 
Tune par le village de Sjftichbach , l'autre par le pont de Gûnstett, deux co- 
lonnes de deux à trois mille hommes chacune, qui franchirent la Sauerbach 
et s'élancèrent résolument à l'attaque des positions occupées par la 4« divi- 
sion. 

A la première démonstration de ce mouvement oITensif , le général de Lar- 
tigue avait fait prolonger, par deux bataillons du 56<*, la ligne formée par le 
l^^ bataillon de chasseurs; puis, l'ennemi continuant à gagner du terrain, 
les \^^ et 3<* bataillons du régiment, sous les ordres du lieutenant-colonel 
Barrué, s'étaient déployés à leur tour, compagnie par compagnie, et portés, 
partie en soutien de l'artillerie, partie au-devant des colonnes prussiennes 
qui s'avançaient menaçantes à l'attaque du Nieder-Wald et du plateau de 
Morsbronn. 

Sur ce point, la lutte atteignit bientôt à une extrême intensité. Malgré le 
feu écrasant de l'artillerie ennemie, notre infanterie reprit un incontestable 
avantage et se maintint dans toutes ses positions; malheureusement elle 
s'épuisait en efforts successifs , en attaques décousues , en mouvements isolés 
dont chaque commandant de compagnie avait, pour ainsi dire, l'initiative et la 
direction. Aussi , s'ils n'avançaient pas, les Prussiens se maintenaient-ils sur 
le terrain conquis, et leurs masses toujours croissantes continuaient-elles à 
déboucher par le pont de Gûnstett, que, faute de poudre, le génie n'avait pu 
faire sauter. 

Dès qu'ils s'étaient trouvés dans cette furieuse mêlée, les Tirailleurs avaient 
accompli des prodiges; partout où s'était portée leur redoutable furie, les 

ai 



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322 LE 3« RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l870l 

Allemands avaient dû reculer; mais les obus pleuvaicnl dans leurs rangs, la 
mort fauchait soldats et officiers avec une effrayante rapidité. Déjà les capi- 
taines Gillot et Deschamps , les lieutenants Uardouin , Benielli et Mohamed- 
ben-Toudji et le sous- lieutenant Pasqualini étaient tombés pour ne plus se 
relever. 

Il était onze heures et demie. Le colonel Gandil , que nous avons laissé sur 
Textrème droite avec une partie du 2» bataillon , voit le manque d'unité de 
notre action et les progrès des assaillants. Une allaque vigoureuse est indis- 
pensable si Ton veut empêcher ceux-ci de prendre pied sur la rive droite de 
la Sauerbach. Il n*a avec lui que trois compagnies (l''» , 2<> et 3<)) ; il les forme 
en bataille, s'élance à leur tète, et d'un bond irrésistibles&ruesur la colonne 
ennemie, qui immédiatement rétrograde en désordre vers le pont de Gûnstett. 
Tout plie, tout cède devant cette charge à fond; les Tirailleurs franchissent 
le pont à la suite des Prussiens, poursuivent ceux-ci la baïonnette dans les 
reins, les refoulent jusqu'aux premières maisons de Uunstctt; mais là, épuisés 
par TeSort héroïque, surhumain, qu'ils viennent de fournir, assaillis par le 
feu qui part du village, ils doivent s'arrêter , puis céder à leur tour et repasser 
le pont pour venir se reformer en arrière et mettre un peu d'ordre dans leurs 
rangs, qui viennent d'être complètement décimés. Parmi les morts on compte 
le capitaine de Bourgoing, frappé glorieusement à la tête de la 2^ compagnie, 
et le sous -lieutenant Mustapha-ben-Âmar. 

Ce mouvement avait été appuyé directement par quelques compagnies du 
56» et, plus à gauche, par les deux autres bataillons du régiment, sous les 
ordres du lieutenant -colonel Barrué. Il eut pour résultat de suspendre 
momentanément l'attaque du Xi<» corps prussien, et de maintenir, pendant 
une heure au moins, celui-ci sur la rive gauche de la Sauerbach. Si à ce 
moment le feu de notre artillerie n'eût pas été presque entièrement éteint ; s'il 
y eût eu là des troupes fraîches, une division du corps de Failly par exemple, 
pour seconder la tentative de la division do Larliguo, pour soutenir le 
3« Tirailleurs, qui était déjà entré comme un coin vivant dans l'épaisse ligne 
des bataillons ennemis, nul doute que, sur ce point du moins, l'avantage ne 
se fût déclaré pour nous, et que les Prussiens n'eussent été mis dans l'impos- 
sibilité d'exécuter le fameux mouvement tournant qui devait placer notre 
droite dans une situation désespérée et la contraindre à une retraite précipitée. 
Hais, au lieu des renforts qui auraient été nécessaires pour profiter de ce fugitif 
retour de fortune, il ne restait que des troupes exténuées, cruellement éprou- 
vées par la lutte sanglante qu'elles venaient de soutenir et , chose terrible , 
bien prèé de voir leurs munitions s'épuiser. 

A Morsbronn, après avoir occupé le village en plaçant une compagnie (la 
4«, capitaine Roux), aux diverses issues et en conservant l'autre (la 5«, 
capitaine Rapp), en réserve dans le cimetière, dont les murs offraient un 
excellent abri contre la mousqueterie , le commandant Aubry était monté dans 
le clocher de l'église pour surveiller les manœuvres de l'ennomi. Il assista 
de là à la phase que nous venons do raconter, et put constater chez les Alle- 
mands l'immobilité qui lui succéda; mais bientôt il vit de fortes colonnes 
d'infanterie prononcer, à la faveur des bois, un grand mouvement envelop- 



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I?* 



£■& 



[1870] EN FRANGE 323 

¥ ' pant se prolongeant jofique sur les derrières de Morsbronn et menaçant tout 

^^ le flanc droit de la 4« division. Il en informa aussitôt le général Lacretelle, 

■^ qui Tint lui-même yérifier le fait et juger de sa gravité. Les Prussiens avaient 

'^^ déjà franchi la rivière à Dûrrenbach, dont les ponts, pour les mêmes raisons 

que celui de Gfinstctt, n'avaient pas été détruits, et dans un instant Mors- • 
^^' bronn allait être attaqué. Défendre ce village avec deux compagnies, il n'y 

fallait pas songer; le général ordonna qu'on TévacuAt. Le mouvement s*ef- 
'^ fectua sous un feu très vif d'artillerie, et le commandant Aubry, avec sa 

petite troupe, se porta dans la partie de la plaine située entre la Biberbach et 
m la route de Lembach à Ilaguenau , et chercha à se relier aux autres bataillons 

2« qui se trouvaient de nouvenu vigoureusement engagés avec les forces enne- 

1 mies descendant de Gûnstett et s'avançant vers le pont de la Sauerbach. 

il Mais notre ligne commençait à faiblir; il allait se trouver séparé d'elle par le 

■i gros des Allemands; il battit alors en retraite, et vint s'établir dans le chemin 

^ creux qui mène de Morsbronn à Gûnstett. Prévoyant que sa résistance sur ce 

j point ne pourrait être de longue durée, il envoyait en même temps chercher 

f des ordres auprès du général de Lartigue. Ceux-ci ne se firent pas attendre : 

il devait rallier autour de lui tout ce qu'il trouverait sous sa main , et choisir, 
en orrièro, une lionne position défensive pour proti^gor par des feux le mou- 
vement rétrograde des autres troupes de la division. A peine établies, nos 
compagnies eurent à soutenir une fusillade très vive avec les têtes de colonne 
de l'infanterie ennemie, qui commençait à déboucher par trois côtés à la fois : 
par les pentes faisant face à Gûnstett, par le village de Morsbronn, et, tout 
à fait sur nos derrières , par la vallée de l'Eberbach. Le commandant Aubry 
tint jusqu^au dernier moment, et permit ainsi au S6« et aux deux autres 
bataillons du régiment de se retirer en assez bon ordre dans la direction de 
RcichRhonbn. A ce moment , la retraite était générale et le combat sur ce point 
définitivement rompu. 

Nous avons laissé les W et 3^ bataillons, ainsi qu'une partie du 2*, au mo- 
ment où un vigoureux retour ofTensif, exécuté par le colonel Gandil, avait 
rejeté l'ennemi sur la rive gauche de la Sauerbach. De ce côté, la lutte resta 
près d'une heure en suspens , ou du moins se borna à une fusillade sans im- 
portance échangée entre les premières lignes de tirailleurs. Mais il était facile 
de prévoir qu'il n'en serait pas longtemps ainsi; depuis un moment, on aper- 
cevait des masses considérables d'infanterie prussienne débouchant de la forêt 
de Surbourg, et se dirigeant sur trois colonnes vers Spachbach, Gûnstett et 
Dûrrenbach. C'était le gros du xi« corps (Bose) et la division wurtembergeoise 
(d'Obernitz), qui ^e portaient en ligne pour appuyer l'attaque de la 21« divi- 
sion. Le prince royal venait d'arriver et de prendre la direction du comhat; 
toutes les forces do la iii<' année se trouvaient maintenant réunies sous la main 
de leur chef : une écrasante offensive allait avoir lieu sur tous les points à la 
fois. 

Bientôt les Allemands eurent repassé la Sauerbach. Le l*' bataillon de 
chasseurs, le S6« de ligne et les 1®** et 3« bataillons de Tirailleurs essayèrent 
encore une fois de s'opposer au flot toujours croissant qui montait de Gûnstett; 
quelques charges partielles furent successivement exécutées sur les premiers 



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324 LE 3® RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [l870] 

éckeloRB, qui se montrèrent un moment késilanls; mois, ciForU vains, la 
poussée était trop puissante , et nos soldats trouvaient toujours des rangs re- 
formés derrière ceux qu'ils avaient enfoncés. 

Il était une heure et demie. Notre ligne dut commencer à se replier. Elle le 
fit en bon ordre, mais eut fort à souffrir des batteries de Gûnstett, dont le feu 
avait redoublé d'intensité. Les compagnies changeaient fréquemment de place, 
afin de se soustraire autant que possible à leur action ; seulement, ces mou- 
vements nuisant à leur cohésion , elles perdaient ainsi chaque fois du terrain. 

Cependant, si l'ennemi nous faisait du mal avec son artillerie, nous lui en 
fabions non moins avec notre mousqueterie : sa 21^ division surtout était très 
éprouvée. Hais, nous l'avons dit, les munitions commençaient à s'épuiser; 
beaucoup de compagnies n'en avaient presque plus, les autres les ménageaient. 
Nos troupes avaient rétrogradé jusqu'au sommet des pentes qu'elles occu- 
paient, et, se cramponnant à cette dernière position, balançaient encore le 
succès, qui, pour celui qui ne voyait pas les profondes réserves de l'ennemi, 
demeurait encore incertain. Â ce moment courut le bruit que la division Guyot 
de Lespart, partie de Bitche le matin, arrivait à notre secours : l'espoir fit 
battre tous les cœurs, une nouvelle ardeur ramena au combat les fractions 
hésitantes qui étaient déjà en retraite vers rEbcibach, et la lutte reprit avec 
une nouvelle vigueur. 

Depuis longtemps le général Lucretclle, prévenu par le commandant Au- 
bry, avait à son tour fuit avertir le général do Larliguu du inuuvcnient 
tournant des Prussiens; déjà ceux-ci étaient dans Morsbronn, évacué par nos 
deux compagnies, et allaient atteindre Forstheim, qui leur avait servi de point 
de direction. La situation était critique. Tentant un dernier effort, les colo- 
nels Gandîl et Barrué réunirent le plus qu'ils purent des trois bataillons, pour 
arrêter, ne fût-ce qu*un moment, cette marée envahissante qui montait, 
montait toujours. Autour d'eux vinrent se grouper des hommes de tous les 
régiments de la division. Ils les établirent sur une ligne s'étendant du bois 
d'Eberbach au Nieder-Wald, où, de son côté, le 3«) zouaves soutenait une 
lutte héroïque contre un ennemi dix fois supérieur. Là curent encore lieu 
quelques tentatives désespérées; on se battit comme on put, à ranne blanche 
principalement, puis il fallut définitivement abandonner la partie : la division 
4e Lartigue était irrémédiablement vaincue. H était alors deux heures et demie. 
Le commandant Thiénot venait d'être tué, le coiniuandant Clemmer était 
mortellement blessé. 

Il eût été insensé de prolonger d'une minute de plus cette résistance opiniâtre, 
dont le résultat ne pouvait plus être douteux. Déjà le 2<' bataillon, qui, d'a- 
près les ordres du colonel d'Andigné, chef d'état- major de la division, avait 
occupé le bouquet de bois situé au sud d'Eberbach , était menacé d'être pris 
par les forces ennemies qui sortaient de Forstheim. Il fallait se retirer à tout 
prix. Le mouvement commença, protégé d'abord par les feux du 2» bataillon, 
puis par la charge de la brigade Michel (8<> et 9° régiments de cuirassiers et 
deux escadrons du 6« lanciers), et enfin par deux compagnies du 3** zouaves, 
qui jusque-lA n'avaient été que légèrement engagées. 

Cependant notre artillerie parvenait difficilement à se dégager; une batterie 



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[f870] EN FRANGE 325 

do mitrailleuses se trouvait compromise : il fallait la sauver. Le général La- 
cretelle, qui surveillait le mouvement de nos derniers échelons, s'adressa 
alors au capitaine Delahogue, du 3** bataillon, lui prescrivant de faire son 
possible pour maintenir les Prussiens , dont tous les eiïorts se concentraient 
maintenant sur nos pièces, quils voyaient distinctement. Le capitaine fît appel 
au dévouement do chacun , et tous roux qui purent entendre sa voix vinrent 
se grouper autour de lui. Il parvint aussi à rallier deux cents hommes, prove- 
nant pour la plupart des débris du 3^ bataillon. Sous leur protection, nos mi- 
trailleuses purent se retirer, ainsi que quelques traînards qui erraient sans com- 
mandement. Sur la droite, on voyait de petits groupes de cavaliers qui revenaient 
sanglants, et qui cherchaient à rejoindre la division; sur la gauche, le 3* zouaves 
ap^onisait. Seul avec sa petite troupe, le capitaine Delahogue tient encore sur 
le plateau. Enfîn il va se mettre en retraite h son tour, quand tout à coup 
le sous-licutenant Mondiclli arrive avec le drapeau, c Mon capitaine, lui dii-il, 
sauvez le drapeau, t^ Celui-ci est placé au milieu du groupe; le capitaine De- 
lahogue fait jurer à tous de se faire tuer plutôt que de le laisser prendre, et 
la marche en arrière s'eiïectue en combattant. Heureusement la fatigue ou 
plutôt la surprise de nous avoir vaincus est telle chez nos ennemis, qu'ils ne 
nous poursuivent que mollement. Le capitaine Delahogue parvient à se déga- 
ger; il franchit VEberbach et gagne ReichshofTen, en formant, pour ainsi dire, 
l'arrière -garde de la division. Là il trouve les autres bataillons, et tout le 
monde pousse des cris de joie en voyant que le drapeau, qu*on croyait perdu, 
vient d'être sauvé. 

Le gros du régiment, qui avait commencé son mouvement rétrograde au 
moment de la charge des cuirassiers , eut pendant un instant fort à faire pour 
échapper à l'étreinte qui le menaçait du côté de Forstheim. Le 2« bataillon 
flurtniil était serré de très près. Mois, sous l'impulsion do quelques officiers, 
quelques groupes d'hommes de toutes les compagnies s'élancèrent sur les Al- 
lemands, qui, sur plusieurs points, durent céder devant ces retours impé- 
tueux. On arriva ainsi jusque sur la rive droite de l'Eberbach. Cherchant alors 
ft rallier les débris de ses régiments, le général de Lartigue voulut essayer de 
se maintenir un instant sur cette position. Pour s'opposer au danger qui ve* 
nait de la droite, le colonel Barrué parvint à réunir cinq h six cents Tirailleurs, 
qu'il déploya sur la crôte qui s'étend à l'ouest d'Eberbach, protégeant ainsi 
l'artillerie divisionnaire, qui, par suite des pertes subies par ses attelages, ne 
se retirait qu'avec difliculté. Mais que faire sans cartouches? Ne pouvant ré- 
pondre à la fusillade meurtrière qu'ils recevaient, les Tirailleurs durent en- 
core une fois se replier; harassés, brisés, mais nullement abattus par cette 
lutte que depuis huit heures ils soutenaient sans interruption, ils reprirent 
lentement leur marche vers ReichshoflTen. Quant à l'ennemi, il était tout 
entier à Tivresse de la victoire, et ne nous poursuivait plus que des sons 
triomphants des musiques de ses régiments. Ce ne fut qu'à celte attitude ines- 
pérée de sa part que les dernières fractions de la division de Lartigue durent 
de ne pas être enlevées. Vers trois heures et demie, il n'y avait plus un soldat 
français valide sur le plateau de Morsbronn , et les Prussiens se précipitaient 
dans le Nieder-Wald pour marcher à l'attaque de Frœschwiller. 



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326 LE 3« RÉGIMENT DE TIRAILLEURS ALGÉRIENS [1870] 

A la gauche et au centre, pour se trouver un peu plus longtemps retardé, 
le dénouement n'en devait pas être moins décisif. Haitre de Frœsckwiller, 
Tennemi allait bientôt obliger à la retraite les i'^ et 3« divisions, ainsi que la 
division Conseil- Dumesnil du 7« corps. Hâtons-nous d'ajouter qu'ainsi que 
pour la 4^, le nombre seul allait avoir raison de ces dernières et que, malgré 
leur écrasante supériorité , les Allemands eussent eu encore longtemps à nous 
disputer le succès, si l'échec de notre droite ne leur eût livré le Nieder-Wald. 
Ce qui est indéniable, c'est que la division Ducrot resta jusqu'au bout sur ses 
positions et déjoua toutes les attaques des i^' et il® corps bavarois. Que faut-il 
de plus pour démontrer que nos orgueilleux adversaires eurent peut-être la 
victoire, mais que la gloire de cette bataille restera éternellement aux vaincus? 

Avant d'arriver à Reichshoiïen , le colonel Gandil arrêta le régiment pour 
le remettre en ordre et lui faire distribuer des cartouches. Ce fut à ce moment 
que le capitaine Delahogue rejoignit avec le drapeau. Les hommes n'avaient 
plus de sacs, plus de tentes, plus de vivres, plus d'ustensiles de campement : 
tout avait été laissé sur le champ de bataille, les compagnies ayant mis sac 
à terre au moment de se porter en avant. On allait non seulement marcher, 
mais encore bivouaquer dans ces conditions. Les officiers n'étaient pas plus 
heureux : leurs bagages étaient également au pouvoir de l'ennemi. Mis en route 
au moment où la fortune s'était nettement décidée contre nous, le convoi avait 
pris la direction de llaguenau, au lieu décolle de ReichshoHcn, qui lui avait été 
indiquée, et, de plus, avait commis l'imprudence de faire une halte près des 
forges de GundershoflTen. Là il avait été brusquement assailli par la cavalerie 
wurtembe