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Full text of "Homélie sur St. Marc, apôtre et évangéliste"

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AHDOVER-BARVARD TB&OLOGICAL LIBRART 



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HOMÉLIE 



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SAINT MARC, APOTRE ET ÉVANGÉLISTB 



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IMPRIME AUX FRAIS DE L'AUTEUR 
et tiré seulement à 300 exemplaires. 



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HOMÉLIE 



SUR 



S'f MARC, APOTRE ET ÉVANGÉLTSTE 

PAR 

ÂNBA SÉVÈRE 

Évéqne de Nestéraweh 



TEXTE ARABE 

* 

PUBLlà AVBC UNB TRADUCTION ET DBS N0TB8 

LB TOUT ACCOMPAQNB DB DEUX APPBNDICB8 

l'un CONTBNANT la VIB DB SAINT MARC 

RT L*AUTRB, L'RISTOIRB DB SA PRÉDICATION ET DB SON MARTYRE 

DANS LA VILLE d' ALEXANDRIE 
PAR ANBA SBVBRE IBN EL MOKAKFBB, ÉVÂQUE D'OSCHMOUMAIN 

PAR 

M. L'ABBÉ J.-J.-L. BARGES 

CSIVALISa DB LA L^OION Ii'llOIfRBUK 

PSOFBSSBCK D'niBRSU A LA lORBONRB , OPPICIBR DB L'IKSTROCTION PUBLIQUB 

CHAXOnCB BOnORAIllB DB MOTBB-DAIIB DB PABM, BTC, BTC. 



PARIS 
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

De U Société Asiatique 

De rÉcole des Langues orientales vivantes , des Sociétés de Calcutta 

De Shanghai, de New-Haven (États-Unis), etc. 

28 , RUE BONAPARTE , 28 

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DE 



DOM GABRIEL TAOUIL 



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MON TRB8-VBNERB BT A JAMAIS RBORBTTABLB MAITRB 

DBCBDB A MAR8BILLB BN 1836 

PB0KB88BUR TITULAIRB A LA CBAIRB DB LAI^aUB ARABB 

FONDÉB DAMS CB1TB YILLB KN 1806 

PAR 

LB OOUVBRNBMKNT IMPÉRIAL 



— 11 — 

d'Eg^ypte, ont puisé une jyrande partie de 
leurs matériaux. L'évêque d'Oschmounaïn 
portait le surnom à' Ibn -- almokaffée, tandis 
que notre auteur est connu simplement sous 
le nom de Sévère; Tun florissait vers la fin du 
dixième siècle (en 971), l'autre vivait, comme 
il nous l'apprend lui-même dans son écrit, au 
neuvième siècle sous le patriarcat d^anba Ja- 
cob et sous celui d'anba Simon, à l'intronisa- 
tion duquel il assista en sa qualité de sufTra^ant 
de l'Église d'Alexandrie. En effet, nous lisons 
dans un écrivain arabe très connu, Taky ed- 
din Almacrizy , ce qui suit : « Après le patriarche 
(( anba Marc le Jeune, les Jacobiles élurent à 
« sa place anba Jacob Tan 2i 1 de l'heure (826 
(c de J.-C). Celui-ci termina ses jours après 
a avoir occupé le siège dix ans et huit mois... 
« Ensuite les Jacobites placèrent sur le trône 
a patriarcal anba Simon, qui mourut après un 
« an de pontificat, selon les uns, et après sept 
a mois et seize jours seulement, selon les 
« autres. Après lui, le siège patriarcal étant 



— m — 

« resté vacant un an et ving^t-sept jours, les 
« Jacobites se réunirent dans le couvent de 
a Saint-Macaire dans le Wady Habib, l'an 216 
« (831 de J.-C), et ils élurent pour patriarche 
« anba Jacob (1). » 

A cette époque qui répond aux règ'nes d'Ala- 
min, d*Almamoun et d' Almôotacem , qui se 
succédèrent^ à Baghdad, sur le trône des Kha- 
lifes Abbassîdes, les chrétiens d'Egypte eurent 
beaucoup à souffrir de la part des Musulmans, 
surtout sous le g^ouvernement tyrannique d'Ab- 
d'ul-Aziz, lequel, mettant à profit la discorde 
qui rég'nait entre les princes de la famille 
impériale, se livra à tous les excès du pouvoir, 
commettant des exactions sans nombre, dé- 

(i) Histoire des Coptes, par Almacrizy, extraite de 
son grand ouvrage intitulé : 

Le livre des avertissements et des sujets de réflexions, con- 
tenant rhistoire des anciennes divisions territoriales et des 
monuments de l'antiquité, voyez Macrizi's Geschichte der 
Copten, eic.j von Ferd. Wiistenfeld. Goettingen, 4843, 
P^S^ rr du texte et page 59 de la traduction. 



— IV — 

pouillant les riches, faisant assassiner ceux 
qu'il ne pouvait dépouiller et se procurant de 
la sorte des sommes d'argent considérables, 
qu'il avait soin de cacher en difTérents endroits. 
Pendant l'occupation temporaire d'Alexandrie 
parles troupes des Khalifes Oméyades d'Es- 
pagine, ennemis éternels des Khalifes de Bag^h- 
dad qu'ils regardaient comme des usurpateurs 
et des princes illégitimes, Abd'ulÂziz, sous le 
prétexte d'affamer les envahisseurs, s'était 
emparé de tout le blé du pays, afin d'augmen- 
ter la cherté des vivres et de soutirer ainsi 
l'argent des Égyptiens. A la fin, c'est-à-dire 
vers les derniers temps du règne d'Almamoun, 
une révolte éclata parmi les habitants de la 
Haute Egypte et ceux des deux Oasis, la grande 
et la petite; ces derniers en particulier que les 
historiens orientaux désignent sous le nom de 
Nimdi (les Bouviers) (1) ou sous celui de Bas- 

(4) Nimaï, C'est un mot qui vient du copte Aue [bou- 
vier) au plur. iXUHOT et avec l'article défini ui^ mia- 

UHOY» 



moiirites, commirent toutes sortes de désordres 
et opposèrent la plus vive résistance aux trou- 
pes que le gouverneur avait envoyées pour les 
soumettre. Encourag'ées par leur nombre, par 
la voix de leurs chefs qui étaient chrétiens, et 
par les succès qui avaient couronné leurs pre- 
miers efforts, confiantes d'ailleurs dans la jus- 
tice de leur cause et croyant leur triomphe 
prochain, ces malheureuses populations ne 
voulurent pas même prêter Toreille aux bons 
conseils et aux remontrances de leur vénéra- 
ble patriarche, qui leur avait écrit de cesser 
une lutte inégale et sanglante et de prévenir 
par une soumission volontaire la vengeance 
de leurs terribles ennemis. Le Khalife Aima- 
mou n qui avait conseillé cette démarche paci- 
fique, voulant mettre fin à ces troubles, fit 
alors marcher contre les rebelles Témir Âfshin 
à la tête d'une armée formidable ; puis il alla 
lui-même le rejoindre, et tous les deux les 
ayant attaqués, ils en firent un massacre 
effroyable, et emmenèrent prisonniers tous 



— VI — 

ceux qui avaient pu échapper à ia mort. Déjà, 
sous les règ^nes précédents, les Baschmourites, 
qui se trouvaient opprimés par les intendants 
du fisc, avaient à plusieurs reprises levé Té- 
tendard de la révolte et rempli rÉgpypte de 
sang et de carnage, dans Tespoir de secouer 
le joug musulman, mais celte dernière guerre, 
suprême effort d'une liberté expirante, leur 
révéla leur impuissance, abattit les esprits, jeta 
le découragement dans tous les cœurs, et ôta 
pour toujours aux misérables restes de la 
population indigène Tidée de se révolter. « La 
(( nation copte, dit Âlmacrizy, désespérant de 
ce recouvrer jamais son indépendance et sa 
c( liberté, n'eut plus recours aux armes; dès 
a lors elle se vengea de ses ennemis en* em-^ 
«c ployant une voie plus sûre et plus habile, 
c( celle de la ruse, de la tromperie et de la 
ce chicane, en se faufilant dans les offices du 
a gouvernement, dans l'administration des 
« finances et dans le recouvrement des impôts 
« et des tributs. » 



— vn — 
En ce temps-là, la plupart des églises se 
trouvaient détruites ou fermées; beaucoup de 
couvents avaient été pillés, incendiés ou aban- 
donnés, et les moines, réduits à la dernière 
misère, erraient dans les villag*es et dans les 
déserts; un certain nombre s'étaient réfug*iés 
dans les solitudes de la Thébaïde ou dans le 
voisinag'e des Oasis, où ils n'étaient pas tou- 
jours à Tabri des incursions des nomades et 
des Arabes vagabonds. Malgré les diplômes 
de sauvegarde et de protection accordés aux 
Chrétiens par les premiers conquérants du 
pays, ceux qui résidaient dans les villes ou 
dans les bourgs étaient souvent en butte à la 
haine, à ta rapacité, à la persécution des gou- 
verneurs musulmans , qui les accablaient de 
taxes, de corvées, d'amendes arbitraires, et les 
réduisaient à la condition la plus vile et la 
plus misérable. Tous ces maux ajoutés aux 
dissensions religieuses qui, en Egypte^ divi- 
saient les hommes et les familles chrétiennes^ 
avaient fini par affaiblir la foi dans les esprits, 



— vin — 

par relâcher les liens de la discipline parmi 
les membres du clergé et par corrompre les 
mœurs des simples fidèles : aussi Tambition^ 
Tavarice^ les intrigues pour arriver aux di- 
gnités ecclésiastiques, la violation des canons 
prescrits par les conciles, les recours adressés 
à l'autorité profane des sectateurs de Mahomet 
par les prêtres et les pontifes coptes, les blas- 
phèmes et les apostasies étaient-ils des crimes 
fréquents chez les chrétiens de FÉgyple à l'é- 
poque dont nous parlons : l'Église copte, 
d'abord si sainte et si orthodoxe, se laissant 
tromper par l'hérésie et l'orgueil de ses pas- 
teurs, avait rompu depuis longtemps le lien 
de l'unité catholique, en se séparant de la 
chaire de saint Pierre , sœur aînée de celle de 
saint Marc, en quittant ce foyer bienfaisant 
d'où rayonne la vérité dans toutes les parties 
de l'univers chrétien. 

Telle était la situation civile et politique, tel 
était l'état moral de la population chrétienne en 
Egypte dans la première moitié du neuvième 



— IX — 

siècle, époque à laquelle appartient Tauteur 
de notre homélie. Sévère a dû venir au monde 
entre les années 800 et 8f 0, puisqu'on 836 il 
gouvernait déjà l'église de Neslérawéh, et 
qu'en sa qualité d'évêque il fut présent à l'ins- 
tallation du nouveau patriarche d'Alexandrie, 
anba Simon, laquelle eut lieu dans le courant 
de l'année suivante. 

Quant à la cité dont il occupa le siège épis- 
copal, les renseignements que nous possé- 
dons sur elle sont rares et en très -petit nom- 
bre : nous donnerons ici ceux qu'il nous a 
été permis de recueillir chez différents au- 
teurs. 

Nesterawéh, ou Nestrouân, ancienne capi- 
tale du district de ce nom , dans le nome 
Sethroïtès, était située dans une petite île du 
lac Burlos ou BoroUos. Dans une nomencla- 
ture manuscrite copte et arabe de la Biblio- 
thèque Nationale (1), citée par Champol- 

(1) Mss. copies, fonds de Saint-Germain, n<^ 17, sup- 
plément. 



— X — 

lion (1), le nom de cette ville est rendu par 
celui de PschiméoUy qui paraît être celui sous 
lequel Nestérawéh était désignée chez les an- 
ciens Égyptiens. Il y avait dans son voisinage 
une autre ville nommée Songar^ qui était éga- 
lement un siège épiscopal de TÉglise copte (2). 
Du temps d'Ibn-Haucal, géographe arabe qui 
écrivait dans la seconde moitié du dixième 
siècle^ Nestérawéh était encore une ville d'une 
assez grande importance. « G'est^ dit cet au- 
« teur, une cité environnée d'eaux, où la pêche 
ce est très- abondante. Elle est affermée pour 
« le compte du Sultan à un prix fort consi- 
« dérable, 20,000 dinars. » Le célèbre géo- 
graphe et historien arabe Âbou'lféda indique 
d'une manière plus précise la position de celte 
ville : « Si Ton part, dit-il, de Damietle et que 
« l'on suive les bords de la mer en allant vers 
« l'occident, on rencontre d'abord Bourlos, 
« puis Nestérawéh, ensuite Rosette, etc. » 

(4) L'Egypte sous les Pharaons, t. II, p. 236. 

(2) Vansleb, Histoire de l'Église d'Alexandrie, p. 2i. 



— XI — 

Nestérawéh se trouvait donc placée sur la lan- 
gue de terre qui sépare le lac de Bourlos et la 
ville de Rosette, mais plus rapprochée de 
celle-ci que de Bourlos. « Il y a à Nestérawéh^ 
a ajoute le même écrivain^ des gens très-ri- 
« ches. On s'y rend sur des bacs quand les 
(( eaux sont fortes ; mais lorsqu'elles sont bas- 
« ses^ on y arrive par des chaussées (l). » 
Mais du temps d'Abou'lféda^ cette ville n'était 
plus qu'un gros village, et^ plus tard^ au quin- 
zième siècle, elle n'était plus considérée que 
comme une localité sans importance. Cepen- 
dant nous savons que sous le khalifat d'Almo- 
tawekkel billah^ postérieurement à l'année 
852^ sous le patriarcat de Cosmas^ et peut- 
être même du temps où vivait encore notre 
auteur^ Nestérawéh^ qui avait été ravagée 
avec les autres villes du littoral dans une 

(1) Voyez aussi Abd'allatif, Relation de t Egypte^ tra- 
duction de Silvestre de Sacy, notes supplémentaires, 
p. 708, 469 ; et Quatremère, Recherches sur la langue et 
la littérature de l'Egypte, p. 168 et 169. 



— XII — I 

I 



descente faite par les Grecs, avait été réparée 
par les soins du gpouverneur de l'Égcypte, 
Yézid - ibn - Abd'Allah (1). Sous le règne de 
Mélîk al-Aschraf Schaaban, en 777 de Thé- 
give, le territoire de Nestérawéh, y compris 
celui des villages qui en dépendaient, était 
évalué 43,500 dinars, ce qui indique une 
population assez considérable et encore flo- 
rissante. Vers la fin du douzième siècle de 
notre ère , Nestérawéh donna le jour à 
anba Michel, qui devint patriarche d'A- 
lexandrie, le soixante-huitième après saint 
Marc (2). 

Anba Athanasios ou Athanase, auteur d'une 
version arabe de rhomélie que nous publions, 
était aussi natif de la ville de Nestérawéh, 
mais nous ignorons à quelle époque il floris- 
sait. Je ne sais si de nos jours cette ville est 

(1) Abou'Iféda, Histoire des dynasties musulmanes^ 
p. 152, et Georges Elmacin, Histoire mahométane, règne 
d^Almotawekkel. 

(2) Renaudot, VitaPatriarcharum Alexandrin., p. A^3. 



I 



— XUI — 

encore debout, ou s'il en reste quelques ves- 
tiges, car les voyageurs modernes qui ont 
visité ces parages ne font aucune mention de 
Nestérawéhy dont ils paraissent même ignorer 
le nom. 

Mais revenons au panégyriste de Tévangé- 
liste saint Marc, lequel a tiré ce nom de l'obs- 
curité, en nous léguant un écrit qui, malgré 
son maigre mérite, semble néanmoins mériter 
une place dans les annales ecclésiastiques. Â 
part les dates que nous venons de citer et qui 
sont consignées en partie dans le corps même 
de l'opuscule que nous publions, nous ne con- 
naissons, au sujet de notre auteur, comme 
nous venons de le dire, ni l'année précise 
de sa naissance, ni l'époque de sa mort. Tou- 
tefois^ en supposant qu'il fut promu à la 
digoité épiscopale vers l'âge de trente à 
trente-cinq ans, et que ce fut peu d'années 
après son sacre qu'il se trouva à Alexandrie 
pour procéder, en compagnie d'autres évo- 
ques, à l'intronisation du patriarche^ il semble 



— XIV -^ 

que l'on ne s'écarterait guère de la vérité 
historique^ en admettant qu'il a dû voir le 
jour au commencement du neuvième siècle 
de notre ère^ dans les dernières années du kha- 
lifat du célèbre Haroun al-Raschid , et qu'il 
a prolongée sa vie jusqu'au commencement 
du règ*ne d'Almostanser billah en 859 ou 860, 
et peut-être même plus tard, jusqu'à l'an- 
née 870 ou 875. 

Pour ce qui est du lieu de sa naissance^ si 
ce n'est pas Alexandrie^ ce doit être l'une des 
villes voisines^ et peut-être Nestérawéh elle- 
même, dont il fut fait ensuite l'évêque, attendu 
que dans les premiers siècles de l'Ég^lise^ et du 
temps encore où vivait notre auteur, c'était 
une coutume assez généralement suivie^ que 
les évêques fussent choisis parmi le clergé de 
de la ville, où ils devaient siéger en cette qua- 
lité. 

Mais il faut l'avouer, ce ne sont là que 
des conjectures, et si nous nous permettons 
de les mettre en avant, c'est que nous ne pos- 



— XV — 

sédons sur les points en question aucun docii-* 
ment, aucune donnée certaine et authenti- 
que^ et que, pour arriver à connaître sûrement 
les particularités de la vie de notre panég^yrisle, 
il nous faut attendre quelque nouvelle décou- 
verte, soit historique, soit littéraire, touchant 
les savants qui ont illustré l'Égalise copte par 
leurs écrits^ ou les saints personnages qui l'ont 
édifiée par leurs exemples et leurs vertus : on 
était loin alors du siècle des Athanase, des Cy- 
rille et de tant d'autres hommes célèbres, qui 
font la gloire de l'Église d'Alexandrie. Ce c(u'il 
y a de certain^ c'est que l'époque dont il s'agit 
n'était rien moins que favorable à la culture 
de l'esprit^ et que les hommes divisés par le 
schisme et l'hérésie^ aveuglés par la passion 
et l'esprit de secte, animés les uns contre les 
autres, cherchaient bien plus à supplanter 
leurs adversaires par leurs intrigues et leurs 
mensonges, qu'à se livrer à Tétude des scien- 
ces et des lettres et à produire des œuvres 
dignes de la postérité. Pendant que les em- 



— XVI — 

pereurs de Gonslantinople s'acharnaient con- 
tre le culte des imagées et persécutaient les 
orthodoxes^ en Eg^ypte les Chrétiens qui gpéinis- 
saient depuis longptemps sous le jougp odieux 
des Musulmans se disputaient les chaires 
des égpUses^ se querellaient les uns les au* 
tres^ et les catholiques qui étaient alors ré- 
duits à un fort petit nombre^ se voyaient sou- 
vent traînés par les prêtres et par les évéques 
Jacobites devant les tribunaux des fonction- 
naires mahométans^ leurs ennemis communs. 
Depuis le patriarcat du fameux Dioscore^ qui 
avait répandu dans le pays les erreurs d'Eu- 
tychès condamnées par le concile de Ghalcé- 
doine, le trône de saint Marc^ après avoir été 
long^uement disputé par les hétérodoxes^ 
avait fini par être occupé par deux titulaires^ 
l'un catholique ou en communion avec l'Eglise 
de Constantinople, l'autre Jacobite, reconnu 
par la majeure partie de la population chré- 
tienne et appuyé gpénéralement par les au- 
torités musulmanes^ qui voyaient de mauvais 



— XVII — 

œil tout ce qui pouvait rappeler à leur souve- 
nir l'ancienne domination byzantine, et établir 
parmi leurs nouveaux sujets des liens quel* 
conques avec une puissance étrangère, ce qui 
a toujours été, du reste, le secret et Tâme de la 
politique musulmane suivie à Tégard des sec- 
tes chrétiennes de l'Orient. 

En efTet^ lorsque le général Amr ibn-al- 
Assy, sous le règne du khalife Omar, au com- 
mencement de rislamisme, eut envahi l'E- 
gypte, les Coptes, qui lui avaient prêté aide 
et assistance pour chasser les Grecs et anéantir 
leur domination dans cette belle contrée, 
furent mis en possession des biens et des 
églises de ceux-ci, et leur patriarche Benja- 
min, qui avait été exilé, fut rappelé à Alexan- 
drie et rétabli sur son siège avec le concours 
et l'agrément du général arabe. Les Grecs 
ainsi dépouillés restèrent sans patriarche près 
de vingt ans^ c'est-à-dire jusqu'au temps de 
l'empereur Léon l'Isaurien^ qui nomma Gos- 

mas au siège d'Alexandrie l'an 726 de J.-G. 

b 



— XVllI — 

Celui-ci^ ayant obtenu du khalife Hischam des 
ordres pour la restitution de l'égalise patriar- 
cale et des autres siég*es occupés par les Jaco* 
bites, g*ouverna en paix les Grecs Melchites, 
et se montra Tun des plus zélés défenseurs 
de Torthodoxie ; mais cette occupation fut 
seulement temporaire, car ce n'est que quel- 
ques siècles après, que l'histoire nous montre 
sur le siège d'Alexandrie des noms catholiques 
ou du moins en communion avec l'Égalise grec- 
que de Gonstantinople. Après la rupture écla- 
tante avec cette communion, au commence- 
ment de la domination musulmane qui avait 
remplacé celle de l'empire byzantin, il res- 
tait encore entre les deux Egalises un lien 
assez puissant pour permettre d'espérer le 
rétablissement plus ou moins prochain de leur 
union : c'était la langue liturgique qui leur 
était commune, cette belle et harmonieuse 
langue, qui avait servi d'instrument aux Clé- 
ment, aux Origène, aux Athanase, aux 
Cyrille et à tous les Pères de TÉglise Egyp- 



— XIX — 

tienne pour composer leurs écrits immor- 
tels; mais ce faible lien ne tarda pas à être 
brisé. Les Coptes, qui possédaient depuis longp- 
temps les Scûntes Écritures traduites dans 
leur langpue nationale d'après la version des 
Septante et le texte g'rec du Nouveau Testa- 
ment, voulurent aussi avoir dans leur idiome 
leurs liturgies^ leurs livres de prières et d'of- 
fices publics, en sorte que le copte qui, à l'é- 
poque dont nous parlons, était encore usité 
dans presque toutes les villes de l'Egypte^ 
et, en particulier, dans la Thébaïde et dans les 
localités éloigpnées du littoral^ finit par deve- 
nir la lang^ue officielle de l'Egplise. 

Ce fait est constaté par nombre de té- 
moignages recueillis avec soin et consi- 
gnés par l'un de nos savants orientalistes, feu 
M. Etienne Quatremère^ dans ses Recherches 
critiques et historiques sur la langue et la litté- 
rature de P Egypte; nous nous contenterons 
d'en citer quelques-uns à l'appui de notre as- 
sertion et pour l'édification de nos lecteurs. 



— XX — 

Saint Antoine n'entendait point le grec, 
puisqu'il est dit dans sa vie, que les lettres 
qu'il adressait à ses moines étaient écrites en 
égyptien, et que lorsque des philosophes grecs 
voulurent conférer avec lui, il ne put les com- 
prendre ni leur parler que par interprète. 
C'est en entendant la lecture de l'Évangile 
faite publiquement dans cette langue, que le 
même saint avait pris la résolution de renoncer 
au monde et de se retirer dans la solitude. 
D'un autre côté, il est certain que les Saintes 
Ecritures avaient été déjà traduites en copte, 
puisque ces mêmes moines qui n'entendaient 
pas la langue des habitants d'Alexandrie, 
méditaient la Sainte Bible, l'apprenaient même 
par cœur et chantaient les psaumes de David. 
Saint Pachôme avait écrit sa règle en égyptien. 
Dioscore, patriarche d'Alexandrie, dans son 
éloge de Macaire, évêque de Tkoou, rapporte 
que cet évoque, avec lequel il se rendit au 
concile de Chalcédoine, ne savait que l'égyp- 
tien : ce fait suffirait pour prouver non-seule- 



— XXÏ — 

ment que les Saintes Écritures étaient récitées 
en copte, mais aussi que la liturg'ie et les 
offices publics étaient célébrés dès lors dans 
cette lang'ue, sinon dans toutes les parties de 
TËgpypte, du moins dans plusieurs diocèses, 
car ce ne fut que plus tard que cet usage 
devint général dans toutes les églises coptes, 
comme nous allons le voir. 

En effet; les Egyptiens, débarrassés, d'une 
part, de la présence du clergé grec Melchite 
qui exerçait sur eux la domination au nom 
des patriarches de Byzance ; opprimés , de 
l'autre, par leurs nouveaux maîtres, faroucheâ 
disciples du faux prophète de la Mecque» les 
Egyptiens, disons-nous, se virent naturelle- 
ment contraints de faire un retour sur eux- 
mêmes, de s'attacher plus fortement à leur 
patrie, aux usages, aux mœurs, aux traditions 
de leurs ancêtres, d'affectionner, en un mot, 
avec plus d ardeur tout ce qui pouvait leur 
rappeler l'antique gloire de leur nation. Dans 
l'impuissance où ils* se trouvaient de . recou- 



— xxn — 
vrer leur indépendance politique, ils s'effor- 
cèrent de sauveg^arder ce qui est du domaine 
de la conscience et de la relig*ion, les croyan- 
ces nationales et la langue propre à leur 
Ëgplise. C'est ainsi que s'opéra chez eux le chan- 
g'ement dont nous parlons, et que dans toute 
l'étendue de l'Egypte, même à Alexandrie et 
dans les autres villes du littoral, le grec fut 
remplacé par le copte, et que dans la liturgie 
et la célébration des offices on abolit l'usage 
de lire en grec les leçons de l'Ecriture et de les 
expliquer en copte, ou de réciter dans les deux 
langues les litanies et autres prières, comme 
cela se pratiquait alors dans certaines Eglises, 
Cette langue n'est pas, comme l'ont pré- 
tendu Vossius et le fameux P. Hardouin , un 
mauvais jargon, composé de mots grecs, ara- 
bes, syriaques, latins, etc., ni une simple cor- 
ruption du grec, ainsi que l'ont affirmé quel- 
ques autres savants, deux opinions dont 
l'illustre M. Etienne Quatremère n'a pas eu 
de peine à démontrer la fausseté; mais c'est 



— XXIII — 

un idiome dérivé de l'égyptien qui était parlé 
à la cour des Pharaons et dans toute l'étendue 
de leur empire. 

Le mélange de mots étrangers dans la lan- 
gue égyptienne n'a rien qui doive nous sur- 
prendre, quand on songe que, dès le ber- 
ceau de son histoire, ce pays fut souvent 
envahi par les peuples voisins et qu'il fut oc- 
cui)é longtemps par des conquérants qui, par 
leur contact quotidien, leurs relations civiles 
ou politiques^ les besoins réciproques de la vie 
et du commerce^ ont dû nécessairement exer- 
cer une inOuence plus ou moins prompte, plus 
ou moins sensible sur la langue nationale des 
vaincus. Dans l'origine, il est vrai, le langage 
des arrière-petits-fils de Noé, celui des Cha- 
mites, qui ont peuplé TÉgypte, ne devait pas 
présenter de fort grandes différences avec 
celui qui était parlé par leurs frères d'Asie, 
les Sémites ou descendants du patriarche Sem ; 
il est même probable que bien des années 
après la dispersion des enfants de Noé et leur 



— XXIY — 

établissement dans les diverses parties du 
monde, ces deux races s'entendaient encore 
l'une l'autre, ce qui déjà pourrait expliquer la 
présence dans la langue ég^yptienne de quan- 
tité d'éléments et de racines communes aux 
deux idiomes; mais nous trouvons dans l'his- 
toire des deux peuples des faits qui expliquent 
plus clairement Torig'ine de ce mélangée et 
l'introduction de ces mots étrangers. 

Nous voyons^ en effet, que, dès les temps 
les plus reculés, il exista des relations, soit 
politiques^ soit commerciales^ entre leâ Egyp- 
tiens et les Arabes (1), qui furent tantôt leurs 
alliés, tantôt leurs ennemis les plus redouta- 
blés, et sur les côtes occidentales de la pénin- 
sule Sinaï tique on a découvert des traces de 
la domination égyptienne sous les dynasties 
les plus anciennes. Les rois pasteurs qui ont 
occupé l'Egypte pendant plusieurs siècles, 
étaient, selon toute apparence, venus de l'A- 



(1) Genèse, XXXVII, 25 et XLIII, 1. 



— XXV — 

rabîe ; d'ailleurs, les deux peuples étant voisins 
TuD de Tautre, il devait exister entre eux un 
échangée fréquent de relations de loute nature, 
et Ton est fondé à croire qu'avec cet échang*e 
bien des mots d'une lang^ue ont dû passer dans 
l'autre et recevoir ainsi réciproquement l'hos- 
pitalité et le droit de naturalisation. S'il est 
vrai que les Hébreux, et le fait est philolog^i- 
quement incontestable^ ont fait, pendant leur 
long séjour en Egypte, de nombreux emprunts 
à la langue parlée dans cette contrée^ prin- 
cipalement pour exprimer les choses qui ont 
trait à Tindustrie et aux arts alors nouveaux 
pour eux, l'on peut afGrmer, sans s'écarter 
de la vraisemblance, qu'à leur tour, les Égyp- 
tiens ne firent pas difQculté d'adopter dans 
leur idiome un certain nombre d'expressions 
hébraïques se rapportant à l'état nomade et 
aux mœurs pastorales des enfants de Jacob. 

Mais que dire de l'influence de la domina- 
tion des Assyriens et des Perses sur les pai- 
sibles habitants des bords du Nil? Dans le 



— XXVI — 

long* intervalle qui s'écoula entre le règne de 
Cambyse et celui d'Alexandre le Grand, envi- 
ron deux cents ans^ il est impossible que l'é- 
g*yptien ne se soit pas enrichi d'une foule 
de mots appartenant au dialecte des conqué- 
rants, lesquels ont, du reste^ laissé sur le sol 
subjugué une foule de monuments de leur art 
et de leur écriture, qui sont, de nos jours, l'ob- 
jet de Tétude et des recherches des archéolo- 
gués et des savants. L'on sait, d'un autre côté, 
et d'une manière incontestable^ que les Phé- 
niciens et les peuples de la Syrie fréquentaient, 
à cette époque et même dans les temps anté- 
rieurs, les ports et les villes de l'Egypte, et 
qu'à Memphis même, la capitale de l'empire, 
les Syriens possédaient tout un quartier de la 
ville : nous ne parlerons pas des Babytbniens , 
que le fameux roi d'Egypte Sethosis-Rhamses 
avait amenés prisonniers des bords de l'Eu- 
phrate, au retour de son expédition en Asie, 
et qui bâtirent sur les bords du Nil une cité 
dont le nom leur rappelait le souvenir de leur 



— XXVII — 

ancienne patrie, la Babylone d'Egypte {Babylou 
eti-Chemï) des écrivains coptes. 

Aux Perses et aux Ghaldéens succédèrent 
les Grecs qui , s'identifiant en quelque sorte 
avec la population indigène en adoptant sa 
religion, ses mœurs et ses usages, introduisi- 
rent dans sa langue une foule de mots nou- 
veaux dont elle s'enrichit sans perdre sa physio- 
nomie propre, son caractère et son génie, sans 
cesser d'être la langue du peuple et de se 
perpétuer dans les écrits des prêtres et des 
particuliers, ainsi que sur les monuments 
publics, comme cela se voit par la fameuse 
inscription de Rosette et par les papyrus que 
Ton trouve dans les tombeaux égyptiens et 
dont quelques-uns datent seulement de l'épo- 
que romaine. 

De tous ces faits, de toutes ces observations, 
il résulte que la langue des Pharaons a aug- 
menté peu à peu et successivement son voca- 
bulaire, qu'elle a fait des emprunts aux idiomes 
étrangers; mais, si l'introduction d'une quan- 



— XXVIII — 

tité plus ou moins considérable de mots de 
cette nature dans l'usage d'une lang*ue devait 
faire reg'arder celle-ci comme un mauvais 
jargon, comme un idiome corrompu et détes- 
table, aucune de nos langues modernes ne 
pourrait échapper à ce grave reproche, car 
elles sont toutes plus ou moins composées 
d'éléments hétérogènes, de mots empruntés 
soit aux langues anciennes, le grec et le latin, 
soit aux langues modernes et des peuples voi- 
sins. Ce qui constitue une langue proprement 
dite et, comme disent les grammairiens, une 
langue sut generis^ c'est d'abord un fond pri- 
mitif d'éléments et de racines qui, quoique va- 
riant dans leur forme et dans leur évolution, 
restent toujours les mêmes quant à leur cons- 
titution essentielle et originelle, puis une cer- 
taine énergie propre à son organisme et à son 
mouvement, que l'on peut appeler son génie, 
et qui préside à son développement, à ses pix)- 
grès, et qui fait qu'en s'appropriant des élé- 
ments étrangers, elle se les assimile, les trans- 



— - XXIX — 

forme et leur imprime son propre cachet. Or 
telle est la nature, tel est le g^énie que l'on 
reconnaît à la langue copte, quand on l'étudié 
dans les monuments qui ont échappé à l'ou- 
trage des siècles, ou dans les ouvrages et les 
livres que nous ont légués les Égyptiens con- 
vertis au christianisme. 

C'est dans cette langue ancienne et véné- 
rable qu'a été composé primitivement l'opus- 
cule arabe dont nous donnons la traduction ; 
c'est à cette littérature qu'il appartient et qu'il 
faut l'attribuer. Deux raisons m'ont amené à 
cette conclusion, d'abord la forme sous laquelle 
il est parvenu jusqu'à nous, et ensuite Tépoque 
qui lui a donné le jour. Qu'il me soit permis 
d'exposer en peu de mots les motifs sur les^ 
quels s'appuie mon sentiment; le premier que 
nous examinerons, c'est l'époque qui a pro- 
duit notre homélie, époque relativement an- 
cienne, puisque, comme nous l'avons dit au 
commencement, l'auteur vivait au neuvième 
siècle. La langue des conquérants arabes n'é- 



— XXX — 

tait pas encore alors devenue la lang'ue du 
pays; Ton n'y connaissait guère que le grec, 
qui était parlé dans quelques villes du littoral, 
et le copte, qui s*était conservé dans les pro- 
vinces de rinlérieur, du centre et du midi, 
ce qui est attesté par le grand nombre d'ho* 
mélies et de vies de saints qui dans ces temps- 
là furent écrites en langue copte et dont 
M. Etienne Quatremère nous a donné la liste 
dans ses Recherches sur t Egypte. Ce savant phi- 
lologue a démontré, par de nombreux témoi* 
gnages, que l'égyptien ou le copte s'est parlé 
dans ce pays jusqu'à la fin du dixième siècle, 
et que les prières qui se faisaient dans les 
églises en cette langue étaient encore com- 
prises dans la Thébaïde et dans les parties 
méridionales de l'Egypte au commencement 
du seizième. Â tous ces témoignages, qui out 
une valeur incontestable et prouvent sufBsam* 
ment la thèse que nous soutenons, nous ajou- 
terons les deux faits suivants, que nous avons 
recueillis dans nos lectures. 



— XXXI — 

Le patriarche Jacobite Joseph avait été cité 
devant le cadhi du Caire par Tévèque de cette 
viJle et par d'autres personnes qui avaient 
à se plaindre de son administration. Pen- 
dant que l'affaire se plaidait, le patriarche, 
ayant aperçu parmi ses adversaires plusieurs 
évêques qui étaient ses sulTrag^ants, se mil 
à les apostropher en lang'ue copte, croyant 
n être pas entendu des Musulmans qui étaient 
présents, mais effectivement il fut compris 
par quelques-uns de ces derniers, qui se firent 
un devoir de rapporter ses paroles au juge. 
Ceci se passait entre les années 832 et 850 de 
notre ère ; « ce qui prouve, dit Tabbé Renau- 
« dot qui raconte ce fait d'après Sévère, évê- 
« que d'Oschmounaïn, que l'ancienne langue 
« égyptienne était encore en usage à celte 
« époque, non -seulement parmi les Chré- 
« tiens, mais aussi chez le peuple musul- 
« man (1). d 

:lj Undè apparet adhuc in usa fuisse non modo inter 



— XXXII — 

Le second fait est tiré de Taky eddin Ai- 
macrizy, historien arabe du quinzième siècle. 
Cet auteur nous apprend que de son temps, 
dans les provinces méridionales de TÉgypte, 
les femmes des Chrétiens et leurs enfants ne 
savaient guère parler que le copte saïdique (1). 
Ce n'est guère qu'à partir de cette dernière 
époque, c'est-à-dire le seizième siècle, que le 
copte cessa peu à peu d'être parlé et que les 
prières liturg'iques, qui n'étaient plus com- 
prises du peuple, furent accompag'nées dans 
les livres d'une traduction arabe. Les faits que 
nous venons de citer nous permettent de con- 
clure que notre homélie, qui date du neuvième 
siècle, a été écrite dans la langfue alors gpéné- 
ralement usitée chez les Chrétiens de l'Egypte. 
Mais une preuve plus manifeste de Torig^ine 

christianos, sed etiam in plèbe linguam t'ilam veterem, qux 
postmodum, etc. Voy. Historia patriarcharum Alexan- 
drinorum, p. 290. 

(1) « j Jo. -" .J yJoLj "^ A»^'^|j X.«^l «^j'"^-^ «L-Jj 



— XXXIII — 

copte de celte homélie apparaît dans son style 
et dans la forme dont elle est revêtue. 

En effet, la tournure des phrases, la sim- 
plicité du lang'age, la naïveté des pensées 
exprimées par l'auteur, en un mot l'allure 
entière de la rédaction, tout cela rappelle à 
merveille la manière des écrivains coptes, 
notamment celle des hagiog^raphes et des au- 
teurs de vies de Saints, dont les ouvrages nous 
sont connus par les publications du P. Georgi, 
du P. Mingarelli et du savant Zoëga. Si 
l'auteur de notre légende Tavait rédigée 
dans la langue du Koran, son style, quoi- 
que simple, se montrerait plus correct, plus 
châtié; il porterait quelques traces de cette 
élégance particulière aux écrivains arabes 
de son époque, de ce siècle où la poésie et les 
belles-lettres, qui étaient en honneur à la cour 
des khalifes, florissaient aussi dans toutes 
les parties de leur vaste empire. Or la plume 
de notre auteur ne rappelle en rien le bon 
goût de ce siècle; son langage parait tout à 



— XXXIV — 

fait étrangler aux belles formes adoptées alors 
par les écrivains arabes; Ton y rencontre fré- 
quemment des tournures anormales, des fautes 
g'rammaticales et tous les vices que Ton re- 
proche aux écrivains de la décadence et qui 
déparent leurs compositions. Il serait trop 
long* de citer ici des exemples de ces fautes, de 
ces vices et de ces irrég'ularités ; qu il me suffise 
de les sig'naler d'une manière générale : si 
les lecteurs auxquels je m'adresse veulent 
bien prendre la peine de parcourir le texte, 
ils ne tarderont pas à se convaincre de la 
vérité de mon appréciation. Après avoir cons- 
taté ces vices et ces irrég'ularités, ils resteront 
convaincus, comme moi, qu'ils ont sous les yeux 
non le texte primitif de Tauteur, non son œuvre 
orig*inaIe, mais seulement une version queU 
conque faite dans la langue vulgaire des Ghré- 
tiens de l'Egypte, il y a deux ou trois siècles. 
Un indice non moins manifeste de l'origine 
copte de notre légende, c'est l'emploi multi- 
plié de termes qui appartiennent, sans con- 



— XXXV — 

tredit , à l'ancienne langue des Ëg'yptiens ; 
c'est ainsi que dans le titre même de Thomélie 
et dans le corps du texte, au lieu des noms de 
mois gréco-syriens, on cite ceux du calen- 
drier copte, tels que Barmoudéh (en copte 
lApucin-e ou 4>ApuoYoi), Babéh (en copte 
nAoni), Abib (en copte enHn enHni, 6nei4>) et 
Toubeh (en copte TcuBe). A la page 8 du texte 
manuscrit on trouve deux fois répété le mot 
aiberba (U^t au plur. ^'^1) qui n'est autre 
que l'égyptien epne ou eipne, temple^ pré- 
cédé de l'article arabe Jl (a/), par lequel on 
désigne les monuments antiques consacrés au 
culte des dieux égyptiens. Â la page 9, on 
rencontre le nom d'une femme appelée Sâieh 
(ajL.), nom qui se lit encore à la page 14 avec 
l'orthographe bL-. (Saia ou Sdie)\ c'est la pure 
transcription de l'égyptien CAie [Salé) qui veut 
dire Belle ou Beauté. La page \ nous présente 
une autre expression également égyptienne ou 
copte, J»;jJ! {Albaniot)^ mot composé de l'article 
arabe Jl (al) et de nc\iJeitt)T {Panetôt)^ qui si- 



— XXXYI — 

g'nifie Notre père. A la pag'e 26, nous rencon- 
trons le mot ^-JLULtUJI [Alfatanaselis)^ qui se 
trouve répété à la pag'e suivante. Cette expres- 
sion, dont j'ai eu beaucoup de peine à fixer la 
lecture et Torthog'raphe à cause de la nég'li- 
g*ence ou plutôt de Tig^norance du copiste 
arabe, qui, ne connaissant pas la vraie pronon- 
ciation du mot orig*inal, a omis ou placé mal 
à propos et fautivement les points diacriti- 
ques^ cette expression, dis-je, se compose de 
deux éléments, l'un grec ^arrJî [étable, crèche, 
chapelle ), l'autre copte cah {cercueil^ caisse de 
mort), le tout précédé de Tarticle inséparable 
arabe Jl {al). 

Il serait difficile, ce me semble, de se rendre 
compte de la présence de tous ces mots coptes 
dans le texte arabe, si Ton n'admettait pas 
avec nous qu'il a été calqué sur un orig*inal 
égyptien et qu'il en est la simple traduction. 

Une autre preuve qui vient à l'appui de 
notre sentiment se tire d'une particularité 
paléographique que présente l'écriture de no- 



— XXXVII — 

tre texte, et qui consiste en ce que les phrases 
et les périodes se trouvent séparées les unes 
des autres par des points destinés à marquer 
les pauses. Cette manière de ponctuer les textes 
est contraire à T usagée ordinaire des écrivains 
arabes, qui n'ont aucun sig^ne de cette nature, 
tandis qu'elle est de règ-le chez les auteurs 
coptes et que tous leurs livres portent la trace 
de ces sig*nes. Il en est de même chez les 
Éthiopiens, qui, dans leur écriture, disling'uent 
non- seulement les périodes et les membres de 
périodes, mais séparent aussi les mots par 
un, deux, trois et même quatre points, rangées 
différemment selon leur nombre et la valeur 
du repos qu'ils veulent noter : méthode qu'ils 
ont probablement empruntée aux Coptes^ mais 
qu'ils ont ensuite perfectionnée en multipliant 
les sig'nes en question, à l'effet de faciliter l'in- 
lellig'ence des textes et d'obvier ainsi aux équi- 
voques qui pourraient résulter de la confusion 
des phrases et des mots tracés sans séparation. 
Après tout ce qui vient d'être dit, ce qui 



— XXXYIII — 

achève la démonstration de notre thèse et 
doit lever tout doute touchant lorig^ine copte 
de notre homélie , c'est un manuscrit de la 
Bibliothèque Nationale (fonds syriaque n" 237), 
en écriture dite Carchouni^ qui porte la date 
de Tan 1553 et contient en abrégée cette même 
homélie . 

C'est une version différente de celle que 
nous publions, car, outre qu'elle n'en est 
qu'un abrégée, elle présente des variantes qui 
démontrent que Tauteur travaillait sur un 
texte défectueux en quelques endroits, ou 
plus complet que celui que nous possédons 
en certains autres. Nous donnerons les plus 
importantes de ces variantes et de ces addi- 
tions, soit au bas des pages qui contiennent le 
texte, soit dans les notes qui accompag*nent 
notre traduction . 

Il est dit, dans le titre de cette version, 
qu'elle a été faite sur l'original copte par 
anba Marcos, évêque de Sakha et de Ma- 
halleh, et qu'elle a pour auteur le saint père 



— XXXIX — 

AthanasioSy évêque de Nestérawéh (1). Le 
nom d'Aihanasios a été, sans aucun doute, 
substitué par le copiste à celui de Severos, 
qui est celui de Tauteur de notre homélie, car 
il nous paraît difficile d'admettre que ces deux 
pièces, dont le fond est identique et qui ne dif- 
fèrent quelquefois entre elles que par l'addition 
ou par la suppression d'un certain nombre de 
passag*es, par des tournures qui rendent la 
même idée, par des expressions équivalentes 
ou synonymiques, il nous paraît, disons-nous, 
difficile de croire que le texte qui a servi de 
base au travail de ce nouveau traducteur ait 
eu pour auteurs deux écrivains différents. Entre 
les deux noms Athanasios et Severos il n'y a 
pas à balancer; le choix de ce dernier nous est 
imposé par le simple examen, par la lecture 

(i) ^^^\ Ui\ ^^j j^ ^> &\ ^^ v^J^ 
^y»y^y^^ ^a\ ^a l^yviJ ZJl^JJm v,^i,iu»l f^^^UIJl 

Fol. l^T du manuscrit. \ îLx^tj Là?*- wiS*-! 



— XL — 

seule du texte ; dans le cours de son homélie, 
l'auteur se nomme lui-môme, quand il parle 
du concours qu'il apporta à la préconisation 
de son patriarche en 211 de l'hég^ire, car il 
nous apprend qu'il s'appelait Severos. Du 
reste, l'erreur ou la méprise du copiste égryp- 
tien qui a transformé le nom de Set>eros en 
celui d'Alhanasios n'a rien qui doive nous sur- 
prendre; il avoue lui-même, à la fin du manu- 
scrit écrit en carchounij qu'il l'a copié sur un 
exemplaire tracé en lettres arabes, et que, ne 
connaissant pas bien cette dernière langue, il 
a dû nécessairement, dans la transcription en 
lettres syriaques, faire beaucoup de fautes, 
qu'il prie le lecteur instruit de vouloir bien 
corriger (1). Il nous dit que la copie en 



^3 u^ j/^^ vyi^ Lv^. iJô ^:, 



— xu — 

question fut achevée par lui, dans la ville du 
Caire, le 26 du mois d'Eiar de Tan 1553 de 
l'ère chrétienne, du temps d*anba Gabriel, 
patriarche des Coptes, de mar Abd*AlIah Ig*na- 
tios , patriarche d'Ântioche, et de mar Elias 
Bctôilios, maphrien de TOrient. Il est possible 
néanmoins que la faute que nous lui repro- 
chons remonte plus haut, et que le dernier 
scribe se soit fait involontairement et par igno- 
rance le simple complice d'une erreur plus 
ancienne et qu'il n'a su corrig'er. 

Quoi qu'il en soit, il est évident, comme 
nous venons de le démontrer , que le texte 
que nous possédons n'appartient nullement 
à la rédaction primitive, et qu'il faut sans 
hésiter y reconnaître une main secondaire et 
postérieure de plusieurs siècles à la composi- 
tion de l'œuvre originale, laquelle a été faite 
dans l'ancienne langue des coptes par Seve- 
ros, évêque de Nestérawéh. 

L'énoncé du titre mis en tête de notre ho- 
mélie suffirait, d'ailleurs, pour tous nos dou- 



— XLII — 

tes, s'il en restait encore quelqu'un dans notre 
esprit, car l'expression ^/^ qui fig*ure dans 
ce titre et marque la nature du travail con- 
tenu dans le manuscrit, ne doit pas être prise 
dans son acception ordinaire el commune, 
celle d* exposer j de commenter; elle a ici une 
sig*nification plus étendue : elle veut dire tra- 
duire, interpréter, faire passer (tune langtie dans 
une autre. 

Après avoir établi, autant que cela nous a 
été possible, la véritable origine de cette com- 
position hagiographique, après avoir fait con- 
naître le nom de son auteur et le temps qui l'a 
vu naître , il ne nous resle plus qu'à dire un 
mot de la nature de son œuvre et à faire con- 
naître sa destination. 

Dans les églises orientales c'est une coutume 
fort ancienne , et qui remonte vraisemblable- 
ment aux premiers siècles du christianisme, 
d'honorer la mémoire des Saints, non-seu- 
lement en rappelant leurs noms pendant la 
célébration des divins mystères, mais aussi en 



— XUII — 

lisant publiquement leurs actes et leurs vies. 
Chez les Grecs, ces actes, qui sont connus sous 
le nom de Synaxares (SuvaÇapia), font partie 
des offices publics, ainsi que, chez les Latins, 
les leçons du bréviaire que nous appelons la 
légende et qui contiennent en abrégé la vie du 
Saint dont nous célébrons la fête. On les récite, 
comme dans l'Église latine^ à ToflBce des mati- 
nes, que les prêtres et les diacres chantent 
ordinairement dans les égalises à la veille des 
fêtes. De r Église grecque cet usage a passé aux 
autres copimunautés orientales, notamment 
chez les Syriens, chez les Ghaldéens et chez 
les Maronites, qui donnent à cette lecture le 
nom de Sinsdr (jLli-), corruption du mot grec 
S'jvaÇapiov. Ces légendes qui, en général, ne 
sont guère qu'un abrégé de Ménologes, étaient 
quelquefois remplacées dans les offices, sur- 
tout quand ils étaient consacrés à la fête de 
quelque saint illustre ou du patron d'une 
église, par une sorte de panégyrique ou éloge 
plus ou moins long, composé par un prédica- 



— XLIY — 

leur ou par quelque Père de 1 Égalise, 6l que 
Ton appelait *Ey5C(o[xiov. 

Ce discours sacré, qui appartenait au ^enre 
des homélies, ne différait gfuère de celles-ci, 
qu'en ce qu'il commençait, comme nos ser- 
mons , par la citation d'un texte biblique 
qui pouvait s'appliquer à la vie du Saint et 
était accompag*né d'une courte explication. 
Puis venait le récit de la lég'ende elle-même 
qui était plus ou moins développée; le tout se 
terminait par des vœux et des prières en fa- 
veur de toute la hiérarchie ecclésiastique, de 
tous les fidèles et de l'Église en général. Dans 
la collection des Pères de l'Eglise nous 
avons un grand nombre de ces pièces litur- 
giques, mais il en existe encore plusieurs 
d'inédites, et que l'on conserve dans les di- 
vers monastères de la Grèce et de l'Orient, 
notamment dans les laures du Mont-Athos, 
selon que nous l'apprenons par les annota- 
teurs des Ménologes et par les auteurs des 
Synaxares eux-mêmes. Les Coptes possèdent 



— XLV — 

dans leur langue un grand nombre de ces 
homélies, dont quelques-unes enrichissent la 
Bibliothèque du Vatican. On peut voir la des- 
cription et la nomenclature de ces précieux 
manuscrits dans les Recherches sur ^Egypte 
par Etienne Quatremère, pag. 112 et sui- 
vantes ; il en a été publié de nombreux et cu- 
rieux fragments parle savant Mingarelli dans 
son ouvrage intitulé : jEgyptioTum codicum 
reliquiœ, Musœi Naniani fragmenta , et en 
dernier lieu par Zoëga dans son Catalogue 
des manuscrits coptes du Musée Borgia à Vel- 
letri . 

La Bibliothèque Nationale de France, si 
riche en manuscrits orientaux, possède aussi 
une collection considérable de ces légendes et 
de ces homélies, traduites, les unes en syria- 
que, et les autres en arabe, et dont on peut 
voir la nomenclature et la description dans le 
Catalogue des manuscrits Syriaques et Sabêens 
publié par l'administration de cet établisse- 
ment d'après les savantes et consciencieuses 



— XLVI — 

recherches de l'un de ses employés, M. H. Zot- 
tenberg'(l). Mais, pour en revenir à l'œuvre 
de Tévêque copte de Nestérawéh, nous voyons 
par la nature de son contenu et par son ti- 
tre arabe, /^' (almaimar)^ entretien 9 discours, 
homélie (2) que c'est à ce dernier genre qu'il 
appartient et que nous devons le rappor- 
ter. 

Il est dit, dans l'explication qui accompa- 
gne le titre, que cette homélie devait se lire 
publiquement dans les églises de l'Egypte 
deux fois dans le courant de l'année liturgi- 
que, savoir, le jour de la fête de saint Marc, 
qui se célèbre le trentième jour du mois de 

(1) Paris, Imprimerie nationale, I87i. 

(2) j , j~[\ {almaimar) ou simplememt y^ [maimav) 
sans Tarticle , est un terme qui dans le langage ecclé- 
siastique des chrétiens orientaux correspond au mot 
grec ÔjÀtAia, prédicatîoîi, homélie. Il dérive du chaldaî- 
que ICK {amar) ou du syriaque iJo| [emar) , dire, par- 
ler, discourir, d'où le nom chaldaïque KQKa {tnemar) 
ou 1C>Q {meimar) et le syriaque jiJDjLSo [mimro)^ parole, 
discourt, entretien, homélie^ conférence, set^non. 



— XLVII — ' 

Barmoudéh (25 avril), anniversaire du martyre 
du saint apôtre et évangéliste, et le trentième 
du mois de Babéh (27 octobre) , jour de la . 
Manifestation du chef sacré de ce saint dans la 
ville d'Alexandrie. 

Tels sont les renseig^nements malheureuse- 
ment fort incomplets qu'il nous a été permis 
de recueillir sur la personne de Tauteur de no- 
tre homélie, sur le temps où il a vécu, et sur la 
nature du travail que nous lui devons et auquel 
je me propose de donner le jour. Cette œuvre 
n'est peut-être pas la seule qui soit sortie de 
sa plume, mais jusqu'à ce moment nous n'en 
connaissons pas d'autre, et, quelque modeste 
qu'elle soit, nous n'avons pas voulu la laisser 
plus longtemps dans l'obscurité, vu la rareté 
des monuments de l'Ég'lise copte et l'intérêt 
qui se rattache naturellement à tout ce qui 
tient à l'histoire et à la littérature d'une 
nation si peu connue : heureux si cette publi- 
cation, qui a exig^ de notre part bien des re- 
cherches et plus d'une veille dérobée à des 



— XLVIII — 

études plus importantes, pouvait inspirer à 
quelques-uns de nos confrères dans le sacerdoce 
le désir de cultiver une littérature qui ren- 
ferme bien des trésors encore enfouis ou peu 
connus, et de se livrer spécialement à Tétude 
des hag'iogfraphes coptes, dont les écrits sont 
de nature à jeter un nouveau jour sur l'his- 
toire générale des Églises orientales au neu- 
vième et au dixième siècle. 

La copie que nous possédons de l'ouvrage 

« 

deUévêque de Nestérawéh, est un cahier in-8' 

d'une cinquantaine de pages environ, d'une 

écriture arabe égyptienne tracée avec beau- 
coup de négligence et de rapidité; les points 

diacritiques y sont fréquemment omis ou semés 
à tort et à travers, sans discernement, et quel- 
quefois, à ce qu'il paraît, sans l'intelligence du 
texte. Les noms propres, en particulier, y sont 
fort maltraités, ce qui en rend la lecture très- 
difficile, souvent incertaine, quelquefois niême 
tout à fait impossible. Sur le revers de la der- 
nière page, qui est restée en blanc, on lit 



ï.inr 



— xux — 

cette note, qui contient la date de la trans- 
cription du manuscrit et fait connaître le 
nom du scribe : 

c'est-à-dire de la collection des livres de celui qui 
ta transcrit, le très-humble Gabriel^ au mois de 
teschrin II de Fan H93. L'an H93 de l'hégire, 
car il s'agit de cette ère^ correspond à l'année 
1779 de la nôtre. Quant au mois de teschrin 
second, qui est le onzième du calendrier grec 
macédonien, il correspond à notre mois de 
novembre. La qualification de très-humble, 
^Js^ly étant celle que se donnent ordinaire* 
ment les hauts dignitaires des Églises orientales 
dans leurs actes et dans leurs signatures, elle 
indique que le copiste appartenait au clergé 
copte, et qu'il était revêtu , pour le moins, du 
caractère sacerdotal. 

Pour ce qui regarde la provenance de mon 
manuscrit, il suffira de savoir qu'il faisait au- 
trefois partie de la riche bibliothèque de feu 

M. Marcel, ancien directeur de l'Imprimerie 

d 



Impériale, puis professeur de Lang'ues Orien- 
tales au Collège de France, qui en avait fait 
l'acquisition pendant son séjour en Egypte à 
la fin du siècle dernier, et qu'il m'est échu 
à la vente publique de ses livres faite après 
sa mort, il y a environ une vingtaine d'an- 
nées. 

Par tout ce qui vient d'être dit touchant la 
nature de l'écrit que nous publions, le lecteur 
a déjà pu se faire une idée à peu près juste 
de la valeur littéraire de cette production, du 
mérite de son auteur, et pressentir le juge- 
ment que l'on doit porter sur ces deux points ; 
néanmoins, si sa curiosité n'est pas tout à fait 
satisfaite, s'il nous demande de nous expli- 
quer plus clairement à cet égard, nous ne 
lui cacherons point le fond de notre pensée. 
Notre appréciation, si elle ne prévient pas la 
sienne, contribuera peut-être, sinon à l'é- 
clairer, du moins à la confirmer, surtout sur 
certains points dogmatiques, que l'écrivain, 
qui appartenait à la secte des Jacobites et 



— LI — 

tenait parmi eux un rang* distingué par sa 
dignité d evêque^ n'a pu guère loucher sans y 
glisser quelques gouttes du venin de sa doc- 
trine hétérodoxe. On sait, en effet, que les 
Coptes sont une branche des Ëutychiens, ou 
plutôt des Monophysites, qui rejettent le con- 
cile de Ghalcédoine et ne veulent pas conve- 
nir qu'en Jésus-Christ il y a deux natures dis- 
tinctes, Tune divine, Taulre humaine, bien 
qu'ils reconnaissent en général que la divinité 
et l'humanité ne sont pas confondues dans sa 
personne. Sur ce dernier point , les Jacobites 
diffèrent des Ëutychiens proprement dits, qui 
soutenaient que la nature humaine avait été 
tellement absorbée par la nature divine, qu'elle 
ne faisait plus avec celle-ci qu'une seule et 
même nature. Je crois avoir découvert une 
trace de l'erreur jacobite dans la manière am- 
biguë dont s'exprime notre auteur, lorsque, 
au commencement de son homélie, il com- 
pare Notre-Seigneur Jésus-Christ au grain de 
sénevé dont il est parlé dans l'Évangile, et qui, 



— LU — 

étant Fun des g^rains les plus petits, devient 
ensuite un g^rand arbre, si bien que les oi- 
seaux du ciel peuvent venir s'abriter sous son 
feuillage. « Par cette parabole, dit notre lé- 
« g^endaire, le Sauveur a voulu, faire allusion 
a à sa divinité et à son unité aï^*^! ^ jj jjo) 
« (A:ÛJ|jLa.ji^, » paroles qui dans la bouche d'un 
monophysile ne sauraient avoir d'autre sens 
que celui d'exprimer l'unité, c'est-à-dire la 
confusion des deux natures divine et humaine, 
ce qui est contraire à la définition catholique 
qui maintient dans la personne de Jésus- 
Christ, homme et Dieu tout à la fois, la dis- 
tinction de ces deux natures. Gomme on le 
voit, l'auteur qui, en racontant la vie de 
son Saint, n'avait pas à faire une profession 
expresse de sa propre croyance et de ses 
opinions religieuses, a trouvé néanmoins le 
moyen d'exprimer le sentiment erroné de sa 
secte. 

Après sa doctrine , nous allons examiner 
brièvement les faits qui composent le fond de 



— LUI — 

son récit et voir le degré de confiance et de 
cpédibililé qu'ils méritent de notre part. 

Bien que quelques-uns de ces faits reposent 
sur un fondement historique et certain, il en est 
plusieurs qui sont plus que douteux; quelques- 
uns sont évidemment apocryphes, d'auCres 
tout à fait imag^inaires et fabuleux. Sans par* 
1er de Terreur que notre légendaire partage 
avec plusieurs hagiographes et qui lui a fait 
confondre saint Marc TÉvangéliste avec le 
disciple de ce nom, dont il est fait mention 
dans les actes des Apôtres (XII, 12), où il est 
appelé Jean fils de Marie, que penser de toutes 
ces particularités de la vie de saint Marc qu'il 
prétend tenir lui-même de la bouche de cet 
apôtre dans une vision nocturne, et qu'il 
nous débite comme des faits incontestables 
et des articles de foi? C'est probablement dans 
les actes apocryphes de la vie de Jean Marc, 
disciple et cousin de saint Barnabe, qu'il avait 
puisé toutes ces rêveries et ces opinions erro- 
nées. C'est donc mal à propos qu'il veut attri- 



— uv — 

buer à notre évang'éliste ce que les Actes 
des Apôtres rapportent de ce disciple, et qu'il 
le fait le compagnon de saint Paul et de saint 
Barnabe (1). L'autorité de notre panégpyriste 
ne doit pïus, non plus, nous être d'un très- 
grand poids, quand il nous parle des temps 
qui ont précédé rétablissement du christia- 
nisme en Egypte, et qu'il nous décrit longue- 
ment le culte spécial à chaque villCi à chaque 
localité, car, à l'époque où il vivait, le culte des 
idoles et des fausses divinités avait disparu 
depuis longtemps de l'ancien empire des Pha- 
raons; il n'était resté sur ce point que de 
vagues souvenirs, que des traditions obscures 
ou contradictoires parmi les Égyptiens, qui, 
ayant embrassé la foi nouvelle, avaient en 
horreur la religion de leurs superstitieux an- 
cêtres. Quelques-unes de ses assertions sont, 
d ailleurs, en opposition flagrante avec les 



(1) Actes des Apôtres XV, 36 et 37, et Épître de saint 
Paul aux Colossiens, IV, 10. 



— LV — 

renseig^nements fournis par les auteurs païens 
qui ont vécu dans les siècles où le culte des 
idoles était encore en honneur; d'autres se 
trouvent dénaenties par les découvertes mo- 
dernes, par les fouilles opérées dans les 
ruines des villes anciennes auxquelles no- 
ti^ lég*endaire attribue tel ou tel culte spé- 
cial. 

Beaucoup de ces noms d^idoles ou de faus- 
ses divinités sont tracés dans notre manus- I 
erit par une main peu sûre^ hésitante ou | 
ig^norante; quelques-uns même présentent j 
une transcription horriblement défigurée et i 
tout à fait indéchiffrable; c'est pourquoi nous | 
ne prétendons pas mettre toutes ces fautes, i 
toutes ces incertitudes sur le compte de Tau- \ 
teur original, ni porter un jugement absolu I 
sur son ignorance ou sur sa mauvaise foi, car ^ 
il a pu être trompé par les autorités qu'il a dû , 
consulter pour la rédaction de son travail; son 
zèle pour exalter la gloire de son héros Ta 
rendu, sans doute, dupe de son imagination 



— Vil — 

orientale ; seulement nous croyons que nous 
sommes en droit de lui appliquer ces paroles 
que nous avons placées comme épigraphe en 
tête de cette publication : To |i.ri ÛTcèp ô yeypairrai 
(ppoveiv, c'est-à-dire ne pas s'écarter dans ses 
opinions ou dans ses récits de ce qui se trouve 
consigné dans les Livres Saints, reproche que 
Ton pourrait également et à plus d'un titre 
adresser à une foule de légendaires du Moyen 
Age, qui se sont montrés beaucoup plus amis 
du merveilleux que soucieux de l'exactitude 
et de la vérité historique. A part cette accusa- 
tion qui, d'ailleurs^ retombe moins sur la 
personne de l'auteur que sur l'esprit général 
de son époque, esprit de crédulité, d'igno- 
rance et de superstition commun à tous les 
siècles troublés par les guerres , par les per- 
sécutions religieuses, par la misère publique 
ou par les révolutions politiques, à part, di- 
sons plus, ce reproche et ce défaut, notre 
légendaire se recommande à l'attention des 
curieux par un certain nombre de renseigne- 



— LTII — • 

ments puisés dans les bonnes sources , dont 
quelques-uns sont confirmés par le témoig'nag*e 
des auteurs ecclésiastiques les plus anciens et 
les plus connus, et dont quelques autres pa- 
raissent tirés d'écrits authentiques que nous 
ne possédons plus. 

La publication de celte œuvre, quelque mo* 
deste qu'elle soit, ne sera point considérée, 
du moins nous l'espérons, comme une chose 
superflue et sans intérêt, ôar, outre qu'elle 
ajoute aux annales de l'Égplise Orientale une 
pièce nouvelle et inédite, elle ne laisse pas 
que de jeter quelque lumière sur l'histoire 
particulière des Coptes, à l'époque où florissàit 
notre auteur; en efibt, elle nous fournit certains 
détails que l'on chercherait en vain chez les 
écrivains qui ont traité spécialement de cette 
nation et de la secte des Jacobites de TÉ^ . 

L'opuscule dont nous donnons aujourd'hui 
le texte accompagpné de la traduction française 
nous a paru mériter une place parmi ces ra- 



res fragments de la littérature copte et ces 
ouvragées dont parle l'illustre Etienne Quatre-* 
mère, et que Ion aurait « tort, selon lui, de 
a dédaig'ner, parce que, outre l'utilité dont ils 
« peuvent être pour éclairer la philosophie des 
« GnostLques et l'histoire ecclésiastique de 
« TÉgypte, il en est peu qui n'offrent quel- 
« ques détails plus ou moins intéressants sur 
a la situation politique de cette contrée. On y 
a trouve, ajoute le mAme savant, l'indication 
a d'un gprand nombre de villes et de bourg^s 
« dont nous ig^norions l'existence ou les véri- 
« tables noms. Ceux même qui, comme les 
(( homélies , etc. , ne peuvent apprendre au- 
a cun fait nouveau, ne laissent pas d'être 
« précieux pour les savants en ce qu'ils of- 
« frent les movens de ressusciter les difTérents 
. ff dialectes de la langue d'un peuple célè- 
« bre. » 

Sous ce dernier rapport, notre homélie, il 
est vrai , ne saurait être d'un très-g^rand se- 
cours, puisque nous n'avons pas le texte ori- 



— ux — 

ginal qui a été évidemment composé en lan- 
gne copte, mais la version arabe qui est entre 
nos mains n'abonde pas moins en noms gpéo- 
g-raphiques, et, sous le rapport historique, elle 
n'est pas, non plus, sans quelque intérêt, 
puisqu'il y est fait allusion à certains faits 
qui se sont accomplis en Egypte et qui peu- 
vent donner une idée de la situation religieuse 
et politique de ce pays à l'époque où l'auteur 
écrivait. 

Afin de compléter la vie de saint Marc et de 
suppléer à ce que l'auteur de notre homélie a 
passé sous silence, j'ai cru devoir y ajouter 
comme appendices deux nouvelles pièces inti- 
tulées, l'une : Vie de saint Marc tÉvangéliste, 
patriarche d'Alexandrie^ et l'autre : Prédication et 
martyre de saint Marc à Alexandrie^ et indiquées 
dans le Catalogue des manmcrits orientaux de la 
Bibliothèque nationale, fonds syriaque y sous le 
n"" 237 , en carchouni, et dans les manus- 
crits de la même bibliothèque, ancien fonds, 
n* 139, p. 15 et 17 en lettres arabes. Elles ont 



— LX — 

pour auteur le savant évêque d'Oschmounaïn, 
Severos ibn-almokaffée, dont il a été question 
au début de cette préface. Les détails qu'elles 
contiennent sont, il est vrai, déjà connus par 
le g'rand ouvragée de l'abbé Renaudot sur la 
Vie des patriarches d Alexandrie^ ainsi que par le 
Chronicon orientale d'Ibn al-râheb, traduit en 
latin par Abraham Ecchellensis (1), mais le 
texte original n'a jamais été imprimé. En 
le donnant accompagné d'une traduction 
française, je crois faire plaisir au lecteur et 
remplir en même temps une lacune regret- 
table. 



(1) Chronicon orientale y latiniiate donatum ab Abra^ 
hamo Ecchellensi syro^maronitâ , e Libano, Ungua}*um 
syridcarum et arabicœ in almâ Partsiensium Academiâ 
professore regio ac interprète, etc. Parisiis, 1651. C'est le 
titre de la 1'" édition. La seconde a été publiée à Ve- 
nise en 1729, en 2 parties, et porte ce titre : Chronicon 
orientale Pétri Rahebi yEgyptii, primùm ex arabico latine 
redditum ab Abrahamo Ecchellemi, etc., nunc îiovâ inte)^ 
pretationc donatum à Josepho Simonio Asseinano , syro^ 
maronitâ , Biblioth. Vaticanx secundo custode. 



— LXl — 

Je ne puis terminer cette longue préface, 
sans faire ingénument l'aveu (que le public 
savant auquel je m'adresse veuille me le 
pardonner !) que je ne puis m'empêcher d'é- 
prouver un certain sentiment de satisfaction, 
quand je pense qu'après un labeur si pénible 
et si ingrat, il m'est enfin permis de mettre 
au jour un texte enseveli jusqu'ici dans l'oubli, 
revu et corrigé avec soin, élucidé autant que 
possible par mes recherches et mes observa- 
tions personnelles, et se rapportant à l'his- 
toire d'une des plus grandes lumières de 
l'Ëglise, l'évangéliste et apôtre saint Marc, 
disciple de saint Pierre et fondateur de l'il- 
lustre patriarcat d'Alexandrie. J'espère qu'il 
me sera tenu compte des sacrifices de temps 
et d'argent que cette publication a exigés de 
ma part , mais , avant tout et dans tous les 
cas, je le dis avec confiance, j'attends la juste 
récompense de mon labeur de Celui qui est 
le Père des lumières et qui distribue à cha- 
cun les dons célestes et les faveurs divines 



— Lxn — 

selon sa volonté souveraine, et selon la mesure 
qu'il lui plaît (1). 

Paris, le 2 août 1876. 

(1) « Omne dalum optimum, et omne donum per- 
fectum desursum est, descendens a pâtre luminum. » 
(B. Jacobi epistolse Catbolicse I, 17.) 



HOMÉLIE 



SUR 



S. MARC, APOTRE ET ÉVANGBLISTE 



HOMELIE 



SUR 



S. MARC, APOTRJE ET ÉVANGÉLISTE 



PAR 



ANBA SÉVÈRE, ÉVÊQUE DE NESTÉRAWEH. 



Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, 
Dieu unique. Amen. 

C'est avec l'aide de Dieu, le Droit par excellence, 
que nous entreprenons de traduire l'homélie com- 
posée par le père éminent, notre saint père anba 
Sévère , évèque de la cité de Nestéraweh , en 
l'honneur du pieux et chaste saint Marc, l'Évan- 
géliste, l'Apfttre, le grand prédicateur de l'Egypte, 
lequel termina sa glorieuse course et son bon 
combat (1), le trentième et dernier jour du mois do 
barmoudéh (2), homélie qui se lit ce jour-là, ainsi 



(1) n ad Timotiieuin, IV, 7. 

(2) Le 23 avril. 



— 2 — 

qu'au trentième et dernier jour du mois de bà- 
beh (1), fête de la Manifestation de son chef sacré 
dans la ville d'Alexandrie. Que ses bénédictions 
et ses saintes prières nous conservent dans la foi 
orthodoxe jusqu'à notre dernier soupir I Amen. 

(1) Le 27 octobre. 



Tauvriraima bouche, dit TEsprit-Saint, pour faire 
eniendre des paraboles; Je dirai les choses cachées 
dis le commencement^ ce que nous avons appris^ ce 
que nos pères ont raconté, ce qu'ils n'ont pas caché 
à leurs enfants, mais transmis de génération eti gêné- 
rationj en publiant les hauts faits du Seigneur, ainsi 
que les merveilles qu'il a opérées, afin que leurs en-- 
fmiis mettent leur espoir dans le Seigneur, et qufils 
n'oublient point ses préceptes, ni les commandements 
qu'il lew' a donnés (1). 

Mes frères bien-aimés, c'est éclairé par l'Esprit- 
Saint, que je vais maintenant prendre la parole , 
pour vous raconter l'histoire de ce saint illustre^ 
de cet homme-vierge , saint Marc , ap6tre et évan- 
géliste, cette lumière dont les rayons ont dissipé 
les ténèbres de l'erreur. Je vous ferai d'abord con- 
naître les parents qui eurent le bonheur de lui 

(I) Psaaine LXXVII, 2, 3, 4, 5 et 0; et Matth., XIII, 354 



— 4 — 

donner la naissance corporelle dans ce monde; je 
vous parlerai ensuite de sa bonne conduite , de 
sa droiture et de la louable simplicité de son œil, 
qui faisait que tout son corps était lumineux, selon 
ces paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ (soit-il 
glorifié I ) dans son saint Évangile : Si ton œil est 
simple j ton corps entier sera lumineux (1). En effet, 
ce saint admirable, ce flambeau resplendissant, 
révangéliste saint Marc, a été tout lumière depuis 
sa naissance jusqu'au terme de ses jours ; il n'y 
a jamais eu chez lui ni obscurité, ni envie (3), ni 
rien de haïssable, ni ruse, ni tromperie, en un mot, 
il ne sut jamais, et cela, dès Tàge le plus tendre, ce 
que c'était que de faire du mal : loin de là, il fut 
toujours pur, innocent , vierge et chaste tant dans 
son esprit que dans son corps. Son cœur , son àme 
était la résidence de FEsprit Paradet, qui l'avait 
doué d'un langage, d'une sagesse telle , que le 
monde entier ne pouvait lui résister (3). C'est pour- 
quoi il est vrai de dire que l'Egypte avec toutes 
ses provinces fut éclairée par la lumière que saint 
Marc y répandit.. En effet, cette contrée était ancien- 

. (1) Matthieu, TI, 22. 

• (2) Le texte porte x>^»^ , envie, mais il est possilile que ce 
soit là une faute de copiste , et que la véritable leçon soit 
». , vice, erreur, égarement. 
(3) Luc, XXI, 15. 



— 5 — 

nement plongée dans les ténèbres du paganisme ; 
chaque district, chaque ville avait son idole partir 
culière, son dieu de forme différente : les habitants 
de Thèbes adoraient un chien que Ton appelait 
Kinou; ceux de Sahrajt, un lion ; ceux d'Abou Syr, 
une génisse ; ceux de Sanhour, un taureau d'airain ; 
ceux d'Atrib, un taureau de pierre ; ceux de Schaur 
did rendaient les honneurs divins à un sycomore ; 
ceux de Bastah adoraient un lion de pierre ; les 
habitants de Farama, une idole également de pierre; 
ceux de Nikious, une statue de pierre qui représen- 
tait un homme ; ceux de Sakha, une lionne égale- 
ment de pierre ; ceux de Toweh adoraient l'eau et 
les Canopus. Les habitants de Sa adoraient un 
pourceau de pierre ; ceux de Damanhour, un lion 
également de pierre ; ceux de Tandeh et d'Alfarra- 
gin adoraient une idole appelée Keschran ; ceux de 
Sonhour vénéraient le lebakh ; ceux d& Kalabschi, 
un palmier ; ceux d'Alexandrie adoraient une idole 
du nom deSérapis; ceuxdeMenouMa-Supérieuro, 
une génisse ; ceux de Aïn-Schems avaient un simu- 
lacre qu'ils vénéraient sous le nom de Soudi; ceux 
de Memphis adoraient le dieu Hapis sous la forme 
d'un taureau de pierre ; ceux d'Ikhmim, Apollon ; 
ceux d'Ensiné adoraient une idole du nom de Se- 
rapis; ceux d'Alkaîs vénéraient le soleil, la lune et 
les étoiles ; ceux d'Oschmounaïn , une statue de 



— 6 — 

pierre représentant un homme, et ceux d'Ossouan 
diverses statues et idoles ; en un mot, tous les ha- 
bitants de rÉgypte et de ses nomes étaient plongés 
dans ridolàtrie, n'ayant aucune connaissance de 
Dieu , le souverain créateur. Mais lorsque Tastre 
brillant, le saint illustre, Marc l'évangéliste, leur eut 
été envoyé, il les éclaira tous par la prédication de 
rÉvangile, et il répandit la lumière de la vraie reli- 
gion non-seulement dans rÉgypte, mais aussi dans 
le monde entier, selon ce que TEsprit-Saint a dit 
de nos pères dans la foi, les apôtres et les saints 
disciples : leur parole a retenti sur toute la terre, et 
leur langage a été entendu jusqu'aux extrémités du 
monde habité (1), car il est de fait que son évangile 
et les paroles vivifiantes que TEsprit-Saint a profé- 
rées par sa bouche parmi les soixante et douze ré- 
gions de la terre, se lisent maintenant dans toutes 
les églises ; que c'est par ces mêmes paroles que les 
peuples ont été éclairés, qu'ils se sont entièrement 
soumis (au joug de la vérité), et qu'ils ont embrassé 
la croyance en la Trinité sainte, le Père, le Fils et le 
Saint-Esprit. Saint Marc, l'apôtre et le serviteur de 
Jésus-Christ, a paru parmi toutes les créatures 
comme ce grain de sénevé (dont parle l'Évangile), 
qui grandit et devient un arbre considérable, si bien 

(1) Psaume XYIII, 5, et Epist. ad Rom., X, 18. 



— 7 — 

que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur 
ses branches et se mettre à l'abri de son ombre (1) ; 
car, bien que Notre-Seigneur Jésus-Christ (soit-il 
glorifié I) ait voulu se désigner lui-même par cette 
comparaison, néanmoins on peut aussi en appliquer 
le sens à saint Marc, cette lumière resplendissante, 
car ceux qui suivent le Christ sont eux-mêmes d'au- 
tres Christs et les membres du Christ (soit«il glo- 
rifié I). 

En disant de ce grain de sénevé, que c'est la plus 
petite de toutes les semences , et que. lorsqu'il a 
poussé, il devient la plus grande des plantes et at- 
teint même les dimensions d'un arbre considérable, 
au point que les oiseaux du ciel peuvent s'abriter 
sous ses branches, Notre-Seigneur Jésus -Christ 
(soit-il glorifié ! ) , qui s'est appliqué à lui-même 
cette parabole, a voulu par là nous marquer sa 
divinité et son unité, en ce que, se trouvant dans 
le sein de son miséricordieux Père, avant de 
s'être revêtu d'un corps mortel, il a été touché de 
compassion et a daigné descendre du ciel, sans 
néanmoins quitter le trûne de sa gloire ; qu'en- 
suite, par un effet de sa mbéricorde et de sa bonté 
infinie , il a pris naissance sur la terre , et s'est 
abaissé, tel quele petit grain de sénevé qui, venant 

(i) Matthieu, XIH, 31 ; Marc, IV, 31, et Luc, XHI, 19. 



— 8 — 

à croître , se montre au jour, se développe et finit 
par devenir un grand arbre. C'est ainsi que, lorsque 
le Verbe de Dieu le Père est descendu dans le sein 
de la vierge immaculée, sainte Marie, la vierge 
élue de Dieu, rien n*a d'abord paru ostensiblement, 
et ce mystère est resté caché et invisible, comme 
le petit grain confié à la terre, dont nous ne con- 
naissons l'existence que lorsqu'il a poussé hors de 
la lerre, et qu'il devient un grand arbre, au point 
défaire l'admiration de tout le monde. Il en a été 
ainsi du Verbe de Dieu, le Père, car la lumière de 
sa divinité n'a paru sur la terre, que lorsqu'il a 
bien voulu s'incarner et s'unir à la nature humaine 
parfaite dans le sein de la vierge pure, de la vierge 
sainte, notre Dame Marie, et en naissant d'elle, et 
cela, selon qu'il l'a voulu, sans semence humaine et 
par un mystère ineffable et tout à fait incompréhen- 
sible, en sorte que celui qui n'était pas visible ni 
connu, s'est montré visible par son incarnation, que 
tout le monde a pu le contempler, qu'il a vécu au 
milieu d'eux, et que les oiseaux du ciel, c'est-à-dire 
les anges, sont venus l'adorer. Quant à ce qui est 
dit du grain de sénevé, qu'il sort du sein de la terre, 
c'est une figure de ce qui s'est accompli en Notre- 
Seigneur Jésus-Christ, qui a manifesté sa gloire 
à tous les hommes qui sont sous le ciel, en sorte 
qu'à son tour il a mérité d'être glorifié par eux, et 



— 9 — 

que les anges du ciel sont venus l'adorer sur la 
terre. Notre-Seigneur Jésus-Christ a appelé lui- 
même les saints anges les oiseaux du ciel ou les 
passereaux^ selon ces paroles , que dans son saint 
Évangile il adresse à ses vertueux disciples : Ne 
craignez point ^ car vous valez plus que beaucoup de 
passereaux (1) ; et selon ces autres : Afin que vous 
alliez et que vous portiez du fruit (3) ^ désignant 
ainsi non -seulement nos pères, les saints apô- 
tres, mais aussi tous ceux qui, venant après eux, 
mettraient en pratique leurs ordonnances, leurs 
canons et leurs commandements, et qui marche»- 
raient sur leurs traces, comme les martyrs, les 
justes et les hommes pieux, les confesseurs, les 
anachorètes et les saints solitaires ; or combien ne 
seront-ils pas nombreux au saint jour du jugement? 
Ils valent plus que beaucoup de passereaux, c'est- 
à-dire les anges ; car, au grand jour du jugement, 
ils seront plus honorés auprès de Dieu que les 
anges du ciel : c'est qu'en effet les anges ne sont 
point corporels , tandis que les saints le sont , et 
qu'ils haïssent volontairement non-seulement le 
corps dont ils sont revêtus, mais aussi leur âme, 
pour suivre uniquement le Seigneur ; c'est pour- 

(i) Matthieu, VI, 26, et X, 31 ; Luc, XII, 24. 
(2) Jean, XV, 16. 



— 10 — 

quoi ils seront trës*61evés en gloire , et ils seront 
honorés dans le royaume du ciel bien plus que les 
anges. 

Apres ces explications, revenons au sujet que 
nous avons entrepris de traiter ; tâchons d'éclaircir 
la généalogie du grand saint Marc, l'apôtre du Sei- 
gneur, la lumière resplendissante qui a éclairé 
^'Egypte et le monde entier. C'est une question 
assez obscure , car l'Écriture, qui parle de saint 
Marc, fait mention seulement de sa mère, ne di- 
sant absolument rien de son père. Or, celui qui lui 
donna le jour n'était point de race Israélite ; sa 
mère seulement appartenait à cette nation, comme 
nous aurons l'occasion de l'établir dans la suite de 
ce discours. 

Je commencerai donc par parler des aïeuls de ce 
jeune et sage enfant. Il y avait à Jérusalem deux 
frères fort riches, qui possédaient, comme le pa- 
triarche Abraham, beaucoup d'or et d'argent et tous 
les objets dont se composent les trésors de ce 
monde. L'un s'appeledt Abraham et l'autre Jacob. 
Ils étaient de la famille de Lévy, tribu que le Sei- 
gneur avait choisie de préférence à tous les enfants 
d'Israël, pour lui donner des prêtres. Abraham, 
frère de Jacob, que nous venons de nommer, épousa 
une femme de sa tribu, qui s'appelait Elisabeth. 

Quant à Jacob, une dispute s'ét^nt élevée entre 



— 41 — 

lui et son frère, il partagea avec celui-ci les biens 
paternels, et devint un grand négociant, faisant des 
voyages par mer. Il finit par quitter la ville de Jé- 
rusalem, et, s'étant embarqué, il se dirigea vers une 
ville très-célèbre et très-connue, située en Afrique 
et appelée Abouniah ou Ttmis^ près de Carthage, 
où il épousa une femme du nom de Tech. De là, 
Jacob risraélite, s*étant de nouveau mis en mer, 
se rendit dans la ville d'Alexandrie, où il acheta 
une maison et fixa son séjour pour exercer le né- 
goce. Or il y avait à Oschmounaïn, ville bien con- 
nue, un homme fort riche appelé Agathon, Ses 
parents, qui étaient païens, adoraient le veau ap- 
pelé Habib {Hâfi)j veau au culte duquel les Égyp- 
tiens sont très-attachés. Ils moururent dans leur 
infidélité, laissant orphelin leur jeune fils Agathon. 
Les Mages, étant alors venus le trouver pour l'en- 
gager à les suivre jusqu'au temple et à y adorer 
leurs dieux , que ses parents avaient toujours ser- 
vis et vénérés , il se mit en route avec eux ; mais, 
lorsqu'il fut entré dans le temple, Satan sortit tout 
à coup de l'idole, en criant : « Retire-toi d'ici; tu 
n'as ici aucune part avec moi , car tu es mon en- 
nemi. » Agathon, ayant jeté les yeux sur le veau 
que l'on adorait, ne put s'empêcher de rire et de 
se moquer de l'idole aussi bien que de ses ministres 
et de ses adorateurs. Il reprit ensuite le chemin de 



— 12 — 

sa maison, accomplissant, sans le savoir, ce qui est 
écrit dans le prophète Jérémie : Certes ^ il a été cou- 
vert de honte, Hapis^ ce veau chéri des Égyptiens (1). 
Agathon rentra donc dans sa maison, et, quoi- 
qu'il n*eût aucune idée du Dieu du ciel, ses pa* 
rents ne l'ayant pas connu eux-mêmes , il s'abs- 
tint de reparaître dans le temple le reste de ses 
jours. Or la maison de ses parents était sise dans 
l'intérieur de la ville, près de la porte orientale. 
S'étant procuré un plançon de lébakh, il le planta 
dans la cour de son habitation, derrière la porte, 
et il l'arrosait chaque jour avec du vin exquis , 
en sorte que le lébakh grandit et devint un arbre 
magnifique. Il se tenait assis à l'ombre de cet ar- 
bre la nuit aussi bien que le jour. Il se plaisait à 
accueillir auprès de lui tous les étrangers qui se 
rendaient dans la ville, leur donnant généreusement 
l'hospitalité ; il les comblait même de ses libéralités 
et leur faisait des dons en argent, accomplissant à 
leur égard ce que le patriarche Abraham, notre père, 
nous a recommandé par son exemple, lorsque, 
étant assis à l'ombre de l'arbre de Mambré, il ad- 

« 

mettait auprès de lui tous les étrangers (3). 

Agathon avait à son service un grand nombre 

(1) Jérémie^ XLVI, 15< 

(2) Gen., XVIII, 1,2, 3, et les versets suivants. 



— 13 — 

d'esclaves qui Taidaient dans radministratibn de 
ses biens, dans la culture de ses champs et de ses 
vignes. Il cultivait en particulier le lin, qu'il semait 
en grande quantité et qu'il livrait au conmierce. 
Or, par la volonté de Ûieu, il arriva que dans la 
ville d'Oschmounaîn le lin se trouva sans valeur et 
qu'il ne se présentait aucun chaland pour l'acquir 
sition de cette marchandise. Les gens attachés à 
son service lui conseillèrent alors de charger un 
navire de son lin et de l'expédier à Alexandrie, où 
il aurait des chances pour le vendre , ce qu'il fit. 
Lorsque Agathon fut arrivé dans la ville d'Alexan- 
drie avec son chargement, un ange du Seigneur, 
apparaissant à Jacob l'Israélite, lui dit : « Jacob, 
lève-tm, et rends-toi sur les bords de la mer. Là tu 
trouveras un homme du nom d'Agathon , monté 
sar son navire et ayant avec lui un chargement dé 
lin. Amëne4e dans ta demeure et enseigne-lui la 
voie du Seigneur, Dieu d'Israël. Tu lui donneras ta 
tille pour épouse, et de ta race et de la sienne il 
sortira un chef, qui dominera un jour sur l'Egypte 
entière. » 

Or, il se trouvait que Jacob l'Israélite n'avait 
point d'enfant mâle, mais seulement une fille qui 
portait le nom de Sâieh. Docile à la voix de l'ange 
qui lui apportait les ordres du ciel , Jacob l'Is- 
raélite se rendit auprès d'Agathon, et, l'ayant con- 



— dé- 
duit dans sa demeure, il lui fit connaître la voie du 
Seigneur, notre përe. Agathon crut de tout son 
cœur en Dieu notre Seigneur, et Tadora. Après 
cela, Jacob, ayant acheté tout le lin d* Agathon, 
mit entre les mains de celui-ci une somme d^argent 
considérable, et, de plus, il lui donna sa fille en 
mariage. Après les fêtes et les noces qui durèrent 
plusieurs jours, Agathon reprit enfin le chemin 
d'Oschmounaïn , amenant avec lui sa nouvelle 
épouse, ainsi que Jacob l'Israélite, père de celle-ci, 
lequel voulut bien les accompagner. Arrivé à Osch- 
mounaïn, celui-ci trouva chez son gendre tant d'ai- 
sance et de richesses, qu'il en fut émerveillé» Après 
un court séjour auprès de lui et de sa fiUe qu'il 
consola de son mieux, il s'en retourna eu paix dans 
la ville d'Alexandrie, sa patrie. De son côté, Aga- 
thon n'oublia point ses louables habitudes : assis 
à l'ombre du lébakh, il y accueillait dans la joie 
du Seigneur, Dieu d'Israël, les étrangers qui se 
présentaient à lui, ce qui arrivait chaque jour 
de sa vie. 

Alors Satan, cet ennemi de tout bien, ne vit 
pas sans un profond déplaisir les vertus pratiquées 
par le saint homme, qui, du reste, ne laissait pas 
que de faire tous les jours de nouveaux progrès 
dans la voie des commandements de Dieu« Ayant 
donc pris la forme d^un vénérable cheikh ^ il se pré'* 



— 15 — 

senta devant le gouverneur de la ville et lui parla 
ainsi : c( Seigneur, voici qu'Agathon, fils de l'ancien 
commandant (?), a abandonné le temple des dieux 
pour embrasser le culte des dieux des Hébreux, en- 
nemis des Égjrptiens, puisqu'autrefois ils précipi- 
tèrent Pharaon dans la mer Rouge, où il trouva la 
mort. Voilà que cet impie se tient constamment 
assis près de la porte orientale de la ville, à Tombre 
d'un lébakh : je vous conseille donc de faire abattre 
cet arbre, afin que cet homme revienne à notre re- 
ligion et qu'il pratique les commandements de nos 
dieux. » 

A ces paroles, le gouverneur devint furieux et son 
cœur se remplit d'une violente colère. Ayant ras- 
semblé ses cavaliers, il partit avec toute sa troupe, 
et courut vers la maison d'Agathon, lequel il trouva 
assis au pied du lébakh. L'ordre ayant été donné 
de couper l'arbre, Agathon, consterné et saisi de 
la plus grande tristesse, eut recours au Seigneur 
et lui adressa cette prière : «Seigneur, Dieu d'Israël, 
daigne exaucer aujourd'hui mon humble suppli- 
cation : rends -moi justice contre ces hommes, 
qui veulent abattre un arbre pour lequel j'ai pris 
tant de peine. » Pendant qu'il faisait cette prière, 
un homme s'était apprêté à donner un coup de ha- 
che sur l'arbre ; mais incontinent Tinstrument lui 
échappant des mains alla s'enfoncer profondément 



— 16 — 

dans le lébakh, où il disparut, et où il est resté ca- 
ché jusqu'à nos jours. > 

A la vue de ce prodige , le gouverneur et tous 
ceux qui raccompagnaient, saisis de terreur, de* 
vinrent aussi immobiles qu'un rocher. Alors le gou- 
verneur pria Agathon d'intercéder auprès de son 
Dieu, afin qu'il le délivrât de l'effet de cette terreur 
et qu'il les rendit sains et saufs, lui et tous c«ux qui 
lui appartenaient. Agathon pria donc le Seigneur en 
leur faveur, et ceux-ci recouvrèrent la santé et n'é- 
prouvèrent plus le sentiment de la terreur. A la vue 
de tout ce qui venait de se passer, le gouverneur, 
pénétré d'admiration et de reconnaissance, fit peser 
en sa présence soixante-douze livres d'or, et les re- 
mit à Agathon pour Tentretien du lébakh ; de plus, 
il fit tracer sur le tronc de l'arbre les mots que 
voici : « C'est ici le lébakh qui a été gratifié de 
soixante-douze livres d'or. Je défends à qui que ce 
soit d'approcher de cet arbre et d'en rien couper, à 
cause de ce qui m'est arrivé à son occasion. » Cela 
fait, le gouverneur reprit en paix le chemin de sa 
demeure. 

Quelque temps après cet événement, l'ange du 
Seigneur appanit à Agathon au pied du lébakh et 
lui dit : « Va-t'en à ta maison, et fais-toi un devoir 
de connaître ta femme, car elle mettra au monde 
un fils, qui portera le nom de Jean et de la postérité 



— 17 — 

duquel il surgira un homme qui sera un grand 
prince devant le Seigneur Dieu (1). En ce temps-là 
le fils de Dieu viendra dans ce monde et s'incarnera 
dans le sein d une vierge pure, sans tache et sainte, 
du nom de Marie (2). Il se choisira soixante-douze 
disciples (3), autant qu'ily a de livres d'or assignées 
à cet arbre. Ton petit-fils sera compté parmi ces 
soixante-douze disciples , et son nom deviendra 
plus célèbre que celui de beaucoup d'entre eux. Deux 
ans après son incarnation et sa naissance tempo 
reUe, le Messie, fils de Dieu, descendra en Egypte 
et entrera dans cette ville d'Oschmounaïn, où il 

verra cet arbre de lébakh se courber devant lui en 

• 

signe d'adoration. Plus tard, lorsqu'il aura accom- 
pli sa mission et qu'il sera monté au ciel en corps 
et en &me, on bâtira ici autour de ce lébakh une 
superbe église sous le vocable de la mère de Dieu, 
la vierge Marie. » Le lébakh qui adora Notre-Sei- 
gneur dans la viUe d'Oschmounun se trouvait à 
l'intérieur de la porte orientale, où on le voit encore 
de nos jours. L'ange ajouta : « Le lébakh sera 
un objet d'adoration pour tous les hommes; il 
vivra de siècle en siècle jusqu'à la consommation 
des temps, en sorte qu'il rendra témoignage dé- 
fi) Comp. S. Luc, I, 13-13. 

(2) Matth., I, 18 et suiv., et Luc, I, 27, 28 et suiv. 

(3) Lac, X, 1. 

2 



.— 48 — 

vant toutes les nations au Seigneur, Dieu d'Is- 
raël.» L'homme de Dieu, Agathon, ayant entendu 
ces paroles de la bouche de l'ange du Seigneur, 
resta confondu et rempli d'admiration, puis, étant 
rentré dans sa maison , il se fit un devoir de con- 
naître sa femme, suivant l'ordre qu'il en avait reçu 
de l'ange du Seigneur. Quelques jours après, sa 
femme devint, en effet, enceinte ; mais, arrivée au 
quatrième mois de sa grossesse, elle eut le mal- 
heur de perdre Agathon, son mari, homme de 
Dieu, s'il en fut jamais. On l'ensevelit au pied du 
lébakh qu'il avait lui-même planté. 

Quant à Jacob l'Israélite, ayant appris la mort 
prématurée de son gendre, il quitta Alexandrie 
pour se rendre à Oschmounaïn. Là, ayant repris sa 
fiUe avec tout l'or et tout l'argent qui lui apparte*- 
nait, il s'en revint à Alexandrie. Il acheta des es*- 
claves mâles et des esclaves femelles qu'il mit à la 
disposition de sa fille, et il l'établit dans sa propre 
maison avec tout ce personnel. Quelque temps 
après, ayant réuni tous ses biens et toute sa for- 
tune, il se décida à quitter le pays et à s'en retoup- 
ner à Tunis, près de Carthage, en Afrique, où il 
forma un nouvel établissement. 

Sa fille, étant alors arrivée au terme de sa gros- 
sesse, mit au monde un enfant mâle, auquel on 
donna le nom de Jean, selon que l'ange du Seigneur 



— 19 — 

l'avait annoncé. En grandissant, l'enfant croissait 
chaque jour en sagesse et dans la connaissance des 
commandements du Seigneur Dieu, qu^il servait 
nuit et jour de tout son cœur. Cependant son aïeul^ 
Jacob risraélite, ayant eu la bonne pensée de se 
rendre à Jérusalem pour renouveler la connaissance 
de son frère et proche parent Ibrahim, et de s'in- 
former de l'état de sa santé, il se dirigea vers cette 
ville, amenant avec lui le jeune Jean, fils de sa fiUe 
SAïeh, nom qui signifie Belle. Lorsque Ibrahim 
apprit l'arrivée de son frère, il alla à sa rencontre, 
et, se trouvant en présence l'un de l'autre, ils se don- 
nèrent le baiser fraternel, en versant des larmes de 
joie, comme le patriarche Jacob lorsqu'il revit son 
fils Joseph (1), car il y avait longtemps qu'ils ne 
s'étaient pas vus ni rencontrés. Jacob, étant entré 
dans la maison d'Ibrahim , y trouva les deux en- 
fants que celui-ci avait eus de sa femme, et dont 
l'un, qui était un garçon, s'appelait /],et;t^ et l'autre 
qui était une fille, portait le nom de Hannah. A la 
vue de ces deux enfants, Jacob, le cœur plein de 
joie, dit à son frère : « Dieu no m'a pas accordé la 
faveur d'avoir un enfant mâle ; c'est mon petit-fils 
Jean qui est destiné à devenir mon héritier : accorde* 
moi donc, cher frère, la main de ta fille pour Jean, 

(1) Genèse, XLVf, 29 et 30. 



— 20 — 

afin que par ce mariage Dieu lui donne une lignée, 
et que, dç la sorte, mon nom ne s'éteigne point en 
Israël. » En entendant cette proposition, le cœur dl- 
brahim fut au comble de la joie, et il donna sa fille 
Hannah en mariage à Jean. Lorsque les jours con- 
sacrés aux réjouissances des noces furent accom- 
plis, Jacob prit avec lui Jean et Hannah, son épouse, 
et s'en retourna à Tunis près de Carthage, dans la 
province d'Afrique, qu'ils avaient choisie pour pa- 
trie. Ils s'établirent donc là, mais peu de jours après 
leur arrivée Jacob l'Israélite et Saïeh, sa fille, 
^tant venus à mourir, Jean se trouva seul en Afri- 
que avec sa femme Hannah. Ibrahim, ayant appris 
le décès son frère Jacob, s'embarqua sur un de ses 
navires, et fit route vers l'Afrique. Étant arrivé dans 
ce pays, il prit avec lui Hannah, sa fille, et Jean, 
son époux, réunit dans ses mains tout ce qu'ils pos- 
sédaient, tous leurs trésors, ainsi que les restes 
mortels de leurs parents, et il revint en paix à Je* 
rusalem, où il eut soin de déposer le corps de son 
frère Jacob et celui de sa fille Saïeh dans le tombeau 
de leurs ancêtres, situé hors de la ville. En ce 
temps-là, Jean connut sa femme Hannah qui de- 
vint enceinte du glorieux saint Marc, ce qui eut 
lieu vers la fin do l'an XXX de l'incarnation de No- 
tre-Seigneur Jésus-Christ. Arrivée au neuvième 
mois de sa grossesse, elle eut le malheur de perdre 



— 21 — 

Jean, son mari ; mais bientôt après , elle accoucha 
heureusement d'un fils, auquel Ibrahim, son père, 
voulut que Ton donna le nom de Jean, celui que son 
père défunt avait porté* Quant à Lévi, fils dlbra- 
him, ayant embrassé la profession de négociant, 
il avait quitté la maison de son père, et. il était allé 
s'établir à Cypre, où il avait épousé une femme de 
ce pays. C'est'elle qui donn» naissance à Barnabe, 
qui deyait devenir un grand saint et Tun des 
soixante-douze disciples de Notre-Seigneur Jésus* 
Christ. Après la mort dlbrahim, père de Hannah 
et de Lévi, celui-ci arriva de l'île de Cypre, afin de 
faire le partage des biens paternels avec Hannah, 
mère de saint Marc, ce qui étant fait, il s'en retourna 
à Cypre, où il mourut, à son tour, laissant pour 
héritier de ses biens son fils Barnabe. Or celui-ci, 
ayant appris les œuvres opérées par Notre-Seigneur 
Jésus-Christ (soi t-il glorifié !), vendit tous ses biens 
et tous ses trésors, en distribua le produit aux pau- 
vres, aux veuves et aux orphelins (1); et, ayant 
donné la liberté à tous ses esclaves , il se mit à la 
suite de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, 
Dieu toujours miséricordieux, en le priant de l'ad- 
mettre au nombre de ses disciples. Notre-Seigneur 
Jésus-Christ, le dieu miséricordieux, accédant à sa 

(I) Actes des Apôtres, IV, 36 et 37. 



— 22 — 

demande, lui donna le surnom de FUs de la Conso-- 
latioh et l'envoya avec les soixante-dix disciples prê- 
cher le royaume de Dieu parmi les nations (1). Or 
Jean, autrement dit Marc, était âgé de trois ans, à 
l'époque où Notre-Seigneur Jésus-Christ fut cru- 
cifié, c'est-à-dire la trente-quatrième année de sa 
très-sainte Incarnation. 

Quant à Hannah, mère de saint Marc, elle se 
joignit secrètement aux saintes femmes qui furent 
témoins du crucifiement du Sauveur et apportèrent 
des parfums à son tombeau. Lorsque saint Marc 
fut devenu un peu grand, Hannah confia l'éduca*- 
tion de l'enfant aux soins du frère de sa mère, afin 
de lui faire apprendre les sciences divines et les 
sciences humaines ; or, le nom de son oncle mater- 
nel était 5<?Mo (?) . 

Celui-ci , 'ayant pris saint Marc avec lui , s'ap- 
pliqua à l'instruire , en sorte que celui-ci apprit le 
grec, l'hébreu et le latin ; c'est pourquoi beaucoup 



(1) D'après le n*cit de S. Lac (Actes des Apôtres, IV, 36 et 
37) , dont rautorité est divine , ce n*est pas Jésus-Christ lui- 
même qui donna à S. Barnabe le surnom en question, mais 
bien les Apôtres, aux pieds de qui S. Barnabe avait déposé le 
produit de la vente de ses biens. D'ailleurs, le fait dont il 
s'agit se passa après l'ascension du Sïiuveur, et il j a ici un 
anachronisme qui, mêlé à d'autres erreurs historiques, ne 
doit pas étonner de la part de notre panégyriste. 



— n — 

de passages de son évangile sont très-difficiles à 
entendre, et Ton voit que cet auteur sacré y a inséré 
quantité d'expressions étrangères qu'il avait ap- 
prises, et qui ne se rencontrent point chez les autres* 
évangélistes. 

Lorsque Notre-Seigneur Jésus-Christ fut cruci- 
fié, il confia le soin de sa mère, vierge immacu- 
lée , sainte Marie, au disciple bien-aimé, au chaste 
et vertueux apôtre saint Jean, qui Tamena dans sa 
demeure, et se fit un devoir de la servir comme un 
serviteur sert sa maltresse. Or, la ment immaculée, 
mère de Dieu , après le crucifiement de son fils 
bien-aimé, vécut eticore quinze ans dans ce monde 
terrestre. Pendant cet intervalle, Hannah, mère de 
saint Marc, se rendait, à chaque heure du jour, au- 
près de la sainte Vierge, mère de Dieu, en compa- 
gnie de son jeune fils, Jean, qui fut ensuite appelé 
MarCr et, après avoir été bénie de la main de la 
mère de Dieu, sainte Marie, elle revenait à sa mai- 
son avec son fils. 

Après la descente du Saint-Esprit sur les saints 
et vertueux disciples, le jour de la Pentecôte, lors- 
que tous ceux qui avaient cru en Jésus-Christ reçu- 
rent le baptême, Hannah, mère de saint Marc, s'é- 
tant présentée avec son jeune fils Jean devant la 
vierge très-pure^ sainte Marie, mère de Dieu, elle la 
pria de lui conférer la grâce du baptême, à elle et à 



— 24 — 

son fils Jean. La vierge Marie, cédant à leur désir, 
commanda à saint Jean, le disciple bien-aimé, Té- 
vangéliste^ de les baptiser tous les deux, Jean et sa 
mère Hannah, et à Tins tant même ils furent bap- 
tisés au nom du Përe^ et du Fils, et du Saint-Es- 
prit. Le nom de Jean fut alors changé en celui de 
Marc (1), et Hannah , sa mère, reçut celui de Ma- 
rie, Pendant que la main de saint Jean le bien- 
aimé était levée au-dessus de la tète de saint Marc, 
pour le baptiser, Notre-Dame, la Vierge-Marie, 
aperçut la main du fils unique, Jésus-Christ, éten- 
due sur la tète de saint Marc , comme pour témoi- 
gner que celui qui le baptisait était notre sauveur 
Jésus-Christ lui-même. Elle vit également le ciel 
s'entr'ouvrir , et le Saint-Esprit descendre sous la 
forme d'une colombe et se manifestant comme un 
vent doux et agréable, qui répandait une odeur des 
plus suaves et qui se trouvait accompagné d'un éclat 
resplendissant comme la couleur du feu. Le Saint- 
Esprit descendit ainsi visiblement sur la tête de 
saint Marc , et enveloppa tout son corps ; c'est 
pourquoi il fut rempli du Saint-Esprit dès ses 
plus tendres années. A la vue de ces merveilles 

(1) Après ce qui a été établi dans notre préface, il est su- 
perflu de faire remarquer que Jean-Marc est tout autre que 
S. Marc l'évangéliste , et que partant sa mère ne s'appelait 
pas Marie, 



— 25 — 

opérées en faveur de saint Marc, la Vierge imma- 
culée fut dans la plus grande admiration , et re- 
mercia le Sauveur des faveurs signalées qu'il dai- 
gne accorder à ses élus pendant qu'ils se trouvent 
encore dans ce monde. Elle prit saint Meure dans ses 
bras sacrés , le baisa affectueusement et prophé- 
tisa sur lui en disant : « Heureux enfant I tu seras 
un jour le second des évangélistes de mon fils bien- 
aimé, mon Seigneur Jésus-Christ. » 

Quant à Marie, mère de saint Marc, en entendant 
cette prophétie au sujet de son enfant, elle fut rem- 
plie de joie et d'allégresse ; elle se trouva presque 
aussi heureuse que ceux qui sont déjà entrés dans 
le séjour de la lumière étemelle. Ensuite, ayant pris 
son fils Marc, elle retourna dans sa maison en paix 
et glorifiant Dieu. Elle accueillait chez elle tous les 
disciples et tous ceux qui avaient cru en Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ (1), et, comme elle était fort 
riche en or et en argent, elle tirait de ses trésors 
de quoi fournir abondamment à tous leurs besoins. 
A partir de cette époque, elle se mit à proposer à. 
Barnabe, fils de sa sœur, de prendre avec lui son fils 
Marc et de le conduire partout où il irait, afin qu'il 
devînt, lui aussi, disciple du Christ (soit-il glorifié !). 
Plus tard, lorsque les disciples appelèrent les deux 

(1) Actes des Apôtres, XÎI, 12. 



— 26 — 

apôtres (Paul et Barnabe) pour prêcher TEvangilA 
parmi les nations, ils appelèrent aussi saint Marc 
pour les assister tous les deux dans leur minis- 
tère (1). Ils le prirent donc avec eux (2) et ils parti- 
rent pour leur mission. 

Ils prêchèrent la parole de Dieu dans toutes les 
lies des nations; mais ils étaient tantôt lapidés, 
tantôt traînés par terre , et tantôt battus de verges ; 
on les laissait quelquefois quatre jours sans ali- 
ment, sans boisson, et ils n'avaient pas d'autre 
couche que la terre. Ils gémissaient sur l'aveugle- 
ment des hommes et de toutes les créatures, dési- 
rant les ramener à Dieu et les faire parvenir à sa 
connaissance, qui est la connaissance de la vérité. 
Saint Marc , témoin de tout cela et des mauvais 
traitements infligés aux disciples du Christ, sentit 
sa poitrine se resserrer par la douleur ; il s'indi- 
gnait comme un jeune homme inconsidéré. Il disait 
en lui-même : «Ces hommes-là n'ont aucun repos; 
ils sont sans cesse en tournée , passant d'un pays 
dans un autre, prêchant des journées entières, se 
querellant avec tout le monde comme des insensés, 
si bien que le pain qui sert à les nourrir, ils ne le 
reçoivent d'autrui que par charité ; or, charité pour 



(1) Actes des Apôtres, XIII, ;». 

(2) Actes des Apôtres, XII, 2a. 



— 2T — 

charité, j*aime autant retourner auprès de ma mère, 
chez qui je trouverai à manger sans peine et de mes 
propres biens. » 

Séduit par ces considérations , il se leva et re- 
vint à Jérusalem auprès de sa mère. Celle-ci, en 
revoyant son fils et en apprenant les motifs qui Fa^ 
vaient poussé à revenir, éprouva dans son cœur le 
plus vif chagrin. Quelque temps après, les apôtres 
Paul et Barnabe, étant de retour de leur mission, 
se mirent à raconter les merveilles dont ils avaient 
été témoins, ainsi que les prodiges qu'ils avaient 
eux-mêmes opérés parmi toutes les nations et dans 
tous les lieux qu'ils avaient parcourus. Alors saint 
Marc, voyant les honneurs que la foule des croyants 
rendait à Paul et à Barnabe à cause de tout ce qu'ils 
avaient supporté et enduré pour le salut des créa- 
tures de Dieu, se repentit et fut en proie à la plus 
grande tristesse. Il se disait en lui-même : « Si j'a- 
vais eu le courage de supporter les épreuves par les- 
quelles ces deux apôtres ont passé, à cette heure- 
ci je serais aussi moi-même l'objet de tous ces hom- 
mages et de tous ces honneurs.» Or il arriva que, 
par une inspiration divine , Barnabe eut connais- 
sance du repentir de saint Marc. Peu de temps après, 
comme Paul eût dit à Barnabe : « Viens avec nous ; 
retournons visiter nos frères parmi lesquels nous 
avons prêché la parole de Dieu, afin de nous assu- 



- 28 — 

rer s'ils ont persisté dans la foi, » Barnabe proposa 
de prendre avec lui Jean appelé Marc ; mais Paul 
refusa absolument de prendre celui-ci avec eux, 
attendu qu'il les avait quittés la première fois. Il 
s'éleva donc entre les deux disciples une contesta- 
tion, à la suite ^de laquelle ils se séparèrent l'un de 
l'autre. Alors Barnabe, prenant avec lui Marc, 
s'embarqua pour l'île de Cypre. Paul, de son côté, 
ayant choisi Silas, partit pour aller visiter les 
Églises (1). 

Le saint docteur (Luc) nous apprend que Barnabe 
était lévite et originaire de l'île de Cypre (2). Quant 
à moi, je crois devoir ajouter que cet apôtre était 
de la tribu de Lévi par son père, mais que sa mère 
était de race cypriote et née dans cette île. Le saint 
évangéliste Luc ajoute, dans son livre des Actes, 
que Marc était cousin de Barnabe (3), mais saint 
Paul mentionne le frère de la mère de Marc comme 
étant le père de Barnabe : en effet, il s'exprime 
ainsi dans l'une de ses épîtres : « Quant à MarCy 
fils de ronde paternel de Barnabe (c'est-à-dire son 
cousin du côté du père), au sujet duquel vous avez 
déjà reçu des recommandations y veuillez Faccueillir 

{{) Actes des Apôtres, XV, 36 et suir. 

(2) Actes des Apôtres, IV, 36. 

(3) Ce n'est pas S. Luc qui nous fournit ce détail dans les 
Actes, mais S. Paul dans son épttre aux Colossiens (IV, 10). 



— 29 — 

auprès de vousj car il est très-propre au minis- 
tère {i). » 

Saint Barnabe s'étant rendu en Tile de Gypre, 
comme il a été dit plus haut, y séjourna pendant 
cinq ans, prêchant rÉvangile, et il finit par amener 
toute la population du pays à la connaissance de 
Notre-Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu véritable. 
C'est en remplissant ainsi sa mission, qu'il termina 
sa course et qu41 se reposa en paix dans le Sei- 
gneur. Son corps fut enseveli dans la ville de Cy- 
pre, où il se trouve encore de nos jours. Quant 
au grand saint Marc, il retourna auprès de saint 
Pierre, coryphée des Apôtres, et il s'attacha à 
celui^i en qualité de disciple pendant une année 
entière. C'est pendant ce temps-là que saint Pierre 
composa TÉvangile qui porte le nom de saint Marc, 
et qu'il prêcha dans la grande ville de Rome et dans ^ 
le pays des Latins. 

Or, Tapôtre saint Paul, ayant appris cette nou- 
velle, tomba dans le plus grand étonnement. C'est 
dans la ville de Rome que Tapôtre saint Pierre fut 
crucifié et que saint Paul eut la tète tranchée sous 
le règne de l'empereur César Néron ; or , par une 
coïncidence arrivée par la volonté divine, le jour 
où saint Pierre avait été crucifié, se rencontra le 

(I) Épitrc aux Colossiens, IV, iO. 



— 30 — 

même que celui où saint Paul fut condamné plus 
tard à avoir la tête tranchée, c'est-à-dire le cin- 
quième du mois d'Ebib. Leurs corps reposent en- 
core de nos jours dans la cité de Rome. En émi- 
grant vers le Seigneur, les âmes des deux grands 
apôtres, Pierre et Paul, se trouvèrent prof ondément 
attristées,, en songeant que les habitants de la con- 
trée de rÉgypte n'avaient point encore entendu 
prêcher chez eux TLvangile de Notre-Seigneur Jé- 
sus-Christ. (Soit-il glorifié dans tous les siècles ! 
Amen.) 

Maintenant, mes chers frères, vous connaissez la 
généalogie du grand et illustre saint Marc, ainsi 
que la noblesse de sa naissance ; vous venez de voir 
de quelle contrée il était originaire ; vous savez que 
son père tirait son origine de TÉgypte, et que sa 
mère était Israélite, et de la tribu de Lévi, selon 
que je Tai établi précédemment. Sous ce rapport, 
il avait un point de ressemblance avec saint Timo- 
thée, disciple de Tapôtre saint Paul, car la mère de 
celui-ci était une femme israélite convertie à la 
vraie foi, tandis que son père appartenait à la nation 
grecque^ ce qui fit que saint Paul jugea nécessaire 
de le soumettre à la circoncision, parce que c'était 
une chose connue de tout le monde que son père 
était de race grecque. 

Le grand saint Marc étant ainsi originaire du 



— 31 — 

pays d'Egypte , Dieu voulut aussi tui réserver 
cette contrée comme un lot faisant partie de Thé- 
ritage de ses përes. En eiTet, nous voyons par le 
livre des Actes^ ou Tournées des Envoyés divins, 
que saint Paul et ses compagnons se disposant à 
partir pour aller prêcher en Asie, l'esprit de Jésus 
les en empêcha. L'apôtre saint Paul avait alors 
appris que saint Jean l'évangéliste avait été envoyé 
en exil dans l'Ue de Pathmos, et désirait ardem- 
ment de passer en Asie pour y prêcher la foi ; mais 
le Seigneur lui défendit de mettre les pieds dans 
l'héritage de son confrère, tant que celui-ci reste- 
rait en vie, et c'est ainsi que le Saint-Esprit arrêta 
le projet de saint Paul, et qu'il ne le laissa point 
partir pour l'Asie en ce temps-là (1). Mais dans 
la suite, lorsque saint Jean, fils de Zébédée, eut 
trépassé et qu*il fut allé rejoindre dans l'autre 
monde le Seigneur qui l'avait tendrement aimé, 
l'apôtre saint Paul, ayant reçu la nouvelle de cette 
mort précieuse , se rendit à Ëphëse , cette grande 
ville de l'Asie, où il put alors prêcher l'Évangilei 
et où il installa patriarche son disciple Timothée* 

Cette conduite de la Providence se vérifia éga- 
lement à l'égard des habitants de la province 
d^Égypte, car, si dès le principe ils ne se conver* 

(1) Actes des ApAires, XVt, dt 7i 



— 32 — 

tirent pas à la foi en l'entendant prêcher au milieu 
d'eux, c'est parce que l'Esprit-Saint ne permit pas 
alors qu'ils se soumissent à la prédication des au- 
tres disciples, avant que saint Marc, qui était ori- 
ginaire de ce pays, ne l'eût reçu comme un lot 
héréditaire et comme une terre réservée à sa 
mission. Avant lui, il est vrai, l'apôtre saint Paul 
avait paru dans Alexandrie , où il avait prêché 
la foi nouvelle, mais personne n*avait consenti à 
l'embrasser; au contraire, les infidèles l'ayant at- 
taché à une colonne se mirent à le maltraiter, 
jusqu'au moment où, par la volonté de Dieu (soit- 
il loué!), la colonne, s'entr ouvrant , reçut dans 
sa masse le corps du saint Apôtre, en sorte qu'il 
disparut à leurs yeux et qu'on ne le vit plus. Il en 
fut de même de saint Pierre, le prince des dis- 
ciples de Notre-Seigneur Jésus-Christ, car, étant 
venu dans la ville d'Alexandrie pour y prêcher, il 
ne convertit personne, si ce n'est le fils de Festus, 

qui, plus tard, périt dans la mer (1) : nous voulons 

parler de Clément, disciple du même saint Pierre. 

Malgré tout ce qui vient d'être établi, peut-être 

se trouvera-t-il au milieu de vous quelqu'un de 

(1) Selon une tradition fort ancienne, mais très-peu sûre, 
S. Clément, relégué par Tempereur Trajan dans la Cherso- 
nësc , fut ensuite noyé dans la mer avec une ancre attachée 
au cou. Voyez Cotelier. Paires xvi apostoUci, 1. 1, p.828-836. 



— 33 — 

ces hommes qui aiment à contredire, lequel me dira : 
c< Où avez- vous puisé la connaiësance d'un si pro- 
fond mystère ? car il ne se trouve nulle part indiqué 
dans la sainte Écriture ; il n*a été connu ni de saint 
Luc, le médecin, qui raconte les actes des Apôtres, 
ni de rhistorien Josèphe, ni de Philon, écrivains 
juifs qui ont mis au jour les actions de notre Sau- 
veur, ni même de saint Clément , disciple de saint 
Pierre. Tous ces auteurs ont consulté avec soin les 
écrits de nos saints pères les ApAtres pour tracer 
leur vie ; ils ont parlé de la conduite de la mère de 
saint Marc, comme quoi les disciples cherchaient 
un asile auprès d'elle, comme quoi elle fournissait 
à leurs dépenses ; mais, quant au père du saint 
Évangéliste , ils n'en disent pas un seul mot. » Je 
vais donc maintenant , cher auditeur, répondre à 
cela et te renseigner, afin que je dissipe le doute qui 
est dans ton esprit. Ne sois point incrédule, de peur 
que tu ne voies s'accomplir contre toi ces pai*oles 
de l'Écriture : « Quiconque a des doutes sur la 5tn- 
eériié de fun de ces petits qui croient en moi, il se- 
rait plus avantageux pour lui qu'on lui attachée 
au cou une meule de moulin et qu'on le précipi- 
tât ainsi au fond de la mer (1). » 
toi qui m'interroges, prête-moi donc l'oreille, 



(1) Hatth., XVU, 6; Marc, IX, 41, et Luc, XVII, 2. 

a 



— 34 — 

afin que je soulage ton cœur. Lorsque notre saint 
père anba Jacob, patriarche d'Alexandrie, fut dé- 
cédé et qu'il fut allé se reposer dans le Seigneur, 
les évêques d'Egypte s'assemblèrent dans cette 
ville, afin de procéder à la nomination et à la 
proclamation de sa Béatitude anba Siméon à la 
place de feu anba Jacob, et moi. Sévère, indigne 
pontife, je me trouvai avec eux. Or, la nuit qui pré- 
cédait le saint dimanche, pendant que j'étais à 
dormir dans la chambre patriarcale, à Alexandrie, 
j'eus le songe suivant. Il me sembla que j*étais 
près d'une église fort haute , très-grande , d'une 
magnificence extraordinaire, et qui était bâtie sur 
le plateau d'une haute montagne. Elle était éclai- 
rée intérieurement par quantité de lampes resplen- 
dissantes. Pendant que je cherchais une ouverture 
pour y entrer, voilà que je vins à découvrir une 
petite fenêtre pratiquée sur l'un des côtés de l'édi- 
fice. M'étant approché, j'ouvre la fenêtre et plon- 
geant mon regard dans l'intérieur de l'église ; j y 
aperçois un homme tout éclatant de lumière, et 
assis sur un trône magnifique. Il portait sur lui le 
vêtement des grands prêtres, et de son visage jail- 
lissaient des rayons de lumière d'un éclat éblouis- 
sant. Je vis aussi devant lui un lit de repos tout 
dressé) et sur ce lit un homme endormi ^ qui avait 
l'apparence d^un martyr. Je dis à celui qui était assis 



— 35 -- 

sur le trône : « Qui ètes-vous, Seigneur^ vous qui 
siégez sur ce tr6ne, et qui êtes environné de tant 
de gloire ?» — « Je suis Marc,» me répondit-il d'une 
voix haute et claire. A peine ces paroles furent- 
elles sorties de sa bouche, que je lui répliquai : «Le- 
quel (tes-vousy Seigneur? Marc Tapôtre, ou Marc 
le sec0&d de ce nom ?» A cette demande il fit cette 
réponse claire et nette : « Je ne suis point Marc lé 
second de ce nom, mais bien Marc Tévangéliste 
qui prêcha la foi dans la province d'Egypte. » Je 
m'enhardis à lui adresser encore cette question : 
« Quel est donc ce personnage qui repose sur ce lit ? 
— C'est, me dit-il, le martyr saint Démétrius. » — 
« Seigneur, ajoutai-je , puisqu'il est vrai que vous 
êtes saint Marc Tapôtre, faites-moi savoir, je vous 
prie, pour quelle raison l'Écriture qui parle de votre 
sainte mère, ne fait nullement mention de votre 
père ? A quelle nation appartenait-il ? Était-il Israé- 
lite ou Gentil ?» ^— « Tu me demandes, me répon- 
dit-il, l'explication d'un grand secret, et que, chose 
fort étonnante , jamais personne, avant toi, n*a 
cherché à découvrir. Si c'est là donc ton désir^ si 
cette particularité t'intéresse, tu n'as qu*à m'en-^ 
tendi*e ; je vais te la révéler et soulager ainsi ton 
eœuri » 

Cela dit, il ouvrit la bouche et me raconta ce que 
j'ai ensuite consigné mot à mot dans ce livrei Puis 



il ajouta : « Tout ce que tu viens :d'apprendre, 
mets-le par écrit et dépose ton livre dans l'église 
pour l'édification de tous ceux qui voudront le 
lire. » 

Le saint apôtre me fit ainsi connaître les noms de 
ses ancêtres, l'histoire de son aïeul Agathon, qui 
était de la ville d'Oschmounaïn, celle de Jean, son 
père, et de Hannah, sa mëre, avec toutes les parti- 
cularités que je viens de décrire, afin que tout cela 
fût ensuite porté à votre connaissance, et que vous 
fussiez bien convaincus que je n'ai rien inventé, 
mais que tout ce que j'ai écrit touchant la personne 
de saint Marc, je le tiens de la bouche même du 
saint Évangéliste. 

Lorsque je me réveillai après ce songe, je fus 
étonné de tout ce que j'avais ainsi vu et entendu; 
puis, réfléchissant en moi-même, je dis : « Quel est 
donc ce songe étrange ? Est-ce une vision réelle, ou 
bien le fruit de mon imagination 7 » 

Le lendemain matin nous installâmes sa Sainteté, 
le patriarche Siméon , dans la chaire du suprême 
pontificat Cependant, pendant toute la cérémonie, 
mon esprit se trouva préoccupé ; je me sentais trou- 
blé en moi-même et agité par diverses pensées, à 
cause de ce que j'avais vu et entendu dans mon 
songe. Après avoir bien réfléchi, il me vint dans 
l'esprit une pensée. M'adressant donc au patriarche, 



— 37 — 

je lui dis : « En vérité, seigneur, vous soulageriez 
mon cœur, si votre Béatitude daignait m'accorder la 
faveur de baiser le chef sacré de saint Marc Tévan- 
géliste avant mon départ pour mon siège. » Ayant 
accédé à mon désir, il envoya, pour m*accompa- 
gner, Tun des diacres attachés à son service, et lui 
enjoignit Tordre de m'introduire dans la crypte 
sacrée. Celui-ci ouvrit donc devant moi la châsse 
dans laquelle reposait le corps de saint Marc l'évan- 
géliste. 

Alors prenant entre mes mains le chef vénérable 
du saint apôtre, je le baisai trois fois, et, me tenant 
penché sur lui, je dis dans mon cœur : « Je vous 
le demande et vous en supplie trës-humblement : 
mon seigneur, vous qui êtes un disciple, un apôtre, 
un saint martyr de Notre-Seigneur Jésus-Christ , 
soulagez mon cœur au sujet de ce que j*ai vu dans 
mon songe : cette vision vient-elle de vous, ou bien 
est-elle un simple rêve et le vain produit de mon 
imagination? Si véritablement elle vient de vous, je 
me ferai un devoir de la confirmer et de la mettre 
par écrit pour l'édification de tous ceux qui en en- 
tendront le récit ; si, au contraire, elle n'est qu'un 
rêve, je m'attacherai au silence, et n'en parle- 
rai à qui que ce soit. » Telle est la prière que je fis 
dans mon cœur, pendant que je tenais dans meë 
mains le chef du vertueux martyr, saint Marc l'é* 



— 88 — 

vangéliste ; après cela, je montai de la crypte sé- 
pulcrale et me retirai. 

Or, la nuit suivante, pendant que je donnais, je 
vis de nouveau en songe l'église que j'avais d'a- 
bord aperçue. L'esprit calme et tranquille, je me 
mis à ouvrir la fenêtre, et, pour la seconde fois, 
j'aperçus l'homme environné de lumière, assis sur 
le trône et tel qu'il m'avait apparu auparavant. 
Pendant que j'étais à le contempler, il m'adressa 
ces paroles : c( pontife de l'Église, pourquoi a»-tu 
conçu dans ton esprit des doutes touchant ce que 
j'ai bien voulu te dévoiler la première fois? Pour- 
quoi as-tu pensé que tout cela n'était qu'un rêve? 
Non , la chose n'est nullement ce que tu crois. 
Tout ce que je t'ai dit, mets-le donc par écrit, car 
c'est là une vérité certaine et un fait digne de foi : 
que ce soit lu devant tout le peuple pour l'édi- 
fication et l'instruction de tous ceux qui en en- 
tendront faire la lecture. » A peine eut-il achevé 
ces paroles, que je me réveillai, avec la conviction 
que ce qui m'avait été dit était véritable, et, afin 
de me conformer à l'ordre qu'il m'avait intimé, je 
me mis à écrire tout ce que j'avais vu et entendu 
dans le songe que je viens de raconter. 

Écoute donc avec soumission, 6 toi qui cherches 
la vérité, ces paroles convaincantes, et éloigne de 
ton esprit toute espèce de doute. 



— 89 — 

Quelque temps après les événements que nous 
avons exposés plus haut, le bienheureux saint 
Marc, voyant que ses pères spirituels, Pierre, le 
ehef des apôtres, Paul, langue suave et fonde- 
ment de l'Église, Barnabe, figuier fertile en fruits 
excellents et d'une saveur délicieuse, étaient allés 
rejoindre le Seigneur, saint Marc, disons-nous, se 
mit à réfléchir et à se dire : « Que doi&-je faire après 
ces infatigables ouvriers de l'Évangile 7 Toutes les 
régions du monde ont été éclairées par la prédica- 
tion de nos pères les saints apôtres ; seule la pro- 
vince de l'Egypte ne l'a pas été jusqu'ici, parce que, 
plus que toutes les contrées qui sont sous le ciel, 
elle est adonnée au culte des idoles, et que les 
habitants de la terre d'Egypte, étant naturelle*^ 
ment plus superstitieux et plus attachés à l'infidé- 
lité que tous les autres hommes, ils n'ont pas voulu 
recevoir chez eux la parole divine prèchée par les 
apôtres. Je voudrais donc me rendre dans la pro-» 
vince d'Egypte pour y prêcher l'Évangile, mais les 
Égyptiens ont le cou dur et indomptable : je 
crains fort que ma peine ne soit dépensée en pure 
perte. » 

. Pendant que le saint martyr, l'évangéliste Marc, 
se livrait à ces tristes pensées , l'esprit incertain et 
ne sachant que faire, tout à coup le Sauveur du 
monde, Notre-Seigneur Jésus-Christ, lui apparut 



— iO — 

porté sur une nu^e lumineuse et environné d'une 
grande gloire, tel qu'il se manife&ta à Tapôtre saint 
Paal sur le chemin de Damas (1). 

A la vue de la gloire du Seigneur, saint Marc se 
prosterna la face contre terre et demeura ainsi 
quelque temps devant Jésus-Christ, aussi immo- 
bile qu'un mort. Puis, reprenant ses sens et re- 
venu à lui, il dit au Sauveur : a Seigneur, qui 
ètes-vous? » Le Sauveur lui répondit : « Je suis 
Jésus-Christ. Lève-toi maintenant, et pars pour 
la province d'Egypte , afin d'y prêcher l'Évangile , 
car c'est là ton héritage, et les fruits que produira 
cette terre devenue fidèle seront, par un effet de 
ma grâce, beaucoup plus considérables que ceux 
de toutes les autres régions du monde. J'étends 
ton pouvoir sur toute l'Egypte, sur la Nubie et la 
Pentapole, sur la province d'Afrique et toute la 
contrée occidentale de ce pays, ainsi que sur les 
deux lies de Cypre et de Crète. Les habitants de 
toutes ces contrées viendront te prier d'intercéder 
pour eux, et ils seront sous l'autorité de ton siège. 
Lève-toi donc, et va-^'en à Jérusalem ; tu y séjour- 
neras l'espace d*un mois, afin que tu reçoives la 
dernière bénédiction de Marie, ta mère selon la 
chair, car le temps de la séparation de son &me d'a- 

(i) Actes des Apôtres, IX, 2, 3 et suiv. 



— 41 — 

vec son corps n'est pas éloi^é. Lorsque tu auras 
reçu sa bénédiction, tu distribueras tous tes biens 
aux pauvres ; après quoi lu te rendras en Egypte, 
pour y prêcher le royaume des cieux. Voici que 
je suis avec toi jusqu'à la fin du monde. Que ma 
vertu et ma bénédiction demeurent à jamais avec 
toi, avec ton siège, avec tes enfants qui viendront 
après toi dans tous les temps. » 

Telles sont les paroles que le Sauveur adressa au 
grand saint Marc Tévangéliste, puis il remonta au 
ciel, environné dune grande gloire, pendant que 
le pieux apôtre l'accompagnait de ses regards et lé 
contemplait. Lorsque saint Marc Tévangéliste se ré- 
veilla, il se sentit fortifié, et, le trouble que lui avait 
causé la vision s'étanl dissipé, il fit toutes ses dis- 
positions pour le voyage, il partit pour Jérusalem, 
selon Tordre qu'il en avait reçu du Seigneur. 

Arrivé dans cette ville, il courut vers sa mère, 
sainte Marie , à laquelle il fit le récit de tout ce 
que le Sauveur lui avait dit et annoncé. Après 
l'avoir écouté, sa mère, transportée de joie, lui 
baisa les mains et les pieds, en s'écriant : « Oui, 
je baiserai toujours et à jamais les pieds de ceux 
qui prêchent le royaume des cieux. » Après cela, sa 
mère lui adressa cette recommandation : a Lorsque 
tu partiras pour ta mission, rends-toi d'abord en 
Afrique et dans la viUe à'Abouniah: c'est par là que 



— 42 — 

tu commenceras tes prédications. Tu trouveras dans 
ce pays les habitations de Jacob, mon oncle pater- 
nel, ainsi que celles de ses esclaves. Après cela, tu 
iras prêcher à Alexandrie, où tu trouveras égaie- 
mentdes établissements et des esclaves ayantappar- 
tenu à ce même parent. Si tu portes tes pas jusqu'à 
Oschmounaïn, tu pourras voir aussi dans cette cité 
la maison de ton û'eul, le bienheureux Agathon. » 
Telles sont les dernières paroles que sainte Marie 
fit entendre à son fils saint Marc. Immédiatement 
après, s'étant étendue dans son lit, elle remit son 
ftme entre les mains du Seigneur. 

Ce jour-là même saint Marc vendit tous ses biens 
et distribua aux pauvres le produit de la vente ; 
puis, se levant, il prit son Évangile et se rendit sur 
les bords de la mer, afin de chercher un navire et 
s'embarquer pour la ville d'Alexandrie. 

Or, pendant qu'il était à chercher un navire, et 
qu'il n'en trouvait aucun à sa disposition, ayant par 
hasard levé les yeux, il aperçut la reine de nous 
tous, la mère de Dieu, la Vierge immaculée, sainte 
Marie, qui s'avançait vers lui, accompagnée d'un 
ange. En la voyant, saint Marc n'eut pas de peine 
à reconnaître qu'il avait devant lui la mère de la 
Vie et que le personnage qui était avec elle était un 
ange du ciel. Il se leva donc, afin de se prosterner 
devant elle ; mais la Dame immaculée, sainte Marie, 



— 43 — 

le prit aussitôt par la main, et, l'ayant ainsi relevé, 
elle daigna le baiser de sa vénérable bouche, en lui 
disant : «Marc, mon cher fils, lève-toi, et va4*enen 
Egypte pour y prêcher le nom du Seigneur, car le 
jour viendraoù ce pays comptera une foule d*églises, 
et où des myriades de fidèles célébreront nuit et 
jour par de saints cantiques et glorifieront le Père, 
le Fils et le Saint-Esprit. L'ange que tu vois ici 
avec moi est Tarchange Michel. Il t'accompagnera 
partout, car le Seigneur lui-même lui a confié ta 
garde. Il marchera toujours devant toi, et il sera le 
protecteur de tous ceux qui, dans la suite des temps, 
te succéderont dans ta chaire pontificale. » 

Après avoir prononcé ces paroles, notre Dame, 
la Vierge Marie, remonta au ciel, toute brillante 
de gloire , pendant que notre vertueux père, saint 
JUarc , [la suivait de ses yeux émerveillés. Après 
cette apparition, saint Marc, ayant fait de nouvelles 
recherches sur les bords de la mer, finit par décou- 
vrir un b&timent qui était de partance pour la ville 
d'Alexandrie. S'adressant au capitaine, il lui dit : 
«Je désire que vous m'embarquiez avec vous et que 
vous me conduisiez jusqu'à la ville d'Ifrikiah. Je 
vous donnerai le prix du nolis. J'ai dans cette ville 
de nombreuses affaires à traiter. » — « Il m'est im- 
possible, lui répondit le capitaine, d'entreprendre le 
voyage que vous me proposez; toutefois, si vous 



— 4* — 

voulez venir avec nous à Alexandrie, je vous pro- 
mets de vous y transporter sans exiger de nolis. » 

Saint Marc, ayant accepté Toffre du capitaine, 
s'embarqua avec lui. Mais à peine le navire fut-il 
au large, que la mer devint houleuse, et que les 
vents soufflèrent avec furie. Durant quatre jours 
et quatre nuits, le ciel resta couvert de ténèbres, 
et le navire fut tellement ballotté, que deux 
hommes furent renversés sur le pont et moururent 
d'eflroi. 

Les passagers qui se trouvaient sur le navire, 
étant tous idol&tres, chacun se mit à invoquer son 
dieu particulier, pour qu'il vint promptement les dé- 
livrer: cependant il ne leur survenait aucune espèce 
de repos, et, la mer devenant de plus en plus mau- 
vaise, la crainte et le trouble ne firent que s'accroître 
dans tous les cœurs. 

Alors l'apôtre, l'évangéliste , l'élu de Dieu, le 
chef vertueux, saint Marc, sentit son cœur se res- 
serrer. Dans son anxiété il se disait : « Peut- 
être ma voie n'est-elle pas droite. » Puis, ver- 
sant des pleurs en abondance , il poussa des cris 
vers le Seigneur, et lui adressa avec une profonde 
humilité cette prière : c< Seigneur, Dieu des Ver- 
tus, vous auprès de qui se trouvent des trésors de 
miséricorde et de tendresse, exaucez -moi en ce 
jour; sauvez-moi de ce danger, moi Marc, votre ser- 



— 45 — 

viteur. vous qui fûtes avec noire père Noé, lors- 
qu'il fut sauvé des eaux du déluge (1), sauvez-moi 
également et délivrez-moi du malheur dont je suis 
menacé.Sauvez aussi toutesles âmes qui se trouvent 
ici avec moi sur ce navire, ô vous qui fûtes avec 
Jean, Tapôtre pur, sans tache, le saint évangélis te, 
lorsque les flots de la' mer se soulevèrent pour l'en- 
gloutir et qu'il resta quarante jours et quarante 
nuits dans le sein de la mer, sans perdre un seul 
cheveu de sa tète. Ayez pitié de moi en ce jour mal- 
heureux; délivrez-moi, Seigneur, afin que j'aille 
prêcher votre saint nom parmi toutes les nations de 
la terre durant tous les jours de ma vie ; car c'est 
à vous que la gloire appartient dans les siècles des 
siècles. Âmen. » 

Telle est la prière qui fut adressée à Dieu par 
saint Marc l'évangélîste : il avait le cœur navré de 
douleur; il pleurait, il gémissait ; il versait un tor- 
rent de larmes. Tout à coup un tonnerre épouvan- 
table éclate dans les nuages du ciel, et le Seigneur 
fait entendre ces paroles : « Pourquoi ton cœur, 6 
mon élu, ô mon messager, se laisse-t-il ainsi abat- 
tre par la tristesse? Lève-toi; étends tes mains, 
commande à la mer et aux vents ; ils seront dociles 
à ta voix et t'obéiront. » 

(i) Genèse, VII, 24. 



— 46 — 

Dès que saint Marc eut ouï la voix qui lui parlait 
du haut du ciel, il étendit les mains, gronda la 
mer et les vents, et aussitôt il se fit un grand 
calme, selon que le Seigneur l'avait dit. 

A la vue de ce qui venait d'être fait par Tapôtre 
de Dieu, l'évangéliste saint Marc, ceux qui se 
trouvaient sur le navire tombèrent dans le plus 
grand étonnement ; ils se jetèrent tous à ses pieds 
en s'écriant : « En vérité, il n'y a personne au monde 
qui ait le pouvoir d'opérer un prodige comme celui 
que le Dieu de cet homme vient d'opérer. » Ensuite 
ils lui adressèrent cette prière : « Fais-nous con<- 
naître ton Dieu, nous t'en supplions, afin que nous 
puissions l'adorer. » Alors saint Marc l'évangéliste, 
ouvrant sa bouche sacrée, se mit à leur prêcher et 
à leur faire connaître le chemin de la vie, après 
quoi il les baptisa au nom du Père, et du Fils, et du 
Saint-Esprit. Quant aux deux passagers qui étaient 
morts d'effroi, il les rendit sains et saufs à la vie. 
Puis, ayant pris du pain et du vin, il les bénit, et, 
rendant grâces à Dieu, il les consacra, et il donna 
à tous les nouveaux croyants le corps et le sang de 
Jésus^Christ (soit-il glorifié I) . 

Or, ils étaient au nombre de soixante-^treise hom- 
mes. Incontinent, le navire qui les portait se trouva 
en face de la ville d^Ifrikifth. Témoins de ce nou- 
veau prodige, tous les hommes se jetèrent de nou- 



— 47 — 

veau aux pieds de saint Marc, le vertueux évangé* 
liste, en disant : « Voici bien la ville où vous avez 
dit que vous vouliez vous rendre ; quant à nous, 
c'est tout à fait en dehors de notre volonté que 
nous sommes arrivés ici. » Le saint apôtre, ayant 
alors remercié le Seigneur Dieu de ce qu'il lui 
avait accordé un heureux voyage et Taccomplisse- 
ment de tout ce qu*il avait désiré , descendit du 
navire , et, s^étant mis en marche , il entra dans 
la ville y où il se mit aussitôt à prêcher la parole 
de Dieu. 

Ayant trouvé sur son chemin une fenune paraly- 
tique, qui avait les mains et les pieds coUés contre 
son corps, il fit sur elle le signe de la croix, en invo- 
quant le nom de la sainte Trinité. La femme infirme 
se trouva incontinent guérie ; elle se leva et se mit à 
la suite du saint apôtre. 

n passa ensuite près d'un homme qui, étant 
possédé du démon, se rongeait les pieds et les 
mains de ses propres dents. On Tavait attaché avec 
des chaînes de fer, et il était étendu sur la place 
publique, afin que les passants lui donnassent du 
pain à manger. Le saint apôtre, l'ayant aperçu^ 
eut pitié de lui ; il fit sur lui le signe de la croix, 
en disant « « Au nom de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, je to le commande^ sors du corps de cet 
homme* » Le démon, parlant par la bouche du 



— 48 — 

possédé, s'écria : « De grâce, Marc, laisse-nous ici 
en paix ; nous avons abandonné pour toi et pour tes 
frères toutes les autres provinces , tous les autres 
villages du monde, et tu viens encore nous trou- 
bler ici ! » 

Après ces paroles , l'esprit impur , ayant jeté 
rhomme par terre, sortit de son corps sans lui cau- 
ser de souffrance. Celui-ci se leva sur-le-champ et 
se trouva entièrement guéri. Après ce miracle, le 
saint disciple du Sauveur s'installa sur la place pu- 
blique au milieu de la ville, où on lui amenait tous 
les malades et toutes les personnes affligées d'une 
infirmité corporelle quelconque : il les guérissait 
tous, et, par la vertu de ses paroles, il chassait les 
malins esprits des corps des possédés. 

Or, il y avait dans la ville un prince du nom d'Âli- 
nus, qui était fort riche en or, en argent et en pier- 
res précieuses : c'était un personnage très-considé- 
rable et sans pareil pour la fortune. Malheureuse- 
ment il avait tout le corps, excepté le visage, couvert 
de lèpre et blanc conmie la neige, et il était un objet 
d'horreur pour tout le monde. Ses amis lui dirent : 
« Il vient d'arriver dans cette ville un homme qui 
opère des merveilles au nom d'un certain Dieu ap- 
pelé Jéstis : allez le trouver ; il se peut qu'il vous 
obtienne la santé. » Alinus leur répondit : « £n vé- 
rité, si cet homme me délivre de mon infirmité, je 



— 49 — 

lui donne la moitié de mon bien, et, de plus, je 
crois en son Dieu. » 

Aussitôt après ces paroles, il se leva et se rendit 
auprès de Tapôtre et évangéliste, saint Marc, qu'il 
pria d'avoir compassion de lui et de vouloir bien 
le guérir. Pendant qu'il était à lui parler, voilà 
que Ton apporta sur un lit le corps d'un jeune 
homme qui venait de mourir, étant fils unique d'une 
femme veuve. Celle-ci l'accompagnait en pleurant à 
chaudes larmes. Alors l'apôtre saint Marc, enten- 
dant les cris et les plaintes de cette veuve désolée, 
fut touché de compassion et eut pitié d^elle. S'é- 
tant levé, il toucha le mort, en disant : « Au nom de 
Notre-Seigneur Jésus-Christ , qui au dernier jour 
du jugement doit ressusciter les corps et les rendre 
incorruptibles, lève-toi, et tiens-toi vivant sur tes 
pieds. » Incontinent le mort se leva plein de vie, et 
vint se jeter aux pieds de l'apôtre du Christ. Le 
saint, prenant le jeune homme par la main, le rendit 
à sa mère, en lui disant : « Femme, reprenez votre 
enfant, et retournez en paix dans votre maison. » 
Alors celle-ci, prenant son fils avec elle, se dirigea 
vers sa demeure en glorifiant Dieu. 

A la vue de ce prodige, Alinus, saisi d'admiration 
tomba aux pieds de l'apôtre et se mit à les baiser, 
en s'écriant : « Maintenant, seigneur, je vois et re- 
connais que votre Dieu est tout-puissant, et qu'il 



— 50 — 

exauce vos prières. » A rinstant même le grand 
apôtre saint Marc, étendant la main, fit sur le lé- 
preux trois signes de croix, en disant : « Au nom de 
Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui guérissait de la 
lèpre et qui ressuscitait les morts, que le corps du 
prince Alinus soit purifié, afin que votre saint nom» 
ô Jésus, soit à jamais glorifié ! Amen. » Sur-le- 
champ, Alinus se trouva délivré de la lèpre, et son 
corps entièrement guéri. Sa chair était devenue 
blanche et vermeille comme celle d'un enfant qui 
vient d'être mis au monde. Le prince Alinus, se 
prosternant devant le saint apôtre, Marc l'évangé- 
liste, lui demanda avec beaucoup d'instance qu'il le 
rendit digne de recevoir la grâce du saint baptême. 
Alors l'admirable prédicateur de l'Evangile, saint 
Marc, lui enseigna la voie de la vie et lui fit connaî- 
tre la foi orthodoxe en Notre-Seigneur Jésus-Christ* 
Le prince, ayant cru en ce saint nom et embrassé la 
foi de tout son cœur, envoya d'abord à tous les ha- 
bitants de la cité, puis, par l'intermédiaire de ses 
messagers, à toutes les villes qui dépendaient de 
son gouvernement, l'invitation suivante : « Que 
tous ceux qui croient au Dieu prêché par saint Marc, 
se rendent ici pour recevoir avec moi le baptême de 
ses saintes mains. » 

Lorsque les habitants dô totites ces villes eurent 
appris que leur prince avait cru en Jésus-Christ, ils 



— si- 
se rendirent en toute hâte auprès de lui, tous sans 
exception depuis le plus grand jusqu'au plus petit. 
Le saint apôtre, voyant que la ville entière était 
éclairée de la lumière du Christ, ordonna à tous les 
habitants de se réunir sur le rivage de la mer : 
c'est là qu'il les baptisa au nom de la très-sainte 
Trinité, au nombre de cinq mille personnes, sans 
compter les femmes ni les petits enfants, ce qui eut 
lieu le 11 du mois de toubéh, fête du glorieux bap- 
tême du Sauveur. Aussitôt après la cérémonie, saint 
Marc commanda au prince Alinus de bâtir trois 
églises, Tune, en l'honneur de Notre-Dame, la vierge 
Marie, mère de Dieu ; l'autre, en l'honneur du glo- 
rieux archange saint Michel, et la troisième, en celui , 
de saint Jean-Baptiste. Ensuite il donna la consé- 
cration épiscopale au prince Alinus, et, comme 
celui-ci avait deux enfants, l'un appelé Accadius et 
l'autre Philippe, le premier fut ordonné prêtre et le 
second ordonné diacre. 

G*est ainsi que s'accomplit la conversion d'Alinus, 
avec celle de tous les habitants de sa ville et de fous 
les pays voisins ; c'est ainsi qu'ils embrassèrent tous 
la foi évangélique et qu'ils crurent on Notre-Sei- 
gneur Jésus^hrist qui soit à jamais glorifié I Amen. 

Quant aux hommes qui étaient venus par mer 
avec lé saint apôtre Marc, après avoir vendu leurs 
tnai^hâildises et gagné beaucoup d'argent par un 



— 52 — 

effet de sa bénédiction et de sa présence dans leur 
navire y ils achetèrent d'autres objets de commerce 
destinés à la place d'Alexandrie , et se disposèrent 
à repartir pour TÉgypte. Saint Marc Tévangélisie 
sortit aussi avec eux de la ville pour s'embarquer 
pour Alexandrie. L'évèque Alinus, ayant appris le 
prochain départ du saint apôtre, assembla aussi- 
tôt toute la population de la ville , tous les nou- 
veaux croyants qui coururent après le saint apôtre 
pour le conjurer de rester au milieu d'eux. Ils lui 
dirent : « Quoi donc , 6 notre père I vous voulez 
vous séparer de nous et nous laisser ainsi orphe- 
lins I » Le saint apôtre , le chef des disciples , le 
prédicateur, le zélé missionnaire, saint Marc, leur 
répondit : « Si je pars pour la ville d'Alexandrie, 
c'esi pour me conformer à la volonté du Dieu vi- 
vant; mais, après y avoir prêché la parole de vie, 
je reviendrai , avec l'aide de Dieu , au miheu de 
vous, afin de connaître votre état. )> Gela dit, il les 
quitta, et, ayant reçu leurs adieux, il fit voile vers 
Alexandrie, sur le même bâtiment qui l'avait trans- 
porté en Afrique. 

Étant entré dans la ville, il s'était mis à prêcher, 
lorsque, en marchant dans les rues, une courroie 
de sa chaussure vint à se rompre. Affligé de ce 
triste accident, il dit en lui-même : « Que va-t-il donc 
m'arriver aujourd'hui à la suite de cette mésaven- 



— sa- 
ture ? » Pendaùt qu'il avait l'esprit tout préoccupé 
de ce malheur, voilà qu'un ange du Seigneur, le 
glorieux archange Michel, lui apparût et lui dit : 
€( Pourquoi ton cœur s'abandonne-t-il à la tristesse? 
Je suis larchange chargé par le Seigneur de veiller 
& ta garde et de te servir dans toutes les voies que 
tu dois entreprendre. Je ne me séparerai de toi, ni 
pendant ta vie, ni même après ta mort ; je serai 
pareillement au service de tous tes successeurs qui 
viendront après toi, et cela, jusqu'à la fin du monde ; 
car la gloire et la couronne qui te sont réservées 
sont infiniment grandes. » A ces paroles conso- 
lantes adressées au saint ap6tre, l'archange Mi- 
chel ajouta : « Suis-moi ; je vais te montrer celui 
de tes disciples qui doit être l'héritier de ton auto- 
rite : c'est le Seigneur lui-même qui te l'a préparé 
et destiné comme tel. » Alors saint Marc, le prédi- 
cateur de rÉvangile , se leva, et, poursuivant sa 
marche, il se rendit chez un savetier, et lui remit 
celle de ses sandales dont la courroie s'était rom- 
pue. Or, le savetier avait nom Anianus. Celui-ci, 
prenant dans ses mains la chaussure, se mit à la 
raccommoder ; mais, à peine eut-il coomiencé Fou* 
vrage, qu'il se perça le doigt de son alêne : « Dieu 
unique I » s'écria-t-iL 

L'apôtre saint Marc, entendant sortir le nom de 
Dieu de la bouche d'un hontme qui n'en avait au- 



— 54 — 

cune connaissance, tomba dans le plus grand éton- 
nement. Il dit au savetier : <( Comment se faib-il que 
vous prononciez ce nom, vous qui adorez d'aveugles 
idoles? » — « Le nom de Dieu, lui répondit Ania- 
nus , ne nous est pas tout à fait inconnu ; nous 
l'avons quelquefois dans la bouche, mais quel est 
ce Dieu unique, c'est ce que nous ignorons complè- 
tement. » Alors saint Marc, ayant craché par terre 
et fait le signe de la croix en disant : Au nom du 
Père et du Fils et du Saint-Esprit (prit de la boue 
formée avec sa salive), il en frotta le doigt d'Ania- 
nus , lequel se trouva guéri à l'instant et se trouva 
comme s'il n'avait jamais reçu de mal. 

Anianus dit alors h l'apôtre saint Marc : « Quel 
est donc ce nom que vous avez invoqué, et ce signe 
que vous avez fait sur ma main ? car, de tous les 
noms de dieux qui sont à ma connaissance, je n'ai 
jamais entendu prononcer celui que vous venez 
d'invoquer. » — « Je suis, lui répondit l'apôtre, 
le disciple du fils de Dieu. » — Ensuite saint Marc, 
l'apôtre et l'évangéliste, ouvrant la bouche, se mit 
à prêcher et à évangéliser Anianus ; il lui fit con- 
naître le mystère de la Très-Sainte-Trinité, en com- 
mençant par l'incarnation du Messie, qui est né de 
la Vierge pure et immaculée sainte Marie ; il lui parla 
successivement de la résurrection du fils de Dieu, de 
son ascension au ciel, et, en dernier lieu, du second 



— 55 — 

avènement, jour épouvantable, où il jugera les vi- 
vants et les morts, et où il rétribuera chacun selon 
ses œuvres. 

Le saint apôtre demeura chez le savetier trois 
jours entiers, pendant lesquels il continua à Tins- 
truire et à le diriger dans le droit sentier. Après ce 
temps, il le baptisa, lui et tous les gens de sa maison 
dans la même journée, au nom du Père, et du Fils, 
et du Saint-Esprit. Ils étaient au nombre d'environ 
cinq cents personnes. Il les fit ensuite tous partici- 
per aux mystères vivifiants, et dès ce moment ils 
devinrent de vrais fidèles de Jésus-Christ. L'apôtre 
resta cinq ans dans la ville d'Alexandrie, prêchant 
et évangélisant les habitants. Par la vertu du nom 
de Notre-Seigneur Jésus-Christ il opéra une foule 
de prodiges, guérissant les malades, chassant les 
démons des corps des possédés, purifiant les lé- 
preux, ressuscitant les morts par les paroles qui 
sortaient de sa bouche sacrée. Il convertit de la 
sorte une multitude innombrable de païens , qu'il 
baptisa au nom de la Très-Sainte-Trinité, et qui 
ensuite firent tous une profession ouverte de la reli- 
gion chrétienne. 

Le démon , voyant qu'il était ainsi devenu un 
objet de raillerie et de mépris, que le culte des 
idoles qu'il avait fondé en Egypte était sur le point 
d'être totalement extirpé de cette province par les 



— 56 — 

efforts et le zèle de saint Marc , entra dans une 
grande fureur. Ayant pris la forme d'un vénérable 
cheikh , il se présenta devant les chefs de la reli- 
gion païenne , et leur dit en versant des larmes : 
« Quoi I vous restez tranquilles et indolents ; vous 
laissez ainsi agir Marc, qui a déjà perverti les ha- 
bitants de la ville entière, en leur faisant embrasser 
sa fausse religion et adorer un homme qui fut con- 
damné à être crucifié, il y a déjà longtemps!!! » 
Ayant ainsi parlé, Satan disparut à leurs yeux. 
Sur-le-champ, ces hommes infidèles et adorateurs 
des fausses divinités, s'étant levés, se mirent à 
délibérer entre eux : ils furent tous d*avis qu'il 
fallait se défaire de saint Marc le prédicateur. 

Le saint ap6tre, ayant connu par une révélation 
divine leur projet criminel, ordonna à ses disciples 
de bfttir une grande église sous le vocable de la 
glorieuse Dame, la Vierge immaculée, sainte Marie, 
mère de Dieu ; puis, ayant sacré Anianus patriarche, 
ordonné prêtres les fils de celui-ci, qui étaient en 
petit nombre, et fait onze diacres pour le service, 
de Téglise, il sortit secrètement de la ville et se mit 
en route pour la Pentapole, afin d y aller confirmer 
dans la foi les frères qui avaient cru en Notre-Sei- 
gneur Jésus-Christ. 

Arrivé dans cette contrée, il y demeura deux ans, 
parcourant les villes, exerçant le ministère de la 



— 57 — 

parole sainte, et confirmant partent dans la foi 
évangélique les frères et les nouvelles églises. Lors- 
qu'il se fut bien assuré que les peuples qu'il visitait 
étaient parfaitement éclairés des lumières de la foi, 
qu'ils étaient fermes dans leur croyance, et qu'ils 
professaient publiquement et sans se cacher la reli-, 
gion qu'ils avaient embrassée, il reprit le chemin 
d'Alexandrie, où il était impatient de revoir les 
frères. Il resta dans cette ville cinq autres années, 
si bien que le nombre de ceux qui croyaient en 
Notre-Seigneur Jésus-Christ s'accrut d'une manière 
considérable, et que tous les districts, toutes les 
villes de l'Egypte purent entendre la prédication 
du saint apôtre et recevoir de sa bouche la Bonne 
Nouvelle. Mais les infidèles, adorateurs des idoles, 
ayant appris qu'il était revenu à Alexandrie, cher- 
chèrent le moyen de le surprendre et de se saisir 
de sa personne. 

Le saint jour du dimanche, fête de la glorieuse 
Pàque de notre Sauveur, étant arrivé, saint Marc, 
r4pAtre,le prédicateur, l'évangéliste vierge, se trou- 
vait dans l'église avec tout le peuple qui s'était 
joint à lui pour célébrer les saints mystères, lors- 
que les infidèles, adorateurs des idoles, y pénétrè- 
rent munis d'armes, et mirent la main sur le saint 
apôtre. Ayant jeté une corde autour de son cou^ 
ils le tirèrent hors de l'église, puis ils le traînèrent 



— 58 — 

et le roulèrent par toute la ville et par tous les 
quartiers, en s'excitant les uns les autres et en 
criant : « Allons ! tirons ce vieux bouc de la de- 
meure des vaches, afin que, à cette vue, ses dis- 
ciples soient saisis de terreur. » Us le traînèrent 
ainsi du matin au soir, tellement que son corps en 
fut tout déchiré et que sa chair tombait à terre 
par lambeaux. Cependant il rendait grâces à Dieu 
en disant : « Louange à vous, mon Seigneur Jésus- 
Christ, fils du Dieu vivant, vous qui m'avez jugé 
digne de souffrir pour votre saint nom ! » 

Lorsque le soir fut venu, les infidèles le jetèrent 
en prison. Alors il se vit assaillir par une foule de 
mauvais esprits qui se moquaient de lui en disant : 
(( Qu'il vienne, maintenant ton Dieu ! qu'il vienne 
te délivrer. » Le saint, sans daigner tourner la tète 
ni les regarder, leur dit : a Au nom de mon Sei- 
gneur Jésus-Christ qui a été mis en croix sous 
PQUce Pilate; je vous l'ordonne, soyez précipités 
dans le profond de l'abîme, au-dessous des fonde- 
ments de la terre. » A peine cet ordre venait-il de 
sortir de la bouche sacrée de l'apôtre, que la terre, 
s'entr'ouvrant, engloutit tous ces démons impurs. 
Depuis ce jour-là, ils n'ont plus paru dans les 
temples païens, ni dans les sanctuaires consacrés 
aux idoles ; bien plus , ces temples et ces sanc- 
tuaires sont tombés en ruines. 



— 59 — 

Au milieu de la nuit, pendant que le geôlier dor- 
mait devant la porte de la prison, tout à coup il y 
eut une forte secousse et im grand tremblement 
de terre, car Tange du Seigneur, Farchange Michel, 
était descendu du ciel. S*approchant de Tapôtre mar* 
tyr, il lui parla en ces termes : « Marc, serviteur et 
apôtre de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ton nom 
est écrit au plus haut des cieux, et ta mémoire sera 
vivante dans les siècles des siècles. » Ces paroles 
dites, il remonta au ciel, tout resplendissant de 
gloire. 

Le lendemain matin, les infidèles, s'étant réunis 
de nouveau, passèrent la corde au cou du bienheu- 
reux saint Marc et se mirent à le traîner, comme 
la veille, par les rues de la ville, en sorte que la 
terre, les pierres et les rochera de la ville furent 
partout teints du sang qui jaillissait de son corps 
meurtri et déchiré. 

Pendant qu'il souffrait ainsi le martyre, le Sau- 
veur,Notre-Seigneur Jésus-Christ (soit-il glorifié!), 
hii apparut et lui dit : « Que la paix soit avec toi, 
6 apôtre, mon élu! courage, sois ferme jusqu*au 
bout, car ton sang purifiera cette ville tout entière ; 
il sera cause que le culte des idoles y sera aboli, 
et que les esprits impurs n'auront plus désormais 
le pouvoir de s'y montrer. » 

Telles sont les paroles que le Dieu plein de bonté 



— 60 — 

adressa au glorieux saint Marc, TapAtre, le prédi- 
cateur, révangéliste vierge, le bienheureux martyr. 
A peine furent-elles achevées, que celui-ci remit 
son àmé pure entre les mains augustes de son Sau* 
veur, qui la transporta avec lui dans le ciel, envi* 
ronnée d'une grande gloire et d'une splendeur im-- 
possible à décrire, pendant que les anges qui 
l'accompagnaient dans son ascension vers les de- 
meures lumineuses de la Jérusalem céleste, faisaient 
entendre devant elle des hymnes et des cantiques. 

Quant au corps du saint martyr, les infidèles, qui 
se disposaient à le brûler, avaient déjà allumé du 
feu dans ce but; mais tout à coup ils furent assaillis 
par un orage accompagné de grêle, d'un vent impé- 
tueux, d'éclairs, de tonnerres et de grandes pluies, 
ce qui força ces impies à prendre la fuite ; mais plu- 
sieurs tombèrent par terre la tète en avant et mou- 
rurent d'effroi, en sorte que leurs âmes descendi- 
rent tout droit dans les gouffres de l'enfer. Après 
cela, il arriva sur les lieux une troupe de fidèles, qui 
enlevèrent le corps sacré et lui rendirent les hon- 
neurs de la sépulture. 

C'est ainsi que s'accomplit le bon combat du saint 
apôtre, le lundi fortuné, dernier jour du mois de 
barmoudéh. Quant à nous, nous croyons et tenons 
pour certain que son siège apostolique, ainsi que 
la foi qu'il nous a prèchée, se maintiendront tou- 



— 61 — 

jours au milieu de nous jusqu'à la fin du monde ; 
nous croyons, au surplus, que TapAtre saint Marc 
a été le vicaire de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus- 
Christ, le souverain pasteur des pasteurs. 

Peu de temps après son glorieux martyre, les 
fidèles bfttirent, sur le lieu même où reposait son 
corps sacré, une église d'une grande beauté. Ils en 
firent la dédicace le trentième jour du mois de bftbéh, 
et chaque année ils célébraient solennellement l'an- 
niversaire de cette fête. Peu à peu la mémoire du 
saint mart)rr s'étendit au loin, son nom fut glorifié, 
la foi qu*il avait enseignée se propagea; la doctrine 
qu'il avait prèchéese répandit non-seulement dans 
tous les districts de TÉgypte, mais jusque dans la 
Nubie et aux confins de TAbyssinie ; c*est ainsi que 
toutes ces régions ont été éclairées de la lumière 
de la foi orthodoxe, et que cette foi s'y est main* 
tenue jusqu'à nos jours. 

Lorsque les Arabes se furent rendus maîtres de 
l'Egypte, de ses provinces, ainsi que de la ville 
d'Alexandrie et de tous les pays voisins, les fidèles, 
réduits au rang de sujets, ne purent plus s*entr'ai- 
der pour construire de nouveaux temples ; peu à 
peu les anciens édifices sacrés tombèrent en ruines, 
et Téglise de l'apôtre saint Marc , qui se voyait à 
Alexandrie, finit, à son tour, par se trouver déla- 
brée. C'est alors qu après un long espace de temps 



— §2 — 

le patriarche se décida à faire retirer le corps sacré 
du saint apAtre du milieu des décombres de cette 
basilique. On prit donc respectueusement et avec 
la plus grande vénération son chef sacré, lequel fut 
transféré dans le temple des vénérables martyrs 
Âboukjrr et Jean, dans la banlieue d'Alexandrie, ce 
qui eut lieu le trentième jour du mois de bàbéh. 
A l'occasion de cette translation, il fut établi une 
autre grande fête qui se célébrait annuellement au 
jour en question , et cette précieuse mémoire se 
solennise encore de notre temps pour Thonneur et 
la glorification de ce grand apôtre, saint Marc Té- 
vangéliste. 

Quant à nous, nous prions notre Seigneur, notre 
Dieu, notre roi et sauveur Jésus-Christ, qui a éclairé 
le monde entier par la prédication de ses vertueux 
disciples, de ses pieux apôtres, qu'il daigne éclairer 
Vos esprits par la grâce de son Esprit-Saint ; qu'il 
illumine vos cœurs et vos pensées ; qu'il sanctifie 
Vos âmes et purifie vos corps; qu'il épure vos 
intentions ; qu'il vous pardonne vos péchés et qu'il 
efface vos fautes et vos iniquités ; qu'il oublie vos 
• mauvaises actions et qu'il ferme les yeux sur vos 
égarements passés j qu'il corrige ce qil'il y a de 
vicieux dans votre conduite ; qu'il vous dirige dans 
les voies qui lui sont agréables et vous éloigne do 
Nielles qui l'offensent et sont ojjposéés à sa sainte 



— 63 — 

volonté. Nous le prions également qu'il tienne la 
porte sacrée de son Église ouverte devant vous dans 
le cours des siècles et des temps ; qu'il rende impuis- 
sants et abandonne sans secours les ennemis qui 
voudraient la renverser ; qu'il vous y compte au 
nombre des fidèles dont la présence lui est agréable, 
qui écoutent avec attention et docilité la lecture 
publique des saintes Écritures, et qui se montrent 
disposés à mettre en pratique en tout temps ce 
qu'elles nous enseignent. Nous le prions qu'il vous 
rende parfaits dans l'exercice des bonnes œuvres, 
contents du succès de vos entreprises, persévérants 
dans les sentiers de la vertu, éloignés des affaires 
inutiles, professant extérieurement votre foi et la 
confessant publiquement, afin que vous soyez tou* 
jours dignes de participer à son corps sacré et à son 
sang précieux. Nous le prions encore de faire régner 
la sécurité dans vos demeures, de multiplier vos 
ressources et vos biens, de donner à votre Nil sa 
crae ordinaire^ de faire croître les fruits de vos 
terres, de bénir vos moissons et de les rendre abon- 
dantes. 

Nous le prions aussi qu'il accueille favorablement 
vos jeûnes et vos prières ; qu'il augmente vos au** 
mônes, vos sacrifices et vos holocaustes ; qu'il fasse 
baisser le prix des choses qui vous sont nécessaires; 
qu'il écarte loin de vous la famine^ la peste i la 



— 64 — 

mort, la captivité et le glaive de Tennemi; qu'il 
anéantisse les desseins criminels de vos adver- 
saires ; qu'il fléchisse en votre faveur le cœur de 
ceux qui vous gouvernent, et qu'il brise devant vous 
la puissance des démons ; qu'il prenne soin de vos 
veuves ; qu'il nourrisse vos orphelins ; qu'il enri- 
chisse vos pauvres et vos malheureux ; qu'il gué- 
risse vos maladies et remédie à vos infirmités. 

Nous le prions qu'il donne la force et \a, vigueur 
à vos vieillards; qu'il communique à vos jeunes 
gens le don de la chasteté ; qu'il garde pures vos 
épouses; qu'il accorde à vos petits enfants le bienfait 
d'une bonne éducation ; qu'il rende leur sort très- 
heureux, leur carrière pure et leur âge florissant; 
qu'il fasse prospérer vos affaires spirituelles et se- 
conde vos intérêts matériels ; qu'il daigne octroyer 
à chacun de vous une bonne fin et un moment de 
contentement à l'heure de son trépas. 

Nous le prions qu'il vienne à votre secours dans 
la lutte de la mort, lorsque votre âme sortira de 
votre corps ; qu'il vienne alors à vous avec les an- 
ges de lumière ; qu'il vous fasse ressusciter un jour 
parmi les justes et vous place avec eux du côté 
droit. 

Nous le prions encore qu'il nous conserve pour 
nous régir le suprême pontificat de notre père et 
seigneur (le patriarche) ; qu'il rende illustre ce bon, 



— 65 — 

saint et catholique pasteur, celui qui veille au 
salut de nos &mes, le vicaire de Dieu pour son 
Eglise, le pasteur à qui il a confié la garde de 
ses ouailles, celui qui est orné de toutes les ver- 
tus divines, et dont la vie est tout' angélique , 
rhomme pieux et mortifié , Tascète dévot et mo- 
deste , le savant docteur , Thomme pratiquant et 
vertueux, Thomme parfait et accompli, le cham- 
pion de la foi, le vigilant gardien du troupeau, le 
père des pères et le chef des chefs, la couronne 
de ceux qui sont baptisés, l'honneur de la religion 
chrétienne et orthodoxe, la lumière de Téglise 
apostolique, celui qui est revêtu du sacerdoce de Mel- 
chisédec et orné de la robe d'Aaron, celui qui siège 
sur le trône de saint Marc , le treizième dés pieux 
apôtres, le cinquième des vertueux évangélistes, le 
père illustre parmi nos seigneurs les patriarches, 
Tami de Notre-Seigneur Jésus-Christ, celui qui 
possède un savoir éminent et une langue éloquente, 
notre seigneur et père en Dieu, le patriarche anba 
If.j patriarche de la très-grande ville d'Alexandrie, 
de toutes les provinces de TLgypte, ainsi que delà 
florissante et sainte cité do Jérusalem, des royaumes 
de TAbyssinie et de la Nubie, de la Pentapole occi- 
dentale,, des villes dlfrikiàh, de Nikiah, de San- 
tariah et de toutes les contrées évangéh'sées au- 
trefois par lapôtre saint Marc. Que le Dieu du 



— 56 — 

ciel le maintienne sur son siège patriarcal durant 
des jours nombreux et des années qui se succèdent 
sans interruption , pacifiques , longues et heureu- 
ses ; qu'il rende les jours de son pontificat exempts 
de tout trouble y et que, par le mérite de ses saintes 
prières, il nous mette à l'abri des embûches des 
méchants; qu'il lui fasse trouver grâce et faveur 
aux yeux des sultans qui nous commandent, et 
qu'il excite leur commisération sur lui et sur ses 
ouailles. 

Qu'en considération de ses oraisons, Dieu nous 
garde des ruses de nos adversaires et nous délivre 
des tentations des démons ; qu'en sa faveur il rende 
vains les stratagèmes de nos antagonistes, quand il 
s'agira de l'intérêt de nos églises et de notre sainte 
religion ; qu'enfin , après lui avoir accordé une 
longue vie, il le place, au jour du jugement, à sa 
droite, parmi les seigneurs, ses élus, les vénérables, 
nos pères dans la foi, les vertueux apôtres, afin qu'il 
puisse s* écrier, le cœur plein de joie et d'allégresse : 
« Me voici avec les enfants que le Seigneur m'avait 
confiés. Il n'en a péri aucun, si ce n'est le fils de 
perdition (1) , » et qu*alors il entende une voix 
joyeuse lui répondant : « Sois le bienvenu, intendant 
fidèle! tu as été fidèle en peu de choses^ je .vais t'é-» 

(1) Jean,XVU, M. 



— 67 — 

tablir sur beaucoup : entre dans la joie de ton Sei- 
gneur (1). » Oui, qu'il soit fidèle, et que Dieu nous 
conserve aussi la vie et les jours de nos pères les 
métropolitains, ses élus ; de nos seigneurs les évé- 
fues, ses honunes choisis, des personnes éminentes 
chargées àe l'administration, des prêtres bénis à 
qui le soin des âmes a été confié, de nos vénérables 
diacres et de nos sous-diacres, de nos lecteurs, de 
nos chantres, de tout le peuple chrétien en général 
et sans exception. 

Nous le prions de nous rendre dignes d'entendre 
un jour sortir de sa bouche divine ces paroles con- 
solantes, cette invitation pleine de joie, d'allégresse 
et de contentement : « Yenea, les bénis de mon 
père; venez prendre possession du royaume qui 
vous a été préparé avant la création du mende (2) ; 
venez jouir de ce que l'œil n'a jamais vu, de ce que 
loreille n'a jamais ouï dire, de ce qui n'est jamais 
venu à l'esprit d'un homme, de ce que Dieu a ré- 
servé à ceux qui aiment son saint nom (3), dans 
cette vie tranquille et heureuse où la joie des élus 
ne connaîtra ^i interruption ni fin. Nous lui de- 
mandons ces faveurs par Tintercession de notre 
médiatrice, de celle qui est une mine de pureté, de 

(i) Matthi,XXVi-23* 

(2) HattlLi XXV^ 24; ÉpHre dé S. Paul m\ Éphésiens, I, 4. 

(3) I adz Corinthiens, II, 9i 



-68- 

* bonté et de bénédictions, la reine du ciel et de la 

terre, la princesse des femmes chastes et des filles 
vierges, celle qui n'a pas sa pareille en beauté parmi 

I toutes les créatures, soit parmi les mortels qui vivent 

sur la terre, soit parmi les anges qui habitent les 
cieux, celle qui est vraiment mère, puisqu'elle a mis 
au monde Dieu, le Seigneur des Vertus ; la reine 
qui a le pouvoir de secourir les malheureux ; celle 
dont une foule de prodiges et de miracles démon- 
trent d'une manière incontestable le crédit et la 
puissance auprès de Dieu, quand elle daigne le prier 
et intercéder auprès de lui ; notre maîtresse à nous 
tous ; celle qui est Thonneur et la gloire de notre 
race , notre dame et notre princesse , la vierge 
pure et sans tache, sainte Marie, la fille élue de 
Dieu. 

Nous lui demandons ces faveurs par les prières du 
missionnaire et évangéliste, du bienheureux mar- 
tyr, saint Marc Tévangéliste, l'apôtre et le prédica- 
teur de rÉgypte ; nous les lui demandons par l'in- 
tercession des archanges très-purs et les favoris du 
Très-Haut, Michel, Gabriel, Raphaël, Souriel, Ra- 
dakiel, Saraniel, Ananiel, et de tous les ordres et 
chœurs des saints anges ; par l'intercession des 
quatre animaux incorporels qui portent le tr6ne 
du Maître des mondes, des vingt-quatre vieillards 
spirituels, prêtres de la vérité, tout resplendissants 



— 69 — 

de lumière, de tous les raugs enfin de la hiérarchie 
céleste. 

Nous les lui demandons par les prières des véné- 
cables patriarches de l'Ancien Testament, Abraham, 
Isaac et Jacob, et de tous les chœurs des prophètes 
véridiques ; par l'intercession de celui dont il est 
écrit que parmi les enfants des femmes nul n'a été 
plus grand que lui (1)» le grand saint Jean-Baptiste, 
le parent de l'Emmanuel. 

Nous les lui demandons par les prières de nos 
seigneurs, nos pères dans la foi, les vertueux apô- 
tres, les pieux disciples du Sauveur, qui, par leurs 
saintes exhortations, vinrent à bout de faire fermer 
les portes des temples païens, de fonder des égli- 
ses, et qui, par l'enseignement de leur doctrine, 
éclairèrent les cœurs des infidèles et des adeptes 
des fausses religions; nous les lui demandons par 
les prières de saint Etienne, le prince des diacres 
et le premier des saints martyrs, et par celles des 
soixante et dix messagers et disciples de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ (soit-il glorifié!). 

Nous demandons ces faveurs par les prières de 
la troupe des bienheureux et couronnés martyrs, 
de nos pères les saints confesseurs, de tous les rangs 
des saints, de tous les hommes pieux et justes ; par 

{{) Luc, VII, 28. 



— 70 — 

les prières des anachorètes, des pèlerins, des moi- 
nes, des hommes dévots, de tous ceux qui ont 
combattu pour la défense de la religion , de tous les 
princes orthodoxes qui ont aimé Dieu. 

Nous les lui demandons enfin par les prières de 
tous ceux qui, parmi les enfants d*Adam notre 
père, et d'Eve notre mère, se sont rendus, par 
leurs bonnes œuvres, agréables au Seigneur Dieu, 
à qui appartiennent, ainsi qu'au Fils et au Saint- 
Esprit, rhonneur et la gloire maintenant, dans 
tous les temps et dans les siècles des siècles, dans 
Tétemité et à jamais. Disons donc tous ensemble : 
« Amen. Kyrie, eleison {Seigneur^ ayez pitié de 
nous). » 



FIN DE r/HOUÉLIE. AMEN. 



APPENDICES 



I t 



PREMIER APPENDICE. 



Au nom du Përe^ et du Fils, et du Saint-Esprit, 
Dieu unique. 

Première vie. Vie de saint Marc l'évangéliste, ar- 
chevêque de la grande cité d*Alexandrie. Que son 
intercession auprès de Dieu soit pour nous ! Amen. 

Pendant que le Seigneur et Sauveur miséricor- 
dieux Jésus-Christ accomplissait sa divine mission, 
après s'être choisi des disciples qui devaient le 
suivre, il y avait dans une ville de la Pentapole 
d'Afrique, appelée Abrianoulah, deux frères, dont 
Tun , qui était Talné , se nommait Aristobule, et 
Tautre, le cadet, Barnabe. Comme ils étaient cul- 
tivateurs, ils ensemençaient eux-mêmes leurs 
champs, en moissonnaient les produits, et ils pos- 
sédaient de nombreux troupeaux. Ils avaient une 
connaissance parfaite de la loi de Moïse ; ils sa- 
vaient par cœur une bonne partie des livres de 
l'Ancien Testament, et ils les récitaient. Ils vi- 
vaient du temps de l'empereur des Romains AU'- 



— 74 — 

guste César. Sous ce règne ^ ayant perdu leur ar- 
gent, éprouvé de grands malheurs à la suite des 
ravages exercés dans la contrée par le sultan des 
Berbers et des Abyssins , dépouillés enfin de tous 
les biens qu'ils possédaient , ils quittèrent l'Afri- 
que, et, voulant au moins sauver leur vie, ils se 
rendirent dans le pays des Juifs. 

Or, Aristobule avait un enfant mâle du nom de 
Jean. Étant donc arrivés en Palestine, ils s'établi- 
rent dans le voisinage de la ville de Jérusalem, où, 
par la grâce de TEsprit-Saint, le jeune enfant gran- 
dit en âge et en taille. Les deux frères avaient 
dans le pays une cousine (littér. la fille d'un onde 
paternel), qui avait épousé Simon Pierre, le chef 
futur des disciples du Christ. On avait donné à 
Jean le nom de Marc, et, comme il fréquentait la 
maison de Pierre, il apprenait de lui la doctrine 
chrétienne à l'aide des livres saints. 

Il arriva qu'un jour Aristobule, ayant pris avec 
lui son fils Marc, le conduisit sur les bords du 
Jourdain. Or, pendant qu'ils marchaient tous les 
deux ensemble, ils rencontrèrent un lion et une 
lionne. Aristobule , voyant les deux animaux se 
diriger de son côté , pleins de fureur , dit à son 
fils Marc : « Mon enfant, tu vois la fureur de ces 
lions qui s'apprêtent à nous perdre : fuis donc sur^ 
le-champ et sauve-toi ; quant à moi, laisse-les me 



— 75 — 

dévorer^ si telle est la volonté de Dieu, maître de 
toute chose. » — « Non, répondit à son père le dis- 
ciple du Christ , saint Marc ; ne crains rien , cher 
père, le Christ en qui je crois nous sauvera de tout 
danger. » Comme les lions allaient les atteindre, 
saint Marc poussant contre eux un grand cri : 
H Notre-Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, 
leur dit-il, vous commande de vous séparer; il veut 
que votre race disparaisse de cette montagne, et 
qu*on n'y voie désormais plus aucune de vos pro- 
génitures. » Sur-le-champ, le lion et la lionne, s'é- 
tant séparés l'un de l'autre, rendirent le dernier sou- 
pir, en sorte qu'ils ne laissèrent point de postérité. 

Témoin du grand miracle que son fils venait 
d'opérer par la puissance de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, Aristobule s'écria : « Marc, mon fils, je suis 
bien, il est vrai, ton père et celui qui t'a donné le 
jour; mais aujourd'hui c'est toi qui es devenu 
mon père, mon sauveur et mon libérateur. En con- 
séquence, mon fils bien-aimé, mon frère et moi 
nous te supplions de nous mettre au nombre des 
serviteurs de Jésus-Christ qui est venu en ce monde 
et qui s'est incamé dans le sein de notre Dame im- 
maculée, la vierge Marie, dont tu nous as si sou- 
vent parlé. » 

A partir de ce jour, le père de saint Marc et son 
oncle paternel se firent enseigner la doctrine ehré- 



— 76 — 

tienne, ainsi que Marie, sa mère, qui était sœur 
de Barnabe, le disciple des apôtres. 

Or, il y avait dans ce pays-là , non loin d'une 
ville appelée Âzdod, un olivier d'une taille gigan* 
tesque et dont tout le monde admirait la grosseur 
Les habitants de cette ville adoraient la lune el 
adressaient leurs prières à cet olivier. Saint Marc, 
ayant été témoin un jour de leur profonde erreur, 
leur dit : « Quoi ! cet olivier dont vous mangez les 
fruits, cet arbre dont vous jetez les branches au 
feu, vous l'adorez comme un dieu? Que pourrait-il 
faire? Voici que la parole du Dieu que j'adore moi* 
même va l'abattre par terre, sans qu'il soit besoin 
pour cela d'employer le fer. » A cela les païens ré- 
pondirent : « Nous savons que tu es versé dans la 
magie du Galiléen, ton maître, et qu'ainsi tu accom- 
plis tout ce que tu veux. Quant à nous, nous invo- 
quons la lune, notre divinité, qui a fait cet olivier 
pour que nous lui adressions nos prières. » Saint 
Marc leur répondit : « Quant à moi, je vais l'abattre 
et le renverser par terre : si, après cela, votre dieu 
peut le relever et le remettre sur pied, je consens 
à l'adorer avec vous. » 

Les idolâtres ayant accepté la proposition, tout 
le monde s'éloigna du voisinage de l'arbre, en 
disant : « Prenons garde qu'il n'y ait personne 
de caché dans l'olivier. » Alors saint Marc, levant 



— 77 — 

les yeux vers le ciel et tournant la tète du côté 
de rOriént, ouvrit la bouche et fit celte prière : 
(c Mon Seigneur Jésus-Christ, fils du Dieu vivant 
et mon Dieu, daignez écouter votre semteur : 
commandez à la lune, qui est le second de vos 
ministres pour ce monde qu'elle éclaire pendant 
la nuit ; que, par votre ordre et par votre puis- 
sance, elle fasse entendre sa voix à ces ignorants 
pour qui elle n'est pas un dieu, puisqu'elle n'est 
que comme un ministre subordonné à son maître ; 
commandez aussi que cet arbre auquel ils adres- 
sent leurs prières, tombe par terre, afin que tout le 
monde connaisse votre puissance, et qu'il n'y a de 
vrai Dieu que vous le Père, avec le Fils plein de 
bonté et le Saint-Esprit vivificateur à jamais. 
Âmen. » A peine cette prière venait-elle d'être 
achevée, qu'une obsciurité profonde se produisit 
au milieu du joiA*, et que la lune se montra bril- . 
lante dans le ciel aux yeux de tous. Alors on en- 
tendit distinctement une voix partant de la lune 
et disant : « hommes de peu de foi, croyez-moi, 
je ne suis pas le vrai Dieu, mais seulement le ser- 
viteur de Dieu et l'une des créatures de ses mains. 
Je suis aussi le ministre du Christ, mon maître, 
qui est prêché par Marc, son disciple. C'est lui seul 
que nous adorons et que nous servons. » Inconti- 
nent, Tolivier s'abattit par terre, et une grande 



— 78 — 

crainte s^empara de tous ceux qui furent témoins 
de ce prodige. Quant à ceux qui vénéraient Tarbre 
et Tadoraient, ils entrèrent en fureur, déchirèrent 
leurs habits, et, se saisissant de la personne de 
saint Marc, ils Taccablèrent de coups, après quoi 
ils le livrèrent aux Juifs rebelles qui le jetèrent 
en prison. Cette nuit-là même, saint Marc vit en 
songe Notre- Seigneur Jésus-Christ qui disait à 
Pierre : « Je ferai sortir de la prison tous ceux 
qui s'y trouvent enchaînés. » 

En effet, lorsque saint Marc s'éveilla, trouvant 
que les portes de la prison étaient ouvertes, il sortit 
avec tous les autres prisonniers, pendant que les 
geôliers étaient endormis et immobiles comme des 
nacres de perle. Quant aux foules qui avaient été 
témoins de tout ce qui venait d'arriver, ils leur 
dirent : « Nous ne pouvons rien contre ces Gali- 
léens , car toutes ces œuvres , ih les font par la 
puissance de Beelzébul, prince des démons. » 

Marc était Tun des soixante-dix disciples. Il fut 
du nombre de ces serviteurs qui puisèrent Teau, 
laquelle fut changée en vin par Notre^Seigneur^ 
pendant les noces de Cana en Galilée. C'est lui 
aussi qui porta la cruche d^eau de la maison de 
Simonie Cyl*énéen, lors delà sainte et mystérieuse 
cène : c'est encore lui qui donna asile atix disciples 
dans sa maison pendant la passion de Notre-Sei^ 



-- 79 — 

gneur Jésus-Christ, ainsi qu'après la résurrection 
d'entre les morts, lorsqu'il se présenta devant eux, 
après être entré les portes étant fermées. 

Après la glorieuse ascension du Sauveur au ciel, 
Marc se rendit avec Pierre à Jérusalem, et là ils 
prêchèrent tous les deux la parole de Dieu. Ensuite 
TEsprit-Saint apparut à Pierre et lui ordonna d'aller 
dans les villes et dans les villages qui se trouvent 
dans cette région. Pierre partit donc en compagnie 
de Marc pour le district de Bethania, et, étant arrivé 
là, il se mit à prêcher la parole de Dieu : mais, après 
y avoir séjourné un certain temps, il vit en songe 
un ange du Seigneur, qui lui dit : « Il y a deux 
régions où sévit une grande famine. » Pierre dit à 
l'ange : « Quelles sont ces régions?» L'ange lui ré- 
pondit : « Ce sont la ville d'Alexandrie avec la pro- 
vince d'Egypte, et la région de Rome. Ces deux 
pays pâtissent, non faute de pain et d'eau, mais 
faute de la parole divine, qu'ils ne connaissent pas 
et par laquelle ils doivent être évangélisés. » 

Pierre, s'étant réveillé, raconta à Marc ce qu'il 
avait vu en songe. Après cela, Pierre et Marc se 
rendirent dans les provinces de Rome, où ils pré-* 
chèrent la parole de Dieu. Plus tard, c'est-à-dire 
la trente - cinquième année après l'ascetlsioii de 
notre Seigneur et bon Sauveur, saint Pierre en- 
voya notre saint père Marc l'évangéliste à la ville 



— 80 — 

d'Alexandrie pour y prêcher la parole de Dieu et 
Tévangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ, à qui 
sont dus à jamais , ainsi qu'au Père et au Saint- 
Esprit, Dieu unique, la gloire, Thonneur et Tado- 
ration. Amen. 



SECOND APPENDICE 



Sous le règne de notre Seigneur et Sauveur Jé- 
sus-Christ, lorsqu'il fut monté au ciel, les apôtres, 
guidés par le Saint-Esprit , se partagèrent entre 
eux les diverses contrées du monde pour y prêcher 
la parole de Dieu et l'Évangile de son fils unique 
et hien-aimé Notre-Seigneur Jésus-Christ. C'est 
ainsi que l'Egypte et la grande cité d'Alexandrie 
échurent à saint Marc l'évangéliste : cette con- 
trée lui fut assignée par le Saint-Esprit, afin qu'il 
fit entendre aux habitants les paroles de l'Évangile 
de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'il les raffer- 
mit dans cette croyance, car ils étaient alors adon- 
nés à Terreur, plongés dans l'idol&trie, et ils ado- 
raient les créatures à la place du Créateur. Us 
avaient quantité de temples consacrés au culte des 
faux dieux, qu'ils servaient en tout temps, les 
adorant chaque jour de l'année, et leur offrant un 
grand nombre de victimes et de sacrifices, coutume 





/ 



— 82 - 

et superstitions qui étaient aussi en vigueur dans 
TAfrique, dans la Pentapole et dans toutes les pro- 
vinces de cette contrée. 

Saint Marc, ayant donc quitté la ville de Rome, 
se rendit d'abord dans la Pentapole, où il parcourut 
toutes les provinces, prêchant la parole de Dieu, 
opérant des miracles, purifiant les lépreux et 
chassant les démons par la grâce et la vertu de 
TEsprit qui résidait en lui, en sorte qu'une foule 
d'habitants embrassèrent la foi en Jésus-Christ, 
brisèrent les idoles qu'ils adoraient et détruisirent 
les arbres qui servaient de demeure aux mauvais 
esprits et d'où ceux-ci avaient coutume de parler 
aux hommes. Saint Marc, les ayant ainsi convertis, 
les baptisa au nom du Père, du Fils et du Saint- 
Esprit, Dieu unique. 

Après cela, le Saint-Esprit lui apparût et lui dit : 
« Lève-toi, pars pour la ville d'Alexandrie, afin que 
tu y jettes la bonne semence, c'est-à-dire la parole 
de Dieu. » Alors le disciple du Christ, ayant fait 
SQS dispositions et fortifié par l'Esprit-Saint, partit 
comme un guerrier qui marche au combat. Il salua 
les frères, et prit congé d'eux en disant : « Notre- 
Seigneur Jésus -Christ me facilitera le voyage 
pour me rendre dans la ville d'Alexandrie et y 
prêcher son saint Évangile. » Ensuite il fit cette 
prière : « Seigneur, daignez fortifier les frères qui 



~ 83 — 

sont parvenus à la connaissance de votre saint 
nom : faites qu'un jour je revienne auprès d'eux, 
et qu'en les revoyant ma joie soit pleinement sa- 
tisfaite. » Apres ces paroles, les frères lui firent 
leurs adieux , et il s'embarqua pour la ville d'A- 
lexandrie. Mais, à peine eut-il franchi la porte de 
la ville, que la courroie de sa chaussure se rom- 
pit. A la vue de cet accident, il s'écria : « Ah I je 
suis bien sûr maintenant que le Seigneur a facilité 
mon voyage. » Puis, ayant jeté les yeux autour de 
lui, il aperçut un savetier, auquel il donna sa 
chaussure à raccommoder. Celui-ci, ayant pris son 
alêne pour commencer son ouvrage, se perça invo- 
lontairement la main, en s'écriant : « Aghios ho 
théos! » c'est-à-dire Dieu unique. Saint Marc, en- 
tendant prononcer le nom de Dieu, dit au savetier : 
« C'est le Dieu que j'adore ; vous allez le voir. » 
Alors il se mit à lui citer l'Évangile de la bonne 
nouvelle, à lui parler de la grandeur, de la gloire 
de Dieu, de sa puissance et de son empire que dé- 
montre le spectacle des êtres créés; il lui fit de 
longues exhortations, lui donna quantité de dé- 
monstrations et de preuves en faveur de sa pro- 
vidence; puis il finit par lui dire que, dans les der- 
niers temps, le Messie s'était incamé dans le sein 
de la Vierge Marie, qu'il était venu en ce monde, 
qu'il nous avait délivrés de nos péchés , et qu'il 



— 84 ~ 

nous avait montré dans sa personne Taccomplis- 
sèment, point par point, de toutes les prédictions 
faites par les anciens prophètes. 

Le savetier lui dit : « Mais ces livres que vous me 
citez, je n'en ai jamais entendu parler ; nous con- 
naissons seulement les livres des philosophes grecs 
qui ont servi à notre instruction et que les hommes 
enseignent ici à leurs enfants, ce qui a lieu aussi 
chez les Égyptiens. » — « Toute la philosophie de 
ce monde, lui répliqua saint Marc, est vaine à côté 
de la sagesse de Dieu. » 

Le savetier, après avoir entendu les sages dis- 
cours de Tapôtre et les paroles que celui-ci avait 
tirées des saintes Écritures, témoin, d'un autre côté, 
du grand miracle par lequel sa main avait été gué- 
rie, le savetier, disons-nous, se sentit convaincu : 
ayant cru en Notre-Seigneur Jésus-Christ, il fut 
baptisé avec toute sa famille et avec toutes les 
personnes qui se trouvaient dans sa maison. Son 
nom était Anianus. 

Sur ces entrefaites, le nombre de ceux qui 
croyaient en Jésus-Christ s'étant accru, les habi- 
tants de la ville finirent par apprendre qu'il y avait 
au milieu d'eux un juif galiléen, qui s'était intro- 
duit dans la ville ; qu'il ne voulait rien moins que 
renverser le culte des idoles, celui de leurs dieux, 
et que même déjà il était venu à bout de séduire 



— 85 — . 

plusieurs personnes en les faisant renoncer à leur 
religion. En conséquence, ils le cherchèrent dans 
tous les endroits, et ils chargèrent une bande 
d'hommes de l'épier. 

Saint Marc, ayant appris leur criminel dessein, 
sacra Anianus évêque d'Alexandrie, et ordonna trois 
prêtres et sept diacres, en tout onze personnes qu'il 
institua pour remplir les fonctions du saint minis- 
tère et pour consolider dans la foi les frères croyants. 
Ensuite il les quitta pour se rendre de nouveau dans 
laPentapole, où il demeura encore deux ans, prê- 
chant l'Évangile et établissant dans toutes les pro- 
vinces des évêques, des prêtres et des diacres. 
De là il reprit le chemin de la ville d'Alexandrie, où 
il trouva les frères affermis dans la foi et augmen- 
tés en nombre par la gr&ce de Dieu.. Pendant son 
absence, ils avaient b&ti une église dans un endroit 
appelé le pâturage des bestiaux (Bucoles), non loin 
de la mer et au pied d'un rocher d'où l'on extrayait 
des pierres. En voyant tout cela, saint Marc fut 
saisi d'une grande joie, et, se jetant à genoux, il 
bénit Dieu. Ensuite il se mit à raffermir dans la 
religion les domestiques de la foi, ceux qu'il avait 
initiés à la connaissance de Notre-Seigneur Jésus- 
Christ, après qu'ils avaient renoncé au culte des 
idoles. 

Lorsque les infidèles apprirent que saint Marc 



— 86 — 

était revenu à Alexandrie, ils entrèrent en fureur, 
surtout à cause du grand nombre de miracles qu'il 
opérait en faveur des croyants, guérissant les in- 
firmes et les malades, chassant les démons, déliant 
la langue aux muets, donnant Touïe aux sourds et 
purifiant les lépreux. Ils se mirent à la recherche 
du saint apôtre ; mais , ne Tayant pas trouvé , ils 
grincèrent des dents dans leurs temples et dans 
les sanctuaires consacrés à leurs idoles. Ils s'é- 
criaient : « Quoi ! vous ne voyez donc point le mai 
que nous cause ce magicien? » Or, le premier 
jour de la semaine (un dimanche), fête de Pàque 
de Notre - Seigneur Jésus - Christ , jour qui cette 
année-là tomba le 39 de barmoudéh et se rencon- 
tra avec une autre fête célébrée par les infidèles 
et les païens, ces misérables, s'étant mis derechef 
à la recherche de saint Marc, finirent par le sur- 
prendre à l'autel, et, s'étant jetés sur lui, ils le saisi- 
rent, lui passèrent une corde autour du cou et le 
traînèrent par terre pendant toute la journée, en 
disant : « Traînons ce dragon dans la demeure 
des vaches (Bucoles). » Pendant qu'il était ainsi 
traîné, le saint ap6tre louait Dieu : « Je vous rends 
grâces. Seigneur, disait-il, de ce que vous m'avez 
rendu digne de souffrir pour votre saint nom. » 
Toute sa chair tombait en lambeaux et restait atta- 
chée aux pierres des rues et des quartiers de la 



— 87 — 

vîUe; son sang ruisselait par terre. Sur le soir, ils 
le mirent en prison, afin de se donner le temps 
de délibérer par quel supplice ils lui arracheraient 
la vie. 

Or, au milieu de la nuit, pendant que les portes 
de la prison étaient fermées et que les geôliers 
étaient profondément endormis devant les portes, 
tout à coup il se produisit un grand tremblement 
de terre et une violente secousse. Un ange du Sei* 
gneur descendit du ciel, entra dans la prison, et, 
s'approchant du saint apôtre, lui adressa ces pa- 
roles : « Marc, serviteur de Dieu, voici que ton 
nom est écrit dans le livre de vie, et que tu as été 
mis au nombre des saints. Ton âme célébrera les 
louanges de Dieu dans les cieux en compagnie des 
saints anges» Quant à ton corps, il ne périra pas ; il 
ne disparaîtra point de dessus la terre. » Saint Marc 
s*étant éveillé et levant les yeux au ciel : » Je vous 
rends grâces, dit-il, mon Seigneur Jésus-Christ ; 
je vous prie de m' accueillir auprès de vous, afin 
que je jouisse de votre paix dans votre royaume. » 
Ces paroles dites, il s'endormit do nouveau. Alors 
iNotre-Seigneur Jésus-Christ, descendant lui-même 
dans la prison où lange venait d'apparaitre , se 
montra au saint apôtre sous la forme sous laquelle 
ses disciples lavaient connu. Il lui dit : « Que la 
paix soit avec toi, Marc, mou évaugéliste et mon 



— 88 — 

élu !» — « Je vous rends grâces, lui répondit saint 
Marc, 6 mon Seigneur et mon Sauveur ! de ce que 
vous m'avez rendu digne de souffrir pour votre 
saint nom. » Le Seigneur, lui ayant donné la paix, 
disparut. 

Le lendemain, dès que le jour parut, la bande 
des infidèles, s'étant rassemblée de nouveau, 
tira le saint de sa prison, et, lui ayant passé une 
corde autour du cou , ils criaient : « Traînons le 
dragon dans la demeure dés vaches. » Pendant 
qu'ils le traînaient ainsi à travers les rues, le saint 
ne cessait de remercier Notre - Seigneur Jésus- 
Christ et de le glorifier : « Mon Dieu , disait-il , 
je remets mon âme entre vos mains ! » C'est en 
prononçant ces paroles qu'il rendit son âme à 
Dieu. 

Alors les partisans des idoles impures, après avoir 
entassé une grande quantité de bois dans un endroit 
appelé aujourd'hui VÉvangélion, s'apprêtaient à li- 
vrer aux flammes le corps du saint martyr, lorsque, 
par l'ordre de Dieu , un brouillard très-épais les 
enveloppa; en même temps un vent impétueux s'é- 
tant levé, la terre trembla, des torrents de pluie 
tombèrent du ciel, en sorte qu'un grand nombre de 
ces infidèles moururent de terreur. Us disaient : 
« C'est Jupiter qui est venu visiter l'homme qui 
en ce jour a été mis à mort. » 



— 89 — 

Après cela, les fidèles, s'étant réunis, aiièreut 
retirer le corps de saint Marc du milieu des cendres, 
et, rayant retrouvé intact et sans altération aucune, 
ils le transportèrent dans Téi^lise, où ils avaient 
coutume de célébrer les saints mystères. Après 
lavoir enseveli et avoir fait les prières consacrées 
par Tusage, ils creusèrent une fosse, où ils inhu- 
mèrent le corps du saint martyr, afin que, dans 
la suite des âges, sa mémoire fût célébrée avec 
joie et allégresse , et que la bénédiction attachée 
à rÉvangile qui porte son nom, ainsi que la grâce 
dont Notre-Seigneur Jésus-Christ a daigné le fa- 
voriser, s'étendent toujours sur la ville d'Alexan- 
drie. Son corps fut déposé dans la partie orien- 
tale de l'église le jour même où il avait reçu la 
couronne du martyre. 

n fut le premier des Galiléèus qui eut le bon- 
heur de souffrir, dans la ville d'Alexandrie, la 
mort pour le nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. 
Cette mort précieuse arriva le dernier jour du 
mois de barmoudéh, c'est-à-dire le huit des ca- 
lendes de mai, Tun des mois du calendrier romain 
et voisin de celui de Nissan, l'un des mois des 
Hébreux. 

Nous aussi , enfants orthodoxes d'Alexandrie, 
nous offrons le sacrifice de nos louanges, de nos 
bénédictions, de nos hommages et de nos chants 



— 90 — 

à Noire-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, à qui 
appartiennent la gloire, Thonneur et Tadoration, 
ainsi qu'au Père, et au Saint-Esprit, Dieu vivifi- 
cateur et égal en tout aux deux autres personnes, 
maintenant, dans tous les temps et dans les siècles 
des siècles. Amen. 



FIN. 



NOTES 



NOTES 



Page 1, ligne 10. — Anba Sévère. 

Le mot Lit, anbUf qui signifie p^e, vient du chal- 
daîque M3M, abba,paier. Dans la transcription arabe, 
le premier des deux B a été changé en N par euphonie. 
Anba ou ana, comme récrivent et le prononcent les 
Coptes, est un titre que Ton donne en Egypte aux 
évêques, aux archimandrites ou abbés des monastères, 
et, en général, à tous les religieux profès. 

Page 2, ligne 2. — Fête de la manifeitatton de son 
chef sacré. 

Cette manifestation ou invention du chef de saint 
Marc eut lieu au commencement du IV* siècle, et c*est 
à cette occasion que Ton bâtit, en 310, une magnifique 
église sur le tombeau du saint évangéliste. La pré- 
cieuse relique y était encore vers le milieu du IX' siè- 
cle, puisque Tauteur de notre homélie nous apprend 
qu'il eut le bonheur de la vénérer, lorsqu'il vint assis- 
ter à Tintronisation du patriarche Siméon en 836. 



— 94 — 

Page i , ligne 20. — IJ Egypte avec toutes ses pro- 
vinces. 

Le nom d'Egypte, en arabe «.«Na*, Misr, et en égyp- 
tien Chemî, tel qu'il est entendu par notre auteur, ne 
s'applique pas à toute la contrée qu'arrose le Nil de- 
puis les petites cataractes jusqu'à la Méditerranée, 
mais seulement à ce que nous appelons la Basse 
Egypte. Dans les temps les plus anciens TÉgypte était 
partagée en trois grandes régions, savoir la Basse 
Egypte, la Haute Egypte ou Thébaïde, et l'Egypte Li- 
byque. La Basse Egypte ou septentrionale comprenait 
tout le pays qui, à partir de la ville de Cercasore, où le 
Nil se divise en trois principales branches , s'étendait 
jusqu'à la mer, c'est-à-dire la partie de l'Egypte que 
nous nommons le Delta. La contrée située au-dessus 
de cette limite, du côté du midi jusqu'aux petites cata- 
ractes et à l'ile d'Éléphantine , s'appelait Thébaïde ou 
Haute Egypte , en égyptien Mares. L*Égypte Libyque 
avait pour limites, à l'est, la chaîne dite Libyque, le lac 
Maréotis , et les confins occidentaux du territoire d'A- 
lexandrie; du côté de l'ouest, elle s'étendait jusqu'à 
l'oasis d'Ammon, aux grandes oasis, et peut-être même 
jusqu'à Audjelah. Elle comprenait ainsi toute la Mar- 
marique, et elle était bornée, au couchant par la Pen- 
tapole ou Cyrénaïque. Sous la domination grecque et 
romaine , l'Egypte fut partagée en trois parties : la 
Basse Egypte ou Delta, l'Egypte Moyenne ou VEepta- 
nomide, et la Thébaïde ou la Haute Egypte , et chacune 
de ces provinces comprenait un nombre plus ou moins 



— 95 — 

considérable de nomes ou préfectures, en égyptien 
Piôsck. Le mot qui était employé par les Égyptiens 
pour désigner toutes les provinces comprises sous le 
nom d'Egypte, était, selon Ghampollion, kaki-piakA^ 
terre de Ptahh , d'où les Grecs ont formé leur mot At- 
yiiiTTo;. On sait que PuAh, assimilé par les Grecs à leur 
dieu A^atfrroç, le Yulcain des Romains, était considéré 
chez les Égyptiens comme le Dieu-cî'éateur, 

Page 5, ligne 4. — Les habitants de Thèbes adoraiefit 
un chien appelé Kynou. 

Le nom que je traduis par Thèbes n'est pas écrit dis- 
tinctement dans le manuscrit, les points diacritiques 
qui affectent les deux premières lettres n'étant pas 
tracés d'une main sûre, et l'on pourrait lire tyay ma, 
naba, aussi bien que taba, tabé ou tébé. Cependant, 
comme la géographie ancienne de l'Egypte n'offre au* 
cune localité dont le nom approche des premiers mots 
que je viens de transcrire , je me détermine pour la 
leçon teba ou tabé, qui a , je crois , son correspondant 
dans le grec Oti^oii {Thèbes) , nom de la fameuse ville 
aux cent portes ËxaT(5{iicuXoc (Iliade, IX, 383), célébrée 
par Homère, il y a près de trois mille ans. Thèbes, 
dont le nom égyptien, selon Ghampollion, était TAne, 
qui veut dire la tête, la capitale, s'étendait sur les deux 
rives du Nil, et occupait l'emplacement sur lequel s'é- 
lèvent aujourd'hui Médinet Abou et lei$ ruines de Zuc- 
sor. Elle était la capitale de la Haute Egypte , et elle 
était communément appelée par les Grecs Aidoiro^tc, 
c'est-à-dire la ville de Jupiter, interprétation du nom 



— 96 — 

même que les Égyptiens donnaient à cette ville , car 
ils la nommaient No-Amoun, la demeure d*Ammon 
(Jérémie, XLVI, 25, et Ézéchiel, XXX, 15), ou la part 
d'Ammon, [xepU k\t.\uùw, comme traduisent les Septante 
dans le passage du prophète Nahum (III, 8), oii le nom 
de cette ville est mentionné. D*un autre côté, il est 
certain que le dieu Amoun ou Ammon était assimilé 
par les Grecs à leur ZeOç ou Jupiter; Hérodote, qui 
avait appris des prêtres de TÉgypte tout ce qui con- 
cernait leur culte et leur religion, le dit formellement : 
À[i[iouv AIy^ictioi xaXéouai xôv ACa , les Égyptiens appellent 
Ammon notre Jupiter (liv. II, ch. 4â). Le dieu Ammon 
avait à Thèbes un superbe temple qui est mentionné 
par le même historien, parDiodore de Sicile, par Pline 
et par d'autres auteurs qu'il serait trop long de citer. 
On y adorait Ammon sous la forme d'un bélier ou plu- 
tôt sous celle d'un homme à tète de bélier (Hérodote , 
liv. II, 42, et Strabon, liv. XYII). Comme on voit, 
l'existence de ce culte dans la ville de Thèbes ne s'ac- 
corde nullement avec l'assertion de notre panégyriste, 
qui nous dît que les habitants de Thèbes adoraient un 
chien du nom de Kynou, Si la leçon que nous proposons 
est bien fondée et la véritable , il faut nécessairement 
admettre que l'auteur a commis ici une erreur, erreur 
qui s'explique sans difficulté, si l'on considère que l'é- 
vèque de Nestérawéh écrivait à une époque où le culte 
des idoles avait disparu depuis longtemps de la face de 
l'Egypte , et dans un pays éloigné de celui qu'il habi- 
tait, dont, par conséquent, il lui était difficile de 



— 97 — 

connattre les traditions relatives au culte des anciens 
habitants de la Thébaïde. 

Quant au mot Kynouy il est inutile de foire remar- 
quer que c'est une altération du grec Kuv<5ç, cas obli- 
que de Rticov, qui veut dire chien. Du reste, le culte du 
chien ou plutôt S'Anubis, le dieu Cynocéphale à tète 
de chien ou de chacal , était en honneur dans toute 
l'Egypte, parce qu'il était inséparable de celui d'Isis et 
d*Osiris, comme nous l'apprennent Plutarque {de Iside 
et Osiride) et Diodore de Sicile dans son histoire. Tou- 
tefois, Anubis était spécialement vénéré dans la ville 
de Gynopolis et dans le nome de ce nom. Strabon, qui 
avait été lui-même témoin des honneurs et du culte 
que Ton rendait à ce dieu, nous donne à ce sujet les 
renseignements suivants : Sequïtvr, dit-il, CynopoUtana 
prxfectura, et Canum urb$, in quâ Anubis colitur^ ac ho- 
nor, et êocer quidem cibus, canibus est constitutus (lib. XV, 
p. 558). Il est inutile d'ajouter qu'Ânubis, ministre de 
VAmenthi ou enfer égyptien, était assimilé par les Grecs 
à leur Hermès ou dieu Mercure. Pour plus de détails, 
consultez le savant ouvrage de P. Em. Jablonsky, 
Panthéon ^gyptiorum, lib. Y, cap. 1, p. 3, 4, 5 et suiv. 
Page 5, ligne 5. — Ceux de Sahrajt adoraient tin lion. 
Selon l'auteur du Meracid al-ittilâa et celui du Mosch- 
tarik, cette ville était composée de deux villages qui 
confinaient, du côté de l'orient, au hameau ou métai- 
rie {ï^) de Gamr, au nord du Caire , et qui étaient re- 
nommés pour la culture de la canne à sucre. Sahrajt 
portait aussi le nom de ville de Sahrajt d'Un Zéid, 



— 98 — 

Elle était située sur un des bras du Nil, à la distance 
de huit milles de Benha, dans le voisinage du Vieux 
Claire. Dans le Tabkau détaillé des lieux compris dans 
chacune des provinces de l'Egypte, publié par Silvestre 
de Sacy à la fin de sa traduction de la relation d'Abd'- 
allatif, page 614, figurent les deux villages qui portent 
le nom de Sakraji; Tun est appelé Sahrajt al-soghra 
ou Sahrajt al'kananiyeh, et l'autre Sahrajt al^kobra, 
situés Fun à côté de Tautre, dans la province de Schar- 
kiyeh, et évalués les deux ensemble à 12,000 dinars. 
Le nom de Sahrajt ou Suharad/t est mentionné par les 
écrivains coptes, qui appellent cette localité CA?pA^T. 
Elle est indiquée dans la carte de NÎQbuhr, qui la 
place entre les branches de Damiette et de Rosette, 
sur la rive orientale de la branche Phathmétique, à un 
peu plus de quatre lieues au nord de la séparation de 
cette même branche de la Pélusiaque ( Voyage en Ara- 
bie, t. I, p. 70). Yansleb {Histoire de C Église d'Alexan- 
drie, p. 4) compte Saharajt parmi les évèchés de FÉglise 
copte. Voyez Y Egypte sous les Pharaons, t. II, pag. 109 
et 110. 

Le lion adoré dans cette localité était le symbole du 
dieu Phtah, le Vulcain des Égyptiens. vElien (de Ani- 
malibus, 1. XII, c. 7) dit : Leones sunt naturâ vehementer 
igHiti, ideoque yEgyptii Vuleano consecrarunt. Assuré- 
ment il serait difficile, pour ne pas dire impossible, de 
préciser à quelle localité de la géographie ancienne de 
rÉgypte correspond la Sahrajt dont il est ici question ; 
mais si Ton veut tenir compte de la donnée fournie 



— 99 — 

par notre auteur, et d'après laquelle on vénérait dans 
cette ville le symbole en question, il est permis de 
conjecturer qu'il s'agit d'une de ces villes où le culte 
de Phtah était particulièrement en honneur; or, parmi 
ces villes, nous trouvons Memphis, où ce dieu avait un 
temple magnifique dont Hérodote et Diodore de Sicile 
nous ont laissé la description. Sahrajt, située, comme 
nous venons de voir, dans le voisinage du Vieux Caire, 
et par conséquent dans les environs de Memphis, pos- 
sédait vraisemblablement aussi dans l'antiquité un 
temple consacré en l'honneur du dieu de Memphis, 
qu'elle adorait comme celle-ci sous la forme d'un lion. 
Du reste, on peut voir au Musée égyptien du Louvre 
plusieurs de ces Hons en pierre que les anciens Egyp- 
tiens avaient consacrés au dieu Phtah. Selon Horapol- 
Ion (lib. I, cap. 17), le lion était également consacré 
au dieu Horus, l'Apollon du Panthéon égyptien. 

Page 5, ligne 5. — Ceux d'Abou-Syr adoraient une 
génisse. 

Notre manuscrit porte *aa«^I, Abousir, mais la véri- 
table orthographe de ce nom esij^^, Bousir, comme 
il se lit dans tous les dictionnaires géographiques ara- 
bes. L'auteur du Meracid dit : « Bousir. Il existe en 
Egypte quatre bourgs de ce nom , savoir : Bousir Cou- 
ridès, où fut assassiné Merouan, fils de Mohammed 
(surnommé Y Ane et le dernier des khalifes Omeiyades); 
Bousir al-Sidr, hameau du canton d'Âlgizeh; Bousir 
Defednou, dans le Payoum, et Bousir Bana. » Il est 
évident qu'il est question , dans notre auteur, de celle 



— iOO — 

de ces villes qui est la plus connue , que Ton désigne 
ordinairement par lé simple nom de Bousir ou d*Abou- 
sir, et qui est la Bousir-Bana des géographes arabes. 
D'Anville et les géographes modernes placent cette 
ville à peu près vers le centre du Delta, comme le dit 
Hérodote (liv. II, 59). Elle était située sur la rive occi- 
dentale de la branche Phathmétique, qui de son voisi- 
nage prit le nom de Bmirtque. Le nom égyptien que les 
Grecs ont transcrit Bouaipiç et Bouaeipi^, était norcipi, 
mot composé de orcipi, Oustri, TOsiris des Grecs et 
des Latins, précédé de Tarticle masculin n. Quant au 
culte attribué par notre auteur aux habitants de Bou- 
sir, on sait que la génisse était le symbole de la déesse 
Hathôr, la Vénus égyptienne, et, selon d'autres, celui 
dlsis. Cette dernière opinion parait la plus probable, 
car elle s'accorde avec le récit d'Hérodote, qui nous 
apprend que Ton célébrait tous les ans à Busiris une 
grande fête en l'honneur d'Isis, déesse tutélaire de 
l'Egypte, et épouse d'Osiris, qui était né dans cette 
ville (Hérodote, liv. II, 61). Bousir était un siège épis- 
copal; on trouve dans VOriens chrùtianus du P. Le- 
quien et dans l'histoire des patriarches d'Alexandrie 
par l'abbé Renaudot les noms de plusieurs de ses 
évêques. Quant à Bana ou Vuna, la hamat des écri- 
vains coptes, c'était une ville située au midi de Busi- 
ris , à une lieue environ de distance et non loin de la 
rive occidentale de la branche Phathmétique. Elle était, 
comme Busiris , un siège èpiscopal , et il en est sou- 
vent question dans l'histoire de l'Église copte. Aima- 



— 101 — 

crizy en fait la capitale d*un district qui, réuni à celui 
de Bousir, comprenait quatre-vingt-huit bourgs , sans 
compter les villages (voy. Quatremère, Mémoires géo^ 
graphiques, etc., 1. 1 , p. 105 et 106, et Y Egypte sous ks 
Pharaons, t. II, pag. 152, 184 et suiv.). Tout le monde 
sait que le rhéteur Isocrate a composé un discours à la 
louange d*un roi d*Égypte appelé Busiris, mais que ce 
roi n'avait rien de commun que son nom avec la ville 
de Busiris. 

Page 5 , ligne 6. — Ceux de Sanhour adoraient un 
taureau d'airain. 

Le nom de cette ville se rencontre deux fois dans 
notre nomenclature, et chaque fois il est écrit avec un 
fath sur la première lettre. Cette manière de pronon- 
cer ce nom n*est pas constante chez les géographes 

arabes, car dans le Meracid il est dit qu'il doit s'écrire 

if 

avec un fath accompagné d'un socoun : ^JLiJb jj^ 

j^^SuJt J, tandis que dans quelques exemplaires du 

Moschtarik, la lettre sin est affectée d'un damma, ce 
qui me paraît être la véritable orthographe. En effet, 
les auteurs coptes mentionnent deux localités du nom 
de Sonhour, qu'ils écrivent et prononcent coTMîcop, 
Sounhôr. L'une était située dans le nome de Piom (le 
Fayyoum des Arabes) , à l'occident de la Crocodilopolis 
ou Arsinoé des anciens , et appelée par les Arabes 
îJLjJlJI M \ ^»*>> Sonhour al medineh (la Sonhour de la 
Cité) ; l'autre qui est désignée par les géographes ara- 

bes sous le nom de O^ j j l » *■ , Sonhour Taïaut , ou 



— 102 — 



O^U» j^V^, Sonhour Tâlout, appartenait à la Basse 
Egypte et se trouvait dans la province de Bohaîreh 
(voy. État de l'Egypte, IX, n" 139), non loin d'Alexan- 
drie, entre cette ville et Damiette. C'est de la Sanhour 
de cette partie de TÉgypte qu'il s'agit dans ce passage. 
« Sanhour, dit l'auteur du Meracid, est un village voi- 
« sin d'Alexandrie. Il est situé entre cette ville et Da- 
te miette. » Quant à l'épithète de Taïaut ou Tâlout^ qui 
accompagne le nom de Sonhour, Ghampollion croit 
qu'en égyptien oaaatt ou eAACO*f, Thalôti, signifiait 
Lotus, et que c'est de là que les Grecs ont formé Ac»?^;, 
mot qui , dans l'origine , servait à désigner une plante 
aquatique, le Nelumbo, espèce de nénuphar. Les Mu- 
sulmans donnent le nom de oJLt, Talout, au pre- 
niier roi des Hébreux, Saûl, fils de Gis. On lit dans le 

Koran : oJLi JS s±^ Ji JJ! ^\ ç^Z^ ^ Jli^ 

\ ICJLi» « Leut* prophète (Samuel) leur dit : Dieu vous a 
envoyé Talout pour être votre roi. » {Surate de la Vache, 
V. S48.) Or, selon tous les interprètes arabes, il s'agit 
dans ce passage de Saûl que les Israélites refusèrent 
d'abord de reconnaître pour leur roi. Al-bedawy, l'un 
des plus célèbres commentateurs du Koran, explique 
ainsi ce passage : « Les Hébreux ne voulurent pas de lui 
(Talout), parce que c'était un homme pauvre , misérable, 
un berger, un porteur d'eau, ou, selon quelques-uns, un 
tanneur de peaux, et membre de la tribu de Benjamin, à 
laquelle la mission prophétique n'avait jamais été don^ 
née : 



— 103 — 



Ibn-Khaldoun , Thistorien-philosophe des Arabes, 
pariant de la révolution qui s*accomplit, du temps du 
prophète Samuel, dans Tétat politique des Hébreux 
(I Rois, X, !20, 21, 23 et 24), s'exprime de la sorte : 



« Ensuite ib (les Israélites) jetèrent le sort sur leurs 
hommes (ceux de la tribu de Benjamin) , et le sort tomba 
sur Taloutj qui était plus grand» de taille et de corpulence 
que tous les autres ^ et ils lui conférèrent le commande- 
ment. Son nom chez les enfants d'Israël était Saûl, fils 
de Kis. » (Manuscrit de la Bibliothèque nationale, 
supplément arabe, n° 742, fol. 38 r^.) 

Ces explications reposent, il est vrai, sur Tortho- 
graphe du mot Talout, c^^LL, telle que nous la trou- 
vons dans le Merced dTacouty , publié avec soin par 
le savant M. Ferdinand Wûstenfeld , orthographe qui 
diffère de celle que présente ce nom dans le Cadastre 

de VÊgypte déjà cité, où il est écrit O»^ ; mais la le- 
çon que nous avons suivie est autorisée par la plupart 
des manuscrits ;>elle a pour elle l'approbation du sa- 
vant éditeur allemand , et , de plus , elle rappelle un 
nom historique fort connu et qui lui donne un degré 
de vraisemblance que nous ne devions pas négliger 



— 104 — 

dans une note destinée à répandre quelque jour sur 
une localité d'ailleurs assez obscure. 

Le taureau d*airain ou de cuivre adoré par les habi- 
tants de Sonhour, nom qu'il ne faut pas d'ailleurs con- 
fondre avec celui de Schanhour, village de la province 
de Kous, dans la Haute Egypte (voyez le Moschtaric, au 
mot j^y^ , et Norden , Voyage cf Egypte et de Nubie, 
tom. II, p. 3) , était le fameux dieu Apis, dont le culte 
était en vénération dans TÉgypte entière , mais parti- 
culièrement à Memphis, où il avait un temple qui était 
contigu à celui du dieu Phtah (Strabon). Dans ces der- 
niers temps , on a découvert au milieu des ruines de 
cette ville un autel votif déposé aujourd'hui au Musée 
égyptien du Louvre, et •qui était dédié au dieu Ap» 
Osiris, comme cela se voit par l'inscription égypto- 
araméenne qui se lit sur la face antérieure de ce mo- 
nument. Le nom d'Apis , qui est écrit tsn , Haphî, ou 
Api, peut dériver de l'égyptien econ ou e h n, qui veut 
dire cache?*, se cacher, et se rapporte , selon toute vrai- 
semblance , au système astronomique de ce peuple. Il 
désignait peut-être la période pendant laquelle le so- 
leil (Osiris) parcourant les signes du zodiaque qui ré- 
pondent à l'hiver, semblait vouloir cacher sa lumière 
et sa chaleur. Selon quelques-uns, Apis ne serait rien 
autre que le symbole du Nil , lorsque les eaux de ce 
fleuve, après avoir couvert et fertilisé le sol de l'Egypte, 
se retirent tranquillement et se cachent de nouveau 
dans leur lit ordinaire. On peut voir chez les anciens 
historiens qui parlent de ce pays les honneurs qui 



— 105 — 

étaient rendus au bœuf Apis et les cérémonies qui fai- 
saient partie de ce culte ; les renseignements les plus 
nombreux aussi bien que les plus scientifiques se 
trouTent réunis dans le Panthéon jEgyptiorum du très- 
docte Tablonski (lib. IV, cap. u) , auquel je dois me 
contenter de renvoyer ici le lecteur. 

Page 5, ligne 7. — Ceux (TAirib adoraient tm taureau 
de pierre. 

Atrib ou Etrib , ville aujourd'hui ruinée , parait 
avoir été jadis assez considérable. Elle était la capi- 
tale du nome de ce nom. Hérodote (liv. II, ch. 166), 
Strabon (lib. XVII), Etienne de Byzance, et plu- 
sieurs autres auteurs anciens en font mention. Du 
temps d'Ammien Marcellin (lib. XXII, cap. xvi) elle 
était encore une ville considérable. C'était un siège 
épiscopal , et nous avons la liste de ses évoques dans 
Y Index epùcopatuum du P. Hardouin [Conciliorum col- 
kctia, tom. XII, col. 651) et dans YOriens christianus du 
P. Lequien (tom. II, col. 553-556), ouvrages cités par 
le savant Etienne Quatremère dans ses Mémoires géo- 
graphiques sur l'Egypte (p. 4). Voy. aussi ChampoUion, 
r Egypte sous les Pharaons, t. II, p. 49. 

Elle était située dans la province de Scharkiyeh, sur 
la xive orientale de la branche du Nil appelée autre- 
fois Pélusiaque. Les Grecs la nommaient Â6pei6iç, ÂOpi- 
S^ et Â0>.i6u;, et les Coptes epeBi, Threbi, ou AepiBO, 
Atribe. Selon le grammairien Orion cité par Fauteur 
de YEtymologicum Magnum, À0pi6t^; signifierait en 
égyptien le cœur de la poire. Le nom de poire aurait 



— i06 — 

été donné au Delta, c'est-à-dire à la partie de TEgypte 
renfermée entre les sept embouchures du Nil et que les 
Arabes appellent A/ ou Elrif encore de nos jours, à 
cause de la figure de cette- contrée, qui rappelle celle 
du fruit en question, et la ville d'Eirib aurait été 
nommée ainsi à cause de sa situation au centre même 
du Delta : telle est Topinion du savant Samuel Bochart 
(pars I Geograph. sacras, lib. I, c. 15), qui, donnant 
rétymologie du nom d'Â6pi6i(;, Texplique par les deux 
mots égyptiens ab ou ho , cœur, et piB ou pi si , 
poire. Il est vrai que la signification de ce dernier mot 
n'est pas certaine ni suffisamment établie, car elle ne 
se rencontre dans aucun auteur copte ; mais ne pour- 
rait-on pas, sans franchir les limites de la vraisem- 
blance, admettre que le mot piB, qui est incontesta- 
blement égyptien, avait la même acception que Tarabe 
s-^ j, rivage, bord, région maritime, et que, par con- 
séquent, cetle contrée, en passant sous la domina- 
tion des enfants de TArabie , n'a nullement changé de 
nom? 

Sous le règne de Mélic al-aschraf Schaaban, en 777, 
lorsque le cadastre de TÉgypte fut levé pour établir le 
taux des impôts, Atrib avec tout son territoire fut éva- 
lué à 3,000 dinars. L'auteur du dictionnaire géogra- 
phique qui porte le titre d'Almoscktarik nous apprend 
qu'il y avait à Atrib un monastère dédié à la sainte 
Vierge Marie (Maria Mariam), dont on célébrait la fête 
le 21 de Béounéh. 

Quant au culte que les habitants do cette ville, avant 



— 107 — 

leur conversion au christianisme , rendaient à un tau- 
reau de pierre , je renvoie le lecteur à ce qui a été dit 
dans la note précédente au sujet du dieu Apis. 

Page 5 , lig. 7 et 8. — Les habitants de Schandid ren- 
daient ks honneurs divins à un sycomore, 

Schandid. Notre manuscrit donne Jj^JJU^, Sandid, 
mais ce doit être une faute du copiste, car il ne se 
rencontre aucune localité de ce nom dans la Géogra- 
phie ancienne de TÉgypte, ni dans les dictionnaires 
géographiques arabes qu'il nous a été permis de con- 
sulter. Schandid, qu'il ne faut pas non plus confondre 
avec Schendaouîd, île du Nil dans la Haute Egypte et la 
province d'Osyout, était un village de la province de 
Bohalreh, dont la capitale était Demenhour. D'après le 
cadastre déjà souvent cité par nous, cette localité 
était, en 777 de Thégire, évaluée à i,500 dinars; mais 
plus tard, elle fut réduite à 2,500 dinars seulement 
(voy. Relation d'Abd'aUatif^ p. 665). Toutes les infor- 
mations que nous avons pu recueillir sur la situation 
géographique de ce village se résument dans ces quel- 
ques détails ; nous ne connaissons rien de son origine 
ni de son histoire, et, s'il est antique, nous ignorons 
complètement à quelle cité de l'ancienne Egypte il 
peut correspondre, et quel était son nom dans les 
temps des Pharaons , sous le règne des Ptolémées , ou 
pendant la domination romaine. 

Quant au culte des habitants , qui , selon notre au- 
teur, adoraient le sycomore , il n'a rien pour nous de 
surprenant, puisque nous savons que les Égyptiens 



— 108 — 

rendaient les honneurs divins non-seulement aux ani- 
maux, mais aussi aux plantes et aux légumes de leurs 
jardins, ce qui a fait dire plaisamment à un poCtê : 

sanctas gentes, quibiu hœc nascuntor in hortis 
Numina 1 (Juvénal, satir. XV, 9.) 

Néanmoins nous ne trouvons rien chez les auteurs an- 
ciens qui indique que le sycomore fût un objet de 
culte de la part des Égyptiens. En Tabsence de tout 
renseignement sur ce point, nous allons dire quelques 
mots de cet arbre dont chacun de nous a souvent en- 
tendu parler. Le sycomore {ficus syeomorus) appelé par 
les Arabes l-. ^7, djoumtnéïZf par les Coptes uor^e, 
par les Grecs 2uxo|i.opéa et 2ux6|i.opo(; c*est-à-dire figuier- 
mûrier, et par les anciens Hébreux D>QpV schtkrmm et 
mopv schikmothy est un arbre grand comme un mû- 
rier. Il est très-commun en Egypte, mais assez rare en 
Syrie et en Palestine. Ses fruits , que les Coptes nom- 
ment 6 a kot et les Grecs Iuxd|i.ivov, sont ronds et res- 
semblent à de petites figues; ils ont la peau fine et 
verte , et l'intérieur est d'un rouge couleur de rose. La 
figue-sycomore de la Syrie est plus petite que celle de 
l'Egypte, mais elle est plus douce et plus sucrée. Ce 
que ces fruits offrent de particulier, c'est qu'ils ne 
naissent pas sous les feuilles et au bout des rameaux , 
mais le long du tronc et sur le bois des branches , où 
ils sont accumulés et serrés les uns contre les autres. 
Pour hâter leur maturité et les rendre plus doux au 
goût, les Arabes ont coutume de les circoncire, c'est-à- 



— 109 — 

dire de les piquer avec une pointe de fer, pour en faire 
sortir le lait acre qu'ils contiennent. Le bois du syco- 
more, quoique léger et flexible, à peu près comme ce- 
lai de notre saule, est fibreux et dure longtemps. On 
s*en sert pour faire des portes et autres gros ouvrages; 
presque tous les cercueils de momies égyptiennes sont 
faits de bois de sycomore. Si Ton désire plus de ren- 
seignements sur cet arbre , on peut lire les savantes 
notes dont Silyestre de Sacy a enrichi sa traduction 
de la Relation de VÉgypte par Abd'allatif (p. 82 et les 
suiv.). 

Page 5 , ligne 9. — Ceux de Bastah adoraient un lion 
de pierre. 

Il a été déjà question dans ces notes du culte du lion 
(voyez ci-dessus ce qui a été dit au sujet de Sahrajt , 
p. 97 et suiv.). Il nous suffira donc ici de marquer la 
situation géographique de la localité appelée Bastah. 
Selon Tauteur du Méracid, Bastah est un village de la 
partie basse de TÉgypte, à quoi le manuscrit de Leyde' 
ajoute : à l'extrémité du Hauf. Ce village possède un 
tell ou terrain élevé que Ton nomme le tell du Hauf. 
Or, selon le même auteur, il y a en Egypte trois lieux 
du nom de Hauf, Tun appelé le Hauf oriental, dont la 
principale place est Bilbeîs, Tautre, le Hauf occidental^ 
qui s*étend du côté de Damiette, et le troisième qui se 
nomme le Hauf Jtamsis. Les deux premiers renferment 
un grand nombre de villages et de bourgs. Il est évi- 
dent qu'il s'agit de Tun de ces deux derniers Hauf, 
mais nous ne savons auquel de ces deux territoires ap- 



— 110 — 

partenait la Battak de notre auteur, puisqu'il ne fait 
aucune distinction. Cependant il. est plus que vraisem- 
blable qu'il a voulu parler du Hauf oriental et de la 
Bastah qui , sur la carte de Danville , est placée entre 
Bilbeïs et Ascbmoun, dans la province de Kalioub. 
Chez les auteurs coptes, le nom de cette ville est di- 
versement écrit, 4>OTBA(rei, noYBAcrre, noYAcrri 
et BOTACTTi. Du temps d'Almacrizy, cette ville n'était 
déjà plus qu'une ruine, et son emplacement était 
connu sous le nom de Téll''Ba$tah, colline de Bastah. 
M. Malus, qui a visité cet emplacement et ces ruines, 
place Bastah à Torient d'un canal qui représente une 
partie de Tancienne branche Pélusiaque; elle est à 
sept lieues environ du Nil, à une demi-lieue du canal, 
sur la rive droite (voy. son Mémoire sur l'Egypte, 1. 1, 
p. 215 et suiv.). On peut aussi consulter sur cette ville 
les auteurs cités par Et. Quatremère dans ses Mémoires 
géographiques sur l'Egypte , article Bubastis, 1. 1, p. 98 
et suiv.). 

Page 5, ligne 10. — Les habitants de Férama, une idole 
également de pierre. 

Gomme l'auteur ne nomme pas }e dieu auquel l'idole 
était consacrée, il est permis de croire qu'il s'agit peut* 
être de quelque colosse représentant la divinité véné- 
rée par les habitants de cette ville. Quant au nom de 
Féramé, il a été donné par les Arabes à l'ancienne ville 
de Péluse, nv)^oâ<Tiov, que les Coptes appellent (|>6- 
poui, BApAUi, nepeuoYM et napAUoui. Selon 
Strabon (livr. xvii), le mot n7)>.oO<jiov viendrait de icv}X<S<, 



— 111 — 

fange, boue. D'après cette explication, nv)>.oiS<ïiov ne se- 
rait que la traduction du nom primitif égyptien , car 
dans cette langue oui offre le même sens que le grec 
wrikàç; en préposant à oui l'article m ou 4>if on aurait 
formé le nom (|>Apoui; seulement il resterait à expli- 
quer la présence du p au milieu du mot. Quoi qu'il en 
soit de cette étymologie, Feramase trouve sur les bords 
de la Méditerranée et presque vis-à-vis de la ville de 
Tineh, qui est située sur les bords du lac de Tennis ou 
Menzaleh, à l'extrémité orientale de ce lac. Les inter- 
prètes de la Bible croient reconnaître le nom de cette 
ville dans celui de yo {Sin) qui se lit dans le Pentateu- 
que (Exode XVI, 1; XVII, i; dans les Nombres XXXIÛ, 
12, et dans le prophète Ezéchiel, XXX, 15 et 16). Le 
mot^^D, en syriaque M^^o, fange, boue, correspond 
en effet au copte <|>epoui, qui désigne un lien fan- 
geux, marécageux, et convient parfaitement à la position 
de Péluse, qui était entouré de marécages, et dont le 
nom grec n'est que la traduction de l'égyptien. (Voy. 
GhampoUion, f Egypte sous ks Pharaons, t. II, p. 82 et 
suiv.) 

Si nous en croyons le géographe arabe, Abd-el'-Ra- 
schid el Bakouy, la ville de Férama posséderait le tom- 
beau du célèbre médecin GaUenous (Galien) v. qui, dit- 
il, étudia son art à Alexandrie, puis se rendit à. Rome, 
où il fut attaché en qualité de médecin à la. cour do 
l'Empereur. » Au surplus, voyez sur cette ville Qua- 
tremère {Mémoù^es géographiques. sur l'Egypte, tome I, 
p. 259). 



— H2 — 

Page 5, ligne 11. — Ceux de Nûaous, une siaiue cm 
représentait un homme, 

a Nikious, dit Tauteur du Meracid , est un village si- 
tué entre Fostat et Alexandrie. » Sur la carte de Dan- 
ville, Nikious ou Nikios est placé sur la rive droite du 
canal de Menouf, à quelques lieues au nord de cette 
ville. 

Selon Quatremëre, Nikious serait la même ville 
que les auteurs coptes nomment Pschati et qui est 
célèbre dans l'histoire ecclésiastique et civile de 
rÉgypte. L'identité de ces deux villes a acquis la force 
de la certitude, depuis que ChampoUion est venu la 
confirmer par des preuves et des témoignages nom- 
breux et irrécusables dans son Egypte sous ks Pharaons 
(t. II, p. 162 et suiv.). <( Elle est décorée, dit ce savant, 
du titre de métropole dans les Actes du martyre de 
saint apa-Til, et nous avons les noms de plusieurs de ses 
évèques. Elle était la résidence d'un comte ou gouver- 
neur. Au rapport de Ptolémée, Nikios était la capitale 
du nome Prosôpitis. Or, suivant Hérodote (livr. II, 41), 
Prosôpitis était une île du Delta qui renfermait plu- 
sieurs villes, entre autres celle d'Atarbeki où Ton voyait 
un temple de Vénus. Atarbeki signifie en effet vilk de 
Vénus dans la langue égyptienne. » Vaillant et ZoCga 
ont publié plusieurs médailles de ce nome, frap- 
pées sous les règnes d'Adrien , d'Antonin et de Marc- 
Aurèle. Voy. Et. Quatremère, Recherches géographiques^ 
1. 1, p. 423 et suiv. Du reste, les auteurs anciens ne 
nous apprennent rien touchant le culte spécial des 



— 113 — 

habitants de Nikios , et nous sommes obligés de nous 
contenter du maigi*e renseignement fourni par notre 
auteur. 

Nûaous était connu des Grecs sous le nom de NixCou, 
NtxCou^, NixCo(;. Etienne de Byzance dit en parlant de ce 
bourg: Ntx(oux<u(jLV) AlY^trrou... dolx:i^Tii>p Nixi(dtv)p. Les La- 
tins le nommaient iVtritf ou Nicium^ et, dans les nomen- 
clatures coptes, ce nom est écrit uiKiorc et uiKierc. 
De là le surnom de Tun des premiers patriarches jaco- 
bites, Jean le Reclus ^ appelé aussi leNtkiote, 6 NixKàitviç, 
par les Grecs et V-^JLJJ! (alnikiousy) dans un Ono- 
masticon copte {Historia patriarcharum Alexandnno^ 
mm, p. 129). 

Page 5, ligne 13. — Ceux de Sakha, une lionne égale- 
ment de pierre, 

La ville de Sakha, dont Strabon et Ptolémée font 
mention sous le nom de £<$ï< et que les Coptes appel- 
lent cl)UX>r (GhampoUion, V Egypte sous les Pharaons, 
II, 211), Skkoôu, se trouve dans la Basse Egypte sur la 
brancha Sébennitique du Nil, dans la province de Gar- 
biyeh. En 777 de Thégire, son territoire était évalué à 
15,000 dinars {Relation d'Abd' AUatif, p. 640). Elle était 
autrefois un siège épiscopal , et nous connaissons les 
noms de quelques-uns de ses évoques, recueillis par 
Tabbé Belley (Mémoires de l'Académie des belles-lettres, 
t. XXVUI, p. 541) et par le P. Lequien dans VOriens 
Christianus, t. II, col. 573. Au rapport dlbn Haucal et 
d'Almacrizy, Sekha était une grande ville, de laquelle 
dépendait une province fort étendue et très-fertile. Elle 

8 



— 114 — 

était la résidence d'un gouverneur qui avait sous ses 
ordres un corps de troupes, et elle était la capitale 
d*un district qui comprenait cent quinze bourgs (voy. 
Quatremère, Mémoires géographiques sur t Egypte, 1. 1, 
p. 275 et suiv., et ChampoUion, t Egypte sous les Pha- 
raons, t. II, 213). Il paraît que les habitants de cette ville 
adoraient la déesse Tafné , ou plutôt la terrible déesse 
Paschty femme de Typhon, le mauvais génie de la théo- 
gonie égyptienne , laquelle était représentée avec une 
tête de lionne. On voit, au musée égyptien du Louvre, 
quantité de ces simulacres à tête de lionne, les uns en 
basalte noir et fort grands , les autres en bronze ou en 
pierre. La tête de la déesse, quia un air féroce éternel, 
est surmontée d'un grand disque orné de Turaeus, et la 
déesse tient de la main gauche , appuyée sur son ge- 
nou, la croix ansée, symbole de la génération. Dans la 
théogonie égyptienne Pascht était considérée comme 
la déesse vengeresse des crimes, et, sous ce rapport, 
on peut Tassimiler à VAtis des Grecs. Associée au dieu 
Skhou, à figure de lion, probablement adoré aussi dans 
la ville do Sekha, la déesse à tête de lionne se nommait 
Tafné ou Tevnou. Du reste , le mot que je traduis par 
lionne^ en arabe î«^, a radicalement une signification 
plus étendue et désigne en général la femelle de toute 
bête féroce. 

Page 5, ligne 13. — Ceux de Totoek adoraient teau et 
les Canopes. 

On lit dans le Méracid d'Yacouty: « Towweh. C'est un 
village dans l'intérieur du Rif (le Bahary) et dans la par- 



— 115 — 

tie iasse de f Egypte. » Cette localité est appelée Tava 
par Norden ( Voyage d^ Egypte et de Nubie^ t. II, p. 52) 
et elle figure sur la carte de Danville sous le nom de 
Toûa; mais la véritable orthographe de ce nom est 7b- 
weh^ en arabe sJJ» (voy. Relations de t Egypte^ p. 696). 
Towweh est située dans la province d'Oschmounaïn, 
non loin de la branche Ganopique sur la rive orientale 
de cette branche. <( Towwah , dit CShampoUion , est la 
<c même que Ptolémée nomme Taoua ; Etienne de By- 
a zance, Tava; et Tltinéraire d'Antonin, 7a/a. » Tous 
ces noms sont dérivés de l'égyptien raTBAe Touvah. 
Quant au culte de Teau et des Ganopes, on sait que les 
Égyptiens avaient déifié le Nil et qu'ils lui consacraient 
des temples et des prêtres. Le dieu Nil était spéciale- 
ment honoré dans la ville qui portait son nom, Nilo- 
polis, où il y avait un temple de la plus grande magni- 
ficence. Palladius, parlant des fêtes célébrées en Thon- 
nëur du Nil et du culte qu'on lui rendait, s'exprime 
ainsi : « Erat atUem in uno illorum pagorum templum, 
fnagniludine prgsstanSy inque eo simulacrum non parum 
Ubatf'e. Statua vero erat ex ligno fabricata^ eamque so- 
lenni pompa per pagos circumferebant impii sacerdotes^ 
eeremoniam hanc sacram in honorem aquœ Niloticœ pera^ 
gentes. » (Hiêtor. Lausiac., libr. II, in Bibliothecâ Magnâ 
Patrum parisinâj t. XIII, p. 980.) Homère appelle le Nil 
Auicer/i^, c'est-à-dire ùsu de Jupiter {Odyssée, A, 581), et 
le poète Parménon, cité par Athénée {Deipnosopk,, 1. Y), 
l'invoque en ces termes : AlytSicTu ZeO Nct\e, ô Nil^ à Ju- 
piter égytien I Dans les inscriptions égyptiennes il est 



— il6 — 

appelé le très-satntj kpère et le conservateur du pays. 
Malgré rétablissement du christianisme en Egypte et 
la multitude innombrable des moines et des anacho- 
rètes qui peuplaient ce pays , le culte du fleuye*dieu y 
était encore en honneur au cinquième siècle de notre 
ère. Dans une homélie, dont le savant Yablonski nous 
donne un extrait en latin , l'éloquent Père de TÉglise 
orientale, saint Jean Chrysostome, dit : « Fluvios eîiam 
adoratos esse resjEgyptiorum in hune usque diem testantur. 
Ascensui Nili sacrificabant, non quod deum ipsum propter 
creaturam ab ipso conditam admirarentur^ sed quod aquam 
ipsam tamquam deum venerarentur. » (Yablonski, Pan- 
théon yEgypt.^ liv. IV, cap. I, p. 173.) 

Le mot que je traduis par Canopes est écrit fautive- 
ment \jij^\ {aldhanoubou) dans mon manuscrit : c'est 
\j)j^\ {Al'Kanoubou) qui est la véritable leçon, selon 
que rindique le contexte lui-même, où il s'agit évi- 
demment de quelque chose qui se rapporte au culte de 
Teau et du fleuve-dieu. Canopus, ou plutôt Canobus, 
était la divinité qui, d'après les idées égyptiennes, pré- 
sidait à la crue des eaux du Nil, et qu'on vénérait 
sous la figure d'un grand vase surmonté d'une tête hu- 
maine ou de celle d'un épervier et couvert de caractères 
hiéroglyphiques. Ces vases, que l'on appelait Canopes, 
du nom du dieu qu'elles représentaient, sont ainsi dé- 
crits par Eusèbe cité par Rufin : « Ipsius (Canopi ) st- 
mulacrum pedibus extguis, attracto collo , et quasi sugil- 
lato, ventre tumido in modum hydrix^ cum dorso œquaU^ 
ter tereti formatur {Histor, Eccles,, lib. II). » On peut voir 



— il7 — 

dans nos musées plusieurs de ces vases rapportés de 
rÉgypte et en tout conformes à la description que nous 
venons de citer, si ce n'est qu'ils ne portent aucune 
trace de ces petits pieds dont il est question dans Eu- 
sèbe. Notre musée égyptien du Louvre est fort riche en 
monuments de ce genre ; il y en a de toutes les dimen- 
sions, de toutes les matières ; mais les plus beaux sont 
ceux qui figurent dans la salle supérieure et sont en 
albâtre oriental ; tous ne sont pas surmontés d'une tête 
humaine ou d'une tête d'épervier; quelques-uns por- 
tent une tète de cynocéphale ou babouin, d'autres | 
une tête de chacal. 

Page 5, ligne li. — Les habitants de Sa adoraient un 
pourceau de pierre. 

Sa (en arabe u? et en copte gai) est le nom de la 
cité célèbre que les Grecs appelaient Idï;, qui a été le 
berceau d'Athènes et l'école où les philosophes de cette 
nation allaient s'initier aux mystères et aux sciences 
dont les prêtres égyptiens étaient les gardiens et les 
dépositaires. Elle était située sur la rive orientale de 
la branche Ganopigfue du Nil , non loin du village que 
les Arabes nomment 5a etkagar {j^\ Lo), Sa lapier- 
reusCj et qui n'est plus aujourd'hui qu'un amas immense 
de mines, mais de ruines monumentales et dignes de 
l'étude des savants. (Voy. Ghampollion , rÉgypte sous 
ks Pharaons, II, 215.) Cette ville, dont le nom signifie 
magnificence, beauté (en copte gai, pukhrïtudo), était 
ornée d'un temple superbe, dont Hérodote (liv. II, 
chap. 59 et 62) et Slrabon (liv. XVII) , qui l'avaient vi- 



— 118 — 

aitée, nous donnent une ample description. Il était dé^ 
dié à la déesse l\iéîth (Nt^ïO), la Minerve égyptienne, 
laquelle avait pour symbole le bélier ou la brebis et 
quelquefois le scarabée (Proclus, libr. 1, m Timamm,'- 
Strabon, libr. XVU, et Horapollon, Hieroglyphic.^ libr.L, 
c, 12). 

Ces renseignements, qui sont parfaitement exacts,, 
ne sont point d*accord avec Tassertion de notre auteur 
qui veut que le culte des habitants de Tantique Sais ait 
été celui d*un pourceau, animal immonde et abomina- 
ble aux yeux des Égyptiens et dont le culte ne pouvait 
convenir à une divinité censée aussi bienfaisante que 
Néitb, rinstitutrice des arts, et dont le nom, selon La^ 
croze {Thesaw^us Epistol., t. III, p. 155), veut dire eix 
égyptien la miséricordieuse (maho, miset^icors) ou plutôt 
au cœur miséricordieux (de ija ou ija^ , avoir compas- 
sion et de 2HT , cceur). Il est donc à croire que sur ce 
point, comme sur bien d'autres, l'évoque de Nestéra- 
wéh aura été induit en erreur par quelque fausse tra- 
dition répandue chez les Coptes et qu'il avait proba- 
blement trouvée consignée chez quelque auteur de 
cette nation. Néanmoins, et sans prétendre justifier son 
dire, je crois devoir faire observer qu'il a pu avoir en 
vu^ llf} autre animal qui a quelque ressemblance avec 
le codi9B §i qui vit dans les eaux du Nil, surtout dans, 
le cours sup^ijejiiif de ce fleuve, je veux dire l'hippopo- 
tame, que pl^$î^ps i^jqileiirs ont appelé le cochon de 
la mer ou du N^; j^^ ji^^ {Khanzir el-bahar). Abd - 
Allatif , dans l^ Rel(^ti(}n de Ç^gypte^ dit en parlant de 



— 119 — 

cet animal amphibie : « L'hippopotame^ selon quelques 
personnes qui ont vu de ces animaux, est une espèce 
de porc gigantesque qui a avec cet animal une parfaite 
ressemblance. J'ai vu ^ ajoute-t-il, dans le Traité des ani- 
maux d'Anatolius des obsetn}attons qui viennent à l'appui 
de ce sentiment. Voici comment il s'exprime : u Le cochon 
a d'eau se trouve dans le fleuve d'Egypte, etc. » L'hippo- 
potame, image du génie du mal, était adoré seulement 
par les habitants de Papremis (Hérod., II, 71); c'était 
probablement pour Tapaiser et se le rendre favorable. 

Mais revenons à la ville qui fait Tobjet de cette note. 
Sais avait un siège épiscopal ; Thistoire des patriarches 
d'Alexandrie nous donne les noms de quelques-uns des 
évèques qui l'ont occupé. Du temps d'Ibn-Haucal, géo- 
graphe arabe du iv*" siècle de l'hégire, elle était la rési- 
dence d'un gouverneur; elle avait une grande mosquée, 
un grand nombre d'églises et de marchés, et Almacrizy 
atteste que son territoire comprenait soixante-treize 
bourgs, sans compter les villages. Sa position est bien 
connue par les cartes de Niebuhr et du P. Sicard. Pour 
plus amples détails, voir Et. Quatremère, Mémoires géo- 
graphiques sur t Egypte, t. I, p. 291, et ChampoUion, 
t Egypte sous les Pharaons^ t. II, p. 215 et suiv. 

Page 5, ligne 15. — Ceux de Demenhour, un lion éga- 
lement de pierre. 

Demenhour ou Demanhour, appelé par les Coptes 
TueM20Yp et TU6M2CUP (Tf'menhôr, Timenhour), est 
une Ville fort connue, qui est située dans la province 
de Bobaïreh, à une journée de distance d'Alexandrie, 



— 120 — 

entre cette ville et le Caire, sur la rive occidentale du 
canal qui mène les eaux du Nil à Alexandrie : c*est 
YHermopolxsParva (ÉpjtoûTCoXiç jtixpd) de Ptolémée. Selon 
AbouUféda, les Arabes la nomment Demenhtmr al- Wa- 
schy, et c*est de là que Ton tirait autrefois les étoffes 
appelées Demenhouriah. Cette ville fut détruite par un 
tremblement de terre Tan 702 de Thégire. Elle avait 
deux églises qui furent détruites par les musulnians, 
Tan 721 . Le sultan Barkok la fit entourer de murailles, 
Tan 792. {Mémoires géographiques sur l'Egypte j t. I, 
p. 361.) Selon ChampoUion {VÉyypte sous les Pharaons, 
n, 249), Timenhôr signifierait le village de fforus (de 
l'article fémin. ti, u\,lieu, etecop, Horus). A cette 
étymologie, qui est fort respectable, mais qui ne s'ac- 
corde pas avec le nom grec d'Hermopolis, la ville d'Her- 
mès, Ton pourrait ajouter celle-ci qui a été proposée 
par quelques savants qui sont venus après le célèbre 
révélateur des hiéroglyphes. D'après leur opinion, dans 
la composition du mot dont il s'agit entrerait le nom 
de Anhour, dieu solaire, dont les attributions spéciales 
ne sont pas encore bien définies , mais qui était adoré 
sous la figure d'un lion, quand il était associé à la 
déesse Tafné qui était représentée, de son côté, avec une 
tète de lionne. Le musée égyptien du Louvre possède 
plusieurs simulacres de ce dieu nouvellement décou- 
vert. Il est représenté tenant dans ses deux mains une 
corde, avec laquelle il semble vouloir mesurer quelque 
espace, et portant sur sa tête quatre plumes droites. 
Ce culte d'un dieu à tète de lion conviendrait parfaite- 



— 121 — 

ment à Damenhour, si, comme nous l'avons dit, le nom 
grec de cette ville, Hermopolisj ne s'opposait pas à cette 
supposition. Sans encourir le reproche de témérité, 
ne pourrait-on pas reconnaître dans le nom de An- 
hour, qui veut dire Celui qui apporte la lumière, une 
épithète appliquée au dieu Hermès , Vinierprète des 
dieux, le dieu révélateur de la lumière ? Et le nom de 
Skhouy qui désigne une autre forme du dieu AnAotir, ne 
serait-il pas lui-même une autre épithète d'Hermès, 
puisque ce nom qui veut dire scribe, écrivain (en copte 
cl)Cm, skhoui), est une des qualifications le plus com- 
munément données à ce dieu que les Égyptiens appe- 
laient Thoth et qu'ils considéraient comme Y inventeur de 
récriture (Plutarque, Symposiac.^ libr. X, quaestio m), 
le rédacteur des livres sacrés, le seigneur de la parole et 
le scribe divin par excellence? Cette interprétation, en 
rendant compte du nom d'Hermopolis , appliqué par 
les Grecs à la ville égyptienne, expliquerait également 
le culte que les habitants rendaient au lion. 

Page 5, ligne 16. — Ceux de Tida et d'Alfarrâgin 
adoraient une idole appelée Kasgheron. 

La leçon du manuscrit est ^j^f^^j^^j ^^^ Tenda ou- 
alberagin. J'avais d'abord pris Tanda (\^*) pour une 
localité dont le nom ne diffère guère de celui que 
nous lisons dans notre manuscrit, je veux dire vj^Jo 
ou ajJllj (Tandeh, Tandeta)^ village de la province 
d'Oschmounaïn , qui est mentionné par l'auteur du 
Meracid et dans l'état arabe de l'Egypte publié par Sil- 
vestre de Sacy à la suite de sa traduction de la Rela- 



— !22 — 

lion d'Abd' allait f {^, 694, n® 45), et qui, chez les au- 
teurs coptes, porte le nom de tautabo (la Tanla de 
la carte du général Reynier) ; mais j'ai dû abandonner 
ma première conjecture après avoir lu dans \ Egypte 
sous les Pharaons de Champollion les renseignements 
que ce savant nous donne à propos d'une ville appelée 
par les Coptes neporcoiiiieorri, mot composé dont 
les deux noms arabes sont vraisemblablement la trans- 
cription, sinon la traduction. Dans une nomenclature 
copte et arabe des villes égyptiennes qui est citée par 
Champollion , le nom arabe qui accompagne le copte 
est -^*a.LÂ)l^ !jJ»*, Tida oualfarahhin, ce dernier mot 
étant écrit par erreur ^t^[^! au lieu de ^^-j^l^l, 
alfaragin, ce qui paraît être la véritable leçon. En effet, 
le P. Kircher a trouvé dans un manuscrit le même 
nom copte de Perouôtnùkoiti , rendu en arabe par Ijuï 
j^l^tj {S cala magna, p. 218), et dans l'état arabe 
publié par Silvestre de Sacy ces deux noms sont écrits 
^jl^l^lj »Xj , Ttdeh oualfarraguon{p, 637, n* i51).La 
véritable leçon du premier de ces noms est donc tjJ»' 
ou plutôt 2^^^r^*, comme il se trouve également écrit 
dans le Meracid, Quant au second , il est évident qu'il 
doit se lire ^^^t^iJI, et non ^^-ja.LJI, comme il est 
écrit dans notre manuscrit. 

Dans le catalogue des villes épiscopales de l'Egypte, 
le P. Vansleb cite une ville du nom de FefTahin, qui 
me paraît être la même que celle qui est appelée ici 
Alfarragtn. Voy. Vansleb , YHistoire de VÉglise d'A- 
lexandrie, p. 21. 



— in — 

Pour ce qui regarde la position de ces deux locali- 
tés, nous lisons dans le Meractd : « Tidah, viUe ancienne 
il de rÉgypte, dans le centre du Jtt'f et dans k voisinage 
a de Sekha, » ce qui s'accorde avec la nomenclature 
des villes citée par Ghampollion, selon laquelle la ville 
de Perùuàinithoiti est placée non loin de Skkôou ou 
SekAa. Dans son Histoire de t Église d'Alexandrie (p. 25), 
Yansleb cite, d*après un manuscrit copte , la ville de 
Tida comme un des évèchés de TÉgypte. Quant à Al- 
farragin , nous n'avons rien de certain sur sa position 
géographique particulière, mais il est probable que 
c'était une localité contigufi à la précédente ou du 
moins trës-rapprochée , comme semble l'indiquer la 
réunion de ce nom à celui de Tida et Tapplication de 
ces deux noms ensemble à une seule ville , celle qui 
dans les manuscrits coptes est appelée neporcoiMi- 
eoiTi. En conséquence, il ne faut pas la confondre 
avec Burgéin ou Alburgéiny village dont le nom figure 
sur la carte de D'Anville , qui le place sur la rive gau- 
che du Nil , à une petite distance de la prise du canal 
de Menhi dans la province d'Oschmounaîn. Quant au 
culte des habitants de Tida et d'Alfarragin, malgré 
toutes mes recherches, il m'a été impossible de décou* 
vrir à quelle divinité ou à quelle idole devait s'appli- 
quer le nom de Kaseheron ou Kischeron, que nous trou- 
vons dans notre manuscrit ; nous aimons mieux avouer 
notre ignorance à cet égard que de proposer des con- 
jectures qui pourraient être plus tard controuvées par 
des savants plus habiles que nous : videant peritiares f 



— 12i — 

Page 5, ligné 18. — Ceux de Sonhour adoraienl le 
lebakh, 

J*avais cru d'abord pouvoir lire ^y^^ Sankoud, 
nom d'un bourg situé dans le nome de Psoï dans la 
Thébaide, en Tidentifiant avec celui de nc6M2coovT, 
PsenhôotU, qui est mentionné dans les Actes de saint 
Schenouti cités par Et. Quatremère {Mémoires géogra-- 
phiques, 1. 1, p. â65) et par ChampoUion [t Egypte sous 
les Pharaons, 1. 1, p. 256 et 257) ; mais ce mot est écrit 
ainsi fautivement à la place de nceuecoorr, Psem- 
hôout, qui se lit dans un vocabulaire saïdique de la Bi- 
bliothèque Richelieu (Mss. coptes , n** 43 , fol. 58) , et 
qui est rendu en arabe par .>j^4^ , Samhoud, nom qui 
se trouve aussi écrit de cette manière dans l'état des 
provinces et des villages de l'Egypte publié par Silv. 
de Sacy {Traduction d'Abd'allatif, p. 703, n^ 27), et où 
il figure parmi les bourgs de la province de Kous. En 
conséquence, je me crois autorisé à rejeter la leçon 
ùyi^ pour adopter celle de jy^ , identifiant le nom 
de cette ville avec celui de !-x.jo4t im^^* Sonhour al- 
médineh, bourg de la province du Fayyoum , où le le- 
bakh devait croître naturellement, comme je J'ai déjà 
dit ci -dessus. Quant aux renseignements qui con- 
cernent cet arbre, je dois renvoyer le lecteur à ce que 
je me propose d'en dire à propos d'une tradition chré- 
tienne d'après laquelle Notre-Seigneur Jésus-Ghrist 
aurait été adoré par le lebakh , lorsqu'il se réfugia en 
en Egypte et qu'il se rendit à Oschmounaïn. 



— 125 — 

Page 5, ligne 18. — Ceux de Kalabscht, un palmier. 

Kalabschi, ville située dans la Nubie. Elle fut visitée 
par GhampoUion le Jeune le 27 janvier 1829. D'après 
ce célèbre égyptologue , le dieu principal adoré à Ka- 
labschi était Mahub' (le Mandouli des proscynema 
grecs), fils d'Horus, le même que le dieuKhons; «car, 
dit-il, Malouli était adoré dans cette ville sous une 
forme pareille à celle de Khons, sous le même cos- 
tume, et 9rné des mêmes insignes ; seulement, le jeune 
dieu porte ici de plus le titre de seigneur de Talmis, 
c'est-à-dire de Kalabschi, que les géographes grecs 
appellent en effet Talmis, nom qui se retrouve d'ail- 
leurs dans les inscriptions des temples. » Voir, dans 
l'Univers pittoresque, f Egypte, p. 2^5 et 246. 

Quant à l'adoration du palmier, on lit dans Hora* 
pollon {Hieroglyph,, lib. I, cap. 3) que dans l'écriture 
égyptienne symbolique cet arbre était la figure de 
l'année; mais dans les auteurs anciens je ne trouve 
aucune indication touchant le culte lui-même du pal - 
mier; seulement nous savons par Héliodore {Histw. 
/Ethiopie., lib. X) que, dans les cérémonies sacrées et 
lorsqu'ils allaient rendre hommage à la divinité , les 
Égyptiens portaient dans leurs mains des branches de 
cet arbre (en copte bai). 

Page 5, ligne 19. — Ceux d'Alexandrie adoraient une 
idole du nom de Sérapis, 

Le manuscrit porte ^jri^j^ ( Serabin) , mais je n'hé- 
site pas à lire ^«^tp» {Serabis ou Sarabis)^ Sérapis ou 
Sarapis, nom de la célèbre divinité vénérée par les ha- 



— 126 — 

bitants d* Alexandrie. Ce nom aussi bien que celui 
d'Alexandrie sont trop connus pour que j'aie besoin 
d'entrer ici dans de longs détails ; il me suffira de rap- 
peler que le dieu Sérapis , que Ton peut assimiler à 
T^Sti; des Grecs et au Pluton des Latins » était, selon 
la mythologie égyptienne, le souverain de VAmentki 
et le grand juge des morts. 11 avait à Memphis un tem- 
ple appelé le Serapeum, et c*était le plus ancien; mais 
le plus célèbre était à Alexandrie, dont Sérapis était le 
dieu tutélaire. Ce dernier, qui était d'une magnificence 
remarquable et fort vénéré, fut détruit en grande par- 
tie par le patriarche Théophile , vers l'an 389 de notre 
ère, conformément aux lois édictées par l'empereur 
Théodose. Plus tard et sous la domination musul- 
mane, les Arabes firent disparaître les quelques dé- 
bris de cet édifice qui avaient échappé aux ravages du 
temps. Il était situé , d'après Strabon , dans la partie 
méridionale d'Alexandrie et probablement sur la place 
qu'occupe aujourd'hui la colonne dite de Pompée. 

Du temps d'Almacrizy, au quinzième siècle, il y 
avait à Alexandrie quatre églises coptes : la grande 
église, dite Almoallakah {bâtie sur des arcades), qui était 
dédiée à la Vierge Marie, l'église de SaintrGeorges, l'é- 
glise de Saint-Jean-Baptiste, et l'église des Ap6tres. 

Page 5, ligne 20 et 21. — Ceux de Menoufla Supé- 
rieurey une génisse, 

Menouf est surnommée la Supérieure (^^l) pour la 
distinguer d'une autre ville de ce nom située dans la 
Basse Egypte, à sept lieues environ à l'occident de 



— i27 — 

Demenhour, et sur les bords d'un canal qui, partant 
de la branche Ganopique, se jetait dans le lac Maréotis 
(D'Anville, Mémoires sur l'Egypte y p. 73). Dans la no- 
menclature copte des villes de cette partie de TÉgypte, 
elle est désignée sous le nom de nAMOTq-l>HT, Pa- 
wmf^Kkety et les Arabes rappellent Jii-JI y^y^y J*?- 
noufel-Soflay c'esi^-éÏTe Menouftinférieure. LaMenouf 
dont il est ici question et qui porte chez les auteurs 
coptes le nom de nAMorq-pHC^ Panouf-Res {Panouf 
mértdwnak) , est située au nord-est d'un grand canal 
qui relie la branche Pélusiaque à la Ganopique. Depuis 
rinvasion des Arabes , Menouf la Supérieure est deve- 
nue la capitale de la province appelée de son nom 
Abnenoufiyeh. Selon Fauteur du Meracid al-Ittîlaa, c'est 
une des villes les plus anciennes de FÉgypte ; dans 
le cadastre arabe cité déjà plusieurs fois, elle était éva- 
luée, y compris tout son territoire et toutes ses dépen- 
dances, à 32,000 dinars. Elle était un siège épiscopal 
du patriarcat d'Alexandrie. 

Quant au culte des habitants de cette ville dans les 
temps du paganisme, si nous en croyons notre auteur, 
il aurait été le même que celui des habitants de la 
Menouf Inférieure, car GhampoUion nous apprend que 
dans le temple de cette dernière ville l'on nourrissait 
une vache sacrée. Ge culte n'était pas particulier à ces 
deux localités , car nous savons d'ailleurs que cet ani- 
mal qui était consacré à la déesse Hator, la Vénus 
céleste des Égyptiens, était également vénéré dans 
d'autres villes de l'Egypte, notamment à Kôs, dans 



— 128 — 

rHeptanomide , dans le nome d'Hermopolis Magna , à 
Aphroditopolis, où Ton nourrissait à grands frais une 
vache blanche dans des sanctuaires splendides, ou 
plutôt dans des étables ou enceintes appelées ^i-cvat 
par les Grecs. Dans toutes ces villes on rendait les 
honneurs divins à la génisse comme étant l'image vi- 
vante de Hatûr, déesse que Ton représentait avec une 
tète de vache coiffée d'un disque qui était orné de deux 
cornes dorées. 

Page 5 , ligne 2i. — Ceux de Aîn-Chems avaient un 
simulacre quils vénéraient sous k nom de Soudi. 

i< Aîn-Chems {tœil ou la fontaine du Soleil)^ dit l'au- 
teur du Méracid, ville de Pharaon, en Egypte, à trois 
parasanges de Postât, du côté de Bilbeîs et de la Syrie 
{sur la rive orientale du Nil). C'est la capitale du dis- 
trict d'Atrib. On y remarque des monuments antiques et 
des colonnes (obélisques) de couleur noire, fort hautes, 
que le peuple nomme aiguilles de Pharaon. On y voit 
aussi deux autres colonnes hautes de cinquante coudées^ et 
dont le sommet est orné d'une sorte de bonnet conique en 
cuivre ; elles s'élèvent sur la surface de la terre sans repo- 
ser sur un piédestal. On y cultive le baumier de Judée, du-» 
quel on extrait une huile. » Cette ville ainsi décrite par 
Yacouty n'est autre que la célèbre Héliopolis (âXioOico- 
>.i;) ou ville du Soleil, qui était une des métropoles de 
l'Egypte du temps de Moïse et des Pharaons. Elle est 
mentionnée dans la Genèse (XLl, 45 et 50, et XLYI, 
20) sous son nom égj'ptien qui était On ( en hébreu 
]1M). En effet, dans les Septante ce nom est traduit 



— 1Î9 — 

• 

par AXiotSieo^K, et au chapitre I, verset 11, après le mot 
^a{u<j<r¥i, ces mêmes interprètes ajoutent : ûv, -f) èorlv 
â>.iot}ico^i(; , ce qui, dans la version copte, est ainsi 
rendu : cuu exe bbaki a<|>pH, c'est-à-dire, On qut 
est la Mk du SoleU. Dans Jérémie (XLIII, 13) elle est 
également appelée VDV n>a, la maison du SoktL Selon 
une tradition égyptienne rapportée par Apion , auteur 
cité par Thistorien Josèphe {Adversus Apioneniy lib. II, 
§ S), Héliopolis aurait donné le jour à Moïse, ainsi qu'à 
sa femme Aseneth, fille de Petephré, prêtre de On. 
Yablonski, suivant en cela l'opinion de saint Cyrille 
d'Alexandrie, explique le nom de cette ville par l'égyp- 
tien oroeiM, 06IM, qui veut dire lumière dans le dia- 
lecte saîdique, et so/et7 par extension. 

Quant à Souiij nom de l'idole adorée , selon notre 
auteur, à Héliopolis, il rappelle naturellement celui 
de Sothis (SûOiç). Or, Sothis était chez les Égyptiens le 
nom de Sirius ou Canicule, astre consacré à Isis, et 
c'est de là qu'est tirée la dénomination de la période 
astronomique soMaque. Mais si les habitants d'Hélio- 
polis rendaient, comme l'affirme notre auteur, les 
honneurs divins à Sothis, étoile d'Isis, on ne voit pas 
comment on pourrait concilier cette assertion avec le 
témoignage des écrivains grecs ou latins (Voyez Ya- 
blonski, Panthéon yEgypt,, lib. II, cap. 1, pag. 138, et 
Belaiion d'Abd'allatif, 1. 1, ch. iv, et les savantes notes 
dont Silvestre de Sacy a enrichi la traduction de cet 
ouvrage, p. 225 et suiv.) qui nous apprennent que la 

ville en question était spécialement consacrée au So- 

9 



— 130 — 

leil , comme d'ailleurs Tindique clairement la signifi- 
cation de son nom. Il est possible que ce culte n'ait 
pas été exclusif et que, sous le nom de Sothis et dans 
les mystères célébrés en Thonneur de cet astre , qui 
jouait un grand rôle dans le système astronomique 
des Égyptiens, fût compris aussi le culte du Soleil 
considéré comme le régulateur du temps et dans sa 
marche annuelle dans les douze signes du zodiaque. 
Au surplus, on peut dire que rien ne prouve que notre 
auteur ne se soit pas laissé tromper par de fausses tra- 
ditions ou par des documents mal compris et mal in* 
terprétés. 

Pour ce qui est du baumier et de Thuile que l'on 
en retire, voyez Abd'allatif, Relation de fÉgypte, liv. I, 
cb. n, pag. 20 et 21 de la traduction de Silvestre de 
Sacy, et la note 44, p. 86 et suiv. 

Page 5, lignes 23 et 24. — Ceux de Memphis adoraient 
le dieu Hapis sous la forme d*un taw^eau de pierre. 

Rien de plus connu que le nom de Memphis ; ce se- 
rait, je crois, faire injure au lecteur que de vouloir dé* 
crire longuement ici le site , les monuments et l'his- 
toire de cette cité célèbre; toutefois les renseigne- 
ments qui suivent pourront ne pas lui paraître sans 
quelque intérêt. Les Arabes appellent la ville de Mem- 
phis Menff Minf, et quelquefois Mouf, et les Coptes la 
désignent sous le nom de uo(t>, ueqi, et quelquefois 
do BABYAcoiJ. Dans les livres bibliques elle est appe- 
lée tantôt vp, Noph, tantôt v|q , Moph (Osée, IX, 6 , et 
Ézéch., XXX, 13). Suivant les auteurs arabes, elle était 



— 431 — 

la résidence du Pharaon devant qui Moïse opéra ses 
prodiges et que Dieu noya dans la mer de Kolzom, ou 
Mer Rouge. Us disent que c'est la première ville qui ait 
été construite après le déluge , et que les maisons bâ- 
ties les unes à côté des autres et contiguGs s'éten- 
daient sur un espace de trente milles ; qu'elle était tra- 
versée par quatre canaux dont les eaux se réunissaient 
au milieu d'une grande place, devant le palais oh Pha- 
raon avait établi son trône, ce qui lui faisait dire dans 
son orgueil : « mon peuple/ est-ce que l'empire d*É* 
gypte et ces fleuves qui coulent à mes pieds ne sont pas à 
moi? » 

(Koran, XLIII, 50.) 
Elle est aujourd'hui entièrement détruite , mais les 
lieux qu'elle occupait abondent en débris d'antiquités, 
et ses ruines , qui sont des mines de précieuses trou- 
vailles pour nos Musées , attestent sa grandeur et sa 
magnificence dans les siècles les plus reculés. Elles 
occupent une grande surface sur la rive gauche du 
Nil, à la distance d'environ cinq lieues de la ville de 
Fostat , qui est bâtie sur la rive droite , du côté du 
nord. (Voy. Abd'allatif, Relation de VÉgyptey 1. I, c. rv, 
p. \%ht et suiv.) 

Pour ce qui est du culte du taureau , l'assertion de 
notre auteur est cette fois parfaitement conforme à la 
vérité historique. Tous les écrivains anciens qui ont 
traité de l'Egypte font mention de ce culte, des hon- 
neurs rendus au dieu Apis dans la ville de Memphis, 



— 132 — 

au bœuf ou taureau sacré qui , selon les idées égyp- 
tiennes, était une manifestation ou plutôt une sorte 
d'incarnation du grand dieu Phtah. Ce bœuf, comme 
il a été déjà dit dans une note précédente, était logé 
dans un magnifique temple contigu à celui de Phtah, 
et nourri des herbes les plus fraîches et les plus suc- 
culentes. Le roi Psamméticus lui avait fait construire 
un long et superbe promenoir sur les bas côtés du 
temple , et c'était là que les dévots pouvaient venir le 
contempler à travers les grilles dont le lieu était envi- 
ronné. Dans le voisinage de l'appartement oh le tau- 
reau sacré était confiné, il y avait une salle moins 
magnifique, où Ton nourrissait avec vénération la va- 
che bénie qui avait donné le jour au dieu-animal. Du 
reste , tout ce qui concernait le culte et l'entretien du 
taureau sacré avait été réglé par Choiis , roi de la se- 
conde dynastie, et dans les temps encore voisins du 
déluge. Ce prince éclairé avait eu l'attention d'indi- 
quer les marques auxquelles les prêtres devaient re- 
connaître le dieu Apis; il fallait que son pelage fût 
noir et moucheté de blanc. Ce culte se perpétua chez 
les Égyptiens jusque vers le milieu du quatrième siè- 
cle de notre ère , car nous voyons que sous le règne 
de Julien le préfet d'Egypte annonça à cet empereur 
impie, comme une heureuse nouvelle, que l'on venait 
enfin, après de longues recherches , de découvrir un 
nouveau bœuf Apis. Ce fut l'empereur Théodose qui, 
en ordonnant de fermer les temples des dieux égyp- 
tiens, abolit définitivement ce culte absurde et ridicule. 



— 133 — 

Consultez sur Memphis, Abd'allatif, Relation de 
t Egypte, 1. 1, ch. iv, et les notes de Silvestre de Sacy 
qui accompagnent ce chapitre , notamment les notes 
63, 65; Pococke, Description de f Orient, t. I, p. 23; 
Shaw, Voyages, t. II, p. 143; Maillet, Description de 
C Egypte, p. 262 et suiv. 

Page 5, ligne 25. — Ceux d'/kkmim, Apollon. 

Ikhmim et Akhmim , comme récrivent certains écri- 
vains modernes, est une ville du Saîd bâtie sur la rive 
droite du Nil. a On y remarque, dit Yacouty, une foule de 
merveilles, entre autres des berbis, c'est-à-dire d'andens 
édifices ornés d'images et de statues. Du côté du couchant, 
il s élève une montagne qui offre ce phénomène : lorsque 
ton y applique l'oreille comme pour écouter, on entend le 
bruit de F eau et des sons qui ressemblent à des mots pro- 
noncés par un homme, phénomène que personne ne peut 
expliquer, n — « Au milieu de la ville d'Ekkmim, dit 
Édrissy, on voit tédifice nommé berbi^ construit par le 
premier Hermès avant le déluge. Il y a plusieurs de ces 
monuments dans d'autres localités, mais celui d'Ekkmim 
est le plus solide et le plus remarquable par ses sculptures. 
On y a représenté non-seulement les astres, mais diverses 
figures qui ont rapport aux arts et aux artistes, et quan- 
tité d'inscriptions. » 

Ikhmim ou Ekhmim se trouve, en effet, placé entre 
le 26* et le 27* degré de latitude sur la carte de d'An- 
ville, à Touest du mont Agathon, sur la rive orientale 
du Nil, dans la province de ce nom. C'est Tancienne 
Cbemmis (Xé[i|i.t<), ou Panopolis des auteurs grecs (Hé- 



— 134 — 

rodote, liv. II, ch. 91 ; Diodore de Sicile, liv. I, cb. 18, 
et Plutarque, de hide et Osîride). Il est à remarquer 
que le nom égyptien de cette ville ne répond pas i 
celui de Panopolis, la cité de Pan, car chez les Égyp- 
tiens ce dieu était appelé Mendès (ueuTHX, seminalUj 
prolificus, selon Yablonski), et non Chemmîs (xou* 
uic). Les Coptes écrivent et prononcent ce dernier 
mot :2iuiM et ^^luiunAiioCy qui doit être le véritable 
nom de cette ville , et d'où les Grecs ont fait évidem- 
ment Xi[iii.i<, Xi[i{Liv, et les Arabes iv^v^t, Ikhmim, Il 
est probable que le nom yaum, qui veut dire huit, 
huitième, était une des qualifications par lesquelles les 
Égyptiens désignaient Mendès, ou leur dieu Pan, at- 
tendu que ce dieu était compté parmi les huit pre- 
miers grands dieux reconnus et vénérés par tous et 
dans toute retendue de TÉgypte (Hérodote , 1. II , c. 4 
et 145). Quant au culte d'Apollon, car c'est ainsi que 
je crois devoir traduire le mot arabe ^j^^^j on voit 
par ce que nous venons de dire que c'est à tort qu'il 
est attribué aux habitants de la ville d'Ikhmim, et que 
sur ce point comme sur bien d'autres notre auteur ne 
s'est pas bien renseigné, à moins de supposer que, 
dans les derniers temps du paganisme, le culte du 
dieu Pan n'ait fait place dans cette ville à celui d'Apol- 
lon, ou bien, ce qui est plus vraisemblable, que ces 
deux divinités recevaient concurremment les hom- 
mages et les adorations des habitants. 

Du temps d'Almacrizy, au quinzième siècle, il y 
avait à Ikhmim deux églises : celle d'Esotir ou Sau- 



— 135 — 

veur (du grec Suti^p) , appelée aussi Téglise des Mar- 
tyrs, qui était en très-grande vénération, et où il y 
avait un puits dont Teau , quand elle était versée dans 
une lampe, « devenait, dit cet auteur, aussi rouge que 
du sang » , et celle de Saint-Michel. Il y avait alors 
chez les chrétiens de cette ville une coutume qui mé- 
rite d'être racontée : « A la fête de TOlivier, qu'ils ap- 
pellent aussi la fête des Rameaux, les prêtres et les dia- 
cres sortent de leurs églises avec des encensoirs et des 
parfums, avec leurs croix, leurs évangiles, et des cier- 
ges allumés, et s'arrétant successivement devant la 
porte du Gadhi et devant celles des musulmans les 
plus notables du pays, ils font des encensements, puis 
ils lisent un chapitre de leur évangile qu'ils terminent 
par un coup d'encensoir en signe de vénération. » 
Outre ces deux églises, Almacrizy, qui a pris mal à 
propos I$ckmm et Ikhmim pour deux localités différen- 
tes, en cite encore plusieurs autres sur le territoire 
d'Ischmim, savoir l'église des Saints Apôtres Barthé- 
lémy et Simon le CSananéen, qui était très-grande, l'é- 
glise de Sainte-Marie, qu'il dit fort ancienne, celles de 
Saint-Michel et de Saint-Gabriel, et il nous apprend 
qu'à l'exception de ces quatre dernières, les autres, 
qui étaient au nombre de cent soixante, avaient été 
toutes détruites et n'offraient plus que des ruines. 

Le traducteur allemand d'Almacrizy, qui, en sa qua- 
lité de protestant, ne paraît pas très au fait des usages 
et des cérémonies de l'Église catholique , n'a pas bien 
saisi le sens du dernier passage, car il a fait dire à 



— 136 — 

Tauteur que les prêtres chrétiens, après avoir lu une 
section de leur Évangile, entonnent une antienne, c est- 
a-dire le louent : « eine Antiphone anstimmen d. h. 

« ihn loben (page 137). » Or le texte arabe , èi [^Jbo 

La. J», ne contient rien de tel; en effet, le verbe ^J» 

n'a jamais signifié entonner, chanter, ni le nom verbal 

^^, chant, antienne, mais hien jeter, lancer, pousser en 

avant, jet, action de lancer, de pousser devant soi ou en 
l'air, et dans le passage qui nous occupe ce que nous 
appelons un coup d'encensoir. Dans le même passage, 
les mots I^^UiJIj (j^y^^ sont aussi rendus impro- 
prement par die Presbytère undPriester, car le premier 
veut dire prêtres, et Tautre diacres ou ministres d'un 
rang inférieur. Déjà, dans un autre endroit, le même 
traducteur avait commis une erreur analogue, en ex» 
primant le mot ^^^1 (pag. 8 et ligne 17) par Bi- 
schœfen, évêques (pag. 24 et ligne 8 de la traduction). 
Quant à Texpression aJ^jl^, qui doit se rapporter au 
mot J^^^l, Évangile, le verbe huer, employé ici par 
notre traducteur, ne rend pas exactement Tidée de To- 
riginal, qui a voulu seulement dire que par la cérémo- 
nie en question les chrétiens avaient Tintention de té- 
moigner de leur respect pour les paroles de TÉvangile. 
Je ne terminerai pas cette note sans rappeler au 
lecteur que c'est dans la ville dlkhmim que fut exilé 
rhérésiarque Nestorius, et que c'est là qu'il rendit le 
dernier soupir sept ans après avoir été condamné par 
le concile d'Éphèse, 



— 137 — 

Page 5, ligne 25. — Ceux éCEnsiné adoraient une idok 
du nom de Sérapù. 
« Ennné (en arabe LLâîi), dit Yacouty dans son Jfe- 

ractd, est une cité antique de t Egypte, située dans k 
Satd. On y voit des berbis et des puits en grand nombre. » 
Selon le savant Et. Quatremère {Mémoires géographt- 
ques sur FÉgypte, p. 40 et suiv.), cette ville serait TÀv- 
Tiv6otj tiàlui des géographes grecs, laquelle était, sous 
les empereurs romains, la capitale de la Thébaïde 
(voy. Quatremère, Mémoires géographiques sur f Egypte, 
article Antinoou, t. I, p. 39). Il y avait autrefois à En- 
siné ou dans les environs plusieurs monastères et plu- 
sieurs églises , savoir le monastère de Saint-Tébih et 
celui de Saint-Coluthus , une église dédiée à saint 
Georges, et une autre à saint Théodore TOriental; une 
église nommée F Église de ÏEau, et dans laquelle on 
célébrait la fête des quarante et un martyrs ; une église 
sous rinvocation de saint Théodore le Général , située 
hors la ville ; enfin le monastère d*Aboulnana ou de 
Saint-Jean le Nain, « C'est, dit Almacrizy, un des plus 
anciens édifices de la ville, et Téglise est renfermée 
dans l'enceinte du monastère. » 

Elle est bâtie sur la rive droite du Nil , dans la pro- 
vince d'Oschmounaïn , à dix lieues environ au sud de 
la fameuse Dendera. Les Arabes la qualifient de mile 
des Magiciens (de Pharaon), iyas^\ Î-Jj x». Pour ce qui 
concerne le culte du dieu Sérapis, voyez ce qui a été 
dit au sujet d'Alexandrie dans l'une des notes précé- 
dentes. On lit dans Édrissy (II* climat , 4* section) : 



— 138 — 

« Ensiné, vilk ancienne ^ située sur la nve droite du JVt7, 
entourée de beaux jardins et de lieux de récréation , riche 
en fruits et autres produits, et connue sous la dénomina'' 
tion de VILLE des Magiciens, parce que c'est de là que 
Pharaon fit venir ceux qu'il avait dessein d'opposer à 
Moïse.». On dit que le crocodile est nuisible sur la rive 
gauche y du côté d'Oschmounamy tandis qu'il serait mof- 
fensif du côté d'Ensiné, à cause d^un talisman qui la 
protégerait^ » 

Page 5, ligne 26. — Ceux d'Alcaîs vénéraient le soleil, 
la lune et les étoiles. 

Caïs ouAlcaîs, ville du Saïd, dans la province de 
Bahnésé, était bâtie sur la rive gauche du Nil, entre le 
canal Menhi et ce fleuve. Sur la carte de d'Anville elle 
figure sous le nom vulgaire d'Elgis. n C'est une vilk 
ancienne, dit Yacouty, mais aujourd'hui en ruines. » — 
« La ville d'Alcaîs, dit Édrissy dans sa Géographie (cli- 
mat II , 4* section) , est une ville ancienne et bien bâtie. 
On y cultive la canne à sucre en grande quantité^ et di- 
verses sortes de dattes. La ville est très-prospère. » Les 
géographes arabes prétendent que Alcaîs n*est pas le 
nom que portait cette ville chez les indigènes , mais 
celui qui lui venait du général arabe Cais ibn-el- 
Hâreth, qui en avait fait la conquête au commen- 
cement de la domination musulmane, et que cette 
dernière dénomination finit par prévaloir dans la 
bouche des habitants. Néanmoins cette dénomina- 
tion parait remonter à une époque antérieure à la 
conquête arabe, car on la rencontre dans les livres 



— 139 -^ 

coptes , qui appellent cette ville kaic ou Koeic (voy. 
Georges ZoSga, Catalogm codicum copticorum, etc., 
n. 24, 244 et 546, et GhampoUion, t Egypte sous ks 
Pharaons, I, 301). SU faut en croire les savants que 
nous venons de citer, Kaïs serait la Cynopolis des an- 
ciens géographes grecs et latins. G*était un siège épis- 
copal, et il en est parlé en plusieurs endroits de YUh- 
tom des patriarches d'Alexandrie par Fabbé Renaudot 
(voy. p. 176, 184, 450 et 458). Pour ce qui est du culte 
spécial à cette ville, on sait que les Égyptiens ado- 
raient le soleil sous les noms d'Osiris, d'Horus, de 
Remphah; la lune sous ceux dloh, dlsis, de Bubaste, 
et les planètes sous divers noms que Ton peut voir 
dans Yablonski {Panthéon yEgypt., lib. II, cap. i et v, 
et lib. III, cap. i et vi). Gomme tous les peuples de 
l'antiquité , ils croyaient aux influences des planètes , 
et ils passent pour avoir été les inventeurs de Tastro- 
logie, science qu'ils cultivaient, d'ailleurs, avec le 
plus grand soin, et dans laquelle ils étaient considérés 
comme les plus versés après les Ghaldéens. Selon no- 
tre auteur, le culte des astres aurait été spécial à la 
ville d'Alkais ; mais s'il est vrai, comme le prétendent 
les savants modernes, que cette ville doive être assi- 
milée à la Cynopolis des géographes grecs, le culte 
local n'aurait pas été celui des astres , mais bien celui 
d'Anubis, ou dieu-chien, l'Hermès des Grecs et le 
Mercure des Latins, sur quoi l'on peut consulter ce 
qui a été dit ci-<iessus touchant le culte de la ville de 
Thèbes. 



— 140 — 

Page 5 , ligne 27. — Ceux cCOschmounain, une siatue 
de pierre représentant un homme. 

On lit dans le Meracid at-IttUâa : « Aschmoun ; les 
habitants de TÉgypte disent Al-Aschmounem, les deux 
Aschmoun , mais la prononciation grammaticale de ce 
nom est Oschmounetn, comme le marquent Aboulféda 
et al-Firouzabadi. G*est une ville fort ancienne, dont 
Torigine se perd dans la nuit des temps, très-floris- 
sante et bien peuplée, capitale de Tun des cantons du 
Sald inférieur, située sur la rive occidentale du Nil. » 
Al-Oschmounain est , en effet , bâtie du côté de cette 
rive, mais à cinq ou six lieues de distance du fleuve, 
et à peu près autant de la prise du canal de Menhi, 
dans la partie libyque de TÉgypte : c'est Fancienne 
Hermopolis Magna, 

Quoi qu'il en soit de cette orthographe et de Torigine 
de cette dénomination , Al-Oschmounain ou Schmou* 
naîn, selon la manière de prononcer des Coptes, était, 
comme le nom lui-même l'indique, cqnsacrée à Anu- 
bis, THermès des Grecs et le Mercure des Latins, di- 
vinité que les Égyptiens adoraient sous la forme d'un 
chien , ou plutôt d'un homme à tête de chien , comme 
nous l'apprend Lucien {de Sacrificiis, n. 14) , qui ap- 
pelle ce dieu Kuvoi7p69<k>icov È^^-^^*. Anubis parait avoir 
été le huitième et le dernier des grands dieux de l'O- 
lympe primitif des Égyptiens, car le mot :!iuotm 
voulait dire huitième dans leur langue, comme chez les 
Hébreux u^D v , Schemini. Voyez Yablonski , Panthéon 

m 

^gyptiorum, lib. II, cap. vu, 13. 



— 441 — 

Cet auteur pense que le nom copte et primitif de 
cette ville devait s'écrire et se prononcer ^siuotm- 
OT6IMIM (5eAemotin-Oiietnin), c'est-à-dire la Sehmaun 
des Grecs, pour la distinguer d'une autre ville appelée 
par les Coptes »iuoYM*npcuu au {Schmoun-enroman), 
la Sekmoun des Romains, l'ancienne Panopolis, qui était 
située dans la Basse Egypte, non loin des bords du lac 
de Tanis, et dont la fondation était attribuée par les 
Égyptiens à Ischmoun, fils de Misraîm. 

Mais ChampoUion a fort bien démontré que le nom 
égyptien doit se lire ^huoym nepuAii, et se traduire 
par Schemoun de la grenade, ^^j^^ jlt^'» comme 
l'appellent les Arabes, ce qui est confirmé par le géo- 
graphe Khalil ibn Schahin Dhahery , qui nous dit que 
cette contrée produisait une immense quantité de gre- 
nades {Chrestomatkie arabe de Silvestre de Sacy, t. I, 
p. 244, et t. II, p. 295, et tÉgypte sous les Pharaons, 
t. n, p. 124). 

Dans le cadastre des provinces de l'Egypte publié 
par Silvestre de Sacy à la fin de la Relation d'Abd'alla* 
tif, Oschmouneïn est évalué, avec tout son territoire, 
à 35,000 dinars. 

On voyait dans cette ville un berbi^ ou temple an* 

tique, placé près de la porte méridionale, et un grand 

nombre d'églises , des colonnes de pierre de taille et 
d'autres ruines non moins remarquables par leur 

masse énorme que par leur antiquité. Dans les livres 

coptes elle est appelée simplement ^ïiuoym, et l'on y 

voit qu'elle avait un siège épiscopal et qu'il y avait 



— 142 — 

sur son territoire un grand nombre de monastères et 
d*églises. 

Page 6, ligne 1. — Ceux d'Ossouan adoraient diverse* 
statues et idoles. 

Tout le monde a entendu parler de cette fameuse 
ville que les Grecs appelaient ^\jrfyrt\ , Syéné, et quel- 
quefois SoK^vTfi, Soénéy et Soui^vti, Souéné. Elle est men- 
tionnée par le prophète Ezéchiel (XXIX, 10, et XXX, 
6), qui la nomme nj^ip, Sevéné, Dans les livres coptes 
elle est appelée govam , mot que GhampoUion 
{l'Egypte sous les Pharaons, 1, 164) explique par celk 
quiouvf^e, ou la clef de TÉgypte (du verbe oveu, oii- 
vrir^ et de la particule prépositive ex qui entre dans 
la composition des participes). Les savants ont proposé 
de ce nom plusieurs autres explications (voyez Ya- 
blonski, 1. 1, p. 328 et suiv.), mais aucune n*est sûre, 
au point- de satisfaire entièrement. 

Quoi qu'il en soit, cette ville, située sur les<îonfins 
de rÉgypte du côté du midi , est appelée par les Ara- 
bes ^l^'il, Al' Oswan et non Al'-Aswany comme quel- 
ques-uns prouoncent. Yacouty, parlant de cette ville, 
dit : « Ar Oswan est une cité antique et en même temps 
un district situé à l'extrémité sud du Saîd et là ou corn- 
mence le pays des Nubiens. Cest dam ses dépendances que 
se trouve la carrière d'où l'on a tiré les colonnes que l'on 
voit à Alexandrie. » Je terminerai ces renseignements, 
qui me paraissent déjà suffisants, par cette courte 
description que je lis dans Touvrage de GhampoUion, 
cité plus haut : « Syéné, dit ce savant qui avait visité 



— 143 — 

cette ville, batte sur la rive wneniak du Nil, est au 30® 
34' 49" de longitude, et au 4*' 5' U" de latitude , sur le 
penchant d'une montagne qui se termine au Nil. (Test 
dans ses environs quêtaient les fameuses carrières de gra- 
nit, desquelles les Égyptiens tiraient leurs plus grands 
obélisques et la plupart de leurs monolithes. Le nom arabe 
de Syène est Osouan, l'égyptien est Souan (la possession 
tTouvrir). » Quant à moi, s'il m'appartenait de pro^ 
duire mon sentiment après une aussi grande autorité 
que celle de Champollion, je proposerais cette inter- 
prétation du nom égyptien cotam : la ville aux belles 
pierres (de CA, beauté, et coue, pierre)^ ou bien la ville 
aux pierres, ad petras (de ca, vers, du côté de, et de 
u>MQ, pierres), car Oswan n'était pas seulement renom- 
mée pour ses carrières de pierres et de granit , mais 
aussi, comme nous l'apprend Edrissy (4* section), pour 
une mine d'émeraudes qui étaient de la plus grande 
beauté. Ne pourrait-on pas aussi expliquer cette éty- 
mologie en rapprochant le mot égyptien de l'arabe 
jlr^ , pierre dure^ sikx, granit, etc. ? 

Page 6, ligne 16. — Parmi les soixante et douze ré- 
gûma de la terre. 

Les anciens talmudistes ou docteurs juifs parta- 
geaient le monde en soixante et douze langues ou na- 
tions ; dans le style biblique , le nombre sept et ses 
multiples, qui sont des nombres sacrés, sont souvent 
employés dans un sens indéfini , exprimant une quan- 
tité plus ou' moins considérable, de l'aveu même de 
tous les interprètes. 



— 144 — 

Page 7, lignes 7-8. — Ceux qui suivent le Christ sont 
eux-mêmes d'autres Christs et les membres du Christ, 

Cette dernière phrase exprime seulement le sens du 
texte arabe qui porte : . f^ jL^ . ^r^l Laa^tj 
c'est-à-dire : ^ 

« Et les membres du Christ leur sont unis. » 

Ces paroles sont conformes à la doctrine de saint 
Paul qui dit : « Vos autem estis corpus Christi et mem- 
bra de membro. p (I ad Corinth., XII, 27.) 

Page 11, ligné 6. — Vers une ville appelée Abounuh 
ou TuniSf près de Carthage» 

Le manuscrit porte S^^l {anmoulnah)^ mais il est 
évident que cette leçon est fautive, car il n'y a jamais 
eu en Afrique de ville de ce nom. J'avais d'abord pensé 
à remplacer ce mot par celui de !Jy i (atouh'âh ou 
Itoukiah)^ nom de la célèbre ville d'Utique appelée par 
les Grecs ItOxyi (Strabon, livr. XYII, 1189, et Appion, 
De rébus punicis, cap. xn), et Utica^ par les Latins 
(Plin., Y, 4). « Utique, dit Strabon, est après Carthage 
<( la plus grande et la plus considérable ville du pays, 
(c et depuis la destruction de cette ville elle en est d»- 
« venue la capitale et la place d'armes des Romains 
« dans toutes leurs expéditions d'Afrique. Elle est bà- 
« tie sur la même baie où était Carthage, près de l'un 
« des deux promontoires qui en ferment l'entrée : ce- 
« lui de ces promontoires qui avoisine Utique s'ap- 
« pelle le promontoire ou cap A' Apollon ^ et l'autre, 
« le promontoire d'Hermas. Les deux villes sont situées 
« de manière qu'elles peuvent se voir. » 



— 145 — 

Cette position pourrait convenir à la localité qui, 
d'après notre légendaire, était voisine de Garthage et 
dont le nom, se terminant en "Ci^ (oukiah)^ semblerait, 
d'ailleurs, favorable à la leçon que je viens d'indiquer, 
celle de ûyl {atoukiah), sans tenir compte de Terreur de 
Tauteur qui identifie cette ville avec celle de Tunis. Heu- 
reusement, dans un autre endroit de notre bomélie où 
il est question de la même ville, le manuscrit porte dis- 
tinctement à^^^ [abounîah) au lieu de IJyJi], et telle 
est, selon moi, la seule et véritable leçon que Ton doive 
adopter. Or, Abounîah ou Ibounîah est le nom donné par 
les Arabes à la ville d'Hippone. On sait qu'il y avait en 
Afrique deux villes de ce nom , Hippo-Regius^ appelée 
par les géographes grecs litirwv Ba^deO; , dans la pro- 
consulaire, et Hippo Dtarrhytus, tititwv Stiffuro;, dans 
la Numidie, et appelée communément Li^ Bounah 
par les Arabes et Bono par les Européens. Strabon dit : 
« Il y a dans ce pays les deux Hippones, dont Tune 
c< dans le voinage d'Utique ; mais l'autre en est assez 
a éloignée. » Au surplus, comme il y avait non loin 
d'Hippo-Regius, aujourd'hui Bizerte, une petite ville 
du nom de Tunissa ou Tinnissa^ Tuniza, il est fort pos- 
sible que notre légendaire ait confondu cette dernière 
avec la Tûvrii; de Polybe et la To-jvic de Strabon , au- 
jourd'hui Tunis, 

Page H, ligne 13. — Habib Hâfi. 

On lit dans le manuscrit J^^ i>-v»*a, habib djàkt. 

Si ce nom n'est pas écrit fautivement, j'avoue qu'il 

est tout à fait nouveau pour moi et qu'il m'est impos- 

10 



— 146 — 

sible d*en donner rexplication ; mais je soupçonne ici 
une faute du copiste, et il me semble reconnaître dans 
la seconde partie de ce mot le nom du dieu Apù^ car 
ceux qui savent Tarabe n'auront pas de peine à ad- 
mettre avec moi que J^ i^àfi) sous la plume d*un 
copiste ignorant ou distrait, ait pu se transformer en 
J'Lû. (Djaki). Quoi qu'il en soit de la prononciation 
de ce nom, notre auteur, en parlant ici du culte du 
veau ou taureau sacré dans la ville d'Oschmounaïn, 
semble se contredire lui-même, car il avait dit plus 
haut que les habitants de cette ville adoraient une sta- 
tue représentant un homme : il est possible que ce 

« 

culte ne fût pas exclusif, et qu'à Oschmounaîn, comme 
dans presque toutes les autres villes d'Egypte , il y eût 
plusieurs temples et plusieurs divinités vénérées par 
les habitants. 

Page 11, ligne 17. — Les Mages étant alors venus le 
trouver, etc. 

Les Mages, en arabe {j^yx^\ {Almadjous), Ce nom, 
qui du grec Mâyo; a passé dans la langue du Koran, 
dérive primitivement du zend Mâo, grand, puissant 
({jLlya;) : c'est ainsi que les anciens Perses appelaient 
leurs prêtres, les disciples de Zoroastre, les adorateurs 
du feu, et c'est dans ce sens que ce mot a été entendu 
par les auteurs bibliques qui l'ont cité (Daniel, II, 2, et 
Jérémie, XXXIX, 3). Mais, plus tard, sa signification 
s'est étendue, et il a servi à désigner aussi les astro- 
logues, les magiciens, les sorciers et en général les 
prêtres idolâtres. Chez les Égyptiens, Pétosiris et le 



— 147 — 

roi Néchepsos passent pour avoir été les premiers à 
introduire le magisme ou plutôt Tastrologie dans le 
culte de cette nation. Voyez J. Marsham, Canon Chro- 
m'eus, p. 144 et 477. 

Page 11, ligne 23. — En criant : Retire-loi d'ici. 

Cette histoire a été sans doute imaginée à l'imita- 
tion de ce qui est raconté de saiAt Pachôme dans la 
vie de ce Père écrite par un auteur grec anonyme. 
Étant encore jeune , il fut mené par ses parents qui 
étaient païens sur les bords du Nil pour assister à un 
sacrifice que Ton offrait à une idole vénérée dans ce 
lieu. Sa présence empêcha Tesprit infernal de répon- 
dre, comme il avait coutume de le faire. Interrogé plu- 
sieurs fois sur la cause de son silence extraordinaire, 
il fiait par éclater en ces paroles : « Que vient faire ici 
cet ennemi des dieux? hâtez-vous de le chasser et de 
l'envoyer bien loin dlci. » 

Page 12, lignes 2 et 3. — Certes ^ il a été couvert de 
honte, BapiSf ce veau chéri des Égyptiens, 

Ces paroles sont tirées du chapitre xlvi, verset 15 
du prophète Jérémie. Elles sont calquées en partie sur 
la version des Septante, qui porte : AiaxC Icpuy^v àicô <sou 
à Aick; 6 \k6<r/(o^ 6 âx^extd^ aou oôx Ipxivsv. Pourquoi Apin 
a^t'-il fui loin de toi? Pourquoi ton veau choisi nort-il pas 
tenu ferme ? Le même passage est ainsi traduit par saint 
Jérôme : a Quare computruit fortis tuus ? non stetit. » Le 
texte hébreu et original a été ainsi diversement inter- 
prété , selon que Ton a voulu diviser les mots de telle 
ou telle manière. Le sens le plus plausible et le plus 



— 148 — 

autorisé me semble être celui-ci : a Pourquoi {b Egypte !) 
ton vaillant guerrier s' est-il laissé entraîner ? S*il na pas 
tenu ferme, c'est que r Éternel l'a mis en fuite, » 

Page 12, ligne 10. — Unplançon de lébakh. 

Le lébakh est, selon Silvestre de Sacy (Abd'allatif , 
Relation de rÉgypte, note 15 du second chapitre du 
livre !•', pag. 47 et suiv.), Farbre de Théophraste et de 
Dioscoride mentionné sous le nom de Perséa (Ilsp^is) 
ou de Persion (IlepdCov), et qui, d'après ces auteurs, se 
trouvait en Egypte et notamment dans la Thébaîde, où 
il était très-commun. Selon la description qu'ils nous en 
donnent et qui est confirmée par celle que nous lisons 
dans les écrivains arabes, le lébakh ou perséa serait un 
grand et fort bel arbre qui, par ses feuilles, ses fleurs, 
ses branches et toute sa figure, approche du poirier et 
qui porte un fruit vert à noyau, assez semblable à 
Tamande verte ou à la datte, et très-sucré quand il 
est mûr. Sous le rapport de sa couleur, de sa douceur, 
de sa pulpe et de son noyau, je crois qu'il doit avoir 
beaucoup de ressemblance avec notre prune reine- 
Claude. Le lébakh abonde encore dans la Nubie, TA- 
byssinie et dans l'Arabie, mais, d'après le récit des 
voyageurs modernes, il aurait presque entièrement 
disparu de l'Egypte. Forskal lui-même, qui a parcouru 
ce pays en savant botaniste, ne l'indique que d'une 
manière vague , indéterminée , et d'après des rensei- 
gnements qu'il n'a pu vérifier; il est vrai que la plu- 
part des voyageurs vont en Egypte pour y étudier les 
hiéroglyphes et les monuments des Pharaons, et se 



— 149 — 

préoccupent fort peu de la flore du pays , dont ils no 
possèdent la plupart du temps aucune notion. 

Plutarque {de hid. et Ostr.y p. 378) nous apprend 
que le Perséa était consacré à Isis. Il dit que dans la 
pensée des prêtres égyptiens, la déesse avait beaucoup 
d'attrait pour cet arbre, parce que son fruit ressemble 
au cœur et sa feuille à la langue, et que c'est avec ces 
deux organes que Thomme doit honorer la divinité , 
c'est-à-dire par ses sentiments et par ses paroles. 

Dans une glose qui se lit sur la marge inférieure 
d'un manuscrit arabe d'Avicenne de la Bibliothèque 
nationale, n*375, et traduite par Silvestre de Sacy 
[Relation de l'Egypte par Abd'allatif, 1. I, c. ii, note 15, 
p. 56), on trouve les renseignements suivants : « J'ai 
lu, dit l'auteur de cette glose, dans le Traité des plantes 
d^Abou Hanifa Dinouri, ce qui suit : Le lébakh. Un Arabe 
des descendants d'Azdm'a rapporté j dit-il, que c'est un 
grand arbre , semblable à celui qu'on nomme Athaba , ou 
même plus grand , dont les feuilles ressemblent à celles du 
noyer; il porte aussi un fruit pareil au hamat, et amer, 
qui altère ceux qui en mangent , et fait gonfler le ventre 

lorsqu'on boit de l'eau par-dessus Un homme qui 

connaissait bien cet arbre m'a dit qu'à Ensiné, ville du 
Saïdf qui est la ville des Magiciens {de Pharaon), il y a 
dans les maisons quelques arbres isolés les uns des autres^ 
que l'on appelle lébakh. Ce sont, me disait cet homme, de 
grands arbres, semblables au platane; ils portent un fruit 
vert, qui ressemble à la datte et qui est très-sucré, mais 
cependant désagréable. » Selon le même Abou Hanifa, 



— 150 — 

cité par Macrizy dans sa Description historique et to- 
pographique de rÉgypte , le lébakh ne Tiendrait qu*à 
Ensiné ; mais , comme nous Tenons de le voir, ce der- 
nier renseignement n'est pas exact : cet arbre , à l'é- 
poque où florissait le naturaliste arabe, se trouvait 
aussi dans les autres parties de la Haute Egypte , dans 
la Nubie, l'Abyssinie, l'Arabie, et même dans la Perse, 
d'où, selon quelques savants, il aurait été transplanté 
dans les autres contrées. 

Page 13, ligne 3. — // cultivait le lin. 

Cette plante textile a été cultivée en Egypte de toute 
antiquité. Elle portait dans cette langue plusieurs 
noms que les Coptes nous ont conservés : giaaov, 
GunAi, UAei, cenni, ciniu. Chez les Hébreux, elle 
était appelée nnirs {Pischtéh); elle se trouve sou- 
vent mentionnée dans le Pentateuque (Exode, IX, 31 ; 
Lévit., c. XIH, 47, et Deutéron., XXH, 11). Porster {de 
Bysso antiquo, p. 63) conjecture avec raison qu'il faut 
chercher l'étymologie de ce nom dans l'ancien égyp- 
tien; il propose de l'expliquer par le mot composé 
îîieATCi, planta staminis, précédé de l'article masculin 
sing. ni. Hérodote nous apprend (liv. H, 37) que les 
Égyptiens portaient des vêtements de lin qu'ils te- 
naient toujours très-propres et lavaient souvent ; que 
leurs prêtres ne se seraient pas permis d'en porter 

d'autres. Les Arabes donnent au lin le nom de ^lif 
kettan), qui dérive probablement de la racine sémi- 
tique inusitée ^j^, |riD, couvrir, envelopper (comp. 



— i5i — 



DTO, abscondùtît) , d*où nân?, ï^jJlS, et le grec ^u-ttùv, 
tuntque^ habit de desêouê, 

La culture du lin était très-abondante et très-éten- 
due en Égjrpte , et la toile que Ton en fabriquait était 
une des branches les plus importantes du commerce 
de ce pays, à cause de la finesse et de la blancheur 
auxquelles on parvenait à amener ce tissu, et par Tha- 
bileté des ouvriers qui le travaillaient. 

Page 13, ligne 25. — Une filk qui portait le nom de 
Sdiek. 

ijL« est un mot qui appartient à la langue égyp- 
tienne et signifie beauté , en copte cai, CAie, caih, 
pukhritudo. 

Page 14, ligne 2. — Notre Père, 

Le texte porte i^j^^ {Albaniol)^ mot composé de 
^j:rî y ^" copte n«\MeicoT, Notre Père, et de l'article 
arabe Jl, le. 

Page 15, ligne 2 et 3. — Le fils de l'ancien commandant. 

Le texte porte f^M\ LJ^a)) ^;jt. Le mot LlS ne se 
rencontrant point dans les dictionnaires qu'il m'a été 
permis de consulter, ce n'est que par conjecture que 
je l'ai traduit par eomman(foyi^ L'article arabe J! dont il 
est précédé, semble, en effet, indiquer qu'il s'agit de 
quelque nom de fonction ou de dignité ; d'un autre 
c6té, la langue grecque, d'où peut-être ce nom est tiré, 
donne le mot x^^^«PX°^» chiliarque, chef de bataillon, 
tribun militaire, capitaine, commandant, dont LIS {kilia) 
est peut-être une abréviation ; dans ce cas, le mot 



— 152 — 

^Aii), dont il est suivi, ne signifierait plus antérieuTy 
précédant, ancien, comme je Tai traduit, mais le chef, 
tmiendant, le préposé général, et marquerait la dignité 
dont le personnage en question aurait été revêtu dans 
la ville d'Oschmounaïn. 

U est possible aussi que le mot L)i)t soit écrit fauti- 
vement au lieu de ^1 {aktla), et que Ton doive y re- 
connaître un nom propre , celui du père d'Agathon, 
qui se serait appelé Akîla ou Achilla, Ce nom rappelle, 
d'ailleurs, celui du gouverneur de la Thébaïde, qui se 
révolta contre Tempereur Dioclétien. 

Le manuscrit de la Bibliothèque nation, (fol. 207 v«) 
fournit cette autre leçon : 

« Agathon, fik de Khâliël le duc, a abandonné le 
temple des dieux, » D'après cette version , le mot 
Lis)! {alkalia) de notre texte, correspondant à 
JbU. {khâliël), serait le nom du père d'Agathon, et 
>A£[t signifierait le chef ou le général. Le sens de ce 

passage ainsi rétabli serait celui-ci : « Agathon, fils du 
commandant Alkalia, a abandonné le temple des dieux. » 

Page 15, ligne 4. — Pour embrasser le culte des dieux 
des Hébreux, etc. 
On lit dans le manuscrit de la Bibliothèque nation. : 

i< Et il a embrassé le culte du dieu des Hébreux, lequel a 
V noyé Pharaon dans la mer, etc. w 



Page 17, ligne 5. — Ton petit- fih s€t*a compté parmi 
les soixante-douze disciples. 

Saint Marc est mis au rang des soixante-douze dis- 
ciples par saint Épiphane dans son livre contre les 
hérésies (tome I, livre II). 

L*aateur anonyme de la vie de saint Marc, dont 
P. Kirstenius nous a donné des extraits , dit aussi que 
le saint évangéliste était du nombre des soixante-dix 
disciples : t J^Jiï ^ A ;,^t ^^*^j ' 

Dans VEncomium ou éloge de saint Marc composé 
par le diacre Procope, on lit : «Apostolico cœtui septua- 
« ginta discipuloi*um annumeratus fuit (B. Marcus), 
<i veluti splendida lux claris sidei*ibus adjuncta ab illo qui 
« eum vocaverat. » 

Voyez dans les Acta sanctorum (t. III, p. 350), Enco- 
mium, auctore P?*ocopio diacono, etc., ex mss. grœco- 
Vaticano. 

Page 17, ligne 13. — Tradition relative à l'adoration 
de Jésus-Christ par le lébakh, 

Yansleb, cité par Silvestre de Sacy dans les notes 
de sa traduction d'Abd'allatif (p. 67), mentionne cette 
singulière tradition dans son ouvrage intitulé : Nou- 
velle Relation de V Egypte : « On voit en Egypte , dit-il , 
diverses sortes d*arbres fort curieux qui ne se trouvent 
pas en Europe, entre autres le lebeca, dont les histoi- 
res coptes rapportent qu'il adora Notre-Seigneur, lors- 
qu'il arriva à Ischmouneïn , ville située dans TÉgypte 
du milieu , près de Mélavé , en tirant vers le nord. » 
La même tradition se lit dans Sozomène {;Hi%t, eccles., 



— 154 — 

t. I, lib. y, cap. âO, p. 10), qui nomme Tarbre ncpoCç, 
c'est-à-dire Perséa, et dans une homélie de Théophile, 
patriarche d'Alexandrie, qui se trouve dans un manus- 
crit de la Bibliothèque nationale (n* 143, p. 300). 

Si Ton désire avoir plus de détails sur cette tradi- 
tion , on peut consulter Gasaubon {Exercitat. XI , con- 
tra Baronium , n® XIY) , et Spanheim le père {Du6. 
EvangeUca, partis XI, dubium LX), Baronius (ad ann. 
Ghristi I, n* 46), et sur les autres miracles que les 
fausses traditions attribuent à Notre-Seigneur pendant 
son séjour en Egypte , t Évangile de la sainte Enfance, 
IJ^àU) J^'^t , publié par Henri Sike (texte et traduc- 
tion latine) en 1697. L'Église copte a consacré cette 
tradition de la venue de Jésus-Ghrist à Oschmounaïn 
par ses hymnes et ses fêtes , car elle chante ces pa- 
roles ; 

K6 rxp IjetI <t>AI G200V 

Aqi i^A. MipeunxHui 

JiqUOïïll M6UU)OT 

Q<t>pH*h norpcoui 



HAAIU OM AC|UO:iïll 
«\q2CU)p ëBO.\ QMIXA^I 

VyGU niUA ereuuAT. 

« C'est dans ces jours qu'il alla (Jésus-Ghrist) chez les 
« Egyptiens. Il habita avec eux comme un simple 



— 155 — 

« mortel. . . Ensuite il marcha jusques à la seconde 
« Schmoun , où il dispersa ses ennemis. » (Fragment 
d'un hymne copte, cité par Champollion dans son 
Egypte sous les Pharaons^ t. Il, p. 127.) 

Page 17 , ligne 17. — Tradition relative au séjour de 
la Sainte Vierge à OscAmounam et dans le Satd inférieur, 

Djelal eddin al-Soyouthy, dans son Histoire de TÉ- 
gypte et du Caire qui porte le titre : j^;— -a- v-^Ls-^ 
i^UJU W.A» jLâ.1 ^ ïj^laA] Beauté de la conversation 
qui a pour objet l'Egypte et le Caire, fait mention du 
séjour de la Vierge Marie à Oschmoun et dans la Thé- 
balde inférieure , en ces termes : « Suivant Caab al- 
Ahbar, dit-il, on voyait en Egypte, dans la partie basse 
du territoire d'Ahnas^ le palmier sous lequel Marie mit 
au monde Jésus-Christ; on y voyait aussi le lébakh 
sous lequel elle lui donna à teter près d'Oschmoun, et 
dont il sortit de l'huile. » L'auteur du Meracid al-itti- 
lâa dit en parlant d'Ahnas , ville du Saïd inférieur et 
capitale du canton de ce nom : « Ahnas, ville ancienne, 
bâtie sur la rive occidentale du Nil , non loin de Pos- 
tât, mais ruinée en grande partie. On raconte que le 
Messie y vint au monde , et que Marie y séjourna jus- 
qu'à ce que son fils fût devenu grand et qu'il partît 
pour la Syrie. » 11 n'est pas nécessaire de faire remar- 
quer la fausseté de la première partie de cette tradi- 
tion , qui repose sur une mauvaise interprétation d'un 
passage du Koran , fausseté qui a été d'ailleurs recon- 
nue par Soyouthy lui-même. 



— 156 — 

Page 21, ligne 8. — C'est elle qui donna naissance à 
Barnabe, 

D'après la généalogie établie par notre auteur, saint 
Barnabe, fils de Lévy, serait cousin au second degré 
de Jean Marc , puisque les aïeuls de Tun et de Taulre, 
savoir Jacob et Ibrahim, étaient frères germains. Cette 
parenté est consignée par saint Paul dans une de ses 
épîtres, où il dit: Salutat vos Aristarchus concaptivus 
mem, et Marcus consobrtnus Barnabae, de quo accepistù 
mandata, « Aristarque , qui est prisonnier avec moi, vous 
salue y aussi bien que Marc, cousin de Barnabe j au sujet 
duquel vous avez reçu des recommandations (Ad Colos- 
sensés Ëpist., cap. IV, 10). » Seulement on ignore le 
degré de cette parenté, et c*est mal à propos que notre 
auteur et plusieurs écrivains, soit anciens, soit mo- 
dernes, ont confondu le cousin de Barnabe avec saint 
Marc rÉvangéliste et le disciple de saint Pierre. Selon 
quelques-uns , le père de saint Marc s'appelait Aristo- 
bule et mourut à Jérusalem, où il s'était retiré; sa 
mère aurait été sœur de saint Barnabe et cousine de 
la femme de saint Pierre , auquel l'éducation de saint 
Marc fut confiée. En effet, d'après une tradition rap- 
portée par Sévère, évêque d'Oschmounaïn, et citée par 
l'abbé Renaudot {Historia Patriarcharum Alexandrie 
norum, p. 2), saint Marc, qui était né dans la Pen- 
tapole, avait pour père Aristol)ule , frère de saint Bar- 
nabe, et pour mère, Marie, sœur de saint Barnabe. 
Saint Pierre épousa la petite-fille d'Aristobule et de 
Barnabe. C'est en fréquentant la maison de saint 



— 157 — 

Pierre , que Marc apprit de lui les saintes Lettres et la 
foi chrétienne. Ayant mis en fuite parle nom de Jésus- 
Christ un lion et une lionne qu'il rencontra sur son 
chemin près du Jourdain, et chassé toutes les bêtes 
féroces de la montagne voisine, il convertit son père 
et son oncle qui avaient été témoins de ce miracle, et 
qui dès lors s'attachèrent à lui comme à leur maître. 

Page 22, ligne 16. — Setho? 

Le texte arabe qualifie ce personnage d'one/e mater* 
nel ( JLâ.) de Hannah ; mais il résulte de la version 
contenue dans le mss. de la Bibliothèque nationale, 
n* 237, du Catalogue syriaque, que le précepteur 
du jeune saint Marc était seulement parent par al> 
liance de celui-ci, puisqu'il est dit frère de la sœur de 
la femme de Lévy. Sethon ou Sabar, selon qu'il est 
appelé dans la version en question , n'était donc pas, 
à proprement parler, Yoncle maternel de Hannah, mais 
simplement son parent par alliance, comme j'ai cru 
devoir l'exprimer dans ma traduction. Voici, du reste, 
comment tout ce passage est rendu dans le manuscrit 
de la Bibliothèque nationale : 

* * ' - ^ U-^.^jf J^J k^' C^e' LT^IV 

LxLjl^ ^S-W ir'^^ji _5^' AÏjJI^ vJU».t j^l jbLa) 

« Lorsque saint Marc eut grandi et qu'il eut acquis 
« une taille un peu haute, sa mère le confia à Bar- 



— 158 — 

• 

« nabé, fils de sa sœur (belle-sœur), et Barnabe le mit 
« entre les mains de Sabar, fils de la sœur de sa mère 
« (mère de Barnabe), afin que ce dernier lui enseignât 
« l'art de récriture, etc. » 

Selon Tauteur de la vie de saint Marc (même ma- 
nuscrit et mss. arabe, ancien fonds, n° 139), Barnabe 
avait un frère du nom d'Aristobule , et ils résidaient 
tous les deux dans la Pentapole ; mais à la suite d'une 
persécution qui leur avait fait perdre tous leurs biens, 
ils émigrèrent en Palestine, où ils s'établirent dans les 
environs de Jérusalem. C'est là qu'Aristobule donna le 
jour à Jean, surnommé Marc, dont Téducation fut 
confiée à Simon Pierre, lequel devint plus tard le chef 
des Apôtres, et qui avait épousé la cousine d'Aristo- 
bule et de Barnabe. Tous ces renseignements, puisés 
dans les auteurs apocryphes des premiers siècles de 
l'Église, sont remplis d'obscurité et offrent des contra- 
dictions qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, 
de concilier entre elles. 

Quant au nom de S et hou ou Sel ho, que nous lisons 
dans notre texte , il y a toute apparence qu'il est écrit 
fautivement au lieu de r^^jj^— »!, Aristobuk, mais 
c'est bien ici le cas d'ajouter avec les chroniqueurs 
arabes, quand un fait les embarrasse ou leur paraît 

obscur: Jet «3J(^, au surplus. Dieu est le plus savant, 

il sait mieux que nous ce qu'il en est. 

Page 22, ligne 18. — Le grec, thébreu et le latin. 
Les deux mots que je traduis par grecque et Ae- 



-^ 159 — 

inuque sont horriblement défigurés dans le manus- 
crit. Le premier est écrit g-ftJ j . ? g r I j {aliamtou^ 

kkjf)^ et le second J^LjJt {alabareny). Je les ai 

rétablis d*après ce que nous apprennent d^autres 
auteurs, savoir que saint Marc connaissait trois lan- 
gues, la langue des Francs ou la latine, Thébralque et 
la grecque ; en conséquence, je lis ces trois mots de 

la manière suivante : "y^^J ^I/î*''-? J^^"^J^^ 

Dans la version de la même homélie par anba Atha- 
nasios, évêque de Nestéraweh (n® 237 du Catalogue 
des mss. orientaux, fonds syriaque, en carchouni), on 
lit (fol. 215) : 

f< Sabar enseigna à Marc les écritures hébraïque, gentile 
« (c'est-à-dire grecque) et romaine. » Gentile, ï^i^l, 
c'est-à-dire profane , païenne, du syriaque ^ai ^^ (ha- 
naph)y profanus, impius, apostata fuit, d'où le qualiflca* 
tif I - <fc • ^^ (hanfoîo), ethnicus, genttlis, et le substantif 
)2û«âJLftA {hanfauiho)^ gentilitas. Les chrétiens orien- 
taux donnaient le nom de gentils ou de profanes aux 
Grecs polythéistes ou idolâtres, et c'est aussi ainsi 
qu'ils qualifiaient la langue parlée par ces derniers. 
Dans ce sens, le mot îliJ^) ne présente aucune ana- 
logie avec l'arabe ^iLia., qui désigne un partisan de la 
secte hanéfite ou de Abou Hanifah, l'un des fonda^ 
teurs des quatre sectes orthodoxes musulmanes, à 
moins de faire dériver ce mot de l'arabe w^ft.'A , pen-' 
cher d'un côté plutôt que d'un autre, et avoir les pieds con^ 



— 160 — 

tournés, tortusy sens qui est loin de s'adapter à notre 
passage. Par écriture profane ou gentile il est évident 
qu'il faut entendre ici récriture ou la langue parlée 
par les Grecs, qui chez les Juifs et les chrétiens étaient 
désignés communément sous le nom de GentiU. 

Page 23 , lignes 2 , 3 et 4. — Saint Marc a emphyé 
dans son Évangile plusieurs expressions qui ne se ren- 
contrent point chez les autres évangélistes. 

Parmi ces expressions nous citerons les suivantes : 
1« KoSpivrnç (XII, 42), du latin quadrans; ce mot se lit 
également dans saint Matthieu (V, 26); 2® Ktv-cupCwv 
(XV, 39), centurio; et 3* SicexouXiTwp (VI, 27), du latin 
speculator ou spiculator, camifex, Julius Firmicus Ma- 
ternus emploie ce mot dans le sens de satellite, garde 
du corps. Dans Tacite (I, 31, et II, 11, 33) il signifie es- 
pion impérial. Je ne mentionnerai pas les mots À66a, 
^a66c, qui se rencontrent aussi chez les autres évangé- 
listes. 

Page 24, ligne 7. — Et sa mère Hannah reçut celui 
de Marie. 

Nous ne connaissons ce changement que par la lé- 
gende rapportée ici par notre auteur, car dans les 
Actes des Apôtres (XII, 12) la mère de Jean Marc n'est 
désignée par son nom qu'une seule fois , et ce nom 
est Marie. On ne sait aucune particularité de la vie de 
cette sainte femme , si ce n'est qu'elle avait à Jérusa- 
lem une maison où saint Pierre se réfugia après sa dé- 
livrance miraculeuse de la prison (Actes des Apôtres, 
XII, 5 et 6). On croit que les Apôtres s'y retirèrent 



— 161 — 

après Tascension du Sauveur et que c'est là qu'ils re- 
çurent le SaintrEsprit le jour de la Pentecôte (Alexandr. 
apud Surium XI jun.). Selon saint Épiphane, cette 
maison située sur le mont Sion échappa à la ruine de 
Jérusalem , et fut transformée en une église qui sub- 
sista pendant plusieurs siècles (Epiphan., dePonderibus 
etmensuns, cap. XIV; S. Cyrilli Cateck. XXI; S. Hie- 
ronimi Epistol. XXVII, et Lucian., de Inventione sanctt 
Stepham, cap. VllI et X). 

Page 27, ligne. 4. — Séduit par ces considérationsy il se 
leva et revint à Jérusalem auprès de sa mère. 

Cette défection ou plutôt ce découragement que 
rapporte ici la légende est un fait qui ne manque pas 
de vraisemblance et auquel fait sans doute allusion 
Fauteur des Actes, quand il dit : « Or Baimabé voulait 
prendre avec lui Jean surnommé Marc (son parent), mais 
Paul ne jugea pas à propos de le recevoir parce qu'il les 
avait quittés en Pamphylie et qu'il ne les avait pas accom- 
pagnés dans leur ministère.» (Actes des Apôtres, XV, 37 
et 38.) Il paraîtrait d'ailleurs que le fond du carac- 
tère de Jean Marc était la timidité et l'inconstance, 
car, selon une autre tradition citée par quelques Pères, 
il avait été du nombre des soixante-douze disciples et 
un de ceux qui se retirèrent de la compagnie du Sau- 
veur, lorsqu'il lui eut entendu dire ces mots : Si vous 
ne mangez la chair du fils de l'homme et vous ne buvez 
son sang, vous n'aurez point la vie en vous (Jean, VI, 55), 
mais qu'il fut ramené par saint Pierre, auquel il finit 
par s'attacher le reste de ses jours. Voyez Origène 

11 



— 162 — 

de recta in Deum fide; Dorothée m Synopn et Procope 
diacre, chez les Bollandistes, 25 avril. 

Page 28, ligne 11. — Le saint docteur dit que Bar- 
nabé était lévite et originaire de Cypre, 

Je crois qu^après ces mots k saint docteur, le nom 
propre de Fauteur dont il s'agit a été omis par le 
copiste, et que cet auteur n'est pas autre que saint 
Luc , car les paroles que Ton cite de lui se lisent en 
toutes lettres dans les Actes : « José (selon le texte 
grec) , surnommé par les Apôtres Barnabe. . . qui était 
lévite et originaire de Cypre. » iw^; 8è 6 iwixlT,8«U Bap- 
vàêaç Ô1CÔ twv AicoarrdXwv... ^.cutTifj; Kûwpioc tû yévct (lïpaÇ., 
8', 36). 

Page 28, lignes 15 et 16. — Dans le livre des Actes (at 
abraksis) saint Luc ajoute que Marc était cousin de Bar- 
nabe. 

C*est là une fausse indication, car le renseignement 
en question se lit dans Tépître de saint Paul aux Go- 
lossiens : Kal Mipxo; 6 àvetj/iôç BapviSa (IV, 10). Et Marc 
cousin de Barnabe, 

Page 28, lignes 17 et 18. — Mais saint Paul mentionne 
le frère de la mère de Mare comme étant le père de Bar- 
nabe. 

Ce frère que saint Paul ne désigne pas par son 
nom, était, selon notre auteur, Lévy, père de Barnabe, 
et fils d'Abraham, frère de Jacob. 

Page 29, ligne 10. — Son corps (celui de saint Bar- 
nabe) fut enseveli dans la ville de Cypre. 

On lit dans le Ménologe des Grecs, sous la rubrique 



— 163 - 

du II juin, que le corps de saint Barnabe fut enseveli 
par saint Marc et déposé dans une caverne, près de la 
ville où le saint en question avait souffert le martyre. 
On y ajoute que sous le règne de Tempereur Zenon on 
découvrit miraculeusement le tombeau de saint Barnabe 
dans les environs de Famagouste avec un exemplaire de 
révangile de saint Matthieu écrit en grec de la propre 
main de saint Barnabe et déposé sur sa poitrine. Cet 
exemplaire Uxi transporté à Constantinople et pres- 
sente à l'empereur, qui le reçut avec grande joie, et 
qui ordonna que chaque année, le vendredi saint {h t^ 
{uyi^iQ icxpouneeufi), on en ferait une lecture publique 
dans réglise. 

Pour la vie et les travaux de saint Barnabe, voyez 
dans les Actes des Apôtres les chap. v, 36 et 37; ix, 
22 et 24; xi, 22 et 25; xm, 50, 5i et 52; xrv. Au chapi- 
tre XV, 39, il est dit qu'ayant pris avec lui Marc, Barnabe 
s'embarqua pour aller en Cypre; c'est tout ce que nous 
savons de certain sur les derniers temps de sa carrière 
apostolique. Les nouveaux Grecs lui donnent un frère 
nommé Aristobule dont ils racontent force mer\'eilles. 
Ils prétendent que c'est de lui que parle saint Paul aux 
Romains : « Salutale eos qui sunt ex Arhtobuli domo (Ad 
Rom., XVI, H). » Voyez Dorothée, m Synopst Men.^ 
p. 392. On dit que saint Barnabe fut lapidé dans cette 
tle par les juifs de Salamine. Son tombeau ftit décou- 
vert sous le règne de l'empereur Zenon, en 488, par 
Antbémitos, évèque d'Amochôste (Famagouste), au 
pied d'un caroubier. On trouva déposé sur sa poitrine 



— 164 — 

révangile de saint Matthieu, écrit en grec de sa propre 
main , lequel fut porté à Gonstantinople, où il fut pré- 
senté à Tempereur (voy. le Synaxarion des Grecs pour 
le onze du mois de juin). On attribue au saint apôtre 
une lettre que quelques Pères des premiers siècles 
ont mise au rang des authentiques. On lui a égale- 
ment attribué un faux évangile, dont parie le pape Gé- 
lase dans son décret contre les livres apocryphes, mais 
qui est aujourd'hui perdu. 

Page 29, ligne 15. — C'est pendant ce temps-là que 
saint Pierre composa l'évangtle qui porte le nom de Marc, 

C'est à peu près dans les mêmes termes que s'ex- 
prime Eutychius , patriarche d'Alexandrie , dans sa 
chronique, quand il parie de cet évangile : 

trri;'^^' U^j LTjh <^^ j^ cXy'^r^ ^J 

: o^j* si' 
« C'est sous le règne de Néron César que Pierre, prince 
des apôtres , écrivit tévangile de Marc avec faide de 
Marc, en langue romaine, dans la ville de Borne y mais il 
fattribtm à Marc, » Tradition fort respectable, puis- 
qu'elle remonte jusqu'à TertuUien qui l'a consignée 
dans le IV* livre de son Traité contre Marcion. L'au- 
teur de la Synopse attribuée à saint Athanase ne s'é- 
loigne guère de cette opinion quand il dit que saint 
Marc écrivit son évangile sous la dictée de saint Pierre, 
pendant leur séjour à Rome. Selon quelques auteurs 
cités par saint Chrysostome (homél. I, tVi Matth., I, 5), 



— 165 — 

saint Marc aurait composé son évangile en Egypte et 
après la mort de saint Pierre. Mais l'opinion la plus 
commune est que saint Marc, qui avait accompagné 
saint Pierre à Rome, vers Tan 44, y écrivit son évan- 
gile, à la prière des fidèles qui lui avaient demandé de 
mettre par écrit ce qu'il avait appris de la bouche de 
saint Pierre, et que celui-ci, ayant approuvé cet évan- 
gile, le donna à lire dans les églises comme un ouvrage 
authentique et inspiré de Dieu. Voyez Clément d'A- 
lexandrie dans Eusèbe (Histoire ecclésiastique, livre II, 
ch. xv) ; saint Épiphane (hérésie LI) ; saint Grégoire 
de Nazîanze (carm. XXXIV et orat. XXV) et saint Jé- 
rôme de Viris illustribus, etc. 

On lit dans le martyrologe des Grecs Melchites de 
réglise d'Alexandrie, sous la rubrique du 25 avril : 

c Mémoire du combat de Marc Tapôtre qui prêcha le 
Christ, sous le règne de l'empereur César Tibère, dans 
toute l'Egypte, dans la Libye et parmi les barbares ap- 
partenant à la ville de Kairouan, et qui écrivit l'évan- 
gile qui porte son nom sous la dictée de Pierre, le plus 
grand des apôtres. » Selon Eusèbe et saint Jérôme, son 
traducteur, saint Marc aurait composé lui-môme l'é- 
vangile qui porte son nom , et saint Pierre, après en 



— 166 — 

avoir entendu la lecture, l'aurait approuvé et donné 
aux fidèles pour être lu publiquement dans les églises : 
Marcus, discipulus et interpres Petn\ juxta quod Petrum 
referentem audierat, rogatus Romx à fratrtbus, brevi 
scripsit evangelium. Quod, cum Petrus audîsset, probavit, 
et Ecclesus legendum sua aucton'tate edtdit, sicut Ckmens 
in sexto tTcoTUTccuoeuiv libro scribit et Papias Hierùpolitamis 
episcopus, 

m 

Selon l'opinion la plus reçue et la meilleure, cet 
évangile aurait été composé à Rome la 3° ou la 4* an- 
née du règne de Claude et douze ans environ après 
l'ascension du Sauveur. Voyez Baronius, tom. 1, anno 
Christi 45, §§ 29 et 30. Dans tous les cas, il faut ad- 
mettre que, dans la pensée du chroniqueur d'Alexan- 
drie, il ne peut être question que de la première année 
du règne de Néron , car c'est à la môme année qu'il 
rapporte le martyre de saint Marc à Alexandrie, et ce- 
lui de saint Pierre à Rome. 

Dans une Vie de saint Marc, qui se lit dans les Bol- 
landistes (t. III, p. 339), il est dit : « Conscripstt sanctmn 
Christi Evangelium à S. Petro apostolorum principe ipst 
dictatum. » 

D'après l'auteur anonyme do la vie de saint Marc, 
dont P. Kirstenius nous a donné des extraits, saint 
Marc aurait composé son évangile la quatrième année 
du règne de Claude, onze ans après l'ascension glo- 
rieuse de N.-S. Jésus-Christ : 



— 167 — 

L'on conserve dans le trésor de i^église de Saint- 
Marc à Venise un exemplaire manuscrit de révangile 
de cet apôtre , que Ton croit être roriginal écrit de sa 
propre main. Il est sur du papier de coton et non sur 
du papyrus d^Égypte, comme Tont pensé quelques sa- 
vants , mais il est tellement endommagé par le temps 
et par Thumidité du lieu où il est enfermé, qu'on ne 
peut plus en déchiffrer une seule lettre, et qu'on ne 
sait au juste s'il est écrit en latin ou en grec. Quant à 
son origine, on croit qu'il fut envoyé d'Aquilée à Ve- 
nise dans le seizième siècle et déposé dans l'un des ca- 
veaux de l'église de Saint-Marc (1564). Le P. de Mont- 
faucon, qui l'avait vu et examiné, pense qu'il est pour 
le plus tard du quatrième siècle. Avant cette époque, 
il était consené depuis près de trois cents ans dans la 
ville d'Aquilée , où l'on ignore comment et par qui il 
avait été apporté ; quoi qu'il en soit, vu l'état actuel du 
manuscrit , il n'est pas possible de décider s'il est vrai 
original ou simplement une copie faite dans les pre- 
miers siècles de l'Église. 

Bans son Histoire des Coptes Almacrizy dit en par- 
lant de saint Marc : « Parmi les soixante-dix disciples 
on compte Marc l'Évangéliste, qui auparavant se nom- 
mait Jean. Il entendait trois langues : la franque (le 
latin), l'hébraïque et la grecque. Étant allé à Rome où 
se trouvait Pierre, il demeura auprès de celui-ci et 
écrivit à ses côtés l'évangile en langue latine, douze ans 
après l'ascension du Christ. Il prêcha au peuple à 
Rome, en Egypte, en Nubie et en Abyssin ie. Il établit 



— 168 — 

Hananias évoque d'Alexandrie, puis il partit pour 
Barca. De son temps, les chrétiens se multiplièrent, et 
il fut mis à mort le second jour de la fête de Pâques, 
à Alexandrie. » Voy. Histoire des Coptes^ par Almacrizy, 
édition de Perd. Wiistenfeld, page 7 du texte arabe et 
page 22 de la version allemande. 

Page 29, avant-dernière ligne. — Or, par une comci- 
dence arrivée par la vohnié divine, les saints apôtres 
Pie7*re et Paul furent martyrisés à Rome le cinquième 
jour du mois d'Ebib, 

Le 5 du mois à'Ebib ou Epiphi du calendrier copte 
correspond au 29 juin de Tannée julienne . C'est, en 
effet, à cette date que dans les calendriers coptes édi- 
tés par Thomas Erpenius {Grammatic. arabic.^ libr. I, 
cap. 1, Leydae, 1613) et par J. Selden {de Synedriis ve- 
terum Hebrseorum, libr. III, p. 242. Amstelodami, 1679), 
est marquée la fôte ou le martyre de ces deux apôtres 
\J^Ji^ L/y^ oî.^. Ces calendriers sont d'accord sur 
ce point avec le martyrologe romain et le Synaxarion 
des Grecs. 

Page 30, ligne 5 et les suivantes. — En émigrant 
vers le Seigneur, les âmes des deux grands apôtres, Pierre 
et Paul^ etc. 

Suivant une tradition fort respectable et rapportée 
par les historiens ecclésiastiques, soit grecs, soit la- 
tins, rÉgypte aurait été évangélisée avant l'arrivée de 
saint Marc et le martyre des deux apôtres Pierre et 
Paul, par l'apôtre saint Simon avant sa mission dans, 
la Persç et la Mésopotamie, 



— 169 — 

On lit dans le bréviaire romain, sous la rubrique du 
â8 octobre : <c lUe (Simon GanansBus) jEgyptum evan^ 
gelica praedicatione peragravil. » 

Page 30, avant-dernière ligne. — Que son père était 
de race grecque. 

Dans le langage des premiers chrétiens on désignait 
souvent sous le nom de Grecs^ ÉXltiveç, en arabe ^^^ 
{Younân)y les personnes qui, nées dans le paganisme, 
persistaient dans le culte des idoles et ne voulaient pas 
embrasser la véritable religion. C'est dans ce sens que 
saint Paul a dit: « Non entm erubesco Evangelium; vir- 
tus enim Dei est omnî a'edentt\ Judxo primum et Grxeo 
(Ad Rom., I, i6),» et dans un autre endroit aquoniom 
et Judxi signa petunt et Graeci sapientiam quœrunt (I, ad 
Gorintb., I, 23). » Et puisque dans les textes que nous 
venons de citer il est question des Juifs, j'ajouterai 
que les Talmudistes et les rabbins ont une expression 
équivalente à celle que nous examinons , je veux dire 
le nom de goi ou de goïm ()ia D.^ia), gentils, qu'ils appli- 
quent souvent et non sans quelque ironie à ceux qui 
n'appartiennent pas à leur culte et à leur nation. 

Page 32, ligne 7. — Avant lm\ il est vrai, saint Paul 
avait paru dans Alexandrie, ou il avait prêché F Évangile. 

Cette particularité de la vie de saint Paul n'est pas 
consignée dans les Actes des Apôtres , ni dans aucune 
de ses épitrcs : elle est tirée probablement de quelque 
livre apocryphe, tel que celui qui était intitulé : la Pré- 
dication de saint Paul, ou celui des Voyages de saint Paul 
et de sainte Tècle, cité par Nicéphore {Histoire eccUsias- 



— i70 — 

tique f liv. II, chap. xxy) et composé par un prêtre 
d'Asie, qui, ayant été convaincu d'imposture, fiit dé- 
posé du sacerdoce par saint Jean (Tertul., libr. deBap- 
ttsmoj et Hieronym., de Vira illustrtbus in Paulo). 

Page 32, lignes 15, 46 et suiv. — lien fui de même 
de saint Pierre, etc. 

Ge que notre auteur rapporte de saint Pierre , qu'il 
aurait prêché à Alexandrie, a été puisé, selon toute ap- 
parence, dans quelqu'un des nombreux ouvrages apo- 
cryphes que l'on a attribués à cet apôtre et dont plu- 
sieurs Pères ont parlé, ou bien dans le Livre des Recogm- 
tions, ou des Voyages de saint Pien*e, que Ton a attribué 
faussement au pape saint Clément. On peut consulter 
à ce sujet Baronius, Tillemoni (Histoire ecclésiast.^ saint 
Pierre, articles 39 et 40), et Fabricius [Codices apocry- 
phi N, Testamenti, p. 374, 761, 800, 801 et suiv.). 

Page 32, ligne 21. — Clémetit, disciple de saint Pierre, 

Dans son épitre aux Corinthiens, l'un des plus beaux 
monuments de l'antiquité chrétienne, saint Clément 
parle du martyre des apôtres saint Pierre et saint Paul, 
mais il ne dit rien de la vie de saint Marc. Il est pos- 
sible que notre auteur fasse allusion à quelqu'un des 
ouvrages attribués faussement à saint Clément, tel, 
par exemple, que le livre des Récognitions ou des Voya- 
ges de saint Pierre, que nous venons de citer. 

Page ri du texte arabe et page 33 de la traduction 
française, lignes 6 et 7. 

(lisez jGI^I) ^^j^^ crJ^tel* LT-r-J?.^.- 
Ni de l'historien Josèphe, ni de Philon, écrivains juifs. 



— 171 - 

Le premier de ces noms se lit sans difBcullé (j^jr^jî 
{iousîbos) Eusëbe, ou ^jmjL*^^ {iouiebos) d'après le ma- 
nuscrit de la Bibliothèque nationale, transcription 
pure et simple du grec t(u(ni:co<;, tel que ce nom se trouve 
orthographié dans Thistorien Eusèbe {libr. de Vins 
îUustribus, cap. YIII). Il n'en est pas de même du se- 
cond qui est évidemment fautif, puisqu'il est écrit 
différemment dans les deux manuscrits, le nôtre et 
celui de la Bibliothèque nationale. 

Celui que nous publions porte, comme on voit : 
^^t^t^, et Abrâous, nom tout à fait inconnu dans 
rhistoire de la littérature hébraïque et orientale. A la 
place de ce mot on lit dans le manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale (fonds syriaque, n<» 237, fol. 223 v**) : 

et Abr. (Abraham), fils de Phalès {Phalas ou Pallas\ 
nom aussi obscur que le précédent, mais sous lequel 
se cache peut -être celui du célèbre philosophe juif 
Philon, car, après Thistorien Josèphe, je ne sache pas 
d'autre écrivain juif à qui à tort ou avec raison on ait 
attribué le mérite d'avoir parlé de Notre -Seigneur 
Jésus-Christ ou de ses apôtres. En effet , Philon a été 
mis au rang des auteurs ecclésiastiques par Eusèbe et, 
après lui, par saint Jérôme, son traducteur {lib7\ de 
Vins tllustrtbusy cap. VIII). Saint Épiphane {Contra 
kxreses, XXIX, p. 120) affirme aussi que Philon a 
donné le plan des anciens monastères que les chré- 
tiens avaient bâtis dans la Maréotide. Un hagiographc 
du moyen âge, Werner Rolewink, invoque le témoi- 



— i72 — 

gnage de Phiion à propos de la date du martyre de 
saint Marc. Dans un opuscule qui porte le titre de 
Fasdculus temporum, il s'exprime ainsi : « Beatî$$mu$ 
« Christi Evangelîsta Marcus martyrio coronaiur anno 
« Neronts primo, ut dicit Philo conlemporaneus ejus, 
u apud Alexandriam jEgypti, » (Voyez J. Seden, Euty- 
chii jEgyptiiy etc., Eccksix seu origines, p. 166, not. 3.) 
J*ai cherché dans la Vie des patriarches d'Alexandrie, par 
anba Sévère ibn-el-Mokaffée , s'il ne s'y rencontrerait 
point par hasard parmi les auteurs qu'il cite quelque 
nom juif se rapprochant de celui que nous lisons dans 
notre manuscrit à la page 192 : j'en ai trouvé trois 
écrits de cette manière : 

En suppléant quelques lettres et un certain nombre de 
points diacritiques qui font ici défaut, les deux pre- 
miers noms peuvent se lire ^.*^. ;. »»*^^ rr»V PhUémon 
et Josèphe. 

Quant au troisième, il offre, à la vérité, quelque 
ressemblance avec celui de notre manuscrit (j^^^yt^y 
mais la troisième lettre étant dénuée de points diacri- 
tiques, il nous est impossible d'en fixer la prononcia- 
tion, et ce rapprochement est loin de dissiper les om- 
bres et de nous aider à établir la véritable leçon. Je ne 
crains pas de l'avouer, c'est par pure conjecture que 
je me suis permis dans ma traduction de remplacer le 
mot Abraous, qui se lit dans mon manuscrit, par celui 
de Phiion. En tenant compte de l'opinion que je viens 
d'exposer et d'après laquelle ce philosophe, après 



— i73 — 

aToir embrassé le christianisme à Rome, à la voix de 
saint Pierre, aurait parlé dans ses ouvrages de saint 
Marc et des disciples de cet apôtre sous le nom de 
Thérapeutes (voy. Baronius ann. 64, p. 6, 1. 1, p. 296), 
j'espère que Ton me pardonnera la hardiesse de ma 
conjecture et qu'au mot barbare {j^j^^jf^ {abraous)^ 
Ton voudra bien avec moi substituer les deux mots : 
j^^jLi'^^, c'est-à-dire ni de Philon, que j*ai jugé à pro- 
pos de mettre dans ma traduction. 

Page 35 de la traduction, lignes 7 et 8. — Je ne suis 
pdint Marc le second. 

Marc second de nom, autrement dit le Jeune, fut le 
quarante-neuvième patriarche d'Alexandrie. Dans le 
Ckronicon orientale traduit en latin et publié par 
Abraham Ecchellensis (édition de Paris, 1651, p. 125), 
on trouve les détails suivants touchant les événements 
qui s'accomplirent sous le patriarcat de Marc le Jeune : 
« Ejus tempore Barbari, qui sunt incolœ Occidentis , di- 
« ruerunt monasteria vallis Habibi, et ea depopulati sunt, 
f< incensis ecclesiis et cellis, manseruntque quadraginta an^ 
(( nis absque monachis, aut incolis quibuscumque. Eodem 
c< quoque tempore rebelles quidam Alexandriam aliasque 
c( urbes expugnarunt, neces patrarunt , flammis dederunt 
« urbes ^ et eas depopulati sunt, ut prolixius in historiis 
« refertur; quapropter Alexandrie egressus Patriarcha et 
ce quinquennio absens fuit; vigesimâ autem secundd Bar- 
c( mudœ, die dominicâ defunctus est, » Après avoir occupé 
ce siège pendant vingt ans et soixante-dix jours, Marc le 
Jeune mourut vers Tan 211 de Thégire sous le khalifat 



— 174 — 

d'Aramin. « De son temps, dit Almakrizy, la discorde 
ayant éclaté entre Al*amin et Almamoun, les chrétiens 
d'Alexandrie eurent beaucoup à souffrir de la part des 
musulmans; leurs biens furent pillés, et la plupart de 
leurs établissements livrés aux flammes. On mit aussi 
le feu aux couvents de Wadi habib, après les avoir sac- 
cagés , en sorte qu'il n'y resta plus qu'un fort petit 
nombre de moines » (voy. Macrizis Geschichte der Cop- 
ten, texte et traduction par Ferd. Wûstenfeld, Gôt- 
tingen, i845, p. TP du texte et p. 58 de la traduction). 

Page 33, ligne 20 et suiv. — Quiconque met en doute 
la sincérité de tun de ces petits qui croient en moi, etc. 

Ce passage qui est tiré des Évangiles n'est pas tra- 
duit fidèlement, car les textes originaux portent : Ô; 

8' &v axav8a^(o^ 2va tc5v pitxpcjv TotiTa>v uiartudvTcav tU 2|<i 
X. T. X. (( Qui autem scandalizaverit unum de pusillis istis 
qui in me credunt, etc. » (Matth. XVIIl, 6; Marc, IX, 41 
et Luc, XVII, 2.) 

Dans un commentaire arabe de l'Évangile de saint 
Matthieu à l'usage des Coptes, ces mêmes paroles sont 
ainsi rendues : 

« Quiconque scandalise un de ces petits qui croient en 
moi, etc. » Ce que l'auteur de ce commentaire explique 
de cette manière : 



— i75 — 

« Par ces paroles il (Notre-Seigneur) a voulu intimider 
et menacer ceux qui calomnient les personnes qui prati* 
quent la vertu avec humilité et paisiblement, contre ceux 
quiy à la vue du progrès que les autres font dans la vertu ^ 
ne font que les mépriser davantage,» (Manuscrit arabe de 
ma collection.) 

Notre auteur s'est donc mépris sur le véritable sens 
de ce passage, car je n'oserai Taccuser d'avoir voulu 
l'altérer pour l'accommoder à sa pensée et le tourner 
perfidement contre un ignorant adversaire. Au lieu de 

lire ^J.1C * , scandalizavit, il a trouvé apparemment 

y.lXt0 dans l'exemplaire qu'il avait sous les yeux : or le 

verbe %jXi» à la première forme veut dire boiter, clo- 
cher, douter de, concevoir des doutes, mettre en suspicion, 
comme nous l'avons rendu dans notre traduction. 
Dans le langage chrétien, ce mot est aussi employé 
dans une autre acception, celle de scandale, scandaliser, 
qui semble dériver de celle de boiter, clocher, propre à 
la première forme. Le substantif ^JîXt» n'est pas indi- 
qué avec ce sens dans les dictionnaires ; et dans celui 

de Freytag, à la quatrième s^Câ*!, scandalum dédit, il 

faut ajouter la deuxième ^.îiC* qui est employée dans 
le même sens. 

Page 34, ligne 1 et suiv. — Lorsque notre saint père 
anba Jacob, patriarche d'Alexandrie , fut décédé, etc., les 

évèques s'assemblèrent dans cette ville afin de procéder* à 
la préconisation du bienheureux anba Siméon, 
On a vu dans notre préface qu'anba Jacob succéda 



— 176 — 

à anba Marc le Jeune et qu'il fut mis à sa place sur le 
trône patriarcal d'Alexandrie Tan 21 i de Thégire (826 
de J.-G.). Avant sa promotion à cette haute dignité, Ja- 
cob avait fait profession de la vie monastique dans le 
couvent de Saint-Macaire, situé dansrOuady-habib. Ce 
monastère ayant été dégradé et détruit par les Arabes 
d'Espagne qui s'étaient emparés d'Alexandrie et avaient 
mis tout à feu et à sang dans les environs de cette ville, 
notre moine s'était réfugié dans la Thébaîde. Puis, 
étant retourné au couvent de Saint-Macaire, il fut ar- 
raché au lieu de sa retraite et conduit à Alexandrie où 
il fut proclamé et sacré patriarche. Ennemi des ortho- 
doxes et partisans du concile de Chalcédoine, il se 
distingua par son zèle pour la propagation de sa secte 
et le rétablissement des églises et des couvents des 
jacobites. On lui attribue plusieurs miracles, et l'Église 
copte le considère comme un saint. Durant son ponti- 
ficat , il reçut à Alexandrie Denis , patriarche jacobite 
d'Antioche, qui avait accompagné le khalife Al-mamoun 
en Egypte ; les relations de communion qui avaient été 
interrompues à la suite des maux de la guerre et des 
dissensions qui avaient éclaté dans l'empire des Ab- 
bassides se trouvèrent dès lors rétablies entre les deux 
sièges. Il mourut le 14 de Méchir, après avoir siégé dix 
ans huit mois selon Al'macin et Al'macrizy, et dix-huit 
ans huit mois selon Abou'lbaracat, écrivain copte du 
XIV siècle. Il avait été ordonné l'an 211 de l'hégire 
(826 de J.-C), et il mourut l'an 2Si ou 222 (836 ou 837 
de J.-G.) la cinquième année du règne d'Almou'tacem 



— 177 — 

et Tan 553 de Tère des martyrs. (Yoy. Renaudot, His- 
toria patriarch, akxandr,, p. 266 et suiv.) 

Quant à anba Siméon, élevé à Alexandrie sous les 
yeux du patriarche Marc le Jeune, ensuite ordonné 
diacre par Jacob et faisant profession de la vie monas- 
tique, il remplaça celui-ci sur le siège patriarcal; mais 
son pontificat fut de très-courte durée , car il mourut 
cinq mois et seize jours après sa promotion, c'est-à- 
dire le 3 de Paophi. Selon quelques-uns il aurait siégé 
un an entier, et il aurait été ordonné le 13 décembre 
de Tan 836 de J.-G. Abourbaracat veut qu'il ait siégé 
sept ans et quatre mois, mais il est seul de son avis et 
son autorité en fait de chronologie n'est pas assez 
grande pour que nous adoptions son opinion. Le pon- 
tificat de Siméon fut paisible et tranquille, la ville 
d'Alexandrie ayant été délivrée de l'occupation des 
Andalous et des autres Arabes qui pendant les années 
précédentes avaient ravagé l'Egypte. 

Page 34, ligne 5. — Le mot que je traduis par 
proclamation j^S^ {Tekriz), vient de la racine jjS' {Ka- 
raz) prêcher, annoncer, proclamer^ mais dans le langage 
ecclésiastique, ce verbe mis à la deuxième forme est 
employé dans le sens de proclamer^ de reconnaître pu- 
bliquement l'autorité d'un dignitaire de l'Église, de 
lui conférer un titre ^ un honneur^ etc., il est l'équiva- 
lent du grec xt^pOdaci). Les auteurs ecclésiastiques em- 
ploient le mot cvOpdviojio; dans le même sens. Pour ce 
qui est des cérémonies qui précédaient ou accompa- 
gnaient l'intronisation , on peut consulter Yanzleb , 

i2 



— 178 — 

Histoire de CÉglise d'Akxandrie, IP section, chap. I, 
p. 162 et suiv. 

Page 34> ligne 8. — Or, la nuit qui précédait le di- 
manche. 

D*après les plus anciennes constitutions de TÉglise 
d'Alexandrie Télection et la consécration des évèques 
et du patriarche devaient se faire le dimanche : 

J\ ^-i] J îsi\J^\j ^j^\j s^^\ J ç^^ 

c( que tout le peuple, ainsi que tous les prêtres et tous 
les évêques, se réunissent le jour du dimanche, etc.». 

a Que l'évêque soit institué lejow* du dimanche , etc. i. 

yoy.EutychiuspatriarchaAkxandrinus vindicatus,etc., 
auctore Abrahamo Ecchelknsi, Maronitd è Libano. Ro- 
msD, 1662, p. 41 et 43. 

Page 34, lignes 9 et 10. ^ Je dormais dans la cham- 
bre patriarcale. 
Le mot que je traduis par chambre^ tJi {Killiyah), 

que Ton trouve aussi écrit h^ {Killàiah)^ n'est rien 
autre que le latin cella, chambre, cellule, loge, cabi- 
net, avec une terminaison arabe. Dans cette langue 
il désigne spécialement la cellule des moines, la cham- 
bre, le cabinet d'un évêque , d'un haut dignitaire de 
l'Église orientale. Il s'emploie aussi quelquefois dans 
le sens de bhambre ou cour, où se traitent et d'où s'ex- 
pédient les affaires ecclésiastiques, comme nous disons 
' la Chambre apostolique , et môme dans celui de palais 



— 179 — 

et de lieu de résidence épiscopale, car c'est de leur 
cellule Lis, que les prélats orientaux datent leurs letr 
très, leurs ordonnances et leurs mandements, comme 
nos évèques de leurs palais. Ce nom n*a pas passé di- 
rectement du latin dans Tarabe, mais il a été emprunté 
primitivement à la langue ecclésiastique des Syriens 
et des Chaldéens, qui récrivent MD'Sp et le prononcent 
selon Tun ou Tautre de ces dialectes Keliyotho ou Ae- 
liyatha. Quant à la situation de la chambre patriarcale 
de révèque d'Alexandrie, nous savons qu'elle était conti- 
gue àréglise dite de YAngéliony du côté oriental. Or l'An- 
gélion , appelé anciennement Ta6ouxd>.ou ou Ta6ouxo- 
^{ci>v, était situé à Test d'Alexandrie, et tirait son nom 
des pâturages que Ton voyait en cet endroit et qui 
étaient abandonnés à des bouviers. C'est dans cette 
localité que le corps de l'apôtre saint Marc, après avoir 
été traîné par les païens, avait été livré aux flammes. 
Timothée, patriarche de Constantinople, parle de l'An- 
gélion (Àyy£>.iov) comme d'un lieu situé dans la ville 
d'Alexandrie, et il donne à ceux qui y tenaient leurs 
assemblées le nom d'Angélites (ÀYYe>.ÎTat), par lequel il 
entendait sans doute désigner les Jacobites (Renaudot, 
Historia patn'archarum Alexandrinorum y p. 141 et 142). 
Sous le règne de l'empereur Justinien, qui avait exilé 
le patriarche jacobite Théodose , les partisans de ce- 
lui-ci, se voyant privés de leur pasteur et dépouillés 
de leurs églises qui avaient été rendues aux Melchites, 
bâtirent une nouvelle église sous le nom &Angélianon 
dans un autre endroit situé au couchant d'Alexandrie 



— 180 — 

et appelé Satvàry, c'est-à-dire ks piliers. Etienne Qua- 
tremëre assure que cet édifice portait également le nom 
de Sawâry et que c'est dans les alentours de cette 
église qu'était placée la fameuse colonne appelée par 
les Européens la Colonne de Pompée^ et par les Arabes 
Amoud el Sawâry (la colonne des piliers). Mais ce sa- 
vant me paraît commettre ici deux erreurs, car il con- 
fond le nom du quartier appelé Sawâry avec celui de 
rédiûce sacré nommé Angélion , puis il ne distingue 
pas V Angélion dont il est question dans la vie de Théo- 
dose, patriarche jacobite d'Alexandrie, d'avec Téglise 
du même nom bâtie primitivement sur le lieu même 
où saint Marc avait été martyrisé , et qui se trouvait 
dans la partie orientale de la ville d'Alexandrie, comme 
il le dit lui-même en citant les actes de saint Pierre 
martyr, tandis que le quartier de Sawâry était situé de 
l'autre côté de la ville, dans la partie occidentale. 

Page 34, ligne 18. — Une petite fenêtre. 

Le mot que je traduis par fenêtre^ o^> signifie en 
général un ouvrage cintré^ voûté, une arche^ une arcade, 
et, en particulier, une croisée, une fenêtre^ une ouver- 
ture cintrée f une lucaime. C'est un nom persan qui a 
passé dans la langue arabe : ^y^ e5*V^ ^«Ja)t^ dit 
l'auteur du livre intitulé : 

Castel, dans son dictionnaire persan, en donne les 
significations suivantes: JjLt, fenestra, testudo, conca- 
meratio, pergula pensilis, porticus. Dans le langage vul- 
gaire, JfLt (plur. ^Liut) signifie une lucarne. 



— 18i — 

Page 37, ' lignes 9 et iO. — Li lit où reposait k corps 
de saint Marc. 

Le mot que je traduis par /iï,^^t, signifie aussi 
un trâne, un bt^ancard destiné à transporter les morts, 
mais ici il correspond au grec 6(£>.a}^oc, qui est employé 
quelquefois par les auteurs ecclésiastiques pour dési- 
gner le lit de repos, le cercueil précieux ou plutôt la 
châsse qui renferme les reliques d'un saint. 

Page 37, ligne 8 et 9. — Dans la crypte sacrée. 

Cesi la traduction du mot ^^mJ^ULLU)!, Fatanaselis 
ou FatanaseléSy qui parait ici pour la première fois et que 
n'explique aucun dictionnaire, du moins à maçonnais- 
sance. Ce mot est, je crois, composé de deux éléments, 
l'un grec et l'autre égyptien. Selon moi, Fatané est le 
grec un peu altéré ^iTvti, crèche, et par extension, éta- 
ble, écurie. Mais c'est avec raison que le savant Ya- 
blonsky soupçonne que ce mot possède une significa- 
tion encore plus étendue, et que les auteurs grecs qui 
ont parlé de la religion des Égyptiens s'en sont serais 
quelquefois dans le sens de delubrum, thalamus, et du 
grec or,xdc, qui, outre le sens de stabulum, qui lui est 
commun avec (pd-rw), veut dire aussi œdicula vel sacel- 
lum, deo cuipiam dedicatum (Yablonsky, Panthéon jEgyp- 
tiac, libr. lY, cap. u, pag. 188). Le second composant 
nous est fourni sans difficulté par le copte dans le mot 
bien connu cah (correspondant au grec aop^^), loculus, 
area sepulcralis, feretrum. k\ns\ Fataneseles ou (t>ATMH- 
CAHC signifierait à la lettre sacellum ou xdicula loculi 
[la chapelle du cercueil ou de la châsse). Je crois que 



— 182 — 

cette chapelle est celle à laquelle Yansleb donne le 
nom d'église, et qui, selon lui, était appelée la GrotUy 
et oii reposait le corps de saint Marc dans une chisse 
(Histoire de V Église d'Alexandrie^ p. 168). Quant à l'his- 
toire de ces reliques, et en particulier de la t^te du 
saint évangéliste, voyez plus loin la note relative à la 
page 57. 

Page 39, ligne 5. — Barnabe y figuier fertile en fruits 
excellents et d'une saveur délicieuse^ etc. 

Mon manuscrit porte: *JaJi ^^jJJt w^JJ! ^LJill, 

c'est-à-dire fondement excellent et d'un goût déUeieux. 
Les deux mots ^L*-^l, *«la)! sont surmontés d'un pe- 
tit cercle qui indique sans doute que ce passage est 
fautif et corrompu. J'ai tâché de le corriger à l'aide du 
manuscrit de la Bibliothèque nationale qui offre cette 
variante : ï^Wl ^^1 ijsr* Aa,^ ; ^. IjLj;Jj, litt. et Bar- 
nabe, son ami, arbre aux figures douces, image orientale 
que semble réprouver la délicatesse de notre langue, et 
que j'ai cru devoir adoucir dans ma traduction. En 
combinant les deux leçons, j'ai établi ainsi le texte : 

: ^1 ôjjJJI jr^l w^LÎl ^\ iy^ LlJ^ jj^.J^'^ 

c'est-à-dire : Et saint Barnabe, figuier fertile en fruits 
excellents {à manger) et d'une saveur délicieuse. 

Dans ce passage , ainsi que dans celui qui précède, 
l'auteur fait probablement allusion à ce qui est dit de 
saint Paul et de saint Barnabe , son compagnon, dans 
les Actes des Apôtres (XIV, 10 et 11) : a Turbse autem, 
c qtium vidissent quod fecerat Paulus, levaverunt vocem 



— 183 — 

ff numiy lycaomeè dieentes : Dnrimiks faeti homintlms des- 
c( eenderunt ad nos. Et vocabant Bamabam Jovem, Paur 
hmi verô Mercurmm , quoniam tpse erai dux verbi. » 
Selon la tradition chrétienne, Barnabe était doué 
d'une figure grave et majestueuse qui inspirait la véné- 
ration et dont les yeux des spectateurs devaient aimer 
à se repaître, comme Ton aime à voir un beau fruit, à 
respirer son parfum et à jouir de sa saveur. 

Page 40, lignes 10 et 11. — Pour h province d'Egypte 
afin d'y prêcher t Évangile. . 

D*aprës le récit de notre auteur, saint Marc aurait 
reçu de la bouche même de Jésus-Christ Tordre d*aller 
prêcher la foi dans TÉgypte, où il fonda l'église d'A- 
lexandrie. Mais, sur ce point, il est en désaccord avec 
Tauteur arabe anonyme de la Vie de saint Marc, citée 
par Pierre Kirsten {Pétri Kirstenii WratisL PhiL et Med, 
D.f Vit» Evangelistarum quatuor : nuncprimum ex an- 
tiquisaimo Codice tnst^ arabico Cxsario erutx^ ad Rudol- 
phum Ily imperatorem, Breslau, 1606, p. 32 et suiv.). II 
y est dit positivement que cet apôtre fut fait patriarche 
d'Alexandrie par saint Pierre. Le même fait est con- 
'firaié par Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique (1. II, 
chap. xvi), par Théophylacte, par OEcumenius et par 
Métrophane, dans leur explication des épîtres aposto- 
liques. Eutychius ne dit rien de cette mission parti- 
culière, mais son silence s'explique par sa qualité 
d'auteur jacobite, et par conséquent peu favorable à la 
suprématie et aux traditions de l'Église romaine. 
Quant à l'assertion de notre légendaire, son autorité 



— 184 — 

s^efface devant les témoignages que nous venons de 
rapporter. , 

Page fv, ligne 6 du texte arabe, et page 40, ligne 19. 
— Sur ks deux îles de Cypre et de Crète. 

On lit dans mon manuscrit '^jlj \^T?y Comme je 
ne connais aucune province du nom d*A6/idA, dans une 
note que j'ai insérée à la suite du texte arabe, j*ai émis 
Topinion que ce mot était écrit ici fautivement pour 
^jliaj^l, nom qui se lit dans le manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale, et qui semble venir naturellement 
après celui de Tîle de Cypre. Mais, après un examen 
pli^ attentif de la forme de ce mot, il me semble que 
Ton pourrait adopter aussi une autre leçon, celle de 
ilj^, Libye, car dans tous les textes des anciens con- 
ciles, où il est question de la juridiction des patriarches 
d'Alexandrie , la Libye est comptée parmi les provin- 
ces qui relevaient de ce patriarcat. C'est le concile de 
Nicée qui le premier a fixé retendue et les limites de 
cette juridiction. « Mos antiquus perduret, dit le VI* ca- 
« non de ce concile, m jEgypto, Lybia et Pentapoh) ut 
« Akxandn'nus episcopus korum omnium haheat poteita- 
a iem. » Toutes les versions orientales des canons de 
ce concile sont conformes , quant au fond , au texte 
que nous venons de citer; seule Tédition éthiopienne 
ajoute aux provinces ci-dessus mentionnées la Nubie 
et rÉthiopie , addition qui a dû être insérée après le 
concile de Nicéc et la conversion de ces deux pays par 
saint Frumence et par les autres missionnaires envoyés 
par le patriarche d'Alexandrie. On voit aussi que, dans 



- 185 — 

ce YI* canon, il n*est pas, non plus, question de TAfri- 
qne proconsulaire , ni de la Numidie , ni de la Mauri- 
tanie, mais seulement de la Pentapole (la Cyrénaîque) 
ou Barcahy selon l'explication de la version arabe 
d'Alexandrie : ÎJ*j J^ù\ ^J^^^Ualj. Il est certain que 
TAfriqut; proconsulaire, ainsi que la Numidie et les 
Mauritanies n'ont jamais relevé du patriarcat d'A- 
lexandrie, mais qu'elles étaient sous la juridiction 
du primat de Carthage. Quant à Tile de Cypre, elle 
a toujours été comprise dans le patriarcat d*An- 
tioche. 

Page 41, ligne 28. — Dans la ville d'Aboumah. 

Selon notre légendaire , la première ville d'Afrique 
qui fut évangélisée par saint Marc fut Abouniah, ou 
Iboumah, dont nous avons précédemment cherché la 
position géographique , et que nous avons cru pouvoir 
identifier avec Hippo-Regius. Mais, si nous ajoutons 
foi à des témoignages plus autorisés que celui de no- 
tre auteur, les pas de TApôtre ne se seraient pas por- 
tés aussi loin vers l'Occident. Il aurait commencé sa 
mission par la Libye et par la ville de Cyrène, dans la 
Marmarique ; ensuite , après être retourné à Alexan- 
drie et y avoir établi une église avec un patriarche, 
avec des prêtres et des diacres, il serait revenu en 
Afrique; mais cette fois il aurait poussé sa mission 
jusqu'à Barca , dans la Pentapole , où il aurait placé 
des évêques , des prêtres et des diacres , et fondé, par 
conséquent, plusieurs églises et plusieurs sièges. C'est 
ce qui est constaté par l'ancien martyrologe des Mel- 



^ 186 — 

chites de Téglise d*Alexandrie , sous la rabrique du 
25 avril , fête de saint Marc : 

«Il s'arrêta quelque temps dans la ville de Gyrëne, 
qui est Kaïrouan; ensuite il s'en alla à Alexandrie, 
qui est près du Phare, et de là il partit pour Barca, où 
il opéra un grand nombre de miracles , orna les 
églises du Christ, et où il établit des évèques et des 
prêtres inférieurs à ces derniers. » 

Les mêmes faits sont attestés par une foule d'au - 
teurs ecclésiastiques, dont les témoignages ont été re- 
cueillis par Abraham Ecchellensis dans son savant ou- 
vrage EutychiuspatriarchaAlexandrintÂS vtndicaius, etc., 
pag. 111, 112, 113 et 114. — Dans la vie de saint Marc 
citée et publiée en partie par P. Kirstenius, on lit : 



— 18T — 

« Lorsque saint Pierre eut créé saint Marc patriar- 
n che d'Alexandrie, de TÉgypte et de ses provinces, 
(t des cinq villes (la Pentapole), savoir : Barcah, Zaw!- 
ce lah , Usula , Âugila et Santariah , de TÂfrique , de 

a FAbyssinie et de la Nubie, etc L'arrivée de 

c( saint Marc à Alexandrie eut lieu la septième année 
f< du règne de Claude : c'est là qu'il prêcha d'abord le 
« saint Évangile. De là il se rendait dans la Pentapole, 
i( puis il revenait à Alexandrie. Mais à son dernier re- 
« tour dans cette ville, pendant la fête dû Pâques, les 
a idolâtres se jetèrent sur lui, etc. » 

D'après Sévère Ibn-al-Mokaffée, évèque d'Oschmou- 
naîn, les cinq villes de la Pentapole étaient :Ii^, Bar- 
cah, j!^, Ferran, j'j)^l, Kairouan, w^^l j^^t^, 
Tripoli de Barbarie ^ et t2JL)jJ], Ifrikiàh, (Mss. de la 
Bibl. nation., ancien fonds arabe, n* 139, 1. 1, p. 6.) 

Du temps de Pline, la Pentapole ou Cyrénalque 
proprement dite comprenait les cinq villes suivantes : 
1® Cyrène; â<* Ptolémais, qui avait pris la place de l'an- 
cienne Barcé; 3* Arsinoé, l'ancienne Teuchira; 4® Bé- 
rénice ^ l'ancienne Hespérida; et 5® Apollonias, qui ser* 
vait de port à la ville de Cyrène. 

Page 40. — La ville d'Ifrikiah. 

Selon une tradition rapportée par Ibn-Khaldoun et 
par la plupart des historiens arabes , Afrikous ou Ifri- 
kous, fils d'Abraha, roi de l'Yémen, ayant pénétré 
dans les contrées occidentales du temps de Josué et 
en ayant fait la conquête, y bâtit une ville qui fut ap- 
pelée de son nom Ifrikiàh et devint le siège du non- 



— 188 — 

veau gouvernement. Ce nom, d*abord restreint à cette 
ville , fût , dans la suite des temps , appliqué au reste 
de la contrée et servit à désigner toutes les terres qui 
s'étendent de Tripoli de Barbarie, du côté du Levant, 
jusqu'à Bougie, et, selon quelques-uns, jusqu'à la ville 
de Mélianah , du côté du couchant. (Voyez le Méraçtd, 
édition de JuynboU et Gaal, pag. 11.) 

Selon les historiens ecclésiastiques les plus autori- 
sés, la première cité d'Afrique évangélisée par saint 
Marc fut Cyrène , capitale de la Pentapole ; mais il est 
évident que, dans la pensée de notre auteur, cette ville 
n*est pas la même que celle qu'il désigne par le nom 
à'Ifrikiah, puisque plus loin et dans un autre pas- 
sage, il distingue fort bien ces deux villes, en donnant 
à l'une le nom d'ffrtktah, et à l'autre celui de Cyrène 
(Ljj^ *^.*^)- H est donc probable, comme nous l'a- 
vons affirmé, que, sous le nom de Ifrikiah, notre 
auteur a voulu désigner la ville de Barca, et peut-être 
même Carthage , car, selon Suidas, Africa était l'un 
des noms qu'on appliqua d'abord à la banlieue de 
cette ville, puis successivement à la Zeugitane, à la 
Mauritanie orientale, et finalement à tout le continent 
africain. 

Page 43, ligne 9. — L'archange Michel. 

L'Église d'Alexandrie a toujours considéré et vé- 
néré le glorieux archange saint Michel comme son pa- 
tron et son ange tutélaire. Elle célèbre sa fête deux 
fois l'an, le 12 de Hatour (8 novembre) et le 12 de 
Béounéh (6 mai). D'après le récit d'Almacrizy, dans 



— 189 — 

son Histoire des Coptes, ce fut le patriarche Alexandre 
qui le premier établit la fête de saint Michel dans Té- 
glise d*Alexandrie. « Il y avait dans cette ville , dit cet 
historien , un temple consacré à Saturne (Sérapis) , et 
dans ce temple une idole d'airain que le peuple venait 
adorer tous les ans et honorer par de nombreuses vic- 
times : la fête de ce faux dieu se célébrait le 18 deHa- 
tour. Le patriarche, ayant entrepris d'abolir ce culte et 
de détruire Tidole, vit d'abord échouer son projet par 
la résistance de la multitude ; il eut alors recours à un 
moyen plus adroit, et fit comme s'il voulait consentir 
à ce culte, en attendant que la fête fût proche. Ce jour 
étant arrivé, il assembla le peuple, et tint un discours 
par lequel il démontra la vanité du culte des idoles et 
engagea les auditeurs à y renoncer pour toujours et à 
consacrer cette fête à l'honneur de saint Michel ar- 
change, en leur disant que cet esprit bienheureux leur 
servirait d'intercesseur auprès de Dieu, et que cela 
leur serait plus avantageux que de célébrer une fête 
en l'honneur d'une idole ; que de cette manière l'on 
pourrait continuer à fêter ce jour comme par le passé 
et à oiTrir des sacrifices dans le temple. Le peuple ap- 
plaudit à ce conseil, et tous furent d'avis avec lui que 
l'on devait briser l'idole. Alexandre se mit alors en de- 
voir de la détruire et de la brûler, et il fit de ce tem- 
ple une église chrétienne sous le nom de Saint-Michel. 
Cette église resta debout à Alexandrie jusqu'à l'arrivée 
des troupes de l'imam Moezzledin-Allah, fils de Temym- 
Moedd, lors qu'elles envahirent le pays l'an 358 de l'hé- 



— 190 — 

• gire (970-71). Eutychius, qui écrivait près de cinq cents 
ans avant Almacrizy, et que probablement celui-ci n*a 
guère fait que copier sans le citer, rapporte le fait ci- 
dessus, mais il ajoute cette particularité , que des dé- 
bris de ridole de Saturne le patriarche fit faire une 
croix, et que le temple en question fut appelé ZitLâ^t, 
la basilique, traduction du mot grec ^aoCXeiov. 

J'ignore si l'église dont il vient d'être question n'est 
pas la même que celle qui, selon le récit du même 
Almacrizy, fut incendiée le 3 de SchawaI , l'an 300 de 
l'hégire , et qui était connue sous le nom d'église de la 
Résurrection (alkiamak), (da même, dit cet historien, 
qui avait été un temple de Saturne et avait fait partie 
des édifices bâtis par la reine Qéopâtre. » 
Page 43, ligne 23. — Jusqu'à la ville d'/frikiah. 
Il s'agit probablement de la ville de Barcah, que les 
auteurs arabes désignent assez souvent sous le nom 
très-commun d'ffrikiah. Barcah fut, selon la tradition, 
la première ville d'Afrique qui fut évangélisée par l'a- 
pôtre saint Marc et vit se former dans ses murs une 
communauté chrétienne. Eutychius, dans sa Chroni- 
que, nomme formellement la ville de Barcah comme 
ayant été la première le théâtre des prédications de 
notre saint : 

« Saint Marc l'Évangéliste partit pour la ville de Barcah 
pour inviter les hortimes à croire au Christ, fils de Dieu. » 



- 191 — 

Barcah, la Ptolémais des géographes grecs, était une 
des cinq villes de la Pentapole. Les Arabes désignent 
aussi sous ce nom la contrée qui s'étend sur la côte 
de la Méditerranée depuis le territoire d'Alexandrie 
jusqu'à Ylfrikiah ou ancienne Afrique proconsulaire. 

Page 46 , ligne 5 et suiv. — « vous qui fûtes avec 
f€ Jean, t apôtre pur et sans tache, le saint évangéliste, 
« hrsque ks flots de la mer se soulevèrent pour fenglou- 
tt tir, et quil resta quarante jours et quam^ante nuits dans 
« le sein de la mer sans perdre un seul cheveu de sa tête, 
c< ayez pitié de moi, etc. » 

Cette légende se lit dans un manuscrit arabe car- 
chouni de la Bibliothèque nationale, n. 237 du cata- 
logue des manuscrits syriaques, intitulé : 

J:^^^ s^-^J U'^ ^y. ^^' W LTi^' ^^ 
^^^P— jj sJ! A-A z<^ s^ji\ ^\ JWt lift ^ JLajJIj 

Il wl^l 

« Combat du saint Apôtre, le bienheureux Jean, fils de 
« Zébédée, tévangéliste, et sa translation de ce monde 
« vers le Seigneur, le tout écrit par saint Prochore, 
« parent de saint Etienne, martyr, et le chef des dia- 
« cres, etc. » Elle se trouve au fol. 154 et dans les sui- 
vants. La voici en abrégé : 

Après l'ascension du Sauveur, les apôtres s'étant 
partagé les diverses parties du monde pour y aller 
prêcher l'Évangile , l'Asie ou plutôt la ville d'Éphèse 
échut à saint Jean , le disciple bien-aimé de Jésus- 



e 



— 192 — 

Christ. Il accepta non sans peine cette mission, pré- 
voyant les dangers et les obstacles qu'elle devait ren- 
contrer. Prochore, Tun des soixante-douze disciples, 
lui fut donné pour compagnon. Étant arrivés à Japha, 
ils prirent place dans un navire qui allait partir pour 
TAfrique. Alors saint Jean dit à Prochore : « Il y aura 
pour moi sur cette mer un grand danger et une grande 
angoisse. J'ignore si je périrai ou si je dois survivre, 
car Dieu ne m*a rien révélé à ce sujet. Si tu échappes 
au péril , tu iras en Asie, et tu te rendras dans la ville 
d'Éphèse; là, tu m'attendras l'espace de deux mois. Si 
je viens te retrouver après ces deux mois, nous ac- 
complirons ensemble les devoirs de notre ministère ; 
mais si , après ce temps , tu ne me vois point arriver, 
tu reprendras le chemin de Jérusalem, et tu iras voir 
Jacques, le frère du Seigneur, lequel te dira ce que tu 
auras à faire. » Ainsi parla Jean; on était alors à la 
dixième heure du jour. Bientôt après, une furieuse 
tempête s'étant élevée, et s'étant prolongée jusqu'à la 
troisième heure de la nuit suivante, le navire finit par 
être brisé et par couler à fond. Les hommes qui avaient 
eu la précaution de s'attacher à une planche se sau- 
vèrent ainsi, et à la sixième heure de la nuit ils furent 
jetés par les flots sur la plage, près de Séleucie, à 
quinze farsakh environ du territoire d'Antioche; le 
nombre des hommes qui avaient pu se sauver du nau- 
frage et de la mort fut de quarante. « Pendant sept 
heures, dit Prochore, nous restâmes étendus sur le ri- 
vage de la mer, sans pouvoir parler les uns avec les 



— 193 — 

autres, tellement la faim, la crainte et la fatigue nous 
avaient exténués et abattus. Lorsque les forces nous 
furent revenues , les naufragés se mirent à m*accabler 
d*injures, en me disant que mon compagnon était un 
sorcier ; que c'était lui qui, par ses maléfices, avait été 
cause de la perte du navire, et qu'il s'était enfui en 
emportant les richesses qui s'y trouvaient. « Tu nous 
livreras cet homme, ajoutèrent-ils, ou bien nous te li- 
vrerons toi-même au gouverneur de la ville afin qu'il 
te fasse mourir. Tous ceux qui se trouvaient sur le na- 
vire sont ici présents, excepté ton compagnon. » Les 
habitants de la ville, ajoutant foi aux propos menson- 
gers de ces hommes , s'ameutèrent contre moi et me 
jetèrent en prison. Deux jours après, je fus tiré de là 
et conduit sur une grande place, où siégeaient les 
chefs de la ville , qui m'accueillirent de la manière la 
plus indigne. Ils me dirent : f( D'où es-tu? de quel 
pays viens-tu? quelle est ta profession? comment t'ap- 
pelles-tu? Pais-nous connaître la vérité, avant que 
nous procédions à ton châtiment. » Je leur répondis : 
« Je suis un chrétien de la terre de Judée. Je me nomme 
Prochore. J^ai eu le malheur de faire naufrage, comme 
cette troupe d'hommes que voilà; me voici présent, 
comme ils le sont tous. » Les archontes me répliquè- 
rent : <c Comment se fait-il donc que tous les passagers 
soient sauvés, excepté ton compagnon? La vérité est, 
comme le disent ces hommes-là, que vous êtes tous 
les deux sorciers , et que, par maléfices , il est arrivé 
au navire le malheur dont tu conviens toi-même. Vous 

13 



— 194 — 

êtes vraiment des malfaiteurs , et vous êtes coupables 
de plusieurs homicides. Ton compagnon, la mer en a 
fait justice en Tengloutissant ; mais toi, après avoir 
survécu au naufrage, tu subiras les conséquences de 
ton méfait, et à Theure même tu vas être exterminé. » 
Après ce discours , ils cherchèrent à m*épouvanter et 
à m*inspirer de la terreur. Ils me dirent : f( Fais-nous 
connaître où se trouve ton compagnon. » Je me mis à 
pleurer et à verser un torrent de larmes , puis je leur 
dis : « Je vous ai déjà fait savoir que je suis le disciple 
d'un apôtre de Jésus-Christ. Gomme mon maître avait 
eu pour mission de se rendre dans la province d'Asie, 
nous nous sommes mis en route, et lorsque nous 
avons été sur mer, mon maître, après m'avoir instruit 
de tout ce qui devait nous arriver, m'a recommandé 
de me rendre dans la ville d'Éphèse et de l'attendre 
là un certain nombre de jours, en me disant que si, 
ce temps accompli, il ne me voyait pas arriver, je de- 
vais retourner dans ma patrie. Mon maître n'est nul- 
lement sorcier, ni moi non plus, mais nous sommes 
chrétiens, et notre religion est parfaitement connue 
de tout le monde. » 

Or, il y avait en ce moment dans l'assemblée un 
homme attaché à la cour du roi et appelé Silvanus, 
qui avait été envoyé d'Antioche pour recueillir l'ar- 
gent des impôts. Ayant entendu tout ce que je venais 
de dire, il ordonna aux magistrats de me laisser con- 
tinuer ma route , ordre auquel ils se conformèrent. 
Après quarante jours de marche, j'arrivai enfin en 



— 195 — 

Asie , et j*entrai dans une vaste plaine qui s*étendait 
le long de la mer. M'étant assis sur un rocher qui do- 
minait la mer, je me mis à me reposer de ma fatigue 
et de mes peines. Après avoir pris quelques moments 
de sommeil, ayant ouvert les yeux, j'aperçus dans la 
mer des vagues énormes qui se précipitaient vers le 
rivage et d'où émergea tout à coup mon maître saint 
Jean. Â sa vue, je me levai précipitamment de ma 
place pour lui donner la main et Taider à se tirer de 
là. Cependant je n'étais pas bien sûr d'avoir devant 
moi saint Jean. Je m'approchai donc de lui et lui ten- 
dis la main pour le tirer vers moi , mais il me devança 
et sortit de la mer sans mon aide. N'ayant plus de 
doute sur son identité et tout transporté de joie, je 
sautai à son cou et nous pleurâmes ensemble : nous 
rendîmes grâces à Dieu de ce qu'il avait bien voulu 
nous réunir l'un à l'autre, et, en particulier, de ce 
qu'il avait fait pour le sauver. Âpres cela, mon maître 
me raconta qu'il était resté quarante jours et quarante 
nuits dans le sein de la mer, et, de mon côté, je lui fis 
le récit de tout ce qui m'était arrivé. Dë^ lors je ne le 
quittai plus, et nous étant mis tous deux en route, 
nous atteignîmes les limites de ce territoire , qui est 
connu sous le nom de Marmarouan, et où nous ren- 
contrâmes un village. Nous demandâmes à manger, et 
l'on nous apporta du pain et de l'eau. Après avoir pris 
notre réfection et fortifié nos cœurs, nous dirigeâmes 
nos pas vers Éphèse. Étant entrés dans cette ville, 
nous nous installâmes dans un endroit appelé le Théà' 



— 196 — 

tre d'Artémis ou Diane, et situé à rentrée de la ville. 
Or, il y avait en cet endroit un établissement de bains, 
appartenant au gouverneur de la ville , qui avait nom 
Dioscore, etc. » 

On peut comparer cette histoire avec ce qui se lit 
dans la « Maxima bibUotheca Veterum Patrum » , t. Il , 
p. 46 et suiv., et numéro 232, 7% i, du Catalogue des 
manuscrits orientaux, fonds syriaque, publié par Tad- 
ministration de la Bibliothèque nationale. 

Page 45, ligne 7. — Vous qui fûtes avec saint Jean, 
lorsque les flots de la mer se soulevèrent, etc. 

Cette particularité de la vie du saint apôtre est tirée, 
selon toute apparence , de quelqu'un des écrits apo- 
cryphes qu'on lui a supposés , tels que le Livre de ses 
Voyages, ou celui de ses Actes, livres cités par saint 
Athanase , dans sa Synapse^ par saint Épiphane {Hxre- 
sis XLVII) , et par saint Augustin {de Fide, cap. rv et 
XXX vui). Dans ces derniers temps, on a retrouvé Tun 
de ces écrits traduit du syriaque en arabe, et intitulé : 

Récit de tassomption de la mère de Dieu par t apôtre Jean, 
Il a été publié en Allemagne avec une version latine 
et une savante préface par Maximilien Enger, en 1854, 
mais il ne contient naturellement aucun détail sur la 
vie de cet apôtre , ni , par conséquent, aucune donnée 
sur le fait légendaire auquel notre auteur fait allusion. 

Page 46, ligne 3. — Et aussitôt il se fit un grand calme. 

Ce récit rappelle involontairement le fait miracu- 



— 197 ~ 

leux qui est raconté dans Tévangile de saint Matthieu 
(YIII, â4 et suiv.), et dont notre légende a tout Tair 
d'être une imitation ou un pastiche. 

Page 48, ligne 16. — Or, il y avait dam la ville un 
prince du nom d'Aliniis, 

Dans la version d'Âthanasios, ce personnage est ap- 
pelé Djaloun {^^)> En combinant les deux leçons, 
je serais tenté de croire qu'elles sont toutes les deux 
corrompues, et que la véritable et primitive était 
r^^LwJ[o, Julianus, nom commun chez les Ro- 
mains. 

Page 50, ligne 1. — Sa chair était devenue aussi blan- 
che, aussi vermeille que celle d'un enfant qui vient d'être 
mis au monde. 

. Ces paroles rappellent ce qui est dit de Naaman le 
lépreux au IV* livre des Rois, chap. v. 

Page 51, lign. 8 et 9. — Ce qui eut lieu le i\ du mois 
de Toubéh^ fête du glorieux baptême du Sauveur. 

La fête du baptême ou immersion (/^LLjLJt) de 
Notre-Seigneur est comptée parmi les plus grandes 
solennités de TÉglise copte. £lle est marquée dans 
son calendrier, selon que le dit notre auteur, au 11 
du mois de Tôbi ou Tybi, correspondant au 6 de notre 
mois de janvier, c'est-à-dire à notre fête de l'Epi- 
phanie. 

Page 51, ligne 15. — Ensuite il donna la consécration 
épiscopale au prince Alinus. 

Le verbe arabe que je rends par sacrer, est ^%^, qui 
dans le style ecclésiastique , est employé dans le sens 



— 198 — 

particulier de sacrer, ordonner, conférer les ordres sa- 
crés. Dans le passage en question, cette expression est 
répétée deux fois, à l'occasion de ce qui est dit des fils 
d*Alinus, dont Tun fut ordonné prêtre et l'autre diacre. 
L'on peut voir, à propos du verbe m^ et de sa signifi- 
cation dans le langage liturgique , les explications dé- 
veloppées par le savant maronite Abraham Ecchellensis, 
dans son Eutychius, patrtarcha Alexandrinus, vindicaius 
et suis restilutus Orientalibus (RomsB, 1661), ouvrage 
plein d'érudition et de citations grecques, chaldaïques, 
syriaques, arabes, sous le poids desquelles Fauteur 
écrase son adversaire, qui avait cru trouver dans Tau- 
torité de l'historien Eutychius la confirmation de l'er- 
reur des Presbytériens. 

Page 53, ligne 34. — Une courroie de sa chaussure 
vint à se rompre. 

Le texte porte èj\yA.jJL «ha-îli. Le patriarche Eu- 
tychius , qui , dans sa Chronique , rapporte le même 
fait, se sert de ces autres expressions dont le sens est 
plus précis : iLJ ««tJ^ «JaLit <^t, voilà que la courroie de 

sa chaussw*e, ou plutôt de sa semelle, se rompit. Le mot 
>L«Miu signifie proprement la lanière fixée à la semelle, 
et qui passe entre les doigts pour rejoindre les cour- 
roies à l'aide desquelles la semelle est maintenue sous 
les pieds. 

Page 52, lignes 26 et 27. — Que va-t-il donc m'arri" 
ver aujourd'hui à la suite de cette mésaventure? 
Je ne suis pas sûr d'avoir bien saisi le sens de ce 



— 199 — 
passage. Le texte arabe porte : 9» ^ ^^^ Jm^ U 

A la lettre : « Qaid fieripotest ut accidat ex hoc casu ho^ 
die? » Que peut-il en être de cette mésaventure qui 
m'arrive aujourd'hui ? Ou bien : Qui sait ce qu'il peut 
m'arriver aujourd'hui à la suite de cette mésaventure? 
Le manuscrit de la Bibliothèque nationale présente 
une leçon notablement différente. La voici : 

« Voilà la mésaventure qui rnatTive aujourd'hui. » 

Dans la version latine du Ckronicon orientale, par 
Abraham Bcchellensis , ce passage est ainsi rendu : 
c< Domine mi, facilem et planam redde viam meam , » et 
dans la version revue et corrigée du même texte par 
Joseph Simon Assemani (édition de Venise) , le même 
passage est ainsi traduit : « Nunc cognovi Dominum iter 
« meum direxisse. » Sens tout à fait étranger à notre 
texte. 

Dans la vie de saint Marc publiée par les BoUandis- 
tes, on met ces paroles dans la bouche de cet évangé- 
liste : « Vere nunc iter meum expeditum est. » 

Après une divergence aussi considérable dans les 
textes et dans les versions, il serait difficile de déter- 
miner quelles furent les véritables paroles que le saint 
apôtre prononça dans cette circonstance. 

Page 53, ligne 21 . — Or, le savetier avait nom Anianus, 

Eutychius et d'autres historiens l'appellent Hana- 
nias, LiLâk. 



— 200 — 

Ibidem^ ligne 24. — //se perça k doigt avec talène. 
On lit dans le texte : jlcI LiuiJb jju^I s-.-aJLîL 

^7 • • • ^ 

■« 

ï^*^!. Le mot Ijclo m'est tout à fait inconnu; je crois 
qu'il est écrit fautivement pour Ui;*!, qui se lit dans 

Ëutychius et qui signifie, comme S^l, aiguille^ alêne. 

Page 53, ligne 25. — Dieu unique/ s'écria-t-iL 

Cette exclamation n'est pas rapportée de la même ma- 
nière par les divers auteurs qui ontparlé de saint Marc. 

L'historien arabe Georges Homaidy Elmakin, dont 
le savant Erpenius nous a donné le texte et la traduc- 
tion latine, fait dire à Anianus : i^\ b ^jJ) pardon^ 6 
Dieu! Anba Athanasios, dans sa version arabe, lui met 
dans la bouche ces paroles grecques : ^y jt L/*y} 
Âyio(; 6 Bedç , c'est-à-dire , Dieu saint ! Mais la véritable 
leçon doit être : El<; 6 Bedç, Dieu unique! puisque notre 
auteur les traduit par i^\ JLa^tpt, qui offrent le même 
sens. 

Cette leçon est confirmée par ce qui est dit dans 
une vie de saint Marc publiée par les Bollandistes 
{Acta sanctorum, t. III, p. 240), que le savetier s'écria : 
unus Deusl ce qui est la traduction exacte du grec £1; 
6 0eô; et de l'arabe «\)! «Xai-IJI. La version latine de ce 
passage par Abraham Ecchellensis dans le Chnmicon 
orientale d'Ibn-el-Ràheb donne le même sens : « Tune 
dixit sutor : Unus est Deus, » 

Dans le manuscrit arabe de la Bibliothèque natio- 
nale, ancien fonds, n^ 139, t. I, p. 17, on lit égale- 
ment ^jLï ipi', c'est-à-dire Elç ôedç, un seul Dieu, 



— 201 — 

Page 56, ligne 15. 

Le texte dit seulement : Lt saint apôtre, ayant connu 
par une révélation divine, ordonna, etc. 

11 est évident que la phrase n'est pas entière, et qu'il 
y manque le complément du verbe conncutre. Dans ma 
traduction , j'ai suppléé les mots : leur projet criminel, 
conformément à la leçon fournie par le manuscrit de 
la Bibliolhèque nationale, qui, après 9-;^^^* par t Es- 
prit, ajoute : i»»Xi »^^, la malice de leur pensée. 

Page 56, ligne 19. — Ayant sacré patriarche Anianus, 
et ordonné prêtres les enfants de celui-ci, qui étaient en 
petit nombre, dinsi que onze diacides, pour le service de 
rÉglise, etc. 

Selon Eutychius , saint Marc ordonna , outre le pa- 
triarche Hananias, douze prêtres. Il n*est nullement 
question dans cet auteur de l'ordination des diacres ; 
il se contente de dire qu'avec Hananias le saint apôtre 
établit dans l'Église d'Alexandrie douze prêtres pour 
assister le patriarche dans son ministère : 

L'institution de ce nombre de prêtres est confir- 
mée par le témoignage de Georges Elmakin. Mais un 
autre historien arabe, Ibn-el-Raheb , traduit en latin 
par le savant maronite Abraham Ecchellensis (Paris, 
1651), parlant des premiers ministres de l'Église 
d'Alexandrie ordonnés par saint Marc, ne s'accorde ni 



— «02 — 

avec Eutychius, ni avec Georges Elmakin, car voici ce 
qu'il dit : 

« Le nombre de ceux qui croyaient en Jésus-Christ 
s'étant accru , il (saint Marc) ordonna trois prêtres et 
sept diacres; après quoi il se retira d'auprès d'eux. » 
Sur ce point il est d'accord avec l'auteur de la Vie des 
patriarches d'Alexandrie, Sévère Ibn-al-Mocaffée , évo- 
que jacobite d'Oschmounaïn et contemporain d'Euty- 
chius ; on peut lire ses paroles dans Y Eutychius vindi- 
catm du savant Abraham Ecchellensis, qui le cite avec 
le plus grand éloge (pag. 112). Quoi qu'il en soit du 
nombre plus ou moins grand des ministres établis à 
Alexandrie par le saint fondateur de cette Église pa- 
triarcale, il résulte des divers témoignages que nous 
venons de citer que , dès son berceau , elle avait un 
évêque, des prêtres et des diacres, ainsi que tout le 
personnel qui constitue la hiérarchie ecclésiastique 
conformément à la constitution fondée par les apôtres 
et par Jésus-Christ lui-même. 

L'ancien auteur anonyme de la Vie de saint Marc 
donne les noms des trois prêtres ordonnés par le saint 
apôtre ; il les appelle Melius, Sabinus et Cerdon. 

Chez les Bollandistes il est dit : « S. Marcus instituit 
« Anianum episcopum et très presbyteros , id est Me- 
« lium, Sabinum et Cerdonem, et septem diaconos, et 
« alios undecim ad ecclesiasticum ministerium perti- 
« nentes, et Pentapolim pergit. » 



— 203 — 

Anianus a été mis au mng des saints ; Ton célèbre 
sa mémoire le 25 avril, le jour même de la fête de 
saint Marc. 

On lit dans le martyrologe romain : « Akxandnas 
« âS. Amam episcopt) qui beati Marci discipulus, ejusque 
« in episcopatu successor, clarits virtutibus quievit in Do- 
« mino, » 

D'après Eusèbe {-ÉTw/oire de t Église, livre III, ch. xrv), 
Anianus aurait siégé vingt-deux ans, et serait mort la 
quatrième année durègne deTempereur Domitien. Mais 
l'auteur du Chronicon orientale ne donne que dix-huit 
ans et deux cent seize jours au pontificat d'Anianus. 
Selon lui, Anianus serait mort le 20 du mois de ha- 
tour, ou i6 novembre. 

Page 56, lignes 23 et 24. — // se mit en route pour la 
Pentapole afin d'y aller confirmer dans la foi les frères 
qui avaient cru en Jésus-Christ, Il demeura deux ans dans 
cette contrée, etc. 

EutychiuSy qui passe sous silence la première mis- 
sion de saint Marc dans la Pentapole, se contente de 
dire que le saint apôtre, après avoir ordonné Hananias 
patriarche d'Alexandrie , s'embarqua pour la ville de 
Barca où il prêcha la foi du Christ, fils de Dieu : 

Mais le récit de notre auteur, qui admet deux voya- 
ges dans la Lybie et la Pentapole, est plus générale- 
ment admis et plus conforme au témoignage des au- 



— 204 — 

très hagiographes. On lit dans le martyrologe de TÉglise 
melchite d'Alexandrie , sous la rubrique du 25 avril : 

M 

J-**" cr^j c) W J*' tr* f^lî *ï^^j.r^ 

,*Vj^ ^j i.^L.1 j-t' ^'j ^s-*i' ori"^ t^jJ '^ 

« Mémoire du combat du saint apôtre et évangéliste 
Marc qui prêcha la foi chrétienne dam toute la contrée de 
VÉgyptCf de la Lyhie et chez les barbares établis à Aisî- 
rouan. Après avoir séjourné quelque temps dans la ville 
de Cyrène ou Katrewan, il partit pour Alexandrie, située 
près du Phare, et de là il se rendit à Barca, Il opéra un 
grand nombre de miracles, orna les églises du Christ, 
établissant des évêques et des prêtres qui sont d'un rang 
inférieur. » 

Cette tradition est confirmée par le témoignage de 
Sévère dans le premier tome de ses vies des patriar- 
ches d'Alexandrie : 



— 205 — 

n Saint Marc, ayant appris leur mauvais dessein (des 
païens), ordonna Ananius évéque d'Alexandrie, ainsi que 
trois prêtres et sept diacres, établissant ces onze ministres 
pour servir et confirmer les frères qui avaient embrassé la 
foi. Ensuite il les quitta pour se rendre dans la Pentapole, 
où il séjourna deux ans, préchant l'Évangile, sacrant des 
évéques et ordonnant des prêtres et des diacres dans toutes 
les provinces de cette contrée, » 

On lit dans Tauteur latin anonyme de la vie de saint 
Marc : « Pentapolim pergit , et ordinans episcopos per 
regiones illas et clericos iterum Alexandriam venit, » 

Orderic Vital d'Utique, dans son Histoire ecclésiasti- 
que (livre II), écrit ce qui suit : « Deinde Pentapolim 
pergit, et ibidem duobus annis degit, atque fratres, qui 
anteà iUic crediderant, confirmavit : episcopos per regio- 
nes illas et clericos ordinavit, » 

Enfin Nicéphore Gallixte (livre II, chap. 43) a réuni 
dans quelques paroles tout ce que la tradition avait 
transmis touchant l'apostolat de saint Marc dans TÉ- 
gypte et dans les contrées voisines : « Is enim, dit-il, 
Pelri sororis filius, imperante Tibet*io, ^gypto et Lybix 
Barbarixque universse, Christi verbum evangelizans annun- 
ciavit, Evangelium suum dictante atque comprobante Petro, 
scripsit ; apud Cyrenxos et Pentepolitanos quamplurima 
admiranda fecit, ecclesias construxit ; cletnim et episcopos 
atque alia insuper, quœ opus erant, rite et o/dine con- 
stituit. » 

A tous ces témoignages, qui ont été recueillis par 
Abraham Ecchellensis dans son Eutychius vindicatm 



— 206 — 

(pag. 113 et 114), on pourrait joindre celui de Notker 
dans son Martyrologe sous la rubrique du 25 avril, 
celui d'AIfric de Cantorbéry dans ses Vies des Seunis, et 
celui de plusieurs autres auteurs ecclésiastiques. Je 
terminerai ces citations par ces paroles qui me sem- 
blent résumer toute la tradition ecclésiastique sur ce 
point, et qui sont extraites d'un ancien Synaxarton 
grec manuscrit, possédé autrefois par les Jésuites de 
Glermont : 

« Ô iraveOipY) {lo; àicd<7ToXo(; Màpxo; icàTi^ rri AlyiJicTf;» xal 
AiSOy) xal Mapjiapixfi xal nevTandXei xarà toù^ ^pdvouç Tt- 
6epCou KaCaapo; tôv Xpiorou ^.dyov dvexv^puÇe, — itavro^oG 
6au|jLaToupYO)v xal ^àcTou Xpi<7ToO Exx^Y)o{ac xaTaxoa[iiâv ^ei- 
poTovCai; èTCiffx6icci)v xal tc5v XoïK&y xXY)pixu)v. 

« Le très-célèbre apôtre Marc prêcha la parole du 
Christ sous le règne de Tibère César dans toute f étendue 
de V Egypte, dans la Lybie, la Marmarique et la Penta- 
pôle, opérant partout des mif'acles et ornant les églises 
par des ordinations d'évêques et d'autres clercs. » 

Quant aux villes de Barca et de Kaïrewan dont il est 
fait mention dans le texte et dans les passages que 
nous venons de citer, je dirai, en peu de mots, ce que 
les écrivains nous apprennent touchant ces deux loca- 
lités. 

Barca est Tancienne Bàpxt), Barcé ou Ptolémats des 
Grecs et des Latins. Elle était située , selon Ptolémée, 
à huit milles géographiques de Cyrène et habitée en 
grande partie par des familles libyennes. Elle était com- 
prise dans la Pentapole et spécialement dans la Cyré- 



— 207 — 

naique. Lorsque les Ptolémées se furent emparés de 
cette partie de l'Afrique, le port de Barcé, qui élait dis- 
tant de la cité d'environ deux milles vers Touest, fut 
érigé en ville sous le nom de Ptolémats, et Barcé sub- 
sista à titre de bourgade libyenne, sans être comptée 

• 

au nombre des cinq villes de la Pentapole, honneur 
réservé k^Ptolémaïs. Selon le géographe arabe Edrissy. 
Barca était à vingt et une journées ou cinq cent cin- 
quante milles* géographiques à l'ouest d'Alexandrie. 
Sous le règne de Constantin le Grand, elle avait pour 
évoque Zéphyrin, dont le nom figure parmi ceux qui 
souscrivirent au premier concile œcuménique de 
Nicée. Sous l'empereur Arcadius, l'Église de Barcé 
était gouvernée par Synésius , qui a laissé après lui 
plusieurs écrits très-estimés, dont le P. Petau nous a 
donné une édition avec une traduction latine et des 
notes très-savantes, en 1633. Sous le rapport spirituel 
Barcé relevait du patriarcat d'Alexandrie, qui a tou- 
jours été regardée comme la métropole de la Penta- 
pole. Le célèbre géographe arabe Ibn-Haukal, qui flo- 
rissait dans la seconde moitié du quatrième siècle de 
l'hégire, nous dépeint Barca comme une ville consi- 
dérable et très-importante pour son commerce et le 
nombre des voyageurs qui y affluaient pour se rendre 
de là à Kaïrewan ( jj'jytrft")' G®^^® dernière cité, qu'il 
ne faut pas confondre avec Cyrène (îI:j^^ Ljljx»), 
avait été bâtie au commencement de la domination 
musulmane, par le fameux conquérant de l'Afrique, 
Okbah ben Nâfle, l'an 55 de l'hégire, sur l'emplacement 



— 208 — 

de Fancien Vtciis Augusti de la table de Peutinger, selon 
ropinion assez probable du voyageur anglais Shaw et 
de Mannert {Géographie ancienne des États barbaresquesj 
p. 106 de la traduction). C'est de Kaîrewan, devenue 
le boulevard de la puissance arabe dans le nord de 
r Afrique , que les musulmans dirigèrent leurs pre- 
mières expéditions militaires contre les parties occi- 
dentales de cette contrée et plus tard contre la Sicile 
elle-même. Du temps d'Edrissy, il ne subsistait de sa 
première grandeur que des ruines, et elle était tombée 
au rang d'un bourg pauvre et misérable. Cependant 
nous voyons que plus tard elle reprit une partie de 
son ancienne importance. Elle possède encore aujour- 
d'hui une fort belle mosquée et elle est considérée 
comme une cité sainte et inviolable. Sa population est 
d'environ douze mille âmes. On peut lire d^ns le Voyage 
archéohgique dans la régence de Tunis, par M. Victor 
Guérin (Paris, 1862, t. II, p. 325 et suiv.), une descrip- * 
tion complète de cette ville célèbre, que ce savant 
voyageur a eu le courage et le privilège de \îsiter dans 
ces derniers temps. Quant à Cyrène, qui a donné son 
nom à la Cyrénaîque, elle était la capitale et la cité la 
plus importante de la Pentapole avant l'invasion mu- 
sulmane. Fondée la troisième année de la XXXIP 
olympiade (Hérodote, liv. IV) par une colonie grecque 
venue de l'île de Théra, elle se rendit célèbre par son 
école philosophique , par les savants auxquels elle 
donna le jour et par le luxe de ses nombreux habi- 
tants. — Nous savons que les Cyrénéens envoyèrent 



— «09 — 

des présents et leur soumission à Alexandre, quand 
celui-ci se rendit au temple de Jupiter -Âmmon. Au 
temps des Macchabées la ville de Gyrène comptait un 
grand nombre de Juifs parmi ses habitants (I Macchab. 
XY, 23, et Josèphe contre Apion, n, 4). Au commence- 
ment de Tère vulgaire, il y avait à Jérusalem une sy- 
nagogue des Juifs de Gyrène (Actes, II, 10 ; YI, 9), et 
nous voyons figurer dans les Évangiles un homme de 
Gyrène, nommé Simon, que Ton contraignit de porter 
la croix du Sauveur lorsque celui-K^i était conduit au 
suppUce (Matth., XXVII, 32; Marc, XV, âl, et Luc, 
XXin, 26). 

Nous lisons dans les Actes des Apôtres (XIII, i) qu*il 
y avait dans TÉglise d'Antioche des prophètes et des 
docteurs, entre autres Lucius de Gyrèno, qui avait reçu 
Tordination épiscopale. 

La ville de Gyrène fut saccagée par les premiers con- 
quérants arabes de l'Afrique occidentale, et aujourd'hui 
elle n'offre guère aux yeux du voyageur qu'un amas de 
ruines que les Arabes nomades de la contrée appellent 
Grennéy altération primitive de son nom Kupdva ou 

Page 58, ligne 37. — Tirons ce vieux bouc sauvage de 
la demeure des vaches. 

Le mot que je traduis par vieux bouc sauvage est 

J:udl, qui, d'après Freytag, signifie caper montanus, 
annosus, oryx antiiopum species, cujus genus ir*^^ t y^ 
(l'antilope bubale) appellatur ; mais dans le Sihah 

14 



— 210 — 

d'Aldjauhary (édition du Caire), il est expliqué J2JJI 
Jp4l, vieux bélier sauvage ou argali. Quoi qu'il en soit 
du sens précis attaché à cette expression, il est clair 
que les païens , en l'employant pour outrager le bien- 
heureux martyr, ont voulu faire allusion au nom que 
portait le quartier où ils Tavaient surpris au milieu 
des nouveaux fidèles, car ce lieu, qui était situé près 
de la mer, était appelé le quartier du Bouvier (toO ^ou- 
x6>.ou). Dans la suite des temps, lorsque le christia- 
nisme cessa d'être persécuté, Ton construisit dans ce 
quartier une magnifique église, oh Ton venait tous les 
ans célébrer la fête du saint fondateur de TÉglise 
d'Alexandrie. Le lieu en question changea alors de 
nom^ et prit celui de TàroO TaOpou, lequartier du taureau. 

Page 60, ligne 23. — C'est ainsi que se termina le bon 
combat du saint apôtre, le lundi béni, dernier jour du 
mois de Barmoudéh. 

Selon Eutychius, qui avance de sept années le mar- 
tyre de saint Marc, cela arriva la première année du 
règne de Néron, et, selon l'auteur anonyme arabe de 
la vie de saint Marc publiée avec une traduction latine 
par P. Kirstenius, la quatorzième du règne de l'empe- 
reur Claude, qui fut aussi la première de celui de 
Néron; mais tous les hagiographes après Eusèbe, saint 
Jérôme, Nicéphore et tous les martyrologes s'accor- 
dent à rapporter ce martyre à la huitième année du 
règne de Néron et à la soixante-huitième de l'ère vul- 
gaire. Quant au jour même du martyre, c'est-à-dire le 
dernier jour de Barmoudéh, qui était un lundi, le len- 



— 211 — 

demain de Pâques, il correspondait dans Tannée fixe 
du calendrier égyptien, alors en usage, au VU* des 
kalendes de mai, c'est-à-dire au 25 avril de Tannée 
Julienne , jour où les Grecs et )es Latins célèbrent la 
fête de saint Marc. 

Notre auteur, qui parle si longuement des mérites et 
des vertus du saint apôtre dont il s'est fait le panégy- 
riste , a oublié de nous dire un mot des qualités phy- 
siques et de Textérieur de son héros ; nous allons 
suppléer à son silence par le portrait suivant que nous 
lisons dans un recueil des vies des saints de toute Tan- 
née, intitulé : ZuvaÇapC^TY^; tûv ScoSexa [jlt^vûv toO IviaucoO, 

par Mavrikios , diacre de la grande église de Gonstan- 
tinople, et traduit du grec ancien en grec moderne 
par le moine Nicodémos Âgioreitos (Venise, 1819, 
t. n, pag. 306 et 307) : 

Karà 8e tôv ^apaxTvJpa toO 9c6|jLaT0C toiouto; "^tov 6 6eto( 
O'JTOC EùoYyc^i^;* Aèv ifjTOv iC3).là ô^nq^d^ xoil \t^x^àç, o5tc 
:ci>.iv icoX^à }(ap.v)>.ô; xsl xovtôc, àXkà, (la^l yÀ t6 [lérpiov 
{liyeOoc âotdAit^cv aÙTÔv xal V^ è«av6oCaa XfuxdnQÇ tûv )i.x^- 
\iu^ Tou. H ji'^nr) tou i^tov )i.sxpà xsl laia, xal ^^i xovt^ xal 
^cXaTcia, âore éico'j va 8eC;^vY) tô icp6aci)it(Sv tou a>aàv xo^oS^v. 
Ta df pùStd TOI) Iveuov tU tô lau, t6 yivcuSv tou i^tov 8aau xal 
}iaxpô, V) xeça^T) tou ifjTOv (palaxpt), xal Td XP^H'^ ^^^ ''^P^" 
fféicou TOU -^Tov âptota ouY^xpa[JLévov. EI^c ^^ <^ Àff^aTo).oc 
ouaicdOctav «oX).if|v tU toù^ Scojiévou;, xal t6 fOxoAO{A{>.r,TOv 
«pôç Toùç auTÔv àvrajJLtJVOvTaç , &^t ditoû at dptTal T^lç '^'U^'^lç 
TOU dvTélaj&icav [li Tà{ fuatxi; ^^piTa; toO 9(il>[AaT^< tou. 

« Quant à la forme de son corpê^ k saint évangéliête était 



— 2i2 — 

telque nous allons le dépeindre : il n était pas trop grande m 
très-haut détaille^ ni, non plus,trop petit et trop courte mais 
de grandeur moyenne. Ses cheveux, qui étaient d'une blan- 
cheur éclatante, l'ornaient comme d'une parure. Son nezy 
loin d'être court et large y était, au contraire , long et droit, 
en sorte que l'ensemble de la figure était, pour ainsi dire, 
taillé au ciseau. Ses sourcils étaient tournés en dedans et 
arqués; il avait la barbe longue et épaisse, la tète chauve 
et la couleur de son visage très-heureusement mélangée. 
Le saint apôtre était animé d'une grande commisération 
envers ceux qui s'adressaient à lui pour quelque besoin, ti 
d'une douce familiarité avec ceux qui t abordaient, en 
sorte que les vertus de son âme s'harmonisaient parfaile- 
ment avec les grâces naturelles de son corps. » 

Ce portrait, qui est traditionnel dans TÉglise orien- 
tale, a toujours servi de règle et de modèle aux icono- 
graphes byzantins, qui dans la représentation des 
saints obsen^ent avec scrupule et uniformément les 
données de l'antiquité et ne suivent pas les fantaisies 
de leur imagination comme nos peintres et nos ar- 
tistes latins. 

A la fin de la pièce hagiographique publiée par les 
Boilandistes {Acta sanctorum, t. III, p. 349) et portant 
le titre de : Apostolatus Alexandrinus, martyrium. Ex XII 
Mss. latinis et grœcis^ saint Marc est peint sous les traits 
suivants : « Longo naso, subducto supercilio, pulcher ocu- 
a lis, recalvaster, prolixa barba, velox, habitudinis op- 
« timx, xtatis mediae, (canis) aspersus, affectione conti* 
« nens , plenus Dei gratia* » 



— 213 — 

Page 62, ligne 5 et 6. — Église des glorieux marlt^'s, 
Abou-Kyr et Jean, 

D'après le ménologe des Grecs, Abou-Kyr ou saint 
Cyr et saint Jean , son compagnon , reçurent la cou- 
ronne du martyre sous Tempereur Dioctétien, Tan 292. 
Le premier avait vu le jour à Alexandrie, et le second 
était originaire de la ville d'Édesse, en Mésopotamie. 
Unis par les liens d'une sainte amitié, ils pratiquaient 
tous les deux gratuitement Tart de la médecine : c'est 
pourquoi dans les martyrologes et dans les offices de 
l'Église grecque ils sont appelés ot fiytoi xal ôauiiaToup- 
yol dvdtpyupoi latpoC, les saints et thaumaturges médecins 
désintéressés. Comme ils s'étaient rendus tous les deux 
dans la ^ille d'Alexandrie pour encourager un certain 
nombre de femmes chrétiennes à mourir pour la foi, 
ils furent saisis par les idolâtres, conduits devant le 
gouverneur, et, ayant confessé généreusement le nom 
de Jésus-Christ, ils furent condamnés à subir divers 
supplices et finalement à avoir la tête tranchée. L'E- 
glise grecque célèbre leur fête le 31 janvier (voy. le 
ménologe des Grecs et leur ÔpoA^yiov tô [léya sous cette 
rubrique) ; les Coptes la célèbrent le 6 du mois d'Am- 
schir qui correspond à la môme date. 

La môme Église solennise l'invention des reliques 
des martyrs Cyr et Jean, le 28 juin, veille des saints 
apôtres Pierre et Paul. Il est dit, dans le ménologe, 
que les corps que les fidèles avaient ensevelis avec 
beaucoup de soin et dans un lieu secret, après ôtre 
restés longtemps cachés clans la terre, furent décou- 



— 214 — 

verts en Tan iOO sous le règne de Tempereur Arcadius 
et du temps de Théophile , patriarche d'Alexandrie. A 
cette occasion il s*opéra quantité de miracles, et de- 
puis il s'en est toujours opéré près de leur tombeau, 
lorsque chaque année on y va célébrer leur fête ou 
rinvention de leurs saintes reliques. Us sont invoqués 
principalement pour la guérison des maladies et de 
toutes sortes d'infirmités. 

Saint Sophrone, patriarche de Jérusalem, qui avait 
été guéri d'une ophthalmie par Tintercession de ces 
saints, composa en leur honneur un panégyrique que 
Ton conser\'e dans la grande Laure et dans le monas- 
tère des Ibères, au mont Athos. Dans ces établisse- 
ments on possède une histoire manuscrite du martyre 
des saints Cyr et Jean. On trouve également dans la 
bibliothèque de la grande Laure un discours ou ho- 
mélie sur les deux saints martyrs, où il est question 
des trois saintes vierges et martyres Théodote, Théo- 
ctiste, Eudoxie, et de leur mère Athanasie, lesquelles 
furent encouragées au martyre par nos deux saints 
médecins. 

Le nom de la localité qui possédait leurs reliques 
est devenu à jamais célèbre par la victoire que l'ar- 
mée française remporta sur les Turcs et les Arabes le 
U thermidor de l'an Vil de la République (1" août 
1799). Tout le monde a entendu parler de la fameuse 
bataille d'Abou-Kyr. 

L'Église copte célèbre la fête de ces saints le 6 du 
mois de Amschir (3i janvier*) et l'invention de leurs 



— 215 — 

reliques le 4 d'Abib. Le monastère d*Âbou-Kyr, situe 
non loin d'Alexandrie, est très -célèbre dans Thistoire 
de rÉglise copte. Avant la translation des reliques de 
saint Marc dans Téglise des deux saints martyrs Abou- 
Kyr et Jean, elles reposaient, comme le dit notre au- 
teur, dans la basilique qui était dédiée au saint évan- 
géliste dans la ville d'Alexandrie et qui avait été bâtie 
sur son tombeau en 310. Nous savons que du temps 
du vénérable Bède cette basilique était encore debout, 
car dans un opuscule qui traite des lieux saints, venant 
à parler d'Alexandrie, il décrit Téglise de Saint-Marc 
et le tombeau de cet apôtre : « A parte iEgypti, dit-il, 
c< urbem intrantibus ad dexteram occurrit ecclesia , in 
<( qua beatus evangelista Marcus requiescit : cujus 
K corpus in orientali parte ejusdem ecclesise ante al- 
« tare humatum est, memoria super posita, de qua- 
(( drato marmore facta. » (Yenerabilis Beda in libello 
de Idcis sanctis, capit. XIX apud Bollandistas, tom. III, 
p. 352, de cultu Marci Yenetiis.) 

Dans la suite des temps Téglise en question étant 
tombée en ruines, les reliques de saint Marc furent 
transportées dans celle des saints Abou-Kyr et Jean, 
événement dont les Coptes ont consacré le souvenir 
par une fête qu'ils célèbrent le 30 de Bâbeh, et qu'ils 
appellent la manifestation du chef de saint Marc, Notre 
légendaire ne donne pas l'année où eut lieu cette 
translation, mais il est vraisemblable que cette époque 
n'était pas éloignée du temps où il vivait lui-même, 
car la détresse des chrétiens était alors fort grande, 



— 216 — 

une foule de temples et de monastères avaient été 
pillés et détruits par les musulmans^ et ceux que 
leur fureur avait épargnés tombaient de vétusté ou 
faute de réparations. Quant aux reliques elles-mê- 
mes, il est certain qu'elles se trouvaient encore à 
Alexandrie vers le milieu du neuvième siècle, puisque 
Fauteur raconte, dans sa légende, qu'il avait eu le 
bonheur de vénérer le chef sacré de saint Marc , qu'il 
vint dans cette ville pour assister à l'intronisation du 
nouveau patriarche anba Siméon en 822 de notre ère. 
Ces reliques restèrent probablement dans l'église en 
question jusqu'au quinzième siècle, sous le règne du 
quatrième sultan des Mamelouks Borgites, Almelik 
al-Mouyiad Abou-Nacer, époque cù elles tombèrent 
entre les mains des Vénitiens qui les transportèrent 
dans leur île et les déposèrent dans l'église de Saint- 
Marc. 

Voici comment Almacrizy rapporte ces événements 
dans sa Description de V Egypte: «Au mois de Schaaban 
de la môme année (822 de l'hégire) (1418), les Vénitiens 
enlevèrent d'Alexandrie la tête de saint Marc l'évangé- 
liste. Les chrétiens jacobites furent irrités et afQigés 
de ce vol qu'ils regardaient comme portant à leur 
religion un très-grand préjudice. En effet, lorsqu'un 
patriarche était élu , il se rendait à Alexandrie, où on 
lui mettait cette tête entre les bras. Ils étaient per- 
suadés que sans cette formalité sa nomination n'eût 
point été valable. » {Mémoires géographiques sur TÈ- 
gypte, t. II, p. 260.) 



— 217 — 

Le nom du saint martyr Abou-Kyr a été donné à un 
petit bourg, situé entre le lac Maadieh et la mer, à 
quatre lieues à Test de la ville d'Alexandrie. Selon 
quelques-uns, ce serait Tancienne Canopus, et selon 
d'autres, Taposirù. Elle possède une grande et belle 
mosquée qui a été probablement bâtie sur remplace- 
ment et avec les ruines de Tancienne église du saint 
martyr, dont la localité porte le nom. On y voit éga- 
lement les restes d'un vieux château et de quelques 
monuments antiques. 

Selon Almacrizy, Téglise de Saint-Marc fut bâtie ou 
plutôt rebâtie par le patriarche Agathon, qui siégea de 
Tan 39 à Tan 6â de Thégire, et elle demeura debout 
jusqu'au temps où elle fut détruite sous le règne de 
Melik el-Adel ibn-Bekir III, souverain Eyoubite qui 
régna entre les années 596 et 615 de l'hégire (1199 et 
1218 de J.-C). Ce sultan craignant que les Francs qui 
assiégeaient alors Damiette et menaçaient Alexandrie ne 
s'emparassent de cette église qui était située dans les 
faubourgs de la ville, et ne s'en servissent de retran- 
chement pour attaquer la place, ordonna, en 1248 , 
qu'elle fût démolie et détruite de fond en comble. 
(Renaudot, Historia patriarcharum Alexandrin,, p. 573). 

Page 62, ligne 7. — Ce qui a lieu le 30* jour du mois 
de Bâbéh. 

Cette date correspond au 27 de notre mois d'octobre. 

Page 65, ligne 11. — La florissante et sainte cité de 
Jérusalem, 

Le mot que je traduis par cité est écrit dans le texte 



— 218 — 

!J.x)t, ce qui ne donne ici aucun sens. La véritable 
leçon doit être î-iJ^l, la ville, la cité. 

Selon Ëutychius, ce fut le concile de Gonstantinople 
tenu en 381 qui régla les circonscriptions ecclésias- 
tiques et fixa les limites de la juridiction des métropo- 
litains et des grands sièges de TÉglise. On y statua 
que l'autorité des évêques d'Alexandrie devait se res- 
treindre aux provinces d*Égypte, à la Pentapole et à la 
Libye. L'on ne voit donc pas comment, à l'époque où 
notre auteur écrivait, au ix' siècle, les patriarches 
d'Alexandrie auraient pu prétendre avoir quelque ju- 
ridiction sur Jérusalem ou sur les diocèses qui rele- 
vaient de cette métropole. Avant le concile de CShalcé- 
doine qui accorda à l'évèque de Jérusalem les trois Pa- 
lestines, cette ville avait pour métropole Gésarée et 
reconnaissait Antioche comme siège patriarcal. Peut- 
être notre auteur, en citant le nom de Jérusalem, n'a- 
t-il pas voulu comprendre tous les diocésains de ce 
patriarcat, mais seulement les Égyptiens établis dans 
cette ville et qui ne cessaient pas d'être soumis , pour 
les affaires religieuses, à leur patriarche d'Alexandrie, 
car nous savons que, sous le patriarcat de Jacob , qui 
succéda à Marc le Jeune sur le siège d'Alexandrie, en 
211 de l'hégire, un hospice et une église, sous le vo- 
cable de Sainte-Madeleine , avaient été bâtis à Jérusa- 
lem en faveur des Coptes qui habitaient cette ville ou 
qui s'y rendaient pour leurs affaires (Renaudot, Hh- 
torta patriarcharum Alexandrînorum , p. 269), et que 
du temps d'Almacrizy, c'estrà-dire au xv* siècle, les 



— 219 — 

Copies possédaient à Jérusalem Téglise de la Résur- 
rection, ainsi que Téglise du Mont-Sion. Du reste, 
cette prétention des patriarches d'Alexandrie sur Jé- 
rusalem ne paraît pas fort ancienne : nous sommes 
porté à croire que les paroles qui y font allusion ont été 
ajoutées à récrit original longtemps après la mort de 
Tauteur et depuis le patriarcat de Cyrille, fils de Lak- 
lak. En effet, on lit, dans la vie de ce patriarche, qu'il 
fut le premier à donner l'exemple de cet empiétement 
sur la juridiction du patriarche de Jérusalem en or- 
donnant le métropolitain de cette ville , ce qui appar- 
tenait de droit au patriarche d'Antioche, d'où relevait, 
comme il a été dit, l'Église de Jérusalem. Sans tenir 
compte des réclamations qui lui furent adressées à ce 
sujet, il envoya ce nouveau métropolitain à Jérusalem, 
en lui conférant toute autorité sur cette province ec- 
clésiastique. Mais celui-ci fut excommunié par le pa- 
triarche d'Antioche, qui s'était rendu dans la ville 
sainte à Toccasion de la fête de Pâques. Le métropo- 
litain , appuyé par les Francs alors maîtres de la Pa- 
lestine , conserva sa dignité et jouit tranquillement 
d'une pleine autorité sur les Coptes et sur toutes les 
églises qu'ils possédaient dans la Palestine. Telle est, 
je pense, l'origine de cette juridiction que les pa- 
triarches d'Alexandrie prétendent exercer encore de 
nos jours sur la métropole de Jérusalem. Yoy. Renau- 
dot {Historia patriarckaf*um Alexandnn., pag. 579), car 
dans les titres qu'ils se donnent lorsqu'ils écrivent à 
quelque potentat chrétien ou qu'ils expédient des let- 



— 220 — 

très patentes et autres pièces officielles, ils font figurer 
aussi celui de patriarche de Jérusalem, (Vansleb, Hi$- 
toire de l'Église d'Alexandrie, p. 32.) 

Page 65, ligne 13. — De Nîkiah, en arabe î^a-î. 

G^est le nom que les Arabes donnent à la ville de 
Nicée, où se célébra le premier concile général ; mais 
il est difficile d'admettre qu'il s'agisse ici de cette cité, 
qui n'a jamais été soumise à la juridiction du patriar- 
che d'Alexandrie. L'auteur de l'homélie a voulu sans 
doute désigner sous ce nom , écrit ici vraisemblable- 
ment d'une manière fautive, la petite ville ou' bourg 
de Nikias (NixCou xa)[jLyi), que Strabon place dans la Mar- 
marique, à 207 stades à l'ouest d'Alexandrie. 

Page 65, ligne 1^. — De Sanlanah. 

Le manuscrit porte ^y^ [Nesterîah) , et c'est la le- 
çon que j'ai conser\'ée dans le texte imprimé; mais ce 
nom ne se rencontrant chez aucun des géographes 
qu'il m'a été permis de consulter , je crois qu'il doit 

être remplacé par celui de hyL^ [Santariah) ^ qui se 
lit dans le passage de la vie de saint Marc cité par 
P. Kirstenius, passage qui a été transcrit plus haut 
dans une note. D'après l'auteur du Meracid el-Ittilaa^ 
Santarîah était un village situé à l'ouest du Fayyoum, 
sur la frontière de l'Egypte. Cette localité est aussi 
mentionnée par Abou'lféda (p. 111, 128 et suiv. de l'é- 
dition de Wiistenfeld) et par Édrissy : « La ville de 
ce Santarîah, dit ce dernier auteur, est petite, mais pos- 
« sède un Minbar. Elle est peuplée de Berbers et 



— 221 — 

(c d'Arabes de diverses tribus, et située sur les confins 
« du Sahara, à neuf journées au sud de Lacca, qui est 
« un port de la Méditerranée. » Voy. Description de 
r Afrique et de tEspagne, par Edrissy, texte et traduc- 
tion par R. Dozy et J. de Goeje, Leyde, 1866, p. 52. 

D'après Champollion le Jeune et les géographes mo- 
dernes, Santarîah est la même que la Siwah des Ara- 
bes et V Ammonium des anciens, dans Toasis de Jupiter- 
Ammon, qui fut visité par Alexandre le Grand, à douze 
journées de marche à Touest du grand Caire (Pline , 
liv. y, ch. 9). Les ruines d'Ammonium ont été décrites 
par Hornemann et par Browne vers la fin du siècle 
dernier (voyez Mannert, Géographie ancienne des États 
barbaresques y ouvrage traduit de l'allemand par 
MM. Marcus et Duesberg, Paris, 1842, p. 45 et suiv.). 

Page %%^ ligne 9. — // n'en a péri, aucun, si ce nest le 
fils déperdition. 

Allusion aux paroles du Sauveur (Jean, XYII, 12) au 
sujet du traître Judas. 

Page 66, ligne 12. — Tu as été fidèle en peu de choses, 
je vais, etc. 

Allusion aux paroles du Sauveur (Matth., XXV, 21 
et 23). 

Page 66, lignes 23 et 24. — De nos sous-diacres et de 

nos chantres. 
On lit dans le texte : ^^^jj-jJa-.JLe'^tj ^y^^^.^jf^^j- 
Le premier de ces noms est la transcription du mot 

grec ïicoSiàxovoç sous-diacre, et le second est écrit fau- 



— 222 — 

iivement pour ^^■j.*»,h.tM:.p^l, du grec àva';'vio<rrr|(;, lec- 
teur. 

Page 67, ligne 2, — Venez, les bénis de mon père, etc. 

Paroles qui se lisent dans saint Matthieu (XXV, 34). ' 
Mais au lieu de ces mots qui terminent la citation : 
avant la création du monde ( JIjJI Ul; J^ ^), le texte 
évangélique porte : dès la formation du monde (àirà xa- 
TaSo).-?!; xd(7ULou). Il est possible que Tauteur ait eu en 
vue ces paroles de saint Paul dans son épître aux 

Éphésiens (1)4): KaOùç i^tki^n-zo Vi(i.âc âv aOtû irpÔ xara- 
^tîkr\^ x6fjtiou , c'est-à-dire , sicui elegit nos in ipso ante 
mundi constitutionem. 

Page 67, lignes 5 et 6. — De ce que tceil n'a jamais 
vu, ce que Voreille na jamais entendu. 

Ces paroles sont tirées de saint Paul (I aux Corin- 
thiens, III, 9). Voyez aussi Isaïe, LXIV, 4. 

Page 68, lignes 9 et 10. — Les archanges Michel, Ga- 
briel, Raphaël, Souriel, Zèdékiel, Saraniel et Ananiel. 

Les Égyptiens avaient en grande vénération l'ar- 
change saint Michel, qu'ils considéraient comme le 
protecteur de l'Église d'Alexandrie. Saint Alexandre, 
prédécesseur de saint Athanase sur le siège patriarcal 
de cette ville , consacra en l'honneur de l'archange un 
ancien temple dédié à Saturne. Selon Ëutychius, on y 
célébrait la fête de saint Michel le 12 du mois de Ha- 
tour (le 8 novembre). Cette église, qui était connue 
sous le nom de basilique impériale , fut détruite plus 
tard par les Arabes d'Afrique, lorsqu'ils s'emparèrent 
d'Alexandrie et dévastèrent toute la partie septentrio- 



— 223 — 

nale de rÉgypte. «Les Coptes, ajoute cet historien, 
solennisent encore de nos jours cette fête à Misr (Fan- 
cien Caire) , ainsi que dans la ville d'Alexandrie. Dans 
les anciens ménologes de TÉglise orientale, on lit sous 
la rubrique du 8 novembre : ft aûvaÇi; tûv wa|i|itY£<rcwv 

8uvà|i.«(i)v , Synaxe, ou fête des subîmes chefs des ordres 
angéUqueSy Michel et Gabrtel, et de toutes les Puissances 
célestes, » Le même jour est assigné à cette solennité 
dans le ménologe des Grecs publié par le cardinal Sir- 
let, et cité par Canisius dans ses Anttquae lectiones, t. II, 
p. 905. 

Nous avons vu précédemment que les Coptes célè- 
brent la fête de saint Michel trois fois Tan. Us ho- 
norent saint Gabriel le 22 de Koihac (16 décembre). 
Le nom du quatrième ange, JLjj^, Sounel, est men- 
tionné au IV° livre d'Esdras (IV, i), lequel est apo- 
cryphe. Le nom du cinquième est jLS'bK {Radakiet)^ 
mais il y a ici probablement une faute dans la trans- 
cription, et je crois qu'il faut lire JL^blj, Z^rf^Aie/, 
nom que Ton trouve dans les auteurs juifs cabalis- 
tiques, et qui est celui de Fange qu'ils disent avoir été 
le précepteur du patriarche Abraham. Quant aux deux 
derniers , ils me paraissent copiés fautivement , car je 
ne les trouve mentionnés nulle part , du moins dans 
les ouvrages qui sont à ma disposition. 

Les Coptes célèbrent trois fêtes en l'honneur de 
saint Michel archange : la première le 12, la seconde 
le 13, et la troisième le li du mois de Béouneh 



— 224 — 

(dixième mois de leur calendrier, répondant aux mois 
de mai et juin), c'est-à-dire le 7, le 8 et le 9 juin. 

Page 68, lignes 12 et 13. — Des quatre animaux in- 
corporels, qui portent le trône du souverain de l'univers. 

Ce sont les quatre chérubins décrits par Ézéchiei 
(I, 5 et suiv., et X, 20, 21) et les quatre animaux que 
saint Jean vit autour du trône du Fils de Dieu, qui 
étaient chargés d'yeux par devant et par derrière et 
avaient chacun six ailes : Téaaxpa XfiT. yi^iovra d(pOaiX{iûv 
f|iicpoa9ev xal ^içidOev (Apocalypse, IV, 6, 7 et 8). L*Église 
copte célèbre la fête de ces quatre animaux angéliques 

(ïxJiU! sI^Lil^^i:»^ î*:»;"^') le 8 de Hatour, qui corres- 
pond au 4 novembre de notre calendrier. 

Page 68, ligne 14. — Des vingt-quatre vieillards spi- 
rituels. 

Il s'agit des vingt-quatre vieillards que saint Jean 
vit, dans son ravissement surnaturel, autour du trftne, 
se prosternant devant celui qui était assis , et jetant 
leurs couronnes au pied de ce trône et devant le roi 
des siècles. Les Coptes célèbrent une fête en l'honneur 
de ces vingt-quatre vieillards, qu'ils appellent aussi 
les vingt-quatre prêtres angéliques {iv^^;^ tjif^^ *^J^' 
ÎXj'iUI), le 24 de Hatour (20 novembre). 

Page 68, lignes 17 et 18. — Des vénérables patriar- 
ches Abraham, Isaac et Jacob. 

L'Église copte honore la mémoire de ces patriarches 
de l'ancienne loi le 18 du mois de Messori (11 août de 
notre calendrier). 



— 2Î5 — 

Page 68, ligne 24. — Ze grand saint Jean- Baptiste. 

Les Coptes célèbrent la nativité de saint Jean-Bap- 
tiste le 30 de Béouneh (i4 juin), par conséquent le 
même jour que dans les Églises grecque et latine. Les 
reliques du saint précurseur de l'Emmanuel étaient 
vénérées, à Alexandrie, dans une superbe église que 
Tempereur Théodose fit bâtir en 395 ou 396, sur l'em- 
placement du temple de Sérapis (Yoy. Rufln, Hist., 
ch. XXVII, et Théophane, p. 64). Outre la fôte de la 
nativité de saint Jean-Baptiste, les Coptes , ainsi que 
les Grecs, célèbrent, le 3 d'Amschir (24 février), l'in- 
vention du chef de ce saint, qui eut lieu, du temps de 
l'empereur Théodose le Jeune, dans la ville d'Émèse, 
la déposition de ce chef le 29 de Babeh (26 octobre), 
la conception de saint Jean-Baptiste le 23 de Thoth 
(20 septembre), et la fête de la décollation le 11 de 
Thoth (30 août). 

Page 69, ligne 7. — Par les prières de saint Etienne, 

Dans le calendrier copte la fête de saint Etienne 
protomartyr est marquée au 45 de Thoth (42 août), et 
celle de l'invention de ses reliques au 1 de Toubeh 
(27 décembre). 



13 



PREMIER APPENDICE. 



Page AI, ligne 5. 

Après L»|A» J^ Ltj, le manuscrit arabe de la Bi* 
bliothèque nationale (p. 15, 1. 15) ajoute les deux mots 
b!JL)l ^, en fait de malheurs, qu'exige le sens de la 
phrase et qui paraissent avoir été omis ici par la négli- 
gence du copiste. Dans ma traduction je les ai suppléés 
pour donner à ce passage plus de clarté. 

Page 73, ligne 11. — Abrianoulah, 

Le manuscrit de la Bibliothèque nationale (ancien 
fonds, n** 139) donne cette variante : (t^^^^K Abna- 
rundotu. Malgré toutes mes recherches, je n*ai trouvé 
dans l'ancienne géographie de TAfrique septentrionale 
aucune localité de ce nom. Je suis doncporté àcroire qu'il 
y a ici une faute de copiste et qu'à la place de I)ylj^t 
il faut lire V^J^^ Aboulloniah, mot dans lequel il'est 
facile de reconnaître le nom d'ApoUonia ou Apollonias, 
ville qui, d'après Strabon t Pline, se trouvait sur les 
côtes de la mer, à 80 stades de Gyrène, à laquelle elle 
servait de port, et qui était une des cinq villes de la 
Pentapole (voy. Mannert, Géographie ancienne dei États 



— 228 — 

barbaresques , livr. I, VI, p. 85 de la traduction fran- 
çaise, Paris, 1842). 

Page A^ et ligne 12 du texte arabe, et page 77, ligne 
40 de la traduction. 

Après ces mots : aJ\ ^LUL. >jl><s^, on lit cette addi- 
tion dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale : 

« Et qu'elle leur fasse connaître Celui qui Ta créée, 
c( qui a tiré du néant tout ce qui existe, et quel est 
c< celui qui est le vrai Dieu, afin qu'ils Tadorent et le 
« servent. Je sais , mon Seigneur et mon Dieu, que 
« cet astre n'ayant ni voix ni intelligence, ne saurait 
c( lui-même parler ni faire entendre sa parole à qui 
ce que ce soit, mais qu'à cette heure même, par un 
f< effet de votre puissance irrésistible, cet astre déclare 
« à ces hommes qui n'ont pas de dieu, qu'il n'est nul- 
« lement un dieu, mais un ministre subordonné à vo- 
ce tre empire, et que vous seul êtes le dieu véritable, 
ce Ordonnez aussi que cet arbre auquel ils viennent 
(c adresser leurs prières, etc. » 






— 229 — 

Page 79, lignes 17 et 18. — Ces deux pays pâtiisent, 
non faute de pain, etc. 

Ces paroles rappellent ce passage du prophète Amos : 
« Ecce dîes vemunt, dicit Dominus, et mittam famem in 
tetra, non famem panis, neque sitim aqux, sed audtendi 
verbum Domini. » (Amos, VIII, n.) 



SECOND APPENDICE. 



Page 2 et 3. 

Les mots que je traduis par sous le règne de Notre- 
Seigneur Jésus-Christ, ne rendent qu'imparfaitement 
Tarabe ^^-Jt çy^ LLj ^«x» ^L»j Jj, à la lettre : A 

V époque de la direction, ou gouvernement de Notre- Sei- 
gneur Jésus'Christ, ce que les traducteurs latins ont 
ainsi rendu : Tempore dispensationù domini N, «/. C. 
L*expression Kï-^Jj, est, je crois, la traduction du mot 
grec olxovo|j.(a, économie y direction, qui dans le style 
, ecclésiastique signifie la divine providence, l'action de la 
provtdence, et spécialement la mission du Christ sur la 
terre et le mystère de son Incarnation; mais ce nom dé- 
signe aussi le temps qui a suivi cette mission et réta- 
blissement du christianisme, et, par conséquent, le 
règne de la loi nouvelle, par opposition au règne de la 
loi ancienne. 

Page \c du texte arabe et ligne 10, et page 83, li- 
gne 15 de la traduction. — « Dieu unique/ Saint Marc, 
« entendant prononcer le nom de Dieu, dit au savetier: 



— 23« — 

« C'est le Dieu que j'adore, etc. fiùù il te mit à bii eùer 
« r Évangile, etc. » 

Évidemment il y a ici dans le manuscrit une lacune, 
que je vais remplir en transcrivant le texte du manns- 
crit de la Bibliothèque nationale. 



^> y^ v^jj' v^l t^ s^ L; . Jl5j jyJI 

(^V • Ji^j • ^'^'^' -v. ^ Lii"^' v^ rr*^ J* 

^^-^1 \^\ j^y I j'iii '^^s .j,yij ^^^ij v«,^i 

viX^Ï Âi»~J îcUl »j^ ^ ^IC'il !J* A; ^U 
« i JLî , JLsLJI ^»llï ^ »Jj w»J_j«» . frj-iiîi 

U»ljiU â)l/jJ ^^ . J Jli . S^l î^'^l »j* V 
vtUll Lit . J JLî J . \yây ^,JJJI ^ âiaJi i5l 

âjl iLSy> . Jli ùy^ Jà..> Uî . *i-» Jl *«;i ^j 






— 233 — 

Ljl . ^y ^jlSJI J Jlî . 9j^\ jujjt lit . ^ISU^I 

u Saint Marc, entendant prononcer le nom de Dieu, 
fut transporté de joie, et, tournant le visage vers 
rOrient, il s'écria : « G^est vous, mon Seigneur et 
mon Dieu qui secondez mes pas en tout lieu. » En- 
suite, ayant craché par terre, il prit de la boue (for- 
mée ainsi de sa salive) et rappliqua sur Tpndroit de 
la main où le savetier s'était percé de son alêne, en 
disant : « Au nom du Père et du Fils et du Saint- 
Esprit, Dieu unique, vivant et éternel, que la main 
de ce savetier soit guérie à l'instant même, afin que 
ton saint nom, 6 Dieu, en soit à jamais glorifié ! Et sur- 
le-champ la main du savetier se trouva entièrement 
guérie. Alors saint Marc lui dit : « Puisque vous savez 
qu'il n'y a qu'un seul Dieu, pourquoi adorez-vous 
tant d'autres dieux? — Le nom de Dieu, répondit le sa- 
vetier, se trouve, il est vrai, sur nos lèvres, mais nous 
ignorons ce que c'est que ce Dieu. » Cependant le save- 
tier reconnaissant avec admiration la puissance divine 
qui résidait en saint Marc, dit à celui-ci : « Homme 
de Dieu, venez, je vous prie, à la maison de votre 
serviteur, pour vous reposer et manger avec moi le 
u pain de l'hospitalité, car je le vois, vous avez aujour- 
« d'hui exercé envers moi un acte de miséricorde. » 



— 234 — 

« Ces paroles remplirent de joie le saint apôtre. Que 
» le Seigneur, réponditril à son hôte, tous donne en 
« compensation le pain de vie dans le royaume des 
c( cieux I » S'étant rendu avec le savetier dans la mai- 
ce son, il dit en entrant : <c Que la bénédiction de Dieu 
« demeure dans cette maison I » Puis il fit sa prière. 
« Lorsqu'ils eurent achevé leur repas, le savetier, s*a- 
c( dressant au saint apôtre, lui dit : « Mon père, je 
« voudrais savoir qui vous êtes, vous qui avez opéré 
c( aujourd'hui un si grand prodige. » — « Je suis, lui 
a répondit saint Marc, le serviteur de Jésus-Christ, fils 
« du vivant et étemel. » Le savetier ajouta : « Me 
c< serait-il permis de le voir?» — « Jevais faire en sorte, 
(( lui répliqua saint Marc, que vous le voyiez. » Alors 
« le bienheureux apôtre se mit à lui citer TÉvangile 
ce de la Bonne Nouvelle, la louable doctrine qu'il con- 
« tient ; il lui parla de la puissance et de l'empire qui 
« appartiennent à Dieu et qui éclatent dans toute la 
<( création, etc. » 

Dans les BoUandistes on lit : <c Dixit sutor : Yellem 
« videre eum. Dixit S. Marcus : Ego tibi demonstrabo 
« eum. )> 

Page 84, ligne 4. — Le savetier lui dit : a Mais ces A- 
« vres que vous me citez^ je nen ai jamais entendu par- 
« fer, etc. » 

On lit chez les BoUandistes : « Dixit autem homo 
<c ille : Ego scripturas, quas tu dicis, nunquam pror- 
« sus audivi, sed Uiada et Odyssea, quibus ifigyptio- 
(( rum filii pro sapientise studio imbuuntur. » 



— 235 ^ 

Page 86, ligne 11 et suiv. — Or, les premiers jottrs de 
la semaine, fête de Pâques de Notre-Setgneur Jésus, etc., et 
se rencontra avec une autre fête célébrée par les tn/idèles 
et les païens , etc. 

L'ancien auteur anonyme latin de la vie de saint 
Marc parle de cette fête païenne qui se célébrait 
le 29 du mois de Pharmouthi, c'est-à-dire le 8 
des calendes de mai : « Quo tempore , dit-il , eorum 
Serapica agebatur celebritas. » Mais, selon le calen- 
drier qui porte le nom de Constantin , la fête de Se- 
rapis avait lieu le sept des ides de mai, c'est-à-dire le 
25 avril. 

On sait que le dieu Sérapis était en grande vénéra- 
tion chez les Égyptiens, qui lui avaient bâti des tem- 
ples à Memphis , à Alexandrie et dans d'autres villes. 
Celui d'Alexandrie qui était d'une grande magnificence 
fut détruit par Tordre de Tempereur Théodose, à l'ins- 
tigation du patriarche Théophile, qui voulait extirper de 
TÉgypte les derniers restes du paganisme. Les histo- 
riens racontent, à ce propos, que lorsque l'on procéda 
à la démolition du temple, personne n'osait entre- 
prendre de briser la statue qui était d'une dimension 
et d'une taille gigantesque, parce que c'était une opi- 
nion répandue chez les païens, que si quelqu'un avait 
l'audace de toucher à l'idole du grand Sérapis, le monde 
rentrerait aussitôt dans le néant. Or, pendant que les 
ouvriers chargés de la besogne hésitaient, un soldat 
plus courageux que les autres, ayant pris une hache, 
brisa la formidable statue, d'où U s'échappa quan- 



— 236 — 

tité de gros rats , aux grands éclats de rire de tous les 
spectateurs. 

Page 86, ligne 16. — Ces misérables, s'étani mis de- 
rechef à la recherche de saint Marc, finirent par le sur- 
prendre à l'autel, etc. 

On lit dans le martyrologe de Bède : a Qui videntes 
« eum die sancto Paschœ missas facientem, miserunt fu- 
it nem in collo ejus et trahebant eum ad loca Buculi, qwt 
(c et*ant juxta mare sub rupibus, ubi erat ecclesia ex- 
« structa j> 

Page 86, ligne 21. — Traînons le dragon dans la de- 
meure des vaches. 

« Mane autem facto convenit multitudo civitatis et eji- 
« cientes eum de custodiâ, immiserunt iterum ftmem in 
« collum ejus^ et trahebant eum, dicentes : Trahite Bubu- 
« lum ad loca Bubuli. » (Apostolatus Alexandrinus, mar- 
tyrium, chez les Bollandistes, t. III, n. 9.) 

Page 87, lignes 21 et 22. — hl Alors Notre- Seigneur 
Jésus-Christ, etc., se montra, etc. » 

Comparez ce passage avec ce qu'on lit chez les Bollan- 
distes dans la pièce intitulée Apostolatus Alexandrinus, 
martyrium^ n. 8 : « Hxc eum dixisset, venit ad eum D. N. 
« y. C. in ea forma et habitu , quo fuerat eum discipulis 
« suis, et ait ei : Pax tibi, Marce noster EvangeUsta. Et 
a ille respondit : Domine mi Jesu Christe. Et abiit. u 

Page 88, ligne 17. — Alors les partisans des idoles im- 
pures, etc. 

« Immanis autem multitudo gentium ignem succendentes 
« in loco qui vocatur Adangelos, voluerunt reliquias sanc- 



— 237 -- 

« tas comburere. Tune provîdentia Dei et Salvatoris nos- 
« tri Jesu Christi valida tempestas exorta est, et procella 
<c venti facta est vehemens : sol quoque subtraxit suos 
« radins, et tonitrua fuerunt gravia, et imbres plurimi a 
c( mane usque ad vesperam, ita ut habitacula multorum 
€ corruerent et plurimi morerentur. Tune metuentes eus- 
« todes dimiserunt sanctum corpus et fugerunt. Alii vero 
« deridentes dixerunt, quod beatissimus Serapis noster in 
« sua hodie festivitate hune vitntm voluit inviser e. Tune 
u religiosi viri venientes Justi corpus collegerunt, et detu- 
<i lerunt ubi orationes solitus erat Domino sine cessatione 
« fundere, » 

(Apostolatus Alexandrinus, martyrium, chez les Bol- 
landistes, t. III, p. 356, n. 10.) 

Page 88, ligne 26. — C'est Jupiter qui est venu visiter 
thomme qui en ce jour a été mis à mort. 

Le dernier jour de Barmudéh était consacré chez 
les Égyptiens à une fête en Tbonneur de leur dieu 
Sérapis, qu'ils assimilaient au Jupiter des Grecs et des 
Latins. On lit dans une vie de saint Marc publiée par 
les BoUandistes : « Die Paschx dominico, vigesimo {tri- 
c( gesimo) mensis Parmuti, quod est VIII kalendas Maii, 
« quo tempore eorum Serapica agebatur celebritas 

Dicebant : « Trahamus Bubalum ad loca Bubali. Alii 
V vero dicebant: Quod beatissimus Serapis noster in sua 
<' hodie festivitate hune virum voluit invisere. » 

Page 89, ligne 8. — Ils creusèrent une fosse, etc. 

On lit chez les BoUandistes : 

(( Et posuerunt (etim) in loculo lapidis excisi, cum glo- 



— 238 — 

« ria vénérantes memoriam ejus, cum sobrietcUe etpreci- 
c ImSy gratulantes quod prmus verum et prettosmmum 
c< mermt Alexandrùs tkronum :positusque est m parte 
a orientait..,,. n 

Nous lisons dans les Bollandistes (t. III, p. 352) au 
sujet du culte rendu à saint Marc {de cultu S. Marci), 
les détails suivants touchant Tendroit où se trouvait le 
tombeau du saint évangéliste : 

<( Venerabilis Beda in libello de locis sanctis, capite XIX, 
« describit situm Alexandriœ et inter alia ita kabet : a 
« parte jEgypti urbem nUrantibus ad dexteram occurrit 
« ecclesia, in qua beatus evangeUsta Marcus requieseit : 
<c cujtis corpus in orientait parte ejusdem ecclesiœ ante 
a altare humatum est, memorta superposita^ de quadrato 
« marmore facla. » 

Page 89, ligne 17. — // fut le premier des GoH- 
léens, etc. 

On lit dans une vie de saint Marc publiée par les 
Bollandistes : « Dormivit autem beatissimus EvangeUsta 
ce primus D. N. J. Ch'isti martyr apud Alexandriam 
« yEgypti, die tricesimo, quod est apud Romanos VII ka- 
ce lendas Maii, anno Neronis imperii quarto decmo, re- 
« gnante D. N. J. C, cum Deo pâtre et Sancto Spiritu 
« semper et ubique, cui est honor et gloria in sœcula sse- 
« culorum. Amen. » 

D*après Eusèbe et saint Jérôme , son traducteur , 
saint Marc mourut la huitième année du règne de 
Néron : « Mortuus est autem, dit saint Jérôme, octavo 
a Neronis anno. » Selon Topinion le plus commune- 



— 239 — 

ment reçue, le martyre de saint Marc eut lieu la 
soixante-deuxième, et, selon quelques-uns, la soixante- 
huitième année de Tère chrétienne. 

Page 89, lignes 20 et 21. — Cette mort précieuse ar- 
riva le dernier jour du mois de Barmoudék, etc. 

Cette date répond au 25 avril de Tan 68 de Jésus- 
Christ et à la première année du règne de Néron, 
selon Eutychius, mais, selon Tauteur arabe de la vie 
de saint Marc traduite en latin par Pierre Kirsten, le 
martyre du saint Évangéliste aurait eu lieu la quator- 
zième année du règne de Claude. 

oit ^^ î^tyi LUI ^ t^yji ^ ^y.^! ^ 



ADDITIONS AUX NOTES. 



Page 40, ligne 4. 

Le manuscrit de la Bibliothèque nationale contient, 
au sujet de la parabole du grain de sénevé, une expli- 
cation beaucoup plus complète que celle qui se lit 
dans notre texte. Soit que cette différence soit due à la 
négligence de notre traducteur arabe, soit qu'elle pro- 
vienne du mauvais état des exemplaires que les copis- 
tes avaient sous les yeux, je vais tâcher de combler les 
lacunes que présente notre texte, en transcrivant ici 
celui du manuscrit de la Bibliothèque nationale et en 
raccompagnant d'une traduction. 

]X^ JLÎ ^jJI ^Ji\ jIJI ,JX^\^J JlsI : L4JL: 

16 



— 242 — 

• ♦I •• * • •• ^ •• * «• . I II 



^Jl s-/ill iyiS' lÂSi I |j^ ï/î-î^ ^y^ jr^y yf^y 



j^_iij ^j : ^^ o/ L->.A*JI .ljj.J| ^ Liai. 



— 243 — 



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.1^1 IS.1^ ipjJj : (iUl) Jls ^ I^JL iL^\ 
cr' '^'^ c;i"^'j W ^Jn-I • ^l--* ^'^' ^5*-ij 

ï Sl^^ tKr^' «^l C"^' C?^?./ c»t:^> c'-^^. 



— 244 — 

: lî. ^y/.^ i5:J^4l ^yT! : -UJI 

' « Saint Marc a été Télève de notre grand architecte, 
Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui a répandu la lumière 
dans le monde entier et y a planté cet apôtre , qui a 
été comme ce grain de sénevé qui, ayant poussé, 
se développe ej devient un arbre si grand que les oi- 
seaux du ciel viennent s'abriter sous ses branches et 
se reposer sur elles. Sans contredit, cette parole doit 
s'entendre de Notre-Seigneur Jésus-Christ puisqu*il 
se Test appliquée lui-même; mais la vie de saint Marc, 
cette lumière éclatante, peut aussi être comparée à ce 
grain de sénevé , puisque tous ceux qui appartiennent 
au Christ, sont autant d'autres Christs et les membres 
du Christ. Quand Notre-Seigneur Jésus-Christ a pro- 
posé cette parabole du grain de sénevé et qu'il a dit 
de ce grain, que c'était le plus petit de tous, mais que 
lorsqu'il avait poussé et que la plante s'était dévelop- 
pée , elle devenait plus grande que toutes les autres 
semences, et atteignait même la hauteur d'un grand 
arbre, à tel point que les oiseaux du ciel venaient 
s'abriter sous ses branches, il a voulu seulement par 
cette parabole faire allusion à sa propre divinité , car 
étant Dieu il existait dans le sein de son miséricor- 
dieux père sans être revêtu d'un corps ni d'aucune 



— 245 — 

» 

matière. Lorsque le fils unique et bicn-aimé de son 
père , touché de compassion envers ses créatures , a 
voulu les sauver, il est descendu du ciel en terre, et 
s'est uni à la nature humaine. Or^ de même que le 
grain de sénevé reste petit et ignoré , jusqu'au mo- 
ment où , ayant poussé , il croit et devient un grand 
arbre, de même le Verbe de Dieu le Père, étant des- 
cendu dans le sein de sainte Marie , mère de Dieu , est 
resté un moment sans éclat et invisible. De même 
que le grain de sénevé reste ignoré et inaperçu, une 
fois jeté dans la terre, et que nul n'y fait attention, 
jusqu'au moment où il sort de la terre et devient un 
grand arbre, au point qu'il excite l'admiration de tout 
le monde, de môme le Verbe de Dieu est resté invi- 
sible , cachant sa divinité éternelle, jusqu'à l'époque 
où il a daigné prendre un corps humain, parfait dans 
sa nature, pur et saint, dans le sein de la sainte vierge 
Marie, sans que sa divinité soit jamais restée séparée 
de son humanité, pas un seul instant, ni même l'es- 
pace d'un coup d'œil, ce qui fait que l'être invisible 
et incompréhensible s'est montré visible dans le corps 
qu'il a voulu prendre, que le monde entier a pu le 
contempler, tout le genre humain l'admirer, et que 
même les oiseaux du ciel, qui sont les anges , sont ve- 
nus l'adorer revêtu ainsi du corps qu'il avait pris : tcîlle 
est l'explication concerucint le grain de sénevé. 

Quant à l'arbre provenant de ce grain de sénevé, 
dont il est dit qu'il a poussé de la terre, qu'il a grandi, 
il doit s'entendre du corps de notre bon Sauveur, qui 



— 246 — 

Ta glorifié plus que tous les corps qui sont sous le 
ciel, puisque c'est par lui qu'il a sauvé tous les autres 
corps, et que les anges du ciel sont descendus siu' la 
terre pour Tadorer. Le Sauveur du monde désigne 
les anges sous le nom d'oiseaux du ciel, conformément 
au sens de ces paroles qu'il a adressées à nos saints 
pères les Apôtres : « N'ayez aucune crainte, car vous 
valez plus que les oiseaux du ciel , plus même que les 
passereaux si nombreux dans les champs. » Il a dit 
aussi dans un autre endroit : « Ceux qui croient en 
Dieu seront comme de grands arbres au milieu de 
toutes les églises qui sont dans le monde. » 

Les anges sont donc appelés ici des passereaux. Nos 
pères, les saints Apôtres, et tous ceux qui sont venus 
après eux, qui ont mis en pratique leurs canons, leurs 
commandements, leurs prescriptions et tout ce que le 
Sauveur leur a enseigné, je veux dire les saints mar- 
tyrs, les moines, champions de la foi, les anachorètes 
et tons les hommes pieux, seront très-nombreux au 
jour de la sainte résurrection. 

Plus que beaucoup de passereaux; c'est-à-dire plus 
que les saints anges du Seigneur. En effet, ce jour-là, 
tous les saints seront plus honorés devant Dieu et plus 
élevés en gloire que les anges du ciel, qui sont sans 
corps et immatériels , tandis que les saints renon- 
cent à leur corps et à leur âme pour suivre le Sei- 
gneur Dieu ; ils seront donc alors beaucoup honorés 
et plus élevés dans le royaume des cieux que les anges 
eux-mêmes. » 



— 247 — 

Page 33 de la traduction. 

A la courte note qui se lit au bas de la page 32 de la 
traduction, je crois devoir ajouter les renseignements 
suivants : 

On lit dans le Bréviaire romain, sous la rubrique du 
23 novembre, que saint Clément, disciple de saint 
Pierre et évêque de Rome, était fils de Paustin {filim 
Faustint) et d'origine romaine ; qu'il fut exilé par l'em- 
pereur Trajan dans la ville de Ghersoné au-delà de la 
mer du Pont-Euxin, où ses prédications et ses miracles 
convertirent une foule de païens, ce qui le fit con- 
damner à être jeté dans la mer, une ancre attachée au 
cou. Ij^ mer s'étant retirée à trois milles du rivage, les 
chrétiens trouvèrent en cet endroit une chapelle en 
marbre et dans l'intérieur un cercueil qui renfermait 
le corps du saint martyr avec l'ancre qui avait servi à 
le noyer. Plus tard sous le pontificat de Nicolas I, son 
corps fut transporté à Rome, où il fut déposé dans 
l'église qui porte son nom. L'Église orientale célèbre 
la fête de saint Clément le 24 novembre. P'après la 
tradition de cette Église, Clément, qui était de race 
impériale, était fils de Faustin et de Matthidia. Il fut 
exilé par Domilien dans la Chersonèse Taurique, dans 
une ville voisine deChersôn et appelée Érépnlts, où il fut 
précipité dans la mer, une ancre de fer attachée au 
cou, et consomma ainsi son martyre. « Depuis lors, dit 
la légende grecque, chaque année, au jour anniver- 
saire du martyre de saint Clément, la mer se retire 
environ trois milles du continent, et le fond ainsi mis 



^ 248 -. 

à sec offre une place où les chrétieus peuvent se ras- 
sembler et demeurer pendant sept jours, prodige qui 
cause à tous la plus grande joie. » 
Page 34. — Anba Jacob, 60^ pat?'tarche, 
c< Après la mort de Marc , dit Ibn-el-ràheb dans sa 
Chronique orientale, les Jacobites nommèrent à sa 

* 

place anba Jacob, ce qui eut lieu Tan 211 de Thégire 
(826). II siégea pendant dix ans et huit mois, après quoi 
il mourut. Sous son pontificat, les couvents ayant été 
rebâtis, les moines y vinrent de nouveau s'y établir. 
On érigea aussi une église à Jérusalem en faveur des 
chrétiens Égyptiens qui se rendaient dans cette ville. 
Denis, patriarche d'Antioche, étant venu lui faire une 
visite à Alexandrie, fut accueilli par Jacob avec les plus 
grands honneurs , jusqu'au moment où il prit congé 
de lui pour retourner à son siège. Sous son pontificat, 
Tannée 216, les Coptes s'étant soulevés, Al-afschin 
(qui commandait les troupes musulmanes en Egypte 
au nom du khalife) les força à se soumettre à la déci- 
sion du prince des croyants, Abd-Allah Almamoun, 
qui ordonna que Ton mît à mort les hommes et que 
Ton vendît les femmes et les enfants. Ceux-ci furent, 
en effet , vendus , et la plupart des Coptes réduits 
à resclavage. Depuis cette époque, les Coptes se trou- 
vèrent affaiblis dans toute l'étendue de TÉgypte, 
et aucun d'eux ne put prendre les armes contre l'au- 
torité du sultan; d'un autre côté, les musulmans de- 
vinrent alors la partie la plus considérable de la popu- 
lation des villages. Il arriva de là que les Coptes, ne 



— 249 — 

pouvant plus guerroyer contre leurs maîtres, eurent 
recours à la ruse, et s'attachèrent à tromper les 
musulmans par Tastuce et la fourberie ; c'est ainsi 
qu'ils obtinrent des offices dans la perception des im- 
pôts, et qu'ils eurent beaucoup d'affaires avec les mu- 
sulmans, comme, s'il plait à Dieu, nous le raconterons 
plus tard. » 

On lit dans Abou'lfeda {Annaks musulmanes^ règne 
de Mootacem billah YIII* khalife abbasside) : « Le pa- 
« triarche Jacob mourut à Alexandrie en l'aix 222, 
« cinquième du règne de Mootacem, et, en la même 
« année, Simon fut fait patriarche à sa place. Après 
« avoir siégé un an, il mourut le 3 de Bâbéh. De son 
u temps , l'Église jouit de la paix et de la ti'anquillité. 
« Ce patriarche mourut de la goutte. La vie des pa- 
« triarches porte que son pontificat dura*sept mois et 
« seize jours, et qu'après lui le siège resta vacant un 
« an et vingt-sept jours. » 

En traitant du règne du khalife Almamoun, le même 
historien raconte, qu'après la mort du patriarche 
Abonna Marc le Jeune, qui eut lieu l'an 211, Jacob, 
lui ayant succédé sur le siège patriarcal d'Alexandrie, 
s'y maintint pendant dix -huit mois et qu'il mourut 
le 4 du mois d'Amschir. <( Les autres , ajoute-tril , 
disent qu'il fut fait patriarche Tan 16 du khalifat d'Al- 
roamoun. Jacob reçut, à Alexandrie, la visite de Denis, 
patriarche d'Antioche, lequel, après avoir passé quel- 
ques jours avec lui, reprit le chemin de la Syrie. » 

Dans la Vie des patriarches d'Alexandrie par anba Se- 



— 250 — 

vère îbn-almokaffée , nous lisons les détails suivants 
sur le pontificat d*anba Jacob (mss. arabe de la Biblio- 
thèque nationale, ancien fonds, n° 139, t. I, p. 225- 

239) : 

« Anba Jacob, 50" patriarche. » 

« Avant la bienheureuse mort de notre saint père, 
anba Marc (deuxième du nom), la sainte solitude 
d'Ouady Habib n'offrait plus que des ruines. Ce spec- 
tacle {iffligeait tellement le cœur de ce zélé pontife, 
qu'il avait demandé plusieurs fois au Seigneur de l'en- 
lever de ce monde et de ne pas le laisser plus long- 
temps en proie à la tristesse que lui causait la vue de 
ces lieux ravagés par les Arabes en révolte. Ces bar- 
bares s'étant, en effet, emparés de cette solitude, en 
avaient chassé nos saints pères pour s'y établir eux- 
mêmes; ils avaient massacré un grand nombre de 
moines ; ils avaient mis le feu aux églises et détruit 
les monastères. Les moines, se voyant ainsi massacrés, 
avaient pris la fuite et étaient allés chercher un refuge 
dans les villes , dans les hameaux voisins et dans les 
couvents situés dans les dépendances du Caire et dans 
les deux Saïds (les deux provinces de la Thébaïde). Il 
n'était resté sur les lieux qu'un fort petit nombre de 
solitaires, savoir ceux qui avaient préféré se dévouer à 
la mort, afin de procurer ainsi le salut de leurs frères 
et de gagner la vie éternelle par leur patience et le 
mérite de leurs souffrances. Mais le Seigneur les pro- 
tégea ensuite , en sorte que personne n'osa plus leur 



— 251 — 

nuire ni leur faire du mal. Or, il y avait en ce temps-là 
dans le couvent de Saint - Macaire un prêtre très-ver- 
tueux appelé Jacob. Dès le principe, lorsqu'il avait vu 
que Ton détruisait les monastères, il avait quitté la lo- 
calité et s'était retiré dans un couvent de la Thébaïde 
pour continuer à servir Dieu, en attendant qu'il lui fût 
permis de revenir à la montagne sainte, lieu chéri des 
cœurs, VOuady Habib, Or, le Seigneurj ami du genre 
humain, lui qui connaît les secrets les plus cachés, 
qui les communique à ses saints dans tous les temps, 
et qui exécute sur eux sa volonté, opéra une chose 
merveilleuse en faveur du saint prêtre dont nous ve- 
nons de parler, qui par ses vertus avait bien mérité 
la grâce d'avoir une vision. En effet, pendant qu'il se 
trouvait dans l'endroit oix il avait coutume de faire ses 
prières, il vit des choses merveilleuses. La reine im- 
maculée, la mère de la lumière , lui apparut pendant 
la nuit à côté de son chevet. Elle avait sur la tète une 
grande couronne toute resplendissante, et elle était 
accompagnée de deux anges. La reine de la vérité lui 
dit : «Mon fils Jacob, quel mal t'ai-je fait^ moi qui 
prends soin de toi depuis ton enfance, qui t'ai gardé 
jusqu'à présent, parce que mon fils bien-aimé t'a choisi 
dès le sein de ta mère, pour te préposer à sa mai- 
son ? etc. » 

L'auteur jacobite, continuant son récit, nous ap- 
prend que, Jacob ayant été élu patriarche , on alla le 
chercher au couvent de Saint- Macaire, où il se trou- 
vait alors , et qu§ , conduit malgré lui à Alexandrie , il 



— 252 — 

reçut rimposition des mains {LjjLjl), qu*on lui mit 
sur la tète le saint Évangile, et qu'ainsi il fût fait pa- 
triarche d'Alexandrie (826). Il ajoute que Jacob était 
animé d'un zèle très-ardent pour la religion ; qu'il ré- 
gnait une grande amitié entre lui et Denis, patriarche 
d'Antioche ; que celui-ci, désirant lui faire une visite, 
an avait été empêché par les guerres , par les troubles 
et les brigandages qui désolèrent l'Egypte pendant 
quatorze ans. Les Andalous, sous la conduite du gé- 
néral Abd'elaziz el-Harouy, s'étaient emparés de la 
ville d'Alexandrie et d'une partie de la basse Egypte, 
où ils s'étaient livrés au massacre , au pillage et à tou- 
tes sortes d'excès contre les habitants, pendant qu'une 
affreuse famine régnait à Alexandrie. Après la pacifi- 
cation du pays, Denis mit enfin à exécution son des- 
sein d'aller voir son ami. S'étant rendu à Alexandrie, 
il passa plusieurs semaines auprès de Jacob, avec qui 
il eut diverses conférences. Anba Jacob mourut en 
odeur de sainteté, le 14 d'Amchir, à la quatrième 
heure de la nuit (837), le même jour où était mort 
saint Sévère. Il avait siégé dix ans et huit mois. On 
lui attribue plusieurs miracles opérés pendant sa vie , 
entre autres la résurrection d'un mort. 

A ces quelques détails nous ajouterons les rensei- 
gnements suivants que nous lisons dans le Chronicofn 
orientale d'Ibn al-Ràheb, auteur égyptien de la fin du 
treizième siècle de notre ère, traduit en latin d'abord 
par Abraham Ëcchellensis, et ensuite réédité par Joseph 
Assemani : 



— 253 — 

c< Jacobus (10 anni et 298 dies). 

« Hujus tempore restaurata sunt monasteria , redie- 
« runtque ad ea monachi. Suscitavit e mortuis et vitœ 
(( restituit filium Macarii, qui exinde tertiam bono- 
« rum suorum partem paupéribus gentis distribuit. 
« Decessit ferià tertià, decimà die mensis Mechir, » 

Voy. Chrom'con orientale laiimtate donatum Aàrahamo 
Ecchellensï Syro Maronita Ltbano, Itnguarum Orienta- 
lium et Arabiae in aima Parisiensium Academia professore 
regio ac interprète, etc. Venetiis, 1729, in-folio, tomus 

I et II in eodem volumine. 

Dans le second tome ou seconde partie du môme 
, ouvrage, le titre est plus explicite et plus développé ; 
le voici : 

Chrom'con orientale Pétri Rahebi ^gyptit , primum ex 
arabico latine redditum ab Abrahamo Ecchellensi, etc.^ 
nunc nova interpretatione donatum a Josepho Simonio As- 
semano, Syw Maronita, . Bibliothecœ Vaticanœ secundo 
custode. Venetiis, 1729. 

La première édition du Chrom'con parut à Paris en 
1651. Dans le titre Tauteur est appelé Ben jRâheb Abou 
Schiicherus ebnarrahibus Abilcaramus iùn almoaddhab. 

II florissait en 1282. Avant cet ouvrage il en avait 
composé un autre qui porte le titre de Livre de la dé- 
monstration et traité des sept synodes; c'était en 1271, 
lorsqu'il était diacre de Téglise de Sainte-Marie ^ m 
Moallaca, au vieux Caire (tVi Castro Schemaa, idest Cerœ 
in Fostata Mesras). 

Le manuscrit, qui est de Tan 1307, existe à la biblio- 



— 254 — 

thèque Yaiicane, in-fol. de 96 feuilles. Il paraît qu'il 
est très-défectueux et rempli de fautes. 

Dans la première édition du Cknmicon orientale d'ibn 
al-Râheb, publié à Paris en 1651 par Abraham Ec- 
chellensis , la vie du patriarche Jacob contient plu- 
sieurs détails qui paraissent avoir été omis par Joseph 
Simon Assemani dans la version qu'il a donnée du 
môme ouvrage (édition de Venise 1729). Voici ce 
qu'elle porte : 

« Jacobm 50*" patriarcha, 

« Ejus tempore instaurata sitnt monasteria et reversi 
a sunt ad ea monachi, Vivebat quoque eo tempore Maca- 
« nus, qui patriarcham rogavit aliquando, ut suam adiret 
« domum eamque benediceret, Unicus autem filius, quem 
« habebaty fatis tune concesserat, quem accipiens patei* pa- 
« trxarchœ tradidit. Sinu complexus est eum, manus ac 
<c pedes y quem patri reddens, ait : Non mortuus erat , sed 
« donniebat. Et timuit timoré magno, deditque tertiam 
« partcm bonorum suorum pauperibus, Patriarcha autem 
(c defunctus est die Marlis décima quarla Amschiri, Anni 
« patriarchatus 10 et 298 dieSy anni Christi 821 et 164 
« die s. » 

Page 3i, ligne 6 et suiv. 

On lit dans la Vie des patriarches d'Alexandrie, par 

anba Sévère ibn-almokaffée (niss. arabe de la Biblio- 
thèque nationale, ancien fonds, n° 139, t. I, p. 239 
recto) : Simon 51" patriarche. 

c( Lorsque le saint et illustre patriarche, anba Jacob, 
Télu du Seigneur et son favori, la colonne lumineuse 



— 255 — 

de rÉglise, fui décédé, et qu'étant allé auprès du Sei- 
gneur, il eut obtenu par ses prières que Dieu dispersât 
les troupes ennemies, mît fin à la guerre et éloignât 
ceux qui Tavaient allumée et entretenue pendant tout 
le temps qu'ils étaient restés maîtres d'Alexandrie, du 
Caire et de toutes ses dépendances, peu de temps, 
disons-nous, après le décès de ce patriarche, on 
nomma à sa place, par la volonté du Très-Haut, un 
moine diacre appelé Simon, natif de la ville d'Alexan- 
drie et issu d'une honnête famille. Il avait été comme 
lenfant du vénérable anba Jacob, et il demeurait avec 
lui dans la maison patriarcale ; dès son enfance il avait 
été placé et élevé auprès du patriarche, feu anba Marc. 
Il siégea sur le trône évangélique de saint Marc cinq 
mois seulement et seize jours. Il se reposa dans le Sei- 
gneur le troisième jour du mois de Bâbéh. Pendant 
tout son pontificat il fut afQigé de la goutte qui lui 
causa des douleurs cruelles et finit par lui ravir la vie. 
Que le Seigneur ait pitié de nous, en considération des 
prières de tous ces saints personnages I » 

Dans le Chronicon orientale d'Ibn al-Râheb, cité plus 
haut, il est dit à propos de ce patriarche, qui avait été 
^installé sur le siège de saint Marc l'an 822 de notre ère : 
« Ejus tempore in pace et quiète fuit Ecclesia. Obiit 
« podagree morbo feria sexta , die tertia Paophi. Yixit 
« regnantibus imperatoribus Mamone , Abd-almaleco, 
c< Mahometo et Moatacemo. Sedit annis 8, mensibus 6. 
« Vaoavit sedes anno uno , quod additur ad sum- 
cc mam. » 



— 266 — 

Page 35, lignes 7 et S.— Marc le Jeune, A9^ palriarche 
d'Alexandrie, 

Selon Almacrizy (Histoire des Coptes, texte et traduc- 
tion allemande parFerd. Wiistenfeld, Goettingen, 1845, 
page [r du texte et page 58 de la traduction), Marc le 
Jeune, successeur d'anba Jean sur le trône patriarcal 
d'Alexandrie, siégea pendant vingt ans et soixante-dix 
jours. 

« Pendant son pontificat, dit cet auteur, la discorde 
et la guerre éclatèrent entre les princes Al-Amin et 
Almamoun. Les chrétiens d'Alexandrie furent pillés, et 
un grand nombre de leurs habitations livrées aux flam- 
mes. Les couvents d'Ouady Habib, après avoir été sac- 
cagés, devinrent également la proie du feu, en sorte 
qu'il n'y resta qu'un petit nombre de moines. » 

« A cette époque, ajoute le môme historien , le pa- 
triarche des Melchites se rendit à Baghdad, pour don- 
ner ses soins à l'une des concubines du khalife, car il 
était fort habile dans l'art de la médecine. Cette femme 
ayant été guérie, le khalife ordonna que les églises 
des Melchites, dont les jacobites d'Egypte s'étaient em- 
parés, fussent rendues à leurs anciens maîtres. En 
conséquence, le patriarche melchite se fit restituer les 
églises en question. Il siégea sur le trône patriarcal 
jusqu'à sa mort, c'est-à-dire pendant quarante ans. » 

Les Coptes ont mis Marc le Jeune au rang de leurs 
saints. Sa fête est marquée le 22 de Barmoudeh (i7 
mars). 

Nous terminerons ces citations par le récit abrégé 



.— 257 — 

de la vie de saint Marc qui se lit dans le Chronicon 
orientak d*Ibn al-Râheb, traduit, comme il a été dit 
ci-dessus, de Farabe en latin par le savant maronite 
Abraham Ecchellensis, imprimé à Paris en 1651, et 
publié de nouveau à Venise en 1729, avec des correc- 
tions et des additions par Joseph Simon Assemani. Ce 
savant nous apprend que le manuscrit sur lequel il 
avait revu la traduction de son compatriote, se trou- 
vait à la bibliothèque Vaticane , où il avait été dé- 
posé après la mort d*Abraham Ecchellensis; qu*il se 
composait de 96 folios et que c'était l'autographe 
même de Tauteur original. Il nous donne le nom et 
les prénoms de cet auteur qui s'appelait Botros (Pierre) 
Abou Sckakir tbn al-jRaheb Abt'l Karam ibn al-Moad- 
dhabj et il ajoute qulbn al-Raheb florissait en Egypte 
entre les années 1250 et 1282, et qu'il écrivait au 
vieux Caire^ étant diacre de l'église de Sainte-Marie, 
m Moallaca, L'édition de Paris étant devenue très-rare, 
je vais donner l'extrait suivant d'après celle de Venise 
que possède la bibliothèque de Sainte-Geneviève. Il 
est tiré de la Vie des patriarches d'Alexandrie (II* par- 
tie, page 73), ouvrage que l'auteur déclare avoir com- 
posé l'an des martyrs 955 et de l'hégire 657 (1259 de 
notre ère). 

(c Tempore itaque dispensationis Domini Nostri Jesu 
tt Christi post ejus ascensum in cœlum, cum divisœ 
« essent inter Apostolos provinciae, in quibuK sacro- 
« sanctum prsdicarent Evangelium, obtigit Marco 
« Evangelist», ut pergeret in iEgyptum, Alexandriam, 

17 



— 258 — 

(c Pentapolim occidentalem, iGthiopiam et Nubiam. 

« Roma igitur egressus Marcus, Pentapolim primum 

« petiit, annunciavitque Evangelium in omni ejus di- 

(c tione, multis editis miraculis, nam leprosos munds- 

« vit, daemones ejecit, aegros sanavit. Quare muiti 

c( crediderunt per ipsum et baptizati sunt. Tum ait illi 

« Spiritus Sanctus : Surge, perge Âlexandrîam , ut bo- 

ff num ibi semen semines, quod est verbum Dei. Sur- 

« rexit itaque discipulus Christi et, Spiritu Sancto con- 

(( fortatus, ait : Domine, confirma fratres, qui nomen 

« sanctum tuum noverunt, donec revertarad eos; et 

« profectus est Alexandriam anno septimo Neronis. Eo 

« autem portam urbis ingresso, rupta est corrigia 

« calceamenti ejus, qui ait : «Nunc cognovi Dominum 

« iter meum'direxisse. » Tum accessit ad sutorem,''ut 

« calceum suum reficeret. Qui cum illud accepisset, ut 

c( subulâ perforare vellet, palmam suam perforans, dixit: 

(( tXç Si6<i » hoc est unus Deus. Âudiens autem sanctus 

« Marcus sutorem nomen Dei commemorantem gavi- 

« sus, dicensKc Domine, planamfac viam meam.»Tum 

« conspuit in terram, et lutum accipiens, imposuit 

(( manui sutoris, aiens : « In nomine Patris et F. et Sp. 

« S. sanetur manus tua, ô homo. » Statim sanata est 

« manus ejus, quasi nihil ipsi contigisset. Stupore ita- 

(( que perculsus sutor, rogavit S. Marcum, ut secum in 

« domum suam veniret, cibi quietisque capiendae 

ce causa. Ingressus domum ejus, oravit et comedit:tum 

« hominem sanctus Marcus adhortatus est, qui credidit 

« cum tota domo sua et vicinis. Erat autem ei nomen 



— 259 — 

« Anianus. Cumque credentium in Ghristum numerus 
(c augeretur, ordinavit Marcus Anianum Alexandri» 
« episcopum tresque presbytères et septem diaconos. 
c( Quo facto, Pentapolim repetiit, ibique biennio mo- 
fc ratus est, annuncians Evangelium, et consecrans eis 
a sacerdotes. Tum Alezandriam rediit, invenitque fra- 
a trum numerum crevisse, eosque in fide confirmatos; 
« qoibus cùm animos addidisset, inde recessit. Anno 
« vero ab ascensione D. N. J. G. in cœlum 35*^ adfuit 
(c Marcus martyrio Apostolorum Pétri et Pauli, iterum- 
fi qae Alexandriam regressus est. Gujus adventum cùm 
<c idololatrsB rescivissent (jam pridem enim diligentis- 
« simè quserebant) Dominica die in festo gloriosi Pas- 
c< chatis, quod eo anno in diem29 Pharmuthi incidit, 
ce dum Sanctus Marcus in templo sacrum faceret, 
« ceperunt eum et foras eduxerunt injectoque in 
« coUum Aine, per urbem raptarunt a mane usque ad 
f( vesperam, dicentes : « Trahite hircum in mandra 
« boum, « concidebaturque caro ejus, viarumque saxis 
« adbaerebat; sanguis vero super terram effundebatur. 
« Nocte ingruente, detruserunt eum in carcerem ; fac- 
« toque mane eduxerunt, eodemque modo, quo hes- 
« tema die, acceperunt, donec reddidit spiritum, et 
« coronam martyrii consecutus est postrcma die Phar- 
« muthi iEgyptiorum, quae est U* mcnsis Nisan He- 
ff brseorum , anno Incamationis di^înœ 67® et scptimo 
(C mense eum dimidio. >i 

Pour satisfaire la juste curiosité du lecteur touchant 
les reliques de saint Marc, je vais transcrire ici les ren- 



— 260 — 

seignements que j'ai recueillis dans Thistoire des 
patriarches d'Alexandrie parle savant abbé Renaudot. 

Reliques, de saint Marc, 

Lorsque les Musulmans, sous la conduite de leur 
général Amr ibn-al-Assy, se furent rendus maîtres 
d'Alexandrie en 644 , ils démolirent les murs de la 
ville et livrèrent aux flammes la plupart des églises, 
entre autres l'antique basilique de Saint -Marc, où 
reposait le corps de ce saint. Suivant le récit de Sévère, 
évèque d'Oschmounaïn, les reliques du saint évangé- 
liste furent alors sauvées par un effet de la protection 
divine, car, pendant que l'église brûlait, les capitaines 
des vaisseaux y pénétrèrent, mais, n'ayant rien trouvé 
dans la châsse qui renfermait le corps sacré, ils enle- 
vèrent les tapis précieux dont elle était recouverte, et 
c'est dans ces tapis que l'on découvrit ensuite la tète 
de saint Marc (Historia Pair, Alexandr,, p. 163). Le 
même historien raconte que celui qui avait enlevé la 
tête de saint Marc, pendant l'incendie de l'église oii 
reposaient ses reliques, s'étant embarqué, ne put ja- 
mais parvenir à gagner le large et que^ reconnaissant 
en cela un miracle, il rendit le chef sacré au patriarche 
Benjamin , qui la reçut avec respect et la déposa dans 
une châsse d'ébène. 

On lit dans la vie de Jean de Semenoud, patriarche 
d'Alexandrie, que ce fut lui qui rebâtit l'église de Saint- 
Marc et la dota de tout ce qui était nécessaire à son 



— 261 — 

entretien.. Il mourut dans cette ville en 686 et fut en- 
terré dans réglise qu'il avait eu Thonneur de relever 
de ses ruines {Ibid,, p. 176). 

Sous le règne du khalife fatimite Hakem, prince 
aussi ennemi des Chrétiens que des Musulmans y et 
sous le patriarcat de Zacharie (1010), un émir turc 
trouva, on ne sait comment, la tête de saint Marc. 
Ayant entendu dire que les Chrétiens attachaient un 
grand prix à cette relique et que pour la racheter 
ils donneraient tout ce que Ton voudrait, il se dé- 
cida à la porter au Caire. Le diacre Békira, qui était 
attaché à Tun des bureaux du gouvernement, l'ayant 
recouvrée pour la somme de 300 dinars, il alla la pré- 
senter au patriarche qui se trouvait alors dans le mo- 
nastère de Saint-Macaire avec plusieurs évêques et un 
grand nombre de Chrétiens. Tel est, du moins, le récit 
des écrivains jacobites, « car, dit Tabbé Renaudot, il 
n'y a rien de certain chez les auteurs grecs et latins, 
touchant la translation des reliques de saint Marc , et 
la tradition des Vénitiens à ce sujet est mise en doute 
par beaucoup de savants. » 

Page 430. — Patriarcat de Christodule. 

Le chef de saint Marc était gardé dans la maison 
d'Abou Yahia, fils de Zacharie. Celui-ci étant tombé 
dangereusement malade, les Chrétiens craignirent que, 
s'il venait à mourir. Ton ne mît les scellés sur sa 
maison, vu que celui-ci avait un emploi auprès du 
préfet Azzeddoulah, et qu'ainsi on ne vînt à perdre 
d^aussi insignes reliques. En conséquence, ils enlevé- 



— 262 — 

rent de nuit la châsse et la portèrent dans une maison 
voisine. Quelque temps après , ne la croyant pas là 
assez en sûreté, ils voulurent la transporter dans la 
maison du père de Mauhoub, auteur de cette histoire; 
mais celui-ci, qui peu auparavant s*était compromis au- 
près du sultan, refusa de recevoir chez lui le précieux 
dépôt, lequel fut alors confié à un prêtre du nom de 
Simon. Un certain Aly, fils de Békhir, Africain, natif 
de Barcah, qui avait été mis au courant de toute cette 
affaire , en fit part au gouverneur par une lettre ; tous 
ceux qui avaient pris part à cette translation firent 
jetés dans les fers, puis menés devant le gouverneur 
d^Alexandrie , Kaucab eddaulah. Celui-ci leur dé- 
clara qu'ils avaient' à rendre la tète de saint Marc, 
plus dix mille dinars que, selon lui, ils avaient aussi 
soustraits, le délateur ayant affirmé que les Grecs 
étaient disposés à donner cette somme pour racheter 
les reliques. 

Abou'lfetah, père de Fauteur, qui avait été jeté dans 
les fers avec les autres, après avoir passé trente-sept 
jours en prison, s'étant enfin décidé à payer six cents 
dinars, il fut délivré trois jours après, et le chef sacré 
de saint Marc fut ainsi sauvé et rendu à la vénéra- 
tion des Chrétiens (p. 431). 

Page 577. — Patriarcat de Cyrtlk Laklak ( 1235- 
i243). Règne du sultan Kamel, 

La tête de saint Marc se trouvait alors déposée dans 
la maison des enfants de Sokari[sic),o\x cette tête avait 
été découverte, il y avait plusieurs années. « Sed, ajoute 



— 263 — 

Tabbé Renaudot, ipse autor noster ( Aboul Beracat) tes- 
ta est dubitatum jam fuisse de\ tstâ traditione mter suos, 
Dicitur entm, inquit, fuisse caput Pétri Hieromartyris, 
guia caput Marci Evangelistœ erat cum ejus corporCj 
quando Bumœi sive Grœci illud Venetias asportaverunt. 
Insigne sane est autaris (Mauhoub) non suspecti testi- 
monium^ quo Venetorum commuais opinio^ à majoribus 
accepta, confirmatur ; cùrh hujus translationis historia 
obscurissima sit. Eamdem traditionem reperimus apud 
Aboulbirkat, qui de B, Marco loquens^ ait « corpus ejus 
sepultum in Eccksia orientali ad maris litus, ibidem per 
annos multos quievisse, donec f ranci quidam Veneti per 
fraudem illud abstulerunt Venetias, ubi hue usque servatttr. 
Caput ab illis relictum depositumque fuisse in domo ftlio- 
rum Sokari (les Sokari étaient une famille illustre d'A- 
lexandrie), ubi adhuc erat. 

a Delalum est in publica supplicatione caput et arca 
juxta consuettuUnem novo operimento tecta, » 

Le P. Yansleb, décrivant les cérémonies qui se pra- 
tiquent pour la consécration des patriarches d'Alexan- 
drie, nous donne quelques renseignements curieux sur 
la tête* de saint Marc. Après avoir dit que le nouveau 
patriarche, installé sur son trône, présentait cette tête 
à baiser à tous les assistants, il nous apprend qu'on 
lui faisait une fête pendant trois jours consécutifs, et 
que, lorsque les patriarches avaient encore leur rési- 
dence à Alexandrie, le premier jour on célébrait la 
fête dans l'église des Évangélistes ; le second, dan3 
celle de Saint-Michel archange, et le troisième dani^ 



— 264 — 



celle de Saint-Marc, et qu*à la fin de la messe, le pa- 
triarche nouvellement consacré, étant assis sur son 
trône , prenait la tète de saint Marc devant soi et la 
couvrait d*un voile neuf, faisant voir par cette céré- 
monie qu'il était devenu son successeur et qu'il était 
prêt à suivre ses vestiges. Puis il ajoute : « Us perdi- 
rent cette tête, lorsque la ville d'Alexandrie fut pil- 
lée par les Arabes, du temps d'Amrou ibn al-Assy. 
Car un marinier étant entré une nuit dans l'église, 
nommée la Grotte, où le corps de ce saint reposait 
dans une châsse, et ce marinier croyant qu'il y avait 
quelque trésor caché dans la châsse, il l'ouvrit, 
prit la tète et la porta dans son vaisseau. Deux jours 
« après, ce vaisseau voulant sortir du port avec lés 
autres, il ne le put jamais, quoiqu'il y appliquât 
même des machines. Ce qui ayant été remarqué par 
( Amrou ibn al-Assy, général des Arabes, celui-ci fit 
faire la visite du vaisseau, et on y trouva cette tète : 
aussitôt qu'elle fut reportée en terre, le vaisseau 
sortit du port de soi-même ; de façon que chacun 
voyant que c'était cette relique qui avait arrêté le 
vaisseau, le prince fit donner à ce marinier le châ- 
timent que son sacrilège avait mérité. 
« Après cela, continue le même écrivain, il écri- 
vit une lettre à Benjamin, alors patriarche des 
Coptes, qui s'était retiré dans la Haute Egypte^ 
de crainte des Arabes, le priant de venir le voir, 
après lui avoir promis sa protection et sa sauve- 
garde , et étant venu il lui mit cette tète entre les 



— 265 — 

« mains , lui racontant le miracle qui était arrivé ; 
a de plus, il lui fit compter dix mille deniers cfÉgypte, 
« qui valent dix mille ducats d'or de Venise j pour faire 
<( bâtir une église en Thonneur de cette tète ; cette 
« église fut nommée la Moallaca, et, depuis ce temps- 
ce là, tous les patriarches nouvellement consacrés 
u avaient la coutume de la prendre devant soi, de la 
<c couvrir d*un voile neuf et de la faire baiser au pen- 
te pie. Mais aujourd'hui, dit Vansleb en terminant, 
« n'ayant plus cette tête, ils ne peuvent plus faire cette 
« cérémonie. » (Voy. son Histoire de VÉglise d'Akxan^ 
driey p. 168 et 169.) 

Page 68, ligne 2i. 

On lit dans les Bollandistes une pièce très-curieuse, 
qui nous apprend de quelle manière et à quelle épo- 
que les reliques de saint Marc furent transportées à 
Venise. 

Voici ce qu'ils disent en tète de ce précieux docu- 
ment : « Historiam tramlationis reperimus in bibliotheca 
a Vaticana in codice n^ 1196 signato cum longa prmfa- 
« tioney cujus hoc est exordium : 

« Post passionem beatissimi Marci Evangelistx^ tran- 
« sactis autem multorum annorum curriculis, cum jam 
« dekta essent nomina idolorum sub cœlo, et libère sacri- 
« ficia Christo Domino libarentur, occupata est régie 
« yEgyptiaca a paganfs filiis Ismahel, qui alio nomine 
« Saraceni vocantur, qui universam terram crudeliter de- 
« vastantes, urbem pariier Akxandriam invaseruni, Unde 
« factutn est, ut beatissimi Marci corpus^ quod usque ad 



— 266 — 

(( ilbid tempus apud eccksiam m hco BubuU quieseebai^ 
a à Venetù mercatonbus. Domino largïenie, ad eamdem 
(( Venetiam duceretur. » 

Comme le récit qui vient après est très-détaillé et 
très*prolixe, nous allons le résumer en peu de mots. 
L*empereur Léon TArménien, qui régna de 813 à 820, 
avait interdit à ses sujets toute communication com- 
merciale avec la ville d'Alexandrie, occupée alors par 
les Musulmans, ennemis éternels des Grecs et des 
Latins. Cependant des marchands vénitiens, qui fai- 
saient le commerce avec le Levant, ayant été forcés 
par le mauvais temps de relâcher dans le port d*Alezan- 
drie, passèrent quelque temps dans cette ville, en 
attendant de pouvoir continuer leur route et de remet- 
tre à la voile. Pendant leur séjour, le sultan de TÉgypte, 
qui avait formé le projet de se bâtir un magnifique 
palais dans la capitale de son empire, avait ordonné 
d'enlever les colonnes et les plaques do marbre qui 
ornaient les églises et les autres monuments du 
pays, pour servir à la construction de son palais. 
L'église de Saint-Marc , qui était située dans le quar- 
tier de Bucoles, non loin des bords de la mer, fut 
dépouillée, comme toutes les autres, des marbres dont 
elle était décorée ; le tombeau du saint évangSliste ne 
fut pas épargné ; les plaques de marbre dont il était 
entouré, furent arrachées de leur place et transportées 
au vieux Caire malgré les protestations et les larmes 
du patriarche et du clergé de la ville. 

Dans cet intervalle , les marchands vénitiens, qui 



— 267 — 

avaient saint Marc en grande vénération et allaient 
chaque jour se prosterner devant son tombeau, con- 
çurent le hardi projet de s'emparer de ses reliques. 
Ne pouvant le faire de vive force sans exciter con- 
tre eux toute la population chrétienne, ils entreprirent 
de corrompre les deux principaux gardiens du saint 
tombeau, en leur disant que les reliques ne tarde- 
raient pas à ôtre profanées par les infidèles, qu'elles 
serarient plus en sûreté dans un pays chrétien, où elles 
continueraient à être vénérées ; que, quant à eux per- 
sonnellement, ils pourraient se mettre à l'abri de toute 
poursuite, en se retirant à Venise, oi!i ils seraient 
traités avec honneur, et commis, comme à Alexandrie, 
à la garde des saintes reliques. Les gardiens, s'étant 
laissé gagner par ces paroles et par ces promesses , 
enlevèrent secrètement le corps de saint Marc, et, 
l'ayant remplacé dans le tombeau par le corps d'un 
autre saint, ils le livrèrent aux Vénitiens, qui le trans- 
portèrent pendant la nuit sur leurs vaisseaux et firent 
voile pour l'Italie. Arrivés à Venise , ils remirent le 
corps saint au gouverneur de la ville Justinianus, qui le 
déposa dans la chapelle de son palais, en attendant 
que l'on pût ériger en l'honneur de saint Marc un 
temple digne de ce grand apôtre et de la cité qui 
avait le bonheur de posséder ces insignes reliques. 
Telle est en abrégé la narration que nous lisons dans 
le document en question. 

L'église de Venise célèbre la mémoire de cette trans- 
lation la veille des kalendes de février. Dans le nou- 



— 268 — 

veau martyrologe romain, on lit sous la rubrique de 
ce jour : « Translatio S, Marci Evangelhtx^ quum ejus 
corpus ex Alexandna /Egypti urbe a Barbara tune oc- 
cupata, Venetias allatuniy ibique in majori eccksta ejus 
nomine consecrata honorificenimtmè conditum fuît. » 

Si le fait de cette translation parait incontestable 
quant au fond, il n'en est pas tout à fait de même de 
répoque assignée par le document que nous venons de 
citer, car cette époque est en contradiction avec celle 
qui nous est fournie par Thistorien arabe Al-macrizy, 
lequel donne à cet événement une date beaucoup 
plus récente, savoir le mois de Schaaban de Tannée 
822 de rhégire (1418-19 de J.-C). Cet écrivain, qui 
florissàit en Egypte à Tépoque même oi!i s'accomplit 
cette translation, qui tenait probablement son ré- 
cit de la bouche des habitants d'Alexandrie et des 
témoins oculaires, est, à nos yeux, d'une plus 
grande autorité que les auteurs inconnus et légen- 
daires de la pièce manuscrite conservée dans la biblio- 
thèque du Vatican. Cette date concorde, d'ailleurs, 
avec celle de la fondation de l'église de Saint-Marc de 
Venise et avec le nom de Justimani, dont la famille a 
donné plusieurs doges à cette république vers le mi- 
lieu du quinzième siècle. 

Ce qui achève de démontrer la fausseté de cette lé- 
gende , c'est ce que raconte l'auteur de notre Homélie 
à l'occasion du songe qu'il eut la nuit qui précéda l'in- 
tronisation du patriarche Siméon. En eifet, l'évêque de 
Nestéraweh nous apprend que ce jour-là, après la ce- 



— 269 — 

rémonie en question,, il descendit dans la crypte qui 
Tenfermait le tombeau de saint Marc, et qu'ayant pris 
-entre ses mains le chef du saint apôtre, il le vénéra, en 
adressant à saint Marc une fervente prière. Or, ceci se 
passait dans le courant de l'année 822, puisque, d'après 
Aous les chroniqueurs, le patriarche Siméon fut ins- 
tallé cette année-là même, c'est-à-dire deux ou trois 
ans, au moins, après le prétendu enlèvement du corps 
de saint Marc par les Vénitiens , car, selon le docu- 
ment du Vatican, cet enlèvement aurait eu lieu sous le 
règne de l'empereur Léon l'Arménien qui avait alors 
cessé de vivre, puisqu'il était mort en 820. Cette preuve 
qui reposé sur une donnée chronologique certaine 
nous semble péremptoire et sans réplique. 

Du reste, à propos des reliques du saint Évangéliste, 
il est bon que l'on sache que Venise n'est pas la seule 
ville qui se flatte d'en posséder au moins une partie, 
car, selon les fiollandistes, dans une paroisse du dio- 
cèse de Paris on vénère le bras, à Soissons le crâne, 
à Cambrai un autre bras du même saint, et dans la 
cathédrale de Tournai trois ossements et un frag- 
ment du rocher qui fut teint du sang de l'apôtre pei>* 
dant qu'on le traînait dans la ville d'Alexandrie et que 
les infidèles criaient : Trainon^k dans téiable des vaches. 
Pour compléter la vie de saint Marc ou plutôt pour 
la contrôler, nous allons transcrire ici l'abrégé que 
nous en donne l'abbé Renaudot d'après Sévère ibn* 
al-mokaifée, évêque d'Oschmounaïn, qui écrivait dans 
la seconde moitié du dixième siècle (971). Après avoir 



— 270 — 

rapporté la conversion du pèrQ et de Tonde du saint 
Évangéliste, il continue ainsi (p. 2) : « Aliud insigne 
(c miraculum ab eo editum commémorant circa nr^ 
« bem, inquiunt, Azdoud appellatam, a cujus civibus 
(( arbor olea colebatur, cumque lunam adorarent, ad 
-ce eam arborem orabant et vota faciebant. Eam Marcus, 
« ut infldelibus significaverat, oratione dejecit : simul 
« ipso meridie tenebris lucem obscurantibus, luna 
« visa est, ex qu vox audita quse cultores astrorum 
« Deo famulantium increparet. Inde mulU ad fidem 
a conversi. Alii, casu arboris sacrœ furiosi, Marcum 
a verberatum et diu vexatum Judœis tradidenint, à 
c( quibus in carcerem conjectus est. Sed eadem nocte, 
« apparente sibi Christo, januis apertis, custodibus* 
« que somno sopitis, liberatus est. Hœc atque alia 
f< similia figmenta passim occurrunt in GrsBCorum 
fi Actorum collectionibus , quas tam in variis Meta- 
<c phrast» mss. codicibus, quam apud BoUandnm 
c( consulere quisque potest. 

(c Marcus,ut Severus prosequitur, unusfuitez Ghristi 
c( discipulis septuaginta ; unus etiam ex ministris qui 
<c ad nuptias in Gana Galileœ hauserunt aquam, qus 
« in vinum mutata est. Is etiam quem amphoram 
« aquœ bajulantem secuti sunt Apostoli in domum 
c Simonis , ubi ultimum Pascha paraverunt : ipse 
c( etiam qui discipulos in domum suam recepit Pas^ 
(I sionis tempore, ubi post resurrectionem congre- 
« gatis illis apparuit Ghristus, cum ad eos, januis 
« clausis» introisset. » 



— 271 — 

(P. 3.)« Post ascensionem Domini Marcus Petro co- 
« mes adjunctus, verbum Dei Judœis annantiarit Hie- 
c( rosolymis, tum Bethaniae et vicinis in locis. Dein 
a Petnis per somnium apparente sibi angelo monitus 
« est, ut Marcum Alexandriam prsedicandi Evangelii 
(( causa mitteret; quod factum est, inquit auctor, 
ce 35® anno post ascensionem Domini, cum prius Romœ 
ce simul prsedicassent. 

c( De anno missionis D. Marci in iGgyptum aliter 
« scribunt non Grseci modo et Latini, sed etiam Orien- 
« taies, Chronicum nempe Alexandrinum an. Ch. 40*, 
<c nempe 3** Gaii. Eutychius an. 49°. Orientale Chronicon 
« Ecchellensis propius ad Severi calculos accedit, dum 
<( eam statuit T* Neronis anno J. G. 60<^. Aliter Elmaci- 
(c nus qui martyrium Marci assignat V ejusdem Impeh 
« ratoris anno post septennium in Evangelii prsedica- 
« tione consumptum, atque ita profectio ejus incideret 
« in an. J. C. 53°, verum frustra in orientalîbus libris 
« chronologise stabilitas uUa quserenda est, cum ipsi 
« sibi frequentissime etiam in eadem pagina contra- 
« dicant. Ipse sibi Sëverus manifeste contrarius est, 
« cum statim scribat, post ascensionem Domini Apos- 
i< tolos inspiratione divina divisisse inter se provin- 
ce cias, in quas singuli proflciscerentur Evangelii prœ- 
cc dicandi causa: Marcum sortitum accepisse iEgyptum 
rc et Alexandriam, atque eo profectum, cum idololatrisB 
(c immersum populum reperisset^ plurimos tamen tum 
ce prsdicatione , tum miraculis ad iidem convertisse. 
« Gommunis porro auctorum opinio est, eum a Pen*- 



V 



— 272 — 

« tapoli prsedicationem incepisse tanio successu, ut 
<c partim idola frangerentur, arboresque fatîdics pro- 
« fanis mysteriis consecrato a Neophyiis exscinde- 
« rentur. Haec Sevenis et alii Orientales, quae etiam 
« in Actis grsBcis interpolatis occurrunt. 

« Divino monitu Alexandriam profectus est ut in ea 
« verbum Dei annuntiaret. In ejus aditu rupto calceo 
« ad sutorem divertit qui illum resarciret(Eutych., t.I, 
(( p. 328 et seq.). Is, cum manum subula perforasset, 
« exclamavit et; Beôç, unvs Deus; nam haec grseca verba 
« Severus transcripsit. Marcus, audito nomine Dei veri, 
(( gratias agens quod spem haberet non infeliciter sus- 
ce cepti itineris, postquam in faciem prostratus orasset, 
« luto vulnus liniens hominem sanavit. Ab eo domnm 
« deductus hospitioque susceptus, Christum illi an- 
(( nuntiavit, tan.quam antiquitus in scripturis promis- 
ce sum et per prophetas prœdictum, qui in (p. A) fine 
c( temporum corpus acceperat ex Maria Yirgine. Tan- 
ce dem ille et vi doctrinse et miraculo quod ipse expe^ 
ce tus fuerat convictus, fidem amplexus est, et cum 
ce universa familia sua, multisque ex vicinia baptismum 
ce accepit quorum exemplum plures alii secuti sunt. 

ce Interea per urbem vulgatum est Judœum homi- 
nem,qui cultum Deorum impugnaret, atque ab ido- 
ee lolatria averteret, undc idololatrœ insidias illi struxe- 
ee runt. Eas cum rescivisset Marcus, Anianum sutorem 
ce illum ordinavit episcopum, très sacerdotes et septem 
ce diaconoâ. His undecim viris commisit plebem flde- 
ec lem, ut eam in fide confirmarent, illisque valedicens 



— 273 — 

u in Pentâpolim reversus est. Ibi duos aiinos perman- 
(c sit prsedicans Evangelium ordinavitque episcopos ^ 
« sacerdotes et diaconos in omnibus illis provinciis. 
<( Deinde reversus est Alexandriam , ubi fidèles in fide 
« conflrmatos et numéro credentium auctos non sine 
« magna lœtitia reperit. Statim Ecclesiam in loco 
« prope mare Bucolia dicto sediûcare aggressi sunt. 

« Martyrium. Gum vero Infidèles accepissent eum in 
a urbem rediisse, f ama miraculorum qusB ab eo ede- 
<( bantur ubique diffusa, nihil omiserunt, ut eum per- 
ce derent. Tandem Dominica Paâchse, quse eo anno inci- 
u débat in 29 diem mensis Pharmuthi, quo etiam die 
(c IdololatrsB festum celebrabant, eum diu qusesitum 
(c ad altare in ecclesia invenerunt. Irruentes igitur in 
i< eum,alligato ad collum fune, eum trahere cœperunt, 
« Utnto furore, ut corpore ad saxa lacerato sanguis 
« undique flueret. Vespere eum in carcerem conjece- 
« runt, deliberaturi quo supplicio illum afficerent. 
c( Eadem nocte apparuit ei Angélus , qui dixit illi : 
(C Marce, serve Deiy ecce nomen tuum scriptum est in 
« Ubro vitœ : annumeratus es sanctorum multitudini : 
« spiritus tuus ghriam Deo dicet eum Angelis; corpus 
« tuum nonperibtt, nec desinet esse super terram. Evigi- 
n Ions dixit levatis in cœlum oculis : Gralias tibi ago, 
K Domine Jesu Christe, oroque ut me ad te suscipièns, 
« Ixter in bonitate tua, Postea eum rursus obdormisset, 
<c apparuit ei Dominus ea specie, qua eum discipulis 
« suis erat conversatus, dixitque ei : Pax tibi, Marce 
« EvangeUsta mi ekcte. Marcus respondit : Gratias ago 

i8 



— 274 — 

« tîbîj Salvator meus Jesu Chrtste, qui dignum feasti me 
« ut paterer pro tuo sancto nomine, 

« Infidèles eodem modo quo prius fecerant, rapta- 
(c verunt illum fune ad collum alligato, donec Sanctus, 
« cum dixisset : Deus meus, in manus tuas commendo ipi- 
« ritum meum, animam Deo reddidit. 

(P. 5.) « Infidèles, collecta lignorum magna copia, 
a corpus ejus cremare aggressi sunt eo in loco qui 
« diciiar Angelium. Yerum ingens tempestas cum terrse 
« motu, tonitru et pluvia^ eos ita conturbavit, ut multi 
(( exstincti fuerint. Fidèles corpus sanctum ex pyra 
« eduxerunt, illa^sumque repertum in ecclesiam detu- 
(( lerunt, ubi sacro celebrato precibusque super eum 
« peractis ex more sepelierunt, ut quotannis memo- 
<c riam ejus cum laetitia celebrarent. Sepultus est 
« Marcus ad ecclesiae latus orientale eo.ipso die quo 
(( martyrium consummavit. Diem assignant nempe 
« ultimum Pharmuthi secundum iËgyptios : qui dies 
c( respondet VIII Kal. Maii secundum Romanos, est- 
« que 24 mensis Nisan secundum Hebraeos. Ita Se- 
« verus quem ex hoc loco manifestum est non Graecis 
« modo Actis usum, sed aliis etiam ex Latino versis : 
« nam ea verba YIII Kal. Maias, ita scripta sunt, ut 
« plane ab eo intellecta non fuerint, et sane divinan- 
« dum fuit ut ea agnoscerentur. Barmuda seu Par- 
« muda, aut quocumque alio modo scribatur, nomen 
« arabicum detortum est ex iËgyptiaco Pharmuthi, 
« qui mensis respondet ei quem Syri Nisan appellant, 
« quique Romano Aprili respondit in Nomenclature 



-~ 275 — 

f< Ck)piico arabico. Ai in Romana et aliis ecclesiis me- 
a moria Sancti Marci celebratur non VIII, sed YII Kal. 
u maias, atque adeo emendandus est Sevenis, neque 
u enim aliter calculus ejus sibi aut cum aliis auctori- 
u bus Kalendariisque constaret. 

(t EUmacinus secunda solennitate PaschaB passum 
u asserit , quse tune fuit dies 30 Pharmuthi et S4 Nisan. 
»( Gonveniunt Acta latina vetusta apud fiollandum, 
<c mensis iEgyptiaci nomen Grseca Acta conservant. 
it Atque ita Cbronicon orientale. 

a Annum vero martyrii maxime controversum esse 
« apud Orientales testatur Elmacinus, etc. Yid. Tille- 
« mont, Hîsi. Fccksiast,, part. II. 

(P. 6.) (c Gommunis quoque apud omnes opinio est 
(( de reliquiis D. Marci Alexandrœ servatis, ad ejusque 
(t tumulum Patriarcharum electorum consuetudo fuit 
t( vigilias agere, ejusque benedictionem captare, ut 
(c multis exemplis in bac historia flet manifestum. » 

L'on montre, à Venise, dans la sacristie de la basi- 
lique de Saint-Marc, un bas-relief qui passe pour avoir 
été la chaire de cet apôtre. C'est une grande pierre de 
forme quadrangulaire , sur la face antérieure de la- 
quelle est représenté un homme qui tient une bourse, 
et qui, selon le P. Secchi qui a décrit le monument, serait 
rimage de saint Matthieu , lequel avant sa conversion 
exerçait la profession de publicain ou fermier des im- 
pôts (t£^c6vtiç). Au-dessus de la frise et sur le bord du 
siège se lit une inscription en caractères hébraïques, 
dont le même savant a donné au public une interpréta- 



— 276 — 

tion et un commentaire. Comme ce monument est fort 
peu connu en France et qu'il se rapporte, d'ailleurs, 
h la tradition concernant la translation des reliques 
de saint Marc à Venise , je me propose d'en faire 
l'objet d'une dissertation particulière, qui verra le 
jour plus tard et dans laquelle, après avoir examiné 
l'explication du Père Secchi, j'essaierai d'en établir 
une nouvelle que le lecteur trouvera , je l'espère, et 
plus plausible et mieux fondée. 



FfN DES NOTES. 



TABLE 



Pbéface T 

Traduction française de ]*Homéiie I 

Premier appendice 73 

Second appendice 8! 

Notes sur THomélie ^ *. 93 

Notes sur le premier appendice 227 

Notes sur le second appendice 23 i 

Additions aux notes 24i 

TEXTE ARABE. 

Titre et Dédicace. — Les quatre premières pages à droite 
du volume. 

Texte de THomélie l 



PARIS 

TYPOGRAPHIE GEORGES CHAMKROT 

19, RUK DK8 SAINTS-HbRKH, 19 . 



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1) Notre maDuscrit porte oXJt -^t J, ce qui ne 
me donne aacun sens. Dans le vma. de la Bibliolb* nat. 
n* 139, à la place de ces trois mots on lit simplement 
sLfyJS\ J, c'est-à-ilire^ dam k$ mbbat$ ou $aniedi$, 

2) Dans le mas. de la BibL nat., ce nom est écrit sans 
les points diacritiques, ^^t 



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Js J . I.-^L^j l-.j*«»j aJ-sL.! ^^^^Zm^ \jt-^^ 
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SECOND APPENDICE. 



Prédication et martyre de saint Marc Tévangcliste dans 
la ville d'Alexandrie, par Anba Sévère, évéque 
d'Oschmounaîn (manuscrit de la Bibliothèque natio- 
nale, fonds syriaque, n^ 237, en carchouni, fol. 9 i', 
et ancien fonds arabe, n* 139, p. 15 et suiv.). 

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L>1j : 5.^1 oJli- ç^r^ bUj : L^,) ^J^^ ^^ '^èi 



^^, : ^^.^^\ iVJb J» L«=-i|j '.^^-aJI j,^. 



PREMIER APPENDICE. 



Vie de saint Marc l'évangéliste, patriarche d'Alexandrie, 
par Anba Sévère^ évéqiie d'Oschmounaln (manuscrit 
de la Bibliothèque nationale, fonds syriaque, n* 237, 
en carchouni, du folio 1 v* au folio 9^ et même texte 
en lettres arabes, ancien fonds arabe, n* 139, page 49 
et suivantes). 

ij.^[ : ^yt JV^ ^.xïJI ^j^\i ^ji% v^p^ 



ty>-i. l'j*^' o*^' : v-jil^Ai- ^Uj ^ J^\^ 



APPENDICES 



♦ ^r » 






• ^^ 

3) J^ z;^ Il 7 A i<^i probablement une lacune dans le 
texte, car les deux mots J^ ^ ne peuvent point se 
joindre ensemble et ils ne présentent aucun sens. Llio- 
mélie devait se terminer par la doxologie qui se lit k la 
fin de toutes les compositions de ce genre. D'après celle 
qui se trouve k la fin de la vie de saint Marc par l'évé- 
que d*Oschmounéin, je propose d'ajouter ici les mots 
suivants : 

.Wi- ^jj. i^\ ^r x-;^ cTî^' ^^3 

jr, :\^\ X j^ jr*3 j^^ ^âji ïj* ,^1 jçji 

c'est-à-dire « Nous le demandons enfin par rintercés- 
sion de Tapôtre, de révangéliste-vierger saint Marc, dis^ 
ciple de Notre Seigneur Jésus-Christ, k qui eif^ue toute 
gloire, tout honneur et toute adoration, aiusr qu'à son 
père infiniment bon, et au Saint-Esprit maintenant, etc. a 



♦ ^l ♦ 



^J|juv4l U^o ^jl> |4«3I ^.JiJI ^^ ^1 .Ul 



ç^nr^^'-* '>^J ^' vW' I^J ^^j^^ T^y 

sl^l^jj . Juap^l a) . ^•^t p^j--J s-^^t ijJiiiï'il^j 



6 



A» 



•• •• 

{iji\ oU^tj ^^|;JlJ . .LS^^ J* ïjiUJI ÎJ:JU) 
. (4 JLeUjJtj oLUJ! (3 J^ Jfi ^j;^)! ïJIjJI g 

Sj-ftLyi ^jJjJi iijILJI ô^l L.^ tà*_. LJ^Llj'jÛm 



Jl-iUr-j J-rJLJl;^ JLîjt^j Jt^l^i^ cr^3*^' j'-v^^ 



wj >^ ^^U ^..A^^^l oUI^ î«j^^ 



J*^' *H-^ cr^^V ""^ c«!;''* *^J^ • t'î^^' 



.1 



yj ^l^j • cy ; 4'*-r"^^ v^;/'-~j • trr^'jir^' 



4) oLsUjJIj oLiiJI — S) ÀJikeil 



• v^ ♦ 



(3JU' ^^*î' *i> ^UJ 4^,-S«ï- bL«ij . 










I) ^^^...-V,,,,- fVI'— 2) v.;,ouiJI — 3) 1^1 



♦ VA » 



^)U\ ^L.1 (i .iUlj J^^l ^, . j\ji.^^ ^ 




• crî^^=*J' ^j'^j ui'^^^ ô^ ij* "'A*î cr**9'' 






j* .ti;jiui . jjiji ^ ^^1,1 . ^^^j/^i 



i-*^J (* c;^. ^r*' • ^-^ x/ i' J^^' • r^"^ 



.U* LLïiL- 



,j ^^jli^l ïJ^li4l Lûbl Vuïj (8 ïL« 



I) *Ji}| — 2) ^JJl 

3) «.^ Ce mot a élé ajouté au texte. 



♦ vv ♦ 



îJLi-JLj J . r .f„ tl . LSbLi-iJU! o^V^l s_ 



j-^l . ^-oi)l ^^i—Ui^ v-wyJt /J^l (3 li . ^--41 



V>^ L*j . A^ •XamJj . 4^;^^ . 4uJLJU91 A.JLiJX»j JmJIJUI 



4) Le manuscrit porte ï^ jJI| mais je crois que la vé- 
ritable leçon est L;j j4I 

r.) Ï,.*,.;tJ) - 6) »J* 



♦ VT » 






. jlJLb rJl sJU-ij ^ -L.^ IfiL^j Îs^La i^^'^ ^^ 

^' er^ t-*^' E-^^-'* "^^^ '^ ^ (^"iJ 






J-*UJI J^U31 JU5I I4I ^Lt3| jjUi .iC-UI 



^-Jjj .L.^s_,l .^LJra»L«i| . >fâl j^yi 






. ULJ4_..>JI ïJL>Uc^t I..3x(t iji.-Ji «L^» . iC.S'jJ.^k' 






Vé 







^<^\)j\ jjjiij . ^Ltj^ (I ^:-, . j^\ 






. .ljL_c'^l ^^^^. . V'j -^'j -y^ -î**" /.^^ 
j-^^a-^ c;^^J c;*"*^'*^' (« Olj^ (Xic (5 jL-i^ 






A • 



(8 ijilj -tia. J«»ij . ^^LUI 3;«JLJ! (7».L4JJL* 

1) ^L - 2) l>« - 3) i^. - 4) ^jL»i.» 
5) Jl^ - 6) vOv^ - 7) olLsJU - 8)^1. 



♦ Vf , 






• ^^ v,/^- • f^'^'--^^»t^j ^^W' cr-^-? 






^ j^U^j • j^Lî'^ (^^ ,,^j • (^'^>^y*!J 



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• Jî»^l; f'/^l^ (^-JJîi' u-'V' 'j^^ • ^' -^" 






1) \jA^] - 2) ^^^al - 3) ljy.Lk> 



♦ vr » 



. ^.^"ill 5Uy! ^\j ^\ ^^^. liJi-j L^JIj LZj 



'-5-4^-5 • îf^'^-^ crtr^' ^ ^j/j L^^^' '-^-^ J^ 






2) Ce qui suit jusqu'à la fin de l'homélie ne se trouve 
point dans le manuscrit de la Bibliothèque nalionale , 
qui se termine par ces mots et celte doxologie : 

J^àJ w*ap^. ^jJt lj^ -jrrr^' -V^' (^^ UcLjulî, .L^^ 

cr-^» ^,^31, JUI *^l ^ :>^^ JT, ^t/l JT, ^ 

3) iJLjiï — 4) oUi, 



♦ vi # 



J^^^,]| ^y ^jL JJo^l ^jjdJ ^jj^l Jy *);s L. 



^JL-! ^-ïJ3j . j^l .x^l J^^l ^^j,jK)1 



Jl U* L^ J*^j (3 ^i^r-i-j/J' *i^ ^ »;» 



LUt 









^\ 






1) ^yJ — S) Mot ajouté au texte. —3) ^Jéi/^^ 
4) lJt.)i - 5) jU - 6) wwU - 7) ^ J 



fU-"^» O^ vi»,^^ . f^l il ^^^\ o^ ^ 



^^ J^ . îSJ'U\ ^j JJL.- . Ç.J\ ^i 



>j;>|j » ....H ^ ^.tl-H*) v*^ ^ * <r^^ ?1,J*^ V!;'^ 

K-».»-" ■>! . -,1. .. ^flll ^(T Uii . .S&S jLar»f . «L^t 



(3 J^j d')^^ J-* *-'- Jir^ ^r=^ • t>'^' ^ 






b >.tC3 ^Ul . J JL5 . ^! J . ^jÀiA\ jlLJI jJ 



i]^jJi — 2) Ce mot manque dans le texte. 
3) ^^ mots ajoutés au texte. — 4) ^«^Jt 

5) iJuJLak 



*^^ * 



• J»J^' J-* *»*' ^M »J-^ ^ ,_5Ïo> • 'Ml Ji 






Jli J-> . ^1 c^ jJ» J^jJt UU . (3 ,J^j 

w»U ^JJ! ^^1 ^j-O ,_pZ^ ^h ^y\ ^\ . ^4) 



^i-J! s^ J! ^^ . j.j'i\ ^U .j^^ î-îjl4)l 



wta— _3r-~^) . ^^LUt (4 «s» ^ ïgKm <>^ .; "^A 



% J^P\ ^\ji ^ l,^i! ^j . (.V=*W!5 • Wj 



:i\ 



1) ,j.:: 2) ^-Ll - 3) oCri -4) »U 



• 1^» 



• sSj^^ UT" cT*^ ^ '"^^ C* C^'-> • 'J^'^^J^ 
y^'.i.\;} ^ — Il 5r-i ^^ t^r'P' ^^j^ ^ 






3u_l_-^l ^ J^» ^L-^l j.;K)! J^yi ^y 






c;' «j^V^'j . V *5-^ ^ l^j • J^^' J* -^J' 






3) Le mss. de la Bibl. nalionale donne cette version : 






ri- (3 U"^ U*^' i' V-^J "*^ e;^J • ^' 



,-*^ J-rÇ:»^ cj'O • ^j^k (* 'jSL- c;?.^» î>^' 



JL» Hj . *.-Jlj ï^"îll si^. ^^.tî^ >Jb» «iîlj 






2) /r<l-«i' Le mss. de la Bibl. nat. est plas explicite : 

ir^ ,»»j cr^ *-^'j l*-*-' ^/'^'^' wji*^^ ^js 

3) Mss. de la Bibl. nat. : ^-^\ <j*^yS^. ùf^ V^.) 

4) )j«! — 5) t^^^aïu.! 

6) DaDS le mss. de la Bibl. nat. ce passage est ainsi 

rendu : ^^i"^. J^s ^^, 1»^'' tjl^^ iiji^vi^?, 






îl iU t'rw OjU^I ^ ^t ^^t ^^^^^ 



♦ !!♦ 



â 






^ (j-y r^/j • J^ u-jV fS-»' • .«^ Jijj 



*_:-»i J *4J J^i, L^*»?'^ LijJull J»! Uil 



ViL^ (2 l^^j J^p. ^^L.j J^ w.>ja t^J^-j 



t^LsJ. .4^ (3 ^.i^Uiir ^^ ^ U, . ï^l 



ltV* LTi-*-^' »^ J* V>'J **^' ^^^* s?' 

ii^lJJ! ^\^\ ij ;:.■'- M vaImJI c^I ^b 9^^ Iju..3 

i) Le ross; de la Bibl. nat. ajoute : jiLwb^^ 
2) U/!j — 3) Lija.! « 4) ^j] 
5) A>^;5Ci J«r, mois ajoutés d'après le mss. de la Bibl. 
nationale. 



• 10» 



cri->-=-^ VJ-V^' ^^^ *^j ^^lï î-M' J'j 



J*lj «i^ 1 JA Jjoj . «<AJi>^j J^liu ^IJt *âi iJ^ ^lilj 



u-* <^y t^. ^) p^ *jT^ ^i-» *-^ ^^j 

J-6 ^^Jj . ^lU I (6 *j ^^ UjLfcJI iJkJb olyîî! 



,-*J-^^ . JA-s ,-t-^ (8 ^^~e^ "5! «yr^^,^ (7 i-vj 



irr^S-* (^ bj'-'j • cr-**^' vi'PLiM ^Ij |.«^^ 



l)lla.l— 2) I_,3r^— 3) iPuJ. 

4) Le mss. de la Bibl. nat. ajoute : k*ij .^^"^ 

5) ^lilj — 6) »li - 7) «Jj — 8) L^sJ. 

5 



» If ♦ 



. (1 jui.lJI »l3l^ ^ -^j*^ ^ ''^'î:* l-^lplj 'j^^^j 



• lt^j^hI ^' V i^j c"^' ê^^'j ^^^^ ^ 



,^t 



oL>~* 



u. 






àWl 



«U ^ijj . »X)I ^^1 J-Jb" Ul . j_^jjL.j^ Jlij J^-yJ I 



J.r^' f ^j-^ "-^y V-LDI ^^JjJ! ^ xyi ^;~4 



t» 



i) Mss. de la Bibl. nal. : J^^t ^ a:l£Jûx UxJ "^ 
2) Le m«s. de la BibK nat. ajoute : ^>» LLJg iô.!^ 

--.il 



.^^ ^^L) jLjL5 , ^jLjt &.wot AJ ;U' 



i 



L/*- 



fr*' *f py-5 



A,jua 



I i * " 



c :. 



3) Le mss. de ia Bibi. nat. ajoute : Li ^^^ è ^^ 



» T ♦ 






ïAili . ï^^ a,tiâ-i| ^jJl .|3œJ| Ï:>J J »9ij ^__jK-i 

Ll» . (3 ^1 ^\J\ JLâJ . i/i] ^\ (îLii'Jlj uu^l 

M 

Jj -^-Jl JLJLi . i^-i;.*-J ^^j i^ ^ 4\5\ ^1 fl-^ 

^U^^l ^* vjuiïj «il pi o/3 wâ/ . (4 ^K-îi) 

3) On lit dans le mss. de la Bibl. nat. : ^y j^ l/^;î'* 
c'est-à-dire Âytô; 6 6ê6; ; mais d'après le sens exprimé 
par la version arabe , ces mots grecs doivent se trans- 

crire : ^r»^^ ^t ir*'» ^^'^^ ^^^^» é^!>fc J^lj 

4) ^li-bU " . 



♦ ir • 




• m 4 

. L_^ jy: îjj^ L^l J^3 LU . ïjjXSL:^\ 



^.w--Jj sZ^jJ\ >Jî!i-.« aJ j-^ il !*>-• ^ SJla j^ Uji^ 



. ^^1 ^j=. v^l IJU . *J J'Jj JJL*^ LSCo'ltl 



. ^^1 J^ ^^ ^iXJ t-iUJ| ïXîllI ^j^.» Ul 

t 

^jJI cJluLi ^tXJJi'j oJi''jj J^j . oXiV ^ 



\) LiL — 2/ L-î. — 3; /JLi 



Li-ftJI ^ Jj-v)l ^ {5 Lj1(, lois' ^^JJI JU^I jl ^* 






(8 LiL,! l^ L_:lc w>»1:." iS . ,., ]bl5 ..^>;> J! 
^ :.-"•■ :-^< ;_rslr^' cr!->j^l («"c^L^lJ • (9 L^L-jI US^j, 



4) >^U-I — 5) ._j!S'^ — G)^;-*^ 
7) J^ «-*a. — 8) UjjI — 9) >'jjf 



» V * 






^-*^l |«»J-.'j/»^J Ja^L-, J,t «^JL. ^1 ^«::*9'^' 



1"^! 






. -V 



S_3r-l| j_^LUJ! A^ ^Sjt^ ^^jU ,^'-35^1 



(5 oiU ^L.;-^ ^^M ^^\ ^,^\jA ^Jij 



*J ^^ITj (6 lLl-.I ^^\ ^ji\ pîj . ^lA*.i! 



1) JlAi - 2) t> - 3) s^^\ 

4) J^; wiJI î-^ — 5) Uii" - 0) 



♦ 01 ♦ 



O-eV (3 ^yJ\ ^ (a^. . (1 oi^^i pij 



• ^^^^^ ^y ^J^ J^-^' cTi-^"^ '^'-' (^^' 

• 






1) Mss, de la Bibl. nat. : J»j4l /»L5'^ 

4) Le mss. de la Bibl. nationale ajoute : ^J^^ j^j 

5) *Xi Jca. — 6) Ce mot manque. 



OA 



Zj^\ plj J^ j»j . s^wil j^j js^j l-fc^ c;^J 
C^. ^ -^î-» r=-^ ^l-?''^!! pr^-^. s^JJI ^1 ^r^. 



j^ilj . ^1 J«.y Jor-j lia. C^! >L5 teUI Jbiï 






(4 LjxJ a^ >Um^ yjo LT^y c^*^^ ôj^j^^ ^ ZcI'mJ! 

u*rt-^' !;? ^-^^^ ^' t^ vV' r^ • ^^ t^^ 



1) i\ji\ - 2) wàSl 
3) ta* — 4) -^L« 



ÔV 






J.3 . AJ 



U U'jLi . ^LJl ^^ (I 



^u'O 






^1 L£^ J'.J^ . ^)\ ^y^\ (^Uli . ïi-'l 



i^l 



-J_s ^^t^-^. ^jt JL-j ^^ ^.^' Jr?^' 






4) Ucr=» - 2) Lïl - 3) UUI 

4) w^.rJ - 3) ^^tj - 6) J, 

7) Le mss. de la Bibl. nat. ajoute : b J Jj.^I JyJj 

8) 11: ■ 



* ^1 » 



J v^t-JI j»—"'^ • ^>J w^~t-«ll 1»^ '^jj *'»^J 

i,-_JbJI ^ J . ^L^ iLi^ ^jU^I ,li_5 . JÎ 

W— '' C^j ï-:-i-v4l ^ ^!(5 . A^K, ïJ^^Jl ^l^ji)! 

1) ly-jJI — 2) s::.--9. Mss. (le la Bibl. nal. : w-S^Ï 

3) Mss. de la Bibl. nal. ; ^njJLa. — 4) ll^^l 
5) Mss. de la Bibl. nat. : ^^\\ ^^ J 



oc 












(6 ^j.l •■J\ L^ n^l J^> . (Ï5I iJKi (5 L^ (4j/j 



-;'. 



1) Le mss. de la Bibl. nat. ajoute : 

2) ^JJ! — 3) Mss. de la Bibl. nat. : llyt UL-Jlj 

4) j/lj _ 5) UJ - 6) ^/J 



» ^f * 



• • 



• r=^' ltV u-i-^^ • *J^' J.-j u^ J^ 



s ,♦ 



\3^.r^ f^J*ij (^i/î '-Vj • ^l-^^' *'^'^' (j-V 



^((, , J-ar-l| J . _ tl çij ^^^ ç^e»::^ j^jUj 






1) lj^_, _ 2) tl^î - 3) \y^j^,3 !r^. 

4) Le mss. de la Bibl. nat. ajoute : jUf.'^^ o' (>*'-^j 

^1 2^ ç,yij 
5) ^viîiijïu ^^.jJi ;^yi, 



♦ op » 












K) Jii — 2) Jaj — 3) J»^l — 4) IjJu» 



» ^r » 



iL^ w^^l J ^^.Dl v'CPI tyir, . ^^1 ^ 



7i\ 



'«drJ à.^11 J,l v-iL ^^ Jo.lj jr J«9.j (1 ^Uj 



as-j"^l Jj-,yt .vl;.^ . (2 Ij!;iw9!j Ljj^ Ijjbj! 



. Si 



K) 



o'-^ • 3"^' u^?^ ' u^r ^.J^ij^^' 



»1^ *_JI ^iJ-'JaJj V-yi (3^* ^^j . 13a. L^ 

J ^.*^l . (t ^^i ^J* -g^ j^j i**^! ^jAy. 

v^ •• •• 



*) cr*^' - 8) ^j - 6) li* 



« 0( « 






J,! L^li L:X- ^^ ^t ^ ^^^,-. ^«^J' ^ 






(4 LïUj , (3 jbU| si-xJ, ^J^ i-iJJI ^^Ij 



1) vJ:./v«* — 2) Mss. de la Bibl. nut. : >Ljt î ...i * -^ 



» «♦ » 






^Ji4l (4 l.^-j.> àAJIij oli^j (3 AJ-Vf w'-^w j^jA 



^^ îlc^ ^ ^ L^ ^U . v^^l pb ^L*j/U 



.iîl 



J-» ^-»-' v^j-ji ^^1 ij*j . j^jiiJi ^j>yij ^jf^^i 



1) -i. — 2)^;JLi _ 3) »Jj - 4) UUj 
5) G»--?. — 6) ljJ«*d 



• fi ♦ 



j-^t J,l ot^JI ^jSX^ ^J^J^^ c»^-»^' J?l LJI 
. oJLa j/li . i_jjiil (2 GjjIj ïli^! J,I>!JI (i ^li 



^,^JLil sJjlsi. ^Lw. yjjb^ AarJ ^ U . ^^"^1 

L^^ijij . *r«>l «^ j^^ o^.-^^ ^.^ {^pJ! -:^i 
^! Jl .Uj {6 iUi^l ^Ij (5 ^Uj . ^^^/Ul > 



i) tf-^!-^ — 2; Mss. de la Bibl. na(. : ^yj 

3) J-.;-^. — 4) Le mss. de la Bibl. nat. ajoute : Uli 

UJU ^^^. '.^t^ j^? ws^ipi ^U; J^l - 5) ^'Jl 

6) Le mss. de la Bibl. nat. ajoute : ^^.««Ij ^yS^\ 



• f ^ • 



. Çil-v«^J|\Jj»*jJlj wy iSy JO.LJ (1 tj^ ^L» 



I j_» O'-»-»,} . ^J^L^ vîIlL. »-s,a. (2 Jwli . l^j 



tJJL.j . oL^I oylU UJ j/y^- J,l w.»jj 



Jf^ -t^ ^'b ^^,jJI oX~^j ^/ ^ Ob 




» »♦ ^ 



< ) Tir- - 2) ^»'j - 3) AiJ _ 4) J-j^. I 



• fv. 






et 






1) Mss. de la Bibl. nat. : s^XjU^ 

2) Mss. de la Bibl. nat. : -UJI sT^* Jl 

3) l>^\ ^^ 

4) A la place de ce nom ^-^\j qui paraît fautif, on lit 
dans le mss. de la Bibl. nat. : ^fA\^ if^lj^^^ ^jk? 
j^! ^.ly^ Il cs^ probable que le mot i^\ a été mis 

pour ^J^y^ nom arabe de l'Ile de Crète. Quant au 
mot 1^. >-^ du mss. de la Bibl. nat., il est également 
fautif et il doit se lire ICjjU^, nom de la Marmarique , 
ancienne province de TAfrique proconsulaire, 

5) I Jb - 6) l,.ii^. - 7) ty^ - 8) ^j^J 



*f^* 



j»,l J_»!, . .U-JI o.^' ^i j^l ^:v^ ^y^\ 






"il l.*fl à I f. . ^jSy ^j\j> J.;^! j»i;J-«-Jl ^' ÏJJ» 



^^^K'jUj 4^»_. Je J=v . Ç,^,J! J^ ^^ jj~i^l 

tr* • (jû-i-^' ^h^ Jlij t-^::»! v . (6 J^H L^ji»^ 

4) Vj^l — 2) Ce mot avait été omis — 3)^ 
A)js$\y^ ijj\ — 5) ^JiuU — 6) Le mss. de la Bîbl. 
nat. ajoute : ,^^1 iJ* Jljlj ,jJidr4| t^\S'J 



• f 6 ♦ 



^1 sj..:-:-^ ur^^^l ^j . ^^^' *J| 



rri 



o-^j LT^. j^ *;Li . *^i .iO *=ij gr j;^^. 



o^j . *j o/l U J,! (2 v.:JLi.1j . ^ J-i U ^ 



« • 



V?^ UUpj ^^'j . îvJ' (^l-tj ^i <^U 



1) ^^ - 2) oi:>l - 3) sio^^j Oojl 

7) s.^'wiiJI / ^L.^1 Ce passage est altéré; je l'ai cor- 
rigé d'après le mss. de la Bibliothèque nationale. 



• ff • 



, J-«-^-.*.-)i -_JjlJI . J_>-t^l «*r<r^' 'S^ ^. "-^ 



j_kji>i, . vj,^b .jujuj j.^' ^!r^,tj . (6*. 

iT^y yt\^\ -^r^' u"!^ «J^ <>jJLj L> t<Â* . Lr, . M 



^iri-.,.L> . (7 i^ULLUJI ^^ 



•ÛW^^' 



- yîl J* (10 lI)U. . ^1 ^^U,"^! (9 >îJUi ooj/ 



,i)l L^:i . J Jli Jl o>i l>j^ . ^ITL^ 



t'-t^ 



UJ^^..tCJL5^oJ^bU 



7) Mss/de la Bibl. nat. : o^Ull ^^ ^ 

8) sl^ JJ»I — 9) >Jii" — 10) j^U 



♦ fr» 



tjS^ *JjkJ»L4. ^_5JJI ^ Lar*^ ljy)l j^ Q.feg.T..! 






yL,-j>- Ul LJLI . (4 lylj Ust~»l LJL» . (3 JLv 

s^,;*-- Je* ,;>U-?^'i" ^^ tri-^' cr'j J^ ^ 
î L^JLs^ ^juj î-liUI A-lj cJL^ . V^^^ 



£>il,^l . 1^ L^^^ oJi, . oU: 



1) 1^ _ 3) jt — 3) Mss. de la Bibl. nat. : iJaiJ |>l 

4) IJTb - 5) O.^ 

6) Mss. de la Bibl. nat. : Uli*> — 7) jLa.tj 



• fr » 






j^ vJuJL. jiJ . J JL5 *jlj . .-."^1 ^^ jl J^l^l 



. (3iJI 



1 s2JI£a.mJ J . IJa. 



lj^(2j^ 



• v-iXJLï s--^[5 sjijfi'^ J ^^^ • ^^^^f r)^ jl^ 



{!%] JyJ! *J ^IlJ L. ^^j «^ *:!^ 11-.^, (6 V?» 






l) ^.*/l>l. — 2, lij, — 3j Le m«i. de la IMA. wiiion. 



ajoute : ^iÎL» ^ *;* ,j<»«*i |J^ 



» f l • 






J_p ^JbrU .::^J^ . ^^ l^y.j^\ oJJi J* 



.^t ij» ^ ,j*JM' s?"^ 1^ ^^' (j/* • /5-y^' 



. ^_^^ ui , b% j jLî ijij . îJU3» î>.tyîi «ijj 



jlUl 



u 



» ^^_;- 



ui . ij;u; ^ 



ULi 



^l,.?r^^l ^y jJ^ . JUJI ^^ Ljl (6 OmJ 

\\^ y^ ^^ . J sJ:^liLi . ^ (8 ïj^ (7 j^^ ^iJI 

I 



u' s^-^ ^. • *^ ^^^-^ • yj^.^^ ^' 



*)^ y)l-^' — 2) ^La- — 3) ^y^y jy,j^ 

4)j^.i;^UI-5)^^.U-6)^ 

7) j/l - 8) ïyT 



• f ♦ • 









i^j^t Ljii£JI ^ JU Ljlj j^Iill J. 



.^1 



• m 

. JU J^ -jjy ï . ^ \^ j » J»^ . iUJ^ft Ï^UCj Ija. l^Jè^ 

^ m 






^1 J-^b cu^jy . ^LDI c::^^ o^JJLïJ 



*)i^-2)j»^-3)^l 



» n 



,_;-J.u^ t- L^-J^ JL^I b>' c^i-^» crr^lr^l 
v*-^ j^lrr* ^ (* 'jy" j^ '"^^ • w^}h "M* 






L5CS. ^ . ^^^gi J^l .tCJ« PH! il? cr-> ;î^ 



1) J'ai ajouté ce mot an texte pour la clarté du sens. 
Le mss. de la Bibl. nat. donne cette version : v^lïl Jj 

2) ^cx3) — 3) Sic. Dans le œss. de la Bibl. nat. on lit: 
A) IjL-:^ - 5) ^.Ib - 6) t/à, - 7) ^^* 



» r^ ♦ 



. *;*i ^jJi v^yi ji v^i. jiLxJi ^Ajj j^i a*j3. 

. L^ (4 J*U j^>_ ^j . L^ (3 j/, i;5j^iC^l Jt 



. iJLacr* t^l »Li. ^ïa. ï^ J^j (3 :t;^ ^ «jIm. >»4^Jj 



U-jj Ju^ju* (T*;^! (r'r'*' iJ^i*^' ij'^^j • >ljOk*L^ J^ 



1) j/lj - 2) ^jUr^ît - 3) j/1 - 4) I J-.I 
5) J^Le — 6)J,/I — 7) lia.1 — 8) ly 



• rv» 






l^_iJ J-s ^1 ^_k- ^^ J^^^l ^ . ^^ ^jj 



3) Le mss. de la Bibl. nationale ajoute : ~j JiJ) )J.m 
3) j^î»^ - *) Ui^"^ 



• n • 






pj (5 ^1»! j'^ . j^ i,/ J* wJiJl crr?.>>" (* U*j 
J,l ^! J ^Dl . ^1 ^^. ^yi j/ ^\ IM 
i^ ^ . (6 JÇ:.! L, ^Mlj . ^^I^^l 



tr'^j • *— ^ s-Jr-j (j-V sàl-' j^' cTi 



1) Ms. de la Bibl. nat. : ^^^jij^ — 2) j»»iL-Al 
3) ^M c^Jr-^l -■ ») i^j - ») (^^ 



• n ♦ 



^i .,a » j-tfJ (-^^ '^-V*^ c/^^J (^ tlf^\ iJ> vJw^l 

jj^, ur^ ^-v»- v/Vî* v-s* ^^Ji i*^' ''^^J • ^'•^^ 
H )r^^i ' yj^r^. s-ij/'-tl ^r^"^^ u'J^ O^"^' 






^^1 ^^\ J^\ ^\iLi^y,. (2 «jXill^ ^.y^ 



4) Mss. de la Bibl. nat. : JLa.| ^ h^J^ ^\J ^iJI 
2) Mss. de la Bibl. nat. ij^^j^ J,! a^K yj^ J\, -à 1^ 



♦ ÎT ♦ 



u^y bU^ JO.U . oXJi J^^ (i ^1 1,^^ ^^ 



E^J LT-^ir^ jLjLo.1 ^J^j . ^jj Jl w^jj i*. 



^^ *JI LsjJ Jyl Ulj . *-^ ^ ^jJ (4 Jj^J 



•• •• 



i) Mss. de la Bibl. nat. : ^jam ^ c^c^ litxjl_j 
2) A.., : -OI — 3) Il manque ici probablement le nom 
de l'auteur cité. On lit dans le ms. de la Bibl. nationale : 

4)Pour^j.'il — 5)^JJI 

6) Mss. de la Bibl. nation. : fjJjUjj ^J)\ ly^y ^ 

9) Mss. de la Bibl. nat. : O ~ 



• rr • 






Jb^ J^'^ Ij^j . ïli*=a.l U UlJ^j ^_^ ^^JC 

• # _ 



9Jlj» L 



A_5 ^r-ip>» jt r-ir'^ '^'^-T? (*^ ' (^ '^'^ 0>LilJot 



r^ • u^r* ^^ ^'^^ i^ji **' j^Lj Aj^ uu^ 



^ L_^*^/ ^^ . ï^l U-t** *'^h J o^y. «^ 






I] Ixjjp. — 2) Mss. de la Bibl. nat. : ^ 

3) Mss. (le la Bibl. nat. : Llw! — 4) ^Dl 

5) Uj/I — 6) Mss. de la Bibl. nat. : Ûl IjU^ ^ 



3 



♦ rr ♦ 



^' S'^(*/^y, ^ (* î-^i cr^^ j^^^.J^ 



(3 «jJu-^ o^ • *^r^iî-rJb (2 àjJjJu L^ Ij^ irî/» 



rJJI v-^^l 









5) Mss. de la Bit<l. n<.l, : ^jjJ^. ^j* '^_i. ytA -.J Jt\ 



• n» 



j^i 









^ . ii! Ijl^ lj;/lj \y^ji. UU . (4 U^ ïlJuili 






(5 j^-is^ iyj (*v>e7-i »/ !y'^ • ^^ji!>^ ^ 



X 



4) >_^ ïjJ^Lj — 5) lyar?^' — 6) U 
7) UL£ - 8) IjA^ 



♦ r* ♦ 









(4 Jl ^y ULi . ^1 ^jw ^j s,,^! ^•^ 






1) Mss. de la Bibl. nat. : 1^ J^ ^& 

2) ^^.^LiJI 

3) Mss. de la Bibl. nat. : ^Wl ^J^'iU Ù^y 

\) Mss. de la Bibl. nat. : ^3j» ^^^^41 Ua.o Jl! . 
5) Mss. de la Bibl. nationale :^^ ^1 Ji-jJI ^ JjL. 



^!^^' 



6) Mss. de la Bibl. nat. : ^^iy L^l sj^sA-xâ.! J 

7) 5A=ry> ' ' 






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2) Hss. de la Bibl. nat. : ^r-^t ^^««j bJt ^b 

3) Hss. de la Bibl. nat. : ^\ U^L^j UaJj # ^yy» ^ 

4) A^JL^fi 



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JUj . (10 L^l (9 ^"i AÎsw iJI (8 i=JLI (7 ÎU» (_^y 
^1<|; . (Il j^-l-JD ^U . JJ ^1 . li. ^^1 

i) Mss. de la Bibl. nat. : o|^t O^O^ 

2) ^^1 - 3) ljA.li - 4) otUj 

5) Le mss. de la Bibl. nat. ajoute : Ju>a. ^ie «JLjuoJ 

6)LiJl — 7)iiji!l»-8)*=JL — 9) Iji.*^ 

10} Ms. de la Bibl. nat. : L^t ^i ^^Lf 'J;J 

11) Ms. de la Bibl. nat. : L^Xv-^t^ Û3t Î^S^ JÛJ 



• r* ♦ 



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p-»J • t/Vî» CT" v^j"^ *^' J^J • *^J?' • (^l-e' 

L-jLij-j «L-^w Ljj . ^'kj' '^'^jf J^Li . oJU* c^L/j 

1 ju;^ ^b . Jiar^l J . ^^-4' JÛJ' J!v^1j 

èA^jK . «I^J! ^-jl ïU:u Cj^j^^ ^rr^' '-^-V* V'^^ 

3) Mss. de la Bibl. nat. : ^^ 

4) Mss. de la Bibl. nat. : i^-^-f ^^-^t ol^^^ ^^ 

5) A^^ Mss. de la Bibl. nal. : aj JfJ^j 

6) >^^a-::ft ^L:f ^Uatl^ 



♦ rf ♦ 






(4 ^^ (3 L-t-Le- ;;;>;^**i' ï«-J" JL/ -W*j • ^r^l 



i) Mss. de la Bibl. nat. : À^^j^ {ji^^ ^^' j^ ^ 
• 3) Mss. de la Bibl. nat. : *-.LjJI^^I J,! vj^ UU 

6) Mss. de la Bibl. nat. : At»î;-j' a— j ery/* -^j l-^j 

6) Mss. de la Bibl. nat. : Lâ.1 p-.»l^l ^1 ^J ^Ij 

7) Le mss. de la Bibl. nat. ajoute : L^ ^^^^j 



♦ rr» 






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V-?*»-i w^'^ Uj • Ji^ jl-"; c^^ • (6 Lis»» l-*v«« 



l)(4i'4;i!'-2)*«.j-3)ll^ 

4) Cet endroit est ainsi rendu dans le mss. de la l'ibl. 

nat. : v-y^ ^-*-^ ^ J^ '/'-HJ 

5) ^-^ - 6) jvt^ t--x.l« jj - 7) /i 

8) Ms. de la Bibl. nat. : Uo 

9) /i jJj 



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^^:JL.\j (3 »L>!j !ju^ L^ (2 ^^y-i'îj . îj^JùCÏ 

1) ^jJl — 2) J_^l — 3) L»l_j X—p — 4) Iji^ 



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f j . (7 1^ ;î^ t^ /^^ */^ ,^. J • (6 '^' 



1) i;i. - 2) ^1 - 3) ^±'. ^; 

7) Dans les mss. de la Bibl. nat., ce passage est ainsi 
traduit : ^j^ (*-*^-^'j ^' ^^/^ '^' ^J^ 'j' ^r^J 






. ïj.^\ w^ ^1 (3 J^j (2 i\j\ U . IsUl vîXlï 



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cr--^?--^ cr:-^''' c'> (* v*?^' c)*^^ jy' >^!; 



^^^-ju-^ ^Jsi^'^'^ tjjjxl\ ïsr^\ ?â. . %[j ik^\ J* 

4) w.âc^, mot ajouté au texte d'après le mss. de la 
Bibliothèque nationale. 

5) f*\lac\ — 6) Uj/-J. — 7) lla.1 



• IV • 



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^1 ï^ .j:^" (6 LlJU . j;^*JU J* ^,yUI 









1) J^> JL' - 2) L^h' - 3) ^'-5 - 4) 1)6 

5) Le ms. de Ici Bibl. nat. ajoute : w' Jl — 6) (jJIa 

7) Mss. de la Bibl. nat. :^^l joLj> — 8) Jjly 



♦ l* ♦ 



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Jl ^ ^^..4n_*. ^Ul Jl JJ^. s_,^31 Jk. J15 L/ 

^..wîUI ^^Lj . J»^:-;-JI 1,^\ Ji^ ùji^j . *)>:- 



^rr*?- V^*^. ^r-^'j • ^ -^^Tj *J-» wK c^" V'^^ 



J) Le ms. de la Bibliolb. nation, ajoute : ïliJt ,^ 

2) Ms. de la Bibl. nal. : ïi^l — 3) jLJI 

4) Le ms. de la Bibl. nat. ajoule : U^~^ 

5) ll)j - G) ^,1/5 

7) iJL.. Mss. de la Bibl. nal.: Ju]|j L»p.~fiJ ^J) L«« 



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y^Li J^b *_-yLi iJ ^^ (1 bjft jyUI w^LbU 
^L^_, o-H ,y^ CZ-P'/^l^ *e^! o'^ • *^^ 






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1) i^^ - 2) LJol - 3) w.! - 4) ^U 



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iCJ ,_;JLi . ^ Jju1 . i*L» . -^1 ^JA jLLJl 



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iUj i^l3-âHj ^ ^^..i-*» *j 1^- »,Aî.i ^1 J^l 



•• •• 

1^ «^ . .UJI iJI ^^« ^^ J . J^ Jl ^y'iit 



. ^U, ^jt il b^l il a« (Jj . (7 ïlyi .loi / 



1) ^iit ^ «»j — 2) .-r^ »jSy»* — 3) Mss. de la 
Bibl. nat. : LL-st^I - 4) ^JJI — 5) L»jJ^. 
6) ^<-'^- Mss. de la Bibl. iiat. : ^ atr - i y) Jjlill 

7)»li^ JïLI'^ — 8)»L.I 



♦ ir ♦ 






A_^ ^-j . ^1 ^jiL-i (3 \^ lj?.li' v'^'-i 



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^j-^1^ . U^^l L;-,j4b JL. ^Ul ^!0 



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i) »>-' - 2) i^L- - 3)^^^Li- - 4) *J^I 

6) uy\ ljil(, - 6) IjO^r-^. 



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7) Mss. de la Bibl. nat. : 



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aJI {3 L»l^ . JVl;**' ^J-i e/* ^^-^ lTî' '"^-5 v^*^' 

(7 ^^L^^ pijy^ (6 ^jUT'^ . (5 JyS.\ J^ . ^\ 

»y.^i ^jji L^i . ^,^ (9 .j^ ^^ vy=^.>^. 

ik« ^J* t\yb ^yj ïli/j ^1 . y^'J*i jê.\ ç^\jf\ 



4)»^l— 2) U — 3)L«L» 

4) JyL. Mss. de la Bibl. nat. : bly^ ^^ L. Ji/ 

8) c;i!^l !y'S'-6) ^^L.-7) 1^1-8) ^J^l 

9) s,::^-^. Mss. de la Bibl. nat. : îLwi 



♦ !• ♦ 



i-CîiUl wJl^'il . .L,JI iC;ii> ^/"l iil 



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• vP' !r»-f-'-* j^j^^ ftr^ '-*^l* • j^^!-?-' 



. (3 iOiJil j^- 

^1 ^^1;^» J^yi ^^^ ^> j^WI ^^1 

i) Ce passage est ainsi rendu dans le mss. de la Bibl. 
nationale: ^-x^Urt! jL;J>jJIj ^j-j^->JiJI tjuJlJI ja\ 

2) Mss. de la Bibliolb. nat. \ j^ aMj ,\ ...a. ^ ^^ 

3) Dans le mss. de la Bibl. nat., ce passage est ainsi 
rendu : w»-JI | ^ -» *- f ; >^y««^Jj ^^L^a^b tj^^j a^^ 



• UJI — 4) [Ul\ 



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ii.S^^{itj.[^^y. 



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j^l j . J^l v^^l ^L-l (3 Uk i-Jj jjÇ ^,U, ^^ 

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>>-«-? j • (7 1^ ^ c/ /^' "/^ r^- J • (^ '^" 



4) Ù. - 2) ^1 - 3) ^= ^j 

7) Dans les mss. de la Bibl. nat., ce passage est ainsi 
traduit : ^J^ /»-"-' 'j ^^' t'^J'i ■^" "j** ij' '"*^'^ 



♦ lA» 



^^.[^^^ (1 ^1 ï^l ^ ^^\ji, ^^yi] 



ij.^\ s^^. ^1 (3 J^j (2 iljl U . "**U! .iXlï 






cr^*-t— J tr^— '' ^>>-5 (^ ^-^ c)'^^ JIJ' ^b 



^^pju-^ ^"^^ î-ij/Jl *^1 ^^ . ^jLS fei^l JU 

(7 j^l (6 L^l wyU^ jt oyi ^^ . w^3 Jij 

4) ^jji — 2) ^v, - 3) j^yt 

4) y^^^^s:^^ mot ajouté au texte d'après le mss. de la 
Bibliothèque nationale. 

5) ^licl — 6) ^j^, — 7) lia.! 



♦ IV» 









iL..!^ tl^ jgi .^^ Xl^ . Î^^LU, ^-^., 



ii' .La.j >..• - .; ? JG^ J^J ' "L-y Z*^?- J l-*-^ 



^yJI (4 .^ J* ^ ^Ij . j. JI ^ji J jki\ 

4) Mss. de la Biblioth. nat. : Jj''^I *JI w-^I J^^»^ 



3) 3JL^ - *) ^j» 

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5» li^J.**^^ *-^-^ Jl ^^ • V>»i *-^' J* cJy"^' 






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(4 J^j . ïj^^ — j ÎX. (3j.LjIj . L^iy^ ^ v..^ 



^1 î^ ^u*:-' (6 lJu. . j;^*JU > ^,^;ui 



J^> J!^ - 2) k^l - 3) ^'J - 4) l>6 

5) Le ms. de Ici Bibl. nal. ajoute : v-->JI — 6) t>J!^ 

7) Mss. de la Bibl. nat. :^l jow — 8) Joî^' 



« \0 « 



(4 * •■: , f,.. w^S*!; (3 IjLJI J«J' sjXJli . (2 Ja.UI 



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^.,PUI ^^U . i>ji^\ Z^J\ J>ji> à'fi . dj^ 



Ç^ V-»^ ^^'j • '^ -^«-j *îL5 J^ cT* V^^ 

1) Le nis. de la Bibiiolh. nation, ajoute : L^à,...)! ^ 

2) Ms. de la Bibl. nat. : 'iijjX] — 3) jL-il 

4) Le ms. de la Bibl. nat. ajoute : U^j* 

5) l'Jj - 0) ^^,1/3 

7) *Lm. Mss. de la Bibl. nat. : l2^j L»..... ê .. i ^J1 L« 



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^L. J^b ^jij ^ c;* (' '^^ J^''*' v^^ 



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1— il-^ J;j>J. ^jKj • ^-'j/i ^jji ■ *^*^' ^s^ ^ 



uju^ Il J— W95 LJii . >*Jjjt i.%. , ^ ■■■) . LJ.jjlSC^^ 



i) -5.-* - -2) uol - 3) w-l - 4) ^U 



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rj-jJLÏ . t\ji\ oL. UU . (2 LCr4 ï'Chj (* W^ 



j^(i^M . ^.^^ A*-i^ ^xJLJ (3 ^js*i| *: 



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sjXJ ^;JLi . ^ Jju1 . il'li . ^1 ^^ jlLiJt 



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iUj i^lJ-àHj ^ ^K^-*^ V W" t--^. ^' ^^' 



y^. U-i . ^^.^ jbi^l J^l (6 JU ^.«:^l 
1^ i^ . .UJI iJI ^^«i ^^ J . *}^ Jl ^y'Lil 



.J-I^j ^j, il b^l Jl ^. jjj . (7 ïLyi .loi / 



1) ^iJt ^ ■^j — 2) .-r^ t/j^ — 3) Mss. de la 
Bibl. nal. : LL-ar^l - 4) ^JJI — 5) L»jJ^. 
6) ^-ït-?- Mss. de la Bibl. Lat. : ^ m r - i y) JjliJt 

j^ jl::Scl\ ^\ ^^^ 
l)iJjù Jïbl'5 — 8)8L.I 



♦ ir ♦ 






^■-* • f^^ Jj'^- ^3 !>/ t;^Li- ^>u,. 



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^i.^ ^J^J . iLO ^Ai- ïlyb ^;/j . î.^^Llyb 



I . {^ J'^ --^r:^ ^1 J«^ {6 1.^1^. 







8) iiyj ]y\^j - 6) IjO^r-^. 
7) Mss. de la Bibl. naL : 



• •• • 



8) t;-?.^!» - 9) HiyJ y^J 



^^^\ ,^\J\ Jiîl ^^M ^j^lj ^% v^p? 



i^ej tjjZ>^ ^-^.^ t_B£xl ifjiJ.^ Ljt jM_l.^l Uot 

- J^l ^àJI iJ^il jLjJJ ^DI .JUl;^jK5t 

»V;.^^- J'»^ c^' C^' ^^» cT-*^' '--^^-- ^^^ 
r<r^ J:*^ ^^! ^ Jl ^ LL.I î/ij pJt là. J \jij 

-ijJI J,t *jXju*»4l roUi^^^y l;liflar^* JL-JwlH ij\JLc^ 



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^.>M^ cj!;^!; JL-^^' J> ^ «/^ j^o«^' cjlr*" 
oXJj-jj «J-ilr^' «LJIjJI JLfi JUS ^LàJI *~-«o >_^ 







^^\ .v^yi Ji5! ,_^^M ^J\, ^^^ ^^^ 



i_iu»j t^jl^ l-i>^i^ s_à8.«i iftjiJ.^ Lj) j.i,^â31 Uoi 



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,^^1 J,t çS.:iJi\ tjUi^'^ LJifc»^' *-JÂll *J'\jLrj 



iJJu.îLï oLilj J_JI ^jJl Jj ï^ipu j.iUljb J 



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k-AAâJ ^ôhwH V\»Liu! SJL^J^ ^t J--.Î *-j-*x)l /^.lyb 






^y^i L-J.;— /• i-j/»^' ^ ,»J«^Î5 h:^.f^^ u^ij^ 

t^j jljc J3i i^j La^i \\n ÏJL.JI J31 j Ju 






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Mj^*b *^! ^jj^ U*^^ W-!?*^' *«J»*? ^ 



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3 2044 029 853 074 



DATE DUE 










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